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Full text of "Comptes rendus Academie des sciences 0191"

COMPTES RENDUS 



HEBDOMADAIRES 



DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES 



PARIS. — IMPRIMERIE GAUTHIER-VILLARS ET C ie , QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS, 55. 



COMPTES RENDUS 

HEBDOMADAIRES 

DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES, 

PUBLIÉS, 

CONFORMÉMENT A UNE DÉCISION DE L'ACADÉMIE 

EN DATE DU 13 JUILLET 1835, 

PAR MM. LES SECRÉTAIRES PERPÉTUELS. 



TOME CENT QUATRE- VINGT-ONZIÈME. 

JUILLET — DÉCEMBRE 1930. 



■nrr» imo-a 



PARIS, 

GAUTHIER-VILLARS et C ie , IMPRIMEURS-LIBRAIRES 

DES COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES, 

Quai des Grands-Augustins, 55. 

1930 



COMPTES RENDUS 

DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES 



SEANCE DU LUNDI 7 JUILLET 1930. 

PRÉSIDENCE DE M. Léon LECORNU. 



MEMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 



M. le Président annonce à l'Académie qu'à l'occasion de la Fête natio- 
nale la prochaine séance hebdomadaire aura lieu le mercredi 16 juillet au 
lieu du lundi 14. 



M. le Président s'exprime en ces termes : 

J'ai le regret d'annoncer à l'Académie le décès, survenu le 28 juin à 
Saint- Jean-de-Luz, de M. Georges Neumann, notre correspondant pour la 
section d'Economie rurale. 

Louis-Georges Neumann était né à Paris, le 22 octobre 1846; il avait 
donc 84 ans. Il était notre correspondant depuis le 17 juin 1918. 

Son activité scientifique s'est principalement exercée clans l'étude des 
parasites et des maladies parasitaires des animaux et des plantes cultivées. 

Indépendamment de quelques travaux sur les champignons parasites des 
planteset ceux qui produisent la teigne des animaux domestiques, il s'est 



6 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

occupé surtout d'Helmintologie, d'Entomologie parasitaire et d'Acarologie. 
Dans ces trois domaines, il s'est acquis une réelle autorité. 

L'Helmintologie lui doit la découverte d'un grand nombre de Cestodes 
et de Nématodes parasites des animaux domestiques ou sauvages. 

En Entomologie, il s'est spécialisé dans le groupe des Pédiculidés et des 
Mallophages. Ses travaux sur ce sujet ont été accueillis avec une telle 
faveur que nombre de Musées et de Laboratoires ont eu recours à lui pour 
l'étude et la détermination de leurs collections. 

En Acarologie, il a éclairé bien des points de la morphologie et de la 
physiologie du vaste groupe des Sarcoptidés. Mais c'est la famille des 
Ixodidés qui a retenu le plus longtemps ses efforts et lui a donné les 
résultats les plus importants. Avant lui, cette famille était demeurée bien 
peu connue. Dès que ses travaux eurent été publiés, il fut consulté par la 
plupart des Musées d'Europe et des Etats-Unis et c'est grâce à lui que les 
plus riches collections du monde sont sorties du chaos où elles étaient long- 
temps restées. 

Les principales publications de Neumann ont été faites dans les Mémoires 
de la Société zoologique de France. Leur importance médicale a été consa- 
crée en 1909 par l'attribution à l'auteur d'un de nos prix Montyon de 
Médecine et de Chirurgie. Il a publié en dernier lieu un Traité des maladies 
parasitaires des animaux domestiques qui a eu deux éditions françaises et 
deux éditions anglaises et qui a été récompensé par l'Académie de médecine, 
notre Académie et la Société centrale d'Agriculture. 

Cet excellent savant a largement contribué au progrès de la parasitologie 
et, par là, à la défense de l'agriculture qui a tant à souffrir des maladies 
parasitaires des animaux domestiques. 

M. le Président souhaite la bienvenue à Sir Henry Lyons, vice-président 
de la Société royale de Londres \ Sir Richard Glazebhook, membre de la 
Société royale de Londres ; Sir Frank Dyson, astronome royal (Angleterre) ; 
MM. V. Kellogg, membre de l'Académie nationale des U. S. A. -, Karpinsry, 
président de l'Académie des Sciences de Russie; Went, président de 
l'Académie des Sciences d'Amsterdam, et à MM. VitoVolterra et Torres 
Quevedo, Associés étrangers de l'Académie, qui assistent à la séance. 

M. A. Lacroix dépose sur le bureau le Livre jubilaire i83o- 1980, publié 
à l'occasion du Centenaire de la Société géologique de France ; les deux 



SÉANCE DU 7 JUILLET igSo. y 

volumes contiennent des Mémoires de MM. A. Lâcsoïx ; Ch. Barrois, H. Dou- 
vtllé, P. Termier, L. Cayeux ; Maurice Lugeon, Emm. de Margeme, A. Bigot, 
Henry Fairfield Osborn, Membres-, ou Correspondants de l'Académie. 



SPECTROSCOPIE. ,— Propriétés des raies et séries anormales 
dans les spectres atomiques . Note de M. H. Deslandkes. 

I. Cette Note est la suite d'une Note présentée aux Comptes rendus le 
2 juin dernier sous le même titre ( 1 ); elle est consacrée aux petites irrégu- 
larités des séries de raies, irrégularités que révèlent les O — C (différences 
entre les fréquences observées et calculées), lorsque la série est représentée 
par une formule dont la variable m est le numéro de la raie. On a ainsi ce 
que j'ai appelé les anomalies ou pointes anormales, accompagnées souvent 
d'une irrégularité de l'intensité. 

J'ai examiné d'abord les raies signalées déjà comme ayant une anomalie 
forte de position ou d'intensité, et j'ai montré dans la dernière Note que 
leur fréquence était, à de faibles différences près, un multiple de la 
fréquence élémentaire 1062, 5 (appelée d A ). Ces raies ont donc la propriété 
déjà reconnue pour les radiations ultimes et très fortes des spectres molécu- 
laires et atomiques. Même' on est conduit à considérer les multiples de 
d K \n, n étant un nombre entier petit; une raie est rattachée à un multiple 
de djt/n lorsque l'écart entre sa fréquence et le multiple est au plus égal 
à d { j ion> Cette règle des écarts, qui paraît arbitraire, est, en réalité, 
comme on le verra plus loin, indiquée par les faits eux-mêmes. 

L'influence de la fréquence d A apparaît ainsi de plus en plus grande dans 
les spectres, et j'ai recherché si, inversement, les raies de série, multiples 
de d A dans les conditions ci-dessus rappelées, offraient toujours une varia- 
tion de position ou d'intensité, grande ou petite. 

Les premiers résultats obtenus avec les spectres simples de l'hélium He, 
du lithium Li et du sodium Na ont été publiés en juin dernier. Je les com- 
plète aujourd'hui pour le lithium et j'ajoute ceux donnés par le potassium K. 

Une série naturelle de raies atomiques étant donnée, la reconnaissance 
des pointes anormales qu'elle peut présenter est souvent assez délicate, car 
la pointe apparaît plus ou moins nettement, suivant la formule employée et 
suivant le choix des raies qui servent à déterminer ses constantes. Si, pour 



(*) Comptes rendus, 190, 1980, p. i25o. 



8 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

l'établissement de la formule on prend une raie à pointe anormale, cette 
pointe est masquée et son écart est reporté sur les raies voisines. Plusieurs 
étapes et de longs calculs sont souvent nécessaires ; mais l'expérience prouve 
que l'on arrive à un résultat suffisamment net. 

Dès le début de cette étude, j'ai relu avec soin tous les mémoires anté : 
rieurs sur la représentation des séries hydrogénoïdes par une formule appro- 
priée, et en particulier les mémoires de Rydberg(i8o,6), de Ritz (1903), de 
Birge (1910), de Hicks (1910), de Bevan (1910 à 1912), de Wood et For- 
trat (1916), de Fowler (1922) ('). Le mémoire de Ritz est de premier ordre, 
il présente 22 séries spectrales de i3 corps simples, et les formules de Ritz 
correspondantes avec leurs O — C. Or, dans la grande majorité des cas, 
les raies de série, multiples de d K , correspondent à une pointe anormale; le 
lien des multiples et des pointes est déjà bien indiqué, et l'on peut s'étonner 
qu'il soit resté inaperçu pendant longtemps. Comme une dépendance aussi 
générale ne peut être due au hasard, j'ai repris la question avec les données 
nouvelles dont on dispose aujourd'hui; car, depuis 1903, des raies nouvelles 
plus réfrangibles ont été ajoutées dans la plupart des séries, et la précision 
des mesures a été augmentée. 

La série principale du lithium a été examinée trop brièvement dans la 
Note précédente. La figure 1 ci-contre reproduit les O — C en X de cette 
série, publiés par Ritz en 1903 ; on y voit nettement la pointe anormale de 
la raie (5), donnée par toutes les formules et rattachée à 38 d K . Au-dessous 
{fi g. 2) est la courbe des O — C de Birge, avec des fréquences rectifiées et 
une formule de Ritz appuyée sur des raies différentes. Puis, de 1 910 à 191 2, 
Bevan obtient 32 raies nouvelles (du n° 10 au n° 41), mesurées, il est vrai, 
avec une précision moindre; la figure 3 reproduit les O — C en X obtenus 
par lui avec une formule de Hicks. Dans les années qui suivent, les sept 
premières raies sont mesurées avec une précision plus grande, et la figure 4 
présente les différences entre les X adoptées par Fowler en 1922, et les X 
calculées par la formule de Bevan en 191 2. Gomme on le voit en partie sur 
la figure, cette formule de Bevan peut être considérée comme appuyée sur 
les raies (3), (7) et (27) de Fowler, qui ne sont pas des multiples de d { ; et cela 



(*) Rydberg, Kongl. Svenska Vet. Akad. Handlingar,^, ci, 1889. — Ritz, Ann. 
der Physik, 12, i 9 o3, p. 4<x>. — Hicks, Phil. Trans., A, 210, 1910, p. 5 7 , et 212, 
1912, p. 33. — Birge, Astrop. Journ., 32, 1910, p. 112. — Bevan, Proc. Roy. Soc, A, 
83, 1910, p, 421 ; 85, 191 1, p. 54, et 86, 1912, p. 32o. — Wood et Fortuat, Astrop. 
Journ., 43, 1916, p. 73. — Fowler, Report on Une spectra, 1922. 



COURBES DES O— C. 

Différences entre les longueurs d'onde ou fréquences observées 

et les longueurs d'onde ou fréquences calculées. 



Série principale du lithium 

O-CenX. 




(40+2/5d, 
+0 



Série principale du potassium 

O — C en v. 
Raie la plus faible des doublets. 



+3,00 _ 




-aoo_ 



3ld, 

+4. 32d, 
23+1/4 29 + (A -28 (32+l/4)d. 
' -7 +12 



Fig. 


i . 


Fig. 


3 


Fig. 


3. 


Fig. 


4- 



— O — C de Bitz[(iQo'à). Formule de Ritz. 

— O— C de Birge (1910). Formule de 

Ritz. 

— O — C de Bevan (1912). Formule de 

Hicks. 

— O — C de Bevan et Fowler (1922). 

Les points noirs annoncent les raies choisies comme bases de la formule 



Fig. 5. — O—C de Ritz (1908). Formulede Bitz. 
Fig. 6. — O — C de Birge (1910). Formule de 

Bitz. 
Fig. 7. — O—C de Birge et Fowler (1922). 

Formule de Bitz. 



ÎO ACADÉMIE DES SCIENCES. 

est une condition favorable ; car, si les raies multiples de d t ont en général 
une pointe anormale, il est sage de ne pas les choisir comme bases de la 
formule. La figure 4 montre des pointes attachées aux deux autres raies 
de la série qui sont multiples de </, , à la raie (i)v i^d A + 29, et à la raie 
(io)v4o </.,•+ 69. 

Les figures 5, 6 et 7 se rapportent à la série principale de K et à la 
raie faible de ses doublets; jusqu'en 1910, les 9 premières raies étaient les 
seules connues; puis Bevan a obtenu les raies de (10) à (24), mais 
mesurées avec une précision plus faible. Dans cette série, deux raies sont 
multiples de d A , la raie (6) v3irf, +4, et la raie (9) v32û? f — 28; et elles 
sont accompagnées chacune d'une pointe anormale bien visible sur les 
figures. La figure 7 reproduit les différences entre les fréquences adoptées 
en 1922 par Fowler et les fréquences calculées par Birge en 1910, avec une 
formule de Ritz; comme on le voit sur la figure, les raies (1 ), (12) et U9), 
qui ne sont pas des multiples de d Ai peuvent être considérées comme étant 
les bases de la formule -, ce qui est un avantage, ainsi qu'on Ta remarqué 
pour la figure 4 de' Li. La figure 7 montre, outre les pointes des raies 
(6) et (9), des pointes nettes rattachées à trois multiples de d K jl\. La for- 
mule de Ritz paraît être celle qui met le mieux en relief les pointes anor- 
males. 

* IL J'ai cherché en même temps si le déplacement des raies vers le 
rouge dû à la pression est lié à la fréquence d x . Ce déplacement, qui n'est 
pas toujours proportionnel à la pression, a été relevé avec soin seulement 
pour un très petit nombre de corps. Avec le chrome étudié par Humphreys 
à L\'i atmosphères, la raie du déplacement maximum en v est la raie ^926,8 
et avec le fer étudié à 9 atmosphères par Gale et Adams, la raie A 6246,5 
est la plus déplacée. Or ces deux raies sont des multiples de d K . Ces faits 
sont à retenir, mais les données expérimentales sont encore insuffisantes ( 1 ). 

III. Les raies sont rattachées à un multiple de d x et dites, par abréviation, 
multiples de d x , lorsque l'écart entre les deux fréquences est au plus égal à 
d t /io. Cet écart limite a été indiqué par l'expérience; dès le début de mes 
. recherches en 1924, j'ai été frappé de ce fait que les raies ultimes, admises 
par tous, des corps simples He, Li, C, Na, Ca + , Hg, Sr + , Hg, étaient à de 
faibles différences près, des multiples de d x ; et ces différences, positives ou 
négatives, étaient en valeur absolue comprises entre o et d t /io, 

(*) Humphreys, Astroph. Journ., 26, 1907, p. 21 ; Galk et Adams, Astroph. Journ., 
35, 1912, p. 18. 



SÉANCE 'DU 7 JUILLET lO,3o. il 

Cet écart, relativement grand, étonne moins, si Ton admet l'explication 
que j'ai proposée pour le phénomène. Il y aurait une simple résonance 
entre les vibrations de l'atome et celles de son noyau et des noyaux voisins. 
L'atome est rapproché d'un navire à moteur qui a ses vibrations propres 
avec une fréquence fondamentale et des harmoniques. Lorsque la fréquence 
des rotations du moteur ou simplement un multiple de cette fréquence se 
rapproche des fréquences précédentes, les vibrations du navire deviennent 
plus fortes, d'autant plus que les deux fréquences sont plus voisines. 



OPTIQUE PHYSIOLOGIQUE. — Un paradoxe sur V accommodation. 
Note de M. Charles Kichet. 

On sait, depuis Helmholtz, que l'accommodation est due à une modifi- 
cation de la forme du cristallin par la contraction (volontaire) du muscle 
ciliaire, de sorte que l'image de l'objet extérieur soit nette sur la rétine. 
Quand l'objet est proche, le muscle ciliaire se contracte (et la pupille se 
rétrécit un peu); quand l'objet est lointain, le muscle ciliaire se relâche (et 
la pupille se dilate un peu). 

Or, nous avons conscience de cet effort qui est très net, même quand le 
rétrécissement de la pupille est insignifiant et échappe à l'observation 
directe. 

Quand nous sommes sur une longue route, bordée d'arbres, et que nous 
regardons les arbres du lointain, pour bien voir l'arbre qui est près de nous 
à i mètre de distance, nous faisons un elïort d'accommodation dont nous 
nous rendons parfaitement compte. 

Alors je me suis demandé ce que devient l'accommodation devant un 
tableau qui représente une avenue à perspective lointaine, ou le jardin d'un 
cloître, par exemple, avec des colonnes qui vont en s'éloignant. Il y a un 
premier plan, un second plan et d'autres plans de plus en plus distants. Il 
m'a paru que je faisais très nettement un effort d'accommodation pour voir 
nettement le premier plan, quand j'avais, au préalable, regardé les plans 
lointains. 

Cet effort d'accommodation est, au fond, très absurde, car les objets 
représentés sur le tableau sont en réalité tous au même plan. 

Leur distance variable n'est qu'une illusion. La distance des uns et des 
autres, pour la rétine, est exactement la même. Il n'y a donc nul besoin de 
changer l'accommodation, puisqu'il ne s'agit pas d'objets situés à des plans 



12 ACADEMIE DES SCIENCES. 

différents. Pourtant, nous la changeons tout de même, au moins pendant 
quelques instants. 

Gomment expliquer ce paradoxe? Il est vraisemblable que c'est à cause 
d'une longue accoutumance, à accommoder notre vision à la distance 
approximative qu'un coup d'œil rapide nous a fait évaluer ('). 

ÉLASTICITÉ. — La loi adiabatique dynamique relative aux surfaces 
élastiques. Note ( 2 ) de M. Louis Roy. 



L'égalité 



«'T-^(/«n + /ï^-o + -.- + /r^I',) ! 



que nous avons utilisée dans l'étude de la propagation adiabatique des ondes 
de choc sur les surfaces élastiques ( 3 ), constitue la relation supplémentaire 
relative à de telles ondes. Nous l'avons obtenue en annulant la quantité de 
chaleur dQ dégagée pendant le temps dt par la bande infiniment étroite de 
longueur arbitraire comprenant l'onde, que nous avons antérieurement 
considérée pour établir l'équation fondamentale des ondes de choc, cette 
quantité de chaleur ayant été calculée à l'aide du principe.de Carnot. Si 
nous la calculons, au contraire, à l'aide du principe d'équivalence, nous 
aboutirons à une forme nouvelle, nécessairement équivalente à la précédente, 
qui correspondra à ce qu'on appelle en Hydrodynamique la loi adiabatique 
dynamique. Nous allons établir cette loi pour les surfaces élastiques à six 
paramètres dénuées de viscosité, puisque, s'il y a viscosité, nous savons 
qu'aucune onde de choc n'est susceptible de se propager. 

Le principe d'équivalence appliqué à la portion de surface ci- dessus 
indiquée s'écrit 

d% e = C r/Q + cl ( { Il + *W ) dm, 

où d^> c est le travail élémentaire des forces extérieures, qui comprend celui 
de la force et du couple de liaison appliqués le long du contour de l'aire 

( l ) La bibliographie de l'accommodation est tellement vaste que je n'oserais assurer 
que la question n'ait été déjà envisagée. Cependant les peintres et les opthalmolo- 
gistes que j'ai interrogés à cet égard n'ont pu me donner aucun renseignement, biblio- 
graphique ou autre. 

(* 2 ) Séance du 3o juin 1980. 

( :j ) Voir nos Notes des 27 janvier, 10 février, 1 1 et 23 juin ig3o. 



SÉANCE DU 7 JUILLET 1930. l3 

considérée- IL et %*? désignent les énergies interne et cinétique par unité de 
masse et d la variation éprouvée pendant le temps dt par l'intégrale étendue 
à tous les éléments de masse dm àe cette portion de surface. Il vient ainsi 

€dQ = dtJipVà'i^l + <W) - d'| (a# M + bdt 1B ) U ■+- (ae„+ hC iU ) P\]dl, 



en désignant par 

(1) U.= 



dx 
~àt 



V = 



dx 
~dt 



W 



a, 



dx 
~dt 



les composantes de la vitesse de M suivant les axes mobiles Muvw. 

La quantité de chaleur dQ est donc de Tordre de dt. Or, dans l'hypothèse 
actuelle que les coefficients de conductibilité calorifique de la surface sont 
nuls, l'expression de dQ, fournie par. la théorie de la conductibilité, est de 
l'ordre de dt 2 ; on en conclut qu'on doit avoir en chaque point de l'onde 

p , VÔ , (aLH- < W)-ô , |(adl tt +bJl 1B )U + (ae a +be 1M )P| = o. 

Si l'on remplace "alors dans cette égalité l'énergie cinétique par son 
expression 



U' 



(AP s -1 2 dqr; 



et si l'on tient compte de ce qu'on a, d'après (1) et les formules (1) de notre 
Note du 27 janvier 1930, 



â'(U, V, W)=- jà'a, y,,.Ç), d'(P, Q, R) = - ^ à'(p, q, r), 

il vient 

{2) 2 P ô'U+i| [(adl B +bdl 1M ) 1 +(adl M +bdl lu ) a ]ô^ 

ci 

+ [(ae M + be 1B ) l + (ae B + bÇ 1M ) ï }5>| = o. ■ 

C'est la première forme de la loi adiabatique dynamique; la seconde 
s'obtient en y remplaçant S'(£, r,, . . . , r) par leurs valeurs tirées des équa- 
tions (1) de notre Note du 10 février 1980. 

Si l'on désigne à cet effet par A le déterminant des inconnues — o'(p, q, r) 

des trois dernières de ces équations et si l'on pose 

Aa = D 2 — BC, Adh = E 2 — CA, Ae = F* ■"— AB; 
ACO = AD + EF, A& =,BE + FD, A^= CF + DE. 



l4 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

F égalité (2) s'écrit 

(3) ifV^à'Il- 



(a tR„-+-btR,„)''H (ae„ + be,„,)- 







2 


oô 


ai 




1 
a ' 

■4- 


[(a-dl K 

[(ae„ 


2p'- 


^ t 


6 '01 


— 


«■! 


( 


atft,^ 


-bdt,„ 



— 2 - - ( a e,-. + b e, „ ') ( a C (V -+- b e, „, ) 



C'est la deuxième forme de la loi adiabatique dynamique. 

Dans le cas particulier de la surface à trois paramètres, les égalités (2) 
et (3) deviennent, d'après les formules (1) et (4) de notre Note du 1 1 juin 1 930, 

- b tft, „ ) , h- ( a dl„ + b dt,„ ), ] d'à 

•be 1(t ), . + (a<2„ + be,„),]3> 
-be^), + (a(2„ + be. Jf .) 2 ]ô'ç j=o. 

-+- ^| [ ( a e u -+- b e,„ ) 2 + ( a e,, + b e, ... y 2 -] [ = o. 

e- y 

Il est alors facile de les appliquer aux trois cas de propagation que nous 
avons étudiés pour une surface isotrope. Dans le premier, il ne subsiste 
dans chaque accolade que les termes en dl,,, dl 4K ; dans- les deux autres, au 
contraire, ce sont ces termes qui disparaissent. 

Remarquons enfin l'analogie de ces différentes formes de la loi adiaba- 
tique dynamique avec celles que nous avons antérieurement obtenues pour 
les lignes élastiques ( 1 ). 



ELECTIONS. 

Par l'unanimité de 37 suffrages, MM. H. Deslandres et H. Le Chatelier 

sont réélus membres du Conseil de perfectionnement de F École polytechnique. 

Par la majorité absolue des suffrages, MM. E. Roux, A. -Th. Schlœsing, 
E. LeclaiiVche, P. Yjala sont réélus membres du Conseil supérieur des 
Recherches scientifiques agronomiques ; MM. G. Bertrand et A. Calmette 
sont élus membres du même Conseil en remplacement de MM. Gustave- 
André et L. Lindet décédés. 



(*) Comptes rendus, 182, 1926, p. 889, et Annales de la Faculté des Sciences de 
Toulouse, 3 e série, 18, 1926, p, 164 et 189. 



SÉANCE DU 7 JUILLET l93o. i5 

CORRESPONDANCE. 



M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la 
Correspondance : 

La longueur dès-principales rivières de la partie asiatique de VU. R. S. S. et le 
procédé pour mesurer la longueur des rivières sur les cartes, par J. Schokalsky. 
(Présenté par M. Ch. Lallemand.) 

M. Karpinsky, président de l'Académie des Sciences de Russie, projette 
des photographies de cristaux de neige obtenues par M. Sigson, à Rybinsk, 
sur le haut Volga. 



CALCUL DES PROBABILITÉS. — Sur un problème de calcul des probabilités 
avec application à la recherche des périodes inconnues d" un phénomène 
cyclique. Note de M. N. St. Georgesco, présentée par M. Emile Borel. 

. * 

I. Dans tout problème d'interpolation on suppose généralement qu'une 
seule de toutes les variables est entachée d'erreurs. Dans ce qui suit nous 
exposerons les résultats que nous avons obtenus en abordant le problème 
de l'interpolation linéaire dans le cas où toutes les variables, ou une partie 
seulement, contiennent des erreurs. 

Supposons, pour fixer les idées, que dans un espace à trois dimensions 
on mesure les coordonnées de n points contenus dans le même plan (II). 

Soient (jZi, y { , z t ) les coordonnées mesurées et &, -r\ h £ t les erreurs qu'elles 
contiennent. Sous des conditions très larges on peut supposer que la loi à 
laquelle obéissent ces erreurs soit celle de Laplace-Gauss : 

(2 7T) 2 

dont la fonction caractéristique sera e 2 u ' v,w \ 

Les résultats que nous avons obtenus sur la position la plus probable à 
attribuer au plan (H) : 

■kx + B y + Gs -+- D zz: O, 

sont les suivants : 



16 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

i° La position la plus probable passe par le centre de gravité des 
points (x h y h z t ). 

2° En prenant ce point comme origine des coordonnées les valeurs les 
plus probables de A, B, C sont celles qui rendent minima la somme 



s =2 



K(A, B, C) 



K étant la forme adjointe de H. 

3° On obtient ces valeurs en résolvant le système 

Alxj + Blœij-i-h CliXiZt Alji-ffi-j- Biyf-\- CljiZi 

aEi/Wg + Br^c^ + Cr^ov) ov, ( A r r ,? o-g -+■ B 0^ + Cr^cç.) 

Œr ( A J\l <7£ H- B r^ <J T{ -+- Car) 

s étant la plus petite racine de l'équation 



^05 



(0 



'5 



5(Tf 






s ai 



qui a toutes ses racines positives. 
On aura dans ce cas 

^ min..s = <s . 

4° Si S (ai, y, . . . , t\ r) désigne le premier membre de l'équation géné- 
rale analogue à (i), l'équation S(#, y, . . . , t, u\ r) = o a ses racines sépa- 
rées par celles de S (a?, j, . . ., t\ /') = o. (Cette propriété fait partie d'un 
cadre plus général.) 

II. Pour obtenir un indice qui mesure l'écartement des données par 
rapport à la formule interpolée — qui en général représente un espace 
linéaire — nous remarquerons qu'il y a deux cas extrêmes : 

a. L'espace interpolé contient tous les points (a?,, y,, . . ., t { ), ce qui a 
lieu si ^ = o ; 

b. L'équation correspondante a toutes ses racines égales à T. Alors la 
position la. plus probable n'est plus déterminée, toute position ayant la 
même probabilité, proportionnelle à e _T , de se confondre avec la vraie. 
Dans ce cas, nous aurons 



a'. 









T. 



. SÉANCE DU 7 JUILLET igSo. 
Nous pouvons donc prendre pour indice de linéarité généralisé 






Le choix de l'expression de T en fonction des données n'est pas complè- 
tement déterminé, mais les cas particuliers de la question nous conduisent 
à prendre 



m étant le nombre des variables entrant effectivement dans la composition 
de H. Avec cela, p varie de o à i lorsqu'on passe du cas (a) au cas (b), 

III. Soit un phénomène dont le mouvement puisse être représenté par 
l'expression 

m 

Ai =2^ m k si" ( a-k -+- ia-k ) + e h 

e t étant une composante fortuite obéissant à la loi de Laplace-Gauss. 
Si <?;=o, alors - 

(& m -hp l téi m -»-h...-hp m ) K t =o (1 = 0, i, ..., 7i — i), 

mais autrement ces relations ne sont qu'approximatives. 

Le problème de la détermination des valeurs les plus probables de p t est 
celui dont nous nous sommes occupé plus haut. 

Ensuite l'équation Z m -\-p i Z" 1 -* H-. . .+jo /?l = o nous donnera les valeurs 

de — f 2 sin— V • L'indice p nous indiquera si le nombre des périodes attri- 
buées au phénomène considéré peut être tenu ou non pour vraisemblable. 
Les idées que nous venons d'exposer forment la base d'un travail qui 
paraîtra prochainement. 



, MÉCANIQUE DES FLUIDES. — Sur t écoulement dans un canal. 
Note de M. Henri Poncin. 

Dans une Note précédente j'ai montré comment on peut déterminer, avec 
une approximation aussi grande que l'on veut, le mouvement d'un fluide 
parfait incompressible et pesant dans un plan vertical xoy lorsqu'il existe 
une surface libre séparant le fluide considéré d'un fluide différent au sein 
duquel règne une pression constante. En déterminant les approximations 

C. R., 1930, 2«* Semestre. {T. 191, N° 1.) 2 



18 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

successives qui conduisent à la solution du problème, d'une façon un peu 
différente, on peut démontrer leur convergence vers une fonction limite dans 
des conditions notablement plus étendues. Nous considérerons un problème 
plus général que celui que nous avons étudié précédemment et nous étu- 
dierons l'écoulement d'un fluide dans un canal enserré entre deux quais 
parallèles et dont le fond de forme quelconque est asymptote à l'infini à deux 
plans horizontaux de cotes déterminées, 

Nous établissons d'abord, par une représentation conforme appropriée, 
une correspondance entre le domaine iluide considéré et l'intérieur d'un 
demi-cercle C de rayon un d'un plan auxiliaire £,' de façon que la paroi 
solide corresponde au diamètre situé sur l'axe réel et que la surface libre 
corresponde à la demi-circonférence qui limite le domaine C. Nous sommes 
alors conduits à déterminer une fonction analytique de la variable '( régu- 
lière dans C, par les conditions aux limites suivantes : 

i ô=ra(£) sur le diamètre réel, 

w = 9 -+- ir < g j n a _j_ „ e -3T s i n @ — sur la demi-circonférence Ç == e" 7 . - 

La fonction a et le nombre [/. sont connus et d'après les hypothèses faites 
la fonction a est une fonction de la variable réelle £ définie dans l'intervalle 
— i < £ <^ + i, nulle aux extrémités de cet intervalle. Le paramètre jx est 
lié à la profondeur de la couche liquide h et à sa vitesse V à l'infini en amont 
par la formule 

^— ,, y* 

Si nous admettons d'abord que l'on puisse négliger les termes du premier 
degré en [/., nous voyons que la fonction w se réduit à une fonction w 1 dont 
la partie imaginaire est nulle sur la demi-circonférence et dont la partie 
réelle est connue en tous les points du diamètre réel. On sait déterminer 
une telle fonction sous la forme 



M ,( t )=ijf'a(X) (X _f )(i , _ xt) ««, 



et la façon dont elle se comporte au voisinage des frontières est parfaitement 
connue. Au point d'argument a de la demi-circonférence la partie réelle 
de (o, prend la valeur 



MO 



a • r 

= — sine / 



a(X)dX 



X 2 — aXcos'ff + i 



SÉANCE PU 7 JUILLET l93o. 19 

Dans le cas où la fonction a est de la forme b.(%) [j; 2 — 1], b étant une fonc- 
tion bornée dans l'intervalle ;..— 1, 4- 1 , la fonction ô* s'annule pour a = o 

comme alosra et la fonction -A- est intégrable entre o et 11; la conclusion 

sine ° 

subsiste pour différentes formes possibles de la fonction a au voisinage des 
valeurs zb 1 . 

A partir de la fonction w,, qui fournit la première approximation nous 
définissons une suite infinie de fonctions holomorphes dans C par les condi- 
tions aux limites suivantes : 

i Q n =a(t) sur le diamètre réel, 

71 «+ ïT nj s i n , ç __^— — fxP ra (<7) sur la demi-circonférence. 

Nous posons 

et nous désignons par §„,(a) et ^(s) les valeurs que prennent respective- 
ment, au point d'argument a de la demi-circonférence, la partie réelle et la 
partie imaginaire de la fonction w 7l ; on peut écrire 

«.o = - r ' r g( ^ii" ] ^, - e r ^^ L °s ^ * + ! ' a - 

nJ- x [^7 — Ç] [1 — ^C] .7zJ sins "<?-'* — Ç 



9 ra ((7)=z0. l ( ( 7)-^/ t Pra 7 l(5) Log -+- ds. 

tz J sm.9 *- .^ s^-cr 



sin 


s 


— 


<7 




1 




sin 


s 


-t- 


(T 


2 





cfo. 



On démontre que si le paramètre -\l est assez petit les fonctions co„ sont 
bornées en module à l'intérieur de G et convergent vers une fonction limite 
solution du problème. Un calcul facile permet d'évaluer une limite supé- 
rieure de l'erreur que l'on commet en poussant le calcul jusqu'à l'approxi- 
mation d'ordre n. La fonction ainsi construite est, pour une fonction « (£) 
donnée, la seule fonction de modale borné qui satisfasse à toutes les condi- 
tions du problème. On trouve de même des conditions suffisantes et effecti- 
vement applicables à des cas réalisés expérimentalement qui permettent 
d'affirmer que la solution ainsi construite est acceptable au point de vue de 
l'Hydrodynamique rationnelle : conditions relatives au non-recoupement 
des lignes de courant et conditions relatives au signe de la pression. 

Ce qui précède permet enfin d'étudier,, par un procédé indirect, les équa- 



20 . ACADÉMIE DES SCIENCES. 

lions intégro-différentielles établies par M. Henri Villat (') et qui sont 
fondamentales dans l'étude des fluides pesants. Il s'agit ici de l'équation 



G (a) da 

4-27rarcsin 

. x — a 
sh - — — 



- e" Gix " G' {.x) 



Lo 



= F(*), 



où G (a?) est la fonction inconnue. 



HYDRODYNAMIQUE. — Sur la formation des ondes à la surface des liquides. 
Noie de M. J. ïîauraxd, présentée par M. Brillouin. 

J'ai montré ( 2 ) que les ondes qui se propagent à la surface de l'eau se 
déforment. Peut-on savoir comment elles se forment? Les méthodes 
d'étude ( 2 ) sont inapplicable^ au voisinage immédiat du centre de produc- 
tion de ces ondes circulaires. J'utilise alors la méthode suivante :. l'eau ayant 
été soulevée par dépression dans un tube vertical dont la partie inférieure 
touche exactement la surface de l'eau d'un bassin, on fait communiquer la 
partie supérieure du tube avec l'atmosphère; l'eau s'écoule et produit un 
train d'ondes. Un faisceau vertical ascendant de lumière parallèle tombe 
sur le tube. On peut alors photographier deux ménisques capillaires : l'un 
intérieur au tube, dont l'image représente la chute de l'eau dans le tube; 
l'autre extérieur qui suit le mouvement du liquide au bord du tube, les 
petits déplacements exceptés. 

1 . L'eau étant soulevée de 2o cm dans un tube de 19" 1 " 1 de diamètre intérieur, 
produit par sa chute une crête et un creux au bord du tube. Le ménisque 
inférieur est sensiblement immobile, 0,2 seconde après* le début de la chute, 
dont la' durée est de o,63 seconde. Les méthodes rappelées plus haut con- 
duisent au même résultat : à 2 cni du tube, il ne se forme plus d'ondes d'ampli- 
tude notable après o,/p seconde de chute : les ondes ne sont donc pas pro- 
duites au voisinage immédiat du tube par l'écoulement total du liquide. Le 
résultat n'est plus valable pour les faibles hauteurs de chute, quelques cen- 
timètres pour un tube de 2 cm de diamètre. Pour les chutes de 2o cm et 
au-dessus, ce sont les chutes accélérées et uniformes seules qui produisent 



( x ) Henri Villat. Sur l'écoulement des fluides pesants (/inn. de V Ecole Normale, 
3 e série. 32, 1916, p. 177-214). 

( 2 ) J. Baurand. Comptes rendus, 186. 1928, p. 1822. 



SÉANCE DU 7 JUILLET lO,3o. 21 

les ondes; le mouvement ralenti de l'eau dans le tube n'a pour effet que 
d'élever le niveau de l'eau du bassin sans former d'ondes sensibles. 
« 2. Quelle que soit la hauteur de chute (les très petites exceptées), la 
durée de formation des ondes au bord du tube est la même : 0,2 seconde, la 
hauteur de chute variant entre 6 et 22 cm . Ce temps de formation des ondes 
varie peu avec le diamètre du tube de chute, avec le diamètre du bassin, 
ainsi qu'avec la profondeur d'eau, tant -que cfelle-ci reste suffisante. 

3. La formation d'une crête au voisinage immédiat du tube, un temps 
très court après le début de la chute d'eau, pouvait être attribuée à un .choc. 
En fermant la partie inférieure du tube par des membranes de caoutchouc 
plus ou moins épais, et en produisant des rentrées d'air sous des différences 
de pressions variant depuis quelques centimètres d'eau jusqu'à 3o cm de 
mercure, j'ai constaté que les ondes produites étaient de très faibles dimen- 
sions. Il y a d'ailleurs toujours un léger déplacement de la membrane. Si 
le choc produit des ondes, du moins ses effets sont-ils négligeables devant 
ceux du déplacement du liquide, 

4. Quand on diminue la profondeur de l'eau dans le bassin, les ondes 
produites sont sensiblement les mêmes jusqu'à une profondeur de 6o mm 
environ : en ce qui concerne ces ondes de petite hauteur (de l'ordre du 
millimètre), une profondeur d'eau de io cm peut être considérée comme 
infinie. On retrouve le même résultat en immergeant dans l'eau une plaque 
de zinc perpendiculaire à la direction de propagation : si le bord supérieur 
est à 6o mm ou plus de la surface liquide, les ondes ne sont pas modifiées par 
la présence de la plaque. 

5. Si l'on arrête la chute d'eau dans le tube en fermant le robinet d'arrivée 
de l'air, le liquide oscille dans le tube; ces oscillations donnent naissance à 
des ondes « régulières » qui ne se déforment pas pendant leur propagation, 
mais s'amortissent seulement, dont on peut mesurer la longueur, et qui se 
propagent avec une vitesse très sensiblement constante. On peut ainsi 
obtenir des trains de quelques ondes (creux et crêtes) dont les longueurs 
d'onde sont de plusieurs centimètres. La longueur d'onde diminue, pour un 
même tube et une même hauteur de chute quand augmente l'abaissement 
de l'eau; elle croît avec la hauteur initiale de chute, pour un même abais- 
sement du niveau intérieur de l'eau. 



22 



ACADEMIE DES SCIENCES. 



ASTRONOMIE. — Premiers résultats de photographie céleste obtenus avec le 
télescope Ritchey -Chrétien. Note de M. G. W. Kitchey, présentée 

par M. Fabry. 

Nous avons rendu compte à l'Académie ( 1 ) de la construction du premier 
télescope aplanétique du type que nous avions conçu, en 1910, avec la 
collaboration de M. Henri Chrétien. 




FST.Les essais de cet instrument, qui ont été faits au laboratoire à l'aide 
d'une étoile artificielle, et qui ont été également présentés à l'Académie des 



( 1 ) Ritchey-Chrétien, Comptes rendus, 185, 1927, p. 266. 



SÉANCE DU 7 JUILLET I93o. 23 

Sciences (') nous avaient déjà montré que les remarquables propriétés 
optiques attribuées par la théorie à cet instrument se trouvaient respectées 
par la construction. Il convenait de les confirmer par l'observation du ciel... 

Ce sont les premières photographies célestes que nous présentons 
aujourd'hui à l' Académie. Nous avons pu les obtenir grâce au directeur de 
l'Observatoire de Nice qui nous a prêté une monture équatoriale pour sup- 
porter l'instrument, et grâce surtout à M. le duc de Gramont qui a fait 
construire tout l'équipement auxiliaire de haute précision, sans lequel la 
perfection de la taille des miroirs resterait stérile. 

M. de Gramont a encore généreusement fait installer tout l'instrument 
sur un massif de maçonnerie et sous un abri, dans son château de Vallières, 
où nous avons pu profiter des quelques rares belles nuits récentes pour 
dégrossir les réglages et faire les premières photographies. 

Rappelons que l'instrument mesure 52 cm de diamètre, a une longueur 
focale de 3 m ,3o, l'ouverture relative est donc égale à'i/6,25. Mais son 
encombrement est extrêmement réduit, puisque sa longueur totale n'est 

que de i m . 

Les plaques photographiques employées sont circulaires et légèrement 
concaves, elles mesurent gi mm de diamètre, ce qui correspond à un champ 
total libre de 90 minutes. Elles ont été soigneusement surfacées, la mise au 
point pouvant être obtenue avec une précision de l'ordre du centième de 
millimètre. , 

Les images stellaires, parfaitement piquées au centre, restent encore sen- 
siblement telles très loin de Y axe, ce qui est le résultat de la suppression de 
la coma, laquelle altère si rapidement les images du télescope newtoniendès 
qu'on s'éloigne du centre. 

Nous espérons que des circonstances météorologiques meilleures nous 
permettront très prochainement d'obtenir quelques photographies d'amas 
stellaires qui mettront bien en évidence les avantages optiques de la nou- 
velle disposition. - 



( a ) RiTCHEY, Comptes rendus, 185, 1927, p. 1024. 



24 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



ASTRONOMIE. — La planète transneptunienne . Détermination a 1 " 1 une orbite 
par trois observations. Note ( 1 ) de M. Alex. Véronnet, transmise par 

M. Ernest Esclangon. 

Je me propose dans cette Note de montrer la forme spéciale et simple 
que le calcul vectoriel permet de donner à la remarquable méthode de 
M. Esclangon, pour la détermination d'une orbite ( 2 ). 

Représentons par R,, R 2 , R 3 les rayons vecteurs héliocentriques de 
l'astre pour les trois observations A H , A a , A 3 ; par v le vecteur vitesse à la 
position intermédiaire A 2 ; par t, et t 2 les intervalles de temps entre les 
trois observations et par a t , a 2 les accélérations moyennes pendant ces 
intervalles. On a les. deux relations vectorielles 

(1) R t = R„— f>T ;1 -b - «,T7, • R 3 =zR 9 + Pi, + - a..T%.' 

2 ' " 2 " " 

En première approximation, on peut négliger la déviation due à l'accélé- 
ration a { , a 2 . L'expression de la vitesse et son élimination donnent 

(2) V= ' 2 ~ ' = 3 ~ S R 1 t i -hR3T 1 =R s (T 1 + T s ) = 2R 2 T . 

T| T., 

En désignant par r le rayon vecteur de la Terre par rapport au Soleil, 
par p et (3 le rayon vecteur et la direction géocentriques de l'astre, R étant 
le rayon vecteur héliocentrique, on a 

(3) R = r. -hpj3, R 2 = r- -+- p 2 + 2prcosy. 

• Cette expression de R, portée dans (2), donne, en faisant. t = i, 

(4) pj t 2 f3 a — 2p 2 (3 2 + p 3 T :1 (3 3 =r:2r. 2 — t^ — v i r 3 =r f , 

r' est un vecteur situé dans Fécliptique, dont on détermine facilement la 
longitude L' et la longueur r . 

On obtient une première valeur approchée de la distance de l'astre, en 
considérant les trois valeurs p,,, p 2 * p 3 comme égales, ce qui est permis 
dans le cas d'un déplacement faible de la Terre et de l'astre. En projetant 



( 1 ) Séance du 3o juin 1980. 

( 2 ) Comptes rendus, 190, Tg3o, p. io35. — Bulletin astronomique, 6, II, 1930, 

p. TOI,. 



SÉANCE DU 7 JUILLET ig3o. 
l'équation vectorielle (4) sur la ligne du point -y, on a 

p 2cosL 2 — t. 2 cosL., — T.j cosL 3 



(5) 



r t 2 eosa^cosdj — 2 cosa 2 cos<5, -+- r. cosa : , cosi 



L étant la longitude du Soleil et a, S l'ascension droite et la déclinaison de 
l'astre pour les trois observations. 

Cette première valeur permet de corriger r,, r 2 , 7- 3 et par conséquent r' 
de l'aberration avant les calculs définitifs. 

En multipliant (4) par le produit vectoriel (3 a 'x (3 3 , on élimine p 2 et p 3 ,' 
ce qui donne pi . On obtient de même p 2 et p ;s par les formules 

/an r 'Mz r'$,Ç> z r'fijS, 

(6> . T » 9 '=ftPÂ' p -=m: T ""=p^fe-' 

Ces valeurs portées dans (3) et (2) donneront R, , R 2 , R 3 et v. 

En seconde approximation, prenons comme accélération moyenne a, et a* 
dans les intervalles t, et t 2 , la moyenne géométrique des accélérations aux 
extrémités. On a, en appelant R ol , R o2 , R 03 les valeurs de R,, R 2 , R 3 
en première approximation, 

<" «=-K€ R -44 ^-K4 R -44 

Ces valeurs portées dans (1) donnent, en éliminant ç, la nouvelle rela- 
tion, qui remplace (2), 

(8) ' ^•(-ïg)^-(-îig)=-«.(-ï9 



Cette relation montre, d'abord, que les nouvelles valeurs de R,, R 2 , R 3 
ne sont pas modifiées en direction -par l'accélération agissant entre les 
observations extrêmes, en négligeant les carrés de ces termes de correc- 
tion. Les valeurs corrigées s'obtiendront immédiatement, sans nouveaux 
calculs, en identifiant (2) et (8). On a 

<»> *•■=«■(■+«■!&!!>. R ..= R .(-" , ft^> 

r est la distance Terre-Soleil, T l'année. Pour la planète transneptunienne, 
si l'on fait R 0I = 41 r et t, égal à un mois, la correction est seulement d'un 
millionième, elle ne porte que sur le sixième chiffre. 

On voit facilement qu'en prenant pour accélération moyenne les valeurs (7), 
l'erreur est plus petite que la différence des accélérations aux deux points 
extrêmes, de l'ordre de un millième. On peut calculer exactement la valeur 



26 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

principale de eette accélération moyenne en négligeant seulement les infini- 
ment petits du second ordre des termes de corrections de (9) on obtient 

_ n r ri! tt / 1 R„,- R„ 

(10) K 01 = Kj 



71" 



Ri! , T* V 6 R n 



J'avais montré par différents calculs, résumés dans Constitution et évolution 
de F Univers, que le moment de rotation et les mouvements de rotation dans 
le système solaire ne pouvaient s'expliquer mécaniquement, que par Faction 
pertubatrice des étoiles voisines, au cours de la concentration du système. 
J'avais calculé que cette déviation avait été telle que le dixième seulement 
de la masse primitive avait pu se condenser dans le Soleil, et qu'une masse 
égale à 10 fois celle du Soleil avait dû être déviée en tournant autour de lui, 
en formant d'autres systèmes de planètes. Les éléments les moins déviés, 
les plus rapprochés du Soleil, ont seuls pu régulariser leurs orbites, dans 
des cercles et dans le même plan. La découverte de la planète transneptu- 
nienne, à l'orbite très inclinée et très excentrique, a vérifié d'une façon 
remarquable ces calculs. C'est certainement la première d'une nouvelle série, 
qui ouvre une voie féconde à l'Astronomie. Comme l'annonçait M. Esclangon 
{Comptes rendus du 16 juin), on doit pouvoir en trouver d'autres par une 
observation systématique du ciel. 

MÉCANIQUE ONDULATOIRE. — Sur V équation de Dirac. Les seize com- 
posantes '\ k . Note ( ') de M. Al. Proca, présentée par M. J. Perrin. 

1. L'équation de Dirac pour un champ nul s'écrit sous la forme symé- 
trique d'Eddington ( 2 ) 

(1) Fip== (E,^ + . . .h-E 3 £ 5 )^ = o 



avec 

h à 

lk=Pk~= : 1 : 

1 -X-Kl OXk 



rn n c. 



E A =e*. E 5 =£,£ 2 £ :! £, (A = i, 2. 3, 4). 



Son invariance pour une transformation de Lorentz 



(*) Séance du 3o juin 1980. 

(*') Proc. Roy. Soc , A. 121, 1928, p. 52^; Schoute.v, Proc. Amsterdam, 32, 



1929, p. IOO. 



SÉANCE DU 7 JUILLET 1930. 27 

nous permet de déduire là loi de transformation des E /f , donc des £ /f 

i 

*et par conséquent celle des composantes 'ty k de la solution générale -<\>, écrite 
dans le système des quadriquaternions ( 1 ) 



+ = <K + <K «i + • •.• + tu s i £ ! + - • •-+-^iî3Êies£ 3 + . ->.+ ^ 



fl23i e -l £ 2 £ 3£iv 



3 A\ ? 



On constate alors que les composantes (^,'^2, tys, +*) et (^234, +., 
^/*i2, ^123) se transforment comme des vecteurs, que (^. l2 , t]/ 23 , ^ 31 , ^_ 
^24, +34) forment un tenseur antisymétrique de second rang-, et que ty et 
d;. l2;!4 sont des invariants. Le ty n'est donc pas un demi-vecteur; ses compo- 
santes obéissent à des lois de transformations connues. Elles se groupent 
tout naturellement en éléments dont on peut essayer de donner une inter- 
prétation physique; il est d'ailleurs superflu d'ajouter que cette interpré- 
tation ne saurait être qu'hypothétique. 

2. Il s'agit donc de trouver quelle est la signification physique des gran- 
deurs ^ k qui apparaissent comme coefficients des diverses unités 1 , s, , s a , 

Observons d'abord que, dans l'expression du hamiltonien, le coefficient 
de s^ = E, se rapporte au moment^., etc. Il est donc naturel de supposer 
que ty if ^ 2 , ty 3 soient attachés aux moments . p Xi p y , p z \ +* à lMnergie ou 
à E/c; ^ 1234 à la masse ou à m c. 

Considérons ensuite l'expression ' 



1 h 

Ij, — x 1 t. 2 — x*,t x -\ — . E 1 E, , 

2 27U 



I l2 est une intégrale première de (1); on vérifie que FÏVb — I 12 F = o. On en 

déduit, comme on le fait d'habitude ( 2 ), que - —.E t E 2 est une grandeur de 

même nature que x^ — x.j,, c'est-à-dire un moment angulaire. Ce 
moment angulaire, qu'on attribue à l'électron, est un tenseur antisymé- 
trique de second rang. D'habitude on divise ses composantes en deux 
groupes et l'on parle du moment magnétique (composantes 12, 23, 3i), et 
du moment électrique (composantes 14, 24, 34) de l'électron; mais en fait 
il s'agit ici du moment angulaire total de l'électron, tenseur antisymé- 
trique, ou vecteur à six composantes que Frenkel a introduit par de 



(*) Comptes rendus, 190, ig3o, p. 1877. 
( 2 ) Voir aussi Eddington, loc. cit. 



28 ACADEMIE DES SCIENCES. 

simples considérations de relativité ( 1 ). Nous sommes donc fondés à croire 
que (];i2, ^23, 4^3 1 ? ^>*> ^a+j ^s* sont ^ es grandeurs attachées au moment 
total propre de l'électron. 

Enfin nous devons faire une dernière observation. Dans l'équation primi- 
tive de Dirac, le cinquième terme a 4 m c semble étranger aux autres; il est % 
relatif à la masse tandis que les autres se rattachent aux moments. Pour 
nous, cependant, ce fait, loin d'indiquer un manque d'homogénéité con- 
firme très heureusement une hypothèse que nous avons introduite antérieu- 
rement, à savoir que m .c devrait être traitée exactement de la même façon 
que les autres moments. Corrélativement, la description du mouvement ne 
peut être complète que si l'on introduit ce que nous avons appelé la « cin- 
quième dimension », coordonnée conjuguée de la masse ( 2 ). Logiquement, 
dans le cas général de la masse variable, le cinquième terme de l'équation 

de Dirac doit donc s'écrire * s = — — . -j— ; seul le fait que nous supposons, 
m = const., nous permet de poser * s <\> = m cty. On obtient ainsi une symé- 
trie totale : de plus R, = x x t 6 — x- u t x + - ~ \ E, E 5 est, comme ses ana- 
logues, une intégrale première. On en déduit que les coefficients de E, 
E 3 = £ 2 £:»£* sont attachés à des grandeurs qui sont en général des moments, 
mais qui, dans le cas de m = const., sont de môme nature que jr,* 8 = . 
a?, m c;. finalement ces coefficients sont attachés à des grandeurs propor- 
tionnelles à la coordonnée œ. Quant à <\> , la symétrie parfaite que nous 
avons introduite nous permet d'affirmer avec certitude qu'elle se rapporte 
à # 5 , coordonnée conjuguée de la masse, ou, ce qui est la même chose, à 
la longueur d'onde de de Broglie. 

3. Mais les <L k sont des probabilités ; quel est le sens de la correspondance 
établie au paragraphe précédent entre elles et les valeurs des diverses gran- 
deurs physiques envisagées? En général, pour avoir la probabilité d'un 
certain élément (par exemple d'un niveau d'énergie), nous développons en 
série la fonction d'onde <[» suivant les fonctions propres correspondantes; les 
coefficients du développement nous permettent de calculer numériquement 
la probabilité cherchée. Ici nous procéderons de la même façon avec cette 
différence cependant que, au lieu de développer, pour n'importe quelle 
grandeur physique la jnême fonction $, nous utiliserons dans chaque cas 
une autre composante ty k . Par exemple le calcul de la probabilité d'un cer- 



(!) Frenkel, Lehrbuch der Elektrodjnamik, p. 353. 
( 2 ) Comptes rendus, 186. 1928. p. 739. 



SÉANCE DU 7 JUILLET ig3o. 29 

tain état d'énergie se fera à l'aidé de ^ 4 , tandis que pour obtenir des infor- 
mations concernant la coordonnée x il nous faudra employer la fonc- 
tion ^23«« 

PHYSIQUE THÉORIQUE. — Sur les origines d'une synthèse des lois du 
monde physique. Note de M. E. Sevin, présentée par M. d'Ocagne. 

Nous ne croyons pas pouvoir nous dispenser de produire, à l'occasion 
de certaines observations contenues dans une Note récente des Comptes 
rendus ('), les quelques remarques que voici; nous sommes d'ailleurs 
d'accord, avec l'auteur de cette Note, pour remettre, aux physiciens qui 
voudront bien faire un examen comparé de nos travaux respectifs, le soin 
de conclure : 

Seules les idées, émises il y a une trentaine d'années par l'astronome 
S. Newcomb, nous ont encouragé à développer celles qui, depuis long- 
temps également, s'étaient présentées spontanément à notre esprit. La 
priorité de ces idées appartient sans conteste à Newcomb et c'est pourquoi 
nous l'avons cité en tête de nos publications ( a ). 

Nous avons remis notre premier Mémoire à M. Blondel, membre de 
l'Académie des Sciences, le 27 mars. 1926. Dans ce Mémoire est, en parti- 
culier, Complètement décrite la nouvelle représentation de l'univers, au 
moyen de laquelle nous avons pu arriver, déductivement, à la synthèse de 
la gravitation, de la lumière et de l'électromagnétisme, et cela sans jamais 
y rien changer. ■ 

Bien que l'auteur des observations sus-visées ait fait mention, dans sa 
dernière Note, de phénomènes dont il n'avait pas parlé dans ses premières 
remarques ( 3 ), nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit précé- 
demment. Ce n'est qu'au sujet du spectre X continu que nous estimons 
qu J il convient de faire un rapprochement entre ses travaux et les nôtres; 
nous avons pris nous-même l'initiative de signaler ce rapprochement ( 4 ) 
et nous avons ensuite été amené à en bien préciser le sens ( 5 ). 



( 1 ) Comptes rendus, 190, ig3o, p. r386. 

(~) Le temps absolu, et l'espace à quatre dimensions, Avant-propos, p. 11; Gravi- 
tation, lumière et électromagnétisme (Synthèse physique), p. 16. Il doit être entendu 
que l'antériorité de Newcomb se chiffre par dix années. 

( :i ) Comptes rendus, 188, 1929, p. 1095. 

(*) Comptes rendus, 188, 1929, p.' 912. 

( 5 ) Comptes rendus, 188, 1929, p. 12^6; Gravitation, lumière et électromagné- 
tisme [Synthèse physique), p. 5i. 



3o ACADÉMIE DES SCIENCES. 

PHYSIQUE. — Sur la vitesse de propagation de la gravitation: 
Note de M. E. Kogbetliantz, présentée par M. Brillouin. 

Dans notre première Note ( 1 ) relative à une. méthode de détermination 
expérimentale de la vitesse Y = olc de propagation de la gravitation a été 
calculé l'effet K d'un corps cylindrique C, tournant avec une vitesse angu- 
laire (o, sur une balance de torsion ordinaire à deux masses suspendue 
au-dessus de C. Nous indiquons ici un perfectionnement important relatif 
à la fois à la distribution des masses actives (corps C tournant) et des masses 
passives (fléau détecteur). Pour une telle expérience il est préférable 
d'employer une balance spéciale insensible à l'anomalie locale de pesanteur 
et peu sensible à l'influence de la masse du corps de l'opérateur. Le couple 
dû aux dérivées partielles d'ordre n du potentiel U peut dépasser le 
couple K, qui est à mesurer, même pour rc = 5 ou n — 6. En effet, une 

répartition des masses égales ra= — > aux q sommets d'un polygone régu- 
lier à q côtés, réalise un fléau détecteur insensible aux dérivées partielLes 
d'ordres inférieures à q : le fléau n'est sensible qu'aux dérivées d'ordres q, 
iq, 3q, etc. et pratiquement le 'couple dû, dans l'azimut a, à l'anomalie 
locale s'exprime par : 

2 1 -? q M R? [ O v cos q a — W q sin q a ] 
OÙ 

/ d d \ r f ■ v-i àf\J 



n = 



M désignant le poids total des q masses et R le rayon du cercle circonscrit 
au polygone. Pour l'expérience projetée on prendra q = oc : le fléau détec- 
teur est un fil en or d'une section de f de millimètre carré, ayant la forme 
d'une circonférence de rayon R = i ra et fixé aux huit rayons symétriques 
d'une section de i mm2 en aluminium. La charge totale sera ainsi i25-i3o s si 
l'on tient compte du poids de la tige de suspension et de la partie optique 
fixée à cette dernière. 11 faut prendre au moins huit rayons pour éliminer 
l'influence sur la balance de la masse du corps de l'opérateur. Quant aux 
masses actives la meilleure forme à donner au corps de révolution C serait 

( 4 ) Comptes rendus, 186, 1928, p. g44. Voir aussi la Note de M. J. Chazy aux 
Comptes rendus, 190, ig3o, p. 1273. 



SÉANCE DU 7 JUILLET io,3o. 3l 

celle d'un demi-tore creux au centre de la section normale S duquel vien- 
drait se placer le fil en or du fléau détecteur protégé par un boîtier circu- 
laire bien calorifuge. Dans ces conditions le calcul montre qu'une masse de 
Tordre de 2 tonnes seulement suffit (la vitesse angulaire de sa rotation 
étant oo = iooit) pour produire un couple K de l'ordre -^ • io~ 7 C. G. S. 

L'expression générale de K est K = /- ^ 1 — , où ul et M sont les 

masses du corps C et du fléau détecteur ([/.^ 2 tonnes, M^ioo s ), R est le 
rayon du fléau (R = i m ), c =3. io 1 ° vitesse de la lumière, r, et r 2 les rayons 
de la section normale S du demi-tore creux G (r< ^ 3 cm , r 2 ~ i6 cm ) et 
f =0,667 • IO ~ 7 G. G. S. est la constante de gravitation. 

Avec un fil de torsion,, en alliage de palladium d'une épaisseur de i5 mi- 
crons (diamètre 3o microns avant le laminage), long d'un mètre, dont le 
coefficient de torsion est égal à 0,027, on aura une balance de période égale 
à 5 heures 3o miautes environ. La durée de l'expérience serait de 16 heures 
■3o minutes environ (observation des trois oscillations pour en déduire la 
nouvelle position de l'équilibre) et l'amplitude maxima Ô exprimée en 

secondes d'arc sera 0= -^—, c'est-à-dire pour trois mille tours à la mi- 

120a l 

nute (co = iooit) et a = 1 (V = c), = 2,6 secondes d'arc environ. Si l'on 
remplace le fil de torsion par un fil sans torsion on devrait constater un 
déplacement très lent du fléau .qui, pour les mêmes données numériques, 
serait égal au bout de h heures de rotation du demi-tore G et en secondes 

d'arc à'-- — * En augmentant la masse jx du demi-tore C jusqu'à [/.= 100 ton- 
nes et en entretenant sa rotation uniforme durant h = 36 heures, on devrait 
ainsi constater une déviation de l'ordre de deux secondes d'arc même si 
a =10.000. 



PHYSIQUE MOLÉCULAIRE. — Stratifications colorées par sublimation. 
Note ( 1 ) de M. André Marcelin et M Ue Simone Boudin, présentée par 
M. Jean Perrin. 

Nous avons décrit ( 2 ) le dispositif expérimental qui permet d'observer 
le développement de cristaux naissants de paratoluidine obtenus par subli- 
mation. Ces cristaux se forment sur le tranchant d'une lame de rasoir dont 



(*) Séance du 3o juin ig3o. 

( 2 ) Comptes rendus, 190, ig3o, p. 1496. 



32 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

ils semblent prolonger le plan ; les conditions les plus favorables à la 
production paraissent être de chauffer doucement la paratoluidine jusque 
vers son point de fusion (5o°), puis de laisser refroidir lentement. 

Ces cristaux, à l'origine de leur formation, sont très minces et présentent 
les couleurs interférentielles ; à un instant donné deux aspects seulement 
peuvent être observés : . 

i° Le cristal est de teinte uniforme; son épaisseur est donc rigoureuse- 
ment la même en tous les points de sa surface. 

2 Le cristal présente plusieurs plages à coloration uniforme séparées 
par des contours parfaitement nets généralement rectilignes ; la variation de 
l'épaisseur du cristal d'un point à un autre de sa surface est donc discon- 
tinue et correspond à des variations nécessairement discontinues du nombre 
de feuillets élémentaires identiques (probablement monomoléculaires) 
superposés en des régions diverses du cristal. 

On peut distinguer le processus de développement des cristaux : à l'ori- 
gine une tablette cristalline probablement formée dans le plan de la lame 
de rasoir utilisée comme paroi de condensation émerge du plan de la lame 
et apparaît sous forme d'un promontoire uniformément coloré à contour 
polygonal; il peut alors arriver : 

i" Que la coloration de la tablette restant inchangée (épaisseurconstante), 
la surface se développe, le contour restant sensiblement semblable à sa 
forme primitive. 

2° Que le contour du cristal restant inchangé, il présente des bandes 
colorées rectilignes partant de la ligne ou du point d'attache du cristal avec 
le tranchant de la lame, cheminant sur sa surface et se résorbant suivant le 
contour opposé, de telle façon que le cristal entier présente enfin décompte 
dans toute l'étendue de sa surface la même coloration que celle de la der- 
nière bande colorée issue du point d'attache. 

Le premier et le second processus de développement peuvent superposer 
leurs effets. 

3° Que l'émission de plages colorées parte des lignes de la périphérie du 
cristal. 

4° Qu'une petite masse condensée en suspension dans l'atmosphère sur- 
saturée en paratoluidine vienne se déposer en un point de la surface de la 
tablette cristalline et forme ainsi l'origine de l'émission de plages colorées 
présentant l'aspect de taches dont le contour s'étend dans toutes les direc- 
tions; il est remarquable que le contour de ces taches soit généralement 
polygonal. 



SÉANCE DU 7 JUILLET 1930. • 33 

D'une façon générale, l'évolution est toujours telle que le cristal tende à 
devenir rigoureusement monochromatique, c'est-à-dire d'épaisseur uni- 
forme, cela à l'échelle moléculaire. 

Toute érosion accidentelle des tablettes se cicatrise sans laisser de trace. 

Parmi de nombreux corps organiques essayés, quelques-uns seulement 
ont donné lieu par sublimation à la formation de tablettes cristallines 
colorées; voici quels sont ces corps : 

Naphtylamine, Orthophényllèrïe-diamine, 

Naphtaline, Triméthylpyrrolidone, 

Diphényle-naphtol, Menthol, 

Para-di-bromobenzène, Bromure de camphre. 



ÉLECTRICITÉ. — Action mécanique exercée sur un conducteur par les 
ondes électromagnétiques. Note de M llc Suzanne Husson, présentée 
par .M. G. Ferrie. 

En 189.1 Hertz ( 4 ) a observé des actions mécaniques s'exerçant sur des 
conducteurs disposés entre les deux fils d'une ligne, siège d'ondes électro- 
magnétiques stationnaires. 

Nous nous sommes proposé d'étudier un autre genre d'action méca- 
nique, d'intensité beaucoup plus petite, que l'on n'observe que sur le trajet 
d'ondes progressives. 

Imaginons que sur le trajet d'ondes planes polarisées, on dispose paral- 
lèlement au vecteur électrique un fil métallique dont la longueur est égale 
à une demi-onde. 

L'intensité instantanée du courant à une distance x d'une extrémité est, 

. . 1KX .27:1 

z=lsin — — sin— — -• 
A T 

Le fil étant en résonance, le courant est en phase avec la force élec- 
trique dont l'expression en unités électromagnétiques est 

/. T -, . 2 7ît 

J = b sin — ; 



(*) H. Hertz, Ueber mechanische Wirhun'gen elecktrischer Drahtwellen (Wied. 
Ann., h% 1891, p. 407). 

C. R., 1900, 2« Semestre. (T. 191, N° 1.) 3 



3'l ACADÉMIE DES SCIENCES. 

/• étant la résistance par uni lé -de longueur, on a 



équation d'où l'on tire 



il <l.r = - r si 11 -7TT-: 



-Fa 



R étant la résistance totale du fil. 

Chacun des éléments du fil se trouve dans un champ magnétique en 

phase avec le courant et d'amplitude -, celant la vitesse de propagation. 

La force électromagnétique totale qui s'exceer sur le fil a alors une valeur 
moyenne 

t:F-a r . -x-.v F 2 /.* 

8HcJ () A 8Rr 

Elle est dirigée dans le sens de la propagation des ondes. 

Cette force est très petite ; pour des ondes très courtes (A = 17 e " 1 , 5) et une 
résistance R = 100 ohms (dans laquelle est comprise la résistance de rayon- 
nement égale à 80 ohms environ), une force électrique de o,o3 volt par 
centimètre, elle est de l'ordre de io~ 7 dyne. 

On remarquera que cette force décroît très vile si la longueur du fil n'est 
plus celle qui correspond à la résonance : d'une part parce que l'intensité 
du courant est plus faible et d'autre part parce que loin de la résonance le 
courant et le champ magnétique étant en quadrature la valeur moyenne de 
faction électromagnétique est nulle. 

La force qni nous occupe est la force pressante de radiation sur un seul 
élément oscillant en résonance. Nous avons pu déceler l'existence de cette 
force de le manière suivante : 

Des ondes entretenues de 17"", 5 de longueur d'onde sont produites par 
un oscillateur Pierret ('"). Un résonateur est une bande de 8 n "" de largeur 
et d'une longueur de 8 ,m ,5 découpée dans une feuille de papier d'alu- 
minium. Cette bande constitue l'un des grands côtés d'un rectangle 
dont les trois autres côtés sont formés par un fil de quartz étiré. Les petits 
côtés de ce rectangle ont i ,m de longueur. Un petit fragment de lamelle de 
microscope argentée est fixé au système pour servir de miroir. L'ensemble 



( ] ) F. Pierret. Comptes rendus, 18b, 19^.8, p. 1601. 



SÉANCE DU 7 juillet ig3o. 35 

pèse environ 2<>" 1S . Cet équipage mobile est suspendu par un de ses petits 
cotés à un fil de quartz très fin (d'un diamètre de 5 à 7 ! ') à l'intérieur d'un 
tube de verre de 3 cm de diamètre. 

A. la pression atmosphérique, à cause du très grand amortissement du 
système très léger, les mouvements à observer sont très lents. Pour les 
rendre plus rapides, nous avons fait le vide dans le tube. Ce dernier est 
recouvert de papier noir et enfermé dans un cylindre de papier noir; de 
plus, pour éviter les actions électrostatiques, on intercale entre le résona- 
teur et l'oscillateur un cadre d'un mètre carré sur lequel sont tendus des 
fils de cuivre parallèles reliés au sol. Les ondes polarisées dont le vecteur 
électrique est normal aux fils le traversent mais les actions électrostatiques 
sont supprimées. 

La petite antenne de l'oscillateur étant verticale et parallèle au résona- 
teur, on dispose ce dernier devant l'oscillateur. Pour une distance de 3o (ni 
entre l'oscillateur et le résonateur on observe une déviation du système 
suspendu qui, pour un fil de torsion permettant une stabilité suffisante du 
zéro, est de 5 mm environ. On peut obtenir des effets plus importants en dis- 
posant derrière l'oscillateur, à une distance égale à un nombre impair de -> 

une plaque métallique servant de miroir. Les ondes réfléchies se propagent 
en avant de l'oscillateur dans -le même sens que les ondes incidentes et en 
concordance de phase avec elles. L'oscillation résultante a}^ant une ampli- 
tude double, l'action mécanique devient quatre fois plus grande. On peut 
ainsi observer cette action à des distances de l'oscillateur qui atteignent 
oo cl ". Lorsqu'on déplace les miroirs derrière l'oscillateur, on change la 
phase des ondes réfléchies. Pour des positions du miroir distantes d'un 

nombre entier de - les forces électriques interfèrent et l'action mécanique 

passe par des minima. 



MAGNÉTTSME. — Propriétés magnétiques et réseau cristallin des ferrites. 
Note .('') de M. S. Holgbrsson et M" e A. Serres, transmise par 
M. Pierre Weiss. 

Les mesures magnétiques faites antérieurement sur les ferrites ( 2 ) ont 
montré que ces composés possèdent des propriétés curieuses, qui ne sont du 

(') Séance du oo juin 1980. 

( 2 ) M Ue A. Serres, Comptes rendus., 188, 1929. p. 1289; Bulletin de la Société 
française de Physique. 280, 1929, p. 112 S. 



36 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

reste pas les mêmes pour tous les ferrites. En effet, pour les ferrites de ma- 
gnésium, de plomb, de cuivre et de nickel on a trouvé que : 

i° Ces quatre ferrites sont ferromagnétiques à la température ordinaire. 

2." Le paramagnétisme constant du sesquioxyde de fer •/ = i573.io~° 
par atome de fer, est entièrement conservé dans ces combinaisons. La va- 
riation de la susceptibilité magnétique avec la température est de la forme 

( z — i5;3.io-«nT- Ô) = C„„ 

point de Curie, C m constante de Curie par demi-molécule. 

3° Les constantes de Curie obtenues ont des valeurs faibles comprises 
entre o, 1 352 et 0,2207. . 

Pour le ferrite de zinc les résultats sont entièrement différents : 

i° Il n'est pas ferromagnétique à la température ordinaire, ni même à la 
température de l'air liquide. 

2 Le paramagnétisme constant du sesquioxyde de 1er n'existe plus dans 
ce ferrite. 

3° La constante de Curie est beaucoup plus grande que pour les autres 

ferrites : 

C,„~ 9..QO-2 entre • o" et 3oo° C, 

C,„=3',3oi entre 3oo° et 700° C. 

donc de l'ordre de grandeur de celles données habituellement par les sels 
de fer. 

On pouvait penser trouver une explication de cette différence dans la 
structure cristalline de ces composés ; mais l'étude au moyen des rayons X ( ' ) 
du réseau cristallin de nombreux ferrites a montré que tous ces corps ont 
la même structure, celle du spinelle, avec des paramètres extrêmement 
voisins : 

En particulier celui du ferrite de zinc (a = 8,4°3. io~ 8 .cm) est compris 
entre celui du ferrite de magnésie (a = 8,342. io~ s cm) et celui du ferrite 
de cuivre (a = 8,445 . io~ 8 cm). 

Les ferrites examinés aux rayons X avaient été préparés par voie sèche 
en mélangeant les deux oxydes en proportion équimoléculaire; la combi- 
naison avait été obtenue par fusion au chalumeau dans du chlorure de 
potassium. Ceux faisant l'objet de l'étude magnétique avaient été préparés 
par voie humide ( 2 ). 



( 1 ) "S. IIolgersson, Lundi Unir. Arsskrift, 23, 1937, p. 58. 
(") Chaudron et Forestier, Comptes rendus, 182. 1927, p. 777. 



SÉANCE DU 7 JUILLET 1980. 3? 

Nous avons repris les mesures magnétiques sur les échantillons mêmes 
étudiés aux rayons X. Les résultats précédemment obtenus ont été entière- 
ment confirmés. 

Le ferrite de cadmium a montré des propriétés intermédiaires entre celles 
du ferrite de zinc et celles des autres ferriques. A la température ordinaire 
ce ferrite est tantôt ferromagnétique, tantôt paramagnëtique. Dans le pre- 
mier é'tat, au-dessus du point de Curie, il donne, après correction du para- 
magnétisme constant du sesquioxyde de fer, une constante de Curie faible. 
Le même échantillon ayant perdu son ferromagnétisme au cours des opé- 
rations, sans que d'ailleurs on puisse préciser comment, donnait une cons- 
tante de Curie plus élevée; le paramagnétisme constant superposé était 
beaucoup plus faible que celui de Fe 2 3 . 

On ne trouve pas dans le réseau l'explication des grandes différences 
observées dans les propriétés magnétiques : le moment est toujours porté 
par l'atome de fer ferrique (Fe w ), qui occupe toujours les mêmes positions 
dans le réseau. Les propriétés magnétiques de Fe /7/ dépendent donc aussi de la 
nature des autres atomes placés aux nœuds du réseau voisins de ceux qui sont 
occupés par Y e'" . 



OPTIQUE. — Sur l'absorption dans l'ultraviolet des solutions diacide tartrique : 
influence de la concentration. Note de MM. G. Iîruhat et J. Terrien, 

présentée par M. A. Cotton. 

L'un de nous a réalisé en 1929 des mesures d'absorption de diverses solu- 
tions aqueuses d'acide tartrique dans la région ultraviolette du spectre ( J ), 
et les a utilisées au calcul de formulesde dispersion rotatoire. Les variations 
avec la concentration des coefficients de ces formules sont très faibles, de 
l'ordre de 2 à 5 pour 100 ; il était intéressant de chercher siles variations de 
l'absorption avec la concentration étaient elles aussi analogues à celles d'un 
corps normal. 

Nous avons effectué à cet effet une série spéciale de mesures, en nous atta- 
chant à réaliser les deux conditions suivantes : 

i° Elimination complète delà lumière parasite, par purification spectrale 
de la lumière avant la cuve d'absorption ( 2 ) ; 

(') G. Bruhat et R. Legris, Comptes rendus, 189, 192g, p. 7/^ et 904. 

( 2 ) Cette .purification était faite par un monochromateur double du type de Van 
Cittert, à prismes de Cornu en quartz et objectifs achromatiques quartz-eau, qui sera 
décrit en détail dans un autre Recueil. 



38 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

2° Définition géométrique du faisceau absolument indépendante du tube 
d'absorption : le tube et l'objectif qui le suit laissent passer librement le 
faisceau, qui est défini par deux diaphragmes lîxes, celui dont l'image se 
fait finalement sur la plaque photographique étant rejeté à l'infini. 

Les mesures ont été faites, pour les deux radiations A = 2.537 A et 
A =2804 A du mercure, par photométrie photographique, suivant la mé- 
thode précédemment décrite ('). Les densités optiques mesurées o'nt été 
généralement comprises entre 1 et 3, les longueurs des tubes d'absorption 
ayant varié de i^" 1 " 1 à 4 CI " suivant la longueur d'onde et la concentration. 

11 a été extrêmement difficile d'obtenir dans ces mesures une fidélité 
satisfaisante. Deux solutions préparées séparément donnent toujours des 
nombres différents, bien qu'elles présentent exactement la même rotation 
au polarimètre; l'absorption d'une solution donnée augmente de jour en 
jour, sans que sa rotation soit modifiée, surtout si elle est conservée dans 
un flacon en verre ordinaire. Nous avons donc dû nous astreindre, d'une 
part à ne comparer entre elles que des solutions obtenues par dilution d'une 
même solution concentrée, d'autre part à opérer "aussi rapidement que pos- 
sible. Malgré ces précautions, nous n'avons jamais pu obtenir de résultats 
parfaitement concordants tant que les mesures ont été faites en prenant 
comme tubes d'absorption des tubes polarimétriques ordinaires en verre, à 
cause de l'attaque des parois du tube par les solutions. En employant des 
tubes en silice fondue, nous pensons avoir réduit les erreurs sur la densité 
optique provenant de cette attaque à une valeur inférieure à 3 pour 100, 
toutes les autres erreurs expérimentales étant d'ailleurs négligeables devant 
celle-là. 

Il est nécessaire de tenir compte de l'absorption de l'eau : si la densité 
de la solution est d, et si elle contient c grammes d'acide par centimètre 
cube, la densité optique par centimètre y de l'acide clans la solution se 
déduit des valeurs mesurées/., pour la solution et y pour l'eau par la rela- 
tion y =y x — (d — c)y e . Le tableau suivant donne les valeurs obtenues 
pour les rapports yc /y {) c qui caractérisent la variation de l'absorption 
moléculaire lorsqu'on passe de la solution mère c , y Q à la solulion diluée 
c, y\ les caractères gras indiquent, dans chaque ligne, Ja solution mère à 
laquelle sont rapportés les autres nombres de la môme ligne. 

(') G. Bkuhat et l\. Legkis, Annales de Physique, 13, iç)3o, p. 5. 



Tubes de verre 

.)' r a 





SÉANCE DU 7 


JUILLE 


T io,3o. 






?9 






50. 


25. . 


10. 


5. 


2,5. 




.( 1=: 2804. . 


. 1 
. 1 


0,98 


1,12 

0,90 


1,25 

, 8 1 


- 




1 1 = 2687 . . 


1,04 




( ?. = 28o4.. 


.. 1 


1 .026 


1 ,o35 


- 


- 


:/, 


• • • • | a - 253 7 . 




1 


1,01 


- 


1 , 02 



Tubes de quartz 

Chacun des nombres des deux premières lignes est la moyenne de plu- 
sieurs mesures, généralement assez discordantes : ils se groupent autour de 
la valeur 1 qu'indique la loi de Béer. Chacun de^s nombres des deux der- 
nières lignes représente au contraire une mesure : ils ne présentent pas, par 
rapport à la loi de Béer, d'écarts supérieurs aux erreurs d'expérience. Il est 
toutefois intéressant de remarquer que ces écarts sont du sens et de Tordre 
de grandeur prévus par la théorie de la dispersion récemment proposée par 
de Mallemann ('). 

En résumé, V absorption des solutions d'acide tartrique , pour des concentra- 
tions allant de 0,16 à 3,3 mol- gi- par litre, suit aussi exactement la loi de Béer 
que celle de n importe quel corps normal. Ces mesures apportent donc une 
nouvelle confirmation de la conclusion tirée précédemment des formules de 
dispersion rotatoire : rien n indique V existence, pour la molécule d'acide 
tartrique, des deux formes à absorptions différentes auxquelles on a souvent 
attribué les modifications de la dispersion rotatoire. 

Signalons en terminant que les mesures de densité optique y h de l'eau 
que nous avons effectuées au cours de ce travail nous ont montré, comme 
il est bien connu, que l'absorption de l'eau distillée est extrêmement 
variable suivant sa qualité et son ancienneté, mais que nous avons souvent 
obtenu des nombres deux à trois fois plus faibles que ceux qu'a indiqués 
Kreusler (-''). Il est donc certain que les nombres de cet auteur sont trop 
forts dans la région 2800-2000 angstrôms. 



OPTIQUE. — Sur les trajectoires orthogonales des génératrices dhine 
surface réglée. Note ( 3 ) de M. Marcel Dofour, transmise par 
M. Pierre Weiss. 

Les trois équations de Sturm, fondamentales dans l'étude de l'astigma- 
tisme, font intervenir le rayon de courbure et la torsion géodésique des 



( 1 ) Comptes rendus. 18", 1928, p. 720. 
(-) Annal en der Physik, 0, 1901, p. 420. 
( ;! ) Séance du 3o juin 1930. 



4° ACADÉMIE DES SCIENCES. 

lignes tracées sur la surface d'onde ('). J'ai déjà cherché à rendre ces notions 
accessibles aux personnes auxquelles l'analyse mathématique rfest pas 
familière ( 2 ), mais on peut les présenter sous une forme plus élémentaire 
encore en partant de l'étude des surfaces réglées. Les rayons lumineux qui 
s'appuient sur une ligne F de la surface d'onde forment une surface réglée S 
(une normalie), et F est une trajectoire orthogonale des génératrices de 2. 
Nous nous servirons de la relation de Chasles p = k tango, qui s'établit par 
des considérations intuitives très simples ( :! ). 

Au point central C élevons sur la génératrice A une perpendicu- 
laire CD = k. Soit'CP = p : l'angle CDP est égal à l'angle G que fait avec 




le plan central le plan tangent en P. Si nous menons DP, perpendiculaire- 
ment à PD, le plan tangent en P, est perpendiculaire au plan tangent en P, 
et la longueur PP, est le rayon de courbure R de la trajectoire orthogonale 
en P. Les trajectoires orthogonales menées par les points P et P, ont même 
rayon de courbure. Nous avons 



R =: PC + CP, = k{ tang -0 + cotô) 



2À- 

si n 2(5 



d'où 



i R • r 

2 



relation simple entre le paramètre de distribution, le rayon de courbure R 
en un point P et l'angle du plan central avec le plan tangent en P. 

Soit sur la trajectoire orthogonale en P un point infiniment voisin 
Q(PQ = fifr). Cherchons l'angle d^ dont tourne le plan tangent à la 
surface réglée quand on passe de P à Q : c'est l'angle que fait avec la 



(*) Cf. M. Dufour, Sur la réfraction a 1 ' un pinceau lumineux dans le cas général 
{Comptes rendus, \!k, 1922, p. i53g) et Réfraction du pinceau astigmate : la troi- 
sième équation de Sturm (Ibid., 186, 1928, p. 63i). 

( 2 ) M. Dufour, Propriétés d'un pinceau de normales (L'Enseignement mathé- 
matique, J927, p. 294). 

( :j ) Cf. L. Raffy, Leçons sur les applications géométriques de V Analyse, Paris, 
1 897 , p. 193. - 



SÉANCE DU 7 JUILLET igSo. 4* 

génératrice A la projection, sur le plan mené par A perpendiculairement au 
plan tangent en P, de la génératrice A' qui passe par Q. Si nous appelons 
Q, le point où A' rencontre la trajectoire orthogonale passant par P, et ds i 

ds 
l'élément correspondant P,Q, de cette trajectoire, nous avons d^ = -~ : 

di est l'angle de contingence de la trajectoire orthogonale en P,. Le rap- 
port de d^ à ds est y = ~ c -j- ■ En projetant A' sur un plan perpendiculaire 
à A, on voit que ds = ds\ tangÔ, ce qui donne 

dz i k 

ds R tang# Rp ' 

L'inverse de la longueur PT est donc égal à -j-' 

Nous venons de voir comment on pouvait déterminer graphiquement R 

et j connaissant le point central, le paramètre de distribution et l'angle 6. 

Mais, en général, la surface réglée est déterminée par la connaissance des 
plans tangents en trois points A, B, P de la génératrice. Alors le point D 
est déterminé par l'intersection de deux segments circulaires, l'un passant 
par A et B et capable de l'angle que font entre eux les plans tangents en A 
et B, l'autre passant par P et A et capable de l'angle a que font entre 
eux les plans tangents en P et A. Le point D étant trouvé, on trace par D 
la droite perpendiculaire à PD. Des considérations élémentaires vont 

~dx 

nous permettre de calculer R et -=- en fonction des distances PA = a et 

PB = b et des angles que font entre eux les plans tangents en A, B et P. 
Bornons-nous au cas usuel en optique où les plans tangents en A et B 
sont rectangulaires. Dans ce cas, le rayon de courbure de la trajectoire 

orthogonale passant par A est b — a, et nous avons Ic= sin i to, 

(d désignant l'angle que fait avec le -plan central le plan tangent en 
A(ô = co + a). 

Calcul de R. — Les triangles ADP, BDP et P + DP donnent respecti- 
vement 

PD cosw PD sinu PD . . 

= -. , —7— — > -=— — sm& — sin a cosw H- sino) cosa, 

a sin a b cosa R 

d'où 

i sin 2 a cos 2 a 



R a b 



/|2 ACADEMIE DES SCIENCES. 

y/s 



Calcul de -■;■-• — Nous avons 



Par suite 



I ! = 11) = nb — 



c/r /.' /. si n :-> a r / i 



(/s \\o ah si n'} (j) •>. \f( h 



r si 11 ■>. y.. 



Ltant donné un pinceau de normales, nous pouvons, pour toutes les 
normalies passant par A, prendre pour points de référence A et B les points 
focaux de A. L'angle <h est l'angle de torsion géodésique pour l'élément 
linéaire ds tracé sur la surface d'onde ( ' ). 



PHOTOGRAPHIE. — Sur un per feclionnnnenl nouveau pour la prise des slcréo- 
radiograph/'es. iVote( 2 ) de MM. Ch. Guilbert et Livet, présentée par 
M. M. de Hroglie. 

Le procédé usuel de stéréoradiographie consiste à prendre deux clichés 
du même objet avec un décalage de l'ampoule, qui équivaut généralement 
au dixième de la distance du foyer des rayons à la plaque. 

Ce procédé a, dans la pratique, le désagrément d'exiger le déplacement 
très rapide d'une ampoule fragile, ou d'obliger à employer deux ampoules 
légèrement écartées et fonctionnant l'une après l'autre. On peut arriver à 
un résultat identique pour l'obtention des clichés en faisant tourner adroite 
et à gauehe l'objet à radiographier, ainsi que la plaque photographique; d'un 
angle correspondant à la moitié du décalage habituel (soit moins de deux 
degrés et demi). 

L'ampoule reste immobile, le matériel ordinaire de la radiographie peut 
être utilisé ; la prise des clichés est faite sur une plate-forme tournante, 
indépendante des châssis d'examen, ou sur la table pivotante sur laquelle 
est fixé l'objet à photographier et qui comprend le dispositif d'escamotage 
des plaques et le contact des relais électriques commandant l'appareil. La 
rotation angulaire de tout le système est minime, le déplacement linéaire 
extrême de la partie pivotante n'atteint pas 2"" de part et d'autre. De 



( ') Cf., pour la délinition de la torsion géodésique, G. .Demartres. Cours de Géo- 
métrie 'infinitésimale, Paris, 1913. p. :}()i. 
(/'■) Séance cl 11 00 juin 11) .'-)<■). 



SÉANCE DU 7 JUILLET 1980. /|3 

plus le déplacement angulaire reste constant, quelle que soit la distance, ce 
qui offre un nouvel avantage par rapport au procédé habituel. 

Il nous a semblé que ce procédé de prises de clichés était une réalisation 
nouvelle qui comportait de nombreux avantages et pouvait permettre de 
généraliser un procédé encore exceptionnel d'investigation radiologique. 



CHIMIE PHYSIQUE. — Sur la forme de la courbe de solubilité de 
l'acide benzoïque dans le toluène. Note de M. Chapas, présentée par 
M. C. Matignon. . " 

La solubilité de l'acide benzoïque dans le toluène à 2:? a été déterminée 
par Seidell, puis par Mortimer, en 1923 et par Chipman ( ' ) en 1924. De 
mon coté j'ai été conduit à répéter ces mesures dans le but de mettre au 
point la méthode d'analyse que j'avais adoptée dans l'étude de l'influence, 
sur les solubilités, de l'isomérie dans la série benzénique. La forme de la 
courbe obtenue diffère d'une manière assez appréciable de celle publiée par 
Chipman. 

Pour représenter la variation de la solubilité avec la température, il est 
avantageux d'employer un système de coordonnées rectangulaires en pre- 
nant 

x=~, y = log.y, 

T désignant la température absolue et y la concentration du constituant 
de la solution saturée qui forme la phase solide, cette concentration étant 
exprimée en molécules-gramme contenues dans 100 molécules-gramme de 
la solution. Ces variables s'introduisent naturellement dans l'expression 
théorique de la solubilité, pour une solution idéale, c'est-à-dire une solution 
qui obéit à la loi de tonométrie de Raoult, quelles que soient la concentration 
et la température. Bien que cette hypothèse puisse ne pas être exacte pour 
un système binaire quelconque, on peut espérer que l'allure de la courbe 
de solubilité sera la plus simple avec les coordonnées choisies, pourvu que 
la grandeur moléculaire de chaque constituant en solution soit normale; 
c'est vraisemblablement le cas de l'acide benzoïque et de ses dérivées par 
substitution dans le noyau benzénique, ainsi que des solvants dérivés du 
benzène. 

(') /. Ain. Client, Soc, M), içy.i.\, p. n.-\/\ï>. 



44 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Pour le système acide benzoïque -f- toluène, les résultats numériques 
obtenus sont les suivants : 

t 0°. 13°, 0. 25-, 0. 31°, OC. 

(H / 3.87 1 , 79 7,61 9.67 pour 100 

Les points correspondants du diagramme en ^ et logy se placent très 

sensiblement sur une droite; de plus, cette droite passe par le point déter- 
miné par £=i2i°,9, y =100 pour 100; cette température particulière 
n'est autre que le point de fusion de l'acide benzoïque. 

Pour estimer la précision avec laquelle la loi linéaire traduit la relation 
entre la solubilité et la température, il suffît de calculer les valeurs que 
prend le coefficient a dans la formule 



(D) Iog-J- 

100 



avec Ty=: 273, 1 + 121,9, température absolue de fusion de l'acide 
benzoïque. Avec les logarithmes décimaux, on trouve : 

t. .0°. 13", 0. 25°, 0. 3!°,9C. 

(Il) «..' i365 i3C>9 i35ç) 1 358 

Moyenne : « = i363. 

L'écart à la loi linéaire est, au maximum, de o,G pour 100; il est infé- 
rieur à l'erreur possible due à la méthode d'analyse. 

La courbe construite par Chipman dans le même système de coordonnées 
présente une concavité très nette vers l'axe des concentrations (y). Le point 
figuratif pour t = o°C se place bien au-dessus de la droite (D); Chipman 
trouve, en effet, y = 3, 39, solubilité bien plus élevée que celle (2,87) indi- 
quée dans le tableau (I). Pour cette température, les deux méthodes expé- 
rimentales sont pourtant analogues. Il m'est arrivé d'obtenir des résultats 
voisins de celui de Chipman dans certains essais; alors que le Mémoire de 
cet auteur n'était pas encore parvenu à ma connaissance, j'ai dû conclure 
que le dispositif, servant à prélever l'échantillon destiné à l'analyse, se trou- 
vait à une température supérieure à celle du système formé par la solution 
saturée et l'acide benzoïque cristallisé, en excès; en conséquence, l'appareil- 
lage a été modifié et les résultats obtenus dès ce moment ont présenté entre 
eux une bonne concordance, qui n'apparaissait pas dans les essais anté- 
rieurs. Or le dispositif défectueux ressemblait beaucoup à celui utilisé par 
Chipman. 



SÉANCE DU 7 JUILLET ig3o. 45 

L'intérêt de cette rectification sur la solubilité à o° de l'acide benzoïque 
dans le toluène n'est pas contestable, puisqu'elle permet d'énoncer cette 
règle simple, applicable dans l'intervalle de température (o°, 32°), ou ont 
été faites les mesures : d'une manière rigoureuse, le logarithme de la con- 
centration de l'acide benzoïque croît en raison inverse de la température 
absolue. 



CHIMIE PHYSIQUE. — Cinétique des solutions alcalines d'iode. Cas des 
borates alcalins. Note de MM. O. Liévin et J. Declbrck, présentée 
par M. C. Matignon. 

On sait que dans les solutions alcalines l'iode forme de l'iodate, plus ou 
moins rapidement suivant les conditions ( ' ). 

Avec la soude et la potasse, on observe un maximum de vitesse quand il 
y a à peu près 3 molécules d'alcali pour 2 atomes d'iode- de plus, la 
vitesse croît avec la concentration en iodure, si l'alcali est en excès, tandis 
qu'elle décroît si l'iode est en excès. Avec le carbonate de soude, au con- 
traire, la vitesse de la réaction augmente constamment quand la dose 
d'alcali augmente, mais elle diminue par addition d'iodure ( 2 ). 

Nous avons repris cette étude pour les solutions qui renferment des 
borates alcalins, en déterminant à divers moments la proportion d'iode 
formée. . 

Examinons d'abord le cas où l'acide borique et la soude ou la potasse 
sont en quantités équimoléculaires : ce qui correspond aux métabo- 
rates B0 2 M. 

i° Dans les mélanges de décomposition : 

o,oo51 2 + 0.02IK -+- a.BONa, 

l'iodate se forme d'autant plus vite que a est plus grand. Par exemple, 
ài3°,8pour les valeurs de. a 0,1 ; 0,2; 0,4, .les durées de demi-réaction 
sont, en minutes, 10; 2,8 et 1. 

2 La vitesse de formation d'iodate diminue quand la concentration en 
iodure de potassium augmente. Ainsi pour le système 

o,oo5P+bIK + o ; lR0 2 Na, à i.3°,6, 



( a ) Péchard, Comptes rendus, 129, 1899, p. i453. 

( 2 ) 0. Liévin, Comptes rendus, 174, 1922, p. 868; Les solutions alcalines d 'iode , 
(Paris, Hermann, 1920). 



46 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

si 6 prend les valeurs 0,02, o,o4, 0,06, 0,08, la durée du cinquième delà 
réaction est 1 , 5, 17, 65 minutes. 

L'iodure de sodium agit dans le même sens que celui de potassium, mais 
avec moins d'efficacité. Le fait est curieux, mais paraît certain. Par 
exemple, avec les liqueurs 

o.()o:-!5 I- + 0.0 1 I K + o, oa MO- k 
et 



o, oo :•>.;') 



I- -}- o . o 1 I i\ a H- < > . < >5 I >( )- \ a . à 1 



les durées de demi-réaction sont respectivement 26 et 10 minutes. 

3° D'après les observations précédentes, le métaborate se comporte sen- 
siblement comme le carbonate; il y a ressemblance aussi dans l'influence de 
la dilution : en effet, l'addition d'eau active la réaction. 

Voici un tableau relatif aux mélanges : 

a(o,oo5I'- + o.ooJK H- o.IMO-JNa), ;\ i.'i" 

Valeur de a. 2. I. O,."). 0.25. 

Durée de demi-réaction (minute ) 27 'r>. } r \ ,5 5 , 

4" Enfin l'influence de la température est très importante : pour un 
des mélanges précédents, une élévation de température de 5 degrés suffit à 
ramener de 20 à 10 minutes la durée de demi-réaction. 

Dans une deuxième série d'expériences, nous avons fait va lier les pro- 
portions d'acide borique et de potasse suivant : 

o.oo5I' 2 -(- o.oo. IK. + (o. 1 — a) 1>0 ;: II ;1 -s- a M )l I. 

Le tableau suivant donne pour différentes valeurs de a le pourcentage 
d'iodale formé après 5 et 20 minutes : 

KH)«. 

3.3. 5. 5,3. 5,6. 5,8. 6. 6,4. 6,6. 7.2. 7.5. '1(1. 

Jodate pour too après 5 minutes. 

o,-') i \ '|o ~\\ 77 ,5 70 58,5 5o,5 i5,;> .17 i.'ï,o 

lodale pour 100 après 20 minutes. 
1,0.5 28 5i 8o,5, 98,5 89.5 S/, 8i,5 7 S,5 ;(> ,17,5 

On voit que la vitesse reste très faible si a est inférieur à o,o33, c'est- 
à-dire si la dose de potasse est inférieure à celle qui correspond à B'() 7 k 2 . 
La vitesse croit ensuite jusqu'à une valeur maxima atteinte pour rt = o,o58, 



. SÉANCE DU 7 JUILLET ig3o. 4 7 

qui équivaut à la composition 0,042 BO" a K + 0,016'KOll, puis elle 
diminue progressivement. 

Nous retrouvons donc ici un maximum, comme dans le cas de la potasse 
seule; il est remarquable que ce maximum, ici aussi, se réalise quand on 
oppose à peu près 3 ,m)l de potasse non combinée à 2 al d'iode; en outre, ce 
maximum de vitesse possède aussi sensiblement la même valeur. 

On arrive naturellement à des résultats analogues si, laissant la dose 
d'acide borique fixe, on augmente graduellement la teneur en potasse. 

En résumé, les métaborates se comportent vis-à-vis de l'iode comme les 
carbonates et les phosphates tribasiques : la vitesse de formation d'iodate 
croit avec la teneur alcaline, mais diminue si la richesse en iodure aug- 
mente. Le borax agit, au contraire, comme le bicarbonate ou le phosphate 
neutre : résultats bien conformes à ce que l'on sait de l'analogie de ces sels. 



CHIMIE PHYSIQUE. — Influence du nickel et du chrome sur les propriétés de 
la fonte malléable. Note (') de M. Léon Thiéry, présentée par M. .Léon 
Guillet. 

M. Léon Guillet ( 2 ), dans ses recherches relatives à l'action du nickel et 
du manganèse sur les fontes blanches ou grises, a trouvé que le nickel entre 
en solution dans le fer a et favorise la formation du graphite. 

J'ai cherché à déterminer la répercussion de ce phénomène sur la fabri- 
cation de la fonte malléable, en remplaçant en partie le silicium nécessaire 
à la décomposition de la cémentite, par des teneurs croissantes en nickel; 
j'ai étudié également l'influence du chrome. 

Partant d'une fonte ayant la composition suivante : 

C = 3, i5 ; Si — 0/17 ; Mn — 0,21 ; S — 0.06 ; P z~ 0,095 ; 

je suis arrivé, par fusion dans un four potager, aux fontes dont les compo- 
sitions sont données dans le tableau I. . 

La moitié des éprouvettes a été recuite à la température de 91 o° pendant 
65 heures, puis refroidie lentement, à raison de 5° par heure jusqu'à 720" 
et 3° par heure de 720 à 65o°. L'autre moitié a été soumise à un recuit à 
83o" pendant 70 heures, suivi d'un refroidissement à la vitesse de 3" par 
heure jusqu'à 65o°. 

(') Séance du 3o juin 1980. 

('") Comptes rendus, \h'6. 1907, p. 552. . 



4B 



ACADEMIE DES SCIENCES. 



Tableau I. 

Composition chimique des fontes étudiées et variation des points de transformation. 







COIll- 


gra- 








S: 


total. 


hiriô. 


phite. 


Si. 


Ni. 


Cr. 


1 . . . 


■'m9 6 


«>9 2 


0,04 


0,42. 


- 


- 


2. . . 


a, 94 


2,86 


0,08. 


0,4a 


o,5- 


- 


3... 


•'-,9^ 


2,87 


0,0 5 


o,4o 


1 ,40 


- 


h... 


a , 8o 


2 , -O 


0,10 


o,36 


•i, 46 




5. . . 


a, 7 a- 


2,65 


0,07 


o,4i 


i,3 a 


o,34 



Mn. 



S. 



Point 
de Curie 

de la 
eémentite. Ac. 



0,19 0,086 0,096 2IO y-5 

0,19 0,081 0,09 2iO y45 

0,17 0,0-5 0,09 2iO • 74o 

0,1 4 0,066 0,078 :>. 10 7i5 



o, 12 0,018 0,07 



;5o 



Tempérât, de 
graph irisa lion 
coi 11- 
Ar. *iieneanle. 



720 
700 
695 

65o 

685 



J OOO 

887O 



Tableau II. 

arialion des propriétés mécaniques de la fonte malléable en fonction de la teneur en nickel. 

Fontes recuites à la température de 910". 



IN". 



Ni%. Ci-Vo 



1 . . . 


- 


2. . 


0, 57 


3... 


1 , 4o 


h.. 


a, 46 


0. . 


1,37 



Charge 
do rupture Allon- Diamètre 
à la gemenls d'em- 



0,04 



traction. 

kir 

38, o 

45 • 

5i,5 
46,5 

48 



/o 



preinle. 
2 , 2 2 

2 , 38 
2 , 68 
2 , 5 2 
2,3o 



Dureté 
Brinell. 

246 
-2 12 

i64 

188 
228 



Rési- 

lience. 

kgm 

o,44i 
0,481 



0,904 



Charge 


d( 


■ rupture 




à la 


flexion. 


Charge 




— 


— — - — - 


de ru pi ure 


Wv. 




Flèche. 


au cisaillement 


kjr 
12,5 




mm 
1,0 


kg 

33 


20 




1 , 5 


34 


l() 




> 


35 


l8 




2 , 5 


.38 


l8 




2 


/ _ 
-1 / 



Tableau III. 

Variation des propriétés mécaniques de la fonte malléable en fonction de la teneur en nickel. 

Fontes recuites à la température de 83o". 



1. 

2. 
3. 
h. 
5» 



Ni 7„. 

0,57 
i,4o 

2,46 

1,37 



Cr 



0.34 



Charge 
de rupture Allon- Diamètre 
à la gemenls d'em- 
preinte. 



1 , 40 
1,82 
I,8o 
1,78 

1 ,5o 



traction. 





kg 
|,0 


2 


4i 


6 


4o 


4 


48,5 


6 


4'2 


2 



Dureté 
Brinell. 

3o5 

186 
190 
195 

277 ■ 



nesi- 
lience. 

kjrm 

, 200 

0,34o 



0,480 
0,200 



Charge 


de rupture 






à la 


flexion. 




( '.harge 




.--_—— — 


( 


c ruj)ture 


Hf. 


Flèche. 


au 


cisaillement . 


k;: 

.11,4 

12,3 


I 

1,8 


ép 


rouv. brisée 
34?5 


i5 


^7 




35 


18 


2 




36,5 


i5 


i,5 


ép 


rouv. brisée 



SÉANCE DU 7 JUILLET lO,3o. 49 

Les différentes coulées ont été étudiées par dilatation, et par micro- 
graphie, avant et après recuit. Les fontes recuites ont été éprouvées aux 
essais mécaniques (traction, dureté, choc, flexion statique, cisaillement); 
les résultats de ces essais sont indiqués dans Jes tableaux I, II et III. Au 
point de vue micrographique, l'examen dés fontes brut de coulée révèle un 
réseau de cémentite eutectique sur un fond de perlite. Le carbone est entiè- 
rement combiné, à l'exception, toutefois, de la fonte à 2,46 pour 100 de Ni 
qui renferme un peu de graphite dans les sections supérieures à 2o"' m de 
diamètre. La grosseur des constituants diminue avec l'augmentation de la 
teneur en nickel; la fonte au nickel-chrome présente une structure très 
fine. 

Le recuit fait apparaître le graphite dans toutes les fontes, sous forme de 
plus en plus fine. et disséminée à mesure que la teneur en nickel augmente. 
La fonte sans nickel donne une structure perlitique avec de notables propor- 
tions de cémentite. Cette cémentite disparaît dans les fontes au nickel pour 
faire place à de la perlite qui, à son tour, est remplacée par de la ferrite 
pour i,4o et 2,46 pour 100 de nickel (n os 3 et 4 du tableau I). La structure 
de la fonte au nickel-chrome est constituée par du graphite et des carbures 
sur un fond de perlite extrêmement fine. 

Conclusions. — Le nickel peut remplacer le silicium dans les fontes mal- 
léables au point de vue de l'effet de graphitisation. La présence du nicJkel 
confère à la fonte malléable des propriétés mécaniques intéressantes jus- 
qu'à 2 pour 100 de nickel; elle permet l'abaissement de la température de 
graphitisation et donne un graphite plus fin et mieux disséminé. Par 
contre, le chrome s'oppose à la graphitisation. Il augmente la dureté de la 
fonte malléable au nickel et diminue les allongements et la résilience. 



CHIMIE PHYSIQUE. — Action de la lumière ultraviolette sur l'acide diméthyl- 
pyruvique. Note (') de M. Claude Fromageot, transmise par 
M. V. Grignard. 

Claude Fromageot et S. Perraud ( 2 ) ont montré que l'acide diméthyl- 
pyruvique peut exister sous trois formes tautomères suivant les conditions 
du milieu. Le travail poursuivi au laboratoire m'a conduit à étudier l'action 

( 1 ) Séance du 3o juin ig3o. 

( 2 ) Biochem. Zeitschr. (sous presse). 

C. R , ig3o, 2° Semestre (T. 191, N° 1 ) 4 



OO ACADEMIE DES SCIENCES. 

des rayons ultraviolets sur les différentes formes tautomères ainsi trouvées, 
et en particulier sur la forme de structure encore mal définie que nous 
avons appelée forme III. Cette forme III peut être provisoirement 
représentée par le schéma : 



CH :i \ TO.O.OH 
CH 3 / C— C 



J'ai constaté que sous l'influence de la lumière ultraviolette et de 
l'oxygène de l'air, cette forme donne naissance à un composé, peroxyde ou 
ozonide, capable de libérer de l'oxygène actif, et. dont la présence est facile 
à déceler, en particulier par son action à froid, instantanée, sur l'iodure de 
potassium en milieu acide, action qui met en liberté une certaine quantité 
d'iode. 

La présente Note a pour but de donner un aperçu qualitatif du 
phénomène. 

io™ 1 de solution d'acide diméthylpyruvique M/io, ajusté à différents pH 
par addition de soude, sont placés dans des tubes à essais, en quartz, à 5o cm 
d'une lampe à vapeur de mercure, en quartz, pendant les temps indiqués. 
La température est de 20 . Dans le tableau ci-dessous, l'action des solutions 
ainsi traitées sur l'iodure de potassium est représentée par le signe + 
lorsqu'il y a déplacement intense d'iode, par le signe — quand il n'y a 
aucune espèce de réaction; à titre de comparaison, j'indique' quelques 
résultats obtenus avec l'acide pyruvique. 



N°. Nature des solutions. 

1 Acide- diméthylpyruvique : 

P 1I = i, 7 ; pH = - 7 , 9 

Acide. diméthylpyruvique : 

2 • ■ PH= 1,7 

;i ; pH= .,7 

'i- pH= 6,6 

5 - : --- pH= 7,9 

pH =ii,5 

Acide pyruvique : 

7 pH= r, 7 

8 pH =10,0 

Il résulte de ces différentes expériences que : 



Temps 




d'irradiation 


Réaction 


(minute). 


avec Kl. 


non irradiés 




(témoins) 


— 


i5 


trace 


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' -+- ' 


i5 


~\r 


10 


+ 


3o 




3o 


>— 



SÉANCE DU 7 JUILLET 1930. Si 

i°. L'acide diméthylpyruvique en solution aqueuse, neutre ou alcaline, 
forme sous l'influence de la lumière ultraviolette un composé susceptible de 
déplacer l'iode de l'iodure de potassium, c'est-à-dire un composé oxydique. 

2 Cette propriété de l'acide diméthylpyruvique est liée à la présence de 
la double liaison de la forme III; la réaction très faible que l'on observe 
dans les expériences 2 et 3 est due à la présence d'une très petite quantité 
de forme énolique, dont la double liaison apparaît ainsi comme également 
capable de donner un composé oxydique. 

3° Pour être capable de donner naissance à un tel composé, dans ces con- 
ditions, la double liaison doit être substituée : l'acide pyruvique dont le 
premier atome de carbone n'est lié qu'à des atomes d'hydrogène ne donne 
la réaction dans aucun cas. 

Pour avoir une première idée du mécanisme de la réaction, j'ai comparé 
une solution d'acide diméthylpyruvique M/10, à pH = 6,6, irradiée 
20 minutes dans les conditions ordinaires, c'est-à-dire en présence d'air 
(témoin), avec une solution -identique, irradiée dans le vide, en tube de 
quartz scellé. Les résultats sont les suivants : alors que la solution témoin 
manifeste une action intense sur l'iodure de potassium, la solution irradiée 
dans le vide ne donne aucune réaction immédiate. Mais si l'on attend 
quelque temps en présence d'air, ou, sans attendre, si l'on agite la solution 
à l'air avant de la mettre en contact avec l'iodure, on constate l'apparition 
très nette de la réaction. 

Ceci indique que la formation du composé oxydique se fait en deux 
temps : premier temps, activation de la double liaison; deuxième temps, 
fixation sur la double liaison activée de l'oxygène dissous dans le milieu. 
Seule Factivation de la double liaison nécessite l'action de la lumière, et 
cette activation se maintient un temps notable après la cessation de l'irra- 
diation. 

J'ajoute que cette photoactivation peut être provoquée par la lumière 
solaire diffuse, les solutions étant dans des flacons en verre ordinaire; 
mais alors cette activation demande plusieurs jours pour s'effectuer de 
façon sensible. 

Enfin, différentes expériences ont montré que le composé oxydique formé, 
stable en solution neutre ou alcaline, est rapidement détruit quand on 
acidifie la solution. . 



52 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

CHIMIE MINÉRALE. — Sur le nitroaluminate de calcium. 
Note de M lic J. Foret, présentée par M. Henry Le Chatelier.- 

Le nitrate de calcium se combine à l'aluminate tricalcique pour donner 
un sel double analogue au chloroaluminate et au sulfoaluminate de calcium. 
On obtient ce nouveau sel double en mélangeant à une solution limpide 
d'aluminate de calcium, obtenue en agitant pendant 2 heures io s de ciment 
fondu alumineux dans i l d'eau, un mélange d'eau de chaux et d'une solu- 
tion de nitrate de calcium. Pour obtenir ce corps à l'état de pureté, c'est- 
à-dire sans excès d'aluminate de calcium, il est nécessaire de réaliser les 
deux conditions suivantes : avoir dans la liqueur primitive avant précipi- 
tation un nombre de molécules de chaux supérieur à trois fois le nombre 
des molécules d'alumine et en même temps avoir un nombre de molécules 
de nitrate de calcium supérieur à celui des molécules d'alumine. Nous 
exprimerons cette condition par le symbole abrégé 

CaO>3.Al 2 CP et (N0 3 ) 2 Ca > A.r-0 3 . 

On obtient un précipité blanc cristallin, d'aspect très différent des traî- 
nées soyeuses d'aluminate de calcium. 

Les analyses de trois précipités différents ont conduit aux formules sui- 
vantes : 

3,o2CaO.AP0 3 .r ; o2(NO :j fCa./i.lPO ; 

3,o4CaO.Al ï O :i .i,o3(N0 3 ) ii Ca.«.H a O-, 

3,o4CaO.APO ;î .o,98(NO ;5 ) :i Ga.«.U ! 0. 

Pour déterminer l'eau de cristallisation, nous avons desséché le précipité 
sur le chlorure de sodium dans le vidé. La perte à la calcination de ce pré- 
cipité donne à la fois l'eau et l'acide nitrique. En en défalquant la proportion 
d'acide nitrique correspondant, d'après la formule ci-dessus, au poids de 
matière fixe, on a la quantité d'eau. Deux analyses nous ont conduit respec- 
tivement à i5, 7 et 16, 2 molécules d'eau. La formule du sel double est donc 

3CaO.Al s 3 .(N0 3 ) 2 Ca.i6H s O. 

Ce corps se décompose au contact de l'eau en laissant dissoudre du nitrate 
de calcium, de l'aluminate de calcium et de la chaux. Il renferme quatre 
constituants indépendants, par conséquent il faut pour avoir un système 
nnivariant cinq phases en présence, c'est-à-dire la vapeur, la solution et trois 
phases solides. Ces dernières peuvent être trois des quatre phases suivantes : 



SÉANCE DU 7 JUILLET 1980. 53 

alumine hydratée, aluminate tricalcique, aluminate tétracalcique et sel 
double. Il y a donc trois systèmes distincts à étudier séparément. 

Premier cas. — Chaux, aluminate tétracalcique et sel double. On réalise ce système 
en partant d'un mélange des corps dissous dans lequel, en gardant la notation précé- 
dente, 

CaO>4A.l 2 3 , ■ (N0 3 ) 2 Ca< APO 3 . 

Les compositions finales correspondantes des solutions exprimées en grammes par 
litre ont été : 

CaO i,285 i,258 1,210 1,180 i,i36 1,100 

(N0 3 ) s Ca 0,000 .0,069 • 0,180 0,298 o,5oo 0,689 

Deuxième cas. — Alumine, aluminate tricalcique et sel double. L'expérience 
montre que le nombre de molécules de chaux doit être notablement inférieur au triple 
du nombre des molécules d'alumine, sans quoi l'addition du nitrate de chaux fait 
passer dans le précipité une trop forte partie de la chaux en dissolution et l'on retombe 
dans le cas suivant où le précipité renferme les deux aluminates de calcium. D'autre 
part, la condition que le nombre de molécules de nitrate de calcium soit inférieur au 
triple de celui des molécules de chaux n'a pas besoin d'être strictement réalisée. Voici 
les résultats observés, toujours en grammes par litre : 

CaO o,3i4 0,266 0,22.4 0,212 

(N0 3 ) 2 Ca 0,697 °>997 . i,3ia i,45o. 

Troisième cas. — Aluminate tricalcique, aluminate tétracalcique et sel double. 
L'analyse des dissolutions en équilibre a donné les résultats suivants : 

CaO o 5 375 o,34i o,3;4 0,268 

(N0 3 ) s Ca.... 0,420. 0,426 0,470 0.590 

Nous avons étudié d'autre part la décomposition du nitroaluminate de 
calcium dans l'eau, dans des solutions de chaux et dans des solutions de 
nitrate de calcium. Dans tous les cas, il se dissout moins de 3 mo1 de chaux 
pour i mo1 d'alumine. Il en résulte que la phase solide renferme toujours les 
deux aluminates de calcium et l'on retombe dans le troisième cas. Voici 
quelques exemples des résultats obtenus : 

Solutions de chaux. 

CaO 0,966 0,722 0,4,76 

(N0 3 ) 2 Ca 0,257 0,290 o,345 

Eau pure. 
CaO o,3o8 



(N0 3 ) 2 Ca -. o, 



47ï 



54 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Solutions de nitrate de calcium. 
GaO 0,162 o,i54 ' o,i4o o,i3i 



(NO ;i ) 2 Ca 0,990 1,940 f, 600 



,090 



Les points se placent bien dans le prolongement de la courbe qui réunit 
les points obtenus avec le troisième système. 

CHIMIE MINÉRALE. — Complexes bromopyridinés du rhodium. Note- 
de M. Pierre Poulenc, présentée par M. Marcel Delépine. 

L'étude des bromosels alcalins du rhodium ( ' ) a mis en évidence les 

t différences très nettes qu'ils présentent avec les chlorosels correspondants. 

Le but de ce présent travail a été d'étendre la comparaison aux dérivés pyri- 

dinés; je ne rapporterai ici que ce qui concerne l'action de la pyridine sur le 

bromure de rhodium, en présence ou non de bromhydrate de pyridine. 

Les complexes chloropyridines connus sont : 

CI[RhCl*(C 5 ÏFN)*]-f-6H*0 ç-) { » } , |;Rh(C*I-PNV'Cl : '] (=<), 
[ Rh ( C 5 ÏP N Y Cl" ] C 5 H" N cis ei tram ( ■• ) 

et quelques produits de transformation de ces derniers décrits par 
M. Delépine (\). La pyridine agissant sur les solutions de bromure de 
rhodium donne, suivant les proportions croissantes de pyridine, d'abord un 
précipité brun, puis les composés 

■[Rh(C 5 H 8 Ny>Br 3 ], Br[RhBr î (C 6 H 5 N)*]+6H â O 

et, en présence de bromhydrate de pyridine, 

i;Rh(C s H 5 !\)*Br*]C s H iV. 

Lorsqu'on verse dans une solution aqueuse de Br 3 Rh de la pyridine pure, 
dans la proportion de 2 à 3 ,no1 de pyridine pour j mo1 de bromure de rhodium, 
il se forme, très lentement à froid, rapidement à chaud, un précipité brun 
amorphe, pour lequel de nombreuses analyses n'ont jamais donné de for- 
mule bien définie. L'addition de quelques gouttes d'alcool à 0,5 e à la solution 
aqueuse de bromure de rhodium provoque, à froid, la précipitation immé- 

(M P. Poulenc, Comptes rendus, 190. i 9 3o, p. 639. 

(-) S. M. Forgeusen, ./. /. prakt. Chem., 27, i883, p. 4-8. 

(/M M. Delépine, Bull. Soc. chim., 4 e série. 45, 1929. p. 235. 



SÉANCE DU 7 JUILLET Iq3o. 55 

diate. Cette accélération de la réaction de la pyridine sous l'influence de 
l'alcool a été coustatée en plusieurs circonstances. Si l'on fait la précipita- 
tion en milieu très fortement alcoolique, on obtient un précipité toujours 
amorphe, brun clair, mais sa composition est constante et répond à la 
formule [Rh 2 (C 3 H 5 N) 2 (H 2 0) Br ]+2H 2 O; ce précipité, insoluble dans 
l'eau et dans le chloroforme, est très peu soluble dans l'alcool à 0,5°; il se 
dissout dans les alcalis concentrés, probablement en donnant un sel du type 
[Rh 2 (C 3 H s N) 2 (OH) Br°]M, que je n'ai pu isoler à cause de sa solubilité 
trop grande. . 

Si, eh solution aqueuse, on porte la proportion de pyridine à dix molé- 
cules pour une molécule de Br 3 Rh, en chauffant au bain-marie, on obtient 
le complexe | Rh (G r, H 5 N) 3 Br 3 ] sous forme d'une poudre orangée; au- 
dessous de dix molécules, il se forme un mélange de [Rh (C 5 H S N) 3 Br 3 ] et 
du précipité brun dont il est parlé ci-dessus. Pour avoir le bromure de rho- 
dium tripyridiné bien cristallisé, on le redissout dans un mélange à volumes 
égaux d'alcool à 95° et de chloroforme, et par évaporation au bain-marie, il 
se dépose en cristaux orangés. Ce complexe présente les mêmes propriétés 
que le dérivé chloré [Rh(C 3 H â N) 3 Cl 3 ]; il est insoluble dans l'eau, à peu 
près insoluble dans l'alcool à o,5°, soluble dans le chloroforme. Malgré sa 
structure décomplexe non ionisé, la pyridine peut en être arrachée par l'acide 
bromhydrique de densité i,38 bouillant, qui le dissout progressivement ■; la 
solution devenue rouge brun foncé, concentrée convenablement, dépose des 
cristaux de formule [Rh 2 Br 9 ] (C 5 H 6 N) 3 ou aBr 3 Rh,3BrHPy ; en fait, j'ai 
pu préparer directement ce même corps par l'union du bromhydrate de 
pyridine et du bromure de rhodium. Le chlorure [Rh (C 5 H 5 N) 3 Cl- 3 ] traité 
par l'acide bromhydrique dans les mêmes conditions s'attaque beaucoup 
moins facilement. 

Si l'on pousse la dose de pyridine jusqu'à vingt molécules, on obtient 
au bain-marie le complexeBr[RhBr 2 (C s H 5 N 4 )] + 6H 2 en belles lamelles 
jaunes d'or ou en cristaux cubiques orangés, ces deux formes cristallines 
étant facilement transformables l'une dans l'autre ; il ne s'agit pas ici des 
deux isomères cis et trans que la théorie laisse prévoir. La dissolution dans 
l'alcool à 95 e de ce complexe, chauffée au bain-marie, abandonne après une 
demi-heure des cristaux orangés de [Rh(C 5 H s N 3 )Br 3 ] par perte de pyri- 
dine; dans les mêmes conditions, le chlorure Cl[RhCr 2 (C s H 3 N) 4 ] est à 
peine attaqué, ce qui tend à prouver la moins grande stabilité du composé 
brome. 

Si l'on fait réagir, à la température du bain-marie pendant 45 minutes, 



56 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

sur une solution-de bromure de rhodium, de la pyridine dans la proportion 
de deux molécules de pyridine pour une molécule de Br 3 Rh et en présence 
d'un grand excès de bromhydrate de pyridine (2o m01 ), on obtient le sel de 
pyridine [Rh(C 5 H 5 N) 2 Br 4 ]C 5 H° N; l'excès de bromhydrate a pour but 
d'éviter la formation du précipité brun déjà décrit et de diminuer la solu- 
bilité du complexe formé; les cristaux brun rouge, déposés à chaud, sont 
très peu solubles dans l'eau froide et s'abîment dans l'eau chaude. Les 
produits de décomposition, ainsi que les sels alcalins formés à partir du 
sel de pyridine, seront étudiés ultérieurement. , 



CHIMIE INDUSTRIELLE. — De la réduction des sels métalliques en solu- 
tion par V aluminium. Note de M. Charles Boulanger, présentée par 
M. G. Urbain. 

L/étude de la réduction des sels métalliques par l'aluminium m'a conduit 
à examiner tout particulièrement les sels de métaux possédant au moins 
deux valences d'oxydation. 

Les métaux que j'ai étudiés sont : le vanadium, le molybdène, le tung- 
stène, le titane, l'uranium, le niobium, le manganèse, le chrome. 

Les oxydes supérieurs de ces métaux forment, avec les métaux alcalins, 
des sels qui sont solubles dans les solutions d'hydrates ou de carbonates 
alcalins, alors que les oxydes inférieurs ou leurs sels sont complètement 
insolubles dans les mêmes conditions. A des températures variables, en 
raison inverse des concentrations, l'aluminium réduit en solution alcaline les 
sels alcalins de valence élevée et les ramène à l'état d'oxydes inférieurs. 

Si l'on se place dans des conditions assez rigoureuses, par exemple,' 
Lébullition pour une concentration ne dépassant pas o,5 pour ioo en sels 
alcalins et i pour ioo en carbonate alcalin — ou 0,2 pour 100 en hydrate 
alcalin — l'oxyde formé s'attache à l'aluminium et y reste extrêmement 
adhérent. 

L'examen microscopique de cet oxyde montre qu'il s'agit d'un dépôt 
cristallin recouvrant parfaitement la surface de l'aluminium et opposant une 
résistance .particulièrement intéressante à l'action de l'eau salée et d'un 
brouillard salin. 

Les sels de potassium, de sodium et de lithium peuvent être employés 
indiféremment, mais non les sels d'ammonium. Mieux même, à un bain de 
carbonate de sodium, par exemple, l'addition d'un sel ammoniacal quel- 



SÉANCE DU 7 JUILLET 1980. ^ 

conque, comme le sulfate d'ammoniaque, au bain, arrête complètement la 
réduction. 

J'ai étudié également l'influence d'un certain nombre de sels alcalins-, la 
plupart, même à doses massives, n'ont aucune influence. Quelques-uns, 
comme les phosphates, donnent un sel d'alumine insoluble, alors que sans ce 
sel, l'alumine, formée dans la réaction, se redissout à chaud dans l'alcali et 
peut provoquer des dépôts irréguliers. D'autres, comme les sels organiques, 
malates, tartrates, etc., empêchent la précipitation de l'alumine, en faisant 
passer l'aluminium à l'état d'ion complexe négatif soluble. Dans les deux 
cas, le dépôt d'oxyde est parfaitement adhérent à la surface de l'aluminium. 

J'ai étudié l'influence des métaux alliés à l'aluminium. Dans la propor- 
tion où ces métaux entrent dans la composition des alliages commerciaux, 
ils sont sans influence, que ce soient le silicium, le magnésium, le cuivre, le 
fer, le cadmium. Il semble même que certains d'entre eux, comme le magné- 
sium, facilitent la réaction, mais le magnésium pur ne peut se recouvrir d'un 
dépôt dans ces conditions. 

Le mode de réduction ci-dessus décrit n'est pas particulier à l'aluminium. 
Dans les mêmes solutions alcalines et "de faible concentration, j'ai obtenu 
une réduction d'oxydes parfaitement adhérents sur le zinc et quelques 
alliages de zinc. 

Je poursuis mes recherches sur le mécanisme de cette réaction en fonction 
des différents métaux qui la provoquent. 



CHIMIE ORGANIQUE. — Synthèse biochimique du S-iodosalicylglucoside (3. 
Note de M. P. Delauney, présentée par M. M. Delépine. 

J"ai donné (') le mode d'obtention et quelques propriétés du 5-chlorosa- 
licylglucoside (3 et du 5-bromosalicylglucoside (3. Continuant mes essais dans 
cette série, j'ai obtenu d'une manière analogue le 5-iodosalicylglucoside (3. 

L'iodosaligénol C 6 H ;i .(CH 2 OH).,(OH) a (ï) B a été isolé pour la première 
fois par H.-L. Visser ( 2 ) en dédoublant l'iodosalicoside (iodosalicine) au 
moyen de l'émulsine. F. Litterscheid, d'après Visser, obtient cette combi- 
naison en ajoutant à une solution aqueuse de saligénol, additionnée de 
soude, une solution d'iode dans Tiodure de potassium, la liqueur étant 

(L) Comptes rendus, 183, 1926, p. 990, et 185. 1927, p. i53o. 
('-) Archiv cler Pharmacie, 235, 1897, p. 557. 



58 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

maintenue constamment alcaline. Après acidification par l'acide sulfurique 
étendu, on purifie le précipité par plusieurs cristallisations dans le chlo- 
roforme. Johannes Seidel ( ' ) prépare ce corps par l'action de l'iode sur le 
saligénol en solution alcoolique, en présence d'oxyde de mercure. Merril 
C. Hart et Arthur Hirschfelder ( 2 ) l'obtiennent en abandonnant pendant 
une semaine, autant que possible à la lumière solaire, une solution aqueuse 
de saligénol addilionnée de solution iodoiodurée. 

J'ai préparé l'iodosaligénol, qui m'était nécessaire, par le procédé de 
F. Litterscheid légèrement modifié : 25 s ,4o d'iode sont dissous dans 6o cm ' 
de lessive de soude dilués dans 25o cm3 d'eau distillée. On ajoute i2 s ,4o de 
saligénol et, après dissolution de celui-ci, on acidifie lentement, en refroi- 
dissant sous un courant d'eau, avec de l'acide sulfurique dilué au dixième. 
L'iode non combiné est ensuite éliminé par quelques centimètres cubes de 
solution de bisulfite de sodium. Le précipité obtenu, souvent résinifié en 
partie, est soumis à plusieurs cristallisations dans la benzine, puis dans le 
chloroforme. 

L'iodosaligénol fond à i38°. Sa constitution a été établie par Visser, qui 
l'a caractérisé comme étant le 5-iodosaligénol. 

Pour la préparation de l'iodosalicylglucoside, on a laissé en contact pen- 
dant un mois, en agitant fréquemment et en renouvelant le ferment toutes 
les semaines, le mélange suivant : 

lodosaligénol 2i5 s Glucose io s 

Acétate de sodium •>£' Eau ioo s 

Acétone de bisulfite q. s. p. -5o cm3 Émulsine 3» 

Il a été impossible, étant donnée la coloration du liquide, d'observer la 
marche de la réaction au polarimètre. La présence d'iodosaligénol, gênant 
la réduction de la liqueur de Fehling, il n'a pas été possible non plus de 
suivre la diminution du pouvoir réducteur. Quoi qu'il en soit, le mélange a 
été finalement distillé à sec et le résidu traité comme il a été indiqué pour 
la préparation du 5-chlorosalicylglucoside (3. 

J'ai obtenu ainsi un produit insoluble dans l'éther, qui a été purifié par 
une cristallisation dans l'éther acétique. 

L'iodosalicylglucoside (3 est un corps cristallisé en aiguilles incolores. Il 
est soluble dans l'eau, beaucoup moins toutefois que ses isomères chloré et 

• (*) Journ. fur prakt. Chemie, 59. 1899, p. 107. 
(-) Journ. Amer. Chemie. Soc, kS, 1921. p. 1688-169,3. 



SÉANCE DU 7 JUILLET I93o. 5-9 

brome. Une solution à i pour ioo, préparée à chaud, laisse déposer 
d'abondants cristaux par refroidissement. Cette solution aqueuse-, comme 
celle de l'iodosaligénol, donne une coloration violette par le perchlorure 
de fer étendu, ce qui prouve que le glucose s'est combiné à la fonction 
alcool, l'oxhydryle phénolique restant libre.- 

Ce glucoside est lévogyre. Il réduit faiblement la liqueur de.Fehling. 
L'acide sulfurique dilué et l'émulsine l'hydrolysent avec retour de la dévia- 
tion vers la droite et augmentation du pouvoir réducteur de la solution. 



LITHOLOGIE. — Sur les roches éruptives de la partie occidentale de VAlgaive 
{Portugal). Note de M. Pbreira de Sousa. 

J'ai considéré (').les roches éruptives de la Serra de Monchique, ainsi 
que certaines autres (ankâratrite, berondrite, ttekinkinite, limburgite) 
de la bordure mésozo'ique et cénozoïque comme d'âge crétacé ou post- 
crétacé. 

Je leur ai rattaché des types analogues qui alors n'avaient pas été analysés 
et qui proviennent de Vila do Bispo-Sagres dans l'extrémité occidentale de 
la bordure mésozoïque et cénozoïque de l'Algarve. 

J'ai étudié encore deux autres séries éruptives : la diabasique, peut-être 
plus ancienne; et une autre, plus récente, localisée près de la côte, et qui 
est helvétienne ou post-helvétienne. J'ai décrit plus tard ( 2 ) la composition 
de cette dernière et montré qu'elle est formée par des basanites. 

Je me propose aujourd'hui de donner des précisions sur les roches de la 
région de Vila do Bispo-Sagres. Les analyses suivantes, dues à M. Raoult, 
montrent que ce sont aussi des roches très semblables aux basanites précé- 
dentes. Contrairement à mon avis antérieur, j'estime qu'en raison de cette 
similitude chimique, elles doivent être helvétiennes oupost-heivétiennes. 



(') Comptes rendus, 175, 1922, p. 822. 

(-) Comptes rendus, 185, 1927, |>. 545. Dans cette Note, au lieu de Carnaide, // 
faut lire Carnaxide. 



6t> ACADÉMIE DES SCIENCES. 

■1. 2. -3.' 

SiO 2 4o,94 3 9 , 7 8 38, 72 ' 

A1 2 3 i3,5o 1 3 , 77 n,4o 

Fe 2 3 .. : 3,88 5, 02 5,52 

FeO 8,32 8,(35 7,06 

MnO... 0,18 0,20 0,20 

MgO 9,6/, 7-3o 10,61 

CaO 12.46 i3,o2 i3, 9 4 

Na- O 2 , 22 3 , 3 a 1 , 90 

K â O...." 1,76 r,6G 1,47 

TiO 2 3,7-8 ' 3,6o 3,96 

P 2 O 0,61 1 , o5 o , 79 

11- O H- 1,96 2,01 3.43 

IPO— 'o,33 o,23 0,66 

CO' J o , 5o o , 63 o , 5'>. > • 

CI o , o4 o , o4 traces 

100,12 100,28 100,18 

1. Basanite. Entre Monte dos Amantes et Monte Granja. J 11 .6.3'. 7, (2 . 9'. 2 . ?.') 

2. Mandchourite. 1 . ioo m S. 36° E. de l'église de Vila do 

Bispo HE 6. 3. 4[2. 2. 2. 2(3)] 

3. Mandchourite. 45o ra IN. i6°W. du fort de la Ponta 

da Balieira (TU )IV. (6)7. 3'.'4 (2.2.2.2) ■ 

La roche n° ! est à gros grains, elle constitue peut-être un neck, et 
possède des cristaux de plagioclase englobés pœcilitiquement par la néphé- 
line, ainsi que de l'augite titanifère, deTamphiboïe, defolivine, etc. Quant 
aux roches 2 et 3, formant des filons, elle sont à rapporter à cette forme 
hétéromorphe des basanites que M. A. Lacroix appelle mandchourites, 
dans lesquelles le plagioclase n'est pas exprimé minéralogiquement, mais 
est à l'état potentiel. Elles sont microlitiques et porphyriques; le n° 2 pos- 
sède des traces de plagioclase et de la biotite. 

Au nord des premières roches citées plus haut et traversant le Moscovien, 
affleurent des filons de fourchite (4oo m est du Falacho dans la vallée, 
« barranco », Silves), d'ankaratrite (4oo ra nord-nord-est du Monte Taborda, 
chemin de Odelouca, Silves); plus au nord on rencontre dans les syénites 
de la Serra de Monchique des filons de monchiquite (nord-est du Monte- 
Baiona), de ouachitite (6oo m nord 4o° ouest do Corte Grande, Alferce) (') 
etc. 



(') F. L. Pereira de Sousa, La Serra de Monchique {Bulletin de la Société géolo- 
gique de France, 4 e série, 26,-1926, p. 32 1 à 35o. 



SÉANCE DU 7 JUILLET igSo. 6l 

A l'est et au nord des basanites et mandchourites de Vila do Bispo-Sagres 
on retrouve la fourchite (entre la cote ioo™ et la route royale, aii sud de 
Budens) et aussi d'autres roches analogues delà famille des lamprophyres. 
Quelquefois elles métamorpliisent l'Hélvétien. A i3oo' n nord 38° est du 
Cabeço do Mouro, 2.200™ sud de Odesseixe, une dolérite altérée se pré- 
sente dans les mêmes conditions. 

Quelques mots doivent être dits sur les filons qui se trouvent plus au 
Nord dans le Alemtejo, passant au nord de la Serra de Monchique, (2200™ 
N 8o°E du Pilreteiro, à 2000™ sud de Reliquias; et joint au Monte Arriba, 
à 6ooo m SSW de Colos^ etc). Ce sont des types doléritiques. à hornblende 
brune et analcime, comparables aux teschénites de la région près de Lis- 
bonne; ils doivent être considérés comme appartenant à la même série 
littorale de l'Algarve occidentale. 

Je suis actuellement porté à considérer toutes les roches mélanocrates de 
l'Algarve occidentale, à l'exclusion de la série diabasique non encore étu- 
diée, comme helvétiennes ou post-helvétiennes. 

Je ne me crois pas en droit d'étendre ces conclusions aux syénites et aux 
filons leucocrates qui les traversent (' ), pas plus qu'aux filons qui affleurent 
dans le Carbonifère; ils ne se rencontrent pas en effet dans la bordure 
mésozoïque et cénozoïque : et l'on peut seulement affirmer qu'ils sont 
post-moscoviens. 

Je considère que ce grand développement éruptif helvétien ou post- 
helvétien est comtemporain du grand effondrement en ovale lusitano- 
Mspano-marocain, ainsi que de l'effondrement produit au sud de la serra 
d'Arrabida, et à l'ouest de l'Algarve et dé l'Alemtejo. La serra d'Arrabida 

est aussi de la même époque. 

« 

ÉLECTRICITÉ ATMOSPHÉRIQUE. — Le repérage radio-électrique des tempêtes 
de sable du Sahara à grande distance. Note (-) de M. Jean Lugeon, pré- 
sentée par M. G. Ferrie. 

Du 23 octobre au i3 novembre 1929, j'ai pu,*avec mes deux collabora- 
teurs Nicola de Lausanne et Waldmann de Zurich, étudier les parasites de 

('*) Cependant la présence de ceux-ci conduirait à cette conclusion, si Ton admet 
qu'ils sont complémentaires des filons mélanocrates, et si on les voyait couper ces 
derniers; mais je n'ai observé que l'inverse. 

( 2 ) Séance du 3o juin ig3o. 



62 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

la T. S. F. dans d'excellentes conditions à l'Oasis d'El Goléa. L'enregis- 
treur principal était mon atmoradio graphe qui inscrit en ordonnée la fré- 
quence par minute des trains de parasites et donne une idée de leur intensité 
par l'épaisseur du trait, accompagné de deux récepteurs à cadre pour toutes 
longueurs d'onde, d'un oscillographe cathodique à enregistrement photo- 
graphique et d'une série de météographes et d'instruments pouf mesurer 
l'ionisation, le champ électrique au sol, etc. Un même atmoradio graphe 
fonctionnait à Zurich et un enregistreur Bureau inscrivait les atmosphé- 
riques à Saint-Cyr pendant la durée de la mission. 

Dès les premiers jours d'enregistrement, d'écoute et de goniométrage, je 
pus distinguer au téléphone un nouveau type de bruit, de pétillement ana- 
logue à celui d'une mitrailleuse, absolument inconnu en Europe Centrale. 
Ce bruit singulier n'apparaissait d'ailleurs que par intermittence et cessait 
brusquement. Sur l'écran fluorescent du tube de Braun, il dessinait une 
grosse tache d'une remarquable régularité et parfaitement distincte des 
marques d'autres parasites. Les grinders des fronts froids et discontinuités 
méditerranéennes, les décharges orageuses, les clics nerveux d'origine 
inconnue, le bruit de fond des parasites équatoriaux, filtrés par la distance, 
en effet, se relevaient tous par des zigzags ou des oscillations. 

Dans l'après-midi du 3i octobre, la tache prit subitement des propor- 
tions anormales et simultanément la courbe de l'atmoradiographe décrivit 
un crochet accentué, restant élevée pendant une heure, pour retomber gra- 
duellement avant le coucher du Soleil (voir la figure). 




Au téléphone, le bruit de mitrailleuse couvrait les autres parasites. En 
tournant le cadre du goniomètre on l'annulait rigoureusement dans une 
direction normale au Petit Atlas algérien. Il provenait donc d'un foyer de 



' SÉANCE DU 7 JUILLET 1980. 63 

parasites situé soit au nord, soit au sud d'El Goléa. Le temps était beau et 
presque calme. 

Le lendemain, le Commandant Belandou, qui venait de franchir 35o km 
au travers du Sahara, nous apporta la nouvelle d'un fort vent de sable, 
qu'il avait traversé au sortir de l'Oasis- de Ouargla. L'heure et l'azimut 
coïncidaient exactement avec l'enregistrement d'El Goléa. IS atmoradio- 
graphe avait donc fidèlement décelé ce brusque phénomène. 

Le 3 novembre, entre i5 h et i6 h 2o m , le même phénomène se répétait avec 
beaucoup plus de clarté (voir la figure). La tempête de sable devait faire 
rage à plusieurs centaines de kilomètres et se mouvoir entre S 22 W 
et S 3o°W. Le recoupement au cadre était tellement aigu, que l'azimut 
du déplacement se lisait avec la précision du degré. 

