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Full text of "Chrysostome oeuvres complètes T 10"

ŒUVRES COMPLÈTES 

DE 

JEAN CHRYSOSTOME 

TRADUCTION NOUVELLE 

PAR M. L'ABBÉ J. BAREILLE 

ebaMiat bntrairt àt Trakiie et àt Lyw 

AUTEUR DE L'HISTOIRE DE SAINT THOMAS, D'BMILIA PADLA, ETC. 

COURONNÉE PAR L'ACADÉMIE FRANÇAISE. 



TOME DIXIÈME 




PARIS 

LIBRAIRIE DE LOUIS VIVÊS, ÉDITEUR 

RUE DELAMBRB, 13 
1873 

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OEUVRES COMPLÈTES 

DE 

S. JEAN CHRYSOSTOME 



HOMÉLIES 

SUE 

L'ÉPITRE AUX PHILIPPIENS 

(suite et fih) 



HOMÉLIE XIV. 

« Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur; je le dis 
encore, réjouissez-vous, que votre modestie soit con- 
nue de tous les hommes; le Seigneur est proche. Ne 
vous inquiétez de rien, mais dans toutes vos prières et 
vos supplications, que des actions de grâces accom- 
pagnent vos demandes auprès de Dieu. Et que la paix 
de Dieu qui surpasse toute pensée, garde vos cœurs et 
vos esprits dans le Christ Jésus. » 

i. Le Christ a dit : « Bienheureux ceux qui 
pleurent, » et, « malheur à ceux qui rient. » 
Matth.,y, 5. Luc., vi,25. Que signifie maintenant 
cette parole de Paul : « Réjouissez-vous toujours 
dans le Seigneur? » Est-il en opposition avec le 
Maître? Non ; car le Christ dit : Malheur à ceux 
qui rient du rire de ce monde, dont la source est 
dans les choses présentes; il appelle bienheu- 
reux ceux qui pleurent, non pour un motif ter- 
restre, pour la perte de leurs biens, mais qui 
s'attristent, qui pleurent sur leurs péchés, ou sur 
ceux d'autrui. Cette joie n'est pas en opposition 
avec ces larmes; bien plus, elle en provient : 
celui qui pleure ses véritables maux et les-con- 
fesse, celui-là se réjouira. On peut d'ailleurs 
tom. x. 



pleurer ses péchés, et se réjouir dans le Christ. 
Au milieu des rudes épreuves dont ils étaient 
accablés, l'Apôtre leur disait : « Il nous est 
donné non-seulement de croire en Jésus-Christ, 
mais encore de souffrir pour lui. » Philip., i, 29. 
Il peut bien ajouter maintenant : « Réjouissez- 
vous donc dans le Seigneur. » C'est comme s'il 
disait : Vivez de manière à être dans la joie. 
Lors donc que les choses de Dieu ne trouvent 
en vous aucun obstacle , réjouissez-vous. Voilà 
le sens de ces paroles; à moins que la particule 
dans n'ait ici la même signification que la par- 
ticule avec. Le sens serait alors : « Réjouissez- 
vous toujours avec le Seigneur. » Je le répète 
encore : « Réjouissez-vous. » C'est bien la parole 
d'un homme plein de confiance, et qui veut 
montrer que la joie n'abandonne jamais celui 
qui est dans le Seigneur. Même lorsqu'il serait 
sous le poids de l'oppression ou de la souffrance, 
il ne la perd jamais. Ecoutez Luc disant à pro- 
pos des Apôtres : « Ils sortaient du conseil 
pleins de joie , parce qu'ils avaient été trouvés 
dignes d'être frappés de verges pour le nom de 

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HOMÉLIES SUR L'ÈPITRE AUX PHILIPPIENS. 



Jésus. » Act. y v , 41. Si les verges et les chaînes, 
qui paraissent si dures aux autres, sont une 
source de joie , qu'est-ce qui pourra provoquer 
la douleur? 

« Je le dis encore, réjouissez-vous. » Il a bien 
fait de répéter ces paroles. La nature des événe- 
ments devait exciter la tristesse dans leur âme; 
par cette répétition il leur montre qu'ils doivent 
se réjouir, a Que votre modestie soit connue de 
tous les hommes. » II avait dit peu auparavant : 
« Il y en a qui font un Dieu de leur ventre , qui 
placent leur gloire dans leur ignominie, et qui 
n'ont de goût que pour les choses de la terre. » 
Gomme il était à craindre que ces paroles ne les 
excitassent contre les méchants, il les avertit 
aussitôt de n'avoir rien de commun avec eux, 
d'être toujours pleins de modération , non-seu- 
lement avec leurs frères, mais encore avec leurs 
ennemis et leurs adversaires : « Le Seigneur est 
proche, ne vous inquiétez de rien. » Pourquoi, 
dites-moi , vous désespérer ? Est-ce parce qu'ils 
s'élèvent contre vous ? Est-ce parce qu'ils 
vivent dans les délices? « Ne vous inquiétez de 
rien ! » Le jugement approche; ils vont rendre 
compte de leurs œuvres. Vous êtes dans les an- 
goisses, ils sont dans les délices? Gela finira 
bientôt. Ils vous tendent des pièges? ils vous me- 
nacent? Ils ne réussiront pas toujours; ils vont 
être jugés : tout va tourner contre eux. « Ne 
vous inquiétez de rien. » Voilà l'heure de la 
récompense. Pratiquez la modération envers 
ceux qui vous accablent de maux. Tout va s'é- 
vanouir , la pauvreté, la mort, les plus grandes 
calamités, tout cessera. 

« Ne vous inquiétez de rien; mais dans toutes 
vos prières et vos supplications, que des actions 
de grâces accompagnent vos demandes auprès 
de Dieu. » Vous avez déjà une consolation dans 
cette parole : « Le Seigneur est proche, 0 ou 
dans cette autre : « Je serai avec vous jusqu'à 
la consommation des siècles. » JfatfA., xxvni, 20. 
En voici une seconde. A elle seule elle chassera 
toute tristesse , tout ennui, toute affliction. 
Quelle est cette consolation ? La prière et l'ac- 
tion de grâces continuelle. Voilà pourquoi l'A- 
pôtre ne veut pas que notre prière soit une 
simple demande, et que des actions de grâces 



l'accompagnent toujours. Comment, en effet, 
demandera-t-il les biens à venir, l'homme qui 
ne sait point rendre grâces pour ceux qu'il a 
déjà reçus? Ayez recours à la prière et aux sup- 
plications, en tout, c'est-à-dire en toute circons- 
tance. Il faut donc remercier Dieu de tout ce 
qui nous arrive , même de ce qui nous paraît 
fâcheux. Voilà les dispositions d'un fidèle vrai- 
ment reconnaissant. La nature des choses l'exige, 
et ce sentiment naît sans effort dans un cœur 
chrétien et dévoué à son Dieu. Dieu n'aime que 
ces prières; les autres, il ne les écoute pas. 
Adressez-lui donc celles qu'il peut exaucer. Il 
dispose tout pour notre plus grand bien, même 
lorsque nous ne le comprenons pas. Notre igno- 
rance à ce sujet est un garant certain de l'effi- 
cacité de nos prières. « Que la paix de Dieu qui 
surpasse tout sentiment, garde vos cœurs et vos 
intelligences en Jésus-Christ. » Que signifie 
cette parole de l'Apôtre : « La paix faite par 
Dieu avec l'homme surpasse tout sentiment? » 
Qui aurait pu attendre ou espérer de si grands 
bienfaits? Us sont au-dessus non-seulement de 
toute expression , mais aussi de toute pensée; 
car pour ses ennemis,. pour ceux qui le pour- 
suivaient de leur haine , qui le combattaient , il 
n'a pas refusé de livrer son Fils unique, afin de 
faire la paix avec nous. Voilà donc cette paix. 
C'est notre délivrance; c'est la charité de Dieu, 
a Qu'elle garde vos cœurs et vos intelligences. » 

2. Le devoir du maître est non-seulement 
d'avertir, mais encore de prier et d'aider par là 
ses disciples, afin qu'ils ne soient pas accablés 
par les tentations ni ballottés par l'erreur. L'A- 
pôtre semble donc dire : Que celui qui vous a 
délivrés, et que votre esprit ne peut concevoir, 
vous garde et vous fortifie , afin qu'il ne vous 
arrive aucun mal. C'est le sens des paroles de 
Paul ; ou bien elles signifient : La paix dont le 
Christ a dit : a Je vous laisse la paix, je vous 
donne ma paix,» Joan., xiv, 27, vous gar- 
dera. Cette paix, en effet, surpasse toute pensée 
humaine. Si vous me demandez comment, 
écoutez. Quand il nous dit d'avoir la paix avec 
nos ennemis, avec ceux qui nous lancent l'in- 
jure, nous déclarent la guerre, nous poursuivent 
de leur haine , ne demande-t-il pas une chose 



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fiOMÉLIE XlV. 

qui est au-dessus de l'esprit humain? Remar- 
quons cette dernière parole : a La paix de Dieu 
surpasse toute pensée. » Si cette paix est au- 
dessus de l'intelligence de l'homme, à plus forte 
raison le Dieu qui la donne sera au-dessus, non- 
seulement de nos pensées, mais encore des 
pensées des anges et des puissances supérieures. 
Qu'est-ce à dire : « En Jésus-Christ? » Cette 
paix vous gardera unis à lui , pour vous faire 
persévérer, afin que votre foi en lui ne défaille 
point. « Du reste, mes frères, tout ce qui est 
saint, tout ce qui est vrai, tout ce qui est 
juste... » Que signifie ce mot, « du reste? » 
C'est comme s'il disait : Tout a été dit. C'est 
l'expression d'un homme qui se presse, et qui 
n'a plus rien de commun avec les choses pré- 
sentes. « Du reste, mes frères, que tout ce qui 
est vrai , tout ce qui est saint, tout ce qui est 
juste, tout ce qui est honnête, tout ce qui est 
aimable, tout ce qui a bonne réputation, tout 
ce qui est vertueux , tout ce qui est louable , 
fasse l'objet de vos pensées. Tout cela, vous 
l'avez appris, vous l'avez reçu, vous l'avez en- 
tendu, vous l'avez vu en moi. » Que veut-il 
dire : « Tout ce qui est aimable?» Aimable aux 
fidèles, aimable à Dieu : « Tout ce qui est 
vrai. » Ce mot est bien choisi. C'est la vertu 
même; le vice n'est que mensonge; la volupté 
et la gloire, mensonge; les choses d'ici-bas, 
mensonge. 

c Tout ce qui est honnête. » Il oppose ces 
paroles à celles dont il flétrissait ceux qui n'ont 
de goût que pour les plaisirs terrestres. « Tout 
ce qui est saint ; » condamnation de ceux qui 
font un Dieu de leur ventre. « Tout ce qui est 
juste, tout ce qui a bonne réputation ; » c'est-à- 
dire tout ce qui est vertueux et louable, voulant 
ainsi faire entendre qu'on ne doit pas dé- 
daigner les obligations envers les hommes. 
« Pensez à ces choses , » dit Paul, voulant par 
là nous engager à rejeter de notre esprit toute 
mauvaise pensée; car les mauvaises actions 
naissent des pensées coupables. « Vous l'avez 
appris et reçu de moi. » Le meilleur moyen de 
foire accepter son enseignement est de le con- 
firmer par sa conduite. Aussi l'Apôtre, qui leur 
avait dit : « Tous avez en moi l'exemple, » 



Philip., m, 17, leur dit en ce moment : <c Faites 
ce que vous avez appris et reçu de moi , » c'est- 
à-dire ce que je vous ai enseigné, ce que vous avez 
entendu, ce que vous avez vu en moi , donnant 
ainsi pour modèle et ses paroles , et ses actions, 
et sa manière de vivre. Vous le voyez , il em- 
brasse tout dans cette exhortation. Comme il lui 
était impossible de donner des préceptes détaillés 
sur toute chose, sur les entrées et les sorties, sur 
les conversations, la tenue, les rapports ordi- 
naires, et que cependant le chrétien doit veiller 
à tout, il dit en peu de mots, et comme pour se 
résumer : « Faites ce que vous avez entendu de 
moi, ou ce que vous avez vu. » C'est comme s'il 
disait : Suivez mes exemples et mes paroles; 
faites-le; ne vous contentez pas de paroles; il 
faut des actes. « Et le Dieu de paix sera avec 
vous.» Si vous observez tous ces préceptes, si 
vous avez la paix avec tout le monde, vous serez 
tranquille et en sûreté , n'ayant rien à craindre 
de fâcheux ; car, lorsque nous avons la paix 
avec Dieu, et nous l'avons par la vertu, il est 
encore plus en paix avec nous. S'il nous a 
poursuivis de son amour lorsque nous le fuyions, 
pensez-vous qu'il puisse ne pas nous accorder 
son amitié lorsqu'il nous verra accourir vers 
lui? Votre nature n'a pas de plus grand ennemi 
que le vice. Comment le vice est-il notre ennemi ? 
Comment la vertu est-elle notre amie? Je vais 
vous le montrer par plusieurs exemples. 

Si vous le voulez, le premier je le tirerai de 
l'impureté, un de nos ennemis. L'impureté nous L'impareté 
déshonore, nous rend pauvres et ridicules, nous noUB désh0 " 
fait mépriser de tous. C'est bien le fait d'un 
ennemi. Souvent elle engendre des maladies et 
des dangers : beaucoup ont trouvé dans cette 
passion la mort ou des blessures. Si l'impureté 
produit ces fruits, combien plus l'adultère? Peut- 
on en .dire autant de l'aumône ? Assurément 
non; au contraire, semblable à une mère pleine 
de tendresse pour son jeune enfant, elle nous 
procure la grâce, l'honneur, la gloire; elle nous 
fait appliquer à nos obligations, elle ne nous 
délaisse pas, elle ne nous éloigne pas de nos 
devoirs, elle nous rend plus prudents; tandis 
que l'impureté engendre l'imprudence. Voulez- 
vous que nous examinions maintenant l'avarice? 



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HOMÉLIES SUR L'ÉPITRÈ AUX PHILïPPIENS. 



Elle agit envers nous comme un ennemi. Et la 
preuve? Elle nous attire la haine de tous. Elle 
nous fait exécrer des hommes , et de ceux qui 
ont reçu quelque injure de nous, et de ceux qui 
n'en ont pas reçu ; car ils plaignent les autres et 
craignent pour eux-mêmes les mêmes traite- 
ments. Aussi tous nous regardent comme des 
ennemis , comme des bêtes féroces , comme des 
démons. De là contre nous des accusations , des 
complots , des jalousies , fruits de cœurs enne- 
mis. La justice, au contraire, nous fait des amis 
et nous crée des relations particulièrement bien- 
veillantes. Tous prient pour nous. Nous sommes 
dans un état tranquille ; nous n'avons à craindre 
ni périls, ni soupçons, ni sollicitudes, ni plaintes 
et nous pouvons reposer en parfaite sécurité. 

3. Voyez-vous combien la justice est préfé- 
rable? Que vaut-il mieux : être jaloux du bon- 
heur de nos semblables ou prendre part à leur 
joie? Pesons ces choses , et nous verrons que la 
vertu, comme une mère aimante, apporte la 
sécurité et la tranquillité; tandis que le vice 
nous expose à toute sorte de périls et de funestes 
accidents. Ecoutez le prophète : « Dieu corro- 
bore ceux qui le craignent, et il manifeste l'al- 
liance qu'il a contractée avec eux. » P$. xxiv, 14. 
Il ne craint personne l'homme à qui la cons- 
cience ne reproche rien ; il ne se fie à personne 
celui qui vit dans l'iniquité. Le méchant craint 
ses serviteurs et les regarde d'un œil soupçon- 
neux. Que dis-je, ses serviteurs? Il ne peut sup- 
porter les reproches de sa conscience ; non-seu- 
lement les accusations du dehors , mais encore 
celles de son cœur, le tourmentent et l'em- 
pêchent de trouver le moindre repos. Devons- 
nous donc nous proposer la louange comme but 
de nos actions? Ne vous proposez pas d'être 
loués, dit Paul , mais faites des choses qui mé- 
ritent des éloges sans penser à les obtenir. 
« Tout ce qui est vrai. » Le reste n'est que men- 
songe. « Tout ce qui est respectable. » Ce mot 
cejjivév exprime ce qui est l'extérieur de la vertu ; 
le mot d^tov exprime une qualité de l'àme. N'of- 
fensez personne, n'en fournissez pas même l'oc- 
casion. Il avait dit plus haut : a Faites ce qui 
vous méritera une bonne réputation ; » mais, 
afin qu'on ne s'imagine pas qu'il faut s'occuper 



uniquement du jugement des hommes, il ajoute : 
« S'il a quelque vertu, » pratiquez-la ; « quelque 
chose de louable, » accomplissez-le. Il veut que 
nos pensées, nos soins et notre application 
n'aient jamais d'autre but. Si nous avons la 
paix avec nous-mêmes, Dieu sera avec nous; si 
nous sommes en guerre, le Dieu de paix nous 
abandonnera. Rien n'excite la guerre et la dis- 
corde dans notre àme , comme le vice; et rien 
ne maintient la sécurité comme la paix et la 
vertu. C'est pourquoi commençons par la bonne 
volonté, et Dieu viendra à notre secours. Dieu 
n'est pas le Dieu de la guerre et des combats. 
Finissez toute guerre et toute lutte contre Dieu 
ou le prochain. Soyez pacifiques avec tout le 
monde; souvenez-vous de ceux à qui le Sei- 
gneur accorde le salut : « Bienheureux les paci- 
fiques, dit-il, car ils seront appelés enfants de 
Dieu. » Matth., v, 9. Ceux qui agissent de la 
sorte imitent continuellement le Sauveur. Imi- 
tez-le donc, gardez la paix ; plus l'attaque de 
votre frère sera grande , plus grande sera voire 
récompense. « Avec les ennemis de la paix j'étais 
pacifique. » Ps. cxn, 7. Voilà la vertu, voilà ce 
qui dépasse la raison de l'homme , voilà ce qui 
nous rapproche de Dieu. 

Rien ne réjouit le cœur de Dieu comme l'oubli 
des injures. Cet oubli vous délivre des péchés , 
efface vos crimes ; si nous combattons , si nous 
aimons les querelles, nous nous éloignons de 
Dieu. De la lutte naissent les inimitiés , et les ini- 
mitiés engendrent le souvenir des injures. Coupez 
la racine, et le fruit ne naîtra pas. Ainsi nous 
apprendrons à mépriser ce qui n'appartient qu'à 
cette vie. Dans les choses spirituelles , il n'y a 
point de combats. Les guerres, les jalousies et 
les autres passions de même nature ont leur 
principe dans le désir immodéré des biens de 
ce monde. La lutte, en effet, est produite par le 
désir immodéré du bien d'autrui, par l'envie, 
par l'amour de la vaine gloire. C'est pourquoi , 
si nous gardons la paix, nous apprendrons à 
mépriser les choses de la terre. Quelqu'un vous 
a-t-il pris de l'argent? Il ne m'a pas lésé, direz- 
vous, tant qu'il ne m'a pas ravi les biens éter- 
nels. A-t-il obscurci votre gloire? Il n'a pu vous 
enlever celle que vous avez aux yeux de Dieu ; 



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HOMÉLIE XV. 



l'autre n'a pas de valeur. Nous appelons cela 
de la gloire, mais en réalité ce n'en est que le 
fantôme. Vous a-t-il enlevé la réputation? Non, 
ce n'est pas à vous , c'est à lui ! De même que 
l'homme qui fait du tort à son prochain, le cause 
uniquement à lui-même, de même celui qui 
tend des embûches à son frère, cause son propre 
malheur, a Celui qui creuse la fosse pour autrui 
y tombe le premier. » Eccli., x, 8. 

Donc ne tendons pas de pièges au prochain , 
si nous ne voulons pas nous nuire. Lorsque 
nous ravissons au prochain sa gloire, songeons 
que nous nous portons préjudice et que nous 
travaillons à notre ruine.. Nous pourrons lui 
nuire auprès des hommes; mais à coup sûr nous 
nous nuisons devant Dieu en l'irritant contre 
nous. Ne nous blessons pas ainsi. Pour porter 
préjudice au prochain , il faut d'abord nous le 
porter ; si nous sommes ses bienfaiteurs , c'est 
à nous-mêmes que nous faisons surtout du bien. 
Lors donc que votre ennemi vous aura causé 
quelque préjudice, si vous êtes sages, vous pen- 
serez qu'il vous est la cause d'un gain, et vous 
le lui rendrez, au lieu de lui rendre le mal. — 
Mais, direz -vous , une blessure profonde reste 
dans mon cœur. — Alors pensez que le bien- 
fait n'est pas pour lui , mais plutôt pour vous- 
même , tandis que vous ajoutez à son supplice : 
et cette pensée vous poussera aussitôt à bien 
faire. — Quoi donc ! est-ce le but que vous devez 
vous proposer en faisant le bien ? — Non certes. 
Mais lorsque votre cœur ne peut se calmer au- 
trement, ramenez-le d'abord par ce motif : bien- 
tôt vous lui persuaderez de déposer son ressen- 
timent; vous traiterez ensuite votre ennemi 
comme un ami, vous gagnerez enfin les biens de 
la vie future. Puissions-nous tous les posséder 
un jour, par Jésus-Christ..., etc. 



HOMÉLIE XV. 

« Je me sais grandement réjoui dans le Seigneur de ce 
que vos sentiments pour moi ont enfin refleuri : vous 
les aviez toujours; mais vous étiez occupés. Ce n'est 
pas à cause de mes besoins que je parle ainsi; car j'ai 
appris à être satisfait de l'état où je me trouve. Je 
sais être humilié, et vivre dans l'abondance. Je me 
suis habitué partout et à tous ; je sais être rassasié et 
avoir faim, être dans l'abondance et l'indigence. Je 
puis tout dans le Christ, qui me fortifie; cependant vous 
avez bien fait en prenant part à mes tribulations. » 

1. Je vous ai dit souvent que l'aumône avait L'*o»ôiie 

est plus util» 

été recommandée plutôt dans l'intérêt de ceux à œax <iui u 
qui la donnent que dans l'intérêt de ceux qui ^q"lu^ 
la reçoivent ; les premiers en retirent le plus de «° iTent » 
fruit. Voilà ce que nous montre encore l'A- 
pôtre. Gomment? Les Philippiens lui avaient 
envoyé, après un long intervalle, quelques se- 
cours, et les avaient confiés aux mains d'Epa- 
phrodite. En le renvoyant chargé d'une lettre, il 
loue ses bienfaiteurs et leur enseigne que leurs 
dons sont moins utiles à ceux qui les reçoivent 
qu'à ceux qui les envoient. Il agit ainsi afin que 
les riches ne tirent pas vanité de leurs aumônes, 
mais deviennent plus généreux en songeant aux 
biens qu'ils se procurent; afin que les pauvres 
n'attirent pas sur leur tète le jugement de Dieu, 
en se montrant trop faciles à demander. Il est 
écrit : a On est plus heureux de donner que de 
recevoir. » Act. 9 xx, 35. Que signifie cette pa- 
role : o Je me suis réjoui grandement dans le 
Seigneur ? » Je me suis réjoui, non pas à la ma- 
nière du monde ou comme on le fait parmi les 
hommes, mais c dans le Seigneur. » Et le sujet 
de cette joie n'est pas votre offrande, ce sont 
vos progrès : voilà ce qui me réjouit. Il ajoute 
c grandement; » car sa joie n'était pas humaine 
ni tirée des secours reçus ; elle était divine et 
causée par la vue de leur avancement spirituel. 
Voyez ensuite comment, après les avoir blâmés 
deleur oubli temporaire, il adoucit aussitôtses re- 
proches pour les porter toujours à faire l'aumône. 
a Enfin, » dit-il. Ce mot exprime bien qu'un long 
temps s'est écoulé. « Vos sentiments pour moi 
ont refleuri. » Comparaison tirée des arbres qui 
fleurissent, se dépouillent etrefleurissent encore. 



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6 



L'Apôtre vent montrer par là que les Philippiens, 
après avoir eu une charité florissante , l'avaient 
laissée se flétrir, mais qu'elle reparaissait dans 
sa force et sa vigueur. Ce mot, a vous avez re- 
fleuri, o exprime à la fois le blâme et la louange ; 
ce n'est pas peu de chose de refleurir lorsqu'on 
a été desséché, ce qui toujours accuse la négli- 
gence, a Vous avez pour moi les sentiments 
d'autrefois. » Paul par ces paroles montre qu'ils 
étaient toujours disposés à être généreux. «Vous 
avez pour moi les sentiments d'autrefois, » Afin 
que nous ne pensions pas que leur ancienne 
générosité s'est tout à coup entièrement refroi- 
die, et, pour nous faire bien entendre que c'est 
seulement vis-à-vis de lui, il dit, voyez avec 
quelle précaution : a Enfin vos sentiments pour 
moi ont refleuri. » Voici la signification de son 
langage : C'est uniquement pour cette circons- 
tance que j'emploie le mot a enfin ; » car dans 
les autres vous avez toujours été généreux. 

Vousmedemanderezmaintenantpourquoicelui 
qui a dit : a On est plus heureux de donner que de 
recevoir; » et ailleurs : « Mes mains ont procuré 
le nécessaire pour moi et pour mes compagnons 
dans l'apostolat ; d Act., xx , 34 ; et dans une autre 
lettre aux Corinthiens : « J'aimerais mieux mourir 
que de perdre cette gloire; » I Cor., ix, 15; 
pourquoi maintenant il veut s'en dépouiller et 
la détruire. Comment? Bn acceptant l'aumône ; 
car, si sa gloire est de ne rien recevoir, comment 
accepte-t-il aujourd'hui? Que répondrons-nous? 
Alors il refusait toute aumône à cause des faux 
apôtres « pour leur ôter l'occasion de paraître 
semblables aux bons, ce dont ils se glorifiaient. » 
II Cor., xi, 12. Il ne dit pas qu'ils étaient désin- 
téressés, il se borne à dire qu'ils se glorifiaient de 
l'être, nous montrant par là qu'ils avaient l'ha- 
bitude de recevoir, mais en secret. De là cette 
parole : a Ce dont ils se glorifiaient. » Pour lui, il 
recevrait des secours sans doute, mais non dans 
ces contrées. S'il dit : « Cette gloire ne me sera 
pas ravie, » làid., 10, ce n'est pas dans un 
sens absolu; car il ajoute aussitôt dans quelle 
contrée : « Dans l'Achaïe; » et peu auparavant 
il disait : c J'ai dépouillé d'autres Eglises en 
recevant leurs aumônes pour votre usage; » 
Ibid., 8; ce qui montre clairement qu'il était 



HOMÉLIES SDR L'ÉPITRE AUX PHIUPPÏEN& 

dans l'habitude d'accepter' des secours. C'était 



avec raison que Paul recevait des offrandes, 
puisqu'il se livrait à de si grands travaux. Quant 
à ceux qui ne font rien, comment osent-ils 
tendre la main? Ils font des prières, direz-vous? 
Ce n'est pas un travail, ils peuvent prier en tra- 
vaillant. Ils jeûnent? Ce n'est pas un travail non 
plus. Voyez le bienheureux Apôtre, comme il 
sait unir la prédication aux charges les plus 
nombreuses. 

a Vous étiez occupés. » Qu'est-ce à dire : <c Vous 
étiez occupés ?» Ce n'est pas votre négligence qui 
en est cause, c'est la nécessité; vous n'aviez pas 
l'argent en votre pouvoir, vous n'étiez pas dans 
l'abondance. Voilà ce que signifient ces paroles : 
« Vous étiez occupés. » L'Apôtre se sert d'une 
locution commune» N'est-ce pas, en effet, la ma- 
nière ordinaire de parler de ceux qui manquent 
du nécessaire, et souffrent le dénùment? « Je ne 
parle pas ainsi par besoin, » Si je vous ai dit : « En- 
fin vous m'avez envoyé votre offrande, » si je vous 
ai fait un reproche, ce n'est pas pour chercher mes 
intérêts, ce n'est pas que je fusse dans le besoin. 
Non, je n'avais pas ce but. Comment Paul mon- 
trera-t-il qu'il ne parle pas ici avec une cer- 
taine suffisance? Aux Corinthiens il avait dit : 
« Nous ne vous avons écrit que ce que vous aviez lu 
et connu ; » II Cor., i, 13, le langage qu'il tenait 
aux Philippiens n'était pas plus facile à réfuter. 
S'il avait voulu se glorifier , il n'aurait pas parlé 
ainsi à des hommes qui le connaissaient et dont 
les reproches, s'ils l'avaient confondu, auraient 
été d'autant plus humiliants pour lui. « J'ai 
appris à être satisfait de l'état où je me trouve. » 
Ce n'est donc pas une chose facile à réaliser? 
Non, c'est très-difficile; il y faut du temps, de 
l'application , des soins , un travail constant et 
opiniâtre. « Je sais me contenter de l'état où je 
suis, je sais être humilié et dans l'abondance ; 
je me suis habitué à tout et à tous. » Ce qui 
signifie : Je sais être content de peu, supporter 
la faim et la pauvreté, a Etre dans l'abondance 
ou souffrir la misère. » Mais, direz-vous, il n'y a 
ni science , ni vertu, à vivre dans l'abondance. 
Et moi je vous déclare qu'il y a plus de vertu à 
savoir user de la richesse qu'à savoir souffrir 
la pauvreté. Pourquoi? Parce que la fortune 

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HOMÉLIE XV. 



aussi bien que la misère engendre une foule de 
maux. 

2. Beaucoup d'hommes , en effet , devenus 
opulents, se laissent aller à la paresse. Ils n'ont 
pas su supporter la prospérité. Pour un grand 
nombre l'opulence est la source de l'oisiveté. Il 
n'en était pas ainsi pour l'Apôtre. Avait-il reçu 
quelques secours, aussitôt il se hâtait de les dis- 
tribuer aux autres. Voilà comment on sait se 
servir de la fortune. Il ne discontinuait pas de 
déployer toute son activité; il ne se glorifiait 
pas au milieu des richesses. Il se montrait tou- 
jours le même, sans orgueil dans la fortune, 
sans faiblesse dans la pauvreté, « Je sais, dit-il, 
être rassasié ou affamé; je sais être dans l'abon- 
dance ou dans la pénurie. » Il y en a beaucoup 
qui ne savent pas vivre rassasiés, semblables aux 
Israélites , qui se révoltaient après avoir reçu 
leur nourriture. Pour moi, dit l'Apôtre, je garde 
toujours la même modération ; montrant par 
là qu'il n'a pas plus choisi le plaisir aujourd'hui 
qu'autrefois la douleur, et que , s'il a accepté 
l'un et l'autre , ce n'est pas pour lui , mais pour 
eux : son cœur n'a jamais changé. « Je me suis 
fait à tout, à tous; » depuis longtemps, j'ai fait 
si bien l'expérience des choses , que toutes sont 
pour moi également profitables. Mais, comme si 
ces paroles respiraient une trop grande satis- 
faction, il s'empresse de les corriger en ajou- 
tant : o Je puis tout en Jésus-Christ , qui me 
fortifie, o Ce n'est pas un effet de ma vertu, c'est 
une grâce de celui qui me donne les forces. Les 
bienfaiteurs , s'ils trouvent d* ingrats ou des 
hommes qui méprisent leurs bienfaits, se laissent 
aller au découragement ; ils sont plus généreux 
s'ils voient naître la reconnaissance et la joie 
dans le coeur de ceux qu'ils ont* soulagés. Quel- 
qu'un dira peut-être que l'Apôtre va rendre les 
Philippiens moins généreux en paraissant mé- 
priser leurs offrandes. Voyez comment il pré- 
vient ce danger. Par les paroles précédentes 
il pouvait fermer leur coeur ? par celles qui 
suivent il enflamme leur zèle, « Vous avez 
bien fait en venant à mon secours dans ma tri- 
bulation. » Voyez-vous comme il sait s'éloigner, 
et ensuite se rapprocher ? Voilà la preuve de sa 
charité toute fraternelle et divine. Parce que je 



n'étais pas accablé par la nécessité , n'allez pas 
croire que je n'eusse aucun besoin de vos dons ; 
j'en avais besoin pour vous. 

Comment avaient-ils participé à ses souf- 
frances ? Par les secours qu'ils lui avaient en- 
voyés. C'est ainsi qu'il leur disait dans les fers : 
« Vous participez à ma grâce. » Philip., i, 7. 
C'est une grâce, en effet, de souffrir pour Jésus- 
Christ; il leur avait dit dans un autre endroit : 
« Dieu vous a fait la grâce , non-seulement de 
croire en lui, mais de souffrir pour lui. » Ibid., 
29. Comme ces paroles seules auraient pu leur 
causer quelque chagrin, il se hâte de leur témoi- 
gner son amour pour les consoler, il les loue dans 
une sage mesure. Il ne leur dit pas : Vous m'avez 
donné; mais : « Vous avez participé, » leur en- 
seignant ainsi qu'ils avaient acquis des mérites 
en prenant part aux siens. Il ne leur dit pas non 
plus : Vous avez rendu légères mes souffrances; 
mais bien : a Vous avez participé à mes tribu- 
lations ; ce qui est préférable et plus glorieux. 
Comprenez-vous l'humilité de Paul et sa ma- 
gnanimité? Après leur avoir fait entendre qu'il 
n'a pas besoin pour lui de leur richesse , il a 
recours aussitôt aux expressions les plushumbles, 
à celles dont se servent les mendiants : Donnez 
selon votre coutume. Pour obtenir ce qu'il se 
propose, il ne recule devant aucune parole, 
devant aucune action. Et que se propose-t-il 
donc ? Ne pensez pas que mon langage fût im- 
pudent lorsque je vous ai blâmés et que je vous 
ai dit : « Enfin vos sentiments pour moi ont re- 
fleuri. » Ne pensez pas qu'il fût dicté par la né- 
cessité. Ce n'est pas parce que j'étais dans le besoin 
que j'ai écrit ces paroles? Pourquoi donc? Parce 
que j'avais une grande confiance en vous, et vous 
êtes cause de cette confiance. Oh! douce parole, 
et bien capable de les gagner ! Vous êtes cause 
de ma confiance ; car les premiers vous m'avez 
secouru, et jepuisbien vous rappeler vos bienfaits. 

Voyez maintenant la dignité de l'Apôtre : Dignité 
point de reproches, tant qu'ils n'ont pas envoyé 
leur offrande, de peur de paraître demander 
pour lui, mais aussitôt qu'ils l'ont envoyée, il les 
blâme du temps perdu. Aussi le supportent-ils 
avec patience ; car alors on ne peut plus croire 
qu'il plaide sa propre cause. « Vous savez , dit- 



l'Apôtre. 



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HOMÉLIES SUR L'ÉPITRE AUX PHILIPPIENS. 



il, Philippiens , que , au commenoemeat de ma 
prédication, lorsque j'ai quitté la Macédoine, 
nulle Eglise, la vôtre exceptée, n'a communiqué 
avec moi , en m'accordant des dons pour les 
bienfaits reçus. » Quel éloge ! les Corinthiens 
et les Romains seront excités par le récit de leur 
générosité. Pour eux, avant toute Eglise, c'était 
au commencement de sa prédication, ils ont 
montré tant de sympathie , tant de zèle , que , 
devançant tout exemple, ils ont su produire de 
tels fruits de charité. Il ne faut pas dire qu'ils 
ont agi de la sorte pour dédommager Paul de 
rester avec eux, ou pour le remercier de ses 
bienfaits. Non ; car il dit : « Lorsque je quittais 
la Macédoine , aucune Eglise n'a communiqué 
avec moi en m'accordant des dons , pour les 
bienfaits reçus, la vôtre seule exceptée. » Que 
veulent dire ces mots : «Bienfaits reçus; aucune 
Eglise n'a communiqué avec moi? » Pourquoi 
ne dit-il pas : Aucune Eglise ne m'a donné; 
mais bien : « Aucune Eglise n'a échangé des dons 
contre mes bienfaits? » C'est qu'il y avait vérita- 
blement échange, o Si nous avons, dit-il ailleurs , 
semé parmi vous des biens spirituels, qu'y a- 
t-il d'étonnant si nous recueillons quelques biens 
temporels ?» I Cor., ix, 11. Il a dit aussi : a Que 
votre abondance supplée à leur indigence. » 
II Cor., vin, 14. Vous voyez là l'échange. Ils 
donnent d'un côté, puisqu'ils offrent leurs biens 
temporels ; ils reçoivent de l'autre , puisqu'ils 
acceptent les biens spirituels. Le vendeur et 
l'acheteur font entr'eux un utile commerce , en 
donnant et en recevant à la fois : ainsi fait l'A- 
pôtre en cette circonstance. Rien n'est phis fruc- 
tueux que ce commerce et ce marché. Il com- 
mence sur la terre, et se consomme dans le ciel. 
Les acheteurs sont dans ce monde; mais , pour 
un prix terrestre, ils achètent et acquièrent des 
biens éternels. 
Le dei ne . 3. Que personne, néanmoins, ne désespère. 
prixd è '!î^t <âel ne s'achète pas à prix d'argent. Ce n'est 
pas la richesse qui le procure; c'est la bonne 
intention, le dépouillement volontaire, la sa- 
gesse, le mépris des choses de ce monde , l'hu- 
manité, la miséricorde. S'il s'obtenait à prix 
d'argent, la femme qui avait donné deux oboles, 
n'aurait pas reçu une grande récompense. 



Comme ce n'est pas l'argent, mais la bonne 
volonté qui nous en rend dignes, cette femme 
obtint tout, parce que le désir de son àme était 
parfait. Ne disons donc pas : J'ai acheté le ciel 
avec les biens de ce monde ; c'est la bonne vo- 
lonté qui l'obtient, et le désir exprimé par votre 
offrande. On a donc besoin de richesses , direz- 
vous? Non, pas de richesses, mais de bonne 
volonté. Si vous la possédez, vous pourrez vous 
procurer ce royaume, même avec deux oboles 
seulement. Si vous ne l'avez pas , mille talents 
seront plus impuissants que cette faible somme. 
Pourquoi? Parce que, si vous avez beaucoup et 
si vous donnez peu, votre aumône ne vaut 
pas celle de la veuve; vous n'y avez pas mis, en 
la faisant, tant de zèle et de bonne volonté. 
Elle s'est enlevé tout ce qu'elle possédait. Que 
dis-je? non, elle ne s'est rien enlevé, au con- 
traire elle s'est tout donné, Dieu donne son 
royaume encore une fois, non à la richesse, mais 
à la bonne volonté. On l'achète , non en sacri- 
fiant sa vie , mais par la libre élection. Qu'est- 
ce, en effet, que donner sa vie? C'est sacrifier un 
homme, et ce sacrifice n'est pas même un prix 
digne du ciel, c Vous m'avez envoyé une fois, 
et même deux , à Thessalonique , ce qui m'était 
nécessaire, » Grand éloge : encore il fait voir 
qu'il était nourri par les secours d'une petite 
ville, alors même qu'il était dans la métropole. 
De peur de les rendre moins généreux, comme 
je l'ai déjà dit, en leur répétant qu'il était à 
l'abri de la nécessité, il leur parle encore 
de besoins. Il ne dit pas : Mes besoins, mais 
simplement : « Les besoins , » pour conserver 
toujours sa dignité et son honneur , comme il va 
le montrer encore par les paroles suivantes. Il 
comprenait ce qu'il y avait d'humiliant dans ce 
langage ; il le corrige aussitôt en ajoutant : « Je 
ne recherche pas vos dons, » comme il avait dit 
plus haut 2 « Je ne parle pas ainsi pour obtenir 
votre argent. » Ces deux phrases ont le même 
sens, quoique la seconde soit plus énergique. 
Autre chose est ne pas demander, quand on est 
dans le besoin , autre chose ne pas se croire 
même dans l'indigence, lorsqu'on en est accablé. 
« Je ne demande pas vos dons ; je désire qu'ils 
rapportent des fruits abondants pour vous , et 



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non pour moi. » Voyez-vous les fruits qu'ils 
peuvent en retirer? Ce n'est pas pour moi, dit-il, 
c'est pour vous et pour votre salut. Lorsque je 
reçois , je ne gagne rien ; le gain tout entier est 
pour celui qui donne. Une grande récompense 
est réservée aux bienfaiteurs; ceux qui reçoivent 
consomment aussitôt ce qu'ils ont reçu. 

Voilà encore un éloge, mais uni au sentiment 
de sa pauvreté. S'il leur a dit : « Je ne demande 
pas, o craignant d'éteindre leur zèle, il ajoute : 
«J'ai reçu ce dont j'avais besoin, et je suis dans 
l'abondance. » Par vos dons vous avez effacé 
vos oublis précédents. Paroles bien capables 
d'exciter leur charité. Les bienfaiteurs, en effet, 
désirent d'autant plus trouver de la reconnais- 
sance dans leurs obligés, qu'ils ont fait plus de 
progrès dans la sagesse, a J'ai tant reçu , et je 
suis dans l'abondance. » Comme s'il disait : Non- 
seulement vous avez réparé les oublis passés, mais 
encore vous avez fait plus qu'il n'était nécessaire, 
vous vous êtes surpassés. Ensuite, de peur qu'on 
ne vit un reproche dans ses paroles, voyez 
comme il le prévient. Il avait dit : « Je ne cherche 
pas vos dons... Enfin vos sentiments pour moi 
ont refleuri, » montrant ainsi qu'ils acquittaient 
une dette. C'est ce que signifie ce mot : a J'ai 
recueilli. » Il semble dire : J'ai touché le cens, j'ai 
levé le fruit du champ. Mais , pour montrer en 
même temps qu'ils ont donné plus qu'ils ne de- 
vaient, il se hâte d'ajouter : « J'ai reçu vos dons 
et je suis dans l'abondance, je suis comblé. » Ce 
n'est pas sans motif, ce n'est pas purement par 
affection que je parle ainsi. Pourquoi donc ? 
a J'ai reçud'Epaphrodite ce que vous m'avez en- 
voyé, oblation de suave odeur, hostie acceptée, 
agréable à Dieu. » Oh ! comme il exalte leurs 
présents ! Ce n'est pas moi qui les ai reçus, c'est 
Dieu par mes mains. Voilà pourquoi, si je ne 
suis pas dans le besoin , n'en tenez pas compte. 
Dieu non plus n'avait pas besoin de vos dons, 
et cependant il les a acceptés. Aussi l'Ecriture 
n'a pas craint de dire : « Dieu a respiré un par- 
fum d'une agréable odeur, » Gen., vin, 2, pour 
exprimer qu'il est satisfait. Vous savez com- 
bien notre àme est saisie par un parfum d'une 
agréable odeur, combien elle goûte de satis- 
faction et de joie. L'Ecriture n'a donc pas craint 



HOMÉLIE XV. 9 

d'attribuer à Dieu une parole si humaine et si 
commune, pour faire comprendre aux hommes 
comment il acceptait leurs présents. Ce n'était 
pas cependant l'odeur de la fumée qui les ren- 
dait agréables au Seigneur, c'était l'intention 
avec laquelle ils les offraient. Autrement il aurait 
reçu avec plaisir les dons même de Caîn. L'Ecri- 
ture déclare que Dieu se réjouit. Pourquoi em- 
ploie-t-elle cette expression? Pour se faire bien 
entendre des hommes. Celui donc qui n'a besoin 
de rien, se réjouit beaucoup, selon l'Ecriture, 
des présents des hommes, afin que ceux-ci ne 
négligent pas de les lui offrir, sous prétexte 
qu'il n'en a pas besoin. Mais, comme dans la 
suite, les hommes avaient oublié toutes les autres 
vertus, se confiant uniquement dans les hosties 
qu'ils immolaient, voyez comme elle les reprend 
aussitôt : a Est-ce que je mangerai la chair de 
vos taureaux? est-ce que je boirai le sang de 
vos boucs? i> P$. xlix, 13. C'est dans le même 
sens que l'Apôtre dit : « Je ne cherche pas vos 
dons; mais mon Dieu pourvoira, je l'espère, à 
tous vos besoins, dans la mesure de ses richesses 
et de sa gloire dans le Christ Jésus. » 

4. Remarquez encore que Paul remercie à la 
manière des pauvres; et, s'il agit ainsi, pour- 
quoi rougirions-nous de l'imiter? Ne recevons 
pas uniquement pour satisfaire nos besoins, ne 
nous réjouissons pas pour nous-mêmes; mais 
soyons heureux des mérites de nos bienfaiteurs. 
Ainsi nous partagerons leurs récompenses , et, 
s'ils nous refusent leur secours, nous ne serons 
pas portés à nous indigner contre eux, nous 
plaindrons plutôt leur sort, et nous serons plus 
heureux en montrant que notre propre intérêt 
n'était pas le but de nos demandes, a Mon Dieu 
comblera tous vos besoins. » Au lieu de xP 6 * av > 
besoin, faut-il, suivant une autre leçon, x<*P tv » 
grâce, ou x a P* v i joie. S'il faut lire toute grâce, 
X^piv, le sens serait : Dieu bénira, non-seule- 
ment cette aumône, mais tous vos bienfaits. S'il 
faut lire, comme je le crois, xP e * av > te pensée 
de l'Apôtre serait d'ajouter à ses premières pa- 
roles : a Vous vous étiez dépouillés, » ce qu'il 
avait écrit aux Corinthiens : a Daigne celui qui 
donne la semence au semeur, et le pain à sa 
créature, multiplier votre semence, et déve- 

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40 



HOMÉLIES SUR L'ÉPITRE AUX PHILIPPIENS. 



l'Apôtre. 



loppef les germes de votre justice. » II Cor., ix, 
10. Il demande, en effet, à Dieu de leur accorder 
d'adondantes semences pour les répandre. Il 
leur souhaite, non pas des richesses quel- 
conques , mais celles qui sont tirées des trésors 
Pradencedo de sa bonté. Voyez la prudence de l'Apôtre : 
S'ils avaient été sages et crucifiés comme lui, 
il n'aurait pas adressé au ciel une semblable 
prière; mais il prie de la sorte pour se mettre à 
leur portée, voyant en eux de pauvres ouvriers, 
des pères de famille chargés de nourrir leur 
femme et leurs enfants, des hommes qui n'a- 
vaient pas su se dépouiller de tout attachement 
aux choses d'ici-bas, quoiqu'ils eussent pris sur 
leur nécessaire pour venir à son secours. Pour 
ses protégés, il aurait bien pu, avec quelque rai- 
son, demander le suffisant, et même l'abon- 
dance ; et cependant voyez ce qu'il demande. Il 
ne dit pas : Que Dieu vous fasse riches et opu- 
lents; mais : a Qu'il comble vos besoins, » afin 
que vous ne viviez pas dans l'indigence et que 
vous ayez le nécessaire. Le Christ lui-même, en 
nous enseignant une formule de prière, y ajouta 
cette demande : « Donnez-nous aujourd'hui le 
pain de chaque jour. » Matth., vi, il. « Selon 
ses richesses. » Qu'est-ce à dire? Selon sa muni- 
ficence, qu'il exerce si facilement et avec tant de 
promptitude. En employant ce mot nécessité, il 
ne veut pas qu'ils aient en vue seulement l'in- 
digence. Voilà pourquoi il ajoute aussitôt : 
« Selon les richesses de sa gloire dans le Christ 
Jésus. » C'est comme s'il disait : Votre abon- 
dance sera si grande que vous vous croirez déjà 
dans la gloire du ciel. Ou bien il leur promet 
qu'ils seront à l'abri du besoin , selon cette 
parole : « La grâce était grande parmi les chré- 
tiens, et il n'y avait point de pauvres parmi eux. » 
Act., iv, 33, 34. Ou bien enfin il veut les porter 
à tout faire pour la gloire de Dieu ; leur disant 
en quelque sorte : Servez-vous de ses dons pour 
procurer sa gloire. 

«Gloire à Dieu notre Père dans les siècles 
des siècles. Ainsi soit-il. » Cette gloire appar- 
tient non-seulement au Fils, mais aussi au Père ; 
l'attribuer au Fils, c'est l'attribuer au Père. 
L'Apôtre venait de dire que cela avait été fait 
pour la gloire du Christ. Craignant qu'on ne 



l'attribuât à lui seul, il ajoute aussitôt : « Gloire 
à Dieu notre Père, » gloire qui a été aussi 
donnée au Fils, a Saluez tous les saints en Jésus- 
Christ. » Il leur accorde une grande faveur. 
C'est, en effet, la preuve d'une grande bien- 
veillance de les saluer, même par lettre, a Les 
frères qui sont avec moi vous saluent. » Il disait 
naguère : o Je n'ai personne qui me soit aussi 
intimement uni, et qui s'inquiète autant de vous 
par une affection sincère. » Philip ., il, 20. 
Comment dit-il maintenant : « Les frères qui 
sont avec moi? » Il nomme frères ceux qui sont 
avec lui, ou bien afin de montrer que les paroles 
précédentes : c Je n'ai personne qui me soit 
aussi intimement uni, » ne regardaient pas ceux 
qui étaient dans la ville; quelle nécessité y 
avait-il alors pour eux de s'occuper de ces travaux 
apostoliques? Ou bien, il veut nous faire voir 
qu'il ne refuse pas par bonté de leur donner ce 
titre. « Tous les saints vous saluent, surtout 
ceux qui sont de la maison de César. .Que la 
grâce de Notre- Seigneur Jésus-Christ soit avec 
vous tous. » Il les élève et les fortifie en leur 
montrant que sa prédication a pénétré jusque 
dans la maison de l'empereur. Si les princes 
qui habitent la maison de l'empereur ont tout 
méprisé pour servir le Roi des cieux, à plus forte 
raison doivent-ils eux-mêmes tout sacrifier? On 
voit encore dans ces paroles briller la charité de 
Paul. Il avait dû élever bien haut leurs actions, 
pour que les habitants des demeures impériales 
envoyassent leur salut à des hommes qu'ils 
n'avaient jamais vus. A cause des persécutions 
la plus grande charité régnait parmi les fidèles. 
Comment? Ceux qui se trouvaient séparés par 
de grandes distances étaient cependant unis; 
ceux qui étaient loin envoyaient leur salut, 
comme s'ils avaient été voisins. Ils s'aimaient 
les uns les autres, comme on aime ses membres : 
le pauvre aimait le riche, et le riche le pauvre. 
On ne connaissait point de préséance; car tous 
étaient poursuivis de la même haine, tous souf- 
fraient pour la même cause. De même que des 
captifs, partis de villes différentes et emmenés 
dans la même cité, s'embrassent avec effusion, 
unis dans un même malheur; de même les chré- 
tiens , partageant les mêmes infortunes et les 



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HOMÉLIE XV. 



M 



mêmes épreuves, avaient les uns pour les autres 
la plus parfaite charité. 

5. La tribulation unit plus étroitement et plus 
fortement les cœurs ; elle augmente l'affection ; 
die est la source de la componction et de la pitié. 
Ecoutez David : a L'humiliation que vous m'avez 
envoyée, Seigneur, est pour moi un bien; elle 
m'a fait connaître votre justice. » Ps. cxvm, 71. 
Entendez un autre prophète : « Il est bon pour 
l'homme de porter le joug depuis son enfance. » 
Thren., m, 27. Nous lisons ailleurs : « Bien- 
heureux l'homme que vous avez instruit par 
l'épreuve , Seigneur ; » Ps. xcin, 12 ; ailleurs 
encore : Ne méprisez pas les leçons du Sei- 
gneur; » Prov.y m, H ; « Pour vous élever jus- 
qu'au service de Dieu , préparez votre âme à la 
tentation. » EcclL, n, 1. Le Christ n'a-t-il pas 
dit à ses disciples : a Le monde vous opprimera; 
mais ayez confiance?» Joan. y xvi, 33 ; et plus 
haut : a Vous pleurerez et vous gémirez, le 
monde sera dans la joie. » Ibid.> 20. Et enfin : 
« La voie est étroite et resserrée. » Matth., vu, 14. 
Voyez-vous comme partout Dieu exalte la tri- 
bulation? Partout il la reccommande comme 
une chose nécessaire. Si , dans les combats de 
ce monde , nul ne peut remporter la couronne 
sans avoir préparé son corps par les travaux, les 
privations, les austérités, les longues veilles, 
et mille autres exercices pénibles , à plus forte 
raison pour ceindre la couronne du ciel. Et qui 
dans ce monde n'a pas d'épreuves à supporter? 
L'empereur? Sa vie ne s'écoule pas sans alarmes ; 
elle est pleine de soucis et d'angoisses. Ne 
regardez pas son diadème , mais plutôt les in- 
quiétudes qui fondent sur lui comme une vio- 
lente tempête. N'arrêtez pas vos regards sur sa 
pourpre; pénétrez jusqu'à son âme plus sombre 
que ses vêtements. La couronne ceint son front, 
moins que les sollicitudes son àme. Ne comptez 
pas le nombre des gardes qui l'entourent : re- 
marquez plutôt la multitude de ses chagrins. 
Vous ne trouverez aucune maison particulière 
envahie par les soucis comme la maison des 
monarques. Craignant tous les jours d'être frap- 
pés de mort par leurs proches, leurs yeux voient 
des taches de sang devant leur table et autour 
de leur coupe. Qui nous dira combien de fois, 



troublés par des songes ou des visions, ils quittent 
épouvantés le lieu du repos? Voilà pendant la 
paix; mais, si la guerre éclate, les sollicitudes 
se multiplient Où donc trouverez-vous une vie 
plus misérable ? Que ne souffrent-ils pas de 
ceux qui leur sont unis ou qui les entourent? 
Le pavé de leur palais est toujours rougi du 
sang de leurs proches. Si vous le voulez, je vous 
fournirai des exemples, et vous reconnaîtrez 
avec moi la vérité de mes paroles. Prenons des 
exemples passés, gravés encore dans votre mé- 
moire; car ils ne sont pas très-éloignés de notre 
temps. 

On dit qu'un souverain soupçonnant sa femme 
d'adultère la fit attacher, sans vêtements, au 
sommet d'une montagne, l'exposant aux dents 
des bêtes féroces, quoiqu'elle fût mère de plu- 
sieurs rois. Combien amère devait être la vie de ce 
souverain? Quelle violente tempête dut troubler 
son àme pour qu'il en vint à décréter un pareil 
supplice? Il fit ensuite tuer son propre fils ; et 
le frère de cet infortuné, après avoir égorgé ses 
enfants , se donna la mort. On dit qu'ensuite il 
frappa son frère. Un autre se donna la mort 
pour ne pas tomber sous la puissance d'un tyran. 
Un troisième mit à mort son cousin germain , 
après l'avoir associé à l'empire. Un autre se vit 
enlever son épouse par les remèdes qu'elle avait 
pris pour se guérir de la stérilité. Une femme 
misérable et criminelle, — car elle est à la fois 
misérable et criminelle, celle qui croit procurer 
par sa science ce que Dieu seul peut donner, — 
pour lui donner la fécondité, lui donna la mort, 
et mourut avec elle. Un autre roi fut enlevé par 
le poison ; il but dans la coupe qu'on lui pré- 
sentait, non un doux breuvage , mais le trépas. 
Son fils eut les yeux arrachés; les bourreaux loi 
firent souffrir ce supplice immérité, parce qu'ils 
redoutaient en lui pour l'avenir la vengeance 
de son père. Je craindrais de manquer à la dé- 
cence , si je vous disais pourquoi et comment 
mourut un autre empereur. De ses deux succes- 
seurs, l'un , comme s'il eût été le dernier des 
hommes , fût brûlé au milieu de chevaux , de 
poutres et de ruines de toute nature. -Sa femme 
resta dans l'abandon. Nul ne saurait dire les in- 
fortunes de sa vie, surtout depuis le moment oû 

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42 HOMÉLIES SUR L'ÉPIT 

il prit les armes. L'autre, qui règne encore au- 
jourd'hui, depuis qu'il a ceint le diadème, ne 
vit qu'entouré de sollicitudes , de dangers , de 
tristesse , de chagrins , d'embûches et de ca- 
lomnies sans nombre. Le royaume du ciel , ne 
connaît pas de semblables infortunes. Aussitôt 
qu'on l'a gagné , on trouve la paix , la vie , la 
joie , le bonheur. Du reste, comme je le disais , 
personne dans ce monde n'est à l'abri des souf- 
frances. Si , dans la vie publique, la condition 
royale , réputée la plus heureuse , est exposée à 
tant de calamités, que dirons-nous de la vie privée 
et domestique des rois ? Qui pourrait énumérer 
tous les maux qui fondent sur ces tètes couron- 
nées? A combien de drames leurs infortunes 
ont-elles donné naissance? Toutes les tragédies 
représentées sur le théâtre ont pour siyet des 
infortunes de souverains. La plupart de ces 
pièces représentent des malheurs véritables : 
c'est ce qui même en fait l'intérêt. Ainsi en est- 
il du festin de Thyeste, des autres poésies sur les 
calamités et la ruine de cette maison. 
Exemples 6. Nous a Tons tiré ces exemples des livres 

tirés de la 

sainte Ecri- profanes. Si vous le voulez, voyons les passages 
iure ' de l'Ecriture qui renferment les mêmes enseigne- 
ments. Ne savez-vous pas que Saûl , le premier 
roi, est mort accablé de mille infortunes? Après 
lui, David, Salomon, Abias, Ezéchias, Josias, 
furent éprouvés d'une infinité de manières. Non, 
non , on ne peut vivre sans sollicitudes , sans 
douleurs , sans chagrins. Pour nous , les infor- 
tunes auxquelles nous sommes sujets, n'ont rien 
de commun avec les infortunes royales, quoique 
pourtant nous puissions en retirer un très- 
grand profit. « La tristesse qui est selon Dieu 
produit une pénitence qui assure le salut. » 
II Cor., vn, 10. Voilà comment il faut souffrir, 
comment il faut gémir et supporter les misères 
de ce monde. Ainsi souffrait Paul. Il répandait 
des larmes sur les pécheurs, « Je vous ai écrit 
dans l'affliction et l'angoisse du cœur, avec beau- 
coup de larmes. » Ibid., n, 4. Quand il n'avait 
pas de motif de pleurer sur ses péchés, il pleurait 
sur les péchés des autres , ou plutôt il se les 
appropriait par les larmes, dont il savait les cou- 
vrir. Quelqu'un succombait-il au scandale , il 
en était consumé de douleur. Quelqu'un versait- 



RE AUX PHILIPPIENS. 

il des larmes, il en répandait avec lui. 0 bonne 
douleur, tu l'emportes sur toutes les joies mon- 
daines. Je mets au-dessus de tous les hommes 
celui qui sait ainsi pleurer; et Dieu proclame 
bienheureux ceux qui savent partager la souf- 
france des autres. Je n'admire pas autant Paul 
affrontant les dangers, que Paul se dévouant 
pour ses frères : ou plutôt je l'admire dans ces 
périls, où tous les jours il exposait sa vie; mais 
sa charité me séduit davantage. Son dévoue- 
ment partait d'une àme tendre et dévouée à son 
Dieu , d'une charité que le Christ recherchait , 
d'un cœur de frère ou de père.. Que dis-je? d'un 
cœur plus grand encore. Voilà comment il faut 
être affligé, comment il faut pleurer! Ces larmes 
provoquent la joie , ces gémissements causent 
l'allégresse. Et ne me dites pas : Quel profit 
retireront de mes larmes ceux pour qui je les 
répands? Si elles ne sont pas avantageuses pour 
eux , elles le sont pour vous. Celui qui gémit 
sur les péchés d'autrui , gémira beaucoup plus 
sur les siens : celui qui pleure sur les fautes des 
autres, comment laisserait-il passer ses vices et 
ses défauts sans les arroser de ses larmes? Il aura 
plus d'horreur pour le mal. 

Il nous est donc ordonné de pleurer sur les 
péchés d'autrui, et, malheur déplorable à cons- 
tater, nous ne savons donner aucune marque de 
repentir pour les nôtres. Nous péchons sans dou- 
leur, et rien ne provoque moins en nous la peine 
et la tristesse que nos péchés. Nous n'aimons 
que la joie stérile de ce monde, qui s'évanouit 
après avoir enfanté mille chagrins. Aimons, au 
contraire, cette douleur qui donne naissance à 
la joie, et méprisons la joie mère de la tristesse. 
Répandons ces larmes qui sont comme la se- 
mence du bonheur, et ne rions pas de ce rire 
qui se termine par des grincements de dents. 
Recherchons l'affliction qui procure le repos; 
éloignons-nous de ces délices d'où sortent la 
douleur et l'amertume. Travaillons quelque 
temps sur la terre, pour nous reposer éternelle- 
ment dans le ciel. Mortifions-nous pendant cette 
courte vie , pour vivre heureux pendant l'éter- 
nité. Ne nous abandonnons pas aux plaisirs de 
quelques jours pour que nous ne connaissions 
pas les gémissements inextinguibles. Ne voyez- 

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HOMÉLIE XV. 



13 



vous pas combien d'hommes souffrent pour 
acquérir les biens d'ici-bas ? Songez que vous 
êtes l'un d'entre eux, et supportez le chagrin 
et l'angoisse pour mériter les biens de l'autre 
vie. "Vous n'êtes pas meilleur que Paul, ni su- 
périeur à Pierre. Ils n'ont eu cependant jamais 
de repos ; ils ont passé leur vie dans la faim et la 
soif, dépouillés de tout. Si vous voulez atteindre 
le même but, pourquoi suivez-vous une autre 
route? Si vous voulez être avec eux les citoyens 



d'une même cité, marchez dans la voie qui y 
conduit. Ce n'est pas par le repos, c'est par 1a 
souffrance qu'il faut passer. Là est la voie large* 
ici la voie étroite. Suivons celle-ci pour arriver 
à la vie éternelle, par Jésus-Christ Notre-Sei- 
gneur , à qui gloire , puissance , honneur , en 
même temps qu'au Père et au Saint-Esprit, 
maintenant et toujours, et dans les siècles des 
siècles. Ainsi soit-il. 



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HOMÉLIES 

SUR 

L'ÉPITRE AUX GOLOSSIENS 



AVANT -PROPOS 



Que ces homélies aient été prononcées à Gonstantinople , Chrysostome le donne clairement 
à comprendre à la fin de la troisième homélie , où il parle de lui-même comme occupant le 
siège de Tévêque. Il est facile également de déterminer Tannée où elles auront été pro- 
noncées. La septième homélie, paragraphe troisième, contient une allusion manifeste à 
l'eunuque Eutrope et à sa disgrâce récente. Sans doute le saint évèque ne le nomme pas ; 
mais cet homme si puissant hier, si malheureux aujourd'hui, cet eunuque naguère si 
redouté , maintenant si délaissé , qui peut-il être sinon Eutrope, vivant encore , dont à cause 
de cela Chrysostome ne prononce pas le nom? L'exil et la mort d'Eutrope ayant eu lieu 
Tannée 399, c'est en cette année-là que l'homélie septième aurait été prononcée. 

Nous trouvons dans l'homélie n, paraphe 4, un passage qui nous permet d'assigner à cette 
homélie une date aussi sûre. L'orateur y parle des tremblements de terre , des villes qu'ils 
ont renversées , et des malheurs effroyables qui , contre toute attente , éclataient alors en 
divers pays. Or, ces tremblements de terre ayant eu lieu en 398, c'est en 398, vers la fin 
de cette année, qu'aurait été prononcée l'homélie n sur Tépltre aux Colossiens , quelques 
mois conséquemment avant Thomélie vu. 

Le style de ces homélies est souvent elliptique et obscur : apparemment que ce qui nous 
semble obscur Tétait moins aux yeux des fidèles de Gonstantinople , accoutumés à ce genre 
de parole. Maints détails nous y sont donnés sur la liturgie de cette Eglise : par exemple , 
sur la paix que Ton demandait à plusieurs reprises pendant la prière publique. Nous y trou- 
vons aussi d'intéressants passages sur les anges gardiens. Dans son amour du bien et de la 
vérité , le saint évèque ne ménage personne : Thomélie vu , paragraphe 3, contient une 
sévère appréciation de la conduite de Théodose à Tégard cTAntioche; dans Thomélie x, 
paragraphes 4, 5, l'impératrice Eudoxie est encore moins ménagée à cause de son luxe scan- 
daleux. Les mœurs des habitants de Gonstantinople, leur amour de la bonne chère, les 
opinions fatalistes de quelques débauchés qui niaient la divine providence et la résurrection 
de la chair , les pratiques superstitieuses auxquelles ils se livraient , fournissent à saint 
Chrysostome une occasion qu'il ne néglige pas, de déployer son éloquence et son zèle. Entre 
autres singularités, nous apprenons, homélie vu, paragraphe 5, que le roi des Perses , au 
temps de saint Chrysostome , portait , non pas seulement une fausse barbe , mais une barbe 
en or. 



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HOMÉLIE I. 



HOMÉLIE I. 

« Paul, apôtre de Jésus- Christ par la volonté de Dieu, et 
Timothée, son frère, aux saints et aux fidèles leurs frères 
qui sont à Colosse, dans le Christ Jésus : la grâce et 
la paix soient avec vous, au nom de Dieu notre .Père 
et du Seigneur Jésus-Christ. » 

i. Toute9 les épitres de Paul respirent la sain- 
teté; mais celles-là en respirent plus parfaite- 
ment l'arôme qui datent de sa captivité : par 
exemple, ses Epitres aux Ephésiens, à Philémon, 
à Timothée et celle dont nous nous occupons ; 
car celle-ci, comme les autres, a été écrite par 
Paul dans les fers , selon ces paroles : « C'est 
pour le mystère du Christ que j'ai été chargé de 
chaînes, afin que je le manifeste de la manière 
dont il me faut le manifester. » Cotes., iv, 3, 4. 
Cette épître paraît être postérieure à son Epître 
aux Romains. Il avait écrit celle-ci avant d'avoir 
jamais vu les habitants de Rome; il écrivit 
celle-là seulement après les avoir vus et sur la 
fin de son ministère apostolique. En voici manifes- 
tement la preuve : dans son Epître à Philémon, 
il intercède pour Onésime et dit : « Puisque tu es 
comme moi-même avancé en âge. » Philem., 9. 
Dans celle-ci, nous le voyons envoyer ce même 
Onésime : c ... avec Onésime, notre frère fidèle et 
bien-aimé ; » Col., iv, 9 ; l'appelant ainsi à la fois 
fidèle, frère et bien-aimé. C'est pourquoi, dès le 
commencement de la même Epître, il parle avec 
pleine assurance de a l'espérance que nous donne 
cet Evangile que vous avez ouï, qui a été prêché à 
toute créature qui se trouve sous les cieux. » Ibid. , 
i, 23. La foi était donc prèchée depuis quelque 
temps. A mon avis, néanmoins, cette Epître serait 
antérieure à l'Epitre à Timothée, que Paul écrivit 
peu avant sa mort, et où il dit : a Pour moi, je 
m'affaisse. »7Ym.,iv, 6. Elle a été écrite avant l'E- 
pitre aux Philippiens ; car il paraît déjà chargé des 
fers qu'ildutporteràRome. Alors, pourquoi prêter 
à ces épitres un caractère de sainteté plus frap- 
pant qu'aux autres épitres? Par la raison préci- 
sément qu'il les écrivait du fond de sa captivité. 
Ainsi en serait-il des lettres qu'un vaillant guer- 
rier écrirait entre deux batailles et deux vic- 



toires. L'Apôtre ne se dissimulait pas ce qu'il y 
avait en cela de grand. 

Dans sa lettre à Philémon, il parle de celui 
« qu'il a engendré dans ses fers; n Philem., 10; 
ce qu'il écrit pour nous apprendre non-seule- 
ment à ne pas nous affliger outre mesure dans 
l'adversité, mais à nous en réjouir. Philémon 
était alors, à ce qu'il semble, près de Paul. En 
effet, l'Apôtre parle dans la même Epître c d'Ar- 
chippe, notre compagnon d'armes ;» Philem., 
et dans l'Epitre aux Colossiens il ajoute : « Dites 
à Archippe. » Cotes., iv, 17. Il y a lieu de croire, 
d'après cela, qu'une mission aurait été confiée 
à ce dernier par une Eglise. Paul n'avait donc 
encore vu ni les Colossiens, ni les Romains, ni 
les Hébreux, quand il leur écrivait : il l'indique 
du reste en plusieurs endroits; entr'autres dans 
celui-ci : « Et tous ceux qui n'ont pas vu ma face 
corporelle... Si je suis éloigné de vous corpo- 
rellement, cependant je suis de cœur avec vous. • 
Ibid. y il, 1-5. Il n'ignorait pas combien sa pré- 
sence en un lieu avait d'importance, et c'est 
pour cela que, quoique absent, le plus souvent 
il agit comme s'il était présent et parle en con- 
séquence. Quand il fallut prononcer sur l'impu- 
dique, ce fut Paul qui jugea et qui prononça. 
« Quoique absent de corps , mais présent de 
cœur, j'ai déjà jugé le criminel comme si je 
fusse présent. » I Cor., v, 3. « Je viendrai vers 
vous, dit-il encore, et je prendrai connaissance, 
non des prétentions de ceux qui s'enflent eux- 
mêmes , mais de leur vertu. » Ibid., iv, 19. Il 
écrit aux Galates : a Non-seulement quand je 
suis présent au milieu de vous, mais encore plus 
quand j'en suis éloigné. » Gala t., iv, 18. 

« Paul, apôtre de Jésus-Christ, par la volonté 
de Dieu. » Il ne sera pas inutile d'indiquer le 
sujet de cette épître. A quel sujet donc l'écri- 
vait-il? Au sujet du culte que les Colossiens 
rendaient aux anges pour arriver à Dieu, et des 
observances superstitieuses qu'ils avaient reçues 
des Juifs et des Gentils. L'Apôtre se propose 
d'extirper ces abus. De là ces paroles : c Par la 
volonté de Dieu. » Voilà donc la préposition 
par employée de nouveau. « Et Timothée notre 
frère. » Il était donc lui aussi apôtre. Il était 
bon de le faire connaître aux Colossiens, « Aux 



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40 



HOMÉLIES SUR L'ÉPITRE AUX COLOSSIENS. 



saints qui sont à Colosse. » C'était une ville de 
Phrygie; ce qui résulte du voisinage de la ville 
de Laodicée. « Et aux fidèles , nos frères dans 
le Christ. » Gomment ètes-vous arrivé , je vous 
prie, à la sainteté? d'où vient ce nom de fidèle 
qui vous est donné? N'est-ce pas de la mort du 
Christ par laquelle vous avez été sanctifié ? n'est- 
ce pas de votre foi au Christ? Comment ètes- 
vous devenu frère? Ni vos œuvres, ni vos paroles, 
ni vos vertus n'ont prouvé votre droit à ce titre 
de fidèle. D'où vous vient cette communion à 
tant de mystères ? Du Christ, et non d'ailleurs. 
« La grâce et la paix soient avec vous , de la 
part de Dieu notre Père. » D'où viendra cette 
paix, d'où cette grâce? De Dieu notre Père , ré- 
pond l'Apôtre. Il n'use pas ici du nom du Christ. 
A ceux qui blasphèment l'esprit de Dieu, je 
dirai : D'où vient que Dieu soit le Père de ces 
esclaves? D'où nous viennent ces bienfaits si 
grands? Qui vous a fait saint, fidèle, enfant 
de Dieu ? Celui qui vous a octroyé le don de la 
foi ; à celui-là vous êtes redevable de tous les 
autres bienfaits. 
Le nom de 2. Le nom de fidèles nous est donné , non- 

Idèlet nous « . . . 

î»t donné en seulement parce que nous croyons , mais aussi 
™itèîes d ?â- parce que des mystères nous ont été confiés et 
connu* aux révélés que les anges ignoraient complètement. 
Ilirist nous Paul n'attachait aucune importance à telle ou 
1 révéléf - telle manière déparier, « Nous rendons grâces à 
Dieu le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ. » 
Il rapporte tout au Père, afin de ne pas exposer 
d'abord aux fidèles le siyet de son discours. 
« Priant pour vous sans cesse. » C'est à la fois 
et par l'action de grâces , et par des prières in- 
cessantes, qu'il leur témoigne son affection, 
portant ainsi continuellemént en son cœur ceux 
dont il était éloigné. « Ayant oui parler de 
votre foi dans le Christ Jésus. » Plus haut il 
disait : a De Notre-Seigneur ; » ici , il ne parle 
que « du Christ Jésus. » C'est lui le Seigneur. 
Il ne dit pas : Du serviteur Jésus-Christ. Du 
reste, voici les gages de sa bienveillance : « C'est 
lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » 
Malth., i, 21. a Ayant donc ouï parler de votre 
foi dans le Christ Jésus, et de la charité que vous 
manifestez pour tous les saints. » Le voilà qui 
déjà se concilie leurs bonnes grâces. C'est Epa- 



phrodite qui lui avait appris ces choses. C'est à 
Tychique qu'il confie sa lettre , se proposant de 
retenir Epaphrodite près de lui. a Et la charité 
que vous manifestez pour tous les saints. » Non 
pas pour un tel ou pour un tel , mais pour tous 
sans exception, conséquemment pour nous aussi. 
« A cause de l'espérance qui vous est réservée 
dans les cieux. » Il parle des biens à venir, et 
cela, en vue des épreuves de la terre, pour les 
détourner de l'oisiveté et du repos. A ceux qui 
auraient pu demander : Et quel avantage leur 
revient-il de leur charité pour les saints , puis- 
qu'ils sont eux-mêmes en proie à la douleur et 
aux tribulations? l'Apôtre répond : Nous nous 
réjouissons de vous voir préparer ainsi à vous- 
mêmes dans les cieux la plus précieuse récom- 
pense. 

« A cause de l'espérance qui nous est réser- 
vée. » Vous pouvez y compter en -toute sécurité, 
o Dont vous a entretenus la parole de vérité. » 
Reproche à l'adresse des fidèles qui , l'ayant 
ouïe longtemps, s'en étaient cependant écartés. 
« Dont vous a précédemment entretenus la pa- 
role de l'Evangile de vérité. » Il affirme la vé- 
rité de la parole ; et à bon droit, puisqu'elle est 
exempte d'erreur. « De l'Evangile. » Il ne parle 
pas de la prédication , mais de l'Evangile , leur 
remettant de la sorte en mémoire les bienfaits 
de Dieu, même après les avoir loués, a Qui est 
arrivé jusqu'à vous, de même qu'il a été prêché 
dans le monde entier. » Il leur parle avec bien- 
veillance. « Qui est arrivé. » Expression méta- 
phorique. Il n'y a eu ni marche en avant, ni 
marche en arrière : l'Evangile est et demeure là. 
La plupart des hommes puisant dans la pensée 
du grand nombre de leurs coreligionnaires un 
surcroît de confiance, l'Apôtre répond à ce sen- 
timent en ajoutant : « De même que dans le 
monde entier. » Partout on l'entend, partout on 
l'écoute , partout il s'établit, a II y porte des 
fruits, il y croit de même qu'au milieu de vous. » 
Les fruits qu'il porte sont les œuvres; il croît 
en recrutant toujours de nouveaux adhérents, 
et ses racines n'en deviennent que plus difficiles 
à extirper. Les arbres se multiplient plus aisé- 
ment lorsqu'ils ont été soigneusement et solide- 
ment plantés. 



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HOMÉLIE I. 17 

« De même qu'au milieu de vous. » L'Apôtre amitié avec autrui. Nous ne parlerons pas des Différentes 

retient son auditeur par des éloges, « Depuis le liaisons honteuses, tout le monde convenant de ^uéL**" 

jour où vous l'avez entendu. » C'est merveille ce qu'elles ont de mal ; parlons seulement des 

que vous ayez cru si tôt et que vous ayez dès ce amitiés naturelles et dont la vie ordinaire four- 

moment porté des fruits de vertu, a Depuis le nit l'occasion. Parmi celles qui se rapportent à 

jour où vous l'avez entendu, et où vous avez la vie sociale figureront par exemple les amitiés 

connu la grâce de Dieu en toute vérité, » non contractées à la suite d'un service rendu, les 

pas au moyen de paroles ni par séduction, mais amitiés qui datent des ancêtres, celles que la 

dans les faits eux-mêmes. Tel est le sens du table, les voyages, le voisinage ont cimentées: ce 

mot, « fructifier,» en même temps que les sont là des amitiés vraies. Il en est Vautres qui ne 

miracles et les signes ont frappé vos yeux, vous seraient pas également sincères , l'amitié , par 

avez reçu la grâce de Dieu. Ayant vu dès le exemple, que la pratique du même métier aurait 

principe éclater sa vertu , comment maintenant fait naître : dans cette dernière il y a toujours 

refuserait-on de croire en lui? « Ainsi que vous un ferment de jalousie et de rivalité. Les affec- 

l'avez appris d'Epaphras, notre bien-aimé colla- tions que j'appelle naturelles, sont, si vous le 

borateur. » Selon toute vraisemblance, Epaphras voulez, celle du père pour le fils, du fils pour le 

aurait prêché l'Evangile aux Colossiens. Pour père, du frère pour son frère, de l'aïeul pour le 

montrer la confiance qu'il lui inspirait , il l'ap- petit-fils, de la mère pour ses enfants ; si vous 

pelle son collaborateur très-cher. « Qui est le le voulez encore , de la femme pour son mari ; 

fidèle ministre du Christ pour le salut de vos car toutes les affections qui se rapportent à la 

âmes. Il nous a aussi rapporté l'amour tout spi- vie conjugale sont temporelles et terrestres, 

rituel que vous avez pour nous. » Soyez sans Celles-ci paraissent avoir plus de vivacité que 

inquiétude au sujet des biens futurs : l'univers celles-là ; elles paraissent, dis-je, car souvent 

entier embrasse la foi du Christ. Mais à quoi elles leur cèdent beaucoup en ce point. On a vu 

bon parler de ce qui se passe à l'étranger? Les des étrangers plus fidèles , plus constants dans 

merveilles dont vous êtes témoins méritent au- leur affection que des frères, que des fils envers 

tant de confiance. « Vous avez connu la grâce de leurs parents. Parfois un père obtiendra d'autrui 

Dieu en toute vérité, » par les faits eux-mêmes, le secours et le service qu'il demandera vaine- 

Conséquemment , deux motifs vous doivent ment à ses enfants. Au-dessus de toutes les 

maintenir dans l'espérance des biens futurs, affections se présente l'affection spirituelle, véri- 

la foi du monde et votre propre foi. Epaphras table reine dont toutes les autres affections 

ne peut avoir dit que la vérité. « Il est fidèle, » acceptent la suprématie. D'un air imposant, 

sincère. En quel sens est-il a le ministre du elle n'a pas d'origine terrestre; ni les rapports 

Christ pour vous? » C'est qu'il est venu à nous prolongés , ni les bienfaits , ni le temps , ni la 

et qu'il nous a témoigné l'amour spirituel dont nature ne sauraient la produire ; elle descend 

vous êtes remplis à notre égard. Maïs, s'il est le du ciel même au milieu de nous. Pourquoi vous 

ministre du Christ, pourquoi prétendre, comme étonner qu'elle n'ait pas besoin de bienfaits pour 

vous le faites, que nous ayons besoin des anges subsister, attendu que le mal qu'on vient à lui 

pour nous mener à Dieu et nous réconcilier avec faire ne saurait la détruire ? 

lui ?« Il nous a appris l'amour tout spirituel que Si vous voulez juger de son excellence, 

vous avez pour nous. » Voilà le véritable et so- écoutez Paul s'écrier : o Je souhaiterais d'être 

lide amour : les autres amours n'en portent moi-même anathème pour mes frères aux yeux 

que le nom. Il y a bien des affections qui n'y du Christ. » Rom., ix, 3. Où est le père qui 

ressemblent guère ; l'amitié telle qu'on l'entend eût souhaité prendre place parmi les méchants? 

n'est point cela; aussi les liens en sont-ils faci- a II me serait infiniment plus avantageux de 

lement brisés. quitter ce monde et d'être avec le Christ; mais 

3. Il se présente bien des occasions de lier il est plus conforme à vos intérêts que je reste 

«*• Digitizedby GOOgk 



18 



HOMÉLIES SUR L'ÉPÏTRE AUX COLOSSIENJ3. 



dans cette vie temporelle. » Philip., i, 23, 24. 
Quelle mère préférerait les intérêts de ses 
enfants à ses propres intérêts , dans une pa- 
reille mesure? Entendez-le encore ajouter : 
c Nous avons été loin de vous un instant; 
nous Tétions non de cœur, mais de corps 
seulement. » I Thes., h, 17. Dans le monde, 
le père que ses enfants ont outragé cesse de 
les aimer : Paul va lui-même au milieu de ceux 
qui le lapidaient, et il y va pour leur faire du 
bien. Quel lien comparer en solidité au lien 
des amitiés spirituelles? L'ami que vos bienfaits 
vous ont acquis, vous le perdrez , dès que vous 
cesserez de lui faire du bien ; l'ami que vous 
devez à des rapports quotidiens, vous ne l'aurez 
plus dès que ces rapports seront interrompus. 
Qu'une dispute surgisse, la femme quitte son 
mari et lui refuse toute affection : que le fils 
voie son père vivre longtemps, il le verra d'un 
œil peu satisfait. Rien de pareil dans les affec- 
tions qui naissent de l'Esprit : aucune de ces 
causes ne les dissout, puisqu'aucune n'a d'ac- 
tion sur elles ; ni le temps , ni la durée de la 
vie, ni le mal que Ton entend , ni celui que 
l'on souffre , ni la colère , ni les injures , ni 
rien autre ne saurait les atteindre et les affai- 
blir. Les Hébreux lapidaient Moïse, et Moïse 
priait pour eux. Où est le père qui en eût 
agi de la sorte à l'égard de son fils, et qui 
n'eût pas répondu à la violence par la vio- 
lence? 

Ce sont là les amitiés que nous devrons 
rechercher, les amitiés spirituelles; celles-là 
sont durables et vraies : non point les amitiés 
que la table fait éclore : ces dernières, nous 
devons y renoncer. Entendez le Christ vous 
dire : « N'invitez ni vos amis, ni vos voisins, 
quand vous donnerez un repas, mais les boi- 
teux et les estropiés. » Luc., xiv, 12, 13. 
Alors, vous serez richement récompensé. — 
Vous me direz que vous ne le pouvez pas, 
qu'il vous est impossible de partager votre 
table avec des paralytiques et des aveugles; 
cela vous semble excessif et inadmissible , 
vous ne sauriez vous y résoudre. — Vous ne 
devriez pas reculer pour si peu; néanmoins 
il n'est pas nécessaire d'aller jusque-là. Ne 



recevez pas à votre table les malheureux, soit; 
mais envoyez-leur des mets servis à votre table. 
Il n'y a pas grand mérite à inviter des amis ; 
qui les invite a reçu sa récompense : invitez 
des indigents et des estropiés, et Dieu sera 
lui-même votre débiteur. Loin donc de mur- 
murer parce que nous ne recevons aucune 
récompense ici-bas, estimons-nous heureux 
de n'en pas recevoir; dans le cas contraire, 
nous n'en aurions pas après cette vie. Si 
l'homme vous rend ce qu'il a reçu, Dieu ne 
vous le rendra pas; il vous le rendra, si vous 
n'avez rien reçu. Ne nous préoccupons pas 
d'obliger des personnes qui puissent nous le 
rendre ; à leur faire du bien , ne le faisons pas 
dans ee but; il serait peu honorable. Quand 
vous invitez un ami, la reconnaissance qu'il 
vous conserve ne va pas au delà de la soirée, 
l'amitié qu'il vous témoigne expire quelquefois 
avant , toujours avec la fin du repas. Si vous 
invitez des pauvres et des infirmes , comptez 
sur une reconnaissance qui ne passe pas, sur 
la reconnaissance de Dieu même, de Dieu qui 
se souvient toujours et qui n'oublie jamais. 
Quelle pusillanimité , je vous le demande , de 
ne pouvoir admettre le pauvre à votre table ? 
Serait-il donc impur et repolissant? conduisez- 
le au bain , avant de le conduire à table. Ses 
vêtements sont-ils déchirés ? prenez-les-lui , et 
donnez-lui en d'acceptables. 

4. Comprenez-vous maintenant ce qu'il y a 
pour vous en cela d'avantageux? Le Christ 
vient à vous en la personne du pauvre , et vous 
faites difficulté de le recevoir? Vous invitez le 
prince à votre repas, et vous êtes dans l'anxiété ? 
Faites dresser deux tables : l'une réservée pour 
les malheureux, les aveugles, les paralytiques, 
les estropiés, les pauvres qui n'ont pas de 
chaussure et que couvre seulement un vête- 
ment en lambeaux; l'autre pour les grands, 
les généraux, les préfets, les seigneurs avec 
leurs vêtements d'étoffe riche et splendide, avec 
leurs ceintures dorées. A la table des pauvres 
qu'il n'y ait ni argenterie, ni vin en abondance, 
mais le suffisant pour réjouir et désaltérer, avec 
des vases et des coupes en verre ordinaire. Qu'à 
la table des riches, au contraire, l'or et l'argent 

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HOMÊLÎE 1. 



19 



étincellent, que la table semi-circulaire puisse 
être à peine mise en mouvement par deux jeunes 
hommes ; que l'urne d'or soit du poids d'un demi 
talent, de façon à pouvoir être à peine soulevée 
par deux serviteurs ; que les amphores rangées 
avec ordre soient aussi resplendissantes d'or ; que 
la table semi-circulaire soit tendue de riches et 
moelleux tapis; qu'autour des convives s'a- 
gitent de nombreux domestiques richement 
vêtus , avec leurs amples caleçons; qu'ils soient 
beaux, dans la fleur de l'âge, frappants d'élé- 
gance et de propreté : pour l'autre table , deux 
serviteurs suffisent, puisqu'elle n'a rien de 
comparable à ce luxe ; tandis qu'on servira des 
mets délicats et rares à la première, qu'à celle, 
des pauvres on ne présente que de quoi ras- 
sasier et égayer. Me suis-je suffisamment expli- 
qué? Les deux tables sont-elles convenable- 
ment et soigneusement dressées ? manque-t-il 
quelque chose? Je ne le pense pas du moins; 
convives, vaisselle, tapis, mets, je n'ai rien 
oublié : du reste , si quelque chose a été omis, 
nous le remarquerons dans le cours de ces 
développements. Puisque chaque table a été 
convenablement dressée et ornée , voyons celle 
que vous choisirez. Pour moi, je vais droit à la 
table des pauvres et des malheureux; la plu- 
part d'entre vous préféreront, je pense, la 
table resplendissante et joyeuse des grands. Eh 
bien 1 examinons de quel côté se trouve la plus 
grande somme de gaieté. Je ne parle pas de la 
récompense à venir; à ce point de vue tout 
examen est inutile : la table des pauvres a la 
meilleure part. Comment ? Parce qu'elle 
compte le Christ au nombre des convives, 
tandis que l'autre n'a que des hommes : à la 
première siège le Maître, à la seconde les ser- 
viteurs. Mais nous n'en parlons pas encore; 
examinons laquelle des deux ici-bas procure le 
plus de joie. Or, du côté des pauvres se trouve 
encore la joie la plus grande, puisqu'il y a plus 
de bonheur à siéger près du prince que près 
des serviteurs. Laissons aussi ce point de vue; 
considérons les choses en elles-mêmes.» 

Ce qui frappe d'abord, c'est que nous , les 
convives de la table des pauvres , nous conser- 
verons avec le calme la confiance et la liberté 



la plus complète ; vous , au contraire , vous 
serez saisis de frayeur et tremblants : par 
respect pour vos illustres convives , vous n'o- 
serez étendre la main, vous serez là comme des 
écoliers terrifiés en présence du maître. Quelle 
différence à la table des pauvres! Vous me 
direz que c'est toutefois pour vous un grand 
honneur. C'en est un plus grand pour moi. Ce 
qui fait ressortir votre obscurité, c'est le langage 
servile que vous tenez, bien qu'admis à la table 
du maître le rapprochement du serviteur et du 
maître met en relief la différence de l'un et de 
l'autre. On voit clairement que le premier se 
trouve là où sa condition ne l'appelle pas , et la 
familiarité dont il est l'objet l'honore moins 
qu'elle ne l'abaisse , en signalant sa condition 
infime. Si vous voulez contempler la splendeur 
du serviteur , l'éclat propre du pauvre , consi- 
dérez-le loin de tout contact avec le riche : ce 
qui est petit, parait encore plus petit à côté de 
ce qui est grand, et ce qui est bon parait encore 
meilleur par juxtaposition. Voilà ce qui vous 
arrive à vous, les convives des riches, mais non 
point à nous. En deux points, qui sont hors de 
toute comparaison , nous l'emportons sur eux , 
en fait d'honneur et de liberté. Pour moi , je 
préférerais un morceau de pain mangé en 
toute liberté à des mets sans fin mangés en 
pleine servitude. « Mieux vaut être invité à 
manger des légumes avec des amis, que le 
veàu gras avec des ennemis. » Prov., xv, 17. 
Quoi que disent les grands, il faut ou applaudir 
ou blesser, c'est-à-dire agir en parasites ou pis 
encore. Les parasites peuvent encore user d'une 
certaine liberté de parole, bien qu'on les injurie 
et qu'on les méprise ; cette liberté , vous autres 
vous ne l'avez même pas. Telle est donc l'abjec- 
tion à laquelle vous êtes réduits; vous êtes sous 
le coup de la crainte et de la frayeur, sans hon- 
neur d'aucune sorte. D'où je conclus l'absence 
de tout vrai plaisir à vôtre table, et la présence 
de la vraie joie à la table des pauvres. 
5. Mais allons plus loin , et considérons la Différent 

r ' entre la Ubl 

nature même des mets. D'un côté, impossible, du pauvre e 
le voulùt-on, de ne pas se charger de vin; de 2? 
l'autre, chacun ne boit et ne mange qu'autant JJJ 8 *J 
qu'il le veut. Conséquemment, le plaisir que vre. 



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20 



HOMÉLIES SUR L'ÉPITRE AUX COLOSSIENS. 



pourrait causer la qualité des mets est détruit et 
par la honte dont nous avons déjà parlé, et par 
les incommodités qui résultent de la satiété. 
Car, aussi bien que les privations , la satiété , 
les excès de table ruinent et affaiblissent le 
corps : que dis-je? beaucoup plus facilement 
encore , et il n'est personne qui ne soit plus tôt 
brisé par les excès que par les besoins. Vous 
supporterez bien plus aisément la faim que la 
satiété; vous la supporterez jusqu'à vingt et 
vingt-deux jours; vous ne résisterez pas à deux 
jours de satiété. Les hommes qui habitent la 
campagne et qui ne peuvent jamais contenter 
leur estomac , n'en sont pas moins robustes , et 
cela sans recours aux médecins. Les gens qui se 
gorgent de viandes ont sans cesse besoin des 
hommes de l'art; et plus d'une fois la science 
est encore vaincue par les excès. Il demeure 
donc que, du côté des pauvres, il y a plus de vrai 
plaisir que du côté des riches. S'il vaut mieux 
être honoré que d'être injurié, être indépendant 
que d'être esclave, être plein de confiance que 
d'être dans la crainte et dans la frayeur, avoir 
le suffisant que d'être noyé dans un fleuve de 
délices, il est incontestable que la table des 
malheureux donne plus de plaisir que la table 
opposée. Même quant à la dépense, la première 
est préférable. Les frais sont beaucoup plus 
considérables d'un côté que de l'autre. Vous de- 
manderez peut-être si la table des indigents pro- 
cure à l'hôte une satisfaction égale à celle qu'é- 
prouvent les invités. Nous n'hésiterons pas à 
répondre affirmativement; d'autant mieux que 
c'est là le point qui nous touche le plus. Le per- 
sonnage qui fait toutes ces invitations doit faire 
ses préparatifs plusieurs jours à l'avance; de là 
mille sollicitudes, mille soins, mille affaires, 
point de sommeil la nuit, ni de repos le jour; 
il faut tout prévoir, s'entretenir avec les cuisi- 
niers, les maîtres d'hôtel, les officiers de bouche. 
Au jour marqué, vous le voyez trembler comme 
ne tremblent pas les athlètes au moment d'en 
venir aux mains : il craint qu'il n'échappe quel- 
que sottise, que la jalousie ne le frappe, que ses 
ennemis n'en deviennent plus nombreux. Quand 
il ne s'agit que des pauvres, alors plus de souci 
ni d'inquiétude : on prépare soi-même la table, 



et l'on ne s'en met pas en peine plusieurs jours 
à l'avance. Après le repas, l'homme du monde 
ne doit plus compter sur l$i reconnaissance; 
l'hôte des pauvres a Dieu pour débiteur, et tous 
les jours il peut s'asseoir à cette même table. 
Les mets se consomment, la grâce ne se con- 
somme pas; en sorte que son bonheur et sa joie 
sont hors de comparaison avec la joie des vo- 
luptueux qui se gorgent de vin. Quoi de plus 
doux à l'àme que l'espérance solide des plus 
solides biens? 

Mais allons plus loin. D'un côté se font en- 
tendre des flûtes , des harpes et autres instru- 
ments de musique; de l'autre, pas de chants 
intempestifs ; des hymnes, des psaumes. Là 
c'est le démon qu'on célèbre ; ici c'est le souve- 
rain de l'univers. Quelle reconnaissance ici ; là, 
au contraire, quelle ingratitude, quelle stupi- 
dité , quelle absence de sens ! Car enfin n'est-il 
pas vrai que c'est Dieu à qui vous êtes redevable 
des aliments que vous avez pris? et, au lieu de 
lui rendre grâces du bien qu'il vous a fait, vous 
ne songez qu'aux démons r que sont autre chose, 
en effet, les chants qui résonnent sur la lyre, 
sinon des chants en l'honneur des démons? 
Vous devriez dire : Béni soyez, Seigneur, de 
m'avoir nourri de vos biens, et -vous ne vous 
en souvenez pas plus qu'un animal, et vous 
ouvrez la porte aux démons! Que dis-je? les 
animaux mêmes caressent les gens de la maison, 
qu'ils en aient reçu quelque chose ou qu'ils n'aient 
rien reçu. Quelle différence entre leur procédé 
et le nôtre? Us caressent ceux qui ne leur ont 
rien donné : Dieu vous comble, et vous aboyez 
contre lui. Qu'un ennemi flatte le molosse qui 
garde la maison, il n'en sera pas moins repoussé ; 
vous, au contraire, vous répondez au mal que 
ne cesse de vous faire le démon , l'introduisant 
dans la salle du festin. N'ètes-vous pas ravalé 
au-dessous même de la brute? Aussi bien, 
j'opposerai volontiers l'exemple de ces ani- 
maux aux hommes qui ne rendent grâces 
que pour le bien qu'ils ont reçu. Voyez donc, 
je vous en supplie, les chiens venir flatter leurs 
maîtres, alors même qu'ils seraient dévorés par 
la faim. Pour vous, à peine entendez-vous parier 
d'une guérison accomplie par le démon, que 

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HOMÉLIE I 

vous abandonnez le Seigneur : n'ètes-Vous pas en 
cela moins raisonnable que lesbètes elles-mêmes ? 
Vous objecterez qu'il y a plaisir à regarder les 
courtisanes. De quel plaisir parlez-vous? parlez 
plutôt d'ignominie et de turpitude. Vous avez 
fait de votre maison un mauvais lieu, un lieu 
de débauche et de fureur ; et vous osez qualifier 
cela de plaisir? Si tout plaisir en soi est légitime, 
l'opprobre dont vous vous chargez est plus 
ignominieux et plus ineffaçable. Gomment? 
N'est-ce pas un opprobre sans nom pour vous 
que de transformer votre maison en lupanar où 
les hommes se vautreront comme les animaux 
immondes dans la boue ? Vous me direz qu'on 
ne va pas jusque-là. Raison déplus pour en gémir, 
car le regard ne fait qu'irriter les désirs et attiser 
le feu des sens. Finalement, les convives de la 
plus riche table ne la quitteront que semblables 
à des furieux , à des insensés , à dés esclaves 
brutaux; ils sortiront pris de vin, quand leurs 
serviteurs auront évité tout excès. Quelle honte ! 
Rien de pareil: du côté des pauvres : avant de 
quitter la table, ils rendent gàces, ils se retirent 
ensuite chez eux, joyeux à leur coucher, joyeux 
à leur lever, n'ayant à se reprocher ni faute ni 
excès d'aucune sorte. 

6. Si vous désirez jeter un coup d'œil sur les 
invités, les premiers vous apparaîtront intérieu- 
rement ce que les autres sont extérieurement, 
à savoir : paralytiques, aveugles, estropiés quant 
à leur àme, en proie aux ulcères et à la fièvre, 
qui chez les autres n'affligent que le corps. Telle 
par exemple l'arrogance : après les plaisirs de 
la table, elle nous assimile à des mutilés; telle 
encore l'intempérance et l'ivresse, qui nous ravit 
l'usage de nos membres. Chez les pauvres vous 
verrez un spectacle opposé : leurs âmes vous 
paraîtront plus éblouissantes que le luxe et les 
vêtements des grands. Quand on vit dans un 
sentiment incessant de reconnaissance, quand 
on ne désire que le nécessaire, on vit dans une 
joie sans fin. Un mot maintenant sur le dénoue- 
ment de ces deux scènes. D'un côté, intempé- 
rance, plaisir, rires immodérés, bouffonneries, 
ivresse, propos obscènes; comme il en coûte à 
la pudeur humaine d'aborder de tels propos, la 
présence des courtisanes résout cette difficulté. 



2t 



De l'autre côté, vous n'apercevez que politesse, 
charité, mansuétude. L'homme qui invite des 
débauchés le fait par vaine gloire : l'autre, 
par charité, par générosité pure. Chez celui-ci, 
c'est l'humanité qui préside à la table; chez 
l'autre, c'est la vanité et la dureté, filles de Tin- 
justice et de la rapine. L'un aboutit à l'arro- 
gance, aux émotions vives, à la folie, que con- 
tiennent en germe la vaine gloire; l'autre à la 
prière et à la gloire de Dieu. Les hommes portent 
envie au premier; ils font le plus grand éloge 
du second, l'estimant comme leur père à tous, 
alors même qu'ils n'en auraient pas reçu de 
bienfait. Sans avoir été spolié, on épouse volon- 
tiers les sentiments et la cause des personnes 
qui l'ont été ; ou même, sans avoir reçu de bien- 
fait , on admire , on loue volontiers les auteurs 
des bienfaits que d'autres ont reçus. D'une part 
jalousie profonde, de l'autre sympathie et vœux 
affectueux. 

Voilà pour le siècle présent; dans le siècle 
à venir quand paraîtra le Christ, quelle con- 
fiance, quel bonheur, en entendant ces paroles 
à la face de l'univers : « Vous m'avez vu ayant 
faim, et vous m'avez nourri ; j'étais nu, et vous 
m'avez vêtu ; étranger, et vous m'avez accueilli ! » 
Matth., xxv, 35. Aux autres il sera dit : « Mé- 
chant serviteur, etc. » Ibid. Et encore : « Mal- 
heur à ceux qui se plongent dans la mollesse 
et dans les délices, qui dorment sur des lits 
d'ivoire, et qui boivent des vins de haut prix. » 
Amos., vi, 4. Malheur à ceux qui ont estimé per- 
manents les parfums recherchés dont ils se 
couvraient, et non comme des frivolités d'un 
jour. Je ne m'exprime pas de la sorte sans motif, 
mais bien pour changer vos dispositions et vous 
amener à ne rien faire qui ne vous soit vrai- 
ment avantageux. — Si je fais l'une et l'autre 
de ces choses, répondrez- vous. — C'est là du 
reste le langage généralement tenu. A quoi 
bon, répliquerai- je, pouvant assigner à toutes 
vos actions une utilité solide , les diviser , en 
gaspiller une bonne partie? Répandriez -vous 
la semence moitié dans une bonne terre, moitié 
en terrain pierreux , et diriez-vous alors : Que 
m'importe cette moitié perdue? N'ai-je pas une 
moitié en excellent terrain? Pourquoi pas tout 

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22 



HOMÉLIES SUR L'ÉPITRE AUX COLOSSIENS, 



jeter en bonne terre? Pourquoi diminuer votre 
profit? Vous ne raisonnez pas ainsi quand il 
s'agit d'amasser de l'argent, vous accumulez 
sans cesse. Quand il s'agit de placer à intérêt, 
vous ne dites pas : Pourquoi ne pas prêter une 
partie aux pauvres, l'autre aux riches? tout à 
ceux-ci. Pourquoi ne pas raisonner de même 
en matière de profits spirituels, et pourquoi 
gaspiller tant de richesses? — Mais , répliquez- 
vous, rien n'est perdu. — Gomment? — Nous 
y gagnons de nouvelles amitiés. — Quelle 
amitié glaciale que l'amitié dont la table est 
l'unique cause ! l'amitié des parasites , une amitié 
qui reviendra facilement à l'ingratitude. 

N'abaissez pas ainsi cette chose sublime , la 
charité; ne lui donnez pas une source pareille. 
Il me semble entendre prêter à un arbre qui 
porterait des fruits d'or et des pierreries , non 
des racines de même nature , mais des racines 
plongeant dans la pourriture. C'est là au fond 
votre propre raisonnement; une amitié ainsi 
formée est une amitié fausse. Savez-vous la 
table qui nous vaut de vrais amis , mais devant 
Dieu, mais des amis solides? c'est la table des 
pauvres. Vous faites peu de chose, en dépensant 
ici une partie, là une autre, encore que vous 
donniez beaucoup ; mais vous ferez beaucoup , 
donneriez-vous peu , si vous donnez tout d'un 
côté, à l'exclusion de l'autre. Ce qu'on demande, 
ce n'est pas si vous donnez une grande ou une 
petite quantité , mais si vous donnez autant 
qu'il vous est loisible de donner. Rappelez-vous 
le serviteur qui avait gagné cinq talents et celui 
Exemple tiré qui en avait gagné deux; rappelez-vous la veuve 
de rerugito î u î n ^ donna que deux oboles; et celle du temps 
reçuueproî ^'Elie. La première ne raisonna pas ainsi : 
phète Eiie. Pourquoi ne pas me contenter de donner une 
seule obole , et ne pas garder l'autre pour moi? 
Elle donna tout ce qu'elle avait. Et vous, si riche, 
vous vous laisseriez vaincre par cette femme en 
générosité ! Ne négligeons pas à ce point notre 
salut , appliquons-nous à l'aumône. Quoi de 
plus noble et de plus précieux ! Nous le verrons 
dans le siècle futur, et nous ne pouvonspas ne pas 
le voir dans le siècle présent. Proposons-nous 
donc la gloire de Dieu comme but de la vie ; 
recherchons ce qui lui plaît, afin de mériter les 



biens qui nous ont été promis. Puissions-nous 
tous les posséder, par la grâce et l'amour de 
Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui gloire, puis- 
sance , honneur, en même temps qu'au Père et 
au Saint-Esprit, maintenant et toujours, et 
dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE II. 

a C'est pourquoi, depuis le jour que nous l'avons appris , 
nous ne cessons de prier pour vous, et de demander à 
Dieu qu'il Vous communique pleinement la connaissance 
de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spiri- 
tuelle, afin que vous marchiez d'une manière digne du 
Seigneur, lui étant agréables en toute chose, portant des 
fruits en toute sorte de bonnes choses, et vous avançant 
dans la connaissance de Dieu. » 

1. « C'est pourquoi. » Que veut dire ici l'A- 
pôtre ? Parce que nous avons été informés de votre 
foi et de votre charité. Les excellentes nouvelles 
que nous avons apprises nous encouragent 
à demander encore mieux pour l'avenir. De 
même que, dans les combats du stade, on excite 
de préférence les athlètes les plus proches de la 
victoire ; de même Paul adresse de préférence 
ses exhortations à ceux des fidèles qui faisaient 
les plus rapides progrès dans le bien, « Depuis 
le jour que nous l'avons appris, nous ne cessons, 
dit-il, de prier pour vous. • Ce n'est pas seule- 
ment un jour, ni deux ni trois, que nous prions. 
En quoi il leur témoigne sa charité, tout en leur 
donnant à entendre qu'ils n'ont point encore 
atteint le but, par ces paroles : a Afin que Dieu 
vous communique pleinement;» de même que 
par celles-ci : « Lui étant agréables en toute 
chose, en toute sorte de bonnes œuvres; » et 
encore ces autres : c Remplis de toute sorte de 
vertus; » et enfin : « En toute patience et longa- 
nimité. » Manifestement ce qualificatif c tout, 
en toute sorte, • indique l'intention formelle en 
celui qui l'emploie, d'attribuer une partie de ces 
vertus , sinon toutes , aux personnes dont il est. 
question. 

« Que vous soyez remplis. » Paul ne dit pas : 
afin que vous receviez ; car ils-avaient déjà reçu. 
Il dit : « Que vous soyez remplis » de ce qui 
vous manque encore. De la sorte , le reproche 

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HOMÉLIE II. 



23 



qu'il leur fait entendre ne les blesse pas outre de vous animer d'une telle ardeur, que vous ne 

mesure, et l'éloge qu'il leur adresse les préserve vous abandonniez ni à la négligence ni au dé- 

du découragement par l'accent de sincérité qu'il couragement. « Par sa glorieuse puissance. » 

respire. Et que signifient ces paroles: «Que Dieu Puissiez- vous recevoir une ferveur telle qu'il 

vous communique pleinement la connaissance convient à un Dieu si glorieux et si puissant de 

de sa volonté? » C'est le Fils, non un ange, qui la donner. « En toute patience et toute longa- 

doit vous mener à Dieu. Que vous ayez besoin nimité. » Voici la pensée de l'Apôtre : Ce que 

d'un guide, vous le savez : il vous reste mainte- nous demandons instamment, c'est que vous 

nant à savoir pourquoi Dieu a précisément meniez une vie sans tache et digne de votre 

envoyé son Fils. Or, si les anges avaient dû profession de fidèles, que vous restiez fermes 

opérer notre salut, Dieu n'aurait ni envoyé, ni comme il convient à des hommes forts de la 

livré son Fils, a En toute sagesse et en toute force même de Dieu. Jusqu'à présent il ne parle 

intelligence spirituelle. » Comme les sages de point de doctrine , il ne sort pas de la question 

ce monde les trompaient : Je veux , lenr dit morale, à propos de laquelle il n'a nul reproche 

l'Apôtre, que vous soyez pénétrés de la sagesse à formuler. Sa part d'éloge faite , il passe à ce 

spirituelle ,' non de la sagesse qui vient des qu'il veut blâmer. 

hommes. Si ht sagesse spirituelle nous est néces- Telle est invariablement, dans ses Epîtres, la 
saire pour connaître la volonté de Dieu , pour marche qu'il observe. A-t-il à louer en certains 
connaître sa nature nous avons besoin de con- points , à blâmer en d'autres, il commence par 
tinuelles prières. Nous apprenons ici que Paul l'éloge avant que d'aborder le blâme. Les paroles 
prie depuis ce temps et qu'il n'a cessé de prier ; élogieuses lui concilient la bienveillance et l'in- 
telle est la signification de ce passage : a Depuis térèt de ses auditeurs, auxquels il prouve ainsi 
le jour que nous l'avons appris. » Il en résulte que ses reproches ne sont inspirés par aucun 
aussi une charge accablante pour les fidèles, ressentiment personnel, et que, désirant vive- 
dans le cas où ils n'auraient retiré aucun secours ment ne leur adresser que des éloges, il ne cède 
de ces prières incessantes. « Et de demander, » en faisant différemment qu'à la nécessité. Ainsi 
poursuit l'Apôtre, avec instance, sûrement, ce en agit-il dans sa première Epître aux Corin- 
qu'iladit plus haut : « Vous avez connu, » le thiens. Après les avoir loués grandement de 
prouve. Mais il reste encore autre chose à con- l'affection qu'ils lui conservaient, il prend occa- 
naître. a Que vous marchiez d'une manière sion du crime de l'un d'eux pour leur faire ses 
digne du Seigneur. » Il est ici question de la reproches. Dans son Epître aux Galates il ne 
vie et des œuvres : c'est l'usage de Paul d'unir suit pas cette marche, au contraire; ou plutôt, 
inséparablement la foi et la conduite, « Lui étant si l'on y fait bien attention, on verra que l'éloge 
agréables en toute chose. » Et comment lui y précède également le blâme. Paul n'avait àu- 
plaire ainsi? o Portant des fruits en toute sorte cune vertu à signaler chez eux; les reproches à 
de bonnes œuvres , et vous avançant dans la leur adresser étaient graves ; le désordre était 
connaissance de Dieu. » Puisqu'il s'est révélé général; comme ils étaient d'ailleurs assez faibles 
pleinement à votre intelligence, et puisque vous pour ne pas le pouvoir entendre, l'Apôtre com- 
avez été gratifiés de si abondantes lumières, mence ses reproches par ce mot : « Je suis 
mettez votre vie à la hauteur de votre foi. Or, étonné. » Langage qui renferme un véritable 
cette foi réclame une vie beaucoup plus parfaite éloge. Plus loin , Paul les félicite, non de leurs 
que votre vie passée. Voyez, en effet, de quelle sentiments actuels , mais de leurs sentiments 
vertu a besoin l'homme qui connaît Dieu, qui a passés, et s'exprime ainsi : o Si cela eût été pos- 
été honoré du titre de serviteur, que dis-je? sible, vous m'eussiez donné vos propres yeux. » 
d'enfant de Dieu. « Que, forts de toute sorte de Galat., i, 6; iv, 15. 

vertus. » C'est une allusion aux épreuves et aux 2. « Portant des fruits , » par vos bonnes 

persécutions qui les attendent. Nous prions Dieu œuvres. « Fortifiés, » contre les tentations, a En 



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24 HOMÉLIES SUR L'ÉPITRE AUX COLOSSIENS. 



toute patience et loDganimîté. » En tonte lon- 
ganimité entre vons , en toute patience envers 
les Gentils. La longanimité consiste à supporter 
les personnes de qui Ton pourrait tirer ven- 
geance; la patience , à supporter les personnes 
de qui Ton ne pourrait pas se venger. Voilà 
pourquoi Ton n'attribue jamais à Dieu la patience 
proprement dite, tandis qu'en bien des cas la 
longanimité lui est attribuée. Paul ne le fait-il 
pas lui-même dans ce passage de l'Epître aux 
Romains : « Mépriseriez-vous donc les trésors 
de sa bonté, de sa mansuétude et de sa longa- 
nimité?]) Rom. 9 n, 4. « En toute. » Pas main- 
tenant, mais plus tard ce sera différent. « En 
toute sagesse et intelligence spirituelle. » Il 
n'est pas possible de connaître par un autre 
moyen la volonté de Dieu. Ils croyaient bien ne 
pas ignorer cette volonté; mais leur sagesse 
n'était pas une sagesse spirituelle, a Afin que 
vous marchiez d'une manière digne du Sei- 
gneur. » Voilà le vrai chemin de la plus parfaite 
vertu. Celui qui connaîtra la miséricorde de 
Dieu, et il la connaîtra sûrement en le voyant 
livrer son Fils et ressentira pour le bien une plus 
grande ardeur. Du reste , nous ne prions pas 
seulement pour que vous appreniez à connaître, 
mais aussi pour que votre science se montre 
dans vos actes; posséder la science du bien et 
ne pas la pratiquer, c'est se rendre digne du 
châtiment. « Afin que vous marchiez; » pas 
une fois, mais toujours. Si le mouvement nous 
est absolument nécessaire, faire le bien l'est 
également. L'Apôtre emploie d'ordinaire cette 
métaphore pour désigner une vie de bien, et 
pour nous rappeler que telle est la vie qui nous 
est proposée ; en quoi elle n'a rien de commun 
avec la vie du monde. Voici un langage des plus 
élevés : a Afin que vous marchiez d'une ma- 
nière digne du Seigneur, » et « en toute sorte 
de bonnes œuvres; » de façon à grandir tou- 
jours sans interruption aucune. Ce qu'il exprime 
ainsi par cette métaphore : « Portant des fruits 
et vous avançant dans la connaissance de Dieu ; » 
revêtus de la force même de Dieu, autant qu'un 
homme peut en être revêtu, a Par sa puissance. » 
Langage bien encourageant. Il n'y a pas : Sa 
vertu, mais, « sa puissance, » expression en- 



core beaucoup plus énergique. « Par la puis- 
sance de sa gloire. » C'est que la gloire de 
Dieu triomphe partout. Voilà déjà une consola- 
tion pour vous , d'en arriver de l'opprobre où 
vous étiez à marcher de nouveau d'une manière 
digne de Dieu. L'Apôtre parle ici du Fils; c'est 
le Fils dont la domination s'étend sur la terre 
et jusqu'aux ci eux, dont la gloire remplit l'uni- 
vers. Paul ne veut pas seulement qu'ils soient 
fortifiés, mais qu'ils le soient comme doivent 
l'être les serviteurs d'un aussi puissant maître. 
« Dans la connaissance de Dieu. » Il indique en 
même temps la raison de cette connaissance. 
Connaître Dieu autrement qu'il ne convient, 
c'est une erreur, puisque ignoré* le Fils, c'est 
ignorer le Père même. La connaissance de Dieu 
est absolument nécessaire; sans elle les actes ne 
serviraient de rien. 

c En toute patience et longanimité, pleins de 
joie, rendant grâces à Dieu. » Ayant le dessein 
de les exhorter au bien , il ne leur parle pas de 
la récompense qui les attend; il l'a suffisam- 
ment indiquée au commencement en ces termes : 
«Dans l'espérance des biens qui vous sont réservés 
aux cieux. » Ici, Paul ne les entretient que des 
biens déjà reçus; ceux-ci donnent droit à ceux- 
là. Ainsi procède l'Apôtre en maintes circons- 
tances. Les biens déjà reçus sont une garantie 
et un encouragement pour les fidèles. « Pleins 
de joie, rendant grâces à Dieu. » Voici la liai- 
son des idées : Nous ne cessons de prier pour 
vous et de rendre grâces pour le passé. Voyez- 
vous en quels termes il se dispose à parler du 
Fils? Si nous sommes heureux d'exprimer 
notre gratitude, il s'agit donc de choses impor- 
tantes. On peut rendre grâces sous l'action de 
la crainte, on peut le faire aussi dans l'afflic- 
tion ; Job le faisait, par exemple, au fort de ses 
infortunes. « Le Seigneur, disait-il, me l'avait 
donné; le Seigneur me l'a ôté. » Job., i, 21. 
Qu'on ne prétende pas ce juste indifférent à 
tous les maux qui l'avaient frappé, insensible à 
ces coups; ce serait lui dénier son principal 
mérite. Cela étant, ce n'est ni sous l'impression 
de la crainte, ni seulement en considération de 
la puissance de Dieu , mais en considérant la 
nature des choses même, que « nous rendons 



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HOMÉLIE II. 



»5 



grâces à celai qui nous a rendus dignes d'avoir 
part à l'héritage des saints dans la lumière.» 
Parole profonde que celle-là ! Telle est la gran- 
deur des biens que nous avons reçus , dit l'A- 
pôtre, qu'avec ces biens Dieu nous a donné la 
dignité voulue pour les recevoir. Les expres- 
sions, a à celui qui nous a rendus dignes , » 
font ressortir la grandeur de ce bienfait. Un 
simple particulier parvenu au souverain pou- 
voir , pourra bien conférer à qui lui plaira le 
gouvernement d'une province; mais, s'il lui 
est facile de lui conférer cette fonction, il ne 
pourra pas lui donner par cela même la cap&cité 
nécessaire pour la bien remplir ; souvent une 
élévation de ce genre ne procure à qui en est 
l'objet que du ridicule. Si l'on pouvait, tout en 
élevant quelqu'un à une dignité importante, 
lui conférer par cela même la capacité néces- 
saire, alors, oui, cette élévation constituerait 
un honneur véritable. Or, telle est la pensée de 
l'Apôtre : non-seulement Dieu nous a élevés à 
une dignité sublime, mais il nous a rendus aptes 
à la bien remplir. 

3. Un double honneur nous est donc fait : 
Dieu nous donne , et il nous élève à la hauteur 
de ce don. Il n'a pas dit simplement : « A celui 
quinousa donné;» il ajoute : c A celui qui nous 
a rendus dignes et capables d'avoir part à l'hé- 
ritage des saints dans la lumière. » C'est-à-dire : 
A celui qui nous a donné place parmi les saints. 
La pensée de l'Apôtre s'étend même plus loin. 
Non-seulement Dieu nous a donné place parmi 
les saints, mais il nous a donné droit aux 
mêmes biens. On désigne sous le nom de part 
la quantité que chacun reçoit. Or, un homme 
peut habiter la même cité qu'un autre, et ne 
pas jouir cependant des mêmes biens; mais 
avoir la même part et ne pas jouir des mêmes 
biens, cela ne saurait être. On peut encore avoir 
part au même héritage et ne pas recevoir la 
même portion. Ainsi nous sommes tous dans le 
cas de participer au même héritage, et nous 
n'avons pas tous néanmoins le même lot. Hais 
ici les deux choses sont exprimées, et l'héritage 
et le lot. Pourquoi l'Apôtre parle-t-il de lot? 
C'est que personne ne saurait prétendre par ses 
seules vertus au royaume des cieux : le lot 



étant plutôt une affaire de bonne fortune , Paul 
nous rappelle que nos bonnes œuvres ne nous 
mériteront jamais elles seules la possession du 
ciel, et que c'est de la munificence divine que 
nous devons le recevoir. De là ce langage du 
Christ : <c Quand vous aurez fait toutes ces 
choses, dites : Nous sommes des serviteurs 
inutiles; ce que nous avons dû faire, nous 
l'avons fait. » Luc., xvn, 10. « D'avoir part à 
l'héritage des saints dans la lumière. » 

Dans la connaissance parfaite. A mon sens , 
Paul embrasse dans sa pensée le présent et 
l'avenir. Après cela il montre quels traitements 
nous avions mérités. Ce qu'il y a de surprenant, 
ce n'est pas seulement d'avoir été admis au 
royaume de Dieu, mais encore de l'avoir été, 
misérables comme nous l'étions : ce qui établit 
une différence importante. Paul va l'indiquer 
ici, comme il l'a fait dans son Epttre aux 
Romains : c A peine quelqu'un voudrait-il 
mourir pour un juste. Peut-être même que 
personne n'aurait le courage de mourir pour 
un homme de bien. » Rom. f v, 7. c A celui qui 
nous a arrachés de la puissance des ténèbres. » 
C'est à Dieu que toutre vient, et ces premiers et ces 
seconds bienfaits : ce qui nous arrive de bien ne 
nous appartient jamais, a A la puissance des té- 
nèbres; » au joug de l'erreur, à la tyrannie du 
diable. Il n'y a pas seulement : Aux ténèbres, 
mais bien : « A la puissance. » Le diable , en 
effet , exerçait sur nous une grande puissance, 
et faisait peser sur les hommes son empire. 
C'est déjà bien triste d'être dans la dépendance 
de l'esprit du mal; être sous sa pleine puis- 
sance, c'est le comble du malheur. « Et qui 
nous a transférés dans le royaume du Fils de 
son amour. » Il ne s'est pas borné , pour nous 
témoigner sa tendresse, à nous arracher à la 
puissance des ténèbres : sans doute, c'est un 
grand bienfait que d'en être retiré ; mais c'en 
est un plus grand encore d'être reçu dans le 
royaume de Dieu. Voyez-vous la multiplicité 
des dons qui nous sont faits? Nous gisions au 
fond de l'abîme, et Dieu nous en a retirés: 
non content de nous en retirer, il nous a intro- 
duits dans son royaume, c Qui nous a arra- 
chés. » Remarquez cette expression « arrachés, » 



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HOMÉLIES SUR L'ÈPITRE AUX GOLOSSIENS. 



an lien de retirés ; c'est pour nous faire Com- 
prendre notre profonde misère, et l'horreur de 
leur captivité. 

Voici maintenant qui rend à merveille la 
puissance puissance irrésistible de Dieu. « Et qui nous a 

irrésistible * 

de Dieu. transportés; » comme qui transporte un soldat 
d'une gloire dans une autre. « Transportés, » 
et non , changés , transformés , ce qui eût par 
trop annulé ceux qui en avaient été l'objet. Par 
le mot « transportés , » la part de chacun est 
déterminée , soit la nôtre , soit celle de Dieu, 
c Dans le royaume du Fils de son amour. » 
Non pas, dans le royaume des cieux ; les termes 
que Paul emploie sont plus nobles et. plus 
élevés : « le royaume du Fils ; » de gloire plus 
grande que celle-là, il n'en saurait être. « Si 
nous souffrons avec lui, dit ailleurs dans le 
même sens l'Apôtre, nous régnerons avec lui. » 
II Tira., n, 12. Nous sommes admis aux mêmes 
honneurs que le Fils. Ce qui est plus frappant , 
l'Apôtre ajoute : « Bien-aimé. » Voilà donc les 
ennemis de Dieu, transportés des ténèbres où 
ils étaient plongés dans le séjour même du 
Fils , admis à partager sa gloire. La progres- 
sion que suit Paul est à noter. Pour nous donner 
une haute idée du bienfait que Dieu nous a 
octroyé , il parle d'abord de royaume , puis du 
royaume du Fils, puis encore du Fils bien- 
aimé , enfin de la dignité suréminente de sa 
nature. Que dit-il en effet? a Du Fils, qui est 
l'image du Dieu invisible. » Toutefois il n'a- 
borde pas sur-le-champ cette idée; il signale 
auparavant le bien qui nous a été fait. Vous 
eussiez pu croire qu'en attribuant cette grâce 
au Père, Paul en excluait le Fils : aussi l'attri- 
bue -t-il tout entière au Père et tout entière au 
Fils. Le Père nous a transportés ; le Fils nous 
en a mérité la faveur. Ces paroles : a Qui sont 
arrachés de la puissance des ténèbres , » 
énoncent la même pensée que celle-ci : « En 
qui nous avons la rédemption , la rémission de 
nos péchés. » Si nos péchés n'étaient point 
remis , nous ne serions pas introduits dans le 
divin royaume. Voici encore les mots : « En 
qui. » Le grec, dhcoXfrcpcûoiv , beaucoup plus 
énergique que Xùtpoxjtv, exprime l'idée, non 
d'une rédemption ordinaire, mais d'une rédemp- 



tion parfaite et irrévocable , telle que désormais 
nous n'aurons plusàredouter de chute ni de mort. 
« Qui est l'image du Dieu invisible, le premier-né 
de toute créature. » Nous touchons à une question 
dénaturée par l'hérésie : nous ne la traiterons 
pas aujourd'hui , et nous renverrons à demain 
les développements, que votre piété désire. S'il 
fallait ajouter encore quelque chose, nous 
dirions que l'œuvre du Fils est plus importante. 
Gomment? Impossible que le royaume nous 
soit donné tant que nous demeurerons dans le 
péché ; le donner, quand nous avons été jus- 
tifiés, rien de plus facile. Donc la rédemption a 
facilité l'admission au ciel. Qu'est-ce à dire? Le 
Fils vous a retiré du péché; donc vous lui êtes 
en partie redevable du salut. L'Apôtre établit 
ainsi comme la base du dogme. 

4. Encore une observation, et nous mettrons 
un terme à cet entretien. Cette observation, 
quelle est-elle? Puisque nous avons été favo- 
risés d'un si grand bienfait, il est juste que nous 
en conservions éternellement le souvenir, que 
nous ne cessions de penser et au don que Dieu 
nous a fait, et aux maux dont il nous a délivrés, 
et aux biens que nous avons obtenus : de cette 
manière nous serons vraiment reconnaissants, 
et notre amour envers Dieu augmentera. Que 
dites-vous, ô homme? Vous êtes appelé à pos- 
séder un royaume, et le royaume du Fils de 
Dieu; et vous êtes là hésitant, froid et dans la 
torpeur? Vous fallût-il braver chaque jour mille 
morts, ne devriez-vous pas les affronter sans 
crainte? Pour arriver à une charge publique, 
qu'y a-t-il que vous ne supportiez pas? Et quand 
il s'agit du royaume du Fils unique, vous ne 
braveriez pas mille glaives, vous ne vous pré- 
cipiteriez pas dans le feu? Encore le plus grand 
mal n'est-il point celui-là : c'est plutôt de vous 
désoler, lorsque le moment de quitter ce monde 
arrive, et de vous plaire ici-bas, tant vous êtes at- 
taché à cette vie corporelle. Que signifie cette con- 
duite? Estimeriez-vous donc la mort redoutable ? 
S'il en est ainsi, prenez- vous-en à la mollesse et 
à l'oisiveté : l'homme qui mène une vie pénible 
voudrait avoir des ailes pour s'envoler et se dé- 
livrer de cette vie. Il nous arrive la même chose 
qu'aux petits oiseaux qui, affaiblis par le séjour 

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HOMÉLIE II. 

du nid, y veulent demeurer toujours. Plus nous criaient-ils 



17 



resterons en ce monde, plus notre faiblesse aug- 
mentera. Est-ce que la vie présente n'est pas 
comparable à un nid? n'est-elle pas formée de 
fange et de boue? Vous avez beau me montrer 
ces grands édifices, ces palais étincelants d'or 
et de pierreries ; à mes yeux ils ne valent pas 
mieux que des nids d'hirondelles. L'hiver venu, 
ils s'écrouleront sans retour; j'appelle hiver ce 
jour qui sera le dernier, encore qu'il ne soit pas 
hiver pour tous : Dieu le désigne tantôt sous le 
nom de jour, tantôt sous le nom de nuit : de 
jour, en considération des justes; de nuit, rela- 
tivement aux pécheurs. C'est dans le même sens 
que je le désigne sous le nom d'hiver. Si, durant 
l'été, nous n'acquérons pas assez de forces pour 
prendre notre essor, l'hiver venu, nos mères 
ne seront pas là pour nous prendre et nous 
empêcher, soit de mourir de faim, soit de périr 
quand le nid tombera. En ce jour-là, Dieu enlè- 
vera ce qui existe , aussi aisément , et plus aisé- 
ment même qu'on n'enlève un nid; il restaurera 
et rétablira dans l'harmonie toute chose. Les 
âmes appesanties qui ne sauraient s'envoler au- 
devant du Christ dans les airs, et qui, nourries 
dans la mollesse, ne peuvent désormais prendre 
un rapide essor, seront punies en conséquence. 
Si les petits de l'hirondelle, le nid tombé, pé- 
rissent aussitôt, nous, au lieu de périr à l'instant 
même, nous serons éternellement châtiés. Ce 
sera vraiment l'hiver alors, ou plutôt quelque 
chose de plus terrible encore. Au lieu des eaux 
torrentielles, ce seront des torrents de feu ; au 
lieu de ténébreuses nuées, ce seront des ténèbres 
impénétrables et complètes : ni le ciel ni la terre 
ne pourront se voir, et les hommes éprouveront 
plus d'angoisses que les malheureux que la 
terre engloutit. 

Ce langage, nous le tenons souvent, et nous 
n'en sommes pas mieux écoutés de quelques 
fidèles. Au surplus, pourquoi nous en étonner? 
Ce qui nous arrive, à nous pauvres et petits, 
quand nous vous prêchons ces vérités n'arrivait- 
il pas aux prophètes quand ils annonçaient et 
ces vérités mêmes, et la guerre et la captivité? 
Jérémie gourmandait Sédécias, et Sédécias de- 
meurait insensible. Aussi les prophètes s'é- 



a Malheur à ceux qui disent : Puis- 
sent s'accomplir prochainement les choses que 
Dieu doit faire, afin que nous les voyions; 
viennent les desseins du Saint d'Israël, afin que 
nous les connaissions. » /sa., uv, 19. N'en soyons 
pas surpris. Les hommes qui voyaient l'arche 
se construire, ne croyaient pas d'abord; ils ne 
crurent qu'en un temps où la foi ne .servait plus 
à rien. Les habitants de Sodome ne comptaient 
pas non plus sur les menaces divines; ils n'y 
crurent que lorsqu'il n'était plus temps. Mais à 
quoi bon parler de choses à venir? Qui se fût 
attendu aux calamités qui éclatent en divers 
pays, aux tremblements de terre, aux villes 
détruites? Et pourtant, nous avions plus de rai- 
sons de nous y attendre que les contemporains 
du déluge. La preuve en est que ces derniers 
n'avaient aucun autre exemple , ni l'Ecriture 
sous les yeux ; tandis que nous, nous avons devant 
nous une foule de traits, soit présents, soit passés, 
qui eussent dû nous éclairer. D'où est venue 
l'incrédulité de ces hommes? De leur sensualité. 
Us buvaient et mangeaient, et par suite ils ne 
croyaient pas. Lorsqu'on désire une chose, on 
y pense constamment, on y compte, et, dans 
ceux qui nous en détournent , on ne voit que 
des rêveurs. 

5. Qu'il n'en soit pas ainsi de nous; il ne s'agit 
pas d'un déluge, ni d'un châtiment dont la mort 
est le terme , mais de châtiments qui commen- 
ceront à la mort pour ceux qui ne croient pas 
au jugement. Et qui donc en est revenu, direz- 
vous , pour nous l'affirmer? Si vous parlez de 
la sorte en vous jouant, vous faites mal; il ne 
faut pas se jouer en pareille matière ; il n'est pas 
ici question de choses légères , mais des choses 
les plus terribles. Si vous parlez sérieusement 
et si vous pensez qu'il n'y a plus rien après cette 
vie, comment osez- vous vous dire chrétien? car 
je ne m'occupe pas de ce que pensent ceux du 
dehors. Pourquoi recevez-vous l'eau de la régé- 
nération ? pourquoi venez-vous à l'église ? Est- 
ce que nous vous promettons des honneurs? 
Toutes nos espérances sont dans les biens à 
venir. Pourquoi donc vous présentez-vous, si 
vous ne croyez pas aux Ecritures, si vous ne 
croyez pas àu Christ? Ce n'est pas moi qui appel. 



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b 



28 



L'esprit du 
mal ne nont 
prétente ja- 
mais ouver- 
tement ses 
erreur*. 



lerai un tel homme chrétien ; à Dieu pe plaise ! 
Je le déclarerai pire qu'on païen. Comment? 
C'est qu'en estimant le Christ Dieu, vous ne 
croyez pas en lui de cette façon. L'impiété, 
dans le cas contraire, est conséquente; il n'est 
pas nécessaire de croire au Christ , dès qu'on 
n'accepte pas sa divinité. Par exemple, où l'im- 
piété est d'une extrême inconséquence, c'est 
lorsque, proclamant la divinité du Christ, on 
déclare indigne de créance le langage qu'il a 
tenu. L'ivresse, les voluptés, la débauche seules 
peuvent inspirer ces paroles : a Mangeons et 
buvons, car nous mourrons demain. » I Cor., 
xv, 32. Ce n'est pas demain ; aujourd'hui même, 
en parlant de la sorte, vous êtes déjà mort. 
Dites-moi, n'y a-t-il donc aucune différence 
entre les bètes de somme, les animaux immondes 
et nous? S'il n'y a ni jugement, ni récompense, 
ni tribunal, pourquoi les dons qui enrichissent 
la nature humaine , pourquoi la raison , pour- 
quoi cet empire sur toute chose? pourquoi est- 
ce nous qui commandons et les créatures qui 
obéissent? N'est-ce pas pour nous aveugler sur 
les dons de Dieu que le diable a recours à toutes 
ces manœuvres? Il confond les maîtres et les 
sujets; semblable à un esclave méchant et misé- 
rable qui s'efforcerait de réduire un homme 
libre à l'état d'abjection que comporte le châti- 
ment. Mais non-seulement, à raisonner ainsi, il 
n'y a plus de jugement, il n'y a plus même de 
Dieu : il est, en effet, dans les procédés de l'es- 
prit du mal de ne jamais présenter de face ses 
erreurs; il a recours à des moyens détournés, 
pour que nous ne nous tenions pas sur nos gardes. 
S'il n*y a pas de jugement, Dieu n'est plus juste ; 
ceci soit dit humainement parlant ; si Dieu n'est 
pas juste, il n'est pas Dieu. S'il n'y a point de 
Dieu, tout s'évanouit, il n'y a plus ni vice ni 
vertu. Aucune de ces conséquences, il est vrai, 
n'est exposée clairement par notre ennemi. 
Voyez-vous néanmoins le dessein qu'il a en vue? 
son but est de nous ravaler du rang des hommes 
au rang des brutes, au rang même des démons? 

Ne nous laissons pas séduire. Oui, vous serez 
jugé, malheureux, infortuné que vous êtes! Je 
sais bien ce qui vous entraine à raisonner de la 
sorte. Vous avez commis bien des péchés , vous 



HOMÉLIES SUR L'ÉPITRE AUX COLOSSIENS. 

avez fait bien des chutes, vous n'avez plus con- 
fiance; et vous supposez que les choses se met- 



tront en harmonie avec vos raisonnements. — 
Au moins, dites-vous, je ne soumettrai pas mon 
àme à la torture de la crainte de l'enfer : s'il 
existe , je me persuaderai qu'il n'existe pas ; en 
attendant, je profiterai des plaisirs. — Pourquoi 
ajouter ainsi les crimes aux crimes? Si vous 
avez péché, tout en croyant à l'enfer, vous aurez 
à subir seulement le châtiment de vos crimes ; 
si, au contraire, vous ajoutez à vos crimes cette 
impiété , vous aurez à subir et le châtiment de 
vos fautes et celui de votre raisonnement impie; 
en sorte que , pour une passagère et insipide 
consolation , vous serez voué à un éternel sup- 
plice. Vous êtes coupable, soit; mais pourquoi 
exciter les autres à le devenir, en affirmant 
qu'il n'y a pas d'enfer? pourquoi tromper les 
faibles? pourquoi décourager le peuple? Si l'on 
vous écoutait , la confusion régnerait partout : 
ni les gens de bien ne deviendraient plus zélés, 
ni les méchants ne deviendraient moins mé- 
chants; loin de là. Est-ce que nous obtiendrons 
plus facilement le pardon de nos propres fautes, 
en travaillant à perdre les autres? Le diable, 
vous le savez, fit tout ce qu'il pouvait en vue de 
perdre Adam : a-t-il obtenu pour cela miséri- 
corde? Et son châtiment n'en a-t-il pas été sin- 
gulièrement aggravé? Ce qu'il fait ne tend donc 
qu'à nous faire punir et pour nos péchés et 
pour les péchés de nos frères. N'allons pas nous 
persuader qu'en entraînant le prochain dans 
notre ruine , nous adoucirions la sentence du 
juge ; nous en augmenterions plutôt la rigueur. 
Pourquoi nous précipiter tête baissée dans l'a- 
blme? Laissons à Satan cette fureur. Avez-vous 
prévariqué, ô homme ? Vous avez un Seigneur 
miséricordieux : invoquez, suppliez, pleurez, gé- 
missez, inspirez de l'effroi à vos frères, pressez- 
les de ne pas tomber dans les mêmes erreurs. 
Qu'un de vos serviteurs ayant prévariqué dise à 
son fils : Mon fils, j'ai offensé le maître, efforce- 
toi de lui être agréable pour ne pas t'exposer à 
mon sort ; — est-ce que vous ne seriez pa« 
indulgent pour ce serviteur ? est-ce que vous ne 
seriez pas touché et fléchi? Si, au lieu de s'expri- 
mer de la sorte, il se mettait à dire que le maître 



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HOMÉLIE II. 



29 



ne traite pas ses serviteurs avec justice , que 
tout , bien et mal , est dans le plus complet dé- 
sordre, qu'il n'y a pas de reconnaissance dans 
une pareille maison, vous le maître, que pense- 
riez-vous de lui ? Est-ce que vous ne lui infli- 
geriez pas pour ses propres écarts une peine 
plus rigoureuse? Certainement, et avec raison ; 
car dans le premier cas il aura une excuse, 
quoique bien faible, la passion, et dans l'autre, 
il n'aura aucune excuse. Si vous ne voulez pas 
d'autre exemple, suivez au moins celui du riche 
qui, plongé dans la géhenne, disait : a Père Abra- 
ham, envoyez Lazare à mes proches, afin qu'ils 
ne viennent pas dans ce lieu, » Luc, xvi, 24, 
ne pouvant aller lui-même vers eux ; au moins, 
disait-il , qu'ils ne subissent pas mon sort. — 
Abstenons-nous de ce langage satanique. 

6. Alors, répliquerez-vous, si les Gentils nous 
questionnent, vous ne voulez pas qu'on les tire 
de leur erreur? De votre côté, voulez-vous, sous 
prétexte d'éclairer un Gentil, jeter dans le doute 
un chrétien , et autoriser cette doctrine de 
Satan? Quand, après avoir raisonné vous-même 
sur un point, vous n'avez pas convaincu votre 
interlocuteur, vous faites appel à d'autres témoi- 
gnages. Si vous avez à discuter avec un Gentil, la 
discussion ne doit pas partir de là. Le Christ est- 
il Dieu et Fils de Dieu? demanderez-vous. Ont- 
ils eux-mêmes d'autres dieux que les démons ? 
Ce point démontré, tous les autres en découlent 
naturellement. Inutile de s'occuper des consé- 
quences , si le principe n'est pas posé ; si vous 
n'avez pas appris ce qu'il y a de plus simple, il 
serait insensé et superflu d'aborder ce qu'il y a 
de plus élevé. Le Gentil ne croit pas au jugement; 
il en est sur cette matière où vous en êtes 
vous-même. Bon nombre de philosophes ont 
cependant approfondi ce sujet, et, quoiqu'ils 
l'aient affirmé en séparant le corps de l'àme, ils 
ont cependant proclamé la réalité d'un juge- 
ment. C'est une chose tellement manifeste, que 
personne ne l'ignore, et que les poètes mêmes et 
tous les Gentils sont unanimes sur la question du 
jugement et du tribunal. Ainsi voilà le Gentil qui 
partage à cet égard la croyance commune, le Juif 
qui croit fermement à cette vérité, et tout homme 
également. Pourquoi nous séduire nous-mêmes? 



Vous me tenez à moi ce langage ; mais que di- 
rez-vous à Dieu qui a façonné nos cœurs , qui 
connaît le fond de nos pensées , qui , possédant 
la puissance et la vie dans leur plénitude , pé- 
nètre plus avant qu'un glaive à double tran- 
chant? 

Parlez-moi en toute vérité; est-ce que vous 
ne vous condamnez pas vous-même quand vous 
faites mal ? Y a-t-il un seul homme qui ne se 
blâme et ne se condamne, toutes les fois qu'il a 
prévariqué? Le hasard pourrait-il seul expliquer 
cette disposition si sage , en vertu de laquelle 
tout pécheur flétrit ses propres désordres? Il y a 
dans cette disposition une évidente sagesse. Vous 
vous condamnez donc vous-même; et celui qui 
vous inspire cette pensée laisserait les choses 
aller indifféremment! Voici la règle universelle 
et absolue : Parmi les hommes qui pratiquent 
la vertu , il n'en est aucun , hérétique même 
ou Gentil, qui ne croie au jugement. Parmi 
les hommes adonnés aux vices , sauf un petit 
nombre, aucun n'accepte le dogme de la résur- 
rection. C'est ce qu'annonçait le Psalmiste en ces 
termes : a Vos jugements seront ôtés de devant 
sa face. » Ps. x , 5. Pourquoi ? Parce que 
ses voies sont souillées en tout temps. « Man- 
geons et buvons , disaient-ils, car demain nous 
mourrons. » Voyez-vous à quelles tristes gens 
convient ce langage? Ce sont les plaisirs de la 
table qui inspirent cette négation de la résur- 
rection. L'àme ne peut supporter, non, elle ne L'àme ne 
supporte pas le jugement de la conscience. Il en ter a \e*7«g* 
est d'elle comme de l'homicide qui , avant de J^îtno* 
répandre le sang , commence par se demander 
à lui-même s'il ne sera pas découvert. S'il écou- 
tait sa conscience, il ne mettrait pas aussi 
promptement ses desseins mauvais à exécution. 
Cependant il n'ignore pas la sentence; mais il 
feint de l'ignorer, pour n'être pas torturé par le 
remords et par la frayeur; sans cela, il serait 
impuissant à commettre son crime. Ainsi en 
est-il des pécheurs : ils savent bien que c'est mal 
de pécher; mais, se roulant quotidiennement 
dans cette fange, ils ne veulent pas le savoir, 
encore que leur conscience ne leur dissimule 
rien. 

Mais laissons ces hommes de côté. Il y aura, 

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HOMÉLIES SUR L'ÊPITRE AUX COLOSSIENS. 



