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Full text of "Le Costume ancien et moderne ; ou, Histoire du gouvernement, de la milice, de la religion, des arts, sciences et usages de tous les peuples anciens et modernes, d'après les monumens de l'antiquité et accompagné de dessins analogues au sujet"

EUROPE. 



v 






DE 1/ E U R O P F, 

DISCOURS PRÉLIMINAIRE 

DE 

ROBUSTINIEN GIRONI 

YlCE- BIBLIOTHECAIRE DE LA BIBLIOTHÈQUE IMPÉRIALE ET ROYALE DE MIL A3 
ET CENSEUR. 



Lvlgré que , des quatre continens qui composent notre globe , Lnpunmiee 
l'Europe soit le moins considérable; malgré qu'il ne soit sorti de ç "'°'- 
la nuit des siècles que long tems après ceux qui formaient avec 
lui l'ancien monde , et n'ait commencé que fort tard à exercer 
sur eux l'influence de son pouvoir, ce continent est néanmoins ce- 
lui gui mérite le plus de fixer notre attention et nos soins dans 
la recherche du costume des peuples dont il fut le berceau , et de 
ceux qui l'habitent aujourd'hui. C'est dans son sein d'ailleurs que 
se trouve la belle Italie , 

....... felice , onorato, almo terreno (i). 

où nous avons eu le bonheur de naître , qui fut la patrie des maî- 
tres de l'univers , et depuis la terre classique d'où les connaissances 
humaines se sont répandues chez les autres nations. 

L'Europe est cette région célèbre , où l'esprit humain a donné Supériorité 
Fessor à toutes ses facultés et développé toute son énergie , eu por- 
tant à la perfection les arts et les sciences à peine ébauchés et reatés 
dans l'enfance chez les Egyptiens, les Assyriens et les Phéniciens. 
Elle est encore en droit de s'enorgueillir du nombre et de la ci- 
vilisation de ses habitans, de leurs constitutions politiques , de leur 
commerce , de leur industrie , de leurs découvertes , et même de 
leur ambition , de leurs caprices , de leurs besoins , ainsi que de 
la variété de leurs passions , de leurs caractères et de leurs usages. 
C'est elle qui a été le théâtre des plus grandes révolutions , des 
événemens les plus extraordinaires , et qui nous offre le champ le 

(i) Le Tasse, Rimes, 



de l .Europe. 



loi VI 



° Ï3 I S C O U R S FRELIBUSTAIRE 

plus vaste à parcourir parmi une foule de peuples divers, de mo- 
Biamens insignes et de chefs-d'œuvre de la magnificence des beaux 
arts (i). Qu'il nous soit donc permis de rappeler ici, au sujet de 
cette terre fameuse 3 ces paroles de Pline : Altrix victoris omnium 
gentium populi s longeque terrarum puîcherrima Europa. 
scènes Mais d'où est venu à ce continent le nom qu'il porte ? com- 

revherches ., , , IL 

au sujet nient a-t-il ete peuplé? qu'elles étaient les limites de l'ancienne 

de ï Europe. --, , * JL 

Europe, et quelles sont les révolutions qu'elle a subies? Telles 
sont les questions sur lesquelles s'exerce ordinairement l'érudition 
des savans. Nous dirons d'abord qu'on ne peut assurer rien de po- 
sitif sur la dénomination de V Europe , ni au sujet des noms sous 
Ses rVffcrcm lesquels elle a été anciennement connue. Ortelius et Brietius s'ac- 
cordent à dire , d'après la Bible , que les écrivains sacrés lui don- 
nèrent le nom de Japetia; mais ils n'apportent aucune raison solide 
à l'appui de leur opinion fa). Brietius assure encore que l'Europe fut 
jadis appelée Galazia , et il s'appuye en cela de l'autorité de Dio- 
dore et de Sol in , qui pourtant ne désignent point sous ce nom l'Eu- 
rope entière, mais seulement quelques-unes de ses contrées. Ptolémée 
dans le second livre de son opus quadripartitum , lui donne celui 
de Celtica ; et on la trouve désignée sous le même nom dans d'autres 
écrivains de l'antiquité ; mais encore cette dénomination ne peut 
s'appliquer h tous les pays qui composaient autrefois cette partie 
du monde. Il n'est guères facile de déterminer l'origine du mot 
Europe , qui est le nom le plus général et peut être le plu3 ancien 

(i) Si l'on veut considérer les Européens sous le rapport des arts et 
des sciences , quel est le peuple qui peut leur être comparé ? Les autres 
nations ne sont jamais sorties des limites et des époques de leur empire. 
Semblables à ces arbres qui ne peuvent prospérer que sur leur sol natal, 
les arts ne se sont jamais étendus chez elles au delà des besoins de la 
vie. L'Européen , franchissant les bornes du présent , a embrassé dans l'ac- 
tivité de son imagination et de ses travaux le passé et l'avenir. Il a re- 
cueilli avec des peines infinies les débris des arts ; et fier de ces riches 
dépouilles , il a su conduire à la perfection ce que le génie des anciens 
n'avait fait qu'ébaucher , ajouter de nouvelles découvertes à celles qu'ils 
lui ont transmises, imposer des lois aux élémens , parcourir tous les pays, 
€t dans sa noble audace, aller interroger la nature jusques sous les pôles. » 
Telles sont les éloquentes expressions dont s'est servi M r Masson de Mor- 
*villiers en parlant de l'Europe. 

(2) Ortel. Geogr. Pars 2 lib. £ cap. 4. Briet. Parai. Geogr. Pars po- 
ster, tom. 1. lib. s. 

m 



elurcs 
nom 



sur l'Europe. g 

de ce continent. Festis le fait dériver à 1 Europa fille d'Agenor , Co w 
qui fut enlevée par Jupiter , et transportée dans un pays auquel dans Europa 
la suite passa son nom. et il cite à l'appui de son sentiment le té- 
moignage de plusieurs écrivains qui attestent , qu'Agenor et les 
Phéniciens avaient fait la conquête de ce pays , sous le prétexte 
de l'enlèvement d'une jerne fille, qui portait peut-être le nom d' Eu- 
ropa. D'autres enfin prétendent que ce nom lui est venu des Phé- 
niciens , dans la langue desquels le mot Europa , ou XJr-Appa si- 
gnifie une terre dont les habitans ont le visage blanc (i). Entre 
toutes ces opinions et autres semblables , que la crainte d'être pro- 
lixes nous fait passer sous silence , il serait embarrassant de porter 
un jugement certain : c'est pourquoi nous nous contenterons de les 
avoir indiquées. Eh! qu'importe d'ailleurs pour notre instruction;, 
que les Phéniciens ayent donné à l'Europe le nom à'Ur-Jppa , 
visage blanc , parce que cetie couleur est celle des peuples qui l'ha- 
bitent, ou qu'il se soit formé du mot oriental ourab , qui veut dire 
pays de l'occident (a)? 

Il ne nous sera peut-être pas aussi difficile de découvrir quels ^"/T 
ont été les premiers hommes qui ont peuplé l'Europe. Nous avons de l ^ uro P e 
déjà dit , qu'après le déluge universel 3 les restes de l'espèce hu- 
maine échappés à cette grar.de catastrophe , allèrent se réfugier 
dans les hautes régions de l'Asie, et que c'est delà sans doute que 
l'Europe aura reçu dans la suie ses premières colonies, lesquelles 
après s'être avancées à travers les pays qui joignent les deux con- 
tinens à l'est, ou les lies nombreuses dont l'Archipel est parse- 
mé, seront venues s'établir d'abord dans ses contrées orientales, 
d'où elles se seront ensuite répandues peu-à-peu sur toute sa sur- 
face. Et en effet Moyse , parlant des enfans de Japhet , ou plu- 
tôt des peuples qui étaient leurs descendans , dit qu'il se parta- 
gèrent entre eux les îles des gentils , et les divers pays s chacun 
selon son langage (3). Or les interprètes sont d'avis pour la plu- 

(0 V. Bocliart Phaleg. lib. 4 et 55. 

(2) Ghantreau Science de l'Histoire , vol. 2 pag. 61. D'autres écri- 
vains veulent encore que le mot Europe tire son origine d'un canton 
fort petit qui portait ce nom , et se trouvait dans le voisinage de l'Helles» 
pont ; mais leur opinion manque de raisons solides. Pinkerton, vol. 1 pag. 12. 

(5) Gen. X 5. V, Calmet. Diction de la Bible , vol. I Malte-Brun, 
Hist. de la Géogr. pag 17. Pluche , Concorde de la Géogr. pag. 244» 
Hist. univers, d'une société de gens de lettres. T. I. L. 1 c. 2 Sect. IV, 

Europe, Vol. I. a 



io Discours preliminaîee. 

part que , par ces mots insulœ gentium , on d»it entendre l'Europe. 
Cette expression asiatique s'accorde en effet avec ce qu'il y a de 
plus certain en géographie, car la première chose qui se présente 
à quiconque veut passer de l'Asie Mineure enEurope , est cette mul- 
titude d'îles qui s'étendent dans tout l'Archipel. Le Clerc croit même 
que l'Europe entière passait pour être une île dans l'esprit des an- 
ciens peuples de l'Asie. C'est aussi l'idée {ue semble en avoir eue 
Pomponius Mêla. On lit encore dans le second livre des Machabées , 
qu'après avoir réduit ses ennemis à ne pcqvoir plus troubler la tran- 
quillité de ses états, Démétrius Nicanqr licencia son armée, à 
l'exception des troupes étrangères, qu'il avait appelées ex insulis 
gentium , c'est à dire de la Grèce. Il parûtrait donc que la Créce , 
ou les autres contrées qui en sont voisines, ont été les premières ha- 
bitées en Europe ; et il est à présumer que delà sa population se 
sera étendue dans les Gaules , en Espagne et en Etrurie , par suite 
du penchant naturel qui devait porter (es hommes de ces premiers 
tems à s'établir clans des pays fertiles st d'une douce température , 
plutôt que dans les climats stériles et glacés du nord ; de quoi nous 
aurons occasion de parler plus amplement dans les recherches que 
nous aurons à faire > sur le costume de chacun des peuples de ce 
continent. 
Europe Mais les anciens n'eurent encore que des connaissances fort 

des anciens. J- 

imparfaites sur la configuration et l'étendue de l'Europe. Héro- 
dote , ce père de l'Histoire , qui vivait environ quatre siècles 
après Homère , croyait que l'Europe égalait en grandeur l'Asie 
Homère. et la Lybie prises ensemble. Homère , le prince des poètes et des 
historiens de l'antiquité , regardait le mont Olympe en Thessalie 
comme le centre de l'univers, et file de Scherie , depuis Co?cyre 
maintenant Corfou , comme la partie la plus occidentale de ce 
continent (i). Il place au nord de la Grèce les vastes contrées de 
la Thracc, mais il ne nous dit rien de l' Hébre , ni du Danube dont 
il est fait mention pour la première fois dans Hésiode sous le nom 
à'Jster. L'Italie même est à peine indiquée, et encore confusément, 
dans l'Odyssée. La Sicile (a) et les îles adjacentes y sont décrites 
d'une manière bien peu conforme à leur véritable position , et com- 
me étant le séjour de monstres, de nymphes dangereuses, et de peu- 

(i) Odyss. VI. v. 204. 

(2) Appelée Thrinaçcia , et ensuite Thrinacria. 



sur l'Eukope. îi 

pies entièrement fabuleux : ce qui prouve combien peu elles étaient 
connues de cet écrivain célèbre (i). 

On trouve clans Hérodote des notions bien plus étendues sur Hérodote 
l'Europe. 11 parle des peuples de Y Adriatique t des Thyrrhéniens s de 
Vlbérie , et de Tariessus 3 aujourd'hui Y Andalousie en Espagne ; il 
donne quelqu'indice , quoique d'une manière obscure, de Masilia, 
aujourdh'hni Marseille, des Liguriens, et des Enéihes ; il désigne 
très-clairement YTster , le Boristhéne et le Tanaïs; il fait une belle 
relation des Scythes dont il place les diverses tribus entre Ylster 
et le Tanaïs , et cite en outre divers autres peuples confinans avec 
les Scythes. Mais entre ces régions , dont quelques-unes sont décri- 
tes avec beaucoup d'exactitude par cet historien , il se trouve des 
vuides immenses qu'il n'a point su remplir. 

Depuis Hérodote, la géographie de l'Europe ne parait pas fyïhèas. 
avoir fait de grands progrès, jusqu'à l'époque brillante où la va- 
leur Romaine porta ses aigles triomphantes dans toutes les contrées 
du monde alors connu. On sait pourtant qu'un certain Pyihms ha- 
bitant de Marseille, lequel vivait quelques années avant Alexan- 
dre, avait écrit la relation d'un voyage qu'il avait fait en Scandi- 
navie , et peut-être jusques dans la mer Baltique ; et que d'autres 
voyageurs, particulièrement de la Grèce, avaient cherché à péné- 
trer peut-être encore plus avant dans le nord ; mais leurs ouvrages ont 
été la proie du tems , et ce qu'on en trouve rapporté dans certains 
écrivains, ne présente que des notions imparfaites et très-obscures. 

Ce ne fut même que sous le siècle d'Auguste que les Romains, Lésions. 
plus jaloux de conquérir que de publier leurs conquêtes, songèrent à 
donner une description exacte des pays qui leur étaient soumis. Mais 
la politique apprit bientôt à. ces maîtres du monde, combien il leur 
importait de connaître la position et les limites de leur vastes do- 
maines, ainsi que les avantages qu'ils pouvaient en tirer pour le 
commerce , pour le luxe et pour la guerre. C'est peut-être à cette 
politique que nous sommes redevables des œuvres de Strabon et de Straion. 
Pline. Le premier vivait sous Auguste. 11 fit un recueil , qui n'est 
pas toujours très-fidèle , de tous les écrits des géographes qui l'avaient 
précédés, et des relations de son tems. La série des régions que ce 
géographe a décrites, commence par Ylbérie ou l'Espagne , et con- 
tinuant par les Gaules, l'Italie, l'Allemagne, l'Iilyrie, et la France, 

(0 v - GosseKn , Géographie des Grecs analysée. 



p:in 



Itinéraires 
Piomains. 



Europe 

2 Pioiëmêe. 



ia Discours préliminaire 

finit aux iîes de la Grèce. Il fait aussi mention à* Albion ou de 
la grande Bretagne , de la Scandinavie , et autres contrée du nord j, 
malgré qu'il suspecte un peu la vérité des relations d'après les- 
quelles il en parle. Mais il lui arrive souvent de tomber dans des 
erreurs grossières , et d'avoir des opinions extravagantes au sujet de 
pays qui, de son tems, devaient être parfaitement connus à Rome. 
Il fait courir la chaîne des Pyrénées du nord au midi } et couler 
le Rhin sur une ligne parallèle à cette chaîne. Sa description de 
l'Italie contient des notions du plus grand intérêt; mais on l'y 
voit avec peine discutant sérieusement si cette péninsule a la ligure 
d'un triangle ou d'un carré. 

Pline aussi doit être considéré comme un compilateur soigneux 
de toutes les relations qui avaient été faites avant lui et de son tems , 
sur la géographie universelle ; mais comme il avait puisé en partie 
aux mêmes sources que Strabon , on trouve également dans ses 
écrits des contradictions choquantes ; et un étrange assemblage de 
vérités et de fables, surtout lorsqu'il parle de l'Europe septentrio- 
nale. Admirable par la précision et l'étendue de ses connaissances^, 
quand il décrit quelqu' objet d'Histoire naturelle appartenant même 
à des pays très-éloignés de Rome, il admet avec une crédulité 
puérile l'existence de certains peuples, dont les uns avaient des 
pieds de chevaux , et les autres des oreilles si grandes qu'elles leur 
servaient comme de coussin dans leur lit. Son ouvrage cependant , 
malgré le grand nombre d'erreurs dont il est semé, nous fournit des 
éclaircissemens précieux , pour déterminer quelles étaient les limi- 
tes de l'Europe septentrionale dans les premiers siècles de l'em- 
pire Romain. 

Ce qui contribua encore beaucoup aux progrès de la géogra- 
phie , ce fut ce qu'on appela les itinéraires , que certains Empe- 
reurs firent dresser pour indiquer, non seulement les routes, mais 
encore les confins, les revenus, et l'étendue des provinces qui étaient 
sous la domination Romaine. Malgré qu'il y eût des ordres très- 
sévères pour empêcher que ces itinéraires ne fussent connus, (i) 
il était bien difficile , pour ne pas dire impossible , qu'ils échap- 
passent à la curiosité des géographes et dos voyageurs. Et en ef- 
fet , Ptolémée , astronome d'Alexandrie „ le dernier et le plus 
grand des géographes de l'antiquité 3 qui vécut sous le régue des 



(i) Tacit. Armai, (en plusieurs endroits). 



sur l'Europe. i3 

Antonins , y puisa la plupart des connaissances qu'il avait acquises 
clans cette science. A l'exemple de Marinus de Tyr il posa les fon- 
démens de la géographie sur l'astronomie et les mathématiques (i), 
Les notions qu'il nous a laissées , nous mettent dans le cas d'as- 
signer d'une manière assez précise, les limites qu'avait l'ancienne 
Europe à l'orient et au nord. 11 trace avec beaucoup d'exacti- 
tude le cours du [Volga qu'il appelle Rha , ainsi que celui du Ta- 
ndis , auquel il fait décrire une courbe comme celle qu'il suit 
réelement dans les cartes modernes , tandis que Strabon le fait 
courir du nord au midi. On trouve néanmoins diverses erreurs dans 
son ouvrage. Il fait avancer la Méditerranée vers le levant à vingt 
degrés au delà des limites qu'elle a de ce côté , malgré que de son 
teins, cette mer fût parcourue par les Grées et les Romains dans 
toute son étendue : il donne à Albion une extention si considérable 
à l'orient, qu'il la fait replier sur l'Allemagne, et à l'Italie même 
une cofiguration peu conforme à celle qu'elle a ; enfin , dans la 
description qu'il fait des parties septentrionales de l'Europe^ qu'il 
prolonge jusqu'à la Chersonése Cimbrique , aujourd'hui le Jutland 
en Dannemark s il désigne comme des îles , certaines contrées qui 
tiennent au continent. 

On voit par cet exposé rapide des progrès de la géographie Confins 

dlîpi -, . , ,1 ^ © O JT £ e r ancienne 

e 1 tLurope , que les anciens n eurent qu une connaissance très- Europe, 

imparfaite de ce continent jusqu'à la fondation de l'Empire Ro- 
main. Depuis cette époque, on sut d'une manière positive qu'il 
était borné, non seulement au midi parla Méditerranée, mais en- 
core à l'occident par une ligne qui s'avançant dans l'Océan, passait 
entre l'Irlande et l'Angleterre 3 et regagnait la muraille d'Anton in en 
Ecosse. Ses limites du côté du nord ne sont pas aussi faciles à fixer. 
Après avoir dit tout ce qu'il connaissait des contrées septentrio- 
nales de l'Europe , Ptolémée lui donne pour confins 3 au lieu de 
l'océan 3 des terres qu'il suppose inconnues. Les navigateurs Romains 
avaient visité les côtes méridionales de la Baltique jusqu'au Piubo a 

(i) Quelques écrivains ont élevé des doutes sur l'authenticité de la 
géographie de Ptolémée. Ils prétendent que le vrai texte est perdu, et 
que l'ouvrage qu'on a , n'est qu'une compilation postérieure aux tems 
où vivait cet écrivain. Cette opinion ne repose cependant que sur des fon- 
demens bien fragiles: nous ^n'entreprendrons point de la discuter ici. On 
peut lire à cet égard ce qu'en a dit Gosselin dans l'ouvrage que nous 
avons déjà cité. 



*4 Discours préliminaire 

aujourd'hui la Dwlna , et ils en avaient rapporté les noms de di- 
verses peuplades qui les habitaient, sans y laisser aucun établisse- 
ment. On voit même clairement, par les cartes de Ptolemée , que 
les Romains n'avaient aucune connaissance des pays intérieurs de 
l'Allemagne. Ainsi l'on peut affirmer 5 sans crainte de se tromper } 
que les anciens n'étaient point allés , sur le continent , au delà du 
5i. e degré de latitude septentrionale , ou d'une ligne qui, partant 
de l'embouchure du Rhin , venait finir aux monts Sarmates ou 
Krapacks. Quant aux confins de ce continent à l'est , les opinions 
des anciens géographes sont partagées , et on lit dans Brietius qu'il 
y avait à cet égard cinq sistômes différens , que nous n'entrepren- 
drons point de discuter ici, pour ne point trop nous écarter du but 
que nous nous sommes proposés. Ce qu'il y a de certain , c'est que 
du tems des Empereurs Romains , on donnait pour limites à l'Eu- 
rope 9 du côté de l'orient, la mer Egée ou l'Archipel, la Propon- 
tide , ou mer de Marmara , le Pont Euxin ou la Mer Noire , jusqu'à 
l'embouchure du Niester , et de là une ligne qui remontait le long 
de ce fleuve jusqu'aux monts Krapacks ; mais on ne pourrait rien 
dire de positif sur la limite véritable qui séparait l'Europe de 
l'Asie au delà de l'embouchure de ce fleuve (i). 
Division Nous venons de voir quels étaient les confins de l'Europe an- 

sou* vEmpire cienne. Ce serait ici le cas d'en présenter la carte selon le plan 
que nous nous sommes prescrit ; mais comme il serait difficile de 
lui donner assez d'étendue pour y éviter la confusion , à cause du 
grand nombre de divisions qu'il faudrait y marquer; et l'ordre que 
nous avons adopté „ exigeant que nous traitions distinctement de cha- 
que pays en son lieu, nous nous réservons à donner les différentes 

(i) L'Encyclopédie méthodique étend l'Europe ancienne jusq\i'au Ta- 
Ttaïs ; mais il n'est pas encore bien décidé si le Tanaïs des anciens était 
îe Danube , ou le Don , ou quelqu'autre fleuve de la Russie. Il est d'au- 
tres écrivains qui donnent pour limite à cette partie du monde , du côté 
de l'est, une partie du Don , puis une ligne qui va de ce fleuve au Volga , 
du Volga au Carambice qu'ils croyent être YOby , et enfin le reste du 
cours de ce dernier fleuve jusqu'à son embouchure. Cette démarcation con- 
fond d'une manière étrange les limites cle l'Europe moderne avec celles 
de l'ancienne. Pour ne point nous exposer à donner comme certaines ces 
choses douteuses , ou trop hazardées , nous avons préféré de nous en tenir 
à l'opinion des écrivains les plus dignes de foi , sur les confins de ce con- 
tinent qui nous paraissent les mieux démontrés. 



Romain. 



v SDR l'Europe. i 5 

Cartes de la géographie comparée de ce continent, an commence- 
ment de l'histoire particulière de chacun des peuples qui l'habi- 
tent. Nous nous bornerons donc à observer pour le moment que v 
lors de l'empire Romain , l'Europe se divisait en douze provinces 
qui étaient ^ les îles Britanniques 3 la Scandinavie, la Sdrmalie 3 
la Gaule, la Germanie , Y Espagne 3 Y Italie 3 la Mésie ,1a Thrace, 
la Macédoine , Ylllyrie , et la Grèce. 

Telles étaient en Europe les contrées sur lesquelles, comme Décadent 
sur le reste du monde connu 3 s'étendait dans les premiers tems la dc Romam™ 
domination Romaine. Mais déjà s'accumulaient dans le nord de 
cette partie du monde ainsi qu'en Asie , ces hordes de peuples bel- 
liqueux et féroces, qui devaient un jour envahir l'empire et Rome 
même. Tandis que les Romains livrés à la mollesse et à tous les 
excès de la corruption , perdaient insensiblement dans des révolu- 
tions continuelles et dans les guerres intestines leur ancienne vi- 
gueur et la supériorité de leurs vertus guerrières, ces mêmes hor- 
des qu'ils appelaient Barbares , croissaient de jour en jour en 
nombre et en force , et trop resserrées bientôt dans leurs terres 
natales, menaçaient d'en sortir comme des torrens impétueux. Au 
commencement de l'ère vulgaire , l'Europe civilisée était divisée de 
l'Europe encore barbare par une ligne , qui prendrait à-peu-près 
depuis l'embouchure du Rhin jusqu'à celle du Danube (i). D'un 
côté la nature étalait toutes ses beautés , réunies à tout ce que l'in- 
dustrie , les arts et les sciences avaient pu inventer pour les com- 
modités et les agrémens de la vie; de l'autre on ne trouvait que 
d'affreux climats en proie à un hiver perpétuel , et manquant de 
tout , que de misérables cabanes , et des hommes errans comme des 
bêtes sauvages (a). Non contens de leurs immenses possessions et tou- 
jours avides de conquêtes, les Romains osèrent s'avancer au delà 
de cette ligne, et engager avec ces hordes misérables une guerre 
qui dura pendant presque les deux premiers siècles de l'empire. 
Forcées de se retirer plus au loin dans le nord , elles s'y multi- 
plièrent bientôt au point de n'y plus trouver de quoi subsister; et 
cédant à l'appât des riches dépouilles que leur offraient les pro- 
vinces de l'empire Romain tombant en ruine de toutes parts, sur- 
tout après le partage qui en fut fait en empire d'orient et em- 



Causes 
de F invasion 

des Barbares. 



(i) Voy ce que nous avons dit plus haut. 

(2) Le Sage. Atlas histotiq. Tabl. 8, edit, de Flor. 



J 6 Discours prélimihaike 

pire d'occident, elles franchirent de nouveau, vers le milieu du 
troisième siècle, les confins de leurs climats' glacés, et se précipi- 
tèrent en foule sur les plus belles contrées de l'Europe. Telle fut 
l'invasion des Goths. Dans le même tems, et poussés sans doute 

Goths, Hum. par les mêmes motifs, les Hum , non moins barbares que les Goths , 
sortirent des régions centrales de l'Asie, et se débordèrent égale- 
ment sur les terres de l'empire Romain. Quelle douceur et quels 
charmes ne devait point avoir pour ces peuples l'aspect de pays si 
riches , si florissans , et si différens en tout des tristes contrées qu'ils 
avaient quittées ? Entraînés par les mêmes causes , et peut être par 
l'exemple des Goths et des Huns , d'autres barbares , laissant là leurs 
déserts , se joignirent à eux , ou leur firent la guerre , et se dis- 
putèrent entre eux les débris sanglaus de cet empire. Envain quel- 
ques Empereurs réussirent à repousser ces hordes féroces, et même 
à les forcer de se retirer dans les pays lointains d'où elles étaient 
sorties : elles revinrent toujours avec plus de fureur , et finirent 
par chasser à jamais les aigles Romaines de l'empire d'occident (i). 

T dJsÊiTba>iT La Bretagne fut envahie par les Saxons , la Gaule par les Francs , 
et l'Espagne par les Fisigoths. L'Italie après avoir subi successi- 
vement le joug des Huns , des Hérules , des Ostrogoths , et autres 
peuples barbares , passa enfin sous celui des Lombards. 

JNous croyons faire une chose agréable à nos lecteurs que de leur 
donner ici une carte où sont représentées les invasions des Barba- 
res d'après les idées de Le Sage. L'étendard bleu indique ceux qui 
étaient sortis du nord de l'Europe 3 et dont les pays se trouvaient 
entre l'océan , et une ligne qu'on pourrait imaginer tracée entre 
la Crimée et l'embouchure de la Dwina: l'étendard rouge désigne 
ceux qui étaient venus de l'Asie , et qui habitaient au delà d'une 
ligne qu'on pourrait tirer depuis l'embouchure du Don jusqu'à celle 
de YOby j et l'étendard jaune signale ceux dont les tribus occu- 
paient les contrées comprises entre ces deux lignes. 

.iVouvei ordre La chute de l'empire Romain en occident y fit éclorre un 

nouvel ordre de choses; et des ruines de l'Europe ancienne, s'éleva 
pour ainsi dire l'Europe moderne. Un nouveau costume commença 
dès lors à s'introduire parmi les peuples qui étaient passés sous le 

(i) Une chose qui ne contribua pas peu à la décadence de l'empire 
Romain , ce fut le partage solennel qui en fut fait en empire d'orient , 
eu en empire d'occident sous Valentinien en l'an 364- 



politique. 



sur l'Europe. 17 

joug des Barbares , costume qui dans nos recherches nous servira 
comme de liaison entre l'ancien , et surtout entre le Romain et 
celui des tems modernes. 

Malgré l'invasion des Barbares , et lorsque l'empire d'occident e, 
avait déjà repris sous de nouvelles formes une nouvelle existence 
sous Charlemagne vers le commencement du neuvième siècle, l'em- 
pire d'orient ne s'était pas tout à fait éclipsé, et il conservait en- 
core quelque reste de puissance sur certaines contrées de l'Italie. 
Mais comme les vicissitudes politiques de cet empire ont moins de 
rapport avec. l'Europe qu'avec l'Asie, où il s'étendait presqu'en 
entier , nous nous réservons d'en parler de nouveau lorsque nous 
traiterons du costume des peuples appartenais aux contrées occi- 
dentales de ce dernier continent. Quant aux grands événemens qui 
se sont passés à Constantinople , lieu de la résidence des Empereurs 
d'orient , nous en ferons mention incessamment dans notre introduc- 
tion au costume des Grecs. Nous nous bornerons à observer poul- 
ie moment à nos lecteurs , que cet empire , qui était connu encore 
sous les noms d'empire Grec , et de bas empire , accablé sous le 
poids des vices de son gouvernement et de l'avilissement de la na- 
tion , finit , après diverses révolutions , par devenir la proie des 
Turcs en i543, époque mémorable, où Mahomet II. prit Constan- 
tinople d'assaut, et fonda en Europe Fempire Ottoman qui dure 
encore aujourd'hui. (1). 

L'invasion des Barbares en Europe opéra , comme nous venons & 
de le dire , un chagement total dans l'ancien costume de ses habi- 
tans. Il se fît un mélange bizarre des lois , des institutions , des 
coutumes , des langages même et des arts des conquérans avec ceux 
des nations subjugées. Nous marcherons pendant plusieurs siècles à 
travers les ténèbres, dans l'ignorance et la confusion. Des généra- 
tions féroces se succéderont, jusqu'à ce qu'il sorte de l'Italie un 
premier rayon de lumière , qui annoncera l'aurore de plus beaux 
jours. Alors nous verrons l'ordre et l'harmonie sortir peu-à-peu 
comme du cahos , et s'étendre dans toute l'Europe. Le génie de 
l'Italie se relèvera plus glorieux que dans le siècle d'Auguste, et 
reprendra son empire sur cette partie du monde , non plus par 
la violence 3 par la force des armes, ni par la tyrannie, mais par 
les lettres , les arts , les sciences et le commerce. 

(1) V. Gibbon. Hisbory of tlie décline and f ail of the Roman an- 
pire. Beau. Histoire du Bas-Empire. Montesq. Décadence etc. 

Europe- Vol, I. 3 



d*ûrieiit 



oaveaux 
costume. 



i8 Discours préliminaire 

Progrès d* la Ces irruptions de Barbares contribuèrent néanmoins aux pro- 

gres de la géographie, et à reculer les limites de l'ancienne Eu- 
rope. Les relations qu'ils donnèrent sur les pays dont ils étaient 
originaires , furent recueilies , bien que grossièrement , dans les chro- 
niques des siècles modernes. Elles furent la source de connaissan- 
ces plus étendues et plus précises sur les légions du nord. Mais 
c'est encore moins à ces relations qu'à la propagation de la reli- 
gion Chrétienne 9 que l'Europe est redevable de l'avancement de 
sa géographie. Les moines lui ont rendu des services importons 
ainsi qu'aux autres sciences. C'est d'eux que nous tenons, non seule* 
ment les annales des siècles du moyen âge , mais encore les diffé- 
rentes descriptions des pays dont ils ont douné l'histoire, (i). Le zélé 
des missionnaires pénétra dans des climats, jusqu'où les conquérana 
n'avaient point osé s'avancer. Ce furent eux qui les premiers nous 
firent connaître la véritable position du Dannemark s de la Suéde, 
et de l'Irlande. Ils parcoururent les bords de la Vistule et de 
VOder , et donnèrent la description de ces contrées , ainsi que des 
mœurs de leurs habitons (a). Des Princes qui sentaient tous les 
avantages que pouvaient leur procurer de ces connaissances , firent en- 
treprendre des voyages vers toutes les extrémités de l'Europe. Dès 
le neuvième siècle , les Normands avaient découvert les îles de 
Féroer et l'Islande (3). On était même parvenu dans le dixième 
siècle jusqu'aux plages lointaines du Groenland (zf). Les Danois 
s'aventurèrent les premiers dans la mer glaciale au delà du 7Ô. e 
degré de latitude 9 et en i553 ils découvrirent les îles sauvages et 
glacées du Spitzberg. 

Nous avons parcouru toutes les époques les plus remarquables 
de l'Europe, depuis la plus haute antiquité jusqu'aux dernières dé- 

(i) V. Anton. Matthei. jlnalecta veteris aevi , ec. 

(2) C'est ainsi qu'Emon , abbé de Werum, fit vers l'an 1217 la des- 
cription de toutes les contrées que les Croisés avaient traversées depuis 
les Pays-bas jusques en Palestine. S. Bonifaee apôtre des Allemands en 
fit autant de divers cantons de l'Allemagne , dans des lettres qu'il écrivit 
aux Souverains Pontifes. Voy. encore Malte-Brun , tom. 1 , pag. 4°8- 

(3) Langebek. Script, rer. Dan. T. III. Torf. Hist. Norveg. II. lib. 2. 

(4) Voy. Torfoei. Groenland, antiqua. Quelques géographes encla- 
vent encore le Groenland en Europe. Mais les dernières découvertes qui 
ont été faites , ne permettent plus de douter que cette contrée ne tienne 
au continent de l'Amérique. 



sur l'Europe. 19 

couvertes qui y ont été faites; et nous avons ainsi indiqué en quel- 
que sorte la marche que nous nous proposons de suivre, dans la 
recherche du costume des différens peuples de ce continent. Nous 
sentons toute la difficulté d'une pareille entreprise; mais cette diffi- 
culté même servira d'aiguillon à notre zélé, et l'accueil favorable que 
le public a fait jusqu'ici à notre ouvrage rassurera nos pas dans 
cette carrière épineuse. Nous ne donnerons pas non plus la carte 
de l'Europe moderne , par les mêmes motifs qui nous ont fait omet- 
tre celle de l'Europe ancienne. Nous nous contenterons donc d'aver- 
tir ici nos Lecteurs, que dans la division des états de l'Europe, 
nous suivrons le système généralement adopté , d'après lequel on la 
partage en dix sept régions qui sont : le Portugal , l'Espagne , la Division 
France, la Hollande avec la Belgique, la Grande Bretagne, le moderne! 30 
Dannemark , la Norvège , la Suéde , la Russie , la Prusse , la Po- 
logne , la Bohême, l'Allemagne, la Suisse, l'Italie, la Hongrie et 
la Turquie , outre les diverses îles disséminées dans ses mers. 

L'Europe moderne est bornée au nord par la mer glaciale , à Se* eonjîm. 
l'occident par l'Océan , au midi par la Méditerranée qui la sépare 
de l'Afrique, à l'orient par l'Archipel, la mer de Marmara, la 
mer Noire, la mer tfAsof? et ensuite par le Don et le (Volga 
jusqu'aux monts Poyas ou Oural (1). Elle s'étend depuis le 12, ao' 
de longitude occidentale, jusqu'au 65° 4°' de longitude orientale 
du méridien de Paris , et depuis le 36. e jusqu'au 7a. 6 degré de la- 
titude septentrionale: ce qui fait 11 10 lieues de longitude depuis 
le cap Saint Vincent jusqu'à l'embouchure de l'Oby, et environ cpo 
lieues de latitude depuis le cap Matapan jusqu'au cap Nord (2,). 

Les anciens, comme on le sait, étaient dans l'usage de repré- &Eur* ps 
senter l'Europe sous l'image fabuleuse d'une jeune nymphe que Ju- représentée. 
piter avait enlevée en prenant la forme d'un taureau : c'est là le 
seul symbole qu'il nous en ont laissé. La planche 3 en offre trois 
figures emblématiques qui ont été copiées sur divers monumens. Le 
n.° 1 , pris d'une peinture appartenant au tombeau des Nasons , 
représente l'Europe enlevée à la vue de ses compagnes qui parais- 

(1) Selon la carte de Pwbert. 

(2) Voyez la carte géographique qui précède ce discours. Les limites 
qui séparent l'Europe moderne de l'Asie ne sont pas encore parfaitement 
déterminées entre les Géographes. Il n'entre point dans notre sujet de discu- 
ter cette question , sur laquelle le Lecteur pourra consulter le voyage de 
Pallas. 



20 Discours préliminaire sur l'Europe, 

sent épouvantées. Dans le n.° a, copié sur un camée du Chevalier 
Fontaine, la nymphe se montre sans aucun ornement. Le n.° 3, 
qui est tracé d'après une autre camée du cabinet de la maison de 
Brandebourg, la dépeint au milieu du cortège gracieux des Amours 
et des Néréides , telle qu'on la trouve décrite dans Lucien. Divers 
artistes modernes l'ont représentée sous la figure d'une matrone ma- 
gnifiquement vêtue. Son habillement à diverses couleurs annonce la 
variété de ses richesses. Sa tête est ceinte d'un brillant diadème , 
en signe de la domination qu'elle exerça sur le monde entier du 
tems des Romains. Elle est assise pour Fordinaire sur deux grandes 
cornes d'abondance, symbole de sa fertilité: d'une main elle tient 
l'image d'un temple, comme signe allégorique de religion; et de 
l'autre un sceptre dont l'expression emblématique désigne la forme 
la plus commune de ses gouvernemens. On voit d'un côté , un che- 
val avec des trophées qui annoncent son génie belliqueux ; et de 
l'autre des livres , des globes , des compas , des pinceaux , et des 
instrumens de sculpture et de musique, qui attestent sa supériorité 
dans les sciences et dans les arts. L'Europe est encore figurée quel 
quefois sous l'image d'une Pallas ayant un casque en tête, avec un 
sceptre d'une main , et de l'autre une corne d'abondance. 

Europe Lebrun l'a représentée clans le grand escalier du château de 

Versailles sous la figure d'une femme, d'un aspect aimable et en même 
tems noble et majesteux , assise sur des canons. Elle a pour coiffure 
un casque surmonté d'un panache blanc: une cuirasse d'or brille 
sur sa poitrine, et un riche manteau de couleur bleue lui sert 
cle vêtement. D'une main elle tient un sceptre, et de l'autre une 
corne d'abondance. A l'un de ses côtés , un coursier hennissant lève 
sa tête superbe; et de l'autre se voyent quelques livres, avec un 
étendard , un casque et un bouclier. 

L'Evmpe Enfin le Chevalier Appiani a figuré l'Europe sous l'aspect d'une 

belle femme se reposant dans une chaise d'or, et contemplant l'O- 
lympe. Un long sceptre est dans l'une de ses mains, qu'elle tient 
mollement étendue sur une corne d'abondance : elle est vêtue d'une 
tunique blanche et d'un manteau couleur de pourpre : non loin de 
la chaise sont épais ça et là le ciseau, le maillet, la palette , une 
harpe , un caducée , et une couronne de laurier , emblèmes des 
beaux arts. On voit à ses pieds un livre , un compas , un équerre , 
et un globe qui sont les attributs des sciences et des arts , et plus 
loin une chouette , symbole de la sagesse. 



Le&ru*. 



d'Appùmi. 




■iÂlcâ/ofiùuiLhifmMs,asJ!a <?'J_*<V& di JHùùj- 



LE C O S T U 

ANCIEN ET MODERNE 

DE LA GRÈCE 

PAS 

M. r GIRONI 

VICE-TiMI.TOTHECA.Hll: EE LA BIBLIOTHEQTJE IMPÏMAM2 El RQTÀ1E SE MUAS 

ET CÏÏÏSEl'». 



INTRODUCTION 



.LJLu seul nom de la Grèce , de grands souvenirs se réveillent idée» 
en foule dans Pâme de quiconque a fréquenté l'école des muses 5 eTL'uTicno 
et se pique de quelques connaissances , même médiocres , dans 
les sciences et les arts. Et qui pourrait en effet arrêter sa pensée 
sur cette terre heureuse qui donna le jour aux Homères , aux Hé- 
rodotes , aux Sophocles , aux Démosthénes , aux Thémistocles , et à 
tant d'autres grands hommes , sans être pénétré d'un sentiment puis- 
sant qui élève lame et enflamme l'imagination ? Il semble que des 
monumens qui nous restent de cette nation célèbre , s'échappe une 
flamme, pour ainsi dire, divine qui , dispersant les nuages amoncelés 
par les tems , découvre à nos yeux le spectacle enchanteur des scè- 
nes Mythologiques, et fait revivre dans notre esprit tout ce que 
l'histoire nous a transmis de plus étonnant dans les arts ^ et de plus 
merveilleux en fait d'événemens. 

Mais aussi , dans cette espèce d'enthousiasme qui s'empare de Difficulté 
nous en songeant à la Grèce, il est bien difficile de ne pas se lais- d ° t'cfécT 
ser transporter par un mouvement d'admiration , qui nous empêche 
souvent de juger sainement de la vérité 3 et nous égare dans des 
routes incertaines et trop élevées. C'est là peut-être ce qui a donné 
lieu à cette multitude de systèmes sur l'origine de la Mythologie 
Grecque; aux explications étranges, et souvent contradictoires qui 
en ont été faites; au peu de vérité qui régne quelque fois dans 
les écrits des historiens , et même dans les récits des voyageurs ; 
et enfin à l'imperfection des descriptions qui nous ont été trans- 
mises sur les monumens de l'ancienne Grèce: considérations qui 
toutes devraient nous faire renoncer au projet de retracer ici le cos- 
tume des peuples qui l'ont habitée. 

Une autre difficulté non moins grande s'est présentée à nous Bfp cvhé 
dans cette entreprise , c'est, celle de rapporter l'histoire et le cos- 
tume de cette nation à un centre commun , de lier ensemble tous 
les événemens qui la concernent , et de lui donner , pour ainsi dire , la a 
une seule et même physionomie d'habitudes, de lois et de constitu- 



ée rapporter 

a un centre 

commun tout ce 

qui concerne 



s 



Hisloire 
éa Gillies. 



Athéniens , 

principal 

peuple 

de le Grèce. 



ïiiulililê 

des recherches 

minutieuses. 



24 Introduction. 

tions , comme il est aisé de le faire pour tous les autres peuples de 
l'antiquité. Et en effet , la Grèce doit être envisagée en quelque sorte , 
non comme une seule et même nation , mais bien comme un monde 
entier , comme une aggrégation de divers peuples , qui , tout en con- 
servant entre eux quelque ressemblance et certains rapports , dif- 
fèrent néanmoins essentiellement de caractère 3 de mœurs, de gou- 
vernemens et même de langage. Cette diversité se manifeste bientôt 
de la manière la plus sensible , par exemple entre les Athéniens et 
les Béotiens ou Spartiates. 

Quant à l'histoire de ce pays , nous sommes d'avis que Gillies 
est Fécrivain qui Ta le mieux traitée , et peut-être le seul qui ait 
su mètre de l'ensemble dans le tableau des différentes vicissitude? 
des peuples de la Grèce , et les ramener à un point d'unité qui , 
dans tous les genres , fait le charme principal des productions de 
l'esprit. C'est pourquoi nous nous en rapporterons souvent aux re- 
lations de cet écrivain, en tout ce qui concerne les événemeus poli- 
tiques et militaires qui peuvent avoir quelque liaison avec l'objet du 
costume. Mais comme de tous les peuples de la Grèce , les Athéniens 
méritent le plus de fixer notre attention, nous nous attacherons à 
décrire le leur d'une manière plus particulière. Parmi les villes 
Grecques , Athènes fut sans contredit la plus polie et la plus remar- 
quable. C'est d'elle que les autres empruntèrent leurs connaissances 
dans les arts et dans les sciences , aussi bien que leurs vices. Les 
modes Athéniennes furent recherchées et suivies par tous les Grecs 
qui avaient quelque prétention au bon goût. D'ailleurs le territoire 
d'Athènes nous est beaucoup mieux connu que tout autre lieu de 
la Grèce ; et les descriptions que nous avons sur le costume Atti- 
tique sont en si grand nombre , qu'il nous sera aisé d'en former un 
tableau , d'après lequel on pourra se faire une juste idée du carac- 
tère de ce peuple, qui fut autrefois le premier de la terre. 

Mais en nous proposant de traiter ici du costume des Athé- 
niens et de celui des autres peuples de la Grèce, notre inten^ 
tion n'est pas d'entrer dans des recherches minutieuses , ni dans 
des raisonnemens subtils , qui ne tendraient qu'à faire pompe d'une 
vaine érudition s sang aucun profit pour le lecteur. Qu'aurions nous 
gagné en effet dans l'étude de l'antiquité , lorsqu'après bien de» 
conjectures, nous parviendrions à savoir quelle était la forme du lit 
de Junon , ou du vaisseau qui transporta les Argonautes à la con- 
quête de la toison d'or? Bien loin donc de vouloir imiter le docte 



Introduction 2,5 

Saumaise, qui, après avoir démontré dans deux longues et savantes Critique 

d~ de ôaumuisc 

issertations , que les pommes d or du jardin des Hespérides n'é- 
taient, selon le témoignage de divers auteurs,, que des oranges de 
la plus grande beauté, finit par déclarer avec un Docteur Al- 
lemand, que ces pommes n'étaient point des oranges, mais des ci- 
trons , nons laisserons de côté tout ce qui ne fournirait matière qu'à 
de vaines arguties, et n'aurait d'autre mérite que de grossir inuti- 
lement cet ouvrage. Car, encore une fois , notre but n'est pas d'y Noire butdans 
rassembler tout ce qui a été dit au sujet de la Grèce ; mais seule- 
ment d'y exposer avec choix les notions dont la certitude ou au 
moins la probabilité sont reconnues, et surtout celles qui peuvent 
être de quelqu'utilité pour les artistes. Nous ne prétendons donc 
point à l'honneur de publier des choses nouvelles, ou que personne 
n'ait jamais dites; notre ambition se borne seulement à recueillir 
ça et là , et à réunir en un seul corps , tout ce qui concerne le cos- 
tume Grec, et dont on ne pourrait s'instruire autrement, qu'en 
lisant une multitude de volumes, qui ne se trouvent que dans les 
plus riches bibliothèques. Et que pourrait-on dire de neuf sur un 
sujet, qui a été traité par tant d'auteurs célèbres anciens et mo- 
dernes ? Nous ne marcherons pourtant point pour cela servilement 
sur les traces de ceux que nous prendrons pour guides , quelque soit 
du reste le poids de leur autorité ; nous n'hésiterons même pas à 
nous écarter de leur jugement , toutes les fois que les lumières d'une 
saine critique nous feront appercevoir qu'ils peuvent être tombés 
eux mêmes dans l'erreur. 

Nous éviterons également de nous arrêter sur certains vices *?*««* 

nêcess-'"— 

grossiers , et sur quelques déréglemens particuliers aux Grecs. Les l d '" 
mœurs Athéniennes surtout, même dans le beau siècle de Périclés , du 
étaient souil liées de taches honteuses, que la pudeur ne permet 
point de montrer à nu. C'est pourquoi nous n'en dirons que ce qui 
sera indispensable pour en donner une juste idée , et pour que no- 
tre ouvrage ne soit pas incomplet à cet égard ; mais nous aurons 
soin d'observer dans nos expressions la décence la plus scrupuleuse, 
à l'exemple de Socrate , qui voulait que les grâces , ces volupteuses 
compagnes de Venus , ne parussent jamais que couvertes d'un voile. 

Un autre écueil , et sans doute bien dangereux , vient encore />>?; ^ 
s'offrir à nous dans cette tâche laborieuse, c'est la difficulté de e f ^T î ï^/''' î " 
trouver un guide sûr, d'après lequel nous puisions juger de ce f abuleux - 
qui appartient aux tems fabuleux. Il est des écrivains et des ar~ 

Europe. Vol. L > 



nécessaire 
riptio, 

Crie'." 1 ' 



prem 
historiens 
de la Grèce 



2,6 sur la Grecs, 

listes qui se montrent peu délicats sur ce point 3 et qui , sans res- 
pect pour ia vérité , représentent les Grecs , des teras par exemple 
d'Hercule et de Thésée, avec un costume qui ne convient qu'aux 
Grecs déjà policés , et devenus maîtres dans les arts de tout genre. 
Que de fois n'avons nous pas vu sur la scène, Euridice et Ariane, 
habillées en Aspasîes, et comme les belles Grecques du tems d'Ale- 
xandre ? Que de fois ne nous a-t-on pas présenté la ville de Thé- 
bes assiégée par les sept chefs , bâtie avec cette magnificence d'ar- 
chitecture cpii ne se développa que plusieurs siècles après la seconde 
guerre Thébaine ? C'est pourquoi nous avons cru ne pouvoir con- 
sulter, dans la description du costume propre aux tems fabuleux, 
d'autorité plus respectable que celle d'Homère et autres poètes de 
Les Poètes la plus haute antiquité. Personne n'ignore que les premières rela- 
tions historiques ont été écrites en vers , et qu'on n'y mêla le mer- 
veilleux, que dans la vue de les graver plus profondément dans 
l'esprit du peuple, en frappant plus vivement son imagination. En 
même teras que nous offrirons à l'attention de nos lecteurs quel- 
qu'un des monumens appartenant à ces siècles reculés , nous nous 
ferons un devoir de les instruire des motifs qui nous ont déterminé 
à le leur présenter préférablement à d'autres. Nous avons donc 
rangé tout ce qui tient à ces tems fabuleux sous trois époques dis- 
tinctes, qui sont; l'expédition des Argonautes, la seconde guerre de 
Thébes , et la guerre de Troie. 
Tems Après cette dernière guerre , le flambeau de l'histoire com- 

lsLor d /U dge mence à jetter quelques rayons de lumière 3 au moyen desquels 
nous voyons se développer peu à peu des scènes imposantes qui 
étonnent l'imagination , et mettre en pratique les grandes maximes 
de la politique et de la philosophie. Au retour de cette entreprise 
fameuse, les Grecs devinrent la proie de révolutions affreuses et sans 
cesse renaissantes ; on ne vit de toutes parts que des trônes teints 
de sang, des villes opprimées par de cruels tyrans, et des divisions 
intestines et sanglantes. Quelques villes secouèrent enfin le joug , 
et la nation entière se forma en république. C'est à cette époque, 
qu'on peut regarder comme le second âge de la Grèce , que pa- 
rurent les plus grands capitaines et les plus sages législateurs ; que 
les arts et les sciences parvinrent au plus haut degré de splendeur; 
que la population s'accrut, au point qu'il fallut envoyer au dehors 
des colonies pour s'y procurer une vie plus commode; et que les 
Grecs enfin devinrent le premier peuple du monde. 



sec 
de l-a Grèce 



INTRODUCTION H7 

Mais l'esprit de rivalité , ce fléau destructeur des républiques Tpeutème 
et des empires, vint bientôt troubler cette union politique qui fait 
la principale force d'une nation , et à laquelle les Grecs étaient 
redevables des victoires étonnantes qu'ils avaient remportées sur les 
Perses»- La Grèce fut partagée en trois puissances. Athènes, Sparte 
et Thébes furent tour à tour en possession du pouvoir suprême. Ce- 
pendant Thébes voyait se former dans son propre sein , sous les leçons 
du père d'Epaminondas , Philippe le Macédonien, politique profond, Philippe 
à la pénétration duquel rien n'échappait cle ce qui pouvait lui ser- de ia Grdce 
vir un jour pour se rendre maître de la Grèce entière. II se com- 
plaisait à voir les Grecs se déchirer entre eux , et user toutes leurs 
forces dans cette fameuse guerre civile., connue sous le nom de 
guerre sacrée. Dès qu'il fut monté sur le trône de Macédoine , il 
donna le premier choc à leur liberté; mais cette grande entre- 
prise ne fut portée à sa fin que sous son fils Alexandre. L'époque 
que nous venons de parcourir compreud les plus beaux tems de la 
Grèce , et l'âge où les arts et les science arrivèrent au plus haut 
point de perfection. 

Après la mort d'Alexandre , la Grèce devint le théâtre des Quatrième %». 
guerres des Macédoniens, et ses villes furent livrées à la merci de 
tyrans féroces , jusqu'à l'époque où les Achéens , sous le comman- 
dement d'Aratus , jettèrent les fondemens d'une nouvelle république , 
qu'on peut regarder comme le dernier effort de la liberté de Grecs. 
Cependant les Etoliens et Cléoméne Roi de Sparte , s'opposèrent for- 
tement au projet d'Aratus, qui seul pouvait rendre à la Grèce sou 
ancien lustre. Après plusieurs défaites, les Achéens appelèrent à 
leur secours Philippe II Roi de Macédoine. De leur côté les Eto- 
liens s'allièrent avec les Athéniens; mais voyant qu'ils ne pouvaient 
se soutenir contre les forces des Achéens et des Macédoniens réu- 
nis, ils se mirent sous la protection des Romains, qui ne tardèrent 
point à déclarer la guerre à Philippe. Les Romains dont la puis- 
sance était déjà devenue formidable par la ruine de Carthage , usè- 
rent d'abord envers les Grecs de cette politique astucieuse , dont 
ils s'étaient déjà servis pour tromper d'autres peuples , et tout 
en feignant de vouloir rendre à chaque ville son premier état , ils 
les tinrent toutes divisées, et les mirent ainsi dans l'impuissance 
de se défendre ni de faire aucune entreprise sérieuse pour recouvrer 
leur indépendance. Enfin , après avoir réglé les affaires de la Grèce 
comme arbitre et comme médiatrice 3 Rome la subjuga par la force 



dfs Romain. 



Guerre 
de MitrJiidate 



2.8 Introduction 

La Gréée des armes. Le Consul Mummius détruisit la superbe Corinthe, et 

conquise par J- " 

les Romains, sous ses ruines s'ensevelit pour toujours la liberté des Grecs. Depuis 

de?J G,éee cet événement qui eut lieu l'an 608 après la fondation de Rome , 
la Grèce devint une province Romaine sous le nom d'Achaïe. 

Cependant, dans cet état même de servitude, les vaincus con- 
servaient sur les vainqeurs une sorte d'empire , par leur supério- 
rité dans les arts et dans les sciences, lorsque Mithridate Roi de 
Pont, et l'ennemi le plus terrible des Romains suscita contre eux 
une guerre des plus sanglantes. Sylla n'ayant point de machines 
pour prendre Athènes , qui était devenue le centre des forces et 
de la puissance militaire de Mithridate., lit raser les bosquets de 

et de suia. l'Académie et du Lycée , et ayant fait construire avec les bois qu'il 
en tira toutes celles dont il avait besoin pour tenter un assaut, il s'em- 
para de cette malheureuse ville, et la livra à toutes les horreurs du 
pillage et de la dévastation , comme il avait déjà fait des temples 

Sous Oetaue. d'Epidaure , d'Olympie et de Delphes. Octave , après avoir saisi les 
rênes du monde , craignant que la Grèce ne parvint une autre fois 
à secouer le joug , y envoya trois Préteurs Romains pour la gou- 
verner ; et depuis lors, l'oppression et l'avilissement ne laissent plus 
voir dans les Grecs , qu'un peuple misérable et dégradé. 
GoiBtanûnopie Bysance qui prit ensuite le nom de Constantinople et devint 

et empire , . 

d'Orient. la capitale de l'empire d'orient, ne conserve plus rien du costume 
Grec , que les vices , la superstition 3 le mensonge et la mauvaise 
foi. " La révolution , comme le remarque l'illustre Ghoisseul dans 
le discours préliminaire de son grand ouvrage , qui transféra sur 
le Bosphore le siège de l'empire, ne pouvait manquer de jetter 
aussitôt les Grées dans une espèce d'ivresse. L'abandon de Rome 
pour une ville Grecque , fut à leurs yeux une espèce de victoire 
que la Grèce remportait sur Rome. Mais de quel effet pouvait être, 
après tant de désastres, un événement de cette nature, tout flat- 
teur qu'il était en apparence ? Les idées de patrie et de liberté 
s'évanouirent tout-à-fait. Les Grecs devinrent d'autant plus lâches 
et plus vils, qu'ils se trouvèrent plus près du trône : les vices de la 
cour se propagèrent rapidement dans tout le corps de la nation : 
les dignités usurpèrent les hommages dûs à la vertu , et chacun fit 
son unique étude de chercher à plaire au tyran. „ 

La Gréée La Grèce ne nous offrira plus désormais qu'une suite d'évé- 

nemens déplorables. Prise et dévastée tour à tour par cent peuples 
divers^ Goths, Scythes, Alains , Gépides , Bulgares, Africains, 



fous les Turcs. 



sur la Grèce. 29 

Sarrazins _, Croisés, elle devint enfin, vers le commencement du 
XIV.% siècle la proie des Turcs , sous le joug desquels elle gémit en- 
core , et ne présente plus aujourd'hui à l'œil du voyageur,, que des 
pays incultes, de tristes chaumières, et des habitans plongés dans 
l'ignorance et la misère. Malgré cet état d'abjection , la Grèce 
compte encore quelques âmes nobles qui, tout en gémissant sur les 
restes précieux de leur ancienne patrie , conservent des sentimens 
généreux , et attendent que quelque main bienfesante vienne lui 
rendre son premier éclat. C'est dans les campagnes et sur les monts, 
ajoute le même auteur, qu'il faut chercher aujourd'hui les descen- 
dais véritables des anciens Grecs. C'est sur ces monts escarpés , que 
se formèrent ces terribles phalanges qui , sous la conduite de Pyr- 
rhus , envahirent l'Italie, et portèrent l'épouvante jusque dans les 
murs de la capitale du monde: c'est laque le fameux Scanderberg, 
le héros de la Chrétienté , le vainqueur à'A murât et de Mahomet II, 
renouvella, avec une poignée de braves dans le XV. e siècle., les pro- 
diges de valeur dont furent témoins, dix huit siècles auparavant, les 
champs de l'Attique et de la Béotie : c'est là enfin que vivent les 
rejetons des anciens Spartiates, connus sous le nom de Maniottes } qui 
n'ont jamais plié sous le joug Ottoman. Déjà quelques rayons de 
lumière semblent se répandre sur ces malheureuses contrées, depuis 
que les Grecs modernes, surtout dans l'Ionie , ont commencé à cul- 
tiver leur esprit et leur cœur par l'étude des arts et des sciences, 
dont ils ont hérité de leurs ancêtres. Puissent'ils recouvrer un jour 
leur gloire primitive 3 et faire revivre les noms de ces grands hom- 
mes , dont la mémoire nous enflamme avec eux du p'us noble en- 
thousiasme ! Pleins de cette espérance , nous avons , à l'exemple du 
même Choîsseul , représenté à la planche 6 la Grèce, sous la figure 
d'une matrone dans les fers : elle est entourée de monumens funé- 
raires élevés en l'honneur des illustres personnages qui l'ont rendue 
si célèbre ; un de ses bras est appuyé sur la tombe de Léonidas : 
derrière elle s'élève une pierre , où on lit l'inscription faite par Si- 
monide pour les trois cents Spartiates qui périrent à la bataille 
des Thermopyles: Passant , vas dire à Sparte que nous sommes morts 
ici pour obéir à ses lois. La Grèce ne semble attendre que le se- 
cours de quelque grande puissance, pour se relever de son avilisse- 
ment. Sur une roche voisine sont gravées ces paroles de Didon dans 
le IV. e livre de l'Enéide : 

EXORIARE ALiqVIS NOSTRIS EX OSSIBUS ULTOR, 



Grecs 
modernes. 



ManioUes- 



de la Grèce, 



CATALOGUE DES PRINCIPAUX OUVRAGES 

<JUI ONT ÉTÉ CONSULTÉS 

SUR LE COSTUME DES GRECS (i). 



xIchillis Tatii De Clitophontis et Leucippes amoribus libri VIII. gr. et 

lat. ex recens. B. G. L. Boden. Lipsiae , 1776, in 8.° 
.AEschyli Tragoediae, cur. Fr. H. Bothe. Lipsiae, i8o5 , in 8.° 
Agincourt, Seroux d'^ Histoire de l'art par les monumens. Paris, 181 1 , 
et suiv. fol. 

Agricola, De mensuris et ponderibus Roraanor. et Graecor. Basil. i55o, 

in fol. 
Alciphronis Soph. Epistolae. Milan, 1806, in 8.° 
Alypiij introductio musica, gr. lat. apud antiq. musicae auctores , ex edic. 

Marc. Meibomii. Amstel. , 1662 , vol. 2 , in 4. 
Anacreon. T. et Saplius, Garmina cur. Fr. G. Born. gr. Lipsiae, 1789, 

in 8.° 
Anthologia. Napoli , gr. irai. , 1788 , vol. 6. in 4. 
Antiquité sacr. et prof. gr. et rom. Haye, 1796, in fol.° 
Antonini Itinerarium , edit. Pet. Wesselingii. Amstel., 1705, in 4. 
Appiani Alexandr. Historiae , gr. lat. cum notis varior. Amstel. , 1670 , 

2 , vol. in 8.° 
Apollodori Athen. Bibliotbeca , cum notis et versione gallica E. Clavier. 

Paris, i8o5, vol. 2., in 8." 
Apollonii Rhodii. Argonautica , cum notis varior. cur. Jo. Shaw gr. lat, 

Oxon. , 1779 , in 8.° 
Apuleii ; Metamorphoseon. L. XI. edit. Priaei. Gouclae. , i65o, in 8.° 

(1) Nous ne citerons ici que le principaux ouvrages. Si quelqu'un, 
de nos lecteurs trouvait que nous en avons oublié quelques-uns , nous 
le prions de ne pas nous taxer trop promptement d 'omission , car nous 
-pourrions lui répondre que nous avons en effet passé à dessein sous si- 
lence divers auteurs , soit parce qu'ils ne nous ont offert aucuns ma- 
tériaux propres à notre objet, soit parce que leurs écrits nous ont paru 
trop médiocres pour mériter que nous en fissions mention. Tel est , entre 
autres } V ouvrage de Bannier. Outre ceux qui sont énoncés dans ce ca- 
talogue , nous avons eu encore recours à plusieurs autres dont on trou- 
vera V indication au bas île chaque page. 



Catalogue des Ouvrages sur les Grecs. 3i 

Arebaeiogia , or Miscell. Tracts, relat. to antiquités, publ. by the Society 

of antiq. of Lonclon , 1779, 1814 , vol. 18, in 4. 
Aristophanis Comoediae, cur. Brunck. gr. lat. Argent;., 17S0, vol. 4 , in 8." 
Arrianus. De exped. Alexandri et Indica , cur. Nie. Blancardo , gr. lat. 

Amstel. , 1668 , in 8.° 
Athenians letters Lond. } 1781 , in 4. 

Aubignac. Pratique du théâtre. Amster. , iyi5 , vol. 2 , in 8» 8 
Augustinus. Gernmae et Sculpt. antiq. ec. 1694 , in 4. 
Augustirti S. Opéra, edit. Bénédictin. Parisiis , 1679, v0 ^ ÎI ' * n ^* 
Auli Gellii Noctes atticae , cum notis varior. Lug. Bat. , 1666 , vol. 2, in 8.* 
Bailly, Histoire de l'astronomie ancienne, Paris, Debure , 178 1 , in 4. 

Essai sur ]es fables et sur leur histoire. Paris , an VIII. , vol. 2 , in 8.* 
Balduinus , De Calceo antiquo etc. Amstel. , 1667 , in 16. ° 
Bardon, Dandré. Les costumes des anciens peuples. Paris , 1772 , vol. 3, in 4. 
Barthélémy , Voyage du jeune Anacharsis en Grèce publ. par. M. de 

Sainte-Croix. Paris , Didot jeune an VII. , 7 vol. in 4. et atlas. 
Bartholinus Th. De armillis veterum. Amst. , 1676 , in 12. ° De tibiis ve- 

terum. Ibid. 1679 ' I2 -° 
Bartholdy , Voyage en Grèce dans les ans-i8o3-4. Trad. de lAllem. par. 

A. D. G Paris , 1808, vol. 2, in 8.° 
Bartoli a. Santé. Mus. odescalcum. Romae , 1747 _, vol. 2, in fol. 
Basilii magni Collectio operum , gr. lat. Parisiis , 1721 , vol. 5 , in fol. 
Batteux, Histoire des causes premières. Paris, 1769, vol. 2, in 8.° 
Bayle, Dict. histor. et critiq. Roterdam , 1720, vol. 4 , in fol. 
Belon , Observations de plusieurs singularités trouvées en Grèce etc. Pa- 
ris , i588 , in 4. 
Begeri Bellum et excidium Trojanum ex antiquitatum reliquiis etc. Bero- 

lini , 1699 ■> ^ n 4* 
Berger , Gomment, de personis vulgo larvis. Franco/. , 1723 , in 4. 
Bianchini Fr. , Storia universale provata co'monumenti. Rorna, 1697, in 4.* 
Bionis et Moschi Idyllia cur. L. A. Teuchero gr. lat. Lipsiae , 1793, in 8.° 
Blond , Description des pierres gravées de M. le Duc d'Orléans. Paris , 

1780 , vol. 2 , in fol.° 
Blair's, Chronological tables and maps , etc. Lond. , i8o3 , in fol. 
Boettiger , Descriptions et Fragmens etc. trad. de l'Allem. par. F. F. Bast. 

Paris. Didot le jeune , an IX. , 1801 , in 8.° 
Les furies. Paris, 1802^ in 8.° 
Bos ( Lamb. ) Antiquitatum graecar. descriptio. Lipsiae , 1767 , in 8.* 
Bossuet , Discours sur l'Hist. universelle. Paris, Renovard, i8o5 , vol. 6, in 12. 
Bracci, Comment, de antiq. Scalptoribus. Flor. 1786^ vol. 2, in f.° 
Bruckerus ( Jac ) Historia critica philosophiae. Lipsiae , 1742, vol. 6, in 4. ° 
Brissonius ( Barn. ) et Hottomanus , De veteri ritu nuptiar. et jure con- 

nubiorum. Lugd. Bat. , 1641. , in 12 ° 
Brunings ( Ghri. ) Gompendium antiquitatum graecarum etc., 1734, in 8.° 



3à Catalogue des Ouvrages 

Buffon , Histoire natur. etc. rédigé par Sonnini. Paris an VIT., 1798, 

1807 , vol. 127 , in 8.° 
Byzantinae historiae scriptores , etc. Parisiis, etc., vol. 5o , in fol. 
Callimachi Cyr. Omnia cura notis Varior. gr. lat. Lugd. Bat. , 17 61, in 8.° 
Caryophilus , De veterum clypeis. Lugd. Bat. , ijSi , in 4. 
Gaylus , Recueil d'antiquités égypt. étrusques etc. Paris , 1761, vol. 7 , in 4.° 
Cellarius , Notitia orbis antiqui. Lips. iy3i , vol. 2, in 4. 
Chandler's , Travels in Greece , and in Asia minor. Oxford and London , 

1776 , vol 2 , in 4. 

Inscriptiones antiquae. Oxonii , 1774 » in fol. 
Charitonis aphrodisiensis , de Cherea et Gallirhoe etc. gr. lat. Amsteh , 

1750 , vol. 2 , in 4. 
Ghau , Description des pierres gravées de M. le Duc d'Orléans. Paris , 

1780 , vol. 2 , in fol. 
Sur les attributs de Venus. Paris , 1776, in 4-° 
(Chaussard, ) Fêtes et courtisanes de la Grèce. Paris, i8o3, vol. 4, in 8.° 
Chevalier , Voyage dans la Troade. Paris , vol. 3 , in 8.° 
Choisseul-Gouffier , Voyage pittoresq. de la Grèce. Paris , 1782, in fol.* 
Coluthus , De raptu Helenae , gr. lat. ital. ex recens. M. Bandini. Floren- 

tiae 1765 , in 8.° 
Conti , Illustrazione del Parmenide di Platone. Venezia , 1743, in 4-° 
Gorsinus , Fasti attici. Florent., 1744, vol. 4, in 4. 
Croix , Ste , Examen critiq. des anciens historiens d'Alexandre. Paris _, 

1775 , in 4. 
Danetius , Dictionar. antiquitat. Roman, et Graec. Paris. , 1698 , in 4. 
Dapper } Description des îles de l'Archipel. Amst. 1703 , in fol.° 
Denina, Istoria délia Grecia. Venezia , 1784, vol. 4j in 8.° 
Diodori Siculi Biblioth. cur. P. Weseling , gr. lat. Bip. et Argent. , 1793- 

801 , vol. 11 , in 8.° 
Diogenes Laertius , De vitis philosophorum , gr. lat. Lips., 1739, in 8.° 
Dionysius Halicarn. Opéra omnia, gr. lat. Oxon. , 1704, vol. 2, in fol. 
Dissertation on the Eleosinian and Bacchic Mysteries. Amst. , in 8.° 
Dodwel , De veteribus Graecor. Romanor. cyclis. Oxon. , 1701 , in 4-° 
Dupuis , Origine de tous les cultes , etc. Paris , an III. ( 1795) vol. 4 , in 4.° 
Durand, Recueil et Parai, des édifices, etc. Paris, an VIII, fol.° at- 

lant. obi. 
Eckel , Doctrina numor. veterum^ Vindobonae , 1798 , vol. 8 , in 4. 
Eisenchmidius , De ponderibus et mensuris veterum. Argent., 1737, in 12. 
Encyclopédie méthodiq. Antiquités, Mythologie etc. Paris, 1786, e£ 

suiv. , in 4. 
Ercolano , Antichità d' , etc. Napoli , 1767 , 92 , vol. 9 , in fol. 
Euripidis Tragoediae ex edit. et cum not. Barn. cur. Beckio , gr. lat. Lips. 

1778-88, vol. 5, in 4. 
Origenis opéra omnia, gr. lat. cur. Car. de la Ruq. Paris > ifîz , vol. 4 ? 

in fol.° 



sur les Grecs; 33 

Flaxman, The Iliad and Odyssey of Homer, engrav. by Th. Piroli , etc. 

Lond. , 17^5 , fol. obi. 

Compositions from the tragédies of Aeschylus , etc. Lond., iyq5 , 
fol. obi. 
Geographiae veteris scriptores graeci minores , edit. H. Dod. et J. Hudson , 

gr. lat. Oxon. , 1698 , vol. 4 , in 8.° 
Gell , Geography aud antiquities of Ithaca. Lond. , 1807, in 4. 
Gessnerus, Nmnismata Graeca etc. Tiguri in fol.° 
G illies , History of the ancient Graece. Lond. , 1786 , vol. 2 , in 4. 
Goguet , De l'origine des lois, etc. Paris, 1758, vol. 3, in 4. 
Gorius. Thésaurus gemmar. antiq. Flor. 1760 , vol. 3 , in fol. 
Gosselin , Géographie des Grecs analysée. Paris, 1790, in 4. 
Gronovii Thésaurus antiquitatum Graecar. Lugd. Bat. 1697, vol. i3, in fol. 
Guichard , Funérailles et diverses manières d'ensevelir des Grecs et des 

Rom. Lyon, i58i , in 4. 
Guis, Voyage littéraire de la Grèce. Paris, 1783. vol. 4, in 8.° 
Hamilton , Pitture de' vasi antichi. Firenze , 1800, vol. 4, in fol. 
Hancarville, Recherches sur les arts de la Grèce. Lond., 1785, vol. 3, in 4. 

Antiquités étrusq. grecq. etc. Naples , 1767 , vol. 4 , in fol.° 
Hérodote, Histoire etc. par Larcher. Paris , 1802 , etc. vol. 9, in 4. 
Hesiodi Opéra cum notis Varior. gr. lat. Amstel. , 1701 , in g. 
Homerus. llias , cur. C. G. Heyne , gr. lat. Lips. , 1802, vol. 8 , in 8.° 
Opéra, cur. J. Aug. Ernesto, gr. lat. Lips. 1769, vol. 5, in 8.° 
Hume, Discours politiq. Paris, i 7 54 , vol. 2, in 12. ° 
Jamblichus , De mysteriis etc., gr. lat. Oxonii, 1678, in fol. 
Juliani Imperatoris Opéra , gr. lat. , cur. Spanhemio. Lips. , 1696 , in fol. 
Junius , De pictura veterum. Rotera, , 1694 , in fol. 

Justini Hist. cum notis Varior. , cur. Gronovio. Lugd. Bat. , 1760 , in 8.° 
Justini Martyris Opéra omnia , gr. lat. stud. Bened. Parisiis , 1742,111 fol.° 
Kirmannus , De animlis. Lug. Bat. , ^72 , in 16. 
Laguilletière , Athènes ancienne et nouvelle. Paris , 177$, in 12. 
Lampe, De cymbalis veterum. Traj. ad Rh. , 1703, in 16. 
Lens , Costume , ou essai sur l'habillement et les usages de plus, peupi. 

de l'antiquité, prouvé par les monumens. Liège , 1776, in 4. 
Lessing , Laoocoon sur la peinture et la poésie , trad. de l'Allem. Paris 

1802 , in 8.° 
Lipsius Justus, Opéra omnia. Antuerp. , 1692 , vol. 4 , in fol.° 
Lomeyerus, De lustrationibus veterum gentilium. Ultra/. , 1681, in 4.* 
Lydius, De re militari. Dordr. , 1698, in 4. 
Malliot. Recherches sur les costumes, etc. des anc. peuples etc. Paris, 

Didot l'aine j 1804, vol. 3 , in 4. 
Mariette, Des pierres gravées. Paris , i 7 5o , vol. 2, in fol.° 
Marmora oxoniensia , gr. lat. Oxon , i 7 63 , in fol. 
Martin , Explication de divers monumens singuliers etc. Paris, 1739 , in 4. e 

Europe. Vol. I, 5 



34 Catalogue des Ouvrages 

Meibomius , Antiquae musicae auctores , gr. lat. Amstel. , i652 , vol. 2 , m 4* 
Meiners , Histoire etc. des arts dans la Grèce , trad. de l'Allem. Paris , 

vol. 5, in 8.° 
Mémoires de l'académie des inscriptions et belles lettres. Paris , 1717,, etc. 
Meursius, Graecia feriata. Liigd. Bat., i6i5, in 4. Graecia ludibunda. 