Voulant me convaincre que mes appareils avaient réellement décelé 
un vent de sable à grande distance, je fis immédiatement interroger par 
T. S. F. tous les postes sahariens, jusqu'à la hauteur du Soudan. Les 
sapeurs de la radio m'apportèrent quelques heures plus tard les dépêches 
collectives confirmant mon hypothèse : la tempête de sable avait été 
observée à In Salah, se dirigeant vers Timimoun et virant sur Adrar. Le 
sable mitraillant les antennes paralysa toute réception T. S. F. pendantson 
passage sur ces postes, alors qu'El Goléa resta dans un calme relatif. 

Ce deuxième exemple, puis un troisième, le 9 novembre, me font espérer 
que les enregistrements k Y almoradio graphe , complétés de relèvements 
radiogoniométriques, peuvent être d'un réel intérêt pour la protection de la 
navigation aérienne. La portée de ces signaux parasites doit se tenir entre 
5oo et iooo lun . En tout cas ils ne traversent pas la Méditerranée, puisque 
les enregistreurs de Saint-Cyr et Zurich n'en ont pas décelé la moindre 
trace. Trois postes de surveillance convenablement équipés, à Colomb 
Béchard, Touggourt et Tamanrasset dans le Hoggar, suffiraient à trian- 
guler les tempêtes de sable du Sahara Central. 

* A titre de comparaison, je reproduis à la figure le diagramme -typique 
pour une journée calme de vent et de parasites (3o octobre). Il est à 
remarquer ici que, 53 minutes après le coucher du Soleil, la courbe 
décrit un très brusque coude et la fréquence passe du. simple au qua- 
druple et plus en quelques minutes. Ces 53 minutes correspondent au 
moment où les rayons rasants du Soleil se trouvent à l'altitude de i2i tm ,6 
dans le zénith d'El Goléa. C'est probablement là l'altitude de la couche 
de Heaviside, d'après les hypothèses qui sont à la base de ma méthode de 



G4 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

sondage -de l'atmosphère (.'). Alors qu'en Europe je ne pouvais utiliser que 
le passage des anneaux crépusculaires à l'aurore, au Sahara, ainsi qu'on le 
voit, les singularités électromagnétiques du crépuscule nocturne se prêtent 
également au calcul de l'altitude des hautes couches ionisées. 

ÉLECTRICITÉ ATMOSPHERIQUE. — L'étude de la propagation des ondes 
électriques à V aide des parasites atmosphériques. Note de M. R. Bureau, 
présentée par M. G. Ferrie. 

Le nombre et l'intensité des parasites atmosphériques recueillis par un 
appareil enregistreur dépendent à la fois de l'activité des sources de para- 
sites et de la propagation des ondes rayonnées par ces sources. Si l'on pou- 
vait discriminer dans les courbes l'effet des sources et celui de la propa- 
gation on disposerait d'un nouveau moyen d'étude de celle-ci, moyen 
qu'il serait possible de mettre en œuvre sans le secours d'émissions. 

Il ne paraît guère facile d'y parvenir par l'examen des courbes tracées 
par un seul enregistreur. J'ai cherché une solution du problème par la 
comparaison des courbes de plusieurs enregistreurs différant soit par la 
fréquence sur laquelle ils sont accordés, soit par leur sensibilité, soit par- 
leur emplacement, soit enfin par les caractères directifs du collecteur 
d'ondes. 

J 'ai utilisé les courbes d'appareils enregistreurs du nombre d'atmosphé- 
riques par minute ( 2 ) installés au Mont-Valérien et à Saint-Cyr. J'ai fait 
porter la comparaison des diagrammes provenant d'appareils différents, à 
la fois sur lés courbes individuelles et sur les courbes moyennes. J'ai 
constaté que la variation diurne des différences entre deux courbes était 
très régulière et comparable aux variations diurnes qu'on rencontre dans 
les phénomènes de propagation. 

Voici quelques indications sur les premiers résultats de ces comparai- 
sons : 

Enregistrements sur des ondes de fréquences différentes. — De grandes 
dissemblances sont souvent constatées entre les courbes d'appareils réglés 



(*) Jkan Lugeon, La nouvelle méthode de sondage électromagnétique vertical et 
quasi horizontal de V atmosphère (Archives des Se. phys. et nat., 11, Genève 1929, 
p. 239 à 209; Comptes rendus, 188, 1929, p. iii4 et 1690, et 189, 1929, p. 363). 

( 2 ) Voir Comptes rendus, 184, 1927, p. i5~. < 



SÉANCE DU 7 JUILLET ig3o. {J5 

sur deux ondes différentes (•). Elles paraissent surtout dues à la propaga- 
tion. Elles sont en effet assez faibles lorsque les atmosphériques émanent 
presque tous de sources orageuses peu éloignées et que la propagation ne 
peut avoir aucun effet notable. De plus il est bien connu que la fréquence 
d une onde a une grande influence sur là propagation des signaux télégra- 
phiques; ,1 est .évident que cette influence subsiste sur la propagation des 
ondes naturelles rayonnées par les sources d'atmosphériques 

Enregistrements sur diverses sensibilités. _ J'ai enregistré séparément le 
nombre des atmosphériques faibles et le nombre des atmosphériques forts 
Le rapport du premier nombre au second varie avec l'heure du jour la 
samon et la situation météorologique (par exemple, en hiver, ce rapport 
est, pendant la nuit, supérieur à la normale dans les situations anticyclo- 
niques et dans les invasions polaires). Les résultats déjà recueillis laissent 
supposer qu ici la différence entre les formes des deux courbes est tantôt le 
fait des sources (par exemple, atmosphériques d'air polaire instable en été 
et pendant le jour), tantôt celui de la propagation 

Enregistrements en deux stations voisines. - Au cours des trois dernières 
années, j ai constaté d'assez grandes différences entre les courbes de Saint- 
Lyr et du Mont-Valérien (distance, ao *-). Gomme ces différences dispa- 
raissent quand les atmosphériques proviennent d'orages rapprochés et 
qu elles présentent, en général, une variation diurne très stable et très pro- 
noncée, il paraît légitime de les attribuer à la propagation 

Enregistrements dans diverses directions. - Toute mesure goniométrique 
en précisant 1 emplacement des sources, permet d'isoler, dans de certaines 
limites, l.nfluence de la propagation. Les goniomètres enregistreurs de 
directions moyennes peuvent alors rendre de très grands services 

En résumé, toute étude des courbes d'atmosphériques doit tenir compte 
des conditions générales de propagation et de leurs variations souvent très 
rapides, mais cette complication nouvelle de l'étude nous permet en revanche 
et j ai indiqué quelques manières d'y parvenir, d'interroger les ondes natu- 
relles que nous recevons, non seulementsur leur origine, mais sur les carac- 
tères électriques des milieux qu'elles ont traversés. 

(') Celte dissemblance avait déjà été constatée par le Hadio Research Board. 



C. R . i 9 3o. 2 e Semestre. (T. 191, N° 1.) 



gg ACADÉMIE DES SCIENCES." 

OCÉANOGRAPHIE. '— De quelques sources marines observées sur les côtes 
libano-syriennes. Note de M. A. Grcvei, présentée par M. Joubin. 

Dans une précédente Note, nous avons montré .que, au cours de nom- 
breux sondages exécutés sur les côtes libano-syriennes, il avait été observe 
des sources d'eau douce dans lesquelles la température était, tantôt supé- 
rieure, tantôt inférieure à celle de la mer ambiante, et nous avions 
expliqué ce fait par la différence de profondeur des nappes aquiferes dans 
l'épaisseur du sol sous-marin. „, D j 

Nous avons pu, cette année, avec l'un de nos collaborateurs, M. Besnard, 
étudier d'une façon plus approfondie un certain nombre de ces sources, 
les unes déjà signalées, les autres, au contraire, non encore décrites 

A l'aide de plongées successives, faites dans ees sources mêmes, il a ete 
possible d'en étudier les griffons et de se rendre compte de la façon dont 
elles atteignent la surface du sol sous-marin . Certaines sont assez puissantes 
pour provoquer, à la surface de la mer, des bouillonnements visibles de 
loin Dans quelques-unes même, des cailloux pesant jusqu'à ao- sont sou- 
levés en grand nombre par la colonne montante et peuvent être recueillis 
avec un filet pélagique. . , 

Les griffons se présentent sous trois aspects principaux : d abord le grit 
fou unique, creusé généralement dans la roche, arrivant plus ou ^ns ver- 
ticalement dans la cheminée formée par l'érosion de 1 eau. C est le cas de 
source située au sud de Tripoli et tout près de la cote. 

D anues fois, le griffon est muluple, mais les différentes sorties sont rela- . 
tivement importantes et les colonnes d'eau qui s'en échappent ont une puis- 
sance assez considérable. Les sources de Djoumé et de Chekka, qui sont 
multiples, sont réparties, soit suivant un triangle, soit suivant m , quadnU- 
tère plus ou moins régulier, mais dans une aire en forme d entonnoir, sur 
Ls bord, duquel s'ouvrent les griffons individuels. Cette aire creuse est 
bordée, surtout son pourtour, de galets plus ou moins .mportants. 

Enfin, le troisième type de griffon est celui en vaue pomme d arroso^ 
Dans ce cas l'eau douce sourd par des quantités énormes d orifices 
ls el vices entre de petits galets formant ^ bords latérauxde^n 
tonnoir, dont les bords supérieurs sont constitués de sable plus ou moins 
fm qui 'écrase facilement sous les pas. Par la multiplicité de leurs orifices 
ces griffons en pomme d'arrosoir donnent naissance à une énorme colonne 
d' au qui se mélange rapidement avec l'eau de mer ambiante, d indice de 



SÉANCE DU 7 JUILLET igSo. 67 

réfraction différent, ce qui provoque une diminution considérable de Ja 
visibilité. Certaines de ces sources, comme celles des ports de Tyr et de 
Sidon, ont été utilisées par les Phéniciens au moment des sièges de ces 
villes et sont aujourd'hui recouvertes par des constructions plus ou moins 
anciennes. 

Au point de vue de l'origine des sources marines sur les côtes libano- 
syriennes, les travaux récents et encore inédits de M. Dubertret ont con- 
firmé ce que nous disions dans notre précédente Note. Ils ont montré 
que les eaux d'infiltration dans le calcaire jurassique, qui sont celles 
venant se perdre le plus profondément dans le sol, donnent naissance aux 
sources relativement chaudes; au contraire, les eaux qui s'infiltrent dans 
les couches alternantes de marne et de calcaire cénomanien, et qui restent 
près de la surface, donnent naissance, soit en mer, soit, plus souvent, près 
du rivage, aux sources froides. 

Les premières de ces sources sortent parfois à 16 ou 18 ; elles ont été, 
quelques-unes tout au moins, souvent utilisées pour l'alimentation. Les 
secondes, qui sortent à 6 ou 7 seulement, seront particulièrement intéres- 
santes pour le développement, dans les États de Syrie, de la pisciculture 
truitière. - 



BOTANIQUE. — La polystélie chez le Ramondia pyrenaica Bich. Note de 
MM. lii:\K Girard et Robert Lembsle, présentée par M. J. Costantin. 

La polystélie, très fréquente chez les Fougères et les Sélaginelles, est au 
contraire fort rare dans la tige des Phanérogames. * 

Van Tieghem et Douliot ( 1 ) l'ont signalée chez la plupart des Auricules, 
lesquelles diffèrent ainsi de toutes les autres Primulacées, ainsi que chez les 
Gunneras qui s'écartent de même des autres Haloragées par cette particu- 
larité structurale. 

Dangeard et Barbé ( 2 ) ont mentionné l'existence, dans un pied âgé de 
Pinguicula, de 4-5 stèles distinctes entourées chacune d'un endoderme et 
d'un péricycle. 

La présente Note a pour but d'ajouter à ces trois cas celui du Ramondia 



( l ) Ph. Van Tieghem et H. Douliot, Sur la polystélie (Ann. Se. Nat. Bot., 7 e série, 
3, 1886, p. 2 7 5). . ■ ■ . 

(*) P.-A. Dangeard et Barbé, La polystélie .dans le genre Pinguicula {Bull.. Soc. 
BoL Fr., 3k, 1887. p. 3o 7 ). 



68 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 



pyrenaica Rich., Gesnériacée vivace répandue dans les endroits rocailleux 
des zones forestières des Pyrénées centrales. 

En examinant une coupe transversale de la souche de cette espèce, on observe, non 
pas un cylindre central unique, mais 6 à 8 stèles entourées chacune d'un endoderme 
nettement différencié, disposées en un seul cercle dans un parenchyme fondamental 
où Ton ne peut distinguer ni zone corticale ni zone médullaire. Ce tissu parenchyma- 
teux se compose, en majeure partie, de cellules ovoïdes limitant des méats et situées 
irrégulièrement. Au voisinage immédiat des stèles, le tissu conjonctif prend une dis- 
position plus régulière, ses éléments constitutifs formant alors des cercles concentriques 
et des séries radiales. Tout ce parenchyme est extrêmement riche en grains d'amidon. 





Ramondia pyrenaica. — A droite, coupe transversale de la souche ("figure schématique ) montrant 
les stèles st et l'origine ''des racines adventives; ep, épiderme ; lib, liber; b, bois. Gr. 20. — 
A gauche, détail d'une stèle : end, endoderme; per, péricycle ; lib, liber; b, bois. Gr. 76. 

Utudions maintenant le début dune stèle : sous l'endoderme complètement subérifié, 
s'étend un péricycle d'une rangée de cellules parenchymateuses à paroi mince ; viennent 
ensuite un liber et un bois en anneau absolument continu, de telle sorte que l'on ne 
peut pas préciser le nombre des faisceaux qui forment chaque stèle. Le bois se compose 
de vaisseaux, les plus internes spirales, les autres rayés, séparés par un parenchyme 
ligneux cellulosique. Les files vasculaires se différencient, non pas au centre même, 
mais à partir d'un point situé à quelque distance du centre de la stèle. La région 
médiane de cette dernière est occupée par une moelle parenchymateuse de faible 
diamètre. 

La souche de cette plante présente ainsi autant de moelles que de stèles. 
Une telle structure permet de rapprocher le Ramondia pyrenaica de YAuri- 
cula Belavayi et du Gunnera magellanica étudiés par Van Tieghem et Dou- 
liot, où l'on voit aussi lebois-formant un anneau continu autour d'une petite 
moelle. 



SÉANCE DU 7 JUILLET 1930. 69 

On observe, par places, deux racines adventives issues chacune d'une stèle distincte, 
lesquelles, après un court trajet, ne tardent pas à se rapprocher Tune de l'autre 
pour se confondre en une seule, qui a ainsi !a valeur d'une racine double. La structure 
de ces racines adventives est monostélique : on remarque, en dedans d'un endoderme 
différencié et d'un péricycle parenchymateux. 5 faisceaux libéro-ligneux secondaires 
juxtaposés alternant avec autant de faisceaux de bois primaire centripète. 

Par opposition à la souche, Taxe de l'inflorescence offre le type monosté- 
lique. Ce dernier point permet d'établir que le Ramondia pyrenaica Rich, 
par la polystélie de sa souche et la monostélie de sa hampe florale, présente 
une grande similitude avec les Auricula, où Van Tieghem et Douliot ont 
observé la même particularité, et avec le Ping-uicula, où Dangeard a signalé 
une semblable distinction ; le Gunnera s'en écarte par la structure de son 
pédoncule floral polystélique comme celle de la tige. 

CHIMIE AGRICOLE. — Méthode colorimètrique pour déterminer rapide- 
ment V acide phosphorique du sol, soluble à V acide citrique. Note 
de MM. Antonin Némec, Joseph Lanik et M me Anna KoppovÀ, trans- 
mise par M. A. -Th. Schlœsing. 

La quantité d'acide phosphorique soluble à l'acide citrique dilué indique, 
d'après les recherches de Hall et Amos, le taux de P 2 O s des sols dit assi- 
milable et permet d'évaluer le besoin de ces sols en engrais phosphatés. 
Pour déterminer l'acide phosphorique du sol soluble à l'acide citrique 
dilué à 1 pour 100, on peut se servir du procédé gravimétrique de Lemmer- 
mann. Nous avons essayé d'y substituer la céruléomolybdimétrie, basée sur 
la réaction deDenigès. La présence d'acide citrique dans l'extrait du sol 
empêche la formation du céruléomolybdate. Noire procédé analytique est 
basé sur l'oxydation de l'acide citrique par le permanganate potassique en 
milieu acide. L'acide citrique s'oxyde avec formation d'acide acétone dicar- 
bonique (Péande Saint-Gilles), qui sedécompose en acétone et oxyde carbo- 
nique. La présence d'une quantité de o 8 , 2 d'acétone dans 1 oo cm3 de la solution 
ne gêne pas l'analyse céruléomolybdimétrique. On procède comme suit : 

On agite io 8 du sol avec ioo cm3 d'une solution d'acide citrique à 1 pour 100, 
le premier jour pendant une heure dans l'appareil rotatoire et le deuxième 
jour on agite de nouveau une heure. On filtre, on centrifuge. A 5 cm3 du 
liquide obtenu, on ajoute '10 cm3 d'acide sulfurique dilué à 4o pour ioo. On 
porte à l'ébullition et l'on ajoute peu à peu de la solution N/ 10 de perman- 
ganate potassique, en entretenant Pébullition et en attendant, après chaque 
addition de permanganate, la disparition de la coloration rose. Vers la fin, 



yo ACADÉMIE DES SCIENCES. 

on ajoute le permanganate goutte à goutte jusqu'à 4 une coloration rose 
légère, mais durable. On fait disparaître l'excès de permanganate par une 
goutte de peroxyde d'hydrogène à o,25 pour ioo. Ensuite on abandonne le 
liquide une demi-heure au bain-marie et Ton transvase la solution dans une 
fiole de ioo cm \ On ajoute 4 gouttes d'une solution de a-dinitrophénol 
comme indicateur et l'on neutralise le liquide à l'aide d'ammoniaque diluée 
à 1 5 pour ioo jusqu'à l'apparition d'une coloration jaune. Après refroidisse- 
ment, on porte le volume du liquide à o,5 cm3 et l'on ajoute 2 cm3 d'une solution 
de molybdate d'ammoniaque ( ioo cm3 d'une solution de molybdate + 3oo cm3 
d'acide sulfurique dilué) et o cm3 ,3 d'une solution du chlorure stanneux SnCP 
pour chaque o ms ,i de P 2 5 dans ioo cm3 de solution. On porte le volume 
jusqu'à ioo cm ' avec de l'eau distillée et, après un quart d'heure, on mesure 
l'intensité de la coloration bleue à l'aide du colorimètre. 

La solution standarde, contenant o ms ,o5, o ms , i, o m8 ,5 de P-'O 5 dans le 
volume final de ioo cm3 , est additionnée de 5 cm3 d'une solution d'acide citrique 
à i pour ioo et traitée de la même manière que l'extrait du sol. 

Le tableau suivant donne quelques résultats d'analyses comparatives : 

Milligrammes de P 2 5 par toos de terre. 

Analyse 
gravimétriquc. Analyse colorim étrique. 

Extrait : Extrait : Extrait : 

ioos du sol " iook du sol io» du sol 

dans i 1 de dans i 1 de dans ioo«n 3 de CaCO 3 

sol. d'acide sol. d'acide sol. d'acide pour 100 

Origine du sol. citrique i °/ . citrique i %. citrique i %. dans le sol. 

Libejovice 5 . i. 5 . i 5 . 7 o 

Klokocov 7.1 7.7 7.9 o 

Vlasim... ~- 9 - 7- 2 .8.3 o 

Domaninek . 7.4 6.2 d.~ o 

Bratcice 9. 5 8.8 9.6 o 

Libejovice ir.o 10.6 n. 6 o 

Mesice . 12.0 9 . 3 1 1 . t ' o 

Klatovy... i5.6 12. 3 i3.3 o 

Chrudira 17.0 r 7 . 3 17.0 o 

Destnice 17.2 18. 5 19. 1 o 

Oravsky Podzâmek. . 20.7 19.8 2t.o o 

Roudnice 24-5 20.1 21. 3 0.8 • 

Liblice 24.9 t8.5 18.8 i.5 

Podebrady 81.7 27.5 , 3o.o o 

Ôâslav 33.5 32.7 35.7 0.7 

Tâbor 44-6 35.6 ■ 41.0 o 

Câslav.... 46.5 ( 4i-o 43.o 0.6 

Roudnice 59.5 ' 48.0 45. o 4- 2 



SÉANCE DU 7 JUILLET 1980. 7 1 

L'examen du tableau précédent nous permet de conclure que la nouvelle 
méthode, à la fois simple et rapide, donne des résultats assez satisfaisants 
pour la détermination du besoin -d'acide phosphorique dans les sols. 

PHYSIOLOGIE. — Adrénaline , réserve alcaline et apnée. Note (') de MM. D. 
Bgnnati, J. Gautrelet et E. Hekzfeld, présentée par M. Charles 
Richet. 

Nous avons insisté Fan passé ( 2 ) sur l'élévation marquée (10 à4opour ioo), 
presque immédiate (i à 3 minutes après l'injection), mais de courte durée, 
de la réserve alcaline chez le chien chloralosé après injection intraveineuse 
de ~ de milligramme d'adrénaline par kilogramme. 

Parallèlement le pH subit en général une hausse passagère (0,7 à 
2,3 pour 100. 

11 suffit d'injecter à l'animal 3 ms par kilogramme de yohimbine pour sup- 
primer le phénomène. On sait le rôle paralysant du sympathique de cette 
substance. 

Nous avons observé de même que l'injection d'ergotamine (Sandoz) à 
dose suffisante (de ^ de milligramme à 3 ms par kilogramme) empêchait la 
hausse de la réserve alcaline post-adrénalinique. 

Ces deux substances n'ont par elles-mêmes, avons-nous constaté, aucune 
action sur la réserve alcaline. 

Si nous ajoutons que l'injection d'atropine (i ras par kilogramme) est par 
contre inefficace, n'empêche pas c'est-à-dire la hausse de la réserve après 
adrénaline il semble bien que celle-ci est sous la dépendance de l'excitation 
du sympathique. Si donc, quand on sectionne le tronc vagosympathique chez 
le chien, on empêche le plus souvent, comme nous l'avons montré, l'augmen- 
tation de la réserve alcaline, il semble que ce soit à la section du seul sym- 
pathique que le fait puisse être attribué. 

On sait d'ailleurs que l'excitation du sympathique exagère les échanges 
agissant tout particulièrement sur le métabolisme des hydrates de carbone 
et la régulation de la glycémie soit par action directe sur le foie, soit par 
l'intermédiaire du système chromaffme. 

Il importe avant tout, pour 4 mettre ainsi en cause l'augmentation brutale 



(1) Séance du 16 juin 1980. 

( a ) L. Vallagnosc, Herzfeld et J. Gautrelet, La réserve alcaline après injection 
d'adrénaline {Congrès international de Physiologie, Boston, 1929). 



7 2 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

des combustions sous l'influence de l'adrénaline du fait de la hausse de la 
réserve alcaline, d'éliminer toute influence respiratoire. Nous avons déjà 
montré que l'apnée constatée hors de l'injection d'adrénaline ne saurait 
suffire à rendre compte du phénomène : en effet au cours d'apnées de i à 
3 minutes provoquées chez le chien par excitation du bout central du vago- 
sympathique ou par hyperventilation préalable, nous avons constaté que la 
réserve alcaline ne subissait qu'une augmentation légère (2 à 5 pour 100), 
très inférieure par conséquent à celle que produit l'adrénaline. 

D'autres expériences abondent dans le même sens : l'injection de 2 ou 3 ce 
d'aldéhyde formique par kilogramme chez le chien • provoque une apnée 
plus ou moins durable suivie d'une hyperpnée prolongée : nous avons cons- 
taté (') que l'augmentation de la réserve alcaline inconstante ne dépassait 
jamais 5 pour 100 pendant la phase apnéique. 

Consécutivement à l'injection intraveineuse d'acétylcholine si nous avons, 
comme Justin-Besançon, observé également une apnée plus ou moins 
durable, par contre nous n'avons observe en général aucune élévation de la 
réserve alcaline. 

A l'appui de la thèse nous citerons un dernier fait : l'un de nous ( 2 ), exci- 
tant le splanchnique périphérique chez le chien, a observé après 2 à 3 minutes 
une hausse de 20 pour 100 environ de la réserve alcaline. La vasoconstric- 
tion et l'augmentation d'amplitude du cœur ralenti traduisaient la sécrétion 
adrénarlinique, mais la diminution de l'amplitude et du nombre des mouve- 
ments respiratoires était seule enregistrée. Le fait est d'ailleurs d'accord 
avec l'observation que l'injection de doses faibles d'adrénaline (^ de milli- 
gramme par kilogramme) produit une hausse sensible delà réserve, indé- 
pendamment de toute apnée. 

L'augmentation de la réserve alcaline constatée même en dehors de toute 
modification de la ventilation, au moins pendant les premières minutes 
consécutives à l'injection d'adrénaline, nous apparaît donc avant tout 
comme la manifestation d'une augmentation brutale des combustions orga- 
niques : cette soudaineté est d'ailleurs à rapprocher des phénomènes 
observés dans les différentes fonctions, en particulier dans le domaine cir- 
culatoire où la hausse de pression est immédiate et fugace. 



( 1 ) E. Hbrzfeld, J. Gautrelet et L. Yallagnosc, La réserve alcaline après injection 
d'aldéhyde formique {Congrès international de Physiologie, Boston. 192g). 

( 2 ) D. Bennati et J. Cuzin, La réserve alcaline après excitation du bout périphé- 
rique du splanchnique {Congrès international de Physiologie, Boston, 1929), 



SÉANCE DU 7 JUILLET 1930. y3 



OPTIQUE PHYSIOLOGIQUE. — Le mécanisme de l'accommodation chez les 
Téléostéens. Note de M. Georges Bourguignon et de M 1)e Marie-Louise 
Verrier, présentée par M. d'Arsonval. 

Depuis les travaux de Th. Béer ('), il était admis que l'œil des Poissons 
est myope et que l'accommodation est due à un recul du cristallin sous 
l'action de la campanule de Haller, qui serait ainsi un organe musculaire. 
M. Rochon-Duvigneaud, au contraire, a trouvé que l'œil des Téléostéens 
vivants, examinés dans l'eau, est hypermétrope. Enfin l'un de nous ( 2 ) 
mesura cette hypermétropie et la trouva voisine de 8 à 10 dioptries. 

Il fallait donc reprendre l'étude de l'accommodation chez les Poissons. 
Nos expériences ont porté sur 19 Téléostéens appartenant à 5 espèces 
de 5 genres différents. 

I. Dans une première série d'expériences portant sur 1/4 animaux 
(11 Gardons, 1 Barbeau, 1 Tanche, 1 Carassin doré), nous avons opéré 
sur l'œil ouvert. 

L'animal étant sacrifié par section de la tète, l'œil est aussitôt énucléé. On enlève le 
pôle opposé à la cornée par une section horizontale. On conserve ainsi une cupule, 
dont la paroi est constituée par la cornée et le reste de la paroi oculaire. Cette cupule 
renferme le cristallin et son appareil de suspension (ligament suspenseur et campa- 
nule). L'œil repose par la cornée sur une lame de verre placée sous la loupe binocu- 
laire. Les électrodes sont constituées par un fil très fin de cuivre ou d'argent, terminé 
par un pinceau d'amiante imbibé d'une solution de Na Cl à 4 pour 1000. Le pinceau 
doit avoir 3 à 4 cm de longueur pour éviter la production de bulles d'électrolyse qui 
gênent l'observation. L'objet est introduit dans le circuit employé par l'un de nous 
pour la mesure de la chronaxie par les décharges de condensateurs ( :j ). Les excitations 
sont faites avec des fermetures brusques, de courant continu. 

Dans ces conditions, l'une des électrodes étant placée sur le ligament 
suspenseur, l'autre électrode sur la campanule, nous n'avons jamais observé le 
moindre-déplacement du cristallin, ni la moindre contraction de la campanule •, 
même en augmentant l'intensité du courant, jusqu à brûler les tissus. Si, au 

(*) Th. Béer, Die accommodation des Fischauges (Pflûger's Archiv. f. des Ges. 
Physiol., 69, 1894, p. 5a3-56o).- 

( 2 ) M.^L. Verrier, Recherches sur les yeux et la vision des Poissons {Bull. biol. 
de la France et de la Belgique, supplément 11, 1928, p. 137): 

( 3 ) G. Bourguignon, La chronaxie chez V Homme (Thèse de la Faculté des Sciences 
de Paris, p. 80 à 83. Masson, 1923; 1 vol.). 



74 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

contraire, au lieu de placer la deuxième électrode sur la campanule, on la 
place sur la section de la paroi, on obtient des contractions très nettes de 
cette paroi, ce qui la déforme et augmente le diamètre antéro-postérieur de 
l'œil. Ce qui se contracte alors, ce sont les muscles ciliaires, dont Gryn- 
feltt ( 1 ) s'étonnait qu'ils n'aient aucun rôle dans l'accommodation. Le 
seuil le plus petit est obtenu quand l'électrode est placée sur la paroi à son 
union avec la campanule : il y a là un véritable point moteur. 

De ces expériences il résulte que la campanule nest pas contractile et que 
V accommodation paraît due à la déformation de la paroi sous l'action de la 
contraction des muscles ciliaires. 

II. Ce fait étant acquis sur l'œil ouvert, nous avons fait une deuxième 
série d'expériences pour contrôler les premières en opérant sur l'œil entier. 
Cette deuxième série a porté sur 5 animaux (2 Gardons et 3 Chevesnes). 

L'œil énucléé est conservé entier et placé sur une lame de verre en reposant sur la 
cornée. L'observation est faite encore à la loupe binoculaire. Les électrodes sont les 
mêmes que dans les premières expériences, mais elles sont placées sur la surface 
externe de la paroi, l'une au voisinage du ligament suspenseur, l'autre au niveau de 
l'insertion de la campanule. 

Dans ces conditions, on observe encore très nettement la déformation de 
la paroi qui se contracte. Les observations sur l'œil entier et sur l'œil 
ouvert aboutissent donc aux mêmes conclusions. 

III. Dans une troisième série d'expériences qui a porté sur les 3 Chevesnes 
de la série précédente, nous avons cherché si les contractions de la paroi 
agissent sur la réfraction. 

Pour faire cette expérience, nous avons suspendu l'œil énucléé entier dans une petite 
cuve à parois planes, remplie d'eau. Les électrodes, immergées, sont placées sur l'œil, 
comme précédemment : l'expérience a montré qu'il n'est pas nécessaire de les isoler. 
La cuve est installée sous la loupe binoculaire et l'un des expérimentateurs fait les 
excitations et observe les mouvements de la paroi oculaire pendant que l'autre fait les 
mesures de réfraction. . 

Nous avons d'abord constaté que l'œil énucléé a, dans l'eau, là même 
hypermétropie (8 à 9 dioptries) que chez le poisson vivant. 

En faisant les excitations, on constate en même temps la déformation de 
la paroi et une diminution de l'hypermétropie d'environ 4 à 5 dioptries, 
soit environ 5o pour 100. 



( l ) E. Grynfeltt, Le muscle tenseur de la choroïde chez les Poissons (Arch. 
Anat. Micr., 12, 1910, p. 4'75-5io). 



SÉANCE DU 7 JUILLET' I93o. 7$ 

Au cours de ces expériences, nous avons incidemment observé un rétré- 
cissement de la pupille sous l'influence des excitations électriques : ce fait 
confirme l'existence de fibres musculaires dans l'iris des Téléostéens, bien 
•que les pupilles de ces animaux vivants ne paraissent pas avoir de réflexe 
lumineux. 

Conclusions. — i° L'œil des Téléostéens a bien une hypermétropie sous 
l'eau, de 8 à 10 dioptries, comme l'un de nous l'a démontré. 

2° L'accommodation par excitation électrique diminue l'hypermétropie 
d'environ 5o pour 100. 

3° L'accommodation est due non à un déplacement du cristallin, mais à 
une déformation de la paroi sous l'action des muscles ciliaires, la campanule 
n'étant pas contractile ; mais cette accommodation ne peut se faire chez l'ani- 
mal vivant qu'en admettant un déplacement de l'œil dans l'orbite. Ce dépla- 
cement est vraisemblable : M. Rochon-Duvigneaud et M lle Verrier ( 1 ) ont 
décrit en effet des poches séreuses dans l'orbite etdans l'œil des Téléostéens. 

ZOOLOGIE. — Sur le cycle évolutif d'un Trématode de la' famille des 
Notocotylidae Lùhe (Notocotylus attenuatus Rud.). Note de M. Paul 
Mathias, présentée par M. Charles Gravier. 

J'ai recueilli, en 1927 et en 1928 dans le réservoir du canal de Bourgogne 
qui se trouve à Ghazilly (Côte-d'Or),.puis en 1929 dans l'étang de Breuil, 
situé aux environs d'Arnay-le-Duc (Côte-d'Or), de nombreuses Limnaea 
limosa L. qui contenaient des larves de Trématodes. Environ 4© pour 100 
de ces limnées renfermaient dans leur tortillon des rédies dont la taille 
moyenne était de 2 mra de long sur o,3 à o mm ,4 de large, les plus grandes ne 
dépassant jamais 3 mm . Ces rédies, dépourvues d'apophyses latérales posté- 
rieures étaient munies d'un pharynx très petit de 0,07 à o mm , 1 de long, 
auquel faisait suite un tube digestif, rempli d'une substance brunâtre, qui 
atteignait presque l'extrémité postérieure de la rédie. 

Les cercaires engendrées par ces rédies étaient colorées en brun très 
foncé et présentaient une longueur totale de 1,12 a i mm ,4. Elles avaient une 
queue simple dépourvue de membrane ondulante et toujours plus longue 
que le corps (longueur de la queue : 0,66 à o mm ,82; longueur du corps : 
o,4o à o mm , 67 -largeur du corps : o, 17 à o mm ,24). Elles possédaient seule- 

(!) A, Roc ekw-Duv igné aud et M. -L. Verrier, Sur V existence de poches séreuses dans 
Vorbite et dans Vœil des Téléostéens (Comptes rendus, 184, 1927, p. 53g). 



7^ ACADÉMIE DES SCIENCES. 

ment une ventouse orale de o,o45 à o mm ,o55 de diamètre. En" arrière de la 
ventouse se trouvaient trois taches oculaires brun noirâtre. Deux d'entre 
elles étaient situées symétriquement par rapport au plan médian du corps 
et la troisième, en avant de celles-ci et sur le plan médian. La tache anté- 
rieure était toujours légèrement plus grande que les deux autres. A la 
partie inférieure du corps de la cercaire, se voyait une vésicule excrétrice 
de 0,0 5 à o mm ,075 de diamètre; le reste de l'organisation intérieure n'était 
pas visible à cause du pigment brunâtre réparti en abondance sur tout le 
corps. A l'extrémité inférieure, près de le racine de la queue, la cercaire 
portait deux petites apophyses. 

A. maturité, les cercaires sortaient du mollusque et, après un temps plus, 
ou moins long de vie libre, venaient se fixer sur les objets situés dans l'eau 
et formaient des kystes dont la partie en contact avec le support était plane 
et dont l'autre était convexe. Ces kystes, à contour sensiblement circulaire, 
mesuraient de 0,18 à o mm , 20 de diamètre. 

J'ai cherché à obtenir l'évolution de ces kystes. J'ai fait absorber à des 
canards, reconnus indemnes de tout parasite, de nombreux kystes obtenus 
expérimentalement. J'ai pu constater que leur évolution n'avait lieu que 
s'ils avaient subi, avant l'ingestion, une maturité d'au moins quinze jours. 
Dans ces conditions, les kystes avalés par un canard donnent naissance à un 
Trématode qui commence à pondre environ dix jours après l'absorption des 
kystes. Le Trématode adulte, dont la taille moyenne est de 4 mn ', se ren- 
contre à l'autopsie dans les caecums latéraux de l'intestin. Sur le vivant il 
est peu actif et a ses bords relevés du côté de la surface ventrale qui semble 
concave. Il est transparent et présente sur sa face ventrale trois rangées de 
'glandes de couleur orangée. La médiane possède 14 à i5 glandes, les laté- 
rales i5 à 16. Il possède seulement une ventouse orale qui mesure de 0,19 
à o ,nm ,2b de diamètre. L'œsophage court, dépourvu de pharynx, se 
bifurque en deux branches intestinales qui s'étendent jusqu'à l'extrémité 
postérieure où se trouvent les deux testicules qui comprennent entre eux 
l'ovaire. Juste en avant des testicules et latéralement il y a les vitellogènes 
qui s'étendent vers l'avant presque jusqu'à la moitié du corps, Entre ces 
derniers se trouvent les circonvolutions de l'utérus qui dépassent de 0,46 
à o mm , 64 *le front des vitellogènes. La poche du cirre, qui a de 0,9 à i mm ,3 
de long, s'étend, du pore génital situé juste en arrière de la fourche intes- 
tinale jusqu'au début du deuxième tiers du corps. Le vagin atteint seulement 
la moitié de la longueur de la poche du cirre. Les œufs de o mm ,2 de long 
possèdent à chaque pôle un filament très allongé. 



SÉANCE DU 7 JUILLET 1980. 77 

Le Trématode obtenu dans mes expériences est un Monostome. La taille 
du vagin qui est moitié de celle de la poche du cirre le fait ranger dans le 
genre Notocotylus Dies. Ses dimensions, la disposition de ses organes, le 
nombre de ses glandes ventrales font que je l'identifie au Notocotylus atte- 
nuatus Rud.. 

J'ai recommencé un gr^and nombre de fois mes expériences, avant de 
publier les résultats obtenus, car en 1922 M. Joyeux (') avait indiqué pour 
N. attenuatus Rud. un cycle évolutif différent. M. Joyeux ayant eu la grande 
amabilité de me communiquer des préparations du Trématode obtenu au 
cours de ses recherches, j'ai comparé ses spécimens aux miens. Les indi- 
vidus obtenus par M. Joyeux, bien qu'étant développés aussi dans des 
canards et ayant le même âge que les parasites récoltés au cours de mes 
propres expériences, ne dépassent pas 2 mm de long, à part quelques rares 
exceptions. J'ai pu constater que le vagin de ces Trématodes surpassait, 
chez un grand nombre d'exemplaires, la moitié de la longueur de la 
poche du cirre tandis que les replis de l'utérus ne dépassaient vers l'avant 
le front des vitellogènes que de 0,1 ào mm ,i5. Je considère que ce Trématode, 
qui est de petite taille et qui présente de grandes variations dans la lon- 
gueur relative du vagin et de la poche du cirre est une espèce voisine mais 
distincte du Notocotylus attenuatus Rud. M. Joyeux, à qui j'ai fait part de 
mes observations et qui a comparé nos préparations, s'est rangé à mon avis. 
Une étude sur le vivant permettrait seule d'identifier sûrement ce Tréma- 
tode qui semble peu commun, car, c'est en vain que M. Joyeux a recherché 
des cercaires identiques à celles qui lui ont servi pour ses expériences. 

Le cycle évolutif que j'ai obtenu pour N. attenuatus Rud. est tout à fait 
comparable à celui de N. seineti Fuhrm. indiqué par Harper ('-). 

Le cycle évolutif de Notocotylus attenuatus Rud. peut se résumer ainsi : 
De l'œuf sort un miracidium qui pénètre dans une limnée pour donner des 
rédies sans apophyses latérales et pourvues d'un long tube digestif. Celles- 
ci engendrent des cercaires, munies de trois taches oculaires brun foncé et 
d'une queue simple sans membrane ondulante, qui s'enkystent sur les corps 
immergés. Les kystes avalés par un oiseau tel que le canard évoluent en un 
Trématode adulte qui pond au bout de dix jours et le cycle recommence. 

( L ) Joyeux, Recherches sur les Notocotyles {Bull. Soc. Path. exotique, 15, 1922, 
p. 33i— 343 ). 

( 2 ) W. F. Harper, On the structure and life history of British freshwater larval 
Trématodes (Parasitology, Cambridge, 21, 1929, p. 189). 



78 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

BIOLOGIE EXPÉRIMENTALE. — Sur le rôle du système nerveux dans la 
régénération de la tête chez les Lombriciens. Note de M. Marcel Avel, 
présentée par M. Caullery. 

Le rôle du système nerveux dans la régénération delà tête chez les Anné- 
lides a été étudié par plusieurs auteurs. D'une part, les expériences 
classiques de T. H. Morgan ( ' ) sur Eisenia fœtida ont montré que la régéné- 
ration d'une tête n'a lieu qu'au niveau où la chaîne nerveuse se trouve incor- 
porée dans une cicatrice. Les expériences un peu différentes de H. R. 
Hunt ( 2 ) sur le même animal parlent dans le même sens, ainsi que celles de 
J. Nusbaum ( :J ) sur la régénération de la queue chez Nereis. Par contre, 
A. J. Goldfarb (*) a pu observer chez Lumbricus sp., dans quelques cas, 
la régénération d'une petite tête fonctionnelle malgré l'absence, vérifiée 
histologiquement, de la chaîne nerveuse ventrale au niveau de la section. 
L'opposition au moins apparente des résultats de Morgan et de Goldfarb 
a maintes fois été signalée, mais n'a reçu aucune explication. 

J'ai repris cette question depuis un an environ. La conception de Gold- 
farb nécessite une analyse particulière, que j'ai entreprise, et dont je com- 
muniquerai ultérieurement les conclusions. Je me suis attaché d'abord à 
vérifier, par des expériences variées et nouvelles, les vues de Morgan, et je 
rapporte ici les résultats de quatre types d'expériences, réalisées sur Lum- 
bricus terrestris L., Allolobophora terrestris Sav. et Eisenia fœtida Sav. 

i° J'ai pratiqué, dans les segments 3 à 6, des fenêtres, en enlevant la paroi 
du corps et la partie correspondante du tube digestif. Chez une partie des 
sujets, l'ouverture était située ventralement, et un fragment de la chaîne 
nerveuse se trouvait enlevé au cours de l'opération. Chez les autres, la 
brèche était au même niveau, et d'égale grandeur au moins, mais dorsale, 
et n'intéressait pas le système nerveux central. Dans le premier cas, les 
lèvres de la plaie ont été le point de départ de la régénération d'une tête 
surnuméraire. Dans le second cas, la blessure s'est simplement cicatrisée. 

2 J'ai greffé un fragment de la' paroi ventrale du corps comprenant 7 
ou 8 segments (à partir du 4 e ou du 5 e ) sur le dos d'individus de la même 



(') Arch. f. Entw. mec h., 14, 1902, p. 562. 

( 2 ) Bull. Mus. Comp. Zool. Harv. Coll., 62, 1919, p. 5-6. 

( 3 ) Arch. f. Entw. mech., 25, 1908, p. 632. 

( 4 ) Journ. Exp. Zool., 7, 1909, p. 643. 



. ' SÉANCE DU 7 JUILLET 1980. 79 

espèce, dans la région céphalique. Dans une première série d'expériences,' ie 
morceau correspondant de la chaîne nerveuse ventrale était transplanté 
avec le greffon. Dans une seconde série, les greffons étaient analogues, mais 
dépourvus de chaîne nerveuse. Toutes ces transplantations réussissent fort 
bien. Dans le premier cas, si la chaîne nerveuse affleure à la suture anté- 
rieure de la greffe, on observe toujours à ce niveau la poussée d'une petite 
tête parfaitement constituée. Vans le second cas, on n'observe au niveau 
correspondant, mais dépourvu de système nerveux, qu'une simple cicatri- 
sation. En sectionnant la tête des sujets précédents au niveau des premiers 
segments du greffon, on constate toujours que, dans le premier cas, le 
greffon prend part à la régénération, de sorte que la tête reconstituée est 
plus ou moins nettement double et s'insère sur toute la surface de section. 
Dans le second cas, au contraire, le greffon cicatrise simplement sa bles- 
sure, et le régénérât du porte greffe, s'arrêtant à son niveau, a une surface 
d'implantation réduite. 

3° J'ai prélevé la chaîne nerveuse ventrale à partir du ganglion sous- 
œsophagien et sur une longueur d'une quinzaine de segments et je l'ai 
greffée sur le dos de sujets de la même espèce, de manière que son extrémité 
antérieure affleure à une petite blessure située au 4 e ou au 5 e segment. Ce 
point est, par la suite, le siège d'une prolifération active des tissus qui 
aboutit à la formation d'un bourgeon parfois volumineux, mais qui ne 
paraît pas se différencier en une tête. 

4° J'ai dévié la chaîne nerveuse ventrale et fait aboutir soiuextrémitê anté- 
rieure à une petite blessure située en des points variables, latéralement ou 
dorsalement, dans le 5 e ou le 6° segment. Toutes les fois que j'ai pu éviter 
une consolidation trop rapide de la cicatrice, le point d'affleurement du 
système nerveux a été le siège de la poussée d'une tête généralement 
filiforme, mais assez longue, segmentée et pigmentée. Cette dernière série 
d'opérations confirme les résultats obtenus par la déviation de nerfs chez 
les Amphibiens (M lle Locatelli, Guyénot et Schotté, etc.). 

Les expériences que je viens de rapporter corroborent entièrement les 
vues de Morgan. Elles permettent d'affirmer que, chez les Lombriciens, la 
chaîne nerveuse ventrale joue un rôle dans le déclenchement de la régéné- 
ration de la tête, et même qu'elle joue le rôle principal. Mais les expériences 
de Goldfarb empêchent encore d'écarter complètement la possibilité d'une 
influence stimulatrice des autres tissus, au moins dans les sections complètes 

de la tête. • . 

La conformité des résultats des déviations de nerfs chez les Amphibiens 



#0 . ACADÉMIE DES SCIENCES. 

et chez les Annélides conduit à considérer comme général le pouvoir du 
système nerveux de faire apparaître des formations surnuméraires dans les 
territoires capables de régénérer. 



CHIMIE BIOLOGIQUE. — Présence de V acétylméthylcarbinol et du 2.3-buty- 
lènegiycol dans le sang des animaux supérieurs. Note de MM. M. Lemoigne 
et P. Monguillon, présentée par M. Gabriel Bertrand. 

[.'acétylméthylcarbinol (CH 3 — CH . OH — CO — CH 3 ) et le 2 . 3-buty- 
lèneglycol (CH 3 - CH. OH - CH. OH - CH 3 ), produits si souvent par- 
les microbes, sont formés également par les végétaux supérieurs comme 
nous Pavons montré (' ). Il y avait lieu de rechercher leur présence dans les 
tissus des animaux. 

C. Neuberg et E. Goltshalk ont établi que les lapins utilisent ou tout au 
moins détruisent ces produits ( 2 ). L'un de nous a démontré que le diacétyle 
(CH 3 — CO — CO — CH 3 ) est partiellement détruit et partiellement trans- 
formé en acétylméthylcarbinol par les cobayes et les lapins ( 3 ). Mais 
jamais, à notre connaissance, on n'a signalé la présence de ces substances 
dans les tissus des animaux supérieurs. 

Pour les rechercher, nous avons tout d'abord étudié le sang qu'il est 
facile d'obtenir à l'état frais. Une expérience déjà ancienne nous avait 
montré que l'iicétylméthylcarbinol existe dans le sang de cheval mais en 
très faible quantité et que si l'on veut le caractériser sûrement et le doser, 
il est nécessaire d'utiliser des prises d'essai importantes et d'employer une 
méthode d'une grande sensibilité. 

Dans chaque opération nous avons traité au minimum 3 à 4 ks de sang. 
La technique adoptée est, en principe, celle qui nous a servi pour l'étude 
des graines en germination. Le sang est coagulé immédiatement après la 
saignée, par du chlorure ferrique. Le coagulum est soigneusement divisé et 
traité par un courant de vapeur d'eau. Le distillât est rectifié et l'on préci- 
pite à l'état de nickel-diméthylglyoxime le diacétyle provenant de l'acé- 
tylméthylcarbinol . 

Le résidu non distillable est traité par le brome, puis de nouveau par la 



(>■) M. Lemoigne et P. Monguillon, Comptes rendus, 190, ig3o, p. 1457. 

( 2 ) G. Neuberg et A. Gottschalk, Biochem. -Zeitschrift, 162, 1925, p. 484. 

( 3 ) M. Lemoigne, C. R. de la Soc. de Biologie, 97. 1927, p. 1479. 



SÉANCE DU 7 JUILLET ig3o. 8l 

vapeur d'eau et le distillât, rectifié, sert à doser le diacétyle dérivant de 
Foxydation du 2 . 3-butylèneglycol. 

Les résultats obtenus sont résumés dans le tableau suivant : 

„ . En milligrammes par kilogramme de sang. 
Prise — — - , 

d'essai Acétyl- 

(en kg), méthylcarbinol. Butylèneglycol. Total. 

Bœufs 3 , 89 1 ,. 1 '3,7 4,8 

Moutons. 4,29 1,2 ' .4,6 5,8 

Porcs 4, 5i i,3 traces non dosables 

Chevaux 4 7 3 y s , 5 néant 1 , 5 

Grâce à l'importance des prises d'essais," les précipités rouges de nickeldi- 
méthylglyoxime sont volumineux et 'extrêmement nets. Dans tous les cas, 
nous avons constaté qu'ils présentent bien les propriétés des précipités 
obtenus avec la diméthylglyoxime chimiquement pure : ils ne fondent pas 
mais se volatilisent, cristallisent en aiguilles microscopiques très^netteT. 
Décomposés par de l'eau [acidulée et portée à l'ébullition, ils donnent du 
diacétyle que Ton peut précipiter à l'état de phénylosazone fusible 
à 243-245 . 

Ayant reconnu que le produit volatil caractérisé est bien du diacétyle, 
nous nous sommes demandés s'il provenait bien de l'oxydation de l'acétyl- 
méthylcarbinol et de celle de 2. 3-butylèneglycol et non pas d'une action 
banale de nos réactifs, chlorure ferrique et brome, sur les matières orga- 
niques. 

Par des expériences directes, nous nous sommes. assurés que des glucides, 
des lipides, des protides et des mélanges complexes, traités dans les mêmes 
conditions, ne donnent pas de diacétyle. 

Pour plus de sûreté, nous avons voulu caractériser l'acétylméthylcarbinol 
en faisant agir le chlorure ferrique, non pas sur le sang lui-même mais sur 
son distillât. Après plusieurs essais infructueux, nous sommes arrivés à une 
technique qui nous a donné un résultat positif. Du sang de cheval (3 ks , 5) a 
été hémolyse par 35o cma d'éther et soumis directement à un entraineimmt 
par la vapeur d'eau en prenant toutes les précautions nécessaires pour éviter 
là mousse. Après refroidissement, la j masse [coagulée a été soigneusement 
divisée et soumise à nouveau à un entraînement à la vapeur. Les distillats 
obtenus parfaitement clairs ne contenaient aucun produit non volatil 
entraîné mécaniquement. Ils ont été rectifiés par ;la méthode ordinaire. 
L'éther a été séparé en grande partie par décantation, et le distillât final 
nous a donné un précipité faible mais extrêmement net de nickeldiméthyî- 

C. R., i 9 3o, 2* Semestre. (T. 191, N» 1.) 6 



82 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

glyoxime. Dans ces conditions expérimentales, le diacétyle obtenu ne peut 
provenir que de racétylméthylcarbinol. 

Conclusion. — Trouvés fréquemment chez les microbes, caractérisés chez 
les plantes, racétylméthylcarbinol et le 2 . 3-butylèneglycol existent égale- 
ment dans le sang des animaux supérieurs. Ils sont donc très répandus chez 
les êtres vivants et l'on peut les considérer comme des produits importants au 
point de vue physiologique. 



BACTÉRIOLOGIE. — Sur une fermentation lactique de certains sucres à la 
température de 70 . Note de MM. G. Guittonxeau, H. Delaval et 
M" e M. Bejambes, présentée par M. Gabriel Bertrand. 

Le Thermobacillus tarbellicus , antérieurement caractérisé par l'un de 
nous(*), peut provoquer, ainsi qu'il a été dit, une fermentation lactique du 
saccharose remarquablement vive à des températures optima voisines de 70 . 
L'étude que nous avons faite de cette fermentation non encore décrite et nos 
recherches complémentaires relatives à l'attaque de différents sucres par le 
bacille nous ont conduits aux résultats ci-après rapportés. 

A. Fermentation du saccharose. — La fermentation du saccharose a été 
suivie tout d'abord dans le milieu M antérieurement défini et reconnu, 
parmi tous ceux que nous avons essayés, le plus favorable au développe- 
ment du T. tarbellicus. Rappelons qu'il était constitué par une solution 
minérale saccharosée à 4° pour 1000 environ, peptonée à i5 pour 1000, 
amenée à pH7,5 et additionnée d'un grand excès de carbonate de cal- 
cium ( a ). 

Nos cultures d'expérience ont été maintenues dans un bain à 70 . Elles ont 
été analysées, au moment jugé opportun, suivant des procédés classiques 
sur lesquels nous ne pouvons nous arrêter ici. Bornons-nous à préciser que 
les acides volatils et l'acide lactique, préalablement séparés des liquides 
fermentes, ont été dosés : les premiers par la méthode de Duclaux, le 
second par pesée à l'état de lactate de zinc. Nous avons également obtenu 
de bonnes déterminations quantitatives de l'acide lactique en le transfor- 
mant en aldéhyde par le permanganate de potassium dilué ou par le 
bioxyde de manganèse colloïdal, en présence d'un excès de sulfate de man- 



( 1 ) Comptes rendus, 187, 1928, p. 69. 

( 2 ) Comptes rendus, 187, 1928. p. 69; 187. 1928. p. 5-6 (errata). 



SÉANCE DU 7 JUILLET 1980, 83 

ganèse, suivant la technique récemment décrite par Friedemann et 
Kendal ( 1 ). L'oxydation était alors effectuée dans les liquides fermentes 
préalablement débarrassés de leur peptone et de leur sucre résiduels par 
traitements successifs à l'acide phosphotungstique en milieu sulfurique 
(suivant les indications de Friedemann et Kendal), puis par le sulfate de 
cuivre en présence d'un excès de chaux (procédé Van Slyke) ( 2 ). 

Les gaz dégagés au cours de certaines fermentations, conduites à l'abri 
de l'air, ont été recueillis et analysés. Ils ne contenaient pas d'hydrogène 
en quantité dosable à Peudiomètre et étaient constitués par de fortes pro- 
portions d'anhydride carbonique associé à un peu d'azote résiduel . 

Le plus souvent, les cultures ont été faites dans des flacons munis de 
réfrigérants ascendants stérilisés qui retenaient les produits volatils tout en 
s'opposant à la concentration des milieux par évaporation. Leur étude ana- 
lytique nous a alors régulièrement fourni des résultats en tous points com- 
parables aux suivants que nous citons à titre d'exemple et qui se rapportent 
à une culture de 11 jours où 3ï s , 71 de sucre par litre avaient été con- 
sommés. 

Produits distillant en milieu neutre. — Traces d'aldéhyde. 

Acides organiques à sels de calcium insolubles. — Absence. 

Acides organiques à sels de calcium solubles. — Pour 1 litre de culture il 
s'était formé : acide formique, traces; acide valérianiqne, o s , 128; acide 
acétique, i*j5i/i; acide lactique, 22% 25. Ces acides correspondaient d'une 
manière satisfaisante au Ca solubilisé qu'ils saturaient en grande partie. 

L'acide lactique obtenu donnait un sel denzinc ayant pour pouvoir rota- 
toire spécifique [ajf .= — 7°,i5. Il était donc constitué par un mélange des 
deux isomères droit et gauche avec une grande prédominance du premier 
sur le second (pour le lactate de zinc de l'acide droit [ a]f= — 8°, 6). 

Dans les conditions des expériences précédentes, les acides organiques 
que nous venons d'énumérer pouvaient évidemment provenir aussi bien de 
la dégradation de la peptone que de celle du saccharose, l'une et l'autre de 
ces deux matières organiques étant attaquées par le bacille. Il nous a fallu 
rechercher leur origine. 

En faisant varier la composition du milieu M, nous avons pu expérimen- 
talement établir, ainsi que le montre le tableau ci-après, que seuls les 
acides lactique et acétique sont des termes constants de la dégradation du 



(*) Journal of Biological Chemistry , 82, 1929, p. a3. 
( 2 ) Journal of Biological Chemistry, 32, 1927. p. 455. 



84 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

glucide. Le -même tableau montre en outre que l'acide lactique a été, dans 
• tous les cas étudiés, le produit principal de la fermentation du saccharose. 
A lui seul il représentait en effet de 56 pour ioo environ (milieu à Taspa- 
ragine) à 70 pour 100 environ (milieu peptoné ou milieu au lactate d'am- 
monium) du sucre disparu. 

Ca correspondant 
Acides organiques formés -- -«■~_-"- — -»— - 

Durée Sucre — — — ^— —-^ — -^ aux Ca 

Milieu minéral ( l ) de consommé valéria- acides à NH 3 solu- 

additionné de l'expérience (-). lactique, acétique. nique. formique. formés. formée. bilisé. 

Peplone i5°/ 00 42 jours o o 1 ,087 1 ,23a traces 0.60! 0,740 o 

Peptone io / ■•■ j n j ours 3 I>7I 22j2 5 i.5i/, 0,128 traces 5 , 1 76 0,012 5,666 

Saccharose o;>°/ 00 ) 

Asparagine 17 8»/ 00 } l6 - ours l5 , 7 5 8, 77 5 0,928 o o 2,269 o' 2 ,4o4 

Saccharose 3t) n / 00 ) .,' ' ' 

AIamne5, 7 y Us iours i4,a3 8,63 1,6-2 o o 2,45 7 o 2,55i 

Saccharose 34 ft /„ ) 

Lactate d'aumi. «,6"/ | g . g 5 63 ^86 o o i,79 5 ° l >9°* 

Saccharose 35,3 °/ 00 ..-) J '■' 

B. Action du bacille sur différents sucres. — En substituant d'autres sucres 
au saccharose du milieu M, nous avons trouvé : 

i° que la maltose, le glucose el le lévulose fermentent comme le saccha- 
rose et que le xylose subit également une fermentation lactique; 

2 que le lactose, le galactose etl'arabinose restent au contraire inattaqués. 

La séance est levée à i6 h 3o"*. 

A. Lx. 



( a ) Partie minérale du milieu M (solution de sels minéraux -j- C0 3 Ca). 

(?) Tous les résultats du tableau sont exprimés en grammes par litre fie culture. 



i t t ^ nr- i a 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 

SÉANCE DU MERCREDI 16 JUILLET 1930. 

PRÉSIDENCE DE M. Léon LECORNU. 



- MEMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE lUcADÉMÏE. 

M. le Président s'exprime en ces termes : 

Notre section d'Economie rurale, qui venait à peine de se compléter, est 
de nouveau désemparée. 

Alphonse-Théophile Schlgesing, né à Paris le 26 mai i856, était le fils 
de Jean-Jacques-Théophile Schlœsing, également membre de la section 
d'Economie rurale, mort en 1919 à l'âge de 95 ans. Depuis 1903, c'est- 
à-dire pendant 16 ans, ils siégèrent ici côte à côte. Leurs carrières furent 
remarquablement semblables. Tous les deux, à leur sortie de l'Ecole Poly- 
technique, étaient entrés dans le corps des ingénieurs des Manufactures de 
l'Etat; tous les deux, à tour de rôle, avaient dirigé l'Ecole d'application et 
le laboratoire du quai d'Orsay. Ils s'étaient succédé dans la Chaire de 
Chimie agricole au Conservatoire des Arts et Métiers. Tous les deux, enfin, 
avaient cru devoir décliner l'honneur de présider nos séances. Le fils, mal- 
heureusement, n'a pas hérité de la longévité paternelle, et c'est à 74 ans 
qu'il est emporté par une cruelle maladie. Ses obsèques ont été, suivant sa 
volonté, célébrées sans délégation et sans discours. 

Son propre fils, tué sur le front "de Champagne, l'avait précédé de quinze 
ans dans la tombe. 

Les travaux d'Alphonse-Théophile Schlœsing, presque entièrement con- 
sacrés à de difficiles questions de biologie végétale, ont toujours été dominés 
par le souci de ne rien affirmer sans preuves décisives. Il a débuté par des 
recherches sur la fixation de l'azote libre par les plantes, recherches effec- 
tuées en collaboration avec Emile Laurent, Correspondant de la section 
d'Economie rurale, mort en 1904. 

C. R., 1930, 2 e Semestre. (T. 191, N° 2.) 7 



86 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Hellriegel et Wilfarth avaient annoncé que les légumineuses possèdent 
la précieuse faculté de puiser dans l'atmosphère des quantités d'azote 
souvent considérables, et que cette absorption est due à des microbes 
vivant sur les racines, où leur présence se manifeste par des nodosités parti- 
culières. Cette conclusion reposait sur la comparaison des quantités d'azote 
contenues dans les graines, dans les récoltes et dans le sol, au début et à la 
fin des expériences; mais on devait se demander s'il s'agissait là d'azote 
libre ou bien de composés nitreux existant dans l'air ambiant. Pour 
trancher la question il fallait, comme le fit notre confrère, opérer envase 
clos, en fournissant à la plante de l'oxygène et de l'azote purs, avec la dose 
convenable d'aciâ^ carbonique. L'azote disparu du mélange gazeux fut 
exactement retrouvé dans la plante. A titre de contrôle, on vérifia qu'un 
sol témoin, sans culture, ne fixait pas d'azote. Ce beau travail nécessita 
tout un ensemble de dispositifs et de procédés nouveaux. Il a démontré 
définitivement que les légumineuses sont capables de se procurer dans l'at- 
mosphère de l'azote existant à l'état libre, et, de plus, que certaines algues 
possèdent la même propriété. 

Par une- méthode analogue, Schlœsing, en faisant vivre des plantes en 
vase clos, a étudié les variations pondérales de l'oxygène et de l'acide car- 
bonique enfermés avec elles. Il a vu, notamment, que la quantité d'oxygène 
gagnée par la plante dépasse celle qu'elle a pu se procurer par échange 
gazeux ou par assimilation d'eau, le surplus provenant des sels contenus 
dans le soi. D'autre part, la plante dégage, en volume, plus d'oxygène 
qu'elle n'absorbe d'acide carbonique. 

On croyait, avant Schlœsing, que les phosphates du sol, fort peu solubles, 
ne sont d'aucune utilité pour les plantes, et que seul le superphosphate 
ajouté par les cultivateurs est capable de fournir l'acide phosphorique 
indispensable. Il a montré qu'en réalité la circulation incessante de l'eau 
suffit pour amener aux racines, sans addition de superphosphate, des quan- 
tités d'acide phosphorique qui ne sont nullement négligeables. Par un 
mécanisme analogue, les plantes utilisent les quantités infîmes de potasse 
qui se trouvent dans le sol. 

Mentionnons, sans pouvoir tout citer, des études sur la combustion lente 
et la nitrification du fumier; sur le grisou, considéré comme produit de la 
décomposition lente des matières végétales; sur la présence de l'azote et de 
l'argon dans le sang; sur la séparation de deux sels ayant un ion commun, etc. 
Signalons aussi divers travaux intéressant spécialement les Manufactures de 
l'Étal; entre autres : le dosage du phosphore libre dans le sesquisulfure de 



SÉANCE DU 16 JUILLET I93o. 87 

phosphore découvert par Georges Lemoine et servant à la fabrication des 
allumettes; la discussion des conditions dans lesquelles s'opère la fermen- 
tation du tabac, le perfectionnement de l'obtention industrielle de produits 
riches en nicotine destinés à l'horticulture et au traitement de la gale des 
moutons. 

En ouvrant notre séance du 10 février 1919, le président, M. Guignard, 
prononçait les paroles suivantes : 

« Nulle part la disparition de M. Schlœsing ne sera ressentie plus profon- 
dément que dans notre Académie, où l'on savait apprécier, tout autant que 
sa science, l'affabilité de son caractère, la bonté de son cœur, la droiture 
de son esprit et, pour tout dire en un mot, la haute valeur morale de sa 
personne. Il emporte l'estime, l'affection et l'admiration de tous ceux qui 
l'ont connu. » 

Il s'agissait alors du père; mais ce bel éloge convient, sans changer un 
seul mot, à la mémoire du fils. 

Au nom de l'Académie, j'adresse à la famille de notre regretté confrère 
l'expression de notre vive sympathie dans ces tristes circonstances. 



ÉLECTRICITÉ ATMOSPHÉRIQUE. — Sur le courant électrique vertical atmo- 
sphérique. Note (') de M. Ch. Maurain, M lle G. Hombry et. M. G. 

GlBAULT. 

Sous l'action du champ électrique atmosphérique les ions de l'atmo- 
sphère prennent un mouvement général, les positifs dans la direction du 
champ, les négatifs dans la direction inverse. Le flux total constitue ce 
qu'on appelle le courant électrique vertical atmosphérique. Son intensité i 
est donnée par la formule 

/ = F(Ah-X / ), 

F représentant le champ électrique, A et V les conductibilités corres- 
pondant aux ions positifs et négatifs. Ce courant est, comme le champ, 
dirigé généralement vers le bas ; à l'Observatoire du Val-Joyeux, où ont été 
faites les mesures rapportées plus loin, la direction est vers le haut pendant 
11 pour 100 du temps. 

Depuis 1923, le champ électrique est enregistré de manière continue au 

(*) Séance du 7 juillet 1930. 



88 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 



1994 

1926 

1926 

1927. 

1928 

!9 2 9 



Val-Joyeux, et les conductibilités X et X' sont mesurées 3 fois par jour, à 9% 
i3 h et i7 h , sauf une interruption en 1926 pendant les mois de juillet, août 
et septembre. 

A l'aide des valeurs de X + X' et de la valeur de F au même moment, on 
a calculé les valeurs du courant vertical ^correspondant à toutes les mesures 
de conductibilité des six années 1924- 1929. Le champ et la conductibilité 
variant continuellement, il en est de même du courant vertical ; cependant, 
comme les variations du champ et de la conductibilité sont généralement, 
en gros, inverses, le courant vertical est un élément moins variable que les 
deux précédents. 

Dans les tableaux qui suivent sont données les valeurs moyennes men- 
suelles du courant vertical i en unités E. S. Le Tableau 1 est établi avec 
seulement les valeurs positives (c'est-à-dire correspondant à un courant vers 
le bas); le Tableau II est établi avec toutes les valeurs, c'est-à-dire que les 
moyennes sont des moyennes algébriques (correspondant à un flux résultant 
vers le bas). 

.Tableau I. — Valeurs positives. 



M 



°y> 



Janv. 
3,19.10- 

3,49 
4,21 

3 »79 
4, 10 

2,79 

3,59 



Fév. Mars. Avril. Mai. Juin. Juill. 



2 , 70 

5, 26 
4,54 
4,o6 
4,-ao 
4,i6 

4,i 5 



3,56 
3,3i 
3,83 
3,84 
5,4o 
3,6- 



4,57 
4,56 

3>94 
3,n 

8 , 44 
3,24 



4,77 
4,9 r 
3,86 
3,45 
3,3o 
2,98 



3, 9 4 4,64 3,: 



°^9 

3,34 
3,43 

4,82 

4,79 
3,6i 

4,20 



6,5i 
5,62 



Août. 
6, 3 1 

y ,4i 



4, 22 6, 5o 
3,3 9 4,3' 9 
3, 9 4 4,89 



Sept. 

4,83 
5 , 64 

5,i3 

3,77 
3,43 



4, 7 4 



5 , 90 4,56 



Octob. 

5, 22 
4,8i 
3,70 
4,i3 

5,39 

4,3i 

4^76 



Nov. 

5,38 
4,o3 

5 ,79 
2,97 
3,97 
5 ,49 



Dec. Année. 



4,43 

4,8o 
3,Oi 
3,o3 
3,5- 

4,49 

4,06 



4,72 

4,77 



4,o3 
4,5 9 
3,91 



1924 

1925 , 

1926 

1927 

1928 

1929 

Moy. 



Janv. 

2,77. 10- 7 
2,3l 



3,21 

3,88 
1,09 

2,85 



Fév. 

1,41 

2,06 
2,37 
2,93 
3,4o 
3,33 



Tableau II. — Valeurs algébriques. 
Mars. Avril. Mai. Juin. Juill. Août., Sept. Octob. Nov. 



Dec. Année. 



2,78 3,o6 3,48 4,65 5,5i 6,o3 4,29 4,43 4, 08 2,79 3,77 
1,16 3,io 2,3o 3,oi 5,o4 5,55 5,64 4,n 2,i3 3,87 3,36 



3 , 43 3,12 3 , 00 
i,o4 2,00 3,23 



2,bO 



4,76 



i,9ï 

I .72 



' J , / - 
2,-6 

3,35 
3,3i 



3,oi 

3,3 9 
1 ,62 



4,9^ 
3,8i 



4,^ 

3,6o 3,78 



3,20 4,96 2,53 

3,o6 2,79 2,32 2,99 



3 



>7 : 



2,55 3,42 



4,83 3,24 3,23 -3,70 2,: 



2,68 2,28 3,o4 2,44 3,3o 3,71 5,o3 4,27 3,72 3,28 2,87 

Les moyennes générales sont, pour les valeurs positives 4>4°- IO ~~ 7 E. S. 
et pour l'ensemble des valeurs, positives et négatives, 3,28. io~ 7 . C'est un 
débit très faible, correspondant respectivement à 1,48. io~ G et 1,09.10""° 



2,84 



SÉANCE DU l'6 JUILLET 1980. . 89 

ampère par kilomètre carré ; mais il est général et continuel -, pour toute la 
France, le débit positif vers le sol est environ 0,8 ampère, et le débit algé- 
brique moyen 0,6 ampère-, pour toute la Terre, en supposant au courant 
vertical la même valeur moyenne que dans la campagne parisienne, cela 
ferait environ 760 et 570 ampères; il est intéressant de rappeler qu'on 
arrive à un débit moyen du même ordre de grandeur que le précédent pour 
les coups de foudre, d'après les évaluations de la quantité d'électricité mise 
en jeu dans ces décharges orageuses faites par plusieurs physiciens et en 
particulier par C. T. R. Wilson, et les statistiques (difficiles) des coups de 
foudre. 

D'après les tableaux ci-dessus, le courant vertical présente un maximum 
pendant l'été. Parmi les deux facteurs dont il dépend, le champ électrique 
est maximum en hiver, et la conductibilité en été; c'est donc la variation de 
la conductibilité qui l'emporte. Il en est d'ailleurs généralement ainsi, sauf 
quand le champ électrique atteint des valeurs exceptionnellement fortes en 
présence de nuages orageux; par exemple le courant électrique est, comme 
la conductibilité, généralement plus fort par temps clair que par temps 
couvert, ce qui correspond à une proportion plus forte du nombre des petits 
ions très mobiles par rapport au nombre des gros ions peu mobiles. 

M. J.-B. Charcot fait hommage à l'Académie de son Rapport prélimi- 
naire sur la campagne du « Pourquoi-Pas ? » . 



CORRESPONDANCE. 

M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la 
Correspondance : 

Paul-Louis Mercanton. Les variations périodiques des glaciers des Alpes 
suisses. Cinquantième rapport — 1929. 



9° 



ACADÉMIE DÉS SCIENCES. 



HYDRODYNAMIQUE EXPÉRIMENTALE. — Sur quelques expériences 
d'auto- oscillation et d" autorotation de plaques immergées. Note (') de 
MM. «I. Courkègelongue et H. Maugein, présentée parM. Brillouin. 

L'un. de nous a signalé ( 2 ) la dissymétrie que présente le sillage d'un 
plan déplacé obliquement dans un fluide {fi g. i, a). Déplaçons une plaque 
mince dans son plan, puis, tout en continuant la translation, imprimons-lui 
un mouvement rapide de rotation autour de son grand axe {fig. i, b). Le 




volume tourbillonnaire important du bord d'attaque persiste pour des inci- 
dences supérieures à 90% et ne quitte la plaque que pour une rotation 
voisine de 180 . C'est le sillage type des plaques en autorotation que nous 
avons étudié sur des plaques rectangulaires mobiles autour de leur grand 
axe, immergées verticalement dans une rivière (la Leyre), parallèlement 
au courant et abandonnées sans impulsion. 

Si les pivots, autour desquels tourne la plaque, reposent sur des supports 
fixes, nous n'obtenons pas d'autorotation. Au contraire : 

a. Faisons porter Taxe OO' de la plaque par un équipage compensé qui 
peut tourner lui-même autour d'un axe ÙLV parallèle à OO'. Immergée 
dans le courant, la plaque éprouve un mouvement alternatif de rotation 

(*) Séance du 28 juin 1980. 

(-') Comptes rendus, 190. 1930, p. 362. 



SÉANCE DU 16 JUILLET 1980. 91 

autour de 00'; en même temps l'équipage oscille entre les deux positions 
extrêmes c x et e 2 {fi g. 2). Quand l'équipage passe de e, en e 2l la plaque 
tourne en sens inverse des aiguilles d'une montre (pour notre figure). 
Pendant cette rotation, le bord i de la plaque donne naissance à un volume 
tourbillonnaire intense qui abandonne la plaque au moment de l'arrêt 
brusque en c 2 . Le bord / au contraire étire une chaîne de fins tourbillons 
adjoints qui s'enroule partiellement en un volume tourbillonnaire bien 
moindre que le précédent, au moment de l'arrêt. Le courant général 
ayant entraîné les tourbillons formés, l'équipage revient en e, pendant 
que la plaque subit un mouvement de rotation de sens inverse du précédent 
et donne naissance à un sillage symétrique de celui que nous venons de 
décrire. L'angle a que fait la plaque avec la direction du courant au moment 
de l'arrêt diminue avec le diamètre de la plaque. Nous obtenons ainsi 
une auto-oscillation saccadée, très violente. 

b. A la fin d'une oscillation, en e, 2 par exemple, ramenons l'équipage 
mobile vers sa position moyenne. Le mouvement de rotation de la plaque, 
qui vient de subir un arrêt brusque, reprend toujours dans le même sens, 
mais avec une lenteur remarquable. Durant cette phase où l'angle d'inci- 
dence de la plaque est faible, on n'observe pas la formation d'un nouveau 
sillage à l'arrière du bord d'attaque. Dès que la plaque présente au courant 
son autre face, la rotation s'accélère, l'équipage revient vivement en e 2 et le 
sillage déjà décrit se reforme. Donnons une nouvelle impulsion à l'équi- 
page, le cycle recommence. Nous entretenons ainsi la rotation. 

c. Pour donner à l'équipage la force de rappel nécessaire à l'entretien de 
la rotation, nous l'avons fixé à l'extrémité d'une lame souple l. Des l'aban- 
don de la plaque dans le courant, l'équipage oscille 2 ou 3 ibis entre les 
positions /, et / 2 (fi g. 3), mais brusquement l'autorotation se déclenche. La 
lame reste alors fléchie dans le même sens, en / 2 par exemple, et oscille 
entre deux positions voisines Z 2 eV/' 2 pendant que; la plaque subit un mouve- 
ment de rotation discontinu, mais toujours de même sens. Le sillage pré- 
sente les mêmes caractères que dans l'expérience précédente, mais, le 
volume tourbillonnaire du bord i est si violent qu'on ne distingue plus 
l'enroulement partiel voisin du bord /. La fréquence de la rotation croît 
avec la vitesse du courant et décroît quand le diamètre de la plaque aug- 
mente. Il arrive parfois que la plaque ne peut atteindre la position où elle 
serait parallèle au courant. L'équipage oscille alors, vient en/, ourautpro- 
talion se déclenche à nouveau, mais avec un sens de rotation inverse du 
précédent. 

d. On peut faire jouer à la pesanteur le rôle de force de rappel, il suffit, 



9 2 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

avec le dispositif du paragraphe a de placer Taxe ùù' horizontalement. 
L'autorotation se déclenche aussitôt, avec un seul sens possible de rotation. 
Avec les plaques de faible largeur, la force de rappel nécessaire est si petite 
qu'une légère inclinaison de Taxe ùù' suffit pour entretenir l'autorotation. 
La plaque prend alors successivement les positions i , 2, 3, 4, 5, ... (fîg.5) 
en tournant toujours dans le même sens; puis l'équipage revient vers la 
position moyenne, la plaque effectuant des auto-oscillations. Ce va-et-vient 
se poursuit avec alternance de l'autorotation et de l'auto-oscillation. 

e. Rapprochons les pivots 00', qui figurent Taxe de rotation, de l'un 
des bords de la plaque. Utilisons l'équipage à lame flexible. Pour un très 
faible déplacement de l'axe, on obtient encore l'autorotation. Pour un dépla- 
cement plus grand on a une auto-oscillation entre les positions /, et L (fig. />) 
avec abandon d'un tourbillon aux positions extrêmes par le bord i, et à la 
position moyenne par le bord f. 

f. Enfin si la plaque est montée en girouette autour d'un de ses bords, 
et si nous imprimons à l'équipage rigide qui la porte un mouvement alter- 
natif perpendiculaire au courant (exp. de Jacob), dans la première partie 
de sa course, la plaque donne naissance à un sillage tourbillonnaire t { , et à 
une réaction favorable à l'avancement. On note aussi {fig. 6) un tourbillon 
très net t 2 qui se forme au bord extrême, il est dû au pivotement de la 
plaque sur elle-même. Dans la seconde partie de sa course, le safran, paral- 
lèle au courant relatif, ne présente pas de sillage appréciable. 

ÉLECTRICITÉ ET OPTIQUE. — Les ondes stationnaires ultra-sonores rendues 
visibles dans les gaz par la méthode des stries. Note (') de M. Edgar- 
Pierre Tawil, présentée par M. Ch. Fabry. 

J'ai déjà signalé des procédés qui permettent de mettre en évidence les 
ondes stationnaires ultra-sonores produites dans l'air par un cristal piézo- 
électrique. 

J'ai l'honneur de présenter aujourd'hui un nouveau procédé qui permet 
de voir ou de photographier ces ondes en utilisant les variations d'indice de 
réfraction d'un gaz aux divers points d'ébranlement. 

. Une grande lentille de long foyer, achromatique, donne sur un écran 
l'image d'une fente verticale vivement éclairée par une source lumineuse. 
L'écran doit avoir des dimensions telles qu'il intercepte exactement l'image 
et rien qu'elle. L'œil placé en arrière verra dans ces conditions toute la len- 

(*) Séance du 3o juin 1930. 



SÉANCE DU 16 JUILLET 1930. g3 

tille mais non éclairée à condition toutefois que le milieu traversé par les 
rayons soit homogène. 

Les radiations ultra-sonores sont produites par un cristal piézoélec- 
trique un quartz par exemple convenablement excité sur une de ses fré- 
quences de résonance. En regard de Tune des faces actives du cristal on 
dispose un réflecteur plan qui permettra au faisceau incident ultra-sonore 
d'interférer avec le faisceau réfléchi. Le dispositif est placé devant la 
lentille, le plan du réflecteur parallèle à Taxe de celle-ci. L'œil placé 
derrière l'écran verra le cristal et son réflecteur se détachant sur le fond 
obscur de la lentille dont la partie centrale sera bien dégagée. 

Si l'écran n'intercepte pas tout le faisceau lumineux on apercevra le 
cristal en vibration entouré de brillants nuages provoqués par des variations 
de densité de l'air ayant principalement pour origine l'ultra-son et les 
effluves dégagés entre le cristal et ses armatures. On règle la position de 
l'écran et au besoin on modifie sa largeur pour obtenir un champ obscur 
dans l'espace cristal-réflecteur. 

.Dans ces conditions on pourra voir, à partir de la face du cristal en 
vibration, une traînée lumineuse à peu près horizontale de forme parfois 
irrégulière. Il suffira alors de placer convenablement le réflecteur pour 
apercevoir les ondes stationnaires ayant l'aspect de franges verticales 
brillantes sur fond obscur. L'intervalle entre deux franges est fonction de 
la fréquence à laquelle vibre le cristal et de la vitesse de propagation du 
son dans l'air; Les nombreuses expériences que j'ai faites ne confirment pas 
la valeur de la vitesse de propagation que certains auteurs assignent à 
l'ultra-son. Pour citer un exemple, un cristal vibrant à la fréquence de 
92 K. C. donnait des franges espacées de i mm , 875, soit X == 3 mm , 76 dans l'air. 
La vitesse de l'ultra-son était donc dans ces conditions V = XF = 345 m . 
La distance à laquelle on peut placer le réflecteur dépend évidemment de 
l'amplitude des vibrations du cristal. J'ai pu observer des franges très 
nettes, le miroir étant à plus de 2™ du cristal. 

L'usage d'une lunette est pour ainsi dire indispensable quand le foyer 
de la lentille est long et surtout quand la fréquence de vibration est élevée, 
car les franges sont alors très fines et rapprochées. La lunette présente 
également l'avantage d'une mise au point sur différents points de la 
zone où les ondes interfèrent, et l'on constate qu'elles n'ont pas toujours 
partout la même apparence. Par ailleurs, il suffit de disposer une 
plaque sensible à une distance convenable de Loculaire pour obtenir une 
photographie de ces franges. 



94 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 



Les trois clichés rep'roduits ici ont été obtenus dans ces conditions. La 
figure i montre la lentille devant laquelle se trouvent placés, à gauche le 
quartz débordant légèrement ses armatures, à droite le réflecteur; au 
centre plusieurs systèmes de franges dus à des réflexions multiples. La 
ligure 2 donne un aspect plus détaillé de ces mêmes franges. Le cristal 
parallélépipédique de section carrée rend le son fondamental dans la lon- 
gueur. Cette dimension est normale aux axes optique et électrique, et 
c'est la face normale à la 3 e direction qui émet l'ultra-son. En 3 l'ultra- 
son est émis par une face normale à l'axe optique du même cristal vibrant 
sur une harmonique suivant la loitgueur. 






Fis. 



Fis, 2. 



Fis 



En faisant varier l'orientation du miroir, en dirigeant par exemple le 
faisceau ultra-sonore sur d'autres surfaces réfléchissantes, ou encore en 
substituant des miroirs concaves au miroir plan, on obtient une grande 
variété de figures curieuses très intéressantes à étudier. 

J'ai dit que le souffle se manifestait souvent sous une forme irrégulière et 
il y a lieu d'insister sur cette particularité. Prenons le cas d'une tige de 
section carrée vibrant longitudinalement suivant sa longueur et plaçons 
le miroir réfléchissant parallèlement à la face émettant l'ultra-son. Dans 
ce cas les franges devraient se présenter sous la forme de raies brillantes 
sans aucune solution de continuité. Or, dans certains cas, on observe 
à partir de la face émettrice deux ou plusieurs systèmes de franges 
séparés par des zones obscures horizontales. Tout se passe comme si cer- 
taines parties du cristal n'émettaient pas d'ultra-son. En supprimant le 
réflecteur le phénomène est encore plus net; on ne voit plus de franges 
mais des pinceaux lumineux en général divergents séparés par des espaces 
obscurs formant un angle dont le sommet se trouve sur la face émettrice. 

En substituant au quartz un résonateur quartz-acier, on peut atteindre 



SÉANCE DU 16 JUILLET 1980. 90 

des fréquences relativement très basses et obtenir ainsi des franges espacées 
de Tordre du Centimètre. La méthode que j'utilise est en somme la méthode 
des stries, et -l'on peut modifier l'expérience en substituant à la lentille un 
miroir concave. J'envisage qu'en se plaçant dans certaines conditions ce 
phénomène pourra trouver des applications en télévision. 



RADIOACTIVITÉ.— Présence de V uranium dans les eaux minérales; Rapport 
de cet élément avec le radium. Note (') de M. Herculaxo de Carvalho, 
présentée par M. G. Urbain. 

I. Ayant eu l'occasion, en collaboration avec M. Charles Lepierre, de 
procéder à F.étude des eaux de douze sources de la région de Caria (Caste- 
leiro-Portugal), au point de vue radioactif, j'ai profité de cette circonstance 
pour rechercher dans ces eaux l'uranium par voie chimique. 

Les eaux de Caria sont hyposalines, leur résidu fixe ne dépassant pas 
9o ing par litre; elles appartiennent à la famille" des indéterminées, faible- 
ment minéralisées de Bardet ( 2 ), ou plutôt au groupe des eaux radioactives 
proprement dites de Piéry et Milhaud ( ;! ). L'ensemble remarquable des eaux 
de Caria est particulièrement riche en radon et en radium dissous ; l'une 
d'elles (Mârineto) renferme le poids élevé de 3,4- io~ M gr de Ra par litre. 

La région granitique où les sources jaillissent est abondante en minerais 
d'uranium ; on pouvait donc attribuer leur radioactivité élevée au contact 
de filons uranifères et il était plausible d'y trouver de l'uranium. Il restait 
toutefois à établir si la recherche serait positive, en partant de quelques 
dizaines de litres d'eau et en ayant recours aux réactions les plus sensibles 
de l'élément considéré (ferrocyanure et eau oxygénée). 

Remarquons que les déterminations analytiques de l'uranium dans les 
eaux ou les dépôts renfermant des sels de radium, en particulier, et dans 
toutes les eaux, en général, sont très rares. Nous ne connaissons sur la 
question que les recherches de Loisel ( 4 ) dont les conclusions laissent 
planer le doute. P. Urbain ( 5 ) fait justement observer « que les détermi- 

"'( 1 ) Séance du 26 mai ig3o. 

{-) G. Bardet, Notions cl' Hydrologie moderne, p. 94, Paris s 190g. 

( 3 ) M. Piéry et .Milhaud, iïaux minérales radioactives,^. 89, Paris, 1924. 

('■) Loisel, Recherche des corps radioactifs clans les eaux minérales {Journal de 
Radiologie, k, 1920, p. 247). 

( 5 ) P. Urbain, Origine des eaux radioactives \(„ ï II e Congrès International d' Hy- 
drologie, Lyon. 1927). 



96 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

nations des quantités d'uranium qui doivent s'y (dans les dépôts) trouver 
sont extrêmement rares ». Ch. Lepierre (') a reconnu la présence de cet 
élément, par voie chimique, à la dose de 1 . io~ 8 gr par litre, dans le résidu 
de 2000 litres de l'eau sulfurée primitive de S. Vicente (Portugal) ; mais ce 
dosage n'a pas été complété par celui du radium dissous. 

II. Mes essais ont porté sur une quarantaine de litres d'eau de chaque 
source, privée de radium (entraînement par SO A Ba). La silice a été éli- 
minée par FH; précipitation du fer, de l'aluminium, du phosphore, du 
calcium, etc., par l'ammoniaque et le carbonate d'ammonium; précipita- 
tion du cuivre, etc., par SH 2 en solution acide. Concentration des solutions 
et dosage colori métrique de l'uranium, à l'état de ferrocyanure d'uranyle, 
plus sensible que la réaction de l'eau oxygénée. 

J'ai ainsi reconnu l'uranium dans les cinq eaux étudiées (Lusitana, Mila- 
grosa, Favacal H, Lemeirao e Marineto). La teneur en Uranium est de l'ordre 
de grandeur de io~ 6 gr. par litre. Une des eaux étudiées, la moins riche en 
radium dissous (Favacal II), renfermant 0,4. io~ 12 gr. de radium par litre 
et 1 . io~° d'uranium, le rapport de Boltwood est égal à 4- io~~ 7 et se rap- 
proche ainsi de la valeur qu'on lui attribue généralement pour les minerais 
(3,4- io -7 ). Mais pour les autres eaux, plus riches en radium, le rapport 
est beaucoup plus élevé. 

III. En dosant l'uranium dans les dépôts de Favacal II j'ai trouvé 
o,o3 pour 100 d'uranium. Cette eau ayant un résidu de o,o552 gr/1, si 
les dépôts avaient la même composition que le résidu, l'eau devrait contenir 
1,66. io -5 d'uranium; comme nous trouvons seize fois moins, c'est qu'il y 
a eu enrichissement d'uranium dans les dépôts (entraînement des minerais 
en suspension fine, etc.). 

IV. Nous concluons de ces recherches : 

i° L'uranium accompagne le radium dissous dans les eaux radioactives 
proprement dites. 

2 Dans le cas des eaux étudiées il n'y a pas de rapport constant entre 

Ra et U. Dans l'eau de Favacal II la valeur de yy est approchée de celle 

qu'on trouve pour les minerais portugais; mais cela doit être une simple 
coïncidence, la solubilité et les réactions des sels d'uranium et de radium 
pouvant donner lieu à des rapports fort différents. 

3° Il semble intéressant que le dosage du radium dissous, qui s'effectue 

.(*) Ch. Lepierre, Analyse des eaux de S. Vicente, 1908. 



SÉANCE DU 16 JUILLET IQ30. 97 

aujourd'hui couramment, soit complété par la recherche et le dosage de 
l'uranium ('). 



CHIMIE PHYSIQUE. — Détermination ébullioscopique de V affinité relative à la 
formation de complexe iodure de cadmium-iodure d J ammonium. Note (-) 
de M. F. Bourion et M lle O. Hun, présentée par M. G. Urbain. 

Nous avons étendu au couple iodure de cadmium-iodure d'ammonium 
l'étude ébullioscopique de la détermination de l'affinité, faite par l'un de 
nous ( 3 ), en collaboration avec M. E.< Rouyer, pour Cl 2 Cd avec C1K et 
CINa, PCd avec IK, puis, par M. Rouyer (*), pour Br 2 Cd avec BrK 
etBrNa. 

A cet effet, nous avons mélangé en proportions continues des volumes 
des solutions non équimoléculaires des deux sels simples, une étude anté- 
rieure, faite par M. Rouyer ( 4 ), avec les solutions équimoléculaires ayant 
montré qu'il y avait formation du complexe [CdPJAm 2 . 

Quand on mélange un volume 1 — x{x < 1) de la solution du sel A.< à la 
concentration C< au volume x du sel A 2 à la concentration />C n la cons- 
tante d'équilibre k, correspondant à la réaction ( 5 ) 

«' :) A 1 H-n 2 À 2 ^ A" 1 A^ 2 
est donnée par la relation 

/. _ ' C , l î < + ^-' p" 2-1 [ ( n i p-+- n i) x m — n ] *<+"* 



1 n a' -1 (P — 1 ) n,+n ^ ] [ n 2 — ( n. { + ti % ) x,. 



où x m est la valeur de x x correspondant à la concentration maximum 
du complexe, qui se confond ici avec l'écart ébullioscopique maximum 
(G. Urbain et E. Cornée, puis F. Bourion et E. Rouyer). 

( 1 ) Ce travail était achevé depuis plusieurs mois quand j'ai eu connaissance du 
travail du professeur Forjaz, qui de son côté a reconnu l'uranium dans une eau portu- 
gaise d'une autre région (Cambres), par spectrogramme. procédé qualitativement 
excellent, mais qui, du point de vue quantitatif, ne peut, jusqu'à présent, résoudre le 
problème que je m'étais posé (P. Forjaz, Rev. de Quimica pura e aplicada, n° 2, 1929). 

( 2 ) Séance du 7 juillet 1980. 

( :i ) F. Bourion et E. Rouyer, Comptes rendus. 184, 1927, p. 598; Ann. de Chi/n., 
io° série, 10, 1928, p. i82-355. 

( A ) E. Rouyer, Ann. de Chim., io° série. 13, 1980, p. 423-491. 
( 5 ) P. Job, Ann. de Chim., 10 e série, 9, 1928, p. 1 13-199. 



9# ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Nous avons utilisé quatre séries, où G, = 3 M, et p = -, , ~, ^ et — • 

7 l 4 O .8 ÎO 

L'élévation de 1 Am à la concentration 3 M étant 3°, 768 et celles de PCd 
étant respectivement o'\li-j6, o°,3o8, o°, 23 1 et o°, i85. 

Pour p= —, on a, pour les écarts successifs, calculés par la règle des 

mélanges, le tableau suivant : 

x. Élev. mél. Écart. 



O, \0 I , 90 | 0,38i 

o . 45 1 , 7 '|6 o , 4 1 o 

o , 5o j , 549 o , 4?,8 

o , 55 1 . 36?, o , 435 

o , 60 1 , j 78 o , /| 4 5 

o , 6j5 -. o , 908 o , 44?, 

o , 70 0,821 o , 409 - 

o, -9.5 0,-46 0,49.4 

0,75 o,6j5 o,4o6 

0,7-5 o , 59 1 o , 4 00 

o , 80 o , 536 o , 372 

Kn traçant la. courbe correspondante, on trouve le maximum pour 
a- m = 0,687. 

En opérant de même, pour les trois autres séries, on a 

Cône. PCd. Conc. IAm. ,r,„. />-,.. /> . 



o, 00 



o,3ooiM 3 M 6,687 0,057 

0,375 3 0,660 0,064 0,71 

o,5oo 3 p,63i o,o58 0,96 

0,750 3 0,578 o',o5i 1,97 

k t et k correspondant respectivement à la formation des ions complexes Cdl" 
et CdI ,T . Seul le paramètre Ic t est constant, avec Ic t moyen = 5,8 x io~-, 
comme dans le cas de Tiodure de potassium, pour lequel on avait trouvé 
une constante k s = 6,0 x io~ 3 ; l'affinité est donc plus grande dans le cas 
de l'iodure de potassium que dans le cas de l'iodure d'ammonium ; elle est 
toutefois un peu plus grande, pour le couple PCd-IAm que pour le couple 
Br 2 Cd-BrK, pour lequel k- t = 8,3 x io~ 2 (Rouyer). Si les deux sels sont 
mélangés, 1NH 1 à la concentration |M, et PCd à la concentration ~M, il y 
a 58 pour 100 des deux sels combinés, alors que dans les mêmes conditions 
il y en a 78 pour 100 avec IK, et seulement 54 pour 100 dans le cas du 
couple Br 2 Cd-BrK. 



SÉANCE DU 16 JUILLET ig3o. 99 

CHIMIE PHYSIQUE. — Étude spectrophotométrique de Vion cupripyndique en 
solution aqueuse. Note (') de MM. Auméras et Tamisier, transmise par 
M. V. Grignard. 

Quand on ajoute de l'ammoniaque ou certaines bases azotées, en parti- 
culier la pyridine, à une solution d'un sel cuivrique, comme le nitrate par 
exemple, la couleur de la solution vire au bleu foncé. Ce changement de 
coloration est l'indice de la formation d'un ion complexe. 

Il nous a paru intéressant de rechercher l'influence des radicaux hydro- 
carbonés, soudés à l'azote, sur la stabilité du complexe engendré. 

La méthode utilisée porte le nom de Méthode spectrophotométrique, 
elle a été mise au point par M. P. Job ( 2 ) et consiste à mesurer, pour une 
certaine longueur d'onde, l'absorption de la lumière par des mélanges, à 
proportions variables, des deux constituants. La longueur d'onde choisie 
était X — 0^,61. 

Nous avons étudié l'absorption de mélanges en proportions quelconques, 
en empêchant la précipitation de l'hydroxyde de cuivre par adjonction 
d'un sel à ion commun : le sulfate de pyridine. 

L'épaisseur des cuves était déterminée par les conditions optima de nos 
mesures •, ces mesures ont porté : 

i° Sur des solutions équimoléculaires contenant respectivement : 0,200 mol-gr; 
0,100 mol-gr de chacun des constituants simples et io s de sulfate de pyridine par 
litre. Dans les deux cas, les courbes d'absorption passent par un maximum correspon- 
dant à 80 pour 100 de pyridine et 20 pour 100 de nitrate cuivrique. La réaction devra 

donc se formuler : 

Cu ++ + 4Py ^ |CuPy ''!++. 

2 Sur des solutions non équimoléculaires, ce qui fixe la constante d'équilibre et, 
par suite, la stabilité du complexe. (Les solutions renfermaient également io« de sul- 
fate de pyridine par litre de solution,) 

La constante est donnée par 

v ,_ C C m- + . OPy P/> a [>(j>-r-4)-4] 8 ■" 

CIcuPT-l"^ (P-IY (4 -5*') 



( i ) Séance du 7 juillet 1980. 

( 2 ) Nous renvoyons, une fois pour toutes, au Mémoire fondamental de M. P. Job, 
Annales de Chimie, 10 e série, 9, 1928, p. n3. 



IOO ACADÉMIE DES SCIENCES." 

Dans cette formule : 

r — concentration moléculaire de (NO")" 2 Cu en mol-gr par litre; 
r'= » de Py en mol-gr par litre; 

... F ' 

x = composition maximum et p= - ïr - 

1 

Les résultats obtenus sont consignés dans le tableau suivant : 

Concentration 

T r' r' Composition 

en (N0 3 ) 2 Cu. en Py. P ~ T' maximum a?. Kis». 

o,o4 o,5 12,5 o,54 S.-.io™' 1 

0,02 0.4 -20 0,5o 2,I.10~* 

0,02 0,5 25 o,46 3,4 • IO~'' 

0,01 0,5 5o 0,37 ï,2.IO -4 

Dans ces conditions, M. P. Job a montré qu'on ne peut pas obtenir la 

valeur de la constante d'équilibre avec précision, l'ordre de grandeur de 

cette constante sera : 

K 18 o= 3,i.io-''. 

En résumé, nous avons : 

i° Mis en évidence la formation du nitrate cupripyridique; 

2 Déterminé sa stabilité : K J8 „= 3,i . io _/1 ; 

3° Montré que la stabilité de l'ion cupriazoté | CuR* | ++ diminue quand 
la substitution devient plus grande, ainsi que cela ressort du tableau sui- 
vant : 

Bases azotées. K. Auteurs. 

iNH»...': 5,o. 10- 10 P. Job 

(CIP_NH 2 ) 2 ... 1,6. 10- 6 P. Job 

C 5 tFN ' 3,i.io-*' A. et T. 



CHIMIE ORGANIQUE. — Configuration des molécules dans V espace (III); 
absorption dans l'ultraviolet des acides C 6 H 5 . (CH 2 )". CO OH, 
C 6 H\(CH 2 )".CH.(COOH) 2 et des carbures C*H B (CH a )"C°H s . 
Note (') de M me Ramart-Lucas et M. J. Hocii, présentée par 
M. G. Urbain. 

La mesure de l'absorption dans l'ultraviolet (jusqu'à 2100 angstrôms) 
de monoacides, puis de diacides de la série grasse, a permis d'affirmer que, 



( 1 ) Séance du 7 juillet ig3o. 



SÉANCE DU 16 JUILLET I93o. IOI 

contrairement à ce qui semblait admis, les groupements CH 3 , CH 2 sont 
transparents et, d'autre part, que la courbe d'absorption décomposés possé- 
dant deux chromophores séparés par un nombre croissant de CH 2 ne se 
déplace pas toujours dans un même sens, mais se rapproche (périodiquement) 
de sa forme primitive, ce qui suggère un enroulement de la molécule, la 
distance absolue des chromophores pouvant diminuer alors qu'un nombre 
croissant d'atomes les séparent dans la molécule ( '). 

L'influence réciproque des deux chromophores se comprend quand ils 
sont susceptibles de réagir chimiquement l'un sur l'autre, la modification 
d'absorption pouvant correspondre aune déformation précédant la réaction 
possible. Afin de décider si cette explication pouvait être seule envisagée, 
nous avons étudié l'absorption de substances contenant deux chromophores 
non susceptibles de réagir l'un sur l'autre. Or nous avons constaté, ici encore, 
une variation d'absorption qui ne se produit pas toujours dans le même sens 
à mesure qu'augmente le nombre d'atomes qui séparent les chromophores 
dans la molécule. 

Il est donc établi que deux chromophores peuvent influencer récipro- 
quement leur absorption alors qu'ils ne sont pas capables d'agir chimi- 
quement l'un sur l'autre. 

Une interprétation physique de ces faits a été donnée récemment par 
M. Lucas ( 2 ), il considère le couplage électrique qui s'exerce entre les 
résonateurs, électroniques portés par les chromophores et montre qu'il est 
possible d'évaluer l'influence de leur distance et l'ordre de grandeur du 
déplacement des bandes d'absorption. 

On peut au reste concevoir qu'une influence chimique se superpose au 
couplage électrique. 

Notre étude a porté sur les composés : 

■C«H s .(ÇH 2 )".COOH; C fi lt>.(CrP)".CH.(COOH) 2 et •C'4F\(C1P)".C°HV 

Nous représentons nos mesures par des courbes en adoptant les conven- 
tions établies précédemment ('). Afin de rendre plus clair l'exposé de ces 
résultats nous représentons seulement les courbes les plus typiques. 

Presque tous les composés ici étudiés étaient déjà connus. Nous les 
avons préparés et purifiés avec le plus grand soin jusqu'à constance 

(') M me Ramart-Lucas, M l,e Biqiîard et M. Grûnfeld, Comptes rendus, 190, 1980, 
p'. 1196. — M me Ramart-Lucas et M. Salmon-Legagneur, Comptes rendus, 189, 1929, 
p. 91 5. 

( 2 ) R. Lucas-, Comptes rendus, 190, 1980, p. 14QJ. 

C. R., ig3o, a» Semestre. (T. 191, N° 2.) 8 



102 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 



optique. L'absorption de quelques-uns de ces corps avait déjà été mesurée 
mais avec d'autres vues et sans qu'une étude systématique ait été effectuée. 
Toutes nos mesures ont été faites en solution dans de l'alcool à 98°-99°, la 
concentration variant de N/ 10 à N/ ioo. 



3.5 


c 
c 
c 


H 5 CH 2 C00H 
H 5 (CH 2 J 5 C00H 
H 5 (CH 2 ) 6 C00H 


3 




/ 


2.5 




fS^Kj 


■ 2 




I vy 


§>l.5 




1 


0.5 




'ï 


n 




1 



3.5 


1 C 6 H 5 CH=(C0OH) 2 
. 2 C 6 H 5 lCH 2 ) 2 CH=(C00H 2 ) 
3 C 6 H 5 (CH 2 ) 4 CH=(C00H) ? 


A 


3 




' 3 
\J't 


2.5 


ëP^i 




? 


1 




§U.5 


ï 




0.5 


A 




n 


3 / 2/îl 





1 C 6 H 5 (CH 2 ) 2 C 6 H 5 

2 C 6 H 5 (CH 2 )*C 6 H 5 

3 C 6 H 5 (CH 2 ) 6 C 6 H 5 




1 3/ ,' 2 



vJ(T" 300 1000 
X 3333 3000 



■im 



IZ00 

2500 



1300 

2307 



1000 


H00 


1200 


1300 


v.10-' 2 300 


1000 


1100 


1200 


1300 


3000 


2730 


2500 


2307 


X 3333 


3000 


2730 


2500 


2307 



Si Ton considère l'absorption des acides C°H 5 .(CH 2 )".COOH et 
C 6 H° .(CH 2 )".CH.(COOH) 2 , on constate que la partie des courbes cor- 
respondant aux basses fréquences, ainsi que les maxima, différent peu mais 
que les minima diminuent graduellement à mesure que un, puis deux, 
trois, quatre carbones séparent les phényles des carboxyles. Lorsque 
cinq atomes de carbone séparent ces chromophores, l'allure de la courbe 
change : elle est reculée vers Te visible pour les basses fréquences, la bande 
d'absorption s'élargit vers le maximum et la valeur du minimum grandit. 
Le phénomèneest tout àfaitcomparable pour les carbures C 6 H\(CH 2 )'\ C 6 H 5 
ainsi que le montre la figure. 

CHIMIE ORGANIQUE. — Oxydation chromique des cyclanepolyols. Note( H ) 
de MM. Sébastien Sabetay et Jean Bleger, présentée par M. Gabriel 
Bertrand. 



La présence de certaines cétones à grand nombre de chaînons dans les 
glandes animales et de polyones cyclohexaniques telles que l'angustione( 2 ) 

(*) Séance du - juillet ig3o. 

('-) B. Gibson, A. Penfold et J. Siyionsen, Journ. chern. Soc.,, ig3o, p. 1184. 



SÉANCE DU 16 JUILLET lC)3o. 103 

dans des huiles essentielles nous a amenés à penser que les polyones et les 
polyolones de la série cyclohexanique mériteraient une étude plus détaillée, 
les données sur ce sujet étant peu abondantes. Ainsi, par exemple, on ne 
connaît dans la série des cyclocétones en C 6 ni la dione i .2, ni les olones 
1 .3 et 1 .4 et à peine les autres polyones. Quant à la dione 1.4, la mieux 
étudiée de ces substances, elle est encore d'une obtention pénible, ce qui 
explique que les préparations commerciales atteignent des prix très élevés. 
La cyclohexanedione 1 .4 (tétra-hydroquinone, para-dicétohexaméthy- 
lène) s'obtient par cyclisation de corps aliphatiques (* ) suivant le schéma : 

succinate cTéthyle -> éther succinylosuccinique -> dione 1.4. 

Les divers autres procédés proposés n'ont pas acquis jusqu'à présent une 
importance pratique. Réduite par l'amalgame de sodium, la cyclohexane- 
dione 1.4 donne la quinite, diol correspondant. L'opération inverse, la 
déshydrogénation des diols, n'a pas été effectuée jusqu'à présent. Or les 
diols cyclohexaniques (pyrocatéchite, résorcite, quinite) sont, grâce au 
procédé d'hydrogénation des diphénols de J.-B. Senderens, des produits 
commerciaux facilement abordables. 

Sans insister sur les diverses variantes de l'oxydation chromique que 
nous avons appliquées aux trois cyclohexanediols 1-2, i-3 et i-4, nous 
nous limiterons à décrire l'oxydation de la quinite au moyen de l'acide 
chromique en milieu anhydride acétique : 

A une suspension de 25 s de quinite dans ioo cm ' d'anhydride acétique, on 
ajoute goutte à goutte une solution de CrO 3 (excès de 25 pour 100 environ 
de- la théorie) dans l'anhydride acétique en agitant mécaniquement et en 
refroidissant à l'aide de glace de façon à maintenir la température au voisi- 
nage de i5°. Après avoir chassé l'anhydride dans le vide, on ajoute à plu- 
sieurs reprises de l'eau qu'on chasse de la même manière. Le résidu pâteux 
est épuisé à plusieurs reprises par un mélange de chloroforme et d'éther, 
lequel, chassé au bain-marie à la fin sous vide partiel, laisse un résidu qu'on 
fait cristalliser dans l'éther sec glacé. Le rendement dépasse 56 pour 100 
de la théorie. 

La cyclohexanedione i-4 (F = 79 ) cristallise en prismes inodores, de 
saveur fraîche, un peu amère. Elle distille après une sublimation préalable 

(*) F. Hermann, Liebigs Annalen, 211. 1882, p. 322. — A. Baeyer et W. A. Noyés, 
Beriehte der d. chem. Ges., 22, 1889, p. 2170. — A. Baeyer, Liebigs Annalen, 278, 
1893, p. 88. — H. Meerwein, Liebigs Annalen, 398, 1913, p. 2^8. 



Io4 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

à i34°- sous 2i mm . Elle réduit à froid la liqueur cuproammoniacale, et le 
nitrate d'argent ammoniacal, elle brunit sous L'influence des alcalis, elle 
décolore le permanganate et elle donne des précipités avec les réactifs, des 
cétones. Elle ne donne pas de coloration avec le chlorure de fer. Elle ne 
fixe pas instantanément le brome en solution chloroformique, mais, une fois 
les premières gouttes absorbées la fixation se poursuit activement avec 
dégagement de HBr. La disemicarbazone^), cristallisée dans l'alcool, fond 
à 3i7-3io,° (bloc Maquenne), peu soluble- dans les solvants organiques 
usuels; la dioxime ( 2 ), cristallisée dans l'alcool, à 218-2 19° (bloc Maquenne); 
le tétracétate à 187-188 (tube capillaire) ; il se prépare ( 3 ) en ajoutant une 
goutte d'acide sulfurique dans un mélange de 2 parties de dione dissoute 
dans i5 parties d'anhydride acétique; beaux prismes tabulaires (alcool), 
insipides et inodores. Les groupements acétylés étant facilement hydroly- 
sables, le tétracétate réagit avec la liqueur cuproammoniacale à chaud, il 
noircit le nitrate d'argent ammoniacal et brunit la potasse alcoolique. Le 
dosage des groupements acétylés s'effectue par hydrolyse acide. 

L'oxydation chromique des polyols s'effectue par étapes. Ainsi par 
exemple en ajoutant la quantité de CrO :î correspondant à un seul 
oxygène, on obtient un liquide qui semble être l'acétate de là cyclohexano- 
lone 1-4. 



CHIMIE ORGANIQUE. — Recherches sur les oxydes organiques dissociables : 
transformation de Voxyrubrène en un isomère non dissociable, Viso- 
oxyrubrène* Note (*) de MM. Charles Dufbaisse et Marius Badoche, 

présentée par M. Delépine. 

En vue d'obtenir des renseignements sur le mode de liaison de la molécule 
d'oxygène avec la molécule d'hydrocarbure dans l'oxyde dissociable de 
rubrène, Toxyrubrène, C' ,2 H 28 2 , nous avons soumis ce corps à l'action 

(*) Analyse : 0^,1194 substance; 38 cm3 .4N (-5c) mm ; T = 24°)- Trouvé : N 36,91 
pour 100; calculé : 3-, 18. — E. Rimini (Gozz. chim. ital., 46, 1916, p. 119) indique 

F = 221-222°. 

( 2 ) Analyse : o,i545 substance : 26 cul3 ,9 N (-56 mm ; T = 26°). Trouvé : N 19,77 
pour 100; calculé : 19.72. — A. Baeyer et W.-A. Noyés (lor. cit.) indiquent F. 200°. 
(■■) O. Dimrolh, H. Eber et H. Wehr {Liebig.s Ann., Vi-6, 1926,. p. 142) donnent 
. comme point de fusion 107°. 

( 4 ) Séance du 7 juillet 1980. . , 



SÉANCE DU l() JUILLET ig3o. Io5 

du réactif de Grignard, RMgX. La réaction est très complexe : plusieurs 
produits ont été isolés et sont en cours d'étude. 

L'un d'eux répond, d'après les analyses et les mesures cryoscopiques, à la 
même formule G 42 H 28 O 2 que l'oxyrubrène initial : nous l'appelons, à cause 
de cela, iso-oxyrubrène. 

Le réactif magnésien n'est donc intervenu, pour la formation de ce corps, 
que comme agent d'isomérisation. Il semble même que la transformation 
soit le fait de la partie minérale du réactif. L'iso-oxyrubrène peut être formé, 
en effet, et même avec de meilleurs rendements, en substituant à la solu- 
tion organomagnésienne une solution éthérée d'iodure de magnésium 
anhydre MgP : les rendements atteignent alors 88 pour ioo. 

L'isomérisation par le réactif de Grignard pourrait être due au sel magné- 
sien, MgX 2 ('),qui s'y trouve, soit comme impureté provenant de la prépa- 
ration , soit au contraire comme partie intégrante , si la constitution des organo- 
magnésiens est Celle qu'a proposée Jolibois ( 2 ), c'est-à-dire R 2 Mg, MgX 2 . 
Le nouveau corps est cristallisé et incolore. Il a deux points de fusion 
instantanée (bloc Maquenne) : le premier à i67°-i68°, avec perte de solvant 
(une molécule de benzène) puis recristallisation, le second (sans solvant) 
à 267°-268°. 

Il présente une différence essentielle avec son isomère, l'oxyrubrène : il 
ne dégage pas la moindre trace d'oxygène par chauffage. Non seulement il 
n'est pas dissociable, mais il est exceptionnellement résistant à la chaleur : 
il distille inaltéré vers 280 , sous une pression de -^ de millimètre environ. 
Constitution. — Pour déterminer la nature des fonctions chimiques dans 
lesquelles les deux atomes d'oxygène se trouvaient engagés, le corps a été 
soumis, à son tour, à l'action du réactif de Grignard. Aucune réaction ne 
se produit immédiatement : ce n'est que par contact très prolongé ou bien 
à chaud que l'on observe des réactions qui feront l'objet d'une étude à 
part. L'iodure de méthylmagnésium, par exemple, ne donne aucun dégage- 
ment gazeux, ce qui exclut la présence d'oxhydryles dans la molécule. De 
plus, après les traitements habituels, le corps est retrouvé sans modification : 
rappelons d'ailleurs qu'il prend naissance sous l'action des organomagné- 
siens. Il ne renferme donc vraisemblablement aucune des fonctions facile- 
ment attaquables avec condensation, telles que les fonctions aldéhydes, 
cétones, esters, etc. En conséquence, l'oxygène qu'il contient forme, sans 
.doute, un pont oxydique entre deux carbones, de manière à réaliser quelque 

(^X représente un atome d'halogène. 

( 5 ) Joubois, Comptes rendus, 155, 1912, p. 353. 



Io6 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

cycle stable, pentagonal par exemple, c'est-à-dire un cycle dérivé du furane. 

Quant au squelette carboné, la question se posait de savoir s'il n'avait 
pas subi quelque remaniement plus ou moins profond. On sait, en effet, 
avec quelle facilité la structure du rubrène évolue de manière irréversible 
vers une autre plus stable, celle du pseudorubrène. Rien de semblable ne 
s'est produit ici, car l'iso-oxyrubrène perd facilement ses deux atomes 
d'oxygène, sous l'influence de divers réducteurs, en redonnant le rubrène : 
sa structure se rattache donc à celle de cet hydrocarbure. 

Ainsi l'on possède actuellement trois oxydes de rubrène possédant le 
même enchaînement des carbones que l'hydrocarbure générateur, ce sont : 
deux dioxydes, oxyrubrène et iso-oxyrubrène, et un monoxyde, le mèt- 
rubrène ( 1 ). Leurs transformations mutuelles sont résumées dans la 
formule IV. 



C 6 H 5 



C 6 H J 




C 6 H 5 C 6 H 5 
I Rubrène 




HT Di oxyde 

(iso-oxyrubrène) 




C°H° ^C b H 

H Monoxyde 

(mèt-rubrene) 

Oxyrubrène Isooxvrubrène 

R(o 2 ) J * 



RO 
èt-rubrène 



R 

Rubrène 




W 



La formule de l'oxyrubrène demande encore de nouvelles études pour 
être précisée, car il est difficile, avec les notations usuelles, de rendre compte 



(*) Ch. Moureu, Ch. Dufraisse et L. Enderlin, Comptes rendus, 188, 1929, p. t5-28. 



SÉANCE DU 16 JUILLET I93o. 107 

de sa propriété essentielle : dissociation, avec libération d'oxygène. Au 
contraire, les propriétés des deux autres oxydes forment une base suffisante 
pour leur faire attribuer, dès maintenant, des formules aptes à expliquer les 
faits connus. Nous proposons les formules II et III, où les oxygènes se 
trouvent engagés dans des cycles dihydrofuraniques complexes : on 
comprend ainsi la stabilité à la chaleur de ces molécules et leur relative 
insensibilité vis-à-vis du réactif de Grignard. Ces schémas font également 
ressortir les analogies qui existent effectivement entre les deux oxydes, 
tant dans leur mode de formation que dans leurs propriétés. Enfin les 
relations entre ces deux corps et le rubrène (formule I) apparaissent avec 
évidence. 



MINÉRALOGIE. — Les caractères minera logiques du minerai de fer oolithique 
du djebel el Ank (Tunisie méridionale). Note (') de M. Marcel Solignac. 

Depuis la description ( 2 ) que M. L. Berthon donna du gîte de minerai 
de fer oolithique du djebel el Ank (région de Gafsa), des travaux de pros- 
pection, effectués par la Compagnie des minerais de fer magnétique de 
Mokta el Hadid, sous la direction de M. E. Maurin, ont montré : i° que ce 
gîte épouse bien la forme du synclinal asymétrique situé entre le djebel el 
Ank et le djebel Bou Redja; 2 qu'il est d'âge mésonummulitique; 3° qu'il 
comporte une zone minéralisée dont l'affleurement est visible, le long du 
flanc Nord du synclinal, sur une longueur de plus de 5 km avec épaisseur 
variant de i m à 8 m ; 4° qu'au Sud et à l'Ouest, le minerai de fer est remplacé 
par des dépôts plus ou. moins réguliers d'un sable quartzo-gypseux très riche 
en glauconie avec débris de Squales et des coprolithes très phosphatés et 
inclus dans des argiles grises manganésifères. // y a passage latéral du 
minerai oolithique au sédim.ent glauconieux. Ce minerai présente les particu- 
larités minéralogiques suivantes : Le tout-venant présente la consistance 
d'un sédiment pulvérulent, meuble et perméable. Il se compose d'environ 
85 pour 100 d'oolithes, i3 pour 100 de ciment argilo-sableux et 2 pour 100 
d'humidité. Sur le flanc Nord du synclinal, à l'extrémité orientale de l'affleu- 
rement, la proportion d'oolithes tombe à 72 pour 100 avec 16 pour 100 
de ciment argilo-sableux, 10 pour 100 de gypse et 2 pour 100 d'humidité. 



(*) Séance du 7 juillet 1930. 

C 2 ) L'industrie minérale en Tunisie, p. i47-i5o, Tunis, 1922. 



108 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Le ciment est constitué par de l'argile ferrugineuse avec beaucoup de 
quartz détritique et du gypse, celui-ci prédominant dans la partie Est de 
l'affleurement. On y trouve aussi des dents de Squales transformées en 
limônite, des coprolithes et des cailloux roulés de silex empruntés à l'horizon 
siliceux à Schizaster Meslei-qm fait partie du toit de la formation phosphatée 
exploitée dans les régions voisines, notamment au djebel Mdilla. Les 
oolithes sont de forme généralement ellipsoïdale et aplatie; elles présen- 
tent fréquemment des « impressions » cupuliformes, rappelant celles que 
M. L. Cayeux a signalées dans nombre de minerais oolithiques de la 
France. Au point de vue granulométrique, de nombreuses séries de tami- 
sages ont permis d'établir comme suit le pourcentage moyen des dimen- 
sions observées, suivant que les échantillons proviennent de la zone Ouest 
ou de la zone Est de l'affleurement de la branche septentrionale du synclinal. 

Ouest. Est. 

Au-dessus de i mm ,2 .0,22 % 0,00 % 

Entre i mm ,2 et o n,m ,72 4,9$ 28,16 

Entre o mn, ,72 et o mm ,4- 52,43 ^ 54 ,64 

Entre o mm ,4 et o m, ",i. 25,62 12,08 

Poussière • l( V79 °j 1 ~ 

La composition moyenne du tout-venant, d'après les analyses données 
par M. L. Berthon, est la suivante : SiO 2 , 0,89; APO 3 , 5,44; Fe 2 0\ 
70,11; MnO 2 , 0,87; CaO, 1,70; MgO, o,35; SO :! , 1,42; P 2 0% 2,04; 
As 2 3 , 0,09. Perte au feu, 1 1 ,92. Total : ioo,43. 

La suppression du ciment, par simple lavage, entraîne la disparition 
d'une grande partie de la silice (quartz) et du silicate d'alumine (argile) et 
celle du sulfate de calcium (gypse). Il en résulte un enrichissement en fer 
(moyenne de neuf analyses) : SiO 2 , 2,42; APO :! , 2,53; Fe 2 3 , 77,91; 
FeÔ,o,6o; MnO 2 , 1 ,02 ; CaO, 0,79; MgO, o,5 7 ; alcalis : néant; P 2 0% 
i,3o; As 2 3 , o, 04 ; CO 2 , i,23; H 2 O (au-dessus de io5°), 11,72. Total: 
100, 1 3. L'interprétation de ces résultats, abstraction faite du fer (goethite 
ou combinaison avec le phosphore, l'alumine, l'arsenic), montre qu'il existe 
un rapport sensiblement égal à J entre le nombre de molécules restantes 
de Fe 2 :! et celles de LPO : le minéral ferrugineux est donc la limonite. 
Les oolithes sont rouge brun, parfois un peu jaunâtre, ou d'un noir ver- 
dàtre; cette dernière couleur, toute superficielle, caractérise des échan- 
tillons plus riches en manganèse et non la persistance d'une chlorite inal- 
térée. La poussière est d'un brun plus ou moins rougeàtre, identique à 
celle de la stilpnosidérite des gîtes de minerais de fer de la Tunisie septen- 



SÉANCE DU 16 JUILLET 1980. 109 

trionale (Nefza). En plaques minces, les grains sont d'un rouge un peu 
orangé, sauf, parfois, une zone périphérique d'un rouge très foncé. L'aspect 
est colloïdal avec fentes de retrait radiales. Il riy a jamais de noyau central 
formé d'un minéral autre que le minerai de fer lui-même et même celui-ci ne 
constitue jamais de masse nucléaire spécialement différenciée. 

Par contre, à la surface de beaucoup de grains, on observe l'existence 
d'une pellicule d'un bleu gris, nacrée, faisant étroitement corps avec la 
substance ferrugineuse. C'est dans cette sorte d'enduit qu'est concentrée la 
plus grande partie du phosphore décelé par l'analyse. Au moyen d'un fort 
grossissement (800 diamètres), on peut constater qu'il est formé de fibres, 
soit indépendantes, soit agglomérées en faisceaux palmés. Dans les zones où 
la coupe est inclinée par rapport à l'axe d'allongement des fibres, la sub- 
stance (wavelitte) est microgrenue. Les réactions microchimiques ont 
indiqué l'abondance du phosphore et du fluor; elles ne se produisent pas 
avec les grains décortiqués de l'enduit bleu. La mesure de l'angle obtus mm 
d'une section îosangique voisine de la base/> du prisme orthorhombique de 
la wavellite donne i22 46' (mm cale. = i2i°45'). Les fibres sont allongées 
suivant g* (010); (clivage) (allongement positif). 

Trouvé. Données Larsen. 

n p r ' 1, 523 1 , 525 

n s ... 1,54-8 i,552 

n m . 1 . 53 1 1 , 534 

n g — n p ................. . o,025 0,027 

n m — n p 0,008 "0,008 

n g — n, n . . . . 0,017 0,018 

En résumé, le minerai de fer oolithique du djebel el Ank présente les 
caractères suivants : i° il est formé d'oolithes sans noyau dérivées, 
sans doute, d'une chlorite dont il ne subsiste plus trace; 2 la substance 
ferrugineuse est la stilpnosidérite, phase colloïdale de la limonite, avec peu 
de goethite; 3° les minéraux phosphoreux ou arsenicaux sont disposés en 
pellicule autour des oolithes, ce qui implique le jeu de phénomènes d'adsorp- 
tion liés à la nature colloïdale du minerai; 4° l'origine première du fer 
demeure inconnue mais elle est commune aux oolithes et aux dépôts glau- 
conieux, puisque le passage latéral des unes aux autres atteste le synchro- 
nisme des deux formations ; 5° la transformation des oolithes chloriteuses 
en oolithes ferrugineuses paraît due à une circulation aquifère dans le 
dépôt très meuble initial : le minerai actuel constitue encore un horizon 
hydrologique appréciable. 

C. R., ig3o, ï» Semestre. (T. 191, N° 3.) 9 



110 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



ÉLECTRICITÉ ATMOSPHÉRIQUE. — Mesures de l'ionisation, du champ élec-t 
trique et des atmosphériques au Mont Blanc. Note ( 1 ) de M. Jean Lugeon, 
présentée par M. G. Ferrie. 

Grâce à l'initiative du forestier Gut et à l'aide de i4 collaborateurs, 
j'ai fait, du 3 au 8 septembre 1928, des mesures simultanées de petits ions 
avec deux aspirateurs Ebert et de champ électrique avec des électromètres 
bifilaire, unifilaire, Exner, à égaliseur radioactif, aux trois altitudes sui- 
vantes : Les Glaciers, 2/j5o m ; Grands Mulets, 3o5o m ; Observatoire Vallot, 
4358 m . Les résultats consignés au tableau ci-contre sont les valeurs 
moyennes du nombre d'ions par centimètre cube, tirées de deux à cinq 
observations d'une durée de 20 minutes, faites pendant les heures indiquées. 
Le champ exprimé en volts par mètre est, aux mêmes heures, la valeur 
moyenne de 20 à 100 lectures. 

Conclusion. — i° La valeur moyenne journalière du nombre de petits 
i ons _|_ et — par centimètre cube est sensiblement la même aux altitudes 
de 245o m et 4358" 1 . Toutefois il semble que les conditions géologiques de la 
Station des Glaciers favorisèrent la production des petits ions alors que 
Vallot situé sur un petit rocher isolé au haut des glaciers fut soustrait à 
toute influence de cette nature. 

2 L'amplitude de la variation journalière de l'ionisation augmente 
dans des proportions considérables avec l'altitude, dès qu'on dépasse le 
niveau de 245o m . Alors qu'à cette altitude les charges diurnes et nocturnes 
sont sensiblement les mêmes, 2000™ au-dessus, la production d'ions + est 
trois fois, Celle d'ions — six fois plus forte de nuit que de jour. 

3° De jour le nombre d'ions des deux signes diminue avec l'altitude; il 
est deux à quatre fois plus faible à l'altitude de 4358 m qu'à 245o ra . De nuit 
le phénomène est inversé, l'ionisation aux susdites altitudes est jusqu'à 
une fois et demie plus forte en haut qu'en bas. 

4° De jour et de nuit il y a un excès d'ions + dans les basses altitudes, 
par contre au delà de 4ooo ra les ions — semblent prédominer de nuit. 

5° Les variations de l'ionisation ne sont pas synchrones en deux postes 
distants d'environ 3 kra ,e t séparés par une tranche d'air de 2000™ de hauteur. 

6° Dans les deux stations extrêmes, les variations du champ sont sans 
aucune relation avec l'ionisation. 

(!) Séance du 7 juillet ig3o. 



SÉANCE DU 16 ■■ JUILLET I^So. III 

4 septembre. 5 septembre. 

Heures.. 20-24.' 24-4. 4-8. 8-12. 12-16. 16-20. 20-24. 24-4. 4-8. 8-12.. 12-16. 16-20. 20-24. 

Observatoire Vallot (4358 m ). 

7i 9°° 65 9° 

n 53o 735o 

V/m. ... i5 25 i io 

Grands Mulets (3o5o m ). 

V/m.... , ' 70 86 64 02 5i 5i 66 112 34 

Les Glaciers (9,L\oo m ). . . . ~ 

n 4o55 3980 5 160 5i2o 2992 2670 0677 6390 53oo 6700 3652 4692 

n 36io 3o55 323o 356o 2730 2890 4079 45 1 : 5 5i4o 544o 3i2o 3620 

V/m.... 1 7 r3 27 3o 10 35 25 23 29 32 21 

6 septembre. . : 7 septembre. 

Heures 24-4. 4-8. 8-12. 12-16. 16-20. 20-24. ; 24-4. 4-8. . 8.12. 12-16. 

Observatoire Vallot (4358 m ). 
n i43g 2072 1714 4740 

n 881 922 833 554o 5ooo 5325 1820 

\Jm i25 175 i85 io5 '20 25 i.5 . 25 17 

Grands Mulets (3o5o ni ). 
V/m 52 ' 62 68 96 72 32 . . ■ ,3o 24, 3o 35 

Les Glaciers (245o m ). 

-+- . 

n..; 47!0 5267 6160 OIOO 

n 336o 4n8 34o5 2820 25o5 

V/m 19 20 16 i3 11 

Charge élémentaire admise : e = 4!77-io — 10 U. E. S. 

Valeurs moyennes du nombre d'ions par centimètre cube de Jour et de nuit. 

Moyenne Rapport 

Jour. Nuit. journalière. nuit/jour. 

Observ. Vallot (^358™) «1988 rcio54 m5665 n 6cr8o «3826 n 356 7 ni, 85 «5,76 

+ '—'-+- — ■ -+- — -+- — 

Les Glaciers (2!^oo m ) n 4338 n 3700 n 5o~6 ^919 «4707 «3809 ^1,17 11,06 



112 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

7° Il existe un certain parallélisme entre les variations simultanées du 
champ électrique à l'altitude de 4358 m et 3o5o ra , alors qu'aux mêmes 
moments, à 245o m , l'électromètre oscille d'une manière quelconque. 

8° Le gradient de potentiel moyen est sensiblement le même à Vallot et 
aux Grands Mulets, alors qu'il est notablement plus faible à la station infé- 
rieure des Glaciers. 

Les mesures sont en quelque sorte dépourvues de l'influence des facteurs 
météorologiques pour avoir été faites en période anticyclonique, dans un 
air relativement calme, à pression barométrique constante. Toutefois, le 
6 septembre, vers 16", un front froid envahit progressivement la vallée de 
Chamonix et provoqua au contact des masses chaudes qu'il souleva une 
épaisse couche de brouillard. A son passage aux trois stations on observa 
à la fois une forte chute de tension et une augmentation de l'ionisation. 
La vitesse ascensionnelle de ce banc de brouillard fut de 23,5 m/ min. A la 
surface supérieure les ions + furent en excès et à l'intérieur, par contre, 
l'ionisation tout en augmentant gagna proportionnellement davantage 
d'ions — que d'ions -}-. 

Les atmosphériques observés à Vallot et au sommet du Mont Blanc au 
moment du lever et du coucher du soleil présentent sensiblement les mêmes 
anomalies qu'en plaine. A Vallot la réception T. S. F. nocturne est au moins 
trois fois plus intense qu'à 25oo m . Ce fait est imputable à la conductibilité 
de l'air qui de nuit est environ cinq fois plus forte à 4358 m qu'à 25oo m ou 
au-dessous, d'après mes observations. 

La séance est levée à i6 h . 

E. P. 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 

SÉANCE DU LUNDI 21 JUILLET 1950. 

PRÉSIDENCE DE M. Pierbe TERMIER. 



MEMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 



M. le Président souhaite la bienvenue à Farid Boujlad rey, membre de 
l'Institut d'Egypte, qui assiste à la séance. 



ASTRONOMIE. — Les stations astronomiques de Châtillon-sous-Bagneux . 

Note (." ) de M. G. Bigourdan. 

Le plateau de Châtillon ( 2 ), situé à i6o m d'altitude, offre une des vues les 
plus belles et les plus dégagées des environs de Paris ; aussi a-t-il été, à 
diverses reprises, utilisé pour des stations astronomiques plus ou moins 
permanentes dont je voudrais rappeler le souvenir et fixer les coordonnées. 

Le Moulin de Fontenay . 

. Ce moulin, qui a disparu depuis longtemps, fut une station secondaire ou 
d'essai lors de la détermination de la vitesse du son, faite par ordre de l'Aca- 
démie des Sciences, en 1738, par Cassini de Thury, Lacaille et Maraldi 
(Mém. Acad., H. p. 1 et M. p. 128 . . .). Bientôt elle fut remplacée par la 
station du Château de l'Hay qui se trouve plus rapproché des lignes droites 
joignant les stations principales, Montmartre (Pyramide) — Observatoire 
— Tour de Montlhéry. 



( 1 ) Séance du 3o juin iq,3o. 

( 2 ) Auguste Lepage, Voyage aux pays révolutionnaires (Plateau de Châtillon). 
Paris, 1877, * vol. petit in-8 de xj + a5i pages, p. 233. 

C.R , 1900, 2e Semestre. (T. 191, N° 3 ) 10 



Il4 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Les coordonnées du Moulin furent déterminées en 1 739-1 740, lors de la 
seconde mesure de la méridienne de l'Observatoire ; et la Méridienne vérifiée 
de Cassini III et de Lacaille (p. 124, . . . 277, . . . etxxiij, . . . ) donne, par 
rapport à l'Observatoire, pour les distances respectives à la méridienne et à 
la perpendiculaire : 2189 toises et 2424 toises \. 

La Description géométrique de la France (p. 35, 54) confirme ces nombres 
en donnant 2189 et 2425. On a donc pour les coordonnées de ce moulin : 

A-C=2i89=3'.i 9 ff ,i7==13*,94.0; Acp= - ^rt§ = - 2'. 33", 02; 9 = 48°. W.38'. 

La tour de Châtillon, dite de Crov{ { ). 

Cette tour, considérée souvent comme un observatoire, et où furent faites 
en effet diverses observations astronomiques, eut une existence assez courte 
et a disparu depuis longtemps. Je me propose de déterminer ses coordonnées 
exactes et d'indiquer, d'après des documents peu connus, sa véritable his- 
toire, aujourd'hui bien ignorée ( 2 ). 

Disons d'abord quelques mots de son fondateur, le duc de Croy, dont les 
biographes ne considèrent ordinairement que la carrière militaire. 

I. Emmanuel, prince de Solre, plus tard duc de Croy, naquit à Condé- 
en-Hainaut le 23 juin 1718. Il embrassa la carrière des armes, prit bonne 
part à la victoire de Fontenoy (1745), et fat chargé en 1757 du commande- 
ment des troupes en Artois, Picardie, Calaisis et Boulonnois; c'est alors 
qu'il mit en état de défense les côtes de ces provinces et qu'il fit élever au 
bord de la mer, sur les rochers en face le village d'Houvault, près de Bou- 
logne, la tour ou fort qu'on y voit encore, et qu'on appelle aussi tour de 

Croy. 

En 1763, il fit restaurer le port de Dunkerque, puis en 1783 reçut le bâton 
de Maréchal de France et mourut peu après, le i3 mars 1784. 

Il consacrait à l'étude des Sciences (Géographie, Histoire naturelle, etc.) 
la majeure partie du temps que lui laissaient les affaires. Il avait étudié 
particulièrement les questions géographiques relatives aux régions polaires, 

( 1 ) On prononce Crouy et même aujourd'hui on l'écrit souvent ainsi. 

( 2 )Dans la Notice historique sur Châtillon, publiée par le Département de la Seine 
dans Y État des Communes à la fin du xix c siècle (Montévrain, 1901), on lit, p. 8 : 

Ghâtillon, en langue d'oïl, Castillon en langue d'oc et basque a toujours la même 
signification; celle d'un château fort. Rien n'est moins surprenant qu'on en ait élevé 
un sur le plateau de Ghâtillon, et il y a tout lieu de penser que ce que l'on appelle 
encore aujourd'hui la tour de Crouy en représente l'emplacement. 



SÉANCE DU 21 JUILLET ig3o. n5 

ce qui faisait dire à D'Anville que les pôles étaient comme son pays 
familier; d'ailleurs en 1782 il publia un Mémoire sur le passage par le Nord, 
passage dont l'existence était alors en discussion et dont il s'entretint par- 
fois avec Louis XVI. 

En 1766 il espéra un instant devenir membre honoraire de l'Académie 
des Sciences, mais le ministre Saint Florentin lui préféra Gourtanvaux. 

En 1771 il travailla aux Instructions qui furent remises à Kerguélen 
pour son voyage et fut même chargé de réunir les instruments astrono- 
miques destinés à cette mission. 

Dans le temps, trop court à son gré, qu'il pouvait passer à Paris, il fré- 
quentait les collectionneurs, les ingénieurs et surtout un grand nombre de 
membres de l'Académie des Sciences, assistait à leurs expériences, à leurs 
leçons. Ainsi il fut témoin des expériences de Lavoisier sur la combustion 
du diamant. Mais l'Astronomie l'attirait plus particulièrement; il s'était 
procuré divers instruments (< ) de prix, et soit à Paris, soit dans sa province, 
il ne laissait passer aucune éclipse sans l'observer. 

Il a composé de volumineux ouvrages, restés la plupart manuscrits, de 
genre à la fois philosophique et scientifique, pour lesquels il se faisait beau- 
coup aider par les savants de l'époque ( 2 ) : tels sont une Histoire naturelle, qui 
formait 9 volumes, des vues sur le Système de ï Univers, etc. et un Journal( 3 ) 
de sa vie, écrit jour par jour; le manuscrit forme 4i volumes in-4°, con- 
servés aujourd'hui à la bibliothèque de l'Institut; c'est à ce Journal que 
nous empruntons les renseignements suivants sur la tour dont nous parlons. 

IL Le 26 août 1763, passant à Châtillon, il est frappé de la belle vue 
dont on y jouit, et dit-il, «bien tenté d'y bâtir». Au sommet, au bord de la 



(*) i° Un héliomètre de Sayde, acheté en 176/+; 

2 Une lunette achromatique de Létang, de 9 pieds, achetée en 1765; 
3° Un télescope de 4 i- pieds, construit sans doute par le P. Noël; 
4° Une lunette achromatique de 3 | pieds qui fut employée par Le Monnier, dans 
l'observation de l'éclipsé horizontale de Lune du 23 décembre 1768; 
5° Lunette fixe. 

( 2 ) Notamment Lalande pour l'Astronomie, Nollet pour la Physique, Macquer pour 
la Chimie, Valmont de Bomare pour l'Histoire naturelle, etc. 

( 3 ) Ce journal, pour la partie qui se rapporte à Paris et à Versailles, a été publié par 
le vicomte de Grouchy et P. Cottin sous le titre : Journal inédit du Duc de Croy, 
1718-1784. Paris, 1906-1907, 4 vol. in-8». Déjà des extraits de ce Journal avaient été 
donnés par le vicomte de Grouchy. 

On rencontre parfois dans ce Journal des remarques météorologiques intéressantes. 



Il6 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

route, se trouvait une glacière formant butte : avec l'autorisation du pro- 
priétaire, le sieur Rafard, il s'élève avec des échelles de manière à dominer 
les arbres et s'assure qu'on y est à la hauteur des toits de Meudon. Son 
parti est pris aussitôt : un acte passé le 10 septembre 1763 avec M. Rafard 
lui donne le droit, moyennant deux louis d'or par an, pour lui et ses héri- 
tiers, de faire élever un belvédère sur la glacière ( ' ). 

La charpente esj, commencée aussitôt, car il bornait d'abord son ambi- 
tion à un*belvédère en bois pour dominer les arbres, et comptait n'y 
dépenser que 8oo#. Mais lorsque, en janvier 1764, on eut apporté les bois 
nécessaires, il s'aperçut que la dépense irait bien plus loin et fut sur le point 
de renoncer à son projet, étant « honteux de faire une pareille folie ». Il 
voulut cependant y conduire Cassini (III) qui, dit-il, ■« ayant parcouru 
toutes les belles vues de France et d'une grande partie de l'Allemagne, la 
jugea la plus belle. Tout cela me détermina à y faire un vrai belvédère 
avec un petit logement ». 

En mai on monta la charpente « qui faisait, de notre maison de Paris, et 
de partout, un grand effet. Aussi en parlait-on beaucoup ». 