30 

oui, sûrement il y aura un jugement , il y aura 
une résurrection , et Dieu ne laissera pas sans 
rétribution les actions humaines. Je vous en 
supplie donc, éloignons-nous du vice, attachons- 
nous à la vertu, afin de recevoir la parole de 
vérité par le Christ Jésus Notre-Seigneur. Au 
surplus, qu'est-il plus aisé d'admettre , la doc- 
trine de la résurrection, ou la doctrine du des- 
tin ? Ici tout est injustice , stupidité , cruauté , 
inhumanité : là il n'y a que justice et sagesse; et 
pourtant quelques hommes ne veulent pas de 
cette doctrine TLa cause en est, encore une fois, 
leur lâcheté; nul homme sage ne refusera de 
l'admettre. Parmi les Gentils, ceux qui, faisant 
du plaisir le but théorique et pratique de la vie 
ont tout borné à la vie présente ; mais ceux qui 
ont eu souci de la vertu , ont repoussé cette 
doctrine dégradante comme indigne de la rai- 
son. Là les Gentils nous offrent ce spectacle , il 
doit en être de même à propos du dogme de la 
résurrection. Remarquez, je vous prie, comment 
^le diable en arrive à ces deux fins opposées : 
pour nous amener à négliger la vertu, et à ho- 
norer les démons, il a imaginé la théorie de la 
fatalité; et il n'en a pas fallu davantage. Quelle 
justification -, quelle excuse pourra faire valoir 
l'homme qui refuse de croire à une aussi ad- 
mirable doctrine, et qui se repaît de semblables 
chimères? N'allez donc pas vous bercer de cette 
consolation , que la miséricorde ne vous sera 
pas refusée. Rentrons en nous-mêmes , appli- 
quons-nous à la vertu, vivons sincèrement pour 
Dieu, par le Christ... etc. 



HOMÉLIE III. 

« Qui est l'image du Dieu invisible, le premier né de toute 
créature; car par lui tout a été créé, les choses célestes 
et les choses terrestres, les choses visibles et les 
choses invisibles, soit les Trônes, soit les Dominations, 
soit les Principautés , soit les Puissances. Tout a été 
créé par lui et pour lui. Et lui est avant toute chose, 
et toute chose subsiste par lui. Et lui-même est la 
tête du corps de l'Eglise. » 

1. J'ai à m'acquitter aujourd'hui de la pro- 
messe que je vous fis hier, et à satisfaire l'ardeur 
de vos esprits. C'est touchant la dignité du Fils, 
nous l'avons déjà prouvé, que Paul s'exprime 



ainsi : a Qui est l'image du Dieu invisible. » De 
qui pensez-vous qu'il le déclare l'image? Si c'est 
de Dieu, très-bien : il est Dieu et Fils de Dieu. 
Le principe admis, sa ressemblance parfaite en 
découle ; dès lors il lui est en cela égal. Si vous 
prétendez qu'il est l'image d'un homme, avouez- 
le, et je me garderai désormais de vous, comme 
d'un insensé. — Pourquoi donc l'ange n'est-il ja- 
mais appelé Fils ou image de Dieu, mais l'homme 
seulement? — Pourquoi ? Parce que l'élévation 
de la nature angélique eût exposé bien des 
hommes à de graves erreurs. Ici, au contraire, 
l'abaissement, la vileté de la nature humaine, 
éloigne tout danger pareil, et ne permet même 
pas à qui le voudrait d'imaginer rien de sem- 
blable et d'abuser de ces expressions. C'est 
pour cela que l'Ecriture n'hésite pas à attribuer 
à la plus humble'nature ce qu'il y a d'honorable, 
et ne le fait point pour la plus élevée. — L'Apôtre 
dit : « L'image du Dieu invisible. » Si Dieu est 
invisible, l'image de ce Dieu doit l'être égale- 
ment, sans quoi ce n'en serait pas l'image. — 
Une image, en effet, en tant qu'image doit 
être, même pour nous, d'une similitude parfaite 
et quant au dessin et quant à la ressemblance. 
Seulement ici-bas cela ne peut guère se ren- 
contrer ; l'art humain est souvent en défaut ou 
plutôt il l'est toujours , si vous y regardez de 
près. Mais, dès qu'il s'agit de Dieu, il ne saurait 
ni se tromper, ni commettre une imperfection. 
Or, si le Fils est une créature, comment serait- 
il l'image de celui qui l'a créé? un cheval ne 
saurait être l'image d'un homme. Si l'image de 
l'invisible n'en exprime pas la parfaite ressem- 
blance, pourquoi les anges n'en seraient-ils pas 
aussi l'image? car ils sont invisibles, encore qu'ils 
se voient eux-mêmes. L'àme est pareillement 
invisible : en tant qu'invisible , elle est d'une 
certaine façon l'image de Dieu, mais non comme 
l'est le Fils, « le premier né de toute créature. » 

2. Qu'est-ce à dire? répliquerez-vous. Il a 
donc été créé? — Comment, je vous prie? 

— Parce que l'Apôtre l'appelle « le premier né. » 

— Oui, « le premier né, » non, le premier créé. 
Si vous concluez de ce titre de premier né, qu'il 
a été créé, que conclurez- vous quand vous l'en- 
tendrez traiter de frère? L'Ecriture ne dit-elle 



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pas qu'il est notre frère, et qu'il nous a été en 
toute chose rendu semblable? Lui refuserons- 
nous à cause de cela le titre d'Auteur de l'uni- 
vers, et ne l'estimerons-nous supérieur à nous 
ni en dignité, ni de toute autre manière? Quel 
homme sensé parlerait de la sorte ? Le mot pre- 
mier né, ne désigne ni honneur ni dignité, mais 
seulement une relation de temps. Si sous ce rap- 
port il n'a rien de plus que nous, c'est dans le 
même sens qu'il faut comprendre ce titre de pre- 
mier né de toute créature , et le Verbe de Dieu 
sera donc de même substance que la pierre, le 
bois et toute autre chose pareille, puisque nous 
lisons : « Le premier né de toute créature. » — 
Vous direz : Il est le premier né ; donc il est lui 
aussi créé. — Vous raisonneriez à merveille si 
ce terme n'était pas employé ailleurs, par exemple 
quand le Christ est appelé « le premier né d'entre 
les morts, le premier né d'entre beaucoup de 
frères. » Col., i, 18 ; Rom., vin, 29. Que veut 
dire, je vous le demande, l'expression : a Premier 
né d'entre les morts? » Vous ne répondrez certai- 
nement pas que le Christ est le premier qui soit 
ressuscité. Ce n'est pas seulement de quelques 
morts, mais des mortsqu'il est dit le premier né ; il 
n'y a pas non plus qu'il est mort le premier, mais 
qu'il est ressuscité le premier des morts. Or, 
cela signifie simplement que la résurrection du 
Christ a été les prémices de la résurrection des 
morts. En sorte que rien n'en résulte encore. 
Vient ensuite le point doctrinal lui-même. Pour 
les empêcher de croire cette doctrine d'origine 
plus récente, parce qu'elle avait été promul- 
guée par lui-même, au lieu de l'être par les 
anges, il commence peur établir que les anges 
n'y ont pu absolument rien; car ils n'auraient 
pas dissipé les ténèbres. Il établit en second lieu 
que le Fils était avant eux. Ce dernier point, 
à savoir qu'il existât avant eux, il le démontre en 
disant que tous les anges ont été créés par lui. 
« Par lui, continue- t-il, tout a été créé. » 

Que prétendent ici les disciples de Paul de 
Samosate? Tout a été fait par lui, car il est 
écrit : ce En lui tout a été créé. » L'Apôtre a 
parlé des choses du ciel et des choses de la 
terre. Ceci regarde le point en litige; après cela 
il ajoute : c Les choses visibles et les choses 



HOMÉLIE îït. 3i 

invisibles. » Les choses invisibles, telles que 
l'àme; les choses visibles, tous les hommes. 
Laissant de côté les points certains, il ne s'oc- 
cupe que des points douteux. « Soit les Trônes, 
soit les Dominations , soit les Principautés , soit 
les Puissances. » La particule soit n'exclut rien. 
L'esprit n'est pas compté en même temps que 
les Puissances, l'Apôtre embrassant le moins 
élevé dans le plus élevé. « Toutes les choses ont 
été créées par lui et pour lui. » Ainsi donc, 
en lui, équivaut à par lui. Après avoir dit, « en 
lui, » Paul ajoute : « Par lui. » Et que signifie 
a pour lui? » Que de lui dépend le maintien de 
cet univers. Non-seulement il a tiré du néant 
tout ce qui existe, mais il le conserve ; en sorte 
que, son action providentielle venant à man- 
quer, tout périrait. Néanmoins le mot, contient, 
n'est pas employé ; il eût été d'une signification 
trop matérielle. « De lui dépend le maintien de. 
l'univers, » ceci estplus noble. Il suffit au Fils de 
sa volonté pour tout maintenir et conserver. De 
même, l'expression, premier né, rappelle l'idée 
de fondement employée ailleurs. Elle n'implique 
pas que les créatures soient de même nature 
que le Fils, mais que tout est en lui et par lui. 
Ailleurs aussi, la phrase : « J'ai posé le fonde- 
ment,» Cor., m, 10, signifie l'action conservatrice 
du Fils, action non moins grande que l'action 
créatrice. C'est pour vous détourner de voir dans le 
Fils un simple instrument, quel' Apôtre parle delà 
sorte. Il y a même relativement à nous quelque 
chose de plus grand dans l'action conservatrice : 
il y a un certain art pour la création ; il n'y en a 
pas pour la conservation ; et comment conserver 
ce qui périt? « Il est avant tous. » Attribut digne 
de Dieu. Où est Paul de Samosate? « Et toutes 
les choses subsistent en lui, » ont été créées par 
lui. L'Apôtre revient fréquemment sur la même 
pensée, il l'exprime dans les mêmes termes, 
comme pour extirper radicalement la funeste 
doctrine contraire. Si, malgré cette insistance , 
Paul de Samosate a paru plusieurs siècles après, 
que ne se fût-il pas produit, si le langage de l'A- 
pôtre eût étémoins explicite? <t Et toutes les choses 
subsistent par lui. i Comment subsistent-ellet 
par celui qui n'est pas? C'est que ce que les 
anges font dépend aussi de lui. « Et il est la 



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32 



HOMÉLIES SUR L'ÉPITRE AUX COLOSSIÊNS. 



tète du corps de l'Eglise. » Après la dignité, 
vient la charité. « Il est la tète du corps de 
l'Eglise. » Il n'y a pas : De la plénitude; mais 
la pensée est la même : elle fait mieux ressortir 
les liens qui unissent le Christ aux hommes, 
puisque, étant au-dessus de toute chose, il 
s'est uni à nous qui sommes au-dessous de toute 
chose. A lui la principauté en tout : il est le pre- 
mier dans les cieux, le premier dans l'Eglise, en 
étant le chef; le premier pour la résurrection. 
Tel est le sens des mots : « Afin qu'il soit le 
premier. » 

3. La primauté lui appartient au même titre 
dans l'ordre des existences; et Paul s'applique 
principalement à le démontrer. Une fois établi, 
en effet, que le Fils était avant les anges, il 
s'ensuit que les œuvres des anges n'ont été 
accomplies que par ses ordres. Chose non moins 
admirable, Paul démontre également que la 
primauté lui appartient même dans la seconde 
création. Ailleurs, il est vrai, la primauté est 
attribuée à Adam, et elle lui appartient en un 
certain sens; mais ici le genre humain tout 
entier est désigné sous le nom d'Eglise. Or, il 
est le premier dans l'Eglise, et par la chair il 
est le premier des hommes comme de la créa- 
tion : de là cette qualification de premier né 
qui lui est donnée. Qu'est-ce à dire, premier né? 
Celui qui le premier a été, qui le premier est 
ressuscité ; de même que dans ces paroles : 
a Qui est avant nous. » Ici, cette primauté est 
parfaitement caractérisée : « Qui est le principe, 
le premier né d'entre les morts, afin qu'il pos- 
sède sur toute chose la primauté. » Les créa- 
tures peuvent être dans de semblables con- 
ditions; mais il n'est point question du prin- 
cipe de la création. Dans un cas, il est désigné 
comme «l'image du Dieu invisible; » après cela, 
comme « le premier né. » 

« Car il a plu à Dieu que toute plénitude ha- 
bitât en lui, etque par lui toutes les choses fussent 
réconciliées en lui, ayant pacifié par le sang de 
sa croix et les choses de la terre, et les choses 
du ciel. » Tout ce qui appartient au Père, appar- 
tient au Fils, et d'autant plus étroitement qu'il 
est mort et qu'il s'est uni à nous. Le mot pré- 
mices est employé comme s'il s'agissait des fruits 



de la terre. Il n'y a pas, « la résurrection, h mais, 
« les prémices, » pour montrer qu'il nous a tous 
sanctifiés et qu'il nous a offerts comme un sacri- 
fice. Le terme plénitude s'applique à la divinité; 
c'est ainsi que Jean disait : « Nous avons tous 
reçu de sa plénitude. » Joan., i, 16. Qu'il soit le 
Fils, ou qu'il soit le Verbe, en lui s'est reposée, 
non une opération quelconque, mais l'essence 
même de la divinité. Quant à la raison de ce fait, 
aucune autre à assigner que la volonté de Dieu; 
tel est le sens du texte : « Il a plu à Dieu que toutes 
leschosesfussentréconciliéesparluietpourlui. » 
Ce n'est point le rôle de l'esclave qu'il a rempli ; 
car c'est « par lui. » L'Apôtre a parlé ailleurs 
de réconciliation avec Dieu, par exemple, dans 
son épitre aux Corinthiens. Langage plein de 
justesse que celui-ci : « Que par lui fussent ré- 
conciliées. » Col., i, 20. La réconciliation existait 
déjà, mais il la fallait parfaite, afin qu'il n'y eût 
plus entre eux d'inimitié. 

Vient ensuite la manière dont la réconci- 
liation s'est accomplie, ce que l'Apôtre nous 
apprend en même temps que la réconciliation 
elle-même. « Pacifiant par le sang de sa croix. » 
Le terme «réconciliation, » nous a rappelé l'état, 
l'inimitié où nous nous trouvions ;. le terme, 
« pacifiant , d nous rappelle l'état de guerre. 
« Par le sang de sa croix, poursuit Paul, en 
lui-même, soit les choses de la terre, soit les 
choses du ciel. » C'est une grande chose que la 
réconciliation; une plus grande chose encore 
que la réconciliation opérée par lui, une plus 
grande encore, par son sang ; ce qui est encore 
plus extraordinaire, c'est qu'elle soit opérée par 
sa croix. Voilà donc cinq points à remarquer : 
le Christ nous a réconciliés, avec Dieu, par lui- 
même, par sa mort, par la croix. Et voyez comme 
ces choses sont présentées ensemble. Pour que 
vous ne croyiez pas le Fils indépendant par 
nature du Père, et la croix suffisante par elle- 
même, l'Apôtre ajoute : « Par lui-même. » D'où 
vient ce qu'il y a en cela d'admirable? C'est qu'il 
a donné, non des paroles, mais lui-même pour 
nous racheter, et pour tout accomplir. Que veut- 
on dire par ces mots : « Les choses des cieux? » 
On comprend qu'il soit question des choses de 
la terre : l'inimitié, la division y régnaient ; il 

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HOMÉLIE III. 



33 



n'était pas d'homme qui ne fût en dissension, 
soit avec loi-même, soit avec ses semblables. 
Mais les choses dn ciel, comment les pacifier? Y 
avait-il donc là aussi division et lutte? Alors 
pourquoi disons-nous en priant : a Que votre 
volonté se fasse sur la terre ainsi qu'au ciel? » 
Match. y vi, 10. Que signifie ce langage? Oui, la 
terre et le ciel étaient divisés , les anges étaient 
irrités contre les hommes, à la vue des outrages 
dont ceux-ci accablaient le Seigneur. Voilà pour- 
quoi toutes les choses, d'après l'Apôtre, ont été 
restaurées par le Christ, et les choses du ciel et 
les choses de la terre. Gomment? Les choses 
du ciel de cette manière : c'est là que le Christ 
a transporté l'homme ; il a réuni aux anges cette 
créature qui avait mérité leur aversion et leur 
haine. Il ne s'est donc pas contenté de pacifier 
la terre, mais il est allé jusqu'à ramener l'homme 
ennemi et détesté, parmi les habitants des cieux. 
Voilà une paix complète. Les anges apparaissent 
de nouveau sur la terre, parce que l'homme 
était vu de nouveau dans le ciel. Tel est le but, 
à mon avis, du ravissement de Paul ; il voulait 
en outre montrer que le Fils y avait été trans- 
porté. Pour la terre la paix est de deux sortes : 
il y a la paix pour la terre seule, et la paix entre 
la terre et le ciel; la paix qui concerne le ciel, 
au contraire, est unique. Les anges se réjouissent 
quand un seul prévaricateur fait pénitence , à 
plus forte raison quand il s'agit d'un si grand 
nombre. Toutes ces merveilles ont été accom- 
plies par la puissance de Dieu. A quoi bon, nous 
dit-il, mettre dans les anges votre confiance ? 
Loin de pouvoir vous ramener vers Dieu, ils 
ont été eux aussi en guerre avec vous , et vous 
ne jouiriez jamais de la paix avec eux, si Dieu 
n'eût daigné vous réconcilier ensemble. Pour- 
quoi donc courir à eux ? Désirez-vous un exemple 
4e l'aversion des anges pour nous, et de 
leur haine précédente ? A eux a été confié le 
châtiment des Israélites, de David, des Sodo- 
mites, de la vallée des Larmes ; mais il n'en est 
plus de même aujourd'hui. N'a-t-on pas plutôt 
entendu sur la terre leurs chants de réjouis- 
sance ? Donc le Christ a ramené les anges vers 
les hommes, et introduit les hommes dans les 
deux. 

tom. x. 



4. Contemplez, je vous prie, ce qu'il y a de 
merveilleux. Ce sont les anges qui sont d'abord 
rapprochés de nous , puis les hommes qui sont 
élevés vers eux : la terre est devenue un ciel , 
parce que le ciel devait recevoir ce qui venait de 
la terre. C'est pour cela que dans notre cantique 
d'actions de grâces nous disons : « Gloire à Dieu 
dans les hauteurs, paix sur la terre aux hommes 
de bonne volonté. » Luc., n, 14. Voilà donc les 
hommes désormais agréables à Dieu. Qu'est-ce 
à dire, bonne volonté? Réconciliation, car le 
ciel n'est plus entre les hommes et Dieu comme 
un mur de séparation. Précédemment le nombre 
des anges était proportionné au nombre des 
nations : maintenant il l'est, non plus au nombre 
des nations, mais à celui des fidèles. Où en est la 
preuve? Ecoutez ce que dit le Christ : « Gardez - 
vous bien de mépriser un seul de ces petits, car 
leurs anges voient sans cesse la face de mon 
Père qui est dans les cieux. » Matth. y xvin, 10. 
Chaque fidèle a son ange , et , dès l'origine , 
chaque juste avait aussi le sien : a Un ange , 
dit Jacob, me nourrit et me protège dès ma jeu- 
nesse. » Gènes. , xlviii, 16. Si des anges nous 
sont donnés et nous assistent, conduisons-nous 
avec la même réserve que si nous étions sous les 
yeux de nos gouverneurs. Du reste , le démon 
n'est pas loin non plus. C'est aussi à cet effet 
que nous prions, et que dans nos prières nous Avantageât 
invoquons l'ange de la paix, qu'en toute occa- 
sion nous implorons la paix, ce bien auquel nul 
autre ne saurait être comparé ; oui , la paix 
dans nos assemblées, dans nos prières, dans 
nos cérémonies, dans nos salutations. C'est une 
fois, deux fois, trois fois, plusieurs fois que 
celui qui préside à l'Eglise la donne en ces 
termes : c La paix soit avec vous. » Cela, parce 
que la paix est la mère de tous les biens , la 
source de la vraie foi. 

Aussi le Christ recommande-t-il aux apôtres 
de donner la paix toutes les fois qu'ils entreront 
dans une maison , comme un gage de bonheur. 
« Entrant dans les maisons, dites : La paix soit 
avec vous. » Matth. y x, 12. Si la paix n'y est 
pas, tout le reste devient inutile. Il ajoutait, 
parlant à tous ses disciples : c Je vous laisse la 
paix, je vous donne ma paix. » Joan., xiv, 27. 

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douoeur 
la paix. 



34 



HOMÉLIES SUR L'ÉPÏTRË AUX COLOSSIENS. 



La paix conduit à la charité. Celui qui préside 
à l'Eglise ne dit pas seulement : « La paix avec 
vous ; » mais : a La paix soit avec tous. » A quoi 
nous servirait-il d'être en paix avec l'un, si nous 
sommes en guerre et en lutte avec les autres ? 
Si, certaines humeurs étant calmes dans le 
corps, d'autres s'agitent et se soulèvent, la santé 
ne peut manquer d'en souffrir ; elle ne se main- 
tient que par le calme, l'harmonie et la paix de 
ces divers éléments : si le calme ne renaît , si 
chaque élément ne rentre dans ses propres li- 
mites, le désordre n'aura plus de bornes. De 
même, si dans nos âmes les pensées ne se calment, 
la paix n'y sera pas. Telle est l'excellence de la 
paix que le nom de fils de Dieu est accordé aux 
hommes qui la recherchent et la propagent. 
C'est d'ailleurs justice , puisque le Fils de Dieu 
est venu en ce monde pour rétablir dans la paix 
et les choses de la terre , et les choses du ciel. 
Les pacifiques étant de vrais enfants de Dieu, 
les hommes qui travaillent à tout bouleverser 
sont vraiment des fils du diable. Que dites-vous? 
Mais vous soulevez des querelles et des disputes. 
Qui est donc assez misérable pour cela? Il y a 
cependant des hommes qui se réjouissent du 
mal , et qui déchirent plus cruellement le corps 
du Christ que les soldats avec leurs lances et 
les Juifs avec les clous. Encore le mal dans ce 
dernier cas était moindre, les membres déchirés 
du Sauveur ont repris leur cohésion : ceux-là , 
s'ils ne se rejoignent ici, ne la reprendront 
plus, et resteront hors du sein de l'Eglise. 

Quand vous serez disposé à vous quereller 
avec votre frère, songez donc que vous le faites 
avec les membres mêmes du Christ, et ne vous 
emportez pas. — Et si j'ai affaire à un misé- 
rable , à un homme vil , digne de tout mépris? 
— « La volonté de mon Père , dit le Christ, est 
qu'un seul de ces petits ne périsse pas. Leurs 
anges voient sans cesse la face de mon Père qui 
est dans les cieux. » Matth., xvui, 14, 10. Pour 
lui, Dieu s'est fait esclave et a été mis à mort ; et 
vous n'avez de lui aucune estime ! En cela même 
vous vous mettez en guerre avec Dieu, puisque 
vous jugez contrairement au jugement divin. 
Quand parait celui qui préside à l'Eglise , sa 
première parole est celle-ci : « La paix soit avec 



tous. » Quand il instruit les fidèles, il dit : « La 
paix soit avec tous; » quand il bénit: « La paix 
soit avec tous; » quand il donne le signal des 
salutations : « La paix soit avec tous; » quand 
le sacrifice est accompli : c La paix soit avec 
tous; » et dans l'intervalle : « Que la grâce et la 
paix soient avec vous. » Or, ne serait-il pas dé- 
raisonnable que , parlant si souvent de la paix 
qui doit régner entre nous , nous fussions en 
guerre les uns avec les autres , et que , recevant 
la paix , la rendant à notre tour , nous traitions 
qui nous la donne en ennemi? Vous répondez: 
« Et avec votre esprit; » puis , une fois sorti, 
vous flétrissez sa réputation? Hélas! ces rites 
sacrés et solennels de l'Eglise ne seront-ils donc 
que des figures sans réalité ? l'unité qui doit 
régner en notre assemblée n'existera-t-elle que 
dans les paroles? Aussi , ne savez-vous pas la 
raison de cette salutation : « La paix soit avec 
tous? » Mais écoutez ce que dit encore le Christ : 
« En quelque cité, ou bourgade que vous entriez, 
entrant dans la maison, saluez la maison; et, si 
la maison en est digne , votre paix viendra sur 
elle , et , si elle n'en est pas digne , votre paix 
retournera vers vous. » Matth., x, 12, 13. Si 
nous l'ignorons, c'est que nous n'allons pas au 
delà des paroles, et que notre cœur n'y est pour 
rien. Est-ce moi donc qui vous donne la paix? 
N'est-ce pas le Christ lui-même qui daigne se 
servir de notre misère? Fussions-nous en tout 
autre temps dépourvu de toute grâce, présente- 
ment nous ne le sommes pas pour vous. La 
vertu divine s'est exercée providentiellement 
en faveur des Israélites sur une bête de somme 
et un prophète : j'ose espérer qu'elle ne dédai- 
gnera pas de s'exercer sur nous , et qu'elle se 
servira de nous de la même manière. 

4. Ne dites plus , par conséquent , que je suis 
un homme de condition obscure, méprisable, et 
de nulle valeur : ne faites nullement attention à 
moi. Je suis tel en vérité ; mais, en faveur de son 
peuple, Dieu veut bien ne pas refuser son assis- 
tance à des hommes de pareille condition. En dé- 
sirez-vous des preuves? N'a-t-il pas daigné s'en- 
tretenir avec Caïn, en considération d'Abel, avec 
le diable, à cause de Job, avec Pharaon, à cause 
de Joseph, avec Nabuchodonosor, à cause de 

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ftOMÉLïÈ lit. 



33 



Daniel, ainsi qu'avec Balthasar? Les mages ont 
été favorisés d'une révélation; Caïphe, le meur- 
trier du Christ, le pontife indigne, prophétisa 
lui aussi à cause du sacerdoce dont il était 
honoré. Pour la même raison, Àaron, dit l'Ecri- 
ture, fut préservé de la lèpre; car il avait mur- 
muré comme sa sœur : d'où vient que sa sœur 
en fut seule punie ? N'en soyez pas surpris. 
Dans le monde, quels que soient les crimes dont 
un personnage élevé se rend coupable , avant 
d'être traduit à la barre de la justice , il faut 
qu'il soit dépouillé d'abord de sa dignité, afin 
que son déshonneur ne rejaillisse pas sur elle; 
à plus forte raison faut-il, en matière de di- 
gnité spirituelle, que la grâce de Dieu opère, 
quel qu'en soit le ministre : autrement tout 
serait bouleversé; mais, cette dignité déposée, 
soit en ce monde, soit après la vie, alors l'heure 
du châtiment sonnera. Ne supposez pas que ce 
langage nous appartienne en propre : c'est la 
grâce de Dieu qui se sert d'un instrument in- 
digne , non à cause de nous , mais à cause de 
vous. Prêtez donc l'oreille aux paroles du Christ : 
o Si la maison en est digne , votre paix viendra 
sur elle. » Et comment en devient-elle digne ? 
En vous accueillant, répond le Christ, a Mais, 
s'ils ne vous reçoivent pas et n'entendent pas 
votre parole , en vérité je vous le dis, il y aura 
moins de rigueur au jour du jugement pour la 
terre de Sodomeet de Gomorrhe que pour cette 
cité. » Matth. y x, 13-15. Qu'importe l'accueil que 
vous nous faites , si vous n'écoutez pas la doc- 
trine que nous vous prêchons? Qu'importent 
vos bons offices, si vous ne faites aucune atten- 
tion à ce qui vous est dit? L'accueil vraiment 
honorable, vraiment empressé, utile également 
à vous et à nous, c'est la docilité à nos enseigne- 
ments. Entendez encore Paul répondre : « Je ne 
savais pas , frères, que ce fût le grand prêtre. » 
Ad., xxiii, 5. Entendez également le Christ : 
« Tout ce qu'ils vous diront de faire, faites-le. » 
Matth., xxm, 3. Ce n'est pas ma personne que 
vous méprisez , mais le sacerdoce. Quand vous 
m'en verrez dépouillé , alors témoignez-moi 
votre mépris; de mon côté, je ne vous intimerai 
plus d'ordres. Tant que nous siégeons sur ce 
trône , tant que nous présidons , quoique in- 



digne , nous possédons et l'autorité et la puis- 
sance. La chaire de Moïse était si vénérable 
qu'elle faisait écouter quiconque parlait au nom 
de Moïse; combien plus doit-il en être ainsi de 
la chaire du Christ. Or, c'est cette chaire que 
nous occupons, c'est du haut de cette chaire 
que nous parlons, au nom même du Christ, qui 
nous a confié le ministère de la réconciliation. 

Tous les ambassadeurs, quels qu'ils soient, 
jouissent, en considération de leur qualité d'am- 
bassadeurs , des privilèges les plus honorables. 
En vertu de ces privilèges, ils peuvent pénétrer 
dans une région ennemie et s'avancer seuls 
parmi les barbares; tel est le caractère sacré de 
toute légation que le respect le plus complet 
et la sécurité la plus parfaite en sont insépa- 
rables. Nous aussi, nous avons le titre d'ambassa- 
deurs, et nous venons au nom de Dieu; car 
c'est là ce qui distingue l'épiscopat. Nous venons 
à vous, chargés d'une mission; nous avons à 
vous prier de mettre fin à toute guerre ; nous 
pouvons vous marquer les conditions de la paix, 
nous ne vous promettons ni les clefs de quelques 
cités, ni tant de mesures de froment, ni des 
esclaves, ni de l'or, mais le royaume des cieux, 
la vie éternelle, la société du Christ, une infinité 
de biens que la langue ne saurait exprimer et 
que l'esprit ne saurait entendre, tant que nous 
serons dans un corps mortel et dans cette vie 
terrestre. Notre mission est donc telle : nous 
prétendons jouir des privilèges qui y sont atta- 
chés, non certes à cause de notre personne, 
nous èn connaissons l'indignité, mais à cause de 
vous, afin que vous prêtiez à notre langage l'at- 
tention convenable, afin que vous en retiriez un 
profit réel, afin que la doctrine ne rencontre 
pas chez vous un accueil plein d'indifférence. 
Ne voyez-vous pas de quels égards les ambassa- 
deurs sont partout l'objet? Or, encore une fois, 
nous sommes auprès des hommes les ambassa- 
deurs de Dieu. Si les expressions vous semblent 
trop fortes, nous dirons l'épiscopat, et non pas 
nous; non pas tel individu, mais l'évèque. Ayez 
égard, sinon à ma personne, du moins à la di- 
gnité. Cherchons donc en toute chose le bon 
plaisir de Dieu, afin que sa gloire soit le but 
de notre vie , et que nous méritions les biens 

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36 



HOMÉLIES SUR L'ÈPITRË AUX COLOSSIENS. 



promis à ceux qui l'aiment, par la grâce et la 
charité..., etc. 



HOMÉLIE IV. 

o Et vous qui autrefois étiez ennemis de Dieu, éloignés de 
lui par vos actions criminelles, maintenant le Christ 
* vous a réconciliés avec Dieu, par la mort qu'il a soufferte 
en son corps de chair, afin de vous présenter saints, 
purs et irréprochables devant son Père. » 

Bien que | # L'Apôtre va montrer maintenant aux Go* 

réconciliés m r m »i 

vec Dieu les lossiens que, quoique réconciliés avec Dieu, ils 
^! wmm°e en avaient été cependant indignes. En disant 
éprouve l'A- qu'ils avaient été sous la puissance des ténèbres, 

potre, en ^ 

iuient indi- Q donnait la mesure de leur misère. Mais il ne 
rnes " veut pas davantage que cette allusion à la 
puissance des ténèbres vous fasse croire à une né- 
cessité réelle; c'est pourquoi il ajoute : « Et vous 
qui vous étiez autrefois éloignés, » II semble 
dire la même chose, et pourtant il n'en est rien ; 
autre chose est de délivrer de ses maux celui 
qui les a subis fatalement, autre chose d'en dé- 
livrer qui les a volontairement et librement en- 
courus. Le premier mérite pitié, le second ne 
mérite que haine. Or, ce n'est point malgré vous 
ni par contrainte, dit Paul aux Colossiens, que 
vous vous êtes éloignés de Dieu, mais librement 
et de plein gré; vous étiez donc indignes de pitié 
quand Dieu vous a délivrés. Ayant parlé des 
habitants des cieux, il insiste sur ce point, que 
l'inimitié a pris naissance sur la terre, non dans 
le ciel. Depuis longtemps et les anges et Dieu 
voulaient y mettre un terme ; mais vous ne l'avez 
point voulu. Même en ces derniers temps, si cette 
inimitié eût persisté, les anges n'eussent pu 
absolument rien, ni les toucher, ni après les 
avoir touchés les affranchir du démon. Il leur eût 
peu servi du reste d'être touchés, si leur tyran 
n'eût été chargé de liens; il eût servi de peu 
pareillement que le tyran eût été enchaîné, si ses 
victimes eussent repoussé le bien de la liberté : 
ces deux conditions étaient indispensables, et 
c'est le Christ, non les anges, qui les a réalisées 
l'une et l'autre. Cette œuvre de persuasion est 
donc plus prodigieuse que la rupture des liens 
de la mort. Celle-ci dépendait uniquement de lui, 



tandis que celle-là dépendait et de lui et de nous. 
Or, ce qui dépend de nous seuls étant plus facile, 
l'Apôtre a raison de mettre en second lieu ce 
qui suppose une plus grande difficulté. 

Il ne se contente pas d'écrire : « Vous qui 
étiez autrefois ennemis, » il ajoute, a et éloi- 
gnés; » ce qui exprime une inimitié profonde : 
non -seulement vous étiez éloignés, mais vous 
ne comptiez certainement pas vous rapprocher, 
a Ennemis de cœur, » poursuit-il, preuve que 
leur éloignement n'était pas simplement un 
éloignement de dispositions. Qu'y a-t-il donc de 
plus ? a Par nos actions criminelles. » Ennemis 
de nom, vous l'avez été de fait, a Et maintenant 
il vous a réconciliés dans le corps de sa chair 
par sa mort , afin de vous présenter saints et 
purs et irrépréhensibles devant son Père. » Le 
prix de la réconciliation n'est point omis ici; 
non-seulement le Christ a été vendu, frappé de 
verges, maltraité, mais de plus il a subi une 
mort infâme. Cette allusion à la croix est suivie 
de l'expression d'un nouveau bienfait. Nous 
n'avons pas été simplement délivrés ; la pensée 
énoncée plus haut, à savoir que nous avons été 
rendus propres et aptes à l'être, est indiquée 
pareillement ici. a Par sa mort, afin de vous 
présenter saints et purs et irrépréhensibles de- 
vant son Père. » En même temps qu'il nous a dé- 
livrés de nos fautes, il nous a mis au nombre des 
élus. C'eût été trop peu pour tant de souffrances 
que de nous affranchir du mal, s'il ne nous eût 
élevés au premier rang ; trop peu de nous sauver 
du supplice, s'il ne nous eût comblés de gloire. 
C'est pourquoi il nous a placés non-seulement 
près de ceux qui n'ont commis aucune faute, 
mais de ceux que distinguent les plus éminentes 
vertus; et, faveur encore plus haute, la sainteté 
que nous avons reçue nous rend vraiment saints 
devant lui. Le terme irrépréhensible dit plus 
que le terme immaculé ; il exclut toute faute, et 
même tout sujet de blâme. 

En disant que le Christ a fait toutes ces choses 
par sa mort, l'Apôtre ne prétend pas nous dis- 
penser de concourir à l'œuvre de notre salut. 
Il en sera ainsi, poursuit-il, a Si toutefois vous 
demeurez sur le fondement de la foi , fermes et 

inébranlables dans l'espérance que vous donne 

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HOMÉLIE IV. 



37 



l'Evangile. » C'est leur tiédeur qu'il gourmande. 
Il ne se borne pas à ces mots : a Si vous de- 
meurez; » on peut demeurer, et néanmoins 
être ébranlé, et fomenter des divisions, de 
même qu'on peut rester debout et se laisser en- 
traîner çà et là. « Si toutefois vous demeurez 
sur le fondement de la foi, fermes et inébran- 
lables. » Que d'images, grand Dieu! Loin de 
chanceler, vous devez n'être même pas ébranlés. 
Et cependant, remarquez bien qu'il ne leur im- 
pose aucune condition pénible; il ne parle que 
de l'espérance et de la foi. Ce que vous devez 
faire, veut-il dire, c'est croire fermement et tou- 
jours à la solidité des biens que nous promet 
l'espérance. En cette matière, cette fermeté est 
possible; en matière de vertu, il n'est guère 
possible de n'être pas quelquefois ébranlé ; au 
moins légèrement, ce qui est demandé n'a donc 
rien d'onéreux. « Dans l'espérance de l'Evangile 
que vous avez entendu , qui a été prêché à 
toutes les créatures qui sont sous le ciel. » 
Quelle saurait être l'espérance de l'Evangile, 
sinon le Christ? C'est lui qui est notre paix et 
l'auteur de tous ces biens. Par conséquent, en 
rapporter à d'autres le mérite, c'est se perdre 
soi-même : il se perd sans ressource celui qui 
n'a point la foi au Christ, a Que vous avez en- 
tendu. » Il invoque leur témoignage d'abord, 
puis celui de la terre entière. Il ne dit pas, « qui 
est prêché, » mais, qui est vu et qui a déjà été 
prêché. C'est le procédé qu'il avait employé dès 
le principe, afin de confirmer leur foi par le 
grand nombre des croyants. « Dont moi, Paul, 
je suis également devenu le ministre. » Cette 
particularité donne une grande autorité à sa pa- 
role. « Moi Paul, ministre du Christ. » Déjà il 
était connu en tout lieu comme le docteur de 
la terre, a Maintenant je me réjouis dans les 
maux que je souffre pour vous ; et, ce qui man- 
quait aux souffrances du Christ, je l'accomplis 
dans ma chair pour son corps qui est l'Eglise. » 

2. Qu'est-ce qui rattache ce verset aux versets 
précédents? Rien, ce semble, et pourtant le lien 
en est très-étroit. « Ministre du Christ , » a-t-il 
dit ; par suite , ne disant rien de moi-même , et 
prêchant la doctrine du Maître. Or, telle est ma 
foi en lui que je souffre aussi pour lui ; et je suis 



heureux de souffrir , en considérant les biens 
qu'il nous réserve ; et même en souffrant , je le 
fais, non pour moi, mais pour vous : c J'accom- 
plis ce qui manque aux souffrances du Christ , 
dans ma chair. » Dans ce langage, il n'y a ni 
enflure ni orgueil , mais un grand amour pour 
le Christ ; car c'est au Christ, non à soi-même , 
qu'il rapporte ces souffrances. Le but de Paul 
est de gagner le cœur des Colossiens. Ces maux 
que j'endure, je les endure pour lui; ayez-en 
donc de la gratitude au Christ, et non à moi ; 
c'est à lui qu'en appartient le mérite. C'est 
comme si , chargé d'une mission , vous disiez à 
un ami : Je vous en prie , allez trouver telle 
personne pour moi ; et que cet ami dit ensuite : 
C'est pour mon ami que je le fais. Telle est la 
raison pour laquelle Paul appelle souffrance? 
du Christ ses propres souffrances. Outre que le 
Sauveur est mort pour nous , même après sa 
mort il eût encore été prêt à souffrir la croix 
pour la même cause. L'Apôtre tient à nous 
montrer le Christ bravant maints dangers pour 
l'Eglise, en son propre corps. Telle est sa pensée 
en s'exprimant comme il le fait : Ce n'est pas 
nous qui vous introduisons et qui vous ame- 
nons, encore que nous paraissions le faire ; c'est 
le Christ ; et ce n'est pas notre œuvre, c'est la 
sienne que nous avons entreprise. Supposez 
qu'un général en chef venant à quitter le théâtre 
de la guerre , et cessant de diriger et de proté- 
ger les mouvements de l'armée , un de ses lieu- 
tenants prit le commandement et subit jusqu'à 
la fin de la campagne les fatigues et les dangers 
qu'il eût dû subir lui-même : vous comprendrez 
la pensée de l'Apôtre. Qu'il agisse ainsi pour le 
Christ, il le dit formellement : « Pour son 
corps. » Ce n'est pas vous que je sers , mais le 
Christ : ce qu'il eût fallu qu'il souffrît , je le 
souffre à sa place. Que de choses il donne à 
entendre 1 II atteste d'abord la grandeur de son 
amour. C'est ainsi que dans sa deuxième Epltre 
aux Corinthiens , il disait : « Il a mis entre nos 
mains le ministère de la réconciliation. » Et 
plus loin : « Nous sommes les ambassadeurs du 
Christ ; c'est Dieu qui vous exhorte par notre 
entremise. » II Cor., v, 18-20. Le but dans ces 
paroles est toujours de gagner leurs âmes, Je 

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36 



souffre à sa place, dit-il maintenant : encore que 
le Christ vous doive et ne soit pas là , je vous le 
rendrai pour loi. Les termes, a ce qui manque, » 
établissent qu'à son sens le Christ n'a pas encore 
vu la fin de ses souffrances. Même après sa 
mort il souffrira pour vous , puisqu'il manque 
encore quelque chose à ses souffrances. Dans 
son Epitre aux Romains , il exprime la même 
vérité d'une autre manière : « Il intercède aussi 
pour nous. » itom., vin, 34. Preuve que la mort 
ne lui suffit pas, et que son amour accomplit 
une infinité de prodiges, 
saint Paul L'Apôtre n'emploie donc pas ce langage en 
•fntérX°^ue to g de s'élever lui-même , mais plutôt pour 
s saaTearne m0 ntrer l'intérêt que le Christ ne cesse de nous 

teste de nous * 

émoigner. témoigner. La preuve qu'il en donne est dans 
ces mots : « Pour son corps. » Il n'y a pas lieu 
d'en douter, puisque c'est en faveur de son corps 
que toutes ces choses s'exécutent. Quelle union 
étroite il établit entre nous et luil Que nous 
parlez- vous des anges? « J'ai été fait son mi- 
nistre. » Tous les autres messagers sont inu- 
tiles : c'est moi qui suis son ministre. Toutefois, 
à cause de cela même, il n'a rien opéré. J'ai été 
fait son ministre par la disposition de Dieu, qui 
m'a désigné au milieu de vous pour y prêcher 
sa parole. » « La disposition. » Ou bien 
le sens est celui-ci : Le Christ en quittant la 
terre , a voulu établir cette disposition , afin de 
ne pas nous laisser orphelins ; c'est lui qui a 
souffert et qui souffre, lui qui remplit ce minis- 
tère. Ou bien le sens est celui-ci : S'il a permis 
que je fusse son persécuteur et le plus âpre de 
ses persécuteurs, c'est afin que ma parole eût 
plus d'autorité. Ou bien encore il parle de la 
sorte, afin de nous inculquer cette vérité, que ni 
les œuvres , ni les actes , ni les faits éclatants 
n'ont de prix dans l'œuvre du salut, mais la foi 
et le baptême. Vous n'eussiez pas pu entendre 
la parole évangélique s'il en eût été autrement. 
« Au milieu dè vous pour y prêcher la parole de 
Dieu. » Le mot, pour y prêcher, s'applique sur- 
tout aux Gentils convertis, qui chancelaient 
dans la voie de la vérité. Faibles comme ils 
l'étaient , jamais, sans la disposition providen- 
tielle de Dieu, ils n'eussent pu entendre une 
doctrine aussi élevée. Moi , remarque Paul , je 



HOMÉLIES SUR L'ÉPITRE AUX COLOSSIENS, 

n'eusse pu accomplir une œuvre pareille. Ayant 



rappelé tout à l'heure ce point beaucoup plus 
extraordinaire, que ses souffrances étaient les 
souffrances mêmes du Christ, il ajoute présen- 
tement qu'il est redevable à Dieu seul d'avoir 
accompli chez eux la prédication évangélique. 
En même temps il insinue que, si la Providence 
a permis qu'ils puissent entendre la parole de 
vérité, c'est pour favoriser leur zèle, et non pour 
encourager leur négligence. Les œuvres de Dieu 
ne s'exécutent pas avec précipitation : elles s'ac- 
complissent au gré d'une miséricordieuse con- 
descendance. Yoilà pourquoi le Christ en est 
venu en nos temps , et non dans les siècles pas- 
sés. Le Christ lui-même nous dit bien dans 
l'Evangile que les serviteurs avaient été les pre- 
miers envoyés aux vignerons , pour qu'ils ne 
missent pas le Fils à mort. Mais, si la venue des 
serviteurs ne les empêcha pas d'immoler le Fils 
de Dieu , certainement ils ne l'eussent pas mé- 
nagé plus tôt; n'ayant pas obtempéré aux ordres 
les moins importants, comment eussent-ils exé- 
cuté les plus importants? Que dit-on? Les Juifs 
et les Gentils ne sont-ils pas même aujourd'hui 
dans de pires dispositions? C'est le comble de 
l'aveuglement : persister en cet état après tant 
de siècles, après tant de leçons, je le répète, c'est 
le comble de la stupidité. 

3. Lors donc que les Gentils nous demandent : 
Pourquoi le Christ est-il venu si récemment? ne 
leur permettons pas d'insister, et demandons- 
leur s'il n'a pas accompli son œuvre. Si, étant 
venu dès le commencement, il n'eût point atteint 
son but, est-ce que le temps de sa venue eût été 
une excuse suffisante? De même, sa mission 
remplie, nous n'avons pas le droit de demander 
la raison de l'époque de sa venue. Lorsque le 
médecin a guéri une maladie grave et sauvé le 
malade, on ne va pas lui demander compte du 
traitement qu'il a choisi; et, lorsque la victoire 
est complète, on ne demandera pas davantage 
au général qui l'a remportée pourquoi il a livré 
bataille à tel moment , et non à tel autre. S'il 
eût compromis le salut de l'Etat, on lui en de- 
manderait justement compte; mais, le succès 
ne laissant rien à désirer, il n'y a plus qu'à lui 
décerner des éloges. Qu'est-ce qui mérite le plus 

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HOMÉLIE IV. 

d'attirer nos regards, vos questions perfides ou 
la perfection de l'œuvre accomplie? Le Christ 
a-t-il triomphé, ou ne l'a-t-il pas fait? Prouvez 
la vérité de ce dernier point. A-t-il vaincu, ou 
non? a-t-il accompli son œuvre telle qu'il l'avait 
promise? Voilà le vrai compte à rendre. Vous 
reconnaissez qu'il y a un Dieu , encore que ce 
Dieu ne soit pas le Christ. Eh bien, dites-moi, 
Dieu est-il sans commencement? Oui, répon- 
drez-vous. Alors pourquoi n'a-t-il pas créé les 
hommes dix mille ans plus tôt : l'humanité 
eût vécu plus longtemps. L'existence étant un 
bien , une existence plus longue sera d'autant 
meilleure. Maintenant les hommes ont-ils à se 
plaindre du temps qui a précédé leur création? 
Manifestement non ; comment? Dieu qui 
les a créés le sait. Encore une autre question : 
Pourquoi Dieu n'a-t-il pas créé tous les hommes 
simultanément? pourquoi l'àme de l'homme 
qui est né le premier a-t-elle plus d'années 
d'existence que l'àme de l'homme qui n'est venu 
au monde qu'après lui? Pourquoi celui-là a-t-il 
paru d'abord, et celui-ci plus tard sur la terre? 
Voilà des questions sérieuses, et non de pure 
curiosité. Mais celles de tout à l'heure ne mé- 
ritent même pas d'être posées. Pour moi, je 
me bornerai à répéter ce que j'ai déjà dit. Il 
en est de l'humanité comme de la vie humaine : 
les premiers siècles correspondent à l'enfance ; 
ceux d'après, à la jeunesse; les derniers, à la 
vieillesse. L'àme étant dans sa vigueur, le corps 
ayant perdu de son penchant à la révolte, la 
guerre étant terminée, alors est venue notre 
initiation à la philosophie. C'est le contraire, 
prétendez- vous. Nous instruisons, il est vrai, 
la jeunesse, mais sur la rhétorique, mais sur 
l'éloquence , non sur les questions les plus sé- 
rieuses; celles-ci sont renvoyées à la vigueur de 
l'âge. 

Eh bien ! Dieu en a usé de la sorte avec les 
Juifs. Il leur a donné Moïse, qui a été pour 
eux ce que le maître est pour l'enfant, et qui 
leur a présenté l'ombre des vérités comme on 
présente les éléments aux enfants. « La loi 
contenait l'ombre des biens futurs, non la réa- 
lité. » Heàr., x, 1. Nous achetons des friandises 
aux enflants, nous leur donnons de petites 



39 

pièces d'argent pour les encourager à se rendre 
à l'école : de même, Dieu octroyait aux Juifs 
bien des faveurs et des richesses, ne leur de- 
mandant en retour que d'écouter. Moïse. En les 
confiant à Moïse comme à leur maître et leur 
docteur, il voulait qu'ils ne le méprisassent pas, 
mais qu'ils le considérassent comme un père. 
Aussi ne craignaient-ils que lui seul. Ils ne di- 
saient pas : Où est le Seigneur? mais : Où est 
Moïse? Sa seule présence inspirait la frayeur. 
Quand ils eurent prévariqué , voyez quel châti- 
ment il leur imposa. Dieu voulait les renier 
comme son peuple, et Moïse s'y opposa. D'un 
côté, Dieu, tel qu'un père irrité, menaçait; de 
l'autre, Moïse implorait miséricorde et pardon 
en faveur de l'enfant qui lui avait été confié : 
Accordez -moi ce que je sollicite, et je n'insiste 
plus. Le désert fut donc une école. Les enfants 
lassés d'un trop long séjour à l'école, demandent 
à se retirer : de même les Juifs soupiraient sans 
cesse au désert après l'Egypte, et s'écriaient en 
larmes : Nous sommes perdus, nous nous con- 
sumons, nous périssons. A cette vue Moïse 
brise les tables, comme s'il y avait gravé quel- 
ques mots à leur adresse; ainsi fait le maître 
qui, voyant une tablette mal écrite, la jette de 
colère et la brise sans que le père en soit blessé. 
C'était pour les Hébreux, en effet, que ces tables 
avaient été écrites ; mais ce peuple préoccupé 
d'autres plaisirs , se livrait à toute sorte de dé- 
sordres. C*est pourquoi Moïse leur ordonna de se 
frapper les uns les autres, comme s'il se fût agi 
de se frapper dans les écoles entre enfants. Après 
leur avoir donné maintes leçons, comme il les 
leur réclamait et ne les obtenait pas, il les punit. 
C'étaient assurément autant de leçons de la 
puissance de Dieu, que les prodiges d'Egypte. 
Ces leçons étaient en définitive les plaies, par 
où ils apprenaient que Dieu châtiait inévitable- 
ment ses ennemis. Mais punir les ennemis, est- 
ce autre chose en somme que vous traiter avec 
bienveillance? A vous aussi s'étendait ce bien- 
fait. Représentez-vous un enfant qui prétendrait 
savoir sa leçon, et qui , interrogé en détail , ne 
répondrait rien et serait pour cela puni. Ainsi 
dçs Hébreux. Ils prétendaient connaître la puis- 
sance divine ; mais, ayant à le prouver en des 



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40 



HOMÉLIES SUR L'ÉPITRE AUX COLOSSIENS. 



circonstances particulières , ils ne le faisaient 
pas, et dès lors ils étaient châtiés. Vous voyez de 
l'eau? rappelez- vous l'eau d'Egypte. Celui qui 
l'a changée en sang peut le faire de même. 
C'est comme l'observation faite aux enfants en 
ces termes : Quand vous verrez la lettre dans un 
livre, songez à ce que vous avez vu sur votre 
tablette. La famine se produit-elle? souvenez- 
vous que c'est Dieu qui rendit inutiles les mois- 
sons? Voyez-vous la guerre? songez à l'englou- 
tissement des Egyptiens. Les habitants de vos 
contrées sont redoutables ; mais ils ne le sont 
pas plus que les habitants de l'Egypte. Celui 
qui vous a retiré des mains de ces derniers vous 
sauvera tout aussi facilement maintenant que 
vous en êtes loin. Les Israélites ne savaient pas 
se rendre compte de ces leçons isolées, et ils en 
étaient punis. Us se mirent à manger, à boire 
et à se révolter. Ils eussent dù ne pas rechercher 
dans la manne le plaisir, puisque le mal n'avait 
pas eu d'autre* principe. Tel un fils de famille 
envoyé à l'école voudrait bien plutôt rester 
avec les domestiques et les servir lui-même, en 
sorte que, refusant la table abondante et déli- 
cate de la maison paternelle, il s'assiérait de 
préférence à la table ignoble, dégoûtante et tu- 
multueuse des serviteurs. Ainsi des Juifs récla- 
mant l'Egypte. Pourtant ils disaient à Moïse : 
c Assurément, Seigneur, tout ce que vous nous 
direz, nous le ferons et le retiendrons. t> Exod., 
xxiv, 7. Et Moïse, en bon maître, intercédait 
toujours en leur faveur auprès du Seigneur dé- 
cidé à frapper ses enfants incorrigibles. 

4. Pourquoi ce langage? Parce que nous 
sommes de vrais enfants. Voulez-vous encore 
une preuve à l'appui ? Il a été dit : « Œil pour 
œil, dent pour dent. » Lev.> xxiv, 20. Parole 
bien digne d'être adressée à des enfants si 
prompts à la vengeance. La passion étant Top- 
posé de la raison , et la raison et le jugement 
ayant chez les enfants peu d'empire , ils sont 
très-irascibles : la tyrannie de cette passion est 
telle que l'enfant n'arrivera à se calmer et à 
épuiser sa fureur qu'en se roulant à terre, frap- 
pant du genou, renversant un siège et se livrant 
à d'autres actes pareils. Dieu ne les traite-t-il 
pas de la sorte, en permettant d'exiger œil pour 



oeil, dent pour dent, en frappant de mort les 
Egyptiens , et en exterminant les Amalécites 
leurs ennemis? Un enfant dit à son père : Père, 
celui-là m'a frappé. Le père répond : C'est un 
méchant; nous devons le haïr. Dieu dit aux 
Juifs : « Je serai l'ennemi de tes ennemis : je 
haïrai ceux qui te haïssent. » Exod., xxin, 22. 
Quand Balaam prononçait ses malédictions , 
leur crainte était vraiment digne de simples 
enfants. Il suffit aux enfants d'un objet quel- 
conque , pour les effrayer : alors , pour les cal- 
mer, on leur présente ces mêmes objets à tou- 
cher, on ordonne à leurs nourrices de les leur 
montrer de près. Ainsi fit Dieu à propos de 
Balaam; ils étaient terrifiés , et leur terreur se 
changea en confiance. Les enfants que l'on 
sèvre ont tout en de petits vases : Dieu ne leur 
refusait rien et les comblait de satisfactions. 
Néanmoins, de même que les enfants réclament 
le sein de la mère , ils réclamaient l'Egypte et 
ses viandes. 

Moïse était donc très-réellement pour eux un 
maître , un intendant , un guide et le plus sage 
des guides. Autre chose est de commander à des 
gens sensés , autre chose de commander à des 
enfants dépourvus de sens. Désirez-vous encore 
des preuves de ce que j'avance? Une nourrice 
dit à l'enfant : Quand vous voudrez marcher, 
rassemblez vos vêtements jusqu'au moment de 
l'arrivée. Ainsi faisait Moïse. Je l'ai déjà dit, 
toutes les passions , la vanité , la cupidité , la 
colère, la jalousie , exercent sur les enfants que 
la raison ne modère pas encore la tyrannie de 
leur domination : ainsi des Juifs; ils outra- 
geaient, ils maltraitaient Moïse. Quand un en- 
fant saisit une pierre , on s'écrie : Ne la jette 
pas. Les Juifs saisissaient des pierres , et Moïse 
se dérobait à leurs coups. Quand l'enfant voit 
son père en possession de quelque chose de beau, 
il le réclame pour lui : ainsi firent à propos du 
sacerdoce Dathan et Abiron. En toute chose 
ce peuple était envieux, querelleur, grossier à 
l'excès. Et c'est alors que le Christ aurait dû 
paraître? alors qu'il aurait dù promulguer ses 
lois si sages, quand la passion les dominait, 
quand ils étaient pareils à des chevaux pas- 
sionnés, ( 



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HOMÉLIE V. 



41 



et de leur ventre? Mais ces préceptes si sages 
eussent été perdus pour ces insensés : ils n'eussent 
retenu ni les uns ni les autres. Tel un maître 
qui prétendrait apprendre à lire sans apprendre 
les lettres , n'enseignerait absolument rien. Il 
n'en est plus de même actuellement : par la 
grâce de Dieu, la justice et la vertu ont poussé 
partout de profondes racines. 

Remercions le Seigneur de toute chose , et 
ne poussons pas trop loin notre curiosité. Nous 
ignorons le temps propice : le créateur du temps, 
l'artisan des siècles ne l'ignore pas. Rapportons- 
nous-en à sa sagesse en toute occurrence. Glo- 
rifier Dieu, c'est ne pas lui demander compte 
des décrets qu'il exécute. Telle fut la reconnais- 
sance d'Abraham : a II était persuadé que Dieu 
avait assez de puissance pour accomplir sa pro- 
messe. » Rom., iv, 21. Ce saint patriarche ne 
s'enquit même pas de l'avenir : nous poussons l'in- 
discrétion jusqu'à nous enquérir du passé. Quelle 
folie, quelle ingratitude! Cessons de nous con- 
duire ainsi; il nous en revient de grands dom- 
mages et nul profit. Soyons pénétrés de recon- 
naissance envers notre Maître, renvoyons à Dieu 
toute gloire , afin que , lui rendant grâces de 
tout, nous obtenions de lui miséricorde, par la 
grâce et l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 
à qui gloire, puissance, honneur, en même 
temps qu'au Père et au Saint-Esprit , mainte- 
nant et toujours et dans les siècles des siècles. 
Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE Y. 

• Le mystère resté caché pour les siècles et les généra- 
tions, a désormais été manifesté à ses saints; Dieu a 
touIu leur faire connaître les richesses de gloire ren- 
fermées dans ce mystère au milieu des nations , le Christ 
résidant parmi nous , gage de la gloire future ; et c'est 
nous qui l'annonçons, rameuant tout homme à la vérité, 
instruisant tout homme en toute sagesse , afin d'établir 
tout homme dans la perfection selon le Christ Jésus. » 

i . Après avoir exposé ce que nous avons acquis, 
et déroulé sous nos yeux l'amour de Dieu pour 
les hommes, l'honneur dont il les a comblés par 
la grandeur même de ces dons, Paul cyoute un 
trait non moins remarquable ; c'est que personne 



avant nous n'a connu ce mystère. 11 le dit dans 
son Epltre aux Ephésiens : Ni les anges , ni les 
principautés, aucune autre puissance créée ; seul 
le Fils de Dieu avait cette science. Aussi , dans 
la portée du texte, ce n'est pas simplement une 
chose cachée, c'est un profond mystère ; de plus, 
il est ancien, quoiqu'il se soit accompli mainte- 
nant ; Dieu l'avait décrété d'avance, et pleine- 
ment déterminé. Pourquoi? Paul ne le dit pas 
encore? « Pour les siècles , dit-il , et dès l'ori- 
gine. » C'est â bon droit qu'il l'appelle mystère, 
puisque nul ne le connaissait que Dieu. Où 
demeurait-il caché? « Dans le Christ, » comme 
il s'exprime dans l'Epître aux Ephésiens ; Ephes. , 
m, 9 ; ce qui rappelle cette parole du prophète : 
a De siècle en siècle vous êtes. » Ps. lxxxix, 2* 
c 11 a désormais été manifesté â ses saints. » 
C'est entièrement l'œuvre de la sagesse de Dieu, 
a II a désormais été manifesté, s Ce n'est pas 
une création , c'est une révélation faite aux 
saints. S'il n'est que les saints qui le connaissent, 
il demeure donc encore caché. Aussi ne vous 
laissez pas tromper par les adversaires ; car ils 
ignorent pourquoi cette préférence et ce choix. 
« Suivant que Dieu l'a voulu , s comme parle 
l'Apôtre. Partout, vous le voyez, il prévient 
leurs questions, a Ceux à qui Dieu a voulu le 
révéler. » Et cette volonté n'est nullement con- 
traire à la raison. Il leur adresse ce langage 
pour leur montrer à quel point ils sont sous la 
dépendance de la grâce , et les empêcher de se 
glorifier dans leurs bonnes œuvres, c Quelles 
sont les richesses de gloire renfermées dans ce 
mystère au milieu des nations, » Quelle gravité 
dans son discours I Comme il accumule à plaisir 
les expressions redondantes! Il nous ouvre 
des perspectives illimitées : « Les richesses de 
gloire renfermées dans ce mystère au milieu des 
nations. » 

Le mystère éclate d'une manière supérieure, 
selon cette autre parole de Paul : « Que les nations 
rendent gloire à Dieu pour sa miséricorde. » 
Rom., xv, 9. Il éclate sans doute ailleurs; mais 
c'est ici surtout qu'il rayonne dans toute sa 
gloire. Que des hommes plus dénués de senti- 
ment que la pierre aient tout à coup été trans- 
férés à la dignité des anges, et cela, par de 



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42 



HOMÉLIES SUR L'ÉPURE AUX COLOSSIENS. 



simples paroles, par la foi seule, indépendam- 
ment de leur concours , c'est vraiment la gloire 
et le trésor de ce mystère. Représentez-vous un 
chien rongé par la faim et la maladie, abject et 
difforme, qu'on n'oserait pas même toucher, 
dont on ferait subitement un homme» pour le 
placer aussitôt sur un trône royal. Voyez, en 
effet : les hommes adoraient les pierres et la terre ; 
et soudain ils apprennent qu'ils sont supérieurs 
au ciel et au soleil, que la création tout entière est 
mise à leur service : ils étaient captifs, enchaînés 
par le diable ; et les voilà maintenant posant leurs 
pieds sur sa tète, lui commandant, le flagellant: 
de serviteurs et d'esclaves des démons, ils sont 
devenus le corps du souverain Maître des anges 
et des archanges; ignorant tout à l'heure ce que 
c'est que Dieu, ils partagent aujourd'hui son 
trône. 

Voulez-vous voir les innombrables degrés 
qu'ils ont franchis? Il leur fallait d'abord ap- 
prendre que les pierres ne sont pas des dieux; 
puis, qu'elles sont inférieures aux hommes, aux 
animaux, aux plantes ; en troisième lieu, qu'ils 
avaient réuni les extrêmes les plus opposés; 
enfin , que la nature humaine ne devait adorer 
ni les pierres, ni la terre, ni les animaux, ni 
les plantes, ni l'homme, ni le ciel, ni les élé- 
ments supérieurs, ni les éléments inférieurs, 
ni les démons, ni les anges, ni les archanges, 
aucune des puissances célestes; qu'une telle 
idolâtrie fut condamnée dès le commencement. 
Puisant en quelque sorte dans les profondeurs 
mêmes de la vérité, ils devaient apprendre que 
le Seigneur de tous ces êtres, c'est Dieu; que lui 
seul mérite notre adoration, que rien n'est beau 
comme une conduite irréprochable, que la mort 
corporelle n'est pas la mort, que la vie présente 
n'est pas la vie, que notre corps doit ressusciter 
et devenir incorruptible, monter aux cieux, 
acquérir l'immortalité, prendre rang parmi les 
anges. Oui, celui qui résidait ici-bas, Dieu Ta 
fait s'envoler par-dessus toutes les créations , et 
l'a fait asseoir là-haut sur le trône : il l'a rendu 
supérieur aux anges, aux archanges, aux trônes, 
aux dominations, celui qui s'était mis plus bas 
que la pierre. Admirable est donc cette expres- 
sion a Quelles sont les richesses de gloire ren- 



fermées dans ce mystère! » C'est comme si quel- 
qu'un prenait un philosophe et lui montrait 
immédiatement qu'il n'a pas même le sens com- 
mun. Mais tout ce qu'on pourrait dire n'est rien ; 
Paul se garde bien de préciser : a Quelles sont 
les richesses de gloire renfermées dans ce mys- 
tère au milieu des nations, le Christ habitant 
parmi nous. » Il faut de plus savoir que l'être 
supérieur à tous les êtres, qui commande aux 
anges , qui tient toutes les puissances sous sa 
domination , est descendu dans cet humble sé- 
jour, s'est fait homme, a souffert toute sorte de 
maux, est ressuscité et monté au ciel. 

2. Tout cela dépendait de ce mystère; et Paul 
le proclame en disant : « C'est le Christ habitant 
parmi vous. j> Si vous avez un tel Maître, pourquoi 
demanderiez- vous l'enseignement des anges? 
c De ce mystère, » est-il précisé ; car il en est 
d'autres. Le grand mystère cependant, c'est celui 
que tout le monde ignore, qui frappe d'admira- 
tion, qui dépasse toute attente, qui resta si long- 
temps caché : « Le Christ qui réside parmi vous, 
gage de cette gloire que nous vous annonçons,» 
le faisant descendre des cieux, nous, et non les 
anges; c enseignant et corrigeant, » non avec 
empire ni par la coaction; la bonté de Dieu 
pour les hommes ne permet pas une semblable 
tyrannie. L'enseignement est une grande chose ; 
l'Apôtre y joint le devoir de la correction, devoir 
de père plutôt que de docteur, « Que nous vous 
annonçons, ramenant tout homme au bien, ins- 
truisant tout homme en toute sagesse ; » c'est- 
à-dire avec prudence et modération, ou bien 
avec un ordre lumineux dans la doctrine. Il y 
faut donc toute sagesse ; car il n'appartient pas 
au premier venu de recueillir même de telles 
leçons, « Pour élever tout homme à la perfection 
dans le Christ Jésus. » Quoi! tout homme? Sans 
doute ; à cela tendent nos efforts. Qu'importe 
que le but ne soit pas atteint? Le bienheureux 
Paul ne s'en est pas moins proposé de perfec- 
tionner l'homme. Ici la perfection , là l'imper- 
fection ; quand quelqu'un n'arrive pas à posséder 
toute sagesse, il reste imparfait, « Parfait dans 
le Christ Jésus, » non dans la loi, ni dans les 
anges ; de ce côté n'est pas la perfection, « Dans 
le Christ; » dans la connaissance que nous avons 

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HOMÉLIE V. 



43 



du Christ. Celui qui connaît bien les œuvres du 
Christ l'emporte en sagesse sur les anges, a Dans 
le Christ Jésus, en qui je travaille et je lutte. » 
Ce n'est pas un zèle sans effort, un désir ordi- 
naire; c'est un travail militant , qui doit s'ac- 
complir avec beaucoup d'ardeur et de vigilance. 
Or, si je veille ainsi pour votre bien, à plus forte 
raison devez-vous veiller vous-mêmes. 

Il rappelle aussitôt que c'est une œuvre divine : 
u Selon son opération, laquelle agit en moi 
dans la puissance. » Il déclare que c'est l'œuvre 
même de Dieu. En me donnant la force pour la 
réaliser, Dieu montre bien qu'il la veut. De là 
ce qu'il avait dit dès le principe : « Par la vo- 
lonté de Dieu. » S'il avoue donc que c'est une 
lutte, il n'obéit pas seulement à l'inspiration de 
la modestie, il exprime la pure vérité. U fait de 
plus entendre que beaucoup luttent avec lui. 
Vous y voyez encore la grandeur de son dévoue- 
ment : « Je veux que vous sachiez combien je 
suis rempli de sollicitude pour vous , et pour 
ceux qui sont à Laodicée. » De peur de paraître 
montrer en cela leur faiblesse, il étend à d'autres 
son observation ; il ne fait pas encore de re- 
proche, c Et tous ceux qui ne m'ont jamais réel- 
lement vu. » C'est leur dire d'une manière admi- 
rable que lui les voit constamment en esprit. 
Il atteste l'ardent amour dont ils sont animés; et 
c'est pour cela qu'il ajoute : a Afin que leurs 
cœurs reçoivent une consolation, soient con- 
sommés dans la charité, et possèdent pleinement 
tous les trésors de la sagesse, dans la connais- 
sance du mystère de Dieu le Père et de Jésus- 
Christ ; en qui sont cachées toutes les richesses 
de la sagesse et de la science. » Voilà qu'il s'ef- 
force d'aborder et d'exposer immédiatement le 
dogme, s'abstenant d'accuser, mais ne les met- 
tant pas à l'abri de l'accusation. Je livre un 
combat, leur dit-il. Et pour quelle cause? Pour 
obtenir qu'ils soient parfaitement unis. C'est 
leur recommander de nouveau de se tenir fermes 
dans la foi. Il ne s'exprime pas de la sorte, se 
bornant à retrancher toute accusation, les exhor- 
tant à demeurer unis par la charité, non par la 
contrainte ou la violence. 

Comme nous l'avons déjà remarqué, il évite 
constamment de les molester dans ses exhorta- 



tions; et de là ce qu'il dit : « Je suis dans l'an- 
goisse de la lutte, parce que je vous veux soumis 
par l'amour et de vous-mêmes. » Ce n'est pas de 
bouche seulement, ni sans intention arrêtée, 
que doit avoir lieu leur union; il faut que leurs 
cœurs y soient consolés, a consommés dans la 
charité, possédant pleinement tous les trésors 
de la sagesse. » Ils ne doivent plus avoir aucun 
doute , leur foi doit tout embrasser. C'est bien 
de la plénitude de la foi qu'il leur parle. Il existe 
sans doute une autre persuasion, celle qui s'ob- 
tient par le raisonnement; mais elle ne mérite 
pas qu'on en tienne compte. Je sais que vous 
croyez ; je veux de plus que votre foi soit com- 
plète : il ne me suffit pas que vous ayez les ri- 
chesses ; je veux que vous les ayez toutes, afin 
que votre foi ne puisse être ébranlée sur aucun 
point. Voyez la prudence de l'Apôtre. U ne leur 
a pas dit : Vous agissez mal, puisque vous 
n'avez pas la plénitude; il n'accuse pas, je le 
répète; mais voici le langage qu'il leur tient : 
Vous ne sauriez croire à quel point je désire 
que vous ayez la plénitude de la foi, et non une 
foi quelconque. Ne pensez pas qu'en demandant 
la foi, je demande une adhésion aveugle, un 
sentiment non raisonné; j'y veux aussi la pru- 
dence avec la charité. « Pour la connaissance du 
mystère de Dieu le Père et de Jésus-Christ. » 
Le secret de la volonté divine, c'est donc que 
nous soyons amenés par le Fils, « Du Christ, 
en qui sont cachés tous les trésors de la sagesse 
et de la science.» S'ils sont en lui, c'est une 
œuvre de sagesse qu'il soit maintenant venu. 
Pourquoi quelques insensés élèvent-ils des récri- 
minations? Voyez comme il s'entretient avec 
les plus simples : a En qui sont tous les tré- 
sors. » U en a lui la complète connaissance* 
c Cachés. » Ne vous imaginez pas que vous les 
possédez déjà tous ; ils sont cachés aux anges 
eux-mêmes , et non pas à vous seuls. C'est à lui 
qu'il faut tous les demander; il donne la sagesse 
et la science, a Les trésors; » ils sont en grand 
nombre, « Tous; » il n'en est aucun qu'il ignore, 
ce Cachés; » il est seul à les connaître. 

3. «Je vous le dis pour que personne ne 
vous entraîne à l'erreur par de magnifiques 
paroles. » Vous voyez bien mon intention, c'est 

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44 



HOMÉLIES SUR L'ÉPITRE AUX COLOSSIENS. 



de vous détourner de recourir aux hommes, 
a Ils trompent par la magnificence de leurs dis- 
cours. » Mais que devient la suite des idées? 
a Car bien qu'absent de corps, je suis avec vous 
par l'esprit. » Logiquement il aurait dù dire : 
Quoiqu'absent, je connais les imposteurs. Mais 
non, il termine par un éloge : « Je me réjouis 
en voyant l'ordre que vous observez, et la soli- 
dité de votre foi dans le Christ. » C'est de l'ordre 
parfait qu'il parle. En parlant aussi de la soli- 
dité de leur foi dans le Christ, il leur rend 
encore un glorieux témoignage. 11 ne se borne 
pas à reconnaître qu'ils ont la foi; il la déclare 
inébranlable : on croirait voir les rangs serrés 
et solides d'une armée. Le corps ferme et com- 
pact, on ne l'ébranlé ni par la ruse ni par la 
force. Non-seulement vous n'êtes pas tombés, 
mais nul n'a pu même rompre vos rangs. Il se 
place devant eux, on doit le craindre comme 
s'il était là : et les rangs seront gardés. La soli- 
dité manifeste la cohésion ; car enfin une chose 
est solide quand les diverses parties sont forte- 
ment liées et forment un tout compact ; comme 
on le voit dans un mur. C'est là l'œuvre de la 
charité : elle unit d'une manière parfaite des 
êtres auparavant isolés, et c'est ainsi qu'elle les 
rend inébranlables. La foi produit encore cet 
effet,, en empêchant les infiltrations du raison- 
nement humain/ Le raisonnement ébranle et 
désunit, la foi raccorde et consolide. Comme 
Dieu nous a cojmblés de bienfaits supérieurs à 
la raison humaine, il fallait bien qu'il nous 
donnât aussi la foi. Non, il ne se peut pas qu'on 
soit ferme quand on ne s'appuie que sur le rai- 
sonnement. 

Voyez, tout ce que nous connaissons de plus 
auguste le laisse de côté, et repose sur la foi 
Dieu ne m seule : Dieu ne se rencontre nulle part, et ce- 
nolle part, et pendant il est partout. Quoi de moins conforme 
etr^tout. 11 à la raison? Chaque point est plein de diffi- 
cultés. Il n'occupe pas un lieu, pas de lieu ca- 
pable de le recevoir; il n'a jamais été produit, 
il ne s'est pas fait lui-même, son existence n'a 
pas commencé. Cela peut-il entrer dans une rai- 
son quelconque, sans le secours de la foi? N'y 
voyons-nous pas même quelque chose de ridi- 
cule, une énigme dont on ne saurait trouver le 



mot? Qu'il soit sans principe, incirconscrit, in- 
fini, ce n'est pas moins difficile à comprendre. 
Que nous puissions voir un être incorporel, 
notre raison ne le comprendra pas davantage , 
Dieu est incorporel. Qu'est-ce à dire? Pour nous 
c'est une parole vide de sens, qui ne porte rien à 
notre intelligence et n'y laisse aucune image ; 
s'il laissait une image , le voilà rentrant dans la 
nature et dans ce qui constitue le monde des 
corps. La bouche parle , mais l'entendement ne 
saisit pas, on ne saisit qu'une chose, que le corps 
n'est pas là ; plus rien ensuite. Ai-je même be- 
soin de prendre Dieu pour exemple? Qu'est-ce 
donc que l'incorporel dans notre âme> dont 
l'existence a commencé, celle-là est circonscrite 
et limitée? Qu'on me le dise, qu'on me le montre. 
Vous ne le pourrez jamais. Est-elle un air sub- 
til? Mais l'air est un corps, bien qu'il ne soit pas 
solide : tout démontre que c'est un corps. Est- 
elle du feu? Mais le feu n'est pas moins un corps, 
et l'opération de l'àme est spirituelle. Comment 
ie savons-nous? Parce qu'il n'est rien qu'elle ne 
pénètre. Si l'àme n'est pas un corps, l'incor- 
porel occupe donc un lieu déterminé, il est cir- 
conscrit; il forme dès lors une figure; la figure 
elle-même est formée par des lignes; et les lignes 
appartiennent essentiellement aux corps. De 
plus quelle notion avons-nous d'une chose incor- 
porelle? Pas de figure, ni de forme, ni de lieu. 
Voyez-vous comme l'intelligence est aveugle? 
Une telle nature d'ailleurs ne saurait admettre 
le mal; c'est par sa propre volonté cependant 
qu'elle est bonne ; elle pourrait donc l'admettre. 
Or, ce langage n'est pas permis ; à Dieu ne plaise. 
Encore une question : A-t-elle reçu l'existence, 
le voulant ou ne le voulant pas? Cela non plus 
ne peut pas se dire. Embrasse-t-elle l'univers ou 
non? Si elle ne l'embrasse pas, elle est circons- 
crite : si elle l'embrasse, elle est infinie. S'em- 
brasse-t-elle-mèmeî Dans ce cas, elle n'est pas 
absolument sans principe, elle ne l'est que par 
rapport à nous; elle ne l'est pas par essence. 
De toute part s'imposent les contraires. Quelle 
profonde obscurité, et comme la foi nous est 
partout nécessaire! Voilà le solide fondement. 

Si vous le voulez , venons maintenant à des 
choses moins importantes. Cette substance a 

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son opération, fin quoi cette opération consiste- 
t-elle? Est-ce un mouvement? Mais alors elle 
n'est pas immuable ; ce qui se meut ne l'est pas : 
elle sort de l'immobilité. Et cependant elle se 
meut sans cesse, elle n'est jamais immobile. Quel 
est son mouvement, je vous le demande? Pour 
nous il en existe sept : en haut, en bas, au de- 
dans, au dehors, à droite, à gauche et le mouve- 
ment circulaire. A défaut de cela, nous distin- 
guons l'accroissement, l'amoindrissement, la 
naissance, la destruction et l'altération. Cette 
substance n'est mue d'aucune de ces manières? 
l'est-elle à la manière de l'esprit? On ne peut pas 
non plus le dire, loin de là; car l'esprit éprouve 
souvent des mouvements déraisonnables. Vou- 
loir n'est-ce pas opérer? Or, elle veut que tous 
les hommes soient vertueux et se sauvent. Gom- 
ment donc n'en est-il pas ainsi ? Vouloir serait- 
ce autre chose qu'opérer? Sa volonté dès lors 
ne serait plus efficace. Pourquoi donc l'Ecriture 
aurait-elle dit : a II a fait tout ce qu'il a voulu ? » 
P$. cxiii, il; et pourquoi le lépreux aurait-il 
dit au Christ : « Si vous voulez, vous pouvez me 
guérir?» Matth., vin, 2. Me* permettez-vous de 
dire autre chose? Comment les créatures sont- 
elles passées du néant à l'être? Comment se dis- 
solvent-elles et cessent-elles d'exister? Qu'y a- 
t-il au-dessus du ciel? et plus haut encore ? et 
toujours plus haut? On peut multiplier cette 
question à l'infini. Qu'y a-t-il au-dessous de la 
terre? La mer, me direz- vous. Mais au-dessous 
de la mer? et puis encore au-dessous? De part et 
d'autre, les mêmes doutes ne surgissent-ils pas? 

4. Il est vrai que ces choses sont invisibles. 
Voulez-vous que j'aborde celles qui tombent 
sous nos yeux, ou même les événements passés? 
Dites-moi, comment Jonas fut-il englouti par 
le monstre, et ne mourut-il pas ? N'est-ce pas 
contraire à notre raison? N'est-ce pas un mouve- 
ment aveugle? Comment le juste fut-il épargné, 
et ne fut-il pas étouffé par la chaleur, réduit 
en pourriture? C'était assez périlleux déjà de 
tomber au fond de la mer ; mais il l'était tout 
autrement d'être renfermé dans des entrailles 
brûlantes. L'air pouvait-il ainsi y parvenir? La 
même respiration suffisait-elle à deux êtres vi- 
vants? Comprenez-vous que le prophète en soit 



HOMÉLIE V. 4tt 
sorti sans aucune lésion , qu'il ah pu parler, 



se reconnaître, prier? Tout cela n'est-il pas 
incroyable? Incroyable, au point de vue de la 
raison; parfaitement croyable, à celui de la foi. 
Je vous dirai quelque chose de bien plus éton- 
nant : Le froment pourrit au sein de la terre, 
et ressuscite. Voilà deux merveilles opposées, 
triomphant l'une de l'autre; merveille, qu'il 
n'ait pas péri ; merveille , qu'il soit ressuscité 
de la pourriture. Où sont ceux qui ne croient 
pas à là résurrection , et qui disent : Comment 
cet os se rattachera-t-il à celui-là? Oh! ceux 
qui posent de pareilles énigmes! Expliquez- 
moi comment Elie le prophète monta sur 
un char de feu ; le feu brûlé et n'enlève pas. 
Comment vit-il depuis tant de siècles, et dans 
quel lieu? Pourquoi cela s'est-il fait? En quel 
lieu encore Enoch a-t-il été transféré? Uae-t-il 
de la même nourriture que nous ? Pour quelle 
raison n'est-il pas avec nous sur la terre, n'use- 
t-il plus d'aliments? Pourquoi cette transla- 
tion ? Observez comment Dieu fait par degrés 
l'éducation de l'homme. Il commence par trans- 
porter Enoch , ce qui n'a pas une signification 
très-éclatante ; mais il complète la leçon par l'en- 
lèvement d'Elie. Il renferme Noé dans l'arche , 
ce qui n'est pas non plus très-significatif; il 
achève de nous éclairer en renfermant le pro- 
phète dans le ventre du cétacé. Les anciennes 
institutions avaient aussi besoin de précurseurs 
et de figures. Dans une échelle, le premier degré 
conduit au second, on n'en franchit pas plu- 
sieurs à la fois, la sagesse veut qu'on les par- 
coure l'un après l'autre : il en est de même ici. 
Voyez les signes des signes ; et vous en avez un 
exemple frappant dans l'échelle que Jacob vit 
en songe. En haut se tenait le Seigneur, au- 
dessous montaient et descendaient les anges. 
La prophétie nous laisse entrevoir la paternité 
divine ; et cela devait nous être démontré. Dans 
quel ordre voulez-vous en apercevoir les signes? 
En remontant ou bien en descendant? Il fallait 
nous enseigner que cette génération est impos- 
sible; et voilà pourquoi dès le début une femme 
stérile enfante. 

^ Allons encore plus haut : il fallait nous en- Dieu engea- 
seigner que Dieu engendre de lui-même; et cet mto^* ^ 



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40 



HOMÉLIES SUR L'ÉPITRÈ AUX COLOSSIENS. 



enseignement nous est donné, obscurément sans 
doute, sons les voiles du symbole; mais enfin 
il se produit, et se dévoile graduellement par la 
suite. La femme vient de l'homme seul, qui resta 
dans toute, son intégrité. Il fallait en outre un 
signe de la conception d'une vierge; et la stéri- 
lité devient féconde, non une fois, mais dans 
plusieurs circonstances. La femme stérile est la 
figure anticipée de la Vierge Mère; et celle-ci 
conduit l'àme à la foi. Nous y troùvons encore 
l'image de la génération divine. Si la nature 
humaine engendre seule un être supérieur, à 
plus forte raison cet être aura-t-il la même puis- 
sance. Une autre génération symbolise la vé- 
rité, celle dont l'Esprit est l'auteur par rap- 
port à nous; et cette génération à son tour est 
symbolisée par celle de la femme stérile, ainsi 
que la génération suprême elle-même. D'un 
côté, l'impassibilité; de l'autre, la puissance 
absolue. Le Christ domine tout dans les hau- 
teurs célestes ; nous devions aussi le croire, et 
nous en avons une figure ici-bas : a Faisons 
l'homme , dit le Créateur, à notre image et à 
notre ressemblance, et qu'il commande à tous 
les animaux. » Gènes., i, 26. Ce n'est pas seu- 
lement par des paroles, c'est encore par des faits 
qu'il nous instruit. Le paradis représente la su- 
périorité de notre nature : l'homme est au-des- 
sus de tous les êtres visibles. Le Christ devait 
ressusciter. Ici les figures se présentent en foule, 
Enoch, Elie, Jonas, les enfants sortant de la 
fournaise, Noé sauvé du déluge, les semences, 
la végétation, la naissance de l'homme et celle 
de tous les êtres vivants. Comme c'était là sur- 
tout le point critique de la foi, c'est celui-là qui 
réunit le plus de symboles. Rien ne s'accomplit 
sans le concours de la sagesse divine, ce que 
nous pouvons bien conjecturer d'après ce qui 
nous arrive à nous-mêmes : l'intelligence em- 
brasse tout, tout a besoin d'une direction sans en 
excepter même les brutes. Que rien ne soit le 
produit du hasard, nous le voyons aussi par la 
géhenne, par le déluge universel, par le feu, 
par l'extermination des Egyptiens dans la mer 
Rouge, par les événements du désert. Au bap- 
tême il fallait aussi des préludes : ils ont eu lieu, 
soit dans les eaux, soit en d'autres occasions di- 



verses, comme on en voit beaucoup dans 1* An- 
cien Testament, dans les purifications et les ablu- 
tions, dans le déluge même, dans le baptême de 
Jean. Nous devions croire enfin que Dieu nous 
a donné son propre Fils : c'est ce qu'a d'a- 
bord fait l'homme. Quel homme? Le Patriarche 
Abraham. Tous ces types, nous les trouverons 
dans l'Ecriture , si nous voulons les y chercher. 

Ne nous imposons pas une fatigue inutile; 
bornons-nous à les imiter, réglons là-dessus 
notre conduite, ayons une foi que rien ne puisse 
ébranler, donnons l'exemple d'une vie irrépro- 
chable, afin qu'après avoir en toute chose 
rendu grâces à Dieu, nous soyons jugés dignes 
des biens promis à ceux qui l'aiment, par la 
grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus- 
Christ , à qui gloire , puissance , honneur, en 
même temps qu'au Père et au Saint-Esprit, 
maintenant et toujours , et dans les siècles des 
siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE VI. 

o Comme vous avez donc embrassé le Christ Jésus notre 
Seigneur, marchez en lui, l'ayant pour racine et pour 
base, affermis dans la foi, selon la doctrine que vous 
avez reçue, rendant par là d'abondantes actions de 
grâces. » 

1. Il les saisit de nouveau par leur propre 
témoignage, en leur disant : « Comme vous avez 
embrassé. » Nous n'introduisons aucune nou- 
veauté ; n'en introduisez pas vous-mêmes. « Mar- 
chez en lui; » car il est la voie qui conduit au 
Père. Il ne s'arrête pas aux anges; cette voie ne 
mènerait pas si haut. « Il est votre racine; » 
c'est comme s'il leur disait : Soyez fermes et 
stables, n'allez pas tantôt d'un côté, tantôt de 
l'autre, demeurez attachés à la racine. Une 
chose fortement enracinée ne se déplace pas. 
Remarquez ces expressions magistrales. « C'est 
sur lui que vous êtes édifiés ; » vous lui demeurez 
unis par l'intelligence. « Et consolidés, » ajoute- 
t-il; vous le possédez, il est la base sur laquelle 
vous êtes bâtis. Il insinue déjà qu'ils sont tombés 
en ruine ; il rappelle clairement le premier plan 
de l'édifice. C'est' vraiment un édifice que la 

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ËOMÉLIE Vf. 



A1 



foi; elle réclame an fondement inébranlable, 
et de plus une solide construction. Si quel- 
qu'un ne construit pas avec cette solidité, il 
croulera; mais il ne se maintiendra pas da- 
vantage, s'il n'a pas un solide point d'appui. 
« Selon la doctrine que vous avez reçue. » Ce 
n'est donc, encore une fois, rien de nouveau 
qu'il vient leur apprendre, « Rendant par là 
d'abondantes actions de grâces. » C'est le propre 
de ceux qui n'oublient pas les bienfaits. Je ne 
vous demande pas simplement la reconnais- 
sance, je vous demande de la témoigner large- 
ment, plus même que vousne l'avez appris, si c'est 
possible, avec une infatigable ardeur, « Prenez 
garde que quelqu'un ne vous circonvienne. » 
Vous le voyez, il leur dénonce le voleur, l'é- 
tranger, qui se glisse en cachette ; car tel est le 
sens qu'il faut admirer dans le texte. On y de- 
vine le démolisseur souterrain qui détruit la 
maison sans qu'on le soupçonne : ainsi fait celui- 
là. Observez-le bien ; c'est son rôle à lui de dissi- 
muler sa présence. 

a Par la philosophie. » Comme la philosophie 
cependant parait chose respectable, il ajoute 
aussitôt : a Et par de trompeuses manœuvres. » 
Il y a là de louables tromperies, où beaucoup se 
laissent prendre, et qu'on ne saurait même 
appeler tromperies ; telle est celle dont Jérémie 
parle : a Vous m'avez trompé, Seigneur, et me 
voilà trompé. » Jerem., xx, 7. Non, ce ne sont 
pas là des tromperies dignes de ce nom. Jacob 
aussi trompa son père ; mais ce n'était pas un 
mensonge formel, c'était une disposition de la 
providence. « Par la philosophie et de trom- 
peuses manœuvres, selon les traditions des 
hommes, selon les éléments du monde, et non 
selon le Christ. » Il attaque ici l'observation des 
jours , et par éléments du monde, il entend le 
soleil et la lune. C'est dans le même sens qu'il 
disait dans son épitre aux Galates : a Comment 
vous rattachez-vous à des éléments infirmes et 
vides? » Gâtât., iv, 9. Il ne désigne pas expres- 
sément la vaine observation des jours, il se 
borne à parler de ce monde qui passe, pour 
montrer combien cela mérite peu d'attention; 
car, si le monde n'est rien, que peuvent être les 
éléments du monde? 



Après leur avoir rappelé les bienfaits dont ils 
ont d'abord été comblés, il formule alors son 
accusation; elle n'en est que plus grave et plus 
accablante pour les auditeurs. Voilà ce que font 
sans cesse les prophètes : ils commencent par 
montrer les bienfaits, et puis ils accusent avec 
d'autant plus de force. Entendez comment s'ex- 
prime Isaïe : « J'ai engendré des enfants, je les 
ai placés bien haut, mais ils m'ont méprisé; » 
/&z., i, â ; puis un autre prophète : a Mon peuple, 
que t'ai-je fait? en quoi t'ai-je causé de la peine, 
où même un simple ennui? » Mich., vi, 3; puis 
encore David : a Je t'ai exaucé dans l'obscurité 
de la tempête. » Ps. lxxx, 8. Le même a dit : 
a Ouvre ta bouche, et je la remplirai. » Partout 
vous rencontrerez le même langage. Par consé- 
quent, nous dirait-on le contraire, il ne faut pas 
se laisser persuader ; en dehors même de la re- 
connaissance, nous devrions le fuir, a Et non 
selon le Christ. » Eussions-nous la possibilité de 
nous partager et de servir deux maîtres, qu'il 
faudrait nous en abstenir ; mais non , de telles 
doctrines vous empêchent d'être selon le Christ, 
vous éloignent de lui. Après avoir renversé les 
superstitions des Gentils, il a supprimé les obser- 
vances judaïques. Des deux côtés existaient de 
nombreuses pratiques, les unes inspirées par la 
philosophie, et les autres par la loi. Il avait donc 
commencé par attaquer ce qu'il y avait de plus 
blâmable. Comment ne serez-vous pas « selon 
le Christ? C'est qu'en lui réside substantielle- 
ment la plénitude de la divinité; et vous parti- 
cipez à cette plénitude , puisqu'il est la tète de 
toute principauté et de toute puissance. » 

2. Voyez de quelle façon, en accusant les uns, 
il détruit l'erreur des autres : il donne le prin- 
cipe de solution, avant même de poser la dif- 
ficulté. C'est le moyen de rendre la solution plus 
évidente, et de la faire mieux accepter des au- 
diteurs; car alors on parait y venir sans pré- 
méditation. Dans un cas on lutte pour n'être 
pas vaincu, mais non dans l'autre, c En lui ré- 
side. » Qui donc? Dieu lui-même. N'allez pas 
croire cependant qu'il est là, renfermé comme 
dans un corps; écoutez plutôt : « Substantielle- 
ment toute la plénitude de la divinité; et vous 
participez à cette plénitude. « Plusieurs disent 



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46 



HOMÉLIES SUR L'ÉPITRË AUX COLOSSÎENS. 



qu'il parle de l'Eglise, en qui réside aussi 
la divinité, comme lui-même le fait entendre 
ailleurs : « Il remplit tout en tous. » Ephes., i, 23. 
Dans ce sens, l'adverbe porte une image cor- 
porelle, et Dieu forme la tète de ce corps. Mais 
alors pourquoi n'a-t-il pas nommé F Eglise? 
D'autres sont d'avis qu'il s'agit là du Père, en 
qui réside véritablement la plénitude de la divi- 
nité, mais cela n'est pas admissible. D'abord, 
parce qu'une telle locution ne saurait s'appliquer 
à Dieu; ensuite, parce que la plénitude ne se 
transmet pas. Ecoutez : « Au Seigneur appar- 
tient la terre, avec sa plénitude. » Ps. xxm, 1. 
L'Apôtre a dit encore : « Jusqu'à ce que la plé- 
nitude des nations soit venue. » Rom., xxi, 25. 
C'est le tout, qui se nomme plénitude ou plé- 
rôme. Après cela, que signifie cette expression, 
tt corporellement ou substantiellement? » C'est 
toujours l'image de la tète. D'où vient qu'il 
ajoute aussi : « Et vous participez à cette pléni- 
tude ? » Quelle est la signification de ces mots? 
Il vous a traités comme lui-même ; la plénitude 
est en vous comme en lui. Paul s'efforce sans 
cesse de nous rapprocher du Christ. Nous le 
voyons dans les explications suivantes : « II nous 
a ressuscités avec lui , avec lui il nous a fait 
asseoir... Si nous participons à ses souffrances, 
nous participerons à son royaume... Comment, 
en nous le donnant, ne nous donnera-t-il pas 
toute chose? » Ephes., n, 6; II Tim., h, 12; 
Rom., viii, 32. De plus, il nous appelle héritiers. 
Insistant encore sur cette question de dignité, 
Paul ajoute : « Il est la tète de toute principauté 
etde toute puissance. » Ibid., 17. Or, un être supé- 
rieur à tous , cause et principe, pourrait-il n'être 
pas consubstantiel? L'Apôtre rappelle ensuite 
le bienfait d'une manière admirable, plus admi- 
rable que dans son épltre aux Romains. Il avait 
dit : « La circoncision du cœur s'accomplit par 
l'esprit, et non par la lettre ; » Rom., n, 29 ; il 
la montre ici ^accomplissant dans le Christ : 
« En qui vous avez été circoncis, non d'une cir- 
concision faite de main d'homme, mais dans le 
dépouillement d'un corps flétri par le péché, dans 
la circoncision selon le Christ » Voyez comme 
il serre de près la vérité. Il parle d'un dépouil- 
lement moral, et ce corps de péché représente 



l'ancienne vie. Il y revient à chaque instant, et 
sous des formes différentes ; plus haut il disait : 
« C'est lui qui nous a délivrés de la puissance 
des ténèbres, et nous a ramenés de notre éloi- 
gnement pour que nous fussions saints et sans re- 
proche. » Col. , i, 13. Désormais la circoncision n'a 
pas lieu par le glaive, mais bien par le Christ; ce 
n'est plus la main, comme autrefois, qui l'opère, 
c'est l'esprit ; elle comprend tout l'homme, et non 
plus une partie seulement. De part et d'autre, 
on voit sans doute un corps ; mais là c'était une 
circoncision matérielle ; elle est spirituelle ici, 
et ne ressemble plus à celle des Juifs : vous 
avez déposé vos péchés et nullement la chair. 
En quelle circonstance et de quelle façon? Dans 
le baptême. Ce qu'il appelle circoncision, il l'ap- 
pelle aussi sépulcre. Observez comme il revient 
à parler des justifications, à propos « des péchés 
qui souillent la chair, » c'est-à-dire qui furent 
commis dans le corps. 

Il annonce quelque chose de supérieur à la 
circoncision : les fidèles n'ont pas seulement 
déraciné l'être circoncis, ils l'ont détruit, ils l'ont 
fait disparaître. «Ensevelis avec lui dans le bap- 
tême, vous êtes encore là ressuscités avec lui, par 
la foi dans l'opération de Dieu, qui l'a rappelé 
d'entre les morts. » Il n'y a donc pas que le sé- 
pulcre; pesez bien ces expressions : «Vous êtes 
encore là ressuscités avec lui, par la foi dans 
l'opération de Dieu, qui l'a rappelé. » Rien de 
plus juste ; car tout vient de la foi. Vous avez 
cru que Dieu peut ressusciter, et par là même 
vous avez été ressuscités. Il ajoute un mot plei- 
nement conforme à ce principe : a Qui l'a rap- 
pelé d'entre les morts. » Déjà nous apparaît 
la résurrection : a Vous étiez morts, vous aussi, 
par vos péchés et l'incirconcision de votre chair ; 
il vous a vivifiés avec lui. » La mort exerçait sur 
vous son empire; mais, si vous étiez morts, ce 
n'était pas en vain, c'était d'une mort avanta- 
geuse. Voyez-le manifestant aussitôt ce qui re- 
garde le mérite, puisqu'il poursuit ainsi : « Nous 
pardonnant toutes les prévarications, effaçant 
la sentence portée contre nous, il l'a prise à la 
face du monde et l'a clouée à la croix ; dépouillant 
les Principautés et les Puissances, il les a fière- 
ment traînées à sa suite, après en avoir triomphé 



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ttOMÉLIE VI. 



49 



en lui-même. » « Nous pardonnant les prévari- pendant que la victime expirait sûr la croix. Là 

cations,» a-t-il dit. Lesquelles? Celles qui nous le diable^ reçut une blessure mortelle, et delà 

rendaient sujets à la mort. Est-ce tout? les a- part] d'un mort. Tel qu'un athlète qui serait 

t-il laissées subsister encore? Nullement; il les a frappé quand il pense avoir terrassé son anta- 

effacées : ce n'est pas une simple radiation; ef- goniste, il succombait au sein même de sa vic- 

facées, pour qu'elles ne puissent plus reparaître, toire. 

Les documents dont il est ici question sont ren- Le Christ nous montrait de plus qu'une mort Le saoreur 

fermés dans la foi. Il suffit donc de croire. Le généreusement soufferte couvre le diable d'igno- qu?nr°mort 

Christ n'a pas entassé les œuvres sur les œuvres, minie. Le démon n'eût rien négligé pour per- J^f™^ 

il ajoint les œuvres à la foi. Quoi de plus ? Il ne se suader aux hommes, s'il l'avait pu, que le Christ 

lô démon 

borne plus à remettre, il efface, a II l'a prise n'était pas réellement mort. Tout ce qui survint d'ignominie 
ouvertement; » non pour la conserver, mais dans la suite étant un témoignage de la résurrec- 
pour la détruire, la clouant à la croix. Dépouil- tion, et le temps de la mort ne devant offrir au- 
tant les Principautés et les Puissances , il les a cune différence si cela n'eût pas eu lieu, le Christ ' 
traînées fièrement à sa suite, après en avoir voulut mourir ostensiblement, àlavuedu monde, 
triomphé en lui-même. » Le langage de Paul mais non ressusciter de même, sachant bien que 
n'a jamais eu cette grandeur. tout dans la suite des temps devait témoigner 
3. Voyez-vous avec quelle attention le Christ en faveur de la vérité. Que le serpent ait expiré 
a fait disparaître la sentence? Nous étions tous sur le bois sous les yeux du monde entier, voilà 
sous le coup de la faute et du châtiment; en pre- ce qu'il y a d'admirable. Et que ne fit pas le 
nant sur lui ce dernier, il a détruit le châtiment démon pour tenir cette mort cachée? Entendez 
et la faute : l'expiation s'est accomplie sur la ce que dit Pilate : « Prenez-le vous-mêmes, et 
croix. Là fut clouée la sentence; et puis, en crucifiez-le; pour moi, je ne trouve en lui aucun 
vertu de £on pouvoir, il la déchira. Quel est cet motif de condamnation. » Joan., xix, 6. Les 
acte authentique? Ou bien l'Apôtre fait allusion Juifs disaient à leur tour : « Si tu es le Fils de 
à ce que les Hébreux disait à Moïse : a Tout ce Dieu, descends de ta croix. » Afatth., xxvn, 40. 
que Dieu nous prescrira, nous l'écouterons et II avait désormais reçu la blessure mortelle, il 
l'exécuterons; » Exod., xxiv, 3; ou bien il en- ne descendit pas. C'est encore pour cette raison 
tend simplement l'obéissance que nous devons à qu'il fut enseveli . Il eût pu ressusciter sur l'heure ; 
Dieu ; peut-être enfin est-ce l'acte dont le diable mais il voulait rendre ta chose plus digne de foi. 
était resté possesseur, et que Dieu signifia de la Dans les trépas ordinaires, on peut en accuser 
sorte au premier homme : « Le jour où vous la défaillance de l'àme : cela n'est pas possible 
mangerez du fruit de cet arbre, vous mourrez. » ici. Les soldats ne lui rompirent pas les jambes 
Gènes., n, 17. Le diable avait donc cet acte en comme aux autres suppliciés, afin que sa mort 
sa possession. Le Christ ne nous l'a pas remis ; fût plus manifeste. Us ne sont pas moins connus 
mais lui-même l'a déchiré : c'est le mouvement ceux qui ensevelirent son corps. Les Juifs eux- 
de quelqu'un qui remet une dette avec joie: «Dé- mêmes accompagnés des soldats scellèrent ta 
pouillant les Principautés et les Puissances. » Il pierre. 

s'agit là des Puissances diaboliques ; soit que la Toutes les précautions devaient être prises 

nature humaine les couvrît, soit qu'il les saisit pour envelopper l'événement dans ta nuit du 

comme par une anse , s'étant fait homme, il les mystère. Les témoins étaient choisis par les 

brisa. On peutencore voir cette image dans le mot ennemis, par les Juifs. Entendez-les disant à 

suivant, « il les traîna ; » il en fit un objet de Pilate : « Ce séducteur a déclaré de son vivant 

risée; et jamais, en effet, le diable ne subit une qu'il ressusciterait après trois jours. Donnez 

plus grande humiliation. Comme il s'attendait donc l'ordre que les soldats gardent le sépulcre, » 

à s'emparer du Christ lui-même, il perdit tout Matth., xxvn, 63, 64. Et, les sceaux étant ap- 
ce qu'il avait déjà : les morts ressuscitaient posés, cela se fit ainsi. Entendez-les disant plus 



TOM. x. 




HOMÉLIES SUR I/ÉPITRE AUX COLOSSIENS. 
« Vous voulez appeler sur la dignité de nouvelle créature. Dieu prit dù 



80 

tard aux apôtres 
nous le sang de cet homme. » Act., v, 28. La 
mort même par le crucifiement n'est plus un 
sujet de honte. Gomme les anges n'ont rien 
souffert de pareil, le Christ se charge de tout sur 
la croix, faisant éclater de la sorte les merveilles 
accomplies par la mort : ce fut là comme un 
combat singulier. La mort frappe le Christ, et 
le Christ frappé détruit ensuite la mort : c'est 
par un cadavre qu'est renversé ce qui semblait 
immortel ; et l'univers a vu ce spectacle. Ce qui 
nous saisit surtout d'admiration, c'est que le 
Christ ait accompli cette œuvre par lui-même. 
Alors s'est signé un autre acte , bien différent 
du premier. 

4. Prenez garde donc de ne pas tomber dans 
le filet après avoir dit : Nous renonçons à Satan ; 
Christ, nous nous unissons à vous. D'autant plus 
que cette parole ne peut être appelée une obliga- 
tion chirographaire , c'est un pacte. Il y a obli- 
gation chirographaire, lorsque quelqu'un est re- 
tenu sous la sujétion d'une dette ; mais ceci est un 
pacte : il n'y a pas de sanction, il n'y est pas dit : 
Si telle chose a lieu ou n'apas lieu. Moïse, dans l'as- 
persion du sang du testament, parla ainsi, et 
Dieu promit la vie éternelle. Tout cela est pacte. 
Là un serviteur traite avec son maître, ici un ami 
avec son ami. Là il est dit : « Le jour où tu 
en mangeras, tu mourras. » Gen., H, 47. Aus- 
sitôt la menace; ici, rien de semblable. Ici la 
nudité, et là aussi la nudité; mais là le pécheur 
a été mis à nu, parce qu'il avait péché ; ici, c'est 
pour sa délivrance qu'il est mis à nu. Celui-là 
fut dépouillé de la gloire qu'il possédait, celui- 
ci se dépouille du vieil homme, avant de s'é- 
lever, aussi aisément qu'on rejette un manteau. 
Il est oint comme l'athlète prêt à descendre 
dans le stade. En même temps il naît, et non 
point peu à peu, comme le premier, mais tout 
d'un coup. Il reçoit l'onction, non pas seule- 
ment à la tête, comme le prêtre d'autrefois, 
mais avec plus d'abondance. La tète, l'oreille 
droite, la main du prêtre recevaient l'onction, 
afin de l'exciter et à l'obéissance et aux bonnes 
œuvres : lui, il est oint tout entier. Car il ne 
vient pas seulement pour s'instruire, c'est aussi 
pour lutter et pour combattre qu'il est élevé à 



limon et en forma le corps de l'homme; désor- 
mais, au lieu de limon, il prend l'Esprit saint. 
C'est ainsi qu'est formé, dans des proportions 
irréprochables, l'homme nouveau, comme le 
Sauveur lui-même le fut dans le sein de la 
Vierge. Il n'est pas question ici du paradis, 
mais du ciel. N'allez pas croire, parce que la 
terre est au-dessous de vous, que vous êtes sur 
la terre. Vous avez été transporté dans le ciel; 
ces merveilles se passent parmi les anges. C'est 
là-haut que Dieu prend votre àme, là-haut qu'il 
lui donne l'harmonie des formes : vous avez été 
admis auprès du trône royal. 

Le nouvel homme est façonné dans l'eau et 
reçoit un esprit qui tient lieu de l'àme primi- 
tive. Après qu'il l'a ainsi formé, Dieu ne lui 
amène pas des animaux, mais les démons et leur 
prince, et il dit : « Foulez aux pieds les serpents 
et les scorpions. » Luc., x, 19. Il ne dit pas : 
« Faisons l'homme à notre image et à notre 
ressemblance. » Gènes., i, 26. Quoi donc? Il 
nous accorde de devenir enfants de Dieu. Ceux- 
ci, dit-il, ne sont pas nés des liens du sang , mais 
de Dieu. Ensuite, de peur que vous écoutiez le 
serpent, vous apprendrez aussitôt à dire : Je re- 
nonce à toi ; c'est-à-dire : Quoi que tu dises , je 
ne t'écouterai point. En outre, de peur qu'il ne 
vous soumette par d'autres, il est ajouté : Et 
à tes pompes, et à ton culte, et à tes ministres. 
L'homme n'est plus commis à la garde du pa- 
radis; il a reçu droit de cité dans le ciel. Dès 
qu'il s'y est élevé, il prononce ces paroles ; 
« Notre Père qui êtes aux cieux, que votre vo- 
lonté soit faite sur la terre comme elle l'est 
dans le ciel. » Matth., vi, 9, 10. Ce n'est plus 
un enfant qui tombe la face contre terre , il ne 
s'agit plus d'arbres, ni de fontaine : mais vous 
embrassez le Seigneur, vous êtes mêlé à son 
corps, vous êtes confondu avec .son corps, qui 
habite là-haut, en un lieu inaccessible au démon. 
Ici, plus de femme qui s'approche et qui abuse 
de votre faiblesse trop grande ; car, est-il dit, 
a il n'y a plus ni femme, ni homme, * Gâtât.) 
m, 28. A moins que vous ne descendiez vous- 
même vers lui, le démon ne saurait monter là 
où vous êtes, puisque vous êtes dans le ciel, et 

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que le ciel est inaccessible au démon. Il n'y a 
plus l'arbre de la science du bien et du mal ; 
l'arbre de vie existe seul. Il n'y a plus de femme 
tirée du flanc d'Adam; mais nous sommes tous 
issus du flanc de Jésus- Christ. S'il est vrai que 
eeux qui ont été oints par les hommes n'ont rien 
à souffrir des serpents, vous n'avez non plus 
rien à craindre, vous qui avez été oint afin que 
vous puissiez tenir le serpent et l'étouffer, fouler 
aux pieds les serpents et les scorpions. Mais 
autant ces dons sont grands, autant le châtiment 
est terrible : à celui qui aura été chassé du pa- 
radis, il ne sera pas permis d'habiter en face du 
paradis; nous n'y remonterons pas, si nous en 
sommes déchus. Qu'aurons-nous donc après? 
La géhenne et le ver qui ne meurt pas. 

Puisse aucun de nous ne devenir la proie de 
ce supplice I Vivons dans la vertu, appliquons- 
nous aux œuvres qui plaisent à Dieu, complai- 
sons-nous en lui, afin que nous puissions et 
nous affranchir du châtiment, et parvenir aux 
biens éternels, par la grâce et l'amour de Notre- 
Seigneur Jésus-Christ, à qui gloire, puissance, 
honneur, en même temps qu'au Père et à l'Es- 
prit saint, maintenant et toujours, et dans les 
siècles des siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE VIL 

« Que personne ne poisse donc vous condamner pour le 
manger, ni pour le boire, ni à cause de quelques 
négligences en un jour de fête, de néoméoie ou de 
sabbat. Toutes ces choses ont été l'ombre de celles 
qui devaient arriver, et Jésus- Christ en est le corps» 
Que nul ne vons ravisse la palme en affectant l'humilité 
par un culte superstitieux des anges, et en s'engageant 
dans le détail de choses qu'il n'a pas vues, téméraire- 
ment enflé de sa prudence charnelle, et séparé de la 
tète, dont dépend tout le corps, lequel, servi par les 
jointures et les attaches qui en lient les parties, croit, 
jusqu'à la grandeur qu'il doit avoir en Dieu. » 

1. Après avoir dit en termes voilés : « Veillez 
à ce que nul ne se joue de vous selon la tradition 
des hommes ; » plus haut : c Je le dis , afin 
que personne ne vous induise en erreur par 
persuasion; » après s'être d'abord emparé des 
esprits et les avoir façonnés à ces réflexions, 
l'Apôtre s'abandonne à une digression sur les 
bienfaits du Sauveur, et les développe avec com* 



ttOMÉLIE Vtl. Kl 

plaisance : puis il revient au ton de remontrance 
qu'il avait quitté , et dit : a Que personne ne 
puisse donc vous condamner pour le manger, 
ni pour le boire, ni à cause de quelque négli- 
gence en un jour de fête, de néoménie ou de 
sabbat. » Voyez-vous comme il rabaisse toutes 
ces observances? Si vous avez agi ainsi, veut-il 
dire , pourquoi vous laissez-vous aller à toutes 
ces petitesses? Et il marque son mépris en di- 
sant : a Ou à cause de quelque négligence en 
un jour de fête, » car ils n'observaient pas des 
préceptes bien plus importants, « ou de néomé- 
nie ou de sabbat. » Il ne s'agit pas ici de com- 
mandements violés, mais de prétextes fournis 
au jugement d'autrui. Il montre qu'eux-mêmes 
transgressent les lois, et il détourne le blâme sur 
des étrangers, comme pour indiquer qu'ils ne 
doivent pas excuser ceux qui jugent le prochain. 
Il fait mieux encore ; il converse avec eux, il ne 
leur interdit pas de parler, il ne leur dit pas : 
Ne m'interrogez point. Il agit comme si ses 
remontrances ne les concernaient pas. Le blâme 
ne porte pas sur la pureté et l'impureté; non 
plus sur l'inobservation delafète des Tabernacles, 
ou des Azymes, ou de la Pentecôte; mais sur 
a quelques, négligences en un jour de fête. » 
C'est qu'ils n'avaient pas la force de les obser- 
ver en entier; ou, s'ils les observaient, ce n'était 
pas avec les dispositions requises, a A cause de 
quelques négligences, » dit-il ; voulant indiquer 
que la majeure partie des jours de fête n'était 
pas sanctifiée, et que s'ils célébraient le jour du 
repos, c'était imparfaitement. « Toutes ces choses 
ont été l'ombre de celles qui devaient arriver; » 
il entend par là le Nouveau Testament, a et 
Jésus-Christ en est le corps. » Certains ponc- 
tuent ainsi : Tb 8è cu>p.a, Xpicrou; ils entendent 
que ces choses se sont réalisées en Jésus-Christ* 
D'autres lisent : « Veillez à ce que personne ne 
vous supplante dans vos droits au corps de Jé* 
sus-Christ, » c'est-à-dire ne vous frustre. En 
effet, xaT*6pa6euWjv<xt se dit lorsque quelqu'un 
remporte une victoire dont un autre obtient le 
prix, lorsque le vainqueur est frustré de sa ré- 
compense. Vous avez été élevé au-dessus du 
démon et du péché : pourquoi de vous-même 



vous mettez-vous 



de nouveau 

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du 



HOMÉLIES SUR L'ÈPITRE AUX COLOSSIËPÎS. 



péché? Aussi l'on est obligé d'observer toute 
la loi;» dit-il, Galat., v, 3; et ailleurs : 
« Jésus-Christ serait-il donc ministre du péché? » 
Galat., il, 17. Ce sont ses paroles dans l'Epitre 
aux Galates. 

Lors donc qu'il a fait déborder leur colère par 
cette menace : a Que nul ne vous ravisse la 
palme, » il ajoute : a En affectant l'humilité 
par un culte superstitieux des anges, et s'enga- 
geant dans le détail de choses qu'il n'a pas vues, 
témérairement enflé de sa prudence charnelle, » 
Qu'est-ce à dire, a l'humilité, » et qu'est-ce à dire, 
c enflé? » Il le montre tout plein de vaine gloire. 
Mais à quoi tend ce passage en général? Cer- 
tains prétendaient qu'il n'est pas nécessaire que 
Jésus-Christ intervienne pour nous ramener à 
Dieu, ce qui serait un privilège au-dessus de 
nous, et qu'il suffît des anges. C'est pourquoi 
l'Apôtre tourne et retourne ce qui a été dit de 
Jésus-Christ : « Par le sang de sa croix. » 
Colo$s.> i, 20. Nous avons été réconciliés, « parce 
qu'il a souffert pour nous, » I Pet., u, 21, et 
c parce qu'il nous a aimés. » Ephes., n, 4. C'est 
ainsi qu'il affermit de nouveau leur foi sur ce 
point. U montre qu'il ne s'agit pas de récon- 
ciliation, mais de religion. « Il s'engage, dit-il, 
dans le détail de choses qu'il n'a pas vues. » En 
effet, il n'a pas vu les anges , et il raisonne 
comme s'il les avait vus. C'est pourquoi l'A- 
pôtre poursuit : a Témérairement enflé de sa 
prudence charnelle. » Car ce n'est pas à l'occa- 
sion d'une vulgaire vérité, c'est à l'occasion 
d'un dogme que lui est venu cet orgueil. Et il le 
cache derrière le masque de l'humilité. Comme 
si Ton disait que, puisque sa prudence est char- 
nelle, non spirituelle, sa pensée est selon la fai- 
blesse humaine. « Et séparé de la tète, dont dé- 
pend tout le corps; » c'est-à-dire séparé de ce qui 
lui donnerait l'être, et l'être qu'il faut avoir. 
En quoi sans la tète jouiriez-vous des autres 
membres? Si vous en êtes retranché, c'est la 
mort. « Dont dépend tout le corps. » C'est-à-dire 
que non-seulement chacun vit par elle, mais qu'il 
doit encore lui rester uni. L'Eglise universelle 
sera florissante tant qu'elle sera unie à sa tète; 
car elle ne procède pas d'un mouvement de témé- 
rité et de vaine gloire, elle n'est pas une inven- 



tion de la prudence humaine. Remarquez que 
« dont » désigne le Fils de Dieu. « Lequel, » dit- 
il, c servi par les jointures et les attaches qui en 
lient les parties , croit jusqu'à la grandeur qu'il 
doit avoir en Dieu, » c'est-à-dire qu'il croit selon 
Dieu , ce qui est l'éducation la meilleure. « Si 
donc vous êtes morts avec Jésus-Christ. » Vous 
avez vu ce qu'il dit au milieu, gardant les traits 
les plus forts pour le commencement et pour la 
fin. a Si vous êtes morts avec Jésus-Christ aux 
éléments de ce monde, pourquoi vous en laissez- 
vous imposer les lois, comme si vous viviez 
dans le monde? » La conséquence n'y est pas ; la 
voici : Pourquoi, comme les mondains, vivez- 
vous en esclaves de ces éléments? Mais passant 
outre, que dit-il? « N'y touchez point, n'y goûtez 
point, ne les effleurez pas du bout des lèvres : 
ce sont des choses corruptibles, que l'usage 
détruit, parce qu'elles sont fondées sur les plans 
et sur les doctrines des hommes. » 

2. Vous n'êtes pas dans le monde, dit-il; 
pourquoi ètes-vous esclaves de ses éléments? 
pourquoi esclaves des observances du monde? 
Et voyez-vous comme il met en scène ce travers : 
N'y touchez point, ne les effleurez pas du bout 
des lèvres, n'y goûtez pas. Comme s'ils se gar- 
daient de plus graves écarts. « Ce sont des 
choses corruptibles , que l'usage détruit, n II 
réprime ainsi chez plusieurs l'habitude changée 
en seconde nature, et il ajoute : « Parce qu'elles 
sont fondées sur les plans et sur les doctrines 
des hommes. » Que répondre? Vous ne pouvez 
excepter même la loi, qui devient à la longue 
une doctrine des hommes. Ou bien il parle ainsi 
parce qu'ils la dénaturaient, ou bien il fait al- 
lusion à la philosophie païenne : tout cela est 
doctrine des hommes. « Ce sont des choses 
auxquelles prêtent le langage de la sagesse, une 
fausse piété et une humilité hypocrite , qui ne 
ménagent pas le corps et refusent à la chair les 
égards qui lui sont dus. » Il dit le langage, non 
la force ; donc non plus la réalité. C'est pourquoi, 
bien qu'ils aient le langage de la sagesse, fuyons- 
les. Cet homme parait être pieux et modeste, et 
mépriser son corps ; mais il n'en est rien. « U 
refuse au corps les égards et les aliments qui lui 
sont dus. » Dieu veut que nous honorions la 

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HOMÉLIE VIT. 

chair; cet homme n'en fait rien. Dieu, dans ses 
enseignements, dit cependant que c'est un hon- 
neur mérité. Ils déshonorent la chair, dit-il, par 
les privations et par le déni de son droit. Il ne 
permet pas qu'on la domine despotiquement; 
Dieu a honoré la chair, « Donc si vous êtes res- 
suscites avec Jésus-Christ. » Par ces mots, il les 
unit au Sauveur dans la résurrection, comme 
plus haut dans la mort. Aussi dit-il : a Si donc 
vous êtes ressuscités avec Jésus-Christ , recher- 
chez les biens du ciel. » Sur cela , aucune re- 
marque à faire, « Recherchez les biens du ciel, 
où habite Jésus-Christ, assis à la droite de Dieu. » 
Merveille ! où nous a-t-il entraînés ? De quels 
sublimes sentiments il a rempli nos esprits? Il 
ne- s'est pas contenté de dire : « Les biens du 
ciel; » ni d'ajouter : a Où habite Jésus-Christ.» 
Quoi de plus? a Assis à la droite de Dieu. » Il 
est certain désormais qu'ils ne tourneront pas 
leurs regards vers la terre. « Ne pensez qu'aux 
choses du ciel, non à celles de la terre ; car vous 
êtes morts, et votre vie est cachée en Dieu avec 
Jésus-Christ. Lorsque paraîtra Jésus-Christ, votre 
vie, alors aussi vous paraîtrez avec lui dans la 
gloire. » Cette vie terrestre, dit-il, n'est pas la 
vôtre, qui est une vie différente. Et maintenant 
il a hâte de les y transporter : il leur démontre 
«ans retard qu'ils habitent le ciel, bien qu'ils 
soient morts, se servant de ces deux circons- 
tances pour prouver qu'ils ne doivent point re- 
chercher les choses d'ici-bas. . 

Puisque vous êtes morts , vous ne devez pas 
les rechercher; et vous ne le devez pas non plus, 
puisque vous êtes au ciel. Jésus-Christ ne parait 
pas : il en est de même de votre vie , qui repose 
là-haut dans le sein de Dieu. Quoi donc? quand 
vivrons-nous? Quand Jésus-Christ, notre vie, 
aura paru, cherchez alors la gloire, alors la vie, 
alors les délices. Voilà le viatique dont l'Apôtre 
les munit, en les entraînant loin des sensualités 
et de la mollesse. Il a cette coutume d'aller d'un 
bond, sans transition , d'une chose qu'il prouve 
à un sujet nouveau; si bien que, parlant des 
devanciers de la Cène, il s'est pris soudain à exa- 
miner de près les mystères. Une remontrance 
n'a que plus de poids, quand elle éclate inopiné- 
ment. Votre vie, dit-il, est cachée hors de vous. 



53 
» C'est 



a Alors aussi vous paraîtrez avec lui 
pourquoi vous ne paraissez pas maintenant* 
Voyez comme il les transporte dans le ciel même. 
Son but constant, ainsi que je l'ai établi, est de 
montrer qu'ils possèdent les mêmes biens que 
Jésus-Christ, et dans toutes ses épîtres il s'attache 
à prouver qu'en toute chose ils font société et 
sont en communion avec Jésus-Christ. C'est 
dans ce dessein qu'il parle de tête et de corps, et 
qu'il use de tous les moyens pour dépeindre cet 
être aux yeux de la foi. Puisque nous paraîtrons 
alors, ne nous affligeons point de ne pas re- 
cueillir des honneurs terrestres : puisque cette 
vie n'est pas la vie, mais que celle-ci est cachée, 
nous devons vivre la vie de ce monde comme si 
nous étions morts, c Alors, dit-il, vous paraîtrez 
aussi avec lui dans la gloire. » Il dit : a Dans la 
gloire, » et ce n'est pas sans intention; la perle 
également n'est* elle pas cachée tant qu'elle est 
dans la coquille? Ne nous affligeons donc pas, 
soit des outrages reçus , soit de toute autre 
épreuve : cette vie n'est point la nôtre ; nous 
sommes des étrangers , des voyageurs, a Car 
vous êtes morts, » dit-il. T aurait-il quelqu'un 
d'assez insensé pour acheter des esclaves, élever 
des maisons, préparer de somptueux vêtements 
à un cadavre dans le tombeau? Personne. Loin 
de nous donc semblable folie. Seulement, de 
même que nous nous contentons de veiller à ce 
qu'un cadavre ne soit pas enseveli tout nu, bor- 
nons-nous ici au même soin. Notre vieil homme 
a été enseveli, il a été enseveli non dans la terre, 
mais dans l'eau; la mort ne saurait le dissoudre, 
puisqu'il a été enseveli par celui-là même qui a 
brisé les liens de la mort ; il n'a pas subi la loi 
de la nature, mais il a obéi à un ordre supérieur à 
l'autorité de la nature. Ce qui est l'œuvre de la 
nature, chacun peut le dissoudre; ce qui est 
l'œuvre de cet ordre supérieur , nul ne le peut. 
Rien d'aussi heureux que le séjour de ce tombeau, 
qui comble de joie et les anges et les hommes , 
et le Maître des anges ; dans ce sépulcre, il n'est 
besoin ni de riches vêtements, ni de meubles, ni 
de rien de pareil» Voulez-vous en voir le symbole? 
je vous montrerai un bassin où les uns ont été en- 
sevelis, et d'où les autres sont ressuscités : les 
Egyptiens furent submergés dans la mer Rouge, 

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54 



HOMÉLIES SUR L'ÉPITRE AUX COLOSSIENS. 



d'où les Israélites sortirent sains et saufs. Une 
même chose donne à l'un la mort, à l'autre la vie. 
Dansiebap- . 3. Ne vous étonnez pas de ce que la naissance 
mtort et Ton et la mort sont à la fois dans le baptême. Je 
renaît. v(mg j e demande 9 quoiqu'il soit évident pour 
tous que dissoudre et réunir sont contraires; 
n'est-ce pas ce que fait le feu? Il fond la cire 
et la détruit, tandis qu'il réunit des parcelles de 
métal séparées dans le minerai, et qu'il en 
forme l'or. De même ici, la force du feu divin 
change en or une statue qu'il a détruite : avant 
l'immersion du baptême, nous étions du limon; 
après, nous sommes de l'or. Gomment s'opère 
cette merveille? L'Apêtre nous l'apprend : « Le 
premier homme est terrestre et formé de la terre, 
et le second est céleste et qui descend du ciel. » 
I Cor. , xv , 47* Je viens d'indiquer combien 
grande est la différence entre le limon et l'or ; je 
la trouve plus grande encore entre l'homme 
terrestre et l'homme céleste : la distance est 
de beaucoup moindre entre le limon et l'or, 
qu'entre les choses de la terre et celles du ciel. 
Nous étions de cire et de limon : la flamme de 
la concupiscence nous a fondus plus complète- 
ment que le feu ne fond la cire, et la tentation 
des biens du monde nous a pénétrés bien plus 
que la pierre ne s'enfonce dans le limon. Ana- 
lysons, si vous le voulez , notre vie antérieure : 
tout y était terre et limon , et choses de cette 
nature, qui ont l'instabilité de la poussière, et 
la mobilité du flux et du reflux. Sans nous 
enquérir de lointains exemples, autour de 
nous, tout n'est-il pas onde et poussière? Que 
faut-il envisager? La puissance et la domina- 
tion? Il est vrai, rien en ce monde ne parait 
aussi digne d'envie. Mais la poussière dans 
l'air est stable, en comparaison de cette 
puissance, en ces temps surtout. De qui, en 
effet, n'est-elle pas l'esclave? elle l'est de ses 
partisans les plus dévoués, des eunuques, des 
hommes d'argent, de la colère du peuple, des 
passions des grands. Celui qui siégeait hier sur 
un tribunal élevé, qui avait des hérauts criant 
à voix haute, et que l'appareil des licteurs et des 
gardes précédait à l'agora, le voici maintenant 
misérable, et seul , et traînant le fardeau d'une 
vie qu'ont désertée toutes ces pompes , nu et 



chassé par le vent de l'adversité comme un grain 
de poussière ou comme un flot qui passe. Et , 
de même que la poussière est soulevée par nos 
pieds, de même les puissances de la terre sont 
suscitées par les pieds des hommes d'argent, 
qui les foulent pendant toute la vie. Gomme la 
poussière, quand elle est soulevée, occupe un 
grand espace, mais est peu de chose en elle- 
même; ainsi en est-il de la puissance. Gomme 
la poussière encore aveugle les yeux du corps, 
de même le faste du pouvoir aveugle les yeux 
de l'esprit. 

Mais quoi, voulez-vous que nous envisagions 
une chose bien enviée, les richesses? Soit; 
examinons-les en particulier. Elles ont les jouis- 
sances, elles ont les honneurs, elles ont l'autorité. 
Commençons par les jouissances. Ne sont-elles 
pas poussière? bien plus, elles passent plus vite 
que la poussière. Les voluptés du goût s'étendent 
jusqu'à la langue; quand le corps est rassasié, 
elles ne s'étendent même plus jusque-là. Mais les 
honneurs, s'écrie-t-on, sont une douce chose. Et 
qu r y a-t-il déplus amer que ces honneurs, qui 
s'acquièrent à prix d'argent? Puisqu'ils ne vous 
viennent pas ni d'une libre élection ni de votre 
propre mérite, vous n'en jouissez pas : ils sont ac- 
cordés à vos richesses. C'est ce qui fait que le riche 
est de tous les hommes celui qui a le moins d'hon- 
neurs. Je vous le demande, si, ayant un ami, vous 
étiez considéré de tous, mais que chacun proclamât 
que vous n'êtes pas digne d'estime, et qu'on se 
vit contraint de vous honorer à cause de votre 
ami, quoi de plus déshonorant pour vous? Les ri- 
chesses sont donc une cause de déshonneur, en 
ce sens qu'elles sont plus considérées que leurs 
possesseurs eux-mêmes; elles sont une preuve 
plutôt de faiblesse que de puissance. Ne voit-on 
pas qu'il y a folie à ne pas comprendre que de la 
terre et de la cendre (l'or n'est pas autre chose) 
ne nous donnent aucun mérite, et que ce sont 
elles qu'on honore en nous? et c'est justice. Tel 
n'est pas le sort de celui qui méprise la richesse : 
il sait qu'il vaut mieux n'avoir pas d'influence, 
que de la devoir à sa fortune. N'est-il pas vrai 
que si quelqu'un vous disait : Je vous crois in- 
digne de tout égard , mais je vous considère à 
cause de vos serviteurs, cette injure vous sem- 



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HOMELIE VIL 

blerait la pire de toutes? S'il est honteux d'être 
considéré à cause de nos serviteurs, qui ont une 
âme et une nature comme les nôtres, combien 
plus de l'être en raison de choses plus mépri- 
sables, à savoir : les murs et les cours de nos mai- 
sons, les vases d'or et les étoffes de prix? Voilà 
ce qui mérite vraiment le ridicule et le mépris; 
mieux vaut mourir que d'être ainsi honoré. Je 
vous le demande encore, si vous sentiez tout cet 
édifice d'orgueil trembler sous vos pieds, et si 
quelqu'un de vil et de méprisable voulût vous 
sauver de cette ruine? quoi de plus humiliant 
pour vous ? Laissez-moi vous rappeler ce qui se 
dit parmi vous au sujet de cette ville elle-même. 
Elle avait offensé le souverain : il ordonna de 
la détruire de fond en comble, hommes, enfants 
et maisons. Telles sont les colères des rois : ils 
peuvent tout accorder à leur arbitraire ; tant la 
puissance est un grand fléau ! La ville était donc 
en un péril extrême. La cité voisine, celle du 
bord de la mer, lui venant en aide, sollicita sa 
grâce auprès de l'empereur; et les habitants 
d'Antioche s'écriaient : La destruction de notre 
ville eût été une calamité moindre que ce secours 
étranger. N'est-il pas vrai que d'être honoré pour 
ses richesses est chose pire que le mépris? D'où 
sortent, en effet, les racines de cçtte considération ? 
Elle est le fruit de l'adresse de nos cuisiniers, et 
c'est à eux que nous devons en rendre grâces ; 
d'un gardien de pourceaux, qui les élève pour 
nos riches festins; d'un tisserand, d'un ouvrier 
en laine, de celui qui travaille les métaux, d'un 
pâtissier, des serviteurs de nos tables. 

4. Ne vaut-il donc pas mieux n'être pas ho- 
noré, que d'avoir à leur rendre grâces d'une 
telle considération? En outre, la poursuite des 
richesses dégrade l'homme : je vais m'efforcer 
de l'établir clairement. Elle avilit l'àme ; et quoi 
de plus dégradant? Imaginez un corps radieux 
de jeunesse et d'une beauté sans rivale ; survient 
la richesse, qui proclame qu'elle va le rendre 
repoussant de laideur, de sain qu'il était l'ac- 
cabler de maladies, et remplacer l'harmonie des 
formes par la difformité ; elle répand l'hydropisie 
dans tous les membres; elle gonfle la face, 
qui n'est plus qu'une affreuse tumeur ; elle en- 
gorge les jambes, désormais plus lourdes que 



55 

des poutres, elle grossit le ventre, à tel point 
qu'aucun tonneau ne saurait l'égaler. Puis 
elle déclare qu'elle ne permet pas, à ceux qui 
voudraient l'entreprendre, de soigner ce corps, 
car elle a même ce pouvoir ; et que cependant 
elle laisse assez de liberté à cet égard, mais pour 
punir celui qui s'approcherait dans le but de le 
délivrer de ses infirmités. Où trouver monstruo- 
sité pareille ? Voilà pourtant comment la pour- 
suite des richesses transforme l'àme ; peut-on 
dire qu'elles soient une chose enviable? Mais leur 
puissance est plus pernicieuse que la maladie 
même : car que le malade ne puisse pas se con- 
former aux prescriptions des médecins, c'est ce 
qui est plus fâcheux que d'être malade. Or, les 
richesses nous mettent en cette extrémité : elles 
embrasent, elles tuméfient l'àme tout entière ; 
puis elles en interdisent l'accès aux médecins. 
Ne disons donc point que le riche est heureux 
parce qu'il a la puissance : au contraire, pre- 
nons-le en pitié. Si je voyais un hydropique, 
que personne n'empêcherait de se remplir de 
boisson et de viandes nuisibles, j'aurais garde 
de le croire heureux en raison de cette liberté. 
La puissance comme les honneurs n'est pas tou- 
jours désirable : cesontdeschosesenfléesdebeau- 
coup d'orgueil. Puisque vous ne voudriez pas 
que les richesses fussent pour le corps une cause 
de maladie , pourquoi voyez-vous avec indif- 
férence que l'àme , non-seulement contracte la 
maladie, mais s'expose à un châtiment bien au- 
trement redoutable? Le feu de la fièvre la con- 
sume de toute part, et cette fièvre, nul ne peut 
l'éteindre; les richesses ne le permettent pas, 
elles qui persuadent que les désavantages sont 
des prérogatives , comme l'intolérance la plus 
générale et le pouvoir de tout faire selon ses 
caprices. Il n'y a pas d'àme surchargée de tant 
de désirs et de si coupables, que l'àme de ceux 
qui poursuivent les richesses. De quelles frivo- 
lités ne caressent-ils pas l'image ? Leur imagi- 
tion est plus peuplée que celle des crédules admi- 
rateurs des hippocentaures, des chimères, des 
dragons, des Scyllas, des monstres de toute sorte. 
Si l'on pouvait en représenter un seul, objet de 
leurs désirs, et la chimère, et Scylla, et l'hippo- 
centaure ne seraient rien en comparaison de 



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86 



ce prodige , réunissant les traits de 
monstres fabuleux. 

Peut-être pensera-t-on que j'ai été puissam- 
ment riche, moi qui dévoile avec tant de vérité 
les secrets de la richesse. J'ai ouï dire, et je veux 
d'abord justifier mon discours, par une tradition 
populaire chez les Grecs, j'ai ouï dire qu'un roi, 
cherchant ses délices, pendant son séjour en 
Grèce, poussa l'étalage de sa magnificence jus- 
qu'à se faire construire un platane d'or et au- 
dessus un ciel du même métal; il campait ainsi, 
alors qu'il venait faire la guerre à un peuple 
versé dans l'art des combats. Ce caprice n'est-il pas 
une folie comparable aux hippocentaures, com- 
parable àScylla? Un autre prince faisait torturer 
des hommes dans un bœuf en bois. Cette inven- 
tion horrible ne vaut-elle pas Scylla? Un autre 
monarque des temps anciens fut métamorphosé 
par les richesses de vaillant général en femme ; 
et de femme, le dirai- je ? en animal privé de rai- 
son, et pire que les brutes elles-mêmes. Les bêtes, 
en effet, pourvu qu'elles errent en liberté dans 
les forêts, se conforment à leur nature, et ne 
cherchent rien de plus ; mais lui, il dépassa de 
beaucoup les penchants des bêtes féroces. Quoi 
donc d'aussi peu raisonnable que le riche? Et il 
est ainsi à cause de la violence trop grande de ses 
désirs. La plupart cependant ne l'admirent-ils 
pas ? Ils méritent donc le ridicule comme lui. 
Ces caprices ne prouvent pas la richesse , mais 
la folie. Combien un platane naturel est-il pré- 
férable au platane d'or, et plus beau certes ! Les 
choses selon la nature ont bien plus d'attraits 
que celles qui violent ses lois. Que prétendais- 
tu avec ton ciel d'or, insensé ? Voyez- vous à 
quelles folies le poussent les richesses? quel 
feu le dévore ? J'imagine que, ne connaissant 
pas le fond de la mer, il va se mettre en tête d'y 
descendre. N'est-ce point vraiment la chimère? 
n'est-ce pas l'hippocentaure? Mais en ce temps 
aussi il en est qui sont semblables à ce roi ; il y 
en a de bien plus insensés. En quoi, je vous prie, 
diffèrent-ils, pour ce qui est de la folie, du roi 
au platane d'or, ceux qui font fabriquer des 
amphores, et des urnes, et des vases d'or? Et ces 
femmes, je rougis de le dire, mais il le faut, qui 
se servent de vases d'ignominie en argent ?^hj 



HOMÉLIES SUR L'ÉPITRE AUX COLOSSIENS. 

tous les c'est vous qui devriez rougir de honte d'agir 



ainsi ! Jésus-Christ souffre les privations, et vous 
vous endormez dans les délices? et vous êtes 
à ce point insensés? Quelles expiations ne vous 
préparez -vous pas? Et vous demandez comment 
il peut y avoir des larrons et des parricides, et 
comment existe le mal, quand vous-mêmes 
vous vous laissez ainsi pervertir par le démon? 
Bien qu'il ne soit pas assurément d'un homme 
sage d'avoir des plateaux d'argent, c'est chose 
dont la possession offre un certain charme qui 
l'explique. Mais quel plaisir peut-il y avoir à 
faire fabriquer en argent des vases d'igno- 
minie ? Aucun sans contredit : c'est de la dé- 
mence, et la pire de toutes les démences. 

5. Je sais que cette franchise aigrira bien des 
gens : que m'importe, pourvu que je sois utile? 
Oui , les richesses nous égarent , nous frappent 
defolie. S'ils en avaientle pouvoir, les riches vou- 
draientque la terre fût en or, leur demeureen or, 
peut-être même que le ciel et l'air fussent en or. 
Quelle folie ! quelle iniquité I quelle fièvre ! Votre 
prochain, qui est fait à l'image de Dieu, se meurt 
de froid, et vous inventez toutes ces superfluités? 
0 comble d'un faste arrogant! Que ferait de 
plus un insensé? Quoi ! avoir de l'estime pour 
des immondices, puisqu'on les recueille dans des 
vases d'argent! Ah! je sais que mes paroles 
troublent votre engourdissement dans la mol- 
lesse. Elles doivent être engourdies, en effet, les 
femmes qui agissent ainsi, et les hommes qui se 
font les esclaves d'un semblable travers; c'est 
du dérèglement , quelque chose de monstrueux 
et de contraire à tout sentiment humain, de l'a- 
brutissement, de l'obscénité. Quelle Scylla, quelle 
chimère, quel dragon, ou plutôt quel démon, 
quel diable agirait ainsi? Où donc est l'utilité de 
Jésus-Christ, où l'utilité de la foi, quand vous 
imitez les idolâtres ? Que dis-je, les idolâtres? 
quand vous imitez les démons? Quel espoir de 
pardon a-t-il, celui qui emploie l'argent à un si 
vil usage, quand c'est un péché d'orner sa tête 
d'or et de pierreries? N'est-ce point assez de tant 
d'autres superfluités contraires àl'espritchrétien, 
comme sont les sièges et les marche-pieds d'ar- 
gent? Sans doute, un tel ameublement tient de la 
folie; mais un faste in utile s'est glissé partout, par- 

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HOMÉLIE VII. 



»7 



tout la vaine gloire; nulle part l'usage raison- 
nable , partout l'abus. Je crains que les femmes, 
entraînées par cette folie, ne prennent les formes 
les plus extravagantes : elles en viendront à dé- 
sirer d'avoir une chevelure en or. Ou bien avouez 
que ce qui a été dit ne vous regarde pas, que rien 
ne vous a égaré, que vous n'avez pas eu occasion 
de tomber dans' la concupiscence ; ou que, si 
vous l'avez repoussée, c'est grâce à une honte 
salutaire. Car, si vous osez vous-même conce- 
voir des désirs plus absurdes, je n'en suis que 
plus fondé à craindre que les femmes n'en 
viennent à regretter de n'avoir pas les cheveux 
en or, et les lèvres, et les sourcils, et à s'enduire 
d'or liquéfié. Vous n'y croyez point, il vous pa- 
rait que je ne parle pas sérieusement. Que je vous 
raconte donc ce qui m'a été rapporté , d'autant 
plus que ceci a lieu encore de nos jours. Chez 
les Perses, le roi porte une barbe d'or : des mains 
habiles l'ont enroulé dans des feuilles d'or, qui 
servent de tégument; et ce monstre nouveau 
git dans sa mollesse. Christ, gloire à vous! 
combien grands les bienfaits dont vous nous 
avez comblés ! en nous donnant la santé de l'es- 
prit, de combien de monstruosités, de quelles 
folies ne nous avez- vous pas délivrés ! 