Ibid. , 1625 , in 8.° 
Millingen, Peintures antiq. et inédites de vases Grées etc. Rome , i8i3, 

in fol. 
Mionnet. Description de médailles antiq. gr. etc. Paris, i8i6-i3, vol. 6, in 8.® 
Montfaucon , Antiquité expliquée. Paris , 1719, vol. i5, in fol.* 

Paleographia graeca. Paris , 1708, in fol. 
Montesquieu, Ses oeuvres. Amsb. , 1768, vol. 3, in 4. 
Musée Napoléon etc. Paris , 1804 , et suiv. in 4. 
Nicolai , De graecorum luctu. Thielae, 1697, in 16. ° 
Noël, Dictionnaire mythologique. Paris } an IX., vol. 2, in 8.* 
Nonni Dionysiaca , gr. lat. Hanoviae , 1610 , in 8.° 
Orphaei Omnia quae extant , cur. God. Hermanno , gr. lat. Lips. , i8o5 , 

in 8.° 
Paciaudus, De athletis Graecorum. Romae , 1766, in 4. 
Palmerius , Graeciae descriptio. Lug. Bat., 1678, in 4. 
Passerius Nov. Thés, gemmarum. Piomae , 1781 , vol. 5, in fol. 
Pausanias, Graeciae descriptio, cur. Jo. Fr. Facio, gr. lat. Lips. , 1794, 

vol. 4, in 8.° 
Paw , Recherches philosophiq. sur les Grecs. Berlin } 1788 , vol. 2, in 8.° 
Picard, Bern. Cérémonies et coutumes relig. etc. Amst. , 1723, tom. 5, 

vol. 7 , in fol. 
Piranesij 1. B. Antiquités de la grande Grèce, etc. Paris , 1804, in fol. ° 
Platonis , Opéra , gr. lat. interpr. Mars. Ficino. Franco/. , 1602 , in fol. 
Plinii , Ser. ( Caii ) Historiae natur. cum. notis varior. ex recens. Georg. 

Frid. Franzii. Lips. 1778-91, vol. 10, in 8.° 
Pluche, Histoire du ciel. Paris , 1739 , vol. 2 , in 12. 

Concorde de la Géographie des différens âges. Paris, 1785, in 8." 
Plutarco, Le vite etc., volgarizzate da Girol. Pompei. Kerona , 1773, 

vol. 5, in 4. 
Polenus , Utriusq. thesauri an tiquitaf. roman, et graecar. etc. Venet. , 1737^ 

vol. 5 , in fol. '• 
Polybius , Historiae, cur. Jo. Schweighaeuser , gr. lat. Lips. , 1789, vol. 9, 

in 8.° 
Postellus , De magistratibus Atheniensium. Venet., i54i , in 8.° 
Potterus, Archaeologia graeca. Lug. Bat. , 1702, in fol. 
Pouqueville , Voy. en Morée , en Albanie , etc. Paris , 181 5, vol. 3 , in 8.* 
Procopii Historiae, gr. lat. Parisiis , 1662, vol. 2 , in fol.° 
Quaclrio , Délia storia e délia ragione d' ogni poesia. Bologna e Milano , 

1739-62, tom. 5, vol. 7, in 4. 



sur les Grecs, 35 

Quatrèmere,, Le Jupiter Olympien, etc. Paris, i8i5, in fol. 
Quintus Calaber , Praetermissa ab Homero , cur. I. Corn, de Paw. , gr. 

lat. Lug. Bat. , i 7 34 , in 8.° 
Posthomericorum efvcum observ. Clir. G. Heynii. Argent. 1807 , in 8.° 
Rasche , Lexicon univ. rei numariae etc. Lipsiae , 1785-1805, 7 Tom. 

vol. 14 , in 8.° 
Roccheggiani , Raccolta di 200 Tavole rappres. i costumi etc. , Roma , 

1804^ vol. 2., fol. obi. 
Roi ( le ) Ruines de la Grèce. Paris , 1770, tom. 2 , vol. 1 , in fol. 
Roussier , Mémoire sur la musique des anciens. Paris , 1770 , in 4. 
Sabatier , Moeurs,, coutumes et usages des anc. peuples. Paris , 1770 , in 4. 
Saint-Non , Voyage pittoresq. etc. du. Royaume de Naples etc. Paris , 

1781-86 , Tom 4 , en 5 vol. in fol.° 
Schlegel , Geograpliia Homerica. Uanov. 1788^ in 8.° 
Scrofani , Viaggio in Grecia negli anni 1794 e 95 , vol. 3 , in 8.° 
Sonnini, Voyage en GriJce etc. Paris, 1801 , vol. 2 ,,in 8.° et atlas, in 4 -° 
Sophoclis Tragoediae , cur. B. Brunckio , gr. lat. Argent., 1776, vol. 2 , 

in 4 ° 
Spallart , Tableau historiq des costumes etc. , trad. de l'Allem. etc. Metz, 

1804-9 , vol. 7 , in 8.° et atlas, etc. 
Spon , Recherches curieuses sur Tantiq. Lyon , 1680 , in 4- 9 
Stosch , Pierres^ antiq. gravées. Amst, , 1724 , in fol.° 
Stuard , The antiquities of Athen etc. London , 1761 , in fol.°, trad. aussi 

en Français. 
Thucididis Historia cum notis etc. , gr. lat. Biponti , 1788 , vol. 6., in 8.° 
Tischbein , Recueil de gravures d'après des vases antiques etc. Paris ^ 

1810 , vol. 4 } i 11 fol.° 
Figures d'Homère d'après l'antiquitée etc. Metz , 1801 , in fol.° 
Valerius Flaccus, Argonauticon , cur J. A. Waguer. Gottingae , i8o5, 

vul. 2 , in 8.° 
Visconti , Il Museo Pio-Clementino. Roma, 1782 _, vol. 6, in fol. 

Iconographie grecque. Paris } Didot Vaine, i8n , vol. 3 ^ in 4. 
avec atlas. 
Visconti , Fil. Aur , e Guattani. Il Museo Chiaramouti. Roma, 1808, in fol.° 
Vitruvius , De architectura etc. cur. I. Got Schneider. Lips. , 1808, vol. 4, 

in 8.° etc. 
Weler , Voyage d'Italie, de Dalmat. de Grèce, etc. La Haye, 172.$, 

vol. 2 , in 12. 
Winkelmann , Histoire de l'art chez les anciens , etc. avec des notes , etc. 

Paris, an XL, 1802, vol 3. in 4. 
Monumenti antichi inediti. Roma, 1767, vol. 1, in fol.° 
Young, Wil. The history of Athens. Lond. , 1786 , in 4. 3 
Xenophontis quae extant omnia , ex edit. Schaeideri et Zeunii , gr. lat. 

Edinburg, 181 1 , vol. 10, in 8.° 



TOPOGRAPHIE 

DE LA GRÈCE. 



E iTnoZ e -*- jES historiens sont encore partagés d'opinions sur l'étymolc- 

de ia Grèce. g i e des mots de Grèce et de Grecs. Quoique moins anciens que les 
Egyptiens , les Juifs > les Assyriens et les Chinois , les Grecs sont 
peut-être de tous les peuples, celui dont le berceau est enveloppé 
de plus de nuages, et qui offre le moins de monumens sur son ori- 
gine. De grands Empires florissaient déjà en Asie et en Afrique, 
que la Grèce était encore sauvage et barbare. C'est par un effet de 
cette ignorance absolue sur leurs commenceraens , que les Grecs eux 
mêmes se vantaient d'être aW***^, c'est à dire les enfans de la 
terre qu'ils habitaient. On trouve dans Pline ( liv. 4 , ch. 7 ) que 
ce pays prit son nom de Greco, un des Rois de la Thessalie. Qu'il 
nous soit permis cependant, de nous écarter en cela du sentiment 
de cet écrivain , qui n'est appuyé d'aucunes preuves , et de recher- 
cher de plus haut l'étymologie de ce mot. Les noms les pins an- 
ciens sous lesquels nous trouvons désignés les Grecs , sont ceux de 
Pelasses et d'HéUéniens. M. r De Gèbelin est d'avis, que les premiers 
habitans de la Grèce sont venus des contrées boréales 9 ou des ri- 
ves du Danube, et qu'ils s'appelaient Pelasges: il ajoute qu'ils don- 
nèrent le nom à 9 Illyrique , ou de Détroit , à une partie de mer lon- 
gue et resserée, et qu'ils appelèrent aussi Illyrie le pays qui s'éten- 
dait le long des rivages de cette mer; mais que s' étant avancés 
jusqu'au mont Acrocéronien au nord de la Chaonie et de la Thes- 
salie où finit ce golphe , ils trouvèrent une mer spacieuse , à la- 
quelle ils donnèrent le nom de Rha ou Rhe, qui veut dire, vaste, 
immense, d'où se forma le mot Rhaïcus , sous lequel ils désignèrent 
la mer, ainsi que la nation qui peuplait ses bords. D'Esichius a con- 
servé cette dénomination comme étant , selon lui , celle que les 
Grecs eurent dans le principe. Mais comme les lettres linguales , 
L et R^ ajoute M. r de Gébelin, sont ordinairement précédées d'une 
lettre gutturale , il est à présumer que le mot Rhaïcus se sera aisé- 



\ 



Topographie de la Grèce. 3j 

ment changé en celui de Graicus. Cette conjecture , si elle n'est. 
des mieux fondées 3 est au moins très-ingénieuse; et comme l'observe 
fort bien M. r Mentelle , elle explique la raison pour laquelle les 
peuples compris sous la dénomination de Grecs , furent toujours dis- 
tincts des Macédoniens s des Thraces et autres nations Pélasges , 
bien que, selon toutes les apparences, ils ayent eu tous une origine 
commune. 

L'opinion de Gébelin semble se confirmer par le mot né;ù*,>y<i$, Eymoio t 
ou ul\*<ryo< , qui veut dire cicogne , parce qu'à l'exemple de cer- jvV^e 
tains oiseaux , ces peuples allaient errans de pays en pays. Ils quit- 
tèrent les bords du Danube , attirés sans doute par la douceur du 
climat , et par l'abondance des productions que la nature leur of- 
frait à mesure qu'ils s'avançait vers les contrées méridionales de 
l'Europe. Le même auteur dit encore , que les Pelasses furent aussi 
appelés Joniens , du nom àjon leur père, fils de Japhet et petit 
fils de lYoè , d'où une partie de la Grèce prit le nom d'/orzie (i). 
Il croit voir en outre dans l'histoire de Deucalion et des Argonau- 
tes l'emblème de celle de Noé : c'est pourquoi il regarde comme 
très-probable, qu 9 Hellenus , qui, au dire des Grecs, était fils de 
Deucalion , et du nom duquel ils prirent celui d'Helléniens s n'était 
autre chose que Jon , père des Joniens ou des Pélasges , et con- 
clut que Moyse avait des notions parfaitement exactes sur le sol 
et les populations de la Grèce. Le sentiment de Gébelin, quel- J n 
qu'il soit, diffère peu de celui de Gillies (a) y non plus que des 
anciennes traditions, qui font remonter la population de la Grèce 
a environ dix huit siècles avant Fére vulgaire: il parait môme, 
aux yeux de ceux qui partagent cette opinion , que ces premiers 
peuples n'étaient pas aussi sauvages qu'ils ont été représentés par 
la plupart des écrivains ; et qu'ils ne tombèrent depuis dans la 
plus grossière barbarie , que par suite de quelqu'une de ces gran- 
des catastrophes qui ont boulversé à diverses époques toutes les 
parties de notre globe , laquelle aura , pour ainsi dire , totalement 
défiguré cette contrée , comme nous nous proposons de le démontrer 
dans un autre lieu. Nous ne croyons pas pourtant pour cela devoir 
adopter entièrement l'hypothèse que nous avons exposée aupara- 

(i) Cette opinion parait être aussi celle de Boccart dans ses savantes 
recherches sur les racines et l'origine des langues. 
(2) Hist. of anc. Greece vol. 1. pag. 3. 



de la Gn 



Premit 

habita 



Do Topographie 

vant; et nous ne l'avons rapportée, que parce qu'elle nous a pan* 
]a plus ingénieuse et la plus vraisemblable (i). 

D'après toutes ces considérations , et dans la supposition que les 
premiers habitans de la Grèce soient venus du Danube } on pour- 
rait , suivant le système de Gébelin (a) envisager cette contrée sous 
la forme d'un triangle aigu , qui aurait pour base le lit de ce 
fleuve au nord, et dont les côtés seraient Y Adriatique et la mer 
Ionienne d'une part, et de l'autre Y H elles pont ou détroit de Gal- 
lipoli , avec la mer Egée ou Y Archipel. Ce triangle est partagé 
en trois grandes bandes ou sections , par diverses chaînes de mon- 
tagnes parallèles à la base. L'angle qui lui est opposé se termine 
par une péninsule , qui est presqu'eutièrement détachée du reste 
du triangle. Telle est l'idée la plus exacte qu'on puisse se for- 
mer de la configuration du territoire de la Grèce. On dirait que 
la nature l'a ainsi disposé, pour en faire le séjour d'une grande 
nation divisée en peuplades différentes , suivant les démarcations 
qu'elle même y a établies. 

Il est probable que les premiers peuples qui se sont fixés en 
deiaG.ece. Grèce étaient venus de l'Asie, eu passant Y Hellespont qui n'est 
qu'un bras de mer très-étroit. Les bateaux les plus ordinaires pu- 
rent leur suffire pour ce passage , car plusieurs siècles après, quinze 
mille Bulgares osèrent le traverser à cheval, sans le secours d'au- 
cune barque. Arrivées au Danube 3 et ne pouvant s'avancer plus 
loin au nord , faute de moyens pour franchir ce fleuve, ces colonies 
se dispersèrent le long de F Adriatique , et s'étendirent de proche 
en proche jusqu'au bout du triangle. Retranchant maintenant de ce 
triangle la Thrace qui ne fit jamais partie de la Grèce , ainsi que 
la Macédoine qui ne fut aggrégée à la Grèce proprement dite 
que du tems de Philippe, nous aurons pour nouvelle base la chaîne 
de l'Olympe qui sépare la Thessalie de la Macédoine , et la Grèce 
se trouvera ainsi divisée par la nature même en deux parties , savoir; 

(x) Nous ne devons point taire n'ont plus celle du célèbre Lareher 
à cet égard , qui est que tout le pays appelé Grèce ou Hellade du tems 
d'Hérodote, n'était connu avant la guerre de Troie , et encoi~e long 
tems après , que sous le nom des divers peuples qui l'habitaient. Homère 
parle bien des Dauniens , des Arglens , des Achéens etc. , mais il ne 
désigne jamais sous un même nom tous les Grecs ensemble. 

(2) Dict. Etymol. de la Lang. grecq. dise. prél. pag. xxxin. 



générale 

' la G; ce 



de la Grèce. 3o, 

d'un côté le mont Olympe jusqu'à l'isthme de Corinthe ; et de 
l'autre , l'étendue de pays qui se trouve depuis cet isthme jusqu'au 
cap le plus méridional de la péninsule, appelé anciennement Tae- 
narium Promontorium , et aujourd'hui le Cap Mata-pan. 

Cette contrée s'étend depuis le 36. e jusqu'au delà du ^o. e degré 20 
minutes environ de latitude septentrionale, savoir du mont Olympe 
jusqu'à la pointe la plus méridionale de l'île de Gythère > à présent 
Cérigo , et depuis le 3o,. e degré moins 3o minutes , jusqu'au 4 a - e e * 
3o minutes de longitude dans sa plus grande largeur prise oblique- 
ment , depuis la rivière Achêron , appelée aujourd'hui Uliki , jusqu'au 
cap Sunni, qui est maintenant le cap Colonni. Sa plus grande lon- 
gueur peut doue être évaluée à environ 24° milles , et à peu-près 
à 200 sa plus grande largeur. Elle forme ainsi deux grandes pé- 
ninsules que joint ensemble l'isthme de Corinthe, et qui sont baignées 
par le golfe Thermaïco , aujourd'hui golfe de Salonique , par la 
mer Egée , par V Archipel , et par la mer Ionienne qui forme l'entrée 
de Y Archipel. Le golfe de Corinthe , qui porte encore ce nom , 
sépare l'une de l'autre ces deux péninsules. La Grèce est. le plus 
beau séjour qu'il y ait sur la terre, tant à cause du climat qui par 
sa latitude y est généralement tempéré, et jouit d'un ciel toujours 
pur et serein , qu'en raison de sa position au bord de mers parse- 
mées d'îles , presque toutes fertiles et agréables. 

La Grèce est entrecoupée de montagnes qui déployent diver- 
ses chaînes du nord au raidi , et partagent tout son territoire en 
divers cantons dont quelques-uns ont fort peu d'étendue , et sont 
circonscrits dans les limites de quelques-unes des rivières qui sor- 
tent de ces différentes chaînes. Plusieurs de ces monts, surtout dans 
la Grèce septentrionale , sont très-élevés et cachent presqu'en tout 
iems leurs sommets sous des masses de neige et de glace. Tels sont 
entre autres; l'Olympe , aujourd'hui mont Lahca^ où les anciens poè- 
tes placèrent le séjour de leurs divinités fabuleuses; et le Parnasse , 
appelé maintenant Japora , dont la cime se divise en plusieurs pics, 
et qui , au dire de Wholer et de Spon , ne le cède point au Mont 
Cènis en hauteur (1). La péninsule, au dessus de l'isthme, ne comp- 
tait pas moins de vingt quatre de ces monts fameux dans l'anti- 
quité. Après YOlympe et le Parnasse , les plus connus étaient ; VOs- 
sa , à présent Cassopa , et le Pélion maintenant Petras , qui ne sont 



Longitude 
et latiaule. 



Longue; 
cl large 



Climat 
et situation. 



Montagne. 



(1) Ghandler , Voy. en Grèce, vol. 3 pag. 35g. 



4° Topographie 

qu'une ramification de YOlympe , laquelle setend le long des côtes 
de l' Archipel ; le Pinde qui est une longue branche de VHcmus 5 
autre mont fameux et très-élevé dans la Thrace ou Romanie , au- 
jourd'hui mont Argentaro ou Chaîne du monde ; YHélicon ; le Ci- 
théron qui forme une chaîne d'occident en orient; le Penthéllque 
maintenant Penteli , autrefois renommé par ses marbres ; et YHymé- 
£e, à présent mont Sethinos , connu par l'excellence de son miel. 
On trouve dans les cartes de Danville et de Laurenberg (i) ces 
différentes chaînes parfaitement tracées. 
Momagncs D'autres chaînes se présentent encore dans la péninsule , au 

du Péloponnèse - l # ' 

dessous de L isthme appelé par les anciens Péloponnèse , ou île de 
Pélops , héros qui selon la tradition était venu de l'Asie, et conquit 
une partie de la Grèce. Strabon lui donne la figure d'une feuille 
de platane, parce qu'elle ressemble en effet à une feuille divisée 
comme en plusieurs lobes (a). C'est pour la même raison que les mo- 
dernes lui ont donné le nom de u<> ? i» (Morée), car elle abonde en 
une espèce de mûriers dont les feuilles sont partagées en cinq lo- 
bes , qui est le nombre des principaux caps du Péloponnèse. Cette 
péninsule tient au continent par l'isthme de Corinthe , appelé au- 
jourd'hui Hexa-Mili v nom qui dérive du Grec moderne, et veut 
dire six milles, qui est précisément l'étendue de sa largeur (3). 
On rencontre sur cet isthme les monts Géraniens et les Pierres 
Scyronides qui sont une chaîne de rochers. Les chaînes des mon- 
tagnes de cette péninsule ont aussi leur direction du nord au midi, 
quoi qu'en certains endroits elles jettent des branches qui vont 
d'occident en orient , ce qui la partage en divers cantons dont la 
nature semble avoir posé elle même les limites. Les plus remarqua- 
bles de ces monts sont, Y Acrocorinthe qui s'élève sur l'isthme com- 
me un pic ou comme une roche nue 3 le Stymphale à présent mont 



(i) Il y a encore en Thessalie des crêtes ou roches fameuses parmi 
les Grecs modernes sous le nom de météores. Selon Pouqueville , ch. 28 , 
ces roches forment un canton séparé à la distance d'environ trente milles 
de Jannina. On voit sur leurs cimes quelques couvens de Calogers. La 
situation de ces lieux escarpés et inaccessibles , fait qu'on ne peut monter 
à ces couvens que par des échelles de cordes , ou dans un panier que les 
moines tirent à eux au moyen d'une roue. 

(2) Strab. Paris etc. 18 12., vol. 3. pag. i3g. 

(3) Deux lieues de France. 



de la Grèce. 4 1 

Poglyphe^ YErymanthe maintenant Dlmizane , le Parthenius , le. 
Ménale , Ylthome , YAnchisius , et le Taygéle aujour d'hui mont 
des Maïnottes , qui abonde en toutes sortes de gibier. 

Quelques-unes des îles qui avoisinent la Grèce ont aussi des monts Montagne 
ou masses de rochers très-élèves^, et ont été célèbres par la beauté 
de leurs marbres, telles que Paros , et Antiparos. Cette contrée Miue ^ 
avait en outre des mines de différens métaux , dont on trouve en- 
core des vestiges. Thucydide , Xénophon et Strabon font mention 
des mines d'argent de l'Attique, et il est dit dans Hérodote que Pe- 
sistrate tira beaucoup d'or des sables du Strymon, sur les rives duquel 
il y avait , au rapport de Strabon , diverses mines d'or et d'argent. 
La petite île de Kimolos a pris le nom d'Argentière que lui ont 
donné les modernes, à cause des mines d'argent qui y furent décou- 
vertes (r). Certains monts de la Grèce, surtout dans les îles, ne 
permettent point de douter que cette partie de la terre n'ait aussi 
subi toutes les catastrophes, que l'action des volcans a occasionnées Volcan*. 
sur presque toute la surface du globe. On en voit la preuve , non 
seulement dans les cratères qu'on apperçoit encore sur plusieurs de 
ces monts , et dans les eaux thermales qu'on y trouve , mais encore 
dans la quantité des matières volcaniques que renferme entre au- 
tres cette dernière île , et qu'on rencontre sur le mont Mosychon 
dans celle de Lemnos (a). 

Les montagnes de la Grèce donnent naissance à une foule de »„«/« «t-fc* 
rivières, dont la plupart sont plus célèbres par ce qu'en ont dit 
les Poètes , que par le volume de leurs eaux. Les plus considé- 
rables de la péninsule au dessus de l'isthme sont ; Y Achetons D 
appelé aujourd'hui Y Jspropotane , qui soit du Pinde, et se jette 
dans la mer à l'entrée occidentale du détroit: Homère lui don- 
ne le nom de * f U.* a x «x*«s (3) qui veut dire Roi Achetas , ses 
eaux étaient autrefois le principe de la fertilité des pays qu'elles 
arrosaient ; le Céphisc qui prend sa source dans le mont Oeta , à 
présent Banina , et qui après avoir grossi son cours de quelques 
autres rivières, va se perdre dans le lac Copaïs '-, maintenant lac de 
Topogiia renommé par ses coquilles; et le Penée actuellement Sa- 
lampria , qui vient aussi du Pinde , et a son embouchure dans le 

(i) Sonnini , Voy. en Gr. tom. 2. pag. 35. 

(a) Buttmann. Sur le Vole, de Fîslë de Lemnos, 

(5) Lib. XX. v. 194. Iliad. 

Europe. VuL, I. g 



4 a Topographie 

golfe Thermaïque •-, ou de Salonique. Dans la péninsule au dessous 
de l'isthme, les principales rivières sont; YAlphée aujourd'hui Roféas 
qui se jette dans la mer Ionienne , et dont la source n'est pas en- 
core bien connue des Géographes; le Crati qui prend sa source 
dans une montagne du môme nom, et va se décharger dans le 
golfe de Corlnthe , il recevait autrefois les eaux de YJlisson et du 
Styx ; et 1' 'Enrôlas , maintenant Vasïli-Potasmo , ou Fleuve Royal ., 
cpi n'est qu'un écoulement de quelques marais , dont le lit est res- 
serré entre des bois d'oliviers , et des rochers d'un très-beau mar- 
bre , et qui, après s'être dirigé vers le midi, tombe dans la mer 
Ionienne. On trouve encore dans les deux péninsules d'autres riviè- 
res . telles que, Yllyssus, le Céphise , YInachus et autres, qui doi- 
vent toute leur célébrité aux fictions des poètes , et qui ne sont 
que des torrens ou des ruisseaux dont on apperçoit à peine quel- 
ques traces, lorsqu'ils ne sont plus alimentés par les pluies ou par 
la fonte des neiges (i). Tels sont encore les marais et les lacs., 
excepté pourtant celui de Copa'is que nous venons de citer. Par- 
mi ces lacs, on doit néanmoins quelque distinction au Stympha- 
lus , aujourd'hui Vulcimis , fameux par ses oiseaux dont la des- 
truction fut une des expéditions d'Hercule. 
<w. Le sol de la Grèce et de ses îles est composé en grande par- 

tie de matière calcaire (a) ; et comme il renferme les espèces les 
plus pures de cette substance, telles que les marbres et les pierres 
calcinées , aussi bien que les espèces mixtes , comme les terres et les 
pierres faciles à entrer en effervescence , il s'ensuit que la Flore 
Grecque consiste assez généralement en plantes qui sont propres à 
la nature de ce sol, et qui croissent également en d'autres climats, 
fiches et fie urs. môme en Italie. De ce nombre sont; Yacanthus carduifolius , acan- 
the à feuilles de chardon sauvage ; le chicorium spinosum , la chi- 
corée épineuse; la sauge pomif ère ; Y astragale tragacanthe , d'où, 
on extrait la gomme à'adragant ; et le cistus ladaniférus , le ciste 
ladanifère qui croît particulièrement dans l'île de Crète. Ce der- 
zù-bustes. nier est un arbuste reeommandable par l'élégance de sa forme, et 
la bonne odeur de la gomme appelée ladanum , qui suinte de ses 
feuilles et de ses bourgeons. Voy. la planche 7 } fig. 4- On recueille 
cette gomme en frappant la plante avec de petits cordons de cuir 

(1) Chandeler, Voy. en Grèce etc. 

(2) Pinkerton } vol. III. 



. 



de la Grèce. /|3 

gutour desquels elle s'attache en forme de glu. I/Hélicon est par- 
semé à sa base d'herbes de toutes sortes , et de jolis arbustes par- 
mi lesquels on distingue Yarbutus andrachne , ou arbuste à pani- 
cule. Il est d'un aspect riant et pittoresque , et il est presque tou- 
jours couvert de fleurs et de fruits en même tems : Voy. le n.° 5 
de la môme planche. Uopuntis , appelé vulgairement aujourd'hui 
le figuier d'Inde , abonde dans le territoire d'Jrgos: cette plante 
est composée d'articulations ovales et serrées, de la longueur d'un 
pied plus ou moins, et d'un pouce de largeur , qui croissent les 
unes au dessus des autres, et forment entre elles un tissu comme 
une espèce de réseau. 

Les arbres les plus communs en Grèce et dans les îles voisi- 4rhrPt , 
nés sont, le sapin ordinaire, le pin melése , le cèdre , le chêne à 
cochenille, avec les fruits duquel on fesait Técarlate avant que l'ar- 
bre de la cochenille fût généralement connu, le chêne appelé 
proprement Grec qu'on trouve aussi répandu en Italie, le platane 
d'orient , le sycomore, le mûrier , le cyprès, le laurier et autres. 
Parmi les arbres fruitiers les plus nombreux sont , les oliviers dont 
il y a des forêts entières, le myrte à larges feuilles , le myrte com- 
mun, l'oranger , le figuier « la vigne, le grenadier, le noyer, le 
cerisier et le chaiaigner. La palmier et autres plantes qu'on voit 
figurées, dans les anciens monumens de la Grèce, sont aujourd'hui 
fort rares dans cette contrée. 

Le régne animal n'y offre que très-peu de particularités : les A***™ 
quadrupèdes, les oiseaux et les insectes y sont à peu près les 
mêmes que dans toutes les autres parties méridionales de l'Europe. 
Certains cantons de la Grèce étaient renommés par la beauté et le 
grand nombre des chevaux qu'ils produisaient, ce qui avait fait don- 
ner à ces cantons le surnom de i**»»i t tiTts , qui veut dire amateurs 
de chevaux. Le jakal animal féroce et vorace se fait voir quelque- 
fois en Grèce : on y trouve aussi des loups , des ours et des renards- 
Parmi les quadrupèdes dont on se sert, ou qui sont de quelqu'uti- 
lité à l'homme 3 les plus communs sont, le bufle, le bœuf, le cerf, 
le chevreuil , le mouton , le lapin , la belette , le lièvre , et des 
cJiiens de presque toutes les races. 

La Grèce nourrit en outre une quantité de volatiles sauvages Vo^Vn- 
et domestiques de toutes les espèces. 11 y a aux environs de M égare 
une espèce de poule singulière, que Chandler(i) croit très-ancienne 

(i) Chandeler, Tom. III. pag. 455, et suiv. 



44 Topographie 

dans ce pays, mais qui est particulière à la Perse et à la Virginie; 
on lui a donné îe nom moderne de Cu-nu , parce qu'elle est sans 
croupion , et manque par conséquent des plumes qui devraient for- 
mer sa queue. Les Grecs avaient un autre oiseau célèbre parmi 
eux qu'ils appelaient Porphyrion , et dont font mention Aristote, 
Diodore de Sicile et autres : étranger à leur sol , ils le fesaient 
venir de la Lybie et des îles Baléares: il fesait l'ornement des 
palais et des temples où on le laissait errer librement comme un 
hôte digne de ces lieux, par la noblesse de son port 3 la douceur 
de son naturel , et la beauté de son plumage. Voy. la planche 8 
fig. 3. Parmi les oiseaux de rapine, le plus remarquable est la 
chouette, ou. pour mieux dire le hibou cornu aux ailes noires, 
qu'on appelle encore le grand hibou; c'est le même que celui 

tf^thZcs. qu'Edward a décrit sous le nom de grand hibou d'Athènes. Voy. 
fig. 4- Il a ^ a force et la voracité de l'aigle, et ne craint pas, 
lorsqu'il est pressé par la faim, d'assaillir les lièvres et même les 
agneaux. Ha lier assure avoir vu de ces oiseaux s'attaquer avec des 
aigles et en rester vainqueurs (i). Les Epefviers, les Faucons , les 
Vautours et autres espèces d'oiseaux de proie sont très-communs 
surtout dans les lies (a). Parmi les reptiles on doit distinguer le 
serpent d'Epidaure , consacré à Esculape , qui est jaune, fort gros, 
facile à apprivoiser et n'est point venimeux: il se défend vigou- 
reusement avec sa queue lorsqu'il est attaqué. Voy. la même plan- 
che fig. 5. 

faissaw. L e p eu (\ e profondeur des mers qui baignent les cotes cle la 

Grèce, les sables et le gravier qui en forment presque par tout îe 

(i) Que la chouette dont il s'agit , et connue ordinairement sous le 
nom de grand hibou soit réelement le grand hibou d'Athènes , et par con- 
séquent la vraie chouette de Pallas , c'est ce qu'il est facile de reconnaî- 
tre par la grande ressemblance qu'on observe entre celle-ci , et la chouette 
qui est représentée dans les anciens monumens comme l'emblème de cette 
déesse, ainsi qu'on peut le voir au n.° 2 de la planche io, copié d'après 
les vases d'Hamikon. En effet Démosthénes avait l'habitude de dire que 
Minerve Poliade fesait ses délices de trois bêtes affreuses qui étaient , la 
chouette, le dragon et le peuple: ce qu'il n'aurait pu dire, si la première 
eut été la chouette commune. C'est donc un erreur de la part des artis- 
tes , que de représenter Minerve avec la petite chouette , qui est cette 
dernière. 

(a) Sonnini , Voy. etc. T. II. J>ag. 177. 




jgg^ 



de la Grec è. 45 

fond , et la multitude d'Iles et de rochers dont elles sont parse-» 
niées , font que leurs eaux fourmillent de poissons de toutes sortes. 
La scale , célèbre chez les anciens, est très-commune dans l'Ar- 
chipel: elle a les dents larges, de grandes et minces écailles, et 
elle est d'une couleur bleue tirant sur le noir , excepté sous le 
ventre qui est blanc : elle vit dans les fentes des rochers , et for- 
me s dit'on , une espèce de société soumise à un chef qui la gou- 
verne. Le Rouget de l'Archipel, appelé par Linnée mullus bar- &>uget. 
batus , était aussi en grande réputatiou chez les anciens. Ce poisson 
était un morceau friand pour les Romains; leur sensualité allait 
même jusqu'à le faire cuire sur la table tout vif et à petit feu 
sous des cloches de verre, afin que les conviés pussent jouir du 
plaisir de le voir prendre insensiblement une teinte ronge, avant 
de le manger. Voy. la planche 8 , fig. 1. Une autre poisson éga- 
lement renommé dans ces mers., c'est la Mu rén e , espèce de serpent Murène 
de la longueur de 9 à 12 pieds sur un et demi de tour, dont Son- 
nini donne la description, et qu'on voit représenté sous le n.° 2. 
On l'appela encore serpent de mer, non seulement à cause de sa 
forme , de la vivacité et de la sinuosité de ses mouvemens , mais 
encore en raison de sa beauté et de la variété des couleurs qui 
brillent sur tout son corps. Dans le tems où le luxe fut porté chez 
eux au plus haut point , les Romains étaient dans l'usage de tenir- 
une quantité de ces poissons dans les réservoirs de leurs jardins , 
et de livrer à leur voracité les esclaves qui avaient commis quelque 
faute. Nous nous bornerons à cette courte description de l'histoire 
naturelle de la Grèce, car les animaux, les végétaux et autres 
productions qui s'y trouvent , se rencontrent également en Italie 
et dans les antres contrées du midi de l'Europe. 

Mais dans le régne animal , l'espèce qui sous cet heureux Phomm* 
climat se montre sous des formes plus belles , et dans un état d'or- 
ganisation plus parfait que partout ailleurs , est celle de l'homme. 
Il n'y a pas lieu de s'en étonner, si l'on réfléchit que de la tem- 
pérature du climat dépendent en grande partie la conformation 
du corps humain , ainsi que le développement de ses facultés in- 
tellectuelles. M. r de Buffon (1) observe que les Grecs de la partie 
septentrionale sont très-blancs, et que ceux de la partie méridio- 
nale et des îles ont le teint brun. Il paraîtrait que dans des tems 

(t) Vol. XX. Edit. Somnni, pag. s5i«, 



■4^ Topographie 

très-éloignés rie nous, les habitans de ces contrées étaient d'une 
très-haute stature 3 et que par une des conséquences de la civili- 
sation et de la mollesse qu'elle introduisit peu-à-peu dans leur ^enre 
de vie , leur stature s'est réduite insensiblement à celle des hommes 
les mieux conformés. Les bustes et les médailles dés anciens nous 
les représentent avec de grands yeux , et des sourcils très-élevés. 
On retrouve encore dans les Grecs modernes la même vivacité de 
physionomie, avec l'élégance des formes et les belles proportions 
de leurs ancêtres (i). « La nature, dit Winkelmann (a)', après 
avoir passé par tous les degrés du chaud et du froid, s'est fixée dans 
la Grèce comme dans son centre où régne une température moyen- 
ne , entre l'hyver et l'été. Plus elle s'approche de ce centre, plus elle 
annonce de franchise et de sérénité, et plus ses opérations se ma- 
nifestent généralement par des formes gracieuses et spirituelles , par 
des traits décidés et caractéristiques. Entourée sans cesse d'un air 
pur et serein , tel qu'Euripide décrit le climat d'Athènes , elle 
n'est point gênée dans son activité par les brouillards et les vapeurs ; 
et portant plutôt le corps à sa maturité , elle s'élève avec force dans 

des statures avantageuses, surtout dans la taille des femmes 

On ne doit point ajouter foi à ce que disent les scholiastes de la 
longueur démesurée des tètes ou des visages des habitans de l'Eu- 
bée (3). „ Nous avons représenté à la planche 7 diverses têtes , 
d'après lesquelles on pourra se former quelqu'idée des traits carac- 
téristiques de celles des anciens Grecs. Le n.° a est une tête d'As- 
pasie , célèbre courtisanne de Milet, qui sut s'élever au point de 
régir avec Périclés les destins d'Athènes. La fig. 1 est une tête 
d'Alcibiade en qui la nature réunit les plus rares talens avec les 
plus belles formes. Le docte antiquaire Visconti est d'avis que cette 

(t) M. r Dongîas, dans son essai sur les Grecs anciens et modernes, 
est d'avis que c'est dans les îles de l'Archipel plutôt que sur le continent, 
que le sang de cette nation paraît s'être conservé dans sa plus gande pu- 
reté. V. Bib. Britan. Tom. 57 , pag. 479. 

(2) Histoire de l'art. Vol. 1 , pag. 317. 

(5) Ces observations doivent s'entendre particulièrement du climat 
d'Athènes , car on trouve dans les Recherches philosophiques de Paw , 
qu'en divers cantons de la Grèce , l'hyver est très-rigoureux, et l'été brû- 
lant. Vol.I, part. \, pag. 84. Les relations de cet écrivain sont confir- 
mées à cet égard par les voyageurs modernes. Ponqueville , en parlant de 
l'Arcadie , dit qu'en hyver il y tombe beaucoup de neige. 



de la Grèce. /^ 

image n'est point celle du héros dans la fleur de la jeunesse , mais 
déjà sur le déclin de l'âge. Ses traits ont bien en effet quelque 
chose de noble et môme encore des grâces, mais on y remarque 
aussi l'empreinte des chagrins et du malheur. Ces deux têtes sont 
prises de l'Iconographie Grecque du même antiquaire. La figure 
sous le n.° 3 est encore une tête d'Alcibiade dans sa jeunesse , et 
a été dessinée sur une cornaline du cabinet de Fabius Ursin (i). 
Nous donnerons en outre dans ce traité , des dessins d'autres monu- 
mens , au moyen desquels on pourra encore mieux juger du carac- 
tère de la physionomie des anciens Grecs; et nous ferons con- 
naître celle des Grecs de nos jours, d'après des figures prises dans 
les tems modernes. 

Jusqu'ici nous n'avons fait que tracer une esquisse rapide de Description 
l'état physique de la Grèce. L'ordre des matières exige maintenant S6 ° sraphu ' 1 ^ 
que nous disions quelque chose de sa division politique et géogra- 
phique. Cette contrée, comme nous l'avons déjà observé, est entre- 
coupée de montagnes et de rivières qui la partagent en cantons 
distincts et séparés les uns des autres. Nous allons donc examiner 
sa géographie sous trois aspects qui sont ; la géographie des tems 
héroïques , ou la géographie d'Homère ; la géographie des tems his- 
toriques ; et la géographie des colonies. 

La géographie d'Homère se trouve dans la seconde partie du Géographie 
second livre de l'Iliade, où le poète passe en revue les différens d ^ ontére - 
peuples qui prirent les armes contre Troie. Il n'y est point parlé 
des Macédoniens ni des Epirotes ; et les seuls peuples dont il fait 
mention sont ceux, de Y Etoile, de la Phocide , de la Béotle , de 
la Locride , de l'Argolide, de la Laconie , de la Messénie,de YAr- 
cadie , de la Thessalie, des grandes îles de Samos et de Cépha- 
lonie, de VEubée , de la Crète, de Rhodes , et des petites îles qui 
sont disséminées tant dans la Mer Egée ou l'Archipel , que dans la 
mer Ionienne à l'occident du Péloponnèse. Il ne parle point de 
VAttique, mais seulement d'Athènes, peut-être parce que les diver- 
ses tribus que comprenait ce canton avaient été réunies ensemble 
par Thésée, et ne formaient, comme l'observe également M. r Cou- 
sin qu'une seule peuplade. Les épithétes dont se sert ce poète cé- 
lèbre pour caractériser chaque j)ays et chaque ville , donnent une 

(i) Imag. ex Bibl. F. Ifrsini , n°. 4. 



4$ Topographie 

juste idée de leur situation , de la qualité de leur sol , et de leurs 
richesses (i). 
Géographie Après la géographie d'Homère il en vient trois autres qui ap- 

hhtorùjues. partiennent aux tems historiques ou certains , savoir ; celle de Stra- 
bon , de Pausanias , et de Ptolémée. Notre plan ne nous permettant 
pas d'entrer dans le détail des notions contenues dans ces différens 
ouvrages , nous nous bornerons , à l'exemple de Chantreau, à présenter 
dans le tableau suivant, l'ancienne géographie des Grecs comparée 
avec la moderne , d'après les descriptions que nous en ont laissées 
ces anciens géographes (a). Nous avons cru à propos de joindre à 
ce tableau une carte topographique de l'ancienne Grèce, prise de 
l'Atlas de Lesage. 



(i) « Le dénombrement des deux armées qu'on lit dans le second livre 
de l'Iliade présente la première carte géographique de la Grèce et de la 
côte d'Asie , tracée avec une précision admirable. L'ouvrage de Strabon 
n'est en partie qu'un commentaire et une apologie de cette carte: et Wood 
qui a traversé l'Archipel avec un Homère et un Strabon à la main , ne 
cesse d'exalter l'exactitude du poète dans ses descriptions topographiques. » 
Cesarotti Raison. Histor. critique sur les œuvres d'Homère I. rc part. 3 l'IL. e sec 

( r ?) Science de l'Histoire Vol. II. pag. 564. 



de la Grèce. 
TABLEAU 

DE LA GÉOGRAPHIE COMPAREE DE LA GRECE. 



49 



Division ancienne. 



Noms modernes peuples 

des Pays. qui les 

habitaient. 



Epirus , 1' Epire Basse Albanie .... Molosses . . 



Thessalia 3 la Thessalie. Sangiakato di Larissa. 



• 'Acarnania , Acarnanie , 
JEtolia , l'Etolie . . . . 

Locris , la Locride . . . 

Doris } la Doride . . . . 



Livadie 
idem . 



idem Locriens . 

idem 



Phocis , la Phocide . . . idem Plwcéens 



Boeotia > la Béotie . . . idem ......... Béotiens. 



Megaris , la Mégaride 
Attica , l'Attique . . . 



idem 

idem Athéniens. 



Corinthia , 
la Corinthie 



Noms anciens Noms modernes 
des principales villes. 

{ Amhracia .... Larta. 
[Nicopolis Prevesa-Vecchia. 

Cynos-Cephalae. ( ruinée ) 

Pliarsalus .... Farsa. 

E,arissa Larissc. 

Magne si a . . . . La mie. 

Pherae Ienizara 

sans villes d'importance. 

Calydon Ai ton. 

f Amphissa .... Salone. 
\ Naupactus .... Lépante. 

elle avait quatre petites villes de peu. 
d'importance. 

De//?//*' (Delphes) Gastri. 
( Thebae (Thébes) Striva. 
| Cheronaea . . . . ( ruinée ) 

< lueuctra idem. 

i Platea idem. 

[ Aulis idem. 

Megare. Mégare. 

fAtlienae Athènes. 
Marathon .... Marazona 
Eleusis ...... Lepsine. 



Achaja , 
l'Achaïe -l 
divisée en 



Sicyonia , 
la Sicyonie. 

Achaja 
propria , 
l'Achaïe 
propre . . . 



Corinthus . . 
Cenchraea . . 



Corinthe. 

Port de Corinthe. 



partie du Duché 

de Clarence Achéens 



Sycion Basilique. 



autre partie 

du Duché f Patrae . 

de Glarence \ Dymae . 

[ Egiu m , 



Mycenae. . . 
Epidaurus . . 
Hermione . . 
Nauplia . . . , 

Tzaconie Lacedëmoniens, j Sparta .... 

opartiates . . \ Epidauria . . 

ÎMessenia. . . 
Pylus Messen 
nacus . . . 

autre partie f Elis 

du Belvédère < Olympia . . . 

[ I i isa 

Megalopolis . 
Mantinea . . 



Argolis } l'Argolide ... Sacanie Argiens . 



Laconia 3 la Laconie . 

Messene , la Messénie. 
Elis, l'Elide 



Arcadia , TArcadie Arcadiens. . ! 



Patras. 

Clarence. 

Vostiza. 

Argos. 

Charia. 

Cherronesi. 

( ruinée ) 

Napoli de Romanie 

Misitra. 

Malvasia. 

Mosseniga. 

Navarino. 

Belvédère. 

Langanizo. 

( ruinée ) 
, Leontari. 
, Goriza. 



Tels étaient les pays de l'ancienne Grèce sur le continent. Il faut maintenant y ajouter les îles nom- 
breuses répandues dans ses mers, et dont les principales sont; Lesbos , à présent Métélin; Chio ; Samos ; 
^oos , actuellement Stanchio ; Pathmos , appelée encore Patino ; YEubée aujourd'hui le Négiepont; 
Rhodes -, Chypre ; Corcyre maintenant Corîou , ainsi que plusieurs autres dont on peut voir les noms 
ûans la carte géographique sous le n.° 6. 

Europe. Vol. /, q 



Colonies 
Grecques, 



Colonie 
de Doriens. 



Colonie 
des Eolieus. 



Colonie 
des Auidens. 



5o Topographie 

Mais, soit par un effet de leur penchant à la nouveauté et 
au changement , soit par suite de l'accroissement excessif de leur 
population ou de leurs guerres intestines , soit enfin qu'ils fussent 
pressés par le besoin d'aller chercher ailleurs des moyens de sub- 
sister, comme il était déjà arrivé à d'autres peuples, les Grecs 
envoyèrent des colonies , non seulement dans les îles voisines , mais 
même jusques sur les côtes de l'Italie, des Gaules, de l'Asie et de 
l'Afrique. On raconte qu'avant la guerre de Troie , Iolas neveu 
d' Hercule , avait amené de Thébes, ville de Béotie , en Sardaigne une 
colonie Grecque , qui y fut assaillie et presqn'entièrement détruite 
par les Phéniciens et les Carthaginois (i). Vers la fin de la guerre 
de Troie, quelques Athéniens vinrent bâtir la ville d'£7ée dans 
l'Asie mineure , presqu'en face de File de Lesbos. Cette ville de- 
vint dans la suite un port fameux , et l'arsenal de la grande ville 
de Pergame. Les Doriens qui habitaient entre le Parnasse et la 
Thessalie , réduits à l'impossibilité de pourvoir aux besoins de leur 
nombreuse population . expédièrent une colonie composée d'une 
jeunesse choisie, qui alla s'établir, partie dans File de Rhodes, 
et partie sur le continent voisin. Cette colonie , à laquelle se réu- 
nirent ensuite des Cariens venus de Crète, jetta les fondemens des 
villes de Gnide et d'Halicarnasse. 

Mais de toutes les émigrations des Grecs depuis la guerre de 
Troie , la plus fameuse est celle des Eoliens qui , partis de la 
Laconie sous la conduite de Pentlle fils d'Oreste , se rendirent maî- 
tres de l'île de Lesbos aujourd'hui Mètèlin , et y bâtirent la célè- 
bre ville de Milylène. Guidés par les fils de Pentile , les Eoliens 
firent de nouvelles entreprises, et ils construisirent sur le conti- 
nent 3 entre la Mysie et la Phrygie, la ville de Cumes ainsi que 
plusieurs autres, qui, avec l'île de Lesbos, formèrent ce qu'on ap- 
pela depuis YEolie. Après la mort de Codrus dernier Roi d'Athè- 
nes , environ uSa ans avant l'ère vulgaire 3 sou fils Nélée quitta 
Y Attique avec une forte colonie , et vint se fixer sur la côte mari- 
time d'une partie de la Lydie. C'est à cette colonie qu'est due la 
fondation de plusieurs villes considérables, telles que, Phocée , 
Smyrne , Colophon , Ephcse et Milet. De tons ces divers établisse- 
mens réunis , il se forma peu-à-peu une nouvelle Grèce , qui prit le 
nom de Grèce Asiatique, et dont voici le tableau. 



(i) Pluche Concorde de la Géographie. 



de la Grèce. 5i 

TABLEAU 

DE LA GÉOGRAPHIE COMPAREE DE LA GRECE ASIATIQUE, 

Noms anciens. Observations. Noms modernes. Noms 

anciens modernes 

des principales villes. 



Fesait partie de la 
Mœsie. Elle fut 
appelée Eolie, du 
nom des Eoliens 
qui, après la guer- 
Eolia, l'Eolide. re de Troie , vin- 
rent du Pélopon- 
nèse s'établir dans 
l'Asie mineure. 
L'île de Lesbos 
en fesait partie. 



Ainsi appelée de 
lone, lequel après 
avoir établi les/o- 
niens dans YAt- 
tlque , vint avec 
une petite colonie 
en Asie. Nélée y 
transporta depuis 
une autre colonie 
plus nombreuse 
que la précéden- 
te. 



Ulonie. 



La Carie. 



Se divisait en Ca- 
rie proprement 
dite , et en Do- 
ride , ainsi appe- 
lée des Doriens 
qui vinrent s'y 
établir. Elle prit 
encore le nom de 
Pentapole, de ses 
cinq villes prin- 
cipales, dont trois 
étaient dans File 
de Rhodes qui en 
fesait partie. 



Dé Pf d , Eloea. . 

auiourd nui du n 

Gouvernement n; 

de Kutaieh. 



Appartient au 

Gouvernement 

de Kutaieh , 

Sangiagato 

d'Aidinlli. 



Appartient 

aux Sangiakats 

à'Aidinlli f 

et de 
Mentechek. 



Smyrna . : 
Clazomenae 
Theos. . . . 
Colophon. . 
Phocoea . . 
Ephesus . . 



Haîicarnassus. 
Mile tus. . . . 
Gnidus .... 
Myndus . , , 



Castro. 
Fokia. 



Smyrne^oulsmir, 

Vourla. 

Seagi. 

Alto-Bosco. 

Fokia-Vecchia. 

Aïa-Salouk. 



BodrouiiiQ, 
Milet. 
Gnido. 
Sari-Pietro. 



Colonies 
Grecques 
en Sic iie. 



Colonies 
Grecques 
eu Italie. 



5a Topographie 

Dès les tems les plus reculés 3 des colonies Grecques étaient 
venues s'établir dans la Sicile. Les plus célèbres sont celles qui 
jettèrent les fondemens de Messine et de Syracuse. Messine s'ap- 
pelait auparavant Zanclé , nom sicilien qu'elle avait emprunté, selon 
Thucydide , de la forme de son port qui ressemblait à une faulx. 
Chassés du Péloponnèse par les Spartiates s les Messénierts , aidés 
d' Auassila , Messénien lui même et tyran de Reggio, débarquèrent 
en Sicile , et s'emparèrent de Zanclé , qui prit depuis lors le nom 
de Messana. Cette événement date d'environ 94 ans après la fon- 
dation de Rome. Néanmoins la plus considérable de toutes les co- 
lonies Grecques qui passèrent dans cette ile , fut celle qu'y con- 
duisit Arcade Corinthien , quelques années après la fondation de 
Rome , et environ sept siècles et demi avant l'ère vulgaire. Arcade 
ayant débusqué les Siciliens de la petite ile à'Ortygie , fit cons- 
truire quelques ouvrages autour du lac de Syracus pour en former 
un port : ce qui fit donner le nom de Syracuse à la petite ville 
que renfermait cette île. Autour de cette ville, Arcade en fit en- 
core bâtir quatre autres petites , qui ayant été entourées dans la 
suite d'une même muraille, prirent ensemble le nom de Syracuse. 

Avant l'établissement de ces colonies en Sicile , d'autres s'é- 
taient déjà fixées dans le midi de l'Italie. Plusieurs des héros Grecs 
n'ayant pu rentrer dans leurs domaines à leur retour de la guerre 
de Troie , prirent le parti d'aller se chercher une autre patrie , 
et se dispersèrent principalement dans l'Italie méridionale, dont 
le climat est à peu-près le même que celui de la Grèce. Le ter- 
ritoire qu'ils occupèrent comprenait tous les pays situés entre celui 
des Salentins (maintenant la terre d'Otrante), et le détroit', et 
on l'appela la Grande Grèce , parce qu'au rapport de Pline (1), il 
parut aux Grecs qui s'y étaient réfugiés d'avoir trouvé un pays plu* 
vaste , plus beau et plus heureux que celui qu'ils avaient quitté. 
Diomtâe et Tdoménée furent les principaux fondateurs de ces co- 
lonies. Le premier ayant trouvé ses états dans le plus grand dé- 
sordre à son retour du siège de Troie , quitta Argos } et vint avec 
Philoctecte et quelques autres chefs s'établir à la pointe de l'Italie. 
Effrayé du soulèvement qu'il avait excité parmi ses peuples , en 
sacrifiant impitoyablement son propre fils à Neptune, Jdomenée 
Roi de Crète se réfugia , avec un bon nombre de sujets qui lui 
étaient restés fidèles, sur la côte orientale de cette péninsule, à 
peu de distance du golphe de Tarente. Voici également le Ta- 
bleau comparé de la Grande Grèce. 



(1) Lib. III. c. 5. et 10. 



DE LA 



Gré 



ece. 



53 



Division 
ancienne. 



TABLEAU COMPARÉ 

DE LA GRANDE GRECE. 

Peuples 
Noms modernes. qui l'habi- 



ANCIENS MODERNES 

DES VILLES PRINCIPALES. 



Apulia. La Gapitanate. 

On croit que c'est là 
que Dioméde établît 
sa colonie , et fonda 
la ville de Venusia , 
dont le premier nom 
fut viphrodisia , ou la 
Ville de Venus. Frè- 
re t fait descendre les 
Apuliens des Libur- 
niens , peuples qui 
étaient passés de l'il- 
lyrie en Italie environ 
seize siècles avant l'ère 
vulgaire. 



Brubium. La Terr 



{Lucania. 
Calabria. 



re | 



Venusia . . 

Dauniens. Cannae . . 
Messapiens. Tarentum . 



Venosa. 

Cannes. 
Tarente. 



de Bari . . 
d'Otrante. 

Fréret prétend que le 
nom de Brutium dé- 
rive des mots celti- 
ques ber, bret , arbre , 
forêt , parce que ce 
pays était ancienne- 
ment couvert de forets. 

Les deux Galabres. 

Le Lucaniens étaient 
Samnices d'origine, et 
on croit que leur nom 
dérive de Lucanus , 
ou de Lucius leur an- 
cien fondateur , ou 
bien encore du mot 
Luc ou Lu g , qui, en 
langue samnite , veut 
dire eau , parce que 
leur nouveau pays é- 
tait arrosé d'eaux de 
toutes parts. La Cala- 
bre fut peut-être ainsi 
appelée, du mot orien- 
tal calab , qui signifie 
poix , parce que cette 
contrée produit une 
quantité de pins dont 
on tire la Résine. 



Brutiens. Croton. 



Locri. . 
Regium 



Crotone. 

Mota di Burzano. 
Reggio. 



Lucaniens. 

Salentins. 
Calabrais. 



Elea Castello a mare. 

Sybaris . . . f _ , 
Thurium, j détruites. 

bâtie sur 

les ruines 
de Sybaris 
Rudiae. . . 



Brundusium. 



( Villes détruites. ) 
Brindes. 



Colonies 
anns les Gaules 



^4 Topographie 

Mais plusieurs siècles avant l'ère vulgaire, il y avait déjà des 

et aiikurs. Grecs établis dans les Gaules, en Chypre et en Afrique. Quelques 
marchands Phocéens, cinq cents ans avant la naissance du Christ 
vinrent de L'Ionie jusques aux bouches du Rhône, et bâtirent la 
ville de Marseille. Environ à la même époque, la Lyhie, province 
d'Afrique, voyait déjà fleurir la belle colonie de Cyréne, capitale 
de la Cyrénaïque. Teucer , chassé par son père de Salamine, ville et 
lie tout près à' Athènes , vint s'établir en Chypre f où il fonda une 
nouvelle Salamine , avec d'autres villes s telles qu' Amathonte , Pa- 
phos et Tdalion, qui devinrent célèbres dans la suite, par le culte 
qu'on y rendait à Venus (1). 

Macédoine; Aucune province cependant n'avait encore été réunie à la Grèce 

9 à'ia Grée* proprement dite, jusqu'au tems de Philippe II le Macédonien. En- 
voyé , quoique fort jeune encore , par son père Amyntas en otage 
à Thébes , il y étudia les mœurs Grecques , et conçut dès lors le 
projet d'asservir la Grèce entière. A peine monté sur le trône de 
Macédoine., toutes ses pensées se tournèrent vers cette entreprise; 
et en effet, après une guerre sanglante et des événemens divers, 
il parvint, par la victoire qu'il remporta à Chéronée vers l'an 338 
avant l'ère vulgaire , à se rendre l'arbitre de toute la Grèce : de- 
puis cette époque, les Macédoniens ne furent plus regardés par 
les Grecs comme un peuple barbare, et leur pays fit partie inté- 
grante de l'empire Grec. La conquête de Philippe, ou la réunion 
de la Macédoine à la Grèce , fut consolidée ensuite par la valeur 



(1) Il n'est nullement hors de probabilité que le6 Grecs ayent poussé 
leurs colonies jusques dans le Nord. Voici ce que rapporte à ce sujet le 
docte Lanzi dans son Mémoire sur les vases antiques , pag. 42. « J'en 
donne pour preuve une lettre écrite par M. r Luaff Chevalier Moscovite à 
M. r Jacques Byres Anglais, qui, il y a peut-être 20 ans, m'en commu- 
niqua à Rome un fragment de la teneur suivante : On a trouvé aux en- 
virons de Coliran dans une grotte artificielle une inscription en carac- 
tères inconnus aux Chinois , aux Tartares et aux Japonais , et qu'on na 
vu déchifrer. Un peu plus loin dans la grotte , qui est une galerie de 200 
toises j on a découvert deux vases dont l'un était d'argent, d'une forme 
parfaitement grecque , avec des bas-reliefs d'un beau travail , et Vautre 
était étrusque ; qu'est ce que cela signifie au fond de la Sibérie ? Je 
ne suis point éloigné de croire qu'il n'y ait eu jadis par là quelque co- 
lonie Grecque, comme il y en eut à Tomes, dont le dialecte conservait 
encore du tems d'Ovide quelques restes d'hellénisme, » 



de la Gr 



de la Grec e. 55 

et les exploits do son fils Alexandre. Ce dernier s'étant fait nom- 
mer généralissime des troupes, dans une assemblée des villes G ree- 
crues qu'il avait convoquée à Corinthe , il prit avec lui l'élite de l'ar- 
mée , et secondé par une fortune constamment heureuse , il porta ses 
armes victorieuses en Asie et en Afrique; s'empara de la Syrie, de 
la Perse, de la Médie et de l'Egypte; et fonda dans les pays 
qu'il avait conquis, des colonies et des villes auxquelles il donna 
les coutumes et les lois de la Grèce. Après sa mort, qui arriva à 
Babylone, ses Généraux se partagèrent ses conquêtes, et avec eux 
commencèrent les nouvelles dynasties des Antiochiens , des Séleuci- 
des 3 des Ptolérhées , et autres Princes, tant en Perse , qu'en Svrie 
et en Egypte. Depuis lors, le costume des principales villes de Concrètes 
l'Afrique et de l'Asie fut presqu'entièrement Grec. Ainsi tout ce * Akxa " d:e - 
que nous dirons par la suite de celui de la Grèce proprement dite, 
devra s'entendre aussi, non seulement des colonies Grecques, mais 
encore des divers contrées de l'Asie et de l'Afrique qui furent 
subjugées par Alexandre. 

Il nous reste maintenant à dire quelque chose de la population population 
de la Grèce tant ancienne que moderne. Quant à la première, les 
auteurs même les plus renommés présentent d'étranges contradic- 
tions. Quelques-uns d'entre eux donnent cà la Grèce une popula- 
tion en quelque sorte innombrable; d'autres la réduisent au point 
que leurs calculs sont démentis par les faits seuls. Cette question 
difficile ne pourrait donc être décidée que d'après l'autorité des 
monumens; car si le témoignage des écrivains nous parait quelque- 
fois justement suspect , il n'en est pas ainsi des monumens , dont 
la vérité parle aux yeux. Les Pyramides de l'Egypte attestent 
d'une manière évidente l'immense population de ce pays dans des 
tems reculés. Le Colysée , où cent mille hommes pouvaient as- 
sister aux spectacles à Rome, nous donne une idée bien plus posi- 
tive de l'étonnante population de cette ville, que toutes les relations 
qui traitent de la puissance Romaine. Mais on ne rencontre point 
dans la Grèce de ces monumens gigantesques , et il ne parait pas 
que les villes, même les plus considérables et les plus florissantes, 
y fussent d'une étendue à contenir un nombre d'habitans aussi pro- 
digieux. Athènes était sans contredit la ville la plus grande de 
toute la Grèce, et n'avait de rivale que Sparte, du tems de Thu- 
cydide. Mais qui est ce qui voudra ajouter foi au rapport d'Athé- 
née qui assure , que la première de ces deux villes comptait dans 



56 Topographie 

ses murs vingt un mille cytoyens (i), dix mille étrangers, et qua- 
tre cent mille esclaves? Jamais les productions du sol de TAt- 
tique, déjà peu fertile par lui même, ni les approvisionnemens 
que le commerce maritime pouvait tirer du dehors, n'auraient pu 
suffire aux besoins d'une pareille population 3 surtout à l'époque où 
Athènes était le siège de la délicatesse , du luxe et de la magni- 
ficence. Aussi a-t-on lieu de présumer qu'Athénée a mis par erreur 
un chiffre de trop, au moins dans le nombre qui représente cette 
multitude d'esclaves. Pausanias,, en parlant de la loi Achéenne 
qui concernait tout le Péloponnèse , dit que tous les Achéens en 
état de porter les armes , y compris même un grand nombre d'es- 
claves qui avaient obtenu la liberté, ne formaient pas plus de quinze 
mille hommes. Diodore de Sicile assure que tous les Etoliens pro- 
pres au service militaire, du tems d'Antipater, ne fesaient que dix 
mille combattans. Or on peut poser en fait, d'après ces données , que 
l'ancienne Grèce proprement dite, contenait, dans son plus grand 
lustre, neuf cent vingt mille habitans libres, et quatre cent soi- 
xante mille esclaves ; et que par conséquent toute sa population 
pouvait s'élever à environ un million et trois cent quatre vingt mille 
habitans , nombre qui n'excède guères celle de la Grèce moder- 
ne (a), d'après ce qu'en ont écrit les voyageurs, et comme nous 
le verrons en son lieu. 

Dans cette description topographique de la Grèce, nous n'avons 
remarqué que les choses les plus importantes , notre but n'étant pas 
d'entrer dans un examen plus détaillé de tout ce qui concerne 
l'histoire naturelle, la statistique, et enfin la géographie de cette 
contrée. Nous avons cependant indiqué les sources ou nous avons 
puisé, pour l'utilité de ceux de nos lecteurs qui voudraient acqué- 
rir des connaissances plus étendues sur ces différentes matières , et 

(i) Par citoyens on doit entendre, selon le témoignage des plus 
doctes écrivains , les hommes libres , et propres à porter les armes. 

(2) Quant à l'acienne population de la Grèce , on peut lire le Dis- 
cours de David Hume sur la population des nations anciennes. L'auteur 
y traite la question avec beaucoup d'érudition , et avec la plus fine cri- 
tique. On peut lire encore l'Essai de F. S. Nortli Dongias , au sujet de 
quelques points de ressemblance entre les Grecs anciens et modernes 
(Londres, i8i3 in 8.°). Ce serait trop nous écarter de notre objet, que 
de nous arrêter plus long tems sur cette question. Nous aurons néanmoins 
occasion d'en parler ailleurs. 



de la Grèce. 5? 

nous nous réservons de leur donner d'autres renseignemens à ce 
sujet., surtout lorsque nous aurons à parler de l'agriculture. En at- 
tendant, nous avons cru de faire une chose qui leur serait agréable, 
que de leur présenter ^ à la planche 9, une vue d'Athènes, telle 
qu'elle se montre aujourd'hui aux voyageurs (1). On jugera aisé- 
ment , d'après cette vue , de l'état ou se trouve actuellement , non 
seulement cette ville jadis si célèbre , mais encore la Grèce en- 
tière ; et les artistes y trouveront un modèle à suivre , dans toutes 
les imitations qu'ils auraient à faire, d'un sol et d'un horison sem- 
blables à ceux de la Grèce. On voit sur un rocher la citadelle 
anciennement appelée par les habitans Acropolis , qui veut dire 
ville haute, et était ainsi distinguée d'Athènes, ou de la ville 
basse: on la regardait comme le lieu le plus sacré de la ville , 
et elle renfermait les plus beaux temples, ainsi que le trésor et 
les archives de l'Etat. Elle sert encore à présent de forteresse; 
mais elle ne conserve presque plus rien de son état primitif, ni de 
son ancienne magnificence. Les murs , ainsi que les édifices , en sont 
construits, en plusieurs endroits, avec des fragmens de colonnes , de 
corniches et autres morceaux de sculpture , dont le bizarre assem- 
blage offre l'image déplorable de la barbarie et de la destruction. 
Vers le" milieu s'élève le Parthénon , ou temple de Minerve : entre 
une tour moderne qui sert aujourd'hui de prison , et un bâtiment 
carré qui est un magazin militaire, on retrouve des restes des cé- 
lèbres Propylées , ou des portes d'Acropoîis , qui étaient des arcs 
magnifiques consacrés à Mercure. A quelque distance de la cita- 
delle, du côté de l'occident, est le mont Anchesme 3 au haut duquel 
est bâtie une petite église dédiée à Saint Georges, sur les ruines 
même du temple de Jupiter Anchesmien : au pied du mont, et près 
du mur de circonvallation on apperçoit un tombeau Turc : à l'orient, 
et sur le même plan qu 5 Acropolis, mais hors des murs, on découvre 
une colonne qui était surmontée anciennement d'un grand trépied : 
plus bas en gagnant la plaine , on voit les ruines du théâtre de 
Bacchus. Les colonnes d'ordre corinthien qui paraissent dans la cam- 
pagne sont des restes gigantesques du temple de Jupiter Olympien ; 
derrière s'élève l'arc d'Adrien; entre cet arc et la colline se trouve 
l'Athènes moderne , et on découvre au fond une partie du mont 
ffymète. 

(1) V. Stuart. Antiq. of 'Athènes. Vol. II. 

JEwope. Vol. I. g 



COSTUME DE LA GRÈCE 

TEMS MYTHOLOGIQUES OU FABULEUX. 



Ancien .Il n'est personne qui ne sache aujourd'hui , que les peuples de 

coutume x L 1 i • • 

propre de tous tous les pays ont eu plus ou moins , dans le principe, un costume qui 
leur a été commun , et dont la nature et le besoin leur ont donné 
les premières leçons. Des herbes, des racines et des fruits formaient 
leur unique nourriture ; ils cherchaient dans des grottes , dans des 
cavernes , dans des troncs d'arbres , un abri contre l'intempérie des 
saisons 3 et un asile contre la fureur des bêtes féroces; le soupçon, 
la vengeance et la crainte étaient les principaux mobiles de leurs 
actions. Ainsi l'histoire des commencemens d'une nation, est,, pour 
ceux qui ne recherchent ni les dates, ni les noms, celle de toutes 
les autres à leur berceau (i). On peut donc se figurer, que le cos- 
tume des premiers habitans de la Grèce , aura été à peu près le 
môme, que celui des peuples les plus sauvages de l'Afrique et de 
l'Amérique. Malgré les soins continuels qu'exigeait leur conserva- 
tion , et le besoin où ils étaient de lutter sans cesse contre une na- 
ture ingrate et barbare , ils auront néanmoins conservé comme ces 
derniers quelques idées confuses de religion , qu'ils auront reçues 
idées par tradition de leurs premiers pères. Les Pélasges, qui étaient les 
A ''auiï}ef s plus anciens peuples de la Grèce , avaient , au dire d'Hérodote , 

de leursDœux. ^ notions de quelques divinités ; mais ils ne savaient pas encore 
les distinguer par des noms propres. Leurs connaissances à cet égard 
se seront bornées à savoir, qu'il y avait des êtres dont la puissance 
gouvernait toutes choses. La première révolution qui s'opéra chez 
les Grecs , ou leur passage de l'état de barbarie à l'état social , 
est dû , selon le même auteur , aux colonies étrangères , et par- 
ticulièrement à celles venues de l'Egypte. Ce fut d'elles qu'ils ap- 
prirent à distinguer les dieux du premier et du second ordre , et 
à fonder des lois , des coutumes et des institutions sur des princi- 
pes raisonnes de religion. Il résulte donc du témoignage de cet 
écrivain, qu'avant l'arrivée de ces colonies, les Grecs avaient déjà 
quelqu'idée passable de l'être suprême; et que par conséquent ce 

{i) Batteux Hist. des causes premières , pag. 88. 



Costume de la Grèce. 5o, 

sont les opinions de ces mêmes étrangers , qui les ont égarés en 
matière de religion. 

L'établissement de ces colonies serait donc l'époque, d'où de- La Grèce 
Vf aient commencer nos recherches sur le costume des Grecs. Mais c ZT'Homè%. e 
que peut'on dire de ces tems éloignés dont il ne nous est resté au- 
cun monument ? La raison veut , qu'à défaut de cette ressource 9 . 
nous ayons recours aux plus anciens historiens , dont les écrits sont 
parvenus jusqu'à nous. Or, combien de siècles n'ont pas dû s'écouler 
depuis l'arrivée de ces colonies, jusqu'au siècle d'Hésiode et d'Ho- 
mère , qui sont les plus anciens écrivains de la Grèce ? Quelles étaient 
les opinions, les lois et les coutumes des Grecs dans ces siècles re- 
culés? Si nous consultons les œuvres d'Homère, d'Hésiode, et au- 
tres poètes ou historiens de l'antiquité 3 nous n'y voyons que le 
cahos informe de la mythologie. IL est bien vrai que ces écri- 
vains n'ont dû faire autre chose , que de recueillir dans leurs ouvra- 
ges les traditions populaires , surtout en ce qui avait rapport à 
la religion , dont l'influence fut toujours si puissante sur l'esprit 
des peuples doués d'une imagination vive et prompte , tels que 
l'étaient les Grecs. Nous considérerons donc cette époque, anté- 
rieure au siècle d'Hésiode et d'Homère s comme celle des tems 
mythologique et fabuleux; et prenant pour guides les auteurs les 
plus renommés, nous allons chercher si, parmi les nuages épais qui 
couvrent ces tems éloignés ^ il est possible de découvrir quelque trait 
de lumière, à la faveur duquel nous puissions reconnaître quelques 
faits d'une vérité non équivoque. Malgré que les traditions qui nous en 
sont parvenues soient d'une origine très-obscure, et ne nous offrent 
presqu'aucun caractère d'authenticité , elles ne sont cependant pas 
pour cela tout-à-fait dépourvues d'un certain degré de probabilité : 
car si les écrits dans lesquels elles sont rapportées, ne sont point 
réeîement des auteurs dont ils portent les noms , elles n'en doivent pas 
moins passer pour très-anciennes , puisqu'elles sont données pour tel- 
les par des auteurs qui sont eux mêmes de la plus haute antiquité. 
Et quand elles seraient encore, comme l'observe M. r Batteux , d'une Cherche* 
date plus récente, elles seraient toujours d'une grande autorité, ™m£Ê£&. 
comme étant composées de matériaux appartenans à des tems très- 
reculés (j). Hésiode et Homère nous font voir dans leurs œuvres 

(i) Hist. des caus. premier, pag. 97. Cet auteur ajoute que ceux qui 
regardent comme supposés les hymnes d'Orphée , les attribuent à un cer- 



"6o Costume 

le système de la mythologie déjà solidement établi. Ils y exposent 
les choses telles qu'ils les ont trouvées , et telles cju' elles étaient 
crues de leur nation, ensorte que leur autorité pourrait suffire en 
quelque manière à la partie historique de nos recherches ; mais 
comme la partie philosophique exige que nous remontions à une 
époque plus éloignée , nous aurons recours aux conjectures , pour 
découvrir l'origine de la mythologie et du polythéisme , qui ont 
eu tant d'empire sur le costume des Grecs. 
deMontfaLon ^e célèbre Montfaucon est d'avis, qu'on ne peut dire rien de 

positif sur les commencemens de l'idolâtrie , ni déterminer l'épo- 
que à laquelle ses différens cultes se sont propagés sur la terre (i). 
INembrod passe , aux yeux de quelques-uns , comme le premier . 
homme auquel il a été rendu des honneurs divins, et qui, sous les 
noms de Bel ou Baal 3 a eu des autels dans tout l'orient. Les pre- 
mières idoles dont il est fait mention dans l'histoire sacrée sont 
celles de Thare , d'où elles passèrent dans la famille de Laban. 
L'auteur que nous venons de citer croit voir une des principales 
causes de l'idolâtrie , dans les statues élevées chez divers peuples de 
l'antiquité qui n'avaient que de faibles notions de la divinité, à 
des hommes qui s'étaient illustrés par de grandes actions,, par quel- 
que découverte utile à l'humanité , ou qui s'étaient acquis par leurs 
vertus la considération de leurs semblables. Chaque peuple se créeait 
Sentiment, deg dieux à sa fantaisie; et comme dit le prophète Isa ïe , du même 
bois qui servait à le chauffer, l'homme se lit des statues qui de- 
vinrent l'objet de son culte , et dans lesquelles il plaça tonte sa 
confiance (a). 
des F ,T, s Z!ide Quelques écrivains, d'un nom même assez marquant , après avoir 

%M J ïaBÏiîe employé toute leur sagacité à trouver quelques rapports entre la 

tain Onomacrite Athénien , qui vivait 600 ans avant l'ère vulgaire. L'an- 
cienneté de cette date n'est pas moins respectable, que ne le serait celle 
même d'Orphée. 

(1) Montfaucon. & 'Antiquité expliquée. Tom. I. Par. I. pag. XCII. 

(2) Isaïas, Chap. 45, i5. L'auteur du livre de la Sagesse indique 
comme une des sources de l'idolâtrie la douleur d'un père qui a perdu 
son fds par une mort prématurée. Pour se consoler de cette perte , il fait 
faire une image de ce fils chéri , et lui rend, au sein de sa famille, des 
honneurs qui ne sont dus qu'à la divinité. Ce culte se propage bientôt 
du foyer de cette famille dans toute la ville , et d'un dieu privé il se 
fait ainsi peu-à-peu une divinité publique. 



de la Grèce. 61 

Bible et la Mythologie 3 ont prétendu que plusieurs des événement 
rapportés dans l'histoire sacrée _, ont. été empruntés de la Mytho- 
logie ; et que par conséquent , quelques-uns des Dieux et des Héros 
de cette dernière, ne sont que des persounages illustres dont parle 
l'ancien testament (i). Par exemple, le Tubalcain de la Cénêse , 
serait, selon eux, le Vulcain des poètes Grecs: opinion des plus 
étranges , qui n'est appuyée d'aucune autorité , et ne repose que 
sur des simples conjectures (a). Les Juifs formaient une nation trop 
méprisée de ses voisins, et trop ignorée des peuples de l'antiquité , 
pour que les Phéniciens 3 les Egyptiens et les Grecs ayent pris 
chez elle aucune idée de religion ni de mythologie. Cette nation 
était d'ailleurs si jalouse de ses dogmes et de ses cérémonies reli- 
gieuses , qu'elle se fesait un devoir le plus scrupuleux d'en dérober la 
connaissance aux étrangers ; et il ne parait pas en effet que les Grecs 
en eussent la moindre notion , avant la conquête d'Alexandre (3). 