Tout étant terminé, en février 1766 il achève, dit-il, « de payer 
Châtillon qui me coûta, avec tous les meubles et ajustements, en tout 
28200 livres. C'était bien cher pour une pareille folie, mais pas trop pour 
la réussite et la beauté de l'endroit, qui était généralement admiré quand 
on y allait par beau temps, car cette vue écrasait toutes celles des environs 
de Paris et maisons du Roi, ... ». 

Dans la suite il revient souvent, dans son Journal, sur le charme de cette 
belle vue, et c'est d'ordinaire pour regretter de n'eu pouvoir jouir, étant 
retenu dans son gouvernement : Alors 41 habitait l'Hermitage, non loin 
d'Amiens et propriété de famille qu'il avait beaucoup embellie. 

Quant à la tour de Châtillon, elle dépérit assez vite, car en 1779 il fallut 
la refaire presque en entier -, mais dès l'année suivante « elle était remeublée 
et à neuf, et, en tout, mieux que la première fois ». 

Sa durée ne fut cependant pas bien longue cette seconde fois, car d'après 
Delambre ( 2 ), en 1810 elle n'existait plus; mais en 1793, il avait pu 

(!) Cela est en contradiction avec Delambre (Hist. de VAstr. au xviu e siècle, p. 228) 
d'après lequel la tour aurait été construite pour la détermination de la réfraction hori- 
zontale. 

( 2 ) Base du Système métrique décimal, t. III, page 16 de la Table finale. 



SÉANCE DU 21 JUILLET IO^O. 117 

l'insérer dans ses triangles de la méridienne (' ). Plus tard, Tranchot relia 
cette tour à Brie, au Panthéon et aux Invalides ( 2 ). 

Ainsi cette tour survécut peu à son fondateur, et cela s'explique 
puisqu'elle était bâtie sur un terrain simplement loué. D'ailleurs nous n'en 
connaissons aucune description détaillée ( 3 ). 

BIOLOGIE VÉGÉTALE. — Hérédité des phases de V ouverture des fleurs 
chez les Pavots. Note ( 4 ) de M. L. Blamnghem. 

Pour constater l'hérédité des phases de croissance et des mouvements 
(tailles successives des boutons, gonflements, courbures et redressements) 
qui précèdent l'ouverture des fleUrs en général, il est indispensable d'utiliser 
des lignes pures pedigrees. J'ai déjà insisté sur ce point à propos des méthodes 
et des résultats dans l'hybridation des Lins à fibres ( â ); les fleurs de Lins 
sont fugaces et fragiles; on dispose d'au plus i5 minutes pour suivre l'ou- 
verture du bouton, celles des anthères et les mouvements de déroulement 
et d'enroulement des stigmates. J'ai noté des phénomènes du même ordre 
chez des genres de plantes appartenant à des familles voisines des Linées 
(Papavéracées, Géraniacées), offrant des fleurs plus grosses et des phases de 
croissance florale plus lentes et plus échelonnées; je puis décrire aujourd'hui 
des phénomènes parallèles chez quelques Linum et en particulier des Lins à 
fibres et leurs hybrides (Linum usitatissimum L. x L. angustifolium et réci- 
proques) et chez le Pavot à opium (-Papaver somniferum L. et ses hybrides) 
avec l'espèce sauvage méditerranéenne Papaver setigerum DC. 

La principale difficulté, pour établir les analogies, est l'obtention de 
lignes pures de Pavots; la longue durée des boutons et de l'épanouissement 
et la recherche marquée du pollen de ces Pavots par les abeilles et les 
bourdons rendent très difficile l'isolement des lignées. 

(^Dans le triangle 4o (Brie-Montlhéry-Tour de'Croy). Voir"/?, du S y st. met., 
t. I, 2 e partie, p. io5, 108. m, 123, 129, i3o, i32 et 523 pour les valeurs définitives 
•des angles de ce triangle. Vojr aussi t. II, p. 812. et t. III, p. a5i. 

( 2 ) B. du Syst. met., t. î, p. 543. 

( 3 ) La partie supérieure était formée, à ce qu'il semble, par un salon percé de 
huit fenêtres et qui était comme suspendu dans les airs. On pouvait même monter 
au-dessus du toit. 

('") Séance du 16 juillet ig3o. 

( 5 ) Comptes rendus, 182, 1926, p. 278, et Revue Bot. appliq. et Agricult. colon.. 
5. 1926, p. ig3 et 263. 



Il8 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Par un hasard heureux, la forme pseudoparthénogénétique de Papaver 
setigerum DC. lignée Bellevue, introduite d'Algérie dans mes cultures de la 
Station Berthelot en 191 4, s'y reproduit fidèlement et sûrement en raison 
du fait que les ovaires sont fécondés, à Bellevue (Seine-et-Oise) trois jours, 
avant l'ouverture des boutons ( 1 ); cette lignée est d'une uniformité absolue. 
J'ai fait l'épreuve de diverses races de Papaver somniferum L. cultivées, 
sans réussir à les épurer sauf une; c'est une forme horticole, isolée en 1925 
dans un lot de semences de la maison Vilmorin Andrieux, à fleurs blanches 
et à graines blanches que je crois pouvoir identifier avec le Pavot blanc de 
Chine, ou Papaver Mursellii Hort. ; il a fallu cinq années de ségrégation et 
d'isolement pour l'avoir en parfait état de pureté. Or cette race ancienne, 
déjà distinguée par les horticulteurs qui lui ont donné un nom latin, paraît 
être celle qu'on trouve figurée dans les tableaux chinois et japonais du 
xv e siècle; ses fleurs grandes et simples sont remarquables par leur blanc 
parfait et leur épanouissement offre aussi la plus grande homogénéité. 

L'hybride réalisé entre ces deux lignées est lui-même uniforme en 
première génération, assez fertile; mais les étamines de tous les individus 
examinés renferment du pollen avorté (17 à 38 pour 100) et ce résultat 
confirme l'opinion que j'ai émise en 1925 à savoir que Papaver setigerum DC. 
n'est pas le vrai prototype du Pavot œillette, ni du Pavot à opium. Cette 
remarque faite il faut noter que, chez les hybrides, même de première gé- 
nération, les irrégularités sont plus nombreuses et plus variées que chez les 
souches parentes épurées. Ainsi la variation des bandes stigmatifères oscille 
chez l'hybride entre 3 et 9 alors qu'elle est cantonnée entre 4 et 8 chez 
P. setigerum, entre 5 et 8 chez P. Mursellii. La taille des anthères surtout 
varie chez l'hybride ainsi que la couleur des anthères, ce qui trahit les irré- 
gularités de la descendance. Mais au point de vue végétatif, l'hybride est 
assez homogène et nettement intermédiaire entre les parents avec domi- 
nance marquée de la couleur violacée des fleurs qui est même plus accusée 
que chez P. setigerum lignée Bellevue. 

Le point sur lequel je tiens à insister ici est le mode d'ouverture des 
fleurs ; il est nettement distinct chez les parents quoique tout à fait constant 
pour chaque race et différent aussi chez l'hybride premier, nettement hors 
des cadres fournis par les parents. 

Pour P. setigerum DC, les jeunes boutons sont bien dégagés des feuilles 
sous-jacentes, à Bellevue, en juin-juillet, 6 jours avant l'épanouissement de 



(^ Bull. Soc. botanique France, 72, 1925, p.~Ô23. 



SÉANCE DU 21 JUILLET 1980. 119 

la fleur ; le pédoncule croît de l\ fois la longueur du bouton le jour suivant (I), 
de i5 fois la longueur du bouton le lendemain (II); aujour(III)lesétamines 
sont ouvertes; les pétales et les filets des étamines ont atteint la moitié de 
leurs dimensions linéaires, l'ovaire le tiers. C'est la phase critique et le 
pédoncule fortement arqué, jusques et y compris ce jour, va se redresser 
progressivement, jusqu'à l'anthèse qui se produit le matin du jour (VI). 
J'ai noté cependant la fragilité des boutons et le retard qu'entraîne la 
compression des jeunes boutons au cours de l'évolution normale de la fleur. 

Pour Papaver Mursellii Hort., les boutons sont à peine visibles 6 jours 
avant l'anthèse; ils se dégagent le jour suivant (I),,le pédoncule s'allonge 
de 10 fois sa longueur durant les jours (II) et (III), mais les pétales et les 
filets des étamines restent courts tandis que les anthères nacrées et longues 
n'ont encore que la moitié de la taille définitive; au jour (IV) le pédoncule 
arqué jusque-là se redresse et le bouton éclate sans s'ouvrir le jour (V); à 
cet éclatement qui se produit dans le cours de la journée, correspond 
l'ouverture des anthères dans les boutons; le pollen devient apparent et 
peut se répandre sur les bords du plateau stigmatifère ; la fleur s'ouvre le 
matin de (VI) et, en réalité, c'est au cours de la nuit précédente que le 
pédoncule se redresse et que le plateau stigmatifère est porté au-dessus des 
étamines ouvertes. Dans la matinée de ( VI) l'intervention active des abeilles 
et des bourdons est nécessaire pour assurer la complète fécondation terminée 
à midi; les pétales sont tombés le soir même. 

L'hybride n'ouvre ses étamines que le jour (VI) et lorsque les pédoncules 
dressés portent à la taille définitive le support de la capsule qui continue 
à se développer. On constate alors que les étamines, encore opalescentes, 
se dessèchent dès l'ouverture de la fleur, mais subsistent toute la journée 
ainsi que les pétales et plus longtemps que ceux-ci ; la durée d'épanouisse- 
ment est fonction de l'avortement du pollen, fait déjà connu. Mais il appa- 
raît des divergences individuelles en rapport avec l'importance des avorte- 
ments des grains de pollen ; le nombre des étamines et la grosseur de la fleur 
paraissent cette fois avoir un retentissement sur le mode et les durées des 
phases d'ouverture ; en un mot, il s'introduit chez l'hybride des éléments 
d'irrégularité qui paraissent et sont en fait nettement liés à la formation et 
à la maturation hétérogène des pollens. 

C'est donc, en définitive, à la régularité de la formation et de l'ouverture 
des étamines qu'il y a lieu de rapprocher la régularité et l'homogénéité de 
l'ouverture et des mouvements des boutons floraux chez Papaver comme 
chez Linum. Or cette constatation offre un grand intérêt pratique ; il est 



120 ACADEMIE DES SCIENCES. 

assez difficile de se rendre compte en Europe occidentale, qui est une région 
extrême de la culture du Lin, de la valeur et de l'homogénéité des lots soumis 
à différents effets de dégénérescence ( H ). J'ai voulu me rendre compte si 
l'état hybride primitif des lignées, et j'en ai trouvé en cet état plus de 
95 pour 100 dans les isolements faits en France, jouait un rôle et j'obtins 
une démonstration précise par les expériences délicates que j'ai pu réaliser 
avec deux races épurées et très homogènes de Papaver somniferum L. 



PATHOLOGIE COMPAREE. — Sur V adaptation à l'homme des trypano- 
somes pathogènes de mammifères . Note de M. F. Mesnil. 

Jusqu'en 1902, l'opinion était que l'homme a le privilège de ne pas con- 
tracter de trypanosomiases; il restait indemne là où les animaux (chevaux 
et bovidés) qui l'accompagnaient contractaient la « maladie de la mouche» 
(tsé-tsé). Après les découvertes de Dutton, de Castellani, Bruce et 
Nabarro, il fallut bien reconnaître que l'homme pouvait, non seulement 
contracter des infections à trypanosomes, mais encore qu'une maladie 
humaine particulièrement grave, la maladie du sommeil, correspondait à 
la seconde période d'une pareille infection. 

Pendant quelques années, on a regardé les trypanosomes humains et 
les trypanosomes de mammifères comme relevant d'espèces différentes. 
Mais la découverte du Tr. rhodesiense , convoyé par la Glossina morsitans, 
a amené peu à peu les auteurs anglais à une autre conception. N'arrivant 
pas à distinguer ce trypanosome du Tr. brucei, agent du nagana, ni chez 
les mammifères d'expérience, ni chez les tsé-tsés,ils ont émis la supposition 
que Tr. rhodesiense est identique à Tr. brucei. Cette vue a été combattue 
d'une part par Laveran (expériences négative d'immunité croisée), d'autre 
part parles savants allemands Taute et Fischer qui ont inoculé sans succès, 
en Afrique orientale, dans les foyers même du Tr. rhodesiense, i3i indi- 
vidus avec du sang nagané. Entre temps, ayant découvert (avec Rin- 
genbach) la' sensibilité du Tr. rhodesiense au sérum humain, j'émettais (1914) 
la supposition que le Tr. rhodesiense « est d'adaptation relativement récente 
à l'homme ». Je faisais allusion aussi à l'infection contractée au laboratoire 
par un professeur italien de Clinique vétérinaire, A. Lanfranchi, infection 



(!) Comptes rendus, 179, 1924, p. 4i8 ; et Revue Bot. appl. et Agric. colon., 38 
et 39, 1924, p. 633 et 737. 



SÉANCE DU 21 JUILLET ig3o. 121 

que nous avions étudiée, M. Blanchard et moi-même, sur les animaux de 
laboratoire. Au moment où il tomba malade, le professeur Lanfranchi 
avait le Tr. evansi du surra dans son laboratoire, ainsi que n^s expériences 
l'établirent indubitablement. A la vérité, les épreuves immunologiques 
nous avaient amené à rapprocher le Tr. lanfranchii du Tr. gambiense, bien 
que certaines réactions révélassent des affinités avec le Tr. evansi; Lanfranchi 
lui-même a mis en évidence d'autres faits en faveur de ces mêmes affinités. 
Une conclusion définitive était difficile à formuler. J'ai eu néanmoins à 
diverses reprises l'occasion d'appeler l'attention sur l'intérêt de ce cas au 
point de vue de l'adaptation possible à l'homme de trypanosomes regardés 
comme pathogènes pour les animaux seulement. 

L'interprétation d'un autre cas, qui s'est produit l'an dernier à l'Institut 
Pasteur, me paraît beaucoup plus facile. Un aide de laboratoire s'est infecté 
par la piqûre de l'aiguille d'une seringue chargée de sang contenant du 
Tr. brucei. Je n'avais donné au laboratoire en question que du Tr. brucei; 
les recherches que M. Vaucel a entreprises dans mon service pour l'iden- 
tification du trypanosome recueilli chez le malade ont montré clairement 
que ce trypanosome était bien celui que nous étiquetons brucei et qu'il était 
différent de celui que nous étiquetons gambiense ( ' ). 

Comment l'infection a-t-elle pu se produire ? Nous avons toujours eu 
l'opinion que la propriété du sérum humain, d'agir sur les trypanosomes 
pathogènes, joue un rôle important dans l'état réfractaire de l'homme. Nous 
avons demandé à M. Vaucel de compléter son identification en recherchant 
l'action du sérum humain normal sur notre Tr. brucei, et il a constaté que 
ce trypanosome, autrefois assez sensible au sérum humain (c'est avec lui 
que Laveran et moi-même avons réalisé nos expériences de 1901), l'était 
très peu maintenant. Il était donc dans des conditions relativement favo- 
rables pour infecter l'homme. Mais cette condition, sans doute nécessaire, 
ne saurait être suffisante. Nous savons, d'une part, qu'on peut faire acquérir 
à un trypanosome des propriétés de résistance vis-à-vis du sérum humain, 
ou, ce qui revient comparativement au même, du sérum de cynocéphale, 
sans pouvoir infecter l'homme ou le cynocéphale. Jepuis ajouter, d'autrepart, 
que des essais, restés inédits, ont été pratiqués avec notre Tr. gambiense au 
début de 1929, dans le service du professeur Sicard, et à sa demande, par 
le D 1 Vaucel, dans un but de pyrétothérapie de la paralysie générale; ils 

( 1 ) M. Vauckl, Bail, de la Soc. de Pathologie exotique, 23, séance du 9 juil- 
let 1980 (à paraître). 



122 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

furent interrompus par la mort du D l Sicard. Or aucun des trois malades 
inoculés n'a montré de fièvre; jamais on n'a vu de trypanosome à l'examen 
direct, même* après centrifugation du sang. Il semble donc bien que ces 
malades n'ont pas été infectés. Et pourtant la souche de Tr. gambiense uti- 
lisée, qui, je l'ai montré en 1926, est en voie de devenir sensible au sérum 
humain, l'est encore relativement peu et s'est montrée, dans les expériences 
de Vaucel, au moins aussi réfractaire au sérum humain que le Tr. brucei. 
Et l'on arrive logiquement à l'idée qu'il faut d'autres conditions pour qu'un 
trypanosome, soit d'origine animale, soit « animalisé » par conservation sur 
animaux de laboratoire, force la barrière humaine. Ces conditions sont sans 
doute d'ordre individuel, et Ton peut se demander si l'une d'elles ne relève 
pas des propriétés trypanocides du sérum de l'individu sensible. Cette idée, 
que j'ai exprimée à plusieurs reprises, est aussi celle que Yorke, Adams et 
Murgatroyd viennent de publier pour expliquer la genèse des infections à 
Tr. rhodesiense : elle explique, en effet, le caractère sporadique de cette 
maladie humaine, que les savants allemands n'ont pu reproduire expéri- 
mentalement. Malheureusement, sa vérification est difficile en raison des 
anticorps contre les trypanosomes que les individus infectés acquièrent vite. 
J'ai recherché quel était vis-à-vis d'un trypanosome hétérologue (Tr. evansi) 
le pouvoir trypanocide de notre malade un an après son infection : il était 
celui d'un assez bon sérum normal. 

Quoiqu'il en soit, il nous paraît démontré expérimentalement qu'un try- 
panosome d'origine animale tel que le Tr. brucei peut s'adapter à l'homme, 
et cette constatation est par elle-même des plus intéressantes. 



PLIS CACHETES. 



M. Raoul Grimoin-8an!>on demande l'ouverture d'un pli cacheté reçu 
dans la séance du 10 septembre 1928 et inscrit sous le n° 10041. 

Ce pli, ouvert en séance par M. le Président, contient une Note sur V emploi 
du chlorure d'or comme agent thérapeutique. 

(Renvoi à l'examen de M. Ch. Richet.) 



SÉANCE DU 21 JUILLET igSo. 123 



CORRESPONDANCE. 

M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la 
Correspondance : 

- N. Joukowski. Théorie tourbillonnaire de V hélice propulsive, traduit du 
russe par A. Apostol, revu et annoté par W. Wettchinkine. Préface de 
W. Margoulis. 



MOTEURS A EXPLOSION. — Sur la propagation de la combustion dans les 
mélanges carbures. Note de MM. M. Aubert et R. Duchêne, transmise par 
M. Cotton. 

Les études que nous résumons ici constituent une suite à celles entreprises 
depuis plusieurs années et qui ont déjà fait l'objet de deux Communications 
en 1928 ( 1 ). 

La méthode appliquée est toujours l'enregistrement photographique ; 
mais, afin de pouvoir utiliser des taux de compression supérieurs, la chambre 
d'explosion n'est plus constituée par un tube de verre prolongeant un 
cylindre métallique, elle est forée dans le même, bloc d'acier. Une petite 
fenêtre rectangulaire, en verre épais, permet de suivre le déplacement de la 
flamme suivant toute la longueur delà chambre d'explosion. 

Le cylindre a un volume total de 569 cm3 , la chambre d'explosion, qui a 
ioo mm de longueur, a un volume de 96^'. Le taux de compression volumé- 
trique est par suite de 5,9. L'allumage est fait par bougie en fin de com- 
pression. 

Les essais ont porté sur divers carbures (benzène, hexane, heptane, 
amylène) ainsi que sur quelques carburants usuels. Nous avons opéré soit à 
la température ambiante (i5°), soit en maintenant une température de 5o 
à 53° à l'intérieur de la chambre d'explosion. 

Nous avons obtenu quelques résultats qui peuvent contribuer à éclairer la 
question très complexe des phénomènes observés dans les moteurs à explo- 
sion aux compressions élevées. - ■ 



(*)■ Duchène, Comptes rendus, 186, 1928, p. 200, et 187, 1928, p. 220.- 



124 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 



i° La courbe de propagation du front de flamme en fonction du temps 
présente toujours l'allure générale que nous avons signalée mais avec des 
vitesses supérieures comme le montre le tableau ci-dessous. On voit 
l'influence très notable de la température du cylindre sur la vitesse delà 
flamme. 



Carburant. 

Benzène, 

Benzol auto. . . . \ 

Hexane 

Heptane 



Essence ordi- 
naire (tourisme). 









Temps en 


f Vitesse 












1 millième 


moyenne 












de seconde 


de 












que met 


propagation 






Richesse 






la flamme 


au cours 






de 


Taux 




à parcourir 


de ce 






charge 


de com- 




la chambre 


premier 






en mm 3 


pression 




d'explosion 


passage 


Vitesse 




par 


volu- 


Tempéra- 


delà bougie 


de 


maximum 




litre. 


métrique. 


ture. 


au piston. 


la flamme. 


observée. 


Observations. 


191 


5 ,9 



i5 


8,3 


12 


4o 


Noircissement progressif. 


'9 1 


5,9 


i5 


8,2 


12 


20 


Id, 


io3 




53 


2,6 


3 9 


90 


Id. 


191 




i5 


7,5 


14 


33 


Au bout de 9 millièmes 
de sec. prend naissance 
la déflagration générale. 


io3 




5o 


4 


25 


5o 


L'inflammation généra- 
lisée a lieu au bout de 
3 millièmes de sec. 


io3 




*53 


5 


20 


7 5 


Inflammation généralisée 
au bout de 3,7 mil- 
lièmes de sec. 


191 


- 


T 5 


- 


- 


- 


Inflammation très diffi- 
cile, photo très pâle. 


i4o 




5o 


5,6 


18 


67 


Inflammation généralisée 
au bout de 5 millièmes 
de seconde. 



2° Nous avons signalé que certaines photographies obtenues présen- 
taient une discontinuité dans le noircissement photographique : à un début 
de propagation très pâle succédait brusquement une flamme très actinique 
se propageant aussi bien dans les gaz vierges que dans les gaz déjà traversés 
par la flamme, mais incomplètement brûlés. Nous avons trouvé régulière- 
ment ce mode de propagation avec les nouvelles conditions expérimentales. 

A la température ordinaire cette déflagration généralisée a été observée 
pour Fhexane mais elle se produit seulement après que la flamme a par- 
couru toute la chambre d'explosion. Pour le benzène et divers carburants 
essayés rien de semblable n'a été observé ; on distingue bien quelquefois 



SÉANCE DU 21 JUILLET 1930. 125 

une flamme de retour dans les gaz brûlés mais celle-ci semble faire suite" 
immédiatement à la flamme initiale comme si elle s'était réfléchie sur le 
fond de la chambre d'explosion (constitué par le piston). 

A la température de 5o° environ, cette déflagration générale se produit 
pour l'hexane, Theptane, l'essence ordinaire, et elle a lieu plus tôt, avant que 
la flamme ait terminé sa première traversée. Les carbures aromatiques ou 
les carburants, qui en contiennent une proportion notable, ne présentent 
pas cette brusque déflagration. 

Il nous semble que ces faits sont à rapprocher des phénomènes de « cogne- 
ment » que l'on observe avec l'heptane, l'hexane et les essences aliphatiques 
alors qu'on ne les obtient pas avec les carbures aromatiques. Il serait peut- 
être légitime de penser que le cognement est dû à cette déflagration généra- 
lisée, très différente d'ailleurs, par sa vitesse de propagation, de la détonation 
à laquelle on attribue souvent le cognement dans les moteurs. 

Dans le but de vérifier la concordance entre le cognement et l'enregistre- 
ment photographique, il a été utilisé un moteur spécial permettant de com- 
parer les qualités de diverses essences au point de vue de leur résistance au 
cognement (moteur monocylindrique muni d'un détecteur Midgley)('). 

Une essence commerciale a été comparée au mélange de la même essence 
avec 4 pour 100 d'amylène qui, comme les composés éthyléniques, jouit de 
propriétés antidétonantes. 

L'appareil Midgley indique que l'essence est notablement plus détonante 
que le mélange essence-amylène. 

D'autre part, la méthode photographique donne deux images tout à fait 
différentes, l'une (essence et amylène) présente un noircissement progressif 
alors que l'autre indique une combustion généralisée qui prend naissance 
au cours de la propagation. 

OPTIQUE. — Absorption comparée des acides tartriques actif s et racémique 
en solution aqueuse. Note de MM. G. Bruiiat et J. Terrien, transmise 

par M. A. Cotton. 

Dans des articles récents, M. Cotton a rappelé que le mélange en pro- 
portions égales de deux solutions alcalines de tartrates de cuivre droit et 



{ l ) Il s'agit du dispositif de l'Ethyl Gazoline Corporation qui est en service à la Société 
Lille, Bonnières. 



126 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

gauche présente une absorption différente de celle des solutions actives ( 1 ) ; 
la différence des densités optiques, mesurée par Gheorghiu ( 2 ) pour la 
raie 546 1 du mercure, est d'environ 20 pour 100. Il nous a paru intéressant 
de rechercher si les mélanges de solutions d'acides tartriques droit et 
gauche présentaient la même propriété dans la région ultraviolette du 
spectre pour laquelle nous avons étudié précédemment l'absorption de 
l'acide droit ( 3 ). 

La difficulté signalée lors de ces dernières mesures s'est retrouvée dans 
cette nouvelle étude : des échantillons divers d'acide tartrique donnent 
toujours des absorptions différentes, et l'absorption d'une solution augmente 
avec le temps par suite de l'attaque des parois du flacon où on la conserve 
ou du tube dans lequel on la place pour les mesures. C'est-d'ailleurs pour 
cette raison qu'on ne peut pas considérer comme définitifs les résultats déjà 
anciens de S tewart ( 7 '), qui a indiqué l'existence d'une différence d'absorp- 
tion assez considérable entre une solution racémique et des solutions actives 
droite et gauche de même concentration, mais qui préparait séparément 
ses trois solutions à partir des trois acides cristallisés. Nous nous sommes 
au contraire toujours astreints à préparer la solution racémique par 
mélange des deux solutions actives, et à faire les mesures le plus rapidement 
possible sur les trois solutions droite, gauche et racémique. 

La plupart de nos mesures ont été faites avec des solutions contenant i5 g 
d'acide dans ioo cm '; celles qui sont relatives aux raies 2653 et 2537 de l'arc 
au mercure ont été faites par photométrie photographique régulière, sui- 
vant la méthode précédemment décrite, avec de la lumière purifiée spectra- 
lement par un monochromateur double. Pour les longueurs d'onde plus 
courtes, nous nous sommes contentés de faire, au spectrographe Féry, des 
mesures comparatives par variation du temps de pose; ce procédé, qui ne 
permet pas de donner la valeur absolue de la densité optique, permet pour- 
tant d'évaluer correctement de petites différences de densité. 

L'ensemble des résultats obtenus est représenté par le tableau suivant, 
qui donne les densités optiques yz d'une longueur z des trois solutions 
droite (D), gauche (G) et racémique (R) : 



(*) A. Cotton, Comptes rendus, 189, 1929, p. 121 1; Annales de Physique, 13, 
1930, p. 456. 

( 2 ) T.-D. Gheorgiu, Comptes rendus, 189, 1929, p. 1260. 

( 3 ) G. Bruhat et J. Terrien, Comptes rendus, 191, 1980, p. 3; 

( 4 ) A. W. Stewàrt, Journ. CJiem. Soc, 91, 1907, p. 1537. 



'/■ 



SÉANCE DU 21 JUILLET I93o. 127 

. yz. 

D-+-G tion °/ 

c»/ . X(A). a (cm). D. G. R. 2 ' de l'absorption. 

I. — Tubes de verre : 

10 2P7 IO 2,38 2,84 2,4o 2,61 — g 

i4 2653 40 ■ 2,45 3,6o 3,35 3,02 +10 

II. — Tubes de silice : 

l5 2 53 7 5 i,65 2,o5 i, 97 1 , 85 + 6,5 

i5 2537 5 1,70 2,11 2,00 *,9o5 -4- 5 

l5 a5 37 5 2,0.2 2,i5 2,2.5 2,09 + 7,5 

i5 2653 3o 2,00 2,22 2,08 2,11 — i,5 

i5 2653 3o i,84 2,14 1,89 1,99 —5 

III. — Spectro graphe Féry / 

i5 2537 5 a a _i_ 0) 3g a-4-0,19 a + 0,195 o 

i5 2483 1,7 «' a'+o,i5 «'+0,07 a-' -4-0,075 o 

i5 2400 0,2 a" a 7/ +o,oo • a"+o,oo a" + o,oo o 

a, a', a" sont des nombres, non mesurés, de l'ordre de 2. 

La solution droite (acide pur pour analyses Poulenc) et la solution 
gauche (acide recristallisé au laboratoire) n'ont jamais eu exactement la 
même absorption; mais la différence est toujours assez faible pour qu'on 
puisse appliquer avec certitude la loi des mélanges, et admettre qu'un 

mélange sans formation de racémique doit avoir la densité optique D + G . 

Les écarts entre la valeur ainsi calculée et la valeur effectivement mesurée 
sont donnés par la dernière colonne du tableau : on voit qu'ils sont tous 
beaucoup plus faibles que ceux qu'ont signalés Cotton et Gheorghiu pour 
les cuprotartrates complexes, et ne présentent rien de systématique : ils sont 
sans doute liés à l'altération des solutions. 

Nouspouvons donc affirmer que, depuis A = 2653 jusqu'à A = 2400 A, si 
les solutions d'acide racémique absorbent la lumière d'une autre façon que les 
solutions des acides actifs, les écarts sont inférieurs à l\ ou S pour 100 dans un 
sens ou dans Vautre, et la moyenne de nos résultats indique que les absorptions 
sont pratiquement identiques. Les mesures d'absorption confirment ainsi le 
résultat, déduit par Darmois, de mesures polarimétriques^), de la non-exis- 
tence des molécules d'acide tartrique racémique en solution. 



(*) E. Darmois, Transactions Faraday Society, 10, 1914, p. 38. 



128 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

SPECTROSCOPIE. — Sur le mécanisme de rémission continue de la molé- 
cule d'hydrogène. Note (') de M. Daniel Chalonge, présentée par 
M. Ch. Fabry. 

Dans un précédent travail ( 2 ) on a étudié les modifications que pro- 
voquent, dans le spectre continu de la molécule d'hydrogène, des variations 
dans les conditions d'excitation. J'ai essayé, dans la présente étude, de 
mettre en parallèle ces divers états d'excitation avec les différents aspects 
du spectre secondaire, et d'établir ainsi un lien entre les changements que 
subissent simultanément le fond continu et certains systèmes de bandes. 

Pour soumettre l'hydrogène à des excitations croissantes, je faisais dimi- 
nuer la pression dans le tube à décharges sans toucher au circuit extérieur ( 3 ). 
J'ai pu observer ainsi les faits suivants : 

i° Pour toutes les pressions considérées (de ioo ,,,m à o nm, ,o3 de mercure), 
les raies des systèmes de simplets qui ont comme niveau de base l'état ip { 2, 
conservent, comme il a déjà été signalé, des intensités relatives sensiblement 
constantes. Leur intensité absolue- peut varier avec l'excitation, mais on 
peut, en imaginant, dans chaque cas, les intensités de toutes les radiations 
multipliées par un même facteur, admettre que l'intensité de cet ensemble 
de raies simples reste invariable. Tous les résultats qui suivent sont énoncés 
dans cette hypothèse. 

2° Lorsque la pression décroît, l'intensité générale du système de triplets 
3/> :s II — 2.s*Z (bandes a ou bandes de Fulcher) reste d'abord à peu près 
constante, puis, au-dessous de o mm ,5, diminue rapidement. Déplus, la répar- 
tition des intensités entre les différentes bandes de ce système se modifie 
beaucoup. Aux fortes pressions, la transition o->o, entre les deux états de 
vibration nulle, est la plus fréquente ; à 3 mm , les bandes i -> i et 2->2 ont 
déjàprisune importance notable, et à o ,lira ,o3, les quatre bandes o->o, i ->i, 
2->2, 3^-3 sont d'intensité comparable (légèrement décroissante dans 
l'ordre de leur énumération). Enfin les bandes 3->2 et 2-> i augmentent 
sensiblement d'intensité aux faibles pressions. Le système 4/> 3 II — ' 2S '^ 
(bandes (3) se modifie de façon analogue, mais la complexité du spectre 



(*) Séance du 16 juillet 1980. 

( 2 ) Chalonge et Ny Tsi Zé, Comptes rendus, 190, ig3o, p. 632. 

( :; ) Le tube employé était presque toujours à électrodes extérieures excité par 
ondes entretenues (voir Chalonge et Lambrey, Revue d'Optique, 8, 1929, p. 332). 



SÉANCE DU 21 JUILLET 1980. " 129 

secondaire rend l'étude de ce système plus difficile. Il résulte des observa- 
tions précédentes que les faibles pressions ne favorisent pas seulement les 
états de simplets par rapport à ceux de triplets ('), mais, parmi ces derniers, 
favorisent les niveaux vibratoires élevés par rapport aux niveaux inférieurs. 
3° L'intensité générale du fond continu décroît- avec la pression et devient 
très faible à o mm ,o3. Déplus, la forme de sa courbe d'énergie se modifie ( 2 ) : 
si l'on trace, pour chaque pression, la courbe représentant en fonction de la 
longueur d'onde ( 3 ), la variation du rapport de l'intensité actuelle d'une 
radiation à son intensité lorsque la pression a la valeur maximum, ioo mm , 
on obtient, pour ioo mm , une parallèle à l'axe des abscisses; puis, la pression 
décroissant, la courbe reste confondue avec une horizontale, sauf au voisi- 

o 

nage de 2600 A où elle présente un léger maximum. Plus lapression baisse, 
plus ce maximum devient important ; il s'élargit et se déplace vers les grandes 
longueurs d'onde. Enfin, aux plus basses pressions considérées (o miîl ,o3), la 

courbe monte régulièrement depuis 2000 A jusqu'à la limite où s'arrêtent 

o 

mes mesures photométriques (44°° A) ( 4 ). 

On peut essayer de relier ces diverses observations de la façon suivante : 
Il est vraisemblable qu'aux fortes pressions, l'excitation étant faible, la 
proportion des molécules portées au niveau 2^ 3 Eest maximum, étant donné 
qu'il est plus voisin de l'état fondamental i^'E que les autres niveaux de 
simplets ou de triplets (exception faite du niveau '2p\Z qui ne donne nais- 
sance qu'à des bandes situées dans la région de Schumann); et que, lorsque 
la pression décroît, cette proportion diminue tandis que celle des molécules 
portées aux niveaux supérieurs augmente. Comme le spectre continu est 
dû, d'après Winans et Stueckelberg ( & ), aux transitions entre cet état 2.y :! 2 
et l'état instable 1 s :] 2, il résulterait bien de là que l'intensité du spectre con- 
tinu doit aller en décroissant avec la pression, pour une même intensité 
générale du spectre secondaire. Mais, de plus, il semble que l'importance 



(') Fait signalé par plusieurs auteurs : Smith et Brasefield, Proc. Nat. Acad., 12, 
1926, p. 443; Herzberg, Ann. der Phys., 84, 1927, p. 865. 

( 2 ) Chalongb et Ny Tsi Zé, loc. cit. 

( 3 ) L'étude a été fai.te entre 2400 et 44oo A. 

(/') L'étude de cette dernière déformation (augmentation relative du visible et du 
proche ultraviolet) est renduedifficile par la présence des raies. Cette observation est 
à rapprocher de celle faite par Brasefield (Phys. Rev.. 33. 1929, p. 925) d'un spectre 
continu particulier aux basses pressions et qu'il attribue à \\\. 

( s ) Winans et Stueckelberg, Proc. Nat. Acad., 14, 1928, p. 867. 

C. R., i 9 3o, a» Semestre. (T. 191, N° 3 ) II 



l3o ACADÉMIE DES SCIENCES. 

relative croissante que prennent successivement les états de vibration i, 2, 
3, 4 du niveau électronique 2j 3 -2 lorsque la pression diminue, doit pro- 
voquer, d'après la théorie de Winans et Stueckelberg, des déformations de 
la courbe d'énergie analogues à celles qui ont été constatées ( ' ). 



MAGNÉTO-OPTIQUE. — Recherche de la variation thermique du pouvoir 
rolatoire magnétique spécifique dans les cas du nitrate de cérium et du 
chlorure de nickel. Note ( 2 ) de M. H. Ollivier, transmise par M. Pierre 
Weiss. 

Continuant des recherches {'■') sur les lois de variation thermique des rotations 
magnétiques, j'ai pu étudier notamment le nitrate de cérium et le chlorure de nickel. 
On sait qu'en général les sels de cérium sont paramagnétiques et de pouvoir rolatoire 
magnétique négatif, tandis que les sels de nickel sont paramagnétiques et donnent des 
rotations positives. J'indique ci-après les premiers résultats obtenus, entre o° et 70 
ou 90 ,- en utilisant la lumière verte du mercure (arc Cotlon suivi de filtres, ou pièce 
oculaire munie d'un séparateur de radiations, à prismes). Toutes les mesures ont été 
recommencées par M Uc J. Pernet, qui a étudié aussi des corps purs et des mélanges 
auxquels la loi d'additivité s'applique à moins de 1 pour 100 près. 

Le nitrate de cérium Ce(N0 3 ) ;i 6H 2 pur a servi à préparer une solu- 
tion aqueuse renfermant masses égales de sel anhydre et d'eau. Cette 
solution, incolore, ne semblant contenir aucune autre terre rare, est dense 
et de dilatation régulière (densité à o° : 1,6337; ^ 6i°, 1 : 1,5822). Les 
rotations magnétiques qu'elle produit sont négatives, relativement grandes 
et rapidement variables avec la température. 

A la température centésimale t, soient 6 la rotation magnétique pour 
une différence de potentiel magnétique fixe (invariable à quelques dix- 
millièmes près) entre les deux bouts du tube polarimétrique, la correction 

due aux glaces étant faite; d la densité de la solution; ;*= -,•> rapport de la 

rotation à la densité; r cau le rapport analogue mesuré pour le même champ 
avec le même tube plein d'eau. 

. (*) Les observations faites dans ce travail et les explications qui en sont proposées 
ne s'accordent pas toutes avec la modification de la théorie de Winans et Stueckel- 
berg que vient de proposer Finkelnburg (Zts. f. Phys., 62, io,3o. p. 62/j). 
( 2 ) Séance du 16 juillet ig3o. 

{•') H. Ollivier, Comptes rendus, 186, 1928, p. 1001 \Bull. Soc. franc. Phys., n"282, 
1929, p. 127S. 



SÉANCE DU 21 JUILLET IO,3o. l3l 

Le tableau ci-dessous (extrait) donne trois des valeurs obtenues pour 6 : 

Température 0°. 30°,0. 70°, 0. 

■9 .. ... — 1459 — 1260 — io48 

r.. , —8 9 3 —784 —665,5 

/"oau • + 554,6 -+- 555,4 -h 557,3 

Ni 6, ni r, ni leurs inverses ne varient linéairement en fonction de t. Mais 
si, utilisant cinq déterminations expérimentales pour lesquelles la précision 
relative de 1 à i,5 pour 1000 semble avoir été obtenue, on calcule, d'après 
la formule (Comptes rendus, 186, p. 1002) qui exprime la loid'additivité, la 
rotation magnétique -y due à i s de sel anhydre, on trouve que l'.y varie 
linéairement en fonction de t : 

y(t H- 292,1)=— 17090. 

Le rapport de y au champ joue ici le rôle que la susceptibilité massique'/ 
joue dans l'étude du magnétisme. L'équation précédente présente la plus 
étroite analogie avec l'équation ^(T — %) = C qui exprime la loi de Weiss . 
On retrouve ici l'équivalent an point de Curie ®, à — ic) ,i absolus. 

Si Ton recommence le calcul, en admettant qu'une erreur relative de Tordre de 10 
pour 100 aurait pu être commise dans l'évaluation de la masse de l'eau qui accompagne 
le sel, la conclusion n'est pas changée; la loi linéaire subsiste; le point de Curie est 
seulement déplacé d'environ 2 . 

Ce résultat est d'accord : d'une part, avec les résultats obtenus antérieu- 
rement par M. J. Becquerel (loc. cit.) dans le cas de cristaux (xénotime, 
tysonite) qui renferment des terres rares paramagnétiques; d'autre part, 
avec le résultat des mesures magnétiques de Cabrera, qui trouve pour le 
sulfate de cérium anhydre un point de Curie à — i2°,36 abs. 

Ces recherches seront étendues et leurs résultats comparés avec ceux des théories de 
Becquerel, Lorentz, Siertsema, Darwin, de Mallemann (loc. cit. ), Ladenburg (loc. cit.). 

Tout différent est le cas du chlorure de nickel. L'étude magnétique de ce 
sel (Foëx, loc. cit\ Cabrera et Dupérier) montre qu'il suit la loi de Curie. 
Des solutions dosées de ce corps, dans l'eau et dans l'alcool méthylique ( 1 ), 
ont été étudiées : les rotations magnétiques 6 sont positives et plus grandes 
que celles du solvant. Le rapport r ne dépend pas de t ou ne varie en fonction 

(^ Le chlorure de nickel anhydre ne se dissout que très lentement dans l'alcool 
méthylique; la solution obtenue est beaucoup plus jaune que la solution aqueuse. 



l32 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

de t que très lentement. Exemples : /• = -f- 585,o pour la solution aqueuse 
de titre o,o5o, quand Peau -donne 555'; r reste constant à moins d'un mil- 
lième près de o° à 70 ; 7*=-j-55o / ,5 (très constant) pour la solution du 
chlorure anhydre dans l'alcool méthylique de titre 0,064 ; pour cette solu- 
tion, à 5"C, la rotation ô est de 48o',o quand celle de l'alcool méthylique 
est 407', 5. . 

Quand la température s'élève, r croit légèrement dans le cas de l'eau et 
décroît dans le cas de l'alcool méthylique (le coefficient de variation est 
voisin du dixième du coefficient de dilatation des gaz, mais la variation n'est 
pas linéaire). Il en résulte que, calculé pour le chlorure anhydre NiCl 2 , y 
décroit légèrement s'il s'agit d'une solution aqueuse et croit, au contraire, 
s'il s'agit d'une solution dans l'alcool méthylique. La loi de Curie n'est donc 
aucunement suivie dans ce cas, qui fait avec celui du nitrate de cérium le 
contraste le plus marqué. 



RADIOACTIVITÉ. — Sur la détermination de la période du radium C par la 
méthode de Jacobsen. Expériences avec le thorium C. Note de M. F. Joliot, 
présentée par M. Jean Perrin. 

La vie moyenne du radium C', trop hrève pour être déterminée. par la 
mesure directe de sa décroissance, a été tout d'abord calculée en extrapo- 
lant la loi de Geiger et Nuttall. On trouva ainsi io~ 8 seconde environ. 
Jacobsen ( ' ) entreprit la détermination de la période à l'aide d'une méthode 
dont le principe très ingénieux est le suivant : L'atome de radium C en se 
désintégrant émet un rayon {3 et se transforme en un atome de radium C 
qui, dans le vide, est lancé par recul en sens inverse du rayon -(3 avec une 
vitesse que l'on calcule en écrivant l'égalité des quantités de mouvements 
de l'électron et de l'atome. Un canaliseur définit un faisceau étroit d'atomes 
de RaC et l'on observe par la méthode des scintillations leur désintégra- 
tion au cours du recul, suivant une direction perpendiculaire au faisceau. 
La distance séparant la source active de la zone d'observation est propor- 
tionnelle au temps écoulé entre la naissance de l'atome de RaO et sa des- 
truction. D'après la loi des transformations radioactives, le nombre des 
scintillations observées devrait décroître exponentiellement en fonction de 
la distance. Jacobsen trouve un résultat plus complexe : la courbe du 

(') Jacobsen, Thèse Copenhague. 1928; Nature. 120, 1927, p. 874. 



SÉANCE DU 21 JUILLET ig3o. l33 

nombre des scintillations en fonction de la distance présente un. maximum. 
Il donne une interprétation très séduisante de ce fait inattendu. La désinté- 
gration a de probabilité X a est précédée de l'émission du rayonnement y qui 
s'effectuerait avec une probabilité A T .comme s'il s'agissait d'une désintégra- 
tion a ou (3. Le calcul du nombre de rayons a émis au temps t dans ces con- 
ditions, qui sont celles du problème des deux corps, montre que la courbe 
précédente peut avoir un maximum. 

L'auteur trouve en outre la jiériodedu RaC' très supérieure à celle déduite 
de la loi de Gerger et Nuttall. Ces recherches furent reprises et confirmées 
quant au dernier résultat ci-dessus par Barton Q) avec un appareil ne per- 
mettant pas l'étude de la région au maximum. 

L'expérience est difficile et bien qu'elle fût discutée avec un soin extrême, 
l'importance de son résultat est telle qu'il semblait utile de la reprendre. 

J'ai employé un appareil dans lequel la source de petite dimension était 
fixée à l'extrémité d'une tige éloignée des parois. On la déplaçait suivant 
l'axe d'un diaphragme circulaire sous lequel était placé un canaliseur plat 
à angle droit du faisceau de rayons de recul. Une glace portant du ZnS 
était fixée à l'extrémité de ce canaliseur. Un volet plat pouvait couvrir le 
diaphragme et permettait ainsi la mesure, au cours de l'expérience de la 
contamination. L'ensemble était fixé sur une pompe moléculaire, système 
Holweck, avec laquelle on établissait dans l'appareil une pression de quelques 
centièmes de baryes mesurées au manomètre absolu. Les sources de radium C 
employées furent préparées de deux façons: a. dissolution du dépôt actif du 
Ra dans C1H chaud suivie d'une électroly se sur platine (Barton) ou d'un 
dépôt sur nickel. Le RaC déposé est distillé ( 2 ) sur le support de source en 
aluminium ou en nickel poli; b. on dissout dans C1H à chaud une forte 
quantité de dépôt actif (3oo millicuries) et l'on y plonge pendant 1 5 secondes 
environ une rondelle de nickel parfaitement poli. Les sources ainsi pré- 
parées (î à 3 millicuries) étaient inaltérées et contenaient moinsde i pour ioo 
deRaB. 

En tenant compte de la contamination par le RaC et en répétant les mesures 
plusieurs fois pour chaque distance en raison des fortes fluctuations observées , 
la précision de mes expériences est suffisante pour montrer que la courbe du 
nombre de scintillations observées entre 5, 5 et 45 mm ne présente pas de maxi- 
mum. La période du RaC moyenne de dix expériences est (3 ±i,5)io~° sec, 



(*) Barton, Phil. Mâg., 3, 1926, p. 1278. 

( 2 ) E. Rona et W. Schmidt, Wien Ber., 137, 1928, p. io3. 



l34 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

en prenant pour vitesse des atomes de recul 4xio 3 cm/sec (Barton). J'ai 
recherché la cause de la divergence entre nos résultats. A cet effet, j'ai 
introduit dans l'appareil un tube de 6 mra de diamètre dans lequel la source 
pouvait se déplacer. La courbe que j'ai alors obtenue présente un maximum 
et le nombre des scintillations observées est plus grand (2 à 4 fois). Ces 
faits s'interprètent en remarquant que les atomes de recul qui se réflé- 
chissent contre les parois internes du tube peuvent pénétrer dans la zone 
d'observation et augmenter ainsi le nombre des scintillations. Le maximum 
tient à ce que lorsque la source est à l'extrémité du tube, l'influence de la 
réflexion est nulle, lorsqu'elle s'élève l'influence de ce phénomène augmente 
jusqu'à ce que les réflexions multiples devenant trop nombreuses les atomes 
ne puissent plus sortir du tube, la décroissance est alors exponentielle. Je 
m'explique ainsi, la présence du maximum dans les courbes obtenues par 
Jacobsen lorsqu'il emploie son appareil à canaliseur tubulaire (Thèse, fig. 21 , 
p. 76). J'ai répété ces expériences en employant des sources de ThC 
de o,5 à 2 ra \ Je n'ai observé aucun phénomène autre que la contamination 
pour des distances comprises entre 5,5 et 45 mm . A des distances moindres, 
on observe la réflexion des rayonjs a obliques sur les parois du canaliseur 
d'observation. Ce phénomène qui a lieu aussi avec le RaC est limité dans 
notre appareil à une petite distance (3 mm ,5) du canaliseur. Le résultat 
négatif de l'expérience avec le ThC' montre que sa période est très infé- 
rieure à io~° sec. 

En résumé, mes expériences avec le RaC et le ThC ne font apparaître 
aucun intervalle de temps appréciable entre le départ de l'électron nucléaire 
accompagné du recul correspondant et l'émission du quantum y. 



TECHNIQUE DES GAZ. — Sur V obtention d'hydrogène très pur et en quantités 
notables à l'aide d'un osmorégulateur électroly tique à palladium. Note (') 
de M. Horia Holubei, présentée par M. Jean Perrin. 

Ayant à préparer, pour mes travaux, de l'hydrogène tout à fait pur et en 
quantités notables, je suis arrivé à une méthode simple et pratique qui, à 
ma connaissance, n'a pas encore été employée. J'ai mis à profit les pro- 
priétés, depuis longtemps connues, du palladium, d'absorber des quantités 
considérables d'hydrogène et de se laisser traverser facilement par ce gaz. 



) Séance du 16 juillet ig3o. 



SÉANCE DU 21 JUILLET lO/3o. l35 

Malgré le grand nombre de travaux sur les pressions d'équilibre du sys- 
tème palladium-hydrogène, sur les vitesses de diffusion en fonction de la 
pression et de la température, sur les propriétés magnétiques du système, 
son analyse par les rayons X, etc., on ne peut se rendre compte, d'une 
manière précise, de Pensemble du phénomène, les résultats et les conclu- 
sions étant le plus souvent contradictoires. D'après les travaux de A. Holt, 
E. C. Edgar et J. B. Firth(') il paraît très probable que l'occlusion de 
l'hydrogène dans le palladium commence par une adsorption rapide à la 
surface du métal, donnant naissance aune couche à grande pression d'équi- 
libre, et dont le gaz peut être très facilement enlevé dans le vide, adsorp- 
tion suivie d'une diffusion plus lente vers l'intérieur du métal, la distribu- 
tion de l'hydrogène y étant sans doute non homogène, au moins pour les 
premiers temps de l'occlusion. 

Ces assertions paraissent être en accord avec mes expériences. On sait 
qu'on peut emprisonner dans un volume donné de palladium des quantités 
énormes d'hydrogène par la méthode de i'électrolyse. Il faut admettre que 
le gaz diffuse à l'intérieur du métal. On pouvait donc espérer pouvoir 
introduire de l'hydrogène dans une enceinte, en faisant absorber préalable- 
ment ce gaz, par électrolyse, dans la masse d'un osmorégulateur en palla- 
dium en communication avec cette enceinte où régnerait une pression par- 
tielle en hydrogène nulle ou très petite. En effet, je trouve que, quelque 
temps après le commencement de I'électrolyse, de l'hydrogène diffuse dans 
l'espace vide. A la température ordinaire, la quantité dégagée est très 
petite. Très probablement le gaz diffuse à travers la paroi du tube jusqu'à 
sa surface intérieure où il s'agglomère, en partie, en une couche assez peu 
stable à la chaleur, retenue par les forces de surface, couche certainement 
en équilibre avec le gaz occlus dans la masse du métal. 

Les expériences m'ont montré que si l'on chauffe légèrement le tube on 
peut faire pénétrer, très facilement, à l'intérieur de l'enceinte, une quantité 
considérable de l'hydrogène ainsi occlus dans l'osmorégulateur et répartie 
vraisemblablement dans sa masse comme nous venons de le dire. L'approche 
d'une toute petite flamme suffit pour que ce dégagement ait lieu. Si l'on 
chauffe un peu plus le tube, par contact direct avec la flamme, on voit qu'une 
partie de l'hydrogène occlus, au moins celui formant la couche adsorbée à 



C 1 ) A. Holt, E. C. Edgar et J. B. Firth, Die Sorption von WasserstoJJ durch Pal- 
ladiumblech(Zts.f.Phys.Chemie,82,i9i3.ip.5i3Mo). 



*36 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

l'extérieur, brûle, tandis que des quantités, encore plus grandes, d'hydro- 
gène pénètrent dans l'enceinte. 
Voici quelques détails : 

^ J'ai employé un osmorégulateur, type courant, à parois ayant une épaisseur de o»'»', i . 
J'ai fait l'électrolyse dans une solution d'acide phosphorique avec un courant variant 
entre 5 et 20 milliampères. L'anode (en platine) était disposée de telle manière que le 
champ électrique ait à peu près la même valeur autour du tube et cela pour éviter 
une déformation trop grande de l'osmoréguhteur pendant l'électrolvse. Une fois l'élec- 
trolyse faite, on chauffe légèrement le tube en palladium. L'hydrogène se dégage 
presque instantanément. Je suis arrivé, par ce procédé, à introduire avec facilité, d'un 
seul coup, un volume d'hydrogène, rapporté aux conditions normales, 170 fois plus 
grand que celui de l'osmorégulateur, et cela quand j'avais déjà dans le vase une pres- 
sion de 200'»'" d'hydrogène, ce qui augmentait de 96"»" la pression dans l'espace 
employé. 

En répétant plusieurs fois cette opération, j'ai introduit aisément de l'hydrogène 
très pur jusqu'à une pression de 5oo""<\ On peut certainement aller plus loin encore. 

On n'a aucun avantage à chauffer plus fort. Non seulement on n'augmente pas la 
quantité dégagée, mais une partie notable d'hydrogène est réabsorbée et. si l'on chauffe 
vers le rouge sombre, le gaz diffuse très rapidement vers l'extérieur. 

Il ne faut pas non plus dégazéifier complètement l'osmorégulateur, par un chauffage 
plus prolongé, même modéré, car on risque d'une part une réabsorption de l'hydro- 
gène et d'autre part de déformer trop le tube, par suite des contractions subies par le 
métal quand on dégage le gaz qu'on y a occlus. 

Il reste à déterminer les conditions optima d'épaisseur des parois et de surface du 
tube pour obtenir le meilleur résultat. 

La technique du vide à employer, pour préparer, au préalable, l'espace 
où Ton doit recueillir l'hydrogène, est beaucoup facilitée et rendue plus 
efficace si l'on se sert de la méthode décrite dans cette Note. A ce point de 
vue aussi je lui vois des avantages non négligeables, dans un grand nombre 
de cas, sur les autres méthodes connues. 

Un osmorégulateur en palladium, soudé sur l'installation à vide, per- 
mettra donc d'introduire dans une enceinte de très petites quantités d'hydro- 
gène pur, si on le chauffe, comme on le sait, avec une petite flamme 
d'alcool, et des quantités considérables dans des conditions parfaites de 
pureté, et cela très simplement, par la méthode plus haut décrite. 



SÉANCE DU 21 JUILLET 10,30. 1^ 



CHIMIE ORGANIQUE. — Sur la solubilisaiion de quelques sels métalliques de 
l'acide camphocarbonique dans les dissolvants organiques. Note(') de 
M. Picon, présentée par M. A. Béhal. 

Les sels métalliques de l'acide camphocarbonique qui ont été utilisés pour 
les recherches mentionnées dans cette Note ont été préparés par double 
décomposition, puis desséchés aussi parfaitement que possible, jusqu'à poids 
constant, dans des dessiccateurs en présence d'anhydride phosphorique avec 
le vide fourni par une pompe à vapeur de mercure donnant une pression 
d'environ i mm de mercure. 

Tous les sels obtenus ainsi sont anhydres. Nous avons déterminé la solu- 
bilité des camphocarbonates de sodium, magnésium, calcium, zinc, manga- 
nèse, néodyme, cérium, bismuth, plomb et uranyle dans les dissolvants 
organiques suivants : alcools méthyliqueet éthylique, éther, acétone, éther 
acétique, benzine, chloroforme, tétrachlorure et sulfure de carbone, pétrole, 
éther de pétrole et huile d'olive. 

Les camphocarbonates de néodyme, de cérium, de bismuth et d'or se 
dissolvent dans presque tous les liquides que nous venons de mentionner et 
les solutions s'effectuent souvent à des concentrations importantes ; elles se 
forment ainsi en toutes proportions avec le chloroforme, le tétrachlorure et 
le sulfure de carbone. Dans l'huile d'olive, la solubilité des sels de néodyme 
et de cérium est très faible. Pour le dérivé bismuthique, elle dépasse 5oo s 
par litre. Par contre dans le cas de l'or le produit se réduit totalement. 

Le sel d'uranyle se dissout en forte proportion dans les alcools méthylique 
et éthylique, l'acétone, l'éther acétique, la benzine et le chloroforme, mais 
très faiblement dans les autres liquides. . 

Les autres camphocarbonates sont insolubles dans les dissolvants orga- 
niques et nons avons étudié sur eux l'action de la benzine bouillante. 

En fait, les sels de sodium, magnésium et manganèse ne sont aucunement 
transformés par ce traitement et ne se dissolvent que dans les alcools et, 
pour le premier aussi, dans le chloroforme. 

Pour les autres sels neutres on peut, par contre, observer une solubili- 
sation remarquable. 

Le camphocarbonate de cuivre qui contient une molécule d'eau, si le vide 

( a ) Séance du 7 juillet ig3o. 



1 38 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

en présence du déshydratant est fourni par la trompe à eau, devient anhydre 
dans le vide de la pompe à vapeur de mercure après un séjour de plusieurs 
mois jusqu'à poids sensiblement constant (variations entre deux pesées espa- 
cées de huit jours inférieures à 7^^). Ce sel ne se dissout alors qu'incom- 
plètement dans les dissolvants organiques froids; mais, porté quelques 
minutes dans la benzine à l'ébullition, il donne une solution bleue puis 
verte extrêmement concentrée possédant la consistance sirupeuse. 

Après ce traitement à la benzine, le sel a été totalement privé de ce dis- 
solvant par présence jusqu'à poids constant dans des dessiccateurs conte- 
nant du charbon actif desséché à 4oo°, de l'anhydride phosphorique et dans 
le vide de la pompe à vapeur de mercure. Le corps isolé ainsi possède tou- 
jours la composition du sel neutre anhydre, mais il est devenu complètement 
soluble dans tous les dissolvants organiques indiqués plus haut et en petite 
quantité dans l'huile d'olive (19 8 , 4 par litre). 

De même les. sels neutres de calcium, de zinc et de plomb anhydres, des- 
séchés dans le vide en présence d'anhydride phosphorique, sont insolubles 
dans les dissolvants organiques. Si l'on utilise, avec le même desséchant, le 
vide de la trompe à vapeur de mercure, il ne part que des traces d'eau et la 
solubilité dans les dissolvants organiques n'est jamais que très incomplète 
et extrêmement faible. -Par contre, après un traitement par la benzine 
bouillante analogue à celui indiqué pour le sel de cuivre, la solubilité 
devient souvent très importante bien que la composition centésimale des 
sels n'ait aucunement varié. 

Le sel de calcium se dissout alors dans la proportion de 5o à 2oo s par 
litre avec les dissolvants non oxygénés, mais il est dissocié par les liquides 
oxygénés. Le sel de zinc est encore plus soluble. Il donne avec presque tous 
les dissolvants des solutions sirupeuses dont la concentration dépasse 5oo s 
par litre. L'huile en dissout i25 s . Le camphocarbonate de plomb devient 
aussi très nettement soluble et spécialement dans les éthers-oxydes et les 
éthers-sels; l'huile en dissout 45 8 par litre. 

l\ous avons constate, particulièrement avec le camphocarbonate de cal- 
cium, que la chaleur seule, employée entre 80 et ioo°, ne peut remplacer 
la benzine bouillante. Cependant, la déshydratation effectuée dans le vide 
de la trompe à mercure où l'action combinée de la benzine froide et du vide 
commencent à solubiliser très faiblement le produit. Il nous parait donc 
que ce changement de propriétés physiques doit être dû à l'élimination de 
traces d'eau adsorbées, qui sont remplacées par des traces de benzine au 
même état physique et modifiant considérablement les propriétés de surface 



SÉANCE DU 21 JUILLET lO,3o. l3o, 

et de solubilité de ces composés sans changer leur constitution et leur for- 
mule. 

En résumé, quelques camphocarbonates neutres anhydres préalablement 
desséchés dans le vide d'une pompe à vapeur de mercure en présence 
d'anhydride phosphorique et insolubles dans les dissolvants organiques 
deviennent, après traitement à la benzine bouillante, très fortement 
solubles dans les dissolvants organiques. Différentes expériences tendent à 
prouver que ce changement de propriété physique est dû à une différence 
d'état des surfaces, des traces d'eau adsorbées par le sel étant remplacées 
par des traces de benzine également adsorbées. Les sels de cuivre, calcium, 
zinc, plomb et le dicamphremercure se conduisent ainsi. Par contre, les 
camphocarbonates de néodyme, de cérium, d'uranyle, de bismuth et d'or 
sont solubles même avant l'action de la benzine. 

La solubilité de différents sels métalliques dans les liquides organiques 
peut donc subir des variations extrêmement importantes par un traitement 
à la benzine bouillante. 



CHIMIE ORGANIQUE. — Action de Vhypobromite de -potassium sur quelques 
amides a trisubstituées . Note de M lle 'M. Montagne et M. B. Casteran, 
transmise par M. Delépine. 

Dans la dégradation d'Hofmann des amides en aminés primaires par un 

hypobromite alcalin, le produit immédiat de la transposition est un isocya- 

nate : 

R . _ CON^ 1 * -> Na Br + R - N ="C = 0. 
\INa 

Hofmann ( 1 ) établit ce fait en montrant que l'isobutyrylbromylamide, 
chauffée avec le carbonate de sodium sec, fournit l'éther isocyanique cor- 
respondant. Plus tard, Mauguin ( 2 ) mit nettement en évidence la forma- 
tion d'isocyanate dans le dédoublement spontané des amides bromo-sodées, 
préalablement isolées. Mais dans les conditions ordinaires de la dégradation 
d'Hofmann l'isocyanate ne peut être isolé, il est immédiatement transformé 
en aminé ou en urée. Cependant l'un de nous a montré ( 3 ) qu'une amide 



(!) Hofmann, Ber. d. deut. Chem. Ges., 15, 1882, p. 756. 

( 2 ) Mauguin, Annales de Chimie, 8 e série, 22, 191 1, p. 3oi. 

( 3 ) M Ue M. Montagne, Annales de Chimie, 10 e série, 13, 1980, p. 122. 



l4o ACADÉMIE DES SCIENCES. 

trisubstituée en a, la méthyléthylpropylacétamide, traitée par le brome et 
la potasse suivant les indications d'Hofmann ( 1 ) pour la préparation des 
aminés primaires, ou bien par une solution d'hypobromite contenant 2 mo1 
de potasse en excès, d'après Hoogewerf ( 2 ), fournit presque quantitative- 
ment Tisocyanate résultant de la transposition, doué d'une extrême stabilité 
vis-à-vis des alcalis. 

Nous avons étendu cette réaction à plusieurs amides trisubstituées 
en a par des radicaux gras ou aromatiques: la diméthylpropylacétamide, 
Féthyldibutylacétamide, la diéthylphénylacétamide et Péthylphénylbenzyl- 
acétamide. Nous avons utilisé, pour effectuer la dégradation, la solution 
d'hypobromite de potassium d'Hoogewerf qui permet d'opérer rapidement 
et d'éviter les réactions secondaires dues au brome libre. Nous avons cons- 
taté que, dans là plupart des cas, une courte agitation de l'amide avec la 
quantité théorique du réactif suffit pour réaliser la transposition : Fisocya- 
nate se sépare sous forme d'un liquide mobile qu'on extrait immédiatement 
à l'éther. Cependant avec l'éthylphénylbenzylacétamide" la transformation 
est beaucoup plus lente : Fisocyanate forme une pâte avec l'amide et cette 
dernière échappe ainsi partiellement à la réaction; si l'on ajoute un peu de 
benzène dans le mélange soumis à l'agitation, Fisocyanate se dissout dans 
ce solvant et la dégradation de l'amide s'effectue alors assez rapidement ;on 
arrête l'agitation lorsque le réactif est entièrement décoloré. Dans ces divers 
cas, les rendements en isocyanates sont excellents. 

Ces isocyanates trisubstitués en a sont très stables aux alcalis et d'autant 
pins que leur poids moléculaire est plus élevé. Traités par l'acide chlorhy- 
drique concentré, ils se transforment quantitativement en chlorhydrates des 
aminés primaires correspondants : 

R,-)C — N = C = O + H CI + H* O = CO 2 + R,-^C - NIP . II Cl. 

R/ R/ 

L'action est très vive à froid avec le méthyl-2-earbimido-2-pentane ; elle 
nécessite un contact prolongé pour les autres isocyanates que nous avons 
étudiés, on l'accélère notablement par un chauffage à reflux. 

Le méthyl-i-carbimido-9,-pentane (C 3 H 7 ) (CIP) 2 C — N = C = O, obtenu à partir 
de la diméthylpropylacétamide, est un liquide mobile bouillant à i36-i3-°. Ses pro- 



(') HOFMANN, loc. cit., p. 762. 

( 2 ) Hoogewekf. Bec. Trac. chim. des Pays-Bas, 6, 1887, p. 386. 



SÉANCE DU 21 JUILLET ig^O. l4* 

duits d'hydratation ont été décrits antérieurement ( 1 ). Véthyl-$-carbimido-5-nonane, 
préparé à partir de l'éthyldibutylacétamide, fournit, par contact avec l'aniline, l'(a«- 
éthyl butyl)-amyl-phénylurée (F. o,4 .)- 

Le phényl-Z-carbimido-'i-pentane ( C G H 5 ) ( G 2 H 5 ) s G — N = C = O bout à 1 1 5° sous 
i3 mm . Agité avec l'ammoniaque concentrée il donne Y (ax-phényléthyl)-propylurée 
(F. ï36°); avec l'aniline il fournit Y (aa-phényléthyl)-propyl-phénylurée (F. 197"). 
L'hydratation chlorhydrique permet d'obtenir le phényl-Z-amino-Z-pentane 

(C 6 H 5 )(C 2 H 5 ) S — C — NH*, 

bouillant à io8°,5-iog° sous i7 mm . Picrate, aiguilles feutrées fondant à 166- 167 ; chloro- 
aurate (F. 83°). Le phényl-3-carbimido-3-p.entane réagit sur le phényl-3-amino-3-pentaire 
pour donner la di[(<xa-phényléthyiypropyl]-urée symétrique (F. 2o3°). 

Le diphényl-i-i-carbimido-i-butane (C G H 5 ) ( G (i H 5 CH 2 ) ( C 2 H 5 ) G — N = G = O est 
un liquide visqueux bouillant à i87°,5 sous i'7 ram ; avec l'aniline il donne Y (aa-phény l- 
benzylypropyl-phénylurée (F '. 179 ). Avec 14 Cl il fournit le diphényl-i.2-amino-2- 
butane, liquide très visqueux bouillant .à 187 sous i8 mm , picrate (F. i6a-i63 ). La 
Bi[(aa-phénylbenzyl)-propyl]- urée symétrique (F. 179°) s'obtient par contact de 
l'isocyanaie avec Famine. 

En résumé, l'action de rhypobromite de potassium sur les amides pri- 
maires trisubstituées en a par des groupements gras ou aromatiques les 
transpose en isocyanates avec un excellent rendement; ces isocyanates four- 
nissent quantitativement les aminés primaires de dégradation qui seraient 
difficiles à préparer par une autre voie. Par suite, la dégradation d'Hofmann 
qui, avec les amides en chaîne normale, se complique à partir de G 7 de réac- 
tions secondaires nuisibles s'applique parfaitement aux amides a trisubsti- 
tuées, quel que soit leur poids moléculaire. 



GÉOLOGIE. — Sur la structure géologique dans le centre du Cambodge 
occidental {Indochine). Note ( 2 ) de M. Jean Gubler, présentée par 
M. Pierre Termier. 

Au Cambodge central et dans toute la région située à l'ouest du Tonlé 
Sap et du Mékong, on connaît quatre séries sédimentaires -séparées les unes 
des autres par des discordances importantes. Ce sont, de bas en haut : 
i° une série d'âge indéterminé, de toute façon antépermienne et comprenant 
peut-être le Dévonien et le Carbonifère inférieur; i° les calcaires à Fusu- 
lines du Permien; 3° des conglomérats appartenant, soit au Permien supé- 

(') M lle Montagne, loc. cit., p. 117-118. 
( 2 ) Séance du 16 juillet io,3o. 



l42 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

rieur, soit au Trias ; 4° les grès secondaires continentaux bien connus en 
Indochine et au Siam. 

a. Les couches les plus anciennes sont fort variées : jaspes, radiolarites, 
brèches, grès, schistes et marnes, rarement des calcaires. Les roches sili- 
ceuses paraissent être les plus anciennes \ les brèches à éléments anguleux 
empruntés à ces jaspes représenteraient l'assise transgressive de la série 
gréso-schisteuse. Les seules traces organiques sont de rares spicules 
d'épongés et des radiolaires mal conservés. 

b. En discordance sur cette première série reposent, un peu partout, des 
calcaires à Fusulines permiens. Ces calcaires couvraient autrefois de grandes 
surfaces; l'érosion ne les a respectés, de-ci de-là, que sous la forme de buttes 
ou d'amas isolés. C'est seulement vers le Nord, dans la province de Bat- 
tambang, que ces calcaires sont plus abondants. Ils y constituent des chaî- 
nons de phnoms. Leur faune est plus riche aussi que dans le Sud, on y 
trouve d'une façon constante et en abondance, Verbeekina Verbeeld; à côté 
de ce foraminifère, les spongiaires, les zoanthaires, les bryozoaires, les 
brachiopodes, les gastéropodes et les lamellibranches sont partout nom- 
breux. Par contre, les céphalopodes et les trilobites y sont rares. Faune de 
mer peu profonde ayant vécu sur place et à proximité de la côte. 

c. La troisième série (Permien supérieur ou Trias) est formée par des 
conglomérats dont les éléments ont été empruntés à tous les terrains sous- 
jacents et qui, indifféremment, reposent sur les calcaires permiens, sur des 
roches éruptives ou sur la série antépermienne. 

d. La formation la plus récente est celle des grès continentaux rhétiens, 
ou peut-être plus jeunes encore. Ces grès secondaires couvrent d'énormes 
surfaces au Cambodge occidental, formant, soit des chaînes à crêtes recti- 
lignes, soit d'immenses plateaux tabulaires comme ceux qui, dans l'Ouest, 
s'abaissent graduellement vers le golfe du Siam. 

Plissements. — L'existence de ces quatre cycles sédimentaires est intime- 
ment liée au jeu des plis hercyniens qui affectent le pays ; elles sont séparées 
par des paroxysmes plus ou moins violents. 

a. La première phase de plissement est antépermienne. Elle a fortement 
redressé, parfois jusqu'à la verticale, les schistes, les grès, les roches sili- 
ceuses, tout ce cortège de strates que nous plaçons dans la série antéper- 
mienne. Dans la région des sources de la rivière de Pursat, où ce Paléo- 
zoïque ancien dirigé Est-Ouest affleure dans une déchirure dont les grès 
secondaires forment le cadre, les calcaires permiens reposent, toujours en 
discordance frappante, sur ce substratum ancien plissé. 



SÉANGE DU 21 JUILLET IO,3o. 1^3 

b. Une seconde phase orogénique a fait rejouer le pays postérieurement 
au dépôt des calcaires à Fusulines du Permien dont les bancs sont plissés, 
parfois localement en plis aigus. En outre, des masses entières de ces cal- 
caires ont basculé les unes par rapport aux autres. 

c. Un dernier mouvement, très atténué, joua après le dépôt des conglo- 
mérats grossiers. De tous il est de beaucoup le moins important. 

Depuis le dépôt des grès secondaires, aucun plissement d'ensemble n'a 
repris le Cambodge. Le pays n'a plus subi que des mouvements verticaux 
affectant son ensemble ou seulement de vastes compartiments. Ce sont des 
phénomènes de cet ordre qui ont incliné les entablements gréseux et réglé 
le jeu de l'érosion et des alluvions dans les plaines qui s'étendent de Battam- 
bang à la mer. 

Venues éruptives. — Des éruptions acides et basiques ont traversé à plu- 
sieurs reprises l'édifice structural que je viens d'esquisser. 

A la suite du premier cycle orogénique, des gabbros, des diabases et des 
diorites se sont introduits dans les terrains antépermiens. 

Bien plus tard des rhyolites ont formé de vastes coulées, à l'ouest et au 
sud-ouest de Pursat, postérieures au dépôt des grès secondaires. 

Quant au granité, qui, au sud-ouest de Pursatforme un massif important, 
son âge est plus difficile à préciser. Il est cependant partout en rapport avec 
le.s rhyolites dont il doit être le faciès de profondeur; de toute façon, ce 
granité est postérieur aux terrains antépermiens qu'il a métamorphisés. 

Enfin des éruptions basaltiques assez récentes ont clos la série des venues 
éruptives au Cambodge. D'après leur disposition actuelle, ces basaltes ont 
coulé le long de vallées déjà existantes qu'ils ont comblées; aujourd'hui de 
nouveau, les rivières ont repris leur cours premier, travaillant et creusant 
les dépôts basaltiques jusqu'à leur ancien lit dont le substratum est formé 
par les grès secondaires ou par la série antépermienne. 

L'histoire géologique du centre du Cambodge occidental peut donc se 
résumer ainsi : des dépôts d'âge inconnu, représentant peut-être une série 
dévono-carbonifère. ont été intensément plissés; ces mouvements, que nous 
assimilons au cycle hercynien, ont été suivis par des intrusions de gabbros 
et autres roches éruptives mélanocrates. Cette ébauche hercynienne fut 
alors pénéplainée et ce n'est qu'au Permien que la mer reprit possession de 
la région pour y déposer les calcaires à Fusulines. 

Une deuxième phase orogénique plissa énergiquement ces calcaires 
rigides du Permien dont bientôt l'érosion s'empara pour former in situ des 
dépôts grossiers et des conglomérats qu'un dernier plissement posthume 



l44 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

affecta. C'est donc sur un relief accidenté que se sont accumulés les dépôts 
continentaux des grès secondaires. 

Alors, dans ce pays désormais stabilisé, sont montés des granités et des 
rhyolites, vraisemblablement contemporains des rhyolites et des granités 
qui, au Siam et dans la presqu'île de Malacca, ont métamorphisé les terrains 
mésozoïques. 

Enfin des basaltes récents ont envahi localement un relief préexistant que 
l'érosion actuelle n'a fait que reprendre. 

GÉOLOGIE. — Comparaison strati graphique entre V extrémité occidentale 
des zones bétique et pénibétique d ) Andalousie et le Nord de Varc rifain. 
Note (') de MM. A. Marin, M. Blumenthal et V. Fàllot, pré- 
sentée par M. Pierre Termier. 

Une excursion commune nous a montré dans le Rif marocain, au moins 
de Ceuta à l'Oued M'ter, parmi les divers éléments stratigraphiques révélés 
par nos confrères espagnols ( 2 ), des faciès particuliers à la plus élevée des 
nappes bétiques (Bétique de Malaga) et à la zone pénibétique qui la coiffe, 
en Andalousie. 

Au gneiss marocain (estrato cristalino, Ceuta, Tigissen, etc.), font suite 
les phyllites bleu fumée, puis un complexe puissant de grauwackes et de 
quartzites, identiques aux assises similaires du Bétique. Au-dessus viennent 
des calcaires noirs (calizas alabeadas), visibles entre Ceuta et Benzû, et, 
ioo km au Sud-Est, dans les éperons de Buhamed et du Jemis de Béni Selman, 
puis des lentilles d'un calcaire rosé à Orthocères gothlandiens, découvert 
en Andalousie et qui se retrouve, ici, dans la même position, notamment 
au sud de Biutz. 

Le Permo-Trias est identique aussi de part et d'autre. Il s'intercale entre 
le Paléozoïque plissé et le Jurassique, avec ici des suppressions locales. 
Le Mésozoïque débute sur le Permo-Trias par des dolomies sombres à 
patine obscure accompagnées vers Samsa (nord-ouest de Tetuan), de 
calcaires en plaquettes, avec : Avicula contorta Portl., Leda complanata* 

(') Séance du 16 juillet ig3o. 

("-) E. Dupuy de Lômk et X. Milans del Bosch, La Peninsula jSorte Marroqul. 
Estudios relativos a la geologia de Marruecos (Bolet. Inst. geol. de Espana. 42, 
1917. passim avec une carte géologique au l0U l (UM) ). Voir aussi Livret-guide 
Ail /0 Congrès intern. de GéoL, Madrid, 1926, Exe. A t , passim. 







SÉANCE 


DU 


21 


JUILLET 


1930. 






i45 


L. 


claviformis Sow., 


L. 


cf. 


Deffnerî 


Opp.; 


Nucula 


Haussmanni 


Cai 


"dita aspen 


a Stopp., 


C. 


austriaca Hauer, Anatina 


prœcursor Opp. 



Goldf. 

Roem. 

(Quenst.), A. amici Stopp., Arca cf. azzarolse Stopp., Pecten cf. Janiri- 

formis Stopp. C'est un Rhétien analogue à celui de Lombardie, inconnu 

jusqu'ici dans le nord du Maroc, mais qui semble exister, d'après une 

trouvaille récente de l'un de nous (M. B.), vers Gaucin et Casares, solidaire 

du Bétique andalou. 

Vers le haut, les dolomies passent à des calcaires en gros bancs clairs et 
stériles, auxquels font suite des calcaires en bancs plus minces. Au pied de 
la Kudia Tahar (sud de Tetuan), ce niveau rosé nous a fourni Catulloceras 
insignisimilis Braun. sp., Catulloceras ou Tmetoceras sp. et Atractites Orsinii 
Mgh., du Lias supérieur. 

Sous le Flysch formant le pied nord du Dj. Musa, pointent des marno- 
calcaires rouges, passant vers le haut à des fausses brèches. Pseudogram- 
moceras Cotteswoldise Buckm., Ps. fallaciosum Buckm., Lillia gr. de Tiro- 
lensis ou Lilli Hauer, Hammatoceras subinsigne Opp., Pleydellia aalensis 
Ziet., Phylloceras Nilssoni Héb., Lytoceras ophioneum Ben., Ery cites baco- 
nicus Prinz y révèlent le Toarcien, l'Aalénien et le Bajocien, sous un aspect 
connu en Andalousie. Les fausses brèches de la partie moyenne et supé- 
rieure ne nous, ont livré que des débris de Perisphinctes, de Neumayria et de 
Phylloceras, qui indiquent néanmoins le Jurassique supérieur. On retrouve 
ces diverses formations pincées dans le synclinal du col.de Jorjar (sud de 
Tetuan. M. Dupuy de Lôme (/oc. cit.) a signale au Dj. Musa des calcaires 
à Aptychus tithoniques. En outre on observe en divers points du front 
externe du massif jurassique (Ben Carritx, Xerafat) des calcaires noduleux 
verticaux en bancs assez minces, d'aspect tithonique, auxquels font suite 
des marno-calcaires généralement écrasés. Le Néocomien, déjà signalé au 
Dj. Musa par nos confrères espagnols, ne nous a fourni entre ce sommet et 
le Djebel Fahies qu'un Phylloceras cf. sérum Opp. pyriteux, ainsi qxCApty- 
chus seranonis Coq., forme qui se trouve jusqu'à Tasaft ioo km plus au Sud. 
Au Crétacé blanc font suite des marno-calcaires rouges, analogues au Séno- 
nien des zones sub- et pénibétique, mais jusqu'ici sans Rosalines. Plus 
constants que les précédents, ils se poursuivent depuis le col entre le Dj. 
Musa et le Dj. Fahies jusqu'à Béni Derkoul, soit au bord externe du massif 
jurassique, soit pinces dans les synclinaux et imbrications qui l'accidentent 
localement (sud de Tetuan). 

Le Flysch éocène se trouve dans la même position de part et d'autre du 
détroit : transgressif sur le Bétique de Malaga et le Paléozoïque marocain, il 

C. R., i 9 3o, 2' Semestre. (T. 191, N» 3.) I2 



1^6 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

est pincé dans les replis du Jurassique marocain et prolonge à leur périphérie, 
comme à celle du Pénibétique, la large zone du Flysch andaiou. De part 
et d'autre du détroit, sa transgression fait donc suite à une importante 
phase d'érosion, mais nulle part au Maroc on .ne peut encore évaluer l'am- 
pleur (plis ou charriages) des mouvements orogéniques antérieurs à son 
dépôt. 

Les grès grossiers qui le terminent sont identiques à F « Arenisca del 
Algibe » de la province de Cadix, oligocène et discordante pour M. Gavala, 
éocène et concordante pour l'un de nous (M. B.). Au Maroc, âge et discor- 
dance ne nous ont paru mille part encore évidents, et les grès semblent 
avoir subi les mêmes déformations que le Flysch, aux disharmonies de 
plissement près. 

Le Vindobonien horizontal est connu en deux points, entre Laucien et 
Tetuan, par les travaux de nos confrères espagnols. Nous avons trouvé un 
affleurement semblable, mais stérile à l'ouest de Malalien, sur le Paléo- 
zoïque. 

Plusieurs auteurs admettaient théoriquement la continuité entre le Rif 
et la chaîne bétique. Hormis le fait que le Bétique de Malaga est très géné- 
ralement accompagne de calcaires à Alvéolines, encore inconnus dans le 
nord du Rif, nos observations confirment ces vues et établissent donc objec- 
tivement l'existence d'analogies, et même d'identité, de part et d'autre du 
détroit, entre le Flysch andalou et celui des Andjeras, entre le Jurassique 
lié au Bétique ou Pénibétique, et le Jurassique de la chaîne calcaire du Rif 
et,, surtout, entre le Paléozoïque du Bétique de Malaga, élément structural 
supérieur de l'édifice bétique, et le Paléozoïque rifain. 



MÉTÉOROLOGIE. — La variation diurne de la pluie à Paris. 
Note de M. Louis Besson, présentée par M. Bigourdan. 

La variation diurne de la pluie a été, jusqu'à présent, fort peu étudiée en 
France. Elle est intéressante au point de vue théorique et aussi pour la pré- 
vision du temps. 

Cette Note a pour but d'exposer les principaux résultats de la discussion 
de vingt années d'observations faites à l'Observatoire de Montsouris de 
1907 à 1926. Les données utilisées sont : 

i° Le nombre de cas où il a plu à 3'\ G 11 , 9''. .... ?4 h î 

2 (> . La durée de la pluie de o u à 3 |V . de 3 h à 6' 1 . de 6 h à ç^ T . . .', de -x\ h à 24 1 ' ; 



SÉANCE DU 21 JUILLET I93o. 147 

3° La hauteur d'eau recueillie; 

4° Le nombre de cas où il a plu dans les mêmes intervalles de temps.. 

Des nombres de cas de pluie aux différentes heures on déduit, immédia- 
tement les probabilités de pluie correspondantes, qui sont indiquées dans le 
tableau suivant : 

Probabilité de la pluie aux différentes heures (en millièmes). 

3 h . 6 h . 9 h . 12 h . 15 h .. 18 h . 2l. h . 24 h . Moyennes. 

Année : 65 6g 56 37' 60 65 61 53 61 

Octobre à mars. ....... 82 88 76 .74 77 8i.- ~l\ 66 • '.'77 ■ 

Avril à septembre 48 49 36 09 4-3 5o 48 4o 44 

Vent W à N 81 81 52 56 49 5 1 49 4'^ 58 

» i\ à E 32 32 29 26 29 26 28 22 28 

» E à S 4i 4^> 44 43 5- 70 65 5g 53 

» S à W. 84 g3 82 84 93 io5 96 84 90 

La variation diurne moyenne, hiver comme été, comporte donc, on le 
savait déjà, deux maxima et deux minima; mais, si Ton distingue les direc- 
tions du vent, ce qui n'avait pas encore été fait, à notre connaissance, on 
s'aperçoit que cette double oscillation est une apparence due au mélange de 
deux types distincts de variation : 

Les variations diurnes relatives aux vents de W à N et de N à E se res- 
semblent; elles sont caractérisées par une probabilité de pluie relativement 
élevée à 3 1 ' et 6 h et basse le reste du temps, sans indication de maximum 
secondaire dans l'après-midi. 

Pour les vents d'E à S et de S à W, on a des variations diurnes encore 
plus semblables Tune à l'autre et différant totalement des précédentes : la 
probabilité de pluie est forte entre midi et minuit et faible de minuit à midi, 
avec un maximum relatif très secondaire vers 6\ 

La durée moyenne de la pluie dans chaque intervalle trihoraire étant 
proportionnelle à la probabilité moyenne de la pluie dans le même inter- 
valle, l'étude de la durée ne fait que confirmer les résultats ci-dessus, nous 
n'en parlerons pas ici. 

En divisant la hauteur d'eau recueillie par la durée de chute, on obtient 
l'intensité de la pluie. La variation diurne de Cet élément n'a qu'un maxi- 
mum et qu'un minimum et offre à peu près la même forme pour tous les 
vents. 

D'autre part, en prenant le rapport de la durée par le nombre de cas de 
pluie, on a une mesure de la tendance de la pluie à persister. La variation 



l48 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

diurne de ce rapport est, elle aussi, une oscillation simple, quelle que soit 
la direction du vent. Elle est à peu près inverse de celle de l'intensité. 
Faute de place, nous ne pouvons donner, pour l'un et l'autre de ces élé- 
ments, que la variation moyenne annuelle : 

h -3 h . 3 h -6 h . 6 h -9 h . 9 b -12 h . 12''-15 h . 15 h -18'\ 18 h -2L h . 2i h -24 h . 

Intensité de la pluie en centièmes de millimètre à V heure. 
Année 97 90 92 107 1 4-5 i37 1 1 5 96 

Degré de persistance de la pluie en centièmes d^heure par cas de pluie. 
Année ; 119 122 112 96 89 94 107 n5 

Hauteur de pluie, en millièmes du total des vingt-quatre heures. 

Année 108 n3 112 112 i55 i65 i32 io3 

Octobre à mars 120 122 126 117 187 148 128 112 

Avril à septembre 96 104 96 106 174 188 i43 93 

Vents W à N 161 1^3 i23 112 148 128 m. 79. 

» N à E 95 110 106 109 i45 1 58 i33 i44 

» E à S. 57 70 io3 79 i65 207 188 i3i 

» SàW 91 io5 107 119 161 179 i35 io3 

Une fois connus, pour les huit intervalles trihoraires, la probabilité 
moyenne de la pluie, son intensité et son degré de persistance, on peut en 
déduire la proportion de pluie recueillie et la probabilité d'une chute de 
pluie dans chaque intervalle. Les variations diurnes de ces deux éléments 
ont, comme celle de la probabilité de la pluie aux diverses heures, une 
forme différente selon la direction du vent. 

Ces résultats confirment que la variation diurne de la pluie est due à deux 
causes différentes : les courants de convection diurne et le refroidissement 
nocturne. Les premiers produisent les averses et varient comme l'intensité 
de la pluie. Le second, qui donne des précipitations plus durables, semble 
en rapport avec ce que nous avons appelé degré de persistance de la pluie. 
Suivant la direction du vent, l'une ou l'autre de ces deux causes prédomine. 



SÉANCE DU 21 JUILLET I93o. 149 



PHYSIQUE DU GLOBE. — Relation entre certaines composantes périodiques 
de F activité solaire et de V amplitude diurne de la déclinaison magnétique. 
Note (' ) de M. et M me H. Labrouste, présentée par M. Ch. Maùrain. 

Les nombres de Wolf et Wolfer caractérisant l'activité des taches solaires 
présentent, de même que l'amplitude diurne de la déclinaison magnétique, 
un grand nombre de composantes périodiques qu'il est possible d'isoler par 
un procédé d'analyse dont le principe a été indiqué dans une précédente 
Note( 2 ). 

Nous nous bornerons à mentionner ici trois exemples montrant la relation 
entre ces deux phénomènes : 

i° Il a été possible d'obtenir la période dite undécennale exempte de 
périodes étrangères par suppression des composantes de plus petite et de 
plus grande période qu'elle, aussi bien dans la courbe de l'activité solaire 
que dans celle de l'amplitude diurne de la déclinaison. Les deux courbes 
fournies par le calcul ( A et B, fig. 1 ) ont été tracées à une échelle telle que 
leur amplitude soit la même dans la région centrale du graphique. On cons- 
tate qu'elles se superposent presque parfaitement. 

Cette circonstance permet d'établir une relation quantitative entre l'am- 
plitude de la composante undécennale de l'activité solaire et celle de la 
même composante de la variation diurne de la déclinaison : nous avons 
trouvé qu'à 10 unités des nombres de Wolf et Wolfer correspond en 
moyenne, pour la station du Val-Joyeux, près de Paris, une variation 
de o',4i. 

2 On a également tracé la courbe représentant la composante annuelle 
de la variation diurne de la déclinaison, isolée des autres périodes (courbe C, 
fig. 2). On y remarque une fluctuation de l'amplitude qui a été portée sui- 
vant la courbe B' (traits discontinus) et qui correspond d'une manière 
satisfaisante à la composante undécennale des taches solaires (courbe A). 

3° Passant sous silence un certain nombre d'autres périodes, qui seront 
étudiées ultérieurement, nous signalerons encore une période de 27 jours 
(environ) nettement, décelable à certaines époques, par exemple en 191 6 



( 1 ) Séance du 7 juillet ig3o. 

( 2 ) Comptes rendus, 184, 1927, p. 25g. 








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SÉANCE DU 21 JUILLET I93o. 1-5 ï 

et 1917- La figure 3 montre cette composante de ■'l'activité solaire 
(courbe A") et celle qui lui correspond dans la déclinaison (B"). 

Ces exemples contribuent à préciser davantage certaines relations 
étroites entre les phénomènes solaires et le 'magnétisme terrestre. 



PALÉONTOLOGIE. — Note préliminaire sur la structure des coquilles 
de Gastropodes . Note de M. Couvreur, présentée par M. L. Cayeux. 

Les coquilles ou tests des Invertébrés sont des ségrégations minérales le 
plus souvent calcaires réalisées par des tissus spéciaux et dont la structure 
peut être extrêmement compliquée. Le maximum de complication paraît 
atteint chez les Mollusques et plus particulièrement chez les Gastropodes. 
Leurs coquilles ne sont que très imparfaitement connues par les très anciens 
travaux de Carpenter et les descriptions schématisées des paléontologistes 
classiques tels que Zittel, Fischer et F. Bernard. M. Cayeux a montré 
combien leur étude détaillée intéresse la pétrographie des roches sédimen- 
taires et il a figuré plusieurs des aspects qu'elles présentent sous le nom de 
microstructure. 

Il faut pour bien comprendre ce sujet examiner des coupes minces de 
coquilles actuelles ou fossiles faites suivant une orientation définie. Pour 
les Gastropodes les coupes orientées principales sont : la coupe transver- 
sale," c'est-à-dire perpendiculaire à la columelle, et axiale, c'est-à-dire 
passant par l'axe de cette columelle dans un azimut quelconque. 

On voit alors que le test n'est pas toujours formé de trois couches (interne, 
moyenne, externe) comme le dit Zittel. Il y a tantôt moins, tantôt plus 
d'assises différentes. La disposition relative de ces assises correspond à 
Y architecture de la coquille. Ces assises sont formées à leur tour d'éléments 
anatomiques visibles seulement au microscope et dont la nature et l'agen- 
cement correspondent à la microstructure pour laquelle il faut définir des 
unités comparables aux unités histologiques des tissus mous. 

Dans l'ensemble, le test est donc un tissu calcaire : l'élément minéral y 
est étroitement solidaire de la llrame organique, et quand l'ensemble se fos- 
silise on peut retrouver dans ïa matière transformée, dans la silice d'un 
silex, par exemple, maints détails anatomiques. 

U architecture du test des Gastropodes est soumise à quelques lois géné- 
rales : 

i° Les assises naissent et finissent les unes sur les autres ou les unes dans 



102 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

les autres par des biseaux, et certaines assises comme l'assise interne sont 
toujours plus épaisses en des points définis de la section axiale. 

2° Si dans la section axiale on suit une assise telle que l'assise externe, on 
voit que suivant les régions elle change notablement d'aspect, mais que 
jamais elle n'est formée des petits prismes, géométriquement disposés, 
qu'a décrits Zittel. 

3° On peut suivre la même assise avec ses variations latérales progres- 
sives dans les parois des « tours » de la coquille jusque dans la columelle en 
passant par la région intermédiaire qui raccorde les tours et la columelle 
(ou septum). 

4° La columelle, entièrement faite des mêmes matériaux que les tours, 
résulte de l'encapuchonnement d'assises nombreuses et variant régulière- 
ment de sorte que son aspect en coupe est très compliqué. Elle présente 
toujours une série de courbes, s'encapuchonnant également, et qui séparent 
des territoires homologues ou segments columellaires . L'ensemble de ces 
courbes constitue la suture qu'on peut se représenter comme la surface 
d'accotement d'assises identiques. De part et d'autre de la suture les assises 
se répètent non pas symétriquement mais périodiquement et la suture sépare 
des assises externes. 

5° Dans la profondeur de la columelle et jusque dans son axe même, on 
retrouve, par continuité, l'assise superficielle des tours, doublée par le méca- 
nisme de l'enroulement. 

6° Les notions d'assises interne, moyenne et externe doivent donè*être 
profondément modifiées puisque ces mots perdent leur sens suivant les 
endroits du test qu'on examine. 

7° Il est toujours possible de trouver dans une assise les diverses micro- 
structures dont je définirai ultérieurement les types -fondamentaux. 



CHIMIE AGRICOLE. — Nouvelles recherches biochimiques sur la terre. 
Note (') de MM. Alb. J. J. Vandevelde et Alfr. Yerbelbn. 

Les méthodes d'appréciation de la teneur de la terre en colloïdes ne 
manquent pas. Grandeau en r8'84, Tacke en 1897, Baumann en 1899, 
Knop en 1872, Thaer en 1910, Fischer en 1914,* Van der Leeden et 
Schneider en 1906, Hissink en 1920 ont déterminé le pouvoir d'absorption 

( a ) Séance du 16 juillet ig3o. 



SÉANCE DU 21 JUILLET ig3o. l53 

pour des solutions minérales. Le processus d'adsorption a été en partie 
expliqué parles travaux de Van Bemmelen qui a mis en lumière le rôle des 
particules minérales d'oxydes et de silicates, et en 1904 Suida montrait que 
les silicates possèdent la faculté d'adsorber certains colorants. 

Depuis, les colorants d'aniline ont été maintes fois utilisés : Rohland 
en 1907, Leinigen en 1916, Dittler en 1909, Sjollema en 190.5, Van der 
Leeden et Schneider en 1912, Stoklasa en 1926. Une mise au point de 
l'étude du complexe humus-silicates-oxydes se trouve dans le livre récent 
de ce dernier auteur (' ). 

Nous avons étudié les facultés d'adsorption de quatre échantillons de 
terre pour des solutions colloïdales organiques, une solution de peptone et 
le lait centrifugé, en comparaison avec des solutions de trois colorants 
d'aniline. Les terres étudiées présentaient respectivement une humidité de 
2,66, 9,25, 4,5i et 3,98 pour 100, •un résidu d'incinération sur sec, de 
96,7, 94,1, 96,2 et 86,9 pour 100, un coefficient Sôrensen pH de 7,21, 
6,12, 6,69 et 6,46, une teneur en microbes de 91X10 7 , i36xio 7 , 
ii8xio 7 et 73xio 7 ; ces terres étaient respectivement de la terre de 
jardin, de la terre sablonneuse de champ cultivé, de la terre argileuse de 
culture, de la terre de remblai. 

1. Nous avons utilisé le bleu de méthylène, le violet de méthyle et le 
vert de méthyle; les solutions de colorants à 0,1 et à' 0,2 pour 100 sont 
secouées avec 5 S de terre, dans des tubes gradués de ioo cm3 , à raison de 
ioo cmS de solution, et après une nuit de repos, les solutions colorées surna- 
geantes sont titrées colorimétriquement à l'aide des solutions primitivement 
employées. La différence donne la valeur adsorbante des terres pour les 
colorants étudiés. La terre la plus active n'est ni la plus riche en matières 
organiques, ni la plus acide ni la plus alcaline, ni la plus riche ni la plus 
pauvre en microbes; c'est la troisième de celles dont les propriétés sont 
indiquées ci-dessus. Les autres terres donnent des résultats variables dont 
il est difficile de tirer une conclusion. Le bleu de méthylène semble cepen- 
dant donner des résultats plus réguliers que les deux autres. Les divergences 
observées expliquent le peu de succès des méthodes basées sur l'emploi des 
colorants; nous nous proposons d'étudier, pour une même terre, les varia- 
tions de l'adsorption, après avoir fait varier le teneur en matières orga- 
niques, et après avoir ajusté à une réaction déterminée. 



( a ) Handbuch der biophysikalischen und biochemischen Durchforschung des 
Bodens, p. i^o; Berlin, 1926. 



l54 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

2. La solution de peptone à iopour iooa été d'abord ajustée à pH = 6,4. 
Comme pour les colorants, nous avons agité dans des éprouvettes bouchées 
et graduées de i*oo cm3 , 10 et 20& des diverses terres, avec ioo cm3 de solution. 
Le lendemain nous avons pipeté du liquide io cm3 que nous avons évaporés. 
L'extrait de io cmS du liquide de contrôle était io23 ms ; les quantités adsorbées 
d'extrait étaient pour 1 o 8 de chacune des terres 38 ms , 5 ; 62 ms , 5 ; $6 m ° " , 5 et 64 n,s ,3 , 
et pour 2o°,66 m »,6; 9i n,s ,4; 100^,7 et 85 m s,3, Les résultats obtenus sont de 
l'ordre observé pour le bleu de méthylène au sujet de la troisième terre, 
mais ne concordent pas avec ceux qu'ont fourni les autres terres. 

3. Nous avons, comme pour la solution de peptone, traité 10 et 20 e de 
chacune des quatre terres par ioo cm3 de lait centrifugé, et suivi la même 
technique. L'adsorption observée.au cours de trois séries d'expériences est 
évaluée en milligrammes d'extrait, dans le petit tableau suivant : 

Terre 1. Terre 2. Terre 3. Terre 4. 

n ., < • 1 io s de terre ' 16,6 A5,5 Ln 8 Ao 3 

Première série { ' 4<^,^ 4/," 4<J,o 

( 2 ° » 65,6 3i,i 91,4 5 7 ,4 

Deuxième série ! I0 " 8 '? 2 °>9 22 > 3 17,0 

18,2 16,2 38,5 17,5 



Troisième série 



20 



10 



' . • 2 4,6 36,5 38,9 26, 5 

20 » 3o,6 19,0 5i,2 3o,i 



La troisième terre présente donc pour le lai t centrifugé le pouvoir adsorbant 
le plus élevé ; cette propriété n'est ni en rapport avec la teneur en matières 
organiques, ni avec l'acidité, ni avec la teneur en microbes. Mais il est inté- 
ressant de constater que le lait centrifugé conduit aux mêmes résultats que 
la solution de peptone et le bleu méthylène, pour attribuer le pouvoir adsor- 
bant au même échantillon. De nouvelles recherches, longues d'ailleurs, qui 
sont en cours, permettront sans doute de dégager le rôle de chacun des fac- 
teurs susceptibles d'influencer l'adsorption, pour un état déterminé de divi- 
sion de la substance considérée. Les résultats numériques de nos expériences 
préliminaires, que nous résumons ici, seront publiés in extenso dans un 
autre recueil. 



SÉANCE DU 21 JUILLET IO^O. l55 

PHYSIOLOGIE COMPARÉE. — Recherches sur la relation entre la vitesse 
fonctionnelle et la chronaxie. Note (') de M. et M me A. Chauchard, 
transmise par M. Mangin. 

Ranvier a établi que chez certains Vertébrés, Lapin, Raie, qui pré- 
sentent des muscles striés de couleur différente, ces muscles répondent à 
l'excitation électrique par une secousse de durée brève pour les muscles 
pâles, longue pour les rouges, le temps perdu variant dans le même sens. 
Des excitations répétées suivant un même rythme, provoquent un tétanos 
parfait pour les muscles lents, imparfait pour les rapides. Ces muscles ont, 
en outre, une structure histologique différente ( 2 ). 

Nous avons repris l'examen de ces faits à la lumière des notions intro- 
duites en physiologie par Lapicque. Une première série d'expériences 
réalisée sur les muscles du Lapin, jumeaux interne et externe, grand 
adducteur, muscles pâles à contraction rapide, soléaire et demi-tendineux, 
muscles rouges à contraction lente, nous avait montré que la chronaxie des 
muscles rouges est de deux à trois fois plus grande que celle des muscles 
blancs. 

Au Laboratoire maritime de Sâint-Servan, nos recherches ont porté 
sur les muscles de la nageoire de la Raie. Nous avons expérimenté sur 
des raies de petite et de moyenne taille appartenant à diverses espèces. 
Les animaux sont décérébrés ou anesthésiés par compression du cer- 
veau, suivant la méthode que nous avons décrite dans une Note anté- 
rieure ( 3 ). On les place dans une cuve à dissection contenant de l'eau de 
mer que l'on renouvelle constamment pour que la respiration reste 
normale. La peau de la face dorsale est excisée dans le sens transversal, de 
la colonne vertébrale au bord de la nageoire dont on découvre ainsi la mus- 
culature. Dans aucun des échantillons examinés, nous n'avons retrouvé la 
couleur rouge signalée par Ranvier pour certains de ces muscles, mais une 
coloration plutôt grisâtre. En outre, en les suivant sur tout leur trajet, nous 
avons observé dans leurs rapports respectifs une disposition particulière. Si 
l'on considère les muscles du tiers interne, les faisceaux grisâtres sont super- 
ficiels et reposent sur un plan musculaire plus pâle. Au tiers moyen, chacun 

(*) Séance du 16 juillet 1980. 

(?) Archives de Physiologie normale et pathologique, 2 e série, 1, 1874, p, 5 à i5. 

( :! ) Comptes rendus, 190, 1980, p. i520. 



t56 académie des sciences. 

d'entre eux se divise en deux, laissant apparaître dans leur écartement les 
muscles sous-jacents ; au tiers externe, les deux catégories de faisceaux, de 
largeur à peu près égale, alternent sur le même plan, entre les arêtes carti- 
lagineuses sur lesquelles ils s'insèrent latéralement. D'autre part, on dégage 
le tronc nerveux qui fournit des rameaux aux muscles de la nageoire. 

Les ondes excitantes sont des ondes de décharge de condensateurs, les 
électrodes, des anses d'argent chloruré pour le muscle, un excitateur impo- 
larisable pour le nerf. Au tiers externe de la nageoire où les deux sortes de 
muscles sont juxtaposés, il est facile de les exciter isolément. Au tiers 
interne, par contre, ils se recouvrent. Il est donc nécessaire, dès que l'exci- 
tabilité des faisceaux superficiels a été mesurée, de les sectionner et de les 
récliner de manière à pouvoir porter les électrodes sur les muscles profonds. 
Les minces faisceaux gris répondent sur toute leur longueur aux excitations 
par une contraction lente et graduelle, les muscles blancs par une secousse 
brusque et rapide comme l'avait vu Ranvier. La mesure de la chronaxie par 
excitation directe donne des valeurs plus petites pour les muscles à contrac- 
tion rapide que pour les muscles à contraction lente. Exprimées en capacité 
chronaxique, elles sont, en moyenne, de 20 millièmes de microfarad pour 
les premiers, de 60 pour les seconds. Sur le tronc nerveux, on retrouve 
deux excitabilités de valeur identique à celles des muscles auxquels se distri- 
buent les rameaux qui en émanent; il y a isochronisme complet entre les 
deux éléments : aux muscles rapides se rendent des filets nerveux à chronaxie 
courte, aux muscles lents des filets à grande chronaxie. 

Chez les Invertébrés, il existe aussi des muscles de coloration et de struc- 
ture dissemblables correspondant à une différence dans les propriétés phy- 
siologiques. Tel est le cas, chez les Mollusques du genre Pecten, de l'ad- 
ducteur de la valve qui est constitué par deux muscles accolés : l'un, le 
plus volumineux, de forme cylindrique, est formé de fibres à grande vitesse 
de contraction; il sert au rapprochement rapide des valves dans les mouve- 
ments de progression de l'animal; l'autre, d'aspect nacré, de forme semi- 
lunaire, est constitué par des fibres à contraction lente dont la fonction est 
de maintenir rapprochées les valves de la coquille. Ces muscles, il est vrai, 
diffèrent plus profondément entre eux que les muscles de Vertébrés étudiés 
plus haut; dans ce cas, toutes les fibres sont striées, tandis que, chez le 
Pecten, les unes sont striées, les autres lisses. Néanmoins, en raison de leur 
différence de vitesse de contraction, il nous a paru légitime de signaler ici 
ce que nous avons observé au point de vue de leur chronaxie : alors que le 
muscle à contraction rapide présente une chronaxie inférieure au millième 



SÉANCE DU 21 JUILLET ig3o. 1^7 

de seconde, cette constante est voisine de la seconde pour le muscle à faible 
vitesse de contraction, un écart aussi grand s'expliquant par ee fait que les 
muscles lisses peuvent atteindre des valeurs de chronaxie beaucoup plus 
grandes que les muscles striés les plus lents. 

Dans tous les cas que nous Venons d'examiner s'applique exactement la 
loi de Lapicque suivant laquelle la chronaxie varie en raison inverse de la 
vitesse fonctionnelle. Nos expériences ayant porté sur des animaux appar- 
tenant à des groupes aussi éloignés que les Mammifères, les Poissons, les 
Mollusques, montrent la généralité de cette loi. 

La méthode utilisée permet, comme nous l'avons déjà montré, de séparer 
sur un même nerf des valeurs d'excitabilité correspondant soit à des vitesses 
fonctionnelles différentes, soit même à des fonctions distinctes. 

PH ARM ACODYN AMIE. — Action physiologique comparée de Vaspidospermine 
et de la québrachine. Note de M. Raymond-Hamet, présentée par 
M. Charles Richet. 

On sait, depuis les travaux de Fraude et de Hesse, que les écorces de 
Y Aspidosperma Quebracho blanco, Apocynacée de la République Argentine 
qui est utilisée en thérapeutique comme antidyspnéique et qui a été récem- 
ment l'objet d'un important travail de Leprestre (*), contient plusieurs 
alcaloïdes dont les deux plus importants, l'aspidospermine et la québra- 
chine, ont pu être obtenus à l'état cristallisé. 

On sait aussi, depuis les recherches de Fourneau et Page ( 2 ) et les 
nôtres ( 3 ), que la québrachine est identique à la yofctimbine, alcaloïde 
extrait d'une Rubiacée Cinchonée de l'Afrique tropicale occidentale. 

A en croire les auteurs qui les ont le plus récemment étudiés, et en parti- 
culier Cow (*), Dixon et Ransom ( 5 ), les alcaloïdes de V Aspidosperma Que- 
bracho blanco auraient tous une action physiologique semblable, tout au 
moins qualitativement. 

Ayant pu extraire, d'écorces à' Aspidosperma Quebracho blanco détermi- 



( x ) L. Liîprestre, Le Quebracho blanco {Thèse doct. pharmacie. Paris, 1928). 

( 2 ) Fourneau et Page, Bulletin des Se. pharmacol., 21, 1914, P- 7 -1 ^- 

( 3 ) Raymond-Hamet, Comptes rendus, 187, 1928. p. i42-i44- 
('") D. Cow, Journ. of Pharmacol., 5, 1914, P- 34r-356. 

( s ) Dixon et Ransom, A. in Heffter, Handb. d. exp'. Pharmakol., % 1924, 
.■737-744. 



l58 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

nées avec certitude, une quantité suffisante d'aspidospermine cristallisée et 
de chlorhydrate de québrachine également cristallisé, nous avons fait une 
étude pharmacologique de ces deux alcaloïdes et avons pu constater qu'ils 
agissaient très différemment l'un de l'autre. 




Fig. i. — Expérience du 8 mai 1950. — Chienne de 2^?, ancstliésiée par le chloralose ( v?, c « par 
kilogramme), ayant ses. vagues sectionnés au cou et soumise à la respiration artificielle. — Première 
ligne : temps en secondes. Deuxième ligne : contractions intestinales enregistrées par la méthod 
du ballon. Troisième ligne : variations de la pression carotidienne enregistrées par le manomètre 
à mercure. — En Q on injecte dans la saphène 6 m * de chlorhydrate de québrachine. 

Alors qu'aux doses moyennes (o,25-i ms par kilogramme) la québrachine 
provoque une augmentation du tonus et de l'amplitude des contractions 
intestinales, l'aspidospermine aux doses moyennes (5 ms par kilogramme) 
détermine une chute du tonus et une inhibition nette de ses contractions. 

D'autre part, même aux doses léthales (i i-i3 uls par kilogramme en injec- 
tion intraveineuse), la québrachine laisse subsister chez le chien l'excita- 



SÉANCE DU 21 JUILLET 1930. 1% 

bilité électrique du pneumogastrique cardiaque. Par contre les doses fortes 
d'aspidospermine suppriment totalement chez cet animal l'excitabilité 
électrique de ce pneumogastrique -, elles diminuent aussi l'action de Facé- 
tylcholine sur les terminaisons du vague cardiaque; enfin elles abolissent 
l'action cardiovasculaire des doses fortes de nicotine (i ms par kilogramme 
de tartrate de nicotine). 




Fig. 2. •— Expérience du 2 juin 19S0. — Chien de io k ?, anesthésié par le chloralose ( r2 c ° par 
kilogramme), ayant ses pneumogastriques sectionnés au cou et soumis à Fa respiration artificielle.— 
Première ligne : temps en secondes. Deuxième ligne : contractions intestinales enregistrées par la 
méthode du ballon. Troisième ligne : variations de la pression carotidienne enregistrées par le 
manomètre à mercure. — En A injection dans .la saphène de 5o m s d'aspidospermine en solution 
ehlprhydriqtie. — Tracé en grandeur naturelle. 

Enfin, alors que la québrachine inverse totalement l'action de l'adrénaline 
sur la pression carotidienne, l'aspidospermine, même aux doses léthales, 
se borne à diminuer l'action hypertensive et vasoconstrictive rénale de 
l'adrénaline. 

Nos recherches permettent donc d'affirmer que, contrairement à ce 
qu'on avait admis jusqu'alors, les alcaloïdes de V Aspidosperma Qu&bracho 
blanco doivent être rangés dans des groupes pharmacologiques différent!,. 
Elles permettent aussi de considérer les alcaloïdes totaux de cette Apq>- 
cynacée comme susceptibles d'agir à la fois sur le système nerveux vague 
et sur le système nerveux sympathique, ce qui autoriserait une utilisation 
thérapeutique nouvelle de ces alcaloïdes. 



160 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

BIOLOGIE. — Contribution à l'étude de V activité biologique des stérols. 
Étude des stérols de Plankton. Note de MM. G. Belloc, R. Fabhe et 
H. Simonnet, présentée par M". Leclainche. 

On sait que le principe antirachitique est très peu répandu dans le règne 
végétal et dans le règne animal ; il est toutefois particulièrement abondant 
dans le foie de certains Poissons ( H ). 

Cette localisation remarquable a suggéré bien des hypothèses au sujet de 
la genèse du facteur antirachitique; en effet, ou bien les Poissons trouvent 
dans leur alimentation la vitamine antirachitique préformée, ou bien Ton 
doit penser que les stérols contenus dans ces organismes sont activés par 
irradiation. 

Au cours de l'étude que nous avons entreprise pour élucider cette ques- 
tion, nous nous sommes d'abord adressés au zooplankton. Celui-ci a été 
recueilli au filet pélagique, en surface, dans la baie de Bourgneuf, à deux 
époques différentes de Tannée : la première pêche a été faite en été, par 
forte chaleur et mer très calme (i5-2o juillet 1929) (Plankton I), la 
deuxième, au printemps, par temps froid et couvert, et mer assez agitée 
(22-26 avril 1930) (Plankton II). 

Le Plankton I était surtout constitué de larves zoé de Porcellana et de 
nombreux copépodes du genre Calanus, avec quelques rares Cténophores 
du genre Cydippes. Le Plankton II comprenait exclusivement des Cydippes 
avec de rares Beroés. 

Sur le bateau même, le contenu des filets à plankton a été séparé par 
tamisage et filtration au coton, et, après avoir été égoutté, il a été introduit 
dans un grand excès d'acétone anhydre, des échantillons étant conservés 
dans le formol au demi en vue de la détermination des espèces zoologiques. 
A l'arrivée au laboratoire, le produit de la pêche, stabilisé dans l'acétone, a 
été traité pour en isoler les stérols. Le principe de la méthode, dont le 
détail sera publié dans un autre Recueil, est le suivant. 

La solution acétonique est filtrée, et le résidu soumis successivement à 
un épuisement acétonique, puis chloroformique. Le produit extractif res- 
tant après la distillation des solvants dans le vide est saponifié par la potasse 

( J ) M me L. Randoin, E. André et R. Lecoq, Valeur antirachitique comparée de 
quelques Jiuiles d y animaux marins et de Vhuile de joie de morue (Journ. Pharm. 
et Chim., 8° série, 7, 1928, p. 529). 



SÉANCE DU 21 JUILLET 1930. 161 

alcoolique, et l'insaponifiable est soumis à la cristallisation dans l'alcool 
méthylique. Toutes ces opérations sont conduites très rapidement, à l'abri 
de l'oxygène de l'air, et, autant que possible, de la lumière, afin d'éviter 
toute influence modificatrice de ces agents sur les stérols. 

Le produit cristallisé extrait du plankton a été soumis au triple essai 
physique (absorption ultraviolette) ('), chimique (réactions colorées de 
Rosenheim ( 2 ), et de Meesemseker ( 3 ), et biologique ( 1 ). Les résultats sui- 
vants ont été enregistrés : 

Plankton I (plankton d'été), — Poids total : o«,i54. Maxima caractéristiques de la 
courbe d'absorption de l'ergostérol. Réactions chimiques de l'ergostérol et de l'ergo- 
stérol irradié positives. Essai biologique positif avant toute irradiation, à la dose de 
o ra 8,oi sur le Rat blanc rachitique. 

Plankton //(plankton de printemps). — Poids total du stérol cristallisé: os,i45; 
résidu incristallisable: 0^687. Aucune bande d'absorption de l'ergostérol. Réaction de 
l'ergostérol positive à la dose de o g .oi et réaction de l'ergostérol irradié très légèrement 
positive à la dose de o§\oo3 après 45 minutes d'irradiation. Essai biologique sur le Rat 
blanc rachitique négatif, même à la dose de o m s,io avant irradiation; négatif à o m «, 01, 
positif à o m 8,io après irradiation de 45 minutes. Il est à noter que les stérols extraits 
de la Méduse d'Acalèphes, appartenant à un groupe zoologique voisin, présente les 
mêmes caractères. 

Conclusion. — Des deux planktons étudiés, le premier est actif à o mg , 01 
avant toute irradiation au brûleur à mercure, tandis que le second n'ac- 
quiert d'activité biologique que par irradiation. Toutefois, la provitamine D 
y est plus diluée que dans le premier cas, puisqu'il a fallu donner des doses 
de o ms ,io pour constater l'effet antirachitique sur le Rat blanc. 

L'activité biologique des planktons est certainement fonction de nom- 
breux facteurs, dont les principaux sont la luminosité, d'une part, et la 
nature zoologique, d'autre part. 

La présence de principe antirachitique dans l'alimentation des Poissons 
n'exclut d'ailleurs pas l'hypothèse du pouvoir d'activation propre de cer- 
tains organes de ces animaux ou l'intervention des radiations lumineuses. 



( 1 ) R. Fabre et H. Simonnet, Contribution à Vétude des stérols irradiés {Bull. Soc. 
Chim. biol., 10, 1928, p. 1000-1111). 

( 2 ) O. Rosenheim, A spécifie colour reaction for ergosterol (Bioch. Journ., 23, 
^^i P- 47-53). 

( 3 ) R. Meesem^ker, Nouvelle réaction colorée de V ergosterol. Différenciation de 
l'ergostérol et de Vérgostërol irradié {Journ. Pharni. et Chim., 8 e série, 11, 1980, 
p. 380-385). 

C R. i§3o 2« Semestre (T. 191, N" 3 Y l3 



r62 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Nous nous proposons de poursuivre ces recherches, dans le but d'ap- 
porter cle nouveaux faits expérimentaux à la solution de cet important pro- 
blème. 



CHiMiE BIOLOGIQUE. — Action du fluorure de sodium sur la transforma- 
tion de V acide pyruvique en acide lactique. Note ( ' ) de M n,e Y. Khouvine, 
MM. E. Aubel et L. Chevillard, présentée par M. Molliard. 

On sait que le fluorure de sodium diminue la transformation du glucose 
en acide lactique (Embden, Meyerhof). Il était donc indiqué d'étudier le 
rôle possible de cet agent dans la réaction 

: : CfPCOCOOHH-H 2 -> CiPCtlOHCOOH 

! , 

...:.: 1 i î C 6 H' a 6 H-^H a O -> iCO â +H s 



produite par le foie. 

■On ajoutait o g ,o5 de NaF à io cm3 de liquide de Ringer, tenant en suspen- 
sion 5 S de foie haché. Le pyruvate était ajouté à la dose de o g ,o25. Voici 
les résultats (moyennes) : 

O 2 . CO-. Acide lactique. „ 

cm 3 mg mg 

Foie + O Na F -+- O pyruvate . . 9 , 36 1 3 , 98 8 , 25 

Foie -t- NaF + O pyruvate.. 6,79 7,08 3,37 • 4 

Foie + NaF + pyruvate 11, 83 20,49 . "10,9. ' : 

Foie + NaF + pyruvate 9,07 17,4 9;7 5 . 

On retrouve ici avec les témoins le phénomène de Meyerhof, la transfor- 
mation du glucose en acide lactique est diminuée (8 ms ,25 à 3 m8 ,37). Mais le 
fluorure apparaît au contraire sans action en ce qui concerne la transforma- 
tion du pyruvate en lactate : la différence entre les témoins et les expériences 
avec et sans fluorure est en effet de 7" 1 *, 6 et 6'" s , 3, chiffres du même ordre de 
grandeur. 

En outre le fluorure diminue la consommation d'oxygène et la production 
de gaz carbonique, la diminution étant relativement plus forte en Ce qui 
concerne le CO 2 , ce que Thùnberg a déjà signalé. Mais tandis que la 
présence de pyruvate n'a aucune action sur la diminution de la consomma- 
tion d'oxygène (différence de a™*, 28 et 2 cmS ,47 rapportée aux témoins avec 

(') Séance du 16 juillet 1930. 



SÉANCE DU. 21 JUILLET ig3o. l6,3 

ou sans fluorure), elle augmente la formation de CO a (différence de i.o ra s3 
et 6 ms , 5i rapportée aux témoins avec et sans fluorure). Comme la quantité 
d'extra-acide lactique formé aux dépens de l'acide pyruvique est sensible- 
ment la même d'une part, comme d'autre part sous l'influence du fluorure 
la production du CO 2 est diminuée lorsqu'il n'y a pas de pyruvate et 
augmentée lorsqu'il y a du pyruvate, il faut admettre que les phénomènes 
observés avec le pyruvate sont dus à une action du fluorure sur le pyruvate 
lui-même ou sur les catalyseurs qui entraînent la décomposition du pyruvate. 
A l'heure actuelle cette action est impossible à déterminer. En tout cas ce 
n'est pas une simple décarboxylation, les quantités d'acétaldéhyde formées 
étant sensiblement les mêmes avec ou sans fluorure. 



CHIMIE BIOLOGIQUE. — La constitution du principe sucré de Rhodymenia 
palmata, Note de M$L- H. Colin et E, Guéguen, présentée par 
M. Gabriel Bertrand. 

Nous avons montre (<) que le principe sucré de Rhodymenia palmata est 
un glucide à base de galactose, dont nous avons fait connaître les principales 

propriétés. 

L'absence, dans les produits d'hydrolyse, de tout sucre réducteur autre 
que le galactose, le pourcentage de ce dernier — environ 70 pour 100 du 
corps initial, anhydre — laissaient déjà prévoir que le a sucre » de Rhody- 
menia ne pouvait être qu'un hétéro g lucide. 

Plusieurs de ses caractères le rapprochaient des a-galactosides d'alcools, 
et il nous donnait un iodure par traitement à l'acide iodhydrique (D = 1,7) 

bouillant. .' t 

Dans l'hypothèse (la plus vraisemblable d'après l'ensemble de nos 
observations) d'une molécule de cristallisation, le poids moléculaire du 
groupement prosthétique devait être inférieur de moitié à celui du galactose. 

De fait, les mesures cryoscopiques, maintes fois répétées, avec, comme 
termes de comparaison, des solutions de sucres connus, assignaient au glu- 
cide de Rhodymenia un poids moléculaire intermédiaire entre ceux du 
glucose et du saccharose : liqueurs à io 8 de produit pour ioo g d'eau, À — '5 7 
(saccharose), 83 (sucre de Rhodymenia), 1 10 (glucose). La plasmolyse con- 
duisait de même à un poids moléculaire voisin de 245. 



(*) H. Colin et E. Guéguen, Comptes rendus, 190, igâo, p. 653 et 884- 



l64 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Les résultats de l'analyse élémentaire (substance anhydre o s ,'i46, 
CO 2 : o 8 ,388, H 2 : o s , 161, Cpour ioo :^i,6, H pour ioo : 7,2) écartaient 
d'une manière péremptoire l'hypothèse d'un galactoside d'alcool monoato- 
mique. Effectivement, c'est en vain que les liqueurs furent distillées à la 
pression ordinaire. 

Le constituant aglycosique a été isolé dans les conditions que voici : 
no s de sucre de Rhodymenia, cristallisé et rigoureusement pur, ont été 
dissous dans un litre d'eau et hydrolyses, à 120 , par le minimum d'acide 
sulfurique. Après saturation de l'acide par C0 3 Ba, la liqueur, à peine jau- 
nâtre, a été réduite en sirop clair et abandonnée à la.cristallisation. Le dépôt 
de galactose a commencé presque aussi vite et s'est poursuivi durant 
quelques jours. L'eau mère avait alors la saveur chaude du glycérol (autre- 
fois glycérine). On a décanté, concentré et repris par l'alcool absolu. Après 
addition d'éther jusqu'à trouble persistant, la liqueur a déposé, à la gla- 
cière, un sirop de galactose; finalement, on l'a distillée à la trompe à eau 
d'abord, puis à la pompe à mercure, sous 2-3 mm de pression et à la tempé- 
rature du bain de chlorure de calcium bouillant entre i3o et i4o°. 

On a obtenu de la sorte 25 cmS environ d'un liquide épais, de saveur sucrée 
et chaude, d'indice de réfraction égal à 1,462 en lumière blanche et à 18 , 
très soluble dans l'alcool, insoluble dans l'éther, bouillant vers 280 
.(H = 750), dégageant des fumées d'acroléine lorsqu'on le- chauffe en pré- 
sence de SO-'KH, non réducteur, mais le devenant, même à froid, par action 
du brome, donnant alors les réactions des sucres réducteurs. Il n'en faut pas 
tant pour caractériser le glycérol. 

Le principe sucré de Rhoâymenia palmata, dont la concentration, à la 
saison chaude, peut dépasser 5 pour 1 00 du poids de l'algue fraîche, est donc un 
monogalactoside du glycérol. Son pouvoir rotatoire élevé, son hydrolyse 
par l'extrait de levure basse, à l'exclusion de l'émulsine, montrent qu'il 
s'agit d'un a-galactoside. Le brome l'oxyde difficilement, ce qui semble 
indiquer que le galactose est attaché à la fonction alcool secondaire du 
glycérol. 

Nous avons dès maintenant de bonnes raisons de croire que le produit 
en question n'est pas spécial à l'espèce d'où nous l'avons retiré mais se ren- 
contre dans beaucoup d'autres Floridées. Il convient, par conséquent, de le 
désigner, par abréviation, sous le nom de Floridoside. 



SÉANCE DU 21 JUILLET IO,3o. . l65 



THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE. — Injection cTéther formolé dans les lym- 
phatiques des tumeurs cancéreuses . Note (') de M. M. Marcillb ( a ), pré- 
sentée par M. Charles Richet. * ■ . , 

Je propose une technique destinée à poursuivre dans les voies lympha- 
tiques les infections et en particulier l'infection cancéreuse. 

Il y a vingt-sept ans, j'avais fait remarquer, dans un travail sur les lym- 
phatiques de la région pelvienne, que la complexité des pédicules lympha- 
tiques de ces organes, etplus particulièrement de l'utérus, rendait impossible, 
dans le cas de cancer, l'exérèse méthodique complète et sans ouverture de 
ces pédicules. 

Pour parer à ce grave inconvénient, j'ai proposé d'injecter ces lympha- 
tiques inextirpables, à l'aide d'une masse capable de tuer la cellule cancé- 
reuse. 

Depuis cette époque, j'ai utilisé une masse au formol dans un certain 
nombre de cas de cancer de la langue, du sein, du testicule et de l'utérus. 
J'ai injecté les pédicules lymphatiques avec cette masse, avant de les extirper. 
J'ai eu des résultats inégaux : par exemple, dans un cas de cancer de la 
langue, la masse au formol a déterminé du sphacèle avec hémorragie secon- 
daire. 

J'ai ensuite employé une masse de plus en plus faible. 

Actuellement j'emploie une masse dans laquelle il entre 5 pour iooo de 
formol en solution dans l'éther. 

Une bonne masse à injection : 

i ° Doit bien pénétrer dans les voies lymphatiques ; 

2° Doit pouvoir être suivie dans sa progression au travers des voies lym- 
phatiques, afin de guider l'acte chirurgical : elle doit donc être colorée, 
La matière colorante à employer doit être très soluble dans l'éther, afin 
d'éviter que les canules très fines se bouchent pendant l'injection. D'autre 
part, cette matière ne doit pas être soluble dans l'eau, sans cela, au contact 



(') Séance du 16 juillet ig3o. 

( 2 ) Document retiré du pli cacheté n° 10232, déposé le 28 octobre 1929, ouvert à la 
demande de l'auteur le 11 juin 1930. 



f6Ô -ACADÉMIE DES; SCIENCES^ , 

de Peau des tissus, la matière colorante fait une tache diffuse, qui masque 
le contour des vaisseaux lymphatiques, et empêche de les suivre. 

Les matières colorantes de la masse de Gérota ne peuvent pas être utili- 
sées ; elles ne sont pas solubles dans Peau, niais elles ont une certaine toxicité, 
et surtout ne sont pas en solution vraie, mais en suspension. 

J'ai prié M. Paul Rabet de me trouver une matière colorante soluble 
dans Péther, non soluble dans Peau et non toxique. Il m'a proposé la chloro- 
phylle. Je l'ai longuement expérimentée dans mon laboratoire en comparai- 
son avec beaucoup d'autres matières colorantes, et je l'ai adoptée. Cette 
matière colorante est un peu faible, elle doit être utilisée à assez forte 
concentration si l'on veut suivre bien le trajet des vaisseaux lymphatiques. 
Cependant, plus tard, la préparation de violet de gentiane, que m'a faite 
M. Meillère, donne une coloration très supérieure et qui permet de suivre 
beaucoup mieux les voies lymphatiques. 

3° Doit contenir une substance soluble dans Véther, capable de tuer la 
cellule cancéreuse] mais non dangereuse pour l'organisme. 

De toutes les matières que j'ai employées, c'est le formol qui m'a donné 
les meilleurs résultats. 

Sa solubilité dans Péther est très peu considérable, mais il suffit pour 
obtenir le résultat cherché (la fixation de la cellule cancéreuse) d'employer 
une solution d'éther formolé à 5 pour iooo. Cette solution est bien tolérée. 
Je l'ai injectée à des animaux à plus fortes doses sans jamais provoquer 
d'accidents. 

Un pédicule lymphatique, injecté avec cette solution, devient au bout 
de quelques jours gros et tuméfié. 

Au bout de plusieurs semaines, le cordon lymphatique devient dur et 
fibreux, puis le cordon fibreux se résorbe progressivement, mais il faut 
bien une année pour que les parties molles aient repris toute leur sou- 
plesse et que l'on ne perçoive plus rien. 

Il semble bien que les cellules cancéreuses situées dans les ganglions et 
vaisseaux lymphatiques que l'on a bourrés d'éther formolé ne soient plus 
vivantes. De plus, leurs cadavres sont enveloppés dans un processus 
fibreux. . 

Il est donc possible par cette méthode de stériliser et de momifier les 
pédicules lymphatiques d'un organe atteint de cancer. 

On sait que des cellules cancéreuses migrent souvent fort loin, dans les 
deuxième, troisième et quatrième relais de ganglions lymphatiques. , 



SÉANCE DU 2-i JUILLET igSo. 167 

Par une injection d'éther formolé on peut les atteindre sans faire aucun 
délabrement et sans risquer les réinoculations qui sont presque toujours 
le fait du bistouri. 

A i5 L 35 m l'Académie se forme en Comité secret. j 

La séance est levée à 16". 

:f.. ■ • ■:■.: E. P. ■■■■-•■■'-' 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 



Ouvrages reçus pendant les séances de mai 1980. 

Contribution à l'étude de l'oxydation ammoniacale des principes carbonisés. 
Synthèses de l'acide cyanique, par Georges Laude. Thèses présentées à la Faculté 
des sciences de l'Université de Paris. Paris, Société d'édition" du Nord, 1929; 
1 vol. 24 cm . 
:::. Les rayons X : , par J. Thibaud. Paris, Armand Colin, 1980; 1 vol. 17 e111 , 5. 

Leçons sur la méthode du travail virtuel et son application, par V intermédiaire 
de la Thermodynamique générale à la théorie des corps minces : fils et membranes 
flexibles, lignes et surfaces élastiques,, professées' en 1929 à l'Université libre de 
Bruxelles, par Louis Roy, in Bulletin des laboratoires de l'École polytechnique de 
Bruxelles. Ixelles, G. Bothy, 1929; 1 fasc. 24 cm . 

L'absorption des radiations dans la haute atmosphère, par Charles Fabrï et 
H. Buisson, in Mémorial des sciences physiques, fasc. XI. Paris. Gauthier- Villars et C ie , 
1930; 1 fasc. 25 cm , 5. 

Les machines propriétés générales, par L. Lecornu, in Encyclopédie de mécanique 
appliquée. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1980; 1 vol. 23 cm ,5. 

Les applications des rayons X. Physique, chimie, métallurgie, par J.-J. Trillat, 
in Recueil des conférences-rapports de documentation sur la physique. Paris, Presses 
universitaires de France, 1980; 1 vol. 23 cm ,7. (Présenté par M. M. de Broglie.) 

Opérations relatives à l'Établissement d'une carte des régions parcourues {Déter- 
mination du canevas et levers d'itinéraire). Magnétisme-Météorologie, in Angola 
et Rhodesia (1912-1914). Mission Rohan-Chabot sous les auspices du Ministère de 



l68 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

i Instruction publique et de la Société de géographie, Tome II. Paris, Imprimerie 
nationale, io.3o; i vol. 28 cm ,5. 

Les Urticaires, par Edouard Joltrain, in Collection des Actualités de médecine 
pratique. Paris, Gaston Doin et O, iq3o; i vol. i8 cm ,3. (Présenté par M. Charles 
Richet.) 

Studi geologici Nelle Alpi occidental (4-8). par F. Hermànn. Padova, Société 
Cooperativa Tipografica, io,3o; i vol. 34 cm . (Présenté par M. 'fermier. ) 

La légende du lac Mœris, par Ch. Audebeau Bey. Le Caire, Imprimerie de l'Institut 
français d'archéologie orientale, 1930; 1 fasc. 25 cm . (Présenté par M. E. Roux.) 

La demande dans ses rapports avec la répartition des revenus, par R. Roy, in 
Metron. Vol.. VIII, n° 3, 1930. Roma, Amministrazione del « Metron », fasc. i^ cm . 
(Présenté par M. d'Ocagne.) * 

Formation des montagnes et des volcans. Genèse des séismes et courants marins, 
par Claude Simeray. Dob, Imprimerie de la Presse jurassienne, 1930; 1 fasc. i8 cm ,5. 

Nouveau Traité de psychologie, Tome I, par Georges Dumas. Paris, Félix Alcan, 
1930; 1 vol. 24 cm ,5. 



ERRATA 



(Séance du 16 juillet 1930.) 

Note de M. Edgar-Pierre Tawill, Les ondes stationnaires ultra-sonores 
rendues visibles dans les gaz par la méthode des stries : 

Page 94, le numérotage des trois figures est à rectifier ainsi de gauche à droite : 
2, 3, 1 au lieu de 1, 2, 3. 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 

SÉANCE DU LUNDI 28 JUILLET 1950. 

PRÉSIDENCE DE M. Louis MANGIN. 



MEMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 



SPECTROSCOPIE. — Raies ultimes des corps alcalins et alcalino-lerreux . 

Note de M. Deslandres. 

Les radiations ultimes d'un corps simple, qui sont les dernières à dispa- 
raître, lorsque la proportion du corps dans un mélange devient de plus en 
plus faible, sont aussi en général les plus fortes du corps illuminé seul et les 
raies premières de séries hydrogénoïdes. Or, en 192/i, j'ai montré que les 
raies ultimes des vingt premiers corps simples et du mercure étaient le plus 
souvent des multiples de la fréquence élémentaire 1062,5, désignée par la 
lettre d x . Une raie est dite multiple de d. t et d'une manière générale de dj n, 
71 étant un nombre entier petit, lorsque l'écart entre sa fréquence et le 
multiple de d x f n est égal au plus à d t / 10 n. 

Cette étude de 1924 était une première reconnaissance; je la reprends 
aujourd'hui en la limitant aux deux familles naturelles de corps simples, 
qui occupent les deux premières colonnes du tableau de Mendéléef, c'est- 
à-dire aux corps alcalins et alcalino-terreux. Leur atome a une structure 
simple, avec seulement un ou deux électrons sur la couche extérieure. 

Dans l'intervalle, d'ailleurs, plusieurs propriétés curieuses et nouvelles 
de ces raies multiples de d x ont été reconnues dans les spectres. Les raies 
les plus brillantes et les plus hautes de l'atmosphère solaire sont rattachées 
à la fréquence d A et, lorsqu'une raie multiple de d i se trouve dans un mul- 
tiplet, elle est renforcée dans le Soleil par rapport aux autres raies du même 
multiplet, ce qui est attribué à la présence de l'hélium et de l'hydrogène. 
De plus les raies multiples de <i,, premières ou non premières d'une série 

C R, ig3o, 2 e Semestre. (T 191, N° 4 ) l4 



170 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

hydrogénoïde, correspondent à ses petites irrégularités de position ou 
d'intensité; et même, dans plusieurs spectres, les raies qui subissent le 
déplacement maximum par la pression sont aussi des multiples de 1062,5. 
Bref j'ai dû admettre une cause nouvelle, liée à la fréquence d l} qui inter- 
vient pour modifier l'intensité et la manière d'être des raies spectrales ( 1 ). 

Une étude plus précise des raies ultimes devenait nécessaire. Leur impor- 
tance, comme on sait, a été signalée d'abord par de Gramont (1907-1922), 
qui a publié la première liste des raies ultimes pour de nombreux corps 
illuminés dans l'air à la pression atmosphérique avec les modes d'excita- 
tion relativement faibles dont on dispose dans tous les laboratoires. Puis, 
Sommerfeld (1922), Foote et Mohler (1922) et Kiess (1923) les ont aussi 
étudiées-, et, sous l'influence d'idées théoriques, ils ont soutenu que la raie 
ultime coïncidait avec la raie dite de résonance émise entre les deux niveaux 
les plus bas de l'atome. Mais Croze, dans deux Notes de 1922 et 1923, 
a montré que cette coïncidence ne se vérifie pas, au moins pour les corps 
alcalino-terreux (groupe II de Mendéléef). 

Puis, en 1925, Russell publie la liste des raies qu'il appelle ultimates 
et pénullimates, la première raie de la liste étant en réalité pour chaque 
corps la raie de résonance. Plus tard, Meggers en 1927 et Russell en 1929 
présentent pour la grande majorité des corps les raies qui sont pour eux 
ultimes et persistantes. Ils utilisent les données nouvelles récemment 
acquises dans l'ultraviolet extrême avec des arcs et étincelles d'une grande 
puissance dans le vide, et ils ont toujours une préférence marquée pour la 
raie de résonance (-). 

J'ai étudié la question d'un point de vue tout autre et en cherchant 
à rester, autant que possible, en dehors de toute théorie. Le point de départ 
de la recherche en 1924 a été la remarque suivante : les raies ultimes admises 
par tous de He, Na, Ti, C, Ca + Sr*" et Hg sont des multiples de d t avec un 
écart au plus égal à 100, et elles ont été révélées avec une excitation de la 
vapeur faible ou moyenne. Il convient de placer dans les mêmes conditions 
les autres corps dont on veut déterminer la raie ultime et donc d'écarter les 
raies ultraviolettes de très haute fréquence dont l'émission exige une forte 



(') Comptes rendus, 1.79, 1924, p. 5 et 1066; 189, 1929, p. 20 et 669; 190, 1980, 
p. 836 et 1260 ; 191. 1980. p. 7. 

('-) Croze, Comptes rendus. 175, 1922, p. 1148; 177, 1923, p. 1285 ; International 
critical Tables, 5, 1929, p. 323, et Russell, Astroph. Journ., kl, 1926, p. 223, et 70, 
1929, p. 3i. 



SÉANCE DU 28 JUILLET 1980. 171 

énergie. Je suis conduit plutôt à retenir les raies infrarouges, complètement 
négligées par Meggers et Russell. 

Les résultats sont condensés dans le tableau ci-après qui donne les raies 
ultimes (distinguées par des chiffres gras) et quelques raies fortes de 
l'hydrogène, de l'hélium, des corps alcalins, des corps alcalino-terreux, 
ionisés et neutres, et aussi du cuivre, du zinc, du cadmium et du mercure. 
Tous ces corps ont ce point commun d'avoir seulement un ou deux élec- 
trons optiques; et leur tableau peut être comparé aux listes américaines. 
Or je signale tout d'abord une erreur qui s'est glissée dans la liste de 
Russell. La raie ultime des alcalins est dans le premier doublet de leur 
série principale, et Russell choisit la raie la plus faible du doublet, deux 
fois moins intense que l'autre. Il faut prendre la raie la plus forte, et 
l'accord avec les multiples de d t apparaît alors clairement. 

