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Full text of "Brochures de Jean Grave aux "Temps Nouveaux""

4 * 




Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale cle France 



BROCHURES ÉDITÉES PAR LA RÉVOLTE 

Epuisées à 1 heure actuelle, mais dont réimpression sera faite. 



L'Esprit de révolte, par Kropotkinr , » 1 5 

Le Salariat,. par Kropoikmc » 15 

Evolution et Révolution, par E. Redits » 15 

lies Prisons, par Kropothine . .....*....,.... » 15 

La Morale, parXropotkine , . , . . . . » i 5 

Les Produits de la terre et les Produits de l'industrie, 

par X. ................. » 15 

Rienesse et Jtàzsèmypat 3t, ............... » 1 5 

Les hommes et les théories de l'Anarchie, par Ramon . . » 15 

L'Anarchie dans révolution socialiste, par Kropotkine. . . » 15 

Aux Jeunes Gens, par Kropotkina , » 15 

Déclarations d'Etiolant » 15 

#àfecîe et Internationalisme^ par Ram on , .. ,.:.....-. » 15 



Jn dehors <£e l'^ïburaj n#us avons > 

0n repaire de malfaiteurs, par ^ilîaume. . , 
I/Ek An-Archist d'Amsterdam 
Le 11 novembre ïf$37} eau-forte . , 

Proudhon, pàrtraït au burin par Bàrbottiri , v 
Un frontispice en couleur, p«r WîUaume, pour 
le premier-volume du Supplément i 25 — 1 40 



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Publications des « TEMPS NOUVEAUX » — N' S 



JEAN GRAVE 



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ACHIMIE 



Première édition : 10.000 exemplaires 




ÎO <3EN*MES' 



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TMë:$\mM^&: « ■ S1MPS N«p£A1K" » 




140, rue:; MOÏJFFETÂR», 140 



*898 



f 












Extrait de la Société Future, i voiume, 2 fr. 75,. 
chez Stock, éditeur, Çaleries dit Théâtre Français/ou 
aux bureaux des Temps Nouveaux, 



LE IMCHINISiWE 



La Révolution est fatale, avons-nous dit, et, pour 
celui qui étudie les phénomènes sociaux, ce n'est pas 
une affirmation. en l'air, ce n'est que la constatation 
d'une vérité qui nous crèverait les yeux, si la com- 
plexité de ces mêmes phénomènes ne nous en cachait 
la marche réelle, en enchevêtrant leurs effets de telle 
sorte que, bien souvent, nous prenons les efïets pour 
des causes, et les causes pour des effets. 

C'est ainsi que beaucoup de travailleurs frappés de 
ce fait brutal : leur remplacement par le machinisme, 
ont pris celui-ci en. haine, en sont arrivés à en dési- 
rer la suppression, ne s'aperce vant pas qu'ils n'en res- 
taient pas moins f eux, à l'état de machines à produire ; 
que la suppression des machines ne leur apportait 
qu'une amélioration relative et toute momentanée, 
qui ne tarderait pas à disparaître par la rapacité des 
exploiteurs. 

Dans la société actuelle, cela est de toute évidence, 
la machine porte un grand préjudice aux travailleurs, 
quoi qu'en disent les économistes qui font ressortir 
que l'outill âge? mécanique économise 1 es forces de 
l'ouvrier, qu'en réduisant les frais de production elles 
amènent le bon marché des produits dont profitent 
les travailleurs en tant que consommateurs. Gela 
n'est que 1& beau côté de la chose, quî serait vrai en- 
(j0rçiM'eaat si ïa société était; mieux organisée; mais, 
acUttiliemeatï d& par l'exploitation du capital, cela 
est loin d'être exact. --.. l 

La machine^ en produisant, plus, vite* a augmenté 
en même temps la? consommation, faisant diminuer 



4 — 



les prix des produits, cela est vrai; mais cette dimi- 
nution, si elle a apporté quelques bénéfices aux tra- 
vailleurs, ce ne peut être que dans une proportion très 
limitée, étant ^lonné que son salaire ne lui permet de 
satisfaire qu'une très minime partie des besoins qu'il 
éprouve. La faculté de consommation est donc limitée 
de suite, tandis que la puissance productrice de la ma- 
chine n'est limitée par rien. 

Ou du moins, si, elle est limitée : par les besoins dé 
la consommation, mais cette limitation est contre le 
travailleur; car la machine produisant indéfiniment, 
mais la consommation ne s 'opérant pas, cela occa- 
sionne les chômages, la misère pour celui qui n'a que 
le produit de son travail pour vivre. 

En plus de cela, par ses mouvements combinés et 
réglés d'avance, s'opérant automatiquement, la ma- 
chine a fait baisser l'instruction professionnelle. On 
apprend plus vite à suivre une machine qu'à fabriquer 
un objet de toutes pièces. Dans un grand nombre de 
professions, au bout de huit jours de pratique, un in- 
dividu est capable de diriger sa machine, quand aupa- 
ravant il lui aurait fallu plusieurs années d'apprentis- 
sage avant d'être capable de produire un spécimen des 
objets qui vont sorjtk J>ar centaines sous les engre- 
nages de l'ouvrier de fer. jj 

Cette facilité de s'adapter à un métier pourrait 
être profitable, sans doute, à l'ouvrier, en lui permet- 
tant de trouver du travail dans un autre métier, lors- 
qu'il n'y en a pas dans le sien. Mais, là encore, l'or- 
ganisation capitaliste a su faire tourner l'avantage au 
profit de l'employeur. ^ ^ 

Queïïe que fut la rapacité des capitalistes, ayant *pe; 
l'outillage mécanique eût envahi l'industrie, il y avait 
des considérations dont ils étaient bien forcés détenir 
compte dans une certaine mesure, le moins qu'ils pou- 
vaient certainement., mais il y avait des limites qu'ils, 
ne pouvaient dépasser, et quand ils avaient un person- 






« 



5 



nel habile, exercé, intelligent, ils étaient forcés de faire 
certains sacrifices pour le conserver. 

Aujourd'hui, plus besoin de tout cela; pourvu 
qu'ils aient un Oi^ (feux hommes, connaissant la fa- 
çon de procéder de la maison et capables de dégau- 
chir un nouveau personnel, cela leur est suffisant. 
Le reste n'est qu'un vulgaire troupeau que Ton em- 
bauche quand on en a besoin , et qu'on jette sur le 
pavé lorsqu'on n'a plus de quoi l'occuper. 

De plus, cette facilité à remplacer son personnel a 
rendu les capitalistes bien plus exigeants et plus ar- 
rogants. Autrefois, un ouvrier qui avait conscience de 
sa valeur pouvait se permettre d'envoyer promener 
Monsieur son patron lorsque celui-ci se permettait de 
venir Fem...bêter hors de propos. Aujourd'hui il ne 
suffit plus d'être un àbatteur de besogne, de bien con- 
naître son affaire, il faut être humble et soumis envers 
son Excellence le capitaliste. Le personnel ne manque 
pas sur le marché, la force, l'activité, l'intelligence 
sont denrées communes; on exige, de plus/ l'humilité 
et la platitude. • 

Mais Use s ; arrêtent pas là les effets néfastes de Fou* 
tiilage mécanique. Être occupe toute Une journée à 
suivre les évolutions d'une machine pour en voir sor- 
tir un morceau de ferraille tout estampé, cela n'a 
Tien de bien récréatif ni qui puisse élargir le cerveau, 
et, lorsque ce travail se répète tous les jours, sans 
trêve ni repos, pendant des années et des années, on 
comprend que celui qui n'a fait que cela touU: sa vie 
soit incapable d*autre chose, si cette occupation vient 
à lui manquer, et que cette incapacité le mette à la* 
merci de celui qui l'exploite. 

A toutes ces caisses de ruinepourje travailleur, que 
l'on ajoute son remplacement, auprès du nouvel ou- 
tillage ^par des femmes et des enfants, et ï'on ne s'éton>- 5 
nêrâ plus quéyiiè voyant que; les effets qui « semblent » 
dériver . de sou- introduction dans le monde indus- 



— 6 — . 

triel, il s'en prenne à cet outillage des maux qu'il 
subit. 

Il suffit dé Regarder autour de soi pour voir que 
nous décrivons exactement ce qui se passe. Dans cha- 
que corporation, l'ouvrier disparaît pour faire place 
au spécialiste. Pour ce dernier, assujetti au mouve- 
ment régulier et automatique de la machine dont la 
vitesse s'accélère chaque jour, son attention subit une 
telle tension d'efforts exigée par son labeur quotidien 
que son travail en devient plus fatigant que lorsqu'il 
le faisait sans le secours de la machine. 

Le remplacement de l'ouvrier -homme par l'élé- 
ment femme et enfant, la facilité de l'apprentissage 
ne sent pas les seules raisons du chômage, elles n'en 
sont que les moindres causes. 

La machine, avec dix, vingt, trente ouvriers, fait 
le travail qui en aurait nécessité autrefois trente, cin- 
quante, cent. Certaines modifications permettent, 
parfois, de faire avec un ou deux hommes 4e travail 
de plusieurs centaines. Où il fallait autrefois à 
^Industriel six mois pour répondre à une commande» 
■■IL sera -prêt maintenant & la livrer en .quinze jours, 
avec moitié/ moin& de inonde. 

Autrefois, I industriel était forcé de fabriquer d'a- 
vance pour être an mesure de répondre a^ix com- 
mandes qu'il prévoyait; c'était une raison pour lui de 
■i ménager son personnel ; afin de l'avoir toujours là, 
sous la main, cela amortissait les causes de chômage; 
^on outillage mécanique étant des plus rudimentaires, 
il lui fallait pouvoir compter sur to personnel exercé ; 
Ma contmaniès, même, faiblissaient-elles un peu, il 
étaifcforeé ide sUngénier pour garder son personnel. 

•Ilji'em iest^ius to 4 m£me. Avel les machines qui 
remplacent des, centaines d'ouvriers,, avec l'innom- 
brable armée des sans-travail qui attend, tous les 
matins, à la porte de l'usiné, le capitaliste n'a pflus 



m 

'M 



besoin de sHaquiéier de ceux qu'il met sur le pavé 
aux temps de disette. Wae commande se protkri&*eHe? 
Vite on embauche dix, vingt, cent travailleurs, se- 
lon les^beswns. J^a Commande exécutée, aucune autre 
n'est-elle venue? C'est bien, on met tout le monde 
à la porte. Et le dur pèlerinage à travers les rues, la 
longue station . à la porte des usines, aux heures de 
l'ouverture^ recommencera, avec ses espoirs, ses dé- 
ceptions et ses angoisses. 

Autrefois, on partait le matin^ om sonnait à la porte 
ties^ttsiBesvët l'on faisait ses o&esde^ services ; on pou- 
vait ainsi, dans la même journée, visiter un grand 
nombre (FateMers. "Actuellement, il' faut être dès de 
Tïiatin à l'ouverture de Fatëlien pour passer la revue 
du ooniremaltre. qui, avant le choix, embauche ceux 
dont la tête lui revient le mieux. Avec ee système-là^ si 
vous n'êtes pas embauché^ votre journée est perdue, car 
l'ouverture desateliers^eft^antàpeuprèsiaux mêmes 
heures, il est trop tard pou^courir; ensuite à d'autres. 

Et c'est ainsi que, de jour en jour, d'amélioration 
en amélioration, 1- exploitation f capitaliste se perfec- 
tionne, dévient plus savante, permet a^: capitaliste 
^'Économiser du *temps en combinant miem ses^moa?- 
ve^nèa# ; mtsâ s cette ^amélferafeion v c'est ; sur le nêos 
des* travailleurs q^elle^s'opère,- ce sont eux qui, en 
^éMiMve, en f entres frais } «ar, tous les jours, ils se 
sentent un peu plus enchaînés, unpeuiptas misérables. 

Mais les économistes^ -gens teès sensés et très-seien^ 
#ês ; -^tçësoât euxqtii leèisemt — ^ m& soaatjpas embar- 
rassés de réporidreà cela : <i«Il^.«uif^':'iiiïs@Be r ''6eiâ' 
est vrai. La faute en est à ce que la planète n f est pas 
encore adaptée : à «os* besoins. • » ^ertes^rajèutem^ils 
hypocritement, « notre société b^éao4es^r& t ï elle 
gaspîÈebien 4és forces, mais enfin l'évolution isttit 
Jte *e^é*n^Éureî f ^t^^l^tf^^^ 8 ^^*® 1 ^^ 110 ^ 1161 * 
■ -- ' M . , , „ :/ji x 



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— 8 — 

« Les socialistes voudraient partager la fortune des 
capitalistes — ce sont toujours les économistes qui 
parlent — r que produirait cela à chacun? Une mi- 
sère! Ne vaut-aï pas mieux que les uns continuent à 
avoir tout et que les autres continuent à crever de 
faim? Ces derniers ont au moins la satisfaction de 
savoir que la part dont ils sont frustrés contribue à 
augmenter le bien-être d'une classe d'individus bien 
intéressante, allez î, — nous en sommes — et qui est 

1 Cill/C UC i. liU*«GWlil.^. » 

Us ont même fait le calcul de ce que ce partage pour- 
rait rendre. JM. Novieow (1) estime toute la fortune de 
la France; à £00 milliards. Partagée entre tous les 
habitants, il trouve que cela ferait environ 21. 000 francs 
pouBune F Camille de quatre personnes. Et 21.000 francs 
pour une famille, ea sera encore la misère. M. Novicow 
en conclut que ça ne vaujt pas la peine de partager; 
que^a misère est une chose indépendante du capital, 
que tout est, sinon pour le mieux, tout au moins aussi 
bien que ça peut être. 

N'en déplaise à M. Novkow qui est, paraît-il, un très 
riche banquier, tout le monde n'éprouve pas le même 
dédain, aristocratique que lui pour de si petites 
sommes. ,21 .000 fraucs, jpîacés à 3 0/0, rapporteraient 
encore 630 #ancs^nàr an. 630 francs ne pourraient 
fsûre^ivre une famille sans travailler, cela est évident, 
mais que le s^alredes famiOes ouvrières se trouvât 
ainsi augmenté dé 600 francs, ça serait beaucoup plus 
que cBrjtai^^n^osent demander. 

Les fortunes ainsi nivelées, il n'y aurait plus de 
luxe, c'est vrai, mais il n'y aurait plus - d'individus 
€reva^|^fam|ï ^la/mérite consMération. v / 

Mais, à l'heure actuelle, personne ne vise à partager 
les fortunes; on. veut, au contraiçe^ les mettre en 
commun, pour les faire produire à la satisfaction de 



— 9 — 

tous, afin qu'elles ne servent plus exclusivement à la 
jouissance de quelques-uns. 

Ce qui fait la misère, nous en donnerons d'autres 
raisons plus loin, ce n'est pas parce que quelques-uns 
ont accumulé des capitaux, mais parce qu'ils se ser- 
vent de ces capitaux pour entraver la production. 
Quand un industriel n'a plus de commandes, il ralentit 
sa production; les ouvriers, ne travaillant pas, dimi- 
nuent leur consommation : autre cause de paralysation 
de production. Si le commerçant ne fait plus de com- 
mandes lorsque ses magasins sont pleins, c'est parce 
qu'on ne lui achète pas, mais ce n'est pas parce que 
les produits manquent. Que les commandes se fassent, 
et tout de suite l'activité reprend son cours. 

Les travailleurs sont forcés d'attendre que les maga- 
sins se vident pour pouvoir travailler. 

Messieurs les économistes voudraient-ils nous ex- 
pliquer pourquoi la production se ralentit toujours 
ainsi, pourquoi l'on n'a jamais vu se fermer une usine 
parce qu'elle ne trouvait pas de produits à manufac- 
turer, comment il se fait que c'est un encombrement 
de richesses qui suscite la misère? 

Un économiste est passé à côté de l'explication, 
dans un de ses ouvrages (1) où il explique que la 
grande erreur des hommes, c'est d'incorporer la ri- 
chesse dans Tor, la monnaie, qui n'en est qu'une re- 
présentation , tandis que la vraie richesse consiste dans 
les objets de consommation. 

La monnaie, en effet, n'est qu'un moyen d'échange; 
elle n^ existe qu'en nombre limité. Des lois en régissent 
la fabrication^ Cette représentation de ift richesse cir- 
cule, il est vrai, entre différentes mains, mais certains Se 
la sont accaparée et; avec elle, ïîs ^r^issent l^umanitév 

Laterrêv -fos mines, la mer né demandent qu^âiiou^ 
inonder de le%ra^oM 



(1) Les Gaspillages dans? les socUtésmùdê^ttés. 



— 10 — 

prêtes à les transformer au gré de nos besoins, ceux 
qui n'ont que leurs bras pour vivre ne demandent qu'à 
les occuper. 

Mais eela/ hélas ! n'est pas suffisant. Avant de pro- 
duire d'autres objets dont l'encombrement déprécie- 
rait la valeur de ceux qu'ils ont en magasin, ceux qui 
se sont emparés des moyens de ; production veulent 
écouler ceux qu'ils possèdent, et ils arrêtent la produc- 
tion, et voîlà ce qui fait qu'une trop grande richesse 
entre certaines mains engendre une grande misère 
pour les producteurs. Ceux qui veulent une société où 
tous les besoins puissent être satisfaits ne demandent 
doncpas le partage des richesses existantes, mais une 
Organisation sociale où l'égoïsme des uns ne puisse 
être préjudiciable aux autres. 

Mais nous aurons eneore l'occasion • de traiter ce 
sujet plus loin, revenons-en à l'outillage mécanique. 

Les économistes s'extasient sur le travail immense 
qu'a nécessité la fabrication de l'outillage existant, et 
lé bien-être que cela a apporte aux travailleurs. 11 est 
de fait que, durant toute la période où l'industrialisme 
M commencé à: se ^éyeiopper, la construction de' l'ou- 
tillage eréant#es occupations: nouvelles à- ceux quH 
supplantait dans ? l'atelier au fur et à ^mesure de sa 
coustruetîon, l'équilibre s ? est maintenu^ pendant quel- 
le temps, penchant même en faveur des travaiMeurs ; 
^notais cela n'a été que temporaire efeide courte Idarée, 
une -génération à. peine. Aujourd'hui, l'équilibre est 
rompu en faveur du capitalisme. , 

|i ; ëutilïage s est graduellement perf eetimané ; il 
existe un matériel capable dé fournir à tous les besoins, 
qui ne demande qu'à être entretenu, opération de- 
mandant 5 un personnel bien moâns considérable que 
lorsqu'il a- fallu le construire de toutes pièces. 

iSfalgré ^SEméporatiou. momentanée dont Ont joui 
les travailleurs, leurs moyens de consommation ont 



— 11 — 

toujours été des plus restreints; nombre de leurs 
besoins ont dû rester « insatisfaits » ; l'encombrement 
de produits s'aceumulant dans les magasins est arrivé ; 
de hardis spéculateurs en ont profité pour produire la 
hausse ou la baisse selon leurs intérêts, ruiner leurs 
concurrents, agioter tout à leur aise, mais cela n'a pas 
vidé les magasins. Le commerce crève de pléthore 
et les travailleurs de faim, à côté des produits qu'ils 
ont fabriqués. 

Pendant longtemps, on a cru que les conquêtes co- 
loniales serviraient de débouché à ce trop-plein de 
produits qui nous « embarrasse » ! mais elles devien- 
nent de plus en plus difficiles : les «grandes » puis- 
sances s'étant presque complètement approprié ce qui 
était appropriable. De plus, on ne s'est pas contenté 
d'exploiter commercialement les populations que 
Ton allait «protéger», on a voulu aussi les exploiter 
industriellement. On les a pliées à un régime qui ne 
pouvait leur convenir. Le résultat ne s'est pas fait 
attendre : les races les plus vivaces ont tellement été 
saturées des bienfaits de la civilisation qu'elles en 
crevaient au bout de deux ou trois générations. Les 
rares individus qui ont survéetr aux massacrés systé- 
matiques dépérissent lentement par la phtisie, l'al- 
coolisme et la syphilis. 

Là ou le «ombre de la population était de nature à 
fatiguer 'lés éfiferis des civilisateurs, et capable, par sa 
prôïifteité, de comî^er les trous que faisait la civili- 
sation, les populations ont pu se maintenir, mais on 
commence à les courber sous le niveau industriel; - 
Elles commencent, comme lès Indes, par exemple, à 
inonder les marchés de leurs produits et à faire con- 
currence aux producteurs de la « Mère^Fatrie », cette 
goule qui mange ses enfants. "■* 

Aussi, à la suite de ce beau régime, les s krachs 
financiers se précipitent, continuant à rendre le ma- 
laise général encore plus lottfd: &es trlpoteurs en^pro- 



— 12 — 

fitent pour organiser des rafles gigantesques de capi- 
taux, par des promesses de dividendes insensés, chacun 
voulant s'enrichir le plus vite possible, en tournant le 
dos au travâijt, qui non seulement n'enrichit pas celui 
qui le pratique, mais qui n'existe même plus pour tous. 

Chacun vend ce qu'il peut, même ce qu'il n'a pas 
— n'a-t-on pas parlé d'hommes politiques ayant vendu 
leur conscience? — En fin de compte, les capitaux 
affluent de plus en plus entre les mains d'une mmcrité 
qui devient de plus en plus restreinte, précipitant 
chaque jour dans le prolétariat quelques nouveaux 
petits rentiers, petits propriétaires, industriels et com- 
merçants qui se sont laissé prendre dans les engre- 
nages de la spéculation. 

Pour s'attirer ces derniers, certains socialistes s'a- 
pitoient sur leur sort; nous n'aurons pas cette hypo- 
crisie, car leur sort ne nous émeut guère ^ et nous 
trouvons que celui qui n'a jamais connu que la mi- 
sère est bien plus intéressant que celui qui ne cher- 
chait son bien-être qu'en exploitant lés autres. 

C'est dans la classe des capitalistes au petit pied 
que l'on trouve les plus féroces i réactionnaires* les 
exploiteurs les plus impitoyables ; leur avidité i et leur 
amour de lucre étant en raison directe de tout ce 
luxe qu^ils voient au-dessus d'eux et qu'ils espèrent 
atteindre en devenant de plus en plus rapaees. 

lorsque les gros financiers, à l*aide d&4euré jnen-v 
songères promesses, leur raient leur modeste péculév J 
les plongeant au fond de la géhenne d'où ils voulaient 
sortir ehgrimpânt sur les épaules des autres, ils n'ont 
que ce qu'ils méritent,^il^recoltiénl> lëÉ fMts di >lèu^* 
aveuglement Leur intérêt bien entendu leur con- 
seillait de remettre avec lès travailleurs, de solida- 
riser leurs intérêts avec les leurs, <}e tenter leur éman- 
cipation ensemble ; leur égoïsme, leur âpreté au^aiâ 1 ^ 
leur vanilé sfc m ipoiïssés ^vers-lés grw e^ploitieurl : 
tant pis pour eux, si ceux-ci les écrasent! « Qui cuyde 






— 13 — 

engeigner autrui, s'engeigne soi-même », dit le 
vieux proverbe. Pour cette fois, la sagesse des 
nations a raison; ce qui ne lui arrive pas si sou- 
vent. * 

Les travailleurs ne savent pas s'entendre entre eux ; 
c'est ce qui fait leur faiblesse. Mais les bourgeois, heu- 
reusement, s'ils sont unis pour exploiter le travailleur," 
ne le sont guère pour mener la défense de leur système. 

I^a concurrence effrénée, la concurrence à mort 
qui régit leur société règne parmi eux avec la même 
intensité que parmi leurs victimes. Leur société est 
une chasse où tous se précipitent, ardents, sur le gibier, 
se heurtant, se bousculant, se foulant aux pieds, pour 
arriver bon premier, chacun se défendant à son tour 
pour disputer la proie, dont tous veulent leur part. 
L'hallali a sonné dès le début de la chasse, et la curée 
a commencé aussitôt, se continuant, depuis, sans inter- 
ruption, la victime renaissant sous les coups' des chas- 
seurs qui la dépècent pour s'en approprier des lam- 
beaux. Mais la victime n'est pas morte, elle peut se 
remettre sur pied* elle s^y remettra grâce à la division 
des bourgeois qui, solidaire^ dans l'idée d'exploita- 
tion» ne ïe sont plus dans la façon de l'opérer. 

Si les bourgeois pouvaient faire abstraction de leurs 
intérêts personnels, pour favoriser leurs intérêts de 
classe, Jaisituà^on-sèràit insurmontable pour les tra- 
vailleurs. De l'entente des bourgeois; il ressortirait 
un ensemble de mesures qui auraient pour effel de river 
les travailleurs sous leur joug d'une façon indéfinie; 
Heureusement que cette entente est impossible, que 
l'amour du lucre individuel les régit au point de ne plus 
comprendre l'intérêt de classe; que les an^bit ions poli 
tiques ^.es mènent à se faire la guerre les uns aux 
autres. . j 

Et, > se faire la guerre, ils sont forcés de se porter 
des coups j ces coups, c'est leur système d'exploitation 



— 14 — 

qui, en définitive^ en subit les eftets destructeurs ;„peu 
à peu, ils enlèvent un icoin du masque, dévoilent, une 
turpitude qui, en s'étalant au soleil, fait réfléchir les 
travailleurs, leur enlève le respect d'un ordre de choses 
qu'on les avait habitués à regarder comme immuable . 
Les fautes ^e la .bourgeoisie contribuent pour une 
aussi grande part que la propagande socialiste dans 
la .démolitions de l'ordre bourgeois; Le système produit 1 

iui-même le h ver rongeur qui le mine. II. est de toute 
logique que ce qui est constitué anormalement pro- 
duise les causes quile désagrégeront. Ne nous: en plai- 
gnons pas, c'est une partie de notre besogne qu'ils 
font; . 

. Les temps ne sont pas loin t où c eux qui » craignent 
encore la Révolution en viendront à l'envisager avec 
moins d'efilrou, La société elle-même les amènera à 
désirer-cette. commotion ; quis doit les débarrasser des 
turpitudes où elle .nous enlize tous les jours . 

L'idée de -révolte gagne continuellement du terrain ; 
elle s'incruste graduellement dams les cerveaux,, elle 
se répand dans: l'air, formant un e seconde atmosphère 
qg&À les individus r- respfrent f « dont - s 'imprègne tout 
leur être ; Laissons^la cgagner encore un peu de terrain; 
le jour n'est pas ïoin;;otLil suffira d'un bien petit choc 
doué qu>U& éclate^ eniramanidans son, tourbillon^ à 
l'assaut, du pouvoir, à^la destruction, des privilèges^ 
ceux qui r aetùellément r > n'envisagent lalutte, qu!avec 
crainte ekdéâance. 

Âllons r travailleurs,,, il est. certain? .que dans la 
société actuelle, les machines vousJont tont. Ce. sont 
elles qui vous, enlèvent,, lé travail, qui ^occasionnent 
vos chômages, font baisser: ^osssalaires ; ce sont elles 
qui, à unïmoment donné,; .en* mettant ^un tropv g£aad 
nombre des?; vètresàiSur le^ave, feus forcent à lutter 
lés uns contre les autres^ pour vous disputer la. pir- 
, tance que vous ra^oniientwos, maitres^ jus^^ee que 
.Fexcès ^^deiimsère^Qus Morceaux résolutions extrêmes. 



— Va — 

Mais», est-ce bien à elles que vous devez vous en 
prendre de tout ce mal ? Est-ce bien à elles que vous 
devez reprocher de prendre votre place au travail ? 
. — Ne seriez- vous pas satisfaits de n'avoir plus qu'à 
vous croiser les. bras et à lés regarder produire* en 
votre lieu jet place ? Ne serait-ce pas là le plus bel 
idéal à. donner à l'humanité ; dompter les forces, nar 
turelles pour leur faire actionner cet outillage rnéca- 
niquei leur faire , produire la richesse pour tous, tout 
en, demandant moins d'efforts aux individus? 

Eh bien, camarades ! cela se peut, cela , sera si vous 
le voulez ; si vous .savez vous débarrasser des para- 
sites? qui non * seulement absorbent le produit de 
votre travail, mais, de plus, vous empêchent de pro- 
duire selon vos besoins. *«. 

La machine est un mai dans la société actuelle, 
parce que vous avez des maîtres qui ont su faire 
tourner à leur profit exclusif toutes les améliorations 
que le génie et l'industrie de l'homme ont apportées 
dans les moyens de production. 

Si ces machines appartenaient à tous, au lieu d'ap- 
partenir à une minorité, vous les feriez produire sans 
trêye^ni repos r et plus elles produiraient, plus vous 
seriez heureux, car vous pourriez satisfaire tous vos 
besoins» ¥@tre production n'aurait de bornes que par 
votre faculté de consommer. Quand vos magasins se- 
ràientfpleins, voua ne vous amuseriez pas à produire 
des choses dont vous n'auriez plus besoin, cela est 
èvidem^ ; mais éâmé vous jouiriez de votre repos en 
paix, vous n^am?i&z p&â ï là peur de la misère comme 
aujourd'hui, lorsque vous chômez. /Dans la société 
actuelle, quand vous ne travaillez pas, vous n'êtes pas 
payés V avec une organisation tout autres le salariat 
étant disparu, vous auriez la disposition de ce que 
vous produisez et leur encombrement serait pour vous 
la richesse, et non la misère. 

Dan&ces cOndîtroîrsviBS machines seraientiiirbien- 



«, 



;—. 18 S"' ■'■'" '■■'. 






fait pour vous. Donc, ce ne sont pas elles qui «ont la 
cause de votre misère, mais ceux à qui eHes servent 
de moyen {(^exploitation. * * • -'■■ :-*A 

CamaraaeSde misère, quand énervés par un long 
chômage, quand, désespérés par des privations de 
toutes sortes, vous en arriverez à maudire votre si^ 
tuation et à réfléchir aux moyens de vous en assurer 
une meilleure, attaquez-vous aux vraies câBse^rde 
votre misère, à L'organisation capitaliste qui fait de 
vous les machinés des machines; maïs ne maudisse^ 
pas cet oufilla^e qui vous aiFrânchirâ -dès forces ;*&$-■ 
tureiiés, si vous" "savez vous affranchir de ceux qui 
vous exploitent. C'est lui qui vous donnera le bîen- 
être... si vous savez vous en rendre les maîtres. 










PARISï — * ÎMPRIMEBIK CHARLES BLOÏ, 7 t RBE BI 



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jucs j«riixij.s.vixa5 /vu/ jin-t; îict/?^ 

Bibliographie anarchiste, par Nettlau ....... 

Volumes de chez Stock : 

La Conquête du pain, par Kropntkhtc 

L'Anarchie, son idéal, par Kropotkine 

Œuvres de Bakounine . . 

La Société future, par J. Grave . . 

La Grande Famille, roman militaire, par J. Grave . . . 

L'Individu et la Société, -par J. Grave 

Biribi, de Darieti 

Bas les cœurs ! de Darien 

Sous-oijfs de Descaves .«=.,......,.... 

Psychologie de l'anarchiste socialiste,, par A. Hamon. 
Psychologie du militaire professionnel, par A. Hamo 
L*Inquisitiou en Espagne, par Tarrida dei Marmot . 
Révolution sociale et Révolution chrétienne, par Ma /al 

La Douleur universelle, par S. Faure 

Le Socialisme en danger, par Dometa Nieuwenhuixr . . 
Evolution et Révolution, par Elisée ' Heclus 

De chez Flammarion : 

X*es Paroles d'un révolté, par Kropotkine 

De chez Perria : 

Correspondance de Bakounine 



2 75 



3 



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O 



Les Temps sont proches, par L. Tolstoï, . , 

Enquête sur la question sociale, par J. Huret ....... 

De la Plume : 

Similitudes, par A. Retté 

Aspects, de A. Retté 

La Forêt bruissante, par A Retté, 

De chez Sçbleicher frères (Reinwald) : 

Les Religions, d'André Lefèvre . . . , 

Force et Matière, par Buchner . , 

Science et Matérialisme, par Letourneau 

De chez Dentu : 

Le Primitif de l'Australie, par E. Réélus 

De chez Charpentier : 

Au Port d'armes* par Henry Fèvre. . , , . . ,. . . ; franco 
Souvenirs â*s» matelot, par Georges Hugo. J. . . . — 

La Mêlée sociale, par G, Clemenceau . 

Le Grand Pan, par G. Cïémmceati. ............ 

^ ; ^ ^ ^ De chez Oïlendorff : 

Le Calvaire» par Mïrhem . . .■•,.,■._.....,.,,... 

De chez Pedone : 

L Histoire sociale au Palais de Justice, par de Saint- Auban. 



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LES TEMPS NOUVEAUX 

Parpi^arinf tnns !p« Rïnnrs iLVP.c, un SuDolément littéraire, 
10 centimes le numéro. — Administration : 140, rue Mouffetard. 

Abonnements : France, uq an, 6 fr.; Extérieur, 8 fr. 



En vente aux Temps Nouveaux : 

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bois; par C.Pisaarro '{épuisée; >- L'Errant, par X. — Le Démolisseur, 
par Signac.^- I^Aj£t^ f j)aYJehtiirfiet. L'Aurore, par Willm me. — 
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BIBLIOTHÈQUE DÉS TEMPS NOUVEAU* 

§./> r«£ #es MperannierSç Èru$eties. 



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•Les 




» 10 
» 10 



L'Evolution légale et Ktaàrôh% p^r EUsée Redits » 10 

Un anarchiste devant les tribunaux : Georges Etiévant ■ » ■ 1 

r ^^^i^M^^^4mrê&3^^1S'e^0uë':' .S: : r -,V * . V . .:'** * - *-10 
L'inévitable Anarchie, -jjft'r Piixrè/Kmpotkhe. ....... » 10 




La Grande Giève t&es ^^^Xlo^s/pâr /. Btirnf èÉ |». Kropol^tne. » 15 

••>*p^^#yÉiWv'ii&a--iïi^aa'ï^ par un certain nombre, à la fois, les petites 
brochures se vendent a fr. 85. les Ittnôîgïafebies fr. 15, et les volâmes 

• ■■p^te. : -.- " * ; . .. 

I^Ôt^K^»^ /' ' " ôf-»6fi? PARIS. — DTÏ>Ra«T.RîE Ck\KIiES lîLOT. 7. RPE BLEUE. 



ï 



r 






fc< VOLUTE 
CRav< 





**M M0UFRT4*)> 




Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France 



BROr.HlKES KDITKKS PAU LA lŒYnLTK 
épuisées ;i l'heure actuelle, iikus dont réimpression mm'h i'aifr 



L'Esprit de révolte, par Krrpotkine . . . . ■ 15 

Le Salariat, par Kropotkine » 15 

Evolution et Révolution, par E. Reclus » 15 

Les Prisons, par Kropotkine ■■. . . , ^ 15 

La Morale, par Kropotkine «15 

Les Produits do la terre et les Produits de l'industrie, 

pav X, ...... . I » 15 

Richesse et Misère, par X. s 15 

Les hommes et les théories de l'Anarchie, par Hamov . . » 15 

L'Anarchie dans l'évolution socialiste, par Kropotkine. . . «15 

Aux Jeunes Gens, par Kropotkine. » 15 

Déclarations d'Etiévant . 15 

Patrie et Internationalisme, par Hamon . .......... » 15 



v En dehors de l'album, nous avons : 

Un repaire de malfaiteurs, par Willaume. '. . 
L'Ecrasement, édit. par An-Archht d'Amsterdam 

ï^llaoyemhre 1887, eau-forte v 

Bakounine, portrait au burin par Barbottin. . . 
Proudhon, portrait au burin par Barbottin . . . 
IÇa frontispice en couleur, par Willaume, pour 
le pfëauer! %$&!%& M Su^îémetit . . .... ), 2§ — 1 40 





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publications des « TEMPS NOUVEAUX 



iV° 7 



JEAN GRAVE 





e édition : 10.000 exemplaires 



10 oisivi^iwpes 



»jBP'Qffe«B@MLt- 



i..«sWI. 

'1'" 



■\&èi3# ... 





f. 



.-^ V. ' PARIS ;.-:|;; ; -, 

'A^;;^rea;ux des «^«^^^^«V^AU^ ;>> r 

1898 




iêîS^L 









Extrait de Vlridividù et la Société, 1 vol. ,2 fr. 75, 
«chez Stock, éditeur, Galeries du Théâtre Français 
-et aux bureaux des Temps Nouveaux. \ 






'1 



v 









re ■JiWfïiïlSf; mWW^^LâMMipfiïlM 



Beaucoup de révolutionnaire^ . s'imagi^M,^© la. 
révoj^on^Ea ca^b^4e t^ns^pr^ç^ à^^e ^le,t0^ur 
tes les îÇ0n«B{^ns. Il^at,})^ d$ \.<pé$P*i : fe )Wi@P< ^te 
am^^ei^en^caîç e&$iÊ$ÏM5^ 

préfre#sipttv(te ^ . - t 

rem^ir^i^pMi^ 

Ont-s'est .f^eg^^;-^bJËt^ : ^|iâ^jpi 1% bp^^t^, de ; 
puissances surnaturelles y que lors^u'iLs'ajIt^s^^àl^ 

bienfaiteurs inconnus. ;',-■■■ 

Après l'avoir attendue le Dieu, on l'attendit du Roi; 
les rois étant mis à terre; on plaça sa confiance en 
l'Etat; raison anonyme des gouvernants; puis ce fut 
en le journaliste du coin que #on espéria v après aveu* 

nous^esfc e^aajr^voluti^^^aii^ttn^ l^ère^O*^ 

soirm^ae. . . ,^ 

actuelle .ne^dera que -devant um soulèvement jd^s.désr - 






:•. 






hérités, certains s'imaginent que le seul but à poursuivre 
est la révolution. — .Violente, ajoutent-ils, par amour 
des qualificatifs redondants, comme si l'emploi dé 1 a 
force n'était pas la violence. 

Absorbés par cette pensée unique : la révolution 
nécessaire, l'essentiel, selon eux, est de la hâter, de la 
provoquer toute affaire cessante, et, l'ordre de choses 
actuel renversé, tout irait pour le mieux dans le meil- 
leur des mondes possible. 

Leur raisonnement est celui-ci : « Si nous atten^ 
dions que chaque individu ait accompli son évolution, 
nous en aurions pour, des siècles avant de voir s'opé- 
rer une transformation. L'homme est dans un milieu 
qui le rend mauvais; il faut changer eè milieu pour 
lui permettre de devenir apte à comprendre notre 
idéal d'harmonie. » 

Or, c'est retourner les termes de la question, mais 
ce n'est pas la résoudre. 






Le milieu dans lequel nous évoluons rlehd les indfc 
vxdus fourbes, insôckblés,rapà 
haieuTs; cela" est de toute évidence ; il fôutlë-ëhângéï% 
cela est encore vrai; et si nombre de ^otis-àûtres 
avions en notre possession lui de çèsbohs^ vieux 
t^ishiaiïs dès Montes de fées" qui ont chaire notr¥ en* 
fanée, à, Faidé desquels il n'y av^it qè'à formuler son 



.— 5 „ • 

souhait pour que « cela fût », le vieux monde, cela est 
certain, aurait vécu. 

Mais, génies et fées ne sont, hélas! existants 
que pour la crédulité enfantine ; les sorciers, s'il 
en reste quelques spécimens en quelques bourga- 
des reculées, sont en train de disparaître devant 
l'instruction ; et les talismans, s'ils ont cédé la 
place aux tables tournantes, n'ont pu leur trans- 
mettre leur puissance. Il suffit d'un incrédule en 
leur présence pour les réduire à l'inertie °. C'est sur 
les seules forces humaines qui se trouvent en ce 
milieu pourrisseur qu'il nous faut compter pour le 
changer. 

Or, si le milieu impulse l'individu; s'il est vrai que 
ce dernier ne peut échapper complètement à son in- 
fluence, il est également vrai que c'est l'individu qui 
crée, en le transformant, le milieu en lequel il se 
meut 

Quelle que soit la puissance que notre état social 
fournisse au capitalisme, si ce dernier ne trouvait pas 
dans l'ensemble de ceux qui subissent ses effets un 
appui moral qui lui permet de perdurer, cette puis- 
sance lui coulerait des mains, car les forces dont 
il dispose refuseraient de le servir plus longtemps. Et, 
quelle que soit notre impatience, quels que soient nos 
désirs, ce ne sont pas nos objurgations révolutionnaires 
qui enlèveront au capital ses défenseurs* mais la com- 
préhension •—• vaguement intuitive, sinon nettement 
formulée — qu'ils font métier de dupes 



eu aB&uiraut a* 






■ _„• 6 ■—' 



* 



"il 



leurs exploiteurs h! traîïqùïlïe jouissancp ëe ce que? & 
eux, spoliés, il a été enlevé. r — 

Si, après tant de révolutions, les anciens abus ont 
persisté, du oét réussi, àms le nouvel état decboses, à 
se faire jour sous de nouvelles formes, c -était, il faut 
bien le reconnaître , ou que les i initiateurs dm mouve- 
ment, trop en avance sur la foule, n'avaient pikréussir 
à l ! en traîner dans leur marcfee en avant, "ou ■r-'- ce iqjui 
est plus probable — - leur àyanee sur la masse, plus ap- 
parente qu'élective, laissait en réalité teïjrs concep- 
tions au niveau de la moyenne et tout leur ; Eévolution- 
narisme se bornait à des changemeiiats t de ^m£. Mais, 
d'une façon ou d'une autre, l'état social revenait tou- 
jours au »i veau des conceptions moyennes. 

Le milieu agit sur l'individu, mais, 4 son tour, Fin- § 

?dividu réagit isur le milieu : voilà le dilemme. Cola- "U 
ment en sortir? 






i 



Je comprends ^impatience qu'éprouvent nombre de | 

\nos camarades, a voir les idèi33 ofe^ine^ si lentement | 

— en. apparence, car il ^y a pas d-i^êeOTi ait marché If 

m vite , que l'i dée anarchiste ;■' — Ji ^st légitime le îdésir i 

de ceuxquit souffrant de Jas^^ |f 

Réaliser une vie m^Uleure; fîo^n^e efe je voudrais 
v&ir se Réaliser «imi$^^ #aixf de 

^p#be^et dfharm 
tp^te^BOS; /a^ir^a^ 



s 



enânsoctir 4e cette atmosphère iqui étoufi%. les meil- 
leurs .sentiments, comprime dos aspirations ver& îe 
mieux-, écrase le& volontés Jes plus* fécondes. 

Mais r quels ^u,e soient nos désirs, quelle que soit 
noire volonté ard&nte td'eci âujr avec« (milieu corrup 
teuf, iliïiw faut Gômpta avec la -réalité., et la réalité 
est .que, quelles que soient les vertus » bienf atonies 
dont notre imagination ait doté là révolutioin, quelle 
quesoit la puissance que nous lui attribuions en nos 
désirs, elle ne poucra; être que ce que seront ceux qui 
l'accompliront. 

La résolution qu'est pas Jine entité idont la puissance 
agit en vertu d'une force secrète qu'elle tirerait d'elle- 
même. Ge n^estipas?un'peP5Qnnag.e*j3aéi;apniyBif uedoué 
de toutes: les virtualités. :>G>st tuinîfaitqui s&ccomplit 
sous l'Im/piulsion ^d'tndimdu^Mtés qui ne ^omtront opé- 
rer auteur belles, qiue les feRansfommations qu'efes'&u- 
•ronk&u, au préalable,, déjà) opérer rthns leur cerveau . 
■..■ ■■,';. -Cle&t, ressasser une yéiàbé reconnu^ en répétant que 
,1a Révolution s'accomplira sous la pression de ciamoas- 
tane&sdoçalesL "*. , 

Quand iceux, qui, à l'Eure actuelle, ^uèissent ou 
^s#uti«n^eiBfe BoKÔVe\ de rcnoses actuel auront compris 
i <$ue 4a société qu'ils «ufeissent ou défendent ne peu t 
^àe#e#âtei^ur e&p&oita$ion; *■. 

^u$n<k fe é& eo^r apx?è&îdes réforaa^llusoires, 
eeùxrgul^ 

4îra^siopaé ; se-SÉaî©nt ©endu ^om^te^que c/est: en .son 
^nfemMeiquëKdoit. êtr^^^é f eÉ non en ses#aa3tdss r 




®mmm$m$%m 







AÊ 



S 



si ron veut en modifier les effets, il se sera alors crèWttn 
état d'esprit favorable à la révolution, là moindre dès 
circonstances, suffira à la faire éclater. 

Les irï&ivio'us ayant évolué, leur manière d'agir 
s'étant insensiblement mais graduellement transfor- 
mée, ils arriveront en conflit avec les institutions so- 
ciales. Comme la sève qui, gonflant l'amande mise en 
terre, finit par faire éclater le noyau qui renferme, 
Tidée aura amené les esprits au moment où, sentant 
les barrières sociales leur être une entravé intolérable, 
ils les briseront sous la poussée interne qui les en- 
traîne vers l'affranchissement intégral de tout leur 
.être. ■'"""■ 

Mais, encore une fois, pour être en état d'accomplir 
cette révolution/ faut41 que les individus aient, en 
leurs conceptions, su faire table rase des anciens pré- 
jugés; qu'ils en aient compris toute l'absurdité et se 
soient fait un autre idéal de vie; qu'ils aient, en eux, 
en leur cercle restreint, opéré, en petit, la transfor- 
mation qui doit s'opérer en l'état social : celui qui ne 
sait pas se réformer lui-même étant, du reste, toujours 
très mat venu à vouloir réformer les autres, v 

Mais ici nous tournons en un cercle vicieux, et ceux 
qui croient à la toute-puissance de la révolution pour 
créer un état d'esprit adéquat â /de nouvelles^ mcSûrs 
me répondront;; «Gomment vbule#vous4Uelésindî- 1 

vidus deviennent iràncs/ solidaires et conscients dans 
un milieu qui les abêtit- les rend fourbes, ràpacesy et 
agressifs ? — Si je leur réponds : Gomment pou ve«-vous 






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,v,.-, H .^ rv -.-- ..,:■,,,--,-. / ■_ - ; : g;_Nr ■ ■•**./ ;■■■■:.:'',>::- ■ :• : : ', ;. fe 

opérer changer un tel milieu avec des éléments qui 
trouvent cette marche des choses toute naturelle et 
n'éprouvent nullement le besoin de sortir de la fange 
où ils senlizent? — je serai absolument dans la même 
logique, et nos arguments auront égale valeur. 



* 



Si, de tout temps, ils ont été majorité ceux qui avaient 
à souffrir de l'arbitraire social, ils n'étaient que mino- 
rité très infime ceux qui avaient compris que le mé- 
canisme social fonctionnait à leur détriment. 

De tout temps aussi, cette minorité a existé. Tou- 
jours il y a eu des individus qui étouffaient sous l'état 
de choses existant et voulaient élargir le cercle dans 
léquelsemouvaU l'humanité. Mais, en temps ordinaire, 
ces individus restaient isolés, incompris de l'énorme 
masse. Ce n'était que lorsqu'un noyau plus important 
d'individus était parvenue s'assimiler quelques-unes 
de leurs vérités que ces vérités devenaient aptes à 
commotionner les foules. 

Or, à l'heure actuelle, l'idée anarchiste remue for- 
tement certains cerveaux; par certains côtés, elle a 
j Jîrîs^suE la/ mas$ç ■ elle commence h vouloir entrer 
dans , les^its^maîs force nous est bien de reconnaître 
: 'MffS 1: *> n accepte certains de ses détails,, elle est 
- W n ëS'^é;COïBprise en son ensemble y efequ'elle a en- 
" j ^^^■J^^e-1>éiîiQde évolutive à accomplir avant 
^re^u^^issante suriesloules. 



!' : % ■.'•" ■ ' 

Mais cette évolution des idées nnOiUSuproïive f ipie T 
quelle que soit l 'influence .du milieu., il y a dès «orga- 
nismes qui y sont plus ou moins ?réfr.aetaires ■.; quelle 
que soit l'ambiance, il y a des aptitudes qui s'acquiè- 
rent et se transmettent d'une génération à l'autoe, 
finissant par amener ceux qui en héritent à suivre une 
voie évolutive différente de ceux qui, continuant à 
subir les influences premières, se modèlent plastique- 
mentaux conditions -d'existence qui leur sont faîtes. 
Ce qui se passe dans l'ordre physiologique semasse 
également dans le domaine intellectuel. Iî y a — je 
néglige les nuances— ceux qui, croyant l'autorité et 
• le capital les deux assises nécessaires \de tout ordre 

social, les subissent ou les défendent sans chercher à 
les analyser, se conformant passiveïftent aux ensei- 
gnements de la morale qu'on leur inculque dès leur 
naissance; il y a ceux qui veulent les mitiger en y 
apportant quelques perfectionnements, rt ceux, 
enfin — dont nousifaisons partie -— qui, tr®UîVant ctsout 
le système mauvais, veulent le détruire de iond-en 
comble, et cherchent à réagir contre les conditions 
d'existence qu'on leur imf ose. 

".;.'■'. .Analysant les préceptes qiu'on leur &nseigaa r ces 

derniers n'acceptent .qu'après ^nûre «délibération ce 

| que leur t rakon leur ^aitvtopuverv^ 

tait ee qui ne leur, paraît pas absolu^o^nt démosttiré. 
Et si cet esprit critique -ne se transmet; pasvtoujiours 
4'iasGendant à- 4esçea4&mV cornue çertai©eB aptitudes 
physiologiques, il ..m transmet v#arf J^xem#î^,Kpar 



l'enseignement, au sein des gé&ér&tions vwaa&tes,- et à 
celles <cmi suivent. Chaque progrès epi s'accomplit 
est>un pas de fait- v^s ^possibilité ide Aa révolution. 