L'abbé Bannier pense (A) qu'on doit regarder la mythologie Opinion 
comme un grand et précieux dépôt d evenemens remarquables , ar- 
rivés dans les tems les plus reculés , immédiatement après 3e dé- 
luge , et rétablissement des enfans de Noè en diverses contrées ; et 
il croit fonder son système sur une base solide , en Pétayant de la 
doctrine de certains pères de l'Eglise , et de savans écrivains tels 
que, Boccard , Vossius , Einsius , le père Tournemine et autres. 
Ainsi, c'est avec le plus grand sérieux qu'il parle, du Roi Tems 

(i) Vossius , Seldéne , Boccart et autres ont prétendu expliquer l'ori- 
gine et le sens de diverses fictions mythologiques par de savantes re- 
cherches sur les racines des langues Hébraïque et Phénicienne. 

(2) L'éditeur de Daniel selon la version des septante , ouvrage pu- 
blié à Rome en 1772 est aussi de cette opinion. Il va même jusqu'à pré- 
tendre qu'Homère a pris plusieurs choses de la. Bible ; et il croit voir la 
chute des Anges dans la fable à'Até , Déesse de l'injure lancée hors de 
l'Olympe par Jupiter , et l'histoire de Joseph dans celle du Béllerophon. 

(5) Dans les premiers siècles du Christianisme , il y en eut encore qui 
entreprirent de prouver que les Grecs étaient une nation , non seulement 
d'origine récente } mais encore qui tenait des Juifs les principes de sa mo- 
rale et de sa législation. On s'imaginait favoriser ainsi la religion Chré- 
tienne , tandis qu'au contraire on l'exposait d'avantage aux attaques de 
ces ennemis , en employant des moyens aussi futiles pour la soutenir. Li- 
sez Larcher dans son Com. sur Hérodote. Vol. VII , pag. 289 et suiv. 

(4) Explication histuriq. des Fables. 



6^ Costume 

du Prince Ciel , de la Princesse Terre, et des Capitaines Tithon 
et Taurus. On voit que tout ce système ne tient qu'à des conjec- 
tures vagues et incertaines, et n'est appuyé de l'autorité d'aucun 
écrivain de l'antiquité, ensorte qu'on est autorisé à le regarder. 
Bien plus comme un jeu de l'imagination , que comme le résultat 
de méditations solides et raisonnées. 
deSe'nZke L'ingénieux De-Pluche rapporte à l'astronomie l'origine de 

toutes les divinités anciennes (r). Les premières sociétés, ou pour 
mieux dire , les premières familles qui se formèrent après le dé- 
luge 3 furent instruites par le besoin à observer le cours des astres , 
Je retour des saisons , les chaugemens des vents , et enfin tous les 
phénomènes de la nature qui intéressent la vie de l'homme. Quel- 
ques-uns de ces phénomènes , ou événemens naturels s étaient pré- 
cédés , ou accompagnés du vol de certains oisseaux , ou d'un autre 
aspect de la Lune et du Ciel ; d'autres avaient quelques point de 
ressemblance avec des animaux , ou autres objets terrestres déjà 
connus. L'inondation du Nil, par exemple, est toujours précédée 
de VEpervier , lequel quitte alors la partie septentrionale de ces 
contrées , pour s'envoler vers l'Ethyopie , lorsque le vent du nord 
pousse vers cette dernière les nuages amoncelés. Ainsi l'image de 
cet oiseau à été employée pour indiquer l'approche des déborde- 
mens de ce fleuve , et avertir les Egyptiens de retirer de leurs 
champs tout ce qu'ils voulaient mettre à l'abri de l'eau. Ils avaient 
encore observé , que cette inondation était précédée de même de 
l'apparition d'une étoile à Fhorison , un peu avant l'aurore. Le lever 
de cet astre était pour eux d'une si grande importance, qu'ils le 
prirent pour le commencement de leur année , et en firent dériver 
F,gm-es la succession de leurs fêtes religieuses (a). Or, pour ne point le con- 

symboliques ni t /•! • • t « r «»i 

?&* Egyptiens, londre avec les autres étoiles, ce qui serait sans doute arrive, s ils 
l'eussent représenté en peinture , ils trouvèrent à propos de lui 
donner une figure, qui eût quelqu'analogie avec le bienfait qu'ils 
Cn recevaient. Ils imaginèrent donc de le désigner sous la forme 
d'un homme avec une tète de chien , parce que cet animal avertit 
par ses aboyemens de l'approche de quelqu'un ; c'est pourquoi ils 
donnèrent à cette figure le nom d?Anubis qui veut dire l'a boyeur , 

(i) Histoire du Ciel. Vol. I. pag. 3 et suiv. Spectacle de la Nature 
Lausanne. 1739., vol. IV. png. 3o6 et suiv, 
(a) Porphyr, de NympJiar. antro. 



DE LA GrÉC!\ 63 

la canicule. Telle fut, selon cet auteur, l'origine de l'écriture ou 
des signes symboliques usités en Egypte, et en d'autres contrées de 
l'orient. L'utilité de ces signes pour le peuple lui en rendit bientôt 
l'intelligence familière ; mais leur usage ne se borna point à l'in- 
dication de certains objets pris dans la nature , on s'en servit encore 
pour exprimer des notions abstraites de politique et de morale. 
Cependant on inventa des caractères alphabétiques , dans la combi- 
naison desquels on trouva un moyen plus facile et plus prompt de 
communiquer ses pensées, que ne pouvait l'offrir l'usage des signes 
symboliques (i). Tous les peuples qui se piquaient de quelque sa- 
voir j et par conséquent les Egyptiens avec eux, se hâtèrent d'adop- 
ter cette nouvelle invention. Depuis cette époque, l'écriture sym- 
bolique cessa d'être cultivée , et ne se vit plus que sur les anciens 
monumens : le peuple oublia peu-à-peu leur véritable signification , 
et on finit par regarder ces figures emblématiques , comme des objets 
de culte religieux , ou tout ou moins comme des monumens histo- 
riques qui attestaient les actions mémorables des anciens héros. La ,sy mW . ç 
superstition , toujours prompte à se glisser parmi le peuple , vint c ^pemu!on. 
confirmer cette croyance , que la doctrine des prêtres entretint de- 
puis avec le plus grand soin. On voit par ce système, que M. r De- 
Pluche attribue en grande partie aux Egyptiens l'origine de la My- 
thologie. Nous ne disconviendrons pas qu'elle n'ait en effet une de 
ses principales sources dans les figures symboliques des Egyptiens; 
mais nous ne saurions être entièrement de son avis, sur la manière 
de l'expliquer, d'après le sens qu'il lui pîait de donner à ces si- 
gnes emblématiques. 

Nous ne croyons pas non plus devoir adopter l'opinion de si les colonies 
certains écrivains tant anciens que modernes, qui croyent que les f°lVo"'J'?e 
Grecs ont emprunté des Egyptiens toute leur religion. Sans doute cul!e ';'%""" 

A o- x o eu G-vece. 

crue les colonies Egyptiennes 3 en portant dans la Grèce leurs 
usages et leurs mœurs , y auront aussi transporté avec eux quelques- 
nnes de leurs divinités. Mais d'autres peuples non moins anciens , et 
non moins civilisés que les Egyptiens , envoyèrent aussi des colonies 
dans cette contrée. C'est pourquoi elle avait des divinités et des 
cérémonies religieuses, dont les unes lui étaient venues de la Phé- 
nicie , d'autres de l'Etrurie , et beaucoup , comme l'observe Monl- 

(i) Ce n'est pas ici le lieu de rechercher quel a été l'inventeur des si- 
gnes alphabétiques: nous en parlerons en traitant du costume des Chaldéens. 



le divers 
uaiions 



64 Coutume 

faucon (1), avaient pris naissance dans le sein de cette même Grèce , 
dont le génie fut si fécond en fictions de tout genre. Il ne suffit 
pas d'appercevoir quelque ressemblance dans le culte des divinités 
des nations différentes, pour en conclure aussitôt qu'elles se sont 
communiquées leurs idées religieuses : car en raisonnant ainsi , on 
pourrait dire également, que les Péruviens et les Mexicains ont pris 
aussi leur culte des Egyptiens, ou les Egyptiens des Mexicains et 
des Péruviens, parce que les monumens des uns et des autres, pré- 
sentent des figures emblématiques du zodiaque, ainsi que de di- 
vers objets physiques et moraux , comme on peut le voir dans le 
voyage du célèbre Humboldt. D'habiles écrivains ont prétendu trou- 
ver effectivement des rapports frappans, entre les divinités Indien- 
ConformUé nés, et celles de la Grèce et de Rome (2). Cette conformité, qu'on 
remarque aussi entre les idoles et les signes symboliques usités chez 
des peuples, de costumes bien différens, et séparés par de grandes 
distances, ne peut avoir, selon nous, d'autre cause que l'identité 
des besoins et des passions qui se font sentir aux hommes , dans des 
circonstances semblables. Avec les mêmes facultés physiques et in- 
tellectuelles , les hommes agiront plus ou moins de la même ma- 
nière , lorsqu'ils y seront déterminés par les mêmes motifs ; et ils 
exprimeront leurs idées par des signes, qui seront à peu-près les mê- 
mes. C'est pour cela sans doute, que les arts encore au berceau , 
chez les Egyptiens, les Etrusques, les Grecs et les Romains, aussi 
bien que chez les Péruviens, les Mexicains, et les Indiens, mon- 
trent tant de ressemblance dans leurs productions, surtout en peinture 
et en architecture. Aussi le Chevalier Boni a-t-il eu raison de dire , 
que les lois d'après lesquelles l'homme agit? sont 9 à parité de cir- 
constances , partout les mêmes (3). 
Système De tous les systèmes modernes , celui qui a obtenu le plus de 

crédit, bien qu'il ne soit fondé que sur une simple hypothèse , est 
sans contredit le système de Dupuis (4). Ce philosophe établit pour 
principe de sa doctrine, que Dieu est l'univers , ou que l'ensemble de 
tous les corps est le Dieu universel. Dès que les hommes ont voulu 

(1) U antiquité expliqué vol. I. pag. IX. et ailleurs. 

(2) Lisez le Mémoire du célèbre Hastings inséré dans les Recherches 
.Asiatiques , et Desbrosses Dieux fétiches. 

(3) Idole de Fiésolanum , pag. 9. 

(4) Origine de tous les Cultes } ou Religion universelle etc. 



de Dupuis. 



de la Grèce. 65 

raisonner sur la cause de leur être et de leur conservation , ils ont 
adoré les divers membres de ce grand corps. Pour que ces membres 
lui devinssent sensibles , et offrissent quelqu'attrait à son imagina- 
tion 3 l'homme les représenta sous diverses formes, auxquelles il donna 
les noms de différentes divinités. Or ces divinités n'étant rien autre 
chose que la nature même , ou l'univers , leur histoire sera celle de 
la nature; et comme elle ne présente d'autres événemens que les 
phénomènes qui lui sont propres , les actions de ces divinités ne 
seront que ces mêmes phénomènes exposés allégoriquement. Ainsi 
le plus sûr moyen d'expiiquer la Mythologie , est de rapporter 
aux effets des causes naturelles , toutes les fictions qui ont pour objet 
la divinité. Voilà en quoi consiste le fameux système sur l'origine 
des cultes. Il eut aussitôt pour sectateurs zélés, Volney (i), Rabaud 
de Saint-Etienne , l'auteur des Fêtes et des Courtisannes de la 
Grèce (a), Noël (3) , le rédacteur de la partie Antiquités de l'En- 
cyclopédie, et autres. Ce système repose tout entier sur la physique 
et l'astronomie. Selon Dupuis , les peuples n'ont jamais adoré, LeSoidi, 

, , i i i • cet i divinité 

et n adorent encore dans leurs ditierens cultes , que le soleil 3 ses d ^ toutes 
attributs, ou les divers rapports que cet astre vivificateur et bien- 
fesant a avec tous les, autres corps célestes , et avec la nature entière. 
On peut expliquer , dit'il , allégoriquement les exploits des héros 
de la fable , par le passage du soleil d'une constellation à l'autre. 
Les mouvemens du ciel donnent l'interprétation des histoires d'Her- 
cule et à'Osiris: les poèmes de Linus, d'Orphée, et autres poètes 
de l'antiquité, ne sont que des allégories, sous lesquelles est figurée 
îa nature , mère de tous les êtres. 

Nous ne nous permettrons pas d'entrer dans une discussion ap 
profondie du système de cet écrivain , pour ne point trop nous écar- de />', 
ter de notre sujet. Il a été depuis peu savamment combattu par 
M. r Palmieri (4). Nous nous bornerons à faire quelques observa- 
tions sur son ensemble. Dabord , on ne peut pas le regarder comme 
tout-à-fait nouveau , car ce n'est autre chose que le Panthéisme , on 

(i) Les ruines ; ou méditations sur les révolutions des empires, 
(2) Mr. Chaussard. 
(5) Dictionnaire de la Fable. 

(4) Analyse raisonnée des systèmes et des fondemens de l'athéis- 
me et de l'incrédulité. Gênes 181 1 et suiv. 

Europe. Vol. I. g 



Fausseté 

du ^ 

" 7" 



Contradictions 
entfi 



66 Costume 

le système de Spinosa : ainsi tous les argumens qui ont été dirigés 
contre les Panthéistes et les Spinosistes , peuvent être également 
employés à le réfuter. L'autorité des écrivains que cite Dupuis , n'est 
d'aucun poids dans la thèse qu'il soutient, en ce que leurs disser- 
tations ne tendent qu'à prouver , que les anciens , et surtout les Egyp- 
tiens , adoraient les astres. Ces mêmes écrivains sont d'ailleurs d'une 
époque bien éloignée des tems, auxquels on veut rapporter les pré- 
tendues allégories mythologiques. Nous voulons bien convenir que 
dans les tems les plus reculés , les Grecs rendaient peut-être aussi aux 
astres un culte religieux , comme l'atteste même Platon ; nous ajou- 
terons même que certaines fictions mythologiques, semblent bien avoir 
quelques rapports avec l'astronomie, selon l'opinion de Lucien (i); 
mais nous nierons toujours qu'on puisse démontrer , que la Mytho- 
logie n'est autre chose que le culte de l'univers considéré comme 
divinité, et qu'avec ce système on puisse expliquer toute espèce 
de théogonie. 

En second lieu : les anciens philosophes se contredisent eux 
rZiosofhes. mêmes, lorsqu'ils disputent sur l'origine et la généalogie de leurs 
Dieux. Cicéron fa) , en parlant de l'opinion des anciens Grecs , 
dit que Jupiter est la même chose que le Ciel , et il cite à ce 
sujet plusieurs passages d'Ennius , des Augures et d'Euripide. Dio- 
dore de Sicile affirme au contraire (3), sur la foi de plusieurs au- 
teurs de l'antiquité, que Jupiter était «i«^», le souffle qui anime 
tout ce qui vit ; et quant aux autres Dieux , il nous en donne une 
toute autre idée que Cicéron. On peut donc conclure de cette 
étrange diversité d'opinions, qui régne parmi les anciens écrivains 
sûr certains sujets de la fable , que ces fictions n'appartiennent 
point à l'a Mythologie considérée dans son origine; mais qu'elles 
ont été imaginées par ces mêmes écrivains, pour couvrir ce que les 
relations fabuleuses avaient de ridicule et d'absurde; et que par 
conséquent les idées les plus bizarres et les plus extravagantes à 

(i) Lucian. De Astrologia tom. I. pag. 992. Licet potissimum, ex 
Homeri poetae Hesiodique carminibus intelligere priscorum fabulas cum 

astrologia consentire Nam quaecumque de Veneris et Martis 

adulterio dixit , deque detectione haud allunde , quam ex hac sclenUa 
Sipnt confecta, 

(2) Lib. II De Nat. Deorum. 

(3) Liv. I. pag. 10. 



de la Grèce. 6*7 

cet égard , sont réelement originelles et inhérentes à la Mytho- 
logie (1). 

Après cette courte exposition des principaux systèmes mytho- inuùihè 
logiques , il n'est pas besoin sans doute de beaucoup de raisonne- mtthfiùgiyZa 
mens , pour démontrer qu'aucun d'eux ne peut être considéré com- 
me la source unique et véritable de l'idolâtrie et du polythéisme, 
et bien moins encore comme une doctrine certaine , qui donne la 
clef des mystères étranges et infinis de la Mythologie Grecque. 
Voici ce que dit Dupais lui même dans sa Préface contre les in- 
venteurs de pareils systèmes , sans s'appercevoir que ses réflexions , 
pouvaient s'appliquer au sien propre : « La plupart de ceux qui 
ont écrit sur les antiquités religieuses , ne nous ont donné que des 
notions fausses ou incomplètes. Ils avaient, avant d'écrire, une opi- 
nion faite , et ils n'ont travaillé que pour rassembler des preuves 
propres à lui donner quelque vraisemblance. Alors leurs études , 
leurs efforts, n'ont servi qu'à les égarer, en ne leur montrant que 
ce qu'ils voulaient voir. Ils avaient déjà un système , et ils ont étu- 
dié l'antiquité , afin de trouver de quoi l'établir. „ Ainsi donc , 
tout système de Mythologie , selon l'observation d'un écrivain judi- 
cieux , est comme un lit de Procuste , aux dimensions duquel , à 
force de tortures et de mutilations, toutes les différentes interpré- 
tations j même contraires entre elles , doivent s'adapter. A combien Erreurs qui 
d'erreurs et d absurdités na pas donné lieu cette espèce de manie, 
de vouloir expliquer au hazard tous les mystères de la Mythologie? 
Chaque écrivain a prétendu découvrir dans les fictions des anciens, 
l'objet qu'il s'était proposé dans ses études. Le Physicien y a vu 
des allégories aux secrets de la nature; le politique, les principes 
d'un bon gouvernement; le philosophe, la plus belle morale; Fal- 
chymiste , tous les secrets de son art: chacun d'eux enfin a regardé 
îa Mythologie comme un pays de conquête , où il s'est cru en 
droit de faire une incursion , selon ses idées et son propre inté- 
rêt (a). Concluons donc , avec le Comte Carli dans son prologue sur 
l'Expédition des Jrgonautes , que « c'est afficher un esprit de sys- 

(1) C'est avec raison que S. Augustin s'exprimait ainsi contre la doc- 
trine de ces philosophes : Sed cum conantur vanissimas fabulas , slve ho~ 
minum res gesbas velub naturalibus interpretationïbus honorare } alias 
homines acubissimi banbas pabluntur angusbias ,ub eorum quoque vaniba- 
ùem dolere cogamur. De Civ. Dei. 7. 18. 

(2) EncycL mèbhocl. Antiq. Mibologie. Tom. IV. pag. 236. 



68 Costume 

terne, c'est à dire un art propre à tout expliquer, sans rien en- 
seigner , que de vouloir envisager l'antiquité sous un seul point de 
vue, en rapportant tout à l'histoire sacrée, à la morale, ou à la 
physique, et en croyant voir partout du mystère. Comment une 
seule clef peut'elle nous ouvrir la porte à toute la Mythologie , 
qui est un composé de choses si disparates, inventées, amplifiées 
et enseignées par des personnages divers , à des époques et dans des 
tems différens ? „ 
SSaUe Quelle sera donc l'origine de la Mythologie Grecque ? Com- 

Mntotgie ment a -t- elIe pu jetter d'aussi profondes racines chez un peuple, 

drecçue. dont le génie s'éleva au premier rang dans- les arts et dans les 

sciences? Nous ne croyons pas nous tromper eo disant, qu'elle a 

eu autant de causes et autant de sources différentes , qu'on en a 

vu dans tous les systèmes dont nous venons de parler. 

deTcotnics. Pour ce • qui concerne les Grecs dont il s'agit ici, il y a lieu 

de croire que leurs premières connaissances en Mythologie leur 
auront été apportées par les colonies qui sont venues s'établir chez 
eux , ainsi que nous l'avons remarqué plus haut , et comme l'at- 
teste également Diodore de Sicile. Réduit encore à des mœurs ru- 
des et presque sauvages , n'ayant que le sentiment de ses propres 
besoins , et d'autres notions que celles qu'il tenait de ses ancêtres 
sur la nature et l'être suprême , doué d'une imagination active , 
entraîné aux passions par tempérament et par Feffet du climat, 
ardent pour tout ce qui portait l'empreinte de la nouveauté et 
du merveilleux , ce peuple dut accueillir avec transport les leçons 
de ses nouveaux hôtes. Les mêmes raisons durent lui faire regarder 
ces étrangers comme des êtres extraordinaires , comme des demi- 
dieux envoyés par l'être suprême pour réformer ses mœurs , pour 
lui enseigner les arts et les sciences , et comme pour le régéné- 
rer ; ou comme des enfans de la terre d'une nature immortel ie 
et supérieure à la sienne, dont il ignorait l'origine et la patrie. 
De là les fables de Prométhée , d'Hercule, d'Apollon, des Titans 
et autres semblables. Ne vit'on pas les mêmes choses chez les 
Mexicains, les Péruviens et autres peuples de l'Amérique, lors- 
que les Européens parurent pour la première fois dans ce conti- 
nent; avec cette différence pourtant, que les Grecs ne renoncèrent 
point, selon toutes les apparences, aux connaissances qu'ils avaient 
déjà, et dont l'amalgame avec les nouvelles idées qui leur furent 
communiquées depuis , dut produire un assemblage bizarre de tra- 
ditions fabuleuses ? 



des voyageurs. 



de la Grèce. 69 

Dès les premiers pas qu'ils auront fait dans la civilisation, ^gJ"j»J 
les Grecs se seront sans doute montrés jaloux de cette apparence 
d'antiquité qu'ils ont ensuite recherchée avec tant d'ardeur; et ils 
n'auront certainement rien négligé pour voiler aux yeux de la 
postérité l'état de barbarie dans lequel leurs ancêtres vécurent 
pendant long tems , sans frein et sans lois , et à la manière des 
brutes. Ils auront en conséquence imaginé d'être descendus , dans 
les siècles les plus reculés, de héros enfans de ces mêmes Dieux, 
qui auront eu commerce avec quelque nymphe , ou mortelle hono- 
rée de leurs faveurs. Voilà une autre source de la Mythologie chez 
cette nation. De nouvelles circonstances , et par conséquent de nou- 
velles fables seront venues successivement fortifier cette opinion , 
qui ne pouvant être transmise par l'art de l'écriture dont l'usage 
n'était point encore connu, se sera perpétuée par la voie de la 
tradition , où même de quelque monument symbolique. 

Plusieurs de ces fables auront peut-être encore pris leur source i g n. 
dans les relations de voyageurs ignorans et souvent menteurs. Pri- 
vés des lumières nécessaires pour bien juger des choses , ces voya- 
geurs se seront laissés séduire, et auront séduit également, par des 
récits exagérés ou peu réfléchis, leurs compatriotes, toujours prêts 
comme eux à se passionner pour tout ce qui tenait du merveilleux. 
Les fables qui ont été débitées dans les derniers tems par quelques- 
uns de nos plus célèbres voyageurs au sujet des géans de la côte des 
Palagons? n'ont sans doute pas eu une autre origine. C'est peut-être 
d'après les relations de quelque voyageurs , que les champs Elysées 
furent placés dans les heureuses contrées de la Bètique. Ajoutons ignorance 
à toutes ces causes, l'ignorance des Grecs en fait de navigation, navigation. 
Ils ne savaient parler de l'océan que comme d'une immense région 
couverte de ténèbres, dans laquelle le soleil se plongeait tous les 
soirs avec un fracas épouvantable , pour aller se coucher avec Thétis. 
Si quelque vaisseau avait eu l'audace de franchir le détroit qui 
sépare l'Italie de la Sicile, le bruit se répandait aussitôt qu'il 
s'était trouvé entre deux rochers battus par les flots impétueux, qui 
étaient Charybde et Sylla , deux monstres affreux qui engloutis- 
saient les navigateurs. 

Ce défaut de connaissances en physique , en chronologie et ignorance 
eu histoire, dut être pour les Grecs la source d'une infinité de C^Ê/ "£'L"'" e, 
relations fabuleuses. On attribua à des causes animées une foule e /i7f/îLfJL. 
d'effets dont on ne connaissait pas la raison ni le principe. Les 



7° Costume 

vents furent regardés comme des divinités malfesantes , qui déchaî- 
naient les tempêtes sur la terre et sur la mer; et l'arc-en-ciel fut 
pris pour une déesse gracieuse, vêtue d'un manteau de diverses 
couleurs. Les Grecs n'ayant commencé que fort tard, comme nous 
l'avons déjà observé, à faire usage de l'écriture, et à déterminer 
les époques principales de leur histoire, ils ne pouvaient guère» 
embrasser dans leur mémoire , que les événemens de quatre ou cinq 
générations , au delà desquelles ils n'appercevaient plus qu'un la- 
byrinte obscur de traditions confuses sur les divinités , de Saturne, 
de Jupiter, du ciel et de la terre. Ils inventèrent donc une gé- 
néalogie de Rois, de Dieux et de Héros qui n'existèrent jamais; 
à mesure que leurs relations s'étendaient avec d'autres peuples, par 
la guerre a par le commerce ou autrement , ils transportèrent en 
même tems dans leur propre histoire ce qui appartenait à ces peu- 
ples , et en firent ainsi un mélange monstrueux de choses réeles 
et imaginaires. 

Jaa^TJil. IST ° US ne devons P as n0ïl P lus passer sous silence l'opinion de 

M. r d'Hancarville à ce sujet , comme présentant beaucoup de vrai- 
semblance (i): « Long tems avant que la peinture, la sculpture , et 
l'art d'écrire fussent connus des Grecs, pour rappeler le souvenir 
des événemens qui les intéressaient, celui de leurs Héros, et de 
leurs Dieux, ils donnèrent les noms des uns et des autres aux ter- 
ritoires, aux mers, aux fleuves de leurs pays, aux villes qu'ils 
construisirent, aux montagnes , et aux fontaines qui leur parurent 
distinguées par quelques singularités. Leur imagination brillante, 
et plus encore les fictions de leurs anciens poètes, leur représen- 
tèrent ces mêmes objets comme étant protégés par les divinités 
dont ils portaient les noms; quelquefois même ils leur attribuèrent 
les actions de ces divinités. De pareilles idées ne pouvaient qu'être 
accueillies avec transport, par un peuple dont la vanité croissait en 
raison des progrès qu'il fesait dans la civilisation. „ Voilà une des 
autres sources de la Mythologie. Ainsi , dit encore le même au- 
teur, les rochers du mont Sypile d'où sortaient plusieurs fontaines , 
étaient Niobé même entourée de ses enfans, accablée de tristesse, 
changée en pierre, et pleurant encore les malheurs de sa famille. 
Nous reviendrons sur l'opinion de cet écrivain, lorsque nous aurons 
à parler du culte et de la sculpture des Grecs. 

(i) Vases d' Hamilton etc. T. III. 



de la Grèce. 71 



Enfin plusieurs de ces fables peuvent encore être dérivées du Équivoque 



dans la 



idèrëe 

connue partie 



sens équivoque que présentent une foule de mots dans les langue 
orientales , et même dans la langue Grecque. Ainsi il est assez vrai- 
semblable ■ que quelques poètes auront feint que Venus était sortie 
de l'écume de la mer , parce que le mot A'<p P c<r/n , nom que les 
Grecs donnaient à cette Déesse , vient de *<p°>s , qui veut dire écu- 
me. Il suit donc de toutes ces observations 3 comme nous l'avons déjà 
dit, que la Mythologie Grecque n'a pas eu qu'une seule origine, 
et que parmi les causes qu'on peut lui assigner, les principales sont; 
l'orgueil et la vanité de cette nation; son ignorance dans l'histoire, 
dans la chronologie , dans les langues , dans la physique et en géo- 
graphie; et les notions diverses qui lui ont été apportées par les 
étrangers. 

Dans tout ce que nous avons dit jusqu'ici , nous n'avons encore Mfyt&oh 
envisagé la Mythologie que sous le rapport des recherches philoso- 
phiques auxquelles elle a donné lieu : nous allons la considérer ldslortq 
maintenant comme partie historique de ce premier période de la 
Grèce. Pour ne point nous engager dans un labyrinthe d'où il nous 
serait difficile de sortir s nous ne ferons que marcher sur les traces 
d'Hésiode et d'Apollodore. Le premier, au dire d'Hérodote, fut 
contemporain d'Homère, et, selon d'autres écrivains, le précéda de 
quelques années (r) : ainsi il appartient à la plus haute antiquité. Sa 
Théogonie contient toutes les traditions qui étaient le plus en vo- 
gue de son tems ; mais il n'y parle guère que de l'histoire des 
Dieux , et ne dit que quelques mots des anciens Héros. On trou- 
vera , dans le tableau suivant, la généalogie des Dieux suivant le sy- 
stème de cet écrivain , et nous croyons qu'il suffira pour donner à 
nos lecteurs une idée de la théogonie des Grecs. Nous l'avons pris 
de l' Histoire universelle de François Bianchini , ouvrage plein d'é- 
rudition , dont se sont servis avantageusement plusieurs écrivains 
ultramontains des plus renommés , surtout ceux qui ont imaginé 
les nouvelles théories mythologiques et historiques, et dont les opi- 
nions ont été tant vantées par quelques-uns de nos compatriotes, 
qui , à la honte de leur patrie , ne se montrent admirateurs outrés 
des productions étrangères, que parce qu'ils ignorent les richesses 
qui lui sont propres. 

(1) Volney, Chronologie des douze siècles etc , e Blair-Tabl. Chrono- 
log'ques. 



7 a Costume 

Après Hésiode, Apollodore Athénien a décrit, dans sa Biblio- 
thèque , les actions des Dieux et des Héros ; et on ne peut nier que 
la théogonie de cet écrivain ne conserve une espèce de liaison en- 
tre les diverses ramifications de la descendance des Titans et des 
premières divinités. Mais en avançant, sa narration devient si em- 
brouillée et présente tant de lacunes , qu'il serait bien difficile 
de trouver un fil pour s'y reconnaître. Le savant Clavier s'est ef- 
forcé de remplir ces lacunes , à l'aide de fragmens qu'il a su dé- 
couvrir dans divers auteurs de l'antiquité , et son ouvrage a répandu 
beaucoup de lumières sur celui de l'historien Grec , qui ne nous est 
parvenu que très-imparfait. UHeyne a éclairé l'édition qu'il a faite 
du même historien par des tables généalogiques 5 dans lesquelles il 
a tâché de classer en diverses souches la génération des Dieux 
et des Héros. Mais ce serait trop nous écarter de notre sujet , que 
de vouloir exposer ici dans tout son jour la doctrine de ces deux 
habiles commentateurs. Ce n'est que dans les Dictionnaires de la, 
fable , et autres ouvrages de ce genre , auxquels nous renvoyons nos 
lecteurs (i), qu'il faut chercher des notions plus étendues sur la 
vie , les aventures , et en général sur l'histoire des Dieux et des 
Héros. Nous aurons bien aussi à entrer dans plus de détails à cet 
égard , en nous aidant des monumens qui y auront rapport , lorsque 
nous en serons à l'article de la religion. Néanmoins pour terminer 
cette époque , qu'on peut appeler le premier période du costume 
des Grecs , nous joindrons ici le tableau de la dynastie des Rois d'Ar- 
gus jusqu'à l'invasion des Héraclides , copié d'après les anciennes théo- 
gonies, et rédigé avec la plus grande précision par M. r Palaméde 
Carpani notre collègue , pour l'usage de Messieurs les Pages du ci- 
devant Royaume d'Italie ; et nous le donnons d'autant plus volon- 
tiers, que la ville d'Argos eut pour fondateur Inachus qui amena en 
Grèce les premières colonies , et que l'histoire de sa race est plus 
féconde qu'aucune autre en événemens fabuleux ou mythologiques. 

Après les siècles des Dieux viennent ceux qu'on appelle lierai- 
Te " ls . ques dans lesquels on distingue quelques faits historiques , malgré 
les fictions et les absurdités dont ils sont enveloppés (a). Nous re- 

(i) Parmi les livres qu'on peut consulter à ce sujets les meilleurs, 
selon nous sont ; les Dictionnaires de Millin et de Noël , X Iconographie 
de Ripa , les Images de Cartari , et le Dictionnaire de Sabathier. 

(2) Toute la Mythologie peut se diviser en deux générations, l'une 
des Dieux , et l'autre des Héros. Au commencement: , dit Critias dans- 



mythologiques. 



SUCCESSION DES ROIS 



Inachus , venu 



Io , Prêtre 
Jupiter 
ca'die , e 
donne 1 
vient et 
selon q 
et seloij 
elle est 

Epaphus ( ensi 

Lil 




Egyptus , peut-être Sésostris Roi d' 



12 Lyncée., un des 5o fils d'Eg] 
tue Danaùs et lui succède. 



i3 Abas é^ 
et fo 



i4 Proetus chassé d'Àrgos par son frère , 




ibie épouse 22 Agamemnon Mené' 

phius Roi épouse Hélène 

la Phocide. Clytemnestre de T; 

\_ veuve 

e épouse Electre. de Tantale. 



Iphigénie. Electre. 240reste. Henj 

par Pyrrl 



25 Tisaméne Roi d'Argos , Mycéne et 




SUCCESSION DES ROIS D'ARGOS JUSQU'A L'INVASION 






OCÉAN ET THÉTIS. 



Inachus, venu de la Phénicie dans le Péloponnèse, fonde Argos , épouse sel 
fille de l'Océan, selon d'autres Isméne , et est ensuite changé 



Io , Prêtresse de Junon , est aimée de Egialée. 

Jupiter, poursuivie par lui en Ar- 
cadie , est changée en Vache. Elle 
donne le nom à la mer Jonienne , 
vient en Afrique où elle se marie , 
selon quelques-uns avec Télégon , 
et selon d'autres avec Osiris. Enfin 
elle est adorée sous le nom d'Isis. 

Epaphus (ensuite Dieu Apis) épouse Memphis. 

Libye épouse Neptune. 

Bélus Roi en Afrique. 



Europe Vol. I. P»g. 7a. 



>ES HÉRACLIDES 



quelques-uns Mélisse 
fleuve. 



2 Phoronée Rc 
1 

3 A P ] 

4 A 

L 
5 Cryasus ou 

6 Phorjws. 

7 
8 

9 Sthéni 

1 

10 Gelai 



Triopas. 

1 

> Crotor, îs. 

ni u: 



Egyptus , peut-être Sésostris Roi d'Egypte.' 

J_ 

12 Lyncée, un des 5o fils d'Egyptus , 

tue Danaùs et lui succède. 



1 1 Danaiis chassé d'Afrique enlève 

le trône d'Argos à Gélanor. 

J_ 

Hyperméstre , une des 5o Danaïdes , 

sauve son mari Lyncée. 



i3 Abas épouse Ocalea. Est Roi sage , 
et fonde Aba en Phocide. 



1,4 Prœtus chassé d'Argos par son frère , 
va en Lycie près Jo bâtés. Il y épouse 
Sthénobée, ou Anthèe , ou Antiope. 
Retourne en Argolide , se fait Roi 
de Tyrinthe. Poursuit Bellérophon. 



i5 Acrise épouse Euridice fdle de Lacédémc 1, 
1 
Danaé et Jupiter en pluie d'or. 
1 
16 Persée épouse Andromède fille de Ce] 
Roi d'Ethyopie, et fonde Mycéne. 



d'Argos, changé en fleuve. 



Pyrasus. 



Rois d'Argos 
peu connus. 



Les 5 Prcetides , Mégapenlue 
maniaques. Roi de Tyrinte. 

JUPITER ET LA NYMPHE PLOTTA. 

Tantale Roi de Lydie. 

Ravisseur de Ganiméde. 

Fait cuire une épaule de Pélops. 

1 

Pélops donne le nom au Péloponnèse. 

épouse Hipppdamie. 



18 Sthénélus. 

1 

19 Eurysthee 
persécute 

Hercule 
son cousin. 



17 Electryon successeur de Persée. Alcée épouse Hyppoméde 

1 ' 1 

Alcméne épouse Amphytrion. Amphytrion 

Est aimée de Jupiter st fait Roi de Thébes , 

et est mère d'Hercule. I et tue Electryon. 



Plisthéne 

recommande 

ses fils 

à Atrée. 



21 Thyeste 

succède à Atrée , 

est chassé 

par 

Agamemnon. 



20 Atrée 
Roi d'Argos 

est tué 
par Egisthe. 



Erope 
femme d'Atrée 
auquel elle porte 

en dot 
le trône d'Argos. 



Hercule Thébain , 

exclus du trône d'Argos 

pour le crime d'Amphytrion. 

Epouse JJéjanire. 

Aime Auge , Iole etc. 



Tantale épouse 
Clytemnestre 

fille de Tyndare 
Ploî de Sparte, 
mais il est tué 

par Agamemnon. 



23 Egisthe 
tue Atrée 
et ensuite 
Agamemnon: 
régne à Argos , 
et est tué 
par Oreste. 



Anaxibie épouse 

Strophius Roi 

I de la Phocide. 

A - 

?ylade épouse Electre. 



22 Agamemnon 

épouse 

Clytemnestre 

veuve 
de Tantale. 



Ménélas épouse 
Hélène autre fille 
de Tyndare. . 



Télephe fils d'Auge 

et d'Hercule 

devient Roi de Mcesye 

et est blessé par Achille. 



Hyllus ayant envahi le Pélo- 
ponnèse se retire à caiise de 
la peste. Trois ans après il 
revient et est tué en duel : 
pour cette raison les Héracli- 
des ne font plus guerre au Pé- 
loponnèse pendant 100 ans. 



Iphigenie. Electre. 24 Oreste. Hermione ravie 

par Pyrrhus , épouse d'Oreste. 

a5 Tisaméne Roi d'Argos , Mycéne et Sparte , vaincu par les Héraclide: 



26 Héraclides envahissent le Péloponnèse. 



Cresfonte 

Roi 

de Mycéne. 



Temenus 
Roi d'Argos. 



Eurysthee et Proclus , 
fils d'Aristodême , 
et Puoi de Sparte. 



» E. 



e de Jupiter. 
) Deucalion 



Europe. Vol. I. Pag. 72. 



Nérée ^ cinquante Nymphes marines , sa- 
Doris J voir , Protée etc. v. 240. 

Isis. v. 266. 
Thaumantis , Aelio et Occipéte, Harpies. 
Ceto > Grées, ou Gorgones, qui sont 

Phorcys ' Méduse etc. 

24 Fleuves principaux , savoir, le Nil etc. v. 3 38 
Trois mille Fleuves moins considérables 
41 Nymphes des Fleuves principaux , parmi 
lesquelles Stix. v. 35o. mère de 

la Force , la Vigueur , la Victoire, le Zélé. 
3ooo nymphes des Fleuves moins considérab. 
L'ancien Scholiaste de Pindare , XIX. e 
Olymp. , dit qu'il y a trente mille Nymphes 
. Océanitides. N 



XAOS 

CHAOS. 

"V. 116. 



re femme Minerve III. e , on la figure née du cerveau de 

fille de Ura- Jupiter même v. 886. 

I. e femme. ( Heures. 

Eunomie 

Justice. 

Paix 

Parques ( Moïpat ) qui sont Clothon , etc. On les 
dit encore filles de l'Ere be et de la Nuit. 
u Eurynome III. e f. e les Grâces , Aglaya, Euphrosyne , Thalie» 
^ Sat. II , e f> Proserpine. 

d'Ur. IV . e f. e les 9 Muses, v. 917. 
de Cœus, VI. e f. e Apollon. 

Diane , Apnfiis. 
le Sat. VII. e f. e Jeunesse , H/S*. 

Mars , Apus. 

Lucine , KimIùviu.. 

Vulcain , ntpctunos. 
Atl. VIII. e f. e Mercure , h,.^. 

Dionysus ou Bacchus de Sémélé. 
Hercule d'Amphytrion. 



GÉNÉALOGIE DES DIEUX D'HÉSIODE. 



Europe. Vol. I. Pog. -)i- 



(URANUS, 

ou Ciel. 
I v. 127. (i) 



OCÉAN, a*.'*,.? v. i32. ■> 

Thétys. T,«, f . } 

)Latone , VI. femme de Jupiter, v. 
Astérie, v. 410. 
Hécate, ou Rhée. v. 4'8 et 467. 
Rhée , femme de Saturne, v. 467. 
Thémis , II.» femme de Jupiter. 
Mnémosyne , V.° femme de Jupiter. 
Phébé. 4>oi/3n. 



J JAPET. unETos , de qui 



XAOS 

CHAOS, 
v. 116. 



Amour z?°i 
\ v. 120. 



Hypérion , de qui 

Brontés , Stérope et Argés , appelés Cyclopes. 

£°. ttu , s i Echidna mère de plusieurs 1 *&. 

> monstres, v. 3og. f.° de l ' ' 
Gérion. v. 3og. 



Gigés 
Electre 



héu- 



ÎZéphyre. v. 37g. 
Borée 
Notus 
Lucifer 
S telle 
' Pallas , père de Pallas , V.» Minerve de Cicéron. 



. Perséis 



Nérée \ cinquante Nymphes marines, sa- 
Doris J voir , Protée etc. v. 240. 

Isis. v. 266. 
Thaumantis, Aello et Occipéte, Harpies. 
Ceto 1 Grées, ou Gorgones, qui sont 

Phorcys ' Méduse etc. 

24 Fleuves principaux , savoir, le Nil etc. v. 3 38 
Trois mille Fleuves moins considérables 
4i Nymphes des Fleuves principaux , parmi 
lesquelles Stix, v. 35o. mère de 

la Force, la Vigueur, la Victoire, le Zélé. 
3ooo nymphes des Fleuves moins considérab. 
L'ancien Scholiaste de Pindare , XI -X." 
Olymp. , dit qu'il y a trente mille Nymphes 
V. Océanitides. x 



et Sphinx 
et Cetus. 



Callirhoe , 
f. e de Neptun. 



Crysare-Gérion. 
v. 287. 



I Idra , Memnon R< 
. La Chimère. 



v SATURNE , kîonoz , de qui 



Tartare - Typhée - Vents umides. 



Erébe. 
v ia3. 



Nuit. 
v. ia3. 



' ETHER de Cicéron qu'on dit père d'URANUS 

Le Jour 
I Le Destin, v. 210. 
1 La Parca 
i La Mort 
1 Le Sommeil 
I Momus 
I Le Travail 
l Les Héspérides 
J Les Destins Mo7f«< 
1 Les 3 Parques , savoir ; 
f Clothon , Lachésis et Atropos. 
J Némésis 
f La Fraude 
! L'Amitié 

La Vieillesse 
V La Discorde ou Dispute E f «, de qui 



' Atlas - Maïa VIII. femme de Jupiter. 
I Menezius 

.;.... 1 ... ; } Prométhée ) Deucalion 

j Epiméthée v. 41 i- 
( Thérmére , Jone etc. 

Thia } Circé. v. 966. 

Le Soleil \ Oetus 
La Lune 
L'Aurore 

i des Ethiopiens. Phaëton. Egiz. 

• Vesta, urh v. 453. 
Cérés , An/n'rsf v. 4. — Pin ton le riche. 
IV. e femme de Jupiter — Pluton , v. 968. 
Junon Km , VII, 8 femme de Jupiter. 

AiU , Pluton. • f de Métis , I.» femme Minerve III.» , on la figure née du cerveau de 

Jupiter même v. 886. 
Heures. 
Eunomie 
1 Justice. 
\ Paix 

I Parques ( M»7 f *. ) qui sont Clothon , etc. On les 
I dit encore filles de l'Erébe et de la Nuit. 

de Vénus ou Eurynome III. f.° les Grâces , Aglaya, Euphrosyne, Thalie. 
de Cérés de Sat. II.» f. e Proserpine. 
z,h. JUPITER, de qui naquirent ...... \ de Mnemos d'Ur. IV. f.° les 9 Muses, v. 917. 

de Latone de Cœus , VI. f. Apollon. 

Diane , Apnfiis. 
de Junon de Sat. VII. f.° Jeunesse , h/3b. 
Mars , Aftis. 
Lucine , ■B.i^tlvia. 
Vulcain , n<p«.ims- 
de Maïa d'Atl. VIII. e f. e Mercure , H>fo. 

de Séméle Dionysus ou Bacchus de Sémélé. 

d'Alcméne Hercule d'Amphytrion. 



de Métis , I. re femme 
de Thémis , fille de Ura- 
nus . et II e femme. ( 



n.«,<f«,. NEPTUNE -- Triton 

Vénus. Aif f »tf/n , III. e femme de Jupiter. 



La Fatigue, v. 227. 
L'Oubli 



La Peste 

La Douleur 

Les Combats 

Les Massacres 

Les Batailles 

La Victoire 

La Licence et la Perte 

Le Serment , ou Orcus , 



La lettre y. indique les vers d'Hésiode. 



de la Grèce. 7 a 

marquerons avec Heyne que ces faits ne remontent pas à plus de 
cinq générations avant la guerre de Troie s et que par conséquent 
on ne trouve au delà de cette époque, aucun événement qui soit 
rapporté par Homère dans le sens de narration historique (1). La anquième « s « 
première génération qui précède la prise de Troie est la guerre ""ZVt?*^ 
Thébaine, à laquelle prit part Tydée père de Dioméde ; la se- 
conde est l'expédition des Argonautes; la troisième est celle d'Her- 
cule , de Nelée père de Nestor , et dWnée père de Tidée et de 
Méléagre; la quatrième est celle d'Amphytrion et â'Alcméne; et 
la cinquième est celle de Persée et de Pélops, l'un et l'autre fils 
de Jupiter. Le généalogie de Priant offre également cinq généra- 
tions. Car Priam eut pour père Laomédon : celui-ci fut fils à'Ilus, 
qui naequit de Troes fils d' Ericthon , lequel eut pour père Dar- 
danus fils de Jupiter et d'Electre fille d'Atlas. 

Mais parmi ces diverses époques, trois particulièrement sont Epoque 
remarquables. La première est l'expédition des Argonautes con- hîZrïqZl. 
duits par Jason à la conquête de la toison d'or, environ 79 ans 
avant la prise de Troie, et ia63 ans avant l'ère vulgaire (a). La 
seconde est la guerre des sept chefs contre Thébes , qui eut lieu 
laaS ans avant cette ère (3). La troisième est la prise de Troie, 
environ 1184 ans avant la même ère (4). Comme ces trois époques 
comprennent les faits les plus marquans dans les fastes de l'an- 
cienne Grèce, et qui ont fourni à la poésie et aux beaux arts les 
sujets de composition les plus célèbres , nous croyons qu'il importe 
de nous y arrêter un peu, afin d'en éclaircir l'histoire par l'exa- 
men critique de quelque monument qui y ait rapport, 

Platon, les Dieux régnèrent sur la terre dans les lieux qui leur échu- 
rent par le sort. Voilà la Théogonie , ou génération des Dieux. Les hom- 
mes bons et sages , selon le même Gritias , qui prirent à tâche d'imiter les 
Dieux , formèrent VHérogonie , ou génération des Héros. 

(1) Hom. Carmina. Tom. VIII. Excursus IV. pag. 83i. 

(2) La même année Adraste Roi d'Argos célébra pour la première 
fois les jeux Pythiques. 

(3) Nous nous sommes servis des Tables chronologiques de Blair 
pour déterminer les années de ces époques. 

(4) Troie fut incendiée par les Grecs dans la nuit du s3 au 2.4 du 
mois de Targelion , qui correspond à celle du n au 12 juin , d'après les 
marbres RArondei, 408 ans avant la première Olympiade selon Apollo- 
dore. Les marbres & Arondel _, connus encore sous les noms de marbres 

Europe. Vol, I, i0 



.l'£OS. 



74 CoSTÏÏME 

EXPÉDITION DES ARGONAUTES. 

fs Argonautes furent ainsi appelés du mot Argos , nom du 
DU'crsite vaisseau qu'ils montèrent pour aller en Colchide à la conquête de 

a opinions . 

su \f mot ^ a toison d'or. Apollonius, Diodore de Sicile et autres sont d'avis, 
que ce vaisseau prit le nom à' Argus ou à 9 Argos , de celui qui en 
fut le constructeur. D'autres prétendent que cette dénomination 
dérive du mot Grec *n** , qui veut dire vite , léger (i), d'autres 
enfin la font dériver d' Argos, nom de la ville où il fut construit (a). 
Quelle que soit l'étymologie de ce mot , l'opinion était , que le 
même navire avait été fait sur le dessin et sous les auspices de Mi- 
nerve , que sa proue était du bois des chênes de la forêt de Do- 
clone qui parlaient et rendaient des oracles > et le reste , de bois 
coupés sur le mont Pélion. C'est pourquoi on lui avait, encore 
donné les noms de sacra , loquax , falidica , ainsi que ceux de 
pelia et peliaca. 

de Paros et d' Oxford , sont le plus ancien et le plus beau monument 
de chronologie qui existe. Ils furent découverts dans file de Paros par 
Thomas Petre , que Lord Howard Comte d'Arondel avait envo) r é dans 
le Levant, pour y faire l'acquisition des monumens de l'antiquité les plus 
précieux , et le dépôt en a été confié à l'Université d'Oxford où ils se 
trouvent maintenant. Ils indiquent les époques les plus mémorables de 
la Grèce , depuis Cécrops fondateur d'Athènes jusqu'à l'Archonte Dio- 
gnéte , ce qui forme une suite de i3i8 ans. 

(i) Quidam Argo a celeritate dictarn volunt. Servius. Comm. in IV. 
Virg. Eclog. 

(2) Quelques-uns s'en tenant aux deux vers rapportés par Cicéron 
dans le premier livre de ses Tusculanes , comme étant d'un ancien poëte 
latin , ont donné une autre étymologie au mot Argos. Ces vers , qui sont 
d'Ennius , sont les suivans : 

■Argo } quia Argivi in eà delecti -viri 
Vecti _, petebant pellem inauratam arietis. 

On regarde néanmoins généralement comme apocriphes , malgré le senti- 
ment de Virburge , ces expressions quia Argivi , car dans toutes les édi- 
tions d'Ennius on lit ; Argo , qua vecti Argivi delecti viri. 



de la Grèce. «5 

Le chef de cette expédition fut Jason , et avec lui partirent rw 
cinquante deux princes, la fleur des héros de la Grèce. Ils s'em- desArs °" nu 
barquèrent à Pagase promontoire de la Magnésie en Thessalie, 
passèrent à Lemnos, et de là dans la Samothrace. Après avoir 
traversé l'Hellespont et côtoyé l'Asie mineure, ils entrèrent dans 
le Pont-Euxin par le détroit des Simplegades (1), et abordèrent à 
Aea^ capitale de la Colchide (a). Le but de leur: voyage étant 
rempli , ils se rembarquèrent , non sans courir quelques dangers , 
renvinrent presque tous heureusement dans leur patrie. On trouve 
dans Apollonius , dans Apollodore, dans Ovide, et dans Valerius 
Flaccus (3), des notions détaillées sur cette expédition et sur les 
héros qui y prirent part. 

On fait ordinairement deux questions au sujet de cette entre- Opinions 
prise fameuse. On demande d'abord quelle était la forme du vais- "ïJltZ 
seau dont il s'agit. La plupart des écrivains sont d'avis qu'il était Al6 " s 
long, et ressemblait à nos galères. La construction devait en être 
fort simple et même grossière dans ces premiers tems , où l'art de 
la navigation était encore dans son enfance ; et en effet le scho- 
liaste d'Apollonius rapporte que, selon l'opinion commune, ce 
vaisseau fut le premier a qui on donna une forme longue., ou le 
premier navire de quelqu'importance et armé en guerre qui parut: 
ce qui est encore attesté par Diodore. Pline assure la même chose 
sur la foi de Philostéphane (4). Que ce navire ne fût pas d'un vo- 
lume bien considérable, c'est ce dont on ne peut guères douter, d'a- 
près l'ancienne tradition qui le fait porter sur les épaules même 
des Argonautes , depuis les bords du Danube jusqu'à la mer Adria- 

(1) Deux îles , ou plutôt deux rochers près le détroit de Constanti- 
nople : ils sont si près l'un de l'autre qu'ils semblent se toucher et s'en- 
trechoquer ; ce qui a fait imaginer aux poètes , que c'étaient deux monstres 
.marins funestes aux navigateurs. 

(2) Aujourd'hui Mingrélie , à l'extrémité orientale de la mer Noir, 
entre la Circassie , la Géorgie et l'Aladulie. 

(5) Lisez sur cette fameuse expédition le X. e tome des œuvres du 
Comte Carli. Milan, 1785, Monast. de S. Ambsoise. Ce savant auteur 
a traité son sujet en quatre livres , dans lesquels sont éclaircis divers 
points sur la Navigation , Y Astronomie , la Chronologie et la Géogra- 
phie des anciens. 

(4) Longa nave Jasonem primum navigasse , Pkilost-ephanus au* 
céor est, Plin. liv. 7. c, 58. 



^76 Costume 

tique. On croit encore qu'il était de l'espèce de ceux appelés 

*T*n*Ml'ft à cinquante rames, comme on peut le conjecturer d'après 

certains passages d'Orphée , d'Apollodore , de Pindare et autres. 

Médaille où ea On le voit en effet représenté avec des rames , sur une médaille qui 

représenté i i t er i i • .. ^ -, 

ce navire, se trouve dans le 1. tome des Antiquités Grecques de Gronove , 
de laquelle le Comte Carli a donné une copie dans son ouvrage, 
et dont nous présentons l'image à la planche 10, fig. i. La lé- 
gende de cette Médaille est Arro MAr-NHTnN , Argos des Magnésiens , 
autre nom des Argonautes , soit parce qu'ils étaient tous de la Ma- 
gnésie , soit parce que Jason était né à Giolchos , ville de cette 
contrée , soit enfin parce que le vaisseau avait été construit à Pa- 
gase , qui était également une ville et un promontoire de la Ma- 
gnésie. Après son expédition , Jason consacra à Neptune son na- 
vire , qui fut ensuite transporté au ciel , et mis au nombre des 
constellations. 
objet On demande en second lieu quel était îe but de cette fameuse 

de l'ex édition £ a • • 

des Argonautes expédition, et ce qu on doit entendre par la toison d'or. Selon 
la tradition mythologique, Athamante fils d'i?oZe, eut de Néphéle 
un garçon et une fille appelés Phrysus et Hellê. Néphéle ayant 
été métamorphosée en nuage, Athamante épousa Inus ou Jnon. 
Cette dernière, dans la vue de se débarasser de ses beaux-fils, 
persuada aux femmes de YEoiide de broyer le grain avant de le 
semer, en leur promettant de recueillir par ce moyen une mois- 
son plus abondante. Ce conseil artificieux fut la cause d'une 
horrible famine dans toute la Thessalie. Les prêtres de Delphes 
qui avaient déjà été gagnés par Inon , dirent que la famine ne ces- 
serait, que quand Néphéle aurait immolé un de ses enfans. Phrysus 
fut designé pour être sacrifié. Mais Néphéle , les enveloppa tous les 
deux d'un nuage , et les fit monter sur un bélier dont la toison était 
d'or, pour les enlever de la Grèce. En traversant la mer Assénienne , 
Hellê tomba clans l'eau et se noya , ce qui fit donner à cette mer 
le nom d' Hellespont. Arrivé à Cole , Phrysus sacrifia le bélier à 
Mars , épousa Calciope fille â'Hecta Roi de Colchide , et suspen- 
dit sa toison à un arbre de la forêt. Or l'expédition des Argo- 
nautes avait pour but la conquête de cette toison. 
Srsiême Nous ne rapporterons pas ici l'interprétation que Du puis , 

.de Dupuis n _ _ , . rr „ . f i-ii il' 

a autres. P t abaud de saint Ltienne, et autres philosophes modernes donnent a 
cette histoire en disant, qu'elle est une allégorie des personnages 
; et des signes emblématiques du firmament^, qui courent après !.$ 



tZ'Ëusu 



;rron , 
de Pline de. 



de la Grèce. 77 

bélier dans îe zodiaque , lorsque cette constellation revient sur 
Hiorison : nous avons vu le cas qu'on doit faire des systèmes de ces 
philosophes. Nous nous abstiendrons également de parler des ex- 
plications presque ridicules ou puériles qu'on trouve dans Hera- 
clite, Palefate, Suidas et autres (i) dont M. r Carli fait mention 
dans son ouvrage. D'autres, et particulièrement Eustaze, pensent 0ifl 
avec plus de probabilité, que les Argonautes avaient pour objet 
dans leur expédition , de rapporter de l'or que les torrens de la Col- 
chide roulent avec leurs sables , et qu'on ramasse avec des peaux 
de mouton , comme cela se pratique encore en quelques endroits sur 
les bords du Rhône et du Rhin. Strabon et Justin semblent confir- 
mer l'opinion à°Eustaze. Le premier dit positivement , qu'à l'exem- 
ple de Phrysus , les Argonautes allèrent en Coîchide pour s'enri- 
chir dans cette riche contrée (a). C'est pour cela aussi que Vale- 
ïius Flaccus fait dire à Jason , qu'il allait à Colchos pour s'enri- 
chir des dépouilles des Scythes (3). Il y a peut être encore plus 
de probabilité dans l'opinion de Varron et de Pline, qui préten- 2?eVa 
dent <jue la toison âJor n'était autre chose que la belle laine de 
Colchos, et que par conséquent l'expédition des Argonautes ne 
doit être considérée que comme une expédition de commerce. Tel 
est aussi le sentiment de Le Clerc et antres écrivains distingués, 

(i) Heraclite dit que ce mouton était une homme appelé #/»*«*; Ckrios, 
qui veut dire aussi Mouton , et qu'on lui donna l'épithéte d'or à cause 
de sa fidélité. Palefate croit que ce personnage était le trésorier d'Atha- 
mante , lequel avait entre autres choses sous sa garde une statue d'or. 
Suidas prétend que ce n'était autre chose qu'un livre couvert d'une peau 
de mouton , dans lequel on apprenait à faire de l'or. Bochart s'efforce 
d'expliquer toute l'histoire des Argonautes par des conjectures étranges 
sur l'étymologie de mots Phéniciens. 

(a) Strab. Liv. I. 

(3) Liv. IV. Que la Coîchide fût riche autrefois en or et en argent,, 
c'est ce qu'on peut déduire de ce passage de Pline : Jam regnaverat in 
Colchis Salauces et Esuprobes , qui terrain virginem nactus , plurimum 
argentin aurique eruisse dicitur , in suap.te génie, et alioquin i)elleri- 
bus inclyto regno. Hist. nat. liv. 53 , chap. 3. Que si cette contrée ne 
présente plus aujourd'hui aucuns trésors , on ne doit pas en conclure pour 
cela qu'elle n'en renfermait pas avant la guerre de Troie. Combien de 
pays jadis renommés par leurs richesses , qui sont à présent pauvres et 
misérables? Que de mines d'or, maintenant épuisées , qui jetaient ancien- 
nement d'un rapport immense ? 



> 



7*-* Costume 

jNous ne saurions pourtant adopter à cet égard l'opinion d'un au- 
teur moderne, qui a prétendu prouver, avec un grand étalage 
d'érudition , que la toison d'or indique les draps de soie que Jason 
rapporta de la Colchide en Grèce, et que par conséquent les Grecs 
eurent, dans les tems reculés, des relations commerciales avec la 
Chine (i). Les raisons qu'il donne sont d'un si faible argument., 
l'interprétation qu'il fait de certains passages des auteurs Grecs et 
Latins est si arbitraire, et la première connaissance qu'on a eue 
de la soie en Europe est si éloignée de Fépoque de l'expédition 
des Argonautes ^ qu'il lui sera bien difficile de trouver quelqu'un 
de son avis. (a). On peut donc regarder cette expédition comme le 
premier voyage qui ait été entrepris pour des intérêts de commer- 
ce ; et cette opinion nous parait au moins la plus problable de 
toute celles qu'a fait naitre cet événement fameux , qui forme la 
première époque des tems héroïques. 
d'où doit-on Néanmoins, avant de donner la description d'aucun monument 

lesmonumpns relatif à cette époque et à celles qui suivent, nous observerons 

eoHcenians les -, -i -■ . , . 

tems héroïques, deux choses que nous ne devons point laisser agnorer. La premiè- 
re, c'est qu'à défaut de monumens qui appartiennent aux siècles 
héroïques, nous serons obligés , non seulement de recourir à des tems 
postérieurs, mais encore à sortir quelquefois de la Grèce, pour 
rechercher en Italie ceux qui peuvent avoir rapport à l'histoire et 
à la Mythologie des Grecs : car après les monumens Egyptiens , 
les plus anciens sont ceux qui ont été trouvés en Etrurie et dans 
le Latium. Nous verrons même que le souvenir de certains événe- 
mens particuliers à la Grèce, s'est moins conservé dans les ouvra- 
ges des Grecs, que dans ceux qui ont été improprement appelés 
Vases Etrusques. Et en effet, les peintures qui embellissent les vases et 

improprement _ . . . , ,,,«-, . 

appelés autres objets d antiquité de 1 Etrurie , sont pour la plupart dans 

Etrusques. ta * i • ,-, 

le goût et représentent des sujets Grecs. « Il semble , dit Winckel- 
m&nn (3), que Fart du dessin a été professé chez les Tyrrhéniens, 
ou en Etrurie par des Grecs; c'est ce qu'on peut conjecturer de 
l'établissement que firent quelques colonies Grecques dans ce pays, 
et plus encore du penchant qu'on voit dans les artistes Etrusques 
à ne retracer , pour ainsi dire , que des sujets de la fable ou de 

(i) Panth. Chin. par Jos. Hager. 

(2) Nous reviendrons sur ce sujet à l'article du commerce des Grecs. 

(5) Monumens anciens inédits, Rome., 1767 , vol. I. pag. XXVI. 



de la Grèce. 7g 

l'histoire Grecques dans la plupart de leurs ouvrages. „ Les plus ha- 
biles écrivains s'accordent tous sur ce point avec Winckelmann (1). 
Nous nous étendrons d'avantage sur ce sujet , lorsque nous traiterons 
du costume des anciens Etrusques. On ne sera donc pas surpris, si 
lorsque la Grèce ne nous présente aucuns monumens , nous y sup- 
pléons par d'autres, pris dans des antiquités Etrusques, et qui sont 
analogues à son histoire. 

En second lieu , c'est que malgré que les monumens dont nous 
invoquerons le témoignage soient postérieurs aux tems auxquels ils se 
rapportent, ils n'en retracent pas moins fidèlement le costume propre 
aux personnages qu'ils représentent, et tel qu'il était alors, ou tel 
qu'on le croyait avoir été à l'époque où ils furent faits. Il ne 
faut pas croire pourtant que dans ces sortes d'ouvrages, les artistes 
Grecs ne se permissent point quelque licence, surtout lorsqu'il s'a- 
gissait de représenter l'image de leurs Dieux , de leurs héros, ou de 
quelqu'autre personnage illustre. Par exemple, leur goût pour le 
nu et pour les formes élégantes , leur a fait représenter souvent 
leurs généraux et même leurs magistrats sans aucune sorte d'ha- 
billement, ou seulement avec quelque draperie jettée autour de 
leurs épaules ou de leurs reins. Or, comment est il probable, que 
Méléagre soit parti nu pour la chasse, tel qu'il est représenté dans 
la statue du Musée de Paris? Achille ne sera sans doute pas in- 



Probabilité* 
du costume 
représenté 

dans 

les ancien* 
monument 



(1) Trois choses semblent aujourd'hui évidemment prouvées à l'égard 
des Etrusques: i.° que les beaux arts ont été apportés en Etrurie par des 
colonies Grecques qui vinrent s'y établir environ trois cent ans avant le 
siècle d'Homère ; z.° que la plupart des ouvrages Etrusques représentent: 
des sujets tirés de la Mythologie et de l'histoire Grecque , dont on ne 
retrouve aucune trace dans les monumens qui nous sont venus de la 
Grèce ; 5.° que les peuples de l'Etrurie , selon le témoignage de gens 
érudits , jouirent d'une longue paix, pendant laquelle il purent s'appliquer 
aux beaux arts qu'ils avaient appris des Grecs , tandis que ceux-ci en proie 
à des troubles violens , devaient naturellement être détournés des occu* 
pations paisibles. On peut donc regarder justement comme Grecs une grande 
partie des monumens Etrusques. V. Winckelmann Histoire de l'art etc., 
et Monumens anciens inédits. Guarnacci , Origines Italiques. Caylus, 
Recueil d'antiquités , et plusieurs autres , du nombre desquels sont d'Han- 
carville et le savant Heyne dans sa belle Dissertation sur les Etrusques , 
qui a été insérée dans le premier volume page 653. Addition G. de 
Winckelmann , Histoire etc. édition de Paris , 1802. Voy. après où il est 
question du gouvernement de l'ancienne Grèce. 



Manumens 
tle la maison 

Albaiii 
représentai J ang J a ma i son 
le navire 
Argos. 



80 Costume 

tervenu au Conseil des Rois, dans l'état de nudité où on îe voit 
dans les bas-reliefs du Capitole. Cet état n'aura certainement pas 
Lihené été non plus celui de Laocoon offrant un sacrifice à Neptune 

des artistes IjÉs-i-'iiip 

Grecs dans maigre qu il soit tel dans le fameux groupe qui le représente. En- 

le costume. r j , r -, . , rT1 , .', , n 

Un, a après les soins que prend Ulysse échappe du naufrage pour pa- 
raître avec décence devant la fille d'Alcinoùs , on ne doit pas pré- 
sumer que Jason restât nu à la cour d'Aete ou de Créonte, ni dans 
les entretiens qu'il avait avec Médée ou avec Creuse, malgré qu'on 
le voye tel dans tous les bas-réliefs où il est représenté. Lisez à 
ce sujet la belle Dissertation de M. r Visconti dans la Décade phi- 
losophique (1). Il sera néanmoins facile aux artistes, lorsque la 
décence et les circonstances l'exigeront, d'habiller ces personnages 
sans s'écarter du costume des tems , en leur donnant la forme de 
vêtement qui leur est propre , et dont ils trouveront la description 
dans cet ouvrage. 

La fig. r de la planche 10 qui représente le vaisseau des Ar- 
gonautes, est copiée d'après un bas-rélief eu terre cuite existant 
dans la maison de plaisance du Cardinal Albani (2). Le mât qu'il 
porte peut donner une idée des bois du mont Pélion avec lesquels 
ce vaisseau fut fabriqué. Argos travaille à sa construction aidé 
par Minerve. On croit voir la Déesse arrangeant la voile sur l'an- 
tenne. Celui qui l'aide, en soutenant cette voile, est Tiphis le 
pilote. La partie du navire à laquelle Argos travaille est sans 
doute la poupe, car Pallas l'ayant placée au rang des constella- 
tions 3 cette partie, ainsi que le mât et la voile, étaient les seules 
choses qu'on voyait de ce navire. L'édifice voisin pourrait être le 
temple d'Appolon , qui était bâti sur le promontoire de Pagase où 
ce vaisseau fut construit (3). 

Le n.° 3 de la même planche est pris d'un vase Etrusque de 
la belle Collection du Chevalier Hamilton (4). Il représente Mé- 
dée qui, pour venger Jason dont Pelias avait fait périr le père et 

(1) i5 Floréal, an 12. 

(2) V. Winckelmann, Monum, anciens pag. IX. et Origine de V Art. 
Tom. I. pag. 29. 

(3) Ce bas-relief fut trouvé dans le mur d'une vigne en face de la 
porte Latine à Rome , où il était incrusté avec deux autres , et tenait 
lieu d'une brique ainsi que divers autres fragmens précieux du même genre, 

(4) Peinture des vases antiques } èdit. de Flor. 1800. Vol. I. plan- 
che VIII. 



î) È là Grèce. 8i 

an frère promet aux filles du même Péîias de rajeunir leur père 
en le coupant par morceaux qu'elles feraient bouillir ensuite dans 
une chaudière, où elle aurait jette une liqueur contenue dans la 
coupe qu'on voit dans la main gauche d'une des deux filles. 

La planche il est copiée sur une des peintures antiques et Mcdèe et Jason. 
inédites des vases de Millingen. Médée, assise au pied d'un arbre, 
présente au dragon le breuvage soporifique. Le monstre en ressent 
déjà les effets. Jason, profitant du moment heureux qui s'offre à lui , 
s'avance pour le tuer. Près du héros est "Venus qui, à la prière de 
Junon avait allumé dans le cœur de Médée une violente passion 
pour Jason. La Déesse a l'air d'encourager Médée à l'entreprise , 
et de lui représenter que le moment est favorable pour son exécu- 
tion. A côté de Médée est un jeune homme ailé. Ses formes n'ont 
tien d'élégant ni d'aimable, et il n'a aucun des attributs de l'A- 
mour; son regard annonce les funestes auspices sous lesquels s'est 
faite l'union des deux amans, et l'épée qu'il tient dans Pune de ses 
mains, fait allusion aux événemens tragiques qui devaient en être 
la suite. Millingen croit que cette figure est le mauvais Génie de 
Medée , connu sous le nom de ax**™?. Jason porte un casque et 
une épée , et n'a pour vêtement qu'une chlamyde autour d'un bras, 
qui lui sert de bouclier. L'habillement de Médée est celui des 
Amazones et des peuples de l'Asie. Ce costume lui convient beau- 
coup mieux que celui qu'on lui voit dans d'autres monuraens : car 
selon Strabon , Médée donna son nom et le genre de son vêtement 
au peuple de l'Asie chez lequel elle s'était réfugiée. Venus est ha- 
billée ; et cette manière de la représenter est certainement la plus 
ancienne: l'espèce de socle sur lequel elle est, indique l'enceinte 
sacrée où se passe l'action. Ce monument est un des plus rares et 
des plus précieux que l'antiquité nous ait transmis. 

Ces trois monumens nous paraissent suffisans , pour satisfaire la 
curiosité des amateurs du costume antique , et servir de modèle aux 
artistes qui voudraient retracer dans quelqu' ouvrage l'expédition des 
Argonautes. * 

Les sept Chefs contre Théhes. 

Après l'expédition des Argonautes, l'événement le plus mai- Première 
quant que nous présente l'histoire des tems héroïques est la pre- àfrteîes. 
mière guerre de Thébes, connue sous le nom des Sept Chefs contre 

■ Europe, Vol. I. h 



8a Costume 

Thébes. C'est aussi à cette époque que l'histoire de la Grèce com- 
mence à se rapprocher de Ja vérité, et à se dépouiller du carac- 
tère fabuleux dont sont empreints tous les événemens qui lui sont 
antérieurs. « Les lois de la guerre et de la paix, dit un illustre 
écrivain, allaient se perfectionnant peu-à-peu dans la Grèce, et 
suivaient dans leur développement les progrès de la philantropie : la 
guerre de Thébes, la première entreprise remarquable qui suivit 
l'expédition des Argonautes, nous laisse appercevoir que les peu- 
ples, aussi bien que les individus, avaient déjà commencé à respecter 
les vertus qui sont les plus nécessaires à la félicité publique (i). „ 
Le mépris affiché pour un ancien oracle , les crimes involontaires 
d'GEdipe , et la férocité de ses enfans , entraînèrent la famille 
royale de Thébes dans cet abîme de calamités si célèbres , qui , de- 
puis Eschyle jusqu'à Alfieri ont fourni une source inépuisable d'ar- 
gumens à la Muse de la tragédie. Etéocle et Polynice , tout deux 
fils du malheureux (Edipe, après les disgrâces infinies de leur pè- 
re, convinrent d'occuper successivement, chacun pendant un an, 
le trône de Thébes. Etéocle, qui, en sa qualité d'ainé , avait com- 
mencé à régner la première année , ne voulut point , lorsqu'elle fut 
expirée, céder sa place à Polynice. Celui-ci ayant épousé Argie 
fille d'Adraste Roi d'Argos, engagea son beau père à l'aider de ses 
armes pour revendiquer ses droits envers Etéocle. Soutenus des ren- 
forts que leur amenèrent Tydée , Capanée et trois autres chefs, les 
deux Princes marchèrent contre Thébes à la tète d'une armée nom- 
breuse , et l'assiégèrent avec fureur. Etéocle fit plusieurs sorties 
vigoureuses contre les assiégeans et les repoussa. Enfin après divers 
combats sanglans , l'armée des alliés périt presque toute sous les 
murs de cette ville avec les vaillans capitaines qui la comman- 
daient, à l'exception d'Adraste. Pour mettre fin à cette guerre, 
Mon Etéocle et Polynice en vinrent à un combat singulier, et se tuèrent 
mdePoiynke. l'un et l'autre (a). Créon qui 3 après la mort d'Etéocle s'était 
fait Roi de Thébes , défendit qu'on donnât la sépulture aux deux 
Princes dont les cadavres étaient gissans au dehors de la ville. Mais 

(i) Gillies, John. History of ancient Greece. London- Sùrehati 1786 , 
yol. I. pag. 16. 

(2) Quiconque voudrait avoir des notions plus détaillées sur cet évé- 
nement , n'a qu'à lire l'ouvrage du P. Antonioli intitulé ; Ancienne pierre 
précieuse Etrusque expliquée, avec deux dissertations. Pise 1767 in 4-° 



de la Grèce. 83 

îa belle et sensible Argie, qui pleurait la mort de son cher Po- 
îynice avec autant d'amertume qu'elle l'avait tendrement aimé pen- 
dant sa vie , s'en vint la nuit dans le camp pour y chercher le 
corps de son malheureux amant. Elle était parvenue à le trouver, 
et l'arrosait de ses larmes, lorsqu'Antigone fille d'QEdipe , sortie 
de la ville pour enlever les cadavres de ses frères, survint dans le 
même lieu; s'étant reconnues l'une et l'autre, elles confondirent 
leurs larmes , et placèrent ces deux Princes infortunés sur le même 
bûcher. Créon en ayant été instruit , ordonna qu'elles fussent enseve- 
lies toutes vives. Adraste , aidé du secours de Thésée et des Athéniens , 
revint ensuite sous les murs de Thébes. Thésée tua Créon, et con- 
traignit les Thébains à permettre aux Grecs de rendre à leurs 
morts les honneurs de la sépulture. Environ dix ans après cet évé- 
nement ^ les fils de ces sept Chefs s'étant ligués entre eux, entrepri- 
rent une nouvelle expédition contre Thébes afin de venger la mort 
de leurs pères; ce qui leur fit donner le nom d'Epigones (i). Ils 
tuèrent Laodamante fils d'Etéocle , forcèrent les Thébains d'aban- 
donner leur patrie, et démolirent les murs de la ville après en 
avoir emporté un riche butin. Cette expédition est connue dans 
l'histoire sous le nom de seconde guerre de Thébes. 