Le tableau' donne pour l'hydrogène les têtes des trois séries successives 
de Lyman, Balmer et Paschen. D'après les idées régnantes, l'intensité de 
ces têtes doit décroître à partir de la première tête qui est la raie de réso- 
nance -A 121 5, admise comme raie ultime par Russell. Mais Brackett, en opé- 
rant avec une pile thermo-électrique, a montré que la raie infrarouge de 
Paschen, qui est la troisième tète, devient, avec une excitation moyenne, 
beaucoup plus intense que la deuxième. Cette raie, qui est un multiple de 
d f , est pour moi la raie ultime. En fait, nous ignorons comment les niveaux 
d'énergie se forment dans l'atome et comment ils retiennent les électrons; 
tout porte à croire qu'ils les retiennent avec une force qui n'est pas cons- 
tante. C'est l'expérience seule qui peut nous éclairer sur ces points, et l'on 
sait d'ailleurs que la raie ultime peut varier avec le mode d'excitation. 

yVvec les cinq corps alcalins, le potassium excepté, la raie ultime est mul- 
tiple de d. x ; mais le potassium a une raie infrarouge très forte, A 1 1772, mul- 
tiple de d,, et j'émets l'idée qu'elle peut être comme précédemment avec 
l'hydrogène plus forte que la raie lumineuse À 7665. Il faudra mesurer les 
intensités de ces deux raies avec le même récepteur ('). 

La même remarque s'applique au calcium neutre; la raie- X 4226, pré- 
sentée jusqu'ici comme sa raie ultime, est un multiple de é/,/4, mais la 
plus forte raie de l'infrarouge, X 10 345, rattachée à d. { , peut être en réalité 
la plus intense de toutes. Sa recherche est recommandée aux laboratoires 
organisés pour l'étude précise de l'infrarouge. 

( 1 ) Pour Ma, le tableau présente trois raies, têtes de série, qui sont, avec des inten- 
sités décroissantes, des multiples de d u dj 2, c/j/4- Elles sont à rapprocher des deux 
raies de K. A noter que ce dernier corps se distingue, par plusieurs irrégularités, des 
autres corps alcalins." 



172 



ACADEMIE DES SCIENCES. 



Raies ultimes des éléments des deux premières colonnes de la série périodique. 

Longueur Notation. Multiple de d i 

Elément. d'onde. de série. Fréquence. et résidu. 

H i-^i5,7 - 8a258= 77^ + 444 

6562 , 8 - 1 5233 = ( 14 + '/.,) d y -+- 4 

18751.0 -. 5332= 5 ûfj h- 19 

lie 58 1 , 4 ' S — ' P, 171116= 161 d r -+- 5 i 

io83o,i 2 S, — 2 P., 923 1 = (8 + 7:;)^+ 23 

5875,6 -P.,— -D>, 17015= 16^+ 1 5 

Fi 6707,8 -S, — a Pj. 2 i/,()o4 = 14 d t + 29 

Na 5890, *S, — *P, 16973 = 16 d x .— 27 

8194,8 n'»,— 2 D, 12199 = (u +7,)^— 19 

11 4-o4, a . 2 P 2 ---S, 8766= (8 + 7J «?.,.+ o 

K 7664,9 2 S,- 2 P 2 i3o43 = (i2+7 4 )^+ 27 

11771,7 «P.-'-D., ' 84 9 3= 8^- 7 

Hb -. . 7800,3 *S, - S .P 2 12816 = 1 2 d, -+- 66 

13443, 7 2 J),- 2 F 7 43 7 = ~d,~ . 

( ]s 8521 , 1 2 S, — 2 P 2 1 1 7 32 = 1 1 d, H- 46 

Cm 3247 , 5 id . 3oy84 = 29 d % — 29 

Be 4 . . 3130, 4 kl. 3i 9 36= 3ôr/, + 61 

Mg" . . .' 2795. 5 id. 35761 = (33 -+- 7: S ) d^ —• 10 

4481,3 -\),— 3 F, 22.309= «irf,— 4 

Ca+ 3933,6 2 S, - 2 P 2 2 54 1 4 — ' 24 d,— 86 

Sr ; 4077,7 id. 245i6 = 2.3 d, + 79 

Btr 4554,0 id. 21952 = (20 + 7:0 d t — 6 

4934. r '-Si — 2 P, 2,0261= 19^+ 74 

Zn ! 2025,5 2 S,— ,! P., 4 9 355 = (46 + 7 2 ) rf, — 5i 

Be 2348 ,6 ' S — ' P , 4 2,565 = .',0 rf, + 65 

Mg 2852,1 id. 35o5i = 33 </, — n 

Ca 4226 , 7 id . 2,3652 = (22 -+- 7/0 d., — 1 2 

1 o34 5,o 1 P , — 1 S , 9664 = 9 d, + 1 02 

Sr 4607,3 ^o— 1 P, 31698= 30 r/, + 448 

Ba 5535,5 id. 18060 = 17 r/, — 2 

Zn , 2138,6 id. 46745= 44^,- 5 

(M 2888,0 id. 43692 = 41 r/, h- i.3o 

10094,7 J P, — 'S, 9617=. 9^i+ 55 

11g 1849,6 id. ' 54o66 = 5i d t — 123 

2530,5 ^So — ;1 P, 394i3 = 37/ii+ioo 



Le cadmium, qui est rangé dans la famille des alcalino-terreux, donne 
lieu aussi à la même remarque. Enfin le mercure mérite une mention 
spéciale , il est le seul de la famille dont la raie de résonance soit forte et 



SÉANCE DU 28 JUILLET 1980. 17,'i 

en même temps raie ultime. Or, cette raie* A 2536 est aussi la seule raie de 
résonance rattachée dans la famille à un multiple de d t . 

Dans l'ensemble, les 22 corps du tableau dont les poids atomiques sont 
compris entre les nombres 1 et 200 montrent un lien étroit avec la fré- 
quence 1062,5, le strontium seul étant excepté (■'). Cette fréquence a été 
présentée déjà comme rattachée à une cause nouvelle qui modifie l'intensité 
et même la position des raies spectrales • d'après l'étude actuelle, elle doit 
intervenir aussi dans la formation des niveaux d'énergie de l'atome, au 
moins pour les deux premiers groupes de la série périodique des éléments. 



ASTRONOMIE. — L'observatoire de Courtanvaux à Colombes. 

Note ( 2 )de M. Bigourdan. 

Le marquis de Courtanvaux est, au xvin siècle, un des grands 
mécènes dont le nom a été conservé par l'histoire des Sciences, car il les 
favorisa de sa fortune. 

François-César Le Tellier, marquis de Courtanvaux, etc. (1718— J- 1 78 r 
Juill. 7), était, par son père, petit-fils deLouvois; sa mère, Anne-Louise de 
Nouilles, était une sœur du cardinal et du premier maréchal de ce nom. 

Destiné à l'armée, il fit sa première campagne (1733), à l'âge de i5 ans, 
comme aide de camp du maréchal son oncle. Devenu colonel en 1740, il 
quitte le service pour raison de santé en 1745 : son régiment passa au mar- 
quis, de Montmirail son fils qui devint membre honoraire de l'Académie des 
Sciences en 1 761, puis son président (1763). 

Condorcet, qui a écrit l'éloge de Courtanvaux (Mém. Acad. 1781, 
H. 71-78), dit qu'il était né avec le goût de la simplicité et de l'indépen- 
dance, que son éducation avait été très négligée, mais qu'un goût naturel 
pour les sciences le sauva de l'oisiveté dans sa retraite prématurée. 

Ce qui lui manqua, semble-t-il, c'est la persévérance, car, dit Condorcet, 
« il s'appliqua successivement à l'Histoire Naturelle, à la Chimie ( 3 ), à la 



(*) On peut joindre au strontium les deux corps simples de poids atomique élevé, 
Ag et Au, qui sont souvent rattachés aux corps alcalins, et qui, jusqu'ici, n'ont offert 
aucun lien net avec la fréquence d x . 

( 2 ) Séance du 7 juillet 1930. " 

: ( 3 ) 11 publia deux mémoires de Chimie, l'un sur l'éther marin, l'autre sur le vinaigre 
radical (Sac. Etr., t, V, p. 19 et 72). 



17/4 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Géographie ('), à la Physique; aux Mécaniques ( 2 ), à l'Astronomie, mon- 
trant dans toutes ses études un esprit juste et de la facilité, mais s'y livrant 
avec trop peu de suite et de constance ». 

En 1765 il succède à son propre fils comme membre honoraire de l'Aca- 
démie des Sciences. 

Entouré de savants, il vécut, dit Gondorcet, étranger à toute autre espèce 
de société et mourut le 7 juillet 1781. La bibliothèque Sainte-Geneviève 
possède de lui un beau buste en marbre par B ri dan. • 



(') Son principal titre de gloire est aujourd'hui la générosité princièreavec laquelle 
il seconda l'Académie des Sciences dans l'épreuve des montres marines. 

Longtemps la France, avec Picard, Richer, les Cassini..., avait monopolisé la Géo- 
désie; et, avec les observations d'éclipsés des satellites de Jupiter, elle avait rénové la 
Géographie. Mais le problème des longitudes à la mer restail à résoudre pratiquement 
lorsque l'Angleterre entra en lice avec des horlogers de génie, auxquels la France 
opposa les Leroy, Berthoud... Il en résulta une émulation extraordinaire; mais le gou- 
vernement de Louis XV avait donné son dernier effort pour la Science en organisant 
les missions géodésiques de l'Equateur et du Cercle polaire ; et dès lors l'Académie des 
Sciences doit tenter de le suppléer : pour sujet de prix de 1767 elle proposa La 
meilleure manière de mesurer le temps à la mer. Une montre de Pierre Le Roy, 
accompagnée d'un Mémoire explicatif, fut sur le point d'être couronnée après des 
épreuves à terre; mais on voulut l'éprouver en mer et en conséquence le prix fut remis 
à 176g et doublé. 

Une telle épreuve présentait alors plus d'une difficulté : il fallait comparer les lon- 
gitudes données par les montres à celles des lieux d'escale, qu'on voulait déterminer 
elles-mêmes; cela exigeait un bateau spécial, à faible tirant d'eau pour se prêter à de 
nombreuses relâches, et il semblait que la marine royale était seule capable d'un tel 
effort. C'est alors que de Courtanvaux suppléa l'État défaillant : A ses frais il fit 
construire dans ce but une corvette spéciale, Y Aurore, et lui-même s'y embarqua avec 
Pingre et Messier du 20 mai au i el septembre 1767, pour suivre les montres qu'on 
voudrait lui confier, déterminer les longitudes et l'heure dans les escales, etc. 
V Aurore partie du Havre, visita successivement Calais, Dunkerque, Rotterdam, 
le . Texel, Amsterdam, et au retour, Calais, Boulogne et le Havre. Les opérations faites 
sont données en détail dans le Journal du Voyage -de M. le Marquis de Courtanvaux, 
1 vol. in-4°, 1768, 3i6 pages et planches, dont une représente Y Aurore et une autre 
les sinuosités du voyage, avec les dates et heures des arrivées et départs. Le Roy obtint 
le prix doublé. 

Un modèle de la frégate, à 1 pouce par pied, se trouve aujourd'hui à la bibliothèque 
Sainte-Geneviève. 

( 2 ) Il protégeait les inventeurs et construisit parfois lui-même les instruments qu'ils 
proposaient : sur l'un de ceux-ci, qui est décrit et figuré dans les Mémoires de V Aca- 
démie des Sciences (année 1779, H. 37, M. 5o2), il avait gravé cette inscription : 
Jeaurat invenit, Courtenvaux fecit. 



SÉANCE DU 28 JUILLET 1980. in5 

De Courtanvaux possédait à Colombes ( 1 ), au milieu de cette grande 
plaine qui forme la presqu'île de Gennevilliers, et qui tend à se convertir en 
faubourg de Paris, une maison « délicieuse » ( 2 ) qui formait une de ses 
résidences et où il avait établi un grand laboratoire de Chimie, un Cabinet 
de modèles d'instruments de Physique et de Mécanique, enfin l'Observa- 
toire « le plus joli qu'on puisse voir », dit J :5 Bernouilli ( 2 ), qui nous en a 
laissé une courte description avec la liste des instruments ; mais Courtanvaux 
se bornait à le laisser à la disposition des savants et n'y établit pas d'obser- 
vateur permanent. 

Observatoire. — Il fut établi déjà en 176^ (Mém. Acad., M. 476). Il était 
formé d'une tour ronde d'environ i8 pL (6 m ) de diamètre, à deux étages, 
dont le plus élevé constituait, en majeure partie, l'Observatoire proprement 
dit; de là on jouissait d'un horizon étendu. À chaque étage de la tour était 
jointe une tourelle située au Midi et couverte d'un toit conique tournant, 
suspendu sur une vis centrale, tandis que l'étage supérieur de la tour avait 
un toit à volets mobiles, imité sans doute de l'Observatoire de Cluny; ces 
volets étaient doubles et au nombre de 5 ou 6. 

Instruments ( 3 ). — Bernouilli dit qu'ils sont des plus beaux et en donne 



(*) Voir, dans la collection des Communes du département de la Seine, à la fin 
du xix e siècle, le volume qui est relatif à Colombes. 

( 2 ) J.j Behnouilli, Lettres astronomiques, p. i5~. 

( ;! ) Certains de ces instruments paraissent être les mêmes que divers de ceux 
emportés dans le voyage de V Aurore, et dont voici la liste d'après la relation, p. 60. 
Ceux marqués C appartenaient à de Courtanvaux. JVi ajouté, entre ( ), des détails 
empruntés aux manuscrits de la bibliothèque Sainte-Geneviève, n° 1805 (relation du 
voyage par Pingre, avec Avariantes, et au n° 3010 de Messier). 

a. Un quart de c. de Langlois, de ?. pi s J t de rayon, avec micromètre et réticule 
(de 3 1 ' 1 de r., appartenant à l'Observatoire royal, disent lesmss. i8o5, 3oio). 

b. Un quart de c. de Langlois, de 2 |,u /j de rayon, avec micromètre et réticule 
(c'est celui de Pingre dit mss. 3oio; appartenant à l'Académie dit mss. i8o5). 

c. Un instrument des passages de Canivet, avec lunette achromatique de 3 pi J /, -de 
long, représentée par la figure de la planche III, p. 60 (appartenant 3 Le Monnier, 
dit mss. 1 8o5). 

d. Une « très bonne » pendule astronomique de Berthoud (C, mss. 3oio). 

e. Une pendule de Le Paute (C, mss. i8o5). 

/. Une lunette achromatique de 3 pi . à 3 verres, de Dollond. appartenant à Trn- 
daine de Montigny (de 3 pi 1 /a dit mss. 3oio). 

g. Une lunette achrom. de 5p* (à 2 verres, appartenant à de Saron, mss. 3oio). 

h. Une lunette achrom. de 3 pi à 2 verres (C, mss. 3oio). 

/, j. Dans une boîte d'instruments, un quart de cercle de i pi et une petite pen- 
dule (mss. 3oio). 



176 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

la liste suivante (les numéros de Bernouilli sont entre parenthèses) : 

1 (9). Un quart de cercle de Canivet, en cuivre de 2 pi de rayon, avec 
divisions par transversales. Il était placé dans la tourelle du deuxième 
étage et était commode pour prendre les hauteurs correspondantes. 

2 (10). Un autre quart de cercle, plus important, également en cuivre et 
fait par Canivet, de 2 y, à 3 pieds de diamètre, et placé dans la tourelle du 
premier étage. 

3(7). Une lunette méridienne de 5 pi de foyer, fixée solidement, mais 
dépourvue de mire à l'horizon. 

4 (8). Une lunette méridienne portative qui serait la même que a (J. B). 

5 (1). Une horloge astronomique de F. Berthoud, avec échappement à 
repos et balancier compensé dont les tiges étaient à section rectangulaire ; 
elle avait un timbre qui sonnait les secondes et que l'astronome pouvait 
mettre en marche quand il observait seul. C'est sans doute d. 

6(2). Une autre horloge, aussi de F. Berthoud, plus petite et plus élé- 
gante; elle avait aussi un balancier compensé, ainsi qu'un timbre pour les 
secondes. 

7 (1 1). Une machine parallactique « bien faite » qui en 1769 portait une 
lunette de 4 ou 5 pieds de long. 

8(5). « Une excellente lunette achromatique française de 12 pouces. » 
C'est peut-être celle employée le 29 avril 1769 par Messier qui dit qu'elle 
a io P 4 et qu'elle n'est pas fort bonne. 

9 (6). Une lunette ordinaire de 5 pi , avec micromètre de Canivet. 

10(3). Un télescope grégorien de Short, de i8 po de foyer, dont un des 
porte-oculaires avait un micromètre de Passement. Il était muni de cercles 
gradués, de mouvements de rappel, et son premier axe de rotation pouvait 
à volonté être placé vertical ou parallèle à l'axe du monde. 

11 (4). Un autre télescope également de Short, de 2 pi , à monture ordi- 
naire. 

12(i2). « Un joli télescope grégorien d'un pied, avec le micromètre de 
Dollond [héliomètre?] très complet pour la commodité. » 

13. Mégamètre de de Charnières. 

Observations. — Nous les rapportons dans Tordre chronologique : 



k. (Lunette achrom. de 9P de foyer, construite par Vandel et achetée de Van-Deyl 
à Amsterdam; construite sur d'autres principes que celles de Dollond, elle fut pré- 
sentée au roi le i3 [?] et fait reflet d'une lunette ordinaire de 9-10 pieds; mss. 3oio.) 

/, m. Deux lunettes de nuit (c'étaient celles de Pingre et de Messier; mss. 3oio). 



SÉANCE DU 28 JUILLET ig3o. 177 

Dates. Phénomène. Observateur. Instruments et autorités. 

1753 mai 6. Occult. Pléiades Messier Mss. a3i3, f° 467 et mss. 2^21. 

1765 août 16. Ecl. Courtanv. Tél. Short 3 pi ) Mém. Ac, 1766. 

Tél. grég. i2 po Saron \ H. 90; M. 4.76. 
i-66mars28. ï) , Bandes Messier Lun. achr. io pi 7?°. — Mém., 1776, p. 584, 

etPhil. Trans., LIX, 454. 
1 766 mars 28. Ed. Sat. TP » Lun. achr. i2 pi . — p. 399. C. des. T., 

an XV. 

T7G6 août 5. Ecl. © » Tél. 2 pi de Short, p. 3q5 ) 

t ♦ t a k„i / \ Mém., 1766. 

» » . Jeaurat Lun. ord. 5'", p. 407 ) 

1766 sept. 22. Occult. Pléiades Messier Tél. 2 pi . — C. des T., an XV. 3o3 et 

mss. 23i3, f° 467. 

1767 mars r5. Ecl. Sat. 7/f » Lun. achr. io pi . — p. 4o3 1 

1767 avril 16. » » » . — p. 4o4 / Connaissance 

f 768 mars 26. » Gourtanv. Tél. anglais 3 pi . — p.4o6) des Temps 

» » Messier Lun. achr. to pi . — p.4o6i de l'an XV, 

1769 avril 29. » » » , — p.4io 1 

1769 Pass. de 9 ' Bernouilli Mém. Acad. Berlin, année 1767, p. 5oo. 



BIOLOGIE VÉGÉTALE. — Influence des pollens sur les mouvements 
qui précèdent V ouverture des fleurs chez les Pavots. Note de 
M. L. Blarixghem. 

Dans une Communication récente ( 1 ) j'ai établi une relation entre les 
phases accélérées ou ralenties de maturation des étamines et la régularité 
de l'ouverture des fleurs, constatées chez des lignes pures de Papaver du 
groupe somniferum et leur hybride partiellement stérile. Le même matériel 
va me permettre de montrer que les mouvements des pédoncules des Pavots 
avant l'anthèse sont directement régis par l'activité des pollens renfermés 
dans ces étamines. J'en déduirai, comme conséquence, l'explication d'une 
particularité de la floraison des hybrides, constatée aussi chez les Lins, les 
Primevères et les Benoites, particularité troublante puisqu'elle paraît en 
contradiction avec une règle générale, à savoir: l'uniformité des hybrides de 
première génération. 

Chez Papaver setigerum D C. var. Bellevue, chez P. somniferum L. var. 
Mursellii Hort, la présence et l'activité des cellules du pollen contribuent 
nettement à accélérer, sinon à déterminer, les phases très régulières de cour- 1 
bure puis de redressement des pédoncules floraux, phénomènes qui pré- 

( J ) Comptes rendus, 191, 1930, p. 117. 



I7 8 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

sentent ici la plus grande homogénéité. Au seul aspect de la courbure des 
pédoncules, on devine Fétat de développement des étamines dans les bou- 
tons, état bien différent dans les deux lignées. La castration prématurée 
retarde de trois jours au moins et souvent davantage la date du redresse- 
ment du pédoncule, mais il faut, pour provoquer ce retard, chez les pre- 
mières fleurs qui sont les mieux constituées, enlever au moins les trois 
quarts des anthères. D'autre part l'apport de pollen sur les stigmates d'une 
fleur qui a été privée de ses anthères un jour ou deux auparavant active le 
redressement du pédoncule et provoque, avec un certain retard, la chute 
des sépales, puis celle des pétales et enfin celle des filets des étamines privés 
de leurs anthères. 

La persistance prolongée des étamines sur les fleurs de l'hybride, castré 
ou non, rappelle à bien des égards la persistance des filets dépourvus 
d'anthères des fleurs des parents et tout se passe comme si les anthères, ou 
leur contenu actif, c'est-à-dire les pollens en voie de maturation, ou les 
pollens en germination, sécrétaient des substances ayant pour effet prochain 
la consolidation des tissus des pédoncules floraux et, par voie de consé- 
quence, l'arrêt de croissance et le redressement des dits pédoncules. 

Parmi les expériences et observations faites en juin et juillet io,3o sur 
divers Papave/; je relaterai brièvement celles qui me paraissent les plus pro- 
bantes : 

i° Chez Papaver setigerum DC. la castration (ablation des anthères en 
déchirant le moins possible sépales, pétales et laissant les filets en place) 
peut être effectuée cinq jours avant l'anthèse; mais en ce cas Fovaire ne 
grossit plus et la fleur se dessèche. Au jour suivant (III) les pétales et les 
filets des étamines ont doublé de taille; les anthères d'abord globuleuses 
prennent une forme plate et allongée dans le sens des filets et leur teinte 
olivâtre est modifiée par l'apparition, à droite et à gauche, d'une mince 
ligne blanchâtre, qui est la fente de déhiscence suivant laquelle le soir de 
(III) et le lendemain matin le pollen mûr sera mis en liberté. Toute lésion 
faite au bouton avant l'ouverture de la ligne de déhiscence'retarde considé- 
rablement le redressement de la fleur qui n'a lieu que cinq ou six jours 
après l'opération c'est-à-dire avec trois ou quatre jours de retard; toute 
lésion faite à partir du jour (IV) ne retarde le redressement de la fleur que 
d'un jour ou deux au plus; dans la première opération, l'ablation des 
anthères retarde les mouvements; dans la seconde, l'ablation des anthères 
ne change guère l'allure du phénomène. Enfin l'apport sur les stigmates 
réceptifs dès le jour (III) de pollen de l'espèce P. setigerum DC, soit d'un 



SÉANCE DU 28 JUILLET IO,3o. 179 

autre Papaver du groupe somniferum, détermine rapidement la consoli- 
dation et le redressement des pédoncules floraux. 

Dans tous les cas, les sépales et les pétales des fleurs lésées persistent 
longtemps, s'épaississant et s'enroulant de diverses façons avec des réac- 
tions colorées très marquées ; l'ablation des anthères inhibe le développement 
de la couche cellulaire qui détermine la chute normale des sépales, des 
pétales et des filets des étamines. Ces phénomènes rappellent à bien des 
égards les altérations de forme et de coloris des pièces florales et des grappes 
de Crucifères castrées par l'attaque de champignons parasites du groupe des 
Péronosporées. 

Sur ce même Papaver setigerum'^&\ pu graduer les effets de la castration. 
Ayant supprimé les trois quarts des anthères, pour des fleurs qui en ren- 
ferment douze et plus, les phénomènes de redressement des pédoncules se 
produisent comme si toutes les anthères étaient présentes ; ne laissant que r, 
2 ou même 3 anthères intactes par fleur ayant donné de i5 à 20 étamines, 
les réactions se rapprochent graduellement de celles des boutons complète- 
ment castrés. D'ailleurs, les effets de la castration sur le redressement des 
pédoncules ne sont nets qu'avec les fleurs terminales; les durées des phases 
de courbure et de redressement diminuent pour les, boutons des ramifi- 
cations latérales, dont les tissus se lignifient rapidement. 

2 Chez Papaver somniferum L. var. Mursellii Hort. ou Pavot de Chine à 
fleurs blanches, l'ouverture des anthères coïncide avec l'ouverture des fleurs 
[jour VI] et il est possible de suivre les réactions des pédoncules au cours 
des jours (III), (IV) et (V) après la suppression d'au moins les trois quarts 
des anthères, la gradation pouvant être réalisée comme pour P. setigerum. 

Les castrations antérieures au jour (III) entraînent la dessiccation des 
ovaires sans redressement; la castration au jour (III) retarde le redres- 
sement de la fleur de trois jours et la pollinisation prématurée des ovaires 
ne produit aucun effet parce que les stigmates ne sont pas réceptifs; la cas- 
tration au jour (IV) retarde le redressement du pédoncule d'un jour ou 
deux au plus ; celle qui a lieu le jour (V) reste sans effet car, en ce jour, le 
pédoncule atteint sa longueur définitive et prend la direction verticale, le 
bouton étant oblique à la phase d'éclatement. Ainsi, l'arrêt de croissance 
du pédoncule et le redressement de la fleur se produisent pour Papaver 
Murselli Hort. et aussi pour la majorité des Papaver sommiferum L., avant 
la maturation des pollens, lente sous le climat de Paris. L'arrêt de crois- 
sance, dû au durcissement des tissus verts, paraît être en discordance avec 
le gonflement qui s'accentue alors dans les pétales et les filets des étamines ; 



l8o ACADÉMIE DES SCIENCES. 

de là résulte l'éclatement des boutons du P. Mursellii toutes les fois qu'ils 
renferment plus de quinze étamines. 

3° 'L'hybride de première génération entre les deux espèces offre des 
analogies frappantes avec Papaver setigerum DC.; l'appareil végétatif est 
plus vigoureux, la taille double; les feuilles sont plus larges, plus longues; 
enfin la pruine blanchâtre caractéristique des Pavots-Œillettes est unifor- 
mément répartie sur tous les organes verts. L'homogénéité décroissance, 
si marquée sur les rosettes et jusqu'à la formation des hampes florales, se 
maintient pour les couleurs dominantes violet foncé des pétales à macules 
sombres, violette des filets des étamines, gris de fer des anthères; elle dis- 
paraît pour tout ce qui a trait aux mouvements des pédoncules floraux, aux 
redressements et éclatements des boutons. 

Ainsi les parents épanouissent leurs fleurs de bonne, heure le matin, 
presque toujours avant io" même par période de pluie; l'hybride donne 
un assez grand nombre de fleurs ouvertes le matin, mais il eh donne aussi 
au cours de la journée et, par l'examen des boutons, aux variations de 
teinte des sépales, on reconnaît que la poussée d'ouverture y est ralentie. 
Cette impression devient une certitude si l'on a la patience de suivre le 
redressement et les changements de courbure des pédoncules, mouvements 
en rapport direct avec l'état de développement et la nature des anthères 
qui, pour chaque individu hybride, sont particuliers. 

Quinze pour cent des hybrides pourront être rattachés au type staminal 
Papaver Mursellii Hort., et même on y notera la prédominance des anthères 
grosses, blanc laiteux, à maturation ralentie; la majorité des hybrides, 
près dé 60 pour 100, offrira des anthères de la couleur de celles du P. seti- 
gerum avec les mêmes phases de maturation ralentie, car il est exceptionnel 
pour ces hybrides que le pollen soit mis en liberté au jour (V), veille de 
l'épanouissement; une bonne partie des hybrides, environ le quart, ne 
peuvent être rapprochés de l'un ou l'autre parent ni au point de vue de la 
couleur des anthères mûres, ni au point de vue des phénomènes qui pré- 
cèdent et préparent le redressement et l'ouverture des fleurs. 

J'ai réalisé sur l'hybride une série graduée de castrations suivies de 
réactions qui trahissent de grandes difficultés de consolidation des tissus et 
de maturation chimique des pédoncules, des sépales, des pétales et des filets 
des étamines. La pléthore qui en résulte entraîne l'épaississement et l'éta- 
lement des pétales et sépales mutilés; elle gagne même les ovaires qui 
prennent des développements singuliers. 

Les anthères de l'hybride iïitact renferment toutes un fort pourcentage de 



SÉANCE DU 28 JUILLET ig3o. iBl 

grains de pollen avortés ; la maturation des tissus des anthères est elle-même 
entravée puisque les filets se dessèchent sans tomber dans la plupart des cas. 

Envisagés à un point de vue général, ces faits confirment bien mon hypo- 
thèse, à savoir que les mouvements des pédoncules et les phénomènes qui 
préparent l'ouverture des fleurs sont conditionnés par la maturation régu- 
lière, soit hâtive, soit tardive, ou irrégulière des pollens. Il y a relation de 
cause à effet et c'est pourquoi l'étude des floraisons des lots de plantes en 
cultures pures et pedigrees fournissent de précieux documents sur l'avenir 
des lignées, permettant de distinguer les formes épurées et les métis. 

On peut pour le Pavot préciser cette relation. Toute l'organisation végé- 
tative, rosettes, feuilles et même coloris des pièces florales et sécrétions des 
épidermes sont uniformes chez les hybrides de première génération entre 
types purs. Varient seulement, et dans des conditions considérables, les 
mouvements et les phases préparatoires à l'ouverture des fleurs; puisqu'ils 
traduisent des réactions des tissus à la qualité des pollens, ces caractères 
bien spécifiques quoique physiologiques sont en réalité des réactions de 
seconde génération, car les pollens formés sur les plantes de première géné- 
ration sont des constituants chimiques de la seconde génération; ce sont 
même des constituants épurés. 

LATHOLOGIE VÉGÉTALE. — Accroissement de la résistance à la maladie 
par V altitude . Note ( H ) de M. J. Costantin. 

Une preuve expérimentale très nette de l'influence de l'altitude sur la 
résistance à la maladie a été autrefois donnée à l'occasion de YHemileia. Bien 
que remontant à quelques années (1921), le travail qui la relate n'a pas eu 
le retentissement qu'il mérite. A cause de la question de la dégénérescence 
de la Pomme, qui est si grave, ce problème est tout à fait d'actualité. 

En étudiant les plantations de Caféier du Kenya, en Afrique anglaise, M. W. J. 
Dawson a remarqué qu'au-dessous de 1200™ d'altitude YHemileia vastatricc est plus 
puissant que son hôte; la maladie est si forte que les traitements cupriques sont sans 
objet. De i5oo in à 2100™, le parasite existe partout au retour de la végétation; mais 
l'arbre croissant plus lentement est plus rustique, très peu de feuilles tombent et les 
attaques sont plus faibles; le Caféier prend le dessus. Aces altitudes, avec un fongicide 
dilué, formé de sulfate de cuivre et de carbure de calcium, le champignon disparaît 
complètement. Entre 1200™ et i5oo m la rusticité n'est pas si forte, la résistance pas si 



(*) Séance du 21 juillet 1980. 



l82 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

grande pour vaincre le mal, il faut pulvériser des doses doublées de fongicide et de 
manière répétée. 

D'après ce qui précède, il n'est pas nécessaire qu'une maladie d'une plante 
cultivée disparaisse pour que l'altitude manifeste son effet, il suffit que la 
résistance du végétal qui lutte soit accrue et un bon critérium pour vérifier 
l'existence de ce résultat, c'est l'évaluation de la récolte. 

Ceci trouve une application dans le cas de la dégénérescence de la Pomme 
de terre. 

Depuis la (in du xvm e siècle, on sait qu'on peut combattre la dégénérescence de cette- 
plante en se procurant des tubercules récoltés en montagne ou venant de milieux 
froids, [C'est Anderson qui a fait cette constatation le premier (en 1788), puis Chancey 
en France (en 1794), puis Pryce en Angleterre (en 1796). Depuis, ceci a été souvent 
confirmé, notamment par Sutton en Angleterre (en 1906), par Macoun au Canada 
(en 1918), par Martinet en Suisse plus récemment. En J925, Charles. Vallot dans son 
« guide du massif du Mont Blanc » dit que la Pomme de.terre récoltée à de hautes 
altitudes, même au-dessus de i5oo m . est recherchée comme semence dans la plaine. ] 

Ces faits étant bien connus, comment se fait-il que l'application du 
climat alpin à la Pomme de terre ait rencontré si peu de partisans? Cela 
parait inexplicable étant données les certitudes que l'on a maintenant sur 
l'efficacité du traitement montagnard de la Canne à sucre par les boutures 
élevées dans des pépinières de hauteurs, et cela contre des maladies de la 
dégénérescence ('). Il n'y a pas de doute sur ce dernier point puisque la 
technique s'applique à la mosaïque de la Canne à sucre (maladie reconnue 
de tous comme de dégénérescence), mais au séreh (types normaux) et au 
séreh à nécrose libérienne (type IV) [Fellinga (191 5), Van Harreveld 
(1917, 1918, 1921 et 1922), Jeswiet (1928)]. 

L'attitude hostile manifestée par tant d'agronomes sérieux peut se comprendre jus- 
qu'à un certain point, par le fait qu'on a trouvé de l'enroulement et peut-être de la 
mosaïque dans des stations élevées. De là à conclure que l'altitude n'agit pas, il n'y 
avait qu'un pas : il a été franchi. 

On oubliait que depuis longtemps on a trouvé du séreh en montagne, ainsi que de 
la nécrose libérienne et de ta mosaïque sur la Canne à sucre. Cette constatation, loin 
de décourager les agronomes et les planteurs de Java, les a incités à monter plus haut 
pour combattre les fléaux. Ils y sont parvenus; quarante années de pratique agricole 
en grand le prouvent, et cela, malgré YAphis Maidis qui transporte le virus de la 
mosaïque de la Canne. 



0)-J. Costantin, Ann. se. nat. Bot., 10 e série, 9, 1927, p. 299 à 367; Rev, de Bot. 
appliquée et d'Agron. col., 9, 11, 1929, p. 229, 2^0. 



SÉANCE DU 28 JUILLET 1930. l83 

// ne faut donc pas s'effrayer de la présence accidentelle de V enroulement 
en montagne, pas plus que de l'existence de YHemileia à 2000" 1 d'altitude 
au Kenya. 

Ce qui importe, c'est de savoir si l'altitude augmente la résistance contre 
l'enroulement. Cela commence à apparaître par des études faites au Canada, 
en Ecosse, en Tasmanie [Newton (R. G.); Oldaker (L. E. W.) et Dowson 
(W. J.) etc.]; cela découle aussi, selon moi, d'expériences faites dans les 
monts de Moravie en Tchécoslovaquie et également d'essais dans l'Atlas 
exécutés en Algérie pour y remédier à la dégénérescence qui est de règle au 
bout d'un an de culture. 



ZOOLOGIE. — Sur la reproduction d\in Crustacé Phyllopode du groupe des 
Conchostracés (Cyzicus cycladoïdes, Joly). Note (-')de MM. Ch. Gbavier 
et P. Mathias. 

A l'aide de terre, provenant du sol de mares desséchées de la région de 
Djelfa, que M. H. Gauthier nous a gracieusement envoyée, nous avons pu, 
au cours de ces trois dernières années, faire des élevages de divers Branchio- 
podes (Triops, Cyzicus, Branchipus) et étudier la biologie de ces animaux, 
en particulier du Cyzicus ÇEstheria) cycladoïdes (Joly). 

Ce phyllopode, dont le corps est enfermé dans une carapace chitineuse à 
deux valves, donne comme les Ap us, Branchipus, Daphnia, etc. des œufs 
durables qui peuvent conserver leur vitalité pendant plusieurs années. Nous 
nous sommes attachés spécialement à l'étude de l'accouplement chez cette 
espèce. On ne sait, à l'heure actuelle, presque rien sur l'accouplement chez 
les Phyllopodes Conchostracés, sauf les vagues renseignements donnés en 
quelques lignes par F. Brauer (1872) au sujet de Leptestheria (Esthe/ïa) 
dahalacensis (Rùpp.). Grâce à nos élevages, nous avons pu, il y a deux ans 
et cette année même, suivre attentivement le processus du contact sexuel de 
Cyzicus Cycladoïdes (Joly). Parmi les quelques individus obtenus dans nos 
cultures, les mâles se sont toujours montrés plus nombreux que les femelles. 
Le rapprochement des sexes n'a lieu qu'à certains moments qui corres- 
pondent à un état de maturité difficilement reconnaissable. En dehors de 
ces instants, les mâles et les femelles restent indifférents les uns aux autres 
et nagent en tous sens dans l'eau ambiante, la région dorsale tournée, en 
général, vers le haut. 

(') Séance du 21 juillet ig3o. 



i84 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 



Avant l'accouplement, les individus des deux sexes se déplacent active- 
ment, puis on voit la femelle se placer sur le fond du récipient, rentrer dans 
sa coquille et se coucher sur le flanc. Elle semble immobile; mais en regar- 
dant attentivement, on constate que ses pattes respiratoires battent lente- 
ment et régulièrement. Le mâle s'agite autour de la femelle et vient se 
placer sur la région moyenne de celle-ci; le plan de symétrie du mâle est 
perpendiculaire à celui de la femelle comme le montre le schéma ci-dessous. 
A Faide de sa première paire d'appendices, le mâle saisit la carapace bivalve 
de la femelle dans le sens de la longueur et la maintient fortement contre 
lui, les deux animaux restant dans la position indiquée ci-dessus; les pattes 
respiratoires du mâle battent énergiquement. Le mâle emporte ainsi Ja 
femelle avec lui et nage quelques instants, puis il la pose sur le fond du 
récipient et cherche à introduire l'extrémité postérieure de son corps entre 




Schéma de l'accouplement chez Cyzicus cycladoïdes (Joly), o*> mâle; ?, femelle. 

Grossi, environ, 7 fois. 

les deux valves bâillantes de' la carapace de la femelle. On constate qu'au 
moment où le mâle recourbe son abdomen, la femelle recourbe également 
le sien en dedans, de façon à permettre le rapprochement des orifices mâles 
et femelles qui débouchent, dans les deux sexes, au niveau de la onzième 
paire de pattes. Le rapprochement des orifices sexuels se produit à plu- 
sieurs reprises et au cours de l'une de nos observations, nous avons pu en 



SÉANCE DU 28 JUILLET 1980. 1 85 

compter jusqu'à six dans l'espace de quelques minutes. Puis, le mâle 
reprend sa nage active, emportant toujours la femelle comme précédem- 
ment et enfin la dépose sur le fond du récipient et continue ses déplace- 
ments, sans plus s'occuper d'elle. Nous avons constaté que le rapproche- 
ment des sexes pouvait s'opérer, même lorsque la mue qui précède toujours 
l'accouplement chez la femelle n'était pas complètement terminée; mais il 
n'a jamais lieu au début de la mue soit du mâle, soit de la femelle. La 
femelle, qui a été fécondée, reste quelques instants immobile sur le fond du 
récipient puis se remet à nager, indifférente au mâle. On peut alors voir 
que la ponte s'est effectuée. Les œufs disposés côte à côte sont suspendus, 
sous la coquille, à la face dorsale de la femelle et de part et d'autre du plan 
médian du corps. Cette ponte, vue par transparence à travers la coque, a 
l'apparence d'un H de couleur jaune doré. La ponte tout entière est rejetée 
sur le fond du récipient avec la mue qui suit le rapprochement des sexes. 
Chez une même femelle, nous avons pu observer trois fois le phénomène 
de l'accouplement et la ponte*, l'anima! est mort pendant la mue qui a suivi 
la troisième ponte. 

Il faut remarquer la position très particulière du mâle et de la femelle du 
Cyzicus cycladoïdes (Joly) qui se placent en croix, de telle sorte que leurs 
plans de symétrie respectifs sont sensiblement perpendiculaires l'un à 
l'autre. 

Cette position des individus sexués lors de l'accouplement, n'a été que 
très exceptionnellement observée chez les animaux. Elle a été signalée chez 
un Trématode (Diplozoon paradoxum Nordm.) et chez un Phyllopode de 
l'ordre des Notostracés. Au sujet de ce dernier, on ne possède queles obser- 
vations très incomplètes de A. Kozubowski (1807) et de Brauer (1872) 
relatives auTi-iops cancrifôrmislu. , observations auxquelles on n'a, du reste, 
pas ajouté foi. 11 y a quelque analogie quant aux positions respectives des 
deux animaux en contact, mais non similitude complète. Les figures données 
par F'. Brauer (1872) se rapportent à des individus nageant, alors que chez 
Cyzicus cycladoïdes (Joly), la femelle reste parfaitement immobile pendant 
toute l'opération. 



C. R., 1930, 2" Semestre. (T. 191, N° 4.) 



i86 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 



CHIMIE GÉNÉRALE. — Synthèse du méthane à partir de l'oxyde de carbone et 
de la vapeur d'eau. Note de MM. Paul Pascal et Erling Botolfsen. 

Au cours de recherches sur l'oxydation de l'oxyde de carbone par la 
vapeur d'eau, nous avons été amenés à examiner l'effet d'un catalyseur à 
base de nickel, préparé en précipitant l'azotate à l'aide du carbonate de 
magnésium. 

Quand on fait passer sur le carbonate de nickel un mélange d'oxyde de 
carbone et de vapeur d'eau en excès, après l'y avoir chauffé vers 700 , pour 
« former » la masse de contact, on observe en général la superposition de 
deux réactions limites. 

L'une d'elles fournit quantitativement le méthane : 

/iCO + alPO^SCO^+CH' + Si calories. 
Elle débute vers 25o°etdonne encore le rendement théorique à 275°, mais, 




quand la température s'élève, elle s'efface progressivement devant la seconde 

co + ir-o^co 2 + ri 2 . 



réaction, bien connue 



Le rendement de cette dernière, déjà appréciable à 3oo°, finit par effacer 
complètement la production de méthane dès 75o°. 



SÉANCE DU 28 JUILLET 1980. 187 

Pour des températures intermédiaires, on obtient donc des mélanges 
gazeux complexes. La teneur en oxyde de carbone et en hydrogène y croît 
avec la température, tandis que les pourcentages de l'acide carbonique et 
du méthane diminuent. . 

La figure jointe donne la composition des gaz en volumes, après conden- 
sation de la vapeur d'eau, pour une durée de contact d'environ une seconde. 

On voit que notre catalyseur permet aux basses températures la trans- 
formation quantitative du quart de l'oxyde de carbone en méthane, tandis 
qu'aux températures plus élevées il tend, avec un moindre succès, à fournir 
de l'hydrogène. 

Nous donnerons ailleurs le détail de nos recherches, mais il nous paraît 
utile d'attirer dès maintenant l'attention sur cette synthèse inattendue du 
méthane. 



ÉLECTRICITÉ ATMOSPHÉRIQUE. — Variation diurne du champ électrique de 
Pair à V Observatoire de la côte de Landais. Note de MM. B. Mathias et 
G. Grenet. 

1. La station de la plaine de l'Observatoire de Physique du Globe du 
puy de Dôme est située à 3 k,n de Clermont-Ferrand, sur la route d'Issoire, 
à l'altitude de 4o3 m . Le champ électrique y est mesuré au moyen d'une 
prise de potentiel au radium fixée au milieu d'un fil d'acier tendu horizon- 
talement entre deux cabanes distantes de 2o m , à i m ,go au-dessus du sol 
gazonné. 

Des électromètres de Benndorf ont enregistré le champ, de février 1927 
à juillet 1929-, l'enregistrement a été repris en avril 1930. 

Le dépouillement des courbes n'a été effectué avec certitude que pour 
4017 valeurs horaires (printemps de 1927, étés de 1927-28-29 et avril, mai,, 
juin i 9 3o). 

Vu le petit nombre d'observations sûres, on ne peut appliquer la méthode 
préconisée par M. Maurain ( 1 ), Consistant à n'utiliser que les valeurs posi- 
tives des seules journées à la fois météorologiquement belles et électrique- 
ment régulières. 

Nous nous sommes bornés, pour cette fois, à ne prendre que les valeurs 
positives du champ, en éliminant les valeurs supérieures au double des 
valeurs régulières; on supprime ainsi seulement 3 pour 100 des valeurs 



(') Ch. Maurain, Ann. but. Phys. du Globe de Paris, 7, 1929, p. 121, 



l88 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

positives, les valeurs restantes, présentant dans leurs moyennes une marche 
beaucoup plus régulière, étant appelées valeurs normales. 

Le tableau suivant montre, exprimées en volts par mètre, les valeurs 
normales moyennes du champ électrique à la côte de Landais pour chacune 
des il\ heures de la journée ; la première ligne se rapporte au printemps, de 
1927, la deuxième à l'été des années 1927-28-29,. la troisième à l'ensemble 
des années 1927-28-29-30. 



Hem - es. 

1... 

2. 

3... 

4.. 

5... 

6... 

7... 

8... 

9... 
10 . . . 
11 . . . 
12... 
13 . . . 
14 . . . 
15 . . . 
16... 
17... 
18... 
19 . . . 
20... 
21.. 
22.., 
23... 
24... 



Printemps 

(1927). 

• 3g, 1 
. 40,6 

. 3 7 ,2 

. 3 9 , 4 

• 49, ! 



70,0 

76,6 

81,5 

80,0 
74,5 

7 a >° 

69,5 

62 , 3 
72,3 
74,i 



Eté 
(1927-28-29).. 

32,1 

2-,3 
2 9i4 

28,5 

3i,o 
38,3 
5 7 ,5 
55 ,0 
5 2 , 1 
5i ,3 
3 9 ,8 

4i,o 

3 7 ,2 

40,4 

49,8 

6 7>9 

82,1 

9° >7 
96 , 2 

53,9 

43,7 

3 9 ,8 

65,2 

4g, 6 
5o, 1 



Moy. 
(1927-2?- 

36 

35 

33 

35 

44 
55 
66 

70 



61 

64 
65 
61 

58 
65 

72 



y 

7 5 
_ r 
y 4 

67 
61 

5o 

48 
43 

5? 



ner. 

29-30). 



80,4 

83,8 

' 74,i 

69,1 

55 ,9 

5o,3 

43,4 

Moyenne 63 , 6 

Ces nombres montrent que, à la côte de Landais comme au sommet du 
puy de Dôme, comme au Val-Joyeux, la variation diurne du champ élec- 
trique comprend deux maxima et deux minima d'inégale importance (') 
sur laquelle il convient d'insister. 

( a ) Nous n'accordons, pour le moment, aucune importance à un troisième couple de 
maximum et de minimum qui se suivent respectivement à 22 h et à 23 h , lesquels ne se 
produisent que sur une des trois variations envisagées au paragraphe i, et résultent 
probablement du trop petit nombre des valeurs sur lesquelles porte la variation qui 
les donne. 



SÉANCE DU 28 JUILLET ig3o. 189 

, Les observations du sommet du puy de Dôme ( ' ) montrent une varia- 
tion diurne d'amplitude faible (rapport du maximum au minimum =1,6) 
et un minimum de l'après-midi presque inexistant. Au contraire, les résul- 
tats ci-dessus sont caractéristiques d'une station continentale ; l'amplitude de 
la variation diurne est importante (rapport du maximum au minimum = 3 
pour l'été, = 2,1 pour le printemps), le minimum de l'après-midi et le 
maximum de la soirée sont très accusés. 

Si l'on compare la variation diurne des valeurs positives du champ élec- 
trique de la côte de Landais à celle du Val-Joyeux donnée par les journées 
les plus régulières au point de vue électrique {Maurain), laquelle présente 
nettement deux maxima etdeuxminima, on peut remarquer que la variation 
diurne de la côte de Landais, résultant de toutes les valeurs normales du 
printemps et de l'été de 1927-28-29-30, ressemble étrangement aux courbes 
du Val-Joyeux relatives à l'hiver "et à l'automne, dans lesquelles le second 
maximum, voisin de 19 11 , est nettement plus important que le premier, 
voisin de 9 11 . Au sommet du puy de Dôme, au contraire, le premier 
maximum est un peu plus important que le second, comme cela se passe au 
Val-Joyeux, dans les courbes du printemps et de l'été. 

2. Si l'on recherche la loi de variation diurne du champ électrique déduite 
de toutes les valeurs horaires positives ou négatives, on observe une accen- 
tuation très nette du minimum de l'après-midi; Vinfluence des valeurs 
négatives du champ pendant V après-midi est si accusée en été que ce minimum 
devient négatif et inférieur à celui de 3 ]l du matin; de plus, la valeur moyenne 
du champ est alors sensiblement nulle. Ce phénomène correspond à une 
accumulation importante de charges négatives dans les couches basses de 
l'atmosphère, puisque ce phénomène n'a pas été observé aux hautes alti- 
tudes, en particulier au sommet du puy de Dôme. • 

Par suite des lacunes de dépouillement ou de l'enregistrement, on ne peut 
pas préciser aujourd'hui comment s'introduisent les champs négatifs; on 
peut seulement dire que les inversions du champ se produisent principale- 
ment pendant les journées chaudes. 

Malgré la fréquence plus grande des champs négatifs, la variation diurne 
du champ négatif présente la même allure générale en été qu'au printemps, 
cette variation étant analogue à celle du Val-Joyeux pour l'ensemble de 
l'année, le seul caractère bien net étant le maximum observé à la fin de 
l'après-midi. 



(*) E. Mathias etCH. Jacquet, Comptes rendus, 189, 1929, p. i4- 



I 9° ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Nous avons relevé, en été, 255 valeurs horaires négatives sur 809, soit. 
3i,7 pour 100. Pour l'ensemble des enregistrements dépouillés, il y a 
.610 valeurs négatives sur 4017, soit i5, 2 pour 100. 

3. Les valeurs du champ, à la côte de Landais, indiquées dans le para- 
graphe 1, devront être majorées pour tenir compte de l'influence du pylône 
porteur de l'anémomètre et de l'antenne de T. S. F. ; le coefficient de majo- 
ration ne nous semble pas devoir dépasser 1,2. 

A cause du trop petit nombre des résultats relatifs à l'été, les valeurs du 
champ indiquées pour cette saison constituent seulement une première 
approximation. 



NOMINATIONS. 



MM. L. Joui»*, Ch. Gravier et M. Caullery sont désignés pour repré- 
senter l'Académie au Congrès international de Zoologie, qui se tiendra à 
Padoue du 4 au 1 1 septembre. 

MM. P. Marchal, G. Fermé, E. Fichot et Ch. Maurain sont désignés 
pour remplir les places vacantes à la Commission de VJnstitut scientifique 
chéri Jien. 



CORRESPONDANCE. 



M. le Gouverneur des Établissements français de l'Océanie adresse des 
remercîments pour la subvention accordée sur la Fondation Loutreuil 
en 1929. 

M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la 
Correspondance : 

i° Central Aero-hydrodynamical Institute. On the gênerai Theory of a 
Monoplane Wing. A Theory of slotted Aéroplane Wing, by S. A. Tcha- 

PLIGUINE. 

2 Institut agricole de Toulouse. Georges P. Georgalas. Les insectes 



SÉANCE DU 28 JUILLET 1930. 191 

nuisibles du coton en Amérique et en Egypte. (Présenté par M. L. Blarin- 
ghem.) 

3° Annales de Protistologie. Directeur : G. Deflandre. Tome I (1928); 
Tome 11(1929-1930); Tome III(i93o), fasc.l. (Présenté par M. L. Mangin.) 

4° Annales de Crypto garnie exotique, publiées et dirigées par Roger Heim. 
Tome 1(1928); Tome II (1929); Tome III (1930), fasc. 1. (Présenté par 
M. L. Mangin.) 

5° Chimie et Industrie. La Belgique scientifique, industrielle et coloniale. 
(Présenté par M. A. Desgrez.) 

GÉOMÉTRIE. — Sur la géométrie des cycles liés . 
Note de M. Paul Delens. 

1. Nous avons, dans une Note précédente ( 1 ), défini les cycles liés, 
éléments d'une variété V de l'espace linéaire E 25 constitués par les tenseurs 
du second ordre de l'espace pentasphérique E 5 . Soit X = xx' un tel cycle, 
deîojers x et x' ,Xij=^ ! j(iJ = 1 , 2, . . ., 5) ses coordonnées homogènes; 
celles-ci satisfont aux relations 
(1) Aih,/k=XijX hk —Xi k Xh;—o, J>jXijXj p -= o, y i X i jX q ;=o; 

les équations A ih)/k =o, traduisant que le tenseur est de rang un, se réduisent 
à 16 indépendantes (pour i, j fixes) et il reste^bien 25 — 18 = 7 coordonnées 
homogènes, ou 6 paramètres. 

La variété V, à 6 dimensions, semble d'ordre 240; en imposant en effet 
au cycle X six conditions linéaires arbitraires 

xK a x'=o (a=.T, 2, . . ., 6) ou ~~s a \T'=o avec xM^—Sa.,- 
on aura à exprimer 

' U^SoSs^sS,. Il = o, x-=o, x' 1 ^[s l s. i s- i 's i ]i=o, 

conditions dont les ordres sont respectivement 10, 2, 8, eti5x 2 x 8 = 240. 
Il est avantageux, pour l'étude des variétés de cycles, de rapporter un foyer 
x à un repère pentasphérique formé de quatre points m, p,n,q aux sommets 
d'un quadrilatère isotrope et de la sphère r qui les porte 

x — rn' 2 p -h w/Jim -h xssvn -+- ( piv + p 2 ) q H- wp r ; 



( L ) Comptes rendus, 190, 1980, p. io43. 



I9 2 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

le foyer x' étant rapporté à un repère analogue, les coordonnées de X 
s'expriment rationnellement en fonction de six paramètres. 

La variété V porte des variétés linéaires d'ordres inférieurs. Nous 
indiquons comme suit par un schéma le nombre des cycles de définition de 
telles variétés, et l'ensemble des cycles déterminés linéairement, pour le 
cas général. 

19-^240, ig + w-^oo", w==i, 2, 3, 4, 5, 6; 

pour la variété disphère des cycles dont les foyers de chaque espèce appar- 
tiennent à une sphère (les deux sphères distinctes ou non, propres ou non) : 

I2->48, 12 + 00— >OO w (00 = 1,2,3,4); 

pour la variété dicercle (foyers sur deux cercles propres) : 

7— >8, 7 + w— >oc w , 00 = 1,2 (00 = j, correspondance 2-2). 

J'ai déjà signalé le cas des congruences paratactiques (et de contact). 
Dans tous ces cas, on peut encore abaisser le nombre des cycles de définition 
de groupements particuliers, ainsi les chaînes générales de cycles réels de 
l'espace, de disphère, de dicercle, répondent respectivement aux schémas : 

l4->CO :! , 9->°° 2 ) 5->QO', 

2. Les cycles liés sont adaptés à l'étude de la parataxie; deux cycles' 3£ 
et <^| sont paratactiques si leurs coordonnées satisfont aux relations bili- 
néaires 

( 2 ) .2 x " Y '/'= °> 2 x </ Y '//= °- 

Les transformations conservant les cycles et la parataxie, donc les relations 
(1) et (2) sont représentées par des tenseurs d'ordre 2 dans E, 3 , 4 dans E 5 , 
faciles à caractériser. Elles sont composées de : a, la transposition (chan-. 
gement d'orientation); b, des couples d'opérations effectuées séparément sur 
les foyers, ponctuelles et conservant les droites isotropes, donc les cercles et 
les sphères, bref des couples d'opérations sphériques; pour les cycles réels, 
ces opérations sont nécessairement conjuguées complexes ('). 

3. La marche suivie pour définir les cycles liés conduit à définir 
dans E 25 une variété de torseurs liés, en correspondance biunivoque avec 



(*) Pour la géométrie cyclique réelle, voir l'exposé récent de M. P. Robkrt, Journ. 
de Math., 9, 11, io,3o, p. 201-206. 



SÉANCE DU 28 JUILLET 1Q30. 193 

l'espace E l0 (de E 25 )des torseurs ordinaires qui sont leurs parties alternées. 
Pour les parataxes liés, représentant les congruences paratactiques orien- 
tées, les calculs se présentent absolument comme pour les cycles. Ces para- 
taxes forment une nouvelle variété W à six dimensions, lieu des milieux des 
cordes de V joignant les points images de deux cycles axiaux, l'hyperplan 
de l'infini étant formé des tenseurs à invariant linéaire nul. 

Soient &=ff, g=gg J (wec f\f = g\g'=i) deux cycles axiaux, 
S=ffgl 3'=[g'f'l 3 = [fê J l }'=■[?/] les droites isotropes qu'ils 
déterminent; les parataxes (liés) ainsi définis sont 

et inversement (§,, #6 transposés de §., 91) 

& = $3l = £>l&, . ■%, = %&, — £ri%. 

La trace du parataxe *£ sur une sphère s est le cycle 

s3.s3'=%s.s'Z — (s%s)%. 

Ges exemples suffisent à montrer la simplicité des calculs dans cette nou- 
velle géométrie des cycles. 



ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Formules limitées de médiation. Note ( 1 ) 
de M. Jean-Pierre Robert. 

La présente Note donne une méthode de calcul qui conduit à des formules 
admettant, comme cas particulier, celle que M. M. Nicolesco a obtenue 
dans sa Thèse (Paris, 1928, p. 72). Ces formules se présentent sous forme 
de développements limités et sont acquises pour toute fonction douée de 
laplaciens itérés jusqu'à un certain ordre. 

I. Dans l'espace euclidien E p kp dimensions, désignons par M un point 
fixe, par (S) Fhypersphère de centre M et de rayon p de surface e> = S p p /; ~ ' , 
m un point quelconque de (S), Ole domaine intérieur à (S), P un point 
de 0(M () P = r< p). Nous définirons les fonctions G,,(r), G 2 (r), ..., 
G„(r) = G„(P), . . . par G -, (r) = r' 1 -' > — p 2 -/ J (si p = 2, nous prendrons 

( 1 ) Séance -du 3o juin 1980. 



194 ACADÉMIE DES SCIENCES, 

loge — log/*), et pour n> i : 

à- G« p — i dO h 



df r eh 



- =G /4 ._,(/-), 



avec la double condition que, pour n>i, G„(P) s'annule sur (S) ainsi que 
sa dérivée normale. 

Voici des propriétés des G„ utiles pour la suite : 

a. Pour PM ^o, on a 

A 1 >G„(P) = G„_,(P) et A^G„(P) = o. 

b. Les fonctions G„(r) n'ont de singularité que pour ;•= o et Ton a 

G„ (/■) = K B /■*-/' h- cp„(/-) 
(siyj = 2, on remplacera r*-'' par — logr), où K„ est défini par 

K n p(p+ 2)(/> + 4) ... (p + zn — 4)2, 4, 6, ..., (2/1 — 2)=p a «- s ,. 

la fonction .<p„(r) étant telle que7' /; - 2 <p„(>) tende vers zéro avec r. 

c. G„(r) décroît de -hoc à o quand r croît de o à p. 

</. Soit I„ l'intégrale de I„dansQ. On trouve aisément I„ — Qb_ 2 )S p K ;i _, 
(sip = 2, on remplacera (p — 2)S P par 2-rc). 

II. Soient un domaine CO de E p , m(P) une fonction réelle et uniforme 
dans (D à laplacien continu, (S) l'hypersphère de centre M et de rayon p 
intérieure à (D. La formule de Green appliquée aux deux fonctions G, (P) et 
«(P)pour le domaine entre (S) et une sphère concentrique évanescente 
donne 

W i / w ( m ) d<j„, = u ( M ) -+- ï— g- / G, ( P ) Aw P du ? . 

Supposons à «(P) un laplacien itéré d'ordre n-\-i continu dans CD. La 
formule de Green, appliquée au même domaine que ci-dessus aux deux fonc- 
tions ^'"//(P) et G q+ \ (</<»), donne 



L 



[G, /+1 (P)A"/+ 1 »«(P)— G,,(P)A^tf(P)]rfw P z=— I 7 A"/»w. . 



Si nous ajoutons les égalités obtenues pour q=i, 2,3, ...,.«, nous aurons 
d'après (î) : 



( a ) ^ / m ( m ) rfcr,„ = w. + B'; p 2 A« + . . . -+- B> o ln A'" 1 « 

,„ ' x S fG /i+1 (P)A^«(P)A»„ 



[S) 

-4- 



SÉANCE DU 28 JUILLET ig3o. 193 

OÙ 

i = tyi/>(/> + 2)(/> + 4):..(y> + 2/i — 2).a, 4. 6...2/1. 

La fonction G n+i (P) étant positive dans ù, on peut appliquer la formule 
de la moyenne à l'intégrale du deuxième membre de (2). Le dernier terme 
au deuxième membre de (2) peut alors être remplacépar B^ l p 2,l+2 A ( " +l) w(Q), 
Q étant un certain point deû. La formule (2) est de médiation superficielle. 
On en déduit une formule de médiation spatiale; si V est le volume du 
domaine [p c V ) = S 7J p p ], on a 

(3) ±fu{P)d<ù f =u + 7 ^W i9 *àu ±,..+ --^& n9 *»Wu • ' 

v Jq p.-f- 9. p H- 971 

H -^ — B£ , . o 2 »+ 2 A ! " +l1 u ( R ) , 

p -+- 9,11 -+- 2 +l " v ' ' 

R étant un certain point intérieur à £1. 

III. Applications ; ' ' 

a. Si w(P) est ^-harmonique dans (X), les formules (2) et (3) généralisent 

les formules classiques de Gauss. 
->• 

b. Soient L une direction issue de M , S la sphère de centre M et de 

rayon 1; L perce S en M;-à ce point M, on associera les fonctions ( -^ J » 

dérivées calculées en M suivant L. 

Nous avons alors les diverses formes des laplaciens successifs : 



A">>« n = _ 
(2 



1 r f d- n u \ ■ 



c. Si «(P) est analytique, (2) et (3) sont alors des développements 
Ulimités analogues à celui mentionné au début de cette Note. 



ÉLECTRICITÉ. — - Résistance de rayonnement dhine petite antenne oscillant 
en demi-onde. Note ( 1 ) de M. S. Sonoda, transmise par M. G. Ferrie. 

En vue de connaître le rayonnement d'une petite antenne oscillant en 
demi-onde, nous avons déterminé, par le tracé de la courbe de résonance, 
l'amortissement de ses oscillations. Pour éviter autant que possible les per- 

( l ) Séance du 21 juillet 1980. . 



196 ACADÉMIE DES SCIENCES." 

turbations produites par les murs du laboratoire, nous avons fait cette 
étude pour les ondes entretenues très courtes d'un oscillateur de Pierret ( 1 ). 
La longueur d'onde était seulement 17 e1 ", 8; elle a été déterminée par la 
mesure de Tinternœud sur une ligne couplée de l'oscillateur. 

Au milieu de l'antenne est intercalée une soudure thermo-électrique 
constituée par deux fils croisés de fer et de constantan, de longueur o cm ,5 
et de diamètre o cnj ,oo5. Deux des branches de la croix sont reliés aux deux 
moitiés de l'antenne, les deux autres, par des fils tordus ensemble, aux 
deux bornes d'un galvanomètre; les déviations de ce dernier mesurent le 
carré de l'intensité efficace au milieu de l'antenne. Les fils de jonction au 
galvanomètre étant attachés à l'antenne en un point dont le potentiel reste 
invariable, des ondes ne sont pas dérivées le long de ces fils et les oscilla- 
tions de l'antenne ne sont pas troublées par eux. 

L'antenne est disposée verticalement à 20 e1 " de l'oscillateur. Celui-ci, 
fonctionnant à amplitude et à fréquence constantes, nous avons, pour le 
tracé de la courbe de résonance, modifié la longueur de l'antenne. A deux 
des branches de la soudure thermo-électrique sont soudés de petits morceaux 
de tubes de laiton de o cm ,3 de diamètre extérieur et de i cra ,i de longueur 
dans lesquels on entre, à frottement dur, des tiges de cuivre de dia- 
mètre O cm ,IC). 

Nous déterminons la déviation du galvanomètre pour différentes lon- 
gueurs de ces tiges. 

Pour des ondes aussi courtes, on ne peut admettre que la longueur d'onde 
propre de l'antenne est le double de sa longueur. En effet la déviation du 
galvanomètre est maximum et l'antenne est en résonance lorsque sa lon- 
gueur L est inférieure de i cm ,8 à la demi-longueur d'onde 8 cm ,o,. AL étant 

cet écart, nous avons admis que la différence relative -j— était, pour de 

petits écarts à la résonance, inversement proportionnelle à la longueur 
d'onde propre de l'antenne. Nous avons ainsi déduit cette longueur d'onde 
de la longueur de l'antenne. 

En portant ces longueurs d'onde en abscisses et en ordonnées les dévia- 
tions du galvanomètre, nous avons tracé la courbe de résonance; A étant 
la longueur d'onde de l'oscillateur; A, et A 2 celles de l'antenne pour les- 
quelles la déviation du galvanomètre est la moitié de celle qui correspond à 
la résonance, c la vitesse de propagation, l'amortissement a des oscillations 

(') E. Pierret, Comptes rendus. 186, 1928, p. 1601. 



SÉANCE DU 28 JUILLET 1930. 197 

de l'antenne est 

1 . /'i 1 

Nous avons trouvé X =^i7 cm ? 8, X, = i5 CIn , 81, A 2 = i9 cm , 88. Cinq séries 
d'expériences nous ont donné des valeurs de ces longueurs qui différaient 
de moins de o cm ,3, les écarts étant d'ailleurs dé même sens pour \ , \ i 

etX 2 . 

La valeur trouvée pour l'amortissement est a = 0, 123. io 10 . 

Elle correspond à un décrément logarithmique = o, 729. 

L'amplitude d'une oscillation libre est à peu près moitié de l'amplitude 
dé l'oscillation précédente. « . 

Ce résultat obtenu, nous avons cherché à en déduire la résistance totale 
de l'antenne. 

Les équations de propagation le long des fils d'oscillations sinusoïdales 

donnent 

r : : . 

■-.«■. 0C= —, 

2/ 

où r et l sont les résistance et self-induction par unité de longueur. Nous 
avons calculé par la formule de Neumann et pour un courant superficiel la 
self-induction totale de l'antenne en résonance en tenant compte du fait 
qu'elle est constituée par des parties de diamètres variés. 

Nous obtenons pour la self-induction moyenne par unité de longueur 

/ = 6,o5. io — 9 henry, 

ce qui correspond à une résistance 7*L de l'antenne égale à io5, 5 ohms. 

La formule de Stefan ( 1 ) donne pour la résistance ohmique, à la fréquence 
utilisée et en prenant pour la valeur de la perméabilité du fer en haute fré- 
quence le nombre jl\ mesuré par Laville ( 2 ), 5, 5 ohms. 

Il reste donc une résistance de rayonnement égale à 100 ohms. 
Le calcul direct de la résistance de rayonnement, en considérant chaque 
élément du fil comme un doublet et en supposant que la perturbation des 
bouts est due à des capacités localisées, donne 121 ohms. Cette valeur est 
supérieure de 21 ohms à celle que nous avons déduite de la mesure de 
l'amortissement. . 

Cet écart est très explicable, car la valeur calculée à cause de la correc- 
te) H. Bouàsse, Ondes hertziennes, p. 121 (Delagrave, éditeur). 
( 2 ) G. Laville, Annales de Physique, 10 e série, 2, 1924, p. 3gi. 



19^ ACADÉMIE DES SCIENCES. 

tion des extrémités est certainement trop grande. Pour faire le calcul, on 
est, en effet, obligé de supposer une distribution sinusoïdale du courant de 
demi-longueur d'onde supérieure à la longueur du fil et d'admettre une 
chute brusque jusqu'à zéro à l'extrémité. Eu réalité, l'intensité s'écarte de la 
répartition sinusoïdale assez loin de l'extrémité et arrive à zéro d'une 
manière continue. L'intensité près des bouts de l'antenne est donc inférieure 
à celle que nous avons admise. Il en résulte une trop grande valeur de la 
résistance calculée. L'erreur peut atteindre 21 ohms; la résistance de rayon- 
nement change, en effet, beaucoup avec la distribution du courant, elle passe 
de 80 ohms pour une répartition en demi-onde, sans correction des extré- 
mités, à 197 ohms â pour un fil de même longueur le long duquel l'intensité 
conserverait une valeur uniforme. 



PHYSIQUE ÉLECTRONIQUE. — Les électrons dans les métaux et le rôle des 
conditions de réflexion sélective de Bragg. Note de M. L. Brilloui.v, pré- 
sentée par M. J. Perrin. 

Considérons un réseau cubique, de maille d, et supposons que les inéga- 
lités du potentiel soient faibles; le potentiel électrique P(a?,y, z) sera une 
fonction triplement périodique (période d) des coordonnées. A travers ce 
réseau se meuvent des électrons libres, et nous voulons former l'onde cj> de 
Louis de Broglie qui leur correspond. Nous procéderons par approxima- 
tions successives ( ' ) en partant des ondes 

(x) • ty — A e-î*«ï+4r+«i (A constant}. 

relatives au cas où le potentiel est constant, 

Il se produit alors une anomalie de dégénérescence (qui se résout par la 
méthode de Schrôdinger), lorsque deux ondes a, b, cet a t , b { , c, peuvent 
être couplées entre elles; ceci a lieu si l'on a les conditions 

(2) a,-~«+_— G , b l —b+ i -= o, Ci — c+l=o '(a, (3, y entiers), 



(') R. Peierls, Ann. der Physik, 4, 1930, p. 124. Cet auteur a noté l'existence 
d'anomalies et la manière de les résoudre, mais il n'a pas vu le sens physique des 
conditions (2) et (3), ni leur relation avec les réflexions de Braire. 



SÉANCE DU 28 JUILLET I93o. 199 

en même temps qu'une faible différence d'énergie £ entre les ondes 

Prenons les valeurs (2) des a K et portons-les dans (3), nous trouvons 

(4) - F _Z.__( fla + 6p + £7 ) = - p -,- 

Les trois nombres entiers «, (3, y définissent un système de plans réticulaires 
dont l'équidistance est. 

(5) ô-, , d _ . 

y/a 2 + (3 2 + f- 

Nos ondes ont, d'autre part, une longueur d'onde 

(6) • >.= - 7= L=. 

y' a 2 -h 6 2 + c 2 

Faisons £ = o dans la relation (4), et nous obtenons 

(7) ^ — 2Ôcos6 = o, 

où 6 est l'angle des vecteurs (abc) et (a(3y) normaux aux plans d'onde et 
aux plans réticulaires; la condition (7) n'est autre que la fameuse condition 
de Bragg. 

En résolvant ce cas de dégénérescence suivant la méthode de Peierls, on 
trouve une discontinuité de l'énergie; c'est dire qu'une certaine bande 
étroite d'énergie ne peut se présenter parmi les ondes se propageant dans le 
cristal; si une onde tombe, de l'extérieur, sur le cristal, et possède cette 
énergie (ou fréquence), elle ne pourra pénétrer et sera réfléchie totalement; 
c'est la réflexion sélective de Bragg, observée pour les électrons par 
Davisson et Germer. 

Ces résultats généralisent pour le réseau à trois dimensions ceux que 
j'avais obtenus pour un réseau à une dimension ('), où l'équation d'onde 
est du type de Mathieu. 

Quelles sont toutes les ondes présentant ce type d'anomalies? Considérons 
des axes rectangulaires a, b, c; l'espace ainsi obtenu est Y extension en 

moments, car a représente ^; dans cet espace, traçons le réseau réciproque 



(') Statistiques quantiques, Chap. VIII. § 7, p. 2 58 (Presses Universitaires, Paris, 
ig3o). 



200 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

du réseau cubique; c'est un nouveau réseau cubique, dont les points P ont 
les coordonnées --> |, | (a(3y entiers). Chacun des vecteurs OP joignant 
l'origine à un point (a, p, y) représente la normale à un système de plans 
réticulaires, et sa longueur est -^ 

Une onde (abc) pourra donner une anomalie (éq. 7) si le point abc se 
trouve sur un plan normal au milieu d'un des vecteurs OP. Ces plans d'ano- 
malie sont donc parallèles aux plans réticulaires, et d'équidistance 0; l'ori- 
gine est à mi-distance entre deux plans parallèles. 

Lorsqu'on trace ces divers plans, on s'aperçoit qu'ils définissent une suite 
de polyèdres centrés sur l'origine et dont le volume intérieur est ^ , p entier ; 

le volume contenu entre deux polyèdres consécutifs est -^ et représente une 
zone d'extension en moments. Ces zones polyédriques assez compliquées 
viennent remplacer les segments entiers obtenus pour le réseau à 1 dimen- 
sion (<)'. Les zones un peu éloignées .du centre ont une forme à peu près 
sphérique, et une faible épaisseur. Écrivons que le volume intérieur au 

pibme polyèdre est ^ , nous obtenons 

(8) W=fr * = - 9 =d \T P )' 

ce qui nous donne le rayon moyen p et la longueur d'onde moyenne \ pour 
lap ième zone. Chaque zone est comprise entre deux surfaces polyédriques 
assez complexes, possédant certaines arêtes et sommets communs, de sorte 
que la zone se subdivise en un certain nombre de sous-sections \ sur la surface 
polyédrique qui sépare une zone de la suivante, l'énergie subit une discon- 
tinuité. 

STRUCTURES CRISTALLINES. — Étude de cristaux a et (3 d'acides gras. 
Note ( 2 )de MM. Jean Thibaud et F. Dupké La Tour, transmise par 

M. Maurice de Broglie. 

Nous avons montré précédemment ( 3 ) qu'il était possible de préparer des 
cristaux isolés d'acides gras saturés de dimensions appréciables et appar- 
tenant à deux types principaux bien définis que nous désignerons par 

(*) Statistiques quantiques, p. a63, fîg. 32. 

( 2 ) Séance du 21 juillet ig3o. 

( 3 ) Comptes rendus, 190, ig3o, p. 945. 



# SÉANCE DU 28 JUILLET 1930. 201 

a et (3 ('). Le type a présente le maximum de 'stabilité, (3 au contraire n'est 
stable qu'en dessous d'une certaine température pour laquelle il se trans- 
forme en a. 

La cristallisation lente à. la température ordinaire donne des cristaux (3 
avec l'acide stéarique et des' cristaux a avec les acides palmitique et myris- 
tique. Avec les acides C l8 et C lc nous avons pu obtenir des cristaux propres 
à une étude cristallographique : ils se présentent comme de petites tables 
en forme de losange, de o mm , 2 à o mm , 5 d'épaisseur et de 2 mm à 4 mm de longueur. 

i° Étude optique des cristaux: a. Cristal stéarique (3 . — Monoclinique, il 
possède un plan de symétrie normal aux faces planes et passant par la 
bissectrice de l'angle obtus àe ces faces. Angle aigu <p du losange : <p = 74°3o'. 
Dièdre formé par les facettes latérales avec le plan des grandes faces : 
a = 7i°.i4'. L'approximation de ces mesures goniométriques ne dépasse 
pas 3o'. 

Observés en lumière convergente, ces cristaux (3 (biaxes positifs) montrent, 
dans un coin du champ, les deux pôles des axes optiques disposés symétri- 
quement par rapport à la ligne neutre, lorsque celle-ci -est rectiligne. L'axe 
n p de l'ellipsoïde des indices est contenu dans le plan de la lame cristalline 
(la bissectrice de l'angle aigu est direction principale). Le grand indice se 
projette (ri g ) suivant l'autre bissectrice. 

b. Cristal palmitique a. — Monoclinique; le plan de symétrie passe ici 
par la bissectrice de l'angle aigu du losange, qui a pour valeur ^ — 55° ± 3o'. 

En lumière convergente, l'apparence des cristaux a, optiquement positifs, 
diffère complètement de l'aspect des cristaux [3 précédents de sorte qu'il est 
aisé de distinguer au microscope polarisant le type d'un cristal : un seul 
pôle est maintenant visible, l'autre est situé en dehors du champ, tous les 
deux sur la ligne neutre. Le grand indice se projette suivant la bissectrice 
de l'angle aigu : c'est ici l'axe n m de l'ellipsoïde des indices qui est situé 
dans le plan de la lame (direction principale = bissectrice de l'angle obtus). 

c. Indices de- réfraction, — Les indices ont été déterminés suivant deux 
directions principales des lames par la méthode de la frange de Becke. Voici 
les résultats : 

C'«H*0»|3 i W * =I > 535 ' C"H"0»« i n * = I ' §33 » 

■ ■ (■ >V=i,5io; . I Hm — I? 5o8. 

Ces cristalix sont assez fortement biréfringents. 



0) Les types a, (3 et y correspondent respectivement aux notations C. B et A de nos 
précédentes publications. 

C. R., 1930, 2" Semestre. (T. 191, N° 4.) 16 



2Q2 ACADÉMIE DES SCIENCES. * 

2° Étude aux rayons X. — Indépendamment des diagrammes de Laue, 
nous avons enregistré les diagrammes de rotation autour des diagonales des 
grandes faces. Certaines photographies, très belles, permettent de mesurer 
des strates de troisième et quatrième ordres, et de déterminer, à i pour ioo 
près, les périodes d'identité. Les mailles cristallines ont pour base des rec- 
tangles ayant les dimensions suivantes : 

Cristal U = 9,36Â ,9 y Cristal U = 5,65A , 5 (£V 

palmitiquea ( b = ^ 9 5A & — 4 °' 4 W > stéarique [3 ( fc — 7 ,36A '' 

En calculant les angles à partir de «et b, on trouve ^ a = 55°45'et©p = 70°, 
valeurs en accord avec les mesures goniométriques précédentes. 

Ces résultats numériques importants apportent un éclaircissement au 
désaccord entre les résultats de Mùller relatifs à l'acide stéarique (')etceux 
de Brill et Meyer relatifs à l'acide laurique ( 2 ). Par la comparaison de nos 
résultats aux leurs, on peut conclure que ces auteurs ont utilisé des 
cristaux qui n'appartenaient pas à la même forme : stéarique (3 pour le pre- 
mier, laurique a pour les seconds. Ceci s'explique, puisque, comme nous 
l'avons observé, dans les cristallisations faites à la température ordinaire, 
l'acide stéarique apparaît sous la forme (3, tandis que l'acide laurique ne 
peut être que a. 

D'autre part il semble que, pour les acides C 12 , C ,G , C 18 , les dimensions a 
et b de la base de la maille varient peu, dans une même forme cristalline, 
lorsqu'on passe d'un acide à l'autre : on a ainsi approximativement pour 
surfaces de ces bases S a =4?(Â) 2 , Sq=4i(a) 2 . Comme l'espacement D 
des strates cristallins parallèles aux grandes faces diminue de 10 pour 100 
environ lorsqu'on passe de la forme p à la forme a, il en résulte que le 
volume élémentaire SD de la maille doit être sensiblement constant dans 
l'une et l'autre forme. On doit s'attendre à trouver des densités très voisines 
pour les cristaux a et [3. 

Enfin, si l'on transforme, par chauffage à 48°, un cristal (3 stéarique en a,. 
celui-ci perd sa transparence. L'angle du losange demeure égal à 76°; au 
microscope, le-cristal prend un aspect craquelé ; examiné aux rayons X il 
présente des anneaux de cristallisations confuses : on assiste à la dislocation 
du réseau primitif. 



(*) Proceedings Roy. Soc, 114, 1927, p. 5^2. 
( 2 ) Zeits.f. KristaL, 67, 1928, p. 5;o. 



SÉANCE DU 28 JUILLET 10,30. 2o3 



PHYSIQUE MOLÉCULAIRE. — Sur V orientation des acides gras en contqct 
avec une phase liquide. Note <le MM. J.-J. Trillat et A. ^owakowski, 
transmise par M. de Broglie. 

Dans ee travail, nous avons cherché à étudier les divers facteurs qui 
règlent l'orientation des acides gras (stéarique, palmitique, laurique), 
lorsque ceux-ci sont en contact avec une phase liquide. Dans une première 
série d'expériences, nous avons étudié l'équilibre d'un film d'acide solide 
avec sa substance fondue; dans une autre série, nous avons examiné ce qui 
se passe lorsqu'une pellicule d'acide est orientée au contact de l'eau, d J un 
acide minéral (HC1), d'un acide organique (CH 3 ^COOH.) ou de solu- 
tions de soude. 

Méthode utilisée. — Dans tous les cas, nous avons utilisé la méthode de la goutte 
tangente décrite par l'un de nous (J.-J. Trillat. Comptes rendus, 17 juillet 1928, 
p. 168; Journ. dePhys., janvier 1929, p. 32). Le liquide servant à l'orientation est 
amené sous la forme d'une goutte, à la surface de laquelle on produit un film mince 
d'acide gras; dans le cas de l'équilibre acide liquide-acide solide, la substance est 
amenée à fusion par chauffage électrique et l'on provoque à la surface la formation d'un 
mince film solide au moyen d'un courant d'air convenablement réglé ; dans les autres cas, 
on dépose sur la surface du liquide étudié, et préalablement chauffé, une petite quantité 
d'acide solide, qui fond, s'étale, et qu'on laisse ensuite refroidir lentement. Par suite 
de la courbure d© la goutte, il suffit d'envoyer un pinceau horizontal de rayons X pour 
obtenir en des temps très courts (3o minutes) d'excellents diagrammes qui s'jnterr- 
prètent comme nous l'avons indiqué antérieurement (ho. cit.) (Raies KCu, "i5 MA, 
3oKV). ■. 

1 . Equilibre acide gras liquide-acide gras solide. — Ce cas est intéressant, 
car il permet l'étude directe de la formation et de l'orientation des pelli- 
cules cristallines à partir de la substance fondue. Le résultat essentiel est 
que ces pellicules, surtout lorsqu'elles sont très minGes (transparentes), 
donnent lieu à des raies d'orientation très intenses avec plusieurs ordres 
successifs de réflexion, raies qui sont par conséquent parallèles à la surface 
de la goutte fondue. 

Le calcul donne comme distances rétieulaires correspondant à ces raies 
des valeurs identiques à celles trouvées autrefois pour la longuepériode des 
acides gras(J.-J. Trillat, Ann.de Phys., juillet 1926). Dans tous les cas, pourle 
même acide, on n'observe jamais qu'une même équidistanee, ee qui prouve 
qu'il ne produit pas de polymorphisme dans ces conditions. 



2ô4 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Déplus, les anneauxdeDebye-Scherrer,quisont généralement très intenses 
sur les diagrammes relatifs à la surface d'un acide solidifié, sont ici d'inten- 
sités extrêmement faibles, et, dans certains cas (pellicules très minces), dis- 
paraissent même presque complètement et sont noyées dans le halo amorphe 
dû à la diffraction par le liquide sous-jacent. Ceci montre que ces films sont 
composés de petits cristaux extrêmement bien orientés. 

On a étudié également l'influence d'une augmentation de température de 
la goutte. Il devient alors nécessaire de refroidir au moyen d'un courant 
d'air plus intense, et cet effet se traduit par l'apparition de cristaux plus 
gros et moins bien orientés autour de la normale à la surface libre du 
liquide (anneaux de Debye-Scherrer et taches de Laue). 

2". Équilibres acide gras-liquides divers : a. Eau. — On observe une bonne 
orientation des molécules d'acide gras normalement à la surface de l'eau; 
de plus, les petits cristaux prismatiques peuvent tourner autour de la 
normale à la surface du liquide (anneaux de Debye-Scherrer entourant les 
raies d'orientation). 

On peut donc dire que ce résultat confirme entièrement ceux de Lang- 
muir, et les étend au cas d'une pellicule d'épaisseur plus grande qu'un 
film monomoléculaire. 

Au contraire, si l'on verse une très petite quantité d'acide fondu sur une 
goutte d'eau froide, la pellicule ne présente plus d'orientation au contact du 
liquide; on n'a plus qu'une structure microcristalline confuse. L'influence 
de la vitesse de cristallisation sur l'organisation moléculaire est donc très 
grande. 

b. Eau -+- HC1 ou acide acétique. — A mesure que la quantité de l'acide 
dissous croît, l'acide gras a de moins en moins tendance à s'étaler sous 
forme de pellicule homogène. Les diagrammes montrent alors que l'orien- 
tation due à l'eau subsiste toujours, mais que cette orientation est contrariée 
par une augmentation de la grosseur des cristaux ek une répartition plus 
irrégulière de ceux-ci. La comparaison des clichés pris avec des pellicules 
formées sur l'eau pure est caractéristique à cet égard. 

c. Ef/M + NaOH — (i, 10, 20, 5o°/ ). — On obtient un résultat intéres- 
sant ; le spectre formé est celui du sel de sodium (laurate Na : d= 32, 5 A 
au lieu de 26,8 Â pour l'acide laurique), qui vient former une fine pellicule 
à la surface de la goutte. Les longues chaînes sont orientées nor- 
malement à la goutte, l'extrémité Na étant en contact avec la solution 
sodique; la réaction ne devient visible sur les diagrammes que pour une 
concentration en Na OH supérieure à 10 pour 100. Le savon formé est par- 



SÉANCE DU 28 JUILLET lO,3o. 2o5 

faitement orienté et stratifié, -et l'aspect des diagrammes ressemble à celui 
obtenu avec des pellicules cristallines en équilibre avec leur substance 

fondue. 

Cette méthode permet de mettre en évidence la réaction chimique rela- 
tive à de faibles quantités de matière, et de déceler les phénomènes d'orien- 
tation qui l'accompagnent, ainsi que de mesurer la dimension des molé- 
cules du sel formé. 

Conclusion. — Ces résultats montrent qu'il est possible, par la méthode 
de la goutte tangente, de suivre les divers facteurs qui règlent la formation 
des cristaux et l'orientation des molécules d'acides gras en contact avec 
divers liquides. Elles apportent une contribution nouvelle à l'étude de ces 
phénomènes physico-chimiques, si importants au point de vue des pro- 
priétés physiques, mécaniques et même chimiques des corps. Elles seront 
continuées par des recherches analogues, portant sur des substances à 
molécules symétriques allongées (diacides et carbures) et à molécules dissy- 
métriques. 



ÉLECTROCHIMiE. — Sur les piles ( ' ) à cathode de sodium. 
Note de M. George-I. Costeanu. 

Les métaux alcalins et alcalino-terreux x se déplacent réciproquement de 
leurs halogénures fondus. 

C'est ce phénomène qui nous a conduit à étudier une série des piles du 

type suivant : 

i° CuO-.LiCl.KCl — Na, 

2° CuO-LiCl.KCl-NaPb, 

30 GuO — LiCl — NaPb, 

4° CuO-CaCl 2 .KCl-NaPb. 

La réaction de décharge est donnée par la formule 

CuO + 2Nà + 2MCI = Cu 4- aNa'Cl 4- M 2 0. 

Le bain s'enrichit alors en NaCl et M 2 0. 

Pour l'étude de nos piles nous avons employé deux dispositifs : i° le premier se 
compose d'un tube de verre en U, renfermant l'électrolyte. Dans une branche plonge 
l'anode, dans l'autre surnage le sodium. Ce dispositif a servi seulement pour l'étude 
de la première pile ; 2 le second dispositif est un creuset en nickel de 6o ram de haut, 



(^ G.-J. Costeanu, Comptes rendus, 139, 1929, p. 35. 



206 



ACADÉMIE DÈS SCIENCES. 



contenant l'électrolyte et deux vases poreux, disposés l'un en face de l'autre. Un de 
ces vases renferme la cathode et l'autre, plus grand, l'électrolyte et l'anode. 

L'anode est un bâtonnet d'oxyde de cuivre 1 enroulé par un fil de cuivre qui sert de 
collecteur de courant. 

La càtliode est soit le sodium, soit l'alliage NàPb à 25 polir ioo de sodium; préparé 
directement dans le vase poreux. Un tube de fér dvi un fil dé hiékël conduit le courant 
à l'extérieur. 

Le vase de pile est placé dans un récipient cylindrique en porcelaine, fermé hermé- 
tiquement par un couvercle d'amiante luté, chauffé par un enroulement de fil de 
nichrome et soigneusement calorifuge. 

A travers le couvercle passent les électrodes, les tubes d'arrivée et de sortie dii gaz 
et le couple thermo-êleetriqué. 

Toutes les mesures ont été faites dans une atmosphère d'azote soigneusement débar- 
rassé d'oxygène. Dans les première et deuxième piles nous employons comme électro- 
lyte le mélange eutectique de LiGl .KO (og nw] , 5 pour ioo de LiCl et 4o mo, ,5 
pour ioo de KO), qui fond à 358°; dans la quatrième pile le mélangé eutectique 
"CuGl 2 .kCl(82 mol ,5 pour iôo de CaCl 2 et i-'» bl ,5 pour ioo de KO), qui , fond 
à 6o8°. 

Pour l'étude de la première pile — Cu O — Li Cl . K Cl — Na , nous avons 
employé les deux dispositifs décrits plus haut. A l'aide du premier dispo- 
sitif la pile atteint très vite l'équilibre et donne une force électromotrice 
de l'ordre de 2, 36o volts. Avec le deuxième dispositif l'équilibre n'est atteint 
qu'au bout de deux heures, et la force électromotrice est un peu plus petite. 



i'.no 






2'ûoi - 



1"foo 




Te.mhtza.tuie. 



M/00' 



Sûo' 



La courbe I donne la moyenne de nos mesures faites entre 38o-5o4°. 
La force électromotrice est donnée par là formule 

E = 2,099 volts + o,ooo4n3(i — 38o°). 

Sur 20 ohms la pile débite très régulièrement pendant 3 heures : 



l Force électromotrice 2 , i38 volts 

A 474» \ Intensité. . 92 milliampères 

• ••••• ,...:.... . 1 , o/o3 volt 



F. B. 



SÉANCE DU 28 JUILLET I93o. 207 

Dans la même pile nous avons remplacé le sodium par l'alliage Na-Pb, 
ce qui nous permettait alors de faire des mesures à des températures où la 
tension de vapeur du sodium commence à être appréciable. 

La pile atteint l'équilibre au bout de 2 heures et demie à 3 heures; il y a 
alors une montée très brusque de la force électromotrice. 

Les résultats sont portés sur la courbe II qui présente un faible maximum 

vers 54o°. 

Sur 20 ohms là pile débité très régulièrement pendant L\ heures : 

! Force électromotrice, 1 , 9 6 ° volt 
Intensité • 8 7 millîampères 
F. B • • î'9 02 Volt 

La polarisation est plus grande si Ton fait débiter l'élément à une tempé- 
rature plus basse. 

Dans une troisième pile nous avons pris comme électrolyte le chlorure de 
lithium seulement, Si l'on regarde la courbé III qui donne la moyenne des 
résultats^ on constate qu'elle est presque le prolongement de là deuxième 
courbe. Avant d'atteindre l'équilibre, la force électromotrice décroît au 
début jusqu'à un minimum qui n'est pas toujours le même et ensuite elle 
remonte assez vite et atteint l'équilibre au bout de 3 heures. 

Sur 20 ohms elle débite régulièrement pendant 4 heures : 

i' Force électromotrice * ?9^ i ° v0 ^ t 
Intensité/. ....:..,.,......■ 9 2 niHliampères 
4 F. B. ••• 1 j 926 volt: 

Après plusieurs heures de débit l'alliage s'épaissit. 
Enfin la courbe IV donne les mesures faites sur la pile : 

CuO-CaCl 2 .KCl — NaPb: 
E = 2 , 168 — o,ooao58 (l — 628°). 

Sur 20 ohms la pile débite assez régulièrement pendant 3 heures : 

( Force électromotrice ........... ■. . ■ ■■ 2 , i4& volts 

A 64o° 1 Intensité 9 2 milliampères 

f p g ; . . . 2 , 000 volts 

Dans le vase poreux qui renferme l'anode on trouve toujours du cuivre 
réduit et l'électrolyte est fortement coloré en rouge. 



208 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 



PHOTOCHIMIE. — Sur l'absorption de la lumière ultraviolette par les iodures 
d'alcoyle. Note de M. Guy Emschwiller, transmise par M. Georges 
Urbain. 



On s'est depuis longtemps proposé d'établir des relations entre les spectres 
d'absorption des corps et leur constitution chimique, mais maintenant 
encore le problème apparaît singulièrement complexe. Si des interpréta- 
tions énergétiques sont possibles quand les spectres sont formés de bandes 
résolubles en raies fines, on sait peu de choses dans les autres cas, et l'on 
doit le plus souvent se borner à des rapprochements entre corps présentant 
des analogies de structure. Ainsi les iodures d'alcoyle ont un spectre 
d'absorption qui apparaît continu, aussi bien à l'état liquide qu'à l'état 
gazeux. 

L'absorption des iodures d'alcoyle n'a guère fait l'objet que d'observa- 
tions partielles, le plus souvent qualitatives et en présence d'un solvant. 
J'en ai entrepris l'examen systématique, dans l'ultraviolet, en l'absence de 
tout diluant; ces recherches ont porté sur les iodures de méthyle, d'éthyle, 
de propyle et de butyle, et aussi sur l'iodure de méthylène et sur Hodo- 
benzène. 

J'ai mesuré les constantes d'absorption de tous ces iodures à l'état liquide, 
sous des épaisseurs variant entre 2 mm et i6 mm , à diverses températures, par 
la méthode photographique, en utilisant le microphotomètre enregistreur 
de Lambert et Chalonge; j'ai employé comme source continue d'ultra- 
violet une lampe à hydrogène. 

Les résultats des mesures effectuées à 20 sont consignés dans le tableau 
suivant : 



k. 




log*. 


l. 


2. 


3. 


4. 


5. 


6. 


7. 


8. 


9. 


10: 


17,4. 




. 1,241 


336o 


3370 


334o 


334o 


333o 


3q55 


344o 


36 10 


4o6o 


35oo 


io,4. 




. 1,018 


34oo 


34io 


33 7 5 


33-5 


33 7 o 


34 9 5 


348o 


366o 


4io5 


3545 


6,96 




. 0,843 


343o 


3445 


34io 


34io 


34o5 


353o 


35i5 


3 7 o5 


4i4o 


358o 


5 , 2 . 




• >7*7 


3455 


3470 


3435 


3435 


343o 


3555 


354o 


3740 


4 1 65 


36io 


3,48 




0,542 


34q5 


35io 


347^ 


3475 


. 3470 


35 9 5 


358o 


3 7 8o 


4i 9 5 


365o 


2,6. 




o,4i6 


352o 


3535 


35oo 


35oo 


3495 


3620 


36o5 


38i5 


4220 


36 7 5 


i,-4 




0,241 


or M 

3ooo 


3570 


3535 


3535 


353o 


3655 


364o 


386o 


4255 


3710 


i,3. 




0, 1 15 


35-5 


35 9 5 


356o 


356o 


355o 


3685 


3670 


38go 


4280 


3740 


0,87 




• T , 94o 


36i5 


3635 


36oo 


36oo 


3590 


3720 


3705 


3 9 35 


43io 


3 77 5 


o,435. . 


• ï,63o. 


3670 


36g5 


366o 


366o 


3655 


3 7 8o 


3 7 65 


4oio 


4370 


384o 


0,18 




1,260 


3750 


3 77 5 


3 7 4o 


3740 


3 7 35 


386o 


3845 


4no 


445o 


3920 



SÉANCE DU 28 JUILLET 1930. 209 

Les longueurs d'onde sont exprimées en unités angstrôms; k, constante d'absorption; 
1, iodure de méthyle ; 2, iodure d'éthyle ; 3, iodure de propyle; 4, iodure de butyle; 
5, iodure d'isobutyle; 6, iodure d'isopropyle ; 7, iodure de butyle secondaire ; 8, iodure 
de butyle tertiaire; 9, iodure de méthylène; 10, iodobenzèue. 

On remarque que les dérivés iodés primaires se comportent en somme 
sensiblement de la même manière; les dérivés secondaires absorbent davan- 
tage et l'iodure tertiaire plus encore. 

La loi de variation des constantes d'absorption avec la longueur d'onde 
est de la forme 



log/f = a — b J., 





Longueur 


d'onde; 


LogA\ 


Calculée. 


Mesurée. 


2,92 


399 2 


3995 


2,448 


4092 


4095 


2,069 


4172 


4i 7 5 



a et b étant des constantes positives dont la valeur dépend de la nature du 
dérivé et peut être calculée à 20 au moyen des données ci-dessus. J'ai 
reconnu que cette loi est valable dans un large domaine de radiations et 
permet ainsi le calcul par extrapolation des valeurs des constantes d'absorp- 
tion. La vérification est excellente pour Fiodobenzène sous 25o mm d'épais- 
seur. 

Quantité 
de lumière absorbée 

pour 100. Je. 

-- 87,5..... ,o83 

5o 0,028 

20 .... 0,012 

Pour les radiations de longueurs d'onde plus élevées, il faudrait opérer 
sous des épaisseurs encore plus grandes. En tout cas mes mesures font appa- 
raître une variation continue de l'absorption et ne confirment pas l'exis- 
tence des limites proposées par T. Iredale et W. N. W. Wallace ('). 

Mes observations sur les iodures d'alcoyle à l'état gazeux montrent que 
l'absorption continue longtemps à croître de façon exponentielle quand la 
longueur d'onde diminue. Toutefois l'absorption passe par un maximum, 
puis par un minimum. J'ai déterminé la position du maximum pour les 
différents dérivés. ' 

Iodures primaires [ Mé % le > ?% le > P.ropyle, butyle 2 5 7 o angstrôms 

( Isobutyle 2 55o » 

Iodures secondaires \ so P ro Py e • 2620 » 

Butyle 2 5 9 5 » 

Iodure de butyle tertiaire. 2680 » 



0) Philosophical Magazine, 7 e série, 8, 1929, p. 1093. 



2io ACADÉMIE DÈS SCIENCES. 

L'absorption des iodures d'alcoyle augmente avec la température ; de l'en- 
semble des mesures effectuées à des températures comprises entre 20 et 1 io°, 
il résulte que l'effet est sensiblement le même pour tous ces composés. La 
longueur d'onde des radiations correspondant à un même coefficient d'ab- 
sorption est augmentée d'environ 12 angstrôms par élévation de tempéra- 
ture de io°. Je n'ai pu mettre en évidence un déplacement sensible dii maxi- 
mum d'absorption avec la température. 



CHIMIE ORGANIQUE. — Sur V acide naphtyl-^-glyoxylique et quelques dérivés 
de cet acide. Note (') de M Ue L. Popovici. 

Nous avons exposé (*) les résultats obtenus au cours de recherches con- 
cernant la réduction des semicarbàzones des acides a-cétoniques apparte- 
nant aux séries aliphatique et benzénique. La présente Note a d'abord pour 
but l'extension de la même étude à la série naphtalénique et nous avons 
choisi, comme acide a-cétonique, l'acide naphtyl-|3-glyoxylique 

c io ir.co.co 5 n. 

Cet acide n'avait pas encore été obtenu pur. Rousset, qui avait tenté sa 
préparation en appliquant au nàphtalène la méthode de Bouveault, n'avait 
eu qu'Un composé huileux, mélange du produit cherché avec son isomère a. 

Nous avons réussi à obtenir l'acide pur en oxydant la (3-méthylnaphtyl- 
cétone par le permanganate de potassium, en solution alcaline, en opérant 
à la température de fusion de la cétone à oxyder ( 53°). 

Après purification, par cristallisation dans le benzène, l'acide naphtyl-fi- 
glyoxylique se présente en cristaux fondant à i7i°,très solubles dans Féther, 
Palcool, le benzène, très peu soluble dans l'eau. Ses sels alcalins sont 
solubles dans l'eau, les autres (Ca, Ba, Mg, Pb, Ag) sont insolubles. 

L Partant de cet acide, nous en avons préparé la semicarbazone et la 
thiosemicarbazone ; les acides semicarbazide et thiosemicarbazide ; la 
dioxytriazine et la sulfoxytriazine correspondantes. 

La semicarbazone fond à 23o°; elle est très peu soluble dans l'eau et les 
liquides organiques ; seul, l'alcool la dissout un peu à chaud et moins à froid, 
ce qui en facilite la purification. 



(*) Séance du 21 juillet 1980. 

( 2 ) Comptes rendus, 189, 1929, p. 186; et 190, 1980, p. 1019. 



211 



SÉANCE DU 28 JUILLET l^3o. 

La thiosemicarbazone est jaunâtre ; elle fond à 226 et présente des solu- 
bilités de même ordre que celles de la semicarbazone. 

II. Ces deux composes, réduits par l'amalgame de sodium, donnent 
respectivement l'acide semicarbazidè naphtyi-|B-glyoxyiique (I), et l'àcidé 
thiosemicarbazide naphtyl-fS-glyoxylique (II) : 



C.CH.CO*H- 
I ' . 
NH.NEUCO.NH* 

(I). 



g. CH.com 

I 

NH.NH.CS.NH2 

(II); 



Ces acides fondent à 226 et 21 6°; ils réduisent le réactif de Nessler et sont 
également oxydés par l'iode en milieu alcalin. 

III. Sous l'action de la soude diluée et à chaud, la semicarbazone et la 
thiosemicarbazone, décrites plus haut, se déshydratent en se cyclisant et 
donnant respectivement la dioxytriazine (III) et la sulfoxytriazine (IV) 
correspondantes : 




/CO-NH\ 



III) 



G— G 



(iVj. 



/GO— NH N 
%N Nil/ 



GS 



Ces nouveaux composés fondent respectivement à 289 et 274°-. Comme les 
composés analogues déjà signalés par M. J. Bou^ault, ces corps sont des 
acides faibles;, et sont susceptibles de donner deux séries d'éthers : nous 
avons préparé, avec la riaphtyl-[3-dioxytriazine, un éther inonobenzylique 
fondant à 21 7 et un éther dibenzylique fondant à 179 . 

Les sulfoxytriazines, oxydées par rhypobromite de sodium^ peuvent, 
comme l'a montré iVL Daniel ('), être transformées en dioxytriazines cor- 
respondantes; la naphtyl-j3-sulfoxytriazine obéit à la règle générale et a 
fourni, par cet oxydant^ la naphtyl-{3-dioxytriazme; 



( 1 ) L. Daniel, Thèse de doctorat en Pharmacie, Paris, 1928. 



212 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



CHIMIE ORGANIQUE. — Su?' Vautoxy dation de Vhydroquinone. 
Note (') de M. Albert Saint-Maxjen, transmise par M. H. Le Chatelier. 

Nous avons montré ( 2 ) que l'addition ménagée de soude caustique à des 
solutions d'hydroquinone de concentration constante et maintenues satu- 
rées d'oxygène provoque l'oxydation de l'hydroquinone, la vitesse de réac- 
tion étant proportionnelle à la quantité de soude introduite. En solutions 
alcalines plus concentrées, la relation de proportionnalité n'est plus vérifiée. 
Il m'a donc semblé intéressant de poursuivre l'étude de cette oxydation dans 
un domaine plus étendu. 

Comme précédemment, j'ai opéré sur des Solutions contenant toutes la 
même quantité d'hydroquinone — soit 5 S ,5 par litre — et des quantités 
croissantes de soude caustique. La vitesse d'oxydation, déterminée au moyen 
de la méthode. pneumatique ( 3 ), croît, ainsi qu'il a été dit, proportionnel- 
lement à la quantité de soude introduite, tant que le rapport molécu- 
laire.^ — sou_e ^excède pas 2> Au delà de cette valeur, la vitesse 

nydroquinone l 

augmente moins rapidement, tend vers une limite atteinte pour la valeur 0,6 ; 
puis décroît lentement dès qu'on dépasse la valeur 1 . 

Ces variations sont représentées sur le diagramme ci-contre. 

Ce résultat ne peut s'expliquer simplement qu'en admettant la formation, 
entre l'hydroquinone et la soude, d'une combinaison facilement oxydable. 
C'est pourquoi j'ai complété cette étude en cherchant à mettre en évidence 
de telles combinaisons par les procédés habituels de l'analyse physico- 
chimique. 

En premier lieu, sur les liqueurs définies plus haut, j'ai procédé, en 
l'absence d'oxygène, à des mesures de conductibilité électrique. La courbe 
représentative, figurée sur le même graphique, présente un angle très net, 
correspondant au dérivé monosodique et un changement d'orientation moins 
accusé montrant la formation d'une combinaison disodique. Ces faits sont 
bien conformes aux propriétés chimiques de l'hydroquinone ( 4 ). 



( a ) Séance du 21 juillet 1980. 

(■) René Dubiusaï et Albert Saint-Maxen, Comptes rendus, 189, 1929, p. 694. 

( 3 ) André Job, Comptes rendus, 142, 1906, p. i4o3. 

( 4 ) En particulier, l'isolement du dérivé disodique de l'hydroquinone a été réalisé 
par de Forcrand. Ann. Chim, Phys;, 6 e série, 30, 1892, p. 66 et 68. 



SÉANCE DU 28 JUILLET IO,3o. 2l3 

D'autre part, les mêmes liqueurs, préparées par le mélange, effectué en 
atmosphère d'azote exempt d'oxygène, de deux solutions incolores d'hydro- 
quinone et de soude, présentent une coloration jaune brun. L'étude des 
variations de la densité d'absorption lumineuse ( 1 ), en fonction du rapport 

moléculaire -. — ; — — .pour la longueur d'onde A800 U. A. ( 2 ), vient 

nydi'oqumone ' r ° . . x /; 



Densités d'absorption 

_90xl0 2 

Conductibilité en 
mhoslcm x 10* 




Activités ! 
(vitesse, s dbxydatjon) 

_30 / 
/ 



0,1 Q2 0,3 0A 0,5 0,6 0,7 03 0,9 1,0 0,1 0,2 0,3 0,k 1,5 0,6 0,7 0,8 0,9 2,0 0,1 0,2 0,3 0,k 2,5 
Concentration de ta Soude en molécules grammes par molécule gramme d'hydroquinone > 



confirmer les résultats antérieurement trouvés. Un angle très net apparaît 
sur la courbe, manifestant l'existence d'une combinaison équimoléculaire 
de soude et dliydroquinone ; par contre, aucun changement apparent ne se 
produit au moment de la saturation de la seconde fonction phénolique. 



( J ) Rappelons que sous le nom de densité d'absorption, on désigne la grandeur 
définie par la relation d = log y dans laquelle I désigne l'intensité incidente et I 

l'intensité transmise. 

( 2 ) Pour cette longueur d'onde, l'absorption d'une solution d'hydroquinone pure est 
négligeable, tandis que celle d'une solution d'hydroquinone et de soude est maximum. 



3l4 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

On ne saurait attribuer le changement de coloration constaté à une oxydation par- 
tielle du diphénol, car j'avais soin, comme il a été dit, d'opérer à l'abri de l'oxygène; 
en outre, la coloration jaune, qui apparaît par addition de soude caustique à une solu- 
tion d'hydroquinone, disparaît lorsqu'on neutralise l'alcali introduit par addition d'une 
quantité équivalente d'acide. 

o 

J'ai même pu étudier speçtrographiquement, pour la région 2200 — 3i5o U. A,, les 
modifications apportées, par l'addition de soude caustique, du spectre d'absorption 
d'une solution aqueuse d'hydroquinone pure et l'identité du spectre de cette dernière 
solution avec celui d'une solution sodique dans laquelle l'alcali a été neutralisé par un 
acide. Aucune modification de ce genre ne se produit avec une solution de quinone. 

Je me réserve de discuter en détail ces divers résultats. Je me bornerai à 
signaler ici, outre la convergence des conclusions résultant de l'examen des 
trois courbes figurées sur le diagramme, le parallélisme entre les variations 
de l'absorption et celles de la vitesse d'oxydation des solutions étudiées et à 
proposer, de cette particularité l'interprétation suivante : 

Les solutions d'hydroquinone pure s'oxydant très lentement, sinous sup- 
posons la vitesse d'oxydation du dérivé monosodique considérable, et celle 
du dérivé disodique, au contraire, très faible ou négligeable, on conçoit que 
la vitesse commence par croître rapidement lorsque la proportion de soude 
favorise la formation du premier dérivé tandis qu'elle demeure stationnaire, 
puis commence à décroître dès que la combinaison disodique commence à se 
former. 



CHIMIE ORGANIQUE. — Étude systématique de la condensation des monocé- 
tones aromatiques avec les aminés aromatiques tertiaires, sous Faction du 
chlorure d'aluminium. Note(') de MM. Ch. Courtot et V. Oupéroff, 
transmise par M. Delépine. 

La faculté toute particulière du groupement carbonyle de donner, en 
présence de chlorure d'aluminium, des produits de condensation avec les 
aminés aromatiques tertiaires est connue depuis longtemps. 

La Badische Anilin u. Soda Fabrik dans son brevet n° 27789 ( 2 ) revendique, comme 
agent de condensation des dérivés p- aminés et alcoylaminés de la benzophénone avec 
les aminés aromatiques tertiaires, à côté des dérivés halogènes ou oxyhalogénés du 
phosphore, le pbosgène, l'acide sulfurique et enfin le chlorure d'aluminium, mais, en 



( J ) Séance du 16 juillet 1980. 
( -) Friedlander, 1, p. 80. 



SÉANCE DU 28 JUILLET 1930. 2l5 

réalité, dans les sept exemples donnés par le brevet, aucun ne comporte effectivement 
C1 3 A1. Haller et Guyot ( I ), en conclusion d'une remarquable étude sur une extension 
de la réaction de Friedel et Crafts, précisent même de la façon suivante : « nous" ne 
sommes pas arrivés, en présence de Cl 3 Al dans aucun cas, à condenser son dérivé 
tétraméthyl-diaminé : la cétone de Michler », alors que la condensation de la diméthyl- 
aniline avec la benzophénone a lieu facilement, mais conduit anormalement à un 
composé sur lequel nous reviendrons dans cette Note. Là se borne l'expérimentation 
avec les monocétones. Ces savants ont étudié par contre l'action de la diméthylaniline 
sur différentes dicétones, en particulier l'isatine, l'indigo, le benzile, l'anthraquinone, 
l'o-dibenzoylbenzène, le phénylglyoxylate d'éthyle, l'oxalate d'éthyle, en utilisant tou- 
jours Cl ;i AP, et ces chimistes font remarquer que le carbonyle de toutes les molécules 
sur lesquelles ont porté leurs expériences présentent un caractère négatif assez pro- 
noncé. 

Comme on le voit par .ces prémisses historiques, l'étude systématique de 
la condensation des monocétones avec les aminés aromatiques tertiaires sous 
l'influence de Cl 3 Al fait défaut et nous nous sommes proposé de rechercher 
les facteurs constitutionnels qui déterminent le CO, dans cette série, à 
réagir sur l'hydrogène en para du groupement dialcoylaminé des aminés 
tertiaires. s 

Dans cette Note, nous communiquerons les résultats obtenus avec 
la benzophénone, la diméthylaminobenzophénone, la cétone de Michler, 
la phényl-a-naphtykétone, la phényl-p-naphtylcétone et la fluorénonc, 
d'une part, et La diméthylaniline, d'autre part. 

i° Condensation de la benzophénone. — Haller et Guyot (*) ont obtenu exclusive- 
ment lep-dimétbylaminotriphénylméthane (F. — i32°) que nous avons retrouvé égale- 
ment en opérant à 75°-85°. Mais en effectuant la réaction à 4o -5o° nous nous arrêtons 
commodément au /j-diméthylaminotriphénylcârbinol (F.=92°-g3°) ou à l'aminé 
correspondante 

C H ;i \ 

™, / N ~ CMF'— C — NU 2 - 
CHV u 

(C 6 H :i ) 2 

2° Condensation de la diméthylaminobenzophénone. — Déjà un groupement 
diméthylaminé, placé en para dans la benzophénone, met un obstacle sérieux à la 
condensation. On n'a pu, quelles que soient les conditions de température (intervalle, 
3o-iio°), obtenir que des traces de vert malachite caractérisé cependant nettement par 
son spectre d'absorption (maxima d'absorption à \ = 618). 

3° Condensation de la cétone de Michler. — Avec deux groupes diméthylaminés, 
l'observation de Haller et Guyot est complètement vérifiée : aucune condensation. Il 
se forme pourtant un colorant sur la nature duquel nous reviendrons par la suite, 

( 1 ) Comptes rendus, lkk, 1907, p. 947. 



2l6 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

mais qui provient uniquement de l'attaque de la diméthylaniline elle-même. Ce phé- 
nomène a été observé (avec une intensité variable) dans toutes nos condensations. 

4° Condensation de la phényl-a-naphtylcétone. — La condensation, effectuée 
à 40°-5o°. conduit au /?-diméthylaminodiphénylnaphtylcârbinol, que nous avons isolé 
à l'état de chlorhydrate combiné au chlorure de zinc. Le chlorozincate du colorant se 
présente sous forme de poudre d'un rouge vif, soluble dans l'eau, mais précipitable 
par CINa. 

A 80-90 , la condensation est de nouveau aberrante comme dans le cas de la benzo- 
phénone, et nous observons la formation du produit de réduction du carbinol — le 
yo-diméthylaminodiphénylnaphtylméthane, cristaux incolores (F. = i63°-i64°), diffi- 
cilement solubles dans l'alcool, plus difficilement dans l'éther et assez solubles dans le 
benzène. Nous nous proposons de rechercher le mécanisme de cette réduction. 

5° Condensation de la phé/iyl-fi-naphtylcétone. — La condensation, commencée à 
température ordinaire, est exothermique. La température monte progressivement 
à 25° et s'y maintient pendant une heure. On observe, après le traitement habituel, la 
formation du carbinol avec un rendement supérieur à celui observé pour le dérivé a 
et le phénomène de réduction du carbinol en dérivé méthanique n'a pas lieu. Le 
colorant (chlorure ou chlorozincate) est rouge bleuté plus foncé que le dérivé a. 

6° Condensation de la fluorénone. — Dans le cas de cette cétone, la réaction est 
très exothermique, provoquant l'ébullition de l'éther employé comme solvant. Le 
/?-diméthylaminophényldiphénylènecarbinol n'a été qu'entrevu; la condensation va 
facilement plus loin pour donner naissance au /?.//-tétraméthyldia.minodiphényl- 
diphénylèneméthane qui cristallise en belles aiguilles incolores, fusibles à 16 1°, solubles 
à chaud dans l'éther, le benzène, l'alcool. 



MÉTÉOROLOGIE, — Ionisation et champ électrique à El Goléa; l'éclair 
visible à 8oo kttt ; mwages en automobile; condensation dans les dunes du 
Grand Erg. Note ( ' ) de M. Jean Lugeon, transmise par M. G. Ferrie. 

Du 21 octobre au i3 novembre 1929, je fis avec mes collaborateurs 
Nicola de Lausanne et Waldmann de Zurich 5o mesures de petits ions, 
20 de gros ions des deux signes, avec un aspirateur d'Ebert et un conden- 
sateur Lan gevin à capacité de 9 e " 1 et 176 e " 1 , et 5oo lectures du champ élec- 
trique à Télectromètre bifilaire relié à un fil horizontal de i5 m avec éga- 
liseur radioactif. Ces observations furent faites de jour et de nuit dans la 
palmeraie et.au sommet du Ksar, colline dominant de ioo m le Grand Erg : 



(*) Séance du 16 juillet 1980. 



SÉANCE DU 28 JUILLET ig3o. 217 

Nombre total moyen de petits ions + par cm 3 166.9 / n g 

» — par cm 3 819 . \ ~ 

Nombre total moyen de petits ions + par cm 3 de jour ^49 

» — par cm 3 » 79$ 

» .+ par cm 3 de nuit. i444 

» , — par cm 3 ' » 702 

+ — 

Kapport entre la nuit et le jour : q; — — — 0,00 ; — =0,00. 

n jour n. jour 

L'ionisation pour les ions des deux signes est plus forte de jour que de 
nuit au Sahara. C'est l'inverse de ce que j'avais trouvé au Mont Blanc. Les 
amplitudes journalières sont beaucoup plus faibles que dans les hautes 
altitudes. Les maxima et les minima ont été trouvés au Ksar : -. 

Maximum n 2610, le 4 novembre à 17 11 . 

» n 129 1, le 6 novembre à 17 11 , 

Minimum n 780, le 28 octobre à 19 11 , 

» n 4o5, le i or novembre à i5'\ 

Nombre total moyen de gros ions + par cm 3 i5 200 

■ » — par cm 3 .'.-.. i5ooo 

Maximum gros ions + 28600, le 28 octobre à i6 Jl , 

» gros ions — 25ooo, le i er novembre à u.' 1 , 

Minimum gros ions -h 3 120, le 3o octobre à i8'\ 

» gros ions — 4455,1e 1 e1 ' novembre à . 1 4 1 '. 

Valeur moyenne du champ électrique : 69 volts par mètre; maxima moyens, 74v/m; 
minima moyens, 24 v/m. 

Au cours d'une nuit sereine et calme nous observâmes du haut du Ksar 
un rideau ^phosphorescent de 3 à 5 degrés de hauteur, tendu sous une 
ouverture de 20 à l'horizon nord-ouest. Sa teinte variait de l'olive à la 
couleur de l'opale. Jusque vers i h du matin, aucune silhouette ne se pro- 
filait sur -cette section de l'horizon, qui semblait parfaitement plane. De 
jour, d'ailleurs, on ne remarquait point d'aspérité dans le lointain tour 
d'horizon d'El Goléa. 

Mais subitement quelques éclairs nous firent découvrir, à l'intérieur 
même du rideau lumineux, une vaste chaîne de montagnes, hérissée de 
nombreux pics. Comme nous n'étions certainement pas sous le coup d'une 
illusion d'optique locale, j'en conclus que cette chaîne ne pouvait qu'être 
le Grand Atlas, situé à 8oo km . La courbure de la Terre n'eût jamais permis 

C.R., 1900, 2 e Semestre (T. 191, N' 4 ) 1 1 



21 8 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

de la percevoir au travers d'une atmosphère théoriquement transparente, 
puisqu'à cette distance son plus haut sommet se trouvait à 4° km sous 
l'horizon d'El Goléa. Nous étions donc en présence d'un gigantesque 
mirage nocturne. 

J'aurais doute de cette explication si, deux jours plus tard, le même phé- 
nomène* n'était réapparu, tout aussi net, tandis que Y atmoradio graphe 
témoignait par sa grande agitation de décharges orageuses lointaines. La 
direction que je relevais sur la carte à l'aide d'une boussole coïncidait 
effectivement avec celle de l'Atlas. Il en était de même des parasites reçus 
au cadre radiogoniométrique. 

Ce phénomène surprenant d'une chaîne de montagnes de tout temps 
invisible de jour, merveilleusement nette de nuit à 8oo km , à la lueur de la 
foudre qui la frappe, me fut doublement confirmé plus tard, par l'examen 
des cartes du. Service Météorologique Algérien, qui ne relèvent des orages 
que dans les parages du Haut Atlas. 

Eu traversant le désert nous observâmes plusieurs mirages dont un 
d'une étendue d'au moins 6o km . Il est intéressant de noter que ces phéno- 
mènes optiques subsistent quelle que soit la vitesse de l'observateur. 
A. 5o km/h, la surface miroitante ondulait régulièrement. Mais ces ondes 
s'effaçaient sitôt que la vitesse du véhicule tombait au-dessous de 25 km/h. 

Au couchant d'une journée fraîche, sans précipitations et par vent du 
Nord, je pus noter au revers d'une dune du Grand Erg, à quelques kilo- 
mètres d'El Goléa, une différence de température de ii" entre la masse 
interne de la dune et une croûte superficielle de sable d'une dizaine de cen- 
timètres d'épaisseur. Cette croûte était si humide qu'on eût pu la croire 
détrempée par une forte pluie. Comme il n'avait pas plu, c'était là à un phé- 
nomène très net de condensation de la vapeur d'eau atmosphérique que 
j'avais affaire : le contact de courant d'air froid du Nord avec la chaleur 
montante de la dune. Cette zone humide n'existait d'ailleurs qu'au bas du 
revers de la dune, très près de la région calme du tourbillon horizontal. 
Rendu attentif, je parcourais io km de dunes. Sur plusieurs revers, je retrou- 
vais la même couche humide, recherchée jusqu'à 5o m de distance par les 
racines rampantes et superficielles des rares arbustes rencontrés. 



SÉANCE DU 28 JUILLET igSo. 



19 



BOTANIQUE, — Particularités structurales de l'axe floral du Ramondia pyre- 
naica Rich. Note de MM. René CJirard et Robert Lewesle, transmise 
par M. J. Costantin. 

Dans un précédent travail ('), nous avons décrit la polystélie de la souche 
du Ramondia pyrenaica Rich. La présente Note aura pour but de signaler 
les particularités structurales de la hampe florale laquelle reste monostélique. 

En dedans d'un épiderme à cellules plus ou moins bombées extérieurement et pour- 
vues d'une, mince cuticule, se trouve un parenchyme cortical qui se compose d'élé- 




Ramondia pyrenaica. — Coupe transversale de l'axe floral : p.c, parenchyme cortical; 
end, endoderme; per„ péricycle ; fil, faisceau libéro-ligneux; al, amas libérien. Gr. : i3o. 

ments ovoïdes limitant des méats. On remarque, à l'intérieur de cette zone, un endo- 
derme différencié à parois radiales pjissées et subérifiées. 



^) R. Girard et R. Lemesle, Comptes rendus, 191, io,3o, p. 6- 



220 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Vient ensuite un puissant cercle continu de tissu sclérifié dont la zone externe 
péricyclique per se compose d'éléments à parois épaisses. Cet anneau constitue la 
charpente de soutien de l'axe floral. Dans la profondeur de ce cercle, on observe, par 
places, des groupes d'amas libériens très rapprochés, en dedans desquels se trouvent 
des files de vaisseaux du bois. Il n'apparaîtjamais aucun cambium. En alternance avec 
ces formations libéro-ligneuses, se trouvent, dans la région la plus interne de l'anneau 
de stéréome, de petites plages libériennes al sans aucune trace d'éléments ligneux. La 
moelle est formée de grandes cellules parenchymateuses avec des méats dans la partie 
la plus centrale. 

La structure de Taxe floral du Ramondia pyrenaica Rich. présente ainsi 
certaines analogies avec celle du même organe de Y Utricularia montana 
Jacq. décrit par Schenck (\). Cet auteur met en évidence, en dedans d'un 
endoderme différencié, un puissant anneau scléreux dans la zone la plus 
interne duquel se trouvent également des amas purement libériens; mais 
une différence importante est à signaler : chez Y Utricularia, il n'existe pas 
de bois et de liber réunis en faisceaux collatéraux comme chez le Ramondia, 
les amas libériens et ligneux restant toujours indépendants les uns des 
autres. Par ailleurs, Schenck signale en outre chez Y Utricularia, d'une part,^ 
de petits amas purement libériens placés entre l'endoderme et l'anneau 
sclérenchymateux, et d'autre part, des plages de tissu criblé circummédul- 
laire, formations qui ne s'observent pas chez le Ramondia. 



BOTANIQUE. — Sur quelques particularités anatomiqucs des Gnelum. Note ( 2 ) 
de M" e Lucienne George, présentée par M. L. Blaringhem. 

Les Gnetum présentent un certain nombre de caractères anatomiques les 
rapprochant des Dicotylédones : 

i° Les branches horizontales acquièrent une structure dorsiventrale se 
traduisant par une épixylie comme chez les feuillus. La moelle est excen- 
trique par suite du fort développement du bois de tension sur la face supé- 
rieure, du faible développement du bois de compression sur la face infé- 
rieure. Dans le bois de tension les fibres ligneuses sont plus nombreuses, le 
développement des rayons médullaires est plus considérable, lès vaisseaux 
sont moins nombreux. 



'(*)' H. Schenck, Beitràge zUr Kenntniss der Utriculariaceen, Utricularia montana 
Jacq. et Utricularia Schimperi nov. spec. {Pringsh. Jahrb. Wiss. Bot., 18, 1:8:87, 
p. 218). ;-.:... ...''.■"•■■;■■-■■.[ 

( 2 ) Séance du 16 juillet 1930. 



SÉANCE DU 28 JUILLET 1980. 221 

2° Il y a, comme chez le Chêne, des rayons médullaires larges, formés 
de plusieurs files de cellules allongées dans le sens radial, et des rayons 
médullaires unisériés. Les larges rayons médullaires, surtout importants 
chez les formes lianoïdes, permettent à la plante de s'accommoder aux 
torsions et sont formés par divisions cellulaires localisées. 

3° Les trachéides fibreuses, les formes de transition entre les trachéides 
et les vaisseaux, les vaisseaux du bois primaire et du jeune bois secondaire, 
avec leurs nombreuses perforations simples ressemblent à ceux des Cupuli- 

fères. ' . ' " 

4° Il y a des formations secondaires libéro-ligneuses normales, auxquelles 
font suite, chez certaines espèces (G. africanum Welw., G. Thoa R. Br., 
G. Schwackeanum Taub., G. scandens Roxb., G. ula Brongn. ,G.neglectum 
BL), des formations surnuméraires. Les zones anomales successives prennent 
naissance dans la zone parenchymateuse du péricycle et procèdent en 
direction descendante. Elles peuvent se former soit d J un seul côté, soit sur 
deux côtés opposés, soit sur tout le pourtour de la tige. 

5° Les formations subéro-phellodermiques sont générales: Le périderme 
est épidermique ou sous-épidermique, sauf chez G. cuspidatum BL, où il 
S'établit profondément dans fécorce, produisant un rhytidome foliacé. 

6° Des lenticelles primaires ou secondaires existent chez presque toutes 
les espèces. Le phelloderme lenticellaire est toujours riche en cristaux 
d'oxalate de calcium. 

7 II y a presque toujours des laticifères, localisés dans les tissus paren- 
chymateux. Chaque laticifère est constitué par une seule cellule allongée, 
par une file de cellules, ou par une poche volumineuse présentant de nom- 
breux renflements. Le contenu est amylacé, tannif ère ou gommif ère; le 
parenchyme avoisinant renferme toujours d'abondantes réserves d'amidon. 

8° A l'aisselle des feuilles se trouvent souvent deux bourgeons en position 
superposée. Le bourgeon accessoire est une ramification du bourgeon axil- 
laire et peut rester à l'état de bourgeon dormant ou se développer comme 
le bourgeon de première génération, ce qui contribue à rendre la végétation 

" plus touffue. " ' 

9° Chez G. gmmonoides Brongn . , le bourgeon axillaire ou les bourgeons 
multiples sont logés dans une poche gemmaire. 

io° Les pétioles de G.funiculare Bl, présentent des formations périder- 
miques interrompues par des lenticelles et des formations secondaires libéro- 
ligneuses discontinues. 

1 1° La morphologie externe des feuilles, leur nervation et leur structure 
sont du type des Dicotylédones. 



222 Académie des sciences. 

En résumé, l'étude anatomique des Gnetum les sépare nettement des Gym- 
nospermes parmi lesquels la plupart des botanistes les rangent actuel- 



lement, 



BIOLOGIE VÉGÉTALE. - Sur la Mycocécidie du Gynophore de V Arachide. 
Note de M. Aug. Chevalier, présentée par M. L. Mangin. 

L'organographie si remarquable des fleurs d'Arachides a été étudiée par 
Nissole, Poiteau, Bentham, Jacob de Cordemoy; quant à l'anatomiê elle a 
été l'objet, depuis quarante ans, des investigations de Pettit, Winton, 
Richtèr, Waldron, W, Russell. La structure des organes végétatifs des 
fleurs et des fruits de cette Légumineuse, unique dans son organisation, est 
donc connue dans ses grandes lignes. Par contre sa biologie n'a pas été 
l'objet d'études suivies et bien des points qui lui sont relatifs restent encore 
à approfondir. 

On sait par exemple que les radicelles n'ont pas de poils absorbants au- 
dessus de la coiffé, mais il naît parfois sur certaines jeunes racines (surtout 
à la base des tuberculoïdes) des poils plus ou moins longs et distants dont 
on ne connaît pas bien le rôle et qui semblent provoqués par une réaction 
de l'hôte à la suite d'une infection, Un grand nombre de radicelles hébergent 
de bonne heure des Bactéries fixatrices d'azote et se transforment en tuber- 
culoïdes ou bactérocécidies de taille très variable ; il en existe généralement 
de gros et de petits^ mais on ignoré si les deux tailles sont produites par la 
même Bactérie. Toutes les fleurs sont chasmogames mais le tube calicinal 
est de longueur variable et parfois presque nul; l'ovaire très réduit est porté 
sur un court gynophore caché au fond du tube CalicinaL Dès que la corolle 
est fanée ce gynophore s'allonge, non pas verticalement de haut en bas, 
mais le plus souvent obliquement (plutôt par chimiotactisme que par géo- 
tropisme), et il peut atteindre 10 à 20 e " 1 de long. Cet allongement se fait 
parle recloisonnement très actif d'un méristème situé immédiatement au- 
dessous de l'ovaire, longtemps rudimentaire. La structure du gynophore • 
est celle d'un axe-tige. Fracanzani le compare à un stolon qui serait terminé 
par un ovaire. 

En dedans du parenchyme cortical il existe i3 à 17 faisceaux libéro- 
ligneux formant un anneau incomplet bordé en dedans par un cercle non 
continu de cellules à tanin promptement écrasées ( W. Russell). 

Cordemoy avait déjà établi que les gynophores se flétrissent si on îes 



SÉANCE DU 28 JUILLET 1980. 2a3 

empêché dé s'enterrer, et Pettit, d'autre part, a montré que l'ovaire reste 
rudimentaire tant qu'il n'a pas pénétré dans le sol. A Tinverse.de ce qui se 
produit dans la majorité des plantes la fécondation ne suffit donc pas pour 
provoquer le développement du fruit et de la graine. L'ovule peut rester 
réduit à un petit nombre de cellules pendant des semaines si Fovaire n'est 
pas enterré ; par contre parvenu en terre, il se met à grossir presque aussitôt. 
Par l'examen d'Arachides de provenances les plus diverses et appartenant 
à de nombreuses variétés, j'ai pu constater que le gynophore tant qu'il est 
exclusivement aérien reste cylindrique, Par contre dès qu'il a pénétré dans 
le sol, il se forme toujours, dans la partie enterrée, à quelques millimètres 
au-dessous du méristème terminal, un épaississemént fusiforme de diamètre 
double en son milieu de la partie normale du gynophore. Ce fuseau, lorsque 
le fruit est prêt d'atteindre la maturité, mesure de 5 min à 3o mm de long et il 
commence à o cm , 5 ou i cm au-dessous du niveau du sol. 

Examiné à la loupe sur des Arachides retirées du sol, le fuseau a l'aspect 
d'un manchon recouvert d'un feutrage de poils fins agglutinant très étroi- 
tement des grains de sable et parfôisdês particules d'humus. Si l'on examine 
au microscope une coupe transversale faite dans le fuseau, on constate que 
lés fins poils épidermiqués de formation tardive sont environnés de filaments 
mycéliens diversement pelotonnés^ dont certains s'insinuent entre les cel- 
lules de l'hôte et pénètrent à l'intérieur, Les parois présentent bientôt la 
réaction des tissus subérisés. 

Au-dessous de l'épiderme à contenu trouble existe une couche de 5 à 
6 rangs'de cellules parenchymateuses hypertrophiées» 

L'invasion du gynophore par les filaments mycéliens débute par de petites 
pustules en saillies de 1 ki^ m de diamètre qui sont séparées les unes des 
autres et ne se rejoignent qu'à là longue en formant un fuseau continu. 

Le manchon pileux du gynophore dé l'Arachide est une Mycoeécidie, une 
association symbiotique obligatoire qui permet à la plante dé fixer de 
l'azote et de puisera l'aide des poils absorbants du manchon, de l'eâu 
chargée de solutions nutritives. Cette êau s'emmagasine pour les périodes 
de sécheresse dans de grands méats qui se forment de bonne heure dans le 
péricarpe du fruit, méats qui prennent un développement particulièrement 
considérable dans les variétés Jumbo et Rasteiro du Brésil, 

Toutefois l'apport des substances hydrocarbonéés élaborées par la 
phytosynthèse dans les parties vertes de la plante est également nécessaire, 
car si l'on sectionne le gynophore au-dessous du manchon, le fruit jeune 
cesse de croître, bien que cet organe assimilateur lui resté adhérent. 



224 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

C'est sans doute à la symbiose des gynophores autant qu'à celle réalisée 
dans les nodosités ou bactérocécidies des racines que l'Arachide peut fixer 
des quantités considérables d'azote; jusqu'à 3oo ks par hectare en trois mois, 
dans les sols semi-arides du Sénégal, formés de sable presque pur. 



PHARMACOLOGIE. — Sur un nouveau dérivé hydrosoluble du camphre et de la 
spartéine : le campho-sulfonate de spartéine. Note (') de M. Ferxand 
Mercier, présentée par M. A. Desgrez. 

Il est classique d'associer, dans le traitement de la défaillance cardiaque 
au cours des maladies infectieuses, d'une part les injections d'huile cam- 
phrée ou d'un dérivé hydrosoluble du camphre, et d'autre part les injec- 
tions de sulfate de spartéine. 

Nous avons cherché à réaliser chimiquement cette association du camphre 
et de la spartéine en préparant un nouveau sel de l'acide campho-sulfo- 
nique : le campho-sulfonate neutre de spartéine. Les combinaisons cristalli- 
sées de la spartéine et des acides organiques sont très peu nombreuses. 
Stenhouse ( 2 ) prépara le picrate, sel très instable se décomposant dès sa 
formation. Mills ( 3 ) obtint Toxalate de spartéine, mais ce sel cristallisait 
très difficilement. Enfin, Corriez ( 4 ) n'obtint aucun résultat avec les acides 
acétique, lactique, benzoïque, mais réussit à préparer cristallisé le salicy- 
late neutre de spartéine. 

Nous avons pu obtenir à l'état cristallisé le campho-sulfonate neutre de 
spartéine par deux procédés : 

i° En mélangeant une solution alcoolique concentrée de spartéine avec 
une solution alcoolique concentrée d'acide càmpho-sulfonique, en propor- 
tions de i molécule de spartéine pour 2 molécules d'acide campho-sulfonique. 
En évaporant le mélange, il se dépose des cristaux que l'on peut purifier 
par cristallisations successives dans l'alcool. 

2° A partir du campho-sulfonate de baryum, sel soluble dans l'eau pré- 
pare par Reychler ( 5 ). On mélange a chaud deux solutions aqueuses équi- 
moléculaires dé campho-sulfonate de baryum et de sulfate de spartéine. On 



(^ Séance du 21 juillet 1930. 

( 2 ) Stenhouse, Lieb. Annal., 78, i85i, p. i5. 

( 3 ) Mills, Lieb. Annal., 125, i863', pi 71. 

(*) Gorkiez, Thèse Doct. Pharmaëtè\ Paris, 191 2. 
( 5 ) Reychler^ Bul. Soc.-chim.^ 19, 1898. pi 120. 



SÉANCE DU 28 JUILLET 1930. 22-5 

porte le mélange à l'ébullition et Ton prolonge celle-ci pendant quelques 
minutes. On sépare le sulfate de baryum formé-, on s'assure que le filtrat ne 
contient ni sulfate, ni baryum; on concentre au bain-marie et Ton termine 
l'évaporation dans un cristalloir. Il se dépose des cristaux que Ton purifie 
par cristallisations successives dans l'alcool. 

La réaction peut être représentée par l'équation suivante : 

C I5 H 2G N 2 .SQ*H 2 , 5H 2 0-f (C ,0 H 15 OSO :! H) 2 Ba 

= C ,!i H 5(i H2(C 10 H 15 OSD 3 H) 2 +SO 4 Ba.+ 5E 2 O. 

Le campho-sulfonate neutre de spartéine cristallise en aiguilles blanches, 
très solubles dans l'eau froide : 1 partie pour o,85 d'eau à i5°, solubles 
dans l'alcool : 1 partie pour 4,9 parties d'alcool à $5°, solubles dans le 
chloroforme; insolubles dans l'éther, l'éther de pétrole, la benzine. Son 
point de fusion (au tube) est 241 . C'est un sel* anhydre (maintenu pendant 
3 heures à 110 , il ne change pas de poids) de formule 

- C 13 H 20 N 2 ,2(O H 15 OSO 3 H) 

correspondant à un poids moléculaire de 698. 

Les solutions aqueuses de campho-sulfonate de spartéine sont acides; aux 
indicateurs colorés, pH= 4,1. 

En solution aqueuse à 10 pour 100, le campho-sulfonate de spartéine 
donne les réactions de précipitation des sels de spartéine : précipité rouge 
brique avec le réactif de Dragendorff, précipité blanc jaunâtre avec le 
réactif de May er. 

Les cristaux de campho-sulfonate de spartéine ne donnent de coloration, 
ni avec le réactif de Frôhde, ni avec celui de Mandelin, ni avec celui de 
Wasicky. ] ' i .'"'",. ■•-•■•■■ 

Le dosage de la spartéine du campho-sulfonate neutre de spartéine, par 
précipitation au moyen d'un, excès de Na OH caustique, épuisements 
répétés à l'éther et évaporation de cet éther, donne o s , 3345 de base par 
gramme de sel. La quantité théorique calculée étant o s , 335, le campho- 
sulfonate neutre de spartéine répond bien a la formule donnée 

.'„ ..G 1S H M NU(C 10 I 1, Q'.S.0?.H).. 1 .'' . ■_.-... 