Entendez bien : je ne cherche plus à per- 
suader, j'ordonne au nom de Dieu, j'enjoins 
hautement; m'écoute qui voudra, et qui ne 
voudra pas n'obéisse point. Du reste, si vous 
persistez dans cette manière d'agir, je ne per- 
mettrai plus que vous franchissiez ce seuil. 
Qu'est-il besoin ici de cette foule d'incurables? 
Qu'objecterez- vous? En vous instruisant , ai-je 
interdit ce qui n'est point superflu ? Paul inter- 
disait donc l'or et les pierreries. Les idolâtres 
se rient de nous, et nos enseignements leur pa- 
raissent des fables obscures. Et moi je dis : Venez- 
Vous à notre école avec le désir de comprendre 
la philosophie spirituelle? renoncez d'abord au 
faste. Je donne ce conseil à l'un et à l'autre 
sexe; quiconque ne le suivra pas , je ne le tolé- 
rerai plus. Les douze apôtres étaient demeurés 
seuls auprès de Jésus-Christ; or, écoutez com- 
ment il leur parle : a Et vous, ne voulez-vous 
point vous en aller aussi? » Joan., vi, 68. Si 
nous vous flattons toujours , quand nous régé- 



nérerons-nous? quand vous serons-nous utiles? 
Mais , dira-t-on , il y a d'autres croyances , et 
elles changent de langage selon l'époque. Quel 
insipide argument! « Il vaut mieux un seul 
juste faisant la volonté de Dieu que mille per- 
vers. » Eccli., xvi, 3. Que préféreriez- vous? 
avoir d'innombrables esclavesfugitifs et voleurs, 
ou un seul bon serviteur? Je vous le conseille 
donc, je vous l'ordonne , foulez aux pieds ces 
parures, brisez ces vases, donnez-les aux pauvres, 
et fuyez désormais cette folie. Qui veut sortir, 
s'en aille , et me censure qui voudra : plus de 
tolérance de cette sorte. Quand , au jugement , 
je paraîtrai devant le tribunal de Jésus-Christ, 
vous vous tiendrez à l'écart, et vos bonnes 
grâces ne me serviront de rien dans le compte 
que j'aurai à rendre. Ces paroles gagnent de 
l'un à l'autre : Je m'éloignerai , je quitterai 
cette croyance pour une autre. Homme aveugle ! 
abaissez -vous ainsi, arrangez-vous pour un 
temps. Jusques à quand? une fois, deux ou 
trois; mais le pourrez-vous toujours? J'ai déjà 
dit, et je déclare encore avec le bienheureux 
Paul, « Que, si je retourne chez vous, je n'aurai 
aucune indulgence. » II Cor., xiii, 2. Si vous 
redressez vos cœurs, vous en reconnaîtrez bientôt 
l'avantage et l'utilité. 

Je vous y exhorte, je vous en prie, je n'hési- J^J£ ution 
terais pas à me jeter à vos genoux pour vous en 
supplier. Loin de vous la mollesse, loin de vous ces 
délices, cette honte, car il faut dire honte, et non 
délices; loin de vous cet aveuglement, cette 
folie! Tant d'indigents entourent l'Eglise; et 
l'Eglise , qui compte tant de riches parmi ses 
enfants si nombreux, ne peut pas secourir ces 
indigents? Celui-ci est dans la détresse , quand 
celui-là nage dans l'abondance; l'un recueille 
ses déjections dans de l'argent, quand l'autre 
manque de pain pour se nourrir. N'est-ce pas 
le comble du dérèglement et de l'inhumanité? 
Fasse le ciel que nous ne soyons pas dans la 
nécessité de punir les récalcitrants et de les acca- 
bler du poids de notre anathème? mais plutôt 
qu'ils observent ces préceptes volontairement et 
avec patience. Ainsi nous vivrons un jour avec 
Dieu dans la gloire ; ainsi nous serons délivrés 
de l'éternel supplice, et nous parviendrons à la 
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58 



HOMÉLIES SUR L'ÉPITRE AUX COLOSSIENS. 



félicité qu'il a promise à ceux qui l'aiment, par 
la grâce et l'amour.... 



HOMÉLIE VIII. 

« Faites donc mourir les membres de l'homme terrestre 
qui est en vous : la fornication, l'impureté, les passions 
déshonnêtes , les mauvais désirs , et l'avarice, qui est 
une idolâtrie. Ce sont ces crimes qui attirent la colère 
de Dieu sur les incrédules; et vous les avez commis 
autrefois vous-mêmes , lorsque vous viviez dans ces 
désordres. » 



1. Beaucoup d'entre vous se sont scandalisés, 
je le sais, de notre précédent entretien. Mais 
qu'y faire? Vous avez entendu quels sont les 
ordres de Dieu. Suis-je donc responsable des 
suites? Qu'y puis-je ? Ne voyez-vous pas qu'un 
créancier fait charger de chaînes le débiteur 
récalcitrant? Vous venez d'entendre Paul s'écrier 
aujourd'hui : « Faites mourir les membres de 
l'homme terrestre qui est en vous : la fornica- 
tion! l'impureté, les passions déshonnêtes, les 
mauvais désirs , et l'avarice , qui est une idolâ- 
trie. » Vous voyez à quoi ce vice aboutit. Ne 
vous offensez point : je ne veux pas m'attirer 
des inimitiés, ni de propos délibéré, ni par incon- 
sidération ; mais je désirerais vous voir monter 
à ce degré de vertu, où vous ne parleriez que 
des choses nécessaires. Je n'ai pas voulu faire 
ostentation d'autorité et de commandement; 
j'ai voulu faire preuve de tristesse et de douleur. 
Soyez , soyez indulgents : loin de moi le mal- 
heur de manquer aux convenances en traitant 
ces matières; je les aborde par nécessité. Loin 
de moi la pensée d'humilier les pauvres dans 
mes discours, où je n'ai en vue que votre salut. 
Ne court-il pas à une damnation assurée , celui 
qui refuse de nourrir Jésus-Christ , c'est-à-dire , 
de secourir l'indigence? Tant que vous vous 
abandonnez ainsi aux délices du luxe, toute 
autre œuvre est inutile. On ne vous demande 
point , en effet, si vous donnez beaucoup , mais 
si vous ne donnez pas moins que ne le com- 
portent vos facultés; ce qui serait éluder le 
commandement. « Faites mourir, ajoute l'Apôtre, 
les membres de l'homme terrestre qui est en 
vous.» Quoi donc? d'où vient qu'après avoir 



dit : Vous avez été ensevelis, et ensevelis avec 
Jésus-Christ, vous avez été circoncis en lui, 
vous vous êtes dépouillés du vieil homme et de 
ses œuvres; d'où vient que vous vous exprimez 
ainsi : Faites mourir? Ne vous jouez point; en- 
tendez-vous par là que l'homme terrestre existe 
encore en nous ? L'Apôtre n'est pas en contra- 
diction avec lui-même. Si un homme, après 
avoir nettoyé une statue de ses souillures , ou 
plutôt après l'avoir fondue et en avoir composé 
une nouvelle éblouissante de pureté, disait plus 
tard que celle-ci dépérit sous la rouille qui la 
ronge, et se déterminait à l'en délivrer, cet 
homme, dis-je, ne se contredirait nullement, 
puisqu'il emploierait ses soins à faire dispa- 
raître, non la rouille enlevée une première fois, 
mais celle qui est née depuis. De même Paul n'a 
pas en vue la mort antérieure du vieil homme 
ni ses fornications, mais celles qui ont eu lieu 
dans la suite. 

Voilà, disent les hérétiques, que Paul dénigre 
la création par ces paroles : « N'ayez de goût 
que pour les choses du ciel , non pour celles de 
la terre ; » et par celles-ci : a Faites mourir les 
membres de l'homme terrestre qui est en vous. » 
Mais les mots « terre » et a terrestre » désignent ici 
le péché; il ne dénigre donc point la création. Il 
appelle les choses de la terre des péchés, soit 
parce que ceux-ci s'accomplissent sur la terre et 
naissent de la pensée terrestre , soit parce que 
les œuvres des pécheurs montrent qu'ils ha- 
bitent sur la terre. « La fornication , l'impu- 
reté, » dit-il. Il passe sur beaucoup d'actes qu'il 
ne serait pas bienséant de nommer, il les com- 
prend tous dans l'impureté. Il poursuit : « Les 
passions déshonnêtes, les mauvais désirs. » 
Dans cette manière générale , tout est dit ; les 
mauvais désirs résument tout, envie, colère, 
vengeance. « Et l'avarice, ajoute-t-il, qui est 
une idolâtrie. Ce sont ces autres crimes qui 
attirent la colère de Dieu sur les incrédules. » 
Que de détours suivis pour arriver à cette con- 
clusion : les bienfaits reçus, les maux futurs 
dont nous avons été délivrés, ce qu'était notre 
condition antérieure, et pourquoi tout cela, 
nous montre ce que nous serions devenus, l'a- 
bîme où nous serions tombés; et encore, puis- 

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HOMÉLIE Vin. 



8» 



que nous avons été délivrés, à quel prix, par 
quels moyens, et pour quelle fin. Ce serait assez 
pour amener à d'autres sentiments ; voici ce- 
pendant le trait le plus fort, une parole amère 
à dire, mais non pas inutile, utile au contraire : 
a Ces autres crimes qui attirent la colère de Dieu 
sur les incrédules. » Il ne dit pas : Sur vous , 
il dit : a Sur les incrédules. Et vous les avez 
commis autrefois vous-mêmes, lorsque vous 
viviez dans ces désordres. » « Lorsque vous 
viviez dans ces désordres, » emporte le blâme, 
mais aussi l'éloge, puisque c'est indiquer qu'ils 
n'y vivent plus : ce qui d'ailleurs semblait être 
près de se réaliser. a Mais maintenant renoncez 
à tous ces péchés. » D'abord il parle toujours en 
général. Il particularise ensuite : a A la colère, 
à l'aigreur, à la malice, à la médisance : que 
les paroles déshonnêtes soient bannies de votre 
bouche. Ne mentez point les uns aux autres. * 
Il dit avec énergie : « Que les paroles déshon- 
nêtes soient bannies de votre bouche, » parce 
que ces paroles la souillent, a Dépouillez-vous 
du vieil homme et de ses œuvres, et revètez-vous 
du nouveau, celui qui se renouvelle selon la 
connaissance de Dieu, à l'image de celui qui Ta 
créé. » Il importe de rechercher pourquoi l'A- 
pôtre appelle membres et homme, et corps, la 
vie dépravée; et pourquoi il applique les mêmes 
termes à la vie vertueuse. Si le péché est homme, 
à quoi bon ajouter : « Et de ses œuvres? » 
L'expression «vieil homme» qui précède, montre 
que cet homme n'est pas le péché, mais autre 
chose. En effet, le commandement appartient 
au libre arbitre plutôt qu'à la substance; et 
celle-ci est l'homme, plutôt que celui-là. La 
substance ne précipite pas dans la géhenne, ni 
ne mène pas au ciel : c'est le libre arbitre ; et nous 
n'aimons ou ne haïssons personne en tant qu'il 
est homme , mais en tant qu'il est tel ou tel 
homme. Puis donc que la substance est le corps, 
et qu'elle n'est responsable ni des bonnes ni des 
mauvaises actions, comment pourrait-on dire 
qu'elle est le péché? 

2. Mais qu'entend-il par le vieil homme et ses 
œuvres? Il entend le libre arbitre et ses œuvres. 
Là, il l'appelle vieux, pour faire ressortir sa lai- 
deur, sa difformité, sa faiblesse ; ici, il l'appelle 



nouveau, comme pour dire : N'attendez pas qu'il 
soit désormais sujet aux mêmes infirmités ; au 
contraire, en avançant en âge, il ira, non vers 
la vieillesse , mais vers une jeunesse toujours 
croissante. A mesure qu'il grandit en connais- 
sance , il aspire à de plus grandes choses , et sa 
force devient plus florissante, non-seulement à 
cause delà jeunesse, mais aussi de la perfection 
dont il se rapproche de plus en plus. Vous voyez 
que la meilleure conduite dans la vie est appelée 
créature. Elle est à l'image du Sauveur, puis- 
qu'il est dit: « A l'image de celui qui l'a créée. » 
En effet, Jésus-Christ est mort plein de jeunesse 
et florissant encore d'une ineffable beauté. « Il 
n'y a dans l'homme nouveau ni homme, ni 
femme, ni Gentil, ni Juif, ni circoncis, ni incir- 
concis, ni barbare, ni Scythe, ni esclave, nihomme 
libre ; mais Jésus-Christ est en tous. » Voilà donc 
un triple éloge de cet homme, puisqu'il n'est sou- 
mis à aucune différence ni de sexe, ni de rang, 
ni d'origine : toutes ces choses extérieures dont il 
n'a aucun besoin , parce qu'il n'a rien du de- 
hors. Circoncis ou incirconcis , esclave ou libre , 
Gentil, c'est-à-dire, prosélyte, ou Juif, à cause 
des ancêtres; si vous n'avez que cela, vous 
n'obtiendrez que les biens accessibles à ceux 
qui ont ces qualités. « Mais Jésus-Christ est 
tout en tous ; » cela signifie que Jésus-Christ 
doit nous tenir lieu de tout, et de considération 
et de sexe, et qu'il est le même dans tous ; en 
d'autres termes, tous vous êtes devenus le seul 
Jésus-Christ, puisque vous êtes son corps, « Re- 
vètez-vous donc comme des élus de Dieu, saints 
et bien-aimés. » Il montre la douceur de la vertu, 
et afin qu'ils la gardent toujours , et afin qu'ils 
en fassent usage comme du plus précieux orne- 
ment. Ce conseil est mêlé d'éloges, ce qui lui 
donne une force plus grande. Ils furent saints 
ici-bas, mais non élus ; maintenant ils sont élus, 
et saints, et bien-aimés. « Revètez-vous d'en- 
trailles de miséricorde. » Il ne dit pas : « De 
miséricorde » seulement, mais il emploie deux 
mots avec emphase ; c'est ainsi qu'on remplace, 
« comme des frères, » ce qui est la locution or- 
dinaire , par a comme des enfants d'un même 
père. » Prétendrez-vous qu'il a eu tort d'ajouter 
« d'entrailles? » « D'entrailles de miséricorde a 

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60 



HOMÉLIES SUR L'ÉPITRE AUX COLOSSIENS. 



est mis pour a de miséricorde » seul , afin de ne 
point les humilier. 

« Revêtez-vous de bonté, d'humilité, de mo- 
destie, de patience; vous supportant mutuelle- 
ment, vous pardonnant les uns aux autres les 
sujets de plainte que vous pouvez avoir : comme 
Jésus-Christ lui-même vous a pardonné, par- 
donnez aussi de même. » Il descend encore ici 
du genre à l'espèce : de la bonté naît l'humilité 
et de celle-ci la patience, a Vous supportant mu- 
tuellement ; » c'est-à-dire, usant d'indulgence 
réciproque. Voyez comme le mot « plainte » 
peint bien le néant des divisions humaines. Et 
il ajoute : « Gomme le Christ lui-même vous a 
pardonnés, » grand exemple, auquel il les ra- 
mène toujours, les exhortant à l'imiter. Quand il 
dit plainte, il montre la petitesse de nos divi- 
sions; quand il montre cet exemple, il insinue 
que nous devons pardonner/ alors même que 
nous avons de graves sujets d'accusations. Cette 
parole, a comme Jésus-Christ, » signifie, non- 
seulement que nous devons pardonner, mais 
pardonner de tout cœur; bien plus, que nous 
devons aimer ceux qui nous offensent. Le mot 
Jésus-Christ dit tout. Quelque grande que soit 
l'offense, quoique rien ne l'ait provoquée de 
notre part; serions-nous puissants, et l'offen- 
seur sans crédit ; celui-ci devrait-il ensuite nous 
abreuver d'outrages; devrions-nous être exposés 
à perdre pour lui notre vie ; car le mot « comme » 
renferme tout cela : il faut pardonner. Et il ne 
faut pas arrêter le pardon au seuil de la mort ; 
mais, s'il est possible, pardonner encore après 
la mort, « Et, surtout, ayez la charité, qui est 
le lien de la perfection. » Vous entendez que 
l'Apôtre le dit. 

Comme il peut se faire qu'au pardon on ne 
joigne pas l'amour, a Certes , dit-il, il faut de 
plus aimer nos ennemis. » Et il montre la voie 
qui mène à un tel pardon , parce qu'il peut se 
trouver un homme bon, doux, humble, patient, 
et qui aime ses ennemis. C'est pourquoi il a tout 
d'abord , par les mots « des entrailles de misé- 
ricorde, » désigné la charité et la miséricorde 
réunies, a Mais surtout ayez la charité qui est le 
lien de la perfection. » Voici ce qu'il entend : 
Les meilleures dispositions ne servent de rien, 



elles se dispersent et s'affaiblissent, si elles ne 
sont pas animées par la charité : elle est le lien 
de ce faisceau. Quelque bien que vous disiez, 
si elle en est absente, il n'est qu'une fumée 
qui s'évapore. Vainement un navire est chargé 
d'instruments de toute sorte, s'il manque des 
liens qui en assurent la solidité ; un édifice n'est 
rien sans la charpente; sans les nerfs, le corps ne 
serait rien aussi, quelque forts que fussent les os. 
Ainsi les bonnes œuvres et les meilleures actions 
sont éphémères, si la charité ne les vivifie. Il ne 
dit pas : La charité est le faite; mais, « le lien ; » 
ce qui est bien plus caractéristique ; ce dernier 
est d'une importance bien plus grande que 
l'autre. Le faite est l'achèvement de la perfec- 
tion ; le lien produit la réunion des forces qui 
font toute la perfection, il est comme la racine 
de la perfection, a Faites régner dans vos cœurs 
la paix de Dieu, à laquelle vous avez été appelés 
pour ne faire qu'un corps, et soyez reconnais- 
sants. » 

3. La paix de Dieu est celle qui reste ferme et 
inébranlable. La paix qui vient de l'homme ne 
tarde pas à se rompre ; il en est autrement de 
celle qui vient de Dieu. Quoique l'Apôtre soit 
parti de la cause, la charité, il descend, selon sa 
manière, au fait particulier, la paix. La charité 
peut elle-même avoir ses excès : comme lorsqu'une 
personne, voulant ramener au bien le prochain, 
dépasse les bornes par un blâme et par des con- 
troverses téméraires. Il n'est pas dit : Ja vous dé- 
fends d'agir ainsi ; mais bien : Faites la paix entre 
vous, comme Dieu l'a faite avec vous. Pourquoi 
l'a-t-il faite ? Parce qu'il l'a voulu, alors qu'il ne 
nous avait aucune obligation. Mais que signifie : 
Faites régner dans vos cœurs la paix de Dieu? 
Que, lorsque deux pensées se combattent, le prix 
de la lutte n'est pas à la pensée de colère et de 
vengeance, mais à celle de paix. Par exemple, 
supposez qu'un homme ait été outragé : de cet 
outrage sont nées deux pensées, l'une le pous- 
sant à la vengeance, l'autre au pardon ; et la 
lutte s'engage entre elles. Etablissez la paix de 
Dieu juge du combat : elle décernera le prix à 
celle qui conseille le pardon et couvrira l'autre 
de honte. Pourquoi? C'est que Dieu est la paix, 
et qu'il a fait la paix avec nous. Ce n'est pas sans 



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HOMÉLIE. Vm. 



61 



raison qu'on nous montre ici un grand combat. 
C'est dire : Que le prix n'en soit décerné ni par 
la colère , ni par l'esprit de rivalité , ni par la 
paix de l'homme, car la paix de l'homme consiste 
seulement à ne pas se venger, et nous n'agissons 
ainsi que lorsque l'offense n'est pas grave. Je ne 
veux pas cette paix, est-il dit, mais celle que 
vous a laissée le Sauveur. Il a ouvert en nous 
à nos pensées un stade, des luttes, un juge du 
combat. 

Ensuite une nouvelle exhortation : « La paix 
à laquelle vous avez été appelés ; » c'est-à-dire, 
en vue de laquelle vous avez été appelés. C'est 
ramener le souvenir aux nombreux bienfaits de 
la paix. Il vous a appelés au nom et en vue de 
cette paix , afin que vous receviez une récom- 
pense digne de votre foi. Pourquoi nous a-t-il 
faits un seul corps ? N'est-ce point pour y faire 
régner la paix? n'est-ce point pour que nous 
ayons sujet de vivre en paix ? Pourquoi sommes- 
nous un même corps? et de quelle façon sommes- 
nous un même corps ? Nous sommes un corps 
unique en vue de la paix, et c'est parce que nous 
sommes un corps unique que nous devons vivre 
en paix. Pourquoi n'est-il pas dit que la paix de 
Dieu triomphe, au lieu de régner? C'est pour la 
rendre plus digne de foi : la mauvaise pensée 
n'a pas le privilège de lutter avec elle, elle se 
meut au-dessous. Vous voudrez aussi savoir 
quelle est la palme. Si la palme est acquise à 
a bonne pensée, l'impudence, quelque grande 
qu'elle soit, ne servira de rien à la mauvaise. 
Bien plus celle-ci, qui sait qu'en dépit de tous 
ses efforts, le prix lui échappera, respirant la 
rage, se ruera avec plus d'impétuosité sur son 
adversaire,et, parce que tout espoir de victoire 
lui est fermé, elle épuisera la résistance. L'A- 
pôtre ajoute avec raison : « Et soyez reconnais- 
sants. » Etre reconnaissant, ce qui déjà ramène 
puissamment à la vertu, c'est agir envers nos 
compagnons de servitude comme Dieu le fait 
envers nous-mêmes, être agréables à nos maîtres, 
leur obéir, leur rendre grâces en toute chose, 
même si quelqu'un d'entre eux nous accablait 
d'injures ou de coups. En effet, celui qui rend 
grâces à Dieu des maux qu'il a soufferts pour 
nous, ne doit pas se venger des mauvais traite- 



ments qu'il reçoit. Celui qui se Venge n'est pas 
reconnaissant. N'imitez pas celui qui exigeait les 
cent deniers ; vous seriez appelé « esclave per- 
vers. » Matth.y xvm, 32. L'ingratitude est le 
plus funeste de tous les vices. Or, ceux qui se 
vengent sont des ingrats. 

Pourquoi l'Apfltre a-t-il dirigé sa première 
attaque contre la fornication? Après avoir dit : 
« Faites mourir les membres de l'homme ter- 
restre qui est en vous , » il dit aussitôt : a La 
fornication, » et il fait de même presque en 
toute rencontre. C'est que ce vice est l'un des 
plus contagieux. Aussi le combat-il vivement l* fomica- 
dansFEpltre aux Thessaloniciens. Rien d'éton- vuTtopi"* 
nant encore à ce qu'il donne à Timothée le con- coota ï ieux - 
seil de se conserver pur et chaste , à ce qu'il 
s'écrie ailleurs : « Tâchez d'avoir la paix avec 
tout le monde, et de conserver la sainteté, sans 
laquelle personne ne verra Dieu. » Hebr., xn, 
ié. a Faites mourir, dit-il, les membres de 
l'homme terrestre, ♦> Vous savez que ce qui est 
mort est repoussant, affreux, corrompu. Si vous 
faites mourir le vieil homme, il ne demeure pas 
en l'état du premier moment de la mort, mais 
il entre aussitôt en dissolution comme tout ca- 
davre; le dernier reste de chaleur disparu, alors 
plus rien de la mort primitive. Il agit en ceci 
comme Jésus-Christ dans le baptême. C'est 
pourquoi l'Apôtre emploie le mot « membres, » 
comme pour montrer aux yeux cet homme ro- 
buste, et rendre la leçon plus frappante. C'est 
avec raison qu'il dit que ces membres sont sur 
la terre : ils y demeurent et s'y corrompent 
beaucoup plus vite que ceux d'un cadavre. Notre 
corps a moins de parenté avec la terre , que le 
péché lui-même : le corps peut être beau; mais 
le péché, jamais. Et les membres de l'homme 
terrestre sont épris de toutes les choses ter- 
restres. Son œil ne voit pas les choses qui sont 
dans le ciel; son oreille, sa main, tout autre 
de ses membres, tout y reste étranger. L'œil 
voit les corps, les beautés de la créature, les 
richesses, tout ce qui brille ici-bas , et il en fait 
ses délices ; l'oreille s'enivre des sons efféminés 
de la flûte et de la lyre, des discours déshon- 
nètes, toutes ces choses qui sont de la terre. Aussi, 
après nous avoir placés là-haut, auprès du trône 

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6* HOMÉLIES SUR l'ÉOTRË AUX COLOSSIENS. 



de Dieu, Paul nous dit : a Faites mourir les 
membres de l'homme terrestre qui est en vous ; » 
on ne peut, avec ces membres, habiter le ciel, 
où rien n'est propice à leurs œuvres. Le limon 
dont ils sont faits est pire que celui de la terre. 
Celui-ci se change en or; car, est -il dit), « il 
faut que ce corps corruptible soit revêtu d'in- 
corruptibilité ; » I Cor., xv, 53. Celui-là ne peut 
point de nouveau passer par le creuset. C'est 
pourquoi les membres du vieil homme sont plu- 
tôt sur la terre que nés de la terre. Aussi ne 
dit-il pas qu'ils sont nés de la terre, mais qu'ils 
sont terrestres ; peut-on comprendre qu'ils n'en 
soient pas formés i Ce qui en est formé ne peut 
pas ne pas être sur la terre , tandis qu'il n'est 
nullement nécessaire que ces membres y soient. 
Quand l'oreille n'entend point ce qui se dit ici- 
bas, mais entend ce qui se dit au ciel; quand 
l'œil ne voit rien de ce qui est en ce monde, 
mais voit les choses qui sont là-haut, ils ne sont 
pas sur la terre ; quand la main ne fait aucune 
œuvre de mal, elle ne fait pas partie de ce monde, 
elle appartient au ciel. 

4. Jésus-Christ a dit : a Si votre œil droit 
vous scandalise, s c'est-à-dire, regarde avec im- 
pudicité, a arrachez-le, d Matth. y v, 29. C'est-à- 
dire, arrachez toute mauvaise pensée. La forni- 
cation, l'impureté; les passions déshonnêtes, les 
mauvais désirs, me paraissent être une même 
chose : la fornication, dont l'Apôtre fait dé- 
couler toutes les autres. Elle est réellement une 
maladie de l'âme qui, non moins que le corps, 
peut souffrir, ou languir dans la fièvre, ou bien 
être blessée. 11 ne dit pa? :Domptez ces membres ; 
il dit : Faites-les mourir, afin qu'ils ne puissent 
se révolter jamais plus, et qu'on les enlève. On 
retranche ces membres sans vie, comme on 
extirpe un durillon qui est un corps mort. Si le 
fer attaque la chair vive , il éveille la douleur ; 
mais, tant qu'il ne l'atteint pas, nous demeurons 
insensibles. 11 en est de même des affections et 
dés maladies de l'àme; elles font souffrir l'àme 
qui est immortelle. J'ai souvent expliqué en 
quoi l'avarice est une idolâtrie. Les vices qui 
tyrannisent le plus l'homme sont l'avarice, les 
passions déshonnêtes et les mauvais désirs, « Ce 
sont ces crimes qui attirent la colère de Dieu 



sur les fils de la désobéissance. » Il Tes appelle 
fils de la désobéissance pour montrer qu'ils 
seront exclus du pardon , et qu'ils sont tombés 
dans cet abîme pour avoir désobéi, « Vous les 
avez commis autrefois vous-mêmes, et vous y 
avez persisté. » Jl donne à entendre qu'ils y vivent 
encore, et cherche à les ramener par l'éloge. 
« Mais vous renoncez maintenant à tous ces pé- 
chés : à la colère, à l'aigreur, à la malice, à la 
médisance, aux paroles déshonnêtes. » Le blâme 
est adouci, afin de ne pas les décourager. Il 
appelle médisance la diffamation , et colère la 
perversité. Ailleurs, pour exciter l'émulation, il 
s'exprime ainsi : « Nous sommes membres les 
uns des autres. * Ephes., iv, 25. Il fait comme 
l'ouvrier qui tantôt met de côté certains matér 
riaux , tantôt les reprend. Là , c'étaient les 
membres en général ; ici , il les énumère tous : 
la colère désigne le cœur; la médisance, 
la bouche ; la fornication et l'avarice sont les 
yeux; le mensonge, la pensée même et l'esprit 
ancien désignent les mains et les pieds. Il n'a 
qu'une seule forme idéale, celle de Jésus-Christ. 
De même que la terre, quand elle est sable, perd 
sa forme primitive pour se changer en or ; et 
les laines, quelles qu'elles soient, prennent uné 
forme nouvelle qui cache la première ; de même 
se transforme le chrétien fidèle. «Vous supportant 
mutuellement. » Il recommande la justice. Aidez 
le prochain, et que le prochain vous aide ; ce 
qu'il exprime ainsi dans son épitre aux Galates : 
a Portez les fardeaux les uns des autres. » 
Galat., vi, 2. «Et soyez reconnaissants. » Col., 
m, 15. La reconnaissance est le but qu'il pour- 
suit sans cesse, car elle est le souverain bien. 

5. Bénissons la Providence pour tout événe- 
ment, quel qu'il soit : en cela consiste la recon- 
naissance. Agir ainsi dans la prospérité, c'est 
peu, la nature même des choses nous y pousse; 
mais, quand nous sommes réduits à quelque fâ- 
cheuse extrémité, la reconnaissance envers Dieu 
est admirable. Quelle grande sagesse n'y a-t-il 
pas à rendre grâces pour des événements que 
tant d'autres maudissent et souffrent avec impa- 
tience ? Vous comblez de joie votre Dieu, vous 
couvrez Satan de confusion , vous proclamez 
que ce qui vous a été fait n'est rien , puisque, 

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HOMÉLIE Vin. 
âu moment même où vous rendez grâces, 



63 



Dieu guérit votre douleur, et le démon s'é- 
loigne. Si vous murmurez, celui-ci accourt, 
triomphant dans son entreprise; Dieu, contre 
qui vous blasphémez, vous abandonne, et le 
mal grandit. Si, au contraire, vous bénissez la 
Providence , le démon s'éloigne , honteux de sa 
défaite, et Dieu, que vous honorez par votre 
victoire, vous en récompense avec générosité. 
Il ne se peut point que celui qui remercie Dieu 
des maux qui lui arrivent, en soit péniblement 
affecté. L'àme, en effet, se réjouit alors de la 
voie droite qu'elle a" suivie, aussitôt la cons- 
cience tressaille et redit le chant de ses propres 
louanges : elle ne peut être joyeuse et triste à 
la fois. D'une part, la conscience ajoute le poids 
du remords à celui de l'adversité; de l'autre, elle 
décerne la palme et se fait le héraut de la vic- 
toire. Rien n'est si saint que la langue qui béait 
la Providence dans les revers; elle est la sœur 
juumelle de la langue des martyrs, et conquiert 
une récompense non moins glorieuse. Elle aussi, 
elle est persécutée par le licteur , qui veut la 
contraindre à renier son Dieu : Satan se fait 
bourreau et la torture avec insistance pour la pré- 
cipiter dans les ténèbres d'une lâche apostasie. 

11 est donc vrai que le fidèle qui , dans l'ad- 
versité, bénit la Providence, gagne la couronne 
da martyre. Par exemple, une mère qui bénit 
Dieu à l'occasion de la maladie de son enfant, 
gagne cette couronne. Les angoisses de son cœur 
ne sont-elles pas le plus cruel de tous les sup- 
plices? et pourtant elles n'ont pu lui arracher 
un murmure. L'enfant meurt , et elle bénit 
encore la Providence? elle est devenue fille d'A- 
braham. Sans doute, elle p'a point levé le glaive 
sur son fils ; mais elle a, ce qui est non moins 
méritoire, béni Dieu sous le poids de son sacri- 
fice, puisqu'elle n'a pas murmuré, lorsqu'il lui 
a ravi ce qu'il lui avait donné. Voici une autre 
mère dont l'enfant va mourir , et qui ne veut 
pas demander son salut à des pratiques supers- 
titieuses : elle est martyre, puisqu'elle a fait en 
son cœur le sacrifice de son fils. Hais en quoi, 
dès lors que ces pratiques , qui ne servent de 
rien , sont de ridicules duperies? C'est qu'on lui 
en a préconisé la vertu, et qu'elle a mieux 



aimé voir mourir cet enfant, que souffrir cette 
idolâtrie. Elle est martyre en agissant de la sorte, 
soit à l'égard d'elle-même, soit à l'égard de 
son mari, ou de toute autre personne qui lui est 
chère. Mais celle qui fait le contraire est une ido- 
lâtre, elle aurait sacrifié aux idoles, si l'occasion 
l'eût voulu, bien plus, elle a fait un acte d'ido- 
lâtrie. Ceux qui recourent aux prétendus talis- 
mans disent en vain pour leur défense : Nous in- 
voquons Dieu, et rien de plus (ou des paroles de 
ce genre) ; cette bonne vieille femme que nous 
appelons est une chrétienne sincère. Je réponds 
que tout cela n'en est pas moins une idolâtrie* 
Avez- vous la foi? faites le signe de la croix, en 
disant : Voilà mes seules armes, mon unique 
remède ; je n'en connais pas d'autre. 

Si vous appeliez un médecin, et qu'il substi- 
tuât à l'emploi des remèdes celui des incanta- 
tions, lui donneriez- vous le nom de médecin? 
Non certes , puisque vous ne verriez point de 
médicaments. De même ces pratiques n'ont rien 
du christianisme , quand on suspend des noms 
de fleuves autour du cou du malade, ou quand 
ce sont mille autres charmes que l'on ose tenter. 
Je le dis à vous tous et je le proclame : désor- 
mais, si quelqu'un de vous est convaincu d'avoir 
fait usage d'amulettes, d'incantations, ou de 
toute autre pratique de magie, il n'y aura plus 
de pardon. — Mais quoi ! mon enfant mourra 
donc ? — S'il vit par ces moyens, il meurt ; s'il 
meurt sans qu'ils aient été mis en œuvre, il a la 
vie. Quand vous le voyez s'adonner aux mau- 
vaises mœurs, ne le voudriez-vous. pas dans la 
tombe , et ne vous écriez-vous point : Que lui 
sert de vivre? Et, quand vous le voyez en danger 
de perdre son salut, vous consentiriez à le voir 
vivre à ce prix? N'avez-vous pas entendu la 
parole de Jésus-Christ : « Celui qui voudra 
sauver sa. vie, la perdra ; et celui qui perdra sa 
vie pour moi, la sauvera ?» Matth., xvi, 25. 
Croyez-vous à cette parole, ou vous semble-t*elle 
mensongère ? Si l'on vous disait : Menez votre 
enfant dans le temple des idoles et il vivra, le fe- 
riez-vous ? Non, n'est-ce pas ? Pourquoi ? Parce 
qu'il serait obligé d'adorer les idoles, répondez- 
vous, au lieu qu'ici il n'y a pas d'adoration des 
idoles, mais simplement incantation. Ce sont là 

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«i HOMÉLIES SUR L*ÉPÏTRE AUX C0L0SSÎEN3. 



des pensées diaboliques, des pièges de Satan; 
c'est dissimuler l'erreur, et cacher le poison 
dans le miel. Il a compris qu'il ne persuaderait 
pas, se montrant à découvert, il s'est alors dé- 
guisé dans ces amulettes et dans ces contes de 
Tieille femme : et la croix a été couverte de con- 
fusion, et les insignes du démon ont été en 
grand honneur ; le Christ a été rejeté, et l'on a 
introduit une vieille ivre et qui radote ; notre 
mystère a été foulé aux pieds, et foulé aux pieds 
par les rondes triomphantes du malin esprit. — 
Pourquoi, direz-vous, Dieu ne nous avait-il pas 
éclairés à cet égard ? — Mais il a souvent con- 
damné ces pratiques, sans réussir à vous per- 
suader ; il vous a ensuite abandonnés à l'erreur. 
Il est écrit : a Dieu aussi les a livrés à leur sens 
dépravé.» Rom., i, 28. Même un idolâtre quelque 
peu sensé ne fait aucun cas de ces superstitions. 

On rapporte qu'un jour un orateur athénien 
s'affubla d'amulettes, et qu'un philosophe, dont 
il suivait les leçons, l'ayant rencontré, le répri- 
manda, l'accabla des plus mordantes railleries 
et le couvrit de ridicule. Et nous aurions encore 
la misérable faiblesse d'ajouter foi à de telles 
absurdités? Mais alors, objectera-t-on, que n'y 
a-t-il des saints qui ressuscitent les morts et 
opèrent de miraculeuses guérisons? — Et Dieu 
répond par ma voix : Pourquoi n'y a-t-il point 
des hommes qui méprisent cette vie terrestre, 
et pourquoi ne voulez- vous servir Dieu que 
moyennant salaire ? Lorsque la nature humaine 
était plus languissante, et lorsqu'il importait 
de propager la foi , ces miracles n'étaient pas 
rares ; à présent, la volonté de Dieu n'est point 
que nous subissions les épreuves du martyre, 
mais que nous soyons toujours prêts à la mort. 
Pourquoi donc vous attacher ainsi à cette vie 
présente? pourquoi ne point tourner vos regards 
vers celle de l'avenir ? Pour la première vous des- 
cendez jusqu'à l'idolâtrie, et pour celle de l'avenir 
vous ne sauriez, en votre cœur, endurer quel- 
pourqooi ques souffrances. Voilà pourquoi nous ne voyons 
tont ?e"*nas point de miracles. La vie de l'avenir nous semble 
plus rares, <j e p eu puisque nous ne faisons 

rien pour la mériter, tandis qu'aucun sacrifice 
ne nous coûte pour prolonger celle d'ici-bas. 
Quoi de plus ridicule que cette cendre, cette suie, 



ces sels que cette vieille femme ose mettre en 
œuvre? Pratiques ridicules, en effet, et dont il 
faut se garder; comme aussi de dire : Le mau- 
vais œil a saisi cet enfant. 

6. Jusques à quand soufirirez-vous ces pièges 
de Satan ? Gomment ne seriez- vous point la risée 
des idolâtres? comment ne nous railleraient-ils 
pas, quand nous leur dirons que la vertu de la 
croix est grande? comment le leur persuader, 
quand ils vous voient recourir à des pratiques 
dont ils se rient? Dieu n'a-t-il pas établi pour 
cela les médecins et les médicaments? Qu'arri- 
vera-t-il si vous n'employez pas ces moyens et 
si l'enfant meurt? Où va-t-il, ômère éplorée? 
Va-t-il chez les démons? va-t-il dans le royaume 
d'un tyran ? ne va-t-il pas au ciel? ne va-t-il 
pas auprès de son Seigneur? Pourquoi donc 
cette désolation? pourquoi ces larmes? pourquoi 
ces sanglots ? Pourquoi aimer votre enfant plus 
que votre Dieu? Dieu ne vous tient-il pas lieu 
de votre fils? Pourquoi cette ingratitude, qui fait 
que vous êtes plus attachée au don qu'à celui 
qui l'a donné? — Je suis faible, dites-vous; la 
crainte de Dieu m'est un poids trop lourd. Dans 
les maladies du corps, un moindre mal dispa- 
rait sous un plus grand : ainsi, dans l'âme, la 
crainte est effacée par une crainte plus grande, 
la douleur par une plus forte douleur. Votre enfant 
était beau? Mais, quoiqu'il en soit, il n'était pas 
plus beau qu'Isaac, qui était aussi un fils unique. 
11 était né pendant votre vieillesse? Isaac l'était 
de même. 11 était plein de grâce? Mais, quel 
qu'il fût, il n'était pas plus gracieux que Moïse, 
qui charma les yeux d'une étrangère, à cet âge 
où la grâce ne se montre pas encore; et pourtant 
il fut exposé sur le fleuve par ses parents qui le 
chérissaient. Vous du moins vous le voyez gi- 
sant, vous le faites ensevelir, vous le conduisez 
jusqu'au tombeau ; les parents de Moïse ne sa- 
vaient pas s'il deviendrait la proie des poissons 
ou des chiens, ou de quelque monstre de la 
mer : ils obéissaient, ne sachant rien du royaume 
de Dieu ni de la résurrection. Peut-être votre 
enfant n'était-il pas fils unique et l'avez-vous 
perdu après plusieurs autres ? Mais votre malheur 
n'a pas été si subit, ni si considérable, ni si dou- 
loureux que celui de Job : les ruines de votre 

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HOMÉLIE IX. 



63 



demeure ne l*ont pas écrasé pendant son repas, 
et après qu'on vous avait annoncé déjà d'autres 
désastres. Peut-être le chérissiez-vous par-des- 
sus tout? Mais Jacob ne chérissait pas moins 
Joseph, qu'on lui disait avoir été dévoré par une 
bête féroce ; il se résigna néanmoins à ce mal- 
heur, et à celui qui le suivit et à un troisième 
encore. Il pleura, mais il ne fit point entendre 
d'impies murmures ; il gémit, mais il ne se révolta 
pas ; il s'en tint à ces paroles : « Joseph n'est 
plus , Siméon n'est plus , et vous emmenez Ben- 
jamin ? les plus grandes douleurs ont été mon 
partage. » Gènes., xui, 38. 

Vous le voyez : la tyrannie de la faim parle 
plus haut en son cœur que la voix de la pater- 
nité. Et ce que la faim produisit sur Jacob, la 
crainte de Dieu ne saurait le produire sur vous? 
Les larmes ne vous sont point défendues ; mais 
abstenez-vous de tout blasphème en paroles ou 
en actions. Quel que fût votre enfant, il ne peut 
être comparé à Abel ; et Adam ne blasphéma 
point. Cependant, c'était une bien grande afflic- 
tion : quoi de plus terrible que le meurtre d'un 
frère par un frère ? Ceci m'amène au souvenir 
d'un autre fratricide. Absalon aussi fit périr 
Ammon, son aîné. Et le roi David, qui affection- 
nait ce fils, gisait dans le cilice et la cendre ; 
mais, loin d'appeler des devins et des enchan- 
teurs, quoiqu'il y en eût alors, comme le prouve 
l'exemple de Saùl, il invoquait le Seigneur. 
Agissez ainsi : ce que le juste fait, faites-le de 
même; employez les mêmes paroles, quand 
votre enfant sera mort : C'est moi qui irai à lui, 
et lui ne viendra point à moi. Voilà de la vraie 
sagesse, de l'affection sincère. Vous chérissez 
votre enfant? Mais David chérissait ce fils encore 
davantage, quoiqu'il fût le fruit d'un adul- 
tère : le roi était alors vivement épris de la 
mère d' Ammon, et vous savez que lés enfants 
participent à la tendresse qui unit leurs parents. 
David souffrait beaucoup de la médisance, au 
sujet d' Ammon, et néanmoins, tant était grand 
son amour paternel, il eût souhaité par-dessus 
tout de le voir vivre; toutefois, il rendit grâces 
à Dieu, qui le lui prenait. Quelles durent être 
les angoisses de Rébecca, lorsque Jacob fut me- 
nacé par son frère ! Isaac, au contraire, ne s'émut 
tom. 



point, mais ordonna à Jacob de se cacher. Re- 
présentez-vous ces grands exemples, quand l'ad- 
versité vous visitera, et vous serez consolé. Re- 
présentez-vous ce qui serait advenu de votre 
enfant, s'il avait succombé dans un combat ou 
dans un incendie. Imaginons toujours une ca- 
lamité plus terrible que celle qui nous afflige, 
et nous serons consolés ; considérons toujours 
ceux qui sont plus éprouvés que nous, ou bien 
nos maux passés plus grands que ceux de l'heure 
présente. Paul nous y exhorte : « Vous n'avez 
pas encore, dit-il, résisté jusqu'à répandre votre 
sang en combattant contre le péché. » Hebr., 
xn, 4. « Il ne vous arrive que des tentations 
humaines. » I Cor. 9 x, 13. 
Considérons donc toujours des maux au-des- Conclusion 

• morale. 

sus de ceux qui nous éprouvent : il s'en trou- 
vera sans cesse, et nous serons alors reconnais- 
sants envers Dieu. Bénissons la Providence avant 
et après tout événement. Ainsi viendra la fin 
de nos épreuves, et, après avoir vécu pour la 
gloire de Dieu , nous entrerons dans l'héritage 
promis. Qu'il nous soit donné d'y parvenir, 
par la grâce et l'amour.... 



HOMÉLIE IX. 

« Que la parole de Jésus- Christ demeure en vous avec 
plénitude et avec une parfaite sagesse. Instruisez-vous 
et exhortez- vous les uns les autres par des psaumes, 
des hymnes et des cantiques spirituels, chantant de 
cœur avec édification les louanges de Dieu. Quelque 
chose que vous fassiez , en parlant ou en agissant, 
faites tout au nom du Seigneur Jésus •Christ rendant 
grâces par lui à Dieu le Père. » 

i. Il a conseillé la reconnaissance ; il va nous Manière de 
en montrer la route. Quelle route? Celle dont ^ ^T're- 
je vous ai entretenus déjà. Et que dit-il? « Que °°°" iM » nc * 
la parole de Jésus-Christ demeure en vous abon- 
damment, d II y a donc une autre voie , outre 
celle que vous connaissez. J'ai établi sans doute 
qu'il faut considérer le nombre de ceux qui ont 
souffert, contempler en esprit les souffrances au- 
dessus des nôtres, et bénir la Providence qui 
nous les a épargnées ; mais lui, que dit-il ? « Que 
la parole de Jésus-Christ demeure en vous abon- 
damment; * c'est-à-dire, la doctrine, les dogmes, 

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66 HOMÉLIES SUR L'ÉPI 

les exhortations, où il est prouvé que la vie 
présente et ses biens ne sont rien. Si nous en 
sommes convaincus, l'adversité ne saurait nous 
ébranler. Il dit : « Demeure en vous abondam- 
ment, » ou plutôt, «avec plénitude. » Entendez, 
vous tous, mondains, qui dirigez une femme et 
des enfants, en quelle manière il vous prescrit 
de lire surtout les Ecritures sacrées, non point 
à la légère et sans suite, mais avec le plus grand 
soin. Un homme opulent peut supporter une 
perte ou une amende moins aisément que celui 
qui est riche des préceptes de la vraie sagesse 
supporte, non -seulement la pauvreté, mais tous 
les revers ensemble. Le riche selon le monde, 
quand il essuie une perte, en reçoit nécessaire- 
ment une grave atteinte dans son crédit, et, si 
elle se répète souvent, il finit par ne pouvoir plus 
la supporter; tel n'est pas le sort du sage selon 
Dieu, puisque les bonnes pensées sont un fonds 
inépuisable et demeurent toujours , quoiqu'il 
ait à souffrir contre son gré. Voyez la prudence 
du bienheureux Apôtre. Il ne se borne pas à 
dire : Que la parole de Jésus-Christ soit en vous. 
Quoi donc? « Qu'elle y demeure avec plénitude 
et avec une parfaite sagesse ; instruisez-vous et 
exhortez-vous les uns les autres. » Il donne à la 
vertu le nom de sagesse, et avec raison : l'humi- 
lité est sagesse, et de même la piété et les qua- 
lités de même nature ; comme le contraire est 
déraison, la cruauté, par exemple. Aussi, en 
bien des endroits, le péché est-il traité de dé- 
mence : « L'insensé a dit en son cœur : Dieu 
n'est pas ; » Ps. xni, 1 ; et ailleurs : c La pour- 
riture et la corruption se sont formées dans mes 
plaies, à cause de mes égarements. » Ps. xxxvii, 
6. Y a-t-il démence plus grande que celle de 
l'homme somptueusement vêtu, qui voit avec 
mépris la nudité de son frère ? qui nourrit ses 
- chiens grassement , et se détourne de l'image 
de Dieu souffrant la faim ? qui est pleinement 
convaincu du néant des choses de la terre, et 
s'y attache avec force, comme si elles étaient 
immortelles ? 

Mais, si la démence de cet homme est sans 
égale, sans égale est aussi la sagesse de l'homme 
qui pratique la vertu.- Voyez la conduite du sage : 
il fait la part de ses facultés; il est miséricor- 



TΠAUX COLOSStENS. 

dieux; il aime ses frères ; il sait que nous avons 
tous une même nature; il a reconnu que la 
possession des richesses ne mérite aucun effort, 
qu'il faut veiller plus que sur les richesses sur 
ce corps qui est la demeure de l'âme. C'est 
pourquoi quiconque méprise la vaine gloire est 
un ami de la sagesse, parce qu'il connaît les 
choses d'ici-bas. L'amour de la sagesse est la 
connaissance des choses humaines et divines. 
Le sage sait ce que sont les choses divines et ce 
que sont les choses humaines ; il s'abstient de 
celles-ci et pratique les premières. Il sait: et il 
est reconnaissant envers Dieu en toute chose. 
Il estime que la vie présente n'est rien : aussi la 
prospérité ne Téblouit point, et l'adversité ne 
peut l'abattre. N'attendez pas un autre docteur; 
vous avez la parole de Dieu, et nul ne vous ins- 
truira comme elle. La science de l'homme dé- 
guise souvent la vérité, dans l'intérêt de la vaine 
gloire ou de l'envie. Ecoutez, vous tous qui n'avez 
souci que des choses de ce monde, et prenez les 
livres qui guériront votre âme. Si tel est votre 
ferme désir, lisez donc le Nouveau Testament, 
les Actes des Apôtres, les Evangiles : ce sont des 
docteurs qui ne meurent pas. Une douleur vous 
éprouve-t-elle ? venez à eux comme vous iriez 
au médecin , et emportez le baume de la con- 
solation : venez-y pour un dommage souffert, 
pour une mort, pour la perte des vôtres. Ou 
plutôt, n'emportez pas un seul médicament ; 
prenez-les tous, et gardez-les en votre intelli- 
gence. La cause de tous nos maux est l'ignorance 
des Ecritures sacrées. Nous allons au combat 
sans armes : comment le salut nous serait-il 
possible? Nous sommes des héros, si nous pou- 
vons le faire étant armés de toute pièce ; tant 
s'en faut que nous puissions le faire sans armes ! 
Ne laissez pas tout le fardeau pour nous ; 
vous êtes nos brebis, mais vous avez l'intelli- 
gence de plus que la brebis ordinaire ; Paul s'a- 
dresse aussi à vous en beaucoup de choses. Ceux 
qui s'instruisent ne passent pas toute leur vie 
dans les écoles, parce qu'il leur reste à savoir. 
Si vous vous bornez à apprendre toujours, 
c'est comme si vous n'appreniez pas. Ne venez 
pas à nous comme si vous deviez prolonger toute 
la vie l'apprentissage de la science : ce serait 
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HOMÉLIE IX. 



6Î 



alors comme si vous ne saviez jamais ; venez 
en homme qui aspire au terme de ses études, 
afin d'enseigner à son tour. N'en est-il pas ainsi 
de quiconque fréquente une école ou s'adonne 
à l'étude d'un art ? Nous assignons un terme à 
tout apprentissage. Si donc toute votre vie se 
passe à faire celui de la science , c'est que vous 
ne saurez jamais. 

2. C'est le reproche que Dieu adressait aux 
Juifs : « Qu'il les portait dans ses entrailles , et 
qu'ils y demeuraient dans le même état jusqu'à 
leur extrême vieillesse. » Isa., xlvi, 3, 4. Si vous 
ne les aviez pas imités, les progrès de la foi 
n'auraient éprouvé aucun retard. Si les uns 
étaient instruits, pendant que les autres attendent 
l'instruction , notre travail aurait aussi porté ses 
fruits à notre égard : vous auriez cédé votre 
place à d'autres et vous nous seriez venus en 
aide. Supposez que des élèves aient demandé des 
leçons à un professeur, et qu'ils en restent en- 
suite sans fin à l'étude des premiers éléments : 
quel labeur ne lui donneront-ils pas? Jusques à 
quand nous faudra-t-il discourir devant vous 
sur la vie ? Il n'en était pas ainsi pour les apôtres : 
ils passaient sans cesse d'un lieu à un autre, 
déléguant ceux qui avaient appris à l'enseigne 
ment de ceux qui attendaient l'instruction. Ils 
purent parcourir l'univers, parce qu'ils n'étaient 
pas attachés à un seul endroit. Combien sont 
nombreux nos frères de la campagne et leurs 
maîtres , qui manquent d'enseignement I Et 
vous me retenez auprès de vous. Avant que la 
tète soit convenablement organisée, il est inutile 
d'aller aux autres parties du corps. Vous nous 
laissez tout le fardeau. Nous ne devrions avoir 
que vous à instruire, et vous devriez trans- 
mettre cette instruction à vos femmes et à vos 
enfants; mais tout le labeur est pour nous, et 
nous accable. « Instruisez-vous et exhortez- vous 
les uns les autres par des psaumes, des hymnes et 
des cantiques spirituels. » Vous voyez que l'Apôtre 
n'exige pas trop. Il ne vous adresse pas aux his- 
toires, dont la lecture impose des soins et cause 
de la fatigue, mais bien aux psaumes, dont le 
chant est une récréation pour l'esprit et trompe 
la fatigue, c Par des hymnes et des cantiques 
spirituels. » Vos enfants, au contraire, à l'imi- 



tation des cuisiniers , des maîtres d'hôtel et des 
danseurs, n'affectionnent que les chants sata- 
niques et les bals. Ils ne savent aucun psaume, 
et croiraient se couvrir de ridicule et de honte 
en les apprenant. Là sont en germe tous les pé- 
chés. Telle est la terre où la plante a levé, tel 
son fruit : si la terre est sablonneuse et salée, 
le fruit de même le sera ; si elle est grasse et douce, 
le fruit est doux et gras. De même tout ensei- 
gnement contient une sève cachée. 

Enseignez-leur ces psaumes pleins d'une di- Eoseignon. 
vine philosophie. Dès le début du livre, ils ap- f a dwine^ 
prendront à aimer la tempérance; surtout à fuir l090 P hie - 
la fréquentation des méchants, puisque le Roi* 
Prophète commence ainsi : « Heureux l'homme 
qui ne s'est point laissé aller aux conseils des 
impies; » Ps. i, 1 ; et plus loin : « Je n'ai point 
écouté les conseils de la vanité; » Ibid., xxv, 4; 
et encore : a Le méchant en sa présence a été 
comme s'il n'était pas, tandis qu'il glorifie ceux 
qui craignent le Seigneur. » Ibid., xiv, 4. Là 
leur est aussi recommandée la société des bons. 
Ils y trouveront bien d'autres préceptes : qu'il 
faut dompter la chair, être maître de ses mains, 
fuir la cupidité; que la richesse, que la gloire, 
que toute chose pareille- n'est rien. Lorsque, dès 
le bas âge, on donne cette instruction à l'enfant, 
on le conduit insensiblement aux points de 
doctrine les plus élevés. Les psaumes renferment 
toute la science. Les hymnes à leur tour n'ont 
rien de terrestre : quand l'enfant aura appris 
dans les psaumes, alors aussi il étudiera les 
hymnes, comme chose plus près de Dieu. Les 
anges ne psalmodient pas, ils chantent des 
hymnes, parce que, nous est-il dit, <c la bouche 
du pécheur ne saurait rendre une hymne avec 
grâce ; » EcclL, xv, 9 ; et ailleurs : « Mes yeux 
se reposent sur les fidèles de la terre, afin qu'ils 
viennent siéger près de moi ; » Ps. c, 6 ; et plus 
loin : « L'homme superbe n'habite pas dans ma 
demeure ; » Ibid., 7 ; et enfin : « Celui qui mar- 
chait dans une voie irréprochable était mon mi- 
nistre. » Ibid.) 2. Veillez avec le plus grand soin 
aux relations des enfants avec leurs amis et vos 
serviteurs. Des maux sans nombre naîtraient de 
leur contact avec des serviteurs corrompus. C'est 
à peine si toute la tendresse et toute la prudence 

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68 HOMÉLIES SUR L'ÉPÏTRE AUX COLOSSÎËtfS. 

d'un père suffisent pour les faire armer au salut ; que l'aumône est une vertu 



que deviendront-ils s'ils sont livrés à la négli- 
gence des mercenaires? Ceux-ci en usent envers 
eux comme envers des ennemis : ils espèrent en 
faire des maîtres plus doux, en les rendant dé- 
pravés, pervers, indignes de toute estime. 

Avant tout, ne négligez pas cette précaution. 
a J'aime , est-il écrit , ceux qui aiment la loi. » 
Imitons le prophète, et chérissons ceux qui 
aiment la loi de Dieu. Que les enfants, pour 
connaître le prix de la tempérance, écoutent 
encore : « Mes entrailles sont la proie des pas- 
sions ignominieuses;» Ps. xxxvn, 8; puis aussi: 
« Vous perdrez tous ceux qui prostituent leurs 
hommages à d'autres qu'à vous. » Ibid., lxxii, 
27. Qu'ils écoutent ensuite le prophète , sur la 
nécessité de réprimer la gourmandise : « Et un 
grand nombre d'entre eux périrent, quand la 
nourriture était encore dans leur bouche; » Ibid., 
lxxvii, 30, 31; et sur celle de ne pas se laisser 
corrompre par des présents : « Que le flot des 
richesses ne tente pas votre cœur. » Ibid. , lxi, 11 . 
Il leur montrera qu'il faut mépriser la gloire : 
« Sa vaine gloire ne le suivra pas dans la tombe ; » 
Ibid. 9 lxviii, 18; qu'on ne doit pas imiter les 
médisants : a N'imitez pas ceux qui médisent; » 
Ibid. y xxx vi, 1 ; que la puissance ne vaut pas 
qu'on la recherche : a J'ai vu l'impie superbe et 
élevé au-dessus des cèdres du Liban : je n'ai fait 
que passer, il n'était déjà plus ; » Ibid., xxxvi, 
35, 36; qu'on ne doit faire aucun cas des ri- 
chesses : <( Heureux, ont-ils dit, le peuple à qui 
sont ces richesses ; mais moi je dis : Heureux le 
peuple dont le Seigneur estl'appui ; » Ibid., cxliii, 
15 ; que le péché est puni, la vertu récompensée : 
a Vous rendrez à chacun selon ses œuvres. » 
Ibid., lxi, 13. Pourquoi nos œuvres ne sont- 
elles pas jugées chaque jour? C'est que « Dieu 
est un juge juste, fort et patient. » Ibid., vu, 12. 
Il établit en ces mots que l'humilité est un bien : 
a Seigneur, mon cœur n'est point orgueilleux ; » 
Ibid. , cxxx, 1 ; que l'orgueil est un mal^ « C'est 
pourquoi la vanité s'est emparée d'eux; >x Ibid., 
lxxii, 6 ; et encore : « Leur iniquité sort du sein 
de leur abondance. » Ibid., lxii, 7. Il est écrit 
ailleurs : a Le Seigneur résiste aux superbes. » 
Prov., m, 34. Le prophète nous apprend aussi 



« Il répand libéra- 
lement ses dons parmi les pauvres, et sa justice 
demeure éternellement; » Ps. cxi, 9; que la 
charité mérite nos louanges : « L'homme bon 
est celui qui plaint et secourt l'indigent. » Ibid. y 
cxi, 5. Les psaumes renferment encore de nom- 
breux préceptes de sagesse, tels que la défense 
de mal parler du prochain : « Je poursuivais 
celui qui déchire secrètement son prochain. » 
Ibid., c, 5. 

Quel est l'hymne des chœurs célestes et que 
chantent là-haut les chérubins, les fidèles le 
savent. Que chantèrent les anges qui sont au- 
dessous? a Gloire à Dieu au plus haut des deux. » 
Luc., il, 14. C'est pourquoi les hymnes, qui sont 
plus près de la perfection , suivent les psaumes. 
« Par des psaumes, des hymnes et des cantiques 
spirituels, chantant de cœur avec édification les 
louanges de Dieu. » Il s'exprime ainsi, ou parce 
que les bienfaits de Dieu nous viennent d'une 
vie édifiante, ou parce que le chant porte à l'é- 
dification , ou parce que l'édification elle-même 
exhorte et instruit par l'exemple, ou parce qu'ils 
possédaient ces dons avec édification ; peut-être 
enfin le mot sort-il de l'abondance du cœur. 
« Chantant de cœur les louanges de Dieu. » 
Non-seulement de bouche, ce qui est chanter 
pour l'air, puisque la voix se répand au hasard, 
mais avec attention , ce qui est chanter pour 
Dieu : non par ostentation ; même en public vous 
pouvez vous élever à Dieu et chanter ses louanges, 
sans que nul vous entende. Moïse pria de la 
sorte, et il fut entendu , puisque Dieu répondit : 
Que cries- tu vers moi? Moïse ne parlait pas; 
il criait mentalement, du fond d'un cœur 
contrit ; aussi fut-il entendu de Dieu seul. Rien 
n'empêche d'élever son cœur en marchant et de 
prier, a Quelque chose que vous fassiez, en par- 
lant ou en agissant, faites tout au nom du Sei- 
gneur Jésus-Christ, rendant grâces par lui à 
Dieu le Père. » Si nous agissons ainsi, aucune 
faute ne sera commise, puisque Jésus-Christ 
est invoqué. Si vous mangez, si vous buvez, si 
vous vous mariez, si vous allez en voyage, faites 
tout au nom de Dieu, c'est-à-dire, demandez- 
lui son appui : commencez toute chose par une 
prière. Même avant de parler, invoquez d'abord 

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HOMÉLIE X. 



Ce nom. C'est pour ce motif que nous le mettons 
nous-mêmes en tète de nos instructions. Là où 
est le nom de Dieu, tout prospère. Si les noms des 
consuls font la validité des actes, combien plus 
grande est la vertu du nom de Jésus-Christ ! Peut- 
être encore l'Apôtre veut-il conseiller de dire et 
de faire toute chose par Dieu, de ne lui point 
substituer les anges. Vous mangez? bénissez la 
Providence avant et après le repas. Dormez- 
vous? bénissez la Providence à votre coucher et 
dès le réveil. Allez- vous en public? ne faites 
rien de mondain, rien en vue de la' vie présente. 
Agissez au nom de Dieu, et tout vous réussira 
selon le bien ; avec ce nom , je l'ai dit, tout pros- 
père. S'il chasse les démons et guérit les ma- 
ladies, à plus forte raison donne-t-il le bonheur. 

Que signifie : « Faire en parlant ou en agis- 
sant? » Cela signifie en toute sorte d'actions, par 
exemple, celle de sortir de chez soi. Abraham 
n'ènvoya-t-il pas son serviteur au nom de Dieu? 
David ne tua-t-il pas Goliath au nom de Dieu? 
Ce nom est admirable et puissant. Jacob disait 
à ses fils prêts à partir : « Que mon Dieu vous 
accorde le don de plaire à cet homme. ï> Gènes., 
XLUi 9 14. C'est que Dieu a toujours été son appui, 
et qu'il n'a rien osé faire sans lui. Le Seigneur 
est honoré quand on l'invoque; à son tour 
il donne le succès qui honore. Invoquez le Fils, 
rendez grâces au Père. L'invocation qui s'adresse 
au Fils s'adresse également au Père, et les ac- 
tions de grâces offertes au Père le sont pareille- 
ment au Fils. Ne nous contentons pas de con- 
naître la lettre de ces préceptes; réalisons-les 
dans nos œuvres. Le nom de Dieu est incom- 
parable; il est admirable partout et toujours. 
« Votre nom, est-il écrit, se répand comme un 
parfum. » Cant., i, 2. Celui qui le prononce est 
aussitôt embaumé de ce parfum. « Personne ne 
peut invoquer le Seigneur Jésus-Christ, si ce 
n'est dtos l'Esprit saint. » I Cor., xu, 3. Ce nom 
opère tous les miracles. Si vous dites avec foi : 
« Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, » 
vous êtes au comble de la perfection. Voyez 
quelles grandes choses vous avez faites : vous 
avez créé l'homme nouveau, et vous avez accom- 
pli toutes les mêmes merveilles que dans le bap- 
tême. Ce nom commande aux maux de votre 



àme. C'est pourquoi le démon, envieux de notre 
honneur, a introduit la religion des anges. Tels 
sont les pièges de satan. S'agirait-il d'un ange, 
s'agirait-il d'un archange, s'agirait-il d'un ché- 
rubin , ne souffrez pas cette hérésie : ces puis- 
sances, loin de vous faire accueil, vous repous- 
seraient en voyant le Seigneur outragé par vous. 
Je vous ai honoré, s'écriera votre Dieu, en vous 
permettant d'invoquer mon nom, et vous l'avez 
couvert d'ignominie. Le signe de la croix est une 
hymne : si vous la chantez avec foi, vous mettez 
en fuite le démon et tous les maux ; et, si vous 
ne chassez point la maladie , ce n'est point que 
ce signe n'ait pas la vertu nécessaire, mais c'est 
qu'il ne doit pas en être ainsi. Il est écrit : «Vos 
louanges , Seigneur, sont dignes de votre puis- 
sance. » Au nom de Dieu l'univers a été converti, 
le démon et son empire ont été foulés aux pieds, 
les cieux ont été ouverts. Que parlé-je des cieux? 
par lui nous avons reçu une vie nouvelle ; à lui 
nous devons tout notre éclat. Il fait les martyrs 
et les confesseurs. Regardons-le donc comme le 
plus beau présent qui nous ait été fait, afin de 
vivre pour la gloire de Dieu, de lui être agréables 
et de parvenir aux biens promis à ceux qui 
l'aiment, par la grâce et l'amour 



HOMÉLIE X. 

« Femmes, soyez soumises à vos maris, comme il con- 
vient, en ce qui est selon le Seigneur. Maris, aimez vos 
femmes, et ne leur soyez point fâcheux. Enfants, obéissez 
en tout à vos pères et à vos mères ; car cela est agréable 
au Seigneur. Pères, n'irritez point vos enfants, de 
peur qu'ils ne tombent dans l'abattement Serviteurs, 
obéissez en tout à ceux qui sont vos maîtres selon la 
chair; ne les servant pas seulement lorsqu'ils ont l'œil 
sur vous, comme si vous ne pensiez qu'à plaire aux 
hommes, mais avec simplicité de cœur et dans la crainte 
de Dieu. Faites de bon cœur tout ce que vous ferez, 
comme le faisant pour le Seigneur, et non pour les 
hommes; sachant que vous recevrez du Seigneur le 
salaire de l'héritage, car vous serez le Seigneur Jésus- 
Christ. Celui qui agit injustement recevra la peine de son 
injustice, car Dieu ne fait point acception de personnes. 
Maîtres, rendez à vos serviteurs ce que la justice et 
l'équité demandent de vous, sachant que vous avez aussi 
bien qu'eux un maître dans le ciel. » 

1. Pourquoi l'Apôtre n'a-t-il pas donné ces 
préceptes en toute circonstance et dans toutes 
ses épîtres ; les réservant, pour celles-ci et pour 

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I 



HOMÉLIES SUR L'ËPITRE AUX COLOSSIENS, 



' celles qui s'adressent aux Ephésiens, à Timothée 

et à Tite? Peut-être y avait-il eu des discordes à 
Colosse, à Ephèse et en Crète ; peut-être leurs 
habitants, irrépréhensibles à d'autres égards, 
n'étaient^ils pas en ceci à l'abri de tout reproche, 
et fallait-il les ramener au droit chemin. Ou 
plutôt, ce qu'il leur dit s'adresse à tous les 
fidèles. Cette épître a des traits de ressemblance 
frappants avec celle aux Ephésiens. Ailleurs, 
ces analogies n'existent pas : soit qu'il jugeât 
inutile d'écrire sur cette matière à des hommes 
vivant en paix, mais étrangers encore à de hautes 
vérités, dont il importait de les instruire ; soit 
qu'il eût été superflu de les en entretenir, parce 
qu'ils avaient été déjà fortifiés contre ces ten- 
tations. Pour moi, je présume que l'Eglise 
était désormais affermie, et que ces exhortations 
sont le couronnement de l'œuvre apostolique. 
« Femmes, soyez soumises à vos maris, comme 
il le faut, en ce qui est selon le Seigneur. » C'est- 
à-dire, soyez-leur soumises à cause de Dieu; 
ce n'est pas eux, c'est vous que cette soumis- 
sion embellit. Il ne s'agit pas de sujétion d'es- 
clave à maître, ni d'infériorité née de la nature, 
mais d'obéissance due à cause de Dieu. « Maris, 
aimez vos femmes, et ne leur soyez point fâ- 
cheux. )> Voyez comme il établit la réciprocité 
des devoirs. Le respect et la charité sont le fon- 
dement de ceux de la femme, et le sont aussi de 
ceux du mari ; car il pourrait se faire que celui 
qui aime causât du chagrin à la personne aimée. 
Voici le sens de ce précepte : Ne vous querellez 
point ; rien n'est si fâcheux qu'une querelle 
entre mari et femme. Les discordes vraiment fâ- 
cheuses sont celles qui divisent des personnes 
qui s'aiment. Elles sont une cause de grande 
amertume , comme si le corps était en lutte avec 
Le devoir un de ses membres. Le devoir du mari est 

dwmer! d'aimer, celui de la femme d'être soumise; si 
celui de la chacun fait ce qu'il doit, l'équilibre ne saurait 

femme d être * 1 * 

*oumi?e. être rompu. La femme qui se sent aimée, devient 
aimable; et le mari, qui la voit soumise, devient 
affable à son tour. Et remarquez qu'il est dans 
l'ordre naturel que le mari aime et que la femme 
soit soumise , quand celui qui commande aime 
celui qui obéit, tout est à sa place. La charité 
incombe moins à çelui qui obéit qu'à celui qui 



commande : la vertu essentielle du premier est la 
soumission. Une femme est tout par la grâce, 
un homme par l'affection : il ne pourrait y avoir 
d'arrangement plus propice à l'amour. Maris, 
n'abusez point de la soumission de la femme 
pour être despotes ; femmes , que l'affection de 
votre mari ne vous rende point hautaines. L'atta- 
chement du mari ne doit point enorgueillir l'é- 
pouse ; l'obéissance de la femme ne doit point 
rendre l'époux exigeant. Dieu vous a soumis! la 
femme, 6 maris, pour que vous l'aimiez davan- 
tage ; il vous a fait aimer, à femmes, afin que le 
joug de l'obéissance vous soit plus léger. Vous, 
ne redoutez point cette soumission : il est si doux 
djobéir à qui vous aime I Et vous, maris, ne crai- 
gnez point d'aimer votre femme, puisqu'elle vous 
est soumise. Là est le lien entre vous. La nature 
a donné au mari • un empire nécessaire ; qu'il 
accepte aussi le lien de l'amour : Dieu qui a fait 
la femme faible, veut qu'elle soit protégée. 

« Enfants, obéissez en tout à vos parents; car 
cela est agréable au Seigneur. » Il répète le mot 
« Seigneur, » parce qu'il porte une loi d'obéis- 
sance, et qu'il a pour but de ployer les âmes, en 
montrant la récompense à gagner : « Car cela 
est agréable au Seigneur. » Voyez comme il veut 
que les motifs tirés de la nature ne soient jamais 
envisagés seuls , et que ce qui plaît à Dieu soit 
toujours le premier mobile de nos actes, afin 
que nous en recueillions le fruit. « Pères, n'ir- 
ritez point vos enfants, de peur qu'ils ne tombent 
dans l'abattement. » Ici encore la soumission et 
l'amour concourent au même but. Il ne dit pas : 
Aimez vos enfants. La voix de la nature suffit 
pour imposer cette obligation. Mais il corrige ce 
qui a besoin de l'être : les parents doivent élargir 
leur amour, les enfants avoir plus d'obéissance. 
Il ne fait nullement intervenir le nom du Sei- 
gneur , comme pour les devoirs précédents. Et 
pourquoi? Ecoutez le prophète : « Dieu est plein 
de miséricorde pour ceux qui le craignent, 
comme un père pour ses enfants ; » Ps. xn, 13 ; 
et Jésus-Christ lui-même : « Quel est l'homme 
parmi vous qui donne une pierre à son fils, lors- 
qu'il lui demande du pain? ou, s'il lui demande 
un poisson, lui donnera-t-il un serpent? » 
Matth.j vu, 9, 40. a Pères, n'irritez donc point 

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HOMÉLIE X. 



71 



vos enfants, de peur qu'ils ne tombent dans l'a- 
battement. » Il emploie le trait qu'il sait le plus 
propre à les stimuler; mais il cache la rigidité 
du précepte sous un ton de bienveillance , et ne 
fait pas intervenir le Seigneur; il aurait trop 
abattu les parents, il aurait déchiré leurs en- 
trailles. « Ne les irritez point, » c'est-à-dire, ne les 
rendez pas opiniâtres ; il y a des circonstances 
où vous devez leur céder. Il arrive ensuite au 
troisième précepte : « Serviteurs, obéissez à vos 
maîtres selon la chair. » Il y a pareillemen t ici un 
certain amour ; mais il ne tient pas de la nature 
autant que ceux qui précèdent, il naît de l'habi- 
tude du commandement lui-même et des actes du 
subordonné. Le rôle de l'affection est moindre ; 
celui de l'obéissance plus grand. L'Apôtre in- 
siste donc sur l'obéissance, afin qu'elle procure 
aux serviteurs ce que d'autres obtiennent par 
les liens de la nature. Il ne s'adresse pas aux 
serviteurs dans le seul intérêt des maîtres, mais 
encore dans leur propre intérêt, afin qu'ils se 
fassent aimer. S'il ne le dit pas expressément, 
c'est de crainte de les rendre présomptueux. 
« Serviteurs, obéissez en tout à vos maîtres 
selon la chair. » 

2. Voyez l'ordre dans lequel il place les noms, 
femmes, enfants, serviteurs, marquant ainsi les 
degrés de l'obéissance. Pour rendre la vérité 
moins amère aux serviteurs, il ajoute : a À vos 
maîtres selon la chair. » C'est dire : La meilleure 
partie de vous-mêmes, votre âme est libre; la 
servitude n'a qu'un temps. Assujettissez le corps, 
de peur que la nécessité ne rende plus dure 
votre servitude, a Ne les servant pas seulement 
lorsqu'ils ont l'œil sur vous, comme si vous ne 
pensiez qu'à plaire aux hommes. » A cette ser- 
vitude que vous impose la loi, donnez pour prin- 
cipe la crainte de Jésus-Christ. Si, en l'absence 
du maître, vous agissez selon votre devoir et 
pour son honneur, vous le faites à cause de 
l'œil qui ne dort pas. « Lorsqu'ils ont l'œil sur 
vous, comme si vous ne pensiez qu'à plaire aux 
hommes. » Cette conduite vous serait préjudi- 
ciable. Ecoutez le Roi-Prophète : « Le Sei- 
gneur a dispersé les os de ceux qui plaisent aux 
hommes. » Ps. lu, 6. Vous voyez comme l'A- 
pôtre les ménage, comment il les dirige. Penser 



une chose et en faire une autre, paraître en pré- 
sence du maître autre qu'on est en son absence, 
ce n'est pas de la simplicité, c'est de l'hypocrisie. 
Aussi ne dit-il pas seulement : « Dans la sim- 
plicité du cœur, » mais aussi : « Craignant 
Dieu. » Craindre Dieu, c'est s'abstenir de tout 
mal quand personne ne vous voit ; si nous fai- 
sons le mal alors, nous ne craignons pas Dieu, 
nous craignons les hommes. Il veut qu'ils soient 
purs non-seulement d'hypocrisie, mais encore de 
paresse. Il leur fait voir qu'ils sont libres, au lieu 
d'être serviteurs , lorsqu'ils n'ont pas besoin de 
la surveillance du maître. Les mots « de bon 
cœur » l'indiquent; ils signifient avec bonne 
volonté, non par une nécessité servile, mais 
librement et de plein gré. Et quelle est la récom- 
pense? « Sachant que vous recevrez du Seigneur 
le salaire de l'héritage, car vous servez le Seigneur 
Jésus-Christ. » C'est de lui que vous recevrez la 
récompense. Ce qui prouve bien que vous êtes 
des serviteurs de Dieu ; car « celui qui agit in- 
justement recevra la peine de son injustice, d 
C'est la confirmation de ce qui précède. Et, afin 
que les maîtres ne puissent voir une flatterie 
dans ces paroles : a II recevra la peine de son 
injustice, » c'est-à-dire il sera puni, Paul ajoute : 
« Car Dieu ne fait point acception de personne. » 
Rom., il, il. Ce ne sera pas un opprobre devant 
lui d'avoir été serviteur. 

Il était nécessaire de proclamer cette vérité en 
présence des maîtres, comme il l'a proclamée 
dans l'Epître aux Ephésiens ; mais, à mon sens, 
il fait allusion ici aux maîtres étrangers à la foi. 
Qu'arrivera-t-il, en effet, si le maître est infidèle 
et que vous soyez chrétien ? Dieu ne tiendra 
aucun compte des personnes , et ne verra que 
les actes. Vous devez donc servir ce maître avec 
bonne volonté et de bon cœur. « Maîtres, rendez 
à vos serviteurs ce que la justice et l'équité de- 
mandent de vous. » Que demande la justice? 
que demande l'équité? De faire qu'ayant le né- 
cessaire, ils ne soient pas obligés d'avoir recours 
à autrui, et de rétribuer leur travail. Ne vous 
autorisez pas, pour les priver de leur salaire, de 
ce qu'ils doivent en recevoir un de Dieu. Ailleurs, 
s'adressant à des maîtres déjà familiers avec 
leurs devoirs , et qu'il veut amener à une dou- 

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HOMÉLIES SUR L'ÉPITRE AUX COLOSSIENS. 



ceur plus grande : « Ne traitez pas, dit-il, vos 
serviteurs avec menace; » Ephes., vi, 9; c'est 
dire : a La mesure dont vous aurez usée, on en 
usera avec vous. » Matth., vu, 2. Il propose aux 
serviteurs cette vérité : « Dieu ne fait point 
acception de personnes; » mais c'est afin que les 
maîtres s'en fassent l'application. Dire à un 
homme ce qui concerne un autre , c'est bien 
moins reprendre ce dernier que celui qui est 
coupable. Vous serez égaux devant Dieu, veut- 
il dire; et il montre qu'ils ont une servitude 
commune : « Sachant que vous avez aussi bien 
qu'eux un Maître dans le ciel. Persévérez et 
veillez dans la prière, l'accompagnant d'actions 
de grâces. » Gomme la continuité de la prière 
amène souvent la lassitude, il leur recommande 
de veiller, c'est-à-dke d'être prudents et attentifs. 
Satan sait quel précieux secours nous puisons 
contre lui dans la prière; il le sait, et cherche 
d'autant plus à nous en détourner. Paul aussi 
sait combien est grand le nombre de ceux qui 
prient avec nonchalance, et il prescrit de per- 
sévérer, comme pour une entreprise ardue. 
« Veillez dans la prière, l'accompagnant d'ac- 
tions de grâces; » envers Dieu, pour ses bien- 
faits visibles et invisibles, dont il nous a comblés 
selon nos désirs ou malgré nous, pour le ciel et 
pour l'enfer, pour nos douleurs et pour nos joies. 
Ainsi prient les saints, bénissant la Providence 
pour les bienfaits communs à tous les hommes. 
L'oraunr 3. J'ai connu un saint homme qui priait de 
^Imdri* cette façon. Voici ses propres paroles : Seigneur, 

qu'UMMds- nous vous bénissons P° ur tous les bienfaits dont 
Mit. vous nous avez comblés depuis le premier 
jour jusqu'à celui-ci, quelqu'indignes que nous 
soyons ; pour les choses que nous savons et pour 
celles que nous ne savons pas; pour celles qui 
sont visibles, et pour celles qui sont cachées , 
pour ce qui s'est accompli par action et pour 
ce qui l'a été par parole ; pour ce qui s'est fait 
selon nos désirs et pour ce qui s'est fait con- 
trairement à nos désirs; pour ce qui nous est 
arrivé sans que nous l'ayons mérité; pour nos 
afflictions, (pour nos| joies, pour le supplice di- 
vin de la Croix, pour le royaume des cieux. Nous 
vous prions de sanctifier nos âmes, de purifier 
nos consciences, de nous accorder une fin digne 



de vos miséricordes. 0 vous, qui nous avez aimés, 
jusqu'à donner pour nous le sang de votre Fils 
unique, daignez nous rendre dignes de tant d'a- 
mour. Jésus, Fils unique du Père, faites que votre 
sagesse et que votre crainte inspirent toutes nos 
paroles ; communiquez votre force à nos âmes. 
Dieu bon, qui avez donné votre Fils unique pour 
nous racheter, et qui avez envoyé votre Esprit 
saint pour la rémission de nos péchés , si nous 
avons commis quelque faute volontaire ou invo- 
lontaire, pardonnez-nous, ne nous condamnez 
pas. Souvenez-vous de tous ceux qui invoquent 
votre nom dans la vérité; souvenez-vous de vos 
ennemis, car nous sommes tous des hommes. Il 
ajoutait ensuite la prière ordinaire des fidèles, 
comme une conclusion, comme un lien entre 
tous, et s'arrêtait là. Dieu nous a fait beaucoup 
de grâces, même malgré nous; il nous en a fait 
davantage et de bien plus grandes à notre insu. 
Lorsque nous lui demandons ce qui nous est 
nuisible, il fait l'opposé, montrant par là qu'il 
veut notre bien malgré nous-mêmes. 

a Priez pour nous , » voyez l'humilité de 
l'Apôtre qui pense à lui le dernier, « afin que 
Dieu nous ouvre une porte pour prêcher sa parole 
et pour annoncer le mystère de Jésus-Christ. » 
Une porte , dit- il , c'est-à-dire la liberté de 
prêcher. Merveille, un si grand athlète ne dit 
pas : Afin que je sois délivré de mes fers; mais, 
pendant qu'il gémit dans un cachot, il prie les 
fidèles de demander à Dieu que la porte de la 
prédication, c'est-à-dire la liberté de prêcher la 
parole divine s'ouvre pour lui. Quelle autorité 
naît de ces deux admirables choses : la qualité de 
la personne et la grandeur de l'objet ! « Le mys- 
tère de Jésus-Christ. » Il montre que rien n'égale 
son désir de l'annoncer. « Pour lequel je suis 
moi-même dans les chaînes, afin que je le dé- 
couvre aux hommes comme il convient de le 
découvrir. » C'est-à-dire avec une grande liberté 
et sans réticences. Vous le voyez : loin que 
l'ombre du cachot puisse le cacher, elle sert à le 
mettre en lumière, a Avec une grande liberté, » 
dit-il. Eh quoi! grand Apôtre, vous êtes en- 
chaîné, et vous consolez les autres? Assurément, 
répond-il, et les chaînes me donnent une plus 
grande liberté de parole. Mais j'invoque, le 



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HOMÉLIE X. 



secours de Dieu ; car le divin Maître a dit : céleste ne saurait être retenu par de terrestres 
« Quand ils vous feront comparaître, ne vous liens. Vois-tu le soleil? jette des chaînes sur 
inquiétez pq» comment vous parlerez, ni de ce ses rayons pour enchaîner son cours : tu ne le 
que vous direz. » Matth., x, 49. Voyez comme pourras pas. Et Paul non plus, tu ne saurais 
il dit métaphoriquement : a Afin que Dieu nous l'enchaîner ; tu arrêterais plutôt le soleil, que les 
ouvre une porte pour prêcher. » Quelle modestie, soins de la providence de Dieu défendent moins 
quelle humilité, alors qu'il est dans les fers qu'ils ne protègent l'Apôtre, chargé, lui aussi, 
pour la foi ! Il ne s'exprime pas ainsi : Me rende d'être le flambeau du monde, et de lui apporter 
éloquent pour que je puisse toucher les cœurs ; la lumière de la vérité. Où sont-ils, ceux qui ne 
mais il dit : Pour parler avec l'assurance qu'il ' veulent rien souffrir pour Jésus-Christ? Que dis- 
convient. Il a la modestie de se montrer désireux je , souffrir? ils lui préfèrent de viles richesses, 
d'une qualité qu'il possède. Paul aussi enchaînait d'abord les serviteurs de 
Il a déjà fait voir pourquoi Jésus-Christ n'était Jésus-Christ et les jetait dans les prisons ; mais 
pas d'abord venu, lorsqu'il a, dans cette épître lorsqu'il le fut devenu lui-même, il se glorifiait 
appelé les choses anciennes une ombre, « et Jésus- de ses souffrances, et non de ses actes. Tel est le 
Christ le corps. » Coloss., h, 17. Ils devaient miracle de l'apostolat : ce ne sont pas les persé- 
donc s'accoutumer à l'ombre. En même temps cuteurs, ce sont les persécutés qui l'encouragent 
il donne une grande preuve de l'affection qu'il et l'accroissent. Où trouver des combats de 
leur porte : «Afin, dit-il, que vous m'entendiez, ce genre ? Celui qu'on persécute a la victoire, 
moi qui suis dans les fers. » Il parle de nouveau et celui qui persécute est vaincu. La persécution 
de ses chaînes ; et cela me ravit, mon cœur en fit les éclatants succès de l'Apôtre : ses chaînes 
est touché , j'éprouve un vif plaisir à voir Paul furent la cause que ses enseignements se répan- 
enchaîné écrire, prêcher, baptiser et catéchiser, dirent au loin. Je ne rougis pas de les porter, 
De toutes les Eglises de l'univers on en référait dit-il ; j'en suis glorieux, au contraire, moi qui 
à Paul enchaîné, et Paul enchaîné édifiait l'uni- annonce le divin Crucifié. Et voyez ; l'univers 
vers. Il était alors plus libre que jamais. Il le entier abandonne ceux qui sont libres pour aller 
déclare lui-même : « Plusieurs de nos frères en à ceux qui sont dans les fers; il est tout aversion 
Notre-Seigneur, encouragés par mes liens, sont pour ceux qui enchaînent, tout amour pour 
devenus plus hardis à prêcher la parole de Dieu ceux qui sont chargés de liens ; il abhorre ceux 
sans aucune crainte, d Philip. , i, 44. Il renou- qui ont crucifié, et il adore le Crucifié, 
velle ailleurs ce témoignage : « Lorsque je suis 4. Il est admirable que des ignorants et des Prodige 

*** ** **** étonn&nt (ju 

faible, alors je suis fort. » II Cor., xu, 40. C'est pêcheurs soient devenus apôtres ; il est plus des ignorant 

pourquoi il disait encore : « La parole de Dieu admirable encore que les obstacles naturels ^ ea ^ 90i j^ 

n'est point enchaînée. » II Tim., n, 9. Il avait' n'aient pas été pour eux des obstacles, et qu'ils ^ c ™ 9 8 de 

pour compagnons de captivité des malfaiteurs aient servi plutôt à multiplier leurs succès. Leur 

et des homicides, lui, le docteur de l'univers; inexpérience, loin de nuire aux progrès delà 

lui qui fut ravi au troisième ciel et qui entendit prédication, les rendit plus éclatants. Ecoutez 

des paroles mystérieuses et ineffables , il était Luc : « Et sachant qu'ils étaient des hommes 

dans les fers. Mais alors sa marche n'en était sans lettres et ignorants, tous s'étonnaient. » 

que plus rapide. Lui qui était enchaîné, il était Act., iv, 43. Non-seulement ils n'étaient pas 

libre ; et celui qui le retenait dans les fers était empêchés par les persécutions, mais ils inspi- 

enchaîné : ce que Paul désirait faire, il le faisait; raient une confiance plus grande. Les disciples 

son persécuteur, au contraire, ne pouvait l'em- se reposaient moins sur Paul en liberté, que sur 

pêcher et n'atteignait donc pas son but. Que Paul dans les fers. « Ils sont, dit-il, devenus 

fais-tu, insensé ? Crois-tu qu'il s'agit ici d'un plus hardis à prêcher la pétrole de Dieu sans 

coureur humain? combat-il dans un stade aucune crainte. » Philip. , i, 14. Où sont-ils ceux 

terrestre? Il est citoyen du ciel : un coureur qui prétendent que l'apostolat n'est pas une mis* 



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71 



HOMÉLIES' SUR L'ÉPITRE AUX COLOSS1ENS. 



sion divine? Leur ignorance ne suffisait peut- 
être pas pour leur faire craindre d'être jugés dé- 
favorablement? Leur fallait-il aussi les épreuves 
de la persécution? En effet, les âmes vulgaires 
sont en proie à ces deux maladies, la présomp- 
tion et la lâcheté. Puisque leur ignorance n'avait 
pas suffi à les faire rougir d'eux-mêmes, les dan- 
gers du moins devaient leur inspirer l'effroi. — 
Mais ils faisaient des miracles, nous objectera- 
t-on. — Vous croyez donc qu'ils faisaient des 
miracles? Eh bien I j'admets qu'ils n'en faisaient 
pas : n'est-ce pas le plus grand de tous lés mi- 
racles d'avoir converti le monde, comme ils 
l'ont fait, sans opérer de miracles? 

Mais, dira-t-on encore, chez les Grecs, Socrate 
fut aussi jeté dans les fers. — Quoi donc? ses 
disciples ne s'enfuirent-ils pas à Mégare? Ils 
firent plus : ils ne crurent pas à ce qu'il leur 
disait de l'immortalité de l'àme. Ici, au contraire, 
Paul inspire plus de confiance à ses disciples, 
parce qu'il est enchaîné ; et c'est avec raison, 
puisqu'ils voyaient que les liens n'étaient pas un 
obstacle à ses prédications. Pouvait-on lier sa 
langue? Or, c'est par elle qu'il parcourait le 
monde. Vous n'empêcherez pas un coureur de 
courir, à moins d'attacher ses pieds : de même 
vous n'empêcherez un apôtre de parcourir le 
monde qu'en liant sa langue. Si vous ceignez 
les reins d'un coureur, sa course n'en deviendra 
que plus rapide et plus facile : de même l'apôtre 
dans les fers prêche davantage et plus librement, 
et sa parole inspire plus de confiance. Le captif 
s'effraie parce qu'il sent le poids de ses fers ; mais 
comment celui qui méprise la mort se croirait- 
il enchaîné? L'ombre seule de Paul était prison- 
nière, puisque sa parole se répandait avec plus 
de facilité. Oui, la persécution luttait contre une 
ombre : elle grandissait l'Apôtre dans les regrets 
des fidèles et dans le respect même de ses enne- 
mis. Il pouvait montrer le prix de son courage, 
ses chaînes. Son front n'a pas à rougir : il 
rayonne d'un éclat nouveau sous la couronne 
de la victoire, et cette couronne, ce sont les liens 
dont on l'a chargé. En quoi pouvait-il craindre 
les chaînes, lui qui avait brisé les portes de dia- 
mant de la mort ? 

Et quelle émulation, mes frères, ces chaînes 



ne doivent-elles pas nous donner! Femmes, vous 
toutes qui vous parez de bijoux d'or, ambi- 
tionnez plutôt les fers de Paul. Ces colliers brillent 
moins autour de vos cous, que ne brillait sur son 
âme la parure de ses liens de fer. Si quelqu'un 
désire cette parure, qu'il ait les autres en aver- 
sion. Qu'y a-t-il de commun entre la lâcheté et 
la grandeur d'âme, entre les vains ornements 
du corps et les ornements de la sagesse? Les 
anges révèrent les chaînes de Paul et méprisent 
vos parures ; celles-là nous enlèvent de la terre 
au ciel, celles-ci nous font descendre du ciel 
sur la terre. En réalité celles-ci, et non les pre- 
mières, sont des chaînes ; celles-ci sont un poids 
pour l'âme comme pour le corps, et les premières 
sont un ornement pour le corps comme pour 
l'âme. Voulez-vous voir comment elles sont un 
ornement? Considérez qui, de vous ou de Paul, 
s'attache un plus grand nombre de spectateurs. 
Et que parlé-je de vous? L'impératrice elle- 
même , toute couverte d'or , captive moins ceux 
qui la voient. S'il avait pu arriver que Paul en- 
chaîné entrât dans une église en même temps 
que l'impératrice , tous auraient détourné d'elle 
leurs regards pour les porter sur lui ; et certes ils 
auraient eu bien raison. Un homme supérieur 
à la nature humaine, qui n'a rien de l'homme, 
qui est un ange sur la terre , mérite bien plus 
l'admiration qu'une femme en ses plus riches 
atours. Celle-ci, vous la rencontrez sans peine 
et dans les théâtres, et dans les fêtes, et dans les 
thermes, et dans bien d'autres lieux, et partout; 
mais un homme chargé de chaînes et qui estime 
porter la plus précieuse des parures, et qui ne 
faiblit pas sous les fers, celui qui le voit ne peut 
croire assister à un spectacle terrestre : c'est un 
spectacle digne du ciel. La personne qui s'at- 
tache aux parures mondaines regarde autour 
d'elle qui la voit ou qui ne la voit point : elle est 
pleine des fumées de l'orgueil, rongée par les 
soucis; elle gémit dans les liens de mille souf-* 
frances morales. Au contraire, celui qui porte 
les mêmes liens que l'Apôtre est exempt de tout 
orgueil : son âme tressaille d'allégresse, et, libre 
de toute inquiétude , regarde le ciel. Si le choix 
m'était donné, que préférerais-je, ou voir Paul 
avançant la tète hors du ciel pour prêcher, ou 



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HOMÉLIE X. 



7$ 



l'avançant hors de sa prison ? J'aimerais mieux 
le voir avançant la tête hors de sa prison ; car, 
lorsqu'il est captif, les anges eux-mêmes des- 
cendent du ciel pour l'entendre. Les liens de 
Paul maintiennent le faisceau de l'apostolat, sa 
chaîne en assure la base. Désirons donc ardem- 
ment cette chaîne. 

5. Comment atteindre ce but ? En foulant 
aux pieds, en réduisant en poudre les mondaines 
parures. Elles ne nous servent à rien, ou plutôt 
elles sont des instruments de perte. Elles nous 
feront paraître là-haut chargés de lourdes 
chaînes, tandis que celles de Paul nous auraient 
délivrés de ses entraves. La femme qui reste ici- 
bas attachée à ces vanités, aura là-haut les mains 
et les pieds liés par des chaînes éternellement 
indissolubles ; celle qui aura porté en ce monde 
les liens de Paul, les verra se changer au ciel 
en une immortelle parure. Affranchissez-vous 
vous-même de vos entraves terrestres, et en 
même temps affranchissez 1er pauvre de ses 
besoins. — Quelles sont, demanderez-vous, ces 
chaînes du péché ? Gomment se forgent-elles ? 
— Quand vous faites ostentation de vos richesses, 
pendant que votre frère se meurt de besoin , 
quand vous entassez tant d'or en vue d'une vaine 
gloire, pendant que votre frère n'a pas de quoi 
se nourrir : ne forgez-vous point une chaîne de 
péchés ? Parez-vous de Jésus-Christ, au lieu de 
vous parer d'or : là où est Mammon n'est pas le 
Christ, et là où est le Christ n'est pas Mammon. , 
Ne voulez-vous donc point vous parer du Roi 
de l'univers ? Si l'on vous offrait la pourpre et 
le diadème , ne les prendriez- vous point plutôt 
que l'or ? Et moi, je ne vous offre pas un vête- 
ment royal, je vous offre votre Roi lui-même 
pour en faire votre vêtement. — Mais comment 
peut-on se parer du Christ? — Paul va nous 
l'apprendre : « Vous tous qui avez été baptisés 
dans le Christ, vous êtes revêtus du Christ. » 
Galat., ni, 27. Ecoutez ensuite le conseil de 
l'Apôtre : a Ne cherchez point à contenter les 
désirs de la chair. » Rom., xin, 14. Ainsi qui- 
conque ne cherche point à contenter les désirs 
de la chair est revêtu du Christ. Si vous êtes 
revêtue de Jésus-Christ, les démons eux-mêmes 
vous redoutent ; si vous êtes parée d'or, vous êtes 



un objet de risée même pour les hommes : si vous 
êtes revêtue de Jésus-Christ, les hommes mêmes 
vous respectent. Voulez-vous paraître belle et 
parée ? qu'il vous suffise des attraits que vous a 
donnés le Créateur. Pourquoi vous chargez-vous 
d'or, comme pour corriger l'œuvre de Dieu? 
Voulez-vous être parée? revêtez-vous d'aumônes, 
revêtez-vous de bienveillance, revêtez-vous de 
modestie et de réserve; éloignez toute vanité. 
Ces vertus sont plus précieuses que l'or : elles 
rendent plus belle la femme qui a la beauté ; 
elles donnent même la beauté à celle qui ne l'a 
pas. Quand une personne unit la grâce à la 
bienveillance, elle gagne notre sympathie; mais, 
fût-elle belle, si elle est pervertie, nous ne 
saurions l'appeler belle : notre esprit fâcheuse- 
ment impressionné ne saurait porter un juge- 
ment favorable. La femme de Putiphar avait 
sa parure et Joseph avait la sienne : qui avait le 
plus de beauté ? Je ne parle pas ici du temps 
où elle était dans son palais, pendant qu'il était 
dans sa prison. Joseph était nu, mais il était 
vêtu de réserve et de continence ; l'Egyptienne 
était parée, mais elle était plus repoussante 
qu'à l'état de nudité, parce qu'elle s'était dé- 
pouillée de toute réserve. 
Oui, femmes, quand vous vous parez folle- Contre Io * 

4 femmes qu 

ment, vous êtes plus indécentes que si vous re- ne prati- 
jetiez tout vêtement : vous vous êtes dépouillées modOTtie? 8 * 
de toute modestie. Eve était nue d'abord, et, 
quand elle eut un vêtement, elle eut bien moins 
d'attraits : nue, elle était parée ; quand elle fut 
couverte du vêtement du péché, elle en eut aussi 
la laideur. Et vous de même, sous vos mon- 
daines parures, vous avez bien moins d'attraits. 
L'excès du luxe ne fait pas ressortir votre beauté, 
et il peut se faire qu'il vous rende plus immo- 
destes que si vous étiez sans vêtement. Voici 
pourquoi : n'y aurait-il pas de l'indécence à vous 
habiller comme un joueur de flûte ou comme un 
danseur ? — Mais, direz-vous, il n'est question 
pour nous que de parures d'or. — Et voilà pré- 
cisément où est le mal. Cet apparat ne convient 
qu'aux acteurs, aux histrions, aux mimes, aux 
danseurs, aux bestiaires : la femme fidèle reçoit 
de Dieu son plus beau vêtement, le Fils unique 
lui-même de Dieu, « Vous tous qui avez été 
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76 HOMÉLIES SUR L'ÉPIT 

baptisés en Jésus-Christ, vous avez été revêtus de 
Jésus-Christ. » GalaL, m, 27. Est-ce que, si l'on 
vous donnait un vêtement royal et que vous 
revêtiez le ibanteau d'un vil mercenaire, votre 
conduite dégradante ne serait-elle pas elle-même 
votre châtiment ? Lors donc que vous êtes re- 
vêtue du Seigneur du ciel et des anges, pour- 
quoi tournez-vous vos regards vers la terre? 
J'ai voulu montrer seulement quel grand mal 
est en soi le culte exagéré de la parure, quand 
bien même il ne serait pas la source d'autres 
maux, comme de la vaine gloire et de l'orgueil, 
quand même il serait possible de s'y adonner 
sans danger. Mais il est la source de bien 
d'autres maux : des jugements téméraires, des 
dépenses inutiles, des médisances, des occasions 
de cupidité. Pourquoi vous parez- vous? Est-ce 
pour plaire à votre mari ? Ne vous parez donc 
que dans votre demeure. Mais c'est le contraire 
que vous faites. Si vous voulez plaire à vos maris, 
ne cherchez point à plaire au dehors, puisque, 
si vous plaisez à d'autres, vous ne pouvez plaire 
à vos maris. Vous devriez donc déposer toute 
parure, lorsque vous allez en public ou que 
vous venez à l'église. Vous ne devez point cher- 
cher à captiver vos maris par les séductions de 
la courtisane, mais plutôt par les qualités de 
l'honnête femme. Et en effet, en quoi la mère 
de famille diffère-t-elle de la courtisane ? En ce 
que celle-ci n'a qu'une préoccupation, celle d'at- 
tirer à elle par les seuls artifices d'une beauté 
toute extérieure ; l'honnête femme se tient 
cachée, est l'àme de la maison, vit en parfaite 
union de cœur et de biens avec ses enfants et 
tous les membres de la famille. Avez-vous une 
jeune fille ? veillez à ce que l'amour du luxe ne 
devienne pas un danger pour elle. Les mœurs 
sont le fruit de l'éducation, et les jeunes filles 
suivent les exemples de leurs mères. Soyez 
pour la vôtre un modèle de modestie et de 
réserve ; ces vertus sont votre vraie parure , et 
vous ne devez pas en connaître d'autre. Oui, la 
vertu est votre unique parure : hors de là tout 
vous dépare, au lieu de vous embellir. 

J'en ai dit assez. Que Dieu, qui a créé le monde 
et qui nous a donné la beauté de l'àme , nous 
donne aussi l'ornement de sa gloire. Et tous, 



RE AUX COLOSSIENS. 

rayonnant de l'éclat de nos bonnes œuvres, nous 
vivrons pour sa gloire et nous coopérerons à la 
gloire du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. 



HOMÉLIE XI. 

« Conduisez-vous avec sagesse envers ceux du dehors, et 
rachetez le temps. Que toutes vos paroles soient accom- 
pagnées de la grâce et assaisonnées du sel de la sagesse, 
en sorte que vous sachiez répondre à chacun comme il 
convient. » 

1. Le conseil que le divin Maître avait donné 
à ses disciples , Paul à son tour nous le donne 
aujourd'hui. Que disait donc le Christ? « Voilà 
que je vous envoie comme des brebis au milieu 
des loups ; soyez donc prudents comme les ser- 
pents, et simples comme les colombes. » Matth., 
x, 46. Soyez circonspects, que nul n'ait occa- 
sion de vous surprendre. Aussi est-il ajouté : 
a Envers ceux du dehors, » afin que nous appre- 
nions qu'il nous est indispensable de nous tenir 
sur nos gardes moins encore envers nos propres 
membres qu'envers les étrangers. Là où il y a 
communauté fraternelle, le pardon et la charité 
régnent en toute chose. Mais il importe qu'il 
y ait sécurité, surtout contre les dangers venant 
du dehors : en effet, on ne saurait tenir la même 
conduite à l'égard de ses ennemis qu'à l'égard 
de ses amis. Puis, après leur avoir inspiré ces 
craintes, voyez comme il ranime leur courage 
par ces mots : « Rachetez le temps. » C'est dire : 
Le temps présent est de peu de durée. Non qu'il 
veuille, en parlant ainsi, les rendre artificieux 
et hypocrites, ce qui, loin d'être de la sagesse, 
serait de la folie; mais quoi? Ne vous laissez 
point surprendre, leur dit-il, dans les choses où 
vous ne nuisez point à autrui. Il donne le même 
conseil dans l'Epître aux Romains : a Rendez à 
chacun ce qui lui est dû, le tribut à qui vous 
devez le tribut, l'impôt à qui vous devez l'im- 
pôt, l'honneur à qui vous devez l'honneur. » 
Rom.> xin, 7. N'entrez en lutte que pour prêcher 
le Christ, et que cette lutte n'ait pas d'autre ori- 
gine que lui. Avoir des inimitiés avec le monde 
pour tout autre motif, c'est perdre sa récompense ; 
et le monde, que nous rendons plus mauvais, 
nous accuse avec juste raison, comme si nous 



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HOMÉLIE Xt 

ne payions pas l'impôt, si nous ne rendions pas 
les honneurs à qui ils sont dus, si nous n'étions 
pas humbles. 

Voyez-vous combien est grande la modéra- 
tion de Paul à l'endroit de tout ce qui ne porte 
pas obstacle à la prédication? Ecoutez-le lors- 
qu'il s'adresse à Agrippa : « Je m'estime heu- 
reux de me défendre aujourd'hui devant vous, 
parce que vous êtes pleinement instruit des cou- 
tumes des Juifs et des questions qui se sont 
élevées parmi eux. » AcL, xxvi, 2, 3. S'il avait 
pensé qu'il fût permis de manquer de déférence 
à un roi, il eût tenu un tout autre langage. C'est 
encore avec une grande modération que le bien- 
heureux Pierre répond aux Juifs : « II faut obéir 
plutôt à Dieu qu'aux hommes. » Ibid., v, 29. 
Pourtant ces apôtres, qui avait voué leur àme à 
Dieu et avaient fait abnégation de la vie, auraient 
pu se montrer fiers et agir en tout à leur guise ; 
mais ils s'étaient voués à Dieu et avaient fait 
abnégation de la vie, non pour rechercher une 
vaine gloire (une telle conduite eût été de l'or- 
gueil), mais pour évangéliser et pour répandre 
la parole de Dieu librement et sans réticences. 
La recherche de la vaine gloire est une intem- 
pérance. « Que toutes vos paroles soient accom- 
pagnées de grâces et assaisonnées du sel de la 
sagesse. » C'est-à-dire que le désir de plaire dans 
nos discours ne doit pas dégénérer en oubli de 
nos devoirs. On peut parler gracieusement, mais 
avec cette grâce qui est la compagne de la di- 
gnité, a En sorte que vous sachiez répondre à 
chacun comme il convient. » Il ne convient 
donc pas d'avoir le même langage avec tous les 
hommes, je veux dire le même avec les infidèles 
et avec vos frères. Ce serait le comble de la 
démence. 

a Mon très- cher Tychique, fidèle ministre du 
Seigneur, et mon compagnon dans le service, 
vous apprendra tout ce qui me regarde. » Oh 1 que 
la sagesse de Paul est grande ! Il ne parle dans ses 
épltres que de ce qui est nécessaire et urgent ; 
il ne veut pas d'abord les rendre trop longues : 
en outre, celui qui en est le porteur tire un 
caractère plus vénérable de cette circonstance 
qu'il a quelque chose à raconter; enfin, cela 
prouve quelle grande amitié lui portait l'Apôtre, 



77 



puisqu'il lui a confié une mission toute confi- 
dentielle. Il y avait d'ailleurs des particularités 
qu'il n'eût pas été prudent de confier à une 
lettre, « Mon très-cher Tychique, » dit-il. Puis- 
qu'il lui est très-cher, il connaît tous ses secrets, 
rien ne lui est caché. « Fidèle ministre du Sei- 
gneur et mon compagnon dans le service dont 
je suis chargé. » Il est fidèle, il dira donc toute 
la vérité ; et, puisqu'il est le compagnon de Paul, 
il a eu sa part des épreuves subies. Rien n'est 
oublié pour que le messager inspire une entière 
confiance. « Je vous l'ai envoyé. » Il leur montre 
une grande affection, puisque c'est unique- 
ment pour eux qu'il a fait entreprendre ce long 
voyage. Il écrivit de même aux Thessaloniciens : 
« C'est pourquoi, ne pouvant souffrir plus long- 
temps de n'avoir point de vos nouvelles, il nous 
plut de demeurer seul à Athènes , et nous vous 
envoyâmes Timothée notre frère. » I Thess. y m, 
1, 2. C'est encore pour ce motif qu'il envoya le 
même Tychique aux Ephésiens : « Afin qu'il 
connût l'état oû ils étaient et qu'il consolât 
leurs cœurs. » Ephes., vi, 22. Remarquez qu'il 
l'envoie pour apprendre l'état où ils sont, et non 
pour leur faire savoir l'état où il se trouve lui- 
même : il met toujours au dernier rang ce qui 
le concerne. Il fait voir aussi qu'ils vivent au 
milieu des tentations, par ces mots : « Afin qu'il 
console vos cœurs. » « Ainsi qu'Onésime, mon 
cher et fidèle frère, qui est de votre pays. Ils vous 
informeront de tout ce qui se passe ici. » Cet 
Onésime est celui au sujet de qui il écrivait à 
Philémon. « J'avais voulu le retenir auprès de 
moi, afin qu'il me rendit quelque service à votre 
place, dans les chaînes que je porte pour l'Evan- 
gile; mais je n'ai rien voulu faire sans votre 
avis. » Pkilem., 13. Il ajoute l'éloge de leur cité, 
pour leur apprendre à ne pas rougir de leur 
patrie, à s'en glorifier, au contraire : « Qui est 
de votre pays. Ils vous informeront de ce qui se 
passe ici. Aristarque, qui est prisonnier avec moi, 
vous salue. » 

2. Rien de si grand que cet éloge. Cet Aris- 
tarque est le même qui fut amené avec lui de 
Jérusalem. Cette parole de l'Apôtre est supé- 
rieure à celle des prophètes, quand ils disent 
d'eux-mêmes qu'ils sont des étrangers et det 



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78 



HOMÉLIES SUR L'ÉPTTRE AUX COLOSSIENâ. 



voyageurs ; à ces titres il ajoute celui de captif. 
Eu effet, il était conduit et traité en captif> et en 
cette qualité désigné à la malice des hommes 
comme un être à tourmenter ; il était même 
dans une pire condition. Lorsque les hommes 
ont réduit un ennemi en esclavage, ils le soignent 
comme une chose leur appartenant; l'Apôtre 
dans les chaînes ne cessait d'être traité comme 
un ennemi en guerre ouverte : on le frappait, 
on le battait de verges, on l'accablait d'outrages 
et de calomnies. Ces persécutions étaient un 
grand encouragement pour ses disciples : ils se 
fortifiaient en voyant leur maître soumis aux 
mêmes épreuves qu'eux. « Et Marc, cousin de 
Barnabé. » Il loue Marc de cette parenté , car 
Barnabé était un grand chrétien. < Sur lequel 
on vous a écrit : S'il va chez vous, recevez-le 
bien. » Qu'est-ce à dire? Sans cette recomman- 
dation , l'auraient-ils donc mal reçu ? Nulle- 
ment; mais il veut qu'on le reçoive avec les plus 
grands égards; ce qui montre qu'il s'agit d'un 
chrétien de mérite. Paul ne dit pas de quel lieu 
il a été écrit au sujet de Marc. < Et Jésus appelé 
le Juste. » Celui-ci était peut-être de Corinthe. 
Ensuite, quand il a dit ce qu'il y avait de parti- 
culier sur chacun des trois, il fait leur commun 
éloge : a Ils sont du nombre des fidèles circoncis. 
Seuls ils travaillent maintenant avec moi pour le 
royaume de Dieu ; ils ont été ma consolation. » 

Après avoir écrit « prisonnier avec moi, » 
voyez comment, pour ne pas laisser dans l'abat- 
tement ses compagnons de captivité et pour re- 
lever leur courage, il amène ces mots : a Ils tra- 
vaillent maintenant avec moi pour le royaume 
de Dieu. » Ils sont ses compagnons dans les 
épreuves, mais aussi ses compagnons dans son 
travail pour le royaume de Dieu, a Ils ont été 
ma consolation. » Il fait voir qu'ils sont grands, 
puisqu'ils ont été la consolation d'un apôtre. 
Considérons bien la prudence de Paul, a Con- 
duisez-vous avec sagesse envers ceux du dehors, 
et rachetez le temps ; » leur temps, veut-il dire, 
et non point le vôtre; ne revendiquez donc 
point pour vous la puissance, rachetez le temps. 
Il ne dit pas seulement « achetez , » mais 
« rachetez, » ou en d'autres termes : Prenez 
les dispositions nécessaires pour en faire votre 



propriété. Ce serait le comble de la folie de 
chercher des occasions de guerres et d'inimitiés. 
Ce serait se créer des périls superflus et stériles ; 
il y aurait à cela un désavantage de plus , celui 
d'inspirer un plus grand éloignement aux infi- 
dèles. Aussi écrivait-il à Timothée : «Il faut aussi 
que ceux du dehors rendent de lui un bpn témoi- 
gnage; » I Tim. } m, 7; et ailleurs : «Pourquoi 
entreprendrai-je de juger ceux qui sont hors de 
l'Eglise? » I Cor. y v, 12. « Conduisez-vous avec 
sagesse envers ceux du dehors. » Ils sont du 
dehors, quoiqu'ils habitent le même monde que 
nous , en ce sens qu'ils sont hors du royaume et 
de la maison du Père commun. En même temps, 
il console les fidèles en les appelant étrangers ici- 
bas, selon ce qu'il leur a dit plus haut : « Votre 
vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ. » Coloss., 
ni, 3. En votre temps, veut-il dire, vous cher- 
cherez la gloire, et les honneurs, et tous les autres 
biens ; n'en faites rien maintenant, et rendez à 
chacun ce qui lui est dû. Ensuite, de peur que 
vous ne pensiez qu'il parle de biens temporels, 
il ajoute : a Que toutes vos paroles soient accom- 
pagnées de la grâce et assaisonnées du sel de la 
sagesse, en sorte que vous sachiez répondre à 
chacun comme il convient. » Par conséquent, 
point d'hypocrisie; car l'hypocrisie n'est pas 
accompagnée de la grâce , ni assaisonnée du sel 
de la sagesse. Y aurait-il du danger à montrer 
cette sagesse , n'hésitez pas à la pratiquer ; si 
l'on vous laisse le temps de parler à loisir, n'en 
tirez pas vanité : que le respect de vous-même 
et la piété vous guident en toute occasion. 

Ne voyez-vous point avec quelle modération 
Daniel traite un homme impie ! Ne voyez-vous 
point de quelle sagesse les trois enfants font 
preuve devant le roi, en montrant leur gran- 
deur d'àme et leur franchise sans vaine audace 
et sans hardiesse offensante? La hardiesse outrée 
n'est pas de la franchise, mais bien de l'orgueil. 
« Afin que vous sachiez répondre à chacun 
comme il convient. » On ne répond pas à un 
prince comme à l'un de ses sujets, à un riche 
comme à un pauvre. Pourquoi? C'est que l'es- 
prit des riches et des princes est d'autant 
plus malade qu'il est plus enflé des fumées de 
l'orgueil, en sorte qu'il faut se faire accommo- 



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HOMÉLIE XI. 



79 



{font avec eux ; tandis que l'esprit du pauvre ou 
d'un sujet est plus ferme et plus sage ; on peut 
sans inconvénient user avec eux d'une plus 
grande franchise et chercher sans détours leur 
édification. Non point qu'il faille moins honorer 
celui-ci, parce qu'il est pauvre, et celui-là da- 
vantage, parce qu'il est riche; on doit seulement 
ménager dans le riche un infirmité d'esprit que 
le pauvre n'a pas. Par exemple, gardez-vous 
d'adresser sans nécessité de dures paroles à un 
infidèle et d'être hautain avec lui ; mais, s'il vous 
interpelle sur des questions de dogme, répondez 
qu'il fait chose détestable et impie. Si personne 
ne vous interroge et ne veut vous contraindre 
à parler, il ne convient pas de vous attirer témé 
rairement des inimitiés. Quel besoin de s'at- 
tirer des haines sans nécessité? S'agit-il de 
catéchiser quelqu'un , ne dites que ce que de- 
mande la matière à traiter; taisez- vous sur tout 
autre point. Si vos paroles sont assaisonnées 
du sel de la sagesse , viendraient-elles à tomber 
dans une àme dissolue, elles en corrigeront la 
mollesse ; comme si elles tombent dans une 
âme inculte , elles en adouciront les aspérités. 
Ayez la grâce, qui tient le milieu entre la rai~ 
deur et l'obséquiosité : soyez austère et agréable 
à la fois. L'homme austère à l'excès blesse et 
n'est pas utile ; l'homme obséquieux est plus im- 
portun qu'agréable. Il faut en tout une juste 
mesure. N'ayez ni un visage sombre et repous- 
sant, ce qui déplaît, ni un visage trop épanoui, 
ce qui est disgracieux et vil. Prenez de part et 
d'autre ce qu'il y a de bon ; fuyez l'excès : sem- 
blable à une abeille , prenez la sérénité de l'un 
et la gravité de l'autre. Celui qui veut instruire 
doit être plus prudent que le médecin, qui n'ap- 
plique pas les mêmes remèdes à tous les tem- 
péraments : le corps supporterait mieux des 
remèdes nuisibles, que l'âme des paroles qui ne 
lui conviennent pas. Je suppose qu'un infidèle 
vienne à vous et recherche votre amitié. Ne dis- 
cutez avec lui aucune question de religion avant 
d'être entré profondément dans son estime; et,' 
même alors, ne l'entraînez dans cette voie 
qu'insensiblement. 

3. Voyez quel fut le langage de Paul, quand 
il vint à Athènes. Il ne disait point : 0 pervers! 



monstres de perversité I mais quoi? « Athéniens sagesse â< 
il me semble qu'en toute chose vous êtes très- pa^a^vulè 
religieux. » Act., xvn, 22. Et cependant, quand De3 - 
l'occasion l'exigeait, il n'hésitait pas à employer 
d'énergiques paroles; ainsi lorsqu'il apostrophait 
Elymas avec une si grande véhémence : « Homme 
plein de ruse et de perfidie, disait-il, enfant 
du démon, ennemi de toute justice. » Act., xm, 
JO. La sagesse voulait qu'il ne fût point violent 
envers les Athéniens : mais c'eût été de la pusil- 
lanimité de ménager les termes à l'égard d'Ely- 
mas. Uneaffairevousconduit-elledevantle magis- 
trat, rendez-lui les honneurs qui lui sont dus. 
« Ils vous informeront, dit-il , de tout ce qui se passe 
ici. » Vous apprendrez pourquoi je ne vais pas 
avec eux auprès de vous. Que signifie : «Ils vous 
informeront de tout? » De ma captivité et de 
tout ce qui me retient. Moi qui désire tant de 
vous voir, je n'aurais pas envoyé des messagers 
au lieu de m'y rendre moi-même, si de grands 
obstacles ne me retenaient forcément ici. Ces 
nouvelles n'étaient-elles point de nature à les 
consoler ? Au plus haut point. Il n'appartenait 
qu'à lui-même, en qui ils avaient une foi entière, 
de relever leur courage, en leur faisant savoir, 
et les épreuves qu'il avait à subir, et la grandeur 
d'âme avec laquelle il les supportait, a Avec 
Onésime, dit-il, mon cher et fidèle frère. » Il 
donne le nom de frère à un serviteur ? c'est avec 
raison, puisqu'il prend lui-même le titre de ser- 
viteur des fidèles. Abaissons tous notre orgueil, 
faisons taire notre arrogance : Paul prend le 
titre de serviteur, lui qui est aussi grand que 
le monde et que les cicux incommensurables ; 
et vous osez être orgueilleux ? Celui qui faisait 
tout et obtenait tout selon sa volonté, celui qui 
avait l'une des premières places dans le royaume 
des cieux, qui fut couronné, qui fut ravi au 
troisième ciel, appelle les serviteurs ses frères 
et ses compagnons de servitude. Où est la folie? 
où l'arrogance? Heureux Onésime, qui sut mé- 
riter la confiance assez pour être chargé d'un 
tel message. « Et Marc, cousin de Barnabé, dont 
vous avez reçu des nouvelles. Accueillez-le. » 
Peut-être Barnabé leur avait-il écrit, a Qui sont 
au nombre des fidèles circoncis. » Il abaisse 
l'orgueil des Juifs et relève le sentiment de leur 



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80 HOMÉLIES SUR L'ÉPITttE AUX COLOSSÎENS. 



propre dignité chez les Colossiens ; là peu de 
fidèles étaient circoncis et le plus grand nom- 
bre appartenait à la gentilité. « Ils furent ma 
consolation. » Il leur fait voir qu'il traverse de 
grandes épreuves. Glorieuse mission, celle de 
consoler les saints par notre présence, par nos 
paroles, par nos prévenances, et de prendre 
part à leurs afflictions ! Se souvenir de ceux 
qui sont dans les chaînes, c'est comme si Ton 
était enchaîné avec eux ; si nous partageons 
leurs souffrances , nous partageons aussi leurs 
couronnes. N'ètes-vous jamais descendu dans le 
stade pour y combattre? l'un quitte ses vête- 
ments, l'autre lutte déjà. Vous serez leur com- 
pagnon, si bon vous semble : oignez l'athlète 
qui s'apprête à la lutte, faites-vous son ami, son 
partisan, soutenez-le de la voix, excitez son 
ardeur, relevez son courage. 

Pourquoi ne point agir de même à l'occasion 
des combats spirituels ? Paul, qui n'avait aucun 
besoin d'un tel secours pour lui, prodiguait les 
encouragements aux fidèles. Vous aussi, fermez 
la bouche à ceux qui voudraient blâmer celui 
qui combat* cherchez des cœurs qui l'aiment, 
prodiguez-lui vos soins, quand il sort du stade, 
et vous aurez votre part de ses couronnes et de 
sa gloire. N'auriez-vous fait autre chose que 
vous montrer joyeux de ses actions, vous avez 
été pour beaucoup son compagnon de lutte : 
vous y avez contribué de votre charité, qui est 
le plus grand de tous les biens. Ceux qui pleu- 
rent semblent prendre part à notre douleur, et 
nous leur savons gré d'en adoucir l'amertume; 
mais combien plus nous sont agréables ceux qui 
partagent notre joie. Il est certes bien triste d'être 
seul à porter le fardeau de ses peines : «J'ai dé- 
siré, dit le prophète, j'ai désiré, mais en vain, 
quelqu'un qui prît part à ma douleur. » Ps. lxviii, 
21. Aussi Paul écrit- il aux Romains : « Réjouis- 
sez-vous avec ceux qui se réjouissent, pleurez 
avec ceux <jui pleurent. » Rom,, xn, 15. Aug- 
mentez la joie d'autrui. Si vous voyez votre frère 
entouré de considération, ne dites point : Pour- 
quoi me réjouirais-je du crédit dont il jouit? Ce 
sont les paroles d'un ennemi, non d'un frère. Il 
ne dépend que de vous de vous faire de la consi- 
dération d'autrui votre bien propre : n'est- il 



pas en votre pouvoir de la rendre plus grande, 
si , au lieu d'en être chagrin , vous vous en 
réjouissez et si vous témoignez de la joie ? D'où 
cette conséquence évidente, que l'envieux ne 
porte pas seulement envie à celui qui a l'estime 
publique, mais encore à ceux qui montrent cette 
estime : tant il est convaincu qu'ils la possèdent 
aussi ! Or, l'envie est la mère de la vanité. La 
modestie de l'homme de bien s'alarme de trop 
de louange : l'envieux, au contraire, la savoure 
avec délices. Ne voyez-vous point que, de deux 
athlètes, l'un reçoit la couronne et l'autre ne la 
reçoit pas ? Et leurs partisans sont tristes ou 
joyeux suivant qu'ils aiment l'un ou l'autre. Les 
partisans du vainqueur tressaillent d'allégresse. 

Qu'il est beau de n'être point envieux ! Le 
plaisir vient du travail d'autrui : le champion a 
la couronne ; vous , les tressaillements d'allé- 
gresse. Sans cela, pourquoi vous réjouiriez- vous 
de la victoire d'un autre? Vous vous réjouissez, 
chacun le comprend, parce que le succès vous 
est commun avec le vainqueur. C'est pourquoi 
les jaloux censurent moins le vainqueur qu'ils 
ne cherchent à rabaisser la victoire ; et, si leur 
champion prend sa revanche, ils voua disent : Je 
vous ai vaincu ; je vous ai terrassé ; tant il est 
vrai que, si la victoire est l'œuvre d'un autre, 
vous en avez votre part de gloire. Puisque c'est 
donc un si grand bien que d'être sans envie 
dans notre conduite extérieure, et qu'il faut nous 
faire un patrimoine de la prospérité du prochain, 
combien plus devons-nous être heureux à l'oc- 
casion d'une victoire sur le démon ! Sa rage 
s'exalte d'autant plus que nous montrons plus 
de joie. Tout pervers qu'il est, il n'ignore point 
que cette joie a de bien grandes douceurs. Vou- 
lez-vous le remplir de désespoir? réjouissez- 
vous ; voulez- vous le réjouir ? soyez abattu. La 
tristesse de votre âme adoucit la douleur qu'il 
éprouve de la victoire de votre frère; vous restez 
avec lui, par conséquent séparé de votre frère : 
votre conduite est plus coupable que la sienne. 
Autre chose est se conduire en ennemi, quand 
on l'est réellement ; autre chose, quand on se 
dit l'ami de quelqu'un, rester dans les rangs de 
ses ennemis : un tel ami est le pire de tous les 
ennemis. Si votre frère s'est acquis une bonne 



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HOMÉLIE XI. 



84 



rénommée par son langage, ou par sa piété ou 
par sa droiture, identifiez-vous à sa bonne re- 
nommée, montrez que vous êtes, vous et lui, 
membres d'un même corps. 

4. Gomment le pourrais-je, dira quelqu'un, 
puisque ce frère me refuse son estime? Gardez- 
vous de cette parole, fermez vos lèvres. S'il était 
près de moi, celui qui parle ainsi, je poserais ma 
main sur ses lèvres , de peur que l'ennemi du 
salut ne l'entendît. Nous avons souvent des sen- 
timents d'inimitié que nous cachons à nos enne- 
mis ; et vous, vous les laissez voir au démon. Ne 
parlez pas ainsi, n'ayez point cette pensée. Per- 
suadez-vous que votre ennemi est l'un de vos 
membres ; sa gloire est celle du corps tout entier. 
Pourquoi, ajoutera-t-on , ceux qui sont hors de 
l'Eglise n'agissent-ils pas de cette manière? Vous 
en êtes vous-même la cause. Quand ils vous en- 
tendent dire que la joie du prochain vous est 
étrangère, ils y restent étrangers eux-mêmes; 
ils n'oseraient pas, s'ils vous voyaient la regarder 
comme votre bien ; mais vous avez comme eux 
un faux amour-propre. Vous ne vous attirez 
peut-être pas du renom en faisant l'éloge de 
votre ennemi ; mais vous vous rendez vous-même 
digne d'un éloge plus grand. La charité est la 
plus noble de toutes les vertus , et vous avez 
gagné la couronne due à ceux qui la pratiquent. 
Est-il habile orateur ? il a la palme dans l'art 
de bien dire ; vous, la palme dans l'art d'aimer : 
il prouve la puissance de ces paroles ; par vos 
actes, vous terrassez l'envie et vous foulez aux 
pieds la haine. Vous avez donc un droit bien 
plus éclatant à être couronné, vous avez soutenu 
une lutte plus glorieuse ; vous n'avez pas seule- 
ment terrassé l'envie, vous avez fait plus encore; 
il n'a qu'une seule couronne, et vous en avez 
deux, avec lesquelles la sienne ne saurait riva- 
User d'éclat. Quelles couronnes? La première 
est due à votre victoire sur l'envie, la seconde à 
votre charité. Votre joie du succès d'un ennemi 
prouve non-seulement que vous êtes pur de 
toute envie, mais encore que vous êtes inébran- 
lable dans la charité. Souvent un mouvement 
humain, tel que la vaine gloire, assombrit l'àme 
de votre ennemi : vous êtes, exempt de ces troubles 
de la conscience; car ce n'est point par un mou- 
Ton, x. 



vement de vaine gloire qu'on se réjouit du 
bien qui arrive à autrui. A-t-il fait prospérer 
l'Eglise, accru le nombre des fidèles? louez-le 
encore : vous gagnez une double couronne, 
pour votre victoire sur l'envie et pour votre cha- 
rité. Je vous en supplie , marchez dans cette 
voie. 

Voulez-vous que je vous montre une troisième 
couronne? Il a les applaudissements des hommes, 
hôtes de la terre; vous avez ceux des anges, 
habitants du ciel. Autre chose est se montrer 
éloquent, autre chose vaincre les mouvements 
désordonnés de son àme ; là on obtient une gloire 
temporelle , ici une gloire éternelle; celle-là 
vient des hommes, celle-ci de Dieu; il porte une 
couronne visible, tandis que vous recevez la 
vôtre dans le secret de la conscience, là où votre 
Père vous voit. S'il était permis au regard de 
voir au travers du corps l'àme de l'un et de 
l'autre, je vous montrerais que celle de l'homme 
charitable est la plus noble et la plus resplen- 
dissante. Broyons le dard de l'envie : ce sera 
servir nos intérêts, mes frères, et gagner l'im- 
mortelle couronne. L'envieux ne lutte point 
contre celui auquel il porte envie, mais contre 
Dieu même. L'envieux, que chagrine la faveur 
dont jouit le prochain , mènerait par les dis- 
cordes l'Eglise à la ruine : il ne lutte donc pas 
contre un homme, il lutte contre Dieu. Je 
vous le demande, si un homme s'attirait la fa- 
veur en rehaussant les grâces de la fille d'un roi 
par de vrais ornements et de sages conseils, et 
qu'un autre cherchât à paralyser ses efforts en 
inspirant à cette princesse des goûts indignes de 
son rang; celui-ci ne dresserait-il pas des em- 
bûches à la princesse et au roi plutôt qu'à son 
rival? C'est ainsi que l'envie combat contre l'E- 
glise et lutte contre Dieu même. Les intérêts de 
l'Eglise sont étroitement liés à l'estime dont jouit 
votre frère, et puisque vous nuisez à l'Eglise en 
lui nuisant, vous nuisez à Dieu. Vous travaillez 
à l'œuvre de sa tan, puisque vous tendez des 
embûches au corps de Jésus-Christ. Si vous êtes 
blessé du crédit d'un homme qui ne vous a 
offensé en rien, vous n'en êtes que plus l'enne- 
mi du Christ. Quelle injure vous a-t-il faite, que 
vous ne veuilliez point qu'on rehausse la beauté 

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HOMÉLIES SUR L/ÉPITRE AUX COLÛSSIENS. 



de son corps, que vous ne veuilliez point qu'on 
pare sa divine épouse? 

Ah ! quelle douleur me cause cette con- 
duite ! vous comblez vos ennemis de joie ; au 
lieu d'affliger, comme vous prétendiez le faire, 
celui dont vous jalousez la considération , vous 
le réjouissez davantage, et l'envie que vous lui 
portez augmente sa réputation, car vous ne 
pouvez être envieux sans proclamer son mérite : 
ou plutôt, vous faites voir quel supplice vous en- 
durez. J'ai honte de vous exhorter à ce sujet; 
mais je sais que la faiblesse de notre esprit est si 
grande! Du moins corrigeons-nous, affranchis- 
sons-nous de ce vice pernicieux. Vous souffrez 
de ce qu'on loue votre prochain et de ce qu'il est 
considéré? Pourquoi donc, par votre envie, aug- 
mentez-vous son crédit? Vous voulez l'affliger? 
Pourquoi donc montrez-vous votre propre cha- 
grin? pourquoi vous punissez- vous vous-même, 
plutôt que vous ne punissez l'homme que vous 
ne voulez pas qu'on loue ? Vous lui procurez une 
double satisfaction, une double joie, et vous vous 
infligez un double supplice: vous mettez en 
lumière son mérite, et votre chagrin lui est un 
sujet de joie ; il se réjouit de tout ce qui excite 
votre sombre jalousie. Voyez comme nous nous 
blessons -profondément nous-mêmes, sans le 
comprendre. Il est mon ennemi, direz-vous. 
Mais pourquoi votre ennemi ? Quelle injure vous 
a-t-îl faite? Et puis, voilà que nous augmentons la 
considération de notre ennemi, et partant nous 
accroissons notre peine. Nous aggravons encore 
notre supplice, si nous venons à croire qu'il le 
connaît. Peut-être au fond ne s'en réjouit-il pas; 
mais nous pensons qu'il s'en réjouit, et c'est 
pour nous un nouveau sujet d'affliction. Cessez 
donc d'être envieux : pourquoi vous blesser ainsi 
vous-même? Souvenons-nous, mes bien-aimés, 
que ceux qui sont exempts d'envie gagnent 
deux couronnes : l'approbation des hommes et 
l'approbation de Dieu. Songeons à tous les maux 
dont l'envie est la source. Nous pourrons ainsi 
terrasser ce monstre, être loués devant Dieu, 
obtenir l'estime du prochain, et avoir en partage 
les biens réservés à ceux qui jouissent d'une 
bonne considération. Peut-être les aurons-nous 



rons pas du moins obtenu ce qu'il importait de 
ne pas obtenir. Nous pourrons encore par ce 
moyen, après avoir vécu pour la gloire de Dieu, 
parvenir à l'héritage promis à ceux qui l'aiment, 
par la grâce et l'amour... 



HOMÉLIE XII. 

et Epaphras, qui est de votre ville , vous salue. C'est un 
serviteur de Jésus-Christ, qui a toujours très-grand soin 
de prier pour vous, afin que vous demeuriez fermes et 
parfaits et que vous accomplissiez tout ce que Dieu 
demande de vous. Car je lui rends ce témoignage qu'il 
a un grand zèle pour vous, et pour ceux de Laodicée et 
d'Hiéraple. » 

1. Paul, au commencement de cette épître, a 
fait l'éloge de la charité d'Epaphras; il montre 
ici cette charité, ce qu'il loue en elle et ce qui lui 
a fait dire au début : « Par lui nous avons su 
votre charité toute spirituelle. » Colo$.,i, 8. Il 
fait voir la charité d'Epaphras, et combien il 
mérite qu'on l'aime à cause du soin qu'il a de 
prier pour le prochain. Il le rend recomman- 
dable en lui laissant d'abord la parole, puisque 
le disciple profite de la déféremse qu'on a pour 
le maître, et encore en disant : a De votre ville, » 
afin qu'ils soient fiers d'avoir un tel compatriote 
et de produire des hommes d'une aussi grande 
valeur, a Qui a toujours, dit-il, très- grand soin 
de prier pour vous. » Il ne dit pas seulement : 
Qui prie, mais : « Qui a très-grand soin de prier, » 
plein de sollicitude, et craignant toujours de 
n'être pas exaucé. « Car je lui rends ce témoi- 
gnage qu'il a un grand zèle pour vous. » Le 
témoin est bien digne de foi. « Qu'il a un grand 
zèle pour vous. » C'est dire : Il vous aime sans 
réserve, son cœur est embrasé d'amour pour 
vous, a Et pour ceux de Laodicée et d'Hiéraple. » 
Il le recommande également à ces derniers. Mais 
comment ceux-ci pourraient-ils être informés à 
ce sujet? Il est probable qu'ils l'avaient été déjà, 
mais ils le seraient du moins par cette épître. 
« Ayez soin , dit-il, qu'elle soit lue aussi dans l'é- 
glise de Laodicée. » «Afin, dit-il, que vous demeu- 
riez parfaits. » Col., iv, 16. Il les reprend tout à 
la fois, et les avertit sans aigreur, et les conseille, 
en partage, et, s'il en est autrement, nous n'au- Il peut se faire qu'un homme soit parfait et ne le 



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demeure pas, tel que celui qui a été complètement 
instruit et dont la foi est encore vacillante ; il 
peut se faire aussi qu'un homme ne soit point 
parfait et ne persévère pas, tel que celui dont 
l'instruction est incomplète et qui n'a pas de 
fermeté dans ce qu'il sait. Il fait ici des vœux 
pour ces deux circonstances : « Afin, dit-il, que 
vous demeuriez parfaits. » Voyez comme il les 
avertit de nouveau au sujet de la religion des 
anges et de la vie future, a Et que vous accom- 
plissiez tout ce que Dieu demande de vous. » 11 
ne suffît pas de faire la volonté de Dieu ; celui 
qui est pleinement convaincu de quelque chose, 
ne soufre pas en lui une volonté divergente, 
sans quoi il ne serait pas pleinement persuadé. 
« Je lui rends, dit-il, ce témoignage qu'il a un 
grand zèle. » Du zèle, et beaucoup : il parle à 
dessein par hyperbole. C'est ainsi qu'il écrivait 
aux Corinthiens, a Car je vous aime pour Dieu, 
d'un amour de jalousie. » II Cor., xi, 2. 

a Luc le médecin, notre cher frère, vous 
salue. » Celui-ci est le célèbre évangéliste. Ce 
n'est pas pour le rabaisser qu'il le place après 
les autres ; mais il a voulu rehausser Epaphras. 
Il est encore vraisemblable que le nom de Luc 
fut commun à plusieurs, a Et Démas vous salue. » 
Après avoir dit : « Luc le médecin, » il ajoute : 
a Notre cher frère. » Etre appelé cher frère par 
Paul, ce n'est pas un petit éloge, c'en est un 
bien grand, « Saluez nos frères de Laodicée, et 
Nymphas, et l'Eglise qui est dans sa maison. » 
Yoyez comme il les réunit, comme il les joint 
les uns aux autres, non-seulement pour que ses 
salutations leur soient communes, mais aussi 
les exhortations de son épître. Ensuite il fait de 
nouveau une distinction flatteuse en nommant 
Nymphas à part. Ce n'est pas sans motif : il veut 
amener les autres à imiter cet exemple. Et c'est 
une bien grande faveur d'être nommé ainsi à 
part de tous les autres. Voyez en outre comme 
il fait voir que c'était un grand chrétien en di- 
sant que sa maison était une église. « Après que 
cette lettre aura été lue parmi vous, ayez soin 
qu'elle soit lue aussi dans l'église de Laodicée. » 
Je présume qu'il y a dans cette épître des ins- 
tructions qu'il importait de faire connaître aux 
Laodicéens ; il devait leur être plus profitable de 



HOMÉLIE Xn. 83 

savoir en quoi ils avaient péché après que les 
Colossiens auraient été repris pour les mêmes 
objets. « Et qu'on vous lise de même celle des 
Laodicéens. » Certains prétendent qu'il ne s'a- 
git pas d'une lettre envoyée par Paul, mais 
d'une lettre reçue par lui ; il ne dit pas, en effet, 
la lettre aux Laodicéens, mais, des Laodicéens. 
« Dites ceci à Archippe : Réfléchissez au minis- 
tère que vous avez reçu du Seigneur, afin de le 
remplir. » Pourquoi n'écrit-il pas à Archippe 
lui-même? Sans doute une simple admonesta- 
tion devait être suffisante, afin de le rendre plus 
diligent. « Moi; Paul, j'ai écrit de ma propre main 
cette salutation. » C'est une preuve d'authenti- 
cité et d'amitié : ils verront l'écriture de Paul et 
ils seront encore plus touchés, « Souvenèz-vous 
de mes chaînes. » Ah ! quelle consolation 1 elle 
tient lieu de toutes les exhortations et les rend 
plus forts pour le combat; non-seulement elle / • 
les rend plus forts, mais encore elle les familia- 
rise avec les luttes, a La grâce soit avec vousl 
Ainsi soit-il. » 

2. Grand éloge, plus grand que tous les autres, Grand éloge 



de dire d'Epaphras : « Votre compatriote, ser- 
viteur de Jésus-Christ, d II déclare qu'il est mi- P»P hrM - 
nistre pour eux, comme il est lui-même ministre 
de l'Eglise, ainsi qu'il l'a dit : a De laquelle, 
moi, Paul, j'ai été fait ministre. » Coloss., i, 25. 
Il l'élève à la même dignité : il l'appelle plus 
haut son compagnon dans le service de Dieu, et 
ici serviteur de Jésus-Christ. « Qui est de votre 
ville, » dit-il, comme si, parlant à une mère, on 
lui disait : Qui est le fruit de vos entrailles. Mais 
cet éloge lui aurait attiré l'envie. C'est pourquoi 
il ne le loue pas seulement à ce titre, mais encore 
pour ses mérites envers eux; il réduit l'envie au 
silence pour une chose et pour l'autre. « Qui 
a, dit-il, toujours très-grand soin de prier pour 
vous. » Toujours, et non point par circonstance 
devant nous, afin que nous le voyions, ou devant 
vous, seulement, afin que vous le voyiez. Il fait 
ressortir toute la bonne volonté d'Epaphras par 
ces mots « très-grand soin. » Ensuite, afin qu'ils 
ne crussent pas à une flatterie pour eux, il 
ajoute ; « Il a un grand zèle pour vous, et pour 
ceux de Laodicée et d'Hiéraple. » Et ceci : « Que 
vous demeuriez parfaits , t n'est pas non plus 



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84 



HOMÉLIES SUR L'ÉPITRE AUX COLÛSSIENS. 



d'un flatteur, mais d'un maître modeste. « Que 
vous soyez accomplis, dit-il, que vous demeuriez 
parfaits. » Il leur accorde le reste, il indique seu- 
lement que la perfection manque. Il n'a pas dit : 
Afin que vous ne soyez pas ébranlés ; mais : 
« Afin que vous demeuriez parfaits. » Ce leur 
est un bien aussi que plusieurs les saluent, d'au- 
tant plus que ceux de leur connaissance intime 
ne sont pas les seuls, et que d'autres encore se 
souviennent d'eux. « Dites ceci à Archippe : Ré- 
fléchissez au ministère que vous avez reçu du 
Seigneur. » Il montre surtout qu'ils doivent la 
soumission à Archippe. Ils ne pouvaient pas 
trouver mauvais qu'il les reprît, après avoir fait 
eux-mêmes l'objet de toute l'épître de Paul. Il 
n'est pas conforme à la raison que les disciples 
censurent le maître. Mais, leur imposant silence, 
il écrit : « Dites ceci à Archippe : Réfléchissez. » 
Cette manière de parler est toujours employée 
pour inspirer la crainte , comme lorsqu'il dit : 
« Voyez les chiens , veillez à ce que nul ne vous 
séduise, prenez garde que cette liberté ne soit aux 
faibles une occasion de chute, t Philip. , m, 2 ; CoL 
il, 8; I Cor., vin, 9. Il parle toujours ainsi quand 
il veut impressionner les âmes. « Réfléchissez au 
ministère que vous avez reçu du Seigneur, afin 
de le remplir. » U ne permet pas qu' Archippe reste 
le maître de ses actes, puisqu'il disait pour lui- 
même : a Si je fais cette œuvre de bon cœur, 
j'en ai la récompense ; mais, si c'est à regret, 
je m'acquitte seulement de l'emploi qui m'a été 
confié. » I Cor., ix, 47. « Afin de le remplir, » 
avec un zèle constant, puisque vous l'avez reçtf 
du Seigneur. Ce mot « du » signifie par encore 
ici. Le Seigneur, veut dire l'Apôtre, vous l'a 
confié, et non moi. Il montre qu'ils doivent être 
soumis au disciple dont il est question, en décla- 
rant que ce miaistère lui a été confié par Dieu. 
Gloire qae « Souvenez-vous de mes chaînes. Que la 
s^éunTen! grâce soitavec vous! Ainsi soit-il. » Il dissipe la 
*Notre-seu * cra î nte « Leur maître est enchaîné, mais la grâce 
gneur. j e fait libre. Et cela même est une grâce pour 
lui, qu'il puisse se dire enchaîné. Ecoutez Luc : 
« Les apôtres s'en allèrent pleins de joie hors 
du conseil, parce qu'ils avaient été jugés dignes 
de souffrir cet outrage pour le nom de Jésus. » 
Act, v, 44. Il est, en effet, glorieux d'avoir été 



jugé digne de souffrir , et d'avoir souffert des 
outrages, et d'avoir été enchaîné pour Dieu. Si 
une personne en aime une autre , elle regarde 
comme un bien de souffrir pour la personne 
aimée ; quel plus grand bien n'est-ce pas de 
souffrir pour le Christ? Souffrons donc tout sans 
regret pour le Christ; nous aussi , souvenons- 
nous des chaînes de Paul : qu'elles nous soient 
un encouragement. Par exemple, exhortez-vous 
quelqu'un à donner aux pauvres ? souvenez-vous 
des chaînes de Paul, et proclamez qu'un homme 
est bien coupable si , après que l'Apôtre a livré 
son corps aux chaînes pour Jésus, il ose refuser 
à Jésus lui-même un peu de nourriture. Exalte- 
t-on vos bonnes œuvres? souvenez-vous des 
chaînes de Paul, et, puisque vous n'avez souffert 
rien de pareil, ne permettez pas qu'on vous 
exalte outre mesure. Vous convoitez le bien 
d'autrui? souvenez-vous des chaînes de Paul, et 
vous verrez combien il est absurde qu'il ait été 
dans les fers et que vous soyez dans les délices. 
Cherchez- vous le contentement de la chair? que 
la prison de Paul soit présente à votre esprit : 
vous êtes son disciple, son compagnon d'armes ; 
serait-il raisonnable que votre compagnon 
d'armes fût enchaîné , pendant que vous seriez 
dans les plaisirs? Etes- vous dans l'affliction et 
vous croyez-vous abandonné de tous ? écoutez 
les paroles de Paul , et vous verrez qu'on n'est 
pas abandonné parce qu'on est dans l'affliction. 
Voulez-vous vous revêtir de vêtements somp- 
tueux? souvenez-vous des chaînes de Paul , et 
ces vêtements vous paraîtront plus vils que de 
sordides haillons. Aimez-vous les parures d'or ? 
que les chaînes de Paul s'offrent à votre mé- 
moire, et ces parures vous sembleront de moindre 
prix qu'une vieille corde de jonc. Ornez-vous 
votre chevelure pour paraître belle ? pensez au 
dénùment de Paul dans sa prison, et vous vou- 
drez avoir la beauté de l'Apôtre, et votre beauté 
vous semblera de la laideur , et vous gémirez , 
et vous soupirerez ardemment après ces chaînes. 
Voulez-vous user de fard, vous peindre le vi- 
sage, et autres choses pareilles? souvenez-vous 
de ses larmes : pendant trois ans , nuit et jour, 
il ne cessa de pleurer. Parez vos joues de ce fard ; 
de telles larmes les feront resplendir de beauté, 



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je ne dis pas que vous pleuriez pour le prochain , 
et je le voudrais cependant, si je ne le savais 
au-dessus de votre vertu; mais du moins je vous 
conseille de pleurer sur vos propres péchés. 
Avez-vous ordonné d'enchaîner un esclave et 
vous ètes-vous irritée contre lui? souvenez-vous 
des chaînes de Paul , et votre colère s'arrêtera 
aussitôt ; souvenez-vous que nous sommes de 
ceux que l'on enchaîne, et non de ceux qui en- 
chaînent; de ceux qui ont le cœur contrit, et non 
de ceux qui brisent le cœur d'autrui. Etes-vous 
frivole et follement rieuse? que les larmes de 
Paul soient présentes à votre esprit, et vous 
gémirez : ces pleurs vous rendront cent fois 
plus belle. Vous en voyez qui se livrent aux plai- 
sirs et aux fêtes? souvenez-vous de ces larmes. 
Est-il une source qui ait coulé aussi abondam- 
ment que ses yeux ? a Souvenez-vous, dit-il, de 
mes larmes» » AcL, xx, 31, comme il a dit : Sou- 
venez-vous de mes chaînes. Et c'est avec raison 
qu'il parlait de ses larmes à ceux qu'il avait fait 
venir d'Ephèse à Milet ; car il s'adressait à des 
prêtres. Il exigeait des prêtres qu'ils fussent les 
chefs dans la mêlée , aux fidèles il demandait 
seulement d'affronter les dangers. 