Le n.° i de la planche 12, est pris d'un scarabée Etrusque en 
corniole du musée Stoschano (a). Il représente Tydée , Polynice , 
Amphiaraùs, Adraste et Parthénope , cinq des sept héros de cette 
expédition qui tiennent conseil entre eux. Les trois premiers noms 
sont écrits de droite à gauche , et les deux autres de gauche à 
droite. Ce monument est non seulement le premier qu'on connaisse 
sur cette guerre fameuse , mais il doit encore être regardé comme 
le plus précieux reste que nous ayons de l'art Etrusque en ce gen- 
re , et même de l'art en général (3). La forme des lettres et la 
composition des mots diffèrent beaucoup de l'écriture ordinaire 
des Etrusques, et semblent plutôt appartenir à la langue pelas ge , 
que les savans croyent avoir été la mère des langues Etrusque et 



Argie 
et AriUgone. 



Ep'igmes. 



Premier 

monument 

de la guerre 

de Thébes. 



Prix de ce 

monument. 



(1) Descendais , du grec y*U*it*t , qui veut dire naître , être engen- 
dré , parce que les chefs de cette seconde expédition étaient nés des sept 
qui commandèrent la première. 

(2) Descr. des Pier. gr. du Gab. de Stosch. pag. 644. 

(3) Winckelmann , Hist. de ï 'Art. Vol. I. er pag. 225 , et monum. 
antiques , vol, I. er pag. 140. 



°4 Costume 

Grecque. La gravure en est d'une beauté et d'une finesse qui sur- 
passent toutes les idées qu'on pourrait s'en former à une époque 
aussi reculée , malgré qu'on n'y trouve point cette variété de com- 
position dont le mérite ne s'est acquis que dans des tems posté- 
rieurs (i). Une des choses qui frappent le plus dans cette pier- 
re, c'est la position de Parthénope les genoux croisés l'un sur 
l'autre., tel que Polignote représenta depuis Hector à Delphes, et 
serrant de ses mains son genoux gauche , attitude qui peint par- 
faitement l'homme absorbé dans une affliction profonde : il est en- 
veloppé dans son manteau , comme Priam est dépeint dans Homère , 
c'est à dire que la draperie est tellement appliquée sur ses mem- 
bres qu'elle en dessine toutes les formes. Le bouclier d'Adraste 
mérite encore d'être remarqué par sa forme ovale avec deux en- 
tailles semi-circulaires , comme on en voit aux boucliers retracés sur 
les médailles d'Argos. 
Awphiaraûs. L es ii. % , 3 et 4 de la même planche représentent un fait qui 

appartient aussi à l'expédition de Thébes. Amphiaraûs un des sept 
Chefs et devin fameux , était persuadé que les chefs de cette entre- 
prise devaient tous périr sous les murs de cette ville, excepté Adraste: 
il s'efforçait par conséquent d'eu détourner ses compagnons, pour 
échapper lui même à cette destinée. Mais, par un engagement so- 
lennel qu'il avait pris avec Adraste, il s'était obligé de suivre 
les conseils de sa femme Eryphile dans toutes les questions qui 
pourraient s'élever entre eux. Flattée par l'appât d'un collier d'or 
dont Polynice lui fit présent , Eryphile décida que son mari deva it 
aller à la guerre. 

Le monument est copié sur une des peintures des vases anti- 
ques du Chevalier Hamilton (a). Les deux figures n.° a sont Am- 
phiaraûs avec l'habillement et le bâton de devin, et Eryphile don- 
nant son avis en faveur d'Adraste. Le n.° 3 représente Amphiaraûs 
méditant sur le parti qu'il cloit prendre. On apperçoit un génie 
qui lui présente un casque , et le détermine à mourir victime de 

(i) La description de cette pierre fut publiée pour la première fois 
par Gori, mais avec peu d'exactitude. Winckelmann ÇPier. grav. de 
Stosch. endroit cité ) finit ainsi ce qu'il en dit : « Cette pierre est donc , 
entre toutes les autres pierres gravées } ce qu'Homère est parmi les poètes : 
aucun cabinet ne peut se vanter de posséder un ouvrage en gravure aussi 
précieux, » 

(2). Tom. premier planche XXI. , édit. de Florence. 



de la Grèce. • 85 

sa parole. Le n.° 4 est Eryphile menacée par son fils Alcraéon & 
auquel son père avait recommandé le soin de le venger. 

Les artistes trouveront encore à acquérir des connaissances pré- 
cieuses dans les gravures de Flaxman, où sont représentés , avec un 
soin et des travaux infinis, tous les sujets des tragédies d'Eschyle , 
du nombre desquelles est aussi celle des sept Chefs contre Thé- 
bes (r). 

Guerre de Troie. 
Ce serait trop nous écarter de notre objet , que de vouloir trai- NoOoua 

L J * SUT la querpc: 

ter ici toutes les questions agitées entre les érudirs au sujet de cette ^ Troili - 
guerre fameuse. Nous croyons d'ailleurs qu'il est parfaitement inu- 
tile .d'en retracer l'histoire 5 en ce qu'il n'est personne d'un esprit 
un peu cultivé, et ami des beaux arts, qui n'ait quelque teinture 
des œuvres divines d'Homère et de Virgile. Nous nous bornerons 
donc à exposer succinctement quelques notions préliminaires, qui 
seront comme autant de corollaires aux recherches laborieuses que 
les écrivains les plus savans ont faites sur la guerre de Troie , nous 
accompagnerons ces notions de quelques monumens qui ayent rap- 
port aux événemens les plus remarquables de cette guerre. 

On ne peut plus douter aujourd'hui que la guerre de Troie ne Vérité 

, . » 1 « . , . , , . , . de la guerre 

soit une vente de lait, maigre que le plus ancien écrivain qui en de Troie. 
ait traité soit un poète, qui est Homère. On ne doit donc point 
regarder l'Iliade et l'Odyssée comme de simples productions d'un 
génie poétique, mais encore comme un recueil précieux des tradi- 
tions les plus antiques de la Grèce. Plusieurs des événemens qui 
sont exposés dans ces deux poëmes célèbres , sont confirmés non 
seulement par les relations de Thucydide, de Pausanias et autres 
historiens Grecs , mais encore par tous les monumens les plus anti- 
ques , et entre autres par les marbres à'drundel (a). Il faut pour- 
tant savoir y distinguer ce qui est réelement historique de ce qui 

(i) Compositions front the tragédies of Aeschylus designed by John, 
Flaxman , engraved hy Thomas Piroli. London etc. Plusieurs de ces 
compositions nous semblent prises sur celles des vases d'Hamilton , avec 
lesquelles elles ont en effet beaucoup de ressemblance. 

(2) Voy. l'histoire universelle d'une société de gens de lettres An- 
glais t et Gillies. Hïstory of An, Greece, Vol. I. er pag. 3o et suiy. 



1 



Faits 
historiques. 



80 Costume 

n est que simple fiction , on des ornemens qu'il a plu au poète 
d'y ajouter, pour leur donner ce caractère de merveilleux qui 
tient aux choses surnaturelles, et qui doit dominer dans l'épopée. 
On peut donc réputer comme historiques les faits suivans rapportés 
dans l'Iliade; i.°, que la Grèce était divisée à cette époque en 
plusieurs petites principautés; 3. , qu'Agamemnon Roi de Mycé- 
ne,.de Sicyone et de Corinthe , était le Prince le plus puissant 
d'entre les Grecs, et qu'il avait été élu pour commandant en chef 
de l'expédition contre Troie; 3.°, on doit également retenir pour 
vérités historiques les noms des diverses, nations et des différent 
Princes qui s'allièrent aux Troyens, l'art militaire et les machines 
de guerres usitées à cette époque , les noms des conducteurs de la 
flotte , leur caractère , la situation des pays et des villes , ainsi 
qu'une foule d'autres choses qu'il serait trop long d'indiquer ici (1). 
Postes En second lieu, ce ne fut que cent ans au moins après Ho- 

mère, et depuis la publication de ses ouvrages; que l'histoire de la 
guerre de Troie commença à être chantée par les poètes cycliques, 
qui , à l'exemple d'Homère , se mirent à traiter en poésies épiques 
non seulement les événemens rapportés dans l'Iliade, ainsi que 
ceux qui l'ont précédée et suivie, mais encore, comme le prétend 
Proclus dans Phocius , toute la mythologie , depuis les noces du 
ciel avec la terre , jusqu'au terme des voyages d'Ulysse (fi). C'est 
pourquoi les savans distinguent ordinairement deux cycles poétiques 9 
ou deux périodes d'événemens mythologiques et historiques : le pré- 
cède mkycpe. mier s'appelle cycle, mityqim ou fabuleux, et comprend tous les 
tems de la fable, depuis la généalogie des Dieux jusqu'à la ruine 
Cycle Troyen. de Troie ; et le second, qui est le cycle Troyen , comprend tous 
les événemens de la guerre de Troie , tant vrais que fabuleux. 
Ces deux espèces de cycles ont donné naissance à deux sortes de 

(1) Dion Chrysostome est peut-être le premier qui, dans un discours 
qu'il adresse aux Troyens , s'est efforcé de prouver, que le siège et la ruine 
de Troie ne sont qu'une fable. Les érudits sont néanmoins d'avis que ce 
discours n'est qu'un ouvrage sophistique , composé par Dion pour faire 
pompe de son esprit. Les Chants héroïques de Philostrates sont du même 
genre, et méritent la même confiance. 

(2) Lisez à ce sujet , entre autres écrivains , Schwarzius Altdorf in 
Diss. de poetis cyclicis , et Fabr. Bibl. Gr. t. I. er pag. 281 , et surtout le 
savant Heyne dans son Virgile Vol. II, De auctoribus rerum Trojanarum 
pag. 352 , troisième édit. Leipsik etc. 



Poètes 
et prosateurs 

cycliques. 



15 e la Grec e. 87 

poètes et de chants cycliques , selon qu'ils ont préféré de s'attacher 
à l'un plutôt qu'à l'antre. Le premier a été chanté par Enmolus 
Corinthien qui vivait vers le commencement des Olympiades, et par 
Aretinus de la même ville; le second par un autre Aretinus , par 
Lesque 3 par Stasinus de Chypre et autres. Bien que ces poètes , au- 
tant qu'on en peut juger par les fragmens qui nous restent de leurs 
œuvres, par l'imitation qu'en a faite Quintus de Smyrne , et par les 
argumens des vers Cypriens , aient cherché à marcher sur les traces 
d'Homère , ils ne laissent pas cependant de s'en écarter beaucoup , 
en s'égarant dans un labyrinthe de généalogies nouvelles, d'histoires 
particulières à certaines villes de la Grèce , et de fictions de leur 
invention. Ces écarts furent encore bien plus communs, lorsque les 
fables et les anciennes chroniques commencèrent à être traitées 
en prose par les écrivains cycliques. Alors tout frein fut, pour ainsi 
dire, rompu; et il n'y eut plus de tradition fabuleuse ou populaire 9 
qui n*ait été donnée par quelqu'un de ces écrivains pour vérité his- 
torique. Vinrent ensuite les Philosophes, les Sophistes et lesRhéteurt 
qui corrompirent à Fenvi les anciennes traditions , soit par d'é- 
tranges interprétations , comme firent Pythagore , Heraclite et Xé- 
nophon , soit pour faire pompe de leur talent en jettant des doutes 
sur les événemens historiques de la guerre de Troie , comme Dion 
Chrysostôme. Cette passion des Grecs, de donner aux relations de leur 
antiquité les couleurs de la fables, s'affaiblit en eux lorsqu'ils eurent 
subi le joug de la domination Romaine , et cette époque fut aussi 
celle de la décadence de la bonne poésie et des beaux arts parmi 
eux. On vit paraître après divers écrivains, qui prirent dans les ou- irom>e*u* 
vrages des anciens poètes cycliques , divers sujets pour de nouveaux «rt^. 
poèmes ; et à ceux-ci en succédèrent d'autres qui 3 des notions re- 
cueillies par eux dans les œuvres des anciens grammairiens , des 
historiens et des philosophes Grecs , composèrent des épitomes ou 
livres contenans tout ce qui avait rapport à la guerre de Troie. 
Du nombre des, premiers sont Quintus Calabrus de Smyrne, Try- 
phiodore , Colutus et autres (i). Parmi les auteurs qui ont traité 
d'une manière historique de choses relatives à la guerre de Troie 
en y ajoutant tout ce qu'ils ont trouvé sur ce sujet dans les ouvra- 



. ' a rS U . 

de Iroie. 



(1) Quint Calab. Praetermissa ah Homero. 

Tryphiodorus-Zte Trojae eversione carmen. 
Colutus-Zte Raptu Helenae carmen. 



sur 



SB C 3 T U M E 

ges des poètes , clés grammairiens et des anciens historiens , on doit 
mue Cretois, compter le Cretois Ditté (i). L'écrivain qui s'est caché sons ce nom, 
quelqu'il soit, n'était certainement pas sans érudition, et souvent 
même il donne à connaître d'avoir eu sous les yeux les tragédies 
Grecques. Les Grecs modernes ont emprunté de lui beaucoup de 
choses , entre autres Jean Mulela , Gédrénus , Tzetza et Constantin 
Darèie Manassé. Nous citerons enfin l'opuscule de Daréte Phrygien , au- 

jPkrjrgien. , ., . , J O ' 

teur suppose, sous le nom duquel semble avoir voulu se déguiser 
quelque sophiste malhabile qui a voulu discourir de la guerre de 
Troie à la manière des déclamateurs (a). Mais en voilà assez sur 
les écrivains qui ont parlé de cette guerre. Ceux qui voudraient 
acquérir des connaissances plus étendues sur cette matière, peuvent 
lire la Bibliothèque Grecque de Fabricius, et les doctes discussions 
de Heyne sur l'Iliade d'Homère , et l'Enéide de Virgile. 
Traditions Troisièmement. L'abus que firent les écrivains cycliques de la 

<■ ta guerre tradition relativement à la guerre de Troye 3 et le goût passionné 

le Iroie. , t % t 

qu eurent en tous tems les Grecs pour la nouveauté et le merveil- 
leux , donnèrent naissance à une infinité de récits fabuleux , dont 
quelques-uns ne furent inventés que dans la seule vue de flatter 
la vanité d'un peuple s ou la superstition d'un autre. C'est de là 
qu'est venue , selon quelques écrivains, la tradition de l'arrivée d'E- 
née en Italie, et de la fondation de son nouveau royaume dans le 
Latiuni ; tradition qui avait tant d'attraits pour les Romains, et que 
Virgile a si sagement ménagée dans son Enéide (3). Telle a été peut- 
être aussi l'origine de la fable du fameux cheval dont les Grecs se 
servirent pour prendre la ville de Troie : invention vraiment pué- 

(i) Tout ce qu'on a dit de la personne de ce Cretois est fabuleux. 
C'est encore un point de discussion de savoir, si l'histoire de Troie que 
nous avons sous le nom de cet auteur _, a été écrite originairement en Grec 
ou en Latin , et si la traduction latine qu'on attribue généralement à 
Q. Septimus ou Septimius 3 auteur du troisième ou du quatrième siècle 
de notre ère , ne doit point être regardée comme le texte original. 

(2) Il n'y a également rien que de fabuleux dans ce qu'on rapporte 
au sujet de ce Daréte. L'opuscule qui porte son nom , et qu'on connait 
sous le titre De excidlo Trojae , fut attribué pendant quelque tems , sans 
aucun espèce de raison , à Cornélius Nepos ; mais on l'a rendu depuis à 
son véritable auteur , qui est un certain Joseph Iscanus , écrivain des siècles 
modernes. 

(5) V. Heyne. Disquisitio II. De rerum in Aeneide etc. 



de la Grèce. 0*9 

rlle et dénuée de toute vraisemblance , mais que Virgile a exposée 
avec un art qui lui prête le charme du merveilleux, et la rend 
extrêmement intéressante. On en retrouve quelques traces dans les 
fragments des poètes cycliques , et entre autres de Lesché et d'Arc- 
tinus (i). Nos conjectures à cet égard paraissent d'autant mieux 
fondées 3 qu'on trouve à-peu-près la même origine aux histoires 
de nos poètes romanciers , qui 9 dans leurs contes de fées et de che- 
valiers errans, n'ont fait que copier les traditions populaires, ou 
les vieilles chroniques des Troubadours. 

Quatrièmement. L'aveu que fait Homère dans son invocation Jg« d'Homère^ 
aux Muses , que ni lui ni ses contemporains ne savent rien de cer- 
tain sur les capitaines qui prirent part à la guerre de Troie, et que 
tout ce qu'il en va dire il ne le tient que par tradition; la re- 
marque qu'il fait souvent d'une grande décadence dans l'espèce 
humaine des siècles postérieurs à cette guerre jusqu'à ses jours; 
l'état de ïa langue et de la versification dans ses poëmes et la su- 
blimité de leur composition 3 tout concoure à prouver que ce père 
des poètes vécut plusieurs siècles après la prise de cette ville. C'est 
pourquoi nous trouvons une grande prohabilité dans le témoignage 
des marbres d'Arundel , qui fixent son existence à environ trois 
siècles après cette époque. Quoiqu'il soit à cet égard , il est cer- 
tain que les ouvrages d'Homère, au dire des critiques, doivent être 
considérés comme le monument le plus authentique que nous ayons 
de l'histoire des premiers tems de la Grèce, et c'est aussi celui 
qui peut nous fournir les notions les plus intéressantes sur l'ancien 
costume des Grecs (a). 

Après ces considérations , nous croyons à propos maintenant de 
présenter aux artistes quelque monument, qui puisse leur servir de 

(i) Pausanias parle ainsi de cette fable: « Ge fameux cheval de bois 
était sans doute une machine de guerre propre à abattre les murs , à moins 
quon ne veuille supposer que les Troyens étaient des hommes d'une 
ignorance et d'une stupidité qui exclut jusqu'à l'ombre de toute raison. » 
C'est ce qui a fait croire à quelques-uns , que cette machine en "bois se 
terminait en une tête de cheval faite en fer ou en bronze , semblable à 
«elle à qui on donna clans la suite le nom de bélier. 

(2) Ceux qui désireraient avoir, comme dans un seul corps, tout ce 
cjui a été dit et écrit sur la personne d'Homère et sur ses ouvrages , peu- 
vent lire le VI e vol. des œuvres de Cesarotti , édit. de Pise , 1812, ainsi 
que Pope, An Essay on the Ufe , TVriùngs etc. of Homer , et le sa- 
vant Heyne que nous venons de citer. 

Europe. Vol. I. , ia 



Sept héros 

Ue la guerre 

de Troie. 



tllysse. 



ÏHomècle. 



■Ménélas. 



Jganwnma- 



90 Costume 

modèle dans les ouvrages où ils voudraient traiter quelque sujet ap- 
partenant à la guerre de Troie , ou à des faits qui y ont rapport. La 
planche i3, représente un grouppe de sept héros principaux qui 
eurent une grande part dans cette guerre, et le dessin en est pris 
d'une des plus belles compositions de M. r Tischbein. La tête du 
milieu est celle d'Ulysse , et a été copiée sur un ancien buste de 
marbre de grandeur naturelle qui appartient maintenant à Milord 
Bristol. Son principal caractère est dans le bonnet de navigateur , 
lequel est orné de fleurs, de feuilles de lotos, de génies ailés , et 
vers le bas d'une frange sinueuse qui imite le profil des ondes. La 
sagesse du héros, sa prudence et sa politique sont admirablement 
peintes dans son œil pénétrant et plein d'intelligence „ ainsi que 
dans toute sa physionomie. 

A la droite d'Ulysse est Diornéde. La tête est prise d'un buste 
en marbre un peu au delà de la grandeur naturelle , lequel appar- 
tient au Musée Clémentin. Elle porte l'expression d'un courage 
mâle , de la force du corps , et montre de la fierté , de Faudace , 
de l'ingénuité et de la franchise dans son aspect. Son front large 
annonce de la fermeté et de la vigueur. 

La tête de Paris se reconnaît à la beauté de sa figure , à ses 
cheveux frisés , et à son casque Phrygien. Elle est copiée sur 
celle de la statue qui se voit au même Musée , et qui existait au- 
paravant dans le palais d'Altemps. Son caractère est celui d'un 
jeune homme efféminé, mais qui n'a pas encore entièrement perdu 
le courage et la force virile. La fleur de la jeunesse brille sur ses 
joues arrondies et vermeilles. 

La dernière tète à droite est prise d'un buste en marbre 9 
ouvrage admirable et d'un caractère sublime qui appartient encore 
à ce Musée. C'est celle de Ménélas : sa physionomie est l'image de 
la bonté et de la compassion. Le casque est d'un travail magnifi- 
que : sur sa partie supérieure est figuré en bas-relief un combat 
de centaures. Les aigles qu'on voit sculptées par le bas , sont deve- 
nues monstrueuses sous le ciseau d'un sculpteur moderne qui a voulu 
restaurer cette partie considérablement endommagée par le tems. 
M. r Tischbein est d'avis que ces figures étaient anciennement des 
gryphons , dont pouvait être décorée la courroie qui servait à at- 
tacher ce casque sous le menton. 

L'autre tête vis-à-vis celle de Ménélas vers la gauche repré 
sente Agamemnori le Roi des Rois : elle est modelée sur un buste 




i. 



ïe la Grèce; 91 

en marbre d'une grandeur au dessus du naturel , ouvrage d'un style 
également sublime , qui a été transporté il y a déjà quelque tems 
de Rome en Angleterre. On y reconnaît précisément le caractère 
de physionomie de l'aîné des Atrides , et une certaine ressem- 
blance avec la tête de Jupiter. Le héros a. dans le buste original 
une poitrine large , comme on représente ordinairement celle de 
Neptune ; sa barbe est très-épaisse, et sa chevelure frisée comme 
la crinière d'un lion , symbole de la force et du courage. Il a 
l'œil perçant de l'aigle , ses muscles saillans et animés portent l'em- 
preinte d'une mâle fierté; l'orgueil, la colère et l'ambition se 
lisent sur son front ; il est enfin tel que le dépeint Homère : 
Agamemnon parait au milieu d'eux , semblable au taureau dont le 
front superbe s'élève au dessus du troupeau qui le suit ; et parmi 
tant de héros , Jupiter a imprimé dans toute sa personne une no- 
blesse et une majesté telle , ^y'on le prendrait pour Mars à son 
riche baudrier , pour Neptune à sa caste poitrine , et pour le Sou- 
verain des Dieux lui même au feu qui brille dans ses regards et 
dans tous ses traits (1). 

A côté d'Agamemnon, on voit la tête d'Achille qui est celle Achm, 
d'un jeune homme d'une grande beauté. Son regard annonce une 
gravité mâle , accompagnée d'une réflexion profonde et décidée. La 
fierté du héros semble comprimée par les passions de son cœur , et 
son air a quelque chose de mélancolique et de pensif. Son état est 
peut-être l'effet de la douleur qu'il ressent de la mort de son cher 
Patrocle : car , comme l'observe fort, bien Ftfeyne , la perte de la 
charmante Briséis avait moins affligé son âme, qu'enflammé sa co- 
lère. Son casque, qui est d'un travail précieux, est surmonté d'un 
gryphon et d'une sphinx (a). 

Entre Achille et Ulysse, est une tète prise d'un monument qui mst«r, 
se trouve dans la maison du Marquis Vivenzio à Nola. M. 1 ' Tisch- 
bein croit voir en elle celle de Nestor, ce sage vieillard dont le 
profond savoir , fruit d'une longue expérience , savait démêler et dis- 

(1) Iliad. lib. II. Trad. de Monti. 

(2) M. r Tischbein assure que cette même tête se retrouve dans trois 
monumens de l'art de l'antiquité , savoir; dans une statue de la maison 
de plaisance Borghese , dans un ouvrage découvert en 1772 à six milles 
de Rome, et qui fut emporté par le Général Schouwalow à Petersbourg, 
et dans un autre ouvrage de la collection de M. r lieiner ancien secrétaire 
privé de la Reine de JNaples. 



9 a Costume 

poser en ordre les fils obscurs des événemens passés. Cette tête sem- 
ble avoir conservé un air de jeunesse trop remarquable , comparati- 
vement à celles des autres héros; mais il faut se rappeler aussi, que , 
si Nestor était un vieillard, c'était un vieillard robuste et vigoureux. 
Il faudrait entrer dans de trop longs détails, pour analiser tou- 
tes les beautés de composition que présente l'assemblage de toutes 
ces têtes. Nos lecteurs pourront consulter à ce sujet les explications 
de Heyne sur les figures des héros d'Homère dont Tischbein a 
donné les dessins. 
®ï e &oT Le n -° I de la planche 14, offre le sujet si connu d'Enée 

emportant son père Anchise sur ses épaules , et conduisant par la 
main le petit Ascagne , précédé de Mercure qui lui sert de guide. 
C'est un des tableaux de la Table Iliaque, monument précieux du 
premier siècle de notre ère, qui fut trouvé au milieu des ruines de 
Rome par Archange Spagna, grand amateur des objets d'antiquité (1). 
ekssadre. Le n.° 2 représente Cassandre , prophetesse infortunée , que 

le furieux Ajax traîna par les cheveux devant l'autel de Pallas. 
Il ne faut, pour l'intelligence de cette scène, que rappeler ces 
beaux vers de Virgile (a). 

Ecce trahebatur passis Priameia virgo 

Crinïbus a templo Cassandra adytisque Minervae , 

Ad coelum tendens ardentia lumina frustra. 

Ce monument a été copié sur une peinture d'un vase antique a 
dont M. r H. Meyer a donné , il n'y a pas long tems , une savante 
description , et que M. r G. A. Bôttiger a expliqué avec la mê- 

(1) On trouve représentés sur cette table presque tous les principaux 
événemens de la guerre de Troie. Il semble que i'artiste ait voulu y ras- 
sembler tout ce qu'il a pu recueillir , non seulement dans Homère , mais 
encore dans Virgile , et même dans les poètes cycliques. V. Fabretti. Exr 
plicabio veteris Tabellae anaglyphae Homeri Iliadem , atq. ex Stesi- 
choro Arctino et Lesche Ilii excidium continentis , et Begerus : Bellum 
et excidium Trojanum etc. La matière dont est formée cette table est 
un composé de chaux et de sable si habilement travaillé , qu'il parait être 
une pierre de la plus grande dureté. Vitruve dans son liv. 7 ch. 3 parle 
de cette composition comme d'un invention des Grecs. 

(2) Aeneid. Hb. II. v. 4°5- 



Achille 
et Ifeslor* 



de la Grèce. g3 

me érudition , dans un livre élégamment imprimé à Weiraar en 
1794 (0- 

Le n.° 3 retrace l'image du sacrifice d'Ipïiigénïe en Àulide ; Sacrifier 
il est copié sur une portion de bas-relief d'un vase antique en d,I P h ''s emc - 
marbre, qu'on voyait autrefois dans les jardins des Médicis à Ro- 
me (a), et qui fait partie maintenant du Musée de Florence. Iphi- 
génie s'est assise par terre auprès de l'autel de Diane , et pleure sur 
sa destinée. Selon l'usage le plus généralement suivi dans les anciens 
bas-reliefs, les assistans sont debout, posture que tenaient ordinai- 
rement ceux qui se trouvaient présens à quelqu' événement doulou- 
reux. I/Heyne n'est pas éloigné de croire , que le héros qu'on voit 
tout pensif en face d'Iphigénie ne soit Achille , et que les figures 
qui sont à côté de lui ne soient celles de Ménélas et d'Agamem- 
non qui a la tôte enveloppée dans son manteau, ou peut-être même 
du grand prêtre Calchas. L'autre héros qui est derrière la jeune? 
fille , est probablement Pa troc le ou Dioméde. 

Le n. e 4 est la copie d'une belle gravure tracée sur un jaspe 
du Musée de Florence. L'Heyne croit encore y reconnaître trois 
des neuf capitaines Grecs, tirant au sort dans une urne à celui 
d'entre eux qui ira le premier attaquer Hector, comme il est dit 
dans le VII. e livre de l'Iliade. Nous regardons néanmoins comme 
plus probable l'opinion du savant antiquaire Antoine François 
Gorio (3), qui voit dans cette pierre Achille offrant en présent à 
Nestor cette urne précieuse. Et en effet, la colonne sur laquelle? 
on distingue deux sphinx., semble indiquer le tombeau qu'Achille 
avait élevé à Patrocle, en l'honneur duquel il avait encore fait 
célébrer des jeux solennels. Après la distribution des prix aux vain- 
queurs , il restait un vase que le héros présenta au vieux Roi de 
Pylos , comme un témoignage des honneurs funèbres qu'il avait fait 
rendre à son ami. Achille est celui qui va pour prendre l'urne s 
ou qui vient de la déposer. Nestor , à la barbe vénérable , est de- 
bout devant Achille 3 armé d'une lance, d'un bouclier et d'une 



(i) Ce sujet eut tant d'attraits pour les artistes de l'antiquité , qu'au 
dire de Pausanias , il fat représenté non seulement par Phidias dans le 
trône de Jupiter , mais encore auparavant sur l'urne de Cipséle > et ensuite 
par Polignote dans le temple de Delphes et ailleurs. 

(2) Admirancla Pwmae. Tab. 18. 19. 

(5) Mus. Florent, tom. IL tab. XXIX. 



94 Costume 

épée. Le jeune guerrier en face de Nestor, est probablement un 
des capitaines qui sont entrés en lice pour la course des chars ; c'est 
peut-être Antiloque fils de Nestor lui même, qui y avait remporté 
le second prix (i). 
Pénélope Nous croyons à propos de présenter encore à nos lecteurs un 

autre monument dont le sujet se rapporte à l'Odyssée; et nous le fai- 
sons avec d'autant plus de gré , que ce sujet étant d'un genre gra- 
cieux , il forme un contraste agréable avec les précédons, et peut 
donner une juste idée de l'habillement des femmes Grecques dans 
ces tems héroïques. Il est pris d'une des peintures des vases d'Ha- 
snilton qu'on voit à la i5. e planche de l'édition Italienne, et re- 
présente Pénélope qui a fini de s'habiller : derrière elle est une 
femme qui porte ailleurs le miroir dont s'est servi la Princesse , 
tandis qu'une autre lui apporte, dans un des pans de sa robe, les 
choses dont elle a besoin pour continuer un ouvrage commencé par 
ees mains. On lit au-dessus de ce vase le mot grec k*a? qui veut 
dire k*a 6? , ou beau , qu'on trouve écrit dans la plupart des vases 
antiques d'un travail achevé. Cette peinture a fourni à Angélique 
Kaufifman , à quelques changemens près , le sujet d'un fort beau 
tableau (a). 

On pourrait citer encore beaucoup d'autres monumens qui 
ont rapport à la guerre de Troie. Mais comme ils sont tous d'une 
époque bien postérieure à cet événement fameux , et l'occasion 
d'en parler devant se présenter d'autres fois ,- on ne trouvera pas 
Mauvais que nous terminions ici ce second période de l'histoire 
Grecque , qui est celui des tems héroïques. Outre la Table Iliaque 
dont nous venons de parler, les artistes pourront encore consulter 
au sujet de cet événement les antiquités du Musée de Florence , 
les monumens inédits de Winkelmann , les vases d'Hamilton etc. , 
ainsi que les belles compositions de Flaxman. Les fouilles d'Her- 
culanum ont aussi procuré quelques monumens , mais qui ne sont 
pas de nature à pouvoir être bien instructifs ni d'une grande uti- 
lité pour les artistes. 

(0 Voy. Iliad. liv. XXIII., vers. 6i5. Text. gr. 

(2) Ceux qui voudront faire la comparaison de cette Pénélope avec 
celle qu'on voit dans l'ouvrage intitulé , Costume des peuples antiques etc. 
qui s'imprime à Brescia , s'apperceveront aisément que l'auteur de cet 
ouvrage a composé une Pénélope à sa fantaisie _, et sans consulter aucun 
ïnonument digne de foi. 



de la Grèce. q$ 



GOUVERNEMENT DE LA GRECE. 



T ' 



gouvernement. 

'ancienne 



ancienne Grèce , dit ' Montesquieu (i), ne nous présente Etat du 
que des peuples peu nombreux et divisés 3 pirates sur la mer, in- faZT 
justes sur la terre , sans police et sans loix. Les belles actions d'Her- Grece ' 
cule et de Thésée font voir l'état où se trouvait ce peuple naissant. 
Il semble que la religion seule leur tenait lieu de lois civiles. Et 
en effet, que pouvait elle faire de plus que ce qu'elle fit pour donner 
de l'horreur du meurtre ? Elle établit qu'un homme tué par vio- 
lence était d'abord en colère contre le meurtrier , qu'il lui inspi- 
rait du trouble et de la terreur, et voulait qu'il lui cédât les lieux 
qu'il avait fréquentés; on ne pouvait toucher le criminel ni con- 
verser avec lui sans être souillé ou intestable (<a) ; la présence du 
meurtrier devait être épargnée à la ville, et il fallait l'expier (3). „ 
Il semble par conséquent , qu'aux terns d'Homère , l'opinion commune? 
des Grecs était que les Dieux intervenaient dans les actions humai- 
nes ; c'est ce qui est formellement attesté dans l'Iliade et dan» 
l'Odyssée , et surtout au commencement du premier de ces deux 
poèmes, où le poète affirme que, Jovis perficiebatur consilium (4)« 

La Grèce , comme nous l'avons déjà remarqué, doit à des Monarchie. 
colonies étrangères les premiers pas qu'elle a fait , de l'état de gow'J'nemL 
barbarie vers la civilisation. Mais outre la colonie Egyptienne qui J^SSk 
vint s'établir en Grèce sous la conduite de Cécrops , il en arriva 
encore plusieurs autres de la Phénicie et autres contrées de l'o- 
rient (5). C'est là le motif pour lequel la Grèce ne passa que fort 

()) De V Esprit des Loix. Gén. 1749? pag. 388, 
(2) V. l'Œdipe Colon, de Sophocle. 
(3), PLato. De leg. lib. IX. 

(4) V. Heyne. Homeri Carmin a. Lips. 1802. Excursus etc. vol. IV W 
-pag. 170. 

(5) « L'honneur de policer la Grèce était réservé aux colonies , qui 
d'Egypte et de Phénicie passèrent dans cette partie de l'Europe quelque 
tems après les Titans. Dans l'espace de deux siècles , tout au plus , on' 
voit arriver successivement dans la Grèce plusieurs étrangers , qui, à la tète 
de différens peuples , s'emparèrent des cantons où ils avaient abordé , et 
s'y érigèrent en souverains. Ces nouveaux chefs firent alors dans la Grèce 
ce que nous savons s'être pratiqué originairement, et se pratiquer encore 
journellement dans l'Amérique : ils ramassèrent quelques familles errantes 



96 CoU'VERKEMEST 

tard sous la domination d'un seul homme , et c'est pour cela aussi 
qu'elle fut divisée en plusieurs petits états libres et indépendana 
les uns des autres : division à laquelle dut contribuer la disposition 
naturelle du sol de ce pays, ainsi que nons L'avons observé dans la 
description topographique que nous en avons donnée. Les peuples 
de ces différens petits états n'ont pu adopter d'autre forme de gou- 
vernement que celle de la monarchie , parce que les chefs qu'ils 
avaient suivi n'en connaissaient pas d'autre , et parce qu'il semble 
beaucoup plus facile d'obéir à la volonté d'un seul qu'à celle de 
plusieurs. Les notions de république supposent des lumières et des 
circonstances, qu'il n'est guères possible de concevoir chez un peu- 
ple naissant (1). Aussi Platon , Aristote et Tullius attribuent-ils à 
Diverses cet te cause la division de la Grèce en petites monarchies. Cespre- 
mlnarchies n " ers ^-ois ne possédaient qu'une ville, ou un très-petit territoire; 
et ils étaient en même tems pontifes , juges et capitaines (fi). Néan- 

Conseii moins leur pouvoir était tempéré par un conseil de sages ou d'ari- 
des sages. . . . . " ., 

ciens , qui , pourtant n avait que voix consultative. Ce conseil est 
appelé dans Homère ^«W* yspô»r«» , conseil des vieillards , et on y 
délibérait d'abord de tout ce qui devait être ensuite proposé au peu- 
ple , ou aux armées. Telle est l'idée que , de ces sortes de monar- 
chies, nous offre Homère dans la Béotie, ou seconde partie du deu- 
xième livre de son Iliade; et telle est aussi celle que s'étaient for- 
mée les Grecs du gouvernement des Dieux , dont Jupiter était le 
père et le Souverain. 

Parmi les chefs qui condusirent des colonies en Grèce, les 
plus renommés sont ^ Ogygés , Inachus , Cècrops, Cadmus , Léleje 
et Danaùs; et ce furent eux qui, à des époques peu éloignées les 
unes des autres , fondèrent les royaumes d'Athènes , d'Argos , de 
Sparte et de Thébes. Mais on ne doit les considérer, aussi bien que 
leurs successeurs 3 que comme les chefs de petites republiques. Ainsi 
les anciens gouvernemens de cette contrée n'étaient, à proprement 

et dispersées dans les bois et clans les campagnes , leur persuadèrent de se 
réunir et de vivre en société , bâtirent des maisons , instruisirent leurs 
jiouveaux sujets dans les arts les plus utiles et les plus nécessaires , leur 
donnèrent des lois, et les assujettirent à une forme de gouvernement. » 
jGoguet. Orig. etc. vol II. liv. I. 

(1) V. Barthélémy. Voy. d'Anac. vol. I, pag. 5o. Paris 1790. 

(2) Arisc. de Rep. lib. III. chap. 14. 



de ià Grèce, 07 

parler, qu'un mélange de monarchie, d'oligarchie. et de démo- 
cratie. Les grands avaient beaucoup d'autorité , et les droits du 
peuple étaient très-étendus. On lit dans le VIII e livre de l'Odys- 
sée , qu'Alcinoùs Roi des Phéaoiens se déclare le treizième des 
chefs qui commandaient au peuple. « La description que fait Ho- 
mère de la forme de ces mêmes gouvernemens , donne assez à con- 
naître que les Rois proposaient au peuple ce qui avait été résolu 
dans le conseil (1). „ Il semblerait par conséquent, que l'autorité 
des anciens Rois de la Grèce , consistait particulièrement dans le 
commandement des troupes eu tems de guerre, et dans l'intendance 
suprême sur tout ce qui tenait à la religion (a). Ces Rois étaient 
encore dans la dépendance d'une autre autorité , qui était celle 
des oracles quelque fût leur origine (3). Chez les peuples encore 
barbares , la religion se change aisément en superstition gros- 
sière et ridicule. Le plus fort et le plus rusé fait de cette arme 
l'instrument de sa politique, pour gouverner à son gré l'esprit 
et les passions du plus faible, et l'erreur devient ainsi une maxime 
de législation. Les sauvages môme de l'Amérique ont leurs devins et 
leurs oracles, qu'ils consultent dans toutes leurs entreprises. Quant 
aux Grecs , la décision des oracles précédait toujours toutes leurs 
délibérations publiques et privées, et les Rois même étaient obli- 
gés de s'y soumettre. L'Iliade et l'Odyssée sont remplies d'exem- 
ples qui confirment cette opinion. 

Les revenus et les richesses des Souverains consistaient , comme 
ceux des particuliers, en champs , en bois et en troupeaux. Les droits 
même qu'ils imposaient pour les frais de la guerre et les besoins de 
l'état , ainsi que les tributs qu'ils exigeaient des peuples conquis , ne 
se percevaient point en argent, mais en denrées et en objets de 
toutes sortes, parmi lesquels il ne faut point oublier les esclaves. 

Il est également certain que chez les anciens Grecs , le scep- 
tre était un héritage qui se transmettait de père en fils, et en gé- 
néral à l'aîné (4). On trouve des preuves indubitables de cet usage 

(1) Tn moral. 1. 3. c. 5. Voy encore Denis d'Halic. 1 2. 

(2) Aristot. Polit. 1. 3. e. 14. Hom. passim. Plut. Cicer. etc. , et un 
grand nombre d'autres. 

(3) Nous parlerons de l'origine et de la nature des oracles à l'article 
de la religion. 

(4) Odyss. 1. 1 v. 387. liv. 16. v. 401. Ariet. Polit. 1. 3. c. 14. Thu- 
cyd. etc. etc 

Europe- Vol I. o 



Monarchie 

mêlée 
d' 'oligarchie 

et de 
démocratie* 



jéutoritê- 

des oracles 

dans le 

gouvernement. 



Revenus 
des Rois, 



Sceptre 
héréditaire- 



Habillement 
des Rois. 



Pourpre- 



98 Gouvernement 

dans plusieurs passages d'Homère , et surtout dans la généalogie 
qu'il fait du sceptre d'Agamemnon (1). Il arrivait néanmoins quel- 
quefois que, par des circonstances particulières, le sceptre ne pas- 
sait point à l'héritier légitime. Par exemple s celui d'Agamemnon 
était passé de Pélops à son fiîs Atrée, et de celui-ci à son frère 
Thyeste qui aurait dû le transmettere à son fils Egiste ; mais celui- 
ci étant né d'un inceste, le sceptre retourna à Agamemnon fils 
d'Atrée (a). Il n'était pas rare aussi que , pour des motifs de supersti- 
tion on en privât le véritable héritier. Homère dans l'Odyssée fait 
demander par Nestor à Télémaque , si ses peuples ne lui sont point 
devenus contraires , ensuite de quelque réponse défavorable de la 
part de l'oracle ? (3) 

Tels ont dû être sans doute les privilèges des monarques dans 
ces tems héroïques. Mais , avant d'en venir aux lois positives et aux 
divers gouvernemens qui s'établirent en Grèce , après qu'elle eut été 
régénérée par les colonies étrangères , il ne sera pas hors de pro- 
pos de dire ici quelque chose de la manière dont s'habillaient ces 
anciens Monarques , suivant le peu de monumens que nous en avons. 
Nous nous dispenserons pour le moment d'entrer dans un examen 
détaillé des diverses parties de l'habillement en général, nous reser- 
vant d'en parler plus au long, lorsque nous en serons à cet article r 
et à celui de l'ameublement. 

La pourpre marine formait un des attributs des Rois de la 
Grèce (4). Homère , en parlant d'un morceau d'ivoire teint en 
pourpre , jouli ouvrage d'une femme Méonienne ou Carienne, com- 



(1) Iliad. 1. 2. v. 46. et 101. 

(2) V. Heyne. vol. 4. Excursus ad librum II. Iliad. Excurs. J. 
(5) Odyss. 1. 3. v 2i5 et 1. 16. v. 96. 

(4) Les Grecs connaissaient deux sortes de pourpre , savoir ; la pour- 
pre marine ou animale , et la végétale. La première , qui parait la plus 
ancienne, était d'un rouge violet, et se tirait d'une espèce de coquillage, 
ce qui lui avait fait donner le nom de marine Nous aurons occasion de 
revenir sur cet objet. En attendant, nous ne pouvons dissimuler notre éton- 
nement sur l'équivoque que prend à cet égard l'auteur de l'ouvrage in- 
titulé, Costume des peuples anciens et modernes , qui s'imprime à Brescia, 
en affirmant à la pag. i55, que par la pourpre marine un doit entendre 
le bleu céleste. Mais ce n'est par là la seule erreur qui se trouve dans 
cet ouvrage , et malheur aux artistes qui voudraient y chercher de vrai» 
«îodèles. 



D È L A G R i C E. tyg 

me propre à servir de mors pour un cheval , dit qu'il est un ob- 
jet d'envie pour une foule de cavaliers: mais qu'on le tient en 
réserve dans la vue d'en parer le cheval de quelque Monarque (i). 
Voici comment le même poète (a) décrit l'habillement d'Agamem- 
non : il vêtit la tunique moelleuse , belle , neuve , et jetta le grand 
manteau par dessus ; il attacha à ses pieds délicats ses jolis bro- 
dequins, passa à son coté son épée suspendue à un baudrier garni 
de plaques en argent > et prit le sceptre paternel qui est à jamais 
incorruptible. Le même héros, (3) poussant ses soldats au combat, 
tenait dans sa main vigoureuse un manteau de pourpre , afin , dit 
le Scholiaste , qu'il leur servît de signal pour le reconnaître. 

Mais c'est comme attribut distinctif de la royauté que le scep- 
tre doit surtout être regardé. Les Etymologistes donnent au sceptre 
le nom de regia virga ou baculus , du mot grec <r*ipfaTt<rt«i parce que , 
comme nous l'apprend encore Homère (4), il servait aux Rois pour 
s'appuyer et comme pour s'arrêter : ce qui fait dire encore à 
Ovide (S) 

— Jupiter sceptroque innixus éburno. — 

Homère vante singulièrement ce sceptre d'Agamemnon , ouvrage, 
de Vulcain , que le héros avait hérité de ses ancêtres ; il ajoute 
qu'il avait été fait du tronc d'un arbre coupé sur les montagnes ^ 
et que le tranchant du fer le dépouilla de ses feuilles et de son 
écorce (6). C'est encore ainsi que Virgile (7) parle du sceptre des 
Rois Latins : 

Olim arbos , nunc artificis manus aère decoro 
Inclusit j patrïbusque dédit gestare Latinis. 

(1) Iliade 1. 4. v. i4i. 

(2) Iliad. 2. y. 42. Dans les citations que nous ferons des passages 
d'Homère et autres écrivains Grecs , nous nous en tiendrons le plus sou- 
vent à la traduction littérale , pour qu'on juge mieux de l'esprit de l'ori- 
ginal et de la nature des choses. 

(3) Iliad. 8. v. 221. 

(4) Odyss. 1. 17. v. 196. et ailleurs, 

(5) Métam. I. 

(fi) Iliad. 1. 1 v. 255. 
(7) Enéide liv. 12. v. 210, 



100 Gouverne m est 

tépfrL' 0n 1H dans Jastin l'historien («), que les sceptres des an-, 

iuiqm* ciens n'étaient autre chose que des lances : Per ea adhuc ternpora 
Reges hastas pro diademate habebant , quas Gratci **Ur f « dixere. 
Narn et ab origine rerum pro Diis immortalibus Vêler es hastas co- 
luere. Les Rois prenaient le sceptre en main dans toutes les fonctions 
publiques qu'ils avaient à remplir. Il est dit dans le IIL e livre de 
l'Odyssée, que Nestor devant offrir un sacrifice à Minerve, s'assit le 
matin devant la porte de sa demeure, le sceptre en main,, entouré 
de ses enfans , de sa femme et de plusieurs autres personnes. C'est' 
ainsi qu'Agamemnon se présente aux chefs de l'armée pour les ap- 
peler au conseil : de môme Ulisse voulant empêcher les Grecs d'a- 
bandonner les rivages de Troie, affronte Agamemnon, prend le 
sceptre de ses mains , et parcoure les vaisseaux des loricati Achi- 
vi (a). Aristote dit que les Rois fesaient encore usage du sceptre 
lorsqu'ils administraient la justice , et que l'acte seul de le lever 
en l'air avait la force du serment et en tenait lieu (3). C'est ce qui 
fait qu'Homère donne un sceptre à Mi nos juge des enfers , et que 
Virgile dit (4) : 

Hoc Priami gestamen erat , cura jura vocatis 
More daret populis , sceptrumque , sacerque tiaras. 

Formi ; Le sceptre, bien qu'il fût en bois, se terminait ordinairement 

et matière l ' *■ ■ ' 

du seepire. en haut par un ornement en or semblable à une tête de clou. On 
lit même dans Homère et autres écrivains, que le sceptre était quel- 
quefois tout d'or. Tel était selon le même poète celui de Minos et de 
Tyersias. Et en effet il dit dans le premier livre de l'Iliade, v. i5. 
que Chrysés tenait en main la guirlande d'Apollon z^h *■>« «ï"p?, 
qui lance les flèches au loin , entrelassée autour de son sceptre d'or. 
Nous observerons même que, dans les tems les plus reculés, la mas- 
sue tenait lieu de sceptre: car Pindare, 01. VIL v. 5i, dit que 
Tlepoléme tua Licinius avec un sceptre d'o'ivier d'une extrême 
dureté. On voit aussi parmi les antiquités dHerculanum certains 
sceptres à trois pointes , qui ont à-peu-piès la forme d'une chaiv 

(1) Histoir. liv. 42. 

(2) Iliad. 1. 2. v 186. 
(5) Polit, chap. 14. 

(4) Eneïde 1. 7. v. 246. 



'mages 

des âais-. 



H e la Grèce. îoï 

rue; et Pierius Valerianus, dans ses hiéroglyphes, prétend que tell© 
était celle du sceptre chez les anciens. 

Servius est d'avis que les anciens Rois de la Grèce portaient smdeaa. 
en outre le diadème. Mais Homère ne parle point de cette mar- 
que distinctive, comme particulière à la royauté, et il semble au 
contraire ne l'accorder qu'aux Dieux, comme 'l'observe Pline (i). 
Les Rois ne ceignaient leur tète que d'un bandeau de peu de lar- 
geur , et qui était en général couleur de pourpre; et telle fut 
en effet la couleur du bandeau royal dont Minerve fit présent à 
Paris , en signe du pouvoir suprême qu'elle lui offrait. Ce bandeau 
était de la plus grande simplicité, tissu en fil de laine, dont la 
couleur n'était pas toujours de pourpre ou violette , mais quelque- 
fois plus ou moins blanche. Pline voulant décrire le cercle blanc 
qu'on voyait sur la tête d'un serpent de la Gyrénaïque , le com- 
pare au bandeau royal ; Candida in capite macula , ut quodam 
diademate insignem Hi). 

D'après ces notions préliminaires , nous présentons ici" deux i, 
portraits d'anciens Rois de la Grèce, prises des peintures des vases 
d'Hamilton (3); et pour qu'on saisisse encore mieux toutes les beautés 

(i) Quant aux attributs de la Royauté du tems d'Homère, il faut 
lire Everard Phéitius , Antiqiiitatum Homericarum , liv. 2. c. 4- dans 
Gronove. Thesaur. Graecar. stntiquitat. vol. VI. Nous verrons que le 
diadème royal proprement dit , ne fut en usage qu'au tems d'Alexandre. 

(2) Liv. 8. c. 21. et liv. 11. c. 16. 

(5) Vol. II. planche 4*. et vol. III. planche 45. Nos lecteurs ne se- 
ront peut-être pas fâchés de trouver ici quelques éclaircissemens sur l'an- 
tiquité et le mérite des vases d'où ces figures sont prises. Les plus anciens 
et les plus renommés sont ceux qu'on découvrit le siècle dernier, dans le 
fouilles qui furent faites entre Capoue et Nola. Ils sont remarquables par 
la finesse de la terre dont ils sont fabriqués , par la beauté du vernis , 
par l'élégance des formes , et surtout par le goût qui régne dans leurs pein- 
tures , dont le style et la manière annoncent une excellente école. Ils ont 
par conséquent beaucoup plus de prix que ceux qui ont été apportés des îles 
de la Grèce , et semblent être les mêmes vases dont Pline fait tant d'éloges 
au '2 e chapitre de son 17. e livre. Or Suétene (dans G. Jul. César, chap. 
81 ) rapporte que «les habitans de la colonie envoyée à Capoue par Ju- 
les César, voulant se construire des maisons dans la campagne , se mirent à 
démolir d'anciens sépulcres , vêtus tissima sépulcra ; et que leur ardeur à 
poursuivre ces démolitions était d'autant plus grande, qu'ils y fesaient de tems 
à autre la découverte de vases d'un travail antique. » Pour parvenir à con-- 



IG25 Gouvernement 

de composition qni offrent ces peintures , ainsi que l'action des per- 
sonnages qui y sont représentés , nous avons cru à propos d'y réunir 
par fois les figures des autres personnages qui ont part à l'action, 
en leur donnant la position qu'elles ont dans l'original. Le n.° i de 
la planche 16 offre l'image d'un Roi habillé à-peu-près comme l'A- 
gameranon d'Homère; quant à l'action qui est exprimée ici , on ne sau- 
rait guères la déterminer. La planche 17 est la copie d'une pein- 
uijrsse t.ure, que M. D'Hancarville explique ains : «Il me semble voir ici 

et Alcinoùs. t ■ 1 t tl •> 

dit-Jl, Ulysse s entretenant avec Alcinoùs, tandis que la femme et 
la fille de ce dernier , à l'ombre d'un parasol à la manière des Thes- 
sâliens , écoutent la réponse du héros à la proposition que le Roi 
semble lui avoir faite d'épouser Nausicaa. On reconnaît Ulysse à la 
forme de son bonnet, à son manteau, et à la tunique brodée dont 

naître de quelle nature étaient ces vases , il n'y avait pas d'autre moyen 
que de chercher dans les mêmes lieux quelqu'un de ces anciens sépul- 
cres , qui fut échappé aux recherches de cette colonie. On. trouva en 
effet dans le dernier siècle , et même il y a peu d'années , plusieurs 
tombeaux qui correspondent , non seulement à ce qu'en dit Suétone , 
mais encore qu'une foule d'autres raisons doivent faire regarder comme 
des monumens d'une antiquité très-reculée. Ces tombeaux diffèrent beau- 
coup de ceux des anciens Romains : ils sont fabriqués sans chaux et avec 
des pierres carrées et si grosses , que deux mulets ou deux bœufs pour- 
raient à peine les traîner ; en un mot ils sont d'une construction semblable 
à celle des murs de Tyrinthe ville qui fut ruinée par les Grecs , et de 
îa porte de l'antique Mycénes., ouvrages qui passaient l'un et l'autre pdur 
«voir été faits par les Cyclopes , et qui marquent l'époque la plus an- 
cienne dans l'art de bâtir. On n'y apperçoit ni inscriptions , ni portes > 
ni fenêtres , de sorte que pour savoir ce qu'ils renferment , il faut abso^ 
lument les démolir. Enfin les caractères imprimés sur les vases qui ont été 
trouvés dans ces tombeaux sont entièrement Grecs. Si donc ils étaient déjà 
vetustissima du tems de Jules César , il faudrait remonter à une antiquité 
bien reculée pour déterminer l'époque de leur construction , c'est à dire 
jusqu'à celle où les Grecs vinrent s'établir en Italie. Ainsi ces vases sont 
probablement antérieurs au régne de Numa Pompilius : ils furent jugés 
d'un grand prix sous César même, non à cause de la matière dont ils 
sont faits : car à l'exception d'un petit nombre qui étaient en bronze , tous 
les autres étaient en terre cuite , mais en considération de leur antiquité , 
et de la beauté de leur travail : ce sont enfin des monumens inappré- 
ciables par la certitude et l'authenticité des notions qu'ils nous donnent 
«n ce qui concerne le costume et les arts. Nous reviendrons sur cet ar- 
ticle lorsque nous traiterons des beaux arts. 



ïï è la Grec ë. ïoS 

Nausicaa lui avait fait présent; et dans ces parties de son habille- 
ment comme dans tout le reste 3 on distingue aisément le luxe des 
Phéaciens. „ Winkelma nn présente dans ses Monumens antiques , 
sous les n. 64 et 65 s le bas-relief d'une cuvette en marbre blanc „ 
que l'on conservait autrefois dans la maison de plaisance Albani , 
lequel représente Eurysthée Roi d'Argos et de M'ycénes, auquel Eurysthée 
Hercule était subordonné. L'habillement d'Eurysthée semble y être 
tel que le dépeint Euripide., et diffère peu de celui dont nous ve- 
nons de donner la description. 

Quant aux Reines, nous ne pouvons en dire que fort peu de cho- Reiaer . 
ses: car , à l'exception de la pourpre et du diadème, leur vêtement 
était le même que celui du reste des femmes Grecques dont nous par- 
lerons en son lieu , si ce n'est qu'il était plus ample et plus riche. 
Elles ont dans certains monumens la tète ceinte d'un simple bandeau, 
et dans d'autres le diadème proprement dit, ou une lame de mé- 
tal triangulaire ou ronde, qui s'appliquait ordinairement sur les che- 
veux au dessus du front. Nous avons vu dans la planche précédent© 
les figures de Nausicaa , et de la Reine sa mère. Les numéros 1 et 
n de la planche 18 représentent deux Reines , qu'il est aisé de re- 
connaître pour telles , à la richesse de leur habillement , et au 
siège qu'elles occupent dans les peintures des vases d'où elles sont 
prises (1). L'une d'elle se regarde dans un miroir que tient devant 
elle une de ses femmes. On trouve dans Winkelmann un bas-relief 
en terre cuite qui représente le rapt d'Hélène. Cette femme celé- Rapt A'mièaé. 
bre habillée, dit cet auteur, plus en matrone qu'en femme élégante 
et lascive comme la dépeint Homère > fait un mouvement avec la, 
main comme pour se couvrir le visage , ou qui annonce qu'elle vient 
de se le découvir : la tranquillité de son maintien indique qu'elle 
consent à quitter son mari et à se faire enlever , comme l'atteste le 
poète Sresicore. Paris , vêtu à la Phrygienne, la conduit sur un char 9 
selon l'usage , de la maison de son père à la sienne propre. Il est 
même dit dans Euripide que Ménélas transporta Hélène sur un 
quadrige (2). l'habillement d'Hélène, dans ce monument, ne dif- 
fère pas beaucoup de celui des Reines que nous venons de décrire. 

Le trône , pris dans le sens que nous y attachons ordinaire- Trône*. 
ment, ne devint un attribut de la Royauté que dans des tems bien 

(1) Antiq. etc. d'Hamilton t. I. 128; II. 89. 

(•2) Les figures Homériques de Flaxman sont également conformes à 
celles que nous venons de présenter. 



Trônes 
de pierre. 



*°4 Gouvernement 

postérieurs à Homère, et même aux conquêtes d'Alexandre. Ho- 
mère semble avoir réservé aux Dieux seuls la magnificence du 
trône (i). Le mot. (*,„.,) signifie en effet un siège magnifique, 
qui pourtant n'était pis seulement propre aux Rois, mais encore 
à toutes les personnes distinguées par leur naissance ou leurs ri- 
chesses. Ce siège avait des bras et un marche-pied (a). Il est bon 
néanmoins d'observer que les anciens Rois de la Grèce , étaient clans 
l'usage de rendre la justice ou d'écouter leurs peuples , assis sur un 
banc de pierre 9 qui portait également le nom de trône. Ii y avait 
de ces sièges à la porte des Princes et des Grands. Ainsi l'on voit, 
dans Homère, Nestor assis sur le banc de pierre sur lequel son père 
JVélée, le sceptre en main, avait coutume de rendre la justice (3); 
et le trône de Toanthe Roi de Lemnos, au dire d'Apollonius, était 
aussi en pierre (4). Du même genre est le siège que M. r Chissul (5) 
a découvert sur la côte de l'Ionie, et dont nous présentons le des- 
sin au n.° i de la planche 19. Stuart assure qu'on trouve encore 
plusieurs de ces sièges ou trônes de marbre parmi les ruines d'Athènes. 
Les uns sont de la plus grande simplicité, et les autres ornés de 
sculptures. Voy. les numéros 2, 3 et 4. Le n.° a de la planche 16 
est tiré d'une peinture d'un des vases de Millingen. On ne saurait 
dire précisément quel est le Prince qui est assis ici. Cependant, 
d'après les autres figures qui composent ces peintures , et les per- 
sonnages qui les accompagnent , on pourrait conjecturer que ce 
Prince est Aéte Roi de Colchide , à qui Phrysus ou Jason présente 
la toison d'or, ou bien Pélias à qui le même Jason, de retour à 
lolcos, fait hommage de cette précieuse dépouille. Le Roi est riche- 
ment vêtu, et tient un sceptre qui se termine en une figure d'aigle. 
Le trône est orné de bas-reliefs , dont la disposition rappelle les 
trônes d'Apollon à Amyclée 3 et de Jupiter à Olympie , décrits 
l'un et l'autre par Pausanias. Une esclave semble vouloir approcher 
un siège , destiné peut-être au héros qui doit s'entretenir avec le 
Roi. Il est à remarquer que, dans les tems héroïques, les Rois et les 
Princes étaient servis par des femmes qui, le plus souvent, avaient 

(1) Nous en parlerons à l'article des usages religieux. 

(2) V. l'Hérodote comm. par Larcher. vol. I. pag. 192. Note 29. 

(3) Odyss. liv. 3. v. 406. et suiv. 

(4) Argon, liv. 1. y. 667. V. l'edit. de Rome 1791, vol. I. pag. 204. 

(5) Antiq. Asiat. 



de la Grèce. io5 

été prises à la guerre. Et en effet lorsque, dans l'Odyssée, Télé- 
raaque se présente à Nestor , ce Prince ordonne à ses femmes es- 
claves d'apporter un siège à cet hôte illustre. Tous les soins inté- 
rieurs de la maison chez ces Princes, étaient l'ouvrage , non seule- 
ment de ces esclaves, mais encore des épouses, des filles et des 
sœurs de ces hauts personnages. La cuisine seule , peut-être parce 
qu'elle avait quelque chose de cruel et de sanguinaire , était réser- 
vée aux hommes, et ces Princes eux mêmes y prêtaient leur mi- 
nistère. C'est ainsi qu'on voit dans l'Iliade, Patrocle servant en quel- 
que sorte de valet de chambre et de cuisinier à Achille. 

Le peu d'attributions qu'avaient ces anciens Rois, et leur ex- Cortège 
t renie simplicité , fesaient qu'ils n'étaient suivis que d'un très-petit 
cortège lorsqu'ils paraissaient en public. Télémaque, héritier du 
royaume d'Ithaque, sort dans l'Odyssée pour se rendre au conseil, 
sans autre suite que deux chiens qui l'accompagnaient ; et dans 
Théocrite , le Roi Augias a, pour tout cortège, Hercule et son pro- 
pre fils. Ainsi Virgile, par respect pour cet usage antique (i), dé- 
crit en ces termes la sortie d'Evandre avec Enée : 

Nec non et gemini custodes limine ah alto 
Procedunt , gressumque canes comitantur herilem, 
Filius huic Païïas, olli cornes ibat Achates. 

Cependant les Rois étaient suivis à la guerre de certains minis- atà&u* 
très appelés Hf4***rù s comme on peut le voir dans l'Iliade. C'est ainsi 
que Patrocle accompagnait Achille, Mérion Idoménée, Lycophron 
Ajax; et ces ministres 3 au dire d'Esichius , étaient comme leurs 
compagnons d'armes ou leurs écuyers. Parmi les personnages char- 
gés des fonctions publiques , on distinguait entre autres les c rieurs 
publics, ou les hérauts *V*^, qui étaient employés à divers ser- Béram 
vices auprès du Roi. Us convoquaient le peuple en son nom, com- 
mandaient le silence, lui présentaient son sceptre, et étaient en- 
voyés par lui en message ou en ambassade ; ils l'accompagnaient 
dans ses voyages et dans ses expéditions , et recevaient les marques 
du plus grand respect partout où ils allaient. Ils portaient le ca- 
ducée dans leurs missions, comme le symbole du ministère pacifi- 
que qu'ils^enaient remplir: ainsi Jason montra son caducée en dé- 

(i) Homer. Odyss. liv. III. v. 489. 

Europe. Val- î ; € t 



106 Gouvernement 

barquant sur les rivages de Colchos (i). Les hérauts portaient quel- 
quefois la lance et le caducée pour déclarer la guerre ou propo- 
ser la paix (a). Tel est le héraut qu'on voit sur un vase de terre 
cuite dans le cabinet du sacré Collège à Rome , et dont Winkel- 
mann a aussi donné le dessin (3). Il porte une espèce de chapeau 
plat et rabattu sur ses épaules, qui était la coiffure des voyageurs. 
Voyez la planche 19 num. 5. Mais nous aurons encore occasion de 
parler de ces hérauts à l'article concernant l'art militaire. 

L'autorité royale, comme nous venons de le voir, était tem- 
pérée par un conseil de sages (zj). Ce conseil s'assemblait ordinai- 
rement sur les places, ou dans des lieux publics et élevés. Tous 
les membres y étalées assis, excepté celui qui devait haranguer. 
Ainsi Télémaque dans le II. e livre de l'Odyssée, après avoir assemblé 
les anciens d'Ithaque , s'assied sur le trône de son père , et au mo- 
ment de parler se lève et prend le sceptre. On y traitait, non seule- 
ment des affaires publiques, mais encore de choses privées. Dans 
le même poème , Télémaque se plaint en plein conseil des violenceg 
et des outrages des Procis, et ceux-ci craignent qu'il n'y révèle 
les trames qu'ils avaient ourdies contre lui. 
jurisprudence La Grèce n'avait donc d'autre jurisprudence à cette époque 

Grecs. que quelques coutumes, qui avaient force de loi. Outre ce que nous 
avons dit plus haut touchant l'homicide , on voit que dès les tems 
héroïques , il avait été établi des peines pour d'autres délits. L'adul- 
tère était puni d'une peine pécuniaire (5). Néanmoins le divorce 
était permis lorsque les époux le croyaient fondé sur des raisons 
légitimes (6). Il parait aussi que les alliances illicites n'avaient rien 
de déshonorant, car dans le huitième livre de l'Odyssée, Ulysse se 
vante d'être né d'une concubine. Et en effet, les enfans naturels 

(1) Argonaut. Apoll. IH. v. 197. 

(2) Polyb. liv. IV. 

(3) Mon. anciens pag. xxxt. 

(4) Il semble aussi que dans ces tems anciens les femmes prenaient 
part à ces assemblées publiques. C'était une tradition que dans le con- 
seil tenu à Athènes par Gecrops , pour savoir lequel des deux divinités, 
de Minerve ou de Neptune donnerait son nom à la nouvelle ville , la 
Déesse l'emporta d'une seule voix , qui fut celle d'une femme. Varro apud 
] ^dugusb. de Civit. Dei liv. XVI II. ch. 9. Voy. aussi Goguet. 

(5) Odyss. liv. VIII. et Diod. liv.' XII. 

(6) Pau% liy, VIL chag. 2Cj. Voy. aussi Pollux. 



se la Grèce. 107 

participaient comme les enfans légitimes à l'héritage de leur père, 
et l'aîné n'y avait pas une part plus grande que les autres. Cepen- 
dant il y avait de grands privilèges attachés au droit d'aînesse. Ces Mteti& 
privilèges consistaient dans les témoignages de considération et de 
respect que les autres frères devaient rendre à leur aîné. Jupiter, 
dans le XV. e liv. cfe l'Iliade, fait dire par Iris à son frère Neptu- 
ne , qu'en sa qualité d'aîné il lui est supérieur. Les mendians , les 
oisifs et les vagabonds étaient regardés comme des gens infâmes, 
ainsi qu'on le voit par plusieurs passages d'Homère. Mais les lois 
principales concernaient l'agriculture (1). Parmi les sages institu- 
tions de ces anciens gouvernemens , la plus remarquable est celle 
qu'on attribue à Triptolême , par laquelle il était défendu à qui 
que ce soit de posséder plus de terrein qu'il n'en pouvait cultiver. 
Aussi était-ce une tradition des plus anciennes, qu'en enseignant 
l'agriculture aux hommes 3 Cérés leur avait en même tems donné 
des lois: c'est pourquoi Ovide dit: 

Prima Ceres . 

Prima dédit lea.es , Cereris sumus omnia munus (a). 

Tout ce que nous avons dit jusques-ici regarde la Grèce en 
général; mais par un effet nécessaire des particularités que nous 
avons déjà, remarquées dans la disposition de son sol, de la diver- 
sité des mœurs et des usages qui y furent introduites par les colo- 
nies , et enfin de la variété des systèmes de législation qui y fu- 
rent établis postérieurement aux tems héroïques , cet état se divisa 
bientôt en plusieurs peuples, malgré l'identité de langage qui les 
unissait entre eux. Ainsi la Grèce, resserrée dans un petit terri- 
toire 3 et divisée de lois et d'intérêts privés, serait devenue peu-à- 
peu le théâtre des guerres civiles, ou la proie du plus hardi d'en- 
tre ses Princes , et peut-être de quelque conquérant étranger. Am- 
phictyon Roi des Thermopyîes , devenu maître de toute l'Afrique, 
obvia à ces inconvéniens , en créant un conseil qui fut appelé dans 
la suite, Conseil des Amphictyons. Cette assemblée était composée Conseil des 
des députés des principales villes de la Grèce, pour qui c'était Am P hi ^ oas ' 
«ne tache d'infamie des plus grandes, que d'en être exclus, comme 

(1) Voy Goguet Part II liv. I. chap. IV. art. VIII. 

(2) Métam. liv. V, y. 54.1. etc. 



I08 GoUVERNEMEMT 

il arrivait quelquefois. Elle se réunissait ordinairement deux fois 
l'année, savoir; au printems, et en automne. Celle du printems se 
tenait à Delphes, comme l'attestent deux décrets que Demosthéne 
et Strabon nous ont conservés (i); et celle d'automne aux environs 
d'Anthéle dans le temple de Cérés , qui pour cette raison fut ap- 
pelé Amphictyonide. Bien que cette fameuse assemblée semble n'avoir 
eu d'autre objet que celui de protéger le temple de Delphes, et 
de rendre la justice aux personnes qui accouraient en foule de tous 
les points de la Grèce pour consulter l'oracle d'Apollon, néanmoins 
elle devait beaucoup contribuer à entretenir l'union parmi ces di- 
vers peuples, que des intérêts de religion mettaient pour ainsi dire 
en contact les uns avec les autres au moins deux fois par an. Or 
si on ne veut point regarder cette réunion comme une confédéra- 
tion des peuples de cette contrée , on ne peut disconvenir au moins 
que cette institution, qui établit entre eux un lien aussi étroit 9 
n'ait été l'ouvrage d'une sage politique (a). TN'ous citerons encore 

(i) Demos th. pro Corona. Strab. liv. IX. 

(2) Les érudits avaient toujours considéré le Conseil des Amphictyons 
comme une assemblée composant les états généraux de la Grèce , et par 
conséquent comme une confédération purement politique , où se traitaient 
les grandes affaires de guerre et de paix , et qui avait pour but de tenir 
toute la Grèce réunie comme en une seule république. Cette opinion a. 
été complètement réfutée par Sainte- Croix dans un ouvrage qui a pour 
titre Des anciens Gouvernemens fédératifs. Les différens peuples de cette 
contrée étaient dans un état de guerre perpétuelle entre eux; et pourtant 
on ne vit jamais le conseil des Amphictyons interposer son autorité pour 
ramener la paix , pas même dans la guerre qui dura si long temps entre 
les Athéniens et les Spartiates. Jamais on ne lui envoya d'ambassadeurs. 
Philippe même fut proclamé généralissime des Grecs à Corinthe. « Si 
l'assemblés des Amphictyons,, dit Sainte-Croix, avait été vraiment une 
diète fédérative , ne serait-ce pas elle qui aurait fait cette élection ? Phi- 
lippe l'aurait certainement préférée à toute autre , car elle lui aurait as- 
suré la pluralité des suffrages , en mettant ainsi à sa disposition ceux de 
tous les peuples de Thessalie, aussi bien que les deux vœux accordé aux 
habitans de la Macédoine ». Nous ne pourrions , sans trop nous écarter 
de notre sujet, rapporter ici tous les raisonnemens que ce savant auteur 
employé pour démontrer , que l'unique objet de cette assemblée était de 
protéger le temple de Delphes. Lisez en outre le commentateur d'Héro- 
dote ( Paris Crapelet, 1802) vol. IV. pag. 270 , et vol. V. pag. 418. etc. 
Ce peu de mots suffira pour faire appercevoir à nos lecteurs , que Goguet et 
De Real , écrivains doués d'ailleurs de beaucoup d'érudition, ont erré sur ce 
poinj: cQjrmie sur d'autres. t eA adoptant trop légèrement l'opinion commune; 



de la Grées* 



bè la Grèce. roi) 

les jeux olympiques comme une autre institution politique, qui avait olympique. 
pour but, en rassemblant ces divers peuples à certaines époques, 
de conserver entre eux les rapports de mœurs et d'intérêts natio- 
naux qui leur étaient communs. Mais nous parlerons en son lieu 
de ces jeux et de ceux qui les instituèrent. Le conseil des Am- 
pli ictyons , les jeux olympiques et la Ligue Achéene dont nous Ligue Aahêea», 
discourerons ensuite, sont peut-être les seules institutions qui ten- 
dissent à ne faire de tous les peuples de la Grèce qu'un seul corps 
politique. 

L'ordre des choses nous conduit à parler maintenant du gou- Gwuwnemeaa 

r c des divers 

vernement et des différens systèmes politiques adoptés par les divers de p ^' P Q r 
peuples qui composaient cette nation. Nous ne ferons mention à cet 
égard que des principaux, et de ceux qui sont l'ouvrage des plus 
célèbres législateurs, laissant à part tout ce qui ne présente que 
des doutes , ainsi que toutes les questions de généalogie et de chro- 
nologie , comme étrangères à la connaissance du costume qui forme 
l'objet de nos recherches. Nous diviserons donc la Grèce selon ses 
trois principales constitutions politiques ; et prenant pour guides 
les écrivains les plus accrédités, nous traiterons successivement des 
gouvernemens d'Athènes, de Crète et de Sparte, qui ont servi de 
modèle à ceux de presque tous les autres peuples de la Grèce (i), 
sans omettre ceux de ses colonies dont nous dirons aussi quelque 
chose. 

ATHÈNES. 

L'histoire ne nous offre rien de certain sur l'état de TAttique 'Gawememmà 

J d Athènes 

avant l'arrivée de Cecrops. Ce n'est donc qu'à partir de cette épo- en commençant 

J- * x ■* par Lecrops, 

que que doivent commencer nos recherches. On prétend que Ce- 
crops vint dans cette contrée avec une colonie Egyptienne vera 
l'an i856 avant l'ère vulgaire, ou selon les tables chronologiques 
de Blair, 780 ans avant la première olympiade, et qu'il y fonda 
la ville d'Athènes. C'est lui qui le premier fit dresser un autel à 
Jupiter et institua des cérémonies religieuses ; et comme le peuple 
de l'Attique n'avait encore que des notions imparfaites sur la société 
conjugale , la première loi qu'il établit fut celle par laquelle il 
défendit à l'homme d'avoir plus d'une seule femme (a). Il partagea 

(1) V. Goguet vol. I. et II. De Real. Science du Gouvernement ete. 
(a) Varro apud August. de Givit. Dei 1. 18. c. g. Suida t. 3. pag. 189. 