* 



lorsque j'ai déjà traité ce- sujet (1), quel que &wma ont 
cru /que j e désirais voir reculer la révolution ^OfU<r>que 
chacun eût le temps de transformer sa mentalité. C'est 
là une erreur. En parlant de Rendre les individiU^COns- 
cients, j'ai toujours en vue la minorité agissante, -la 
minorité qui, par son -exemple, .doit exciter là masse 
plus >réfraetaire, n'attrapant que les bdbesdes Idées 
jetées au veM. Mais il ne faut pas lotiblier que ce sont 
ces bribes qui germeront plus tard sous la ipoussée 
des -événements, et qu'il faut les semer pou* quelles 
germent. 

al est, je crois* ira fait indéniable : $*lus JMée aura 

le i^mps d'évoluer et de se développer, plus^aatéMoki- 

tioa qu'elle engendrera sera mûre , consciente * et fo-o- 

ffifnde ; maïs il ne dépefnd/de ^personne d- avia^er «ou 4e 

^reéiiler les événements à la réalisation desq*uels cqu- 

^©u^eïit des miniers de causes. Chacun 4e ^ious,MP^r 

son action , y eistre Men^pour^nepart^inais si>ininité- 

simale, que , cette part d'action disparaissant, le cours 

dès événements n'en serait pas sensiblement modifié. 

Donc:, à quelque point de vue que riou^ envisagions 

{4aéésÉlulidn, si nW reste pas moins aeqrtiqu'ellè est 



fî) B^jqts les Temps Nouveazix, 2 e année. 






ntïimtsii 



* 



_- 12 ._ 

nécessaire, inévitable. Et alors, quand nous ^eman- 
dons aux individus qui travaillent à sa réalisation de 
ne pas se tfqrner à de simples désirs, à de vagues as- 
pirations, à d'indécises formules que Ton répète sans 
savoir ce qu'elles signifient, ce n'est pas ajourner la 
révolution, ni la diminuer, mais bien au contraire 
l'amplifier en la désirant plus grande, plus profonde et 
plus féconde. 

Bien mieux, si chaque individu, en ses actes, dans 
son entourage, dans sa sphère d'action, dans la me- 
sure de ses moyens, selon l'intensité de ses convic- 
tions, arrivait déjà à corriger, à supprimer dans ses 
actes, dans sesrelations, ce qui lui semble choquant de 
la société actuelle, il aurait contribué à avancer la 
révolution en aidant à créer un état d'esprit en désac- 
cord avec les institutions présentes. 

N'est-ce pas faire œuvre révolutionnaire des plus 
rationnelles que d'essayer d'apporter, en nos relations 
présentes, un peu de ce que devront être nos relations 
futures? Et comme une nouvelle manière d'agir amènV 
insensiblement ceux qui sont en contact avec elle à 
une nouvelle façon de penser, c'est, en agissant ainsi, 
agrandir les possibilités révolutionnaires. 



■*. 



La révolution n'est pas une idée, ce n'est pas Une 
conception sociale C'est un fait, une nécessité, un, 
moyen. Elle doit déblayer le terrain des obstacles qui 



' -13- '." ' " ' 

empêchent l'évolution humaine ; rien de plus, rien de 
moins. Elle n'apporterait pas un facteur nouveau à 
l'évolution sociale; v/ si" ceux qui l'accomplissent n'ont 
pas, en puissance, en leur cerveau, une idée qui les 
fasse agir. 

Aussi, dire que Ton veut grouper les individus pour 
faire la révolution, c'est parler pour ne rien dire ; car, x 
sauf exceptions des plus rares, on n'est pas révoiution- 
naiie pour le, seul plaisir de se battre ou de culbuter 
un gouvernement. On groupe des individus autour 
d'une idée; si cette idée, pour sa réalisation, comporte 
les moyens révolutionnaires, ces individus se prépa- 
rent â la révolution en développant leur, idéal. 

Les autoritaires qui ont la prétention de s'emparer 
du pouvoir et de s'en servir pour le bien de tous, peu- 
vent, eux, considérer comme secondaires leurs idées 
de transformation sociale. Qu'importe que les indi- 
vidus Cachent plus ou moins ce que l'on attend d'eux, 
si l'on espère s'en servir polir assurer l'autorité à l'aide 
de laquelle on opéreraîes transformations que l'on aura 
décrétées L'olîjectif étant de s'emparer du pouvoir, il 
sufftt de grouper les individus désireux d'un simple 
changement politique, sans qu'il y ait besoin de leurin- 
çùlquer des notions de ce que devra être le nouvel ordre 
de choses, puisque s. Ton se charge de penser pour eux. 
Lorsqu'on a la volonté de commander vaux autres, il 
estintïtliês*-^ voir#*dangereux •**. 4e-chérçher à les 
instruire sur ce qui leur serait lë a mietk.Pour^^tie 
léschetssa^ 



'■^/■ < f'.*.v ' ; "-,Vv ■' ■ ■ '-'■■■ù--\ l - J! .i.^'- ^-^ ^•'V.rv-'-. '■ •■:•.-■ •■:-/-.--A".'s'*>;V; v ''; ., J' *" ; ,' ' ; \ 



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14- 



main de la victoire, iautite de;p©rdms0j34@iMpstM<Dïitë~ 

rer des idées dans laj tête décerna qm aw<Mit à obéir. 

Et encorev celajne réussit-Mi pas» toujours ; car il arrive 
que ceux que Von* a enrôlés éelia^pen* à ; -votre com*- 

mandement pour aller à un chef qui leur sembfe plus» 
apte; 

Ums g' est pour les* anareMst -s;-: qu'il n'eaa! va pas de 
mêirâfe iftïfaut que ceux.qui partkipeKGiit àf là révolur 
tionr alenet la conscience claire de ce qu'ils veujlenît 
^ux^B^êmes, et ce n'est qsue; 1&: compJtébeBsàQn, nette 
d'u^iidtèailquèprtMeu^d^^ 
desi;i#ées dans \ la tète des ^ntoidus qtoe> consister la^ 
véritable besegne révol^otH^ipey 

EûMtemps; aorraal; c^est la*naésse ignorante qmi i®r 
pose^sesivoîontésv retarde révotBitiaia, et travaiMe- au 
maâiÉfciea des vieilles imsfcitiBliioHS. Le; sucrage uni- 
versel! j c©freeîïnteiaà*( tde « JiïéÇÈioeritfêsv est s bien d'iasiatti- 
me*»t*app*ap^awègaeà. 

Mte,; auiseiH ; de-cétte a*ass% s& c^éetnfo d©s>eentres 
d'a^atreni quii -^aduelkiïi^tv wtitomt&lv.* c6M$ui 
ni(f^t(im&\$wià&êfailimr&i trépidation^ fy rentralner* 
dattst; leur orîie. 6'est làv ou * \$ -, mimrité in4e&i$&^ 
prewd- sa! ravàœe&ej sur; l%n®raswîey en I^*fceal~ 
-naat^i .m&iprér eli^ am ^Ofâq&é e$ & Fïa#j?a&e&i&. 
senώttl. 

Sn^é^l^iwia^tdeHeïn^ 
lutiojà se#a$fcfée&nd$ en r^srtatf »; mai^ât y a <Je&*ei$- 
«ori^nees^iti^i^ï cêinrg^tpê^^ d<er> sa$tses;é@Q&o* 



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avant que les idées aient accompli leur lent travail ~ 
d'évolution. 

Malgré cela, si elle a bien compris son rêle> la mino- 
rité agissante peut asroiïn une mitante» énorme *«atr le 
cours de cette révolution. Qu'elle acquière donc une 
conscience nette de l'idée. 

Mais si, comme dans les révolutions politiques pas- 
sées, elle n'a, elle-même, aucune idée dans la tête; si 
tout son révoluMonnaiâsme n'est q s ue de surface, en les 
mots, en une attitude plus ou moins belliqueuse, c'est 
la masse qui la*submeKgeE& encore, enrretou^a^t^sojï* 
point de départ. C'est pour qu'elle rie se laisse noyer 
ni déborder que- je voudrais la voir consciente. 



■■/ .,v,> ■•- .' 



'■"{' 



PÂU* j. — liK-RiMERlE CHARLES BLOT, 7, HUE BLKDE. 



'(':>$r^V'-''"- 















l^î ié.i. 



Brochures éditées par le groupe des E. S. R. ï. : 

Les Révolutionnaires au Congrès de Londres » 

Réformes et Révolution . . . .",..■■ » 20 

L'Individu et le Communisme . . . . » : 20 

Comment l'Etat enseigne la morale . . . I 50 

Misère et Mortalité. . ... .... » tq 

Pourquoi nous sommes internationalistes . » 20 






■r-'i 



Brochures éditées par -VA \rt Social : 

L'Art et la Révolte, par F. PeltoUtier . . .; 
L'Organisation corporative et l'Anarchie, 

par F. Pelloutier. (Epuisé.) . . . . 
L'Ecrivain et l'Art social, par Bernard Lazare . 
L'Art et la Société, par C h,- Albert . . -. . 



Brochures éditées par le Père Peinard : 

Variations guesdistes, par Pouget . ... 
Almanachs 94, 06, 97, 98, chaque. . 
Chansons en musique : 1° Les Anti-proprios . 
2° Les Libertaires, chaque fascicule . . . . 



» 15 



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Brochure éditée par la Cravache : 

Réflexions sur la propagande anarchiste à 
Roubaix, brochure éditée par le r groupe de 
Roubaix . . . . . '-v-'. ■•^ i . : -- ■ ■ '^^.^r^.^-0- 




.iâi 




EN VENTE AUX TEMPS NOUVEAUX : 

Les Primitifs, par Elie Reclus 2 75 

Bibliographie anarchiste, par Xcttiau ....... 5 



Volumes de ctiez Stock 



l»a Conquête du pain, par hropotkiae 
L'Anarcnie, son idéal, par KropotLin 






e » 60 

Œuvres de Bakounine . . . . . 2 75 

La Société future, par J. Grave 2 75 

La Grande Famille, roman militaire, par J, (Wave 2 75 

L'Individu et la Société, pai J. Grave. . . 2 75 

Biribi, de Darien . 2 75 

Bas les cœurs ! de Darien 2 75 

Soùs-offs, de Descaves ; 2 75 

Psychologie de l'anarchiste socialiste, par A. iiamon. 2 75 

Psychologie du militaire professionnel, /!/ t. iiamon, 2 75 

L'Inquisition en Espagne, par Tarrida del Marmot . . . 2 75 

Révolution sociale et Révolution chrétienne, par Ma/ah» , 2 75 

La Douleur universelle, par S. Fauve 2 75 

Le Socialisme en danger, par Domela NieiiuenfaUs 2 75 

Evolution et Révolution, par Elisée Redit s. 2 75 

De chez Flammarion : 

Les Paroles d'un révolté, par Kropotkine 1 25 

De chez. Peri'in : 

Correspondance de Bakounine 2 75 

Les Temps sont proches, par L. Tolstoï » 50 

Enquête sur la question sociale, par J. Hwct 2 75 

De la Plume : 

Similitudes, par A. Retté 2 75 

Aspects, de A. Retté 2 75 

La Forêt bruissante, par A Retté 2 75 

De chez Schleïcher frères fRfMnwald! ■ 

- - - - - i —j ■ 

Les Religions, d André Lefèvre 6 

Force et If atièrê, par Buchner . . . 6 » 

Science et Matérialisme, par Lctourneau . 5 » 

De chez Dentu : 

Le Primitif de V Australie, par E> Reclus 2 75 

De chez Charpentier : 

Au Port d'armes, par Henry Fèvre . .-.'.-, franco 3 25 

Souvenirs d'un .matelot, par Georges Hugo . ..... — 3 555 

La Mêlée sociale, par G. Clemenceau 3 25 

Le Grand Pan, par G. Clemenceau. . r ......... . 3 25 

De chez OUendorff : 

Le Calvaire, par Mirbeau 3 25 

De chez Pedone : 

L'Histoire sociale au Palais de Justice, par de Saint- Aub cm. 2 75 



^ - LES TEfcPS NOUVEAUX 

.;' Paraissant tous ies 8 jours avec un Supplément littéraire, 

10 centimes le numéro. *— Administration , 140, rue MoufFetard. 

■Abonnements : Fkanck. un an, (> l'r.; ExTictuRcn, 8 f'r. 



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15 



En' von le aux Temps Nouveaux : 

L'Agriculture, par'Jir&otkine, franco (I) . 

Un Siècle d'attente, par Kropotkmc , 

l.e Machinisme, par J. Grave . . . 

lia. Grande Révélation, par Kropotkine 

,; Les Temps nouveaux^jwr Kropotkine, avec couverture M. par 
;€. Pissarro ........ 

Pages- d'histoire socialiste, <p« / W . Tchcrkesôff. '. .' . 

: ^^narcnie,, par E. Reclus .,...' 

^.rliàpanacée^RBVOlution, par J. Grave, avec couverture de 

MOrdre pajr l'anarchie, par />. Saur in. ■.■ 1 .'.'.'.'. I '. I 

La Société au lendemain de la révolution, par J, Grave . . 
^f^ueatio». — Autorité paternelle, £«r ;4 . forard, arec cov- 

^f|È|*rer Paysans, p>tr:Matatesta r avec couverture <$e-m0aume . 

i^'ÈBfi/T^s'.^o^t^ifâ;, i r < ci ^ années, coin prête t | fV, Vannée. — t es 

fcjlenx ensemble r 10 flânes. 

V. 1.* Révolte, c«41^tion coînpiêie (plus que Ir 01$} : isp ïranes. 

j^ mi deAjW : L'Incendiaire, ^r^ce|4fau^sééj,^#orteuses do 

; : } &a* JSmn$s,^ar Ryïselberg& .«-, L'Hom^ mourant, p#r L. Pbsarw. 

^Sanf^te, par €. Pissarro. . ; . ^---'- A. .,:,... . , . 1 40 

^ ; îr^ rI i^^î*^:: 90, it-*ëndn*;s i fr. Jjjji l'exemplaire sur papier de 

^Hollande, jfr&ncp i fr: 40; édition d^ptéâràf^^^aoc^ a fr. 40. 

:!^ : U ^iv-^^^^^TN€oô^E ; des ■i^f^;^^^t]àiii\, 

f'^^^^^^^ %W 8 %«W«^%f imÉimk^AIMr^ frmeo . ' »:■ 10 

$1hB@S£Ë T?^ '^N^ soliste* nar />. Kropotànë . » lô 

aJ|S|g|||g^^ ; -/V. v.IO 

lîPWW^tont les fenfemnâux : Georges Etiëvant >> 10 

M^^SW^^w :G ^gès^mou4 r ::.. \ n / ... .; ; » 10 

^J^gpftfl^^^ehieipa/ mertetropaihîm. . \ .".-■.-' - -V |o 
^fiÉli?^* ^ % Service olâ%âtoiré T pfrr 'ïMh ToUm ..:'■■. » 10 
" W^^*FW«ol A»4renie (préface é'B.mcUis),parmuiâu q » 
::^:2*°TO e ^^ Ert anarcîiistejpar Jacques MèmU; ' . . „-. V ■ » 15 

^tfgpT QTh ?* *** Ooc^S, par J. Burns et P. Kropotkine . » 1 5 
^il^tf^ ^ s ft ^ bureaux ou par ua certain nombre à la fois, les petite^ 
^^^v^dent o fr. 05, les lithographies fr. 15, et lès vilua^ 



Ô7-M7. I*AR!S r — IMMmiKRtE CUARLKS »IX)T. 7. tlVE ftW^Tv. 



ït \ 4IKA ! i0Ni> DES «■ f '*~MPSN0W£AUfa:~4l?l\ 




Source gallica.bnf.fr ■■' Bibliothèque nationale cle France 



EN VENTE AUX TEMPS NOUVEAUX : 

Bibliographie anarchiste, par Nettlau 5 „ 

» * Volumes de chez Stock : 

La Conquête du nain, par Kropotkine 2 75 

L'Anarchie, son idéal, par Kropotkine * » qq 

Œuvres de Bakounine , [ 2 75 

La Société future, par J. Grave ....!! 2 75 

La Grande Famille, roman militaire, par J. Grave 2 7? 

L'Individu et la Société, pai J. Grave ." 2 75 

L'Anarchie, son but, ses moyens, par J. Grave . . . . 2 75 

Mais quelqu'un troubla la fête, par Marsoileau 1 „ 

Biribi, de Darien 2 75 

Bas les cœurs! de Darien 2 75 

Sous-offs, de Descaves \ 2 75 

L'Inquisition en Espagne, par Tarrida del Marmol '.''.'. 2 75 

Le Socialisme en danger, par Dôme la Nieuwenhuis 2 75 

Evolution et Révolution, par Elisée Reclus. . . 2 75 

Fabrique do pions, par Zéphyr in Raganasse * 2 75 

La Commune, par Louise Michel. 2 75 

L'Instituteur, roman, par Th. Chèze 2 75 

Sous la Casaque, par Dubois-Desaulle . . 2 75 

L'Amour libre, par Ch. Albert . . , .' 2 75 

De chez Flammarion : 

Les Paroles d'un révolté, par Kropotkine. . . , 1 25 

De chez Perrin : 

Correspondance de Bakounine T . . . 2 75 

Les Temps sont proches, par L. Tolstoï » 50 

Enquête sur la queption sociale, par J. Huret '. 2 75 

De chez Schleicher frères (Reinwald) : 

Les Religions, oV A ndré Lefèvre .... 6 » 

Force et Matière, par Buchner ] 7 ;> 

Science et Matérialisme, par Letoumeau 5 » 

Les Guerres et la Paix, par Ch. Richet 1 15 

De chez Dentu : 

Le Primitif de l'Australie, par E. Reclus 2 75 

De chez Charpentier : 

Au Port d'armes, par Henry Fèvre. . . . „' ........ 275 

Souvenirs d'un matelot, par Georges Hugo . . . 3 25 

La Mêlée sociale, par G. Clemenceau S 25 

Le Grand Pan, par G. Clemenceau 3 25 

De la Revue Blanche : 

Sous le Sabre, par Ajàlbert 2 75 

L'Armée contre la Nation, par V. Gohier . 2 75 

La Débandade, par M. Lami .........,..,., 275 

La Clairière, par Donnay et Descaves . . - 2 75 



/ÛfcPOT tK U\C 

y IHIlilM I iji ""'^y 



ENSEIGNEMENT BOURGEOIS—^ 

ET 

ENSEIGNEMENT LIBERTAIRE ï [{) 






* -1 




^/Camarades, 
V /■■.. ,.,,'6/ 

:(G'fest4 dessein que j'emploie ce mot : camarade 
qui, n'ayant pas de genre, exprime parfaitement ma 
pensée, en nous réunissant tous sous une appellation 
commune, supprimant les distinctions d'âge et de 
sexe qui ne doivent plus exister lorsque nous nous 
réunissons pour une couvre d'étude ou de propa- 
gande.) r r 
Donc, camarades, 

Avant de vous dire ce que seront les cours dont 
cette réunion est l'annonce, il sera peut-être bon do 
vous faire l'historique de ridée qui nous y a menés 
A différentes reprises, plusieurs d'entre nous avaien t 
eu 1 occasion d'entendre les doléances de pères de 
famille en quête, pour leurs enfants, d'une instruction 
saine et logique, et se plaignant de ne pouvoir trou- 
ver cela dans la société actuelle. 

L'éducation, ce qu'elle est, ce qu'elle a été, vous le 
savez tous, et nous ne sommes pas les seuls à le recon- 
naître, — nombre de bourgeois des plus fieffés com- 
mencent eux-mêmes à en comprendre les inconvé- 
nients. — L'éducation, accaparée parl'Etat, ne pouvant 
se donner que sous son contrôle, ayant créé une caste 
à part de- ceux qui sont chargés de renseignement, 
part de cette vérité originelle que l'homme est un être 
paresseux qui ne pense et n'agit que sous la pression 
du besoin, mais qu'i s ont trouvé le moyen de Chancer 
en erreur, en raetta ^s entraves à la satisfaction 
des besoins, et en venant substituer leurs volontés, et 
leurs métho des, à celles du besoin lui-même. 

aJM Lu p 5 le c ? m P a g n0n , Gra^e à la séance d'inauguration 
SociS'saviXf ementlibertaire > le * 2 février, à rtfôtel de* 









. > 



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t t. » • 



Et alors, au lieu de chercher à développer le besoin 
'd'apprendre que possède tout individu, au lieu de 
s'inspirer des résultats acquis pour faciliter la recherche 
à toute conscience en éveil, au ileu de lui rendre la 
tâche attrayante, ils ont fait de Téducation un instru- 
ment de torture, ils ont prétendu fourrer de force, 
dans la tête des gens, des idées qu'ils n'étaient même 
pas sûrs de bien comprendre eux-mêmes, de façon à 
répugner même aux plus assoiffés d'apprendre. 

Ce système qui avait pour résultat de façonner les 
cerveaux à la guise des éducateurs, de tuer l'initiative 
de Télève, en le bourrant d'idées toutes faites, ne lui 
demandant que de la mémoire, et non de l'esprit cri- 
tique, ayant bit n soin même d'étouffer ce dernier, 
lorsqu'il voulait s'exercer, cette éducation faisait trop 
bien l'affaire de ceux qui se Sont donné pour mission 
de diriger l'humanité, pour qu'ils n'essayassent pas de 
l'amplifier et de la perfectionner dans ce sens. 






« Inculquer l'esprit d'obéissance, de soumission aux 
maîtres, annihiler sa volonté devant celle d'une auto- 
rité supérieure, toujours abstraite, mais représentée 
par des êtres de chair et d'os : le prêtre, les gradés de 
tout poil, civils ou militaires : ie gendarme, le juge, 
le député, le policier ou le roi, au besoin, l'habit ga- 
lonné du garçon de bureau. » . 

Voilà quelle fut la tâcha de ceux à qui incomba le 
soin d'élever les jeunes générations. Nous en avons 
aujourd'hui les résultats. Ils y ont si bien réussi, que 
ceux qui devaient en bénéficier, commencent à s'en 
plaindre, atteints eux-mêmes du mal qu'ils auraient 
voulu ne voir se propager que parmi ceux-là seuls 
qu'ils exploitent. 

Leur oeuvre, nous lavons sous les yeux : des hommes 
prétendus intelligents, se faisait les défenseurs du 
faux, de l'iniquité et du mensonge, pour essayer de 
redonner un peu de vie aux institutions décrépites qui 
s'anémient sous l'effet de lauto-infection de leurs 
propres principes, ne s'apercevant pas qu'ils contri- 
buent à les démolir davantage. 

Et voilà des siècles et des siècles que notre pauvre 



humanité subit cette compression; l'une après l'autre, 
les générations ont dû se laisser pétrir le cerveau, ré- 
citer comme articles de foi les divagations de ceux qui 
bêlaient faits le*irs maîtres. Comment l'esprit critique 
a-t-il pu résister à cette compression formidable? C'est 
que, après tout, s'il est très facile d'obtenir une sou- 
mission apparente des individus, il est impossible 
d'atteindre leur pensée intime; et qu'il n'appartient 
même pas à l'individu lui-même de changer sa pensée. 
On peut le forcer à agir différemment qu'il ne pense ; 
on peut le plier à agir de lui-même — combien nom- 
breux en sont les exemples! — en contradiction avec 
toutes ses façons de raisonner. Il ne manquera jamais 
d'arguments plus ou moins subtils pour se prouver 
qu'il avait toutes sortes de raisons d'agir ainsi. Mais 
le besoin même de se justifier implique mécontente- 
ment de soi-même. Et voilà pourquoi, de temps à autre, 
s'élèvent quelques cris de protestation contre Terreur, 
contre le mensonge. 



* 



Mais, si le caractère intellectuel de l'être humain a 
pu, en se réfugiant en son for intérieur, résister à la 
compression et à l'éteignoir, il n'en a pas été de même 
de son caractère moral. 

Au lieu de la franchise, de l'indépendance de carac- 
tère qui doivent être naturelles à l'homme, puisqu'on 
les trouve très développées 'îhez les peuples que n'a * 
pas contaminés notre prétendue civilisation, — il est 
vrai que nous les accusons alors de grossièreté et d'inr 
sociabilité, — partout le respect des convenances que 
l'on méprise au dedans de soi, mais qu8 Ton n'ose 
secouer, sous crainte de crever de faim, — ce qui est, 
certes, à considérer — mais aussi parce que cela vous 
mettrait en froid avec tel et tel de votre entourage, de 
vos relations; de crainte, le plus souvent* de paraître 
original ! comme si ce n'était pas là le iiond même do. 
développement de notre individualité. 

Aussi, au lieu de tendre à s'élever, au lieu d'essayer 
de sortir de l'abaissement général, l'on n'a qu'un but: 
ne pas trop détonner au milieu de l'effacement am- 
biant. 



Partout des gens qui, pour ne pas avoir à lutter pour 
leur existence, cherchent à l'accrocher au fameux char 
de l'Etat. Partout l'oppression subie par les individus, 
parce qu'on leur a fait croire qu'ils s'opprimeraient 
mutuellement, si personne n'était spécialement chargé 
de ce soin. Partout la misère endurée par ceux qui 
produisent, la misère endurée jusqu'à la crevaison, 
parce que l'autorité, en bonne protectrice des privilé- 
giés, a fait croire aux exploités qu'ils seraient forcés 
de se disputer les fruits de leur travail, si une orga- 
nisation tutélaire n'était pas là pour leur en enlever la 
meilleure part. 

Et ainsi marchent nos sociétés, dites policées, — 
sans doute parce que la police en est le plus ferme 
soutien. 

Ne pouvant empêcher la science de se faire jour, 
«os maîtres l'ont canalisée, ont mis des entraves à 
son expansion, l'ont réservée soigneusement à ceux 
de leur caste, ne laissant filtrer jusqu'aux exploités 
que ce qu'il était impossible de leur cacher, mais en 
la dénaturant et la bourrant de préjugés absurdes, de 
façon à fausser la conception de ceux auxquels elle 
arrivait ainsi sophistiquée. 

Et ces préjugés, ces idées boutes faites, ces notions 
fausses nous sont tellement incorporés, que nous les 
apportons pour ainsi dire en naissant, nous les ramas- 
sons tout le long de notre existence, et ils deviennent 
autant d'entraves à notre émancipation intellectuelle. 

Car, où le rôle du pouvoir est encore plus néfaste, 
c'est lorsqu'il agit par persuasion. L'excès de pouvoir 
engendre souvent la révolte, mais quel recours avoir 
contre ceux qui abusent de votre ignorance pour vous 
fausser le jugement? 



* * 



De tous les côtés, on nous assure <fue nous vivons 
sous un régime de liberté. Et il est indéniable, en effet, 
que, en beaucoup de cas, nous pouvons dire haut et 
ferme ce que nous pensons, jeter quelque vérité à la 
face du système qui nous écrase. Il en résulte bien, 
de temps à autre, quelques mois de prison, comme 
avertissement, à ceux qui se laissent entraîner trop 



Y 



poussait a avoir raison contre leur époaue 

sance. Et ce que celle^c 1 su ^ni» C 5 e " f ? rce et P»'S- 
trave s * la plnsée hunS ^' ^ * d en " 

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— 6 — 

sensation, annonce l'ouverture d'une éeole do ce genre. 

« Susciter les questions de l'élève, découvrir ses 
aptitudes pour les diriger, au Heu de mettre en pré- 
sence un inférieur (relève) et un supérieur {le maître), 
faire que l'élève se sente une personnalité en face 
d'une autre en même temps que Ton ouvre son intel- 
ligence, exercer ses muscles à des travaux manuels 
qui le mettent à même desavoir se sorvir de ses mem- 
bres ; réveiller son émulation par l'attrait de ce qu'on 
lui enseigne, et non par des récompenses ou châti- 
ments toujours arbitraires », voilà ce que propose 
M. Demolins, voilà ce que nous voulons nous aussi, et 
que nous n'avons inventé ni les uns ni les autres, 
puisque déjà Mlle Dupont k> pratique depuis dix-sept 
ans dans son école professionnelle, et que cela est 
pratiqué aussi en Angleterre, si nous en jugeons 
d'après les exemples que M. Demolins cite lui-même. 

Seulement M. Demolins croit à la légitimité de la 
propriété individuelle, il est convaincu des droits du 
capital; les énergies et les initiatives qu'il rêve d'éveil- 
ler, sont celles de ces manieurs de capitaux ne reculant 
devant aucune innovation lorsqu'il s'egjt de leur faire 
rendre le maximum, ne se laissant arrêter par aucune 
considération sentimentale lorsque leur intérêt est en 
jeu et habitués à ne voir dau's le personnel qu'ils em- 
ploient que des outils que l'on met au rancart lors- 
qu'ils so»t brisés 1 

Ah! si : M. Demolins croit en Dieu. Vais nous sa- 
vons que l'amour de Dieu n'a jamais empêché per- 
sonne de tondre saintement les brebis que lui confiait 
sa volonté toute-puissante. Aussi, M. Demolins nous 
préparerait-il une belle génération de jolis messieurs 
qui se chargeront de serrer la vis au prolétariat, si 
les événements, plus puissants que la volonté humaine, 
ne viennent changer le cours des choses. 



»■• 



C'est ce désir, ee besoin de sortir de renseignement 
abrutisseur de l'Etat, qui donna à quelques-u^s de 
nous l'idée de chercher à créer un embryon d'école, 
où les enfants des camarades auraient trouvé une 
éducation saine et rationnelle. 



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..^. : _._^._. r .__..... y: . ,, ._. __ ^ 



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— 7 — 



^ Mais les causes économiques, dont je parlais tout à 
l'heure, ont fait leur œuvre. Après deux ans de pro- 
pagande, nous avions en caisse 1,800 francs, lorsqu'il 
nous aurait fallu 30.000 francs au moins. 

En commençaFity certes, nous ne nous étions pas 
leurîés sur les difficultés à surmonter, nous savions 
«me nous entreprenions une œuvre de longue haleine; 
mais de ce train-là, nous risquions fort de n'ouvrir 
l'école que lorsque nous serions nous-mêmes retournés 
à l'état d'enfance. Autre inconvénient : les individus 
se détachent si facilement des choses qui traînent en 
longueur ! 

Pour intéresser les gens, il nous fallait mettre quelque 
chose sur pied, leurindiquer, déjà, un commencement 
de réalisation. 

Des cours du soir coûtaient beaucoup moins cher à 
établir. Ne pouvant parler aux tout petits, nous parle- 
rons aux grands. Si nous réussissons à réaliser tout 
ce que nous concevons, peut-être trouverons-nous, par 
la suite, les concours nécessaires qui nous permettront 
de réaliser notre idée première. 

présentons est 
si tout à l'heure 
parlant "des sujets qui seront 
traités, infini est te nombre des connaissances humain 
nés, et nos six pauvres coufrs font piètre figure. 

Mais il s'agissait avant tout de commencer. Nous 
ne nous sommes pas arrêtés à la simplicité de notre 
liste. Une fois l'exemple donné, les adhésions nous 
viendront. Déjà, nous avons quelques promesses pour 
la suite. Chaque année, nous en sommes convaincus* 
nous pourrons ajouter quelque sujet nouveau aux 
choses enseignées, un nouveau nom à la liste, des six 
camarades de ia première heure. 




* 
* * 



Ce n'est pas que manquent les gens capables d'avoir 
une vision nette des choses. Mais, on ne saurait trop 
y insister, les conditions économiques sont telles, 
que la plupart ne peuvent dire tout haut ce qu'ili 
pensent, et que le simple fait de venir ici essayer 
d'expliquer leur façon àVjyjnôevoi* les choses, les 



b *4- 



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— 8 — 

aurait mis dans FimpossibllUc de trouver à gagner 
leur vie. 

Lorsqu'on est seul, on peut se permettre le luxe 
dètre indépendant. Cela ne dépend plus de vous 
seul, lorsque d T autres êtres dépendent de votre travail. 
Et comme l'état de notre caisse ne nous permet pas de 
payer les bonnes volontés que nous sollicitons, on 
comprend les difficultés. 

Mais il y en a d'autres qui n'ont pas les mêmes 
excuses. Dans les sciences, dans les arts, dans la litté- 
rature, nombreux sont ceux qui se laissent entraîner 
à des aveux édifiants, à formuler nos conclusions, à 
exprimer nos aspirations, à faire plus acerbes les cri- 
tiques que nous formulons contre l'organisation qui 
nous écrase. 

Seulement, lorsqu'on va leur demander de se join- 
dre à ceux qui cherchent à réaliser ces aspirations, à 
combattre la cause des maux si bien décrits, à appli- 
quer au régime économique les vérités scientifiques si 
clairement exprimées, bernique 1 la plupart de ceux-là 
reculent effrayés ! 

Ils veulent bien consentir à formuler des vérités; 
mais à condition qu'on ne cherche pas à en tirer au- 
cune application pratique : Justice, Progrès, Solida- 
rité, Initiative, grands mots avec lesquels ils veulent 
bien jongler, auxquels v au besoin, ils mettront des 
capitales; mais à condition que cela, pour eux, reste 
toujours matière à discours. Ils n'en sont plus, du 
jour où des individus, assez malavisés, veulent en 
faire des vérités sociales, dans l'ordre économique 
aussi bien que dans Tordre politique. 






Nos cours n'ont pas pour but de faire des spécialis- 
tes. Notre ambition serait de permettre à chacun 
d'acquérir des notions générales en chaque branche 
du savoir humain, des notions nettep et précises qui, 
leur faisant embrasser la complexité' des choses, leur 
permettront de se former un jugement sûr, logique et 
rationnel. Certains « intellectuels » vont peut-être nous 
traiter de Bouvard et Pécuchet. Mais si Flaubert était 
un grand littérateur, il était réactionnaire en beaucoup 



9 



de points, et loin de me moquer des deux types créés 
par le romancier, je garde mon mépris pour ceux qui 
se targuent des quelques bribes de savoir qu'ils doi- 
vent à leur situation privilégiée pour se moquer de 
ceux qui font tous leurs efforts pour sortir de l'igno- 
rance où voudrait les condamner notre état social. 






Pendant longtemps, — encore aujourd'hui — on a 
cru que l'homme était un animal fantasque, capricieux, 
fainéant, qui n'accomplissait rien rationnellement, 
n'agissant que sous la pression du châtiment ou l'ap- 
pât de la récompense, et qu'il fallait, de bonne heure, 
plier à la discipline, habituer à la coercition. 

Les économistes, gens très savants, — ce sont eux 
qui l'affirment — en ont fait un aphorisme pour jus- 
tifier l'état social actuel : « L'homme, disent-ils, re- 
cherche le plaisir et fuit la douleur. » La Palisse n'au- 
rait pas mieux trouvé. 

Seulement, ajoutent-ils : « Consommer étant un 
plaisir, produire étant une peine, l'homme livré à lui- 
même voudrait toujours consommer sans jamais pro- 
duire. Il faut donc tout donner aux uns, ne rien lais- 
ser aux autres ; de cette façon il y en aura toujours un 
certain nombre qui seront bien forcés de travailler. 

Mais l'axiome des économistes n'est vrai qu'à moi- 
tié. 

Que l'individu se tourne du côté du moindre effort, 
cela est tout naturel. Forcer les autres à travailler a 
votre profit, à la brute ignorante, alors que toutes ses 
facultés étaient tendues vers la conquête de sa pâture, 
pouvait sembler Une solution très désirable, et l'on ne 
s'est pas fait faute de l'appliquer; cela a pu même du- 
rer sans grands efforts tant que les gens ont été assez 
bêtes pour se plier à cette solution. 

Seulement, chaque chose a ses inconvénients, cha- 
que action appelle sa réaction. Le travail qui devrait 
être un plaisir, une gymnastique pour vos muscles, un 
aliment à votre activité, par ce fait que quelques-uns 
sont forcés de produire pour tous est devenu, au con- 
traire, une véritable peine, entraînant une souffrance 
d'autant plus grande qu'il vous était imposé, non par 



V 



— 10 — 



vos besoins, mais par des conditions extérieures à 
votre volonté. Et ceux qui y sont assujettis ne veulent 
plus s'y plier. Nous entrons dans la phase où la loi du 
moindre effort forcera nos dirigeants à travailler eux- 
mêmes à la satisfaction de leurs besoins personnels. 



* 



Tout s'enchaîne dans l'état social. Ceux qui ont or- 
ganisé l'enseignement,* sont partis des mêmes prin- 
cipes que ceux qui aidaient à révolution économique. 
Ils ont été aussi intelligents! 

L'étude, qui aurait dû être un régal pour le besoin 
d'apprendre que possède tout être ayant des facultés 
saines, a été rendue si aride, si revêche, que c'est, 
pour notre cerveau, une peine aussi dure que le tra- 
vail de production podr nos muscles. 

On n'a pas demandé aux intelligences ce qu'elles 
voulaient connaître, ce qu'elles étaient susceptibles 
de s'assimiler. Dans ce qui semblait le plus connu, - 
on a pris ce qui chatouillait le mieux les besoins < 

de ceux qui se faisaient éducateurs, on a fait un pot '* 

pourri que Ton s v est ingénié à faire entrer, de gré 
ou de force, dans les cervelles les plus reJbelles, sans 
s'inquiéter de celles qui en crevaient. 

Puis, comme la plupart regimbaient à cette nourri- 
ture indigeste, comme d'aucuns se refusaient aux mé- 
thodes d'ingurgitation, on s'en est autorisé pour dé- 
clarer doctoralement que l'homme n'est qu'un être 
ignorant, qui n'apprend que sous la crainte de la fé- 
rule. Cette dernière, de tous temps, ayant été consi- 
dérée comme la raison suprême. 

Et depuis des milliers d'années s'est ainsi faite j 

l'éducation humaine. Inutile de s'étonner ensuite si ] 

l'homme est vaniteux et rampant — l'un n'exclut pas 
l'autre. — Ce qui doit «tous étonner heaucoup plus, 
c'est qu'il ne s'y soit pas perverti complètement. 

C'est qu il est plus facile d'établir un programme et 4 

de décréter que tous auront à s'y conformer, que d'é- \ 

tudier les aspirations de chacun et de trouver la mé- 
thode qui lui soit adéquate. 

Il y aura toujours des esprits faibles pour se con- 
former aux ordres reçus. Si, en route, on brise des 



f 

.1 



V 



M 



— 11 — 

caractères indépendants, c'est tant mieux pour Tordre 
social, qui n'admet pas qu'on le discute. 

Ce qu'il y aura de bon dans les résultats obtenu», 
sera attribué à la façon de procéder; les résultats 
néfastes n'étant attribuables qu'au caractère \icieux 
de la bête humaine. 

Ainsi s'établissent les opinions. 



* 



Un enseignement vraiment rationnel, capable de dé- 
velopper les intelligences, et — ce qui est encore plus 
difficile — capable de former des caractères, doit donc, 
<Ure débarrassé des récompenses comme des châti- 
ments. Lorsque l'âge de celui qui apprend ne lui 
permet pas de comprendre que la nécessité d'acquérir 
certaines connaissances est une des conditions du déve- 
loppement de son être, l'attrait du travail poursuivi 
doit en être le seul mobile. 

L'enseignement rationnel doit tenir compte des pré- 
férences et desrépugnances de l'individu. Son but n'est 
pas de créer des aptitudes, mais de les rechercher et 
de les aider à se développer. Ce qu'il doit viser, ce 
n'est pas à fourrer dans les cerveaux une science toute 
faite, indigeste, parce qu'incomprise, et par conséquent 
inassimilable. 

Ecartant les formules-clichés, c'est à provoquer 
la réflexion de celui qui écoute que doit tendre l'exposé 
de celui qui enseigne. C'est à. susciter ses questions, ses 
objections qu'il doit viser. 

Elargir le cerveau, mais respecter l'individualité de 
l'élève. Eveiller sa curiosité, son initiative ; lui mettre* 
en présence les opinions contradictoires pour que 
s'exerce son esprit de critique et de déduction ; l'amener 
à ce qu'il n'accepte les explications données que lors- 
qu'il les a lui-même fait passer par sa propre critique, 
voilà l'œuvre à faire. 

Si l'on sait rendre renseignement attrayant, inutiles 
les châtiments et les récompenses, nuisibles au con- 
traire. Pour éveiller l'activité de l'élève, le plaisir qu'il 
y trouvera sera suffisant. Tolstoï, en son écote de Ya$- 
naïa Poliana, nous le démontre surabondamment. Les 
leçons seront toujours trouvées trop courtes. 



~r-n 



— 19 - 



Il en est de même, du reste, pour le travail des adul- 
tes. Autant sont dures et longues les minutes que nous 
passons au travail imposé, autant passent vite etlégères 
les heures consacrées au travail qui nous agrée, choisi 
par nous. 

Apprendre à l'individu à se développer dans toutes 
ses virtualités, à agir selon sa nature, ses tendances, 
ses affinités, ses conceptions; lui apprendre qu'il ne 
doit rien attendre en dehors de sa propre initiative, 
qu'il ne doit supporter d'autres entraves que celles 
amenées par les circonstances ; respecte? les autres 
initiatives pour être à même de faire respecter la sienne 
voilà le premier travail de l'éducation — et ce dont 
nous avons le plus pressant besoin. 



• * 



Un autre point de l'enseignement rationnel, c'est 
celui de la coéducation des sexes. Là-dessus encore 
nous n'en sommes pas les promoteurs, puisque l'ami 
Robin l'avait accompli avec d'assez heureux résultats 
pour que le système ait survécu à sa destitution. 

Nous n'avons pas, .du reste, la prétention d'avoir 
découvert 1 Amérique. Nous savons que tout ce que 
nous pouvons dire, a été dit avant nous; nous ramas- 
sons les idées éparses «t essayons de les coordonner 
du mieux qu'il nous est possible. C'est encore une 
tâche assez belle. Ily en a si peu qui en soient capables. 

Mais revenons à notre projet. 

Donner aux filles et aux garçons l'habitude de se 
traiter en camarades, fera beaucoup plus pour l'éman- 
cipation de la. femme que toutes les lois réclamées par 
les féministes. Beaucoup plus, surtout, aue tous les 
prétendus droits dont ils veulent lui faire cadeau et 
qui ne sont que des attrape-nigauds. 

L'homme en sait quelque chose pour en avoir assez 
usé pour son propre compte. 

En bas âge, filles et garçons restent confondus dans 
les mêmes jeux. Mais, sitôt que commence à s'éveiller 
1 âge de raison, on les sépare et on les éduque à part, 
comm« s'ils étaient d'espèces dissemblables, appelés 
à vivre d'une vie différente. 

On ne leur dit pas, — mais cela ressort de toutes 



lu 



nos habitudes, de toute une littérature, de toutes les 
conversations, — que la femme est un gibier dont le 
garçon aura à mener lachasss lorsqu'il sera grand et 
que ses mérites seront proportionnés au nombre de 
pièces qu il aura abattues. 

A la femme : que l'homme fst un être brutal, égoïste, 
qu elle dewa essayer d'ama louer et d'enchaîner par 
toutes les grâces et la duplicité dont elle pourra être 
capable. 






L amour, si nous en jugeons d'après notre littéra- 
ture suffirait presque à lui seul à remplir le cadre de 
I activité humaine. Tout apprend à l'enfant, au jeune 
homme, à la jeune fille qu'ils sont faits pour aimer 
Mais on les tient éloignés l'un de l'autre. Après leur 
avoir exalté les douceurs de l'amour, on fait tout son 
possible pour leur en faire un mystère; si on ne leur 
dit pas que c'est une chose hideuse à consommer, on le 
leur laisse supposer. 

Les sexes restent un mystère l'un pour l'autre. Leur 
imagination, surexcitée, les fait s'envisager comme 
une chose que 1 on redoute, mais que l'on brûle de 
connaître. Tout 1 être se trouve tendu vers cet inconnu • 
les facultés autres sont annihilées par cette hantise' 

Aussi, lorsque arrive rheure de l'émancipation, c'est 
une poussée irrésistible, et l'amour qui devrait être 
I union harmonique de deux êtres n'est, le plus sou- 
vent, que la rencontre de deux besoins physiques 
surexcités dont il ne restera plus rien lorsque sera 
venue la satisfaction. 

L'amour étant une fonction normale, et la femme 
et 1 homme étant appelés à vivre côte à côte toute leur 
vie, pourquoi envelopper de mystère cette fonction 
organique, alors que, tous les jours, elle s'accomplit 
sous nos yeux, malgré la pruderie de nos éducateurs? 

Pourquoi les sexes ne s'habitueraieat-ils pas, dès le 
jeune âge, à se connaître, puisque cette connaissance 
leur sera indispensable pour savoir orienter leur vie? 

N est-ce pas en nous habituant à voir les choses 
comme elles sont que nous nous ferons une conception 
nette de 1 existence, nous prémunissant ainsi contre 
les emballements irréfléchis qui amènent à leur suite 



— 14 



de cruelles déceptions, et contre les déceptions elles- 
mêmes, qui ne sont que la suite de nos fausses notions 
de la réalité? 

Apprenons à faire respecter notre personnalité; 
apprenons à respecter celle de tout être humain, ce 
sera un grand pas de fait vers l'affranchissement com- 
mun. 



* 



La bourgeoisie se vante d'avoir propagé l'instruction. 
Cela est vrai. Aujourd'hui, nous avons beaucoup moins 
d'individus illettrés. Mais cela veut-il dire qu'ils en 
soient plus intelligents? Hélas noni car l'instruction 
que mesure l'Etat peut bien gonfler le cerveau, mais 
ne l'exerce pas, ni ne le développe. Et nombre de gens 
qui se pavanent à l'idée de « l'instruction » donnée a 
leur progéniture me rappellent une anecdote qui me 
fut contée par une dame anglaise de mes amies, qui 
avait vécu quelque temps en Espagne, et y avait quelque 
peu étudié les mœurs. 

Elle y avait fait connaissance d'un brave ouvrier, 
sobre, honnête, laborieux, plein d'amour-propre et de 
dignité, comme le sont, là-bas, la plupart des travail- 
leurs. 

Il parlait à cette dame de sa famille, de ses nom- 
breux enfants ; comment il les avait élevés, et dirigés 
dans la vie. 

Beppo était apprenti chez un menuisier, Alfonso 
cordonnier,. Carmen apprenait le métier de modiste, 
Pedro apprenait à être aveugle ! 

— A être aveugle ! s'écria la dame avec horreur. 

— Mais oui! J'ai donné un beau métier à chacun de 
mes enfants. — Et le père se redressait avec fierté. — 
Mais c'est Pedro qui a le meilleur de tous. C'est que, 
aussi, il me ressemble, et j'ai un faible pour lui. 

Et alors il expliquait à la dame scandalisée combien 
il payait cher pour le traitement dû fortuné Pedro 
dont on affaiblissait la vue par un obscurcissement 
graduel de ses beaux yeux vifs et hardis. Il ne faudrait 
guère plus de deux ou trois mois pour qu'il fût tout 
à fait aveugle. C'est une si belle carrière que celle d'un 
mendiant aveugle 1 

Certes le père était fier des sacrifices faits pour 



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chacun de ses enfants. Mais c'étaient ceux faits en fa- 
veur de Pedro qui l'tjiiorgueiilissaient le plus. 

Tous les pareils, en notre état social, en sont là 
lorsqu'ils se vantent de l'éducation donnée à leurs 
enfants. Ils donnent à l'Université des intelligences 
éveillée:;, hardies, curieuses de voir et d'apprendre, 
on se chargera d étouffer cela. L'opération demande un 
peu plus de trois mois, mais les résultats n'en seront 
pas moins complets. On leur rendra des êtres déviri- 
lisés qui, par peur de la lutte, n'auront qu'un objectif ; 
se caser dans quelque fonction où ils n'auront plus à 
réfléchir, plus à s'inquiéter du lendemain. 

Les injustices les plus criantes se perpétreront sous 
leurs yeux sans qu'ils les voient. Les plaintes des 
victimes s'élèveront, stridentes, à leurs oreilles sans 
qu'ils les entendent. L'éducation universitaire aura fait 
son oeuvre en interposant, entre eux et la réalité, le 
voile des hypocrisies et des conventions, en obscur- 
cissant à jamais, en totalité ou en partie, la lumière de 
la vérité . 



* 



Qui de nous peut se vanter d'avoir conservé la vision 
intacte? Notre éducation faussée nous empêche de 
voir les choses telles qu'elles sont. La pleine lumière 
nous gêne, il nous faut des lunettes, des ombrelles, 
des rideaux, des volets, des écrans qui nous tamisent 
la lumière, ne la laissant pénétrer que graduellement, 
de façon à ne pas fatiguer nos pauvres yeux désaccou- 
tumés du plein soleil. 

Que d'idées, que de conceptions nous avons ainsi, 
en quelques coins de notre cerveau, que nous croyions 
excellentes, dont nous serions prêts à soutenir mordicus 
la justesse ! 

Mais, lorsque en contradiction avec les laits, nous 
les analysons, les passons à la critique, nous nous 
apercevons que nous les tenons nous ne( savons pas de 
qui, les avons prises nous ne savcins où, et qu'elles se 
sont formées dans notre esprit nous ne savons pas 
comment. 

Et combien passent ainsi toute leur existence à res- 
sasser religieusement des idi ^s ainsi reçues, sans 
avoir jamais su les analyser? 



L 



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— 10 — 

C'est pourquoi le progrès a été si lent, ne s'est 
fait qu'à k* lueur des bûchers, et que, au siècle de la 
vapeur, de l'électricité, nombre de gens en sont en- 
core aux croyances de l'âge de la pierre. 



* 
* * 



En l'école telle que nous la comprenons, les enfants 
apprendront à envisager la vie telle qu'elle est, à 
ouvrir les yeux sans peur, à regarder les choses en 
face, les hommes sans crainte; ils apprendront à cher- 
cher, examiner, peser, discuter, critiquer, n'acceptant 
une solution que lorsque leur raisonnement la leur 
indique comme plus logique, et non parce qu'on la 
leur aura enseignée telle. 