Du point de vue expérimental, lé campho-sulfonate (le spartéine procède 
des propriétés de ses deux constituants. .La mort des animaux a sangchaud : 
chiens, lapins, cobayes, survient, comme avec les autres sels de spartéine, 
par paralysie respiratoire; mais alors qu'il fauty pour ^produire celle-ci, des 



226 ACADÉMIE DÉS" SCIENCES. 

doses de sulfate de spartéine de o g , o5 à o s , 08 par kilogramme (par voie intra- 
veineuse chez le chien ) correspondant environ de o s j 02 5 à o g , 04 de spartéine- 
base par kilogramme, il faut, dans les mêmes conditions expérimentales, 
o s , 12 à o s , i5 de campho-sulfonate de spartéine par kilogramme, soit o s ,d4 
à o s , o5 de spartéine base par kilogramme. Cette moindre toxicité du nouveau 
sel de spartéine, comparativement à celle du sulfate officinal, peut s'ex- 
pliquer par Faction antagoniste, stimulante de l'acide campho-sulfonique 
sur le centre respiratoire. - 

Sur le cœur et les vaisseaux, le campho-sulfonate de spartéine possède 
une action spartéinique prédominante : augmentation du tonus cardiaque, 
bradycardie, action nicotinique sur le vague et le sympathique; mais la pré- 
sence de l'acide campho-sulfonique, par son action stimulante et accélé- 
ratrice cardiaque, diminue la bradycardie spartéinique, et semble aussi 
augmenter l'action vaso-dilatatrice de la spartéine. La vaso-dilatation pro- 
duite par le campho-sulfonate de spartéine, nettement marquée sur le rein, 
conditionne une action diurétique expérimentale nette — diurèse que l'on 
peut obtenir chez le chien aussi bien par injection sous-cutanée que par 
injection intraveineuse, et qui peut atteindre, dans la demi-heure qui suit 
l'injection de campho-sulfonate de spartéine, le double et même parfois le 
triple de la diurèse normale. 

L'action diurétique expérimentale du campho-sulfonate de spartéine, 
venant s'ajouter aux propriétés cardio-vasculaires intéressantes que ce sel 
tient de ses constituants, permet de penser que ce nouveau dérivé hydro- 
soluble du camphre et de la spartéine est susceptible d'utilisations théra- 
peutiques. 



CHIMIE BIOLOGIQUE. — Sur une méthode de purification du carotène et sur 
l'activité vitaminique d^un carotène purifié. Note de M. M. Javillier et 
M Ue L. Emerique, présentée par M. Gabriel Bertrand. 

Nous avons apporté récemment de nouvelles preuves expérimentales de 
l'activité vitaminique A de préparations de carotène d'origine foliaire ( H ) ou 
issues de la racine de carotte ( 2 ). Dans tous ces cas il s'agissait de carotènes 



(*) M. Javillieb et L. Ejjîerique, Sur V activité vitaminique du carotène (Comptes 
rendus, 190> ig3o, p. 655). _ 

( 2 ) Résultats cités dans le travail mentionné à la note ( 1 ) de la page suivante. 



SÉANCE DU 28 JUILLET içSo. 227 

cristallisés de premier jet, n'ayant subi aucune purification particulière; Il 
importait de rechercher si un carotène soumis à Une purification soigneuse 
conserve, où non, la propriété de se comporter comme vitamine A. Il était 
d'autant plus urgent dé le vérifier qUe nous nous trouvions en présence de 
faits contradictoires, M. DrummOnd avançant que du carotène purifié, dont 
le point de fusion constant est i85°j ne possède aucune activité vitaminique, 
MM. von Euler et P. Karrer affirmant au contraire que ce carotène est, à 
ce même point de vue, d'une haute activité ( 1 ). 

Là difficulté pour réaliser l'expérience est : i° de purifier le carotène sans 
l'altérer en quelque mesure et annihiler par là même ses propriétés physio^ 
logiques .; 2 U d'assurer la séparation du carotène supposé inactif de l'impur 
reté qui l'accompagnerait et qui serait la véritable vitamine. La circons- 
tance qui peut le plus aisément altérer le carotène est le contact avec l'air; 
celle dont on peut craindre qu'elle ne provoque l'adsorption par lui d'une 
substance étrangère est la cristallisation lente par refroidissement d'un sol- 
vant renfermant une quantité si minime que l'on Voudra , de cette autre 
substance ( 2 ). 

Nous purifions le carotène comme il suif ( 3 ) ; le dissoudre dans le sulfure 
de carbone ; faire tomber goutte à goutte cette solution dans un grand 
excès d'alcool méthylique bouillant ; éliminer le sulfure de carbone ; filtrer 
bouillante là liqueur méthylique dans laquelle se trouve en suspension le 
carotène précipité ( 4 ). Grâce a un dispositif que nous avons inventé, ces 
opérations peuvent se faire, sans interruption, en atmosphère d'azote, Elles 
peuvent être répétées aussi souvent qu'on le voudra avec les carotènes suc- 
cessivement purifiés, le nombre des essais étant seulement limité par la 
quantité de matière première que l'on consacre à l'expérience. 

Sur 65o mg d'un carotène de carotte, cristallisé, fondant à 172- 173° et 
reconnu actif à la dose quotidienne de -j— de milligramme chez le rat 
carence, l'on a pratiqué cinq purifications successives suivant la technique 

(*) Pour l'historique j la bibliographie et la discussion de cette question, voir : 
Mi Javiluek, Le carotène et la croissance des animaux {Bull. Soc; Chim. biol., 12, 
i03oj p. 554, et Bull. Soc, chim., V7, i()3o, p ; 48°.)> 

( 2 ) Darîs la méthode de M. P. Karrer, le carotène Cristallise par refroidissement de 
sa solution dans le cyclohexanei 

( 3 ) G'est la méthode à laquelle il est fait allusion dans notre conférence d'avril 
[indication bibliographique j note ( 1 ) ci-dessus]. 

(*) 11 précipite cristallin avec une forme particulière. 



228 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

indiquée. Il nous est resté 17 8 ms dé corps fondant à i84°--i85° (plus près 
de i85°). "C'est le point dé fusion, que dans une autre expérience (non 
réalisée en atmosphère d'azote) nous avions trouvé pour un carotène obtenu 
après sept précipitations dans l'alcool méthylique bouillant de la solution 
suïfocarboniqùe d'un carotène fondant initialement à 182 . 

Les liqueurs méthyliques successives renfermaient à l'état dissous des 
quantités décroissantes de substance (2i ms par io cm3 dans la première; 
jmg p ar io c ^ 5 dans la dernière). 

Sans pouvoir affirmer que notre carotène avait atteint le plus haut degré 
de pureté possible, il nous est permis de penser qu'il avait déjà subi une 
sérieuse purification. Or, ce carotène éprouvé physiologiquement agit, à dose 
faible , comme vitamine A. A la dose de -^ de milligramme pro die et par 
rat Carence d'environ 100% il arrête la chute de poids, guérit la xérophtal- 
mie et donne des reprises de croissance qui se traduisent par des courbes 
peu au-dessous de la normale (gain de poids journalier moyen de i s , 1). 
 la dose de ~ de milligramme, il produit des effets très voisins. A celle 
c dë--^ de milligramme, il arrête encore la chute de poids et guérit la 
xérophtalmie ; avec cette dose, lés reprises de croissance des animaux n'ont 
pas été" très uniformes, trois sur cinq ayant eu une reprise franche et deux 
ayant seulement stabilisé leur poids pendant le mois qu'a duré l'observation. 
Même avec cette dose l'action curative n'en est pas moins manifeste ('). 

En somme un carotène qui a subi une purification déjà avancée, analogue 
èh cela aux carotènes actifs qui ont été expérimentés par von Euler et 
P. Kàrrer, supérieur peut-être en raison des circonstances expérimentales 
de la purification, et fondant à la température indiquée par M. Drummond 
pour son carotène pur mais inactif, ce carotène possède franchement des 
propriétés vitaminiques . Nous poussons cependant la recherche plus loin 



- ( a ) .Les divers carotènes bruts que nous avons, expérimentés donnaient tous à la dose 
de o^,Q3,des reprises de croissance nettes, les angles de croissance déterminés suivant 
notre technique, étant compris entre 25 et 36°. 11 est intéressant de mentionner que le 
carotène sept fois recristallisé à l'air auquel nous faisons allusion dans un précédent 
paragraphe ne présentait, à la dose de o m ^b3 pro die, qu'une activité vitaminiofue 
faible. 'Peut-être cette constatation nous permèttra-t-elle d'amorcer la conciliation des 
-faits-observés par Drummond d'une part, von Euler et Karrer d'autre part. 

Il faut observer que nos conditions d'expérimentation sont toujours très rigoureuses, 
la cure intervenant quand l'animal en pleine carence est en période de chute de poids 
et a perdu 10 pour 100 du poids maximum atteint. 



SÉANCE DU 28- JUILLET 1930. 229 

encore, certaines des observations et suggestions exprimées par l'un de nous 
dans un précédent travail (') conservant leur valeur et leur intérêt. 7 



BACTÉRIOLOGIE. — De la conservation y dans la nature , en hiver r des. Droso- 
philes porteurs de- levures. Note ^ de MM. Edm. Sergent et H. Duçros- 
Rougebief, présentée par M. Roux. 

Par nos expériences précédentes ( 2 )iaites en Algérie, nous avons démon- 
tré que les Drosophiles jouent un grand rôle dans la disséminâtiojn des 
levures à travers le vignoble où ils abondent pendant lamelle saison. Nous 
avons établi également que les poussières, de Pair n'ont jamais apporté de 
levures sur les grappes et que, d'autre part, elles les ont const^ninient 
ensemencées de moisissures. , . ;. ... _. ^ , 

Nous nous sommes demandé quel était, en hiver, le mode de conser- 
vation des Drosophiles et des levures qu'ils transportent. Nous avons donc 
organisé, en Algérie également, des observations systématiques, depuis 
octobre 1929 jusqu'en juillet 193p., en vue d'éclaircir cette question/ 

Deux sortes de champs d'observation ont, été choisis : les. uns 4Ms dés 
locaux hantés spécialement par les Drosophiles au moment des récoltes, 
caves, fruitiers; les autres sur des emplacements quelconques. « v- 

Une cave de vinification située au milieu d'un vaste vignoble, à Eirt,outa, 
lieu distant d'Alger de 25 km , a été visitée, d'octobre à juillet, tous les 1 5 jours 
au moins. Nous y avons constamment -observé des Drosophiles adultes 
voletants ou au repos pi nous y avons également ju b durant les mois, de 
février et de mars, des larves de Drosophiles grouiller dans du moût qui 
suintait d'une barrique. " > 

De même nous avons observé l'intérieur de fruitiers situés l'un à Brida, 
l'autre à Kouba, près d'Alger. Dans chacun, nous avons constamment ren- 
contré des Drosophiles à tous les stades : adultes voletants ou posés (de-ci 
de-là; larves et pupes tassées surtout sur lés : fruits entamés. Les tempéra- 
tures minima observées ont été de 4° a 6°. - - 

D'autre part, sur des emplacements quelconques,, terrains plus pu moins 
proches des habitations, nous nous sommes également livrés à des investi- 

(. a ) Mentionné dans la note ( 1 ), de ,1a page '■•227,. . '„ /. 

( 2 ) Comptes rendus, 178, 1924, p. j32; 180,; ig0>.£. ^078; 182, 1936^ p. 123,8. T 



a3ff ACADÉMIE DES SCIENCES. 

gâtions en vue de déterminer si des Drosophiles étaient présents. Nous n'en 
avons rencontré aucun volant librement; mais, ayant déposé des appâts, 
détritus de fruits, au fond de petites fosses creusées dans des jardins très 
distants l'un de l'autre, les i5 décembre 1929 et 5 février 1930, nous avons 
noté que, dès le lendemain et constamment depuis, des Drosophiles adultes 
sont venus se poser sur ces fragments et, par les temps pluvieux et froids, se 
tasser dessous. Ces fruits étaient absolument indemnes d'oeufs, larves ou 
pupes de Drosophiles au moment du dépôt; des quantités témoins furent 
mises sous grillage; aucun Prosophile ne s'y observa. 

A différentes époques, nous avons prélevé aseptiquement des Drosophiles 
de tous les lieux où nous les avons rencontrés. Les captures étaient faites 
en plein vol à l'aide de filets passés à l'autoclave, 

Nous en avons eu ainsi un total de 223 : chacun d'eux a été mis dans un 
tube contenant quelques centimètres cubes de moût stérile. Nous avons 
observé quotidiennement ces 223 tubes pendant un minimum de 25 jours et 
nous avons vu, dans 125 de ces 223 tubes, des fermentations se produire. 
Nous avons remarqué, d'autre part, dans 3o tubes sur les 223, des dépôts 
d'œufs suivis d'éçlosions de larves ; la moyenne de ces oeufs pondus, et qui 
ont éclos, a été d'une quinzaine par tube. Les œufs et fermentations ont été 
observés dans des tubes de toutes provenances ; cave de Birtouta, fruitiers 
de Blida, de Kouba et fosses. 

Dans quelques cas, nous avons pu faire des analyses et des dosages des 
produits de ces fermentations. En particulier dans les tubes demoutqui ont 
reçu des Drosophiles de la cave de Birtouta nous avons titré jusqu'à io°,3, 
io°, 5 et n Q d'alcool. 

En conclusion, nos dernières expériences établissent que les Drosophiles, 
qui se sont montrés pendant la belle saison propagateurs des levures à tra- 
vers les vignobles, passent l'hiver dans les mêmes locaux où ils ont afflué 
au moment des vendanges ou de la rentrée des fruits, locaux où sont gardées 
des substances fermentesoibleg, donc éminemment propres à la vie des 
levures. Ces expériences mettent en évidence, d'autre part, que la présence 
de ces insectes reste constante, à l'air libre, dans la campagne. Enfin, elles 
démontrent que les Drosophiles d'hiver continuent, dans une large propor- 
tion, à être porteurs de levures. . 



SÉANCE DU 28 JUILLET ig3o. a3r 



BIOLOGIE MICROBIENNE. — Sur V affinité du bacille diphtérique pour le 
cuivre. Not@( 1 ) de MM. A. JLeulier et P, Sêdaillan, présentée par 
M. H. Vincent-. 



En poursuivant l'étude chimique comparative du bacille diphtérique et 
de la toxine qui en dérive (isolée par floculation à pH,4,7 de la toxine 
brute), nous avons été amenés à évaluer le taux des cendres et à en déter- 
miner la composition. Or, dans toute une série de recherches, nous avons 
obtenu des cendres plus ou moins colorées en vert bleuâtre, et particuliè- 
rement riches en cuivre. C'est ainsi que nous avons pu trouver (10 expé- 
riences) des quantités de ce métal variant de 0,1 5 à 0,20 pour 1000 de 
bacilles secs et de 0,80 à i s , 20 pour iooo'de toxine desséchée à -j- ioo°. 

En recherchant l'origine possible de ce métal, qui n'est apporté qu'en 
infimes quantités par les éléments normaux du bouillon Martin, nous 
l'avons trouvée dans le mode de filtration du bouillon vierge, En effet ce 
dernier était filtré sur des entonnoirs de cuivre partiellement dénickelés. 
D'autre part le cuivre faisait bien partie intégrante du protoplasma bacillaire 
qui ne pouvait en être débarrassé par des lavages successifs à l'acide chlor- 
hydrique à ^, par l'ammoniaque diluée et enfin parl'eau distillée. Une pre- 
mière conclusion s'imposait, c'est que le cuivre, qui s'était révélé antisep- 
tique vis-à-vis de la flore microbienne en contact avec des pièces de monnaie 
de bronze (H. Vincent)( 2 ), ne semblait pas s'opposer au développement du 
Bacille diphtérique et à son pouvoir toxigène, car rien d'anormal n'avait été 
noté lors de l'analyse biologique de telles toxines. 

Nous avons -donc étudié l'influence de doses croissantes de sulfate de 
cuivre sur des bacilles cultivés sur des bouillons fabriqués strictement dans 
des récipients de verre. Voici les résultats trouvés concernant le poids de 
bacilles récoltés, de toxine floculée et le taux de cuivre ( 3 ). 



X 1 ) Séance du 16 juillet 193p. 

( 2 ) H. Vincent, Sur les microbes existants à la surf ace des pièces de monnaie {Revue 
d'Hygiène et de police sanitaire, 17, 1896, p. 693). 

( 3 ) Ce métal a été dosé par colorimétrie en solution dans l'ammoniaque, en obser- 
vant les précautions indiquées par B. Guérithault dans sa Thèse de pharmacien supé- 
rieur. (Paris, 1927, Vigot frères.) 



232 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Bacilles secs Floculat sec 

pour 1000 pour 1000 

de bouillon. de toxine. 

, s . s 

A. Témoin sans cuivre i , 264 0,073 

Bouillon avec cuivre : 

2™s par litre i,358 °>°93. 

4 ms » i,324 o,io3 

6 m s » i,358 0,088 

8 m s » 1 , 34o 

B. Témoin sans cuivre 1,119 ' o,o55 

Bouillon avec cuivre : 

4 m s par litre 0,818 o,o43 

6"^ » o , 733 o , o34 

8 ras » . . .-. • i,34o 

C. Témoin sans cuivre..'. i,356 0,076 

Bouillon avec cuivre : 

1 5 m « par litre 1 , 900 " o , 098 

Les dosages de cuivre dans les bacilles cultivés sur le bouillon pur ont 
révélé de faibles teneurs de métal, de Tordre de 3o à 4o ms par kilogramme 
de bacilles secs alors que dans le floculat la réaction n'était que très peu 
ou même pas visible en raison des faibles prises d'essais. Par contre, sur les 
bacilles cultivés sur cuivre, nous avons noté des teneurs variant de o s ,63 à 
i g ,-6o par kilogramme, et le floculat sec s'est montré aussi riche puisque 
nous avons pu évaluer le taux du cuivre à i 8 ,o5 et à i s ,io pour ioo de 
substance sèche. Si l'on additionne le bouillon de doses plus fortes de solu- 
tion cuivrique, de façon à atteindre des chiffres de métal de l'ordre de 4o à 
5o ms par litre, le bacille se développe mal et l'action antiseptique se fait 
nettement sentir. 

Des recherches précédentes, il résulte que le bacille diphtérique n'est pas 
influencé par de faibles doses de sulfate de cuivre et qu'il possède la pro- 
priété de fixer ce métal dans de notables proportions qui ne se rencontrent 
guère dans d'autres organismes vivants. D'autre part on retrouve dans la 
toxine floculée ce même métal qui paraît entraîné par les nucléoprotéides, et 
il semble que ce phénomène est une nouvelle preuve que la toxine diphté- 
rique est produite, au moins partiellement, par la lyse du bacille lui-même. 



SÉANCE DU 28 JUILLET lO,3o. 2 33 

THÉRAPEUTIQUE PHOTOCHIMIQUE. — Note de MM. Charles Benoit 
et André Helbronner, présentée par M. H. Vincent. 

Depuis i3 ans nous étudions l'action thérapeutique des rayons ultra- 
violets et des rayons infrarouges (') ; nous avons indiqué que les ultraviolets 
agissent sur le sang des capillaires superficiels en fixant l'oxygène sur les 
globules rouges (hémoglobine) et en oxydant également les substances de 
désassimilation (urée); quant aux rayons infrarouges, ils provoquent une 
hypérémie intense avec diminution des globules blancs. 

Nous avons cherché, en dernier lieu, à établir si l'emploi des agents chi- 
miques thérapeutiques, combiné à l'action de ces radiations, permet d'obtenir 
des résultats impossibles avec chacun de ces modes de traitement utilisés 
isolément : l'expérience ayant justifié notre attente, il en résulte une théra- 
peutique combinée nouvelle. 

Une observation initiale nous a apporté, d'abord, une première vérifica- 
tion des vues précédentes; si, en effet, des animaux reçoivent des injections 
intraveineuses d'alcaloïdes à doses faibles non toxiques (vératrine, colchi- 
cine, aconitine, digitaline, etc.), ils ne présentent, de ce fait, aucun accident. 
Mais si, quelques heures plus tard, on les soumet à une irradiation ultra- 
violette intense, il se produit alors des accidents graves, mortels même 
parfois (vératrine, colchicine). 

Il semble donc que l'ultraviolet jouisse de la propriété de sensibiliser 
l'organisme vis-à-vis des alcaloïdes dont faction se trouve ainsi exaltée. 

Ce premier résultat nous a amenés à généraliser la méthode; nous nous 
sommes adressés, par exemple, aux composés arsenicaux (syphilis, palu- 
disme, etc.). Des malades non améliorés par cette médication furent 
entraînés à supporter des doses intenses d'ultraviolet, puis on effectua le 
traitement combiné (injection intraveineuse d'arsénobenzol ou d'acétylarsan) 
avec bain général d'ultraviolet. Les phénomènes morbides, après une 
période d'exaspération (particulièrement manifeste dans des cas de chorée 
rebelles, jusque-là, à tout traitement) diminuent ensuite pour faire place à 
des progrès continus de plus en plus importants. Sur une centaine de cas 
ainsi traités, à part quatre échecs et une dizaine d'améliorations notables, 
on n'a eu à enregistrer que des résultats positifs complets; dans les cas de 
paludisme on ne rencontra même aucun échec. 



( a ) Comptes rendus, 165, 1917, p. 572, et 177, 1923, p. 7É 
C. R., ig3o, a* Semestre. (T. 191, N» 4.) 



w 



234 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

L'agent chimique peut être injecté par voie sous-cutanée ou même sim- 
plement ingéré, mais la méthode par voie sanguine reste la méthode de 
choix. 

Les composés de l'iode, du mercure, de l'argent, de l'or, du magnésium, 
du calcium, ainsi que les alcaloïdes : quinine, digitaline, aconitine, don- 
nèrent lieu à un grand nombre d'observations analogues dans le traitement 
des affections qui leur sont justiciables. Notons enfin que les colloïdes en 
injection intraveineuse se sont montrés peu sensibles à l'action des ultra- 
violets. 

Au cours de ces observations, ayant constaté que l'ultraviolet restait 
parfois sans effet, nous avons utilisé l'infrarouge ; vu, en effet, l'antagonisme 
physiologique existant entre ces deux catégories de radiation (') la non- 
activité de l'ultraviolet pouvait impliquer, a contrario, l'efficacité de l'infra- 
rouge. On a utilisé, à cet effet, la thiosinamine, dont on connaît le pouvoir 
résolutif sur les dégénérescences fibreuses et qui fut reconnue insensible à 
l'action ultraviolette. La thiosinamine est d'abord absorbée par le patient 
pendant quelques jours; après imbibition de l'organisme, on irradie locale- 
ment la partie à traiter par l'infrarouge (4 à 7 [J.); ces irradiations permet- 
tant de localiser toute l'action de la thiosinamine sur la région irradiée 
traitée. Au bout d'environ deux mois de traitement, on constate la résolu- 
tion presque complète des infiltrations fibreuses. Or, aucun résultat compa- 
rable ne fut obtenu, dans des cas analogues, avec la thiosinamine seule ou par 
simple irradiation infrarouge. 

Il y a lieu de prévoir une correspondance entre les spectres d'absorption 
des agents chimiques mis en œuvre et les radiations qui les activent, le maxi- 
mum d'activité devant coïncider avec la région où les vibrations sont le plus 
énergiquement absorbées. Nous nous proposons d'étudier cette question qui 
permettra sans doute de déterminer les longueurs d'onde (ultraviolet, 
lumière colorée ou infrarouge) produisant pour chaque corps une activation 
spécifique. 

Il y a lieu encore d'indiquer comme se rattachant à la présente méthode 
l'activation des vaccins par irradiation infrarouge. Il a été traité ainsi plu- 
sieurs centaines d'infections staphylocçocique (furoncles, anthrax, phleg- 
mons) ainsi que de nombreux érysipèles, lymphangites, phlébites infec- 
tieuses, arthrites infectieuses, etc.). Dans ces traitements, on utilise 
d'abord un vaccin-stock avec irradiation infrarouge pour le remplacer par 

( l ) Comptes rendus, 177, 1923, p. 786. 



SÉANCE DU 28 JUILLET 1930. 2 35 

un .auto-vaccin aussitôt que possible. La guérison se trouve ainsi accélérée 
d'une façon très sensible (environ 5opour 100); en outre, l'importance du 
processus infectieux se trouve notablement limitée dès le début. 
En résumé : 

i° La présence de certaines matières médicamenteuses dans l'organisme, 
particulièrement dans le torrent circulatoire, détermine des effets thérapeu- 
tiques beaucoup plus actifs quand on expose en même temps le sang par la 
voie des capillaires superficiels à l'action des radiations ultraviolettes. 

2 La présence de certaines matières médicamenteuses dans l'organisme 
détermine des effets thérapeutiques beaucoup plus actifs quand on expose 
la partie à traiter à l'action des radiations infrarouges. 

3° Il devientpar suite possible, pour obtenirun effet thérapeutique donné, 
de diminuer dans des proportions importantes les doses employées, d'où 
utilisation thérapeutique intégrale du médicament; cet avantage est parti- 
culièrement utile quand on s'adresse aux substances toxiques (arsenic, iode, 
mercure, alcaloïdes, etc.). 

4° On peut prévoir une corrélation entre le spectre d'absorption du médi- 
cament employé et les radiations qui-l'activent, d'où possibilité éventuelle de 
déterminer a priori les radiations activantes. 

5° Certains vaccins sont activés par l'irradiation infrarouge. 

6° La présente méthode ouvre un champ thérapeutiquenouveau dont les 
applications sont des plus nombreuses. ' 

La séance est levée à i6 h . 

E. P. 



236 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



BULLETIN RIIlLKXiRAPHIQlTE. 



Ouvrages rkçus pendant les séances de juin ig3o. 

Électrothermie appliquée, par Georges Flusin. In Encyclopédie de Chimie- indus- 
trielle. Paris, J.-B. Baillière et fils, ig3o; i vol. 23 cm ,3. (Présenté par M. Matignon.) 

Tuberculose, contagion, hérédité, par Auguste Lumièrb. Lyon. Léon Sézanne, ig3o; 
i vol. 22 cm . 

Constitution et thermochimie des molécules, par Albert et Marcel Gosselin. Paris, 
Presses universitaires de France, iq3o; i vol. 25 cm , 5. 

Das ar ter iensy stem der Japaner, par Buntaro Adachi. Kyoto, Kenkyusha, 1928; 
2 vol. 4o cm ,7. 

Hélice à variation automatique du pas, par D. Sensaud de Lavaud. Paris, chez 
l'auteur; 1 fasc. 24 e " 1 . 

Cours de mécanique de l'École polytechnique, par Paul Painlevé et Charles Plâ- 
trier. Paris, Gauthier- Yillars et C ic , 1929; 1 vol. 28 e11 ?, 5. 

Description géométrique détaillée des Alpes françaises, Tome II : Massifs du 
Chablais et du Faucigny, versant français du massif du Mont Blanc, par Paul Hel- 
bronner. Paris, Gauthier- Villars et C ie , ig3o; 1 vol. 32 cm ,5. 

Carte géologique du massif du Mont Blanc, 58 x 45, avec une notice explicative, 
par Paul Corbin et Nicolas Oulianoff. Paris, G. Jacquart, ig3o; 1 fasc. 2i cra ,5. 

Brown-Séquard et son œuvre. Esquisse biographique, par F. -A. Bougêt. Port 
Louis, The général Printing et Stationery O, 1930; 1 vol. i8 cl ",8. 

{A suivre.) 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 

SÉANCE DU LUNDI 4 AOUT 1950. 

PRÉSIDENCE DE M. Guillaume BIGOURDAN. 



MÉMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 

M. le Président souhaite la bienvenue à M. Da Costa Lobo, directeur 
de l'Observatoire de Coïmbre, qui assiste à la séance. 



ASTRONOMIE. — Les instruments et les observations astronomiques de Bochart 
de Saron. Note ( 1 ) de M. Bigourdan. 

Ce magistrat intègre* arrive, sur la fin de sa vie, à la charge la plus élevée 
du parlement de Paris, celle de premier président à mortier. Une possédait 
pas d'observatoire proprement dit, mais il avait acquis successivement une 
riche collection de beaux instruments dont il se servait parfois, et que sur- 
tout il prêtait aux astronomes et aux artistes. 

Jean-Baptiste-Gaspard Bochart de Saron ( 2 ) naquit, d'une famille illustre 
dans la magistrature et dans les lettres, le 1 6 janvier 1730 et il resta fils 
unique, ayant perdu son père à Tâge de i5 mois. Sa mère fut sa première 
institutrice; ensuite il eut pour maître son oncle Élie Bochart de Saron, 
chanoine de Notre-Dame et conseiller-clerc à la grande chambre du par- 
lement, près duquel sa mère s'était retirée; enfin il termina des études 
distinguées chez les Jésuites de Louis-le-Grand. 

Reçu conseiller au parlement le 7 septembre 1748, dès lors il mena paral- 

( 1 ) Séance du 7 juillet 1980. 

( 2 ) Voir F.-L.-C. Montjoye, Éloge historique de J.-B.-G. Bochart de Saron s. d. 
(1800); J. Lalande, Bibliographie astronomique; J.-D. Cassini, Eloge de M. le Pré- 
sident de Saron, dans Mémoires pour servir à l'histoire des Sciences, p. 373. 

C R., ig3o, i e Semestre. (T. 191, N» 5 ) - *9 



238 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

lèlement ses études des lois et les travaux que lui inspirait l'amour des 
sciences et des arts. 

A Paris, il réside d'abord dans la rue du a Bacq »' ( ' ) où il observe 
l'éclipsé de Soleil du 5 août 1766. En 1771, il se fait bâtir, rue de l'Univer- 
sité, n° 17, une assez belle maison ( 2 ) entre cour et petit jardin, où il a 
observé aussi avec des amis; enfin il possédait, rue du Cloître-Notre-Dame ( 3 ) 
un autre immeuble : il y avait même établi des instruments et fait quelques 
observations. Dans la période des vacances il habitait Saron (*) en Cham- 
pagne, près du confluent de la Seine et de l'Aube, et plus tard Nantouillet 
près de Beaumont-sur-Oise, à 8 lieues de Paris. 

Il s'occupait de Physique et reproduisait chez lui les grandes expériences 
de Chimie. Par délassement il s'était initié avec sa femme ( 5 ) à l'imprimerie; 
c'est à ses frais qu'il publia la Théorie du mouvement et de la figure elliptique 
des planètes de Laplace; mais nous devons nous borner à ce qui regarde 
plus particulièrement l'Astronomie. 

Il s'exerça d'abord à fondre et à polir un petit miroir à peu près sphé- 
rique de 1 pied de foyer, puis il fit de même pour un miroir de 3o pouces 
de foyer et 6 pouces de diamètre, qui forma un excellent télescope. Dans 
la suite, il fit venir à grands frais des instruments divers : il avait le meilleur 
chronomètre, la meilleure lunette, etc., et il était aussi horloger; tous 
ses instruments étaient mis à la disposition des astronomes avec une géné- 
rosité exemplaire. 

Il s'était surtout exercé au calcul des orbites des comètes et y avait 
acquis une habileté exceptionnelle. Lors de la découverte de la planète 
Uranus, en 1781, on la traite d'abord comme une comète, mais Saron 

( ' ) Je ne trouve nulle part les coordonnées de cette maison. 

( 2 ) Dans les Méin. de 17745 P- 19, on donne pour cette nouvelle maison : A.^=. 2 s O, 
puis dans le volume suivant, p. 217, Messier (occultation de Saturne du 18 février 1770, 
observée par Saron etDuséjour) donne A-^ = -+- i s ,80 qu'il répète plus tard dans C. des 
T. de l'an ix, p. 436. Voir plus loin une détermination plus précise. 

( :i ) Dans la C. des T. de 1809, p. 345, Messier donne A-Ç = 4 S à l'Orient. 

.(*) Dans la Connaissance des Temps de Tan vin. p. 307 et 335-336, Messier donne les 
coordonnées suivantes du château de Saron,. toujours par rapport à l'Observatoire de 
Paris : 52902 toises E et i4823 toises S, d'où il déduit : A-(^_— 5 m 3g s E et cp — 48°33'45". 
Ces nombres étaient déjà dans les Mémoires de 1778, p. 193, où l'on donne aussi l'obser- 
vation du passage de Vénus faite par Saron le 3 juin 1769. 

( ' 6 ) Sur M me de Saron, voir Mémoires. Souvenirs et Anecdotes par le comte de Ségur, 
3 volumes petit in-8°, t. I, 1827, p. 107. 



SÉANCE DU 4 AOUT lO,3o. 2,3$ 

reconnaît le premier qu'elle est beaucoup plus éloignée : le 8 mai 1781 il 
lui attribuait une orbite de rayon égal à 12. 

En 1779(5 juin) il fut élu à l'Académie des Sciences comme membre 
honoraire surnuméraire et en 1781 (5 juillet) il occupe la place de Courtan- 
vaux; tous les mercredis, au sortir de l'Académie, le président de Saron 
invitait un certain nombre de ses confrères, et en prenant du thé ou des 
glaces on s'entretenait de questions scientifiques. Il se lia d'une manière 
toute particulière avec certains d'entre eux, comme Messier et Duséjour. 
Quand il bâtit sa maison de la rue de l'Université, un ami astronome lui 
proposa d'élever un observatoire sur le jardin, en bonne exposition, où il 
rassemblerait ses instruments; je iri en garderai bien, dit-il, les voisins s'en 
apercevraient; cette réponse est comme le bref résumé de sa modestie. Il 
ne laissa pas mettre son nom sur l'entrée de son hôtel, comme c'était l'habi- 
tude, sur une grande plaque de marbre. 

A la Révolution, il étudia les diverses lois émises alors et s'y conforma 
scrupuleusement ; lorsqu'on proscrivit les armoiries, il fit venir sur-le-champ 
son relieur et lui adjoignit tout son personnel pour faire disparaître celles des 
livres de sa bibliothèque; il fit effacer aussi les fleurs de lys sur les aiguilles 
de ses pendules et de ses montres. Son fils aîné était alors à l'âge de la 
réquisition : il l'équipa, l'habilla, et le fils du premier président du parle- 
ment de Paris servit comme simple soldat. Il paya finalement lui-même 
pour des fautes qu'il n'avait point commises car il fut guillotiné le 
20 avril 1794 ; il laissait 3 filles et 2 fils. ■ ~ 

Sa maison de la rue de l'Université était le centre principal de ses instru- 
ments; en voici les coordonnées : , 

Coordonnées . — Nous avons vu que Saron et Messier ne donnent qu'une 
longitude approchée : AC= 2 S dit le premier, A-C = i s ,80 dit le second. 
Il est bien acquis que cette maison, qui ne paraît pas avoir subi de change- 
ment profond, occupe le côté sud-ouest de la rue de l'Université, où elle, 
porte aujourd'hui le n° 17. Sur la rue, des constructions assez élevées 
masquent complètement le reste, puis dans la cour, sur le côté sud-est, 
se trouve une aile assez mince ; enfin vient le principal corps de bâtiment 
donnant sur le petit jardin terminal : la sortie sur le jardin, ou quelque 
pièce au-dessus, était le point le plus favorable d'observation; aussi nous 
lui rapportons nos coordonnées. En les mesurant sur le grand plan de 
Paris à ^, nous avons trouvé, par rapport à l'origine habituelle, 
A-t=56o m =r o'27"',5 = 1%83.0, A9 = 4- 2276'»= + i'i3",68, <p — + 48 5r2V',7. 



2/jO ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Instruments. — On peut voir la description d'une partie d'entre eux dans 
les Lettres astronomiques de Jean 3 Bernouilli, p. i65...; nous donnons 
l'ensemble d'après Montjoye, avec des additions : 

1. Instrument des passages de Kamsden, avec lunette achromatique. 
Saron le plaça rue de l'Université, au haut de sa maison, mais les croisées 
étaient trop basses. 

2. Instrument des passages de Canivet, avec objectif ordinaire de 2 pieds 
de foyer, installé rue du Cloître-Notre-Dame. 

3. Quart de cercle de Bird, de 1 pied de rayon. 

4. Quart de cercle de Bird, de 18 pouces de rayon ; confié à Delambre qui 
l'avait encore en 1795. Pour le régler, on pouvait à volonté employer un fil 
à plomb ou un niveau; finalement, après essais comparatifs, Messier se pro- 
nonce pour le fil à plomb dans les hauteurs correspondantes du Soleil, 
parce que cet astre agissait sur le niveau. 

5. Grande pendule à seconde de Berthoud, qui allait une année entière; 
elle était installée à Saron, mais à la fin elle fut rapportée à Paris. 

6. Autre pendule de Berthoud, construite en 1766 et semblable à celle de 
Courtanvaux pour V Aurore. 

I . Petite pendule à secondes qu'il possédait en 1773. 

8. Montre d'Émery, construite en 1786, avec boîtier d'argent. L'ar- 
tiste l'avait soigneusement fermée pour qu'on n'en put voir le mécanisme, 
mais après deux ans d'essais Saron était parvenu à l'ouvrir; elle était très 
remarquable par sa précision. 

9. Montre d'Arnold, moins précise. 

10. Équatorial en cuivre avec lunette achromatique de 2 pouces d'ouver- 
ture et 1 7 pouces de foyer, le tout par Ramsden ; grossissements de 44 à 168 ; 
c'est l'instrument que Saron affectionnait le plus, avec lequel il observait 
généralement et il l'avait placé dans sa chambre à coucher. 

II. Télescope de 1 pied de foyer, 3 pouces d'ouverture, monté parallac- 
tiquement, dont les miroirs avaient été fondus et polis par Saron; il se 
montait à volonté en grégorien et en cassegrain, ayant deux miroirs. Il 
fut employé par Messier à diverses reprises et en 1795 il était entre les 
mains de Méchain. 

12. Autre télescope dont le miroir était aussi de Saron; il était grégorien 
et avait 6 pouces de diamètre et 3o pouces de foyer; il avait notamment un 
oculaire grossissant io4fois et fut employé assez longtemps par Messier, 
puis Saron le lui donna en 1769; mais Messier l'abandonna en 177 1, quand 
la marine lui procura une lunette de Dollond de l\o lignes d'ouverture. 



SÉANCE DU 4 AOUT 1980. lL\\ 

13. Grand télescope grégorien de 8 pieds de foyer, construit à Paris par 
les frères Tellier. 

14. Excellente lunette achromatique de Dollond, de 3,5 pieds de foyer et 
[\i lignes d'ouverture, montée en cuivre, avec mouvement d'horlogerie? 
son pied fut exécuté par Mégnié et Charité. Voir Y Astronomie de Lalande, 
2 e édit., IV, p. 669 et 3 e éd., II, p. 629, avec figures. Ce fut longtemps la 
meilleure que Ton connut à Paris et même en Europe. On peut voir dans 
les Lettres astronomiques de J 3 Bernoulli, 1771, p. 88, sa comparaison avec 
celle de Greenwich. 

15. Théodolite anglais de 1 pied de diamètre, que Saron emportait 
presque toujours avec lui au temps des vacances. 

16. Micromètre objectif de 29^/2? pieds de foyer qui s'adapte à sa 
lunette. 

17. Machine à diviser de Ramsden, de 3o pouces de diamètre, qui servit 
à Baradelle, Lenoir, Charité, pour diviser des quarts de cercle-, c'est celle 
que Ramsden remplaça pour son propre usage par une autre plus grande. 

18. Divers : petit quart de cercle de 6 pouces de rayon, supérieurement 
divisé par Ramsden, niveau anglais, lunettes et autres petits instruments. 

M. E. Fichot fait hommage d'une brochure intitulée La méthode des 
ingénieurs géographes pour le calcul des coordonnées géodésiques. 



NOMINATIONS. 



M. P. Weiss est désigné pour représenter l'Académie à la célébration 
du 70 e anniversaire de YÉcole Polytechnique Fédérale, à Zurich, les 7 et 
8 novembre 1930. 



ELECTIONS. 



Par l'unanimité des suffrages, M. A. Lacroix est réélu membre du 
Conseil a" administration de la Fondation Curie. 



242 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



CORRESPONDANCE. 



ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur V expression générale de V accrois- 
sement infinitésimal d'une fonction. Note ( H ) de M. André Roussel. 

Dans des travaux antérieurs ('-'), j'ai montré qu'il y avait lieu de généra- 
liser la notion d'opération infinitésimale; l'idée fondamentale du calcul 
différentiel consiste à substituer à la loi donnant l'accroissement d'une 
fonction dans le domaine de chacun de ses points, une loi approchée plus 
simple et l'analyse classique a été construite en supposant cette loi linéaire. 
Je me propose d'indiquer ici des expressions très simples, inédites à ma 
connaissance, représentant l'accroissement de la fonction continue la plus 
générale avec une erreur d'un ordre de grandeur arbitraire donné à l'avance. 
Nous nous appuierons sur la remarque presque évidente qui suit. En chaque 
point M de la courbe représentant une fonction /, on peut construire une 
ligne polygonale II inscrite dans /(a?), d'une infinité de côtés s'accumulant 
en M, telle que si<p(a?, X)est la fonction représentant II et g(h) une fonction 
décroissante donnée, nulle avec h, ainsi que £, on ait 

f(x + h) — f(x) = y(x, x + h) — y{x, x) -+- eg(h). 

Toute représentation "de © fournira une représentation approchée de f. Ce 
procédé peut être varié en substituant à II une ligne formée de morceaux de 
fonctions non nécessairement linéaires. Nous nous bornerons ici à étudier 
le premier cas. Appliquons alors le principe précédent à 

y(h)=f(x + h)-f(x), 

considérée comme fonction de h. En adaptant légèrement le début du 
célèbre raisonnement par lequel M. Lebesgue démontre le théorème de 
Weierstrass et supposant /j> o, on voit que y(Ji) peut être mis avec une 
erreur zg(h) sous forme d'une série de terme général a„ { h + (3„ — \h — ($ n | }, 
les a étant fonctions de ce, les (3 constants et > o. 

(') Séance du 28 juillet ig3p. 

( 2 ) A. Roussel, Sur certaines généralisations des opérations infinitésimales élé- 
mentaires (Acta Mathematica, 53. 1-11, 1929, p. 87 à j.32); Fonctions dont V accrois- 
sement infinitésimal a une expression donnée {Comptes rendus, 190, 1980, p. i3Ô2). 



SÉANCE DU 4 AOUT 1930. 243 

On aura donc (h J> o) 

f(x+h)-f{x)='2 i x n {h-hp n -ih-p n \\ + £g{h). 

En écrivant, comme le fait encore M. Lebesgue dans la démonstration 
citée plus haut 

v/i-[i-(A-j3)«] = lA-|3 B |, 

on mettra \h—$ n \ — $ n sous la forme d'une différence de deux radicaux 
qui, développés, donneront naissance à une : série dont le terme général est 
un polynôme en h, nul pour h nulle. L'accroissement de / s'exprimera donc 
par une série double et l'étude de sa convergence permet de mettre en évi- 
dence les propriétés de dérivabilité et d'analyticité de /. Dans un ordre 
d'idée analogue, on a le théorème suivant : f{x) étant une fonction con- 
tinue quelconque, on a, pour h de signe déterminé, 

(i) /O+ h)— /('^)=2 b n sinnh + sg(h), 

n — l 

g(h) fonction décroissante, nulle avec h, donnée à l'avance arbitrairement. 
Considérons y{ h). A chaque^ on peut associer une ty(K) définie pour A>o 
par une ligne polygonale d'une infinité de côtés s'accumulant en O, inscrite 
dans 7, dont la différence avec cette dernière soit de la forme zg(h). 
Pour h<^ o, on définit <\> en prenant la symétrique par rapport à O de la 
partie déjà définie. La série de Fourier, relative à <\>(h), ne renferme que 
des sinus. Or elle converge et représente xj> polir toute valeur de h^ o. Ce 
fait a encore lieu pour h = o, car sa somme est nulle avec h et l'on a bien, 
d'autre part, ^(o) = o. En posant oe K = — b n sin nx et p n = b n .cosnx, la 
relation (i) donne 

A/=V | <x n Acos/i^+ (3 ;i Asinrc.2? j + sg(h). 

Si la série H de terme général (a n cosn X+ 3 re sin/iX) est convergente, ce 
qui a lieu dans des cas extrêmement étendus, on peut dire que /admet, en 
chaque point une série de Fourier tangente qui n'est autre chose que 

/(*)-Z(*) + 2(X); 

en d'autres termes, en chaque point de /, il existe une fonction dévelop- 
pable en série de Fourier qui ne diffère de / que de £ g(h). 



^44 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Observons, pour terminer, que les procédés indiqués ci-dessus peuvent 
être variés de diverses manières et étendus dans des cas étendus aux fonc- 
tions de plusieurs variables. 



ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur les intégrales principales de Cauchy et sur 
leurs applications à certains problèmes relatifs aux équations du type ellip- 
tique. Note de M. Georges Giraud. 

Soit G(a?, y) une fonction admettant, par rapport à chaque variable, la 
période a>, continue quand x — y n'est pas une période, et telle que si 

jo y 

A(x) soit une fonction lipschitzienne d'exposant h et les dérivées de g(x,y) 
existent et soient 0[\x — y | /J - 2 ] quand x et y sont infiniment voisins. Soit 
encore 

\\{œ,y)=^- f +h{.x.,y) 

une autre fonction remplissant les mêmes conditions. On peut prouver que 
l'intégrale principale de Cauchy, 



/G(«,«)H(„) ( i, = F( tl ,), 



prise dans un intervalle d'amplitude co, est 0[|a;— y | /t- ' ](/*<[ i). De 
plus, si 

<\>(a) = j H( fl , y) cp(j) dy, f(.x) =JG{x, a) <],(«) da, 

on aura ( 1 ) 

f(x)=- 7T 2 A(x) B(.x) ? (a?) +Jv{x, y)y(y) dy. 

Ces résultats peuvent être complétés par d'autres relatifs à la composi- 
tion d'un noyau à intégrale principale avec d'autres noyaux. 
Considérons alors l'équation du type elliptique à deux variables 

(I) 2 V ^^^ 3 + 2 J >^ + ™ = ° («.3 = i.2;a l , l =« îi1 ;a a . a >o), 

(*) Pour des données holomorphes, ce résultat est dû à M. Bertrand (Ann. 
Ec. jYorm., M), 1923, p. i5i à 2.58), suivant une voie ouverte par Poincaré. 



SÉANCE DU 4 AOUT 1980. 245 

et un domaine D, limité par un ou plusieurs contours S remplissant les 
mêmes conditions de régularité que pour les problèmes de Dirichlet et de 
Neumann( i ). Transformons l'équation de façon que c<o sur S; prolon- 
geons les coefficients de façon que c<o hors de D et que la solution élé- 
mentaire G(X, Y) ( 2 ) existe. Soient ej,, G3 a les cosinus directeurs de la 
normale extérieure à S. Donnons-nous sur S la condition 

(a) ®(u) = h(t)y^«^7z a ^+- 9 (t)^ + ^(t)u = f(t), 

A, 9, <\>, /étant des fonctions lipschitziennes du paramètre i des points de S ; 
on suppose que A et cp ne s'annulent simultanément nulle part. Pour 
trouver u, introduisons les inconnues p et a en posant 



— À / "G(X, A)p(A)rf(a 1 , a,)-2ÀiG 2 (X,A)ff(A) 



dsi 



Le problème conduit à deux équations intégrales en p et a où figure une 
intégrale principale ; une itération donne un système de Fredholm. On voit 
alors, comme pour le problème de Neumann, que si, en remplaçant / par 
zéro, on n'a que la solution zéro, le problème donné a effectivement une 
solution. C'est notamment le cas si l'on ac<o dans tout D et h>o, ^ > ° 
sur tout S ( 3 ). Indirectement, cela s'applique au problème de Dirichlet, 
que l'on peut remplacer par un problème de la nature actuelle avec h = o, 

<p=4=:l(*). - 



(*) Ce dernier est nommé «problème de la chaleur» dans un Mémoire Sur diffé- 
rentes questions relatives aux équations du type elliptique (Ann. École Normale, 
kl, 1930, p. 197 à 266); voir aussi Ann. Éc. Norm., 46, 1929, p. i3i à 2^5, Mémoire 
que nous désignerons par B, et où nous prendrons des notations ; voir encore Comptes 
rendus, 189, 1929, p. 352. 

( 2 ) B, p. 19 + , complété par le premier Mémoire visé ci-dessus. 

( 3 ) Ceci continue une remarque de M. Gevrey, relative au cas où cp = o (/. de Math., 
9, igSo, p. 1 à 80, spécialement p. 74), Ces remarques permettent d'appliquer les 
méthodes alternées de Schwarz et de M. Picard aux questions actuelles. 

('■) Pour m variables, ce résultat se démonti-e aussi directement, plus facilement 
que dans B, en s'appuyant sur ce que l'opération ®(h = 1, cp = o) appliquée à un 

/(in— 1) ' : ■ . 

Z[G(X, A)]o-(À)rfS A donne le même résultat des 

deux, côtés de la double couche. D'autres résultats sur les potentiels permettent de 
prendre un même exposant lipschitzien tout le long des approximations successives 
relatives au problème non linéaire de Dirichlet, ce qui simplifie sensiblement. 



246 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Pour aller plus loin, supposons que A = i et que © admet une dérivée 
lipschitzienne ; posons, pour v quelconque, 



■^x/i ÔJP'i ' àt 



<K')-^-2».*. 



enfin, faisons sur l'équation les mêmes hypothèses que pour le problème de 
Dirichlet. Nous pouvons substituer nos opérations et Z actuelles à celles 
qui sont employées dans la solution du problème de Neumann et établir 
ainsi que chaque solution de notre problème est donnée par une solution et 
une seule du système de Fredholm obtenu plus haut. Si/= o, le problème 
consistant à trouver les solutions de l'adjointe de (i) telles que Z = o sur S 
a le même nombre de solutions linéairement indépendantes que le problème 
donné. 

Si S comprend plusieurs contours, on peut se donner sur les uns des con- 
ditions (2) et sur les autres des conditions de Dirichlet : la discussion 
revient encore à celle d'une équation de Fredholm. 

Au cours de cette étude, des potentiels de doubles couches tangentielles 
(combinées avec des doubles couches conormales) s'introduisent pour 
résoudre le problème de Dirichlet. 



ASTRONOMIE. — Sur la détermination de V orbite de Platon. 
Note (') de M. Thadée Banachiewicz. 

Les deux déterminations de l'orbite de Pluton, basées sur les observations 
de 1930, reposant sur les plus grands intervalles, sont celles de Flagstaff ( 2 ) 
et de Paris ( 3 ). Toutes les deux conduisent à une ellipse très excentrique, 
parcourue par l'astre qui s'éloigne à présent de la Terre. Par contre les 
positions des années 1 919- 1927 indiquent (') l'excentricité astéroïdale et 
rapprochement de l'astre. Il y existe donc une contradiction que nous nous 
proposons d'éclaircir. 

En appliquant, dès la première approximation, la méthode des moindres 
carrés aux quatre positions de Pluton entre 1930 janvier 23 et mars 3o, des- 
quelles trois étaient utilisées par les astronomes à Flagstaff pour la détermi- 
nation de l'orbite, nous en avons tiré l'excentricité à peu près parabolique 



(') Séance du 28 juillet ig3o. 

C 2 ) Flagstaff Observ. Cire, daléedu premier mai 19,80. 

( l! ) Comptes rendus, 190, 1980, p. i38i. 

( 4 ) Cire. Union Astr. In terri., n ,,s 282, 283, 289, 292, 293. 



SÉANCE DU 4 AOUT igSo. M7 

de même que l'éloignement de l'astre, en accord complet avec le résultat 
annoncé par M. Slipher. En calculant en outre Terreur moyenne m de la 
vitesse radiale — laquelle nous donne l'excentricité — nous avons trouvé 
que cette erreur dépasse la composante radiale u p de la vitesse parabolique. 
Il s'ensuit que l'orbite qu'on peut obtenir d'après les observations citées de 
Flagstaffest irréelle par rapport à l'excentricité et la position du périhélie. 
L'orbite y pouvait être véritable, mais ce ne serait que par hasard. 

Dans ces calculs (et ceux, mentionnés ci-dessous, se rapportant à l'orbite 
de M. Stoyko) nous avons adopté =b ô", 60 pour l'erreur moyenne d'une 
coordonnée observée de Pluton. 

Malgré que l'arc décrit soit plus grand, une incertitude semblable affecte 
l'orbite déduite à Paris. Je trouve en effet, pour une orbite reposant sur 
trois positions 1930, janvier 23, mars 23, mai 17 : 



m = ± o, 



de sorte que ces positions ne peuvent donner non plus ni l'excentricité ni les 
éléments qui en dérivent. 

On serait sans doute incliné à conclure que l'arc observé, décrit jusqu'à 
présent par Pluton en ig3o, soit insuffisant pour la connaissance de la 
nature de l'orbite, mais il n'en est rien. Prenons en effet 14 ascensions 
droites de Pluton et les équations qui s'en déduisent : 

„ Résida 

1930,0 , . n 

71.j5.n_4_. xicr 1 . cxio - - 1 . 

236*37 1? + 72,740 s— 66, 773 m + 92,9 «=r + i 36332 — 6 

96.39 I.-H-27, o38.z — 35, 806/71 + 16, ow = + 44o4a + 20 
38,29 1?+ 5,2195 — 12,0 m+ o,6u = -h 545o . — 3 

35. 40 i£ + 3,794s— 9,5 7/1+ o,3«=:+ 35i- —21. 
33,85 1I-+- 2,9535— 7,869/77+ o,2w — + 2477 —33 
33, 5r i£ + 2,780.3— 7,5 m o,o« = + 2248 — 6 
3i,i8. i£ + 1,2805— 4,o m. o,o(. = + 686 +27 

.30,29 *'<; + o,236.3— 0,862/72 o,om = + 87 ^-i3 
3o, 16 i_;+'o,o 5 + 0,0 m o,ob= o +22 

3o,68 '.!.(— o, 736.Z+ 3,5 m 0,077 = + 34.8 + 3 

5o,22 1?-+-' 0,6075 + 20,0 777— 2,7« = + l3Ô22 — : 9 

72,44 i£+ 4,6195+29,0 m— 8,3m = + 28814 +16 
i4i,5.8 iE+19,5765 + 47,5 777 — 35,6m = + 76452 . + 4 
187,75 : i? + 3o, 3465 + 57,0 m — 60, bu =r + io8454 —8 

INotations : £ correction (en arc du grand cercle) de l'ascension droite 7 h x5 m 3o s ,i6 
1930 mars 3i,o, z = io~ % '. p , po étant la distance de Pluton à la Terre 1930 mars 3i ,o, 
m composante de la vitesse de Pluton sur la direction des asc. droites croissantes à la 
même date, 100 up vitesse radiale propre (en un jour moyen). ! 




248 * ACADÉMIE DES SCIENCES. 

La solution de ces équations par la méthode des moindres carrés donne 
(en unités de 0,0000001) 

£ = +22. s=+243i,g8, m=+6o5,52, m = --t, 79; p =4i,n 9 . 

L'astre s'approchait de nous avec la vitesse (o, 26 db o, oj)u p , ce qui cor- 
respond à l'excentricité e = o,25 ±0,07. Le surcroît du poids de la vitesse 
radiale est remarquable. 

Les observations de Pluton de 1980 montrent donc d'une manière cer- 
taine, comme le confirment d'ailleurs les positions anciennes, que l'orbite 
de cet astre est une ellipse à l'excentricité des orbites astéroïdales (') et 
que l'astre s'approche. C'est l'emploi d'une méthode spéciale, à l'aide de 
laquelle on peut faire intervenir d'une manière simple les coordonnées 
observées en un nombre quelconque, qui nous a permis d'établir ces faits. 

Remarquons à la fin que les méthodes conduisant à une valeur illusoire 
de la vitesse radiale favorisent les grandes excentricités, c'est ce qui 
explique pourquoi l'on a rencontré souvent des excentricités même hyper- 
boliques dans le calcul de l'orbite de Pluton. 

ASTRONOMIE. — Sur la planète transneptunienne Pluton. 
Note ( 2 ) de M. Benjamin Jekhowsky, présentée par M. Bigourdan. 

En reprenant le calcul de l'orbite de cette planète avec quatre observa- 
tions espacées, notamment : Janvier 23, Février 23 (Flagstaff), Mars 21' 
(Bergedorf) et Mai 17 (lieu normal avec quatre observations, faites à 
Helwan), et en appliquant la méthode Lagrange-Andoyer ( 3 ), j'ai déduit 
les deux systèmes d'éléments suivants, rapportés à l'équinoxe et à l'éclip- 
tique 1930,0. 

Epoque ig3o, Mars 20,93-9.43 T. V. 

M - w - û. 1. e. Ioga. jjl. 

3" 6V, 6 2 6i-3o'4o> io 9 "2o'34",3 i-<>35' 8",3 o. 9 i 7 4i 2,358 2 5i ' j.>?. 9 5o 
2°33'3",6 2 6i°36'i4",o io 9 <'2o'34",2 i-"35'i8",5 o, 9 2 7 53 2,4i2 77 3 o",85 2 8o 

En comparant ces éléments à ceux obtenus par M. J. Miller (*) ou par 



(') J'avais annoncé ce résultat par télégramme du 23 mai 1980 aux Observatoires de 
Paris, d'Uccle, d'Harvard et au Bureau de Copenhague (voir Cire. U. A. /.. n° 283). 
{-) Séance du 28 juillet 1930. 

( ;i ) B. Jekhowsky, Journal des Observateurs, 8, 1, 1926, p. 1 et suiv. 
(*) Circular Observation Lowell Observatory. i er mai- rg3o, p. 1. 



SÉANCE DU 4 AOUT IQ30. 249 

M. Stoyko (' ) et en remarquant leur ressemblance, on peut conclure que, 
comme dans les systèmes d'éléments donnés par les auteurs cités, sauf 
l'excentricité et le demi-grand axe de l'orbite, les autres éléments sont assez 
bien déterminés. 

Je trouve aussi comme valeurs de la distance de l'astre au Soleil, ainsi 
que comme valeurs du paramètre dans les deux cas : 

r = 4i)34 2 o; r = 4 I i3435; 
p — 36, 1 33 ; /j=:36,i38. 

valeurs qu'il ne faut pas songer pouvoir obtenir mieux avec les observations 
de l'année 1930. 

La valeur de l'excentricité e et, par conséquent, la valeur du demi grand 
axe a de l'orbite calculée paraissent être trop grandes et ceci est justifié par 
les nombres que l'on obtient pour a chaque fois que l'on se propose de déter- 
miner une orbite circulaire, en prenant comme base de calcul des observa- 
tions plus espacées. 

En déterminant plusieurs orbites circulaires de cette planète, je trouve 
comme valeurs de a '= r, des nombres qui varient entre 35,7 et 44 ,3, 

Dans ma précédente Note ( 2 ), j^ai remarqué qu'en élargissant les inter- 
valles qui séparent les observations, l'orbite de cette planète s'approchera 
de celle que j'ai déterminée en premier lieu ( 2 ); et en effet les calculs de 
l'orbite par MM. Bower et Whipple ( :î ) ainsi que ceux de MM, Nicholson 
et MayaleÇ') qui donnent comme valeur de l'excentricité e = 0,26 et comme 
valeur du demi grand avec a = 39,6, justifièrent ma première conclusion. 

Mais si cela est ainsi, la planète Phiton est bien la planète transneptu- 
nienne envisagée par les recherches de P. Lowell ( 3 ) ou au moins la pre- 
mière entre plusieurs comme*l'envisageait Lau (°). 



(*) Comptes rendus, 190, 1930, p. 1379. 

( 2 ) Comptes rendus, J 90, 1930, p. 104.9. 

( 3 ) Circulaires de Copenhague, n° 293, et H. A. C., n° 136. 
(") Ibid., n° 289. 

( 5 ) Mem. Lowell Obs., I, n° 1, p. 1 et suiv. 

( 6 ) Sur la question des planètes transneptuniennes {Bull. Astr., 20, p. 25 1). 
- P[Ckering, Harvard Ann., 82, p. 49-59- 



25o 



ACADEMIE DES SCIENCES. 



ËLECTROTECHNIQUE. — Amorçage des génératrices de basse tension. 
Note( ' ) de M. Maurice Robert, présentée par M. Paul Janet. 

On sait que Ton prend en général pour point de fonctionnement à vide 
d'une génératrice le point de rencontre de la caractéristique des inducteurs 
avec la caractéristique à vide. Cette considération, suffisante dans le cas de 
machines à tension courante (ioo à 600 volts), ne l'est plus lorsqu'on a 
affaire à des machines dont la tension normale est inférieure à 20 volts 
(excitatrice, machine d'électrolyse, etc.). On constate en effet les phéno- 
mènes suivants : 

i° La machine, bien que possédant un point de fonctionnement, ne 
s'amorce pas à vide ; - . 

2 Si l'on réunit les bornes de la génératrice à une source auxiliaire, la 
machine s'amorce, la source auxiliaire peut être alors retirée; 

3° La machine non amorcée n'a pas une tension aux bornes nulle. Cette 
tension diminue d'ailleurs lorsque la résistance du circuit d'excitation 
diminue. 




Fis. 1. 



Il y a donc dans l'amorçage un phénomène qu'il s'agit d'expliquer. 

Un dispositif spécial permettant de compenser rigoureusement le réma- 
nent et la réaction d'induit nous a permis d'étudier l'allure de la chute de 
tension totale dans l'induit pour de faibles densités de courant aux balais. 
La courbe obtenue Z avait l'allure de la figure 1 . 

Ceci étant, des ordonnées de la caractéristique à vide S (Jig. 2), retran- 
chons les ordonnées correspondantes de la courbe S delà figure 1. Nous 

C 1 ) Séance du 16 juillet ig3o. 



SÉANCE DU 4 AOUT ig3o. 2-5 '1 ; 

obtenons la courbe G présentant un point d'inflexion. Le ou les points de 
rencontre de cette courbe avec la caractéristique des inducteurs corres- 
pondent à des points de fonctionnement. Dès lors les deux cas peuvent se 
présenter : . 

i° Comme dans la figure '2, la caractéristique des inducteurs rencontre la 
courbe G en un seul point A.. Tous les points de la courbe G d'abscisse 




Fig. 2. 



Fig. 3- 



inférieure à OK se trouvant au-dessus de la caractéristique des inducteurs, 
il est facile de voir que le point A sera stable et sera atteint automati- 
quement ; 

2 0, La caractéristique des inducteurs rencontre la courbe G en trois points 
C B A- (fi g. 3). On démontre aisément que les points G et A sont stables; 
seul le point B est instable. Dans la partie D C la courbe G étant au-dessus 
de la caractéristique des inducteurs, le courant I=.J dans l'inducteur et 
l'induit tend à augmenter. Si donc la machine tournant à sa vitesse normale, 
nous réunissions les inducteurs aux balais, la machine atteindra automati- 
quement le point de fonctionnement C mais ne pourra le dépasser. Nous 
aurons donc aux bornes de la machine une tension non nulle mais très faible 
par rapport à la tension normale. Enfin si, à l'aide d'une source auxiliaire, 
nous dépassons le point B,la courbe G se trouvant à nouveau au-dessus de 
la caractéristique des inducteurs, nous atteindrons automatiquement le 
point A et la machine fonctionnera normalement. 

Si maintenant nous supposons que la génératrice n'est plus à vide mais 
fermée sur un circuit.de résistance déterminée, la théorie est encore appli- 
cable en faisant au préalable un simple changement d'échelle de la courbe E 
de la figure i . 

Si, pour une machine de basse tension que l'on calcule, on se donne la 



252 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

qualité des charbons employés et la résistance du circuit extérieur, il est 
toujours possible en appliquant, la théorie précédente et en traçant les 
courbes indiquées de prévoir si la machine s'amorcera ou ne s'amorcera pas 
et dans ce dernier cas de voir ce qu'il est nécessaire de modifier pour obtenir 
un amorçage correct. 



CHIMIE PHYSIQUE. — Influence du revenu sur la dilatation et la dureté 
des alliages aluminium-silicium trempés. Note de MM. Pierre Chevenard 
et Albert Portevin, transmise par M. Henry Le Chatelier. 

Dans une Note récente, MM. Léon Guillet et Marcel Ballay ( 1 ) ont mis 
en évidence l'influence du revenu sur la résistivité et sur la résistance au 
cisaillement des alliages aluminium-silicium trempés : lorsque la température 
de revenu s'élève, la résistivité commence par diminuer, puis augmente de 
nouveau à partir de 35o°-, des revenus effectués entre i5o et 200 font croître 
nettement la résistance au cisaillement. 

Il nous paraît intéressant de signaler, à cette occasion, les conclusions 
concordantes fournies par l'étude dilatométrique des mêmes alliages trempés. 
Cette étude a été entreprise pour rechercher si le silicium, toujours présent 
dans les alliages d'aluminium industriels, n'était pas cause de la contrac- 
tion observée lors du revenu à' basse température des alliages aluminium- 
cuivre trempés; comme nous l'avons signalé ( 2 ), cette contraction traduit 
une réaction inconnue, distincte de la précipitation du composé Al 2 Ou. 

Les alliages aluminium-silicium, préalablement trempés à 525°, ont été 
étudiés au dilatomètre différentiel par la méthode des revenus isothermes, 
déjà utilisée pour les alliages aluminium-cuivre. La température de revenu 
visée est atteinte à la vitesse de 25o° par heure, et maintenue constante à 
quelques degrés près, pendant huit heures, au moyen d'un régulateur auto- 
matique. Pour chaque température de revenu ô,., les résultats du cycle 
thermique sont caractérisés par : 

i° La diminution de la dilatabilité à 20 : oa 2o . — La solution solide alumi- 

( 1 ) L. Guillet et M. Ballay, Influence du revenu sur la résistivité et la résistance 
au cisaillement des alliages aluminium-silicium trempés (Comptes rendus, 190. 
1930, p. i47 3 ). 

( 2 ) P. Chkvenard et A. Portevin, Causes de la variation de volume accompagnant 
le durcissement des alliages légers d aluminium (Comptes rendus, J 86 , 1928, 

p. i44). 



SÉANCE DU 4 AOUT ig3o. 253 

nium-silicium, obtenue par hypertrempe^ possède à peu près la dilatabilité 
de l'aluminium; mais le silicium étant beaucoup moins dilatable, sa précipi- 
tation par revenu entraîne une diminution du coefficient vrai de l'alliage. 
Comme la dilatabilité des agrégats obéit presque à la loi des mélanges, 
oa 20 est quasi proportionnel à la quantité de silicium précipité et mesure, 
par conséquent, l'intensité de la réaction. 

2° V accroissement de longueur de Véprouvette -y- • — D'après les courbes 

dilatation-température, la dissolution du silicium s'accompagne d'une 
contraction; inversement, la précipitation détermine une expansion, dont 
l'amplitude croît avec la quantité de silicium libérée de la solution solide. 
Ce changement de longueur s'opère, partie pendant la chauffe, partie pen- 
dant la période isotherme du revenu. 



6L, ] 

L. 

, 2 ÎO " 


k 






Sh 


^9 


• 








1,0" 


- a a Zo 








9 








o,8- 


-0,8.10 . 
-0,6 






/ V 


O 




~ — -^9 


\* 


o,6 


O 


%~~^~ û ~~~~~ 




èA 




















.kcpilftl 


0,4.' 


--<?,-/ 






f Sa' 










2o 


o,2 " 


-0,2. 


o^~- 


^^^ Jl 


1 




1 ^^* 




1 


10 
, 


o 





100 




200 




3 00 




^£00° 






3° Le gain de dureté Brinell oA (bille de i mm ,5o, de diamètre, effort 
de io ks ). 

Les courbes de la figure ci-dessus représentent, en fonction de la tempé- 
rature 6,., la variation de ôa 20 , -~ et oA ( 1 ) pour un alliage à 0,94 p. 100 Si, 

Au-dessous de ioo°, la précipitation du silicium est très lente et les effets 



( 1 ) Afin de faciliter les comparaisons, on a compté positivement l'écart <5oc 20 de 
manière à placer les trois courbes au-dessus de Taxe des abscisses. 

C. R., ig3o, 2' Semestre. (T. 191, N° 5.) 2 ° 



254 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

d'un revenu de huit heures sont à peine sensibles. Puis la réaction s'accélère, 
les trois courbes s'élèvent en même temps et atteignent un maximum. Ce 
maximum est à l'aplomb de 275° pour les deux premières. Il est très aplati 

pour la courbe Sa 20 ; mais la chute plus rapide de la courbe y s'explique 

par une légère déformation visqueuse des éprouvettes au cours du revenu 
isotherme. Entre 200 et 35o°, un revenu de huit heures suffit donc à préci- 
piter la totalité du silicium. Au delà de 35o°, la mise en solution recom- 
mence. Ces conclusions sont en accord avec celles des mesures de résistivilé 
effectuées par MM. Léon Guillet et Marcel Ballay. 

De même, la dureté est nettement accrue par revenu entre i5o et 200 , 
résultat en accord avec celui qui concerne la résistance au cisaillement. On 
note que la courbe du gain de dureté oA atteint son maximum à température 
plus basse que les deux autres courbes; ce résultat est parfaitement con- 
forme à la théorie de la trempe structurale, car le durcissement dépend à la 
fois de la quantité de silicium précipité et de la finesse de structure, finesse 
qui diminue quand la température de revenu s'élève. 

Par contre, le silicium, en tant que composant indépendant, ne paraît 
pas responsable de la contraction par revenu à basse température, observée 
dans les alliages aluminium-cuivre; ce phénomène est encore inexpliqué. 



CHIMIE PHYSIQUE. — Suj- la mesure des tensions de vapeur des solutions 
aqueuses de quelques sels hydratés. Note (') de M. J. Perbeu, présentée 
par M. C. Matignon. 

L'étude expérimentale de l'équation différentielle de solubilité de 
M. H. Le Ghatelier, dans le cas des sels hydratés, nécessite la connaissance 
du coefficient i, au voisinage de la saturation et à la température consi- 
dérée. Ce coefficient est lié à la concentration moléculaire c en eau, et à la 
■ tension de vapeur p de la solution saturée, parla formule 



( \\ dp _ idc 

P ~ ~ 
qui donne . 



(B) 



loge-, — loge. 



(*) Séance du 16 juillet ig3o. 



SÉANCE DU 4 AOUT ig3o. 2C)5 

Pour déterminer i pour un sel donné, il suffit, par suite, de mesurer la 
tension de vapeur de deux solutions de ce sel de concentrations différentes, 
voisines de la saturation et d'appliquer ensuite l'équation (B). 

Ces mesures de tension de vapeur ont été effectuées, pour des solutions 
d'hyposulfite de soudé à 5 mo1 d'eau, aux températures de 20°C. et 27°C, de 
sulfate de soude à io mo1 d'eau à 3o°C, et enfin de chlorure manganeux à 
4 mo1 d'eau à 2o°C. 

J'ai employé à cet effet une méthode statique donnant la différence de 
tension entre l'eau et la solution considérée, qui a été utilisée et décrite par 
M. Mondain-Monval en 192A ('). Le dispositif expérimental est constitué 
par un tensimètre différentiel formé d'un tube en U en pyrex, à larges 
branches verticales réunies par une tubulure horizontale et surmontées de 
deux tubes capillaires en S, munis d'un robinet et terminés par un petit 
entonnoir. Ce tensimètre placé dans un thermostat est relié à une cuvette 
à mercure pouvant coulisser sur un support vertical. Le tensimètre étant 
plein de mercure, on introduit dans les deux branches l'eau et la solution à 
étudier après les avoir convenablement purgées d'air par une longue ébul- 
lition. 

La température du thermostat est réglée à l'aide d'une lampe électrique 
à filament de carbone commandée par un régulateur à mercure et un relai 
électromagnétique Grammont, L'agitation est réalisée avec l'air comprimé 
fourni par une pompe soufflante. Les oscillations de température sont infé- 
rieures à j£ de degré. 

Un cathétomètre avec vernier au ~ de millimètre permet d'effectuer les 
lectures des niveaux dans les deux branches du tensimètre. Les densités des 
solutions employées, qu'il est nécessaire de connaître pour faire les correc- 
tions de niveau, sont mesurées au picnomètre. 

Voici les résultats obtenus dans mes expériences (p représentant le poids 
de sel hydraté contenu dans ioo s d'eau libre, cle nombre de molécules d'eau 
libre contenues dans une molécule de mélange) : 



( i ) Mondain-Monval, Thèse, Paris, 1924. 



256 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Hyposulfite de soucie. 

Expériences à 20° C. Expériences à 27° G. 

Moyennes Moyennes 

Concentrations des différences des différences Concentrations 

des solutions de tension de tension % moléculaires 

pour 100. avec l'eau. Tensions. avec l'eau. Tensions. c en eau libre. 

mm mm mm mm 

75 ...... ' r ;79 I 5,~2 2,56 24,09 o,o,383 

100 2,3o I ^5°7 3,33 ?,3,32 0,9421 

120 2,87 i4,64 3,g5 22,70 0,9198 

i4o 3,3i 14,20 4/>8 2I ;97 °î9°77 

160 3,66 i3,85 5,22 2i,43 0,8973 



170, 



3,96 1 3 , 55 // h 0,8873 

180 // // 5,83 20,82 o,8844 

200 // // 6,35 20, 3o 0,8732 

220 // i' 6,85 !9î8o 0,8623 

Par suite, au voisinage de la saturation, on obtient 

logi3,55 — logi3,85 , logig,8o — log2o,3o 



20 logo, 88 7 3 — logo, 8 97 3 —''y- 27 "logo, 8623 -logo, 8 7 32 ' y ' 

Sulfate de soude (mesures à 3o° G.). 

Différences 
moyennes 

Concentrations des tensions Concentrations moléculaires 

des solutions. • avec l'eau. Tensions. en eau libre (c). 

pour 100 ■ mm mm 

100.......... 2,1 29,61 0,9477 

125 2,52 29,19 593469 

i5o 2,95 28,76 .0,9226 

170 3,28 28,43 0,9132 

Au voisinage de la saturation, 

lo°;28.43 — lo»'28, 76 

«•30° — 1 o 1 7T — î • 

logo, 9132 — logo. 9226 

Chlorure manganeux (mesures à 20 C. ). 

Différences 
moyennes 
Concentrations des tensions 

des solutions. avec l'eau. Tensions. c. 

ponv 100 mm mm 

75 3,66 i3 , 85 o,g36r 

100 4>6o T 2,9i 0,9166 

125.... 5,38 12, i4 0,8979 

i5.o 6,07 11,44 0^799 

170.... 6,53 10 )98 0,8661 

190.. 6,g3 10, 58 0,8526 



S12ANGE DU 4 AOUT 1930. 207 

D'où 

logio,58 — log 10,0,8 36 



logo, 8.526 — logo, 8661 ' 

Dans ces mesures, et surtout pour les solutions très concentrées, les 
écarts extrêmes des différences de tensions avec l'eau sont généralement 
inférieurs au -^ de millimètre de mercure. 

CHIMIE PHYSIQUE. — Solubilités de quelques acides benzoïques substitués dans 
les carbures benzéniques chlorés. Note(') de M. Chapas, présentée par 
M. C. Matignon. 

Les résultats suivants sont relatifs aux systèmes comportant comme 
constituant liquide l'un des corps : chlorobenzène, o~chlorotoluène,p-chlo- 
rotoluène, chlorure de benzyle, et comme corps de fond, l'un des acides : 
benzoïque, o-toluique, m-toluique, p-toluique, o-chlorobenzoïque, m-chlo- 
robenzoïque ( 2 ). Les équilibres ont été étudiés entre o° et 35°; la composition 
de la phase liquide a été déterminée par extraction de l'acide au moyen 
d'une lessive alcaline titrée et dosage de l'excès d'alcali au moyen d'une 
solution chlorhydri que étalonnée. 

Résultats. — La solubilité d'un acide est toujours exprimée par le nombre y 
de ses molécules. contenues, dans 100 molécules de la solution saturée. 

Acide benzoïque dissous dans ' 

i° Chlorobenzène. ... .,' t==o, y = 3,42; t=i4,2, y = 5,83; « = 3i ,8, 7 = 11 , 12 

2° o-Chlorotoluène/ t = o, y = 3,45; £=i4,5, y = 5,8g; t=z 3i,g, y = n,o5 

3° p-Ghlorotoluène. . . . . . .- -. *=i2,5, y = 5,4n £=32, o, 7=10,92 

4° Chlorure de benzyle . - .. - • ^=17, 4, y = 5,3o,; 

Acide o-toluique dissous dans : 

i° Chlorobenzène t = o, y = 3,i2; ' £=i4, 1, y = 6, 19; £ = 3j,8, 7 = 12,73 

2° o-Chlorotoluène. . .. . . t=o, y = 3,i6; £=i4,5, y=6,24; t=3i,Q, y=i3,4o 

3° p-Chlorotoluène. .'. . . - .- /= i4, *, 7 = 6, i5 ; £=3i,8, y = i3,i 

Acide m-toluique dissous dans : 

i° Chlorobenzène t = o, 7 = 3,97; £=14,1,7 = 7,07; / = 3i, 9, 7 = 14,07 

2 o-Chlorotoluène..... t=o, y = 3,95; t= i4,o> y = 6,88 ; £=3i,9, y=±i3,6ï 

3° p-Chlorotoluène • . - . - *— i4,i> 7=7>o5; *=3i,7, 7=13,72 

(*) Séance du 16 juillet 1930. 

( 2 ) Les solubilités de l'acide salieylique dans les mêmes solvants ont été aussi mesu- 
rées; elles ne seront publiées que lorsque les mesures pour les 2 isomères seront ter^ 
minées. 



258 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Acide p-toluique dissous dans : 

i° Chlorobenzène - - _ . _: t = 3i 8, y = i 76 

2" o-Chlorotoluène.. ... - ' - . - . _ £ = 32, o, y = 1,70 

3° />-Chlorotoluène. . . . . - • - /=i4, 1, y=o,8i ; *=32,o, y= 1 ,74 

Acide o-chlorobenzoïq ue dissous dans : 

1" Chlorobenzène..'. .. . - " . _ t= i4,o, 7 = 0,92; « = 32, 2, y = 2,09 

2" o-Chlorotoluène - - <=i8,4, y=i,o4; £ = 32, o, 7= 1,96 

3° />-Chlorotoluène - t= 19,4, y = 1 , 1 1 ; £ = 32,2, y = 1,97 

Acide m-chlorôbenzoïque dissous dans : 

1" Chlorobenzène - ■■ _ _ £ = 32,2, y= i,38 

2° o-Chlorotoluène - . '. _ _. £ = 32,5, y= i,56 

3° m-Chlorotoluène . . . . - f=ï 9 ,4, y = o,83; £=32,5, y= i,55 

Pour les systèmes dont on a déterminé l'équilibre à deux températures 
au moins, les points figuratifs ont été porté sur un diagramme en coordon- 
nées x— ^>j = logy. Ces points appartiennent à une ligne peu différente 

d'une droite passant par le point de coordonnées correspondant à la tempé- 
rature de fusion de l'acide et à y= 100 pour 100. Dans ces conditions la 
solubilité de l'acide dans le solvant semble donc illimitée, les deux consti- 
tuants sont parfaitement miscibles. 

On remarque que l'acide benzoïque possède la même solubilité dans le 
chlorobenzène et dans les deux chlorotoluènes. A l'approximation de la 
méthode, les huit points fournis par l'expérience se placent sur une courbe 
unique, même lorsqu'on la construit sur un diagramme a grande échelle. 
Dans le chlorure de benzyle, la solubilité est nettement inférieure à celle 
trouvée dans les trois solvants précédents ; elle est aussi plus faible que dans 
le toluène et dans les trois xylènes. Le chlorure de benzyle se différencie 
d'une manière frappante de ses isomères chlorés dans le noyau. 

Pour les acides o-toluique et m-toluique, l'égalité des pouvoirs dissol- 
vants des trois solvants chlorés dans le noyau n'est qu'approchée. La diffé- 
rence des solubilités d'un même acide dans deux solvants augmente avec la 
température et elle est très appréciable vers 32°. L'o-chlorotoluène se sépare 
franchement du chlorobenzène et du jo-chlorotoluène; mais, tandis que la 
solubilité de l'acide o-toluique y est maxima, celle de l'acide m-toluique y 
prend les valeurs les plus petites. Si l'on fait abstraction de ces différences, 
on conclut que, dans l'intervalle de température étudiée, l'acide m-toluique 
présente une solubilité supérieure à celle de l'isomère ; mais la représenta-. 



SEANCE DU 4 AOUT 1980. 269 

tion graphique laisse prévoir que cet ordre sera renversé entre 5o° et 6o°. 
L'acide p-toluique est bien moins soluble que les précédents; ce fait doit 
être rapproché de son point de fusion élevé (179 ) et il est conforme à la 
règle énoncée par Carnelley et Thomson, suivant laquelle Tordre des solu- 
bilités pour un groupe de substances isomères est le même que Tordre des 
fusibilités. * - 

Cette règle s'applique encore aux acides chlorobenzoïques o(fus. = i38°,9) 
et ra(fus.= i54°,8). En outre, la courbe de solubilité du premier est sensi- 
blement la même dans les trois solvants. Pour l'acide m-chlorobenzoïque, 
on remarquera que les solubilités dans les deux chlorotoluènes sont égales, 
tandis qu'ele chlorobenzène se révèle comme un plus médiocre solvant 

CHIMIE ANALYTIQUE. — Sur le dosage de V oxygène dans Veau de mer. 
Note ( ' ) de M. Maurice Nicloux, présentée par M. A. Desgrez. 

Le dosage de l'oxygène dissous dans l'eau -de différentes origines, dans 
Teau de mer en particulier, a déjà fait l'objet d'un certain nombre de tra- 
vaux et les méthodes ordinairement employées, je citerai notamment 
celle.de Albert Lévy et Marboutin ( â ) et celle de Winkler ( 3 ), four- 
nissent des résultats satisfaisants à tous égards à la condition, toutefois, 
d'opérer sur 100 ou i5o cm \ - 

Il n'y aurait donc pas lieu de revenir sur ce problème dont l'intérêt n'a 
échappé ni aux biologistes, ni aux physiologistes (*)", si l'analyse, chaque 
jour plus poussée, des variations du milieu marin et des échanges chez les 
êtres, animaux ou végétaux, qui y vivent, ne demandait la mise en œuvre 
de techniques analytiques de plus en plus fines, s'adressant, si faire se peut, 
à des quantités de plus en plus faibles de substance. En ce qui concerne, en 
particulier, l'oxygène dissous dans Teau de mer, il est de toute évidence 
que l'étude des importants problèmes biologiques qui exigent, à leur base, 
la détermination de cette donnée capitale, devrait, dans certains cas, ne 
mettre en jeu que des volumes très faibles d'eau de mer : 25, 10, voire 5 can \ 



( a ) Séance du 28 juillet 1930. ■ 

( 2 ) Albert Lévy et F. Marboutin, Comptes rendus, 124, 1897, p. 959. 

( 3 ) L. Winkler, Zeit. fur anal. Ch., 40, 1901, p. 5â3. 

('*) Voir sur ce point R. Legendrk. La concentration en ions hydrogène de Veau 
de mer, 1 volume in-8°, 291 pages,. 3i figures (Les Presses universitaires dé France, 
Paris, 1925). 



260 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

C'est ce problème qui a attiré mon. attention. J'en apporte aujourd'hui 
une solution; elle est essentiellement du domaine de la microanalyse dont 
la diffusion a été l'objet de mes constants efforts depuis plus de dix ans. 

L'eau de mer sur laquelle ont porté mes essais est une eau de mer litto- 
rale, recueillie à Concarneau, dans la baie, par les soins du Laboratoire 
Maritime du Collège de France. 

La méthode employée est celle de Winkler, modifiée comme il suit. 

On emploie un tube de verre ayant la forme d'un Y renversé (A), d'un volume de 5, 
10,20 ou 4o cm:J suivant la quantité d'eau de mer dont on dispose. Ce tube est exacte- 
ment jaugé par un trait marqué à une dizaine de millimètres du bord. On remplit ce 
tube de l'eau à analyser. 

Dans l'une des deux branches descendantes, où se trouve déjà une bille de verre, on 
introduit au moyen d'un tube long, très effilé, o cm3 ,i à o cm3 ,6( 1 ) d'une solution de po- 
tasse iodurée (KOH pure i8«, Kl 5», H 2 q. s. pour ioo cm3 ); dans l'autre branche, et 
par le même moyen, o cm3 ,o5 à o cm3 ,4 ( J ) d'une solution de sulfate de manganèse à 3o 
pour 100. 

On ferme le tube avec un bouchon de caoutchouc à un trou traversé par un tube 
semi-capillaire; on enfonce ce bouchon qui chasse l'air à travers le tube jusqu'à ce 
qu'il affleure exactement au trait marqué. On ferme l'extrémité du tube semi- 
capillaire avec le doigt et l'on incline le tube à deux branches de façon à faire 
passer, par un mouvement de va-et-vient, la bille de verre de l'une des branches dans 
l'autre. On provoque ainsi le mélange des deux réactifs au sein de l'eau à analyser. Il 
se forme d'abord de l'oxyde manganeux hydraté dont une partie, au contact de l'oxygène 
dissous, donne l'hydrate d'un oxyde supérieur Mn(OH) 3 . Après quelques instants on 
acidifie le milieu. Pour cela, on adapte au tube semi-capillaire un très petit tube à 
entonnoir dans lequel on verse o cm3 ,2 à o cm3 ,4 d'acide phosphorique à 6o°Bé. En raison 
de sa densité, cet acide pénètre dans le tube, les hydrates se dissolvent, le milieu 
s éclaircit et de l'iode prend naissance ( 2 ), communiquant au liquide une couleur jaune 
plus ou moins forte. On titre finalement par l'hyposulfite de soude N/100 (ou N/200 
lorsqu'on opère sur 5 cm3 d'eau) en présence d'amidon comme indicateur. i cm3 de la 
solution d'hyposulfite de soude N/100 correspond à o m *,o8 d'oxygène. 

Toutes les opérations sont conduites selon les techniques de la microanalyse. Les 
burettes, notamment, doivent permettre de lire le centième de centimètre cube et les 
gouttes qu'elles livrent ne doivent pas dépasser o,oi cm3 à o,oi2 cm \ Le virage final est 
obtenu, lorsqu'on opère sur 20 cm3 d'eau de mer, avec o,oi cm3 d'hyposulfite de soude 
N/ioo; si l'on prend 5 cm3 d'eau de mer, le même virage est obtenu avec o,oi cm3 d'hypo- 



0) Le minimum si l'on opère sur 5 cm3 , le maximum si l'on opère sur 4o ou 5o cm3 , 
des quantités intermédiaires pour io cm3 et 20 cm3 . 

( 2 ) En quantité exactement correspondante à l'oxygène dissous'du fait de l'oxydation 
de l'iodure de potassium par Mn(OH) s : un atome-gramme d'iode ( 127) correspondant 
à 8 S d'oxygène. 



SÉANCE DU 4 AOUT lO,3o. 261 

sulfite de soude N/200; ces volumes correspondent respectivement à 0,0008 et o,ooo4 ms 
'd'oxygène. Telle est Terreur absolue. L'erreur relative ne dépasse pas o,5 pour 100 
lorsqu'on opère sur 4o cm3 , 1 pour 100 sur 20 om \ 2 pour 100 sur 5 cm3 . 

Les résultats de l'analyse concordent, comme je m'en suis assuré, avec ceux obtenus 
en extrayant les gaz par la pompe à mercure et en soumettant ceux-ci à l'analyse eudio- 
m étriqué. 

Spécialement étudiée pour l'eau de mer ( 1 ), cette méthode nous a donné 
également d'excellents résultats pour Peau douce. Elle est simple, rapide, 
exacte, ne nécessite qu'un appareillage très réduit et se prête remarquable- 
ment au travail en série. Elle pourra, pensons-nous, à ces différents titres, 
rendre d'utiles services en océanographie. 

CHIMIE ORGANIQUE. — Action de V ammoniaque et de la dimcthylamine sur 
quelques oxydes d'éthylène de l ' allylbenzène , du phénylcyclohexène et de 
leurs homologues. Note de M" e Jeanne Lévy et M. J. Sfiras, présentée 
par M. A. Béhal. 

L'action de l'ammoniaque et des aminés sur les oxydes d'éthylène a déjà 
suscité de nombreux travaux ( 2 ) qui ont eu pour objet soit de déterminer la 
nature des produits formés, soit d'étudier le mécanisme réactionnel, soit 
enfin de préparer de nouveaux amino-alcools susceptibles d'applications 
thérapeutiques notamment comme anesthésiques locaux. Nous avons entre- 
pris une étude analogue concernant l'action de NH 3 et NH(CH 3 ) 2 sur 
quelques oxydes d'éthylène dérivés de l'allylbenzène ou du phénylcyclo- 
hexène, non seulement en vue de préparer de nouveaux amino-alcools 
doués des propriétés anesthésiques locales, mais encore dans le but d'exa- 
miner les aptitudes réactionnelles de ces oxydes d'éthylène en fonction de 
leur stabilité à la chaleur. 

En ce qui concerne l'action de la diméthylamine nous avons dans tous 
les cas, obtenu des amino-alcools à fonction aminé tertiaire dont les dérivés 
benzoylés sont doués de propriétés anesthésiques locales. 



(!) Tous les détails techniques paraîtront dans un Mémoire qui sera publié dans un 
autre Recueil. 

( 2 ) Wurtz, Ann. de Chimie et de Phys., 3 e série, 69, i863, p. 38i. — Knorr, 
Berichte der deuts. chem. Gesel., 32, 1899, p. 729. — Krassouski, Comptes rendus, 
116, 1908, p. 236. — Krassouski et Duba, Journ. Soc. Chimie russe, kO, 1908, p. 166- 
174; Journ. Prakt. Chim., 2 e série, 77, 1908, p. 84. — F ourneau, Journal de Pharm. 
et de Chim., 7 e série, 2, 1910, p. 117. 



262 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Quant à l'action de l'ammoniaque, elle fournit, non seulement un amino- 
alcool à fonction aminé primaire, mais encore, comme l'avait observé Wurtz, 
des amino-alcoois à fonction aminé secondaire ou tertiaire. Nous avons pu 
suivant les cas, isoler tantôt celle de ces substances qui se trouvait être 
formée d'une manière prépondérante, tantôt séparer les trois substances 
formées simultanément. 

D'une façon générale, nous avons constaté que les oxydes de formule 



générale G 6 H 5 — (CH 2 )" — CH — O — CH 2 réagissent à froid sur la dimé- 
thylamine et sur l'ammoniaque tandis que les oxydes de phénylcyclohexène 
et phényl-i-méthyl-4-cyclohexène ne réagissent sur ces substances qu'au- 
dessus de ioo°. Si nous comparons maintenant d'une part la stabilité de 
ces. oxydes à la chaleur (') et d'autre part les conditions d'obtention des 
amino-alcools obtenus, nous pouvons conclure que la réactivité de ces 
oxydes d'éthylène vis-à-vis de l'ammoniaque et de la diméthylamine varie 
en fonction inverse de leur stabilité. 

i° Oxyde d'allylbenzène. — a. Action de la diméthylamine. — On isole dans cette 
réaction le dimélhylamino-3-phényl-i-propanol-2 ( 2 ). (Éb 22 =i4o°, chlorhydrate, 
F. 95°, chlorhydrate du benzoylé, F. i55-i56°). 

b. Action de Vammoniaque. — Nous avons isolé avec un rendement de 7 pour 100 
le diphényl-i-propanol-2-amine ( C°H 3 — CH 2 — CHOU — CH 2 ) 2 NH, dont le chlor- 
hydrate fond à i4o°et avec un rendement de 4§ pour 100 le tri(phényl-propanol-2) 
aminé dont le chlorhydrate peu soluble dans Peau est fusible à 160-161 . Ces deux 
bases sont des liquides épais et visqueux qui se décomposent quand on les distille. 

2 Oxyde de phényl-i-butène-3. — a. Action de la diméthylamine ( 3 ). — Dans 
cette réaction on isole le diméthylamino-4-phényl-i-butanol-3 qui distille à i45° 
sous i4 mm , chlorhydrate 6o°; chlorhydrate du benzoylé, F. i55°. 

b. Action de T ammoniaque. — Nous avons pu isoler des traces de phényl-i- 
butanol-3-amine-4 dont le chlorhydrate très hygroscopique est visqueux, le di(phé- 
nyl-i-butanol-3) aminé avec un rendement de 1 pour 100 dont le chlorhydrate fond 
à 137-139° et le tri (phényl-i-butanol-3) aminé dont le chlorhydrate fond à 139 . 

3° Oxyde de phényl-i-pentène-4. — a. Action de la diméthylamine ( 4 ). — 
Le diméthylamino-5-phényl-i-pentanol-4 qui se forme dans cette réaction distille 
à i55-i58°sous i3 mm . (Chlorhydrate, F. 75-76 , chlorhydrate du benzoylé, F. i36°). 

b. Action de Vammoniaque. — Nous n'avons pu isoler dans cette réaction avec un 



(*) Jeanne Lévy et J. Sfiras, Comptes rendus, 184, 1927, p. i335, et 187, 1928, 
p. 45. 

(-) Fourneau, Journ. Chimie et Pharmacie, 20, 1904, p. 4§9- 

( 3 ) Braun et Munch, Ber. derdeuts. chem. GeseL, 69, 1926, p. ig^i. 

( 4 ) Bkaun et Munch, loc. cit. 



SÉANCE DU 4 AOUT 1930. 263 

rendement de 23 pour 100 que le tri (phényl-i-pentanol-4) aminé dont le chlorhydrate 
fond à i48°. 

4° Oxyde de phényl-i-hexène-5. — a. Action de la diméthy lamine. — Le dimé- 
thyl-amino-6-phényl-i-hexanol-5 distille à 171 sous 17™'". (Chlorhydrate, F. io4, iodo- 
méthylate, F. i43; chlorhydrate du ^benzoylé, F. 126°). 

b. Action de Vammoniaque. — Le chlorhydrate du tri(phényl-i-hexanôl-5) aminé 
se forme avec un rendement de i5 pour 100; il est fusible à 78 . 

5° Oxyde de phénylcyclohexène. — a.. Action delà diméthy lamine. — Le diméthyl- 
amino-2-phényI-i-cyclohexanol-i distille à 172-173° sous i8 mm . (Chlorhyrate, F. 174°; 
iodométhylate, F. 199°; chlorhydrate du benzoylé correspondant. F. i54°.) 

b. Action de Vammoniaque. — Nous avons pu isoler à côté du phényl-i-cyclo- 
hexanol-i-amine-2 (F. io5°. Chlorhydrate, F. i4o°) un amino-alcool à fonction aminé 
secondaire dont nous n'avons pu déterminer les constantes avec précision. 

6° Oxyde de phényl-i-méthyl-4-cyclohexène. — a. Action de ta diméthy lamine. — Le 
diméthy] amino-2-phényl-i-méthyl-4-cyclohexanol-i -isolé dans cette réaction fond à 
io3°. (Chlorhydrate, F. 187°; iodométhylate, F. 206° ; chlorhydrate du benzoylé 
correspondant, F. 199 .) 

b. Action de Vammoniaque. — Nous avons isolé avec un rendement de 25 pour 100 
le phényl-i-méthyl-4-cyclohexanol-i-amine-2 (Eb. = i85°. Chlorhydrate, F. i35°) et 
avec un rendement de 1 pour 100 le di(phé«yl-i-méthyl-4-cyclohexanol-i)amine. 
(Chlorhydrate, F. i.56°.) 

Conclusions, — i° L'action de l'ammoniaque sur les oxydes d'éthylène 
homologues des oxydes d'allylbenzène et dé phénylcyclohexène a fourni 
suivant les cas des amino-alcools à fonction aminé primaire, secondaire ou 
tertiaire et même simultanément deux ou trois d'entre eux ; certains de ces 
dérivés possèdent le pouvoir anesthésique local. 

2 L'étude de l'action de la diméthylamine sur les mêmes oxydes a 
fourni des amino-alcools à fonction aminé tertiaire dont les éthers benzoy- 
lés sont doués de pouvoir anesthésique local. 



CHIMIE ORGANIQUE. — Décomposition catalytique du divinylglycol par 
le cuivre réduit. Note de M. E. Urion, transmise par M. Matignon. 

Dans une précédente Communication ( 1 ) j'ai exposé les résultats que 
fournit la décomposition du divinylglycol catalysée par l'alumine. Si l'on 
remplace cette dernière par du cuivre réduit, le phénomène devient beau- 
coup plus complexe. Il se forme de nombreux composés; ceux que j'ai 

( 1 ) Comptes rendus, 190, 1930, p. i5i2. 



264 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

réussi à isoler peuvent, d'après leur mode de filiation à partir du divinyl- 
glycol, se classer de la façon suivante : 

■ i° Des produits résultant d'une coupure de la molécule : ils constituent 
un mélange en proportions équivalentes d'acroléine et d'aldéhyde propio- 
nique, bouillant de 5_o° à 52°. L'acroléine a été identifiée par son odeur et 
son dibromure; le propanai par sa paranitrophénylhydrazone (F= 124°). 

2 Un produit de déshydratation, identique à celui obtenu dans la cata- 
lyse sur alumine : c'est le méthylalcyclopentène, E = 48° sous 1 i mm : 



CH 2 



CH* 



CH 



C-CHO 



CH 2 



donnant une semicarbazone qui fond à 209 . 
3° Un produit d'isomérisation, le dipropionyle 

CtPClP- CO - CO - CH 2 - CFP 

dont les constantes n'ont pas encore été publiées. C'est un liquide jaune, à 
odeur forte, entraînable à la vapeur d'eau, qui bout à i3o°sous 76o mm , 49 sous 
3o mra , 32° sous io mm . Il cristallise par refroidissement et fond vers — io°. 
Ses constantes sont d\ = 0,941 , n^ = 1 ,4i3o, RM = 3o, 19 (théorie 3o, 10). 
Oxydé à froid par H 2 0% il donne avec un excellent rendement de l'acide 
propionique. 

J'ai retrouvé pour ce corps des, composés cristallisés déjà connus : la 
dioxime CF = i85°), l'osazone (F = 161 ); j'ai fait en outre la semicarba- 
zone (fusion = 270 ), accompagnée d'une décomposition partielle. 

La formation de cette dicétone n'est pas un fait isolé, on en a signalé 
d'analogues. Elle s'interprète aisément si l'on admet une migration ay de 
2 atomes d'hydrogène : 

CHOH-CH = CH* COH = CH-GH» 

CHOH-CH = CH*- "^ COH = CH-CH 3 

Ce dernier symbole représente en effet la forme énolique du dipropionyle. 

4° Un produit de déshydrogénation. C'est un solide blanc qui fond 
à io4°,5 et se sublime sans fondre à97°sous io n,m . Il correspond à la formule 
brute C 6 H 8 2 vérifiée par une combustion et une cryoscopie. Les curieuses 
propriétés de ce corps semblent indiquer qu'on a affaire à une dialdéhyde 
éthyiénique existant vraisemblablement sous une forme énolique à l'état 



SÉANGE DU 4 AOUT I93q. 265 

solide. L'étude en est poursuivie et fera l'objet d'une Communication ulté- 
rieure. 

En outre, j'ai vérifié qu'il ne se dégageait sensiblement pas de gaz lors 
de la catalyse; l'hydrogène, mis en liberté dans la production de ce dernier 
composé à partir du divinyïglycol, s'est donc fixé sur un des corps en pré- 
sence. 

5° C'est de cette hydrogénation, suivie d'une transposition, que résul- 
terait le cinquième corps isolé, la propioïne : 

Cip- C1P — CHOU - GO — CIP- CEP, 

liquide incolore, ■E = 57°-58° sous io ram , <'= 0,966, 71^ = 1,4340, 
RM = 3 1,09 (théorie 3 1,44). Si l'on fait bouillir longuement ce corps avec 
de la phénylhydrazine en solution alcoolique, on observe un dégagement 
d'ammoniac, et, par refroidissement, on obtient une osazone cristallisée 
identique à celle du dipropionyle (F==i6i°); de plus on Constate la pré- 
sence d'aniline dans le liquide. 

La formation de cette cétone-alcool s'interpréterait ainsi : dans une pre- 
mière phase, il y a hydrogénation partielle du divinyïglycol, ce qui donne 

CEP- CH 2 - CHOH - CHOH - CH = CEP. 

Ensuite, dans ce dernier glycol, un atome d'hydrogène subit la transpo- 
sition oc-y, ce qui conduit à 

CH 3 — CH a — CHOH — COH = CH — CH\ 

forme émolique de la cétone-alcool considérée. 



CHIMIE ORGANIQUE. — Transformation de Véthylène en carbures liquides 
et solides. Note (') de MM. A. Mailhe et Rexaudie, présentée par 
M. C. Matignon. 

La condensation de l'éthylène en carbures d'hydrogène, éthyléniques, 
forméniques et naphténiques, a été réalisée par Ipatiew ( 2 ), à 325°, 
sous 7.o atm . Sabatier et Senderens ( 3 ), ont obtenu du méthane, de l'éthane, 
du charbon et de l'hydrogène en dirigeant l'éthylène sur du nickel chauffé 



( 1 ) Séance du 16 juillet 1980. 

( 2 ) Ber. dtsch. chem. G es., 19, 19 16, p. i3'44- 
('■'•) Comptes rendus, 124, 1897, p. 616 et i358. 



%66 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

au-dessus de 3oo°. Berthelot (*), ayant fait passer de l'éthylène dans un' 
tube de porcelaine rouge de feu, a produit de la benzine, du styrolène et 
de la naphtaline; les deux premiers seraient les seuls carbures volatils 
au-dessous de 200 , qui prennent naissance en proportion notable. 

Nous avons essayé d'effectuer la condensation de l'éthylène à la pression 
ordinaire en évitant, autant que possible, sa décomposition, par l'emploi 
d'un catalyseur moins actif que le nickel. En utilisant le silicagel chauffé 
vers 700 , nous avons obtenu effectivement une notable formation d'hydro- 
carbures liquides et solides. 

Le silicagel (3o s ) était placé dans un tube de quartz chauffé dans un 
four électrique. L'éthylène était envoyé par l'une des extrémités du tube 
et à la sortie, les produits formés étaient condensés, tandis que les gaz 
traversaient deux tubes de charbon activé. Celui-ci était ensuite désessencié 
pour récupérer les hydrocarbures volatils. 

On a ainsi obtenu : i° un gaz; 2 un liquide volatil légèrement jaune, 
issu du charbon activé; 3° un liquide brun, condensé à la sortie du tube 
à catalyse. ' 

i° Les gaz, contiennent, outre l'éthylène non transformé, une certaine proportion 
de carbures forméniques, méthane et homologues. 

2 Le liquide volatil, débute à la distillation à 4o° et fournit, par fractionnement : 

Volume Indice 

Température. en cm 3 . 1) ]8 . 7î g<». d'iode. 

<7 5 • 8,5 0,7816 i,/ 4 5o8 116 

70- 85.. i3 . o,85oo i,48o5 68 

85-ïoo 10 0,8660 1,49/46 46 

100-170 4 - - - 

Les indices d'iode des diverses fractions indiquent la présence de carbures éthylé- 
niques. La forte densité correspond à des composés cycliques. En réalité, on a affaire 
à un mélange de 3 sortes d'hydrocarbures : forméniques, éthyléniques, aromatiques. 

Dans la seconde fraction, la benzine constitue la partie dominante; il reste après 
nitration, un résidu forménique. Sur 4 cm3 de la fraction 85-ioo°, oïi isole le dinitroto- 
luéne et un résidu de i cm3 environ reste inattaqué par le mélange sulfonitrique. 

3° Le produit brun condensé à la sortie du tube, débute à la distillation à 85°. Il 
donne, par fractionnement : 



(*) Les Carbures d'hydrogène, L. II, p. 32. 



SÉANCE DU 4 AOUT 1980. 267 

Volume 

Température. en cm?. D 18 . .n$° . 

o 

, <i5o.; :.,..... 3 0,8881 i,5o 9 i 

i5o-2oo ' 3 o,95o5 i,55o6 

200-240 2 cristallisé 

24o-3oo i,5 liquide 

3oo-33o i,5 cristallisé partiellement 

>33o brai - - 

Les deux premières fractions sont constituées par des huiles aromatiques renfer- 
mant une certaine proportion de carbures éthyléniques. La portion 20o°-24o° est 
presque entièrement formée de naphtaline, et l'huile lourde qui bout à 3oo°-33o°, à 
fluorescence verte, abandonne des paillettes qui, mal essorées, fondent à 190 . Elles 
ont l'aspect de l'anthracène; nous en préparons une plus grande quantité pour les 
identifier complètement. 

Ces résultats montrent que l'éthylène peut se condenser au contact du 
silicagel ? vers 700 , en donnant des carbures aromatiques, forméniques et 
éthyléniques, ainsi que des huiles lourdes renfermant des carbures polycy- 
cliques tels que la naphtaline. Un dépôt de charbon s'étant formé sur le 
catalyseur, nous pensons qu'il provient de l'action de l'éthylène sur le fer 
de la canne pyrométrique, engagée dans le silicagelpour déterminer la tem- 
pérature. En la supprimant, nous obtiendrons sans doute de meilleurs ren- 
dements en produits condensés. 



CHIMIE ORGANIQUE. — Sur la transformation du camphène en. esters dHso- 
bomyle et la décomposition des esters de bornyle et d'isobornyle en camphène . 
Note ( 1 )de MM. Georges Brus et J. Verra, présentée par-M. Paul 
Sabatier. 

1. On sait que les acides organiques se fixent sur le camphène pour 
donner les esters d'isobornyle. Pour cette transformation, on utilise surtout 
les acides formique ou acétique, anhydres, en excès, et en présence de cata- 
lyseurs : SO'H 2 à 5o % (Bertram et Walbaum), ZnCl 2 (Kondakow),etc; 
l'acide formique peut aussi être employé seul (Lafont, Semmler et Mayer, 
Schering). L'estérification du camphène par ces acides est considéré comme 
quantitative, ou presque quantitative (Bertram et Walbaum-Semmler et 
Mayer, etc.); mais la plupart des mémoires ou brevets n'indiquent pas le 
titre des esters obtenus. 



( a ) Séance du 21 juillet io,3o. 



268 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Nous avons cherché à préciser ce point et avons effectué de nombreux 
essais d'estérification de camphène d. et 1. purs, par divers procédés, 
en dosant chaque fois l'ester brut (lavé et desséché) obtenu par précipita- 
tion par l'eau, sans récupération préalable de l'excès d'acide organique ('). 

Le titre maximum de l'acétate d'isobornyle formé par action de l'acide 
acétique a été de 92-93 °/ et celui du formiate, obtenu par action de l'acide 
formique, d'environ 98 °/ () ; voici quelques exemples. 

a. Suivant la méthode de Bertram et Walbaum, 10 parties de camphène, 25 parties 
d'acide acétique cristallisable et 1 partie de SO'H 2 à 5o °/ sont chauffées entre 
5o-6o°, pendant 2-3 heures, en agitant fréquemment; l'acétate, précipité par l'eau, 
décanté, lavé et séché, titre 92,6 °/ . 

b. io s de camphène chauffes à 6o° avec i2o s d'acide formique donnent, au bout de 
10 minutes, un formiate à 96,8 °/ et, au bout d'une heure, un formiate à 97,9 °/n- 

c. En chauffant 3o minutes à 6o°, 20 s de camphène, 8o s d'acide formique et 8 8 d'acide 
o-phosphorique, on obtient uu formiate à 98,2 °/ . 

La rectification, sous 2-3 n,m , de ces acétates et formiates d'isobornyle, 
montre qu'ils contiennent du camphène non estérifié, chimiquement iden- 
tique au camphène initial et pouvant se formyler lui-même à 98 °/o> et des 
traces seulement de produits de polymérisation. 

2. Les dosages ci-dessus ont été effectués sur des esters obtenus directe- 
ment par précipitation par l'eau. Si l'on récupère au préalable l'excès 
d'acide organique par distillation dans le vide, le titre de l'ester se trouve 
modifié. 

a. Si cette récupération n'est que partielle, l'acide, entraînant du cam- 
phène non estérifié, le titre de l'ester est augmenté : 

10 parties de camphène, 4° parties d'acide formique et 4 parties d'acide pyrophos- 
phorique sont chauffées 3o minutes à 6o°. Un prélèvement indique 98,0 °/ d'ester. 
Les jjî environ de l'excès d'acide sont distillés sous i9 mm . L'ester obtenu ensuite titre 
98,9 °/ . En traitant l'acide distillé par l'eau, on précipite 2 S , 8 de formiate titrant 
86,7 % et pouvant se formuler à nouveau à 98 °/ . 

b. Au contraire, si l'on essaie de récupérer intégralement l'excès d'acide, 
le titre de l'ester diminue énormément. 

ro parties de camphène, 20 parties d'acide formique et 2 parties de P 2 7 H'' sont 



(') On trouvera toutes les indications bibliographiques et les précisions expérimen- 
tales dans la Thèse de Doctorat de l'Université de J. Vébra : Recherches sur le cam- 
phène, Toulouse, juillet 1900. 



SÉANCE DU 4 AOUT IO,3o. ' 269 

chauffées 3o minutes à 6o°. Un prélèvement indique un formiate à 97 °/o- Après récu- 
pération intégrale de l'acide formique, Tester ne titre plus que 82,1 °/o et contient 
environ 20 °/ de camphène. Ester entraîné par l'acide : 3 S , 5 titrant 45, 1 %• 

On peut éviter cette décomposition en neutralisant au préalable le cata- 
lyseur. 

75 K (1 partie) de 'camphène, 3oo s (4 parties) d'acide formique et i s , 5 de SO''JJ 2 
(vifo du poids de l'acide formique) sont chauffés 3o minutes à 60". Un prélèvement 
indique un formiate à 97,4 %• Le mélange est partagé en deux parties égales. Une 
moitié est distillée dans le vide pour récupérer l'acide formique; le formiate ne titre 
plus que 83,9 %• L'autre partie est additionnée de 3 8 , 2 de CO ;i Ba, qui précipite SO'"M 2 , 
l'acide formique est ensuite récupéré comme précédemment; le formiate obtenu titre 

98,0 »/o- 

Le formiate d'isobornyle est donc décomposé par le catalyseur, même en 
petite quantité, en camphène et acide formique, suivant une réaction 
inverse de sa formation. 

3. Lorsque chauffe un formiate ou un acétate d'isobornyle purs à la 
même température et avec les mêmes quantités d'acide formique ou acé- 
tique et de catalyseur que pour l'estérification du camphène, leur titre 
diminue et tend précisément vers celui que l'on obtient par estérilication 
du camphène. A cette même température, le titre de ces esters diminue 
aussi, mais légèrement, par chauffage avec les acides formique et acétique 
seuls; Faction décomposante de ces acides est notable à i5o°, en tubes 
scellés (Lafont). 

a. 20 s de formiate à 99,8 °/o sont chaudes à 6o° avec 8o s dacide formique et 8 S 
d'acide o-phosphorique ; au bout de 3o minutes, le titre n'est plus que 98,2 °/ , et 
au bout de 2 heures, 98 °/o- 

b. 3o 8 d'acétate à 99,7 °/o sont chauffés à 55°, dans les conditions de la réaction de 
Bertram et Walbaum, avec 70 8 ' d'acide acétique et 3 8 ' de SOI! 2 à 5o °/ ; au bout de 
2 h ,3o, l'acétate ne titre plus que 94, 5 °/ . et au bout de 5 heures. 94 , 4 °/o- 

Les exemples précédents permettent de conclure que la transformation 
du camphène en esters dHsobornyle est réversible, et qiCelle ne peut, par consé- 
quent, être quantitative. 

4. De même que S0 4 H 2 , PO* H 3 , P 2 O 7 H% les chlorures tels que ZnCP, 
SbCP provoquent la décomposition des esters d'isobornyle en camphène 
et acide organique, et cette décomposition devient totale si l'on élimine par 
distillation le camphène et l'acide, au fur et à mesure de leur formation. 

Ainsi, en distillant 20o s de formiate d'isobornyle à 99,2 °/o: en présence de 20 8 de 
C. R , 1980, a» Semestre. (T. 191, N° 5.) 2I 



270 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

PO* H 3 ,, sous 20 mm , il passe, entre 35" et 48°. de l'acide formique et i25 s de camphène 
(86 °/o de la théorie), chimiquement identique au camphène initial, mais fortement 
racémisé; puis, entre 48" et 5o°, 5 8 d'un liquide, mélange de camphène, de formiate 
et probablement d'un autre terpène, et il reste un résidu qui, distillé sous i 11,m . donne, 
entre i'.î5 et i3o°. i'\ s ,5 d'un diterpène ( G L ° H ' r> ) 2 - 

Le formiate de bornyle, les acétates de bornyle et d'isobornyle sont 
décomposés en acide et en camphène de la même manière que le formiate 
d J isobornyle. 

Nous avons constaté que les composés minéraux ci-dessus donnent, 
avec les acétates de bornyle et d'isobornyle, des complexes cristallisés, 
C ,0 H I7 OCOCH S .POH 5 , C l0 H l7 OCOCH :i SbCl% qui feront l'objet 
d'une prochaine Communication. 



MINÉRALOGIE. — Observations sur le quartz. Note de M. R. Weil, 
transmise par M. Pierre Termier. 

On sait qu'il y a contradiction apparente entre les conclusions tirées de 
l'analyse radiologique, selon lesquelles on croit voir dans le quartz une 
espèce homogène à structure périodique simple et les anciennes constata- 
tions de Michel-Lévy et Munier-Chalmas, W allerant etc. selon lesquelles 
l'espèce est mimétique et n'a qu'une homogénéité statistique. Je résume ici 
les résultats, qui seront publiés ailleurs en détail, d'une étude faite sur un 
grand nombre de cristaux de provenances diverses, à l'effet d'examiner si, 
dans le quartz bien cristallisé de géodes ou de filons, des traces de structure 
mimétique ou pseudoparamorphique apparaissent. (Il s'agit de mimétisme 
au sens habituel, non pas d'empilement de lamelles au sens de Mallard.) 
L'étude optique de lames à faces parallèles taillées normalement à l'axe ter- 
naire, les figures de corrosion et la dissolution concave de lames ou -de cris- 
taux entiers amènent à distinguer deux types de quartz : i° Type L= type 
La Gardette, comprenant principalement des quartz de La Gardette, 
Binnental, Middle ville, Hot Springs, beaucoup de gisements du Brésil et de 
Madagascar et d'une façon générale les quartz du type basoïque d'Haùy ; 
2 Type S= type Saint-Gothard, groupant notamment des quartz des gise- 
ments classiques des Alpes suisses. 

Examen optique. — Cet examen doit se faire entre niçois, en lumière 
aussi parallèle que possible, à l'œil nu ou à un faible grossissement micro- 
scopique, avec une source lumineuse très intense. L'emploi de deux micro- 



SÉANCE DU 4 AOUT IO,3o. 271 

scopes superposés munis chacun d'un objectif très faible permet cependant 
d'observer à un grossissement de 200 diamètres. L'épaisseur des lames a 
varié du j au ^ de millimètre, une même lame étant étudiée à des épais- 
seurs décroissantes et si possible plusieurs lames étant taillées dans le même 
cristal. Toutes les lames non exactement normales à Taxe ternaire ont été 
rejetées, ainsi que toutes celles présentant de la biréfringence accidentelle 
due à des tensions ou à des inclusions. 

Type L. — On y voit des plages rectilignes ou, plus généralement, des 
systèmes de plages, pouvant atteindre i mm de largeur, disposées parallèle- 
ment aux faces du prisme m et sur une grande partie.de la largeur de ces 
faces, tantôt limitées à la partie la plus externe, tantôt dans toute l'étendue 
de la préparation avec la même disposition ou se réduisant à un trapèze ou 
un triangle équilatéral. Ces plages, bien que normales à l'axe principal, 
montrent de la biréfringence. Le signe de leur allongement varie avec le 
gisement, mais, pour un même gisement, on observe toujours que les plages 
les plus développées gardent le même signe, plus fréquemment — que +. 
En lumière monochroinalique, lorsque les plages biréfringentes sont 
amenées à l'extinction, on constate que le pouvoir rotatoire y subsiste sans 
altération appréciable, du moins pour ces épaisseurs. Dans le cas de macle 
du Brésil, les plages traversent sans modification les parties gauches et 
droites ou neutres. Elles sont également sans rapport avec les inclusions. 
Ces plages ne sont pas modifiées par l'action de la chaleur ni par les actions 
mécaniques. Les plus développées se retrouvent sur une grande longueur 
du prisme dans un même cristal, avec la même disposition et les mêmes 
propriétés. j 

La biréfringence, toujours très faible, mesurée au moyen du compen- 
sateur de Bereck, varie de 4 . io -5 à 7 . 10 -*, ce maximum étant très excep- 
tionnel. Elle reste sensiblement constante pour une même plage à travers 
l'épaisseur du cristal. Elle varie avec le gisement': dans les quartz de La 
Gardette, elle ne dépasse pas io~*. J'ai trouvé dans des quartz du Binnental 
des plages assez larges et assez biréfringentes (7 .io" 4 ) pour être observées 
à un fort grossissement. Par exemple, une plage de ^-de millimètre de lar- 
geur se montre formée d'au moins 25 plages alternativement fortement 
biréfringentes à allongement — et très faiblement biréfringentes à allon- 
gement -+- et parfois même sans biréfringence, leur largeur pouvant n'at- 
teindre que 1 ou ^ de millimètre ou même quelques microns pour une 
longueur de 4 ou 5 ram . La biréfringence est généralement maximum pour 
les plages les plus externes, mais on rencontre parfois des alternances de 



272 ACADEMIE DES SCIENCES. 

parties fortement et faiblement biréfringentes, quoique de même signe 
d'allongement. 

En lumière convergente, les parties les plus biréfringentes montrent une 
biaxie très nette; l'angle apparent des axes mesuré par la méthode de 
Mallard atteint jusqu'à 28° pour une plage de biréfringence 7.10""*. Bien 
entendu, cette valeur est exceptionnelle et presque toujours cet angle ne 
dépasse pas quelques degrés. 

On rencontre parfois dans les quartz de La Gardette deux systèmes de 
plages : à l'intérieur les plages larges et peu biréfringentes typiques de ce 
gisement; à la partie externe, des plages plus fines et un peu plus biréfrin- 
gentes, sans fusion entre les deux systèmes, qui correspondent vraisembla- 
blement à deux stades de croissance. 

En lumière monochromatique, après annulation du pouvoir rotatoire au 
moyen d'un analyseur tournant, il est facile de constater que les plages ne 
s'éteignent que rarement parallèlement aux faces du prisme, mais la mesure 
exacte de l'angle d'extinction est malaisée par le fait que les différentes 
composantes d'un système de plages ne s'éteignent pas toutes simultané- 
ment, et que leur inégalité de longueur et leur superposition en ces endroits 
produit une extinction onduleuse. Certaines s'éteignent par rotation sinis- 
trorsum, les autres dextrorsum à partir de l'allongement c'est-à-dire de la 
trace de la face m (l'inverse. après rotation de la lame autour d'une axe 
binaire); dans une même- lame, dans les diverses lames taillées dans un 
même cristal et même dans les divers cristaux d'un gisement, les plages de 
biréfringence égale s'éteignent généralement dans le même sens et avec des 
angles à peu près voisins, mais généralement seules celles de même signe 
d'allongement. Les variations de Ces angles d'un gisement à un autre sont 
nettes mais pas très fortes, ces angles étant généralement compris entre o 
et 2o°, sinistrorsum ou dextrorsum (à ±2p près, par retournement de la 
lame, c étant la rotation due au pouvoir rotatoire pour l'épaisseur et la 
longueur d'onde considérées). 



SÉANCE DU f\ AOUT IO,3o. 27U 



GÉOLOGIE. — Le marbre Napoléon et ses variétés; les buissons organiques 
des marbres Napoléon Tigré et Napoléon Gris. Note de M. H. Dbrvijllh:, 
transmise par M. L. Cayeux. 

Ce vocable de Naooléon fut primitivement appliqué au seul calcaire massif 
à larges éléments anguleux Grande Brèche qui fournit les matériaux 
pour l'érection de la Colonne du Camp de Boulogne ; il fut ensuite étendu 
aux formations organiques qui lui sont superposées. C'est ainsi qu'on 
distingue aujourd'hui trois variétés de marbre Napoléon, le Napoléon 
Grand Mélange, le Napoléon Tigré dit Pattes d'alouettes et le Napo- 
léon Gris. ' • 

Le Napoléon Grand Mélange, ainsi dénommé parce que son aspect varie 
beaucoup d'un point à un autre par la taille et l'agencement de ses élé- 
ments, est le correspondant de la Grande Brèche de Namur. C'est une 
formation massive d'une épaisseur moyenne de 4 m et de nature bréchique. 
Elle repose sur des bancs de calcaire rubanés dont les plus superficiels, 
provenant de dépôts repris et malaxés par la mer carbonifère, ont donné 
naissance à une brèche de rubanés par laquelle débute cette formation 
massive. Plus haut, les fragments anguleux de calcaire rubané disparaissent 
pour faire place à des frag-ments de plus grande taille, légèrement arrondis 
et de nature organique (brèches d'organismes). A la partie supérieure du 
Napoléon Grand Mélange, le sédiment s'est déposé sous des conditions 
plus calmes et l'on voit que se sont installés des organismes qui prendront 
bientôt une grande extension. 

Ces organismes se répètent à deux niveaux différents (le Napoléon Tigré, 
inférieur, de o m ,8o à i m ,2o d'épaisseur; le Napoléon Gris, plus clair, qui lui 
est supérieur et d'une puissance de i m ,,'^o à i m ,5o) et sont séparés par un 
calcaire rubané à rubans larges, dans lesquels ces organismes se retrouvent 
à l'état fragmentaire et qu'on exploite également comme marbre sous le 
nom de Lunel Rubané n° 2. 

Ils ont. la forme générale de buissons et sont constitués par un thalle à 
portions inégalement développées; de ces portions les unes sont larges, les 
autres, réduites à l'état de pédoncules, qui relient entre elles les premières. 
La texture, très simple, se résout en une série d'enveloppes concentriques; 
les espaces restés libres entre ces enveloppes sont de calcaire granuleux, 



.^4 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

vestige vraisemblablement d'une gelée plasmique, d'une substance fonda- 
mentale de nature organique. Dans le calcaire granuleux du fond, de petites 
vacuoles sphériques se forment bientôt qui, par un accroissement pro- 
gressif, viennent en contact les unes avec les autres. Elles se moulent, 
crèvent et donnent naissance à une grande vacuole irrégulière et fes- 
tonnée. 

Ce thalle, irrégulier et capricieux de contour, oVune structure originelle 
très simple, peut, par bourgeonnement, évoluer en un ensemble extrême- 
ment compliqué. Le bourgeon se forme par évagination ou pincement 
d'une ou plusieurs des enveloppes superficielles; le bourgeon formé se 
développe à son tour tout en demeurant relié par un pédoncule qui, lui, 
r<iste toujours dans un état plus ou moins rudimentaire. 

Deux détails seulement à signaler, parce qu'ils sont d'importance : la 
formation d'ovoïdes granuleux par condensation de la substance fondamen- 
tale; la présence, en certains points du thalle, de bâtonnets qui semblent 
se former aux dépens des enveloppes concentriques. Ces bâtonnets ne 
résultent pas d'une destruction du thalle, car ils ont une structure et sont 
trop réguliers de forme; par ailleurs, les portions du thalle en voie de dégé- 
nérescence sont toujours intensément vacuolisées et toute texture en a dis- 
paru pour faire place à du calcaire granuleux. 

Ce niveau organique se retrouve dans Te calcaire carbonifère de la Bel- 
gique où il surmonte la formation massive de la Grande Brèche; je l'ai 
observé à la partie supérieure de la carrière des Grands Malades près de 
Naimur. 

Un organisme morphologiquement différent mais très voisin par ses 
caractères anatomiques a édifié, à la base de l'assise à Productus cora, toute 
une série de rubans ondulés : organismes laminaires, étalés sur le fond 
marin, à thalle de même allure et creusé de vacuoles, montrant des ovoïdes 
en place, rattachés au thalle par un pédoncule et, en certains points, des 
nids de granules en tout comparables aux bâtonnets dont il a été question 
plus haut. Ces organismes, par leurs débris, contribuent aussi, en partie 
du moins, à l'édification du marbre Caroline. 

Tout singulier et énigmatique qu'il soit, cet organisme thallaire n'en 
représente pas moins une individualité organique importante du calcaire 
carbonifère dans le Boulonnais, où on le rencontre à trois niveaux diffé- 
rents : deux dans l'assise à Productus cora, et un dans la zone à Productus 
undatus. Il serait même, par son type laminaire, caractéristique de la base 



SÉANCE DU 4 AOUT l93o. 275 

de la zone à Lithostrotion Martini : on le trouve communément dans tous les 
faciès compatibles entre le Banc de Onze Pieds et le marbre Henriette; il 
disparaît alors pour ne plus se montrer que sous une forme légèrement 
différente et à la partie supérieure de la Grande Brèche. Très original de 
texture, ses caractères me conduisent à le rattacher de préférence au règne 
végétal. 

OCÉANOGRAPHIE. — Sur les marées de la Méditerranée orientale. 
Note (') de M. M. Tenani, présentée par M. E. Fichot. 

1. De- toutes les hypothèses pouvant expliquer rationnellement les 
amphidromies jusqu'ici observées dans les marées, aucune ne présente le 
caractère de généralité et de commode simplicité que nous offre le. mouve- 
ment de rotation de la Terre [E, Fichot, Influence de la rotation terrestre sur 
la physionomie des marées (Aïin. du Bureau des Long., 1926)]. Un seul 
exemple semblait nécessiter une explication différente : celui de la Médi- 
terranée orientale où Ton voyait partir de Fîle de Crète un système de 
lignes cotidales se succédant dans le sens des aiguilles d/une montre, 
c'est-à-dire contraire au sens normal pour notre hémisphère. 

Quelques observations de marée récemment faites par les hydrographes 
de la marine italienne, dans la mer Egée, semblent pouvoir éliminer cette 
exception et modifier nos idées sur Foscillation de la Méditerranée orien- 
tale. 

2. Fa mer Egée, considérée comme golfe de la Méditerranée, a été étu- 
diée par S terneck ( Wiener Berichte, 124, II A, 191 5). 

Sa période propre calculée est de 12'% 3, c'est-à-dire égale à celle des 
marées semidiurnes. Fa théorie prévoit alors que cette mer doit présenter à 
son débouché une ligne nodale à travers laquelle ont lieu les déplacements 
d'eau entretenant l'oscillation longitudinale et qu'on observera sur les rives 
opposées des marées dues à la déviation provoquée par la rotation terrestre 
sur les masses en mouvement. 

3. Fes observations susdites ont été effectuées dans les années 1 926-1927 
dans les îles italiennes de l'Egée méridionale ; en les soumettant à l'analyse 
harmonique avec le procédé récemment indiqué parDoodson, je suis arrivé 
aux constantes suivantes : 

( l )i Séance du 21 juillet 1980. 



276 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

M 2 . S,. N,. K 2 . K,. O,. P t . 

Localité. H. g. H. g. H. g. H. g. H. g. H. g. H. g. Durée 

Lindo 5,9 3o- 8,9 329 1,1 3 ig 1,1 329 2,9 342 1,6 3oi 1,0 34a im 

Rodi 5,4 3o8 3,2 32i 0,2 3o4 0,9 32 1 2,2. 33o i,4 332 0,7 329 2m 

Simi...... 4,4 327 3,i 346 o,4 • 4 1.0 346 1,1 353 i,3 299 o,4 353 im 

Coo 3,6 329 2,3 347 0,7 1 0,6 347 2,0 355 i,5 3io 0,7 355 im, 

Stampalia. 3,i 353 2,3 349 o,4 29 0,6 349 9 -i l $ l > 1 ^44 0,7 5 i5j, 

Lero 2.8 2 1,4 8 o,3 1 19 o,4 8 "2,1 327 1,6 3o3 0,7 327 1111 

4. La comparaison des amplitudes semi-diurnes (H en cm.) diminuant 
progressivement à partir du sud avec les amplitudes relativement élevées 
qu'on retrouve à l'extrémité nord (3o cm. à Salonique) montre que la ligne 
nodale théoriquement prévue, se trouve en réalité un peu à l'intérieur dans 
la partie méridionale, légèrement au Nord de l'île de Leros. Quant aux 
situations semi-diurnes (g en temps du 3o ree méridien Est), jointes à celles 
qui étaient déjà connues, elles donnent pour les divers établissements du 
port, rapportés au passage de la Lune au même méridien, la succession sui- 
vante : 

Lindo io h ,9; Rodi io ll ,8; Simi n h ,5; Coo n h ,6; Stampalia i2 h ,i; 
Lero i2 h , 4 ; Aïvali 4\ 2 ; Saloniki 4 h , 5 ; Euripe 5", 7 ; B. de Chorinte 5\ 5 ; 
La Canée 2 ] ',4 ('■) 

Les lignes cotidales qu'on voyait diverger de la côte nord de l'île de Crète, 
et se succéder dans le sens des aiguilles d'une montre, appartiennent donc 
à ce système de sens normal, dont nous venons de constater l'existence 
dans la région méridionale de la mer Egée. 

5. Considérons maintenant les établissements du port qu'on a pu obser- 
ver sur la rive sud de la Méditerranée orientale (rapportés comme les pré- 
cédents au 3o e méridien E). 

Tunisie ( côte E, moyenne) 4\ 5 ; Tripoli 4\ 3 ; Homs 6 h , 4 ', Misurata 7 11 , 5 ; 
Bengasi io h ,7; Bomba io u , 1 ; P. Bardia io h , 9; Alexandrie io 11 ,' 6; Port- 
Saïd 9 h ,7; Jafl'a 9 h ,7; Tripoli de Syrie io h , o; Castelrosso io h ,6. 

Ils s'accordent assez bien avec l'existence dans la Méditerranée orientale, 
d'une autre amphidromie de sens normal, dont les lignes cotidales, en 
aboutissant à la côte sud de l'île de Crète, compléteraient l'apparence 
d'une amphidromie de sens contraire, ayant pour centre cette île. 



SÉANCE DU 4 AOUT 1980. 277 



CHIMIE BIOLOGIQUE. — Sur la séparation de deux produits de solubilisation 
du soufre dans une terre enrichie en matière organique. Note de MM. G. 
Guittonneau et J. Keilling, présentée par M. Gabriel Bertrand. 

Nous avons montré ( 1 ) que le soufre incorporé au sol peut s'y solubiliser 
par voie microbienne sous des formes incomplètement oxydées parmi les- 
quelles, sans rien préjuger quant à la nature des produits restés indéter- 
minés, nous avons déjà signalé la présence fréquente d'hyposulfites. AV. A. 
Roach ( 2 ) a récemment confirmé les résultats de nos recherches. Il a en 
outre assimilé à des pentathionates et peut-être à d'autres polythionates les 
composés oxydables du soufre qui étaient apparus dans l'extrait aqueux 
de sa terre d'expérience (Rothamsted); mais il n'a pu, dans une solution 
aussi complexe, établir rigoureusement leur identification. 

De notre côté, nous avons voulu séparer et caractériser isolément les 
produits intermédiaires de l'oxydation microbienne du soufre qui se 
formaient en forte proportion, ainsi que nous l'avons dit, dans la terre du 
jardin de l'Institut agronomique de Paris, additionnée de peptone. Nous y 
avons réussi aussi bien en ce qui concerne l'acide hyposulfureux que l'acide 
pentathionique. 

I . Séparation de V acide hyposulfureux. — La réaction classique de Car- 
not ( 3 ) nous permettait de séparer d'un extrait de terre dépourvu d'hypo- 
sulfites préexistants, 90 pour 100 environ de l'acide hyposulfureux que nous 
lui ajoutions. Il suffisait, pour que la formation de l'hyposulfite double 
de potassium et de bismuth pût s'effectuer, que la concentration des solu- 
tions en S 2 O a fût supérieure à o,5 pour 1 000. Or, cette concentration 
était souvent dépassée dans les extraits de nos terres d'expérience. 

Exemple. — Le 29 juin 1930 nous avons extrait par un litre d'eau distil- 
lée les produits solubles d'un kilo d'une terre mise en expérience le iS juin. 
Cet extrait initial a été enrichi par passages successifs sur quatre autres 
portions d'un kilo de la même terre, puis rendu parfaitement limpide par 
filtra tion sur papier et sur bougie Chamberland. A ioo cm3 de cet extrait 
enrichi nous avons ajouté i cm3 d'acide chlorhydrique au tiers, 4 cmS d'une 



( 1 ) G. Guittonneau et J. Keilling, Comptes rendus, 184, 1927, p. 898 

( 2 ) W. A. Roach, Journal of Agricultural Science, 20. 1980, p. 74. 
( :i ) A. Garnot, Comptes rendus, 83, 1876, p. 338. 



278 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

solution de chlorure de potassium à 10 pour 100, 4° m1 d'une solution à 10 
pour 100 de sous-nitrate de bismuth dans l'acide chlorhydrique au sixième, 
puis iooo cmi d'alcool à 95°. 11 s'est formé un précipité jaune qui contenait 
84 ,ns de S 2 2 (pour 2oo ms de soufre oxydable total dans les ioo cm ' d'extrait). 
Ce précipité impur, recristallisé cinq fois dans l'alcool, nous a finalement 
donné de belles aiguilles jaunes d'hyposulfite double de potassium et de 
bismuth dont la teneur en S 2 2 était de 41,7 pour 100 (au lieu de 42,2 
pour 100 d'après Carnot). 

II. Caractères, en solution, des dérivées oxydables du soufre autres que les 
hyposulfites contenus dans nos extraits. — Nous avons, dans certains cas, 
obtenu des extraits riches en soufre soluble oxydable, exempts d'hyposul- 
fîtes et ne contenant, par conséquent, en dehors des sulfates faciles à 
séparer, que les dérivés du soufre dont il nous restait à déterminer la nature. 

En étudiant de préférence de tels extraits, nous avons pu établir que ces 
dérivés se distinguaient, en solution, par les caractères suivants : i°Ils se 
transformaient facilement en hyposulfites sous l'influence des alcalis. Dans 
l'extrait additionné de 10 pour 100 de lessive de potasse, leur soufre pas- 
sait à l'état de S 2 2 dans la proportion de 70 pour 100 après 3o minutes 
d'ébullition. Cette transformation s'accompagnait quelquefois d'une pro- 
duction de SO 2 , mais jamais de H 2 S. 2 Concentrés dans les extraits au delà 
d'une certaine limite (3o pour 100 de soufre dans le liquide), ils se décom- 
posaient, même à basse température et sans avoir cristallisé, avec pro- 
duction de SO 2 , de S 2 O 2 et dépôt de soufre. 3° Très stables en milieu acide, 
ils résistaient à une ébullition de 3o minutes au réfrigérant ascendant en 
présence de 5 pour 100 de HC1. 

Les polythionates supérieurs possèdent les propriétés précédentes. Nos 
extraits donnaient, en outre, comme des solutions de pentathionates, un 
précipité brun passant au noir avec le nitrate d'argent et un précipité jaune 
avec le nitrate mercurique. Nous avons donc cherché à en séparer de 
l'acide pentathionique. 

III. Séparation de V acide pentathionique. — A cet effet nous avons amené 
à 85,o cm \ par concentration dans le vide, à la température de 5o°et en milieu 
légèrement acide, 3' d'extrait exempt d'hyposulfite et contenant 3 8 , 5 de 
soufre oxydable. Après avoir désulfaté le liquide concentré par le chlorure 
de baryum en milieu acétique, nous lui avons ajouté 5 S d'acétate de potas- 
sium et 9 fois son volume d'alcooi-éther (1 partie d'alcool pour 2 d'éther). 
A une température voisine de o°, nous avons obtenu, en 24 heures, plusieurs 
grammes de cristaux que nous avons purifiés par recristallisation dans l'eau 



SÉANCE DU 4 AOUT IC^O. 279 

sulfurique à 1 pour 100, essorés, lavés à l'alcool et séchés dans le vide. For- 
més de tables hexagonales semblables à celles qu'a décrites H. Debus (<) 
pour le pentathionate de potassium, ils possédaient toutes les propriétés des 
pentathionates. L'analyse nous a montré que leur composition centésimale 
(S =4i, 2;K= 19,8) correspondait, à très peu près, à celle d'un penta- 
thionate de potassium à3 molécules d'eau (pour S 5 6 K 2 , 3H 2 0, S = 4* a, 

K = 20,l). 



ZOOLOGIE. — De la durée d'évolution chez yËolidia amœna nob. (1928). 
Noie de M. J. Risbec, transmise par M. L. Joubin. 

La durée de l'existence chez les Nudibranches est à peu près inconnue, 
il m'est possible -de donner quelques indications sur celle de Jiolidia 
amœna. , ' 

La ponte a lieu durant toute l'année. De la ponte à Téclosion s'écoule un 
temps variable suivant les saisons, mais allant de 5 à 10 jours; en moyenne 
8 jours. Les larves n'ont pu être amenées à transformation. Leur mort en 
aquarium correspond assez vraisemblablement au début de la période cri- 
tique de leur transformation en individus de forme définitive. Cette période 
de vie larvaire peut être ainsi évaluée au maximum de 20 jours. 

Le hasard m'a permis de recueillir sur une ponte de Mollusque indéter- 
minée un exemplaire très jeune. Recueilli le 28 mars le jeune JEoKdia 
mesurait environ a mm , 75. Le 29 mars, sa taille avait à peu près doublé. 
Le 1 e1 ' avril, il mesurait 4 mm de long, le 3 avril y mm . Il avait alors atteint 
semble-t-il sa taille maxima. La ponte était obtenue sans qu'il y ait nouvelle 
croissance de l'animal durant la nuit du 5 au 6 avril. 

Une génération, de l'œuf à l'œuf, comporte donc une durée de 8 jours 
pour la vie dans le ruban nidamentaire, plus une vingtaine de jours pour la 
vie larvaire, plus 11 jours pour la vie de l'animal de forme définitive avant 
la ponte; soit au total une quarantaine de jours. 