110 Gouvernement 

les habitans en quatre tribus , et leur apprit à ensevelir les morts 
et à répandre du grain sur leur tombe., comme on lit dans Gicé- 
ron (i). Il créa en outre diverses magistratures pour l'administration 
de la justice , dont la plus renommée fut Y Aréopage , tribunal éta- 
bli peut-être à l'imitation de ceux d'Egypte, et qui devint si cé- 
lèbre dans la suite , que les Souverains étrangers même envoyaient, 
quelquefois le consulter. 
'oirëopagê. Dans les premiers tems , l'Aréopage ne jugeait que des causes 

de meurtre. Ses membres étaient élus parmi les citoyens les plus 
sages de la ville , mais on ne sait rien de positif sur leur nom- 
bre (a). Ses assemblées ne se tenaient point hors de la ville, comme 
Je prétend Esichiusj mais au milieu d'Athènes sur une colline qui 
était en face de la citadelle , ainsi qu'on peut le présumer de cette 
observation d'Hérodote, que les Perses s'étaient campés sur une émi- 
Tience qui était vis-à-vis de la citadelle 3 et que les Athéniens ap- 
pelaient Aréopage. Lucien et Valérius Maximus s'accordent en cela 
avec Hérodote. Cette colline prit encore le nom de colline de Mars , 
ensuite de l'ancienne tradition populaire d'un jugement qu'y avait 
rendu l'Aréopage en faveur de Mars, meurtrier du fils de Neptune, 
et d'un sacrifice que les Amazones y avaient offert au premier de 
ces Dieux. L'édifice où s'assemblait ce tribunal était de la plus gran- 
de simplicité: le toit en était fait de fange et. de chaume, et on le 
voyait encore dans cet état du tems d'Auguste selon le témoignage 

de Vitruve : Athenis Areopagi tectum e luto (3). Oreste 

y fit dresser un autel à Minerve. On y voyait en outre deux blocs 
d'argent massif taillés en forme de sièges,, sur l'un desquels s'as- 

(i) De legib. lib. II. L'usage de brûler les cadavres fut introduit dans 
îa suite chez les Grecs , comme on le voit dans Homère. 

(2) Nous ne savons également rien de certain sur l'étymologie du 
mot aréopage. Ceux qui voudraient s'instruire de toutes les recherches 
qui ont été faites sur ce fameux tribunal , n'ont qu'à lire la savante dis- 
sertation de M. r l'abbé De Carnage dans les Mémoires de Académie R. 
des Inscriptions. Vol. VIL 

{3) Vitruv. 1. V. c. 1. Le Spon dans son Voyage en Grèce ( t. IL 
j>ag 199 ) observa sur la colline de l'Aréopage des débris de pierres énor- 
mes taillées à pointe de diamans, et en demi-cercle. Il est d'opinion que 
ces pierres formaient les fondemens de l'édifice , dans lequel était enclavé 
l'Aréopage. Smart a tracé aussi dans sa carte topographique d'Athènes le 
lieu qu'occupait ce tribunal, 



»e ia Grèce, f î f 

seyait l'accusateur, et l'accusé sur l'autre. L'un était consacré k 
Y 'Injure , et l'autre à Y Impudence ^ divinités allégoriques auxquelles 
Epiménide fit élever dans la suite des autels et des temples, comme* 
l'atteste Cicéron dans son second livre des lois. (Edipe avait encore 
son tombeau dans l'enceinte de l'Aréopage (i). 

Dans les commencemens, ce tribunal ne s'assemblait que les trois Quanti 
derniers jours de chaque mois; mais les nouvelles attributions qui lui 
furent données, surtout du tems de Solon 3 et la multiplicité des af- 
faires, l'obligèrent insensiblement à tenir ses séances tous les jours (a). 
La fréquence de ces assemblées devenant trop pénible pour les vieil- 
lards, à cause du chemin escarpé qu'ils devaient faire pour s'y 
rendre, on les transporta par-fois dans un quartier de la ville, ap- 
pelé le portique royal , qui était exposé à toutes les intempéries de Portïgro 
l'air. Les juges y étaient enfermés dans un cercle formé par une toyali 
espèce de fil ou de corde: ils ne s'assemblaient que de nuit, dans 
la vue, dit Lucien, de se garantir de toute distraction: usage qui 
fit dire à Athénée que leur nombre ni leur figure n'étaient con- 
nus de personne. Le tribunal étant réuni , un héraut fesait faire si- 
lence et ordonnait au peuple de se retirer. Aucune affaire n'y était Comment 
traitée de préférence aux autres , et c'était le sort qui décidait de les a /ff iret 
1 ordre dans lequel chacune d'elles devait être présentée, ainsi que tra ^^ 
du juge qui était commis à son examen. Dans les premiers tems., 
c'étaient les parties qui exposaient elles même leur différend avec 
toute la simplicité possible, et l'art de l'éloquence était absolument 
banni de ce tribunal; mais dans la suite il se relâcha un peu de 
cette sévérité , et permit qu'on se servît devant lui d'avocats même 
payés, auxquels il était pourtant défendu d'employer dans leurs dis- 
cours ni exorde ni aucun ornement oratoire. L'accusateur commen- 
çait sa délation par invoquer contre lui, en témoignage de la vérité, 
la vengeance des Eumenides ; et pour rendre encore plus terrible à 
ses yeux la formule de ce serment 5 en le fesait asseoir sur les débris 
sanglans des victimes qu'on venait d'égorger (3). Les suffrages se don- 

• (i.) V. Pausan. in Att. 

(2) L'autorité de l'Aréopage s'étendit avec le tems jusqu'aux choses 
de religion. En effet Socrate lui même , accusé d'impiété , subit la sentence 
de mort que HAréopage avait rendue contre lui, comme l'atteste Diogéne 
Laerce. C'est pour cette raison aussi que l'Apôtre Saint Paul fut conduit 
par devant ce tribunal. 

(3) Poil. 1. VIII. c. 10. Dinarq. Oraù. in Demost. Démosthenes w 
ûrat. Aristocrate, Antiph. de caecle Herodis. 



Jugement 

dans la cause 

d'Or este. 



IJslrêopage 

subsistait 

encore 

au tenu où 

la Grèce 

était soumise 

ù la domination 

Romaine. 



lia Gouvernement 

naient par îe moyen de certains coquillages marins , auxquels on 
substitua ensuite de petits morceaux de cuivre appelés Spondyles , 
d'une même forme, avec cette différence, que ceux qui devaient in- 
diquer le vœu de condamnation étaient noirs et percés au milieu , 
et que les autres étaient blancs et sans trou. Chaque juge prenait 
une de ces marques avec le pouce , l'index , et le doigt du milieu , 
et la posait dans une des deux urnes qui étaient placées vis-à-vis 
l'une de l'autre dans le lieu le plus retiré de l'assemblée. L'une 
s'appelait l'urne de la mort ««ir»»* , et était de cuivre; et l'autre 
qu'on nommait l'urne de la miséricorde *'xi»v était en bois. Tout 
cela se fesait dans le plus grand secret; mais les trente tyrans vou- 
lurent 9 pour se rendre les arbitres des décisions de FAréopage , 
True chaque juge vint déposer son vœux sur une table qui était de- 
vant eux (i). Le traitement des juges était très-modique, et se ré- 
duisait quelquefois à une seule obole : ce qui fait que , dans Lucien , 
Mercure témoigne sa surprise , de ce que des vieillards aussi sages , 
vendissent à si vil prix la peine qu'il prenaient de monter si haut (a). 
Parmi les jugemens qui acquirent tant de célébrité à Txlréopage , 
celui qu'il rendit dans la cause d'Oreste mérite d'être distingué. (3). 
Oreste fut accusé devant ce tribunal d'avoir tué sa mère : les voix 
étant divisées en deux avis contraires parfaitement égaux, il devait 
par conséquent être condamné à la mort 9 lorsque Minerve, touchée 
de son malheur , se déclara pour les juges qui l'avaient absous en joi- 
gnant son suffrage au leur. Oresie fut sauvé par ce moyen ; et en 
mémoire de cet événement, toutes les fois que les voix étaient éga- 
les des deux côtés , il passa en usage d'absoudre l'accusé j à la fa- 
veur de celle qu'on appelait la voix de Minerve. 

L'Aréopage subsistait encore du tems que la Grèce était sou- 
mise à la domination Romaine. Car outre ce qui est dit dans les 
actes des Apôtres de la harangue de Saint Paul par devant ce tri- 
bunal , Gellius et Valerius Maximus rapportent encore le fait sui- 
vant. Une femme accusée d'avoir tué son mari et son fils fut con- 
duite en présence de Dolabella proconsul en Asie. Elle avoua son 
crime , en disant qu'elle avait eu les plus fortes raisons pour le com- 



(i) Démosth. Orat. in Neaeram. Lysias. Orat. in Ageratum. 

(2) Lucien, in bis accusato. 

(3) En l'an 375 de l'ère Attique , sous le régne de Démophon XII. â 
Athènes. 



d^ la Grèce. ii"S 

mettre. « T'avais, dit-elle, de mon premier mariage un fils que je 
chérissais , et que ses vertus rendaient digne de toute ma tendresse. 
Mon second mari , et le fils que j'ai eu de lui l'ont assassiné s c'est 
pourquoi je me suis crue autorisée à priver de la vie ces deux mons- 
tres de cruauté. Vous pouvez maintenant me punir de ce crime , 
dont je ne me repentirai jamais. M Dolabella proposa la cause à son 
conseil , qui n'osa point prononcer de sentence. L'Aréopage auquel 
elle fut portée décida, après une longue délibération, que l'accu- 
sateur et l'accusée comparaîtraient de nouveau en jugement au 
bout de cent ans. 

Le gouvernement fondé par Cecrops ne subit aucun changement Gom-ememem 
jusqu'à Thésée, dixième Roi d'Athènes, qui vivait environ 12,35 
ans avant l'ère vulgaire: outre l'Aréopage, Cecrops institua encore 
d'autres tribunaux dans divers cantons de l'Attique. Or on lit dans 
Thucydide, que depuis ce législateur jusqu'à Thésée, les Athéniens 
vivaient épars dans des bourgades de l'Attique , dont chacune avait 
son Prytanée et ses Archontes ; mais que ces magistratures furent sup- 
primées par Thésée , homme d'une grande prudence et très-puissant, 
qui les transporta à Athènes , où il établit un Sénat avec un seul 
Prytanée (i). On peut donc tirer de ce passage de Thucydide Prjtantti 
ces deux conséquences ; l'une , que l'institution du Prytanée est 
due à Thésée; et l'autre, que le Prytanée et le Sénat ne for- 
maient qu'une seule et même magistrature (a). L'attribution du 
Prytanée dans son origine , était de juger des choses inanimées qui 
avaient occasionné la mort de quelqu'un : institution précieuse qui 
tendait à accroître dans les citoyens l'horreur du meurtre (3). 

(i), Thucydide liv. II. parag. i5. V. aussi Piutarque dans la vie de 
Thésée. Il en est qui croyent que ce nom vient des mots grecs *vfU rapuo*, 
parce qu'on conservait dans le Prytanée le feu inextinguible ; d'autres le 
font dériver de ^«r t*^i7«v 5 parce qu'on y tenait le dépôt des grains publics. 
V. Suidas , et VEbymolog. magnum. V. encore Gronove Thés. Graecar. 
antiquitab. Vol. IV. col. 846. et suiv. 

(2) Au sujet du Prytanée on peut encore consulter , outre Gronove, 
le savant Corsini Fastl attici. Pars. I. , Dïssert. II. parag. XXVII. pag. 
10 1. Dissert. VI. parag. IV. V. pag. 265. etc. V. aussi l'Hérodote com- 
menté par Larcher , vol. I. pag. 440. et suiv. et vol. IV. pag. 309. et suiv. 

(5) C'est peut-être dans le même but , c'est-à-dire pour distraire les 
esprits de tout sentiment inhumain, que Cecrops avait défendu d'offrir 
aux Dieux en sacrifice rien de ce qui avait eu vie. 

Europe. Vol. I. i5 



1 14 Gouverne m ENf 

Mais dans la suite , et particulièrement du vivant cïe Solon , son 
dfcézte autorité fut augmentée de beaucoup. Elle embrassait en même tems 

magistrature, l'administration suprême de la justice , la distribution des vivres , 
la police générale de l'état, et celle de la ville en particulier, 
les déclarations de guerre, la conclusion de la paix, la nomina- 
tion des tuteurs, et enfin le jugement de toutes les causes qui avaient 
été portées par devant les tribunaux subalternes 3 et dont on avait 
appelé à cette cour supérieure. 

Thésée donna Au moyen de cette magistrature , dans laquelle étaient admis 

a Athènes un ~ l 

gouvernement des citoyens de toutes les classes, Thésée avait donné à Athènes 

presque J 

démocratique, la forme d un gouvernement presque démocratique. C'est pourquoi , 
dans les tems que la population d'Athènes était partagée en quatre 
tribus, on tirait de chacune cent individus au sort, et ces quatre 
cents citoyens composaient le Sénat; mais le nombre de ces tribus 
ayant été porté à dix par Clisthéne , dans la IV. e année de la 
LXVII. e olympiade, celui des citoyens à élire dans chaque tribu 
fut réduit à cinquante : ce qui porta à cinq cent le nombre des 
membres composans le Sénat , comme on le voit par plusieurs pas- 
sages des orateurs Grecs. Ces dix tribus ayant encore été augmen- 
tées de deux autres dans la Ill. e année de la CXVIII. 6 olympiade, 
les sénateurs se trouvèrent enfin au nombre de six cent (i). Cha- 
que tribu avait tour-à-tour la primauté sur les autres. L'élection 
des sénateurs se fesait au sort. On appelait Prytanes les cinquante 
d'entre eux qui étaient en fonction , et Prytanie les trente cinq 
Prytanes 3 jours que durait leur service (a). Les Prytanes se divisaient en cinq 

et EpistaTes. classes , chacune de dix Prytanes, qui s'appelaient Proédres. On 
choisissait sept de ces derniers, auxquels on donnait le nom ÏÏEpis- 
tates , chacun desquels avait successivement la présidence sur le reste 
des Prytanes et des Proédres (3). Un sénateur ne pouvait être Epis- 
Ci) "V. Plutar. in Demetrio. 

(2) Il est bon d'observer que l'année des Athéniens était lunaire, et 
n'avait par conséquent que 554 jours. Or , lorsque les tribus étaient au nom- 
bre de dix , chacun d'elles ayant la primauté pour trente cinq jours , il en ré- 
sultait un excédent de quatre jours à la fin de l'année. Ces quatre jours étaient 
entre les quatre tribus que le sort avait désignées les premières pour la 
primauté , qu'elles conservaient par conséquent pendant trente six jours. 

(3) Hérodote , Therpsicore , liv. V. parag. LXXI. , appelle les Pry- 
tanes des Naucrariens , terme dont le sens a été pendant long tems un 
sujet de, dispute parmi les. érudits. Chaque tribu d'Athènes était ancien- 



de la Grèce. ii5 

tate deux fois dans la même année , dans la crainte où étaient le* 
Athéniens que l'autorité dont il était revêtu , trop long tems pro- 
longée , ne devint dangereuse pour leur liberté dont ils furent tou- 
jours extrêmement jaloux. Le même motif avait fait rendre annuelle 
la charge de sénateur, tandis que celle de membre de l'Aréopage 
était à vie. Les Prytanes réunissaient le sénats expédiaient les af- 
faires qui lui étaient soumises 3 convoquaient le3 assemblées du peu- 
ple , et en avaient la présidence. Les Proédres proposaient l'objet 
sur lequel on avait à délibérer, l'Epistate recueillait les voix, et 
prononçait d'après le vœu de la pluralité. Nul ne pouvait devenir 
sénateur, ou membre du Prytanée , avant l'âge prescrit, que Liba- 
nius appelle fi»*x*»vt*n ,'ajk/* , l'âge du sénateur, et que Larcher croit 
être le même que celui qu'on exigeait pour être juge , c'est-à-dire 
l'âge de trente ans, comme on le voit parle serment d'Héliaste (ï). 
Les Prytanes étaient nourris aux frais du public dans une salle 
du Prytanée, qui portait le nom de Tholus , peut-être parce qu'elle Satk 
était voutee (a). Le même traitement y était assure aux citoyens appelée 
qui avaient bien mente de la patrie ; et on y conservait en outre 
le feu sacré , le froment et les armes. Lorsqu'on envoyait une co- 
lonie dans quelque pays , on tirait pour elle du Prytanée les ar- 
mes , les vivres et le feu. Cette colonie ne pouvait prendre de feu 
ailleurs; et si par hazard il venait à s'éteindre, il lui fallait re- 
courir de nouveau au Prytanée pour en avoir. Ce feu sacré n'était 
autre chose qu'une lampe qu'on tenait toujours allumée (3). C'est 
pourquoi le Prytanée était consacré à Vesta; et aux premières ma- 

nement divisée en cantons, ou peuplades , A3^a«. Les Nauerariens ré- 
glaient les contributions de chacun de ces cantons. Il y avait par tribu douze 
Nauçrarîes, dont chacune devait fournir à l'état deux cavaliers et un 
navire , d'où dérive peut-être l'étymologie de ce mot. Pour nous nous som- 
mes d'avis , qu'après la réforme faite par Thésée , les Nauerariens furent éga- 
lement concentrés dans le Prytanée. C'est aussi le sentiment de Larcher 
et autres savans écrivains. 

(0 Ar S uin in Orat. Demos th. contra Androt. et Demos th. advers. 
Tim ocrât. 

O) Poliux Onomast. liv. VIII. c. i5. Segm. i55. pag. 972. et Har- 
pocrat. pag. 88. 

(3) C'était un proverbe célèbre chez les Grecs que le Ai x „,v h itfvruii,?, 
ou la lampe dans le Prytanée y pour désigner une chose abondante , et 
qui ne tarissait jamais Le soin de cette lampe était confié à certaines fem- 
mes veuves , qu'on appelait pour cela Prytanide*. 



n6 Gouvernement 

gistratures seules, c'est-à-dire aux Archontes, aux Rois ou aux 
Prytanes même, appartenait le droit de lui offrir des sacrifices (i). 
Outre les images de Vesta et autres divinités telles que la Paix , 
Jupiter , Minerve etc. , on plaçait encore au Prytanée celles des 
plus grands personnages d'Athènes. On y voyait les statues d'As- 
ti loque , de Thémistocle , de Miltiade et autres, dont les Athé- 
niens eux mêmes, au moyen d'inscriptions postérieures et menson- 
gères , firent un instrument de la plus vile adulation , en les dédiant 
à un Romain ou à un Thrace. Une partie du froment qu'on y 
conservait était employée à alimenter les Prytanes , et ceux qui 
avaient bien mérité de la patrie ; le reste était distribué , à cer- 
tains jours, à des familles pauvres et honnêtes. On portait encore 
au Prytanée la dixtne de la viande des victimes: Moris erat coquis^ 
dit le Scholiaste d'Aristophane , ut décimas immolatorum Prytani- 
bus durent. 
*<" p ^ paÎM A l'exemple d'Athènes , toutes les principales villes de la Grèce 

de l e urfni éce eurerlt nn Prytanée , et Syracuse entre autres en eut un qui fut 
a» Prytanée. c élébre (n). L'Empereur Adrien 3 jaloux d'imiter en tout les Grecs, 
avait fait construire dans sa maison de plaisance à Tibur un édi- 
fice , auquel il avait donné le nom de Prytanée (3). M. r Guilletière 
dit que , de son tems , on voyait encore près de l'Archevêché , les 
ruines du Prytanée d'Athènes; mais Thucydide assure positivement 
que l'ancien Prytanée fut détruit par un tremblement de terre ar- 
rivé la sixième année de la guerre du Péloponnèse (4) , et il ne 
reste à présent aucun vestige de cet édifice , comme on peut le voir 
par les relations de Spon et de Stuart. 
..Archontes. La troisième des grandes magistratures d'Athènes, est celle des 

Archontes (5). Son institution est d'autant plus mémorable , qu'elle 
fut le commencement d'une nouvelle forme de gouvernement après la 
mort de Codrus. Ce Prince avait généreusement sacrifié sa vie pour 

(i) Aristot. Politiq. liv. VI. chap 18. 

(2) Cicer. in Verrern , de signis. parag. 53. Les villes de la Grèce 
avaient presque toutes un Prytanée , par cela même qu'elles professaient 
le culte de Vesta. C'est ce qui fait dire à Pindare , au commencement de 
sa première Ode Neméene : O f^esta , JîLle de Rhée } qui as en héritage 
les PryCanées etc. 

(3) Spartianus in vita Hadriani c. XXVI. 
(4), Relli Péloponnes. liv. III. 

(5) Afx*'. Commandant, de *?%»?'*' , incipio , impero ec. 



ce la Grèce. jj* 

la patrie dans la guerre contre las habifans du Péloponnèse (i). 
Les Athéniens qui aspiraient depuis long tems à une démocra- 
tie absolue, trouvèrent dans les querelles de Médon et de Nilée 
fils de Codrus pour la succession au trône , un motif de plus pour 
changer de gouvernement; ils abolirent donc la monarchie , pro- 
clamèrent Jupiter Roi unique et suprême, et confièrent l'autorité 
publique, ou le pouvoir exécutif, à un corps de magistrats qu'il t 
appelèrent Archontes. Cette magistrature fut d'abord à vie , et le 
même Médon , fils aîné de Codrus , fut élu premier Archonte vers 
l'an ii3ii avant l'ère vulgaire. (2). Médon conserva cette dignité 
pendant 37 ans, et eut douze successeurs tous de sa race, dont le 
dernier fut Eschile qui la posséda a3 ans (3). A près cette dynastie, 
les Athéniens toujours extrêmement jaloux de leur liberté, et crai- 
gnant jusqu'à l'ombre de la Monarchie dans la durée de cette ma- 
gistrature , en bornèrent le terme à dix ans. Le premier Archonte Archontes 
décennal fut Carops fils d'Eschiîe. Il entra en charge dans la qua- 
trième année de la VI. e olympiade, ou ^Sa. ans avant l'ère vul- 

(1) L'oracle de Delphes avait prédit aux habitans du Péloponnèse 
qu'ils seraient vainqueurs des Athéniens , s'ils fesaient ensorte que Codrus 
Roi d'Athènes ne pérît point dans cette guerre. Instruit de cette prédic- 
tion , Codrus travesti en mendiant , ou selon d'autres en simple soldat , 
attaqua un des ennemis et le tua. Transportés de fureur , les compagnons 
du mort se jettérent sur le Roi déguisé, et le massacrèrent. A cette nou- 
velle , les Péloponnésiens s'enfuirent précipitamment , et la -victoire resta 
aux Athéniens. Codrus fut le dix septième et dernier Roi d'Athènes, et 
son régne dura 21 ans. V. Eusebii Chronicon, livr. dernier pag. y6. etc. 

(2) A légaid des Archontes , nous avons suivi la Chronologie de Lar- 
cher , qui est un ouvrage vraiment classique. Cet illustre auteur , en s'ap- 
puyant de l'autorité des plus grands écrivains , et au moyen de calculs 
très-exacts , a vérifié , ou au moins réduit à la plus grande probabilité , les 
ep.ocru.es de l'histoire Grecque. Il s'est servi surtout pour cela des Faste» 
Attiques de Corsini. V. l'Hérodote commenté par lui , tom. VIL 

(5) Eschile eut pour successeur dans la charge d'Archonte Alcméon t 
qui ne la conserva que deux ans. A la troisième année de l'Archontat 
d'Eschiîe , qui fut 776 avant l'ère vulgaire , commença l'Olympiade de 
Corébe , ainsi appelée parce que Corébe d'Elée avait remporté cette année 
là le prix aux jeux olympiques. Cette olympiade passe généralement pour 
la première , comme étant celle dont les Grecs ont fait la base de leur 
chronologie. A compter de cette époque , nous continuerons à rapporter 
les années de l'olympiade, avant celies qui ont précédé la venue du Christ. 



annuels. 



Ji8 Gouvernement 

gaire. Il n'y eut que sept Archontes décennaux, et dans ce nom- 
bre est compris Hyppoméne quatrième Archonte, malgré qu'il ait 
été déposé de sa charge dans la neuvième année (i). 

Mais les Athéniens trouvèrent encore excessive et dangereuse 
cette autorité de dix ans. Us en réduisirent donc la durée à un 
an seulement; et pour qu'il ne restât plus la moindre trace de 
Monarchie, ils portèrent à neuf le nombre de ces Archontes an- 
nuels. Le premier d'entre eux s'appelait simplement V Archonte 9 
ou Y Archonte Eponyme; le second Y Archonte Roi; le troisième le 
Polémarque ; et les six autres Tesmothétes ou Législateurs. Le nom 
de l'Archonte Eponyme se trouve presque toujours désigné fidèlement 
dans la chronologie d'Athènes , parce que c'était de lui que l'an- 
rfrckonies née prenait son nom. Les Archontes annuels entraient dans l'exer- 
cice de leur charge au commencement de janvier, et l'Àrchontat 
correspondait par conséquent à quelqu'année que ce fût de la pé- 
riode Julienne, on de l'ère qui a précédé la venue du Christ (a). 
Le premier Archonte annuel fut Créon , qui entra en charge la 
quatrième année de la XXIlI. e olympiade, ou 684 ans avant l'ère 
vulgaire (3). Les Archontes se tiraient au sort: ils étaient obligés 
de subir un premier examen dans le Sénat, puis un autre devant le 
peuple. On leur demandait si , depuis trois générations, ils étaient des- 
cendans de citoyens Athéniens des deux côtés 3 paternel et mater- 
nel; à quelle tribu ils appartenaient; s'ils étaient parens d'Apol- 
lon et de Jupiter LIercéen (4)5 s '^ s n'avaient jamais manqué de 
respect à leurs parens; s'ils avaient combattu pour la patrie; s'ils 

(1) Mémoir. de l'Académ. des Bell. Lettres t. XLVI. pag. 61. 

(2) Les Athéniens conservèrent l'usage de commencer leur année par 
un mois qui répondait à notre janvier , iusqu'à la réforme du Calendrier 
faite par Méthon , l'an 4682 de la période Julienne , 4^2 ans avant l'ère 
v Igaire. Depuis cette époque , l'année Athénienne commença avec l'année 
olympique. 

(3) Marmora Oxoniens. Epoch XXXIII. 

(4) Il n'y avait pas d'Athénien qui ne se vantât d'être en parenté 
avec Apollon et Jupiter. On jugeait par la réponse que fesait l'Archonte 
à cet égard , si l'individu était réelement Athénien. V. Aristophane dans 
sa comédie des Oiseaux. Néanmoins l'usage vint peu à-peu de nommer 
à la dignité d'Archonte } même des citoyens de nouvelle date , pourvu toute 
fois que leur mère fût Athénienne d'origine. V. Plutarq. Symphosiaq. 
.11 y, I. , et Probl. liy, L Probl. 10, et liv. X dern. Probl. 



des Arohontc'i' 



fis la Grèce. î rg 

étaient assez riches pour soutenir l'éclat de leur dignité; et enfin 
s'ils étaient sains de corps. Les nouveaux Archontes se rendaient au 
forum, on au portique royal, où, devant une pierre sacrée à ce 
destinée, ils juraient d'observer les lois, de ne recevoir aucun pré- 
sent , de n'user d'aucune partialité dans leurs jugemens , et s'enga- 
geaient en outre â faire dresser à leurs frais, dans le temple de 
Delphes, une statue en or de leur grandeur, dans le cas où ils man- 
queraient à leur serment. 

Parmi les fonctions des Archontes, il y en avait qui étaient ^ Fonction 
communes à tout le corps, et d'autres particulières à chacun de 
ses membres. Du nombre des premières étaient, la condamnation des 
malfaiteurs à la peine capitale, la nomination des magistrats infé- 
rieurs j la surveillance sur la conduite de tous les autres magistrats, et 
la destitution de ceux qui s'étaient montrés indignes du choix que 
le peuple avait fait d'eux. L'Archonte Eponyme avait la présidence 
sur les autres , et donnait son nom à Tannée comme nous venons 
de l'observer (î). Sa jurisdiction s'étendait sur tous les citoyens 
Athéniens, sur les contestations entre mari et femme, sur les fem- 
mes qui avaient accouché après la mort de leur mari , sur les te- 
stamens, les legs, les dotations, les orphelins, et enfin sur tous les 
citoyens sujets à l'ivresse ou à quelqu'autre vice grossier. Mais s'il 
était trouvé ivre lui même , il était aussitôt condamné à mort. Il 
avait en outre l'inspection des fêtes , et surtout de celles qu'on ap- 
pelait Dionysies s ainsi que celle des jeux publics et des spectacles. 
Il tenait son tribunal à VOdeum (a). 

L'Archonte Roi siégeait sous un portique, qu'on appelait pour 
cela portique royal , et décidait les causes entre les prêtres et les 
familles sacrées: il jugeait les citoyens accusés de profanation, avait 
la présidence dans la célébration des mystères d'Eleusis, de Bac- 
chus et autres cérémonies religieuses, et offrait les sacrifices publics 
dans les cas où il s'agissait d'invoquer les Dieux pour la prospérité 
de l'état. C'était encore à lui qu'appartenait l'examen des procès 
pour cause d'homicide , et d'en référer â l'Aréopage. Son épouse 
portait le nom de Reine , et elle pouvait intervenir dans quelques- 
unes des fonctions de son mari , à moins qu'elle n'eût été veuve. 

(i~\ Zvâtvfiôs t de eVafo^ <*£*., surnom. 

(2) Odeum du mot grec *<&» , chant : c'était le nom d'un espèce de 
théâtre qui ne servait que pour le chant et les concours de musique , com- 
me nous le verrons ensuite. 



Fonctions 

de l'Archotttï; 

Roi. 



1^^ Gouvernement 

avant de l'épouser, ou qu'elle ne fut point issue d'une ancienne 
famille d'Athènes. Le Polémarque avait l'inspection sur les étran- 
gers , sur tous les habitans d'Athènes qui n'avaient pas encore ac- 
quis le droit de citoyen, et avait la présidence dans les affaires 
de guerre (i). C'était lui en outre qui offrait les sacrifices à Mars, 
et à Diane dgrotcre, ou chasseresse. On renouvellait tous les ans 
ces sacrifices en mémoire de la victoire remportée à Marathon. Il 
avait aussi la préséance Sans les jeux funéraires, qui se célébraient 
en l'honneur des citoyens morts pour la défense de la patrie , et 
rendait chaque année l'hommage solennel consacré à la çloired'Ar- 
modius et d'Aristogiton , qui avaient délivré Athènes de la ty- 
rannie d'Hipparque. Enfin il était chargé de veiller à ce que les 
enfans des citoyens morts au service de la patrie fussent entretenus 
Us aux dépens du public (a). Les Thesmotétes , ou les six autres Ar- 
chontes recevaient les accusations de calomnie, de subornation et 
d'impiété : ils jugeaient les contestations entre les marchands , dé- 
féraient l'appel au peuple dont ils recueillaient les suffrages, et 
avaient la direction des tribunaux ou des magistratures inférieures: 
:ils accusaient dans l'assemblée du. peuple les citoyens qui avaient 
tenté de suborner ou de tromper les juges , ratifiaient les traités 
de paix , et s'opposaient aux projets de loi qui pouvaient être con- 
traires au bien public (3). 

Après que les neuf Archontes avaient rendu compte de leur 
administration, ils étaient admis dans l'Aréopage, quoi qu'en di- 
sent certains écrivains qui prétendent que cette prérogative n'était 
réservée qu'aux Thesmotétes seulement. C'était aussi les seuls ma- 
gistrats qui fussent exempts d'impositions publiques. 
kSucèefsïmn non La succession des Archontes Eponymes ne souffrit jamais d'in- 

J^Archomes terruption et se fit toujours avec régularité, malgré les fréquentes 
Eponymes. évolutions dont Athènes fut le théâtre. Le savant Corsini 3 dans 
ses fastes Àttiques , ne compte pas moins de mille cent soixante 
neuf de ces magistrats , depuis Créon jusqu'à Théogéne , c'est-à- 



(1) On disait Hù\ipws de v'tMptt , guerre, et de *^* avoir la direction. 

(2) Il était accordé quelquefois un conseiller à chacun des trois pre- 
miers Archontes t surtout lorsque leur grand âge ou le défaut d'expérience 
ne leur permettait pas de satisfaire pleinement aux devoirs de leur place. 
Ces conseillers s'appelaient vfiJfn t ou assesseurs 

(3) Le mot ««•/*«0«r*« dérive de t*/** loi, et rfh/** poser. 





' ± A À. A. A. 1 ^ À. X A J 



JÂAUA À À À À À A 



"7^ 



DE LA G .RÉ CE. 121 

dire jusqu'à la CCGXX. e olympiade, vers l'an 494 de notre ère , 
sur quoi on peut encore consulter les antiquités Grecques de Gro- 
nove. Plusieurs autres villes delà Grèce eurent encore, sous les Em- 
pereurs Romains , pour magistrats suprêmes deux Archontes, dont 
les fonctions étaient les mêmes que celles qu'exerçaient les Dé~ 
cèmvirs dans les colonies et les villes municipales (r). Nous re- 
marquerons en outre que plusieurs de ces Empereurs prirent quel- 
quefois le titre d'Archontes Athéniens, ainsi qu'on peut le voir dans 
les mêmes Fastes , dans Gronove et autres écrivains. 

Les Archontes avaient pour marque distinctive une couronne Marque 

f /•»■ s \ ri I ' • distinctive 

de myrte ou de laurier qui leur ceignait le iront (aj. Celui qui des Arckont^.. 
aurait osé offenser un Archonte ayant sa couronne, était condanné 
à deè peines infamantes, comme s'il eût outragé la patrie même. 
On voit dans les peintures des vases antiques du chevalier Hamilton 
deux figures, que l'illustre commentateur de ces beaux monumens 
croit être celles de deux Archontes dans l'exercice de leurs fonc- 
tions (3). La fig. n.° 1 de la planche ao avec un bâton tortu re- 
présente l'Archonte Eponyme, examinant un jeune homme qui 
avait probablement demandé d'être initié au sacerdoce : c'est la 
conjecture qu'on pourrait tirer de l'autel qu'on apperçoit , lequel 
a la forme d'une colonne , et ressemble en cela à celui qui était 
destiné à cette cérémonie dans le Forum d'Athènes. Le bâton tortu Marque 
était précisément le signe distinctif de l'Eponyme , comme le bâ- de riîpoLjma: 
ton droit était celui des autres Archontes. L'Archonte Roi est aussi 
présent à cet examen, comme ayant l'inspection particulière sui- 
dai) On trouve aussi par fois dans les anciennes médailles , des femmes 
sous la dénomination d 'Archontes \ Il est même des auteurs du bas empire 
qui donnent ce nom à certains fonctionnaires tant laïcs qu'ecclésiastiques , 
et le plus souvent aux grands de la cour des Empereurs de Constantinople. 
Ainsi on appelait Archonte des Archontes , ou grand Archonte } le pre- 
mier dignitaire de l'état après l'Empereur ; Archonte des églises , Ar- 
chonte de V Evangile un archevêque , un evêque ; Archonte des murail- 
les le surintendant des fortifications etc. etc. 

(2) V. Meurs, in Thesaur. Antiq. Graec. tom. IV. col. 1109, et alibi. 
Il ne nous a pas été possible néanmoins jusqu'ici de trouver dans les mo- 
numens aucun Archonte avec cette couronne. 

(3) Ces deux monumens sont pris de la première édition de Florence 
de 1800 etc. , et nous avons cru à propos de les rapporter en entier , pour 
qu'on juge mieux de la composition et de l'action des divers personnages 
êjui y sont représentés. 

Europe. Foi. L t Q 



iaa OonVERHEMEKï 

tout ce qui avait rapport au culte. Le n.° a représente probablement 
un Archonte Roi entre ses deux adjoints ou assesseurs (i). J| tient 
en main le bâton accoutumé, qui était commun également à tous 
les autres juges (a). On voit dans le personnage , ou l'adjoint qui 
parle ayant un bras nu, une preuve que tel était l'usage de celui 
qui haranguait (3). Ces deux monumens sont les seuls dans lesquels 
nous avons reconnu les marques distinctives des Archontes, ainsi que 
de tous les autres magistrats; et nous nous abstiendrons d'en citer 
d'autres , pour ne point tomber dans l'erreur de Spallart et autres 
écrivains, qui ont donné comme authentiques des monumens d'une 
origine incertaine ou pris du costume Romain } en les rapportant 
faussement à celui des Grecs. 
fafhprudence ^ous avons vu jusqu'ici les principaux magistrats d'Athènes 

des Grecs. cre és à diverses époques , et même avant que cette ville célèbre 
eût un code de lois écrites. Ces magistrats n'eurent pendant long 
tems pour code de jurisprudence que leur propre sagesse , avec un 
petit nombre de lois qu'ils tenaient de leurs ancêtres, et que l'usage 
ou la tradition avaient conservées. Il est même prouvé que les an- 
ciens législateurs de la Grèce eurent recours au chant, pour mieux 
graver leurs lois dans l'esprit du peuple , et les transmettre pi us 
sûrement à la postérité. C'est pourquoi les Grecs donnaient éga- 
lement le nom de w F , t aux lois et aux chansons (4). C'est donc 



(i) Dans les fonctions sacrées dont l'exercice lui appartenait , l'Ar- 
chonte Roi se fesait assister de deux adjoints choisis par lui. Mais pourtant 
ils ne pouvaient être admis à cet honneur , qu'après avoir passé au scru- 
tin dans le sénat des 5oo , et subi un examen par devant un juge à ce 
destiné. V. Poil. liv. VIII. sect. 92. 

(a) Poil. liv. VIII. sect. 16. On lit dans YEtymologiste , que le bâ- 
ton droit était porté par ceux qui avaient une -prééminence , et par les 
juges. C'est pourquoi on notait dans Athènes , comme marques d'un esprit 
altier , et qui voulait paraître au-dessus des autres , ces trois choses-ci ; 
marcher vite , parler haut, et porter un baron. V. Démosth advers. 
P antaenet. , et le Casaubon , Théophraste , Char, chap. 7. Des formes et 
usages divers des hâtons. 

(3) Prassagoras dans une comédie d'Aristophane suggère aux femmes 
qui allaient à son école, d'imiter aussi en cela les orateurs. Aristoph. 
Prassagoras , vers. 267. 

(4) Graecarum quippe urbium multae ad lyram leges , decrçtaque 
publica recUalian^ Martian, Gapella de Nupt, Philolog. etc. 



Dracon. 
Sévérité 



dé ha Grèce. ia3 

St Dracon , â ce qu*it semble , que les Athéniens sont redevables 
de leur premier code de lois écrites (i). Ce peuple, d'un carac- 
tère inconstant et léger, jaloux à l'excès du pouvoir qu'il déférait 
à ses magistrats, qu'aucune guerre n'inquiétait, et resserré dans 
les limites d'un petit territoire, portait dans son propre sein les ger- 
mes de la discorde. Ses besoins et ses vices allaient croissant avec 
ses connaissances. Enfin se voyant exposée aux plus grands malheurs 
et à une révolution imminente , Athènes sentit la nécessité de con- 
fier pour quelque tems le pouvoir suprême à un seul homme, qui 
fut assez sage pour lui donner un code de lois analogues à sa po- 
sition , et telles que l'observation en fût inviolable et sacrée. Cet 
homme fut précisément Dracon , le soixantième des Archontes an- 
nuels (a). Il publia ses lois la quatrième année de la XXXIII. 6 olym- 
piade ; mais leur sévérité était telle qu'elles punissaient de mort la de Dracon 
moindre faute: ce qui fit dire à Démades, qu'elles étaient écrites 
avec le sang. Un homme convaincu de vivre dans l'oisiveté, ou 
d'avoir volé quelques légumes , était réputé aussi criminel qu'un 
assassin ou le plus grand scélérat. Ces lois devaient subir le sort de tout 
ce qui porte un caractère de violence, et elles ne durèrent en ef- 
fet que vingt six ans (3). Fatigués delourjoug, et sans en décla- 
rer l'abolition , les Athéniens s'abandonnèrent à la licence la plus 
effrénée. Chilon un des citoyens les plus marquans, et qui s'était 
acquis une grande réputation aux jeux olympiques où il avait rem- 
porté le prix ne la double stade, tenta de s'emparer du pouvoir 
suprême. Il échappa au supplice par la fuite, mais ses complices 
furent mis à mort par l'effet d'une trahison sacrilège. Cet événe- 
ment fut suivi de toutes sortes de désordres et de calamités, aux- 
quelles se joignit encore la perte de Nysée et de Salamines , qui 



Cliiloji. - 



(i) Nous ne nierons pourtant pas pour cela , que les Athéniens ayent 
eu des lois écrites même avant Dracon. Démosthéne (m Naeram} parle 
d une loi de Thésée qui était gravée sur une colonne. Nous voulons dire 
Seulement , qu'avant Dracon ils n'eurent point un code , une collection de 
lois écrites. 

(2) Clément. Alexandr. Stromat. lib. I. pag. 366. 

(5) La mort de Dracon fut tragique et glorieuse. S'étant montré un 
jour au théâtre , il y fut accueilli au milieu des plus vives acclamations ; 
et pour lui donner un témoignage spécial de leur amour et de leur res- 
pect , les spectateurs lui jettérent de tous côtés une si grande quantité de 
-vêtemens, qu'il fut étouffé dessous. 



1^4 Gouvernement 

tombèrent au pouvoir des Mégariens. La peste, dont "Lucien fait 
un tableau si pathétique dans son sixième livre de rerum natum 9 
mit le comble à la désolation de Athéniens. Dans leur extrême dé- 

Çpimënide. tresse, ils appelèrent à leur secours Epiménide, devin de Crète , 
qui avait su par son art en imposer à tonte la Grèce. Il purifia 
]a ville, et y rétablit la tranquillité (i). Mais à peine fut-il parti , 
que les factions se rallumèrent avec encore plus de fureur, et 
Athènes se vit bientôt réduite une autre fois à cette extrémité 9 
où il faut de toute nécessité qu'un état périsse , ou qu'il s'abandonne 
à la sagesse et à la direction d'un seul homme. Solon qui s'était 
déjà rendu recommandable par la douceur de son caractère , par 
son éloquence et par l'heureux stratagème dont il se servit pour 
délivrer Salamine de l'invasion des Mégariens, fut choisi d'une 
voix unanime pour législateur et pour Souverain; mais il ne voulut 
accepter que la dignité d'Archonte (a). 

Solon commença sa réforme par l'abolition des lois de Dracon, 
dont on ne conserva que celles qui concernaient l'homicide ; et 
comme les troubles publics avaient eu leur principale cause dan* 
l'extrême inégalité des fortunes entre les citoyens , dont les uns 
étaient immensément riches, et les autres réduits à la plus grande 
pauvreté , il voulut d'abord affranchir le grand nombre des débi- 
teurs du payement de leurs dettes, et rendre la liberté aux escla- 
ves , ce dont il donna le premier l'exemple. Il donna à Athènes 
une constitution démocratique , et divisa la population en quatre 

population classes. Les trois premières comprenaient les riches, auxquels étaient 
tribus, réservées exclusivement les charges et les dignités. Ces trois classes 
furent divisées dans la proportion des richesses de chaque indivi- 
du (3). La quatrième classe était composée des artisans et des mer- 



Solon , et sa 
■ canslituLion. 



Division 
de la 



(i) Qu'on lise ce que dit Hérodote, Thersic. liv. V. parag. LXXI. 
édit. de Larcher , au sujet de ce devin fameux. Il éleva , à cette occasion , 
quelques autels aux Dieux inconnus , qui subsistaient encore du tems 
de Saint Paul , et qui fournirent à cet Apôtre le sujet de l'éloquent dis- 
cours dont il est parlé dans les Actes des Apôtres. 

(2) Ce fut la seconde année de la XLVI e olympiade , 594 ans avant 
l'ère vulgaire. V. Plutarq. dans Solon , eu Diog. Laerb. liv. I. segm. 62. 
Solon fut le quatre vingt seizième Archonte annuel. 

(3) La première classe se composait des riches, dont le revenu se 
montait à cinq cent mesures de grain et autres productions ; la seconde , 
de ceux qui eu recueillaient trois cents mesures^ et qui pouvaient en tems 



o e la Grèce, ino 

.ccnaires. Malgré que les citoyens de cette dernière classe fussent 
exclus des emplois, ils n'en avaient pas moins le droit de voter 
dans les assemblées générales, droit qui rendit bientôt le peuple 
l'arbitre absolu des délibérations publiques. Solon releva l'autorité Jutorité 

. de t-'Jràop.'igr 

de l'Aréopage, et donna au Sénat l'organisation dont nous venons de relevée 
parler. Il confia à l'Aréopage le soin de veiller à l'éducation des 
enfans ,' et voulut qu'on les instruisît dans les sciences spéculati- 
ves , afin qu'accoutumés de bonne heure au raisonnement, ils pus-, 
sent, dans un âge plus avancé, étudier avec plus de fruit l'histoi- 
re, la politique et les lois. Il puisa un moyen d'instruction non 
moins utile , dans le goût des Athéniens pour les plaisirs , en don- 
nant pour sujet des représentations théâtrales les funestes effets 
des dissensions et des désordres de toutes sortes, qui font la ruine 
des états. C'est depuis cette époque, qu'on vit mettre en scène le* 
belles actions et les vertus des grands hommes, ainsi que les pas- 
sions et les vices du peuple et des magistrats. Ce sage législateur 
établit en outre une juste proportion entre les délits et les peines; 
mais il n'en prononça aucune contre le parricide , ne croyant pas 
que la nature pût produire de monstre capable de commettre un 
tel forfait. L'extrême rigidité des Athéniens en tout ce qui tenait 
au culte, fit qu'il ne leur donna que peu de lois en matière de 
religion. Il conserv) celles de Dracon contre les oisifs, en rédui- Lot contre* 

, , T . 1 1 • r» • i • x. • 1 tes oisifs* 

gant cependant à une simple peine d inlamie la punition de ce 
délit; et il y ajouta ce sage règlement, pris des institutions Egyp- 
tiennes, qui obligeait chaque individu à se présenter tous les an» 
devajit un magistrat pour y justifier de ses moyens d'existence. Si 
ces moyens étaient contraires à l'honnêteté , il était condamné pour 
la première fois à une amende de cent drachmes (i), et à la troi- 
sième il encourait la peine d'infamie. 

Mais, parmi les lois dont Solon fut l'auteur , on doit citer par- toir&tit* 
ticuliérement celle qu'il regardait comme le palladium de son édi- 
fice politique , et qui était conçue en ces termes. « Si l'esprit de 
faction vient à diviser le peuple en deux partis , au point de le 
faire courir aux armes , celui qui dans cette circonstance ne se 

de guerre entretenir un cheval à leurs frais ; et le troisième , de ceux qui 
n'en avaient que deux cent. V. Aristob. Politiq. liv. II. chap. XII. et 
Plut, dans Solon. 
(i) go francs. 



ï^6 G-OUVERNEMEMT 

prononcera pour aucun des deux partis, et qui chercherait ainsi à 
se soustraire aux malheurs de la patrie, sera condamné à l'exil 
perpétuel et à la confiscation de ses biens. „ L'expérience de tous 
les siècles a justifié l'utilité de cette loi: car on a toujours vu dans 
les révolutions politiques, les individus qui étaient demeurés specta- 
teurs timides ou indifférens de la lutte de deux partis contraires , 
se repentir, mais trop tard, de leur neutralité, après que la fac- 
tion victorieuse avait renversé le gouvernement, et imprimé sur leur 
front Panathême de la proscription et de la mort (i). 
lois de Soion, Nous nous bornerons à ce peu d'observations sur les points les 

Jnt'ZrLs. plus remarquables de la législation de Solon , notre tâche n'étant 
pas d'entrer dans de plus grands d'étails sur cette matière (a). Ses 
lois furent écrites sur des cylindres de bois encadrés dans un châs- 
sis où ils étaient mobiles. On plaça d'abord ces cylindres dans 
V Acropolis , c'est-à-dire dans la citadelle, qui était l'endroit le pins 
fort d'Athènes; puis on les transporta au Prytanée , pour qu'il fût 
libre à tout citoyen d'y venir consulter les lois. Plutarque assure que 
de son tems on voyait encore quelques-uns de ces cylindres. Les 
Athéniens s'engagèrent par serment à ne rien changer aux lois de 
Solon pendant dix ans; mais ce sage législateur qui connaissait, la 
légèreté et l'inconstance de ses concitoyens, crut à propos d'allé- 

(i) Anquetil, Précis de l'Histoire univ. tom. I. pag. 408. 

(2) Parmi, les lois ciA r iles de Solon , nous citerons les suivantes comme 
des plus remarquables. Une riche héritière qui se trouvait avoir été trom- 
pée après le mariage , par la connaissance actuelle de quelque défaut na- 
turel et antique dans la personne de son mari , pouvait se remarier avec 
le plus proche parent de celui-ci. Toute espèce d'injure contre les gens 
décédés était défendue. Pour encourager l'industrie et les manufactures , et 
suppléer à l'insuffisance des productions territoriales , Solon voulut que le 
père qui n'aurait pas fait apprendre un métier à son fils, ne put préten- 
dre de lui aucun secours lorsqu'il serait dans le besoin. L'adultère pris 
sur le fait pouvait être tué impunément } et il était défendu à sa com- 
plice de porter aucun ornement , et de paraître dans les sacrifices publics. 
L'exportation des produits du sol , excepté l'huile , était interdite. Il 
n'était point permis au tuteur d'habiter sous le même toit avec la femme 
de son pupille. Le soldat coupable de lâcheté , était exclus des lieux pu- 
blics comme personne infâme. Les injures particulières étaient réputées une 
offense contre la société entière. Tout Athénien avait droit de citer en 
jugement celui qui en avait offensé un autre. V. Anquetil au même en- 
droit , et Roberston Hist, of Greece etc. 



fis la Grec k. iiïj 

guer le prétexte de vouloir aller s'instruire chez divers peuples ± ^yage 
et surtout chez les Egyptiens , de leurs différens usages, pour entre- éeSoiow 
prendre un voyage dont l'unique motif était de se soustraire à la 
nécessité d'opérer quelque changement dans sa législation (j). De 
retour au bout de dix ans, il ne voulut plus se mêler d'affaires de 
gouvernement , et fixa sa demeure sur la colline de Mars., content 
de présider l'Aréopage. 

Les lois de Solon étaient si sages, que les Romains en firent S'w*e 
îa base de leur jurisprudence. Il semblerait que le concours de 
l'Aréopage et du Sénat à leur maintien,, aurait dû garantir Athènes 
de toute agitation et de nouveaux troubles , car ces deux corps po- 
litiques avaient pour attributions; le premier de veiller à l'intégrité 
de la constitution , et de contenir l'ambition des riches; et le second 
d'empêcher que le peuple ne s'abbandonnât aux excès d'une licence 
dangereuse. Et pourtant Athènes n'en devint pas moins plus que jamais 
le théâtre des plus funestes dissensions. Les politiques croyent voir Caractère 
la cause de ces désordres , d'abord dans le caractère même des Athé- 
niens, singulièrement jaloux d'une liberté mal entendue, dans leur 
goût pour le luxe et les plairirs , et dans leur facilité à se laisser 
corrompre, et à céder à l'ascendant des citoyens ambitieux ; et en 
second, lieu dans la licence et l'autorité eccessive du peuple ^ qui 
rejettait souvent les mesures les plus salutaires qui lui étaient pro- 
posées par le Sénat. C'est ce qui donna lieu un jour à Anacharsis 
de dire à Solon même: « Je vois avec étonnernent chez vous leâ 
sages n'avoir que le droit de proposer, tandis que les fous y ont 
celui de décider (aj. A ces causes il faut encore joindre l'esprit 
de faction qui dominait souvent dans le Sénat, et qui était en 
quelque sorte inévitable , dans un corps dont les membres étaient si 

(i) Hérod. vol. I. Clio. liv. I. parag. XXIX. 

(2) Lisez Goguet sur les vices du Gouvernement d'Athènes, III. e part, 
liv I. chap. V. art. I. etc. et De Real , Science du Gouvern. pag. 226. 
Montesquieu , en parlant du caractère des Athéniens et des Spartiate? 
s'expiime ainsi : « Les Athéniens montraient de la gaieté en tout ; une 
plaisanterie , un bon mot t avaient pour eux les mêmes charmes à la tri- 
bune comme sur la scène. Le caractère des Lacédémoniens était au con- 
traire grave , sérieux , avide , taciturne. On n'auroit pas plus gagné à en- 
nuyer un Athénien , qu'à vouloir amuser un Spartiate. » On trouve encore 
dans Théophraste une fort belle peinture du caractère Athénien , et Bar- 
thelmy s'en est avantageusement servi dans son voyage du jeune Ana- 
charsis. 



citoyens. 



'&8 GoùVe r a~ e m ekï 

nombreux. « L'expérience , dit Goguet , a toujours prouvé , que 
les tètes des grands hommes se rapetissent , pour ainsi dire , lors- 
qu'elles sont réunies entre elles; et que là où il y a plus de sao-es , 
on trouve moins de sagesse (i). „ Aussi Solon eut-il occasion de 
dire, que s'il n'avait pas donné aux Athéniens les meilleures lois 
possibles, c'était au moins celles qu'ils étaient le plus dans le cas 
de supporter. 

traitement On ne peut qu'être surpris en effet du grand nombre d'indivi- 

se* magistrats .,. , , . „ -, ° 

Aihënims. dus qui étaient, employés dans 1 administration publique. Ils étaient 
tous salariés par l'état; mais leur traitement était si modique , qu'il 
nè suffisait pas à un juge pour vivre même décemment (a) : ce qui 
donnerait à présumer , que les magistrats avaient d'autres moyens de 
nepem pourvoir à leur entretien. On ne pourrait également rien dire de 
positif au sujet des richesses de trois premières classes de citoyens. 
L'agriculture ne pouvait pas fournir de grandes ressources, dans un 
territoire aussi restreint et aussi ingrat que celui de l'Attique , où 
les productions de la terre étaient souvent insuffisantes pour les pre- 
miers besoins. Il paraîtrait donc que l'état tirait ses revenus; pre- 
mièrement dés productions du sol 5 c'est-à-dire de la vente des bois 
et de l'argent des mines ; secondement (3) de3 amendes et des con- 

(i) Aristophane ( Equit. act. 2 ) représente le peuple d'Athènes sous 
limage d'un vieillard plein de sens dans sa propre maison , mais enfant 
et dénué de raison dans ses assemblées publiques. 

(2) Le salaire d'un juge pour une sentence était ordinairement de 
trois oboles , qui valent trois sous de notre monnaie. V. Lucien Dlcaste- 
ria , et Sigonius De Pœp. AtJien , Larcher et autres. Mais aussi on accor- 
dait aux magistrats et aux citoyens qui avaient bien mérité de la patrie , 
des honneurs et des récompenses d'un autre genre. Tels étaient par exem- 
ple les suivans \ ïïpoo-eâpla , le droit d'occuper une des premières places 
dans les spectacles et dans les banquets publics ; Exâv 3 l'inauguration d'une 
statue dans un lieu public ; lLri(pavjoi des couronnes qui était décernées tantôt 
par le sénat et tantôt par les tribus; Aré/leia, l'immunité de toute charge, 
publique, qui ne s'accordait pourtant que fort rarement ; et Zizla de airoç , 
froment , l'entretien aux frais de l'état dans le Pry tanée. V. Potter. endr. 
déjà cit. 

(3) Les principales peines, non seulement chez les Athéniens., mais 
encore dans les autres états de la Grèce , peuvent se réduire aux suivan- 
tes , savoir ; Zqpia la peine pécuniaire ; Kri^ia l'infamie , ou l'ignominie qui 
entraînait la privation de tout droit politique ; Aovùèia l'esclavage , par le 
quel le coupable était réduit à la condition d'esclave ; Sr/y^ara l'impression 






la conslïuaiotb 
de Solon. 



de la Grèce. 12,9 

jfîscatio'ns prononcées par les tribunaux; troisièmement du commerce, 
et sourtout du produit des manufactures; quatrièmement des taxes 
extraordinaires qu'on imposait en cas de besoins urgens ; cinquiè- 
mement enfin du butin fait à la guerre, ainsi que des contribu- 
tione levées sur les peuples vaincus ou confédérés. Cette dernière 
source de richesses fut en môme tems une des causes pour lesquelles 
la république était presque toujours en guerre (1). Selon n'établit e ^f" t u l nlâ 
aucune loi sur les régies d'équité à observer envers les autres peu- 
ples , ni sur les motifs qui rendent la guerre injuste ou légitime: 
autre cause d'instabilité dans la constitution [d'Athènes. Lorsqu'un 
générai s'était acquis une grande réputation , il n'avait pas de 
peine à s'emparer du pouvoir suprême; et cette usurpation lui de- 
venait encore d'autant moins difficile, que les Athéniens se laissaient 

de certains caractères au moyen d'un fer rouge , spécialement sur la partie du 
■ eorps qui avait eu le plus de part au délit , peine qui ne s'infligeait qu'aux 
esclaves et aux citoyens les plus pervers ; St^/1»? , colonne , espèce de pi- 
lori , parce qu'on écrivait le délit du criminel sur la colonne à laquelle 
il était exposé à la dérision publique ; Aeo-fioç la prison, ou les fers ; Kvtpov , 
le collier de bois , ainsi appelé du mot xéicta qui veut dire courbe , parce 
qu'il tenait, courbée la tète du coupable \ navo-ixàvcq , machine ronde qui em- 
brassait le cou du criminel , de manière à lui empêcher de porter les mains 
à sa bouche ; XoiviÇ , les ceps dans lesquels on lui serrait les pieds ou les 
cuisses; Havlç autre espèce de pilori auquel il était attaché nu; <bvy^ , l'exil 
à perpétuité, et la confiscation des biens ; Qàvaroç , la peine de mort qui 
s'infligeait de diverses manières , savoir ; fyxpûç , quand on tranchait la tête 
au criminel ; ~Bpo%oç , la corde , lorsqu'on le pendait à une colonne , ou à 
une potence comme cela se pratique parmi nous , genre de mort le plus 
infâme , et dont l'usage est très-ancien , ainsi qu'on le voit dans Homère , 
Odyss. liv. XXII. v. 465; ®âp{iaxov , le poison, qui était ordinairement la 
cigùe ; 'Kpyipvoç, le précipice d'où on jettait le criminel ; Tôpœava ou rojtarx , 
les coups , le bâton dont on leî frappait jusqu'à la mort ; lixavpàç, la croix , 
dont parle Thucydide dans son livre premier : c'étaient deux morceaux 
de bois joints ensemble transversalement , et qui , au dire de Lucien , re- 
présentaient la lettre T : le coupable y était étendu , les mains clouées sur 
le morceau de bois horisontal , et les pieds également cloués sur le morceau 
vertical; Bôopaâpov , la fosse dans laquelle on l'enterrait ; enfin AiâofioXia,, 
la lapidation , supplice très-usité et très-ancien , comme on peut le voir 
dans Homère , Iliade liv. III. v. 5-j. V. Potter. Àrchaeol. Gr. liv. I. c. a5. 
(1) Du tems d'Aristide, les contributions rapportaient 460 talens; 
Périclés les accrut d'un tiers, et elles furent enfin portées à i5oo talens. 
Y- Robertson a l'endr. déjà cit. 

Europe- Fol. 1. jj 



Jàfe nvelles 
factions. 



Reforme 
de Clisthéne. 



Ostra 



1 3o Gouvernement 

éblouir aisément par les prestiges de l'éloquence, par le faste, et 
tromper par les artifices quelquefois les plu?- puérils. Il ne faut 
donc pas s'étonner , si , après avoir reçu les lois de Solon , Athènes 
tomba presqu'aussi tôt sous la tyrannie de Pisistrate (i). Celui-ci 
laissa le pouvoir suprême en héritage à ses deux fils Hipparque et 
Hippias. Le premier fut tué par Aristogiton et Harmodius, aux- 
quels cette action valut les honneurs divins _, comme nous l'avons re- 
marqué. Hippias vengea cruellement la mort de son frère. Fatigués 
de son joug, les Athéniens le chassèrent et lui jurèrent une haine 
éternelle, ainsi qu'à tous les descendans de Pisistrate. Mais les fac- 
tions ne tardèrent point à renaître. Clisthéne et Isagore , tous deux 
citoyens puissans , cherchèrent à usurper l'autorité souveraine, en 
se déclarant, l'un pour la démocratie, et l'autre pour l'aristocratie. 
Clisthéne, riche et soutenu de la faveur du peuple, l'emporta sur 
son rival: il divisa les quatre tribus (a) en dix, changea les noms 
que quelques-unes avaient emprunté des enfans d'Ion, comme celles 
de Géleon, (VEgicore, à\4rgade et à'Ople , et leur en substitua d'au- 
tres pris de divers héros de FAttique , dans le nombre desquels il 
voulut aussi comprendre Jjax , comme ayant été d'un pays voisin 
et allié des Athéniens (3). 

Clisthéne introduisit l'ostracisme, sous le prétexte apparent 
d'empêcher les citoyens ambitieux d'aspirer au pouvoir suprême 
mais dans l'intention réele de se délivrer lui même de ses puissans 
rivaux (4). Mais il eut précisément le sort , que nous voyons dans 



(i) Solon morut dans l'exil où il s'était condamné volontairement 
après l'usurpation de Pisistrate , et on lui décerna dans Athènes l'honneur 
d'une statue. Pisistrate mourut après son second exil , l'an 5â8 avant l'ère 
vulgaire. Les Pisistratides régnèrent 55 ans au dire d'Aristote , et 36 selon 
Hérodot. V. Larcher. 

(2) Par cette augmentation de tribus, Clisthéne porta un coup fatal 
à la constitution d'Athènes , en donnant ainsi le rang de citoyen à une 
foule d'étrangers , de fugitifs et même d'esclaves. V. G illies Hist. of Greece. 
vol. I. pag. 464. 

(3) Hérod. Therpsic. liv. V. parag. LXVI. La division de la popula* 
tion d'Athènes en dix tribus , eut lieu l'an 4 de la LXVII. e olympiade , 
environ 509 ans avant l'ère vulgaire. 

(4) En attribuant à Clisthéne rétablissement de l'ostracisme , non* 
n'avons fait que nous conformer à l'opinion d'Elien , comme ont fait Ro- 
hertson et autres* Nous n'ignorons pas cependant , que le sentiment des 



t>E la Grèce. î3r 

l'histoire, avoir été souvent celui de divers autres législateurs qui 
voulurent établir des peines en matière civile s et fut le premier 
condamné à l'ostracisme (i). Au moyeu de cette mesure, les cî-l 
toyens, que leur trop de crédit ou de richesses rendait dangereux à 
3a patrie, étaieut condamnés à un exil de dix ans, qui n'empor- 
tait ni l'infamie ni la confiscation des biens. Chaque citoyen écri- 
vait sur une tablette de terre cuite, le nom de celui dont il voulait 
la condamnation; et comme ces tablettes étaient faites en forme de 
coquille , on donna à la foraiule môme de cette condamnation le 
nom de oarpax^wv du mot oçrpaxbv , qui veut dire testula , tablette , ou 
de ocreàv qui signifie os. Ces tablettes se mettaient dans un vase ou 
dans une urne , et la décision se prenait d'après la pluralité des 
voix. Pour que l'ostracisme eût son plein effet , il fallait d'abord 
que le nombre des votans ne fût pas au dessous de six mille; en 
second lieu qu'ils n'eussent pas moins de LX ans chacun. Leur sa- 
laire était de trois oboles , ou d'une demi draine. Cette institution. Pif " ef -f e \ 

o j de i ostracisrng. 

dont le but semblait être de mettre la liberté publique à l'abri 
de toute atteinte 3 devint bientôt pour le peuple , et même poul- 
ies simples particuliers , un moyen de persécution contre les citoyens 
qui avaient le plus mérité de la patrie. C'est ainsi que furent ban- 
nis de l'Attique, Aristide dont le seul délit était d'avoir mérité 
le surnom de Juste , et Thémistocle pour s'être acquis trop de gloire 
par les armes. Mais l'ostracisme, qui ne devait être dans son prin- 
cipe qu'un exil honorable pour les citoyens devenus trop puissans 
par leurs richesses ou leur crédit , tomba enfin dans l'avilissement 
par la condamnation d'Hyperbolus , homme du peuple, et d'une 
naissance abjecte et méprisable. Cet homme était parvenu par son AboMon 
éloquence hardie et populaire, de l'état de marchand de cloches deCosLracism ' 

écrivains est partagé à cet égard. Diodore de Sicile dit , que l'ostracisme 
fut institué après l'expulsion des Pisistratides d'Atk4ïies. On lit dans Plutar- 
que , que le premier condamné à l'ostracisme fut Hipparque fils de Timarque 
beau-frère d'Hippias. Héraclide de Repub. l'attribue au même Hippias fils 
de Pisistrate. Phocius lui donne pour auteur Achille fils de Lyson. Suidas 
et Eusébe en font remonter l'origine jusqu'à Thésée. On peut cependant 
regarder comme chose certaine , qu'il n'est fait mention de l'ostracisme } 
pris dans son vrai sens , que depuis la réforme de Glisthéne. V. Meurs. 
Attiq. lection , liv. V. chap. 18. Gillies. Hist. of Greece : ce dernier sem- 
ble d'avis, que l'ostracisme a été établi à deux époques différentes, 
(i) Aelianus liv. X1JL Var. Histor. chap. 24. 



i 3j2 Gouvernement 

au pouvoir suprême. Devenu ainsi un démagogue turbulent et am- 
bitieux , il ne tarda pas à s'attirer le mépris et îa haine des Athé- 
niens. Tel est souvent le sort des états démocratiques , d'être gou- 
vernés par des gens de la lie du peuple y dont tout le mérite con- 
siste dans une coupable audace. Il subit donc la loi de l'ostracis- 
me (i); mais les Athéniens en furent tellement pénétrés de honte , 
qu'ils l'abolirent pour toujours. Thucydide a peint en peu de mots 
cet Hyperbolus, ainsi que le siècle où il vivait (a). « Hyperbolus 
d'Athènes s dit-il , homme pervers , avait été banni par la voie de 
l'ostracisme , non parce que son pouvoir ou son mérite fussent à crain- 
dre , mais parce que tout était corrompu dans la république "(3). } > 
Après l'expulsion de cet homme , Athènes fut gouvernée pendant qua- 
tre mois par un conseil de quatre cents citoyens , appelés pour cela 
ffus'Tet TetpxéffLoi (4). Mais à peine l'ordre y était-il rétabli y qu'il fut trou- 
-imcédémomens j^ ^ e nouveau d' une manière encore plus terrible , par la con- 
quête que firent de cette ville les Laeédémoniens , au printems de 
la /f. e année de la XCIIT. 6 olympiade, 4°4 ans avant l'ère vulgaire, 
Alexias étant Archonte : conquête qui mit fin à la fameuse guerre 
du Péloponnèse. Lysandre, général des Spartiates, donna alors à 
Athènes un gouvernement composé de trente magistrats , si connus 
sous le nom des trente tyrans. Mais huit mois étaient à peine écoulés , 
que cette tyrannie fut détruite par le valeureux Trasibule. Le 
gouvernement démocratique fut rétabli , et l'amnistie réunit tous 
les citoyens. Cependant la jalousie et l'ambition ne perdirent rien 
de leur activité dans Athènes. Les généraux et les orateurs se dis- 
putaient entre eux le pouvoir suprême; mais ils ne purent, ni les 
uns ni les autres , sauver la ville de la supériorité des forces du 
conquérant Macédonien. 
Sous Après la lis;ue Achéene , les Athéniens respirèrent encore 

&S Romains. x ■ ° - ■. , . . . 

quelque souffle de liberté; mais quelle barrière pouvaient-ils opposer 

(i) Ceci arriva la première année de la XCII. e olympiade, 412 ans 
avant l'ère vulgaire. 

(2) Thucydid. lib. VIII. parag. 7 3. 

(3) L'ostracisme n'était pas seulement en vigueur à Athènes , mais 
encore dans toutes les villes de la Grèce qui avaient adopté le gouver- 
nement démocratique , comme on peut le voir dans Aristote ( Polit, liv. 
III. chap. i3 ). Les habitans d'Argos , de JVIilet et de Mégare lavaient 
également proclamé. 

(4) Diodor. de Sicàl lib. XIII. parag. 34. et Harpocrat. voc, T*r/>*Kà««. 



© E " £ A G R Ê C È. I 33 

désormais à la politique et à la puissance des Romainâ, qui allaient' 
envahissant tout le monde? De tous ces grands capitaines qui avaient 
sauvé tant de fois PÀttique et la Grèce entière, il ne restait plus- 
que les noms. Sylla mit le siège devant Athènes qu'il pressa vigou- 
reusement. Envain les Athéniens lui envoyèrent leurs vdéclamateurs 
pour émouvoir sa sensibilité. L'érudition pédantesque des Sophistes 
avait succédé à l'éloquence des Périclés et des Démosthénes. Us 
parlèrent de Thésée , des grands hommes d'Athènes , et de leurs 
anciens exploits contre les Perses, sans dire un seul mot du sujet 
de leur ambassade. " Gardez pour vous, leur répondit Sylla ^ ces 
fleurs de rhétorique. La République ne m'a point envoyé pour en- 
tendre le récit de vos antiques provesses , mais pour punir votre 
rébellion. „ A cette réponse, les Athéniens répartirent par des 
mots piquans , par des satires et d'insoîens libelles contre le Gé- 
néral Romain , unique héritage qu'ils avaient conservé de leurs an- 
cêtres. Sa vengeance fut terrible , on massacra jusqu'aux femmes ff 
et aux enfans. Athènes vit luire par fois sous les Empereurs Ro- 
mains quelques rayons d'espérance , qui semblaient lui promettre le 
retour de son ancienne splendeur ; mais leur éclat ne fut qu'appa- 
rent et passager. 

Il semblera peut-être à quelques-uns de nos lecteurs, que nous 
nous sommes trop étendus sur le gouvernement d'Athènes. Nous 
voudrions , pour notre justification , qu'ils eussent toujours présent 
tes ces paroles de Cicéron : Adsunt Àthcnienses , unde hurnanitas 9 
doctrina , religio , fruges , jura , leges ortae , atque in omnes terras 
distrïbutae putantur (i). Athènes fut toujours regardée comme la 
plus célèbre des villes de la Grèce , tant par le génie de ses ha- 
bitans , que par le haut degré de perfection où les sciences et les 
arts y furent portés , au point que le même Cicéron eut à dire s 
de son tems , lorsque les beaux jours de la Grèce étaient déjà sur 
leur déclin , tant la réputation de cette ville était encore fameuse : 
ut jam fractum prope ac dehilitatum Graeciae nomen hujus urbis-, 
lande nitatur (a). 

(i) Orat. pro Flaôco. 
(2) Or. 1^9. 



I0 4 Gouvernement 



CRETE. 



ïtSÏT La Crétfî eut une fomie de gouvernement à une époque très- 

reculée 9 et peut-être avant toutes les autres contrées de la Grèce : 
car les habitans des îles qui étaient les plus voisines de l'Egypte 
et autres pays où les peuples étaient déjà réunis en société, et ins- 
truits dans les arts et les sciences, durent participer avant ceux 
du continent aux découvertes et aux lumières des nations déjà civi- 
lisées (i). Les lois de Crète servirent même de modèle à celles de 
Sparte et autres villes Grecques. Elles furent dictées par Minos , 
premier de ce nom , célèbre dans les fastes héroïques par ses ex- 
ploits , et. plus encore dans la mythologie, pour avoir été fait 
par Jupiter juge aux enfers avec son frère Rhadamante (a). Il fut 

(i) L'île de Crète , aujourd'hui appelée Candie , est située entre la 
mer Egée ou l'Archipel , et la mer de Lybie à présent celle de Barbarie. 
Elle a plus de soixante lieues de longueur d'orient en occident. Elle était 
autrefois trés-peuplée , comptait avec orgueil une centaine de villes dans 
« on sein , et se vantait de posséder le tombeau de Jupiter. Selon Héro- 
dote ( liv. I. paragr. 170 ), ses habitans étaient barbares dans les tems les 
plus reculés. Ils s'appelaient, au dire de Diodore de Sicile } Ethéocrétes , 
ou vrais Cretois. Ils se donnaient pour Autocthones , c'est-à-dire originaires 
de File; et c'est peut-être là ce qui leur fit prendre pour type dans leurs 
monnaies des serpens entortillés , comme on peut le voir par le n.° 3 de 
la planche 20. Sans doute que la croyance où l'on était alors que les ser- 
pens s'engendrent de la terre , donna aux Cretois l'idée de prendre cet 
emblème, comme une allusion à leur origine fabuleuse, et ce avec d'autant 
plus de raison que, d'après certaines traditions mythologiques , l'opinion s'é- 
tait établie que les serpens s'étaient changés en hommes dans l'île de Crète. 
Voy. à cet égard le Begerius , De Nummis Cretensium serpentiferis , et 
Rasche, Lex. Num. vol. II. Leur plus ancien Roi s'appelait Cré s , d'où 
l'île prit probablement son nom de Crète. Elle fut occupée par les Pelas- 
ges , et ensuite par les Doriens ; et après le retour des Héraclides , des 
habitans d'Argos et des Spartiates vinrent s'y établir. Ceux qui désireraient 
avoir des notions plus détaillées au sujet de cette île, n'ont qu'à lire l'ou- 
vrage de Meurs intitulé Crète \ et quant à sa fameuse constitution , il faut 
lire l'excellent Mémoire de M. r de Sainte-Croix sur la législation Cretoise , 
lequel se trouve à la suite de l'ouvrage qui a pour titre : Des anciens 
Gouvernemens Frédératifs du même auteur. 

(2) Ce Minos, selon le tableau chronologique de Larcher , nacquit 
vers l'an i548 avant l'ère vulgaire. On ne sait trop sur quel fondement - f 



de la Grèce. i33 

regardé comme le plus sage des législateurs de l'antiquité', et l'opi% 
nion était qu'il avait reçu ses lois de Jupiter même (j). On pré- 
tend qu'il se retirait habituellement dans un antre de l'île , où. il 
s'entretenait avec le père des Dieux : Jovis arcanis Miaos admis- 
sus , éloge le plus grand , qui , selon Platon , pût être fait à un 
Souverain (a). Minos semblait s'être proposé deux lins principales 
dans son système de législation , l'une de rendre ses sujets propres 
au métier des armes, et l'autre d'établir entre eux l'union la plus 
parfaite. Ses lois furent gravées sur des tables de bronze, qu'on 
voyait encore du tems de Platon. 

La constitution de la Crète fut aristocratique, car le pouvoir 
suprême résidait dans les Cosmes , ainsi appelés du mot kôciwq , 
qui veut dire ordre , parce qu'ils étaient chargés du maintien du 
bon ordre dans la république. Ils étaient au nombre de dix , et 
celui d'entre eux qui avait, comme Prince, la prééminence sur les 
autres, s'appelait nporoxoçpoç, ou le premier Cosme , ainsi que l'at- 
testent d'anciennes inscriptions. On les prenait au sort dans les fa- 
milles les plus illustres , comme nous l'apprend Aristote. La durée 
de leurs fonctions était d'un an ; et à l'exception du sénat , toutes 

Denina et autres écrivains , font honneur de la constitution de Crète à Mi- 
nos second , fils de Lycaste , et célèbre par ses expéditions maritimes. 
Apollodore , Strabon et Plutarque ont confondu les deux Minos , et n'ei* 
ont fait qu'un même personnage. Tel est le destin des grands hommes 
qui ont paru dans les tems fabuleux. Leur vie est toujours enveloppée des? 
nuages de l'antiquité et de fictions poétiques. Minos premier fut fils de 
Jupiter et d'Europe ; il épousa Ithone fille de Lysssus , de laquelle il eut 
Lycaste père de Minos second. Au sujet de la distinction à faire entrç 
ces deux Minos , il faut lire l'Hist. de l'Acad. R. clés Inscript, etc. tom. III. 
pag. 45. , ainsi que l'Hérodote de Larcher tain. VII. pag. 55g et 54 1. 