A cette heure où l'on fait des ligues pour apprendre 
aux individus à respecter les lois, en méprisant ceux 
qui sont chargés d'en assurer l'exécution, à certains 
autres à mépriser les lois pour garder toute sa foi à 
ceux qui les interprètent; d'autres encore ayant la 
naïveté de croire qu'ils pourront faire respecter l'indi- 
vidu par les lois et ceux qui les font, nous, nous vou- 
lons simplement apprendre aux individus qu'ils doi- 
vent savoir se respecter, et se faire respecter, sans 
lois, envers et contre les lois, et leurs parasites. 

Et en faisant ainsi, nous avons conscience de faire 
excellente œuvre révolutionnaire. 

Car, lorsque aura crû le nombre des individus cons- 
cients de leur être, de leur rôle en la vie, de leur force 
et de leur volonté, c'en sera fait des dirigeants et des 
exploiteurs; car, n'attendant plus leur émancipation 
de causes qui leur sont extérieures, ils sauront, ceux- 
là, vivre comme ils l'auront conçu, en renversant ce 
qui tentera de leur faire obstacle. yîS^iS. 

H « A^> <-kA 

> ■ / Tf ï 



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BROCHURES ÉDITÉES PAR LA RÉVOLTE 

Epuisées à l'heure actuelle, mais dont réimpression sera faite lorsque le 

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Le Salariat, par Kropotkine . » 15 

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par X >> 15 

Richesse et Misère, par X . . . » 15 

Les hommes et les théories de l'Anarchie, par Hamon . . » 15 

L'Anarchie dans l'évolution socialiste, par Kropotkine . . » 15 

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Proudhon, portrait au burin par Barbottin ...» 50 — » 60 

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1883, etc. . , ................... » 10 

L'Internationale; Crevez-moi la sacoche; Le Politicien, 

de E. Pottier . ..,.....'...... » 10 

Ouvrier, prends la machine; Qui m'aime me suive ; Les 

Briseurs d'images » 10 

La Chanson du Gas; A la Caserne; Vivaient, brav' Ouve- 

rier, etc .............. » 10 

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L'Ordre par l'anarchie, par D. Sâurin. .... . . . • . . » 30 

La Société au lendemain de la Révolution, par J. Grave. . » 70 

Aux femmei, de Gohier, couverture de Ltbasque . . , , . . » 15 

Entre Paysans, par Malatesta, avec couverture de WuiUaume* » 15 

Déclarations dEtiévant, couverture de Jehannet ..... . . » 15 

L'Art et la Société, par Ch.-Albert ............. » 20 

La Liberté par l'enseignement, couverture de Wuilldume. . » 10 
A mon Frère le paysan, par E. Reclus, couverture de h. CAe- 

vzlier. . ... ... . . . .. . .... -. V » 15 

La Morale anarchiste, par Kropotkine . » ... . -. . . V* » 15 

les Temps Nouveaux, 1*°, 2 e , 3", 4 e et 5 e années, complètes : 7fr. 
l'année, ^ Les cinq ensemble : 25 francs, . ^ 

La Révolte, collection complète (trois seulement) : 150 francs. 

' I 11 •m^ÊJmm .^J— — »— 

COUECTHMS M 3G UTW6WMHIS 

Ont déjà paru : L'Incendiaire, par hum (épuisée), ~- .Porteuses de 
bois, par C, Pissarro (épuisée). — L'Errant, p%p X* ~- &e Démolis - 
*nr nar Signât — L'Aube, par Jehanmt—tfJkwOT&^yav 

Les Errants, par Ry&éelberghe. — L'Homme mourant, 
pi*. rro. ■-*- Les Sans-gîte, par C: Pissarro* — $%JpM^esté 

la Fai^^ , par L icé. — On ne marche |>as sur J' herbe, (p&M$^$nyi- 
Paul. — La Vérité au Conseil de guerre, par huoe, ,,-■*- Mineurs 

beiges, par Constantin JMâte«.^'-4AJl^ 
%Mauit* ~ La Ouerre, de Mawin* >r Epouvantails, de ÇhevWjsr: — 
Capitalisme, aVÇomiVytcté, — Bducatfon cnrétienne, «te ,Bf#ubUlfi. 
— Provocation, de tehasque. 



m*9* 



(1) Pria dans nos bureaux on par un certain no rnbre àla foi** U4 wMt** 
brochure» se vendent f r. 05, fes lithogt aphte» 0, f r, 15, et m Vajtitties 
fr. 25 en moine. ■" ., ,-H". ■ " : "-•-:■ ' :; 



Ces Tithoirapuiis sont vendues 1 fr. 8& réxein^r^ «ar ^jpter de 
Hellande, fràïW i fr. 0-éiilton armateur vZ h; J&1^t$$tc. 10. 

Il ne reste qu'un nombre très limi^ de ioleetid^ eemp^^ ÉHes 
sont vendues m francs ce qui est ^ara M$ tH#ÏW* <wînaire r lOOfâncs 
celle d'amateur. . r: .,. ''!%> >--ï>y. '-.•,:.; /": :,:-.■"■ r %:-^"; A . ' :"■ 

Nous ^préparons aussi uno série ^â^| i rusa^ê ^àés enfante. — 1 
La prenilè^e : Ùtàumart, est patne < :.£ . ? tf* le cent; u frv 4& 1 ex. J 



:-i 






PuÉË^tions déà « TEMPS NOUVEAUX » - No £ë 




ÎO centimes 

Aux Bureaux des « TEMPS NOUVEAUX », 4, rue Broea, Paris 



Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale cle France 



Gwape de Propagande par la Brochure 

La propa^nde par la Brochure est une des meilleures propagandes sï on peut la 
faire avec suite. 

Ltî Révolté, La Révolu, Les Temps. Nouveaux N'y sont emplo/ca de leur mieux. A 
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dépassent un million d'exemplaires, ont été lancées par eux. 




par an Nous serions alors en mesure d'imprimer chaque mois — oik.de réimprimer 
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, 1° A chaque tirage, il leur sera expédié autant d't ;emplairea que le comportera 

le mortant de leur souscription calculé avec une rer.iîse de 40 0/Q, frais d'envoi 
déduits 

Ce qui leur permettra de Remployer à ia » >pagan.le. en faisant circuler les bro- 
chure parmi ceux qu'ils connaissent, soit #■ ,es distribuant eux-mêmes, soit par la 
poste lorsqu'ils ne voudront pas faire navr' t u'iîs s'intéressent à la propagande; 

2° A chaque souscripteur qui sera oéré de sa souscription, il sera envoyé une 
lithographie spécialement tirée pour les souscripteurs. 

Cotte lithographie qui sera demandée a l'un des artîatts qui ot t déjà donné au 
journal, ne sera pas mise en vente et vaudra à elle seule, largement, le prix He sous- 
cription ; 

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chures dont le montant égale-a celui de la souscription, c^culé, toujours avec une 
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] Au camarade qui nous trouvera f O souscripteurs, il sera fait cadeau de la liùo- 

j graphie. ■— Celui qui" en trouvera 3(0, recevra Veau-forte. 

j Les souscriptions peuvent être versée» par fractions mensuelles ou trimes- 

| irielles, etc., an gré des souscripteurs. 

| A ceux qui s'engageront mensuellement et qui ne se libéreraient pas do leur 

| promisse, il sera, a- la fin du trimestre, adressé' un remboursement pour le» 3 mois. 

i - 

Adresser les rouscrtptions au camarade Ch. BENÔJT, 

3, rue Bérlta, PARIS* 

N.-B. — ÏSn discutant avec des camarades, il est facile de leur glisser nm- >ro 
chure, et de leur arracher deux sous. Les souscripteurs pourront ainsi --récupérer le 
moirant de leur souscription, et augmenter leur propagande. 

Crochures à l'étude î Les trois complices (Prêtre, Juge, Soldat), de R. Changlti. — 
Origines' et morale du Christianisme, de Letourneau. — L'Anarchie t.t V E^Iist, 
d^ Reclus (renie). — La Loi et V Antoritè/àe K.opotkine — L' Exploitai h n de 
'Enfance lu.* Us Verrene?, de Ch. Deîzant. — L<\ Guerre, de Kropotkine. 



M COLONISATION 






Publications des « TEMPS NOUVEAUX » - A r * 15 



j~j&j±.i<r G-R.A.-\r:EJ 







..\\; 






OLOVXSATIOI 



Prix: Ofr. 10 



2* Tirage, 10,000 Exemplaires 



PARIS 

LES TEMPS NOUVEAUX 

4, Rue Broca, 4 



1912 



la Colonisation 



\nV 



La colonisation prend trop d'expansion à notre 
époque pour que les anarchistes ne disent pas leur mot 
sur cette question. A l'heure où les nations dites 
civilisées se disputent des zones d'influence en Afrique : 
en Tripolitaine, au Congo, au Maroc, se partageant les 
peuples comme un bétail, tout cela cachant les plus 
louches combinaisons financières ; les pasteurs de 

r\emr>'tac! n'<Stnnt tVIuq friiP loo. r.faartrécs H'affairpis. Hps 

requins de la finance, des tripoteurs d'affaires véreuses, 
nous devons nous élever contre ce produit hybride du 
patriotisme et du mercantilisme combinés, — brigan- 
dage et vol à main armée, à l'usage des dirigeants. 

Un particulier pénètre chez son voisin ; il brise tout 
ce qui lui tombe sous la main, fait la rafle de ce qu'il 
trouve à sa convenance, c'est un criminel ; la « Société » 
le condamne. Mais qu'un gouvernement se trouve 
acculé à une situation intérieure où le besoin d'un 
dérivatif extérieur se fasse sentir ; qu'il soit «encombré 
*chez lui de bras inoccupés, dont il ne sait comment se 



— 6 — 

débarrasser, de produits qu'il ne sait comment écouler, 
que ce gouvernement aille porter la guerre chez des 
populations lointaines, qu'il sait trop faibles pour 
pouvoir lui résister, qu'il s'empare de leur pays, les 
soumette à tout un système d'exploitation, leur impose 
ses produits, les massacre si elles tentent de se soustraire 
à l'exploitation qu'il fait peser sur elles, oh ! alors, ceci 
est moral ! Du moment que Ton opère en grand, cela 
nérite l'approbation des honnêtes gens ; cela ne 
s'appelle plus vol ni assassinat ; il y a un mot honnête 
pour couvrir les malhonnêtes choses que la société 
commet; on appelle cela «civiliser» les populations 
arriérées ! 

* 
* * 

Et que Ton re crie pas à l'exagération I Un peuple 
n'est réputé colonisateur que quand il a su tirer, d'une 
contrée, le maximum des produits qu'elle peut rendre. 

Ainsi PArKrlpf.'rrp A«t. un riavQ orvlrmienfiani» -nnri^o 

qu'elle sait faire « rendre » à ses colonies le bien-être 
pour ceux qu'elle y envoie, qu'elle sait faire rentrer 
dans ses coffres let impôts dont elle les frappe. 

Dans les Indes, par exemple, ceux qu'elle y envoie 
font des fortunes colossales ; le pays, il est vrai, est bien 
ravagé de temps à autre par des famines épouvantables, 
qui déciment des centaines de milliers d'hommes : 
qu'importent les détails, si John Bull peut y écouler ses 
produits manufacturés, en tirer, pqur son bien-être, ce 
que le sol de la Grande-Bretagne ne peut lui fournir. 
Ce sont les bienfaits de la civilisation ! * 



_- 7 — 

Aujourd'hui, il est vrai, il faut déchanter. L'Inde 
fait concurrence aux produits de la « Mère Patrie »* 
Qu'à cela ne tienne, les capitalistes y transporteront 
leurs capitaux et leurs usines, et, comme les Hindous 
S9 nourrissent d'une poignée de riz, on pourra encore 
édifier des fortunes ; tant pis si les ouvriers anglais 
paient la différence. — Pour leur faire prendre patience, 
on leur promettra l'empire du monde, et on les lancera 
contre les Boërs ou les Allemands. 

En France, c'est autre chose, on n'est pas colonisateur. 
Oh ! rassurez-vous, cela ne veut pas dire que l'on soit 
moins brigand, que les populations conquises soient 
moins exploitées, non ; seulement, on est moins 
« pratique ». Au lieu d'étudier les populations que l'on 
conquiert, on les livre aux fantaisies du sabre, on les 
soumet au régime de la « Mère Patrie » ; si les popu- 
lations ne peuvent s'y plier, tant pis pour elles, elles 
disparaîtront petit à petit, sous l'action débilitante 
d'une administration à laquelle elles n'étaient pas 
habituées. Qu'importe? Si elles se révoltent, on leur 
fera la chasse, on les traquera comme des fauves, le 
pillage sera alors non seulement toléré, mais com- 
mandé ; cela s'appellera une « razzia ». 

La bête féroce que l'on élève et entretient sous le nom 
de soldat est lâchée sur des populations inofïensives qui 
se voient livrées à tous les excès que pourront imaginer 
ces brutes déchaînées : on viole les femmes, on égorge 
les enfants, des villages sont livrés aux flammes, des 
populations entières sont chassées dans la plaine où 
elles périront fatalement de misère. Ce n'est rien que 



— 8 — 



cela, laissez passer, c'est une nation policée, qir porte 
la civilisation chez des sauvages ! 



*** 



Certes, à bien examiner ce qui se passe tous les jours 
autour de nous, tous cela n'a rien d'illogique ni d'anor- 
mal ; c'est bien le fait de l'organisation actuelle ; rien 
d'étonnant à ce que ces « hauts faits » d'armes obtiennent 
l'assentiment et les applaudissements du monde bour- 
geois. La bourgeoisie est intéressée à ces coups de 
brigandage, ils lui servent de prétexte à entretenir des 
armées permanentes, cela occupe les prétoriens qui vont, 
dans ces tueries, se faire la main pour un « travail » 
plus sérieux; ces armées elles-mêmes servent de 
débouché à toute une surie d'idiots et de non-valeurs 
dont elle serait fort embarrassée et qui, au moyen de 
quelques mètres de galons, deviennent ses plus enragés 
souteneurs. Ces conquêtes lui facilitent toute une série 
de tripotages financiers, au moyen desquels elle écumera 
l'épargne des gogos à la recherche des entreprises 
véreuses, elle accaparera les terrains volés aux vaincus ; 
ces guerres occasionnent des tueries de travailleurs dont 
le trop-plein la gêne chez elle. Les pays conquis ayant 
« besoin » d'une administration, nouveau débouché à 
toute une armée de budgétivores et d'ambitieux qu'elle 
attache ainsi à son char, tandis qu'inemployés, ils pour- 
raient la gêner sur sa route. 
Plus encore, ce sont des populations à exploiter, 



qu'elle pourra courber sous le travail, auxquelles elle 
pourra imposer ses produits, qu'elle pourra décimer 
sans avoir à en rendre compte à personne. En vue de 
ces avantages, la bourgeoisie n'a donc pas à hésiter, 
et la bourgeoisie française l'a tellement bien compris 
qu'elle s'est lancée à toute vapeur dans les entreprises 
coloniales. 

Mais ce qui nous étonne, ce qui nous écœure, c'est 
qu'il y ait encore des travailleurs qui approuvent ces 
infamies, ne ressentent aucun remords de prêter la 
main à ces canailleries, et n'aient pas compris cette 
injustice flagrante de massacrer des populations chez 
elles, pour les plier à un genre de vie qui n'est pas le 
leur. Oh ! nous connaissons les réponses toutes faites 
qu'il est d'usage de débiter lorsqu'on s'indigne des faits 
trop criants : « Ils se sont révoltés, ils ont tué des nôtres, 
nous ne pouvons pas supporter cela... Ce sont des sau- 
vages, il faut les civiliser... Nous avons besoin des 
terres qu'ils ne savent pas cultiver... Les besoins du 
commerce l'exigent... Oui, peut-être, on a eu tort d'aller 
chez eux, mais les colonies nous ont trop coûté 
d'hommes et d'argent pour les abandonner, etc., etc. » 

« Ils se sont révoltés, ils ont tué des nôtres. » Eh bien ! 
après? Qu'allait-on chercher chez eux? Que ne les 
laiscait-on tranquilles ? Est-ce qu'ils sont venus nous 
demander quelque chose ? On a voulu leur imposer des 
lois qu'ils ne veulent pas accepter, ils se révoltent, ils 
font bien, tant pis pour ceux qui périssent dans la lutte, 
ils n'avaient qu'à ne pas prêter la main à ces infamies. 

« Ce sont des sauvages, il faut les civiliser. » Que l'on 



- 10 — 

prenne l'histoire des conquêtes et que Ton nous dise 
après quels sont les plus sauvages, de ceux que Ton 
qualifie de la sorte ou des « civilisés » ? Quels sont ceux 
qui auraient le plus besoin d'être « civilisés », des 
conquérants ou des populations inoffensives qui, la 

plupart du temps, ont accueilli les envahisseurs à bras 
ouverts et, pour prix de leurs avances, en ont été tor- 
turées, décimées ? Prenez l'histoire des conquêtes de 
l'Amérique par l'Espagne, des Indes par l'Angleterre, 
de l'Afrique, de la Cochinchine et du Tonkin par la 
France, et, à l'heure actuelle, la Tripolitaine par 
l'Italie, et venez, après, nous vanter la civilisation ! 
Bien entendu, dans ces historiques, vous n'y trouverez 
que les « grands faits » qui, par leur importance, ont 
laissé une trace dans l'histoire ; mais s'il fallait vous 
faire le tableau de tous les « petits faits » dont ils se 
composent, et qui passent inaperçus, s'il fallait mettre 
à jour toutes les turpitudes qui disparaissent dans la 
masse imposante des faits principaux, que serait-ce 
alors ? On reculerait écœuré devant ces monstruosités. 

J'ai, pour ma part, — ayant passé quelque temps 
dans l'infanterie de marine, — entendu raconter une 
foule de scènes qui prouvent que le soldat qui arrive 
dans un pays conquis s'y considère, par le fait, comme 
un maître absolu ; pour lui, les habitants sont des bêtes 
de somme qu'il peut faire mouvoir à son gré ; il a droit 
de prise sur tout objet à sa convenance, malheur à 
l'indigène qui voudra s'y opposer, il ne lardera pas à 
apprendre que la loi du sabre est la seule loi ; l'insti- 
tution qui défend la Tropriété en Europe, ne la recon- 



— H — 

naît pas sous une autre latitude. Le soldat, en cela, est 
encouragé par les officiers qui prêchent d'exemple, par 
l'administration qui lui met la trique en main pour 
surveiller les indigènes qu'elle emploie à ses travaux. 

Que de faits répugnants vous sont racontés là, naïve- 
ment comme choses très naturelles, et, lorsque, par 
hasard, — si l'indigène s'est révolté, a tué celui ou ceux 
qui l'opprimaient — vous dites qu'il a bien fait, il faut 
entendre les cris de stupeur qui accueillent votre 
réponse : « Gomment? puisque nous sommes les maîtres! 
puisque l'on nous commande ! il faut bien nous faire 
obéir ; si on les laissait faire, ils se révolteraient tous, 
ils nous chasseraient. Après avoir dépensé tant d'argent 
et tant d'hommes, la France perdrait le pays, elle 
n'aurait plus de colonies ! 

Voilà où la discipline et l'abrutissement militaires 
amènent l'esprit des travailleurs; ils subissent les 
mêmes injustices, les mêmes turpitudes qu'ils aident 
à faire peser sur les autres ; et ils ne sentent plus 
l'ignominie de leur conduite, ils en viennent à servir, 
inconsciemment d'instruments au despotisme, à se 
vanter de ce rôle, à ne plus en comprendre toute la 
bassesse et l'infamie. 

Les civilisateurs européens, Italiens, Français ou 
autres, feraient bien mieux de tirer partie des terres 
qui sont incultes chez eux, avant d'aller voler celles des 
autres. 

Quant aux besoins du commerce, voilà bien le vrai 
motif : Messieurs les bourgeois s'étant embarrassés de 
produits qu'ils ne savent comment écouler, ils ne 



12 



trouvent rien de mieux que d'aller déclarer la guerre, 
pour imposer ces produits à de pauvres diables impuis- 
sants à se défendre. 

Certes, il serait facile de s'entendre avec eux, on 
pourrait trafiquer par la voie des échanges ; comme ils 
ne sont pas très ferrés sur la valeur des objets, ceux-ci 
n'ayant, pour eux, de valeur qu'autant qu'ils leur tirent 
l'œil, il serait facile de les « enfoncer » et de réaliser ae 
beaux bénéfices ; n'en était-il pas ainsi avant que l'on 
pénétrât dans le continent noir? N'était-on pas, par 
l'intermédiaire des peuplades de la côte, en relation 
avec les peuplades de l'intérieur? N'en tirait-on* pas 
déjà les produits que l'on en tire à présent ? 

Oui, cela est possible, cela a été, mais voilà le diable ! 
Pour opérer de la sorte, il faut du temps, de la patience, 
impossible d'opérer en grand, il faut compter avec la 
concurrence : « Le commerce a besoin qu on le protège! » 
On sait ce que cela veut dire : vite, deux ou trois 
cuirassés en marche, une demi-douzaine de canonnières, 
un corps de troupes de débarquement, saluez, la civili- 
sation va faire son œuvre. Nous avons pris une popu- 
lation forte, robuste et saine, dans quarante ou cin- 
quante années d'ici nous vous rendrons un troupeau 
anémié, abruti, misérable, décimé, corrompu, qui en 
aura pour très peu de temps à disparaître de la surface 
Au globe. Alors sera complète l'œuvre civilisatrice ! 

Si Ton doutait de ce que nou avançons, que Ton 
prenne les récits des voyageurs, qu'on Jise la description 
des pays où les Européens se sont installés par droit de 
conquête, partout la population s'amoindrit et disparaît, 



— 13 — 

partout l'ivrognerie, la syphilis et autres importations 
européennes les fauchent à grands coups, atrophient et 
anémient ceux qui survivent. Et peut-il en être autre- 
ment? Non, étant donnés les moyens que Ton emploie. 
Voilà des populations qui avaient un autre genre de 
vie que nous, d'autres aptitudes, d'autres besoins ; au 
lieu d'étudier ces aptitudes et ces besoins, de chercher à 
les adapter à notre civilisation, graduellement, insen- 
siblement, en ne leur demandant de prendre, de cette 
civilisation, que ce qu'ils pouvaient s'assimiler, on a 
voulu les plier d'un coup ; on a tout rompu ; non seule- 
ment elles ont été réfractaires, mais l'expérience leur 
a été fatale. 

Que le rôle de l'homme soi-disant civilisé aurait pu 
être beau, s'i avait su le comprendre, et si "lui-même 
n'avait été affligé de ces deux pestes : le gouvernement 
et le mercantilisme, deux plaies affreuses dont il devrait 
bien songer à se débarrasser avant de chercher à civiliser 
les autres. 

La culture des peuplades arriérées pourrait se pour- 
suivra pacifiquement et amener la civilisation des élé- 
ments nouveaux susceptibles, en s'y adaptant, de la 
revivifier. Que l'on ne vienne pas nous parler de la 
duplicité et de la férocité des barbares ! Nous n'avons 
qu'à lire les récits de ces hommes, vraiment courageux, 
qui sont partis au milieu de populations inconnues, 
poussés par le seul idéal de la science et le désir de 
connaître. Ceux-là ont su s'en faire des amis, ont pu 
passer chez eux sans en avoir rien à craindre ; la 
duplicité et la férocité ne sont venues que de ces misé- 



14 — 



rables trafiquants qui se décorent faussement du nom 
de voyageurs ; ne voyant, dans leurs voyages, qu'une 
bonne affaire commerciale ou politique, ils ont excité, 
contre le blanc, l'animosité de ces populations, en les 
trompant dans leurs échanges, en ne tenant pas les 
engagements consentis, en les massacrant, au besoin, 
quand ils pouvaient le faire impunément. 

Faut-il apporter des faits? Qu'on lise les livres de 
Vigne d'Octon ; Chez les Hovas, de Jean Carol. Les atro- 
cités des Chanoine et des Voulet ne sont pas si loin de 
nous que l'on ne se les rappelle encore. Quant aux 
exploits des « civilisateurs » italiens en Tripolitaine, ils 
sont de l'heure présente. 

Allons, allons, philanthropes du commerce, civili- 
sateurs du sabre, rengainez vos tirades sur les bienfaits 
de la civilisation. Ce que vous appelez ainsi, ce que 
vous déguisez sous le nom de colonisation a un nom 
parfaitement défini dans votre Code, lorsqu'il est le 
fait de quelques individualités obscures ; cela s'appelle : 
« Pillage et assassinats en bandes armées. » Mais la 
civilisation n'a rien à voir avec vos pratiques de bandits 
de grands chemins. 



* 
* * 



Ce qu'il faut à la classe dirigeante, ce sont des 
débouchés nouveaux pour ses produits, ce sont des 
peuples nouveaux à exploiter ; c'est pour cela qu'elle 
envoie les Soleillet, les de Brazza, les Crampel, les 
Trivier, les Fourreau, les Lamy, etc., à la recherche 
de territoires inconnus pour y ouvrir des comptoirs qui 






15 



livreront ces pays à son exploitation sans bornes ; elle 
commencera par les exploiter commercialement, pour 
finir par les exploiter de toutes les façons lorsqu'elle 
aura placé ces peuplades sous son protectorat ; ce qu'il 
lui faut, ce sont des terrains immenses qu'elle s'annexera 
graduellement, après les avoir dépeuplés ; ne faut-il pas 
beaucoup de place pour y déverser le trop-plein de la 
population qui Fembarasse ? et acheter les parlemen- 
taires qui se font leurs complices à la Chambre. 

Vous, dirigeants, des civilisateurs ? Allons donc ! ■ 
Qu'avez-vous fait de ces peuplades qui habitaient 
l'Amérique et qui disparaissent tous les jours décimées 
par les trahisons, auxquelles, au mépris de la foi jurée, 
vous arrachez, peu à peu, les territoires de chasse que 
vous aviez dû leur reconnaître? Qu'avez-vous fait de 
ces peuplades de la Polynésie, que les voyageurs s'accor- 
daient à nous montrer comme des populations fortes, 
vigoureuses ; de vrais types de beauté ; et qui, mainte- 
nant, disparaissent sous votre domination ? 

Vous des civilisateurs ?. Mais du train dont marche 
votre civilisation, si les travailleurs devaient succomber 
dans la lutte qu'ils vous livrent, vous ne tarderiez pas 
à périr à votre tour, sous votre indolence et votre paresse, 
comme sont tombées les civilisations grecque U romaine, 
qui, venant prendre part à la lutte, dans la plénitude 
perdu toutes les facultés de lutte pour ne conserver que 
celle de jouir, ont succombé bien plus sous le poids do 
leur avachissement que sous les coups des barbares, 
qui, venant à prendre part à la lutte, dans la plénitude 



~ 16 - 

de leurs forces, n'ont pas eu grand'peine à renverser 
cette civilisation en pleine décomposition. 

Gomme vous avez pris à tâche de détruire les races, 
non pas inférieures, mais seulement retardataires, vous 
tendez de même à détruire la classe des travailleurs, 
que vous qualifiez aussi d'inférieure. Vous cherchez tous 
les jours à éliminer le travailleur de l'atelier, en le 
remplaçant par des machines. Votre triomphe serait ia 
fin de l'humanité ; car, perdant peu à peu les facultés 
que vous avez acquises par la nécessité de lutter, vous 
retourneriez aux formes ancestrales les plus rudimen- 
taires, et l'humanité n'aurait bientôt plus d'autre idéal 
que celui d'une association de sacs digestifs, comman- 
dant à un peuple de machines, servies par des auto- 
mates, n'ayant plus d'humain que le nom., 

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k * » 

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Ixnpr. LÀ PRODUCTRICE (As?, ouv.), 51, r. Saint-Sauveur.— Tél. 121.78. - 193 



COLLECTION DE LITHOGRAPHIES 

Capitalisme, parCommin'Ache.— Education chrétienne 
p; • Roubillo. — La Débâcle, dessin de Vallottoa, gravé par 
Iï ger. - Le dernier gîte du trimardeur, par Daumont. -~ 
L^ssassmé, par C. L. — Souteneurs sociaux, parDelanoy 
7 Les Défricheurs, par Agard. _ Les Bienheureux, par 
Heibdrinck.-- La Jeune Proie, par Lochard. — Le Mission- 
mure, par Willaume. — Frontispice, par Roubille - 
L Homme mourant, par L. Pissa ro- Sa Majesté la Famine 
par Luce.- La Vérité au Conseil de Guerre, par Luce — 
Provocation, par Lebasque. — Ceux qui mangent le pain 
noir, par Lebasque. — L'édition ordinaire 2 francs. 

Il neresteplusqu en nombre restreint: L'Incendiaire, par Luce 
-Porteuses de bois, par C. Pissaro - L'Errant, par X -Le 
Démolisseur, par Signac. — L'Aurore, par Willaume. — Les 
Sans-Gîte, par C. Pissaro. — On ne marche pas sur l'herbe 
parHermann-Paul. — Mineurs belges, par, Constantin Meunier! 
-- Ah! les sales Corbeaux, par J. Hénault. — La Guerre, par 
Maunn. -- Epouvantails, par Chovalipp, — La Libératrice, 
par bteinlein.-- L édition ordinaire,, 3 francs. Pour les éditions 
d amateurs, s informer au préalable quelques-unes sont épuisées 

Aux petits oiseaux, par WWlette. lô francs. 

Reproduction des Errants, de Rysselberghe, édition ordinaire, 
1 fr. 25; sur japon, 3 f r. 50. 

Contre Biribi, album de 9 dessins de : Delannoy, Grand jouan 
Luce, Maurin, Raïier, Rodo, Si^nac et Steinlen. 

^^Ç? 6 de Paris en Mai 71, par Luce, tirée en sous- 
mpiion à 75 exemplaires, dont 15 sur Japon ; 7 francs ordinaire ; 
10 francs sur japon. 

Miséreux, par Naudin, même tirage, même prix. 

v iJL^%^lL^rJ l ! :aR n T h -° ii : è * l \ m M de collections complètes. Elles sont 
^ noues 75 francs 1 édition ordinaire, 150 francs celle d'amateur. 

LITHOGRAPHIES EN COULEURS 



u ce 
aire 



Ah AZï^P Non ^V*' Willaume , épuisé, une divine d'exemplaires à 5 francs • 
Gnarrue, Pissaro, édition ordinaire, 2 franc* ; d'amateur, 3 fr.50: Drapeau rouire 



v. ' . ■---■««««,. v., m* uauxa, u «iii^Bur, o ir. ou x*a mère. I*ehascrue édition 

binaire 2 francs; d'amateur. 3 fr. 50; La ConfeseioU, ïfermann Pan é^ ï^a ord 
.ire, 2 francs ; d'amateur, 3 fr. 50.- Ces lithos ont été tirées pour servir de frontfl 
■e aux volumes de notre supplément, mais peuvent s'encadrer, 37-28. 

„*?£«£ t1 Malfe * t «™r 8 » par Wilîaume, tirage ordinaire, 2 francs ; tirage dama- 
ui, 5 francs. Il en reste tros peu des d*ux. . 

Album, contenant les 52 dessins parus dans la 11» année des Temps Nôuoeaux 
isuucravon de Agabi>, j3radb E rrv, Couturier, W. ChaneV DkLannoy dIl^w' 

;.»l»lN,R0UmW,R,RYSSlS BTBKHK, StEWLEJN, VàN DoNGEKet WlLLAUMK. 

Prix : 5 ï'uncs; Franco: 6 francs. 



MW WW W 



" -r«-a»i%*t kiAiiwrniw » 



EN VENTE AUX 'TEMPS NOUVEAUX 

Aux Jeunes Gens, par Kropotkine, couverture de Roubille » 15 

1,. 'Education libertaire, par D. Nikuwhkshuis, couverture de Hermann-Paul » 15 
Enseignement bourgeois et Enseignement libertaire, par J. Grave, cou- 
verture de Gaoss » 1b 

Le Machinisme, par J. Grave, couverture de Luce » 15 | 

Pages d'histoire sooia liste, par W. Tgiikrkesoff » 30 

La Panacée-Révolution, parj. Grave, couverture de Mabbl (épuisé) » 15 

A mon Frère le Paysan, par E. Reglus, couverture de Raieter » 15 

La Morale anarchiste, par Kropotkine, couverture de Rysselbekghe ..... » 15 

Déclarations d'Etiévant, couverture de Jehan net — » 15 

Rapporta au Congrès antiparlementaire, couverture de C. Djssy » 85 

La Colonisation, par J. Grave, couverture de Couturier m 15 

Entre Paysans, par E Malatesta. couverture de Willaume ... » 15 

Patrie, Guerre et Caserne, par Cn. Albert, couverture d'Aoûts » 15 

L'Organisation de la Vindicte appelée Justice, par Kkopotkine, couver- 
tire de J. Hênaul*s,.. ...♦. iû %» » 1S 

L'Anarchie et l'Eglise, par E. Rien* et Guvorr, couverture de Daumont.. . » 15 

La Grève des Electeurs, par Mirbeau, couverture de Roupille » 15 

Organisation. Initiative, Cohésion, par J. Grave, couverture de Signac... » 15 

Le Tréteau électoral, piécette en vers, par Léonard, couv. de IIkidbrinck. » 15 

L*Eleotion du Maire, piécette eu vers, par Léonard, couverture de Valloton. » 15 

La Mano-Negra, couverture de Luca » 15 

La Responsabilité et la Solidarité dans la Lutte ouvrière, par Nettlau, 

couverture dé Delannov . » • » 15 

AnaTOhie-Communisme, par Kkopotkine, couverture de Lochard. ........ » 15 

Si^uvais à parler aux Eleoteurs, par J. Grave, couvert, de Hermann-Paul » 10 

La Mano-Negra et l'Opinion française, couverture de Henallt » 10 

La Mano-Negra, dessins de Hermann-Pai l ; » 40 

Entretien d'un Philosophe avec la maréchale, par Diderot, couverture 

de Grandjouan.. . » 15 

L'Etat, son rôle historique, par Kropotkine, couverture de Steinlen » 25 

La Femme esolave, par Chaughi, couverture do Hermann-Paul » 15 

Vers la Russie libre, par Bullard. couverture de Grandjouan » 45 

Le Syndicalisme dans l'Evolution sociale, par J. Grave, couv. de Naudin. » 15 

Les Habitations qui tuent, par Michel Pstit, couverture de Frédéric Jagque. » 15 

Le Salariat, par P. Kropotkine. couverture de Kupka.. ............ .> ....... » 15 

Evolution-Révolution, par E. Reclus, couverture de Steinlen » 15 

Les Incendiaires, par Vermbsch, couverture de Hermann-Pauï ............. » 15 

La Vérité sur 1* Affaire Ferrer, par Auguste Bertrand, couverture de Luge. »> 10 

Le Cols des Enfants, 2», 3* série, chaque, brochés 2 » 

Le Coin des Enfants, 4 T# , 2« et 3* série, chaque, reliés . . . 3 ■ » 

Terre Libre, par J. Grave ,.■. 3 »' 

Patriotisme, Colonisation, illustré.. *.. ... 6 » 

La Conquête des Pouvoirs Publios. publiés par J, Grave, couverture 

de Luge ../.- /. ■" » ]0 

Les Prisons, par Krop .tkink, couverture de Dauj#ont -. . . . . . » 15 

L'Esprit de Révolte, couverture de Delannov . . . . .V. — ■-"'• • * • * 1 § 

L'Enfer militaire, par À . Girard, couverture de Lues . . » 20 

Sur rindividnalisme. par Pierrot, eouverture^te Maùrin. . . . . . . — » ]5 

L'Entente' pour l'Aotton, par J. Grave, couverture de Raieter . .... » 15 

Aux Femmes, par Gohier, couverture de Lues; . . ... X ...» » 10 

Suelques Vérités économiques, par Louis Blanc, couverture de Dissy. .. » 10 
ne des Formes nouvelles de l'esprit politicien, par Jean Gbavi, cou- 
verture de Ltgk v . » 10 

Travail et Surmenage, par M. Pierrot — » J» 

Contre la Guerre, couverture de G. Lefèvre '...<,.........-.; .. » 15 

Lu Conquête des Pouvoirs Publios, par .1- G* ave. couverture do Luce. » 10 
Le Parlementarisme contre l'action ouvrière, par PrBaaoxet Girard, epa* 

verture de Rono Fissako.. .................... *. « --^ .v.-» ** »§; 

La Royauté du Peuple souverain, par Paouniio», couverture de Raistr*.,.. , s 1U; 

Les Condition* dm Travail dans la Société àtrtttrfla» jàr Siaf lice.. t . > . . s 10 



Ij£.:' £?i J ^."k"^L* L„ ■ 




Aux Dareaux des « Temps Nouveaux » 

4, rue Broca, PARIS 



Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale cle France 



EN VENTE AUX TEMPS NOUVEAUX 

Bibliographie anarchiste, par Nettlau. . é . . t 4 * 

Les Feuilles, par d\Aa?rt. . ',*.!<! 265 

Volumes de chez Stock: 

La Conquête du pain, par Kropotkine 2 75 

L'Anarchie, son idéal, par Kropotkine t [ ' ' \ n 

La Société future, par J. Grave !.. 2 75 

La Grande Famille, roman militaire, par J. Grave] , . \\ 2 75 I 

Undividu et la Société, par J. Grave "..... 275 

LAnarohie, son but, ses moyens, var *. Grave ♦,,.,, 2 75 

Mais quelqu'un troubla la fête, par if ar$olleau. , , . , , 1 >, 

Evolution et Révolution, par Elisée Reclus 2 75 

La Commune, par Louise Michel. . . . , , 2 75 

L'Instituteur, roman, par TA. Ctièze . . , ', 2 75 

Sous la Casaque, par Dubeîs-Desaulle ] ] 2 75 

L'Amour libre, pur Ch. Albert , , 2 75 

En marche vers la société nouvelle, par C* Cornellissen \ . % 75 
Les Aventures de Nono,par J Grave, illustration» de luce, 

Rysselberghe, Charpentier, He- ^nn-Paul, Lucien Pissarro. 

C, Uefèvre, Hetdbrrock, Mah ..,,.' , , , f 275 

Ceux de PocUipnaTa, par r .nnikatf .,.,..., # 2 75 

Autour d'une vie, par Kr^^otHne 3 » 

Les Jugentents du Président Magnaud, annotés par lÀtyret. 2 75 

La Colonne, par Descaves . »... , 2 75 

La Poigne, pièce, par J. Jullien. ' ' \ 2 

L'Ecalière, — — f ....,., 2 

De chez Dentu : 

Le Primitif d'Australie, par Elie Reclu» • , , , 3 

De chez Schleicbar : 

La Vie ouvrière en France, par Ptlfomicr , t 5 

Les Enigmes de l'univers, par Haechel ^ . . 10 

Librairie dramatique : 

La Vie publique, pièce, par Fabre . . , , , 3 » 

De chez Yillerelle ; 

La Faiseuse de gloire, par P. Bru/a< , 2 75 

De chez Ha&ette :• 
Petite Histoire du peuple français (pour les «niants)) par 

P, Lacombe . » J 75 

De chez Bellais; 

La Guerre et l'Homme, par P. Lacoro6e . , . . 3 75 

De chez Charpentier : 

Sous la toque, par A. JuhelU . . v .,.,».....,, 3 » 

De chez Coilin : ' 

Le Conflit, par Le Dantec, à la Revue Blanchi 3 » 

Ce* Messieurs, pièce, parG.Ancey. , ; 2 75 

De chez Pion : 

La Vie privé* d'autrefois : L'Hygiène, par Franklin ... 3 » 

LaVie privée d'autrefois; Les Soins de toilette, par Franklin 3 >> 



» 



» 



Publications des « TEMPS NOUVEAUX » — N° 25 



Jean GRAVE 




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/vrftV^ 4 ' 



Initiative 



Cohésion 



Première Edition i «O.OOO Exemplaires 



Prix: ÎO Centimes 



PARIS 
Au Bureau des « TEMPS NOUVEAUX» 

; ) 4, RUJE BROCA, 4 

V „ 1902 



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r 



Organisation, Initiative, Cohésion 1| 



S'il est une chose difficile à faire entrer dans le 
cerveau des gens, c'est, à coup sûr, l'esprit de lo- 
gique et de pondération nécessaire pour examiner, 
soi s toutes ses faces, toute question disculée, avec 
assez de hauteur de vue, qui vous permette de vous 
dégager d'un particularisme étroit, et de la voir, avec 
toutes ses contingences, en tous ses rapports avec 
d'autres questions. 

Ainsi, parce que, jusqu'ici, on a essayé d'enrôler, 
de discipliner et de mener les individus en des sys- 
tèmes hiérarchiques et centralisés, que l'on déco- 
rait du nom d'organisation, nous avons vu, parmi 
les anarchistes, des camarades affirmer que, ne 
voulant plus d'autorité, Us ne voulaient plus d'orga- 
nisation. 

Il n'y a pas à .s'arrêter aux affirmations de 
ceux qui, sous prétexte de vouloir paraître plus lo- 
giques, ou plus révolutionnaires que qui que ce soit, 
poussent leurs raisonnements jusqu'à l'absurde, ou 
qui, possesseurs d'un raisonnement trop rudimen 
taire, ne s'aperçoivent pas de la complexité des rela- 
tions de cause à effet, ne voient jamais une ques- 
tion que sous une seule lace, et viennent nous dire 
lue leur individualisme ne leur permet pas de se 
iier. d'avance par des promesses lorsqu'ils s'asso- 
it! Rapport oui devait Hyc lu au Congrès antiparlementaire 
:nier ntiotial de 1900, interdit par le ministère socialo-libéral 
Miù^aiid-Waldeek-Rousseau . 



— 4 — » 

cient avec d'autres, affirmant n'avoir d'autre guide 
que leur volonté ou leur caprice. 
On ne discute pas des absurdités. 
D'autres, plus rationnels, comprennent que, 
dans la plupart des cas, il est profitable d'associer 
ses efforts aux efforts d'autres camarades pour 
obtenir une plus grands somme de résultats, qu'il 
n'y a d'association possible qu'à condition de s'en- 
tendre , au préalable , avec ses coassociés , pour 

I bien déterminer l'action commune aussi bien que 

l'action de chacun pour une bonne coordination des 
efforts associés. Seulement, disent-ils, ce n'est paff 

; de l'organisation, c'est de « l'entente libre ». 

« Entente libre », organisation, cela en somme 
serait peu important, si la confusion ne permettait 
d'épiloguer là-dessus, faisant discuter sur des mots 
des gens qui sont d'accord sur le fond ; permettant 

! aussi à nos ennemis de profiter de la confusion pour 

nous présenter comme des hurluberlus qui ne savent 
pas ce qu'ils veulent. 






Mais cette incompréhension de la question ne- 
s'arrête pas là, et c'est bien ce qui prouve combien 
il est difficile de s'arrêter au point juste. Compre- 
nant la perte des forces qui résultait de cette dissé- 
mination des forces anarchistes, d'autres camarade» 
ont voulu réagir contre cet individualisme outré, 
tenter de réunir les efforts, se faisant les défen- 
seurs de l'organisation, venant à chaque occasion 
propice présenter des systèmes de fédération qui 
n'avaient qu'un tort : d'être Calqués sur les systèmes 
centralisateurs et autoritaires, n'assurant la coor- 
dination des efforts qu'au détriment dé l'esprit d'ini- 
tiative, i 

Et cest ainsi que nous \ oyons le groupe des 
EtvdianU S, R. I. venir nous présenter le fameux: 



r 



— 5 — 



projet de « bureau de correspondance » qui a été 
proposé si souvent aux anarchistes, sans jamais 
pouvoir s'acclimater parmi nous. 

Bien entendu, dans l'esprit des camarades qui 
nous le présentent aujourd'hui, aussi bien que dans 
l'esprit de ceux qui le proposèrent autrefois, ce 
«bureau de correspondance » ne doit pas avoir 
d'autorité ; les groupes qui y adhéreront conser- 
veront leur autonomie; son rôle se bornera à servir 
d'intermédiaire, et rien de plus. 

Ceci, c'est la théorie ; mais il faudrait voir ce 
qu'en vaut la pratique. 



* * 



De quoi se plaint- on? Que les anarchistes man- 
quent de cohésion, qu'ils tiraillent un peu au hasard, 
sans lien d'aucune sorte, perdant ainsi une partie de 
leur force faute de solidité pour donner plus de 
suite à leur action. 

Il est vrai que, bien souvent, groupes ou indi- 
vidus ont bataillé chacun de leur côté, sans chercher 
à relier leur action avec celle d'autres qui batail- 
laient à côté. Il est bien vrai que les anarchistes 
manquent, en apparence, de cohésion, qu'en plus 
d'une occasion on s'est trouvé embarrassé pour 
trouver des camarades dont on avait besoin. 

Mais je ne crois pas que cela soit un si grand mal. 
C'est la méthode des partis autoritaires de décréter 
l'entente, la fédération, en créant des organisations 
et des groupements qui avaient pour but d'assurer 
cette union et cette unité de but. Les anarchistes 
combattant cette façon de procéder, il était tout 
naturel qu'ils commençassent a lutter chacun de 
leur côté, l'entente et l'union ne pouvant découler 
que de la communauté de but ou d'action. 

C'est des groupes eux-mêmes, se reliant peu à 



— 6 — 

peu les uns aux autres que doit sorti** la fédéra- 
tion anarchiste, et non pas parce que Ton aura dé- 
cidé de créer un groupement chargé de l'organiser. 

Il n'est, du reste, pas tout à fait exact de dire 
qu'il n'y a pas d'entente, pas / de relations entre 
groupes anarchistes. Ces relations existent aussi 
bien entre les groupes qu'entra les individus, seule- 
ment elles manquent de façade. Et pour beaucoup, la 
façade c'est tout. 

Ces relations manquent cependant de coordina- 
tion, de continuité et de généralisation. C'est à cette 
généralisation, à cette continuité, à cette coordina- 
tion que nous devons travailler. 

Mais d'autres camarades vont encore bien plus 
loin Parce que la p* opagande n'a pas pris la tour- 
nure qu'ils avaient cru pouvoir lai imprimer, d'au- 
cuns, nouveaux Jirémiea, vont pleurant sur la dis- 
pat tion du mouvement anarchisie; clamant que 
la propagande je meurt, que la « propagande n'est 

plus I » 

Ces camarades ont seulement oublié de regarder 
autour d'eux et d'examinfïr les faits- 

Se rendant fort peu compte combien îes idées 
nrogressent lentement, ils attendaient de leur pro- 
pagande des coups de foudre qui allaient illuminer 
le monde 1 

Il y a eu dêsi coupa de fondre, mais le monde n'a 
pas été illuminé. 

Ils avaient -d'avance élatoné un programme au- 
tour duquel les foules allaient se grouper i tracé la 
route par laquelle on allait marcher à la conquête 
de l'idéal; l'évolution de l'idée devait prendre la 
direction que leurs efforts allaient lui imprimer. 

Et la propagande s'est ùuùe devant eax, derrière 
«ux, de droite, de gauche, en long, en large, en 
travers. Ce n'est pas ce qu'ils s'étaient imaginé; 
par conséquent, pensent-ils, il «y a rien de frit. 




i 




— T — 

S'ils regardaient autour d'eux, ce» camarade» 
Yerriient le travail de désorganisation, lent mais 
sûr, qui s'aeeompHt dans l'état social. Ils verraient 
l'idée sourdre de toutes part» : en science, en art en 
littérature, dans toutes les fauches de l'activité 
humaine. 

Peut-être le nombre des individus ayant compris, 
l'idée anarchiste en toute son ampleur, l'acceptant 
dans toutes ses conséquences, progresse- t-il lente- 
ment; mais il n'y a pas, à l'heure actuelle, un indi- 
vidu réfléchissant qui s'accepte la légitimité de 
quelques-unes de no» revendications. 

Certes, oe n'est paala trouée rêvée ; ce ne sont que 
des Lézardes, infimes encore, mais qui iront sur- 
gissant jusqu'à ce qu'elles entraînent ta ruine totale 
de l'édifice. 

Sans no» vingt ans de propagande antimilitariste 
et de négation de l'autorité, croît-on que l'affaire 
Dreyfus aurait pria l'ampleur qu'oïl© a acquise» en- 
Usinant, quoi qu'ils fissent, la plupart de ceux qui 
s'y mêlèrent? accomplissant, en. retour, une besogne 
de démolition que n'auraient pas faite vingt autres 
années de propagande. 



* * 



Il faut voir les événements d'une façon plus large, 
et bien &l pénétrer de cette idée, que les événe- 
ments, que l'évolution même à laquelle nous tra- 
vaillons, ne prendront pas la direction que nous 
croyons pouvoir leur imprimer. Leur complexité est 
bien, trop vaste pour se contenter des petites cana- 
lisations oà nous voudrions les endiguer; noire vue 
est trop courte pour pouvoir les juger dans leur 
ensemble, et les apprécier à leur juste valeur. 

Il est de toute nécessité de se faire une idée 
nette de ce que l'on veut et d'agir dans ce sens. Mai* 



8 




les événements dirigent plus les hommes que les 
hommes n'influent sur les événements. Et de ce que 
cela ne marche >jas selon nos désirs, gardons-nous 
de conclure à la négation de ce qui se fait. C'est 
peut-être par les côtés dont nous nous doutons le 
moins, que s'opérera la transformation désirée. 

^Frappons aux obstacles qui nous gênent; mais 
n'ayons pas la prétention de croire que le monde 
reste immobile parce que nous ne pouvons pas e.i 
diriger la marche. 