3. Quelle source oseriez-vous comparer avec 
ces larmes ? celle qui coulait dans l'Eden et qui 
arrosait toute la terre? Mais ce n'est point assez, 
puisque ces larmes arrosaient les âmes, et non la 
terre. Si quelqu'un nous montrait Paul pleu- 
rant et gémissant, ne serait-ce point un spec- 
tacle meilleur que de voir d'innombrables chœurs 
aux élégantes couronnes ? Je ne parle point de 
vous. Si quelqu'un, après avoir éloigné du 
théâtre et de la scène un libertin enflammé de 
l'impudique amour de la créature, me montrait 
une jeune vierge dans la fleur même de l'âge, 
sans rivale pour la beauté de tout le corps, 
et pour celle du visage plus encore que pour 
celle des autres membres ; une jeune vierge à 
l'œil tendre et doux, qui se ferme avec mollesse 
et regarde avec langueur, libre en son jeu, pai- 
sible , serein , souriant , plein de pudeur et de 
grâce ; une jeune vierge aux cils noirs et aux 
noirs sourcils , dont la prunelle reflète l'àme ; 
une jeune vierge au front pur, et dont la joue , 
lisse et polie comme le marbre, se colore du plus 



AE XII. 85 

léger incarnat; s'il me montrait ensuite Paul 
dans les larmes, je détournerais mon regard de 
la jeune vierge pour l'attacher sur l'Apôtre. Les 
yeux de Paul, en effet, étaient rayonnants de 
beauté spirituelle. La beauté de la jeune fille 
trouble les jeunes cœurs et les enflamme des 
feux de la passion : la beauté de Paul, au con- 
traire éteint ces feux impurs. Celui qui con- 
temple les yeux de l'Apôtre rend plus beaux les 
yeux de son àme, dompte la chair, se nourrit 
de la vraie sagesse et d'une tendre compassion, 
peut amollir un cœur plus dur que le diamant. 
Ces larmes arrosent l'Eglise et fécondent les 
âmes ; ces larmes éteignent les feux de la sen- 
sualité et des appétits charnels; ces larmes 
éteignent les traits enflammés du malin esprit. 
Souvenons-nous donc des larmes de Paul, et 
nous mépriserons les vanités de ce monde. Jé- 
sus-Christ proclame que ces larmes sont d'heu- 
reuses larmes : a Bienheureux ceux qui pleurent, 
parce qu'ils seront consolés. » Mat th., v, 5. Ce 
sont ces larmes que répandaient Isale et Jérémie. 
Le premier disait : a Ne cherchez pas à me con- 
soler, je verse des larmes amères ; » Iseù xxii, 4 ; 
et le second : a Qui donnera de l'eau à ma tête, 
et à mes yeux une source de larmes ? » Jerem. , 
ix, 1, comme si la source mise là par la nature 
ne lui suffisait pas. Rien n'est si agréable que 
ces larmes : elles sont plus agréables que tout 
épanouissement de joie. Ceux qui pleurent 
savent quelle consolation il y a dans les pleurs. 
Loin de penser qu'il faut fuir le don des larmes, 
nous devons l'appeler de tous nos vœux ; non 
pour que nos frères pèchent, mais pour nous 
exciter nous-mêmes à la contrition de nos 
propres péchés : souvenons-nous de ces larmes, 
souvenons-nous de ces chaînes. 

Il arrosait donc ses chaînes de larmes ; et la Saint Paul 
mort de ses persécuteurs ne le laissait pas jouir *S^ 8 «JT 
de la joie que lui auraient donnée ses liens. Il ^mtê. 
pleurait sur eux; car il était le disciple de celui 
qui pleurait sur les prêtres des Juifs, non point 
parce qu'ils allaient le faire crucifier, mais parce 
qu'ils périssaient eux-mêmes. Et le divin Maître 
n'agit pas seul ainsi , il exhorte les autres à 
l'imiter : « Filles de Jérusalem, ne pleurez point 
sur moi. » Luc., xxm, 28. Les yeux de Paul 

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86 



HOMÉLIES SUR L'ÉPITRE AUX COLOSSIENS. 



virent le séjour des élus , ils virent le troisième 
ciel ; je les estime moins heureux cependant à 
cause de ce spectacle, qu'à cause des larmes qui 
leur montrèrent Jésus-Christ. Voir Jésus-Christ 
est un grand bonheur ; aussi l'Apôtre s'en féli- 
cite-t-il lui-même : « N'ai-je pas vu Jésus-Christ 
Notre-Seigneur ? » I Cor., ix, i. Mais pleurer 
est un bonheur plus grand encore. Beaucoup 
ont pu jouir de la vue du Sauveur ; et de plus 
Jésus-Christ lui-même proclame heureux ceux 
qui ne l'ont point vu : « Heureux ceux qui 
n'ont point vu, et qui ont cru! » Joan., xx, 29. 
Bien peu ont obtenu le don des larmes. Puis- 
qu'il est plus nécessaire de demeurer en ce 
monde pour Jésus-Christ et pour le salut de nos 
frères , que d'en sortir et d'aller avec lui , il est 
aussi plus nécessaire de gémir sur nos frères pé- 
cheurs que de voir Jésus-Christ lui-même. 
Puisque nous devons désirer de descendre dans 
la géhenne pour leur salut plutôt que d'habiter 
avec Jésus-Christ, et qu'il est préférable d'être 
séparé de lui pour leur salut , que d'être avec 
lui, selon ce que disait Paul : « Je souhaiterais 
que Jésus-Christ me rendît moi-même anathème 
pour mes frères ; » Rom., ix, 3 ; combien est-il 
préférable encore de pleurer à cause de Jésus- 
Christ ! a Je n'ai point cessé, dit l'Apôtre , d'a- 
vertir avec larmes chacun de vous. » Act. 9 
xx, 31. Pourquoi pleurait-il? Il ne redoutait pas 
les dangers. Mais de même que celui qui est au 
chevet d'un malade et qui ne sait quand finira 
la maladie , pleure dans son inquiétude , crai- 
gnant que le malade ne meure ; de même, lors- 
qu'il voyait une àme infirme et qu'il ne pouvait 
la guérir, il pleurait du moins sur elle. Ainsi 
faisait le divin Maître , sans doute pour nous 
rendre les larmes vénérables. Quelqu'un péchait- 
il? il le reprenait,et, si le pécheur le repous- 
sait et s'éloignait , il pleurait sur lui , comme 
pour l'attirer encore par ce moyen. 
Souvenons- 4. Souvenons-nous de ces larmes : c'est ainsi 
meTde^wînt que nous élèverons nos filles, nos fils, pleurant 
Paul - quand nous les verrons dans quelque mal. Que 
les mères qui veulent être aimées se souviennent 
des larmes de Paul, et qu'elles gémissent; sou- 
venez-vous-en, vous toutes que l'on dit être heu- 
reuses, vous qui êtes dans le mariage, vous qui 



vivez dans les plaisirs; vous tous qui êtes dans 
la douleur, faites entre .vous un échange de 
larmes. Paul ne pleurait pas sur les trépassés, 
mais sur les morts vivants de ce monde. Yous 
parlerais-je d'autres larmes? Timothée pleurait 
aussi, car il était son disciple, et l'Apôtre lui 
écrivait : a Me rappelant vos larmes, je désire 
vous voir, afin d'être rempli de joie. » II TYm., i, 4. 
Beaucoup pleurent aussi de joie. Tant il est vrai 
qu'il est doux, et bien doux de pleurer ! tant il 
est vrai que les larmes qui sortent de cette source 
sont loin d'être cuisantes, et qu'elles sont de 
beaucoup meilleures que celles qui naissent 
d'une mondaine volupté I Ecoutez le prophète : 
a Dieu a entendu la voix de mes larmes. » Ps. vi, 
9. Où les larmes ne sont-elles pas profitables? 
dans les prières, dans les exhortations? Ne serait- 
ce pas en blâmer l'usage dans les choses pour les* 
quelles elles nous ont été données? Pour con- 
soler un frère qui a péché, nejdoit-on pas pleurer 
et gémir avec lui? Quand nous donnons un con- 
seil, et que celui que nous conseillons, loin de 
nous écouter, court à sa perte, nous devons 
pleurer. Ces larmes sont celles de la sagesse. Si 
quelqu'un est dans la pauvreté, s'il est malade, 
s'il meurt, ne pleurons point alors : ces choses 
ne méritent point nos larmes. De même que le 
rire est blâmable, quand il est intempestif; de 
même les larmes, quand elles sont inopportunes. 
Le plus ou le moins d'opportunité dans les 
actions marque le degré de vertu de chaque 
homme; tout ce qui est fait sans à-propos est fait 
hors de la vertu. Par exemple, le vin nous a été 
donné comme une source de joie, non d'ivresse, 
le pain ne doit servir qu'à notre nourriture, 
l'œuvre delà chair qu'à la génération. Et comme 
le mauvais usage de ces dons est blâmable, ainsi 
celui des larmes. Faisons-nous une loi de ne 
pleurer que dans les prières et dans les exhor- 
tations. Et voyez combien ce sera chose dési- 
rable encore. Rien n'efface la souillure du péché 
comme les larmes. Elles donnent à notre visage 
une beauté particulière, qui porte à la pitié celui 
qui les voit : elles impriment à notre physio- 
nomie un caractère auguste. Rien n'a autant 
de douceur que des yeux baignés de larmes. 
L'œil est le plus noble et le plus beau de tous 
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HOMÉLIE XII. 



87 



nos membres, le miroir de l'àme elle-même. 
Aussi sommes-nous touchés comme si nous 
voyions l'âme elle-même pleurer. 

Ce n'est point à la légère que nous avons 
ainsi parlé, mais pour que vous fuyiez les fes- 
tins, les danses, les réunions sataniques. Voyez 
quelles sont les ruses du démon : la nature même 
éloigne les femmes du théâtre et de ses mœurs 
impures ; satan alors a introduit dans le gynécée 
les mœurs du théâtre, je veux dire la dissolu- 
tion et l'impureté. Ce fléau a corrompu la loi 
nuptiale; mais non! la loi nuptiale est incor- 
ruptible : il a envahi notre mollesse. Hommes , 
que faites- vous? vous ne savez ce que vous faites. 
Puisque vous choisissez une femme pour qu'elle 
devienne une chaste mère, que viennent faire ici 
ces courtisanes? Afin, dites-vous, que la fête 
soit plus brillante. N'est-ce point lâ de la folie? 
Vous couvrez de honte votre épouse, vous cou- 
vrez de honte vos invitées. Alors même qu'elles 
se réjouissent de ce spectacle, en est-il moins 
un opprobre en lui-même? S'il n'y a que de la 
magnificence à voir l'indécente effronterie de 
ces courtisanes, pourquoi ne faites-vous point 
assister votre fiancée à ce spectacle? C'est qu'il 
est en tout honteux et déshonnête, et qu'il est 
également déshonnête d'introduire dans votre 
demeure des danseurs efféminés et tout ce qui 
tient aux pompes de satan. a Souvenez-vous, dit- 
il, de mes chaînes. » Le mariage est une chaîne, 
et une chaîne établie par Dieu : la courtisane et 
la dissolution rompent cette chaîne. Il plaît à 
d'autres d'égayer leurs noces par un riche festin 
et de somptueux vêtements; je n'y contredis 
pas, afin qu'on ne m'accuse point d'intolérance 
farouche, quoique Rébecca se soit contentée 
d'une simple tunique de lin : non, je n'y contre- 
dis pas. Une certaine recherche dans le vête- 
ment est permise ; des hommes et des femmes 
dignes de respect peuvent l'admettre en leur 
présence. Mais pourquoi introduire cesjeux ob- 
scènes et ces monstres? Répétez-nous le discours 
qu'on y entend? Vous vous taisez de honte? 
Vous rougissez, et vous y contraignez les autres ? 
Si ce sont des actions belles et honnêtes, d'où 
vient que vous ne les faites pas vous-même ? Si 
elles sont honteuses, pourquoi les faites-vous 



faire à autrui? La tempérance et la modestie , la 
gravité et l'honnêteté doivent régner en toute 
chose. 

Qu'il y a loin de cela aux mœurs actuelles, à 
ces danses où respire la bestialité ! Un simple 
réduit convient seul â la jeune fille. Mais si elle 
est pauvre, dit-on ? C'est parce qu'elle est pauvre 
qu'elle doit rester pure : que les bonnes mœurs 
lui tiennent lieu de richesses. Elle ne peut four- 
nir une dot? pourquoi donc la rendez- vous en 
outre méprisable à cause de cette perversion ? 
Je loue qu'il y ait là de jeunes filles qui honorent 
leur pareille ; qu'il y ait des femmes qui honorent 
celle qui rentre dans leurs rangs : rien de mieux 
que cet usage. Il y a deux chœurs : celui des 
vierges, et celui des femmes mariées; celles- 
ci se recrutent dans les rangs de celles-là. La 
fiancée tient le milieu entre elles , ni vierge ni 
mariée : elle sort d'une classe pour entrer dans 
l'autre. Pourquoi donc ces courtisanes ? Quand 
il importerait de les éloigner par pudeur pendant 
qu'on célèbre les noces , quand il faudrait les 
mettre sous terre, car la prostitution est le fléau 
du mariage , nous les appelons à la solennité. 
Quand vous faites une chose, vous éloignez soi- 
gneusement même en paroles les choses con- 
traires ; ainsi lorsque vous ensemencez , ainsi 
lorsque vous décuvez le vin : vous vous gardez 
bien de demander en ce cas les ustensiles qui 
servent pour le vinaigre. Et voilà qu'ici, où tout 
veut la retenue, vous admettez ce qui la détruit, 
je veux dire la courtisane. Quand vous composez 
un parfum , vous veillez à ce que rien de fétide 
ne s'y mêle. Le mariage est un parfum, et vous 
souffrez que la boue de la débauche mêle ses 
miasmes à ce parfum? Que répondrez-vous? 
Que votre fille ne danse pas et ne rougit pas des 
compagnes de son âge? Certes, faut-il bien 
qu'elle soit plus réservée que si elle avait été 
élevée dans une école de danse , elle qui a été 
élevée dans vos bras. Une jeune vierge ne doit 
jamais paraître dans une noce. 

5. Ne voyez-vous point qu'à la cour ceux qui 
sont en honneur se tiennent à l'intérieur autour 
du roi, tandis que la foule se tient au dehors? 
Restez donc à l'intérieur avec votre fille . De- 
meurez chastement dans la maison : ne prodi- 

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88 



HOMÉLIES SUR L'ÉPITRE AUX COLOSSIENS. 



guez pas votre fille en public. Les deux chœurs 
sont là, l'un montrait combien il la donne pure, 
l'autre «'apprêtant à la conserver chaste ; pour- 
quoi souillez-vous sa virginité ? Si telles sont 
vos mœurs , le prétendant appréhendera que 
telles ne soient celles de votre fille. Si vous cher- 
chez à la faire remarquer, vous vous conduisez 
en marchande, en revendeuse, en entremet- 
teuse. Quelle honte que cette conduite! Yous lui 
apprenez l'immodestie, qui la couvre d'opprobre, 
serait-elle la fille d'un roi. La pauvreté est-elle 
un obstacle à la décence ? La profession l'em- 
pèche-t-elle 1 Serait-elle esclave, une jeune fille 
doit rester toujours pure : « En Jésus-Christ, il n'y 
a plus ni esclave ni homme libre. » Galat., in , 
28. Croyez-vous que le mariage soit un théâtre ? 
C'est un mystère et la figure d'une grande chose ; 
si vous ne le respectez pas pour lui-même, res- 
pectez-le pour cette chose dont il est l'emblème, 
u Ce sacrement est grand, mais je dis dans Jésus- 
Christ et l'Eglise. » Ephes., v, 32. Il est la figure 
de Jésus-Christ et de l'Eglise , et vous y mêlez 
les courtisanes? Mais, dira-t-on , si les jeunes 
filles ne dansent pas , ni les femmes mariées , 
qui dansera donc ? Personne ; car, où est la né- 
cessité de la danse ? Dans les mystères des ido- 
lâtres il y a des danses ; dans les nôtres , le 
silence et le recueillement , la réserve et la mo- 
destie. Un grand mystère s'accomplit : hors les 
courtisanes , les profanes hors d'ici ! Comment 
est-ce un mystère ? Ils se réunissent , et deux 
ne sont plus qu'un. Pourquoi quand le fiancé 
est introduit n'y a-t-il ni danses ni musique , 
mais un grand silence, un calme parfait; tandis 
que, lorsque les deux fiancés se réunissent, ne 
formant pas l'image inanimée de quelqu'une des 
choses qui sont sur la terre , retraçant plutôt 
celle de Dieu lui-même, amenez-vous un tel tu- 
multe , qui trouble les assistants , qui couvre 
l'àme de honte et la confond? Ils viennent pour 
n'être plus qu'un seul corps : voilà encore un 
mystère de charité. Si de deux ils ne deviennent 
pas un seul, ils ne multiplieront pas, tant qu'ils 
resteront deux; mais, quand ils arriveront à ne 
faire qu'un, ils multiplieront. Qu'est-ce qui nous 
est ainsi enseigné? Que la force de l'union est 
grande. 



Au commencement, le génie immense du 
Créateur divisa en deux ce qui était un; puis, 
pour montrer que ce qu'il a divisé demeure un, 
il ne permet pas qu'un seul suffise à la généra- 
tion. Aussi , celui qui n'est pas encore conjoint 
n'est-il pas un , mais la moitié d'un : et voilà 
pourquoi il ne saurait mettre au monde des en- 
fants. Vous avez va le mystère des noces ? Il 
fait un ce qui avait été un , et il le fait un en 
réunissant les deux moitiés. C'est pourquoi aussi 
l'homme naît d'un seul. Car le mari et la femme 
ne sont pas deux, mais un seul. Il y a de cela 
bien des preuves : et Jacob, et Marie mère de 
Jésus, et ce qui a été dit : « Il les a faits mâle et 
femelle. » Gènes., i, 27. Si l'un est la tête et 
l'autre le corps , comment seraient-ils deux? 
C'est pourquoi la femme a le rang de disciple , 
le mari celui de maître : celui-ci commande, 
celle-là obéit. L'origine même de la femme 
prouve qu'ils ne sont qu'un : elle a été tirée du 
flanc de l'homme, et ils ont été deux par ce par- 
tage en moitiés. C'est pour montrer qu'ils sont 
un , que la femme est appelée l'auxiliaire de 
l'homme ; c'est pour montrer qu'ils sont un , 
qu'il est ordonné au père et à la mère d'habiter 
ensemble. Et un père est heureux du mariage 
de sa fille ou de son fils , parce qu'il voit des 
membres s'empresser de ne former qu'un corps. 
U se fait de grands frais , une grande dépense 
d'argent , et néanmoins il ne peut pas se rési- 
gner à voir ses enfants ne point se marier. 
Comme une chair divisée , l'un et l'autre est 
imparfait pour la génération, l'un et l'autre est 
imparfait pour l'établissement de la vie pré- 
sente. C'est pourquoi le prophète a dit : a La 
femme n'est-elle pas l'œuvre du même souffle ? » 
Malach., n, 15. Mais comment sont-ils dans la 
même chair? Comme si vous preniez ce qu'il y 
a de plus pur dans un lingot d'or et que vous 
le mêliez à d'autre or. La femme recueille ce 
qu'il y a de plus pur dans sa substance, le fait 
fondre aux feux d'une chaste volupté , le nour- 
rit, l'entretient , le met à la masse commune et 
le donne à l'homme. L'enfant est entre eux 
comme un pont. Les trois deviennent une même 
chair, et l'enfant relie le père à la mère. Deux 
villes entre lesquelles coule un fleuve deviennent 



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HOMÉLIE XII. 



une même ville, si on les relie par un pont ; or, 
la réunion est encore plus réelle entre mari et 
femme , puisque le pont qui les unit est de la 
même substance qu'eux, par cette raison que le 
corps et la tète sont un seul corps. Le cou est 
entre les deux ; mais ils sont aussi réunis que 
séparés, puisque, si le cou est entre les deux , il 
sert aussi à les unir. Un chœur dont on a mis 
une partie à droite et l'autre à gauche, n'en est 
pas moins le même chœur ; les parties d'un 
même corps , quoique les bras soient étendus , 
ne forment qu'un seul corps , et l'allongement 
des bras ne peut faire qu'il y en ait deux. Aussi 
a-t-il été dit formellement, non pas : Ils seront 
une même chair , mais : a Dans une même 
chair; » c'est-à-dire, réunis par l'enfant. Et 
quand il n'y aura pas d'enfants , ils ne seront 
pas deux non plus ? C'est évident , et c'est là le 
résultat de l'œuvre de la chair : elle confond les 
deux corps, elle les mêle l'un à l'autre. Si vous 
jetez du parfum dans de l'huile , le mélange est 
une seule chose : il en est de même ici. 

6. Je vois que beaucoup se scandaliseront de 
mes paroles ; mais la débauche et l'impudicité 
m'ont contraint à les dire. C'est un spectacle 
odieux, de voir les noces se célébrer ainsi, avec 
une telle dépravation ; car « le mariage doit être 
respecté, et le lit nuptial sans tache. • Rebr.> 
xm, 4. Pourquoi rougissez- vous de ce qui 
est respectable, et de ce qui est sans tache? 
Cette conduite est d'un hérétique; elle est égale- 
ment celle d'un homme qui appelle les courti- 
sanes aux noces. CYst pourquoi je veux purifier 
le mariage, le ramener à sa noblesse primitive 
et mettre un terme aux détractions des héré- 
tiques. L'arbre de notre génération, ce don de 
Dieu, a été couvert d'opprobre jusqu'à la racine ; 
l'ordure et la boue ont été entassées autour de 
cette racine. Purifions-le donc. Prêtez-moi en- 
core quelques instants d'attention. Purifions-le ; 
car là où est la boue, là sont aussi les miasmes 
impurs. Je veux vous prouver que vous ne 
devez point rougir de mes paroles, mais de votre 
conduite : vous cesserez de vous scandaliser de 
ces paroles, pour être honteux de votre conduite 
puisqu'elle ose condamner Dieu dans l'un de 
ses décrets. Dirai-je comment le mariage est le 



sacrement de l'Eglise? Jésus-Christ est venu vers 
l'Eglise, elle est sortie de lui , et il s'est uni à elle 
d'une union spirituelle. « Je vous ai fiancés, est- 
il écrit, à cet unique époux pour vous présenter à 
lui comme une vierge toute pure. » II Cor., xi, 2. 
Et, pour nous montrer que nous sommes sortis 
de Jésus-Christ, il est dit que nous faisons partie 
de ses membres et de sa chair. Réfléchissons à 
toutes ces circonstances, ne profanons pas un si 
grand mystère. Le mariage est le signe de la 
présence de Jésus-Christ , et vous vous livrez à 
tous les excès? Je vous le demande, si vous 
voyiez l'image de l'empereur, la couvririez-vous 
d'immondices? Nullement. Et l'on ajoute peu 
d'importance aux désordres qui se commettent à 
l'occasion du mariage, tandis qu'ils sont la source 
des plus grands maux : tant l'iniquité s'est 
glissée partout. 

a Qu'on n'y entende ni parole déshonnète , ni 
folle gaieté, » Ephes., v , 4, dit l'Apôtre. Et, tout 
au contraire, on n'y entend que paroles déshon- 
nètes ou folle gaieté, non point dans une certaine 
mesure, mais à l'excès. Cette dépravation est un 
art, qui procure de grands éloges à ceux qui l'exer- 
cent : le péché est devenu un art. Nous ne nous 
adonnons pas à ces désordres avec un esprit dis- 
trait, mais avec méthode, avec science ; du reste, le 
démon y met en œuvre tous ses moyens straté- 
giques. Là où sont les excès est aussi le liberti- 
nage; là où l'on tient des discours déshonnètes, 
Satan met en jeu toutes ses ressources. Je vous 
le demande, devez-vous avoir un tel convive? 
Yous célébrez un mystère de Jésus-Christ, et 
vous invoquez le démon? Peut-être m'accu- 
serez-vous d'importunité. C'est encore un signe 
de grande perversité que de tourner en dérision 
les réprimandes qu'on reçoit, sous prétexte 
qu'elles sont trop sévères. Paul ne dit-il pas : 
« Quoi que vous fassiez , soit que vous mangiez 
ou que vous buviez, ou que vous fassiez autre 
chose, faites tout pour la gloire de Dieu? » I Cor., 
x, 31. Et vous faites tout pour sa déconsidéra- 
tion et pour son ignominie. Le prophète ne dit- 
il pas : « Servez le Seigneur dans la crainte et 
glorifiez-le en tremblant? » Ps. n, 11. Vous, au 
contraire, vous vous livrez à une folle gaieté. — 
Et n'est-il pas permis de se réjouir sans danger? 

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90 HOMÉLIES SUR L'ÉPITRE AUX COLOSSIENS. 



— Peut-être voudriez-vous entendre des chants 
harmonieux? Il ne le faudrait pas, mais je vais 
m'accommoder à votre exigence : n'écoutez pas 
des chants sataniques, écoutez des cantiques 
spirituels. Vous voulez voir des danses ? con- 
templez le chœur des anges. Mais, diriez-vous, 
comment peut-il se faire que je le voie? Si vous 
éloignez les désordres, Jésus-Christ viendra 
assister à vos noces; si Jésus-Christ y vient, le 
chœur des anges y vient aussi. Si vous le voulez, 
il fera maintenant des miracles comme autre- 
fois; il changera maintenant encore l'eau en 
vin, ou plutôt, ce sera un miracle plus étonnant : 
il changera votre joie dissolue et votre froide' 
concupiscence en délices spirituelles. Voilà ce 
qui est changer l'eau en vin. Là où sont vos 
joueurs de flûte, Jésus-Christ n'est pas ; dès qu'il 
entre, il les chasse tout d'abord, et alors il fait 
des miracles. Quoi de moins attrayant qu'une 
pompe mondaine, où tout est désordre et con- 
fusion ? ou si quelque chose y est ordonné, assu- 
rément tout y est déshonnète et sans attraits. 
Riendepias 7. Rien n'est plus agréable que la vertu, rien 
u^^rCa n'est plus doux que la décence, rien n'est plus 
qM Pla ia d °d" désirable «F 16 la sainteté. Que quelqu'un suive 
cence» rien mes conseils pour la célébration de son mariage, 
ni£ a qiiau e * H connaîtra la vraie volupté ; mais telles noces, 
•ainteté. ^1 avenir. Cherchez d'abord pour votre fille un 
mari qui soit vraiment un homme, un protec- 
teur; cherchez une tète digne du corps sur 
lequel vous voulez la mettre. Ce n'est pas ici une 
esclave que vous livrez, c'est votre fille que vous 
donnez. Ne cherchez ni la fortune, ni l'éclat du 
nom, ni la célébrité du pays, toutes ces choses su- 
perflues ; recherchez seulement la piété sincère, 
la douceur, la vraie prudence, la crainte de 
Dieu, si vous voulez que votre fille vive dans la 
joie. En cherchant plus de fortune qu'elle n'en 
a, vous nuisez à ses intérêts, loin de les servir ; 
de libre vous la rendez esclave. L'or ne lui pro- 
curera pas autant de joies que sa servitude de 
chagrins. Renoncez donc à ces prétentions , et 
fixez votre choix sur quelqu'un de son rang : si 
la chose ne peut se faire, arrêtez-vous plutôt à 
un plus pauvre qu'à un plus riche qu'elle, si 
vous ne voulez pas vendre votre fille à un maître, 
mais la confier à un mari. Lorsque, après avoir 



scrupuleusement examiné les vertus du jeune 
homme, vous serez sur le point de livrer votre 
fille, priez Jésus-Christ d'assister à cette union; 
il ne rougira pas d'y venir, puisque c'est le mys- 
tère de sa présence. Priez-le de donner à votre 
enfant l'époux qu'il convient qu'elle ait. Ne faites 
pas moins que ne fit le serviteur d'Ahraham, 
qui, au terme du long voyage dont il avait été 
chargé, sut bien à qui il devait avoir recours, 
et fut, à cause de sa foi, pleinement exaucé. 
Quand vous cherchez avec sollicitude un mari 
pour votre fille, priez, dites à Dieu : Que votre 
Providence lui donne celui que vous lui destinez. 
Confiez à lui tout le soin de cette affaire : il 
vous récompensera de l'hommage que vous lui 
rendez. Deux points surtout sont importants : 
s'en remettre entièrement à lui, et chercher un 
mari tel qu'il le demande, c'est-à-dire, chaste 
et honnête. Quand les noces sont près de se faire, 
n'allez pas de. demeure en demeure, emprun- 
tant des miroirs et des vêtements ; ce n'est pas 
une cérémonie de parade, et vous ne conduisez 
pas votre fille à une pompe. Après avoir orné la 
maison avec vos propres ressources, appelez les 
voisins, et les amis, et les parents ; appelez ceux 
que vous savez être justes, et priez-les d'être 
satisfaits des apprêts exécutés. Qu'il n'y ait ni 
musique ni danseurs ; c'est une dépense inutile 
et déshonnète. 

Que le Christ soit votre premier invité, et 
vous savez en qui vous devez l'inviter, « Celui, 
dit-il, qui le fera pour l'un des moindres de mes 
frères, le fera pour moi. » Afa#/i.,xxv,40. Ne 
pensez pas qu'il soit incommode d'inviter les 
pauvres à la place de Jésus-Christ : il est bien 
plus incommode de faire venir des courtisanes. 
L'invitation faite aux pauvres est une source de 
richesses ; les courtisanes ne peuvent qu'apporter 
la perdition. Ornez la fiancée , non de parures 
d'or, mais de douceur, de pudeur et de vêtements 
selon sa condition ; qu'au lieu d'or et de tresses, 
elle soit revêtue de décence et de modestie : 
qu'elle n'apprenne pas à aimer les vanités mon- 
daines. Aucun tumulte, aucun désordre : que le 
fiancé soit appelé, qu'il reçoive la jeune vierge. 
Que les excès soient bannis du repas, et que la 
joie sprituelle y préside. De telles noces seront 

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HOMÉLIE XII. 



91 



la source de biens sans nombre, et les intérêts 
de la vie future ne courront aucun danger. Mais 
les noces qui se font aujourd'hui, si toutefois 
on ne doit pas les appeler plutôt de pompeuses 
orgies, voyez quels maux en découlent. A peine 
les portes s'ouvrent-elles, que naissent le souci 
et la crainte de voir dégrader quelqu'un des 
objets qui ont été empruntés ; un malaise into- 
lérable empoisonne le plaisir qu'on éprouve- 
rait. Ce souci est commun à toute la parenté, 
et la fiancée elle-même n'en est pas exempte ; 
mais ceux qui le suivent sont tous à la charge 
de la fiancée. Voir tout briser est un motif de 
tristesse ; mais voir sa maison déserte est un sujet 



de honte. Là Jésus-Christ, ici Satan ; d'un côté 
la joie et la volupté, d'un autre le souci et la 
douleur, ici la dépense, là rien de tel ; d'un côté 
la débauche, de l'autre la sagesse ; là l'envie, 
ici l'absence de toute envie ; là les excès, ici la 
sobriété, ici le bien-être, ici la tempérance. 
Puissent ces réflexions nous arrêter enfin sur la 
pente du mal ! Puissions-nous plaire à Dieu et 
être jugés dignes de l'héritage qu'il a promis à 
ceux qui l'aiment, par la grâce et l'amour de 
Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui gloire, puis- 
sance , honneur, en même temps qu'au Père et 
Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans 
les siècles des siècles 1 Ainsi soit-il. 



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HOMÉLIES 



SUR LA PREMIÈRE ET LA SECONDE 



ÉPITRE AUX THESSALONICIENS 



AVANT-PROPOS 



Ces homélies furent évidemment prononcées à Constantinople; c'est l'orateur lui-même 
qui nous l'apprend. Vers la fin de la huitième homélie sur la première épitre , il s'exprime 
ainsi : « Quant à moi, je devrai rendre compte de ces hautes fonctions ; moins que tout autre 
je puis m'y dérober. » Il le dit d'une manière peut-être encore plus claire dans la quatrième 
homélie sur la seconde épitre : c Le diable s'arme contre nous avec plus de violence ; car, 
dans la guerre, c'est le chef avant tout que les ennemis s'efforcent de terrasser. » 

Chrysostome revient à chaque instant sur les vices et les désordres de la capitale ; il 
attaque surtout d'incroyables superstitions régnant à cette époque, et qu'on retrouve plus ou 
moins dans tous les siècles , sans en excepter ceux qui se montrent les plus fiers de leurs 
lumières et de leur civilisation. Le saint docteur n'épargne pas les théâtres , il les proscrit 
sans restriction , et certes à bon droit : rien ne tourne à la perte de la jeunesse, et même de 
l'âge mûr , comme de tels spectacles, amusement favori des peuples démoralisés, instrument 
de démoralisation pour les peuples ayant encore des vertus et des croyances. Il condamne 
aussi le luxe excessif qu'on déployait dans les funérailles ; il se déchaîne tout particulièrement 
contre les hommes qui ne croient pas à la résurrection, qui s'imaginent que l'âme meurt avec 
le corps ; et certes il est aisé de comprendre les ravages que doit exercer une pareille doc- 
trine. On trouvera dans ces homélies certains traits qui peignent les idées, les mœurs, les 
événements même de cette époque sous uû jour inattendu ; un lecteur studieux saura bien 
les relever par lui-même. 

Le style laisse quelquefois à désirer, ce qui tient aux occupations si graves et si multiples 
qui devaient nécessairement absorber un archevêque de Constantinople ; mais on y sent tou- 
jours l'âme du saint et le souffle du génie. 



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HOMÉLIES 

SUR LA PREMIÈRE ÉPITRE AUX THESSALONICIENS 



I 



HOMÉLIE I. 

« Paul et Sylvain et Timothée, à l'Eglise des Thessaloni- 
ciens, en Dieu le Père et le Seigneur Jésus-Christ, grâce 
et paix à vous de la part de Dieu le Père et du Seigneur 
Jésus-Christ. Nous rendons sans cesse grâces à Dieu 
pour vous , nous souvenant toujours de vous dans nos 
prières, n'oubliant jamais l'œuvre de votre foi, le labeur 
de votre charité, la fermeté de votre espérance en notre 
Seigneur Jésus-Christ, devant Dieu notre Père. » 

1 . Comment, ayant avec lui Timothée lorsqu'il 
écrivait aux Ephésieas, nel'a-t-il pas mentionné 
dans sa lettre, bien que ce disciple ne fût pas 
un inconnu pour eux, et qu'il eût mérité même 
leur admiration ? a Vous savez par expérience 
qu'il m'a servi dans mon ministère auprès de 
vous comme un fils sert son père , avait-il dit. 
Je n'ai personne dont les sentiments s'accordent 
autant avec les miens, et qui professe pour vous 
une aussi tendre sollicitude. » Philip., n, 22, 20. 
Pourquoi le nomme-t-il ici? S'il ne le nomme 
pas d'abord , c'est parce qu'il devait incessam- 
ment l'envoyer, je suppose , et qu'il est inutile 
d'écrire quand on doit soi-même porter la lettre ; 
Paul déclare son intention : « J'espère vous l'en- 
voyer sous peu. d lbid.y 23. Ce n'est plus main- 
tenant la même chose ; le disciple était de retour, 
on ne doit pas s'étonner qu'il écrive, a Lorsque 
dernièrement Timothée est venu de votre part 
vers nous, » dit encore l'Apôtre. I Thes., m, 6. 
Et pourquoi nomme-t-il Sylvain le premier , 
malgré les magnifiques témoignages qu'il rend 
lui-même de Timothée , et quoiqu'il le préfère 
à tous ses autres disciples? Peut-être celui-ci 
le demandait-il à cause de son humilité pro- 
fonde. Voyant le maître s'abaisser lui-même au 
point de joindre à son nom celui du disciple, il 
aura pensé devoir à plus forte raison faire une 
telle prière, « Paul et Sylvain et Timothée, à 
l'Eglise des Thessaloniciens. » Il ne se donne 
aucune qualification, ni celle d'apôtre ni celle 



de serviteur. Je pense que c'est parce qu'il s'a- 
dresse à des hommes récemment initiés aux 
enseignements de l'Evangile, et qui n'avaient 
pas encore vu Paul à l'œuvre : il tait sa dignité, 
pourrait-on dire, parce que, chez eux, la prédi- 
cation était au début. 

« A l'Eglise des Thessaloniciens. » Remarquez 
cette expression. Gomme ils étaient probable- 
ment en petit nombre et ne formaient qu'une 
faible société, il les encourage en leur donnant 
le titre d'Eglise. Lorsqu'un temps considérable 
s'est écoulé et que la réunion est nombreuse, il 
ne parle plus ainsi. Comme le nom d'une assem- 
blée est dans la plupart des cas celui d'Eglise, 
mais d'une assemblée qui présente déjà quelque 
organisation , il se plaît à les désigner par ce 
titre. « Dans le Père, poursuit-il, et le Seigneur 
Jésus-Christ. » L'Eglise des Thessaloniciens a 
donc son existence et sa force en Dieu. Voilà de 
nouveau le nom de Dieu s'appliquant au Fils 
aussi bien qu'au Père. Paul ajoute ce nom pour 
distingner l'Eglise chrétienne de celles que for- 
maient en si grand nombre les Juifs et les Gen- 
tils. C'est une bien grande gloire que d'exister Exister en 
en Dieu, une gloire à laquelle on ne saurait pîaT^Lde 
rien comparer. Puisse donc cette Eglise mériter det & îdrei - 
une semblable dénomination; mais je crains 
qu'elle n'en soit bien éloignée. L'esclave du pé- 
ché, on ne peut pas vraiment dire qu'il est en 
Dieu, c Grâce à vous et paix. » Voici que PE- 
pitre va commencer par des éloges : « Nous ren- 
dons sans cesse grâces à Dieu pour vous tous , 
nous souvenant de vous dans nos prières. » 
Rendre grâces à Dieu pour eux , c'est attester 
qu'ils ont fait de grands progrès , puisqu'on les 
loue de cela même, et que de plus on bénit Dieu 
comme le principe et l'auteur de tout ce bien. 
U leur enseigne encore la modestie, en leur 
faisant entendre qu'ils doivent tout à la puis-; 



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94 



HOMÉLIES SUR LA I rt ÉPITRÊ AUX fHESSALONICDENS. 



sance divine. L'expression de sa reconnaissance 
est le témoignage de leurs vertus ; la part qu'il 
leur accorde dans ses prières est celui de son 
amour pour eux. Après cela, pour leur montrer 
qu'il ne se souvient pas seulement d'eux quand 
il prie, et qu'ils sont toujours présents à sa mé- 
moire, il ajoute , comme bien souvent ailleurs : 
a N'oubliant jamais l'œuvre de votre foi, le 
labeur de votre charité, la fermeté de votre espé- 
rance en Notre-Seigneur Jésus-Christ , devant 
Dieu votre Père. » Que signifient ces mots ? Ou 
bien, qu'il se souvient devant Dieu le Père , ou 
bien que leur charité s'exerce en présence de 
Dieu. 

Il ne se borne pas à dire que son souvenir ne 
souffre pas d'interruption, il déclare aussi qu'ils 
en sont l'objet; et pour que vous ne regardiez 
pas ces mots comme une redondance, il vous en 
montre l'utilité par cette parole : « Devant Dieu 
le Père. » S'il les ajoute, c'est encore parce que 
personne dans le monde n'approuvait ce qu'ils 
avaient fait de bien, et ne pouvait les en récom- 
penser. C'est donc comme s'il leur disait : Ayez 
confiance, vous travaillez devant Dieu. Que 
Qu'est-eeque faut-il entendre par a l'œuvre de la foi ? » 

L'œuvre de la foi , c'est que rien n'ait ébranlé 
votre constance. Si vous croyez, souffrez tout ; 
si vous refusez la souffrance, vous n'avez pas 
la foi. Est-ce que les biens promis ne sont pas 
de nature à nous faire accepter mille morts , 
du moment où nous y croyons , plutôt que de 
les perdre? C'est le royaume des cieux que 
nous avons en perspective , l'immortalité , une 
vie qui n'aura plus de terme. Donc on souffre 
tout dès qu'on a la foi. Donc aussi la foi se ma- 
nifeste par les œuvres. Et l'expression de l'A- 
pôtre doit être remarquée ; car il ne demande 
pas simplement la foi, il demande qu'elle se 
révèle par l'action, par la constance, par un zèle 
ardent , a travail de la charité. » Aimer d'une 
manière quelconque, quel travail ou quelle peine 
cela peut-il être ? Là aucune fatigue ; mais aimer 
véritablement , c'est une rude tâche. En effet , 
je vous le demande , on soulève tout pour nous 
arracher notre affection ; et que nous résistions 
à tout, n'est-ce pas une fatigue ? Que ne souf- 
frirent pas les disciples pour demeurer fidèles 



l'autre de U 

foi, 



à la charité? Les ennemis implacables de la 
prédication ne se rendirent-ils pas chez l'hôte 
de Paul, et, n'ayant pas trouvé l'Apôtre, ne 
trainèrent-ils pas Jason devant les magistrats 
de la cité ? Etait-ce un petit travail , je vous le 
demande encore , de subir ces tentations , de 
résister à cette tempête, quand la semence évan- 
gélique avait à peine germé? « Et même ils 
exigèrent de lui une caution. » AcL, xvn, 9. 
Il la donna, poursuit l'auteur des Actes , et fit 
partir Paul. Cela nous semble-t-il peu de chose, 
encore une fois? cet homme ne s'est-il pas 
exposé pour sauver le ministre de l'Evangile? 
Voilà ce que Paul appelle le travail de la charité, 
travail qui produisait de pareilles chaînes. 

2. Observez de plus qu'il commence par signa- 
ler leurs bonnes œuvres, et ne parle des siennes 
qu'après cela , pour ne pas paraître se glorifier 
et les avoir prévenus de son affection, « La fer- 
meté de votre espérance , » la fermeté dans les 
tribulations. La persécution à laquelle ils étaient 
en butte durait toujours, au lieu d'être une tour- 
mente passagère. La gnerre n'était pas seule- 
ment dirigée contre Paul , le maître de la doc- 
trine, elle l'était aussi contrô les disciples. Si tels 
se montraient les ennemis à l'égard des thauma- 
turges, des hommes les plus dignes de respect , 
quelles devaient être, pensez-vous, leurs dispo- 
sitions à l'égard des habitants de la même cité, 
des membres quelquefois de la même famille , 
quand tout à coup ils les voyaient se séparer 
d'eux ? C'est encore un témoignage que Paul rend 
aux Thessaloniciens : a Vous avez été les imita- 
teurs des Eglises de Dieu, qui sont dans la Judée. » 
I Thess., n, 14. La fermeté de votre espérance en 
Notre-Seigneur Jésus-Christ, devant Dieu notre 
Père. » Admirable langage que celui-là ; car 
tout procède de la foi et de l'espérance. Ce qui 
se passait ne manifestait pas uniquement leur 
courage, mais prouvait de plus combiën ils 
croyaient aux récompenses promises. Aussi 
Dieu permettait-il que les persécutions eussent 
lieu dès le commencement , afin qu'il ne fût pas 
possible de dire que la prédication était une 
affaire d'entraînement ou de flatterie ; afin que 
leur ferveur devint manifeste , et qu'on y vît, 
non l'effet de la persuasion humaine , mais la 



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HOMÉLIE î 

puissance même de Dieu , agissant au fond des 
âmes et les disposant à braver mille fois la mort. 
C'est ce qui n'aurait pu se faire , s'il n'avait pas 
dès le premier moment posé d'une manière iné- 
branlable les fondements de la prédication. 

a Vous savez, Irères bien-aimés, que votre 
élection vient de Dieu, parce que notre prédica- 
tion n'a pas été seulement en paroles, et qu'elle 
a consisté de plus dans la puissance, dans l'Es- 
prit saint, dans la plénitude des grâces; et vous 
savez aussi ce que nous avons été parmi vous 
et pour vous, d Que signifient ces dernières pa- 
roles ? L'Apôtre y rappelle les grandes œuvres 
opérées par lui , mais non d'une manière for- 
melle ; il veut avant tout poursuivre leur éloge. 
Ce qu'il dit revient à ceci : Nous n'ignorons pas 
que vous êtes du nombre des âmes généreuses 
et fortes, que Dieu vous a choisis : et c'est pour 
cela que nous-mêmes supportons tout pour vous. 
Cette expression, « ce que nous avons été, » 
signifie qu'il est prêt à donner sa vie pour eux 
avec une ardeur extrême, sans que rien puisse 
l'arrêter ; et ce n'est pas à lui qu'ils en doivent 
la reconnaissance : comme ils sont au rang des 
élus, ils ont droit à ce dévouement sans bornes. 
Le même sentiment lui fait dire ailleurs : a Je 
souffre ces choses à cause des élus. » II 7Ym., 
il, 40. Après avoir indiqué ce qui le regarde 
lui-même, il semble ajouter : Dès que vous êtes 
des bien-aimés et des élus, c'est justice que je 
souffre tout pour vous. Ce n'est pas seulement en 
leur donnant des éloges qu'il les raffermissait, 
c'est en leur rappelant encore qu'ils avaient eux- 
mêmes déployé une vigueur en rapport avec 
leur zèle. Il continue donc : a Et vous êtes de- 
venus mes imitateurs, et les imitateurs du divin 
Maître, recevant la parole au milieu des tribu- 
lations, dans la joie de l'Esprit saiot. » Juste 
ciel, quel magnifique éloge! de disciples ils sont 
tout à coup devenus docteurs : non contents 
d'écouter la parole, ils se sont immédiatement 
élevés à la hauteur même de Paul. 

Et ce n'est rien en comparaison de ce qui suit; 
voyez comme il les élève plus haut : « Vous 
êtes devenus les imitateurs du divin Maître, » 
Comment? «Eu recevant la parole au mi- 
lieu des tribulations, dans la joie de l'Esprit 



95 

saint. » Ce n'est pas simplement dans la tribu- 
lation, c'est au milieu des tribulations, parmi 
des épreuves sans nombre. Vous pouvez le voir 
dans les Actes des Apôtres : il y est dit de quelle 
façon la persécution fut excitée contre eux, 
comment leurs ennemis les dénoncèrent aux 
magistrats et soulevèrent la ville. On ne peut pas 
dire cependant qu'étant dans la tribulation, ils 
sont restés fidèles avec peine , en gémissant; 
c'est avec une grande joie. Les apôtres en avaient 
donné l'exemple : « Se réjouissant d'avoir été 
jugés dignes de subir des affronts pour le nom du 
Christ. » AcL 7 v, 44. Voilà ce qu'il y a de vrai- 
ment admirable. C'est déjà beaucoup de souffrir 
la tribulation avec quelque patience; mais s'en 
réjouir, c'est se montrer supérieur à la nature 
humaine et n'avoir plus, pour ainsi parler, qu'un 
corps impassible. Comment furent-ils les imita- 
teurs du Christ? En ce que lui-même a beaucoup 
souffert, sans pousser une plainte, avec joie; car 
c'est de sa propre volonté qu'il se trouvait dans 
de pareilles épreuves. Pour nous il s'est anéanti, 
allant au-devant des crachats, des soufflets, de 
la croix mêtne ; et il s'en réjouissait tellement 
qu'il appelait cela sa gloire : « Père, disait-il, 
glorifiez-moi. » Joan. y xvn, 1. « Avec joie, 
poursuit l'Apôtre, dans l'Esprit saint. » La tri- 
bulation affecte la partie matérielle de notre 
être, la joie brille dans les hauteurs spirituelles. 
Je m'explique. Les accidents de la vie sont 
tristes et pénibles ; mais les résultats en sont 
joyeux, l'Esprit le voulant ainsi. Il est donc 
possible qu'on ne se réjouisse pas quand on 
souffre, et c'est quand on souffre pour ses 
péchés; tandis qu'on se laissera flageller avec 
allégresse quand c'est pour le Christ. 

3. C'est là ce que l'Apôtre nomme la joie de 
l'Esprit; on la respire dans ce que la nature 
repousse avec horreur. On vous a suscité mille 
peines, dit-il, vous avez subi la persécution; 
mais l'Esprit ne vous a pas abandonnés dans 
ces épreuves. Gomme les trois enfants étaient 
entourés d'une douce rosée dans la fournaise, 
vous l'êtes aussi dans la tribulation. Cela ne 
dépendait pas assurément de la nature du feu 
et ne pouvait avoir pour cause que le souffle de 
l'Esprit : il n'est pas non plus dans la nature de 



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96 HOMÉLIES SUR LA I" ÉPITRE AUX THESSALONIGIENS. 



la tribulation de nous donner la joie , et cette 
joie ne peut venir que d'une souffrance endurée 
pour le Christ, de la divine rosée de l'Esprit, 
qui transforme en un lieu de repos la fournaise 
des tribulations. « Avec joie, » et non avec une 
joie quelconque, mais bvec une intarissable 
joie; c'est ce qu'il faut entendre, dès que l'Es- 
prit saint en est l'auteur. « De telle sorte que 
vous êtes devenus un type pour tous les croyants 
dans la Macédoine et l'Achale. » Voilà donc 
qu'il les aborde : Vous avez brillé d'un tel éclat 
que vous êtes devenus les maîtres et les mo- 
dèles de ceux qui vous avaient précédés. C'est 
un trait vraiment apostolique. Il ne les pose pas 
comme modèles de ceux qui devront croire, 
mais bien de ceux qui croyaient : En descendant 
les premiers dans l'arène, vous avez enseigné de 
quelle manière il faut croire en Dieu. L'Achale 
est prise ici pour toute l'Hellade. Voyez-vous ce 
que c'est que le zèle? il n'exige pas de temps, 
il n'admet pas même de retard; il lui suffît 
d'apparaître pour tout accomplir. Ceux à qui 
cette lettre s'adresse, avaient les derniers reçu la 
prédication, et cependant ils étaient devenus les 
maîtres des premiers. Que personne donc ne se 
décourage; aurait-on employé beaucoup de 
temps à ne rien faire, en quelques instants on 
peut opérer le bien qu'on n'a pas fait antérieu- 
rement, et plus encore. Si celui qui n'avait pas 
cru jusque-là, jeta tant d'éclat dès le principe, 
combien plus le pouvaient ceux qui croyaient 
déjà? Il ne faut pas néanmoins se laisser aller à 
la négligence, dans la pensée que peu de temps 
suffit pour tout mettre en ordre; car l'avenir 
est incertain, et le jour du Seigneur est un vo- 
leur qui fond tout à coup sur nous quand nous 
dormons : si nous pratiquons donc la vigilance, 
le voleur ne nous surprendra pas , et ne nous 
emmènera pas sans que nous soyons préparés. 
Soyons vi- Soyons vigilants et sobres ; il n'est plus dès 
Ses!** ek *°" * ors 1111 v °l eur «F 1 * nous surprend , mais bien 
un messager royal qui nous appelle à la récom- 
pense promise : c'est notre apathie qui le trans- 
forme en voleur. Que personne donc ne dorme, 
que personne ne soit indolent pour la vertu ; 
l'indolence est le sommeil dont je parle. Ne 
savez- vous pas à quel point nous sommes expo- 



sés pendant ce sommeil de l'âme , de quelles 
embûches nous sommes entourés? Si nous 
veillons, nous n'avons guère besoin d'autre 
chose pour être en sécurité. Malgré les verrous, 
les gardes et les sentinelles, le voleur trouve le 
moyen d'entrer. Pourquoi parlé-je de la sorte ? 
Parce que , si nous veillons , nous n'avons pas 
besoin du secours des autres; et que , si nous 
dormons , le secours des autres ne Yious servira 
de rien, nous périrons en dépit de leurs efforts. 
C'est un précieux avantage d'avoir pour soi les 
prières des saints, mais à la condition que nous 
accomplirons nous-mêmes de bonnes œuvres. 
— Et que me font les prières d'autrui, me direz- 
vous peut-être, quand je travaille moi-même, 
de telle sorte que je n'en aie plus besoin ? — Je 
ne veux pas non plus qu'on s'en repose sur ces 
prières ; seulement, nous n'en avons pas moins 
besoin de les obtenir , si nous savons le com- 
prendre. Paul ne disait pas : A quoi bon pour 
moi vos prières? quoique ceux qui priaient 
pour lui ne fussent pas dignes de lui être com- 
parés en quoi que ce soit ; et vous dites : A quoi 
bon pour moi vos prières? Pierre n'a jamais 
prononcé rien de pareil, a On ne cessait dans 
l'Eglise de prier Dieu pour lui. » Act., xii, 5. 
Et vous osez dire : Je n'ai nul besoin de vos 
prières ? Vous en avez besoin par la raison 
même que vous pensez n'en avoir pas besoin. 
Deviendriez-vous semblable à Paul, que les 
prières vous seraient encore nécessaires. Ne 
vous exaltez pas, de peur d'être rabaissé. Mais, 
comme je le disais tout à l'heure, nous devons 
nous appliquer aux bonnes oeuvres, si nous 
voulons profiter des prières faites pour nous. 

Ecoutez l'Apôtre : « Je sais que cela me pro- 
fitera pour le salut, grâces à vos prières, et par 
le secours de l'Esprit de Jésus-Christ. » Philip., 
i, 19. Ecoutez encore : « Afin que beaucoup de 
personnes se réunissent pour bénir Dieu des 
dons spirituels qu'il nous a faits. » II Cor., i, 44 . 
Et vous osez dire, encore une fois : Je n'ai nul 
besoin de prières? Si nous restons oisifs, il n'est 
pas d'homme dont les prières puissent nous 
être de quelque secours. Qu'obtint Jérémie 
pour son peuple ? Ne se présenta-t-il pas trois 
fois devant Dieu , et trois fois ne lui fut-il pas 



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HOMÉLIE L 

répondu : a N'intercède pas, ne prie pas pour 
ce peuple, parce que je ne saurais ^exaucer ? » 
Jerem., vu, 16. Que put faire Samuel pour Satil ? 
Ne pleura-t-il pas sur lui jusqu'au dernier jour, 
non content de prier pour lui? Quel bien fit-il 
aux Israélites ? Et cependant ne disait-il pas : 
« A Dieu ne plaise que je cesse de prier pour 
vous ?» I Reg. } xn, 23, Et voilà que tous pé- 
rirent. — Les prières ne servent donc de rien , 
m'objecterez-vous. — Au contraire, elles servent, 
et beaucoup , mais quand nous agissons nous- 
mêmes; les prières agissent avec nous et nous 
secondent : celui qui prie devient notre auxi- 
liaire dans le bien que nous faisons ; il ne peut 
pas nous venir en aide, si nous ne faisons rien. 

4. Dans le cas où les prières auraient le pou- 
voir de nous mener au royaume malgré notre 
oisiveté, pourquoi tous les idolâtres ne devien- 
draient-ils pas chrétiens? Ne prions-nous pas 
pour tout le monde? n'est-ce pas ainsi que 
priait Paul ? ne demandons-nous pas que tous 
se convertissent? Or, dites-moi pourquoi tous les 
méchants ne deviennent pas bons ? n'est-il pas 
évident que par elles seules les prières ne peuvent 
rien accomplir ? Elles ne sont vraiment utiles 
que lorsque nous faisons ce qui dépend de nous. 
Voulez-vous savoir quelle est la puissance des 
prières? souvenez-vous de Corneille et de Ta- 
bithe ; écoutez Jacob disant à Laban : a Si la 
crainte de mon père n'était pas sur moi, tu 
m'aurais renvoyé les mains vides ; » Gènes., 
xxxi , 42 ; écoutez Dieu lui-même : « Je proté- 
gerai cette ville à cause de moi , et à cause de 
David mon serviteur. » IV Meg. f xix, 34. A 
quelle époque? Quand régnait Ezéchias, un 
autre juste. Si les prières avaient le même pou- 
voir dans un temps où se commettent de grands 
crimes , pourquoi Dieu n'a-t-il pas ainsi parlé 
quand vint Nabuchodonosor, et livra-t-il la 
ville ? Parce que l'iniquité prévalut. Samuel 
pria pour les Israélites dans une autre circons- 
tance , et sa prière fut exaucée. Mais quand 
encore ? Quand eux-mêmes s'étaient rendus 
agréables à Dieu ; c'est alors qu'il mit en fuite 
leurs ennemis. — Et quel besoin puis-je avoir 
des prières des autres , insisterez -vous , si déjà 
je plais à Dieu par moi-même? — Ne dites ja- 
lon, x. 



91 

mais cela, ô homme t Le besoin , un multiple 
besoin existe toujours. Entendez Dieu disant 
aux amis de Job : a Et lui priera pour vous, et 
le péché vous sera pardonné. » Joô, lxd, 8. 
Le péché qu'ils avaient commis n'était pas cepen- 
dant très-grave. Et voilà que ce même juste qui 
sauvait alors ses amis en priant .pour eux, n'au- 
rait pas pu dans la suite, sous le règne de la loi, 
arracher les Juifs à leur perte. Pour que vous 
n'en doutiez pas , écoutez Dieu disant par un 
prophète : a Alors même que Noê, Job et Daniel 
se présenteraient devant moi, ils ne délivreraient 
pas vos fils et vos filles, parce que le mal a pré- 
valu; » Ezech. f xiv, 16; et par un autre : « Alors 
même que se présenteraient Moïse et Samuel. » 
Jerem., xv, 1. Remarquez que cela est dit à 
deux prophètes, parce que l'un et l'autre avaient 
prié pour les Juifs, sans obtenir l'objet de leur 
demande. Ezéchiel l'atteste ainsi : « Hélas 1 
Seigneur, vous effacez les restes d'Israël ! » 
Ezech., ix, 8. 

Et puis , pour montrer qu'il agit en cela avec 
justice, et qu'il ne méprise pas le saint en n'ac- 
ceptant pas sa prière , Dieu lui déclare les pé- 
chés de ce peuple, comme s'il lui disait : C'en 
est assez sans doute pour te faire voir que, si je 
repousse ta prière, c'est à cause de leurs préva- 
rications , et nullement par mépris pour toi ; 
mais il ajoute : « Noé, Job et Daniel se présen- 
teraient-ils. » C'est avec raison qu'il adresse ce 
langage à celui qui avait tant souffert pour le 
salut de sa nation. Vous m'avez commandé , 
eût pu lui dire le prophète , de manger des 
ordures, et j'en ai mangé ; de me raser la peau, 
et je l'ai rasée? de dormir sur un côté , et j'ai 
dormi de la sorte; de sortir avec un fardeau, et 
je suis sorti ; vous m'avez pris ma femme , en 
me défendant de gémir, et je n'ai pas gémi, j'ai 
supporté mon malheur avec courage. Pour eux 
j'ai fait mille autres choses ; je vous prie pour 
eux maintenant, et vous n'exaucez pas ma 
prière. Pour lui montrer que , s'il refuse de 
l'écouter, ce n'est pas qu'il le méprise, Dieu lui 
dit : a Alors même que Noé, Job et Daniel prie- 
raient pour vos fils et vos filles , je ne les écou- 
terais pas. » Jérémie avait peu souffert par les 
ordres directs de Dieu, mais beaucoup par le fait 

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ËÔMÉLIES SUR LA I" ÉPITRE AUX THESSALONtCIENS. 



Conolaiion 
morale* 



de leur malice ; que lui dit encore le Seigneur? 
« Ne vois-tu pas ce que ces hommes font ? » 
Jerem., vn, 47, Sans doute; épargnez-les 
cependant à cause de moi. C'est à cette demande 
que Dieu répond : a Moïse et Samuel auraient 
beau se présenter. » Moïse était leur premier 
législateur, il les avait délivrés d'un grand 
nombre de dangers, et lui-même disait : « Si 
vous leur pardonnez ce péché , pardonnez-le ; 
sinon exterminez -moi de même, d Exod., 
xxxi, 32. Eh bien, serait-il là , formulerait-il la 
même demande , il ne serait pas exaucé ; ni 
Samuel non plus, qui les avait également déli- 
vrés , qui dès son bas âge avait excité l'admira- 
tion. J'ai dit de lui que je lui parlais comme un 
ami parle à son ami, et non point par énigmes ; 
j'ai dit aussi qu'il m'avait vu dans son enfance , 
qu'il m'avait apaisé, qu'il avait renoué la tra- 
dition prophétique. « La parole était rare en ce 
temps, il n'était plus de vision distincte. » I Reg., 
in, 4. Ces grands personnages se présente- 
raient-ils , je le répète , qu'ils n'obtiendraient 
rien. Il est dit de Noô. « C'était un juste parfait 
dans sa génération ; » Gènes., vi, 9 ; et de Job : 
« Homme irrépréhensible, juste, vrai, pieux. » 
Job, i, 4. Ni ceux-là, ni Daniel , que les Chal- 
déens avaient regardé comme un dieu, n'au- 
raient donc pas eu le pouvoir de sauver leurs 
fils et leurs filles. 

Le sachant, ne dédaignons pas les prières 
des saints , et ne nous en reposons pas entière- 
ment sur ces prières : d'une part, pour ne pas 
mener une vie négligente et stérile ; d'autre 
part, pour ne pas perdre le plus précieux de 
tous les gains. Demandons-leur avec instance 
de prier pour nous et de nous tendre une main 
secourable; pratiquons nous-mêmes la vertu, et 
nous pourrons de la sorte acquérir les biens 
promis à ceux qui aiment Dieu, par la grâce et 
l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui 
gloire, puissance, honneur, en même temps 
qu'au Père et au Saint-Esprit , maintenant et 
toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi 
soitil. 



HOMÉLIE II. 

« Par vous s'est répandue la parole du Seigneur, non- 
seulement dans la Macédoine et l'Achale, mais encore 
en tout lieu ; il n'en est pas où la foi que vous avez en 
Dieu ne soit parvenue, de telle sorte que nous n'avons 
plus besoin de rien dire. Eux-mêmes nous rappellent 
comment nous sommes entrés chez vous, et comment 
vous avez abandonné les idoles pour vous convertir à 
Dieu, pour servir le Dieu vivant et vrai, attendant que 
son Fils vienne des cieux, ce Jésus qu'il a ressuscité 
d'entre les morts et qui nous a soustraits à la ven- 
geance future. » 

1. De même qu'un suave parfum ne retient 
pas en lui-même sa bonne odeur, mais la ré- 
pand au loin, en embaume l'air, et frappe le 
sens de ceux qui sont dans le voisinage; de 
même les hommes remarquables et généreux ne 
renferment pas en eux-mêmes leur vertu, mais 
viennent en aide aux autres et les rendent 
meilleurs par leur bonne réputation. C'est ce 
qui s'accomplit alors. De là ces paroles : « Si 
bien que vous êtes devenus le type de tous les 
croyants dans i'Àchaïe et la Macédoine. Par 
vous s'est répandue la parole du Seigneur, non- 
seulement dans la Macédoine et l'Achaïe, mais 
encore en tout lieu; il n'en est pas où la foi que 
vous avez en Dieu ne soit parvenue. » Vous 
avez formé par vos exemples tous ceux qui se 
trouvaient près de vous, et vous avez frappé 
d'admiration le monde entier. C'est ainsi qu'il 
faut entendre, « en tout lieu. » Il ne dit pas : 
Votre foi s'est disséminée; il dit : a Elle est par- 
venue, elle a retenti. » Gomme une trompette 
éclatante remplit tout le voisinage de son bruit, 
ainsi la renommée de votre vertu résonne, rem- 
plit le monde, et va partout retentissant avec la 
même puissance. Les grandes actions sont prin- 
cipalement chantées sur le théâtre même de 
l'événement ; on les chante ailleurs sans doute, 
mais non avec le même éclat : les vôtres ont le 
plus grand retentissement dans toute la terre. 
Qu'on ne prenne pas ceci pour une exagération ; 
car, avant la venue du Christ, cette nation 
des Macédoniens avait une grande célébrité, 
une célébrité plus grande et plus universelle 
que celle même des Romains; ce qui mit le 
comble à la gloire de ces derniers, c'est d'avoir 



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HOMÉLIE II. 
subjugué les premiers. Ce qu'avait fait un roi 
de Macédoine ne saurait être facilement exprimé : 
parti d'une contrée sans importance, il conquit 
Tu ni vers. Un prophète le voit sous la figure d'un 
léopard ailé, ne pouvant mieux peindre la brû- 
lante impétuosité, la soudaineté même de son 
essor à travers le monde, que ce conquérant 
sème de trophées et de victoires. On raconte 
même de lui qu'ayant entendu d'un philosophe 
qu'il existait une infinité de mondes , il poussa 
d'amers gémissements de ce que, dans ce nombre 
incalculables, il n'en possédait pas encore un 
tout entier ; telle était la grandeur de son intel- 
ligence, la puissance de son àme : il n'est donc 
pas étonnant qu'il fût chanté dans toutes les 
contrées de la terre. Avec la renommée du roi 
s'était élevée la gloire de la nation : le héros 
était nommé Alexandre le Macédonien. 

Sur les ailes de sa gloire , ce qui se passait 
dans ce pays s'envolait aisément partout; rien 
de remarquable ne reste aisément caché. Plus 
tard même, le nom des Macédoniens n'était pas 
inférieur à celui des Romains. « La foi que vous 
avez en Dieu, dit l'Apôtre, s'est envolée. » Re- 
marquez cette expression ; elle prête une àme 
à son objet ; et c'est un témoignage de la véhé- 
mence de leurs sentiments. Il confirme encore 
la féconde énergie de leur foi dans la suite du 
texte : a De telle sorte que nous n'avons besoin 
de rien dire. Eux-mêmes nous rappellent com- 
ment nous sommes entrés chez vous. » Ils n'at- 
tendent pas de l'apprendre de votre bouche; 
eux qui n'étaient pas présents et qui n'ont rien 
vu, préviennent les témoins oculaires de vos 
grandes actions; si bien qu'elles sont parvenues 
aux oreilles de tous les hommes. Aussi n'est-il 
pas nécessaire que nous les retracions, pour 
exciter chez eux le même zèle ; ils disent les 
premiers ce que nous devrions leur apprendre. 
Il est vrai que plus d'une fois c'est l'envie qui 
les fait parler ; mais la supériorité de la vertu 
triomphe même de cette passion , et fait qu'ils 
deviennent les hérauts de vos luttes. Tout infé- 
rieurs qu'ils sont, ils ne gardent pas le silence, 
ils parlent les premiers; et c'est une raison pour 
nous de mieux les croire. Que signifient ces pa- 
roles : a Gomment nous sommes entrés chez vous? » 



99 

A travers quels dangers et quelles morts sans 
nombre, sans que rien de tout cela vous ait 
troublés ; vous nous étiez attachés comme s'il 
ne se fût pas présenté d'obstacles; vous nous 
avez reçus de nouveau comme si vous n'aviez 
souffert aucune peine , comme si nous ne vous 
eussions apporté qu'un bonheur sans nuage. Il 
parle ici de sa seconde entrée. L'Apôtre et ses 
compagnons étaient allés à Berrhoé ; ils avaient 
souffert la persécution; et, à leur retour, les 
Thessaloniciens les accueillirent avec un senti- 
ment de noble fierté, prêts à donner pour eux 
leur àme. 

Ce mot, a comme nous sommes entrés, chez 
vous, » renferme un double éloge, celui des dis- 
ciples et celui des docteurs ; mais lui il le fait 
tourner à leur avantage : a Et comment vous 
avez abandonné les idoles pour vous convertir 
à Dieu, pour servir le Dieu vivant et vrai. » 
C'est comme une chose facile, avec autant d'ar- 
deur que de spontanéité, sans grande peine 
pour nous, que vous avez embrassé le service du 
Dieu vivant et vrai. Il poursuit par l'exhortation ; 
encore un moyen de rendre le discours moins 
pénible, « Attendant que le Fils vienne des cieux, 
ce Jésus qu'il a ressuscité d'entre les morts et 
qui nous a soustraits à la vengeance future. » 
Il faut donc attendre des cieux celui qui fut sa- 
crifié et enseveli ; et voilà pourquoi Dieu nous 
est montré le ressuscitant d'entre les morts. Ne 
voyez-vous pas d'un coup d'œil toute chose, la 
résurrection, l'ascension, le second avènement, 
le jugement, la récompense des bons, la peine 
des méchants ? « Ce Jésus qui nous a délivrés 
de la vengeance future. » C'est à la fois une 
consolation, un encouragement, une leçon. 
S'il est ressuscité, s'il est au ciel, s'il doit en 
venir, et vous le croyez sans nul doute, puisque 
vous n'auriez pas tant souffert sans cette ferme 
croyance, vous avez là d'assez grands motifs de 
consolation. Si de plus les pervers ne peuvent 
échapper au supplice , comme du reste il le dé- 
clare dans la seconde épitre, c'est une autre con- 
solation qui nous est donnée. Ils attendent le 
Fils qui doit de nouveau descendre du ciel ; en 
le disant l'Apôtre nous enseigne que les peines 
sont dans le présent et les joies pour l'avenir! 

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100 HOMÉLIES SUR LA P ÉPI! 

pour l'heure où le Christ nous viendra des cieux. 
Voyez de quelle espérance nous devons être 
animés, puisqu'il est mort sur la croix, qu'il est 
sorti du sépulcre pour monter au ciel , et qu'il 
viendra juger les vivants et les morts, « Vous 
savez vous-mêmes, frères, que notre entrée 
chez vous n'a pas été stérile, que nous avions 
beaucoup souffert auparavant, accablés d'ou- 
trages à Philippes, comme vous lè savez aussi , 
nous avons eu cependant cette confiance en Dieu 
de vous annoncer l'Evangile au milieu de nos 
angoisses. » 

3. Votre mérite est grand sans doute ; mais 
de notre côté nous ne vous avons pas parlé le 
langage de l'homme. Ce qu'il a dit plus haut , 
il le répète ici , nous montrant partout ce que 
c'est que la, prédication , soit par les miracles , 
soit par les dispositions des prédicateurs , soit 
par le zèle et l'ardeur de ceux qui la reçoivent, 
a Vous savez vous-mêmes que notre entrée 
chez vous n'a pas été stérile ; » qu'elle n'a rien 
d'humain , rien de vulgaire. A peine échappés 
aux plus grands dangers , aux mauvais traite- 
ments , à la mort même , nous sommes aussitôt 
retombés dans de nouveaux périls. « Après avoir 
beaucoup souffert et subi mille outrages à Phi- 
lippes, comme vous le savez, nous avons repris 
courage en notre Dieu. » C'est toujours à Dieu 
qu'il attribue le bien qui s'opère. « Pour vous 
annoncer l'Evangile de Dieu parmi nos inces- 
santes angoisses. » Impossible de vous raconter 
les dangers que nous avons courus ailleurs, inu- 
tile de vous dire ceux que nous avons rencon- 
trés dans votre ville ; vous les connaissez aussi 
bien que les sollicitudes dont nous étions as- 
saillis* Il dit à peu près la même chose écrivant 
aux Corinthiens : « Je n'ai- cessé d'être parmi 
vous dans la faiblesse et la fatigue , dans la 
crainte et le tremblement. Notre prédication ne 
provenait ni du mensonge, ni de la corruption, 
ni de la ruse ; mais comme Dieu lui-même a 
jugé devoir nous confier l'Evangile , ainsi nous 
parlons, pour plaire à Dieu qui voit le fond de 
nos cœurs, et nullement aux hommes. » I Cor., 
il, 34. J'avais donc raison en vous disant qu'il 
se fait de leur attitude un argument pour mettre 
«n évidence la difficulté de la prédication» Si la 



tE AUX THESSALÔNlClENâ. 

prédication n'était pas telle, si c'était une trom- 
perie, nous n'aurions certes pas affronté de 
pareils dangers, une situation qui ne nous don- 
nait pas un instant de répit. Que signifie ce 
langage ? Si la pensée de l'avenir ne nous sou- 
tenait pas, si nous avions une moins ferme 
espérance, nous ne souffririons pas avec cette 
joie. Qui voudrait donc pour les choses de la 
terre supporter tout cela, passer la vie dans les 
luttes, les angoisses et les périls ? et comment 
persuaderait-on les autres? pour jeter les dis- 
ciples dans la confusion, ne serait-ce pas assez 
des dangers visiblement courus par les maîtres? 
C'est ce qui ne vous est pas arrivé. 

a Notre prédication , notre enseignement ne 
provient pas du mensonge. » Pas de ruse, pas 
de déception ; nous n'avions donc pas à céder : 
elle n'a pas non plus un but que l'honnêteté 
repousse , il n'y a là ni prestige ni magie ; et 
c'est ce qu'il veut dire en déclarant qu'elle ne 
vient pas de la corruption : elle ne sert pas 
enfin d'instrument à des vues ambitieuses et 
dissimulées, ce mobile des projets de Theudas. 
< Mais , comme Dieu lui-même a jugé devoir 
nous confier l'Evangile , ainsi nous parlons , 
pour plaire à Dieu , nullement pour plaire aux 
hommes. » Vous le voyez , ce n'est pas une 
question de vaine gloire ; il s'agit uniquement 
de « plaire à Dieu, qui voit le fond des cœurs. » 
Nous ne faisons rien pour nous attirer l'estime 
des autres, dit-il; et pourquoi nous le pro- 
poserions-nous ? Après leur avoir rendu ce 
témoignage qu'ils ne veulent ni capter l'opinion 
ni gagner les honneurs, il ajoute : « Dieu lui- 
même a jugé devoir nous confier son Evangile. » 
C'est comme s'il disait : il nous a vus com- 
plètement étrangers aux intérêts de la terre , il 
ne nous eût pas choisis sans cela ; tels il nous a 
jugés , tels nous restons, c Dieu nous a jugés 
dignes ; » c'est après nous avoir éprouvés qu'il 
nous a confiés l'Evangile; s'il avait trouvé 
quelque mal en nous , il ne nous aurait pas 
ainsi jugés. L'épreuve dont il parle n'est pas 
un simple examen, mais bien une vue claire et 
distincte : il ne procède pas comme nous. Nous 
parlons donc comme il convient à des hommes 
que Dieu lui-même a jugés dignes d'une sem- 

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HOMÉLIE II 

blable mission : « Nous ne cherchons pas à 
plaire aux hommes ; * nous ne faisons pas toutes 
ces choses précisément pour vous. Gomme il 
vient de faire leur éloge , afin que sa parole ne 
tombe pas en suspicion, il dit aussitôt : « On ne 
nous a jamais surpris tenant un langage adula* 
teur, comme vous le savez bien ; ni cherchant 
un gain quelconque. Dieu nous en est témoin ; 
nous n'avons pas demandé l'approbation des 
hommes, rien de vous, rien des autres, quoique 
nous eussions pu vivre à vos frais comme apôtres 
du Christ. » Ibid., v, 6. 

o On ne nous a jamais surpris tenant des dis* 
cours adulateurs , » nous n'avons jamais flatté 
personne ; nous laissons ce moyen à ceux qui 
veulent tromper pour acquérir la richesse et la 
puissance. On ne dira pas de nous .que nous 
avons rampé pour monter, que nous avons ca- 
ressé pour spolier. Il les prend à témoin du fait 
même , de ce qui frappe les sens : Que nous ne 
soyons pas descendus à l'adulation , vous le 
savez. Pour ce qui ne parait pas au dehors , 
comme serait la convoitise, c'est Dieu qu'il 
appelle à témoin. «Nous n'avons pas demandé 
l'approbation des hommes , rien de vous , rien 
des autres , quoique nous eussions pu vivre à 
vos frais comme apôtres du Christ. » Nous n'a- 
vons pas cherché les distinctions, nous sommes 
venus sans appareil et sans suite. Nos exigences 
à cet égard n'auraient cependant eu rien d'é- 
trange ; si les envoyés des rois sont toujours 
reçus avec honneur, bien plus devions-nous 
l'être. Il n'a pas dit : On nous a fait injure , on 
ne nous a pas honorés , ce qu'ils eussent pris 
pour une récrimination ; il dit simplement : 
« Nous n'avons pas cherché les hommages. » 
Or, ne demandant pas ce que nous pouvions 
demander, dans l'intérêt de la prédication elle* 
même, comment eussions-nous fait quoi que ce 
soit pour notre propre gloire? En exigeant, nous 
n'aurions pas mérité de reproche ; car il serait 
juste que les ambassadeurs de Dieu auprès des 
hommes fussent accueillis avec beaucoup d'hon- 
neur, comme des êtres qui descendent tout à 
l'heure du ciel. Par surcroît de prudence et pour 
fermer la bouche aux contradicteurs, nous n'a- 
vons rien fait de semblable. 



10i 



3. On ne pourra pas dire non plus que nous 
agissons de cette façon envers vous , mais non 
envers les autres. Voici comment il écrivait aux 
Corinthiens : «t Si quelqu'un vous réduit en ser? 
vitude, si quelqu'un vous dévore, s'empare de 
vous , vous traite avec orgueil , vous frappe au 
visage, vous le supportez... Sa présence n'a rien 
que de faible, sa parole est sans dignité... Par- 
donnez-moi l'injure que je vous fais. » II Car., 
xi, 20 ; x, iO; xn, 13. Il montre encore là com- 
bien il est humble, en foulant aux pieds d'aussi 
précieux avantages. Il y fait encore allusion à 
l'argent : « Nous eussions pu vivre à votre 
charge comme apôtres du Christ; mais nous 
nous sommes faits petits au milieu de vous , 
nous étions comme une nourrice qui soigne ses 
enfants , tant notre tendresse pour vous était 
grande ; nous eussions ardemment désiré vous 
donner, avec l'Evangile de Dieu, notre âme 
même ; car vous nous êtes devenus extrêmement 
chers. » « Nous nous sommes faits petits, » dit 
l'Apôtre; aucune exigence, aucune importunité, 
ni dépense ni faste. « Au milieu de vous; » ce 
qui revient à dire : Comme l'un de vous, n'ac-* 
ceptantpas de prééminence. « Comme une nour- 
rice soigne ses enfants. » Yoilà ce qu'un insti- 
tuteur doit être. Une nourrice a-t-elle recours à 
l'adulation pour obtenir quelque gloire? de- 
mande-t-elle une riche récompense à de tout 
petits enfants? est-elle pour eux un fardeau pé- 
nible ? n'est-elle pas plus douce à leur égard 
que la mère elle-même? Ainsi leur témoigne-? 
t-il son affection. « Tant notre tendresse pour 
vous était grande ; » c'est à ce point que nous 
vous sommes unis , que nos sentiments vous 
appartiennent: loin de rien accepter, s'il faut 
vous donner notre vie même, nous n'hésiterons 
pas. Sont-celà, je .vous prie, des pensées hu- 
maines ? quel est l'homme assez fou pour tenir 
ce langage ? « Nous désirions ardemment vous 
donner, avec l'Evangile de Dieu, notre vie 
même. Ceci l'emporte donc sur cela. Quel en 
est l'avantage? Il est plus avantageux sans doute 
que l'Evangile soit donné; mais il est plus diffi- 
cile de sacrifier sa vie. La prédication ne peut 
pas se comparer à ce sacrifice ; il y a plus d'hon- 
neur d'un côté, plus de difficulté de l'autre. 



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102 



HOMÉLIES SUR LA I" ÉPITRE AUX THESSALONICIENS. 



En écrivant, 
saint Paul 
l'avait pour 
int aucun des 
motifb hu- 



tomme la ri- 
hesse et la 

jloire. 



Joies pures 
le l'amitié. 



Nous voudrions, si c'était permis , dit l'Apôtre, 
mourir pour vous. 

Il a donné des éloges , il en donne encore , et 
c'est pour cela qu'il déclare n'avoir pas pour 
but la richesse et la gloire ni l'adulation pour 
moyen. Voyez, en effet, s'ils avaient soutenu de 
nombreuses luttes, s'il fallait beaucoup les louer 
et les admirer , afin d'exciter de plus en plus 
leur courage,' la louange pouvait aussi faire 
naître le soupçon. C'est pour l'éloigner qu'il 
parle des périls encourus. Mais, par contre, de 
peur qu'on ne le soupçonne de parler des périls 
pour faire valoir ce qu'il à souffert dans leur 
intérêt et se donner des droits à leurs hommages, 
il ajoute aussitôt après : a Parce que vous nous 
êtes devenus extrêmement chers. » Telle est la 
raison pour laquelle nous vous eussions volon- 
tiers donné nos âmes : notre amour pour vous 
nous eût poussés à l'immolation. Nous vous 
annonçons l'Evangile, parce que Dieu nous l'a 
commandé; mais nous avons pour vous une 
telle affection que le sacrifice de la vie nous eût 
paru facile. C'est ainsi qu'il faut répondre à l'a- 
mour, en s'immolant soi-même , si cette immo- 
lation nous est demandée , et si de plus elle est 
permise. Que dis-je, si elle nous est demandée? 
on doit aller de soi-même au-devant de l'occa- 
sion. Il n'est rien, absolument rien de plus doux 
qu'un tel amour ; impossible d'y trouver une 
goutte d'amertume. L'ami fidèle est en réalité 
le remède de la vie ; il est la protection par 
excellence. Que ne ferait pas le véritable ami ? 
quelle joie pure , quel bien , quelle sécurité ne 
donne-t-il pas? Me parleriez- vous d'innom- 
brables trésors , rien de comparable à l'ami 
digne de ce nom. 

Disons d'abord les joies pures de l'amitié. Notre 
cœur tressaille et se dilate à la vue d'un ami ; 
c'est une intime et mystérieuse union des âmes 
qui les inonde de bonheur; le simple souvenir 
d'un ami secoue l'intelligence et lui donne des 
ailes. Mais je parle des vrais amis, de ceux qui 
n'ont qu'une àme, qui seraient prêts à mourir, 
dont les sentiments sont toujours enflammés. 
Ne m'opposez pas les amis vulgaires que vous 
pouvez avoir dans la pensée, les compagnons de 
table, ceux qui n'ont d'ami que le nom. Quand 



on possède un ami tel que je dis, on se reconnaît 
à ma parole : le verrait-on chaque jour, jamais 
on n'éprouve la satiété ; on lui désire tout le 
bien qu'on se désire à soi-même. J'ai connu 
quelqu'un qui demandait aux saints de prier 
d'abord pour son ami, et puis pour lui-même* 
C'est une si grande chose qu'un véritable ami, 
que par rapport à lui l'âme s'attache à tel temps, 
à tel lieu. De même que la splendeur des corps 
répand tout autour comme une fleur de beauté, 
de même la présence des amis communique aux 
objets inanimés de leur grâce et de leur vie. 
Plus d'une fois, nous retrouvant seuls dans les 
lieux que nous avons habités ensemble, reve- 
nant sur les jours écoulés, nous versons des 
larmes et poussons des gémissements. Impos- 
sible d'égaler par la parole le bonheur que 
cause la présence d'un ami; on ne peut le savoir 
que par l'expérience. Lui demander un bienfait 
ou le recevoir de lui ne saurait inspirer aucun 
soupçon. Quand il nous commande, c'est une 
attention dont nous lui savons gré ; quand il 
hésite , il nous attriste. Nous n'avons rien qui 
ne soit à lui. N'ayant plus que du mépris sou- 
vent pour les choses de la terre, nous ne vou- 
drions pas cependant la quitter à cause des amis ; 
ils nous sont plus chers que la lumière elle- 
même. 

4. Et dans le fait, un ami, j'entends un ami 
véritable, nous est plus précieux que la lumière 
du jour. Ne vous étonnez pas de cette parole. Oui, 
mieux vaut pour nous ne plus voir les rayons 
du soleil que perdre nos amis ; mieux vaut être 
plongé dans les ténèbres que vivre sans amitié. 
Comment? je vais le dire. Beaucoup de ceux 
qui voient le soleil sont dans une obscurité pro- 
fonde; quand on a des amis, il n'est pas de 
complète infortune. Je parle des amis selon la 
grâce, de ceux qui ne mettent rien au-dessus de 
l'amitié. Tel était Paul , lui qui donnait volon- 
tiers sa vie, avant même qu'on la lui demandât, 
lui qui n'aurait pas craint de tomber dans la 
géhenne. Voilà de quelle ardente affection il 
faut être animé. Une comparaison vous mon- 
trera l'amitié véritable : les amis l'emportent 
sur les pères et sur les enfants; j'entends tou- 
jours les amis selon le Christ. Ne me parlez pas 



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HOMÉLIE II. 103 

des amis d'aujourd'hui; ce bien s'est évanoui donner son Fils pour nous; mais, afin depa- 

comme les autres. Songez plutôt aux amis des raître nous payer de retour, et non nous faire 

temps apostoliques; et je ne parle pas encore des une grâce, il ordonna à Abraham de sacrifier 

coryphées, je parle des simples fidèles : « Tous son fils, voulant ainsi diminuer la grandeur du 

n'avaient qu'un cœur et qu'une âme, personne don si grand qu'il allait nous faire. Quand l'a- 

ne prétendait avoir en propre ce qui lui appar- mitié n'existe pas, nous reprochons et nous 



tenait, il le distribuait â chacun selon ses be- 
soins. » Act., iv, 32, 35. Alors n'existaient pas 
le tien et le mien. Voilà bien l'amitié, ne pas 
regarder comme sien ce qu'on possède, ne s'in- 
téresser qu'à son prochain, et nullement à soi- 
même, veiller sur l'âme d'autrui comme sur la 
sienne propre; et puis, que le prochain vous 
paie de retour. Et comment serait-il possible, 
me demanderez-vous , de trouver un tel ami? 
C'est impossible sans doute, parce que nous ne 
le voulons pas ; mais c'est parfaitement possible 
si nous le voulons. Supposé que ce fût impos- 
sible, le Christ ne nous l'aurait pas ordonné, il 
n'aurait pas tant insisté sur la charité fraternelle. 

C'est une grande chose que l'amitié, tellement 
grande que nul n'en peut avoir une juste idée, 
qu'il n'est pas d'expression pour la rendre, et 
que l'expérience seule peut nous montrer ce 
qu'elle est. C'est le défaut de charité qui fait les 
hérésies, c'est aussi pour cela que les infidèles 
persistent dans leur infidélité. Quand on aime, 
on ne veut pas commander, on n'aspire pas à 
la puissance ; c'est même en obéissant , en exé- 
cutant les ordres des autres qu'on a plus de 
crédit; on aime mieux faire le bien que le rece- 
voir; on aime, et l'on est toujours comme quel- 
qu'un qui n'a pas assez fait au gré de ses désirs. 
Alors, je le répète, l'homme est moins heureux 



exagérons le peu que nous faisons de bien : 
nous le cachons, au contraire, quand nous 
aimons réellement; si le bienfait est de quelque 
importance, nous le montrons comme n'en 
ayant aucune , ne voulant pas que notre ami se 
tienne pour obligé, et cherchant d'autant plus 
à paraître son débiteur qu'il est le nôtre. 

Je m'aperçois que beaucoup ne me com- 
prennent pas encore, et la raison c'est que je 
parle d'une chose qui désormais a le ciel pour 
séjour. De même que, si je vous entretenais 
d'une plante qui pousse dans l'Inde et que per- 
sonne d'entre vous n'aurait vue, je ne pourrais 
pas avec la parole , quelque riche qu'elle fût, 
vous en donner, une juste idée, il y faudrait 
l'expérience ; de même, quoi que je puisse vous 
dire sur le sujet actuel , je ne parviendrai pas à 
vous le faire comprendre. La plante dont nous 
parlons est transplantée dans les cieux; les 
feuilles n'en sont pas chargées de pierres pré- 
cieuses, elles portent l'arôme de la vertu, lequel 
est mille fois plus agréable. De quel plaisir me 
parlerez- vous, honnête ou honteux? Celui de 
l'amitié les surpasse tous, ceux-là même qui 
seraient doux comme le miel. Le miel produit 
la satiété , l'amitié jamais , tant qu'elle reste 
digne de ce nom; loin de produire la satiété, 
ce plaisir fait que le désir augmente sans cesse. 



de recevoir un bien que de l'accorder : il préfère L'ami nous est plus précieux que la vie présente 



avoir son ami pour débiteur que pour créancier, 
ou plutôt il veut être débiteur lui-même tout en 
ayant son ami pour débiteur; il veut faire le 
bien sans paraître le faire, en paraissant même 
ne pouvoir pas acquitter sa dette. Peut-être 
beaucoup d'entre vous ne comprennent-ils pas 
entièrement ce que je dis; il faut donc que j'y 
revienne. Il vent prévenir son ami dans ce gé- 
néreux échange, et laisser croire qu'il est lui- 
même prévenu , qu'il acquitte simplement une 
dette : c'est ainsi que Dieu s'est également 
conduit envers les hommes. Il avait résolu de 



elle-même; beaucoup, on le sait, n'ont plus dé- 
siré vivre après la mort de leurs amis. Avec un 
ami on prendrait sans peine le chemin de l'exil ; 
sans un ami le séjour même de la patrie nous 
est pénible. Avec un ami la pauvreté nous pa- 
rait tolérable ; sans lui les richesses accompa- 
gnées même de la santé, nous sont à charge. Un 
ami, c'est un autre soi-même. Je souffre de ne 
pouvoir pas mieux vous expliquer ma pensée, et 
vous faire ainsi comprendre que nos paroles sont 
infiniment au-dessous de la réalité. Je n'ai 
d'ailleurs parlé que de la terre ; mais la réoom- 



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HOMÉLIES SUR LA I" ÉPITRE AUX THESSÀLONICIENS. 



pense que Dieu doit décerner à la pure amitié, 
qui pourrait essayer de la dire? Dieu donne une 
récompense à l'amour fraternel. Aimez, nous 
dit-il, et prenez votre récompense; et par là 
nous contractons nous-mêmes une dette. Priez , 
et prenez votre récompense ; ce pourquoi nous 
serions les obligés nous-mêmes, puisque nous 
demandons un bien. Jeûnez, et prenez votre 
récompense, devenez vertueux, et prenez votre 
récompense, tout obligé que vous seriez encore. 
En effet, le père et la mère, quand ils ont tout 
fait pour rendre les enfants vertueux, leur 
donnent encore alors une récompense; tandis 
que ces derniers seraient les débiteurs, étant 
mis de la sorte en possession d'une vie heureuse, 
ainsi fait Dieu. Prends ta récompense, dit-il, si 
tu pratiques la vertu; car tu fais le bonheur de 
ton père et je suis ton débiteur : méchant, tu 
n'as droit à rien, puisque tu provoques sa colère. 
N'excitons donc pas la colère de Dieu, faisons 
sa joie, et nous obtiendrons le royaume des 
cieux, par le Christ Jésus Notre-Seigneur, et le 
reste... 



HOMÉLIE III. 

« Vous vous souvenez , frères , de nos labeurs et de nos 
fatigues : travaillant la nuit et le jour, pour n'être à 
charge à personne de vous , nous vous avons prêché 
l'Evangile de Dieu. Vous nous* êtes témoins, et Dieu 
l'est aussi , combien notre conduite envers vous qui 
avez embrassé la foi, a été sainte, juste, irréprochable : 
vous savez que nous avons agi envers chacun de vous 
comme un père avec ses enfants , vous exhortant et 
vous consolant, vous adjurant de mener une vie digne 
de Dieu, qui vous a appelés à son royaume et à sa 
gloire. » 

un maître 1. Un maître ne doit estimer onéreux rien de 

86 doit tOUt . , w 

entier à ses <œ qui concourt au salut de ses disciples. Si le 
dj«ipie«. bienheureux Jacob veillait nuit et jour à la 
garde de ses brebis , à plus forte raison doit 
veiller celui à qui sont confiées des âmes; 
quelque fatigant, quelque humble que soit ce 
labeur, il faut tout mettre en œuvre, dans cette 
unique pensée de procurer le bonheur de ses 
frères et la gloire de Dieu. Voyez comme Paul , 
le héraut et l'apôtre du monde entier, malgré la 
gloire dont il était revêtu , travaillait de ses 
mains, *fin de n'être pas à charge à ceux qu'il 



instruisait. « Vous vous souvenez, frères, dit-il, 
de nos labeurs et de nos fatigues. » Il avait dit 
antérieurement : < Nous eussions pu vivre à 
votre charge comme apôtres du Christ. » Il s'en 
était expliqué de même dans son épltre aux 
Corinthiens : « Ne savez-vous pas que les 
hommes voués aux fonctions sacrées , vivent de 
ces fonctions. » I Cor., ix, 13. C'est une chose 
établie par le Christ que les prédicateurs de 
l'Evangile vivent de l'Evangile. Pour moi , je 
ne l'ai pas voulu , j'ai préféré travailler. Non- 
seulement il travaille, mqis il travaille avec une 
infatigable ardeur. Ecoutez-le lui-même : « Vous 
vous souvenez , » non point de mes bienfaits , 
mais de mes labeurs et de mes fatigues. Nous 
avons travaillé la nuit et le jour, pour n'être à 
charge à personne de vous; ainsi vous avons- 
. nous prêché l'Evangile de Dieu. Il disait autre 
chose en s'adressant aux Corinthiens : « J'ai 
dépouillé d'autres Eglises , recevant les dons 
qu'elles m'offraient pour vous. » II Cor., xi, 8. 
Il travaillait alors aussi; au lieu cependant de 
le leur rappeler , il leur adresse un mot qui 
doit les stimuler davantage. C'est comme s'il 
leur disait : D'autres m'ont nourri pendant que 
je m'employais à votre service. 

Il ne tient plus ici le même langage ; vous 
avez entendu comment il s'exprime : « Tra- 
vaillant la nuit et le jour. » Ailleurs il disait : 
Me trouvant au milieu de vous et dans le besoin, 
je n'ai surchargé personne ; » Ibid. y 9 ; à la suite 
de ceci : « D'autres pourvoyaient à mon entre- 
tien pendant que je m'employais à votre ser- 
vice. » Cela prouve que ses disciples actuels sont 
dans la pauvreté , mais non les autres. De là 
vient qu'il en appelle constamment à leur témoi- 
gnage : or Vous êtes témoins et Dieu l'est aussi. » 
Il accrédite par là sa parole, il met en avant ce 
qui doit le mieux leur inspirer la foi : l'une de 
ces choses est voilée pour ceux qui ne l'ont ja- 
mais apprise , l'autre est évidente pour tous et 
ne laisse aucun doute. Ne soyez pas étonnés de 
cette précaution. Il ne songe pas que c'est lui 
Paul qui leur parle, il veut par-dessus tout que 
ses auditeurs soient dans une parfaite certitude. 
C'est pour cela qu'il dit : « Vous êtes témoins, et 
Dieu l'est aussi , combien notre conduite parmi 



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hOMÉLIE m. 



m 



vous qui avez embrassé la foi , a été sainte , 
juste, irréprochable. » Il fallait en revenir à les 
louer, aussi se borne-t-il à dire ce qui doit pré- 
venir chez eux toute hésitation. Il s'appuie dans 
son raisonnement sur ce qu'il s'était déjà trouvé 
dans le besoin sans rien recevoir de ses dis- 
ciples y et maintenant plus que jamais, a Com- 
bien notre conduite pour vous qui avez embrassé 
la foi , a été sainte , juste , irréprochable ; vous 
savez aussi de quelle façon nous avons agi en- 
vers chacun de vous, comme un père envers ses 
enfants, vous prodiguant les prières et les con- 
solations. » Après avoir parlé de la conduite , il 
parle de la charité ; et la charité l'emporte de 
beaucoup sur la puissance. Aucune ostentation 
dans ce qu'il dit : a Gomme un père envers ses 
enfants, vous prodiguant nos prières et nos con- 
solations, vous adjurant de mener une vie digne 
de Dieu , qui vous a appelés à son royaume et à 
sa gloire. » Dans cette expression même, « vous 
adjurant, » l'image du père est toujours devant 
lui. Nous vous avons adjurés , mais non avec 
violence; c'était avec l'amour d'un père, et 
« chacun de vous. » 

Ciel! dans une si grande multitude il n'oublie 
donc personne, ni petit ni grand, ni riche ni 
pauvre. « Priant, » et dans quel but? Pour que 
vous supportiez toutes les épreuves. « Vous con- 
solant et vous adjurant. Vous priant ; » ils ne 
cherchaient donc pas la gloire. « Vous adju- 
rant ; » ils n'avaient donc pas recours à l'adula- 
tion. « De mener une vie digne de Dieu , qui 
vous a appelés à son royaume et à sa gloire. » 
Voyez comment, par voie de simple exposition , 
il les instruit et les console : Puisqu'il vous 
appelle à son royaume , ne devez- vous pas tout 
supporter? Nous vous demandons en grâce, 
non de nous accorder quoi que ce soit , mais 
d'acquérir pour vous-mêmes le royaume des 
cieux. « Aussi rendons-nous sans cesse grâce à 
Dieu de ce que, en acceptant la parole que nous 
vous faisons entendre de sa part, vous l'avez 
acceptée, non comme la parole des hommes, 
mais bien comme ce qu'elle est en réalité, ta 
. parole de Dieu , dont la puissance agit en vous 
qui avez embrassé la foi. » Il n'est pas à dire 
que nous agissions en tout impunément, et que 



votre conduite soit indigne de la nôtre : vous 
në nous avez pas écoutés comme on écoute des 
hommes, c'est Dieu lui-même que vous écoutiez, 
vous exhortant par notre ministère. Comment 
le démontrer? Qu'il n'ait pas prêché par adu- 
lation ou par vaine gloire , il l'a prouvé par ses 
tribulations, par leur témoignage, par le carac- 
tère de sa vie : il prouve également par leurs 
tribulations qu'ils ont su respecter la parole. 
Et comment, si vous n'aviez pas cru que Dieu 
vous parlait , eussiez-vous affronté des périls 
aussi graves? Voici maintenant pour la dignité : 
c Vous êtes devenus, frères , les imitateurs des 
Eglises de Dieu qui sont dans la Judée en Jésus- 
Christ, parce que vous avez souffert, vous aussi, 
de vos concitoyens ce qu'elles ont souffert de la 
part des Juifs , de ceux qui ont fait mourir le 
Seigneur Jésus et les prophètes , qui nous ont 
persécutés, qui s'élèvent contre Dieu et sont en 
lutte avec tous les hommes; ils nous empê- 
chaient de parler aux Gentils et de procurer 
leur salut , mettant ainsi le comble à leurs pé- 
chés de tous les temps. Mais la divine colère 
les a frappés et les frappera jusqu'à la fin. » 

2. « Vous êtes devenus les imitateurs des 
Eglises de Dieu qui sont dans la Judée. » Grande 
consolation ! Il ne faut pas s'étonner , dit-il , 
qu'ils vous traitent de la sorte , puisqu'ils n'ont 
pas épargné leurs frères. La vérité de la prédi- 
cation est attestée par là d'une manière assez 
frappante, quand on voit des Juifs même tout 
supporter ainsi. « Parce que vous avez souffert 
de vos concitoyens ce qu'elles ont souffert de la 
part des Juifs. » Ce qui ajoute à la portée de 
cette affirmation, c'est qu'ils aient souffert dans 
la Judée. Cela nous montre les disciples partout 
dans la joie, comme des athlètes victorieux. Il 
leur rend donc ce témoignage , qu'ils ont en- 
duré les mêmes tribulations. Devez-vous être 
étonnés s'ils vous persécutent , alors qu'ils ont 
eu la même audace envers le Seigneur? Voyez 
comme il insiste sur tout ce qui peut le mieux 
les consoler. Il y revient sans cesse ; vous trou- 
verez à peu près dans toutes ses épitres , si vous 
les parcourez avec soin, qu'il présente toujours, 
quoique diversement, le Christ comme notre 
modèle dans les épreuves. Examinez bien. 

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106 



HOMÉLIES SUR LA 1" ÉPITRE AUX THESSALONICIENS. 



Accusant ici les Juifs, il leur remet en mémoire fut déterminée d'avance , que les prophètes ont 

le Seigneur et les tourments de sa passion ; tant annoncée. « Pour nous, frères, séparés de vous 

il savait que c'était le meilleur moyen de con- pour l'espace d'une heure, par la vue simple- 

soler les affligés : « Us ont mis à mort le Sei- ment, et non parle cœur, nous sommes d'autant 

gneur. » Ne le connaissant pas peut-être ? Ils le plus impatients de vous revoir. » Le texte ne 

connaissaient très-bien. Eh quoi , n'ont-ils pas dit pas même séparés, il dit désolés, ce qui est 

aussi mis à mort leurs prophètes , n'ont-ils pas bien plus fort. L'Apôtre parlait plus haut de 

lapidé ceux dont ils portent partojit les livres ? l'adulation, se défendant de flatter les hommes 

Et ce n'est pas en faveur de la vérité qu'ils ont ou de chercher la gloire; et maintenant il parle 

agi de la sorte. Il y a donc là non-seulement de la charité. Plus haut il disait : a Gomme un 

une consolation dans les épreuves , mais encore père à l'égard de ses enfants, comme une nour- 

un salutaire avertissement qui ne nous permet rice ; » il fait suite à cette pensée en parlant ici 

pas de croire qu'ils aient prétendu défendre la de désolation : c'est le sentiment des enfants 

vérité ; ce qui ne manquerait pas de nous jeter qui cherchent leur père, 

dans le trouble. « Us nous ont persécutés. » C'est donc eux qui se trouvaient dans la déso- 

Et nous aussi, nous avons souffert des maux lation? Non, c'est nous, dit-il. A considérer la 

sans nombre. vivacité du désir, tels de petits enfants aban- 

c Ils s'élèvent contre Dieu ; ils sont en lutte donnés à eux-mêmes, orphelins avant le temps, 

avec tous les hommes, ils voulaient nous empè- regrettent avec une douleur inconcevable ceux 

cher de parler aux nations et de leur procurer le qui leur ont donné le jour, et non-seulement à 

salut. » Comment sont-ils en lutte avec tous les cause des sentiments qu'ils tiennent de la nature, 

hommes? Dès que la parole doit retentir dans le mais encore à cause de leur état d'abandon : 

monde entier , en y faisant obstacle, ils de- tels nous avoçs été nous-mêmes. C'est ainsi 

viennent les ennemis communs du genre hu- qu'il peint le déchirement de la séparation. Il 

main. Us ont mis à mort le Christ et les pro- n'est pas même possible, dit-il, d'exprimer cette 

phètes , ils outragent Dieu , ils se déclarent les souffrance, surtout en considérant combien elle 

ennemis de toutes les nations de la terre , ils a duré. Mais nous étions séparés de corps , et 

nous exilent , nous qui venons remplir une mis- non de cœur ; car nous vous portons toujours 

sion de salut. Quoi d'étonnant s'ils agissent de dans notre àme. Quelle vive affection! quoique 

même à votre égard , après avoir commencé les ayant toujours présents à la pensée , il n'en 

dans leur propre pays ? « Ils nous empêchaient de désire pas moins les voir face à face. N'allez pas 

parler aux nations et de leur procurer le salut. » m'objecter une vaine philosophie ; l'amour véri- 

Or, c'est l'envie qui s'oppose delà sorte au salut table veut voir, entendre, parler : il se nourrit 

de tous, a Afin de mettre le comble à leurs pé- et s'accroît de la présence. « Nous nous sommes 

chés de tous les temps. Meus la divine colère les d'autant plus empressés. » Le texte porte : 

a déjà frappés et les frappera jusqu'à la fin. » « Plus abondamment; » ou bien parce que nous 

Voici qui diffère bien de ce qui précède : plus avions pour vous la plus grande estime , ou 

de voie de retour, plus de terme ; la colère est mieux parce que, n'ayant qu'une heure , nous 

là tout près. Comment le savons-nous ? Par les étions jaloux de vous contempler tous. Observez 

prédictions mêmes du Christ. L'Apôtre ne donne encore ce trait du bienheureux Apôtre : quand 

pas seulement pour consolation que beaucoup il ne peut pas satisfaire par lui-même son désir, 

d'autres sont affligés comme eux , il ajoute que il y supplée par les autres. Il envoie Timothée 

les persécuteurs ont reçu leur châtiment. Si le aux Philippiens, et dans une autre circonstance 

retard est pénible, qu'ils se consolent par la aux Corinthiens , voulant être au milieu d'eux 

pensée qu'ils n'ont plus les yeux à lever avec par son disciple, quand il en était lui-même 

crainte. Il abrège même le retard en parlant de empêché. Il aimait saçs mesure, avec une sorte 

çette colère qui doit nécessairement éclater, qui de frénésie; il semblait incapable de maîtriser 



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HOMÉLIE III. 



107 



son affection, a Nous voulions nous transporter 
chez vous. » C'est un témoignage de tendresse, 
et la preuve , c'est qu'il n'en donne pas d'autre 
motif que le bonheur de les voir. « Moi Paul , 
une et même deux fois; mais Satan nous a fait 
obstacle. » 

3. Que dites- vous, Satan a fait obstacle! Oui ; 
car ce n'est pas là l'œuvre de Dieu. Il dit cepen- 
dant aux Romains que Dieu l'empêcha dans une 
semblable circonstance. Luc dit ailleurs que 
l'Esprit les empêcha de se rendre en Asie. Paul 
lui-même, écrivant aux Corinthiens, attribue la 
chose à l'Esprit : ce n'est qu'ici qu'il l'attribue 
à Satan. Quel est le genre de contrainte que 
Satan peut exercer? Des épreuves inatten- 
dues et violentes. En effet , l'Apôtre fut re- 
tenu trois mois dans l'Hellade, à cause des 
embûches que les Juifs avaient dressées contre 
lui. Autre chose est de rester à dessein et par 
mesure de prudence, autre chose d'être empêché. 
Dans Tépitre mentionnée la première il avait 
dit : a Voilà pourquoi n'ayant pu demeurer 
dans ces contrées ; » Rom., xv, 23 ; et dans la 
seconde : « C'est j>our vous ménager que je ne 
suis pas encore venu à Corinthe. » II Cor., i, 23. 
Ici rien de pareil , et quoi donc? « Satan nous a 
fait obstacle. » Il poursuit : « Moi, Paul, une et 
même deux fois. » Il fait son propre éloge, il se 
glorifie, voulant montrer qu'il est celui de tous 
qui les aime davantage. « Moi, du moins Paul; » 
alors même qu'il n'en était pas ainsi des autres. 
Eux voulaient simplement; mais moi j'ai tenté. 
« Quelle est notre espérance, notre joie, notre 
couronne de gloire ? N'est-ce pas vous en pré- 
sence de Notre-Seigneur Jésus-Christ, au jour 
de son avènement?» Les Macédoniens , dites- 
moi, sont-ils donc votre espérance, ô bienheu- 
reux Paul? Ce n'est pas eux seuls, répond-il; 
puis il ajoute : a Ne l'ètes-vous pas vous aussi? » 
Voilà donc comment il s'exprime : a Quelle est 
mon espérance, ma joie, ma couronne de 
gloire? » Ne reconnaissez-vous pas là le langage 
embrasé d'une tendre mère s'adressant à son 
tout petit enfant? « Ma couronne de gloire. » 

Ce n'était pas assez de ce mot de couronne 
pour rendre la splendeur qu'il a dans la pensée, 
il a fallu qu'il y joignit celui de gloire. Quel 



brûlant amour ! jamais un père, ni une mère, 
ni ces deux cœurs réunis, ne pourraient témoi- 
gner un désir, exprimer une tendresse compa- 
rable à celle de Paul, « Ma joie et ma cou- 
ronne. » Je me réjouis beaucoup plus par rap- 
port à vous que par rapport à cette couronne. 
Songez cependant quelle grande chose ce devait 
être de voir autour de soi cette Eglise entière 
qu'on a plantée et qui s'est multipliée depuis. 
Qui ne serait transporté d'allégresse au milieu 
de cette postérité si nombreuse et si parfaite? 
Ce n'est pas là non plus de l'adulation ; ce qu'il 
leur dit, il le dit de tous les fidèles, a Vous êtes 
notre gloire et notre joie. Aussi, ne supportant 
plus de retard, nous avons cru devoir rester 
seul à Athènes ; et nous vous avons envoyé 
Timothée, notre frère et comme nous ministre 
de Dieu dans l'Evangile du Christ. » Il ne parle 
pas de la sorte pour exalter Timothée, il veut 
plutôt les honorer eux-mêmes, puisqu'il leur 
envoie son collaborateur, un ministre de l'Evan- 
gile. C'est comme s'il leur disait : Nous l'enle- 
vons à son œuvre , nous vous adressons un vrai 
serviteur de Dieu, notre auxiliaire dans l'Evan- 
gile du Christ. Il dit ensuite dans quel but : 
« Pour vous affermir et vous encourager dans 
votre foi, pour que personne ne soit ébranlé 
par les tribulations présentes. » Quelle est sa 
pensée? Comme les tribulations des maîtres ont 
coutume de troubler les disciples , et que lui- 
même alors se trouvait au milieu des épreuves, 
et cela se voit par ce mot : o Satan nous a fait 
obstacle; » c'est pour les ranimer qu'il leur 
parle ainsi. 

Voici la signification de ce langage : Par deux 
fois j'ai voulu venir, et cela ne m'a pas été pos- 
sible. Il déclare avoir été violemment empêché, 
ce qui devait probablement les jeter dans le 
trouble. Et dans le fait, les disciples s'alarment 
moins de leurs propres maux que de ceux de 
leurs maîtres ; tout comme le soldat est moins 
abattu de ses propres blessures que de voir son 
général blessé. « Pour vous affermir ; » il l'envoie 
donc pour qu'ils ne tombent pas dans le trouble, 
et non de peur qu'il manque quelque chose à 
leur foi ou qu'ils aient besoin de rien apprendre, 
a Et pour vous encourager dans votre foi, pour 



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408 



HOMÉLIES SUR LA I M ÈPITRE AUX THESSALONICIENS. 



que personne ne soit ébranlé par les tribula- 
tions présentes; car vous savez bien que nous 
sommes destiné à les subir. Alors que nous étions 
près de vous , nous vous annoncions que nous 
devions être persécuté, et l'événement le prouve, 
vous ne l'ignorez pas. » Joan., xiv, 29. Il ne faut 
pas se laisser abattre; rien d'étrange, rien d'im- 
prévu n'est arrivé. C'en était assez pour ranimer 
leur courage. Le malade n'est pas trop alarmé 
par le médecin, quand celui-ci lui dit que telle ou 
telle chose aura lieu ; c'est lorsqu'un accident sur- 
vient à l'improviste, et que la maladie déjoue 
les efforts de l'art , qu'il tombe dans l'abatte- 
ment et l'angoisse : il en est de même ici. Paul 
qui le savait d'avance, leur a prédit les afflic- 
tions; « et l'événement, ajoute-t-il, a suivi la 
prédiction , comme vous ne l'ignorez pas. » Ce 
n'est pas la seule circonstance qui lui permette 
de parler ainsi ; il a prédit bien d'autres choses 
qui sont également arrivées, « Nous sommes 
destiné à les subir. » Par conséquent, ni les 
épreuves passées ne doivent vous jeter dans le 
trouble et la confusion , ni même les épreuves 
futures, s'il s'en présente encore à souffrir; n'en 
soyez pas ébranlés, elles font partie de notre 
mission. 

Dettinéedn 4. Entendons-le, nous qui avons des oreilles 
pour entendre : telle est la destinée du chrétien. 
Cette parole : « Nous sommes destinés à ces 
épreuves, » s'applique à tous les fidèles. Et nous 
aussi, quoique nous ayons le repos en perspec- 
tive, nous avons autre chose à subir. Comment, 
autre chose ? ce n'est jamais qu'une tribulation, 
ou bien une tentation humaine qui nous saisit. 
Ici revient cette sentence : a Vous n'avez 
pas encore résisté jusqu'à l'effusion du sang 
dans votre lutte contre le péché. » Heàr., xn, 4. 
Mais non, il n'est pas opportun de vous le 
dire; que faut-il donc vous dire? Vous n'avez 
pas encore méprisé les biens temporels. Le lan- 
gage de l'Apôtre , on pouvait le tenir avec rai- 
son à ceux qui s'étaient dépouillés de tout. 
Pour ceux qui ne se sont dessaisis de rien , il 
faut leur dire : Avez-vous été spoliés pour le 
Christ, meurtris de soufflets , accablés d'ou- 
trages? Je ne parle encore que des propos inju- 
rieux. Quel sujet avez-vous de vous glorifier, 



chrétien. 



quel motif de confiance ? Le Christ a tant souf- 
fert pour nous , alors que nous étions ses enne- 
mis ; pouvons-nous montrer une peine que 
nous ayons soufferte pour lui? Nos souffrances 
ne sont rien, et les biens qu'il nous accorde sont 
infinis. Oserons-nous bien paraître devant son 
tribunal? Ne savez-vous pas qu'un soldat n'est 
couvert de gloire par le souverain que lorsqu'il 
parait devant lui déjà couvert de blessures et 
de cicatrices? S'il n'a pas de nobles et généreuses 
actions à faire valoir , on le relègue au dernier 
rang. — Mais ce n'est pas le temps de la guerre, 
m'objecterez- vous. — Et si nous en étions-là, je 
vous le demande , qui donc aurait combattu ? 
qui serait descendu dans l'arène pour rompre 
la phalange des ennemis ? Personne peut-être ; 
quand je vous vois ne point dédaigner les ri- 
chesses pour le Christ , puis-je penser que vous 
braverez les coups? Supportez -vous généreuse- 
ment les insultes, dites-moi, y répondez- vous 
par des bénédictions ? Votre obéissance ne va 
pas jusque-là. 

Vous n'accomplissez pas une chose qui n'offre 
aucun danger; et vous accepteriez des blessures 
qui sont toujours une source de tristesse et de 
douleur? Ignorez-vous que c'est dans la paix 
qu'il faut s'exercer à la guerre ? Ne voyez-vous 
pas ces soldats qui, lorsque ne menace aucune 
guerre, dans la plus profonde paix, fourbissent 
leurs armes , puis , formant les rangs sous les 
ordres de leurs chefs, sortent dans la campagne, 
simulent des combats, font de longues marches 
presque chaque jour? rien n'est oublié pour les 
rendre habiles à la guerre. Qui des soldats spiri- 
tuels se prépare de la sorte? Aucun. Voilà pour- 
quoi nous succombons aux fatigues, nous reçu* 
Ions devant le danger, nous devenons aisément 
la proie de tout le monde. Quel aveuglement 
n'est-ce pas et quelle faiblesse de ne pas regarder 
le temps présent comme celui de la lutte , alors 
que Paul s'écrie : « Tous ceux qui veulent vivre 
pieusement dans le Christ Jésus , seront persé- 
cutés ? » II Tim., in, 42. Le divin Maître dit lui- 
même : « Dans le monde vous éprouverez des 
afflictions. » Joan., xvi, 33. Le bienheureux 
Paul élève de nouveau la voix pour nous aver- 
tir : c Nous n'avons pas à lutter contre la chair 



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HOMÉLIE m. 
et le sang... Tenez-vous donc debout, portant 
aux reins la ceinture de la vérité. » Ephes., 
VI, 12-14. Aucun de ses disciples ne lui répon- 
dit : Pourquoi nous faites-vous prendre les 
armes quand nous sommes en paix ? pourquoi 
nous imposez-vous des labeurs difficiles? A quoi 
bon les soldats endosseront-ils la cuirasse , dans 
un temps où le repos leur est permis? Si quel- 
qu'un eût tenu ce langage, on n'eût pas manqué 
de lui répliquer : Ne serions-nous pas en guerre, 
ce serait encore mieux le moment de nous en 
préoccuper. C'est celui qui s'en préoccupe pen- 
dant la paix qui se montrera le plus terrible à 
l'heure de la bataille , tandis que celui qui ne 
a'est pas exercé sera souvent dans les alarmes 
durant la paix. Et pour quelle raison? Parce 
qu'il tremblera de perdre ce qu'il possède; inca- 
pable de combattre pour le conserver, il pleurera 
d'avance. 

Les biens de l'homme lâche , inexpérimenté , 
n'ayant aucune connaissance de la guerre, 
deviennent facilement la proie de ceux qui 
savent la faire et qui ne craignent pas les périls. 
Telle est la raison pour laquelle je commence 
par vous armer. Considérez après cela que la 
vie présente tout entière est un perpétuel com- 
bat. Je m'explique : le diable est constamment 
sur nous. Ecoutez ce qu'en dit Pierre : « Il tourne 
comme un lion rugissant, prêt à nous dévorer. » 
I Petr., v, 8. Notre corps est sujet à des infir- 
mités sans nombre, qu'il faudrait énumérer 
pour ne pas nous illusionner nous-mêmes. Que 
pourrez-vous nommer, dites-moi , qui ne vous 
fasse la guerre ? la richesse , la beauté , les dé- 
lices, le pouvoir, les dignités, la jalousie, la 
gloire , l'arrogance ? Et ce n'est pas seulement 
notre gloire à nous , en nous empêchant d'être 
humbles ; c'est aussi la gloire des autres, en nous 
inspirant l'envie. Que dirons-nous du contraire, 
de la pauvreté, des humiliations , des mépris , 
des répulsions , de la complète faiblesse ? Ces 
maux sont en nous , pour ainsi dire ; et ceux 
qui nous viennent d'autrui , les méchancetés , 
les embûches , les tromperies , les calomnies , 
tant de perfides manœuvres; et ceux encore 
dont les démons sont les auteurs, les Puissances, 
les Principautés, les esprits qui régnent dans les 



109 



ténèbres de ce siècle , toutes les pérversités des 
êtres incorporels, quelle langue pourrait les 
énoncer? Nous sommes les uns dans la joie, les 
autres dans la peine ; et tout nous incline au 
mal, la santé non moins que la maladie. Com- 
ment échapperons-nous au vice? Voulez^vous 
que je commence par Adam et que je remonte 
à l'origine du monde? Par quoi notre premier 
père se laissa-t-il subjuguer? Par un plaisir sen- 
suel et par l'amour de la domination. Et son 
fils, celui qui marche à sa suite ? Par une noire 
jalousie. Et les contemporains de Noé ? Par l'in- 
continence et les maux dont telle est la source. 
Et son propre fils? Par l'insolence et l'impu- 
deur. Et les habitants de Sodome ? Par d'in- 
fâmes voluptés et les excès de la gourmandise- 
Souvent l'indigence produit les mêmes effets ; 
de là cette parole d'un sage : « Ne me donnez 
ni les richesses ni la pauvreté. » Prov., xxx, 8. 
Mais au fond ce n'est ni la richesse ni la pau- 
vreté qui causent notre perte , c'est notre vo- 
lonté, parce qu'elle ne sait user ni de l'un ni de 
l'autre. « Songez, nous est-il encore dit, que vous 
marchez au milieu des pièges. » Eccli., ix, 18. 

5. Le bienheureux Paul s'est exprimé d'une 
manière admirable : « Telle est notre desti- 
nation. » Non-seulement nous subissons des 
épreuves, mais encore nous y sommes destinés, 
c'est la condition de notre existence. Voilà 
notre devoir, voilà comment notre vie est faite : 
et vous demandez le repos ? Le bourreau n'est 
pas là sans doute, déchirant nos flancs et vou- 
lant nous contraindre à sacrifier ; c'est l'amour 
immodéré des biens terrestres, c'est l'aveugle 
cupidité. Ici point de soldat excitant la flamme 
et nous plaçant sur le brasier ; mais bien le feu 
de la concupiscence , plus terrible que l'autre , 
parce qu'il brûle l'àme elle-même. Ici ne parait 
pas un souverain tâchant de nous ébranler par 
mille promesses ou de nous couvrir d'ignominie ; 
la frénésie de la vaine gloire agit sur nous d'une 
manière tout autrement séduisante. Grande 
lutte que celle-là, lutte sublime, si nous avons 
le courage de la soutenir! Le temps présent 
même ne manque pas de couronnes ; écoutez 
Paul : « Et maintenant m'est réservée la cou- 
ronne de justice que me rendra le juste Juge] 

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MO 



HOMÉLIES SUR LA I" ÉPITRE AUX THESSALONICIENS. 



et non à moi seul, mais à tous ceux qui auront 
désiré son avènement. » II Jim., iv, 8. Si vous 
perdez un fils unique et bien-aimé que vous 
aviez élevé dans l'opulence, qui promettait beau- 
coup pour l'avenir, et qui seul devait recueillir 
votre héritage , ne vous désolez pas , rendez 
plutôt grâces à Dieu , rendez-lui gloire de ce 
qu'il l'a pris avec lui; votre mérite alors ne sera 
pas inférieur à celui d'Abraham. S'il fut dans 
la disposition de donner l'enfant que Dieu lui 
demandait, vous ne vous êtes pas laissé dominer 
par la douleur quand il a pris le vôtre. Etes-vous 
tombé dans une grave maladie , et beaucoup se 
présentent-ils avec des pratiques superstitieuses, 
les uns avec des incantations , les autres avec 
des ligatures, tous dans le but d'apaiser le mal, 
tandis que vous avez mieux aimé le supporter 
avec courage et tout souffrir de la part de Dieu 
plutôt que de rien faire qui sentit l'idolâtrie , 
cela vous donne droit à la couronne du mar- 
tyre , n'en doutez pas. Et la raison , je vais vous 
la dire : De même qu'un saint martyr supporte 
généreusement les douleurs de la torture , pour 
ne vouloir pas se prosterner devant les idoles ; 
de même vous supportez les douleurs de la ma- 
ladie, pour ne dépendre en rien du démon, pour 
ne rien faire de ce qu'il ordonne. 

Les premières douleurs sont plus violentes, 
me direz-vous. Les secondes sont plus longues, 
vous répondrai-je , et l'égalité se rétablit. Il 
La maladie arrive même souvent qu'une maladie fait plus 
pîurdoliou- souffrir que la torture. Eh quoi , quand le feu 
reosejiue la vous brûle et vous consume au dedans , si vous 
repoussez alors les incantations magiques dont 
on vient vous obséder, ne ceignez-vous pas la 
couronne du martyre? Avez-vous perdu de l'ar- 
gent, et vous conseille-t-on de recourir aux de- 
vins, si vous avez mieux aimé ne plus le recou- 
vrer que désobéir à la volonté divine qui nous in- 
terditcespratiques, vous méritez une récompense 
égale à celle de l'homme généreux qui se dé- 
pouille pour les pauvres, en bénissant Dieu dans 
cette perte : alors que vous eussiez pu employer 
les moyens illicites, en acceptant de ne pas 
recouvrer votre bien, plutôt que de le recouvrer 
de cette façon, vous avez devant Dieu le mérite 
de celui qui s'en est volontairement privé. Ce 



torture. 



dernier le donne aux indigents par amour pour 
Dieu : par amour pour Dieu , vous, ne rentrez 
pas en possession de ce que vous supposez vous 
avoir été ravi. Il dépend de nous de subir volon- 
tairement une perte ou de ne pas la subir ; mais 
nul ne peut l'infliger aux autres. Si vous le 
voulez bien , examinons maintenant la chose 
dans le vol même : un voleur perce le mur 
d'une maison , il pénètre dans l'intérieur, d'où 
il emporte des vases d'or et des pierres pré- 
cieuses, le trésor tout entier d'une famille, sans 
être saisi ; le fait est déjà très-rare , le malheur 
paraît grand ; il ne l'est pas cependant encore, 
et même il dépend de vous de faire que ce soit 
un gain ou bien une perte. Et comment , me 
demanderez-vous, cela pourrait-il être un gain? 
Je vais essayer de vous le faire comprendre : 
Si vous savez vous résigner , ce sera pour vous 
un grand gain ; si vous ne le savez pas, la perte 
n'en deviendra que plus cruelle. Dans les tra- 
vaux d'art, la matière première reçoit parfaite- 
ment sa destination entre les mains d'un artiste 
expérimenté ; l'ouvrier inhabile la détruit et 
de plus se nuit à lui-même : c'est ce qu'on voit 
également dans les choses dont nous parlons. 

Mais comment aura lieu le gain? Si vous 
rendez grâces à Dieu, je le répète, si vous ne 
vous livrez pas à de bruyantes lamentations , 
si vous tenez le langage de Job : « Le Seigneur 
me l'avait donné, le Seigneur me l'a repris; je 
suis sorti nu du sein de ma mère, je sortirai nu 
de ce monde. » Job, i, 21. — Osez-vous dire : 
Le Seigneur nous l'a ravi? c'est le voleur qui 
ravit ; comment pouvez-vous élever contre Dieu 
une accusation pareille? — Que cela ne vous 
étonne pas : quand Job est spolié par le diable, 
il dit : « Le Seigneur me l'a ravi. » S'il a pu 
parler de la sorte, comment ne pouvez-vous 
pas à votre tour attribuer à la volonté de Dieu 
ce dont le voleur est l'instrument coupable ? 
Quel est celui que vous admirez le plus, dites- 
moi , l'homme qui se dépouille en faveur des 
pauvres, ou bien Job s'exprimant ainsi? Est-il 
donc inférieur à ceux qui font l'aumône, celui 
qui ne donnait pas alors ? Gardez-vous de dire : 
Je ne saurais être reconnaissant , la chose est 
arrivée malgré moi; quand on m'a volé, loin 

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i'y consentir, je l'ignorais même 
puis-je donc en retirer? — Et Job aussi fut 
spolié sans le savoir ni le vouloir, ce qui ne 
l'empêcha pas de soutenir ensuite la lutte. 11 
vous est permis, comme à lui, d'obtenir une 
aussi grande récompense qu'en donnant volon- 
tairement ce que vous avez perdu. C'est avec 
raison que nous admirons celui qui subit l'in- 
justice avec actions de grâces, encore plus que 
celui qui donne spontanément. Pourquoi? Ce 
dernier se trouve soutenu par les éloges et par 
la conscience, il l'est aussi par un légitime 
espoir ; il commence par supporter généreuse- 
ment la perte de ses richesses, pour les dédai- 
gner complètement après : le premier fut vio- 
lemment dépouillé quand il était encore engagé 
dans les liens terrestres. Non vraiment, ce n'est 
pas la même chose d'abandonner ses biens avec 
réflexion, après s'être fait une conviction, 
et d'en être tout à coup séparé, quand 
on n'y songeait en aucune manière. Si vous 
prononcez les paroles de Job , vos biens vous 
seront rendus multipliés, vous recevrez beau- 
coup plus que lui : il reçut le double , et le 
Christ vous a promis le centuple. Vous n'avez 
donc pas blasphémé parce que vous craignez 
Dieu, vous n'avez pas eu recours aux sortilèges, 
vous avez rendu grâces dans le malheur? Eh 
bien ! vous égalez celui qui s'est dépouillé lui- 
même ; on n'agit pas ainsi sans mépriser d'a- 
vance les choses d'ici-bas. Or, j'insiste, méditer 
à loisir sur ce renoncement, ce n'est pas la même 
chose qu'un dépouillement subit et violent. 
Voilà de quelle façon la perte devient un gain, 
loin de vous causer un préjudice ; voilà comment 
aussi le diable devient votre auxiliaire. 

6. Et maintenant, comment la perte devient- 
elle plus cruelle? Quand c'est l'àme qui la subit. 
Parce que le voleur a ruiné votre fortune, est- 
ce une raison, dites- moi, pour que vous-même 
détruisiez votre salut? En vous désolant des 
maux que les autres vous ont causés, faut-il 
que vous vous en causiez de plus graves encore? 
Cet homme vous a peut-être jeté dans la pau- 
vreté; mais la blessure que vous vous faites 
vous-même est tout autrement terrible : le mal- 
faiteur vous a privé des biens extérieurs, que 



HOMÉLIE Itl. 141 
Quel bien du reste malgré vous vous auriez perdus dans 



la suite ; et vous vous privez vous-même des tré- 
sors éternels. Le démon vous a donc jeté dans 
la tristesse en vous enlevant votre argent ? 
Sachez le confondre et l'affliger à votre tour en 
rendant grâces , et gardez-vous bien de le ré- 
jouir. Si vous recourez aux sortilèges, vous le 
réjouissez : si vous rendez grâces dans votre in- 
fortune , vous lui portez un coup mortel. Voici 
cependant ce qui arrive. En allant trouver les 
devins, vous ne recouvrerez pas vos richesses; il 
ne se peut pas qu'ils vous donnent d'utiles indi- 
cations. Si par hasard ils rencontrent juste, vous 
souillez toujours votre àme et vous la perdez, 
vous êtes un objet de risée pour vos frères, votre 
perte ne fait que s'aggraver. Sachant que vous 
la supportez avec peine et que vous allez même 
jusqu'à renier Dieu, le démon pourra bien quel- 
quefois vous rendre vos richesses; mais ce sera 
pour avoir l'occasion de mieux vous aveugler. 
S'il est des circonstances où les devins disent 
vrai, cela ne doit pas vous surprendre ; le dé- 
mon est un être incorporel, et parcourt inces- 
samment le monde ; c'est lui qui met les armes 
aux mains des voleurs : de telles choses ne se 
passent pas sans qu'il y donne son concours. Dès 
qu'il arme les uns, ce n'est pas étonnant qu'il ins- 
truise les autres : il connaît ses agents. Plus 
rien donc que vous ne puissiez comprendre : 
quand il vous voit inconsolable d'une première 
perte, il vous en inflige une seconde : s'il vous 
voyait, au contraire, rire de tels accidents et 
n'en tenir aucun compte, il abandonnerait cette 
voie. Et nous-mêmes, lorsqu'une chose blesse nos 
ennemis, nous y revenons sans cesse pour les 
accabler ; tandis que, s'ils n'en ressentent visi- 
blement aucune peine, nous les abandonnons, 
n'ayant aucune prise sur eux : ainsi fait le 
démon. 

Que direz-vous encore ? Ceux qui voyagent 
sur mer n'ont plus souci de leurs richesses, 
aussitôt que la tempête survient , ils jettent 
même aux flots ce qu'ils possèdent ; et per- 
sonne ne leur dira : Que faites-vous, ô 
homme ! vous devenez le collaborateur do la 
tempête et du naufrage ; avant que les flots 
vous aient arraché vos biens, vous faites vous- 

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m 



HOMÉLIES SUR LA I» ÉPIÎRE AUX THESSALONICIENS. 



même leur œuvre. Pourquoi vous jeter dans le 
naufrage avant le naufrage même? Un homme 
des champs pourrait seul parler ainsi, celui qui 
ne sait pas d'expérience les fureurs de la mer ; 
mais le navigateur, celui qui connaît par lui- 
même ce qu'est la tempête et ce qu'est la séré- 
nité, rirait d'un pareil langage. Je jette tout, 
répondrait-il, pour n'être pas englouti moi- 
même. Ainsi l'homme qui connaît les choses et 
les épreuves de la vie, dès qu'il aperçoit la tem- 
pête s'élever, et les esprits mauvais disposant 
tout pour le naufrage, se hâte de rejeter le reste 
de ses biens. On vous a volé? faites l'aumône, 
et vous allégerez encore le vaisseau. Les lar- 
rons vous ont pris une partie de vos richesses? 
donnez l'autre au Christ : c'est l'unique soula- 
gement à votre première perte. Allégez le na- 
vire, encore une fois, ne gardez pas ce qu'on 
vous a laissé, de peur qu'il ne sombre. Pour 
conserver leur vie, les navigateurs font l'aban- 
don de toutes leurs marchandises, ils n'at- 
tendent pas que les flots submergent la nef : et 
vous, pour sauver votre àme, ne voulez- vous 
pas arrêter le naufrage? Essayez, je vous en 
conjure: si vous ne me croyez pas, venez-en à 
l'épreuve, et vous verrez la gloire de Dieu. 
Quand vous fcurez eu quelques revers, donnez 
aussitôt l'aumône, rendez grâces de ce qui vous 
est arrivé : et vous me direz quelle joie vous 
goûterez alors. 
Ungiinipi- Un gain spirituel, le plus petit même est telle- 
ment précieux, qu'il fait disparaître toute perte 
matérielle. Tant que vous aurez de quoi donner 
au Christ, vous serez riche. Dites-moi, si le mo- 
narque , au moment où vous avez été spolié , 
venait à vous tendant la main et vous demandant 
un secours quelconque, ne vous estimeriez-vous 
pas le plus opulent des hommes, puisque le roi 
n'a pas rougi de vous quand vous étiez dans une 
telle indigence? Ne vous laissez pas voler, soyez 
seulement en possession de vous-même, et vous 
triompherez de toutes les embûches du démon. 
Vous pouvez gagner de grands biens. Méprisons 
les richesses, afin de conserver à l'âme tout son 
prix. Comment parviendrez- vous à les mépriser? 
Voyez ceux qui sont épris de la beauté corpo- 
relle ; tant que l'objet de leur passion est devant 



rituel com- 
pense de 
beaucoup 
toute perte 
matérielle. 



eux, le feu s'alimente , la flamme éclate ; qu'on 
les en tienne éloignés, et tout s'apaise, tout 
s'éteint. Le même effet se produit par rapport 
aux richesses : que personne n'aime à con- 
templer l'or, les pierres précieuses, les brillants 
joyaux ; car les yeux s'y laissent aisément 
prendre. Voulez-vous être riche à la façon des 
anciens, n'entassez pas l'or et l'argent , ayez 
plutôt en abondance les provisions nécessaires 
à la vie, que vous puissiez incessamment dis- 
tribuer aux pauvres. Ne soyez pas un amateur 
de vains ornements; de semblables richesses 
excitent la convoitise des voleurs, et nous 
créent mille sollicitudes. N'ayez pas des vases 
d'or et d'argent, mais bien d'amples provisions 
de blé, de vin et d'huile, en vue des besoins du 
prochain, et non point pour les vendre avec 
avantage et grossir votre trésor. Si nous nous 
détachons de ces choses périssables , nous ob- 
tiendrons les trésors éternels. Puissions-nous 
tous les avoir en partage, dans le Christ Jésus 
Notre-Seigneur, à .qui gloire, puissance, hon- 
neur en même temps qu'au Père et au Saint- 
Esprit , maintenant et toujours, et dans les 
siècles des siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE IV. 