(i) Gic. Tuscul, Qtiaesùion liv. II. Pausanias in Laconicis. Nemes.. 
de Nat. Hom. cap. XXXIX. 

(•a) Certains écrivains , entre autres M. 1 ' De Real , sont d'avis que Mi- 
nos composa son code de tout ce qu'il avait trouvé de plus recommandable 
dans les institutions politiques de l'Egypte. D'autres prétendent qu'il ne fie 
qu'imiter Moyse , dont il pouvait avoir appris les lois de sa mère qui était 
Phénicienne. Nous laisserons le choix de ces opinions à la sagaeité de nos 
lecteurs, nous bornant à rappeler ici ce que nous avons démontré ailleurs, 
qu'il ne faut pas trop légèrement regarder les lois et les coutumes d'un 
peuple , comme dérivées ou prises de celles d'un autre peuple à cause de 
quelque ressemblance qu'elles peuvent avoir avec elles. 



i3S Gouvernement 

les autres magistratures de la Crète étaient également annuel les., se- 
lon le témoignage de Polybe et autres: en quoi devrait être recti- 
fiée l'Encyclopédie méthodique où il est dit, peut-être sur la foi 
de De Real , que les Cosmes conservaient leur charge jusqu'à la 
mort. Il leur était libre au contraire de s'en démettre, et ils pou- 
vaient même en être destitués par le peuple ou par leurs collègues. 
Leur marque distinctive principale consistait dans la longueur de 
leur chevelure et de leur barbe qu'ils ne coupaient pas (i). Les 
autres magistratures étaient sous leur surveillance : ils maintenaient 
un certain équilibre entre les deux corps de l'état, et avaient le 
commandant suprême des armées en te rus de guerre. 
Sénateurs. Dans les affaires d'une importance majeure , les Cosmes pre- 

naient l'avis du Sénat. Ce corps était composé de trente citoyens, 
et formait proprement le conseil public qu'on appelait reparla ; 
c'est pourquoi le Sénateurs avaient pris le nom de G é roules , du mot 
grec yepèp , qui veut dire vieillard. La délibération des affaires 
publiques en général appartenait de droit au Sénat , qui , selon Aris- 
tote, n'était tenu de rendre compte à qui que ce soit du motif 
de ses décisions. Le membres en étaient élus parmi les citoyens 
qui avaient déjà été Cosmes, et leur charge était à vie. Les che- 
valiers formaient encore un ordre distingué dans l'état. Us avaient 
part aux soins de l'administration , et se servaient du cheval à la 
guerre (a). 
So c ;ê-és Les citoyens étaient distribués en espèce de sociétés appelées 

<et banquets- r , 1 t • 

sraipei.ai et c est pour cela que Jupiter même était appelé en Crè- 
te, staipéîoi Sodalitius. Il y avait dans chaque ville deux maisons 
qui étaient destinées à ces sociétés , l'une pour les citoyens , et l'au- 
tre pour les étrangers ou les voyageurs , envers lesquels Minos voulait 
qu'on usât de la plus grande bienveillance. Dans l'une de ces deux mai- 
sons , qui s'appelait Andreior , étaient dressées les tables publiques, 
où venaient manger ensemble tous les citoyens. La nourriture y était 
très-frugale, on y buvait peu devin, et la même coupe servait pour 
tous. Une femme non moins distinguée par sa vertu que par sa nais- 
sance présidait au banquet. Elle choisissait ce qu'il y avait de meil- 
leur sur la table * et l'offrait publiquement à ceux d'entre les convives 
qui s'étaient rendus les plus recommendables par leur valeur ou leur 

(i) Seneca Rli. lib. IV. Controv. XXVII. 
(>j V. Strab. lib. X s 



»e la Grèce. i3y 

sagesse; elle était assistée de quatre citoyens a sou choix, lesquels 
avaient eux mêmes pour aides deux esclaves pour porter le bois^ 
et qui s'appelaient par cette raison calophores, ou porteurs de bois. 
Chaque citoyen était obligé d'apporter dans ces sociétés la dixme 
de ses récoltes, et recevait des magistrats une portion des revenus 
publics. Ainsi tous les citoyens étaient nourris aux frais de l'état. 
Après le repas, les vieillards s'entretenaient des affaires de la ré- 
publique. La conversation roulait toujours sur quelque point de 
Fhistoire nationale , ou sur les actions des grands hommes ; et les 
jeunes gens s'instruisaient à cette école de tous les intérêts de la 
patrie , et s'enflammaient d'émulation au récit des belles actions de 
leurs ancêtres. 

Les enfans étaient nourris et élevés tous ensemble, pour qu'ils Education 
se formassent de bonne heure au même genre de vie et aux mêmes 
maximes. Ils étaient sous la direction de quelques citoyens des plus 
distingués par leur naissance et leur sagesse, qu'on appelait Kyelô.- 
têç, du mot^e/lj?, qui veut dire troupeau; parce qu'ils gouvernaient 
le troupeau des enfans. Leur vie était sobre et austère. On les ac- 
coutumait à se contenter de peu, à souffrir le chaud et le froid > 
à courir sur les lieux escarpés et difficiles , à combattre en trou- 
pes , à supporter courageusement les coups qu'ils se portaient réci- 
proquement, à s'exercer à une sorte de danse guerrière à laquelle 
on donna dans la suite le nom de pyrrhique , et dont l'invention 
était en effet attribuée aux Cretois, comme l'attestent Diodore , 
Denis d'Halicarnasse et autres : on leur donnait aussi quelque no- 
tion des lettres, mais très-superficielle : ils s'appliquaient à l'étude 
des lois, qui se chantaient sur une espèce de musique grave, ani- 
mée et propre à faire naître des transports belliqueux : enfin on 
Jeur apprenait à jouer de la fuite et de la lyre, instrurnens au son 
desquels on les menait au combat. Mais leur occupation la plus or- 
dinaire était de s'exercer à lancer des flèches 3 en ce que la nature 
■du sol de l'île, couvert de bois et de rochers, ne permettait d'y faire 
qu'une petite guerre d'archers et de troupes légèrement armées. 

Parmi ceux de ces enfans qui étaient parvenus à l'âge de pu- 
berté , on choisissait les plus robustes et les plus propres au mariage. 
Cependant l'épouse ne venait à la maison du mari, que lorsqu'elle 
était jugée capable de gouverner une famille. Le mariage était permis 
même entre frère et sœur; et , dans ce cas, l'époux recevait pour dote 
la moitié de la portion qui revenait à sa sœur de l'héritage paternel. 

Eujope. Fui. I. t g 



Défauts de 

Îcl constitution 

de ûlinos. 



Vices 
des Cretois, 



I 38 G V V E R N E M E IM? 

Parmi les institutions de Mi nos , Platon fait sur tout l'éloge 
de celle qui défendait aux jeunes gens d'élever aucun doute , ni de 
proposer aucune question sur les lois de l'Etat. Cependant, si d'un 
côté il importe que les peuples obéissent aux lois tant qu'elles 
existent, on ne peut nier aussi de l'autre qu'il né leur soit utile 
d'écouter les leçons de l'expérience sur ce qu'elles pourraient avoir 
de défecteux , pour y faire les cliangemens nécessaires. Une pareille 
maxime ne peut être considérée au contraire que comme un vice 
dans la législation de Minos. Il voulut en outre que la population 
fût proportionnée à l'étendue de l'île; et pour qu'elle n'excédât 
point ce ternie, il permit non seulement le divorce, mais encore 
il fut le premier à introduire parmi les Grecs uii genre d'amour 
honteux et contraire au vœu de la nature (i), autre défaut encore 
plus condamnable dans sa constitution. 

Malgré ces lois, il n'y eut pas dans la Grèce de peuple plus 
débauché, plus séditieux, plus avare et plus sordide que les Cre- 
tois (a). Ils étaient continuellement en guerre les uns contre les 
autres, et ne se ralliaient que quand il s'agissait de repousser les 
attaques d'un ennemi extérieur: ce qui, selon Plutarque, a donné 
naissance à ce proverbe des Grecs sincrctuer , pour exprimer la 
réunion de divers partis contre une faction ou un ennemi. Mais 



(i) Lisez à ce sujet Héraclide Poriticus De politiis Graecorum -- 
Videntur autem primo ( Cretenses ) usi congressibus cum puerls ma- 
sculis amoris causa , neque in eo est apucl illos allquid turpibudinis. 
JSarti si quos amare instituant , obtinenb , abducunt eos in montent , aut 
in agros suos , ibique convivunt ad dies sexdginata ( ulterius enim non 
ïicet J. Tuni vefo amator veste eum donatum demibtit , addens praeter 
alia doua etiam bovem. V. Gronov. vol. IV. col. 617. D , et vol. VI. col. 
2824. E, et Meurs Creta , chap. i3. 

(2) Les Cretois, par l'effet d'un autre vice de leurs institutions politi- 
ques, étaient singulièrement amis de l'oisiveté. Ils laissaient à des esclaves le 
soin de toutes leurs affaires. Ces esclaves étaient divisés en trois classes , 
savoir ; les Ghrysonetes qui servaient dans les villes ; les Périécicns qui 
étaient employés aux travaux de l'agriculture ; et les Clarotes lesquels 
étaient originaires de l'île , que la guerre ou le sort avait réduits à l'es- 
clavage , et qui tenaient une espèce de milieu entre les citoyens et les 
esclaves, en ce qu'ils participaient aux droits des premiers et aux devoirs 
des seconds. Ils célébraient chaque année à Gydonie une fête en l'hon- 
neur de Mercure , pendant laquelle l'entrée de la ville était interdite aux 
citoyens. Cette fête était, une espèce de jubilé peu différent de celui des 
ïïuifs. 



de la Grèce. i 39 

le vice principal dont les Cretois sont taxés par tous les écrivains 
est celui du mensonge. Les Cretois sont toujours menteurs, dit Cal- 
limaque dans son ode à Jupiter; et c'était encore un autre proverbe 
fameux parmi les Grecs que celui-ci %6ç Kofjra %p??Ti&iv , cum Cre- 
iensi cretlssare , c'est-à-dire mentir comme les Cretois, ou avec les 
Cretois, défaut dont les accuse aussi S. Paul (1). 



9 P A RT E. 



L'origine de Sparte nous est inconnue, et de tous les peuples Amiqvm 
de la Grèce, les Spartiates sont ceux dont l'histoire se perd entiè- ° '' ane ' 
rement dans la nuit des tems. La cause de notre ignorance à cet 
égard , vient sans doute du mépris que ce peuple afficha toujours 
pour les sciences et les lettres (a). Cependant, au milieu de ces 
épaisses ténèbres , un rayon de lumière s'est échappé jusqu'à nous 
d'une inscription de la plus haute antiquité, trouvée dans un tem- 
ple qu'on voyait encore il n'y a pas fort long tems à Àmiclée en 
Laconie (3). Cette inscription porte que le temple fut élevé en 
l'honneur d'Onga , qui était la Minerve des Béotiens et des La- 
coniens^ par Eurotas Roi des Icthéocrates. Or ces Icthéocrates 
étaient précisément les anciens hahitaus de la Laconie , comme 
nous l'apprend Esichius dans l'explication savante qu'ils nous donne 
sur la formation du mot grec ïxTeoxpareïç ; et d'ailleurs Eurotas est 

(1) Ad Tit. chap. I. v. 12. Dixit quidam ex Mis proprius ipsorum 
propheta: Cretenscs semper mena aces , malae bestiae , ventres pigri. 
Le Cretois dont parle l'Apôtre est le poète Epiménide. On lisait ancien- 
nement cet épitaphe sur le tombeau de Minos , Mivoç rov Aïoç Tafîoç , 
qui veut dire Sépulcre du Dieu Minos. Le tems ayant effacé le nom de 
Minos, les Cretois y substituèrent celui de Jupiter , et firent croire que 
c'était là le tombeau du père des Dieux,, imposture à laquelle l'Apôtre 
fait allusion. 

(2) Si l'on en devait croire quelques traditions antiques et incertaines, 
l'origine de Sparte ou de Lacédémone remontrait jusqu'au tems de Moyse. 
L'historien Joseph rapporte que de son tems les Lacédémoniens se glori- 
fiaient d'être descendons d'Abraham ( Antiq Jud. liv. XII. ch. l\. XIII, 
ch. 5. et Bell. Jud. liv. II. ch. itj. ) Il faut lire, sur cette prétendue affi- 
nité entre les Lacédémoniens et les Juifs, les savantes dissertations de Calmet. 

(5) Mémoir. de l'Aeadém. des Incript. etc. tom. XV. pag. 4o3. Cette- 
.inscription a * selon Larcher, plus de 53oo ans d'antiquité. 



i4° Gouvernement 

connu pour avoir été le troisième Roi de Sparte après Lelex , qui , 
selon quelques anciens écrits, vint s'établir en Laconie avec plu- 
sieurs familles Egyptiennes. Mais Lacédémon fils de Jupiter et de 
Sérnélé, ou, selon d'autres, de la nymphe Taygéte , ayant épousé 
dans la suite Sparte fille d'Eurotas, les Icthéocrates prirent le nom 
de Lacédémoniens ou Spartiates (i). Ces notions suffisent pour nous 
première faire connaître d'une manière certaine l'époque de la première 

djriasUe X T. r 

&> Spam, dynastie qui a régné en Laconie , ainsi que l'origine des premiers 
habitans qui sont venus s'y fixer. Sous Eurotas et ses successeurs, 
le gouvernement de Sparte fut monarchique, et tel que nons avons 
décrit ceux des tems héroiques. Parmi les Rois de cette dynastie, 
les plus illustres dont font mention les fastes de cette époque sont, 
Tyndare, Castor et Pollux frères d'Hélène, Ménélas et Amycla. 
Seconde L'histoire nous a transmis des renseignemens plus positifs sur 

Uljriaslte. O 1 J 

la seconde dynastie des Rois de Sparte, qui est celle des Héra- 
clides. Larcher en a savamment développé la chronologie dans le 
Vll. e vol. de son Hérodote. Aristodème, Téméne et Cresphonte fils 
d'Aristomaque et descendans d'Hercule, firent la conquête du Pélo- 
ponnèse, comme étant l'héritage de leurs ancêtres, vers l'an 1 190 avant 
Père vulgaire (a). Aristodème , à qui était échue en partage la La- 

(1) Les Laconiens conservent encore le nom d'Iethéocrates dans di- 
verses inscriptions, même sous les premiers Piois de la seconde dynastie. 
V. Mémoir. etc. à Pendr. cit. 

(2) Hercule laissa en mourant ses droits sur le Péloponnèse à Illus , 
l'aîné des enfans qu'il eut de Déjanire. Illus et ses frères , aidés des se- 
cours de Thésée et des Athéniens , s'emparèrent en effet du Péloponnèse ; 
mais une peste horrible et le vœu de l'oracle de Delphes les obligèrent 
bientôt à abandonner leur conquête. Peu d'années après, Illus rentra dans 
cette contrée et y perdit la vie dans un combat singulier qu'il engagea 
avec le plus brave de l'armée ennemie. Son fils Cléodée fit une troisième 
tentative , mais avec aussi peu de succès ; et Aristomaque fils de Cléodée 
ne fut pas plus heureux dans la même entreprise. Enfin Aristodème , Thé- 
inéne et Cresphonte, après plusieurs batailles, et favorisés par l'oracle de 
Delphes , se rendirent maîtres de tout le Péloponnèse , environ 80 ans après 
la prise de Troie. Ils avaient parmi leurs troupes un corps de Tyrrhéniens 
commandés par Arconde. Nous remarquerons que c'est alors que les Grecs 
connurent pour la première fois la trompette tyrrhénienne. V. Apollod. 
Biblioth. liv. II. chap. VII. et VIII. Scholiastes vêtus in Sophoclis Aja- 
oem , vers 17. Les descendans d'Hercule sont désignés dans les relations 
des historiens sous le nom à'Héraclides , du mot YipaXfX^ç , nom d'Her-. 
Çiile chez les Grecs , qui signifie gloire de Junon, 



DE LA G'HÊCR ïtfl 

dfconie , laissa en mourant deux enfans jumeaux nouveaux-nés. Lé 
peuple voulait donner le sceptre à l'aîné des deux frères; mai* 
dans l'impossibilité où l'on était de le reconnaître, on consulta 
l'oracle de Delphes, qui répondit que les deux en Pans devaient ré- 
gner ensemble. On leur donna les noms d'Euristhone et de Proclés, 
et ils furent la souche des deux dynasties ou maisons des Euristhé- 
nides et des Proclydes. Mais Agis, second Roi de la ligne Euris- 
thénide, s'étant acquis une grande renommée par ses exploits , ses 
descendans prirent le surnom d'Agides (i). La ligne des Proclydes 
prit aussi celui d'Euripontide , d'Euripont qui fut le troisième de 
ses Rois y lequel s'était également rendu célèbre par ses grandes 
actions. 

Ainsi, sous les Héraclides, Sparte eut à la tête de son gouver- 
nement deux Rois, dont l'autorité suprême passa à leurs descendans 
pendant plusieurs siècles : exemple peut-être unique dans les fastes 
du monde. Les premiers Rois de cette dynastie se rendirent recom- 
mandables par leur sagesss , et furent chéris de leur peuple. Ils 
s'occupaient particulièrement du soin de rendre la justice à tous 
les citoyens sans aucune distinction. Cette forme de gouvernement 
était connue chez les Grecs sous le nom d'îwnom/e , qui veut dire, bouomîe 
égale distribution de la justice. Ces premiers Rois appelèrent aux 
affaires du gouvernement les citoyens les plus distingués par leur 
sagesse et leurs vertus , et partagèrent avec eux les fonctions du 
pouvoir suprême. Mais, comment l'harmonie aurait-elle pu durer 
toujours dans un tel gouvernement, dont les rênes se trouvaient 
entre les mains de deux Princes, de caractère et d'intérêts sou- 
vent opposés ? Le peuple même , toujours enclin à l'esprit de 
parti , devait nécessairement , selon les circonstances , se décla- 
rer pour l'un plutôt que pour l'autre. Les révolutions sont inévi- 
tables dans tous les états où les Princes se laissent séduire par le 
désir de rendre leur autorité absolue, et les peuples par l'amour 
de l'indépendance. Euripont neveu de Proclés et fils de Sous , avait 
singulièrement relâché les ressorts de l'autorité royale , dans la vue 

(i) Un des principaux exploits d'Agis était la prise à'JElos. Il avait 
soumis toutes les villes voisines de Sparte , celle RElos seule lui opposait 
une résistance opiniâtre. Il la prit enfin après un long siège , et en ré- 
duisit les malheureux habitans au plus dur esclavage. C'est cle là que pri- 
rent leur origine les Elot.es ou Ilotes , esclaves dont le nom est très-connu 
dans la constitution de Sparte. 



■1 4- GOUVERNEMENT 

de se rendre agréable au peuple , qui se livra bientôt à la plus 
grande licence. En vain les Rois tentèrent depuis de reprendre 
leur premier pouvoir. L'Etat aurait sans doute succombé sous le 
cboc des factions , sans la réforme salutaire que Lycurgue vint y 
introduire. 

-Lyeurgue. Lycurgue fils d'Eunome cinquième Roi de la dynastie des Eu- 

ripontides, était frère puiné de Polydecte, mais d'un second lit ([). 
Polidecte qui, en qualité d'aîné, avait remplacé son père sur là 
trône, mourut avant d'avoir aucun enfant mâle. Le sceptre passa 
donc à Lycurgue; mais la Reine ayant été reconnue enceinte, 
Lycurgue déclara qu'il se démettrait aussitôt de la couronne, si elle 
accouchait d'un enfant mâle. L'ambitieuse Reine fit des vaines ten- 
tatives pour l'engager à l'épouser, en l'assurant qu'elle saurait se dé- 
barasser de sa grossesse. Elle accoucha en eiïet d'un garçon. On 
Tutenr le porta de suite à Lyeurçue , qui le présenta au peuple en disant* 
bpartmtes voici votre Roi ; et 1 ayant placé sur le siège royal , il 
lui donna le nom de Carilaûs , qui signifie cher au peuple. Au bout 
de huit mois, Lycurgue déposa le sceptre } sans cesser cependant 
de régner comme tuteur A u ieune Prince. La générosité de ce pro- 
cédé lui attira l'affection et les respects du peuple; mais il ne fut 
point pour cela à l'abri des persécutions secrètes de la jalousie et 
des hommes puissans. Pour écarter de lui tout supçon , il quitta le 
pays, avec la résolution de n'y revenir, que lorsque Carilaûs serait 
Ses voyages, en âge de régner , et aurait eu des en-fans. Il voyagea en àsie et en 
Egypte, et s'arrêta particulièrement en Crête, charmé des lois de 
Minos, qui lui parurent les plus propres à ses vues pour la régé- 
nération de sa patrie. Pendant son absence , Sparte fut agitée plus 
que jamais par les factions: les choses y furent portées à une telle 
extrémité, que les citoyens de toutes les classes, et les deux Rois 
eux mêmes, demandèrent instamment le rappel de Lycurgue. Il re- 

akm retour Y**t.t en effet sous les auspices de l'oracle de Delphes, qui le décla- 
rait le réformateur de Sparte , et ne tarda point à donner sa fameuse 
constitution, laquelle fit des Spartiates un peuple tout-à-fait nou- 
veau, et qui n'avait rien de commun que le langage avec le reste 

(i) Lycurgue naquit vers l'an 0,2.4 avant l'ère vulgaire : il publia 
ses lois en l'an 866 , la troisième année de la V. e olympiade d'Iphitus , 
et mourut en l'an 840 , la première année de la XII. e olympiade. V. l'Hé- 
rodot. corara, par Larcher , ainsi que les tables chronologiques de Blair, 



DE LA GrÉCÈ. 1^3 

des Grecs. Les institutions de Licurgue sont si connues, que nous 
nous bornerons à rappeler ici les principales, d'après les relation» 
d'Hérodote, de Gillies , et de Robertson. 

L'autorité des deux Rois fut restreinte en détroites limites. Çornûaute* 
Pendant la paix, ils ne pouvaient rien faire sans l'approbation du 
Sénat ; mais en tems de guerre , ils exerçaient un pouvoir absolu 
sur toute l'armée. Néanmoins leur conduite militaire était sujette 
à une rigoureuse censure , et souvent ils étaient condamnés à des 
peines très-graves. 

Le Sénat , qu'on doit regarder comme la plus sage des insti- Le sénat, 
tutions de Lycurgue , tempérait par son autorité celle des Rois et 
ciel le du peuple. Il était composé de trente membres appelés Gé- 
Tontcs , y compris les deux Rois qui en étaient les présidens , et 
dans ce corps résidait toute la puissance législative. Le lieu où il 
tenait ordinairement ses séances était une salle, ou plutôt une grande 
cabanne , qui n'était couverte que d'un toit de paille et de joncs , 
pour que la magnificence du local ne fût point un sujet de dis- 
traction dans les délibérations. 

L'autorité du peuple fut également très-restreinte. Il choisis- Le peuple. - 
sait les membres du Sénat, et ratifiait ses décrets, qui, sans cela 
ne pouvaient avoir aucune force; mais il ne pouvait proposer aucun 
projet, ni s'assembler sans un décret du Sénat. Ainsi la constitu- 
tion de Sparte réunissait en soi les trois formes de gouvernement, 
monarchique, aristocratique et démocratique. 

Cependant le Sénat jouissait d'un pouvoir trop considérable , £e* àphan* 
qui , avec le tems, aurait pu avoir les plus funestes effets. Cet incon- 
vénient donna lieu à l'institution des Ephores , dont l'autorité s'éten- 
dait surjes Rois et le Sénat lui même (i). Ces magistrats , au nombre 



s en 



(i) On les appella TLtpôpoi , du mot êfiopd& , qui veut dire foi- 
re, parée qu'ils étaient chargés d'observer la conduite des Rois et des 
Sénateurs. Certains écrivains attribuent l'institution des Ephores à Théo- 
pompe , qui régna environ i3o ans après Lycurgue. C'est aussi l'opinion 
d'Aristote, de Plutarque , de Cicéron et de Valerius Maximus. On pour- 
rait cependant leur opposer le témoignage d'Hérodote , qui les a tous pré- 
cédés , et qui ayant fait à cet égard les recherches les plus soigneuses , 
ne mérite pas peu de confiance sous ce double rapport. L'opinion d'Héro- 
dote est encore appuyée de celle de Xénophon , lequel ayant demeuré 
long tems sur les terres de Sparte, avait eu par conséquent tout le loisir 
d'étudier les lois de son gouvernement. Or ces deux auteurs attestent éga- 



«Ordre erjuestre- 



Distribution 
des terres. 



Kg f liè 

des fortunes. 



Proscription 
des richesses. 



1 44 Gouvernement 

de cinq , étaient élus chaque année le huit d'octobre (1), et pris 
parmi le peuple. Le premier s'appelait Ephore éponyme, et donnait 
5on nom à l'année , comme l'Archonte èponyme à Athènes. Les 
Ephores avaient beaucoup de rapports avec les Cosmes de Crète: 
revêtus d'une autorité, supérieure en quelque sorte à celle des Rois 
même ils ne se levaient point devant eux, et ne leur donnaient 
aucune marque de soumission. Cléoméne fils de Léonidas, et tyran 
de la dynastie des Agides, les fit massacrer vers l'an 22.6 avant l'ère 
vulgaire, et depuis lois il n'en est plus fait aucune mention dans 
l'histoire (a). 

Enfin Lycurgne donna aussi à Lacédémone un ordre équestre, 
sur le modèle de celui que Minos avait établi en Crète, avec cette 
différence pourtant, que les chevaliers Cretois avaient des chevaux, 
et que ceux de Sparte n'en avaient pas (3), 

Jusqu'ici nous avons vu les institutions de Lycurgne quant à la 
forme du gouvernement. Mais c'est à régler la vie privée des citovens 
qu'il visa particulièrement , persuadé que les meilleurs lois restent 
sans effet , si l'obéissance qu'ils leur doivent n'est point en eux le 
fruit de l'éducation. Il commença donc par distribuer entre tous 
les citoyens les terres de la république , qui formaient auparavant 
l'apanage d'un petit nombre d'entre eux. Le territoire de la La- 
conie fut divisé en trente mille portions égales, et les productions 
de Sparte en neuf mille. Chaque portion de terre devait donner 
une récolte suffisante pour l'entretien d'une famille. De cette ma- 
nière Lycurgne vint à établir dans sa république une parfaite égalité 
clt; fortunes. Ensuite, pour ôter aux citoyens tout sujet de jalousie 
et d'ambition 3 il proscrivit la magnificence dans le vêtement, dans 



lement que l'institution des Ephores est due à Lycurgue , et Platon sem- 
ble aussi s'accorder avec eux sur ce point ( Epit. VIII. ). Barthélémy a 
cherché à concilier ces deux opinions dans son voyage d'vVnacharsis, vol. 
IL pàg. 5^7 , et dans la note pag. 63o : nous renvoyons donc nos lecteurs 
à cet ouvrage. 

(1) Dodwell de Cyclis. Dissert. VIII. Sect. V. 

(a) Outre les Ephores , Pausanias fait mention des cinq Momophila- 
gjues , ou gardiens des lois , qu'on appelait encore Bidiéniens. On ignore 
quel a été fauteur de cette institution. Cependant Larcher l'attribue à 
Lycurgue. Il parait que ces magistrats étaient aussi chargés de présider 
,aux jeux et aux exercices de la jeunesse. 

(3) Hérodot. , Clio , liv. VIII., parag. 124. et Strab. liv. X. etc. 



de la Grèce. 1^5 

les meubles et dans l'architecture des maisons, défendit l'usage de 
l'or et de l'argent, et ne permit que celui des monnaies de cuivre. 
Il interdisit dans la même vue l'exercice des arts libéraux , et tout 
spectacle , et ne voulut d'autre amusement que la chasse et les exer- 
cices du corps. A l'exemple de Minos , il institua des tables publiques Tables 
auxquelles étaient admis tous les citoyens sans aucune distinction. e f//-«|«&*. 
Ces tables étaient distribuées par quinze personnes, dont chacune 
était tenue d'y apporter une quantité de provisions déterminée, et 
tout mets de luxe ou recherché en était banni. Celui dont on fe- 
sait l'usage le plus fréquent et le plus estimé , était une espèce de 
sauce faite avec le jus de la viande et certaines racines, qu'on ap- 
pelait sauce noire (i). 

Mais, de toutes les institutions de Lycurgue, la plus fameuse Education. 
et la plus sage peut-être est celle qui concerne l'éducation des enfans, 
et dans laquelle il semble avoir voulu étendre sa sollicitude jusques sur 
leur formation. Il prit donc les précautions les plus efficaces pour 
que les mères fussent saines et robustes , et voulut pour cela , que , 
dès leur bas-âge, les jeunes filles fussent exercées à la lutte, à la 
course, à lancer le javelot, et enfin à tous les jeux de force qui 
peuvent concourir à donner au corps tout le développement et toute 
la perfection dont il peut être susceptible. Ce genre d'éducation 
avait encore la plus heureuse influence sur l'âme, qui se formait 
ainsi peu-à-peu aux vertus les plus héroïques (a). Les jeunes filles 
ne pouvaient se marier avant d'avoir acquis toute la vigueur de la 
jeunesse. Les mariages étaient clandestins, et avaient l'air d'un rapt Mariages. 
plutôt que d'une union légitime. De cette manière , les embrasse- 

(i) Gicëron rapporte dans ses questions tusculanes que Denis tyran 
de Sicile , curieux de goûter de cette sauce noire , fit venir exprés un cuisi- 
nier de Sparte , et qu'ayant montré un extrême dégoût après l'avoir à peine 
touchée des lèvres , il en témoigna son mécontentement au cuisinier , le- 
quel lui répondit , quil y manquait V assaisonnement. Denis lui ayant 
demandé quel était cet assaisonnement , ce sont _, lui répondit le cuisinier , 
les fatigues de la criasse , les courses sur les rives de l'Eurotas , la faim 
et la soif des Lacédémoniens. 

La sauce noire , selon Meurs , était une espèce de jus ou de ragoût , 
fait avec de la viande de cochon , dans lequel il entrait du vinaigre et du 
sel : c'est aussi ce qu'en dit vithénée. 

(2) Nous nous dispenserons de citer ici aucun exemple de ces vertus 
des mères Spartiates , en ce que tous les livres en sont remplis, 

Europe. Vol. /. iq 



*4^ Gouvernement 

mens des époux étaient rares , difficiles et de peu de durée : ce 
qui modérait en eux l'ardeur de leurs premiers feux 3 et les empê- 
chait de s'énerver. Un des usages les plus célèbres qu'il y eût à Sparte 
était celui qui, à certains jours de fête, obligeait les jeunes gens à 
faire pour ainsi dire, la conquête de leurs épouses, en triomphant 
d'elles à la course , à la lutte , et autres jeux gymnastiques. Dans 
ces fêtes , les jeunes filles , qui vivaient tout le reste du tems , re- 
tirées et loin du commerce des hommes, paraissaient presque nues, 
et dans toute la pompe de leurs charmes. 

Les enfans nouveaux-nés étaient soumis à l'inspeetion du ci- 
toyen le plus ancien de la tribu , lequel fesait mourir aussitôt ceux 
en qui il appercevoit quelque vice de conformation , ou des symptô- 
mes d'une faible complexion. On n'emmaillottait jamais les enfans; 
abandonnés à la nature , ils croissaient pleins de force et de vi- 
dî l ï"fZ. S ueur - ° n avait som de choisir leurs nourrices parmi les femmes 
les mieux conformées, les plus habiles et les plus diligentes (i). 
Arrivés à l'âge de sept ans , ils passaient de la maison paternelle 
sous la direction d'un magistrat appelé Paidonome, qui veut dire 
instituteur des enfans (a), lequel était chargé de les accoutumer à 
une vie sobre et extrêmement dure , à souffrir les excès du froid 
et du chaud, à marcher nu-pieds, et à supporter, la tête nue et 
rasée , toutes les intempéries de l'atmosphère. Lorsqu'ils avaient at- 
teint leur douzième année , ils entraient dans la classe des jeunes 
gens , où ils étaient soumis à un genre de vie encor plus austère. 
Là , on leur inspirait l'amour de la patrie , comme l'unique affec- 
tion de leur cœur , et on les élevait dans les maximes qui étaient" 
les plus propres à les enflammer de zélé pour l'honneur et la gloire 
de la nation. Leur première leçon était celle-ci: ne jamais fuir , 
vaincre ou mourir. Les exercices militaires formaient leur principale 
occupation. Ils combattaient l'un contre l'autre avec un acharne- 

(1) Les nourrices de Sparte étaient recherchées avec empressement 
de tous les autres peuples de la Grèce. On prétend qu'Alcibiade avait 
été allaité par une Spartiate. 

(2) V. Gronov. IV. 471. E. 

Au moyen de cette institution _, Lycurgue parvint à ne faire des 
Spartiates qu'une seule famille. Les enfans, après avoir abandonné la 
maison paternelle , ne connaissaient souvent d'autre mère que la républi- 
que , ni d'autre père que les Sénateurs. Mais , comme l'observe fort-bien 
Pe Real , Lycurgue détruisit ainsi la nature en voulant la perfectionner. 



d e la Grec e. \^j 

ment, qui allait quelquefois jusqu'à la mort. Les vaincus se fesaient 
une gloire de couronner les vainqueurs. Le vol leur était permis , 
pourvu qu'ils le commissent de manière à n'être point découverts , 
et cela dans la vue de les rendre plus adroits et plus entrepre- 
nans. On les instruisait aussi dans la langue ; mais la méthode qu'on 
employait pour cela ne tendait qu'à les former à un style rapide 
et concis , qui prit dans la suite le nom de Laconisme. 

La patience des enfans était soumise à des épreuves publiques Epreuves 
devant l'autel de Diane appelée Orthia (i), où ils étaient fouettés 
jusqu'au sang , et quelquefois jusqu'à la mort. Plutarque rapporte 
qu'un enfant de Sparte , dans la manche duquel était tombé un 
charbon ardent durant un sacrifice, se laissait brûler le bras sans 
faire le moindre mouvement d'impatience ni de douleur, jusqu'au 
moment où les assistans en furent avertis par la mauvaise odeur. 
On lit encore dans le même auteur, qu'un autre enfant, qui te- 
nait caché dans son sein un petit renard qu'il avait dérobé , souf- 
frit de s'en laisser déchirer le ventre jusqu'à en mourir , plutôt que 
de laisser appercevoir son vol. 

Ainsi la constitution de Lycurgue fit des Spartiates un peuple 
presque unique dans son espèce, totalement différent des autres par 
ses mœurs , ses idées , ses affections , et même par ses qualités par- 
ticulières d'esprit et de cœur. Mais rien ne contribua peut-être 
autant à isoler ce peuple de tous les autres, que la Sénélasie, ou Loi s&âaai». 
la loi qui excluait de la Laconie tous les étrangers, de quelque 
nation qu'ils fussent (a). Plutarque , en vantant la sagesse de cette 

(i) Diane debout, de opOôo , erigo , j'élève. 

(2) De Izivôç , étranger , et èMo , chasser. Un passage d'Hérodote , 
Clio liv. l. er § 65 , a fait croire à quelques-uns que Lycurgue avait au 
contraire aboli la Sénélasie. Il parait néanmoins , qu'en parlant de la rus- 
ticité sauvage qui rendait les Lacédémoniens ennemis de toute relation 
sociale avant la réforme de Lycurgue , Hérodote ne fait allusion qu'à 
leurs divisions intestines : car il y a plusieurs exemples qui prouvent , 
qu'anciennement les étrangers étaient admis à Lacédémone. Ainsi Ménélas 
y accueillit Paris avec Télémaque , et les Spartiates eux mêmes accor- 
dèrent aux Miniens le titre de citoyens. Aristote , Politic. liv. II. , parle 
de la facilité avec laquelle on pouvait acquérir ce droit à Sparte. Il est 
donc à présumer que cette loi fut créée sous Lycurgue. Et en effet , elle 
porte , pour ainsi dire , l'empreinte du caractère de ce législateur , et res- 
semble assez à ses autres lois , par sa singularité aiusi que par sa rigueur. 



148 Gouvernement 

loi , observe que Lycurgue l'établit , non clans la crainte que les 
étrangers ne vinssent à se donner des constitutions semblables à la 
sienne, et à s'élever par conséquent à des vertus sublimes, comme 
l'avait avancé Thucydide, mais plutôt pour empêcher que la per- 
versité des mœurs étrangères n'eût une influence funeste sur celles 
de Sparte. Cependant, malgré la sagesse de toutes ces institutions, 
Défauts les politicrucs ont reproché des défauts très-graves à la constitution 

le la législation * i , * r . & . . 

de Sparte, de ce législateur. La liberté qu avaient les maris infirmes ou trop 
vieux de prêter à d'autres hommes leurs femmes, et de les repren- 
dre ensuite , est certainement une institution contraire à la saine 
morale , et qui tend à rompre un des liens les plus étroits de 
l'amour filial et paternel. La loi qui ordonnait la destruction des 
enfans d'une faible complexion ou mal conformés , était barbare 
et contraire à la loi naturelle. Que d'enfans ne voit-on pas , dont 
le tempérament , délicat dans les premières années , acquière en- 
suite la plus grande vigueur à l'âge de puberté, ou même dans un 
âge plus avancé ? Que n'a-t-on pas à dire de l'inhumanité plus que 
sauvage , avec laquelle les Spartiates traitaient les Ilotes qui culti- 
vaient leurs terres, et subvenaient par conséquent aux besoins de 
leur existence ? Les Ilotes étaient assujettis au plus rude esclavage, 
et en butte à toutes sortes d'outrages: ils étaient insultés, et frap- 
pés sans aucun sujet et impunément, quelquefois même on se fesait 
un passe-tems de les poignarder. On n'a pas d'exemple d'une cruauté 
plus atroce que celle du jeu de la Criptie , ou de Yembuscade , à 
l'occasion de laquelle les jeunes Spartiates, armés de poignards, al- 
laient se cacher la nuit dans les bois et dans les lieux de la cam- 
pagne les plus retirés , d'où , semblables à des bêtes féroces , ils 
se précipitaient sur les malheureux Ilotes, et surtout sur ceux qui 
leur paraissaient les plus forts et les plus hardis , dont ils fesaieut 
un horrible massacre. 

Lycurgue introduisit encore à Sparte certaines maximes dont 
on ne saurait guères expliquer le motif, et qui portent même l'em- 
preinte de l'ignorance et de la superstition. Telle était entre au- 
tres celle qui défendait aux Spartiates, dans leurs expéditions mi- 

Xénophon , Plutarque , Philostrates et autres écrivains illustres sont aussi 
de cet avis. Il y eut néanmoins des étrangers distingués par leur mérite , 
qui furent reçus à Lacédémone même depuis cette loi. Lycurgue lui même , 
au rapport de Strabon et de Plutarque , y appela Thaïes de l'île de Crête. 



DE LA GeÉCE, l^g 

litaires , de se mettre en marche avant la pleine Inné , ce qui fut 
cause qu'ils arrivèrent trop tard à la bataille de Marathon : telle 
était encore celle d'après laquelle les Ephores observaient le ciel 
dans une nuit de chaque année , et s'ils voyaient tomber une étoile s 
c'est-â-dire glisser dans l'air un feu follet, ils en accusaient leur& 
Rois, et les punissaient, comme ayant mérité le courroux des Dieux. 
Malgré toutes ces imperfections, les lois de Lycurgue n'en 
ont pas moins fait l'admiration des anciens politiques (i), et c'est 
d'elles surtout qu'Aristote et Platon ont emprunté ce qu'ils ont écrit 
sur la législation dans leurs traités de la république. Sparte fut 
invincible tant que ses lois conservèrent leur vigueur primitive ; et 
il n'est pas douteux qu'elle ne fut redevable qu'à elles, d'être moins 
sujette aux révolutions que les autres villes de la Grèce. 

Lycurgue n'avait point voulu permettre que ses lois fussent z, 

écrites en aucune manière. Tous les enfans les apprenaient de mé- 
moire , en sorte qu'il n'y avait pas de Spartiate qui pût les ignorer. 
La constitution de Lycurgue se conserva presque intacte pendant plus 
de six siècles; ma is le luxe s'étant introduit insensiblement à Lacé- 
démone après l'invasion d'Àtbénes par les Spartiates , il entraîna 
avec lui les mêmes calamités qu'il produisit dans Rome après la 
conquête de la Grèce. Dès lors les Spartiates commencèrent à rou- 

(i) Les Spartiates avaient juré de n'abroger aucune des lois de Ly- 
curgue avant qu'il ne fût de retour à Sparte. Ce législateur étant allé 
consulter l'oracle de Delphes , et ayant reçu de lui la réponse que La- 
cédémone serait heureuse tant que ses lois y seraient en vigueur, résolut 
de n'y plus retourner, pour que les Spartiates ne pussent jamais se dé- 
gager de leur serinent. Il passa à Chrysa où il se tua , ou selon Plutarque , 
se laissa mourir de faim. Les Lacédémoniens ayant appris sa mort , lui éle- 
vèrent un temple et un autel , sur lequel ils lui faisaient chaque année des 
sacrifices comme à un héros. Hérodote atteste que ce temple existait en- 
core de son tems. Hérod. Clio. liv. L er § 66. Le même tribut d'hommages 
est rendu à Lycurgue par Macchiavelli. De tous les législateurs qui se 
sont distingués , dit-il , par de semblables constitutions , celui qui a mé- 
rité le plus d'éloges c'est Lycurgue , qui en Sparte donnant des lois 
aux Rois , aux principaux citoyens et au peuple , il fonda un état , dont 
V existence se soutint en paix et avec éclat pendant plus de huit cents 
ans. Il arriva le contraire du gouvernement démocratique que Solon 
établit à Athènes , et qui fut de si courte durée , qu'avant de mourir 
il vit naître la tyrannie de Pisistrate. Des Discours etc. liy. I. er pag. 24 , 
édit. des Classiques Italiens. 



de Lycurgue 
non écrites. 



i5o Gouvernement 

gir de leur ancienne simplicité. Les mœurs se corrompirent, le 
vice leva sa tête orgueilleuse et triomphante , et les lois tombè- 
rent dans le dernier mépris. Vinrent ensuite les dissensions 3 les 
troubles > les crimes de tout genre, funestes précurseurs de la ruine 
prochaine des empires (i). Ces vicissitudes, ajoute Larcher, s'étaient 
déjà vues en d'autres tems et en d'autres lieux: ce qui ne s'était 
encore jamais vu , ce fut le triste spectacle d'un Roi jugé et traîné 
au supplice par ses propres sujets. Les Spartiates furent les premiers 
à donner ce terrible exemple à l'univers. Agis, le troisième de ce 
nom, de la dynastie des Euripontides, et Prince en qui brillaient 
les antiques vertus de la république, avait tenté de faire j-revivre 
les lois de Lycurgue : la mort en fut sa récompense (a). Après un 
tel forfait, Sparte devint la proie des plus cruels tyrans } qui se suc- 
cédaient les uns aux autres avec autant de rapidité que de violen- 
ce (3). Plongés dans l'avilissement, et déchirés par des divisions 
et des révolutions continuelles , les Spartiates tombèrent enfin sous 
le joug des Achéens , qui les obligèrent à abroger toutes les lois de 
Lycurgue; et ils restèrent dans cet état, jusqu'à l'époque où les uns 
et les autres se virent engloutis, avec la Grèce entière., dans le 
goufre de la puissance Romaine. 
Fases Nous terminerons nos recherches sur le gouvernement de Sparte, 

représentons # Y 

Hercule. par la description de deux monumens qui font partie de la collec- 
tion des vases d'Hamilton. Le premier ( voy. la planche ai n.° i ) 
représente un fait qui appartient aux tems héroïques , ou à l'épo- 
que qu'Hercule parcourait le Péloponnèse. Hercule assiste à un 
sacrifice expiatoire : son port et son aspect annoncent l'état de fré- 
nésie dans lequel il se trouvait. Déiphobe Roi d'Amiclée , ville 
de Laconie , qui avait donné au héros l'hospitalité, est dans l'atti- 
tude d'un homme qui parait désirer la guérison du malade : il tient 
de la main gauche le sceptre , ou bâton recourbé à son extrémité 

(0 ^°y- ' A ce su j et l es belles réflexions de Larcher dans son Héro- 
dote , tom. VIL , pag. 729. 

(2) Ce fait arriva vers l'an s35 avant l'ère vulgaire. La dynastie des 
Agides finit avec Agesipolis , le troisième de ce nom , qui ayant été chassé 
par Lycurgue le tyran , et parti sur un vaisseau pour venir en Italie im- 
plorer le secours des Romains , fut tué par les pirates environ 200 ans 
avant la même ère. 

(3) Nous verrons que malgré les tyrans et les calamités auxquelles 
Lacédémone a été en proie , les Spartiates ont conservé jusqu'à nos jours 
quelques restes de leur ancien costume. 



dé la Grèce. i5i 

supérieure ; son front est ceint d'un simple bandeau , et le reste, 
de son habillement est également de la plus grande simplicité. La 
femme qui fait la libation est l'épouse de Dèiphobe : elle tient 
d'une main un bâton , ce qui indique qu'elle est prête à suivre le 
mari , aussitôt qu'elle aura versé la liqueur sur la flamme. Le scep- 
tre , la couronne, les vêtemens sont tels que devaient les avoir les 
anciens Rois de la Laconie , selon le sentiment de3 érudits (i). 

Le n.° a de la même planche est pris d'une parère de la ^ ase relatif 
même collection, et se rapporte à un événement de la dynastie des Euripontide* 
Euripontides (a-). Après la mort d'Agis , deuxième de ce nom, 
Lysandre fit nommer Roi Agésilas son ami , au préjudice de Léo- 
tichide fils d'Agis., mais dont on suspectait la légitimité, à cause des 
liaisons secrètes que Timée femme du Roi décédé avait eues avec 
Alcîbiade. Le devin Tisaméne , ou selon d'autres Diopite, s'étant 
marié avec Timée, trama une conspiration contre Agésilas. Cette 
conjuration devait s'exécuter par le moyen de Cinadon homme des 
plus entreprenans ; mais Agésilas en ayant été instruit par les E- 
phores , il fit appeler Cinadon , et après lui avoir remis une note 
des Ilotes et autres individus qui devaient être incarcérés 3 il l'adressa 
au gouverneur de la jeunesse , pour effectuer leur arrestation à 
l'aide des jeunes guerriers que celui-ci lui aurait donné. Ces jeunes 
gens mirent au contraire Cinadon lui même en arrestation chemin 
fesant , et après l'avoir obligé à déclarer ses complices, ils le re- 
conduisirent à Sparte. 

Les deux figures qu'on voit en bas sont celles de Lysandre et 
d'Agésilas, qui, étant boiteux, tient d'une main sa béquille. On 
apperçoit encore en haut le même Agésilas avec la béquille : la 
position dans laquelle il tient une de ses jambes, ne laisse plus au- 
cun doute sur l'identité de sa personne. Le jeune homme qui est 
en face est Cinadon; il tient le scytale (S), et semble prêt à exé- 

(i) V. Hamilton, êdit. de Florence vol. 2. Planche XXI. 

(2) Ibid. Planche LX. 

(3) Le scytale était une bande de peau ou de parchemin , qui se rou* 
lait sur un bâton, de manière à ce que ses deux bouts, à 1 endroit où ils 
venaient se joindre, formassent une spirale. On écrivait sur cette spirale, 
ensuite on déroulait le parchemin , et on l'expédiait à sa destination. La 
personne à laquelle le scytale était adressé avait un bâton égal à l'autre 
sur lequel on appliquait le même parchemin pour réunir les lettres qui 
se trouvaient divisées. On ne fesait usage du scytale que pour transmettre 
des ordres secrets. Voy. Aul. Gell, liv. XVII. chap. g. 



1 5a Gouvernement 

cuter les ordres du Roi, et à se rendre chez le gouverneur de la 
jeunesse. Dans l'espace du milieu est Timée veuve d'Agis : elle parle 
avec Tisaméne ou Diopite , que son vêtement , sa couronne , et sur- 
tout son long bâton dénotent évidemment pour un devin (r). Ce 
monument nous parait des plus précieux , comme étant d'une haute 
antiquité , et peut-être l'unique ou au moins le plus authentique , 
où l'on trouve représentés un Roi et une Reine de Sparte depuis la 
constitution de Lycurgue. 

GOUVERNEMENT DES COLONIES GRECQUES. 

Il ous avons déjà dit que du sein de la Grèce sortirent plu- 
sieurs colonies qui allèrent s'établir en diverses contrées de l'Eu- 
rope , de l'Asie et de l'Afrique, et nous avons également indiqué 
les causes de ces fréquentes émigrations fa). Une chose bien re- 
marquable sans doute , c'est qu'un peuple dont le territoire n'était 
pas plus grand que le quart de l'Italie,, ait pu fournir presque de 
tout tems un aussi grand nombre de colonies , dont quelques-unes 
passèrent jusques dans les régions les plus lointaines (3). Ces colo- 
nies durent transporter avec elles , et transmettre à leurs descen- 
dais les lois et les usages du pays d'où elles étaient sorties. On est 
d'autant plus fondé à le présumer, qu'on retrouve chez les Grecs 
d'Asie et d'Italie , les mêmes mœurs , les mômes rites religieux , 
le même goût pour les arts et la même perfection dans les monu- 
mens qui en sont l'ouvrage, comme dans la Grèce proprement dite ; 
c'est ce dont il n'est pas permis de douter, à la vue de ceux de 
ces monumens qui subsistent encore aujourd'hui. Ainsi donc, tout 
ce que nous avons dit des anciens gouvernemens de la Grèce, peut 
aussi s'étendre en général à toutes les colonies qui en sont sorties. 
Croît,™ Mais dans la suite des tems , certains peuples de la grande Grèce 

^ gui fondée. p rirent i nsens ibleraent un costume distinct, et d'autres reçurent de 

(i) Ce devin avait fait parler les Dieux contre la personne d'Agé- 
silas, et annoncé qu'un ancien oracle défendait aux Athéniens d'avoir 
un Roi boiteux. 

(2) V. Topographie de la Grèce pag. 5o. Ceux qui désireraient avoir 
des notions plus particulières sur les colonies de la Grèce , n'ont qu'à lire 
les belles et savantes recherches de Larcher dans ses commentaires sur 
Hérodote vol. VII. pag. 4o5. etc. 

(3) V. Goguet. Origine ec. vol. III. pag. 5j. 



delà Grèce. i53 

leurs législateurs des constitutions particulières. La ville de Gro- 
tone , fondée par Myscelus chef d'une colonie d'Achéens , se ren- 
dit célèbre par la longévité et la vigueur de ses habitans s chez 
qui la force du corps et l'ardeur du courage tenaient lieu de loi et 
de raison. On croit que les Crotoniates étaient redevables de la 
simplicité de leurs mœurs à Pythagore, qui bannit de leur ville 
toute espèce de luxe 3 en induisant les femmes à consacrer à Junon 
leurs habillemens somptueux , et en les portant à regarder la pudeur 
comme le plus bel et le plus précieux ornement de leur sexe (r). 

A trente milles environ de Crotone s'élevait Sybaris, égale- Sybaris 
ment fondée par une colonie d'Achéens , et qui se rendit fameuse 
par l'étrange contraste des mœurs de ses habitans avec celles des 
Crotoniates. En effet les Sybarites étaient parvenus à un tel degré 
de mollesse , qu'ils avaient,, par une loi , banni les coqs des murs de 
leur ville , pour n'être point éveillés par les chants nocturnes et 
perçans de ce volatile. Une autre loi y avait de même interdit 
l'exercice des arts qui occasionnaient un bruit incommode et dé- 
sagréable Le repos , la bonne chère , la volupté et les plaisirs les 
plus rafinés formaient toute l'occupation des Sybarites. Mais il ne 
tardèrent point à subir le joug des Crotoniates , qui , sous la con- 
duite du fameux athlète Milon , en firent un horrible carnage , et 
détruisirent presqu'entièrement leur ville. Cinquante ans après cet 
événement , un certain Thessalus rassembla le peu de Sybarites qui 
étaient échappés à la ruine de leur patrie , et rebâtit leur ville; 
mais elle fut détruite de nouveau par les Crotoniates. Six ans après , 
les Athéniens y envoyèrent une colonie, à laquelle ils donnèrent 
le nom de Thurius (a). Mais la population de cette nouvelle ville , 
composée en partie de Sybarites et de ces nouveaux hôtes , fut bien- 
tôt agitée par des divisions intestines, qui ne finirent que par l'ex- 
pulsion des premiers. A cette époque , les Thuriens s'étant érigés 
en gouvernement démocratique , et devenus puissans par l'alliance 

(i) Justinus. Liv. XL. chap. 4. 

(2) La ville de Thurius fut fondée Tan I er de la LXXXI.V." olym- 
piade. Hérodote l'historien , âgé de 40 ans , et Lysias âgé seulement de i3 , 
lequel devint dans la suite un orateur célèbre , firent partie de la colo- 
nie qui y fut envoyée d'Athènes. Cette nouvelle ville fut appelée Thu- 
rium , du nom d'une fontaine appelée Thuria , connue aujourd'hui sous 
le nom d'Eau -parlante. Biodore de Sicile en met la fondation deux ans 
après cette époque. 

Europe. Fol. 1, 20 



i^4 Gouvernement 

clés Crotoniat.es , divisèrent la ville en dix tribus , auxquelles ils don*- 
nèrent le nom des divers peuples d'où elles étaient sorties. 

L'auteur de leur constitution fut Charondas disciple de l'école 
de Pythagore , qui vivait vers l'an 44^ avant l'ère vulgaire , selon 
les tables chronologiques de Blair. Les institutions politiques de ce 
législateur peuvent se réduire aux suivantes : il exclut du Sénat et 
des charges publiques tous ceux qui avaient contracté un second 
mariage , après avoir eu des enfans du premier , persuadé que des 
pères aussi peu attachés à leurs enfans, ne le seraient pas d'avantage 
aux intérêts de la patrie ; il bannit entièrement l'espionnage , qu'il 
regardait comme la cause de toutes les dissensions publiques et pri- 
vées, et condamna ceux qui en seraient coupables à être promenés 
par les rues, la tête couronnée de tamarin , ce qui était réputé pour 

Carnation une des p{ Lls grandes marques d'infamie : il salaria des instituteurs 
dus en/ans. publics pour que l'instruction 3 rendue ainsi gratuite , en devint aussi 
plus générale, et ordonna que les enfans fussent appliqués de bonne 
heure à l'étude des belles lettres , pour orner leur esprit et disposer 
leurs coeurs à la vertu: il voulut que la tutéle et l'éducation des 
orphelins fussent confiées aux parens maternels , desquels ils n'avaient 
rien à craindre pour leur existence , et laissa l'administration de 
leurs biens au plus proche parent du côté paternel, qui avait un 
certain intérêt à en prendre soin, comme étant son héritage en cas 
que le pupille vint à mourir : au lieu de punir de mort les sol- 
dats coupables de désertion et de lâcheté , il les condamna à pa- 
raître pendant trois jours dans les places publiques avec des robes 
de femme : pour obvier à l'abrogation des lois , il ordonna que qui- 
conque voudrait proposer quelque changement dans la constitution , 
vint dans l'assemblée la corde au cou , et fût étranglé sur le champ , 
dans le cas que sa proposition fût rejettée (i). Charondas ne survé- 
cut pas long tems à ses lois : un jour qu'il revenait de sa maison 
de campagne ayant son épée , qu'il avait prise pour se défendre 
en chemin contre les voleurs, il trouva du tumulte dans la ville; 
l'étant avancé pour l'appaiser , un citoyen lui fit le reproche de 
violer la loi qu'il avait établie lui même , en venant haranguer 
ainsi armé: non , lui repondit-il , je ne viole point la loi, mais je 
la icelle de mon propre sans , et de suite il se perça de son épée. 

Xuicuous. Dans le même tems que vivait Charondas , Zaleucus législateur 



Peines 
infamantes 



Mort 
C/faroridaS- 



(i) Diod. SicuL liv. XII. JuAt. Lips. Monit. et Exemp. Pol. liv, 
3QI. chap. g. 



de la Grèce. i55 

des Locriens et comme lui disciple de Pythagore , se rendit égale- 
ment célèbre (i). 11 ne nous reste de lui qu'une espèce d'intro- 
duction à ses lois, et que Scaliger appelle divine. Zaleucus com- 
mence par démontrer l'existence d'un Dieu , dont il déduit les 
preuves de l'ordre admirable qui régne dans la nature : il défend 
que les baines soient éternelles 3 et recommande aux juges de ne 
point sévir contre les accusés, avant d'avoir rendu leur jugement. 
Il eut recours à un singulier expédient pour bannir le luxe de Son «**»»• 

CJ l. x pour bannir 

la ville , ce fut de ne permettre qu'aux courtisannes de porter & luKe - 
des ornemens en or et des vêtemens brodés , et d'interdire aux 
hommes l'usage des anneaux d'or et des étofes de Milet , excepté 
à ceux qui tenaient une conduite malhonnête (fa). Par ce moyen , 
et sans avoir besoin d'user d'aucune violence , Zaleucus parvint à 
préserver ses citoyens des dangers du luxe et de la mollesse. 

Nous ne pouvons ajouter, à ce que nous venons de dire, rien Cotonies 
de particulier sur le gouvernement de la Grande Grèce , et nous en 6icile - 
n'avons que fort peu de choses à y joindre sur celui des colonies 
Grecques qui s'étaient établies en Sicile. De toutes les villes que 
renfermait cette lie, la plus considérable est Syracuse qui, dès son 
origine , étendit sa domination sur tout le pays \ mais la fondation 
et les premiers siècles de cette ville , ainsi que l'origine et les com- 
mencemens des autres villes de la Grèce, se perdent dans la nuit 
des tems fabuleux. Pour ne point laisser imparfaite cette partie 
des événemens qui se rapportent à la Grèce, et pour plus de briè- 
veté en même tems , nous avons jugé à propos de donner ici un 
abrégé des notions historiques que Vincent Mirabella a extraites 
des ouvrages d'auteurs Grecs et Latins concernant Syracuse (3). 



Syracuse- 



(i) La ville de Locres , ainsi appelée pour avoir été fondée par une 
colonie Grecque venue de la Locride, était située au nord du promontoire 
Zephyrius , appelé aujourd'hui cap Burzano 

(2) Pollien parle d'une loi qui était en vigueur à Milet, et semble 
avoir quelques rapports avec celles de Zaleucus. Les jeunes filles de Mi- 
let étaient devenues sujettes à un mouvement de fureur qui les portait à 
s'étiangler. Sur la proposition d'une sage matrone , il fut ordonné par une 
loi , que les cadâ-vres des jeunes filles qui se tueraient ainsi , seraient expo- 
sés nus dans la place publique Cette mesure suffit pour les guérir toutes 
de cette étrange manie. Voy. De-Réal. Science du Gouvern. etc. pag 236. 

(3) Des anciennes Syracuses. Palerme , Aiccaido, 1717. 4-° II. e vol. 
pag 5. Voy. en outre De Republica Syracusana Urbvnis Hemmii in. 
.(ironov. "VI. e vol. col. 63 1. et suiy. 



r56 



GotTVËRNEMEïîT 



Pétalisme. 



Tyrannie 
&e Denis. 



mcisshuàes a Les Syracusains se gouvernèrent d'abord selon les lois et les 

des Syracusains ,'..., _J . ,, . , ,, , , , 

institutions des Doriens , sous 1 autorité d un seul; mais a la mort 
d'Archias (i), ce gouvernement fit place à celui des notables, 
qui dura jusqu'à ce que, par l'effet des séditions et des discordes 
civiles, il vint à se concentrer dans la personne de Gélon premier 
Roi de Syracuse (a). Son régne fut suivi de ceux de Géron et en- 
suite de Trasibule, dont l'audace, l'orgueil et la cruauté devinrent 
si insupportables aux Syracusains , qu'ayant pris les armes ils abo- 
lirent la tyrannie , et recouvrèrent la liberté. Ayant rétabli le gou- 
vernement des notables , ils se rendirent fameux par les armes , 
et se défendirent contre les attaques d'ennemis puissans, et en par- 
ticulier contre les Athéniens, sur lesquels ils remportèrent une 
victoire célèbre. Enorgueilli de ces succès, le peuple de Syracuse 
voulut introduire dans le gouvernement la loi du Pétalisme (3) , 
qui condamnait à l'exil tous ceux dont on écrivait les noms sur 
certaines feuilles: cette loi entraîna la ruine de la république: 
car les Carthaginois ayant fait une irruption en Sicile durant les 
troubles civils dont elle fut la cause , Denis , qui dans ces cir- 
constances avait été le sauveur de sa patrie , n'eut pas de peine 
à s'en rendre le maître absolu, et il la gouverna pendant qua- 
rante deux ans avec le titre de Roi : il laissa la couronne à son 
fils appelé aussi Denis , de la domination duquel Dion de Syra- 
cuse voulut délivrer son pays, et qu'il vainquit dans une bataille; 
le môme Denis étant rentré ensuite dans ses états , il en fut chassé 
<Je nouveau par Timoléon de Corinthe, et Syracuse encore une fois 

(i) L'Archias, dont est ici question, est le même que l'Arcadien 
dont nous avons parlé dans la Topographie de la Grèce , et il était de la 
descendance des Héraclides. 

(2) Les fastes et les événemens les plus certains de la Sicile datent du 
tems de Gélon. Il s'empara de Syracuse la première année de la LXXIV. 6 
olympiade , 484 ans avant l'ère vulgaire. Vaillant capitaine non moins 
que politique habile , il se fit admirer de ceux même des Syracusains qui 
étaient encore chauds partisans de la liberté. Voy. Hérod. tom. III pag 3o,i, 

(3) Le pétalisme eut la même origine à Syracuse que l'ostracisme à 
Athènes , c'est à dire qu'il fut l'ouvrage de la jalousie du peuple , con- 
tre les citoyens qui étaient devenus trop puissans par leurs richesses ou 
par leurs grandes actions. Mais le pétalisme était encore plus funeste 
et plus cruel que l'ostracisme , car à Syracuse il ne fallait que montrer 
dans la main une feuille d'olivier, pour envoyer en exil un personnage 
des plus marquans : ce qui la privait souvent de ses meilleurs citoyens. Le 
mot pétalisme dérive du mot Grec xêraùov , qui veut dire feuille. 



il la Grèce, i 57 

recouvra sa liberté. Mais elle n'en jouit pas pendant long tems , car 
vingt deux ans après, tandis qu'elle avait à se défendre contre les 
entreprises des ennemis du dehors , elle succomba sous l'effort des 
factions qui s'étaient renouvellées avec plus de fureur que jamais s 
et dont Agatoclc, homme puissant, sut profiter, pour s'emparer du Jgaiocie,- 
gouvernement: après sa mort, les Syracusains se voyant assaillis 
par les Carthaginois, appelèrent à leur secours Pyrrhus Roi des 
Epirotes; mais ce dernier ayant été vaincu par les Romains et 
obligé de s'enfuir, ils se jettèrent d'eux mêmes entre les bras de 
Géron un de leurs concitoyens et en firent leur Roi: la guerre Géron.- 
que ce nouveau Monarque soutint seul contre les Romanis se termina 
par un traité de paix, qui rendit le repos à la République pen- 
dant quelque tems : ce qui arriva du vivant d'Archiméde. Après 
sa mort , Géron eut pour successeur son neveu Jérôme que les Ro- Jérôme. 
mains regardèrent comme leur ennemi, à cause du penchant qu'il 
montrait pour la faction Carthaginoise; mais peu de teins après il 
mourut à Léontium , victime d'une conspiration de ses proches. Sy- Syracuse 

-, . -, T"» ' 1 1 • • )( , , conquise par 

racuse se gouverna depuis iors en République, jusqu a ce que s étant les Romain*. 

laissée entraîner de nouveau par la faction Carthaginoise , elle arma 

contre elle la jalousie des Romains: Marcellus mit le siège devant 

ses murs avec une armée formidable , et après trois ans de travaux 

et de combats inutiles, il la prit enfin par trahison, et la soumit 

à la domination Romaine l'an 5^2. de la fondation de Rome, aia 

ans avant l'ère vulgaire. „ 

Parmi les grands hommes qui ont illustré Syracure , Dioclés est Diodes, 
le seul qu'on puisse regarder comme législateur. Diodore nous le 
dépeint comme un homme de mœurs austères, d'une éloquence 
prompte, et d'une politique sage et éclairée (1). Cinquante ans 
après s'être délivrés de la tyrannie de Trasibule , et avoir défait 
les Athéniens par terre et par mer, les Syracusains s'abandonnè- 
rent aux factions les plus funestes (a), et à un tel excès de li- 
cence, que ne connaissant plus de frein , ils se virent bientôt en 
proie à la plus affreuse anarchie. Ce fut alors, au rapport du 
même Diodore, que Dioclés qui appartenait à une des familles 

(1) Il est étonnant que les auteurs de la nouvelle Biographie fran- 
çaise ( Paris , Michaud , 1801 et suiv ) , ne fassent aucune mention de 
ce législateur , qui pourtant est si célèbre dans les fastes de Syracuse. 

(2) La défaite des Athéniens eut li«u l'an 4 de la XCI. e olympiade , 
4i3 ans avant 1ère vulgaire. 



Sa mort. 



1 58 Gouvernement 

les plus distinguées de Syracuse , entreprit de réformer le gouver- 
nement , en créant des lois qui furent ensuite adoptées par toutes 
Sa constitution, les autres villes de la Sicile. La constitution de Diodes fut démo- 
cratique ; mais il serait trop difficile d'en expliquer la forme , car 
on n'en trouve que des notions faibles et obscures dans les anciens 
écrivains. Il parait, d'après ce que dit Diodore dans le commen- 
cement de sa relation sur ce qui concerne Agatocle , qu'il y eut un 
Sénat composé de six cents citoyens, mais il est bien rare qu'on 
en trouve ailleurs quelque mention. Le peuple avait le pouvoir su- 
prême, et se réunissait fréquemment en assemblées. Il nommait ses 
premiers officiers tant de paix que de guerre , mais les juges et au- 
tres magistrats étaient tirés au sort (i). On prétend que Dioclés a 
fini ses jours par une mort semblable à celle de Charondas. Il avait 
défendu par une loi que personne se présentât en armes dans la 
place publique ; s'y étant montré lui même l'épée à la main , en 
revenant de repousser l'ennemi qui s'était avancé jusques sous les 
murs de la ville, il fut vivement apostrophé par un simple citoyen , 
auquel il répondit , « vois combien je suis fidèle observateur de la 
loi „ , et en m?me tems il se perça le sein (a). Mais comme cela 
devait être , on ne vit pas durer long tems un état de choses où 
la liberté populaire était portée à l'excès , et où par conséquent 
l'audace et l'emportement des esprits exagérés pouvaient tout , et 
presque rien les conseils des hommes sages. Aussi, huit ans s'étaient 
à peine écoulés depuis la réforme de Dioclés , que Syracuse re- 
tomba sous la tyrannie des Denis. 

Les colonies qui passèrent de la Grèce , et surtout de l'Ionie 
dans l'Asie mineure , devinrent plus célèbres dans l'histoire que cel- 
les qui vinrent s'établir en Italie -et en Sicile. Placées dans un pays 
vaste , agréable et fertile „ et au bord d'une mer qui leur ouvrait 



Colonies 
Grecques 
in Asie. 



(t) Athénée dans son XII. e livre affirme, sur la foi de Philarque , 
qu'il fut proclamé à Syracuse une loi semblable à celle de Zaleucus , par 
laquelle il était défendu aux femmes de bonnes mœurs de porter des 
vêteméns de pourpre et brodés ; et il ajoute que cette loi défendait aussi 
aux hommes d'être trop recherchés dans leur habillement , et aux femmes 
de sortir de chez elles après le coucher du soleil , à moins que ce ne 
fussent des courtisannes. 

(2) Diodore rapporte dans son XIII. e livre que les Syracusains avaient 
élevé à Dioclés un temple , que Denis fit abattre dans la suite lors de la 
construction des murs de la ville. 



D E LA CrÉCE. r 5q 

des communications faciles avec les peuples les plus civilisés et les 
plus puissans, elles s'élevèrent dans le sein d'une longue paix au 
plus haut degré de splendeur, tandis que l'ancienne Grèce leur 
mère patrie était déchirée par les factions , ou menacée par les 
barbares (i). Mais les fastes de ces colonies sont encore plus in téres- 
sans sous le rapport des arts , des sciences, du commerce et de la re- 
ligion , que du côté de la législation et de la politique. L'histoire ne 
nous apprend rien de leur gouvernement , sinon que divisées dès 
leur origine en petits royaumes, elles conservèrent la forme du gou- 
vernement monarchique , selon les idées qu'elles tenaient de leur 
pays natal. Les Ioniens , les Eoiiens et les Doriens , ou Grecs de 
l'Asie, passèrent dans la suite de l'état monarchique à une démo- 
cratie organisée à-peu-près comme celle d'Athènes, qui se maintint 
jusqu'à ce que l'autorité suprême devint enfin le prix des intri- 
gues, des violences et de la trahison de quelque citoyen puissant. 
Parmi les tyrans qui ont dominé dans ces colonies, ceux de Milet 
sont les plus fameux. 

Les Grecs Asiatiques furent en outre victime de la politique 
de Sparte : car dans le traité conclu entre les Lacédémoniens et les 
Perses, il fut solennellement stipulé que toutes les villes Grec- L 
ques de l'Asie resteraient dans la dépendance du Roi de Perse, dont 
elles portèrent le joug, jusqu'à l'époque des conquêtes d'Alexandre, 
qui leur rendit leur liberté et leurs anciens droits. Après la mort 
d'Alexandre, ces mêmes Grecs énervés par le luxe et les vices 
sans force et sans courage, n'opposèrent aucune résistance aux ar- 
mées des Séleucides, successeurs du conquérant Macédonien, et 
devinrent sujets des Rois de Syrie. Les Romains leur rendirent de 
nouveau la liberté, c'est à dire cette liberté qu'ils avaient accor- 
dée aux Grecs Européens , assujettie à des conditions dures , et 
plus apparente que réelle. Mais s'étant révoltés contre les Romains 
pour embrasser le parti de Mithridate Roi de Pont, et ce Monar- 
que , après une guerre longue et sanglante, ayant enfin succombé 
sous les armes de Syila, ils se trouvèrent exposés à toute la vengeance 
du proconsul irrité, lequel les condamna à payer des contributions 
si énormes, et leur imposa des lois si rudes, qu'ils ne purent jamais 
.recouvrer depuis leur ancien éclat ni leur prospérité passée (a). 



Leur 
gouvernement.' 



,eurs revers* 



Accablés 
par Sylith 



(i) Gillies. Hist. of Greece , vol I pag. 7 6, et Hérod. Glio. liy. I. 142. 
(2) Appien dans Mitrhidat. et Plut, dans Sylla. 



iC Athènes. 



160 Gouvernement 

Nous nous bornerons à ce peu d'observations sur le gouvernement 
des colonies Grecques, gouvernement qui est plus ou moins appli- 
cable à toutes les autres colonies fondées par ce peuple , tant en 
Europe qu'en Afrique. 
Forum Nous ne croyons pouvoir mieux terminer ce que nous avons 

dit jusqu'ici sur le gouvernement de la Grèce en général , qu'en 
présentant à nos lecteurs deux dessins , que , d'après Vitruve , Pal- 
ladio nous a donnés du forum d'Athènes, place fameuse, où se ren- 
daient les sages pour s'entretenir de questions philosophiques , les 
oisifs pour critiquer les magistrats et jaser de politique et de guerre, 
et où enfin s'agitaient les grands intérêts de la république et du 
gouvernement. La planche 2,2 offre le plan , et la planche a3 ''élé- 
vation du forum Nous nous contenterons maintenant d'en indiquer 
les parties, nous réservant d'en parler plus au long lorsque nous 

(1) Palladio {Livres de l'Architecture etc. Venise etc. De France- 
schi 1670 ) parle ainsi du forum des Grecs: Les Grecs ( d'après ce que 
nous dit Vitruve dans le I. er chapitre de son V. e livre*) construisaient 
dans leurs villes des places de forme carrée, lesquelles étaient entourées 
de portiques vastes et doubles , soutenus par des colonnes très-rappro- 
chées , et qui n'étaient qu'à la distance d'un diamètre et demi, ou tout 
au plus de deux diamètre de colonne les unes des autres. La largeur 
de ces portiques était égale à la longueur des colonnes , ensorte que , 
comme ils étaient doubles , l'endroit pour se promener était de la lar- 
geur de deux fois cette longueur , et par conséquent très-spacieux et fort 
commode Ces premières colonnes , qui , ( eu égard au lieu où elles se 
trouvaient ) , devaient être , à mon avis , d'ordre corinthien , en suppor- 
taient d'autres d'un quart plus petites , qui soutenaient deux portiques 
supérieurs assez élevés pour pouvoir y rester et s'y promener commo- 
dément , et pour 'voir les spectacles qui se donnaient dans la place pour 
cause de dévotion ou d'amusement. Tous ces portiques dévoient être dé- 
corés de niches avec des statues , genre d ornement dont les Grecs étaient 
très-amateurs. Près de ces - places , ( malgré que dans la description 
qu'il nous en donne , Vitruve ne fasse aucune mention de leurs alen- 
tours ) , devaient se trouver le palais , la cour de justice , les prisons et 
tous les autres lieux .... qui tiennent à la place : ce qui est d'autant 
plus probable , que , ( comme il l'observe au VII e chapitre du premier 
livre ) , les anciens étaient dans rasage de bâtir, aux environs des places, 
les temples consacrés à Mercure et à Isis , comme les divinités qui pré- 
sidaient au commerce et aux marchandises ; et en effet on en voit en- 
core deux sur la place de Pola ville dis trie , d'une forme, d'une gran- 
deur et d'un genre d'architecture parfaitement semblables. 



de la Grèce. i6ï 

traiterons de l'architecture Grecque. En voici donc la description 
en peu de mots: A, place; B, portiques doubles; C, basilique; 
D, temple d'Isis; E, temple de Mercure; F^ cour (i); G, por- 
tique et petite cour au devant de la monnaie; H, portique et 
petite cour en avant des prisons ; I , porte du vestibule d'où l'on 
entre dans la cour ; K , corridors autour de ce local. 