Il n'y a qu'à jeter un coup d'ceil sur les progrès 
accomplis par l'idée, depuis le jour où, il y a une 
vingtaine d'années, s'affirma en France l'idée anar- 
chiste au Congrès du Centre, pour voir que, tout in- 
disciplinés et tout morcelés qu'aient été les efforts, 
révolution des idées a fait un progrès énorme com- 
parativement à la marche des autres idées; et que, 
étant donné le peu de- moyens ddmt disposent les 
anarchistes, la pauvreté de la plupart, ils ont donné 
une somme d'efforts quo n'atteignent pas d'autres 
partis disposant de plus de monde et de plus d'ar- 
gent. 

Le demi-quartercn a fait de nombreux petits. 



S'ils s'étaient centralisés ou fédéralisés au début 
de leur propagande, les anarchistes auraient perdu, 
en initiative et en autonomie, ce qu'ils auraient pu 
gagner en unité. Et, du reste, logiques avec eux- 
mêmes, sortant de secouer les entraves des partis 
révolutionnaires autoritaires, ils faisaient l'appren- 
tissage' de leur liberté, en ne prenant conseil que de 
leur initiative propre. l 

Peut-être, ici, y a-t-il une réserve à faire, et à 
reconnaître que cet esprit d'initiative ne fut que 
I apanage d un trop petit nombre, qui arrivaient à 



— 9 — 

entraîner dans leur action ceux qui les entouraient, 
action q^i s'éteignait lorsque, pour une cause ou 
pour u ul autre, ces individualités venaient à dispa- 
raître. 

C est pourquoi nous avons vu se former tant de 
croupes qui disparaissaient ensuite après une acti- 
vité plus ou moins longue, plus ou moins courte. 
Mais croit-on que cette initiative ^era suscitée, 
parce que l'on aura chargé un groupe de l'orga- 
niser? Si les individus ne sont pas pénétrés de cette 
idée que telle chose doit être faite, et si, pour la faire, 
il est nécessaire de grouper cinq, dix, cinquante, 
cent individus, il faut se mettre à l'œuvre de suite, 
et se remuer jusqu'à ce qu'on les ait réunis : croit- 
on que ce sera un « bureau de correspondance » qui 
mettra cela dans la tête des gens? ïïst-ce en créant 
un groupe de plus que l'on suscitera les initiatives 
qui manquent? Si les anarchistes n'ont pas su, jus- 
qu'ici, s'unir et créer entre eux un lien de solides 
relations, n'est-ce pas plutôt parce que, jusqt'ici, ils 
n'en ont pas senti le besoin, ou que, l'ayant senti, ils 
ont manqué de la conviction nécessaire pour agir 
dans cette direction ? 

Ce fameux « bureau de correspondance » n'est 
pas une innovation. On tenta de le créer à la suite 
du Congrès que les anarchistes tinrent à Londres 
en 1881. Le dit bureau ne put jamais fonctionner. 
Plus tard, les camarades d'Italie, dans un de leurs 
congrès, décidèrent la création d'un centre pour 
eux. L'auteur de cette idée fut désigné pour rece- 
voir la correspondance. Et, depuis, il a avoué que 
jamais il n'avait moins reçu de correspondances que 
lorsqu'il fut désigné officiellement pour les recevoir. 

Voilà comment on suscite lès initiatives lors- 
qu'on veut commencer par le sommet au lieu de 
partir de la base et que l'on confond toujours cohé- 
sion avec unification. 



— 10 



Et la preuve que -1b groupe des étudiants S. R. L 
tombe dans cette confusion, ce sont les motifs qu*il 
donne pour la création d'un organe international, 
venant renforcer le « bureau de renseignements». 



* 



Etant moi-même l'éditeur d'un journal, j'aurais 
bien laissé de côté cette question, si, dans ses consi- 
dérants, le rapport des étudiants ne nous donnait un 
aperçu de leurs tendances centralistes, dont ils ne 
se rendent peut-être pas bien compte eux-mêmes. 

Ils pensent faire le procèp des journaux anar- 
chistes, en constatant « qu'ils sont aux mains de ceux 
qui les font, et que le parti n'a aucun recours contre 
eux; que, s'il plait à ces propriétaires de journaux 
d'éliminer une question, ils peuvent le faire, les 
anarchistes se trouvant à leur égard aussi désarmés 
que devant les journaux bourgeois ». 

En formulant cette critique, nos camarr.des du 
groupe des étudiants se montrent ignorants de ce 
que peut et de ce que doit être un journal pour faire 
de la bonne besogne, et ils oublient une chose, 
c'est que, s'il y a un courant d'idées se dénommant 
anarchisme, courant qui a, en effet, quelques lignes 
générales nettement définies quant au but, par 
contre les façons d'en concevoir la réalisation sont 
multiples; et la divergence est telle que Ton se 
traite, plus d'une fois, mutuellement de réaction- 
naires. Ces divergences subsisteront toujours assez 
grandes pour se refuser à, toute unification, seront 
toujours assez contradictoires pour refuser de s'as- 
socier à la même œuvre, et, loin de désirer à les voir 
s'atténuer, nous devons, . au contraire,, espérer 
qu'elles évolueront chacune dans leur direct" en. 

Personnellement, je n'ai, contre la désignation de 
* parti », aucune répulsion prononcée. Si, sous ce 



A 



— il — 

vocable, on veut désigner seulement une catégorie 
d'individus qui, ayant un fonds d'idées communes, 
ont, de ee fait, une certaine solidarité effective et 
morale contre Beur adversaire : la société bour- 
geoise, j'accepte J'épithète de « parti anarchiste ». 

Mais si l'o» vienit me parler de groupe chargé 
de or représenter le parti », d'organe « chargé d'ex- 
primer les idées du parti », je déclare que je re- 
pousse, pour ma part, cette façon d'envisager les 
choses ; car, dans un groupe, si petit soi Ml, il y a 
toujours forcément certaines divergences d'idées 
parmi les membres qui te composent. Et lorsque 
ce groupe alErme des idéei comme siennes, ce n'est 
qu'une moyenne de ces idées, car s'ils les exposaient 
toutes, ce ne serait plus une affirmation qu'il ferait, 
mais un simple exposé contradictoire. 

Or, comment iepez~vottS un organe officiel du parti 
anarchiste exprimant les idées, du * parti anar- 
chiste », alors que lest anarchistes ne sont et ne peu- 
vent être d'accord sur toutes les questions? 






Ainsi, pour ne prendre quie quelques points, nous» 
sommes tous d'accord qu il faut lutter contre la pro- 
priété, mais par quels moyens la renverserons- 
ikhiSt? Voilà où il est difficile de se mettre d'accord. 
D'aucuns préleedeûi que le vol est un de ces 
moyens; d'autres — dont je suis — ne voient dans 
ce moyen qu'une adaptation à la société bourgeoise. 

Certains voient dans les associations coopérative* 
le germe des groupements de la société future, 
d'autres les considèrent comme des moyens bour- 
geois d'étayer la société bourgeoise. 

Nous sommes tous d'accord qu'il faut lutter contre 
le patronat ; quelqiies-uaa de bobs, tout en considé- 
rant que les syndicats ne sont pas la perfection 



— 12 — 

comme moyens de lutte, pensent qu'il est utile de s'y 
mêler pour y faire de la propagande; tout en sachant 
qu'une augmentation de salaire n'est qu'une amé- 
lioration temporaire, sans aucun effet sur le> résultat 
désiré, ceux-là pensent que tout anarchiste est soli- 
daire des ouvriers de sa corporation, puisque, à 
l'heure actuelle, eu égard à leurs conceptions, c'est 
le seul moyen qu'ils aient de lutter contre les exi- 
gences patronales. D'autres encore, trouvant les 
syndicats trop réactionnaires et les grèves trop ano- 
dines, refusent de s'y mêler. 

Quelques-uns pensent que, le mariage légal étant 
reconnu absurde, il est du devoir de tout anarchiste 
de ne pas se prêter à cette comédie. D'autres préten- 
dent que, étant donnée la société bourgeoise, c'est 
une sauvegarde pour la femme, et qu il n'y a rien 
d'antianarchiste à passer devant le maire. 

Nous voulons tous l'affranchissement le plus com- 
plet de l'individu, sa liberté d'action la plus absolue ; 
mais comment s'opérera cet affranchissement? dans 
quelles conditions agira cette liberté ? voilà où com- 
mence le désaccord. 

D'aucuns, et j'en suis, pensent que, l'individu 
n'étant pas un être abstrait, mais bien une réalité 
tirée à près de deux milliards d'exemplaires, ces 
libertés doivent se respecter réciproquement les unes 
les autres pour pouvoir évoluer harmoniquement. 

D'autres affirment que l'individu est tout, "et n'a 
à tenir compte que de lui. 

Mais, le plus souvent, il arrive que ce sont ceux 
qui affirment la solidarité de tous les êtres humains, 
qui sont forcés de défendre les droits de l'indivi- 
dualité contre l'autoritarisme de c ux qui préten- 
dent être les seuls défenseurs de l'individu. 

Or, notez que je ne prends que les opinions ex- 
trêmes ; entre chacune, la diversité est grande, il y a 
des gradations et, sur chaque point fondamental où 






— 13 — 

nous pouvons être d'accord, il y a aussi une diver- 
gence de vues quant à la réalisation, divergences 
qui, en une foule de cas, vont à l'antagonisme absolu 

Rien que cela démontre déjà l'impossibilité de 
faire un organe officiel du parti. 

Mais il y a autre chose. Il est nombre de cama- 
rades dont je ne veux pas contester le dévouement 
et îa sincérité, mais qui ont parfois des inconti- 
nences de plume un peu menaçantes pour tout or- 
gane qui voudrait leur prêter ses colonnes. 

De ceux-là, insërerez-vous la copie? — Je n'en- 
visage pas l'hypothèse de l'insertion, car les résul- 
tats ne tarderaient pas à devenir comiques ; mais à 
côté de ceux-là, il y en a un plus grand nombre 
dont les communications, se tenant entre le bien et 
le mal, ne sont pas à la rigueur mauvaises, mais 
n'apportent rien de saillant dans la question qu'elles 
traitent, et n'ont que l'inconvénient de tenir la place 
d'un article plus utile. Qui ou quoi décidera de leur 
insertion ou non? 

Je ne vous demande pas comment vous aurez re- 
cruté votre comité de rédaction; si vous l'aurez 
nommé à lu majorité, ?l.y acclamation, ou s'il se 
recrutera lui-même ? — je constate qu'il vous fau- 
dra bien choisir un petit nombre de camarades aux- 
quels vous aurez confié la besogne; leur mandat 
devra être, ou d'insérer tout ce qui leur arrivera, ou 
ils auront mission de faire un tri? Et alors, quel 
sera leur critère de ce qui devra être inséré, ou de 
ce qui devra être repoussé? — Devront-ils convo- 
quer tout le parti, lorsqu'il y aura contestation? 



Je ne -.'eux pas faiie de questions personnelles 
au Congrès. Seulement, comme on a mis en cause 
les journaux existants, il me faut bien en parler 



- il — 

aussi. Nous sommes, aux Temps Nouveaux, un petit 
groupe de camarades qui faisons un journal pour 
y développer nos idées, notre façon d'envisager les 
choses sous notre propre responsabilité. 

Nous n'avons nullement la prétention de repré- 
senter toute l'anarchie. Nous disons ce que nous 
pensons ; ceux qui pensent que nous faisons de la 
bonne besogne nous aident, ceux qui n'en sont pas 
satisfaits ne nous aident pas* cela va de soi. Chacun 
porte ses efforts vers ce qui répond à sa propre façon 
de voir, c'est conforme à l'idée que nous nous faisons 
de l'initiative. 

Néanmoins le rapport du groupe de» Etudiants 
S. R. I. contient une affirmation que je ne veux pas 
laisser passer. Pour appuyer sa proposition de créer 
un organe appartenant au parti anarchiste, il donne 
comme argument que» lors de l'affaire Dreyfus, il ne 
put trouver d'organe où exprimer son idée sur ce 

sujet. 

S'il se fût adressé aux Temps Nouveaux, il aurait 
pu se faire qu'on lui en, eût refusé l'insertion. À ce 
que noust insérons, nous demandons des qualités de 
fond et de forme qui nous rendent assez sévères là- 
dessus. Il est toutefois une chose certaine, c'est 
que, au sujet de l'affaire Dreyfus, notre censure n'a 
pas eu à se prononcer sur la prose du groupe des 
lltudiants. Il ne nous a jamais rien présenté sur 
cette question. 

Si je relève ce petit fait, ce n'est pas pour faire 
une apologie, croyez-le bien, la rédaction des Temps, 
Nouveaux n'a à demander de certificat d'anarehisnie 
à qui que ce soit. Nous insérons ou refusons de la 
copie selon nos idées, selon nos impressions du mo- 
ment, Nos insertions comme nos,; refus peuvent ne 
pas être toujours absolument justifiés. Nous serions 
plus que des hommes si nous ne nous trompions ja- 
mais. C'est cependant comme cela que se créent les 




r 



15 - 



légendes. Aujourd'hui, on affirme qu'il y a eu des> 
journaux anarchistes pour refuser de laisser ex- 
primer l'idée d'un groupe sur l'affaire Dreyfus, 
demain un autre demandera quel intérêt il pouvait 
bien avoir à ne pas laisser ouvrir cette discussion, 
un troisième affirmera qu'il était payé pour cela. 

Moi aussi, à mes débuts dans le mouvement, j ai 
cru à une conformité absolue d'idées entre tous 1 s 
anarchistes; moi aussi, je croyais que l'on pouvait se 
fondre tous dans le même effort. Cette croyance 
ne provenait que de mon ignorance. 

L'expérience nous démontrera complexité des 
choses. Au fur et à mesure que notre cerveau s'en- 
richit d'une connaissance nouvelle, c'est comme si 
nous gravissions une montagne oi, plus nous mon- 
tons, plus le panorama s'élargit à nos yeux. A cha- 
que acquisition nouvelle, nous nous apercevons de 
la multiplicité des facteurs qui concourent à une 
question qui, au début, nous paraissait si simple, 
nous la montrant avec des conséqu es que nous 
étions loin de soupçonner, modifiant nos intransi- 
geances premières. 






Les hommes ne peuvent bien représenter que 
leurs propres idées, leurs propres aspirations, ne 
défendre que leur seule façon de concevoir les 
choses. 

Une unité de vue est irréalisable ; ensuite, elle 
serait funeste, parce que ce serait l'immobilité. C'est 
parce que nous ne sommes pas d'accord sur cer- 
taines idées que nous les discutons, et qu'en les dis- 
cutant nous en découvrons d'autres que nous ne 
soupçonnions pas. Il faut une grande, divergence 
d'idées, de vues, d'aptitudes, pour organiser un état 
social harmonique. C'est seulement lorsque toutes 
ces divergences peuvent s'affirmer et évoluer quil y 




— 16 — 

a vie. C'est pourquoi un journal, s'il veut faire une 
besogne sûre, continue, ne peut être l'œuvre que 
d'un ou plusieurs individus, d'accord sur ce qu'ils 
veulent, ne tenant de mandat que de leur seule 
volonté, et le faisant à leurs risques et périls. L'œu- 
vre vaudra par ce qu'ils vaudront eux-mêmes. 

Plus leur ligne de conduite sera nette et définie, 
moins ils s'en laisseront dévoyer, plus ils auront 
chance de satisfaire moins de monde. Mais n'est-ce 
pas là la véritable initiative anarchiste ? 

Ceux qui n'en sont pas satisfaits n'ont qu'à faire 
mieux à côté ; c'est encore là de la bonne initiative. 
C'est en voyant mifltiplier les journaux, les livres et 
les brochures, où chacun tâchera de démêler et 
d'expliquer sa façon de concevoir les choses, que 
nous avons chance de voir se développer toutes les 
idées, tandis que ce serait un moyen sûr d'en 
étouffer en essayant de canaliser le mouvement — 
chose absolument impossible, du reste. 

Maisque Ton ne s'y méprenne pas, j'explique ici 
les fonctions d'un journal. Je n'ai nullement la pré- 
tention de m'élever contre la création d'un nou- 
veau. S'il y en a qui ne »ont pas contents de ceux 
qui existent, qu'ils en fass »"it d'autres à côté, rien de 
mieux ; plus il y aura de irnaux qui vivront, plus 
ça montrera que l'idée ai^rcniste prend de l'exten- 
sion. Et comme je suis convaincu que les efforts que 
Ton apportera, pour faire vivre ceux que l'on créera, 
ne seraient pas faits pour ceux existants, puisque, 
justement, on ne veut les créer que parce que les 
autres ne répondent pas aux desiderata des dissi- 
dents, c'est toujours autant de gagné pour l'idée, 
puisque cela donne lieu à des efforts qui ne se pro- 
duiraient pas autrement. ( 

Seulement, sachons bien définir ce que nous vou- 
lons, ne nous laissons pas influencer par les survi- 
vances de notre éducation autoritaire, ne nous 



— 17 — 

payons pas de mots, et sachons surtout démêler, en 
notre esprit, nos propres mobiles, afin de ne pas 
donner une fausse direction à notre action. 

Nous avons aboli, pour nous, la délégation aux 
parlements; une bonne fois pour toutes, mettons- 
noas dans l'idée que si, en certains cas bien spé- 
cifiés, bien déterminés, un mandataire peut nous 
remplacer avantageusement, il n'en est pas de 
même s'il s'agit de questions générales. 

Et c'est vrai pour un journal. Vous pouvez bien, 
en le créant, décider qu'il sera l'organe de tous. En 
fait, il sera l'organe de ceux qui le feront ; de par 
la force même des choses, il ne peut en être autre- 
ment. 



* 



Mais j'en reviens au « bureau de correspon- 
dance ». 

Nous avons vu que ce ne sont pas les moyens qui 
manquent aux anarchistes de se mettre en rapport, 
mais -le sentiment de Futilité de ces relations. Ce 
n'est donc pas à créer un rouage inutile que nous 
devons nous essayer, mais à bien faire comprendre 
cette ^nécessité d'avoir des relations directes entre 
groupes, entre individus, même lorsqu'on ne pense 
pas absolument de même sur toutes les questions. 

Gardons-nous de réintégrer parmi nous les impe- 
dimenta que noua critiquons chez nos adversaires. 
Travaillons à faire comprendre à chacun de nos ca- 
marades combien il est utile, combien il est néces- 
saire de se connaître, d'échanger des idées, de se 
prêter un appui mutuel dans la mesure de ses forces. 

Et le meilleur moj^^<jjj<j^^ d'exemple. 

Que les groupes gU^Swfr cam^r^ : cette utilité com- 
mencent de suit£ jbs'àboucheréiyksemble, formant 
ainsi le premier àfoyâu* aigYieï^ifendront s'ajouter 
ceux qui en auront cofi^rife Vvimp par la suite. 

\ - ;<*■■■/ 




— 18 — 

Je ne m'appesantirai pas longtemps sur le danger 
«que présente, au point de vue de la police, un groupe 
central. Il lui suffira de tracasser ce groupe, d'en 
disperser les membres, pour entraver cet échange de 
correspondanccb que l'on veut créer. 

Tandis que s'il y a cinquante, cent, deux cents, 
cinq cents groupes en relation les uns avec les au- 
tres, correspondant directement, ayant chacun les 
adresses de ses correspondants, le travail devient 
beaucoup plus difficile pour la police; car vingl, 
-cinquante, cent groupés peuvent disparaître ; s'il en 
reste dix debout, rien n'empêche ces dix de corres- 
pondre. 



* » 



Mais cela n'est qu'un petit côté de la question. De 
<juoi se plaint- on? que les groupes anarchistes n'ont 
pas assez d'initiative pour se rechercher et nouer des 
relations entre eux, et quel remède propose-t-on? 
Créer un groupe aux attributions mal définies qui 
aura l'air de vouloir faire ce que les groupes ne sa- 
vent pas faire eux-mêmes. 

Le groupe aura-t-il pour mission de recevoir les 
correspondances, d*y répondre, de les communiquer 
aux autres? Ce serait une centralisation pouvant 
devenir dangereuse, et que je combattrais de toutes 
aie» forces. 

Ne sera-t-il là que pour centraliser les adresses et 
tes communiquer à ceux qui les demanderont, tâ- 
chant, par surplus, de relier les groupes entre eux? 
Alors, c'est inutile de créer un rouage qui peut être 
«ne entrave. Je l'ai déjà dit, que les groupes exis- 
tants commencent eux-mêmes et par eux-mêmes. 
Ayons la réalité au lieu de la façade, ça sera beau- 
coup mieux. 

<3etle façon d'envisager les choses est un autre 
reste de notre éducation autoritaire. Parce qu'il 



r 



— ifr — 

n'existe pas un groupe spécialement chargé de la 
correspondance, on s'imagine que la correspon- 
dance n'existe pas. Les groupes et les individu» 
peuvent bien, échanger leurs idées, cela ne compta 
pas. Il n'y a pas de façade^ — Tandis qu'avec us» 
groupe portant Véti<$uette de bureau de corres- 
pondance, la façade existe. Tant pis s'il n'y arien 
derrière. 



* 



Les organisations centrales: ont leur utilité dan» 
les partis autoritaires» ayant un, programme unique, 
discuté — ou accepta — point par pcUt, duquel il 
n'y a pas. à s écarter, et que chaque adhérent ac- 
cepte intégralement. 

'tant que les individus ne mettent pas ce pro- 
gramme en discussion, le groupe central ordonne, 
dirige, semble rendre des services, en assumant 
l'initiative <gi'il a tuée ehea les individualités. 

Mais quand ces dernière» commencent à* se sentir 
entravées, aile» croient « sa libérer en changeant 
les hommes chargea de les diriger. Nous autres qui 
avons compris l'abaurdU* du système,. cpû avons 
commencé à* nous débarrasser des individualité» 
directrices, ne tombons pas en. de semblables tes** 
yers, ne nous contentons pas de changer le nom d un 
rouage, nous imaginant avoir changé la chose. 

Unissons-nous, solidariaons^nous, coordonnons 
nos effort*, mais en le» forme*, neuve liée qu'exige 
notre nouvelle conception den relations d'indiviau 
à individu, 

Autrefois,, au début du mouvement anarchiste en 
France, il me souvient qu'un, groupe, le G*x**p* d'E- 
tudié soeiaksdes V* etXII& arrondi^emenls de Pari** 
esoaya.de réaliser ce projet de Xédér ation de* groupe* 
anarchistes, et réussit, pous sa nact», à la maintenir 
tant qu'il vécut. 






;:) 



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"I 



— 20 — 

Pénétrés de cette idée qu'il est bon de se con- 
naître, d'échanger ses idées, de se tenir mutuelle- 
ment au courant dé la besogne faite, les membres 
dudit groupe écrivirent à tous les camarades ou 
groupes dont ils purent se procurer les adresses ; 
au bout de six mois, ils avaient des correspondants 
partout où il y avait des anarchistes avec lesquels 
ils échangeaient leurs idées. 

Afin, de, généraliser cette façon de faire, et pour 
que ïa correspondance ne se bornât pas entre le seul 
groupe des V fl et XIIP et ses correspondants, mais 
aussi entre ses correspondants eux-mêmes, et afin 
de les y stimuler, le dit groupe imagina de fonder 
un bulletin qui aurait été l'organe de cette fédéra- 
tion, où Ton aurait publié les travaux des groupes, 
les parties intéressantes de leurs discussions, soit 
au sein de chaque groupe, soit entre groupes, 

Et toujours pour éviter la centralisation, les 
groupes en relation devaient, chacun à leur tour, 
publier un numéro du bulletin. Cela les forçait à cor- 
respondre avec les autres ; cela leur donnait égale- 
ment de la vitalité, en les intéressant à une action, 
en leur donnant de la besogne; car, à cette époque, 
nous étions trop peu nombreux pour penser à des 
essais de réalisation; nous ne pouvions aborder que 
la discussion. 

Le groupe des V* et XIII e publia le premier numéro 
de ce bulletin tiré au polycopie. Mais vinrent les 
événements de Montceau, de Lyon, les arrestations 
qui s'en suivirent : plusieurs camarades furent forcés 
de changer de localité ; l'œuvre avait encore trop peu 
de racines pour subsister après la dispersion du 
groupe initiateur, l'essai en resta là. Mais le peu qui 
fut réalisé nous montre que l'idée est pratique, qu'il 
ne s'agît que* d'y apporter de la persistance, avec 
cet avantage énorme que les groupes sont forcés 
d'user d'initiative ^eux-mêmes, alors qu'un groupe 



/. \ 



-1 



— 21 — 

spécialement chargé de la correspondance aurait 
pour effet, sinon de l'annihiler, de ilatter tout au 
moins l'inertie des individus ; ceux-ci n'ayant que 
trop de tendances à^se reposer de la besogne à faire 
sur ceux qui leur promettent de les remplacer. 

Et si, depuis vingt ans que Ton cherche à créer 
des relations, par la création de « centres », un 
groupe de camarades s'était mis à la besogne, en 
commençant par entrer lui-même en correspon- 
dance avec les groupes qu'il aurait pu découvrir, 
s'il avait tenu c itte correspondance suivie, persis- 
tante, essayant d'amener ses correspondants à cor- 
respondre eux-mêmes avec les groupes et individus 
de leur connaissance, il y aurait aujourd'hui un fort 
noyau de groupes et individus en relations systéma- 
tiques entre eux. 

Mettons-nous bien «dans l'idée que rien ne se crée 
de toutes pièces ; commençons par les unités, ce sont 
des unités ajoutées Tune après l'autre à un premier 
noyau qui arriveront à former le bloc que nous dé- 
sirons. 






Mais il ne faut pas nous le dissimuler, si les 
groupes sont isolés, s'il s'est si peu créé de. rela- 
tions entre eux, c'est que, en somme, il existe peu de 
groupes, que la durée de ceux qui se créent, à part 
quelques exceptions, est éphémère et que, pour parer 
à ce ooté faible de notre propagande, ce qu'il fau- 
drait surtout, c'est donner aux groupes une direc- 
tion, et réveiller l'esprit, d'initiative qui, jusqu'ici, 
n'a été le fait que d'un très petit nombre parmi ceux 
qui se disent anarchistes. 

Mais expliquons-nous. Lorsque je ^dis direction, 
je m'eiiteiids l je veux dire qu'il faudrait trouvée des 
motifs de groupement assez puissants pour stimuler 
l'activité de ceux qui y participent, de façon que 



i 



« 




ç>2 — • 



ces groupes se maintiennent par l'action, et ne dis- 
paraissent pas, comme cela arrive la plupart du 
temps, faute de savoir quoi faire. 
^ S'il existe si peu de groupes, si ceux qui tentent 
oe s organiser dureat... « ce que durent les roses », 
cela tient à ce que noua savons bien tous, ce dont 
nous ne voulons plus; nou» savons bien» au fond, ce 
que nous vonbn»; mais, de quelle façon détruirons- 
nous ce dont nous ne voulons plus? comment réali- 
serojaa-nous ce que nous voulons ? voilà où nous di- 
vergeons tous* et ce que nous ignorons à peu nrès 
totalement. 

Nous voulons la Révolution, d'accord. Mais la Ré- 
volution n'a aucune vertu, par elle-même ; elle n'ac- 
complira que ce que sauront faire ceux qui y parti- 
ciperont. Et, en dehors des lignes générales, autant 
d idées que d'individus. 

Et puis, la Révolution ne se fait pas d'un bloc, il 
faut qu elle soit amenée par un, état d'esprit, par une 
évolution d'idées qui la préparent* Ét r là encore, à 
ptktt le vide à faire autour des institutions politique» 
sur lequel nous sommes tous d'accord, nous sommes 
plus ou moins à la recherche des moyens pratiques 
a* tenter, dès à présent, U propagande contre le 
snlatiat, contre la propriété individuelle, capitaliste* 
centre les préjugé* existants, etfemt ce qui concerne 
1* vae économique» 



* » 



îlStea que je ae veux pas faire le proeè* de la d* 
v*«*gence d'idées existant parmi nous. te la crois* 
éll contraire, iaévitabie d r aner< et ensuite néces- 
saire et très utile. C'est de la diversité, que naisses* 
la vie et le mouvement* Noms vouions; l'harmonie 
•iftOtt runiôcatton^ce qui n'est pas du tout La marne 

énttte. 
11 est donc arrivé ceci : d*accor4 sur les lignes 




— 23 - 

général es, chaque fois que des individus tentent de 
former un groupe, c'est dans un but de propagande 
générale. Cela est large comme idées, mais très res- 
treint comme activité ; aussi, ce que fait le groupe, 
c'est d'ouvrir des discussions en son sein, s'il a des 
adhérents capables de les soutenir, ou de faire un 
journal, s'il y en a qui pensent écrire des choses in- 
téressantes. 

Tant que les discussions restent intéressantes, 
i«« réunions du groupe sont suivies ; mais si la con- 
tradiction vient a manquer, ou que les membres du 
groupe arrivent à être à peu près d'accord, l'intérêt 
faiblit, •&, après un tempe plus ou moins long, les 
réunions au groupe sont peu ou point suivies, le 
groupe disparait, Pour un journal, c'est bien moins 
long encore, car il faut de l'argent pour faire vivre un 
journal, et c'est ce qui manque toujours. 

Aujourd'hui, quelques groupes si sont mis à or- 
ganiser des causôràfla^awtouction et des bibliothè- 
ques; quelques-uns yunttaravé une source de vie 
et d'aoti vite. Seulement* il est bien évident que là ne 
peut se borner 1 activité de tous tes anarchistes., et 
que Ton ne refait pas ne qal existe déjà. 



t » 



Un autre défaut» c'est que Ym ne veut s'attaquer 
qu'aux choses immé&ateuiea* téaHsables. €e qui 
demanderait de longs efforts, des «muées de patience 
et de travaH n'a aucun attirait; l'on veut lorsqu'on 
entreprend quelque chose, obtenir des résultats im- 
médiats. Et comme H existe peu de pft»ts de notre 
idéal qui soient réalisables immédiatesment dans 
l'état social actuel, les chances d'agir/el de se grou- 
per se trouvent d s autant plus réduites". 

81 nous étions moins dm patients, noua ne nous 
pas détourner de certains buta, parée 




— 24 — 

qu'ils exigent trop de temps. Le temps n'est rien 
dans la marche d'une idée, l'important est que 
Ton fasse quelque chose. 

Or, si Ton veut faire quelque chose, il ne faut pas 
vouloir trop embrasser, mais prendre une idée bien 
nette, bien définie et essayer de la mettre en pratique. 

Il est impossible de donner une énumération de ce 
qui pourrait être fait, il m'est impossible de définir 
un programme si vaste ; nous ne pouvons le con- 
naître que par l'initiative de ceux qui, convaincus 
que telle chose peut être réalisée, se mettront à 
l'oeuvre pour l'essayer. 

Mais je puis prendre quelques exemples parmi 
les desiderata qui se font jour, déjà, dans les journaux, 
dans les discussions. 



* * 



Ce qui empêche beaucoup d'individus d'affirmer 
pius carrément leurs idées, c'est qu'ils peuvent per- 
dre leur travail, et condamner à la misère ceux fiont 
ils ont charge. Pîus d'un, parfois, se révolterait 
contre une loi, contre un préjugé, qui ne se sentirait 
nullement arrêté, par la perspective de quelques se- 
maines de prison, s'il savait que les siens ne seront 
pas abandonnés pendant ce temps. 

Certes, la solidarité ne manque pas parmi les anar- 
chistes, chacun fait ce qu'il peut autour de lui, 
chaque fois que le besoin s'en fait sentir, mais ce 
n'est pas la fortune qui gêne les anarchistes ; on 
peut bien faire un sacrifice une semaine ou deux, 
mais si la situation se prolonge, on est forcé de 
penser à ceux qui vous sont plus proches, et la soli- 
darité est forcée de se restreindre. 

En quelques cas, les journaux ont» pu suppléer, 
mais ce ne sont que des efforts intermittents, 
qui ne font que parer au plus pressé, et ne valent 
pas les efforts d'un groupe permanent qui s'occupe- 



— 25 — 

rait spécialement de ramasser de l'argent pour le* 
familles des détenus, soit en lançant des listes de 
souscription, soit en organisant des confiances, 
des représentations ou attractions susceptibles de 
faire tomber de l'argent en caisse, soit en se pré- 
sentant chez ceux qui ont de l'argent et prétendent 
être avec nous {!). 

Il y a l'idée de la Grève Générale dont on parle 
beaucoup, mais autour de laquelle aucune propa- 
gande bien suivie n'a été faite. Là encore il se for- 
merait un groupe spécial qui donnerait tous ses 
efforts àfaire pénétrer cette idée partout, au moyen 
de conférences, brochures, manifestes, intervenant 
dans les grèves partielles, en venant à la rescousse, 
afin de pouvoir se faire mieux écouter. 

Nous avons la propagande contre la guerre, et 
antimilitariste. 11 n'y a pas àvous démontrer tout ce 
que pourrait faire un groupe spécialement adonné 
à ae. genre de propagande. Quand ça ne serait que 
pour aider à trouver du travail les conscrits qui 
préfèrent fuir à l'étranger. 

Il y a la propagande dans les campagnes qui 
demanderait à être faite d'une façon spéciale par un 
groupe ayant cet objectif, et se pénétrant bien de 
la façon dont il faut opérer. 

Nous avons la « journée de huit heures », dont 
les politiciens se sont fait une plate-forme électorale 
et qu'ils présentent comme un remèds à tous lés 
maux. 

Or, si travailler seulement huit heures par jour 
n'est pas une panacée, ce n'en fest pas moins un 
progrès sur l'état présent. Pourquoi ne prendrions- 
nous p:»s cette idée à notre compte, et ne tenterions- 
nous pas de la réaliser, puisqu'elle a chance de 
grouper les travailleurs ? 

(1) Ce groupe s'est formé depuis. 



— 28 — 

Non pas pour demander au Parlement de voter 
cette loi, mais pour organiser lçs travailleurs et les 
amener à ce qu'ils la mettent eux-mêmes en prati- 
que, en se présentant un beau jour à l'atelier et disant 
au patron : « Nous avons décidé de ne travailler 
que huit heures, nous ne ferons pas dix minutes de 
plus », et tenant ban jusqu'à ce que le patron se ré- 
signe à leur volonté» 

Cette amélioration, réalisée, les individus vou- 
draient en réaliser d'autres. Ayant compris la 
force de la volonté et de La cohésion, soyons sûrs 
que ce n'est plus aux législateurs qu'ils iraient de* 

mander la réalisation de ce qu'ils voudraient. 

Il y a l'éducation des enfants dont l'Etat a gardé 
le monopole et auquel noua pourrions., tout au 
moins, enlever celle des nôtres. Un groupe s ^occu- 
pant de réunir les enfants pourrait rendre de grands 
services. 

Je vous cite ici des exemples d'action plus immé- 
diate ; mais il y a des cas d'action plus éloignée pour 
lesquels on pourrait cependant se grouper. 

Il y aie refus de l'impôt; la grève des locataires; 
la résistance à certaines lois, à certains règlements. 

Il peut y avoir association d'individus pour orga- 
niser entre eux une entente économique pour se 
procurer les facilités de la vie, en abolissant entre 
eux toute valeur d'échange. 

11 y a des cas de résistance aux lois où un indi- 
vidu isolé n'osera pas le tenter, mais qu'il accomplira 
aisément, s'il se sent soutenu, imité, ou s'il peut le 
faire au milieu d'aut es. 




* * 



Nous nous réclamons de rinitiathfe, et c'est ce qui 
existe le moins parmi nous. Ajoutons à cela le 
désir de transformer l'état social d'un bloc, voilà 



i 



F" — 



i n B . .. i n »i 1 n B nj pp m 1 1 



— 27 — ' 

pourquoi nous n'avons, jusqu'à présent, fait que 
discuter, et rien essayé encore pour préparer cette 
transformation. 

Je voyais, dernièrement, dans un livre sur l'Amé- 
rique, comment là-bas l'initiative individuelle avait 
réussi à se substituer à l'omnipotence de l'Etat. 
Certes, celui-ci est toujours le défenseur du capital ; 
m*ûs au lieu qu'il se glisse dans toutes les relations 
sociales, jusque dans la vie journalière de l'individu, 
ce sont les individus eux-mêmes qui, lorsqu'ils sen- 
tent le besoin d'une chose, se frroupent^ s'unissent. 
et organisent ce qu'ils ont décidé. 

Ici, bientôt, lorsqu'on voudra obtenir une dimi- 
nution de son loyer, on demandera à l'Etat d'inter- 
venir. 

Pourquoi, lorsque nous sentons la nécessité d'une 
chose, que no<uscroyo»s à sa réalisation, ne ferions- 
nous pas appel à ceux qui sentent cette nécessité, 
qui croient à sa réalisation ? 

On ne sera que dix, que ving-t au début, alors qu'il 
faudrait être des milliers pour réussir : e h bien ! que 
ces dix, <iue ces vingt fassent la. propagande pour 
cette idée, qu'ils travaillent jusqu'à ce qu'ils aient 
amené à eux le nouerions nécessaire pour la réalisa- 
tion de leur idée. Qu'importe le temps? Que Ton 
n'ait phis foi aux transformations miraculeuses 
qui ne relèvent que de ialoi à 1» Piwide noe. 



ïi en est de même poux les ressources pécuniaires. 
Onatoajours tablé sur les millions providentiels qui 
devaient tomber dans la oaisae des groupes, pour 
leur permettre de foire la propagande, et on n'a- 
pas su s'astreindre à la cotisation patiente, régulière, 
qui fait plas que toutes les combinaisons imaginées 
pour amener la grosse somme. 



> — 28 — 

Il ne s'agit pas ici d'imposer des cotisations 
fixes, sous peine d'exclusion ; mais il faudrait que les 
individus sachent qu'ils ne peuvent compter que 
sur eux-mêmes, sur leur seule action, sur leurs 
seuls efforts, et que les sous ramassés un à un finis- 
sent par faire des sommes importantes, lorsqu'on y 
met de la persévérance. 

Je sais qu'il y en a qui ont dit que c'était prêcher 
^'abnégation ; que, pour les anarchistes, tout cela 
était changé ; que ce n'était qu'en améliorant son 
propre sort que l'individu arriverait à changer l'état 
social, que les privations qu'ils pouvaient s'imposer 
pour la propagande ne signifiaient rien, que c'était 
aux bourgeois qu'il fallait faire payer les frais 
de la guerre. 

Tout cela est morale de jouisseurs qui, dans l'anar- 
chie, n'ont voulu voir que ce qui flattait leurs appé- 
tits. 

Il est évident que les anarchistes n'ont pas à faire 
vœu de pauvreté. S'ils peuvent améliorer leur situa- 
tion personnelle, ils auraient tort de ne pas le faire, 
puisque, s'ils sont réellement convaincus, c'est un 
supplément de ressources pour la lutte qu'ils y 
trouveront. Mais il est difficile, dans l'état social 
actuel, d'améliorer sa situation, sans que cela soit 
au détriment de quelques autres. Les cas sont très 
rares où les individus puissent devoir cette amé- 
lioration à leur seul travail. Et ils restent toujours 
des cas individuels, sans aucune influence sur la 
situation générale. 

Notre propagande n'est qu'une lutte contre ï'état 
social actuel. Toute lutte comporte efforts, sacri- 
fices. Et lorsque la conviction ne sait pas s'astreindre 
à quelques-uns de ces sacrifices Qu'exige la lutte, 
c'est une conviction bien peu efficace et bien peu 
solide. Ce n'sst pas du dehors que nous devons 
attendre les ressources pour mener la lutte. Et 



, — 29 — 

lorsqu'on dit que « l'émancipation des travailleurs 
ne sera l'œuvre que des travailleurs eux-mêmes », il 
rie faut pas sous-entendre l'œuvre d'une entité qui 
surgira cTon ne sait ou, mais bien la besogne de 
chaque travailleur qui se mettra à l'œuvre lui-même, 
travaillera dans son milieu, associera son action à 
celle d'autres travailleurs. 

De même pour la révolution anarchiste. Elle 
sera l'œuvre des individualités qui auront *su agir 
dans leur propre milieu, auront su s'associer, se 
grouper pour les besognes trop fortes pour être 
entreprises isolément. Seulement, ce qu'il ne faut 
pas oublier, c'est que l'œuvre des collectivités n'est 
que la somme des efforts des unités qui les com- 
posent, qu'elles sont impuissantes si ceux qui les 
composent ne savent pas agir eux-mêmes, et y 
consacrer les efforts nécessaires à la réussite. 



* » 



Comme je l'ai dit plus haut, il est impossible 
d'énumérer toutes les formes du groupement ; ce 
sont les préférences de chacun qui doivent les diri- 
ger, leur faire rechercher ceux qui pensent comme 
eux. 

Et quelle que soit la diversité de but, ces groupes 
peuvent être utiles les uns aux autres. En dehors de 
l'idée qui peut absorber vos efforts, il peut y avoir 
nombre de cas et de façons où Ton peut être utile à 
ceux qui consacrent les leurs à une autre réalisation. 
Soi-même on peut avoir assoz de forces à dépenser 
pour faire partie de plusieurs groupes à objectifs 
différents, c'est pourquoi il serait urgent d'établir 
le plus de relations possible^ entre groupes et 
individus, à condition que ces relations soient spon- 
tanées, directes, sans intermédiaires. 

Un autre avantage de cette façon de procéder en 



■ww 




— 30 — 

dehors de celui de faciliter la propagande, c'est 
qu'elle nous préparera à la vie de la société future, 
en nous habituant à agir selon nos conceptions', 
selon notre tempérament, selon nos aptitudes. C'est 
en développant notre initiative que nous pourrons 
résister aux empiétements de nos maîtres écono- 
miques ou politiques. Et du jour où nous serons 
habitués à cette façonne procéder, nous n'aurons 
plus peur d'être su*j*ris par h Révolution, car 
nous aurons, nous ^.ntfrsi, uaa« organisation nouvelle, 
prête à se substituer à cejle^que nous aurons ren- 
versée, , ;i ■; \ \ 



i - 



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tetonnoy. - Les Défricheurs, par Agar. - Le Calvaire du mineur! 
Car Couturier. - Ceux qui mandent le pain noir, par Lebasque - 
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Hollande, franco t f r . «o ; édition d'amateur : 3 & 50. p * 

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it vendues 7& francs ce qui est paru de l'édition ordinaire, 180 francs 



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Un repaire de malfaiteurs, par Vuillaume ... I » franco 1 15 

Bakounine, portrait au burin par Barbottin , . , » 50 - » 60 

Proudhon, par trait au burin par Barbottin. , . , » 50 — » 60 

Caflero *> 50 ~ » 60 

Un frontispice en couleur, par Vuttiaum, pour 

le premier volume du Supplément . . , , . , 2 25 - 2 40 

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BROCHURES DE BRUXELLES 

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Quelques Vers, par Hiehepin » 15 

L'Humanisphère, par Dejacques \ 20 

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L'Art et la Révolution, par Wagner ..... l 20 

Un peu de théorie, par Malatesta » 15 

Pour la vie, par Myrtal » qq 

Droits et Devoirs, par Myriat ; ,> Y5 

La Servitude volontaire .".."..'.'."," » 30 

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L'Art et la Sooiété, par Ch.-Albert ,.-... » 20 

A mon Frère le paysan, par E. Reclus, couv. de L f Chevalier. » 15 

La Morale anarchiste, "par Kropotkine, couv. de Rysselberghe, « 15 

Rapports au Congrès antiparlementaire, couv. de C. Dissy. » 85 

La Colonisation, par J. Grave, couverture de Couturier, ... » 15 

Marohand-Fashoda, par L. Guètant 15 

La Grève générale, rapport des Etudiants S. A. t. . • . . » 15 

Entre paysans, par Malatesta, couv. de Vuilldume. » 15 

Le Militarisme, par Domela Nieuwenhuis, couverture de Co- 

min'Ache - » 15 

La Femme esclave, par Chaughi, couv. de Bermann-Paul- » 15 
Patrie, Guerre et Caserne, par Ch. Albert, couverture de 

Agar . . . . Y '. . . » 15 

L'organisation de la vindicte appelée justice, par Kropot- 
kine, couverture e J.Hénault » 15 

L* Anarchie et l'Eglise, par B. Reclus et G. Guy ou, couverture 

de Daumont. . . . ......,..*.. » 15 

La Grève des Electeurs, par Mirbeau, couv. de Roubille. . . » 15 
Organisation, Initiative, Cohésion, par /. Grave, couv. de 

Signac. . • » 15 

L'Education pacifique, j>ar Girard » 15 

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Publications des "TEMPS NOUVEAUX" — N* 26 



n 3 avais à parler 

Electeurs 



1* i , > . T - v * 



J. GRAVE 




Prix : O f r. 05 

Aux Bureaux des TEMPS NOUVEAUX, 4, Rue Broca, Paris 



Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale cle France 



LECTURES POUR ENFANTS 

Tous les livres de lecture pour enfants sont entachés de fausse 
morale religieuse ou bourgeoise. Nous avons cherché, dans la littré 
lature de divers pays, les contes qui pouvaient amuser sans fausse- 
r espnt et, à cette heure, nous avons en vente trois volumes de contes 
choisis intitulés le Coin des Enfants, i re , 2 e et 3* séries, contenant 
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Publications des « TEMPS NOUVEA UX » .♦— N° 26 



Jean GRAVE 






i W 

Si flvais à parler 



aux Electeurs 



Tirages et distributions : 50,000 exemplaires 



PRIX : 6 CENTIMES j 






< « 



PARIS 
Au Bureau des " TEMPS NOUVEA UX " 

4, RUE BROC A, 4 
IÇII 






Sf J^ÀIS A PARLER 

AUX ÉLECTEURS 



f .1 



Voici ce que je leur dirais : 

Voilà plus de cinquante ans jue vous êtes en possession 
du bulletin de vote, et êtes censés maîtres de vos desti- 
nées; voilà plus d'un demi-srôcle que, vous et vos pères, 
confiants en les promesses de ceux qui sollicitent vos 
suffrages, vous nommez ceux qus vous croyez aptes à légi- 
férer sur votre bien-être et votre liberté, et vous ne vous 
êtes pas encore aperçus que des lois de plus en plus 
nombreuses, empiétant de plus en plus sur tes actes de 
votre vie qui» jusqu'ici, y avaient échappé, votre sujé- 
tion est encore plus grande que lorsque vous n'aviez 
quo le fusil et la barricade pour résister aux empiéte- 
ments du pouvoir. 

Plusieurs générations, déjà, sont parties dans la tombe, 
confiantes en les panacées que leur promettent les pan- 
tins de la politique, et les suivants attendent toujours la 
réalisation des mômes promesses, — la meilleure des 
preuves qu'elles ne furent jamais réalistes — et vous 
voilà encore une fois à discuter les mêmes programmer, 
les mêmes réformes. 

Electeur, vieille bête! tu aurais la foi tenace, si, depuis 
le temps que dure ia comédie, cela ne prenait un autre 
nom : DÔtise ou veulerie. Les deux, peut-être. 

Bêtise pour être assez simple de croire que d'autres s'oc- 
cuperont de réaliser ce que tu ne te donnes pas la peine 
de réaliser toi-même; bêtise pour te fier à la bonne foi 
de ceux qui te promettent, alors que, en ton for intérieur, 
tu sais bien que, si tu étais à leur place, tu te moquerais 
pas mal de « l'intérêt public », pour ne penser qu'à ton 
intérêt particulie»*. 

Veulerie, puisque, toi qu'on dit, et qui te crois le maître, 
tu es assez lâche peur, à chaque faillite de leurs promes- 
ses, tendre les poignets aux nouvelles chaînes qu'ils te 
forgèrent, ne te sentant pas assez de volonté et d'énergie 
pour agir par toi-même. 

Ce que cinquante années de régime paflem en taire t'ont 
avachi, mon pauvre ami, ce n'est rien de le dire. 

Ce qui excuse ta bêtise et ta veulerie, c'est que les efforts 
combinés, depuis des siècles, de ceux qui se sont faits tes 



maîtres et tes éducakuis, n'ayant l ndu qu'à i'c^ètir et à 
t'avachir, l'étonnant fslque lu aies pu y résister, jusqu'au 
jour où ils ont inventé de te msltre ce hochet, le bulletin 
de vote, entre les mains. 

De tous temps* tes maîtres se sont moqués de toi, ne se 
sont h Usés au pouvoir qu'en vue de satisfaire leur besoin 
de parader, leur soif de domination, ou de lucre. 

Les maîtres passés, comme moralité^ valaient bien ceux 
d'aujourd'hui. 

Mais, la plupart du temps, ils y mettaient quelque pu- 
deur; leurs palinodies essayaient de se mettre un masque, 
leur vénalité préférait l'ombre des coulisses. Les gou- 
vernés, du reste, aimaient d'autant plus intervenir dans 
leurs tripotages, quon leur déniait ce droit. 11 y a cent 
ans, soixante et môme quarante ans, tes aînés n'auraient 
pas souffert les scandales que tu acceptes placadement 
aujourd'hui. Pour leur imposer toutes les lois restrictives 
dont on t'a chargé depuis une vingtaine d'années, il au- 
rait fallu mater une révolte 

Depuis que tu nommas des députés pour faire des lois, 
tu trouves très logique qu'ils interviennent jusque dans 
les affaires privées. 

Somme toute, à quoi cela servirait de se donner des 
maîtres, si ces maîtres ne faisaient sentir leur pouvoir! 