Durant sa période de croissance, l'animal présente les modifications sui- 
vantes : 

Le 29 mars, il ne porte qu'un seul cirre de grande taille (environ moitié 
de la longueur totale du corps), les autres cirres étant très petits. La formule 
étant à droite 2-1- 1, à gauche 3-2-1. 

( J ) H. Debus, Annalen der Chemie und Pharmacie, 244, 1888, p. 76-189. 



a8o ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Le 3o mars, deux autres dires de la première rangée ont atteint la taille 
du grand cirre observé la veille, ainsi qu'un cirre de la deuxième rangée; 
les autres cures ont pris un accroissement notable. 

Le I er avril, la formule est devenue 4-3-2-1 de chaque côté, certains cirres 
sont presque aussi longs que le corps. 

Le 3 avril, les cirres sont très développés. La formule est à droite 3-2-2-2-1 ; 
et à gauche 4-i -2-2-1. 

Cette dernière formule indique l'apparition d'une nouvelle rangée de 
cirres entre la première et la deuxième rangée du i cr avril. 

La nouvelle rangée est d'ailleurs plus rapprochée de la rangée antérieure 
que de celle qui la suit. C'est en arrière de ses cirres que se trouve la péri- 
carde. 

Les 28 et 29 mars, le corps est rempli, depuis la région du bulbe en avant 
jusqu'à la dernière rangée de cirres., par une masse jaune, opaque, qui se 
prolonge dans les cirres en laissant seulement leur extrémité libre transpa- 
rente. A partir du 29, le corps se vide de la masse jaune qui passe dans les 
cirres, qui se sont développés, et devient transparent. Cette masse jaune 
correspond sans doute aune masse nutritive destinée à être digérée, à moins 
que ce ne soit seulement la masse hépatique ; Y/Eolidia aurait alors un stade 
holohépatique avant d'être cladohépatique. 

Le corps, après s'être ainsi libéré, ne présente plus de coloration que par 
des taches marron réparties par plages dorsales entre les cirres. 

11 est à remarquer que WEolidia amœna est la seule espèce du genre 
JEolidia dont on trouve en Nouvelle-Calédonie de nombreux exemplaires 
et de nombreuses pontes (dans les baies très abritées de Canala et de 
Kouaoua). Les œufs sont peu nombreux dans chaque ruban et de taille 
relativement grande. Les conditions diffèrent donc, semble-t-il, de celles de 
la plupart des espèces du groupe et il est probable que la durée d'évolution 
y est plus courte, ainsi que la durée de l'existence de Lindividu de forme 
définitive. Chaque exemplaire peut pondre plusieurs fois, mais, autant 
qu'on en peut juger en captivité, à intervalles rapprochés et l'existence ne 
doit pas dépasser deux mois pour ces formes. 



SÉANCE DU 4 AOUT ig3o. 2 8l 



PATHOLOGIE. — Une mycose nouvelle provoquée par une levure du genre 
Debaryomyces : Debaryomyces mucosus n. sp. Note ( ' ) de MM. A. 
et II. Sartory, G. Hufschmitt et J. Meter. 

Ce cas nous a paru particulièrement intéressant, étant donnée la propa- 
gation de l'affection à diverses parties du corps, les caractères spécifiques 
de l'organisme en cause qui le distinguent non seulement des levures en 
général mais aussi des autres espèces du genre Debaryomyces, la facilité avec 
laquelle il produit des asques au détriment des cellules bourgeonnantes à 
forme levure. 

Le malade, âgé de 63 ans n'a pas d'antécédents héréditaires; l'affection 
a débuté il y a cinq ou six ans à la partie latérale droite du cou, au-dessous 
de l'angle de la mâchoire, par une grosseur qui s'est accrue sans douleurs; 
après différents traitements d'ordre chirurgical, une récidive s'est produite 
à l'angle. du maxillaire; puis un panaris se forme à l'index droit, consé- 
quence probable du toucher de la lésion au cou; on ampute la pha- 
langette. Divers abcès se produisent dans le pli du coude, au sternum; ce 
dernier guérit spontanément. Des boutons apparaissent sur le dos de la 
main droite ; ils se réunissent par la suite pour donner une surface ulcéro- 
purulente; enfin on constate la formation d'abcès au bras droit, au sommet 
du coude. Plus tard au cou, à l'angle de la mâchoire, deux formations 
humorales sont visibles : elles ressemblent à des ganglions durs, mobiles, 
indolores ; le sommet est fistulisé ; de temps en temps ces fistules s'oblitèrent 
et forment de petits abcès sous-cutanés qui donnent du pus. Le dos de la 
main droite se recouvre d'une carapace de lésions polymorphes ; sous l'index 
présence de verrucosités humides. Au coude et sur les bras, des éléments 
croûteux, entourés d'un hile et pigmentés, apparaissent. 

En aucun cas, dans le matériel pathologique nous n'avons pu mettre en 
évidence, parla méthode de Ziehl-Nielsen des éléments acido-résistants; par 
contre, dans les frottis, on a noté la présence d'une levure et d'un strepto- 
coque. Sur les milieux solides (S abouraud, gélatine, gélose, pomme de terre, 
carotte, milieux au sang), nous avons obtenu de rares cultures pures extrê- 
mement faibles. Sur une série de tubes où nous avions laissé intentionnelle- 
ment une petite quantité de liquide en profondeur, s'est formé un dépôt 



(*)■ Séance du 28 juillet 1980. 



282 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

glaireux qui renferme : i° de rares éléments levures-, 2 des cellules sphéri- 
ques pourvues d'un protoplasme très dense, fortement coloré par le bleu 
lactique, mesurant environ 3 à 4^ de diamètre; 3° des cellules nombreuses, 
plus grandes, sphériques, munies de nombreuses protubérances qui sont 
des asques à 4 ascospores, mesurant 4 à 5^ de diamètre; les ascospores sont 
mises en liberté par la rupture de la membrane de l'asque ; 4° enfin un dépôt 
visqueux, blanc jaunâtre qui devient plus tard blanc sale et qui forme une 
sorte de zooglée où sont enfermées les cellules rondes. L'organisme ne forme 
pas de mycélium; les formes levures sont isolées et bourgeonnantes, arron- 
dies ou légèrement apiculées de 2^,5 à 3^,5 sur 3,5 à 4^- Notons ici que dès le 
début de la formation des asques, ces éléments levuriformes diminuent; au 
bout d'un certain temps ils n'existent plus dans les cultures et celles-ci ne ren- 
ferment que des asques. La copulation est hétérogamique dans certains cas; 
souvent elle s'opère entre une cellule adulte et un petit bourgeon formé par 
cette dernière immédiatement avant et resté encore attaché à elle; enfin la 
parthénogenèse est très fréquente : nombre d'asques naissent sans copulation , 
soit aux dépens de cellules ordinaires, soit aux dépens d'éléments pourvus 
de diverticules au moyen desquels elles ont essayé, sans y parvenir, de se 
réunir deux à deux. Les asques renferment i,3 ou 4 ascospores; le nombre 4 
prédomine. Les ascospores sont globulifo raies, à surface non lisse (munie 
de petites élevures). présentant souvent en leur centre une ou plusieurs 
guttules de graisse. Les inoculations au cobaye au moyen du matériel patho- 
logique ont amené la production d'abcès guérissant spontanément; le poids 
de ces animaux est en augmentation; des études sur l'action pathogène 
expérimentale sont en cours. 

Le traitement institué a été le suivant : à l'intérieur administration de 1 
à 7 g d'iodure de potassium par jour, progressivement. Localement on a 
procédé à l'application de vaseline salicylée pour décaper les éléments 
croûteux, à des badigeonnages à la teinture dïode salicylée et chrysaro- 
binée. Au bout de 3 semaines le résultat de cette médication étant faible, 
on a recours à la diathermo-coagulation qui paraît donner de très bons 
résultats. 

De l'ensemble de nos constatations nous pouvons conclure que notre 
organisme doit être rattaché au genre Debaryomyces (Klôcker, 1909) : en 
effet les asques sont munis de protubérances qui leur donnent l'aspect de 
pommes épineuses ; les cellules sont rondes ou ovales et mesurent en moyenne 
4^ de diamètre. La copulation s'effectue à la manière des Debaryomyces, 
donnant naissance à des asques ronds, à membrane épaisse, réfringente 



SÉANCE DU 4 AOUT I93o. 283 

(5^ de diamètre) ; l'ascospore renferme des gouttelettes de graisse et possède 
une double membrane. 

Dans un prochain Mémoire, nous exposerons l'étude détaillée et appro- 
fondie de cet organisme. 



PATHOLOGIE EXTERNE. — Action chez les cancéreux d'extraits de tumeurs, 
administrés par voie buccale, à doses faibles et fractionnées. Note 
de MM. G. Cuvier et J. A. Carrère, transmise par M. Charles Richet. 

Depuis les essais de Ch. Richet, en 1896, divers expérimentateurs ont 
tenté par des voies et des méthodes diverses, le traitement biologique du 
Cancer. Les résultats de J. Thomas, ont à cet égard plus particulièrement 
retenu notre attention. Nous pensons compléter ces recherches, par l'étude 
des extraits de tumeurs, administrés par voie buccale à doses faibles et frac- 
tionnées. 

Fibiger et Muller ont déjà noté l'influence du mode de préparation des 
extraits de peau embryonnaire, pour prévenir les métastases. Nous pensons 
que les mécomptes de Seeligmann, de Jensen et de Blumenthal, peuvent 
provenir du mode de préparation et d'administration de leurs produits. 
Dans les conditions où nous nous sommes placés dans les '54 cas observés à 
ce jour, nous avons constaté une action manifeste sur l'organisme. Les 
résultats obtenus ayant été relativement constants, et souvent favorables. 

La dose initiale doit être de V gouttes par jour, administrées séparément, 
loin des repas, dans un peu d'eau. Dès le troisième jour on a parfois noté 
une exagération des douleurs au niveau du néoplasme. On diminue alors la 
dose (III gouttes), puis on revient à la dose initiale. Si rien ne se produit, 
on s'en tient à la dose du début. Vers le quinzième jour, il se produit habi- 
tuellement une amélioration nette dans l'état général, l'état local (saigne- 
ments taris), la sédation des douleurs, il y a reprise du poids. Il est bon 
alors de ramener les prises à III gouttes, pour revenir ensuite progressive- 
ment aux V quotidiennes, et éviter par là un pallier dans la marche ascen- 
dante de l'amélioration apparente. La conduite du traitement doit donc 
tenir compte des améliorations ou de la recrudescence des symptômes 
accusés. 

Le malade doit être soumis à des règles hygiéniques strictes, ne pas se 
fatiguer, ou s'écarter du régime imposé, quand apparaît l'amélioration. La 
radio et la radium thérapie, sont à proscrire en cours de tumorothérapie. 



284 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Les rayons infrarouges, par contre nous paraissent ajouter leur action favo- 
rable. 

Ces extraits pensons-nous, « en juxtaposant des chimismes différents, 
réalisent une synergie physiologique nouvelle », peut-être comparable aux 
réactions humorales, qui, au cours de la ménopause, entraînent une auto- 
lyse spontanée et une régression des fibromes utérins. Le déterminisme 
exact nous en échappe. 

Après 6 mois de pratique, nous croyons pouvoir conclure à une action 
manifeste, tant chez l'animal que chez l'homme, des extraits de tumeurs, 
obtenus par nous et administrés selon la méthode précisée. Le traitement 
ne doit cependant pas être in extremis, ni proche de séances de radio et 
radiumthérapie. Les auto-extraits, ou les extraits homologues sont à 
employer de préférence. A leur défaut, des extraits polyvalents peuvent 
donner des résultats très intéressants. 

Bien entendu, nous n'envisageons actuellement que des résultats palliatifs, 
seule leur durée devant' servir de critérium à la connaissance exacte et com- 
plète de la tumorothérapie. La multiplicité des observations sera aussi néces- 
saire, pour en fixer les applications pratiques précises, et juger de sa spéci- 
ficité. Nos études en cours, sur la possibilité d'immunisation chez l'animal, 
et la préservation des récidives, après extirpation chirurgicale chez l'homme, 
pourront servir, nous l'espérons, de bases d'appréciation. 

En tout cas, l'action manifestée par nos extraits sur l'organisme des 
cancéreux, sans préjuger de son rôle thérapeutique, nous semble, au point 
de vue biologie générale, être le point de départ de conséquences théo- 
riques et expérimentales intéressantes, que nos travaux ultérieurs s'efforce- 
ront de préciser. 

La séance est levée à id'^o" 1 . 

A. Lx. 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 

SÉANCE DU LUNDI 11 AOUT 1930. 

PRÉSIDENCE DE M. Guillaume BÏGOURDAN. 



MEMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 

M. le Président s'exprime en ces termes : 

Mes chers Confrères, 

Notre Compagnie se trouve, encore une fois, bien durement frappée : 
notre cher Confrère M. A.-J. Le Bel est mort mercredi 6 août au matin, 
il y a 5 jours, et nous l'avons conduit vendredi à sa dernière demeure. 

Il s'est éteint plein d'années, après une très courte maladie; mais depuis 
assez longtemps il ne sortait pas. 

Vous savez qu'il fut un chimiste génial qui, à 27 ans, en 1874, énonça 
les principes fondamentaux de la Stéréochimie. 

A l'École Polytechnique il apprit les Mathématiques et la Chimie; mais 
il ne devait qu'à lui-même le succès de' ses entreprises, tant industrielles que 
scientifiques. 

Avec son oncle, l'illustre Boussingault, il étudie d'abord les bitumes et il 
se rallie à l'opinion, bien confirmée depuis, qui regarde les pétroles comme 
produits par l'action de la vapeur d'eau sur des substances métalliques. 

Il entre ensuite au laboratoire de Wurtz et il formule et même complète 
ses brillants principes de chimie, en s'appuyant notamment sur les travaux 
de Pasteur. 

Sur bien des points il eut figure de précurseur, mais la Stéréochimie 
assure à son nom l'éclat réservé aux noms des fondateurs. 

Avec lui c'est presque un autre âge qui nous quitte. Une voix 
compétente rappellera bientôt ici ses travaux. 

Il était né à Pechelbronn (Bas-Rhin) le 21 janvier 1847. 

C. R., ig3o, 2« Semestre. (T. 191, N" 6.) 22 



286 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



ASTRONOMIE. — Observations et Coordonnées de la tour de Châtillon. 
Note (') de M. Bigourdan. 

III. Les observations astronomiques faites à cette tour sont peu nom- 
breuses et sont toutes de Le Monnier. Outre celles relatives à la réfraction, 
nous ne trouvons que celle de l'éclipsé horizontale de Lune du 23 décembre 
1768 ( 2 ), observée avec la lunette achromatique de 3^ pieds, appartenant 
au Duc. On avait aussi fait des préparatifs pour y observer le passage de 
Vénus de 1769, mais l'état du ciel les rendit inutiles 

Quant aux observations de réfraction, restées plutôt à Fétat de projet, 
elles avaient pour but de déterminer la réfraction horizontale. Le Monnier 
voulait (Rappliquer, au moyen d'étoiles circumpolaires, une méthode qu'il 
vante trop peut-être et qui, d'ailleurs, avait déjà été employée par Picard 
en 1676 (*) au moyen du Soleil. Bailly ( 3 ), l'expose à peu près ainsi : les 
étoiles boréales, qui, à leur passage inférieur, descendent peu vers l'hori- 
zon, coupent celui-ci fort obliquement; «la réfraction qui les élève, les 
transporte dans un autre cercle diurne, et les fait lever et coucher à d'autres 
points de l'horizon. En calculant, par les positions connues des éioiles, l'arc 
intercepté entre les vrais points de leur lever et de leur coucher comme il 
paraîtrait, s'il n'y avait point de réfraction ; en observant la grandeur altérée 
de cet arc, la différence donnera l'effet même de la réfraction » : il est 
tel que pour a Lyre, observée de Châtillon, une réfraction plus grande 
ou plus petite de i' diminue ou augmente cet arc de 29'. Tel est, en effet, 
le nombre donné par Le Monnier et accepté par Bailly, mais il a été 
contesté par Gagnoli; Delambre(°), montre que Le Monnier avait dû com- 
mettre quelque erreur et que le changement est de 8' au lieu de 29'. Pour 
appliquer la méthode on établit des repères au Nord, dans les bois de 
Montmorency, mais il semble qu'on n'alla pas plus loin. 

Coordonnées. En 1766 (Mém. Acad., 1766, p. 608), Le Monnier donnait 
48°. 47'. 4o" pour la latitude de cette tour, mais en 1768 il l'avait augmentée 



( 1 ) Séance du 4 août 1930. 

( 2 ) Mém. de VAcad. des Se. pour 1769. Hist., p. 101, et Mém., p. 61. 

( 3 ) Mém. de VAcad. des Se. pour 1766, Hist., p. io4 et Mém., p. 608. 

( 4 ) Lb Monnier, Histoire céleste, p. 2o5. 

( 5 ) Histoire de V Astronomie moderne, III, 178'^, p. 9'i- 

( 6 ) Hist. de VAstr. au xvm e siècle, p. 226. 



SÉANCE DU il AOUT ig3o. 287 

de 12", 5. La Conn. des T. lui a, pendant longtemps, vers 1 770-1 790, 
attribué les coordonnées suivantes : Ap = o ra .i4 s ,oO ; <p = + 48°. 47'. 49". 
Dans les Mém. Acad. de 1769, p. 61, Le Monnier donne les nombres 
ci-après que nous adoptons : 

A£ = 3'.3o'.3 = o m .i4%o2 0; 
Ay=— 2 3o3 toises ,3i=— a'. .25*, 3; <p = -h 48°. 4 7 '. 45% 7. ' 

Projet de transfert de l'Observatoire de Paris à Châtillon. 

Lors de la discussion relative au transfert de l'Observatoire de Paris, en 
1 868-1 869, divers astronomes, et parmi eux Y. Villarceau, préconisaient le 
plateau de Châtillon ( 1 ) pour en construire un nouveau. On avait même 
décidé d'y faire dès observations d'essai, tant au point de vue de l'observa- 
tion sur le bain de mercure que relativement à l'emploi de forts grossisse- 
ments. Les premières furent faites par Villarceau et montrèrent que le nadir 
s'y observait plus facilement qu'à Paris; quant aux secondes, qui auraient 
nécessité une installation assez coûteuse, elles ne furent pas faites, ce qui 
fournit ample matière'à discussion. 

Pilier astronomique. 

Pour la nouvelle et dernière mesure de la méridienne de Paris, par le 
Dépôt de la 'Guerre, on a établi, au bord Est du plateau de Châtillon, un 
solide pilier astronomique, où l'on y a fait diverses observations ; et pour lui 
le Service géographique de l'Armée donne les coordonnées suivantes, 
relatives à notre origine en mètres (nous en déduisons les coordonnées 
géographiques) : 

A^=4232 m ,i=3'.2 7 %48 = 13 s ,830; 
Acp = — 52i6 m ,5=— 2 / .48",9; y = U8>.VI'.'2a,%\. 

Remarque. — Je donne ici des détails supplémentaires des Notes précé- 
dentes : 

OEuvres de Cagnoli. — Indiquons enfin la série de ses Ouvrages et 

Mémoires, ceux-ci publiés surtout dans les Mémoire délia Società ita- 

liana, in-4% que nous indiquons par l'abréviation Mem. Soc. Ital. : 

Corrections aux Tables de Lalande. Éphémérides de Lalande, tome 8. 

.( 1 ) Commission de l'Observatoire. Procès-verbaux des séances, Rapport à l'Académie 
et pièces annexées. 1868-1869, P- 22 « 



288 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Méthode pour trouver la situation de Véquateur d'une planète et l'obliquité 
de r écliptique par rapport à la rotation du Soleil et de la Lune (Mém. des Sav. 
Étrangers, 10, 1785, p. 467-476). 

Trigonometria piana e sferica, 1 vol. in-4°, publiée en même temps en 
italien et en français; celle-ci fut traduite par N. M. Chompré. i re édition 
en 1786; 2 e édition italienne, i8o4; 2 e édition française, 1808. « C'est, dit 
Lalande, le meilleur ouvrage qu'on ait fait sur la Trigonométrie et sur son 
application à l'Astronomie. » 

Degli inconveniente che nascono dal regolare gli orologi al tramontar del 
Sole o eomo anche dicesi ail' italiana (Venezia, 1787, in-8°). 

Méthode pour calculer les longitudes géographiques d'après l'observation 
d'éclipsés du Soleil ou d'occultations d'étoiles (Vérone, 1789). Couronnée 
par l'Académie de Copenhague, prix de 1788. 

Sezione coniche (Modena, 1801 ; Turin, 1802, petit in-8°). 
Almanacco, con diverse notizie astronomiche, 16 volumes 1 787-1801, 
i8o5 et 1806. • 

Délie stazioni de pianeti (Mem. Soc. ItaL, III, 1786, p. 369-374). 
Vopposizione del nuovo Pianeta [Uranus] osservata nel 1788. Id. IV, 
1788, p. i-3. Opposition déduite de 3 observations équatoriales dejanv. 
16, 18 et 20 de 1788. 

Le digressioni di Mercurio e diVenere in Aprile e Maggio 1788, osservata 
in Verona. Id. IV, p. 519-529. 

Délia longitudine di Verona, determinata con osservazioni astronomiche. 
Id. V, 1790, p. 77-87. Ecl. de O de 1788 et 10 occultations d'étoiles 
observées en 1788-1789. 

Délia latitudine e délie refrazioni di Parigi e di Verona, e dell' obliquità 
dell' eclittica. Id. V, p. 259-277. 

Nuovo e sicuro mezzo per riconoscere la figura délia terra. Id. VI, 1792, 
p. 227-235. Peu remarqué d'abord, ce Mémoire fut réimprimé à Londres 
par les soins de Baily, en 18 19, afin de le distribuer à ses amis. Voir, par 
exemple, Bibliothèque universelle de Genève, Sciences et Arts, 20, p. i65, 

note. 

Notizie astronomiche adattate ail' uso commune, 2 vol., 1 799-1802, m-8°. 

Osservazioni meteorologiche Jatte in Verona. Id.. V, p. 1-7; VI, p. 2o5- 
210 et VII, 1794, p. 3oo-3o4. C'est seulement un résumé; celles des Tomes 
V à VII sont respectivement des années 1788-89, 1790-91 et 1792-93. Le 
baromètre était de Mégnié et muni de divers perfectionnements. 

Cose trigonometriche. là. VII, 1794. P- i-56. 



SÉANCE DU II AOUT ig3o. 289 

Degli elementi spettanti alla teoria délia rotazione solare e lunare. Id. VIII, 

I 799.» P- i9 6 " 213 - 

Délie differenza finite nella trigonometria. Id. Id., p. 214-218. 

Délia piû esatta costruzione délie carte geogr a fiche. Id. Id., p. 658-664- 

Formule per corregger le deviazioni d'un istromento de transiti. Id. IX, 
1802, p. 3o-43. 

Catalogo di stelle boreali. Id. X, i8o3, p. 687-732. Voir ci-dessus. 

Supplemento al Catalogo di stelle. Id. XI, 1804, p. 676-679, avec des cor- 
rections. 

Notizie astronomiche di Germania communicate ail 1 Italia. Id. XIV, 1809, 
p. 234-236. Ce sont des éléments de la grande comète de 1807 et de 1808 III. 

Problemi suW equazione delV orbità e sulla eccentrieità de 1 pianeta. Atti 
Istit. Nazional Ital. I, 1806. 

Compendio délia trigonométrie piana ad uso degli aspiranti a la Scuela 
militare in Modena, 1807. 

La Connaissance des Temps de Fan VII, p. 437 -438, contient des 
occultations d'étoiles observées par Cagnoli en 1 792-1 794. Il a laissé 
aussi quelques manuscrits. 

M. Léon Guillet fait hommage à l'Académie d'un Ouvrage de MM. 
Ch. Berthelot et J. Orcel, intitulé Les Minerais, leur étude, leur préparation 
mécanique et la situation économique de la question, dont il a écrit la Préface. 



CORRESPONDANCE. 

M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la 
Correspondance : 

1 ° O terremoto do 1 ° de novembre de ij35 em Portugal e um estudo demogrà- 
fico,por Francisco Luis Pereira de Souza. Volume III. Distrito de Lisboa. 

2 Applications de la gravifique einsteinienne , par M. Th. de Donder 
(Fascicule XLIII du Mémorial des Sciences mathématiques). (Transmis par 
M. M. Brillouin.) 



290 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

HYDRODYNAMIQUE. — Extension du procédé de la représentation conforme 
aux mouvements à trois dimensions . Note (' ) de M. Alayrac. 

Un écoulement irrotationnel à deux dimensions est caractérisé par une 
fonction de la variable complexe dite potentiel complexe qui détermine la 
fonction potentielle des vitesses et la fonction du courant. 

Pour essayer de trouver une propriété analogue, je remarque que les 
deux fonctions /(fonction potentielle) et 9 (fonction de courant) jouissent 
des propriétés suivantes : 

i° Ces fonctions sont orthogonales-, 

2 Leurs paramètres différentiels du premier ordre sont égaux; 

3° Leurs paramètres différentiels du second ordre sont nuls. Ces condi- 
tions sont suffisantes. 

Ces trois propriétés se résument par la propriété suivante de la fonction 
f + 1 9 potentiel complexe : 

Cette fonction a ses deux paramètres différentiels nuls. 

Si je pouvais déterminer une fonction dex, y, z à coefficients imaginaires 
U + i V jouissant de ces deux propriétés U pourra être considéré comme la 
fonction potentielle d'un écoulement irrotationnel à trois dimensions, 
s'écoulant autour de Tune quelconque des surfaces V = const. 

D'autre part, de cet écoulement initial on pourra déduire une infinité 
d'autres en prenant une fonction analytique 

F(U + rV) = U 1 +iV 1 . 

Le problème est donc ramené à la recherche d'une fonction U -f- i V dont 
les deux paramètres différentiels soient nuls. 

On peut en trouver une infinité par le 'procédé suivant : Supposons 
que 'k=f(xyz<x) représente, si l'on donne à a une valeur constante, une 
famille de surfaces parallèles. On sait que X^ + X^ + X^ 2 est une fonction 
de X, X; 2 + X^ + X; a = FX. Si X est une racine de F(X) = o, l'équa- 
tion f(x, y, z, a) = X détermine une fonction a de xyz dont le paramètre 
différentiel du premier ordre est nul. Pour que le paramètre du second 
ordre soit nul il faut que 



( ' ) Séance du 7 juillet ig3o. 



SÉANCE DÛ II AOUT lO,3o. 291 

Il faudra donc que la famille de surfaces parallèles soit harmonique. Il 
faut donc trouver d'abord une fonction harmonique représentant des sur- 
faces parallèles. Seuls, la sphère et le plan peuvent satisfaire à ces deux 

conditions. La sphère A= . ne peut convenir 

1 - .■ \l{x — a) s +(j— by-+-(z — cf 

car il faudrait prendre A = o. 

La seule solution sera donc donnée par la fonction du premier degré 
Ax'+ By + Cs + D où ABCD sont des fonctions d'un paramètre a. Les 
deux conditions seront remplies sous la seule condition : A 2 + B 2 + C 2 = o. 

Il existe une infinité de fonctions A, B, C de a satisfaisant à cette 
identité. Pour avoir tout d'abord un exemple simple, supposons D = o et 
prenons la solution simple ' 

A =z'2 ce, B — 1 — oc 2 , C — /(1 + a 2 ) 

a sera donné par l'équation 

■ • . (7 — zi) oC-— ->,a.x — (y -^zi)=.o, 
d'où la solution 

•)' + zi 



où r = y',2? 2 + j /2 + z' 2 . - ,. 

Dans le cas général, l'équation qui donne a en fonction de x, y, z : 

(1) ' 'x'olx -+- (1 — a-)y -+- i(i -+-ct 9 -)z = f(a), 

ne sera généralement pas résoluble, mais si je pose «= U + Vz, l'équa- 
tion (1) équivaut aux deux équations 

«U-^— (U S ^V S — i)j— 2UV* = qHU, V) 
zXx '— aUVj + ^U 2 — V 2 h-.i)5 = ^(U, V), ■ 

où 9 et i> représentent deux fonctions conjuguées de U et de V. Ces deux 
équations représentent une congruence de droites et les surfaces U = const. , 
V == const. sont donc deux familles de surfaces réglées se coupant deux à 
deux suivant une génératrice et orthogonales tout le long de cette droite. 
Un point U, V du plan complexe définit une droite de la congruence. 

Les écoulements définis par la fonction potentielle U sont des écoule- 
ments dont les lignes de courant sont les trajectoires orthogonales des 
génératrices des surfaces V, et réciproquement. Les cvlindres de l'écoule- 
ment plan sont donc remplacés par des surfaces réglées dont on peut faire 
varier la forme en faisant varier la fonction /(oc), et la plupart des propriétés 
de l'écoulement plan pourront être transportées dans ce domaine, 



292 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

La méthode remplaçant le cylindre par des surfaces réglées ne se prête 
pas à l'étude directe des écoulements autour de surfaces fermées, mais elle 
pourra peut-être y être étendue en considérant des surfaces de discontinuité. 
Dans tous les cas, elle donne un procédé de détermination de fonctions har- 
moniques à trois dimensions pouvant être utilisé pour l'étude générale des 
écoulements. 



PHYSIQUE ÉLECTRONIQUE. — Les électrons dans les métaux et le classement 
des ondes de de Broglie correspondantes. Note (') de M. L. Brillouin, 
présentée par M. J. Perrin. 

1. Dans un r.éseau cubique d'ions positifs (maille d) se meuvent des élec- 
trons; aussi bien pour les électrons liés que pour ceux qui sont libres, les 
ondes de L. de Broglie sont du type suivant ( 2 ) 

(1) W(x, y, z) = A(x,y, z) e- 27Zi ' ax+b y' +,:z > 

où A est une fonction périodique (de période d) en x, y et 2. Il y a alors 
indétermination dans le choix des coefficients a, b, c, car on peut aussi bien 

écrire 

W — A' ( ce, y , z) e-™ a ' x+h 'y+ c ' z: t , 

l m , n 

(«) r ==aH "rf' h ^ h ^^ *=*+ 5 . 

27tl'.. 

—-{/x-hmr+n-.i 

A' (a?, y, z) = A(>. r. z) e d ' , 

où /, m, n sont trois entiers quelconques ; la nouvelle fonction A' a la même 
périodicité que A; nos coefficients a, b, c ne sont donc déterminés qu'au 

module -. près. 

On peut pourtant fixer un numérotage vrai de ces ondes, en passant à la 
limite, et supposant que les inégalités de potentiel dans le réseau s'effacent 
et tendent vers zéro-, l'onde (1) numérotée correctement est celle qui se 
réduit alors à la forme 

(3) W = A e-™ iia - v+h r +cz > , 

(*) Séance du 28 juillet 1980. 

( 2 ) Witïmer et Rosenfeld, Zts. f. Phys., 48, 1928, p. 53o. — F. Bloch, Zts. f. 
Phys., 52, 1928, p. 559. — L. Brillouin, Les Statistiques quantiques, Presses Univ,, 
Paris, 1930, Chap. VIII, p. 255, 



SÉANCE DU il AOUT ig3o. 293 

avec une amplitude A constante, et donne une onde plane ordinaire de 
L. de Broglie. Nous avons examiné, dans une Note précédente ( 1 ), ce pro- 
blème où le potentiel est presque constant, et dessine à peine le réseau. 

Nous avons vu que les conditions de Bragg conduisent à diviser l'exten- 
sion en moments ( 2 ) (espace «, b, c) en zones concentriques, comprenant 

chacune un volume -^r- 
d* 

2. Prenons N atomes, et réunissons-les en un réseau cubique du type 
précédent, de volume V = No? 3 ; l'extension en moments (a, b, c)se divisera 

en Cellules ( 3 ) de grandeur y, et dans chaque zone nous aurons N cellules, 

correspondant à N ondes stationnaires ^ du volume V. 

Soit E un niveau d'énergie de l'atome isolé; ce niveau se trouve 
reproduit N fois dans le réseau, et ce système N fois dégénéré se résout en 
N ondes d'énergies différentes (*); ces N ondes remplissent une des zones 
précédemment trouvées ; chaque zone correspond à l'un des niveaux E de 
l'atome isolé. Si l'atome possède (isolé) un électron de valence sur un 
niveau n, cet électron viendra, dans le réseau, se placer dans la p [ème zone 
de longueur d'onde moyenne X 

m — n — I L . i 

//s "' v^ -, (n-i)n(2n— 1) • n s T /M^Y 2c//7r\ :5 

(4) P = ^ m '= - 6 — -*r l = d \ïï).*!ir{*) 

suivant la formule (8) de notre Note précédente. 

3. Chaque zone peut, au moyen de transformations du type (2), être 
représentée dans la zone centrale 

id ■ id 2d 2d id 2d 



( 1 ) L. Brillouin, Comptes rendus, 191, 1980, p. 198. 

( 2 ) La constante de Planck h étant prise pour unité de moment. 

h 3 

( 3 ) Les cellules d'extension en phase sont A 3 ; celles d'extension en moment r— • 

Mais nous mesurons les moments en unités A, ce qui nous donne »>• Nous employons 

ici la méthode élémentaire, où l'on n'introduit pas le pivotement de l'électron dans la 
définition des ondes, ou des cellules correspondantes; on pourra alors placer 2 élec- 
trons sur chaque onde (ou cellule). Ceci explique l'absence du facteur usuel 2 dans la 
formule (4) dénombrant les divers niveaux de nombre quantique total m donné. 

( 4 ) F. Blogh, Iqc. cit., p. 56i. 



294 académie des sciences. 

Il faudra une transformation (2) particulière pour chaque sous-section de 
la zone; mais une fois ces transformations faites, on aura un puzzle rem- 
plissant exactement le cube (5); en reclassant ainsi les ondes, on leur fait 
correspondre des longueurs d'onde apparentes comprises entre 00 et 2 d\ on 
constate que l'énergie est toujours une fonction continue des nouveaux 
nombres a' , //, c' . 

Considérons k p ièmB zone, attribuée aux électrons libres; en la ramenant 
ainsi tout entière dans la première zone, nous obtenons pour les orfdes un 
numérotage apparent a'b'c', celui-même que nous trouverions en négligeant 
le volume des ions, et en les considérant comme des charges + e ponctuelles. 
U* hypothèse des électrons libres consiste en ceci, qu'on admet pour l'énergie 
des ondes une expression 

(6) ' E = P Û+ — .(a^+^+c"-) 

comme pour des électrons libres dans une enceinte à potentiel moyen P . 
Il s'agit ici d'un problème analogue à celui du numérotage des orbites 
externes, où l'on distingue le nombre vrai de quanta n et le nombre appa- 
rent n* qui figure dans la formule de Rydberg pour l'énergie. Dans la 
formule (6), la masse apparente m* peut différer beaucoup de la masse 
vraie m„ des électrons. 



OPTIQUE. — Les variations des intensités relatives dans le spectre de résonance 
du sélénium. Note (') de M. Louis ]\atansox. 

Les intensités relatives des raies dont l'émission accompagne les transi- 
tions des atomes ou des molécules à partir d'un même état initial d'excita- 
tion dans divers états inférieurs, dépendent des probabilités de chacune de 
ces transitions. Il a été généralement admis que ces probabilités sont cons- 
tantes pour un état initial donné. Des faits ont cependant été observés qui 
ne confirment point cette manière de voir ( 2 ). 

Nous avons mesuré les intensités des raies dans une série de résonance 

des molécules Se 2 excitées par la raie 4o47 A du Hg. Nous photographions 
le spectre : 

( J )- Séance du 4 août ig3o. 

( 2 ) C, J. Christensen et G. K. Rollkfson, Phys. Rev., :>.'• série, 34, 1929, p. n5-. — 
P. Swings, Comptes rendus, 190, 1980, p. g65; Z. f. Phys., 61, 1980, p. 681. 



SÉANCE DU il AOUT 1930. % 2g5 

A. A une pression de vapeur du Se de f\ mm de Hg ; 

B. A une pression de 35 mm de Hg; 

C. A une pression de 35 mm de Hg, le faisceau excitateur étant déplacé de 
façon que la lumière de fluorescence traverse une couche de vapeur plus 
épaisse que dans B avant d'arriver à la fente du spectrographe. 

La température a été de 6oo° C. dans tous les cas. Nous avons calculé les 
intensités en comparant, à l'aide d'un microphotomètre-enregistreur, les 
trois spectres, auxquels nous venons de faire allusion, aux spectres-étalons 
d'une lampe à incandescence. Le tableau ci-dessous contient les résultats 
obtenus. Convenons d'appeler gauche et droite les composantes d'un 
doublet placées respectivement du côté des ondes courtes et du côté 
des ondes longues du spectre. Par I A , I ç et I c nous désignons les intensités 
dans les trois cas énumérés, en admettant pour unité de l'intensité celle de 
la composante gauche du troisième terme positif. 

Ia. Ib- le. 



» • 


d. 


- 


0,49 


1 , 24 


1 , o3 


1 , 00 


i,56 


° 5 97 


r , 20 


o,38 


0,59 


o,4i 


0, 5o 



g- 


d. 


- 


0,98 


i,8 7 


1 , 10 


1 ,00' 


1 , 33 


, 70 


j ,o3 


o,38 


o,53 


o,48 


0,60 



Terme. g. d. 

!•••• - o,79. 

2 . . . . 1,00 o , g3 

3. . . . 1 ,00 . 1 ,07 

h o,34 0,39 

8. . . ■. 0,26 o,3o 

9 . . . . 0,17 0,18' 

Il nous a été impossible de calculer les intensités des autres termes à cause 
de la proximité soit des raies du Hg, soit des termes d'autres séries de réso- 
nance. Dans tous les doublets, l'intensité de la composante droite rapportée 
à celle de la composante gauche augmente avec la pression, bien que dans 
certains cas l'absorption de la vapeur tende à la diminuer. Le second terme 
présente la seule exception probablement à cause de l'absorption particuliè- 
rement forte de la composante droite dans ce doublet. En général le phéno- 
mène est beaucoup moins manifeste que celui tout à fait analogue, qui a été 
observé par M. Swings dans le spectre du soufre ( 2 ). En comparant les 
termes de vibration l'un à l'autre on trouve aussi des variations des inten- 
sités relatives parmi lesquelles certaines ne s'expliquent non plus par l'ab- 
sorption. Ces résultats semblent bien indiquer que les probabilités des 
transitions aussi bien entre les niveaux de rotation qu'entre ceux de vibration 
sont sujettes à des variations et dépendent de la pression, elles dépendent 
par. conséquent de ce qui se passe dans le voisinage d'une molécule donnée. 
Notons que dans le cas que nous avons étudié ici, la grande majorité des 



296 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

molécules ne subit probablement pas de chocs entre l'acte de l'absorption et 
celui de l'émission puisque les bandés entourant les doublets de résonance 
sont extrêmement faibles. On sait en effet que le spectre de résonance dégé- 
nère en spectre de bandes lorsque les chocs deviennent suffisamment 
fréquents. 

Les données des colonnes I B et I c du tableau ci-dessus nous permettent 
encore d'entrevoir de quelle manière les états de vibration sont distribués 
parmi les molécules de la vapeur. Nous pouvons admettre que la quan- 
tité -~ — - varie dans le même sens que la concentration des molécules 

capables d'absorber une raie. Cette expression ayant été calculée pour 
toutes les raies, nous avons trouvé que le nombre des molécules portées dans 
un état de vibration augmente avec le nombre quantique de cet état jusqu'à 
une valeur maxima et diminue ensuite. La distribution des états de vibration 
parmi les molécules présente donc une certaine analogie avec celle des 
vitesses de l'agitation thermique. 



CHIMIE MINÉRALE. — La réaction des dérivés magnésiens sur les sulfo- 
chlorures. Note(') de M. René Truchet, présentée par M. C. Matignon. 

En collaboration avec M. Bourguel ( 2 ), j'ai montré récemment que, dans 
l'action des arylsulfochlorures sur les dérivés sodés acétyléniques, le Cl et 
le Na s'échangent en donnant un dérivé acétylénique chloré et du sulfate 
de sodium. Le groupement MgBr des magnésiens acétyléniques jouant le 
même rôle que le sodium des dérivés sodés, la même réaction devait se pro- 
duire en remplaçant ceux-ci par ceux-là : 

ArS0 2 Cl -h OH 5 — C == CMgX-> ArSO'MgX + C 6 PFC = CCI. 

L'expérience ayant confirmé cette hypothèse, j'ai été amené à reprendre 
l'étude de la réaction des sulfo-chlorures sur les magnésiens en général. 
Wedekind et Schenk ( 3 ), Hepworth et Clapham ( 4 ) avaient déjà étudié la 
question, et n'avaient signalé que la formation d^e petites quantités de sul- 

(*) Séance du 16 juillet 1930. 
( 2 ) Comptes rendus, 190, 1980, p. 753. 
(*) D. Ch. Ges. , 5fr, 1921, p. 1604. 
( 4 ) Chem. Soc, 119, 1921, p. 1188. 



SÉANCE DU II AOUT IO,3o. 297 

f lires, de sulfoxydes et parfois de sulfones (rendement total inférieur à 10 
pour 100 dans le cas des magnésiens de la série grasse). 

Par analogie avec les résultats précédents, je pensais obtenir des dérivés 
chlorés et des acides sulfiniques, puis, par une réaction secondaire sur 
laquelle je reviendrai plus loin, un peu de sulfures et de sulfoxydes : la réac- 
tion principale étant . . . 

ArS0 2 Cl -h RMgX = ArSOMgX + RC1. 

Mes recherches étaient déjà commencées quand j'ai eu connaissance d'un 
Mémoire tout récent de Gilmann et Fothergill ( 1 ), dans lequel ces auteurs 
étudient la question et où ils indiquent la réaction précédente. 

Mes résultats confirment les leurs dans les parties communes et ils les 
complètent sur quelques points. 

Avec les magnésiens acétyléniques, la réaction est lente, et ne donne lieu 
qu'à un faible dégagement de chaleur. On obtient les dérivés acétyléniques 
chlorés avec des rendements qui varient de 35 à 4o pour 100 : 

C 8 H 5 C = CMgBr et C 6 H 5 S0 2 C1 : 3 7 pour 100 (Gilmann et Fothergill 
indiquent 2 pour 100) •, 

C 6 H 5 C = CMgBr et CH 3 C 6 H 4 S0 2 C1 : 4<> pour 100; 

C 5 H M G.= CMgBr et C 6 H S S0 2 CI : 35 pour 100. 

Il se forme simultanément des acides sulfiniques, mais en proportion 
nettement inférieure (25 pour 100 en moyenne). 

Les acides sulfiniques ont été isolés au moyen du précipité qu'ils donnent 
avec une solution concentrée de chlorure ferrique, et caractérisés ensuite 
par leurs points de fusion et par le point de fusion du mélange avec de l'acide 
pur préparé directement. 

Avec le bromure d'éthylemagnésium, la réaction est vive quand on verse 
le magnésien dans le sulfochlorure. Chaque goutte qui tombe produit le 
bruit d'un fer rouge plongé dans l'eau ; cependant l'éther ne s'échauffe que 
lentement. 

Le chlorure d'éthyle qui se dégage est arrêté au moyen d'un mélange 
réfrigérant de glace et de sel ; il est obtenu mélangé d'éther ; il commence à 
bouillir à i5° et donne la flamme verte au fil de cuivre. Par passage sur de 
la chaux vive, portée au rouge et après décomposition par l'eau, on obtient 
un sel halogène de calcium qui exige gi cm3 ,6 de N0 3 AgN/io pour préci- 

( 1 ) Am. chem. Soc, 5t. 1929, p. 3o5i. 



298 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

piter complètement. Le précipité obtenu pèse i s , 309, calcule pour AgCl : 
i s , 3 14; calculé pour AgBr : i s , 795. 

La recherche du brome sur ce précipité n'a donné aucun résultat,; la 
recherche du chlore par le chlorure de chromyle et par la transformation 
en hypochlorite a été positive. 

L'acide sulfinique correspondant au sulfochlorure employé a toujours été 
isolé en quantité importante (32 pour 100 avec le benzène sulfochlorure). 
Le chlorure d'éthyle n'a pu être dosé parce que mélangé d'éther. 

En plus de ces produits de la réaction principale, j'ai retrouvé les résul- 
tats de Wedekind et Schenk et de Nepworth et Clapham : formation 
d'une petite quantité de sulfure C 6 H 5 — S — C 2 H B et de sulfoxyde 
C«H 5 -SO-C 2 H 5 . 

Avec l'iodure de méthyle magnésium, lés résultats sont analogues : for- 
mation d'acide sulfinique, de chlorure de méthyle (retenu dans un mélange 
de neige carbonique et d'acétone) et d'un peu de sulfure C C H 8 — S — C 2 H 3 . 

Je n'ai trouvé de sulfone ni dans l'un, ni dans l'autre cas. Il semble que 
les sulfones signalées par Gilmann avec C 6 H 5 MgBr et CH 3 C°H 4 MgBr 
ne se forment qu'avec les magnésiens aromatiques. Ce résultat est à rappro- 
cher de celui obtenu par Gilmânp et ses élèves dans l'action des paratoluène- 
sulfonates sur les magnésiens ( 1 ). 

La présence d'une petite quantité de sulfoxyde n'a pas été expliquée 
d'une manière satisfaisante. On a parlé de réduction de sulfone par un excès 
de magnésien; mais l'expérience directe montre qu'il n'y a pas réaction. 
J'ai pensé qu'il pouvait y avoir réaction entre le sulfinate qui prend nais- 
sance et l'organomagnésien : 

R 
ArSO-OMgX + RMgX -> Ar-S<^°^* -> Ar-SO-R-+- MgO, MgX'-. 

Pour vérifier cette hypothèse, j'ai fait réagir 22 g de C 2 H 5 MgBr (2 mo1 ) 
sur i4 s de C°H 5 S0 2 H (i mo1 ). Après avoir chauffé pendant 3 heures et 
d'écomposé par l'eau suivant la méthode ordinaire, j'ai chassé Féther et 
entraîné par la vapeur d'eau. Le produit de l'entraînement séché, m'a 
donné 5 5 d'un mélange de sulfure C 6 H 5 SC 2 H 5 (éb. io3° sous i4 mm ) et de 
sulfoxyde C 6 H 5 SOC 2 H 5 (éb. i48°sous i4 mm ). 



( ') Am. chem. Soc. y 45, 1923, p. 83g, et 47, 1926. p. 2047. 



SÉANCE DU II AOUT I93o. 299 

La petite; quantité de sulfure qui s'est formée provient de l'action du 
magnésien sur le sulfoxyde ( ' ).. 

Enfin j'ai retrouvé dans les eaux de lavage alcalines 8 S d'acide sulfi- 
nique. 

En résumé, pour expliquer l'action des magnésiens sur les sulfochlorures 
aromatiques, il n'est pas nécessaire de faire intervenir l'hexavalence du 
soufre. Il se produit d'abord une réaction analogue à une double décompo- 
sition, puis intervient une réaction secondaire d'un type bien connu : réac- 
tion d'un magnésien sur une double liaison S = O. 



CHIMIE ORGANIQUE. — Sur la formation de peroxydes dans Voxydation 
directe des hydrocarbures par l'air. Note ( 2 ) de MM. P. Mondain-Monval 
et B. Quanquin, transmise par M. Henry Le Chatelier. 

Nous avons exposé dans une précédente Note( 3 ) les résultats obtenus 
dans l'oxydation directe des hydrocarbures par l'air à une température 
voisine de 3oo°. Faisant passer dans un tube de verre chauffé à cette 
température un mélange d'air et de vapeurs d'hydrocarbures (pentane, 
hexane, octane, essences commerciales pour automobiles) nous constations 
corrélativement à une notable poussée de température accompagnée d'une 
luminescence bleuâtre, la formation d'aldéhydes et d'anhydride carbonique, 
l'apparition de fumées blanches épaisses et la condensation, à côté d'hydro- 
carbure non oxydé, d'une grosse goutte huileuse de couleur jaunâtre. Nous 
nous sommes attachés à l'étude de cette substance huileuse et ce sont les 
résultats obtenus que nous présentons aujourd'hui, résultats qui mettent 
indiscutablement en évidence la formation de peroxydes organiques de 
nature particulière. 

Cette substance, légèrement acide, soluble dans Teau et l'alcool, insoluble dans les 
hydrocarbures, a été rectifiée sous vide au bain-marie. Elle possède comme le produit 
rectifié des propriétés oxydantes et des propriétés spéciales remarquables. 



( a ) Grignard, Comptes rendus, 150, 1910, p. 1177. — Hepworïh et Clapham, Chem. 
Soc, 119, 1921, p. 1188. 

( 2 ) Séance du 4 août 1980. 

( 3 ) Mondain-Monval et Quanquin, Comptes rendus , 189, 1929, p. 917, elBulletinde 
la Société industrielle de Mulhouse, 96, 1980, p. a65. 



3oo ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Propriétés oxydantes. — L'action de la substance huileuse sur l'iodure de potas- 
sium en cristaux ou en solution aqueuse concentrée, avec ou sans addition d'acide, 
est des plus vives. On voit immédiatement se développer une forte coloration brune 
due à la mise en liberté de l'iode. En même temps, la masse s'échauffe sensiblement 
et la réaction prend en quelques secondes une allure si violente que le liquide peut 
être projeté hors du tube à essai. En même temps, il se dégage un gaz combustible 
formé en majeure partie d'hydrogène. 

Une goutte de la substance ajoutée à une solution acétique de bichromate de potas- 
sium en présence d'éther donne très nettement la coloration bleue de l'acide perchro- 
mique. La même substance oxyde instantanément une solution de chlorure titaneux, 
dont la couleur passe du violet à l'orangé. Ajoutée enfin, après neutralisation par la 
soude, à une solution aqueuse d'hydroquinone, une petite quantité de liquide huileux 
donne lieu à une coloration brune et à un dépôt de quinhydrone. 

Ces réactions d'oxydation ont toujours lieu avec une telle netteté et parfois même 
une telle violence qu'on ne peut douter de la présence dans la substance huileuse d'un 
corps possédant une fonction peroxyde. 

Propriétés particulières. — Si l'on ajoute de la soude ou de la potasse caustique 
normale à une petite quantité de produit huileux, une vive réaction s'amorce avec 
forte élévation de température. Le liquide est le siège d'une très vive effervescence et 
il se dégage un gaz combustible. Si l'on emploie une solution de soude concentrée, la 
réaction prend presque une allure explosive. Le gaz combustible a été recueilli et 
soumis à une combustion sur l'oxyde de cuivre au rouge. 11 est constitué principale- 
ment par de l'hydrogène souillé- de petites quantités d'hydrocarbures gazeux. On cons- 
tate en outre la présence de formiate de sodium et d'alcool méthylique dans la solu- 
tion. 

Lorsque l'on chauffe doucement la substance huileuse, il se produit vers 200 un 
dégagement gazeux qui s'emballe aussitôt et peut même se terminer par une petite 
explosion. Cette décomposition est exothermique comme nous avons pu le constater 
directement en utilisant comme calorimètre mn petit bloc de cuivre chauffé à 2/40 , 
dans lequel on projette la substance huileuse. Cette décomposition exothermique est 
en outre accompagnée de trois phénomènes qui éclairent de façon singulière les expé- 
riences que nous avons effectuées antérieurement à la pression atmosphérique et sous 
pression : i° luminescence bleuâtre, sorte de flamme froide que nous avons pu observer, 
même en atmosphère d'azote ; 2 production d'une quantité importante d'aldéhydes, 
en particulier de formol ; 3° formation de fumées blanches. 

La décomposition par la chaleur de la substance huileuse nous a amenés à abaisser 
la température de notre tube d'oxydation pour la préparation de cette substance. En 
nous maintenant à quelques degrés au-dessous de l'apparition des fumées, nous avons 
considérablement augmenté le rendement de la préparation, jusqu'à obtenir à partir 
de jo s d'hexane 20 à 25 cm3 de la substance huileuse. 

L'instabilité de la substance huileuse se manifeste déjà à la température ordinaire. 
Abandonnée à elle-même, elle se décompose lentement avec un très léger dégagement 
gazeux qui s'accélère au contact des matières poreuses. Sa richesse en aldéhydes 
augmente, en même temps que ses propriétés oxydantes deviennent de moins en moins 
intenses. 



SÉANCE DU II AOUT lO,3o. 3oi 

Ces propriétés assurément remarquables de la substance huileuse , 
laquelle agit tantôt comme oxydant tantôt comme réducteur, la désignent 
nettement comme appartenant à cette catégorie de peroxydes dont le mono- 
méthylhydroperoxyde CH 3 — O — O — H est le terme le plus simple et 
vient d'être étudié à nouveau par Rieche et Hitz( 1 ); ce peroxyde étant 
préparé par ces auteurs d'une façon tout à fait différente, en faisant réagir 
l'eau oxygénée sur le diméthylsulfate en présence de potasse. Les propriétés 
particulières de ce peroxyde se confondent d'une façon remarquable avec 
celles de notre substance huileuse, entre autres Faction sur les alcalis avec 
dégagement d'hydrogène et formation de formiate et d'alcool et la décom- 
position exothermique par la chaleur avec formation de formol, phénomènes 
pour lesquels ces auteurs proposent différents mécanismes de réaction. Il est 
bien évident que dans lecas de notre substance huileuse, nous avons affaire 
à un mélange de plusieurs peroxydes analogues, mais les résultats obtenus 
nous révèlent an moins l'existence du monométhyl et du monoéthylhydro- 
peroxyde. 

La formation de ces alkylhydroperoxydes au cours de l'oxydation par 
l'air des vapeurs d'hydrocarbures (et ainsi que nous le montrerons ultérieu- 
rement de beaucoup d'autres matières organiques) puis leur décomposition 
exothermique à température plus élevée explique très aisément l'inflamma- 
tion spontanée des mélanges détonants et les phénomènes d'explosion sans 
flamme que nous avons signalés précédemment, soit à la pression atmo- 
sphérique, soit sous pression au cours d'un chauffage progressif. Elles appor- 
tent également un appui expérimental sérieux aux théories du « choc » et 
des antidétonants dans les moteurs, en particulier à celle où M. Dumanois 
impute à la décomposition explosive de peroxydes hypothétiques la détona- 
tion de la phase gazeuse, à la manière du fulminate de mercure suivant sa 
propre comparaison. 

(!) A. Rieghg et F. Hitz, Ber. der deutsch. chem. Ges., 62, 1929. p. 2460. 



C.H., T<po. 2? Semestre.. (T. 191, N" 6 ) 23 



302 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



BOTANIQUE. — Les premières phases du développement du gamélophyte chez 
Lophocolea cuspidata Limpr. etchez Chiloscyphus polyanthus (L.) Corda. 
Note ( ' ) de M. G. Chalaud, transmise par M. Molliard. 

Les deux espèces étudiées ont été ensemencées sur milieu Marchai (ou 
sur Marchai modifié par Kilian), ta la fois dans des fioles de Roux et dans 
des boîtes de Pétri. Les premières contenaient le milieu nutritif solidifié par 
addition de gélose ; ensemencées le i er mars 1929, elles n'ont pas été ouvertes 
depuis cette date, sauf pour être arrosées à l'aide d'eau distillée. Les boîtes 
de Pétri étaient garnies d'une épaisse couche de rondelles de papier filtre; 
j'en ai ensemencé un grand nombre (environ 10 boîtes pour chaque espèce) 
le 2 mars 1929, puis le 7 mars 1930; ce sont elles qui m'ont fourni le 
matériel d'études; stérilisées comme les fioles de Roux, elles peuvent con- 
server les cultures pendant 5 à 6 mois, jusqu'à un stade où la forme adulte 
est atteinte; en les sacrifiant l'une après l'autre, on peut facilement éche- 
lonner ses études. On obtient des préparations fixées en enlevant, en môme 
temps que les jeunes protonémas, le fragment de papier filtre auquel ils 
adhèrent de bonne heure et en le portant successivement dans le fixateur, 
le bain de lavage, le bain de mordançage, le ou les colorants, etc., jusqu'au 
xylol. Il suffit à ce moment, sous la loupe binoculaire, de faire glisser les 
filaments protonémiques dans la goutte de baume pour obtenir des prépa- 
rations définitives. Ce procédé est indispensable pour étudier notamment 
les noyaux du protonéma, sur lesquels il n'existe jusqu'à présent, à ma 
connaissance, aucun travail. 

Les résultats que j'ai obtenus par cette méthode nouvelle sont consignés 
dans «une étude qui paraîtra aux Annales Bryologici de la Haye (1981), ils 
peuvent être résumés de la façon suivante : 

i° Quand le filament protonémique est simple, la croissance est termi- 
nale; elle a lieu suivant un mode décrit chez diverses Algues (Sphacelaria, 
Stypocaulon, ...). 

2 II existe un accroissement intercalaire et il n'est pas rare de voir une 
cellule du filament se diviser et même-donner naissance à une branche fille, 
véritable ramification du protonéma. 

3° Par suite d'un changement dans l'orientation du fuseau, la cellule de 

(*) Séance du 4 août 1980. 



SÉANCE DU II AOUT IO,3o. 3o3 

base du filament (restée enfermée dans l'éxospore) peut donner naissance à 
un nouveau filament. 

4° Contrairement à l'opinion actuellement classique, la même spore 
peut donner plusieurs tiges. Je n'ai pu observer ce fait que très incomplète- 
ment chez Lophocoka, mais il était courant dans une de mes cultures de 
Chiloscyphus . 

5° La cellule terminale du filament protonémique se cloisonne parfois 
sur deux faces, avant de se transformer en une cellule initiale à trois faces, 
fonctionnant à l'intérieur du massif de tissus méristématiques d'où émerge 
la jeune tige. Mais il n'y a pas nécessairement passage à l'initiale à trois 
faces par l'intermédiaire d'une initiale à deux faces-, le -plus souvent l'initiale 
à trois faces se découpe dans un massif pluricellulaire d'abord indifférencié. 

6° Dans les tiges très jeunes, il est facile d'observer directement le point 
végétatif, par suite de l'absence de bourgeon terminal; on peut ainsi réta- 
blir l'ordre de succession des derniers segments et se rendre compte de la 
manière dont est construite la jeune tige. 

7° Il n'y a pas de véritable dichotomie chez ces deux Hépatiques; les 
rameaux terminaux se forment aux dépens d'un demi-segment, ainsi que 
l'avait décrit Leitgeb. 

8° En dehors des ramifications terminales, il existe, chez Lophocolea, des 
rameaux adventifs naissant des cellules superficielles de la tige ou des cel- 
lules de la feuille (rameaux épiphylles). 

La deuxième partie renferme la première étude cytologique sur le proto- 
néma; les noyaux ont été étudiés à l'aide du Bouin ou du Morel-Dalous; le 
vacuome à l'aide du rouge-neutre, les oléocorps à faide du Flemming; 
l'observation directe et le Regaud ont servi à étudier le plastidome et le 
chondriome. 

i° La spore et les premières cellules qui en sont issues contiennent un 
cytoplasme dense, en quantité importante; celui-ci est réduit à une couche 
mince, disposée le long des parois dans les protonémas développés; puis le 
cytoplasme redevient dense et opaque dans les points végétatifs qui se 
forment à l'extrémité ou sur les côtés du filament protonémique. 

2° Les noyaux présentent l'organisation typique des noyaux de* la plante 
adulte dont ils diffèrent seulement par leurs dimensions réduites (dans les 
milieux expérimentés). 

3° Les rhizoïdes apparaissent à des moments très différents, même dans 
des cultures sur milieu identique, soumis aux mêmes conditions de tempe- 



3o4 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

rature, de lumière et d'humidité. Le noyau est le plus souvent engagé dans 
le rhizoïde; aux stades jeunes, les rhizoïdes renferment des plastes; ceux-ci 
disparaissent progressivement, après s'être étirés et aplatis en forme de 
lentilles biconvexes; en même temps, les rhizoïdes sont envahis par une 
énorme vacuole. 

4° Il existe un vacuome dans toutes les cellules; quand il se forme une 
ramification ou quand une cellule se divise, les vacuoles sont réparties en 
parts à peu près égales entre les deux cellules-filles; filamenteuses dans la 
spore et les premières cellules qui en dérivent, les vacuoles sont volumineuses 
dans le protonéma développé et redeviennent filamenteuses dans les méris- 
tèmes des jeunes points végétatifs. 

5° Le plastidome existe dans la spore au moment où elle est libérée de sa 
capsule; on retrouve* les plastes dans les premières cellules du filament et à 
toutes les phases de son existence; dans les points végétatifs qui se consti- 
tuent, l'initiale renferme également des plastes. 

6° La cellule initiale des jeunes gamétophytes renferme de même de fines 
gouttelettes sphériques qui ne sont certainement pas sans rapport avec les 
oléocorps des tiges adultes (ergastome différencié de P. Gavaudan). 

7° Il m'a été impossible d'observer les éléments du chondriome dans la 
spore mûre, malgré de bonnes préparations au Regaud et une surcoloration 
à l'hématoxyline; les cellules protonémiques renferment des mitochondries 
nombreuses et de petite taille; la cellule terminale contient à la fois des 
mitochondries et des chondriocontes. 



La séance est levée à i5 h i5 m . 

A.Lx. 



ACADEMIE DES SCIENCES 

SÉANCE DU LUNDI iS AOUT 1950. 

PRÉSIDENCE DE M. Guillaume BIGOURDAN. 



MEMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 



ASTRONOMIE. — Les observations de Méchain et de Saron. Les. coordonnées 
de V Observatoire de Colombes. Note ( ' ) de M. G. Bigoukdan. ". 

Méchain. — Les observations de Méchain, à la rue Vieille-du-Temple, 
s'étendent de 1778 à 1783. Ce sont des éclipses de soleil, de lune et de satel- 
lites de Jupiter, — des occultations par la lune, — des oppositions, comme 
celle de Saturne en avril-mai 1778, accompagnées de déterminations diffé- 
rentielles d'étoiles au méridien avec un quadrant. De 1778 à 1780 il y joint 
des mesures micrométriques de taches solaires, connues uniquement par un 
mémoire de Lalande (Mém. Acad., 1776, p. 49^ et 1780, p. 393-424) qui 
en rapporte quelques-unes. D'ailleurs dans la même période il observe quel- 
quefois, nous l'avons dit, à l'hôtel de Noailles, rue Saint-Honoré. 

En 1781 il se révèle un heureux concurrent de Messier par la découverte 
de 2 comètes (1 781 1 et 1781 II), et, comme lui, il est le premier à signaler et 
à déterminer un assez grand nombre de nébuleuses, toutes découvertes du 
i4 juin 1779 au 1 5 mars 1781 (voir le Catalogue de Messier, C.desT. de 1784; 
il y a 22 nébuleuses de Méchain). A partir du moment où il habite l'Obser- 
vatoire, il observe régulièrement les comètes et en calcule divers systèmes 
d'éléments avec ses observations, que nous ne connaissons pas. 

En somme, Méchain fut un homme réservé, sinon timide, dès le début de 
sa carrière comme dans la suite, et il ne donne que les détails strictement 
indispensables sur ses instruments et ses observations. Nous croyons que 

(*) Séance du 11 août 1900. 

C. R , 1980, 2° Semestre (T. 191, N° 7 ) 24 



3o6 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

l'observateur doit être plus ouvert, indiquer en. détail' ce qu'il a fait, 
parler largement de ses observations, de ses instruments et de leur instal- 
lation, employer le premier des résultats s'il y a lieu et enfin ouvrir aux 
yeux de tous ses registres d'observations. En cela nous préférons de 
beaucoup l'exemple de son collègue Delambre. D'ailleurs Méchain passait 
à bon droit pour un observateur infatigable et un des plus habiles calcu- 
lateurs. 

Saron. — Lors de la vente des instruments de Saron, en 1795, Perny, 
directeur temporaire de l'Observatoire, les demanda; de son côté le 
Bureau des Longitudes sollicita l'achat de la grande lunette et du prin- 
cipal chronomètre auprès du Comité d'instruction ; Lakanal écrit que l'au- 
torisation est accordée, mais on lit au procès-verbal de la séance du Bureau 
du 17 fructidor (3 septembre) : « La belle lunette de Saron, célèbre parmi 
les astronomes, et son chronomètre d'Emery, ont été vendus 72 et 70 mille 
livres [assignats]-, la lettre du Comité est arrivée trop tard. La Commis- 
sion des Arts a fait acheter la Machine à diviser. » Cette machine, qui avait 
été remise en état par Lenoir en 1791, est aujourd'hui au Conservatoire 
des Arts et Métiers. La lunette fut revendue dans la suite, car le 
20 octobre j8o9 on dit qu'elle a été acquise par Moscati. 

Observations. — Les observations de Saron ne sont pas nombreuses, mais 
lui-même en a publié seulement une partie; le reste se trouve dans des mé- 
moires de ses confrères et surtout de Messier. 

Les plus anciennes paraissent être 6 observations d'éclipsés des satellites 
de Jupiter en 1 761-1762; il les fît rue du Cloître Notre-Dame, avec le grand 
télescope de Le Monnier, de 6 pieds de long, qu'il voulait comparer à un de 
ses instruments; elles se trouvent dans la C. des T. de 1809, p. 345, 35o et 
35 1. En 1770, Duséjour observa aussi une -éclipse du 3 e satellite de Jupiter- 
dans la rue du Bac, mais Messier, qui la rapporte dans la C. des T. de l'an IX, 
p. 4^8, ne dit point que ce fut dans la maison de Saron. 

En 1769, il observa le passage de Vénus à son château de Saron et c'est 
Le Monnier qui la publia (Mém., 1770, p. 232). En 1774 il observe avec 
Borda et Duséjour, rue de l'Université; c'est Duséjour qui publie l'obser- 
vation (iWm., 1774, p- 19) '• Saron employait un télescope de 1 pied de 
foyer mené par un mouvement d'horlogerie, probablement notre n° 1 1 ; 
Borda une lunette achromatique à 3 verres de 21 lignes d'ouverture et 
16 pouces de foyer; Duséjour enfin une lunette achromatique de Dollond à 
3 verres et de 10 lignes et demie d'ouverture. 

Dans l'automne de 1778 Messier séjourne à Saron d'octobre 18 à décem- 



SÉANCE DU ï8 AOUT igSo. 307 

bre 7 et y fait un petit nombre d'observations, '-le ciel ayant été défavorable, 
tandis que Saron lui-même observe, le 29 septembre, l'occultation de 
v Scorpion; le 5 juillet précédent il avait observé l'occultation de la même 
étoile à la rue de l'Université : ces observations paraissent être ses dernières. 
Coordonnées. — D'après Courtanvaux (Mém. Acad. , 1765, p. 476) son 
observatoire se trouve : 

(6r39 m ,5) = 3i5o T =:3'.i9''=:<o s J r O et ( 9694" 1 . 5 } r~ .49-4''' = 5 '. 1 3% S -'N . 

La Connaissance des Temps de i775(qui se répète de même dans les années 
suivantes) donne : A-Ç_= o m . 2o s ,30 -, 9 — H- 48°. 55'. 28" ou A<p"=+;5'. i4'\ 

A cette position j'ai cherché sur place cet observatoire mais je n'en ai 
pas trouvé trace. Comme vérification je suis parti du clocher de Colombes, 
déterminé dans la triangulation des Ingénieurs-Géographes de 1824 (Mém. 
du Dépôt de la G., 6, i re partie, p. 567 et d'où le Service Géographique a 
bien voulu déduire ces coordonnées : 6i48 m O et 9687 N). L'observatoire de 
Colombes était donc bien au voisinage du clocher actuel, où je l'ai cherché 
en vain : on peut le considérer comme absolument détruit. 

Nous sommes au terme du voyage entrepris parmi les observatoires pari- 
siens qui, au xvm e siècle, ont contribué à l'avancement de la science et à la 
gloire de Paris, alors que l'Observatoire royal perdait peu à peu de son 
auréole primitive. 

La violente tempête qui survint ensuite, balaya tout ou presque, et après 
la disparition de l'observatoire de l'Hôtel de Ciuny, on ne peut guère citer 
que le Belvédère Flécheux à Montmartre, dont nous dirons un mot, quoi- 
qu'il n'ait pas produit de travaux bien utiles. Nous en tenant toujours à 
Paris, nous dirons aussi ce que nous savons de l'Observatoire établi à 
l'École des Ponts-et-Chaussées, à l'École Polytechnique, à Asnières par 
Prony, etc. 

La renaissance a été bien lente, car on n'en voit pas de trace dans la 
première moitié du xix e siècle. Vers i85o paraissent un instant l'installation 
modeste, mais très fructueuse, de Goldschmidt et l'Institut Technomatiqûe 
de Porro, dont nous parlerons aussi. 

Maintenant, c'est surtout au loin que se trouvent les observatoires plus ou 
moins privés qui se sont établis à une époque récente -, ils fonctionnent encore 
et ne nous concernent pas*, nous donnerons cependant les coordonnées de 
diverses installations astronomiques parisiennes qui promettent beaucoup : 
la Sorbonne, la Société astronomique de France, etc.; espérons en elles. 



3o8 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

La rafale de la fin du xviu e siècle, avons-nous dit, balaya presque tout ; il 
faut dire aussi que les progrès de l'Astronomie et la puissance croissante des 
instruments, avaient chassé le temps où Ton pouvait se rendre véritable- 
ment utile dans un modeste observatoire formé d'une petite pièce stable 
ayant vue au midi. Divers des observatoires que nous avons passés en revue 
successivement devaient donc disparaître comme d'eux-mêmes; et il faut 
aujourd'hui consacrer à ceux qui les remplacent des moyens plus coûteux. 

En astronomie, faut-il donc renoncer aux observations sans y affecter des 
sommes très considérables? Je ne le crois pas pour bien des raisons, parmi 
lesquelles on peut citer les suivantes : 

i° Y. Villarceau a montré qu'avec un instrument méridien portatif ', bien 
étudié et bien manié, on peut faire d'excellents travaux : heure, longitudes, 
latitudes, étoiles fondamentales, ... ; 

2° En ce moment même de trop rares observatoires obtiennent les meil- 
leures mesures différentielles, et particulièrement des parallaxes stellaires, 
avec des héliomètres de o m , 20 d'ouverture; 

3° Avec une lunette de même force ou à peu près on peut observer beau- 
coup d'occultations d'étoiles par la Lune, donnant d'excellents lieux 
lunaires — observer les éclipses des satellites de Jupiter, trop négligées, etc. ; 
et ces observations se recommandent d'autant mieux que partout on peut 
avoir l'heure la plus exacte en observant les signaux horaires de T. S. F. ; 

4° Un équatorial photographique, tel que ceux de la carte du ciel, rend 
encore les plus grands services ; 

5° D'ailleurs les nouveaux instruments réflecteurs à grand champ, et où 
le rapport de l'ouverture à la distance focale ne dépasse pas 3 à 4, n'exigent 
pas de coupoles coûteuses et peuvent avoir cependant grande ouverture. 

Mais à ces instruments, comme d'ailleurs aux plus grands, il faut un œil 
attentif et expérimenté ; on doit veiller aux centrages toujours délicats — 
aux influences de tous les changements de température — aux condensa- 
tions — à bien des circonstances enfin. Toutefois le temps des observa- 
toires moyennement coûteux n'est point passé ; c'est à la richesse du jour 
d'y consacrer une très petite partie de sa fortune. 



SÉANCE DU 18 AOUT 1930. 3c>9 



MÉDECINE. — Les protéines du sérum sanguin dans quelques étals anémiques. 
Note de MM. Ch. AchaKd et M. Hamburger. 

On a surtout étudié, dans les anémies, les modifications des éléments 
figurés du sang-, mais les protéines du plasma subissent aussi des altéra- 
tions quantitatives. On sait qu'après la saignée, la réparation des albumines 
se fait avec une certaine lenteur et que leur taux se rétablit moins vite que 
celui des autres principes constituants du plasma. Dans l'anémie perni- 
cieuse, de Wesselow et Bamforth, The blood and plasma volumes in perni- 
cious anémia (Lancet, 26 mai 1928, p. 1066), ont signalé une légère 
diminution des protéines du sang. 

Dans plusieurs cas d'anémies de diverses origines, nous avons aussi cons- 
taté une diminution parfois importante des protéines du sérum. 

Dans cinq cas, nous avons séparé, grâce à l'obligeance de M. Piettre, 
non seulement la serine et la globuline, mais aussi la protéine particulière 
"qu'il désigne sous le nom de myxoprotéine. 

Sérum sanguin pour 1000. 
Globules 
rouges 
par mm 3 . 

I. Alt... (anémie du type per- ( i32oooo 
nicieux, ulcère digestif } 2800000 
probable) f 4 680000 

S 860 000 
1 900 000 
2 980 000 
' V 3 480 000 
III. Fag... (cancer gastrique).. . 1 5ooooo 
I.V. Gloar... (anémie cancéreuse) 1780000 

V. Deval. (anémie pernicieuse, ) „ ^ „ „■ ' ><-,,- 

, ,, . N } 760000 -00,77 28,02 16^00 5,8!) 

autopsie : pas de lésions). ) 

. Dans ces cas le taux normal des protéines du sérum étant de 7a à 85 
pour 1000, il y avait toujours une hypoprotéinémie très prononcée. Létaux 
de la serine, qui normalement est compris entre 45 et 55, était notablement 
abaissé, jusqu'à 22 et 28. La myxoprotéine, normalement entre 7 et 10, 
était basse également. 

Ce qui doit être aussi noté, c'est que, lorsque s'est faite la réparation 




3lO ACADÉMIE DES SCIENCES. 

globulaire, le taux des protéines s'est aussi relevé. Lés deux premiers cas 
sont à cet égard très démonstratifs. Le premier concerne une anémie du 
type pernicieux, mais liée probablement à un ulcère juxta-pylorique : gra- 
duellement les globules rouges montent et les protéines aussi, l'augmenta- 
tion est surtout forte pour la serine et. la myxoprotéine. Dans le second cas, 
il s'agit d'une anémie pernicieuse qui récidivait après une première atteinte 
traitée avec succès par l'opothérapie hépatique. Appliqué de nouveau, ce 
même traitement a produit très vite une amélioration considérable : le 
nombre des globles rouges a monté très rapidement et le taux des pro- 
téines aussi, quoique peut-être avec un peu plus de lenteur. C'est également 
sur la serine et surtout la myxoprotéine qu'a porté l'augmentation. 

Nous avons encore observé l'hy poprotéinémie dans cinq autres cas d'anémie 
où la myxoprotéine n'a pas été recherchée (' ) : 

Globules Sérum pour iooo. 

rouges — - — ^»— — — ■— — - — - 

par mm 3 . Prot. totales. Serine. Globuline. 

VI. Clé... (anémie pernicieuse) .. . 880000 60,10 .87,66 22, 4o 
VII. Mang... (anémie pernicieuse 

traitée par opother) 3720000 78 46,76 3i ,74 

\ III. Schr... (cancer gastrique) 344oooo 53,3g 13,29 4o, IG 

- IX. Jaou... (cancer gastrique) 3620000 65, 06 31,70 33,36 

X. Kac... (néphrose lipoïdique). . 33ooooo 63, 81 18,66 4^,17 

Dans cette série, des deux cas d'anémie pernicieuse, l'un n'avait pas 
encore été traité par l'opothérapie hépatique et l'anémie globulaire était 
très forte, l'hypoprotéinémie très marquée; l'autre avait été traité, l'amé- 
lioration était importante, car les globules, avaient remonté de 1 400000 
à 3720000; or le taux des protéines était alors de 78, c'est-à-dire normal. 
Les trois autres malades n'avaient qu^une anémie modérée; deux étaient 
des cancéreux, un autre avait une néphrose lipoïdique : ce sont des maladies 
dans lesquelles le taux des protéines est le plus souvent abaissé. 

A l'opposé des faits qui précèdent nous citerons un cas de leucémie aiguë 
avec 234ooo globules blancs par millimètre cube et anémie extrême, le 
nombre des globules rouges étant tombé à 620000; or le taux des protéines 
était normal à 81,93 pour 1000, avec 37,40 de serine et 43,63 de globu- 
line. Ce n'est donc pas dans toutes les anémies que les protéines s'abaissent. 

(') Gh. Achard, A. Grigaut et A. Codounis, Les variations pathologiques de la 
pression osmotique des protéines et de la composition protéinique du sérum sanguin 
[Bull, de la Soc. de chimie biolog. h avril 1980, 12, iv, p. 4*7 )< 



SÉANCE DU 18 AOUT 1980. 3ll 

Dans un état inverse de l'anémie globulaire, chez un malade atteint de 
polyglobulie avec cyanose et présentant le syndrome des « cardiaques noirs » 
avec bronchite chronique, le nombre des globules -rouges s'élevait à 
7 900000 et le taux des protéines était normal, à 77,79, avec une propor- 
tion inverse de serine (35, 5o) et de globuline (42,25). 

Enfin, dans un cas d'hémophilie familiale, maladie dans laquelle l'altéra- 
tion sanguine, en dehors des hémorragies, ne consiste guère qu'en un défaut 
de coagulabilité, le sang, très lentement coagulable, contenait 4 100000 glo- 
bules rouges et les protéines du sérum s'élevaient à un chiffre normal, 
77,49 pour 1000, avec 44, 80 de serine, 22,69 4 e globuline et 12 dé myxo- 
protéine. On a remarqué que, dans cette maladie, l'état du sang est relati- 
vement stable et qu'on y observe moins souvent les accidents de choc que 
dans une autre affection hémorragipare, l'hémogénie; on peut se demander 
si cette stabilité n'est pas en rapport avec un taux normal de protéines. 

Le fait le plus intéressant qui se dégage de ces recherches nous paraît 
concerner l'anémie pernicieuse. C'est que, en dehors de toute hémorragie, 
la diminution des globules rouges s'accompagne d'une diminution des pro- 
téines du sérum, et que réciproquement, la régénération des globules sous 
l'influence de l'opothérapie hépatique s'accompagne d'une restauration des 
protéines. Chez le malade de l'observation II, le résultat thérapeutique fut 
particulièrement rapide; nous avons pu disposer d'un extrait hépatique 
injectable sous la peau et il nous a paru que l'introduction parentérale de 
cet extrait, soit sous la peau, soit avec quelques précautions dans les 
veines, est plus active que par la voie digestive. 



CHIMIE MÉDICALE. — Sur quelques constituants du sérum sanguin dans 
le myxœdème. Note de MM. Ch. Achard et I. Ornstein. 

Deutsch a trouvé dans le myxœdème une augmentation des albumines du 
sérum sanguin dont la viscosité était aux limites supérieures de la valeur 
normale. Lindsay et Kottmann ont signalé l'augmentation du fibrino- 
gène ( 1 ). Chez les crétins, Starlinger a noté aussi cette augmentation, avec 
un taux normal de protéines ( 2 ). 

La cholestérine a été trouvée normale ou un peu élevée par C. et M. Parhon 



•(*■) Cités par C Parhon. Traité et endocrinologie, 1, 1923, passim. 
(-) F. Starlinger, Arch.j. klin. Chir., 155, 1929, p. 3o8-323. 



3l2 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

et, chez des jeunes filles atteintes d'insuffisance thyro-ovariennes, Maraïïon 
et Carrasco ont signalé riiypercholestérinémie. 

Bodansay a vu l'azote non protéique s'élever chez les animaux é thyroïdes. 

A ces données sur la composition du sérum dans le myxœdème, nous 
pouvons en ajouter quelques autres, d'après les recherches que nous avons 
pu faire sur 12 malades, grâce à l'obligeance de MM. les D 1S Claude, Crouzon 
et Trenel.Chez la plupart.de ces malades, le métabolisme basai avait été 
recherché et sa valeur était abaissée. 

Les protéines ont été dosées par la méthode de Howe, les lipides par 
celle de Kumagawa, la cholestérine par celle de Grigaut, le sodium par 
celle de Kahane ( ' ), le calcium par celle de Grigaut et Ornstein. 

Nous avons trouvé les protéines à des taux à peu près normaux. Les 
lipides étaient un peu augmentés, mais la cholestérine ne s'élevait guère 
au-dessus de la normale. Le sodium était au taux normal. Mais le calcium 
(valeur normale o, 1 13 pour 1000) était nettement diminué. 

Métabol. Indice Protéines. Lipides Choies- N non 

basai, réfraclom. totales. Serine. Globuline. totaux. térine. nrot. Xa. C;i 

/ - 

I. M. R.,f. deoaans.... -a3 ' 58 76, 4i 43,35 33, 06 8,10 1,-0 0,9.1 3,3 7 0,0. 

II. G. X., h. de ?4 ans, 

nanisme '—34 6o,5 81,27 47,2o 34,o- 10,20 r, 9 3 0,24 3,48 0,1. 

III. M. P., f. de 60 ans... -t 9 . 61 82,99 47,45 35,54 7,80 i,5o 0,20 3,45 0,1. 

IV. G. \., f. de4 9 ans... -8 5 9 79 , 5 9 4 9 ,o5 3o,54 ,3o 1.90 o, 2 5 3,45 o,i< 

V. Z. J., f. de 68 ans, 
nanisme _ 55 5 

VI. M. N., f. de 52 ans, 

nanisme -- - 6i,5 7 4, 3o 43,93 3i,38 9,10 1,60 0.21 3,5i 

VII. D. Z., f. de 55 ans... — 15 60 -5, 07 43,38 31,69 — i,4o o^5 — 

VIII. B. R., f. de 63 ans.. — 14 5 9 7 4,23 . 38, 3 7 " 35,36 — ■_ 

IX. M. B., f. de 22 ans, 

myx. congén., nanisme. —17 67,5 80.59 i~-°9 33, 5o -90 1 -3 

X. P. F., h. de 42 ans, 

myx. congén., nanisme. —n 64,5 81.61 4a. 85 38. 76 11,56 1,80 o o\ — 01 

XI. M. M., f. de 60 ans, ' 

myx. congén., nanisme, -ip 62.5 76 42,9a 33, 08 8,80 1,87 o,3o 3,48 o,n 

XII. D. S., f. de 38 ans.. -21 63 81,27 Al ^ . 33 , 5 9 10,90 1 , 9 3 0,27 3, 5i o\u 

Valeurs moyennes. 6i 76, 35 43. 7 5 34,23 8,10 77^ 7^4 3^45 7~7 



.9° 3 V7 5 -i'-MS 7,3o 1,42 0,20 3,33 



0,0( 

0,01 

0,27 -r- 0,Ol 



o , 29 — O , I ( 



(.') Ernest Kahane, Journ. de Pharm. et de Chim., 9, 1930, p. 425. 



SÉANCE DU 18 AOUT IQ30. 3l3 

ÉLECTRICITÉ. — Transmission radiotéléphonique sur ondes de 17 e11 '. 
de Longueur. Note ( 1 ) de MM. G. Gutton et E. Pierret. 

Les oscillateurs à ondes très courtes que l'un de nous a déjà décrits ( 2 ) et 
avec lesquels M. Beauvais ( 3 ) a obtenu des transmissions radiotélégra- 
phiques, se prêtent particulièrement bien à la transmission radiotélépho- 
nique. La modulation de l'amplitude des oscillations est, en effet, très sim- 
plement obtenue. Il suffit d J intercaler sur le circuit de la plaque le secon- 
daire d'un transformateur téléphonique dont le primaire est sur le circuit 
microphonique. Il n'y a lieu d'utiliser ni lampe modulatrice, ni lampe 
amplificatrice. 

L'appareil comporte donc une seule lampe, modèle T. M. C. Métal, dont 
la tension de plaque est —36 volts, et la tension de grille -+- 280 volts. Le 
courant dans le circuit de grille a une intensité o,o4 ampère. La batterie 
d'accumulateurs fournit à ce circuit une puissance égale à 11,2 watts. 

La petite antenne fixée à la lampe et dont la longueur est de 4 cm est sur 
la ligne focale d'un miroir cylindro-parabolique de distance focale égale 
à f d'onde, soit 2i om ,2. La hauteur du miroir est égale à la longueur d'onde 
17 e111 et l'ouverture a 6o cm de largeur. 

Le récepteur est un récepteur à superréaction (*) à une seule lampe 
montée comme celle du transmetteur. La fréquence de coupure correspond 
à 20 m de longueur d'onde. La lampe réceptrice est, comme la lampe émet- 
trice, sur la ligne focale d'un miroir. En collaboration avec M. le lieutenant 
Lamey, nous avons obtenu une réception radiotéléphonique nette et nor- 
male à 6 km ,8oo entre le champ d'aviation d'Essey-les-Nancy et le plateau 
de Vandœuvre. La réception des signaux télégraphiques, à cette distance 
est facile, mais non beaucoup plus intense que la réception téléphonique. 

Des essais à 1800" 1 donnent une audition très forte et l'on peut supprimer 
le miroir à l'émission. 

Lors de ces essais faits sur un champ d'aviation à peu près uni, les 
appareils n'étaient élevés au-dessus du sol humide que de i m ,20-, le voi- 
sinage de la terre n'affaiblissait pas les signaux comme il arrive pour les 
ondes de quelques mètres de longueur. 

( 1 ) Séance du ri août 1980. 

( 2 ) E. Pierret, Comptes rendus, 186, 1928, p. 1601. 
( :i ) G. Beauvacs, Comptes rendus, 187, 1928, p. 1288. 
( 4 ) 1']. Pieruet, Comptes rendus, 189, 1929, p. 741. 



3l4 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

La réception des ondes très courtes se fait sans aucun trouble parasite. 
Un avion dans le voisinage du récepteur ne produisait pas de gêne par les 
étincelles d'allumage de son moteur. 



CORRESPONDANCE. 



ÉLASTICITÉ. — Remarques sur la ligne élastique d'une pièce chargée de bout. 
Note ( ' ) de M. Edouard Caliandreau. 

I . La pièce est homogène et de section constante. Son extrémité mobile 

sous Faction de la force P agissant à l'origine et suivant la ligne moyenne 

initiale de la pièce prise pour axe des .x, est supposée se déplacer suivant la 

direction de cette ligne. J'admets une libre articulation des extrémités; je ne 

retiens pas l'hypothèse restrictive de la théorie d'Euler d'un angle de flexion 

y" i 

petit. L'équation de flexion : ~~| = — ^ y (^ = h l\ , où l'on suppose 

égal à l'unité, parce qu'il en est toujours très voisin, le facteur du premier 
membre qui tient compte de l'effort tranchant et du raccourcissement a été 
étudié par Halphen ('-) qui a donné les figures d'équilibre de l'élastique 
plane. Je me place ici à un point de vue particulier, en substituant la nota- 
tion de Legertdre à celle de Weierstrass utilisée par Halphen. Une première 
intégrale donne 

où' la constante j correspond au maximum de y. Soient donc y = r cos6 
et ç l'angle sous-tendu dont la tangente vaut y'\ il vient pour un point 
courant et pour un point d'ordonnée nulle, respectivement, 

( '>■ ) y- yi sin-y — :>_ sin- - L < l -- y- = i sin' 2 ■'• , 

l'indice désignant la valeur correspondante de o. Remplaçant y par y cosO 
dans (i), les variables x et 6 s'y séparent, et l'intégration donne les relations 

( 3 ) - ,u ( x — x, ) = — . F ( /.'. h ) + a E ( k, ) + k — a E ; y = y Q cos6 

( J ) Séance du 28 juillet ig3o. . 
("-) Œuvres, 4, p. i3o. 



SÉANCE DU 18 AOUT IO,3o. 3 10 

qui définissent la ligne élastique. cc y désigne le déplacement de l'extrémité 
mobile, F, E, K, E respectivement les intégrales elliptiques et les intégrales 

complètes de première et de deuxième espèce ; k la quantité sin ^ • 

La substitution à x dans (3) de la longueur / de la pièce donne pour 
n demi-ondes 

(4) . .— |m(/. — j; )==2n(K— aE.) 

et la rectification de la ligne -déformée conduit à in i ds = l, qui s'écrit 

(5) - p/=a«K 

d'où l'on tire par comparaison avec (4) la relation entre x a et /.•, 



(6) 



■ x n K — E 



/ K 



2. De la seconde expression (2), en utilisant la relation (5) on tire en 

valeur absolue 

' ■ _ kl 

qui montre que, pour une valeur déterminée de /*:, la flèche j varie en raison 
simplement inverse de n, de sorte que la somme en valeur absolue des flèches 
des n demi-ondes serait égalé à V unique flèche qui se produirait si la ligne élas- 
tique de même k présentait une seule demi-onde; le rapport de la grandeur d'une 
flèche à la longueur simplement voilée de la pièce, c'est-à-dire à la corde d'une 
demi-onde, étant constant. 

Le cas de n = i étant seul retenu, y passe pour k variant de o à 1 
par un maximum d'ailleurs unique, correspondant à la valeur de k 
racine de l'équation K — kK' = o, qui, comme il résulte de l'identité. 

K— 2E = / (K — kK r ) A- sin 2 6 dk, n'est autre que la racine de l'équa- 

° 
tion K — 2E — o, pour laquelle a? vaut/(6). 

3. La théorie d'Euler admet comme figure de la ligne élastique, pour/i= 1 , 
la sinusoïde y =y, sin ;jur, la valeur de la flèche j, résulte de la rectification 

de l'arc de sinusoïde entre les limites de x\o, et /' == / — x qui vaut ici ~- 

r 

Il vient en négligeant les termes supérieurs au deuxième ordre en \l^x\ : 

, 4 (v-l 
y~\ — — ] 



3lf) . ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Dans une semblable hypothèse quant à Tordre de grandeur de (jl 2 jJ = Ir , 
l'équation (5) donne pour n = i : 

Et l'on voit que la flèche réelle y {) est en fait double de la flèche y< de la 
théorie d'Euler, ainsi que l'a pour la première fois établi M. Bertrand de 
Fontviolant ( < ). Même clans l'hy.pothèse de là très petit, on ne peut iden- 
tifier l'équation de la sinusoïde avec celles de la ligne élastique. 

Le rapprochement d'autre part de (5) et (6), la première étant explicitée 
sous les deux formes 

n- L- \n ) P 

conduit aux propositions suivantes : 

Deux forces de bout P et n 2 P susceptibles de provoquer respectivement un 
flambage simple et d'ordre n '{c'est-à-dire avec n demi-ondes) dans deux tiges 
de longueur l, identiques j homogènes, et de section constante , y produisent même 
abaissement x de leur extrémité mobile, et même angle o de flexion à l'ori- 
gine; et la flèche relative à chaque des n demi-ondes vaut en valeur absolue 

l(i (-) partie de la flèche de la tige voilée simplement. 

Une même force de bout P produit même abaissement x .de V extrémité 
mobile et même, angle z> de flexion à V origine dans deux tiges semblables sou- 
mises, V une au flambage simple, l'autre à un flambage d'ordre n, mais de 

longueurs respectives l-)et l; les flèches y ont alors partout même valeur absolue. 



MÉCANIQUE PHYSIQUE. — Influence du corroyage sur les propriétés méca- 
niques de V acier. Note ( 2 ) de MM. Albert Porte vin et Etienne Pbbt'bt, 
transmise par M. Henry Le Chatelier. 

L'influence du corroyage (c'est-à-dire de la déformation à chaud par 
forgeage ou laminage) sur les propriétés mécaniques et ta macrostructure 



.( ' ) Résistance des matériaux (chez Baillère, 1927), 2, p. 225. 
{-) Séance du 4 août ig3o. 



SÉANCE DU 18 AOUT 1980. 3l7 

de l'acier a déjà fait l'objet d'importants travaux ( 1 ) desquels résultent les 
conclusions principales suivantes : 

i° Le travail à chaud crée une hétérotropie mécanique accentuée : la 
striction 2, l'allongement de rupture -A pour 100 et la résilience p sont 
fonction de l'orientation de l'éprouvette par rapport au dessin macrostruc- 
tural, l'écart étant maximum entre les éprouvettes en long- et en travers, 
prélevées parallèlement ou perpendiculairement à l'étirage de forge. 

2 Cet effet dépend de la macrostructure initiale du lingot et de la nature 
du métal; il est plus sensible pour la structure confuse à petites dendrites 
désorientées que pour la structure à grandes dendrites orientées, ou struc- 
ture basaltique, que l'on rencontre à la périphérie du lingot; il est' beaucoup 
plus accentué pour les métaux impurs, souffleux, de qualité médiocre et 
présentant de la ségrégation majeure. 

3° Lorsque le corroyage (réduction de section - par étirage à chaud j 

croît, les propriétés mécaniques 2, A et p vont en diminuant pour les 
éprouvettes prises en travers, et en augmentant pour celles prélevées en long. 

Il résulterait de cette dernière conclusion que, du point de vue des pro- 
priétés en travers, toute augmentation du corroyage et, par suite, tout 
accroissement du format du lingot initial, fût néfaste. 

Ces études avaient été effectuées sur des aciers ordinaires (ou contenant 
très peu d'éléments spéciaux) élaborés par le procédé Martin, acide ou 
basique. Plutôt que de généraliser ces résultats, il nous a paru préférable 
de recommencer les déterminations sur aciers préparés au four électrique 
basique de la catégorie des aciers nickel-chrome industriels (o,3- 
0,4 pour 100 C; 2,5-4,20 pour 100 Ni; 0,8-1, 5 pour 100 Cr); nous avons 
donc examiné l'influence, sur les résiliences en long p L et en travers p T , de 
corroyages par étirage allant de 1 à 5o en partant de-jlingots de section 
carrée de 1 1, 20 et 4o cm àe côté, en n'opérant que sur du métal exempt de 
ségrégation majeure et en multipliant les déterminations numériques de 
manière à éliminer, par la considération de moyennes, les influences acci- 
dentelles ou locales. Toutes les éprouvettes étaient repérées par rapport à 
l'image macrostructurale du métal et toutes les comparaisons étaient faites, 
bien entendu, à égalité d'histoire thermique. 

( J ) G. Charpy. Comptes rendus, 157, 1918, p. 12 et Rev. Met. 15, 1918, p. 427. — 
A. PouTEvm et V. Bernard, Rev. Met., 15, 1918, p. 278. -- Descolas, Rev. Met., 17, 
1.920, p. 16. — Descolas et Prétet, Comptes rendus, 170, 1920, p. io4-8 et Rev. Met., 
20, 1923, p. 5 97 . 



3i8 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 



Les résultats complets de cette étude seront publiés ultérieurement ; ils 
ont permis de retrouver les principales conclusions énoncées ci-dessus avec 
cette différence que, dans les conditions expérimentales adoptées , le corroyage 
améliore la résilience r tant en long qiien travers , jusqu Vz une certaine valeur 



zo . 


fen 

Kg m /cm 2 


'5 _ 


Lon$& " 


•0 _ 


/ '^—- T FMJ/sr^£r_ 


3 


PU CocFFicient de cornoysqt. 




/ 


-1 


/ 




' "^ on IZ 




Coefficient de corroyage . 




CoePFiaent de corroyaac 
Fig. i. 



2 « 6 8 10 12 11 • 16 18 zo 
CoeFFic/enl de 
corrayaqe 

Fig. 2 et 3. 



au delà de laquelle la résilience en long continue seule à croître; c'est ce que 
représente la figure i donnant, en fonction du corroyage, les valeurs 

moyennes de p L , de p T et du rapport ^-; il y a donc une valeur optimum du 

■•-. ■ Pt 

corroyage correspondant à une amélioration dans toutes les directions. 

Par ailleurs, on retrouve l'influence importante de la macrostructure 
initiale du lingot; c'est ainsi que la figure 2 représente les courbes moyennes 

du rapport — en fonction du corroyage pour trois lingots de la même coulée 

r T ... 

différant par l'importance relative de la zone périphérique basaltique; la 
pente, à l'origine, varie en sens inverse de cette dernière, c'est-à-dire croît 
avec l'importance de la zone centrale à dendrites équiaxes désorientées ; les 

courbes tendent vers une valeur de "- d'autant plus élevée que le parallé- 
lisme dés fibres est mieux réalisé dans l'ensemble. 

Mais la figure 3 donne ces courbes pour deux lingots de même section 
à macrostructures différentes provenant de deux coulées différentes. Si 



SÉANCE DU 18 AOUT 193o. 3 1 9 

la pente, à l'origine, est, comme précédemment, plus grande (courbe 1) 
dans le lingot où la structure désorientée prédomine, par contre la courbe 2 
passe au-dessus de la courbe r pour les corroyages élevés, ce qui montre 
une hétérogénéité chimique, une ségrégation dendritique plus accentuée. 

Pour des aciers de même type chimique (défini par l'analyse courante) 
et ayant subi les mêmes traitements thermiques, on arrive ainsi à caracté- 
riser, à égalité de corroyage, par la résilience en travers, la qualité méca- 
nique à\i métal laquelle dépendrait de la macrostructure initiale du lin- 
got et de l'intensité de la ségrégation dendritique. 

Ces deux caractéristiques sont fonction' d'un grand nombre de facteurs 
agissant, les uns avant la coulée du métal (facteurs d'élabosation), les 
autres ensuite (facteurs de coulée). 



ASTRONOMIE. — Une méthode nouvelle de la détermination de V orbite 
d'un astre transneptunien. Note ( ' ) de M. Thadée Banachiewicz. 

Appliquées au problème de Pluton, les méthodes classiques de la déter- 
mination des orbites d'après trois observations se sont montrées très peu effi- 
caces. Au commencement, soit aux mois de mars et d'avril de l'année 1930, 
la détermination univoque des éléments était impossible par ces méthodes, 
parce qu'elles demandent une connaissance complète de la translation de 
l'astre dans l'espace, tandis que la translation radiale ne pouvait être déter- 
minée a cette époque. Il est vrai que pendant cette période aucune méthode 
ne pouvait donner une solution complète du problème, vu l'infinité des 
orbites possibles; néanmoins une méthode satisfaisante devait cependant, 
à'notre avis, dégager clairement les 5 paramètres bien définis, communs à 
la famille des orbites satisfaisant aux données. "'■ 

Cette première période passée, on se heurta à une circonstance inat- 
tendue, rencontrée peut-être la première fois dans le problème d'une orbite 
planétaire : quoique l'ensemble des observations ait déjà défini, du moins 
approximativement, l'orbite de l'astre, les solutions qu'on obtenait à l'aide 
de 6 données étaient illusoires par rapport à l'excentricité et les éléments 
qui en dérivaient, par suite des erreurs inévitables d'observation. C'est 
ainsi que la méthode de Gauss et les méthodes similaires échouèrent dans 
le cas du petit arc de Pluton, observé au cours du premier semestre de igi3o. 

(.*) Séance du 11 août 1980. .. : 



320 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Dans cet état de choses il nous paraît opportun de proposer une nou- 
velle méthode de détermination des orbites. Nous avons en vue spéciale- 
ment les conditions, qui se présentent pour les astres transneptuniens et 
qui permettent de simplifier grandement le problème. 

Soient T, : la position de la Terre, P, la position de l'astre dans l'espace; 
a,-, Ô; les coordonnées sphériques géocentriques de l'astre; a h b h c L les 
cosinus directeurs correspondants; X;, \ tl 7^ t et x- n y- n z t les coordonnées 
du Soleil et de l'astre; p t la distance de l'astre à la Terre. Tout pour la 
même date ti(i=o, i, 2, 3, . . .). INous ne parlons pas de l'aberration, dont 
on tiendra compte comme d'ordinaire. 

Soit, entmtre, P' (a , o ) un point auxiliaire, situé à la distance p„ de la 
Terre dans la direction observée de l'astre au moment t () . N'étaient-ce les 
erreurs d'observation, P' coïnciderait avec P . Envisageons maintenant le 
pentagone fermé T T,P,P P' T et les trois directions S, T, D correspon- 
dant aux points (a , Ô ), (a -f- 90 , o°), (a , o„ + 90 ) de la sphère. Relati- 
vement aux axes œ : y,z, ces directions donneront les cosinus du tableau (') : 

S T D 



X 








j «0 


— sinoi,, 


— sinô cosa 


y 


= <!.(- 


o„) . r(- 


-««) = 


r° 


cosa 


— sin ô n si 11 a 


z 








( c 





cos ô„ 



Supposons avec M. Esclangon, pour la première approximation, que le 

>uvei 

Soit 



mouvement de l'astre est rectiligne et uniforme. 



;X< — X a t Xi — Xç (P' P ). C J l A t a- L p «(*,— t ) o 

(0 .] Y< — Y b t j/— j ( P o P «)r [-A = j Bi (3/ p m(/,— -/„) p„ï 
f L L — Z a Zi — z (PoP ) 5 ) (Q yi o /i(ti—t ) p„ y) 

où l'on a désigné par (P P ). r la projection de P' P sur l'axe des x, etc. Les 
deux premières colonnes du produit (1) fournissent numériquement les 
quantités A,-, B;, C, : (projections de T,T sur S, T, D) et a, : , (3,, ^(projec- 
tions de TjPj! p ( - sur les mêmes directions); les deux dernières colonnes 
définissent les inconnues u,.m } n et E, r\ (vitesses suivant S, T, D et les 
coordonnées de P , rapportées aux mêmes axes, divisées toutes par p ). 
En projetant maintenant notre pentagone sur les axes S, T, D, après 

(') Nous employons les cracoviens (voir Cire. Obs. Crac, n" 17, ou Comptes 
rendus, 185, 1927, p. 11 16). 



SÉANCE DU 18 AOUT IO,3o. 321 

avoir diminué tous ses côtés en raison i : ç> =d, on obtient, d'après le 
théorème de projections, les trois équations suivantes : 

/ o t 

k t d + u{l t — « ) -}- i — — a h 

\ P° 

(2) { B f d-+--m(t t — *„) + £ = - (3/, 

I po 

[ C t d-\- n(t t — * ) + yj = ?- y t . 

• ■ ■ \ Po 

Suivant la première ^ est une fonction linéaire, à coefficients numérique- 
P° '■■■■■. 

ment connus, de d et u ; en le substituant dans les deux équations suivantes, 

on obtient, d'après chaque observation, deux équations du premier degré 

entre les 6 inconnues u, m, n, £,*(}, d. 

Après la détermination de ces inconnues fournissant, en somme, les 
coordonnées et la vitesse vectorielle de l'astre à la date t 0J le reste du pro- 
blème se résout par une voie bien connue. 

Il serait facile de tenir compte, dans la seconde approximation, de termes 
d'ordre supérieur (' ) dans les expressions de x t — cc , y t — j , '*,— z , seuls 
négligés dans la solution ci-dessus, mais ces termes sont négligeables pour 
les astres transneptuniens pendant une période assez longue. Leur effet 
perspectivique ayant pour limite supérieure 1â(t L — t ) 2 : 2r 3 (r — i) 2 , pour 
Pluton, par exemple, dans sa distance actuelle (r = 4i) du Soleil, il est 
inférieur à o",ôooqii (t t — 1 ) 2 et, par conséquent, inférieur à o",o5 dans 
la période 1930 janvier 23 -mai 27. 

La méthode exposée permet de* tirer parti des toutes observations, en 
nombre illimité, déjà dans la première approximation, et d'y appliquer 
l'algorithme des moindres carrés, les équations étant linéaires. C'est cette 
méthode qui nous a permis ( 2 ) de déceler la nature de l'orbite de Pluton 
d'après les observations du premier semestre de io,3o, tandis que toute 
méthode qui repose sur trois observations a conduit nécessairement à un 
résultat accidentel. 



(') Lagrange, Œuvres, k, 1869, p. 5oo. 

( 2 ) Comptes rendus, 191, ig3o, p. 246; pour la première application publiée voir 
Acta Astronomica, sér. c, 1, 1980, p. io3. 



C. R., ig3o, 2« Semestre. (T. 191, N° 7.) 2 -> 



322 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



THERMODYNAMIQUE. — Pression de vapeur saturante du lithium. 
Note (') de M. A. Bogros, transmise par M. Cotton. 

Il est possible de déterminer de faibles tensions de vapeur, en utilisant, les 
jets atomiques, par une méthode qui est un cas particulier de la méthode 
d'effusion de Knudsen ( 1 ) et dont le principe est le suivant : 

Supposons une enceinte E, à la température absolue T, occupée par une 
vapeur à la pression jo; cette enceinte communique par une ouverture O de 
surface s, qui sera par la suite supposée circulaire et de diamètre d, avec un 
espace Ë' où règne une pression négligeable ; à une distance / de O et paral- 
lèlement à son plan est disposé dans E' un diaphragme percé d'une ouver- 
ture circulaire O' de même axe que O et de diamètreD. Si le libre parcours 
moyen des molécules dans l'enceinte E est grand devant d, et si après leur 
passage à travers O les molécules ont dans l'espace E' des trajectoires recti- 
lignes; si, d'autre part, on suppose dans E les vitesses des molécules répar- 
ties suivant la loi de Maxwell, le nombre v des molécules provenant de O 
qui traversent O' pendant le temps t est donné par la formule 

. . 1 — COS '2Q I I 

( l ) v =p l S 



2 V''2 7t/>:T y" m 

où p représente la mesure en baryes de la pression à l'intérieur de E, s la 
surface de l'ouverture O, <p le demi-angle au sommet du cône ayant son 
sommet au centrede O et s'appuyant sur le contour de O', k la constante 
de Boltzmann, m la masse d'une molécule. On peut vérifier que, dans 

le cas où çp = -^-> cette formule est équivalente à celle de Knudsen ( 2 ). 

Dans l'application de cette méthode au lithium, il faut prendre en consi- 
dération le fait que sa vapeur est un mélange de deux espèces de molécules 
monoatomiques de masses m, et m. 2 . La quantité \m doit alors être rem- 
placée dans la formule (i) par l'expression > où a représente le 



rapport — des nombres de molécules de deux espèces présentes dans l'unité 
de volume de E. Ce nombre a n'est d'ailleurs pas constant, l'effusion de 

( 1 ) Séance du 1 1 août ig3o. > 

( 2 ) Knudsen, Ann. der Phys.. 28, 1909, p. 999. 



SÉANCE DU 18 AOUT I93o. 323 

l'isotope léger se faisant relativement plus vite que celle de l'isotope lourd. 
Mais le calcul montre que dans les conditions de l'expérience, la précision 
des mesures est jusqu'à présent tout à fait insuffisante pour mettre en évi- 
dence les variations de a et qu'il suffit de remplacer -L= par — ^=, M étant 

\ m /M 

' y "N 
la masse atomique chimique du lithium, et N le nombre d'Avogadro. 

L'appareil utilisé est celui déjà décrit ('). L'ouverture O, d'axe vertical, 
est percée dans le bouchon supérieur d'un creuset en fer renfermant du 
lithium fondu et dont la température est mesurée au moyen d'un couple 
thermo-électrique; l'ouverture O' remplace celles utilisées auparavant pour 
la production des jets dans les expériences d'optique. D'autre part, un volet 
mobile commandé par un dispositif électromagnétique, peut s'interposer 
entre O et O'-, ce qui permet de ne laisser passer le jet qu'à partir du 
moment où la température est stationnaire et de régler à volonté la durée 
du passage. Enfin au-dessus de O' et parallèlement à son plan est placée une 
plaque P de molybdène maintenue à très basse température par le contact 
du fond d'un récipient renfermant de l'air liquide. Les atomes de lithium 
ayant traversé O' rencontrent P et y restent fixés. Après l'expérience on 
laisse rentrer l'air dans l'appareil, la plaque en est extraite, puis est plongée 
dans une petite quantité d'eau distillée. Le lithium est ainsi transformé en 
lithine que Ton dose au moyen d'une liqueur titrée d'acide sulfurique en 
employant l'hélianthine comme indicateur. Si l'on désigne par 6 le titre de 
la solution sulfurique (en prenant comme unité le titre de la solution nor- 
male), et par v la mesure en centimètres cubes du volume nécessaire pour 
neutraliser la liqueur alcaline, la pression de la vapeur à l'intérieur du 
creuset est donnée par la formule 

déduite de la formule (i). 

J'ai pu ainsi effectuer six déterminations âe p entre les températures de 
5io° et 573°. Dans ces déterminations, t a varié de 1 heure et demie à 

5 heures, d de 1 à 3» ,m , ç de 2 cm ',2 à 4 cm3 ,6 (avec 6= ~\; D était voisin 

de i cm et l de 3 cm ,2. Le tableau suivant indique les résultats de ces mesures : 



(^A. Bogros, Comptes rendus, 183, 1926, p. 124 ; 190, ig3o, p. n85. 



527°. 


529°. 


537". 


563°. 


572°. 


6,3 


7, 1 ' 


io, 5 


i5 


18 



324 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Température 510°. 

Pression en baryes . 4, 2 

La limite supérieure de Terreur relative dans ces déterminations peut- 
être fixée à i5 pour ioo. 

POLARISATION ROTATOIRE. — Sur V influence exercée par les rayons X, 
d'après F. Allison, sur la polarisation rotatoire magnétique et sur les pro- 
priétés des liquides inactifs. Note(') de M. Nt Tsi Zé, transmise par 
M. A. Cotton. 

D'après une Note de F. Allison ( 2 ), les rayons X modifieraient légère- 
ment le pouvoir rotatoire magnétique; d'autre part un liquide exposé aux 
rayons X seuls acquerrait, d'après le même auteur, une faible rotation 
optique. F. Allison n'indique pas en détail les conditions de ses expé- 
riences et ne donne aucune valeur numérique précise. 

Les installations existantes à Bellevue nous ont permis de reprendre 
commodément ces expériences dans les conditions suivantes : 

Le tube à rayons X était du type Coolidge à radiateur fonctionnant sous 
70 kilovolts avec une intensité de 6 milliampères. 

Les liquides étaient exposés à l'action des rayons X dans une cuve à faces 
parallèles de longueur de 6 cm . Cette cuve était ouverte à la partie supérieure 
de façon à éviter toute absorption des rayons X provenant du tube placé 
au-dessus. 

La lumière monochromatique utilisée était la radiation verte d'un arc au 
mercure (arc Cotton). Les pointés polarimétriques ont été faits à une 
minute près avec un analyseur à pénombres. 

Dans l'étude de l'influence des rayons X sur le pouvoir rotatoire magné- 
tique nous avons employé la maquette du grand électro-aimant de l'Acadé- 
mie des Sciences; elle nous donnait un champ moyen d'environ 21000 gauss. 
Dans ce cas, le tube à rayons X a dû être disposé à 6o cm environ au-dessus 
de la cuve. 

Dans les expériences qui ne nécessitaient pas de champ magnétique, la 
distance du tube à la cuve a été réduite à quelques centimètres. 



(*) Séance du 11 août 1980. 

(* 2 ) Nature, 120, 1927, p. 729; Phys. Rev., 31, 1928, p. i58 et 3o6. 



SÉANCE DU 18 AOUT ig3o. 325 

Les expériences ont été faites dans le champ et en dehors du champ avec 
l'eau, le sulfure de carbone et le nitrobenzène. Dans aucun cas nous n'avons 
observé* un effet sensible des rayons X et nous pouvons affirmer que si V "effet 
signalé par F. Allison existe, il ne dépasse pas 3 minutes dans les conditions 
précisées ci-dessus. 

Remarque sur la Communication précédente ( ' ) de M. Ny Tsi ZÉ, 

par M. A. Cottoîc. 

M. Ny Tsi Zé a tenu à répéter les deux sortes d'expériences indiquées 
par M. F. Allison; il a obtenu, pour chacune d'elles, un résultat négatif. Si 
l'on fait intervenir les conditions de symétrie il apparaît entre les deux cas 
une différence fort nette : Les règles de Pierre Curie sur la symétrie dans les 
phénomènes physiques n'empêchent pas dé supposer que la présence des 
rayons X pourrait modifier la grandeur d'une rotation magnétique-, mais 
les mêmes règles ne permettent pas d'admettre qu'un faisceau de ces rayons 
(que l'on peut supposer produits par un appareil pourvu tout entier d'un 
plan de symétrie) pourrait communiquer à un corps inactif un pouvoir 
rotatoire de sens déterminé, grand ou petit. 



RADIOACTIVITÉ. — La teneur en radium des eaux pétrolif ères de Bakou et 
du Daghestan. Note ( 2 ) de MM. B. Nikitix et L. Komleff. 

Les eaux les plus riches en radium sont celles des gisements pétrolifères ; 
elles contiennent jusqu'à i,83. io~ 9 pour ioo de Ra, même peut-être jus- 
qu'à 1,4. io -8 pour 100 de Ra ( :! ). 

Dans toutes les autres eaux, sources thermales inclues, on n'a pas cons- 
taté jusqu'à présent des quantités de radium supérieures à 2,5.io~~ n Ra 
pour 100. 

Récemment l'Institut d'État du Radium à Leningrad nous a envoyé en 
mission dans deux bassins pétrolifères, à Bakou et au Daghestan (Caucase), 

(*) Séance du 11 août ig3o. 

( 2 ) Séance du 11 août ig3o. 

( 3 ) W. Chlopw et C. Nikïtin, C. R. Acad. Se. de l'Union, 1980, A, p. 3g3. — 
W. Vernadsky, C. R. Acad. Se, de l'Union, io,3o, A, p. 399; Comptes rendus,190, 
1930, p. 1172, 



326 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

dont les eaux n'avaient pas été étudiées au point de vue de la radioactivité. 

Nous avons examiné 72 échantillons d'eaux pétrolifères de Bakou, en 
nous servant de la méthode de l'émanation. Les mesures ont été faites avec 
l'électromètre de Schmidt. Les plus riches en radium sont les eaux du 
groupe Bibi-Eïbat à Bakou qui contiennent en moyenne 3x io~ M Ra 
pour 100 (en poids). Dans un des puits (129/ XII) nous avons trouvé une 
quantité considérable — 1,6 X io„ 10 de Ra pour 100. Il est curieux que les 
eaux de puits voisins, sortant de la même couche et ayant à peu près la 
même composition chimique, contiennent des quantités de radium diffé- 
rentes. 

Les eaux les plus riches en radium de ce. groupe sont celles de la couche V 
à la profondeur de 6oo m . 

Au Daghestan nous avons étudié 22 échantillons de tous les puits du 
groupe de la station Berikeï. Ces eaux contiennent en général 1,2 x io~ 10 
de radium pour 100. Elles renferment également à peu près o,o3 pour 100 
de baryum; il n'existe aucune proportionnalité entre la teneur en baryum 
et en radium. La quantité de Ra dans l'eau prise au même puits semble 
diminuer avec le temps. 

Plusieurs puits sont très riches en eau, leur débit est de 640000 litrespar 
jour. La quantité de radium qu'elle apporte à la surface de la Terre atteint 
donc o s ,2 Ra par an. 

RADIOACTIVITÉ. — Sur une relation entre la constante de désintégration des 
radioéléments émettant des rayons a et leur capacité de filiation. Note ( ' ) 
de M me Pierre Curie et M. Georges Fournier. 

L'un de nous a montré ( 2 ) que, pour la plupart des radioéléments qui» 
se transforment avec émission de rayons a, la vitesse d'émission 9 des parti- 

3 
cules est une fonction linéaire de la capacité de filiation U = - A — N de 

l'atome émetteur (A, poids atomique, N, numéro atomique) ( 3 ). La rela- 
tion entre 9 et U s'exprime approximativement par la formule 

(I) ^ = 0,0818.(100 — U). 

( x ) Séance du n août ig3o. 

('-) Georges Fourmer, Comptes rendus, 190, 1980, p. i4o8. 

( :! ) Pour la définition de U, "voir Georges Fournier, Comptes rendus, 188, 1929. 
p. i553, et Journal de Physique, 7 e série, 1 , juin 1980, p. 194. 



SÉANCE DU l8 AOUT 1980. 327 

Les radioéléments qui font exception sont le polonium, l'uranium et les 
corps C. 

D'autre part, la loi de Geiger Nuttall, mise en évidence antérieurement, 
établit une relation entre la constante de désintégration X d'un radioélé- 
ment émettant des rayons a et le parcours p de ces rayons dans l'air, log X 
étant une fonction linéaire croissante de log p. 

Signalons enfin une relation linéaire donnée par H. Wolff (') entre 
logjo et log(U + K), où K est une constante. 

Puisque le parcours p des rayons a dans l'air est entièrement défini par 
leur vitesse d'émission v, la comparaison de la loi de Geiger Nuttall avec les 
relations indiquées par Georges Fournier et H. Wolff suggère l'existence 
d'une relation entre la constante X, qui mesure la probabilité de la trans- 
formation radioactive, et la capacité de filiation U. Ainsi la probabilité de 
désintégration serait reliée, par l 'intermédiaire de U, au poids atomique et au 
numéro atomique du radioélément. 

On peut prévoir la forme de cette relation en associant la formule (T) 
ci-dessus avec la forme que R. Swinne (-) a donné à la loi de Geiger 
Nuttall : 

(II) log-À=— 80 h- 42, 5. p ( ;i ). . 

En éliminant v entre les équations (I) et (II) on trouve 

(III) logX = 268 — 3,5U. 

Construisons maintenant un graphique en portant U en abscisses (on a 
pris comme base les valeurs entières des poids atomiques : UI = 238, 
Th = 282, Ac — 227), et logX en ordonnées. 

Comme le montre la figure, pour des valeurs de U comprises entre 75 
et 85, les points du graphique se rapprochent nettement de la ligne droite 

(IV) logX — 235 — 3.U 

expression peu différente de l'équation (III). L'écart entre les points du 



X 1 ) H. Wolff, Phys. Zeit., 22, 1921, p. 171 et 35a. 

( s ) R. Swinne, Chem. Zeit., 35, 1911, p. 1376; Phys. Zeit., 13, 1912, p. i4 et 
14, p. 142. 

( 3 ) En réalité. R. Swinne donne au premier terme du second membre des valeurs 
légèrement différentes pour chacune des familles radioactives. 



3a8 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 



graphique et la droite (IV) est de moins d'une unité sur U, sauf pour les 
corps G qui faisaient déjà exception à la relation (i) ( 1 ). 

Le graphique ci-dessous, suggère l'existence d'une loi reliant à U, qui 
se traduit par une croissance rapide (exponentielle) de la stabilité avec U 




entre les points correspondant au ThC et au Th. Le comportement de 
l'uranium et du polonium prouve que cette loi ne peut être dans son 



(*) On n'a pas fait figurer le RaC, qui émet presque exclusivement des rayons (3; 
pour le ThC, la concordance n'est pas améliorée en remplaçant la constante i totale, 
ici utilisée, par la constante partielle relative. à la fraction a des transformations de 
ce radioélément. 



SÉANCE DU 18 AOUT 1930. 32g 

ensemble aussi simple que l'indique la relation (IV). Pour U <^ 70 et 
pour 0>85, le sens de la variation avec U est probablement renversé. 
En effet, en dessous de = 73, 5 les éléments sont stables (abstraction 
faite du rubidium et du potassium dont la transformation est mal connue); 
et s'il a jamais existé des éléments au-dessus de O = 86,5, ils ont disparu 
en raison de leur instabilité. 

On est donc amené à penser que, de part et d'autre de sa portion quasi- 
rectiligne descendante, la courbe représentative de logX=/(U) présente 
un changement d'allure, c'est-à-dire un maximum vers U = 7D, un minimum 
vers O = 85, et des branches ascendantes en deçà et au delà de ces limites. 
Cette manière de voir est en accord avec la position des points du graphique 
relatifs au polonium (U = 73, 5) et à Factinium C'(0 = 74, 25) d'une part, 
à l'Uranium '1(0 = 86,5') de l'autre. Nous avons indiqué en pointillé 
l'allure hypothétique de la courbe en dehors de la portion quasirectiligne. 

Nota. — Si l'on essaie d'introduire dans le graphique les radioéléments 
qui se transforment avec émission de rayons (3, on ne peut mettre en évi- 
dence aucune régularité dans leur distribution. On constate seulement que 
logÀ varie beaucoup moins avec O que dans le cas des radioéléments 
émettant des rayons a. 



CHIMIE GÉNÉRALE. — Sur V oxydation et l 'inflammation des mélanges de 
pentane et d'air. Note (') de MM. M. Prbttre, P. Dumanois et 
P. Laffite, transmise par M. H. Le Ghatelier. 

Deux d'entre nous ont montré que les mélanges d'oxyde de carbone et 
d'air devenaient lumineux dans l'obscurité à des températures inférieures à 
leur température d'inflammation, par suite d'une oxydation partielle, mais 
importante de l'oxyde de carbone ( a ). Nous avons ensuite étudié le même 
phénomène dans le cas du sulfure de carbone ( 3 ), puis dans celui du pen- 
tane. C'est le résultat de ces dernières recherches que nous rapportons dans 
la présente Note. 

Nos expériences étaient faites en envoyant un courant gazeux de vitesse 
constante (6 1 , 5 par heure) et de composition bien déterminée dans un réci- 



(*) Séance du 11 août ig3o. 

( 2 ) Comptes rendus, 189, 1929, p. 177. 

( 3 ) Comptes rendus, 190, 1980, p. 796. 



33o ACADÉMIE DES SCIENCES. 

pient en verre placé dans un four électrique chauffé progressivement jusqu'à 
8oo°C. en deux heures et demie environ. Un dispositif convenable permet 
d'assurer la constance.de la température dans la partie du four contenant le 
récipient de combustion. Une étroite ouverture pratiquée dans la paroi 
latérale du four permet d'observer — le laboratoire étant dans l'obscu- 
rité, — les phénomènes lumineux dont l'enceinte est le siège. Le mélange 
combustible est obtenu à l'aide du dispositif suivant qui permet d'éviter la 
présence de toute phase liquide. Au moyen d'un siphon capillaire à niveau 
constant, on fait tomber le pentane goutte à goutte dans un ballon parcouru 
par un courant d'air sec de vitesse constante. Un agitateur tournant rapi- 
dement permet de réaliser l'homogénéité du mélange dont la composition 
reste facilement constante pendant plusieurs heures consécutives. Les phé- 
nomènes observés sont différents, suivant que le mélang-e contient une pro- 
portion de pentane inférieure ou supérieure à. la quantité théorique néces- 
saire pour la combustion complète. 

i° Mélanges contenant moins de 2,5 pour ioo de pentane en volume. 
Lorsqu'on élève progressivement la température on constate vers 200° une 
luminosité d'abord assez faible, mais qui devient très nette à partir de 3oo° 
et qui au-delà de 5oo° est masquée par l'incandescence du four. Lorsque la 
température dépasse 670 le mélange s'enflamme. 

2 Mélanges contenant plus de 2,5 pour 100 de pentane. La luminosité 
apparaît dès 220 , mais elle est très faible jusque vers 2Zjo°. A partir de 
cette température elle devient de plus en plus intense et à 259-263° (sui- 
vant la composition du mélange) une véritable flamme bleue très brillante 
parcourt lentement toute l'enceinte en parlant de l'extrémité opposée à 
l'orifice d'arrivée des gaz, c'est-à-dire qu'elle se produit d'abord dans les 
gaz ayant séjourné pendant le temps le plus long dans le récipient. En 
continuant à élever 1er température (sans jamais interrompre le courant 
gazeux) on obtient de nouvelles flammes semblables jusque vers 290-300 . 
Au-dessus de cette dernière température il ne s'en produit plus, mais on 
observe une luminosité très vive et dont l'intensité subit des oscillations 
assez régulières jusque vers 35o°, température au delà de laquelle elle reste 
à peu près constante. Enfin en continuant à chauffer, le mélange s'enflamme 
entre 670 et 68o°, la flamme parcourant cette fois le récipient à partir de 
l'orifice d'arrivée des gaz. Ces phénomènes se produisent même pour des 
mélang-es très riches en pentane, comme par exemple le mélange à 
i3 pour 100 de pentane pour lequel l'inflammation à 260 est très nette, 
tandis que la seconde inflammation ne se produit alors qu'en dessus de 750 . 



SÉANCE DU 18 AOUT ï$3o. 33l 

Un tel mélange est situé bien au delà de la limite supérieure d'inflammabi- 
lité [5,35 pour ioo d'après White ( 1 )]- 

De ces expériences nous avons conclu que lorsqu'on fait passer un courant 
continu d'un mélange air-pentane à excès de pentane, dans une enceinte 
dont on élève progressivement la température, il existe deux inflammations 
spontanées : la première entre 260 et 3oo°, la seconde en dessus de 660- 
670 . Dans l'intervalle 3oo-66o° ces mélanges ne sont pas capables de 
donner lieu à une combustion' vive, mais sont seulement lumineux. Les 
caractères de la première flamme sont bien différents de ceux de la seconde. 
En particulier elle ne se produit que dans un intervalle de 3o à Zjo° au 
maximum, alors que la seconde peut avoir lieu à n'importe quelle tempé- 
ture supérieure à une température minima qui ne dépend que de la compo- 
sition du mélange. D'autre part la première flamme se propage à une vitesse 
beaucoup plus faible que la seconde. Mais la particularité la plus impor- 
tante est qu'elle ne peut s'amorcer dans des gaz frais : elle ne se propage 
que lorsque les gaz ont déjà séjourné dans. le récipient de combustion, 
même dans le cas de mélanges très riches en pentane. Ceci semble montrer 
que si l'on opère dans des conditions telles qu'il se produit une oxydation 
préalable du gaz combustible, on peut provoquer la combustion de mélanges 
qui ne pourraient brûler dans les conditions ordinaires, et cela même pour 
des mélanges dont la composition est bien supérieure (plus du double) à la 
limite supérieure d'inflammabilité. • 

Il faut noter que cette méthode de passage d'un courant gazeux combus- 
tible dans une enceinte dont on élève progressivement la température ne 
peut convenir pour déterminer exactement les températures d'inflammation . 
Les gaz bridés ou partiellement oxydés n'étant évacués que progressivement, 
ils se mélangent aux gaz frais dont ils peuvent faire varier notablement la 
température d'inflammation, comme nous l'avons déjà observé ( 2 ). Mais en 
opérant comme nous le faisons pour déterminer les températures d'inflam- 
mation, c'est-à-dire en envoyant un mélange de pentane et d'air dans un 
récipient où l'on a fait le vide et qui est maintenu à température constante, 
on observe encore — en opérant toujours dans l'obscurité — les deux inflam- 
mations. Celle qui correspond à la température la plus basse n'a encore 
lieu que dans un faible intervalle de température, quelle que soit la compo- 
sition du mélange. 



(*) J. Chem. Soc, 127, iga5, p. 672. 
( 2 ) Comptes rendus, 188, 1929, p. 397. 



332 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



CHIMIE ORGANIQUE. — • Sur une nouvelle méthode de synthèse de V al- 
déhyde cinnamique et de ses homologues. Note de MM. L. Bbrt et 
P.-Ch. Doribr. 

L'aldéhyde cinnamique de synthèse n'a pu jusqu'ici concurrencer le 
produit naturel retiré des essences de cannelle à cause des faibles ren- 
dements des procédés d'obtention. Quant aux homologues de l'aldéhyde 
cinnamique, un seul, à notre connaissance, a été préparé ( 1 ). 

Nous avons réussi à édifier la série de l'aldéhyde cinnamique par la 
méthode nouvelle que nous allons exposer en prenant pour exemple la pré- 
paration de cette très importante aldéhyde : 

La condensation dudichloro-i .3-propène avec le bromure de phénylma- 
gnésium fournit de l'co-chlorallylbenzène C G H 5 .CH 2 .CH = CHC1 ( 2 ) 
qu'un court chauffage avec 3 rao1 de KOH et d'un alcool ROH quelconque 
transforme en éther oxyde mixte de cinnamyle et d'alcoyle 

C 6 H s .CH = CH.CH 2 .O.R, 

lequel, chauffé en autoclave avec un excès de HC1 pur à 22°Bé passe à l'état 
de chlorure de styryle C 6 H\CH = CH.CH 2 C1. 

La position du CH 2 C1 du chlorure de styryle donnait à penser que cer- 
tains des modes de transformation en aldéhydes des composés chloromé- 
thyléniques cycliques seraient applicables ici : seul, le procédé de Sommelet, 
consistant à chauffer avec une quantité équimoléculaire d'hexaméthylène- 
tétramine en milieu hydroalcoolique, apermis d'obtenir l'aldéhyde cherchée. 

La même suite de réactions appliquée, mutatis mutandis, aux homologues 
du bromobenzène donne les homologues du chlorure de styryle, puis ceux 
de l'aldéhyde cinnamique. 

Voici les constantes des composés préparés à ce jour : 

i° Chlorure de styry le et homologues. — (a), Chlorure de styryle; (6), chlo- 
rures d'o-métbyl et (c), dep-méthylstyryle; (d), chlorure de i . 3-diméthyl- 
styryle-4 ; (<?), chlorure de i.4-diméthylstyryle-2; (/), chlorure de ^p-iso- 
propylstyryle ; '(g), chlorure de i.4-diméthyïisopropylstyryle-2. 



( 1 ) M. Scholtz et A. Wiedmann, Ber . der deutsch. chem. Ces., 36, 1903, p. 85o, 
(*) L. Bert, Comptes rendus, 180, 1925, p. i5ç>4. 



SÉANCE DU 18 AOUT I93o. 



333 





Point 
d'ébullition 




Indice 
de 


Réfr 


action mole 


culaire. 










# 


corrigé. 


Densité. 


réfraction. 


Exp. 


Théorique. 


Exaltatior 


(a).. 


Éb i8 = 118° 


d l , t - =1,090 


nj;- = 1 , 5;8- 


44,98 


. 44,56 


+o,42 


(b).. 


Eb 9)5 =i23 


d[~ =1,07.1 


np =1,675 


5i,38 


49,18 


+ 2,2 


(c).. 


Eb 13 = i32 


dJ ' B =i,o465 


n D °' 5 =i,57i 


52,28 


49,l8 


+ 3, I. 


(d).. 


Éb 13 =i35 


d\ 3 ^=i ,110 


ni 3 ' s = i,566 


53, o4 


53,8 


— 0,76 


(e).. 


Eb 17 = i4i 


d\ 3 = 1 , 042 


«D* =1,070 


56,8 


53,8. 


".+3 


(f).. 


Éb 13 = i5o 


d\' A = 1 , 007 


«j 1 , 3 =i,55i 


61,6 


58,4 


+ 3,2 


(g-)- 


Éb 13 =i54 


d\ % =1,002 


zi^ 2 =i,55o 


66,3 


63 


+3,3 



Tous les homologues décrits sont nouveaux. Combinés avec la diméthyl- 
aniline, ils constituent des leucotropes. 

2 Aldéhyde cinnamique et homologues. .— (a),. aldéhyde cinnamique; 
(p), aldéhydes o-méthyl et (j), p-méthylcinnamiques ; (0), aldéhyde i.3-di- 
méthylcinnamique-4; (V), aldéhyde 1 4-diméthylcinnamique-2 ; ('(), aldé- 
hyde jo-isopropylcinnamique ; (yj), aldéhyde 1 4-mé'thylisopropylcinna- 



mique-2 : 



Point d'ébullition 
corrigé. 

(a)...... Eb 20 =i29 

((3) Éb 16 =i3-7 

(y). .... Éb. J6 =i47" 

(ô) Éb 15 = i47 

(s) Eb. J1 = i5r 

(K) Éb, 7 =i56 

(Y)) Éb^=l62 



Réfraction moléculaire. 



Densité. 

d'i° =1,0496 

d~ =o,9855 

d'j* ==0,967 

d)* = i,oo5 

d\ =0,9577 



Indice 
de réfraction. 

rtf,° =11,620 
n'p =i,5Ô23 

nl z =1,547 
n^ z=i, 54o 
nf) = 1 , 534 

„I2,5 T K9„ 



Exp. 

43 , 79 
48,io 

47,9! 
49, 9 6 

51,92 

57,06 



Théo- 
rique. 

39,70 

44,32 
44,32 
4.8,94 
48, 9 4 
53,56 



Exalta- 
tion. 

+ 4,09 

+ 3,78 
+ 3,59 
+ 1,02 
+ 2,98. 

+3.5 



Point de fusion 

de la 
semicarbazone. 


229-230 

217 

243 

23 I 

256 
219 

225 



Tous ces homologues, sauf (y) sont nouveaux. 

Les premières étapes de la méthode que nous venons de décrire s'effec- 
tuent avec des rendements allant de 5o à 100 pour 100; la dernière : trans- 
formation des chlorures de styryle en aldéhydes correspondantes, avec un 
rendement de 20 à 3o pour 100, susceptible d'amélioration, car les aldé- 
hydes R . CH = CH . CH O sont touj ours accompagnées des aldéhydes R . CHO 
engendrées par une réaction complexe dont nous cherchons à élucider le 
mécanisme. 



( i ) Il s'agit du point de fusion instantanée, sur bloc Maquenne. 



334 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



PIÉZOÉLECTRICITÉ. — Micrographie du quartz piézoélectrique. 
Note ( 1 ) de M. Pan Tcheng Kao, transmise par M. Ch. Fabry. 

Les minéralogistes ont étudié depuis longtemps le cristal de roche par les 
figures de corrosion obtenues par l'attaque à l'acide fluorhydrique ou à la 
potasse caustique. On voit alors apparaître au microscope sur les différentes 
surfaces naturelles du cristal de beaux dessins géométriques très caractéris- 
tiques et qui permettent de reconnaître si le quartz examiné est droit ou 
gauche. Les macles électriques ou optiques, si elles existent sur une face 
naturelle quelconque ainsi attaquée, sont môme visibles à l'œil nu par moi- 
rage. Le même procédé macrographique est aujourd'hui très employé pour 
le contrôle de l'homogénéité des faces d'une lame de quartz piézoélectrique. 

On sait qu'une lame de quartz piézoélectrique est un parallélipipède 
rectangle ayant deux faces perpendiculaires à l'axe optique, deux autres 
perpendiculaires à l'un des axes électriques et enfin les deux restantes 
parallèles à deux faces naturelles e- opposées du quartz, elles auront par 
conséquent les mêmes figures de corrosion que ces dernières. Sur les faces 
perpendiculaires à l'axe optique, la corrosion fait apparaître des triangles 
qui sont en réalité les bases des pyramides microscopiques. Ces pyramides 
triangulaires rendent très aisé le repérage des axes électriques au même 
titre que les figures obtenues par M. A. de Gramont ( 2 ); mais ici la face 
positive, par compression, se trouve sur un sommet du triangle tandis que 
la face négative est parallèle à la base opposée. 

La présente Note est relative à l'examen micrographique de ces faces, 
positive et négative, perpendiculaires à Taxe électrique de. la lame. 

La microphotographie (fi g. i) est celle d'une face négative et (fi g. 2) d'une 
face positive. Elles ont été obtenues dans des conditions qui seront précisées 
plus loin. Notons seulement que s'il est a priori évident que les deux faces, 
positive et négative, doivent avoir des structures micrographiques diffé- 
rentes, peut-être ne s'attendait-on pas à une différence aussi marquée : 
tandis que la face négative présente un aspect fibreux, la face positive est 
nettement cristalline. Le motif caractéristique de la face négative est en 
effet une fibre parallèle à l'axe optique et celui de la face positive, un 

( ] ) Séance du \ août 1930. 

(-) Supplément à la Notice sur les travaux scientifiques de M. A. de Gramont, 
1929. 



SÉANCE DU 18 AOUT ig3o. 



33< 



parallélogramme ayant deux côtés parallèles à Taxe optique et se détachant 
sur un fond à aspect cristallin difficilement définissable. En réalité les 
dessins sont en relief et peuvent varier en dimensions, aussi bien qu'en 
détail, d'un échantillon à un autre. 

Le grossissement des deux microphotographies ci-dessous présentées est 




Fi{ 



Fis. a. 



de 200 fois, mais les dimensions des motifs dépendent essentiellement 
du douci des faces, de la durée de l'immersion dans le bain corrosif ainsi 
que de la concentration de ce dernier. Pour obtenir de bons résultats il est 
préférable d'employer un bain plutôt dilué. On diluera par exemple de 
l'acide fluorhydrique commercial avec trois fois son volume de vieux bain 
et l'on examinera l'échantillon de temps en temps au microscope pour con- 
trôler la marche de l'attaque. Chose curieuse, une face polie résiste bien 
mieux à l'attaque qu'une face simplement doucie et à ce point de vue, la 
corrosion se fait toujours plus lentement sur une face positive que sur une 
face négative. Ainsi par une immersion de deux jours, la face négative est 
bien dépolie, la face positive garde encore son poli quoique un peu ternie-, 
l'examen au microscope y révèle cependant une multitude de petits trous à 
contours géométriques qui sont justement les parallélogrammes cités plus 
haut. 



336 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



SISMOLOGIE. — Tremblements de terre en France en 1928 et 1929. 
Note ( 1 ) de MM. E. Rothé, J. Lacoste et M Ue J. Roess, présentée 
par M. Bigourdan. 

, Cette Note résume l'étude que nous avons faite des tremblements de 
terre en France en 1928- 1929 et fait suite à l'historique précédemment 
publié. Les détails seront insérés dans les annuaires correspondants de l'Ins- 
titut de Physique du Globe de Strasbourg. 

1928 : Cinq séismes bien caractérisés ont été ressentis en France au 
cours de cette année. Quatre autres secousses ne sont que de faibles 
répliques des précédents ; deux autres ébranlements n'ont été signalés que 
par quelques personnes. Les régions du Centre, des Vosges se sont montrées 
très stables. 

Région du Sud-Ouest. — 16 janvier, 5 h 28 m 2o s : secousse d'intensité V dans les 
Hautes-Pyrénées et les Basses-Pyrénées. Les localités les plus éprouvées se répartissent 
dans les vallées du Gave d'Oloron et de ses affluents. L'épicentre se trouve dans le 
massif pyrénéen, sur la frontière ou en territoire espagnol. — tô janvier, i h 4o m : IV, 
réplique. probable du précédent. — 7 mai, 5 h : III, région d'Oloron-Sainte-Marie. — 
ai août, 23 h 4o m : secousse IV. ressentie dans les Hautes-Pyrénées et la Haute- 
Garonne, mouvement pyrénéen dont l'épicentre peut être situé entre le Pic-du-Midi et 
le Val d'Aran. — 22 août, ii h : réplique du précédent, ressenti dans le canton d'Arreau 
et de Bagnères-de-Luchon. — 3o août, i9 l, o2 m : autre réplique ressentie à.Bagnères- 
de-Bigorre et à Campan. 

Région du Sud-Est. — 1 e1 ' juin, io/'.ia" 1 : secousse localisée dans les environs de 
Manosque (Basses-Alpes). 