« Voilà pourquoi moi-même n'y tenant plus , j'envoyai 
savoir l'état de votre foi, dans la crainte que le tentateur 
ne vous eut tentés et que notre labeur ne devint inutile. 
Mais aujourd'hui que Timothée nous est revenu d'auprès 
de vous et qu'il nous a fait connaître votre foi , votre 
charité, le fidèle souvenir que vous avez de nous, le 
désir que vous éprouvez de nous voir, comme nous 
désirons vous voir nous-mêmes, vous nous êtes devenus, 
par cette même foi, mes frères, un sujet de consolation 
dans toutes nos peines et toutes nos épreuves ; nous 
vivons maintenant, puisque vous demeurez fermes dans 
le Seigneur. » 

1. Une question se présente actuellement à 
nous, agitée par beaucoup de personnes et s'é- 
levant de plusieurs côtés à la fois. Quelle est 
cette question? c Voilà pourquoi moi-même n'y 
tenant plus , a dit l'Apôtre , j'envoyai Timothée 
savoir l'état de votre foi. » D'où vient cette pa- 
role ? Celui dont l'intelligence embrassait tant 
d'objets , qui avait entendu les secrets divins , 
qui était monté jusqu'au troisième ciel , ne sait 



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pàs ce qui se passe à Thessalonique, quand il 
est lui-même à Athènes, quoique la distance ne 
soit pas tellement grande , et qu'il ait quitté 
depuis si peu de temps la première de ces villes ? 
a Nous avons été privé de vous l'espace d'une 
heure. » I Thess., n, 17. Un tel homme ne saurait 
pas ce qui se passe à Thessalonique, il aurait eu 
besoin d'envoyer Timothée pour apprendre où 
ses disciples en sont de leur foi ? a Dans la crainte 
que le tentateur ne vous ait tentés, et que notre 
labeur ne soit inutile. x> Que veut-on en con- 
clure ? que les saints ne savent pas toute 
chose? Mais vous le voyez partout, dans les 
personnages de l'antique alliance , et dans ceux 
qui sont venus après. Elisée ne savait pas ce 
qu'il en était de la veuve ; Elie disait à Dieu : 
a Je suis resté seul , et voilà qu'ils en veulent à 
ma vie. » Et Dieu lui dit ensuite : a Je me suis 
réservé sept mille hommes. » UlReg., xix, 10-18. 
Quand Samuel fut envoyé pour donner l'onc- 
tion royale à David , le Seigneur lui dit : c Ne 
t'arrête pas aux apparences , à l'extérieur, à la 
stature; je l'ai fait de rien; Dieu ne voit pas 
comme l'homme : l'homme ne voit que le visage, 
et Dieu voit le cœur. » I Reg., xvi, 7. La sagesse 
et la bonté divines le veulent ainsi. Gomment et 
pour quelle raison? Pour les saints eux-mêmes , 
et pour ceux qui mettront en eux leur confiance. 
Dieu permet que les saints soient persécutés, il 
permet de même qu'ils ignorent beaucoup de 
choses , afin qu'ils ne s'élèvent pas au-dessus 
d'une certaine limite. 

C'est l'explication de cette autre parole de 
Paul : a L'aiguillon de ma chair m'a été donné , 
l'ange de Satan, pour qu'il me soufflette, » 
II Cor., xn, 7, pour que je ne m'exalte pas 
trop; et de plus, pour que les autres n'aient pas 
des saints une opinion exagérée. Si les miracles 
qu'ils opéraient les firent prendre pour des 
dieux, que fût-il arrivé dans le cas où ils au- 
raient eu constamment toute science ? L'Apôtre 
le dit aussi : « Que personne n'ait de moi de plus 
hautes idées que n'en comporte ce qu'il voit ou 
ce qu'il entend sur mon compte. » II Cor., xn,6. 
Ecoutez encore ce que Pierre disait après avoir 
guéri le boiteux : « Pourquoi fixez-vous vos 
regards, comme si nous avions fait marcher cet 

TOM. X, 



IE IV. 113 

homme par notre puissance ou notre piété ? » 
Act.y ni, 12. Alors même qu'ils agissaient et 
parlaient de la sorte, le plus léger motif suffisait 
cependant pour faire naître des opinions per- 
verses ; qu'eût-ce été dans des circonstances plus 
graves? Les défectuosités des saints étaient de 
plus permises dans une autre intention : il ne 
fallait pas qu'on pût dire qu'ils accomplissaient 
de si grandes choses parce qu'ils n'appartenaient 
pas à notre faible humanité ; ce qui n'aurait 
pas manqué de jeter tous les autres dans le dé- 
couragement : c'est pour cela que Dieu laisse 
paraître leurs défaillances : voulant ôter ainsi 
tout prétexte à l'ingratitude et à l'apathie. Voilà 
donc pourquoi Paul ignore; voilà pourquoi, 
s'étant proposé plus d'une fois de venir, il ne 
vient pas : on comprendra par là qu'il est loin 
d'avoir toute science. Par conséquent , de là 
résultait un grand bien. Il restait encore assez 
de faux esprits, dont l'un prétendait être la 
grande puissance de Dieu, et l'autre telle ou telle 
autre chose. Sans ce préservatif, que n'eussent-' 
ils pas imaginé? Sans doute cela paraît impli- 
quer un reproche à l'adresse des saints ; mais, à 
l'examiner de près , cela relève leur gloire , en 
manifestant la violence des tentations. 

De quelle manière, écoutez bien : Si vous 
avez pu dire, 6 Paul : « Telle est notre destina- 
tion , » sans que personne soit tombé dans le 
trouble, comment envoyez-vous ensuite Ti- 
mothée , craignant qu'il ne soit arrivé quelque 
chose que vous ne voudriez pas ? Il agit ainsi 
par excès de charité; quand on aime avec 
une pareille tendresse, on ressent des inquié- 
tudes au sein même de la sécurité. De plus, 
il parle sous l'impression de ses nombreuses 
épreuves. « C'est à cela que nous sommes des- 
tiné , » ai-je dit ; et la surabondance de ces 
maux m'a saisi de crainte. Il se garde bien de 
dire : J'envoie comme vous ayant condamné 
d'avance ; il dit : « Impatient de tout retard ; » 
ce qui manifeste beaucoup mieux son affection. 
Que signifient ces paroles : a Dans la crainte que 
le tentateur ne vous ait tentés ? » C'est visible , 
chanceler dans les tentations accuse la perver- 
sité du diable et ses entraînements. Lorsqu'il 
ne peut pas nous ébranler nous-mêmes , il se 

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444 



HOMÉLIES SUR LA I" ÉPlTftE AUX f HESSALONIClENS. 



L'Apôtre ne < 
pensait qu'à 
ses disciples. ne 



sert de nous pour procurer la chute des faibles. 
Et c'est là le comble de l'abaissement, une dé- 
faillance sans excuse : ainsi se servit-il de la 
femme de Job contre la résignation de ce juste : 
ce Prononce une parole contre le Seigneur, 
disait-elle, et meurs. » Job, n,9. Yoiià comment 
il entraîna cette femme. L'Apôtre parle simple- 
ment de tentation, et non point de chute ; pour- 
quoi? Je n'ai supposé qu'une* chose , répond-il, 
que vous auriez été tentés ; je n'ai pu croire que 
la tentation serait allée jusqu'à l'ébranlement. 
Or, il n'y a d'ébranlé que celui qui se prête aux 
assauts du démon. Ciel ! quelle tendresse dans 
l'âme de Paul! il ne tient compte ni des tribu- 
lations ni des embûches. En effet, je pense qu'il 
était alors dans ces contrées. Et Luc raconte 
qu'il resta trois mois dans l'Hellade , pendant 
que les Juifs l'environnaient de pièges. 
2. Non, il n'avait aucun souci des dangers, il 
pensait qu'à ses disciples. Vous le voyez 
donc, son affection l'emportait sur celle du père 
le plus tendre. Pour nous, dans les afflictions et 
les périls , nous oublions tout le monde : quant 
à lui , craignant et tremblant sur ses enfants , 
au point de se priver en leur faveur de son 
unique consolation , et quand il avait tout à 
redouter pour lui-même , il leur envoyait son 
compagnon et son coadjuteur Timothée. « De 
peur que notre labeur ne soit inutile. » — 
Et comment? s'ils avaient succombé ? ce ne 
serait pas votre faute , on ne pourrait pas vous 
accuser de négligence. — Quoique cela soit 
vrai, je n'en estimerais pas moins mon travail 
inutile, à cause de mon amour fraternel. « Dans 
la crainte que le tentateur ne vous ait tentés. » 
Il tente , ne sachant pas s'il pourra terrasser. 
Cette ignorance ne l'empêche pas de nous atta- 
quer : et nous, sachant bien qu'il nous est aisé 
de le vaincre, nous ne veillons pas. Que le ten- 
tateur nous attaque, ignorant l'issue du combat, 
l'histoire de Job nous le montre ; car l'esprit du 
mal disait à Dieu : « N'avez-vous pas garanti 
tout ce qu'il possède , soit au dedans, soit au 
dehors? Enlevez-lui ses possessions, et vous 
verrez s'il vous bénit seulement en face. » Job f 



labeur ne soit inutile. » Entendons tous quelles 
furent les fatigues de Paul. Ce n'est pas travail 
qu'il a dit , c'est labeur ; il ne s'agit pas non* 
plus de leur perte , mais bien de l'inutilité de 
son labeur. Si quelque chose était arrivé, c'était 
dans l'ordre accoutumé des choses ; que rien 
dès lors n'ait eu lieu, c'est vraiment admirable. 
Voilà ce que nous redoutions , et le contraire 
est arrivé : loin d'avoir été pour nous un sur- 
croit quelconque de douleur, vous avez été notre 
consolation. 

« Et maintenant que Timothée nous est re- 
venu d'auprès de vous, nous rapportant votre 
foi et votre charité. » Nous rapportant, nous 
annonçant ; on devine, on voit éclater la joie de 
Paul. C'est une bonne nouvelle qu'il reçoit, une 
sorte d'Evangile, suivant l'expression même qu'il 
emploie ; tant il regardait comme un bien pré- 
cieux leur constance et leur charité. Nécessaire- 
ment leur charité participait à l'inébranlable 
fermeté de leur foi ; et , d'un autre côté, cette 
même charité le remplissait d'allégresse comme 
un signe assuré de leur foi. « Et de ce que vous 
gardez de nous un souvenir fidèle , désirant 
nous voir comme nous désirons vous voir nous- 
mêmes. » C'est un éloge qu'il entend leur dé- 
cerner. Ce n'est pas seulement quand nous 
étions présents , quand nous opérions des mi- 
racles; c'est encore maintenant, quand nous 
sommes éloignés et persécutés, quand nous en- 
durons mille souffrances , que nous occupons 
une place dans votre cœur. Remarquiez combien 
sont loués les disciples qui conservent religieu- 
sement le souvenir de leurs maîtres, comment 
ils sont proclamés heureux. Marchons sur leurs 
traces, il en résultera pour nous un plus grand 
bien que pour ceux dont nous ferons ainsi 
l'objet d'un culte. « Désirant nous voir comme 
nous désirons vous voir nous-mêmes» » Voilà 
qui devait encore les remplir de joie. Pour celui 
qui aime, c'est une grande consolation, c'est un 
vrai bonheur que l'objet de son affection sache 
qu'il est aimé. 

<( Voilà pourquoi, frères, nous avons été con- 
solés à la pensée de votre foi , dans toutes nos 



1, 10, 11. Il tente ; s'il voit un être faible, il fond privations et toutes nos peines; car nous vivons 
sur lui, il s'éloigne devant le fort. «Et que notre maintenant, puisque vous demeurez fermes 



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tiOMÉLIE IV 

dans le Seigneur. » Que pourrait-on comparer 
à Paul, à cet homme qui regardait le salut de 
son prochain comme le sien propre, qui se 
trouvait envers tous dans les dispositions du 
corps envers les membres ? Qui serait capable 
aujourd'hui de prononcer une semblable parole, 
ou même d'avoir jamais une semblable pensée ? 
Il ne voulait pas que ses disciples se crussent 
obligés à la reconnaissance à raison des tribula- 
tions qu'il avait supportées pour eux ; c'est lui 
qui leur était reconnaissant de n'avoir pas eux- 
mêmes chancelé dans ses épreuves. C'est comme 
s'il leur disait : Vous avez plus que nous reçu 
les atteintes de nos afflictions, vous avez été 
plus tentés que nous ; vous qui n'étiez pas réel- 
lement dans la souffrance, vous avez plus souf- 
fert que nous qui la subissions en réalité. Quand 
Timothée nous a porté ces bonnes nouvelles , 
toutes nos appréhensions ont disparu , « nous 



avons été consolés dans toutes nos peines, » 
plus que cela , a dans toutes nos privations. » 
On le comprend, un maître digne de ce nom ne 
redoute plus rien , du moment où les progrès 
de ses disciples répondent à ses soins comme à 
ses vœux. La consolation, dit l'Apôtre, nous est 
venue peu* vous ; vous avez raffermi notre cou- 
rage. Le contraire devait être : l'inébranlable 
fermeté des docteurs et leur généreuse résis- 
tance dans les tribulations étaient faites pour 
raffermir les disciples. Et voilà qu'il prend une 
marche opposée et qu'il tourne tout à leur 
louange : C'est vous qui nous avez oints , vous 
qui nous avez donné de reprendre haleine, vous 
qui ne nous avez pas laissés nous apercevoir 
des épreuves ; il ne dit pas : Nous respirons , 
nous sommes pleinement consolés. Que dit-il 
donc? «Nous vivons maintenant; » montrant 
de la sorte qu'il voit uniquement l'épreuve et la 
mort dans leur chute, et la vie dans leur avan- 
cement. Qui saurait exprimer avec autant de 
force la douleur et la joie dont les disciples 
sont la cause ? Il ne parle pas de joie cepen- 
dant, il parle de vie , et même de la vie future. 

3. Ainsi donc , en dehors de cela, la vie ne 
nous est pas une vie véritable. Soyons ainsi 
disposés, maîtres et disciples ; et plus rien désor- 
mais qui choque la raison. Il insiste là-dessus , 



il le fait ressortir en ces. termes : « Quelles 
actions de grâces pouvons-nous rendre à Dieu 
poùr vous, à cause de cette joie dont vous nous 
avez inondé et que nous répandons devant 
Dieu, priant nuit et jour avec un surcroît d'ef- 
fusion , pour obtenir le bonheur de vous voir 
face à face et de compléter ce qui manque en- 
core à votre foi? » Non-seulement nous vous 
devons de vivre , nous vous devons aussi de 
vivre heureux , mais au point de ne pouvoir 
assez en témoigner à Dieu notre reconnaissance. 
Le bien que vous avez fait , nous l'estimons un 
bienfait divin : vous nous avez été d'un si grand 
avantage, que nous voyons en cela l'inspiration 
et l'œuvre même de Dieu ; car la pensée de 
l'homme et sa bienveillance n'iraient jamais 
jusque-là. « Priant la nuit et le jour avec plus 
d'effusion. » C'est encore une marque de joie. 
Comme le laboureur, apprenant que les champs 
arrosés de ses sueurs se couvrent d'abondantes 
moissons, désire contempler par lui-même ce 
riant tableau, ainsi Paul brûle de visiter la 
Macédoine. « Priant avec plus d'effusion. » 
Quelle riche image ! « Pour qu'il nous soit 
donné de vous voir face à face et de compléter ce 
qui manque encore à votre foi. » Ici se présente 
une question assez compliquée. Si vous vivez 
maintenant parce qu'ils demeurent fermes, si 
Timothée vous a renseigné sur leur foi et sur 
leur charité, si votre cœur tressaille d'une telle 
allégresse que vous ne puissiez assez en témoi- 
gner à Dieu votre reconnaissance, comment 
prétendez- vous que leur foi laisse encore à dé- 
sirer? Les eussiez-vous flattés en parlant de la 
sorte? Nullement, à Dieu ne plaise ! Il a d'abord 
attesté qu'ils avaient soutenu de nombreux com- 
bats, et qu'ils ne le cédaient en rien aux Eglises 
de la Judée. Que faut-il donc conclure? Qu'ils 
n'avaient pas encore reçu l'enseignement tout 
entier , qu'ils ne savaient pas tout ce qu'il faut 
apprendre : il le dira clairement vers la fin. 

Peut-être l'interrogeaient-ils touchant la ré- 
surrection, et plusieurs les jetaient-ils dans le 
trouble, non plus en leur suscitant des épreuves 
et des dangers, mais en se couvrant du masque 
de la doctrine. Voilà ce qu'il entend par « ce 
qui manque à leur foi. » Ce qu'il se propose, ce 

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HOMÉLIES SUR LA I" ÉPÏTRE AUX THESSALONICÎENS. 



m 

n'est pas de la raffermir, il vient de le dire, c'est 
de la compléter. Lorsqu'il craignait pour leur 
foi même : « Je vous ai envoyé Timothée, disait- 
il , pour vous rendre plus fermes. » Il veut ici 
combler les lacunes , suppléer ce qui leur 
manque : et cela regarde l'instruction plutôt 
que la fermeté. Il a dit ailleurs dans le même 
sens : « Afin que vous soyez disposés pour toute 
bonne œuvre. » I Cor., i, 10. Quand il ne 
manque plus que peu, une chose est appelée 
parfaite ; car elle est sur le point d'atteindre à 
la perfection. « Que Dieu notre Père, que Notre- 
Seigneur Jésus-Christ dirige lui-même notre 
route vers vous. Que Notre-Seigneur vous mul- 
tiplie , et rende toujours plus abondante votre 
charité pour le prochain, pour tous sans excep- 
tion, à l'exemple de la charité que nous avons 
pour vous. » Voilà certes le comble de l'affec- 
tion, non-seulement de former en soi-même de 
tels vœux, mtfis encore d'en consigner l'expres- 
sion dans une lettre : c'est le signe d'une àme 
de feu , incapable de se contenir ; c'est aussi la 
preuve des prières qui s'y faisaient; c'est la 
confirmation de ce que nous venons d'entendre, 
qu'ils n'étaient retenus ni par le mauvais vou- 
loir ni par l'indifférence. Yoici quelle est sa 
pensée : Que Dieu lui-même fasse disparaître 
les obstacles qui nous surviennent de toute 
part, afin qu'il nous soit permis d'aller droit à 
vous. 

« Que le Seigneur vous multiplie et vous 
donne l'abondance. » Dans chaque parole éclate 
cette ardente charité, cette sorte de folie qui ne 
saurait s'imposer des bornes : ce Vous multi- 
plie, vous donne l'abondance, » l'accroissement 
en tout. Il aspire, dirait-on, à une profusion 
d'amour de leur part : « Gomme du reste nous 
vous aimons nous-mêmes. » Tels sont nos sen- 
timents, nous voulons que tels soient les vôtres. 
Voyez-vous comme il désire que la charité se 
répande , non parmi nous seuls , mais dans le 
monde entier? En effet , voilà le propre de la 
charité selon Dieu, d'embrasser tous les hommes ; 
si vous aimez celui-ci, et nullement celui-là , 
c'est une simple affection humaine. La nôtre 
n'est pas ainsi, a Gomme nous désirons vous 
voir nous-même , pour raffermir vos cœurs , 



sans contestation , dans la sainteté devant Dieu 
notre Père , en vue de l'avènement de Notre- 
Seigneur Jésus-Christ, avec tous les saints. » Il 
leur montre que la charité leur sera plus avanta- 
geuse qu'elle ne l'est à ceux que nous aimons. Je 
veux que votre charité surabonde , leur dit-il, 
afin que vous n'encouriez aucun reproche. Re- 
marquez cette distinction : il se propose de raf- 
fermir leurs cœurs ; il ne parle pas d'eux-mêmes. 
« Du cœur viennent les mauvaises pensées. » 
Matth.y xv, 19. Il est très-possible que sans rien 
faire on soit un être pervers; ainsi, quand on 
garde en soi la jalousie , l'incrédulité , la ruse , 
quand on se réjouit du mal, quand on ne sait pas 
aimer, quand on s'attache à de mauvaises doc- 
trines ; et tout cela vient du cœur. La sainteté 
consiste à repousser toutes ces souillures. L'es- 
sence même de la sainteté , c'est la pureté par 
excellence, tout comme l'impureté mérite le 
nom de fornication et d'adultère. Au fond , tout 
péché est une impureté, et toute vertu une pu- 
reté. « Heureux ceux dont le cœur est pur. » 
Matth., v, 8. Ceux-là sont purs , dans le vrai 
sens de cette parole , qui le sont sous tous les 
rapports. 

4. Beaucoup d'autres choses que l'impureté 
proprement dite, je ne l'ignore pas, souillent 
l'àme. Que tout vice la souille en réalité, le 
prophète va vous le dire ; écoutez : « Lave ton 
cœur de tout vice, Jérusalem; » Jerem., iv, 14; 
écoutez encore : « Lavez-vous, soyez purs, ôtez 
toute perversité de vos âmes. » Isa., i, 16. Il n'a 
pas dit* : La fornication. La fornication n'est 
donc pas la seule chose qui souille l'àme, il y 
en a bien d'autres. « Pour raffermir vos cœurs 
sans contestation, dans la sainteté devant Dieu 
notre Père, en vue de l'avènement de Notre- 
Seigneur Jésus-Christ, avec tous les saints. » 
C'est donc le Christ qui sera notre juge; mais 
nous comparaissons aussi devant le Père, quand 
nous sommes jugés. On peut comprendre par là 
qu'il faut être exempt de tout reproche devant 
Dieu , ce que je ne cesse de dire. Oui , devant 
Dieu, c'est.la véritable vertu, et non devant les 
hommes. Or, c'est la charité qui nous rend irré- 
prochables, qui nous met à l'abri de toute accu- 
sation. Je développais un jour cette pensée de* 



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vont quelqu'un , je lui disais comment la cha- 
rité nous rend irréprochables, comment la cha- 
rité fraternelle en particulier nous préserve de 
toute faute; comme je m'étendais là-dessus, y 
ramenant beaucoup d'autres considérations, un 
de mes amis, se jetant à travers, me fit cette 
question : Mais la fornication, ne peut-on pas 
s'y livrer tout en conservant l'affection frater- 
nelle? ne suppose- 1- elle pas même une affection? 
Je comprends que l'avarice, l'adultère, l'envie, 
les perfides manœuvres soient incompatibles 
avec la charité que nous devons au prochain : 
mais la fornication, comment cela? — Il me 
fut aisé de lui faire voir cette opposition , et j'a- 
joutai que la charité devait même guérir ce 
désordre. Celui qui aime véritablement une 
femme désordonnée , s'efforcera de l'arrêter 
dans ses relations funestes, et se gardera bien 
de l'entraîner lui-même au mal. Celui qui 
pèche avec elle , la hait avec fureur, puisqu'on 
la détournerait de cette action criminelle, si l'on 
avait pour elle un sincère amour. 

Il n'est pas, il ne saurait être de péché que la 
puissance de la charité ne dévore comme une 
vive flamme. Un sarment desséché résistera 
mieux au feu d'une grande fournaise que l'es- 
sence du mal à l'action de la charité. Implan- 
tons-la donc dans nos âmes, afin que nous 
puissions paraître avec les saints ; c'est à cause 
de leur charité fraternelle qu'ils furent tous 
agréables à Dieu. D'où vient qu'Abel fut tué et 
ne tua pas? De son extrême amour pour son 
frère ; la pensée du meurtre ne put pas entrer 
dans son cœur. D'où vient que la fatale passion 
de la jalousie s'empara de Caïn, que je n'oserais 
plus appeler le frère d'Abel? De ce que les fon- 
dements de la charité n'étaient pas assez forte- 
ment établis dans son âme. Pour quelle raison 
les enfants de Noé sont-ils réputés sages? N'est- 
ce pas parce qu'ils aimèrent beaucoup leur père, 
et qu'ils lui gardèrent un inviolable respect? 
Pourquoi l'un d'eux fut-il maudit? N'est-ce pas 
à cause de son défaut de respect et d'amour? A 
quoi tient la gloire qui s'attache au nom 
d'Abraham? N'est-ce pas surtout à son affec- 
tion fraternelle, au dévouement qu'il témoi- 
gna pour son neveu, à. la prière qu'il fit pour 



HOMÉLIE IV. 117 

les habitants de Sodome? Les saints furent 
toujours des âmes aimantes, des cœurs généreux 
et compatissants. Songez quelle fut la tendresse 
de ce grand Paul , de cet homme plus ardent 
que le feu , plus solide que le diamant : il fut 
toujours inébranlable, d'une constance à toute 
épreuve, cloué qu'il était à l'amour divin, c Qui 
nous séparera, s'écriait-il, de la charité du 
Christ? l'affliction, l'angoisse, la persécution, 
la faim, la nudité, les périls, le glaive? » Rom., 
vin, 35. Eh bien 1 celui qui bravait tout cela, qui 
foulait aux pieds les fureurs de la terre et de la 
mer, qui se riait des portes inflexibles de l'enfer, 
à qui rien ne résistait dans le monde, ne pou- 
vait pas voir couler les larmes de ceux qu'il 
aimait sans tomber dans un abattement étrange ; 
le diamant se brisait : Paul ne pouvait plus 
cacher son émotion , il s'écriait aussitôt : « Que 
faites- vous en pleurant de la sorte? vous brisez 
mon cœur. » Act. , xxi, 13. 

Que dites-vous ? Est-il bien possible que cette 
àme de diamant soit brisée par des larmes ? 
N'en doutez pas, répond-il; il n'est rien dont 
je ne triomphe, excepté la charité : elle me 
subjugue et me domine. Voilà ce qui plaît à 
Dieu. Les abîmes de la mer ne viennent pas à 
bout de cet homme, et quelques larmes suf- 
fisent pour le briser! « Que faites-vous en pleu- 
rant de la sorte? Vous brisez mon cœur. » 
Grande est la puissance de la charité 1 Voulez- 
vous maintenant le voir pleurer lui-même? 
écoutez ce qu'il dit dans une autre occasion : 
c Pendant trois ans, nuit et jour, je n'ai cessé 
d'avertir avec larmes chacun de vous. » Ibid., 
xx, 31. Son infatigable charité lui faisait tou- 
jours craindre qu'il ne survînt quelque dom- 
mage. Ecoutez-le de nouveau : « Du milieu des 
afflictions et des angoisses du cœur, je vous ai 
écrit à travers beaucoup de larmes. » II Cor., 
il, A. Que dirons-nous après cela de Joseph, qui Fermeté d< 
se montra si ferme en face de la plus cruelle ,0Mpb ' 
des tyrannies, qui se maintint si généreusement 
debout, quand débordaient sur lui les flammes 
de la passion , qui triompha des transports in- 
sensés de l'Egyptienne? Quels moyens de séduo 
tion cependant! un gracieux visage, le prestige 
de la souveraineté, la magnificence de la parure, 



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118 



HOMÉLIES SUR LA 1" ÉPITRE AUX THESSA LONICTENS. 



les émanations enivrantes des parfums, qui 
pénètrent jusqu'à l'âme, les paroles enfin les 
plus capables d'amollir la vertu. 

5. "Vous savez que cette femme si violemment 
passionnée ne rougissait d'aucune prière, d'au* 
cun abaissement, d'aucune supplication. Elle 
avait tellement perdu toute énergie morale, cette 
reine couverte d'or, infatuée de sa grandeur, 
qu'elle se prosterna selon toute apparence aux 
pieds d'un pauvre enfant captif, les arrosant de 
larmes à n'en pas douter; et ces tentatives,. ce 
n'est pas une ou deux fois , c'est bien souvent 
qu'elle les avait renouvelées. Alors ses yeux bril- 
laient d'un éclat inaccoutumé ; car il est à croire 
qu'elle ne se présentait pas sans avoir recours 
à tous les artifices comme à toutes les richesses 
du luxe , multipliant ainsi ses filets pour mieux 
prendre cet agneau du Christ. Ajoutez à cela 
les pratiques de la magie. Eh bien ! cet inflexible, 
ce vainqueur, ce cœur de pierre , dès qu'il voit 
dans Ja suite ses frères qui l'ont vendu, qui l'ont 
jeté dans une citerne, qui voulaient le mettre à 
mort et l'ont livré , qui sont ainsi devenus la 
cause de son esclavage et de ses honneurs, en 
apprenant de leur bouche ce que son père avait 
ressenti, alors qu'ils avaient exécuté cette pa- 
role : « Nous lui dirons qu'une bête féroce l'a 
dévoré ; » Gènes., xxxvn, 20 ; il n'eut plus de 
courage, il était bouleversé, attendri, suffoqué 
par les larmes : ne pouvant maîtriser son émo- 
tion , il rentre dans son palais pour pleurer à son 
aise. Qu'est-ce? Pourquoi ces larmes, ô Joseph? 
Ce qui se passe n'est pas fait cependant pour les 
faire couler, mais doit plutôt exciter la colère, 
l'indignation, la vengeance, le châtiment le 
plus terrible : vous avez sous la main vos en- 
nemis, les fratricides, et vous pouvez satisfaire 
votre ressentiment. Ce ne sera pas une injustice, 
vous ne serez pas le premier à frapper, vous 
punirez simplement l'iniquité commise, et contre 
vous. Ne regardez pas aux honneurs qui vous 
entourent ; leur intention n'était pas de vous les 
procurer, Dieu seul en est l'auteur par sa grâce. 

Pourquoi pleurez-vous ? je vous le demande 
encore. Il me répond : A Dieu ne plaise qu'a- 
près tant de choses accomplies, je les flétrisse et 
les détruise par 1$ vengeance ! Oui, c'est le mo- 



ment de pleurer; je ne suis pas plus cruel que 
les bêtes féroces , qui se laissent apaiser par la 
nature, quelque mal qu'elles aient souffert. Je 
pleure parce qu'ils m'ont ainsi traité. Retraçons 
en nous ce modèle, et pleurons sur ceux qui 
nous ont fait quelque tort, loin de leur porter 
de la haine. Ils sont, en effet, dignes de larmes, 
puisqu'ils ont encouru par là le châtiment que 
doit prononcer le souverain Juge. Je n'ignore 
pas ce qui vous arrache maintenant des cris de 
douleur ou d'allégresse, votre expansive admi- 
ration pour Paul ou pour Joseph. Faites plus 
encore ; si quelqu'un se trouve avoir un ennemi, 
c'est le moment d'en rappeler la mémoire, de 
forcer votre esprit à s'en occuper, pendant que 
le souvenir des saints est vivant dans votre 
âme; afin que le ressentiment s'apaise et finisse 
par se dissiper , afin qu'à la dureté succède la 
tendresse. Lorsque vous serez sortis d'ici, lorsque 
ma voix ne se fera plus entendre, conserveriez- 
vous encore un reste de chaleur et d'amour, ce 
ne sera plus , je le sais , comme à l'heure pré- 
sente. Si quelqu'un donc ressent ce froid mortel, 
qu'il se hâte de fondre cette glace ; car c'est bien 
la glace du cœur que le souvenir des injures. 
Invoquons le soleil de justice, demandons-lui 
d'envoyer en nous ses rayons, et de changer en 
eau potable cette masse congelée. Si la chaleur 
de ce divin soleil vient à toucher notre âme, elle 
ne gardera plus rien de dur et de rigide, plus 
rien qui brûle et stérilise ; il conduira tout à 
maturité, il convertira tout en douceur, il nous 
inondera de joie. C'est en nous aimant les uns les 
autres que nous attirerons ce fécondant rayon. 
Donnez-moi, je vous en conjure, de vous adres- 
ser ce langage avec espoir et sécurité; faites 
que j'apprenne le profit que vous en avez 
tiré, et que chacun de vous, en quittant même 
cette enceinte , s'est jeté sans hésitation au 
cou de son ennemi en lui prenant les deux 
mains, en le couvrant de ses baisers et de 
ses larmes. Serait-il une bête féroce, un ro- 
cher, tout ce que vous voudrez de ce genre, 
un tel amour ne saurait manquer de l'at- 
tendrir. Et pourquoi est -il votre ennemi? vous 
a-t-il outragé? Il n'a pas pu vous nuire. Est-ce 
pour un intérêt matériel que vous méprisez un 



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HOMÉLIE V 

frère devenu votre ennemi? Cessez je vous en 
conjure. 

Brisons tous nos liens ; voici notre heure : sa- 
chons en profiter. Rompons les chaînes de nos 
prévarications: avant de comparaître devant 
notre Juge, jugeons-nous sainement les uns les 
autres, « Que le soleil ne se couche pas sur 
notre colère. » Ephes., iv, 26. N'admettons au- 
cun retard ; le retard entraîne l'hésitation. Si 
vous passez le jour présent, vous augmentez 
votre honte ; si vous passez demain , elle n'en 
sera que plus grande et beaucoup plus encore 
après le troisième jour. Ne nous flétrissons pas 
nous-mêmes: pardonnons, pour qu'il nous soit 
pardonné. Ce pardon obtenu, nous entrerons en 
possession de tous les biens célestes, par le 
Christ Jésus Notre- Seigneur, à qui gloire, puis- 
sance, honneur, en même temps qu'au Père et 
au Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans 
les siècles des siècles. Ainsi soit-il. . 



119 



HOMÉLIE V. 

« Du reste, mes frères , nous vous prions et vous conju- 
rons dans le Seigneur Jésus de marcher dans la voie de 
Dieu comme tous avez appris de nous qu'il fallait y 
marcher pour lui plaire, de telle sorte que vous avanciez 
de plus en plus. Vous savez, en effet , quels préceptes 
je vous ai donnés par Notre-Seigneur Jésus-Christ Or, 
voici quelle est la volonté de Dieu, votre sanctification. » 

1. Après s'être arrêté sur des choses actuelles 
et pressantes , au moment d'aborder des sujets 
d'un intérêt permanent et qu'il faut entendre 
sans cesse, il met en avant ce mot, a du reste. » 
A la vérité, nous vous prions et nous vous con- 
jurons sans cesse dans le Seigneur. Quoi I il ne 
se déclare pas même digne de foi quand il s'a- 
git de leur adresser une prière ; et qui jamais le 
fut comme lui? Il prend le Christ pour caution. 
C'est au nom de Dieu que nous vous prions 
et vous conjurons, dit-il. Comment entendre 
autrement cette parole, a dans le Seigneur ? » 
Il parlait de même aux Corinthiens : « Dieu 
vous prie par nous. » II Cor., v, 20. a Comme 
vous avez appris de nous, v ou mieux, reçu ; car 
ce n'est pas seulement par des paroles, c'est aussi 
par des actes, « Comment vous devez marcher. » 



Ceci s'applique à la complète direction de la 
vie. a Et plaire à Diéu , pour que vous avanciez 
de plus en plus, » ou que vous abondiez ; pour 
que vous ne vous en teniez pas strictement aux 
préceptes , et que vous alliez au delà, qu'il y 
ait surabondance dans votre vertu. Il venait de 
constater avec une admiration sincère la soli- 
dité de leur foi ; il coordonne maintenant leur 
conduite. En cela consiste le progrès, à dé- 
passer les prescriptions rigoureuses , les vrais 
commandements ; quand on est en dehors de ces 
limites , tout dépend de la bonne volonté , de 
l'initiative de chacun. De même que la terre ne 
doit pas se borner à rendre la semence, l'âme 
ne doit pas non plus s'en tenir à ce qui lui a été 
prescrit ; il faut qu'elle fasse davantage. L'exu- 
bérance dont il est ici question nous indique les 
deux choses qui constituent la vertu, s'éloigner 
du mal et faire le bien. Il ne suffit pas de l'abs- 
tention pure et simple pour être réellement ver- 
tueux; ce n'en est que le principe et comme 
une entrée dans la voie qui nous y mène ; pour 
arriver au but nous avons besoin d'une ardeur 
infatigable. Ce qu'on doit nécessairement éviter, 
il l'a posé comme un législateur austère , et 
certes avec raison, puisque les choses défen- 
dues nous attirent le supplice si nous les com- 
mettons , et nulle gloire si nous nous en abste- 
nons. 

Quant à ce qui fait l'essence de la vertu, comme 
se dépouiller de ses richesses, et d'autres actes 
pareils > cela ne doit pas être l'objet d'un pré- 
cepte; et quoi donc? a Qui peut comprendre» 
comprenne. » Matth., xix, 12. Ce que Paul leur 
avait prescrit , non sans crainte et sans trem- 
blement, il veut selon toute apparence le leur 
rappeler dans des lettres empreintes de la même 
piété. Ce n'est donc pas une prescription nou- 
velle, il en appelle simplement à leur mémoire : 
a Yous savez quels préceptes je vous ai donnés 
par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Or, telle est 
la volonté de Dieu , votre sanctification. » Ob- 
servez qu'il n'est pas de sujet auquel il touche 
avec autant de délicatesse à la fois et de véhé- 
mence. Ailleurs il dit aussi : « Cultivez la paix 
avec tous, et la sanctification , sans laquelle nul 
ne verra le Seigneur. » Hebr., xn, 14. Et ne 



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120 



HOMÉLIES SUR LA I" ÉPITRE AUX THESSALONTC1ENS. 



vous étonnez pas qu'il écrive constamment là- 
dessus aux fidèles ; il écrit de même à Timothée : 
c Conservez- vous chaste. » I Tim., v, 22. Daùs 
sa seconde épltre aux Corinthiens, il s'exprime 
encore en ces termes : « Dans une patience inal- 
térable, dans les jeûnes, dans la chasteté. » 
Il Cor., vi, 5, 6. Vous trouverez ce conseil sans 
cesse, dans l'Epitre aux Romains et dans toutes 
les autres. En réalité, c'est le mal contraire qui 
perd le monde. Un pourceau qui s'est roulé 
dans la boue , porte avec lui une odeur infecte 
qui le suit partout et qui frappe aussitôt les 
sens : tel est l'impudique. On ne se débarrasse 
pas facilement de cette funeste infection. Quand 
ceux-là même qui sont mariés se livrent à ce 
désordre , quelle horreur n'est-ce pas ? a Or, 
c'est la volonté de Dieu que vous deveniez saints 
et que vous vous absteniez de toute fornication. » 
Il est bien des genres d'iniquité , des passions 
multiples et diverses, qu'on ne saurait même 
nommer. Paul se borne à dire : a De toute forni- 
cation, » laissant à la conscience le soin de com- 
pléter sa pensée : a Que chacun de vous sache 
garder son corps dans la sanctification et l'hon- 
neur ; qu'il l'affranchisse des appétits désor- 
donnés, auxquels se livrent les nations qui ne 
connaissent pas Dieu, s « Que chacun de vous 
sache conserver son corps. » C'est donc une 

Ne pas se science, une grande science de ne pas se livrer 
îaptTes^one à la volupté. Une autre conséquence : nous 

sdence P OS9 édons notre corps tant qu'il est pur et dans 
la sanctification ; dès qu'il est souillé , c'est le 
péché qui le possède. Nous ne pouvons pas en 
douter; car il ne fait plus ce que nous voulons, 
il fait ce que le tyran commande. « Non dans 
les appétits désordonnés. » Il nous montre ici 
les moyens de rester dans les limites de la mo- 
dération et de couper court à la convoitise. Les 
délices, en effet, les richesses, l'apathie, la 
paresse et l'oisiveté, toutes les autres choses 
pareilles nous poussent à des désirs insensés, 
a Comme les nations qui ne connaissent pas 
Dieu.» Voilà bien ce que sont les idolâtres, ils 
ne prévoient pas les châtiments à venir. 

2. « Que personne ne franchisse les bornes et 
ne fasse en cela tort à son frère. » Remarquable 
expression que celle-là , a ne franchisse les 



bornes ; » les bornes que Dieu lui-même a posées 
et qui sont déterminées par la nature, l'invio- 
lable unité du lien conjugal. Attenter à l'hon- 
neur d'une autre famille, c'est donc une trans- 
gression, un vol, une injustice atroce; il n'est 
pas même de vol comparable à celui-là. Un 
homme ne déplorera jamais une perte d'argent 
à l'égal du déshonneur de sa femme. Vous 
parlez de fraternité, et vous faites à votre frère 
la plus cruelle de toutes les injures! Ici c'est de 
l'adultère qu'il s'agit, et plus haut c'est d'une 
fornication quelconque. Comme l'Apôtre allait 
déclarer qu'il ne faut en aucune façon empiéter 
sur les droits de son frère, il a soin de dire 
auparavant : Ne vous imaginez pas que la 
défense soit ainsi restreinte ; vous devez égale- 
ment respecter les femmes étrangères , celles 
qui ne sont pas mariées, celles même d'une pro- 
fession infâme. Vous devez vous abstenir de 
toute fornication. C'est pour cela qu'il ajoute : 
a Car le Seigneur est armé pour venger tous 
ces désordres. » Il les a d'abord exhortés , en 
réveillant en eux le sentiment de la honte , en 
les comparant aux Gentils; puis il leur fait voir 
combien la chose est inique, puisque c'est attenter 
aux droits du prochain. Il conclut par une con- 
sidération capitale : « Car le Seigneur est armé 
pour venger ces désordres, comme nous vous 
l'avons déjà dit et certifié. Non, ce n'est pas impu- 
nément qu'on agit de la sorte, et la volupté n'é- 
galera jamais le châtiment. » Dieu ne nous a pas 
appelés à l'impureté, mais bien à la sanctifica- 
tion. 

Comme il a désigné le frère et présenté Dieu 
pour vengeur, il ne veut pas nous laisser croire 
que nous échapperions peut-être au châtiment 
si nous étions simplement coupables envers un 
infidèle. Dieu sévira contre vous, non pour 
venger un homme précisément, mais parce que 
vous l'avez outragé lui-même. C'est lui qui vous 
a appelé, et sur lui tombe l'insulte. De là ce 
qui suit : « Celui donc qui méprise ces choses 
ne méprise pas l'homme , mais Dieu , qui même 
a mis en nous son Esprit saint. » Que vous 
ayez séduit une reine, ou bien la femme de votre 
serviteur, le crime est le même. Comment le 
savons-nous? Vous venez de l'entendre, Dieu 



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HOMÉLIE V. 



121 



venge son propre honneur surtout en ven- 
geant celui de l'homme ; et vous, en outrageant 
Dieu, vous vous êtes déshonoré vous-même. 
Dans les deux cas déterminés le crime est un 
adultère, parce qu'il y a un mariage des deux 
côtés. Du reste, auriez-vous commis la fornica- 
tion, et non l'adultère, n'auriez-vous eu de rap- 
port qu'avec une femme perdue, Dieu vous pu- 
nira, par la raison qu'il se venge lui-même, et 
que, si vous n'insultez pas un homme, vous 
méprisez les lois de Dieu. En voulez-vous une 
preuve? vous vous cachez en agissant ainsi, 
faisant à Dieu l'insulte de supposer qu'il ne 
voit pas. Si quelqu'un que le monarque aurait 
honoré de la pourpre et comblé de distinctions, 
qui dès lors est obligé d'avoir une conduite en 
rapport avec sa dignité, s'introduisait dans une 
maison de prostitution, qui outragerait-il, je 
vous le demande? cette femme, ou le souverain? 
Sans doute il concourt au déshonneur de la 
première, mais ces choses ne se comparent pas. 
Je vous .en conjure, fuyez une telle abomina- 
tion. Vous n'hésitez pas à punir votre femme si 
vous trouvez qu'elle a failli : vous serez puni de 
même sinon par les lois , du moins par Dieu, 
puisque vous vous êtes rendu coupable d'adul- 
tère. Ce n'est pas seulement la femme mariée 
qui commet le crime, c'est également l'homme 
dans la même condition. 

Pesez bien ce que je dis; quelque pénible que 
ce soit pour plusieurs, il n'en faut pas moins le 
dire, si nous voulons corriger les prévarica- 
teurs. L'adultère e xiste quand l'homme est 
marié, que la femme le soit ou ne le soit pas. 
Qu'importe qu'elle ne se trouve pas engagée 
dans les liens du mariage? étant vous-même 
marié, vous portez atteinte aux droits les plus 
légitimes et vous dégradez votre corps. Pour 
quelle raison , dites-moi , punissez-vous une 
femme qui s'est rendue coupable avec un homme 
libre et sans aucun engagement? Par la raison 
que c'est un adultère. Son complice a beau 
n'avoir pas de femme; elle est sous la loi du 
mari. Donc vous aussi, vous avez des engage- 
ments sacrés envers votre femme ; et, par con- 
séquent encore, l'action que vous commettez 
est également un adultère. « Celui qui renvoie 



sa femme, est-il écrit, excepté dans le cas de 
fornication, l'expose à l'adultère ; celui qui prend 
une femme renvoyée est lui-même adultère. » 
Matth.) v, 32. Or, si celui qui prend une femme 
renvoyée mérite le nom d'adultère, ne le mérite- 
t-il pas encore plus celui qui pèche avec elle , 
quand il a sa propre femme? C'est évident pour 
tous. Hommes, je vous en ai dit assez. C'est à 
propos de ces criminels que le Christ a pro- 
noncé cette sentence : ce Leur ver ne mourra 
pas, leur feu ne s'éteindra jamais. » Marc. , ix, 44. 
Il était nécessaire de vous parler de la sorte à 
cause des jeunes gens, mais pas même autant à 
cause d'eux qu'à cause de vous-mêmes; cela 
s'applique à vous d'une manière plus directe. 
Pourquoi? je vais vous le dire. Celui qui n'a pas 
connu la fornication , n'apprendra pas l'adul- 
tère; tandis qu'après avoir fréquenté les femmes 
perdues, on en vient vite à ce crime; et, si ce 
n'est pas avec des femmes mariées, ce sera avec 
des femmes libres. 
3. Quel est donc le but de mon exhortation ? But de r« 

hortation d 

De vous engager à couper le mal dans sa racine, saint Paul, 
vous tous dont les fils sont déjà grands et qui 
les destinez à vivre dans le monde : hàtez-vous 
de les placer sous le joug salutaire du mariage. 
A cette époque de la vie, ils sont obsédés par 
les passions; avant de les marier, employez 
tous les moyens possibles, la persuasion et l'au- 
torité, les menaces et les promesses, pour les re- 
tenir dans le devoir : quand est venue l'époque 
de leur union, n'y mettez aucun retard. Voilà 
que je tiens le langage même du monde ; mais 
je n'en rougis pas. Paul a bien pu dire : « Ne 
vous fraudez pas réciproquement » I Cor. , vu, 5. 
Ce langage semblerait encore plus honteux ; 
l'Apôtre ne s'est pas néanmoins arrêté devant 
cette considération; il n'a pas fait attention aux 
paroles, il ne s'est préoccupé que des actes que 
ces paroles devaient corriger. Lors donc que 
votre fils aura l'âge convenable, avant qu'il 
embrasse la profession des armes ou tel autre 
genre de vie, ayez soin de pourvoir à son ma- 
riage. S'il voit que vous ne perdez pas le temps, 
que vous vous empressez de lui trouver une 
épouse, il pourra dominer les entraînements de 
la jeunesse; mais, s'il a lieu de penser que 



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HOMÉLIES SUR LA T ,e ÉPITRE AUX THESSALONICIENS. 



vous y mettez de la négligence ou des retards 
calculés, que vous attendez enfin qu'il soit en 
position de faire un riche mariage, cette longue 
attente le découragera, et sera capable de l'en- 
traîner bientôt au désordre. Hélas I encore ici 
l'amour des richesses est la racine de tous les 
maux. Personne qui songe sérieusement à rendre 
son fils vertueux et sage, tous soupirent après 
l'or ; aucun zèle pour le bien véritable. Je 
vous en supplie donc, songez avant tout à la 
pureté de leur àme. Si votre fils a le bonheur 
de rencontrer une chaste épouse, les autres 
femmes ne lui seront plus rien ; avec la flamme 
de l'amour grandira dans son àme la crainte 
de Dieu ; le mariage alors sera vraiment hono- 
rable, l'asile et le boulevard de la chasteté; 
d'abondantes bénédictions se répandront sur les 
enfants, les époux resteront inviolablement unis 
l'un à l'autre ; ignorant tous les deux les mœurs 
étrangères, ils rivaliseront de prévenance et de 
soumission. 

Quand un jeune homme a déjà donné dans 
la mollesse et la corruption , il pourra bien un 
jour ou deux faire l'éloge de sa jeune femme; 
mais bientôt les anciennes habitudes le ressai- 
siront, il lui manquera quelque chose, et les 
airs affectés, et la démarche molle, et les rires 
immodérés, et les paroles aventureuses, et tant 
d'autres ignominies que nous ne pouvons pas 
dire et qui sont le propre de la servitude. La 

La femme femme libre ne saurait jamais s'abaisser jusque- 
libre ne s'a- * * "x 

baiste jameii là, elle se respecte trop elle-même. Sachant le 
mouSaeetu noble but de l'union qu'elle a contractée, elle 
corruption. ^ venue pour faire régner avec elle la décence 
et la pureté dans une famille, et non pour être 
un vil instrument. Les manières de la courtisane 
vous paraissent agréables? je le sais, puisque je 
le vois dans l'Ecriture : o Les lèvres de la cour- 
tisane distillent le miel. » Prov., v, 3. Voilà 
pourquoi je m'efforce de vous éloigner de ce 
miel, dont la douceur se change promptement 
en amertume; et l'Ecriture le dit aussi : a Cette 
suavité dont pour quelques instants elle remplit 
votre bouche, vous la trouverez ensuite plus 
amère que le fiel, vous y sentirez la pointe d'un 
glaive à double tranchant. » Ibid., 4. 
Je vous entend* me reprocher ce langage; 



mais pardonnez-moi de semblables témérités ; 
ce n'est pas volontiers que je m'expose à cho- 
quer vos oreilles, c'est pour ramener au senti- 
ment de l'honneur ceux qui n'ont pas honte 
des choses, alors qu'ils me reprochent peut-être 
de n'avoir pas honte des paroles. Je pourrais me 
justifier par de nombreux passages des Livres 
saints. Ezéchiel accuse Jérusalem dans un même 
langage, et il n'en rougit pas. Il a raison; car 
ce n'est pas la passion qui le lui dicte, c'est le 
dévouement. Si les expressions paraissent hon- 
teuses, le but ne l'est certes pas : il se propose 
de purifier les âmes. On ne convertira jamais les 
pécheurs impudents, à moins d'employer les 
mots qui les stigmatisent. Le médecin qui veut 
extirper la corruption , ne craint pas de porter 
la main dans la plaie purulente; il ne pourra 
pas la guérir, s'il ne commence par souiller ses 
mains. Je ne puis pas non plus remédier à vos 
vices, sans que ma bouche soit en quelque sorte 
souillée. Je me trompe cependant; ma bouche 
n'est pas pluâ souillée que les mains qui gué- 
rissent. Pourquoi? Parce que ce n'est pas là 
notre corruption personnelle, pas plus que ce 
n'est celle du médecin ; elle provient d'un corps 
étranger. Or, s'il n'hésite pas devant les plaies 
d'un autre, comment reculerions-nous devant 
celles qui nous affectent nous-mêmes? vous êtes 
notre corps; ni votre faiblesse ni votre impu- 
reté ne peuvent nous le faire méconnaître. 

4t. Quelle est donc ma pensée quand je vous 
parle de la sorte, et quel est le but de mon 
exhortation? L'habit que porte votre serviteur, 
il ne vous viendra jamais à la pensée de le 
prendre., parce qu'il vous inspire le dégoût; 
vous aimeriez mieux rester nu que de vous en 
servir : et cette vile créature, cette femme qui 
s'est traînée dans la boue , insultée par tout le 
monde, ne vous inspire aucune horreur, aucune 
répulsion ! Vous avez honte de m'entendre? Mais 
ce sont les actions et non les paroles , qui de- 
vraient vous faire rougir. Je passe tout le reste 
sous silence, je me garderai bien de retracer 
toute la corruption des mœurs, tant d'habitudes 
dégradantes et serviles. Dites-moi, vous riva- 
lisez donc avec votre serviteur dans vos affec- 
tions, et non pas seulement avec votre servi- 



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HOMÉLIE V, 

teur, mais avec le bourreau lui-même? Vous 
ne voudriez pas assurément toucher la main du 
bourreau , et vous n'hésitez pas à partager 
l'objet de sa passion , à vous mettre en concur- 
rence avec lui ! N'en est-ce pas assez pour vous 
couvrir de honte, pour vous jeter dans les an- 
goisses de l'avilissement? Je viens de recom- 
mander à vos pères de ne pas tarder à vous 
marier ; mais cela ne vous met pas à l'abri du 
supplice. S'il n'avait pas existé, s'il n'existait pas 
encore beaucoup de jeunes gens vivant dans la 
chasteté, vous auriez peut-être une excuse ; mais 
du moment où ces exemples vous sont donnés , 
comment oseriez-vous prétexter que vous n'avez 
pu réprimer les feux de la concupiscence ? ceux 
qui l'ont pu vous condamnent, puisqu'ils avaient 
la même nature que vous. Ecoutez encore l'A- 
pôtre : « Cultivez la paix et la sanctification, 
sans laquelle nul ner verra le Seigneur. » Hebr. y 
xu, 14. Ne suffît-il pas de cette menace pour 
vous effrayer? Vous en voyez d'autres qui de- 
meurent toujours vierges , qui vivent constam- 
ment avec honneur ; et vous ne savez pas vous 
maîtriser pendant la période si courte de la jeu- 
nesse? Vous les voyez lutter mille fois contre la 
volupté, et vous ne soutenez pas même une 
lutte ? 

Si vous le voulez, je vous en dirai la cause. 
Ce n'est pas la jeunesse qu'il faut en accuser ; 
autrement tous les jeunes gens seraient impu- 
diques : c'est vous-mêmes qui vous jetez dans 
la fournaise. Lorsque vous allez vous asseoir 
sur les gradins du théâtre , et que là vous re- 
paissez vos yeux des nudités les plus révoltantes, 
vous avez un instant de folle joie ; mais il se 
trouve ensuite que vous avez allumé dans votre 
corps une fièvre qui le consume. Lorsque des 
femmes nues ont posé devant vous comme les 
modèles d'un art impudique, avec cet accompa- 
gnement de décors et de chants qui n'ont pas 
d'autre but que d'enflammer les passions , lors- 
qu'on a cessé de vous redire et de représenter 
devant vous les triomphes et les chagrins dont 
cette même passion est la source, sans aucun 
ménagement pour l'honneur de nos mères ni 
pour les cheveux blancs des vieillards , dont le 
masque est flétri sur la scène , à travers toutes 



m 

ces images des impures amours , comment pour- 
rez-vous désormais, je vous le demande, vous 
contenir dans les bornes de la modestie ? Ces 
spectacles , ces discours lascifs , toutes ces exci- 
tations malsaines, ayant une fois pénétré dans 
le plus intime de votre àme, vous poursuivront 
jusque dans votre sommeil ; car les visions noc- 
turnes sont toujours empruntées aux violentes 
impressions du jour. Telles étant donc les bles- 
sures profondes que vous allez recevoir bénévo- 
lement, tel étant le poison que vous buvez sans 
précaution et sans mesure , comment se pour- 
rait-il que la pourriture n'allât pas toujours en 
augmentant, que la maladie ne devint pas plus 
intense , alors surtout qu'elle agit sur l'àme 
avec une tout autre efficacité que sur le corps ? Il 
est plus facile, si nous le voulons bien, de rendre 
à l'àme sa droiture et sa vigueur. Le corps ré- 
clame des remèdes , des médecins et du temps ; 
tandis que la santé spirituelle dépend unique- 
ment de la volonté. Mais aussi voilà pourquoi 
vous êtes tombé dans une maladie plus grave. 
Quand nous accumulons tout ce qui peut nous 
nuire, sans tenir aucun compte de ce qui pour- 
rait nous faire du bien , comment la santé se 
maintiendrait-elle ? De là vient aussi la parole 
de l'Apôtre : a Comme les nations qui ne con- 
naissent pas Dieu. » Soyons couverts de honte 
et saisis de frayeur, si les nations qui ne con- 
naissent pas Dieu montrent souvent quelque 
sagesse ; rougissons de leur être inférieurs. La 
modération et la vertu ne sont pas choses diffi- 
ciles, il suffit de vouloir les pratiquer, et de fuir 
les dangers qui nous menacent : sans cette bonne 
volonté, il n'est pas même aisé d'échapper à la 
fornication. Quoi de plus facile que de se rendre 
à l'agora ? Eh bien , l'étrange mollesse de nos 
habitudes en fait un pénible travail, non-seule- 
ment pour les femmes , mais encore pour les 
hommes. N'est-il pas bien facile de dormir? nous 
avons cependant trouvé le secret de le rendre 
difficile. Beaucoup de riches s'agitent pendant 
toute la nuit, intervertissant l'ordre des choses et 
méconnaissant l'heure du sommeil. Rien n'est 
difficile , en un mot , pour ceux qui veulent, 
comme rien n'est facile pour ceux qui ne veulent 
pas : tout dépend de nous. Ecoutez les expres- 



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HOMÉLIES SUR LA I" ÉPITRE AUX THESSALONICIENS. 



sions mêmes de l'Ecriture : « Si vous voulez et 
si vous m'écoutez... Si vous ne voulez pas et si 
vous refusez de m'entendre. » Isa., i, 19. Vouloir 
ou ne vouloir pas, c'est tout. Delà les châtiments 
et les récompenses. Puissions-nous ne mériter 
que ces dernières et parvenir aux biens qui nous 
sont promis, par la grâce et l'amour..., etc. 



HOMÉLIE VI. 

« Quant à la charité fraternelle , nous n'avons pas eu 
besoin de vous en écrire ; vous-mêmes avez appris de 
Dieu à vous aimer les uns les autres. En effet , c'est 
ce que vous pratiquez à l'égard de tous les frères ré* 
pandus dans la Macédoine entière. ? 

1. Pour quelle raison , après leur avoir si for- 
tement parlé de la pudeur, et quand il va leur 
exposer ce qu'il faut faire , leur recommandant 
en particulier de ne pas trop s'affliger de la 
mort de leurs proches, laisse-t-il de côté le bien 
qui renferme tous les autres, la charité : a Nous 
n'avons pas eu besoin de vous en écrire?» Cela 
même accuse la plus haute sagesse et renferme 
un magnifique enseignement. Nous voyons là 
deux choses : d'abord, que ce point est tellement 
important et nécessaire , qu'on n'a pas besoin 
d'en faire l'objet d'une leçon, ce qui dépasse de 
beaucoup la mesure ordinaire étant manifeste 
pour tous : et puis il les frappe bien mieux par 
ce silence qu'il ne ferait par une exhortation 
formelle. En supposant , en effet, qu'ils n'ont 
pas dévié dans leur conduite , et n'ayant garde 
alors de les exhorter, il les force à rentrer en 
eux-mêmes s'ils ont réellement dévié. Remar- 
quez ceci : il ne parle pas de la charité pour 
tous , il parle seulement de la charité pour les 
frères. « Nous n'avons pas besoin de vous écrire 
là-dessus. » Il ne reste donc qu'à se taire puis- 
qu'il n'est pas besoin d'en parler. Par cette der- 
nière expression : « Je n'ai pas besoin , » il dit 
plus que par tout un discours, « Vous-mêmes 
avez appris de Dieu. » Quel éloge ! il proclame 
ainsi que Dieu s'est fait leur instituteur ; plus 
n'est besoin donc qu'un homme vous instruise. 
C'est ce que le prophète avait dit : a Et tous 
seront instruits par Dieu même. » Isa., xlv, 13. 



« Vous avez tous appris de Dieu à vous aimer 
les uns les autres; car vous pratiquez cette leçon 
envers tous les frères répandus dans la Macé- 
doine entière , » sans en excepter les autres 
évidemment. Rien de plus propre à les mettre 
dans la nécessité d'agir de la sorte, s'ils n'avaient 
pas déjà commencé. Que vous soyez instruits 
par Dieu , ce n'est pas une chose que j'avance 
sans preuve ; je le sais par la conduite que vous 
tenez. C'est du reste un témoignage qu'il renou- 
velle assez souvent, a Nous vous supplions, 
frères, de montrer encore plus de générosité, de 
vous appliquer à vivre dans le calme, d'accom- 
plir votre œuvre et de travailler de vos mains , 
comme nous vous l'avons ordonné , d'avoir une 
conduite irréprochable en face des étrangers, et 
de ne rien désirer de ce qui est aux autres. » 

Il leur enseigne ici de combien de maux 
l'inaction est la source, et quels sont aussi les 
heureux fruits du travail. Il rend cet ensei- 
gnement plus manifeste en l'appuyant sur les 
réalités de la vie et certes avec raison ; car cela 
impressionne tout autrement le commun des 
hommes que des considérations empruntées à 
l'ordre spirituel. La charité pour nos frères veut 
que nous leur donnions , au lieu de recevoir de 
leurs mains. Quelle sagesse dans l'Apôtre ! devant 
les prier et les exhorter, il met en évidence ce 
qu'ils font de bien, afin de tempérer les représen- 
tations et les menaces qu'il leur adressait : « Qui 
méprise ces choses, ne méprise pas l'homme, 
mais Dieu. » Il les empêche par là de revenir en 
arrière. Ce but s'obtient par le travail; c'est le 
moyen de ne rien recevoir des autres, et d'être 
même en état de leur donner, suivant cette 
parole : a II est plus heureux de donner que 
de recevoir. » Act., xx, 35. a Travaillez de vos 
mains. » Où sont donc ceux qui recherchent l'ac- 
tivité spirituelle ? Voyez comme il leur ôte tout pré- 
texte à cet égard ; l'expression n'est pas équi- 
voque, a de vos mains. » Jeûner, veiller, coucher 
sur la dure , est-ce un travail manuel? Personne 
n'oserait le dire ; c'est d'une œuvre spirituelle 
qu'il s'agit, puisque donner aux autres du fruit 
de son labeur est réellement une œuvre spiri- 
tuelle , que rien ne saurait égaler, c Que votre 
conduite soit irréprochable. » Observez cette 



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HOMÉLIE VI. 

manière de les reprendre et de les stimuler. Il 
n'a pas dit : Ne vous abaissez pas à mendier ; 
mais il leur signifie la même çhose en d'autres 
termes , avec plus de ménagement , afin de leur 
faire sentir la pointe de l'aiguillon sans trop les 
blesser. Si les fidèles eux-mêmes se scandalisent, 
à plus forte raison les étrangers auront-ils mille 
motifs d'accusation, à la vue d'un homme jouis- 
sant d'une bonne santé, pouvant se suffire à lui- 
même, et qui ne craint pas de tendre la main et 
de recourir aux autres. Aussi nous appellent-ils 
trafiquants du Christ, a C'est pour cela, dit l'A- 
pôtre, que le nom de Dieu est blasphémé. » Ici 
rien de semblable; il touche seulement à ce qui 
peut le mieux émouvoir, à la crainte du déshon- 
neur : « Nous ne voulons pas que vous ignoriez, 
frères, ce qui regarde les personnes endormies 
dans la tombe , afin que vous ne vous affligiez 
pas comme les autres qui n'ont point l'espé- 
rance. » I Thess., iv, 12. 

2. Ces deux choses leur nuisaient surtout, 
l'indigence et l'abattement, comme du reste à 
tous les hommes. Or, voici comment il les guérit. 
Leur indigence provenait des spoliations qu'ils 
avait subies. Si Paul ordonne à ceux qui ont 
tout perdu pour le Christ , de travailler afin 
d'être en état de secourir les autres, il faut 
avouer que cet ordre ne souffre pas d'excep- 
tion. Qu'on leur eût véritablement ravi leurs 
biens, on le voit par ces paroles : « Vous avez 
été les imitateurs des Eglises qui sont dans la 
Judée. » I Thes., n, 14. Commentées mots le prou- 
vent-ils? Quand on les rapproche de ces paroles : 
« Vous avez supporté avec joie l'enlèvement de 
vos biens. » Hebr., x, 34. Ici c'est à la résurrec- 
tion qu'il va toucher. Mais quoi 1 ne leur en 
avait-il pas déjà, parlé? 1} effleurera maintenant 
un autre mystère. Quel est-il? a Nous qui vivons, 
qui sommes restés pour l'avènement du Sei- 
gneur, nous ne préviendrons pas ceux qui se sont 
endormis. » Ibid. 9 ii. Il suffit de rappeler la résur- 
rection pour consoler l'homme affligé ; il suffit 
aussi de ce que dit l'Apôtre pour confirmer la 
foi en la résurrection. Rappelons ce qu'il a d'a- 
bord dit : a Nous ne voulons pas vous laisser 
dans l'ignorance, frères, concernant ceux qui 
dorment dans la tombe, afin que vous ne vous 



m 

affligiez pas comme les autres qui n'ont point 
d'espérance. » Avec quelle mansuétude il s'ex- 
prime encore' ici I Au lieu de leur dire , comme 
aux Corinthiens : Avez-vous à ce point perdu 
la raison , êtes-vous assez insensés pour vous 
affliger comme les infidèles, vous qui connaissez 
la résurrection? il leur dit avec une extrême 
bonté : « Je ne veux pas vous laisser dans l'igno- 
rance, » respectant leurs autres vertus. Il repré- 
sente les morts comme des personnes endormies, 
posant là dès le principe une base de consola- 
tion, a Pour que vous ne vous affligiez pas 
comme les autres qui n'ont point d'espérance. » 
Par conséquent, se laisser abattre à cause de 
ceux qui nous ont quittés, ce n'est pas d'un 
homme ayant l'espérance chrétienne. 

Gela se comprend. Une âme qui ne sait rien 
de la résurrection et qui regarde la mort comme La mort 
une mort définitive, ne peut manquer de se B 322^^" 
livrer au découragement, à des plaintes amères, ^J^Jjj^ 
à des lamentations sans fin, en présence de la l'espérance 

, , . chrétienne. 

tombe ; mais vous qui croyez à la résurrection , 
pourquoi vous lamentez-vous de la sorte? Un 
semblable chagrin n'appartient qu'à ceux qui 
n'ont pas l'espérance, encore une fois. Entendez, 
vous toutes femmes qui semblez vous plaire 
dans les gémissements et dont la douleur est si 
bruyante , vous faites justement ce que font les 
idolâtres. Si cette douleur n'est pas exempte 
d'idolâtrie, que dirons-nous d'autres signes plus 
extravagants encore, comme de se lacérer le 
visage? Pourquoi ce désespoir, si vous croyez 
que le mort doit ressusciter un jour, que ce n'est 
pas ici une destruction complète, mais bien un 
simple sommeil? — Je pleure, me direz-vous, 
une union brisée, une protection perdue, le 
soin des affaires, et tant d'autres auxquels j'étais 
habituée. — Mais alors, quand une mort pré- 
maturée vous enlève un enfant qui ne pouvait 
encore rien faire pour voua, pourquoi les mêmes 
plaintes et les mêmes regrets ? — C'est qu'il 
avait donné de grandes espérances, et que je 
comptais sur ses soins pour l'avenir. Voilà pour- 
quoi je regrette un mari , un fils ; voilà pour- 
quoi je me plains et me désole. Ce n'est pas 
certes que je ne croie à la résurrection ; mais je 
suis privée de tout secours, j'ai perdu mon dé- 



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HOMÉLIES SUR LA 1 M ÉPITRÉ AUX THESSALONTCIÈNS. 



j«6 

fenseur et mon appui, le compagnon de mon 
existence tout entière et mon unique consola- 
tion : tel est le sujet de mes larmes. Je n'ignore 
pas qu'il ressuscitera ; mais je ne puis me résigner 
à m'en voir séparée pour le reste de ma vie; 
la multitude des affaires m'accable ; quiconque 
voudra sera désormais libre de m'insulter; mes 
domestiques, auparavant si soumis, me mépri* 
sent maintenant et foulent aux pieds mes ordres ; 
ceux à qui le mort a fait du bien en ont perdu 
la mémoire; ceux qui s'imaginent en avoir reçu 
du mal ne s'en souviennent que trop bien et 
tournent contre moi leur colère. C'est ce qui me 
rend le veuvage intolérable, je ne saurais pleurer 
avec modération , de là mes cris et mes déchire- 
ments. 

Comment consoler une pareille tristesse? que 
dirons-nous? quel remède porter à ce deuil? Je 
m'efforcerai d'abord de convaincre cette femme 
que c'est là, non une douleur ayant sa légitime 
expression, mais une perturbation déraisonnable. 
Si c'est pour cela que vous pleurez, vos larmes 
n'auront plus de terme, et c'est toujours qu'il 
vous faudra pleurer le mort. Si vous êtes rede- 
venue la même au bout d'une année, si plus 
rien n'y parait alors, il sera bien manifeste que 
vous n'avez pas pleuré le mort, ni même sa 
protection. C'est l'éloignement qui vous désole, 
vous ne supportez pas la rupture de votre union ? 
Et que diront celles qui contractent un second 
mariage? Evidemment elles ne regrettent pas 
beaucoup leur premier mari. Mais ne nous 
adressons pas à ces dernières ; parlons à celles 
qui gardent pieusement leur affection pour les 
morts. Pourquoi, je vous le demande encore , 
pleurez-vous votre enfant ou votre mari? — 
Parce que je suis privée de la présence de l'un, 
et que j'avais compté sur une plus longue vie 
pour l'autre. — Etes-vous donc exempte d'im- 
piété, quand vous n'attendez pas de Dieu cette 
protection que vous vous promettiez d'un mari 
ou d'un fils? Pouvez-vous bien croire que vous 
n'outragez pas sa bonté? Peut-être vous les 
a-t-il enlevés, c'est une chose fréquente, pour 
que vous n'y fussiez pas aussi fortement atta- 
chée, pour que vous ne missiez pas en eux toute 
votre espérance. Nous servons un Dieu jaloux, 



qui veut être aimé de nous par-dessus tous les 
êtres ; et cela, parce qu'il nous aime lui-même 
d'un amour infini. Yous savez ce que c'est 
quand on éprouve cette affection ardente : on 
éprouve par là même une ardente jalousie ; il 
en est qui sont morts plutôt que de se voir 
préférer quelqu'un par l'objet de cette affection. 
Voilà pourquoi, je le répète, Dieu peut les avoir 
rappelés à lui; voilà pourquoi ces paroles. 

3. Pourriez-vous m'expliquer autrement qu'il 
y eût dans les temps anciens si peu de veuvages , 
que les enfants jeunes fussent si rarement privés 
de leurs parents? Voyez Abraham et Isaac, 
comme ils vécurent longtemps ensemble. C'est 
que ces hommes mettaient Dieu dans leurs 
affections au-dessus des êtres les plus chers. 
Dieu dit : Frappe ; et son serviteur va frapper. 
Pourquoi Sara parvint-elle à cette extrême vieil- 
lesse? C'est que, de son vivant, son mari ne 
voulut jamais lui complaire au détriment des 
ordres divins ; et Dieu lui-même est obligé de 
dire à ce dernier : « Ecoute Sara, ta femme. » 
Gènes. , xxi, 12. Ni l'amour des époux entre eux 
ni les sollicitudes de la famille ne pouvaient 
déterminer quelqu'un à provoquer la colère de 
Dieu. Mais aujourd'hui que nous tendons tou- 
jours à descendre et que nous sommes déjà 
tombés si bas, aujourd'hui que les maris aiment 
leurs femmes plus que Dieu, et que les femmes 
ont pour leurs maris la même préférence, Dieu 
veut nous forcer en quelque sorte à l'aimer 
malgré nous. N'aimez pas votre mari plus que 
Dieu, et vous n'aurez pas tant à redouter le 
veuvage, ou du moins vous le supporterez, s'il 
arrive, avec plus d'énergie. Pourquoi? Parce 
que vous avez un protecteur immortel et qui 
vous aime plus que tout autre. Si Dieu règne 
dans votre cœur , ne vous abandonnez pas à la 
tristesse ; car celui que vous aimez le plus ne 
connaît pas la mort, et ne permettra pas que vous 
ressentiez d'unemanièreexcessivelapertede celui 
que vous aimez moins. Je rendrai cet enseigne- 
ment plus clair par un exemple. Dites-moi, si vous 
avez un mari qui cherche à deviner vos pensées 
pour les satisfaire, qui s'attire l'estime de tous, 
qui vous entoure vous-même de considération 
et vous met à l'abri de toute insulte, un homme 



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ËOMÈLIE VI. 



4SP7 



fefconimé, prudent, sage, plein d'amour pour 
vous, vous rendant heureuse, si vous avez de 
plus un enfant, gage de votre union ; supposez 
après cela que cet enfant vous soit ravi dans un 
âge encore tendre ; vous laisserez- vous accabler 
par la douleur? Non certes ; car celui que vous 
aimez le plus éclipse tout le reste. Ajoutez que, 
si vous aimez Dieu plus que votre mari, vous 
pouvez espérer qu'il ne vous l'enlèvera pas si 
vite; et, dans le cas où vous le perdrez, vous 
serez moins accablée de cette perte. 

C'est pour cela que le bienheureux Job ne 
succomba pas à la tristesse, quand il apprit la 
mort soudaine et simultanée de ses enfants : 
Dieu passait avant eux dans son cœur. Or, l'ob- 
jet capital de son amour étant toujours vivant, 
son àme devait rester invulnérable dans tous 
ses revers. Que dites-vous, ô femme? que votre 
mari et votre fils vous étaient une protection? 
Et Dieu ne vous protége-t-il pas? n'est-ce pas 
lui qui vous les avait donnés? et vous-même, 
qui vous a créée, si ce n'est encore lui? Quoi, 
celui qui vous a tirée du néant et vous a donné 
l'existence, une àme, l'entendement, la gloire 
et le bonheur de le connaître , celui qui pour 
vous n'a pas épargné son Fils unique, ne vous 
ménage et ne vous protège pas? ce serait un 
autre de ses serviteurs qui serait votre protec- 
tion? Quel courroux n'excitent pas de telles 
paroles ? Et qu'a fait de tel pour vous un mari? 
Rien que vous puissiez me dire. Si vous en avez 
reçu quelque bienfait, c'est à titre de reconnais- 
sance, vous l'aviez prévenu. Oserait-on dire de 
Dieu la même chose ? Il ne récompense pas un 
bien qu'il aurait reçu le premier ; mais, sans avoir 
besoin de rien , par sa bonté seule , il comble le 
genre humain de ses bienfaits. Il vous a promis 
le royaume, il vous a donné l'immortelle vie, la 
gloire, la fraternité avec le Christ, la filiation di- 
vine, une part à l'héritage de son Fils unique ; 
et vous, après tant de bienfaits, vous en êtes en- 
core à ne pouvoir vous consoler de la mort d'un 
mari? Comparerez-vous les dons de l'un et de 
l'autre? C'est par l'ordre de Dieu que le soleil 
se lève, que la pluie tombe, que la terre fournit 
annuellement à votre subsistance. Malheur à 
nous à cause de notre ingratitude ! 



Le Seigneur a pris votre mari pour rompre 
une attache exclusive ; et vous vous obstinez, 
après même que vous a quittée l'objet de cette 
attache ; et vous oubliez Dieu, quand vous de- 
vriez le bénir, quand vous devriez tout jeter 
dans le sein de sa miséricorde? Qu'avez-vous 
donc reçu de votre mari? Le plus souvent des 
peines, les douleurs de la maternité, parfois des 
injures, des malédictions, des emportements et 
des menaces. N'est-ce pas là réellement ce que 
vous en recevez ? — Mais il m'a fait aussi du 
bien, me direz-vous sans doute. — Et quel 
bien ? il vous couvrait et vous ornait de vête- 
ments splendides, il chargeait 4'or votre tête, il 
vous assurait le respect de tous? Si vous le vou- 
lez, celui qui vous reste vous donnera des pa- 
rures tout autrement précieuses que celles dont 
vous gardez le souvenir; car l'or n'est rien pour 
vous entourer d'éclat en comparaison de la mo- 
destie. Ce roi possède des vêtements bien su- 
périeurs à ceux qui vous occupent, et, pour les 
posséder sur l'heure, il suffit que vous en ayez 
la ferme volonté. Quels sont-ils? Ce sont des 
vêtements à franges d'or ; revêtez-en votre àme, 
cela dépend de .vous. Votre mari vous protégeait 
donc contre les insultes des hommes? quoi 
d'étonnant? la viduité fera que vous n'au- 
rez pas à subir les insultes des démons. Vous 
aviez alors l'autorité sur vos domestiques, en 
supposant toutefois que vous l'eussiez entière- 
ment; et maintenant vous commandez, non 
plus à des serviteurs, mais aux Puissances in- 
corporelles, aux Principautés , aux Domina- 
tions, au Prince de ce monde. Vous ne parlez 
pas des peines que vous partagiez avec votre 
mari, telles que la crainte de ceux qui gouver- 
nent et la rivalité triomphante des voisins* 
Vous voilà délivrée de toutes ces craintes et 
de tous ces ennuis. Vous vous demandez encore 
avec angoisse qui prendra soin des enfants qui 
vous restent ? Le Père des orphelins. Qui vous les 
a donnés, dites-moi? N'entendez-vous pas le 
Christ disant dans l'Evangile : a L'àme n'est- 
elle pas plus que la nourriture, et le corps plus 
que le vêtement? » Matth. y vi, 25. 

4. Vous voyez donc bien que les plaintes ne Y ^^ n ^ 
viennent pas de l'habitude, mais plutôt du m*nqned« 



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homélies sur la épitrë aux taessaloNiciens. 



m 

manque de foi. Les enfants n'auront plus la 
même considération, insisterez- vous , du mo- 
ment où le père est mort. Et pour quelle raison? 
Ils ont Dieu pour père , et leur gloire serait 
amoindrie? Que d'enfants élevés par des veuves 
je pourrais vous montrer, qui sont devenus 
des hommes considérables 1 et combien d'autres 
qui se sont annihilés, ayant encore leur, père ! 
Si vous les élevez dès leur bas âge comme il 
convient de les élever, ils seront plus heureux 
que s'ils étaient sous la conduite paternelle. 
Que le devoir d'élever les enfants soit réelle- 
ment celui des veuves , Paul lui-même vous le 
dira : « A-t-elle bien élevé ses enfants?... Elle 
sera sauvée, parce qu'elle aura donné le jour à 
des enfants, » il ne s'agit pas ici du mari, « s'ils 
persévèrent dans la foi, la charité, la sancti- 
fication et la modestie. » I Tim. } v, 10; n, 15. 
Inspirez-leur de bonne heure la crainte de Dieu ; 
elle les gardera plus sûrement que le meilleur 
des pères, elle sera pour eux un mur auquel on 
ne saurait faire brèche. En effet, quand le gar- 
dien est au dedans, la protection extérieure de- 
vient inutile s'il n'est pas là, c'est en vain que 
toutes les précautions possibles sont prises au 
dehors. Voilà qui sera leur richesse, leur gloire 
et leur beauté ; voilà qui fera leur illustration, 
non-seulement sur la terre, mais encore dans 
les cieux. N'ayez pas les yeux fixés, je vous en 
prie, sur ceux qui portent des ceintures d'or, 
ou qui montent des chevaux magnifiques, ou 
qui vont briller à la cour à cause de leurs pères, 
ou qui sont entourés de serviteurs et de péda- 
gogues. C'est là peut-être ce qui fait gémir les 
veuves touchant le sort des orphelins; elles 
pensent en elles-mêmes : Mon enfant que voilà, 
s'il avait conservé son père, jouirait de ce même 
bonheur, tandis qu'il est maintenant dans la 
tristesse et l'abjection , dans un profond oubli. 
Ne pensez pas de la sorte, ô mère ; élevez plutôt 
vos pensées vers le ciel, ouvrez-en les portes, 
comprenez ce qu'est ce palais et la béatitude 
de celui qui l'habite et la grandeur du Mo- 
narque assis sur ce trône; après cela demandez- 
vous si les enfants honorés sur la terre ont une 
gloire comparable à celle que peut avoir votre 
fils là-haut ; et gémissez alors tout à votre aise. 



L'éclat qu'on possède ici-bas ne mérite pas 
qu'on en tienne compte : lui, si vous le voulez 
bien, prendra rang dans les milices célestes, il 
aura son nom inscrit dans les livres de l'immor- 
telle armée. Ceux qui figurent sur ce glorieux 
catalogue ne montent pas des chevaux, ils sont 
portés sur les nuées ; ils ne marchent pas sur 
la terre, ils sont emportés au-dessus des cieux; 
ils n'ont pas une escorte de serviteurs, ils ont 
une légion d'anges ; ils ne se tiennent pas de- 
vant un roi mortel, ils entourent le trône de 
l'éternel Monarque, du Roi des rois, du Sei- 
gneur des seigneurs; au lieu d'une ceinture de 
cuir doré, c'est la gloire ineffable qui les revêt 
de ses rayons : ils sont au-dessus des têtes cou- 
ronnées, de tout ce qu'il y eut jamais de plus 
illustre. Dans cette suprême cour, on ne de- 
mande pas si vous êtes riche ou noble, il suffit 
que vous soyez vertueux; la vertu n'a pas 
besoin d'autre recommandation, avec ce titre 
on arrive sans obstacle au premier rang. Rien 
ne nous sera malaisé si nous aimons la sagesse. 
Regardez au ciel, et voyez combien tout cela 
resplendit et rejette dans l'ombre les palais des 
rois. Du moment où les parvis célestes l'emportent 
sur les plus riches parvis de la terre , au point 
que ceux-ci ne sont en comparaison qu'une 
boue fétide, quel ne doit pas être le bonheur du 
vaillant athlète qui parcourt en toute liberté les 
palais de là-haut avec la couronne qu'il a con- 
quise ! « Quant à celle qui est vraiment veuve et 
désolée, dit encore l'Apôtre, elle met son espé- 
rance en Dieu. » I Tim. f v, 5. 

Quelles sont celles à qui s'adresse spécialement 
mon discours ? Aux veuves qui ont des enfants, 
parce qu'elles ont de plus grandes épreuves et 
plus d'occasions de plaire à Dieu : toutes leurs 
chaînes sont rompues, il n'est plus personne qui 
puisse les retenir et les forcer à les reprendre. 
Vous êtes séparée de votre mari; mais vous 
avez fait alliance avec Dieu : ce n'est plus un 
serviteur comme vous qui partage votre exis- 
tence, c'est le Seigneur. Quand vous vous ap- 
pliquez à la prière , n'est-ce pas avec lui que 
vous parlez? à la lecture, n'est-ce pas lui qui 
vous parle? Et que vous dit-il? Des paroles 
mille fois plus suaves que celles du meilleur 



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HOMÉLIE V!I. 
des maris. Que votre mari vous flatte , ce n'est en disant 
pas un bien grand honneur, puisqu'il est comme 
vous dans un état de dépendance ; mais que le 
Seigneur loue sa servante, c'est la plus hono- 
rable des attentions: Cela prouve aussi sa solli- 
citude. Et comment vous la témoigne-t-il ? De 
bien des façons ; écoutez : a Venez à moi, nous 
dit-il lui-même, vous tous qui travaillez et 
qui ployez sous le fardeau, et je vous ranime- 
rai, » Matth.y xi, 28. Il s'écriait encore par la 
voix de son prophète : a Une mère pourrait- 
elle n'avoir pas pitié du fruit de ses entrailles ? 
Eh bien, alors même qu'une mère l'oublierait, 
moi je ne vous oublierai pas, dit le Seigneur. » 
Isa., xlix, 15. Quel amour respire ce langage ! 
Il avait dit aussi : « Revenez à moi.... Conver- 
tissez-vous à moi, et vous serez sauvé. » Ibid., 
IV, 5-22; xliv, 22. Si quelqu'un veut puiser 
dans les Cantiques des cantiques, il y trouvera 
des expressions encore plus vives et plus mysté- 
rieuses : « Ma bien-aimée, ma colombe ; » Cant., 
il, 10; il verra l'époux s'entretenir avec chacune 
des âmes qui viennent à lui. Quoi de plus doux? 
je le répète. Entendez-vous comment Dieu con- 
verse avec les hommes? Ne savez-vous pas de 
plus combien ces saintes femmes ont perdu 
d'enfants, qui reposent maintenant dans la 
tombe? combien elles ont plus souffert que 
vous, perdant ensemble leurs enfants et leur 
mari ? Portons là notre attention et notre sol- 
licitude ; alors rien ne pourra plus nous attrister, 
nous passerons tout le temps de la vie dans la 
joie spirituelle, et nous entrerons en posses- 
sion des biens éternels. Puissions-nous tous 
les obtenir par la grâce et l'amour..,., etc. 



129 



HOMÉLIE VII. 

« Je ne veux pas tous laisser dans l'ignorance, frères, 
touchant ceux qui se sont endormis, afin que tous ne 
tous attristiez pas comme les autres qui n'ont pas 
l'espérance. » 

1. Beaucoup de choses nous sont un sujet de 
douleur par suite de notre ignorance ; si nous 
en avions une juste idée, nous dissiperions toute 
notre tristesse. Voilà ce que Paul nous signifie 
tom. x. 



<£Je ne veux pas vous laisser dans 
l'ignorance, afin que vous ne vous attristiez pas 
comme les autres qui n'ont pas l'espérance. » 
Que ne devons-nous pas ignorer, ô grand Apôtre? 
Ce qui concerne la résurrection, nous répond-il. 
Et pourquoi n'exposez-vous pas le supplice 
qu'auront à subir ceux qui n'ont pas voulu 
s'instruire de ce dogme? Parce que cela résulte 
évidemment de ce que nous disons, et que tout 
le monde en convient. Et puis cette instruction 
ne sera pas d'un médiocre avantage. Ce n'est 
pas qu'on ne crût à la résurrection ; et cepen- 
dant on gémissait outre mesure : de là ce que 
dit Paul. Il parle d'une toute autre manière 
quand il s'adresse à ceux qui ne croient pas ; 
pour ceux qui se perdaient en vaines recherches 
sur les temps et les circonstances, évidemment 
ils croyaient, a Si nous croyons que Jésus est 
mort et qu'il est ressuscité plein de vie, Dieu 
ressuscitera de même ceux qui se sont endormis 
dans le Christ, et les emmènera avec lui. » Où 
sont les hérétiques qui mettent de côté la chair? 
Si le Sauveur ne l'a pas revêtue, il n'est pas 
mort par là-mème ; s'il n'est pas mort, il n'est pas 
non plus ressuscité. Comment nous appuyons- 
nous sur ces choses pour vous inspirer la foi ? 
Est-ce que, d'après eux, il ne se serait pas joué 
de la nature humaine, et ne serait-il pas un 
imposteur ? Si la mort est impossible en dehors 
du péché, comment le Christ, en qui le péché 
n'a pas trouvé place, nous exhorte-t-il mainte- 
nant? D'où vient cette parole : « Comme les 
autres qui n'ont pas l'espérance? » C'est comme 
s'il disait : Qui pleurez-vous, ô hommes? qui 
regrettez-vous ainsi? les pécheurs, ou simple- 
ment les morts? Et les infidèles, qui pleu- 
rent-ils? Tout est vain chez eux. « Le premier-né 
d'entre les morts, » les prémices, a dit ailleurs 
l'Apôtre. Coloss., i, 18. Il faut donc que 
les autres renaissent à leur tour. Ce n'est pas 
au moyen du raisonnement qu'il établit ici ce 
dogme, vous le voyez , parce qu'il a des audi- 
teurs dociles. Ecrivant aux Corinthiens, il em- 
ploie d'abord des raisonnements multiples , et 
puis il s'écrie : « Insensé, ce que tu sèmes ne 
revient à la vie que parla mort. » I Cor. y xv, 36. 
C'est décisif sans doute, mais quand on s'adresse 



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•ogle 



J30 HOMÉLIES SUR LA I" ÉPITRE AUX THESSALONIGIENS. 



à des hommes ayant la foi : pour les infidèles , 
quelle force cela pourrait-il avoir? 

« Ainsi Dieu ressuscitera par Jésus ceux qui 
dorment, et les emmènera avec lui. » Encore, 
a ceux qui dorment; » et nulle part, ceux qui 
sont morts, à moins que ce ne soit dans le Christ, 
après avoir dit qu'il est ressuscité. Dans notre 
texte, nous voyons simplement l'idée du som- 
meil. On peut entendre par là ou bien ceux qui 
se sont endormis dans la foi de Jésus, ou bien 
ceux qui doivent ressusciter à son exemple par 
la vertu de cette même foi. Les hérétiques pré- 
tendent qu'il s'agit en cet endroit des personnes 
baptisées. Mais alors comment la comparaison 
se maintiendrait-elle? il n'est pas question pour 
Jésus du sommeil dans le baptême. Pourquoi 
cette image, encore une fois? Ceci s'applique 
non à la résurrection générale , mais à celle de 
chaque homme en particulier, a II ressuscitera 
par Jésus ceux qui dorment, d a-t-il dit, et sou- 
vent reparait cette même expression : a Nous 
vous le disons dans la parole du Seigneur, 
que nous qui vivons, qui sommes réservés pour 
son avènement, nous ne préviendrons pas ceux 
qui dorment, a C'est en parlant des fidèles qu'il 
a dit : « Ceux qui dorment ; » et puis : « Les 
morts ressusciteront. » Après cela, ce n'est pas 
seulement de la résurrection qu'il traite , c'est 
aussi de la glojre qui doit suivre la résurrection. 
Tous ressusciteront, dit-il, mais tous n'entre- 
ront pas dans la gloire : ceux-là seuls y seront 
admis qui vivront dans le Christ. Son but étant 
de leur offrir une consolation, il ne se borne 
pas à leur rappeler une chose à eux déjà connue, 
il les console encore et surtout par la perspec- 
tive de cette gloire incomparable et de cette 
subtilité de corps qui leur sont promises. Que 
telle soit son intention, il le déclare ensuite : 
« Et nous serons pour jamais avec le Seigneur... 
Nous serons enlevés au milieu des nuées. » 
Ibid., 16. Voulez-vous savoir comment les fidèles 
dorment en Jésus? C'est qu'ils le possèdent en eux- 
mêmes. En disant de plus : « Dieu les emmènera 
avec lui, » il montre qu'il les appellera de toutes 
les parties du monde. « Nous vous le disons 
dans la parole même du Seigneur. » C'est une 
chose étrange qu'il va leur dire ; et voilà pour- 



quoi il se donne une garantie a dans la parole 
même du Seigneur. » Ce n'est pas de notre 
chef que nous parlons, nous vous transmettons 
une leçon reçue du Christ lui-même, « Nous 
qui vivons , qui sommes réservés pour l'avéne- 
ment du Seigneur, nous ne préviendrons pas 
ceux qui dorment. » A cela se rapporte ce qu'il 
écrit aux Corinthiens : « En un instant, en un 
clin d'ceil. » Ibid., 52. Il corrobore le dogme de 
la résurrection par la manière même dont elle 
doit s'accomplir. 

2. Comme cela paraissait si difficile, il leur 
fait voir que les morts n'auront pas plus de 
peine à se relever que les vivants eux-mêmes. 
Ce n'est pas de lui précisément qu'il entend 
parler par ce mot a nous; » car il ne devait pas 
rester jusqu'à la résurrection :il désigne par là 
certains fidèles. Aussi poursuit-il : « Qui sommes 
réservés à l'avènement du Seigneur, nous ne 
préviendrons pas ceux qui dorment. » C'est 
comme s'il disait : N'allez pas croire qu'il y ait 
là quelque difficulté, quand vous entendez que 
les vivants d'alors ne préviendront pas ceux qui 
sont tombés en dissolution, en pourriture, les 
hommes morts depuis plusieurs milliers de 
siècles : ce sera l'œuvre de Dieu. Or, il n'est pas 
plus difficile à Dieu d'appeler à lui des êtres dé- 
composés que des êtres encore intacts. Il en est 
sans doute qui refusent de le croire, mais parce 
qu'ils ne connaissent pas Dieu. Quoi de plus 
facile, dites-moi, de tirerun être dunéant et delui 
donner une première fois l'existence, ou bien 
de le rétablir après qu'il s'est dissous ? Que disent 
les incrédules? Tel homme a fait naufrage, 
et bientôt les poissons ont dévoré son corps; ils 
se sont en quelque sorte partagé ses membres. 
Puis les poissons à leur tour ont été pris et 
dévorés par d'autres , qui l'ont été dans leurs 
émigrations par d'autres encore. Ils sont 
quelquefois mangés par les hommes , qui de- 
viennent parfois aussi la proie des bêtes fé- 
roces. Après une telle confusion, une disper- 
sion aussi complète, comment l'homme pourra- 
t-il être constitué de nouveau? qui rassemblera 
des éléments ainsi perdus? — 0 hommes, pour- 
quoi dites-vous de ces choses ? à quoi bon cette 
série de puérilités, pour arriver à l'impossible ? 



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Prenez au contraire quelqu'un qui ne soit pas 
tombé à la mer et n'ait pas été dévoré par les 
poissons, qui sont ensuite mangés par un 
nombre incalculable d'hommes ; supposez qu'il 
soit mis avec le plus grand soin dans le cer- 
cueil , que même les vers le respectent , qu'il 
n'ait à subir aucune transformation : n'est-ce 
pas assez de la dissolution pour ignorer com- 
ment il ressuscitera? Gomment ce peu de pous- 
sière et de cendre formera-t-il un tout organisé? 
d'où lui viendra l'éclat et la vigueur du corps 
humain? Cela ne sera donc pas inexplicable ? 

Si le doute à cet égard se manifeste chez les 
Gentils, nous avons bien des moyens de leur 
répondre. Eh quoi? il est des philosophes chez 
eux qui font passer les âmes dans les plantes et 
dans les animaux; dites-moi s'il n'est pas plus 
facile de reprendre son propre corps que de 
prendre un corps étranger ? D'autres enseignent 
même une résurrection qui comprend les vête- 
ments et les chaussures , après que tout a été 
consumé par le feu ; personne cependant qui se 
permette d'en rire. Ils ont aussi leur fameuse 
théorie des atomes. Mais nous n'avons pas à 
discuter avec eux. Quant aux fidèles, si toutefois 
on peut appeler ainsi ceux qui se livrent à de 
telles questions, nous leur rappellerons cette 
doctrine apostolique : Toute vie provient de la 
corruption, toute vie animale et végétale. Voyez 
le figuier : quel tronc, quelles tiges, quels ra- 
meaux et quel feuillage , quelles racines , quel 
développement, et comme il s'insinue partout ! Et 
cet arbre si vaste et si vivace est né d'un petit 
grain tombé par hasard et qui est mort dans la 
corruption; car, s'il ne tombe pas d'abord en 
pourriture, rien ne peut en provenir. Comment 
cela se fait-il, je vous le demande?' La vigne, si 
belle à voir dans son épanouissement, aux fruits 
si suaves, n'a pas une autre origine. Que nous 
donne le ciel, je vous le demande encore? Pas 
autre chose que l'eau. Comment donc l'eau revêt- 
elle des formes si diverses? Voilà qui est plus 
étonnant que la résurrection. Ici le germe et la 
plante sont de même nature, le rapport ne sau- 
rait être plus parfait; mais là comment une 
seule et même nature, dites-moi, se transforme- 
t-elle en tant d'autres? 



HOMÉLIE VÎI. 131 

La vigne ne donne pas seulement le vin, elle Mystères c 
produit aussi la séve et les pampres; elle déve- la nature * 
loppe les bourgeons , elle alimente tout ce qui 
la constitue : il en est de même de l'olivier, il 
ne produit pas que l'huile. Ce qu'il y a de mer- 
veilleux, c'est que le liquide se change en solide, 
le doux en amer, c'est que le même corps pro- 
duise des impressions si diverses. Comment s'ac- 
complissent ces transformations ? Je vous prie 
de m'en dire la cause. Vous ne le pourrez pas. 
En vous-même, dans ce qu'il y a de plus intime 
en vous, expliquez-moi comment d'une matière 
informe proviennent les yeux, les oreilles, les 
mains, le cœur, et tant d'autres choses qui 
constituent l'harmonie de votre corps. Quelles 
dissonnances cependant, quelles oppositions de 
figure, de grandeur, de qualité, de situation, 
de puissance; et puis au fond quel admirable 
accord ! Comment les nerfs, les veines, les chairs, 
les os, les membranes, les muscles, les artères, 
les cartilages , et tout ce que les médecins énu- 
mèrent avec tant de précision; comment tous 
ces éléments divers qui composent notre nature 
viennent-ils d'un seul élément? ne voyez-vous 
pas là des difficultés tout autrement insolubles? 
Même origine pour une matière dure et froide, 
comme les os; pour une matière liquide et 
chaude, comme le sang ; froide et flexible, comme 
les nerfs ; froide encore et liquide , comme les 
artères. Expliquez-moi cela; expliquez-moi de 
plus que vous n'ayez à cet égard aucun doute. 
Ne voyez-vous pas chaque jour la résurrection et 
la mort dans les différents âges de l'homme? Où 
va la jeunesse, et d'où vient la vieillesse? Com- 
ment le vieillard ne peut-il pas se faire lui-même 
jeune, tandis qu'il a des enfants qui le devien- 
dront, ne pouvant pas ainsi faire pour lui ce 
qu'il fait pour les autres? 

3. La même chose a lieu dans les arbres et 
les animaux. Il est cependant impossible qu'on 
donne à autrui ce qu'on ne peut donner à soi- 
même. Sans doute, mais d'après le raisonne- 
ment humain, lorsque Dieu travaille, tout 
se soumet à son action. Si de telles choses 
sont inexplicables , et pleinement inexplicables, 
en y songeant je ne puis me défendre du sou- 
venir de ces fous qui prétendent expliquer la 



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132 



HOMÉLIES SUR LA ÉPITRE AUX THESSALONÎCtENS, 



génération immatérielle du Verbe. Ce qui se passe 
chaque jour, ce que nous touchons de nos mains, 
est une énigme dont personne n'a pu trouver le 
mot, malgré d'infatigables recherches : pour- 
quoi donc se livrer à cette inquiète curiosité 
touchant cette ineffable et suprême génération ? 
comment l'âme ne se fatigue-t-elle pas à ce 
labeur stérile? comment n'est- elle pas saisie de 
mille vertiges et ne tombe-t-elle pas dans la stu- 
peur? Rien toutefois ne peut les corriger et les 
instruire. Incapables de rien dire de sérieux 
sur les raisins et les figues, ils s'obstinent à se 
préoccuper de Dieu. J'ai beau vous demander 
comment ce pépin se change en tige et puis en 
feuilles, tandis qu'auparavant on n'y pouvait 
rien distinguer de semblable. Me dire que cela 
ne vient pas du pépin , mais uniquement de la 
terre, ce n'est pas une solution, puisque la terre 
ne produit rien sans cette graine. Cessons de dé- 
lirer; ni la terre ni la graine n'en sont la 
cause ; tout vient du souverain Seigneur de la 
terre et des semences. Il agit avec ces instru- 
ments, comme une première fois il s'en est passé, 
manifestant ainsi sa puissance , quand il disait : 
a Que la terre produise toute sorte de plantes. » 
Gènes., i, 11. Et désormais ce sera par ce 
moyen qu'il manifestera sa puissance, afin de 
nous inspirer l'amour du travail et le mépris 
de la fatigue. Pourquoi ces paroles? Ce n'est 
pas sans motif, c'est pour corroborer en nous 
le dogme de la résurrection, pour nous ensei- 
gner aussi le calme et la patience, lorsque 
nous voulons embrasser une vérité par le rai- 
sonnement et que nous ne pouvons y par- 
venir ; si bien que nous sachions alors repousser 
cet auxiliaire et nous tourner d'un autre côté, 
nous souvenant que tout est facile à Dieu. 

Dans cette persuasion, mettons un frein à nos 
propres pensées, ne tentons pas de franchir les 
bornes et de dépasser la mesure imposée à 
notre intelligence. En effet, a si quelqu'un s'i- 
magine savoir quelque chose, il ne sait encore 
rien de la manière qu'il faut le savoir. » l Cor.> 
vin, 2. Ce n'est pas de Dieu que je parle, dit 
Mystères Paul, c'est d'un objet quelconque. Ainsi, que 
Uon 8 des C été- voulez-vous savoir, dites-moi, touchant la terre, 
menu. et q Ue sayez-vous? Quelle est son étendue, sa 



forme, sa position, son essence, son point d'ap- 
pui, le lieu qu'elle occupe ? Vous ne m'expli- 
querez pas un seul de ces points. Tout ce que 
vous pourrez me dire, c'est qu'elle est froide, 
dure, noire, mais au delà, rien. Et si je vous 
interroge sur la mer ? vous ne serez pas moins 
dans l'impossibilité de me répondre ; vous n'en 
connaissez ni le commencement ni la fin, vous 
ne savez sur quel fond elle repose, ni le lieu 
précis qui lui est assigné, ni ce qui vient 
ensuite, si c'est de l'eau ou de l'air. Que savez- 
vous même de ce qu'elle renferme dans son sein ? 
Parlerai-je de l'air et des autres éléments? vous 
ne sauriez non plus que me dire. J'abandonne 
donc cette pensée. Voulez-vous que nous parlions 
de ce qu'il y a de plus minime dans les plantes? 
Ce gazon qui ne produit aucun fruit, et que 
nous avons tous devant les yeux, dites-moi com- 
ment il pousse : ne s'étale-t-il pas sur un mé- 
lange d'eau, de terre et de fumier? D'où vient 
sa beauté, sa couleur admirable? Comment 
tout cet éclat se fane-t-il? Assurément ce n'est 
pas là l'œuvre de la terre ou de l'eau. Vous 
voyez donc bien que la foi nous est partout né- 
cessaire. Comment se fait-il que la terre pro- 
duise, enfante ? J 'ai beau vous le demander ; vous 
n'avez encore sur ce sujet rien à me dire. Instrui- 
sez-vous, ô homme, par la vue des choses d'ici- 
bas, ne scrutez pas avec cette folle insistance 
les choses du ciel ; et plût à Dieu que ce fût le 
terme de vos recherches, et que le souverain 
Maître du ciel n'en fut pas lui-même l'objet? 

Quoi ! vous ne connaissez pas la terre, la terre 
dont vous êtes né, qui vous a nourri, que vous 
habitez et foulez aux pieds, sans laquelle vous 
ne pourriez pas même respirer; et vous êtes si 
curieux de choses tellement éloignées de vous? 
Oui vraiment, l'homme est vanité. Si l'on vous 
ordonnait de descendre au fond de la mer, et 
d'en sonder les abîmes, vous n'obéiriez pas ; et, 
quand personne ne vous le commande, vous 
allez de votre propre mouvement vous jeter 
dans un abîme plus insondable encore? Cessez, 
je vous en supplie. Naviguons simplement à la 
surface, ne nous enfonçons pas dans d'obscurs 
raisonnements ; car nous succomberions bientôt 
à la fatigue, et nous disparaîtrions sous les flots. 

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HOMÉLIE VW. 



m 



Servons-nous des divines Ecritures comme d'un 
navire, et déployons les voiles de la foi. Sur ce 
navire, la parole de Dieu sera notre pilote; mais 
elle ne nous guidera plus, si nous nous lançons 
dans les raisonnements humains. Et quel sera le 
pilote de ceux qui voguent ainsi? Tout leur 
manque à la fois, le navire et le pilote. Si le 
péril est grand quand le pilote manque au na- 
vire, n'est-il pas double quand les deux font dé- 
faut, et quel espoir de salut peut-on conserver 
encore ? Ne nous jetons pas dans une position 
aussi manifestement désespérée; allons avec 
précaution , ne nous séparons pas de l'ancre 
sacrée. Ainsi parviendrons-nous au port tran- 
quille avec une riche cargaison, dans une pleine 
sécurité, et Dieu nous donnera les biens réservés 
à ceux qui l'aiment, par le Christ Jésus Notre- 
Seigneur, à qui gloire..., etc. 



HOMÉLIE VIII. 

« Nous vous le disons avec la parole même du Seigneur, 
nous qui vivons, qui sommes réservés pour l'avènement 
du Seijraeur, nous ne préviendrons pas ceux qui 
dorment; car le Seigneur lui-même, Tordre étant donné, 
la voix de rarchatige ayant retenti au son de la divine 
trompette, descendra du ciel ; et ceux qui sont morts 
dans le Christ se lèveront les premiers; puis nous qui 
vivons, qui sommes laissés ici- bas, nous serons enlevés 
avec eux au milieu des nuées pour aller au-devant 
du Seigueur dans les airs, et de la sorte nous serons 
à jamais avec le Seigneur. » 

4. Les prophètes, dans le but d'établir la 
vérité de ce qu'ils allaient dire , faisaient pré- 
céder leurs discours de semblables expressions ; 
« Vision que vit Isaïe ; » Isa., i, 1 ; a Parole du 
Seigneur entendue par Jérémie. » Jerem., i, 2. 
o Voici ce que le Seigneur a dit, » lisons-nous 
encore, et d'autres formules pareilles. Plusieurs 
aussi voyaient Dieu assis sur son trône r comme 
il est possible à l'homme de le voir. Quant à 
Paul, qui ne le voyait pas de la sorte, mais qui 
avait le Christ parlant en lui, au lieu de dire : 
« Voici ce que dit le Seigneur, » il s'exprime en 
ces termes : « Voulez-vous expérimenter le 
pouvoir de celui qui parle en nous, du Christ?» 
II Cor., xni, 3. Pour bien montrer que rien ne 
vient de lui-même, il commence par ces mots : 
a Paul, Apôtre de Jésus-Christ ; » l'Apôtre parle 



uniquement au nom de celui qui l'envoie. Il a 
dit encore : « Je présume que je n'ai pas moins 
que les autres l'Esprit de Dieu. » I Cor., vu, 40. 
C'est en cet esprit qu'il enseignait toutes ces 
choses, les ayant clairement entendues de la 
bouche même de Dieu ; comme ce qu'il disait 
aux anciens de l'Eglise d'Ephèse : « Il est plus 
heureux de donner que de recevoir, » Act. 9 xx, 35, 
il le savait par une révélation particulière. Ecou- 
tons de nouveau son langage actuel : « Nous 
vous le disons avec la parole même du Seigneur, 
nous qui vivons , qui sommes réservés pour son 
avènement, nous ne préviendrons pas ceux qui 
dorment; car le Seigneur lui-même, l'ordre 
étant donné, la voix de l'archange ayant retenti 
au son de la divine trompette, descendra du ciel. » 
Le Christ l'avait annoncé : «Les Vertus des 
cieux s'ébranleront. » Matlh., xxiv, 29. Pour- 
quoi donc au son de la trompette? C'est ce que 
nous voyons sur le mont Sinaï ; mais alors les 
anges rempliront cette mission. Pour quelle rai- 
son intervient ici la voix de l'archange ? Comme 
elle intervint auprès des vierges : « Levez-vous, 
voici l'époux qui vient. » Matth., xxv, 6. Telle 
est la pensée de l'Apôtre, ou bien il veut nous 
signifier que le Christ déploiera l'appareil royal, 
et que les anges lui serviront de ministres dans 
la résurrection. 

Il a dit : « Que les morts ressuscitent , » et 
l'ordre est exécuté, non par le pouvoir même 
des anges, mais par celui de sa parole. On croit 
entendre un roi donnant cet ordre : Que les 
prisonniers soient délivrés; ceux qui l'exécutent 
ne sont évidemment que des instruments. Le 
Christ avait encore annoncé cette circonstance : 
a II enverra ses anges avec une puissante trom- 
pette, et ils réuniront ses élus des quatre vents 
du ciel, des extrémités du monde; » Ibid., xxiv, 
31 ; et partout vous voyez courir les exécuteurs 
de sa volonté. Je me représente l'archange 
comme leur chef, leur disant d'une voix puis- 
sante : Faites que tous soient prêts ; car voici le 
Juge. Quelle est cette trompette dont il est ici 
question? Paul nous donne à comprendre qu'il 
y en aura beaucoup; et cela s'applique à la der- 
nière : à peine aura-t-elle retenti que le Juge 
descendra, a Et ceux qui sont mort3 dans le 

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43i 



HOMÉLIES SUR LA I" ÉPÏTRE AUX THESSALONïCIENS. 



Christ, ressusciteront les premiers. Nous vien- 
drons ensuite, nous qui vivons, nous les réservés, 
et nous serons enlevés avec eux dans les nuées, 
pour aller à la rencontre du Seigneur au mi- 
lieu des airs, et de la sorte nous serons à jamais 
avec le Seigneur. » L'Apôtre ajoute : «Consolez- 
vous donc réciproquement dans ces paroles.. » 
5 ar honneur Pourquoi serons-nous enlevés dans les airs, si 
sa^ésurîec- le Seigneur doit descendre ? C'est par honneur. 
èvcra D dans Q uan dJe monarque entre dans une ville, ceux 
s airs. qui sont constitués en dignité vont à sa ren- 
contre; les accusés restent dedans, attendant 
que le juge arrive. C'est sur le char même du 
Père que nous sommes portés; il a reçu son Fils 
montant sur les nuées : tel est aussi notre char 
de triomphe. Quel honneur! nous allons à sa 
rencontre quand il descend du ciel, et, ce qui 
fait le bonheur suprême, nous serons toujours 
avec lui. 

a Qui racontera les puissances du Seigneur 
et célébrera complètement ses louanges?» Ps. 
cv, 2. De quels biens n'a-t-il pas comblé l'huma- 
nité? Les derniers morts se verront les pre- 
miers; ainsi s'accomplira la réunion générale. 
Abel qui mourut avant tous les autres, montera 
avec eux tous. Alors aucune différence ; les 
siècles passés dans le tombeau, ou plutôt dans la 
poussière , n'empêcheront aucun homme de se 
trouver au rendez-vous. S'ils nous ont attendus 
pour recevoir la couronne, comme Paul s'en 
explique ailleurs : « Dieu nous préparant une 
destinée plus heureuse , de telle sorte qu'ils ne 
fussent pas consommés sans nous; » Hebr. y xi, 
40 ; à plus forte raison devons-nous les attendre. 
Mais non, l'attente sera plutôt pour eux que 
pour nous; car la résurrection s'opérera en un 
instant, en un clin d'oeil. Cette réunion qui doit 
se faire signifie que les morts ressusciteront 
partout, et qu'ils seront ensuite rassemblés par 
les anges. La résurrection s'accomplit par la 
puissance de Dieu, commandant à la terre de 
rendre son dépôt; en cela nul n'est son auxi- 
liaire. C'est ainsi qu'il rappela Lazare du sein 
de la mort : « Lazare, viens dehors; » Joan., 
xi, 43 ; après cela les serviteurs l'amenèrent. — 
Mais, si les anges vont partout les réunir, com- 
ment les ressuscités sont-ils ensuite enlevés dans 



les airs? — Ils remonteront tous ensemble, 
après qu'ils seront descendus : cela s'accom- 
plira tout d'un coup , sans que personne sache 
comment. Quel spectacle ! Ils verront la terre 
ébranlée, des tourbillons de poussière de toute 
part soulevés, les corps sortant tous à la fois de 
la tombe, sans que nul être paraisse y donner 
la main, un ordre ayant suffi pour évacuer 
cette terre où les générations s'étaient entas- 
sées. Que sera-ce de voir tous les hommes qui 
jamais ont vécu depuis Adam jusqu'à l'avéne- 
ment du souverain Juge, se tenant là réunis avec 
leurs femmes et leurs enfants? A la vue de ce 
bouleversement du monde, alors ils compren- 
dront. Ils n'avaient de même rien prévu lors 
du premier avènement, dans le mystère de son 
incarnation. 

2. Cela fait, c'est le moment où retentira la voix 
de l'archange donnant des ordres aux esprits 
inférieurs, ainsi que les trompettes, ou plutôt 
le son des trompettes. Quel frisson , quelle ter- 
reur saisira ceux qui seront restés sur la terre ! 
Telle femme montera vers les cieux, telle autre 
sera laissée; il en est de même des hommes. 
Qu'éprouveront alors dans leur âme ceux qui 
se verront abandonnés, pendant que les autres 
s'élèveront au-dessus de ce monde ? Est-ce 
que cela n'est pas fait pour les effrayer et les 
abattre beaucoup plus que tous les tourments 
de la géhenne ? Supposons que nous sommes à 
cette heure terrible. Une mort imprévue , un 
tremblement de terre secouent nos villes, de 
simples menaces nous ébranlent profondément : 
que sera-ce quand nous verrons la terre s'en- 
tr'ouvrir et chanceler sous cette immense mul- 
titude, quand nous entendrons le son prolongé 
des trompettes, et la voix plus éclatante encore 
de l'Archange, quaûd les cieux se retireront pour 
livrer passage au Roi tout-puissant de l'univers? 
dans quel état se trouvera notre àme? Trem- 
blons, je vous en supplie, soyons saisis d'épou- 
vante, comme si tout cela s'accomplissait déjà. 
N'allons pas nous tranquilliser dans la pensée 
que ce n'est pas encore ; quand un événement 
doit inévitablement s'accomplir, ce n'est rien 
qu'un retard quelconque. A quelles impressions 
de frayeur encore une fois ne devons-nous pas 

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HOMÉLIE VIII. 



135 



nous attendre ? Avez-vous jamais vu quelqu'un 
qu'on traîne à la mort? dans quelles dispositions 
d'esprit vous le représentez-vous pendant qu'il 
suit cette voie fatale jusqu'au point d'arrivée ? 
n'est-ce pas pire que la mort elle-même? que ne 
voudrait-il pas faire et souffrir pour échapper à 
ces affreuses ténèbres ? J'en ai vu plusieurs que 
la clémence du souverain avait gràciés, quand 
ils venaient d'arriver sur le lieu de l'exécution, 
déclarer que les hommes ne leur paraissaient 
plus des hommes, tant leur àme était plongée 
dans le trouble et la stupeur, tant elle était 
hors d'elle-même. Si la mort corporelle nous 
épouvante à ce point, que ressentirons-nous en 
présence de la mort éternelle ? 

Et pourquoi parler de ceux qui sont traînés 
au supplice? ils sont entourés d'une foule de 
spectateurs dont la plupart ne les connaissent 
même pas. Si quelqu'un cependant veut entrer 
dans leur àme, il n'en est pas d'assez cruel, 
d'assez impitoyable, ni même d'assez fort, pour 
ne pas sentir un profond accablement, la cons- 
ternation et l'angoisse. Etant aussi pénible- 
ment affectés par une mort étrangère, qui 
même n'est après tout qu'un long sommeil, 
quelle sera notre contenance en face d'un mal- 
heur tout autrement effrayant où nous tombe- 
rons nous-mêmes? Ce que nous souffrirons alors, 
il n'est pas possible, non, il n'est pas possible de 
l'exprimer. — Sans doute, me répondra-t-on ; 
mais Dieu est plein d'amour pour les hommes, 
et rien de tout cela ne saurait avoir lieu. — Par 
conséquent, la sentence est vainement consi- 
gnée dans l'Ecriture. — Non ; mais ce ne sont 
là que des menaces destinées à nous corriger. 

— Et, si nous ne nous corrigeons pas, si nous 
nous obstinons dans le vice, le châtiment ne 
nous serait pas alors infligé, n'est-ce pas? Les 
bons n'auraient pas non plus de récompense ? 

— Je ne le dis pas ; car il convient à Dieu de 
récompenser au delà du mérite. — Ainsi donc, 
ce qui regarde la récompense est vrai et ne peut 
manquer d'être : ce qui regarde le châtiment, 
au contraire, ne sera pas, et n'a pour but que 
de nous inspirer la crainte? En vérité , je ne 
sais comment vous persuader. Si je vous dis que 
le ver dont ils éprouvent les morsures ne mourra 



pas, que le feu qui les torture ne s'éteindra ja- 
mais, qu'ils seront plongés dans les flammes 
éternelles, en appuyant cette affirmation de 
l'exemple du mauvais riche subissant déjà son 
châtiment, vouâ me répondrez qu'il n'y a là que 
des menaces. 

Je le demande de nouveau , comment vous 
convaincre ? Un tel raisonnement est vraiment 
satanique, il rend la grâce superflue, et vous 
jette de plus en plus dans l'indolence. Par quel 
moyen vous en retirer ? Tout ce que nous pour- 
rons vous citer des Ecritures, simples menaces, 
direz-vous toujours. Que vous puissiez parler 
ainsi des peines futures, on le comprend ; mais 
nullement quand il s'agit de choses arrivées 
déjà et pleinement exécutées. Vous avez tous 
entendu ce qui regarde le déluge : est-ce que 
vous voyez encore là de simples menaces? l'é- 
vénement ne s'est-il pas accompli? De sem- 
blables propos étaient aussi prodigués à cette 
époque ; pendant les cent ans qui furent em- 
ployés à la construction de l'arche, quand on 
enduisait de bitume les bois dont elle était for- 
mée, quand le juste ne cessait d'élever la voix, 
personne non plus ne voulait croire. Et, parce 
que les hommes ne crurent pas à de tels aver- 
tissements, et ne s'en tinrent pas à la parole, ils 
en vinrent à la réalité, le châtiment fondit sur 
eux. Nous aurons le même sort si nous refusons 
de croire. Voilà pourquoi le Christ compare son 
second avènement aux jours de Noé : de même 
qu'on ne croyait pas alors au cataclysme d'eau, 
on ne croira pas plus tard au cataclysme de feu. 
Sont-ce là des menaces, et non point des faits, 
je vous le demande encore? De plus, celui qui 
déchaîna le fléau d'une manière si soudaine, ne 
frappera-t-il pas avec plus de force aujourd'hui? 
car enfin les désordres de notre époque ne sont 
pas inférieurs à ceux de ces anciens temps. N'a- 
vons-nous pas raison de le dire ? Il est écrit que 
les enfants de Dieu s'unirent aux filles des 
hommes, et ce fut un grand crime que cette 
union ; mais il n'est pas d'excès dans l'iniquité 
où notre génération ne se porte. Croyez-vous 
décidément que le déluge ait eu lieu, ou ce récit 
vous paraît-il une fable? Il reste cependant des 
témoins qui le proclament, les montagnes mêmes 



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436 



HOMÉLIES SUR LA t" ÉPITRE AUX THESSALONICIENS. 



sur lesquelles l'arche s'arrêta, les montagnes 
de l'Arménie. 

3. Dans cette abondance de preuves qui s'of- 
frent à moi, j'en prends une autre encore plus 
éclatante. Quelqu'un de vous a-t-il voyagé dans 
Preuves li- la Palestine ? Ce sont des faits, et non des paroles 
tue1 e de él ia <l ue J e va * s énoncer. Ce que je viens de dire n'en 
destine. es t pas moins évident, plus évident même que 
des faits qui s'accompliraient sous nos yeux, 
puisque cela se trouve dans l'Ecriture. Je ne 
doute pas qu'il ne se trouve quelqu'un parmi 
vous ayant visité la Palestine. Quelle est ma 
pensée ? De vous demander votre témoignage 
en présence de ceux qui n'ont pas comme vous 
visité cette contrée. Au-dessus d'Ascalon et de 
Gaza, au point où finit le Jourdain, commence 
une vaste et fertile vallée; disons mieux, com- 
mençait; car elle n'existe - plus aujourd'hui. 
C'était là comme un magnifique jardin : « Lot 
aperçut toute cette région des bords du Jour- 
dain; elle était arrosée comme le paradis même 
de Dieu. » Gènes., xm, 10. Eh bien ! cette ré- 
gion si fleurie et qui le disputait aux plus riches, 
qui paraissait même égaler en fertilité le paradis 
terrestre , est maintenant le plus aride des dé- 
serts. Il y a là des arbres, et des arbres qui pro- 
duisent des fruits ; mais ces fruits sont un mo- 
nument de la colère divine. On y voit des grena- 
diers avec leurs grenades; rien de plus agréable 
à l'œil, ils sont d'une forme plus belle, et qui 
promet un goût plus exquis; mais, quand on a 
le fruit à la main et qu'on l'ouvre, oTi le trouve 
rempli de poussière et de cendre. Voilà ce qu'est 
la terre entière ; prenez une pierre, vous n'avez à 
la main qu'un peu de poussière. Faut-il même 
citer la pierre, le bois, la terre elle-même, 
quand l'air et l'eau participent à la malédiction? 
De même qu'un corps brûlé conserve sa figure, 
ses traits distinctifs, sa grandeur et ses propor- 
tions, mais nullement sa force; de même ici 
on croit voir la terre, et puis ce n'est au 
fond que de la cendre ; les arbres et les fruits 
ne sont également arbres et fruits qu'en appa- 
rence; l'air et l'eau n'ont rien non plus de 
ses éléments, puisqu'ils sont aussi pleins de 
cendre. — Mais comment l'air a-t-il jamais pu 
s'embraser, et l'eau elle-même en demeurant 



eau? Le bois et la pierre brûlent; pour Pair et 
Peau cela n'est pas possible. — C'est impossible 
pour nous, et nullement pour celui qui les a 
créés. Ainsi donc, l'air n'est pas autre chose 
qu'une fournaise, et Peau de même une four- 
naise : tout est frappé de stérilité, tout est 
mort, tout porte l'empreinte de la vengeance 
antique et le présage de la colère à venir. 
Direz-vous encore que voilà de simples me- 
naces, un vain bruit de paroles sans réalité ? A 
mes yeux, les choses qui précèdent celles-ci ne 
sont pas moins croyables, ce qui ne se voit pas 
est aussi certain que ce qui se voit : quant à 
l'infidèle, le fait que nous venons de lui signaler 
suffirait pour lui donner la foi. Si quelqu'un ne 
croit pas à la géhenne, qu'il rappelle à son sou- 
venir et considère avec attention le sort de 
Sodome et de Gomorrhe, ce châtiment arrivé 
jadis et subsistant toujours. C'est l'indice des 
peines éternelles. 

Ce langage vous affecte péniblement; mais 
est-il donc moins pénible de vous entendre dire 
qu'il n'y a pas d'enfer, que Dieu n'a prononcé 
que des menaces, et de vous voir ainsi paralyser 
les mains du peuple? C'est vous, incroyant, qui 
me forcez à parler de la sorte. Si vous accep- 
tiez avec docilité la parole du Christ, je n'aurais 
pas eu besoin de vous prouver sa doctrine par 
des faits. Du moment où vous ne croyez pas à sa 
parole, je dois vous convaincre, que vous le vou- 
liez ou que vous ne le vouliez pas. Qu'avez-vous 
à me répondre, en effet, sur ce qui regarde 
Sodome? Voulez-vous savoir de plus la cause de 
ce qui s'accomplit à cette époque? C'était . un 
péché, grave, horrible, à la vérité, mais un 
seul : les habitants de cette ville étaient possédés 
du vice de la pédérastie; et c'est pour cela qu'ils 
subirent un tel supplice. Maintenant il se com- 
met un nombre incalculable de péchés, qui ne 
sont pas moins hideux , et parfois le sont même 
davantage. Après avoir ainsi déchaîné son cour- 
roux pour un seul désordre, au point de ne pas 
écouter les prières d'Abraham, de ne pas se 
laisser toucher par l'hospitalité de Lot, qui sa- 
crifie ses propres filles pour sauver les célestes 
messagers, Dieu laissera-t-il inpunie l'iniquité 
qui déborde sur la terre ? 11 serait ridicule de le 



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HOMÉLIE VIIÎ. 



437 



penser; le prétendre, c'est une puérilité, une 
étrange déception, une tromperie diabolique. 
Voulez-vous que -je rappelle un autre fait? Mais 
vous avez entendu parler de Pharaon, roi d'E- 
gypte, vous savez quel fut son châtiment, com- 
ment il fut enseveli dans la mer Rouge avec ses 
chars, ses chevaux et toute son armée. Je vous 
dirai même autre chose ; car enfin celui-là était 
peut-être un impie ; et pourquoi peut-être? il 
Tétait bien certainement. Je vous présenterai des 
hommes croyant en Dieu, qui même servaient 
Dieu d'une certaine façon, mais dont la vie 
n'était pas irréprochable , et qui furent sévère- 
ment punis. Ecoutez Paul lui-même : «Ne tom- 
bons pas dans la fornication, comme y tombèrent 
plusieurs d'entre eux, qui furent exterminés au 
nombre de vingt-trois mille ; ne murmurons pas 
non plus , comme plusieurs murmurèrent , et 
furent également frappés par l'ange extermina - 
.teur ; ne tentons pas le Christ comme plusieurs le 
tentèrent, et périrent mordus par les serpents. a 
I Cor. y x, 8-10. Si la fornication et le murmure 
provoquèrent de tels coups, que ne feront donc 
pas nos prévarications ? 

Ne soyez pas étonnés que Dieu ne frappe pas 
immédiatement. On n'avait alors qu'une vague 
idée de la géhenne, et c'est pour cela que le 
supplice était immédiat; mais aujourd'hui, si 
vous ne subissez pas votre peine, vos péchés l'ac- 
cumulent pour l'avenir. Quoi , eux qui n'étaient 
que des enfants, et dont les péchés étaient moins 
considérables, subirent de tels châtiments; et 
nous serions épargnés? La raison se révolte. En 
admettant même que nous soyons simplement 
aussi coupables qu'eux, nous méritons une 
peine plus forte. Pourquoi? Parce que nous 
avons reçu de plus grandes grâces. Mais, nos 
péchés étant plus graves et plus nombreux que 
les leurs, à quel châtiment ne devons- nous pas 
nous attendre ? Qu'on ne s'imagine pas que je 
parle ainsi par un sentiment d'admiration ou 
d'indulgence pour eux; à Dieu ne plaise! Quand 
le Seigneur punit, celui qui prononce une autre 
sentence obéit à l'impulsion du démon. Non, je 
ne loue ni ne pardonne; je fais simplement 
ressortir notre perversité. Ils murmurèrent sans 
doute, mais quand ils s'enfonçaient dans le 



désert : nous murmurons au sein même de la 
patrie, en restant dans nos demeures. Ils com- 
mirent la fornication , mais quand ils sortaient 
à peine du milieu des Egyptiens , après avoir 
longtemps subi leurs funestes exemple», avant 
d'avoir entendu la loi qui le défend : nous mé- 
ritons donc un châtiment plus terrible, puisque 
nous avons reçu de nos pères les plus salutaires 
enseignements. Vous dirai-je encore ce qu'ont 
souffert les habitants delà Palestine, la faim, 
la peste, la guerre, la captivité chez les Babylo- 
niens et les Assyriens, les maux que leur cau- 
sèrent ensuite les Macédoniens, et plus tard en- 
core les armées de Vespasien et d'Adrien ? Il est 
une chose que je veux vous dire ; ne reculez 
pas, mon bien-aimé. Il en est cependant une 
autre qui doit passer avant celle-là. La famine 
sévissait dans la ville , nous est-il raconté , 
et le roi se promenait sur les murailles ; une 
femme vint le trouver pour lui faire entendre 
ces paroles : « Roi, cette autre femme m'a dit : 
Faisons aujourd'hui cuire ton enfant et man- 
geons-le ; demain ce sera le mien. Nous l'avons 
fait cuire et nous l'avons mangé. Elle se refuse 
maintenant à tenir sa promesse. » IV Reg., vi, 
26-28. Quoi de plus épouvantable qu'une telle 
calamité? Ailleurs un prophète s'exprime de la 
sorte : « Les mains des femmes au cœur si tendre 
ont fait cuire leurs enfants. » Thren., iv, 10. 
Voilà les peines subies par les Juifs : n'en subi- 
rons-nous pas de beaucoup plus accablantes? 

4. Encore une calamité que vous pouvez en- 
tendre , si vous le voulez bien. Lisez l'historien 
Josèphe, et vous verrez se dérouler à vos yeux 
toute cette tragédie : ce sera peut-être le moyen 
de vous persuader qu'il existe une géhenne. 
Réfléchissez : s'ils ont été châtiés de la sorte, 
pourquoi ne le serions-nous pas? serait-il rai- 
sonnable de penser que nous serons épargnés 
étant plus coupables ? N'est-ce pas un motif de 
croire que notre supplice n'est que retardé ? Il 
m'est facile, toujours si vous y consentez, de 
vous désigner le châtiment de chaque personne. 
Gain mit à mort Abel, Ce fut un grand crime, 
on ne saurait le contester ; mais il en porta la 
peine, une peine terrible , telle qu'il eût mieux 
aimé mille fois mourir; écoutez-le s'en expliquer 



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HOMÉLIES SUR LA l" ÉPIÎRE AUX THESSALONICIENS. 



Exemples 
tirés do ln 
eainte Ecri- 
ture. 



138 

lui-même : a Si vous me rejetez de la terre, si 
votre face m'est cachée, quiconque me rencon- 
trera me donnera la mort. » Gènes., iv, 14. 
Est-ce que beaucoup aujourd'hui ne commettent 
pas le crime de Caïn? Si vous ne donnez pas la 
mort corporelle, du moment où vous la donnez 
à Tâme, n'ètes-vous pas aussi coupable que lui? 
Et, pour le premier genre de mort, qu'importe 
que vous ne vous soyez pas servi du glaive, si 
vous avez agi d'une autre façon ; si , pouvant 
apaiser la faim de votre frère, vous avez passé 
dédaigneusement? Personne, dites-moi, ne porte 
maintenant envie à son frère ? personne ne le 
met en péril? et cependant le châtiment ne 
s'exerce pas sur la terre. Il ne peut pas manquer. 
Quoi ! un homme qui n'avait entendu ni la loi 
écrite, ni les prophètes, qui n'avait pas vu les 
éclatants prodiges arrivés plus tard, est châtié 
d'une manière si sévère ; et puis un autre non 
moins coupable que lui, qui de plus n'aura pas 
profité de pareilles grâces, quittera ce monde 
impunément ? Et que devient la justice de 
Dieu, que devient sa bonté même? Je prends 
un exemple différent : Un homme est lapidé 
pour avoir ramassé du bois le jour du sabbat ; 
et des hommes qui n'ont cessé d'outrager les 
lois divines ne seront pas châtiés ? S'il n'était 
pas de géhenne, où serait donc la justice, encore 
une fois? où serait l'impartialité promise? Beau- 
coup de semblables prévarications leur sont 
reprochées, concernant l'observation du sabbat. 

Voici un autre exemple. Le fils de Gharmi 
dérobe quelques objets frappés d'anathème , il 
est aussitôt lapidé avec toute sa famille. Or, 
n'a-t-il jamais été commis de sacrilège depuis ce 
temps? Saùl, pour avoir épargné l'ennemi contre 
la volonté divine, est irrévocablement condamné. 
N'a-t-on pas vu depuis lors de criminelles indul- 
gences ? Plût à Dieu qu'il en fût ainsi ! Mais 
je voudrais surtout que nous ne fussions pas 
acharnés les uns contre les autres, allant plus 
directement contre la volonté de Dieu, et que 
notre fureur ne l'emportât pas sur celle des 
bêtes féroces; je voudrais que personne n'eût 
trouvé la mort dans les combats. Les fils d'Héli 
furent voués au dernier supplice, ainsi que leur 
père, pour avoir mangé avant d'offrir l'encens. 



Aucun père n'a-t-il donc été négligent et faible 
à l'égard de ses enfants? n'a-t-on pas vu de 
même des enfants pervers, et qui cependant 
n'ont pas subi leur peine? Quand la subiront-ils, 
s'il n'est pas de géhenne? Mais vous pourriez 
multiplier les exemples à l'infini. Je n'en citerai 
plus qu'un : Ananie et Sapphire, parce qu'ils 
avaient soustrait quelque chose d'une offrande 
faite à Dieu, ne furent-ils pas aussitôt frappés ? 
Personne n'a-t-il depuis lors imité leur con- 
duite? Comment se fait-il que le châtiment ne 
se soit pas renouvelé? Vous avons-nous per- 
suadé l'existence de la géhenne , ou vous fau- 
drait-il encore d'autres arguments? Venons-en 
aux choses récentes , à celles qui se passent de 
nos jours ; il est nécessaire de puiser partout pour 
bien établir cette doctrine, de peur qu'en vous 
ménageant hors de propos, nous ne nous per- 
dions nous-mêmes. 

Ne voyez-vous pas beaucoup de malheureux , 
d'infirmes , d'estropiés , souffrant toute sorte 
de misères, tandis que d'autres sont dans la 
prospérité? Pourquoi certains meurtriers sont- 
ils punis, et plusieurs échappent-ils au supplice? 
Ecoutez la réponse de Paul : a Les péchés de 
quelques hommes sont manifestes avant même 
le jugement, ceux de quelques autres le seront 
ensuite, t I Tim n v, 24. Que d'homicides, en 
effet, se sont dérobés à la sentence ! que de spo- 
liateurs de tombeaux ! Mais laissons ces cas 
extrêmes. Que de coupables ne voyez-vous pas 
éprouver de cruels supplices ! les uns sont con- 
sumés par de terribles maladies , les autres par 
des tourments différents, par de continuelles 
tortures ; et qui pourrait énumérer les maux 
auxquels ils sont sujets? Lors donc que vous 
verrez un homme non moins coupable qu'eux, 
beaucoup plus peut-être, ne rien souffrir de pa- 
reil, ne serez- vous pas forcé de reconnaître la 
géhenne? Mettez à part ceux qui sont devant 
vous sévèrement punis sur la terre, et puis 
songez que Dieu ne fait pas acception de per- 
sonnes : repassant alors dans votre esprit vos 
péchés sans nombre, et considérant votre impu- 
nité, vous ne chasserez pas la pensée de la 
géhenne. Dieu l'a tellement gravée en nous, 
que nul ne peut la méconnaître. Poètes, philo- 

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HOMÉLIE IX. 



439 



sophes, mythologues, tous les hommes sans 
exception comptent avec les récompenses à venir, 
et déclarent que beaucoup sont précipités dans 
les enfers. Il y a là bien des fables , il n'en est 
plus ainsi parmi nous. 

Je ne vous tiens pas ce langage pour vous 
causer de vaines frayeurs, ni pour accabler vos 
âmes ; j'ai voulu vous donner un frein et briser 
vos entraves. Si quelqu'un avait à désirer qu'il 
n'y eût pas de supplice, ce serait moi, moi plus 
que tout autre. Et la raison, c'est que chacun 
de vous ne tremble que pour son âme ; tandis 
que j'aurai de plus à rendre compte de toutes 
celles qui me sont confiées. Voilà pourquoi il me 
sera plus difficile qu'à vous tous d'échapper à 
la vengeance. Non, il ne se peut pas que le mal 
ne soit expié , qu'il n'y ait une géhenne. Que 
devenir? Les doutes renaissent; on me dira : 
Où donc est l'amour de Dieu pour les hommes ? 
Partout. Mais je traiterai ce sujet dans une autre 
circonstance, afin de ne jeter aucune confusion 
dans les idées que nous venons d'émettre sur la 
géhenne. En attendant, ne perdons pas le fruit 
que nous pouvons en avoir retiré; et ce n'est 
pas un petit gain que de croire fermement aux 
peines éternelles. Le souvenir d'un tel discours, 
en demeurant gravé dans nos âmes, peut détruire 
toute corruption , comme un puissant corrosif. 
Usons de ce remède, afin d'avoir le cœur pur et 
d'être ainsi jugés dignes de voir ce que l'œil n'a 
pas vu, ni l'oreille entendu, ni le cœur de 
l'homme pressenti. Puissions-nous tous l'obtenir 
par la grâce et l'amour de Notre-Seigneur Jésus- 
Christ, à qui gloire, puissance, honneur, en 
même temps qu'au Père et au Saint-Esprit, 
maintenant et toujours, et dans les siècles des 
siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE IX. 

n Pour les temps et les circonstances , vous n'avez pas 
besoin, frères, que nous vous en écrivions. Vous savez 
parfaitement vous-mêmes que le jour du Seigneur 
viendra comme un voleur pendant la nuit. » 

1. Rien n'est comparable à cette inquiète 
curiosité , à cette avidité que montre la nature 



humaine pour découvrir les choses obscures et 
cachées. Ces recherches sont d'autant plus ar- 
dentes que les intelligences sont moins déve- 
loppées et plus incultes. Les petits enfants ne 
cessent de fatiguer leurs nourrices, puis leurs 
parents , par la multiplicité de leurs questions ; 
vous n'entendez à chaque instant que ces mots : 
Quand cela s'est-il passé? quand arrivera ceci? 
C'est un mal qui provient chez les hommes, soit 
de la volupté, soit de l'inaction. Parmi tant 
d'objets que nous voudrions savoir et com- 
prendre , il en est un surtout qui sollicite notre 
esprit, c'est l'époque de la fin du monde. Est- il 
étonnant qu'il en soit ainsi? c'était également 
la grande sollicitude des saints apôtres ; avant 
la passion du Christ, ils l'entouraient avec plus 
d'insistance et lui disaient : « Apprenez-nous 
quand est-ce que ces choses auront lieu , quel- 
sera le signe de votre avènement et de la con- 
sommation des siècles. » Matth., xxiv, 3. Après 
sa passion et sa résurrection d'entre les morts, 
ils lui faisaient encore cette demande : a Dites- 
nous si dans ce temps vous rétablirez le royaume 
d'Israël. » AcL, i, 6. Ils ne lui avaient rien 
demandé avant cela. De pareilles questions ne 
se renouvellent pas dans la suite. Une fois qu'ils 
ont reçu l'Esprit saint, non-seulement ils n'in- 
terrogent plus et se résignent à leur ignorance, 
mais encore ils répriment chez les autres cette 
maladive curiosité. Ecoutez de nouveau com- 
ment s'exprime le bienheureux Paul : a Pour les 
temps et les circonstances , vous n'avez pas 
besoin, frères, que nous vous en écrivions. » Pour- 
quoi ne dit-il pas : Personne ne le sait? ou bien : 
Cela n'a pas été révélé ? et dit-il simplement : 
a Vous n'avez pas besoin que nous vous en écri- 
vions? » Il n'eût fait qu'augmenter leur tristesse ; 
tandis qu'il leur apporte une consolation. En 
leur disant qu'ils n'ont pas besoin de le savoir, 
il arrête toute question comme chose inutile et 
superflue. 

Quel avantage, dites-moi, pourriez-vous en 
retirer ? Supposons que la fin du monde doive 
avoir lieu dans vingt, trente, ou cent ans : 
' qu'est-ce que cela peut nous faire? est-ce que 
la mort n'est pas à chacun la fin du monde? 
à quoi bon s'épuiser en vains efforts pour ap- 
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140 



HOMÉLIES SUR LA l" ÉPÏTRE AUX THESSALONICtENS. 



prendre l'heure où le monde finira? Ce qui 
nous arrive en toute autre chose , nous arrive 
encore en ceci. Nous laissons de côté ce qui 
nous est propre, pour nous préoccuper d'au- 
trui ; nous ne cessons de dire : Tel est un for- 
nicateur, tel un adultère, tel a volé la fortune 
ou flétri la réputation du prochain. Et personne 
n'a souci de ce qui l'intéresse lui-même; on 
pense à tout, si ce n'est à soi. Ici de même , né- 
gligeant sa propre fin, chacun veut connaître la 
fin commune. En quoi celle-ci pourrait-elle vous 
toucher? Si vous êtes prêt à la vôtre, vous n'aurez 
plus rien à redouter de celle de tous. Qu'elle soit 
éloignée, qu'elle soit proche, cela vous est par- 
faitement indifférent. Le Christ ne nous l'a pas 
annoncée, par la raison que c'était inutile. Gom- 
ment n'était-ce pas utile ? me demanderez-vous. 
Celui qui nous l'a cachée, peut seul vous ré- 
pondre ; écoutez-le disant à ses apôtres : « Il ne 
vous appartient pas de connaître les temps et 
les moments dont le Père s'est réservé la puis- 
Ne scrutons sance. » Act. } i ,7. Pourquoi scrutez-vous dé- 
idiJde Dieu sormais ? Pierre, le coryphée du chœur aposto- 
lique, entendit ces paroles comme les autres ; tous 
voulaient savoir ce qui n'était pas à leur portée. 
— Sans doute, me direz -vous encore, mais il est 
bon de pouvoir fermer la bouche aux Gentils. — 
Et comment, je vous prie? — Parce qu'ils pré- 
tendent que le monde est Dieu. Or, si nous 
savions quand viendra la fin du monde, il nous 
serait aisé de les confondre. — Je le comprends 
bien ; mais, pour les confondre, est-il nécessaire 
de savoir quand le monde finira, et n'est-ce pas 
assez de pouvoir affirmer qu'il finira? Si vous 
voulez donc leur fermer la bouche, posez sim- 
plement la première affirmation ; s'ils ne l'ac- 
ceptent pas, ils n'accepteront pas mieux la 
seconde. 

Revenons à Paul : « Vous savez parfaitement 
vous-mêmes que le jour du Seigneur viendra 
comme un voleur pendant la nuit. » Et ce n'est 
pas seulement le dernier jour du monde, c'est 
le dernier de chacun de nous ; ils sont faits sur 
le modèle l'un de l'autre, ils ont la même cause et 
le même but : ce que l'un fait sur la masse, l'autre 
le fait sur l'individu. Le temps de la consom- 
mation a commencé avec Adam, et la fin de 



notre vie est une image de la consommation des 
siècles ; on ne se trompera même pas en l'appe- 
lant une consommation. Il meurt chaque jour 
des milliers d'hommes, et tous attendent ce der- 
nier jour, avant lequel nul ne ressuscitera : quel 
besoin aurions-nous de le connaître ? Si vous 
voulez savoir pour quelle raison il nous demeure 
caché, il viendra nous surprendre comme un 
voleur pendant la nuit, je vais vous le dire ; et 
je ne compte pas m'éloigner de la vérité. On ne 
trouverait personne peut-être qui pratiquât la 
vertu sans interruption dans le cas où ce jour 
nous serait connu d'avance ; car alors, après 
s'être plongé dans le crime, on se ferait bap- 
tiser au dernier moment , au moment même de 
quitter la terre. Si, dans l'état actuel, quand 
l'ignorance où nous sommes de ce dernier jour 
saisit de crainte toutes les âmes , il en est tant 
cependant qui passent la vie dans le désordre, 
et ne recourent au baptême qu'à la dernière 
extrémité ; supposez qu'on eût à cet égard 
une pleine certitude, qui jamais s'occuperait de 
la vertu ? Beaucoup même ont quitté ce monde 
sans être illuminés , sans avoir reçu le baptême 
quoique cette crainte pesât sur eux ; elle n'a pu 
les déterminer à suivre une conduite digne de 
leur vocation, agréable à Dieu : ôtez main- 
tenant cette crainte , où seraient désormais la 
modération , la sagesse et la justice ? Nulle 
part. La crainte qui résulte de l'incertitude 
et l'amour de la vie en retiennent plusieurs dans 
les bornes du devoir ; si chacun savait d'une 
manière certaine qu'il doit mourir tel jour, il 
n'est rien qu'il n'osât commettre jusque-là, il 
ne reculerait pas même devant le meurtre et se 
vengerait tout à son aise de ses ennemis. 