L'exemple venant de haut, la gangrène n?a pas été sans 
t'atteindre. Tu es aussi pourri que tes maîtres; plus &ucun 
mobile généreux n'est capable, je ne dirais pas de l'indi- 
gner, mais même de te chatouiller, si peu que ce soit, 
l'épiderme. Tes maîtres volent, tuent, pillent des peuples 
plus faibles, tu laisses partir tes fils se prêter à ces igno- 
minies, leur ayant appris l'obéissance; puis, à leur retour, 
tu vas lécher les bottes pleines de sang, de ceux qui les 
menèrent aux massacres. 

A l'heure actuelle, chez toi, tu es la proie des mou- 
chards; c'est la police internationale qui te gouverne : 
que t'importe! Il n'y a que les imbéciles qui ne veulent 
pis s'avachir comme toi qui en souffrent. Toi, tu veux ce 
que veulent tes maîtres, que t'importe que celui qui veut 
êtie libre soit traqué comme une bête malfaisante! 

Si ta curiosité s'égare quelque jour dans une manifesta- 
tion, et que tu écopes, tu seras prêt à faire des excuses 
pour t'ètre trouvé sous les coups de tes dompteurs! 

Il semblerait, même, que le cynisme de ceux qui te 
bernent, te soit un titre de plus à ton admiration; car en 
le député, tu ne vois que celui qui t'obtiendra place ou 
faveurs. L'intérêt public 1 L'intérêt générall ce que tu t'en 
moque3Î Combien tu ptéfères le député qui pourra te dé- 
crocher une place dans la hiérarchie gouvernementale — 
ne serait-ce que comme garçon de bureau — ou te fera 
voter dos droits protecteurs de ton industriel 



— 5 — 



* * 



Que tu cherches ton profit personnel, cela est très na- 
turel. Notre étatt social actuel est ainsi basé sur {'antago- 
nisme, non seulement de l'intérêt particulier et de l'in- 
térêt général, mais encore des intérêts particu'iers entre 
eux. Ils mentent effrontément ceux qui viennent te dire 
qu'ils veulent se dévouera I intérêt public. Jt n'y a pas 
d'intérêt public, il n'y a que des intérêts de groupes, de 
castes et d'individus, éternellement en conflit les uns avec 
les autres. 

Et lorsqu'on te dit qu'il faut savoir parfois, sacrifier 
l'intérêt particulier pour le. plus grand bien de tous, c'est 
un marché de dupe que Ion te propose; on se moque de 
toi en te roulant. 

Donc, que tu cherches ton intérêt particulier, rien de 
mieux. Mais pourquoi être aussi hypocrite que les charla- 
tans de la politique? Montre-toi donc tel que tu es. Nous 
discuterons ensuite si tu prends bien le chemin de ton af- 
franchissement, en essayant de disputer quelques faveurs 
à l'état social actuel. 



« * 



D'abord, si tu états moins serin, tu te serais aperçu de- 
puis longtemps déjà, que, dans ce conflit d'intérêts et 
d'appétits, tu es le plus mal armé, et que tu y seras tou- 
jours l'éternel roulé. 

Ceux qui viennent te promettre de s'occuper de toi à la 
Chambre, d'y travailler à ton affranchissement politique 
et économique, ne sont que des fourbes ou des imbéciles. 

Des fourbes, s'ils savent ne pouvoir tenir les promesses 
qu'ils te font, s'ils ne te promettent ce qui flatte que pour 
mieux te duper; des imbéciUs, s'ils sont convaincus de 
pouvoir les réaliser: car cette conviction impliquerait 
qu'ils ne se sont jamais rendu compte des complications 
de l'ordre social actuel, de sa marche, et de ses possibi- 
lités. 

S'ils avaient étudié les phénomènes économiques, ils 
sauraient quffacune réforme utile ne peut y être opérée 
sans s'attaquer à l'organisation fondamentale; et, 3uste- 
ment, toutes les réformes qu'il* inventent et te préconi- 
sent, ne sont qu'un prétexte pour évitfer de toucher à ces 
base s considérées comme sacrées par la plupart, ou aux- 
quelles on ne peut toucher sans péril. 

T'affranchir, et te mettre à même d'obtenir ta part inté- 
grale de production, ils ne demandent que cela! Mais en 
même temps, ils veul* nt respecter les privilèges dés maî- 
tres. Lorsque tu auras bien compris l'antinomie de ces 
deux affirmations, tu Beras fixé sur leur état d'esprit. 



— 6 — 






Il y a, je le sais, — je passe les nuances — une troi- 
sième catégorie de citoyens, qui ne sont pas très con- 
vaincus de pouvoir réaliser à fa Chambre les promesses 
qu'ils te font, et te l'avouent plus ou moins clairement. 
Seulement, disent-ils, « si nous laissons la place à d'autres, 
ces autres seront les maîtres de faire ce qu'il voudront, 
c'est ce qu'il ne faut pas. 11 faut que vous nous envoyiez 
là-bas, pour y porter vos doléances, — d'aucuns disent 
vos volontés, — y faire obstacle au réactionnarisme . » 

Ceux-là, encore, ou bien leur désir — conscient ou 
inconscient — est de parader. en ton nom, ou bien ils ne 
savent pas ce qu'ils disent, et te trompent en se trompant. 

En participant à la comédie du vote, tu ratifies ton 
asservissement, en acceptant le rôle qu'on te donne dans 
la comédie qui se joue contre toi. Tes députés à la Cham- 
bre ne peuvent y parler qu'à condition de s'y conformer 
aux lois et règlements. Et, i ois-en certain, ces règlements 
sont assez nombreux et variés pour qu'on y étouffe leur 
voix, si elle s'avisait d'y être trop discordante. On ne les 
y laissera parier qu'à condition que ce soit pour ne rien 
dire. Et leur présence ne fera que donner un semblant 
de légitimité aux mesures qui sont prises contre toi. 

Contre toi, comprends bien cela, car la loi ne peut que 
restreindre tes droits, ta liberté. Si tu avais le droit de 
penser, d'agir comme bon te semble, tu n'aurais pas 
besoin de lois pour en sanctionner l'exercice . 

D'autre part, tes maîtres n'osent, contre toi, que ce que 
ta es assez lâche pour supporter. Même les lois faites avec 
ta participation, ifs n'osent les faire appliquer que lorsque 
l'opinion publique est assez veule pour les subir. Et lors- 
qu 11 hésitent à les appliquer, ce ne sont pas les déclama- 
tions de tes députés qui les font hésiter, mais la clameur 
4e tes réunions, la crainte de ta résistance, la saine ter- 
reur de voir les pavés se lever, les criailleries de la presse, 
cette prostituée du pouvoir et de la finance, mais qui mar- 
che toujours avec toi, lorsque tu sais vouloir. 

Apprends donc à faire tes affaires toi-même, pauvre brute, 
et envoie donc, une bonne fois pour toutes, promener tous 
ces quémandeurs de mandats qui, surtout lorsqu'ils sont 
sincères, ne font que se tailler une réclame de ta misère, 
et te desservent en te faisant espérer des autres ce que 
toi seul peux réaliser. 

Maintenant, tn vas peut-être me demander pourquoi je 
te raconte tout cela ? Quel est l'intérêt qui me pousse à 
démolir les jouets qui tant te charment? • 

Hassure-toi, je ne te demanderai pas de me nommer à 



i.... 



leur place. Je n'ai pas de panacée à te proposer. Si 
j'éprouve le besoin de te raconter cela, c'est que ton as- 
servissement fait ie mien, ton exploitation assure U 
mienne, je ne pourrais être affranchi autant que je le con- 
çois, que lorsque tu stras libre toi-même. 

Sachant que je ne puis m'afîranchir sans toi, ni m'af- 
franchir, en t'atfranchissant, sans ta participation, iorce 
m'est bien de chercher à te faire comprendre ton aveu- 
glement, quitte à passer auprès de toi, pour un fou, ou 
un autre marchand d'orviétan. 

Oui, imagine loi qu'il y a certains individus, — il y a 
de singuliers types tout de même — qui ne se sentent pas 
libres, lorsque d'autres êtres à, côté d'eux sont esclaves; 
les jouissances de la vie les plus pures leur semblent 
amères, lorsqu'ils savent que c^s jouissances sont l'œuvre 
d'autres êtres dont la vie est faite de misère etde douleur. 
Les souffrances des autre.* ternissent leurs joies. 

Tu hausses les épaules? tu ne peux comprendre cela, et 
penses en toi-même qu'il faut être fou pour se chagriner 
de ce qui ne vous atteintpas. « Encore un qui me conte des 
blagues, qui ne fait le désintéressé que pour me demander 
davantage, ou qui ne crache sur le plat pour en dégoûter 
les autres, que parce qu'il ne peut y montre lui-mêm»». » 

Pense ce que tu voudras. Je me moque de ton opinion. 
Mon orgueil, vois-tu, est de penser que. si ces ligues te 
parviennent sous les yeux et que tu les lises, tu sera!*, tôt 
ou tard, forcé de reconnaître la vérité de ce que j'avunce. 

Il y a des jours de détresse où l'on est écrasé par 
l'indifférence des choses et des êtres, où la nature en 
fête insulte à votre douleur, où l'on se teai bien petit 
dans le monde, où Ton éprouve le besoin de la sympathie 
des autre», où. l'on se reproche l'égoïsme dans lequel on a 
vécu. C'est en ces moments de détresse que Ton recon- 
naît l'urgence de la solidarité. 

Si tu n'as pas connu ces moments-là, tu les connaîtras, 
sois-en sûr, 

En attendant, c'est une jouissance accessible à très peu, 
de pouvoir se dire que Ton a raison contre tous ; c'est là 
où l'on se sent vraiment supérieur aux petitesses, aux 
vilenies qui font la joie du vulgaire. Pouvoir exprimer 
son dégoût à ses maîtres, à ceux qui les adulent, vaut 
bien quelques sacrifices matériels. 

Quant à toi, électeur, p^uVr^mîtoton tondu — lorsque 
tu n'es pas égorgé — con^în^elà^hAsir^jpafmi ceux qui te 
cajolent pour te tondre; mieux TlëuftÂjte. Va votei% va. 
Choisis tes maîtres! Ghgtaîs-les Jrîen. jru\ n'auras janais 
que ceux que tu niérfteg» 1 > \ K ' ïli 

Voilà ce que je dira|s3i\j'|v^i9là par*to aux électeurs. 

v -^MyGiuvi. 



COLLECTION DE LITHOGRAPHIES 

Capitalisme, par Comin'Ache. — Education chrétienne, 
par Roubille. — La Débâcle, dessin de Vatlotton, gravé par Berger. 

— Le dernier gîte du trimardeur, par Daumont. — L'Assas- 
siné, par C. L. — Souteneurs sociaux, par Delannoy. - Les 
Défricheurs, par Agard. — Les Bienheureux, par HeidbnncK. 

— La Jeune Proie, par Lochard. — Le Missionnaire, par 
Willaume. — Frontispice, par Roubille, — L'homme mourant, 
par L. Pissaro. — 3a Majesté la Famine, par Luce. — La 
vérité au Conseil de Guerre, par Luce. — Provocation, par 
Lebasque. — Ceux qui mangent le pain noir, par Lebasque. 

— L'édition ordinaire, 2 francs. . 
Il ne reste plus qu'en nombre restreint : L'Incendiaire, par 

L uce . — Porteuses de bois, par C. Pissaro. — L'Errant, par X. 
Le Démolisseur, par Signac, L'Aurore, par Willaume. — Les 
Sans-Gîte par C. Pissaro. — On ne marche pas sur l'herbe, 
par Hermann-Paul.— Mineurs Belges, par Constantin Meunier 
Ah I les sales Corbeaux, par J. Hénault. — La Guerre, pai 
Maurin. — Epouvantalls, par Chevalier. — La Libératrice, par 
Steinlein. — L'édition ordinaire, 3 francs S Pour les éditions d ama- 
teur, s'informer au préalable, quelques-unes sont épuisées. 

Aux petits oiseaux, de Willette, I O fr. 

Reproduction des Errants, de Rysselberghe, édition ordinaire, 

I fr. 25 ; sur japon, 3 fr. 50. 

Contre Biribi, album de 9 dessins de : Delannoy, Grandjouan, 
Luce, Maurin, Raïeter, Rodo, Signac et Steinlen. 

Une Hue de Paris en Mai 7 1, par Luce, tirée en sous- 
cription à 75 exemplaires, dont 15 sur Japon ; 7 fr. ordinaire, 10 fr. 

sur Japon. 

Miséreux, par Naudin, même tirage, même prix. 

Il ne re»^ plu? qu'un nombre très limité de collections complètes. Elles sont 
vendues 75 francs l'édition ordinaire, 150 francs celle d amateur. 

LITHOGRAPHIES EN COULEURS 

Les Temps Nouveaux, Willaume, épuisé, une dizaine d'exemplaires a 5 fr. ; 
La Charrue! PUsaro, édit. ordinaire., a fr. ; d'amateur, ? tr. 50; drapeau rouge, 
Lvc??*™*™* tr. '; d'amateur, 3 fr. 5<> ; La Mère, Êeb asque, édit ord la jr 
d'amateur * fr ko • La Confession, Hermann-Paul, edit. ord., 2 tr. ; d amateur, 
3 f™ S. - 3 <Si ?£hbs »ôur été Tirées pour servir de frontispice aux volumes de notre 
supplément, mais peuvent s'encadrer 37-28. A „ niw . a „ «v . ti raa t> rf'ama- 

JRepaire de Malfaiteurs, par Willaume, tirage ordinaire, a fr. ; tirage d ama 

teur, 5 fr. il en reste très peu des deux. 

Album, coûtent* les 5â dearin. pa*us dan. la 11' année des *J"^SJ?«uJ" ^"gS^pîïS 
«.^«i7 Vlon^TBT». w Crans, D^awkoy, d*law, Qkuc«b, Gbasdjouaî», H*nàttlt, ™JS^„ va» 

?r to^"ï^î!^Sl, L.bW«, 1*01, B. NATT^, BOBI*, BOUBOU L BTSSBLBMOHK, ST^NUBIN, VA* 

dokotc» et Wh^aum». Prix 1 B trmmmmt F+mnmo t e»mnom* 



t r» U rrun» unilurillV « Paraissant tous Ibb 8 joura ar«c un Supplémeut littéraire. 
Lfc5 I tMrO miUïtAUÀ 10 cent, te numéro. — 4<*m<nfa/TOrt<m ; 4. rue Brooa. 

Abonnement France, un An, 6 fr. — Extérieur, 6 fr. 



q j-uXi-j-u-u-U-M-^ B -^- i ^t* ■■«■■ m^^m ^^^^^^mmi 



EN VENTE AUX " TEMPS NOUVEAUX " 

Aux Jeunes Gens, par Kropotkine, couverture de Roubille ■> 15 

L'Education libertaire, D. Njsuwenhuis, couverture de Hermann-Paul » Il 

Enseignement bourgeois et Enseignement libertaire, par J. Grave, 

couverture de Cross i& 

Le Machinisme par J. Grave, avec couverture de Luck >» 15 

Les Temps Nouveaux, Kropotkine, avec couverture de C.Pissaro (épuise). » 30 

Pages d'histoire socialiste, par \V. Tcherkesoff > 30 

La Panacée-Révolution, par J. Grave, avec couverture de Mabei « 15 

A mon Frère le Paysan, par E. Reclus, couverture de Raieter » 15 

La Morale anarchiste, par Kropotkine, couverture de Rysselberghk » 15 

Déclarations, d'Etiévant, couverture de Jkhannet » 15 

Rapports au Congrès antiparlementaire couverture de C. Dissy » 85 

La Colonisation, par J. Grave, couverture de Couturier » 15 

Entre Paysans, par E. Malatesta, couverture de Willaume. » 15 

Le Militarisme, par D. Nieuwenhuis, couv. de Comin'Ache (en réimpression) » 15 

Patrie, Guerre et Caserne, par Ch. Albert, couverture d'AGARD. id » 15 

L'Organisation de la Vindicte appelée Justice, par Kropotkine, couv. 

de J. HÉNAUÎ.T ••■•• M }J 

L'Anarchie et l'Eglise, par E. Reclus, et Guyou couverture de Daumont » 15 

La Grève des Electeurs, par Mirbeau, couverture de Roubille » 15 

Organisation, Initiative, Cohésion, J. Grave, couverture de Signac » 15 

Le Tréteau électoral, piécette en vers, par Léonard, couv. de Heidbrinck. » 15 

L'Election du Maire, piécette en vers, par Léonard, couv. de Valloto*. . . » 15 

La Mano-Negra, couverture de Lues * 15 

La Responsabilité et la Solidarité dans la lutte ouvrière, par Nettlau, 

cou vertu re de Dblannov » 15 

Anarchie-Communisme, Kropotkine, couverture de Lochard » 15 

SI i'avais à parier aux Electeurs, par J. Grave, couvert, de Heidbrinck. . » 10 

La Mano-Negra et l'Opinion française, couverture de Hénault » 10 

La Mano-Negra, dessins de Hbrmann-Paul » 40 

Entretien d'un Philosophe avec la Maréchale, par Diderot, couverture 

de Grandjouan. . • * 

L'Etat, son rôle historique, par Kropotkine, couverture de Steinlen 

Militarisme, par Fischer » » 

La Femme Esclave, par Chaughi. couverture de Hermann-Paul » 15 

Deux Tsars, par M. S . . .. • — » jj 

Vers la Russie libre, par Bullard, couverture de Grandjouan. » J» 

Le Syndicalisme dans l'Evolution sociale, J. Grave, couvert de Naudin. » 15 

Les Habitations qui tuent, par Michel Petit, couv, de Frédéric Jacques. . » 15 

Le Salariat, par P. Kropotkine, couverture de Kupk* » « 

Evolution- Révolution, par E. Reclus, couverture de Steinlen * 15 

Les Incendiaires, par Vbrmkrsch couverture de Hbrmann-Paul • 15 

La Vérité sur l'Affaire Ferrer, par Auguste Bertrand, couv. de Lues.,*. j 10 

Comment l'Etat enseigne la Morale - J • 

Le Coin des Enfants, a% 3» série chaque { 2 » 

Terre Libre, J . Gravb •[ * 

Patriotisme colonisation, illustré g • 

Guerre, Militarisme, illustré : 6 J 

Les Prisons, par Kropotkine, Couverture de Daumont » }» 

L'Esprit de Révolte, Couverturî de Dblannoy » 

L'Anarchie, de Malatesta • * 

L'Enfer Militaire, par A. Girard, couverture de Lues » 

Sons prssss .* 
Sur l'Individualiste, par Pierrot, couverture de Mauiun 



15 

25 



15 

20 
20 



PRIX : fr. 10 




AUX BUREAUX DES TEMPS NOUVEAUX 

1011 



Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale cle France 



Groupe * e Propagande pana Brochuii 

, m 

La propagande par la Brochure est une des meilleures propagandes si on 
peut la taire avec suite. ,., 

Le Récolté, La RéooUe : Les Temps Noumaux s'y sont employés de leur 
mieux. A l'heure actuelle, plus de 60 brochures diverses, dont les différents 
tirages réunis, dépassent un million d'exemplaires, ont été lancées par eux. 

Malheureusement, les fonds manquent pour pouvoir eu imprimer plus 
souvent de nouvelles, oa réimprimer, lorsque c'est nécessaire, celles qui sont 
épuisées. 

Il s'agit donc de trouver 500 souscripteurs ■s'engageait à verser chacun 
12 francs par an. Nous serions alors en mesure d'imprimer chaque mois — 
ou de réimprimer parmi celles épuisées — une nouvelle brochure de fr. 10 
ou deux de fr. 05. 

Par contre, voici les avantages que nous offrons aux souscripteurs: 

1° A chaque tirage, il leur sera expédié 15 exemplaires, si c'est une bro* 
chure à fr. 10; 30 exemplaires, si c'est une à O fr. 05. C'est-à-dire le mon- 
tant de leur souscription calculé avec une remise de 40%, frais d'envoi déduits. 

Ce qui leur permettra de s'employer à la propagande, en faisant circuler 
les brochures parmi ceux qu'ils connaissent, soit en les distribuant eux-] 
mêmes, soit par la poste lorsqu'ils ne voudront pas faire savoir qu'ils s'inté- 
ressent à la. propagande. 

2°^ A chaque souscripteur, qui sera libéré de sa souscription, il sera ] 
envoyé une lithographie spécialement tirée pour les souscripteurs. | 

Cette lithographie, ne sera pas mise en vente et vaudra, à elle seule,] 
largement, le prix de souscription. Pour cette année, c'est Steinlen qui a bien : 



voulu s'en charger. 

3 Ô A ceux qui souscriront 15 francs par an, il sera expédié un nernbre do 
bmçhures dont le montant égalera celui de la souscription, calculé, toujours! 
avec, une remise de 40 %, plus une eau-forte qui, elle aussi, sera tirée spé- 
cialement pour eux, et non mise dans le commerce. 

Ceux qui savent le prix d'une eau-forte artistique apprécieront le cadeau 
que nous leur offrons. Pour cette année, elle sera de Frédéric Jacquc. 

4° A ceux qui souscriront au-dessus de 15 francs il sera fait cadeau délai 
lithographie et de l'eau-forte. 

Au camarade qui nous trouvera ÎO souscripteurs, il sera fait cadeau de! 
la. lithographie. — Celui qui en trouvera 20 recevra l'eau-forte. 

Les souscriptions peuvent être versées par fractions mensuelles ou tri- 
mestrielles, etc., au gré des souscripteurs. 

A ceux qui s'engageront mensuellement et qui ne se libéreraient pas de] 
.leur promesse, il sera, à la fin du trimestre, adresse' un remboursement pour] 
les 3 mois. 

Adresser les souscriptions au camarade Ch. BENOIT, 

3, rue Bérite, PARIS» 

N.-B. — En discutant avec des camarades,* il. est facile de leur glisser! 
une brochure, et de leur arracher deux sous. Les souscripteurs pourront ainsi 
récupérer le montant de leur souscription, et augmenter leur propagande. 

Brochures à l'étude : La Lutte contre la tuberculose de Pierrot. — L'HyyièM\ 
des nourrissons, de Michel Petit, couverture de Rodo-Pissarro. - ^M 
aliments, de Michel Petit. — L'anarchie dans l'évolution; La loi et l' au '\ 
toritè, de Kropotkine. 




1 



pour l'Action 



(Tirage ÎO.OOO fi}3KO*x*i>l£aJbc*e«) 



PRIX : fr. 10 



PARIS 

AU BUREAU DES T JMPS NOUVEAUX" 

4, Rue Brocca> 4 

1911 



L'Entente 



pour l'Action 






De temps à autre, quelques mécontents, révolution- k 

naires ou anarchistes, se plaignent que Ton piétine sur 
place! qu'il faut faire quelque chose! Ces récriminations 
reviennent de temps à autre, comme une ritournelle, 
surtout lorsque d'aucuns ne savent à quoi employer 
leurs forces et leur temps, ou lorsque les , événements 
ne prennent pas la direction qu'ils voudraient leur im- 
primer. , . , . * |) 

C'est pourquoi il ne faut pas prendre trop au pied de j 

la lettre ces récriminations et s'imaginer que les anar- } 

chistes n'ont fait que bavarder ou dormir sur leurs j 

lauriers. Il serait difficile de le soutenir. j 

Que tout ce qui aurait pu être fait ait été fait, que ! 

chacun ait donné la somme d'efforts qu'il aurait pu i 

donner ça c'est une autre paire de manches. Et lorsque i ! 

nous envisageons toute la besogne qui « pourrait être 
faite », si tous -ceux qui se prétendent anarchistes vou- 
laient donner la somme d'efforts qu'ils peuvent don- 
ner (1) on peut, certes, regretter que ces efforts ne soient 
pas faits. 

Mais, si en constatant qu'il y a peu de fait en compa- 
raison de ce qu'il faudrait qu'il soit fait, et de ce qui 
pourrait être fait, si chacun voulait donner l'effort dont J 

il est capable, si nous regardons derrière nous, si nous J 1 

. (}) Bien entendu, je ne parle pas de la somme d'efforts dont un 
individu est capable, mais seulement de la part qu'il peut donner 
a la propagande. 



\ 



- 4 



comparons notre petit nombre, le peu de ressources dont 
on a disposé et du chemin parcouru depuis trente ans, 
on peut constater que des progrès inespérés ont été faits 
et que, par conséquent, le reproche « on ne fait rien », 
signifie seulement que ceux qui l'émettent ne sont pas 
contents de ce que font les autres, — et de ce qu'ils 
font eux-mêmes, je l'espère pour eux. 

« Ils veulent faire quelque chose ». Mais « vouloir 
faire quelque chose » implique que Ton ne sait pas quoi 
faire, sans cela on nous dirait : « Faisons telle ou telle 
chose » ! Et, faute de mieux, on décide que si les anar- 
chistes n'ont rien fait, c'est parce qu'ils manquent de 
cohésion, qu'il faut les rassembler en un vaste groupe- 
ment qui leur donnera ce qui leur manque. 

C'est, à mon humble avis, vouloir asseoir une pyra- 
mide sur sa pointe. Si la cohésion manque aux anar- 
chistes, ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas groupés, 
mais parce qu'ils manquent de la volonté d'agir, ou 
n'ont pas su trouver la besogne à faire pouvant les inté- 
resser qui les aurait groupés. 

Et ce manque de volonté tient à une foule de raisons 
qu'il est bon d'analyser avant de voir ce qui pourrait 
être fait. 



* 



Lorsque, il y a une trentaine d'années, les anarchistes 
se séparèrent des socialistes révolutionnaires tombés 
dans le « programme minimum », ils y furent entraînés, 
d'abord à cause de la trahison des guesdistes qui étaient 
allés,' chea Marx, chercher le programme électoral tfit 
minimuir., et qu'ils étaient déjà antiparlementaires, 
antiétatisk*s, antimilitaristes, oui ; mais ce que tout cela 
était vagiie, mal défini, et ce que toutes les idées qui s'y 
associent avaient besoin de se préciser. Certes* nous 
sentions d'instinct où il fallait aller, mais que de survi- 
vances dans nos façons d'agir ei de nous exprimer. 

Cette précision, cette définition, ce classement des 
idées purent s'opérer parce que les anarchistes, refu- 
sant de se mêler aux autres mouvements, ils purent, 
entre eux, poursuivre sans entraves — je parle des 
entraves apportées par )a création d'un parti — cette 



5 — 



élucidation des idées dont ils avaient besoin, avant de 
tenter des besognes pratiques. 

C'est parce que chacun put dire ce qu'il pensait, et 
agir comme il l'entendait, que toutes les définitions pu- 
rent se faire jour, chacun se ralliant à la définition qui 
répondait le mieux à ses propres aspirations. 

Cette liberté eut ses avantages et ses inconvénients» 
Quelques détraqués, quelques ignorants, qui prennent 
pour de la logique leur inaptitude à voir un ensemble 
de faits, puient faire une besogne néfaste et servir de 
jouets à 'ceux qui avaient intérêt à discréditer l'idée 
anarchiste, ou jeter le -trouble dans les cerveaux, mais 
en somme, le bien, à mon avis, l'emporte sur le mal, 
et il n'y a nullement à regretter que l'évolution ait suivi 
ce chemin. Je ne la désirerais pas autre. 

Mais, de ce que les anarchistes ont bataillé en tirail- 
leurs, s'ensuit-il que, dans les luttes qu'ils menèrent, 
l'entente et la solidarité ne se firent pas jour? Il ne 
faudrait pas connaître le mouvement pour oser l'af- 
firmer. 

Si elles ne se cristallisèrent pas en fédérations, en 
groupes centralisés, ayant des organes représentatifs, 
les anarchistes surent se sentir les coudes pour se 
défendre contre les attaques du dehors; s'ils se disper- 
saient pour propager leurs conceptions particulières, ils 
surent faire bloc lorsque c'était nécessaire. 

L'isolement ne s'est fait sentir que lorsque, devenus 
plus nombreux, ne se connaissant pas, des éléments 
hétérogènes trouvèrent plus de facifité pour accomplir 
parmi nous leur besogne de désagrégation. 



** 



Il y a aussi que l'esprit de prosélytisme, qui animait 
les premiers anarchistes, manque chez les nouveaux, 
et c'est à (jette absence qu'il faut attribuer les motifs 
d'inertie de la plupart de ceux qui se prétendent anar- 
chistes. 

Cette disparition de l'esprit de prosélytisme tient à 
différentes causes, dont la principale est une mauvaise 
digestion des idées, et, surtout, à la besogne néfaste 



mi^- 



accomplie par ceux qui s'intitulent « individualistes », 
mais que moi j'appelle des bourgeois ratés, auxquels 
il ne manque que le capital pour faire les types les 
plus accomplis du mufle exploiteur. 

Sous prétexte que « l'individu est tout, qu'il prime 
tout », on a soutenu que, pour l'individu^ le meilleur 
moyen de travailler à changer l'état social était d'abord 
de travailler à s'affranchir soi-même », chose excellente 
en soi, mais par n'importe quels moyens, ce qui justi- 
fiait tous les appétits. 

De plus, cette exaltation de l'individu b'a pas été 
sans détraquer quelques cerveaux faibles; ajoutez-y 
quelques lectures mal digérées, et nous avons cette 
sorte d'anarchistes qui prétendent tout enseigner aux 
autres, sans avoir besoin d'apprendre eux-mêmes. 

D'autre part, ce sentimeut que, pour être anarchiste, 
il fallait connaître un peu plus que les autres, allié au 
sentiment de la valeur individuelle, cela a développé 
chez quelques individus mal équilibrés, un orgueil 
insupportable qui fait qu'ils se croiraient diminués, 
s'ils consentaient à travailler à la diffusion d'idées 
courantes, professées par le commun des anarchistes. 
Ceux-là ne veulent faire de la propagande qu'à condi- 
tion d'être en tête, et «'est ce qui fait qu'il semble y 
avoir tant de division parmi les anarchistes, alors qu'en 
réalité, il n'y a que des différences d'interprétation sug- 
gérées par une sotte vanité chez quelques-uns. 

* 
** 

De tout oeci, il ressort que tout n'a pas été parfait 
dans ce qui s'est accompli, et qu'il aurait pu se faire 
mieux; mais cela a été comme cela pouvait être, étant 
donnée l'imperfection humaine. Ne demandons aux 
hommes que ce ^qu'ils peuvent donner; Et, aujourd'hui, 
que la période d'incubation des idées est passée, au- 
jourd'hui qu'elles ont acquis assez de netteté et de pré- 
cision pour qu'en nous jetant dans la mêlée, nous ne 
risquions pas de perdre pied, maintenant que nos idées 
bien assises nous .ouvrent, chaque jour, des horizons 
nouveaux, nous apportent de nouvelles indications d'ac- 



uu... îiolio devons chercher des modes d'agir en dehors 
<le ceux qui nous furent légués par les conceptions que 
nous avons rejetôes. Ces moyens existent, à nous de 
les trouver. 

Une autre ritournelle, c'est que « nous avons suffi- 
samment de théorie, que nous en sommes saturés, que 
ce qu'il nous faut, c'est de l'action ». 

Encore un reproche qui n'est pas nouveau. De tous 
temps, il a existé des gens pour affirmer que la théorie 
c'était de la blague, que de la discussion ils en avaient 
par-dessus la tête, qu'il n'y a qu'une chose de vraie, 
l'action ! 

Parmi ceux qui font ce reproche, il faut distinguer. 
Il y en a qui sont de bo/ine foi, et de ce que leur tempéra- 
ment les pousse à se dépenser autrement qu'en efforts 
pour faire comprendre à ceux qui ne savent pas, s'ima- 
ginent que les efforts en ce sens sont inutiles; mais il 
y a ceux pour qui faire de l'action consiste à n'user 
que d'une phraséologie ultra-violente, pour engager... 
les autres à agir. 

A ceux-là on peut répondre que l'action se fait et ne 
se prêche pas, et aux premiers qu'il y a toute sorte 
d'action, que c'est à chacun de se grouper pour le genre 
qui lui convient. Nous reviendrons sur ce point plus 

loin. 

Mais il y en a une troisième sorte, ce sont ceux qui, 
sous prétexte que la théorie ne peut rien leur apporter, 
prétendent s'employer à des besognes plus pratiques. Ce 
qui ne cache, en réalité, qu'un retour déguisé vers les 
partis parlementaires qui ne s'avouent pas encore tels. 

** 

. Dans une brochure : Initiative, organisation, cohé- 
sion (1) que personne, ou, pour être plus exact, presque 
personne ne lit, j'ai, il y a quelques années, essayé de 
aire ce queje pense sur le sujet; on m'excusera donc si 
je me répète, mais puisqu'il faut longtemps taper sur 
le même olou pour qu'il s'enfonce, se répéter est un 
devoir. 

t 

(1) fr. 10 aux Temps Nouveaux. 



8 — 

Donc, on se plaint qu'il manque d'entente parmi les 
anarchistes, mais pour la diffusion des idées anarchistes 
qui, sauf dans les lignes générales, ne comportent pas 
d'unité, cette entente est-elle si indispensable? 

Ce que nous voulons, c'est que toutes les idées qui 
tendent à la dispersion de l'état social actuel, à l'anéan- 
tissement de Pautorité, voulant, pour chacun, la liberté 
d'exprimer ses propres idées, et celle de les réaliser, il 
y aura donc de tous temps, forcément, de par les diffé- 
rences de conceptions, endettement, éparpillement des 
efforts. Qu'importe cela. L'idée gagnera en largeur 
ce qu'elle semblera perdre en cohésion et en intensité. 

Je dis semblera, car la certitude de travailler à la dif- 
fusion de leurs propres idées poussera les individus à 
dépenser toute la somme d'efforts dont ils sont capables, 
que leur permettent les conditions de la vie. La convic- 
tion n'est-elle pas le meilleur des stimulants? 

Si, parfois, l'activité anarchiste est en sommeil, ce 
n'est pas la faute à l'éparpillement des efforts, mais 
bien à l'indolence, à l'apathie, à l'indifférence du plus 
grand nombre des individus, e tde ce que, chez eux, les 
idées ne sont pas encore passées à l'état de « convic- 
tions ». 

** 

On a dit aussi « que nous vivions tous, plus ou moins, 
sur un certain nombre d'aphorismes, qui ne sont trop 
souvent que de doux oreillers; que ces principes ne 
résistaient pas tous, ou tout entiers, à une critique sin- 
cère et loyale ». 

C'est très facile d'accuser les principes; mais, est»ce 
nous ou eux qui sommes dans l'erreur? 

Sans doute, parfois, on a été trop absolu en certains 
cas; car l'absolu n'existe pas. Dans la vie, qui nous 
apprend à être tolérants, il nous faut, parfois, aban- 
donner la ligne droite pour prendre un sentier, à droite 
ou à gauche. Mais si nous voulons ajifiigdrB le but que 
déterminent les conceptions que irolïs prétendons pro- 
fesser, il ne nous faut pas perdre de vue que ces 
« écarts », imposés par des circonstances plus fortes 
que notre volonté, que notre pouvoir, ne sont que des 




9 



déviations que nous devons abandonner sitôt l'obstacle 
tourne, pour revenir à la ligne droite. 

Un principe viendrait à nous être démontré faux 
nous aurions à le reconnaître; mais que de fois ne sem- 
blent-ils tels que parce que nous ne savons pas en 
dégager la véritable ligne de conduite qu'ils impliquent 



* 
♦ * 



Lue autre erreur des anarchistes, et de certains révo- 
lutionnaires qui les empêchent de trouver les moyens 
d action ou ils pourraient dépenser leur besoin d'activité 
c est qu ils ont le défaut de voir trop eh grand 

Amener un adhérent aujourd'hui, un deuxième 
demain est une besogne trop au-dessous de leurs apti- 
tudes. 11 leur faut, pour débuter, frapper des coups de 
maître. Si, lorsqu'ils veulent réaliser quelque chose, on 
ne repond pas en masse à leur premier appel, ils ne 
veulent pas s'attarder à faire la besogne ingrate de 
marcher quand même au milieu de l'indifférence géné- 
rale, de persister malgré tout, et contre tous, en accom- 
plissant la besogne que permet le petit nombre d'indi- 
vidus que 1 on a pu réunir, jusqu'à ce que, si l'idée est 
econde on ait pu réunir assez d'adhérents pour se 
(l ^\^ Qdre * Ils P réf èrent déclarer que c'est la faute 

C'est un peu dans le caractère français — et pas 
particulier aux anarchistes — de manquer d'esprit de 

Trouver l'idée à réaliser, chercher quelques cama- 
rades partageant là-dessus votre façon de voir, se -par- 
tager la besogne selon les aptitudes, et commencer; ne 
serait-on que dix, et même que deux où 1 trois, jusqu'à 
ce que 1 on soit vingt, cinquante, cent et des milliers 
nsmte cela demandât-il cinq, dix, vingt ans, mais en 
> travaillant continuellement, sans trêve, recrutant les 
ad lerents au fur et à mesure que se dessine l'œuvre 
entreprise attirant à elle, peu à peu, tous ceux auxquels 
«'il' 1 semblera utile et rationnelle, voilà ce dont peu 
><>"t capables. Il est bien plus simple de déclarer qu'il 



j *. 



> 



10 



est impossible de rien faire tant que l'on ne se sera pas 

entendu. 

* 
** 

Mais ces questions d'idées et de tactique sont beau- 
coup plus complexes qu'on ne se l'imagine. 

Si un des principaux dogmes de l'anarchie — si j'ose 
m'exprimer ainsi — est la proclamation du respect de 
l'initiative individuelle, il faut avouer que, par contre, 
elle a été fort mal pratiquée, sinon pour se refuser à 
collaborer à l'œuvre des autres, parce qu'on n'en est 
pas l'initiateur, et aussi par le manque d'esprit de prosé- 
lytisme que je constatais plus haut. A ceux qui n'éprou- 
vent pas le besoin de batailler par eux-mêmes, il ne 
vient pas l'idée qu'ils pourraient aider ceux qui sont 
dans la mêlée. Il y a tant de façons de déployer de 
l'initiative. 

Il y a aussi ceux qui ne s'imaginent pouvoir faire 
quelque chose que s'ils sont en nombre, pour qui tout 
le révolutionnarisme consiste à aller faire du boucan 
dans la rue, et ne peuvent s'imaginer qu'une transfor- 
mation dans les façons d'agir dans nos relations est une 
révolution autrement importante. 

Mais, qu'il n'y ait pas équivoque, je n'entends nulle- 
ment faire ici le procès du boucan dans la rue. Il est 
parfois très utile, même nécessaire, de casser quelques 
vitres pour se faire entendre. Il ne s'agit que de savoir 
employer chaque moyen à son heure. 

Et puis, enfin, nous avons ceux qui ont un tempéra- 
ment de « meneurs », et ce nom je ne l'emploie pas en 
mauvaise part. — Qui n'a pas passé par cet état d'esprit? 
— qui se voient, entraînant les foules, s'imaginant qu'ils 
pourront les diriger, les canaliser, les lancer à l'assaut 
de la « Bastille » quand et comme ils voudront. 

Et alors ils voudraient avoir leur armée sous la main, 
et quoi de mieux de chercher à réunir tous les individus 
dans le même groupement? Si l'état, d'esprit des pre- 
miers est celui de soldats à la recherche de généraux, 
les seconds sont des généraux à la recherche d'une 
armée. 




_ il _, 

Mais, pour ma part, je suis revenu de ces illusions. 
Lorsqu'on est orateur, ou beau parleur, on peut avoir — 
lorsqu'on est à la tribune — une certaine influence sur 
les foules. On peut les faire vibrer à l'aide de certains 
mots, de gestes appropriés, d'intonations étudiées, les 
exalter, les enthousiasmer. 

Mais, pour faire la révolution, il faut des causes plus 
profondes, plus puissantes, qui sont l'oeuvre d%n en- 
semble de faits dépassant le pouvoir d'un homme ou 
de quelques hommes. 

Lorsque ces causes agissent sur les foules, il peut se 
trouver à point l'individualité qui saura déclancher 
FetTort qui les lancera à la ruée, mais il ne sera 
que l'accident fortuit qui, inévitablement, doit se pro- 
duire. 

Et alors, arrivé à cette conception, je m'inquiète fort 
peu si les anarchistes et les révolutionnaires font plus 
ou moins corps. L'œuvre individuelle de transformation 
qu'ils accomplissent autour d'eux me préoccupe* davan- 
tage. 

Mais, entendons-nous, lorsque je dis individuelle, 
j'entends les individus isolés, s'il s'en trouve qui ont 
le tempérament et l'énergie d'agir isolément; mais j'en- 
tends surtout les groupements d'affinités, estimant que 
l'initiative n'est pas annihilée parce que l'on s'associe 
entre gens qui pensent de même sur un but défini. ,, 

C'est du pur blanquisme, une autre face de l'esprit 
militariste, cette idée de « Sans-Patrie » qui, dans la 
Guerre Sociale prêche l'organisation des révolution- 
naires en des espèces de régiments qui s'entraîneront 
à l'émeute, à la révolution. 

L'exemple de Blasnqui est là cependant pour, démon- 
trer que ces coups de force, préparés au sein des sociétés 
secrètes, n'éclatèrent jamais au moment psycholo- 
gique, et que ces fameux cadres n'eurent jamais aucune 
influence sur la révolution ou n/importe quelle ruée 
dans la rue, qui éclataient toujours sans que les ehefs 
occultes aient rien prévu. 

La révolution, pas même une manifestation mettant 
aux prises la foule avec la police, n'a de chances de 
réussite que si elle est spontanée* 




— 12 .— 

Or, les \ événements dépassent toujours les individus. 
Apprenons leur à savoir agir lorsque l'occ.asion se 
présente, au lieu de vouloir les diriger. 

La révolution, elle-même, ne sera pas l'œuvre de me- 
neurs plus ou moins influents, ni de groupements orga- 
nisés dans le but de la faire éclater plus ou moins vite. 
Ils pourront, chacun dans leur sphère, préparer les 
esprits autour d'eux, y savoir accomplir leur besogne 
lorsqu'elle éclatera; mais la révolution ne sera amenée 
que par des causes assez puissantes pour secouer les 
masses, ne portera ses fruits que lorsqu'une nouvelle 
façon de penser aura pénétré dans les cerveaux, lorsaue 
des besoins nouveaux, matériels, moraux et intellectuel 
seront assez forts pour impulser une minorité cons- 
ciente. Et les efforts de cette minorité consciente, eux- 
mêmes, ne vaudront que si ces nouvelles façons de 
penser, ces nouveaux besoins, ont créé « l'ambiance » 
qui fait que la masse, sans le savoir en est elle-même 
touchée. 

. * ■<*■■'* ■ «►. ■--'• '"• ' : 

Et pour cela, ce n'est pas de rester « entre soi » pour 
se concerter sur ce qu'il sera mieux de faire lors de la 
révolution. Puisque l'on veut agir, c'est à préparer cet 
état d'esprit, à créer cette ambiance qu'il faut s'adonner. 
» Je ne veux pas dire, par là, qu'il n'y ait plus de pro- 
pagande anarchiste à faire; que tout le monde ait son 
éducation faite. Combien d'anarchistes auraient besoin 
d'apprendre ce que c'est l'anarchie. A plus forte raison 
ceux qui ne connaissent de l'anarchie que ce que leur 
en a raconté la presse bourgeoise. 

Mais cette besogne est l'œuvre de nos journaux, de 
nos brochures, de tous ceux qui, n'étant pas satisfaits 
des définitions fournies, ont leur propre définition à 
apporter. Cette œuvre, en réalité,, reste ïa besogne d'un 
petit nombre, ou, pour beaucoup tout au moins, n'est 
pas de nature à absorber toute leur activité. Il reste 
des forces disponibles à exercer. A quoi peuvent-elles 
s'employer? .1. _ , .__ - — *• - 




— 13 — 

Il est absurde, d'abord, de vouloir amener les anar- 
chistes à se concerter en vue d'un programme commun 
d'action. Il y a des différences de tempéraments, de 
caractères, qui entraînent des façons de voir les choses 
différemment. Et ces façons de voir et d'agir ont le droit 
de se faire jour e^ de s'exercer au même titre les unes 
que les autres. C'est pour cela que, malgré les difficultés 
de vivre, il y a tant de tentatives de journaux (abstrac- 
tion faite des petites vanités personnelles). Et il n'est 
pas désirable que les anarchistes s'entendent pour éta- 
blir un programme commun, ce ne pourrait être qu'au 
détriment des initiatives et de la naissance d'idées ori- 
ginales. 

D'autre part, pour longtemps, très longtemps encore, 
les anarchistes ne resteront qu'une minorité infime, eu 
égard au chiffre total de la population, n'ayant qu'une 
action très restreinte sur la masse, condamnés à dis- 
cuter éternellement sur ce qui pourra ou ne pourra pas 
être fait, s'ils continuaient à rester entre eux. 

M 

** 

Il sera toujours impossible de réunir une masse impor- 
tante d'individus, absolument d'accord, pour une action 
d'ensemble sur un programme d'idées générales. Les 
partis politiques n'y réussissent que par une telle im- 
précision, qu'ils n'arrivent à se maintenir qu'en s'abs- 
tenant de réaliser leur programme, quelque incolore ils 
l'aient conçu. 

Mais, s'il est impossible de grouper des forces impo- 
santes sur des programmes généraux, il y a tels et tels 
points particuliers des revendications sociales" sur les- 
quels pensent la même chose, ou sur lesquels il leur est 
facile de s'entendre, un nombre considérable d'individus 
appartenant à des groupements socialistes et même 
politiques différents, points particuliers qui peuvent 
réunir en un seul bloc des forces assez considérables 
pour imposer à, la société la transformation de tel ou 
tel rouage. 

Les exemples abondent. Nous en avons en ce moment 
un qui est d'actualité : la disparition de Biribi. Jusqu'à 



T 




- 14 — 

présent, ce ne sont que des protestations isolées qui se 
sont fait entendre. Le « Comité de défense sociale » a 
pris l'affaire en main, mais s'il se créait un groupement 
de pères et mères de famille, désireux de soustraire leurs 
fils au sort des Rousset et des Aernoult; si, au lieu de 
se faire les complices des chaouchs en laissant faire, 
tous ceux qui ont des fils que le même sort peut at- 
teindre, — car une fois au régiment cela peut atteindre 
chacun, — formaient une ligue puissante, ils impose- 
raient à nos maîtres une mesure qu'ils ne sont assea 
forts pour refuser de prendre que parce que nos pro- 
testations sont isolées. 



* 
** 

En un autre ordre d'idées, tout le monde se plaint de 
la façon dont est pratiqué renseignement. Sous prétexte 
de faire la guerre à l'Eglise, l'Etat est parvenu à s'assu- 
mer, de fait, le monopole de l'éducation, à imposer sa 
surveillance et ses programmes aux écoles que, sans 
doute par dérision, on qualifie de libres. 

Que tous ceux qui pensent que la personnalité de 
l'enfant, son originalité, doivent être respectés; que ceux 
qui veulent qu'on lui apprenne à penser par lui-même, 
et non lui fourrer des idées toutes faites dans la tête; que 
ceux qui veulent qu'on lui apprenne à choisir dans les 
idées qu'on lui soumet, et non en faire un perroquet qui 
ne sait que répéter ce qu'on lui a seriné, se groupent 

Sour forcer l'Etat à changer ses méthodes, en attendant 
e pouvoir se passer de lui. 

Si, au lieu, comme on est' habitué, de toujours se 
plaindre et récriminer sans résultats appréciables, de 
toujours attendre de la Providence que les méthodes 
changent, on s'organisait pour les changer, je suis 
convaincu qu'il y a assea de geris désireux d'introduire 
4es méthodes plus rationnelles dans l'éducation pour 
pouvoir, dès à présent, imposer des transformations 
heureuses dans l'enseignement. 

Et comme il ne s'agit pas de remplacer une croyance 
par une autre, mais, bien au contraire, mettre l'élève à 



>~ 



- 15 — 



stalt ficiL aV ° ir Se faiFe Sa propre diction, l'entente 

En cet ordre d'idées, nous faudra-t-il prendre exemnle 

des catholiques qui se sont groupés en assocîaE de 

Ah! voilà, il faut se. grouper, il faut amr il faut 
faire quelques sacrifices, et surtout ne pas s'émotionnër 
des échecs II faut avoir de l'esprit de sut», de la persc- 
yerance. C'est wen plus facile de déblatérer, chacun eîi 

to° U Vr,', d u e n^u U r dlI,e "^ 6t Cr ° ire <* Ue ce,a ^ang/ra 
Quelques camarades ont pris l'initiative de faire révi- 
vre la ligue que Ferrer avait fondée dans oe but Epe- 
rons qu'ils sauront se faire entendre, qu'ils auront u££ 
de persévérance pour se maintenir, même si ks adhé? 
siens étaient longues à venir, jusqu'à ce que les inrfl 
vidus ayant enfin compris que l'on obtTenl fue ce quo 
Ion sait imposer, les adhésions viennent assez nom 

Er^ P qUe la j igue puisse faire œu ™ Sce("". 
D autres camarades ont fondé la « Liirae doup la 

Z %,* re , nfanCe " (2) - Je ne sui « P as S*" sûr 
qiiq eelle-d ne fasse pas double emploi avec l'autre 

™ f n ,S U r P< f te '- e î pér0ns que toat ° s deux Pourront 
un jour, ayant pris force, essayer quelques réalisations 



• * 



Nous sommes a une époque où la puissance de la 
police est devenue formidable. Les républicains souî 
1 Empire, se plaignaient avec raison de seV mZœuvrës 
policières Après quarante ans de Hép^uJSTÏÏuS 

Sn!, P u 1 p. devenir „ le r éritabIe gouvernement ' P 
ou'eX « P mpir -» elle ét î lt r™ 1 * 6 : on la désavouait lors- 
d'hf, .fi f< VS u , t P"» 1 ** la main dans le sac; aujour- 
dhui elle s'étale et envahit tout. C'est elle oui Z 
mande les ministres obéissent. Le v^rUabie^hef de" 
1 Etat, ce n'est m le président de la République/ni le 

de ! rL^^ ll I 'i 8 u U e e de n Œ 1 ° n * ,e P ° Ur rEducattol » ^nn e lU> 
(-') Adresse: Roy, secrétaire, 73, rue Daguerre. 