PREMIÈRE SÉRIE DE L* ICONOGRAP HIE GRECQUE» 

; PORTRAITS 

des sept Sages , des Princes et des Législateurs. 



-1_Jes sept sages tant vantes dans 1 histoire Grecque doivent Recherches su F 

• i ■ , .,- i , i3 • i les sept toge*-- 

être encore considères comme législateurs: car, a 1 exception de 
Thaïes , tous ont été , ou à la tête de quelqu'Etat , ou se sont 
appliqués à donner aux hommes des leçons de morale et de po- 
litique (a). Mais nous ne savons rien de positif sur leur nom ni 
sur leur nombre ; et il serait, fort difficile de vouloir déterminer 
les maximes propres à chacun d'eux (3). Néanmoins les person- 
nages qui ont été décorés de ce nom sont, selon l'opinion la plus 
commune, Périandre Roi de Corinthe , Solon législateur d'Athè- 
nes , Bias né à Priéne en lonie , Thaïes de Milet , aussi Ionien , 

(i) Les cours étaient les lieux où s'assemblaient les sénateurs , ou 
les principaux magistrats ; et les basiliques , d'autres lieux où les magistrats 
rendaient la justice à eouvert , et où se traitaient les affaires les plus im- 
portantes de l'état. 

(2) De-Réal, Scien. du Gouv. etc. tom I. er pag. 226, observe judicieu- 
sement , que les maximes tant vantées des sept sages , lorsqu'on vient à les 
examiner froidement , et sans prévention pour l'antiquité , ne sont que 
des préceptes vulgaires ; et même que plusieurs de ces prétendus sages 
ont été de cruels tyrans. 

(5) Voy. l'Iconographie Grecque de Visconti vol. I, er pag. 102. D'après 
ee qu'on lit dans Diogéne Laerce y on pourrait fixer à l'an 5o4 avant l'ère 
vulgaire , l'époque où l'on commença à désigner sous le nom de Sages- 
certains personnages , qui } par leurs sentences morales, s'étaient rendus 
célèbres dans les villes Grecques d'Europe et d'Asie. 

e. Vol L 



Recherches sur 
les portraits 
des anciens. 



Portraits 

pli peinture- 



162 Gouvernement et Lois 

et le premier qui enseigna en Grèce la philosophie naturelle , Cléo- 
bule de Rhodes, Pittaque de Mytiléne, et Chilon de Sparte (1). 
Nous allons maintenant donner une idée particulière de chacun 
de ces grands hommes, et nous y joindrons même leurs portraits, 
que nous croyons devoir faire précéder des réflexions suivantes, 
dont on pourra faire l'application à ceux de tous les anciens per- 
sonnages , que nous représenterons successivement dans le cours de 
ce traité. 

L'homme a un penchant naturel et dominant qui le porte à 
chercher les moyens de conserver l'image des personnes , qui ont 
mérité son estime et son affection. C'est à ce penchant que nous 
sommes redevables des premières notions de l'art de la peinture et 
de la sculpture (a). " Ce goût alla toujours croissant, dit l'illustre 
Visconti, à mesure que les essais devinrent moins grossiers, et que 
l'art s'avança vers la perfection. L'imitation en plein relief fit 
croire à l'homme étonné , qu'il avait acquis la puissance de soustraire 
à l'empire de la mort les formes fragiles et variables des êtres vi- 
vans. Ces êtres, ainsi représentés, devimeut en quelque sorte immor- 
tels (3). C'était une opinion reçue dans les beaux jours de la Gré- 
ce , que l'usage de transmettre à la postérité les images en relief 
de personnes chères ou distinguées , remontait jusqu'aux siècles hé- 
roïques. Appollodore parle de la statue d'Hercule exécutée par 
Dedalus du vivant de ce héros, et fait mention du fameux palla- 
dium , comme de la statue d'une vierge, qui avait été liée d'une 
amitié très-étroite avec Minerve (4). » 

Les images des anciens Grecs étaient, pour la plupart des ou- 
vrages en plastique, en toreutique ou en sculpture. Elles étaient 
déposées dans les temples et dans les édifices publics, où chaque 
citoyen pouvait de même placer la sienne ou celle de toute autre per- 
sonne , sans avoir besoin pour cela de recourir à l'autorité publi- 
que. Dès les tem9 les plus reculés , les images des simples parti- 

(1) Antipater Sidon. Analecta, ep. LX. Hygin. Fab 221. Auson. Lud. 
VII. Sidon Apollin. Carm XV. A la place de Périandre, Platon met un cer- 
tain Myson du mont Oeta. Nous nous dispenserons de rapporter ici l'his- 
toire fabuleuse et si connue du trépied d'or , qui , selon Ausonius et Va- 
lerius Maximus , a donné le nom de Sages à ces sept personnages. 

(2) Plin. liv, XXXV. §. 5. 43 et 44- 

(3) Visconti Iconogr. grec. Disc, prélimin. 

(4) Apollod. liv. II. c. 6. §. 3. et liv. III. c. 12. §. 3. 



les 
monnaies. 



de la Grèce.. i63 

culiers fesaient un des principaux ornemens des sépulcres; et sou- 
vent même , parmi celles des morts , on voyait aussi les images de 
leurs parens ou de leurs amis encore vivans , ou celle de quelqu'hom- 
me célèbre qui avait été de la même profession que le défunt. C'est 
ainsi que , près d'Athènes , on voyait les tombeaux de l'orateur Iso- 
crate , et de Theodétes poète tragique , décorés des images de poètes 
et orateurs divers (i). L'art monétaire nous a aussi conservé les por- 
traits de plusieurs grands personnages de l'antiquité : car malgré 
que les monnaies les plus anciennes de la Grèce , portent en gêné- Portraits 
rai pour type , les images et les emblèmes des divinités tutélaires , 
ou certains caractères symboliques des peuples ou des villes où elles 
ont été frappées, il y eut néanmoins des villes Grecques, même 
dans les tems les plus reculés, qui retracèrent sur leurs monnaies 
les images d'hommes illustres auxquels elles avaient donné le jour. 
Par exemple , celle d'Homère fut prise par plusieurs peuples pour 
type de leurs monnaies, et les Mytileniens donnèrent aux leurs 
celle de Sapho (a). Mais , depuis qu'à l'exemple des Rois de Perse, 
Alexandre voulut que ses monnaies ne portassent d'autre empreinte 
que son propre portrait figuré en Hercule, il passa en usage, dans 
les Etats monarchiques , de représenter sur les monnaies l'effigie 
du Souverain régnant. Si nous avons maintenant un grand nombre 
de portraits, historiques surtout, c'est précisément aux monnaies que 
nous en sommes redevables ; et ces portraits portent en eux le plus 
haut degré d'authenticité , pour avoir été exécutés d'après les or- 
dres de quelqu' autorité publique 3 et par des artistes contemporains 
des Princes qu'ils ont représentés (3). Après les monnaies et les mé- 

(i) Cet usage se retrouve aussi chez les Romains. La statue du poète 
Ennius avait été placée dans le mausolée des Scipions sur la voie Ap- 
pienne : les images de Sophocle et de Ménandre furent découvertes près 
de Rome dans le tombeau d'un poète. Ces images étaient pour la plupart 
en marbre , en plein ou en bas-relief,, et n'offraient souvent que le buste 
du personnage représenté. Visconti est même d'avis que la dénomination 
de buste dérive du mot bustum , qui dans la basse latinité voulait dire 
sépulcre , peut-être de combustum , brûlé , parce qu'anciennement on était 
dans l'usage de brûler les cadavres. 

(2) Strab. liv. XIV. pag. 646. Pollux , Onomasù. liv. IX. num. 84. 

(3) « Dans ce» monumens solides, (dit encore Visconti au même en- 
droit ) , qui en raison de la matière dont ils sont faits , de leur forme cir- 
culaire et de leur peu d'étendue , sont moins faciles à se détériorer , noua 



Portraits 
éir les camées. 



Authenticité 
des anciens 
■ t portraits. 



Médailles 
Contournées. 



164 Gouvernement et Lois 

dailles viennent les camées et les gravures en pierre dure ; maïs , 
dépourvus pour la plupart d'inscriptions ou d'emblèmes analogues 
au personnage qui y est représenté , ils ne peuvent être que d'un 
faible secours dans l'étude de l'iconographie antique. 

En second lieu , il faut observer que les portraits des grands 
hommes de la Grèce, même ceux qui ont été faits long tems après 
la mort du personnage dont ils offrent l'image, ne laissent pas de 
présenter assez généralement un autre genre d'authenticité , dans 
l'usage où l'on était d'en faire un grand nombre de copies, qui 
étaient destinées à servir d'ornement , non seulement dans les édi- 
fices publics et privés , mais encore sur les ecus votifs les vases 
et les bas-reliefs , ainsi que sur les patères en terre cuite 3 et 
autres ustensiles domestiques ; en sorte que ces copies se renou- 
vellant ainsi d'âge en âge, se transmettaient d'une génération à l'au- 
tre avec une espèce de respect religieux. Ainsi donc , en supposant 
que le tems nous ait ravi les portraits qui ont été faits du vivant des 
personnages qu'ils représentent , il est à croire que dans les copie9 
faites postérieurement et qui sont parvenues jusqu'à nous , les ar- 
tistes auront cherché à imiter de leur mieux, si non les originaux, 
au moins les copies les plus authentiques et les plus estimées de 
leur tems , qui leur auront servi de modèle. 

C'est pour cette raison que Visconti regarde jusqu'à un cer- 
tain point comme authentiques quelques portraits, qui ne se trou- 
vent que sur les médailles appelées contournées, et frappées à l'épo- 
que de la décadence des arts , c'est-à-dire dans les IV. e et V. e siè- 
cles de l'ère vulgaire. Rome et Constantinople avaient encore à cette 
époque des collections de monumens antiques et rares en tout genre, 
qui offraient aux graveurs de médailles des modèles précieux à 
imiter , et sur lesquels ils ont en effet exercé leur talent avec suc- 
cès, comme on à lieu d'en être convaincu par la comparaison de 
certains portraits représentés sur les médailles contournées , avec 
ceux qu'on voit encore aujourd'hui dans des monumens de la plus 
haute antiquité. La même raison a encore porté ce savant anti- 
quaire, à accorder un certain degré d'authenticité à d'autres por- 
traits d'une date encore plus récente , qui nous sont conservés dans 

trouvons les portraits de tous les Empereurs Romains , ainsi que ceux de 
la plupart des Rois postérieurs à Alexandre , lequel a été , selon moi , le 
premier Souverain, qui, de son vrvant, ait fait imprimer son effigie sur 
les monnaies. » 



DE LA GrIcE. 1 65 

des miniatures dont sont décorés quelques anciens manuscrits , pourvu Miniatures. 
toutefois qu'elles ne soient point évidemment un ouvrage de fantai- 
sie, et qu'on reconnaisse dans le costume ou autres accessoires un 
caractère d'originalité tel , qu'on puisse raisonnablement présumer 
qu'elles ont été faites sur des copies plus antiques , et d'une époque 
plus rapprochée des vrais originaux. Il ne faut donc pas en croire 
trop légèrement M. r Mongez , aux yeux duquel les portraits que 
représentent ces anciennes gravures, n'offrent , pour ainsi dire, au- 
cun caractère d'authenticité (i). 

Il est une troisième et dernière observation que nous ne de- Ponraip 
vons pas passer sous silence ; c est 1 erreur ou sont tombes même des 
auteurs distingués , en prenant pour les portraits d'anciens person- 
nages Grecs, les effigies gravées sur des médailles et en pierres du- 
res; et voici comment. Par une suite de l'usage où étaient la plupart 
des villes de la Grèce 3 de donner à l'année le nom de leur pre- 
mier Magistrat ou de leur premier Archonte , souvent aussi les artis- 
tes gravèrent son nom et son image sur leurs médailles. Mais comme 
il y avait eu divers personnages portant le même nom, il arriva, 
îors de la restauration des arts et des lettres , que les têtes de 
ces magistrats furent prises pour celles des grands hommes qui avaient 
porté le nom dont ces médailles étaient décorées : or c'est ainsi 
que certains antiquaires ont cru voir dans quelques-unes d'elles la 
tête du philosophe Socrate , tandisque que ce n'était que celle d'un 
magistrat inconnu qui avait eu le même nom. Il en est de même 
des portraits qu'on trouve sur les camées et les pierres dures. Le 
nom qui y est gravé est le plus souvent celui de l'artiste s et rare- 
ment celui du personnage qui y est représenté. Par exemple on 
prit pour le législateur d'Athènes (a) certain Solon graveur , dont 
le nom , qui fait au génitif coaqnoc , et par abbréviation coaok se 
lit sur divers camées. C'est pourquoi dans le choix que nous avons 
fait du petit nombre de portraits insérés dans ce traité, nous n'a- 
vons pris que ceux qu'une saine critique nous a fait regarder com- 
me authentiques, ou à-peu-près comme tels; et nous nous en sommes 
rapportés pour cela presque toujours au jugement du célèbre anti- 
quaire M. r Visconti , lequel est à tous égards le savant le plus 
distingué que nous ayons dans cette science. 

(i) Encyclop. méthod. antiqiût. I. eF vol. pag. g. 
(2) Mongéz endroit cit. 



Selon. 



166 Gouvernement et Lois 

Portrait D'après ces considérations , nous commencerons par Périandre 

e Périandre. • 1 1 -i 

qui passe pour le plus ancien des sept sages , quoique tous les au- 
tres ayent été ses contemporains. Il était fils de Cypséle , et régna 
à Corinthe pendant près de quarante quatre ans : il e9t regardé 
comme un des premiers législateurs qui ayent donné aux hommes 
des régies de gouvernement (i). Son image nous a été conservée 
dans le buste , ou hermès en marbre ( voy. le n.° i de la plan- 
che 2,4) , monument précieux du Musée Vatican , qui fut décou- 
vert en 1780 aux environs de Tivoli , dans les excavations de la 
maison de campagne de Cassius , avec Thermes de Bias , et des 
fragmens de celles de Solon, de Thaïes, de Pittaque et de Cléo- 
bule. Le sculpteur a donné à son regard un caractère ferme et 
résolu. Le n.° a représente Solon , et est pris d'un buste en mar- 
bre de la galerie de Florence. Le sage a la tête ceinte d'un cordon , 
symbole de son apothéose: le bout de son pallium ou manteau lui 
retombe sur l'épaule gauche : sa physionomie annonce le calme et 
la force de l'âme. Suit , sous le n.° 3 , l'image de Bias dans un buste 
en marbre , qui a également été découvert dans les excavations 
faites à Tivoli. Le sage de Priéne s'était rendu célèbre par l'élo- 
quence avec laquelle il servit les intérêts de sa patrie, par l'activité 
de sa bienfesance, et par l'inaltérable égalité de sa conduite. 
Il expira à la tribune entre les bras de son neveu, à la fin d'une 
harangue qu'il prononça pour un de ses amis. Le n.° 4 représente 

Thaïes. Thaïes, le fondateur de la secte Ionique, et le père de la philo- 
sophie Grecque , dont nous aurons occasion de parler ailleurs. Ce 
philosophe fut le premier qui, au dire d'Hérodote, conçut le pro- 
jet d'un état confédéré , système qui fut d'abord rejette par ses 
concitoyens , mais qu'on regarda dans la suite comme un bienfait 
de la plus sage politique. Cette hermès fait partie du Musée du 
Vatican, et fut trouvée dans les fouilles du mont Celius. La mé- 

fittaque. daille n.° 5 offre l'effigie de Pittaque. Cette précieuse médaille en 
bronze, qui est l'unique, appartenait dans le XV. e siècle au cé- 
lèbre Fulvius Ursin : elle passa ensuite dans la collection Gotofredi 
à Rome , et de là dans le cabinet de la Reine Christine. Pie VI 
en fit l'acquisition pour en enrichir la collection du Vatican, d'où 

(1) L'opuscule, ou dialogue de Plutarque , intitulé le Banquet des 
sept Sages , où sont représentés ces parsonnages illustres, assis à un banquet 
solennel ehez Périandre, doit être regardé comme une espèce de roman y 
plutôt que comme un morceau historique. 



de la Gré* ce. 167 

elle est enfin allée au Musée de Paris. Pittaque donna des lois à 
Miîyléne, et y exerça la dictature pendant dix ans, au bout des- 
quels il vécut tranquille et honoré de ses concitoyens, sans être con- 
traint de se condamner à un exil volontaire , comme avaient fait 
Lycurgue et Solon. Il mourut à Mityléne, âgé de plus de soixante 
et dix ans, Tan 570 avant l'ère vulgaire. Le fragment de Mosaïque 
qu'on voit au ri, 1 de la planche 2,5 , retrace , bien que grossière- 
ment, le portrait de Chilon (ij. Ce sage était de Sparte, et il vi- çw&» 
vait à l'époque où la législation de Lycurgue était dans toute sa 
vigueur. Il obtint la dignité de premier Ephore l'an 556 avant 
notre ère (2,); il vécut long tems constamment honoré de ses con- 
citoyens, et mourut aux jeux olympiques entre les bras de son fils 
qui y avait remporté le prix du pugilat. 

Nous ne pouvons retracer ici le portrait de Cléobuîe, le cin- ciéoiuie 

' . \ » ) . , -, ... , et Pisïstrate 

quieme d entre les sages , les monumens qui devaient nous le trans- 
mettre ainsi que celui de Pisistrate ayant été la proie du tems. 
L'illustre Visconti nous avertit cependant que l'on conserve dans 
le Musée du Vatican les piédestaux en façon de hermès sur lesquels 
posaient ces images , et où on lit encore les noms de Cléobuîe et 
de Pisistrate. A l'exemple de cet antiquaire, nous remplirons cette 
lacune par le portrait d'Esope (3). Esope , dit-il, né en Phrygie, e<oj>^ 
esclave à Athènes , puis à Samos , est le premier qui se soit acquis 
un nom durable dans l'apologue, espèce de contes moraux inventés 
en orient dès la plus haute antiquité. Ses fables, ses sentences et 
ses réponses ingénieuses lui valurent sa liberté , et le firent mettre 
en quelque sorte au rang des sept sages , dont il était contemporain. 
Il fut accueilli avec distinction à la cour de Crésus ; mais son bon- 

(1) Ce morceau de mosaïque se trouve à Véronne dans la Bibliothèque 
de la Cathédrale , à laquelle il en a été fait présent par le Prélat Bianchini , 
qui l'avait acheté à Rome , où il avait été découvert au commencement 
du siècle parmi les ruines de rAventin. On y lit la fameuse sentence 
qu'on atribue à Chilon : rNQQi cayton: Connais toi toi même. Ce fragment 
semble avoir été détaché du pavé de la Bibliothèque du Pollion sur 
rAventin. On sait que Pollion avait orné sa Bibliothèque des portraits 
des hommes illustres. 

(2) Corsini. T. A. tom. III pag. io3. 

(3) Les Athéniens avaient fait sculpter par Lisyppe l'image d Esope , 
et l'avaient placée après celles des sept sages. Phœd. EpiJog liv. 2 ; ver. 1. 

Aesopi ingenio statuant posuere Attici. 



1 68 Cou Versement et Lois 

heur n'y fat pas de longue durée. Après s'être élevé par son génie et 
son savoir, de l'état le plus abject à une condition honorable, il 
périt à Delphes , victime de la plus noire calomnie , qui le fit pré- 
cipiter comme sacrilège de la roche Iampea., (i) l'an 56o avant 
l'ère chrétienne (a). Le n.° a représente lliermès d'Esope , dont on 
voyait autrefois l'original dans la maison de plaisance Albani à 
Rome. La forme de cette hermès ou therme , observe encore le 
même Antiquaire , usitée chez les anciens nour les portraits des hom- 
mes illustres, la gibhosité et les défauts de conformation du per- 
sonnage figuré dans ce monument, avec son ventre saillant et sa tête 
pointue, tel enfin qu'on représente Esope , ne permettent aucune- 
ment de douter que ce ne soit là l'image du fameux auteur d'apo- 
logues. Les défectuosités de sa personne y sont compensées par une 
certaine vivacité de physionomie, qui diffère extrêmement de celle 
que les anciens donnaient ordinairement aux portraits qu'ils fe- 
saient des nains et des bouffons , dans la figure desquels on apper- 
cevait toujours quelque chose de ridicule et même de stupide. 
Zaïeucm L es portraits des deux législateurs de la Grande Grèce Za- 

•gf; Cliarondas. x «» 

Jeucus et Cliarondas devraient aussi trouver ici leur place; mais ils 
ne sont point parvenus jusqu'à nous. La médaille d'argent des Lo- 
criens d'Italie rapportée par Faber, par F. Ursin et par Gronove , 
sur laquelle certains antiquaires ont cru voir le portrait de Zaleu- 
eus , est reconnue aujourd'hui comme fausse; et la même erreur a 
été le partage de quelques autres érudits, qui ont pensé découvrir 
l'effigie de Cliarondas dans une tête chauve et barbue, gravée sur de 
petites médailles d'argent qui ont été frappées à Catane en Sicile.,. 
Les figures que représentent ces médailles sont celles de Silène et 
de Pan, comme le démontrent évidemment les accessoires et^autrea 
indications analogues (3). 

(i) V. Larcher , Chronoï. cP Hérodote, ch. 19% 

(2) Cet auteur , Iconogr. gr. , vol. 3 pag. 121 , combat victorieuse- 
ment le scepticisme de ceux, qui ont douté de Inexistence d'Esope. 

(3) Visconti endr. cit. pag. i25 N. Cet auteur est d'avis que la tête 
couronnée de la médaille Locrienne est celle de Jupiter qu'on voit sur 
les médailles authentiques des Locriens , et que le nom de cette divinité 
zeuî à été changé en celui de z*Ae««<.s. Quant à ce prétendu portrait de 
Cliarondas dans les médailles de Gatane , que Gronove rapporte dans son 
ouvrage , nous remarquerons qu'il est représenté tantôt avec des cornes x 
et tantôt avec des oreilles de bouc , qui sont les signes caractéristiques, 
de Pan. et de Silène. 



Cëcrops „ 
Minos , 
CodruS' 



Lyturgue. 



de la Grèce. i 69 

Les portraits de Cécrops, de Minos , de Codrus et autres an- 
ciens monarques et législateurs , rapportés par Gronove , ne méri- 
tent pas plus de foi : on n'a aucune raison solide pour croire à 
leur authenticité, et ils n'ont eu souvent pour archétype que le 
caprice de l'artiste, ou la crédulité de quelqu'antiquaire, qui s'est 
imaginé de voir les images de ces grands personnages dans quelques 
têtes antiques , idéales ou même inconnues. Pour ne point tomber 
dans les mêmes erreurs à cet égard , nous nous sommes fait une loi 
de ne donner ici que les portraits dont l'authenticité est avouée par 
une saine critique , ou au moins appuyée de grandes probabilités. 
Tel est celui de Lycurgue qu'on voit au n.° 3 de la planche a5 , 
et qui est pris d'une tête en marbre de la collection Farnaise. La 
différence sensible qu'on apperçoit dans la conformation de l'œil 
gauche et des parties environnantes , en la comparant avec le côté 
droit du visage , indique que , par ce défaut de symétrie , l'artiste 
a voulu caractériser un homme qui n'avait qu'un œil : or Lycurgue 
en avait en effet un de moins, qu'il avait perdu dans une émeute 
populaire. La chevelure inculte est négligée, telle que le compor- 
tait l'austérité des mœurs Spartiates, et l'armure qu'on voit en par- 
tie sur l'épaule droite, décèlent bien le législateur, qui avait fait 
de la bravoure militaire la base de sa constitution (1). Au portrait 
de Lycurgue, de l'immortel fondateur de la grandeur Spartiate, 
joignons celui du tyran Cléoméne III. e , fils de Léonidas II e Roi de cièommein. 
Sparte, et le dernier de la famille royale des Agides. Il avait 
changé la forme du gouvernement par le massacre des Ephores, et 
l'empoisonnement du jeune Roi de la famille des Euripontides qu'il 
devait avoir pour collègue. Son image se voit sur un médaillon en 
argent frappé à Sparte , qui fut apporté de ]a Grèce à Paris par 
M. r l'abbé Fourmont , et publié par la première fois dans l'His- 
toire de l'Académie des belles lettres (a). Le revers représente Mi- 
nerve Chalciaecos, ou Minerve au temple de Bronze^ protectrice 
de Sparte. Eckel et Visconti donnent des raisons plausibles sur 
l'authenticité réele de ce portrait (3). 

(1) On conserve dans le Musée du Vatican une statue de Lycurgue, 
dont la tête ne diffère guères de celle de la collection Farnése que nous 
venons de rapporter. Voy. Mus. Pio-Clem. , tom. III. plan. i3. 

(2) Tom. XL. pag g3. 

(3) Eck. Doctr. Num. tom. II. pag, 282. et Vise. Iconogr. gr. vol. II. 
pag. q4 et suiv. 

Europe- Fol. J-. 



170 Gouvernement 

ï&icks. Parmi les hommes d'Etat qui se sont rendus fameux dans toute 

îa Grèce 3 on doit placer au premier rang Périclés, qui fut pen- 
dant quarante ans l'arbitre de la république d'Athènes. Profond 
scrutateur du cœur humain et politique habile , il sut conserver 
adroitement son autorité , par le sage emploi qu'il fit des trésors 
de la Grèce , et surtout de l'éloquence rare dont la nature l'avait 
doué. Athènes parvint sous lui au plus haut degré de splendeur dans 
les sciences et dans le beaux arts: il mourut de la peste qui dé- 
sola cette ville l'an 4 a 9 avant l'ère Chrétienne, et le troisième de 
la guerre du Péloponnèse. Son portrait , n.° 5 , regardé comme 
authentique par Visconti , a été copié sur une belle hermès en 
marbre, découverte il n'y a pas long tems aux environs de Tivoli, 
dans les ruines de la maison de campagne de Cassins , d'où il est 
passé dans le musée du Vatican (i). „ La profondeur des pensées, 
la finesse du jugement, et une fermeté de caractère inébranlable, 
sont, au dire du même antiquaire, les qualités dont l'artiste a voulu 
graver l'empreinte sur le front , dans les yeux et sur les lèvres du 
personnage que représente cette image. 11 est à remarquer que la 
forme du crâne de Périclés , qui , selon Plutarque était oblong et 
trop élevé , se trouve cachée ici sous le casque ; et que cet artifice 
a été employé par tous les artistes de cette époque , pour voiler ce 
défaut dans les portraits de leur grand protecteur (a). A coté de celui 
de Périclés on devrait placer le portrait d'Aspasie fameuse courti- 
sanne de Milet, qui de cet état sut s'élever au point de se rendre, 
avec ce grand personnage, l'arbitre des destinées d'Athènes. Mail 
nous l'avons déjà donné sous le n.° i de la planche 7. 

Nous terminerons cette première série de l'Iconographie Grec- 
que par la planche 36 , où sont retracés les portraits des Prince* 
et des Rois de Sicile , qui , par leurs grandes actions , ont mérité 
une place distinguée dans l'histoire. Les médailles qui les repré- 
sentent sont toutes authentiques, et prises en grande parties de l'ou- 
vrage du célèbre antiquaire dont nous venons de parler. La médaille 

(1) Dans Thermes on lit au bas du portrait en grec, et en carac- 
tères majuscules l'inscription suivante: Périclés fils de Xantippe Athé- 
nien. On a découvert dans les mêmes ruines prés de Tivoli une autre 
image de Périclés qui a été transportée en Angleterre : elle est gravée sur 
un cul de lampe qu'on trouve dans le ll. e tom. , chap. 5 des antiquités 
d'Athènes par Stuart. 

(a) Plutarch. Périclés etc. 



%e 






CweiL 



DE LA GeÉCÊ. - 171 

d'argent n.° 1 représente Hiéron , qui gouverna Agrigente depuis Hiêronl 
Tan 487 jusqu'en 472 avant l'ère vulgaire, et que Pindare fait de- 
scendre de héros Thébains. La faction des Emmérides, qui formait 
dans cette ville un corps politique , dont les membres étaient étroi- 
tement unis entre eux par les liens de certaines cérémonies religieu- 
ses , l'avait élevé au pouvoir suprême, et il en fit un usage égale- 
ment utile à sa patrie et à la Sicile entière, en délivrant cette île 
du joug des Carthaginois, au moyen de l'alliance qu'il fit avec Gélon 
chef de Syracuse. Cette médaille se trouve dans la collection Ca- 
relli de Naples. L'écrévisse qu'on voit sur le revers, et qui s'appe- 
lait xpay&v eu grec, était devenu l'emblème d'Âgrigente, à laquelle 
les Grecs donnaient pour cela le nom d'Àcragos. Le bandeau qui 
ceint le front du personnage , annonce qu'on le mettait au rang 
des anciens héros. 

Les n. os 2, et 3 offrent le portrait de Gélon. Après s'être rendu Gélo,i - 
par la force l'arbitre de Gela sa patrie, Gélon entreprit la con- 
quête de Syracuse , et y entra en vainqueur à la tète de la fac- 
tion des riches que le peuple en avait chassés. A la bataille d'Hy- 
mère il défit l'armée Carthaginoise commandée par Amilcar, qui 
était bien de trois cent mille hommes: il en employa les prison- 
niers à l'agriculture et aux ouvrages publics, au lieu de cette po- 
pulace inconstante et séditieuse , que l'intérêt public l'avait porté à 
expulser tout à fait de la Sicile. S'étant présenté ensuite sans ar- 
mes dans l'assemblée du peuple, il y rendit compte des actes de 
son autorité, et fut spontanément proclamé Roi. Il se consacra en- 
suite tout entier au bien de la Sicile, à laquelle il fit en quelque, 
sorte changer de face, en y créant d'utiles institutions (1). Il 
mourut d'hydropisie l'an 478 avant l'ère vulgaire. Les deux mé- 
dailles, dont l'une est en argent et l'autre en bronze, représentent 
ce Prince à deux âges un peu différens , et ont été décrites par 
Mionnet (fi). Dans celle du n.° a, on voit derière la tête et dans 
le champ de la médaille une massue , qui pouvait bien être l'em- 
blème de ses triomphes dans les jeux olympiques , idée que semblent 
confirmer les chars de victoire qu'on apperçoit sur le revers clés 

(1) Gélon inséra dans son traité avec les Carthaginois un article, qui 
les obligeait à l'abolition de l'usage barbare où ils étaient de sacrifier des 
gnfans. Voy. Montesquieu , Esprit des lois , liv. X chap 5, 

(2) Description de médailles etc. tom. I. Rois de Sicile ,n a % et. 5,- 



i7 a Gouvernement 

deux médailles, ainsi que la lettre E qui est au dessous des che- 
vaux du n.° a. Elles portent l'une et l'autre une légende en Grec, 
qui , sur l'une , signifie : Les Syracusains ( à la mémoire )de Gélon ^ 
et sur l'autre simplement ( à la mémoire ) de Gélon. 

méroni. Le n.° 4 représente Hiéron I. er frère de Gélon (i). Sous ce 

Prince le trône de Syracuse acquit un nouvel éclat. Il fut ami 
des lettres et des arts; et malgré son ambition, et les autres dé- 
fauts que lui impute Diodore (2), on l'a toujours regardé comme 
le modèle des Princes. Il avait fondé la ville d'Etna, dans la- 
quelle il obtint les honneurs héroïques , qu'ont avait coutume de 
rendre, selon le témoignage du môme écrivain , aux fondateurs 
d'une ville qui ne renfermait pas moins de dix mille habitans. 
Cette médaille est en bronze , et porte à son revers les mèmer 
emblèmes que celle de Gélon. 

La médaille d'argent, n.° 5, a tous les caractères que nous avons 
remarqués dans celles de Gélon et de Hiéron , d'où l'on peut con- 
clure avec quelque vraisemblance , qu'elle a été frappée à la môme 
époque et au même atelier que les premières, c'est à dire à Syra- 
cuse sous Hiéron II. La légende Grecque qui est sur le revers si- 

Pkiiisie. gnifie : ( à la mémoire ) de la Reine Philiste. On retrouve le nom 
de cette Philiste sur diverses médailles , ainsi que sur quelques 
monumens Paléo graphiques de la Sicile ; mais les antiquaires ne 
sont pas encore d'accord entre eux sur la place à assigner à cette 
Reine dans l'histoire et la chronologie. De toutes les opinions qui 
ont été émises à cet égard , la plus probable selon nous est encore 
celle de Visconti , qui croit que cette image est celle d'une Phi- 
liste fille de Hiéron I. er , de laquelle descendait vraisemblablement 
Hiéron II., et que ce dernier fit frapper cette médaille avec celle 
du premier Hiéron. Le char de victoire fait peut-être allusion 
aux triomphes que le père et l'oncle de cette femme avaient rem- 

(i) Il y eut deux Hiéron. Le premier, qui était fils de Dioméne , 
jégna io ans , et mourut l'an 467 avant Lère vulgaire : le second régna 
54 ans , et mourut l'an 2i5 avant la même ère. Le portrait que présente 
la médaille dont est question est celui de Hiéron I er , malgré que, selon 
toutes les régies de la bonne critique , elle ait été frappée sous Hiéron II 
qui voulut par là honorer la mémoire de ce grand homme. Voy. l'ouvrage 
du même Mionnet, ( Rois de Sicile n.° 20 ) , et Visconti Iconogr. Grec, 
vol. IL pag. i5 et suiv. 

(2) Diodor. XL § 67. 



be la Grèce. 173 

portés dans les jeux de la Grèce. La palme qu'on voit dans le 
champ de la médaille derrière la tète , et la lettre A au dessous 
des chevaux, sont des signes emblématiques ou de la ville où elle 
a été frappée, ou du magistrat qui présidait à l'établissement où 
elle a été faite (1). La chevelure de cette Reine va disparaissant 
sous le diadème et sous son voile, genre de coiffure que les artistes 
de l'antiquité donnaient souvent à la mère des Dieux. Nous avons 
rapporté d'autant plus volontiers cette image , qu'elle peut fournir 
à nos artistes une idée de l'habillement des Reines Grecques dans 
les plus beaux jours de la Sicile. Tel est le petit nombre des mé- 
dailles que nous avons , et sur lesquelles les images des Rois de Si- 
cile ont un caractère certain d'authenticité : car les autres mé- 
dailles , et entre autres celle de Denis l'ancien , où Mirabella croit 
voir le portrait de ce tyran (fi) , sont toutes supposées , ou ne re- 
présentent que des divinités tutélaires. Nous n'étendrons donc pas. 
plus loin cette première série de l'iconographie Grecque. 



SECONDE SÉRIE DE L I C ONO GRJ P H IE GRECQUE* 

La Grèce sous les Rois de Macédoine. 

or, la dissimulation, la ruse et la politique insidieuse de toicademe 
Philippe Roi de Macédoine d'un côté, et de l'autre la mollesse, de u GrJee, 
la discorde, l'abandon des anciennes constitutions, et l'adulation 
vénale des orateurs, avaient déjà porté le coup le plus funeste à la 
liberté des Grecs. Envain Démosthénes et un petit nombre d'au- 
tres, en qui survivait encore l'amour des premières vertus, fesaient 
tous leurs efforts pour soutenir l'édifice chancelant de la puissance 

(1) Visconti observe que les Grecs, n'ayant pas de noms de famille, 
fesaient un grand usage de cachets pour se distinguer les uns des aurres. 
« Je ne crois pas , dit il , qu'il existe de monument qui prouve mieux cet 
usage , et qui soit plus propre à expliquer les emblèmes et les caractères 
qu'on trouve sur les anciennes médailles , que la célèbre inscription: ou 
table en bronze d'Héraclée : on y lit les noms des magistrats de cette 
ville ; et chaque nom est accompagné de son signe emblématique ou du 
type de son cachet , et de quelques lettres qui probablement y étaient 
gravées. » On peut lire encore ce que dit à ce sujet Mirabella , Des an- 
ciennes Syracuses , vol. IL, part. II. pag. 12a. 

(2) Mirabella, ibid. Médaille XXXI. 



ï 74 Gouvernement 

h MaSdZieri. nat * ona i e - Philippe, en suite d'une convention entre son père Amyn- 
tas et le Thébain Pélopidas, avait été envoyé comme otage à Thé- 
bes. Il y fut élevé dans la famille d'Epaminondas , où, pour le 
malheur de la Grèce, il apprit l'art de la guerre à l'école de ce 
grand capitaine. Monté sur le trône de Macédoine , et sûr de 
l'obéissance de ses sujets, il tourna ses vues du côté de la Grèce, 
dont la faiblesse , fruit, de la corruption des mœurs et de l'esprit 
de faction qu'il y avait remarqués, lui firent sans doute regarder 
la conquête comme peu difficile. Les traîtres qu'il soudoyait à tout 
prix dans chaque état l'aidèrent dans l'exécution de son projet (i). 
Ses premiers mouvemens le rendirent maître des Thermopyles et 
de la Phocide , dont les villes, par un acte de sa volonté, furent 
réduites en simples villages. Ensuite il obtint d'être admis solen- 
nellement dans le conseil des Amphyctions , avec le privilège de 
deux voix dans les délibérations. Les Thébains et les Athéniens 
tentèrent vainement d'opposer une barrière au torrent des phalan- 
ges Macédoniennes ; ils furent enfin vaincus à la fameuse bataille 
de Chéronée , et Philippe aurait dès lors achevé son entreprise ç 
s'il eût su profiter de la victoire , et n'eût pas regardé comme une 
chose imprudente et prématurée de pousser les Grecs à une résis- 
tance désespérée. Cette crainte fut sans doute ce qui le détermina 
à se faire proclamer par tous les Etats chef suprême de toutes 
les troupes Grecques , pour une expédition qu'il méditait contre 
les Perses, et qu'il aurait peut-être exécutée, s'il n'avait point été 
Mon tué par Pausanias jeune Macédonien dans la XLVIl. e année de 

& Philippe. ,,, J . .,, . . 

son âge , et doo ans avant I ère vulgaire. 
4iexanàre. L'entreprises que Philippe n'avait pu terminer fut heureuse- 

ment conduite à sa fin par son fils Alexandre (fi). Celui-ci nacquit 
à Pella en Macédoine 356 ans avant l'ère vulgaire: il descendait 
des Héraclides du côté paternel, et des Eacides du côté de sa 

(i) Les Spartiates furent les seuls qui surent se préserver de la con* 
tagion de Tor de Philippe. Pausanias comparait cette contagion à la peste 
qui avait dévasté toute la Grèce dans la guerre du Péloponnèse. Les fié-' 
ehes d'Apollon , dit un écrivain illustre , furent moins funestes aux Grecs 
dans les champs de Troie que l'or répandu par Philippe dans leurs pro- 
pres foyers. Voy. Sainte- Croix. Exam. etc. 

(2) Nous ne rapporterons d'Alexandre que ce qui a une relation im- 
médiate avec les événemens de la Grèce , en renvoyant nos lecteurs pour 
le reste au grand ouvrage de Sainte- Croix , Examen critique d&s atir- 
siems. historiens iï Alexandre-le-grand K 



î)e là Grec e. i^5 

trière Olympie* c'est pourquoi il se vantait d'origine divine, comme 
issu d'Hercule , d'Achille et de Jupiter. Son père lui donna pour 
précepteur Aristote, qui se proposa d'en faire un grand Boi, en Son éducations 
quoi il réussit parfaitement : car dans le transport de son admiration 
à la vue des progrès rapides que fesait son fils, Philippe ne put 
s'empêcher de s'écrier , d mon fils , cherche un autre Royaume qui 
soit digne de toi , car désormais la Macédoine ne peut plus le con- 
tenir. Après avoir pris les rênes de l'Empire à l'âge de vingt aus, 
et vengé la mort de son pète, il subjugua les Illyriens et les Thra- 
ces. La prise de Théhes , qu'il détruisit entièrement ,jetta une telle Ses première* 
épouvante parmi les Grecs, qu'ils se soumirent tous à lui , et l'élu- enire i ]nses - 
rent pour leur Généralissime contre les Perses leurs mortels enne- 
mis. A vingt deux ans il passa PHelïespont, et plein de confiance 
dans le succès de ses armes, il distribua entre ses amis tous les do- 
maines de sa couronne, ne gardant pour lui que l'espérance. Les ll J e pjf è ' 
batailles du Granique, de l'Issus, et d' Ai -belles , les sièges d'Hali- 
carnasse et de Tyr s et une foule d'autres exploits, rélevèrent 
au trône de l'Asie dans l'espace de cinq ans : la fondation d'Ale- 
xandrie, la restauration de villes fameuses, et la ruine de plusieurs 
autres, forment une des plus belles parties de l'histoire Grecque, 
et peut-être la relation la plus importante des expéditions militai, 
res de l'antiquité. Parvenu au plus haut degré d'élévation qu'un 
homme puisse atteindre, Alexandre ne s'endormit point au milieu 
cle ses triomphes; mais poursuivant sa marche victorieuse à travers 
d'immenses régions 3 il excita l'admiration et la terreur chez tous les 
peuples, et poussa ses conquêtes jusqu'aux bords de l'Hydaspe et 
de l'Indus. Salué fils de Jupiter par l'oracle d'Ammon , il sut 
mettre à profit cette flatterie pour s'attirer l'admiration des peu- 
ples , et accomplir le grand projet qu'il avait conçu, et qui peut- 
être ne pouvait s'effectuer par la force seule des armes. Ce projet 
était de ne former, des peuples de l'Asie et de la Grèce, qu'une 
seule nation et un seul empire, capable d'assurer la tranquillité 
des peup ! es dont il serait composé, et de contenir dans une certaine 
dépendance les nations étrangères dont il serait environné. Mais 
la mort l'empêcha de réaliser cette grande entreprise: frappé d'une 
fièvre violente à Babylone , il y mourut à l'âge de 3a ans , 3o3 Sa mon, 
avant l'ère chrétienne (i). 

(1) Voy. Larcher sur l'opinion de la mort d'Alexandre. Hérod. vol. 
YII , pag. 7 o8. 



• 



176 Gouvernement 

Conduite Alexandre, après avoir soumis les Grecs, ne voulut point leur 

d'Alexandre # m \ 1 » 1 \ • 

envers la Grèce imposer de joug ; et , à 1 exemple de son père , il tint au con- 
traire envers eux une conduite pleine de noblesse et de générosité. 
En partant pour l'Asie , il leur laissa la faculté de se donner telle 
forme de gouvernement qu'il leur plairait ; et dans la destruction 
de Thébes, il voulut même ne paraître que comme le simple exé- 
11 se venge cuteur de leurs décrets. Il ne se montra pas moins grand dans la 
vengeance qu'il tira des Lacédémoniens , qui lui avaient refusé leur 
vœu pour le commandement suprême des troupes Grecques : car 
ayant envoyé à Athènes, après la bataille du Grauique, trois cents 
armures prises sur les Perses 3 pour y être consacrées à Minerve-Po- 
liade , il voulut qu'on mît au bas cette inscription : Alexandre fils 
de Philippe , et les Grecs , excepté les Lacédémoniens , des dépouil- 
les des barbares qui habitent l'Asie. Mais il humilia encore d'avan- 
tage leur orgueil à l'occasion du soulèvement du Péloponnèse, dont 
ils avaient été les instigateurs. Après la défaite d'Agis , qui , avec 
une armée de Spartiates, était accouru au secours des rebéles, Ale- 
xandre exigea que Lacédémone lui envoyât quelques otages sous 
le titre d'ambassadeurs , et se mît entièrement à sa discrétion. Il 
ne montra pas moins d'empressement à paralyser l'énergie des peu- 
ples de l'Elide et de l'Achaïe , qui avaient pris les armes contre 
lui , en fesant dans le Péloponnèse des levées d'hommes plus consi- 
dérables que dans aucune autre contrée de la Grèce. De cette ma- 
nière il ôta à ses ennemis les moyens de lui nuire, en les associant 
sans qu'ils s'en doutassent à l'accomplissement de ses vastes projets. 
À» affection Alexandre conserva toujours une affection particulière pour la ville 
V our Athènes, g^fofa^ ? à l ac[U elle il ne refusa rien de tout ce qu'elle lui de- 
manda durant le cours de son expédition; il lui fit même restituer, 
non seulement les statues d'Harmodius et d'Aristogiton , mais en- 
core les simulacres de ses Dieux qui lui avaient été enlevés et trans- 
portés à Suse. Connaissant néanmoins l'esprit de légèreté et de sé- 
dition qui dominait dans ses habitaus, il eut toujours soin, suivant 
la maxime politique de son père, de fomenter la faction Macé- 
donienne dans les murs de cette ville, en s'assurant, au prix de 
For, l'appui de ses premiers citoyens (1). Cette conduite artifi- 
cieuse soumit la Gréée entière au joug des Macédoniens sans qu'elle 
s'en aperçût. 

(1) V. Plut, in Alex. Aescliin. contr. Ctesipîi. Diod. Sic. Arrien. et 
S. Croix. Examen etc. pag. 461. 



Caractère 
d'Alexandre. 



de la Grèce. 177 

Nous n'entrerons point ici dans une dissertation approfondie 
sur le caractère d'Alexandre. Nous laissons aux Rhéteurs et aux 
Sophistes la liberté de l'élever au rang des demi-Dieux , ou de 
l'abaisser au nombre des tyrans et des fléaux de l'humanité. Il nous 
semble néanmoins qu'Aristote a tracé un fidèle portrait de ce grand 
homme , qui avait été son disciple , dans le passage suivant dont 
Rutilius Lupus nous a donné la traduction latine : Jlexandro Ma- 
cedoni , neque in déliherando consilium , neque in praeliendo virtus 
neque in beneficio benignibas deerat , sed dumtaxat in supplicio cru- 
delitas. Nam cum aliqua res dubia accidisset , apparebab sapien- 
tissimus ; cum autem confligendum esseb cum hosbibus , forbissimus-, 
cum vero praemia dignis tribuendum , liber alis simus : ab cum uni- 
madverberidum , clementissimus (1). 

Tels furent le caractère et la vie d'Alexandre , dont le génie Ses erreur. 
aurait pu changer la face de l'ancien monde , et y faire régner le 
bonheur. Mais , comme l'observe fort-bien Gilles , l'esprit d'amélio- 
ration est passager et demande des efforts suivis , tandis que les 
causes de destruction sont infinies et permanentes (a). En négli- 
geant d'assurer la succession à son trône , le héros Macédonien laissa 
un champ ouvert aux guerres sanglantes, qui ont si long temps 
désolé le monde après lui. On rapporte même qu'ils les prédit 
dans les derniers momens de sa vie , en disant : Mes funérailles 
seront de sang. Ses Généraux usèrent de la pilus astucieuse politi- 
que, pour paralyser les droits que ses en fans et ses frères avaient 
à lui succéder (3). Perdicas , à qui il avait donné l'anneau revêtu 



Politique 
ans Généraux 
d'Alexandre, 



(1) Rutil. Lup., de fig. sentent.. L. I. §. 18. Voy. l'ouvrage cité 
de Sainte Croix, pag. ao3. Voyez aussi l'Iconographie de Visconti , qui fait 
à propos l'observation suivante, tom. II. pag. Zz: « Cet éloge , qu'Aristote 
nous a laissé d'Alexandre est d'autant plus digne d'attention, qu'il a sans 
doute été écrit après sa mort: ce qui me fait regarder comme injuste le 
reproche d'adulation, que Ronchenius, d'après Tertullien, fait à ce sujet 
au philosophe. 

(2) Hist. of Greece. Vol. II. pag. 678. 

(3) Alexandre eut , de Barsine fille de Darius , selon quelques écri- 
vains , et d'Artabaze selon d'autres , un fils appelé Hercule , qui ne vé- 
cut que fort peu de tems ; de la belle Pwxane fille d'Oxiarte Bactrien , 
un autre fils posthume qui eut son nom, et porta pendant quelque tems 
le titre de Roi; et de Cléoplie Reine d'une partie des Indes un troisième, 
qui fut également appelé Alexandre , et succéda au trône de sa mère. Il 

Europe, fol. J. a3 



1 7& CouVernement 

du sceau royal , prit la Régence de ses vastes états : les troupes et 
les provinces furent partagées entre Antigone , Ptolémée , Crater 
et autres généraux, qui, ayant été auparavant les égaux de Perdi- 
cas , se trouvaient humiliés d'être devenus ses inférieurs. Chacun 
d'eux voulut se faire un état indépendant et absolu par la force des 
armes: ils enrôlèrent de nouvelles troupes, cherchèrent à se ravir 
réciproquement les pays dont ils s'étaient emparés , formèrent entre 
eux et rompirent tour à tour les alliances les plus formidables. Du- 
rant ces débats , les enfans et les parons d'Alexandre périrent tous mi- 
sérablement dans les prisons où ils avaient été renfermés, ou dans 
les divers pays où ils étaient dispersés. L'histoire n'offre plus qu'une 
Leurs guerres suite affreuse de calamités et de forfaits. Les provinces étaient en 

entre eux. • 3 ■» i ' • i t 1 • 1 1 

proie a 1 ambition des généraux qui se les arrachaient successive- 
ment , et en fesaient un théâtre permanent de désolation, d'épou- 
vante et de carnage. Perdicas fut massacré par ses propres soldats , 
Alcéte se donna la mort , Eumènes fut tué par ordre d'Antigone. 
Enfin la bataille d'Issus en Phrygie, où ce dernier conquérant, le 
plus redoutable de tous, périt sous une grêle de dards, mit un 
terme à cette lutte sanglante; et l'empire fut divisé entre Ptolé- 
mée , Cassandre, Lysimaque et Seleucus. La Macédoine et la Grèce 
tombèrent au pouvoir de Cassandre. 
fia Grèce sous Notre but n'étant pas de tracer l'histoire de ces événemens, mais 

les successeurs ni i • i 

d'Alexandre, bien celle du costume, nous nous abstiendrons d entrer dans de plus 
longs détails sur les successeurs d'Alexandre. Il nous suffit d'avoir 
indiqué, en quelque sorte, le fil de l'histoire, pour lier ensemble 
tous les faits qui appartiennent à la Grèce. Ceux qui voudraient ac- 
quérir de plus amples notions à cet égard , pourront consulter , 
parmi les anciens, Q. Curtce , Arrien, Justin, Diodore de Sicile 
et Plutarque; et parmi les modernes Sainte-Croix,, l'Histoire uni- 
verselle de la société des gens de lettres d'Angleterre , et surtout 

avait en outre trois frères , savoir ; Ariclée fils de la danseuse Philine j 
Ptolémée fils è? Arsinoé qui était déjà enceinte , lorsque Philippe , père 
de cet enfant , la maria avec Lagus ; et Caraunus fils de Cléopatre , la 
rivale d'Olympie : il eut encore une sœur appelée Tessa , qui fut l'épouse 
de Cassandre. Certains écrivains prétendent , qu'au mépris des droits de 
ses propres enfans , Alexandre partagea avant sa mort les pays qu'il avait 
conquis entre ses plus grands généraux 5 mais ce n'est pas à nous d'entrer 
dans cette discussion. Lisez encore l'ouvrage de Sainte Croix , pag. 568 
et suiv. 



de la Grèce. 179 

l'histoire du monde par l'illustre Gillies (1). Nous observerons seu- 
lement à nos lecteurs, que dès cette époque , la langue aussi bien que 
les usages des Grecs, passèrent comme par adoption chez tous les peu- 
pies qui étaient tombés au pouvoir des successeurs d'Alexandre (2), 
C'est ce qui arriva particulièrement en Syrie et en Egypte, où les 
Séleucus, les Ptolémées et leurs descendans affectèrent d'allier dans 
la magnificence de leurs cours , les arts et l'élégance des Grecs , 
avec la pompe et le luxe des orientaux. Mais, comme l'observe en- 
core Gillies, ils avaient plus d'ostentation que de goût , et leur pré- 
tendue libéralité était continuellement en opposition avec l'escla- 
vage dans lequel ils retenaient les peuples; aussi tombèrent-ils bien- 
tôt dans la mollesse, dans l'avilissement et dans un état de nullité 
parfaite. Les intrigues des femmes, des Eunuques et de ministres 
efféminés ne nous offrent rien qui mérite de trouver place dans 
l'histoire Grecque. 

La Grèce proprement dite nous laisse pourtant encore aper- Elle conserva 
cevoir sous les successeurs d'Alexandre quelqu'étincelïe des vertus ° es &M " 
antiques ; mais cette étincelle pourrait se comparer à la faible 
lueur d'une lampe qui s'éteint. Elle avait toujours plus ou moins 
conservé , avec une liberté apparente , ses constitutions et ses lois. 
Alexandre ne s'en était jamais déclaré le Souverain maître, et il 
semblait s'être contenté du titre modeste de protecteur; mais il 
est bien rare que la protection d'un grand Prince n'entraîne pas 
l'esclavage du peuple qui en est honoré. Ses successeurs suivirent 

(1) The Us tory of the world from the reign of Alexander to 
thaù of Augustus comprehending the lutter âges of Europaa Greece 
etc. London , Cadel , 1807, vol. IL in 4. 

(2) Les usages Grecs se répandirent après cette époque jusques chez 
les autres nations , au point qu'il n'y avait personne d J un peu d'éducation 
qui ne voulut passer pour Grec. La langue Grecque devint celle , non 
seulement des savans, mais encore de tous ceux qui se piquaient d'être 
du bon ton et bien élevés. Elle passa en usage en Italie , à Carthage et 
même chez les Juifs. Cette presque universalité des mœurs et des maniè- 
res Grecques fut le résultat des conquêtes d'Alexandre, dont les armées 
et les garnisons ne s'alimentaient que de recrues qui arrivaient continuel- 
lement de la Grèce , et plus encore des inombrables colonies Grecques 
qui se dispersèrent en Europe , en Asie et en Afrique , ainsi que de la 
gaieté , de l'amabilité du caractère de cette nation , de la perfection de 
sa langue, et de sa supériorité dans les arts. 



Cassandre 

«L Demetrius 

J'halére. 



18© Gouvernement 

pendant quelque tems sa politique ; mais aussi ils déployèrent les 
mêmes principes de tyrannie , comme l'avait fait Alexandre envers 
les Athéniens , toutes les fois que quelqu'un des peuples de !a Grèce 
chercha à secouer le joug , et à se soulever au premier rayon d'es- 
Phocion. pérance qui venait le flatter. Phocion était peut-être le seul qui 
aurait pu faire revivre dans la nation les vertus de ses ancêtres , 
et la tirer de l'état de léthargie où elle était plongée. Il réunissait 
en lui la pénétration politique de Thémistocle à lahravoure militaire 
de Miltiade. Mais l'esprit des Athéniens était déjà trop corrompu : 
ce peuple inconstant et léger, après avoir embrassé le parti de ce 
grand homme, lui préféra ensuite des hommes vils et abjects, sans 
autre motif que celui d'une basse jalousie. Il fut condamné par 
une assemblée tumultueuse à boire la ciguë. Cependant Athènes 
avait joui , sous l'autorité de Cassandre et les auspices de Demetrius 
Phalère , de tons les avantages que peut procurer un gouvernement 
bien constitué. Demetrius, à qui Cassandre avait confié les rênes 
de cette république , avait tenté d'y remettre en vigueur les ancien- 
nes lois, d'en reformer tous les abus, et de ramener les citoyens à 
la vertu, à la concorde, à la soumission , et enfin à la gloire de 
ses ancêtres. Sa récompense fut comme celle de Phocion , d'être 
cruellement persécuté par ses propres concitoyens : son ingrate pa- 
trie l'envoya en exil, et on renversa les trois cent statues qu'on lui 
avait élevées : exilé et condamné à mort par contumace , il trouva 
un asile honorable en Egypte à la cour de Ptolémée Soter protec- 
teur magnanime des arts et des sciences (i). 

Tandis que la Grèce se trouvait en proie à tant de troubles 
et de revers sous la domination des conquérans Macédoniens, elle 
se vit tout à coup menacée d'une catastrophe, dont le danger rap-^ 
procha un instant tous les peuples de cette contrée , et qui aurait 
pu produire les plus heureux effets , comme cela était arrivé chez 
d'autres nations, si l'amour de la patrie et l'honneur national n'a- 

(1) Les Athéniens étaient arrivés à un tel degré de lâcheté , qu'ils 
ne rougirent point d'accumuler les honneurs les plus extravagans sur De- 
metrius Poliorcète et son père Antigone , en donnant à chacun d'eux le 
titre de Dieux tutélaires , et en portant solennellement en procession leur» 
images. Après avoir chassé Cassandre de l'Attique, Demetrius obtint det 
Athéniens pour son habitation le temple de Minerve , qu'il souilla par 
toutes sortes de profanations. Que pouvait-on espérer d'un peuple tombé 
dans un tel état d'abjection ? 



Incursions 
^es Gaulois. 



6! là Grèce, 181 

valent pas été totalement éteints dans l'âme des Grecs. Les Cel- 
tes ou Gaulois, sous la conduite de Brenuus, firent une irruption en 
Grèce avec une armée formidable; mais à peine eurent-ils franchi 
les Thermopyles qu'il furent battus. Ce premier échec n'empêcha 
pourtant pas qu'une de ces hordes barbares, au nombre de qua- 
rante mille hommes, ne s'avançât en Etolie où elle commit toute 
sortes d'atrocités, sans le moindre égard pour les vieillards et les 
enfans à la mamelle. Revenus de leur première épouvante, et ren- 
forcés par d'autres Grecs , les Etoliens l'attaquèrent avec tant 
d'impétuosité , qu'il ne s'en retourna que vingt mille aux Ther- 
mopyles , où se trouvait encore ie nerf de leurs forces. Ces barba- 
res tentèrent néanmoins une autre expédition contre Delphes, dans 
la vue de piller le temple fameux qui existait dans cette ville ; 
mais les Grecs accourus de toutes parts à sa défense détruisirent 
entièrement l'armée ennemie, et Brennus lui même se voyant blessé 
et sans espoir de salut, se donna la mort d'un coup de poignard (i). 
Si, après cet avantage signalé, les Grecs avaient su conserver l'énergie 
qui les avait réunis dans le danger dont ils venaient de se délivrer „ 
peut-être auraient-ils pu recouvrer leur ancienne liberté, et se- 
couer tout-à-fait le joug étranger qui pesait sur eux ; mais dans 
cette entreprise , chacun avait suivi l'impulsion de l'intérêt privé 
plutôt que celle du bien public ; c'est pourquoi s le danger passé , 
la corruption et les divisions intestines reprirent leur cours. 

De tous les peuples de la Grèce, les Achéens furent les seuls 
qui , nourrissant encore quelqu'étincelle des antiques vertus, osèrent 
chasser les Macédoniens, et s'ériger de nouveau en république. Ils 
avaient eu anciennement pour Roi un fils d'Oreste appelé Tisamé- 
ne , qui, chassé de Sparte après le retour des Héraclides, s'était 
rendu maître de l'Achaïe, où ses descendans continuèrent à ré- 
gner jusqu'à Ogygés (a). Mais le gouvernement des enfans d'Ogygés 

(i) L'irruption des Gaulois en Gréée eut lieu la seconde année de 
la CXXV. e olympiade , 27g ans avant l'ère vulgaire. Lisez cet événement 
dans Pausan. liv. X. ch. 22 et 23. 

(2) Les Achéens étaient ainsi appelés , parce qu'ils descendaient 
d'Achus fds de Xutus et petit-fils d'Helenus. Avant ie retour des xiéracli- 
des ils habitaient le pays d'Argos ; mais chassés de là par les Héraclides 
quatre vingt ans avant la prise de Troie , ils se réfugièrent chez les Io- 
niens dans le Péloponnèse , et s'y emparèrent des douze yilles dont Po- 
lybe fait mention au 8. e chap. du II. e liv. de son ^histoire. Il est a re- 



Victoiré 

des Etoliens. 



Mort 
de Brennus 



Ligue 
Achéetme. 



18a Gouvernement 

étant devenu despotique, les Achéens l'abolirent et adoptèrent la 
forme du gouvernement républicain, qu'ils conservèrent jusqu'aux 
tems de Philippe et d'Alexandre , malgré que l'état de leurs af- 
faires eût varié selon les différentes révolutions qui s'étaient opé- 
Les Achèem rées en Grèce. Cette republique se composait de douze ville , qui 
MalèLnLis. étaient, Patras, Dyma, Phare, Tritée , Léontium , Egire , Pellé- 
ne , Egios , Bura , Celinée , Oléne et Elice : ces villes existaient 
encore du tems de Polybe, à l'exception d'Oléne et d'Elice que 
la mer avait englouties. Après Alexandre , et avant le CXXIV. 6 
olympiade , la discorde s'insinua chez les Achéens par l'entremise 
surtout des Macédoniens; de sorte que renonçant à la loi commune 
pour se donner des institutions capricieuses et opposées entre elles, 
chaque ville prit une forme de gouvernement conforme à l'intérêt 
de ses citoyens le plus puissans et des factions différentes. Deme- 
trius et Cassandre surent mettre à profit ces divisions, et après 
eux Antigone Gonatas qui fut comme la souche de la plupart des 
tyrans , dont la cruauté affligea toutes les villes de la Grèce. 
Ces trois principaux chefs placèrent une garnison de Macédo- 
niens dans certaines villes de l'Achaïe, et assujétirent les autres 
au joug de quelques tyrans qui étaient dans leur dépendance. En- 
fin vers la même olympiade, et dans le tems que Pyrrhus fit son 
incursion en Italie , les villes de l'Achaïe commencèrent à se sou- 
lever, et à renouer entre elles leur ancienne alliance. Dyma., Patri, 
Tritée et Phari furent celles qui donnèrent l'exemple de cette réu- 
nion. 11 fut bientôt suivi, non seulement par les autres villes de 
l'Achaïe, mais encore par toutes celles du Péloponnèse, sous les 
auspices du sage et valeureux Aratus, qui délivra du joug des tyrans 
Sicyone sa patrie, et la réunit à la république Achéene , ainsi 
que Mégare et Corinthe , qui était , par sa position , la plus forte 
et la plus importante des villes Grecques. La vertu et la fermeté 
'miopomène. du généreux Philoporaéne de Mégalopolis, achevèrent , par la réu- 
nion de Sparte, l'ouvrage de cette ligue. 

marquer qu'Hérodote , Polybe et Pausanias ne sont pas parfaitement d'ac- 
cord entre eux sur le nombre de ces villes. Cependant Hérodote et Stra- 
bon le sont parfaitement, en substituant Ege et Ripa à la Léontium 
et à la Gérinée de Polybe. Chaque ville était le chef lieu d'un district , 
et avait quelques bourgs dans sa dépendance. Il faut lire sur la ligue 
Achéenne Polybe et les Fastes de V A 'choie illustrés Théoph. Siegfr. 
iBayeri dans le V. e yol. des actes de l'Académie de Pétersbourg, 



Réunion 
des villes 
jlchéennes- 



Jralus. 



de la Grèce. i83 

Les villes dont elle se composait avaient les mêmes lois , les Constitution 

k i «i i , de la ligue 

mêmes monnaies 3 les même poids et mesures, et les mêmes magistra- Achëenne., 
tures; et l'unité de leur administration était telle, que l'Achaïe* 
entière semblait ne faire qu'une seule ville. Polybe observe qu'il n'y 
eu jamais de république , où la liberté , l'égalité et la bonne foi 
ayent régné avec plus d'empire. Les anciennes villes ne jouissaient 
d'aucune prérogative , qui ne fût commune à celles qui étaient en- 
trées les dernières dans la ligue (i), Chacune avait ses magistrats 
particuliers , et se gouvernait par ses propres lois. Mais il y avait Assemblée 
une assemblée générale composée de tous leurs députés , qui se réu- 
nissait ordinairement deux fois l'année en hyver et en autonne , 
est le plus souvent à Egios , qui était peut-être la plus ancienne s 
la plus riche et la plus peuplée de toutes le villes PAehaïe. Ce- 
pendant cette assemblée se tint aussi , dans les derniers tems de 
la république, à Corinthe s ville que sa position , comme nous ve- 
nons de le dire , rendait très-forte. 

C'est, dans le sein de cette assemblée générale que se fesait Stratège 
l'élection du Stratégue ou du commandant en chef des troupes, dont 
l'autorité s'étendait encore sur les affaires politiques et administra- 
tives, mais pourtant avec des restrictions déterminées par les lois. 
Sa charge était annuelle : elle pouvait néanmoins lui être continuée 
ou conférée de nouveau. L'assemblée avait le droit de déclarer la 
guerre, de faire la paix, de former des alliances, de les rompre., 
et de créer des lois générales. Elle choisissait les magistrats com- 
muns à toute la nation, nommait les ambassadeurs, et recevait ceux 
des autres états. Son président était le Stratégue , auquel on don- Démiurges, 
nait comme pour adjoints dix autres magistrats appelés Démiurges , 
qui étaient élus par elle à la pluralité des suffrages. Les affaires se 
discutaient d'abord entre les Démiurges , et ensuite étaient portées à 
l'assemblée, qui devait avoir prononcé dans le terme de trois jours , 
passé lequel elle était dissoute. Ses décrets , après avoir reçu la 
sanction du serment , étaient gravés sur des pierres ou sur des colon- 
nes s et exposés dans les lieux sacrés. Une des villes de la ligue 

(i) M. r de Folard dit dans ses commentaires de Polybe , que la ré- 
publique Achéenne pourrait être mise en parallèle avec celle d'Hollande ; 
et en effet , on remarque entre ces deux républiques une singulière con- 
formité d'événemens , de conduite , de courage , et de gouvernement. Hist 
de Polybe etc. Amsterd. 1774 in 4-° vol. III. pag. 2Ô2. Nota (a). 



1 04 Gouvernement 

qui refusait de se soumettre aux délibérations de l'assemblée., ou 
d'envoyer son contingent de troupes en tems de guerre, pouvait 
y être contrainte par la force des armes. Cette ligue avait une 
Loi tressage. ] i remarquable, et bien propre à maintenir la paix et l'union entre 
les villes qui la composaient; c'était celle qui empêchait qu'aucune 
d'elles ne pût envoyer directement, et de son propre mouvement, 
des ambassadeurs à l'étranger. Nous passons sous silence, pour plus 
de brièveté, une foule d'autres lois non moins admirables, qu'on 
peut voir dans Polybe et dans Tite Live (i). Nous ne devons pour- 
tant pas omettre de dire que plusieurs peuples de la Grande Grèce, 
et entre autres ceux de Crotone, de Sybaris et de Caulon , avaient 
adopté la constitution de Achéens , qu'ils perdirent ensuite sous la 
tyrannie de Denis, et l'oppression des Barbares leurs voisins (2). 
Jalousie La ligue Achéenne était arrivée en peu d'années à un si haut 

des Romains .,. • \ > > i r 

contre point de gloire et de splendeur, et avait déployé des forces si im- 

les Achéens. l , i . , • , ■ -i ■ , . i 

posantes, quelle devint un objet de jalousie et de craintes pour la 
république Romaine: c'est pourquoi, malgré qu'ils se fussent, servis 
des Achéens dans plusieurs de leurs entreprises, et surtout dans la 
guerre de Macédoine contre Philippe V., ou Philippe fils de De- 
metrius, les Romains firent tout leur possible pour rompre ou au moins 
affaiblir cette union formidable. Les querelles des Lacédémoniens 
qui s'étaient retirés de la ligue, et les ravages que les Achéens 
commettaient sur leur territoire, fournirent enfin aux Romains une 
occasion favorable pour réaliser les projets de leur astucieuse po- 
litique. Le Sénat de Rome ayant été invité par les Spartiates à 
venir à leur secours 3 il leur répondit qu'il enverrait des commis- 
saires pour vérifier les faits, et venger leurs torts. Ces commissaires 
ayant convoqué à Corinthe une assemblée générale des chefs de 
toutes les villes de la Grèce, ils leur donnèrent lecture d'un dé- 
cret, par lequel le Sénat ordonnait qu'on retranchât de la ligue 
toutes les villes qui ne fesaient pas partie de l'Achaïe proprement 
dite. Ce décret irrita tellement les Achéens, qu'ils massacrèrent 
tous les étrangers , et les commissaires Romains eux mêmes n'au- 
raient point été épargnés , s'ils n'eussent trouvé le moyen de s'éva- 
der à la faveur du tumulte. A peine reçue à Rome la nouvelle de 

(1) Lisez encore IJbbon Emmïus Descriptio Relpubl, Achaeorum , 
Gronovii Thés. vol. IV. 

(2) Polyb. liv. IL chap. VII. 



d? Alexandre* 



DELA G RÉ CE. l85 

cet événement , le sénat confia au consul Mummius le soin de la 
guerre Achaïque , dont les suites furent si funestes pour la Grèce 
entière. La ruine de Corinthe entraîna la dissolution de la liçrue 
Achéenne; et depuis lors, toute la Grèce fut soumise à la puis- 
sance des Romains , et gouvernée par leurs magistrats. 

Revenant maintenant à notre objet , nous allons rechercher les iconographie 

■i . i • • / i i des Rois 

images des personnages qui se sont distingues dans le gouvernement de Macédoine. 
de la Grèce sous les Macédoniens. Nous n'avons aucun portrait des 
Rois de Macédoine avant Alexandre , et on ne regarde aujour- 
d'hui que comme idéales les têtes, qu'Eckhel et autres numismati- 
ciens nous ont données pour celles d'Archelaùs, de Pausanias et 
d'Amyntas IL : l'antiquité ne nous a également transmis aucun 
monument qui ait rapport aux tems de la ligue Achéenne. Nous 
nous en tiendrons donc à quelques portraits d'Alexandre et de ses 
successeurs, et à un petit nombre d'observations sur la forme des 
habillemens royaux à cette époque du gouvernement de la Grèce. 

La vanité, dit l'illustre Visconti , l'enthousiasme , la reconnaissan- p«w& 
ce, l'adulation, l'amour des arts et la gloire, la curiosité, la supersti- 
tion même multiplièrent à l'infini les portraits d'Alexandre durant 
sa vie, et après sa mort. A pelle l'avait peint de tant de manières, qu'il 
serait impossible d'en déterminer le nombre. Lysippe et ses élèves 
îe représentèrent en bronze , et Pirgotéle grava son image sur une 
quantité de camées. Les temples consacrés à ce héros, les jeux insti- 
tués à son honneur en Grèce , dans l'orient et ailleurs, en avaient 
rendu l'image aussi commune que celle des Dieux (i). Or il est 
impossible que de tant de monumens il n'en soit pas resté quel- 
qu'un, et surtout que le tems ait dévoré les innombrables copies 

(i) De tous les Rois et les hommes illustres des tems historiques , 
dit Winkelmann , ( Hist. de l'Art Paris etc. tom. II , pag. 3o6 ) , Ale- 
œandre est le seul qui ait eu le privilège d'être représenté sur des bas- 
reliefs. L'histoire même de cet homme surprenant en explique la rai- 
son ; c'est que le grand nombre de faits éclatans dont elle est remplie , 
lui ayant donné en quelque sorte le merveilleux de la poésie , elle res- 
semble à un récit d'aventures héroïques. D'ailleurs les arts amis de 
tout ce qui est extraordinaire , ne pouvaient trouver un sujet plus ana- 
logue à leur objet, que la vie de ce fameux conquérant, dont les ex- 
ploits connus du monde entier, n'étaient pas moins importuns que les 
gestes d'Achille et les aventures dU lisse. Voj. encore Pline liv. XXXV. 
chap. 10. sect. 36. § io. 

£urope. Fol. /. 3 ' 



1 86 Gouvernement 

que l'on doit présumer en avoir été faite?, par une conséquence 
nécessaire du goût général des anciens pour l'imitation (i). Nous 
avons en effet un monument authentique et précieux en ce p-enre, qui 
a été trouvé en 1779 prés de Tivoli, dans l'emplacement qu'o'ecu- 
pait la maison de plaisance des Pisons. Ce monument 5 ( voy. la 
planche 27 n.° 1 ), est un henné en marbre penthèlique, repré- 
sentant l'image d'Alexandre, et portant l'inscription suivante qui 
est en Grec , et a été en partie effacée par le tems : 

Alexandre Macédonien fils de Philippe (3). 

Caractère Selon le témoignage de Piutarque et d'Elien , on distingue or- 

du portrait t 

d'Akxandre. dniairement a trois caractères les portraits du héros Macédonien : 

(1) On. rapporte, qu'à la vue d'une image d'Alexandre qui était 
consacrée dans le temple d'Hercule à Cadix , Gésar éprouva une telle im- 
pression que , laissant là l'Espagne , il se rendit précipitamment à Rome , 
où il se jeta à corps perdu dans les troubles qui agitaient la république, 
et commença sa grande carrière qu'il termina par la conquête du monde. 
Sveù. Jul. Caes. § 5. Trabellius Pollion dit que dans le IIL e siècle de l'ère 
vulgaire , c'était encore une opinion généralement répandue chez les Ro- 
mains , que ceux qui portaient sur eux l'image d'Alexandre en or ou en 
argent , étaient heureux dans toutes leurs entreprises. Aussi cette image se 
voyait elle sur les anneaux , les bracelets , et tout ce qui tenait à la pa- 
rure ; et les grandes actions de ce héros étaient également représentées 
sur les meubles et les vaisselles les plus précieuses. Cet usage passa même 
jusques chez les Chrétiens , qui portaient comme une espèce d'amulette 
l'image d'Alexandre sur des médailles en cuivre. S. 1 J. Chrysost. Ad illuni 
Cailiecumenos . 

(2) Visconti observe que la forme de cette inscription , le marbre 
penthèlique dont l'hernie est fait, et la conformité de style qu'on y aper- 
çoit avec celui des hermes de Périelés et des sept sages, qui furent éga- 
lement découverts à Tivoli , offrent la preuve que celui dont il s'agit 
fut fait à Athènes, vers les derniers tems de la République Romaine. 
« Les sculpteurs d'Athènes, dit-il, stimulés, comme le sont à présent 
ceux de Carrara , par la quantité et la beauté des marbres de Pentelos 
et de l'Hymette t ne laissaient pas de faire revivre encore sous le ciseau 
tout ce que les arts de la Grèce leur présentaient d'intéressant, et leurs 
ouvrages étaient ensuite envoyés à Rome pour l'ornement des maisons de 
plaisance et des jardins des maîtres du monde » . Cette image , malgré 
qu'elle ne soit qu'une copie , n'en doit pas moins être regardée comme 
authentique , parce que celles des grands hommes passent de copie en co- 
pie à la postérité la plus reculée , et leur physionomie reste ainsi gravée 
dans l'esprit; des peuples et surtout des artistes, 



a 7 : 




de la Grèce. 187 

i.° à sa chevelure qui se relevait au mi^u du front, et retombait 
en arrière, a. au gonflement du muscle mastoïde, qui lui tenait 
la tête penchée vers l'épaule ; 3.° à la physionomie , qui malgré 
un certain air de beauté, avait quelque chose de terrible, et déno- 
tait un naturel porté à la colère : car ses yeux brillaient de beau- 
coup d'éclat, et la vigueur de son âme se peignait dans la vivacité 
de leurs mouvemens; sa face avait une sorte de ressemblance avec 
celle du lion (j). Ces trois caractères ressortent éminemment dans 
l'image dont il s'agit. Le sculpteur, dit l'illustre Visconti, unique- 
ment occupé du soin de rendre avec la plus grande vérité les traits de 
la physionomie , a négligé tous les accessoires. Il a même omis le 
diadème, mais il l'a marqué en quelque manière par une rainure cir- 
culaire qu'on voit imprimée sur les cheveux du derrière de la tète. 