Région de V Ouest. — 24 juin, o h 5o™ : séisme IV, ressenti en Maine-et-Loire, parti- 
culièrement dans les cantons de Baupréau, Montrevault, Saint-FJorent-le- Vieil et Che- 
millé. — 27 décembre, 2i h , séisme V, dont l'épicentre peut être situé entre la vallée 
du Thoret et celle de la Dive, ressenti dans les Deux-Sèvres et particulièrement à 
Airvault, dans la Vienne à Moncontour et dans les Deux-Sèvres, arrondissement de 
Bressuire. 

Région du Nord-Ouest. — 23 décembre : deux faibles secousses ont été ressenties 
dans les Côtes-du-Nord, l'une à 4 h , signalée à Quintenic (canton de Lamballe), 
l'autre à 22 h , ressentie à Tréguier (arrondissement de Lannion). 

1929 : Au cours de cette année huit séismes bien caractérisés et deux 
secousses de moindre intensité, dont les détails figureront dans un Mémoire 



(*) Séance du 11 août 1980. 



SÉANCE DU 18 AOUT 1930. 337 

plus important, ont été signalés. Le Plateau Central, les Alpes, les Vosges 
se sont encore montrés stables. 

Région du Sud-Ouest, — i cr décembre vers 23 h 5o m : séisme pyrénéen, d'inten- 
sité II, ressenti dans le canton de Lourdes; ce séisme a été suivi de quelques faibles 
répliques. — 12 décembre, 5 h 56 m : séisme pyrénéen, III, ressenti dans les hautes 
vallées de l'Adour et du Gave de Pau et inscrit par les appareils de Bagnères-de- 
Bigorre. 

Région du Sud-Est. — 19 juillet, 22 h ,o5 m : faible séisme ressenti à Sospel (Alpes- 
Maritimes). 

Région de V Ouest. — 9^ janvier, 2 h : faible secousse signalée à Chatellerault et à 
Saint-Georges-Baillargeaux (Vienne). — 4 janvier, 2i h ,3o ra : séisme d'intensité IV, 
ressenti sur les limites des départements des Deux-Sèvres et de la Vienne, notamment 
à Assais (canton de Saint-Loup) et à Notre-Dame-d'Or (canton de Moncontour). — 
29 mai : secousse ressentie dans les environs de Nantes et à Carquefou. 

Région du Nord-Ouest. — 3 janvier, 4 h : séisme d'intensité V, dans le Morbihan, 
les Côtes-du-Nord et faible dans l'ille-et- Vilaine, sur les lignes Pontivy, Lanouec 
(canton de Josselin), vers La Chapelle (canton de Malestroit), avec bifurcation vers 
le Nord-Est, vers Saint- Vran (canton de Médrognac) et Médréac, (Ille-et-Vilaine). — 
3i octobre, entre o h et i h : un séisme d'intensité V a été ressenti dans le Morbihan 
sur un territoire assez étendu. Deux lignes de plus grande intensité peuvent encore 
être signalées : l'une de direction WE par Auray, Vannes, Berric, Limerzel ; 
l'autre SW-NE, partant aussi des environs d'Auray, atteint la région de Malestroit 
en passant par Elven. — Le 26 juin, i5 h 20 m : un séisme dont l'épicentre est 
vraisemblablement sous-marin a été ressenti dans l'arrondissement ,de Coutances 
(Manche), à Lessay et Annoville. 



PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. — Sur Vobtention, aux dépens des Laminaires, 
d'un complexe iodé labile. Note ( 1 ) de M. Pierre Dangeard, présentée 
par M. P. -A. Dangeard. 

Il se produit, dans certaines circonstances que nous allons préciser, un 
complexe iodé labile obtenu par diffusion aux dépens du thalle des Lami- 
naires, au contact de l'eau de mer ou de Peau douce, complexe qui a la pro- 
priété de libérer immédiatement de l'iode par une acidification même 
légère. 

Suivons par exemple ce qui se passe lorsqu'un stipe vivant et frais de 
Laminaria flexicaulis, n'ayant pas subi de lésions, est placé dans un tube 
assez étroit rempli d'eau de mer, de telle façon que la quantité de liquide soit 



(*) Séance du 11 août 1930. 

C. R., 1900, 28 Semestre. (T. 191, N" 7) 26 



Y3S ACADÉMIE DES SCIENCES. 

faible par rapport à la surface du thalle et que les tissus sectionnés n'aient 
aucun contact avec l'eau de mer. Dans ces conditions l'analyse du liquide, 
effectuée à certains intervalles de temps, nous renseigne sur les échanges de 
matière entre l'Algue et le milieu. e 

Or l'eau de meiy qui ne contient pas d'iode libre normalement, en con- 
tient parfois une petite quantité (environ ^^) après avoir séjourné un 
quart d'heure au contact d'un stipe de L. flexicaulis . Le fait, bien que rare, 
comme nous l'avons déjà fait remarquer, est cependant indiscutable. Dans 
la suite de l'expérience, Peau de mer analysée étant chaque fois remplacée 
par de l'eau de mer fraîche, il n'apparaît plus d'iode libre, mais seulement 
un peu d'iode combiné décomposable par un acide dilué. 

L'iode labile ainsi observé n'existe plus ensuite dans les analyses ulté- 
rieures si ce n'est à l'état de traces et dans les premières heures seulement; 
il n'y a pas d'iodures non plus à aucun moment, même après i(\ ou 48 heures : 
le stipe de Laminaire vivant ne diffuse donc pas d'iodures au dehors dans 
l'eau de mer pendant très longtemps. A un moment donné, qui peut être 
après deux ou trois jours ou même plus et qui correspond évidemment à un 
état pathologique, des iodures apparaissent et bientôt, ce qui est plus 
inattendu, de l'iode libérable par un acide. L'eau de mer peut devenir alors 
si riche en complexe iodé labile qu'elle brunit aussitôt sous l'action d'un 
acide dilué. 

Ce complexe apparaît également lorsqu'on répète les expériences précé- 
dentes avec de l'eau douce au lieu d'eau de mer, mais alors certaines parti- 
cularités importantes se manifestent. Tout d'abord, dans l'eau douce, il est 
à peu près constant d'observer de l'iode libre, soit pendant les premières 
minutes du séjour, soit au bout d'une heure ou deux, mais cet iode libre est 
accompagné presque tout de suite d'une petite proportion d'iode libérable 
par un acide à laquelle s'ajoute une proportion importante d'iodures. Le 
stipe, retiré de l'eau douce et placé tel quel sur un papier amidonné, le bleuit 
fortement : l'eau douce a donc une action rapide et intense sur l'iodovolati- 
lisation. 

La diffusion des iodures qui se produit dès la mise en contact avec l'eau 
douce continue ensuite activement, tandis que l'analyse n'indique plus d'iode 
libre ni d'iode acidilabile; enfin, après un temps variablequi est en moyenne 
•de 24 heures, un complexe iodé labile très abondant apparaît. A ce moment 
quelques gouttes d'acide provoquent immédiatement la mise en liberté 
d'une forte dose d'iode libre. Après plusieurs jours l'iode libérable disparaît, 
tandis que les iodures persistent. 



SÉANCE DU 18 AOUT io,3o. 339 

Les faits relatés ci-dessus ont besoin d'être expliqués ou interprétés. Tout 
d'abord il semble certain que l'apparition d'iode libre, tout à fait au début 
du séjour, dans l'eau de mer ou dans l'eau douce, est due à de l'iodovola- 
tilisation, c'est-à-dire à une émission d'iode par les cellules vivantes. La 
formation d'une petite quantité diode acidilabile au début du séjour dans 
l'eau de mer et dans l'eau douce est certainement liée au fait précédent dont 
il n'est peut-être que la conséquence. Quant à l'apparition massive après 
24 heures ou plusieurs jours d'un complexe iodé labile, elle paraît être causée 
par une sortie abondante d'iodures et d'un principe oxydant : ce dernier n'est 
pas une diastase, car il n'est pas détruit par l'ébullition -, il y a lieu sans 
doute d'y voir un corps analogue au « libérateur » signalé récemment par 
Dillon dans l'eau douce où avaient macéré des Laminaires hachées. 

Il est difficile, jusqu'à présent, de savoir si la formation de ce « libé- 
rateur» est en relation avec la vitalité de certaines cellules; cependant 
nous ne l'avons pas obtenu en laissant séjourner dans l'eau des cossettes 
taillées dans le tissu médullaire et intermédiaire des stipes et privées de cel- 
lules corticales, ce qui rend vraisemblable le rôle de ces assises cellulaires. 
En résumé, le séjour d'une L. flexicaulis dans l'eau de mer donne lieu 
tout.d'abordàune sortie d'iode, qui peut être retrouve soit à l'état libre, soit 
plus souvent à l'état de composé dissociable par un acide seul. Le séjour 
ultérieur dans l'eau de mer ne fait apparaître ni iode libre, ni iode acidila- 
bile, niiodure si l'on observe d'heure en heure. Après plusieurs jours seu- 
lement, il se montre à la fois des iodures et un principe oxydant, non 
détruit à l'ébullition, qui a la propriété de décomposer instantanément les 
iodures en milieu acide. 

Dans l'eau douce, les iodures s'échappent aussitôt des cellules encore 
vivantes, accompagnés, au début seulement, d'iode libre ou d'iode acidila- 
bile ou des deux à la fois. Comme dans l'eau de mer, mais plus tôt, un 
principe oxydant apparaît, qui vient former avec les iodures un complexe 
iodé facilement dissocié par les acides. 



34o 'ACADÉMIE DES SCIENCES. 



ZOOLOGIE. — Cytologie de V auto fécondation du Pulmoné Bullinus 
contortus Mich. Note de M. Marc de Larambergue, transmise par 
M. Maurice Caullery. 

L/autofécondation du Pulmoné exotique Bullinus contortus Mich. a été 
signalée pour la première fois par E. Brumpt('). Grâce à l'amabilité de 
cet auteur, qui a bien voulu me confier quelques-uns de ces mollusques 
récoltés en Corse, j'ai pu élever, dans des conditions semblables à celles 
qu'il avait réalisées, plusieurs générations autogames de Bullins. Ce maté- 
riel m'a permis défaire l'étude cytologique de cette aulofécondation, qui 
présente de grandes analogies avec le mode de reproduction étudié par 
Crabb et par moi-même chez les Limnées. 

Je ne décrirai dans cette Note que des stades observés dans des œufs 
pondus, où le spermatozoïde fécondant a déjà commencé son évolution. Dans 
les mollusques vierges que j'ai sacrifiés, les coupes d'ovotestis ne m'ont 
encore montré que des ovocytes entourés de leur mince follicule et je n'en 
ai pas rencontré pendant leur descente dans le conduit génital. 

Les spermatozoïdes mûrs, tels qu'ils se trouvent accumulés dans la 
portion médiane, dilatée, du canal hermaphrodite, ont une tête effilée et 
légèrement courbée à son extrémité antérieure; elle mesure environ .> 
sur 1^,5. Dans l'œuf fraîchement pondu, la tête affecte dans l'ensemble la 
forme d'une petite sphère de 3^ de diamètre, légèrement déprimée à la partie 
postérieure (Jig. i); elle est accompagnée de quelques fragments de queue, 
qui se résorbent rapidement. Ainsi constitué, l'élément mâle, très colorable, 
est facile à reconnaître à la périphérie du vitellus et je n'en ai jamais trouvé 
qu'un seul. Cependant l'examen in toto d'œufs récemment pondus montre 
souvent, noyés dans l'albumine entourant le vitellus, des spermatozoïdes 
immobiles, pelotonnés, sans doute entraînés par le passage de l'ovocyte et 
englobés avec lui dans les sécrétions des glandes accessoires. 

Tandis que la première méiose suit son cours, les fragments de queue 
disparaissent, la tête reste sphérique, très chromatique, et toujours isolée 
à la périphérie du vitellus (fig. 2); elle s'accroît légèrement (3^-3^,5). 

C'est généralement pendant l'intercinèse que le pronucléus mâle s'orga- 

(*) Comptes rendus, 186, 1928, p. ioi2-ioi5. 



SÉANCE DU 18 AOUT lO,3o. 34l 

nise. La tête, jusque-là sans structure apparente, se vacuolise; à son voisi- 
nage s'observe un petit aster (fig. 3). On ne peut cependant établir une 
concordance exacte entre l'ovogénèse et l'évolution du spermatozoïde, car 
on rencontre parfois un noyau mâle déjà constitué dès la fin de la première 
méiose, ou bien une tête encore massive à la fin de l'intercinèse; mais tous 
les œufs d'une ponte donnée présentent sensiblement les mêmes caractères, 












^ 










JL 



..... ___ v, ""'^"J 



3 






-1 











ces différences étant dues sans doute au temps variable qui s'écoule entre 
la pénétration et la ponte. 

L'augmentation de volume de l'élément mâle se poursuit pendant la 
deuxième méiose; son noyau devient vésiculeux et sa colorabilité diminue, 
il se déplace vers le centre du vitellus, en compagnie de son aster, qui 
faiblit^ puis disparaît. Après l'émission du deuxième globule polaire, qu'un 
reste fusorial relie à l'œuf, le pronucleus femelle s'organise et demeure au 
pôle aminal, dans une aire cytoplasmique homogène, dépourvue de réserves, 
où pénètre bientôt le pronucleus mâle (jig. l\). Les figures achromatiques 
ont alors disparu et les deux pronucléi, groupes de vésicules contenant des 
sphérules chromatiques, sont à peu près semblables; mais, encore séparés, 
ils restent faciles à distinguer. Ils s'accroissent toujours, pouvant atteindre 



34^ ACADÉMIE DES SCIENCES. 

i5^, se simplifient et entrent en contact (Jîg. 5). Pendant ce stade de repos, 
la membrane qui les limite perd de sa netteté, leurs sphérules deviennent 
moins colorables. 

Quand les asters de segmentation apparaissent au voisinage des noyaux 
qu'ils ne tardent pas à entourer de leurs irradiations, le. contenu des 
pronuclei reprend sa colorabilité et se résout en chromosomes allongés et 
en granulations obscurcissant la prophase de la première mitose de segmen- 
tation (fîg. 6). Dans les segmentations ultérieures, la numération exacte 
des chromosomes, devenus plus courts, est rendue pénible et aléatoire par 
leur tassement et le doublement du nombre haploïde déjà élevé ( 1 ). 

L'évolution du spermatozoïde aboutit donc à une caryogamie véritable, 
qui a tous les caractères d'une fécondation normale. Étant donné l'éton- 
nante prolificité de ces mollusques isolés, le nombre de générations auto- 
games que l'on peut élever et la régularité de leur développement, l'auto- 
fécondation, chez Bullinus, a tous les caractères d'un processus physiolo- 
gique. 



chimie PHYSIOLOGIQUE. — Isolement et préparation de la vagotonine , nou- 
velle hormone pancréatique. Note( 2 ) de MM. H. Pénau etD. Santenoise, 
présentée par M. A. Desgrez 

Les recherches cliniques et expérimentales poursuivies depuis près de 
dix ans par D. Santenoise et ses collaborateurs ont conduit ces auteurs à 
démontrer que le pancréas exerce une action régulatrice importante sur 
l'activité fonctionnelle des centres pneumogastriques, en sécrétant une hor- 
mone vagotonisante différente de l'insuline, hormone à laquelle, dès 1926, 
Santenoise avait, en raison de cette propriété physiologique, donné le nom 
de vagotonine. Nous sommes parvenus a mettre au point une technique de 
préparation, permettant d'extraire du pancréas cette vagotonine, de la 
purifier et de la préparer en quantité suffisante pour l'étude de ses propriétés 
physiologiques et thérapeutiques. Santenoise et ses collaborateurs, ayant 
observé l'action vagotonisante de certaines insulines préparées suivant la 
première technique de Pénau, puis ayant constaté la disparition du pou- 
voir vagotonisant dans des insulines dont la purification avait été beaucoup 



( 1 ) Ce nombre est, en-effet, d'environ.35. 

( 2 ) Séance du 4 août ig3o. 



SÉANCE DU 18 AOUT io,3o. 343 

plus poussée, ont supposé qu'au cours de la préparation de ces extraits pan- 
créatiques à grande activité insulienne, les techniques employées débarras- 
saient l'insuline proprement dite de la vagotonine. 

Nous avons alors repris, étape par étape, diverses méthodes de prépara- 
tion d'insuline, prélevant, à chaque stade, des échantillons des divers pro- 
duits de la préparation et mesurant l'action de ces divers échantillons sur • 
l'excitabilité réflexe des centres pneumogastriques. 

Nous avons ainsi constaté l'existence, dans certaines conditions physico- 
chimiques, d'un véritable partage de l'insuline et de la vagotonine. Après 
avoir précisé, par l'association de la technique physiologique et de la tech- 
nique physico-chimique, certains facteurs et les conditions de cette sépara- 
tion des deux hormones, nous avons mis au point la technique suivante : 

Pour obtenir la vagotonine, on part directement du pancréas stabilisé 
à — 15°. Celui-ci est broyé dans un pulpeur, puis mis à macérer dans une 
liqueur alcoolique renfermant ■— de molécule d'acide sulfurique par litre. 
Après 4 heures de macération, on filtre le liquide limpide et l'on effectue 
une deuxième opération identique. Les colatures alcooliques ainsi obtenues 
sont filtrées, puis concentrées dans le vide à -^ de leur volume. 

La liqueur est alors ajustée à un pH de 4,6-4,8 par addition de soude, ce 
qui permet d'éliminer une masse pondérale importante de substances non 
vagotonisantes. Dans la liqueur aqueuse surnageante, il est parfois assez 
difficile d'apprécier l'activité sur le vague par suite des nombreuses impure- 
tés protéiques qu'elle renferme et qui masquent cette action; il est dont 
indispensable de la purifier. La liqueur aqueuse est à nouveau distillée dans 
le vide à une concentration déterminée. Le liquide obtenu est ensuite addi- 
tionné, jusqu'à demi-saturation, de sulfate d'ammoniaque qui entraine avec 
lui une quantité importante de substances albumosiques. Cette opération 
permet d'éliminer certaines impuretés choquantes, à petites molécules : 
polypeptidesdialysables, amino-acides et sels. Par une centrifugation appro- 
priée suivie d'un lavage du précipité, on arrive à obtenir un culot que l'on 
fait entrer en dissolution dans l'eau. On obtient une liqueur qui est passée 
dans un ultra-filtre à grande surface, ce qui permet d'éliminer encore des 
albumoses à petites molécules et de ne conserver que les protéoses à grosses 
molécules, parmi lesquelles la vagotonine. La liqueur est à nouveau concen- 
trée par des fractionnements à l'alcool. On élimine encore ainsi des subs- 
tances inactives. 

Enfin, en ajoutant à la liqueur i5 volumes d'alcool absolu on finit par 
obtenir, après essorage et dessiccation, une poudre blanche, riche en vago- 



344 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

tonine. Mais celle-ci ne saurait être encore employée pour les usages de la 
thérapeutique, car elle renferme certaines substances choquantes qui peuvent 
voiler l'action vagotonisante et peuvent, injectées, provoquer des accidents 
anaphylactiques. Il est donc nécessaire de lui faire subir une troisième puri- 
fication par des précipitations fractionnées au chlorure de sodium, au pH 
-de 3,5. Par centrifugation et reprise à l'alcool du précipité, on obtient une 
liqueur qui, ajustée à pH 7, et reprécipitée par l'alcool-éther, permet 
d'obtenir, par essorage et dessiccation, la vagotonine à un état de purifica- 
tion très avancé. 

Par ce procédé, on obtient une poudre blanche, très soluble dans l'eau 
distillée et le sérum à 7 pour 1000, qui se montre active sur le réflexe oculo- 
cardiaque à des doses de -^ de milligramme et moins par kilogramme 
d'animal. 

Cette substance donne sur le parasympathique les mêmes résultats que la 
transfusion de sang efférent pancréatique. Elle n'est pas choquante et ne 
semble conférer ni immunité, ni sensibilité anaphylactique. 

Elle n'est pas immédiatement hypotensive, même à dose élevée (io ce par 
kilogramme), en injection intraveineuse, lorsqu'elle a été bien préparée et 
purifiée. Elle ne contient ni choline (réaction de Florence négative) ni his- 
tamine. Elle provoque une hypoglycémie lente, progressive, souvent intense 
et durable. Elle accroît, dans des proportions considérables, la tolérance aux 
hydrates de carbone et excite la fonction glycopexique du foie. 

? Nettement individualisée, elle se présente bien différente de l'insuline et 
des diverses autres substances extraites du pancréas. 



MÉDECINE EXPÉRIMENTALE. — Étude de certaines modifications humorales 
survenues au cours de V ' anaplasmose marginale bovine expérimentale. 
Note de M. .E. Ducloux et M lle G. Cordier, présentée par [M. Charles 
Achard. 

Nos expériences sur l'anaplasmose marginale bovine en Tunisie nous 
ont donné des résultats dont nous extrayons quelques-uns : 

i° Bilirubinémie. — La bilirubine a été étudiée dans le sérum par 
la réaction Van den Berg. L'augmentation progressive de ce pigment a 
été la caractéristique des états graves, au contraire sa diminution a tou- 

(*) Séance du 11 août 1980. 



SÉANCE DU 18 AOUT 1930. 345 

jours paru un indice favorable. Les sérums ont été soumis aux deux épreuves 
de la réaction directe et de la réaction indirecte et les résultats n'ont cessé 
d'être concordants; chaque fois nous avons observé chez les sujets en crise, 
une réaction directe retardée et une réaction indirecte immédiate que nous 
avons désignées, par les signes +, H — h, H — I — K H — I — I — K suivant le 
degré d'intensité de la coloration. Selon Mac Née [Classification clinique 
des ictères {^Revue sud-américaine de Médecine et de Chirurgie {, n, 
février 1980) ], ces résultats peuvent être interprétés comme une insuf- 
fisance de la cellule hépatique, liée à une lésion ou à un surmenage 
exagéré qui caractériseraient l'ictère intra-hépatique toxique et infectieux. 
Nous rapporterons le cas de la génisse n° 48 qui a reçu le sang infectant 
le 25 février iq3o, et celui de la génisse n° 63 qui a reçu le sang infectant 
le 1 5 mars 1930. 

Réaction 

directe indirecte 

Dates. Parasites dans le sang. retardée. immédiate. 

8 mars au i'3 mars o o o 

1 5. mars au 3 avril 4 anaplasmes ( 1 ) o - o 

18 » ■ 3 » 60 à 80 » + H- 

20 » 3 » .......... '.' 3oo » : h — h -h * '-+- -h -h 

22 ' » . 3 » 4 2 o » + + + + . + + -H + 

25 » 3 »' ( 2 ) 5oo » + + -+--+- -4- -f- +••+ 

22 mars au 3 avril o o .0 

4 avril 2 à 3 anaplasmes ( l ) o o 

8 » .' 4° à 5o » o + 

10» 90 » o + 

12 » . i5o » H h H — h 

i3 » ■ 180 » + + 

1 6 » ( 3 ) 3o » o o 

Le taux de concentration de la bilirubine dans le sérum serait donc en 
rapport direct avec la gravité et la durée de l'anaplasmose. 

2 Urobiline. — A aucun moment nous n'avons décelé Furobiline dans le 
sérum et l'urine, même au plus fort des accès parasitaires, non plus qu'à 
la période agonique. 

( 1 ) Pour 1000 globules rouges. 

( 2 ) Mort de la génisse 48. 

( 3 ) Guérison de la génisse 63. 



346 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

3° Résistance globulaire. — lSous avons suivi journellement les modifi- 
cations de la résistance, sur plus de 20 bovins pendant toute la durée de 
l'affection parasitaire et nous avons été frappés de la régularité des courbes 
qui, au plus fort de l'accès, se rapprochaient de Taxe des ordonnées, 
d'autant plus que la vie de l'animal était compromise. Le fléchissement 
de la résistance globulaire apparaît comme un pronostic grave et l'on peut 
affirmer que les modulations de la courbe, au cours de Tanaplasmose expé- 
rimentale, ont une valeur symptomatologique au même degré que les 
variations de la bilirubinémie. 

4° Cholestérinémie . — Nous avons utilisé le procédé de dosage de Gri- 
gaut('). Nous relevons quelques-uns de nos résultats : 

Cholestérine Réaction de Van den Berg. 

par litre ■ — • — "^^""" — 

Dates. de sérum. R. dir. R. R. indir. I. 

Génisse 48. 

Avant la crise 25 février 1 , 3o o o 

Début de la crise 12 mars i.,6o o o 

» 1 5 » 1 , 60 o o 

■ La crise s'aggrave. 18 » 1 ,4° "+~ ~^~ 

» 20 » 1 , 20 H — I — h + H — I- 

». ......... 21 » 1 , 20 H — I — h H — H -t- 

» 24 » 1 , 10 ■+- + + -+- -+- -+- + + 

Mort 25 » 1 -H + H — h H- + + + 

Génisse 49. 

Avant la crise 3 1 » 1 , 5o o o 

Début de la crise 2 Avril 1 , 5o o ' o 

» , 5 » 1 . 3o o o 

Crise d'intensité moyenne . 8 » i,2;5 o -t- 

» . 1 o » r . r o ( > + 

. » .12» 1 , 1 5 H — \~ ^ — h 

» . i5 » 1 , 20 -f- H — (- 

L'animal survit 22 » 1 ,4o o o 

( 1 ) A.-C. Marie, Recherches sur la cholestérinémie {Annales de /' Institut Pas- 
teur, 37, 1923, p. 921). 



SÉANCE >DU 18 AOUT io,3o. 347 

La cholestérinémie a présenté une grande variabilité. Son abaissement 
a été la règle durant la période de crise et a semblé même présenter un 
certain rapport avec l'intensité de l'affection. Au début de l'état parasitaire 
nous avons noté également une hypercholesîérinémie de courte durée. 

5° Iso et autohémoagglutinines et hémolysines. — Nous avons recherché, 
par les techniques de Weinberg et Ionesco Miharesti, les anticorps dans le 
sérum d'animaux en incubation, en crise et en fin d'accès d'anaplasmose, 
pour les hématies de sujets placés dans les mêmes conditions pathologiques. 

En période de crise et quelquefois durant l'incubation, le sang des sujets 
atteints d'anaplasmose peut contenir des isohémoagglutinines et des autohé- 
moagglutinines polir les hématies de bovins en crise. Par contre nous 
n'avons jamais constaté l'existence d'auto et d'isohémolysines. 

Résumé. — L'anaplasmose expérimentale s'accompagne d'hyperbiliru- 
binémie, d'hyporésistance globulaire, de variations dans le taux de la 
cholestérine avec tendance à l'hypocholestérinémie dans les formes graves, 
et d'auto et isoagglutinines dans le sérum. 



MÉDECINE. — Une méthode efficace de traitement d y une des causes les plus 
répandues de mortalité infantile dans les pouponnières : V infection à pneu- 
mocoques. Note de MM. C. Lebaillt, G. Dbsbouis et A. Voulland, pré- 
sentée par M. Ch. Nicolle. 

On connaît les controverses des puériculteurs au sujet de la vie en 
commun des nourrissons. Il s'agit d'élever, avec le minimum de mortalité, 
les enfants, qui, pour causes diverses, ne peuvent bénéficier du seul mode 
d'élevage rationnel : l'allaitement par la mère. 

Deux méthodes sont employées : le placement en. nourrice à la cam- 
pagne, l'élevage en commun dans les pouponnières. Si la première méthode 
donne de bons résultats avec les enfants déplus de deux ans, elle donne une 
trop forte mortalité avec les nourrissons très jeunes. L'élevage en commun 
et par l'allaitement artificiel des enfants abandonnés présente l'avantage de 
grouper les nourrissons autour d'un personnel instruit, sous une direction 
médicale. Il présente l'inconvénient d'offrir aux maladies contagieuses une 
proie multiple. 

Les essais que nous avons poursuivis depuis un an et demi au centre d'éle- 
vage départemental du Calvados, à Bénouville, nous ont mis en présence, à 
deux reprises, d'épidémies semblables et très graves. La seconde a fait 



348 ACADÉMIE DES SGI-ENCES. 

l'objet d'une étude approfondie. Cette étude nous a amenés à envisager une 
méthode nouvelle de prévention et de traitement. 

Évolution de l'épidémie. — L'épidémie, qui, à deux reprises, a décimé 
nos nourrissons, s'est présentée sous forme d'une maladie à symptômes 
infectieux et fébriles prédominants. Les troubles locaux (pulmonaires et 
intestinaux) n'étaient pas très accentués ; ils ne pouvaient laisser prévoir 
l'issue fatale, qui, pourtant, était la règle générale. 

Symptômes. — Le premier symptôme observé est une élévation thermique 
qui se montre au cours de la prise de température quotidienne (matin et 
soir) qui est de règle à Bénouville. 

Chez les enfants ainsi repérés, un examen approfondi* permet de recon- 
naître des signes de congestion pulmonaire peu marqués, et surtout localisés 
aux bases des poumons. Un nourrisson est d'abord atteint, puis la maladie 
s'étend rapidement aux autres, isolés pourtant chacun dans leur box, et fai- 
sant l'objet d'une surveillance constante de la part du personnel. On cons- 
tate aussi quelques troubles digestifs, fétidité des selles, diarrhée légère et 
plus tard, un érythème fessier. Ces symptômes, peu marqués, ne paraissent 
pas devoir retenir l'attention plus que les petits malaises passagers de ce 
genre auxquels sont sujets les nourrissons. On assiste ensuite à une forte 
ascension thermique qui peut atteindre 4o",6. L'enfant prend un aspect 
profondément infecté, son teint se plombe; yeux cernés, regard fixe ; l'état 
général devient très grave, et la mort survient en quelques jours, parfois en 
quelques heures, quelle que soit la thérapeutique employée. 

Lésions. — La première épidémie de Bénouville avait entraîné une forte 
mortalité. Nous Tavons étiquetée, suivant l'usage, broncho-pneumonie. 
Après un intervalle de quelques mois, une seconde épidémie, survenue dans 
des conditions identiques, nous a donné une mortalité aussi élevée. Nous 
avons alors multiplié les observations, pratiqué huit autopsies et procédé 
à l'étude bactériologique complète de chaque cas. Nous avons ainsi reconnu 
que, toujours, il existait dans les poumons, à l'état pur, un pneumocoque. 
Dans un cas, terminé rapidement par la mort, ce pneumocoque s'est retrouvé 
dans le sang du cœur et dans la moelle osseuse (septicémie). Dans tous les 
cas, y compris ce dernier, le peu d'importance des lésions pulmonaires, 
l'absence d'hépatisation n'expliquaient m -la gravité clinique ni la mort 
rapide, fatale. Aucune lésion digestive à l'œil nu, matières d'aspect normal 
ou un peu diarrhéiques ; parfois, pourtant, nous avons noté la présence, 
de gaz et le ballonnement des anses intestinales. Comme dans les zones 



SÉANCE DU 18 AOUT ig3o. 34g 

congestionnées du poumon, on retrouvait, dans tout l'intestin, un pneumo- 
coque abondant qui, dans sept cas sur huit, n'a pas envahi le sang. 

Traitement. — L'épidémie comptait déjà douze morts. Six nouveaux cas 
évoluaient vers une issue fatale et rapide, malgré les traitements sympto- 
matiques et la suppression complète du lait et du sacre. En présence de 
cette situation désespérée, nous avons décidé d'opposer à cette infection le 
sérum antipneumococcique de l'Institut Pasteur de Paris, et, ne sachant 
par quelle voie il agirait le mieux, nous l'avons fait absorber à la fois, chez 
les six malades, par la bouche (4o cm3 ), en lavement (2o cmS ), en injection 
sous-cutanée (io cm3 ) et intra-musculaire (io cm3 ). Même traitement les jours 
suivants. Nous avons alors assisté à une véritable résurrection des petits 
moribonds. Dans la suite, nous avons acquis la conviction que l'adminis- 
tration prolongée du sérum par la bouche et en lavements suffisait à amener 
la guérison. Des confrères auxquels nous avons indiqué cette méthode ont 
obtenu, comme nous, de véritables résurrections. Nous vaccinons mainte- 
nant préventivement tous les nourrissons contre le pneumocoque par ino- 
culation sous-cutanée et absorption digestive de vaccin. 

En résumé, il existe, chez les nourrissons, une maladie d'aspect typhoïde, 
causée par le développement d'un pneumocoque qui pullule dans le tube 
digestif à la faveur du lait et du sucre et, de là, envahit le poumon. Elle 
amène la mort, souvent très rapide, avec des symptômes d'intoxication 
profonde, sans lésions asphyxiques. Cette maladie constitue le principal 
fléau des pouponnières.; elle tue aussi les nourrissons à la campagne. Elle a 
guéri entre nos mains, par l'administration du sérum antipneumococcique, 
jointe à la suppression totale du lait et du sucre. Après la maladie, l'alimen- 
tation lactée et sucrée ne doit être reprise que tard et prudemment. 

Des selles du malade, les pneumocoques se. répandent sur les langes, 
tétines, mains du personnel, etc. La prophylaxie rationnelle découle de ces 
constatations. 

Il serait intéressant d'appliquer la même prophylaxie et la même théra- 
peutique aux nègres qui sont si sensibles au pneumocoque. 



35o ACADÉMIE DES SCIENCES. 



PHYSICO-CHIMIE PATHOLOGIQUE. — Nouvelles recherches sur le traitement 
des tumeurs de goudron de la Souris par certains amino-acides . Note (') de 
MM. F. Vlès, A. de Coulon, J.-L. Nicod, transmise par M. d'Arsonval. 

Dans des Notes antérieures (-) nous avons montré comment la considé- 
ration des décalages des points isoélectriques musculaires de la Souris 
conduit à établir un ensemble de techniques pour modifier révolution des 
cancers expérimentaux chez cet animal; on a vu en particulier que sous 
Faction de certains mélanges d'acides aminés, les cancers de goudron sont 
susceptibles de présenter des régressions histologiques, allant même quel- 
quefois jusqu'à la disparition complète du tissu tumoral. 

I. Pour compléter et préciser les données apportées dans la Note précé- 
dente, nous avons amplifié l'expérience relative à l'un des mélanges qui 
paraissait particulièrement intéressant (mélange n° III B équimoléculaire 
d'alanine-cystine-proline), en faisant porter l'expérience sur un plus grand 
nombre d'animaux. 

Technique. — La technique a été exactement lamême que précédemment : 
après badigeonnage des Souris au goudron durant plusieurs mois et appari- 
tion d'un cancer constaté par une biopsie, les animaux ont reçu sous la peau 
des pastilles solides correspondant à o s ,075 environ de substance active; à 
la fin de la survie des Souris, les régions tumorales ont été de nouveau sou- 
mises à un examen histologique ; par comparaison des préparations, on a 
c\a.ssé\esc&senaggravations ,stationnairesouaméliorations . Dans l'expérience 
actuelle, on a adjoint pour certaines Souris, à l'injection sous-cutanée, la 
simple ingestion du même mélange d'acides aminés en suspension dans du 
lait condensé sucré (à raison d'environ 3o ms de substance active par jour); 
on a également suivi un certain nombre de Souris qui, sans aucune injection 
sous-cutanée, ont été simplement mises au même régime alimentaire d'acides 
aminés dans du lait condensé. 

Parallèlement, on > a refait des témoins n'ayant subi aucun traitement 



( a ) Séance du t\ août 1980. 

( 2 ) Vlès et dk Coulon, Comptes rendus, 189, 1929. p. i2o5. Cf. Vlès et de Coulon. 
Revue des notions actuelles sur un problème de physico-chimie pathologique (Arch. 
Phys. biol., ~ e série, 5, 1929, p. 1-2/4). 



SÉANCE DU 18 AOUT 1930. 35l 

et soumis de même à 'l'examen histologique double; quelques-uns de ces 
témoins, pour contrôle, ont été nourris avec le lait condensé ayant été 
utilisé dans le régime précédent. 

Résultats. — ■ Nous possédons actuellement les résultats de 107 Souris, 
soumises au traitement par le mélange n° III; leur statistique est donnée 
par la figure ci-jointe; sur ces Souris, 63 ont présenté des régressions dont 



tn 
ta 
O 

M 


Disparitions 
complètes 
du cancer. 


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Régression» 
en coure. 


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STATIOÏîNAIRES 


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AGGRAVATIOUS 


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Types de tume 

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avant 

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Mélange III B 
alanlne-prollns— 
oyatino. 




Mélange V 

ao.glutamlque- 
oyatlne. 



Statistique des cancers de goudron de la Souris traités par des mélanges d'amino-acides. 

26 ont été jusqu'à la disparition du tissu cancéreux; 9 ont montré des 
aggravations manifestes; 35 ont été considérées comme stationnaires; mai-s 
il est juste de faire remarquer qu'il rentre dans ces stationnaires un certain 
nombre de Souris qui sont mortes dans les premiers jours après la mise en 
œuvre du traitement (moins de i5 jours), et chez lesquelles l'évolution 
tumorale n'a pas eu vraisemblablement le temps nécessaire pour préciser 
son sens. 

De l'ensemble des témoins connus à l'heure actuelle, et qui montent 
à [\i depuis le début de l'expérience, aucun cas de régression même par- 
tielle n'a été vu, et il y a eu i5 cas d'aggravations manifestes. 

Il est curieux de constater que la simple ingestion des acides aminés 



352 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

choisis a déjà suffi, comme si Ton se trouvait en présence d'une carence, à 
produire un certain nombre de régressions de tumeurs. 

II. Etant donnée la présence de la cystine dans le mélange n° III /i, et 
l'analogie de structure que le complexe éventuellement formé par celui-ci 
pouvait présenter avec la glutathion, nous avons jugé intéressant d'injecter 
à des Souris au cancer de goudron, dans les mêmes conditions que précé- 
demment, un mélange de 2 molécules d'acide rf-glutamique pour 1 molé- 
cule de /-cystine. Parmi ces Souris, un certain nombre ont été en outre 
soumises à un régime d'ingestion du même mélange dans du lait condensé. 
Les résultats de 20 Souris de cette expérience sont déjà connus à l'heure 
actuelle; on y trouve 16 cas de régression, dont 10 vont- jusqu'à la dispari- 
tion complète des tumeurs, contre 3 cas d'aggravation et un seul station- 
naire. L'étude de ce mélange, qui paraît devoir être aussi intéressant, sinon 
plus, que le n° III B déjà étudié, sera poursuivi ultérieurement. 

Comme nous l'avions annoncé précédemment, la régression histologique 
des tumeurs ne correspond qu'à un assez faible accroissement de la survie 
des animaux, lesquels sont déjà trop fortement intoxiqués par les compo- 
sants du goudron. 



HÉRÉDITÉ MENDÉLIENNE. — Sur le facteur léthal accompagnant Vanurie et 
la brachyurie chez la Souris. Note ( 1 ) de M me JX. Dobrovolskaia-Zavadskaia 
et M. N. Kobozieff, transmise par M. F. Mesnil. 

Sous le nom de facteur léthal on comprend quelque chose d'hypothé- 
tique dans la matière héréditaire d'un gamète qui compromet la vitalité 
de l'organisme à la genèse duquel ce gamète prend part. Malgré notre igno- 
rance absolue sur le substratum matériel qui correspond à ce facteur, et 
sur son mode d'action, la réalité de ce facteur énigmatique ne présente 
aucun doute. Grâce aux travaux de Guénot (1904), de Gastle et Little 
(1910), etc., sur la Souris jaune, il a été établi que ce facteur modifie la 
formule mendélienne classique 1 : 2 : 1, en y supprimant la catégorie homo- 
zygote pour ce facteur. 

Lldée que la suppression d'un quart des descendants est due à la mort 
précoce des ovules homozygotes pour le caractère léthal, a trouvé sa confir- 
mation dans les recherches de Kirkham (1917), d'Ibsen et Steigler (1917) 

(*) Séance du 11 août io,3o. 



SÉANCE DU 18 AOUT IO,3o. 353 

sur la souris jaune. Ces auteurs ont constaté que, dans l'utérus des souris 
jaunes fécondées par des mâles de même couleur, il y avait toujours des 
fœtus morts. La léthalité du caractère « queue raccourcie » n'a pas encore 
été confirmée anatomiquement, mais nous avons établi (C. M. Soc. BioL, 97, 
1927, p. 116) la formule tronquée 2:1, après le croisement des deux con- 
joints anoures (on a obtenu 100 anoures et brachyures sur 47 souris nor- 
males). L'accumulation ultérieure des observations nous a pourtant donné 
des résultats moins concordants avec la prévision. Voici ces résultats parta- 
gés en deux groupes : 

Nombre . , Différence Nombre 

■ -^ . Anoures-f- brachyures. entre de petits 

de total -- — ■ ■ m -— -- ■■■ la prévision et par 

Croisements. portées. de petits. Prévus. M a bs (')• Observés. l'observation, portées. 

I. Croisement, des deux hybrides (A = anoure, Br — brachyure), disjonction 
de la descendance immédiate diaprés la formule 2 : 1 . 



A x Y. . . 


220 


86- 


f 1 •) 
070 =r= 10.9 


558 


— 20 


;i ,9 


A xBr.. 


. i38 


55i 


. 36- ± ii ,0 


3 7 5 


+ 8 


4,«> 


BrxBr.. 


1 76 


683 


445=i2,3 


43o 


— 1 5 


:i ,9 



■2. Croisement d^un hybride avec un animal normal (N 
1 disjonction diaprés la formule 1 : 1 . 



A xN.... 


79 


3 9 8 


' *99± 


9>5 


188 


BrxN.... 


1.68 


828 


4i4± 


1.4,0 


3 7 i 



4,'9 



Ce tableau montre que le croisement entre elles des souris à queue rac- 
courcie donne des résultats qui suivent assez bien la formule caractéris- 
tique dés caractères léthaux, c'est-à-dire deux anormaux sur un normal. 
La déviation en plus tombe entre les limites d'erreur probable, mais les 
déviations en moins le dépassent un peu. Les croisements des souris à queue 
raccourcie avec des souris à queue longue ont également donné des résultats 
qui dévient en moins par rapport aux chiffres prévus. Cette déviation 
dépasse trois fois l'erreur probable après le croisement des brachyures avec 
des souris normales, et, pourtant, la réunion d'un gamète à caractère léthal 



(*) L'erreur probable de la prévision est calculée d'après la formule 

M abs : 



\M 



(W. Johannsen, Elemente der exakten Erblichkeitslehre, Jena, 191 3, p. 5 j 4. ) . 
C. R., ig3o, a* Semestre. (T. 191, N° 7.) 27 



354 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

avec un autre exempt de ce caractère, ne devrait pas avoir pour consé- 
quence, d'après la théorie, la mort de F embryon. 

Toutes les oscillations qui se présentent dans le tableau ci-dessus 
trouvent leur explication dans les recherches faites directement sur l'utérus 
gravide, que nous sommes en train d'effectuer, et dont voici le résultat pré- 
liminaire : 

Chez i5 femelles normales, fécondées par des mâles normaux, on a 
trouvé, dans les utérus ouverts avant terme, 97 fœtus normaux et pas un 
seul renflement correspondant à un fœtus avorté. Cela donne 6,5 comme 
nombre moyen de petits par portée. 

6 femelles anoures où brachyures fécondées par .des mâles ayant égale- 
ment la queue raccourcie, ont présenté, dans les mêmes conditions, 
28 fœtus bien développés (dont i3 A ou Br) et 10 renflements. Cela fait 
6,5 fœtus (y compris les renflements) par portée, ou bien 4,8 fœtus par 
portée, si on laisse de côté les fœtus avortés. 

9 croisements, où l'un des deux animaux était normal et l'autre avait la 




Utérus d'une souris anoure fécondée par un mâle normal. 
R, reins; 0, ovaire; N, fœtus normal; A, fœtus avorté. 



queue raccourcie, ont<présenté à la dissection 38 fœtus bien rdéveloppés et 
3 renflements, non prévus par la théorie (voir la figure)-, cela fait 4,5, res- 
pectivement 4,2 fœtus par portée. 

Les nombres moyens moindres de petits par portée née (voir le tableau) 
en comparaison avec ceux trouvés dans les ultérus disséqués, s'expliquent 
par la perte d'un certain nombre de petits pendant l'accouchement. 



SÉANCE DU l8 AOUT i93o. 355 

,En résumé, les souris sans queue et celles à queue courte suivent dans 
leur reproduction la formule mendélienne abrégée i : i, caractéristique 
des caractères léthaux. La suppression du second . groupe homozygote 
s'explique par la mort précoce des embryons que-l'on trouve, sous forme 
de renflements, dans les utérus gravides disséqués avant terme. Le déficit 
de petits dans les croisements entre les souris normales et celles à queue 
raccourcie, s'explique également par la présence de fœtus avortés aussi bien 
dans ce groupe de cas que dans le précédent, tandis que dans les croise- 
ments entre les souris normales — du moins sur notre matériel — ces avor- 
tements n'ont pas été trouvés. Ces constatations semblent démontrer qu'il y 
a dans le phénomène de léthalité un élément quantitatif, qui dépend proba- 
blement de l'interaction du gène léthal avec le gène allélomorphe normal. 



La séance est levée à i5 h 5o- m . 

A. Lx. 



356 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



4»WLI,BTI1* RIRLIOAKAPHIQUB. 



Ouvrages reçus pendant les séances dh juin 1980 {suite et fin). 

La mécanique ondulatoire et les nouvelles théories q nautiques, par Arthur Haas. 
Traduit de l'allemand par À. Bogros et F. Esclangon. Paris, Gauthier- Villars et O, 
19^0; 1 vol. i8 cn, ,7. 

Application de la géométrie à la stabilité des constructions. Tome II, par D. Wol- 
kowitsch. in Encyclopédie scientifique. Paris, Gaston Doin et C ie , 1980; 1 vol. 17 e "', 6. 

Les statistiques quantiques et leurs applications, par Léon Brillouin. Iri Recueil 
des Conférences-Rapports de documentation sur la Physique. Paris, Presses uni- 
versitaires de France, 1980; 2 vol. 24 e " 1 , 5. 

Flore du Liban et de la Syrie, par L. Bouloumoy. Texte et Atlas de 5i2 planches. 
Paris, Vigot frères, 1980; 2 vol. 33'' 1 ". 

Organisation de la recherche scientifique. Exposé des motifs. Création d'un 
service national de la recherche scientifique. Avant-projet de loi. Paris, Jean Bel- 
mont; 2 fasc. 2.'V Mn )3. (Présenté par M. Perrin. ) 

Les substances radioactives sous V effet du rayonnement solaire provoquent la 
pluie, par M lle Stéphanie Maracineanu. Bucarest, Les Ateliers graphiques « Cultura 
Nationala », 1980; 1 fasc. 24 cm ,5. 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 

SÉANCE DU LUNDI 25 AOUT 1930. 

PRÉSIDENCE DE M. Pierre TERMIER. 



MÉMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 



M. le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau le Tome II des 
GEuvres de Janssen, publiées par M. H. Dehérain. 



M. A. Lacroix dépose sur le bureau deux Mémoires : 

i° Remarques sur les matériaux de projection des volcans et sur la genèse 
des roches pyroclastiques qu'ils constituent, sa contribution au Livre Jubilaire 
du Centenaire de la Société Géologique de France; 

2° La constitution minéralogiquc et chimique des laves intrapacifiques 
{Pacifique central austral), dans quoi il a résumé ses recherches présentées 
au Congrès scientifique du Pacifique, tenu à Java Tan dernier. 



NÉCROLOGIE. — Notice sur Achille Le Bel ( '.), par M. Georges Urbain. 

Je retracerai brièvement ici en un pieux et modeste hommage à notre 
confrère Achille Le Bel, ce que je sais de l'homme, de sa vie et de son 
activité scientifique. 

Après avoir acquis à PÉcole Polytechnique la forte culture mathéma- 
tique qui fut la base solide de ses connaissances extrêmement variées et 
étendues, Le Bel prit la direction des usines de Pechelbronn dont il avait, 

. ( J ) Séance du n août ig3o. 

C. R., ig3o, 2« Semestre. (T. 191, -N» 8.) 28 



358 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 



avec ses sœurs, hérité de son père. L'impulsion qu'il sut donner à cette 
exploitation de pétroles eut bientôt des suites heureuses. Le développement 
qu'elle a aujourd'hui en témoigne. C'est à ce propos qu'il développa ses 
connaissances de chimie, de physique et de géologie. Ces sciences le pas- 
sionnèrent à tel point que, dix ans plus tard, il résolut, pour s'y consacrer 
exclusivement, d'abandonner l'industrie où s'étaient révélées ses brillantes 
qualités d'inventeur. 

Il réalisa alors sa fortune et quitta l'Alsace pour s'installer définitivement 
à Paris, dans ce quartier intellectuel et tranquille qu'est la Montagne 
Sainte-Geneviève. 

Après un court séjour au laboratoire de Balard, Le Bel, séduit par l'ensei- 
gnement de Wiirtz, se rangea aux côtés de ce Maître et joua un rôle actif 
dans la lutte héroïque qui mettait alors aux prises les Équivalents et les 
Atomes. Le tempérament du jeune chimiste s'exaltait aux brillantes 
promesses de l'Atomisme renaissant. Son imagination en constant éveil se 
peuplait d'atomes liés les uns aux autres par les forces de leurs valences. 
Dans ce monde atomique nouveau et imagé que Wùrtz animait, Le Bel 
avait trouvé la féerie intellectuelle qui convenait à la forme objective et 
précise de son esprit. Mais il ne pouvait concevoir les molécules plates dont 
on se satisfaisait autour de lui. Il rêvait pour elles les trois dimensions de 
l'espace. Et parce qu'il avait du génie, il devait bientôt les leur attribuer. 

Pasteur avait clos ses magnifiques recherches sur l'énantiomorphie cris- 
talline par sa célèbre remarque sur la dissymétrie moléculaire, qui avait 
pour but d'expliquer le pouvoir rotatoire des corps dissous. Ce principe 
hantait l'esprit de Le Bel, qui s'efforçait de l'appliquer par le truchement 
des formules de constitution de la jeune école chimique. 

Si ces formules ne se bornaient pas à symboliser la possibilité des réac- 
tions dites fonctionnelles, si elles atteignaient la structure réelle des molé- 
cules, elles devaient trahir la dissymétrie moléculaire que Pasteur avait 
rendue responsable du pouvoir rotatoire, mais dont ce grand homme 
n'avait pu parler qu'en termes abstraits. 

La solution de ce beau problème devait être donnée partiellement par 
Van't Hoff, complètement par Le Bel, l'un en Hollande, l'autre à Paris 
et presque simultanément. 

L'activité optique devenait tributaire, dans les composés organiques, de 
l'asymétrie de formules à trois dimensions dans lesquelles les radicaux liés 
aux carbones se trouvaient aux sommets de tétraèdres virtuels, à l'intérieur 
desquels les atomes de carbone eux-mêmes orientaient les forces d'attrac- 



SÉANCE DU 25 août 1930. 35o, 

don de leurs valences. Van't Hoff avait considéré le carbone asymétrique et 
le tétraèdre régulier comme suffisants. Le Bel démontra par l'exemple de 
l'acide mésotartrique qu'il n'en était rien, puisque cet acide est inactif et 
qu'il renferme deux carbones asymétriques. Il nia même — ce que l'expé- 
rience a justifié depuis — que l'asymétrie du carbone soit toujours nécessaire, 
et il considéra le tétraèdre régulier seulement comme la solution la plus 
simple d'un problème qui pouvait en admettre bien d'autres. 

Dans la notice de ses travaux, qu'il a rédigée de main de maître, Le Bel a 
présenté son système stéréochimique comme une géométrie dont le monde 
atomique est astreint à suivre les théorèmes ; il a donné de ceux-ci le logique 
enchaînement. Il est admirable qu'il l'ait fait sans omission et sans que 
l'avenir ait eu à y apporter la moindre retouche. 

Tel est le monument presque unique dans l'histoire des sciences que ce 
savant de haute lignée a légué aux générations, alors qu'il avait à peine 
3o ans. Tel est le titre qui a rendu son nom impérissable. Fondateur d'une 
science devenue classique et qui a rendu et rendra indéfiniment à la Science 
d'inestimables services, Le Bel a porté très haut dans le monde le renom 
scientifique de son pays. Sa perte sera douloureusement ressentie dans le 
monde entier par tous ceux qui connaissent les principes de la stéréochimie 
et que de tels chefs-d'œuvre de science peuvent émouvoir. 

Les conséquences de cette invention sont dès maintenant incalculables. 
Inextricable la question chimique des sucres* 1 — et bien d'autres du domaine 
de la biochimie et de la chimie pure — sans cette stéréochimie que Le Bel a 
créée de toutes pièces autant de son esprit que de ses mains. Car il a illustré 
lui-même ses théorèmes par des faits indiscutables qu'il a su choisir absolu- 
ment démonstratifs. 11 a fait mieux, ayant lui-môme généralisé sa doctrine 
en montrant qu'elle est applicable aussi bien à l'azote qu'au carbone. Or 
les difficultés expérimentales relatives à l'azote sont considérables et s'accu- 
mulent lors de la séparation nécessaire des isomères optiques. 

Cette généralisation a d'ailleurs fait, depuis, bien du chemin, puisqu'elle 
s'étend aujourd'hui à la chimie d'une quinzaine d'éléments dont la plupart 
ne figurent pas dans la constitution des substances élaborées par la vie. Nul 
ne peut douter aujourd'hui que les principes de Le Bel ne dominent la 
Chimie tout entière. 

La faculté qu'avait Le Bel de voir dans l'espace sans le secours du 
tableau noir ou du papier était surprenante. Il voyait sans les tracer les 
figures les plus compliquées, et savait y saisir ceux des rapports que l'expé- 
rience pouvait le plus aisément contrôler. C'est pourquoi il ne cultiva guère 
que l'expérience cruciale, la seule qui réponde par oui ou par non aux sug- 



36o ACADÉMIE DES SCIENCES. 

gestions de la raison ou de l'intuition créatrices. Cette méthode, qu'il devait 
peut-être à sa culture mathématique, domine toute son œuvre et en éclaire 
les diverses particularités. 

Pour bien comprendre le savant que fut Le Bel, il faut tenir encore large- 
ment compte des extraordinaires succès qui consacrèrent une réputation 
universelle à l'âge où, dans une science telle que la chimie, chaque cher- 
cheur ne fait guère que poursuivre son apprentissage. Bien qu'il ne se soit 
jamais départi de la modestie et de la simplicité qui conviennent aux esprits 
réellement supérieurs, il ne voulut jamais rien publier qui ne fût d'une 
originalité vraie ou dont les conséquences manquaient de portée. 

C'est ainsi, que durant dix ans, il s'efforça de relier les formes cristallines 
aux structures moléculaires, refusant aux sollicitations de ses amis de 
publier ceux de ses résultats qu'il jugeait sans importance, ou qui ne 
cadraient pas avec les idées qu'il s'était faites au préalable. Ceux qui l'ont 
connu à cette époque doivent se souvenir du clair laboratoire où il avait 
accumulé des préparations d'innombrables aminés, dont patiemment il 
faisait cristalliser les sels pour comparer les angles de leurs cristaux. C'était 
rue Amyot, dans une maisonnette entourée d'un jardinet dont Le Bel soi- 
gnait attentivement les fleurs. 

Lorsqu'il quitta ce coin calme du vieux Paris oublié derrière le Panthéon 
pour s'installer dans son immeuble de la rue Saint-Jacques, il regrettait 
moins ses cristaux, qui l'avaient déçu, et qu'il donna un jour en bloc à un 
cristallographe ami, que ses fleurs qui ne pouvaient le décevoir. 

Ne pouvant transformer en jardin la cour, dont il avait fait un puits 
de 45 m de profondeur pour y percer une galerie à température absolument 
invariable, il cultiva ses fleurs sur une terrasse qui devint bientôt un jardin 
botanique suspendu, Il y cultiva même des algues dans un aquarium, et eut 
la passagère fortune d'en découvrir une qui fixait l'azote de l'air. L'algue ne 
résista pas au régime des expériences, et n'ayant pu la retrouver, Le Bel a 
créé à la Société Chimique un prix pour la fixation de l'azote par les plantes 
aquatiques. L'intérêt biochimique général que présente un tel genre de 
phénomènes est évident. S'il a laissé à d'autres le soin de résoudre ce pro- 
blème, c'est que son esprit était préoccupé d'une question d'une toute autre 
envergure. 

Le Bel ne pouvait se résoudre à admettre les conséquences pessimistes 

relatives aux destinées de notre Univers, que certains se sont crus en 

• droit de déduire du Principe de Carnot. D'autre part l'ingénieur Tissot 

avait habilement plaidé la nécessité d'un rayonnement interstellaire suscep- 



SÉANCE DU 20 AOUT I93o. 36l 

tible, pensait Le Bel, de maintenir l'énergie du système solaire à son niveau. 
Pourqu'il en soit ainsi, ce rayonnement devait pouvoir traverser d'énormes 
épaisseurs de substances matérielles; qui, en absorbant partiellement ce . 
rayonnement, devaient le transformer en chaleur. 

Le Bel se proposa donc de mettre, par voie expérimentale, en évidence le 
susdit rayonnement. On conçoit qu'à l'échelle des expériences de labora- 
toire l'ordre de grandeur des quantités de chaleur libérée dans un phénomène 
de ce genre soit très petit, en dépit de l'importance des conséquences géné- 
rales qu'on en pouvait tirer. 11 fallait l'intrépidité de Le Bel et sa foi tenace 
pour se risquer à une entreprise aussi hérissée d'évidentes difficultés expé- 
rimentales. Ce travail gigantesque et ingrat absorba durant plus de 
20 années l'activité surprenante d'un chercheur de cet âge.' Familier de son 
laboratoire, j'étais au courant de ses idées et de ses expériences et il pro- 
voquait — disait-il — à son profit mes objections. Lorsque, à la fin de sa 
vie, il se décida à rédiger un Mémoire d'ensemble, il me fut à peu près 
impossible de suivre sa pensée, tant il empruntait à des sciences différentes 
les arguments nécessaires à sa thèse. Craignant que la plupart de ses 
lecteurs éventuels fussent dans mon cas, je n'hésitai pas à lui en faire la 
remarque. Il me répondit qu'il n'y pouvait rien, et qu'il n'avait d'autre tort 
que de vivre à une époque où, la spécialisation étant jugée nécessaire, les 
esprits les mieux doués manquaient de culture générale. 

Cette remarque achève de le peindre. L'individualisme était l'une de ses 
dominantes. Il travaillait sans aucune ambition personnelle et seulement 
pour satisfaire son inlassable curiosité des phénomènes de la nature, sur 
lesquels s'exerçait constamment sa pensée. Entre le monde extérieur et lui 
il ne souffrait pas d'intermédiaires. C'était sa force et ce fut aussi sa princi- 
pale faiblesse. La solitude où il vivait — il n'eut guère qu'un seul disciple, 
M. Freundler. qui ne travailla que quelques années à ses côtés — ne pouvait 
qu'exacerber, dans un sens peu favorable à ses succès, le tour original et 
audacieux de son esprit. 

Ne regrettons ni cet excès d'originalité ni cet excès d'audace, puisque 
nous leur devons cette belle science qu'est la stéréochimie. Cet homme qui, 
dans sa vie scientifique et dans sa vie privée, s'isola dans de hautes pensées, 
qui renonça à développer sa fortune pour se consacrer à la recherche 
désintéressée,, qui jamais ne brigua de situations ou d'honneurs, fut d'une 
qualité exceptionnelle. 

Et si le rêve tenait dans son esprit la large place que son regard lointain 
laissait deviner, il avait cependant, moins peut-être en ce qui le concernait 



36a ACADÉMIE DES SCIENCES. 

qu'en ce qui concernait les hommes et les choses, un sens aigu des réalités. 
Ses amis ont pu apprécier la clairvoyance de ses prévisions, la sûreté de ses 
jugements dans Tordre pratique, et l'excellence de ses conseils. 

Il fallait le bien connaître pour suivre sans s'égarer la logique de ses 
raisonnements. C'est qu'il parlait aux autres comme il l'eût fait à lui-même, 
en négligeant tout ce qui lui semblait trop évident. L'indifférence de la 
forme, l'originalité du fond, jointes à une extrême mobilité d'images décon- 
certaient souvent et éloignaient de lui ceux qui n'étaient pas prévenus en sa 
faveur. On ne peut expliquer autrement la résistance que lui opposa l'Aca- 
démie il y a quelque trente ans. Quant aux pouvoirs publics, ils ignoraient 
tout simplement ce fondateur d'une science, et ils étaient loin de se douter 
qu'il avait puissamment contribué à assurer au dehors le renom de la science 
française. 

FI n'a pas fait un geste pour provoquer les honneurs qui, le temps aidant, 
lui furent accordés trop tardivement à la fin même de sa vie, alors qu'il en 
avait reçu, depuis trente ans, de tous les pays où la science est florissante. 

Je connais bien des traits d'une sensibilité et d'une générosité qu'il ne 
voulait pas laisser paraître, et dont je ne dirai rien pour respecter le souci 
qu'il avait de ne faire connaître de lui que le côté purement intellectuel. 



BIOLOGIE AGRICOLE. -Sur un hybride auto fertile d\.Kgilope et de BU 
(/Lgilops ovata L. x Triticum dicoccum Schub. var. Ajar Percival). 
Note de M. Louis Blarixghem. 

L'origine des Blés cultivés ne peut être établie par la seule étude des 
documents historiques, d'ailleurs peu nombreux et d'une interprétation 
délicate. C'est plutôt par la comparaison des caractères et par l'examen 
des résultats des croisements entre les formes les plus anciennement 
connues et les mieux définies par quelques caractères singuliers que l'on 
peut espérer obtenir une solution à ce problème. Il est certain qu'il n'y a 
pas eu une souche unique des Blés cultivés et l'intervention probable de 
genres bien différents des Triticum, qui donnent avec lui des hybrides fer- 
tiles, tels que Secale, Mgilops, Eaynaldia m'a engagé à porter mes efforts 
sur la réalisation des hybrides intergénériques. Et même si les expériences 
de génétique ne donnent que des indications sur ce qui pût être réalisé aux 
débuts de la culture du Blé, elles fournissent des règles pour le perfection- 
nement de cette Céréale par le renouvellement des lignées, par l'obtention 



séance du 25 août 1930. 363 

de races plus résistantes aux maladies, par l'acquisition de variétés agricoles 
moins exigeantes et plus productives que celles dont on dispose actuelle- 
ment ou même et surtout par la découverte de sortes à qualités boulangères. 
Ces études ont pris un essort tout nouveau avec la réussite inattendue de 
croisements entre espèces de Triticum fort éloignées. Ainsi j'ai réalisé, le 
premier, en 1910, le croisement de l'Engrain {Triticum monococcum L.) 
avec les Blés durs (Tr. durum et polonicum) et j'en ai obtenu un Blé à ren- 
dements satisfaisants Tr. monodurumVA. (*') dont la farine est très riche en 
matière azotée. Depuis ( 2 ) j'ai montré les divergences fondamentales qui 
existent entre le Triticum monococcum même spontané et le Trit. dicoccoïdcs 
Kôrn., forme sauvage apparentée aux Froments (Tr. vulgare V.)-, un peu 
plus tard ( 3 ) j'ai établi l'identité spécifique entre les En grains (Tr.. mono- 
coccum L.) et une mauvaise herbe sauvage commune en Grèce Tr. œgilo- 
poïdes Balansa. Ces résultats n'étaient pas tout à fait inattendus et j'en avais 
préparé la démonstration dans un Mémoire Valeur spécifique des divers 
groupements de Blés ( 4 ) paru en mars 1914*, ils ont été depuis confirmés et 
complétés par les travaux de Vavilov et Jàkushina (1926), Melburn eL 
Thompson (1927). Le point sur lequel je veux insister aujourd'hui c'est 
qu'à l'encontre de la plupart des résultats obtenus dans les croisements de 
Froments à génétique compliquée, les croisements en .question rentrent 
dans la catégorie des hybridmutations typiques, telles que je les ai définies 
dans mon ouvrage Les Problèmes de V hérédité expérimentale (191 9). Il faut, 
pour obtenir une certaine sécurité dans les résultats, utiliser comme points 
de départ, soit des formes sauvages, soit des variétés cultivées très anciennes 
et bien définies. ., 

C'est ce qui m'a fait adopter depuis 1921 comme progéniteur de Blés à 
qualité boulangère appréciée, le préférant même au célèbre Blé de Mani- 
toba très instable, une forme curieuse nommée par M. J. Percival (192 1) 
Triticum dicoccum Schubeler var. Abyssinicum, qui serait le Tr. Arras 
Hochst. et originaire d'Abyssinie (1848). .très voisin sinon identique au 
Blé hindou Kapli des provinces de Madras, Bombay et Mysore; M. Percival 
en fait un dicoccum, groupe instable et peu naturel-, il insiste sur ses affinités 
avec le Tr. dicoccoides Kôrn. et laisse entendre par là qu'il aurait des affi- 



(') Comptes rendus, 158, 1914, P- 346. ■■'."•. ; 

( 2 ) Comptes rendus, 180, igsS. p. 21.8. - . 

( :i ) Comptes rendus, 184, 1927, p. 225. 

( 4 ) Mémoires du Laboratoire de Biologie agricole de V Institut Pasteur. I, 1914, 
100 pages, 12 ligures et 2 planches; 



364 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

nités avec les Spelta et les vulgare. Or par les grains, par les résultats de 
son croisement avec les Tr. durum, turgidum et Monodurum, Tr. abyssinicum 
doit être rapproché des durum, malgré sa précocité exceptionnelle, sa paille 
courte résultant selon moi de son habitat naturel, les montagnes de l'Abys- 
sinie. Les formes décrites par M. Percival donnent des grains rouge pâle; 
la lignée que je possède Tabor abyssinicum fournit des grains rouge pourpre 
presque noirs, dont la couleur anthocyane développée dans le péricarpe 
est éliminée avec le son; le poids moyen des grains est- de 52 ms ; les épis 
barbus, rougeâtres avant la maturité, deviennent blanc sale à l'époque de la 
récolte sur des chaumes de 60 à 8o ora ; les épillets se détachent les uns des 
autres et renferment toujours deux beaux grains et parfois un troisième 
grain dont le poids moyen oscille entre 35 et 4o m? ; cette particularité et la 
facilité avec laquelle les grains sortent des grumes molles en font un Blé bien 
différent des dicoccum classiques. 

J'ai obtenu par la fécondation d'environ 3o épillets castrés à\Egilops 
ovata L. par le pollen de Tabor abyssinicum Bellevue, 9 grains hybrides de 
belle apparence plus 7 grains ridés et morts nés, ce qui est une réussite 
remarquable. Les grains semés sur couche le 3 mars 1930 ont fourni 
9 plantes identiques très vigoureuses avec une moyenne de 7 à 12 chaumes 
dont la maturité fut rapide malgré la saison et exceptionnellement rapide 
pour un hybride /Egilops x Triticum, puisque la récolte fut possible dans 
les premiers jours d'août. Les chaumes, feuilles et épis avaient pris au cours 
du mois de juillet une teinte rouge pourpre qui s'est maintenue jusqu'à.la 
dessiccation et, malgré la force des souches, peu de rejets se sont développés 
après la coupe des premiers chaumes mûrs. Ces particularités sont incon- 
testablement liées à.la précocité naturelle du Blé Tabor abyssinicum; elles 
ont contribué certainement à l'évolution normale des organes sexuels des 
dernières fleurs formées. Car cet hybride est, contrairement à la règle des 
croisements Mgilops x Triticum, autofertile. 

En fait, les fleurs des épis principaux, et je puis même affirmer, les fleurs 
de base droite et gauche de tous les épillets récoltés en août sont autosté- 
riles; les seuls grains obtenus proviennent de fécondations artificielles par 
l'apport régulier et presque journalier d'étamines prélevées sur des épis 
paternels Tabor abyssinicum. Les grains ainsi obtenus furent peu nombreux, 
à peine 1 par 3 épis en moyenne, presque toujours dans les épillets de base 
ou de l'extrême pointe ; il est probable qu'avec un été moins pluvieux les 
résultats eussent été meilleurs; les étamines de ces épillets, courtes et jau- 
nâtres, ne renfermaient pas de bon pollen comme c'est la règle. 



séance du 25 août ig3o. 365 

Bien que les opérations de fécondation artificielle n'aient porté que sur 
les fleurs latérales, à la base de chaque épillet, j'ai obtenu cependant des 
grains à partir des fleurs de troisième ordre; le cas le plus remarquable est 
celui de Tunique épillet fécondé d'un épi dont j'ai obtenu trois grains pesant 
respectivement 45,44 et 22 ms . Le plus souvent le poids des grains de la base 
des épillets hybrides oscille entre 3o, et 25 ms , intermédiaire entre celui des 
parents (55 ms et 20 ms ); l'intervention par xénie du pollen paternel à grains 
lourds élève la moyenne pour les grains pleins, mais bon nombre de grains 
de forte taille sont ridés à la dessiccation et pèsent de 25 à3o ms . Par contre, 
tous les grains récoltés dans la troisième fleur des épillets sont petits, légers 
quoique pleins, avec les poids respectifs : i5 et i4 ms obtenus sur le même 
épi, n ms , ii et io ms sur le même épi, 5 ms ; soit au totale grains développés 
sans pollinisation artificielle pour environ i5o fleurs. La proportion des 
fleurs fertiles de troisième ordre dépasse donc de beaucoup celle des fleurs 
fertiles de premier et de deuxième ordre, proportion qui n'atteint pas 
3 pour ioo même avec pollinisation artificielle. 

Je ne puis affirmer que toutes les fleurs de troisième ordre ont donné des 
grains par autofécondation, car les blés et seigles voisins ont pu et ont dû 
intervenir comme le fait s'est produit dans les champs pour YJEgilops spiel- 
teformis de Fàbre; mais en cette fin du mois d'août toutes les céréales sont 
récoltées ou ne donnent plus de pollen et sur les rejets tardifs de l'hybride 
jEgilops ovaiax Tr. abyssinicum j'ai prélevé des étamines jaunâtre clair 
renfermant des grains de pollen nucléés et capables de germer; j'ai trouvé 
aussi des ovaires gonflés à stigmates ridés qui trahissent la fécondation 
récente. Ces diverses coïncidences prouvent que les grains des fleurs de 
troisième ordre et de petite taille, dont le poids oscille entre 5 et i5 ms , sont 
pour la plupart le résultat de l'autofécondation. 

S'il en est ainsi, et les cultures ultérieures confirmeront ou infirmeront 
ces déductions, j'aurai fourni le premier exemple bien établi tf hybride auto- 
fertile à partir des genres JEgilops et Triticum. M. le Professeur Erich 
Tschermak de Vienne, qui s'occupe depuis seize ans des croisements 
à' JEgilops et de Triticum a sans doute déjà obtenu des résultats analogues; 
mais je n'ai pu trouver dans son Mémoire ('■)' aucun fait concernant la 
probabilité d'une autofécondation en (F,). 

En plus de ce résultat nouveau, la série d'observations faites sur JEgilops 

J) E. Tschrrmak, Ueber seltene Weizen und Haferbastarde und Versuche ihre 
praktischen Verwertung (Beitrdge zur P/lanzenzuc/ït, 10, 1929, p. 74-81). 



366 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

ovata x Triticum abyssùiic um confirme diverses régies énoncées antérieure- 
ment, en particulier l'augmentation de fertilité chez (F,,) des pousses tar- 
dives et des chaumes non pléthoriques constatée chez Aigilops ventricosa x 
Triticum turgidum (') et j'ajoute, augmentation de fertilité des dernières 
Heurs formées dans les épillets de l'hybride. J'y trouve aussi la confirmation 
d'une régie notée sur mes hybrides de blé et seigle (-) à savoir que la 
fertilité récupérée des hybrides intergénériques est corrélative de la matu- 
ration en mosaïque, de la lignification locale des tissus, fait qui est plus 
accentué et mieux visible dans notre hybride /Egilops ovata x Tr. abyssi- 
nwum. L'absence de maturation des tissus stériles est bien marquée par la 
persistance prolongée, jusqu'après la récolte, des Anthocyanes développées 
dans le parenchyme chlorophyllien des épis et des chaumes. Dans une pro- 
chaine Communication je montrerai que la race très ancienne et bien définie 
par des grains rouges Triticum abyssinicum appartient par ses réactions 
génétiques au groupe des durum et abyssinicum et' non à celui des vulgare 
et dicoccoïdes comme l'admet M. Percival. 



PHYSIQUE DU GLOBE. — Quelques observations d'électricité atmosphérique 
en Indochine. Note de M. A. Yersin. 

Ces observations ont été faites en Annam, à Nhatrang, sur le bord de la 
mer. 

L'instrument utilisé était un électromètre bifilaire de Wulf , relié par un 
fil conducteur d'une dizaine de mètres à une canne de un mètre de hauteur, 
fixée dans le sol et correctement isolée. Je pouvais adapter à cette canne 
deux rallonges de un mètre, ce qui me permettait des prises de potentiel 
du champ électrique à i m , 2 m , et 3 m au-dessus du sol. 

Comme égaliseur de potentiel, j'ai utilisé d'abord des mèches en ignition, 
puis des électrodes au radium; ces dernières sont beaucoup plus pratiques 
et donnent plus rapidement les mêmes résultats que les mèches. 

Pendant une année d'observation (juillet 1929 à juillet 1980), j'ai pris 
trois fois par jour : à 7 h , i3" et 17", le potentiel du champ électrique à 1"', 
2 m et 3 m au-dessus du sol, chaque fois que le temps l'a permis. 



'(') Comptes rendus, 181, 1925, p. 807 et Bulletin biologique France et Belgique 
60 : 1926, p. 343-368. . " .. <-? 

("-) Comptes rendus, 183, 1926, p. 10^9. 



SÉANCE DU 25 AOUT I93o. 3Ô7 

Voici, en volts par mètre, les résultats moyens mensuels observés pen- 
dant les journées de beau temps de cette période de-douze mois : 

Juillet . 1929 '96 Janvier 1930.......... 85 

Août . ni Février io4 

Septembre . io3 '■ Mars • ••• io3 

Octobre ....... 90 Avril 9I 

Novembre 82 Mai . 87 

Décembre . 91 Juin . 93 

Il ne paraît pas y avoir de différences saisonnières marquées. La moyenne 
des douze mois est de 0,5 volts par mètre. 

J'ai noté à i m , 91 volts; à 2 111 , 186 volts, soit 95 volts de 1 à 2 m -, à 3 ,n , 
285 volts, soit 99 volts de 2 à 3 m (moyennes de toutes les observations). 

Le potentiel (volts par mètre) paraît augmenter avec la hauteur, au 
moins jusqu'à 3 m au-dessus du sol. 

Suivant les heures des observations, j'ai calculé : 

Moyenne des observations : à 6", 82 volts -, à i-3 h , 94 volts , à 17 11 , 102 yolts. 

Les fortes rosées ont une action considérable sur le champ électrique 
à 6 U du matin. Ainsi, pendant les mois de février,- mars, avril et mai 1930, 

les moyennes ont été, le matin à 6" : 

~i . * 

Jours sans rosée ou rosée faible. 71 volts par mètre 

Jours de forte rosée i65 » 

A la suite des chutes de pluies, il se produit, presque toujours,; de fortes 
élévations de potentiel. Exemple : -•■■ - . ,5 , 

; 25 juillet 1929 : Pluie orageuse à Nhatrang au commencement' de 
l'après-midi. A 17" l'électromètre indique + 4oo volts par mètre. 

i 01 ' septembre 1929 : Pluie les 3o et 3i août. Le 1 e1 ' septembre à 6' 1 du 
matin ; -rh3oo volts par mètre. 

9 septembre 1929 : A &\-\--3l[0 volts par mètre. Pluie la veille dans la 
soirée. , ■ ;. 

i5 septembre 1929 : Pluie orageuse dans la nuit du i4 au i5- le i5 à 
6" du matin, + 33o volts par mètre. 

3i mai 1930 : Orage et pluie à Nhatrang vers i5"; à 17'', H~ 43o volts 
par mètre. 

24 juin 1930 : Pluie la nuit du 23 au 24; le 24 à 6", +335 volts par 
mètre. 

Pendant la saison d'été, des orages se forment fréquemment à l'Ouest, 
au fond de la vallée de Nhatrang, limitée et dominée par la chaîne annami- 



368 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

tique, qui atteint 2ooo ra d'altitude dans cette région. A vol d'oiseau, la dis- 
tance entre le bord de la mer et le fond de la vallée est de 5o km environ. 

Dans les heures qui précèdent la formation des orages, lorsque les 
cumulo-nimbus commencent à s'élever au-dessus des montagnes, l'électro- 
mètre ne réagit pas à Nhatrang; le potentiel est plutôt bas. 

Quand l'orage a éclaté et bien qu'il soit encore extrêmement loin (/jo et 
5o km ), le potentiel ( + ) s'élève graduellement et chaque» décharge lointaine 
est marquée par un mouvement brusque, comparable à un crochet, des fils 
de l'électromètre ; il marque neuf fois sur dix une chute du potentiel vers le 
zéro, rarement une élévation du potentiel dans le sens positif. La valeur de 
ces écarts dépend naturellement de la distance qui sépare l'électromètre du 
centre orageux. Elle peut varier entre une dizaine de volts et plusieurs cen- 
taines de volts. 

Lorsque l'orage se rapproche et que l'on commence à entendre le 
tonnerre, les crochets augmentent d'amplitude et prennent même l'appa- 
rence zigzaguée des éclairs; la chute ou l'augmentation du potentiel est 
toujours très brusque; il faut ensuite quelques secondes pour que les fils de 
l'électromètre reviennent* à l'écartement primitif. 

Si l'orage atteint Nhatrang, le potentiel, qui s'était élevé à plusieurs 
centaines de volts (+) par mètre, passe rapidement à des valeurs négatives 
correspondantes et s'y maintient, en général, jusqu'à la fin de la pluie. Il 
redevient alors fortement positif pour une durée de plusieurs heures, 
comme je l'ai indiqué plus haut à propos de l'influence des pluies sur le 
potentiel électrique de l'air. 

J'ai pu observer, dans quelques rares occasions, l'action de la houle sur la 
valeur du champ électrique au bord de la mer. 

Ainsi, le 20 septembre 1929, il y avait, dans la mer de Chine, un typhon 
pas très éloigné de Nhatrang : ciel couvert, calme absolu ou brise très 
faible venant de la mer, houle énorme se brisant sur la plage. 

Vers i3", alors que je faisais mes lectures habituelles du potentiel 
à i m , 2 m et 3 m au-dessus du sol, j'ai observé une ondulation rythmée du 
potentiel, correspondant nettement à celle de la houle. Son amplitude était 
de 5o volts à 100 volts. Cette ondulation paraissait plus marquée à 3 m au- 
dessus du sol qu'à 2 m ou i ra . J'ajoute que la distance entre le pied de la 
canne et le rivage même de la mer était de 4o m . 

J'espère pouvoir poursuivre ces études et les étendre aux diverses stations 
d'altitude de l'Institut Pasteur en Indochine. 



SÉANCE DU 23 AOUT 1930. 369 



CORRESPONDANCE. 

ALGÈBRE. — Sur un théorème de M. Hasse. Note de M. Cl. Chevalley, 
transmise par M. Hadamard. 

Tout récemment a été développée la théorie des extensions abéliennes 
des corps de nombres p -adiques, d'une manière parfaitement parallèle à la 
théorie du corps de classes {'). D'autre part M. Hasse a démontré le théo- 
rème suivant ( 2 ) : 

Soient k un corps de nombres algébriques, K un sur-corps quelconque de k, 
G un sur-corps abelien de k, corps de classes pour un groupe d'idéauxH de k. 
Le corps composé GK est corps de classes sur K pour le groupe des idéaux de K 
dont la norme par rapport à k tombe dans H. 

Nous nous proposons de montrer que ce théorème s'étend à la théorie des 
corps de nombres p -adiques :. 

Soit k un corps de nombres algébriques, p un idéal premier de ce corps, k le 
corps des nombres p -adiques de k, K une extension finie quelconque de k, G 
une extension abélienne de le, H le groupe associé à G dans k. Le groupe 
associé dans Je au corps GK est le groupe des nombres de K dont la norme par 
rapport à k tombe dansai. 

Désignons par H' le groupe des nombres de K dont la norme par rapport 
kl est dans îî, et par ÏÏ* le groupe associé à GK dans K. On a évidemment 
H*<H'. Pour démontrer que £T<H* prenons dans H' un nombre B. Re- 
marquons qu'il existe deux sur-corps K, G de k tels que 

et que G soit abelien sur A( 3 ). Désignons par fie conducteur du groupe H 



(!) Voir Hasse, DieNormenresttheorie relativ- Abelscher Zahlkôrper ah Klassen- 
kôrpertheorie im kleinen (Journal de Cr elle, 162, ig3o, p. i45), et Schmidt, Zur 
Klassenkôrpertheorie im kleinen (Journal de Crelle, 162, 1980, p. i55). 

( 2 ) Voir Hasse, Ein Satz tiber relativ Galoissche Zahlkôrper und seine Anwendung 
au j relativ- Abelscher Zahlkôrper (Mathem. Zeits., 31, 1980, p. 55g). 

( 3 ) Voir l'article cité de Schmidt. 



370 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

d'idéaux de k pour lequel G est corps de classes, par f p la participation de p 
àf. 

Soit |), , fH.,, . . . , *|1, les divers facteurs premiers de p dans K . Le corps K 
est corps de nombres $l,-adiques. Soit e le plus grand des exposants des fi, 
dans p, et soit n\m entier quelconque plus grand que l'exposant de p dans f. 
On peut prendre dans K un nombre B tel que 



B = B(rr), B = i (K e W : ! c . . . fi;.'*) " 
Si Ton pose (3 = N(-(B) on voit facilement que 



" sl, i 



et, par suite, f p étant le conducteur de H, [3 est dans H. Donc ( *-?-» 

Or, posons B.= flJiBl, (», p)=i. On. en déduit j3 = NÎ(|ïf)N*(iB), et, 

d'après la définition du symbole (—>—)> on a ( —j- — )=i. Donc -l 'idéal 

Nk(-|J) est dans H, et, d'après le théorème de M. Hasse, l'idéal % est dans 
le groupe d'idéaux K pour lequel KG est corps de classes. Le conducteur 
de ce groupe étant un diviseur de f, on a 

B, KG 



Pi 



Donc B est dans le groupe associé dans K à KG, et// fortiori dans le 

groupe associé à KG. Ce groupe étant groupe de congruence, on peut 

choisir n assez grand pour que B y soit aussi, ce qui achève la démonstra- 
tion du théorème. 

Il en résulte que K étant une extension finie quelconque d'un corps de 
nombre p-adique k, et II le groupe associé à K dans 7 - , le sur-corps abélien 
de k défini par H est le plus grand corps compris entre /• et K et abélien 
sur k. Dans une prochaine Note nous tirerons parti de ce fait pour généra- 
liser la théorie des restes normiques. 



SÉANCE DU 25 AOUT ig3o. 371 



THÉORIE DES ENSEMBLES. — Application des notions de convexité et de 
contingent à l 'obtention de certains critères de dênombrabilité. Note de 
M. Georges Durand. 

Soit <I> un ensemble de demi-droites (ou rayons) issues d'un même 
point M. Nous dirons que <ï> est un faisceau convexe s'il existe un plan P 
passant en M et tel qu'il n'y ait pas des rayons de $ de part et d'autre de P ; 
la convexité sera stricte s'il existe un tel plan P ne contenant aucun rayon 
de <D; dans le cas contraire, elle sera large. — On a ces propriétés simples : 

A. Si <L> est un. faisceau strictement convexe, tout plan passant par 1\1 
possède un angle > 2 droits de sommet M et ne contenant aucun rayon de <ï>. 

B: Si $ est un faisceau fermé largement convexe , tout plan passant en M : 
ou bien a des rayons de (ï> de part et d'autre de lui, ou bien contient plusieurs 
rayons de <[> de telle façon que le plus grand angle de sommetM. ne contenant 
aucun de ces rayons soit <i droits, et il y a toujours au moins un plan qui 
satisfait à la seconde éventualité . 

La notion de contingent est due à M. Georges Bouligand qui en a tiré 
diverses applications ('). Le contingent t(M) en un point d'accumulation 
M d'un ensemble E de l'espace euclidien à n dimensions est le système fermé 
des demi-tangentes MT en M, c'est-à-dire des demi-droites MT auxquelles 
on peut associer une suite infinie de points {M f j de È, tous distincts et 
tendant vers M de manière que les angles M,MT tendent vers zéro. 

Cela posé, j'établis cette importante proposition : 

Théorème général. — Un ensemble borné, tel que le contingent t (M) en 
chaque point d'accumulation M soit strictement convexe, est un ensemble 
dénombrable. 

La démonstration devant être développée ailleurs, je me borne à en indi- 
quer le principe. Le contingent t(M), étant fermé, est contenu dans un 
cône circulaire d'angle au sommet a (M) < tî. Soient un angle ûc < it et un 
ensemble E dont le contingent i(M) est contenu dans un cône circulaire 
d'angle au sommet a(M)<[a ; je prouve qu'à tout point de E on peut asso- 
cier un secteur sphérique tel que deux de ces secteurs, associés à des points 
distincts, n'aient en commun aucun point intérieur, ce qui établit la 
dênombrabilité de E . Choisissant alors une suite d'angles {a,} qui tendent 

(') G. Bouligand, Sur quelques points de méthodologie géométrique {Revue géné- 
rale des Sciences, il, 1980, p. 39). 



372 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

vers ri en croissant, j'obtiens mon théorème général qui, en tenant compte 
de (B), peut encore s'énoncer : 

6Y un ensemble borné est non dénombrable , il possède au moins un point M 
tel que tout plan passant en M : ou bien a des demi-tangentes MT de part et 
d ] autre de lui, ou bien contient plusieurs demi-tangentes MT et le plus grand 
angle de sommet M ne contenant aucune de ces demi-tangentes est < 1 droits'. 

Cas particuliers. — I. Un ensemble borné , dont le contingent est formé 
partout de deux demi-droites non opposées, est dénombrable, car un tel con- 
tingent est un faisceau strictement convexe. 

II. Un ensemble borné, dont le contingent en tout point d" 1 accumulation se 
réduit à une demi-droite, est dénombrable. 

Citons quelques applications : 

Courbes de Jordan. — a. Soit une courbe de Jordan, plane ou gauche, rec- 
tifiable ou non, ayant partout une demi-tangente antérieure et une demi- 
tangente postérieure : les points de cette courbe où manque la tangente (c'est- 
à-dire : où les deux demi-tangentes ne sont pas opposées) forment un 
ensemble dénombrable. 

b. Considérons une courbe rectifîable Y, plane ou gauche; on sait, 
d'après un théorème classique de M. Henri Lebesgue, que les points de T 
sans tangente forment un ensemble de mesure nulle; parmi ces points, ceux 
où le contingent est un faisceau strictement convexe constituent un 
ensemble dénombrable. 

Courbes d'ordre fini. — L'énoncé (a) s'applique aux courbes simples de 
Jordan coupées par un plan en un nombre fini (mais non nécessairement 
borné) de points, M. G. Bouligand ayant démontré qu'une telle courbe 
admet partout une demi-tangente antérieure et une demi-tangente posté- 
rieure ( 1 ). 

Courbes planes C JTl. — Il s'applique aussi aux courbes planes, généra- 
lisant les courbes convexes, par tout point desquelles on peut faire passer 
un cercle de rayon constant n'enfermant intérieurement aucun point de la 
courbe; j'ai établi précédemment pour ces courbes que le contingent en 
chaque point se réduit à deux demi-droites ( 2 ). 

Surfaces (3. JTL. — En étudiant les surfaces (3. Jït. (par tout point 

(*) G. Bouligand, Sur V existence des demi-tangentes à une courbe de Jordan 
(Fundamenta Mathematicae, 15, ig3o, p. 216). 

( 2 ) G. Durand, Sur la construction de Cantor-Minkowski dans le plan (Comptes 
rendus, 188, 1929, p. i368), théorème I. 



SÉANCE DU 2b AOUT ig3o. S^ 

desquelles on peut mener une sphère de, rayon constant n'enfermant aucun 
point de la surface), j'ai distingué les points de troisième espèce et démontré 
que leur ensemble est dénombrable ( ' ). Ayant établi, d'une façon indépen- 
dante, que le contingent t(M) en un tel point M est un faisceau strictement 
convexe ( 2 ), j'obtiens ici une nouvelle preuve de la dénombrabilité de ces 
points. 



ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur les séries des fonctions. Note ( :i ) de 
M. Nikola Obrechkoff, transmise par M. Emile Borel. 

Soit donnée la série de fonctions 

(1) F(ic)=/ l (j;)+/ 2 (^)H-... + /„(j?)-h... 

et supposons que les fonctions f,(x) dans l'intervalle (a, b) admettent des 
dérivées jusqu'à un ordre k. Delà convergence de la série (1) on ne peut 
pas en général décider la convergence de la série 

(2) 2a ao (*). 

71=1 

Dans cette Njote, je démontre des théorèmes qui nous donnent des condi- 
tions suffisantes pour la convergence de la série (2). 

1. Soient f ' n (x) des fonctions réelles qui admettent dans V intervalle {a, b) 
des dérivées 'd'ordre k, qui toutes sont monotones dans un sens. Supposons que 
la série (1) converge en k -f- 1 points x Q , x x , . . . , x k de V intervalle (a, a -f- 0). 
et en k-\-i mitres points y „, y, , . . . , y k de V intervalle .(6. — o, , b). Alors la 
série (2) converge uniformément dans (« + 0, b — o, ). 

La démonstration est basée sur le lemme suivant, qu'on obtient facile- 
ment. Soit x , x { , . . . , x k des nombres arbitraires 1 

x^ <^ oc t <Z x % <^ . . . <^_ x k . 



(*) G. Durand, Sur la construction de Cantor-Minkowski dans V espace (Ibid.. 
189, 1929, p. 443), théorème I. 

( 2 ) G. Durand, Propriétés locales et ensemble des points sans plan tangent des 
enveloppes de sphères (Ibid.. 190, 1980, p. 12 19), théorèmes B et D. 

( 3 ) Séance du 11 aoùE'igSo. 

C. R., ig3o, -2 e Semestre. (T. 191, N° 8 .) 2 9 , 



374 ACADÉMIE DES SCIENCES, 

alors on a 

(3) K= j±?ù + + ii^i =£^ii, 

; {x ( ,— x l )...{.x () —x k ) (x k — x ). . .{.r k — d7 X -i) k ] - 

où 

Soit /(a?) une fonction qui admet une dérivée /<*> (a?) monotone dans l'in- 
tervalle (a, 6). Désignons avec M le plus grand des nombres 

' i/(*, ! )U/(vj)! (/ = o, i î3 , ...,*)• 

Alors, de (3), on obtient immédiatement si, par. exemple, f°'\x) est 
croissante, 

(4) IfWI^M 

où 

£•= Min. (./■/— -.*',•_,, j.-j — j)',_, ). 

Soit alors £ > o un nombre arbitrairement petit et n tel que, pour 

n ^> /i , on a 

i/«(.* , )+/«+.(^)+---+-/«+/'(^ , )!<£ ! 

pour a? = a? , a?,, . . ., ^/,, j , j,, . . ., r/,. D'après l'inégalité (4) pour 
a-'\-o<x<b — o | on aura 

!y;f i (^)+/^ 1 (^) + ---+y)fi ; ,(^)i< £ (^.)"' . 

ce qui nous montre que la série (2) converge uniformément dans 
(a -ho, 6 — o,). 

Comme conséquence du théorème I, en se basant sur des résultats con- 
nus ('), on obtient facilement le théorème suivant : « Si la série (1) converge 
simplement dans l'intervalle {a, b) et si/;f ; (a?) sont monotones dans (a, b) 
en un sens, la série (1) et les séries 

n— I 

seront uniformément convergentes dans chaque intervalle {a -+- 0, b — 0), 
^> o, avec des sommes F {,,) (œ). » 



(') L. Neder, Mathematische Zeitschrift, 28. 1928, p. 3o-34. 



séance du 25 août igSo. 375 

Ces théorèmes sont aussi valables pour certains procédés de sommation 

des séries divergentes, par exemple pour la sommation de Cesàro d'ordre 

positif. On peut aussi facilement trouver des théorèmes analogues pour les 

intégrales / /(#, y)dx. 

De l'inégalité (4) on obtient tout de suite le théorème : « Soit f(x) une 
fonction indéfiniment dérivable et supposons que, pour rc > n , f^ ] (x)sonl 
monotones dans l'intervalle (a, b). Alors la fonction f(x) sera analytique 
et régulière sur le segment (a, b) I (') dans le quadrilatère symétrique par 
rapport à l'axe réel avec des sommets a et b, en lesquels les angles sont 

égaux à ^. » En employant un théorème de Vivanti-Dienes pour les points 

singuliers des fonctions on obtient un autre théorème ( 2 ) de M. Serge 
Bernstein : si/ ( " ) (^)>o pour a<x<b, n = o, i, 2, . , . , la fonction f(x) 
est holomorphe pour \x — a\<^b — a. 



CHIMIE MINÉRALE. — Sur les borates de cœsium. Note ( 3 ) de MM. A. -P. 
Rollet et L. Andrès, transmise par M. H. Le Chatelier. 

Les essais dus à M. Anton Reischle ('), sont les seuls publiés sur la 
préparation des borates de caesium. 

Ce savant mélange des solutions alcooliques d'acide borique et de caesine 
et analyse le précipité obtenu. Ce précipité aurait la composition suivante : 
3B 2 3 .Cs 2 0. 

Nous avons repris ces essais. Dans le tableau I on trouve en regard des 
proportions du mélange en milieu alcoolique d'acide borique et de caesine, 
la composition moléculaire du précipité obtenu 



(!) S. Bernstein, Atti del Congresso internazionale dei Matematici, 2, 1928, 
p. 267-275. 

( 2 ) S. Bernstein, Mathematische Annalen, 75, 191/4, p- 449-468. 

( 3 ) Séance du 11 août 1930. 

('') Anton' Reischle, Zeitsch. anorg. Chemie, h, 1893, p. 175. 



3 7 6 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 



Tableau I. 



Proportions 
moléculaires du 
mélange initia'. 



Précipité obtenu. 



Proportions 
moléculaires du 
mélange initial. 



Précipité obtenu. 



Cs=0. 
i 

i ' 
[ 
i 
i 



B'^O 3 . 
0,2 5 

r ,oo 

2 . OO 

3 , oo 

3 , 20 



Cs'-O. 
t 



B-0 ; . 
o,54 

2,07 
3,6 7 

3,75 



Cs 2 0. 
1 
1 



B=0=. 

4 . 00 

5 , 00 
1 o , 00 
i5 ,00 



Cs-O. 

1 
1 
1 
1 



4:5- 

-1,9 5 

4, 9 5 

4,9-1 



Le précipité a sensiblement la composition du mélange initial jusqu'à la 
proportion de 5 molécules d'acide borique pour une de caesine. Pour des 




proportions plus grandes d'acide borique, le précipité a une composition 
constante très voisine de 5B 2 3 .Gs 2 0. Le précipité est anhydre et paraît 
amorphe. 

Il résulte de ces essais que le borate de formule : 3B 2 :1 . Cs 2 0, proposée 
par Reischle, n'est pas mis en évidence ; son existence nous paraît discutable. 

IL Une isotherme du système ternaire B 2 :( — Cs'-'O — H 2 a été 
dressée à 18" (voir la figure). Elle n'a pas été complétée vers les régions 
riches en caesine en raison de la grande rareté de cet élément. 



SÉANCE DU 13 AOUT lO,3o. 377 

La méthode des restes nous a permis de caractériser les phases solides 
suivantes : 

BO :i H :! (courbe A.B); 5B 2 :! .Cs a O . 8H 2 G (courbe B.C); 2B 2 3 . 
Cs 2 0.5H 3 (courbe CD); B 2 3 . Cs 2 0. 7 H 2 (courbe D.E). Les points 
B, C et D où deux phases solides coexistent correspondent à des composi- 
tions centésimales de la solution, indiquées dans le tableau IL 

Tablkau 1T. 

B 2 3 %,.' Cs 2 %. H'O 1 /,, Phases solides. 

B ' 3,0. o , 59 9 6 , 4o BO 3 H 3 et 5 B 2 (3 :! ..Cs 2 . 8 JP O 

G r5;48 32,oo 52,52 5B 2 G 3 .Cs 2 0.8H 2 et 2 B a O :i .Cs 2 0.5 H'-O 

D 1 2 , 1 4 35 , 60 52,26 2 B" O 3 . Cs 2 . 5 H 2 O et B 2 O 3 . Cs 2 O". 7 II 2 O 

5B 2 OV. Cs 2 0.8H 2 0. — Cette phase, que. nous appellerons pentaborate 
de caesium se présente en petits cristaux orthorhombiques ('). 

La formule est tout à fait analogue à celle du borate correspondant de 
potassium. La solubilité à 18 est de 3 S de sel à l'état cristallisé, dans ioo s 
d'eau. 

2B 2 :! . Cs 2 . 5H 2 0. — Le diborate de cœsiurn cristallise facilement en 
gros cristaux orthorhombiques. Chauffé à8o°, il commence à perdre de l'eau, 
Par sa forme cristalline et son eau de cristallisation il s'éloigne du sel cor- 
respondant de potassium : 2B 2 O a .R 2 0.4H' 2 0, cristaux rhomboédriques. 

Le diborate de caesium possède une solubilité non congruente, ce qui 
explique que les premiers essais entrepris pour l'obtenir en partant des 
proportions théoriquement nécessaires, ont toujours donné un mélange 
de petits cristaux de pentaborate à côté de cristaux plus gros et facilement 
sépa râbles de diborate. 

B 2 0% Cs 2 0, 7H 2 0. — Cette phase de notre diagramme cristallise en 
prismes orthorhombiques. La solubilité est de 100°, 1 de monoborate 
hydraté dans ioo s H 2 O. 

L'eau fixée à la molécule diffère considérablement de celle attachée au 
monoborate de potassium : B 2 3 .K 2 .2,5H 2 0. 

Le monoborate perd très facilement de l'eau, par exemple dans le vide dès 
la température de l\o ou 45°. A température plus haute ou vers les zones très 
riches en caesine du diagramme, un hydrate plus pauvre en eau doit se 
déposer selon toute apparence. Une étude en ce sens est en cours. 

C 1 ) Les formes cristallines des trois borates nouveaux de caesium ont été déterminées 
par M. R. Weil. . . • 



378 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

En résumé nous avons mis en évidence les borates de caesium suivants 

5B s 3 ,Cs s O,8H s O, 

2B S 3 , Cs 2 O,5H 8 0, 

B 2 3 , Cs 2 ;7 H 2 0. 

Ces borates n'avaient pas été préparés jusqu'à présent. 



CHIMIE ORGANIQUE. — Su?- une nouvelle méthode de synthèse de l'alcool 
cinnamique et de ses homologues. Note MM*. L. Bert et P.-Ch. 

DORIER. 

L'alcool cinnamique synthétique s'obtient par hydrogénation de l'al- 
déhyde cinnamique extraite des essences de cannelle. Les homologues n'ont 
pas été préparés. 

Nous avons montré, dans une précédente Note ('), que l'aldéhyde cinna- 
mique et ses homologues s'obtenaient de toutes pièces par application de la 
méthode de Sommelet aux chlorures de styryle provenant de l'isomérisa- 
tion des composés w-chlorallylés cycliques découverts par l'un de nous ( 2 ). 
La série de l'alcool cinnamique se trouvait du même coup édifiée. Toutefois, 
les rendements en aldéhydes de notre procédé laissant à désirer, nous avons 
suivi une marche différente pour parvenir aux alcools correspondants : 
voici ses diverses phases pour l'alcool cinnamique : 

La condensation du dichloro-i.3-propène avec le bromure de phényl- 
magnésium fournit de rw-chlorallylbenzène, qu'un court chauffage avec 
3 mo1 de KOH et d'un alcool ROH quelconque transforme en éther oxyde 
de cinnamyle et d'alcoyle, lequel, chauffé en autoclave pendant deux 
heures avec un excès de HC1 à 22°Be' passe à l'état de chlorure de styryle. 
Après avoir vainement tenté de saponifier ce dernier parles agents usités 
pour le chlorure de benzyle, nous Lavons changé en alcool cinnamique en 
chauffant à l'ébullition pendant plusieurs heures un mélange à parties égales 
de chlorure de styryle, d'acétate de sodium fondu et d'acide acétique cristalli- 
sable, et en saponifiant ensuite par une lessive alcaline l'acétate de cinna- 
myle formé. 

Le tableau suivant, dans lequel les chiffres placés au-dessous des flèches 



(,') L. Bert et P. Gh. Dorier, Comptes rendus, 191, 1980. p. 33'2. 
('-) L. Bert, Comptes rendus, 180, 1925, p. i5o4. 



séance du 25 août ig3o. 379 

indiquent les rendements pour cent des opérations successives, schématise 
la série des réactions précédentes : 

C IP X C«H»Br ^^X c« H» Mg Br -^ H2CtCH " CHC > C« II» C1P CH = Cil Ci 

^ ll 87 A ^ A 94 8 100 

KOH + CHPOII^ Cfi H8 CH = CJI CR2 _ Q _ c , H9 n ^ CB UB C] { = QJ Qp Q 

84 ■ 8.S 

cH»OT . >c , H , CH=:CH .; CHiC o, CHa l 01 ^ c«H«CH = CH.CH*OH. 

60 60 

La même suite de réactions appliquée aux homologues du benzène donne 
les homologues de l'acétate de cinnamyle, puis ceux de l'alcool cin- 
namique. 

Ci-après les constantes des composés préparés jusqu'ici : 

Réfraction moléculaire. 

(corr!). d\. »£. . Exp. Théorique. Exalt. 

I. — Acétate de : • 

cinnamyle J 38» tf' 2 =:j,o6o3 t ,555 53, 29. 5o,58 +2,71 

o-méthylcinnamyle ...... . 1 47 ' d V = 1 ,<>43 ',544 5 7 ,5a 55, 20 + 2,3 2 

p-méthylcinnamyle. 1 49 ^ 2,8 = ï ,oj53 1 . ,5/Ji 58,84 o5,20 h3,64 

i.3-diméthylcinnamyle-4 '6. <'' 8 =i,o33 i,54o 61,96 5 9 ,8 2 . +.2,i4 

t .4-diméthylcinnamyle-2 160 J\ '' 3 = 1 ,018 .1 ,54* 62,97 5 9 ,8 2 +3, i5 

^-isopropylcinnamyle... x64 ^'=0,994 ^ ,533 68,06 64,44 +3, 62 

ï.4-t»éthylisopropylcinnamyle-2. 174' d\ K =0,990 i,53o 7 2 > 3 4 69,06 +3,28 

TI. — Alcool : 

cinnamique i3 9 d^ =i,o3 2 i,5 7 6 4a, 98 4i,m +1,76 

o-méthylcinnamique . . i49 d )J> = 1 ,53o2 1 ,5 7 8 4 7 ,6 7 45,84 +1 ,83 

jD-méthylcinnamique i5a ■ ^- b = 1 ,oo5 1 , 565 47, 9 ^ 45,84 +2,07 

i.3-dimèthy]cinnamique-4 i55 ' û?J 4 ' 6 = 1,020 i,56 9 5a, o3 5o,46 +i,5 7 

i.4-dimétli y lcinnamique-2 i56 d^= 1 ,oo4 i,564 52,48 5o,46 +2,02 

^-isopropylcinnamique 161 d\° =0,977 ï > 5 48 5 7 ,2Q 55, 08 +2,12 

i,4-méthylisopropylcinnamique-2. 164 â?l 5 =0,974 i,54 7 6l > 86 5 9'7 +2,16 

Tous les homologues décrits sont nouveaux. Ils constituent des liquides 
incolores dont la mobilité et l'intensité d'odeur diminuent quand le poids 
moléculaire augmente/Certains, notamment les alcools paralcoylcmna- 
miques et leurs acétates, possèdent des odeurs originales, nettement diffé- 
rentes de celles de l'alcool cinnamique et de 'l'acétate de cinnamyle. 

Nous tenons à faire remarquer que l'on préparait jusqu'à présent le chlo- 
rure de styryle et l'acétate de cinnamyle a partir de l'alcool cinnamique, au 
lieu que nous faisons l'inverse ;. de plus, notre alcool de synthèse est chimi- 
quement pur, à la différence de nombreux échantillons commerciaux, 
souillés d'alcool phénylpropylique lorsqu'ils proviennent du styrax et d'al- 



38° ACADÉMIE DES SCIENCES. 

déhyde cinnamique, lorsqu'on utilise cette dernière à leur fabrication. Or. 
on sait que les impuretés les plus minimes nuisent à la finesse d'odeur et aux 
heureuses qualités fixatrices de l'alcool cinnamique. 



MINÉRALOGIE. — Nouvelles observations sur le quartz. 
Note(') deM. R. Weil. 

Type S. — Dans les cristaux de ce type, la biréfringence normalement à 
l'axe se montre sous forme de plages normales à trois faces de, prisme non 
adjacentes c'est-à-dire faisant entre elles un angle de 120 . Dans le cas de 
macles du Dauphiné, on peut les observer normalement à toutes les faces 
du prisme. Ces plages peuvent atteindre un développement considérable 
dans toute l'étendue d'une lame mais il se produit alors des superpositions 
qui en rendent les limites imprécises et déchiquetées. La biréfringence 
n m —n ln toujours très faible, comprise entre io~ 4 et 10% est difficile à 
mesurer pour ces raisons, l'extinction ou le signe optique des plages étant 
difficile à préciser; en lumière convergente, les plages les plus biréfrin- 
gentes de lames épaisses d'environ i mm montrent une biaxie faible mais 
nette. Parfois on peut voir ces plages en lumfère naturelle, à l'œil nu ou au 
microscope dans des lames épaisses et bien polies, sous forme de fibres nor- 
males aux faces du prisme. C'est à la présence de ces plages qu'il faut attri- 
buer les lignes fines grossièrement parallèles à l'arête verticale du prisme 
qui, interrompant les stries horizontales, apparaissent sur les faces m et b l de 
la môme manière que les plages, c'est-à-dire sur trois faces non adjacentes, 
plusieurs lignes pouvant se montrer sur une même face. Ces lignes ne sont 
pas dues aux démarcations de macles qui sont généralement plus recti- 
hgnes et plus accentuées, ce dont on peut s'assurer par d'étude optique ou 
les figures de corrosion. Mais lorsqu'il y a macle, les lignes en question 
peuvent se montrer sur des faces m adjacentes et se confondre en partie ou 
en totalité avec les limites de macle. On ne trouve pas ces lignes sur les 
quartz du type L. 

La majorité des quartz tordus que nous avons examinés appartiennent 
au type S, d'après ces caractères extérieurs; l'examen de lames taillées 
normalement à l'axe ternaire a montré de telles plages biréfringentes tour- 
nant autour d'un axe binaire. 



0) Voir Comptes rendus, 191, 1930, p. 270. 



SÉANCE DU 2b AOUT 1980. 38 1 

IL Figures de corrosion avec HF à diverses concentrations. — Quel que 
soit le gisement, on observe toujours, outre les figures de corrosion habi- 
tuelles sur m et sur b\ une grande quantité de très petits orifices rectangu- 
laires ou lenticulaires allongés parallèlement à Tarête verticale sur les faces 
du prisme, et dans un plan normal aux faces du prisme sure' , apparaissant 
après quelques heures d'attaque dans l'acide concentré à froid, ayant 2 
à 3 microns de large pour -f— de millimètre de long et s'accroissant avec la 
durée d'attaque. Ces orifices se trouvent sur n'importe quelle partie de la 
face attaquée, aussi bien dans les figures de corrosion normales qu'en 
dehors de celles-ci. A partir de ces orifices se développent des canaux très 
fins, capillaires, souvent rectilignes, parfois tordus et se propageant vers 
l'intérieur des cristaux sur une étendue pouvant dépasser i cm dans un cris- 
tal suffisamment volumineux ou même le traverser de part en part. Nous 
désignerons sous le nom de « cheveux » ces canaux de corrosion ; avec 
l'acide concentré bouillant, ils apparaissent en moins d'une heure. 

Type L. — Si l'on attaque un quartz ne portant que le prisme et le rhom- 
boèdre primitif et non maclé, on constate que les cheveux sont sensiblement 
perpendiculaires aux faces de rhomboèdre, partant aussi bien de celles-ci 
que des faces du prisme. Sur la base (artificielle) on distingue aisément 
les trois secteurs à 120 ainsi produits- on voit de plus qu'il existe des 
cheveux normaux, les uns exactement, les autres grossièrement aux faces 
du prisme. Lorsque les deux rhomboèdres coexistent, il y a des cheveux 
perpendiculaires à toutes les faces des rhomboèdres, mais fréquemment 
inégalement et d'autant plus que les plages biréfringentes sont plus nom- 
breuses. Les quartz à face d'isoscéloèdre hypertrophiée sont particulière- 
ment frappants : ce sont les trois faces de prisme non adjacentes à cette 
face qui s'attaquent le plus vite et le plus profondément, au milieu plus que 
près des arêtes et c'est là que les cheveux se forment en premier lieu et 
pénètrent le plus profondément dans le cristal. Nous avons examiné un 
quartz de Goyaz montrant naturellement des cheveux de plusieurs milli- 
mètres de long, perpendiculairement à la face d'isoscéloèdre opposée à la 
face la plus étendue, les cheveux développés à partir des trois faces de- 
prisme étant plus courts et sur toute la longueur de ces faces. Une lame 
perpendiculaire à l'axe ternaire taillée dans ce cristal et corrodée à HF a 
montré l'accroissement des cheveux préexistants, sans modifications. De 
telles lames dans tous les cas montrent qu'il se forme très peu de cheveux à 
partir de la base; on voit encore que. les cheveux délimitent de véritables 
domaines et ne s'entremêlent pas; au voisinage de deux domaines, les 



382 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

cheveux de l'un d'eux s'infléchissent de 6o° et deviennent parallèles aux 
cheveux de la face adjacente. 

Il n'y a pas de rapport entre les cheveux et les macles du quartz, on les 
trouve aussi bien dans les parties maclées, qu'ils traversent sans modifi- 
cation ou de forme ou de direction que dans les autres. Cependant, dans les 
parties rendues neutres par la multiplication de la macle du Brésil, les 
cheveux semblent se former en plus grande abondance. Lorsque la corro- 
sion est très poussée, les limites de ces parties se fissurent rectilignement et 
les lignes ainsi formées, parallèles aux axes binaires s'entrecroisent avec les 
cheveux. 

Les plages biréfringentes sont mises en évidence par la corrosion, 
d'autant plus énergiquement qu'elles sont plus fines et plus nombreuses, 
avec leur disposition constatée au microscope, par des alternances de creux 
et de reliefs, les figures de corrosion plus ou moins serrées mais identiques 
à celles des parties sans plages biréfringentes et identiquement orientées. 
Les quartz des gisements qui ne montrent que très peu de plages ne donnent 
que très peu de cheveux, mais tous en donnent et souvent d'autant plus 
longs qu'ils sont moins nombreux. Il est encore à noter que, quel que soit 
le développement et l'abondance des cheveux, il reste finalement un noyau 
plus ou moins étendu délimité par les plages biréfringentes les plus internes 
sur lesquelles les cheveux s'arrêtent brusquement. 



GÉOLOGIE. — Observations géologiques sur la chaîne calcaire du Rif espagnol 
du Djebel Musa à Xauen. Note.(') de IVfM. M. Blumenthal, P. Fallot 
et A. Marin, transmise par M. Pierre Termier. 

Les traits géologiques essentiels de la Péninsule Nord-Marocaine sont 
connus parla carte au 1/ 100000 e de M. Dupuy de Lôme et Milans del Bosch. 
Le reste de la zone espagnole a été reconnu par les Ingénieurs des Mines de 
Vlnstituto Geologico y Minero de Espaïïa qui élaborent une carte géologique 
détaillée au i/5oooo e ( 2 ). 

Ces travaux et les recherches de l'un de nous (A. M.) ont mis en évidence 



(') Séance du 11 août 1980. 

('-) A. Marin. E. Dupuy de Lôme, X Milans del Bosch. La Peninsula Norte Marroqui. 
Estudios relativos a la geologia de Marruecos (Boletin Instituto geol. de Espana, k2, 
igiô, passim, avec carte géol. au i/iooooo e ). — A. Marin, Notas aeerca de la impor- 
tancia minera de la zona de protectorado espanol en Marruecos {Boletin Instituto 



SÉANCE DU 25 AOUT 1980. 383 

la continuité de la bande de terrains paléozoïques qui, bordant la côte médi- 
terranéenne, forme l'intérieur de Tare montagneux du nord du Maroc, 
baptisé par extension du nom d'arc rifain. Ils ont de même établi la conti- 
nuité, à la périphérie du Paléozoïque, de la chaîne calcaire, en majeure 
partie jurassique, qui, depuis le Djebel Musa (Ouest de Ceuta) jusqu'à la 
transversale de l'oued M'teretau delà, est connue sur 120 à i3o kni , et forme 
l'unité géologique directrice de toute la région; puis, autour de la courbe 
convexe dessinée par cette chaîne, la continuité du Flysch. 

Une excursion commune, en avril-mai io/3o, nous a permis de relever les 
étroites analogies qui rapprochent les formations de ces diverses zones de 
celles qui leur correspondent en Andalousie ('), et de préciser leur allure, 

La chaîne calcaire est coupée d'accidents transversaux dont le Rio Martin 
à Tetuan, l'oued Lau, au Nord de Xauen, ont profité pour orienter leurs- 
cours vers la Méditerranée. Étroite et peu élevée au Nord, elle s'élargit au 
sud de Tetuan et culmine vers Xauen à 2200"', restant allongée à peu près 
Nord-Sud jusqu'à Béni Derkoul, à ioo km du Dj. Musa, pour s'incurver 
ensuite brusquement à l'Est. 

Ainsi qu'il ressort des observations des géologues espagnols, l'allon- 
gement de la chaîne jurassique est, dans l'ensemble, parallèle aux lignes 
directrices des plissements hercyniens. C'est au rocher de Benzu, à l'ouest 
de Ceuta, que débute la bande jurassique. Elle se poursuit par le Dj. Fahies, 
en contact anormal local avec le Flysch. Les accidents du massif du Dj. 
Musa, isolé en avant de cette zone, devront être étudiés à part. Dès l'extré- 
mité sud-ouest de l'arête du Dj. Fahies, le contact redevient normal, la 
série secondaire, réduite au minimum, subverticale ou pendant fortement au 
Nord-Ouest, sépare comme une étroite barrière le Paléozoïque du Flysch, 
sous lequel elle disparaît. . 

Dans ce premier tronçon, la chaîne calcaire est orientée Nord-Est- 
Sud-Ouest, puis, depuis la Cudia del Anazaz, Nord-Sud. Elle constitue 
alors la Sierra de Hauz, où elle est affectée de plis souvent aigus, quelque- 
fois déversés vers l'Est. La retombée des couches secondaires vers l'Ouest, 
sous le Flysch, y demeure la règle, néanmoins dans ce Flysch apparaissent 
à Zahara, au bord du Détroit (Dupuy de Lôme), et à Lexkrex, deux 



geol. de Espana, 49, 1927, p. i-36). — E. Dupuy de Lôme, La geologïa de la orilla 
africana del Estr écho de Gibraltar (Boletin Instituto geol. de Espana, 22, 1980, 
p. 36-69; sous P ress e). — Livret-guide du A IV e Congrès Géologique International, 
Exe. Ai, 2 e Partie, par X. Milan del Bosch; Madrid, 1926, passim. 
(') Comptes rendus, 191, 1980, p. 1 44- 



384 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

lambeaux de Jurassique qui paraissent reposer sur lui, à quelques kilo- 
mètres du front de la chaîne calcaire. Lear signification demeure ambiguë . 

A 7 km au nord de la vallée du Rio Martin, les accidents de la chaîne 
s'orientent au Sud-Est jusqu'à Tetuan, puis brusquement s'interrompent 
pour reprendre en direction Sud-Ouest pendant une dizaine de kilomètres. 
Au sud de la ville, qui se trouve donc à un point de rebroussement, la 
chaîne est affectée de plis pinçant du Crétacé et du Flysch, déversés au 
Sud-Ouest, qui passent à des imbrications et sa marge externe offre un 
contact anormal avec le Flysch. A hauteur de la Cudia Atba, elle reprend 
son orientation approximativement méridienne, ses plis se redressent et 
montrent de nouveau une retombée très rapide ou verticale vers l'Ouest, le 
Secondaire disparaissant normalement sous le Flysch. Ce dispositif n'est 
interrompu, plus au Sud, que par l'accident de l'oued Lau que M. Dupuy 
de Lomé étudie présentement. 

Ainsi, très généralement, on observe le Jurassique souvent complété de 
Crétacé qui disparaît normalement sous le Nummulitique. En des points 
localisés, on peut supposer que ce contact simple n'est qu'apparent et que 
le Jurassique vertical, tel le front d'une unité tectonique, repose par la 
tranche de ses couches sur le Flysch. La résurgence de Xauen, la dispo- 
sition de nombreuses sources à la limite du .Jurassique et du Tertiaire sont 
autant d'indices de contacts anormaux qui ont été déjà soulignés(A. Marin, 
loc. cil.), mais ne préjugent pas de leur extension. 

Même au cas où le bord externe du Jurassique correspondrait à des 
couches cisaillées par la base, chevauchant partiellement le Flysch, l'allure 
subverticale de leur retombée indique clairement qu'il ne saurait être ques- 
tion ici que d'un dispositif frontal. 

La chaîne jurassique ne saurait donc offrir les racines de charriages qui 
auraient passé par-dessus le Flysch ou d'imbrications de grandes- dimen- 
sions chevauchant ce Flysch, comme Gentil l'admettait (') au moins pour 
le nord de là Péninsule Nord-Marocaine. 



C 1 ) Comptes /-endus. 167. 1918, p. 365. 



SÉANCE DU 23 AOUT IO^O. 38; 



GLACIOLOGIE. — Le glacier poly synthétique quaternaire de Monti Simbruini 
(Apennin central) : Les limites de son extension. Note (') de M. Th. 
Biéler-Chatelan. 

Longtemps niée, l'existence de glaciers quaternaires dans l'Apennin 
central n'est plus mise en doute, mais on leur attribue une extension assez 
limitée. Dans deux Mémoires récents (-), j'ai décrit des traces glaciaires 
montrant qu'aux temps quaternaires le massif des Monti Simbruini dut 
être couvert de glaciers qui, descendant de cinq vallées parallèles, se 
réunirent dans l'amphithéâtre du Piano del Cavalière pour former un gla- 
cier polysynthétique étendu, épais de plus de 3oo"'. Celui-ci à son tour se 
ramifia, continuant d'une part sa marche en avant dans la vallée duTurano 
jusqu'à Colle diTora (environ 5io'" d'altitude) et, d'autre part, franchissant 
du côté gauche les entailles d'Oricola et de Riofreddo pour descendre 
jusque dans la vallée de l'Amené : i° à la Moletta d'Arsoli (moins de33o m ); 
2° à la Station de Cineto (moins de 325" 1 ). A partir de l'origine la plus 
éloignée (Monte Cotento, 20i/i m ), son extension maximum put atteindre 
une cinquantaine de kilomètres jusqu'à Colle di Tora, une quarantaine 
jusqu'à Cineto et environ 35 jusqu'à la Moletta d'Arsoli. Ces dimensions 
apparemment extraordinaires ont été mises en doute par quelques glacia- 
listes, mais je les confirme en en fournissant de nouvelles preuves, d'ordre à 
la fois morphologique (profil en U des vallées, roches aplanies ou moutonnées, 
roches striées, etc. ) et erratique. En voici l'énumération : 

Vallée du Turano. — i° Juste avant Colle di Tora, l'extrémité du glacier 
a laissé son empreinte sur le plateau rocheux de Corneto (5i.o m ) en le 
creusant légèrement et en le couvrant de moraine de fond. — 2° Ce plateau 
est flanqué et précédé par une série de bourrelets morainiques disposés plus 
ou moins symétriquement sur les deux versants de la vallée. — 3° Dans la 
vallée latérale dite Fosso Ovito 7 ancien lac de barrage glaciaire et roche 



(') Séance du 18 août 1980. 

( 2 ) Th. Biéler-Giiatklan : 1" Gli anliclii ghiacciai plistocenici dei Monti Sim- 
bruini (Bollettino délia Società . geologica italiqna, 47, I. p. 33-45. Borna. 1928); 
2° Nuove osservazioni sulle traccie glaciaii dei Monti Simbruini. (Jbid., 48, I, 
p. 163-175. Ko ma, 1929). .— - Depuis une cpiinzaine d'années, j'étudie les traces gla- 
ciaires dans la vaste région susdite, qui mesure environ 35o km ". 



386 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

striée. — 4° En amont de Paganico, une douzaine de cordons morainiques 
de retrait s'échelonnent sur 3 km ,5, seulement sur le versant droit, au pied 
du Monte Cervia. Ils paraissent représenter l'extrémité d'une moraine 
médiane et contiennent des blocs erratiques de poudingue miocène qui ont 
parcouru une trentaine de kilomètres depuis le haut de la vallée du Fiojo, 
établissant ainsi le trait d'union entre celle-ci et la vallée du Turano. Les 
cordons les plus hauts atteignent plus de 3oo m au-dessus du talveg. — 5° En 
amont des moraines du Turano, un appareil de drumlins recouvre le Piano 
del Cavalière, qui possède une dépression centrale. 

Vallée de VAniene. — i° A la Moletta d'Arsoli, le vallon (en U) qui 
descend d'Oricola et de Riofreddo se termine à droite par une moraine 
latérale longue de 6oo m , dont l'extrémité s'abaisse brusquement, à l'instar 
d'une langue de glacier. Sa nature morainique est prouvée : par sa forme 
de digue rectiligne, bien détachée du versant rocheux de la vallée par un 
angle rentrant; par sa composition : terra rossa non stratifiée (moraine de 
fond) avec blocs erratiques de calcaire cristallin du miocène moyen. De la 
Moletta, on voit bien l'entaille en U d'Oricola traversée par le glacier et, 
en dessous, le profond sillon qu'il a creusé. 

2° Direction de Cineto. — Le passage du glacier est attesté : <3, par la 
forme en [j évasé des vallons où il s'est effectué; b, par des roches aplanies 
ou moutonnées; c, par le transport des matériaux erratiques (boules dures 
de molasse, calcaire cristallin du miocène moyen, calcaire éocène bréchi- 
forme), que l'on peut suivre pas à pas depuis Riofreddo jusqu'à la station 
de Cineto; d, par une épaisse moraine de fond dans le vallon FossoFerrata, 
dont le profil en L évasé contraste nettement avec le profil en Y des vallons 
torrentiels voisins. Le profil en l) continue jusque sous la station de Cineto, 
surmontée par une colline rocheuse qui commence avec une empreinte gla- 
ciaire à surface gauche et se termine par une moraine frontale, épaisse d'une 
centaine de mètres, contenant pêle-mêle les roches erratiques précitées. On 
a contesté la nature morainique de ce dépôt : on a voulu y voir une allm-ion 
chaotique de l'Aniene^ opinion insoutenable : a, parce que ce cours d'eau 
n'a pas une pente torrentielle (moins de 5 pour iooo); />, parce qu'une 
telle alluvion aurait dû s'étendre plus en surface qu'en hauteur et remplir 
toute la dépression où se trouve la moraine (qui n'en tapisse, au contraire, 
que le flanc amont) ou même recouvrir violemment le flanc aval (presque 
nu); c, parce qu'on devrait trouver des dépôts semblables en amont dans 
la vallée de l'Aniene, ce qui n'est pas le cas. L'absence de stratification 



SÉANCE DU 25 AOUT igSo. 387 

dans ce dépôt rend encore plus invraisemblable l'hypothèse d'un cône de 
déjection produit par un torrent des montagnes voisines. Sa nature morai- 
nique est donc certaine et l'existence d'une autre moraine à la Moletta 
d'Arsoli la confirme au besoin. 

Les niveaux de base de ces deux moraines (moins de 33o m ) sont les plus 
bas que l'on ait signalés jusqu'ici dans l'Apennin central; mais ils n'ont rien 
d'extraordinaire. A qui les conteste, il suffit de rappeler que dans l'Albanie 
méridionale, à une latitude d'environ 4o°, c'est-à-dire bien plus au sud que 
Gineto (42°,2), E. Novâk a trouvé des moraines frontales à um niveau 
de 3oo m . 

A Cineto, le glacier devait se terminer en large éventail, entre des rives 
rocheuses très divergentes. A la Moletta d'Arsoli, la moraine latérale 
bordait une langue effilée. 



CHIMIE VÉGÉTALE. — Sur le vicio.side. Note de 
MM. H. Hérissey et J. Cheymol. 

Le vicioside (vicine) est un principe immédiat azoté, isolé à l'état cristal- 
lisé des semences de Vesce par Ritthausen ( 1 ) qui, après l'avoir d'abord 
considéré comme un corps analogue à l'asparagine, lui reconnut ensuite une 
nature hétérosidique (glucosidique)( 2 ), d'après la façon dont il se compor- 
tait en présence de l'acide sulfurique étendu et bouillant. Ritthausen n'a 
d'ailleurs pas pu isoler à l'état pur le ou les sucres (oses) résultant de cette 
hydrolyse; il les a considérés comme constitués vraisemblablement par 
« du glucose (et du galactose) ». A l'occasion de recherches faites par l'un 
de nous (H. H.) en collaboration avec M. R. Sibassié sur les glucides de 
quelques graines de Légumineuses ( :i ), notre attention a été ramenée sur 
ce vicioside, dont nous avons repris l'étude; nous résumons brièvement 
dans cette Note les résultats nouveaux obtenus, sans rappeler les caractères 
du vicioside déjà signalés dans les Mémoires de Ritthausen. 

Nous avons préparé le vicioside, en partant des semences de Vesce d'hiver, 



(') Ber. d. d. chem. Ges., 9, 1876. p. 3oi ; Journ. f. prakt. Chem., neue Folge, 24, 
1881, p. 202. 

( 2 ) Ber. d. d. chem. Ges., 29, 1896, p. 2108. 
( ;! ) Comptes rendus, 178, 192/4, p. 884- 



388 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

par une méthode analogue à celle décrite par cet auteur. Les propriétés 
indiquées se rapportent à des échantillons purifiés par plusieurs cristallisa- 
tions dans l'alcool éthylique et finalement recristallisés dans l'eau. Le 
vicioside ainsi obtenu, séché à Pair, ne perd sensiblement pas de poids dans 
l'étuve à eau bouillante. 

Détermination du pouvoir rotatoire . — Les résultats suivants se rapportent 
à deux échantillons différents : 

I. [a] D =— i2<\64(<;=55 cm \ /=5, p = oR,4488,a = — 3i') 
II. [«]„=— n",93 (P = 55 cm3 , Z = 5,yj = oS46o8,a = — 3o') 

En dehors de toute hydrolyse, l'acidification , à froid, par l'acide sulfurique 
(4 à 5 pour ioo), des solutions aqueuses abaisse considérablement la valeur 
du pouvoir rotatoire qui, néanmoins, reste gauche. 

Hydrolyse par les acides : 

I. On a maintenu dans Feau bouillante, pendant \ heures, en tube scellé, 25 cm3 
d'une solution aqueuse contenant, pour ioo cm3 , 2 S d'acide sulfurique et 0",5y6o de 
vicioside. La liqueur devenue dextrogyre contenait alors, pour ioo cm '\ o s ,3327 de 
matière réductrice exprimée en glucose, soit 67,7 pour 100 d'hétéroside cristallisé. 

II. Un essai analogue pratiqué sur une solution d'hétéroside à o s ,5ooo pour ioo cm3 a 
donné 0*', 2929 de sucre réducteur, soit 58,5 pour 100 de vicioside. 

III. Un autre essai a conduit au chifl're de 67,9 pour 100. 

Hydrolyse fermentaire. — Le vicioside est hydroly sable par l'émulsine. 

I. Une solution. aqueuse de vicioside à o s ,6o64 pour ioo cm \ additionnée (l'émulsine 
(o s .8o) contenait, après 16 jours de contacta la température du laboratoire, o s ,334?. 
de produit réducteur exprimé en glucose, soit 55. 1 pour 100 d'hétéroside. 

II. Un essai analogue poursuivi pendant 8 jours a conduit au chiffre de 54,5'7 pour 

JOO. 

Les chiffres ainsi trouvés dans le dédoublement fermentaire sont suffisam- 
ment approchés de ceux obtenus par l'hydrolyse sulfurique pour qu'on 
puisse conclure que le processus de décomposition de Thétéroside est le 
même dans les deux cas. Ajoutons, d'autre part, que l'examen polari- 
métrique des liqueurs hydrolysées, soit par l'acide, soit par l'émulsine, 
donne des valeurs en accord avec l'hypothèse que le sucre mis en liberté 
serait bien du glucose d. C'est d'ailleurs ce que confirme la recherche 
suivante : 

Isolement du sucre produit par hydrolyse du vicioside. — L'opération a été 
faite sur io s de vicioside qui ont été hydrolyses par 5o cm1 d'acide sulfurique 
à 2ô s "pour ioo cm3 . Le sucre a été isolé après précipitation de sa combinaison 



Séance du a5 AOUT 1930. 389 

bary tique par l'alcool et décomposition de celle-ci par Facide sulfurique 
dilué; on a obtenu finalement, après cristallisation dans Falcool, un produit 
présentant tous les caractères du glucose d : il possède la multirotation ; son 
pouvoir rotatoire définitif a été trouvé 

[a] D = -i- 52°, 46 (p = i5 cm \ /? = o s ,3oo2, 1 = 2, a = +2°6'; 

il fond au bloc Maquenne à i/p-i46°; il possède le même pouvoir réducteur 
que le glucose d\ il fournit une phénylosazone de même point de fusion que 
celle de ce dernier. 

La recherche, dans les produits d'hydrolyse, du galactose (présumé par 
Ritthausen) a conduit à des résultats négatifs : Faction de Facide azotique 
n'a pas fourni la moindre trace d'acide mucique. 

Le vicioside, dédoublable par Fémulsine, obéit à la règle générale [Em. 
Bourquelot et H. Hérissey (')] d'après laquelle les hétérosides hydroly- 
sables par cet enzyme sont lévogyres et donnent du glucose d au nombre de 
leurs produits de dédoublement. 



GÉOGRAPHIE BOTANIQUE. — Sur une formule climatique applicable en 
géographie botanique. Note ( 2 ) de M. Louis Emberger, transmise par 
M. Ch. Flahault. 

On a tenté de donner du climat une expression synthétique et d'en déga- 
ger la résultante des divers composants d'un climat sur la végétation (Em. 
de Martonne, Szymkiewicz, Gaussen, Amann, etc.). Les phytogéographes 
se rendent compte de l'intérêt que présenterait une solution satisfaisante 
de ce problème. 

Nos recherches ont porté sur la région méditerranéenne. Une formule 
générale doit être simple-, elle ne peut tenir compte de tous les éléments 
météorologiques; aussi n'avons-nous retenu que les facteurs climatiques les 
plus importants pour la vie des végétaux : la pluie, les températures et 
l'évaporation. Nous avons établi la formule 

P 



M , .„ , 

x (M 



x ioo. 



( 1 ) Journ. de Pharm. et de Chim., 6 e série, 27, 1908, p/421. 

( 2 ) Séance du 28 juin 1980. 

C. R., t 9 3o, 2» Semestre. (T. 191, N" 8.) 



■>9° ACADÉMIE DES SCIENCES. 

P indique la pluviosité annuelle, M, la moyenne des températures 
maxima du mois le plus chaud, m, la moyenne des minima du mois le plus 

froid; — - — exprime donc la moyenne des extrêmes. Deux localités pouvant 

avoir la même moyenne des extrêmes, mais pourtant des climats thermiques 
différents cette moyenne est corrigée par m; on le verra plus loin. L'éva- 
poration a été exprimée par l'amplitude extrême (M — m); plus (M — m) 
est grand, plus Tévaporation est élevée. Il résulte de ces données que la 
sécheresse, qui domine toute vie végétale dans les pays méditerranéens, est 

exprimée par l'e quotient pluviothermique -^ r que l'on 



multiplie par — pour obtenir des chiffres commodes . 

En principe, un pays est d'autant plus sec que le quotient pluviother- 
mique est plus petit. 

V sera utilement corrigé par le nombre de jours de pluie pendant la période de 

P x N 
végétation et deviendra _ ; mais le nombre de jours déploie n'est pas connu pour 

toutes les stations, et n'a pu, par suite, être utilisé. Nous préférons tenir compte de la 
moyenne des minima du mois le plus froid plutôt que de la moyenne des minima 
absolus, par contre, cette dernière est capitale lorsqu'il s'agit d'une végétation intro- 
duite. M — m sera avantageusement complété par la mesure directe de l'évaporation, 
lorsque celle-ci sera connue pour toutes les stations de la région. Nous n'avons 
encore de mesures d'évaporation que pour un petit nombre de localités; on le regrette 
vivement, car la mesure de l'évaporation est pratiquement le seul moyen qui permette 
de tenir compte du vent. 

Pour le moment (M — m) exprime le mieux l'évaporation, à défaut de 
mesures directes. Il nous parait inutile de remplacer (M — m) par le déficit 
de saturation (d)\ car il ne semble pas exister dans la région méditerra- 
néenne de pays où les températures soient assez hautes pour que d soit élevé 
en même temps que (M — m) soit petit. 

Le quotient que nous proposons manque encore de précision, même en 
tenant compte des perfectionnements que nous venons d'envisager. Bologne 
et Philippeville, par exemple, ont le même quotient pluviothermique (82) 
mais à Bologne m est égal à — o,6° tandis qu'à Philippeville, il est de 
6°,i, ce qui détermine des climats très différents. Il y a donc lieu de tenir 
compte de m. Nous avons introduit ce facteur par un système d'axes de 
coordonnées portant, sur l'ordonnée, le quotient pluviothermique et sur 



SÉANCE DD 23 AOUT IO,3o. 391 

l'abscisse, m. On remarque alors que, sur ce tableau, les localités se grou- 
pent suivant les affinités de leur climat et sont d'autant plus rapprochées 
que les climats sont plus voisins. 

L'affinité des climats entraînant l'affinité écologique de la végétation, 
nous avons pu établir de véritables équivalences entre des groupements 
végétaux très différents par leur flore, mais rigoureusement parallèles au 
point de vue écologique. 

La connaissance de ces faits permet de mettre de la clarté dans la classi- 
fication des groupements végétaux comme les géologues l'ont fait clans 
leur domaine, lorsqu'ils ont pu grouper en étages des terrains de compo- 
sition très variée, mais syncbroniques. . * 



La séance est levée à i5 h 5o m . . 

A. Lx. 



392 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



BULLETIN BIHUfMiRAPHlyilB. 



Ouvrages reçus pendant les séances de juillet 1930. 

La longueur des cours d'eau principaux de la partie asiatique de VU. R. S. S. et 
le procédé pour mesurer la longueur des rivières sur les cartes, par Jules Schokalsky. 
Moscou, ig3o; ivol. 26"", 7; texte russe et français. ( Présenté par M. Gh. Lallemand.) 

Traité de biocolloïdologie. Tome I : Pratique des colloïdes, par W. Kopaczewski. 
Paris, Gauthier- Villars et C ie , 1980; 1 vol. 25 L ' m ,5. 

Livre jubilaire du centenaire de la Société géologique de France (i83o-i93o). 
Paris, Société géologique de France, 1930; 2 vol. 28"", 5. 

Rapport préliminaire sur la campagne du « Pourquoi-Pas ? » en 1929, par 
J.-B. Charcot. In Annales hydrographiques, ig3o. Paris, Imprimerie nationale, 

I93o; I faSC. 22 lln , 7. 

Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses. Cinquantième rapport, 
1929, par Paul-Louis Mercanton. In Les Alpes, n° 6. Berne, Stœmpfli et C le , ig3o; 
1 fasc 25 0m , 7. 

Théorie tourbillonnairede r hélice propulsive, par N. Joukowski. Traduit du russe 
par A. Apostol. Revu et annoté parW. Wettchinkine. Paris, Gauthier- Villars et G 1 ''. 
1929; 1 vol. 26 cm . 

On the General Theory of a Monoplane Wing. A Theory of Slotted Aéroplane 
Win g, par S. A. Tchapliguine. Paris, Gauthier-Villars etC ie , 1929; 1 fasc. 26 e111 . 

I^a Relgique scientifique, industrielle et coloniale. In Chimie et Industrie. Paris, 
Chimie et Industrie, 1930; 1 vol. 27 rm ,7. 

L,ois expérimentales sur les dynamomètres à allongements statiques proportion- 
nels aux poids suspendus. Théorie mathématique qui en résulte, par Alfred Meyer- 
Jaccoud. Zurich, Imprimerie Kolb et Bertschinger, 1927; 1 fasc. 23 cm . 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 

SÉANCE DU LUNDI 1" SEPTEMBRE 1930. 

PRÉSIDENCE DE M. Emile ROUX. 



MEMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 



M. E. Mathias fait hommage à 1' Académie de deux brochures inti- 
tulées : 

i° Monographie de l'éclair fulgurant. Compléments relatifs à ses formes 
terminales. 

2° Remarques sur la pression électrostatique, des foudres sphériques. 



CORRESPONDANCE. 

M. le Secrétaire perpétuel annonce à F Académie le décès de sir Her- 
bert Hall Turner, Correspondant pour la section d'Astronomie, survenu au 
cours de la réunion de l'Union internationale de Géodésie et de Géophy- 
sique, à Stockholm. 

ASTRONOMIE. — Sur la détermination astronomique de T époque de la 
disparition de l'Atlantide. Note (') de M. JL. Filippoff, présentée 
par M. Bigourdan. (Extrait.) 

M'occupant depuis quelque tertips du problème atlantéen, j'ai essayé de 
déterminer l'époque de la disparition de l'Atlantide par une méthode 
astronomique, très simple. 