— 16 - 

président -du Conseil, e'est le préfet de police, Le mou- 
chard ne se dissimule i plus pour exercer son métier 
malpropre, c'est ouvertement qu'il s'infiltre dans tous 
les actes de la vie du citoyen. Et la presse n'est plus 
qu'une succursale de la rue de Jérusalem. 

On sait quels anathèmes ont pesé sur l'Empire pour 
les fusillades de Saint-Aubin et la Ricamarie. C'est par 
douzaines qu'il faut compter ces actes de répression 
sous la République. A la moindre manifestation, on 
lance les policiers et la cavalerie sur les manifes- 
tants (1). Il n'y a pas de ministère qui n'ait quelques 
cadavres sur la conscience. C'est à se demander où cela 
finira. 

Cependant, si les individus voulaient, ils pourraient 
résister à cet envahissement de mouchards. Nous ne 
devojis pas être tombés si bas pour que cette ignominie 
ne répugne pas à la majorité des individus. Pourquoi ne 
se concertent-ils pas pour résister à ce chancre? 

Et lorsque je parle de la police, je n'en disjoint pas 
la magistrature, qui n'en est qu'une autre face. 

Il y a le « Comité de défense sociale », dont j'ai déjà 
parle, et aussi la « Ligue des Droits de l'Homme ». 

Celle-ci, formalise? étudiant les faits au point de vue 
légal, n'intervenant qu'au nom d& là légalité, lorsqu'elle 
n'a pas été respectée. Le Comité de défense, lui, ne 
s'inquiétant guère de la légalité, mais s'insurgeant au 
nom de la conscience humaine. Ce sont deux modes 
différents d'action, mais rendant des services, et qui 
peuvent, dans beaucoup de cas — cela est arrivé — unir 
leurs efforts. Mais il faudrait que les adhérents arri- 
vent par milliers au Comité de défense, que des sections 
fonctionnent dans chaque localité. Ici, l'action et la 
bonne volonté de quelques-uns ne peuvent suppléer au 
nombre. Lorsque le Comité comptera 50.000 adhérents 
décidés à le soutenir, il aura une action efficace journa- 
lière. *' 

(1) Sans préjudice des chiens dressés à cet effet. 





— 17 — 



** 



t'.S 

vis; 



j\ous sommes exploités par le commerce, à la merci 
de la rapacité dss. industriels, victimes de leur mauvais 
goût. Pourquoi ne s'unirait-on pas pour leur résister? 

Il existe déjà des ligues d'acheteurs dont le seul but 

t d imposer quelques réformes philanthropiques et ne 

sant nullement à une refonte sociale. 

Leur but est respectable, mais insuffisant. Il faudrait 
Umcler des ligues avec des buts plus largement écono- 
miques : résister aux augmentations de prix injustifiées, 
boycotter les produits fabriqués dans de mauvaises con- 
ditions pour les ouvriers, imposer des modèles esthé- 
tiques dans la. fabrication des objets usuels, etc., etc. 

1 ont le monde se plaint des propriétaires. Une lkrue 
de locataires pourrait faire beaucoup dans cette direc- 
tion. Ici encore, résister aux augmentations injustifiées 
toiver les propnos aux réparations, aux travaux d'as- 
sainissement de leurs immeubles. One grève générale 
de locataires serait une belle préface à la révolution (1) 

Mais diront les révolutionnaires à panache : « -Nous 
;i y voyons pas là l'action révolutionnaire, l'action dans 
la me, la préparation de la révolution. 

Lorsque les individus, par leur seule action arrivent 
a imposer une limitation à l'arbitraire gouvernemental 
a imposer de meilleures conditions à leurs exploiteurs' 
j appelle cela de l'action révolutionnaire au premier 

fit, je l'ai dit plus haut, l'action dans la rue, ne 
s organise pas. 

Le travail Incessant de ces groupes de revendications 

, a ?!î? e £ de plus en P lus > leg individus à supporter 
])J us difficilement l'arbitrlire et l'exploitation, créant 
ainsi cet état d'esprit qu'on croit pouvoir créer à l'aide 
fie la déclamation. 

11 est évident qu'au fur et à mesure que croîtront leurs 
1 orées, ces groupements exigeront des* mesures de plus 
n plus incompatibles aysc-1'état social actuel. Ftat et 

(1) U existe, je crois, D*î$èiVs* groupements de ce «enre mais 



-18 — 

patrons ne voudront pas subir les continuelles exigen- 
ces de ceux que, jusqu'ici, ils se sont habitués à mener 
et tondre à 1er guise. Et alors, inévitablement se pro- 
duiront des conflits qui, à certains moments pourront 
avoir leur répercussion dans la rue. 

Aux individus conscients à savoir ce qu'ils auront à 
faire lorsque les circonstances se présenteront. 

La Société future ne surgira pas spontanément des 
pavés soulevés. La révolution qui brisera les entraves 
qui arrêtent l'évolution, ne sera rendue possible que 
parce que cette évolution aura, justement, fait sentir 
plus vivement, la malfaisance de ces entraves. 

En temps de révolution ne se développeront que les 
groupements qui auront déjà fait preuve de vitalité. Et 
les genres de groupements que nous venons de passer 
en revue ne sont que des groupements de lutte contre 
l'ordre social actuel — de même que les syndicats — et 
ne sauraient, par conséquent, fonctionner dans une 
société libre qu'en se transformant pour des actions 
nouvelles. Les ligues d'acheteurs, par exemple, pour la 
répartition des produits, et les ligues de locataires pour 
la répartition des logements. Mais il est bien difficile de 
changer les but3 d'un groupement sans y- apporter de 
perturbation préjudiciable à son fonctionnement. Il 
nous reste à voir s'il ne pourrait, dans la société actuelle, 
se former des groupements pouvant, tels qu'ils fonc- 
tionnaient avant la révolution, servir, après, d'amorce 
à d°!S groupements nouveaux, r 

Quelle que soit l'illusion que professent à cet égard 
beaucoup de révolutionnaires, on ne réorganise pas 
d'en haut, et de fond en comble, une société. Pour que 
la société désirée soit stable, il faut qu'elle soit un 
groupement logique, normal, qui se développe et pro- 
gresse au fur et à mesure qu'elle fonctionne. 

Il faut donc, dès à, présent, que lés anarchistes trou- 
vent des modes de groupement et de production qui, 
lorsque les dernières entraves seront abattues pourront 
remplacer les vieilles organisations déchues. Peut-être, 
en existe-t-il que nous ignorons. 

Prenons, pour exemple, une société qui existe, une 
société d'esprit nullement révolutionnaire, qui ne vise 



- Il) • 

qu'à des améliorations spéciales dans la société actuelle, 
le Touring Club. C'est un groupement qui, si je ne 
me trompe, s'était tout uniquement formé en vue 'de 
fournir en voyage quelques facilités à ses adhérents, et 
de leur procurer quelques avantages financiers. 

Ce groupement a si bien répondu à son programme 
qu'il est devenu assez puissant pour, en dehors des 
avantages particuliers qu'il continue à procurer à ses 
membres, créer des routes nouvelles facilitant aux tou- 
ristes l'accès de coins pittoresques, protéger les sites 
méritant d'être* préservés lorsqu'ils sont menacés par 
la rapacité d'un propriétaire ou l'imbécilité administra- 
tive, et même s'occuper du reboisement des montagnes. 

Voilà un groupement dont les attributions se sont 
étendues bien au delà de ce qu'il se proposait et qui, à 
mon avis, pourrait avoir son utilité dans la société fu- 
ture, en continuant son œuvre de préservation et de re- 
constitution des forêts, pouvant y adjoindre le dessèche- 
ment des marais, l'amélioraion des terrains incultes. 

Si, dans un état social harmonique; il se trouvait des 
individus assez détraqués pour affirmer que, pour leur 
satisfaction personnelle, ils n'ont pas à tenir compte des 
autres individualités, ni à se préocouper d'aucune con- 
sidération, ils ne seraient pas dangereux par leur nom- 
bre, mais pourraient l'être par leur outrecuidance et 
leur ignorance, un groupement, comme le Touring Club, 
s'occupant de la défense d'intérêts généraux, aurait son 
utilité en face des prétentions d'aliénés de cette sorte, 
en opposant comme contre-poids son esprit « social » 
à l'individualisme outrancier qui prétendrait sacrifier 
l'intérêt général à une conception bornée des droits de 
l'individu. 

C'est un exemple. Il peut y en avoir d'autres, 

i ' A- . , , .-'•,, •• 

Mais j'en suis fermement convaincu, on peut dès à 
présent constituer des groupements de production qui 
pourraient facilement s'adapter Jt la société future. 

J'ai déjà cité bien souvent l'exemple suivant; mais, 
puisqu'il est bon, pourquoi ne pas le resservir encore? 



I 



— 20 - 

ÀuU*efoîs, il y a longtemps, c'était avant les lois-*scé* 
lératas, sous le nom de Commune de Montreuil, des 
camarades de cette localité émirent Pidée de se grouper 
et de cotiser, en vue de louer un atelier commun — 
auquel par la suite, aurait été adjoint un jardin maraî- 
cher — * où les adhérents seraient venus, aux heures de 
loisir, travailler h la production d'objets d'utilité ou 
d'agrément, selon leurs goûts et leurs aptitudes. 

Poup cette fabrication, il aurait fallu se procurer de 
la matière première, bois, fer, cuir, étoffes, etc., on aurait 
fait appel à ceux qui auraient pu les fournir, et il sa 
serait ainsi établi des relations d'échanges, où les uns 
auraient fourni les matériaux, d'autres l'effort, l'inven- 
tion, d'où aurait été exclue toute valeur d'échange. Les 
camarades se proposaient même, lorsque les conditions 
l'auraient permis, 4à faire, à titre d'exempte, participer 
à la distribution des produits, sans rien demander en 
échange, ceux qui, sans être participante, auraient mon- 
tré un intérêt quelconque à l'étude de leurs efforts. 

L'idée était va$ue, manquait de précision; mise à 
exécution, la pratique aurait indiqué le mode de fonc- 
tionnement qu'il aurait fallu y adapter. • 

Mais vint ta répression de 93*04; ces camarades fu- 
rent emprisonnés, dispersés, l'idée ne fut jamais reprise. 
Il y avait cependant une indication. 



Nous nous plaignons tous que les marchands ne noua 
vendant que de la camelote, que le mauvais -goût des 
industriels .encombre notre vie journalière d'ustensiles 
et de meublas ignobles dont la maladaptation à leur 
usage n'a d'égale que leur laideur; est-ce que ceux qui 
sentent le besoin de s'entourer d'objets confortables tout 
en étant agréables à voir, ne pourraient pas s'unir pour 
les fabriquer eux-mêmes? 

Ainsi, pour les meubles, je vois très bien des cama- 
rades éWnUtes, menuisiers^ serruriers, tapissiers, des- 
sinateur*, sculpteurs, se groupant pour créer des modè- 
les àieur goût, et étendant leur groupement à ceux qui 



— SI 



ïïïïXKr"** la maMère p wmiè '* •»» «• 

Evidemment, dans oes premiers essais, oa ne serait 
pas la libre participation à la consommation? maïs 
même pour la société future, je ne vois pas les indivi-I 
dus produisant comme des aveugles, toujours Je £ 
££?£ P ° Ur de * gens * u ' û * n « connaissent paTje 
dT^s^coX^ 111 t ° UJ0UrS eD VU ° «° sa?i!rfai ™ 

ta^sffî^Su'rfÏÏS au * f° upes de la sooiéiô «• 

nielle, s il y avait, chez eux, échange ds produits, on au- 
rait tout au mons, dès le début" supprimé la valeur 
d'échange, et, selon la largeur d'idées des participants 

ou S moin a sX g r rraient " ,aiw ^ une *&™%fc 

(«fi ™ TV p t eut a ? t î Âre P° ur les meubles peut se 
faire pour toute sorte de produits. La question d'outil- 
lage n'est pas insurmontable, d'autant plus que l'on peut 

it^aiT ? 0IS à ? ier . 3elon les modèles, faiw fondre 
le métal dont on a besoin et se passer ainsi d'acheter un 
outillage mécanique trop onéreux. 



* 



On objectera la diffloulté, pour celui qui travaille nour 
gagner sa vie, de trouver le temps nécess*ire à aW 
ployer a tout ce qui sollicite son activité. 

Les conditions de travail sont, fortement améliorées. 
On travaille moins d'heure»; presque plus persoonVnè 

Sfr 1 * dun r che - D ' au(ïfl »**> c ro«-°n que »o5e 

a »v^n. h,8S T ent „ n 2 u " viendra to «» 8 « u », si nous ne 
savons pas faire l'effort qu'il nécessite? 

Ensuite, il ne s'agit pas de faire une production In* 

» nL 4 ^ u ï. d f eroupement ne consistera p<»s dans 

a quantité d'objets qu'il aura produit, mais dans là 

valeur et le nombre dits individuï qu'il âu?a uoU, dMs 

twists de ,eura rapports - ^-vsun 

ici, on le remarquera, le» individus ne seront bu 
groupés corporativement, ni en vue de ooopémà uni 




— 22 — 

seule branche de production. Ce seront leurs besoins 
qui les auront réunis, et la diversité des matériaux em- 
ployés aura pu réunir dans le même groupe des gens 
exerçant des métiers différents. C'est là, selon moi, la 
véritable base de l'organisation sociale future. 

Ces groupes auront certainement besoin les uns des 
autres, c'est un autre stade de l'évolution qui agrandira 
le cercle des relations et permettra à chacun de trouver 
la satisfaction de tous ses besoins, car il est bien en- 
tendu qu'au cours de son existence il ne pourra pas 
travailler à la fabrication de chacun des objets qui lui 

seront nécessaires. 

* - 

** 

Mais si, dans la société future, il sera impossible à 
l'individu de participer à tous les groupements qui 
pourront solliciter son activité, à plus forte raison dans 
la société actuelle. Laissons à la société future le soin 
d'empêcher qu'il en subisse un dommage et voyons ce 
qu'il peut faire dès maintenant. 

Il est bien entendu que chacun ne participe qu'aux 
œuvres qui répondent à sa façon de voir; mais sa façon 
de comprendre les choses peut être très large, et ses 
facultés d'action sont forcément restreintes; il lui faudra 
donc choisir. 

Mais, 3i le même individu ne peut être militant dans 
chaque groupe, cela n'est pas nécessaire du reste, il 
peut y adhérer pour jouir des avantages qu'il procure, 
laissant à ceux que cela intéresse plus particulièrement 
le soin d'y agir. Cela est utile à l'individu et au groupe, 
car il est de toute nécessité que les groupements soient 
puissante par le nombre, non seulement parce que le 
nombre est une force, mais aussi parce que seul le 
nombre peut fournir l'appoint financier, qui est une 
autre force. 

Je sais fort bien que l'argent ne remplacera jamais 
l'initiative et la volonté, mais il peut leur être d'un 
grand secours. 

Quand je. pense à toute la besogne que l'on pourrait 
faire, et que Ton ne fait pas, parce que les fonds néces- 
saires manquent, à tout le temps dépensé — et qui 



— 23 — 

pourrait l'être beaucoup mieux — pour trouver la pièce 
de cent sous qui permet de faire paraître le journal à 
l'heure, d'éditer une misérable petite brochure, je ne 
puis que déplorer toute l'énergie gaspillée. 

* 

L'individu doit donc se faire inscrire à tous les grou- 
pements dont il approuve l'action, dans la mesure, 
évidemment, que lui permet son budget, mais plus les 
groupements seront puissants en nombre, plus basses 
ils pourront mettre les cotisations. 

Le Touring Club, dont je parlais tout à l'heure, pour 
accomplir toute la besogne qu'il fait, ne demande que 
5 francs par an à ses adhérents. 

Du reste, si les aptitudes de l'individu peuvent être 
variées, eïles ne peuvent — sauf de rares exceptions — 
être égales en chaque ordre d'idées, c'est déjà une limi- 
tation. A chacun de savoir choisir la besogne où ses 
efforts peuvent rendre le maximum d'effets. 

Lorsque chacun aura bien compris cela, on aura fait 
un grand pas vers la réalisation des idées que, jusqu'à 
présent, beaucoup se contentent d'affirmer. On aura 
trouvé les formes de groupement non seulement pour 
« agir », mais qui dorvipt omettre à la société de 
demain de remplacer/tçwe d'aujourd'hui. 



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L'Estëruu»,- imprimerie Communiste, 1 et 3,* rue de Steinïei<ojue, Pari» (18*0 






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A I,IR^ 



Notre Soeiete-cst travaillée par un malaise général qui se 

nçlmt par des conflits que nos gouvernants solutionnent dans 

la rue par des coups de fusils ; à la Chambre, par des lois dîtes 

ouvrières. \, ' ; ^ 

Les travailleurs, ne savent pas davantage où trouver le 
vem.dc. Tantôt, ils refusent toute confiance aux députés, anx 
gouvernants, et, aux périodes d'élection, ils se précipiter t aux 
..rues pour en faire sortir celui qui leur aura fait les promesses 
les plus mirobolantes. 

Devant le renchérissement de la vie, ils n'ont d'autre solu- 
tion que de fa,re augmenter leur salaire, ce qui entraîne une 
nouvelle hausse des produits. Ce petit jeu peut durer indéfi- 

ni m on t. 

S'ils veulent sortir un jour de leur situation précaire il faut < 
que les ouvriers apprennent quelles sont les causes de leur 
■msero, et en cherchent eux-mêmes les moyens. La lecture des ' 
leivps Nouveaux pourra les aider. 

Il existe une légende que la lecture en est ardue. C'est une 
erreur propagée par ceux qui s'imaginent qu'un' jountal.doit 
cm- apporter la solution de tous les problèmes. Evidemment la 
lecture d un article sociologique n'est.pas.ausssi.distrayante' ni 
auss, amusante qu'un roman do Paul de Kock, mais il n'y a 
nul ornent besoin d'études préparatoires pour le comprendre '-' 

Les collaborateurs des Temps Nouveaux n'ont pas Wp^f 
tontion d- apporter une solution toute faite à tous lés' Sif' 1 

SOf*!:iiiv II* Acr>A,» rtr ,i ««..i l _. . , . * ' »m?\ •' h" 



sociaux. Ils espèrent seulement amener le lecteur à /féfléc^ïr ; ^ 
par lui-même. • • , . ■■ / .".<>. 



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Le Sejyîcé de quelques exemplaires sera fait <rra~ 
t*™ m *.~~.-A—. on voudpa bien fa * 

rue Broca, Paris. 



•ue oeCTice ae quelques ex 

n*™^?^ ******** < ï u, ° n voudra bien faire par- 
venir k l'administrateur, 4, ru ~ F 



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Paraissant tous les 8 jours avec un Supplément 11 
1 cent, le numéro. — Maiiistnt 
Abonnement : France, un an, 6 fr.; Extérieur, 8 fr. 



LES TEMPS NOUVEAUX lO uni, le numéro. — MaiiUtrattei : 4, rue 



Broos. 



EN VENTE AUX "TEMPS NOUVEAUX" 

Aux Jeunes Gens, par Kropotkinb, couverture de Roubille *j 

L'Education libertaire, par 1). Nieuwenhuis, couverture de Hermann-Paul. , , ,{|| 
Enseignement bourgeois et Enseignement libertaire, par J. Grave, couver- 
ture de Cross . £3 

Le Machinisme, par J. Grave, couverture de Lues. ,«^ 

Les Temps Nouveaux, par Kropotkinb, couverture de C. Pissaro (épuisé) . . \ JO 

Pages d'histoire socialiste, par W. Tgherkesoff , g 

La Panacée-Révolution, par J. Grave, couverture de Mabel , . . . ,i|? 

A mon Frère le Paysan, par E. Reclus, couverture de Raieter # £| 

La Morale anarchiste, par Kropotkinb, couverture de Rysselberghe 

Déclarations d'Etiévant, couverture de Jehannet , jj" 

Rapports au Congrès antiparlementaire, couverture de C. Dissy .|y 

La colonisation, par J. Grave, couverture de Couturier » 

Entre Paysans, par E. Malatesta, couverture de Willauhr 

Le Militarisme, par D. Nieuwenhuis, couv. de Cohin'Achs (en réimpre$sion) . . • 

Patrie, Guerre et Caserne, par Ch. Albert, couverture d'AGARD H| 

L'Organisation de la Vindicte appelée Justice, par Kropotkinb, couverture 

de .1. Renault , • 

L'Anarchie et l'Eglise, par E. Reclus et Guvou, couverture de Dauhont. . . . • fts 

La Grève des Electeurs, par Mirbeau, couverture de Roubille »m 

Organisation, Initiative, Cohésion, par J. Grave, couverture de Sionac ... • 

Le Tréteau électoral, piécette en vers, par Léonard, couverture de Heidbrisck • ttj 

L'Election du Maire, piécette en vers, par Léonard, couverture de Valloton. . ♦ 

La Mano Negra, couverture de Luce » 

Là Responsabilité et la Solidarité dans la lutte ouvrière, par Nettlau, 

' coiivhiIiiiv rie Delannoy **i 

An archi -Communisme, par Kropotkinb, couverture de Loch aud * 

Si java s à parler aux .Electeurs, par J. Grave, couvarture de Heksank-Paul • 

La Mano-Negra et 1 Opinion française, couverture de Hénault ■• 

La Mano-If egra. dessins de Heriiann-Paul * ; 

Entretien d'un Philosophe avec la Maréchale, par Diderot, couverture de 

Granojouan i m 

L'Etat, son rôle historique, par Kropotkinb, couverture de Steinlen • 

Mil tirisme, par Fischer >j 

La Femme esclave, par Chacghi, couverture de Uermann-Paul * 

Deux Tsars, par M. $••••• •'. ». 

Vers la Russie libre, par Rullard, couverture de Grawdjouan • 

Le Syndicalisme dans l'Evolution sociale, par J. Grave, cou* m. de Naudin. • 

Les Habitations qui tuent, par Michel Petit, couverture de Frédéric Jacqie . * 

Le Salariat, par P. Kropotkinb, couverture de Kupka • 

Evolution- Révolution, par E. Reclus, couverture dp Steinlen v 

L is Incendiaires .par Verubsch, couverture de Hëcmann-Paul • 

La Vérité sur l'Affaire Ferrer, par Auguste Bertrand, couv. de Luce V 

Comment l'Etat .enseigne la Morale ......./... S 

Le Coin des Enfants, t' % 3* aérip. chaque, brochés . |>« 

Le Coin des Enfants, 1 M , 2 ê et 3* série, haque, reliés \ 

Terre libre, par J. Grave.' '•••-. I 

Patriotisme. Colonisation, illustré m 

(lu rre, Miitarlsme, illustré m 

Les Prisons, par Kropotkinb, couverture de Daumont • 

L'Esprit de Révolte, couverture de Delannoy • 

L'Anarchie, p<r Malvtesta • 

L'Enfer militaire, par A. Girard, couverture de Luce * 

Nouii preme : 

Sur T Individualisme, p^r Pierrot, couverture de Maurin. --m 

Aux Femmes, nar Gohier, couverture de Lues. M 



Publications des « TEMPS NOUVEAUX » - No 47 



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meteFûte 




PRIX : 05 




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<«m<«.* rf« « TEMPS NOUVEA IX », -/, ,-«« ftwn. ttwis 



Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale cle France 



Groupe de Propagande par la Brochure 

La propagande par la Brochure est «no des meilleures propagandes si on peut la 

faire avec suite. , . . , , 

ie Révolté, La Révolte, Le& Temps Nouveaux s'y sont employés de leur mieux. À 
l'heure actuelle, plus de 60 brochures diverses, dont les différents tirages réuni*, 
dépassent un million d'exemplaires, on! été lancées par eux. 

Malheureusement, les fonds manquent pour pouvoir en imprimer plus souvent de 
nouvelles, ou réimprimer, lorsque c'est nécessaire, celles qui sont épuisées. ' 

IïbVit donc de trouver 500 souscripteurs Rengageant à. verser chacun 12 fr. 
par an. nSus serions alors en mesure d'impûmer chaque mois — ou de réimprimer 
parmi celles épuisées — une nouvelle brochure de f r. 10 ou deux de O f r. 05. 

Par contre, voici les avantages que nous offrons aux souscripteurs : 

1° A chaque tirage, il leur sera expédié 15 exemplaires si c'est une brochure à 
O fr 10 • 50 exemplaire*, si c'est une à fr. 05. C'est-à-dire, le montant de leur 
souscription calculé avec une remise de 40 0/0, frais d'envoi déduits. 

Ce qui leur permettra de s'employer à la propagande, en faisant circuler les bro- 
chures parmi ceux qu'ils connaissent, soit en les distribuant eux-mêmes, soit parla 
poste kLiu'ilB ne voudront .s faire «avoir qu'ils s'intéressent à la propagande; 

2° A chaque souscr our qui sera libéré de sa souscription, il Bera envoyé une 
lithographie spécialero o tirée pour les souscripteurs. , 

Cette lithographie qui sera demandée a l'un des artistes qui ont déjà donné au 
journal, ne sera pas mise en vente et vaudra à elle seule, largement, le prix de sou». 

C " P 3» À ceux qui souscriront 15 franc» par an, il sera expédié un nombre de bro- 
chures dont le montant égalera celui de la souscription, calculé, toujours avec une 
remise de 40 Ùfi, plus une eau-forte qui, elle aussi, sera tirée spécialement pour eux, 

*' ""ceu^ut^entT^rd'une eau-forte artistique apprécieront le cadeau que nos. 

6Ur 4" A ceux qui souscriront au-dessus de 15 francB, il sera fait cadeau de L litho- 

*~^ ïi^^iS^Sio. trouvera 10 souscripteurs, il sera fait cadeau de la IN» 

^slou^^ ruelles ou trhncs- 

^Ye^ et qui ne se libéreraient pas de tar 

promisse, il sera, à la fin du trimestre, adressé un remboursement pour les 3 moi.. 

Adrssssr les souscriptions su osmsrsde Ch. BENOIT, 

3, rus Bénits, PARfS, 

N -B.- En discutant avec des camarades, il est facile de leur glisser une bro 
ohure et de leur mâcher deux sous. Les souscripteurs pourront ainsi récupérer ta 
momant de leur souscription, et augmenter leur propagande. 
Ri™fc.,r*« ii l'étude • Les dessous de la campagne du Maroc de Merrheim. — If 

^ZcomjMc^ deB?thaugm. - Travail ««""«W* 

ÇZT-Le ^àZrimJàk D. Nieuwenhuis. - Origines et maiaU du Ckr<** 

niêrne de Letourneau. 



Publications des <r TEMPS NOUVEAUX » — N° i7 



-.M 



Jean Q-^a-vtp. 



Une des formes 






AVir,\^' 



fe l'Esprit politicien 



Prix : fr. 05 



1" Tirage, 10.000 Exemplaires 



>~' r ' .A 



4/ V 



PARIS 

TEMPS NOUVEAUX 

4, Rue Broca, 4 " 

1911 




Une (lesfoflnes de l'Esprit politicien 



■i:!\v 



Des cens très bien intentionnés, mais superficiels nui 
s imaginent qu'il suffirait que chacun fît abstract Ko 
ses idées personnelles pour former un seul parti de tous 
ceux qui veulent une transformation de l'état social 
actue , émettent de temps à autre, après la faillite de 
tous les partis, l'idée baroque de former un seu parti 
révolutionnaire de tons ceux qui, unifiés, anarchistes 
font la guerre à l'état social présent. auar cnisces, 

Ces bonnes gens ne voient qu'un côté de la Question • 
^ r „ Sl J e V socialis . tes révolutionnaires veuleK fin dé 

prix d une révolution, là se bornent les points de contact 

^nTrfffi? 8 P *° Ur t& re cette évolution sont? non ser- 
ment différents, mais antagonistes. 

Certains socialistes pensent amener la révolution en 

nommant des députés qui feront des lois en faveur «to 

aésherités en envoyant des leurs à tous les échelons de 

Administration, en s'emparant dos fonctions adminis* 

tratiyçs qui leur permettront de réformer la ^société 

?lt l6 W de la ? t ouve i ,e - De P>«Tcette société 
future devra toujours être régie par un pouvoir oui 
aura à penser et à agir pour le bien commun q 

La société future qu'ils entrevoient sera basée sur 
1 autonomie complète des individus, l'ordre devant se 
créer par la libre entente, et non obtenu par leur écra- 
sement par une autorité quelconque. P 

n arti e ?l V £ ai q ue . ceux qui veulent réunir en un seul 
parti les forces révolutionnaires, oht toujours soin de 
déclarer que l'autonomie de chaque groupe y sera res! 
pectée, et, sans doute, ils croient fermement* cTqu ? iîs 

nsé me o n »V 2*i ^J*? 11 ™ ï«™ groupement c 6 eK 
use — car, en réalité, c est pour centraliser les efforts que 




— 4 — 



l'on juge devoir être ainsi plus productifs, ouà l'état 
dispersé, que l'on iuge nécessaire la création d'un parti — 
ne devenait pas, à la longue, une entrave pour ses adhé- 
rents. 






Les mêmes critiques que font les anarchistes à l'exis- 
tence d'un gouvernement surgissent pour la création 
d'un parti. 

Si le gouvernement doit borner son activité pure- 
ment et simplement à enregistrer l'action des groupes et 
des individus, son existence est inutile. Laissons les 
groupes et les individus rechercher et établir eux-mêmes 
le mode de relations qui doit les relier, en dehors de 
tout groupe central, qui est un danger, de par le fait 
seul de son existence. 

Si ce gouvernement doit réglementer, coordonner, 
susciter on limiter cette activité des groupes et des indi- 
vidus, il faudra lui adjoindre la force qui sanctionnera 
sa volonté ? Alors c'est l'arbitraire. 

Si, dans le nouveau parti, l'union, la cohésion doivent 
résulter d'une identité d'efforts et de conceptions, de- 




Chacuu, évidemment, doit agir selon ses préférences, 
mais admettre que les préférences des autres sont tout 
aussi légitimes et que l'on peut se prêter un mutuel 
appui, lorsque ces préférences ne se contredisent pas. 
Inutile, alors, d'établir a priori une charte qui ne doit 
être que le résultat des formes d'activité en cours. 

Si, au contraire, cette union doit être acceptée 
« d'avance », en vertu d'un pacte, conclu au préalable, 
et auquel il faut adhérer en entrant dans le nouveau 
parti, c'est une limitation de la pensée et de l'activité de 
chacun, c'est la cristallisation, à un moment donné, 
d'une façon Ce concevoir les choses, et l'arrêt de son 
évolution. 

Des pactes semblables ne sont obtenus que par le con- 
sentement de chacun de supprimer de son action ce qui 
peut gêner ceux des contractants qui ne pensent pas de 




- 5 — 



bien ia perce, SLoffie'Iain. 1 ^ '" a " W Je * vûis 



* 



Declé^m, Jtt^^ UX I des P actes semblables ne sont res- 
lent passer à la réalkati™ JJ V souh f ïte ^ * et veu- 

tance^ reSte la qUOStion de P^on nahtés a son impor- 
vuîS? bourŒ'„l y ? Ce J teins ^«liâtes, voire de 

a plus grande erreur oui nuiase «*«*«/« - ' « * 

Ion peut trouver un programme mSS ^f„?I°l re que 
«n grand nombre d'indivŒ^eft re^.fr^n^* 8 pou ? 

qu aux dépens des initiatives que se font les centra- 




- 6 - 

lisations, et elles ne se réalisent que par la compression 
des idées et des actions originales. 

Oui, c'est tout ce qu'il y a de plus politicien cette idée, 
ce besoin de réunir en un seul faisceau les forces — 
révolutionnaires ou autres — d'un parti» et de croire 
qu'elles seront plus faciles à « diriger ». 

Mais « direction » implique « dirigeants » et, en effet, 
c'est bien le besoin d avoir sous la main une fore* Quel- 
conque qui vous permettra de diriger la propagande et 
la révolution dans la voie que Ton envisage, qui se tra- 
duit par ce besoin d' « union ». 

Mais quel sera ce « on » ? C'est que 1' « on » lie sait 
pas. C'est là l'inconnu qui peut cacher bien des décep- 
tions» Mais « on » croit que, si elles étaient groupées, les 
forces révolutionnaires frapperaient toutes en même 
temps, et au même endroit. C'est un raisonnement faux. 






D'autre part, il n'est pas vrai qu*il soit nécessaire de 
frapper sur, un centre, pour obtenir une plus rapide 
démolition de l'état social. Tout se tient dans la société : 
1 extirpation d'un préjugé, la démolition d'un rouage, 
c'est autant de fissures dans l'ensemble et c'est en élar- 
gissant ces fissures que l'on obtiendra l'écroulement des 
murailles. Et ce n'est qu'en laissant la plus grande lati- 
tude aux énergies de se développer que Ton obtiendra le 
maximum d'efforts. 

Oui, elle est bien politicienne en son essence cette 
conception de vouloir reconstituer un parti révolution- 
niaire sur les ruines du parti dit socialiste. C'est la 
défiance des individualités, le besoin de discipliner sous 
le dogme, et en vue d'avoir, en prévision des futurs coups 
de mains, une force que Ton puisse diriger, qui a amené 
cette boutade d'Hervé, qu'il ne peut y avoir contre l'or- 
ganisation d'un parti, que quelques théoriciens, bien 
intentionnés, sans doute, mais éloignés de toute action. 
— Et il faut savoir quel mépris cache cette appellation 
de « théoricien » pour ceux qui ont la prétention d'être 
les seuls hommes d'action, pour en apprécier la saveur. 

Or, on peut être théoricien et savoir payer de sa peau, 






à J occasion. La théorie, lorsqu'elle a pour but d'engen- 
drer l'action devient action elle-même. Toutlemo^dë 

"p SS , L pM -* êt,e daDS . n 2 état d 'é'éthisme pYrman™?- 
e qui serait une maladie -. Il y en a qui n'aiment nas 
a se dépenser eu efforts stériles et pouVqui TpaK 
«alêne ne représente pas le summum^d'efforts utifes 

L erreur de tous ceux qui se considèrent comml les 
« meneurs des foules » est de croire que l'on peut en si 
mettant en avant, en l'excitant et il surexcitant co« 
duire la masse à une action révolutionnaire quf omettra" 
a ceux qui sauront la diriger, d'assurer le suWde 1» 
révolution. Erreur politicienne. e la 

Daucuns théoriciens sont convaincus que l'on ne 
devient « meneurs » qu'à condition que l'on sera tout 
autant « mené » par la foule qu'on la mènera Test à 

i ou veut réaliser dans la pratique — ne vous élnio-nA 
ront pas trop des conceptions^ la masse Caswî tes 
vitres est un beau geste lorsqu'on sait le wutenir mate 
c est un geste stérile lorsqu'il îaut attendre qu'enessoTen? 
remplacées pour recommencer. H 



a 



Les coups de force ne «ont rien si la foule oui les 

Slï'A* P* 8 com P ri ». le but « le mob?le Ce 
u est pas en dehors de ceux qui agissent que doit venir 
la poussée oui les ruent à ^destruction dune entrave 
niais en dedans d'eux, pour qu'ils soient consciente d« 
1 œuvre qu'ils accomplissent, et ne pSt^lés mains 
au rétablissement de l'obstacle rompu. 

La révolution ne doit pas avoir pour but de mettre aux 
mains d'une minorité .intelligente.» la force oSTui 
;if,T > î tr * " d « é cuter les transformations néce^aires 

En un mot, lu révolution sociale ne peut pas com- 
i >rce — première période — qui assurera — deuxième 



— 8 — ' 

période — l'exécution des mesures reconnues nécessaires 
pour transformer l'état social. La révolution sociale, 

Î>our réussir» ne peut avoir qu'une période, — ' d'une 
ongneur de temps indéterminée — la réalisation des 
aspirations conçues parles masses et accomplie en cours 
de lutte. 

Évidemment, ce ne peut être que 1 œuvre d'une mino- 
rité, mais d'une. minorité qui fera sentir son action au 
sein de la foule elle-même, l'entraînant par sa propre 
action, et non en se plaçant en dehors et au-dessus d'elle, 
et la poussant par contrainte. En habituant la foule à 
accomplir elle même ce qu'elle aura compris être utile 
d'accomplir, et de ne pas l'attendre d'une force révolu- 
tionnaire constituée; car cette force constituée ne pour- 
rait être qu'un obstacle Jt l'évolution paisible du nouvel 
état de choses, et qui, du reste, n'aura pu se constituer 
qu'en comprimant, déjà, des aspirations trop faibles pour 
résister. * * " v 






li;Jt>. — Imp. La PiiojiucTfticK (Àss. ouvM, 51, rue Saint-Sauveur. 

Téléphona 181-78. 



A LIRE 



Notre Société est travaillée par un malaise général qui se 
traduit par des conflits que nos gouvernants solutionnent 
dans la rue par des coups de fusils; à la Chambre, par des lois 
dites ouvrières. ' 

Les travailleurs ne savent pas davantage où trouver le 
remède. Tantôt, ils refusent toute conCance aux députés, aux 
gouvernants, et, aux périodes d'élection, ils se précipitent aux 
urnes poui en faire sortir celui qui leur aura fait les promesses 
les plus mirobolantes. 

Devant le renchérissement de la vie, ils n'ont d'autre solu- 
tion que de faire augmenter leur salaire, ce qui entraîne une 
nouvelle hausse des produits. Ce petit jeu peut durer indéfi- 
niment. 

S'ils veulent sortir un jour de leur situation précaire, il 
aut que les ouvriers apprennent quelles sont les causes de 
leur misère, et en cherchent eux-mêmes les moyens. La lec- 
ture des Temps Nouveaux pourra les aider. 

Il existe une légende que la lecture en est ardue.- C'est 
une erreur propagée par ceux qui s'imaginent qu'un journal 
doit leur apporter la solution de tous les problèmes. Évidem- 
ment, la lecture d'un article sociologique n'est pas aussi dis- 
trayante ni aussi amusante qu'un roman de Paul de Kock 
mais U n'y a nullement besoin d'études préparatoires pour lé 
comprendre. 

Les collaborateurs des Temps Nouveaux n'ontpas la pré- 
tention d'apporter une solution toute faite à tous les m&ox 
sociaux. Ils espèrent seulement amener le lecteur à réfléchir 
par lui même. 



Le Service de quelques exemplaires sera 
lart gratuitement aux adresses qu'on voudra 
bien faire parvenir à l'Administrateur, 4, rue 
Broca, Paris. 




I ■?£? t TEWDC lHAlîVffillY " t'a"» 8 **» 1 * 0UH ,,iS 8 i ours avec Utt Supplément lillfrtirt, 
LuU " I ftiHl S liwUf IiilUA ~ iO cent, le numéro — • Administration; <4, rue Brooa. 

Abonnement : Franco, un an, 6 fi' ; Extérieur, 8 fr. 



il •m^mmrs.^% tiAllWrillU >i 



EN VENTE AUX TEMPS NOUVEAUX 

Aux Jeunes Gens, par Kropotkinr, couverture de Rouuille » 15 

L'Eduoation libertaire, par D. Nikcwenhuis, couverture de Hermann-Paii » 15 
Enseignement bourgeois et Enseignement libertaire, par J. Grave, cou- 
verture de Cross * * " ]G 

Le Machinisme, par J. Grave, couverture de Luck » 15 

Les Temps Nouveaux, par Kropotkine, couverture de C. Pjssaho {*j>uisê). » 30 

Pages d'histoire socialiste, par W. Tcherkesoff » 30 

La Panacée-Révolution, par J. Grave, couverture de Maurf -. . . » 15 

A mon Frère le Paysan, par E. Reclus, couverture de Raietrh » 15 

La Morale anarchiste, par Kropotkine, couverture de Ryssrlberohk » 16 

Déolarations d'Etiévant, couverture de Jehannet » 15 

Rapports au Congrès antiparlementaire, couverture de C. Disby » 85 

La Colonisation, p if J. Grave, couverture de Couturier » 15 

Entre Paysans, par E Malatesta, couverture de Willaume » 15 

Le Militarisme, par D. Niruwenhuis, couv. de Oomin'Acur (en réimpression) » 15 

Patrie, Guerre et Caserne, par Ch. Albert, couverture d'AGARD » 15 

L'Organisation de la Vindiote appelée Justice, par Kropotkinr, couver 

ture de J. Hénault V'**V v; " ÎS 

L'Anarchie et l'Eglise, par E. Reglus et Guvon, couverture de Daumont.. . . » 15 

La Grève des Electeurs, par Mirbeau, couverture de Roupille » 15 

Organisation, Initiative, Cohésion, par J. Grave, couverture de Sionac. » 15 
Le Tréteau électoral, piécette en vers, par Léonard, couv. de Heidbrïnck. » 15 
L'Eleotion du Maire, piécette en vers, par Léonard, couverture de Valloton. » 15 

La Mano-Negra, couverture de Lu m • • * 

La Responsabilité et la Solidarité dans la Lutte ouvrière, par Nrttlau, 

couverture de Delannoy » Jj 

Anarohi© Communisme, par Kropotkinr, couverture de Loghard » JO 

Si j'avais à parler an Eleoteurs, par J. Grave, couvert, de Hermann-Paw. » io 

La Mano-Negra et l'Opinion française, couverture de Hénault » 10 

La Mano-Negra, dessins de Hermann-Pall • • • • ■ • » *° 

Entretien d'un Philosophe avec la Maréchale, par Diderot, couverture 

de Grandjou an ' • — • • ■ • * lî 

L'Etat, son rôle historique, par Kropotkine, couverture de Steinlen » « 

La Femme esclave, par Chaughi,* couverture de Hermann-Paul » «> 

Vers la Russie libre, par Bullard, couverture de Grandjou an. » *J 

Le Syndicalisme dans l'Evolution sociale, par J. Grave, couv ; de îjàuvmn. » JJ 
Les Habitations qui tuent, par Michel Petit, couverture de Frédéric Jacque. » JO 

Le Salariat, par P. Kropotkine, couverture de Kupka w JJ 

Evolution-Révolution, par E. Reclus, couverture de Steinlen » Jg 

Les Incendiaires, par Verm» sch, couverture de Hermann-Paul » J J 

La Vérité sur l'Affaire Ferrer, par Auguste Bertrand, couverture de Luge. » w 

Le Coin des Enfants, 2«, 3« série, chaque, brochés . \ \ 

Le Coin des Enfants, tr% 2« et 3« série, chaque, reliés j* J 

Terre Libre, par J . Grave . . » j? 

Patiiotisme, Colonisation, illustré «; r 

Guerre, Militarisme, illustré * 1fi 

Les Prisons par Kropotkinr, couverture de Daumont ■; 

L'Esprit de Révolte, couverture de Delannoy » 'S 

L'Enfer militaire, par A. Girard, couverture de Lucr • j 

Sur l'Individualisme, par Pierrot, couverture de M aurin jï 

L'Entente pour l'Action, par J. Grave, couverture de Raieter •' "j 

Aux Femmes, par Gohier, couverture de Luge -g 

Suelques Vérités économiques, par Louis Blanc, couverture de Dxssv. . . » w 
ne des Formes nouvelles de l'esprit politioien, par Jean Grave, cou- ^ ^ 
verture de Luge 




Publications des « TEMPS NOUVEAUX » — N° Cl 



Prix : îi Centimes 



U CONQUETE 

POUVOi 

fuwks 




inreauœ des « TEMPS NOUVEA UX », 4, r«e tfroca, Pans 



Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale cle France 



Groupe de Propagande par la Brochure 



La propagande par la Brochure est une des meilleures propagande* si on peut h 

faire avec suite. 

Le Révolté, La Révolte, Les Temps Nouveaux s'y sont employés de leur micas. A 
l'heure actuelle, plus de 6G brochures diverses, dont les différents tirages n unis, 
dépassent un million d'exemplaires, ont été lancées par eux. 

Malheureusement, les fonds manquent pour pouvoir en imprimer plus soir, ent de 
nouvelles, ou réimprimer, lorsque c'est nécessaire, celles qui sont épuisées. 

Il s'agit donc de trouver 500 souscripteurs Rengageant à verser chacun 12 fr. 
par an. Nous serions alors en mesure d'imprimer chaque mois -— ou de réimprimer 
parmi celle* épuisées — une nouvelle brochure de O fr. 10 ou deux de fr. 05. 

Par contre, voici les avantages que nous offrons aux souscripteurs : 

1° A chaque tirage, il leur s* i expédié autant d'exemplaires que le comportera 
le montant de leur souscription alculé avec une remise de 40 0/0, frais d'envoi 
déduits. 




chures 

poste lorsqu'ils ne voudront pas faire savoir qu' 

2° A chaque souscripteur qui sera hbéré de sa souscription,, il sera envoyé une 
lithographie spécialement tirée pour les souscripteurs. 

Cette lithographie qui sera demandée à l'un des artistes qui ont déjà donné au 
journal, ne sera pas mise en vente et vaudra & elle seule, largement, le prix de sous- 
cription; 

3° A ceux qui souscriront 1 5 francs par an, il sera expédié un nombre âe bro- 
chures dont le montant égalera celui de la souscription, calculé, toujours avec une 
remise de 400u0, plus une eau-forte qui, elle aussi, sera tirée spécialement pour eux, 
et non mise dans le commerce. 

Ceux qui savent le prix d'une eau-forte artistique apprécieront le cadeau que now 

leur offrons ; 

4° A ceux qui souscriront au-dessus de 1 5 francs, il sera fait cadeau de la litho- 
graphie et de l'eau-forte. 

Au camarade qui nous trouvera 10 souscripteurs, il sera fait cadeau da la litho- 
graphie. — Celui qui en trouvera 20, recevra l'eàu-forte. 

Les souscriptions peuvent être* versées par fractions mensuelles ou tnmei- 
trielles, etc., au gré des souscripteurs. 

A ceux qui s'engageront mensuellement et qui ne se libéreraient pas de leur 
promesse, il sera, à la fin du trimestre, adressé un remboursement pour les 3 mois. 

Adresser les sousorlptlont lueamapidi Ch. BE? OIT, 

3, rus Bénite, PARIS; 

H.-B. — En discutant avec des camarades, il est faoile de leut glisser une bro'j 
chure, et de leur arracher deux sous. Les souscripteurs pourront ainsi récupérer 
mont uut de leur souscription, et augmenter leur propagande. 

Brochures a l'étude : *Les dessous de la campagne du Maroc de Merrheim. — 
trois complice* (Prêtre, Juge, Soldat) de R. Chaughi. — Le Militarisme 
D. Nieuweohuis. — Origines et morale du Christianisme de Letourmau. 
L'Evangile de l'heure. 



Publications des a TEMPS NOUVEAUX » - N» 51 



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Prix: Ofr. OS 



l" r Tirage, 10,000 Exemplaires 



. PARIS 

TEMPS NOUVEAUX 

4, Rue Broca, 4 

1911 



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te qui trappe d abord, dans toutes les grèves qui se 
déroulent en ces temps derniers, c'est que nombre S'entre 
elles sont provoquées par des questions de dignité perso™ 
nelle ou de solidarité ouvrière h person 

Kt je constate avec satisfaction cette tendance, non pas 
parce que je pense que la question salaire soit à mépriser 

!;vvJ )0U] , n f ° ter ai I passa ^ e cetle tendance qu'ont Tes 
ouvriers, de faire entrer en ligne de compte à côté de ?a 

îiilfntTpt^' 161 . 16 ' économi ^e. le sentiment °de leur 
• lignte, et compris que ce n'est qu'en se solidarisant les 
uns les autres qu'ils arriveront à résister à leurs maîtres 



*** 



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Refendre son salaire, chercher à l'augmenter, c'est la 
lutte de 1 heure présente. Si le travailleur ne veut pis se 
uni- réduire à des salaires de famine, il lui faut bien hâte? 

n ZVZZw 1 malS Cette lutte ne fait <* ue ie dtodrecS 
une exploitation sans mesure, elle ne l'empêche pas d'être 

«xp juté, n'entame en rien le principe du £tronat et du 
capitalisme ; elle peut durer indéfiniment. p * ironai el du 
Mais lorsque les travailleurs auront compris qu'ils sont 
*s égaux de ceux qui les paient ou les commandent 
lorsqu'ils sauront que la vie doit être égale pour toi* si la 
■juestion de la défense du salaire continue à «ie pour eux 
dans l'état social actuel, une question de vie, ils sauront 
; cjii que là n'est pas l'affranchissement que la vraie lutte 
(l«.it être pour la suppression de l'exploitation et du saJaïïat 

Hie o?r nt % de dign l té et de s ^^arité se déllloppant 
fitv ; eux ils sont amenés peu à peu à réclamer à leurs 
maîtres de nouvelles améliorations et, conscients de fa 
.justice de leurs réclamations, ils sont entraînés à vouloir les 
""poser lorsque ces derniers les leur refusent VJUmir ies 



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V,M S V&°" r Celu t ^ > ent ? e donner la oeine de réfléchir, 
'im frappe surtout dans les événements de ces derniers 



j 



temps, c'est la faillite du fameux svstème de la conquête dos 
pouvoirs publics. 

Tous les socialistes se disant plus ou moins révolution- 
naires vont partout, affirmant à leurs lecteurs, auditeurs et 
électeurs : La société est mal faite. Vous êtes spoliés volés 
exploités ; c'est l'organisation sociale qui le permet, vous 
devez en réclamer la transformation. 