2. Le misérable qui fait bon marché de sa vie, 
ne respectera pas même et n'épargnera pas au 
besoin celle de l'homme qui porte la pourpre. 
Celui donc qui serait fixé sur l'heure de sa mort, 
n'hésiterait pas à satisfaire sa vengeance, sauf 
à se préparer après. Une troisième considé- 
ration : les hommes attachés à la vie , qui ne 
respirent que pour les choses de la terre, seraient 
consumés par l'abattement et le chagrin. Le 
jeune homme qui saurait ne devoir pas atteindre 
à la vieillesse , se trouverait dans l'état d'inac- 

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HOMÉLIE IX, 



141 



tion où se trouvent les bêtes sauvages lors- 
qu'elles ont perdu leur liberté, comme si elles 
prévoyaient leur fin prochaine. Les plus grands 
cœurs perdraient eux-mêmes leur ressort, l'es- 
poir de la récompense. Sachant qu'ils doivent 
mourir dans trois ans , par exemple , ils seraient 
incapables de travailler : et que pourraient-ils se 
promettre d'un généreux et difficile dessein? 
On pourrait leur dire : C'est parce que vous êtes 
sûrs de trois années que vous affrontez les périls 
sans crainte, cette certitude détruit votre mérite. 
Celui qui s'attend à trouver la mort dans chaque 
danger, sans ignorer touefois qu'il peut vivre 
s'il ne commet pas d'inutiles témérités, en cou- 
rant ainsi le risque de sa vie, fait preuve d'un 
noble courage , et d'un souverain mépris pour 
les choses d'ici-bas. Un exemple encore éclair- 
cira ma pensée. Si le patriarche Abraham avait 
su qu'en menant son fils sur la montagne il ne 
l'immolerait réellement pas, aurait-il eu droit à 
quelque récompense? Si Paul, à son tour, avait 
bravé les dangers, sachant d'avance qu'il n'y 
trouverait pas la mort, nous paraîtrait-il digne 
d'admiration? Mais le plus lâche des hommes se 
jetterait dans le feu, si quelqu'un lui garantis- 
sait d'une manière certaine qu'il n'en aurait 
rien à souffrir. Ainsi ne furent pas les trois 
jeunes Hébreux ; écoutez-les eux-mêmes : « Roi, 
il est au ciel un Dieu qui nous délivrera de vos 
mains et de cette fournaise. S'il ne veut pas 
nous en délivrer, sachez que nous ne servirons 
pas vos dieux , et que nous n'adorerons pas la 
statue d'or que vous avez érigée. » Don., m, 
17, 48. Voyez combien il nous est utile d'ignorer 
le jour de notre mort; et nous pourrions encore 
signaler de plus précieux avantages. Mais pour 
le moment nous en avons assez dit. 

La mort viendra donc comme un voleur qui 
profite des ténèbres, pour que nous ne vivions 
pas dans l'iniquité ou dans l'indolence , et pour 
que la récompense ne nous soit pas retranchée, 
a Vous savez parfaitement vous-mêmes. » Pour- 
quoi chercher avec tant de curiosité, dès lors 
que votre conviction est faite? L'incertitude de 
l'avenir, le Christ lui-même vous l'enseigne ; et 
que telle soit sa pensée, vous n'en sauriez douter 
d'après ce qu'il ajoute : « Veillez donc puisque 



vous ignorez à quelle heure le voleur viendra. » 
Matth.y xxiv, 43. De là ce que dit aussi l'Apôtre : 
« Quand ils s'écrieront : Paix et sécurité, la mort 
fondra tout-à-coup sur eux, comme les douleurs 
de l'enfantement, et ils n'échapperont pas. » Il 
indique ici ce dont il parlera dans sa seconde 
lettre. Comme les fidèles étaient dans l'afflic- 
tion , et leurs ennemis dans le repos et les dé- 
lices, il consolait les premiers des maux de la 
vie présente en les entretenant de la résurrec- 
tion. Les autres leur insultaient par les idées 
mêmes qui prévalaient chez leurs aïeux, ils 
leur disaient : Quand aura lieu cela? C'est le 
reproche que leur adressaient les prophètes : 
a Malheur à ceux qui disent : Qu'elles arrivent 
donc bientôt les choses que le Seigneur doit 
faire, afin que nous les voyions; que la pensée 
du Saint d'Israël éclate, afin que nous la con- 
naissions ; » Isa., v, 19 ; puis encore : a Malheur 
à ceux qui désirent voir le jour du Seigneur; » 
il ne parle pas de ceux qui le désirent simple- 
ment, mais bien de ceux qui le désirent parce 
qu'ils n'y croient pas : « Le jour du Seigneur est 
ténèbres, et non lumière. » Amos, v, 18. C'est 
la raison de ce langage. Remarquez donc com- 
ment Paul console ses disciples; c'est comme s'il 
leur disait : Parce qu'ils vivent dans les délices, 
ce n'est pas un motif de se persuader que le 
jugement n'arrivera pas; c'est même là ce qui 
le rend nécessaire. 

Il importe maintenant d'examiner cette ques- 
tion : du moment où l'Antéchrist et le prophète 
Elie doivent venir, comment la mort fondra- 
t-elle soudain sur les coupables, alors qu'ils 
s'écrieront : « Paix et sécurité ?» Ce sont là 
des signes, et le jour n'est plus ignoré. Mais 
le temps même de l'Antéchrist, le jour de son 
arrivée n'est précédé d'aucun signe; lui-même 
sera le signe de l'avènement du Christ, ce qui 
n'empêchera pas cet avènement d'éclater à l'im- 
proviste. On peut encore objecter que les dou- 
leurs de l'enfantement ne sont pas imprévues, 
et qu'elles sont inévitables au bout du neuvième 
mois. La chose est toujours bien incertaine; 
d'abord, la gestation ne dure assez souvent que 
sept mois, et puis surtout c'est le jour et l'heure 
qui restent pleinement dans l'inconnu. C'est là 

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142 



HOMÉLIES SUR LA l" 



ce que Paul entend dire , et sa comparaison est 
frappante de vérité ; les indices de l'enfantement 
sont assez rares, puisqu'on voit des femmes 
saisies par les douleurs hors de la maison, en 
route même. Du reste, il veut signifier par là, 
non-seulement l'incertitude du temps, mais 
encore la grandeur des souffrances. Comme 
cette femme qui joue , rit , ne s'attend à rien, 
est tout- à-coup saisie de douleurs inexprimables 
et d'affreux déchirements; ainsi seront ces âmes 
quand le dernier jour sera venu : a Et elles n'é- 
chapperont pas. » Leur montrant ensuite qu'il 
ne parle pas pour eux, il ajoute : « Pour vous, 
frères, vous n'êtes pa&dans les ténèbres, de telle 
sorte que ce jour puisse vous surprendre commè 
un voleur. » 

3. Paul nous représente sous cette image une 
vie plongée dans l'impureté. Les hommes dé- 
pravés et misérables commettent leurs mau- 
vaises actions dans les ombres de la nuit ; ils se 
dérobent à tous les regards , ils s'enveloppent 
de ténèbres. Dites-moi, l'adultère et le voleur 
ne profitent-ils pas du temps de la nuit? n'est- 
ce pas également l'heure que choisit le spolia- 
teur de tombeaux? Et la mort ne les saisit-elle 
pas, n'arrive-t-elle pas à l'improviste, comme un 
voleur? Mais le savent-ils? Pourquoi donc cette 
parole de l'Apôtre : a Vous n'avez pas besoin 
que nous vous en écrivions? » Il parle ici de ce 
que l'événement peut avoir de malheureux, et 
non de ce qu'il a de caché ; il leur déclare qu'il 
n'aura pas lieu pour leur malheur. Sans doute 
il viendra pour eux aussi sans qu'ils le sachent ; 
mais il ne leur causera point de mal. Il en sera 
de même de ceux qui suivent le droit chemin ; 
quant à ceux qui dorment et qui se reposent 
uniquement sur les choses de la terre, il viendra 
les en dépouiller. Paul ajoute encore : « Vous 
êtes tous les enfants de la lumière, les enfants 
du jour. » Et comment faut-il entendre cette 
dernière expression? Comme celle-ci : Les en- 
fants de la perdition , les enfants de la géhenne. 
Voilà pourquoi le Christ lui-même disait aux 
Pharisiens : a Malheur à vous , parce que vous 
parcourez la mer et la terre pour faire un pro- 
sélyte; et, quand vous l'avez acquis /vous en 
faites un enfant de la géhenne. » Matth., xxiii, 



ÉPITRE AUX THESSALONICIENS. 

45. L'Apôtre disait aussi : « C'est à cause de 
cela que la colère de Dieu descend sur les en- 
fants de la désobéissance. » Colas. , m, 6. Par 
là sont désignés ceux qui se rendent dignes de 
la géhenne , ceux qui n'obéissent pas; de même 
que les hommes dont la conduite est agréable à 
Dieu, sont appelés enfants de Dieu; de même 
sont appelés enfants de la lumière et du jour 
ceux qui pratiquent des œuvres de lumière. 

« Nous ne sommes pas les enfants de la nuit 
ni des ténèbres. Ne dormons donc pas à l'exemple 
des autres; mais soyons vigilants et sobres. 
Ceux qui dorment, dorment dans la nuit ; ceux 
qui s'adonnent à l'ivresse, sont également dans 
la nuit. Nous donc qui sommes du jour, soyons 
sobres. » Il en résulte clairement qu'il nous 
appartient de vivre à la lumière du jour. Il ne 
parle pas de la terre, de ce jour et de cette nuit 
qui ne sont nullement à notre disposition, puis- 
que la nuit vient malgré nous et que le som- 
meil triomphe de toutes nos résistances : tels ne 
sont pas le sommeil et la nuit dont il est ici 
question ; dans ce sens, nous pouvons continuel- 
lement veiller, et faire que notre jour n'ait pas 
de fin. Fermer les yeux de l'àme, les détourner 
de l'iniquité par une sorte de sommeil, ce n'est 
pas l'œuvre de la nature, c'est celle de la volonté. 
« Veillons et soyons sobres. » Rien n'est facile à 
celui qui veille comme de s'endormir, en ces- 
sant de faire un bien quelconque ; et de là cette 
seconde recommandation : a Soyons sobres. » 
Même durant le jour un homme qui veille, mais 
ne pratique pas la sobriété, tombera dans des 
péchés sans nombre. C'est dans la sobriété donc 
que gît la force de la vigilance. « Ceux qui dor- 
ment, dorment la nuit; et ceux qui s'enivrent, 
s'enivrent la nuit. » Il ne parle pas seulement 
de l'ivresse produite par le vin, il parle encore 
et surtout de celle que toutes les passions pro- 
duisent. La fortune donne à l'àme des éblouis- 
sements; l'amour des richesses, celui des plai- 
sirs, et tout ce que vous pourrez nommer de ce 
genre, ivresse de l'àme. Comment Paul appelle- 
t-il le vice un sommeil? D'abord, parce que 
l'homme vicieux est comme paralysé pour le 
bien; ensuite, parce qu'il ne saisit les choses 
que d'une manière fantastique, rien selon la 



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HOMÉLIE IX 

vérité, toujours entraîné par des rêves et par 
des projets insensés; si parfois il voit juste, il 
n'a pas le courage d'accomplir ou de pour- 
suivre ce qu'il a vu. Telle est la vie présente, 
une suite non interrompue de songes et de 
trompeuses visions. Songe que les richesses et 
la gloire , songe que tous les autres biens d'ici- 
bas. Celui qui dort ne voit pas les choses réel- 
lement existantes, et croit voir ce qui n'est 
pas. Voilà ce que devient une vie dépravée 
par les passions : elle n'aperçoit pas les biens 
véritables, les biens spirituels, célestes, per- 
manents; elle n'est préoccupée que des fan- 
tômes qui glissent sous notre main, qui s'en- 
fuient et disparaissent avec tant de rapidité. Il 
ne suffit pas d'être vigilant et sobre, il faut de 
plus être armé. Malgré toute sa vigilance et toute 
sa sobriété, l'homme qui n'a pas d'armes, sera 
bientôt accablé par les voleurs. Dès que nous 
sommes désarmés, nus, endormis, quand nous 
devrions veiller, être sur nos gardes et sous les 
armes, qui peut empêcher que nous ne soyons 
frappés du glaive. L'Apôtre poursuit, nous fai- 
sant sentir la nécessité de cette armure : a Nous 
qui sommes du jour, veillons, ayant pour cui- 
rasse la foi et la charité, pour casque l'espoir 
du salut. » a La foi et la charité, » c'est-à-dire, 
la vraie doctrine avec la pureté de la vie. Il 
nous montre ainsi ce que c'est d'être vigilant et 
sobre, c'est avoir la cuirasse de la foi et de la 
ctfttrité. Il n'entend pas une foi quelconque, mais 
bien une foi sincère, ardente, mettant à l'abri 
de tous les coups ceux qu'elle protège. Il n'est 
pas aisé de rompre une cuirasse, c'est une sorte 
de mur invisible autour de la poitrine : appliquez 
de même à votre àme la foi et la charité, et les 
traits enflammés du diable ne pourront jamais 
y pénétrer. Du moment où la puissance de l'àme 
est couverte de l'armure de la charité, c'est en 
vain que les ennemis lui dressent toute sorte 
d'embûches : ni la perversité, ni la haine, ni 
l'envie, ni l'adulation, ni l'hypocrisie, ni rien 
de semblable ne pourra porter atteinte à cette 
àme. Il ne parle pas non plus d'une charité 
quelconque, il la veut à l'épreuve de tout comme 
une solide cuirasse. Il ajoute : « Et pour 
casque l'espoir du salut. 0 De même que le 



casque défend ce qu'il y a de principal en nous, 
la tète, qu'il enveloppe et protège de toute 
part ; de même l'espérance soutient la raison , 
la conserve droite comme la tète, ne permettant 
pas qu'elle soit assaillie. Tant que rien ne la 
blesse , la raison ne décline pas : sous la pro- 
tection de telles armes, l'homme ne saurait 
tomber, a Restent debout là foi, l'espérance, la 
charité, ces trois grandes forces. » I Cor., xm, 
13. Après qu'il a recommandé de telles précau- 
tions , lui-même prépare les armes , et montre 
d'où proviennent la foi, l'espérance et la charité, 
comment elles deviennent des armes puissantes, 
en ajoutant : « Dieu ne nous a pas réservés 
pour la colère, il veut plutôt que nous opérions 
notre salut par notre Seigneur Jésus-Christ, 
qui est mort pour nous. » 

4. S'il nous a donc appelés, ce n'est pas pour 
nous perdre, c'est pour nous sauver. Et com- 
ment savons-nous que telle est sa volonté? Il a 
donné son Fils pour nous ; il désire tellement 
notre salut que, non content de le donner pour 
accomplir cette œuvre, il l'a dévoué même à la 
mort. C'est de ces considérations que naît l'es- 
pérance. Ne désespérez donc pas , ô homme , 
quand vous venez à ce Dieu qui pour vous n'a 
pas épargné son propre Fils; ne perdez pas cou- 
rage à cause des maux présents. Ayant donné 
son Fils unique pour vous sauver, pour vous 
préserver de la géhenne, qu'épargnerait-il après 
cela pour votre salut ? Il n'est donc pas de bien 
que vous ne deviez attendre. Si nous allions 
comparaître devant un juge qui nous eût té- 
moigné son amour en sacrifiant son fils pour 
nous, nous serions évidemment sans crainte. 
Espérons tous les biens, je le répète, et les plus 
grands biens; car nous possédons la source 
de tous les autres , si nous avons la foi ; cet 
exemple le démontre. Ayons aussi l'amour ; ce 
serait de la dernière démence de ne pas aimer 
celui qui nous a tant aimés lui-même, a Soit 
que nous veillions, soit que nous dormions, ne 
cessons jamais de vivre avec lui. C'est pourquoi 
consolez-vous les uns les autres, travaillez à 
vous édifier, comme du reste vous le faites. » 
Nous voyons reparaître ici la -vigilance et le 
sommeil ; mais ce dernier mot n'est plus en- 

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444 HOMÉLIES SUR LA I" ÉPITRE AUX THESSALONICIENS. 

tendu de la même manière : il s'agit ici de la 
mort corporelle; il s'agissait là de l'indo- 
lence par rapport à la vie. Cela revient à dire : 
Ne craignez pas les dangers; nous vivons jusque 
dans la mort. Ne désespérez pas sous le coup 
des menaces ; vous avez un gage assuré. S'il 
n'avait pas eu pour nous un amour extrême, 
Dieu n'aurait pas donné son Fils. 

Aussi, je vous le déclare encore, jusque dans 
la mort vous vivrez, par la raison que lui-même 
est mort. Soit donc que nous mourrions, soit 
que nous vivions, nous vivrons toujours en lui. 
La vie ou la mort temporelle m'importe peu, il 
est indifférent que je vive ou que je meure, puis- 
que je dois vivre avec lui. Ne négligeons donc 
rien, faisons tout pour parvenir à ce but. L'ini- 
quité n'est que ténèbres, mon bien-aimé, la mort 
de l'âme, une profonde nuit ; nous ne voyons 
rien de juste, nous ne faisons rien de bien. 
Comme les morts sont difformes et fétides, ainsi 
les âmes plongées dans l'iniquité sont dévorées 
par une corruption repoussante : leurs yeux 
restent fermés et s'enfoncent, leur bouche est 
déprimée, elles restent sans mouvement sur ce 
lit immonde; elles sont même dans un état plus 
lamentable que les morts dont voilà les traits. 
Ceux-ci sont complètement insensibles ; tandis 
qu'elles ne le sont que pour la vertu, et qu'elles 
vivent encore pour le vice. Quand on frappe un 
mort, il ne le sent pas, il ne se venge pas, il est 
comme un bois aride : ainsi de l'âme pervertie, 
elle a cette rigidité cadavérique; elle reçoit 
chaque jour des milliers de blessures, mais sans 
rien sentir, sans jamais éprouver une douleur 
quelconque. On peut encore sans crainte de se 
tromper comparer les hommes vicieux à des 
frénétiques, ou bien à ceux qui sont dans le dé- 
lire de l'ivresse. Le vice présente tout cela, et 
des caractères plus graves encore. L'homme 
atteint de folie excite la compassion de ceux qui 
le voient, parce que sa maladie tient à la nature 
et ne dépend pas de la volonté ; mais comment 
aurait-on quelque pitié de celui qui s'obstine 
dans le désordre ? D'où vient ce mal? d'où vient 
que la masse en est affectée ? Vous me le de- 
mandez? et dites-moi vous-même quelle est la 
cause de semblables maladies, de la frénésie, du 



sommeil léthargique? N'est-ce pas la torpeur 
morale ? Si les maladies physiques ont elles- 
mêmes leur source dans l'acte libre de la volonté, 
combien plus celles dont la volonté même est le 
siège. D'où vient l'ébriété? N'est-ce pas de l'in- 
tempérance de l'âme ? et la frénésie ne vient- 
elle pas d'une violente fièvre ? La fièvre à son 
tour n'est-elle pas provoquée par des humeurs 
surabondantes? Et cette surabondance enfin 
n'est-elle pas favorisée par notre négligence? 
Quand par défaut ou par excès nous avons mé- 
connu la juste mesure, n'avons-nous pas excité 
ce feu ? Si de plus nous négligeons au com- 
mencement cette flamme, nous allumons un in- 
cendie que nous ne pourrons pas éteindre. 

Voilà ce qu'est l'iniquité, lorsque nous ne 
l'arrêtons pas à son principe : ne l'ayant pas 
alors étouffée, nous luttons en vain dans la 
suite , elle triomphe de tous nos efforts. Je vous 
en conjure donc, agissons constamment de telle 
sorte que le sommeil ne nous surprenne jamais. 
Ne voyez-vous pas qu'il suffit d'un instant d'ou- 
bli pour que de vigilants gardiens perdent tout 
le fruit de leur vigilance? Ils ont donné par là 
même toute facilité à ceux qui guettent ce ra- 
pide instant pour voler et ruiner. Les voleurs 
nous voient beaucoup mieux que nous ne les 
voyons , et surtout le diable qui toujours est là 
cherchant à nous surprendre et grinçant les 
dents. Ne sommeillons donc pas; gardons-nous 
de dire : Rien ne peut venir de ce côté , rien de 
cet autre. La spoliation nous est souvent venue 
du côté par où nous l'attendions le moins. C'est 
la fidèle image du vice : il nous donne le coup 
mortel par où nous nous regardions comme 
invulnérables. Portons autour de nous des 
regards scrutateurs; gardons-nous de l'ivresse, 
et nous ne serons pas surpris par le sommeil; 
ne nous livrons pas aux délices, et nous ne 
serons pas appesantis; ne nous passionnons pas 
pour les choses extérieures , et nous persévére- 
rons dans la sobriété. Faisons régner l'ordre 
dans toute notre vie. Semblables à ceux qui 
marchent sur une corde tendue , nous n'avons 
pas le droit de nous oublier une minute; la 
moindre négligence peut causer le plus grand 
malheur ; à peine a-t-on perdu l'équilibre, qu'on 

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est précipité soudain et qu'on meurt 
comment il nous est impossible de nous né- 
gliger. 

Nous avançons sur un étroit sentier, des 
deux côtés bordé de précipices , et sur lequel on 
ne saurait poser les deux pieds à la fois. Com- 
prenez-vous quelle doit être notre vigilance? 
Examinez ceux qui suivent un cbemin suspendu 
sur les abîmes : ce n'est pas leurs pieds seule- 
ment qu'ils doivent assurer, c'est encore leurs 
yeux. S'il leur arrive de les porter ailleurs, 
marcheraient-ils d'un pas solide, le vertige les 
gagne, et tout est perdu. Il faut veiller sur 
soi-même, en même temps que sur ses pas; il 
ne faut incliner ni à droite ni à gauche , selon 
l'expression même du Livre saint. Immense est 
la profondeur du vice, effrayante l'obscurité, 
incommensurable l'abîme, étroite la voie : veil- 
lons avec crainte , marchons avec tremblement. 
Jamais sur une pareille route un homme n'é- 
clatera en rires immodérés, jamais il ne voudra 
s'exposer aux pesanteurs de l'ivresse; il ne peut 
l'aborder que dans un état de sobriété parfaite; 
il n'ira pas se charger d'un fardeau superflu. 
Heureux encore, étant ceint et dégagé, de pou- 
voir continuer son voyage. Il ne mettra pas des 
entraves à ses pieds , il voudra les voir pleine- 
ment libres. 

5. Et nous qui nous embarrassons de mille 
sollicitudes , et qui portons l'accablant fardeau 
des choses de la terre, nous si répandus au 
dehors, comment osons-nous affronter cette 
voie étroite? Elle l'est à ce point que le Sauveur 
ne se contente pas d'une simple affirmation; il 
en est lui-même comme étonné : « Combien est 
étroite cette voie ! » s'écrie-t-il pour nous en 
donner une idée juste. Matth., vu, 14. C'est éga- 
lement notre manière de parler pour exprimer 
unegrandeadmiration.Ilditencore : a Etroite est 
la voie qui conduit à la vie. » lbid. Oui, vraiment 
étroite , puisque nous aurons à rendre compte 
des paroles, des pensées, de toutes les actions, 
sans en rien excepter. Et nous-mêmes la faisons 
plus étroite en nous étendant , en cherchant à 
nous agrandir, et par l'irrégularité de notre 
marche. Un chemin étroit est difficile pour tous, 
mais principalement pour l'homme obèse; celui 
tom. x. 



HOMÉLIE IX. 145 
voilà qui s'impose des privations n'est jamais à l'é- 



troit; quand on sait souffrir, on devient moins 
sensible à la gêne. Que personne donc ne s'at- 
tende à contempler un jour les cieux , s'il pré- 
tend vivre dans le repos ; cela n'est pas possible : 
que personne n'espère marcher dans la voie 
étroite en vivant dans les délices; cela ne se 
peut pas non plus : que personne enfin mar- 
chant dans la voie large ne compte arriver à la 
vie. Lors donc que vous verrez un homme fré- 
quentant les bains, ayant une table somptueuse, 
fier de ses nombreux satellites, ne vous plaignez 
pas de votre sort, parce que ces choses vous 
manquent ; c'est sur lui plutôt que vous devez 
pleurer, puisqu'il marche à sa perte. À quoi 
sert de suivre cette voie? Elle conduit aux 
abîmes. Quel mal y a-t-il à suivre le chemin 
étroit? Il aboutit au parfait repos. Supposez un 
homme qu'on appelle à la demeure royale, 
mais à la condition de n'y pénétrer qu'en se 
glissant à travers de petits carrefours , en lon- 
geant même des précipices; et puis un autre 
qu'on traîne à la mort au milieu de la place 
publique : quel est celui que nous jugerons heu- 
reux, et celui qui fera couler nos larmes? Ne 
féliciterons-nous pas le premier? Ainsi donc, 
gardons- nous encore ici de proclamer heureux 
ceux qui vivent dans les délices, et réservons ce 
témoignage pour ceux qui les foulent aux pieds : 
les uns s'avancent vers la géhenne, tandis que 
les autres vont au ciel. Beaucoup peut-être 
parmi les premiers riront de nos paroles; pour 
moi , c'est une raison de plus de les plaindre et 
de déplorer leur sort, car ils ne savent ni ce dont 
il faut rire , ni surtout ce dont il faut pleurer ; 
ils mêlent et confondent toute chose dans leur 
esprit. Voilà pourquoi je les plains. 

Que dites- vous , ô homme? Vous devez res- 
susciter, rendre compte de tout ce que vous 
avez fait sur la terre, subir un châtiment éter- 
nel; et, sans avoir le moindre souci de cet 
avenir terrible, vous n'avez que la préoccupation 
du boire et du manger, vous riez devant une 
telle perspective? Et moi, je pleure sur vous, 
sachant les maux qui vous attendent, les sup- 
plices dont vous êtes menacé ; et mes larmes 
s'augmentent de votre rire. Ah ! pleurez plutôt 
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ti ! pleurez plutô 

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m HOMÉLIES SUR LA P 

avec moi, pleurez avec moi votre infortune. 
Dites-moi, si quelqu'un de vos proches était 
mort, n'auriez-vous pas horreur de ceux qui 
riraient de ce trépas, et n'aimeriez-vous pas 
ceux qui mêleraient leurs larmes aux vôtres? 
Si votre femme vient à mourir, vous n'avez 
donc garde de rire; et, quand votre àme est 
frappée de mort, vous repoussez celui qui 
pleure, et vous vous livrez vous-même à la joie? 
Voyez- vous comment le diable nous a retournés, 
et nous a rendus nos plus implacables ennemis? 
Revenons enfin à nous-mêmes, ouvrons les 
yeux, veillons sans cesse, emparons-nous de 
l'éternelle vie, secouons notre léthargique som- 
meil. C'est le jugement, c'est la peine éternelle, 
c'est la résurrection, c'est le rigoureux examen 
de conscience; le Seigneur vient dans les nuées : 
« Le feu brûle devant lui, autour de lui se dé- 
chaîne la tempête. » P$. xlix, 3. Le fleuve de feu 
roule en sa présence ; ici le ver qui ne meurt pas, 
les flammes inextinguibles, les ténèbres exté- 
rieures, le perpétuel grincement de dents. Vous 
avez beau repousser un tel langage; je ne ces- 
serai pas de vous le tenir. Si les prophètes, alors 
même qu'on les lapidait, ne consentaient pas à 
se taire, à plus forte raison devons-nous braver 
d'injustes ressentiments; nous ne devons pas 
vous parler dans le but de vous plaire, de peur 
qu'en vous trompant, nous ne courions nous- 
mêmes à notre perte. J'insiste donc : là l'éter- 
nel supplice dont rien ne saurait adoucir les ri- 
gueurs ; là personne qui prenne notre défense. 
« Qui s'apitoiera , dit le Sage , sur le charmeur 
mordu par le serpent? d Eccli. y xu, 13. Quand 
nous n'avons pas pitié de nous-mêmes, qui donc 
aura pitié de nous, je vous Je demande? Si vous 
voyez quelqu'un se percer lui-même du glaive, 
vous serait-il possible de l'épargner? Non 
certes; bien plus, lorsqu'il nous est facile de 
faire le bien, si nous ne le faisons pas, qui nous 
témoignera quelque pitié ? Personne. 

Ayons pitié de nous-mêmes ; quand nous 
adressons cette prière à Dieu : Ayez pitié de 
moi, Seigneur, c'est à nous aussi que nous de- 
vons l'adresser ; encore une fois, ayons pitié de 
nous-mêmes. Il dépend de nous que Dieu nous 
prenne en commisération ; c'est un droit qu'il 



ÉPITRE AUX THESSALONICIENS. 

nous a concédé. Si nous agissons de manière à 
inériter miséricorde, si nos œuvres appellent 
sur nous la bonté, Dieu ne nous refusera pas sa 
clémence ; mais , si nous sommes impitoyables 
pour nous-mêmes, que pouvons-nous espérer 
d'autrui ? Soyons miséricordieux pour notre 
frère , et Dieu le sera pour nous. Combien qui 
chaque jour viennent vous dire : Ayez pitié de 
moi ; et vous ne daignez pas même les regarder? 
Combien de misérables nus, d'estropiés et d'in- 
firmes, et vous ne vous laissez pas toucher, et 
vous dédaignez leurs prières? Comment donc 
voulez-vous obtenir , miséricorde , quand vous 
ne faites rien pour la mériter ? Soyons pleins 
de douceur et de bienveillance, soyons com- 
patissants , afin de nous rendre agréables à 
Dieu, et d'obtenir les biens promis à ceux qui 
l'aiment, par la grâce et l'amour de Notre-Sei- 
gueur Jésus-Christ, à qui gloire, puissance, 
honneur, en même temps qu'au Père et au 
Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans 
les siècles des siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE X. 

a Nous vous prions , frères , de reconnaître ceux qui 
travaillent au milieu de vous, qui vous gouvernent 
dans le Seigneur et vous instruisent; ayez pour eus. 
une charité plus abondante à cause de leur labeur; 
vivez en paix avec eux. » 

1. Impossible à celui qui gouverne de ne pas 
encourir un grand nombre de lâches inimitiés. 
Un médecin est souvent dans la nécessité de 
causer de la peine à ses malades, en leur pres- 
crivant des aliments et des remèdes qui con- 
trarient leurs goûts, mais contribuent puis- 
samment à leur guérison; un père doit aussi 
causer de la peine à ses enfants : il en est de 
même d'un maître, et sous ce rapport il est 
encore de pire condition. Le médecin , alors 
même qu'il excite le mécontentement du ma- 
lade, est toujours bien accueilli par les amis et 
les parents de ce dernier, qui lui-même fré- 
quemment lui témoigne de la reconnaissance. Le 
père à son tour, soit par les droits de la nature, 
soit par l'autorité des lois , exerce sa puissance 
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HOMÉLIE X. 



147 



avec une extrême facilité; s'il réprimande ou 
châtie même son enfant, personne qui l'en 
empêche ; l'enfant puni n'osera pas même le 
regarder en face. Pour le prêtre, c'est une tout 
autre difficulté. D'abord il est obligé de com- 
mander à des hommes qui ne veulent pas de 
son pouvoir, et qui devront ensuite le remercier 
de l'avoir exercé : or, cela demande du temps et 
de la fatigue. Celui qu'on entreprend de cor- 
riger et d'instruire, quel qu'il soit, bien loin de 
vous en témoigner de la reconnaissance, com- 
mencera par s'irriter; et l'effet sera le même, 
n'emploierait-on que l'exhortation , les conseils 
et les prières. Si je dis : Donnez de vos biens 
aux pauvres, c'est une parole qu'on ne tolère 
pas; si je dis : Réprimez votre colère, ne vous 
laissez pas aller à l'emportement, mettez un 
frein à vos appétits désordonnés , retranchez au 
moins quelque chose de vos délices, chaque 
fois on se regarde presque comme insulté. Si 
j'en viens à corriger le fidèle obstiné dans son 
indolence, si je l'éloigné du lieu saint et le re- 
tranche des prières communes , il gémit , non 
point d'avoir perdu cet avantage , mais d'avoir 
essuyé ce qu'il appelle un affront public. Et 
cela même accuse une singulière aggravation 
dans notre mal, qu'étant privés des grâces spi- 
rituelles , nous ne sachions plus nous afûiger 
d'une si grande perte, et n'éprouvions plus que 
la honte d'avoir des spectateurs : quant à la 
chose elle-même, elle ne nous inspire ni fré- 
missement ni crainte. Voilà pourquoi Paul re- 
vient sans cesse et dans tous les sens sur de 
semblables considérations. 

Le Christ lui-même leur imposait une telle 
obligation qu'il a pu dire : « Les Scribes et les 
Pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse. 
Observez donc tout ce qu'ils vous ordonneront 
d'observer; mais gardez- vous bien d'imiter leurs 
œuvres. » Matth., xxm, 2. Quand il eut guéri 
le lépreux, il avait dit de même : a Va te mon- 
trer au prêtre, et fais l'offrande que Moïse a 
prescrite comme un témoignage pour eux. » 
Ibid.y vin, 4. — Et cependant vous leur disiez, 
Seigneur : « Vous faites du prosélyte un enfant 
de la géhenne deux fois plus que. vous. » — 
C'est pour cela même que j'ai dit aussi : a Mais 



Inconfé 
qucnce 
controdict 



n'imitez pas leurs œuvres. » Le Christ a donc 
enlevé tout prétexte à celui qui doit obéir. Paul 
disait encore, écrivant à Timothée : a Les prêtres 
qui gouvernent bien sont dignes d'un double 
honneur; » I Tint., v, 17; èt dans son épître 
aux Hébreux : « Obéissez à vos préposés, et res- 
pectez leur puissance. » Bebr., xm, 17. Vous 
venez de l'entendre ici : « Nous vous conjurons, 
frères, de reconnaître ceux qui travaillent parmi 
vous et qui vous gouvernent dans le Seigneur. » 
Comme il avait dit : a Edifiez- vous les uns les 
autres, » il s'explique ainsi maintenant, pour 
qu'ils n'aillent pas croire avoir la dignité du doc- 
torat. Cela revient à dire : Je vous donne aussi 
le droit de vous édifier les uns les autres, parce 
qu'il est impossible au docteur de tout exposer. 
« Ceux qui travaillent parmi vous, qui vous 
gouvernent dans le Seigneur et vous instrui- 
sent. » Quelle inconséquence et quelle contra- 
diction! Qu'un homme vous défende auprès 
d'un autre homme , et vous ne négligez rien de notre 
pour lui témoigner votre reconnaissance : voici 
quelqu'un qui plaide votre cause auprès de 
Dieu, et vous n'avez aucune reconnaissance 
pour lui? — Comment plaide-t-il ma cause? me 
demandez- vous. — En priant pour vous, en 
vous transmettant le don spirituel du baptême, 
en vous visitant, en vous prodiguant ses exhor- 
tations et ses conseils , en venant à vous aus- 
sitôt que vous l'appelez, serait-ce au milieu de la 
nuit : c'est dire qu'il est constamment penché 
vers vous , quand même il ne recevrait de vous 
que des outrages. 

Quel besoin avait-il d'une pareille existence? 
a-t-il bien ou mal fait? Vous avez une femme, 
vous goûtez des plaisirs, vous exercez un com- 
merce : le prêtre se dévoue complètement à 
son ministère, il ne connaît pas d'autre vie que 
de se consacrer à l'Eglise. « Afin que vous ayez 
pour eux une charité plus abondante à cause de 
leur labeur; soyez en paix avec eux. » Voyez * 
vous comme il pressent les misérables dissen- 
sions ? Il ne se borne pas à dire : Aimez-les ; 
il dit : Aimez-les avec surabondance, comme 
des enfants aiment leurs parents. Ils vous ont 
engendrés à la vie éternelle, par eux vous aurez 
droit au royaume du ciel, leurs mains sont toutes 
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HOMÉLIES SUR LA I" ÉPITRE AUX THESSALONICIENS. 



puissantes, elles vous ouvriront les portes de 
cet heureux séjour. Donc, pas de révolte, pas de 
contestation. Quand on aime le Christ, quel que 
soit le prêtre, on l'aime aussi parce qu'il est le 
dispensateur des redoutables mystères. Dites- 
moi, si vous désiriez voir la demeure royale, ce 
palais tout resplendissant d'or, où scintillent les 
pierres précieuses, et si, rencontrant celui qui 
en tient les clefs, vous n'aviez qu'à lui dire une 
parole pour qu'il ouvrît et vous menât dans l'in- 
térieur, ne mettriez-vous pas cet homme au- 
dessus de tout autre, n'éprouveriez-vous pas 
pour lui la plus vive affection , ne l'embras- 
seriez-vous pas ? Voici celui qui vous ouvre la 
cour céleste , et vous ne lui témoignez pas les 
mêmes sentiments ? Si vous épousez une femme 
capable de faire votre bonheur, n'aimerez-vous 
pas d'un amour de préférence celui qui vous l'a 
procurée? Aimez- vous le Christ, désirez-vous 
le royaume céleste, soyez de même reconnais- 
sant pour celui qui vous a tout donné. De là 
cette expression : « A cause de leur œuvre, 
vivez en paix avec eux. » 

2. « Or, nous vous en prions, frères, corrigez 
les esprits inquiets , consolez les âmes faibles, 
soutenez les infirmes, soyez patients pour tous. » 
Il s'adresse maintenant à ceux qui gouvernent : 
« Corrigez les esprits inquiets, » non point par 
la force ni par la rigueur, mais bien par la mo- 
dération et la mansuétude. « Consolez les âmes 
faibles, soutenez les infirmes, soyez patients 
pour tous. » Celui qu'on reprend avec sécheresse 
et rigidité, désespère de lui-même, et puise dans 
son dédain un redoublement d'audace. C'est pour 
cela qu'il faut accompagner le remède d'une 
douce et persuasive instruction. Qu'appelle-t-il 
esprits inquiets ou désordonnés? Ceux qui font 
tout autre chose que ce qui plaît à Dieu. Il doit 
régner dans les rangs de l'Eglise un ordre encore 
plus parfait que dans les rangs de l'armée. Celui 
qui se livre aux injures, hors du rang; à l'i- 
vresse, hors du rang; à l'avarice, hors du rang: 
hors du rang se place un pécheur quelconque. 
Ces hommes-là ne marchent nullement en ordre, 
ils jettent le trouble partout ; aussi sont-ils 
abandonnés, s'ils ne se corrigent. Il est un autre 
genre de mal, qui ne ressemble pas à celui-là, 



mais qui n'est pas moins funeste. Quel est-il? 
La haine, qui rapetisse l'âme ; car elle nous perd 
aussi bien que la paresse. L'homme qui ne sup- 
porte pas les affronts, c'est une âme faible; celui 
que les épreuves font succomber, une âme 
faible : voilà cette partie de la semence qui tomba 
sur la pierre. Paul distingue encore les infirmes, 
qu'il faut soutenir. Il entend par cette parole 
ceux qui chancellent dans la foi; c'est l'infir- 
mité spéciale qu'il désigne ici. Remarquez avec 
quel soin il veille à ce que les infirmes ne soient 
pas dédaignés. Il écrit dans une autre lettre : 
« Soutenez ceux qui sont faibles dans la foi. » 
Rom. y xiv, 1. Nous ne laissons pas dépérir ce 
qu'il y a de plus faible dans notre corps. «Soyez 
pleins de patience à l'égard de tous. » A l'égard 
même des esprits désordonnés? Sans nul doute ; 
il n'est pas de remède qui soit comparable à 
celui-là, qui convienne mieux soit au maître 
soit aux disciples : il peut rappeler au sentimeDt 
de la pudeur la nature la plus sauvage et la plus 
emportée. 

a Veillez à ce que personne ne rende aux 
autres le mal pour le mal. » S'il n'est pas per- 
mis de rendre le mal pour le mal, beaucoup 
moins doit-il l'être de rendre le mal pour le bien, 
ou même de faire du mal à qui ne nous en a 
jamais fait. — Mais cet homme, me direz-vous, 
est méchant , je suis victime de ses nombreuses 
injustices. — Voulez-vous le punir, ne lui ren- 
dez pas la pareille, laissez-le tel qu'il est. Faut- 
il s'en tenir là? Non certes. « Attachez-vous 
constamment à faire le bien, soit les uns envers 
les autres , soit envers tout le monde sans dis- 
tinction. » Voilà le comble de la philosophie, 
non-seulement s'abstenir de la vengeance, mais 
encore répondre aux injures par des bienfaits : 
c'est même le meilleur moyen de se venger, le 
plus terrible pour votre ennemi, le seul avanta- 
geux pour vous-même. Ne pensez pas que cela 
s'applique uniquement aux fidèles ; vous l'avez 
entendu : « Soit les uns envers les autres, soit 
envers tous indistinctement. Réjouissez-vous 
sans cesse. » Cette dernière parole s'entend des 
épreuves qui nous jettent dans l'affliction. Ecou- 
tez, vous tous qui êtes tombés dans l'indigence, 
vous tous qui subissez des revers : vous devez y 
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HOMÉLIE X. 



U9 



puiser la joie. Quand nous sommes dans la dis- 
position de ne jamais nous venger des autres, 
et de faire plutôt du bien à tous, d'où nous vien- 
drait, je vous demande, l'aiguillon de la dou- 
leur? Dès qu'on se réjouit des persécutions et 
des injures, au point d'y répondre par des 
bienfaits, comment serait-il possible d'être désor- 
mais affligé ? — Et comment, me demanderez- 
vous à votre tour, cela peut-il être ? — Il suffit 
de vouloir pour que cela soit. 

Du reste, Paul nous enseigne les moyens à 
prendre : « Priez sans interruption , rendez 
grâces en toute occasion ; car telle est la volonté 
de Dieu. » Rendre grâces en toute occasion, 
c'est d'une âme trempée dans la vraie philo- 
sophie. Tous avez éprouyé quelque peine? mais 
il dépend de vous que ce ne soit pas un mal 
véritable : rendez grâces à Dieu , et le mal se 
change en bien ; dites avec Job : « Que le nom 
du Seigneur soit béni dans les siècles. » Job, i, 
21. Et quelle est, dites-moi, la peine que vous 
avez soufferte? une maladie? A cela rien d'é- 
trange, puisque nous avons un corps passible et 
mortel. Vous avez perdu votre fortune? Mais 
c'est une chose qu'on gagne ou qu'on perd, et 
que d'ailleurs vous laissez inévitablement sur la 
terre. Vos ennemis vous ont peut-être enveloppé 
de calomnies et d'embûches? Songez donc que 
cela ne nous atteint pas, et retombe sur eux- 
mêmes ; car il est écrit : «L'âme qui pèche, c'est 
celle-là même qui mourra. » Ezech., xvm, 20. 
Or, le pécheur, ce n'est pas celui qui supporte, 
mais bien celui qui commet le mal. Il ne faut 
donc pas venger la victime; prions plutôt pour 
elle, afin qu'elle soit délivrée de la mort. Ne 
savez-vous pas que l'abeille meurt en plantant 
son aiguillon? Dieu nous enseigne par l'exemple 
de cet insecte à ne pas nuire au prochain; car 
nous aussi nous cessons de vivre en pensant 
donner la mort. Et cependant l'Ecriture fait 
l'éloge de ce petit animal. Que l'abeille est in- 
dustrieuse ! le fruit de son travail, les monarques 
et les particuliers l'emploient à leur bien-être; 
mais rien ne l'empêche de mourir quand elle 
blesse, c'est un sort auquel elle ne saurait 
échapper. Si les autres qualités qu'elle pos- 
sède ne peuvent la soustraire au châtiment, 



à plus forte raison en sera- 1- il ainsi de nous. 

3. C'est le propre des bêtes les plus féroces de 
nuire sans qu'on les ait attaquées; mais non, 
les bêtes féroces elles-mêmes ne prennent guère 
les devants. Si vous les laissez tranquilles dans 
leur solitude, si vous ne les serrez pas de près, 
les mettant ainsi dans la nécessité de se dé- 
fendre, d'ordinaire elles ne vous nuiront pas, 
elles ne viendront pas vous mordre, elles pour- 
suivront leur chemin : et vous , un homme, un 
être doué de raison , investi d'un si glorieux 
empire, d'une si haute dignité, vous n'imitez 
pas même les bêtes féroces dans votre conduite 
à l'égard de ceux qui ont la même nature 
que vous ; vous ne craignez pas de léser et de 
dévorer votre frère. Et comment vous sera-t-il 
possible de vous justifier? N'entendez-vous pas 
l'Apôtre vous dire : « Pourquoi n'aimez-vous 
pas mieux supporter l'injustice? pourquoi ne 
pas vous résigner à la fraude ? Mais c'est vous 
qui faites tort et qui fraudez, et cela, à des 
frères. » I Cor., vi, 7, 8. Vous le voyez, faire 
le mal, c'est le subir; le subir, au contraire, 
c'est recevoir un bien . Si quelqu'un , par exemple, 
insulte les magistrats , s'attaque aux hommes 
revêtus de la puissance, à qui nùira-t-il ? est-ce 
à lui-même , dites-moi, est-ce aux autres ? A lui- 
même évidemment. Ainsi donc, quand on offense 
un magistrat, ce n'est pas lui précisément, c'est 
soi-même qu'on offense : et, quand on offense 
un homme quel qu'il soit, ce n'est pas le Christ 
qu'on offenserait en lui? Nullement, pensez- 
vous peut-être. Erreur ; si quelqu'un jette des 
pierres aux statues du souverain, qui lapide- 
t-ii? n'est-ce pas lui-même? Par conséquent, 
voilà qu'on se blesse soi-même en lançant des 
pierres à la statue d'un roi mortel : et, lors- 
qu'on outrage le vivant portrait du Christ, 
rhomme, cette image de Dieu, on ne s'outrage- 
rait pas soi-même ? 

Jusques à quand aimerons-nous les posses- 
sions d'ici-bas? car je ne cesserai de crier après 
l'amour dès richesses, la vraie cause de tous 
nos maux. Jusques à quand nous montrerons- 
nous insatiables, et cette cupidité ne nous ins- 
pirera-t-elle jamais le dégoût? Qu'a donc l'or 
de si particulièrement beau? Pour moi, je suis 



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150 



HOMÉLIES SUR LA ÉPITRE AUX THESSALONICIENS. 



stupéfait de sa puissance; c'est une complète 
fascination que ce culte dont l'or et l'argent 
sont l'objet. Nous n'avons aucun souci de nos 
âmes, et nous sommes en adoration devant une 
image inanimée ! Gomment cette maladie s'est- 
elle répandue sur la terre entière? Qui pourra 
l'en expulser? quelle parole exterminera jamais 
le monstre et mettra fin à ses ravages? La con- 
voitise est profondément enracinée dans l'intel- 
ligence même des hommes , sans en excepter 
ceux qui semblent pratiquer la piété. Les pré- 
ceptes de l'Evangile sont un sujet de honte pour 
nous : ils demeurent là consignés dans l'Ecri- 
ture; mais nulle part ils n'apparaissent dans nos 
actes. Quel est le spécieux prétexte qu'on met 
en avant? — J'ai des enfants, et je crains de 
tomber moi-même dans les perplexités de l'in- 
digence , d'avoir un jour besoin des autres ; je 
ne saurais me réduire à mendier. — Et voilà 
pourquoi sans doute vous mettez les autres 
dans cette nécessité? — Je ne puis pas m'ex- 
poser à la faim. — Et c'est encore pour cela 
que vous affamez les autres? Vous comprenez 
donc combien il est pénible de mendier, com- 
bien terrible d'endurer la faim ? Mais alors 
épargnez vos frères. Vous auriez honte de men- 
dier, n'est-ce pas, et vous ne rougissez pas de 
la fraude? Vous ne voudriez pas mourir de 
faim , et vous ne craignez pas de faire mourir 
viouip de les autres? Cependant à souffrir la faim il n'y 
i "rime f a ni honte ni crime ; tandis que réduire les 
e mourir aUtres ^ cet état n'est pas seulement une honte. 

faim les * ' 

res mérite e t mérite un éternel châtiment. Tout ce que 
vous dites, paroles vides de sens, vains subter- 
fuges. Que vos enfants ne soient pas la cause 
réelle de votre insensibilité , j'en vois la preuve 
dans ceux qui n'ont pas d'enfants et qui n'es- 
pèrent pas même en avoir ; car ils ne se mon- 
trent pas moins misérables et moins cupides, 
moins attachés aux biens temporels que s'ils 
avaient mille enfants à doter. Ce n'est pas la 
sollicitude pour la famille qui fait entasser, c'est 
une maladie de l'âme. Aussi beaucoup de ceux 
qui n'ont pas d'enfants n'en éprouvent pas 
moins cette frénésie des richesses, et d'autres 
ayant autour d'eux de nombreux rejetons, sa- 
vent mépriser ce qu'ils possèdent : ceux-ci vous 



accuseront au dernier jour. Si c'était le nombre 
des enfants qui vous forçât à chercher la for- 
tune, ils devraient avoir le même désir, la même 
convoitise; puisqu'ils ne l'ont pas, ce n'est" pas 
le nombre des enfants , c'est notre passion qui 
nous rend furieux. 

Où sont les hommes, me demandera-t-on , 
qui méprisent les richesses quand ils ont des 
enfants? Vous pouvez en rencontrer beaucoup 
et sans cesse. Si vous le voulez , je vous rap- 
pellerai même l'exemple des anciens. Jacob n'a- 
vait-il pas douze fils et ne menait-il pas une vie 
mercenaire? Son beau-père ne lui faisait-il pas 
tort? et, malgré cela, s'autorisa-t-il du nombre 
de ses enfants pour former quelque dessein 
blâmable? Que dirai-je d'Abraham? n'avait-il 
pas , indépendamment d'Isaac , une nombreuse 
famille, et n'usait-il pas néanmoins de ses biens 
en faveur des étrangers? Non content de ne 
commettre aucune injustice , il cédait même de 
ses droits , soit pour venir en aide aux autres , 
soit en se résignant aux injustes prétentions de 
son neveu. Or, souffrir la rapine par amour 
pour Dieu, c'est beaucoup plus méritoire encore 
que de faire du bien. Pourquoi? C'est que ceci 
part d'un libre mouvement de l'âme, ce qui 
le rend en quelque sorte aisé; mais là, c'est une 
contrainte , une violence qui vous est faite. Eh 
bien ! il n'est pas d'homme qui n'aimât mieux 
donner de lui-même mille talents que se voir 
enlever malgré lui trois oboles. Donc, le souf- 
frir avec patience, c'est la marque d'une plus 
haute philosophie. Et voilà ce qui nous frappe 
dans Abraham. « Lot remarqua, dit l'Ecriture, 
la contrée qui s'étendait tout autour; elle était 
arrosée comme le paradis de Dieu; il la choisit 
pour sa part. » Gènes. , xm, 10, 11. Son oncle 
n'éleva pas de contestation. Non-seulement donc 
celui-ci ne commet pas d'injustice, vous le 
voyez , mais encore il la subit. Pourquoi rejeter 
la faute sur vos enfants, ô homme? Dieu ne 
vous les a pas donnés apparemment pour vous 
autoriser à ravir le bien d'autrui. Prenez garde 
qu'en parlant de la sorte vous n'attiriez la colère 
de Dieu. Si vous dites , en effet, qu'ils sont la 
cause de vos rapines et de vos calculs intéressés, 
je crains que Dieu ne vous les enlève pour vous 



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HOMÉLIE X 
débarrasser d'un écueil et d'an danger. Dieu 
vous les a donnés pour qu'ils vous servent d'ap- 
pui dans la vieillesse, après avoir appris de 
vous la vertu. 

4. C'est ainsi que se manifeste l'économie de 
son plan par rapport au genre humain : il l'a 
comme établi sur une double base, sur l'ensei- 
gnemeat paternel et sur l'amour inné de la 
famille. Si les hommes venaient au hasard dans 
ce monde, ils seraient sans affection les uns 
pour les autres. Aujourd'hui même qu'existent 
ces dénominations de pères, de fils, de neveux, 
il en est tant qui ne prennent aucun soin de 
leurs proches! qu'eût-ce alors été? Voilà dans 
quel but Dieu vous a rendu père : n'accusez 
donc pas vos enfants. Or, si les pères sont sans 
excuse , ceux qui ne le sont pas, et qui cepen- 
dant se tourmentent pour amasser des richesses, 
quelle raison peuvent-ils faire valoir? Ils ont 
cependant une raison, elle-même inexcusable. 
Que disent-ils? — Ne laissant pas d'enfants, 
nous laisserons au moins un souvenir dans nos 
richesses. — Ce motif est absolument ridicule. 
IL faut donc que la fortune immortalise cette 



451 



maison, à défaut de postérité? Mais ce n'est 
pas votre gloire , ô homme , c'est votre avarice 
dont vous allez perpétuer le souvenir. N'aper- 
cevez-vous pas la foule qui passe devant ces 
illustres maisons en échangeant les propos que 
voici : Que de biens cet homme n'a-t-il pas ac- 
quis par le crime? combien n'a-t-il pas dù voler 
pour bâtir un tel édifice? Et maintenant il n'est 
plus que cendre et poussière, pendant que son 
héritage est entre les mains des étrangers. Je 
l'ai dit, vous avez fait qu'on se souvînt de 
votre avarice, et nullement de votre gloire. 
Yotre corps reste caché dans le sein de la terre; 
mais votre cupidité, dont le temps eût effacé 
la mémoire, vous l'avez rendue manifeste par 
vos constructions, vous avez pris soin qu'elle 
fût incessamment exhumée. Tant que l'édifice 
conservera votre nom, tant qu'il restera debout 
et qu'on pourra dire : C'est la maison d'un tel, 
toutes les langues se déchaîneront inévitable- 
ment contre vous. Mieux vaudrait ne rien avoir 
sur la terre , vous le voyez , que d'encourir de 
telles accusations. 



Mais cela ne regarde que la vie présente : que 
ferons-nous, dites-moi, dans la vie future, ayant 
acquis ici-bas tant de biens, et n'ayant rien 
donné à personne, ou presque rien de ce que 
nous avions? comment nous dépouillerons-nous 
de nos rapines? Celui qui veut s'en dépouiller 
efficacement ne se borne pas à donner une 
faible partie d'un tout considérable; il distribue 
plus qu'il n'a volé, et met un terme à ses fraudes. 
Ecoutez ce que dit Zacchée : « Je rends le qua- 
druple de ce que j'ai pris* » Luc., xix, 8. Et 
vous, après avoir ravi des talents sans nombre , 
si vous distribuez seulement quelques drachmes, 
vous pensez avoir tout restitué, vous voilà tran- 
quille comme si vous étiez même allé plus loin. 
Or, ce n'est pas assez de rendre le bien mal 
acquis, il faut y joindre quelque chose de vos 
biens personnels. Un voleur ne se justifie pas 
en restituant uniquement ce qu'il a volé ; sou- 
vent il paie de sa vie le vol dont il s'est rendu 
coupable; heureux s'il se libère en donnant 
beaucoup plus : il en est de même de l'avare. 
L'avare, en effet, n'est autre chose qu'un voleur, 
il détrousse ses semblables, il dépasse même 
en cruauté comme en tyrannie les voleurs ordi- 
naires. Ces derniers, par cela même qu'ils se 
cachent et ne font leurs mauvais coups que la 
nuit, inspirent une répulsion moins profonde ; 
ils savent encore rougir, ils ont peur du crime : 
celui-là, laissant de côté toute pudeur, s'avance 
à front découvert sur la place publique, spoliant 
quiconque lui tombe sous la main, c'est un tyran 
en même temps qu'un voleur. Il ne perce pas 
les murs, il n'éteint pas les lumières, il ne force 
pas les coffres et ne déchire pas les sceaux. Que 
fait-il donc? Il agit avec plus de violence, il 
jette tout hors de la maison , à la vue même de 
ceux qu'il dépouille , il ouvre tout avec audace, 
il les force à tout livrer. C'est jusque-là qu'il 
porte l'impudence et la barbarie. Il l'emporte 
d'autant plus en scélératesse, disons-le de nou- 
veau, qu'il ajoute aux instincts de la rapine 
ceux de la tyrannie. 

Celui à qui l'on a secrètement dérobé quelque 
chose, en est sans doute affligé; mais c'est 
encore une consolation pour lui que le voleur 
ait éprouvé de la honte ou de la crainte : celui 



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HOMÉLIES SUR LA I" ÉPITRE AUX THESSALONICÏENS. 



qu'on insulte en le dépouillant, ne peut pas 
supporter une pareille violence, puisqu'il n'en 
serait que plus digne de risée. Qu'un homme 
pèche avec la femme d'un autre , mais en se 
cachant, ou bien qu'il l'enlève à la face du mari ; 
quand est-ce que l'insulte est plus douloureuse 
et plus poignante? n'est-ce pas dans ce dernier 
cas? Ici le mépris s'ajoute à l'injustice : là nous 
voyons du moins une sorte de respect pour la 
victime. Il en est de même par rapport à l'ar- 
gent : celui qui le vole en cachette, rend par là 
même un hommage au droit ; celui qui le vole 
ouvertement, au vu de tout le monde, ne se con- 
tente pas de dépouiller son prochain, il l'insulte. 
Cessons de ravir le bien d'autrui, pauvres ou 
riches ; car ceci ne s'adresse pas aux riches seu- 
lement, j'en fais aussi l'application aux pauvres. 
En effet, ils font souvent tort à ceux qui sont 
plus pauvres qu'eux; les artisans dont la posi- 
tion est plus avantageuse exploitent les simples 
ouvriers, les vendeurs se trompent les uns les 
autres, le vol s'étale sur l'agora. J'attaque in- 
distinctement toutes les injustices. Ce n'est pas 
dans la quantité des choses qu'on soustrait ou 
qu'on enlève, c'est plutôt dans l'intention ou la 
volonté, que l'iniquité consiste. Que ceux-là 
soient éminemment voleurs, qui ne négligent 
pas les petits bénéfices, je me souviens de vous 
l'avoir expliqué, j'espère que vous vous en sou- 
sion venez vous-mêmes. Nous ne pousserons donc 
pas plus loin la comparaison; admettons sim- 
plement que les pauvres égalent en cela les 
riches. Formons notre esprit à respecter les 
bornes de la raison, à ne rien désirer au delà du 
nécessaire. Qu'il donne libre carrière à ses dé- 
sirs du côté du ciel, que chacun là s'étende 
toujours davantage ; mais qu'il se borne ici-bas 
à ce dont il a besoin, et qu'il ne dépasse jamais 
cette limite. Ainsi pourrons-nous acquérir les 
vrais biens, par la grâce et l'amour..., etc. 



HOMÉLIE XL 

a N'éteignez pas l'Esprit, ne méprisez pas les prophéties. 
Eprouve* toute chose, et retenez ce qui est bon. 
Fuyez toute apparence de mal. » 

i. Une profonde nuit, des ténèbres épaisses 



enveloppent le monde entier. Paul nous le fait 
entendre, quand il dit : a Nous étions auparavant 
ténèbres ; » Ephes., v, 8 ; et puis : a Pour vous, 
frères, vous n'êtes pas dans les ténèbres, et le 
dernier j our ne saurait vous surprendre comme un 
voleur. » I Thess., v, 4. Dès lors que la nuit règne, 
pour ainsi parler, une nuit sans lune , au sein 
de laquelle nous marchons, Dieu nous a donné 
une lampe éclatante, la grâce de l'Esprit saint, 
qu'il a lui-même allumée dans nos âmes. Or, 
cette lumière une fois reçue, les uns l'ont rendue 
plus puissante et plus belle, tels que Paul, 
Pierre, et tous les saints de ces premiers temps ; 
les autres l'ont éteinte, comme les cinq vierges 
folles, ceux qui firent naufrage dans la foi, le 
fornicateur de Gorinthe, les Galates retombés 
dans leurs iniquités. Yoilà pourquoi cette parole 
de l'Apôtre : « N'éteignons pas l'Esprit, » c'est- 
à-dire la grâce, qu'il désigne souvent par le 
nom de celui qui la donne. C'est l'impureté de 
la vie qui l'éteint. De même qu'on éteindra cette 
lampe matérielle en y jetant de la terre ou de 
l'eau, ou bien simplement en la privant d'huile; 
de même, par rapport au don spirituel, vous 
éteignez la lumière en la noyant dans les soucis 
des intérêts passagerset terrestres. Ne feriez-vous 
même rien de pareil, qu'une violente tentation 
survienne d'autre part comme un vent impé- 
tueux, si la flamme n'est pas forte, si l'huile 
n'abonde pas, si vous n'avez pas protégé l'ori- 
fice et fermé les portes, tout s'abime et disparait. 
Qu'est-ce que l'orifice? Gomme il en est à la 
lampe, il en est également en nous, l'œil et 
l'oreille. Ne permettez pas que le souffle impé- 
tueux de l'iniquité y pénètre ; fermez-les avec 
la crainte de Dieu. La bouche est encore un 
orifice ; tenez-la soigneusement fermée, de telle 
sorte qu'elle donne la lumière, sans rester ou- 
verte aux irruptions du dehors. Quelqu'un vous 
a-t-il fait injure, vous a-t-il insulté, fermez votre 
bouche; si vous l'ouvrez, vous déchaînez la 
tempête. Ne voyez-vous pas ce qui se passe dans 
les maisons? lorsque deux portes sont en face 
l'une de l'autre, s'il s'élève un grand vent, en 
fermant l'une, vous l'arrêtez en grande partie, 
vous le mettez dans l'impossibilité de nuire , 
pourvu qu'il n'y ait pas de souffle opposé. Voilà 



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HOMÉLIE XL 

maintenant aussi deux portes qui se regardent, sa profonde malice a 



votre bouche et celle de l'homme qui vous accable 
d'outrages : si vous tenez la vôtre fermée, si 
vous ne donnez pas un souffle contraire, vous 
arrêtez toute collision; mais, si vous l'ouvrez, 
vous ne pouvez plus suspendre la lutte. 

N'éteignons donc pas le flambeau de la grâce. 
Or, il arrive souvent qu'il s'éteint sans aucune 
action partie du dehors : c'est quand l'huile 
manque, quand nous négligeons de faire l'au- 
mône, que l'Esprit s'éteint; car il vous est donné 
par Dieu comme une splendide aumône ; et dès 
qu'il n'aperçoit pas en vous ce même fruit, il 
s'envole ; il ne reste pas dans une àme sans pitié. 
Une fois l'Esprit éteint, vous savez les consé- 
quences , vous tous qui avez marché dans les 
ténèbres de la nuit. S'il est difficile alors de 
suivre le chemin qui va d'une terre à l'autre, 
comment suivrions-nous avec sécurité celui qui 
conduit de la terre au ciel ? Ignorez-vous com- 
bien de démons envahissent cet espace, combien 
de bêtes féroces, combien d'esprits pervers? Si 
nous avons la vraie lumière , ils ne pourront 
nous faire aucun mal; mais, si nous l'avons 
éteinte, ils ont bientôt raison de nous, ils nous 
ont bientôt dépouillés de tous nos biens ; les 
larrons éteignent aussi la lumière pour exercer 
leur industrie. Eux voient dans ces ténèbres, 
par la raison qu'ils accomplissent des œuvres 
de ténèbres : pour nous, c'est une lumière à 
laquelle nous ne sommes pas accoutumés. N'é- 
teignons donc pas la nôtre. Toute mauvaise 
action l'éteint , toute parole blessante , tout ce 
que vous pourrez nommer de pareil. De même 
que le feu s'étouffe sous des matières d'une na- 
ture opposée, et ne s'alimente pas des matières de 
semblable nature ; de même les éléments qui se 
rapprochent de l'essence de la lumière, qui sont 
en quelque sorte ignés, excitent la flamme. 
N'y jetons rien de froid , rien d'humide ; ce 
serait vouloir l'éteindre. 

Ce texte est susceptible d'une autre explica- 
tion. Parmi les Juifs, plusieurs annonçaient la 
vérité, et d'autres le mensonge. Paul l'a déjà 
dit dans son épître aux Corinthiens, en ajou- 
tant que Dieu pour cela même avait donné 
le discernement des esprits. Le diable dans 



153 

voulu, par l'imitation 
de ce don spirituel, tout bouleverser dans l'E- 
glise. Le démon et l'Esprit, prédisant l'un 
et l'autre l'avenir, celui-là d'une manière fausse, 
celui-ci selon la vérité, on n'avait pas de signe 
certain pour distinguer les deux témoignages, 
on s'en servait indistinctement pour parler 
comme Jérémie ou Ezéchiel ; mais, le moment 
étant venu, la distinction s'est faite : Dieu nous 
a donné le discernement des esprits. A cette 
époque, chez les Thessaloniciens également, 
beaucoup se mêlaient de prophétiser; et l'A- 
pôtre y fait allusion quand il dit : a Ne vous 
laissez effrayer ni par les discours , ni par les 
lettres où l'on vous annonce que le jour du 
Seigneur est proche, comme si cela venait de 
nous, d II Thes.y h, 2. A cette recommandation : 
a N'éteignez pas l'Esprit , » il a raison d'ajouter 
cette autre : « Ne méprisez pas les prophéties. » 
Parce qu'il est au milieu de vous quelques faux 
prophètes, veut-il leur dire par là, n'empêchez 
ni ne repoussez les autres à cause de ceux-là ; 
n'éteignez pas la vraie lumière, a ne méprisez 
pas les prophéties. » 

2. Vous voyez déjà que tel est aussi le sens 
de ce qui suit : « Eprouvez toute chose. » 
Gomme il venait de dire : « Ne méprisez pas 
les prophéties, » pour qu'on ne crût pas qu'il 
donnait carrière à tout enseignement, il ajou- 
tait : « Eprouvez toute chose; o distinguez 
les yraies prophéties : a Retenez ce qui est bon. 
Fuyez toute apparence de mal ; d non celle-ci ou 
celle-là, mais toutes. Séparez dans la droiture 
de votre conscience le vrai du faux ; attachez- 
vous à l'un et détournez-vous de l'autre. Il en 
résultera une grande haine et un grand 
amour, suivant que les hommes seront rejetés 
ou reçus, et précisément parce que nous aurons 
tout fait avec exactitude, nullement au hasard, 
u Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie 
en toute chose, que votre esprit, votre àme et 
votre corps soient conservés intacts et sans di- 
vision pour l'avènement de Notre -Seigneur Jé- 
sus-Christ. » Remarquez cette bienveillance du 
maître : à l'exhortation il ajoute la prière même 
en écrivant; l'une n'est pas moins nécessaire 
que l'autre. Yoilà pourquoi nous aussi, quand 



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HOMÉLIES SUR LA I" ÉPITRE AUX THESSALONICÏENS. 



nous vous avons prodigué nos conseils, nous 
répandons pour vous nos prières ; et les initiés 
le savent bien. Paul avait surtout raison d'en 
agir de la sorte, lui qui jouissait d'un si puis- 
sant crédit auprès de Dieu; pour nous, c'est 
avec confusion et sans aucun motif de confiance. 
Comme telle est cependant notre mission, nous 
y sommes fidèle, tout indigne que nous soyons 
de paraître devant le Seigneur, et de figurer 
même parmi les derniers des disciples. Mais, 
comme la grâce opère par les plus humbles 
instruments , en faveur des' âmes qui doivent 
en profiter, et non pour eux-mêmes, nous ne 
refusons pas notre concours. 

« Qu'il vous sanctifie en toute chose , et que 
votre esprit, votre âme et votre corps soient 
conservés intacts et sans division pour l'avéne- 
ment de Notre-Seigneur Jésus-Christ. » Que 
faut-il entendre par l'esprit dans ce texte ? Le 
don spirituel. Si nous quittons la terre ayant 
nos lampes allumées, nous entrerons dans la 
chambre nuptiale; nullement, si nous les avons 
éteintes. C'est pour cela que l'Apôtre réclame 
un esprit intact ; c'est la condition essentielle. 
Il exige aussi cette intégrité pour l'âme et pour 
le corps ; rien ne saurait alors leur nuire, o Fi- 
dèle est celui qui vous a appelés , il accomplira 
sa promesse. » Remarquez maintenant l'humi- 
lité : à la suite de la prière, ne pensez pas, dit-il, 
que cela vienne des prières que j'aurai faites ; ce 
sera la conséquence du plan divin et de votre 
vocation. Puisqu'il vous appelle au salut et qu'il 
est la vérité même, il ne manquera pas de vous 
sauver. « Frères, priez pour nous, d Quelle ad- 
Humiiitéde miràble humilité respire encore dans cette de- 
mande ! Pour lui, c'était bien l'humilité qui lui 
dictait ce langage : ce n'est plus la même chose 
pour nous, c'est en vue d'obtenir un secours 
efficace, un bien précieux par votre interces- 
sion , que nous vous disons : Priez aussi pour 
nous. Bien que nous ne vous rendions pas d'é- 
minents services, vous Je devez à l'honneur dont 
nous sommes investis , au titre même que 
nous portons. Un père qui n'avait jamais rien 
fait pour ses enfants , crut néanmoins pouvoir 
leur adresser ce reproche, en vertu de son titre 
seul : Vous ne m'avez pas un jour appelé du 



nom de père. Nous vous disons également : 
Priez pour nous.- Et ce n'est pas une vaine for- 
mule, c'est par un sincère désir d'obtenir vos 
prières. Si je suis devenu par ma dignité res- 
ponsable de vous tous, si je dois en rendre 
compte, n'ai-je pas d'autant plus droit à ce que 
vous priiez pour moi? J'ai contracté pour vous 
une responsabilité plus lourde , vous me devez 
donc un plus grand secours. 

a Saluez tous les frères dans le saint baiser. » 
Quelle ardente affection! quelle disposition 
d'âme ! Ne pouvant les embrasser , puisqu'il est 
absent, il veut que d'autres les embrassent pour 
lui. Et nous aussi nous agissons de même, nous 
disons : Embrassez-le pour moi. Gardez à cet 
exemple le feu de la charité : la charité ne con- 
naît pas de distance, elle franchit les plus longs 
chemins, elle est présente partout, a Je vous en 
conjure au nom du Seigneur, que cette lettre 
soit lue à tous les saints nos frères. » C'est ici 
de l'amour beaucoup plus que de la doctrine ; 
il veut parler à tous. « Que la grâce de Notre- 
Seigneur Jésus-Christ soit avec vous. Amen. » 
Il ne se borne pas à commander, il adjure, afin 
que, si ce n'est pas par égard pour lui, ils ac- 
complissent son ordre à cause de cette formule 
sacrée. Voilà encore une chose pour laquelle 
on avait jadis un respect mêlé de crainte, et que 
maintenant on foule aux pieds. Il arrive sou- 
vent qu'un esclave battu de verges adjure au 
nom de Dieu et de son Christ, et qu'il dise : 
Puissiez -vous ainsi mourir chrétien I et per- 
sonne n'y fait attention, personne n'y prend 
garde. Qu'il vous conjure au nom de votre fils 
à vous, et soudain, malgré vous-même, en grin- 
çant des dents, vous laissez tomber votre co- 
lère. Un autre que vous traînez au milieu de 
l'agora, sous les yeux des Juifs et des Gentils, 
vous adjure aussi par ce qu'il y a de plus saint 
et de plus redoutable; et vous êtes sans pitié. 
Or, que peuvent dire les Gentils, lorsqu'un 
fidèle implore la compassion d'un autre fidèle, 
d'un chrétien, et que vous n'en tenez aucun 
compte, que vous dédaignez ces supplications? 

3. Voulez-vous que je vous cite un fait que 
j'ai ouï raconter? Ce n'est pas un récit imagi- 
naire; je le tiens d'une personne digne de foi. 



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HOMÉLIE Xï. 



155 



Une servante mariée avec un homme pervers, 
méprisable, vagabond, apprend que ce misé- 
rable, qui ne cesse d'accumuler les méfaits, doit 
être vendu par leur maîtresse ; car le désordre 
ne peut plus être ni toléré ni pardonné : la maî- 
tresse était veuve et ne pouvait pas châtier un 
esclave qui lui bouleversait cependant la mai- 
son; elle avait donc résolu de le vendre : puis, 
regardant comme un mal de séparer l'homme 
de la femme, elle avait aussi résolu de vendre 
en même temps cette dernière , bien qu'elle fût 
satisfaite de son caractère et de son dévoue- 
ment. Se voyant dans cette cruelle alternative , 
la servante alla trouver une personne respec- 
table et très-intimement liée avec sa maîtresse, 
la même dont je tiens ce récit; se jetant à ses 
pieds et les arrosant de larmes, elle la sup- 
plia d'intercéder pour elle, et, après un torrent 
de paroles et de sanglots, faisant un dernier ef- 
fort pour obtenir cette grâce , elle ajouta cette 
dernière et terrible adjuration : Puissiez-vous 
ainsi voir le Christ au jour du jugement, si vous 
ne repoussez pas ma prière ! Cela dit, elle se re- 
tira. La personne ainsi priée, surprise par une 
de ces mille sollicitudes de la vie qui surviennent 
si fréquemment dans les familles, l'oublia. Puis 
tout à coup, sur le soir, cette terrible adjuration 
lui revint à la mémoire, et souleva comme un 
violent remords; elle partit donc en toute hâte 
et plaida la cause avec tant de chaleur qu'elle 
termina cette affaire. Dans la nuit, elle vit les 
cieux ouverts et le Christ lui-même autant qu'un 
être mortel peut le voir. Son respect et sa crainte 
l'avaient rendue digne d'une semblable vision. 
J'ai rappelé ce trait, pour que nous ne mépri- 
sions jamais les adjurations, quand il s'agit sur- 
tout d'une œuvre de bien, de l'aumône, de la 
charité. 

Et maintenant les pauvres, les estropiés, gi- 
sant à terre, vous voient passer devant eux; ne 
pouvant vous suivre à cause de leur infirmité, ils 
espèrent vous arrêter en vous adjurant par les 
choses les plus saintes, ils tendent vers vous 
leurs mains , en vous suppliant de leur donner 
une ou deux oboles : et vous ne vous détournez 
pas, quoiqu'on vous adjure au nom de votre 
Dieu. Si l'on vous avait adjurée par la tête ou de 



votre mari pour le moment éloigné de vous, ou 
de votre fils ou de votre fille , vous eussiez ac- 
cédé sur-le-champ; car alors votre cœur tres- 
saille et s'enflamme : quand on vous prie par le 
Seigneur, vous poursuivez votre route. J'en ai vu 
beaucoup dont ce nom divin ne pouvait ralentir 
les pas, et qu'un simple éloge sur leur beauté rem- 
plissait de joie, attendrissait, rendait généreuses. 
Elles réduisent les malheureux à la nécessité de 
se couvrir de ridicule. Voyant, en effet, qu'ils 
ne peuvent toucher votre âme par les expres- 
sions les plus fortes et les plus véhémentes, ils 
ont recours à des moyens qu'ils savent assuré- 
ment devoir vous plaire : votre insensibilité 
force en quelque sorte celui que le malheur ou 
la faim tourmentent à vanter vos prétendus 
appâts. Et plût à Dieu que ce fût tout ! mais il y 
a quelque chose de plus pénible encore : les 
mendiants sont contraints de faire des tours de 
magie, des jeux de mots dégradants ou risibles. 
Il en est qui, tenant dans leurs doigts des 
coupes de différentes formes, en frappent des 
cymbales, ou qui, tenant une flûte, font en- 
tendre des chants honteux et lascifs , en y mê- 
lant des clameurs discordantes. Autour d'eux se 
forme un cercle nombreux, et les uns leur 
jettent un morceau de pain, les autres une obole 
ou tel objet de même valeur ; on les retient un 
temps considérable, tous y trouvent du plaisir, 
les femmes aussi bien que les hommes. Quoi de 
plus lamentable? cela n'est-il pas bien digne 
de pitié? C'est peu de chose au fond, on le re- 
garde du moins comme peu de chose ; mais les 
mœurs en sont profondément altérées. Un chant 
obscène accompagné d'agréables modulations, 
ne frappe pas l'oreille sans amollir le cœur, 
sans corrompre l'âme elle-même. Le pauvre qui 
se réclame du nom de Dieu, qui fait pour vous 
les plus belles prières, qui vous souhaite mille 
biens, vous n'en tenez aucun compte : celui qui 
remplace la prière par de misérables puérilités , 
vous le tenez en grande estime. 

Ce qui me vient maintenant à la pensée, je 
vais vous le dire. Qu'est-ce donc? Si vous devenez 
malade ou si vous tombez dans la pauvreté, que 
les mendiants circulant dans nos carrefours, à 
défaut d'autres maîtres, vous apprennent à bénir 

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m 



HOMÉLIES SUR LA i" ÉPITRE AUX THESSALONiCIENS. 



Dieu. Condamnés à demander l'aumône pendant 
toute leur vie, beaucoup ne prononcent jamais 
de blasphèmes, ne s'irritent ni ne se plaignent de 
leur sort ; ils passent tout le temps de cette pré- 
caire existence dans les actions de grâces, à 
proclamer la grandeur et la bonté de Dieu. 
Celui que la faim consume, reconnaît l'amour 
de Dieu pour nous : et vous qui vivez dans l'a- 
bondance, si vous n'accaparez pas les biens de 
tous vos semblables, vous l'accusez de cruauté. 
Que cet homme vous est préférable ! comme sa 
conduite sera plus tard votre condamnation! 
Les pauvres sont les envoyés de Dieu, chargés 
de nous apprendre à supporter le malheur, et ré- 
pandant la consolation par toute la terre. Tous 
avez éprouvé quelque contradiction;? mais cela 
n'est rien en comparaison de ce que ce pauvre 
souffre. Vous avez perdu peut-être un œil? voici 
quelqu'un qui les a perdus tous les deux. Vous 
avez supporté une longue maladie? la sienne 
est incurable. Yos enfants sont morts? son corps 
même dépérit d'heure en heure. Vous avez 
éprouvé de grandes pertes? vous n'en êtes pas 
cependant réduit à dépendre des autres. Rendez 
donc grâces à Dieu. Voyez-les dans la fournaise 
de l'indigence, demandant à tous, et ne rece- 
vant que d'un petit nombre. Quand vous vous 
fatiguez à prier, sans que Dieu vous exauce, 
songez combien de fois vous avez entendu les 
sollicitations du pauvre, sans qu'il ait rien ob- 
tenu de vous; et lui ne vous a pas témoigné de 
colère, ne vous a pas outragé. Votre conduite 
cependant était de la pure barbarie, tandis que 
Dieu vous donne encore une preuve de son 
amour en ne vous écoutant pas. Si vous pensez 
ne mériter aucun reproche en restant insensible 
aux prières d'un serviteur comme vous, com- 
ment accusez-vous le souverain Maître quand il 
refuse par bonté d'accomplir la demande d'un 
serviteur? Quelle injustice! quelle coupable par- 
tialité! 

4. Ayons ces pensées toujours présentes, re- 
gardons ceux qui sont au-dessous de nous ou 
dans de plus graves infortunes ; et nous pour- 
rons rendre grâces à Dieu. La vie tout entière 
est semée de pareils enseignements ; le fidèle 
qui sait veiller et réfléchir en puisera de très- 



grands dans la maison de prières. Si les pauvres 
se tiennent assis devant les portes des églises et 
des monuments élevés aux martyrs, c'est pour 
que leur présence soit pour nous la source d'un 
bien précieux. Comparez : quand nous entrons 
dans les palais des rois de la terre, rien de pareil 
ne s'offre à nos regards ; là des personnages 
entourés de respect, d'éclat et d'opulence, des 
sages selon le monde circulent de toute part, 
à l'entrée de cette autre demeure royale, de l'é- 
glise, du sanctuaire où reposent les dépouilles 
des martyrs, vous rencontrez des hommes privés 
d'un ou plusieurs membres , des possédés , des 
pauvres, des vieillards, des aveugles, des estro- 
piés de tout genre. Pourquoi ? Afin que leur 
vue vous soit une instruction : et d'abord , si 
vous êtes venu traînant au dehors quelque faste, 
dès que vous les aurez aperçus, vous devez 
laisser là toute prétention et sentir votre cœur 
brisé , pour être en état d'entendre ce qui sera 
dit ; il n'est pas possible d'être exaucé quand le 
faste se mêle à la prière. En voyant un vieillard, 
vous ne vous enorgueillirez pas de votre jeu- 
nesse ; car ceux-là furent jeunes aussi comme 
vous. Etes-vous fier de votre rang dans la mi- 
lice, ou même de votre souveraineté? songez 
que plusieurs de ceux qui gisent sous ces por- 
tiques ont peut-être brillé dans l'entourage des 
monarques. Si vous comptez sur votre force et 
votre santé, l'aspect de ces infirmes pourra vous 
ramener à de plus humbles sentiments. Celui 
qui fréquente cette enceinte, ne se fiera plus 
tant à sa vigueur ; et celui qui souffre ne peut 
manquer d'y puiser une grande consolation. Ce 
n'est pas le seul résultat de ce spectacle ; il doit 
encore avoir pour effet de vous rendre compa- 
tissant, de vous incliner à la miséricorde, de 
vous faire admirer l'amour de Dieu pour nous. 
Si Dieu ne rougit pas de ces misérables, s'il les 
admet à l'entrée de sa maison, bien plus devez- 
vous être bon pour eux ; ne vous enflez donc 
pas de vos grandeurs terrestres. 

Ne soyez pas humilié quand un pauvre vous 
appelle ; ne le repoussez pas quand il vient à 
vous et tombe à vos pieds. Ce sont là les admi- 
rables chiens de garde des portiques royaux. Je ' 
n'entends pas leur faire insulte en leur donnant 



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HOMÉLIE XI. 

ce nom de chiens, à Dieu ne plaise, j'entends 
leur adresser un grand éloge : ils sont les gar- 
diens des vestibules des cieux. Donnez-leur la 
nourriture, respectez-les; l'hommage remonte 
au souverain Roi. Tout est faste dans les palais 
des hommes qui régnent sur leurs semblables : 
ici tout est humilité. Que les choses humaines ne 
soient rien, cela vous est démontré dès que vous 
abordez cette maison ; que les richesses ne 
plaisent nullement à Dieu , ceux qui gisent là 
vous l'enseignent. La réunion siégeant en ce 
lieu est comme une école qui s'adresse au genre 
humain tout entier, et qui tient hautement ce 
langage : Les choses d'ici-bas ne sont qu'une 
ombre, une fumée. Si les richesses étaient un 
bien véritable, Dieu n'aurait pas fait asseoir les 
pauvres devant sa maison. S'il y reçoit aussi 
les riches, ne vous en étonnez pas; ce n'est 
point pour qu'ils restent attachés aux richesses 
qu'il les admet ; c'est pour qu'ils se dépouillent 
de tout faste. Ecoutez ce que leur dit le Christ : 
« Tous ne pouvez pas servir Dieu et Mammon. » 
Matth., vi, 24. Il leur dit encore : « Un riche en- 
trera difficilement dans le royaume des cieux ; » 
lbid. y xix, 23 ; il ajoute : « Un chameau passe- 
rait plutôt par le trou d'une aiguille qu'un riche 
n'entrera dans le royaume des cieux. » Ibid., 24. 
S'il admet donc les riches, c'est pour qu'ils en- 
tendent de tels enseignements, pour qu'ils ap- 
prennent à désirer les richesses éternelles, pour 
qu'ils ambitionnent les biens du ciel. Et pour- 
quoi vous étonneriez-vous qu'il permette à ces 
hommes de s'asseoir sous les portiques de son 
palais ? il ne dédaigne même pas de les appeler 
à sa table spirituelle, de les faire participer à 
son divin banquet. Oui, le boiteux, l'homme 
privé d'un membre, le vieillard couvert de 
haillons, l'infirme à l'aspect repoussant, viennent 
prendre place à côté du plus élégant jeune 
homme, de celui-là même qui porte la pourpre 
et dont le front est orné du diadème : ils ont 
les mêmes droits et les mêmes honneurs , ils 
jouissent des mêmes avantages, aucune diffé- 
rence entre eux. 

5. Ainsi donc, le Christ ne dédaigne pas d'ap- 
peler les pauvres à sa table et de les faire asseoir 
à côté du monarque , puisqu'il les appelle en 



157 



même temps ; et vous rougiriez d'être vu leur 
donnant l'aumône, ou vous entretenant avec 
eux ? Quelle arrogance et quel orgueil ! Prenez 
garde de subir un jour le sort du mauvais riche. 
Celui-là ne daignait pas non plus abaisser les 
yeux sur Lazare , ni lui concéder l'abri de son 
toit, puisqu'il le laissait dehors étendu le long 
du vestibule ; jamais enfin il n'avait daigné lui 
parler. Aussi, quand il a besoin de son inter- 
cession, dans cette nécessité pressante, ne peut- 
il rien obtenir. En rougissant des pauvres, dont 
le Christ n'a pas rougi, nous rougissons du 
Christ lui-même, puisque l'insulte tombe sur ses 
amis. Qu'autour de votre table se pressent les 
indigents et les infirmes ; par eux vient le Christ, 
et non par les riches. Peut-être riez-vous en en- 
tendant ces paroles. Ne m'attribuez donc pas ce 
langage : écoutez comment parle le Christ, afin 
de trembler au lieu de rire : « Quand vous faites 
un festin, un repas quelconque, n'appelez pas 
vos amis, ni vos frères, ni vos parents, ni vos 
riches voisins, de peur qu'eux aussi ne vous in- 
vitent , et que vous ne soyez payé de retour ; 
mais, dans une telle circonstance, appelez plutôt 
les mendiants, les estropiés et les aveugles; 
heureux serez-vous alors, parce qu'ils n'ont pas 
de quoi vous rendre; vous serez largement payé 
plus tard, dans la résurrection des justes. » 
Luc. y xiv, 12-14. 

Si vous aimez la gloire, c'est le moyen de 
l'obtenir plus grande, même ici-bas. De la part 
des riches , vous avez à craindre la jalousie, les 
louches insinuations, les reproches peut-être et 
les paroles blessantes, sans compter la peur qu'il 
n'arrive quelque déconvenue; de telle sorte que 
vous êtes-là comme un domestique qui sert son 
maître ; si vos convives sont au-dessus de vous, 
vous redoutez leur mécontentement et leurs dis- 
cours. Rien de semblable de la part des pauvres : 
tout ce que vous leur offrez, ils l'acceptent avec 
satisfaction , ils ne cessent de vous applaudir ; 
vous obtenez une gloire plus éclatante, une plus 
vive admiration : tous ceux qui sauront votre 
conduite , vous approuveront beaucoup plus 
dans ce dernier cas que dans l'autre. Si vous 
n'en êtes pas persuadé , faites-en l'expérience, 
vous riche qui donnez des repas aux grands 
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158 HOMÉLIES SUR LA ÏP ÉPÏTRE AUX THESSALONÏCÏENS. 

dignitaires de la cour et de l'armée; invitez pour c^ux dont je vous parle, le ciel vous est 

donc les pauvres , réunissez-les nombreux au- réservé , avec tous les trésors qu'il renferme, 

tour de votre table, et vous verrez si tout le Puissions-nous tous les obtenir, par la grâce et 

monde ne vous approuve pas, si tous ne vous l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui 

en aiment pas davantage, si tous ne vous re- gloire, puissance, honneur, en même temps qu'au 

gardent pas comme un père. Vos somptueux Père et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, 

repas ne vous procurent aucun bien véritable : et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIES 

SUR LA SECONDE ÉPITRE AUX THESSALONÏCÏENS 



HOMÉLIE I. 

1. En disant dans la précédente lettre : a Je 
jsuis nuit et jour impatient de vous voir... Le 
délai nous est intolérable ; nous sommes resté 
seul à Athènes... Je vous ai envoyé Timothée, » 
Paul leur avait fait assez connaître l'ardent désir 
qu'il avait de se rendre auprès d'eux ; n'ayant 
pu cependant faire ce voyage, et compléter ainsi 
leur instruction dans la foi, il leur adresse cette 
seconde lettre , afin de suppléer par écrit à son 
enseignement oral. Qu'il n'ait pu partir alors, 
il le fait entendre quand il dit : « Or, nous vous 
prions par l'avènement de Notre-Seigneur Jé- 
sus-Christ. » Il Thés., il, 1. Antérieurement il 
leur avait parlé de la sorte : « Pour les temps 
et les circonstances, vous n'avez pas besoin que 
nous vous en écrivions. » I Thes., v, 1. S'il eût 
pu venir, il n'aurait pas eu besoin de leur écrire ; 
obligé de retarder la réponse à leurs questions, 
il leur écrit cette lettre ; et nous en voyons le 
motif dans celle à Timothée : « Quelques-uns 
troublent la foi d'un certain nombre , en affir- 
mant que la résurrection est déjà accomplie. » 
II Tim.y H, 18. En détruisant par une telle affir- 
mation les grandes et nobles espérances des 
fidèles , on leur ôtait le courage de souffrir. 
L'espotrseui L'espoir élève et soutient les âmes, les empêche 
él t» V ent l no°8 tt " de céder au cours des événements ; le diable 
4mes - voulant briser cette ancre , et ne pouvant alors 



leur persuader que l'avenir est une fable, prenait 
un autre chemin : mettant en avant quelques 
hommes, instruments de sa malice, il s'efforçait 
de jeter les fidèles dans une autre erreur, en 
leur représentant comme accomplies ces magni- 
fiques promesses. Tantôt les faux docteurs di- 
saient que la résurrection était déjà faite, tantôt 
que le jugementet l'avènement du Christ allaient 
avoir lieu. En convainquant ainsi le Christ lui- 
même de mensonge, en montrant qu'on ne de- 
vait attendre pour plus tard ni rémunération 
pour les justes, ni condamnation et supplice 
pour les méchants , ils rendaient ces derniers 
plus audacieux et confondaient les premiers. 

Chose encore plus grave, les uns prétendaient 
répéter simplement les paroles de Paul, les 
autres fabriquaient même des lettres qu'ils di- 
saient écrites par lui. Aussi, pour obvier à toutes 
ces manœuvres , leur dit-il : « Ne vous laissez 
effrayer ni par l'esprit du mal, ni par la parole, 
ni par des lettres qu'on vous donnerait comme 
venant de nous. » II Thes., n, 2. L'esprit dont 
il parle comprend les faux prophètes. Comment 
distinguer? Par ce qu'il ajoute; car voici ce 
qu'il dit : « Mes salutations, écrites de ma propre 
main , de la main de Paul , c'est le signe mis 
en chaque lettre , c'est ainsi que j'écris. Que la 
grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec 
vous tous. » lbid.y m, 17, 18. Ce n'est pas ce 
langage même qu'il offre comme signe distinc- 
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tif ; car il est probable que les autres ne man- 
quaient pas de l'imiter. Il entend la salutation 
apposée de sa propre main. Tel est aussi l'usage 
parmi nous : on reconnaît l'authenticité d'une 
lettre à la signature qui figure au-dessous. Il 
les avertit qu'ils sont singulièrement circon- 
venus par les méchants; il les encourage, et par 
la vue du présent, et par celle de l'avenir ; il 
leur rappelle les châtiments et les récompenses 
qui les attendent, afin de les attacher au bien ; 
il traite ce point d'une manière toute spéciale, 
sans toutefois leur révéler le moment, se bor- 
nant à leur en donner la plus sûre marque, dans 
l'apparition de l'Antéchrist. L'esprit le plus 
fragile se trouve raffermi , quand on lui donne 
autre chose qu'une simple affirmation. Et le 
Christ y apporte le plus grand soin; dans 
son discours sur la montagne, il expose de point 
en point à ses disciples ce qui regarde la con- 
sommation. Dans. quel but? Pour ôter tout pré- 
texte à ceux qui veulent introduire des ante- 
christs et de faux christs. Il pose de nombreux 
signes, mais un surtout, en disant : « Quand l'E- 
vangile aura été prêché dans toutes les nations. » 
Matth., xxiv, 14. Il en donne un autre, pour 
qu'on ne se trompe pas sur son avènement : « Il 
viendra comme un éclair; » Ibid., 27 ; il res- 
plendira dans tout le monde, et ne se tiendra 
pas caché dans un coin ; il n'aura pas besoin 
de quelqu'un qui le signale, tant il aura d'éclat : 
l'éclair s'annonce assez par lui-même. Parlant 
quelque part de l'Antéchrist, il s'exprime en ces 
termes: a Je suis venu au nom démon Père, 
et vous ne m'avez pas reçu ; qu'un autre vienne 
en son propre nom, et vous le recevrez. » Joan., 
v, 43. Il donne encore comme signe de son 
avènement des calamités inénarrables se suc- 
cédant coup sur coup ; puis la venue du prophète 
Elie. Les Thessaloniciens doutaient alors, et c'est 
à nous que profite leur doute ; car toutes ces 
choses sont utiles pour nous comme elles le 
furent pour eux : elles doivent nous détourner 
des fables où se complaisent les enfants et les 
vieillards. N'avez-vous pas souvent entendu dans 
votre bas âge de singuliers récits sur le nom 
de l'Antéchrist et sa fameuse génuflexion? Le 
diable jette cette semence dans nos âmes quand 



HOMÉLIE I. m 

nous sommes enfants, afin que cela devienne 
plus tard un dogme, et qu'il puisse ainsi nous 
tenir dans l'erreur. Paul n'aurait pas manqué 
de nous en instruire en parlant de l'Antéchrist, 
si c'eût été utile. Ne remuons donc pas de telles 
questions. Non, l'Antéchrist ne viendra pas flé- 
chissant les genoux, mais bien « s'élevant au- 
dessus de tout ce qu'on nomme Dieu, de tout ce 
qu'on adore, si bien qu'il ira s*asseoir comme 
une divinité dans le temple de Dieu, se donnant 



gueil. 



lui-même comme Dieu, d II Thes., n, 4. Ainsi 
que le diable se perdit par un fol orgueil, celui 
qu'il fera mouvoir déploiera la même démence. 

2. Je vous en conjure donc, appliquons-nous Fuyons ror- 
tous à fuir cette passion , de peur d'encourir le 1 
même jugement, de devenir passibles de la 
même peine , de tomber dans les mêmes tour- 
ments, a Ne choisissez pas un néophyte, dit 
Paul, de peur qu'il ne s'enorgueillisse et qu'il 
n'encoure le jugement du diable. » I Tim. 9 m, 
6. Celui qui s'enorgueillit subira donc le châti- 
ment même de Satan. « Le commencement de la 
superbe, est- il encore dit, c'est de ne pas con- 
naître le Seigneur. » EcclL, x, 14. L'orgueil 
est le commencement du péché, la première im- 
pulsion, le premier élan vers le mal; il en est 
également la racine et la base. Le commence- 
ment signifie donc l'une de ces deux choses; 
quand on dit : Le commencement de la chas- 
teté, c'est de fuir tout mauvais spectacle, on dé- 
signe le premier mouvement; mais si nous di- 
sons : Le commencement de la chasteté, c'est le 
jeûne, nous en désignons le fondement et la con- 
dition essentielle. Ainsi l'orgueil est le commen- 
cement du péché, soit parce qu'il en est l'origine, 
soit parce qu'il en constitue l'essence. Quel que 
soit le bien que nous aurons accompli, l'iniquité 
ne permet pas que ce bien se maintienne , elle 
en prépare la ruine. Telle est la racine empoi- 
sonnée d'où vient la dissolution : c'est ce que 
nous voyons par là. Le pharisien avait accom- 
pli certes beaucoup de bonnes œuvres; mais 
cela ne lui servit de rien. Il n'avait pas extirpé 
la racine ; elle perdit tout. De l'orgueil naissent 
le mépris des pauvres, le désir des biens tempo- 
rels, l'ambition du pouvoir, l'amour delà gloire. 
Celui que possède une telle passion est naturel- 
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160 



HOMÉLIES SUR LA II* ÉPTTRE AUX THESSALONICTENS. 



l'orgueil 



lement vindicatif. L'orgueilleux ne supporte pas 
d'être insulté par ceux qui sont au-dessus de 
lui, et dès lors moins encore par ceux qui sont 
au-dessous. Or, qui ne sait pas supporter une 
injure, ne supportera non plus aucun mal. Voilà 
comment l'orgueil est l'origine du péché, 
origine de Mais comment l'origine de l'orgueil même est- 
elle de ne pas connaître le Seigneur ? Il est aisé 
de le comprendre ; celui qui connaît Dieu comme 
nous devons le connaître, celui qui n'ignore pas 
à quel point le Fils de Dieu s'est humilié, ne 
s'exalte pas; l'exaltation supplée l'ignorance, 
et la superbe conduit à la folie. D'où vient que 
les ennemis déclarés de l'Eglise prétendent con- 
naître Dieu? n'est-ce pas de la démence? Il est 
donc aisé de voir dans quel précipice on se jette 
quand on ne connaît pas Dieu. Du moment où 
Dieu ne dédaigne pas un cœur contrit, c'est qu'il 
l'aime, et c'est pour cela qu'il résiste aux orgueil- 
leux et donne sa grâce aux humbles. Par consé- 
quent, il n'est pas de mal qu'on puisse compa- 
rer à l'orgueil : d'un homme il fait un démon , 
insolent, blasphémateur, parjure; il pousse à 
l'effusion du sang, aux vengeances impitoyables; 
l'orgueilleux vit dans de perpétuels soucis, dans 
des colères incessantes, dans une tristesse sans 
lin ; rien ne peut satisfaire cette dévorante pas- 
sion : verrait-elle le monarque lui-même se cour- 
ber et s'agenouiller, ce n'est pas assez pour elle, 
cela même ne ferait que l'exciter de plus en plus. 
Semblable à l'avare, dont les besoins augmentent 
avec les trésors, l'orgueilleux désire d'autant 
plus d'honneurs qu'il en possède davantage : sa 
maladie va toujours s'aggravant, car c'est bien 
une maladie ; or, une maladie ne connaît pas de 
bornes, et ne s'arrête que lorsqu'elle a conduit 
sa victime à la mort. Voyez les hommes adon- 
nés à la boisson : n'ont-ils pas toujours soif? 
C'est encore une maladie, non de la nature, 
mais de la volonté pervertie. Voyez également 
les faméliques : n'ont-ils pas toujours faim? 
C'est une autre maladie, une maladie qui se 
trouve comme en dehors de la nature, selon 
l'expression des médecins. Ainsi des esprits in- 
quiets et qui veulent tout connaître : quoi qu'ils 
aient appris, ils ne se donnent pas de relâche. 
Cette maladie n'a pas plus de bornes que les 



autres. Les impudiques à leur tour ne s'arrêtent 
jamais, d'après cette parole de l'Ecriture : « Au 
f ornicateur tout pain est agréable. » Eccli. , xxm, 
20. Il ne s'arrête pas qu'il ne soit consumé ; c'est 
toujours la maladie qui l'entraîne. Autant de 
maladies, il est vrai, mais qui ne sont pas incu- 
rables; on peut les guérir toutes, et beaucoup 
mieux que celles du corps, puisqu'il suffit de 
vouloir pour les faire disparaître. 

Comment donc peut-on guérir l'orgueil? En 
acquérant de Dieu une vraie connaissance. S'il 
vient de ce qu'on ignore Dieu, il est manifeste 
que cette connaissance le détruira. Représentez- 
vous la géhenne, songez à ceux qui valent beau- 
coup plus que vous , pensez combien vous êtes 
redevable à la justice divine; avec de telles ré- 
flexions , vous aurez bientôt humilié et dompté 
votre intelligence. Mais vous ne pouvez pas at- 
teindre à ces considérations? Vous êtes trop 
faible? Réfléchissez alors sur les choses du 
temps, sur la nature humaine, comprenez que 
l'homme n'est rien. Quand vous rencontrerez 
dans l'agora un mort qu'on emporte, les orphe- 
lins qui le suivent en deuil , une veuve qui se 
lamente, des serviteurs éplorés, des amis plon- 
gés dans la tristesse, pensez que les choses pré- 
sentes sont un pur néant, qu'elles ne différent 
guère de l'ombre et du rêve. Ne le voulez-vous 
pas? souvenez-vous des riches, de ceux qui sont 
morts en courant les hasards des batailles ; con- 
sidérez les maisons de ces grands, de ces illustres 
personnages : elles sont maintenant renversées 
et ne forment plus qu'un monceau de ruines. 
Combien ces hommes furent puissants ! et rien 
ne reste d'eux, pas même leur mémoire. Chaque 
jour, si vous y faites attention, vous verrez de 
pareils exemples, des chefs remplacés, de 
grandes fortunes qui disparaissent. « Beaucoup 
de tyrans sont tombés du trône qu'ils occu- 
paient, et l'homme auquel on ne songeait pas a 
ceint le diadème. » Eccli., xi, 5. Cela n'arrive - 
t-il pas tous les jours? Notre conditiôn n'est-elle 
pas une roue qui tourne ? Lisez nos livres saints, 
lisez les auteurs profanes , où fourmillent aussi 
de semblables leçons, en supposant que la folie 
nous fasse mépriser les nôtres; si vous admirez 
les philosophes, prenez soin de les consulter : 
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HOMÉLIE II. 

eux-mêmes vous instruiront, en vous racontant au-dessus d'eux 
les anciennes catastrophes; adressez -vous aux 
poètes, aux orateurs, aux sophistes, à tous les 
écrivains sans distinction , de toute part surgi- 
ront devant vous les mêmes exemples. 

Si rien de tout cela ne vous convient, exami- 
nez notre nature, son origine et sa fin. Pensez 
combien vous êtes peu de chose, quand vous 
dormez ; ne suffît-il pas d'un insecte pour vous 
donner la mort? Oui, le plus petit animalcule 
tombant du plafond, a souvent ôté la vue, ou 
fait courir d'autres dangers. Mais quoi I n'êtes- 
vous pas inférieur à toutes les bêtes? Vous me 
direz que vous l'emportez par la raison ? Mais 
voilà que cette raison même, vous ne la possé- 
dez plus; car l'orgueil est un signe de démence. 
D'où viennent vos pensées superbes, dites-moi? 
De l'heureuse conformation de votre corps ? Les 
animaux ont sur vous l'avantage. De plus, vous 
le cédez aux brigands, aux homicides, aux spo- 
liateurs de tombeaux. Etes-vous fier de votre 
sagesse? Ce n'est pas de la sagesse que d'avoir 
une haute opinion de soi; c'est même ce qui 
vous prive avant tout du titre de sage. Sachons 
donc réprimer notre orgueil, devenons mo- 
destes, humbles, irréprochables. Ceux qui sont 
tels, le Christ les a proclamés heureux avant 
tous les autres : « Heureux les pauvres en es- 
prit. » Matth.j v, 3. Il s'écriait encore : « Ap- 
prenez de moi que je suis doux et humble de 
cœur. » lbid.y xi, 29. C'est pour cela qu'il lava 
les pieds de ses disciples, nous enseignant ainsi 
l'humilité par ses actions. Appliquons-nous à 
profiter de tant de leçons diverses, afin de pou- 
voir obtenir les biens promis à ceux qui aiment 
Dieu, par la grâce et la bonté... 



HOMÉLIE II. 

« Paul, Sylvain et Timothée & l'Eglise des ThessalonicieDs, 
en Dieu votre Père, en Jésus -Christ Noire-Seigneur ; 
grâce à vous et paix de la part de Dieu notre Père et 
du Seigneur Jésus-Christ. » 

1. La plupart des hommes mettent tout en 
œuvre , font mouvoir tous les ressorts , pour 
avoir quelque crédit auprès de ceux qui gou- 
vernent , et généralement des hommes qui sont 

TOM. X. 



161 

s'ils parviennent à ce but si 
désiré, ils regardent cette victoire comme un 
grand bien, ils s'estiment heureux. Si c'est un tel 
avantage d'obtenir la grâce des simples mortels, 
qui pourrait dire ce que c'est d'obtenir celle de 
Dieu ? L'Apôtre , qui ne l'ignore pas , met tou- 
jours ce souhait en tête de ses lettres : rien après 
cela ne saurait être repoussé, toutes les diffi- 
cultés se résolvent d'elles-mêmes. Un exemple 
vous le montrera. Josepli était esclave, jeune, Exemple tir* 
inexpérimenté, sans aucun artifice; et soudain de e iuî5 h ' 
on lui confia le gouvernement d'une maison, 
dont il était responsable vis-à-vis de l'Egyptien. 
Or, vous savez comme cette nation est irritable 
et sans pitié; la puissance et l'autorité venant de 
plus s'ajouter à ce caractère, on comprend quels 
devaient en être les éclats. Nous le voyons par 
les événements qui eurent lieu dans la suite. La 
femme de son maître le calomnie , il supporte 
cette accusation ; et cependant ce n'est pas à 
ceux qui tiennent les vêtements que violence 
peut avoir été faite, mais bien à ceux qui sont 
dépouillés. Il eût fallu dire à cette femme : 
Vous n'aviez qu'à pousser un cri pour le mettre 
en fuite ; se sentant coupable, il n'eût pas atten- 
du que son maître arrivât. L'Egyptien n'eut pas 
même une telle pensée ; n'ayant plus sa raison, 
et complètement dominé par la colère, il jeta 
en prison son intendant, sans se rendre compte 
d'une pareille conduite. Il avait d'autres moyens 
de connaître la sagesse de ce jeune homme ; il 
n'en fit aucun cas, tant il était hors de lui-même. 
Qu'arriva-t^il ? Quoique Joseph eût un maître 
tellement injuste , quoiqu'il eût reçu tout pou* 
voir sur sa maison, n'étant qu'un étranger, 
sans appui comme sans expérience, Dieu l'avait 
néanmoins rempli d'une si puissante grâce, 
qu'il traversa tous ces revers comme si les 
épreuves n'étaient rien , et la calomnie de l'E- 
gyptienne, et le péril de la mort, et les horreurs 
de la prison, mais pour arriver enfin sur le 
trône royal. 

Le bienheureux Paul savait donc ce qu'était 
la grâce divine , et c'est pour cela qu'il l'appelle 
sur eux. Il se propose une autre chose. Vou- 
lant leur faire accepter avec bienveillance ce 
qu'il va leur dire dans sa lettre, et les empêcher 
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46$ 



HOMÉLIES SUR LA IV ÉPITRE AUX THESSALONICIENS. 



de s'éloigner, alors même qu'il leur adressera 
de sévères leçons et de vifs reproches, il rappelle 
avant tout à leur pensée la grâce divine : il dis- 
pose ainsi, leur cœur , si l'affliction arrive , à 
puiser la force et la consolation dans le souve- 
nir de cette grâce, qui, les ayant arrachés à de 
plus grands maux, saura les délivrer des peines 
actuelles. Il écrivait ailleurs dans le même sens : 
« Si, lorsque nous étions des ennemis, nous 
avons été réconciliés avec Dieu par la mort de 
son Fils, bien plus, étant déjà réconciliés, se- 
rons-nous sauvés par sa vie. » Rom., v, 10. 
« Grâce à vous et paix de la part de Dieu notre 
Père et du Christ Jésus Notre-Seigneur, » ve- 
nez-vous d'entendre ; puis il continue : « Nous 
devons sans cesse bénir Dieu pour vous, frères, 
comme cela est bien juste. » Voyez la grandeur 
de son humilité. Après avoir prononcé cette 
parole : « Nous devons bénir Dieu, » il leur 
laisse le soin d'en tirer la conséquence ; il leur 
donne à penser que, dès que , pour les bonnes 
œuvres que vous avez accomplies, les autres 
admirent Dieu, avant de vous admirer vous- 
mêmes, à bien plus forte raison devons-nous 
agir ainsi. Ajoutons qu'il relève par là leur 
courage,-en leur montrant dans leurs tribula- 
tions, non un sujet de larmes et de plaintes, 
mais plutôt de reconnaissance envers Dieu. 
Voilà donc Paul qui rend grâces pour le bien 
des autres; qu'en sera-t-il alors de ceux qui, 
loin de rendre grâces, se consument d'envie? 
« Car votre foi va toujours en augmentant, et 
la charité de chacun de vous envers son pro- 
chain surabonde. » Et comment la foi peut-elle 
augmenter, me demandera-t-on ? Comment? 
quand pour la foi nous souffrons quelque peine. 
Il est beau de ne pas se laisser ébranler , de ré- 
sister au flot des pensées humaines. Lorsque les 
vents soufflent avec impétuosité, que les raffales 
se déchaînent, que de toute part s'élève une 
terrible tempête, que les ondes viennent nous 
assaillir sans interruption , si nous ne chance- 
lons pas, c'est une preuve évidente de l'accrois- 
sement, de la force invincible , de la sublimité 
de notre foi. De même que dans un cataclysme 
les humbles vallées ont bientôt disparu, tandis 
que les grandes hauteurs demeurent inacces- 



sibles ; de même la foi , quand elle a ce degré 
d'élévation , ne se laisse pas submerger. Aussi 
l'Apôtre ne se borne-t-il pas à dire qu'elle s'est 
accrue ; il dit : a Elle est toujours allée en 
augmentant, et votre charité réciproque sur- 
abonde. » 

Vous comprenez par là combien il importe 
dans les tribulations que nous soyons parfaite- 
ment unis, que nous fassions corps avec nos 
frères. De là vient encore une grande consola- 
tion. Les tribulations renversent donc une cha- 
rité peu solide, une foi sans énergie ; mais elles 
corroborent l'une et l'autre, quand elles sont^ 
fortes déjà. L'âme plongée dans la douleur ne 
peut rien quand elle est faible ; forte, c'est alors 
surtout qu'elle montre son pouvoir. Remarquez 
la charité des disciples : ils n'aimaient pas celui- 
ci , à l'exclusion de celui-là ; ils avaient pour 
tous une égale affection. Paul l'indique d'une 
manière assez claire en louant la charité de 
chacun d'eux pour les autres ; c'est l'équilibre 
qui doit régner entre toutes les parties d'un 
même corps. On peut voir aujourd'hui même 
l'affection unir un grand nombre de personnes ; 
mais cette affection devient souvent une cause 
de division. Nous serons deux ou trois dans un 
parfait accord ; deux, trois ou quatre s'enten- 
dront à merveille entre eux, mais en s'éloignant 
du reste des hommes, parce qu'ils peuvent se 
réfugier en toute confiance auprès de leurs amis : 
ce n'est pas de la charité, c'en est plutôt la né- 
gation et la rupture. Dites-moi, si l'œil con- 
centrait sur la main le soin qui lui incombe de 
veiller sur tout le corps, et, négligeant tous les 
autres membres, ne s'occupait que de celui-là, 
ne causerait-il pas la ruine de tout le corps? 
Sans nul doute. Et nous également, si nous 
concentrons sur un ou deux de nos frères cette 
charité qui doit s'étendre à toute l'Eglise de 
Dieu, en nous perdant nous-mêmes, nous nui- 
sons à la société tout entière, sans en excepter 
ceux que nous préférons. Encore une fois, ce 
n'est pas de la charité , c'est de la séparation , 
du schisme, de la dissension. Si je prends un 
membre du corps humain, en le séparant de 
l'ensemble, bien que ce membre séparé présente 
une sorte de cohésion et forme un tout uni, ce 

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HOMÉLIE ît. 

n'en est pas moins une déchirure violente, parce 
qu'il ne fait plus partie du corps. 

2. A quoi sert-il que vous aimiez beaucoup 
tel de vos semblables? Ce n'est là qu'une affec- 
tion humaine. Si vous prétendez vous élever 
au-dessus, si vous aimez à cause de Dieu, aimez 
donc tous les hommes ; car Dieu lui-même nous 
a commandé d'aimer nos ennemis. Or, obligés 
d'aimer ceux qui nous haïssent combien plus 
ne devons-nous pas ce sentiment à ceux qui ne 
nous ont fait aucun mal I* — Je les aime, direz- 
vous. — Mais non comme Dieu le demande ; 
vous ne les aimez même pas ; lorsque vous les 
poursuivez de vos accusations, de votre jalousie, 
de vos embûches, comment prétendez-vous les 
aimer? — Je ne fais rien de semblable, direz- 
vous encore. — Lorsqu'on en parle mal devant 
vous, et que vous ne fermez pas la bouche au 
calomniateur, que vous ne refusez pas de croire 
à la calomnie, que vous ne la repoussez pas avec 
force, me donnerez-vous cette conduite comme un 
témoignage d'amitié ? a Et la charité de chacun 
de vous envers le prochain surabonde ; si bien 
que nous-mêmes nous nous glorifions à votre 
sujet dans les Eglises de Dieu. » Paul avait dit 
dans la précédente lettre que toutes les Eglises 
de la Macédoine et de l'Achaïe avaient retenti 
des progrès de leur foi : a De telle sorte, ajoute- 
t-il, qu'il ne nous est plus nécessaire de rien 
dire, eux-mêmes nous annonçant quelle entrée 
nous avons eue parmi vous. » I Thes., i, 8, 9. 
Et maintenant il affirme qu'il parle , qu'il se 
glorifie d'eux. Que signifie donc ce double lan- 
gage ? D'une part il dit : Ils n'ont pas besoin 
que nous les instruisions; de l'autre : Nous 
nous glorifions, nous nous faisons honneur de nos 
disciples; il ne s'agit pas ici d'un enseignement. 
Dès qu'à votre sujet nous rendons grâces à Dieu 
et nous nous glorifions auprès des hommes, 
beaucoup mieux le devez- vous à notre sujet. Si 
vos bonnes œuvres causent aux autres un légi- 
time orgueil, pourraient-elles exciter nos gé- 
missements et nos plaintes ? Ce n'est pas à sup- 
poser. 

« De telle sorte que nous nous glorifions à votre 
sujet dans les Eglises de Dieu, à cause de votre 
patience et de votre foi. » On voit ici qu'il s'est 



163 



écoulé un temps considérable ; il faut du temps 
pour manifester la vertu de patience, deux ou 
trois jours ne suffisent certes pas. Il ne parle pas 
d'une patience quelconque. Ce qui la constitue 
surtout, c'est de ne pas jouir encore des biens 
promis. Il parle d'une patience supérieure. 
Quelle est-elle? Celle qui se manifeste dans 
les persécutions. Que telle soit la pensée de l'A- 
pôtre, on le voit par ce qui suit. « Dans toutes 
vos persécutions , dans toutes les épreuves que 
vous supportez. » Ils étaient sans cesse au mi- 
lieu d'ennemis qui cherchaient de toute part à 
leur nuire; et c'est là qu'ils montraient cette pa- 
tience inébranlable. Qu'ils rougissent à cette 
vue ceux qui embrassent une doctrine, quand 
ils la voient protégée par des hommes puissants. 
Au commencement de la prédication évangé- 
lique, c'étaient les pauvres et ceux qui vivent 
du travail de chaque jour, qui s'exposaient à 
la haine des chefs de l'état, des gouverneurs de 
chaque province, des premiers de la cité ; ni roi 
ni magistrat ne figuraient encore parmi les 
fidèles : et cette guerre implacable ne décon- 
certait nullement ces derniers, a Comme un 
exemple du juste jugement de Dieu. » Remar- 
quez la consolation qu'il leur prépare. Il a déjà 
déclaré qu'il rend grâces à Dieu, qu'il se glori- 
fie même aux yeux des hommes. Cela sans doute 
est un bien ; mais ce que demande avant tout 
celui qui souffre, c'est d'être délivré de ses 
maux, et de voir punir ceux qui le persécutent. 
Voilà le plus ardent désir d'une àme encore 
faible , mais non de celle qui possède la vraie 
philosophie. Que signifie donc cette parole : 
a Comme un exemple du juste jugement de 
Dieu? » Paul insinue la double rémunération, 
celle des persécuteurs et celle des victimes. C'est 
comme s'il disait : Quand elle vous couronne 
et les punit, éclate la justice de Dieu. 

Là se présente en même temps la consola- 
tion ; car il est visible qu'ils doivent être cou- 
ronnés à cause de leurs travaux et de leurs 
sueurs, d'une manière conforme à la justice. Il 
commence par ce qui les touche personnelle- 
ment. Tout impatient qu'on puisse être, en 
effet, que la vengeance s'exerce, ce qu'on dé- 
sire d'abord, c'est sa propre récompense. Aussi 

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Preuyô 
la justice 
Dieu. 



HOMÉLIES SUR LA !!• ËPlTRE AUX THESSALONÎCIËNS. 



l'Apôtre ajoute-t-il : a Afin que vous soyez ju- 
gés dignes du royaume de Dieu, pour lequel du 
reste vous souffrez. » Si les choses sont telles, ce 
n'est donc pas à cause de la puissance des per- 
sécuteurs, c'est parce qu'il le faut pour entrer 
dans le royaume. « Nous devons passer à tra- 
vers bien des tribulations pour entrer dans le 
royaume de Dieu. » Act., xiv, 22. « Si toutefois 
il est juste que Dieu rende la tribulation à ceux 
qui vous accablent de tribulations, et à vous 
qui les souffrez, le repos que nous aurons 
dans la manifestation du Seigneur Jésus, ve- 
nant du ciel avec les messagers de sa puis- 
sance. » Les premiers mots qui semblent expri- 
mer un doute, ne sont qu'une plus forte accusa- 
tion : c'est une locution que nous employons 
nous-mêmes quand il s'agit de choses absolu- 
ment incontestables. Il entend par là que c'est de 
toute justice. S'il est juste que Dieu les châtie, 
veut-il dire, le châtiment ne saurait leur man- 
quer. C'est comme s'il y avait : Si Dieu prend soin 
des choses humaines. En disant : « Si toute- 
fois..., » il suppose que c'est une vérité recon- 
nue. Cela revient à dire : Si Dieu hait les mé- 
chants. Il s'exprime de la sorte pour les forcer 
eux-mêmes à reconnaître qu'il les hait, vu qu'ils 
ne peuvent ignorer combien cela est juste. Des 
propositions ainsi formulée^ ne comportent pas 
d'amphibologie. Si c'est juste auprès des hommes, 
beaucoup plus auprès de Dieu, « de rendre la 
tribulation à ceux qui vous accablent de tribu- 
lations, et à vous qui les souffrez le repos. » 

3. Mais quoi, la rémunération est-elle égale? 
Assurément non. Voyez aussi comme dans la 
suite il la montre plus terrible d'un côté , plus 
abondante de l'autre. C'est une consolation de 
plus dans le souvenir de ceux dont ils doivent 
partager la récompense, comme ils ont eu part 
à leurs afflictions ; c'est avec nous , leur dit-il, 
que vous aurez le repos. Il les unit pour la 
couronne aux saints dont les œuvres furent les 
plus nombreuses et les plus éclatantes. Il si- 
gnale ensuite la circonstance du temps, et par 
la vivacité de sa description, il transporte leur 
intelligence : sa parole semble ouvrir déjà le 
ciel, le dérouler à leurs yeux, ranger autour de 
lui les légions angéliques ; et par le spectacle 



du lieu, par tout ce qui l'entoure, il agrandit et 
relève l'image, au point qu'ils peuvent à peine 
respirer. « Et à vous qui souffrez, le repos avec 
nous dans la manifestation du Seigneur Jésus, 
venant du ciel avec les messagers de sa puis- 
sance, avec ce feu dévoraat, instrument de 
vengeance contre ceux qui n'ont pas connu 
Dieu, et qui n'obéissent pas à l'Evangile de 
Notre-Seigneur Jésus-Christ. » Voilà donc que 
les hommes qui n'obéissent pas à l'Evangile se- 
ront punis. Ceux qui, non contents de déso- 
béir eux-mêmes, vous persécutent, que n'au- 
ront-ils pas alors à souffrir ? Considérez, je vous 
prie, cette prudence : Paul ne parle pas ici de la 
persécution, il se borne à rappeler la désobéis- 
sance ; d'où il résulte que les oppresseurs, ne 
serait-ce pas à cause de vous, seront encore 
punis à cause d'eux-mêmes. Il leur a dit tout 
cela, par conséquent, pour les bien convaincre 
de l'absolue nécessité de ce châtiment; mais il 
avait commencé par leur assurer qu'ils auraient 
eux la gloire en partage. Le châtiment annoncé 
doit ranimer leur foi ; et que ce châtiment ait 
pour cause les souffrances qui leur sont infli- 
gées sur la terre , cela doit les remplir de joie. 

Ce qu'il dit à ses disciples, nous pouvons par- 
faitement nous l'appliquer. Rappelons donc ces 
choses, quand nous serons dans les tribulations. 
Ne nous réjouissons pas du supplice des autres, 
parce qu'ils ont à le subir, mais uniquement 
parce que nous sommes délivrés de pareilles 
tortures. Et dans le fait, quel avantage avons- 
nous à ce que les autres soient châtiés ? N'ayons 
pas l'àme ainsi faite que le seul espoir du 
royaume nous excite à la vertu. L'homme pro- 
fondément vertueux n'est excité ni par la crainte 
ni par l'espérance ; il agit par amour pour le 
Christ, à l'exemple de l'Apôtre. Il est cependant 
bon pour nous de penser aux biens du royaume 
comme aux tourments de la géhenne : c'est un 
sûr moyen de régulariser notre conduite, de 
nous former et de nous encourager à l'accom- 
plissement de nos devoirs. Lorsque vous verrez 
quelque chose de grand et de beau dans la vie 
présente, élevez votre pensée vers le royaume 
céleste, et cela ne vous semblera plus rien ; lors- 
qu'une chose terrible vient vous frapper, souve- 



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HOMÉLIE IL 



168 



nez-vous de la géhenne, et cela ne vous sera 
plus qu'un objet de risée ; lorsque vous sentirez 
les feux de la concupiscence , songez à ceux de 
l'enfer, rappelez-vous que le plaisir coupable 
n'est digne que de mépris et ne mérite pas 
même le nom de plaisir. Si la crainte des lois 
établies sur la terre a la force de nous détour- 
ner des mauvaises actions, combien plus la 
pensée de l'avenir, des peines éternelles, du châ- 
timent qui n'aura pas de fin ! Si la crainte d'un 
roi terrestre nous éloigne du mal, à plus forte 
raison doit nous en éloigner la crainte du Roi 
céleste. Et comment pourrons-nous avoir cette 
crainte toujours présente à l'esprit? En donnant 
une continuelle attention aux divines Ecritures. 
La vue d'un mort apaise nos passions : qu'est-ce 
donc que ce spectacle en comparaison de ce 
feu qui ne s'éteindra jamais, de ce ver qui ne 
mourra pas ? Si nous méditons constamment sur 
la géhenne, nous ne serons pas tellement près 
d'y tomber. Voilà pourquoi Dieu nous a mena- 
cés du supplice. Si cette pensée ne devait pas 
produire un grand bien, il ne nous aurait pas 
fait entendre de telles menaces. Il les a gravées 
dans nos âmes pour remédier à nos maux, pour 
nous donner le courage d'entreprendre les 
œuvres les plus difficiles, et d'opérer ainsi notre 
salut. 

Ne dédaignons pas les précieux avantages 
qui doivent en résulter; que le souvenir des 
peines éternelles nous accompagne partout, 
jusque dans nos repas et nos fêtes. Parler d'a- 
gréables sujets ne sert de rien pour l'âme, si ce 
n'est à l'amollir : les sujets graves et même 
tristes empêchent les écarts, préviennent la dis- 
solution, ou bien en arrêtent le cours et la font 
surmonter, quand elle s'est déjà produite. Celui 
qui s'occupe dans ses conversations des théâtres 
et des mimes, n'en peut évidemment tirer aucun 
profit; il ne fait qu'alimenter la flamme et nour- 
rir sa passion. Celui qui s'entretient des inté- 
rêts d'autrui , et qui s'en enquiert avec sollici- 
tude, se jette encore dans une foule de dangers. 
En parlant de la géhenne, il n'est pas de danger 
qu'on puisse courir , on est à l'école de la sa- 
gesse. Peut-être craignez-vous de tels discours, 
et vous sont-ils une fatigue? Mais croyez-vous 



éteindre les feux de la géhenne parce que vous 
n'en parlerez pas , ou les rendre plus intenses 
parce que vous en parlerez? Ils brûlent sans 
cesse, que vous en parliez ou que vous n'en 
parliez pas. C'est pour éviter d'y tomber que 
vous devez vous en entretenir à toute heure. 
Une àme qui se préoccupe de la géhenne ne 
peut pas aisément commettre le péché. Ecoutez 
cette admirable exhortation : a Souvenez-vous 
de vos fins dernières, et vous ne pécherez plus 
désormais. » EcclL, xxvm, 6. Il n'est pas pos- 
sible qu'une àme redoutant le compte qu'elle 
doit rendre ne recule pas devant la prévarica- 
tion. Quand cette terreur est toujours vivante 
dans la pensée, elle n'y laisse rien pénétrer des 
choses du siècle. Si les paroles qu'on entend là- 
dessus nous frappent à ce point et nous re- 
tiennent, la réflexion qui réside dans l'âme elle- 
même, ne doit-elle pas la purifier beaucoup 
mieux qu'un feu quelconque? 

Nous ne nous souviendrons pas du royaume 
au même degré que de la géhenne, par la raison 
que la crainte agit avec plus d'énergie que l'es- 
pérance ; et je sais que la plupart feraient bon 
marché des plus grands biens , pourvu qu'ils 
fussent à l'abri du supplice : la preuve, c'est 
qu'il me suffit maintenant même de n'être pas 
puni, de me dérober au châtiment. Non, aucun 
de ceux qui pensent constamment à la géhenne 
n'y tombera ; aucun de ceux qui méprisent la 
géhenne, ne s'y dérobera. Il en est ici comme 
des tribunaux de la terre : ceux qui les redoutent, 
ne se laissent pas envelopper dans leurs filets , 
et ceux qui n'en tiennent pas compte y sont fa- 
cilement pris. Si les Ninivites n'avaient pas re- 
douté la destruction, ils l'auraient subie; c'est 
parce qu'ils la redoutèrent qu'ils y furent sous- 
traits. Si les contemporains de Noé avaient 
craint le déluge, ils n'eussent pas été submergés; 
ni les habitants de Sodome n'eussent été non 
plus consumés par le feu, s'ils avaient tremblé 
devant la menace. C'est un grand malheur déjà 
de ne tenir aucun compte des avertissements 
divins; quand on dédaigne la parole, on doit 
nécessairement éprouver la réalité. Rien n'est 
utile comme de s'entretenir des peines futures : 
c'est le feu qui rend l'âme plus pure que l'ar- 

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HOMÉLIES SUR LA IP ÉPITRE AUX THESSALONICIENS. 



gent le plus pur. Ecoutez ce que dit le prophète : 
<( Vos jugements sont toujours devant mes 
yeux. » Ps. xvii, 23. Le Christ lui-même en 
parle sans cesse. Il est incomparablement plus 
avantageux que pénible d'entendre ce discours. 

4. Il en est ainsi de tout ce qui nous est utile; 
et ne vous en étonnez pas : les remèdes et même 
les aliments fatiguent d'abord le malade, et 
c'est après cela qu'ils lui font du bien. Si nous 
ne supportons pas la gravité des paroles , il est 
évident que nous supporterons encore moins les 
tribulations elles-mêmes : personne ne pouvant 
plus entendre parler de la géhenne, personne, 
n'en doutez pas, s'il arrivait une persécution, 
n'oserait braver le fer et le feu. Exerçons notre 
oreille et ne l'accoutumons pas à des sons amol- 
lissants ; de là nous en viendrons à la pratique. 
Accoutumés que nous serons à des discours ter- 
ribles, nous saurons supporter de terribles dou- 
leurs; mais, si nous sommes énervés au point 
de ne pouvoir entendre les paroles, comment 
résisterons-nous jamais à la réalité? Voyez-vous 
de quelle façon le bienheureux Paul dédaigne 
toutes les choses d'ici-bas, et les périls auxquels 
il est sans cesse en butte? Pourquoi? Parce 
qu'il s'est élevé dans ses pensées au-dessus de la 
géhenne, pour envisager uniquement le bon 
plaisir de Dieu. Lui regardait comme rien de 
souffrir la géhenne elle-même, s'il l'eût fallu 
par amour pour le Christ ; et nous , dans notre 
propre intérêt, nous ne supportons pas même 
qu'on nous en parle. A peine avons-nous abordé 
ce sujet que nos auditeurs se retirent. Je vous 
en conjure donc, s'il reste en vous quelque 
charité , méditez-le sans cesse. N'en résulterait- 
il aucun bien , cela du moins ne saurait vous 
nuire ; mais le bien en résultera d'une manière 
infaillible ; l'âme s'imprègne des discours qu'elle 
entend ou qu'elle s'adresse, a Les mauvais en- 
tretiens, a dit l'Apôtre, corrompent les bonnes 
mœurs. » I Cor., xv, 33. C'est une preuve que 
les bons entretiens les épurent, que les entre- 
tiens sérieux ou même terribles sont une école 
de vertu. Notre àme est comme une cire : jetez- 
la dans de froides conversations, et vous l'en- 
durcissez; vous la ramollissez, au contraire, en 
l'exposant à des paroles enflammées. Or, une 



fois qu'elle sera ramollie, vous la façonnerez à 
votre guise, vous la formerez à l'image du sou- 
verain Roi. 

Fermons donc l'oreille à de vains discours ; 
ce n'est pas un mal sans conséquence, tous les 
autres maux peuvent en découler. Si nous 
avions disposé notre intelligence à donner toute 
son attention aux divins discours, elle ne vou- 
drait pas en écouter d'autres; et, n'écoutant 
plus ces derniers, elle ne s'avancerait pas jus- 
qu'aux actions mauvaises : la parole est le che- 
min qui conduit à l'action ; la pensée , la parole 
et l'acte, voilà les trois termes successifs. On a 
vu souvent des hommes sages passer des propos 
honteux à de honteuses actions. Ce n'est pas de 
sa nature que l'àme embrasse le bien ou le mal, 
le choix est déterminé par le libre arbitre. De 
même que la voile, suivant le côté d'où souffle 
le vent, donne Fimpulsion au navire ; ou mieux 
comme le gouvernail le pousse dans une direc- 
tion ou dans l'autre, avec le concours du vent ; 
de même notre raison , quand elle est secondée 
par de sages paroles , voguera sans danger , ou 
bien sombrera dans le cas contraire. Ce que le 
souffle du vent est au vaisseau, la parole Test à 
l'àme : elle la guide et la fait tourner à son gré. 
De là ce conseil que l'Ecriture nous donne : 
« Que tous Vos entretiens roulent sur la loi du 
Très-Haut. » Ecclû, ix, 20. Aussi, je vous en 
conjure, quand vous recevez les enfants des 
mains de la nourrice, ne les entretenez pas de 
contes puérils ; instruisez-les dès leur bas âge 
sur le jugement dernier , sur les peines éter- 
nelles, gravez ces vérités dans leur esprit ; dès que 
cette crainte aura pris racine, elle produira les 
plus grands biens. Une àme qui de bonne heure 
en a reçu la vive impression, n'en secouera pas 
facilement le joug salutaire : telle qu'un cheval 
que maîtrise le frein , elle marchera d'un pas 
régulier, contenue qu'elle sera par la pensée de 
la géhenne ; elle ne dira ni ne fera rien que 
d'utile ; ni la jeunesse, ni la fortune, ni l'isole- 
ment, ni rien au monde ne la blessera , tant sa 
raison sera ferme et capable de triompher de 
tout. 

Avec de tels discours, faisons régner l'ordre 
dans notre conduite, soumettons-y femme, ei 



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HOMÉLIE III. 



167 



fànts, domestiques , amis, ennemis même, si 
cela se peut. Par ce moyen il nous sera donné 
de retrancher mille désordres, et de trouver 
plus d'avantages dans le spectacle de l'adversité 
que dans celui de la prospérité. Il est aisé de 
s'en convaincre. Supposez que vous entriez dans 
une maison où se célèbre une noce : le spectacle 
vous amuse un instant ; mais à peine êtes-vous 
sorti que vous êtes envahi par la tristesse, vous 
sentant privé de tant de biens. Si vous entrez 
dans une maison dont les habitants sont en 
larmes , bien qu'ils soient opulents , vous avez 
plus de calme quand vous vous retirez : ce n'est 
pas l'envie qu'excite en vous ce second spectacle, 
il vous console de votre pauvreté. Les faits 
mêmes vous montrent que la richesse n'est pas 
un bien , que la pauvreté n'est pas un mal , que 
ce sont là des choses indifférentes. De même ici, 
lorsque vous vous entretenez de délices, vous 
suscitez un pénible sentiment, parce que vous 
êtes loin du bonheur qu'elles semblent pro- 
mettre; en les attaquant dans vos discours, en 
parlant directement de la géhenne, vous aurez 
certes plus de satisfaction, ce sera pour vous 
une source de véritable joie. Etant bien per- 
suadé que les délices de la terre ne vous servi- 
ront de rien contre les flammes de l'enfer, vous 
ne rechercherez plus les délices ; si vous songez 
de plus qu'elles augmentent l'intensité de ce 
feu , vous les aurez en aversion et vous les re- 
pousserez. Ne craignons pas de parler de la gé- 
henne, encore une fois, si nous voulons éviter 
la géhenne; ne craignons pas de rappeler le 
châtiment, et nous ne serons pas châtiés. Si le 
mauvais riche avait eu ce feu présent à la pen- 
sée, il eût fui le vice; c'est pour ne s'en être pas 
souvenu, qu'il tomba dans les flammes éternelles. 

Lorsque vous serez sur le point de compa- 
raître devant le tribunal du Christ, ô homme, 
pourrez -vous bien vous entretenir d'autre 
chose? Mais il suffit que vous ayez une affaire 
devant le juge, de simples paroles souvent, 
pour que , la nuit comme le jour , vous ne 
soyez pas une heure, un instant, sans vous 
entretenir de cette affaire; impossible à vous de 
vous occuper d'un autre objet : et, quand il 
est question d'avoir à rendre compte de votre 



vie tout entière, du suprême jugement à subir, 
vous ne supportez pas ceux qui vous le rap- 
pellent à la mémoire ? Voilà pourquoi tout est 
bouleversé, tout est perdu dans le monde. S'il 
faut aller devant un tribunal humain pour des 
intérêts terrestres , nous faisons jouer tous les 
ressorts, il n'est personne à qui nous n'adressions 
nos prières, nous sommes dans un perpétuel 
souci, nous ne négligeons aucune ressource; 
tandis que, devant bientôt paraître au tribunal 
du Christ, nous ne faisons rien, ni par nous- 
mêmes ni par les autres, nous ne savons pas solli- 
citer notre Juge. Et cependant il nous accorde 
de longs délais, il ne nous enlève pas au milieu 
de nos désordres, il nous donne le temps de 
nous en affranchir,, il n'oublie rien de ce qu'il 
peut faire dans sa miséricorde et son amour. 
Peine perdue; au lieu de diminuer, le supplice 
s'aggrave. Plaise à Dieu qu'il n'en soit pas ainsi 
de nous I Je vous en conjure donc, venons enfin 
à résipiscence, ayons la géhenne devant les 
yeux, pensons à ce terrible compte que nous 
aurons infailliblement à rendre; et puissions- 
nous par de telles réflexions fuir le vice, em- 
brasser la vertu, obtenir les biens promis à ceux 
qui aiment Dieu, par la grâce et la charité... 



HOMÉLIE III. 

t Ils seront condamnés & des peines fatalement éternelles,, 
exclus de la face du Seigneur et de la gloire de sa puis- 
sance, quand il viendra pour être glorifié dans ses saints, 
et admiré dans tous ceux qui auront cru. » 

1. Il est beaucoup d'hommes qui se nour- 
rissent de grandes espérances, non parce qu'ils 
ont soin de fuir le péché, mais parce qu'ils se 
persuadent que la géhenne n'est pas aussi ter- 
rible qu'on le dit, que la réalité sera bien infé- 
rieure à la menace, qu'elle n'aura qu'un temps, 
qu'elle ne saurait être éternelle ; et les voilà qui 
raisonnent sans fin là-dessus. Pour moi, je puis 
démontrer de plusieurs façons que, loin d'être 
moins terrible, la géhenne Test beaucoup plus 
que toutes les menaces; et cela résulte des 
textes mêmes où il nous en est parlé. Du reste, 
ce n'est nullement là l'objet que je me propose ; 

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HOMÉLIES SUR LA !!• ÉPITRE AUX THESSALONICIENS. 



il suffit de la frayeur qu'inspirent les expres- 
sions, alors même que nous n'en développerions 
» pas le sens. Que la géhenne ne soit pas limitée 
dans sa durée, Paul vous le déclare en disant ici 
que les hommes qui ne connaissent pas Dieu, 
qui ne croient pas à l'Evangile, seront punis 
d'un malheur éternel. Ce qui est éternel peut- 
il donc avoir un terme? a A l'aspect du Sei- 
gneur. » Que signifie cette parole? La facilité 
de l'exécution. Us étaient jadis fiers de leurs ri- 
chesses : et maintenant il n'est besoin d'aucun 
effort, il suffit que Dieu vienne et se dévoile, 
pour qu'ils subissent leur châtiment, pour qu'ils 
soient dans les tortures. Sa présence, lumière 
pour les uns, sera la condamnation des autres, 
a A l'éclat de sa puissance, quand il sera venu 
pour être glorifié dans ses saints, et admiré dans 
tous ceux qui ont cru. » Qu'est-ce à dire ? Dieu 
peut-il être glorifié ? Oui certes , « dans tous 
ses saints. » Gomment? Quand les orgueilleux 
verront ceux qu'ils avaient flagellés, méprisés, 
tournés en dérision, se trouver auprès de Dieu, 
alors éclatera sa gloire. Disons mieux, ce sera 
la gloire des serviteurs en même temps que celle 
du souverain Maître : la sienne, parce qu'il ne 
les aura pas abandonnés et qu'il les aura con- 
duits au triomphe ; la leur, parce qu'ils auront 
été jugés dignes d'une telle distinction. Gomme 
c'est sa richesse qu'ils aient montré leur fidélité, 
c'est aussi sa gloire qu'ils doivent participer à 
ses biens. La gloire d'un être bon, c'est d'avoir 
à qui prodiguer ses bienfaits, a Et admiré dans 
tous ceux qui ont cru,» c'est-à-dire, par les 
vrais croyants. Voilà dans, signifiant par, 
une fois encore; par eux il se montre digne 
d'admiration. Lorsque, en effet, ceux qui de- 
meurèrent fidèles au sein des tribulations, sous 
le poids de maux sans nombre, Dieu les conduit 
à ce degré de splendeur, sa puissance se ma- 
nifeste, parce que les abandonnés d'ici-bas 
jouissent là-haut d'une gloire incomparable : 
avec la puissance de Dieu, c'est toute sa gloire 
qui se manifeste. 