(') Séance du 25 août 1980. 

C. R., iq'ôo, 2" Semestre. (T. 191, N° 9.) 3l 



3g4 académie des sciences. 

j'ai trouvé que la tradition sur l'Atlantide s'est conservée non seulement 
dans l'ancienne Egypte, comme le disait Platon, mais aussi dans les 
légendes diluviennes de l'Amérique préhistorique. 

Ces deux traditions, d'origines si différentes, s'accordent cependant 
sur l'époque de la disparition de l'Atlantide. Elles la placent à l'époque 
où le point vernal se trouvait dans le signe zodiacal de l'Ecrevisse (tradition 
égyptienne) et plus précisément au moment où il passait près de l'étoile £ 
de cette constellation (tradition mexicaine). 

J'ai cherché, par conséquent, à déterminer si la trajectoire du point 
vernal passait près de cette étoile et à quelle époque cette coïncidence 
avait eu lieu. Le calcul montre très aisément que le point vernal se trou- 
vait, réellement, tout près de Prœsepe Cancri l'an 7256 avant J.-C. 

L'Atlantide existait donc encore pendant l'époque quaternaire. Elle n'a 
disparu que vers l'an 7266 avant notre ère, ce qui confirme bien la date 
indiquée par Platon. 



GÉOMÉTRIE. — Détermination, sans signe de quadrature, de diverses expres- 
sions relatives aux courbes gauches au moyen de deux fonctions arbitraires 
pouvant définir les rayons de courbure et de torsion de la courbe. Note ( ' ) 
de M. S. Carrus. 

Nous prenons provisoirement, comme variable indépendante, l'arc de 
courbe s de la courbe gauche. Si x, y,.z, désignent les coordonnées d'un 
point en fonction de s, on peut poser 

jc'= sinÔ cosw, j'= sinô sinco, ■ z'= cosQ. ■ ; 
On en déduit 

x ïï - + y"- -+- z"- — Q'~ + sin 2 . w ' s = =J- • 
J R- 

On peut encore poser 

„, ■ 1 ' • dB , : . 1 . 1, . du • n 

9'=- cos«= -r) w sin y — =- sin m: clou tang u -=7- sin U. 

R ds , R dtl 

On peut prendre pour co une fonction quelconque de 8, que nous prenons 
désormais comme variable indépendante ; u est alors déterminé; sans quadra- 
ture ; co(G) définit complètement l'indicatrice des tangentes : elle est donc 

(*) Séance du 20 août io,3o. 



SÉANCE DU I er SEPTEMBRE ig3o. 3g5 

la même pour toutes les courbes admettant même indicatrice. On a..: alors 

ds i ds 

R — COS U '-jt = , = -fh • 

d-9 y/i + o/ 2 sin 2 d9 

Donnons-nous une deuxième fonclioirarbitraire v(9); R sera donné sans 
quadrature par la formule précédente. 

Si ces fonctions co(G) et ,v(6) sont ainsi données, on aurait, pour con- 
naître x, y, z, à effectuer les quadratures 

dœ =. sin 9 cos ^ s' (9 )d9, dy = sin9 sin&)$'(0) d6, dz — cqs'0 s' (9.) d9. 

Nous conserverons to( G) mais nous allons mettre ,y(G) sous une forme telle 
que nous puissions avoir, sans aucun signe de quadrature , les expressions les 
plus générales de x, y, z. 
On a d'abord 

z — j cos 6 s' (9) ds = s cos 6 -+- a I sin 6s' d6 = s cos 9 -+- a, 

en posant ssinG = cr'(G), s = -J-4 cr'(û)> qr(6) sera une fonction arbitraire 
comme Uétait ,y(Q). On aura ensuite 

x = I sin 9 cos m s' d9 = s sin9 cosw — j s (sin 9 cos m )' d9 

. r , C , (sin 9 cos co)' ,, 

= .5 sin 9 cos w — I cr ^—^ — - a9. 

J . sin " 

■tvt . , , (sin6»cosw)' ' ( sinôsinco V . rj " 

•IN ou s poserons pour abréger ^-~ = a, -^ — ^ — = p; a et p 

1 r ° sin0 . sin y ', ' 

seront des fonctions bien connues. Il vient alors 

j aa'.dd= <x<7 — / a'crdfJ. 

Pour faire disparaître ce signe de quadrature, nous faisons le nouveau 
changement de fonction a' a = a\,. a, désignant une nouvelle fonction qui 
peut être arbitraire. En substituant, il vient : 

x =. s sinQ cosùo — aa + «t., .' '; 

Prenons enfin y • ■ . ! --.;> : .--.- 

y = / sinô sinco. s' d9 = s sin9 sin co — / ^(sinÔ sin w)' t/9. 

Par le même procédé, on trouvera en faisant le dernier changement de 



3g6 ACADÉMIE DES SCIENCES, 

fonction 

'■©'='.• 

• c ■ r P'' 

y = -s sinrj sin o) — pcr -+- — , <j, — a.,. 

J r a; " 

En définitive on a donc bien, sans aucun signe de quadrature , 
a? — 5 sinÔ cosoj — a<7--j-<7j, 

. . . " r s'- 

j' =z 5 siny sinw — po - -t- — <7, — (7 2 . 

î=J C0s5 -+- (T. 

Ces expressions sont ainsi connues au moyen des deux seules fonctions 
arbitraires oo(G) et a a (0) car .y, a et a, sont données successivement par 

P'Y • / ' ' 

x a'/ l -' " sinO 

On a de plus 



\ï i + a) - sin'-9 

Il est aisé de calculer alors le rayon de torsion -• On trouve simplement 

((ù's'inO)' 
i -+- oo -si n 2 U 

On a donc bien, sans aucun signe de quadrature V ensemble le plus général 
cherché, les fonctions co(Q) et a.,(Q) définissant, sous une certaine forme, 
les rayons de courbure et de torsion de la courbe gauche. 

En se donnant telles fonctions qu'on veut pour a. 2 et co, on en déduira des 
rayons de courbure et de torsion. On sera certain que pour les courbes 
gauches correspondantes, on pourra connaître sans quadrature x, y, z et 
l'arc de courbe. 

Remarquons que, si Ton redonnait R et - en fonction d'une variable, 
il faudrait pour avoir x, y, s, s intégrer des équations différentielles 
contenant les dérivées jusqu'aux troisièmes ordres. 

Remarque. — Des expressions de R et -: on déduit 

(i) - = . H - '—^ = k. 

■c. v/H-u' s sin s (ï + o/ssin^) 2 

' R 

Le rapport — ne dépend donc que de la fonction co c'est-à-dire de l'indi- 
catrice des tangentes. 



SÉANCE DU I er SEPTEMBRE IO,3o. 3()7 

/D'autre part on sait que si — = k, la courbe est une hélice; a, b, c dési- 
gnant des cosinus directeurs constants, on doit donc avoir une relation de 
la forme 

(à) a sin(5 cosoj h- b sin(5 sinG) -+- c cos(9 = cosz. 

Cette relation (2) est donc l'intégrale générale de l'équation (1) avec une 
condition entre k et i. 

La vérification est aisée. On trouve la condition k — coli. 



THÉORIE DES SUBSTITUTIONS. — Simplicité du groupe fini et les ordres de 
ses classes d'éléments conjugués. Note (') de M. Sergk Tchounikhin, 
transmise par M. Hadamard. 

La liaison de la simplicité du groupe aux ordres de ses classes est peu 
étudiée. Le résultat fondamental dans ce domaine est obtenu par 
M. W. Burnside ( 2 ) à l'aide de la théorie des caractères. Dans le présent 
article l'auteur essaie de pénétrer dans ce domaine, sans avoir recours à 
l'emploi des caractères. 

Lemme I. — Si le groupe (25 est représenté par %%^ où jfy etHfy x sont ses sous- 
groupes, si le plus grand sous- groupe commun de J) et ip, diffère de l'unité et 
contient un certain sous- groupe invariant d" un des groupes ;fj et $fy { , le groupe © 
n est pas un groupe simple . 

Admettons que le plus grand sous-groupe commun fD contient un sous- 
groupe invariant B, du groupe 3î),. Transformons le groupe $) par les élé- 
ments de J),, • Il est évident que parmi les groupes ainsi obtenus se trouve 
toute la classe des sous-groupes du groupe ©, conjugués à ^. Tous ces 
sous-groupes auront un diviseur commun, qui est au moins P,, ce qui 
démontre le lemme. 

Lemme IL — Si le groupe © contient deux classes ( 3 ) dont les ordres sont 
premiers entre eux, le produit IUDID , des normalisateurs de ces classes (^') repré- 
sente tout le groupe <© . 

( a ) Séance du 25 août io,3o. 

(-) Si l'ordre d'une classe quelconque du groupe abstrait est p m , le groupe ne peut 
pas être simple (W. Burnside, Theory of groups of finite order, Cambridge 191 1, 
p. 322). 

( 3 ) Dans ce qui suit, nous ne considérons que des classes différant de l'unité. 

{''■) Nous appelons normalisateur d'une classe l'ensemble des éléments du groupée 
permutables avec un élément de cette classe. 



398 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Les nombres des éléments différents dans le système WtD, est égal "à -j--> 

où u» et to, sont les ordres correspondants à W et W ly et d est l'ordre de 
leur plus grand sous-groupe commun. Désignons par p un certain diviseur 
premier du nombre /i, où n est Tordre du groupe <Ô. Supposons que la 
puissance maximum de p divisant n, est désignée par p"\ Nous affirmons 

ainsi que la puissance maximum de p divisant la valeur-^- 1 ne sera pas infé- 
rieure kp"\ La plus grande puissance de p divisant—^ sera égale à j p a+ *'^ & 

où p% p" 1 et p ?J sont respectivement la puissance maximum de p divisant u), 
uî, et d. Puisque les ordres des classes sont premiers entre eux, nous avons 
les inégalités suivantes entre les valeurs a, a,, w : 

( si a << w, nous avons o^— co, 
| si a, <C w, nous avons a =w. 

Remarquons que p' J est le diviseur de vo et vo , , et nous avons 
<5<;ie plus petit des nombres (oc. a,), 
et, par conséquent, en tenant compte de (1), nous tirons la conclusion 

que a H- a, — o^oj. D autre part, la valeur -j ne peut pas être ;> n, ce qui 

démontre le lemme. 

Théorème 1. — Soit (£3 un groupe qui contient deux classes dont les ordres 
sont premiers entre eux. Supposons d'ailleurs que l 'ordre de Vêlement d'une 
des classes peut être divisé par un nombre premier p, tel que le sous-groupe de 
Sylow de V ordre p M du normalisateur d'une autre classe soit en même temps le 
sous-groupe de Sylow $& . 

Dans ces conditions, le groupe © ne peut pas être simple. 

Supposons que les éléments A, B sont les représentants des classes envi- 
sagées et les groupes W et HD, leurs normalisateurs respectifs. Supposons 
que l'élément A d'ordre a satisfait aux conditions du théorème. Alors Télé- • 

a 

ment A^ fait partie du sous-groupe de Sylow d'ordre p Ml de son normali- 
sateur, et ce sous-groupe, à son tour, fait partie d'un certain sous-groupe 
de Sylow k d'ordre p M du groupe ©. Prenons un normalisateur SD, de la 
deuxième classe. D'après la condition, il contiendra le sous-groupe de 
Sylow k* d^ordre p w du groupe #. Mais, dans ce cas, Ç" 1 k*G=k, où C 
représente un certain élément du groupé ©. En transformant tD 1 par C et 
en appliquant le lernme I aux sous-groupes C ' W t C et W (d'après ce qui 



SÉANCE DU 1" SEPTEMBRE I93o. 3ç)C) 

précède, O 1 "!!),, G1M== <ê), nous voyons que le théorème, est démontré. 

Théorème IL — Si les ordres de trois classes du groupe sont des nombres 
deux à deux premiers entre- eux, le gioupe ne peut pas être simple. 

Admettons que ce sont les classes A, B, C d'ordre a, (3, -y respectivement. 
On voit facilement que le théorème ci-dessus ne peut pas être appliqué au 
couple (A,B) si tous les facteurs premiers de l'ordre des éléments de la 
classe B sont des diviseurs de oc, et d'ailleurs, les facteurs premiers de l'ordre 
des éléments de la classe A sont des diviseurs de (3. En appliquant un rai- 
sonnement analogue au couple (A, C), nous voyons que le théorème précé- 
dent ne s'applique pas aux couples (A, B) et (A, C) seulement dans le cas 
où l'ordre des éléments de la classe A a pour diviseurs des nombres premiers 
qui divisent (3 et y. Or, ceci est impossible, d'après l'hypothèse faite, et, 
par conséquent, le théorème est démontré. 

Il serait intéressant de continuer ces recherches en d.émontrant le théo- 
rème I dans le cas général, sans limiter par des conditions supplémentaires 
les ordres des éléments des classes envisagées. 



MÉGANIQUE DES FLUIDES. — Sur la théorie des tourbillons. 

Note (') de M. L. S. da Rios. 

Je me propose de présenter quelques remarques sur la théorie des tourbil- 
lons se rattachant à mes travaux antérieurs sur le même sujet (Bendiconti del 
cire, di Palermo, 1906-1910-, Atti dei Lincei, 1909-, Giornale di Mat., 1911-, 
Attidel B. Ist. Veneto, 1916; Atti délia B. Ace. di Padova 1916), 

1. Soit i? une ligne-tourbillon dans une masse fluide incompressible indé- 
finie. Désignons par go le tourbillon, et prenons comme système de référence 
le trièdre principal attaché à Ç en un de ses points O. 

En un point # très voisin du point O, j'ai obtenu les expressions asympto- 
tiques suivantes pour la vitesse (u, v, w) du fluide : 

1 = 0, 

«y " " / ' ■ ■ 



(1)' • ■-■••■ . ■■ -i S7r(i— a 2 ) 



w S ■ ■ w c , 

r ioge; 



en:(i-—a % ) ■■■ -2r.- 



(a, |3, y) sont les cosinus directeurs du vecteur OP, de longueur s, et c est 
la courbure de la ligne £ en 0. 

( a ) Séance du 26 août 1980. 



lOO ACADÉMIE DES SCIENCES. 

2. Soit t une surface très petite limitée par une ligne Q. On dira tube 
plein un ensemble de lignes-tourbillons passant chacune par un point. de. t 5 
et l'on dira tube-canal l'ensemble de lignes passant par les points du péri- 
mètre Ù. Si la plus grande corde de t est suffisamment petite, par rapport 
à la vitesse induite en un point extérieur à 1» masse tourbillonnaire, le tube 
plein, ou le tube-canal, peuvent être assimilés à une ligne J? quelconque du 
système. Si, au contraire, on considère la vitesse induite en un point du 
tube plein ou en un point intérieur au tube-canal, on doit avoir recours à 
une analyse spéciale. 

Un point & voisin d'un point O d'une ligne-tourbillon est amené à suivre 
le mouvement propre de O; et il est encore porté à tourner autour du dit 
point. Si Ton veut assimiler la vitesse de # à la vitesse de O, il faut faire 
abstraction du mouvement rotatoire. En 1906, dans le but de trouver la 
vitesse en un point O d'un tube-tourbillon infiniment délié, j'ai regardé le 
tube comme un tube-canal; et j'ai identifié la vitesse induite en un point du 
tube avec celle d'un point de la ligne des centres des sections normales du 
tube-canal. Les valeurs (1) se transforment alors dans les suivantes : . 

( w c 1 

f II = (' = o. 

Si l'on considère (au lieu de la surface-canal) un tube plein /\, je montre 
que les valeurs (2) demeurent confirmées. Précisément, z étant la distance 
de deux points Q et O de -, les composantes de la vitesse du centre P delà 
section - de /\ deviennent 



(3) 



ou 



j ^ = —^| \ /rfr/logedro, 



ù j d^z désigne l'intégration par rapport au point Q, et fd^ celle par rap- 
port au point O de la section t. 

Si le tube-tourbillon est circulaire, on retrouve ainsi des résultats clas- 
siques, tandis que J. Weingarten (Nachrichten zu Gôttingen, 1906, p. 81- 
93) donne pour la vitesse en un point intérieurd'un anneau-tourbillon plein 
la valeur double. La différence entre les deux résultats, qui a été notée aussi 
par M. Thiry (Congrès des Sociétés savantes, 1921) est due à une erreur que 
j'ai signalée en 1909. 

3. Dans l'ensemble des mouvements d ? un tube plein, on peut considérer 



SÉANCE DU I 01 ' SEPTEMBRE lO,3o. 4 GI 

le mouvement des points de la ligne des centres jC et le mouvement des 
points d'une section t normale à i? par rapport au centre P . Nommons 
l'un mouvement d'ensemble et l'autre mouvement interne. 

Le mouvement d'ensemble dépend de la configuration de la ligne i? et 
de t \ plus précisément de la valeur de 



k = / dx I loe- dr ùr 

ÏKXj J & £ 



2 1 étant l'intensité du tube. 

En général k peut être regardé comme constante dans le temps t, si le 

rapport — j^— s tend vers zéro. Par cette hypothèse et en supposant d'abord 

t constante le long de J? >, j'obtiens les relations 

de 

^ =C T'+2 C 'T, 

en désignant par c et T la courbure et la torsion de £ au point O courant, 
et par les accents la dérivation par rapport à l'arc s de £ . En particulier, je 
démontre que les tubes-tourbillons en forme de chaînette et à 1 hélice cylin- 
drique demeurent indéformés pendant leur mouvement. 

Le mouvement interne d'un tube infiniment délié /\, est caractérisé par 
les formules 

\ v~— - \ L dx , 

J TT J £ 

^ i M />« ■ 

/ w = — / — dx . 

[ ■ izj e 

Ges formules permettent d'obtenir les résultats suivants : 

a. En faisant abstraction des sections circulaires et elliptiques, les autres 
sections des tubes-tourbillons rectilignes, ou non, se déforment avec le 
temps. 

b. Les sections circulaires des anneaux ou tubes-tourbillons quelconques 
non rectilignes sont aussi déformables. 

c. Les sections elliptiques des tubes rectilignes ne se meuvent pas rigi- 
dement, en ce sens que la distance de leurs points au centre ne reste pas 
constante. 



»p2 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



ÉLECTRICITÉ. — Nouveaux redresseurs à oxyde cuivrique. 
Note de M. H. P^labon, présentée par M. G. Ferrie. 

Dans une précédente Note sur le redresseur à oxyde de cuivre ( ' ), nous 
avons signalé l'existence, dans la couche active, d'un condensateur dissymé- 
trique comprenant une armature de cuivre (conducteur), une autre d'oxyde 
cuivrique (semi-conducteur), séparées par une lame isolante d'oxydule. 

En réalité cette lame n'est pas formée d'oxyde cuivreux chimiquement 
pur. 

D'après le mécanisme de l'oxydation du cuivre, si bien décrit par Debray 
et Joannis( 2 ), elle doit provenir de la solidification d'une solution très 
étendue d'oxyde cuivrique dans l'oxydule. A la température ordinaire, la 
lame est donc formée d'une solution solide, ou ce qui est plus vraisemblable 
d'une suspension solide de CuO dans Cu 2 C) en grand excès. Dans tous les 
cas ce mixte est semi-isolant. 

Nous nous sommes proposé de réaliser de toutes pièces d'autres conden- 
sateurs dissymétriques comprenant comme le précédent : un conducteur, 
un semi-conducteur et un semi-isolant. Comme conducteur nous avons pris 
un métal quelconque, comme semi-conducteur l'oxyde cuivrique chimi- 
quement pur que nous avons moulé en pastilles. Ces pastilles étaient main- 
tenues un certain temps à une température assez élevée T puis refroidies, 
on les rendait ainsi plus conductrices. Évidemment la température T était 
inférieure à celle pour laquelle l'oxyde cuivrique commence à se dissocier. 
: Pour obtenir des lames semi-isolantes nous avons mis par exemple un peu 
d'or en poudre en suspension dans une solution alcoolique de gomme laque 
ou'xiâns du collodion et avec ces liqueurs nous avons préparé des pellicules. 
Il est encore plus simple de déposer le liquide au pinceau sur l'une des faces 
seulement de la pastille puis de laisser le dissolvant s'évaporer. 

Il est facile alors de réaliser le condensateur. On dispose la pastille recou- 
verte du semi-isolant entre deux pièces métalliques et l'on exerce une pres- 
sion plus ou moins forte sur l'ensemble. 

Nous avons pu constater qu'un condensateur de ce genre est doué d'une 



( J ) Pélabon, Comptes rendus, 190, 1900, p. 63o. 
(•-) Comptes rendus, 99. 188/4. P- 583 et 686. 



SÉANCE DU I" SEPTEMBRE I93o. 4o3 

conductivité unilatérale très nette et que le courant déplus grande intensité 
est toujours observé quand l'oxyde cuivrique est positif-, autrement dit, dans 
le condensateur, il se rend du corps le moins conducteur au métal. Le con- 
densateur est aussi un redresseur pour les courants alternatifs. Son pouvoir 
rectifiant que Ton peut mesurer, pour un voltage donné/par le rapport R 
des intensités dans les deux, sens, est souvent très élevé. ,.-, ,- ! 

Il dépend d'une foule de facteurs que l'on peut modifier à volonté : pres- 
sion sous laquelle la pastille a été moulée, température à laquelle, : on fa 
maintenue, concentration de la suspension d'or, métal que l'on -peut -du 
reste remplacer par un autre conducteur, etc. ; - 

Est-il possible de généraliser et de substituer à l'oxyde cuivrique d'autres 
composés semi-conducteurs? ;-, .. n 

On sait depuis les travaux de Tubandt que les composés dont il s'agit 
forment trois groupes : . -v ^ht ■:;?■*:: 

,i° Les corps qui comme PbS, SnS présentent la conductivité purement 
métallique ou électronique. i- ^ ; 

2 Ceux qui ont une conductivité uniquement électrolytique, le passage 
du courant est lié à un déplacement d'ions, le sulfure d'argent, cubique 
appartient à ce groupe. * - : 

3° Les corps à conductivité mixte comme le sulfure d'argent orthorhpm- 
bique, l'oxyde cuivrique, etc. -: 

Chose curieuse, les semi-conducteurs du premier groupe et en particulier 
la galène ferment des conducteurs non rectifiants. : -/i 

. Cette constatation est importante, elle montre que la galène en particu- 
lier se comporte comme un métal pauvre en électrons libres. Ses propriétés 
rectifiantes, que l'on constate quand on l'utilise d'une autre manière, ^expli- 
queraient comme celles des contacts métalliques ( 1 ). . . 10 ■. 

Pour les condensateurs fermés avec les composés du troisième grojjge^ 2 ), 
il faut chercher une autre explication de leurs propriétés rectifiantes. < \ 

Ces composés ;qui conduisent électrolytiquement donnent lieu à des: phé- 
nomènes de polarisation que nous avons pu mettre nettement en-évidence^ 
nous avons, même pu constater que la force électromotrice de polarisation 
est beaucoup plus importante quand CuO est négatif. .,, . ,": 



( 4 ) Pélabon, Sur la théorie électronique des mauvais contacts (Comptes rendus, 
188, 1929, p. 620). ■■;.:■<■! 

(-) Nous laissons de côté pour le moment les composés du deuxième groupe. 



4o4 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 



Il nous semble que la conductivité unilatérale pourrait se comprendre 
par une inégale polarisation des deux électrodes dissemblables, le cuivre 
oxydé et les condensateurs que nous avons décrits seraient alors analogues 
au détecteur électrolytique du Général Ferrie. 



CHIMIE PHYSIQUE. — Équilibre à l'état fonda entre le calcium, Je sodium 
et leurs chlorures. Note (') de M. E. Rikck, transmise par M. H.' Le 
Ghatelier. 



La réaction Ca + 2i\aCl ^ 2Na -+- CaCl 2 a été étudiée récemment par 
Rich, Lorenz et Winzer ( 2 ). Les résultats théoriques et expérimentaux 
obtenus par ces auteurs étant en désaccord complet avec la règle des phases, 
j'ai repris l'étude de ce système. 

Règle des phases. — Les métaux calcium et sodium étant partiellement 
miscibles, trois cas peuvent se présenter : 

a. Phase métallique homogène : tout le calcium est dissous dans le 

100 

% ccxce* 





LORENZ 
1 î T~% Col 
Rq.1 



sodium. Le système est bivariant, à température donnée la composition de 
la phase saline dépend uniquement de celle de la phase métallique. 

b. Deux phases métalliques : solution saturée de Ca dans Na et solution 



(') Séance du 18 août 1980. 

(-) H. Lorenz et R. Winzer, Z. anorg. ail g. Ch., 181,. 1929, p. 198. 



SÉANCE DU I er SEPTEMBRE 1980. /}o5 

saturée de Na dans Ga : système monovariant. A température donnée 
toutes les compositions sont fixées. 

c. Phase métallique homogène : tout le sodium est dissous dans le cal- 
cium : système bivariant comme dans le premier cas. 

En portant en abscisses les concentrations des métaux en Ga, en ordon- 
nées celles des sels en CaCl 2 , le diagramme doit présenter l'aspect de la 
figure 2 et non celui de la figure établie d'après les expériences de Lorenz 
et Winzer. En effet dans le cas b, à température donnée toutes les concen- 
trations sont fixées, notamment celle de CaCl 2 dans la phase saline. La 
concentration de chaque phase métallique est fixée également, mais leurs 
masses respectives varient, il s'ensuit que la concentration globale de Ga 
doit varier également. Dans le cas 6, le diagramme doit donc présenter une 
partie droite parallèle à l'axe des abscisses. 

Partie expérimentale. — L'équilibre peut être facilement atteint soit en 
partant de sodium et de chlorure de calcium, soit de calcium et de chlorure 
de sodium. Sauf pour quelques essais, je suis toujours parti decalcium frac- 
tionné dans le vide et de NaCl pur fondu, ces corps n'étant pas hygrosco- 
piques comme Na et CaCl 2 . Le mélange était chauffé à 85o°C. dans des 
tubes d'acier scellés. Après 20 minutes d'agitation en position horizontale, 
on laissait reposer le tube un temps égal en position verticale pour faciliter 
la séparation des deux phases 

Partie analytique. — Une séparation mécanique complète des phases 
étant impossible, il a semblé suffisant d'effectuer l'analyse de la phase 
saline, toujours homogène. Le sodium dissous était séparé par lavage à 
l'alcool absolu et dosé par la nouvelle méthode de Kahen ; Ca dissous, CaCl 2 
et NaCl furent déterminés par les méthodes usuelles. Connaissant ainsi la 
composition exacte delà phase saline, il était facile de déterminer celle de 
la totalité des métaux, toujours mélangés à une petite partie des sels. Lorenz 
et Winzer, ayant opéré dans des tubes en verre, ont effectué l'analyse 
du système par séparation mécanique et pesée des différentes phases. Une 
dizaine d'essais m'ont montré que cette méthode est défectueuse, vu qu'il est 
matériellement impossible d'arriver à une séparation quantitative des 
métaux et des sels. ' 

Les résultats obtenus sont résumés pour la température de 85o°C. sur la 
figure 2. (Concentrations pour 100 en poids pour les deux figures.) La 
courbe a bien la forme prévue par la règle des phases. A 85o°C. le système 
invariant a donc la composition suivante : 



4o6,^ ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Phase saline : 71 pour ioo Ca Cl- ; 

Phase métallique légère : solution saturée à i3 pour 100 de Ca dans Na; 

Phase" métallique lourde : solution saturée à 17 pour 100 de Na dans Ga. 

Des essais faits à 975°C. et noo°C. ont montré que l'effet thermique de la 
réaction est voisin de zéro. 

Remarquons encore qu'un tel système se prête au tracé de. la courbe 
de miscibilité, en fonction de la température, des métaux prenant part à la 
réaction d'équilibre. .. ® 



.CHIMIE PHYSIQUE. — Sur quelques propriétés de l'alcool absolu. Note (') 
de MM. J. IUrbaldy et A. Lalande, transmise par M. H. Le Chatelier. 

Les nouveaux procédés azéotropiques permettent maintenant d'obtenir 
industriellement de l'alcool absolu très pur. Au laboratoire cette substance 
est difficile à préparer à la fois anhydre et pure en quantités importantes : 
quelles que soient les méthodes employées, il se forme des traces de produits 
d'oxydation qui communiquent à la matière un mauvais goût de poisson. 
Ayant à entreprendre une étude sur les propriétés des mélanges d'alcool 
éthylique, d'éther et d'eau, nous nous sommes adressés à l'industrie qui a 
mis à notre disposition 100 litres d'alcool absolu dont nous donnons dans 
la présente Note les propriétés. 




Spectres n os I et VI : alcool étudié; spectre n° II : alcool partiellement oxydé; spectre n°Ilï : ' 
alcool contenant des traces de carbures cycliques; spectre n° IV : alcool contenant du 
cyclobexane; spectre n° V : alcool contenant des traces d'alcoolates "alcalino-terreux ; 
spectre n° VII : cuve du speclrographe vide; spectre n° VIII : arc au mercure. 

Analyse. — Produit limpide, incolore, neutre, ayant bon goût et bonne 
odeur; absence d'aldéhydes au réactif de Schiff, absence de carbures 
(méthode de Guinot, Bull. Soc. chùh., ; 2, 1920, p. 1008), enfin transparence 
parfaite dans l'ultraviolet (voir la figure). La densité à 25°± 0,02 est égale 



(*-}- Séance du 18 août 1980. 



SÉANCE DU I" SEPTEMBRE igSo. 4©? 

à 0,78523 cé qui correspond à une teneur en alcool de 99,96 pour 100 en 

poids. 5 &:?/}''' 

Point (Tèbullition. — Il a été déterminé avec un ébullioscope "Swiéto- 
slawski au moyen d'un thermomètre Baudin lu à o u ,oi avec une lunette. 

Ce thermomètre possédait un grain de mercure entre le point o et le point ■'00. On 
profitait de cette circonstance pour déterminer le coefficient de dilatation apparent du 
mercure d'où Ton déduisait la correction de colonne. Par immersion ou émersion du 
grain, toutes choses restant égales d'ailleurs, 011 observait deux points d'ébuUition 
apparents dont la différence permettait de calculer le coefficient de dilatation appa- 
rent au mercure. On a trouvé : o.oooi45. 

Indices de réfraction et dispersion. — Nous avons employé un dispersé- 
réfractômètre Féry vérifié à l'aide d'eau bisdistillée. !f 

TABLEAU DES POINTS d'ÉBULLITION. ; 

..-.. Kxp. n°. Nature du liquide. Pmm.Hg. T° Eb, •■» 

1... .Eau (vérification) 760,0 99,990 .; L . 

2 : Alcool à 99,96 °/o 760,0 78,385 . 

3 id. 755 ,6 78 , 245 

k id. 7 58,8 . 78,345 ■'■-■■■ .".' : 

5. id. 761 ,9 78,470 - : 

6. id. 760,0 78,390 -.'^ ; 

7 .. id. 761,8 , 78,455 ; ," : ,, 

8... ... id. 756,6 78,375 .,,.„..... 

9 id: 754,7 78,340 ' 

10 id. -58,6 78,355' ... 

11;.....,....;...;- ..■"■. id. 754,3 jSy26'0 % --'.: : '-' \ 

12.. ....;;;.... ; '-îd. : 760 , O '. y,S . 38<>" . j 

13.... : id. -54,3 ■■■'" - ; 78 , 22ô' VSc ' ; i 

14. ... .;'. Eau (vérification) 760,0 100,000 

Point d'ébuUition adopté, cn ;-; 

r P,E 7Cu =78 <J ,385±o,oi et [t/T/^P] 700 = o,o34 l Vmm. ' r ^ : 

TABLEAU DES INDICES. 

Alcool. Eau. ■..-••'■ r 

Longueurs d'onde. Longueur d'ôndè 0. J , 589; ■ 

!>,589. .. û>75787~ : 0%546. ()/•-, 436~ r Théoriques^.- T^ow^ ; s 

1 ,'3.6 12 1 ,36i6 3 1 ,3627 1 . j 36go : . i:.,333oo , _..• 1 .. , 33 : 3o 
1,3591 i,3594 5 i,36o6 1 .,366g i,3325o 1, 33245 

1,3570 1,3574 i,3586 i,3648 1, 33 190 i,33ig 

(') Landolt-Bôrnstein, Table (supplément, 1927). . ' . 





■■:--; 0.\67|. 


n i0 U. . 


• '■■■■I:,35qi 


n,-.. . . 


1,3570 




• i,35"49 



4o8 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Pour les X comprises entre o^, 436 et o% 67 1 dnj dt = 0,00042 ± 0,00001 .. 
Tension superficielle, — Nous avons employé le tensiomètre de Lecomte 
du Noùy. D'après cet auteur (') on a 

(I) " ■ ■ J/=P/2 7TR 

où R est le rayon de l'anneau, P la traction, en dynes, sur l'anneau à la rupture, y la 
tension superficielle en dynes par centimètre. 

Nous avons préféré utiliser la formule de Harkins et Jordan ( 2 ) 

(II) y = (P/ a 7rR)x/(RVV,R/r), 

où /• est le rayon du fil de Panneau V le volume maximum de liquide 
soulevé et /(R :i /V, R/r) est un coefficient dont les valeurs en fonction 
de R :1 /V et R/r sont données par Harkins sous forme de tableaux. 

On admet pour Feau à 22 la valeur yj; 311 — 72,43 dynes /cm ( 3 ). 

On a trouvé P/ 27c R = 72,35, d'où, d'après la formule (II), 



,oau 



y«««— -2,35 X 0,991 et ^£_ =I)0 io. 

Nous admettrons que cette correction provient de l'inclinaison du plan de 
l'anneau sur l'horizon et que ce coefficient se conserve en valeur relative 
pour les autres mesures. 

Pour l'alcool on a trouvé à 2i° * 

P/27ïR = 24, i5 ± o,o5, d'où yl lc = 2 2,10. ± o,o5 dyne/cm. 



CHIMIE PHYSIQUE. — Changement de composition du constituant cémentite 
au cours du revenu des aciers spéciaux. Note (*) de MM. Albert Portevin 
et Sierre Chevenard, présentée par M. Henry Le Chatelier. 

Dans les fontes blanches au manganèse et au chrome, le point de Curie 
de la cémentite et l'amplitude de l'anomalie dilatomélrique de ce carbure 
varient d'une façon continue avec la teneur en addition. Nous en avons 

( ] ) Equilibres superficiels des solutions colloïdales. 
(-) /. Am. Chem. Soc, 52, 1.980, p, 1761 . 
( 3 ) Intern. Crit. Tables, 4, p. 44~- 
(*) Séance du 18 août 1980. 



SÉANCE DU I er SEPTEMBRE igSo. l^og 

conclu à l'existence de solutions solides de carbures ou cémentites com- 
plexes, et nous avons signalé la possibilité d'étudier, par l'analyse dilâto- 
métrique, comment varie le partage de l'addition entre les phases cémen- 
tite et ferrite, au cours du traitement des aciers au manganèse ou au 
chrome ( H ). Voici, à titre d'exemple, l'évolution des phénomènes au cours 
du revenu d'un acier à i,5 pour ioode carbone et 2 pour 100 de manganèse 
hyper trempé. 

L'échantillon, préalablement trempé à ii8o° dans l'eau, traitement qui laisse l'acier 
à l'état austénitique, est étudié au dilatomètre différentiel par la méthode des revenus 
isothermes : chauffe à la vitesse de 260° par heure et maintien de la température 
visée 6 r pendant 7 heures. Le résultat de chaque revenu est caractérisé par les 




valeurs de la dilatabilité <x {fig. 1), calculées d'après la courbe de refroidissement depuis 
la température 9,. jusqu'à l'ambiante, par la température 9 C du point de Curie de la 
cémentite, par l'amplitude £ de l'anomalie de la cémentite, par l'expansion totale 

SX 

■j— résultant du cycle thermique, par le gain de dureté àk(fig. 2) et par les valeurs, 

relatives à 20 , de la résistivité p, de l'aimantation rémanente 3 r (correspondant à un 
champ de 900 gauss), et du champ coercitif 8C C . Ces grandeurs sont portées sur les 
figures ci-jointes en fonction de la température de revenu 9 r . 



(') P. Chbvenard et A. Portevin, Résultats obtenus par Vétude dilatométrique des 
fontes {Comptes rendus, 180, 192D, p. 1482). 

32 



G. R., iq3o, a» Semestre. (T. 191, N° 9.) 



4io 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 



Au-dessous de 200 , le revenu amène la précipitation d'un carbure dont 
le point de Curie est d'environ 120°, mais le fer reste à l'état y. Le retour 
de l'état y à l'état a s'amorce entre 200 et 225°. Ce retour, caractérisé par 




la chute de la dilatabilité et de la résistivité, par la brusque augmentation 
de la dureté, de l'aimantation rémanente J r et de l'expansion ~> est prati- 
quement complet à partir de 260 : l'allure faiblement descendante des iso- 
thermes 5o°, ioo° et i5o° de la dilatabilité, pour Ô,. compris entre 260 
et 4oo°, s'explique, en effet, par les changements de l'anomalie delà cémen- 
tite. Le carbure, précipité au cours de la transformation y -> a du fer, est 
distinct du carbure libéré au-dessous de 200 ; son point de Curie est plus 
élevé de 5o degrés : il est donc plus pauvre en manganèse. 

Après revenu à température peu supérieure à 260 , le carbone n'est pas 
tout entier à l'état de carbure, puisque l'anomalie de la cémentite n'a pas 
son amplitude totale : une partie est à l'état dissous. Comme le fer est à 
l'état a, il faut admettre la réaction : austénite -> agrégat « marten- 
site + carbure ». A mesure que 0,. s'élève, la martensite formée est de moins 
en moins carburée, résultat prouvé par l'accroissement de l'anomalie e, la 
baisse rapide de la dureté, la diminution graduelle de la résistivité et de 
l expansion y- • 



SÉANCE DU l or SEPTEMBRE lO,3o. /|ll 

Après revenu à 4oQ > l'acier est tout entier à l'état de sorbite, c'est-à-dire 
d'agrégat « carbure + ferrite à peu près exempte de carbone ». Pour les 
températures 6,. pi us élevées, le carbure précipité pendant la chauffe réagit 
sur la ferrite et s'enrichit en manganèse à ses dépens ; d'où baisse du point 
de Curie de la cémentite, changement d'allure des isothermes 5o°, ioo° et 
i5o° de la dilatabilité, baisse de la résistivité et modification des propriétés 
magnétiques. 

Ainsi, par l'analyse dilatométrique complétée par l'étude de la résistivité, 
on obtient un faisceau de données permettant de suivre les changements de 
concentration et de proportion des trois phases : cémentite, solution a et 
solution y. Ces changements, joints aux modifications de la finesse de struc- 
ture indiquées par l'examen micrographique, expliquent complètement les 
variations de la dureté et des propriétés magnétiques de l'acier. 



CHIMIE PHYSIQUE. — Etude au moyen des rayons X, de certains éthers de 
la cellulose et du glucose. Note (') de M. A. IVowakowski, transmise 
par M. Maurice de Broglie. 

On a critiqué récemment le modèle de la cellulose donné par 
O. L. Sponsler et W. H. Dore ( a ) et par K. H. Meyer et H. Mark( 3 ) qui 
éclaire cependant parfaitement les propriétés physiques et chimiques de 
celle-ci, et qui est basé sur la liaison glucosidique de la cellobiose en chaînes 
de valences principales dans la direction des fibres cellulosiques : K. Hess 
et C. Trogus (*) ont indiqué que les éthers à longues chaînes de la cellulose, 
par exemple l'éther tristéarique, devaient donner un diagramme de fibres, 
les longues chaînes étant placées perpendiculairement à l'axe de la fibre. 

Dans .une première série d'expériences nous avons fait l'analyse rônt- 
genographique de la structure des éthers dilaurique et distéarique de la 
cellulose obtenus par A. Grùn et F. Wittka( 5 ) et des mêmes éthers obtenus 
par nous dans différentes conditions expérimentales (réactions dans les 
mélanges benzène-pyridine et benzène-quinoléine pendant des temps allant 



(*) Séance du 18 août 1980. 

( 2 ) O. L. Sponsler et W. H. Dore, Colloid Symp. Monogr., 4, 1926, p. \-\. 

( 3 .) K. H. Meyer et H. Mark, Ber. d. d. chern. Ges., 61, 1928, p. 693. 

( 4 ) K. Hess et C. Trogus, Ber. d. d. chern. Ges., 61, 1928, p. 1982. 

( 5 ) A. Grùn et F. Wiïtka, Z. ang. Chemie, 34, 192 1, p. 64.5. 



4 12 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

jusqu'à six semaines). Les diagrammes de ces corps montrent très nettement 
que la structure interne de la cellulose a été complètement détruite par la 
fixation des longues chaînes aliphatiques; on n'obtient plus que des dia- 
grammes de Debye-Scherrer au lieu des diagrammes de fibres. Les distances 
réticulaires attribuables aux anneaux les plus intenses ont une valeur de 

o o 

4,5 A pour les éthers dilauriques de la cellulose et 4,4 A pour les éthers 
distéariques, ce qui est en bonne concordance avec la valeur trouvée par 
K. Hess et C. Trogus ( 1 ) pour l'éther tristéarique. 

Etant donné que les éthers cellulosiques, à cause de leur nature micro- 
cristalline, ne permettent que l'emploi de la méthode de Debye-Scherrer, 
insuffisante ici, nous avons cherché à définir indirectement leur structure 
chimique par l'étude des corps moins compliqués et constituant les élé- 
ments fondamentaux de la cellulose, c'est-à-dire du glucose et de la cello- 
biose. 

Dans ce but, nous avons préparé des cristaux uniques ou des faisceaux 
de fibres bien orientées. Nous avons réussi à faire ainsi un diagramme de 
cristal tournant de l'éther a-pentacétique du glucose et des diagrammes de 
fibres des éthers a-pentalaurique et a-pentapalmitique. Pour obtenir ces 
deux derniers composes sous la forme fibreuse, nous les avons fait cristal- 
liser dans un thermostat à 20 C. dans une solution de chloroforme-alcool 
absolu. 

Dans le Tableau suivant nous indiquons les valeurs des périodes d'iden- 
tité I suivant la direction de l'axe des fibres. Il en ressort : 

Tableau. 

Éthers du glucose. \x. 1. 

a-pentacétique 16 . 36 , 5 5 , 3g A 

a-pentalaurique 16.42 5,36 

35.38 5,28 (2 e ordre) 

a-pentapalmitique 16. 38, 5 5,38 

que les éthers de glucose se disposent toujours suivant une seule et même 
direction qui coïncide avec le côté de la cellule élémentaire défini dans le 

Tableau (5,28 — 5,39Â). 

En outre, la discussion des diagrammes permet de constater que les 

C 1 ) K. Hess et C. Tkogus, loc. cit. 



SÉANCE DU l" v SEPTEMBRE 1980. 4*3 

longues chaînes aliphatiques de ces éthers sont placées perpendiculairement, 
ou presque perpendiculairement, à Taxe des fibres; on observe en effet, 
sur féquateur, de forts points d'interférences dont la position varie réguliè- 
rement avec la longueur des chaînes carbonées introduites dans la molécule 
du glucose. 

Conclusions. — Nous avons pu constater que les molécules de certains 
éthers du glucose sous forme fibreuse présentent toujours la même direction, 
et que les longues chaînes aliphatiques sont placées plus ou moins perpen- 
diculairement à l'axe de fibre. Ces résultats sont en bonne concordance 
avec les conclusions que permet de tirer le modèle de la cellulose donné par 
Sponsler et Dore, et Meyer et Mark. Néanmoins, il reste à trouver la raison 
pour laquelle les éthers cellulosiques à longues chaînes substituées ne 
donnent que des diagrammes indiquant un arrangement irrégulier des cris- 
taux (diagrammes de Debye-Scherrer), comme nous l'avons indiqué au 
début de cette Note. Nous espérons pouvoir étudier ce phénomène en éten- 
dant nos recherches aux éthers du (3-glucose, de la cellobiose et d'autres 
polysaccharides. 



CHIMIE MINÉRALE. — Action de Vhydrogëne et de ses carbures sur le baryum. 
Note de M. Paul Remt-Genneté transmise par M. H. Le Chatelier. 

L'hydrogène peut se combiner au baryum dès la température ordinaire. 
L'essai a été réalisé avec du baryum préparé par la méthode de Guntz, 
puis redistillé : i s ,84 de baryum ainsi obtenu a été soumis à l'action de 
l'hydrogène pur et sec dans un tube de verre mesurant 234 cmS rempli 
d'hydrogène à 20 sous 63c) mm de pression; au bout de deux mois et demi, 
la pression était descendue aux environs de i mm ; des mesures précises de la 
tension de dissociation de l'hydrure de baryum ainsi obtenu seront faites à 
cette température de 20 . 

La même expérience, tentée dans des conditions analogues avec le 
méthane et l'acétylène, n'a montré aucune trace d'absorption après un mois 
de contact; cette différence d'action vis-à-vis du baryum de l'hydrogène et 
de ses carbures pourrait servir de base à une méthode de séparation de 
l'hydrogène dans un mélange de ce gaz avec du méthane et de l'acétylène. 
Il est possible d'ailleurs que la réaction soit rendue plus rapide avec du 
métal plus divisé (des essais en ce sens sont en cours). 



4l4 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

L'oxyde de carbone ne réagit pas non plus dans les mêmes conditions. 
Quant à l'azote, il fera l'objet d'une étude spéciale. 



CHIMIE GÉNÉRALE. — Sur V inflammation et la combustion des mélanges 
de pentane et d'air. Note (') de MM. M. Prettre, P. Dumanois 
et 1*. Laffitte, transmise par M. H. Le Chatelier. 

Dans une précédente Note, nous avons montré que, lorsqu'on envoie un 
courant continu d'un mélange d'air et de pentane en excès, dans un récipient 
dont on élève progressivement la température, on observe deux inflamma- 
tions du mélange gazeux : la première entre 270 et 3oo°, et la seconde au delà 
de 66o°. Entre 3oo et 66o°, ces mélanges ne donnent pas de flammes, mais 
sont seulement lumineux lorsqu'on les observe dans l'obscurité. Nous avons 
étudié l'influence sur ces phénomènes de corps ayant des propriétés anti- 
détonantes ou pro-détonantes : ce sont les résultats de ces recherches qui 
sont rapportés dans la présente Note. 

Ces expériences ont été faites à l'aide du dispositif déjà décrit. Le corps 
dont on étudiait l'influence était ajouté à l'état liquide, en quantité mesurée, 
au pentane., et ce mélange liquide était alors vaporisé dans un courant d'air 
comme il a été expliqué dans le cas du pentane pur. 

Nous avons d'abord étudié le benzène qui a des propriétés légèrement 
antidétonantes. L'addition de quantités croissantes du benzène dans le 
pentane élève la température à laquelle commence la première inflam- 
mation. Si la quantité de benzène ajoutée au pentane est comprise entre 3 
et 7 à 8 pour 100 (en volume), cette température croît de 260 à 285°. Eh 
même temps, la flamme se propage plus lentement. Elle est moins brillante 
et plus diffuse au milieu d'une sorte de halo lumineux. La température 
maxima au-dessus de laquelle ne peut plus se produire cette combustion» 
n'est pas modifiée : elle est toujours de 3oo° environ. . 

Quant à la luminosité qui apparaît avant la flamme, elle n'est plus per- 
ceptible qu'à partir de 25o° (au lieu de 220 en l'absence de benzène). Si la 
quantité de benzène ajoutée au pentane est supérieure à 8 pour roo, on 
n'observe plus de combustion entre 260 et 3oo°. Quant à la luminosité du 
mélange gageux, elle ne commence à apparaître qu'à des températures de 
plus en plus élevées au fur et à mesure que l'on augmente la proportion de 



f 1 ) Séance du 2& août 1930. 



SÉANCE DU I er SEPTEMBRE ig3o. [\lï> 

benzène dans le pentane. Pour un mélange contenant 25 pour ioo de 
benzène dans le pentane, elle ne commence à apparaître que très faible- 
ment au-dessus de 280 . Mais la température d'inflammation supérieure 
(66o°) n'est pas modifiée par la présence de quantités, même assez grandes, 
de benzène dans le pentane. 

I/étain tétréthyle, qui a des propriétés antidétonantes un peu plus éner- 
giques que le benzène produit des effets analogues, mais pour des concen- 
trations plus faibles. Ainsi 1 pour 100 d'étain tétréthyle dans le pentane 
produit à peu près le même effet que 7 pour 100 de benzène. A 285° on 
n'obtient pas, à cette concentration, une véritable flamme, mais il se pro- 
page dans le récipient une luminosité diffuse très intense. 

Le plomb tétréthyle, qui est le meilleur antidétonant connu, produit 
des effets plus énergiques encore. Nous l'avons employé comme on l'utilise 
habituellement, c'est-à-dire sous forme d'éthylefluide, composé de 
55 pour 100 de plomb tétréthyle, 36 pour 100 de bromure d'éthylène et 
9 pour 100 de monochloronaphtalène. Une proportion de 4 pour mille 
d'éthylefluide dans le pentane supprime complètement la première inflam- 
mation des mélanges de pentane et d'air. 

De plus l'apparition de la luminosité est retardée jusque vers 3/|0° pour 
les mélanges air-pentane tenant moins de 4 pour 100 de pentane (en volume) 
et jusque vers 290 pour un mélange contenant 11, 55 pour 100 de pentane 
dans l'air. La température à laquelle se produit la seconde inflammation 
n'est pas modifiée, sauf cependant pour les mélanges très riches en pentane 
(plus de 6 pour 100), c'est-à-dire les mélanges situés bien au delà de la 
limite supérieure d'inflammabilité ordinaire. Ces mélanges s'enflamment 
au-dessus de 700 , et même de 75o° (pour les mélanges à plus de i3 
pour 100 de pentane) en l'absence de plomb tétréthyle; mais en présence 
de plomb tétréthyle on n'obtient plus d'inflammation, même à 8oo°. 

Le nitrite d'amyle, qui a été signalé comme ayant des qualités pro-déto- 
nantes, ajouté à la teneur de 1 pour 100 en volume dans le pentane liquide 
élève la température de première inflammation jusque vers 285°. Mais son 
action la plus nette et la plus caractéristique est que, dans ce cas, la vitesse 
avec laquelle se propage la flamme est très nettement accélérée, alors que 
les antidétonants la ralentissent notablement (lorsqu'ils sont à une concen- 
tration trop faible pour la supprimer). 

En résumé, dans le cas des mélanges air-pentane riches en pentane, les 
antidétonants ont une action très nette surtout sur la première inflamma- 



4l6 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

tion qui, ou bien se produit à température plus élevée, ou bien est suppri- 
mée si l'antidétonant est énergique, ou en quantité suffisante. De plus, 
lorsqu'ils ne les suppriment pas, ils ralentissent la vitesse de cette flamme, 
alors qu'au contraire un pro-détonant l'accélère. 



CHIMIE ORGANIQUE. — Etude de V action du chlorure d'aluminium sur les 
cètones arylaliphatiques, aliphatiques et hydro- aromatiques en présence 
d' aminés aromatiques tertiaires. Note (') de MM. Ch. Couktot et V. 
Oupbroff, présentée par M. Delépine. 

Nous avons établi, dans une précédente Note, que les cétones aroma- 
tique des séries benzénique, naphtalénique et fluorénique se condensaient 
avec les aminés aromatiques tertiaires, en présence de chlorure d'aluminium 
et que les groupements diméthylaminés mettaient obstacle à cette conden- 
sation. Il convenait d'examiner comment les cétones arylaliphatiques se 
comportent dans les mêmes conditions. L'expérimentation a porté sur 
l'acétophénone, la benzylidène-acétone, la benzylidène-acétophénone et 
l'a-indanone. En général, nous n'avons pas observé de condensation de la 
cétone avec l'aminé tertiaire dans ces cas, mais des phénomènes de conden- 
sation d'une molécule de cétone sur une ou plusieurs autres molécules de 
cette même cétone. 

Avec Yacétophénone, par exemple, bien que nous ayons fait varier méthodi- 
quement la température, la dilution des corps réagissants, nous aboutissons toujours 
au terme, considéré par Delacre ( 2 ) comme l'ultime autocondensation : le triphényl- 
benzène (F = i70°). Le rendement peut atteindre 5o pour ioo. et c'est là, semble-t-il, 
un mode pratique de préparation de cet intéressant carbure. 

La fragilité de la benzylidène acétone est telle, dans nos conditions d'expérience, 
que nous n'arrivons qu'à des résines, sans caractère basique et desquelles nous 
n'avons pu isoler jusqu'à présent, aucun composé défini. 

La benzylidène acétophénone opposée à la diméthylaniline, en présence de Cl 3 Al, 
à la température de 3o°-4o°, conduit à un composé d'addition de la diméthylaniline sur 
la liaison double, fait à rapprocher de ce qu'a observé Vorlaender ( 3 ) avec le benzène. 
A température élevée (91-92°) il y a scission de la molécule et formation du leuco- 
dérivé du vert malachite. 



(') Séance du 25 août 1980. 

( 2 ) Bull. Acad. Royale Belg., 1900, p. 68, 87. 

( 3 ) Ber. d. d. chem. Ges. } 56, 1923, p. 1 1 44 • 



SÉANCE DU I er SEPTEMBRE 1980. 4l7 

Dans le cas de Yindanone, l'aptitude de la molécule cétonique à se condenser avec 
elle-même est exclusive de toute autre réaction et nous formons ainsi l'anhydro- 
èw-indanone (F = i4a°) et du truxène (F = 365-368°). 

Il était évident, d'après les résultats précédents, que des cétones purement alipha- 
tiques, telles que l'acétone ou la propione, donneraient lieu à des phénomènes de 
condensation sur elles-mêmes, plutôt que d'entrer en jeu avec la diméthylaniline. 
Nous avons pu isoler dans ces réactions, des termes intermédiaires, jusqu'ici obtenus 
soit par action des alcalis, soit au moyen des alcoolates magnésiens mixtes (.*) 
(Grignard et Fluchaire). 

En effet, avec 'Y acétone ordinaire, à la température de io°, nous avons observé, 
comme Grignard et Fluchaire, la formation d'un cétol de formule brute C 9 H 16 2 qui 
doit correspondre vraisemblablement au terme précédant immédiatement la phorone, 
sans cependant qu'une démonstration de constitution ait été faite jusqu'à présent. 

Avec la propione, le phénomène est beaucoup plus net, et à la température de 4o°- 
5o°, on arrive assez facilement, avec mn rendement de l'ordre de 20 pour 100, c'est- 
à-dire très supérieur à celui obtenu avec les alcoolates magnésiens, au cétol simple 
provenant de l'addition de deux molécules de propione : le dipropione-alcool, iden- 
tifié avec celui obtenu par Grignard et Fluchaire. Cette différence de rendement 
observée en utilisant soit les alcoolates magnésiens mixtes, soit CPA1, est du reste 
tout à fait conforme à la théorie de M. Grignard : les alcoolates sont des énolisants et 
la preuve en a été donnée par la formation du benzoate d'énol. Alors que le chlorure 
d'aluminium est un cétonisant : aucun benzoate d'énol n'a pu être formé et en corré- 
lation avec cet essai négatif, l'absorption de brome selon la technique de K. Meyer( 2 ) 
a été absolument nulle, ce qui établit ici encore l'absence, ou pour le moins, la quan- 
tité négligeable d'énol formé. 

Ces résultats acquis, il était intéressant de faire graviter dans notre expérimentation 
les cétones hydro-aromatiques, telles que cyclopentanone, cyclohexanone, subérone et 
camphre. 

Seule, la cyclohexanone entre en réaction avec la diméthylaniline sous l'action de 
Cl 3 Al pour donner, à la température de 4o°-5o°, le tétraméthyl-diamino-diphényl- 
i.i'-cyclohexane. Ce sont de fines aiguilles, incolores, assez solubles dans l'éther, 
plus difficilement dans l'alcool (F = i58°). A basse température, au contraire (10-20°). 
l'autocondensation est exclusive et nous isolons la cyclohexylène-a-cyclohexanone que 
nous avons caractérisée par son oxime (F — 152°) ( 3 ). 

La cyclopentanone conduit déjà, à température ordinaire, à une masse goudron- 
neuse d'où nous n'avons rien pu isoler, alors qu'à o°, l'anhydrobicyclopentanone a été 
nettement caractérisée par son oxime (F = 1 23- 124°) ( 3 )- 

La subérone se condense aussi sur elle-même en cycloheptylène cycloheptanone 
déjà décrite par Godchot ( 4 ). 

(!) Annales de Chimie, 9, 10 e série, 1928, p. 23. 

( 2 ) Liebigs Ann., 380, 1911, p. 212. 

( 3 ) Ber. d. d. chem. Ges., 29, 1896, p. 2966. 

( 4 ) Comptes rendus, 171, 1920, p. 1387. 

C. R., 1930, 2« Semestre. (T. 191, N° 9.) ^ô 



4l8 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Le camphre est resté complètement inaltéré. 

En résumé, le chlorure d'aluminium agit comme condensant des cétones 
aromatiques avec la diméthylaniline, à la condition que les cétones ne ren- 
ferment pas de groupement dialcoylaminé. 

Pour toutes les autres cétones, le chlorure d'aluminium est un agent 
d'autocondensation qui sera souvent le réactif de prédilection pour ce genre 
de réactions (acétophénone, a-indanone, propione, subérone, par exemple). 

Nous observons avec la cyclohexanone un résultat différent de ceux men- 
tionnés avec les autres cétones hydro-aromatiques et ceci confirme l'opinion 
de Petrenko-Kritschenko ( * ) qui considère le carbonyle de cette cétone 
comme particulièrement actif. Elle ne se classe pas régulièrement dans la 
série de ses homologues. 

GÉOGRAPHIE BOTANIQUE. — Sur V étage de végétation. 
Note ( 2 ) de M. Louis Embbrgeb, transmise par M. Ch. Flahault. 

Nous avons indiqué le moyen d'exprimer le climat de façon synthé- 
tique ( 3 ). Cette possibilité permet de mettre plus d'ordre dans les groupe- 
ments végétaux décrits et d'avoir une vue d'ensemble sur leur signification 
écologique et leurs rapports naturels. 

On peut distinguer dans les limites du climat méditerranéen, climat de la 
région méditerranéenne, pris comme exemple, cinq climats méditerranéens 
sous-régionaux; ce sont : le climat méditerranéen aride, le climat méditerra- 
néen semi-aride, le climat méditerranéen tempéré, le climat méditerranéen 
humide et le climat méditerranéen de haute montagne.' Chacun d'eux peut 
être exprimé graphiquement par le procédé que nous avons indiqué. En 
traçant les limites de chacun de ces climats, on met en évidence cinq étages 
•climatiques correspondant aux climats sous-régionaux. 

La délimitation des climats est provisoirement plus ou moins arbitraire ; 
elle ne l'est pas plus que la délimitation des étages géologiques. 

Les groupements végétaux qui peuplent chacun de ces étages climatiques 
sont écologiquement apparentés, comme le sont les genres d'une même 



( l \ J - f- prakt. Chem., 81, 1910, p. 3i4. 

( 2 ) Séance du 23 juin ig3o. 

( ;i ) Comptes rendus, 191, ig3o, p. 38g. 



SÉANCE DU I er SEPTEMBRE 1980. 419 

famille de plantes; leur ensemble forme un étage climatique de végétation. 
On distingue ainsi cinq étages climatiques de végétation correspondant 
chacun à un climat sous-régional : les étages de végétation méditerranéen 
aride, semi-aride, tempéré, humide et de haute montagne. Nous considérons 
comme appartenant au même -étage de végétation, comme équivalents, 




Répartition schématique des étages de végétation dans une partie de la région méditerranéenne. 

(Cette carte ne fixe pas des limites géographiques; elle indique seulement le développement 

de la région méditerranéenne dans les divers pays.) 



Étage méditerranéen 



Étage méditerranéen 



aride. 



semi-aride. 



tempéré. 



humide. 



de haute mon- 
tagne inférieur. 



de haute mon- 
tagne supérieur. 



comme semblables, tous les groupements végétaux croissant dans des con- 
ditions de milieu climatique caractérisant cet étage, quelle que soit leur 
composition floristique. 

Nous faisons abstraction de la composition floristique ; elle résulte des 
vicissitudes historiques (migrations, survivances, endémismes) plutôt que 



420 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

des rapports réels entre végétation et milieu. Il convient de réserver aux 
subdivisions territoriales floristiques les termes de Domaine, Secteur, etc. 

La région de végétation se subdivise en étages de végétation [comme 
l'Ordre en Familles. L'étage, tel que nous l'entendons, nous apparaît 
comme l'unité systématique fondamentale en phytosociologie, comme la 
famille est l'unité systématique la plus claire. L'étage se décompose en 
sous-étages comme la famille en genres ; c'est ainsi que nous pouvons dis- 
tinguer pour l'étage méditerranéen aride le sous-étage méditerranéen aride 
doux ou maritime et le sous-étage méditerranéen aride extrême ou continental. 
Chaque sous-étage correspond à un type de climat sous-régional. 

Les sous-étages se subdivisent eux-mêmes en Associations, comparables 
à l'Espèce. Nous n'insistons pas ici sur ce qu'il convient d'appeler du nom 
d 1 Associations ; en cette matière, comme en Systématique, on peut voir 
grand ou petit, il importe peu pour l'instant. 

Cette conception nouvelle de l'étage permet d'éclairer la végétation 
d'une région, comme elle a permis de faire la lumière dans la multiplicité 
des dépôts géologiques. On reconnaît tout de suite que de tous les pays 
méditerranéens, le Maroc possède seul la série complète des étages médi- 
terranéens; la France, l'Italie, etc. n'ont qu'une faible part de région 
méditerranéenne. 

Il y a parallélisme étroit dans l'expression des faits entre la géologie stra- 
tigraphique et la Géographie botanique. L'étage climatique de végétation, 
tel que nous le définissons, devient une unité qui a des caractères propres, 
pleinement dégagée et indépendante de l'altitude. Il était nécessaire de 
séparer complètement la notion d'étage de celle d'altitude, d'éviter ainsi 
des confusions entre un point de vue de Géographie régionale ou 
descriptive et un principe phytosociologique de classification rationnelle. 
Cette confusion a privé jusqu'à présent le terme étage d'une valeur 
scientifique précise. 



La séance est levée à i5 h i5 m . 



A. Lx. 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 

SÉANCE DU LUNDI 8 SEPTEMBRE 1930. 

PRÉSIDENCE DE M. Louis BOUVIER. 



MÉMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 

CHIMIE PHYSIOLOGIQUE. — Sur le radium dans les organismes aquatiques. 
Note ( ' ) de M. W. Vernadsky. '. 

L'étude de la radioactivité des organismes vivants permet déjà de faire 
quelques constatations sûres ('-). 

Je m'arrêterai aujourd'hui sur l'un de ces problèmes. On peut dès main-' 
tenant affirmer que les plantes aquatiques concentrent le radium de l'eau 
qu'elles habitent et que cette concentration est du même ordre que celle, 
depuis longtemps connue, des éléments chimiques nécessaires à la vie, 
tels que l'iode, le manganèse, le silicium, le phosphore, etc. 

Nous observons, depuis 1926, du point de vue quantitatif, le contenu du 
radium dans les étangs naturels (lacs) de Péterhof (Institut biologique des 
Sciences Naturelles) et des environs de Kiev en Ukraine et déterminons le 
radium dans différentes espèces de Lemna qui y donnent chaque année des 
floraisons ( 3 ). • 



( 1 ) Séance du 4 août ig3o. 

( 2 ) W. Vkrnadsky, Comptes rendus, de V Académie des Sciences de l'Union, 192g,, 
p. 33, io,3o (sous presse). — B. Brunowsky, Travaux du Laboratoire biogëochi- 
mique, 1, io,3o, p. 76. Comptes rendus de V Académie des Sciences de V Union, ig3o 
(sous presse). 

( ;i ) Cette détermination entre dans la série de nos recherches sur la composition 
chimique des quatre espèces de Lemna, série des recherches ayant pour but de 
résoudre quantitativement le problème : La composition chimique de l'organisme, est- 
elle une propriété caractéristique des espèces vivantes, parfaitement analogue à leurs 
propriétés morphologiques? L'analyse chimique élémentaire permet-elle de distinguer 
sûrement et nettement les espèces et les races? Cf. W. Vernadsky, Travaux du 
Laboratoire biogéochimique, 1, io,3o, p. 5 et suiv. 

C. R., i 9 3o, 2° Semestre. (T. 191, N° 10.) 34 



422 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Les déterminations du radium ont été faites par B. Brunowsky et par 
B. Brunowsky et C. Kunaseva. 

Les plantes ne peuvent tirer le radium que de l'eau des étangs, car les 
quantités qu'elles reçoivent des pluies sont si minimes, qu'elles sont certai- 
nement négligeables dans les conditions de nos expériences. 

La comparaison du pourcentage (en poids) du radium dans la plante 
vivante et dans l'eau permet de mesurer l'intensité de la concentration du 
radium si elle existe. Les petites lentilles des Lemna correspondent à l'orga- 
nisme complet et, par ce fait, permettent d'aborder le problème très sim- 
plement ( 1 ). 

Les déterminations de B. Brunowsky et de C. Kunaseva indiquent que 
le, pourcentage du radium (en poids) varie selon les espèces de Lemna 
de i.3xio-" pour ioo jusqu'à 2.0 xio~' 2 po«r 100 de l'organisme 
vivant. 

L'eau des étangs et des lacs contenait au maximum 8 X io~' '' pour iooRa. 
Les déterminations du radium de ces eaux au cours de la floraison maximum 
des Lemna à Péterhof {Lemna minor L. et L. polyrhysa L.) et à Kiev 
{L. gibba L. et L. trisulca L.) ont donné des résultats négatifs, c'est-à-dire 
que l'eau contenait alors moins de 2. io -14 pour 100 Ra (limite de la sensi- 
bilité de nos instruments). Les lentilles vivantes des Lemna concentrent donc 
le Ra de 100 à 65o fois plus qu'il n est concentré par Veau. On ne doit pas 
oublier que les Lemna vivantes contiennent jusqu'à 90 pour 100 d'eau. 

La différence très nette de la quantité de Ra accaparé par les différentes 
espèces des Lemna est très marquée. 

L'individu moyen de chaque espèce contient selon les mesures de Bru- 
nowsky et de Kunaseva (-) : 



Poids moyen. 

s 



Lemna minor ( 3 ) 1,02.10' atomes de Ra ....... 0,0020 

Lemna gibba 5 , 83 . 10" » o , 002 

Lemna trisulca 8,91 . 10 5 » o,oo3i 

Il est évident que le nombre très différent des atomes de Ra dans l'orga- 
nisme vivant de différentes espèces n'est pas" une fonction de la grosseur 
des individus. 



(!) W. Vernadsky, loc. cil:, 1, 1930, p. i3 et suiv. 

( 2 ) Les données numériques : B. Brunowsky et C. Kunaseva, loc. cit., iofio. 

( 3 ) Contient Lemna polyrrhiza qui a une concentration du radium, voisine de 
L. trisulca. 



SÉANCE DU 8 SEPTEMBRE I93o. /,a3 

De nombreux problèmes biologiques et géochimiques surgissent. Par 
exemple, premièrement, il est évident que l'organisme n'extrait les éléments 
chimiques avec une telle intensité que quand ils lui sont nécessaires. Quel 
est donc le rôle du radium dans les processus vitaux des Lemna ? 

Deuxièmement, l'élimination, dans les limites de l'exactitude de nos 
mesures, du radium des eaux naturelles par les organismes vivants ne 
peut pas être indifférente à la structure de ces eaux, car les atomes du radium 
agissent chimiquement sur les molécules de Teau, en les décomposant 
en 2 +H 2 et en H 2 2 . Cette réaction cesse ou diminue si l'organisme 
élimine les atonies du radium des eaux ou y diminue leur nombre. 



CHIMIE BIOLOGIQUE. — Action protectrice du cholestérol contre les chocs 
provoqués par les jloculats. Note de M. Auguste Lumière et M me R.-H. 
Grange. 

Dans un travail présenté, il y a quelques mois, à la Société de Biologie, 
nous avons montré que les chocs provoqués par l'injection intra-vasculaire 
de produits hémolytiques de constitutions chimiques définies, tels que 
l'hexylrésorcine et certains homologues supérieurs des dérivés sulfoniques 
du naphtalène (Nékal), pouvaient être supprimés au moyen d'une impré- 
gnation préalable par le cholestérol, administré en solution huileuse à 
2 pour 100 par la voie sous-cutanée ('). 

En ajoutant à la dose habituellement mortelle de ces substances o cm3 ,i de 
sérum de lapin préparé par des injections d'huile cholestérolée ou addi- 
tionné, in vitro, de cholestérol, nous avons rendu les injections intracar- 
diaques des produits choquants complètement inoffensives. 

Il a suffi d'un poids de cholestérol n'atteignant pas -^ de milligramme 
par kilogramme d'animal pour éviter tout accident chez des cobayes qui 
auraient invariablement succombé aux injections non additionnées de ces 
sérums. 

En présence de ces remarquables phénomènes de protection, nous avons 
examiné si les stérols n'exerceraient pas la même action empêchante sur les 
chocs du type anaphylactique, qui, comme l'un de nous l'a démontré, ont 



( J ) Auguste Lumière et M me R.-H. Grange, Effet protecteur du cholestérol contre 
les chocs provoqués par les hémolytiques chimiquement définis (C. R. Soc. BioL, 
104, ig3o, p. 2t)5). 



(\ 24 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

pour cause première la formation d'une floculation dans le torrent circu- 
latoire. 

Pour examiner si les effets nocifs des floculats anaphylactiques ou aria- 
phylactoïdes pourraient être atténués ou supprimés par l'imprégnation 
cholestérinique, nous avons tout d'abord injecté sous la peau, chez le 
cobaye, à trois reprises différentes et à deux jours d'intervalle, 4 CS de cho- 
lestérol en solution à 2 pour 100 dans l'huile d'oeillette, puis, le lendemain 
de la dernière injection, nous avons introduit, dans le cœur gauche 'de ces 
animaux, 2 cm3 d'une suspension de sulfate de baryte dans le sérum physio- 
logique, capables de déterminer un choc très violent chez les témoins. Or, 
les cobayes traités par le cholestérol tolèrent l'injection bary tique sans 
présenter de troubles appréciables. 

Les mêmes effets de protection ont été observés vis-à-vis du choc par 
l'encre de Chine. 

Alors qu'une injection intra-cardiaque de 2 cmS de cette encre, diluée au 
tiers, occasionne une crise extrêmement violente et même parfois mortelle, 
chez les témoins, cette même dose peut être supportée, sans provoquer 
d'accidents notables, par des cobayes ayant été préalablement imprégnés 
de cholestérol au moyen des injections huileuses administrées dans les con- 
ditions indiquées plus haut. 

Les chocs anaphylactoïdes se traduisent, comme on le sait, par un 
profond dérèglement des fonctions de la vie végétative, qui consiste en 
phénomènes vasculaires, troubles circulatoires, respiratoires, vomisse- 
ments, diarrhée, congestions, hémorragies, convulsions, paralysies, etc.. 
Il n'est pas douteux que la crise cataclysmique soit la conséquence d'une 
action irritative purement mécanique causée par les substances insolubles, 
chimiquement inertes, introduites dans la circulation, sur les terminaisons 
nerveuses du système sympathique qui commande la régulation fonction- 
nelle des organes chez les animaux. 

On doit alors se demander par quel processus les nerfs gris perdent ainsi 
leur sensibilité à l'excitation par les floculats. 

Le premier problème à résoudre est de savoir si, du fait de l'impré- 
gnation cholestérinique, k cellule nerveuse subit des modifications qui la 
rendent plus résistante ou bien si la présence de cholestérol dans le sang 
suffit à empêcher les désordres déclenchés par les floculats. 

A cet effet, nous avons examiné si la simple addition, in vitro, de cho- 
lestérol aux précipités déchaînants était capable d'éviter tout choc, auquel 
cas la préservation serait difficilement imputable à une modification cellu- 



SÉANCE DU 8 SEPTEMBRE 1930. /[23 

laire qui ne saurait être aussi instantanée, mais plutôt à une sorte de méca- 
nisme inhibiteur qui resterait à déterminer. 

Le cholestérol éymt insoluble dans Peau, pour l'incorporer aux suspen- 
sions de précipités, il a fallu recourir à des dissolvants miscibles au liquide 
aqueux servant de substratum à ces précipités. Nous n'avons trouvé jus- 
qu'ici qu'une seule substance remplissant les conditions requises : c'est le 
sérum sanguin. 

Nous avons préparé des sérums cholestérolés par deux procédés dif- 
férents : 

i° Un lapin mâle, adulte, reçoit pendant un mois, tous les deux jours, 
une injection de 2o cm3 de solution huileuse de cholestérol à 2 pour 100. La 
teneur en cholestérol du sérum de cet animal, qui, avant le traitement, était 
de 0,87 pour 1000 s'élève, après l'imprégnation, à 1,90 pour 1000. 

2 Le sérum d'un lapin normal est additionné, in vitro, d'un excès de 
cholestérol, puis mis à l'étuve pendant 24 heures en agitant fréquemment 
le mélange ; l'excès de réactif est séparé par centrifugation. Le taux de cho- 
lestérol passe de la sorte de o, 93 à 1 , 5o pour 1000. 

En mélangeant o cm3 ,6 de ces sérums cholestérolés aux doses déchaînantes 
d'encre de Chine ou de suspension barytique, on évite les chocs, en général, 
quand on ne dépasse pas certaines doses de floculats. Nous nous sommes 
assurés, dans une expérience témoin, que le sérum normal, dans des condi- 
tions identiques, est inopérant. 

Dans des essais qui feront l'objet d'un Mémoire ultérieur, nous montre- 
rons que les mêmes effets se manifestent à l'égard de l'anaphylaxie propre- 
ment dite, ce qui était à prévoir a priori puisque, comme l'un de nous 
Ta démontré, le primum movens des phénomènes anaphylactiques est la 
floculation ( 1 ). 

D'autres stérols sont également à l'étude, mais nous pouvons dès mainte- 
nant estimer que les substances de cette nature sont susceptibles de rendre 
d'importants services quand il s'agira de combattre les troubles relevant de 
précipitations et de floculations humorales dont l'anaphylaxie est l'une des 
modalités. 



0) Auguste Lumière, Le problème de V anaphylaxie (Paris, 1924; O. Doin et fils, 
éditeurs). 



l\S ACADÉMIE DES SCIENCES. 



CORRESPONDANCE. 



NOMOGRAPHIE. — Nomo grammes pour les transformations entre les 
coordonnées rectangulaires et polaires et pour les fonctions hyperbo- 
liques complexes. Note (') de M. Joekgkn Rybner, transmise 
par M. d'Ocagne. 

M. L. Abélès dans les Comptes rendus (190, 16 juin ig3o, p. i357) a 
décrit des nomogrammespour les sinus et cosinus hyperboliques complexes. 

Je demande la permission de rappeler que j'ai publié, sur un sujet 
similaire, un article intitulé : Nomogrammes à points alignés et leur appli- 
cation pour des transformations entre les coordonnées rectangulaires et 
polaires et pour la représentation des fonctions hyperboliques complexes, 
article qui a paru en octobre 1923 dans la publication de la Société des 
Ingénieurs Danois Ingenioeren, et qui a été traduit en anglais dans General 
Electric Review, Shenectady, Étals-Unis (mars 1930). Cet article contient 
diverses applications. 



ALGÈBRE. — Sur la théorie des restes normiques. 
Note ( 2 ) de M. Cl. Chevalleï, transmise par M. Hadamard. 

Soit un corps de nombres algébriques k, et soit K un sur-corps galoisien 
de k. Désignons par p un idéal premier de k, et par 11 un facteur premier 
de p dans K. Soient/-, K, respectivement, les corps de nombres p-adiques ? 
|3-adiques de k, K, et soit H le groupe engendré dans k par K. 

Théorème. — La condition nécessaire et suffisante pour qu'un nombre fi 
de k soit reste normique de K modulo p est qu'il soit dans H. 

i° Si fi est dans H, on a (3 == N £ (B), B étant un nombre de K. Désignons 
par K. le corps de décomposition de "|1 et par f^ , fia, • • • ■> $J/- et f^ = f " 
les divers facteurs premiers de p dans K = , On peut choisir dans K un 



(') Séance du 18 août 1900. 
(-) Séance du 20 août ig3o. 



SÉANCE DU 8 SEPTEMBRE ig3o. ^27 

nombre B tel que 

B = B(|») ; B== i(|?^, . ...f»?). 

On constate facilement que [3 = N^ (B)(p"). 

2 Supposons que j3 soit reste normique de K modulo p. Soit K/ le plus 
grand corps contenu entre K„ et K : et abélien sur K-, considéré comme 
nombre de K-, (3 est reste normique de K/ .modulo $D S . Soit $11' l'idéal pre- 
mier de K/ qui est divisible par $D, et soit K' le corps des nombres $D'-adiques 
de K'. On constate facilement que K' est le plus grand corps compris 
entre k et K, et abélien sur k. 

D'après l'extension donnée dans ma précédente Note d'un théorème de 
M. Hasse ('), on voit que les groupes associés dans k aux corps K, K' sont 
les mêmes. Enfin le corps K'/K. étant abélien, (3 est dans le groupe H. "p étant 
un nombre de /?, on peut définir un symbole de reste normique, qui sera une 

substitution du groupe de K'/I", groupe qu'on peut appeler groupe normique 
de p pour l'extension K//c; il suffît de poser 

p,KV_ J&T 



Ce symbole est un caractère du groupe des nombres différents de o de /•. 
La condition nécessaire et suffisante pour qu'un nombre (3 de k soit reste 

normique de K est que /— — ) = i. Pour calculer ce symbole, désignons 
par b le discriminant relatif de K par rapport à k, et par fcp.la participation 
de $iL à > dans K 5 . Choisissons dans K... un nombre a tel que 



a^(3(^), a = *(^) 



K 



et posons a == f *jfo, (f$, f s ) = 1 . Soit jfo = H€^\ Le symbobe ( ^- j repré- 
sente une classe de substitutions du groupe de décomposition de $fl. On peut 
donc considérer qu'il définit un élément bien déterminé du quotient de ce 
groupe par le groupe de ses commutateurs, donc encore un élément du 

groupe normique, élément qu'on peut encore désigner par ( ■ — ) • On a 

(¥)-sr- 

(') C. Chevallky, -Sur un théorème de M. Hasse (Comptes rendus, 191, 1980, 
p. 36g). 



4»8 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Si K, est un corps compris entre k et K et galoisien sur k, le groupe nor- 
mique pour p de l'extension K,/£ est un groupe quotient du groupe nor- 

mique de.p pour l'extension K/£. Le symbole ( — — - j est l'élément de ce 

groupe qui contient la substitution ( ^— J • 

Si Ko est un corps compris entre K et k, et tel que K/K 2 soit galoisien, 
le groupe normique pour un facteur |H 2 de p dans K 2 dans l'extension K/K 2 
est homomorphe à un sous-groupe du groupe normique pour p de K/À\ 
L'homomorphisme est exprimé par la formule 

v, ; \ ? /'■- 

Enfin si K, K/ sont deux sur-corps galoisiens de /•, le groupe normique 
pour p de KK'/A- est un sous-groupe du produit direct des groupes nor- 
miques de K// - , K.'/ k, et l'on a 

Les principales propriétés du symbole de restes normiques ont donc été 
étendues au cas des corps relativement galoisiens, à l'exception de la loi de 
réciprocité, dont l'énoncé même semble d'une généralisation difficile, les 
symboles de restes normiques relatifs aux divers idéaux premiers ne variant 
pas dans le même champ. 

ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Solutions logarithmiques cPun'e équation inté- 
grale. Note ( ') de M. Radu Badesco. 

Dans un Mémoire paru en 1929 ^Bulletin de la Société des Sciences 
(Roumanie), 5, p. i3], nous avons étudié les solutions <&\z\ de l'équation 
intégrale linéaire 

(1) <D(*) — a|f(5)*(«5)+ f K(z, s)Q(zs)ds l = W(z), 

qui sont holomorphes autour de l'origine O- du plan z. A cette étude on 
peut apporter un précieux complément en cherchant les solutions logarith- 

(*) Séance du 21 juillet 1980. 



SÉANCE DU 8 SEPTEMBRE 1980, . 429 

miqu.es de la forme 

IL 

(2) <D(3)=2 $ '-(*) lo §"-% 

les $<:(z) étant holomorphes autour de CL. Nous allons exposer dans cette 
Note les résultats les plus importants obtenus dans cette voie. 

Si Ton introduit l'expression (2) dans l'équation considérée, on détermine 
les $>;(z) à partir de$ (z), solution de l'équation homogène (1), en résolvant 
un système récurrent d'équations intégrales de la forme (1). Nous avons le 
théorème :" 

Théorème I. — V équation intégrale (1) -n'admet aucune solution <&(z) de la 
forme (2) si A est distinct de l'ensemble fermé (L) des pôles \ m de la solution 
générale <&(z) de (1), holomorphe en z au voisinage de V origine. ( Pour plus 
de détails, voir Mémoire cité). 

Solutions exceptionnelles. — Passons maintenant au cas où X coïncide 
avec \ niJ supposé pôle simple de la solution générale '$(5). Les résultats que 
nous exposerons s'étendent avec quelques modifications au cas des pôles 
multiples ; nous reviendrons dans un Mémoire plus détaillé sur ces extensions. 

Équation homogène [W(z) = o], — Il y a en général deux catégories de 
solutions logarithmiques, les solutions S, dont l'existence est assurée par des 
conditions supplémentaires (') au sens de Fredholm, et les solutions S 2 qui 
remplacent les solutions holomorphes. Les expressions formelles des pre r 
mières ont été trouvées par M. Browne (Annales de la Fac. des Sciences 
de Toulouse, 191 2, p. 69), et correspondent aux conditions 

( J ) ~ddf=°\ -d¥^~^° (/>=*,*, ...,.71), 

pour ^(-s) de la forme £ 0l F,|(,s). On revient au cas considéré par nous en 
faisant 6 = o. Par notre méthode, nous avons obtenu toutes les solutions S 1 
et S 2 et établi leur caractère effectif. Si les conditions (3) sont remplies, il 
y a 71 -f- 1 solutions S, linéairement distinctes 

p 
(4) ■C / ,2*i(*>log"- / s (P = o, 1, ...,n), 

z' = 

les C p étant des constantes arbitraires. Dans le cas des pôles simples, l'équa- 
tion homogène (1) n'admet aucune solution S 2 . 

(') Conditions analogues à celles relatives à l'existence des solutions holomorphes. 



43o ' ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Théorème II. — Si les conditions (3) sont satisfaites , l 'équation homo gène (i), 
pourk=.\ nn admet (n + i) solutions linéairement distinctes, holomorphes et 
logarithmiques, et la solution générale possédant ces caractères , dépend de (n-\-i) 
constantes arbitraires. On obtient son expression en additionnant les fonc- 
tions (4). 

Équation avec second membre. — Nous savons que si \ = X m , pôle simple, 
l'équation (i) n'admet aucune solution ( ^,(^) holomorplie en z, que si une 
certaine condition ( 1 ) : 

(5) D,„=o 

est remplie. Dans le cas contraire, supposant que les relations (3) sont satis- 
faites, elle admet une solution de la forme 

H + 1 

(6) 2 (:;)=20/(3)Iog»- f+1 .=. 

(=0 

Théorème III. — L'équation avec second membre (1), pour \ = "k m admet, 
si D m = o, une solution particulière holomorphe en z, qui est remplacée par 
une solution logarithmique S.j si D m ^o. La solution générale (holomorphe 
ou logarithmique} s'obtient en ajoutant la solution générale de V équation 
homogène (1) qui correspond au pôle \ m . 

Il est à remarquer que, quel que soit X m , pôle multiple de $(z), l'équa- 
tion (1) n'admet pas de solution représentée par une série logarithmique 
(n infini). Dans le cas des pôles multiples on a trois théorèmes analogues, 
mais plus compliqués. Notre recherche généralise ainsi celle que nous avons 
faite sur les solutions liolomorphes de (1). 

Généralisation. — Ces trois théorèmes s'étendent aussi à des équations 
intégro-fonctionnelles (-) parmi lesquelles mentionnons la suivante : 

(7) <t>(z) = lF(z)<t>[d(z))-+-W(.z), 

qui généralise celle d'Àbel et dont quelques types particuliers ont été som- 
mairement étudiés par M. Picard dans le cours donné à la Sorbonne 
en 1927. On sait que l'équation d'Abel [àF(s) = i, "*F(.z) = i], admet une 
solution logarithmique si l'origine est un point attractif, tandis que l'équa- 
tion homogène de Schrôder admet une solution holomorphe. D'autre part, 
M. Picard trouve aussi une solution holomorphe pour une équation plus 

(*) D,„ est un déterminant d'ordre (m -+- 1). 

(-) Voir Comptes rendus de V Académie de Belgique^ 5 e série, 15. 1929, p. 1062. 



SÉANCE DU 8 SEPTEMBRE ig3o. 43 1 

générale |aF(^) e=i, 1 F(o')'=="'o].-Nous pouvons maintenant expliquer ce 
fait qui semblait assez bizarre, en remarquant que la condition l F(o) — o (*) 
est nécessaire et suffisante pour assurer l'existence d'une solution holo- 
morphe en z au pôle X = i, condition non remplie pour l'équation d'Abel: 



ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur une équation aux délitées partielles 
qui s'introduit dans un problème de moyenne. Note ( 2 ) de M. JLuca Teodoriu. 

1. La formule de la moyenne 

' f(x) dx — hfiX) (Z = a-h0h,o<6 < i), 

a 

où f(œ) est une fonction continue, conduit à une valeur convenable £, 
comprise entre a et a + h. En général E, est une fonction de a et h. 

Si l'on admet que f(x) est deux fois dérivable et <z(a, h) admet des 
dérivées partielles du premier et du second ordre, on peut établir une équa- 
tion aux dérivées partielles à laquelle satisfait ■£(#, h). 

En effet, on déduit de (i), par des dérivations successives, 

u)- . /u) +*/'(£)(! -l)=/(«v 



et enfin 












(3) f'(t) 


àh 




da dh) 


■■+f(n/33- 


da 



Cette équation aux dérivées partielles du second ordre, permet de déter- 
miner £ chaque fois qu'il nous est donné la fonction f(x) en utilisant la 
seule condition à la limite 

£ — a pour h = o. 

Ainsi, dans ces -conditions si /(a?) est une fonction linéaire, on déduit 

par intégration £ == a + - h\ ce qui signifie que le point E est fixe et occupe 

le milieu de l'intervalle a, a-\- h. 

Dans ce qui suit, nous nous proposons, en partant de l'équation aux 



( J ) Équivalente à D =o. 
(-) Séance du 28 août 1930. 



432 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

dérivées partielles (3), de faire quelques remarques sur la position des 
points £, dans le cas où -/(a?) est un polynôme du second degré. 
2. En se plaçant dans ce cas on a 

f"(.x) _ i ■ 



et l'équation (3) devient 



(où ~h est une constante) 



+ U + >■) ^ + (£ + A) -,-.- - ~ + A -- U - -£ =o 



(r + > » + /ia + X)(|-|)' 



rM v - '\àk àa) àli\dh à a 

qu'on peut écrire : 

à. 

âh 2 
donc 

(5) I(^ + X) 2 +ME + A)(|-|) = ? (.). 

Notre condition à la limite impose z>(a) = -(a -+- a) 2 . 

L'intégration de (5), en tenant compte de la condition aux limites, 
donne 

(6) 3(r+/.) 2 =/ i 2 + 3/i(a + ).)+3(« + a) 2 - 

3. Si dans la relation (6) nous remplaçons £ par sa valeur S = « — 1— /i 
on obtient 

(-) 3AS 2 + 6(« + /.)0 = A + 3(a+ a). 

Soient 6, et 6 L , les racines de (7) 



3 A 



En éliminant —7 — -> on arrive à la relation 



(8) 6M2 — 3 (0,63)+ 1 = 

linéaire par rapport aux fonctions svmétriques fondamentales 6^ -f- 6 2 et 

6,e a . - " 

On peut donc appliquer un théorème de Grâce [P?'oceedings of the Cam- 
bridge philosophical Society ( 1 900- 1 902)] . 

Si 6 1 et 6 2 vérifient une relation de la forme (8), l'équation en z 

(9) 6 s* — 5+1 = 



SÉANCE DU 8 SEPTEMBRE 1930. 433 

admet certainement une racine dans l'intérieur de tout intervalle dans lequel 
se trouvent les valeurs 6, et 6 2 . 

Mais les racines s, et s 2 de l'équation (9) étant 



K 1- ^) - = H IHr "7! 



pour ne pas arriver en contradiction avec le théorème de Grâce nous sommes 
obligé d'admettre qu'au moins une des valeurs 9, et une seulement, se trouve 
dans l'intérieur de l'intervalle z it s 2 , tandis que l'autre est à l'extérieur. 

Mais l'intervalle ^,, 5 2 est concentrique avec 0,1 et a l'amplitude-^- 

Donc si /(a?) est un polynôme de second degré, il existe certainement une 
valeur i qui vérifie la relation (1), comprise dans un intervalle concentrique 

avec a, a 4- h et d'amplitude -j=ç h. 

De cette manière, nous sommes conduit en utilisant l'équation aux déri- 
vées partielles (3) au coefficient -7= trouvé récemment par JVL D. Pompéiu 

{Annales scientifiques de V Université de Jassy, 15, p. 334). 

Un calcul analogue conduit pour le polynôme du troisième degré au même 

résultat : l'intervalle a, a-\-h est contracté avec le même coefficient -;=• 



GÉOLOGIE. — Contribution à l'étude des terrains crétacés du Nord de V Ana- 
tolie {Asie Mineure). Note de MM. F. Charles et J. Flandrin, présentée 
par M. H. Douvillé. 

Un séjour de quatre ans effectué par l'un de nous (F, C. ) dans le Nord 
de l'Anatolie (entre Alapli et Amasra) et des déterminations paléontolo- 
giques faites par l'autre (J. F.) au Laboratoire de Géologie de l'Université 
de Grenoble, nous permettent d'apporter un certain nombre d'observations 
nouvelles concernant les terrains crétacés de ces régions. 

Nous avons pu y reconnaître deux séries séparées par une discordance de 
stratification. 

1. Série inférieure. — Suivant les points, cette série est représentée plus 
ou moins complètement ou même peut ne pas exister. 



434 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

A. Type Nord. — Ce type, qui se rencontre principalement dans le Nord 
des régions étudiées, présente la succession suivante : 

a. Une masse inférieure de calcaires, épaisse d'environ 200'", transgres- 
sée et discordante sur le Paléozoïque. Peu fossilifère, elle doit être attribuée 
vraisemblablement à l'Hauterivien ou au Valanginien d'après sa position 
stratigraphique. 

h. Une assise schisto-marno-gréseuse, dénommée assise d'Indjvez, puis- 
sante d'environ 80'", qui indique une courte période subcontinentale. 

c. Une masse supérieure de calcaires de faciès urgonien, épaisse de plus 
de 4oo m , qui peut être attribuée au Barrémien. On y trouve en effet Bequie- 
nia ammonia Goldf. , Toucasia carinata Math., et Orbitolina conoïdea Gras. 

d. Au-dessus de ces calcaires viennent environ 35o m de marnes violacées, 
finement micacées, où l'on peut distinguer deux niveaux sensiblement de 
même importance. L'inférieur, qui contient des bancs durs, calcareux, à 
altérations jaunâtres, a fourni une riche faune d'ammonites : Nautilus neoco- 
miensis d'Orb., Costidiscus recticostatus d'Orb. var. crassa Ivilian, Puzosia 
cf. Matheroni d'Orb., Parahoplites consobrinus d'Orb., Douvilléiceras 
Albrechti-Austrào Uhl., D. pachystephanum Uhl., />. seminodosum Sinz., 
D. sp. du groupe de D. Waageni Anth., Ancyloceras Matheroni d'Orb., 
A. Benauxi d'Orb. , Ammonitoceras carolinum nov. sp. Cette faune est carac- 
téristique du Bédoulien. 

Le niveau supérieur des marnes violacées est dépourvu d'intercalations 
calcaires. La présence de Discoïdes decoratus Desor et Exogyra lubercu- 
lifera Coq. conduit à y voir le Gargasien et peut-être même comme l'a 
fait M. H. Douvillé (' ) une partie de l'Albien. La partie supérieure de 
ces marnes est souvent érodée par le conglomérat de base de la série supé- 
rieure. C'est vers le sommet de cette formation marneuse que vient s'inter- 
caler un premier niveau d'andésites et de tufs, vraisemblablement albien. 

B. Type Sud. — Au Sud des régions précédentes la série inférieure du 
Crétacé possède une composition sensiblement différente. A la base, en 
discordance sur le Paléozoïque, on retrouve les calcaires urgoniens 
réduits à environ 5o ra d'épaisseur. La faune que nous y avons découverte 
leur attribue un âge Barrémien supérieur : Orbitolina sp., Rhynchonella 
Cribbsi Sow. var. Sayni Jacob et Fallot, Bh. Benauxi d'Orb., Toucasia cari- 
nata Math. L'assise d'Indjvez et les calcaires sous-jacents du faciès Nord 
manquent ici. La transgression s'est donc effectuée du Nord au Sud. 

(') il. Douvillé, Sur la constitution géologique des environs d' 'Jiéraclée (Comptes 
rendus. 122, 1896, p. 678). 



SÉANCE DU 8 SEPTEMBRE lO,3o. 1\3d 

Au-dessus des calcaires urgoniens vient une assise gréseuse à débris de 
plantes, épaisse au minimum de 200"*. Elle est surmontée par des marnes 
violacées, analogues en partie à celles du faciès Nord, qui passent insensi- 
blement, par le haut, à une masse de tufs volcaniques et d'andésites. 

IL Série supérieure. — Cette série est transgressive sur la série inférieure 
et débute par un conglomérat de base dans le ciment duquel nous avons 
trouvé des formes du Cénomanien inférieur : Xerinea bicineta Bronn, 
Actseonella sp. du groupe à" 1 A. gigantea d'Orb. ^ Protocardium hillanum 
Sow. Ce conglomérat est surmonté en général par des calcaires roses, dits 
calcaires d'Héraclée, lithographiques, bien stratifiés, épais d'une vingtaine 
de mètres. 

Au-dessus viennent des schistes qui passent insensiblement à une forma- 
tion volcanique de tufs et de roches compactes en coulées. Cette seconde 
formation volcanique est parfaitement datée car elle supporte des calcaires 
et des calcaires marneux où nous avons recueilli des fossiles cénomaniens : 
Solarium sp . , Rhynchonella compressa d'Orb., Neithea quadricostata Sow., 
Pycnodonta vesiculosa Sow., Pectunculus Requiem d'Orb., Trigonia sp. 

Ces couches fossilifères sont surmontées par une série de schistes et de 
calcaires appartenant probablement au Turonien. 

Un troisième niveau de tufs et andésites se trouve à la base d'une puis- 
sante formation de marnes blanchâtres, appelées par nous marnes de Bar- 
tine, et épaisses de plusieurs centaines de mètres. Dans les couches infé- 
rieures nous avons trouvé : Inoceramus regularis d'Orb., Belemnitella 
mucronata Schl., Pachy disons gollevillensis d'Orb. et Anisoceras tenuisul- 
catum qui indiquent un terme élevé du Sénonien. 

Il semble donc qu'il y ait eu, dans les régions étudiées, une transgression 
au Sénonien supérieur. Par le haut les marnes de Bartine passent insensi- 
blement au Tertiaire sans discordance. La présence de Coraster Yillanovse 
Cott. (dét. Lambert), dans les couches de passage, autorise à reconnaître 
l'existence du Danien. 

Alors que par sa faune le Crétacé inférieur du Nord de TAnatolie appar- 
tient sans aucun doute à la province méditerranéenne, l'existence, dans les 
marnes de Bartine, de Belemnitella mucronata Schl., Ananchytes sp., 
Micraster, sp., Terebratula sp., l'absence d'Orbitoïdes et de Rudistes semble 
devoir rattacher les sédiments de cette époque à ceux de la province 
boréale. La limite entre les deux provinces devait suivre à cette époque 
une direction E-W en Anatolie du Nord et passer par les environs de 
Constantinople. 

En ce qui concerne la tectonique, l'étude des faciès conduit à admettre, 



436 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

dans les régions envisagées, l'existence de charriages importants. A la suite 
de ces grands phénomènes, causés par une poussée venant du Sud, -des 
failles d'effondrement nombreuses se sont produites qui récoupent fré- 
quemment les failles de plissement. Leur orientation générale, connue 
depuis longtemps, est N l\S E. 



GÉOLOGIE. — Sur la chaîne calcaire du Rif espagnol entre Xauen et Voued 
M'ter. Note( 1 ) de MM. P. Fallot, A. Marin et M. Blumenthal, pré- 
sentée par M. Pierre Termier. 

Nous avons montré (-) que, dans son ensemble, le Jurassique de la chaîne 
calcaire du Rif s'enfonce vers le Nord-Ouest ou l'Ouest, c'est-à-dire vers 
l'extérieur de l'arc, sous le Flysch et que, sauf des accidents locaux, rien ne 
permet d'y voir un complexe d'imbrications chassées vers l'extérieur. Si le 
Paléozoïque était une unité tectonique, le Jurassique, du Détroit à Xauen, 
n'en formerait que la couverture et la terminaison frontale : il ne se présente 
pas comme formant zone de racines. 

Cette disposition se poursuit au sud de Xauen. Entre cette ville et la 
transversale de Buha-la, on voit admirablement la série secondaire pendant 
à l'Ouest puis au Sud-Ouest, complétée localement de calcaires lités titho- 
niques et de Crétacé, qui s'enfonce sous le Nummulitique. A. hauteur de Bab 
Taza, grâce à un ensellement de l'anticlinal le plus externe de la chaîne, le 
Flysch s'élève et s'appuie nettement contre le Secondaire vers Bab Amer- 
gaout (Carte française au , l00 ' 000 ). 

Vers Buha-la, des fausses brèches à faciès tithonique et du Crétacé écrasé 
s'intercalent de nouveau entre Jurassique et Flysch. A Xerafat apparaissent 
des accidents et cisaillements locaux, mais qui ne sauraient non plus repré- 
senter des racines de charriages. Le front jurassique, pareillement complété 
de tithonique et de marno-calcaires blancs du Néocomien, y montre la dis- 
parition, sous le Flysch, du flanc sud-ouest du pli le plus externe de la 
chaîne. 

Quelques kilomètres plus au Sud-Est, ce pli, graduellement abaissé, 
coupé en cluse par l'oued el Had, s'ennoie dans le Nummulitique. Sa ter- 
minaison montre son Jurassique enveloppé de couches rouges du Crétacé et 

(*) Séance du 25 août ig3o. 

('-) Comptes rendus, 191, ig3o, p. 1 44- 



SÉANCE DU 8 SEPTEMBRE IO^O. 437 

révèle une complication locale, non encore éclaircie, du fait de l'intercala- 
tion d'un chapelet de lentilles de calcaires gris stériles fichées, verticales, 
dans le Cré.tacé. 

■A partir de cet ennoyage sous le Flysch du dj. Amatras, un pli plus 
interne de la bande jurassique devient le pli externe apparent du massif 
calcaire; il s'incurve vers l'Est, et est longé par une partie du cours de 
l'oued Buhaya. Le chemin de BeniDerkoul au Jemis de Béni Selman coupe 
transversalement la chaîne où le Jurassique est affecté de plis légèrement 
poussés vers le Sud-Sud-Ouest. Au Nord-Est, vers l'intérieur de l'arc, le 
dernier pli semble dessiner un synclinal un peu déjeté. Sa dolomie de base 
pend à 6o° environ à l'Est-Nord-Est. Des calcaires, noirs du Silurien (Calizas 
alabeadas) s'y appuient, auxquels font suite, de haut en bas et du Sud-Ouest 
au Nord-Est, les grauwackes, les phyllites bleu fumée puis le Gneiss (es- 
trato-cristalino) de la série paléozoïque. Immédiatement au Sud-Est, entre 
l'oued Tigisses et l'oued M'ter, ce gneiss s'étend largement en bordure de la 
côte et forme le massif du Dj. Filali, étudié antérieurement par l'un de nous 
(A. M.). Il est coupé par une masse importante de péridotites identiques à 
celles.de Ceuta et de la Serrania de Ronda, qui, à l'ouest de l'oued M'ter, 
comportent des filons graphiteux. 

Le massif jurassique se rétrécit beaucoup dans ces parages. Large de 18 
à 20 km à hauteur de Xauen, il n'en mesure plus que 8 selon la transversale 
du Jemis de Béni Selman, puis son incurvation s'accentue, dessinant presque 
un coude pour arriver à une orientation Ouest-Sud-Ouest-Est-Nord-Est, 
que. l'on observe selon la transversale de l'oued M'ter. 

Deux coupes conjuguées, selon cette vallée et le ravin du Jemis de Afra- 
naman, immédiatement à l'Ouest, montrent la zone jurassique réduite à 2 km . 
Du Nord au Sud, la vallée du Jemis coupe, vers Tafraut, le Jurassique 
ployé en un petit synclinal couché vers le Sud-Est, dont la charnière est 
enveloppée de phyllites bleu-fumée, puis des replis de ce même complexe 
dolomitique et calcaire du Mésozoïque, qui forme le Dj. Isguenatan et se 
redresse pour disparaître à S 1 Ali ben Yusef. Cette bande se prolonge vers 
le Nord-Est, formant de ses couches verticales une partie de la Cudia de 
Timargaden. Une coupe effectuée par l'un de nous (A. M.) plus à l'Est ne 
Fa plus révélée, mais elle reparaît sur le prolongement des derniers affleu- 
rements que nous venons de mentionner, dans la Punta Pescadores (A. M.). 
Au lieu du Flysch, c'est le Paléozoïque qui borne au Midi la zone juras- 
sique; celle-ci se trouve donc être synclinale. Ce Paléozoïque est constitué 
dès S 1 Ali ben Yusef par des quartzites et des grauwackes fortement redres- 

C. R., 1930, 2* Semestre. (T. 191, N° 10 ) 35 



438 ACADÉMIE. DES SCIENCES. 

ses qui s'étendent jusqu'à hauteur de Tandret et à la haute vallée de l'oued 
M'ter. Le Flysch qui fait suite à ces formations offre un faciès si étroitement 
semblable à celui du Primaire que leur distinction est difficile. D'abord 
plissé, il va prendre, dans le puissant massif des Djebels Anaceur, Tizighen 
et Berret une allure beaucoup plus tranquille et s'y montrer couronné de 
formations gréseuses du type de F « arenisca del Aljibe ». Ce Nummulitique, 
qui n'est autre que la continuation du Flysch de la périphérie de la chaîne 
calcaire, s'étend largement vers le Sud et l'Est, où ses limites ne sont pas 
définies. Nous ne pouvons encore préciser l'allure de son contact avec le 
Primaire, mais le fait important est qu'il n'y apparaît, selon la coupe que 
nous avons faite, l'intercalation d'ancun élément secondaire. 

Quant au prolongement des calcaires jurassiques vers la Punta Pesca- 
dores, il signifierait que ceux-ci représentent une zone plus interne que les 
diverses formations décrites dans les Boccoyà par M. et M me Russo ( 1 ). Ce 
point sera vérifié dans une campagne prochaine. 

GLACIOLOGIE. — Le glacier polysynthétique quaternaire des MoniiSimbruini 
(Apennin central) : Les causes de son extension. Note ( 2 ) de M. Th. Bii- 
ler-Chatelapï ( ? ). 

En admettant que le glacier polysynthétique des Simbruini ait eu les 
dimensions que je lui attribue, comment peut-on expliquer son extension, 
apparemment surprenante ? 

D'aucuns prétendent que les effets observés ne sont pas proportionnés à 
leur cause, ce qui empêcherait, disent-ils, d'admettre une extension aussi 
grande. Mais cette cause, la connaît-on bien ? Le concept des causes 
actuelles, si souvent invoqué -en géologie, explique-t-il suffisamment cette 
extension ? En tout cas il enseigne que, sur les Apennins, les précipitations 
peuvent être, à égalité d'altitude, plus abondantes que sur les Alpes. Ainsi, 
suivant R. Masini, en juin 1927 et 1928, à la même altitude, il y avait plus 
de neige sur l'Apennin septentrional que sur les Alpes du Piémont et ce 
fait aiderait à expliquer l'existence de vastes glaciers quaternaires dans 
l'Apennin, en particulier sur le versant adriatique. D'autre part, suivant F. 



(') P. et L. Russo, Recherches géologiques sur le nord-est du Rif (Mérn. Société 
des Sciences nat. du Maroc, 20, 1929, p. i-TÔg). 
(-) Séance du 18 août 1930. 
( :! ) Voir la Note des Comptes rendus, 191, 1930, p. 385. 



SÉANCE DU 8 SEPTEMBRE I93o. /|3o, 

Sacco, de vastes régions des Abruzzes restent enneigées depuis la fin 
d'octobre jusqu'au commencement de juin et il en infère que l'extension 
des moraines quaternaires a pu être en rapport avec l'abondance des neiges 
produites par la condensation des vents marins. En effet, quelques régions 
de l'Apennin reçoivent des précipitations énormes, que l'on ne s'attendrait 
pas à trouver en Europe : dans la Val di Magra (Apennin ligure), la préci- 
pitation annuelle totale (pluie et neige) peut atteindre Zi m , comme dans les 
régions tropicales humides ! Les « Alpi Apuane » voisines sont aussi 
célèbres à ce point de vue (glaciers quaternaires relativement bas). Le sud 
des Apennins est également riche en précipitations : sur le massif de la Sila 
(Calabre), exposé aux vents marins, la neige commence parfois à tomber 
dès septembre; dans la Basilicate, l'abondance des précipitations explique- 
rait l'existence de glaciers quaternaires à des niveaux assez bas, constatée 
successivement par G. De Lorenzo, G. Dainelli et C. Crema. 

Toutefois le concept des causes actuelles est insuffisant : on admet que 
les enneigements quaternaires surpassaient de beaucoup ceux d'aujourd'hui. 
Ce postulat légitime, joint à des considérations orographiques, aide à com- 
prendre pourquoi et comment le glacier polysynthétique des Simbruini a 
pu prendre l'extension que je lui attribue. Remarquons d'emblée que le 
massif des Simbruini, riche en sommités comprises entre 1700 et 2ooo m , est, 
avec le massif voisin des Cantari, un puissant condensateur des vents 
humides. Les anciens Romains l'avaient déjà reconnu en lui donnant son 
nom, qui dérive de sub imbre (sous là pluie). Ce massif peut être consi- 
déré comme un haut plateau allongé (25 km ) sillonné de vallées parallèles 
orientées SE-NW, aboutissant toutes au Piano del Cavalière. A cet égard, 
il est unique en son genre dans l'Apennin central. Conjointement au fort 
enneigement et au climat froid des temps quaternaires, ces conditions oro- 
graphiques spéciales ont dû favoriser beaucoup la formation de glaciers et 
leur écoulement continu vers l'aval, parce que ces derniers étaient protégés 
contre l'ablation : i° par la direction des vallées ; 2 par leur faible pente; 
3° par la masse énorme de neige qui couvrait les glaciers d'un manteau isolant 
(fait dont on n'a pas encore assez montré l'importance). Grâce à cette faible 
ablation, le glacier des Simbruini a pu s'allonger bien plus que ceux d'autres 
massifs de l'Apennin où la forte déclivité des vallées et leur exposition plus 
ou moins ensoleillée occasionnaient, au ^contraire, [une ablation rapide et 
progressive. 

Quelques glacialistes contestent que le champ de névés des Simbruini ait 
été assez étendu pour alimenter un si vaste glacier. Mais les chiffres suivants 



44b ACADÉMIE DES. SCIENCES. 

peuvent les rassurer. En admettant avec R. Almagià que, dans l'Apennin 
central, la limite des neiges persistantes ait été voisine de i4oo m , et même 
de i3oo m sur les hauts massifs, on trouve, pour les Simbruini,une superficie 
de névés respectivement égale à 85 et i io km \ Avec le fort enneigement des 
temps quaternaires, elle devait suffire à alimenter le glacier polysynthétique 
car, pour l'alimentation et l'extension consécutive des glaciers, V épaisseur 
des couches de neige importe autant et plus que la surface enneigée. . 

Les dimensions assignées au glacier polysynthétique des Simbruini ouvrent des 
perspectives nouvelles sur l'extension des glaciers quaternaires dans l'Apennin central. 
Jusqu'ici leur étude a été toute locale et fragmentaire: souvent on n'a décrit que leurs 
traces plutôt récentes dans les vallées secondaires (phases de retrait), sans rechercher les 
témoignages de leur extension maximum dans les vallées principales. Mais, si 1 on 
prend la peine d'étudier aussi les vallées principales, on peut parfois y trouver les 
preuves d'une extension bien plus grande qu'on ne l'admettait jusqu'ici. Ainsi, a 
Aquila degli Abruzzi, il n'y a pas moins de 4 cordons morainiques successifs à éléments 
plus ou moins anguleux de toutes dimensions, entassés pêle-mêle et souvent cimentés 
en brèche par des infiltrations calcaires. Ces moraines permettent d'assigner une 
longueur de 34 km au glacier (augmenté de ses affluents) qui descendait des montagnes 
situées au nord du M le Velino (Gostone, Puzzillo, etc.). Ailleurs, à Sant' llario près 
Castel di Sangro, des cordons morainiques analogues à ceux d' Aquila montrent que le 
glacier descendant du M tc délia Meta (224i m ) atteignit i8 km de longueur. Son tribu- 
taire, qui descendait la vallée du Sangro (comme l'attestent de hautes moraines rive- 
raines), mesurait 32 km jusqu'à la confluence (Alfedena) et dut parcourir encore 8 km 
jusqu'aux cordons morainiques susdits : total 4o km . On trouvera probablement d'autres 
exemples analogues. 

L'ensemble des faits exposés autorise à conclure : dans les Apennins, 
malgré des altitudes inférieures à celles des Alpes, les glaciers quaternaires 
peuvent avoir atteint des extensions comparables à celles des glaciers 
alpins, en raison des fortes précipitations qui ont, de tout temps, carac- 
térisé le climat de ces massifs montagneux. 



PHYSIOLOGIE. — Origine diaphragmatique de la respiration. 
Note de M. Jules A m ah, transmise par M. d'Arsonval. 

Si l'on considère, dans l'espèce humaine, le nombre des battements car- 
diaques d'une part, et celui des respirations d'autre part, dans le même 
temps, soit par minute, on trouve : 



SÉANCE DU 8 SEPTEMBRE lO,3o. 44 1 

Pulsations. Respirations. 

A la naissance 1 30 44 

A la fin de la i le année . . 1 10 38 

» 2 e » 93 3o 

» 3° » . . . \ 81 27 

Chez l'adulte 70 17 

Le rapport -ï — 5 — -r— est donc égal à 3 en moyenne, dans l'enfance ; il 

L r respirations ° J ' ' 

s'élève chez l'adulte où il se fixe à 4- Or, nous avons établi la solidarité 
dans l'hématose des deux appareils cardiaque et respiratoire, solidarité qui 
se traduit par le coefficient hémopnéique ( '). Elle se révèle aussi par le rap- 
port numérique de 3 à 4, dont la signification restait à préciser. Quelle 
est-elle ? . 

L 'impulsion nerveuse, émanant de la moelle épinière et du bulbe, exerce 
un effet mécanique, celui d'un choc. Le mouvement qui en résulte a une 
vitesse proportionnée à la masse frappée. Il s'ensuit que le rapport 3 
exprime la masse du diaphragme divisée par celle du cœur. En d'autres 
termes, ce dernier organe pesant ioo s par exemple, le diaphragme aura un 
poids de 3oo. Pour l'adulte, le cœur pèse 25o s à peu près, et le grand 
muscle de la respiration iooo s , donnant le rapport 4 ci-dessus, et la vérifi- 
cation de la loi de l'impulsion. 

L'intérêt de cette loi est évident. Les impulsions nerveuses périodiques 
sont égales, et les organes qu'elles atteignent réagissent d'autant plus len- 
tement qu'ils sont plus lourds. On voit aussi que le mouvement respiratoire 
est d'origine diaphragmatique; le muscle-plancher se contracte, s'appuie sur 
les viscères abdominaux et relève les côtes. Celles-ci entraînent le relève- 
ment des côtes supérieures toutes les fois qu'un effort des muscles du rachis 
donne à cette colonne une fixité, une rectitude suffisantes. Nous l'avons 
démontré par voie expérimentale et radiographique, en 1920, avec 
d'Arsonval et Gauthiez ( 2 ). Cette éducation fait défaut dans le bas âge, et 
la respiration est presque purement abdominale, laissant inactives et expo- 
sées les parties supérieures des poumons. Il y a donc une véritable éduca- 
tion musculaire — qui a fini par une adaptation sexuelle chez la femme — , 
pour réaliser la respiration intégrale, à la fois thoracique et diaphragma- 

( 1 ) Jules Amar, Comptes rendus, 189, 1929, p. 709 et.1201. 

(-) D'Arsonval, Gauthiez, Amar, Comptes rendus, 171, 1920, p. 363. 



442 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

tique. Elle réclame l'attention de ceux qui se consacrent à l'hygiène des 
écoliers, de l'enfance en général ( ' ). 

La variation qui porte de 3 à 4 le rapport de fréquence cardio-diaphrag- 
matique atteste, enfin, que le muscle de la respiration augmente avec l'âge plus 
vite que le cœur. Cette donnée biométrique appelle des recherches, qui 
manquent, de la part des anatomistes. Et nous ignorons aussi le fait, à mon 
avis probable, que l'exercice de la respiration thoracique empêche les mus- 
cles costaux de s'atrophier en éléments tendineux. D'un sexe à l'autre on 
doit constater, à cet égard, des différences très nettes. C'est, somme toute, 
une pratique paresseuse et dangereuse à la fois que de respirer par le seul 
diaphragme; elle tend à prédominer dans le sommeil (Masso) et quand on 
ne s'observe pas. Raison de plus pour la combattre et imposer à nos 
muscles une activité plus généralisée et plus harmonieuse, à nos attitudes 
une symétrie qui exerce également les organes homologues. 



CYTOLOGIE. — Sur les cellules interstitielles à lipochrome de V utérus. 
. Note ( a ) de M. Angelo Migliavacca. 

Dans le cours de recherches sur l'action des extraits de corps lutéinique 
sur l'appareil génital des animaux d'expérience (cobayes, rats), j'ai pu 
remarquer quelques particularités histologiques à propos de certains élé- 
ments cellulaires placés dans le connectif de l'utérus et que je ne crois pas 
sans intérêt par le fait même que, jusqu'à présent, elles n'ont attiré l'atten- 
tion que d'un seul auteur (Benazzi). Cet auteur, dans une Note préli- 
minaire sur l'existence de cellules interstitielles -dans le connectif de 
l'utérus de souris {Rendiconti R. Accademia dei Lincei, 8, m, 1928), a décrit 
dans le connectif de la région mésométriale de cet animal plusieurs amas 
de cellules de forme presque ronde ou ovoïde, à protoplasme chargé de 
granules de dimensions variées et d'une couleur jaunâtre. Ces éléments 



(') Je note, en passant, pour ceux qui ne l'ont pas remarqué, que le tracé des respi- 
rations du diaphragme est toujours en avance, de très peu, sur celui du thorax (voir 
notre petit volume : L'Éducation respiratoire, chez Dunod). C'est une preuve de plus 
en faveur de la théorie que nous exposons. 

( 2 ) Séance du 18 aoiit 1980. 



SÉANCE DU 8 SEPTEMBRE IO,3o. 44^ 

seraient toujours présents dans l'utérus en repos de la femelle pubère, 
tandis qu'ils seraient absents chez les jeunes souris, même chez celles dont 
l'utérus présente des différentiations structurales déjà distinctement pro- 
noncées, et, l'ovaire, de nombreux follicules dans un stade de, développe- 
ment avancé, même s'il n'y a encore aucun corps lutéinique. Les éléments 
cellulaires observés par moi, situés dans le connectif de la musculature de 
l'utérus, exception faite d'une brève zone sous-péritonéale et d'un grand 
tractus sous-muqueux, sont distribués en amas sur presque toute la lon- 
gueur des deux cornes utérines et sur une bonne partie de l'utérus moyen. 
Ils ne se rencontrent pas dans certaines zones ou il en existe seulement des 
éléments isolés, très espacés les uns des autres, qui tendent à se localiser 
autour des petites veines et aux capillaires. Leur forme est variée. Généra- 
lement ils sont presque ronds, mais, parfois aussi ovales, polygonaux ou 
fuselés, et la moyenne de leur diamètre n'est que de i5 à 20 micromilli- 
mètres-, ils possèdent un noyau globulaire et ovoïdal relativement petit, 
souvent excentrique. Le protoplasme est rempli de granulations d'une cou- 
leur jaune ocre et tellement nombreuses qu'elles cachent tout à fait le cyto- 
plasme fondamental. Les granurations, parfaitement rondes dans certains 
éléments, sont de dimensions uniformes et petites, dans d'autres elles sont 
irrégulières et, parfois, grossières. Dans des coupes non colorées de mor- 
ceaux fixés dans des liquides fixateurs les plus communs (formol, liquide de 
Zenker, de Mùller, de Bouin, etc.), ces éléments se détachent sur le fond 
incolore du tissu environnant par leur teinte caractéristique. Dans les 
points où les éléments se réunissent en gros amas, ces derniers sont aussi 
visibles à l'œil nu. Dans les préparations traitées par la méthode de Ciaccio 
pour les substances lipoïdes,. les granulations se colorent en rouge orange. 
Quant à la fréquence de semblables éléments, je dois dire que, en condi- 
tions normales, il ne m'a été possible de mettre en évidence de tels éléments 
ni chez le cobaye, ni chez le rat femelle adulte, exception faite d'un cas où 
dans un ovaire existaient plusieurs corps lutéiniques. Seulement après trai- 
tement des animaux avec des extraits de corps lutéinique j'ai réussi, mais 
pas toujours, à rencontrer dans l'utérus ces éléments particuliers. J'ai 
pourtant réussi à trouver dans deux cas, des éléments semblables dans le 
connectif fibrillaire situé au centre des corps lutéiniques. 

Par ces indices sommaires nous voyons que les éléments à lipochrome, 
loin d'être constamment présents dans l'utérus de ces animaux, peuvent 
être trouvés dans des conditions particulières, c'est-à-dire, lorsque l'utérus 



444 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

semble soumis à une action plus intense du corps lutéinique. Aussi la 
découverte (très rare du reste) d'éléments à lipochrome dans le connectif 
fîbrillaire du centre des corps lutéiniques, semble appuyer l'hypothèse d'un 
rapport d'action dans ce sens. Dans aucun autre tissu (parenchyme ovarien, 
paroi vaginale, etc.), je n'ai réussi à mettre en évidence de semblables élé- 
ments. Quanta l'interprétation des éléments à lipochrome de l'utérus, les 
recherches faites jusqu'à présent ne me permettent pas de formuler de con- 
clusions définitives, mais il n'est pourtant pas improbable qu'on doit les 
considérer presque analogues aux éléments qui apparaissent dans les états 
involutifs du corps lutéinique décrits par Diamare, « cellules qui, peut- 
être, ramassent les résidus graisseux qui s'enchaînent aux globes hyalins 
occlusifs, dans le sens que, avec ces derniers, dans le processus final et de 
réabsorption, elles forment le prélude des lésiônsNet des oblitérations capil- 
laires entraînant toujours plus la dégénération de la néoformation lutéi- 
nique ». [Sur la nature hématique et dégénératwe des globes dits colloïdes 
du corps lutéinique de la femme (Extr. Proc.-verb. Soc. Toscana se. nat., 
1 4 mars 1927)]. 



CYTOLOGIE. — Croissance des noyaux en progression géométrique dans la 
glande de Lœwenthal. Note(') de MM. Rémy Collin et Pierre Florentin. 

Walter Jacobj, élève de M. Heidenhain, a montré en 192.^ que si, dans 
un tissu déterminé, on étudie les variations de la grandeur des noyaux, 
une courbe établie en portant en abscisses les volumes et en ordonnées, leur 
fréquence présente, suivant les cas, un ou plusieurs sommets. Les courbes 
à plusieurs sommets caractérisent des tissus dont les cellules renferment des 
noyaux de taille très différente ou plusieurs noyaux. Jacobj, ayant utilisé la 
méthode susdite pour l'étude de différents tissus animaux, est arrivé à cette 
conclusion qne la croissance des systèmes cellulaires semble se faire suivant 
une progression géométrique \ les volumes nucléaires correspondant aux 
maxima de fréquence sont entre eux comme 1:2:4* #, etc. Cette conclu- 
sion a été vérifiée dans le règne végétal par plusieurs chercheurs tels que 
Hans André, Monschau, lesquels y voient une confirmation de la théorie 
des protomères de M. Heidenhain et ne sont pas éloignés de penser que la 

(*) Séance du 3o juin ig3o. 



SÉANCE DU 8 SEPTEMBRE Iq3o. 44$ 

périodicité remarquable constatée dans la croissance des cellules est une 
propriété générale et spécifique de la substance vivante. 

Dans le but d'apporter une contribution à l'étude d'une question d'un si 
haut intérêt théorique, nous avons choisi la glande sus-parotidienne du 
Rat blanc, dite glande de Lœwenthal, étudiée déjà au point de vue 
cytologique par Lœwenthal, Garnier, Oppel et Guieysse-Pellissier. Ce 
dernier auteur a noté tout particulièrement que les cellules de la glande 
sus-parotidienne renferment des noyaux simples, doubles ou multiples, 
réguliers ou non, avec des formes gigantesques et même monstrueuses 
et que les noyaux géminés, très nombreux, représentent au moins 3o 
pour ioo du total. 

L'examen de préparations provenant d'animaux d'âge différent nous a 
montré des aspects cytologiques très variés de la glande de Lœwenthal 
dont les noyaux sont susceptibles de croître dans des proportions considé- 
rables sans se diviser. Tout d'abord, nous avons limité nos recherches 
caryométriques aux cellules uninucléées et aux cellules binucléées de forme 
géométrique régulière. La technique employée pour les mesures et leur 
interprétation a été celle même de Jacobj. Il a été employé un micro- 
mètre oculaire associé à un objectif à immersion dans des conditions telles 
que chaque demi-division du micromètre avait -une valeur de o^,5. Les 
mesures de deux diamètres perpendiculaires ont porté sur 5oo noyaux 
simples et 25o noyaux géminés, au total sur iooo éléments nucléaires. 
Pour le calcul du volume nous avons employé la formule 4/3ur 3 , après 
avoir pris la moyenne des deux diamètres quand le sphéroïde* nucléaire 
présentait une certaine excentricité, pratique qui donne une approximation 
suffisante. 

L'établissement d'une première courbe construite avec les valeurs de 

l'ensemble des iooo noyaux ;fait apparaître trois maxima certains pour les 

volumes : 

I i3, 221, 449- 

Une deuxième courbe construite avec les valeurs des seuls noyaux simples 
donne de même trois maxima représentés par les nombres : 

I l3, 221, 449- 

Une troisième courbe des noyaux géminés, où le volume inscrit pour 
chaque cellule représente la somme des volumes des .deux noyaux mesu- 
rés, donne aussi trois maxima : 

226, 44 2 '. 898- 

G. R , i 9 3o, a» Semestre. (T. 191, N* 10.) 36 



446 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Le premier sommet de la troisième courbe'correspond au deuxième som- 
met des courbes précédentes. 

En faisant la moyenne des moyennes des valeurs observées qui s'éche- 
lonnent, pour les diamètres, de 5 à 22'^, et pour les volumes, de 65 à 0374^% 
nous avons constaté que les volumes étaient sensiblement des multiples de 
16, ce qui permet d'écrire la série des maxima de fréquence observés sous 
la forme 

112 ii\ 448 896 

ou 16x7 16 x i4 16x28 16 x 56 

OU I . 2 4 8 

La croissance de l'équipement nucléaire des cellules de la glande de 
Lœwenthal s'effectue donc suivant une progression géométrique confor- 
mément aux premières données des auteurs allemands. 

La valeur du noyau normal de l'adulte peut donc être atteinte jusqu'à 
huit fois dans une même cellule. Ajoutons que, dans la réalité, la pro- 
gression ne s'arrête pas à ce chiffre. L'allongement considérable de la 
courbe vers la droite indique la présence de formes nucléaires plus grandes 
encore : elles ne sont pas assez nombreuses toutefois pour donner lieu à un 
sommet apparent sur une statistique de mille unités. Les très grandes 
formes, d'ailleurs, sont irrégulières et ne peuvent donner lieu à des mesures 
exactes. 

Précisons encore, pour terminer, que les divisions nucléaires, quand 
elles existent, s'effectuent indifféremment par le mode direct ou par le 
mode indirect. Ce sont des endoamitoses ou des endomitoses suivant la 
terminologie de M. Heidenhain. 



CHIMIE BIOLOGIQUE. — Sur le mécanisme de la transformation de Vacide 
pyruvique en acide lactique dans le foie. Note ( 1 ) de M'" e Y. Khouvine, 
MM. E. Aubel et L. Chèvillard, présentée par M. A. Desgrez. 

Warburg a montré que le pyrophosphate de soude inhibe la fixation de 
l'oxygène. Nous nous sommes inspirés de ce résultat pour essayer cTéclaircir 
un certain nombre de points restés obscurs dans l'étude du mécanisme de la 
transformation de l'acide pyruvique en acide lactique. 

( l ) Séance du i cl septembre 1980. 



SÉANCE DU 8 SEPTEMBRE 1980. 447 

Technique. ^- & de foie haché sont mis en suspension dans io cm3 de 
liquide de Ringer. Le pyruvate de soude est ajouté à la dose de o 8 ,o5 ; le 
pyrophosphate à la dose de o s ,44. On a soin d'ajuster la réaction à pH 7,4. 
L'expérience dufe 4 heures. Agitation au thermostat à 3o,° • 

Foie 
Foie Foie -f-pyruvate 
+ pyroplios- -Kpyru- -4- pyro- 
Témoins, phate. vate. phosphate. 
Réducteur à la fin de l'expérience (mgr.). 219,00 ig3.,5 220,0 ig6,'5 

Acide lactique (mgr.) 9 , 2 5 18 25 33,6 

GO 2 (mgr.) " i3,3 .8 .21 12,6 

O 2 ( cm;! ) 8,5 5,2 9,8 5,2 

Acétaldéhyde (mgr.) 0,7 3,6 1,8 3,8 

a. Si Ton compare le réducteur, dans les témoins avec et sans pyro- 
phosphate, on constate une différence de 25 rag , 5 en faveur du témoin sans 
pyrophosphate. D'autre part, le même témoin montre une teneur en acide 
lactique beaucoup plus faible (8 ras , 75 en moins). Le pyrophosphate favo- 
rise donc la transformation du réducteur en acide lactique. On retrouve là 
le phénomène bien connu de Warburg. 

b. Si l'on compare l'extra acide lactique dû à l'acide pyruvique, dans les 
expériences avec. pyrophosphate et sans pyrophosphate, on trouve le même 
chiffre (i5 m % 75 et i5 ras ,6). Le pyrophosphate n'a donc aucune influence 
sur la réaction. 

c. Mais le pyrophosphate diminue l'extra. CO 2 dû à la présence d'acide 
pyruvique de 3 ms , i,soit6 cmS ,o7. ^ ne diminue pas la consommation d'O 2 que 
de i cm3 ,3. On ne peut admettre qu'il s'agisse d'une action du pyrophos- 
phate sur la combustion banale de l'acide pyruvique ou plutôt qu'il s'agisse 
surtout d'une telle action. En effet, à i cm ',3 de O 2 correspond, dans la com- 
bustion de l'acide pyruvique, i cm3 ,6 de CO 2 . L'excès de CO 2 doit donc être 
surtout justiciable d'une réaction du type de la déshydrogénation du glu- 
cose C°H< 2 0° + 6H 2 0->6C0 2 H- 12 H 2 . 

Et, en effet, si l'on retranche, dans les expériences en aérobiose sans pyro- 
phosphate, de l'extra CO 2 dû à la présence de l'acide pyruvique : i°le CO 2 
correspondant à la combustion de cet acide; 2 le CO 2 provenant de la 
décarboxylation qui conduit à l'acétaldéhyde, on trouve alors une quantité 

d'extra CO 2 de 4 m8 ,3 qui donne un rapport extra acide ^f^ de 3,6, 

. ri extra CO 2 ' ' 

chiffre comparable à celui qu'on trouve dans les expériences en présence 



448 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

de pyrophosphale et dans les expériences en anaérobiose, et qui se 

justifie comme nous l'avons établi par la réaction 

CH*-CO-COOH + H*-^CH 3 -CHOH-C001I 

i L- ( 

i/i2C fi H 12 6 +i^H 3 > i/aC0 2 +H'-. 

d. Cette réaction se produit donc aussi bien en présence qu'en l'absence 

de O a . 

e. Enfin, on pourrait penser que la diastase qui, dans le foie, permet la 
réaction est la xanthine-oxydase. Or l'expérience montre qu'il n'en est 
rien. En effet, si, dans une solution tamponnée de déhydrase (préparée 
selon Dixon) à pH = 7,4, on ajoute de l'acétaldéhyde et de l'acide pyru- 
vique dans la proportion de : déhydrase o,5 pour 100, acétaldéhyde 
0,22 pour 100, pyruvate de soude 0,66 pour 100, on ne constate aucune 
formation d'acide lactique, bien que l'hydrogène soit libéré aux dépens 
de l'hydrate d'acétaldéhyde, puisque les expériences témoins faites en 
ajoutant du bleu de méthylène au mélange ci-dessus montrent une décolo- 
ration rapide du bleu. Il y a donc, dans le foie, une diastase particulière qui 
permet à l'acide pyruvique d'accepter l'hydrogène. 



La séance est levée à i5 h i5 m . 

A. Lx. 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 

SÉANCE DU LUNDI 15 SEPTEMBRE 1930. 

PRÉSIDENCE DE M. Louis BOUVIER. 



MEMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 



M. le Secrétaire perpétuel annonce à l'Académie que la prochaine 
séance publique annuelle aura lieu le lundi i5 décembre. 



M. le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau les Notes, lettres et dis- 
cours J'Ernest Solvay. Vol. I. Granitique et Physiologie. Vol. II. Politique et 
science sociale. 



GÉOPHYSIQUE. — Sur V observation cfune aurore polaire . 
Note de M. Paul Helbronner. 

Le 3 septembre, en revenant par la Laponie et les îles Lofoten du Congrès 
international de géodésie et de géophysique de Stockholm où je faisais 
partie de la délégation de l'Académie, il m'a été donné, en même temps 
qu'à quelques congressites de diverses nationalités, d'assister au spectacle 
d'une aurore polaire intéressant la presque totalité de la surface visible du 
ciel. J'ai observé le phénomène depuis 21 heures jusqu'après 2,3 heures. Le 
navire, faisant route vers le Sud-Ouest, longeait les côtes de Norvège entre 
les parallèles de 65° io' et de 64° 4o'« L'atmosphère était à ce moment com- 
plètement dégagée de nuages. L'intensité lumineuse, la variété et l'éclat 
des aspects — d'ailleurs souvent décrits — ont permis de juger à quel point 
sont justifiées les impressions d'enthousiasme que provoque ce phénomène. 

A ce sujet, il est à noter que des études sont poursuivies d'une façon de 
plus en plus méthodique en Norvège où les travaux de M. Stôrmer ont 

C. R., 1930, 2' Semestre. (T. 191, N» 11.) 'i'J 



/po ACADÉMIE DES SCIENCES. 

déterminé, non seulement un puissant courant d'intérêt, mais encore la 
création d'un nouvel observatoire d'aurores polaires pour lequel la fonda- 
tion américaine due à la générosité de M. Rockefeller et connue sous le 
nom cP International Education Board a donné une somme d'environ 
74000 dollars. Déjà, d'ailleurs, le Congrès international de géodésie et de 
géophysique tenu à Prague en 1927 s'était occupé de la question notam- 
ment pour préconiser des règles d'observations destinées à fixer les dis- 
tances probables des manifestations lumineuses. C'est à ce congrès qu'il 
avait été aussi décidé de publier un Atlas comprenant des photographies 
d'aurore et certains schémas d'observations ( 1 ). 



M. le Secrétaire perpétuel signale une étude consacrée à Lamarck, 
par Franz Weidenreich. 



CORRESPONDANCE. 



CALCULDES PROBABILITÉS. — Sur les chaînes discrètes de Markoff. 
Note de V. Romanovsky, transmise par M. Emile Borel. 

Soient A 1? A 2 , . . ., A„ t m événements incompatibles dont les probabi- 
lités dans une série infinie d'épreuves sont assujetties aux conditions sui- 
vantes. Les épreuves 1, 2, ..., v forment le chaînon initial n° 0; les 
épreuves 2, 3, . . . , v + 1 forment le chaînon n° 1 ; etc. Soit jo 0|/ti ki la pro- 
babilité de A Xi , . . . , A /c dans le chaînon initial et p„ lti , mM leurs probabilités 
dans le n° n sous la condition qu'on ne sait rien sur les résultats des 
épreuves précédentes. 

Soit cp /iV j.^1 la probabilité de A, dans une épreuve quelconque quand on 
k sait que dans les v épreuves précédentes on a A^, . . ., A /v . On aura évi- 

m 

demment V o l;i /t . v|/ = 1 . Nous nommons l'ensemble des probabilités cp^.../^ 



l=i\ 



la loi de la chaîne considérée. 



( 1 ) Voir, à ce sujet. Carl Stôrmer, De V Espace à V atome , traduction Stôrmer et 
Boutaric, 4 e édition (JNouvelle collection scientifique Emile Borel. Librairie Félix 
Alcan, Paris, 1929). 



SÉANCE DU 1.5 SEPTEMBRE ig3o. 4^1 

Soit encore p nU la probabilité de A, ; dans la /i ième épreuve quand les résul- 
tats des épreuves précédentes sont inconnues. 
On aura maintenant les relations 



(0 /?n+] i *,':.. * v = 2 



Pnl/ik,,. . .X-v_, ©M, . . .X- v _, |/. V ) 



h=l 



"(2) P«|i==2 



pn—v— 1 1 A-, . . . /t v 9^i ■ ■ • **l «' 



/• 



la somme N étant prise pour ki= i , 2, . . . , m ; z = i , 2, . . . , v. 

Or la relation (1) est une équation aux différences finies par rapport à n, 
donc on peut ramener la résolution du système de ces équations obtenues 
pour les valeurs différentes de £.,, . . . , k, à celle des équations linéaires 
algébriques 

m 

(3) «*,...*»/- =2 a^...*».,!*» (A-/=i, 2, ..., m; «=i, a, ..., v) 

« = i ■ - 

obtenues en posant 

Pn\k i ...k,= v-k i ...k v r". 

Soit A(/-) le déterminant de ce système. Inéquation À(r) = o aura néces- 
sairement une racine /* = i /à cause de l'égalité V tp^.... kv]i =1 ) et ses 

autres racines sont du module égal ou inférieur à l'unité. 

Considérons maintenant le cas où les racines de A(r) = o sont toutes 
simples, et aucune d'entre elles n'est égale à — 1. Alors on peut montrer 
que le système (1) a une seule solution 

(4) • Pn\k 1 ...i-,=Pk 1 ...k v + 2 t k g y g k l ...k v r'gi 

où r g sont les racines de À(r) = o différentes de l'unité, A g et y gkl ...k. t 
des constantes déterminées et p ki ^ h/ des nombres positifs déterminés tels 
que Zp kiky == 1 et indépendants des probabilités initialesp^ Av On obtient 

ainsi le résultat fondamental. 

Dans le cas considéré les probabilités p n]ki . ,*,, tendent avec n --> ce vers les 
probabilités finales p kk/ bien déterminées et indépendantes des probabilités 
initiales p olkk de A,.. Dans le même temps les probabilités p n[L . tendent vers les 



452 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

probabilités finales Zjo,, x q Xi x ,, qui sont aussi indépendantes des proba- 
bilités initiales de A,. 

Ce résultat subsiste encore quand /- = i est une racine simple de A(r) = o 
et les autres sont multiples mais différentes de — i. Dans le cas où 7* =i 
est une racine multiple et les autres racines sont différentes de — i, les pro- 
babilités finales déterminées existent encore mais sont dépendantes des pro- 
babilités initiales. S'il y a une racine, multiple ou simple, égale à — i, les 
probabilités finales n'existent pas et les probabilités p. n \ ki „, kv et p n] , : oscillent 
d'une manière déterminée avec n croissant indéfiniment sur un niveau 
déterminé indépendant des probabilités initiales si 7- = i est une racine 
simple de A(r) = o. 

ANALYSE MATHÉMATIQUE: — Une méthode de convergence par des moyennes. 
Note de M. J. JIey Pastor, transmise par M. Emile Borel. 

Entre les diverses méthodes de sommation par des moyennes, il y a des 
types avantageux pour certaines classes de fonctions (séries, intégrales, etc.). 
Entre eux nous proposons comme un des plus simples celui dont les fac- 
teurs de convergence sont- pour r<t et o pour r^>t. C'est-à-dire, nous 

adoptons comme limite généralisée d'une succession s r (en particulier 

comme somme généralisée d'une série Ew,.) : 

i. 

(L) lim s r — lim — 7 — - 5 



et corrélativement, pour les fonctions de variable réelle, 

(L)hms(r) = lim r /• -^-dr. 



/><= 



It 



Cette méthode satisfait évidemment aux conditions de régularité. Le 
champ de convergence (L) de la fonction z r est tout le cercle \z |< 1, exclus 
le point de discontinuité z = i, et cette convergence (L) est uniforme dans 
tout le champ défini par les conditions 

\z\ ^1, | 1 — si >d> o, 

tout de même comme dans la méthode C*. Il s'ensuit, d'après le théorème 



SÉANCE DU l5 S