« Cette transformation ne se fera pas sans luttes Vos 
exploiteurs n'abandonneront pas de plein gré leurs privi- 
lèges. Comme ils procédèrent en 1789 à l'égard de h\ 
noblesse, pour la déposséder de ses privilèges, il faudra que 
vous vous révoltiez pour leur reprendre ce qu'ils vous ont 
volé. 

« Seulement, comme cette révolution sera lente à venir 
comme il faut la préparer, comme il faut une discipline et 
des chefs pour mener cette lutte, usons de leurs armes pour 
les combattre. • r 

« Ils se sont emparé du pouvoir politique pour assurer 
leur exploitation. Emparons-nous de ce même pouvoir 
politique pour détruire leur système. Nous avons le suffrage 
universel aui vous permet d'envoyer vos défenseurs à la 
Chambre, dans les conseils municipaux, au Sénat où ils 
pourront faire des lois en votre faveur, exercer l'autorité 
pour vous faciliter la conquête de droits nouveaux. » 



*** 



C est la théorie, mais à la pratique, il en est autrement. 

Qu'ont fait les socialistes au Parlement depuis qu'ils y 
sont une force ? Rien en faveur de la réalisation effective 
de quelques points de leur programme. 

Ils s'y livrent à un marchandage d'influences, où seuls 
les arrivistes trouvent satisfaction, rien pour la masse des 
électeurs. 

Ces révolutionnaires en théorie,, une fois élus, une fois 
qu'ils participent à la « gestion des affaires publiques », on 
sentent aussitôt la responsabilité. Eux qui, pour être élus, 
affirmaient à leurs électeurs que la société, étant mal orga- 
nisée, elle doit disparaître, que les travailleurs ne doivent 
pas cesser de protester et de réclamer, une fois nantis du 
pouvoir légal, une fois que, « responsables de Tordre », ils 
ont à user du pouvoir qu'ils détiennent, c'est toujours pour 
engager la population au calme, à le modération, à l'inertie, 
usant de la force pour faire respecter les ordres du pouvoir 
central. 



§twr 



Nous avoué vu cela, jad ; s, au temps où Limoges avait une 
miuucipa ité et un maire socialistes. Leurs électeurs s'étant 
révoltés, le maire, Labussière, se mit à genoux, les larmes 
aux yeux adjurant la foule de se tenir tranquille, d'attendre 
béatement de .ses exploiteurs le don gracieux de ce qu'elle 
demandait, alors que c'était leur refus net, décisif, de rien 
accorder qui était la cause du tumulte. 

En une autre occasion, lors de manifestations du 1" Mai 
c étaient le maire et la municipalité de Toulon, socialistes! 
eux aussi, qui dans un ordre du jour conçu en des termes 
énergiques stigmatisaient et flétrissaient d'infamie quel- 
ques-uns de leurs électeurs qui avaient osé malmener 
quelque peu des officiers dont la morgue avait dû être 



* * 



On objectera que leur méthode n'est pas la nôtre : quïls 
sont pour les moyens pacifiques contre les movens violents • 
«lue, convaincus de l'efficacité de l'action légale, ils né 
Tordre 1 qUe réprouver tout mouvement 3™ va contre 

D'accord, mais alors pourquoi parlent-ils révelut on ? Et 
lorsque, en des périodes d'exaspération, la foule se précipité 
contre les agenfs de l'autorité, pourquoi les voit-o/faire la 
besogne du gouvernement ? 

Dans les mouvements populaires, tous les révoltés ne sont 
pas des anarchistes. Il s'y trouve sûrement des électeurs 
de ces révolutionnaires repentis qui, eux, naïfs, ont pris 
pour argent comptant les boniments qu'on leur débitait 
pour obtenar leur vote. Seulement, en restant dans la foule, 
ils sont restés des réclamants, des protestataires qui 
» avaient pas à s'inquiéter des responsabilités ; ils se sont 
trouvés entraîné à l'action lorsque les circonstances l'ont 
exigé. Et c est ce qu'auraient pu faire le maire, le député, 
les mumçipalisés si, sincères, ils étaient restés dans la 
touie, au heu de conquérir le pouvoir. 

Du reste, conquérir le pouvoir n'est qu'un euphémisme 
ï»our un socialiste dont le rôle est de r protester, toujours et 
quand môme Un socialiste ne conquiert pas le pouvoir, 
c est le pouvoir qui le conquiert. 

On ne voit pas un maire, un député, un ministre — si 
socialistes se diraient-ils — se mêlant aux mouvements de 



— 6 — 

lu rue (1), faisant partie des démonstiations contre les 
patrons, contre l'autorité, alors qu'ils ne manquaient pas 
de le faire lorsqu'il fallait se faire connaître ou dans leur 
période de sincérité ; mais, une fois en leur nouvelle 
situation, ils ne peuvent plus être des adversaires résolus, 
intraitables, du pouvoir et des exploiteurs ; s'il se présente' 
un conflit, ils adjurent « leurs chers administrés » de se 
tenir tranquille, d'oublier les paroles de révolte que la 
chaleur et l'entraînement d'un discours leur ont autrefois 
tait lâcher. Devenus détenteurs de l'autorité, ils ne peuvent 
s'en servir que pour défendre les institutions existantes. 

S'ils ne veulent pas se mettre carrément contre les 
révoltés, ils se font enlever momentanément leur part 
d'autorité — comme on l'a vu à Limoges — par leur supé- 
rieur en grade. On les en récompense plus tard par une 
recette générale. 

Et les bourgeois ont si bien compris combien l'exercice du 
pouvoir était néfaste aux idées de bouleversement social 
qu'ils n'hésitent pas à l'exercer de concert avec les 
socialistes. 



* 



On n'a pas encore compris qu'il y a, dans l'ordre social 
actuel, des réformes anodines qui, bon gré, mal gré, peuvent 
se réaliser sans trop de secousses, le parlement les enre- 
gistrant une fois qu'elles ont conquis la masse ; mais qu'il 
y en a d'autres — les plus vitales — qui ne peuvent 
s'accomplir qu'en culbutant par la force ce qui les entrave, 
et qu'il faut que cette force s'affirme de temps à autre. 

L'émeute dans la rue ne prouve rien en faveur des reven- 
dications ouvrières, diront les légalistes ; c'est une folie, et il 
est humain de chercher à enrayer un mouvement qui ne 
peut que faire des victimes. 

Lorsqu'un mouvement débute, on ne sait jamais comment 
il se terminera. Si on n'en est pas partisan, on n'a qu'à se 
retirer, mais c'est faire œuyre de réactionnaire que 
d'essayer de l'empêcher. Car, on n'empêche jamais 1a 



(1) On l'a vu cependant dans les événements du Midi et de la 
Champagne, mais il ne s'agissait pas, là, de transformer l'état 
social, mais de réclamer de l'Etat, certains avantages commer- 
ciaux, assurant un certain monopole aux régions révoltées. 
Et encore désertèrent-ils le mouvement lorsque les manifestants 
eurent recours aux moyens révolutionnaires pour appuyer fies 
revendications qui ne Tétaient pas. 



»i*k,»- r'^Kp 



- 7 — 

poussée révolutionnaire d'une foule nn ™ <•„•* 

"i apportant le trouble et S 

veulent agir. indécision parmi ceux qui 

.^lâmaUon. d d£ iUSfra™ nCT **" e , n faVeur *» 
P<>ur qu'une collision se "-odu se nZ« Xploit * u ï*/> mais 
une raison, cela habitue les ?n*SvWnl I a "J 1 rnotif ' sinon 
elle les habitue à exiger enonàrmL a r £ 8lsi 2* a autorité, 
f«ùs Que, pour intimfder un "moSvttfu? P - Et Si ' à ch ^™ 
permet d'arrêter à tort et à?r« V p« « ' le . gouvernement se 
les gens se soli darisaien avec Z iSÏÏ l6S P lu s résolus, 
sans doute pas encore l a ^dTpa r Uio P n dn^ff' n ° US "'au^ns 
une notable diminution de P son action S »™™ ™" , mais 
quelque chose en attendant m"eux qm Serait dé J a 



**• 



tomberont sur les plus en vue W ,,T e C ?f res P°nsabilités 

''iitourage. Sous neino d» „v),L P onn,e , rs de ] e ur nouvel 

voir expulser de ïeiî nouvXVlfSfrï, **% f ° US ' ou de se 
'•ester (les intransigeants en thLwi Uatl0 • n • lls Pavent bien 
fait prendre parti d,n« il. ° ,e> ï" ais en P^tique il leur 
inopportune*; f / E ' son?" inopportune? 8 ♦ " V tpo ^ unea ou 
'J'rttent à nu l'antagon smè X SSïïdanh^t Ce " eS qui 
«l-wte entre gouvernants et gouvernés '' non -P ossé - 

«'e^quwtl^s ïwrtSXi f0nt P. artie d » Pouvoir, H y a 

•u réserve. Mais il pourrait hier i </f U ?™ e I tains avenir tient 
'armement qa'on pei daL m. -f* 1 - e <&* ceux <* ui croient 
'"Ue a la rWo ut oh fissent bon SSSî? / 0yal i e ' ™ vrir une 
;;'««! Que pour s« trouver enX ïïïffi* VrS l alut de rent °u- 
i;'"'re-cour©nne. ils marchassent L i»i \»„ ? ce a fa , ce avec un 

« "* courtisans secouée "S isptraée wmn»« U »îf a iy ei ^ I e v la tourbe 
*' «'s bombes. » ^,.ui&peis»ee, rompus au bruit et à la lueur 






4 x k$* 



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8 — 



pas gêné à serrer la main du morveux d'Espagne, dont les 
ministres font torturer pour délit d'idées les anciens core- 
ligionnaires du président du conseil municipal de Paris ; à 
voter contre la suppression des lois scélérates, comme les 
députés socialistes, ou à voter un ordre du jour de confiance 
en faveur du ministre qui couvre de son autorité les 
iu&illeurs d'ouvriers. Il n'y a pas de questions d'opportunité 
ou d'inopportunité pour ceux qui souffrent de la misère et 
de l'exploitation. 

Pour eux, il y a des revendications à formuler à toute 
heure, en tous lieux, en toute occasion. Il y a à résister 
contre l'exploitation, contre l'oppression à tous moments, 
à tout essai de les faire peser plus lourdement sur leurs 
épaules: passivement quan£ ils toi peuvent davantage; 
activement, lorsque l'occas^ôn^ten présente. Et cest ce qui 
fait que les foules auront toujours contre elles ceux qui pré- 
tendent les diriger. /■>> 

|§- V ' ■ ■■ , 



-./ 






1:>m. — Itup. U I'kooucTKic* (Àsa. ouv4, 51, rue Saiul-Sauveur. 

Télépbouo 121-78. 






LECTURES POUR ENFANTS 



lotis les livres de lecture pour enfants sont entachés défausse 
morale religieuse ou bourgeoise. Nous avons cherché, dans la litté- 
ratm.de divers pays, les contes qui pouvaient amuser sans fausser 
1 esprit et, à cette heure, nous avons en vent-* trois volumes de contes 
choisis intitulés Je Coin aee Entente, 1» 2« et 3* séries, contenant 
îles illustrations de Hermànn-Paul, Kupka, Delannoy, Hénault, Iribe 
Willaume, M. H. T. Delaw, et de Roèck. * * 

Chaque volume : 3 franoe 
Lee troie eneemble: 7 fr. SO 



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Tous ceux qui exècrent la GUERRE, 

Tous ceux qui ont la haine du MILITARISME, doivent lira : 

Guerre-Militarisme 

Patriotisme-Colonisation 

Recueils de tout ce que les écrivains les plus eu vue de toute» 
5gJ n d , rT ,<mt éCrU COatre la GUERRE et &us le" maux qS'e»?" 




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Adonnevknt : France, un an, 6 fr.; Extérieur, 8 fr. 

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EN VENTE AUX " TEMPS NOUVEAUX " 

Aux Jeunes Gêna, par Kuopotkine, couverture de Roubillï » 15 

L'Eduoation libertaire, par D. Nieuwenhuis, couverture de Hermann-Paul » 15 
Enseignement bourgeois et Enseignement libertaire, par J. Grave, cou- 
verture do Ghoss » 16 

Le Machinisme, par J. Grave, couverture de Luck . » 16 

Les Temps Nouveaux, par Kropotkine, couverture de 0. Pjssaho [épuisé). » 30 

Pages d'histoire sooialiste, par \V. Tcherkesoff » 30 

La Panaoée-Révolution, parj. Grave, couverture de M a bel (épuisé). » 15 

A mon Frère le Paysan, par E. Reclus, couverture de Raieter » 15 

La Morale anarchiste, »^ar Kropotkine, couverture de Rysselberghe » 15 

Déclarations d'Etiévant, couverture de Jerannet » 16 

Rapports au Congrès antiparlementaire, couverture do O. Dissy » 86 

La Colonisation, par J. Grave, couverture de Couru hier » 16. 

Entre Paysans, par E. Malatesta, couverture de Willaume » 16 

Le Militarisme, *p ar D. Nieuwenhuis, couv. de Comin'Aciie (en réimpression) » 16 

Patrie, Guerre et Caserne, par Ch. Albert, couverture d'AaARD » 16 

L'Organisation de la Vindicte appelée Justice, par Kropotkine, couver- 
ture de J. Hknàult » 16 

L'Anarchie et l'Eglise, par E. Reclus et Guyou, couverture de Dauuonï... . » 16 

La Grève des Eleoteurs, par Mirbeau, couverture de Rourille , » 16 

Organisation. Initiative, Cohésion, par J. Grave, couverture de Signac. . . » 16 

Le Tréteau électoral, piécette en vers, par Léonard, couv. de Hkidbrinck. » 16 

L'Election du Maire, piécette en vers, par Léonard, couverture deVALLOTcw. » 16 

La Mano-Negra,' couverture de Luoi » 16 

La Responsabilité et la Solidarité dans la Lutte ouvrière, par Nettlau, 

couverture de Delannoy » 18 

Anarchie-Communisme, par Kropotkine, couverture de Lochard. » 16 

Si j'avais à parler aux Electeurs, par J. Grave, couvert, de Hermann-Paul » 10 

La Mano-Negra et l'Opinion française, couverture de Hênault » 10: 

La Mano-Negra, dessins de Hermann-Paul » 40 

Entretien d'un Philosophe avec la Maréchale, par Diderot, couverture 

de Grandjouan • » 15 

L'Etat, son rôle historique, par Kropotkine, couverture de Steinlen » 26 

La Femme esclave, par Chaughi, couverture de Hbrmann-Paul » tofê 

Vers la Russie libre, par Bullard, couverture de Grandjouan. , — » 46 

Le Syndicalisme dans l'Evolution sociale, par J. Grave, couv. de Naudin. » 1| 

Les Habitations qui tuent, par Michel Petit, couverture de Frédéric Jacqur. » 1» 

Le Salariat, par P. Kropotkine. couverture de Kupka » Jjg* 

Evolution-Révolution, par E, Reclus, couverture de Steinlen » J *; 

Les Incendiaires, par Vermbsch, couverture de HerSiann-Paul » J»; 

La Vérité aur l'Affaire Ferrer, par Auguste Bertrand, couverture de Lu ce. » W 

Le Coin des Enfants, 2», 3* série, chaque, brochés 2 .»& 

Le Coin de» Enfants, 1", 2« et 3« série, chaque, reliés 3 m 

Terre Libre, par J. Grave .... 3 *V 

Patriotisme, Colonisation, illustré o *S 

La Conquête dea Pouvoirs Publios, publiés par J, Grave, couverture s&, 

do Kuce ... '{ » Jffl 

Les Prisons, par Kropotkine, couverture de Daumont. . . .,*- *■ J] 

L'Esprit de Révolte, couverture de Delannoy. . . . '. * " 

L'Enfer militaire, par A . G irard, couverture de Lues » 

Sur l'Individualisme, par Piibrot, couverture de Maurin. » _ 

L'Entente pour l'Action, par J. Grave, couverture de Raieter M Jj 

Aux Femmes, par,GoniEi«, couverture de Lucb % . . . . » « 

Suelques Vérités économiques, par Louis Blanc, couverture de Dissy. . • » 
ne des Formes nouvelles de l'esprit politicien, par Jean Grave, cou- . _ 

verture de Lnc« * ? J 

Travail et Surmenage, par M. Pierrot » (j 

Contre la Guerre, couverture de G. Lefèvre " *' 



Publications des « TEMPS NOUVEAUX » N» 68 



Jean ÇRAVE 



PIQUES 




: O ft*. 05 



iux Bureaux des « TEMPS NOUVEAUX », 4, rue Broca, Paris 



Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale cle France 



Groupe de Propagande par la Brochure 

La propagande par la Brochure est uim des meilleures propagandes 
si on peut la faire avec suite. 

Le Révolte, La Révolte, J^es Temps nouveaux s'y sont employés de leur 
mieux. A l'heure actueUe. plus de 80 brochures diverses, dont les diffé- 
rents tirages réunis dépassent un million d'exemplaires, ont été lancées 
par eux. 

Malheureusement, les fonds manquent pour pouvoir on imprimer 
plus souvent de nouvelles, ou réimprimer,' lorsque c'est nécessaire, 
celles qui sont épuisées. 

Il s'agit donc de trouver 500 souscripteurs «'engageant à verser 
chacun 1S fr. par an. Nous serions alors en mesure d'imprimer chaque 
mois — ou de réimprimer parmi celles épuisées — une nouvelle bro- 
chure de O fr. ÎO ou deux de O fr. 05. 

Par contre, voici les avantages que nous offrons aux souscripteurs ; 

1° A chaqne tirage, il leur sera expédié autant d'exemplaires que le comportera le montant 
de leur souscription calculé avec une remise de40o[o. frais d'envoi Réduits. 

Ce qui leur permettra de s'employer à la propagande, en faisant circuler les brochures par- 
mi ceux qu'ils connaissent, soit en les distribuant eux-mêmes, soit par la poste lorsqu'ils ne vou- 
dront pas faire savoir qu'ils s'intéressent à la propagande ; 

2° A chaque souscripteur qui sera libéré de sa souscription, il sera envoyé une lithographie 
spécialement tirée pour les souscripteurs. 

Cette lithographie qui sera demandée à l'un des artistes qui ont déjà donné au journal, ne 
sera pas mise en vente et vaudra à elle se u!fe, largement, le prix de souscription ; 

3° A ceux qui souscriront 15 francs par an, il sera expédié un nombre de brochures dont 
le montant égalera celui de la souscription, calculé, toujours avec une remise de 40 op>, plus 
une eau-forte qui, elle aussi, sera tirée spécialement pour eux, et non mise dans le commerce. 

Ceux \qui savent le prix d'une eau forte artistique apprécieront le cadeau que nous leur 
offrons ; 

4° A ceux qui souscriront au-dessus de 15 francs, il sera fait cadeau de la lithographie et 
de l'eau-forte. 

Au camarade qui nous trouvera ÎO souscripteurs, il sera fait cadeau delà lithographie. — 
Celui qui en trouvera fîO recevra l'eau-forte. 

Les souscriptions peuvent être versées par fractions mensuelles ou trimestrielles, etc., au 
gré des souscripteurs. ■ * ■ 

A ceux qui s'engageront mensuellement et qui ne se libéreraient pas de leur promesse, il 
sera, à la fin du trimestre, adressé un remboursement pour les 3 mois. 

Adresser les souscriptions au camarade Oh. BENOIT, 

3, rue Bérite, PARIS 

N.-B. — En discutant avec des camarades, il est facile de leur glisser 
une brochure, et de leur arracher deux sous. Les souscripteurs pour- 
ront ainsi récupérer le montant de leur souscription, et augmenter 
leur propagande. , ft 

Brochures à l'étude : Le Militarisme de D. Nieuwenhuis. — Origines et 
morale du Christianisme, de Letourneau. — L'anarchie dans Vévo- 
'luiion socialiste y La libre initiative, la Révolution sera-t-elle collectivis- 
te, Le principe anarchiste, L'action anarchiste dans la Révolution, de 
Kropotkine. — La République, des Financiers, de Delaisi. — La Mo- 
rale Anarchiste, de Kropotkine. — L'Education, dé Laisant. — 
L'Anarchie et V Église, de Reclus et Guy ou. 



tw- 



Puhlication de* « TEMPS NOUVEAUX » — N° 62 



Jeak GRAVE 



SCIENTIFIQUES 




Prix : O fr. 05 



l or Tirage : 10.000 Exemplaires 



PARIS 
LES TEMPS NOUVEAUX 

4, n-ue Broca, 4, 

19 1 H 



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piM r> ^' 




Les « Scientifiques » 



On ne saurait trop s'élever contre le pédantisme 
de certains qui, lorsqu'ils ont éjaculé : « c'est scien- 
tifique ! » s'imaginent vous avoir à tout jamais cloué 
le bec. Et aussi contre le sectarisme de quelques sin- 
cères qui ne peuvent admettre que la science ne peut 
résoudre, à l'heure actuelle, tous les problèmes hu- 
mains. 

Cette maladie, pendant longtemps, avait été spé- 
ciale aux économistes politiques qui , pour avoir 
considéré l'homme comme un outil, et la société 
comme un mécanisme à engrenages ayant une mar- 
che déterminée par sa construction, et ne pouvant 
donner que les mouvements dictés par ces engrena- 
ges, pensaient avoir fait de la science inattaquable. 

Sont venus après, à la suite de Marx ; lesguesdis 
tes qui, comme les économistes, considérant davan- 
tage l'homme comme un rouage que comme un être 
pensant, pouvant se déterminer pour et par des 
motifs que la vraie science n'est pas toujours à même 
de prévoir ou de découvrir, se sont déclarés les 
grands prêtres du « socialisme scientifique ». 




LES SCIENTIFIQUES 



De là, enfin, cette manie a gagné certains milieux 
anarchistes, où on cite : Nietzche, Stirner, Bûchner, 
Letourneau, sinon sans les avoir lus, sans les avoir 
compris tout au moins. Et il faut voir la morgue de 
ces « savants » lorsqu'ils parlent de la « masse ava- 
chie, de la foule ignorante avec laquelle il n'y a rien 
à faire, ni à s occuper, pour so consacrer au dévelop- 
pement de son propre « Moi ! » 

On ne saura jamais combien de cervelles de jeunes, 
ces prétentions au scientifisme ont détraquées. 






Mais ne confondons pas, s'il vous plaît. Je ne viens 
pas, après Jules Lemaître, proclamer une nouvelle 
faillite de la science, ni après de jeunes idiots bour- 
geois, me moquer de ceux qui, prenant sur leurs 
loisirs, et, le plus souvent sur leur repos, pour sup- 
pléer à l'insuffisance de l'éducation reçue dans leur 
jeunesse, s'astreignent au dur labeur d'acquérir les 
connaissances dont ils sentent tout le prix. Je m'élève 
seulement contre la suffisance de ceux qui, pour avoir 
lu deux ou trois bouquins de science, s'imaginent 
avoir emmagasiné toutes les connaissances humai- 
nes, et, sortant à tort et à travers quelques phrases, 
qu'ils ont mal comprises le plus souvent, s'en auto- 
risent pour traiter d'ignorant, d'abruti ou d'idiot tel 
qui, sans appuyer son raisonnement de citations si 
« savantes » pourra cependant dire des choses justes. 

Ces gaillards-là ignorent qu'une vérité scientifique 
ne s'élabore pas seulement pari raisonnement, mais 
cjue, pour être confirmée, elle doit avair passé par 
1 expérience, et des expériences sévèrement contrô- 
lées pour être convaincantes. 



Les scientifiques 



5 



Ce n'est pas faire preuve de « science » mais d'éru- 
dition de citer Darwin, Spencer, Letourneau. Et, 
comme ces pseudo-scientifiques ne sont pas difficiles, 
ils ont même pour autorités les Le Bon, les Vacher 
de La Pouge, les Lombroso et eutres seigneurs de 
noindre importance, dont les travaux menés avec 
un parti-pris absolu n'ont la réputation d'être scien- 
tifique que parce que le savoir-faire et le bluff arri- 
vent toujours à en imposer h quelques-uns. 






Certes, il est indéniable que, pour pouvoir discuter 
avec fruit des sociétés, il faut connaître pas mal de 
choses, quand ça ne serait que la nature ae l'homme, 
sa physiologie, sa psychologie et son évolution. 

Non seulement de l'homme-individu, mais aussi de 
l'homme-social , comment ie milieu influe sur lui, 
comment il réagit contre ce milieu ; car la mentalité 
de l'individu en foule n'est plus la même que celle de 
l'individu isolé. 

Quelle transformation subira sa mentalité dans ses 
rapports avec ses semblables? Quelles formes pren- 
dront ces rapports ? Et comme innombrables sont les 
caractères, les tempéraments, innombrables sont — 
et seront encore plus — les formes de groupements. 
Les complications de plus en plus nombreuses se font 
au fur et à mesure que l'on serre la question de plus 
près. 

Donc, la sociologie est une science qui doit s'aider 
non seulement de toutes les autres sciences, de toutes 
les connaissances acquises, mais aussi des « con- 
naissances » que nous pressentons exister, mais qui 



LES SCIENTIFIQUES 



nous échappent jusqu'à présent, ce qui revient à dire 
que si la sociologie est. une science elle n'est en- 
core qu'une science incomplète qui laisse place à toutes 
les interprétations possibles, à toutes les erreurs. 

Et c'est ce qui fait que ceux qui ont voulu la traiter 
le plus scientifiquement possible ont, le plus souvent, 
dit les plus grosses bêtises, car, Oubliant que, s'il y a 
en science, quelques vérités établies, ces vérités 
n'étant qu'en petit nombre, et le grand nombre des 
autres n'étant que des « vérités actuelles » peuvent, 
demain, être remplacées par d'autres vérités plus 
sûrement démontrées, ils prenaient leurs erreurs et 
leurs préjugés, pour des preuves scientifiques. 






Faut-il donc renoncer à faire de la sociologie? Nul- 
lement, car la vie en société amène chaque jour des 
problèmes qui réclament leur solution immédiate. 

Ceux qui souffrent et crèvent de la mauvaise Orga- 
nisation sociale, n'ont pas le temps d'attendre que les 
« savants » se soient mis d'accord sur les questions 
qui les divisent. Si notre intelligence est bornée, la 
vie suit son cours, et c'est de notre vivant que nous 
devons chercher à résoudre les problèmes qui nous 
la font bonne ou mauvaise. Et, du reste, combien de 
lois naturelles ont été expérimentalement découvertes 
et appliquées par l'homme, bien avant qu'il pût les 
expliquer scientifiquement? ^ 

Il faut, évidemment, lorsqu'on discute une ques- 
tion, s'entourer de tous les éléments qui participent 
directement ou indirectement à cette question. Plus 
on envisagera de faces à cette question, le plus de ses 




LES SCIENTIFIQUES 



conséquences envers d'autres questions on pourra 
prévoir, plus de chances on aura de serrer de près la 
vérité ; mais que de fois une objection sortie de l'ex- 
périence ou du sens commun suffira pour détruire 
des hypothèses construites à grand renfort de con- 
naissances apprises dans les livres. 

Comme Ta si bien exprimé celui quia dit que « le 
vrai savant était celui qui savait qu'il ne savait rien » 
chaque nouvelle connaissance que nous acquérons 
nous met à même d'en constater un plus grand nom- 
bre qui nous échappent. 

L'individu qui pourrait prévoir, non seulement dans 
le temps mais dans l'espace, la répercussion du moin- 
dre acte qui s'accomplit, de la moindre pensée qui 
s'exprime, celui-là serait vraiment le « savant », celui- 
là serait Dieu, puisque Dieu c'est celui qui sait tout, 
prévoit tout ; or celui-là nVxiste pas et n'existera pro- 
bablement jamais,' puisque tous les dieux que les 
hommes ont inventés n'ont jamais su rien prévoir ni 
prévenir quoique inventés après coup et passent leur 
temps à chercher, sans y réussir, à réparer les bêti- 
ses qu'ils ont faites, ou à punir l'humanité de fautes 
qu'ils auraient dû prévoir, étant données les condi- 
tions dans lesquelles ils la plaçaient. 

Nous devons étudier, nous devons élargir le cercle 
de nos connaissances pour notre propre développe- 
ment, aiin d'élargir nos facultés d'adaptation avec le 
milieu qui novfs entoure ; mais gardons-nous de croire 
que nous avons atteint l'infaillibilité et de traiter les 
autres d'ignorants ou d'abrutis, lorsque noué n'avons 
pas su nous faire comprendre d/euX. 






8 



LES SCIENTIFIQUES 



La science n'existe pas par elle-même. Ce n'est 
qu'un mot pour désigner l'ensemble de connaissan- 
ces auxquelles est arrivée l'humanité, et ces connais- 
sances personne ne les détient dans leur ensemble. 
Chacun s'en assimile ce qu'il peut, les uns plus, les 
autres moins ; mais les plus grands cerveaux n'en 
emmagasinent que ce qu'ils sont capables d'en emma- 
gasiner, sans jamais arriver à englober toutes les 
connaissances acquises. Tel cjui sera supérieurement 
ferré sur la physiologie, la biologie, la psychologie, 
pourra n'avoir que des connaissances imparfaites sur 
d'autres sciences accessoires et raisonner comme un 
pied dans les choses les plus ordinaires de la vie. 
Sans compter qn'il ne suffît pas d'emmagasiner le 
plus grand nombre de connaissances, faut-il encore 
savoir s'en servir. 

Invoquer l'opinion de tel ou tel savant peut bien 
apporter des probabilités en faveur de la vérité que 
nous énonçons — ou que nous croyons telle — mais 
ce n'est pas une preuve irréfutable. 

Et lorsque nous avons réussi à acquérir quelques 
bribes de connaissances , restons convaincus que 
nous avons fait quelque effort pour approcher de la 
vérité, mais ne nous croyons pas les détenteurs de 
la vérité absolue, car ces connaissances acquises ne 
deviendraient pour nous que la source des plus 
grossières erreurs. 



■ >:an GRAVE. 




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lia Panacée-Révolution, par J. Grave, couverture de Mabel » %m 

A mon Frère le Paysan, par E. Reclus, couverture de Raieter » î|§ 

Déclarations d'Etiévant, couverture de Jrhannet » in 

Lia Colonisation, par J. Grave, couverture de Robin » 15 

Entre Paysans, par E. Malatesta, couverture de Willaume » iç 

Patrie, Guerre et Caserne, par Ch. Albert, couverture d' Aoard u 15 

L'Organisation de la Vindicte appelée Justice, par Kropotkine, couver- 
ture de J. Hénault. ....... i „ j] 

La Grève des Electeurs, par Mirbrau, couverture de Roubille {épuisé). .-..'.'.['. » lj 

Organisation. Initiative, Cohésion, par J. Grave, couverture de Sionac. . . . » %\ 

Le Tréteau électoral, piécette en vers, par Léonard, couverture de Heidbiunck . » ïg 

L Election du Maire, piécette en vers, par Léonard, Couverture de Valloton » %$ 

La Mano-Negra, couverture de Lucb » ii, 

La Responsabilité et la Solidarité dans la Lutte ouvrière, par T: 

Nettlait, couverture de Delannoy. ...... ^. » |M ' 

â^ft* ûio-CommunismejiMir Kropotkine, couverture de Locrard (épuisé) » 15 

Si j avais & parler aux Electeurs, par J. Grave, couverture de Hrrmann Paul » 10; 

La Mano-Negra et l'Opinion française, couverture de Hénault » 10* 

La Mano-Negra, dessins de Hermann-Paul » 40 

Entretien d'un Philosophe avec la Maréchale, par Diderot, couverture de 

Grandjouan . . . . k . . : . . , , . „ 

J^Etat, Son rôle historique, par Kropotkine, couverture de Steinlen . . ... »■ 

Lajremme esclave, par cîuughi, couverture de Hermann-Paul « 

v *f lft_*tUWe libre, par Bullard, couverture de Grandjouan .....;... s 

» syndicalisme dans l'Evolution sociale, par J. Grave, couv. de Naudin. » il 

Les Habitations qtti tuent, par Michel Petit, couverture de Çrédéric Jacque . . » | 

Le Salariat, par p. Kropotkine, couver ttfre de Kupkà . . . » f 

WOlutlon-Révolutlon, par E. Reclus, couverture de Steinlen. ........ (épuisé) » î 

Les^Ci^diaireS, par Vhrhssch, couverture de Hbrmann Paul. » M 

y* vS?* 6 8ur VAMaàx* Ferrer, par Auguste Bertrand, couverture de Luce . . . » 1 

5*55 ^T <m8 iJ >ar Kropotrine, couverture de Daumont. ........ » 1] 

L'Esprit de Révolte, couverture de Dblannoy. . . ...... (épuisé) » 

L'Enfer mmtaire, par A. Girard, couverture de Luce. » 

« S_*? ndlvid,li ^ sxne i JP* r p «» R o' r 2 couverture de Maurin r: u l\ 

JL Entente pour l'Action, par J. Grave, couverture de Raikter . . ...-,.......,.. ». 1 j 

Ottelottes.Vôrité8 économiques, pa* Louis tac, couverture de Dmb* .... » il 

Une des Formes nouvelles de l'esprit politicien, par Jean Grave, couver- 

m» lurc oe L*C<JK. * . . . y .«..<;.... j, . . ,*. «,..,.. .......t.....,..., *v. ........ .. •■ * *vi3 

Travail et Surmenage, ^ar M. Pierrot, couverture de Léomin. .... ;.,.„ ...... » Il 

La Conquête des Pouvoirs Publics, par J Gravi, couverture de Luc* » ■ M 

LeJ^arlementartsme contre l'action ouvrière, |»r Pierrot et Girard, cou- 

_ .i vertoe ? »°„ Bo^PiifARo. ..,.ï.; ...... — ..... ...;........,, .....:..... » U 

La Royauté du Peuple souverain, par Proudson, couverture de RAirrBR. ... . 

Lejp Conditions An "lVavail d*ûëla Société actueUe, par Simmjc». . ..... » 

MB^J^J^^eiire, pèr Bafàà^ïcàuvmm 4e ^àrihw> . . V. » 

TrayaU de l'Enfance dans les Verreries, par Déliant, dessin de Grandjouan » V 

Les Trois CompUœs (prêtre, > ë ë, aoMat), par II CbamA, d«s»in de Raietkr. . • M 

La Ouerre, P«r £j«rre KropoTbjne, eouverture de Steinlen- f T. . * 

Contre la loi MUIeraiid, par Dblaiw, couverture de CoercRiaR ..........*..... » 

A bas ICI J^eiS, par J. Déjacqcb*, couverture de Sionac . . . ri] 

La Loi et l'Autorité, par Kropotkine, couverture de Au grand. .....;........,. » t| 



Publications des « TEMPS NOUVEAUX » — No 63 



jtds^.3St q-K-a/v^e 



Contre la Folie des Armements 




Jr* r* i x 



lO centimes 



Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale cle France 



Groupe de Propagande par la Broehare 

— ^\v«— 

La propagande par la Brochure est une des meilleures propagandes si on peut la 
lair© avec suite • 

Le Révolté, La Révolte, Les Temps Nouveaux s'y sont employés de leur mieux A 
rheure actuelle, plus de 60 brochures diverses, dont les différents tirages réuni* 
dépassent un million d'exemplaires, ont été lancée! par eux. ' 

• Malheureusement, les fonds manquent pour f ouvoir en imprimer plus souvent de 
nouvelles, ou réimprimer, lorsque c'est nécessaire, celles qui sont épuisées. 

Il s agit donc de trouver 500 souscripteurs Rengageant à verser chacun 12 fr 
par an. Nous serions alors en mesure d'imprimer chaque mois — ou de réimprimer 
parmi celles épurées — une nouvelle brochure de fr. 10 ou deux de Ofr. 05. 

Par contre, voici les avantages que nous offrons aux souscripteurs : 

1° A chaque tirage, il leur sera expédié autant d'exemplaires que le comportera 
le montant de leur souscription calculé avec une remise de 40 0/0, frais d'envoi 
déduits ' ' 

Ce qui leur permettra de s'employer à la propagande, en faisant circuler les bro- 
chures parmi ceux qu'ils connaissent, soit en les distribuant eux-mêmes, «oit par la 
poste lorsqu ils ne voudront pas faire savoir qu'ils s'intéressent à la propagande; 
i-a ** A J h *W e . souscripteur qui sera libéré de sa souscription, il sera envoyé une 
lithographie spécialement tirée pour les souscripteurs. 

Cette lithographie qui sera demandée à l'un des artistes qui ont déjà donné au 
journal, ne sera pas mise en vente et vaudra à elle seule, largement, le prix de sous- 
cription ; 

3° A ceux qui souscriront 15 francs par an^il sera expédié un nombre de bro- 
chures dont le montant égalera celui de la souscription, calculé, toujours avec une 
remise de 40 0$, plus une eau-forte qui, elle aussi, sera tirée spécialement pour eux. 
et non mise dans le commerce. 

Ceux qui savent le prix d'une eau-forte artistique apprécieront le cadeau que nous 
leur offrons ; 

4« A ceux qui souscriront au-dessus de 1*5 franco, il sera fait cadeau de la litho- 
graphie et de 1 eau-forte. 

Au camarade qui nous trouvera 10 souscripteurs, il sera fait cadeau de la litho- 
graphie. - Celui qui en trouvera 20, recevra I'eau-forte» **•'■" 

Les souscriptions peuvent être versées par fractions mensuelles ou trimes- 
trielles, etc., au gré des souscripteurs. 

A ceux qui s'engageront mensuellement et qui ne se libéreraient pas de leur 
promesse, il sera, à la fin du trimestre, adressé un remboursement pour les 3 mois. 

■ • 

Adresser les souscriptions au oamarade Ch. BENOIT, 

3, rue Bénite, PARIS^ 

N.-B. -- En discutant avec des camarade», il est facile de leur glisser une bro- 
chure, et de leur arracher deux sous. Les souscripteurs pourront ainsi récupérer It 
montant de leur souscription, et augmenter leur propagande. 

Brochures à l'étude : Origines et mormle du Christianisme, de Letourneau. — La 
Rpnibhque des financiers, de Delaisi — L'Anarchie et l'Eglise, de Reclus.— 
L Anarchie dam l'évolution socialiste, de Kropotkine. — La libre initiative, de 
Kropotkine. — La Morale anarchiste^ de Kropotkine, etc., etc. 



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'i|î<M' ■*>' '" 



Publications des « TEMPS NOUVEAUX 



* - N* H3 



J-J&A.1ÏT G.KAVE, eto, etc. 



1 ,s '' "■ V 

Contre la Folie 



des Armements 



Prix : fr. 10 



1- .Tirage, 10,000 E«om pi aires 



PARTS 

LUS TEMPS NOUVEAUX 
4, Rue 3r ja, 4 

1913 



CONTRE LA FOLIE DESARMEMENTS 



r i A' 



La Réaction en marche! 

S'il y avait un point que l'on croyait avoir acquis, 
celait bien celui de la diminution du temps de service, 
actif. Même, pour la majorité des gens, le service de 
deux ans n'était qu'un maximum provisoire en attendant 
mu- réduction nouvelle et, peut-être, un acheminement 
wi'ï Je système des milices, qui, n'exigeant que des 
périodes très courtes de service, auraient été moins 
désastreuses moralement, intellectuellement, matérielle- 
ment. Ce n'aurait pas encore été la disparition des 
années permanentes, mais tout au moins un commence- 
ment. 

il a suffi de quelques ministères radicaux-socialistes 
pour faire crouler tout ce qui était gagné, pour nous 
ramener au lendemain de 71 et voir se développer une 
chanvinite aiguë, qui va se traduire par un an de plus de 
service pour «es classes à venir, une augmentation 
d'effectifs et, par conséquent, des impôts en plus, sans 
compter l'augmentation des chances de guerre que tout 
ce ! i ntamarre entraîne avec lui . 

lie qui prouve que les étiquettes politiques ne valent 
pas mieux que celles qui, dans le commerce, recouvrent 
le? produits sophistiqués avec lesquels des mercantis 
sans vergogne empoisonnent les consommateurs, 
puisque des ministres socialistes — voire révolution- 
naires — osent les mesures de réaction que n'oseraient 
employer de simples conservateurs. 

Nous sommes menés par la banque, le commerce et 
1 industrie et les politiciens, qu'ils soient conservateurs, 






— 4 — 




modérés, centre-gauche, radicaux, radicaux-socialistes 
ou socialistes, ne sont que les hommes d'affaires de ceux 
qui les gouvernent dans la coulisse. C'est le peuple qui 
les nomme, c'est la finance qui les choisit et leur dicte 
ses volontés. 



* * 



Je veux bien espérer que, derrière tout ce bluff pa- 
triotique, il y a surtout — et pardessus tout — une 
question de fournitures. 

La combinaison Poincaré, Etienne et Baudin en était 
l'indice. Cette floraison de patriotisme n'est que l'effet 
de sa réussite. 

Présidence et ministère d'affaires, syndicats d'inté- 
rêts: intérêts des fabricants de drap pour uniformes, 
intérêts des confectionneurs desdits uniformes, intérêts 
des fabricants de cuirs pour harnais et souliers, intérêts 
des selliers et des cordonniers, intérêts des fabricants 
d'armes et de canons, intérêts des fournisseurs de vivres, 
de literie, d'objets de campement, des fabricants d'aéro- 
planes, sans compter les casernes à construire, les achats 
de terrains, les expropriations que cela entraîne. Ces 
intérêts, c'est une autre armée qui vit de la première, ci. 
si le peuple ne sait pas se défendre, eux autres savent 
se faire entendre. 

Si on rappelle une ou deux classes sous les drapeaux 
— si on maintient celles qui y sont un an de plus, te 
résultat est le même — cela veut dire trois à quatre cent 
mille hommes de plus à habiller, à nourrir, à chausser, 
à loger, 4 blanchir, à armer. Or, s'imagine-t-on ce que 
cela représente de millions à manier ? ce que ces millions 
représentent de bénéfices jx>ur les fournisseurs, pour les 
actionnaires des compagnies concessionnaires, de pots- 
de-vin pour les intermédiaires et de places d'officiers 
pour la graine de bourgeois ? 

Le service de trois ans pour tous, sans exception... 
Quelle bonne blague ! L'étudiaiitf qui serait forcé d'in- 
terrompre ses études pendant trois ans n'aurait qu'à 
recommencer à sa sortie de l'armée, ayant travaillé 
jusque-là pour rien. La bourgeoisie n'acceptera pas celn 
pour les siens, soyez-en sûrs. 



"7T 



Comme toutes les loiSj la loi de trois ans, en principe, 
s'appliquera à tous. A tous, sauf les exceptions, et ces 
exceptions* soyez-en sûrs, ne concerneront pas les ou- 
vriers. Et voilà comment on se moque d'eux — puisqu'ils 
laissent faire. 

On l'a dit depuis longtemps: Je système de la paix 
armée est un système qui ne peut s'éterniser, qui mène 
les nations à la faillite ou à la guerre ! Et cependant voilà 
plus de quarante ans que ça dure et que l'on tire encore 
sur la ficelle. 

Mais, lorsqu'on demande à la ficelle de souleveir plus 
que sa force de traction ne le comporte, la ficelle casse. 
Et plus on tire dessus, plus on lui demande de tirer, plus 
vite on approche du moment où elle cassera. 

Seulement, les requins qui vivent de la paix armée 
ne craignent pas que la corde casse, car, dans le conflit 
que pourra amener cette folie de l'armement, ils pour- 
ront trouver moyen de gagner encore plus et encore plus 
vite. 

Oh ! le Populo grogne d'avoir tant d'impôts à payer ; 
il grognera sans doute aussi lorsqu'il verra ses fils rester 
trois ans à la caserne, au lieu de deux. Il grognera 
encore davantage lorsqu'il les verra partir se faire casser 
la gueule pour le plus grand profit des flibustiers qui 
ie grugent; il pleurera sans doute un peu lorsqu'il les 




ou qu'il pleure, pourvu qu'il paie et que, bien sage, il 
réponde aux ordres de mobilisation ? 

Or, il faut avouer que les tripoteurs auraient bien tort 
de se gêner. Populo est admirable, Populo est le modèle 
des citoyens. S'il grogne, c'est de façon à ne pas inter- 
rompre le eoncert patriotique que nous font entendre 
ministres, députés et journalistes vendus. 

On ne voit qu'eux, on n'entend qu'eux. Partout, c'est 
la note patriotique qui se fait entendre. Populo, s'il 
grogne, grogne tout bas, afin de ne £as troubler un si 
bel unisson. 

Ah 1 s'il restait encore quelque énergie chez les tra- 
vailleurs, s'ils avaient conscience des cataclysmes vers 



r. ■-. •■■. . ■ ■ ,* V ■■■ ■ , -■' .m t. ■".n- ,i (.■,!.'■ -., ?• --Il ■•■.. - J_- -M ■ .».W.-*,V ,V#mRK! 



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lesquels on les achemine, dès qu'il a été question de la 
loi de trois ans, on aurait dû voir se lever de tous côtés 
les protestations indignées de ceux qui en ont assez de 
payer de leur liberté, de leur sang, de leurs sueurs, les 
honteux tripotages qui doivent assurer quelques millions 
de bénéfice aux mercantis de la finance, de la politique, 
de 'l'industrie... 

Les cris de réprobation auraient dû être tels qu'ils 
auraient dû couvrir la voix des braillards du milita^ 
risme, faire taire la gueule des loups-cerviers du pa* 
triotisme. 

La G. G. T. a organisé un meeting de protestation, 
c'est très bien, mais c'est insuffisant, de genre de mani- 
festations ne peut se répéter souvent, et il faut que les 
protestations soient incessantes: il ne faut pas qu'elles 
s'arrêtent. 

Est-ce que les mères de ceux que l'on va enlever n'au- 
raient pas -dû, déjà, faire entendre leur voix ? Est-ce que 
leurs pères attendront que la guerre soit déclarée pour 
exprimer leur volonté de ne plus supporter le cynisme 
des politiciens qu'ils ont élus ? Et, parmi ceux qui sont 
visés, n'y en a-t-il pas de conscients, dont l'esprit se 
révolte aux besognes auxquelles on veut les vouer ? En- 
fin, tous ceux dont le travail seul alimente les dépense? 
extravagantes de la militante aiguë, dont nous allons 
crever, n'ont rien à dire qu'ils se taisent» 

Est-ce que le pays ne devrait pas déjà être couvert de 
groupes de résistance et de protestation sous toutes les 
formes ? Et, puisque la peur de la non-réélection est le 
commencement de la sagesse de l'élu, est-ce que les 
électeurs, dans chaque circonscription, n'auraient pas 
dû agir auprès des comités électoraux pour signifier à 
leur élu que le vote de la loi infâme serait kt fin de son 
mandat? 

Allons donc ! on grogne, on grogne en soi-même, on 
grogne entre copains, entre deux verres sur le zinc, on 
grogne en famille, on grogne c(ù l'on peut, mais on n'a 
plus l'élan énergique qui, dressant ropinion publique 
devant les gouvernant*, les force à réfléchir, à s'arrêter 
dans leurs mesures rétrogrades. 

Cependant, ce qui ne s'est pas fait peut se faire encore. 



""P^T. — y •y.H ' m i ;p) i » '; ;n |' ' r "T[ ."■jï!!,,.. ', - ',! ,'<. 



7 — 



'•V "V- ')l«|!f 

,]■■■:: a,T\ 



Que les gens se ressaisissent, que les protestations se 
fassent entendre, que les groupes s'organisent, et l'opi- 
nion publique finira par avoir raison des sangsues qui 
sont collées à notre peau, qui, sans cela, finiront par 
tuer en nous toute vitalité, si nous n'avons pas l'énergie 
de nous en débarrasser. 

J. GRAVE. 






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_J 



9 



A ceux qui n'ont rien 

à espérer de la Guerre 



Sous prétexte de patriotisme, de défense du territoire, 
vous consentez depuis quarante ans, à donner vos fils 
pour créer une armée formidable. Vous vous êtes laissé 
imposer à l'extrême pour que les grandes usines métal- 
lurgiques fabriquent des armes, des munitions, que Ton 
transforme périodiquement, afin de renouveler les com- 
mandes. 

Il s'est ainsi créé au-dessus de vous une féodalité fi- 
nancière et usinière qui vous a imposé d'entretenir un 
personnel et un matériel de meurtre surchargeant le 
budget de plus d'un milliard pour une œuvre de des- 
iruction, alors que tant de travaux utiles restent en 
souffrance, qu'un cinquième du territoire reste en friche. 

Mais on n'entretient pas une meute de meurtre sans 
être entraîné à l'exercer et, comme chaque nation est 
en proie à la même folie, la possibilité de la guerre pèse 
continuellement sur vous, empêchant des progrès que 
tout le monde désire et absorbant les milliards qui les 
permettraient. 

Et c'est ainsi qu'à l'aide des grands mots de Dieu, 
Patrie, Liberté, quatre bandits couronnés, avec la com- 
plicité plus ou moins tacite d'autres forbans, viennent 
de lancer les peuples balkaniques dans une guerre qui 
peut déchaîner un conflit général. 

Des prétextes plausibles ne manquent jamais, même 
aux actions les plus abominables. C'est ainsi que Serbes, 
Monténégrins, Grecs et Bulgares se font massacrer pour 
le plus grand profit des bandits qui les mènent alors 
qu'ils croient travailler à l'émancipation de leurs frères 
ethniques. 