De quelle façon, entendez-le : « Car en ce 
jour est cru notre témoignage sur vous, témoi- 
gnage dans lequel nous prions pour vous sans 
cesse, » Gela revient à dire ; Quand seront tra- 



duits à la face de tous ceux qu'on avait torturés 
de toute manière pour les détourner de la foi, 
mais qui seront restés inébranlables, Dieu sera 
glorifié; et de plus ils seront glorifiés eux- 
mêmes. Aussi comme beaucoup simulent la foi, 
ne béatifiez personne avant le dernier jour; 
alors seulement on voit quels sont ceux dont 
la foi fut sincère, a Nous prions sans cesse pour 
vous, pour que notre Dieu vous favorise de sa 
vocation, et qu'il accomplisse tous les désirs de 
sa bonté et l'œuvre de la foi dans la vertu. » Cette 
grâce de la vocation que Paul réclame, montre 
bien qu'un grand nombre ont été rejetés. C'est 
pour cela qu'il ajoute: «Afin qu'il accomplisse 
tous les désirs de sa bonté. » Celui qui parut avec 
des habits sordides avait lui-même été appelé ; 
mais il ne se maintint pas dans sa vocation, 
il fut même d'autant plus rejeté qu'il avait 
été reçu déjà dans la demeure nuptiale. Les 
cinq vierges n'avaient pas moins eu la grèce 
de la vocation : Levez-vous, leur avait-il été 
dit, voici que l'époux arrive; elles étaient 
mêmes prêtes , et cependant elles n'entrèrent 
pas. Il détermine la vocation dont il parle , en 
complétant ainsi sa pensée : « Afin qu'il accom- 
plisse tous les désirs de sa bonté et l'œuvre de 
la foi dans la vertu. » Telle est la vocation à la- 
quelle nous aspirons. Voyez avec quelle pru- 
dence il les ramène à l'humilité. De peur que la 
grandeur des éloges ne les jette dans l'enflure , 
comme s'ils avaient pratiqué de grandes vertus, 
et qu'ils ne tombent ainsi dans l'indolence , il 
leur montre qu'ils laisseront toujours à désirer 
tant qu'ils vivront sur la terre. Il le dit égale- 
ment dans son épltre aux Hébreux : a Vous 
n'avez pas encore résisté jusqu'au sang, dans 
la lutte contre le péché. » Hebr., xn, 4. « Tous 
les désirs, » venons-nous d'entendre, ou plus 
rigoureusement , a toute la volonté ; » ce qui 
peut plaire et satisfaire , ce qui est décrété ; de 
telle sorte que le bon plaisir de Dieu soit accom- 
pli, que rien ne vous manque, que vous soyez 
tels qu'il vous veut. « Et l'œuvre de la foi dans 
la vertu. » Il désigne par là le courage et la pa- 
tience dans les persécutions, afin que nous ne 
nous laissions jamais abattre. 
2. « Pour que le nom de Notre-Seigneur soit 



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HOMÉLIE III. 



glorifié en vous et vous en lui , selon la grâce 
de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ. » Remar- 
quez, tout à l'heure il parlait de gloire , il y re- 
vient ici ; il leur a dit qu'ils seront eux-mêmes 
glorifiés, pour leur inspirer une légitime con- 
fiance ; il leur a dit, chose bien plus grande, 
qu'ils glorifieront Dieu , en même temps qu'ils 
recevront cette gloire. Et maintenant il insiste 
encore sur ces affirmations : puisque le Maître 
ne saurait être glorifié sans que les serviteurs le 
soient aussi, la gloire qu'ils procurent, ils en ont 
une grande part, soit d'une manière relative, 
soit d'une manière absolue. C'est une gloire que 
la tribulation, quand on l'endure pour le Christ, 
et partout l'Apôtre la nomme une gloire; plus 
nous souffrons d'humiliations, plus nous revê- 
tons d'éclat. Montrant ensuite, une fois de plus, 
que cela même vient de Dieu, il ajoute : « Selon la 
grâce de notre Dieu et du Seigneur Jésus-Christ. » 
Or, cette grâce, Dieu nous l'a donnée dans le but 
de se glorifier en nous et de nous glorifier en lui. 
Comment trouve-t-il en nous sa gloire ? Parce 
que c'est de lui que nous avons reçu la force de 
résister aux maux qui viennent nous assaillir. 
Aussitôt que survient l'épreuve, Dieu est glori- 
fié, et nous le sommes nous-mêmes : on le loue 
de ce qu'il nous a communiqué cette énergie ; 
on nous admire de nous être ainsi disposés à 
cette grâce. Au fond, c'est par la grâce divine 
que tout s'accomplit, a Nous vous conjurons, 
frères, par l'avènement deNotre-Seigneur Jésus- 
Christ et de notre réunion en lui , de ne pas 
vous laisser sitôt ébranler dans vos convictions. » 
Il ne fixe pas l'époque où la résurrection aura 
lieu , mais il déclare qu'elle n'aura pas lieu 
maintenant, a De notre réunion en lui. » Cela 
n'est pas non plus de peu d'importance. 

Voyez-vous comment l'exhortation perce à 
travers l'éloge et l'encouragement, puisque le 
Seigneur doit paraître avec nous-mêmes, dans 
la société des saints? Il parle donc ici de l'avéne- 
ment du Christ et de notre réunion, deux choses 
qui doivent se produire ensemble. Il élève leurs 
pensées, afin qu'ils ne se laissent pas ébranler 
de sitôt, comme il s'exprime. « Afin que vous 
ne vous laissiez ébranler ni par l'esprit ni peur 
la parole, ni par une lettre qu'on supposerait 



venir de nous , comme si le jour du Seigneur 
était proche. » Il nous fait entendre par là , ce 
me semble , que certains individus s'en allaient 
colportant une lettre attribuée faussement à 
Paul, et la montrant pour s'autoriser à dire que 
le jour du Seigneur était sur le point de pa- 
raître, et pour entraîner ainsi les hommes dans 
l'erreur. Il les prémunit contre la séduction , il 
les tient en garde, en leur écrivant : a Ne vous 
laissez effrayer ni par l'esprit ni par la parole. » 
C'est comme s'il disait : Alors même que cette 
affirmation viendrait d'un homme ayant l'es- 
prit de prophétie, gardez-vous d'y croire. Je 
vous ai donné cet enseignement pendant que 
j'étais parmi vous ; rien au monde ne doit vous 
détourner de cette foi. « Ni par l'esprit. » Il dé- 
signe ainsi les faux prophètes, à qui l'esprit im- 
pur inspirait toutes leurs paroles. Voulant mieux 
s'accréditer, non- seulement ils avaient recours 
à la persuasion pour tromper les fidèles, ce que 
l'Apôtre dit clairement : a Ni par la parole; » 
mais encore ils montraient une prétendue lettre 
de Paul, dans laquelle ils avaient consigné leurs 
fausses opinions. Cela se trouve dit d'une ma- 
nière non moins formelle : a Ni par des lettres 
qu'on nous attribuerait. » 

Les prémunissant donc par tous les moyens 
possibles, il expose ainsi sa pensée : «t Que per- 
sonne ne vous séduise, quelque manœuvre qu'on 
emploie; car il faut auparavant que la défec- 
tion arrive, et que l'homme de péché se soit 
manifesté, cet enfant de perdition, qui s'oppose 
et s'élève contre tout ce qui porte le nom de 
Dieu, tout ce qui est adoré, de telle sorte qu'il 
vienne s'asseoir dans le temple de Dieu même, 
et qu'il se donne comme étant Dieu. » Il parle 
là de l'Antéchrist, il révèle de grands mystères. 
Qu'appelle-il défection ou apostasie ? C'est l'An- 
téchrist lui-même qu'il appelle de ce nom à 
cause du grand nombre de ceux que ce terrible 
ennemi doit égarer et perdre : « A tel point que 
les élus seraient eux-mêmes scandalisés, si c'était 
poàsible, » avait dit le Sauveur. Matth., xxiv, 
24. Il l'appelle encore l'homme de péché, par la 
raison qu'il en commettra d'innombrables, et 
qu'il en fera commettre aux autres pour leur 
malheur. De plus, il l'appelle enfantde perdi- 

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170 



HOMÉLIES SUR LA II* ÉPITRE AUX THESSA LONIGIENS. 



tion, parce qu'il se perdra lui-même. Mais qui 
sera celui-là ? s'agit-il de Satan en personne ? 
Assurément non ; il s'agit d'un homme qui se 
chargera d'accomplir toutes les œuvres de Satan, 
a Et que l'homme de péché se soit manifesté, 
dit l'Apôtre, celui qui s'oppose et s'élève contre 
tout ce qui porte le nom de Dieu, tout ce qui est 
adoré. » Il n'entraînera pas les hommes au 
culte des idoles, il se posera en ennemi déclaré, 
il détruira toutes les divinités du monde, il se 
fera lui-même adorer à la place de Dieu, et trô- 
nera dans son temple, non dans celui de Jéru- 
salem seulement, mais dans le temple même de 
l'Eglise universelle, c Se donnant lui-même 
pour Dieu. » Il ne se bornera pas à le dire, il 
s'efforcera de le montrer; car il fera des choses 
étonnantes, il se signalera par d'incompréhen- 
sibles merveilles. 

3. a Ne vous souvenez-vous pas que, lorsque 
j'étais parmi vous, je vous ai dit ces choses ? » 
Voyez-vous combien il est nécessaire de re- 
venir constamment là-dessus, de l'inculquer 
• avec les mêmes paroles? Voilà qu'on l'avait en- 
tendu s'en expliquer de vive voix, et cependant 
il a besoin d'en raviver le souvenir. On l'avait 
également entendu parler des tribulations : 
« Quand nous étions parmi vous, nous vous pré- 
disions nos futures souffrances; » I Thess., m, 
4 ; ils l'avaient néanmoins oublié , ce qui 
l'oblige à le leur confirmer par écrit. Ils n'a- 
vaient pas moins recueilli de sa bouche ce qui 
regarde l'avènement du Christ; mais il leur fal- 
lait encore le voir dans ses lettres, pour que ce 
leur fût une règle de vie. Paul leur remet donc 
cet enseignement en mémoire, leur montrant 
invariabilité qu'il ne dit rien de nouveau , qu'il est inva- 

de la doctrine 7 * 

de saint Paul, riable dan s sa doctrine. De même que les agri- 
culteurs, une fois qu'ils ont ensemencé la terre, 
ne doivent pas rester oisifs, mais sont encore 
obligés d'en avoir le plus grand soin, et, s'ils 
ne recouvraient la semence, se trouveraient 
avoir semé pour les oiseaux ; de même, si nous 
ne poursuivons pas d'une continuelle sollicitude 
la semence spirituelle, c'est en l'air que nous 
avons tout jeté. Le diable enlève la semence, 
notre incurie la laisse périr, le soleil la brûle, 
la pluie la détruit, les épines l'étouffent. Il ne suf- 



fit donc pas de la jeter, pour se retirer ensuite. 
Vous devez la seconder de tous vos efforts si 
vous désirez une moisson abondante : il faut 
chasser les oiseaux, retrancher les épine*, cou- 
vrir de bonne terre les endroits pierreux, faire 
disparaître tout ce qui peut gêner ou nuire. De 
ce côté, tout dépend de l'activité de l'homme , 
puisque la terre gît là sans mouvement, ne pou- 
vant que recevoir l'action. Il n'en est plus ainsi 
par rapport à cette terre spirituelle : {tout ne 
dépend pas de celui qui donne l'instruction ; la 
moitié, sinon la majeure partie, doit être four- 
nie par les disciples. 

A nous de répandre la semence évangélique, 
à vous d'accomplir ce qui vous est enseigné, de 
manifester par les actes le fruit des leçons que 
vous avez reçues, d'extirper complètement les 
épines. Ce sont bien les richesses qu'il faut en- 
tendre par là ; car elles ne produisent aucun 
fruit, elles ne sont pas même agréables à la vue, 
l'usage en est plein d'amertume, on n'y touche 
pas sans y trouver la tristesse ; non-seulement 
elles ne produisent pas de fruits, mais encore 
elles arrêtent toute germination. Voilà ce que 
sont les richesses : infécondes pour le ciel, elles 
immobilisent de plus ceux qu'elles possèdent. 
Les épines servent d'aliment aux chameaux, à 
des êtres privés de raison ; elles sont encore 
l'aliment du feu, mais de nul autre usage. C'est 
bien là ce que sont aussi les richesses, inutiles 
pour tout, excepté pour allumer la fournaise : 
elles serviront pour allumer ce jour qui doit 
paraître avec le sinistre éclat du feu ; elles ser- 
vent déjà à nourrir les passions aveugles, les 
ressentiments et les haines. Encore un rapport 
avec le chameau qui broute les épines : on dit, 
en effet, d'après ceux qui sont versés dans de 
semblables études, qu'il n'est pas d'animal do- 
mestique aussi vindicatif et qui se souvienne 
plus longtemps des injures que le chameau. 
Telles sont les richesses, j'insiste sur ce point : 
elles alimentent les instincts brutaux de l'âme, 
elles blessent ce qu'elle a de noble et de délicat, 
toujours comme les épines. Il y a dans cet arbris- 
seau quelque chose d'àpre et de dur ; ajoutons 
qu'il pousse de lui-même. Voyons, afin de pou- 
voir mieux le détruire ; il pousse dans des lieux 



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HOMÉLIE III. 



171 



escarpés, pierreux, arides, où n'existe aucune 
fraîcheur. Lors donc qu'un homme est abrupte 
et violent, c'est-à-dire sans pitié, en lui germent 
les épines. Or, pour détruire les épines, les agri- 
culteurs n'emploient pas le fer. Quelle est done 
leur arme? Ils se servent du feu, pour détruire 
du même coup la malignité de la terre. Il ne 
suffit pas de les couper au ras du sol, la racine 
demeurant au-dessous ; ni d'arracher la racine 
elle-même , la terre demeurant infectée : c'est 
comme lorsque la peste a pénétré dans le 
corps ; il en subsiste toujours quelques traces. 
Mais le feu, dévorant les épines, consume aussi 
tout le venin et le fait remonter des entrailles 
de la terre par l'action de la chaleur. Gomme la 
vésication a pour effet d'attirer les mauvaises 
humeurs, ainsi le feu soutire à la terre les poi- 
sons qui l'infectent, et la purifie. 

Dans quel but ai-je dit ces choses ? Pour vous 
persuader qu'il faut par tous les moyens expulser 
l'amour des richesses. Il est aussi pour nous un 
feu qui fait disparaître ce vice de l'âme , le 
feu spirituel. Si nous le mettons en œuvre, non- 
seulement nous détruirons les épines, mais de 
plus nous épuiserons les humeurs qui les pro- 
duisent. Tant que le germe reste là, tous les 
efforts deviennent inutiles. Voyez plutôt : ici 
vient d'entrer un riche, et je n'en excepte pas 
la femme ; une telle personne n'a guère souci 
de bien entendre la parole de Dieu, elle cherche 
uniquement à paraître, à déployer un grand 
appareil, à s'attirer des hommages, à surpasser 
toutes les autres par la magnificence de ses vête- 
ments, à se faire admirer par son attitude, par 
ses regards, par sa démarche ; toute sa préoccu- 
pation, toute sa sollicitude est de s'assurer que 
telle rivale Tait vue, qu'elle ait remarqué l'éclat 
et le bon goût de sa parure. Elle a cependant un 
autre souci, celui de veiller à ce que ses vête- 
ments ne soient ni détériorés ni déchirés : voilà 
certes une pensée qui l'absorbe. L'homme riche 
entre à son tour, comme s'il voulait parader de- 
vant le pauvre, ou le frapper même de frayeur 
par la magnificence de ses habits et le nombre 
de ses domestiques. Ceux-ci marchent devant 
lui éloignant la foule. C'est un soin qu'il ne dai- 
gnerait pas prendre lui-même, tant il le regarde 



comme inférieur à sa dignité, à la condition 
même d'un homme libre. Son orgueil renvoie 
cette tâche à de pauvres esclaves ; et rien de 
plus déshonorant, de plus servile en réalité. Dès 
qu'il a pris un siège, il n'a pas pour cela le repos ; 
les soucis de la famille le tirent dans tous les 
sens, le faste extérieur accable l'àme. Il s'ima- 
gine nous faire une faveur, ainsi qu'à tout le 
peuple, et peut-être même à Dieu, en venant 
ainsi dans sa maison. Quand on est à ce degré 
d'enflure, peut-on espérer d'en être jamais guéri? 

4. Supposez un homme qui se rend chez un 
médecin, et qui, loin de demander son assis- 
tance, s'imagine lui faire grand honneur; au 
lieu de réclamer, le remède dont il a besoin, il 
s'occupe uniquement de sa mise : cet homme 
en emporte-t-il le moindre bien? Je ne sau- 
rais le croire. Si vous le voulez, je vous en 
dirai la cause. Ceux dont "je parle se per- 
suadent qu'ils viennent chez nous, lorsqu'ils 
entrent dans cette enceinte ; ce sont nos discours 
qu'ils pensent entendre : ils perdent de vue 
qu'ils viennent auprès de Dieu, et que lui-même 
leur adresse la parole. Quand le lecteur s'étant 
levé commence en ces termes : a Voici ce que 
dit le Seigneur,... » et que le diacre, debout 
aussi, 'impose à tous silence, il ne rend pas 
hommage à ces hommes, mais bien à l'Etre in- 
visible qui parle à tous les auditeurs par l'or- 
gane de son ministre. S'ils comprenaient que 
c'est Dieu même qui nous instruit par le pro- 
phète, ils se dépouilleraient complètement de 
leur orgueil. Si, les magistrats venant à les 
entretenir, ils n'ont garde de s'occuper d'autre 
chose, à plus forte raison doivent-ils se conduire 
de même envers Dieu. Nous sommes de simples Les ministres 
ministres , ô mes bien-aimés ; ce n'est pas de i e e n t an nom 
nous-mêmes , c'est de la part de Dieu que nous 8 ^ v £j n '. eu 
parlons ; on vous lit des lettres qui viennent 
chaque jour du ciel. Dites-moi , je vous en cou- 
jure, si, pendant que nous sommes tous réunis, 
quelqu'un se présentait tout à coup , portant 
une ceinture d'or , ayant une attitude pleine de 
noblesse et de fierté, se disant l'envoyé d'un 
monarque terrestre, chargé d'une mission pour 
toute la cité sur un sujet de la dernière impor- 
tance, ne vous tourneriez-vous pas tous vers 

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HOMÉLIES SUR LA II e ÉPITRE AUX THESSALONICIENS. 



lui? ne garderiez-vous pas le plus profond si- 
lence, sans que le diacre eût besoin de vous le 
commander ? Je n'ai pas de peine à le croire ; 
car j'ai plus d'une fois entendu lire ici des res- 
crits impériaux. 

Ainsi donc, qu'on se présente au nom du mo- 
narque, et tous vous prêtez une vive attention : 
le prophète vient au nom de Dieu, sa parole 
descend du ciel , et personne qui l'écoute ! Ne 
croyez-vous pas que ces paroles émanent de 
Dieu? Eh bien, je vous le déclare, ce sont là des 
lettres que Dieu vous envoie. Entrons, par con- 
séquent, dans les églises avec tout le respect qui 
leur est dû ; écoutons avec crainte ce qui nous 
est dit. — Dans quel but y viendrais-je, me de- 
manderez-vous, si je ne dois entendre parler 
personne ? — Voilà qui perd et dénature tout. 
Pourquoi donc est-il nécessaire qu'on nous 
parle? C'est un besoin qui naît de notre apathie. 
Pourquoi, je le répète, nous faut-il un discours? 
tout est clair, tout est simple dans les divines 
Ecritures ; pas d'obscurité dans les choses né- 
cessaires. Mais , parce que vous êtes des audi- 
teurs qui cherchent le plaisir, vous demandez 
de belles paroles. Quelle pompe trouverez-vous, 
qu'on me le dise, dans le langage de Paul? et 
cependant il convertit la terre entière. Pierre , 
qui n'avait aucune instruction, pouvait-il avoir 
un pareil éclat? — Mais j'ignore, me direz-vous 
ce que renferment les divines Ecritures. — 
Pourquoi l'ignorez-vous ? cela vous est-il pré- 
senté dans la langue des Hébreux ou dans celle 
des Romains, ou dans une autre langue étran- 
gère ? n'est-ce pas en grec? — Difficile à com- 
prendre, insisterez-vous. — Quelle est cette dif- 
ficulté , je vous le demande ? ne sont-ce pas là 
des récits historiques ? Vous savez assez ce 
qu'il y a de clair pour pouvoir interroger sur 
ce qu'il y a d'obscur. Volis y trouvez des récits 
innombrables ; donnez-m'en un seul : cela vous 
est impossible. Vous voyez donc bien que vous 
entassez des prétextes. — Chaque jour, direz- 
vous cependant, il faut entendre les mêmes 
choses. — Et dites-moi, je vous prie, n'entendez 
vous pas toujours les mêmes choses au théâtre? 



ne voyez-vous pas toujours les mêmes choses 
dans les hippodromes ? est-ce que tout ici-bas 
n'est pas constamment le même ? ne recevons- 
nous pas les rayons du même soleil ? n'usons- 
nous pas de la même nourriture? 

Je voudrais vous demander, puisqu'on entend 
chaque jour les mêmes choses, de quel prophète 
est le passage qu'on a lu, de quel apôtre, ou de 
quelle épître. Vous ne pouvez pas me répondre, 
et vous avez l'air d'entendre une chose inconnue. 
Quand vous êtes entraîné par l'indolence, vous 
prétendez que c'est toujours la même chose; 
quand on vous adresse une question, vous voilà 
comme n'ayant jamais entendu ce qu'on vous 
demande. Vous devriez au moins le savoir , si 
c'est la même chose ; et vous ne le savez pas. 
Les choses présentes sont vraiment dignes de 
larmes , de larmes et de profonds soupirs ; c'est 
en vain que le ciseleur cisèle l'argent. Mais vous 
devriez d'autant plus nous donner votre atten- 
tion que nous développons la même doctrine , 
que nous n'exigeons de vous aucun effort, que 
nous ne vous disons rien d'étrange, rien dans le 
but de vous étonner. Quoi donc , parce que 
vous prétendez que la lecture est toujours la 
même, et que notre discours offre sans cesse 
des points de vue nouveaux, obtenons-nous 
mieux votre attention ? Nullement ; et si nous 
vous demandons : Avez-vous retenu ce que 
nous avons dit? — Ne l'ayant entendu qu'une 
fois, répondez-vous, comment pourrions-nous 
le retenir? — A cette autre question : Pourquoi 
n'écoutez-vous pas les passages de l'Ecriture? 
vous répondez : C'est toujours la même chose. 
— Or, des deux côtés, ce langage est celui de 
l'indolence et de l'illusion. Il ne nous servira 
pas longtemps ; viendra l'heure où nous gémi- 
rons sans fruit. A Dieu ne plaise, cependant; 
puissions-nous, au contraire, après nous être 
repentis, écouter religieusement la parole sainte, 
et puis nous appliquer aux bonnes œuvres, 
veiller avec le plus grand soin à la direction de 
notre vie, pour obtenir de la sorte les biens pro- 
mis à ceux qui aiment Dieu, par la grâce et la 
charité , etc. 



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HOMÉLIE IV. 

« Et maintenant vous savez ce qui le retient, jusqu'au 
temps de sa manifestation ; car le mystère d'iniquité 
travaille déjà; il possède d'avance, en attendant qu'il se 
produise au grand jour. Alors se montrera ce pervers, 
que le Seigneur Jésus exterminera d'un souffle de sa 
bouche, et qu'il détruira par l'éclat môme de son 
avènement; la venue de cet homme sera selon la 
puissance de Satan. » 

4. On pourrait à bon droit demander la signi- 
fication de cette parole : « Ce qui le retient, » 
et désirer savoir ensuite pourquoi Paul s'enve- 
loppe ici d'une si profonde obscurité. Que si- 
gnifie donc : a Ce qui le retient, jusqu'à ce qu'il 
se manifeste , » ou bien, ce qui l'empêche de se 
manifester? Les uns disent que c'est la grâce 
de l'Esprit, les autres pensent que c'est l'empire 
romain ; et je me range parmi ces derniers. 
Pour quelle raison ? C'est que si l'Apôtre avait 
voulu parler de l'Esprit, iTse fût exprimé d'un 
manière claire, il eût dit simplement que la 
grâce de l'Esprit, le don spirituel, empêche 
maintenant l'Antéchrist de paraître. Du reste, 
il faudrait alors qu'il fût déjà veau , puisqu'il 
devait venir quand auraient pris fin les prodiges 
de la grâce, et que ces prodiges ont depuis 
longtemps cessé. Mais, comme il désigne la 
puissance romaine, il a dû parler en termes in- 
directs et voilés ; car il ne voulait pas susciter 
gratuitement des haines et s'exposer à d'inutiles 
périls. S'il eût prédit, en effet, que dans peu 
croulerait cette puissance , on l'aurait immédia- 
tement exterminé comme une peste publique , 
et tous les fidèles avec lui , comme des soldats 
qui marchaient sous ses ordres. Voilà pourquoi 
Paul ne s'exprime pas ainsi , n'annonce pas 
une ruine prochaine, quoiqu'il y revienne 
constamment. Que dit- il donc? «Jusqu'à ce 
que vienne le temps de sa manifestation ; car le 
mystère d'iniquité travaille déjà. » C'est Néron 
qu'il désigne, le vrai type de l'Antéchrist ; ce 
tyran voulait aussi passer pour dieu. Il a raison 
de l'appeler mystère, parce que celui-là n'agis- 
sait pas encore avec autant de hardiesse et d'im- 
pudeur que le fera l'Antéchrist. Dès qu'il s'est 
trouvé, semble-t-il dire, avant les temps mar- 



HOMÉLIE IV. 473 

__ qués, un homme qui n'était guère inférieur à 
l'Antéchrist pour la perversité, faut-il s'étonner 
quç celui-ci doive exister dans la suite ? 

Il ne dévoile pas complètement sa pensée, il 
ne prononce pas le nom de cet homme ; mais ce 
n'est nullement par crainte , son but est de 
nous apprendre à ne pas exciter contre nous 
de funestes inimitiés, quand rien ne nous y 
pousse. Il dit encore ici : « Il possède d'avance , 
en attendant qu'il se produise au grand jour. » 
C'est quand l'empire romain aura disparu de la 
terre, que celui-là viendra. C'est ce qui devait 
être. Tant que subsistera cette redoutable puis- 
sance, les hommes ne se laisseront pas subjuguer 
de sitôt; mais, quand elle sera renversée, ce 
tyran en prendra la place, il s'emparera de 
toute autorité humaine et divine. De même que 
les empires antérieurs ont été détruits, celui 
des Mèdes par les Babyloniens , celui des Baby- 
loniens par les Perses , celui des Perses par les 
Macédoniens, et ce dernier parla domination 
romaine ; de même celle-ci le sera par l'Anté- 
christ, qui lui-même tombera devant le Christ 
et ne conservera rien sur la terre. Daniel ra- 
conte d'avance ces événements avec une clarté 
parfaite, a Alors, ajoute l'Apôtre, se manifes- 
tera l'impie. » Et qu'arrivera-t-il ensuite ? La 
consolation n'est pas éloignée ; vous venez de 
l'entendre : « Le Seigneur Jésus l'exterminera 
d'un souffle de sa bouche, le détruira par l'éclat 
même de son avènement; la venue de cet 
homme sera selon la puissance de Satan. » Tel 
que le feu , quand il approche seulement de 
petits animalcules, les engourdit et les dévore 
avant de les toucher, le Christ fera disparaître 
l'Antéchrist par son ordre seul ou par sa seule 
présence. Il lui suffira de se montrer pour que 
tout s'évanouisse : la séduction n'existera plus 
dès qu'il se sera révélé. Paul nous fait ainsi le 
portrait de cet homme : « Sa venue sera selon 
la puissance de Satan ; il opérera toute sorte de 
merveilles, de faits étonnants, de faux prodiges, t 
Il fera donc éclater une force sans limites; mais 
au fond rien devrai, tout pour la déception. 
Cela nous est prédit pour mettre sur leurs gardes 
ceux qui vivront alors. 

« De faux prodiges; » faux eu réalité, ou aim- 

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HOMÉLIES SUR LA IF ÉPÏTRE AUX THESSALONICIENS. 



plement par les conséquences. « Il exercera toutes 
les séductions de l'iniquité sur ceux qui pé- 
rissent. » — Pourquoi donc , me demanderez- 
vous, Dieu permet-il que ces choses arrivent, et 
quelle est ici l'économie de son plan? Quel avan- 
Av&nugede tage résultera- t-il de la venue de l'Antéchrist, 
l'Anteohrist. 6 puisqu'elle aura lieu pour notre perte? — Ne vous 
effrayez pas, mon bien-aimé, faites plutôt atten- 
tion à la parole de l'Apôtre : Il n'aura de pou- 
voir que sur ceux qui périssent, et qui n'auraient 
pas embrassé la foi, alors même qu'il ne serait 
pas venu. — Mais encore où sera l'avantage ? 
— Sa venue fermera la bouche à ceux qui 
s'obstinent à périr. Comment ? Alors même 
que l'Antéchrist ne serait pas venu, ces hommes 
n'auraient pas également suivi le Christ? il 
viendra donc pour qu'ils soient sans excuse. Ils 
auraient peut-être dit : Sans doute, le Christ 
se disait Dieu, et encore ne le disait-il pas d'une 
manière formelle, ce sont les prédicateurs venus 
après lui qui l'ont enseigué ; mais nous n'avons 
pu le croire, sachant déjà qu'il n'y a qu'un Dieu 
de qui vient toute chose. Eh bien, ce pré- 
texte l'Antéchrist le détruira. Quand ils verront, 
en effet, qu'on l'acceptera pour Dieu sur de faux 
signes , malgré la complète iniquité de ses lois 
et celle de sa vie, ils seront réduits au silence. Si 
vous ne croyez pas au Christ, pourra-t-on leur 
dire, bien moins deviez-vous croire à l'Anté- 
christ; celui-là se donnait comme envoyé du 
Père , c'est tout l'opposé de celui-ci , de là cette 
parole du Christ lui-même : c Je suis venu au 
nom de mon Père, et vous ne m'avez pas reçu ; 
qu'un autre vienne en son propre nom, et vous 
le recevrez. » Joan., v, 43. — Mais nous avons 
vu des signes , dira-t-on. — Le Christ en avait 
opéré de nombreux et de grands. C'est donc 
plutôt en lui qu'il fallait croire. Ajoutez que le 
caractère du monstre fut largement tracé d'a- 
vance ; il était dit qu'il serait un homme per- 
vers, un enfant de perdition, que sa venue serait 
selon la puissance de Satan. Tout le contraire 
était prédit du Christ : il devait sauver les 
hommes et apporter avec lui mille biens. 

2. a Comme ils n'ont pas reçu pour leur salut la 
charité conforme à la vérité, Dieu leur enverra 
l'œuvre de séduction, de sorte qu'ils croiront 



au mensonge, et que seront jugés tous ceux qui 
n'auront pas cru à la vérité, et qui auront adhéré 
à l'injustice. » L'Apôtre parle de jugement, et non 
de châtiment, par la raison qu'ils devaient être 
châtiés indépendamment de ce jugement. « Us 
seront jugés,» condamnés devant le tribunal 
redoutable, mis dans l'impossibilité de se jus- 
tifier. Qui sont ces coupables ? Lui-même nous 
l'apprend : «Ceux qui n'ont pas cru à la vérité, et 
qui ont adhéré à l'injustice. » Cette charité con- 
forme à la vérité dont il parle, c'est le Christ : il 
les accuse de n'avoir pas reçu la charité con- 
forme à la vérité ; deux choses distinctes , pour 
lesquelles le Sauveur était également venu , 
aimant les hommes et leur enseignant la vérité. 
« Ils ont adhéré à l'injustice, » en suivant celui 
qui venait pour la perte du genre humain et 
pour sa dégradation. Que ne fera-t-il pas, en 
effet ? Il changera, il bouleversera toutes choses, 
soit par ses ordres soit par la terreur qu'il ins- 
pirera : sous tous les rapports il se montrera ter- 
rible, par son pouvoir, par sa cruauté, par son 
injustice. Ne craignez pas cependant, je vous le 
répète ; il n'aura dë pouvoir que sur ceux qui 
périssent, vous l'avez entendu. Elie viendra 
dans le même temps raffermir les fidèles. Et cela, 
c'est le Christ qui l'a dit : « Elie viendra, et réta- 
blira toute chose. » Marc, ix, 40. C'est en- 
core pour cette raison qu'il est dit de Jean 
qu'il est venu « dans la puissance et l'esprit 
d'Elie. » Luc., i, 17. Et cependant, le pré- 
curseur n'opéra pas des signes et des pro- 
diges comme le prophète : « Jean, à la vérité, 
n'a fait aucun miracle; mais tout ce que Jean 
a dit de Jésus est vrai. » Joan., x, 41, 42. Com- 
ment donc s'est-il montré « dans la puissance 
et l'esprit d'Elie? » Cela signifie qu'il recevra le 
même ministère. De même que l'un fut le pré- 
curseur du premier avènement, de même l'autre 
le sera du second, de l'avènement glorieux; 
c'est pour cette mission qu'il est réservé. Donc, 
pas de crainte. Paul a voulu frapper l'esprit des 
auditeurs, en leur représentant des choses pré- 
sentes, non comme un objet de frayeur, mais 
comme un motif de reconnaissance, « Quant à 
nous, nous devons sans cesse rendre grâces àDieu 
pour vous, frères chers au Seigneur, de ce que 

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bien vous a choisis comme les prémices pour le 
salut, dans la sanctification de l'esprit et la foi de 
la vérité. » Gomment les a-t-il choisis pour le sa- 
lut? Paul l'explique en disant : « Dans la sanc- 
tification de l'esprit, » nous faisant entendre 
que Dieu voulait nous sanctifier par l'esprit et- 
la vraie foi. C'est là que se trouve notre salut; 
nulle part il ne nous est montré dans l'efficacité 
de notre action, nulle part dans nos bonnes 
œuvres, mais toujours dans la foi de la vérité. 
Encore dam à la place de par. « Dans la sancti- 
fication de l'esprit, » a dit l'Apôtre; » à laquelle 
Dieu vous a appelés par notre prédication, 
pour vous faire acquérir la gloire de Notre- 
Seigneur Jésus-Christ. » Ce n'est pas une chose 
de peu d'importance, que le Christ fasse consis- 
ter sa gloire dans notre salut, Rien ne prouve 
mieux l'amour pour les hommes que d'estimer 
une. gloire d'en sauver beaucoup. Il est donc 
grand le Maître que nous servons, puisqu'il dé- 
sire ainsi notre béatitude : il est donc grand ce 
divin Esprit, puisqu'il opère notre sanctification. 

Pourquoi la sanctification précède-t-elle ici la 
foi? C'est que, après avoir même été sanctifiés, 
nous avons besoin d'une foi inébranlable, pour 
n'être pas nous-mêmes ébranlés. Voyez comme il 
leur montre que rien ne vient d'eux, et que tout 
vient de Dieu. « Ainsi donc, frères, soyez fermes, 
et gardez les traditions que vous avez reçues, soit 
par la parole, soit par notre lettre. » Il en ré- 
sulte clairement que les apôtres ne consignaient 
pas tout dans leurs écrits, et qu'ils enseignaient 
beaucoup de choses de vive voix, qui toutes étaient 
également dignes de foi. Croyons donc aux tra- 
ditions de l'Eglise. Ce sont des traditions ; n'en 
demandez pas davantage. Paul fait voir encore 
ici qu'il en est un grand nombre qui chan- 
cellent, a Que Notre-Seigneur Jésus-Christ lui- 
même et Dieu notre Père, qui nous a tant aimés, 
qui nous a donné la consolation éternelle et la 
bonne espérance dans, la charité, ranime vos 
cœurs, et vous corrobore en toute œuvre et pa- 
role de bien. » Encore la prière à la suite de 
l'exhortation : c'est là vraiment secourir. « Qui 
nous a tant aimés, qui nous a donné la conso- 
lation éternelle et la bonne espérance dans la 
charité. » Où sont maintenant ceux qui dé- 



BOMÉLÏE IV. m 

clarent le Fils inférieur, parce que son nom 
vient après celui du Père dans la grâce de la 
régénération ? Ici vous voyez le contraire. Paul 
dit d'abord : « Que Notre-Seigneur Jésus- 
Christ; » et puis : « Que Dieu le [Père de Notre- 
Seigneur, qui nous a tant aimés et nous a 
donné la consolation éternelle. » En quoi con- 
siste cette consolation? Dans l'espérance des 
biens à venir. Remarquez -vous de quelle façon, 
sous forme de prière, il relève leur entendement, 
en leur offrant les signes et les gages de l'inef- 
fable sollicitude de Dieu? « Qu'il ranime vos 
cœurs en toute œuvre et parole de bien ; » c'est- 
à-dire, par l'action comme par le discours. L'ex- 
hortation qui convient à dès chrétiens, ce n'est pas 
seulement de suivre les voies de la justice, c'est 
encore de faire ce qui plaît à Dieu. Voyez 
comme il réprime en eux toute pensée superbe. 
« Qui nous a donné l'éternelle consolation et la 
bonne espérance dans la charité. » Il fait 
donc aussi qu'ils espèrent les biens à venir. 
Si Dieu leur prodigue ici-bas tant de grâces, 
que leur refusera-t-il là haut? Quoique j'aie 
parlé de la sorte, veut dire Paul, il n'en faut 
pas moins tout attribuer à Dieu, « Qu'il vous 
corrobore, » ou vous fortifie, pour que vous ne 
tombiez pas et que vous ne soyez pas même 
ébranlés ; car voilà sa part et la nôtre. Cela re- 
garde en même temps la doctrine et la conduite. 
Il leur adresse encore une exhortation, en de- 
mandant pour eux la force. . Celui qui ne se 
laisse pas ballotter supporte avec une patience 
inaltérable quoi que ce soit qu'il ait à souffrir. Un 
esprit sans consistance ne fera plus rien de gé- 
néreux et de grand ; celui dont les mains sont 
paralysées vous offre l'image de cette àme 
chancelante, qui n'a plus la persuasion de pou- 
voir mener à bonne fin une résolution salu- 
taire. 

3. a Au surplus, frères, priez pour nous, 
afin que la parole du Seigneur se répande vite 
et soit glorifiée, comme parmi vous. » Il a d'a- 
bord prié lui-même pour obtenir qu'ils soient 
fermes dans le bien ; et maintenant il leur de- 
mande le secours de leurs prières, non pour 
être délivré des dangers, telle étant sa destina- 
tion , mais a pour que la parole du Seigneur se 

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'HOMÉLIES SUR LA. II» ÊPITRË AUX THESSALONICIENS. 



prière 



répande vite et soit glorifiée, comme parmi 
eux. » L'éloge accompagnera demande : « Gomme 
parmi vous. » Il ajoute : « Et pour que nous 
soyons délivrés des hommes imposteurs et per- 
vers; car à tous n'appartient pas la foi. » 
Dans ces paroles il fait allusion à ses propres 
périls, la chose la plus apte à les consoler. 
« Des hommes importuns et pervers; car à tous 
n'appartient pas la foi. » Il est probable qu'il 
entend par là les adversaires de la prédication, 
ceux qui s'élevaient et combattaient contre la 
doctrine; on les devine sous cette expression : 
« A tous n'appartient pas la foi. » Il ne s'agit 
plus de périls, ce me semble, mais bien de con- 
tradicteurs et d'opposants , tels qu'Hyménée et 
le fondeur d'airain , Alexandre : « Car il a forte- 
mentrésisté, dit-il, à nos paroles.» II Tim.,vr, 15. 
C'est comme si quelqu'un disait à propos de sa 
condition héréditaire : Il n'appartient pas à tous 
de militer à la cour. Ainsi parle-t-il lui-même 
des méchants auxquels il voudrait se soustraire. 
Tels sont ceux qui ne croient pas. Il les sti- 
mule en leur tenant ce langage. Combien leur 
mérite devait être grand, s'ils avaient assez 
de crédit auprès de Dieu pour délivrer leur doc- 
teur des périls qui l'entouraient, et lui rendre 
la prédication facile ! Nous aussi, nous vous di- 
sons la même chose. Que personne de vous ne 
nous fasse un crime d'une semblable préten- 
tion ; que personne de vous , par excès d'humi- 
lité, ne nous prive d'un aussi puissant secours. 

Ces paroles n'ont pas dans notre bouche 
le même sens que dans celle de Paul : il vou- 
lait simplement encourager ses disciples ; nous 
voulons, nous, notre bien, un bien consi- 
dérable. Nous avons la ferme conviction que 
tout nous réussira dans la suite, si vous élevez 
unanimement les mains vers Dieu , pour sup- 
pléer à notre petitesse. Ainsi luttons-nous contre 



^os en! les ennemis, par les supplications et les prières. 
Puisque les anciens combattaient de la sorte 
contre des nations armées, à plus forte raison 
faut-il employer ce genre de combat contre ceux 
qui n'ont pas d'armes matérielles. Voilà com- 
ment Ezéchias mit en fuite les Assyriens, Moïse 
triompha d'Amalec, Samuel des Ascalonites, 
Israël des trente-deux rois. Si, quand il eût fallu 



recourir aux armes, à la tactique, au combat, 
on abandonnait tout pour la prière, combien 
plus importe-t-il de prier dans un ordre de 
choses qui ne se traitent que par ce moyen? — 
Jadis, me direz-vous, c'étaient les chefs qui 
priaient pour le peuple ; et maintenant vous 
demandez au peuple de prier pour son chef? 
— Je le sais ; mais les subordonnés étaient alors 
une vile et misérable tourbe, qui ne pouvait es- 
pérer de salut que dans le crédit et la vertu de 
son guide : elle a singulièrement grandi de nos 
jours par l'action de la divine grâce, et de beau- 
coup ici, le plus grand nombre même, l'em- 
porte à cet égard sur celui qui marche à sa 
tête. Ne nous privez donc pas de ce con- 
cours dans la lutte; soutenez nos mains, pour 
qu'elles ne tombent pas de défaillance; obtenez 
que notre bouche ne reste pas close : priez Dieu, 
priez-le dans ce but. C'est pour nous que vous 
agirez sans doute; mais le profit vous en revien- 
dra tout entier : nous sommes à ce poste pour 
votre bien, et vous êtes notre constante sollici- 
tude. Priez , chacun en particulier et tous en- 
semble. Entendez le langage même de Paul : 
« Afin que, à la pensée du don que nous avons 
reçu, beaucoup rendent des actions de grâces 
pour nous ; » II Cor., x, 11 ; ou bien pour qu'un 
grand nombre participe à la grâce. Si, quand 
des condamnés sont conduits à la mort, le 
peuple s'avance intercédant pour eux, souvent 
le monarque, frappé de cette manifestation, re- 
tire sa sentence ; bien mieux encore Dieu se lais- 
sera-t-il fléchir par vous, non à cause de la 
multitude, mais en considération de la vertu. 

Nous avons à combattre contre un terrible 
ennemi. Chacun de vous a souci de lui-même 
et se préoccupe de ses propres intérêts ; nous 
avons à notre charge ceux de tous à la fois ; 
nous occupons le point difficile et périlleux de 
la bataille. C'est contre nous que le démon dirige 
ses plus terribles coups. Dans la guerre, en 
effet, celui que les ennemis veulent abattre 
avant tous les autres, c'est le chef. Aussi, vers 
lui se précipitent ensemble ceux qui portent 
le bouclier; là règne le plus grand tumulte, 
chacun s'efforçant de l'enlever; tous lui font de 
leurs boucliers un rempart impénétrable et n'as- 

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HOMÉLIE IV. 



177 



pirent qu'à sauver sa tète. Ecoutez ce que tout 
le peuple disait à David. Si je parle de la sorte, 
ce n'est pas que je me compare à David, je ne 
suis pas assez insensé pour cela ; je veux seu- 
lement vous montrer le dévouement des sujets 
envers le monarque. « Ne sortez pas avec nous 
pour la guerre, de peur que le flambeau d'Israël 
ne soit éteint. » II Reg., xxi, 17. Voyez comme 
ils ménageaient le vieillard. J'ai bien besoin de 
vos prières. Que personne donc par excès d'hu- 
milité, je le répète, ne me refuse ce concours et 
cet appui dans la lutte. Si notre ministère est 
en honneur, vous n'en aurez que plus de gloire : 
si nous versons des flots de doctrine , vous en 
recueillerez les trésors. Ecoutez ce que dit le 
prophète : « Est-ce que les pasteurs se paissent 
eux-mêmes?» Ezech., xxxiv, 2. N'avez-vous 
pas entendu Paul demandant constamment de 
telles prières ? Ne vous a-t-on pas appris que 
Pierre fut délivré de sa prison parce qu'on ne 
cessait de prier pour lui ? J'ai la pleine conviction 
que vos prières opéreront de grandes choses , 
quand je les vois animées d'un tel accord. N'es- 
timez-vous pas qu'il est absolument au-dessus 
de notre petitesse d'intercéder auprès de Dieu, 
de prier pour un si grand peuple ? Hors d'état 
de prier avec confiance pour moi-même, à plus 
forte raison ne le puis-je pour les autres. Il 
appartient aux hommes d'un mérite reconnu 
d'implorer pour autrui la divine miséricorde, 
assurés qu'ils en sont déjà pour eux; mais à 
quel titre se porterait-il comme intercesseur 
celui qui pèche encore ? Et cependant , ayant 
pour vous des ehtrailles de père, et la charité 
ne s'effrayant de rien, je ne cesse de prier avant 
tout, non-seulement dans l'église, mais encore 
dans ma maison, pour que Dieu vous accorde 
tous les biens de l'àme et du corps. Il n'est pas 
de prière qui s'harmonise autant avec le carac- 
tère sacerdotal, que celle dont le peuple est 
l'objet. Si Job, se levant sur l'heure, déploya 
tant de zèle pour ses enfants selon la chair, que 
ne devons-nous pas faire pour nos enfants spi- 
rituels? 

4. Pourquoi vous dis-je ces choses ? Afin de 
vous montrer que si nous prions avec tant 
d'instance pour vous tous, quoique bien au- 
tom. x. 



dessous de cette mission sublime, vous êtes 
incomparablement plus obligés de prier pour 
nous. Qu'un seul intercède pour la masse, c'est 
une grande témérité , cela suppose un crédit 
sans bornes : que beaucoup réunis prient pour 
un seul, rien là qui nous étonne. En ce dernier 
cas , chaque membre ne compte pas sur sa 
propre vertu, mais bien sur le nombre et l'u- 
nion des âmes , ce que Dieu regarde avant tout 
et toujours. « Où deux ou trois seront réunis en 
mon nom, dit-il lui-même, je serai là au milieu 
d'eux. » Matth.y xvm, 20. S'il suffit que deux 
ou trois se réunissent pour qu'il intervienne, 
combien plus sûrement ne sera-t-ilpas au milieu 
de vous ? Ce qu'une personne priant à part ne 
saurait obtenir , elle l'obtiendra priant avec la 
multitude. Pour quelle raison? Telle est la 
puissance de la concorde; elle supplée au mérite 
individuel. «Où deux ou trois seront réunis.» — 
Pourquoi deux ? et s'il n'en est qu'un priant 
en votre nom, ne seréz-vous pas avec lui? — 
J'exprime ainsi le désir que tous soient ensemble 
et qu'il n'existe pas de division. Soyons donc 
unis entre nous, resserrons les liens de la cha- 
rité fraternelle, que nul ne puisse nous séparer. 
Si quelqu'un nous accuse , si nous éprouvons 
quelque chagrin, n'en réveillons pas la mémoire, 
ni dans nos rapports avec le prochain , ni dans 
le fond de notre âme. Je vous demande en 
grâce de venir, de faire entendre vos plaintes , 
d'écouter notre justification. « Corrigez-le, est- 
il dit, de peur qu'il n'ait pas avoué; corrigez-le, 
pour qu'il ne se rende pas coupable, et, s'il l'est 
déjà, pour qu'il ne le devienne pas davantage. » 
Eccli., xix, 14. Ou bien nous parvenons à nous 
justifier, ou convaincus nous demandons indul- 
gence , et nous tâchons de ne pas retomber 
dans les mêmes fautes. C'est votre bien en 
même temps que le nôtre. Pour vous, accusant 
peut-être sans motif, vous reviendrez de vos 
préventions, dès que la vérité vous sera connue ; 
et, de notre côté, nous nous corrigerons, si 
nous avons péché par ignorance. Il ne vous est 
nullement avantageux de vous prononcer sans 
examen préalable, puisqu'une parole oiseuse 
doit même être punie. Et nous devons nous 
mettre à l'abri de toute accusation , fausse ou 

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de l'union 
dans nos 
prières. 



178 



HOMÉLIES SUR LA II e EPITRE AUX THESSALONICIENS. 



vraie : fausse , en la montrant telle ; vraie, en 
ne la méritant pas désormais. 

Absolument impossible à celui sur qui pèsent 
tant de soucis divers, de ne pas ignorer bien des 
choses, et par là de ne point pécher. Si chacun 
de vous, ayant à conduire une maison, sa 
femme, des enfants et des serviteurs, dont le 
nombre est plus ou moins considérable , mais 
toujours assez restreint, commet dçs fautes 
fréquentes, malgré lui, d'une manière comme fa- 
tale, parce qu'il ne s'en aperçoit pas, en voulant 
même corriger le désordre ; combien plus n'y 
sommes-nous pas exposés dans la direction d'un 
si grand peuple ? Et puisse le Seigneur vous 
multiplier encore, et vous bénir tous, pauvres 
et riches 1 Quoique les soucis soient en rapport 
avec la multitude, nous ne cessons de demander 
dans nos prières qu'ils aillent toujours en 
augmentant, et que cette multitude devienne 
comme infinie. Bien que le nombre des 
enfants soit souvent le tourment des pères, 
ceux-ci ne veulent en perdre aucun. Entre 
vous et nous aucune différence, tous les biens 
nous sont communs. Nous ne participons pas 
avec une inégale abondance à la table sacrée , 
ma part n'est pas supérieure à la vôtre, nous en 
approchons au même degré. Que je m'avance 
le premier , c'est sans importance ; parmi les 
enfants, l'aîné porte le premier la main sur la 
Toatest table : aucun avantage ici, tout nous est 
om^eTchré- commun, je le répète; ce principe de salut, 
on9# cette vie de nos âmes, nous y puisons les uns et 
les autres avec un égal honneur. Il n'j a pas 
une victime pour moi, une autre pour vous; 
nous avons tous la même. Le même baptême 
nous est donné, le même esprit nous anime, le 
même royaume nous attend, nous devons y 
tendre avec le même zèle, nous sommes tous de 
la même façon les frères du Christ : toutes ces 
choses nous sont communes, encore une fois. 
En quoi suis-je mieux partagé? En sollicitudes, 
en labeurs, en soucis, en angoisses par rapport 
à vous. Mais rien n'est plus doux que de telles 
peines. Une mère qui souffre pour son enfant, 
est heureuse de sa souffrance : elle trouve sa 
joie dans ses sollicitudes maternelles. La solli- 
citude est une amertume que son amour change 



en suavité. C'est de moi que beaucoup parmi 
vous tiennent la vie ; et les douleurs sont venues 
ensuite. Les douleurs précèdent l'enfantement 
chez les mères selon la nature : elles durent ici 
jusqu'au dernier soupir ; car l'avortement est 
toujours à craindre. L'éviter est tout mon désir. 
Alors même qu'un autre enfante, je ne cesse 
pas d'être torturé. Ce n'est pas au fond l'œuvre 
de l'homme, tout vient de la grâce de Dieu. Si 
nous sommes plusieurs pères spirituels, nous 
avons la même tendresse paternelle, ne vous y 
trompez pas, pour les enfants les uns des 
autres. Songez-y, et donnez-nous la main, 
pour que vous soyez notre gloire, et nous la 
vôtre, au jour de Notre-Seigneur Jésus-Christ. 
Puissions-nous tous contempler à jamais cette 
gloire, dans le même Christ Jésus Notre-Sei- 
gneur... 



HOMÉLIE V. 

« Le Seigneur est fidèle, il vous donnera la force, il vous 
gardera du mal. Nous avons de vous cette persuasion 
dans le Seigneur que vous faites et que vous ferez ce 
que -nous vous avons prescrit. Que le Seigneur dirige 
vos cœurs dans la charité de Dieu et la patience du 
Christ. » 

4. Nous en remettant entièrement aux prières 
des saints , nous ne devons pas demeurer dans 
l'inaction, moins encore nous livrer à l'iniquité, 
ne rien faire de ce qui contribuerait à nous 
rendre vertueux ; mais il ne faut pas davantage, 
en faisant le bien, dédaigner de tels auxiliaires. 
Grande est la puissance de la prière qui se fait 
pour nous, bien grande, à la condition néan- 
moins que nous travaillerons nous-mêmes. 
Voilà pourquoi Paul , tout en priant pour eux , 
corrobore leur foi par la promesse , et leur dit : 
« Le Seigneur est fidèle, il vous donnera la 
force et vous gardera du mal. » Puisqu'il vous a 
choisis pour le salut, il ne trompera pas sa pa- 
role, il ne vous laissera pas définitivement 
périr. Mais , de peur que ce langage ne les 
jette dans l'apathie, et qu'ils ne s'imaginent 
devoir tout laisser à Dieu, n'avoir plus qu'à 
dormir eux-mêmes, l'Apôtre exige aussi leur 
concours , vous venez de l'entendre : « Nous 



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HOMÉLIE V. 

avons de vous cette persuasion dans le Seigneur 
que vous faites et que vous ferez ce que nous 
vous avons prescrit. » Oui , Dieu est fidèle , dit- 
il, et, nous ayant promis de nous sauver, il 
nous sauvera sans nul doute, mais de la manière 
qu'il l'a promis. Or, comment l'a-t-il promis? 
A la condition que nous le voudrons nous-mêmes 
et que nous l'écouterons, non point d'une ma- 
nière absolue , nous traitant comme le bois ou 
la pierre, sans activité de notre part. Remarquez 
cette parole : a Nous avons cette persuasion dans 
le Seigneur ; » ce qui veut dire : Nous croyons 
à sa bonté pour nous. Il les ramène à l'humilité 
en faisant tout dépendre de la première cause. 
S'il eût dit simplement : Nous avons confiance 



en vous , il leur eût donné certes un grand 
éloge ; mais il ne leur aurait pas appris à tout 
rapporter à Dieu. S'il se fût contenté de dire : 
Nous avons confiance dans le Seigneur, sans 
ajouter cette parole : « De vous , » et cette 
autre : a Que vous faites et ferez ce que nous 
vous avons prescrit, » il les aurait comme au- 
torisés à ne rien faire, en ne laissant agir que 
la puissance de Dieu. Sans doute il faut lui 
tout attribuer, pourvu toutefois qu'on travaille 
soi-même et qu'on ne recule ni devant les fa- 
tigues ni devant les combats. D'autre part , la 
vertu seule suffirait-elle pour nous sauver, Paul 
nous montre qu'elle doit être indéfectible et 
nous accompagner jusqu'à notre dernier soupir. 

« Que le Seigneur dirige vos cœurs dans la 
charité de Dieu et dans la patience du Christ. » 
Il les relève de nbuveau, il prie pour eux, leur 
témoignant ainsi sa sollicitude. Gomme il doit 
en venir à les réprimander, il tâche d'abord de 
gagner leurs cœurs par ce langage, en leur 
disant : J'ai la confiance que vous m'écouterez, 
en implorant le secours de leurs prières, en de- 
mandant lui-même pour eux mille biens, a Que 
le Seigneur dirige vos cœurs dans la charité de 
Dieu. » Il est tant de choses qui détournent de 
la charité, tant de sentiers qui nous en éloi- 
gnent : et d'abord, le vice désigné sous le nom 
de Mammon porte sur notre âme des mains 
sans pitié, qui ne lâchent plus leur proie, qui la 
tirent et l'entraînent loin de ce foyer ; puis, la 
vaine gloire; bien souvent aussi, les tribula- 



tions et les épreuves. Voilà pourquoi nous avons 
besoin du secours d'en-haut, comme d'un vent 
favorable, dont le souffle puissant gonfle notre 
voile et nous pousse vers la divine charité. Ne 
venez pas me dire : J'aime Dieu plus que moi- 
même. Ce ne sont là que des mots; montrez par 
vos actes que vous l'aimez réellement plus que 
vous-même. Aimez-le plus que l'argent, et je 
croirai ce que vous dites; mais, ne méprisant 
pas les richesses pour Dieu, comment vous 
mépriseriez-vons vous-même? Et que dis-je, 
les richesses ? ne méprisant pas la cupidité, ce 
que vous devriez faire sans même que Dieu vous 
l'eût ordonné, comment, encore une fois, vous 
mépriseriez-vous vous-même ? « Et dans la pa- 
tience du Christ , » ajoute l'Apôtre. En quoi 
consiste cette patience ? A souffrir ce qu'il a lui- 
même souffert, à marcher sur ses traces, ou 
bien encore à l'attendre avec résignation, à nous 
tenir toujours prêts. Comme il nous a prédit de 
grandes choses, comme il doit lui-même venir 
juger les vivants et les morts, attendons-le et 
prenons patience. 

Dès qu'il nous recommande cette vertu, Paul 
nous fait évidemment pressentir la tribulation ;* 
et dans le fait, nous témoignons notre amour 
envers Dieu quand nous souffrons avec courage 
et sans nous laisser troubler, « Nous vous 
avertissons, frères, au nom de Notre-Seigneur 
Jésus-Christ, de vous éloigner de tout frère qui 
marche dans le désordre, et non selon la tra- 
dition qu'ils ont tous reçue de nous. » Non de 
nous précisément, mais du Christ ; c'est ce que 
signifient ces paroles : « Au nom de Notre-Sei- 
gneur Jésus-Christ. 9 C'est dire à quel point cet 
avertissement est terrible. Nous vous le donnons 
par l'autorité même du Christ. Jamais le divin 
Maître ne nous a commandé de rester dans 
l'inaction. « De vous éloigner de tout frère. » 
Qu'il soit riche, pauvre, ou même saint, qu'im- 
porte? il suffît qu'il ne soit pas soumis, qu'il 
<c marche » ou vive dans l'insubordination ; « et 
non selon la tradition qu'ils ont tous reçue de 
nous, d II parle de l'enseignement qui se trans- 
met par les œuvres ; et c'est là principalement ce 
qu'il appelle toujours tradition. « Vous savez, en 
effet, vous-mêmes comment il faut nous imiter ; 

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180 



HOMÉLIES SUR LA II* ÉPITRE AUX THESSALONICIENS. 



nous n'avons pas semé le désordre parmi vous, 
ni gratuitement mangé le pain de personne. » 
Du reste, l'eussé-je accepté, ce p'eût pas été 
d'une manière gratuite : « L'ouvrier a droit à 
sa récompense. » Luc, x, 7. 

2. Nous avons vécu « dans le travail et la fa- 
tigue , travaillant la nuit et le jour, pour n'être 
à charge à personne d'entre vous. Ce n'est pas 
pour nous dépouiller de notre droit, c'est pour 
vous donner l'exemple et vous engager à nous 
imiter ; car pendant que nous étions parmi vous, 
nous n'avons cessé de vous le dire, si quelqu'un 
ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non 
plus. » Remarquez que dans la précédente lettre 
il en a parlé d'une manière moins sévère; 
ainsi, quand il disait : « Nous vous conjurons, 
frères, de redoubler de zèle et d'ardeur. » 
I Thés., iv, 10-12. Nulle part : « Nous vous aver- 
tissons; d nulle part ; « Au nom de Notre-Sei- 
gneur Jésus-Christ; » expressions menaçantes 
et qui signalent un danger. Voici quel était son 
langage : « Afin que vous redoubliez de zèle et 
d'ardeur; » simple exhortation à la vertu; « afin 
que vous marchiez d'une manière honorable. » 
Rien de pareil ici; mais bien : « Si quelqu'un 
a l'exemple ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non 
ou?' devons pl us « » Puisque l'Apôtre , qui n'était pas dans 
>us travail- nécessité, qui pouvait s'abstenir d'un tra- 
vail manuel, lui chargé d'une si grande œuvre, 
travaillait cependant, et même travaillait la 
nuit comme le jour, pour être en état de sub- 
venir aux besoins des autres, à plus forte raison 
les disciples devaient-ils agir de même. « Nous 
avons appris que quelques-uns parmi vous se 
jettent dans le désordre , ne font rien que se 
livrer à de vaines recherches. » Voilà comment 
il s'exprime ici; tandis qu'il disait dans la pré- 
cédente lettre : a Afin que vous marchiez d'une 
manière honorable en face des étrangers. » 
Pourquoi cette différence ? C'est que peut-être 
auparavant il n'existait encore rien de tel. Il 
. disait bien aussi dans une autre circonstance : 
« On est plus heureux de donner que de rece- 
voir. » Act.> xx, 35. 

En leur recommandant cette conduite hono- 
rable, il n'entend pas précisément condamner 
les écarts, et lui-même cy'oute : « Afin que vous 



ne manquiez de rien. » Il fait maintenant res- 
sortir une autre obligation , celle de donner à 
tous le bon exemple ; car plus loin il dit : a Ne 
vous lassez pas de faire le bien. » L'homme qui 
reste à ne rien faire, alors qu'il pourrait tra- 
vailler, doit inévitablement et comme d'une ma- 
nière fatale se livrer à la curiosité. L'aumône 
est faite pour ceux-là seuls qui ne peuvent plus 
se procurer le nécessaire par le travail des mains, 
ou bien ceux qui remplissent le ministère de la 
parole et qui sont absorbés par ce devoir de 
l'enseignement : « Vous ne lierez pas la bouche 
au bœuf qui bat l'aire; » Deut., xxv, 4; et de 
plus : « L'ouvrier a droit à sa récompense. » 
Matth.y x, 10. Voilà pourquoi Paul n'est pas 
oisif, et reçoit la récompense de son travail in- 
fatigable. Prier et jeûner, sans faire autre chose, 
ce n'est pas un travail tel qu'il l'entend ici , il 
parle du travail des mains. Le doute n'est pas 
possible, puisqu'il dit : o Ne faisant rien, se 
livrant à de vaines recherches. Quant à ceux 
qui se conduisent ainsi, nous les avertissons, 
nous les supplions de la part de Notrç-Seigneur 
Jésus-Christ. » C'est parce qu'il les a vivement 
réprimandés, qu'il mitigé sa parole en ajoutant : 
« De la part de Notre -Seigneur Jésus- Christ. » 
Il achève ensuite de les convaincre et de les 
effrayer : « Afin que, travaillant en silence, ils 
mangent leur pain. » Pourquoi n'a-t-ii pas dit : 
S'ils ne vivent pas dans le désordre, qu'ils 
soient nourris par vous? mais exige-t-il les deux 
choses, et qu'ils se tiennent en silence, et qu'ils 
s'appliquent au travail? Il veut qu'en travaillant 
ils pourvoient eux-mêmes à leur entretien. 
Voilà le sens de cette parole : « Qu'ils mangent 
ainsi leur pain ; » un pain qu'ils auront gagné , 
non le pain des autres, ou qui soit le produit de 
la mendicité. « Pour vous, frères, ne vous 
lassez pas de faire le bien. » 

Voyez comme s'émeuvent aussitôt les, en- 
trailles paternelles. Il n'a pu pousser plus loin le 
ton du reproche, il a de nouveau pitié d'eux; 
mais observez avec quelle prudence il exprime 
ce sentiment. Au lieu de dire : Pardonnez-leur, 
en attendant qu'ils se corrigent; que dit-il? 
« Pour vous, ne vous lassez pas de faire le bien. » 
Dérobez-vous à leur influence, réprimandez - 
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HOMÉLIE V. 

les; mais ne les méprisez pas, ne les condamnez 
pas à mourir de faim. — Que faire cependant , 
dira-t-on peut-être, si cet homme vivant de nos 
ressources s'obstine dans son oisiveté? — Je 
vous ai signalé, répond l'Apôtre, un remède 
bénin, en vous recommandant de vous tenir à 
distance, de ne pas l'encourager, de lui montrer 
même votre indignation. Cela n'est pas peu de 
chose; ainsi faut-il réprimander des frères, 
quand on veut réellement qu'ils rentrent dans 
le bon chemin. Nous n'ignorons pas les divers 
modes de réprimande. Dites-moi , si vous aviez 
un frère selon la nature, mourant de faim, le 
laisseriez-vous sans secours? Je ne puis pas le 



m 



croire; mais peut-être aussi tâcheriez- vous de 
le corriger, a Si quelqu'un n'obéit pas à notre 
parole qui vous est transmise par écrit... » Re- 
marquez encore l'humilité de Paul; il se garde 
bien de dire : Celui qui n'obéit pas , c'est à moi 
qu'il refuse d'obéir ; il l'indique à peine. « Notez- 
le, » évidemment, pour qu'il ne puisse se tenir 
caché. « Tenez-vous loin de lui. » Déjà ce n'est 
pas une légère perte. Il insiste néanmoins : 
« Afin qu'il soit confondu. » C'est un moyen de 
l'arrêter sur la pente. De même que, après avoir 
dit : a Si quelqu'un ne travaille pas, qu'il ne 
mange pas non plus, » ne voulant pas con- 
damner le paresseux à mourir de faim, il a dit 
en outre : a Dérobez-vous, tenez-vous loin de cet 
homme; » ne voulant pas davantage séparer 
l'indocile de la fraternité , par la raison que le 
désespoir et la répulsion absolue précipitent un 
homme à sa perte, il dit ici : « Gardez-vous de 
le traiter en ennemi, corrigez-le comme un 
frère. » C'est clairement faire entendre qu'il 
décerne un grand châtiment, en privant le cou- 
pable du droit de parler à tous. 

3. En effet , si recevoir dans la foule est déjà 
quelque chose d'humiliant, quelle honte n'est- 
ce pas de voir ceux qui vous donnent s'éloigner 
en vous réprimandant? N'est-ce pas assez pour 
blesser et réveiller une àme ? Ceux qui se font 
péniblement arracher l'aumône, qui l'accordent 
en murmurant , jettent le feu dans le cœur du 
pauvre ; je ne dis pas du mendiant impudent, 
mais d'un frère dans la foi : que ne fait-on pas 
alors, quand on accompagne le don d'une répri- 



mande? Quel châtiment cela ne vaut-il pas? 
Nous n'agissons pas même de la sorte ; nous 
avons l'air de recevoir le plus grand affront, 
tant nous rabaissons ceux qui demandent et 
leur témoignons d'aversion. A votre refus, pour- 
quoi donc ajoutez-vous l'insulte ? « Avertissez- 
les comme des frères , » ne les outragez pas 
comme des ennemis. Lorsqu'on avertit un frère, 
ce n'est pas en public, on ne l'humilie pas de- 
vant tout le monde ; c'est en particulier, avec 
beaucoup de ménagement et de délicatesse, 
comme on remplit un pénible devoir, avec des 
gémissements et des larmes. Donnons d'un 
cœur fraternel, avertissons avec une fraternelle 
bienveillance ; n'ayons pas l'air de pleurer ce 
que nous donnons, mais bien sûr les prévarica- 
tions de celui qui nous implore. Que gagnez- 
vous à faire autrement ? Si vous lancez une pa- 
role blessante à la suite de votre don, vous en 
détruisez le mérite et la joie : si vous insultez 
sans même avoir donné, quelle blessure n'in- 
fligez-vous pas à ce pauvre, à ce malheureux ? 
Il s'était approché pour vous demander un se- 
cours ; il se retire avec un trait mortel, en ver- 
sant de plus amères larmes. Puisqu'il est dans 
la nécessité de tendre la main, s'il reçoit l'in- 
sulte quand il la tend, quel ne devra pas être le 
supplice de ceux qui l'ont ainsi traité ? a Celui 
qui outrage le pauvre, allume la colère de celui 
qui l'a créé. » Prov., xiv, 21. 

Eh quoi! s'il a voulu que cet homme fût 
pauvre, c'est pour vous, pour que vous eussiez 
un moyen de guérir les maladies de votre àme; 
et vous insultez celui qui souffre à cause de 
vous? Quel aveuglement et quelle ingratitude ! 
« Avertissez -les comme des frères. » Il vous est 
ordonné d'ajouter le conseil à l'aumône ; mais, Joignons 

* conseil à 1' 

quand nous outrageons sans même avoir donné, mône. 
quelle excuse pouvons-nous avoir? « Que le 
Seigneur, le Dieu de paix vous donne une paix 
inaltérable en tout lieu. » Voyez de quelle fa- 
çon, après avoir déclaré ce qu'il faut faire, il 
y appose le sceau de la prière et de la sup- 
plication, comme on l'appose sur un dépôt 
sacré. « Qu'il vous donne la paix en tout lieu. » 
Il est vraisemblable que des luttes devaient 
en naître, les uns se montrant plus âpres, et 

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m 



HOMÉLIES SUR LA Il« ÉPITRE AUX THESSA LON1CIENS. 



les autres peu généreux ; un tel souhait trouve 
ici naturellement sa place. « Qu'il vous donne 
la paix toujours. » Voilà bien ce qu'on de- 
mande, une paix qui ne doive pas être altérée. 
Que signifie « en tout lieu ? » L'Apôtre désire 
que la paix règne partout, que nulle part ne 
s'élève un sujet de querelle. Partout la paix est 
un grand bien , à l'égard même des idolâtres. 
Ecoutez ce qu'il dit ailleurs : « Autant que 
possible, autant qu'il est en vous, ayez la 
paix avec tous les hommes. » Rom., xn, 18. 
Pour mener à bonne fin une œuvre quel- 
conque , rien n'est avantageux comme d'être 
calme, pacifique, libre de toute inimitié, à 
l'abri de toute haine. « Que le Seigneur soit avec 
vous tous. Salut de la propre main de Paul, » 
signe qui reparait en chaque lettre : « Ainsi 
je vous écris : Que la grâce de Notre-Seigneur 
Jésus-Christ soit avec vous tous. Amen, d II at- 
teste ainsi qu'il écrit lui-même dans chacune de 
ses lettres , afin que nul ne puisse les fausser , 
garanties qu'elles sont toutes par ce signe évident 
d'authenticité. Il appelle la prière un salut, 
montrant de la sorte que les disciples^ alors se 
proposaient en tout des vues spirituelles , qu'ils 
trouvaient un bien jusque dans une simple sa- 
lutation , et que les souhaits n'étaient pas une 
pure marque d'amitié. C'est par là que l'Apôtre 
commençait et finissait, entourant de part et 
d'autre son discours comme de remparts invin- 
cibles, posant d'inébranlables fondements, et 
mettant un couronnement non moins inébran- 
lable. 

« Grâce et paix à vous, » a-t-il dit ; puis en- 
core : « Que la grâce de Notre-Seigneur Jésus- 
Christ soit avec vous tous. Amen. » Ces expres- 
sions rappellent la promesse du Christ à ses 
disciples : « Voilà que je suis avec vous tous les 
jours jusqu'à la consommation des siècles. » 
MaUh.j xxvni, 20. Pour cela le concours de 
notre volonté est nécessaire ; le Sauveur ne 
saurait être avec nous, si nous nous tenons 
éloignés de lui. Il veut que nous nous séparions 
de tout frère marchant dans le désordre. C'était 
le grand malheur à cette époque d'être séparé 
de l'assemblée. De cette manière il frappe tous 
les 'prévaricateurs ; c'est ainsi qu'il écrivait aux 



Corinthiens : a Ne consentez pas même à prendre 
vos repas avec un tel homme. » I Cor., v, H. 
Aujourd'hui cela n'a guère d'importance aux 
yeux de la plupart ; aussi tout est dans la con- 
fusion, la corruption nous dévore : nous frater- 
nisons indistinctement avec les- adultères, les 
fornicateurs, les usuriers. Or, s'il fallait n'avoir 
point de rapports avec ceux qui vivaient d'au- 
mônes pouvant travailler, combien plus fau- 
drait-il repousser de tels êtres I Voulez-vous 
savoir à quel point c'est terrible d'être exclus de 
l'assemblée des frères, et quel avantage revient à 
ceux qui reçoivent une correction avec bienveil- 
lance, écoutez ce qu'il en fut du prévaricateur 
qui s'enorgueillissait dans son péché, qui s'était 
porté jusqu'aux dernières limites du vice , com- 
mettant une fornication dont le nom n'était pas 
connu chez les idolâtres, et qui ne sentait pas 
même son mal, marque évidente qu'il était au 
dernier degré de la corruption : cet homme fut 
tellement réduit et dompté que Paul a pu dire : 
« Il suffit, pour celui qui se trouve dans cet 
état , d'une réprimande faite par plusieurs. » 
II Cor., il, 6. Vous n'avez donc qu'à fortifier 
en lui la charité. Il était tout à l'heure comme 
un membre séparé du corps. 

4. Ce qui rendait cette séparation bien plus 
terrible, c'est qu'on regardait alors comme le 
plus grand bien l'union avec les frères. Ce que 
sont les habitants d'une même maison , vivant 
sous l'autorité d'un même père, participant aux 
mêmes repas, tous les fidèles l'étaient dans 
chaque Eglise. Quel malheur n'était-ce donc 
pas d'être rejeté hors de ce centre ? On ne juge 
plus maintenant que la chose ait grande im- 
portance, parce que l'union elle-même qui règne 
entre nous n'est plus guère appréciée. Ce qu'on 
tenait alors pour un supplice, ne fait désormais 
aucune impression, tant la charité s'est refroidie ; 
de ce refroidissement vient que nous nous sé- 
parons les uns des autres, sans motif et sans re- 
gret. C'est l'absence de la charité qui cause 
tous nos maux ; voilà ce qui disjoint et détruit 
tout ce qu'il y a de respectable et de glorieux 
dans l'Eglise , tout ce qui devrait faire notre 
joie. Le docteur est plein de confiance quand il 
peut reprendre les disciples au nom des vertus 

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HOMÉLIE V. 



183 



qu'il a lui-même pratiquées. De là le langage de 
l'Apôtre : «Vous savez de quelle manière vous de- 
vez nous imiter. » II Thess., m, 7. Il doit être doc- 
teur par sa vie encore plus que par sa parole. 
N'allez pas vousimaginer que ce soit là de la jac- 
tance ; il était dans la nécessité de parler ainsi, 
il n'avait en vue que l'utilité commune, « Nous 
n'avons pas vécu dans l'insubordination parmi 
vous. » Ne voyez-vous pas éclater son humilité, 
qu'il appelle simplement un don, une soumission 
à l'ordre? « Nous n'avons pas été désordonné 
parmi vous, nous n'avons pas mangé gratuite- 
ment notre pain. » Il fait entendre par là que 
les disciples étaient pauvres. Et ne me dites pas 
que sans doute ils ne l'étaient pas tous. Il parle 
réellement de pauvres , de gens qui ne peuvent 
se procurer le nécessaire que par le travail des 
mains. Aucune allusion à des ressources de fa- 



bien, est docteur et maître, sinon du prochain, 
du moins de lui-même : instruisez-vous le pre- 
mier. Si vous apprenez à garder tous les pré- 
ceptes que vous avez reçus du Sauveur , vous 
aurez par là-même des imitateurs nombreux. 
Une lampe, quand elle est allumée, peut éclairer 
beaucoup de monde ; éteinte, elle ne s'éclaire 
pas elle-même , elle ne communique pas la 
clarté. Gela s'applique à la vie : si le flambeau 
que nous portons en nous répand une pure lu- 
mière, nous formons des disciples et des doc- 
teurs sans nombre, nous sommes là devant eux 
comme un type à reproduire. Nos discours ne 
feront jamais le même bien aux auditeurs que 
nos exemples. Soyez, comme cela dépend de 
vous , un homme agréable à Dieu , brillant de 
l'éclat de la vertu ; et le mariage n'est pas un 
obstacle ; on peut plaire à Dieu quoiqu'on ait 



mille ; mais bien : a Afin qu'ils mangent leur t femme, enfants, domestiques, amis : ne pouvez- 



pain en travaillant. » Si moi , prédicateur de 
l'Evangile , ministre de l'enseignement , j'ai 
craint de vous être à charge, à plus forte raison 
devrait le craindre celui qui ne vous est d'au- 
cune utilité; c'est là vraiment être à charge, 
quand on ne donne plus de gaîté de cœur. Telle 
n'est pas cependant la pensée de l'Apôtre ; il ne 
laisse entrevoir que leur pénurie. Pourquoi ne 
travaillez -vous pas? semble-t-il dire; Dieu vous 
a donné des mains pour cela, pour que vous ve- 
niez même au secours des autres , au lieu de les 
importuner. 

a Que le Seigneur soit avec vous. » Nous 
pouvons exprimer nous-mêmes un semblable 
souhait, si nous faisons ce que le Seigneur 
commande. Ecoutez le Christ disant à ses dis- 
ciples : « Allez, enseignez toutes les nations, 
les baptisant au nom du Père , du Fils et du 
Saint-Esprit, les instruisant à garder tout ce 
que je vous ai prescrit ; et voilà que je suis avec 
vous jusqu'à la consommation des siècles. » 
Matlh., xxviii, 19, 20. Cette exhortation n'était 
pas pour eux seuls, elle est aussi pour nous. Et 
qu'elle ne fût pas restreinte, on le voit par ces 
mots : a Jusqu'à la consommation des siècles. » 
Elle regarde donc ceux qui marchent sur leurs 
traces. Mais que dit-il à ceux qui ne sont pas 
chargés d'instruire? Chacun de vous, s'il le veut 



vous pas leur être mille fois plus utile que moi? 

Je puis leur être de quelque avantage une ou 
deux fois le mois, souvent pas même ; l'ensei- 
gnement qu'ils ont reçu les suivra peut-être 
jusqu'au seuil de l'église, et puis ils l'auront 
oublié : ayant toujours sous les yeux l'exemple 
de votre vie, ils en retireront le plus grand bien. 
L'homme qui ne rend pas insulte pour insulte, 
n'imprimera-t-il pas par sa douceur et sa mo- 
dération une confusion salutaire dans l'âme de 
celui qui s'est emporté jusque-là ? Si ce dernier 
n'avoue pas de suite l'utilité de cette leçon, 
aveuglé qu'il est par la colère ou retenu par la 
honte, il n'en a pas moins le sentiment immé- 
diat ; il n'est pas possible que cet homme inso- 
lent, serait-il une brute, ait vécu quelque temps 
avec un modèle de patience, sans s'être retiré 
meilleur. Alors même que nous ne faisons pas 
le bien, nous le louons tous et nous l'admirons. 
Une femme voyant son mari toujours modéré, 
ne peut que gagner beaucoup dans ce com- 
merce ; il en est de même de l'enfant. Donc il est 
permis à chacun d'enseigner. « Edifiez-vous les 
uns les autres, dit Paul, comme du reste vous le 
faites. » I Thes.) v, 11. Voyez plutôt : une perte 
arrive-t-elle dans votre maison, la femme se 
trouble-t-elle, parce qu'elle est plus faible et 
moins dégagée des intérêts de ce monde; si 
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HOMÉLIES SUR LA. il- ÉPITRE AUX THESSALONICIENS. 



rhomme a de la philosophie , s'il rit de cette 
perte, il dissipe cette douleur, il inspire la gé- 
nérosité. Ne fera-t-il pas dès lors plus de bien à 
sa femme que tous nos discours ? Parler , c'est 
chose facile ; agir à propos, dans le moment où 
c'est nécessaire, voilà le mérite et la difficulté. 
Aussi la nature humaine se laisse-t-elle princi- 
palement corriger par les actes ; et telle est la 
prépondérance de la vertu, que souvent un 
esclave fait du bien à toute une maison sans en 
excepter le maître. 
Motifs pour 5. Ce n'est pas sans motif ni sans but que 
"trTrecom" Paul leur recommande sans cesse de pratiquer 
mande la j ft ver t„ sur tout l'obéissance : ce n'est pas tant 

'ertu et »ur- ' r 

jut ïobéis- dans l'intérêt du maître, que pour l'honneur de 

U1C9* 

la divine parole et de l'enseignement évangé- 
lique; quand cet enseignement ne provoque 
plus le blasphème, il devient promptement un 
objet d'admiration. Je connais bien des familles 
pour qui la vertu des serviteurs est devenue une 
source de biens. Or, si le serviteur, malgré son 
état de dépendance, peut exercer une heureuse 
influence sur le maître, beaucoup mieux le 
maître sur le serviteur. Prenez votre part , je 
vous en conjure , du ministère que je remplis 
parmi vous. Je parle à tous en général, parlez 
à chacun en particulier ; que chacun mette la 
main au salut de son frère. Vous ne pouvez 
douter que le gouvernement d'une famille ne 
doive s'étendre à ce soin ; écoutez à qui Paul 
renvoie les femmes : a Celles qui veulent com- 
pléter leur instruction, dit-il, doivent chez elles 
interroger leurs maris. » I Cor,, xiv, 35. Il ne les 
renvoie pas au docteur. Nous voyons dans l'E- 
glise, comme dans les exercices de l'éducation, 
des disciples chargés d'instruire les autres ; le 
docteur serait accablé si tous recouraient sans 
cesse à lui. Quel est le but de cette disposition ? 
Elle doit réaliser de grands avantages : non- 
seulement le devoir d'enseigner devient par là 
moins pénible, mais encore chaque disciple en 
prenant ce soin, en partageant cette sollicitude, 
se forme vite au ministère de l'enseignement. 
Voyez le ministère que la femme elle-même 
peut remplir : c Elle garde la maison, elle veille 
à tout dans la famille, » elle préside au travail 
des servantes et pourvoit à leurs besoins, c'est 



par elle que vous portez ce nom sacré de père, 
elle vous tient éloigné du danger, en devenant 
l'auxiliaire de la vertu, en apaisant le feu des 
passions. Mais aussi sachez le reconnaître par 
vos bienfaits. De quelle manière? En lui venant 
en aide sous le rapport spirituel. Imitez l'hi- 
rondelle, et, portant à votre bouche ce que vous 
aurez entendu, allez le déposer dans la bouche 
de la mère et des petits. 

N'est-il pas contraire à la raison que, voulant 
en tout le reste occuper le premier rang, avoir 
le rôle de la tète, vous abandonniez cette posi- 
tion quand il s'agit d'instruire ? Le chef doit se 
tenir au-dessus des subordonnés, non par les 
hommages qu'il réclame , mais par les vertus 
qu'il pratique : c'est ici son devoir, c'est là le 
devoir des autres. Etre entouré d'hommages, 
ce n'est pas votre fait, les autres vous les dé- 
cernent ; mais briller par la vertu , c'est uni- 
quement votre mérite. Puisque vous êtes la 
tète, occupez-vous de tenir le corps dans l'ordre 
et la décence. Ne voyez-vous pas que la tète 
domine le corps pour mieux exercer la direc- 
tion, pour aviser à tout comme le pilote? Dans 
la tète sont les yeux et du corps et de l'àme : 
de là vient la puissance visuelle, de là le prin- 
cipe de direction. Le reste du corps est fait 
pour obéir, dans la tète gît le pouvoir de com- 
mander. Tous les sens en émanent comme de 
leur source : l'appareil de la voix, celui de la 
vue et de l'odorat y résident ; de là le tact s'é- 
tend à tous les membres ; de là part le système 
des nerfs et celui des os. C'est donc par la pré- 
voyance, et non précisément par l'honneur que 
la tète excelle. Voilà de quelle façon l'homme 
doit commander à la femme ; tâchons de l'em- 
porter, non en exigeant d'elle une plus grande 
déférence, mais en lui faisant un plus grand 
bien. Je vous ai déjà montré le bien qu'elles- 
mêmes nous font; nous pouvons cependant les 
vaincre en leur prodiguant des bienfaits spiri- 
tuels. Dans les choses corporelles, impossible de 
les payer de retour. Eh quoi ! fournissez-vous les 
richesses ? C'est la femme qui les conservera ; 
elle déploiera du moins à cet égard une sollici- 
tude égale, et vous avez besoin de son concours. 
La preuve, c'est que beaucoup d'hommes fort 

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HOMÉLIE V, 



1S5 



riches ont tout perdu , n'ayant pas une fidèle qu'on est sujet aux défauts que l'on reprend 

gardienne. La société conjugale a surtout pour chez les autres. Puisque nous leur faisons du 

but les enfants : le bienfait est égal de part et bien, et par eux à toute une maison, en nous en 

d'autre ; la part la plus pénible cependant est faisant à nous-mêmes , puisque rien n'est plus 

celle de la femme, soit à cause de la gestation, agréable à Dieu, ne négligeons pas notre âme 

soit à cause des douleurs de l'enfantement, ni celle des personnes qui nous servent ; et nous 

Somme toute, vous ne pouvez l'emporter que obtiendrons une double rémunération, nous 

dans les choses spirituelles. parviendrons avec d'abondantes richesses à la 

Ne nous préoccupons pas de la pensée de sainte cité, notre mère, la Jérusalem des cieux. 

nous enrichir, songeons à nous mettre en me- Puissions-nous n'en être pas exclus, et mériter 

sure de rendre compte à Dieu des âmes qu'il de voir avec une pleine confiance, après avoir 

nous a confiées; en nous appliquant à les garder pratiqué les plus éclatantes vertus sur la terre, 

pures, nous travaillerons avantageusement pour la face de Notre- Seigneur Jésus-Christ, à qui 

nous- mêmes. Quand on enseigne les autres, n'y gloire, puissance, honneur, en même temps qu'au 

gagnerait-on plus rien, on s'excite à la contri- Père et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, 

tion par sa propre parole, si l'on voit surtout et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. 



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HOMÉLIES 



SUR LES 



DEUX ÉPITRES A TIMOTHÉE 



AVANT -PROPOS 



Nulle part il n'est plus difficile qu'ici de résoudre la question qui se présente à chaque nou- 
velle série de discours : Est-ce à Antioche ou bien à Constantinople qu'ils furent prononcés ? 
Cette fois encore, Tillemont penche ouvertement pour la seconde de ces villes, et toujours en 
s'appuyant sur le fameux critérium de Photius , bien qu'il reconnaisse comme nous que cette 
règle n'est certes pas sans exception. Quant aux homélies actuelles, nous sommes d'un autre 
avis que Tillemont; deux raisons principales nous feraient opter pour Antioche : d'abord, 
Chrysostome consacre une homélie presque tout entière, la quatorzième, à tracer le tableau 
des monastères élevés sur les montagnes voisines et des héroïques vertus que les moines y 
pratiquent. Or, nous savons qu'il parle constamment, en pareil cas, des montagnes d'An- 
tioche. En second lieu, le saint orateur traite à plusieurs reprises des fonctions et des devoirs 
si redoutables de l'épiscopat, sans jamais rien dire qui puisse faire soupçonner que ce lourd 
fardeau pèse sur ses épaules; ce à quoi cependant il ne manque guère ailleurs, quand 
l'occasion s'en présente. Au lecteur d'apprécier et déjuger. 

Du reste, quoiqu'il soit aisé de remarquer d'assez graves négligences dans ces homélies, on 
y rencontre souvent des beautés du premier ordre, de profonds aperçus, et surtout d'admi- 
rables leçons pratiques. Trois principaux désordres, la cupidité , la superstition et la parure, 
y sont attaqués avec une fécondité d'expressions et d'images qui surprend après tout ce que 
nous avons vu sur ce triple sujet. Le grand évèque sent évidemment qu'il a devant lui le 
vieux paganisme cherchant à venger ses défaites, en continuant son travail de corruption et 
de mort. 



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DISCOURS PRÉLIMINAIRE. 



187 



DISCOURS PRÉLIMINAIRE. 

Au nombre des disciples de l'Apôtre était Ti- 
mothée, que Luc proclame un admirable jeune 
homme, d'après le témoignage des fidèles de 
Lystres etd'Iconium; sans cesser d'être disciple, 
il était devenu docteur; il avait une telle sagesse 
que , bien qu'il eût entendu Paul prêcher en 
laissant de côté la circoncision , et qu'il n'igno- 
rât pas que son maître était allé jusqu'à résister 
à Pierre pour ce motif, il voulut de lui-même , 
non-seulement s'abstenir de prêcher contre cette 
institution, mais encore s'y soumettre. Paul 
consentit à le circoncire à cette époque de la 
vie, et lui confia de la sorte le ministère complet. 
Pour montrer quel homme il devait être , c'est 
assez de dire combien il fut aimé de Paul. 
Voici de plus quelques témoignages que celui-ci 
lui rend dans ses épîtres : a Vous savez par 
expérience qu'il m'a secondé dans l'œuvre de 
l'Evangile avec l'affection d'un fils pour son 
père ; d Philip., n, 22 ; a Je vous ai envoyé 
mon bien cher fils Timothée, un fidèle ministre 

dans le Seigneur Veillez à ce que personne 

ne le méprise ; car il fait l'œuvre du Seigneur, 
comme moi-même; b I Cor., iv, 17; xvi, 10, 11; 
a Reconnaissez notre frère Timothée que je vous 
envoie. » Hebr., xm, 23. On trouverait l'expres- 
sion du même amour en beaucoup d'autres 
passages. Et d'ailleurs les miracles qui s'opèrent 
encore manifestent assez le pouvoir et la sain- 
teté de ce disciple. 

On pourrait demander pourquoi l'Apôtre n'é- 
crit qu'à Tite et Timothée, alors cependant que 
Silas et Luc étaient au nombre des plus recom- 
mandables ; et lui-même dit de ce dernier : « Luc 
est seul avec moi. » II Tim., iv, 11. Clément 
était de même l'un de ses compagnons dévoués, 



comme on le voit par cette*parole : « Avec Clé- 
ment et mes autres auxiliaires. » Philip., iv, 3. 
Pourquoi donc écrit-il à Tite et Timothée seuls? 
Parce qu'il leur avait confié des Eglises à gou- 
verner, les fixant dans des cités remarquables, 
tandis qu'il menait encore les autres avec lui. 
La vertu de Timothée avait quelque chose de si Grandeur de 
supérieur qu'elle faisait aisément passer sur sa ^othée. de 
jeunesse. De là ce que Paul écrivait : « Que per- 
sonne n'ait de mépris pour vous parce que vous 
êtes jeune ; » et puis : « Traitez les jeunes 
veuves comme des sœurs. » I Tim., iv, 12 ; v, 2. 
Quand on a la vertu, tout surabonde et rien n'est 
un empêchement. Parlant avec détail des fonc- 
tions épiscopales, nulle part il ne soulève la 
question de l'âge. S'il précise ces conditions : 

a Ayant des enfants soumis N'ayant été marié 

qu'une fois, d lbid., m, 4, 2, il n'entend nul- 
lement qu'il soit nécessaire d'avoir une femme 
et des enfants ; mais il exige que le séculier 
qu'on appellerait à cet office soit choisi parmi ceux 
qui savent gouverner leur maison, leur famille 
et tout ce qui dépend de leur autorité. S'il vient 
du siècle sans avoir montré qu'il était au niveau 
de ces devoirs, comment lui confierait- on le 
soin d'une Eglise ? 

Mais encore pourquoi Paul écrit-il à un dis- 
ciple qui désormais a mission d'enseigner? 
N'aurait-il pas dû le bien instruire avant de lui 
donner une telle mission. En effet, il ne lui 
fallait pas les leçons qu'on donne aux disciples, 
mais bien celles qui conviennent à l'instituteur. 
Voyez aussi comme il lui transmet dans toute 
l'Epître le genre d'instruction qu'un maître seul 
doit recevoir. Et déjà dès le principe, il ne lui 
dit pas : Tenez-vous en garde contre ceux dont 
les enseignements diffèrent des nôtres ; que lui 
dit-il donc ? « Déclarez-leur qu'ils aient à ne 
pas enseigner une autre doctrine. » I Tim.> 
1,3. 



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HOMÉLIES 

SUR LA PREMIÈRE ÉPITRE A TIMOTHÉE 



HOMÉLIE I. 

« Paul apôtre de Jésus-Christ, selon l'ordre de Dieu notre 
Sauveur et du Seigneur Jésus-Christ notre espérance, 
& Timothée notre véritable fils dans la foi, grâce, 
miséricorde , paix de la part de Dieu notre Père et du 
Christ Jésus Notre-Seigneur. » 

Grandeur de i. Grande était l'autorité de l'Apôtre, grande 

l'autorité de _ . . r 

eaint Paul, et digne d admiration ; aussi voyons-nous par- 
tout que Paul en met en avant les preuves , non 
dans le but de s'arroger un honneur, mais parce 
~ qu'il en a reçu le caractère et qu'il est dans la 
nécessité de le manifester. Et quand il se dé- 
clare appelé , et quand il dit : « Par la volonté 
de Dieu ; » Rom., i, i ; puis ailleurs : « La né- 
cessité m'incombe; » I Cor. } i, 1; puis encore : 
a J'ai été mis à part pour cela, » lbid., ix, 16, 
rien dans toutes ces paroles qui n'exclue l'am- 
bition et l'orgueil. De même qu'en usurpant 
une dignité que Dieu seul confère , on encourt 
la dernière des accusations; de même, en la 
repoussant et la désertant, on mérite d'être 
condamné pour une autre cause , pour cause de 
désobéissance et de rébellion. C'est ce que Paul 
exprime encore ici, au début même de son 
épître à Timothée : « Paul apôtre de Jésus- 
Christ, selon l'ordre de Dieu, » Ce n'est plus 
une simple vocation , c'est un ordre. De peur 
que Timothée n'éprouve un sentiment trop hu- 
main, en pensant que le maître lui parle comme 
aux autres disciples, il commence ainsi. Mais 
où Dieu lui donne-t-il cet ordre? Nous trouvons 
l'Esprit saint disant dans le livre des Actes : 
a Mettez à part pour moi Paul et Barnabé. » 
Âct, xiii, 2. En tète de toutes ses lettres le pre- 
mier joint à son nom le titre d'apôtre , habi- 
tuant ainsi l'auditeur à ne pas regarder sa parole 
comme étant celle de l'homme; car un apôtre, 
un envoyé ne parle pas en son propre nom. 
Apôtre, c'en est assez pour que l'intelligence 



remonte à celui qui donne la mission. Voilà 
pourquoi toujours le même préambule, pour 
accréditer l'enseignement qui va suivre. « Paul 
apôtre de Jésus-Christ, selon l'ordre de Dieu 
notre Sauveur. » 

Et cependant nulle part on ne voit le Père lui 
commander; c'est partout le Christ qui lui 
parle. Que lui dit-il? a Va, c'est moi qui t'en- 
verrai vers les nations lointaines; » et puis : 
« Il faut que tu comparaisses devant César, » 
AcL, xxn, 21 ; xxvii, 24. Mais tout ce que le 
Fils ordonne, il le déclare ordonné par le Père, 
comme les ordres de l'Esprit sont aussi ceux du 
Fils. L'Esprit envoie l'Apôtre, l'Esprit veut qu'il 
soit mis à part; et l'Apôtre de dire que c'est 
l'ordre de Dieu. Eh quoi, n'est-ce pas une atteinte 
à la puissance du Fils que son apôtre soit en- 
voyé d'après Tordre du Père? Nullement; cette 
puissance leur est commune, et vous le voyez : 
a D'après l'ordre de Dieu notre Sauveur, » a 
dit Paul ; aussitôt il ajoute : « Et du Seigneur 
Jésus-Christ, notre espérance. » Remarquez 
cette précision magistrale dans les noms. Le 
Psalmiste avait dit aussi du Père : a Espérance 
de toutes les extrémités de la terre. » /^.lxiv, 6. 
Le bienheureux Paul dit lui-même dans un 
autre endroit : « Nous sommes .accablés de fa- 
tigues et d'outrages , parce que nous espérons 
en Dieu, le Dieu vivant et vrai. » I Tim., iv, 10. 
Le maître doit subir nécessairement des dan- 
gers, et beaucoup plus que les disciples; il est 
écrit : « Je frapperai le pasteur, et les brebis se 
disperseront. » ZacA., xm, 7 ; Matth., xxvi, 31. 
De là vient que le diable s'acharne tout par- 
ticulièrement à la perte du pasteur; car cette 
perte entraîne celle du troupeau. S'il extermine 
des brebis , le troupeau diminue sans doute, mais, 
quand c'est le pasteur qui succombe, le trou- 
peau disparaît tout entier. Sachant donc qu'a- 



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HOMÉLIE 1. 



489 



vec moins il fait plus, et qu'il ruine tout dans 
une seule âme , il s'attaque de préférence aux 
docteurs. Voilà pourquoi l'Apôtre relève dès le 
début le courage de son disciple, en lui disant 
que nous avons Dieu pour Sauveur et le Christ 
pour espérance. Nombreuses sont nos tribu- 
lations, mais magnifiques aussi nos espérances : 
nous sommes entourés de périls et d'embûches ; 
mais nous avons Dieu pour Sauveur, et non 
point un homme. Donc pas de défaillance dans 
notre Sauveur, puisqu'il est Dieu; quelque grands 
que nos dangers puissent être, nous n'y succom- 
berons pas, et notre espérance ne saurait être 
confondre, puisque c'est le Christ lui-même. 
Avec ce double appui nous bravons les périls 
ou nous ne tardons pas à nous y soustraire; la 
sainte espérance est notre aliment. 

Pourquoi Paul ne se dit-il jamais l'apôtre du 
Père , mais toujours celui du Christ ? Il met 
tout en commun , et l'Evangile même , il le 
nomme l'Evangile de Dieu. « Quoi que nous 
souffrions , déclare-t-il , les choses de la terre 
ne sont rien. » « A Timothée mon véritable fils 
.dans la foi. » Encore une consolation. Si le dis- 
ciple avait fait preuve d'une telle foi que Paul 
le reconnût pour son fils, et pour son fils véri- 
table, que ne devait-il pas espérer pour l'avenir? 
Le propre de la foi , c'est qu'on ne se laisse pas 
abattre, ni même troubler, quand les événe- 
ments semblent démentir les promesses. Voilà 
donc un fils, un fils véritable, et qui cependant 
ne provient pas de la même substance. Mais 
quoi , s'agit-il ici d'un être sans raison ? Non 
certes, il n'était pas né de Paul. Aussi n'est-ce 
pas de cette filiation matérielle qu'il a voulu 
parler, ni par rapport à lui, ni par rapport à 
d'autres; car à peine l'a-t-il nommé son fils, 
qu'il ajoute a dans la foi. » C'est une autre filia- 
tion non moins évidente, une réelle transmission 
de vie, puisque la foi se donne sans aucune alté- 
ration. Dans l'humanité, la même chose a lieu 
quant à la substance , mais non point avec la 
même perfection que dans la divinité ; la res- 
semblance entre le Père et le Fils est ici plus 
intime et plus profonde. Là, bien que la subs- 
tance soit la même, de nombreuses différences 
existent sous d'autres rapports, dans la couleur, 



la forme, les idées, le temps, la volonté, dans 
les facultés de l'âme et dans les dispositions du 
corps; en toute chose on diffère encore plus 
qu'on ne se ressemble : aucune dissemblance en 
Dieu. « D'après l'ordre, » dit plus, annonce une 
action plus efficace, que le simple mot, a appelé, » 
comme on peut le voir dans une autre épître. 
Rom. y i, 1. a A Timothée mon vrai fils, » rap- 
pelle ce que l'Apôtre disait aux Corinthiens : 
a Je vous ai engendrés dans le Christ Jésus ; » 
c'est-à-dire dans la foi. I Cor., iv, 15. Seulement, 
la qualification qu'il ajoute à ce titre de fils 
atteste une ressemblance exacte et supérieure; 
plus que cela, une vive et tendre affection de 
sa part. Remarquez une fois encore cette locu- 
tion, « dans. » — a A mon vrai fils dans la foi. » 
Quel éloge ! il ne se borne pas à l'appeler son 
fils , il y joint un témoignage d'honneur et de 
tendresse. 

2. « Grâce , miséricorde , paix de la part de 
Dieu notre Père et du Christ Jésus Notre-Sei- 
gneur. » Pourquoi la miséricorde figure-t-elle 
ici, quand elle ne paraît en tête d'aucune autre 
épître? C'est encore un témoignage de son iné- 
puisable affection : il multiplie les vœux pour 
un enfant, objet de ses sollicitudes et de ses 
craintes. Il (fraint tellement pour lui qu'il s'oc- 
cupe même dans sa lettre des soins corporels, 
ce qu'il n'a jamais fait dans les autres ; ainsi 
quand il dit : « Usez d'un peu de vin à cause-de 
votre estomac et de vos fréquentes défaillances. » 
I Tim.y v, 23. Il faut accorder une plus grande 
compassion à ceux qui doivent enseigner, « De 
la part de Dieu notre Père et du Christ Jésus 
Notre-Seigneur. » Toujours l'intention de con- 
soler. Si Dieu est Père, il nous soignera comme 
ses enfants. Ecoutez le Christ lui-même : « Quel 
est l'homme parmi vous qui, lorsque son enfant 
lui demande du pain, lui donnerait une pierre?» 
Matth.j vu, 9. « Comme je vous ai prié de rester 
à Ephèse pendant que je me rendrais en Ma- 
cédoine. » Quel langage plein de douceur ! 
On croirait entendre un serviteur, et non un 
maître. Il n'a pas dit : Je vous ai donné l'ordre, 
imposé le devoir, adressé l'exhortation ; mais 
quoi ? « Je vous ai prié. » Nous ne devons pas 
cependant être ainsi vis-à-vis de tous les dis- 
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190 HOMÉLIES SUR LA t" 

ciples; cette conduite ne convient qu'envers 
ceux qui sont soumis et vertueux. H est néces- 
saire d'agir autrement envers ceux qui sont 
faux et corrompus, et l'Apôtre lui-même l'écrit 
ailleurs : «Reprenez-les en usant de toute votre 
puissance. » Tit. y n, 45. Voyez ce qu'il dit en- 
core ici : « Déclarez-leur qu'ils aient à ne pas 
enseigner une autre doctrine. » 11 ne s'agit pas 
de prier, mais bien de fulminer une défense. 
Qu'est-ce? n'était-ce point assez de la lettre 
que Paul leur avait écrite ? Assurément c'était 
assez, si les hommes avaient moins de dédain 
pour ce qui leur est simplement transmis par 
écrit. 

Voilà comment on peut l'expliquer ; peut-être 
aussi cela se passait-il avant l'envoi de sa lettre. 
Lui-même avait quelque temps séjourné dans 
cette ville ; c'est là que s'élevait le temple de 
Diane et que l'Apôtre avait tant souffert. Sur le 
point de quitter cette arène , il avait convoqué 
les disciples et les avait exhortés ; mais après 
s'en être ainsi séparé , il était revenu les voir 
dans la suite. On peut se demander si c'est alors 
qu'il intronisa Timothée, puisqu'il lui tient ce 
langage : « Déclarez-leur qu'ils aient à ne pas 
enseigner une autre doctrine. » Il ne les nomme 
pas , de peur que cette dénonciation n'ait pour 
effet de les rendre plus impudents encore. Là 
parmi les parmi les Juifs se trouvaient de faux apôtres, 
"■Sen/de 1 ' qui voulaient ramener les fidèles sous lef joug 
faux apôtres. ^ j a j 0 j . ^ ^ Qn ^ jj accuse partout dans ses 

épîtres. Ces hommes agissaient ainsi, non tant 
sous l'impulsion de la conscience que par vaine 
gloire et par jalousie , désirant avoir des dis- 
ciples et rivaliser avec le bienheureux Paul, 
dont ils ne pouvaient supporter la gloire. Voilà 
ce qu'il entend par a enseigner une autre doc- 
trine. A ne pas s'attacher à de vaines fables , à 
d'interminables généalogies. » Ce n'est pas la 
loi qu'il appelle fables ; loin de lui cette pensée. 
Il désigne ainsi les fausses histoires, les ensei- 
gnements altérés et corrompus. Il est probable 
que ces Juifs débitaient sans cesse des discours 
dénués de sens, émuméraient des générations 
sans nombre, se perdaient dans la série des 
aïeux, pour se faire une réputation de science. 
« Déclarez-leur qu'ils aient à ne pas enseigner 



ÉPITRE A TIMOTHÉE. 

une autre doctrine , à ne pas s'attacher à de 
vaines fables, à d'interminables généalogies.» 
Interminables? qui n'ont pas de fin, non moins 
inutiles qu'insaisissables. Yoyez-vous comme il 
condamne ces questions ? Quand on a la foi, on 
n'a plus besoin de pareilles recherches; et, 
quand on n'a plus rien à chercher, à quoi bon les 
questions ? Elles détruisent la foi. Qui cherche 
n'a pas encore trouvé : il ne peut pas croire, ce 
chercheur sempiternel. C'est pour cela que Paul 
nous défend ces sortes d'investigations : elles im- 
pliquent la négation de la foi ; devant la foi le 
raisonnement s'arrête. 

Pourquoi donc le Christ a-t-il dit : a Cher- 
chez, et vous trouverez; frappez, et l'on vous 
ouvrira; » Matth., vu, 7; puis encore : « Scru- 
tez les Ecritures, puisque vous pensez y. trouver 
la vie éternelle? » Joan. y v, 39. a Cherchez » 
signifie là : Priez et demandez avec un ardent 
désir. « Scrutez les Ecritures, d non pour traîner 
la lourde chaîne des questions, mais pour la 
supprimer. « Scrutez les Ecritures; » étudions- 
les avec soin, acquérons-en la parfaite connais- 
sance, non pour chercher toujours , mais pour 
mettre un terme à nos recherches. Remarquable 
langage. « Déclarez -leur qu'ils aient à ne 
pas enseigner une autre doctrine , à ne pas 
s'attacher à de vaines fables , à d'intermi- 
nables généalogies, qui produisent des ques- 
tions inutiles plutôt que l'édification selon Dieu, 
laquelle est dans la foi 1 » Heureuse expression 
encore : a L'édification selon Dieu! » Dieu veut 
nous donner de grandes choses ; mais le raison- 
nement ne peut pas embrasser la grandeur de 
ses plans. On n'y saurait atteindre que par la 
foi, le meilleur de tous les remèdes pour nos 
âmes. Nos questions sont donc opposées à l'éco- 
nomie de la sagesse divine. Que se propose-t-elle 
par la foi ? Que nous recevions ses grâces, que 
nous devenions meilleurs, que nous n'ayons 
jamais ni doutes ni contestations, que nous 
soyons dans un continuel repos. Ce que la foi 
prépare, ce qu'elle édifie, nos questions le ren- 
versent : elles nous imposent un labeur stérile 
en repoussant la foi. a A ne pas s'attacher à des 
fables» à d'interminables généalogies. » En quoi, 
me demandera-t-on, les généalogies peuvent* 



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HOMÉLIE l. 

elles nuire? Le Christ avait dit que le salut sautes 
s'obtient par la foi : eux cherchaient encore, et 
prétendaient qu'il n'en était pas ainsi. La pa- 
role appartenant à la vie présente, et la réalisation 
à la vie future, il fallait évidemment la foi. 
C'est donc à la foi qu'ils faisaient obstacle, en 
demeurant embarrassés dans les observances 
légales. Je pense que Paul désigne aussi les 
Gentils, en parlant de fables et de généalogies 
interminables ; car ils ne se perdaient pas moins 
dans la série de leurs dieux. 

3. Ne nous arrêtons donc plus à des ques- 
tions ; si nous voulons mériter le nom de fidèles, 
croyons à ce qui nous est enseigné, mais d'une 
foi prompte et ferme. Les enseignements hu- 
mains, il faudrait les passer au crible : ceux qui 
viennent de Dieu, il faut les accepter avec une 
soumission respectueuse et sincère. Si nous n'y 
croyons pas, c'est que nous ne croyons pas même 
à l'existence de Dieu. Si vous étiez persuadé qu'il 
existe, lui demanderiez-vous compte de ce qu'il 
fait? Le premier indice que vous connaissez 
Dieu, c'est de croire à sa parole sans autre té- 
moignage que le sien, sans aucune preuve hu- 
maine. Les Gentils ne l'ignoraient pas eux- 
mêmes ; ils croyaient à leurs dieux, alors que rien 
n'appuyait les réponses qu'ils en recevaient. 
Pour quelle cause? Parce qu'ils étaient issus 
de ces mêmes dieux : c'est la raison de 
leur conduite. Mais pourquoi parler des divi- 
nités? Un homme à prestiges, un magicien, 
Pythagore, n'avait qu'à parler, et tous de répé- 
ter cette formule : a Le maître l'a dit. » Le si- 
lence était inscrit au frontispice de son école, 
et lui-même mettait le doigt sur la bouche de 
quiconque passait, et lui scellait en quelque 
sorte les lèvres. Ces choses étaient-elles donc 
tellement respectables chez eux, et chez nous 
ne seraient-elles que ridicules? Quelle folle pré- 
tention 1 Mais, au contraire > les doctrines des 
Gentils prêtaient à la discussion, n'étant que des 
luttes de raisonnement, d'ingénieux et conti- 
nuels sophismes; tandis que les nôtres en sont 
entièrement dégagées. D'un côté, les inventions 
de la sagesse humaine, de l'autre, les enseigne- 
ments de la grâce divine. Là, ni maître ni dis- 
ciple réel, tous se livrent à des questions inces- 



491 

ici, disciple et maître reçoivent des 
leçons de celui qui seul peut instruire ; ils ap- 
prennent à se soumettre sans hésitation, à croire 
sans le secours des arguments. Nos devanciers 
n'ont acquis la gloire que par la foi ; sans la foi 
tout se décompose. Et ce ne sont pas seulement 
les choses du ciel, ce sont même celles de la terre, 
si vous les examinez de près, qui subsistent par 
ce principe. En dehors de la foi, ni les contrats 
ni les arts ne se maintiennent, rien ne demeure 
debout. Si c'est un élément indispensable ici-bas, 
dans le domaine même du mensonge, combien 
plus dans celui de la vérité 1 

Attachons-nous donc à la foi, ne nous en sé- 
parons jamais; ainsi nous chasserons de nos 
âmes toute funeste croyance, celle du destin et 
de la fatalité. Si vous croyez que la résurrection 
et le jugement dernier doivent être, tous ces 
fantômes s'évanouiront de votre pensée. Croyez 
à un Dieu juste, et vous ne croirez pas à l'aveugle 
destin : croyez à la providence divine , et vous 
ne croirez pas à cette fatalité qui présiderait à 
la naissance et déciderait de toute la vie : croyez 
aux peines comme aux récompenses futures , et 
vous ne croirez pas au destin nous dépouillant 
de notre libre arbitre et nous mettant sous le 
joug de la nécessité. N'ensemencez pas vos 
terres, ne plantez pas, ne portez pas les armes, 
ne faites absolument rien; car votre destinée 
est fixée d'avance et s'accomplira, quoi que vous 
puissiez faire? A quoi bon prier dès qu'il en 
est ainsi? à quoi bon mener une vie chrétienne? 
Aucune responsabilité ne pèse sur vous. D'où 
viennent les travaux de l'homme? serait-ce du 
destin? — Sans doute, me répondra-t-on, il est 
dans sa destinée qu'il acquiert la science à force 
de labeurs. — Et montrez-moi quelqu'un qui 
l'ait acquise d'une autre manière ; impossible : 
ce n'est donc pas à sa destinée, c'est à son travail 
qu'il en est redevable. — Comment se fait-il, 
me demandera-t-on, qu'un tel soit riche, étant 
un vil scélérat et n'ayant point recueilli d'héri- 
tage ; tandis que tel autre est dans la pauvreté, 
malgré des fatigues sans nombre? — Voilà les 
questions incessamment agitées , qui préoc- 
cupent toutes les tètes : richesse ou pauvreté, 
et jamais vice ou vertu. Ce n'est pas ce qu'il 



Exhortation 
morale. 



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m HOMÉLIES SUR LA I M 

faut maintenant dire; montrez plutôt un homme 
zélé qui se soit perverti, un homme apathique 
qui soit devenu bon. Si le destin a quelque 
puissance, qu'il la déploie dans les choses d'un 
ordre supérieur, dans l'opposition du vice et de 
la vertu, non dans celle de la richesse et de la 
pauvreté. — D'où vient encore, infcisterez-vous, 
que l'un est malade et l'autre bien portant; 
que celui-ci jouit de l'estime publique, et que 
celui-là gît dans l'ignominie; qu'au premier 
tout succède comme il l'entend, et que le second 
rencontre obstacles sur obstacles? — Repoussez 
la fatalité, et vous saurez toutes ces choses; 
croyez fermement à l'action universelle de la 
divine Providence, et rien ne vous sera caché, 
iiestdifû- Cela m'est impossible, direz-vous, la Provi- 

cile souvent . »/■• ji « • 1 

de compren- dence m échappe dans la confusion qui règne 
nînl'eél £ ici-bas. Si c'est là l'œuvre de Dieu, comment 
providence, puis-je croire à sa justice, quand il donne la 
richesse au fornicateur, à l'infâme, au voleur, 
de préférence à l'homme vertueux? CommeDt 
croire? n'est-ce pas sur les faits que la foi doit 
reposer? — A merveille ! Donc tout cela pro- 
vient d'un destin juste ou injuste? — Injuste, 
répondez-vous. — Qui l'a créé? serait-ce Dieu? 

— Non, le destin est de lui-même. — Mais com- 
ment, étant incréé, fait-il de pareilles choses? 
N'est-ce pas une contradiction? Tout cela n'é- 
mane donc nullement de Dieu. Demandons- 
nous alors quel est l'auteur du ciel, de la terre, 
de la mer, des saisons. Le destin, n'est-ce pas? 
Il a donc établi dans la création matérielle un 
ordre admirable, une parfaite harmonie; et 
tout à fait le contraire en nous, pour qui cepen- 
dant il a tout créé? C'est comme qui préparerait 
une splendide maison, sans s'occuper de ceux 
qui doivent l'habiter. Qui conserve l'ordre des 
saisons , a tracé les sages lois de la nature , la 
succession des jours et des nuits? Tout cela se 
dérobe à l'empire du destin. — Non, me direz- 
vous encore, ces choses existent d'elles-mêmes. 

— Et comment un ordre aussi régulier sans une 
cause intelligente ?— A votre tour de m'expliquer 
la fortune, la santé, la réputation de certains 
hommes, ces grandes positions dues à la fraude, 
à l'héritage, à la violence. Pourquoi Dieu per- 
met-il cette prospérité des méchants? C'est que 



ÉPITRE A TIMOTHÉE. 

la rémunération méritée ne s'obtient pas dans 
la vie présente, et nous est réservée pour 
l'avenir. Montrez-moi là quelque chose de sem- 
blable. — En attendant, donnez-moi gain de 
cause sur la terre ; je ne cherche point ailleurs. 
— La raison pour laquelle vous ne saisissez pas, 
c'est que vous cherchez. Si vous cherchez ainsi 
les premières choses, en dehors du plaisir, au 
point de les préférer à ces dernières, bien plus 
chercheriez-vous dans le cas où vous jouiriez 
des pures délices. Aussi vous est-il déclaré que 
l'objet de vos préférences n'est rien, ou du 
moins est sans aucune importance; si cela 
n'était pas indifférent, Dieu ne l'eût pas donné 
certes à de tels hommes. N'est-il pas indifférent, 
je vous le demande, d'être blanc ou noir, grand 
ou petit? Non moins indifférentes sont les ri- 
chesses. Dites-moi, les biens nécessaires ne sont- 
ils pas donnés à tous sans distinction, comme 
l'aptitude à la vertu, une part dans les grâces 
spirituelles? Si vous connaissiez les bienfaits de 
Dieu, pouvant en jouir au même degré que tout 
le monde, vous n'éprouveriez ni l'indignation 
ni la convoitise, du moment que vous auriez 
compris cette noble égalité. Tel un domestique, 
nourri, vêtu, logé dans la maison de son maître, 
jouissant de tout dans la même mesure que tous 
les autres, et qui s'imaginerait être au-dessus 
d'eux parce qu'il porte les cheveux ou les ongles 
plus longs : tel l'homme dont nous parlons 
s'enorgueillit de vains avantages, qu'il ne pos- 
sède que pour un temps. Aussi Dieu nous en 
prive-t-il, afin de nous soustraire à cette dé- 
mence, et de transporter nos désirs des biens de 
la terre à ceux du ciel. Et cela même ne nous 
rend pas meilleurs. Comme un père ôte à son 
enfant les misérables jouets qu'il préfère à tout, 
aux choses même nécessaires, pour l'améliorer 
malgré lui; ainsi Dieu ne néglige aucun moyen 
pour élever nos pensées vers les biens célestes. 
— Pourquoi donc permet-il que les méchants 
soient dans l'opulence? — Parce qu'il n'en tient 
guère compte. — Et pourquoi dès lors les justes 
aussi sont -ils parfois riches? — Ce n'est pas 
une expresse volonté de Dieu, c'est une permis- 
sion générale. 
Nous sommes entrés dans ces détails, nos 

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I 



HOMÉL 

auditeurs ignorant les Ecritures. Si vous vouliez 
croire et vous attacher aux divins discours , il 
n'eût pas été nécessaire de vous dire tout cela, 
puisque les saintes Ecritures nous en instruisent. 
Pour vous bien montrer que les richesses ne 
sont rien, ni la santé , ni la gloire, il me serait 
aisé de vous citer l'exemple de beaucoup qui 
dédaignent la fortune pouvant la saisir, ma- 
cèrent leur corps, jouissant d'une santé parfaite, 
n'aspirent qu'au mépris étant sollicités par la 
gloire. Quand on est bon cependant, on ne 
cherche pas à devenir mauvais. Cessons donc 
de poursuivre les biens de la terre et n'ambi- 
tionnons que ceux du ciel. Nous pourrons de la 
sorte y parvenir et jouir des éternelles délices, 
par la grâce et Famour de Notre- Seigneur 
Jésus-Christ, à qui gloire, puissance, honneur, 
en même temps qu'au Père et au Saint-Esprit, 
maintenant et toujours, et dans les siècles des 
siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE II. 

< Or, la fin du précepte est la charité venant d'un cœur 
pur, d'une conscience droite et d'une foi non simulée; 
quelques-uns, s'en étant éloignés, se sont perdus en 
vaines paroles, prétendant être des docteurs de la loi, 
et ne comprenant ni ce qu'ils disent ni' ce dont ils 
veulent parler. » 

1. Rien ne nuit à l'espèce humaine comme de 
mépriser l'amitié , de ne pas la cultiver même 
avec le plus grand soin : par contre, rien ne 
guide dans le droit chemin comme d'en suivre 
les inspirations avec un courage inébranlable. 
Le Christ nous l'enseigne clairement quand il 
dit : « Si deux personnes s'accordent dans le 
même but, quoi qu'elles demandent, elles le 
recevront; » Mat th., xvm, 19; puis encore ; 
« Lorsque débordera l'iniquité, la charité se 
refroidira. » Ibid., xxiv, 13. De là sont , nées 
toutes les hérésies. En effet, dès qu'on n'aime 
pas ses frères, on est jaloux de leur prospérité; 
de la jalousie naît l'ambition, et de l'ambition 
l'hérésie. Après avoir donné cet ordre : « Dé- 
clarez-leur qu'ils aient à ne pas enseigner une 
autre doctrine, » Paul indique par quel moyen 
cela doit se faire. Et ce moyen quel est-il? La 
tom. x. 



IË II. 



m 



charité. A cette parole : « Le Christ est la fin Le christ 
de la loi, » Rom., x, 4, c'est-à-dire le complé- ui 0 i* flQ d6 
ment ou le couronnement, se rattachent toutes 
les institutions légales : de même ce précepte se 
rattache à la charité. La fin de la médecine, 
c'est la santé ; dès qu'on a la santé, on n'a guère, 
besoin de prescription : il ne faut pas non plus 
beaucoup de* préceptes , quand on possède la 
charité. De quelle charité cela doit-il s'entendre? 
De la vraie charité, non de celle qui consiste en 
paroles , mais bien de celle qui part d'un senti- 
ment réel , d'une compassion sincère , « d'un 
cœur pur, » d'une conduite irréprochable, con- 
dition essentielle de la véritable amitié. La cor- 
ruption de la vie produit aussi les schismes : 
« Car quiconque fait le mal hait la lumière. » 
Joan., m, 20. Il est une amitié sans doute entre 
les méchants, les voleurs aiment d'une certaine 
manière les voleurs, et les homicides aiment de 
même les homicides ; mais celle-là ne vient certes 
ni d'une bonne conscience ni d'un cœur pur ni 
d'une foi sincère : elle est tout l'opposé, per- 
verse, corrompue, trompeuse. La foi ne produit 
que le vrai : de la foi naît la charité véritable; 
celui qui croit réellement en Dieu, ne s'éloignera 
jamais de cette dernière vertu. 

u Quelques-uns s'en étant éloignés, se sont 
perdus en de vaines paroles. » Heureuse expres- 
sion : ils ont manqué le but; il faut de l'art pour 
l'atteindre et ne pas le dépasser. L'homme a 
besoin d'être dirigé par l'Esprit saint; pour s'é- 
garer, les routes ne manquent pas, et le but 
que nous devons nous proposer est unique. 
« Voulant être docteurs de la loi. » Une autre 
cause d'égarement, l'amour de la domination. 
De là ce que disait le Christ : « Pour vous, n'ap- 
pelez personne maître; » Malth., xxm, 8; et 
l'Apôtre : « Ce n'est pas qu'ils désirent sauve- 
garder la loi ; mais ils veulent se glorifier dans ' 
votre chair. » Galat., vi, 13. Ils ambitionnent 
les distinctions, et c'est pour cela qu'ils ne re- 
gardent pas à la vérité. « Ne comprenant ni ce 
qu'ils disent ni ce dont ils veulent parler. » Il 
les accuse d'ignorer le but où tendait la loi, et 
le temps où devait s'arrêter son empire. — Com- 
ment alors, si cela provenait de l'ignorance, 
prétendez-vous que c'était un péché? — C'est 

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qu'ils agissaient de la sorte , non -seulement 
parce qu'ils voulaient être docteurs de la loi, 
mais encore parce qu'ils n'avaient pas la charité ; 
et leur ignorance n'avait pas d'autre source. 
Quand l'âme se plonge dans la sensualité , son 
intelligence s'obscurcit et s'altère; en perdant 
la charité , elle tombe dans les contentions et 
son œil s'éteint dans les ténèbres. Celui que 
possède la convoitise de quelque objet temporel, 
enivré qu'il est de sa passion , ne saurait ap- 
précier sainement les choses : a Ils ne savent ce 
dont ils veulent parler. » Il est vraisemblable 
qu'en traitant de la loi , ils divaguaient sur les 
purifications et les autres pratiques corporelles. 
Sans s'arrêter néanmoins à leur reprocher ces 
observances, qui n'étaient rien que l'ombre et 
la figure des biens spirituels, Paul aborde un 
sujet qui doit leur être plus agréable. Quel est 
ce sujet? Il fait l'éloge de la loi; mais par ce 
mot il entend ici le Décalogue. Du reste, il y 
puise un argument de plus contre les obser- 
vances légales. Si les préceptes , en effet , por- 
tent la condamnation des transgresseurs , et ne 
nous sont pas utiles sous ce rapport, à plus forte 
raison les simples observances. « Nous savons 
que la loi est bonne , pourvu qu'on en use légi- 
timement et qu'on sache aussi qu'elle n'est pas 
établie pour les justes. » C'est affirmer qu'elle 
est bonne et qu'elle ne l'est pas. — Que voulez - 
vous dire par là? elle n'est donc pas bonne, si l'on 
n'en use pas légitimement? — Elle l'est même 
alors ; seulement il faut y conformer sa con- 
duite. Voilà ce que Paul nous signifie, et ce 
qu'il appelle en user légitimement. Quand ils 
viennent l'exalter en paroles, en la transgres- 
sant par leurs actions, ils n'en font certes pas 
un légitime usage. Ils en usent à la vérité , mais 
non pour leur bien. 

Là-dessus on peut dire autre chose. Et quoi? 
Si vous usez de la loi d'une manière légitime, 
elle vous amène au Christ. La loi n'ayant pas 
d'autre objet que de justifier l'homme, comme 
elle ne le peut pas, elle vous remet à celui qui 
le peut. 11 est encore un autre usage légitime 
de la loi : c'est de l'observer avec surabon- 
dance. Que faut-il entendre par là? Un cheval 
use convenablement du frein, non lorsqu'il re- 



HOMÉLIES SUR LA V ÊPITRE A T1MOTHÉE. 

gimbe ou qu'il mord, mais bien quand il le 



porte comme un simple ornement : ainsi l'homme 
fait un noble usage de la loi, quand ce n'est pas 
la rigueur de la lettre qui le contient dans les 
limites du devoir. Qui donc rend à la loi le plus 
magnifique hommage ? Celui qui sait n'en avoir 
pas besoin. Si quelqu'un s'élève au point de 
pratiquer la vertu pour la vertu même, et non 
plus par la crainte de la loi, il l'observe avec 
sécurité : il en use, sans en redouter les pres- 
criptions, quoiqu'il ait devant les yeux le châti- 
ment qui s'y trouve consigné. La justice s'entend 
d'une autre manière ; elle tire son nom et son 
principe de la vertu. Concluons encore que ce- 
lui-là fait de la loi le plus bel usage , qui n'a 
pas besoin d'y recourir pour son éducation. 

2. De même qu'on présente la forme des 
lettres aux enfants, tandis que le maître qui les 
instruit par ce moyen, s'élève lui-même au- 
dessus par la science acquise, ou s'en sert d'une 
manière supérieure ; de même celui qui dépasse 
la loi, ne la reconnaît plus pour pédagogue. 
En s'y conformant parce qu'il aime la vertu, 
non sous l'impulsion de la crainte, il l'accom- 
plit éminemment. Celui qui redoute la punition 
est loin de l'accomplir comme celui que l'hon- 
neur excite; le meilleur usage qu'on puisse 
faire de la loi, c'est d'avoir une conduite qui ne 
s'arrête pas à la mesure du précepte, de w faire 
plus que la loi n'ordonne : on ne saurait mieux 
en user ni mieux l'accomplir ; il n'est plus né- 
cessaire alors d'en suivre les leçons. La loi con- 
siste surtout à prohiber le mal ; or, ce n'est pas 
cela qui fait le juste, c'est la pratique du bien. 
Quiconque s'abstient du mal comme un esclave, 
n'atteint pas le but de la loi, puisqu'elle est 
établie pour punir la transgression. Celui-là sans 
doute use aussi de la loi, mais uniquement par- 
ce qu'il craint le supplice ; car il est écrit : 
a Voulez-vous n'avoir pas à craindre la puis- 
sance, faites le bien. » Rom., xm, 3. Cela re- 
vient à dire : La loi dénonce le châtiment aux 
seuls coupables; mais quelle en est l'utilité pour 
celui qui par ses actions mérite des couronnes? 
C'est comme le médecin : il est utile aux ma- 
lades, et nullement à ceux qui jouissent d'une 
parfaite santé. La loi, poursuit l'Apôtre, est éta- 

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HOMÉLIE îî. 

blie a pour les prévaricateurs, les insubordonnés, 
les impies et les pécheurs. » Il désigne les Juifs 
par ces diverses qualifications. Puis il complète 
ainsi sa pensée : « La loi produit la colère. » Cela 
regarde évidemment ceux qui font le mal : 
qu'est-ce pour l'homme digne d'honneur? a Par 
la loi, disait-il ailleurs, la connaissance du pé- 
ché. » itom., m,20. Qu'est-ceencorepourlejuste? 
a Ce n'est pas pour le juste qu'existe la loi. » Et la 
raison? C'est qu'il se trouve à l'abri du supplice, 
et qu'il n'attend pas que la loi l'instruise fie ses 
devoirs, ayant en lui la grâce de l'Esprit qui les 
lui dicte. L'objet de la loi, c'est de corriger les 
méchants par la crainte et les menaces. Le che- 
val obéissant n'a pas besoin de frein : l'homme 
instruit déjà n'a pas besoin de pédagogue. 

a Pour les prévaricateurs et les insubordon- 
nés, les impies et le3 pécheurs, les scélérats et 
les infâmes, les meurtriers de leur père et ceux 
de leur mère. » 11 ne s'arrête pas là, il ne rap- 
pelle pas les péchés en général ; il en passe en 
revue les espèces, afin d'humilier les coupables 
devant l'autorité de la loi. Après cette énumé- 
ration, il exhorte encore, comme si ce n'était 
pas assez de ce qu'il a déjà dit. Qui désigne-t-il 
dans ce passage? Vous l'avez entendu, les Juifs : 
voilà les meurtriers de leur père et de leur 
mère, les scélérats et les infâmes, ceux qu'il 
appelle encore impies et pécheurs. C'est parce 
que tel était leur caractère que la loi fut néces- 
sairement donnée. Dites-moi, n'étaient-ils pas 
sans cesse prosternés devant les idoles ? ne vou- 
lurent-ils pas lapider Moïse? n'avaient-ils pas 
les mains teintes du sang de leurs frères? Les 
prophètes ne leur ont-ils pas de toutes les fa- 
çons adressé de semblables reproches ? Tout cela 
n'est rien pour qui s'applique à la céleste phi- 
losophie. « Pour les meurtriers de leur père et 
ceux de leur mère, pour les homicides et les for- 
nicateurs, les empoisonneurs et les traîtres, les 
menteurs et les parjures, pour tout ce qu'on 
peut nommer de contraire à la saine doctrine, » 
Belle expression que celle-ci : a La saine doc- 
trine; » car il vient d'énumérer les maladies de 
l'âme corrompue, « Selon l'Evangile, continue- 
t-il,- de la gloire et de la félicité de Dieu, Evan- 
gile <Jont je suis le dépositaire. » Encore main- 



tenant la loi reste donc nécessaire, parce que 
l'Evangile en est corroboré, mais non pour ceux 
qui ont la foi. Si l'Apôtre parle ici de la gloire, 
c'est uniquement à cause de ceux qui rougissent 
des persécutions et de la passion du Christ. Voilà 
pourquoiil parle de TEvangiledela gloire ; s'il est 
possible d'expliquer autrement cette dénomina- 
tion, il veut montrer surtout que la passion du 
Christ est une gloire. Peut-être aussi fait-il allu- 
sion à l'avenir. En effet, si les choses présentes 
sont plongées dans l'opprobre et l'ignominie, 
telles ne sont pas les choses futures; et TE van- L'Evangiu 
gile regarde l'avenir bien plus que le présent, r^ênlr que 
D'où vient alors cette parole de l'ange : « Voilà lo p^ 8601 - 
que je vous annonce une bonne nouvelle, un Sau- 
veur vous est né ? » Luc, n, 10. C'est que l'en- 
fant qui venait de naître était un futur sauveur; 
il ne devait pas opérer ses prodiges aussitôt 
après avoir vu le jour. 

« Selon l'Evangile de la gloire et de la féli- 
cité de Dieu. » Ou bien il entend par cette gloire 
le culte même de Dieu ; ou bien il veut dire que, 
si le présent est rempli de la gloire divine, beau- 
coup plus en sera rempli l'avenir, alors que ses 
ennemis seront devenus l'escabeau de ses pieds, 
qu'il n'existera plus de lutte, que les justes con- 
templeront ces biens infinis que l'œil n'a pas vus, 
ni l'oreille entendus, ni le cœur de l'homme pres- 
sentis, a Je veux, disait le Sauveur lui-même, 
qu'ils soient où je serai, afin qu'ils voient ma 
gloire, cette gloire que vous m'avez donnée. » 
Joan., xvn, 24. Apprenons quels sont ces justes, 
proclamons-les heureux en pensant aux biens 
dont ils doivent jouir, à la gloire, à la splendeur 
dont ils seront participants. La gloire d'ici-bas est 
sans valeur et sans consistance. Resterait-elle, 
ce n'est jamais que jusqu'à la mort; et puis elle 
ne tarde pas à s'éteindre. « Sa gloire, est-il 
écrit, ne descendra pas avec lui. » Ps. xlviii, 18. 
Il en est un grand nombre qu'elle n'accompagne 
pas jusqu'à la fin. Rien de pareil à craindre tou- 
chant la gloire dont il est ici question, c'est tout 
le contraire : celle-là demeure et ne finira 
jamais. Telles sont les choses de Dieu; elles ne 
connaissent ni défaillance ni changement, elles 
n'ont pas de terme. Cette gloire ne vient pas du 
dehors, mais bien des dispositions intérieures; 

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496 HOMÉLIES SUR LA l" 

je yeux dire qu'elle ne consiste nullement dans 
la richesse des parures, dans le nombre des ser- 
viteurs, dans la splendeur des chars ; l'homme 
en est revêtu sans avoir besoin de toutes ces 
choses. S'il se plaît maintenant dans cet ap- 
pareil, il sera dépouillé de la gloire, et récipro- 
quement. Aux bains apparaissent nus les grands 
personnages et les hommes obscurs ou même 
méprisables. De ceux qui fréquentent l'agora, 
beaucoup se sont trouvés en danger quant au 
besoin ils n'avaient plus autour d'eux leurs do- 
mestiques. Là-haut chacun sera toujours escorté 
de sa gloire. Gomme les anges ont leur éclat, où 
qu'ils se montrent, les saints l'ont aussi. Une 
comparaison plus sensible : le soleil n'a pas be- 
soin de vêtement, ni de rien de semblable; sitôt 
qu'il paraît, il rayonne de sa propre gloire : il 
en sera de même alors. 

3. Poursuivons donc cette gloire que rien ne 
peut surpasser; abandonnons celle au-dessous 
de laquelle il n'est rien. « Ne vous glorifiez pas 
du luxe de vos vêtements, » dit l'Ecriture. 
Eccli., xi, 4. Gela s'adressait à un peuple encore 
enfant. Un danseur, une courtisane, un histrion 
sont vêtus d'une manière plus gracieuse et plus 
riche que vous. Du reste, c'est se glorifier d'une 
chose que les vers peuvent vous disputer; dès 
qu'ils surviennent, vous êtes privé de ce plaisir. 
Voyez-vous combien est fragile la gloire de cette 
vie? Les vers la donnent et la détruisent. Ce sont 
des animalcules de l'Inde, dit-on, qui produisent 
les fils de ces tissus. Acquérez un vêtement com- 
posé d'éléments célestes, merveilleux et splen- 
dide, un vrai manteau d'or; c'est possible, si 
vous le voulez. Cet or ne vient pas des mines, 
arraché par les mains des condamnés; il est 
l'œuvre de la vertu. Revêtons cette robe façon- 
née non par de pauvres esclaves, mais par le 
Seigneur lui-même. — Mon habit, me direz- 
vous, est rehaussé d'or. — Qu'est-ce que cela 
pour vous-même? On admirera celui qui l'a fait, 
mais non celui qui le porte : c'est à l'ouvrier 
seul qu'en revient le mérite. La même chose a 
lieu pour les étoffes ordinaires : nous n'admi- 
rons pas le métier de bois dont on se sert pour 
les étendre; nous admirons l'habileté de l'ar- 
tisan, sans regarder à la matière des instru- 



ÉPITRE A TIMOTHÉE. 

ments qu'il emploie. Comme l'usage de ces 
étoffes n'est pas d'être ainsi tendues, ce n'est pas 
non plus celui des autres : on n'a recours à ce 
moyen que pour les mettre à l'abri de la pous- 
sière et des vers. N'est-ce pas de la dernière 
démence de s'attacher avec tant d'ardeur à des 
choses de néant , de mettre pour cela tout en 
œuvre, et d'abandonner les intérêts du salut; 
de ne faire aucun cas de la géhenne, d'outrager 
Dieu, de ne pas abaisser un regard sur le Christ 
endurant la faim? Que dire de ces précieux par- 
fums, solides ou liquides, que vous envoient 
l'Inde, l'Arabie, la Perse? de toutes ces inutiles 
essences que vous achetez à des prix fous? A 
quoi bon , ô femme, parfumer de la sorte un 
corps dont l'intérieur est plein de souillures? 
faut-il tant dépenser pour désinfecter l'infec- 
tion? Vous faites comme celui qui jetterait des 
parfums sur un fumier, ou du baume sur 
l'argile. 

Il est un parfum, il est un arôme dont vous 
pouvez, si vous le voulez, oindre votre âme. 
Celui-ci ne vient ni de l'Arabie, ni de l'Ethiopie, 
ni de la Perse ; il descend du ciel. On l'achète, 
non avec de l'or, mais au prix d'une pure inten- 
tion et d'une foi sincère. Achetez donc ce par- 
fum, dont la bonne odeur peut remplir la terre 
entière. C'est celle que les apôtres exhalaient : 
u Nous sommes, déclare l'un d'eux, une odeur 
suave, qui donne la mort aux uns, et la vie aux 
autres. » II Cor., n , 16. Pourquoi ce double 
effet? On dit qu'un pourceau ne saurait vivre 
dans une atmosphère embaumée. Ce n'était pas 
le corps seul des apôtres, c'étaient aussi leurs 
vêtements qui répandaient l'odeur vivifiante du 
baume spirituel. Celle des vêtements de Paul 
était si puissante qu'elle chassait les démons. 
Quelle feuille odorante, quel encens, quelle 
myrrhe pouvaient en égaler la douceur et l'ef- 
ficacité? Dès qu'elle chassait les démons, quel 
autre heureux effet ne devait-elle pas produire? 
Encore une fois, procurons-nous cet arôme. Or, 
la grâce l'acquiert par le moyen de l'aumône 
spirituelle. Cette suave odeur, nous l'empor- 
terons avec nous à notre départ de la terre, et 
nous attirerons ainsi l'attention des saints. 
Comme ici-bas l'homme imprégné de parfums 
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HOMÉLIE III. 

fait tourner tout le monde vers lui ; aux bains, 
à l'église , dans toute réunion, chacun le re- 
marque, chacun est attiré par cette agréable 
émanation ; de même, dans le monde supérieur, 
tous admirent et respectent les âmes qui se pré- 
sentent en exhalant cet arôme divin. Ici déjà, ni 
les démons ni les vices n'osent en approcher; 
c'est une odeur qui les suffoque. Soyons-en donc 
tout couverts. Les parfums matériels accusent la 
mollesse; ceux de l'âme respirent l'énergie, font 
pressentir les plus admirables choses, nous 
donnent tout crédit. Ces derniers ne sont pas pro- 
duits par la terre, avons-nous dit, ils découlent 
de la vertu; au lieu de s'altérer, ils fleurissent; 
ils font honneur à qui les possède. Nous en 
sommes oints quand nous recevons le baptême ^ 
nous exhalons alors une suave odeur. Il appar- 
tient ensuite à notre zèle de continuer toujours 
à l'exhaler. Voilà pourquoi, même dans l'ancien 
temps, les prêtres étaient consacrés par l'onc- 
tion, symbole et gage de la vertu ; le prêtre doit 
répandre la bonne odeur. Rien n'est plus fétide 
que le péché. Voyez comme le prophète en dé- 
peint la nature : « La corruption, la pourriture 
s'est mise dans mes plaies. » Ps. xxxvn, 6. La 
pire des suppurations et la plus infecte, c'est le 
péché. Quoi de plus infect que la fornication, 
par exemple? Si vous ne le sentez pas dans la 
frénésie de la passion, reconnaissez l'horreur 
du vice quand ce moment est passé : la puan- 
teur alors, alors la souillure, le remords et le 
dégoût. 

Tel est un péché quelconque : il promet un 
plaisir avant qu'on le commette ; à peine est-il 
commis que le plaisir cesse et se flétrit, il ne 
reste que la douleur et l'angoisse. Le contraire 
a lieu dans la vertu : au commencement là 
peine , à la fin la joie et le repos. Là le plaisir 
même n'est pas un vrai plaisir, parce qu'on a la 
perspective de la honte et du châtiment ; ici le 
labeur même n'est pas un vrai labeur, parce* 
qu'on a l'espoir de la récompense. Qu'est l'i- 
vresse, dites-moi? N'est-ce pas uniquement pen- 
dant qu'on boit qu'elle offre quelque plaisir, et 
pas même alors? Quand on a perdu le sens, 
quand on ne voit plus les personnes présentes, 
quand on se trouve dans un état pire que la fré- 



197 

nésie , de quel plaisir est-on désormais suscep- 
tible? Pas de vrai plaisir non plus dans la 
fornication elle-même. Une âme en qui la pas- 
sion étouffe la raison, peut-elle éprouver un tel 
sentiment? Si c'est là du plaisir, c'en est un 
aussi que la teigne. J'appelle plaisir réel, quand 
l'âme est affranchie de toute passion et n'est nul- 
lement subjuguée par le corps. Et quel plaisir, 
je vous demande, à grincer des dents, à rouler 
des yeux hagards, à râler, à se sentir consumé 
par une flamme honteuse? Gela mérite si peu le 
nom de plaisir, que nous sommes impatients 
d'en être délivrés, et que nous gémissons ensuite. 
Si c'est là du plaisir, je le répète , ne vous en 
éloignez donc pas, restez -y sans cesse. Vous 
voyez bien que ce n'en est que le nom. Chez 
nous rien de semblable; tout est suavité : notre 
béatitude n'a pas ce feu dévorant; elle rend 
l'âme libre, en l'inondant de consolation et de 
joie. Tel était le bonheur de Paul, quand il s'é- 
criait : a En cela je me réjouis, et ne cesserai de 
me réjouir; » puis encore : a Réjouissez-vous 
constamment dans le Seigneur. » Philip,, i, 
48; iv, 4. La joie du monde entraîne la honte i* joie du 

chrétien est 

et la condamnation , elle arrive en se cachant, étrangère 
elle est pleine d'amertumes : la nôtre y est w ^ e ^ e e ^ 1 " 
étrangère Attachons-nous uniquement à cette mond «* 
dernière, afin d'obtenir les biens de la vie fu- 
ture, par la grâce et l'amour de Notre-Seigneur 
Jésus-Christ, à qui gloire, puissance, honneur, 
en même temps qu'au Père et au Saint-Esprit, 
maintenant et toujours, et dans les siècles des 
siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE 1U. 

« Je rends grâces à celui qui m'a rempli de force , au 
Christ Jésus, Notre-Seigneur, parce qu'il m'a jugé 
fidèle en m'élablissant dans le ministère , moi qui fus 
d'abord un blasphémateur, qui le persécutais et l'ac- 
cablais d'outrages. Mais Dieu m'a fait miséricorde, con- 
sidérant que j'agissais ainsi par ignorance et que je 
n'avais pas encore la foi. Or, la grâce de Notre-Seigneur 
a surabondé avec la foi et la charité dans le Christ 
Jésus. » 



1. Nous voyons combien l'humilité procure 
d'avantages; seulement il n'^st pas facile de la 
rencontrer : une grande humilité en paroles, 

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498 

dépassant même les bornes, partout; mais l'hu- 
Humiiiiéde milité réelle, nulle part. Le bienheureux Paul 
»aint Paul. ^ poursuivait avec tant de zèle , qu'il faisait à 
chaque instant naître les occasions de rendre 
son esprit plus humble. Gomme il faut surtout 
de généreux efforts pour s'abaisser, quand on 
a la conscience d'avoir accompli de grandes 
œuvres, on comprend qu'il devait subir les plus 
rudes assauts de la part de sa conscience, à 
cause du bien qu'elle lui rappelait : ce flot devait 
monter sans cesse. Voyez donc comment il agit 
ici. Il venait de dire : « L'Evangile de la gloire 
de Dieu m'a été confié; » Evangile auquel ne 
sauraient participer ceux qui restent encore 
sous la loi : l'opposition est trop formel, trop 
complète la séparation , pour qu'on puisse ob- 
tenir les bienfaits de l'un en restant soumis aux 
observances de l'autre. C'est comme si l'on di- 
sait : Quand un homme a besoin de chaînes et 
de punitions, il n'a pas le droit d'être admis 
dans le chœur des amis de la sagesse. Gomme 
Paul respirait et disait de grandes choses, il 
tendait en même temps à se rabaisser, en per- 
suadant aux autres de suivre cet exemple. A 
peine a-t-il écrit de quelle confiance il est ho- 
noré, qu'il se reprend et se corrige, ne voulant 
pas que son langage vous paraisse dicté par 
l'orgueil; cette correction, voyez-la dans ce 
qu'il ajoute : a Je rends grâces à celui qui m'a 
rempli de force, au Christ Jésus Notre-Seigneur, 
parce qu'il m'a jugé fidèle, en m'établissant 
dans le ministère. » Partout il cache ses bonnes 
actions et rapporte tout à Dieu, mais sans porter 
atteinte au libre arbitre. L'infidèle aurait peut- 
être dit : Si tout vient de Dieu, et rien de nous- 
mêmes, s'il nous fait passer, comme le bois ou 
la pierre, du vice à la philosophie, pourquoi dès 
lors a-t-il façonné Paul d'une telle manière, et 
Judas d'une autre? Il prévient cette objection 
et remarquez avec quelle prudence il s'exprime : 
a La prédication m'a été confiée. » C'est son 
œuvre, c'est sa dignité, mais non absolument; 
remarquez aussi la suite : « Je rends grâces à 
celui qui m'a rempli de force , au Christ Jésus. » 
Telle est la part de Dieu ; et voici maintenant 
la sienne : « Parce qu'il m'a jugé fidèle. » Evi- 
demment, c'est qu'il doit lui-même concourir 



HOMÉLIES SUR LA Ir * ÉPITRE A TIMOTHÉE. 



à l'action de Dieu. « En m'établissant dans le 
ministère, poursuit-il , moi qui fus d'abord un 
blasphémateur, qui le persécutais et l'accablais 
d'outrages. Mais Dieu m'a fait miséricorde, con- 
sidérant que j'agissais ainsi par ignorance et 
que je n'avais pas encore la foi. » Voyez-vous 
comme il détermine son action et celle de Dieu, 
en accordant toutefois beaucoup plus à la di- 
vine Providence qu'à sa propre activité, mais 
non au point de nuire au libre arbitre , comme 
je l'ai déjà dit. 

Que signifie cette expression : a Qui m'a rem- 
pli de force? » Ecoutez : il portait un accablant 
fardeau ; c'était donc une nécessité pour lai de 
recevoir avec abondance le secours du ciel. Com- 
prenez combien ce devait être une chose diffi- 
cile de subir des outrages quotidiens, sans cesse 
en butte aux mépris, aux embûches, aux périls, 
aux sarcasmes, aux opprobres, à la mort, et de 
ne jamais succomber ou défaillir même ; d'être 
assailli de toute part et chaque jour de traits 
sans nombre, et de rester toujours debout, avec 
un visage inaltérable. Cela dépasse les forces 
de l'humanité; mais la grâce divine non plus 
n'agit pas seule, elle réclame le concours de la 
volonté. Que Dieu, prévoyant ce que devait 
être cet homme, l'ait choisi, écoutez comment 
il è'en explique, avant que Paul eût commencé 
de prêcher : « Celui-ci est pour moi un vase 
d'élection, destiné à porter mon nom devant 
les peuples et les rois. » Act. , ix , 15. Ceux qui 
portent à la guerre l'étendard impérial, que 
nous avons l'habitude d'appeler Labarum, ont 
besoin d'un grand courage et d'une grande habi- 
leté, pour ne pas le laisser tomber aux mains des 
ennemis : de même ceux qui portent le nom du 
Christ, non-seulement durant la guerre, mais 
- encore durant la paix, doivent être doués d'une 
grande énergie , pour ne pas l'exposer aux 
langues qui le blasphèment, pour tenir bien 
haut l'étendard de la croix. Oui , le plus grand 
courage est nécessaire à qui porte le nom du 
Christ. Celui qui dit, fait ou pense une chose 
indigne, ne porte plus ce nom et n'a plus le 
Christ en lui-même. Celui qui le porte digne- 
ment marche en triomphe, non à travers l'a- 
gora, mais au-dessus de la voûte céleste; et tous 
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HOMÉLIE III. 



sont saisis de généreux frissons, les anges l'es- 
cortent et l'admirent. « Je rends grâces à celui 
qui m'a rempli de force, au Christ Jésus Notre- 
Seigneur. » C'est aussi pour lui-même, vous le 
voyez, qu'il se répand en actions de grâces. 
Parce qu'il est un vase d'élection, il proclame sa 
reconnaissance. — Mais c'est là votre œuvre, ô 
bienheureux Paul, et Dieu ne fait pas acception 
de personne. — Et cependant je lui rends 
gràpes, répond-il, de ce qu'il m'a jugé digne 
d'un tel ministère; car c'est le signe qu'il a 
prévu ma fidélité. L'économe choisi pour admi- 
nistrer une maison est reconnaissant envers son 
maître ; non-seulement d'une telle preuve de 
confiance, mais encore d'avoir été visiblement 
jugé plus fidèle que les autres : image de ce qui 
se passe ici. Examinez ensuite de quelle façon il 
relève la miséricorde et l'amour de Dieu, en 
déroulant sa vie antérieure : « Moi qui fus d'a- 
bord un blasphémateur, qui le persécutais et 
l'accablais d'outrages. » Quand il parle des 
Juifs, encore incrédules, son langage est bien 
plus doux : « Je leur rends ce témoignage, dit-il, 
qu'ils ont le zèle de Dieu, mais non selon la 
science; » Mom., x, 2; tandis qu'il s'accuse 
hautement de blasphème, de persécution, d'ou- 
trage. Voyez-vous quel mépris de lui-même, 
quel éloignement de tout amour propre, à quel 
degré d'humilité cette âme est parvenue? 11 ne 
suffit pas à l'Apôtre de se déclarer blasphéma- 
teur et persécuteur, il pèse sur de telles accusa- 
tions. Ma criminelle démence, dit-il, ne se ren- 
fermait pas en moi seul, je ne m'arrêtais pas au 
blasphème ; j'allais jusqu'à persécuter ceux qui 
voulaient mener une pieuse vie. C'était le blas- 
phème atteignant au comble de la frénésie. 
« Mais Dieu m'a fait miséricorde, considérant 
que j'agissais ainsi dans l'ignorance et que je 
n'avais pas encore la foi. » 

2. Et pour quelle raison les autres Juifs n'ont- 
ils pas également obtenu miséricorde? Parce 
que ce qu'ils ont fait, ils l'ont fait avec une 
pleine connaissance, avec une malice réfléchie. 
Pour bien le comprendre, écoutez ce que 
dit l'Evangéliste : « Beaucoup parmi les Phari- 
siens et les Juifs croyaient, mais ne confessaient 
pas; car ils ont aimé la gloire que les hommes 



donnent plus que celle qui vient de Dieu. » 
Joan. 9 xn, 42, 43. Le Christ a dit encore : 
a Comment pouvez- vous avoir la foi, deman- 
dant la gloire les uns aux autres? » Ibid.> v, 
44 ; ix, 22. Nous lisons de plus : « Voilà ce que 
répondirent les parents de l'aveugle, à cause 
des Juifs et de peur d'être chassés de la syna- 
gogue. » Ibid., xn, 19. Les Juifs mêmes s'ex- 
primaient ainsi : ç Vous voyez que nous n'a- 
vançons à rien et que tout le monde marche à 
sa suite. » Us se montrent partout possédés du 
désir de la domination. Eux-mêmes cependant 
avaient dit aussi : « Personne ne peut remettre 
les péchés, si ce n'est Dieu seul; » Luc, v, 2i ; 
et le Christ fit aussitôt ce qu'ils déclaraient êtré 
le signe de la divinité. Ils n'agissaient donc 
point par ignorance. Où se trouvait Paul à cette 
époque? On peut dire qu'il était alors aux pieds 
de Gamaliei; et celui-ci n'avait rien de commun 
avec cette foule séditieuse : Gamaliei était un 
homme qui ne se laissait nullement guider par 
l'ambition. Comment donc après cela Paul se 
rencontre-t-il parmi la foule? Il voyait la nou- 
velle doctrine gagner du terrain, dominer de 
plus çn plus, entraîner la plupart des hommes. 
Du vivant même du Christ, tantôt on allait à 
lui, tantôt on allait aux docteurs. La masse se 
portant déjà de ce côté, ce n'était plus par am- 
bition, comme tant d'autres, c'était par un zèle 
désintéressé que Paul agissait de la sorte. Pour- 
quoi donc se rendait-il à Damas ? C'est qu'il re- 
gardait cette doctrine comme un fléau public; 
il craignait qu'elle ne s'étendit par tout le 
monde. 11 n'en était plus de même des Juifs : 
ceux-ci n'entendaient certes pas exercer un pa- 
tronage, ils voulaient retenir le pouvoir. Voilà 
leur unique mobile; éçoutez aussi ce qu'ils di- 
saient : « Les Romains viendront détruire notre 
nation et notre ville. » Joan. 9 xi, 48. Quelle est 
cette crainte dont ils sont assaillis ? Une crainte 
humaine ? 

Il serait à propos de demander comment ce 
jeune homme si parfaitement instruit dans la 
loi ne savait rien de cette doctrine ; lui-même 
cependant a dit plus tard : « Ce qu'il avait au- 
paravant promis par ses prophètes. » Rom., 
i, 2. Comment, vous ignorez, vous zélateur 



zélal 

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200 HOMÉLIES SUR LA I" 

ardent des lois paternelles, vous instruit aux 
pieds de Gamaliel? Mais des hommes vivant 
sur les lacs et les fleuves, des Publicains même 
sont accourus; ont embrassé la foi nouvelle; 
et vous la persécutez malgré votre connais- 
sance de la loi ? C'est pour cela qu'il se con- 
damne lui-même en disant : a Je ne suis pas 
digne du nom d'apôtre.» I Cor., xv, 9. C'est 
pour cela qu'il avoue son ignorance, cette igno- 
rance née de l'incrédulité. C'est enfin pour cela 
qu'il déclare avoir reçu miséricorde. Que si- 
gnifient ces mots : «11 m'a jugé fidèle? • Paul n'a 
jamais trahi les intérêts de son maître; il lui 
rapportait tout, même ce qu'il avait en propre ; 
il était loin d'usurper la gloire de Dieu. Ecoutez 
ce qu'il disait dans une autre circonstance : 
a Hommes, pourquoi faire attention à nous? 
nous sommes des hommes comme vous, sujets 
aux mêmes défaillances.» Act., xiv, 14. Au 
fond , c'est toujours : « Il m'a jugé fidèle. » 
Ailleurs il s'exprime ainsi : « J'ai plus abon- 
damment travaillé qu'eux tous, non pas moi, 
mais la grâce de Dieu avec moi; » I Cor., xv, 
10 ; ailleurs encore : « Il opère en nous le vou- 
loir et l'action. » Philip., n, 43. Par là même il 
se déclare digne de châtiment; c'est à de tels 
hommes que miséricorde est faite. Rappelons 
une autre parole : « L'aveuglement est en par- 
tie tombé sur Israël; mais la grâce de Dieu a 
surabondé avec la foi et la charité qui est dans 
le Christ Jésus. » Rom., xi, 25. Qu'est-ce à dire? 
En entendant qu'il a reçu miséricorde, vous ne 
devez pas vous en tenir simplement à cet aveu : 
a J'étais un blasphémateur, un persécuteur, j'ac- 
cablais le Christ d'outrages; » et dès lors je méri- 
tais d'être châtié. Je ne l'ai pas été cependant, 
miséricorde m'a été faite., 
Miséricorde Est-ce là tout ? la miséricorde s'est-elle bornée 
ers les hom- à vous épargner le supplice? — Nullement; 
l68 ' elle s'est encore signalée par de grands et nom- 
breux bienfaits : non content de nous délivrer 
de la peine suspendue sur nos têtes, Dieu nous 
a faits ses enfants, ses frères, ses amis, ses héri- 
tiers, ses cohéritiers. De là cette expression : 
« La grâce a surabondé, » montrant si bien que 
de tels dons ont dépassé les limites de la misé- 
ricorde; car ce n'est plus là simplement de la 



ÉPÏTRE A TIMOTHÉE. 
pitié, c'est de l'amour, et de l'amour à la su- 
prême puissance. Après avoir donc exposé d'une 
manière splendide cette bonté de Dieu qui par- 
donne le blasphème, la persécution et l'ou- 
trage, qui ne s'arrête pas même là, mais pro- 
digue aux coupables tant d'autres bienfaits, 
Paul nous corrobore de nouveau contre les er- 
reurs des infidèles , et maintient l'intégrité du 
libre arbitre en ajoutant : « Avec la foi et la 
charité qui est en Jésus-Christ. » Telle est notre 
part de collaboration : nous avons cru qu'il pou- 
vait nous sauver. 

3. En conséquence, aimons Dieu par le Christ. 
Qu'est-ce à dire par le Christ? C'est par lui que 
nous avons obtenu ce privilège , et non par la 
loi. Voyez-vous de quels biens le Christ est 
pour nous la source ? et quels sont ceux que 
Ja loi procurait ? Il ne s'agit pas ici simplement 
d'abondance; « la grâce a surabondé, » a dit 
l'Apôtre. Oui vraiment, elle a surabondé, puis- 
qu'elle a soudain revêtu de l'adoption filiale ceux 
qui méritaient mille châtiments. Une fois encore, 
remarquez le mot dans signifiait par. Il ne 
suffit pas de croire, il faut de plus aimer. Beau- 
coup aujourd'hui comme alors, croient à la di- 
vinité du Christ, et ne l'aiment pas, n'accom- 
plissent pas surtout les œuvres de l'amour. Et 
comment l'aimeraient-ils quand ils lui préfèrent 
autre chose, les biens matériels, de vaines 
croyances, la peur du destin, des observances 
superstitieuses, les pronostics et les songes? 
Puisque nous vivons pour l'outrager, l'aimons- 
nous, je vous le demande ? L'ardente affection 
que vous avez pour un ami sincère, ayez-la du 
moins pour le Christ ; aimez de la même ma- 
nière Celui qui pour des ennemis a donné son 
Fils unique, quand nous n'avions rien fait pour 
le mériter. Et que dis-je, quand nous n'avions 
rien fait pour le mériter? Quand nous avions 
fait tout le mal possible, quand nous l'avions 
attaqué sans motif avec une extrême audace. 
Lui cependant , après tant de bienfaits et de 
soins inutiles, ne nous a pas rejetés ; il nous a 
donné son Fils, après que nous venions de com- 
mettre les plus grands crimes. Oubliant tous les 
biens qu'il nous avait prodigués, alors qu'il 
nous avait rendus dignes de son amitié, nous 
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HOMÉLIE m. 



201 



ne l'avons pas même aimé comme un ami. Quel 
espoir pouvons-nous avoir encore? 

Ce langage vous fait peut-être frissonner; 
puissiez-vous reculer devant la réalité mêmel 
— Et comment, direz- vous, n'aimerions- nous 
pas Dieu comme on aime un ami? — Gomment? 
jé vais essayer de vous l'apprendre , et puissé-je 
vous paraître délirer dans mon discours ; mais 
je crains bien que les faits ne donnent raison 
aux paroles. Examinez plutôt : pour leurs amis, 
j'entends des amis véritables, beaucoup se sont 
résignés volontiers à de grandes pertes; et pour 
le Christ, loin de se résigner à perdre, on ne se 
contente même pas de ce qu'on possède : pour 
un ami nous acceptons des injures, nous assu- 
mons des inimitiés ; pour le Christ nul ne veut 
encourir une haine, on va redisant : Un amour 
gratuit, à la bonne heure ; une haine gratuite, 
non. Nous n'abandonnons jamais un ami dans 
l'indigence ; mais, le Christ venant chaque jour 
implorer un morceau de pain, et n'exigeant de 
nous aucun sacrifice considérable, nous ne dai- 
gnons pas le regarder; et cela, quand nous 
exhalons l'intolérable odeur de nos excès dans 
le boire et le manger, quand nous sommes 
plongés dans les délices, quand le vin absorbé la 
veille tourmente encore notre estomac. D'âutres 
donnent sans compter aux courtisanes, d'autres 
encore aux parasites, aux flatteurs, à des 
monstres, à des fous, à des nains, faisant ainsi 
servir à leur amusement les défauts de la nature. 
Le bonheur des vrais amis ne nous rend pas 
jaloux, ne nous cause jamais aucune tristesse. 
S'agit-il du Christ, nous ne sommes pas étran- 
gers à ces défaillances; on voit l'amour des 
hommes accomplir ce que ne peut la crainte 
de Dieu. L'envieux et l'hypocrite craignent 
moins Dieu que les hommes. Comment? je 
vais vous le dire : Dieu voyant le fond des 
cœurs, l'homme ne cesse de tramer des rtfses; 
s'il aperçoit un autre homme , le voilà perdu , 
il rougit et se trouble. Mais pourquoi m'y 
arrêter? Qu'un ami soit dans la peine, nous 
courons à lui; le moindre retard nous fait 
craindre d'être accusés d'indifférence. Le Christ 
meurt souvent dans les fers , et nous n'allons 
pas le visiter. Si nous visitons les amis chré- 



tiens, ce n'est pas précisément parce qu'ils 
sont chrétiens, c'est parce qu'ils sont nos 
amis. 

4. Pas de doute possible, rien ne se fait par ici-bas près- 

. M , . t _ que tout se 

crainte de Dieu, rien par amour; tout par affec- fait parhabi- 
tion humaine, ou par habitude. Quand un ami p^amoarde 
s'éloigne de nous, nous l'accompagnons de nos 
soupirs et de nos larmes; s'il vient à mourir, 
nous sommes dans une désolation profonde, sa- 
chant bien cependant qu'il ne nous est pas 
enlevé pour toujours, que nous le retrouverons 
au jour de la résurrection. A chaque instant le 
Christ est séparé de nous, ou plutôt nous le 
repoussons nous-mêmes; et nous ne gémissons 
pas, nous n'avons pas conscience de la gravité 
de nos actes, alors que nous l'affligeons, que 
nous l'offensons, que nous provoquons sa colère, 
que nous méconnaissons sa volonté. La chose 
est moins horrible, si nous nous bornons à ne 
pas le traiter en ami; mais je puis vous montrer 
que nous le traitons en ennemi. Voici de quelle 
manière : « La prudence de la chair , dit l'A- 
pôtre , est l'ennemie de Dieu. » Rom., vm, 7. 
Et nous nous guidons constamment par cette 
prudence ; le Christ ne cesse de vouloir venir à 
nous, et nous le consignons à la porte; car c'est 
là cé que font nos iniquités : nous l'accablons 
chaque jour d'injures par notre avarice et nos 
rapines. On entoure de considération et quel- 
quefois de gloire celui qui prêche la doctrine du 
Christ et qui sert ainsi l'Eglise : nous, au con- 
traire, nous lui portons envie, parce qu'il fait 
l'œuvre de Dieu. Il paraît être l'objet de ce bas 
sentiment; mais en réalité l'envie remonte au 
Christ lui-même. 

Non, me répondrez-vous, nous voudrions seu- 
lement que ce bien se fît par nous , et non par 
les autres; or, si nçus avions de telles disposi- 
tions pour le Christ, peu nous importerait que 
ce fût par les autres, au lieu d'être par nous. — 
Dites-moi, si un médecin avait un enfant en 
danger de devenir aveugle, et ne savait pas lui- 
même comment le guérir, pensez -vous qu'il 
repousserait un de ses collègues qui pourrait 
opérer cette guérison? Ce n'est pas croyable; 
il lui dira plutôt : Qu'il soit guéri par vous ou 
par moi, qu'importe? Et pourquoi? Parce qu'il 
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202 HOMÉLIES SUR LA l n ÉPITRE A TIMOTHÉE. 

regarde le bien de son enfant, et non le sien — 
propre. Si nous avions en vue la gloire du 
Christ, nous dirions de même : Qu'importe 
que ce soit par nous ou par un autre , que le 
bien s'accomplisse? « Pourvu que le Christ soit 
annoncé, je n'examine pas si c'est volontaire- 
ment ou par occasion. » Philip., i, 18. Ecoutez 
ce que répondit Moïse à ceux qui voulaient 
exciter son courroux, quand Eldad et Modad 
prophétisaient : « Ne soyez pas jaloux pour 
moi; qui me donnerait devoir tout le peuple 
du Seigneur se composer de prophètes? 0 Nu?n., 
xi, 29. Tous ces bas sentiments partent de la 
vaine gloire. — Mais ce qui les excite n'est-ce 
pas une marque de haine et d'hostilité? — Quel- 
qu'un a parlé mal de vous? Aimez-le davantage. 
— Cela se peut-il? — A merveille; il suffit de 
le vouloir. Quand vous aimez celui qui dit du 
bien de vous, vous ne faites rien de méritoire; 
ce n'est pas pour le Seigneur, c'est pour vous- 
même que vous agissez ainsi. Quelqu'un vous 
a-t-il porté préjudice? Répondez-lui par des 
bienfaits; en rendant le bien pour le bien, 
vous ne faites rien d'admirable. Vous avez 
éprouvé les plus grands dommages? Appliquez- 
vous à faire tout l'opposé. 



conclusion Qui, je vous en conjure, donnons cette direc- 

morale. u 

tion à notre vie ; cessons de nuire et de haïr. 
Dieu nous ordonne d'aimer nos ennemis, et 
nous le persécutons, lui qui nous aime. — Loin 
de moi cette pensée, vous écriez-vous. — Nous 
parlons tous de la sorte; mais nous ne confor- 
mons pas tous notre conduite à ce langage. 
Tel est l'aveuglement du péché , que ce qu'on 
ne supporterait pas en paroles, on le tolère en 
action. Abstenons -nous enfin, quoique bien 
tard peut-être, de ce qui mine et détruit notre 
salut, pour obtenir les biens qui reviennent de 
droit aux amis. « Je veux , disait le Sauveur, 
que là où je suis, soient aussi mes disciples, 
qu'ils voient ma gloire. » Joan., xvn, 24. Puis- 
sions-nous tous la contempler, par la grâce et 
l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui 
gloire, puissance, honneur, en même temps 
qu'au Père et au Saint-Esprit, maintenant et 
toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi 
soit-il. 



HOMÉLIE IV. 

« Parole digne de foi, digne de toute confiance, le Christ 
Jésus est venu dans ce monde sauver les pécheurs, 
dont je suis le premier; mais j'ai ohteuu miséricorde, 
parce que Jésus-Christ a voulu montrer en moi le pre- 
mier toute sa mansuétude, pour l'instruction de ceux 
qui doivent croire en lui, et parvenir de la sorte à la 
vie éternelle. » 

1. Les bienfaits de Dieu sont tellement grands, 
ils dépassent à ce point les prévisions et les espé- 
rances de l'homme , que souvent ils échappent 
même à sa foi. Dieu nous a donné des grâces 
que l'entendement humain ne saurait ni prévoir 
ni comprendre. Voilà pourquoi les apôtres y 
reviennent si souvent, afin de nous persuader 
que telle est en réalité la munificence di- 
vine. Quand nous arrive un extrême bonheur, 
nous ressentons une impression qui se traduit 
par cette parole : N'est-ce pas un songe? Ce qui 
semble dire que nous n'y croyons pas : la même 
chose a lieu par rapport aux bienfaits divins. 
Qu'est-ce donc qu'on avait tant de peine à 
croire? Que des ennemis, des pécheurs, ceux 
qui sous la loi n'avaient pas été justifiés par les 
œuvres, fussent tout à coup par la foi seule 
élevés à la plus haute dignité. 11 a longuement 
parlé dans son épître aux Romains de cette 
question capitale, il en parle longuement ici. 
« Parole digne de foi, digne de toute confiance, 
le Christ Jésus est venu dans ce monde sauver 
les pécheurs, dont je suis le premier. » Comme 
c'était là le plus sûr moyen de gagner les Juifs, 
il leur persuade de la sorte d'abandonner la loi, 
puisqu'elle est impuissante dans l'ordre du 
salut, œuvre essentielle de la foi. 11 lutte donc 
contre leurs préventions. Et dans le fait, il 
semblait incroyable qu'un homme dont la vie 
antérieure s'est écoulée sans résultat ou même 
dans le mal , puisse après cela être sauvé par la 
foi seule. De là ce début : « Parole sûre , ou 
digne de foi. » Non contents cependant de ne 
pas croire, plusieurs récriminaient, comme le 
font encore les Gentils, quand ils disent: a Fai- 
sons le mal pour qu'il en résulte du bien. » 
Rom. y m, 8. C'est parce qu'ils avaient entendu 
Paul tenir ce langage : « Où le péché avait 

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HOMÉLIE IV 

abondé, a surabondé la grâce,» Ibid.> v, 20, 
qu'ils accusaient ainsi nos institutions. 

La même chose a lieu lorsque nous leur par- 
lons de la géhenne. — Et comment, disent-ils, cela 
serait-il digne de Dieu? L'homme pardonne à 
son serviteur, après même qu'il l'a surpris com- 
mettant mille méfaits ; et Dieu nous frapperait 
d'une peine éternelle? — Puis, quand nous leur 
parlons du baptême et de la rémission des pé- 
chés par ce sacrement, ils s'écrient : Convient-il 
à la justice divine de remettre ainsi les innom- 
brables péchés dont un homme s'est rendu cou- 
pable? — Voyez- vous quel désordre dans leurs 
idées, et comme à tout propos éclate leur esprit 
de contention? Mais enfin, si c'est un mai de 
pardonner, ce doit être un bien de punir, je parle 
d'après leur affirmation même. D'après nous, l'un 
et l'autre sont un bien ; et nous le prouverons 
dans une autre circonstance, ne le pouvant 
pas dans ce moment. C'est une profonde ques- 
tion à débattre , elle exige la plus grande atten- 
tion; nous la traiterons en son temps devant 
votre charité : poursuivons maintenant l'expli- 
cation de notre texte : « Parole digne de foi. » 
Comment est-elle démontrée telle? Parles anté- 
cédents et par les conséquences. Observez de 
quelle manière il prépare sa démonstration, et 
l'établit ensuite. Quand il disait que le blasphé- 
mateur, le persécuteur avait obtenu miséri- 
corde, c'était le travail de préparation. Dieu ne 
s'est pas contenté de lui faire miséricorde , dit- 
il, il l'a de plus r^ndu fidèle; et cette foi met 
hors de doute le pardon. En effet, lorsqu'on voit 
vivant à la cour celui qui naguère était dans les 
fers, on ne peut pas douter qu'il ne soit par- 
donné : cela s'était accompli dans l'Apôtre. 11 
ne craint pas de se donner lui-même pour 
exemple , il ne rougit pas de s'appeler un pé- 
cheur, il s'en réjouit même; car il peut d'autant 
mieux faire éclater l'étonnante grandeur de la 
bonté divine, qu'il en a été lui-même l'objet. 

Mais comment, après avoir dit ailleurs de lui- 
même : a Selon la justice tracée dans la loi, 
j'étais devenu sans reproche, » Philip. , m, 6, 
se déclare-t-il ici pécheur, et le premier des pé- 
cheurs? C'est par rapport à "la justice que Dieu 
donne et qu'il faut avant tout rechercher. Ceux 



203 

qui vivaient sous la loi étaient encore des pé- 
cheurs : o Tous ont péché, et la gloire de Dieu 
leur est nécessaire. » Rom., m, 23. Voilà pour- 
quoi la justice dont il parle est celle qui se trouve 
dans la loi. De même que celui qui possède 
beaucoup d'argent parait riche, à ne considérer 
que lui-même, mais se trouve bien pauVre, et le 
premier des pauvres, quand on compare sa 
fortune aux trésors des rois; de même ici les 
hommes comparés aux anges sont toujours des 
pécheurs, bien qu'ils soient justes. Si Paul, après 
avoir accompli toute la justice de la loi, est 
encore le premier des pécheurs , quel est celui 
des autres qu'on peut appeler juste? Ce n'est 
pas pour s'accuser d'une vie désordonnée qu'il 
s'est exprimé de la sorte, assurément non ; c'est 
en rapprochant la justice ancienne de celle qui 
nous est maintenant révélée, qu'il déclare celle- 
là sans valeur aucune. Il va même plus loin , il 
proclame pécheurs ceux qui la possédaient. 
« Mais j'ai obtenu miséricorde, afin que Jésus- 
Christ montrât en moi le premier toute sa man- 
suétude, pour l'instruction de ceux qui doivent 
croire en lui et par là même obtenir la vie éter- 
nelle. » 

2. Voyez-vous comme il s'abaisse et s'humilie Nouvelle hu- 

, t , . . milité de 1*A- 

de nouveau , tout en présentant une raison 
moins grave? Dire, en effet, que le pardon lui 
a été accordé à cause de son ignorance, c'est 
alléger le poids de ses fautes et montrer qu'on 
n'était pas tellement digne de condamnation ; 
mais ajouter qu'on est pardonné pour que nul 
pécheur ne désespère dans la suite et puisse 
compter sur la même faveur, c'est accablant au 
delà de toute expression. Alors donc qu'il disait: 
a Je suis le premier des pécheurs , un blasphé- 
mateur; j'ai lancé la persécution et l'outrage; je 
ne suis pas digne du nom d'apôtre, » 1 Cor., xv, 9, 
et les autres choses que nous avons vues, il ne 
s'humiliait pas au même point. Un exemple nous 
le fera mieux comprendre : Représentez-vous une 
populeuse cité uniquement composée d'hommes 
pervers, les uns plus, les autres moins, mais 
tous condamnables; il en est un cependant qui 
s'est rendu plus digne du dernier supplice, parce 
qu'il a dépassé toutes les limites de la perver- 
sité : qu'on vienne annoncer que le roi iveut 
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204 



HOMÉLIES SUR LA p ÉPITRE A TIMOTHÉE. 



pardonner à tout le monde, on n'y croira pas 
aisément, jusqu'à ce que le plus criminel de 
tous ait obtenu son pardon; mais après cela 
plus de doute possible. Tel est le sens du lan- 
gage de Paul : Dieu voulant bien persuader aux 
hommes qu'il est prêt à tout pardonner, a choisi 
celui de tous qui était le plus coupable. Dès que 
j'ai reçu mon pardon, dit-il, il n'est plus permis 
• de craindre pour les autres. C'est une locution 
usitée. En faisant grâce à celui-là, Dieu prouve 
qu'il ne punira personne. L'Apôtre fait voir 
aussi combien il était indigne de pardon, et que, 
s'il a le premier obtenu miséricorde, c'est en 
vue du salut de tous. Personne donc qui doive 
douter de son salut, puisque j'ai été sauvé. Re- 
marquez encore l'humilité de ce bienheureux. 
Il n'a pas dit que Dieu voulait montrer en lui 
sa patience; il a dit : « Toute sa patience. » Voici 
la signification de ce mot : Nul autre n'avait 
besoin de patience plus que moi, Dieu n'en pou- 
vait pas trouver d'aussi coupable, qui eût un 
égal besoin de toute sa miséricorde et de toute 
sa mansuétude; une partie ne suffisait pas, 
comme elle suffirait à ceux qui n'ont péché 
qu'en partie. 

« Pour l'instruction , » l'exhortation, l'encou- 
ragement , a de ceux qui doivent croire en 
lui, et de la sorte obtenir la vie éternelle. » 
Comme il a dit une si grande chose du Fils , 
comme il a fait ressortir son amour, il ne veut 
pas que ce soit au détriment du Père , dans la 
pensée de qui que ce soit; aussi lui rend-il 
gloire , en ajoutant : ,« Au Roi immortel des 
siècles, à l'invisible, au seul sage, à Dieu, hon- 
neur et gloire dans les siècles des siècles. Ainsi 
soit-il. » Pour toutes ces choses nous glorifions 
non-seulement le Fils, mais encore le Père. 
Interrogeons maintenant les hérétiques. Ils 
donnent au Père le titre de seul vrai Dieu; le 
Fils ne le serait-il doûc pas? de seul incor- 
ruptible; le Fils ne le serait-il pas non plus? ne 
posséderait-il pas lui-même une qualité qu'il a 
pu nous donner après coup? — Sans doute, 
répondent-ils, il est Dieu, il est incorruptible, 
mais non de la même façon que le Père. — Que 
dites-vous? il n'est pas égal, il est d'une sub- 
stance inférieure? c'est dire qu'il est d'une 



moindre incorruptibilité. Comment sè peut-il 
qu'on soit plus ou moins incorruptible? car 
enfin l'incorruptibilité n'est pas autre chose 
que l'absence de toute corruption. — Mais quoi, 
serons-nous incorruptibles de la même ma- 
nière? insisteront-ils. — Loin de nous cette pré- 
tention; cela ne saurait être. Pourquoi? Parce 
qu'il est incorruptible par nature, et que nous 
le sommes par voie de communication. Faut-il 
en conclure que c'est la même chose pour le 
Fils? Non certes; c'est par nature qu'il est in- 
corruptible lui aussi. — Où donc est la diffé- 
rence? — C'est que, répondront-ils, le Père 
n'a pas reçu d'un autre cette propriété, tandis 
que le Fite l'a reçue du Père. Nous sommes d'ac- 
cord sur ce point ; nous ne nions pas que le Père 
n'ait engendré le Fils d'une manière incor- 
ruptible. — C'est pour cela, disent-ils , e'est à 
cause de cette génération que nous glorifions 
le Père. — Vous voyez donc bien que le Père 
est surtout glorifié, quand le Fils accomplit de 
grandes choses ; car la gloire du second remonte 
au premier. La personne engendrée n'étant pas 
moins puissante, étant égale en tout, l'Etre gé- 
nérateur a droit à la même gloire , précisément 
à cause de cette égalité, parce qu'il n'existe 
aucune défaillance. 

a Le Roi des siècles; » Hebr., i, 2; c'est le 
Fils aussi bien que le Père, puisque c'est par 
lui que les siècles ont été faits. Le sens est le 
même ici. Quand il s'agit des hommes, la for- » 
mation et la création sont deux choses distinctes : 
l'un prépare les matériaux, les façonne, ac- 
complit le labeur, l'autre commande. Pourquoi? 
Parce que celui qui fait l'œuvre est d'un rang 
inférieur. 11 n'en est plus de même dans la di- 
vinité : là pas de distinction entre le comman- 
dement et l'œuvre. Lors donc que j'entends : 
a Par lui il a fait les siècles, » je n'enlève pas 
au Père la formation des créatures. De même, 
lorsque j'entends que le Père est le Roi des 
siècles , je n'enlève pas au Fils la souveraineté : 
ces deux choses leur sont communes ; sous ce 
rapport, pas de différence entre eux. Le Père, 
en engendrant un Fils créateur, est créateur 
lui-même; le Fils possède la royauté, parce qu'il 
est le souverain Seigneur des créatures. Il n'o- 

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HOMÉLIE IV. 



m 



père pas en vue d'une récompense comme nous, dans le corps, et comment dans l'àme? — Daos 
ni pour accomplir la volonté d'un autre; il le corps, celui-là le glorifie qui s'éloigne de l'im- 
obéit à sa propre bonté, à son amour pour les pureté , de l'ivresse et de la gourmandise , qui 
hommes. Mais quoi! le Fils n'a-t-il jamais été ne cherche pas l'éclat extérieur, et ne s'occupe 
vu? On ne saurait le prétendre. Que signifie du corps qu'autant qu'il est nécessaire pour 
donc ceci : « A l'incorruptible, à l'invisible, au conserver la santé; cette femme qui ne se couvre 
seul Dieu sage? » Et que signifient ces autres pas de parfums, qui ne peint pas son visage, 
paroles : « Il n'est pas d'autre nom dans lequel qui se contente de l'œuvre divine et se garde 
nous devions être sauvés? » et puis : « Il n'est d'y rien ajouter. Pour quelle raison, dites-moi, 
de salut en aucun autre? » Act. 9 iv, 12. « Hon- voulez-vous ajouter à cette œuvre sortie com- 
neur et gloire dans les siècles des siècles. Ainsi plète des mains du Créateur? Gela ne peut-il 
soit-il. » On ne rend pas honneur et gloire par vous suffire? auriez- vous la prétention de cor- 
de simples paroles. Ce n'est pas ainsi que Dieu riger l'œuvre comme un artiste supérieur? 
nous a honorés, c'est par des actes et d'une ma- Telle n'est pas votre intention sans doute; 
nière réelle; honorons -le de même par notre vous vous parez alors, et vous ne craignez pas 
conduite et nos actions. L'honneur que nous d'insulter l'Artiste suprême , pour attirer après 
rendons nous intéresse nous-mêmes, et ne peut vous un vil troupeau d'esclaves. — Que faire? me 
rien faire à Dieu; il n'a pas besoin de nos hom- direz- vous; je ne voudrais pas de cette parure; 
mages, et nous avons besoin de ses bienfaits. mais elle m'est imposée par la volonté de mon 
3. En l'honorant donc , nous nous honorons mari. — On ne devient pas une idole, quand on 
nous-mêmes. Quand on ouvre les yeux pour ne le veut pas. Si Dieu vous a donné la beauté, 
contempler la lumière du soleil, on se fait du c'est pour être admiré dans son œuvre, et non * 
bien à soi-même par le spectacle d'une telle pour être outragé ; ne le récompensez pas par 
splendeur, et ce n'est pas à cet astre qu'on fait de tels artifices, mais bien par la sagesse. S'il 
du bien, il n'en est pas plus radieux, il de- vous a faite belle, c'est pour rendre plus nobles 
meure toujours le même. Ainsi par rapport à les combats de la vertu. Celle qui possède ces 
Dieu , ou plutôt dans des proportions incompa- avantages extérieurs a plus de mérite, en effet, 
rablement supérieures , l'admirer et l'honorer, à demeurer chaste, que celle dont aucun homme 
c'est remonter à la source de tous les biens, n'ambitionne l'affection. Entendez-vous ce que 
Comment? Parce qu'on en reçoit la gloire l'Ecriture dit de Joseph? « Il était beau, il at- 
quand on entre dans le chemin de la vertu : tirait les regards. » Gènes., xxxix, 6. Quel inté- 
a Je glorifierai, dit-il lui-même, ceux qui rèt avons -nous à savoir que Joseph était beau? 
me glorifient. » IReg., n, 30. — Comment Celui d'admirer sa modestie par là-même que imite* ïamo- 
donc. est-il glorifié, m'objecterez-vous , s'il ne nous admirons sa beauté. Dieu vous a faite seph. 
jouit pas de la gloire que nous lui rendons? — belle? pourquoi vous enlaidissez- vous? Se far* 
De la même manière que l'Ecriture dit de lui der, c'est mettre de la boue sur une statue d'or : 
qu'il a faim et soif; il s'approprie tous les senti- au fond c'est de la terre rouge ou blanche que 
ments de l'homme, afin de nous gagner du vous étendez sur votre peau. — Mais alors celles 
moins par ce moyen; il déclare recevoir les qui sont laides ont le droit de recourir à ces 
hommages et les insultes, pour que cette pensée moyens? Et la raison, je vous prie? Pour 
nous saisisse de crainte : et cela même ne peut dissimuler leur laideur, n'est-ce pas? peine inu- 
pas nous entraîner. Glorifions Dieu, exaltons-le tile. Quand est-ce, dites-moi, que le naturel est 
dans notre corps et dans notre âme. — Et com- surpassé par les inventions et les agencements 
ment le glorifierons-nous, me demandera- t-on, de l'art? Pourquoi la laideur cause -t-elle tant 
dans l'une et l'autre de ces deux substances? de tristesse , quand elle est exempte de tout 
c'est bien de l'àme qu'il s'agit par opposition déshonneur? Ecoutez la parole d'un sage : 
avec le corps. Comment donc le glorifions-nous a N'attaquez pas un homme sur son extérieur, 



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206 



HOMÉLIES SUR LA I" 



LPITRE A T1MOTHÉE. 



ne louez pas un homme à cause de sa beauté. » que l'œil soit de telle façon ou de telle autre, 
Eccli.y xi, 2. Louez plutôt Dieu, l'auteur de pourvu qu'il remplisse bien sa destination.il est 
cette beauté , et non l'homme, qui n'est pour mauvais , et nous-mêmes avons coutume de le 
rien dans une telle œuvre. Et quel bien, dites- dire, quand il distingue mai les objets, quand il 
moi, résulte-t-il de ces belles formes? Aucun; ne les saisit pas d'une manière complète. Si 
au lieu de cela, mille querelles, de plus profonds quelqu'un ne voit pas les yeux ouverts, nous le 
ennuis, des dangers et des soupçons sans déclarons privé de cet organe. En général, 
nombre. La femme qui ne brille pas de cet éclat, nous déclarons mauvaise toute chose qui n'at- 
nul ne la soupçonne; tandis que l'autre, à teint pas son but; et tels sont les yeux viciés, 
moins qu'elle n'ait une parfaite modestie, une Quel est, vous demanderai-je encore, le mérite 
vertu supérieure , sera bientôt flétrie par l'opi- du nez ? est-ce qu'il soit bien droit, et qu'il pré- 
nion. Son mari ne cohabitera pas avec elle sans sente des deux côtés une agréable forme, une 
de cruelles pensées; et que peut-on imaginer juste proportion? ou n'est-ce pas qu'il soit Tor- 
de plus terrible? La beauté lui causera moins de gane parfait de l'odorat, qu'il perçoive les plus 
plaisir que la jalousie ne lui fera subir d'an- subtiles émanations pour les transmettre au cer- 
goisses. Le plaisir s'émousse par l'habitude , et veau ? La question est immédiatement résolue 
la femme cependant se fait une réputation de par tout le monde. 

mollesse, de relâchement, ou même d'immora- Allons plus loin , et prenons un exemple qui 
lité; elle n'est bientôt plus qu'une âme vide, la mette dans tout son jour. Supposons des 
et qui n'a plus qu'une arrogance extrême. pinces, des instruments destinés à saisir: à 
Voilà ce que la beauté traîne plus spéciale- quoi ferons-nous attention ? à la solidité de la 
ment à sa suite. Vous ne trouverez rien de pareil prise, à la précision de l'instrument, ou bien à 
chez la femme qui n'est pas ainsi douée : de ce la beauté de la forme extérieure? Le doute n'est 
côté ne se précipitent pas les chiens impudiques; pas non plus permis. Quelles sont les dents que 
elle est comme une brebis qui paît en repos, nous reconnaîtrons les meilleures? celles qui 
sans avoir à craindre les funestes attaques des coupent et triturent bien les aliments, ou bien 
loups, et le berger tranquille lui-même est assis celles qui sont rangées en bel ordre ? Encore 
auprès d'elle. Aucune infériorité entre la femme une question qui se résout d'elle-même. Si nous 
qui n'est pas belle et celle qui l'est; le mal est parcourions tout le corps, si nous examinions 
dans le désordre, alors même qu'on n'aurait pas chaque membre , nous trouverions également 
la beauté, ou bien encore dans la méchanceté que ceux-là sont beaux qui sont sains, parce 
du caractère. En quoi consiste la vertu des qu'ils remplissent bien leurs fonctions. Ainsi 
yeux,qu'on me le dise? est-ce donc à ce qu'ils d'un meuble quelconque, ainsi des animaux et 
soient caressants, mobiles, grands et bleus, ou des plantes : nous en mettons le service et l'uti- 
plutôtàcequ'ils aient une grande force visuelle? lité au-dessus de la bonne grâce. Pour nous 
Je suppose que c'est ce dernier avantage ; j e puis l'excellent serviteur , c'est celui qui nous rend 
le montrer par une comparaison : quel fest le mé- les meilleurs services , et non point celui qui 
rite d'une lampe? n'est-ce pas de répandre une plaît à la vue et recule devant sa tâche. Voyez- 
vive lumière et d'éclairer ainsi toute la maison? vous comment vous pouvez avoir la vraie 
ou serait-ce d'avoir une forme élégante et gra- , beauté? Puisque nous jouissons aussi bien que 
cieusement arrondie? Je supposa encore que les autres de tout ce qu'il y a de plus grand et 
c'est la première condition, la seule nécessaire ; de plus admirable, nous ne sommes pas de pire 
la seconde importe peu. Aussi disons-nous sans condition : comme eux nous contemplons ce 
cesse à la servante chargée de ce travail : Vous monde, le soleil, la lune, les étoiles, nous res- 
avez mal préparé cette lampe; tant il est vrai pirons le même air, nous avons à notre usage 
que la condition essentielle d'une lampe est la même eau, la même nourriture, que nous 
qu'elle éclaire bien. De même, il n'importe guère soyons beaux ou non. Je vous dirai, s'il le faut, 



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HOMÉLIE V. 



207 



une chose encore plus étonnante : la femme 
dénuée de beauté est généralement plus saine 
que la femme belle. Celle-ci, pour conserver 
son éclat, ne s'adonne pas à la fatigue, elle 
reste à l'ombre et dans l'oisiveté, ce qui détruit 
toute forme et toute vigueur, tandis que celle-là 
se fortifie dans le travail , ne se préoccupant 
guère de ses traits. 

Comme conclusion pratique, glorifions Dieu, 
glorifions-le dans notre corps , ne recherchons 
pas la parure : c'est une recherche insensée, une 
peine stérile. N'élevons pas les hommes à n'aimer 
que les beaux visages. Si vous prenez tellement 
soin de vous parer, vous conduirez votre mari 
dans les filets de la courtisane : si vous le formez 
à n'aimer que la pureté des mœurs et la beauté 
de la vertu , il ne sera pas de sitôt infidèle ; car ce 
n'est pas cetavantage qu'il trouvera dans la femme 
perdue, c'est tout le contraire. Ne l'habituez 
pas à se laisser prendre par la folle gaîté, 
par les attraits de la mollesse, de peur que 
vous ne prépariez pour vous-même la coupe 
empoisonnée. Enseignez-lui plutôt à trouver sa 
joie dans la modestie ; et vous le pouvez par vos 
modestes habitudes. Si vous donnez l'exemple 
de la dissipation et du relâchement , comment 
pourrez-vous placer une grave parole ? qui *ne 
rirait de vous et de votre sagesse empruntée ? 
Comment nous est-il possible de porter Dieu 
dans notre corps ? En pratiquant la vertu , en 
veillant à la beauté de notre âme ; c'est ici la 
seule parure qui soit permise. Oui, nous glori- 
fions Dieu, quand nous sommes de tout point 
irréprochables; et nous serons aussi glorifiés au 
dernier jour , non de la même manière , mais 
incomparablement plus. « J'estime, a dit Paul, 
que les épreuves de la vie présente ne sont pas 
dignes d'être comparées à cette future gloire 
qui doit se manifester en nous. » Rom., vin, 48. 
Puissions-nous tous l'obtenir cette gloire , par 
la grâce et l'amour de Notre-Seigneur Jésus- 
Christ, à qui gloire, puissance, honneur, .en 
même temps qu'au Père et au Saint-Esprit, 
maintenant et toujours, et dans les siècles des 
siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE V. 

a Voici le précepte que je vous impose, mon fils Timothée, 
conformément aux prophéties antérieures dont vous 
avez été l'objet, c'est que vous les accomplissiez dans 
l'exercice de la milice sainte , en gardant la foi et la 
bonne conscience; quelques-uns, en s'en éloignant ont 
fait naufrage dans la foi. » 

i. Elle est grande, elle est admirable, la di- ^ Grande est 
gnité de l'enseignement et du sacerdoce ; il iî prédication 
faut le jugement même de Dieu pour pro- ^^ dui *' 
duire en public un seul sujet capable. Ainsi 
faisait-on jadis; ainsi faisons-nous encore, quand 
nous choisissons en dehors de toute passion 
humaine, en nous dégageant de tout intérêt 
matériel, de toute amitié comme de toute haine. 
Quoique l'Esprit ne se répande pas sur nous 
avec la même abondance, il suffît d'une pure 
intention pour que Dieu lui-même imprime le 
caractère sacré. Les apôtres non plus n'avaient 
pas l'Esprit en eux, quand ils élurent Matthias; 
et cependant, confiant tout à la prière, ils le 
reçurent dans le chœur apostolique ; aucun 
sentiment humain ne pesa sur leur choix. Voilà 
comment les choses doivent encore se passer 
parmi nous. Mais, tombés que nous sommes 
dans la dernière indolence, nous passons à côté 
de ce qu'il y a de plus manifeste. Or, ne le voyant 
pas, pouvons-nous espérer que Dieu nous 
révèle ce qu'il y a de plus caché? Si vous n'avez 
pas été fidèles dans les petites choses, nous dit- 
il, qui vous confiera les grandes et les vraies? À 
cette époque, rien ne se faisant par un motif 
humain , les prêtres étaient élus par une sorte 
de prophétie. Qu'est-ce à dire? Par les lumières 
de l'Esprit saint. La prophétie ne regarde pas 
seulement l'avenir, elle regarde encore le pré- 
sent. C'est par une inspiration prophétique que 
Saûl fut découvert quand il se tenait dans sa 
cachette. Dieu fait de telles révélations aux 
justes. Voici encore une de ces prophéties i 
«Mettez à part pour moi Paul et Barnabé. » AcL> . 
xiii, 2. Ainsi s'était faite l'élection de Timothée* 
On peut voir dans ce texte plusieurs prophéties 
diverses : celle en vertu de laquelle le disciple 
fut circoncis ou celle qui se rattache à son ordi- 



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m HOMÉLIES SUR LA t" 

nation, et que Paul lui rappelle en ces termes : 
«Ne négligez pas la grâce que vous avez reçue. » 
I Tira. y iv, 14. C'est pour ranimer son zèle et 
pour éveiller son attention qu'il lui' remet en 
mémoire le véritable auteur de sa dignité ; il 
semble lui dire : Dieu même vous a choisi, c'est 
lui qui vous a confié ce ministère? vous ne 
- devez rien au jugement de l'homme : ne dé- 
mentez pas, ne flétrissez pas le jugement de 
Dieu. 

Gomme il vient de donner un ordre qui ne 
manque pas de gravité, que dit-il ensuite? 
« Voilà le précepte que je vous impose, ô mon 
fils Timothée. » Il lui commande , mais comme 
à son fils bien-aimé. Ce n'est pas un maître, 
moins encore un tyran, c'est un père qui parle : 
« 0 mon fils Timothée. » En prononçant le mot 
de confiance , il lui fait une leçon de fidélité ; 
car le dépôt n'est pas à nous , nous ne l'avons 
pas acquis, Dieu nous en a confié la garde. Ce 
n'est pas tout; il s'agit aussi de la foi et de la 
bonne conscience. Veillons donc sur ce qu'il 
nous a remis. S'il n'était pas venu lui-même, 
on ne trouverait nulle part ni cette foi, ni cette 
vie pure qui nous furent données dès notre en- 
fance. Cela revient à dire : Le précepte n'est 
pas de moi, il est de celui qui vous a choisi; 
car tel est le sens de cette expression : « Con- 
formément aux prophéties antérieures dont vous 
avez été l'objet. » Ecoutez-les, faites-en la règle 
de votre conduite. Quel est ce précepte que vous 
transmettez? « D'exercer avec fidélité la bonne 
milice. » Les prophéties vous ont tracé cette 
mission; à vous de la remplir avec courage. 
« La bonne milice , » a dit Paul , parce qu'il est 
une mauvaise milice, dont il a lui-même dit : 
tt Comme vous avez fait servir vos membres 
d'armesau péché et àl'ignominie. » Rom., vi, 19. 
Ceux-là marchaient sous les enseignes du tyran, 
vous, vous suivez celles du Roi. 
Le service Gomment appelle-t-il milice le service de Dieu? 
^ne^mâice 1 Pour nous montrer qu'une terrible guerre est 
conunaeiie. déchaînée contre tous, mais principalement 
contre celui dont la fonction est d'instruire les 
autres ; qu'il faut y apporter des armes solides , la 
sobriété, la vigilance, une perpétuelle attention 
sur soi-même, parce que la lutte est engagée 



ÉPITftE A TIMOTHÉE. 

avec le sang et ne permet pas la moindre mol- 
lesse. « Militez d'après ces prophéties. » De 
même que, dans les armées, tous ne com- 
battent pas de la même façon et forment des 
catégories diverses; de même, dans l'Eglise, 
l'un tient le rang de docteur, l'autre celui de 
disciple, ou de simple particulier; et vous êtes 
au premier rang. De peur qu'on ne pût croire 
que cela suffisait, il ajoute : « Ayant la foi et 
la bonne conscience. » Le docteur doit avant 
tout s'enseigner lui-même. Le général, s'il n'est 
pas préalablement un excellent soldat, ne sera 
jamais un général véritable : il en est de même 
de celui qui est chargé de l'enseignement. Paul 
s'en explique ainsi dans une autre circons- 
tance : « De peur que, après avoir instruit les 
autres , je ne sois moi-même réprouvé. » I Cor., 
ix, 27. Gardez donc la foi et la bonne cons- 
cience ; il le faut pour être digne de gouverner. 
Pleins de soumission, gardons-nous de dédaigner 
les leçons, quand nous serions nous-mêmes doc- 
teurs. Si Timothée, avec qui nul, de nous ne 
peut se mettre en parallèle, accepte l'instruc- 
tion et l'exhortation, bien qu'il ait le pouvoir 
d'enseigner, à plus forte raison nous convient-il 
de tenir cette conduite. « C'çst en s'en éloignant 
que plusieurs ont fait naufrage dans la foi. » On 
le comprend sans peine ; la corruption de la vie 
s'étend aisément aux croyances; il èn est beau- 
coup qui par là sont tombés au fond de l'abîme, 
et sont même revenus à l'idolâtrie. Pour n'être 
pas tourmentés par la crainte des éternels sup- 
plices, ils s'efforcent par tous les moyens de 
persuader à leur âme que tout est faux dans 
nos enseignements. Us perdent la foi, ceux qui 
veulent tout sonder par leur propre raison : le 
raisonnement pousse au naufrage ; on n'est en 
sûreté que dans le vaisseau de la foi. 

2. Ceux qui l'abandonnent doivent nécessaire- 
ment sombrer; et l'Apôtre en cite un exemple : 
a De ce nombre sont Hyménée et Alexandre, d 
Il nous fait de ce malheur une leçon de sagesse. 
Vous voyez que, même dans ces temps primitifs, 
il y avait des hommes qui corrompaient la doc- 
trine, qui se livraient à de vaines recherches, 
qui s'éloignaient de la foi, qui soumettaient les 
divins mystères à leur raisonnement. Quand on 

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HOMÉLIE V. 



209 



fait naufrage, on demeure dans une complète 
nudité, tout manque : ainsi celui qui perd la 
foi, n'a plus rien ensuite, il ne sait où se fixer, 
il n'a plus aucune direction sur la terre ; il ne 
sait plus même quelle vie pourrait désormais 
lui convenir. Quand la tète n'est plus saine, à 
quoi sert le reste du corps? Si la foi n'est rien 
sans la pratique, la pratique est moins encore 
sans la foi. Pour nous Dieu s'immole; combien 
plus ne devons-nous pas tout sacrifier pour lui? 
Voilà donc ce que devient celui qui s'est jeté 
hors de la foi : il est sans consistance, il vogue 
au hasard, jusqu'à ce qu'il s'engloutisse. « Je 
les ai livrés à Satan, continue l'Apôtre, pour 
qu'ils apprennent à ne pas blasphémer. » Vous 
l'entendez , soumettre les choses divines au rai- 
sonnement humain, c'est du blasphème. Et rien 
de plus vrai; car quoi de commun entre nos 
idées et les réalités supérieures ? — Mais com- 
ment Satan leur apprendra-t-il à ne pas blas- 
phémer ? S'il pouvait l'enseigner aux autres, il 
commencerait assurément par lui-même; s'il 
n'a donc pas su jusqu'à ce jour l'apprendre, 
jamais il ne pourra le transmettre. — Aussi 
n'est-il pas dit : Pour qu'il leur apprenne à ne 
pas blasphémer ; mais bien : « Pour qu'ils ap- 
prennent... » Il n'en est pas l'auteur, la chose ar- 
rive de la sorte. Dans le même sens, il est dit ailleurs 
de l'impudique : « Livrez cet homme à Satan, 
pour la destruction de la chair; » I Cor., v, 5 ; 
pour sauver l'âme, et non point le corps : ce 
n'est pas une action personnelle. Et comment 
donc cela arrive-t-il ? Il faut dire du démon la 
même chose que des bourreaux, qui, souillés 
eux-mêmes de mille crimes, servent à retenir les 
autres dans le bien. — Et pourquoi n'avez-vous 
pas puni le coupable, comme vous avez un jour 
puniBaijésu, comme Céphas punit Ananie, et 
l'avez- vous livré à Satan? — Ce n'est pas pour 
le punir, c'est pour le corriger et l'instruire. 

Il avait cependant encore ici la puissance, 
aussi bien que lorsqu'il disait : a Que voulez- 
vous? viendrai-je à vous avec la verge? » I Cor., 
iv, 21 ; et puis encore : « Ce n'est pas pour nous 
justifier, c'est pour que vous-mêmes fassiez le 
bien ; » II Cor», xiii, 7; et dans les deux cas, il 
veut a édifier, et non détruire. » Iùid., 10. A* 
TOM. x. 



quoi bon appelle-t-il Satan pour infliger la puni- 
tion ? Afin qu'une plus grande humiliation s'a- 
joute à la force du châtiment. Les apôtres ins- 
truisaient les infidèles ; *mais ils livraient les 
apostats à Satan. — Pourquoi dès lors Pierre 
frappa-t-il Ananie? Ananie était encore infidèle 
quand il essaya de frauder. — C'était pour ap- 
prendre aux infidèles qu'ils ne pouvaient pas se 
cacher; aussi les punit-il par eux-mêmes. Quant 
à ceux qui le savaient déjà, mais qui désertaient 
ensuite, ils les livraient à Satan, pour leur mon- 
trer qu'ils n'étaient pas en leur propre puis* 
sance, et qu'ils étaient placés sous la garde d'un 
autre ; ainsi se trouvaient livrés tous les arro- 
gants et tous les superbes. Les rois n'hésitent pas 
à frapper eux-mêmes les ennemis ; mais les sujets 
coupables, ils les livrent au bourreau : il en est 
de même ici. On y voit encore que ces choses 
ont lieu par rapport aux fonctions apostoliques; 
ce n'est pas peu d'ailleurs de pouvoir comman- 
der au démon; on nous le montre ainsi obéissant 
malgré lui et cédant à l'autorité des apôtres. Ce 
n'était pas un léger triomphe pour la grâce. 

Ecoutez maintenant comment les coupables 
étaient livrés : a Vous étant réunis, vous et mon 
Esprit, avec la puissance de Notre-Seigneur 
Jésus-Christ, livrez un tel homme à Satan. » 
I Corinth., v, 4, 5. Donc il était aussitôt re- 
jeté de l'assemblée commune, séparé du trou- 
peau, dans un complet abandon, exposé par là 
même à la rage du loup. Comme la nuée signa- 
lait la marche des Hébreux, l'Esprit saint déter- 
minait celle de l'Eglise. Celui qu'elle repoussait 
de son sein, devenait ainsi la proie des flammes; 
et c'est par le jugement des apôtres qu'on en était 
exclus? Le Seigneur livra demème Judas àSatan ; 
car immédiatement après le repas Satan s'em- 
para de cet apôtre. On peut dire aussi qu'ils ne 
punissaient pas eux-mêmes ceux qu'ils espéraient 
ramener au bien, tandis qu'ils frappaient les in- 
corrigibles. Si ce n'est pas, disons qu'ils se 
montraient d'autant plus terribles, que d'autres 
étaient les exécuteurs de la punition. Job fut 
livré jadis à Satan, mais celui-là ne subissait 
pas une peine qu'il eût méritée, l'épreuve devait 
uniquement tourner à sa gloire. 

3. De telles choses se passent encore très-sou* 
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210 



HOMÉLIES SUR LA I* 



vent aujourd'hui. Comme les prêtres ne con- 
naissent pas tous les pécheurs et ceux qui parti- 
cipent indignement aux divins mystères , Dieu 
plus d'une fois intervient en livrant les coupables 
« péché en- à Satan. Quand des maladies arrivent, des ca- 
«tdes ma- lomnies, des chagrins et des revers, voilà quelle 
dieMesre- eû est | a cause# p at Q i e dit clairement : a C'est 

vers et la 

mort, pour cela que beaucoup parmi vous sont ma- 
lades, incapables d'agir, et beaucoup même 
endormis dans la tombe. » I Cor., xi, 30. — 
Est-ce bien possible, direz-vous, quand nous 
n'approchons qu'une fois dans l'année ? — C'est 
ce qu'il y a de funeste, que vous mesuriez 
la dignité de cet acte à la longueur du temps, 
et non à la pureté de l'âme ; que vous donniez 
même votre éloignement comme une preuve de 
religion, ne pensant pas qu'une seule commu- 
nion indigne vous souille et vous perd , que la 
fréquentation des mystères vous sauve, si vous 
en approchez dignement. L'audace consiste, non 
à les recevoir souvent, mais à les recevoir d'une 
manière indigne, ne serait-ce qu'une fois dans 
la vie. Nous sommes tellement insensés et mi- 
sérables qu'ayant commis des iniquités sans 
nombre durant tout le cours de l'année, sans 
avoir aucun souci de nous en affranchir, nous 
imaginons qu'il suffit pour notre excuse de dé- 
clarer que nous ne nous précipitons pas outra- 
geusement et sans cesse sur le corps du Christ; 
ceux qui le crucifièrent ne l'ont crucifié non 
plus qu'une fois I Est-ce donc que le crime est 
moindre, parce qu'il ne se répète pas? C'est une 
fois également que Judas a trahi; mais quoi, 
cela devait-il le soustraire au supplice? Comment 
mesurons-nous au temps une pareille chose? 
Le temps de la communion est déterminé par 
la pureté de la conscience. Le mystère n' a rien 
de plus quand il est célébré dans ces solennités 
de Pâques : c'est un seul et même mystère, c'est 
la même grâce de l'Esprit, la Pàque est perma- 
nente. Vous le savez, vous qui êtes initiés; et le 
vendredi, et le samedi, et le dimanche, et dans 
la solennité des martyrs s'accomplit le même 
sacrifice. « Toutes les fois que vous mangerez 
de ce pain et que vous boirez de ce calice, vous 
annoncerez la mort du Soigneur. » I Cor., xi, 
26. Il n'a pas circonscrit le temps de ce sacrifice. 



ÈPITRE A TIMOTHÉE. 

Mais pourquoi nous est-il dit, demanderez- 
vous peut-être, que c'était alors la Pâque? — 
Parce que, en réalité, le Christ souffrit pour 
nous durant ces fêtes. Que personne donc ne 
s'approche d'une manière au temps pascal et 
d'une autre aujourd'hui ; une est la puissance, 
une la dignité, une la grâce. Il n'y a qu'un seul 
et même corps, pas d'inégalité, pas de diffé- 
rence. Et cela, vous le savez vous-mêmes ; vous 
n'apercevez rien 'de nouveau, si ce n'est ces 
voiles splendides, et cette magnifique assemblée. 
Ces jours ont cependant un avantage, puisqu'ils 
marquent l'origine de notre salut, et la date de 
l'immolation du Christ; pour ce qui regarde 
l'essence même des mystères, ils n'ont aucune 
supériorité. Quand vous allez prendre votre 
nourriture matérielle, vous lavez vos mains, 
vous purifiez votre bouche; tandis que, sur le 
point de recevoir cet aliment spirituel, vousne pu- 
rifiez pas votre âme, vous vous présentez couvert 
d'impuretés. — Eh quoi, direz-vous, n'est-ce pas 
assez d'un jeûne de quarante jours pour dé- 
truire la masse des péchés? — A quoi cela sert- 
il, je vous le demande? Si quelqu'un, voulant 
conserver un parfum, nettoie d'abord la place, 
et puis bientôt y jette des ordures, la bonne 
odeur ne s'évanouira-t-elle pas? Voilà ce qui 
nous arrive : lorsque nous nous sommes appro- 
chés, nous avons tâché de nous rendre' dignes, 
autant qu'il dépendait de nous; mais nous re- 
tombons ensuite dans les mêmes souillures. 
Quel bien nous en reste-t-il? Nous disons la même 
chose de ceux qui pendant quarante jours ont 
pu travailler à se purifier. 

Je vous en conjure, ne négligeons pas notre 
salut, et ne faisons pas ainsi que notre peine de- 
meure inutile. L'homme qui s'est détourné de 
son péché, nous dit l'Ecriture, et qui revient le 
commettre de nouveau, a est comme un chien 
qui retourne à son vomissement. » Prov., xxvi, 
il. Si nous suivons la voie droite, si nous 
sommes vigilants, nul doute que nous n'obte- 
nions la palme promise. Puissions -nous tous la 
mériter, par la grâce et l'amour de Notre-Sei- 
goeur Jésus-Christ, à qui gloire, puissance, 
honneur, en même temps qu'au Père et au 
Saint-Esprit, maintenant et toujours..., etc. 

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HOMÉLIE VI. 

« Je demande donc avant tout que des prières, des sup- 
plications et des actions de grâces soient faites en 
commun par tous les hommes, pour les rois et tous 
ceux qui sont constitués en dignité, afin que nous 
menions une vie sûre et tranquille en toute piété et 
sainteté. Cela est beau, cela est agréable aux yeux du 
Seigneur notre Dieu, qui veut que tous les hommes se 
sauvent et parviennent à la connaissance de la vérité.» 

1. Le prêtre est comme le père de tous les 
hommes ; il doit avoir soin de tous, à l'exemple 
de Dieu, dont il est le ministre. De là ce que dit 
Paul : « Je demande donc avant tout qu'il soit 
fiait des prières et des supplications. » C'est la 
source d'un double bien : d'abord, la haine que 
nous pouvons avoir pour ceux du dehors $e 
dissipe, puisqu'il n'est pas possible de haïr celui 
pour qui nous prions ; ensuite , les étrangers 
eux-mêmes en deviennent meilleurs, et par 
l'efficacité de ces mêmes prières, et par l'apaise- 
ment de leur propre hostilité. Rien ne dispose 
à recevoir une doctrine comme l'amour qu'on 
éprouve et celui dont on est l'objet. Songez ce 
que devait être pour les persécuteurs, pour ceux 
qui dressaient des embûches aux disciples, qui 
les flagellaient, les exilaient, les envoyaient à la 
mort, d'apprendre que les victimes ne cessaient 
d'adresser à Dieu d'ardentes supplications pour 
les auteurs de ces mauvais traitements. Voyez- 
vous comme l'Apôtre entend que le chrétien 
soit supérieur à tous les hommes? De même, en 
effet , qu'un père portant son enfant dans ses 
bras ne perd rien de sa tendresse quand cet 
enfant le frapperait au visage; de même, lorsque 
nous sommes frappés par les étrangers , nous 
devons toujours avoir une égale bienveillance. 
Pourquoi ce mot, « avant tout ? » C'est une 
allusion aux cérémonies quotidiennes. Les initiés 
savent comment chaque jour des prières sont 
faites soir et matin, pour tous les hommes sans 
exception, comment nous prions pour les rois et 
pour tous ceux qui gèrent une charge publique. 

Quelqu'un dira peut-être qu'il ne s'agit 
pas ioi de tous les hommes, mais des fidèles 
seulement* Et pourquoi serait-il alors question 
des rois ? Les rois ne suivaient pas encore la 



HOMÉLIE VI. m 

__ vraie religion, et pendant longtemps les impies 
succédaient aux impies. Pour que cela ne parût 
pas néanmoins une adulation, c'est après avoir 
parlé de tous les hommes , que l'Apôtre parle 
des rois. Le soupçon n'eût pas manqué de se 
produire, s'il n'eût mentionné que ces derniers. 
Comme il était à craindre qu'une àme de chré- 
tien ne fût par ce langage jetée dans la torpeur 
et ne voulût pas obéir à cette exhortation de 
prier pour les idolâtres dans le temps même des 
mystères sacrés, écoutez ce que Paul ajoute et 
quelle récompense il promet, pour faire accepter 
son conseil : a Afin que nous menions une vie 
sûre et tranquille. » Leur salut sera pour nous 
une source de paix. On lit de même dans l'Epître 
aux Romains, quand il est question de la sou- 
mission qu'on doit aux princes : a Si ce n'est pas 
par nécessité, que ce soit par conscience.» Rom., 
xiu, 5. Les puissances sont établies par Dieu 
dans l'intérêt commun. Ne serait-ce pas une 
chose contraire à la raison que les hommes 
investis de l'autorité supportent les fatigues 
de la guerre pour assurer la tranquillité de 
notre vie, et que nous refusions nos prières 
à ceux qui vont affronter le danger ? Ce n'est 
donc pas de l'adulation, c'est tout simplement 
de la justice. Si Dieu ne les conserve pas, 
s'ils ne conduisent pas heureusement la guerre, 
c'est notre existence à nous qui se trouve 
dans l'agitation et le trouble : dans ce cas, c'est 
nous-mêmes qui devrions prendre les armes 
et disperser nos ennemis, sous peine d'avoir à 
fuir de tous les côtés, sans défense et sans asile. 
Ils sont établis comme un rempart pour garantir 
la paix de ceux qui vivent dans l'intérieur 
de la place, a Des prières, des supplications, des 
actions de grâces. » 

Oui , nous devons rendre grâces à Dieu pour 
les biens qu'il accorde aux autres, de ce qu'il 
fait, par exemple, lever le soleil sur les mé- 
chants comme sur les bons, et tomber la pluie 
sur les justes comme sur les injustes. Vous le 
voyez, ce n'est pas seulement par la prière, 
c'est aussi par le sentiment de la reconnaissance 
qu'il nous rapproche et nous unit. Quand on 
est obligé de rendre grâces à Dieu pour les bien- 
faits qu'il accorde aux autres, on est par là- 
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âcesàDien 



2l2 HOMÉLIES SUR LA V 

même dans la nécessité d'aimer son prochain 
et de s'identifier en quelque sorte avec lui. Or , 
s'il faut rendre grâces pour le bonheur d'un 
homme quelconque, à plus forte raison pour 
le bonheur de ceux qui nous tiennent de près, 
qu'ils le veuillent ou ne le veuillent pas, de 
ceux-là même qui se cachent, ou qui vont jus- 
qu'à nous paraître insupportables; car Dieu dis- 
pose de tout pour notre bien. 
Randont 2. Que l'action de grâces s'ajoute donc à 
toutes nos prières. S'il nous est ordonné de prier 
pour nos semblables, et non-seulement pour 
les fidèles, mais aussi pour les infidèles eux- 
mêmes, quel mal n'est-ce pas, vous le com- 
prenez, de prier contre nos frères? Quoi! Dieu 
vous fait un devoir de prier pour vos ennemis , 
et vous faites des vœux pour le malheur d'un 
frère? Ce n'est pas sur lui, c'est sur vous-même, 
que vous appelez ce malheur; vous provoquez 
la colère divine, en prononçant ces paroles im- 
pies : Traitez-le sans miséricorde, vengez-moi, 
frappez le coupable, rendez-lui le mal qu'il m'a 
fait. — Loin des disciples du Christ un tel lan- 
gage; qu'ils soient pleins de mansuétude et de 
^ bonté. Que rien d'amer ne sorte de cette bouche 
tout à l'heure admise au céleste banquet ; que 
cette langue consacrée par le contact du corps 
divin ne laisse jamais échapper une récrimi- 
nation : conservons-la pure, et n'en faisons pas 
l'instrument d'une malédiction. Si la simple 
injure nous rend indignes du royaume, com- 
bien plus l'imprécation elle-même? l'impréca- 
tion est inséparable de l'injure; celle-ci repousse 
l'idée même de la prière : donc la prière et l'im- 
précation ne peuvent pas se rencontrer. Vous 
demandez à Dieu de vous être propice, et vous 
appelez son courroux sur autrui? Si vous ne 
pardonnez pas, n'espérez jamais de pardon ; et, 
loin de pardonner, vous sollicitez la vengeance 
de Dieu? C'est évidemment le comble de la 
malice. Si celui qui ne pardonne pas ne peut 
espérer de pardon, comment pourrait l'obtenir 
celui qui prie le Seigneur de ne point pardonner? 
Je le répète, ce n'est pas au prochain que vous 
nuisez, c'est à vous-même. Pourquoi? Ce que 
vous demandez pour vous, vous eussiez pu l'ob- 
tenir; mais, faisant une prière abominable, vous 



» ÉPITRE A TIMOTHÉE. 

ne devez pas être exaucé. Une telle prière ne 
peut sortir que d'une bouche impure, digne de 
toute exécration , répandant une intolérable 
puanteur. ' 

Lorsque vous devriez trembler sur vos pré- 
varications et livrer les derniers combats pour 
triompher de vos vices, vous osez vous pré- 
senter à Dieu pour l'exciter contre, un frère? 
vous n'êtes pas saisi de terreur, vous oubliez à 
ce point les intérêts de votre àme? ne voyez- 
vous pas où vous allez? Imitez du moins les 
enfants qui fréquentent les écoles, et qui, voyant 
interroger leurs camarades sur les leçons anté- 
rieures, puis le châtiment tomber sur tous à 
cause de leur paresse, à mesure que chacun est 
examiné et sévèrement puni, ressentent une 
terreur mortelle; qu'un autre enfant vienne 
alors à les frapper, ils ne songent pas même à 
se mettre en colère, tant leur àme est préoccupée 
par la peur, ils se gardent bien de se plaindre à 
leurs maîtres quelque prolongés que soient les 
mauvais traitements; ils n'ont en 'vue qu'une 
chose, de pouvoir échapper sans avoir subi les 
verges; ils guettent ce moment. Du reste, une 
fois dehors, qu'ils aient reçu la correction ou 
qu'ils ne l'aient pas reçue, leur joie est si gfande 
qu'ils ont tout oublié. Vous êtes là, plein de 
sollicitude pour vos propres iniquités; et vous 
ne frémissez pas en rappelant les iniquités des 
autres? Quelle est donc votre prière? Tandis 
que vous demandez à Dieu de décharger son 
courroux sur un autre, vous aggravez vos pé- 
chés, vous faites obstacle à sa miséricorde. Com- 
ment, vous répondra Dieu, si tu veux que je 
sois le vengeur impitoyable des torts commis 
envers toi, peux-tu me demander d'oublier les 
offenses dont tu f es rendu coupable à mon 
égard? Apprenons enfin à devenir chrétiens; si 
nous n'avons pas la science de la prière, la 
plus simple néanmoins et la plus facile de toutes, 
que saurons-nous? Apprenons à prier en chré- 
tiens. Ce sont là des prières d'idolâtres, des 
supplications de Juifs : celles d'un chrétien sont 
toutes contraires, puisqu'elles demandent par- 
don et miséricorde pour ceux qui nous ont lésés. 

« On noua maudit, déclare l'Apôtre, et nous 
bénissons; on nous persécute, et nous le sup- 
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HOMÉLIE VI. 243 
portons ; on nous outrage, et nous prions. » peu retenu. Aussi, je vous en conjure, si vous 
I Cor., iv, 12, 13. Ecoutez le cri d'Etienne : «Sei- ne tirez aucun fruit de ce que nous disons, ne 
gneur, ne leur imputez pas ce péché. » Act. y vil, venez plus nous entendre. A quoi cela sert-il ? 
59. Loin d'appeler sur eux la vengeance, il prie le jugement devient plus rigoureux, et le sup- 
pour eux : et vous, loin de prier pour eux, vous plice plus terrible, parce que nous demeurons 
priez contre eux. Autant donc le martyr est admi- dans les mêmes habitudes après tant d'exhorta- 
rable, autant vous êtes pervers. A qui donnons- tions. Voilà pourquoi Dieu nous a lui-même tracé 
nous notre admiration , je vous le demande? à la prière, ne voulant pas que nous demandions 
celui qui priait, ou bien à ceux qui étaient l'objet rien de temporel ou d'humain. Or, vous savez, 
de cette prière ? Evidemment à celui qui priait, vous fidèles, ce qu'il faut demander en priant, 
Or, ce que nous disions de nous-mêmes s'applique et comment toute prière se fait en commun. — 
d'une manière évidente à Dieu. Voulez-vous que Mais il n'a pas été dit, m'objecterez-vous, qu'il 
votre ennemi soit chàtié?priez pour lui, non dans fallût là prier pour les infidèles. — C'est que 
cette intention , mais plutôt dans une intention vous ignorez la puissance de la prière, et que 
contraire ; et la chose aura lieu, et vous n'aurez vous n'en connaissez ni la profondeur ni le prix, 
pas de reproches à vous faire. Le bienheureux Quand on la scrute avec attention, on y trouve 
dont nous avons parlé supporta toutes les in- aussi cet avantage. Dire dans sa prière : a Que 
jures , et pria pour ses persécuteurs. Quant à votre volonté s'accomplisse sur la terre comme 
nous, nous méritons le plus souvent ce que nous au ciel, » ce n'est pas autre chose que reconnaître 
avons à souffrir de la part de nos ennemis. Si cette vérité. Et comment ? C'est que dans le ciel 
le juste n'osa pas prier contre ceux qui le per- nul ne refuse de croire, nul ne désobéit. S'il ne 
sécutaient, quand nous allons jusqu'à prier s'agissait donc là que des fidèles, cette parole 
contre nos ennemis, bien loin de prier pour n'aurait pas de sens. Si les fidèles devaient 
eux, et sachant d'ailleurs que nous méritons accomplir la volonté de Dieu, et jamais les infi- 
nos peines, quel châtiment n'avons-nous pas à dèles, cette volonté ne s'accomplirait pas comme 
redouter ? Vous croyez frapper votre ennemi ; au ciel. Que faut-il donc entendre ? Comme il 
c'est contre vous-même que vous dirigez réelle- n'est au ciel aucun ennemi de Dieu, qu'il n'en 
ment le glaive : vous ne laissez pas votre Juge existe pas non plus sur la terre : attirez tous les 
vous pardonner vos péchés, alors que vous hommes à votre amour, faites-en des anges, 
excitez sa colère contre les autres, a On vous quand même ils seraient en guerre avec vous, 
rendra la même mesure dans laquelle vous Ne voyez- vous pas que des blasphèmes sont 
aurez mesuré ; on vous appliquera le jugement chaque jour proférés contre Dieu , combien il 
<}ue vous aurez porté vous-même. » Matth., vu, est outragé, soit par les infidèles, soit par les 
2. Soyons donc miséricordieux, si nous voulons fidèles eux-mêmes, et non-seulement en paroles, 
que Dieu nous traite avec miséricorde. mais encore en actions? Et cependant, a-l-il 

3. Il ne suffit pas de l'entendre; je veux de éteint le soleil, ou suspendu le cours de la lune? 
plus que vous le mettiez en pratique. D'ordi- a-t-il déchiré le pavillon des cieux, détruit les 
naire, vous ne retenez que les expressions , et fondements de la terre, desséché le ht des mers, 
parfois même vous les oubliez. Quand vous avez arrêté la source des fleuves, ou mis le désordre 
quitté cette enceinte, si quelqu'un qui n'est pas dans l'air? Non, certes; il fait toujours lever le 
venu vous interroge sur notre discours, les uns soleil et tomber la pluie, mûrir les fruits et les 
ne peuvent pas répondre, d'autres plus attentifs moissons pour ceux qui le blasphèment, pour les 
indiqueront seulement le sujet que nous avons insensés, les misérables, les persécuteurs; et cela, 
développé, à savoir l'oubli des injures : ceux-là non pendant un jour ou deux seulement, mais 
ne répètent rien de ce que nous avons dit, pendant la vie tout entière. 1 Imitez-le, retracez, 
n'ayant rien gardé dans leur mémoire ; ceux-ci autant qu'il est permis à notre faible humanité, 
n'en répètent que peu de chose, n'en ayant que ce divin modèle. Vous n'avez pas à faire lever le 

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2U HOMÉLIES SUR LA 

soleil ; ne calomniez pas vos frères. Ce n'est pas 
à vous à donner la pluie ; abstenez-vous de 
toute injure. Vous ne pouvez pas les nourrir ; ne 
vous emportez pas contre eux. Voilà vos dons et 
ceux-là suffisent. C'est à Dieu qu'il appartient 
d'accorder aux ennemis des bienfaits véritables, 
de manifester sa bonté par des actes : pour 
vous, faites du moins du bien par vos paroles, 
priez pour vos ennemis ; vous ressemblerez de 
la sorte à votre Père qui est dans les cieux. 

Nous vous avons mille fois parlé de ces 
choses, et nous ne cesserons de vous en 
parler : puissent nos efforts n'être pas~inutiles. 
Quant à nous, nous n'éprouvons en vous par- 
lant ni dégoût ni fatigue; l'ennui ne nous saisit 
pas : ne le laissez pas paraître non plus en 
nous écoutant. Or, celui-là semble bien l'avoir 
éprouvé, qui ne met pas en pratique les leçons 
entendues. Quand on y conforme sa conduite, 
on écoute volontiers les mêmes leçons, mon- 
trant par là qu'on y trouve un sujet de gloire, 
et non upe cause d'ennui. C'est uniquement de 
ce qu'on ne veut pas en venir à la pratique, que 
vient cette fâcheuse impression ; c'est pour cela 
que l'orateur est à charge. Quand vous faites 
déjà l'aumône, par exemple, si quelqu'un parle 
de l'aumône devant vous, au lieu d'une fatigue, 
vous éprouvez une satisfaction ; car il y a là 
comme un éloge de vos propres œuvres. De 
même ici, ne voulant pas supporter les injures, 
repoussant d'avance l'accomplissement de ce 
devoir, nous ne pouvons pas même souffrir 
qu'on nous en parle. Si nous accomplissions 
l'œuvre, la parole ne nous causerait aucun 
ennui. 

conclusion Si vous ne voulez pas que nous vous soyons à 
charge, faites ce que nous vous avons dit , aux 
discours substituez les actes. Quant à nous , 
nous ne cesserons de parler que lorsque vous 
aurez agi. C'est l'affection surtout et la sollici- 
tude qui nous inspirent; mais aussi c'est le 
danger que nous courons. Celui qui doit faire 
résonner la trompette, alors même que per- 
sonne ne marcherait au combat, ne doit pas 
cesser de remplir son office. Notre but n'est 
certes pas d'aggraver le châtiment qui vous 
menace; nous faisons plutôt tous nos efforts 



morale. 



ÉPITRE A TIMOTHÉE. 

pour vous en délivrer. C'est encore un devoir 
que la charité nous impose ; nos eqtrailles sont 
déchirées, nous sommes dans l'angoisse, s'il 
vous arrive de périr. Mais à Dieu ne plaise! 
Pour accomplir ce que nous disons, vous n'avez 
pas de dépense à faire., aucune perte à subir, 
pas de long voyage qu'il faille entreprendre ; 
il suffit de vouloir, une pensée, une ferme réso- 
lution , et c'en est assez. Mettons une garde à 
notre bouche, une porte et des verrous, afin de 
ne rien dire qui puisse déplaire à Dieu. Nous 
travaillons pour nous-mêmes , et non pour ceux 
en faveur de qui nous prions. Ayons toujours 
dans l'esprit, qu'en bénissant notre ennemi, 
nous appelons sur nous la bénédiction ,* qu'en 
le maudissant, nous nous maudissons nous- 
mêmes , que la prière faite pour lui tourne sur- 
tout à notre avantage. En nous conduisant 
ainsi, nous pourrons réaliser cette belle œuvre , 
et parvenir aux biens qui nous sont promis, 
par la grâce et l'amour de Notre-Seigneur 
Jésus- Christ, à qui gloire, puissance, honneur, 
en même temps qu'au Père et au Saint-Esprit, 
maintenant et toujours, et .dans les siècles des 
siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE VII. 

« Afin que nous menions une vie sûre et tranquille en 
toute piété et sainteté; car cela est beau, cela est 
agréable aux yeux du Sauveur notre Dieu , qui veut 
que tous les hommes se sauvent et parviennent à la 
connaissance de la vérité. » 

1. Si l'Apôtre demande la fin des guerres, 
des combats et des tumultes; s'il exhorte dans 
ce but les prêtres à faire des prières pour les 
rois et ceux qui sont constitués en dignité, 
beaucoup plus ce devoir incombe-t-il aux 
simples particuliers. Il y a trois genres de 
guerres particulièrement terribles : la guerre 
commune, où nos armées sont aux prises avec 
les barbares; la guerre civile, lorsque, en paix 
avec le dehors, nous luttons les uns contre les 
autres; la guerre enfin que chacun soutient 
contre lui-même. Cette dernière est la plus dé- 
sastreuse de toutes. Celle que nous avons à 
soutenir contre les barbares ne peut pas après 

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tout nous causer un grand mal. Elle détruit, 
elle tue ; mais elle ne peut pas nuire à l'àme. 
Le second genre de guerre non plus ne peut 
pas nous nuire, si nous ne le voulons pas. Les 
autres ont beau nous attaquer et vouloir la 
lutte, il nous est toujours 'permis de vivre en 
paix. Ecoutez ce que dit le prophète : « Au lieu 
de me témoigner de l'affection , ils me calom- 
niaient ; et moi je priais Je conservais la 

paix avec ceux qui la haïssent... Quand je leur 
parlais, ils m'attaquaient sans raison. »Ps. cvm, 
4; cxix, 7; cvm, 3. Le troisième genre de 
guerre ne saurait être pour nous sans péril. 
Quand le corps se met en révolte contre l'àme, 
excitant les mauvaises passions , armant les 
convoitises charnelles, la colère, l'envie; si 
nous ne mettons pas fin à cette révolte, nous 
ne pouvons pas acquérir les biens promis; celui 
qui tolère un pareil tumulte, tombera néces- 
sairement et recevra des blessures qui le con- 
duiront à la mort, à la mort de la géhenne. Il 
faut donc que chaque jour nous soyons en solli- 
citude, nous nous tenions sur nos gardes, pour 
que cette guerre ne s'élève pas en nous, ou 
qu'elle ne se prolonge pas quand elle est excitée, 
pour que nous l'apaisions et l'étouffions sur 
l'heure. A quoi sert que le monde entier soit 
dans une profonde paix, si vous êtes en lutte 
avec vous-même? Telle est la paix que nous 
devons avoir; dès que nous la possédons, les 
autres ne peuvent nous causer aucun dommage. 

La paix commune cependant ne lui est 
pas indifférente; de là cette parole : a Pour 
que nous menions une vie sûre et tranquille. » 
Celui qui se trouve dans la perturbation, quand 
règne la tranquillité, est bien misérable. Vous 
l'entendez , l'Apôtre parle de la paix ordinaire , 
et je parle de la troisième qui a été distinguée. 
A peine aussi vient-il de dire : « Afin que nous 
menions une vie sûre et tranquille, » qu'il va 
plus loin, et qu'il ajoute : « En toute piété. » 
Or, il est impossible d'avoir la piété et la 
sainteté, quand cette paix n'est pas établie sur 
le bon ordre. Dès que les raisonnements hu- 
mains et les questions indiscrètes viennent 
troubler notre foi , où serait la paix ? où serait- 
elle encore dès que souffle l'impureté? Ne 



HOMÉLIE VIL 215 

pensez pas qu'il parle simplement de cette vie 
comme l'entendent et la pratiquent la plupart 
des hommes; ne séparez pas les expressions 
dont il se sert : ce Afin que nous menions une 
vie sûre et tranquille en toute piété et sainteté. » 
Les Gentils peuvent eux-mêmes avoir le calme 
et la sécurité dans la vie, tout comme ceux qui 
la traînent dans le désordre, les délices et l'im- 
pureté. Pour que vous ne puissiez pas croire 
qu'il s'agit d'une semblable vie, Paul ajoute : 
« En toute piété et sainteté. r> Cette vie terrestre 
ne manque ni d'embûches ni de combats, l'àme 
y reçoit de continuelles blessures dans le tu- 
multe des pensées. Qu'il ait voulu désigner une 
vie militante, on le voit clairement dans la 
seconde partie du texte; on le voit de plus par 
la manière dont elle est formulée : « En toute 
piété; » comme s'il n'eût pas suffi de dire : avec 
piété. 

En s'exprimant de la sorte, il me parait 
exiger, non-seulement la pureté de la doctrine, 
mais encore la sécurité de la vertu ; et la piété 
doit réellement régner sous ce double rapport. 
A quoi bon avoir la piété dans sa croyance, 
quand on ne l'a pas dans sa vie? Que l'impiété 
cependant résulte aussi des actes, écoutez ce 
bienheureux le disant ailleurs d'une manière 
explicite : « Ils font profession de connaître 
Dieu, mais en paroles; ils le nient par leurs 
actions; » TiL, i, 16 ; puis : a II a renié la foi, il 
est pire qu'un infidèle; » I Tim., v, 8; encore 
ailleurs : « Si quelqu'un de nos frères mérite le 
nom de fornicateur, ou d'avare, et l'avarice 



est une idolâtrie, ou d'idolâtre même, il 
n'honore pas Dieu. » I Cor., v, 11. Un autre a 
dit : a Celui qui hait son frère ne connaît pas 
Dieu. » I Joan.j n, 9. Voyez que de formes 
l'impiété peut revêtir. Voilà pourquoi « en toute 
piété et sainteté. » Ce n'est pas seulement l'im- 
pudique qui, mérite le mépris, c'est encore 
l'avare : on peut dire de lui qu'il est mépri- 
sable , qu'il est intempérant ; car c'est là une 
concupiscence qui n'est pas inférieure à l'autre. 
Celui qui ne la réprime pas, est justement 
accusé d'intempérance, puisqu'on appelle in- 
tempérants ceux qui cèdent à leurs convoitises. 
L'homme emporté n'est pas moins digne de ce 



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216 



HOMÉLIES SUR LA 



nom, ainsi que l'envieux, et l'ami de l'argent, 
et l'hypocrite, et quiconque vit dans le péché : 
ce sont là des êtres intempérants, méprisables, 
impudiques. « Cela est beau, continue l'Apôtre, 
cela est agréable aux yeux du Sauveur notre 
Dieu. » Cela, que faut-ii entendre? De prier 
pour tous. C'est ce que Dieu tient pour agréable, 
c'est ce qu'il veut ; car a il veut que tous les 
hommes se sauvent et parviennent à la con- 
naissance de la vérité. » 
ous devons 2. Imitez Dieu. S'il veut que tous les hommes 
w îcTinfl- se sauvent, vous devez prier pour tous; s'il veut 
Mef * que tous les hommes se sauvent, vous devez le 
* vouloir comme lui. Si vous le voulez, faites des 
prières : on prie quand on est dans de telles 
dispositions. Voyez-vous comme par tous les 
moyens il persuade à l'âme qu'il faut prier pour 
les Gentils? Pour vous montrer quel en est l'a- 
vantage , il a dit : « Afin que nous menions une 
vie sûre et tranquille; » et, ce qui est bien plus 
grand , c'est que Dieu le tient pour agréable , 
c'est que nous lui ressemblons ainsi , voulant 
ce qu'il veut lui-même. De telles considérations 
toucheraient mème^ine bête féroce. Ne craignez 
donc pas de prier pour les Gentils, c'est lui qui 
le demande : craignez seulement de vous livrer 
à des imprécations; c'est lui qui le défend. Or, 
s'il faut prier pour des idolâtres, évidemment il 
faut prier aussi pour les hérétiques. C'est pour 
tous les hommes qu'il faut prier, et ne maudire 
personne. L'identité de nature nous en fait 
encore un devoir; et Dieu lui-même approuve 
et tient pour agréable la bienveillance et l'a- 
mour que nous avons les uns pour les autres. 
— Si Dieu, m'objecterez-vous , veut faire du 
bien à mes semblables, quel besoin puis-je avoir 
de prier? — C'est un précieux avantage, et 
pour eux et pour vous ; il leur inspire des 
sentiments d'affection, et ne leur permet pas 
d'agir envers vous avec une haine aveugle; 
il peut même les attirer à la foi. Beaucoup 
d'hommes, à cause de leurs divisions, se sont 
éloignés de Dieu. L'Apôtre en fait dépendre le 
salut : « Dieu veut, dit-il, que tous les hommes 
se sauvent. » C'est le salut véritable; tout autre 
salut, en dehors de celui-là, est peu de chose, 
et n'en a simplement que le nom. « Et qu'ils 



ÉPITRE A TIMOTHÉE. 

parviennent à la connaissance de la vérité. » 
Quelle est la vérité dont il parle? Celle que 
rènferme la foi. Il avait dit antérieurement : 
Ordonnez-leur de ne pas enseigner une autre 
doctrine. Pour éviter maintenant qu'on ne les 
regarde comme des ennemis, pour ne pas exciter 
par là des querelles , il dit : a Dieu veut que 
tous les hommes se sauvent et parviennent à la 
connaissance de la vérité. » 

11 ajoute ensuite : « Il n'est qu'un Dieu, il 
n'est qu'un médiateur de Dieu et des hommes. » 
En désirant que tous les hommes viennent à la 
connaissance de la vérité, il déclare que le 
monde ne la connaît pas. Il proclame aussi l'u- 
nité de Dieu, pour montrer qu'il n'en existe 
pas plusieurs , comme quelques-uns le pensent. 
En disant de plus que Dieu nous a donné son 
Fils pour médiateur, il prouve qu'il veut réel- 
lement sauver tous les hommes. Mais quoi , le 
Fils ne serait-il pas Dieu? Il l'est sans nul doute. 
Et comment alors Paul dit-il : « Un seul Dieu? » 
Pour exclure les idoles, mais non certes le Fils; 
car il établit ici la distinction entre l'erreur et 
la vérité. Le médiateura pour mission d'unir 
les deux extrêmes ; il est de l'essence même de ltf 
médiation de tenir aux deux; s'il ne tient qu'à 
l'un, le voilà séparé de l'autre; il n'est plus 
médiateur. Si le Christ ne participe donc pas à 
la nature du Père, la médiation disparaît, la 
séparation subsiste. Comme il est uni à la na- 
ture humaine , parce qu'il est venu vers l'hu- 
manité, il est uni à la nature divine, parce 
qu'il vient de Dieu. Devant être le médiateur 
entre ces deux natures, il devait tenir de près 
à l'une comme à l'autre. Une place intermé- 
diaire met en rapport les deux qu'elle avoisine : 
ainsi le médiateur tient des deux natures qu'il 
unit. Il s'est fait homme, il était Dieu. Homme 
simplement, il n'eût pu servir de médiateur, 
puisqu'il fallait parler à Dieu : il ne l'eût pas 
été davantage s'il n'avait eu que la divinité, 
puisque les hommes n'eussent pas accepté sa 
médiation. Dans ce texte, Paul n'admet pas 
plus la dualité, qu'il ne l'avait admise dans 
celui-ci : « Un seul Dieu Père, un seul Seigneur 
Jésus-Christ. » I Cor., vm, 6. Comme il parlait 
de la multiplicité des dieux, ne voulant pas 

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HOMÉLIE VII. 



2H 



qu'on pût s'emparer de ses expressions pour en 
supposer deux et les multiplier ensuite, il a 
répété le mot tm. Voyez-vous avec quelle pré- 
cision , l'Ecriture s'exprime? Cette locution vul- 
gaire : Un et un font deux, ne trouve pas ici 
son application, bien que le raisonnement la 
suggère. Non , vous ne parlerez pas ainsi dans 
cette circonstance ; vous direz même ce que le 
raisonnement ne suggère pas : c'est à cause de 
sa génération divine qu'il a souffert, « Un senl 
Dieu, un seul médiateur de Dieu et des hommes, 
Jésus-Christ, qui s'est donné- lui-même pour le 
rachat de tous , pour servir de témoignage en 
son temps. » I Tim. } n, 6. Je vous le demande, 
n'est-ce pas aussi pour les Gentils? Sans nul 
doute. Ainsi donc le Christ est mort pour eux , 
et vous leur refusez vos prières? — Comment 
alors, me direz-vous peut-être, n'ont- ils pas 
embrassé la foi ? — Parce qu'ils ne l'ont pas 
voulu. De sa part, rien n'a manqué; et sa pas- 
sion l'atteste, comme le dit Paul. Il est venu 
pour rendre témoignage à la vérité du. Père, et 
de plus il a subi la mort. Ce n'est donc pas seu- 
lement le Père qui témoigne en sa faveur; il 
rend lui-même témoignage au Père, a Je suis 
venu, dit-il, au nom de mon Père... Personne n'a 
jamais vu Dieu... Afin qu'ils vous connaissent 
comme le seul Dieu véritable... Dieu est Esprit. » 
Joan., v, 43; i, 18; xvn, 3; iv, 24. Il a donc 
rendu témoignage jusqu'à la mort. & En son 
temps , » dans le temps convenable. 

3. a En lui je suis établi prédicateur et apôtre, 
je dis vrai, je ne mens pas, docteur des nations 
dans la foi et la vérité. » I Tim., n, 7. Puis 
donc que le Christ a souffert pour les nations, 
et que j'ai reçu la mission de les instruire, quel 
motif avez-vous de ne pas prier pour elles? C'est 
à bon droit qu'après avoir déclaré combien la 
chose est digne de foi, il ajoute : « En lui je 
suis établi prédicateur ; » car ce n'était pas là le 
principal objet du zèle des apôtres. Il poursuit : 
a Docteur des nations dans la foi et la vérité. » 
Encore la foi; mais n'allez pas croire que c'est 
une. foi gratuite et trompeuse, puisque c'est 
aussi dans la vérité, ce qui exclut l'illusion et 
le mensonge. Voyez-vous comme la grâce se 
répand? Chez les Juifs on ne faisait pas de 



prières pour un tel objet ; la grâce a mainte- 
nant dilaté son empire. Voilà pourquoi Paul a 
dit qu'il est établi docteur des nations, mon- 
trant ainsi que la grâce est répandue dans le 
monde entier. « Qui s'est donné lui-même pour 
rédemption, d Comment donc a-t-il été donné 
par le Père ? C'est là l'effet de sa propre bonté. 
Rachat ou rédemption, qu'est-ce à dire? Il 
devait les châtier ; et c'est ce qu'il n'a pas voulu 
faire; ils allaient périr; mais il a donné pour 
eux son Fils ; il a fait de nous les ministres de 
sa parole, afin que nous prêchions la croix. 
Cela devait attirer tous les hommes , en mani- 
festant la charité du Christ. Elles sont vraiment 
grandes, elles sont inénarrables, les merveilles 
opérées par Dieu dans notre intérêt : il s'est 
immolé lui-même pour des ennemis , pour ceux 
qui ne lui témoignaient que de l'aversion et de 
la haine. Ce que personne ne ferait pour ses 
amis, pour ses enfants, pour ses frères, le 
Seigneur Ta fait pour des serviteurs, leur étant 
devenu semblable, quoique ce fût un Dieu qui 
se dévouât pour des hommes, et pour des 
hommes sans mérite aucun. S'ils avaient eu 
quelque mérite, s'ils avaient été dignes de son 
affection , la chose serait moins étonnante ; 
mais, ce qui bouleverse toutes nos idées, il est 
mort pour des ingrats et des rebelles. Ce que 
les hommes ne feraient pas pour des conci- 
toyens, je le répète, Dieu l'a fait pour nous. 

Et puis , ayant le bonheur d'être aimés de la pieu nous 
sorte , nous restons encore dans la torpeur, mo i g nons-iui 
nous n'aimons pas le Christ! Il s'est offert pour ÛOlre amour - 
nous en sacrifice; et nous passons dédaigneu- 
sement à côté de lui, quand il manque des 
aliments les plus nécessaires , nous ne le visi- 
tons pas , quand il est infirme et nu ! Quelle 
indignation , quel supplice, quelle géhenne cela 
ne mérite-t-il pas? A défaut d'autre titre, qu'il 
ait seulement daigné s'approprier les défaillances 
humaines au point de pouvoir dire : J'ai faim , 
j'ai soif, n'était-ce pas capable de lui gagner 
tous les cœurs? Mais , ô tyrannie des richesses ! 
ou plutôt, ô dégradation de ceux qui s'en font 
les esclaves ! car la richesse n'a pas un tel 
pouvoir; c'est nous qui nous ravalons ainsi, 
qui nous jetons dans la servitude, qui sommes 
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21 8 HOMÉLIES SUR LA I" ÉPITRE A TIMOTHÉE. 

rampants et charnels, qui perdons enfin toute 



intelligence. N'accusons pas les richesses, je 
vous prie; que peuvent-elles? ce n'est qu'un 
corps insensible et froid. Si le démon lui-même, 
cet esprit abominable et pervers , qui bouleverse 
tout dans le monde , au fond ne peut rien , que 
peuvent donc les richesses? Quand vous voyez 
de l'argent, imaginez-vous que c'est de l'étain. 
Mais cela vous est impossible ? Eh bien , es- 
timez-le ce qu'il est en réalité , un peu de terre, 
et rien de plus. Encore une raison qui ne vous 
paraît pas acceptable ? Songez alors que nous 
périssons nous-mêmes, que beaucoup de ceux 
qui furent riches, n'en ont guère été plus heu- 
reux ; que beaucoup d'autres , après avoir dé- 
ployé le faste le plus insolent, ne sont plus que 
cendre et poussière, expiant maintenant leur 
orgueil passé, bien plus misérables que ceux 
dont l'argile et le cristal font tout le luxe. Les 
hommes gisant dans la boue sont moins mal- 
heureux souvent que ceux dont les membres 
reposent sur des lits d'ivoire. Mais cela plaît à 
l'œil ? Il est beaucoup d'autres choses ici-bas 
qui lui plaisent bien davantage : les fleurs , une 
pure atmosphère , le spectacle des cieux , la 
lumière du soleil. L'argent se couvre de rouille, 
d'où vient que plusieurs ont dit qu'il était noir, 
le jugeant d'après les anciennes médailles , qui 
sont réellement de cette couleur? Rien de sem- 
blable dans le soleil, au ciel, dans les étoiles. 
La vue des fleurs nous procure une sensation 
bien plus douce que ne peut la donner ce brillant 
métal. Aussi le plaisir ne vient-il pas de ce 
métal, mais bien de la convoitise et de l'iniquité : 
c'est en ceci que l'âme se délecte , et non dans 
l'argent. Rejetez la passion hors de votre âme, et 
vous verrez qu'un objet en apparence si précieux 
est plus vil que la fange. 

Oui, débarrassez- vous de cette maladie; car les 
hommes atteints de la fièvre,apercevant une mare 
bourbeuse, y boiraient avec bonheur comme à 
la source la plus pure ; tandis que les hommes 
bien portants ne voudraient pas même de l'eau. 
Guérissez d'abord, et puis vous verrez les choses 
ce qu'elles sont. Pour vous montrer la vérité de 
cette parole, je puis vous citer l'exemple de 
)>eaucoup d'hommes ayant pris ce moyen. Etei- 



gnez la flamme, et vous verrez que ce brillant 
métal est bien au-dessous des fleurs. L'argent 
est beau sans doute; mais il est beau quand on 
le répand , il est beau dans l'exercice de l'au- 
mône , et non quand on en fait un usage in- 
sensé, quand on le garde chez soi, quand on 
l'enfouit dans la terre, ou bien quand on en 
fait un vain ornement autour des mains, des 
pieds et de la tète. Il a pour destination le sou- 
lagement des malheureux; au lieu de donner 
des chaînes à l'image du Créateur, il doit rompre 
celles des captifs. Faites de l'or cet usage : dé- 
livrez celui qui gémit dans la captivité, n'en- 
chaînez pas celle qui est libre. Pour quelle 
raison , dites-moi , préférez-vous à tout une 
chose de néant? Les chaînes d'or en sont-elles 
moins des chaînes? La matière n'y fait rien. 
Que ce soit de l'or ou du fer, c'est la même 
chose; et l'or même est plus lourd que le fer. 
D'où vient que la charge est rendue légère? De 
la vanité : on étale aux yeux du monde une 
malheureuse enchaînée ; ce qui devrait vous 
couvrir de honte. Et la preuve que c'est vrai , 
liez cette même femme , laissez-la dans une 
solitude où nul ne la verra, et vos chaînes lui 
deviendront intolérables. Craignons , mes bien- 
aimés , d'entendre un jour cette terrible parole : 
« Attachez-lui les mains et les pieds. » Matlh., 
xxii, 13. Pourquoi le recherchez - vous , ô 
femme? Un captif n'est enchaîné que des mains 
et des pieds. Pourquoi liez-vous votre tète? ne 
suffisait-il pas de vos mains et de vos pieds? 
Pourquoi tant de chaînes autour de votre cou? 
Je passe sous silence les soucis qui en naissent , 
les terreurs et les angoisses, les luttes avec 
un mari , les morts continuelles qu'une telle si- 
tuation fait éprouver, quand elle e6t trahie, 
quand elle périclite. Est-ce là du bonheur, 
dites-moi? Pour plaire aux regards d'un autre, 
faut-il vous surcharger de liens et de sollici- 
tudes, de dangers et d'ennuis, de luttes mor- 
telles ? Ne méritez-vous pas ainsi tout reproche 
et toute condamnation ? Loin de nous, je vous 
en supplie, une pareille conduite; brisons tous 
les liens de l'iniquité, partageons notre pain 
avec le pauvre, accomplissons tous les autres 
devoirs qui nous donneront confiance auprès de 

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HOMÉLIE VIII. 



219 



Dieu, afin d'obtenir ensuite les biens promis, 
en Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui gloire, 
puissance, honneur, en même temps qu'au Père 
et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, et 
dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. 



HOMÉLIE VIII. 

c Je vexa, donc que les hommes prient en tout lieu, levant 
au ciel des mains pures , n'ayant ni querelle ni con- 
testation; que les femmes pareillement soient dans une 
mise convenable, se parent avec pudeur et sobriété; 
pas de cheveux frisés, pas d'or ni de pierres précieuses, 
ni de somptueux habits; mais, comme il convient aux 
femmes, qu'elles offrent une garantie de piété dans 
leurs bonnes œuvres. *> 

1. « Quand vous priez, avait dit le Christ, 
n'imitez pas les hypocrites ; ils aiment à prier 
dans les synagogues, ou debout dans les angles 
des places publiques, afin que les hommes les 
voient. Je vous le dis en vérité, ils ont reçu 
leur récompense. Pour vous, quand vous voulez 
prier, entrez dans votre chambre, et, la porte 
fermée, priez votre Père en secret; il vous le 
rendra d'une manière manifeste. » Matth., vi, 
5, 6. D'où vient alors que Paul a dit : « Je veux 
que les hommes prient en tout lieu , levant au 
ciel des mains pures, n'ayant ni querelle ni 
contestation?» Il n'y a pas ici de contradiction, 
non certes; bien mieux, l'accord est parfait. 
Gomment? Il faut d'abord expliquer cette partie 
du précepte : « Entrez dans votre chambre. » 
Pourquoi, s'il faut prier en tout lieu? Ne faut- 
il pas prier dans l'église, ni dans aucun autre 
endroit de la maison , si ce n'est dans sa 
chambre? Quelle est la portée, le vrai sens de 
cette parole? C'est pour nous apprendre à fuir 
l'ostentation que le Christ nous ordonne de 
prier, non-seulement en secret, mais encore 
dans une retraite inviolable. De même qu'en 
disant : « Que votre main gauche ignore ce que 
fait votre main droite, » Matth., vi, 3, il nous 
a montré combien nous devions fuir la vaine 
gloire, et cela par une comparaison à laquelle 
il ne faudrait pas s'arrêter; de même ici il nous 
donne cette leçon sous une autre forme. Il n'a 
pas prétendu nous déterminer un lieu pour 
prier, il nous ordonne simplement de ne pas 



chercher les regards des hommes. Paul s'est 
proposé d'établir la différence entre notre prière 
et celle des Juifs. Ecoutez de nouveau son 
langage : « Levant en tout lieu des mains 
pures; » ce qui n'était pas permis à l'ancien 
peuple. Les Juifs ne pouvaient pas ailleurs se 
présenter à Dieu, offrir des sacrifices, accomplir 
leurs cérémonies ; ils devaient accourir au temple 
de tous les points de l'univers, là se faisaient 
toutes leurs purifications. Il introduit une ins- 
titution nouvelle, il affranchit les hommes de 
cette nécessité. Nos institutions, dit-il, ne sont 
pas comme celles du judaïsme. Il ordonne que 
des prières soient faites pour tous, le Christ 
étant mort pour tous, et l'Apôtre transmettant 
à tous cette doctrine; ainsi déclare-t-il que la 
prière est bonne partout : il n'y a pas désor- 
mais à se préoccuper du lieu, mais uniquement 
des dispositions intérieures. 

Priez partout, dit-il , élevez partout des mains 
pures : voilà ce qui vous est demandé. « Des 
mains pures ou saintes; » dans quel sens? Il ne 
s'agit pas d'une pureté matérielle, mais bien 
de celle qui exclut l'avarice, le meurtre, la 
rapine , les violences. « N'ayant ni querelle ni 
contestation. » Que signifient ces paroles ? Qui 
donc s'irrite en priant? Paul exige par là l'oubli 
des injures. L'àme de celui qui prie doit être 
exempte de toute tache , étrangère à toute 
passion. Que personne ayant une haine n'ose 
approcher de Dieu , personne avec des antipa- 
thies et des amertumes. Mais que veut dire 
encore « sans contestation? » Ecoutons bien. 
Ne mettons pas en doute que nous ne devions 
être exaucés. « Tout ce que vous demanderez 
avec foi, a dit le Sauveur lui-même, vous le 
recevrez. » Matth., xxi, 22. Il a dit encore : 
« Quand vous êtes là debout pour prier, si vous 
sentez une rancune contre quelqu'un , par- 
donnez. » Marc. y xi, 25. Telle est la prière 
« sans querelle et sans contestation. » — Et 
comment jpuis-je croire, direz-vous, que j'ob- 
tiendrai ce que je demande? — Si vous ne de- 
mandez à Dieu que ce qu'il est prêt à vous 
donner, rien d'indigne de la majesté royale, 
rien de temporel ; si vous n'implorez que des 
grâces spirituelles, si vous approchez sans res- 

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220 



HOMÉLIES SUR LA 



sentiment, si vos mains sont pures et saintes; 
elles sont saintes les mains qui répandent l'au- 
mône ; si vous approchez dans ces disposition^, 
vos vœux seront pleinement accomplis. « Si 
vous, tout méchants que vous êtes, savez trans- 
mettre les biens que vous avez reçus vous- 
mêmes, combien plus votre Père qui est dans 
les cieux?» Matth., vu, li. Par contestation, 
l'Apôtre entend aussi le doute. 

Je veux que les femmes également, continue- 
t-il, se présentent à Dieu sans colère, sans con- 
testation, avec des mains pures, n'obéissant pas 
à leurs convoitises, n'exerçant aucune rapine, 
n'étant plus les esclaves de la cupidité. Et 
qu'importe que la femme ne vole pas elle-même, 
si elle fait de son mari l'instrument de sa ra- 
pacité? Mais Paul exige des femmes quelque 
Le» femmes chose de plus. Quoi donc? « Qu'elles se parent 
pTreT^ve^ avec décence et pudeur, qu'elles aient une mise 
^ tt n ^ ur el dé " convenable , pas de cheveux frisés , pas d'or ni 
de pierres précieuses , mais qu'elles offrent, ce 
qui dit reste est leur attribut, une garantie de 
piété par leurs bonnes œuvres. » De quel habit 
veut-il parler? D'un habit qui couvre le corps 
d'une manière décente et complète, mais qui 
n'ait rien de recherché ; c'est alors un ornement 
véritable , tandis que l'excès enlaidit. Expliquez 
donc votre conduite. Quoi, vous venez prier 
Dieu , et vous voilà toute couverte d'or et d'ar- 
tifices ? Venez-vous prendre part à quelque 
danse, ou bien à des fêtes de mariage? n'avez- 
vous d'autre but que de parader? Là sont admis 
par les usages du monde les ornements d'or, les 
cheveux frisés, les vêtements splendides; mais 
ici vous n'avez nul besoin de tout cela. Vous 
êtes venue comme suppliante implorer le pardon 
de vos péchés , demandant au Seigneur de vous 
être propice, vous humilier au souvenir du 
passé : pourquoi cette ambitieuse parure ? Ce 
ne sont pas là des vêtements de suppliante. 
Pourrez-vous bien gémir, verser des larmes, 
prier avec ferveur dans un semblable appareil ? 
Si vous pleurez, quiconque vous verra, rira de 
vos larmes. Elle ne se couvre pas d'or la femme 
qui pleure : ce n'est plus ici qu'une représenta- 
tion théâtrale. Et comment pourrait-on en juger 
autrement, quand on voit une même âme donner 



ÉPITRE A T1MOTHÉE. 

son attention à ces frivolités ambitieuses , et ré- 
pandre en même temps des pleurs? Faites donc 
disparaître toutes ces menteuses décorations : on 
ne se moque pas de Dieu. Renvoyez-les aux 
mimes , ou bien aux danseurs qui figurent sur 
la scène; une honnête femme ne saurait s'en 
accommoder, a Soyez mises avec décence et 
pudeur. » 

2. N'imitez donc pas les courtisanes ; c'est avec 
de tels appâts qu'elles fascinent et font tomber les 
hommes dans le filet. Beaucoup d'autres femmes 
ont par là compromis leur réputation, et n'ont 
rien gagné dans de tels ajustements, si ce n'est 
que de nuire aux autres par le soupçon. De 
même que la femme impudique, aurait-elle 
usurpé les honneurs de la vertu, ne tirera aucun 
profit d'une telle gloire , quand celui qui juge 
le fond des cœurs mettra tout en pleine lumière ; 
de même la femme vertueuse , .mais se faisant 
soupçonner par la recherche de ses vêtements , 
n'aura pas le bénéfice de sa chasteté, à cause 
du funeste exemple qu'elle aura donné. — Que 
ferai-je , me demanderez-vous , si les autres me 
soupçonnent. — Mais vous donnez prise à leurs 
soupçons par la nature de votre mise, par l'af- 
fectation de vos regards et celle de votre attitude. 
De là les nombreuses recommandations dç Paul 
touchant les vêtements et la modestie. S'il fait 
disparaître ce qui n'est après tout qu'un signe 
d'opulence, l'or, les pierreries, les riches étoffes, 
combien plus ne condamne-t-il pas les artifices 
étudiés du luxe , le fard , la couleur empruntée 
des cils, la mollesse de la démarche et celle de 
la voix, les regards lascifs, respirant l'impu- 
dicité, la forme affectée du mantelet et de la 
tunique , l'arrangement de la ceinture et celui 
de la chaussure elle-même ? Il y fait allusion 
quand il recommande une mise convenable, 
la décence et la pudeur; car tout cela porte l'em- 
preinte de l'impudeur et de l'indécence. 

Pardonnez-moi , je vous prie , si je vous 
adresse ces reproches en termes aussi formels ; 
je ne veux ni vous blesser ni vous causer de la 
peine : mon unique but est de retrancher du 
troupeau les brebis étrangères. Dès que l'Apôtre 
interdit ces choses aux personnes mariées, à 
celles qui vivent au milieu des délices et des 
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HOMÉLIE VHI 

richesses, combien plus à celles qui ont embrassé 
la virginité? — Et quelle est la vierge, me di- 
rez- vous encore, qui porte des joyaux précieux, 
ou bien des cheveux frisés? — L'artifice d'une 
mise simple est tel quelquefois que tous ceux du 
luxe ne sont rien en comparaison. Il est pos- 
sible, en effet, de donner au vêtement le plus 
simple une grâce que n'aura pâs un habit tissu 
d'or ; il suffît d'une robe couleur d'azur, entourée 
d'une ceinture qui serre élégamment la taille, 
et qui rappelle trop bien celle des danseuses de 
théâtre , si bien que cette robe forme des plis 
nombreux sur le sein , et ne soit ni trop large 
ni trop étroite sur les côtés : les robes de soie 
ne fascinent pas de la même manière. Ajoutez à 
cela une chaussure d'un fond noir, mais extrê- 
mement brillante , qu'on dirait peinte par un 
habile pinceau, qui se termine en pointe fine et 
modérément relevée. Qu'importe que vous ne 
mettiez pas de fard à votre visage, si vous en 
avez un soin excessif, si vous laissez descendre 
sur votre front un voile encore plus blanc , et 
par-dessus une légère mantille , de telle sorte 
que la blancheur ressorte plus vivement par le 
contraste? Que direz-vous du mouvement si 
multiple des yeux et de ce cordon, qu'une feinte 
modestie tient parfois caché , mais que la vanité 
montre ensuite , à l'endroit qui ramène le pec- 
toral? Oui , la vierge le laisse souvent paraître , 
pour qu'on puisse en apprécier la beauté, tout 
comme la légère mantille laisse aussi souvent la 
tète à découvert. Les mains sont soigneusement 
gantées comme celles des mimes , si bien qu'elles 
semblent exister à peine. Que direz-vous encore 
du port et des poses où brille une si savante 
combinaison? L'or ne pourra jamais , au même 
point, captiver les regards. Tremblons, mes 
bien-aimés, d'entendre un jour, nous aussi, ce 
que le prophète disait aux femmes des Hébreux, 
si curieuses de semblables ornements : a Pour 
ceinture vous porterez une corde , et vous aurez 
la calvitie pour unique ornement de votre tète. » 
Isa. y m, 24. Ainsi donc les attraits dont nous 
parlons ont une tout autre puissance sur les 
yeux des spectateurs, que toutes les richesses 
que le luxe peut étaler. Ce n'est pas un petit 
désordre que celui-là, il est beaucoup plus grand 



qu'on ne pense, il excite le divin courroux, il 
rend inutiles les nobles labeurs de la virginité. 
• 3. Vous avez le Christ pour époux; comment o femme, 
recherchez-vous l'amour des hommes? Un jour ^"é^? 
il vous condamnera comme adultère. Pourquoi 
ne vous parez-vous pas de la manière qu'il veut, 
la seule qui lui soit agréable , de modestie , de 
chasteté, de décence? l'autre est entachée d'im- 
pureté , c'est une flétrissure. Vous voyez de - 
quelle façon elles se jettent elles-mêmes dans 
l'ignominie. On ne doit remarquer aucun ajus- 
tement chez la vierge chrétienne; qu'elle soit 
simplement vêtue, et pas autre chose. Il en est 
cependant qui se perdent en inventions pour 
leur arrangement extérieur. O femme , mettez 
un terme à cette folie ; transportez tous ces 
soins à la beauté de l'àme; car tout ce culte du 
dehors vous dégrade et vous enlaidit au dedans. 
En s'occupant ainsi de l'un, on néglige forcé- 
ment l'autre : quand on dédaigne l'extérieur, 
on concentre sur l'intérieur toute son applica- 
tion et tout son zèle. Ne dites pas : Malheureuse, 
je porte un vêtement en lambeaux, une vile 
chaussure, un voile usé. Quelle est donc cette 
parure? Ne vous trompez pas ainsi vous-même. 
Ces vêtements que vous méprisez , je le répète, 
seront votre plus bel ornement : ils vous pare- 
ront beaucoup mieux que ces robes flottantes 
disposées avec tant d'art, si reluisantes et si 
gracieuses, mais dont la passion se fait un ins- 
trument. Si vous pouvez me tenir ce langage , 
que direz-vous à Dieu, qui voit dans quelle in- 
tention secrète vous agissez ainsi ? Sans doute 
vous ne vous proposez pas le mal. Et quel est 
alors votre but? n'est-ce pas d'exciter l'admira- 
tion? Comment n'avez-vous pas honte, comment 
ne rougissez- vous pas de vouloir vous rendre 
admirable par de tels moyens? — Mais je m'ha- 
bille de la sorte tout simplement, me direz- 
vous, et non dans cette intention. — Dieu sait 



si vous me dites vrai. Vous pouvez bien me 
donner le change ; le donnerez-vous à celui qui 
est présent à toutes vos actions et qui doit les 
examiner un jour, pour qui tout est en pleine 
lumière? Je vous le dis, pour que vous n'ayez 
pas un pareil compte à rendre. Craignez qu'il 
n'ait à vous adresser les reproches .qu'il adres- 

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<m HOMÉLIES SUR LA F* 

sait jadis par son prophète aux femmes des 
Hébreux : « J'étais allé voir celles qui se li- 
vraient à des danses lascives et formaient en- 
semble des pas cadencés. » Isa., ni, 16. Vous 
avez à soutenir une grande lutte, et, quand il 
s'agit de lutter, il n'est pas question de parure; 
la mollesse est hors de saison dans l'ardeur du 
combat. Ne voyez-vous pas les lutteurs et les 
athlètes? ont- ils grand souci de la grâce de leur 
marche ou de leur mise? Nullement. Laissant 
tout cela de côté, jetant sur leurs épaules un 
manteau imprégné d'huile, ils n'ont qu'une 
chose en vue, comment ils porteront des coups 
sans en recevoir. Devant vous se tient le démon, 
grinçant des dents, cherchant tous les moyens 
de vous abattre; et vous demeurez là, n'ayant 
pas d'autre sollicitude que vos sataniques ajus- 
tements? 

Je ne veux rien dire de plus ni des affecta- 
tions de la voix et de la parole, ni de vos par- 
fums, ni des autres inventions de la mollesse. 
De là les dérisions dont vous êtes l'objet de la 
Honneur que part des personnes du monde. L'honneur de la 
1 rondeaux 1 virginité s'est évanoui; personne ne rend aux 
vierges. vierges les hommages qu'elles devraient obtenir, 
parce qu'elles se font mépriser elles-mêmes. Ne 
faudrait-il pas qu'elles fussent respectées dans 
l'Eglise de Dieu comme des êtres descendus du 
ciel? Et voilà qu'elles s'attirent le mépris par 
leur conduite ; ce que je n'applique certes pas 
aux vierges vraiment sages. Quand une femme 
mariée, ayant des enfants à sa charge, une 
maison à diriger, vous voit , vous qui devriez 
être crucifiée au monde, suivre les usages du 
monde plus qu'elle-même, comment ne rirait- 
elle pas de vous ? comment vous respecterait- 
elle? Quel soin de vos vêtements ! quelle ardente 
sollicitude ! Avec votre simplicité vous l'em- 
portez sur la femme magnifiquement vêtue, 
vous préoccupant de votre parure plus qu'elle- 
même, avec tous ses joyaux précieux. Vous ne 
devriez vous appliquer qu'aux bonnes œuvres ; 
mais ce qui vous conviendrait, vous le négligez, 
pour vous attacher à ce qui ne vous convient en 
aucune sorte. Voilà pourquoi les vierges sont 
moins respectées que les femmes du siècle, 
parce que leur conduite ne répond pas à la vir- 



ÉPITRE A TIMOTHÉE. 

ginité. Nous ne l'avons pas dit de toutes; et 
pourquoi faire une exception? que les coupables 
en profitent pour venir à résipiscence, et les 
sages pour aider à ce retour. Veillez à ce que 
cette correction ne soit pas perdue dans la pra- 
tique. Notre but n'a pas été de vous affliger, 
mais plutôt de vous ramener au bien , afin que 
vous nous soyez un sujet de gloire. Paissions- 
nous tous ne faire que ce qui est agréable à 
Dieu , ne vivre que pour le glorifier, et de la 
sorte obtenir les biens promis , par la grâce et 
l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui 
gloire , etc. 



HOMÉLIE IX. 

« Que la femme apprenne en silence avec tonte son- 
mission. Je ne permets pas à la femme d'enseigner, ni 
d'exercer la domination sur l'homme ; qu'elle se tienne 
en silence. Adam fut formé le premier, et puis vint 
Eve ; ce n'est pas Adam qui fut séduit , c'est la femme 
qui fut séduite et qui prévariqua; mais elle peut se 
sauver dans le mariage , pourvu que ses enfants de- 
meurent dans la foi et la charité , dans la sanctification 
et la réserve. » 

1. Le bienheureux Paul exige de la femme 
une grande pudeur, une modestie parfaite. 
Aussi ne va-t-il pas seulement jusqu'à parler 
de l'attitude et de la mise ; il atteint même la 
voix, et vous avez entendu de quelle façon : 
a Que" la femme apprenne en silence. » Que 
veut-il dire ? Que la femme ne parle pas 
dans l'église. Il l'avait déjà dit, en écrivant aux 
Corinthiens : a C'est une honte pour les femmes 
de parler dans l'église. » Pourquoi? Parce que 
la loi les a mises dans un état de subordination. 
Et voici comment il s'exprime ailleurs : <c Quand 
elles veulent apprendre quelque chose , qu'elles 
interrogent à la maison leurs maris. » I Cor., 
xiv, 35. Les femmes donc, obéissant alors à ce 
précepte, se taisaient : maintenant elles se li- 
vrent au tumulte le plus bruyant, à des cla- 
meurs, à des conversations incessantes, et nulle 
part autant que dans cette enceinte ; vous 
pouvez les voir parler toutes ensemble , et 
beaucoup plus que dans l'agora ou dans les 
bains publics. On dirait qu'elles sont venues 
ici pour avoir une pareille licence, tant elles 



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HOMÉLIE IX. 



s'entretiennent toutes des plus futiles objets. 
De là le profond désordre qui règne ; elles ne 
songent même pas qu'elles ne peuvent rien 
apprendre d'utile à moins de se tenir en repos. 
Et quel est donc le bien possible , quand nous 
parlons tous à la fois, quand personne n'écoute 
ce que disent les autres ? Aussi le silence qui 
leur est imposé ne s'applique pas seulement 
aux choses temporelles, il leur est interdit 
de parler même de la religion dans l'église. 
Ce silence est le plus bel ornement , il n'est 
pas de parure comparable à cette modestie ; 
en se tenant dans cette réserve, elles pourront 
accomplir avec honneur le devoir de la prière, 
a Je ne permets pas à la femme d'enseigner. » 

Quelle liaison voyons-nous entre ces idées ? 
Une liaison parfaite. L'Apôtre a parlé du si- 
lence, comme de la pudeur et de la modestie; 
il interdit aux femmes d'enseigner en public. 
Pour leur ôter toute occasion de prendre la 
parole , et par. là même d'enseigner, il les re- 
lègue au rang des personnes qui doivent s'ins- 
truire encore , faisant ainsi du silence une 
preuve de leur sujétion. Le sexe est loquace, 
et c'est pour cela qu'il le réprime par tous les 
moyens. « Adam fut formé le premier, a-t-il 
dit, Eve le fut ensuite; et ce n'est pas Adam 
qui fut séduit , c'est la femme qui fut séduite 
et qui prévariqua. » Qu'importe donc pour 
les femmes qui vivent aujourd'hui ? Beaucoup. ' 
Ainsi ressort la primauté d'honneur de l'homme : 
il fut créé le premier. Il montre encore ailleurs 
cette primauté par ces paroles : a L'homme n'a 
pas été créé pour la femme , mais bien la femme 
pour l'homme. » I Cor., xi, 9. Pourquoi le 
dit-il ? Toujours pour établir la supériorité de 
l'homme. Elle est d'abord basée sur l'ordre de 
la création, et puis sur les faits qui se sont 
accomplis. La femme voulut instruire l'homme, 
et tout fut bouleversé, parce qu'elle le jeta 
dans la désobéissance. Dieu la fit descendre au 
second rang, voyant qu'elle avait mal usé de 
la prééminence , ou plutôt de l'égalité. <t Tu 
seras soumise à l'homme, » lui dit-il. Gènes. , 
ni, 16. Cette parole n'avait pas été jusqu'alors 
énoncée. Mais comment Adam n'a-t-il pas été 
séduit ? N'ayant pas éprouvé la séduction , il 



n'est pas tombé dans la désobéissance. — Prêtez 
ici toute votre attention. Voici l'excuse de la 
femme : « Le serpent m'a trompée. » Ibid., 18. 
Adam ne renvoie pas cette accusation à la 
femme; il dit simplement : « Elle m'a donné 
du fruit, et j'en ai mangé. » Du reste, ce n'est 
pas la même chose de se laisser tromper par 
un être semblable à soi, de la même nature, 
ou par un être inférieur, par une bête : c'est 
donc ici seulement que se trouve la séduction. 

Si l'Apôtre déclare que l'homme n'a pas été 
séduit, c'est par comparaison avec la femme, 
qui se laissa tromper par un être placé sous 
ses ordres, par une sorte d'esclave; tandis qu'il 
le fut par un être libre comme lui. Ce n'est pas 
non plus d'Adam qu'il est dit : « La vue de cet 
arbre lui fit penser que le fruit était bon à 
manger;» Ibid., 6; c'est de la femme; et l'Eêri- 
ture ajoute qu'elle en mangea et qu'elle en 
donna à l'homme. Il faut en concluré qu'il 
ne fut pas précisément aveuglé par la concu- 
piscence , et que sa prévarication fut causée par 
l'exemple et le conseil de la femme. Elle a donc 
une fois enseigné, mais pour tout bouleverser 
en ce monde. On comprend dès lors cette pa- 
role : « Qu'elle n'enseigne pas. » Mais que fait 
aux autres la conduite que la première a tenue? 
Cela les regarde pleinement; c'est un sexe faible 
et léger. L'expression d'ailleurs est générale ; il 
n'est pas dit : Eve fut séduite. Non ; « la femme, » 
ce qui s'étend à toutes , et n'en désigne pas une 
en particulier. Quoi donc, tout le sexe a-t-il eu 
part à la prévarication à cause d'elle seule? De 
même que l'Apôtre a dit : o A la ressemblance 
de la prévarication d'Adam, qui fut le type de 
l'avenir; » Rom., v, 14; de même ici la pré- 
varication appartient à la femme, et non à 
l'homme. N'a-t-elle plus dès lors aucun moyen 
de salut? Gardons-nous de le croire; elle peut 
se sauver par les enfants; ce n'est pas à propos 
d'Eve elle-même que Paul disait : « Pourvu 
qu'ils demeurent dans la foi et la charité, dans 
la sanctification et la modestie. » 

Quelle est cette foi , cette charité , cette sano 
tification et cette modestie par rapport à la 
question présente ? C'est comme s'il avait dit : 
Ne vous affligez pas trop, ô femmes, des accu- 

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à Dieu. 



iU HOMÉLIES SUR LA I" 

satioDS que votre sexe encourt; Dieu vous donne 
un autre moyen de salut dans l'éducation des 
enfants, si bien que vous pouvez vous sauver, 
non-seulement par vous-mêmes , mais encore 
par autrui. Voyez -que de questions naissent 
d'un même sujet. « La femme fut séduite , est-il 
dit, et tomba dans la prévarication. » Quelle 
femme ? Eve apparemment. Devait -elle donc se 
sauver en devenant mère ? Paul ne le dit pas; 
il affirme seulement la possibilité du salut pour 
toutes les femmes. Le sexe a-t-il eu part à la 
prévarication? Sans doute; mais c'est Eve qui 
prévariqua; puis les femmes ont un moyen de 
salut dans la maternité. Et pourquoi pas aussi 
dans leur propre vertu? celle-là a-t-elle donc 
ôté ce droit aux autres? Que dirons-nous des 
vierges , des femmes stériles , ou des veuves 
privées de leur mari avant d'avoir eu des en- 
fants ? Sont-elles perdues? n'ont-elles aucune es- 
La virginité pérance? la virginité cependant est l'état le plus 
pîuà a^léabio noble et le plus agréable à Dieu. Que veut dire 
l'Apôtre? 

2. Dans l'opinion de quelques-uns, de même 
que tout le sexe est subordonné , parce que la 
première femme ne fut créée qu'en second lieu, 
et par là fit participer toutes les autres à cette 
dépendance; de même, ayant pré variqué, elle 
enveloppa tout son sexe dans cette même préva- 
rication. Mais cela n'est pas raisonnable; car 
d'un côté tout vient du don de Dieu, et de 
l'autre on ne voit que le péché de la femme. 
La pensée de Paul, je l'explique d'une manière 
plus simple : comme tous les hommes meurent 
à cause d'un seul , parce qu'un seul a péché ; 
ainsi la prévarication d'une femme est devenue 
celle de tout son sexe. Que ce sexe ne s'afflige 
pas trop néanmoins; Dieu lui donne. une con- 
solation bien grande, et c'est la maternité. Gela 
tient à la nature, m'objecterez-vous. — Et la 
transmission de la faute aussi. Du reste, il y a 
quelque chose de plus que la condition natu- 
relle , puisque la femme a le droit d'élever ses 
enfants : a S'ils demeurent dans la foi et la 
charité, venez-vous d'entendre, dans la sancti- 
fication et la modestie ; » ce qui revient à dire : 
Si, après leur avoir donné le jour, vous les con- 
servex pieux et chastes. Ce n'est pas une petite 



ÉPITRE A TIMOTHÉE. 

récompense qu'elles mériteront, c'est la plus 
grande ; car elles auront élevé des athlètes 
pour le Christ. La sanctification dont il parle, 
c'est la droiture de la vie ; la modestie en fait 
l'éclat et la beauté, a Parole digne de foi. » 
Ceci se rapporte à ce qui précède, et non à ce 
qui suit : « Si quelqu'un désire l'épiscopat. » 
Gomme on n'était pas d'accord sur la première 
question, à savoir, si les pères et les mères 
doivent bénéficier de la vertu de leurs enfants, 
parce qu'ils les auront bien élevés, il conclut 
par cette affirmation : « Parole digne de foi. » 
Mais, quand la mère est elle-même vicieuse et 
dépravée, se sauvera-t-elle par l'éducation des 
enfants ? n'est-il pas à croire qu'elle les formera 
sur ses tristes exemples ? Paul le dit de la 
femme vertueuse et nullement d'une femme 
quelconque ; celle-là seule sera magnifiquement 
récompensée. 

Ecoutez bien, pères et mères : vous trou- 
verez votre bonheur dans l'éducation des en- 
fants. Il y revient dans la suite ; il exige de la 
veuve qu'elle ait « pour témoignage et ses 
bonnes œuvres et la bonne éducation de ses en- 
fants? d I Tim.y v, 10. C'est un trait qu'il ajoute 
à tant d'autres. Consacrer à Dieu les enfants 
que Dieu vous a donnés , n'est pas une chose 
vulgaire. Quand on a posé de solides fonde- 
ments et mis le couronnement à l'édifice, une 
grande récompense ne saurait manquer ; ni le 
supplice, quand on est négligent. Héli fut frappé 
de mort à cause de ses enfants, dont il eût dû 
prévenir les désordres. Sans doute il les avertis- 
sait, mais non comme il aurait fallu : n'ayant 
pas le courage de les contrarier, il les perdit en 
se perdant lui-même. Pères, écoutez cette leçon; 
formez vos enfants avec un zèle infatigable, 
a dans la discipline et la connaissance du Sei- 
gneur. » Chose intraitable que la jeunesse ; elle 
n'a jamais assez d'instituteurs, de maîtres, de 
guides , de moniteurs et de gardiens. Puissiez- 
vous encore avec tout cela la gouverner. Un 
cheval indomptable, une bête féroce qu'on ne 
saurait apprivoiser, voilà ce qu'est la jeunesse. 
Si, dès le principe, dès les premières années, 
nous savons lui poser des bornes inflexibles 
mais sagement établies, plus tard nous aurons 

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HOMÉLIE IX 

moins de peine à prendre ; l'habitude lui devient 
une loi. Ne.permettons pas aux enfants de faire 
une chose agréable à la fois et nuisible ; pas de 
faiblesse à leur égard , conservons-les surtout 
dans la chasteté : le vice contraire est celui 
de tous qui ruine le plus la jeunesse. Gela de- 
mande de nous de nombreux combats, une 
attention de toutes les heures. Hàtez-vous de 
les marier, afin qu'ils ne déshonorent pas la 
sainteté du mariage ; l'affection est alors dans 
toute sa vigueur. Celui qui fut chaste avant 
d'entrer dans cet état, le sera beaucoup plus 
ensuite : celui qui connut auparavant le chemin 
de la fornication, ne. manquera pas de le re- 
trouver après, o Pour l'homme impudique, est- 
il écrit, tout pain a de la saveur. » EcclL, xxm, 
24. C'est pour cela qu'on leur met une couronne 
sur la tète, symbole de la victoire remportée 
sur la passion et de l'invincible pureté qu'ils 
apportent à l'union conjugale. Celui qui s'est 
laissé prendre au filet et que la courtisane a 
dominé, comment aurait-il une couronne au 
front, ayant subi la honte de la défaite ? 

Ne cessons de leur inculquer ces avertisse- 
ments et ces préceptes, faisons même jouer le 
ressort de la terreur, tantôt par un moyen, tantôt 
par un autre. C'est un grand dépôt que celui 
des enfants. Déployons une infatigable vigi- 
lance, ne négligeons rien, pour que l'esprit de 
malice ne nous le dérobe pas. Mais aujourd'hui 
c'est tout l'opposé que nous faisons. Pour amé- 
liorer nos terres, nous employons tous les 
moyens; nous les remettons à l'homme le plus 
dignfe de confiance, nous cherchons le meilleur 
éleveur, le plus habile économe, le dispensateur 
le plus intègre. S'agit-il de ce que nous avons 
de plus précieux, d'un fils dont l'éducation est 
à faire, dont il faut sauvegarder la chasteté, 
nous n'y regardons pas de si près, bien que 
de toutes nos possessions ce soit la plus chère , 
et que toutes les autres aient celle-là pour objet. 
Nous sommes fort préoccupés de le rendre riche, 
et nullement de lui-même. Quelle inconsé- 
quence ! Cultivez donc avant tout l'àme de votre 
enfant et le reste viendra de soi. Si l'àme n'est 
pas bonne, tous les biens ne lui serviront de 
rien : si l'àme est droite et pure, l'indigence ne 
ton. x. 



m 



peut lui causer aucun mal. Voulez-vous le laisser 
riche, enseignez-lui la vertu. Il sera capable 
alors d'agrandir son patrimoine; et, ne l'a- 
gran dirait-il pas, il ne sera pas de pire condition 
que les plus riches héritiers. S'il est corrompu , 
lui laisseriez-vous des biens sans nombre , vous 
ne laisserez pas un gardien de votre fortune; 
vous l'avez rendu plus malheureux que les der- 
niers des pauvres. A des enfants mal élevés, 
mieux vaut la pauvreté que la richesse. La 
pauvreté les retiendra, sans qu'ils le veuillent 
même , dans les bornes de la vertu : la richesse 
pousse à l'intempérance les mieux intentionnés, 
les jette hors d'eux-mêmes , les précipite dans 
mille maux. 

Mères, vous surtout donnez une parfaite di- 
rection à vos filles; ce soin n'implique pas de 
graves difficultés. Veillez à leur faire aimer 
votre maison ; formez -les avant tout à la piété, 
à la modestie, au mépris des richesses comme 
à celui des vaines parures. Telles vous devez les 
marier. En les formant de la sorte , ce n'est pas 
elles seules que vous sauverez, c'est encore 
l'homme à qui votre fille doit échoir; avec 
l'homme vous sauverez les enfants et la posté- 
rité tout entière. En effet, la racine étant saine, 
les rameaux le deviennent de plus en plus, et 
vous aurez part pour tous ces biens, à la récom- 
pense. Souvenons-nous dans tout