Puis, comme si ce n'était pas assez des fusils à tir 
rapide, des canons à longue portée, des mitrailleuses et 
des shrapnells, fauchant les bataillons comme la faux 



j 



— 10 — 



Demain 8 if^.fVP' If Cholém se raet de la Partie, 
uemain, il peut être chez vous. 

hon,"^ nt a * UX ^y s&ns et autres prolétaires des nations 
belligérantes qui auront échappé au massacre, à l'éDidé 
tuèriés7 qU ° la lutte «™ finie , qu'auront-ils gagné a ?£ 

Comme les vaincus ne seront pas assez riches nom' 

Klïff «Tfn d t Ja ê , Krre ' ^s P vainqueurs auro^ta 
payer les frais de leur gloire : pensions aux blessés intt- 

anrnnf e 1 I 1 1 'H OUrS ? , ? ent aux P^istes des sommes quïls 
auront prêtées a leurs maîtres. 

Puis comme, le matériel de destruction aura lui- 
a^mnnis erntn?^' " faUdra le reno «veler ; et comme un 
cl! «oZn^rT 6 «W un agrandissement 
n?rS£rSïïï """"V 1 fa ! ,dra augmenter ce matériel et ce 
h^ïf r.vlfT 61 "* 1 ^ et de de struction, et, sans doute, la 
liste civile des maîtres: on empruntera de nouveau 
Mais comme c'est celui qui travaille qui est le seul à 
payer pour tou , Jes vainqueur8 et ^ $* se ^ < 

« libères », courbés sous le même joug, auront vu leurs 

uberfé^nfinuét 6 ''' '" ™ ^^ plu8 ^«cKt C 
Enfin, comme un crime en entraîne un autre il est 
fort possible que les annexions qui se préparent ne 
soient pas du goût de ceux qui dirigent les autres nations 
européennes, et que l'intervention d'une seule même 
amène une conflagration générale. ' 

3 y us-mê m e S> sere z entraînés au carnage sans 
qu on vous ait consultés. 

Car vos gouvernants — quoique vous soyez souve- 
rains — peuvent déclarer la guerre sans prendre votre 
avis, ou s ils n osaient en prendre la responsabilité, ils 
sauraient la rendre inévitable et, se la faire déclarer ce 
qui reviendrait au même. • uecj arer, ce 

™^ S „/w Vent "?",* ac î n,ler a la S uerre ' sans même 
consulter vos soi-disant représentants, les députés, ce 

SS'j , reste '. ," a aucune importance, ceux-ci étant à la 

^L t l™, S ^ Cle - tés ^"f 1 *? 8 ! ( ï ui - aujourd'hui, sont les 
seules souveraines des destinées des peuples, et décident 
selon leurs intérêts, de la guerre ou de la paix. 
Cependant, si vous en avez assez de payer pour en- 




n 



— 11 — 

voyer vos fils s'abrutir à la caserne, si vous en avez assez 
de payer pour la fabrication d'un matériel de destruc- 
tion, si vous ne voulez pas que l'on vous envoie à un 
massacre d'où rien de bon ne peut sortir pour vous, vous 
pouvez l'éviter en redressant l'échiné que vous tenez 
courbée depuis si longtemps devant vos maîtres et en 
leur faisant entendre une bonne fois pour toutes votre 
volonté. 

Cent, mille, dix mille protestations isolées n'auront 
aucune valeur, mais des centaines de milliers de pro- 
lestations s'élevant ensemble sur tous les points du ter- 
ritoire arriveront à se faire entendre surtout si elles 
expriment la volonté formelle de leurs auteurs de ne pas 
se laisser enrôler et de faire retomber les responsabilités 
sur ceux qui les auraient encourues. 

Si vous criez à vos maîtres assez haut que vous ne 
souffrirez pas que vos fils soient envoyés à la boucherie, 
si les mères se réunissent en masse, pour déclarer que, 
la guerre votée, elles arracheront les armes des mains de 
leurs enfants, vos maîtres seront bien forcés de tenir 
compte d'une volonté nettement exprimée. 

Et alors, si vous arrivez à empêcher la guerre, vous 
comprendrez combien il est absurde de se ruiner pour 
entretenir un personnel de destruction, pour fabriquer 
des instruments de mort, vous serez sur la voie de 
l'affranchissement car les armées auront vécu. 

Sachez que les gouvernants — quels qu'ils soient — 
n'osent que ce que les gouvernés sont assez lâches pour 
supporter, et que si, encore une fois, la civilisation est 
appelée à rétrograder devant la guerre, c'est à votre 
lâcheté que vous le devrez, et que les lâchetés se paient 
«l'oppression et d'exploitation. 

LE "GROUPE DES TEMPS NOUVEAUX". 



— 1;î — 



A ceux qui supportent 



toutes les charges 



La réaction qui, sous la poussée des événements et 
de l'opinion publique avait fait quelques concessions à 
l'esprit moderne, relève la tête de toutes parts. Et la 
plus dangereuse n'est pas celle qui proclame hardiment 
sa volonté de nous ramener la monarchie — celle-là est 
vouée à une agitation stérile — mais bien celle qui, 
prenant le masque du radicalisme, essaie, sous prétexte 
de patriotisme, de ressusciter l'esprit militariste et co- 
cardier qui commençait à s'effacer. 

Le service de deux ans, que la plupart croyaient n'être 
qu'une étape vers une diminution nouvelle du temps 
que les jeunes gens doivent passer à la caserne, est me- 
nacé d'être reporté à trois ans, et, sans doute, dans 
l'esprit des réacteurs, devoir être encore prolongé dans 
l'avenir. 

Vous êtes écrasés par un budget de quatre milliards 
dont un quart et plus est absorbé par les charges mili- 
taires. Vous êtes le peuple le plus imposé d'Europe, et 
voilà que vos maîtres veulent encore augmenter ce 
budget d'un demi-milliard, allonger la durée du service 
militaire, afin d'avoir plus d'hommes à nourrir, à habiller. 
et équiper, afin d'augmenter les bénéfices des industriels 
qm vivent de ce rapt. 

On vous vole le produit de votre travail pour entretenir 
une armée destinée à vous fusiller en temps de grève; 
mais encore on veut vous assujettir une année de plus à 
cette vie de caserne si avilissante et démoralisatrice. 

Est-ce qu'à l'énoncé d'une pareille prétention une cla- 
meur de réprobation n'aurait pas dû s'élever par tout le 
pays faisant taire les mensonges de la presse vendue ? 

Oh ! sans doute, ce bluff ne cache peut-être que quel- 
que combinaison financière visant à vous arracher un 



.._J 



— h — 

demi-milliard de plus destiné à boucher la gueule des 
requins des sociétés anonymes de constructions de cui- 

5?i?f?ni er ? p l a il? Sï . des fournis seurs de subsistances, 
ci Habillement et d équipement. Vous rendez-vous compté 
de ce que ce milliard et demi de dépenses militaires re- 
présente de dividendes aux actionnaires, de gros emnlois 
grassement rémunérés, et de pots-de-vin ? 

Mais n'est-ce pas jouer avecje feu que d'accumuler 
sans cesse les moyens de. guerre, alors que, surtout 
certains loups-oerviers sont intéressés à lancer les 
nations les unes contre les autres, afin de se disputer 
es marchés de l'extérieur? Sans compter que tout ce 
biutt patriotique ne va pas sans rodomontades, ni me- 
naces plus ou moins déguisées. 

Or, les frais de cette guerre, c'est vous qui les paierez 
de votre argent, de votre peau ; car c'est vous, vous 
seuls, que l'on enverra tuer ou se faire estropier; c'est 
vous seuls qui paierez les milliards sauvagement gas 
pilles dans ces orgies de meurtre, et c'est encore vous 
qui paierez les indemnités des pertes et destructions que 
la guerre aura amenées. 

Mais il y a encore un mal moral plus grand que le 
mal matériel, c'est la régression qu'apportera la guerre 

Si vous êtes vaincus — chose tout à fait admissible, 
étant donné que nos culottes de peau sont à la hauteur 
morale de celles qui nous valurent la raclée de 71 — 
c est la porte ouverte à une nouvelle recrudescence de 
revanchardisme, c'est le triomphe du militarisme. 

Si vous êtes vainqueurs, ce sera pis. Le militarisme 
triomphant et insolent sera votre maître incontesté — 
après la police. Et comme les masses énormes mises en 
mouvement auront absorbé toutes les ressources finan- 
cières des combattants, vous n'aurez pas même la res- 
source ; de faire payer aux vaincus l'argent que vous 
aurez dépensé. 

Vous pouvez, si vous voulez, 'empêcher ce retour 
agressif de la barbarie. Chaque fois que les gouvernants, 
ayant une iniquité à commettre, ont trouvé devant eux 
une opinion publique résolue à les en empêcher, ils 
ont toujours reculé de commettre l'infamie qu'ils pré- 
méditaient. 



— 15 — 

Au lendemain de l'affaire Dreyfus, vous n'avez pas su 
exiger la réalisation des promesses faites, vous n'en avez 
pas profité pour rogner les griffes du militarisme. Rome 
et l'Etat-major relèvent la tête et veulent vous dominer. 

Mais, encore une fois, ce triomphe de la réaction 
vous pouvez l'arrêter, ces menaces de guerre, vous pou- 
vez les briser. Est-ce que, parmi ceux qui sont menacés, 
il n'y a pas assez d'individus conscients pour faire en- 
tendre qu'ils ne veulent pas se laisser brider ? Est-ce que 
les mères acceptent, résignées, qu'on envoie leurs fils au 
massacre, qu'aucune ne bougera pour crier son dégoût 
ii la, face des réacteurs ? Est-ce que vous tous, vous ac- 
ceptez de voir sans cesse augmenter les charges et les 
devoirs, que, pour une fois, vous n'oserez pas vous 
dresser devant vos maîtres et leur dire que vous êtes 
résolus à les empêcher de vous traiter en bétail soumis ? 

Ceux qui ont intérêt à la guerre sont puissants, parce 
que, unis et fortement organisés, sans scrupules, et ré- 
solus à tout: mais ils ne sont qu'une infime minorité 
devant ceux qui désirent vivre et se développer en paix. 
Que ceux-ci sachent donc se faire entendre, et leur voix 
couvrira celle des impudents. ,.. 

Vos députés qui, pour la plupart du temps, se moquent 
de vous, sont cependant retenus de s'en moquer indéfini- 
ment par la crainte de la non-réélection, si vous savez 
exiger d'eux ce que vous êtes en droit de leur demander, 
l'exécution de vos volontés. Qu'attendez-vous donc pour 
les manifester ? 

Tandis que, si vous restez inertes, non seulement 
vous aurez la loi de trois ans, mais vous aurez la guerre, 
et la botte éperonnée du soudard triomphant vous écra- 
sera de plus en plus. Ce seront des charges nouvelles, 
un accroissement de despotisme, un accroissement de 
misères, non seulement pour les générations futures, qui 
paieront pour votre lâcheté, mais aussi pour vous qui 
n'aurez que ce que vous aurez mérité. 



LE 'GROUPE DES TEMPS NOUVEAUX 



11 



17 — 



LA GLOIRE 



La gloire, sous ses chimères 
Et sous ses chars triomphants 
Met toutes les pauvres mères 
Et tous les petits enfants. 

Notre bonheur est farouche : 
C'est de dire: allons, mourons' 
Et c'est d'avoir à la bouche 
La salive des clairons. 

L'acier luit, les bivouacs fument; 
Pâles, nous nous déchaînons; 
Les sombres âmes s'allument 
Aux lumières des canons. 

Et cela pour des altesses, 
Qui, vous à peine enterrés, 
Se feront des politesses 
Pendant que vous pourrirez. 

Et que dans le champ funeste, 
Les chacals et les oiseaux, 
Hideux, viendront voir s'il reste 
De la chair après vos os ! 

Aucun peuple ne tolère 
Qu'un autre vive à côté 
Et l'on souffle la colère 
Dans notçe imj)$ciîîtt**. 

C'est ujâ Classe ! Egorge\ assomme. 
Un Cvptâtàl feu roulant.* 
C'est mgtG- Pçuilcjuoi jj.et homme 
Avait-îl r%\h tiàbrl blanc? 



'•VîT\^ 






es; : 



rr^—*- 



— ; ■ ^T-T ' l sp 1 "" • 'r^^h^m ^ «^ ,uij.i i.i-JH-li 'ffiHUPP" 




10 



Cet autre, je le supprime. 
Et m'en vais le cœur serein, 
Puisqu'il a commis le crime 
De naître à droite du Rhin. 

Rosbach ! Waterloo ! Vengeance ! 
L'homme ivre d'un affreux bruit, 
Nia plus d'autre intelligence 
Que le massacre et la nuit... 

V. HUGO. 

(Chansons des rues et des bois.) 



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■ ■ . ■ j ■:■■■ . : ' J '<v- ■-..■■ ■' L ■ ■■ ■■ ; ■;. | '■-■■;.' ; : i. ; ■ , |it ' ' i ■>. ■'■> t ' ' y? ■! ..V 

— 19 - 



LA GUERRE 



/ 



Faisant un bruyant accueil 

A la guerre, 
Les chefs ont au front Torgueil 

De la guerre» 
Mais chaque famille en deuil 

Par la guerre 
Attend en pleurs un cercueil 

De la guerre. 

Les typhus, les choléras, 

Sourde guerre, 
Les déciment, les soldats, 

A la guerre ; 
Sous la neige et les frimas, 

A la guerre, 
Leurs cadavres font des tas, 

Triste guerre ! 

Qui fait pleurer les mamans ? 

C'est la guerre. 
Qui nous détruit nos enfants ? 

C'est la guerre, - 
S'ils partent, gais et chantants, 

Pour la guerre, 
Combien reviendront vivants 

De la guerre ? 




.Air : - Lei Tarre » de J viles J'o-o.-y ^ 

:M 

Quand deux peuples ennemis -M 

Font la guerre, # 

Les soldats sont réunis r:. u 

Pour la guerre. 
Quittant parents et amis 

Pour la guerre, 
Ils s'en vont, troupeau soumis, 

A la guerre. fc| 



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— 20 — ' 

Tout commence et tout finit 

Par la guerre : 
L'enfant qui joue et sourit 

A la guerre, 
L'homme jeune et fort qui vit 

Pour la guerre, 
L'invalide qui survit 

A la guerre. 

Mais quand les hommes lassés 

De la guerre, 
Et de tous les maux causés 

Par la guerre, 
Se seront débarrassés 

De la guerre, 
Tous chanteront, enlacés : 

Plus de guerre ! 

SPES 
(Officier de l'active). 




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— 21 — 




PATRIE 



« Tuez ! tuez î le sang de rennemi qui meurt 

Abreuve l'avide patrie; 
Elle veut, pour concert, l'effroyable rumeur 

Qui jaillit de la chair meurtrie; 
Elle a des cris de joie, elle a des cris d'amour, 

Quand, fauchant ses moissons arriéres, 
La guerre fratricide a détruit, en un jour, 

L 1 ultime espoir des pauvres mères. 
Elle aime le sang chaud, le sang rouge et fumant, 

Qui sourd des veines, par secousses, 
Les cadavres bleuis d'affre, innombrableraent 

Jonchés sur les collines rousses; 
Les coteaux labourés par les âpres boulets; 

Les froments, les vignes, les orges, 
Dévastés, pantelants; les arbres, tors et laids, 

Brûlés comme au foyer des forges ! 
Tuez ! tuez I la guerre attise au fond des cœurs 

Les appétits anthropophages; 
La patrie a la main pleine, elle offre- aux vainqueurs, 

Avec la gloire des pillages, 
Aux vaincus, de la haine, aux mères des remords, 

~ Aux mourants de toutes les races, 
Pour suaire la nuit froide et pour croque-morts, 

Les corbeaux âpres et voraces 



» 



Ainsi le clairon chante en trilles éclatants, 

Ainsi le tambour des batailles 
Clame, en rythmes joyeux, aux guerriers exultants, 

Aux valets des rouges mitrailles, 



— 22 — 

Le devoir commandé de par tous les drapeaux 

Aux fils de toutes les patries* 
« Tuez ! tuez ! » Et les soldats, fauves troupeaux 

Se vautrent dans les tueries. 
O guerre, qui veux des cadavres en tribut, 

Broyés en hécatombes vaines, 
Guerre, qui fais saigner, dans un coupable but 

L'humanité par toutes veines 
Quand donc cesseras-tu de nourrir' les corbeaux 

De chairs vivantes et soumises *> 
Quand donc cesseras-tu de combler les tombeaux 

Des crânes que tu fanatises ? 
Quand t'arrêteras-tu de jeter aux esprits 

L'appât de ta gloire-chimère, 
Et de, brutalement, arracher tant de cris 
Au cœur broyé de toute mère ?... 

Les soldats contre les soldats se sont rués 

Et la force contre la force 
. S'acharne sans merci. « Tuez ! tuez ! tuez » 

Visez le front, visez le torse 
Où le cerveau divague, où le cœur bat trop fort 

Où la raison, presque complice 
Ne comprend plus l'angoisse ultime, qu'en effort 

Laisse s'exhaler la justice. » 
Et le flot de sang coule et bouillonne, en sourdant 

Des largement béantes plaies, 
Et de râlants hoquets couvrent l'appel strident 

Des balles qui s'envolent, gaies ; 
Et les cadavres roux s'essaiment, tas humain 

De chairs informes et meurtries, 
Que se vont disputeras rapaces, demain ; 
Et voilà votre œuvre, ô patries !... 

Patrie ! ô dieu Moloch, c'est là ton nouveau nom- 
Pour remplir ton sinistre office, 

la haine est ton église, et l'affût d'un canon 
Sert d'autel à ton sacrifice. 




"'vr.Y.:,' 



— 23 — 



Va donc, ô dieu nouveau, rejoindre les dieux morts 

Dans le!> olympes chimérique?, 
Va mêler à leurs ris fous le bruit du remords 

De tes crimes patriotiques; 
Sombre ! puisque ton nom — amour vague du sol 

Où le hasard nous a fait naître — 
N'est plus qu'un gras humus où croît le meurtre fol, 

Où germe la force du Maître ; 
Sombre ! et nous taillerons dans les plis du drapeau, 

Loque sangante, loque immonde, 
Un suaire pour les loups-gardes du troupeau 

Qui peine et souffre par le monde ; 
Sombre ! notre patrie est plus grande que toi : 

Au delà de toute frontière, 
Sans maître et sans drapeau, sans autel et sans loi, 

C'est l'humanité tout entière; 
Et que sombre avec toi le monceau rebutant 

Des dieux dont îu crainte nous mène: 
Nous voulons librement être frères, étant 

Tous taillés/ dans la chair 1 humaine. 



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LEO KADY. 



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24 — 



L'ÉPÉE 



Qu'est ce tranchant de fer souple, affilé, pointu * 
Ce ne sont pas les flans de la terre qu'il fouille 
Ni les pierres qu'il fend, ni les bois qu'il dépouille 
Quel art a-t-il servi, quel fléau combattu ? 

Est-ce un outil ? Non pas ! car l'homme de vertu 
L'abhorre: ce n'est pas la sueur qui le mouille 
Et ce qu'on aime en lui, c'est la plus longue rouille 
« Lame aux éclairs d'azur et de pourpre, qu'es-tu ? 

« — Je suis l'épée, outil des faiseurs d'ossuaires 

« Et, comme l'ébauchoir aux mains des statuaires 

« Je cours au poing des rois, taillant l'homme à leur gré. 

« Or, je dois tous les ans couper la fleur des races, 
« Jusque l'heure où la chair se fera des cuirasses, 
« Plus fortes que le fer, avec le droit sacré. » 

SULLY-PRUDHOMME. 



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£*£? Ç 1 * 180 ^ 8 » Ç ar Kropotkine, couverture de Daumont. ..... . » 16 

L'Enfer militaire, par A. Girard, couverture de Lues ..." ■.•••••• ^ ^j 

?Si£ïïî ilrl * ial ft?^i par Pier t r °t> couverture de Maurin... './.. '..'/. . » !«l 

fe^ïîS2Î! S xR2ff2A 0tl<m ' P . ar J ' Grav "> couverture de Raieter » 16 | 

Rîî TÏiS rX™ t * f, * cono ,?^ < I»o«» Par Louis Blanc, couverture de Dissy. . . » 10 
One des Formes nouvelles de l'esprit politicien, par Jean Gravi;, cou- 
verture de Luge .*.*.. » 10 « 

Travail et Surmenage, par M» Pierrot .*.'. V.'.ï "."'.* » \§i 

La Conquête deo Pouvoirs Publics, par J. Grave, couverture de Luge' » 1Cf[ 
Le Parlementarisme contre l'aotion ouvrière,par Pierrot et Girard, cou- 

verturede Rodo Pissaro. ...... .._..?. » 16 

La Royauté du Peuple souverain, par Proudhon, ouverture de Ramter* ... » 1flLa 

Les Conditionsdn fravail dans laWiété actuelle, par Simplicb. . . . . . » W 

Sîr va ?i g i le ii e /Ho«re, par BERTaBLOT ouverture de Jehannet » 1# I 

7lS V »Sîi? a î? !nfa 5 ce ^f}*y ****** . par Delzant, dessin Grandjouan. 
Les Trois Complices (prêtre; juge, soldat), par R. Chaughi, dessin Raieter. 
La Guerre, par Pierre Kropotktnr, couverture de Steinlen 

F S?*!?* 1 * 1 2 t M ii lera »** Par F. Delaisi, couverture illustrée.. . . ."..*.' .'.'.'..' ."." 

L Hygiène des Nourrissons, par M. Petit. . .> 

A bas les Chefs, par Dêjagques ... f. . . 

Les Scientifiques, par Jean Grave .' . ' * : 

La Loi et r Autorité, par Kropotkine 

Le Militarisme, par Domela Nieuwenhuis 

Contre la Folie des Armements, par Jean Grave. . .V.V.V 




ji -i 





Prix : S centimes 



lux Bureaux des « TEMPS NOUVEAUX », rue Broca, 4, Paris 



Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale cle France 



Groupe de Propagande par la Brochure 

La propagande par la Brochure est une des meilleures propagandes si on peut 1 
faire avec suite. 

Le Révolté, La Révolte , Les Temps Nouveaux s'y sont employés de leur mieux. 
l'heure actuelle, plus de 80 brochures diverses, dont les digèrent» tirages réunis 
dépassent un million d'exemplaires, ont été lancées par eux. 

Malheureusement, les fonds manquent pour pouvoir en imprimer plus souvent d 
nouvelles, ou réimprimer, lorsque c'est nécessaire, celles qui sont épuisées. 

Il s'agit donc de trouver 500 souscripteurs s'engagcant h verser chacun 12 fr 
par an. Nous serions alors en mesure d'imprimer chaque mois — ou de réimprime 
parmi celles épuisées — une nouvelle brochure de O f r. 10 ou deux de O f r. 05. 

Par contre, voici les avantages que <nous offrons aux souscripteurs : 

1° A chaque tirage, il leur sera expédié autant d'exemplaires que le comporter, 
le montant de leur souscription calculé avec une remise de 40 0/0, frais d'envo 
déduits 

Ce qui leur permettra de s'employer à la propagande, en faisant circuler les bro 
chures parmi ceux qu'ils connaissent, soit en les distribuant eux-mêmes, soit par 1 
poste lorsqu'ils ne voudront pas faire savoir qu'ils s'intéressent à la propagande; 

2° A chaque souscripteur qui sera libéré de sa souscription, il sera envoyé un 
lithographie spécialement tirée pour les souscripteurs. 

Cette lithographie qui sera demandée à l'un des artistes qui ont d£jà donné a 
journal, ne sera pas mise en vente et TT audra à elle seule, largement, le prix de sous 
cription ; 

3° A ceux qui souscriront 15 francs par an, il sera expédié un nombre de bro 
chures dont le montant égalera celui de la souscription, calculé, toujours avec un 
remise de 40 0(0, plus une eau-forte qui, elle aussi, sera tirée spécialement pour eux 
et non mise dans le commerce. 

Ceux qui savent le prix d'une eau-forte artistique apprécieront le cadeau que nou 
leur offrons ; 

4° A ceux qui souscriront au-dessus de 1 5 francs, il stra fait cadeau de la litho 
graphie et de l'eau-forte. 

Au camarade qui nous trouvera I O souscripteurs, il sera fait cadeau de la litho 
graphie. — Celui qui en trouvera 20» recevra l'eau-forte. 

Les souscriptions peuvent être versées par fractions mensuelles ou trimes 
trielles, etc., au gré des souscripteurs. 

A ceux qui s'engageront mensuellement et qui ne se libéreraient pas de leo 
promesse, il sera, à la fin du trimestre, adressé un remboursement pour les 3 mois. 

Adresser les souscriptions au osmarade Ch. BENOIT, 

3, rue Bérlte, PARIS. 

i 
1 

N.-B. — En discutant avec des camarades, il est facile de leur glisser une bro 
chure, et de leur arracher deux sous. Les souscripteurs pourront ainsi récupérer 11 
montant de leur souscription, et augmenter leur propagande. 

Brochures à l'étude : Origines et morale du Christianisme, de Letourneau. — h 
République des financiers, de Delaisi — '• L'Anarchie dans l'évolution socmïïiU 
de Eropotkine. — La Morale anarchiste, de Kropotkine, etc., etc. 



CE QUE NOUS VOULONS 



A;, 



Nous voulons l'affranchissement complet, intégral de 
1 individu. 

Nous voulons son affranchissement économique le 
plus absolu. 

Mais comme, pour se développer, l'individu doit 
unir ses efforts aux efforts dé ses semblables; comme il 
n y a que l'état de société qui lui permette de développer 
ses facultés, nous voulons une société où ça ne soit plus 
la volonté des morts qui domine. 

Nous voulons une société où l'individu libéré de toute 
entrave, n'ayant à lutter que contre les difficultés natu- 
relles, puisse se mouvoir à Taise, s'associant selon ses 
besoins, selon ses affinités, rompant l'association lors- 
qu'elle est une entrave ou lorsqu'elle a accompli l'œuvre 
pour laquelle elle avait été "formée, pour reformer 
d'autres groupements, en vue de nouveaux besoins à 
satisfaire, de buts nouveaux à atteindre. 

Enfin, comme l'individu n'est pas une entité, ni un 
être abstrait, que nous savons qu'il n'y a pas que 
« l'Individu », mais des individus, il en découle logique- 
ment, pour nous, que, pour se développer librement, 
sainement, les droits de chacun doivent tenir compte 
des droits voisins, qu'ils doivent s'harmoniser par l'en- 
tente et non se confronter. 

Il est absurde de parler au singulier des droits de 
l'individu, alors qu'il est démontré que l'individu isolé 
n'aurait jamais pu acquérir U développement qu'il a 
atteint au cours des siècles, mais que, sans doute, il 



— 9 



aurait été incapable de satisfaire aux besoins primor- 
diaux de la vie, faible et desarmé comme il l'est. 

Depuis qu'elle a commencé, l'évolution humaine n'a 
été qu'un long conflit d'intérêts et d'appétits opposés où 
les plus forts, les plus adroits, les plus favorisés, exploi- 
tant le besoin d'entente et de sécurité qui réunissait les 
hommes en société, surent imposer leur suprématie sur 
le plus grand nombre, les exploitant, les opprimant, et 
pour assurer cette exploitation, donnèrent une vie 
propre à tel société, lui attribuant une vie propre sous le 
mot, lui créant ainsi des intérêts antagoniques des inté- 
rêts des individus qui font son existence. 

De sorte que la société créée pour que chacun, dans 
ses rapports avec les autres, y trouvât plus de bien-être, 
plus de liberté, une plus grande somme de jouissances 
en raison d'une dépense moindre d'efforts, ne servit qu'à 
une minorité de parasites qui, sous prétexte d'assurer 
la vie, le bien-être et la liberté de chacun, d'empêcher 
l'empiétement des uns sur les autres, d'assurer la justice 
à tous, s'en firent les maîtres, confisquant à leur profit 
tous les bienfaits de l'association, ne laissant à la grande 
majorité que les charges, l'ignorance et la misère. 

Telles qu'elles sont organisées, nos sociétés ne sont 
pas des associations d'hommes libres et égaux, mais 
des conflits d'intérêts où ceux qui détiennent le pouvoir 
et le capital écrasent sans pitié ceux qu'ils ont dépouillés, 
où les mots droit, justice, liberté, détournés de leur 
signification, ne sont que des règles pour assurer à ceux 
qui se sont érigés en maîtres la possibilité d'assurer leur 
domination, leur exploitation. 

Au lieu d'être basées sur l'entente, sur la communauté 
d'intérêts, nos sociétés actuelles sont basées sur l'anta 
gonisme des intérêts. 

L'intérêt des gouvernants est de développer leur auto- 
rité afin de s'assurer de l'obéissance des gouvernés, alors 
que l'intérêt des gouvernés est de restreindre, chaque 
jour, l'autorité des gouvernants s'ils ne veulent pas, un 
jour, se trouver complètement dominés. 

L'intérêt du patron est de tirer de ses serfs le plus de 
travail possible en retour d'un moindre salaire et une 
subordination de plus en plus grande, alors que l'intérêt 



— 3 — 

des salariés est d'obtenir un salaire plus élevé pour 
moins de travail, plus de liberté à l'atelier. 

L'intérêt du trafiquant est de vendre le plus cher pos- 
sible, de tromper l'acheteur sur la qualité des marchan- 
dises, l'intérêt des parasites qui ont su se glisser comme 
intermédiaires dans les rapports entre consommateurs 
et producteurs est de faire croire à la réalité des services 
qu'ils sont censés rendre et d'en tirer le plus de profits. 

Il n'y a pas, jusqu'au médecin et pharmacien qui ne 
désirent leur petite épidémie, lorsque les affaires 
baissent. 

Dans les administrations basées sur la hiérarchie, 
l'intérêt des subalternes est la disparition des supérieurs 
dont ils convoitent la place. Jusque dans les familles où 
l'intérêt des héritiers est de voir se réaliser, à bref 
délai, les « espérances » que l'on a fait entrer en ligne 
de compte dans les contrats négociés pour les accouple- 
ments que l'on a maquignonnés. 

Les rapports entre individus ne sont pas en vue d'une 
aide mutuelle, mais des trocs où chacun cherche à « en- 
foncer » l'autre. 

Tout cela, il est vrai, est masqué par un vernis de 
conventionnalisme qui transforme en paroles onctueuses 
d'amour, d'amitié, de déférence et de sympathie les 
appétits les plus féroces; mais les rôles dont sont sur- 
chargés les tribunaux nous indique combien le vernis 
est léger et que, souvent, lorsque les « espérances » sont 
trop longues à se réaliser, d'aucuns savent leur donner 
le coup de pouce. 

Nos sociétés bourgeoises sont l'exemple le plus parfait 
de cet individualisme outré qui, posant l'individu au- 
dessus des contingences, réclame pour lui les droits les 
plus absolus sans tenir compte des droits des individus. 

Trop longtemps les sociétés ont été détournées de leur 
but ; elles doivent revenir au rôle pour lequel elles ont 
été instituées : apporter plus de bien-être, plus de facf- 
lités au développement des individus, plus de liberté 
en diminuant le temps consacré à la lutte pour l'exis- 
tence. 

Pour arriver à cette société, résultat de l'entente libre 
des intéressés, nous voulons que tout ce qui est sol, 



— 4 



soub-sol, immeubles, outillage, tout ce qui est le produit 

enw n f Ure et d ? tra , vail d6s générations passée S o 
enlevé à ceux qui se les sont appropriés indûment et 

mXe"™ i h libre ^^«on de ceux qui auront à les 
mettre en œuvre, qu'ils ne soient plus accaparés par 
des individus ou des groupes les exploitant à leur prom 
L outillage surtout, ne devant être ni social, compris 
dans le sens de propriété d'une entité sociale quelconque 

mii ^nTh tlf ' n ° US voulo i 18 . qu ' i! soit à la disposition dé 
qui en a besoin pour produire et le mettre en œuvre par 

lui-même, soit en tant qu'individu, soit en groupe 

Nous voulons, partout, l'abolition du salaire, puisque 

chacun aura la libre disposition des produite dé son 

travail; nous voulons également l'abolition de la mon" 

n a f 0l L d % t0 ï te a V tr ? vaIeur d'échange, la répartition 
des produits devant s'opérer directement entre produc- 
^" r ?,^ Consommateurs groupés P« r bes » in s et affinités 

™,.„lr a ge d ? s P roduits n e sera plus qu'un échange 
mutuel de services. 6 

Nods voulons la disparition -de l'Etat, do fout gouver- 
nement, quel qu'il soit, centralisé ou fédératiff dicta- 
torial ou parlementaire, basé sur un suffrage plus ou' 

™ZnS t 'i ,luS °^ m T s é i argi P ar une soi-disant 
représentation des minorités. Tous les srrouDements 

ffi s lp au H dessus d ^ s in £ vidus a * ant u ™ teS^t 

liberté d ° mineri a se dév «ï°PP<* au détriment de leur 

n^TmTSV 0118 ^ , d î?P a ï ition ! ^s armées permanentes 

SS ^ q? / lles "i? nt d autre ob J ectif <* UQ la défense des 
privilégiés, quelles ne sont que des écoles de débauche 

d avilissement et d'abaissement et une menace perpé- 
tuelle de guerre entre les peuples. H 
Nous voulons que les groupes et individus se tenant 

«nJ « # nS cons . tan î?? entr « eux règlent eux-mêmes, 
sans suffrages ni délégations, les questions d'intérêt 
général, comme ils auront su régler, au sein de leurs 
groupes, les questions d'intérêts privés 

Enfin comme la libération des individus ne eur 
viendra d aucune providence, céleste ou parlementaire, 
comme les privilégies ne renonceront à leurs privilèges 
que lorsque ceux qu'ils ont spoliés sauront les leur 



wt^mf»mmf/impfmm0m 



— 5 



arracher, les anarchistes reconnaissent qu'il n'y a que 
la révolte qui puisse affranchir ceux qui veulent sortir 
des entraves présentes pour établir une société de justice 
et de liberté sur les ruines de la société d'arbitraire et 
de spoliation d'aujourd'hui. 

Etant donné ce qui existe, les moyens d'affranchisse- 
ment ne sont au choix de personne. En se réclamant de 
la révolution, les anarchistes n'expriment pas une pré- 
férence, ils constatent un fait, subissent les conséquences 
d'une société faussée, détournée de son but. 

En attendant que l'esprit de révolte grandisse parmi 
les opprimés, en attendant qu'ils aient pris conscience, 
que l'on n'obtient que les libertés que l'on sait prendre, 
que l'es concessions que l'on sait imposer, tout en .recon- 
naissant que les améliorations partielles, dans la société 
présente, dans laquelle il faut vivre et dont on ne peut 
s'abstraire, n'ont aucune valeur relativement à l'affran- 
chissement complet que tout individu doit chercher, tout 
en travaillant, toujours et sans cesse, à préparer la révo- 
lution qui, seule, affranchira les individus en faisant 
table rase des institutions d'oppression et d'exploitation, 
les anarchistes reconnaissent que, surtout pour les tra- 
vailleurs qui, chaque jour, à chaque heure, ont à dé- 
fendre le salaire que leur consentent leurs exploiteurs, 
à défendre leur liberté et leur dignité à l'atelier, il y a 
des luttes d'améliorations partielles à soutenir, — quand 
ça ne serait que la défense de ce qui a été acquis au 
cours des siècles, — mais que ces luttes — que les faits 
imposent — ne doivent jamais absorber tous les efforts 
des individus, ni leur faire perdre de vue la révolte 
générale, seule capable de les affranchir. Travailler 
pour l'avenir, c'est aussi une façon d'améliorer le pré- 
sent. 

Le syndicalisme et ses luttes pour la défense des 
salaires, la diminution des heures de travail ou l'obten- 
tion de meilleures méthodes dans l'organisation du tra- 
vail, est une conséquence fatale de l'organisation écono- 
mique qui nous régit. En attendant la révolution qui 
doit les libérer, les travailleurs ont à défendre leur vie 
de chaque jour,, mais tout en les aidant dans cette lutte, 
le rôle des anarchistes est de leur faire comprendre 



— 6 — 

pn^i^i 80 ? 1 PJ éca î res &* améliorations qui n'entament 
en nen le fond même du régime capitaliste, puisqu'il 
l£l r S re ^? inin . ence r chaque jour; combien est passa- 
gère 1 amélioration amenée par une augmentation de 

nonr r ri c ?H^ q H 6 V étendue à cha( * U€ corporation, elle a 
pour résultat de faire augmenter le coût de la vie et que 
la diminution des heures de travail elle-même ne 
s obtient que par une intensification de la production 
pendant les heures de travail. p uon 

Contrairement à ce que prétendent les syndicalistes 
le syndicalisme ne peut se suffire à lui-même; à lui seul 
mi!** Tf ?u* ent6 nulIement Taffranchissement général 

nW mîlnl r l P T SU1V i *?*, c ^ ac » U€ être conscient. Il 
n est qu une des phases de la lutte poursuivie. — Mettons 
îajplus importante si on veut, mais un des. côtés seul?- 

Car s'il est u*g**ût pour les travailleurs de ne pas & e 
laisser affamer en attendant la révolution, il n'en reste 

^i m °H nS n ai ^toii'obtîeiidront tout le bien-être au* 
quel a droit tout être humain, toute la liberté et le déve- 
loppement auxquels ils doivent aspirer non par des 
réductions des heures de travail, nip*r des augmen- 
tations de salaires, mais par une transformaUo» com- 
plète du régime politique et économique, c'est-à-dire 
par la révolution sociale. 

Pour arriver à cette révolution, tout ce qui a pour but 
de détruire ou d'affaiblir l'autorité politique ou écono- 
mique est bon : 

Syndicats d'ouvriers contre les patrons, syndicats de 
locataires contre les propriétaires, groupes pour obtenir^ 
un enseignement rationnel de l'enfance; ligues de 
consommateurs contre les débitants, la lutte contre 
lalcoolisme, ligues — comme celle des Droits de 
i Homme — contre les abus de pouvoir, contre l'omni- 
potence des juges, de résistance contre les empiétements 
de la police, etc., etc. 

Enfin, comme au lendemain de la révolution ne se 
développeront que les formes de groupements qui au- 
ront préparé le mouvement, les anarchistes ont, dès à 
présent, à rechercher quelles formes pourraient, dès 



— 7 — 

à présent, prendre les groupes de production, basés sur 
les affinités et les besoins communs. 

Tous ces moyens de lutte sont d'autant meilleurs qu'ils 
peuvent grouper, sur des points précis des individus 
pensant différemment sur l'ensemble, et qu'il n'est pas 
nécessaire de les avoir convertis à une vue d'ensemble 
pour les faire travailler à la révolution, celle-ci n'étant, 
en réalité, que la somme du mécontentement général et 
non le résultat d'une idée philosophique, si juste soit- 
elle. 

Il n'y a qu'un danger à éviter : c'est l'esprit de parti- 
cularisme qui tend à faire envisager à chacun que son 
moyen est le moyen par excellence et considérer les 
autres moyens non seulement comme insuffisants, 
comme inutiles, mais, bien souvent comme adversaires 
ceux qui les emploient — nous entendons des moyens 
qui peuvent coopérer, sans être la négation l'un de 
l'autre. 

C'est ce qui est arrivé aux anarchistes tombés dans le 
syndicalisme qui, aujourd'hui, leur fait chercher le 
moyen de le soustraire à la propagande anarchiste, ou 
bien, comme les néo-malthusiens, qui, partis de l'idée 
juste de liberté pour la femme de se soustraire aux 
maternités « indésirées » et, pour tous les individus, en 
général, de n'avoir d'enfants qu'autant qu'il leur plaît 
et que lorsqu'ils sont dans des conditions physiologiques 
leur permettant d'espérer une descendance saine, en 
sont venus à ériger en dogme que, pour faire la révo- 
lution, il ne faut plus faire d'enfants, et font de la 
question sociale une question de population, alors 
qu'elle est, surtout, une question de mauvaise distri- 
bution des richesses. 

Pour démolir la société actuelle, il n'est pas indispen- 
sable que tous les coups portent à la fois sur le même 
point. Il peut y avoir autant de points d'attaque qu'il y 
a de conceptions, mais les anarchistes devront toujours 
se guider sur leur conception de la société future s'ils 
veulent échapper aux déviations inhérentes à l'impor- 
tance que chacun attache à ses propres efforts et qui ne 
tardent pas à faire prendre le moyen comme but. 

Aussi, si les anarchistes veulent se mêler à toutes les 



— 8 — 



luttes qui ont pour but -de démantèlement de la forte- 
resse capitaliste, la disparition d'un abus, le redresse- 
ment d une injustice, la répartition d'une iniquité, ils 
veulent aussi garder l'œil sur le but final, auquel 
A?J~ n î t ® r ? dre > .^sciemment ou non, tous les efforts 
épars, la disparition de la société capitaliste et l'instau- 
ration d une société harmonique où l'individu libéré de 
1 exploitation et de la do^apon^e parasites divers 



exploitation et de la dojHftiaïioïr^fl parasites divers 
trouvera à développer ^vtitua^>>ur son plus 
grand bien et celui de /^ semblable* A v 



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-^a*e- 




Pam. - Imprimerie " LA PRODUCTRICE", 51, rue Saint-Saureer 



COLLECTION DE LITHOGRAPHIES 

Capitelisme.par Commln Ache - Education chrétienne, 

par Roubille. -- La Débâcle, dessin de Vallotton, gravé par 
Berger. - Le dernier gîte du trimardeur, par Daumont — 
L Assassiné, par C. L. — Souteneurs sociaux, par Delanoy. 
o •£?" défricheurs, par Agard. - Les Bienheureux, par 
Heibdrinck. - La Jeune Proie, par Lochard.'— Le Mission- 
naire, par Willaume. — Frontispice, par ftoubil e. — 
L Homme mourant, par L. Pissaro — SaMajestéla Famine, 
par Luce. - La Vérité au Conseil de Guerre, par Luce — < 
Provocation, par Lebasque. — Ceux qui mangent le pain 
noir, par Lebasque. — L'édition ordinaire, 2 francs. 

Il neresteplusqu'en nombre restreint: L'Incendiaire, parLuce 

- Porteuses de bois, par C. Pissaro. - L'Errant, par X. - Le 
Démolisseur, par Signac. — L'Aurore, par Willaume. — Les 
Sans-Gîte, par C. Pissaro. — On ne marche pas sur l'herbe 
parHermann-Paul. — Mineurs belges, par Constantin Meunier. 

— Ah! les sales Corbeaux, par J. Hénault. - La Guerre, par 
Maurin. — Epouvantails, par Chevalier. — La Libératrice, 
par Steinlein. — L'édition ordinaire, 3 francs. Pour les éditions 
d amateurs, s informer au préalable, quelques-unes sont épuisées 

Aux petits oiseaux, par Willette, 10 francs. 

Reproduction des Errants, de Rysselberghe, édition ordinaire, 
1 fr. 25; sur japon, 3 fr. 50. 

Contre Biribi, album de 9 dessins de : Delannoy, Grandjouan, 
Luce, Maurin, Raïter, Rodo, Sig-nac et Steinlen. 

. H 11 ®?? 6 de Par *s en Mai 71, par Luce, tirée en sous- 
cription à 75 exemplaires, dont 15 sur Japon ; 7 francs ordinaire ; 
10 francs sur japon. 

Miséreux, par Naudin, même tirage, même prix. 

renâL^^flLï^L^- 1111 n S mb - re tr ^ l i mité de „ collections complotes. Elles sont 
Tendues 75 francs 1 édition ordinaire, 150 francs celle d'amateur. 

LITHOGRAPHIES EN COULEURS 

L» &• J£7H!f Nouve A? x > Willaume, épuisé, une dizaine d'exemplaires à 5 francs ; 
t n ^î? 16 ' Pl ?? ar ?> édition ordinaire, 2 francs ; d'amateur, 3 fr. 50; Drapeau roue©. 
Lune, édition ordinaire, 2 francs ; d'amateur, 3 fr. 50 ; La Mère, Lebasaue édition 
ordinaire 2 francs ; d'amateur. 3 fr. 50 ; La Confession, Hermani Pauf, éïtion S 
naire, 2 francs ; d'amateur, 3 fr. 50— bes lithos ont été' tirées pour servirdê fîonUs- 
pice aux volumes de notre supplément, mais peuvent s'encadrer, 37-28. 

t P nv * ££?£ n Malfei 4 t « ui r 8 > par Willaume, tirage ordinaire, 2 francs ; tirage d'ama- 
teur, 5 francs. Il en reste très peu des deux. B 

Au, Alhnm ' contenant les 52 dessins parus dans la «• année des Temps Nouveaux 
dus au crayon de Agard, Bradberry, Couturier, W. Crâne, Drlaknoy Delaw 
uTn'K^Z 30 ^' ** É * AUL *» Hermann-Paul, P. Ir,be, Jossot, Kw^JSSm, 
i-Lc«,B. Naudin, Robin,Roubille,Ryssei.berhe, Steinlein, Van DomEKetWiLLkiMK. 

Prix: 5 irancs; Franco: 6 francs. 




LES "TEMPS NOUVEAUX " ParaiMant tou ' ,e9 8 i ours avec un Supplément UttérAiro. 
UUO 1 BOirO 11VU 11AUA 10 cent, te numéro. - Administrstion : i, rue Broc», 

Abqnnbment : France, un an, 6 fr.; Extérieur, S fï. 

EN VENTE AUX " TEMPS NOUVEAUX ' 

i-e de Roubillf.. » 13 

'UCE ,,15 

:esoff » 30 

A mon Frère le Paysan, par E. Reclus, couverture de Raieter »> 15 

Déclarations d'Etiévant, couverture de Jehannet » 15 

La Colonisation/ par J. Grave, couverture do Gouturiek ...... » 15 

Entre Paysans, pur E Malatesta, couverture de Willaume. . . : » 15 

L'Organisation de la Vindicte appelée Justice, par Kropotkine, couver- 
ture de J. H.ÉNAULT ' t n ig 

L'Anarchie et l'Eglise, par E. Reclus et Guvou, couv.de Daumont . . ....... » 15 

La Grève des Electeurs, par Mirbeau, couverture de Roiirille. » 15 

Organisation Initiative, Cohésion, par J. Grave, couverture de Signag. . . » 15 

Le Tréteau électoral, piécette en vers, par Léonard, couv. de Heidbrinck. » 15 

L'Election du Maire, piécetteen vers, par Léonard, couverture deVALLOTON. » 15 

La Mano-Negra, couverture de Lu«*.e w 15 

La Responsabilité et la Solidarité dans la Lutte ouvrière, par Nettlau, 

couverture de Del annoy , » 15 

Si j'avais à parler aux Electeurs, par J. Grave, couvert, de Hermann Paul » 10 

La Mano-Negra et l'Opinion française, couverture de Hbnault »> 10 

La Mano-Negra, dessins de Hermann-Paul ..'..... » 40 

Entretien d'un Philosophe avec la Maréchale, par Diderot, couverture 

* de Grandjouan ; ....... ,/ „ 15 

L'Etat, son rôle historique, par Kropotkine, couverture de Steinlen >• 25 

La Femme esclave, par Chaughi, couverture de HermaNn-Paul .1 15 

Vers la Russie libre, par Bullard, couverture de Grandjouan. . »» 45 

Le Syndicalisme dans l'Evolution sociale, par J. Grave, couv. deNAUom. » 15 

Les Habitations qui tuent, par Michel Petit, couverture de Frédéric Jac que » 15 

Le Salariat, par P. Kropotkine, couverture de Kupka. ..... » 15 

Les Incendiaires, par Vermesch, couverture de Heruann-Paul. » 16 

Sur l'Individualisme, par Pierrot, couverture de Maurin » 15 

L'Entente pour l'Action, par J. Grave, couverture de Raïkter » 15 

Quelques Vérités économiques, par Louis Blanc, couverture de Dissy... •< 10 
Une des Formes nouvelles de l'esprit politicien, par Jean Grave, cou- 
verture de LncE . , -. „ 10 

Travail et Surmenage, par M. Hiehkot. . . . .'..'.'."' '.".'. » 15 

La Conquête des Pouvoirs Publics, par X. Grave* couverture de Luce. » 10 
Le Parlementarisme contre l'aotion ouvrière, par Pierrot et Girakd, cou- 
verture de Rodo Pissa&o t i, 15 

La Royauté du Peuplé souverain, parPaouDHON, couverture de Raieter » 10 

Les Conditions du Travail dans la Société actuelle, par Simplicb » 10 

L'Evangile de l'Heure, par Berthelqt, couverture de Jbhannbt .. » 15 

Travail de l'Enfance dans les Verreries, par Dblzant, dessin Qn/w wooah . » 1 5 

Les Trois Complioes fprôtre, juge; soldat), par R. Chaughi, dessin Raieter . » 1 5 

La. Guerre, par Pierre Kropotktne, couverture de Steinlen » 15 

Contre la loi Millerand, par F. Delaisi, couverture illustrée. .'. » 15 

L'Hygiène des Nourrissons, par M. Petit, dessin de Signac. ... » 16 

A bas les Chefs, par Déjacques, couverture de Sigkac <> 15 

Les Scientifiques, par Jean Grave, couverture de Hbhmann-Paul » 10 

La Loi et l'Autorité, par Kropotkine, couverture d'ANGHANi> »> 15 

Le Militarisme, par Doubla Nieuwbnhuis » 15 

Contre la Folie des Armements, par Jean Grave, couverture de Luce. . . » 15 

L'idée révolutionnaire dans la Révolution,par P. Kropotkine, couv.Maurin •• 1 5 

L'Education de demain, par G A. Disant » 15 

Socialisme et Syndicalisme, par M. Pierrot, couverture de Raieter .... » 15 

Anarchistes et Bandits, par A. Girard, couverture de P. Larivière » 1*> 

L'Esprit de révolte, par Pierre Kropotkine » 15 

Ce que nous voulons, par Jean Grave » 10 

Esprit révolutionnaire et Syndicalisme, par Jacques Mesnil » 10