Le n.° a représente un camée antique, ouvrage vraisemblable- Camêe x . 
ment de Pirgotéle. On retrouve dans le portrait qui y est retracé 
tous les caractères du précédent, malgré que le personnage y pa- 
raisse d'un âge plus avancé (a). Sa tête est ceinte du diadème, or- 
nement dont Alexandre se para le premier chez les Grecs à l'imi- 
tation des Rois de l'Asie , et que ses successeurs prirent ensuite 
comme marque distinctive de la dignité royale. 

Parmi le g;rand nombre de médailles qui furent frappées du Médailles 

i^»i 1 1 • v 1» «* . '. d'Alexandre. 

vivant même d Alexandre, on en trouve plusieurs ou 1 effigie de ce 
monarque présente les trois caractères que nous venons d'indiquer. 
M. r Visconti est même d'avis que ce conquérant est le premier en 
l'honneur duquel il a été frappé des médailles portant son image , 
étant encore vivant. « Une innovation 'de ce genre, ajoute cet il- 
lustre antiquaire, convenait plutôt à Alexandre qu'à aucun de ses 
successeurs 3 et cela d'autant plus, qu'ayant été mis au rang des 

(1) Divers écrivains ont assuré } d'après Freinsemius , qu'Alexandre 
avait le nez aquilin* Leur assertion ne repose cependant sur aucun témoi- 
gnage certain , et se trouve même en contradiction avec les monumens , 
qui nous représentent le nez de ce héros comme légèrement arqué vers 
le milieu. Il y a plus de vraisemblance dans l'opinion de ceux qui lui 
donnent des cheveux blonds, car Elien ( T r ar, hist. liv. XII. chap. 14 _, 
le dit positivement. Voici le portrait qu'en a fait Solin , chap. IX. Forma 
supra hominem augustiore , ce/vice celsa , laetis oculis et illus tribus } 
malis ad gratiarn rubesoentibus , reliquis corporis partions non sine 
majestate quadam decoris. Victor omnium , vino et ira victus. 

(2) Ce camée se trouvait dans le cabinet de l'ex-Impératrice Joséphine. 



Babillé 
e.n Hercule. 



Démétrius 
Poliorcète. 



Flatté 

par les Grecs. 



î 88 GoUVERKEME NT 

Dieux avant sa mort, son portrait pouvait être gravé sur des médail- 
les, sans enfreindre l'usage qui ne réservait qu'aux Dieux seuls cet 
honneur. On voit aussi des médailles où Alexandre est représente 
vêtu d'une peau de lion, et avec les attributs d'Hercule, genre 
d'adulation qui le flattait beaucoup, car il aimait à paraître quel- 
quefois en public, habillé à la manière de ce demi-Dieu, dont 
sa race descendait. Teî est le médaillon sous le n° 3. La tête est 
recouverte de la peau de lien, et les cheveux ont sur le front la po- 
sition que nous avons remarquée daus l'herme sous le n°. i. Le revers 
présente Jupiter assis. Les lettres grecques P. O. qu'on voit au des- 
sous du siège de ce Dieu , et de la fleur qui est devant cette figu- 
re , signe emblématique de Rhodes , attestent que ce médaillon a été 
frappé dans cette lie (i). Nous ne dirons rien ici de la statue équestre 
d'Alexandre qui a été découverte dans les ruines d'Herculanum , ni 
de celle trouvée à Gabies qui est fort-belle quoique petite , parce 
que la forme de l'habillement et les marques dLtinctives qu'a le 
héros dans l'une et l'autre, tiennent plus du costume militaire que 
du civil. Nous remettons donc à en parler à l'article de la milice, 
et nous y joindrons encore aux autres monumens relatifs à cette 
partie le beau bas-relief rapporté par Sainte-Croix dans sou Exa- 
men critique des historiens d'Alexandre, lequel représente la ba- 
taille d'Arbelles. 

Le n.° 4 °ff re l'image de Démétrius Poliorcète fils d'Antigo- 
ne 5 le plus hardi et le plus ambitieux des capitaines d'Alexandre. 
Démétrius étant encore fort jeune , remporta une victoire navale 
près de Chypre sur la flotte de Ptolémée fils de Lagus. Depuis 
lors Antigone ceignit le diadème d'Alexandre, et le fit prendre 
également à son fils. Non content du titre de Roi, il osa encore 
au milieu de la Grèce et dans Athènes même , se faire proclamer 
Dieu et adorer comme tel. Les Grecs lui donnèrent en effet ainsi 
qu'à son père, le nom de Dieux sauveurs ou tutélaires , ainsi, que 
nous l'avons observé , et il voulut que ce titre servit de formule 
dans les actes publics, et fût invoqué par les Athéniens dans leurs 
sermens. On lui donna encore le surnom de Poliorcète , ou maître 
dans l'art des sièges , parce que nul ne savait mieux que lui dis- 



(i) Ce tétradraclime , ou médaillon se voyait dans le cabinet de la 
Bibliothèque R. de Paris. Y, Mionaeç toiu. i. ec Rois dû Macédoine , num. 
#69 , 353 et 564. pi. 5« 



de la Grèce. 189 

poser les machines de guerre contre les murs cPune ville ou d'une 
forteresse. S'étan't rendu maître de la Macédoine , il voulut aussi 
entreprendre la conquête de l'Asie; mais après une longue suit© 
de défaites , il fut contraint de se rendre prisonnier de Seleu- 
cus , chez lequel il mourut épuisé de débauches à l'âge de 54 
ans. La petite statue que nous rapportons ici fut découverte dans 
les ruines d'Herculanum , et a été improprement attribuée à Se- 
leucus Nicator par les antiquaires de Naples. La ressemblance- 
parfaite de la physionomie de cette statue avec celle des portraits 
de Démétrius dans les médailles que nous avons de lui , a juste- 
ment autorisé M. r Visconti a reconnaître en elle l'image du fils 
d'Antigone. « Démétrius, dit-il , est ici représenté avec la chlamy- UahV.id etp 
de et la chaussure d'un chasseur; mais les cornes d'un jeune taureau ^ amm '- 
attachées à son front lui donnent l'air d'un nouveau Bacchus „. 
Quant au costume de chasseur, Alexandre ne le dédaignait pas lui 
même dans les portraits qu'on fesait de lui, et Démétrius devais 
d'autant plus l'aimer qu'il était passionné pour la chasse. Sa main 
appuyée sur la cuisse tenait probablement deux javelots, tel , qu'au 
dire de Plutarque, il s'était présenté au retour de la chasse à son 
père , dans le moment où ce dernier recevait un message de la parti 
de ses compétiteurs (1). 

La médaille n.° 5 porte l'effigie de Philippe V. Roi de Macé- Phut Pf)e pr. 
doine , et fils de Démétrius. Ainsi qu'Alexandre il réunissait en 
lui, du côté de sa mère Thia, le sang d'Achille à celui des Hé- 
raclides. Cet honneur le rendait fier et avide de gloire et de 
conquêtes. La fortune lui fut singulièrement favorable dans les pre- 
mières années de son règne , grâces à l'état de faiblesse où se trou- 
vait alors la Grèce , et aux embarras qu'occassionnaient aux Ro- 
mains leurs guerres avec les Carthaginois. Sa sagesse dans le manie- 
ment des affaires, et ses talens dans l'art militaire furent obscurcis 
par des vices grossiers , et surtout par des actes de cruauté qu'il 

(1) Démétrius était d'une beauté presque divine , si Ton en doit croire 
Diodore et Elien. Il aimait tellement les beaux arts, qu'au dire de Pline , 
il ne voulut pas entrer dans Rhodes de vive force , dans la crainte qu'un 
tableau de Protogéne ne vint à être endommagé dans la chaleur du com- 
bat. Aussi ne dit-on pas être étonné de la multitude des portraits qu'en, 
ont fait, comme à l'envi, les artistes Grecs. Tisicrates en fit un grand 
nombre en bronze ; et les peintres Théodore et Diogènes qui vivaient £ 
sa cour , le reproduisirent dans plusieurs de leurs ouvrages. 



*9 Gouvernement 

exerça même contre sa famille. Ses guerres avec les Romains ses 
terminèrent par une paix honteuse, et par la ruine de ses propres 
Etats. Convaincu , mais trop tard , de l'innocence de sou fils Dé- 
métrius qu'il avait condamné à la mort, il tomba dans une noire 
mélancolie , qui le conduisit au tombeau Fan 178 avant l'ère vul- 
&m portrait gaire. Une particularité remarquable dans le portrait de ce Prince 

cl particularité. , , , , , , , L ' 

c est la barbe, a cause de la défense qu'avait faite Alexandre à 
ses troupes de la laisser croître. Cet usage devint même général, non 
seulement parmi les Princes de la Macédoine , mais encore chez 
les lettrés de la Grèce. On doit donc conclure de ce portrait, 
ainsi que de ceux de Persée et autres Princes de cette époque, que 
sous le règne de Philippe, l'usage de porter la barbe longue se re- 
xiouvella : circonstance dont les artistes doivent avoir bien soin de 
se rappeler. La légende Grecque qui est au revers signifie , du 
.Roi Philippe: la massue d'Hercule et la couronne de chêne, em- 
blèmes du Roi des Dieux , en forment le type par allusion à la 
double origine de Philippe , qui se disait issu d'Hercule et de 
Jupiter. 
JSwidice Heine Pour rendre cette planche encore plus complète, nous y join- 

Miccdoint. drons, sous le n.° 6, la médaille qui fut frappée en honneur d'une 
Euridice Reine de Macédoine. Ce royaume a eu cinq Princesses 
de ce nom, mais on ne sait pas précisément laquelle est ici repré- 
sentée. La légende Evpyfoxet&v indique néanmoins que cette mé- 
daille fut frappée à Euridicée , ville à laquelle cette Reine avait 
probablement donné son nom, les successeurs d'Alexandre surtout 
ayant été dans F rasage de donner aux villes les noms de leurs mères 
ou de leurs épouses. L'ajustement de la tête est à peu-prês le mê- 
me que celui de Philistis, dont nous avons donné la description. 
Le trépied du revers est un symbole des sacrifices et des jeux so- 
lennels, qui avaient sans doute été institués en l'honneur de cette 

Reine. 

♦ 

LA GRÈCE PROVINCE ROMAINE. 

„, , il ous sommes arrivés au terme des beaux jours de la Grèce. 

Décadence J 

de la Gré™. Ç e tte nation , jusques là si fameuse, ne va plus désormais se pré- 
senter à nous que comme une matrone surannée , qui conserve en- 
core quelques traits de sa beauté primitive , mais dont la physio- 
nomie 3 les formes et même Fesprit , altérés par le tems et par ses 



Etal 
de la Gréées. 

loi Romains.^ 



de la Grec ë. xgt 

propres vices , n'offrent plus qu'une idée confuse cle ses premiers 
charmes, et semblent indiquer une de ces femmes ridicules, qui sur 
les portai ts de leur première jeunesse cherchent encore quelqu'ap- 
pât à leur vanité. Nous serons donc très-laconiques dans ce qui 
nous reste à dire sur l'état politique de la Grèce , postérieurement 
à l'époque de sa splendeur. Pour mettre plus d'ordre et de clarté 
dans cette partie , nous la diviserons en trois périodes dans les- 
quelles nous considérerons la Grèce; d'abord, sous les Romains, 
ensuite sous l'empire d'Orient , et enfin sous la domination des Turcs. 
La chute de Corinthe porta le dernier coup à la liberté de la 
Grèce: le gouvernement populaire fut aboli dans toutes ses villes; 
les impositions y furent les mêmes que dans toutes les autres pro- 
vinces soumises à la puissance Romaine , toute assemblée nationale 
fut défendue , et les gens riches n'eurent pas même la faculté 
d'acheter des terres hors de leur pays. La Grèce enfin fut réduite 
à l'état de province Romaine , et eut pour magistrat suprême un 
Préteur qui lui était envoyé de Rome tous les ans; et comme les 
Achéens s'étaient acquis dans ces derniers tems une grande célé- 
brité , on donna à la Grèce entière le nom (YJcJtaïe, Les Ro- 
mains conservaient néanmoins tant d'égards pour: cette contrée , 
que peu d'années après en avoir fait la conquête, ils adoucirent 
la rigueur de son sort , en lui laissant l'élection de quelques ma- 
gistrats , et en lui accordant plusieurs privilèges qui ne l'avaient sonTLcZ^ 
jamais été à aucun autre province (i). Cette considération des Ro- 
mains pour les Grecs n'a rien de surprenant: car malgré son avilis- 
sement } et l'extinction de cet esprit d'émulation qui avait été au- 
trefois Sa principale cause de sa grandeur , elle exerçait encore une 
souveraineté presqu'absoîue dans les beaux arts comme dans les 
sciences. Il n'y avait pas de Romain, jaloux de se distinguer par Vêtirai, 
la politesse de ses manières et par son savoir, qui ne se vantât d'avoir P ÎZ £"ïUw 
fait ou achevé son éducation dans quelqu'une des villes Grecques , 
et surtout à Athènes qui était regardée comme la patrie des scien- 
ces et des muses (a). D'un autre côté , Rome voyait sans cesse ar. 



PrîoMdgi 

qui lui 



'.eoii. 
des Romains 



(i) Voy. Polyb. liv. II. dhap. 62. Ubbon. Emm. dans Gron. Thés/ 
yol. IV. et Dav. Hume Discours -politiq. vol II. pag. 270. Amsterd. 1764, 

(2) Germanicus accorda à Athènes un licteur , ce qui était une mar- 
que distinct! ve de souveraineté Ce privilège lui fut confirmé par Tibère 
et ses successeurs , jusqu'à Yespasien qui le lui Qta % en disant que les 
Athéniens n'étaient pas faits pour la liberté^ 



19 2, Gouvernement 

river dans ses murs des hommes de lettres et des artistes de la Grèce , 
dont plusieurs, après s'être acquis le plus grand crédit dans les mai- 
sons des grands par leurs lumières ou leur habileté dans un art 
quelconque , s'en retournaient chez eux comblés d'honneurs et de 
richesses. La passion des Romains pour tout ce qui était Grec 
vint à un tel point , que plusieurs personnages des plus distingués 
affectaient , non seulement les usages 3 mais encore prenaient des 
noms Grecs : ce qui a donné lieu à ce bon mot si connu de Ve- 
nosius : Grœcia capta ferum victorem cepit , et artcs intulit agre- 
sti Latio. 
tfâuutim Cette supériorité dans les arts et dans les sciences, et cet em- 

des (jiecs *■ ' 

tnrers Amoine. pi re du ] 30Q ton qui prit dans la suite le nom d'atticisme , étaient 
bien propres à nourrir chez les Grecs ce noble orgueil , qui dans 
une nation , malgré l'avilissement où on l'a réduite , nait du senti- 
ment de son propre mérite , et du souvenir de son antique gloire. 
Mais la Grèce était devenue alor» l'école de la flatterie. Que ne 
firent point les Athéniens en l'honneur du triumvir Marc Antoine ? 
Ils poussèrent l'adulation jusqu'à chanter ses louanges dans les spec- 
tacles publics. Faut-il s'étonner après cela s'il se vantait d'être ap- 
pelé Y amant de la Grèce? Lorsqu'il se porta à Ephèse, les fem- 
mes vinrent à sa rencontre habillées en Bacchantes, et accompa- 
gnées de chœurs de jeunes garçons travestis en Faunes et en Satyres. 
L'air retentissait de ces acclamations, au nouveau , au gentil, à 
l'aimable Bacchus. Cet esprit d'adulation alla toujours croissant sous 

Supers Néron, les Empereurs Romains. On rapporte que les Grecs ayant envoyé 
à Néron , comme fameux joueur de harpe , des ambassadeurs avec 
la couronne destinée aux vainqueurs dans l'art de jouer de cette 
instrument, cet Empereur les invita à un repas de cérémonie, à la 
suite duquel ils le supplièrent de vouloir bien leur donner qnelqu'es- 
sai de son talent: s'étant rendu à leurs prières, il en reçut tant 
d'applaudissemens, qu'il ne put s'empêcher de dire lui même, qu'il 
n'y avait que les Grecs qui eussent une bonne oreille , et qu'eux seuls 
s'entendaient en musique et en harmonie. Il les paya bientôt après 
de cette flagornerie: car s'étant rendu en Grèce avec une suite 
tellement nombreuse , an dire de Dion , qu'il aurait pu subjuguer 
tout l'orient _, si les gens qui la composaient eussent portés d'autres 
armes, que des harpes , des flûtes, des masques et autres instru- 
mens de théâtre , il y fit pompe aux jeux olympiques de son ha- 
bileté en musiquej dans la danse , dans la pantomime et dans là 



de la Grèce. 193 

course,- des chars. Fier de sou triomphe, il restitua à îa Grèce La Gréc ' e 

L recouvre 

son indépendance, et fit lui même, dans les jeux isthmiques de sa liberté. 
Corinthe, l'office d'un héraut public, en proclamant la liberté des 
Achéens. Mais tout en caressant les Grecs d'une main, Pséron les 
dépouillait de l'autre de tout ce qu'ils avaient de plus précieux en 
peinture, en sculpture, et en monumens des beaux arts: ce qui 
a donné lieu de dire à quelques écrivains, qu'il fit plus de mal à 
la Grèce comme umi , que ne lui en avait fait Xerxès, en y en- 
trant comme ennemi et en conquérant (1). 

La Grèce ne conserva la liberté crue Néron lui avait rendue La Grèce 

x sous yespasiel 

que jusqu'au règne de Vespasîen. Elle fut de nouveau réduite en et ^w*< 
province Romaine sous ce dernier Empereur , et ne s© releva plus 
jusqu'au tems d'Adrien , qui tournait particulièrement vers Athènes 
toutes ses sollicitudes. Il avait été Archonte l'an IV de la CCXXII. 6 
oliympiade (a). Parvenu au trône du monde, il rendit aux Athéniens 
leurs anciens privilèges , rétablit à ses propres frais les deux ports 
du Pyrée et de Munichia , fit achever le temple de Jupiter olym- 
pien, et augmenta la ville d'un nouveau quartier, qui, de son nom, 
prit celui d' Àdrianopolis : enfin il fit tant pour Athènes, qu'il en 
fut regardé comme le nouveau fondateur , ce dont rendent témoi- 
gnage les inscriptions et les monumens qu'en y voit encore (3). 
Les Grecs, à leur ordinaire % n'omirent aucun genre de flatterie 
pour témoigner à cet Empereur toute leur reconnaissance : car ou- 
tre l'arc de triomphe qu'ils érigèrent en son honneur à Athènes 
ils se firent encore une gloire de mettre au rang des Dieux le 
charmant Antinous son favori , auquel ils consacrèrent des statues, 
des temples 3 des prêtres et des feux solennels. 

Mais de tous les Empereurs Romains , celui qui fit le- plus pour La -Grée* m » 
la Grèce fut le grand Constantin, en régénérant sou état politique, Censlaniirt - 

(1) Néron fit éclater aussi en Grèce sa cruauté , dont Philo-strates nous 
rapporte le trait suivant Un acteur , dans une tragédie qui se joua aux 
jeux isthmiques s'était attiré par son chant les plus grands applauclisse- 
înens; mais plus habile dans son art que dans celui de la flatterie, il re- 
fusa de modérer sa voix qui couvrait entièrement celle de 1 Empereur 
lequel le fit étrangler de colère sur la scène même , en présence de toute 
la Grèce. Quoi de surprenant d'après cela, si Néron remportait toujours 
la palme dans les jeux publics ? 

(2) Sporti anus , Vita Aihiani , ohap. XIX. 
(5) V. Smart , Antiq. of Ath. vol. III. 

Ewope. yol. I. ^ 



194 Gouvernement 

et en y établissant un nouvel ordre de choses, qui la mit dans 
le cas, si non de faire revivre les jours de son ancienne splendeur, 
au moins de se distinguer de nouveau, et de jouer un rôle impor- 
tant sur la scène du monde. Soit animosité contre les Romains 
qui étaient offensés de ce qu'il avait embrassé la religion chré- 
tienne fi), soit dessein de faire pompe de son pouvoir en fon- 
dant une ville égale à Rome même,, qui était regardée comme îa 
première merveille du monde (a) , Constantin fit bâtir sur les 
ruines de Bysante , petite ville de la Thrace vers les confins de 
la Grèce, une ville à laquelle il donna le nom de Constantino- 
Fondation de pie (3). 11 en traça lui même l'enceinte, dans laquelle il enferma 
,xm$tantmo V . ge p t c0 ]j mes comme à Rome. Cette nouvelle Rome, ( car elle 
prit aussi ce nom) fut construite avec une telle célérité, que 
les fondemens en ayant été jetés le 26 novembre, l'an 827 de 
l'ère vulgaire , son achèvement fut solennellement proclamé le 
11 du mois de mai suivant (4). Constantin n'épargna rien pour 
rendre sa ville en tout semblable à Rome. Il l'orna de temples 
magnifiques, de places, de fontaines, d'un cirque, de deux palais 
impériaux , même d'un capitole , et embellit tous ces monumens 

(1) Zosime, liv. II. pag. 686. 

(2) Eutrope , pag. 488 , et Soz. liv. II. chap. III. pag. 444. 

(3) Il n'est guères possible de déterminer l'époque de la fondation 
de Bysante , et l'on ne sait pas avec plus de certitude qu'elle est la co- 
lonie Grecque qui vint s'établir la première dans cette position , qui est 
sans contredit la plus agréable , et la plus heureuse de l'univers pour 
ïe commerce. Certains historiens prétendent que ce sont des Miiésiens , 
d'autres des Mégariens , ceux-ci des Athéniens , et ceux là des Spartiates. 
L'alliance ou la possession de cette ville fut un sujet continuel de san- 
glantes querelles entre Athènes et Sparte. Philippe de Macédoine la 
soumit à sa domination. Alexandre sut en tirer de grands avantages pour 
la conquête de l'Asie. Bysante avait acquis sous les Romains un nouvel 
éclat ; mais l'an 197 de l'ère vulgaire, elle paya chèrement l'imprudence 
d'avoir embrassé le parti de Pescennius Niger l'un des émules de Sévère. 
Cet Empereur se vengea cruellement du siège qu'elle lui fit soutenir, et 
qui arrêta pendant trois ans ses armes victorieuses: il en fit démolir les 
murs et les principaux édifices , et la mit dans la dépendance de la pe- 
tite ville de Périnthe. V. Dufresne du Gange Hisù. Byzantlna : Descripcio 
urbis constantinopolicanae e variis scriptaribus contexta etc. et Melling. 
Voyage pittoresque à Constantinople. 

(4) Art, de vérifier les dates vol. I. pag. 3go. 



de -là Grec e. 1^5 

de superbes statues tirées cle la Grèce et de l'Italie, U y créa en 
outre un sénat 3 dont il eut soin cependant de borner l'autorité à 
l'administration de la justice seule, sans lui donner la moindre in- 
fluence dans les affaires publiques. La fondation de cette ville fut 
sans doute une entreprise glorieuse pour Constantin : les Grecs et 
les Romains vinrent bientôt en foule s'y fixer; mais si le but de 
cette entreprise fut de se venger de Rome , sa vengeance fut bien 
funeste non seulement à cette dernière ville, mais encore à tout 
l'empire Romain. " Lorsque le siège de l'empire, dit Montesquieu, 
eut été transféré en orient , Rome y passa presque toute entière : 
les Grands y conduisirent leurs esclaves , c'est à dire presque tout 
le peuple , et l'Italie se vit dépeuplée de ses babitans n . Cette dé- 
solation d'un pays, qui était auparavant le centre des forces de 
l'empire, facilita les invasions des barbares, et accéléra la ruine 
de l'empire d'occident. 



EMPIRE DES GRECS, OU EMPIRE D'ORIENT. 



as transportant le trône du monde dans sa nouvelle ville , 
Constantin avait déjà donné un choc fatal à la puissance Romai- 
ne; mais il lui porta un coup bien plus funeste encore, par le par- 
tage qu'il fit de l'empire entre ses trois fils Constantin, Constance, 
et Constant. Néanmoins la fondation de l'empire des Grecs, ou d'orient, 
n'eut lieu que sous l'empereur Valentinien l'an 36^ de l'ère vulgai- 
re (i). Valentinien, mu par un sentiment d'amour fraternel , plutôt 
que par des vues d'intérêt public et les conseils d'une prudence éclai- 
rée , partagea , la même année, l'empire avec son frère auquel il céda 
la partie de l'orient, gardant pour lui celle d'occident. C'est à cette 
époque que prit naissance l'empire des Grecs, plus fameux par la 
mollesse , par l'hypocrisie , par la cruauté , par les fureurs théologi- 
ques, que par les vertus et les exploits des Princes qui en occupèrent 
le trône. Valent était lui même sans connaissances, sans talens mi- 
litaires, et partisan outré des Amena. On rapporte qu'au sujet de 
l'incertitude que manifestait encore Valentinien sur le choix de 
son frère pour collègue à l'empire , un de ses officiers lui ré pou - 

(i) Art de vérifier les dates. T. I. pag. 3q5 , et Blair , Tab. Chronol. 
N.° 16. 



Division 
de L'empire,. 



Fondation 

de l 'empira 

d'orient. 



*9^ Gouvernement 

dit : <i Si vous voulez User de partialité pour votre famille , voua 
nommerez votre frère ; mais si vous avez à cœur le bien de vos 
Caractère peuples , vous vous donerez un tout autre collègue „. Valent n'ac- 
h l KaZ? u ' quit en effet que la triste célébrité des Princes faibles, qui ont 
tourmenté les consciences de leurs sujets par leurs opinions : il se- 
conda l'opiniâtreté d'Arrien , et fut l'instrument de ses cruelles 
persécutions contre les catholiques. 
aiiêodose. Parmi les successeurs de Valent, on en compte bien peu qui 

pgra ' se soient montrés vraiment clignes du diadème impérial. Il ne fau 
pourtant pas confondre dans ce nombre Théodose, qui, par ses 
opérations militaires et politiques, et plus encore peut-être par son 
extrême piété , et son zèle pour la religion chrétienne , mérita le 
surnom de grand, Mais après sa mort, l'empire alla toujours en 
déclinant,, et dans la longue série des Empereurs Grecs, à peine 
aperçoit-on de loin en loin quelqu'étincelle de vertu et de grau*- 
£a Grèce sous deur. « L'histoire de l'empire des Grecs s dit Montesquieu n'est 

les successeurs . , A . -, , , , , - , ... . , <■%».— 

de Théodose, plus qu un tissu de rebellions, de séditions et de perfidies. Les sujets 
n'avaient pas même l'idée de la fidélité qu'ils doivent au Prince; et la 
succession des Empereurs fut si souvent interrompue, que le titre de 
porphlgnorète , c'est-à-dire venu à la lumière dans l'appartement des- 
tiné à l'accouchement des Impératrices, fut un honneur si relevé, 
qu'il réussit à bien peu de Princes d'en être décorés. Il n'est pas 
de délit qui n'ait été tenté pour arriver à l'empire : on y parvint 
par le moyen des soldats , du clergé , du sénat , des gens de la 
campagne, des habitans de Constantinople , et de ceux des autres 
villes Une vénération telle quelle pour les ornemens impé- 
riaux attirait aussitôt les regards sur celui qui osait s'en revêtir. 
C'était un crime que de porter ou de teuir chez soi une étoffe de 
pourpre; mais dès que quelqu'un se montrait avec cette parure, 
il avait tout-à-coup une foule de suivans , car le respect s'attache 
ordinairement plus à l'habillement qu'à la personne (i) ; >. L'asceu* 
dant des femmes, le pouvoir des eunuques , la minorité et l'inexpé- 
rience des Princes , la courte durée des règnes , et les atteintes 
que portaient successivement au corps de l'état , non seulement les 
Décadence incursions des barbares, mais encore la perfidie des Princes alliés 7 
^ e ë'eT' e voilà les causes principales qui ont insensiblement amené la chute 
4e l'empire des Grecs. De ce cahos , comme de celui des succès» 

(r) Montesquieu, Grandeur eu décadence des Piom. ch. XXI. 



ht la G iie cë. 197 

seurs d'Alexandre sortirent d'autres états , mais de peu d'importan- ■ 
cCj et qui disparurent presqu'aussitôt dans les conquêtes des Arabes. 

On a lieu néanmoins d'être surpris que l'empire des Grecs Gaum 
ait pu se soutenir aussi long tems parmi tant de catastrophes. Mou- <e durJ!f ue " 
tesquieu en donne les raisons suivantes comme les principales; d'a- 
bord les discordes civiles des Arabes, qui, après avoir fait la cou-» 
quête des provinces de l'empire des Grecs en Asie, et des contrées 
de la Perse , se divisèrent en factions à la suite de leurs sanglantes 
querelles ponr le Califat ; en second lieu le feu grégeois qui avait 
été inventé par un architecte nommé Callinique , et fut pendant 
plusieurs siècles entre les mains des Grecs un instrument terrible ^ 
avec lequel ils consumaient les vaisseaux de leurs ennemis,, surtout 
ceux des Arabes, ce dont nous aurons occasion de parler ailleurs; 
troisièmement les richesses immenses que le commerce et les ma- 
nufactures entassaient à Constantinople, qui était devenue la Reine 
des mers , dans un tems où les Goths d'un côté , et les Arabes de 
l'autre , avaient tari partout les sources du commerce et de l'indus- 
trie ■; quatrièmement enfin les Barbares des bords du Danube, qui 
après s'être fixés d'une manière stable , n'étaient plus aussi dange- 
reux , et servaient même comme de rempart contre les incursions 
des autres. Ainsi l'empire se trouva étayé par des causes particu- 
lières , dans le môme teras que la faiblesse des gouvernemens , leur 
perversité et les convulsions instestines i'ébranlaient jusques dans ses 
fondemens : de la même manière que nous voyons aujourd'hui se sou- 
tenir certains états , malgré leur épuisement et les revers politiques 
qu'ils ont essuyés. 

Mais tandis que d'un côté les Turcs , après avoir conquis la Conquête 
Perse, s'avançaient à grands pas, et en hordes innombrables d'orient 
en occident; de l'autre les Croisés, entraînés par un zèle héroï- 
que, d'Europe en orient, étaient forcés de passer sur les terres de 
l'empire. Dans cette situation, les Empereurs Grecs voyaient leurs plus Expéditions 
belles provinces de l'Asie devenues la proie des Turcs, qui avaient 
déjà poussé leurs conquêtes jusqu'au Bosphore , en même tems que l'ap- 
proche des Chrétiens leur causait les plus vives alarmes. Pour dé- 
tourner ces derniers de leurs entreprises, ils eurent recours aux ar- 
ides des âmes viles et lâches, savoir à la perfidie et à la trahison. 
Les Français et les Vénitiens animés d'un esprit de vengeance , et 
peut-être plus encore par des vues d'intérêt , d'ambition , et par 
un faux zèle , formèrent une croisade contre lès Grecs» Ils n'eurent 



, _ . T 9^ Gouvernement 

Les Français y 

ei tes Vénitien* a combattre qu'un peuple efféminé et sans valeur ( i). S'étant em- 

s emparent de . ^ 

Consianiiiiopia. parés de Constantinople , ils y proclamèrent pour Empereur un 

comte de Flandres (a). Les Grecs se réfugièrent dans la Paphla- 

gonie et en Colchide , où d'un côté les montagnes leur servaient de 

boulevard contre îes Turcs , et de l'autre la mer contre les Latins. 

Empire Là, David et Alexis, frères et Princes de la maison des Comnènes „ 

et de fondèrent les deux petits états de Nicée et de Trébisonde. Mal- 

■ST/ébisonde, , , , . . - ^ , . , „ 

gre crue la domination des Latins a Constantjnople n ait duré que 
soixante ans , elle n'en fut pas moins le dernier coup qui anéantit 
fout-à-fait l'empire d'orient : car durant cet espace de tems 3 le 
commerce passa entièrement aux villes d'Italie , et Constantinople 
perdit ainsi la source de ses richesses , seul avantage qui lui restait 
de sa puissance passée. Lorsque Michel Paléologue reprit cette 
ville en 1264, il y trouva la marine dans un état si déplorable, 
qu'elle manquait même de petits navires pour l'entretien des com- 
munications avec îes îles de l'Archipel , qui étaient encore dans 
la dépendance de l'empire Grec. A. ©ette époque, les Turcs, des- 
cendans féroces de ces mêmes Huns qui avaient jadis si cruellement 
ravagé l'empire Romain, s'étaient déjà répandus dans toute l'Asie, 
et menaçaient même l'Europe (3). Quel rempart pouvait-on opposer 
Constantinople à leurs hordes redoutables ? L'empire , resserré dans les faubourgs de 
V ar a /eT S Turcs, Constantinople , était près de sa lin 3 semblable au Rhin qui n'est plus 
qu'un ruisseau lorqu'il vient se perdre dans la mer (4). Envahi les 
Princes d'occident envoyèrent au secours de Constantinople une ar- 
mée de cent trente mille hommes. Bajazet qui tenait déjà cette 
malheureuse ville étroitement assiégée, défit dans une seule bataille 

(1) Les latins ( c'était le nom qu'on donnait aux Européens qui 
avaient pris Constantinople ) regardaient les Grecs avec un tel mépris , 
qu'après la guerre , ils n'en voulurent recevoir aucun dans leurs troupes , 
de quelque condition qu'ils fût. 

(2) Baudouin I. er qui fut couronné Empereur dans l'Eglise de sainte 
Sophie le 16 mai en 1204. 

(3) On rapporte que les Turcs , dans leurs premières incursions sur 
le territoire de la Grèce , enchantés de la beauté des femmes , se dégoû- 
tèrent des leurs qui étaient laides et mal habillées; et que c'est à cette 
passion pour les femmes Grecques, qu'il faut attribuer en partie le féroce 
enthousiasme qui les entraînait à la conquête du siège de l'empire. Voy. 
Michel Ducas , histoire de Jean Manuel etc. , chap. IX. 

(4) V, Montesquieu endroit, cit. 



i5E la G ré (3e. 199 

l'armée des alliés: c'en était fait d'elle, si Bajazet n'eut pas da 
porter toutes ses forces contre Tamerlan qui Pavait inopinément 
attaqué. Mais cette expédition fut renouvetlée avec plus de succès 
par Mahomet II, la huitième année du règne de Constantin XII 
on de Constantin Paléoîogue. La ville, dont la garnison n'était que de 
huit mille hommes, se défendit avec un courage héroïque contre 
une armée des pins formidables. Mais à la fin, le bouillant fanatisme mietomia 
des Turcs triompha de la mémorable résistance des Grecs, et la deMahometit 
malheureuse Constantinople fut emportée d'assaut le 29 mai de l'an 
i453. Constantin y périt les armes à la main dans la cinquantième 
année de son âge. Les Barbares la saccagèrent, et y commirent 
pendant trois jours tout ce que l'on peut imaginer de plus cruel 
et de plus affreux. Telle fut la fin de l'empire d'orient. Constan- 
tinople, fondée par Constantin le grande après avoir été pendant 
près de onze siècles le siège de l'empire des Grecs, succomba sous 
un monarque qui portait le même nom que son premier Empereur, 
de la même manière que l'empire d'occident, fondé par Auguste , 
finit dans la personne d'un Auguste. Démétrius et Thomas, frères 
de Constantin Paléoîogue, se soutinrent encore quelque tems dans 
le Péloponnèse , c'est à dire jusqu'à l'an i458 que Mahomet s'en 
rendit maître. Trébisonde était encore au pouvoir des Grecs, et 
avait pour Roi David Comnène ; mais Mahomet finit aussi par 
s'en emparer, et conduisit David à Constantinople , où il le fit 
mourir (1). 

Nous ne dirons rien ici de l'état politique de l'empire Grec, Gomûmim 
parce que les Empereurs Romains transplantèrent à Constautino- de g,'"?.'"* 
pie, non seulement la plupart des usages de Rome, mais encore 
tout !e système de son gouvernement; c'est pourquoi il faudra se 
rappeler à cet égard tout ce qui sera dit, en son lieu dans cet 

(1) Art de vérifier les dates , vol. I. er pag. 455. Les principales fa- 
milles qui régnèrent à Constantinople pendant les onze siècles que dura 
l'empire Grec , sont ; la Théodosienne , la Justiniane , Y ' Héraclienne , 
Y Isaurienne , la Phrygienne , la Macédonienne , celles des Ducas : des 
Comnen.es, àPsaac Y Ange , des Comtes de Flandres , des Courtenay 
des Briennes , des Cantacuzènes , et des Peléologues. Il existait encore 
il y a peu de tems , quelques rejetons de ces anciens familles. Louis XVI 
a reconnu par des lettres diplomatiques les descendans des Comnénes. 
Cette famille a donné six Empereurs à Constantinople , onze à Trébi- 
sonde., dix Prorogé rondes ou chefs à la Laconie î et trois à la Corse. 



Code. 



Digesic. 



ïns Ululions. 
Novelles. 



Marques 

disthiclives 

■des Empereurs 

Grecs. 



30$ GoUVERKEMERT 

ouvrage sur la législation de l'empire Romain. ISous observerons seu- 
lement, que c'est aux Empereurs Grecs que nous sommes redevables 
de la collection des lois , qui ont été adoptées dans la suite chez 
toutes les nations de l'Europe sous la dénomination de Code , ou 
Code Romain. Le i5 février de l'an 4^6, Théodose le jeune pu- 
blia son code, qu'il composa de toutes les constitutions des Empe- 
reurs Romains depuis Constantin jusqu'à lui; et il abrogea toutes les 
lois qui ne s'y trouvaient pas comprises. Ce code servit ensuite de base 
à la législation des Goths , des Lombards et des Francs. Mais Justi- 
nien L er ayant remarqué que plusieurs lois y avaient été omises , et 
que le code même était presque tombé en oubli dans le petit nom- 
bre de provinces qui fesaient encore partie de l'empire d'occident p 
cet Empereur chargea Tribonius son chancelier de faire une com- 
pilation de toute la jurisprudence Romaine depuis Adrien jusqu'à 
lui. Cette collection fut publiée le 16 avril de l'an 5ao, , sous le 
nom de Code par exellence. C'est encore du même Empereur que 
nous tenons , le Digeste > qui est un recueil de divers fragmens 
de jurisconsultes Romains, dont les écrits ne composaient pas moins 
de deux milles volumes; les Institutions qui contiennent les pre- 
miers éîémens de la jurisprudence , et les Novelles qui forment 
le recueil de ses dernières lois. Mais, comme nous venons 'de le 
dire , toutes ces constitutions et ces lois, appartiennent plutôt à la ju- 
risprudence Romaine qu'à celle de l'empire des Grecs; c'est pour- 
quoi nous remettons à en parler plus au long, lorsque nous traite- 
rons du gouvernement des Romains. 

Nous n'avons guères de particularités à offrir à la curiosité 
de nos lecteurs, en ce qui concerne l'habillement, les ornemens , 
et les marques de la dignité des Empereurs Grecs: car, à. l'ex- 
ception de quelques temples, tous les édifices remarquables de 
Constantinople furent ou rasés par les Barbares, ou abandonnés à 
la faux du tems , dont ils ont été la proie. Les Turcs élevèrent 
ensuite sur les ruines de l'ancienne ville d'autres édifices d'archi- 
tecture Arabe : ce qui acheva la destruction des statues , des pein- 
tures et des bas-reliefs qu'on y voyait encore. Néanmoins , pour ne 
j'en laisser à désirer dans cet ouvrage , nous produirons le petit 
nombre de tnonumens que nous avons pu recueillir dans les auteurs 
des annales bysantines. Avant tout , nous devons avertir le lecteur 
de deux choses; la première, c'est que le costume des Empereurs 
Grecs et de leur cour , est en grande partie le même que celui des 



de la Grèce. 2,0 f 

Fomains, dont nous traiterons amplement à l'article de l'empire Ro- 
main : c'est pourquoi nous ne ferons mention ici que de ce qui est par- 
ticulier aux Empereurs d'orient , ce qui se borne à fort peu de chose. 
La seconde est que nous présenterons les images de ces Empereurs 
sans aucune altération , et tels qu'ils se trouvent dans les monumens , 
ensorte que la dureté des contours, la sécheresse dans l'expression 
des physionomies , et les autres défauts de peinture qu'on pourra 
y remarquer, ne devront point nous être imputés, mais bien aux 
tems où les originaux de ces images ont été faits , c'est à dire à 
l'époque de la décadence des beaux arts et de toutes les institu- Rareté 

. . , , , T , . . , . . . ,- , 1 5 a-> • -, des monumens. 

tions libérales. E impossibilité ou nous sommes d affirmer rien de 
positif sur l'authenticité de la plupart de ces figures, fait que nous 
nous abitiendrons de placer les portraits des Empereurs Grecs dans 
la série de notre Iconographie. Nous ne nous étendrons pas beau- 
coup non plus sur la description des habits impériaux, pour laisser 
à l'oeil du lecteur et de l'artiste le soin d'en distinguer les diverses 
parties et le caractère particulier : car il serait aussi difficile que 
fastidieux et inutile d'entrer dans de longs détails à cet égard. 
Nous observerons en troisième lieu , qu'à défaut d'autres monu- Mosaïques 
mens , nous avons dû quelquefois avoir recours aux mosaïques , 
bien que du moyen âge, ainsi qu'aux miniatures qui se trouvent 
dans les anciens écrits. A l'aide de ce dernier moyen , de l'avis 
même de l'illustre auteur de l'Iconographie Grecque, nous pouvons 
retrouver, non sans quelqu'apparenee d'authenticité, les images vé- 
ritables de plusieurs personnages de l'antiquité, par les raisons que 
nous en avons déjà données, quoique le savant Mongez dise du 
contraire. On sait qu'à l'époque où les arts étaient florissans dans 
ces mêmes tems , il était d'usage d'orner les livres de miniatures 
allusives aux sujets qui y étaient traités. Ceux qui firent copier 
ces livres dans des tems postérieurs , durent nécessairement faire 
aussi copier les miniatures, pour ne rien laisser à désirer sur l'exac- 
titude de leur travail. Que si l'on veut malgré cela élever encore 
quelques doutes sur la ressemblance des physionnomies que repré- 
sentent ces miniatures, on ne devra pas moins leur accorder un 
grand degré d'authenticité, quant à la vérité du costume qui y est 
retracé, n'y ayant pas de probabilité que l'artiste ait voulu s'écar- 
ter de l'usage alors établi , et blesser ainsi l'opinion généralement 
reçue. Les mêmes raisons veulent qu'on ait encore beaucoup de 
confiance dans l'authenticité du costume , qui est représenté dans 

Europe. Fol. I. 26 



et miniatures. 



202 



Constantin 
et Hélène. 



Statue 
de Constantin- 



Gouvernement 
certains monumens, quoiqu'exécutés hors du pays auquel ce costume 
est propre. 

Le n.° i de la planche 38 offre les images de Constantin le 
grand et de sa mère Hélène , lesquelles sont tirées d'un manuscrit 
qui fut transporté de Constantinople à Paris 3 et a été déposé , 
après la mort du savant Du-Cange , dans la Bibliothèque du Roi. 
Ce manuscrit est anonyme, et renferme plusieurs opuscules sur l'ori- 
gine et les affaires de Constantinople , ainsi que sur les Empereurs 
et les Patriarches d'orient (i). On voit par le catalogue qu'il donne 
des Empereurs , qu'il fut écrit vers l'époque du règne de Michel 
Paléologue à Constantinople, c'est-à-dire entre Tan 1261 et l'an 
1283 (2). De chaque côté de ces deux images est écrit en Grec: 
le Saint et grand Constantin Roi — la Sainte Hélène sa mère. Mais 
comme les actions de cet Empereur et de sa mère, personnages des 
plus célèbres dans les fastes de la chrétienté, sont une source fécon- 
de de sujets de composition pour les artistes modernes, nous croyons 
joindre ici deux autres portraits de l'un et de l'autre, lesquels ont 
été copiés sur des monumens d'une plus haute antiquité, et encore 
plus certains. Le il° 2 représente la tête de la mère de Constantin 
portant un riche diadème; elle est prise des médailles de Ban- 
duri (3). La statue en bronze n.° 3 , se voit encore à présent sur 
la place de Barletta dans la Pouille : l'avis des érudits les plus dis- 
tingués est qu'elle représente Constantin, et fait probablement partie 
du grand nombre de celles qui furent fabriquées à Constantinople 
sous les premiers Empereurs d'orient (4). En confrontant les deux 



(1) Banduri , Imp. Orient,. Praef. pag. VI. 

(2) Il est à remarquer que le dessus de la couverture de l'original 
porte l'empreinte des aigles impériales à deux têtes. 

(3) Numismata Imperat. etc. ad Palaeologos usque. T. II. pag. 288. 
Tab. II. 

(4) Voyez Winkelmann , Histoire des arts etc. Rome , 1783 etc. 
T. II. pag. 4a5. N. (A). Le savant abbé Fea observe que les Empereurs 
Grecs firent ériger particulièrement à Constantinople un nombre presqu'in-, 
fini de statues , la plupart en bronze , soit pour eux mêmes , soit à des 
membres de leur famille , à leurs prédécesseurs ou à leurs Généraux. Ces 
statues ont disparu presque toutes dans les nombreux désastres qu'a es- 
suyés cette ville. « La seule en bronze } dit-il , de toutes celles qui ont 
été faites en Italie, autant que je sache , et peut-être l'unique au mon- 
de j est la statue qu'on voit encore à présent sur la place de Barletta en 



DELA G RÉ CE. 203 

figures de Constantin et d'Hélène qu'on voit sous les n.°a et 3, avec 
celles de la miniature n.° i , on s'apperçoit aussitôt du changement 
de costume qui eut lieu à la cour d'Orient, du moment que la re- 
ligion chrétienne devint la dominante dans l'empire. La médaille 
ainsi que la statue semblent appartenir aux tenis qui ont. précédé 
la conversion de Constantin ; c'est pourquoi il faut bien faire at- 
tention , lorsqu'il s'agit du costume de cet Empereur, à ne pas con- 
fondre ces deux époques très-distinctes , celle de Constantin ido- Deux époques 

11 ' du costume 

lâtre , et celle de Constantin chrétien. Dans la première, il doit de Constantin, 
être habillé à la manière des Empereurs Romains; mais dans la 
seconde , sa parure doit avoir toute la richesse du luxe oriental , 
parce qu'à cette dernière époque il voulut lui même que ses vête- 
mens fussent enrichis de perles et de pierres précieuses , et que 
son diadème en fût entièrement tissu; et pour se distinguer encore 

Pouille , et qui a environ vingt palmes de hauteur. Les habitans de cette 
ville prétendent qu'elle représente Constantin; et je le croirais aussi d'a- 
près la comparaison du dessin que m'en a donné M. r D E manuel Mola 
directeur des écoles royales etc } avec les statues de Constantin décrites par 
Winkelmann .... M. r le baron de Riedstl , qui , clans son Voyage en 
Sicile et dans la Grande Grèce .... la prend pour un Jules César, 
n'avait pas bien présente la physionomie de cet Empereur ni celle de 
Constantin , et n'aura pas fait attention à la forme de l'habillement qui 
est des tems du bas empire. » 

Voici ce que dit encore le même commentateur de cette statue dans 
le III e vol. pag. 404 « Elle passe dans l'esprit même des habitans les 
plus éclairés de Barletta pour être celle de Constantin. Le vulgaire l'ap- 
pelle Héraclius. Mais outre qu'elle n'offre aucune ressemblance avec la 
physionomie qu'a cet Empereur sur les médailles , où il est représenté 
avec la barbe et des traits tout différens ., il est impossible que vers le 
milieu du VII. e siècle , c'est-à-dire à l'époque de la décadence totale des 
arts , on ait pu faire une statue aussi grande , aussi belle , et d'un travail 
aussi considérable , à moins de dire que , selon l'usage presque général 
alors , on ait dédié à Héraclius , à l'occasion de quelqu'événement parti- 
culier , la statue consacrée à la mémoire d'un autre Empereur , sans avoir 
égard à la ressemblance. Le même M. r Mola me fit observer que la croix 
est moderne, et que la statue porte sur la tète une comonne de laurier: 
ce que je ne trouve pas fréquemment dans les médailles représentant des 
Empereurs chrétiens , qui l'ont pour la plupart en pierres précieuses. Les 
deux statues des fils de Constantin ou de Constantin lui même , qu'on 
voit sur la montée du capitole , semblent avoir la couronne de chêne ». 
Nous parlerons des autres statues de cet Empereur à l'article des beaux arts. 



STiéodose 
le Grand. 



Maurice 
Phoeas. 



Irène. 



Manuel 

Palëologue. 

Jean 

Palëologue. 



û0 4 Gouvernement 

d'avantage des Empereurs Romains, il quitta la barbe qu'ils avaient 
reprise depuis Adrien. On ne peut donc regarder que comme un 
anachronisme, la barbe qu'on lui voit dans la miniature que uous 
venons de rapporter. Et en effet l'usage de se la raser se maintint 
chez les Grecs depuis la bataille d'Arbelles jusqu'au règne de Jus- 
tinien , c'est-à-dire jusqu'au sixième siècle de l'ère vulgaire, où re- 
vint celui de la porter dans toute sa longueur , comme nous le ver- 
rons ailleurs (i). 

Le n.° 4 est la tète de Théodose le Grand prise d'une mé- 
daille de Banduri. Cet Empereur voulut que la religion chrétienne 
fût la seule professée dans son empire , à l'exclusion de toute autre. 
Les têtes des n.°* 5 et 6 sont également prises des médailles du 
même antiquaire. La première est celle de Maurice Phoeas, qui 
régna depuis l'an 602 jusqu'en 6io , et se fit renommer par sa 
cruauté et l'assassinat du pacifique Empereur Maurice, et de tonte 
sa malheureuse famille. La seconde représente celle de l'Impé- 
ratrice Irène , épouse de Léon IV , qui régna seule depuis 797 
jusqu'en 80a. Elle se rendit célèbre parmi les Chrétiens Grecs, 
pour avoir embrassé leurs opinions sur le culte des images ; mais 
elle ne le fut pas moins par les assassinats et les forfaits qu'elle 
commit pour s'emparer du diadème : c'est la première femme qui 
ait régné seule dans l'empire d'orient. Mongez observe que la gros- 
sièreté de l'art clans les médailles de cette époque , ne permet guè- 
res de juger de la beauté tant vantée de celle Princesse. Le n.° 7 
représente l'Empereur Manuel Paléologue , qui régna depuis 1891 
jusqu'en i4^5. Les deux portraits sous le n.° 8 sont ceux de Jean 
Paléologue, qui y est peut-être représenté à deux âges différens. 
Il était fils de Manuel , et régna depuis i4a5 jusqu'en 1448: il se 
rendit célèbre par le Concile qu'il fit convoquer à Florence pour 
y traiter de la réunion des deux églises grecque et latine , et fut 
le pénultième Empereur d'orient. Ces trois portraits peuvent être 
regardés comme authentiques, tant à l'égard de la ressemblance, 
que pour la vérité du costume; car, comme nous l'avons dit plus 
haut, le manuscrit d'où ils sont tirés appartient aux teins du même 
Jean Paléologue. 

(1) Plutarque rapporte, qu'avant la bataille d'Arbelles, Alexandre fit 

couper la barbe à ses soldats, pour empêcher que l'ennemi ne pût les 

saisir par là. Depuis lors , la barbe ne fut plus conservée que par les 

Ephores , dont elle devint même une marque distinctive , et il ne fut plus 

permis aux Spartiates de porter que les moustaches. 



de la Grèce. a,o5 

Les mosaïques des n. os i , 2, et 3 de la planche 29 ne forment qu'un 
Seul ouvrage , et représentent l'Empereur Justinien avec sa femme 
Théodore , qui assistent à la consécration de l'église de Saint Vital 
à Ravenne (1). L'Empereur sous le n.°i a le front ceint d'un ri- 
che diadème et de pierres précieuses, qui pendent avec ses cheveux: 
il est vêtu d'une tunique blanche , et de la chlamyde impériale 
de couleur violette , et tient d'une main une coupe d'or , qui était 
peut-être le présent que les Empereurs étaient accoutumés de faire 
aux églises à l'occasion de leur dédicace. Le n.° a offre les por- 
traits de deux ministres ou courtisans, qu'on voit dans ce morceau 
de mosaïque à la droite de l'Empereur: ils portent comme lui une 
tunique blanche avec une chlamyde de même couleur, qui est at- 
tachée sur l'épaule droite, et leurs cheveux flottent sur leurs épau- 
les. Nous ne rapporterons point les figures des ecclésiastiques et 
des soldats que présente le même ouvrage , comme n'étant d'aucune 
utilité pour notre objet. Le n.° 3 offre le côté opposé de cette mo- 
saïque , et nous allons le décrire en entier. On y voit l'Impératri- 
ce 3 la tête ceinte d'un riche diadème, d'où tombent le long des 
joues et sur les épaules de longues files de perles: son manteau est 
aussi violet , et a un large bord en or avec des broderies : sa rob© 



Justinien 
et Théodose., 



Ministres 
et courtisans,. 



(1) Cette consécration fut faite par l'évêque saint Maximin en l'an 
547. Giampini parle au long de ce précieux morceau de mosaïque dans 
ses Vetera monumenta etc. pag. 73. On en trouve aussi la description dans . 
les auteurs de l'histoire Bysantine , et M. r Séroux et ' Agincourt le rapporte 
en partie dans son histoire de Fart ( Peinture pag. 16 ) : on le voit dans 
le chœur de Saint Vital à Ravenne. Winkelmann dit ( vol. IL pag. 420 
édit de Reina ) , que sur cette mosaïque , on -peut se former une idée de ce 
qu étaient les statues équestres en bronze de Constantin et de sa femme 
Théodore qui étaient autrefois à Cons tantinople , car elle fut faite dans le 
même tems que ces statues. Il est bon d'observer cependant que la pre- 
mière de ces deux statues était vêtue en Achille , comme le dit Pro- 
cope , avec des semelles attachées au pied , les jambes nues ou à l'hé- 
roïque. On ne doit point s'étonner que nous ayons cité ici une mosaïque 
faite en Italie : car Ravenne , comme tout le monde le sait , fut pendant 
long tems sous la puissance des Empereurs Grecs. Nous dirons même à 
cet égard , que l'Italie n'ayant pas de peintres dans les tems du bas-em- 
pire , on les y fesait venir de la Grèce ; et comme ils ignoraient les usa- 
ges des lieux où ils travaillaient , ils continuaient à donner à leurs Saints 
l'habillement Grec de cette époque , comme nous le verrons ensuite. Voy. 
Giampini pag. 14, et Léon d'Ostie , Chronic, Monast. Cassinensis. 



Femmes, 



Basile II. 



Habillement 

impérial. 



Diadème. 



206 Gouvernement 

qui est sous le manteau est d'un blanc un peu luisant : de riches 
agrafes semblent orner sa poitrine et ses épaules, et elle tient dans 
une de ses mains un vase fait de pierres précieuses. La première 
des femmes qui sont à sa gauche a le manteau blanc et la robe 
violette : de sa poitrine descendent jusqu'aux pieds deux écliarpe3 
ou bandes d'étoffe parsemées de pierreries : la seconde a la robe 
tressée de fleurs en vert et en or avec de longues manches : la 
troisième a le manteau blanc , et la robe aussi à fond blanc avec 
des fleurs vertes entrelacées; la quatrième porte le manteau écar- 
late avec la robe blanche brodée de fleurs en or. La première des 
deux femmes qui sont à la droite de l'Impératrice a la tunique 
blanche, et la seconde de couleur violette. L'habillement de ces 
Femmes leur couvre le corps , de manière à ne laisser voir que la 
tête , le cou et les mains. 

Le n.° 4 représente l'Empereur Basile II. qui régna avec Cons- 
tantin X, depuis l'an 976 jusqu'en io2,5. Il est au moment de re- 
cevoir les bénédictions du Ciel et les hommages de la Terre : ce 
portrait est tiré des miniatures d'un pseautier grec en parchemin 
du X. e siècle } qui appartenait autrefois au monastère de la Vierge 
appelée Cospicua à Constantinople , et se trouve aujourd'hui dans 
la Bibliothèque de Saint Marc à Venise (1); son authenticité mé- 
rite par conséquent beaucoup de confiance. L'Empereur y est ha- 
billé militairement; mais outre le diadème qui est enrichi de pierres 
précieuses, il a encore le hoqueton , le sceptre et autres marques 
distinctives de la dignité impériale. 

De toutes ces figures il nous sera facile maintenant de déduire, 
comme autant de corollaires, les diverses parties de l'habillement 
qui composaient le costume des Empereurs. La première marque 
de cette dignité était le diadème. Nous avons déjà vu qu'après 
avoir vaincu Darius, Alexandre quitta le diadème des Rois de 
Macédoine, qui n'était qu'un simple bandeau d'étoffe blanche, 
pour prendre celui des Monarques de la Perse , composé d'une 
bande de lin blanc avec une raie rouge, sur lequel il plaçait quel- 
quefois des cornes de bélier comme fils de Jupiter Àmraon : nous 
avons vu aussi que Constantin ajouta au diadème les perles et les 



(0 V°y- Morelli , Bibllotheca manuscripta Graeca et Labina , Bas- 
sani , Pxemoncl. 1802 , pag. 53. Cette figure est encore rapportée par 
M. r Séroux d'Agincourt. Ibid. pag 33 , pi. 47. 




tf ,J?)tarr/f/.' l'r. 



de là Grèce. aoy 

pierreries. Les successeurs de cet Auguste adoptèrent non seulement 
cette sorte de diadème 3 mais encore tout le faste des anciens Rois 
de Perse. Claudien , dans la description qu'il fait des trésors et des 
ornemens impériaux que les enfans de Théodose se partagèrent 
après sa mort dit fi) : 

Et vario lapidum distinctas igné coronas. 

Agathias , en parlant des marques de royauté , que les Empereurs 
envoyaient en présent aux Rois des Laziens , peuples qui habitaient 
les derniers rivages de la mer Noire, fait mention d'un diadème en 
or enrichi de pierres précieuses (a). Il faut pourtant bien se garder 
de confondre le diadème des Empereurs avec la couronne royale. 
Celle-ci n'était qu'un simple cercle en or^ tandis que le diadème 
impérial était comme une double couronne : car celle qui devait 
ceindre le front était surmontée d'une autre, avec laquelle elle était 
jointe par une garniture enrichie de pierreries , et d'un beau tra- 
vail (3). Ce diadème était quelquefois orné de têtes en bas-relief 
et en or , ou d'espèce de camées. Tel est celui de Constantin II 
qu'on voit au n.° i de la planche 3o , et qui est pris des pierres 
gravées de la Galerie de Florence. On plaça aussi une croix sur le 
haut du diadème 5 comme on peut le voir par celui de Phocas 
( planche 2,8 n.° 5 ) , usage qui prit son origine de l'Empereur 
Justin, d'après le témoignage des médailles. La forme du diadème 
de cet Empereur nous rappelle encore le xa^isXavxtov , appelé par 
les écrivains du bas empire Camelaucum , et qu'ils croyent sembla- camelaucum. 
bîe à la mitre ou cidaris des Perses (4): on en voit le dessin sous 



Couronn* 
royale. 



Diadème de 
Constantin IL 



de Phocas. 



(1) In pr. Consuls Stilich. , lib. II., v. 92. 

(2) Hisb. Jusbiniani , lib. II pag. 60. 

(5) V. Ciampini , Prêtera Monimenba. Pars I. pag. m. 

(4) Le Camelaucum était une espèce de bonnet fait de poil de cha- 
meau , d'où il a pris ce nom. Il est encore en usage chez les moines du 
lerant, et ressemble un peu au bonnet carré de nos ecclésiastiques Voici 
la description qu'en fait Allazius (De utriusq. Ecclesiae consensione , lib. 
III. cap. 8 num. 12 ). Capub operiunb Camelauco } quod capitis begmen est 
ex lana nigricanbe , ut nabura illam dedlb , textum , robundum , albi- 
budine semipalmare , in formam conchae finiens , quae capub ingredi- 
bur , non undequaque Tobundabur ■; sed ubi aures sunb , plagulae ungunbur ', 
quibus aurium incommodis medenbur. Ainsi de ce Camelaucum pendaient 



iL 



Diadème 
avec le casque. 



Ornement 

du Diadème. 



2o3 Gouvernement 

le n.° a, pris des Las-reliefs de l'arc de Constantin (i). Le dia- 
dème se joignait quelquefois tellement avec le casque, qu'ils ne 
formaient ensemble qu'un même tout , ainsi qu'on le voit par le cas- 
que n.° 3 qui forme la coiffure de l'Empereur Héraclius , célèbre 
dans les fastes de l'église, pour avoir enlevé la croix à Cosroès Roi 
de Perse : ce qui fait que ce diadème s'appelait g aléa diademata. 
TNous avons remarqué dans le portrait de Justinien, que son diadème 
est orné de fils de perles et de pierres précieuses qui lui tombent 
sur les épaules. La même chose se voit dans ceux de Constantin, 
d'Irène et de Basile dont nous avons aussi fait mention ; et l'on 
en a une preuve encore bien plus claire dans le diadème de Justi- 
nien sous le n.° 4- Cet usage fut généralement adopté par tous les 
Empereurs , de manière cependant que plus on s'éloigne de l'épo- 
que de Constantin , et plus ces diadèmes ainsi que tous les autres 
ornemens impériaux vont perdant de leur ancienne simplicité, et se 
surchargent d'or, de perles, de pierreries et d'ornemens de tout gen- 
re, selon l'esprit particulier à cette époque où les beaux arts étaient 
entièrement tombés : ce dont il est aisé de se convaincre, par le seule 
confrontation de ces figures entre elles. Nous ne devons pas passer ici 
Sonmt sous silence la forme extravagante du camelaucum ou bonnet, n°5 , 
Patiohgue. qu'on voit sur une grande médaille de Jean VIII Paléologue , frappée 
en Italie , et citée par Baucluri et Du-Cange (a). Les Empereurs 
avaient encore quelquefois autour du corps une autre marque de 
leur dignité, c'était un cercle d'or ou de lumière, appelé par les 

des espèces de bandes de même étoffe, ou d'une autre plus fine, pour cou- 
vrir les oreilles ; ce qui a peut-être donné l'origine aux queues des mitres 
de nos évêques. 

(i) Constantin Porphignorète {De Adm. Imper, cap. i3 ) dit que 
cette espèce de bonnet avait été apporté par un ange à Constantin , et 
que les Empereurs ne le portaient que dans les grandes solennités. 

(2) Ce médaillon est un ouvrage de Victor Pisano ou Pisanello pein- 
tre de Vérone ; qai, au rapport de Vasari , fit en médaillons de jet une 
quantité de portraits de Princes de son tems et autres. Voici ce que dit 
Monseigneur Giovio du médaillon et de l'artiste dans une lettre qu'il écrit 
au Duc Cosimo. J'ai encore une belle médaille de Jean Paléologue Em- 
pereur de Constantinople avec ce chapeau bizarre à la Grecque, que les 
Empereurs étaient dans l'usage de porter ; elle a été faite par Pisano à 
Florence lors du concile d'Eugène auquel assista cet Empereur : elle a 
pour revers la Croix du Christ soutenue par deux mains , qui représen- 
tent sans doute les deux églises grecque et latine. 



de' la Grèce. 209 

antiquaires nimbus. Cet attribut n'appartenait anciennement qu'aux WfoOm; 
Dieux , " et entre autres à Apollon. Pline rapporte que Galigula 
fut le premier des mortels qui osa s'en décorer; mais Antonin le 
Pieux est le premier des Empereurs qu'on voit sur les médailles avec 
cet ornement. Les Empereurs et les Impératrices du bas-empire 
en ont toujours la tête parée ; et , comme l'observe Mongez , les 
artistes ne doivent point l'oublier lorsqu'ils veulent représenter un 
Empereur de cette époque. L'origine de cet ornement dérivait 
■d'une aveugle et basse adulation , de la part des Romains , qui vou- 
laient indiquer par là que les Augustes étaient admis au conseil 
des Dieux (1). 

Nous ne voulons pas finir cet article sans faire mention de Couronne 
la couronne de fer , qui , selon les chroniques de Monza , après 
avoir servi pendant long tems au sacre des Empereurs Grecs, passa 
de Gonstantinople à Rome, d'où le Pape Saint Grégoire le Grand 
l'envoya en présent à Théodolinde Reine des Lombards, qui fesait 
sa résidence à Monza. Si de pareilles assertions pouvaient être ad- 
mises , il s'en suivrait ; d'abord , que la couronne de fer dont il 
s'agit n'était originairement que le diadème des Empereurs de Cons- 
tantinople ; en second lieu qu'elle a été faite avec un des clous 
qui ont servi au crucifiement du Christ: ce qui lui a fait donner le- 
pithète de de fer. Or quant à la première conséquence , il suffit de Différence 
comparer la couronne de Monza n.° 6, avec celle que portent les Ife^eSwT 
Empereurs dans les divers monumens que nous venons de rapporter 3 cdls " n P enale - 
pour avoir la preuve évidente que celle-ci diffère considérablement 

(1) Il convient de rapporter à ce sujet ce passage de Pignorius , que 
le P. Kircher a transcrit sans en citer l'auteur. Consuevib Daedala anbi- 
quibas res hominum opinione religiosas , et augusbis quibusdam veluti 
no bis insignire , quasi ipsis aliqua dignibas accéder eb. Inber lias maxi- 
me nobilis fuib orbis quidam capibi aliquando circumscripbus , venera- 
tionis index eb majesbabis , quae humanam excedereb. Hune ego Impe- 
raboribus , quos veberes supra fasbigium morbalibabis elabos suspiciebant , 
provinciis orbis Romani , urbibus pritnariis , aninialibus ebiam Deorum, 
circumposibum nobavi : et quod ad Augusbos perbineb , extant mimis- 
mata aerea Antonini PU , et Consbanbii illius . qui Arrianis favens 
cabholicam Ecclesiam perburbavib. Eb Ravennae in aedibus S. Vibalis 
manenb adhuc anbiquissim,ae ex opère musiuo Jusbiniani , eb conjugis ima- 
gines , quarum capita balis circxdus ambib. Cet usage passa des gentils aux 
peintres chrétiens , qui entourèrent d'une auréole les têtes de leurs saints. 

Europe. Foi. J. 3 



aïo Gouvernement 

âe la première. D'ailleurs , dans le grand nombre des médailles de 
Constantin rapportées par Du-Fresne et autres , on ne voit jamais cet 
Empereur avec une couronne semblable à celle de fer ; mais bien 
tantôt avec un casque , tantôt avec une couronne dé laurier, ou 
avec un diadème bien différent. Ce diadème est le plus souvent com- 
posé d'un double rang de pierreries jointes ensemble par des ban- 
delettes , qui descendent jusques sur les épaules. ;Nous ne pouvons 
accorder beaucoup de crédit aux conjectures du P. Allegranza, qui 
voudrait nous persuader que Constantin portait la couronne de fer 
sur le diadème Impérial 9 ou sur la cime de son casque, parce que 
les médailles sur lesquelles il étaye son assertion, ne laissent aper- 
cevoir aucune trace de cette couronne sur le casque, ni sur le dia- 
dème (i). Quelle que soit au reste la forme de cette couronne de 
fer , on aura toujours droit de demander aux partisans de cette 
opinion , sur quel monument ils se fondent , pour croire qu'un or- 
nement aussi précieux soit passé de Constantinople en Italie. Il n'y 
a aucun écrivain qui en parle , et nous n'avons aucunes relations sur 
l'époque où l'on prétend que cette translation a eut lieu : le même 
Saint Grégoire n'en dit pas un mot dans ses épitres. Il n'est guè- 
res vraisemblable non plus, que les Empereurs de Constantinople 
fissent assez peu de cas du trésor le plus précieux que leur avait 
laissé Constantin , pour le laisser transporter ailleurs. Si donc la 
couronne de Monza n'est pas celle que Constantin a transmise à ses 
successeurs , il s'ensuit qu'il n'est pas aisé de prouver qu'elle ren- 
Diadême ferme un des clous de la passion. Il est bien vrai qu'un de ces clous 

avec l *- 

le. saint clou, avait servi à. former le diadème qu'Hélène envoya à son fils : car 

(i) Frisi , Mémoires historiques de Monza. Vol. 2 pag. 161 et suiv. 
Nous reviendrons sur ce sujet lorsque nous traiterons du costume des Lom- 
bards, et nous rechercherons alors la véritable origine de la couronne de 
fer. Nous nous bornerons à observer ici; i.° que les partisans de la cou- 
ronne de fer n'ont pas démontré jusqu'ici d'une manière solide , que cette 
couronne est la même que celle qu'ont portée Constantin et ses succes- 
seurs; 2. que l'authenticité du saint clou, qu'on dit en former la garni- 
ture intérieure , est encore extrêmement douteuse. Lisez Muratori : Anec- 
dota , quae ex Ambrosianae Bibliothecae Codicibus etc. Tom. II , pag. 
267 et suiv. L'examen que nous avons fait du manuscrit de Bosca , qui 
est conservé dans la librairie du Chapitre de Monza } et qui à pour but 
de prouver l'authenticité de la couronne de fer } nous a encore confirmé 
d'avantage dans l'opinion de Muratori. 



de la Grèce., an 

Saint À mb roi se dit positivement que, quaes'wit Helena Clcwos , qui- 
bus crucifixus est Dominus , et itwenit. De uno cZapo fraenos fieri 
praecepit , de altero dladcma intexuit .... Misit itaque filio suo •- 

Constantino diadema gemmis insignitum , quas pretiosior ferro in- 
nexas Crucis redemptionis dwinae gemma connecteret. Misit etfrae- 
num. Utroque usus et Constantinus , et fidem transmisit ad posteras 
Reges(iy On ne sait trop ce qu'est devenu ce diadème, et ce n'est 
pas à nous d'entrer dans ces recherches. Nous ajouterons seulement, 
que le Diacre Paul , qui vivait à la cour des Rois Lombards , et 
qui a traité au long de leurs usages et de tout ce qui les concerne y 
ne fait aucune mention de la couronne de fer , ni du saint clou 
de Monza ; et qu'au contraire il dit , qu'Hélène de clavis , quibus 
manus Chris ti fuerunt perforatae , alios in galeam misit Imper a- 
toris , filii capitis providentiam gerens , ut jacula bellica submove- 
ret, alios fraeno equino permiscuit (a). Le même écrivain assure en 
outre, que dans le sacre des Rois Lombards, on ne fesait point usage 
du diadème } mais d'une lance ou sceptre qu'on leur présentait , 
selon l'usage anciennement établi , comme la marque distinctive de 
l'autorité royale. C'est de quoi nous parlerons ailleurs. 

Le sceptre est la seconde marque distinctive de la dignité im- Sceptre. 
périale. Tout le monde sait que celui des Empereurs Romains portait 
à son extrémité supérieure un aigle, comme celui que Romulus avait 
reçu des Etrusques. Les Empereurs Grecs placèrent sous les pieds Seèvres 
de l'aigle un petit globe d'or, et tout leur sceptre était fait, à ce la c '°<* ' 

,., . j a ei le globe. 

qu il parait, du même métal. Le camée qu'on voit sous le n.° 7, 
et qui se trouve dans le Musée de Florence (3) offre la forme de 

(1) Oratio de obitu Theodosii , num. 47. 

{2) Hisù. miscel. liv. II. Rufîn prêtre d'Aquilée et contemporain de 
Saint Ambroise , Socrate le Scclastique , Théodoret évêque de Cyrus , et 
Sozoméne^ qui dans le V. e siècle , presque cent ans après la mort de Con- 
stantin , écrivirent en grec l'histoire ecclésiastique , assurent tous qu'Hé- 
lène plaça le saint clou non dans le diadème , mais dans le casque de 
son fils. L'assertion de ces écrivains pourrait peut-être se concilier avec 
celle de Saint Ambroise , si l'on voulait admettre , chose qui n'est pas 
invraisemblable , qu'Hélène plaça ce clou dans un diadème fait en forme 
de casque. 

(3) Nous avons suivi l'opinion des célèbres éditeurs du Musée de 
Florence,, qui croyent voir sur ce camée le portrait de Constantin , malgré 
que d'autres savans le prennent pour celui de Vespasien. 



^ ia GouVE RNIMEKT 

ce sceptre. Phocas substitua la croix à l'aigle , et son exemple fut 
suivi par les Empereurs qui lui succédèrent. On trouve aussi quel- 

Croi±. quefois les Empereurs représentés avec une croix dans la main droite, 
et le sceptre dans la gauche. C'est ainsi que parait Michel Paléo- 
logue dans une peinture d'une ancienne église de Constantinople 
consacrée à la Vierge. Voy. la planche 3i, n.° i. Le sceptre des Em- 
pereurs Grecs subit néanmoins quelques changemens , comme l'at- 
teste celui de Basile, planche 29 n.° 4, et celui d'Eudoxie dans 
la planche suivante. Les tableaux faits dans les siècles postérieurs 

Narlex présentent souvent, à la place du sceptre, le labrum et le nartex. 

ou. icrum* tvt 1 i • 

JNous parlerons du premier a l'article de la milice. Le nartex , ou 
ferula , était une espèce de baguette , ou pour mieux dire , de 
bâton, qui, à son extrémité supérieure, se terminait par un ou 
plusieurs carrés composés d'une frange d'or, et enrichis de pier- 
reries au sommet des angles, dont la disposition souvent ne diffé- 
rait guères de la figure d'une croix. On voit trois de ces sortes de 
bâtons sous les n. os a , 3 et 4 de la planche 3i. Le n.° 2 offre 
l'image de Théodore femme de Michel Paléoiogue s copiée sur la 
peinture dont nous venons de parler, qui se voit à Constantinople. 
Les n.° 3 et 4 représentent celles de Manuel Paléoiogue et de sa 
femme Hélène , prises d'une miniature qui décore un manuscrit 
des œuvres de Denis l'Aréopagite , dont cet Empereur fit lui mê- 
Crioie. rne présent au monastère de Saint Denis eu France (1). Le globe, 
signe emblématique du pouvoir souverain sur toute la terre , lequel 
était ordinairement surmonté d' une Victoire , passa des Empereurs 
Romains à ceux de l'orient , dans les portraits et les statues que les 
artistes firent de ces derniers, avec cette seule différence, que du 
tems de Théodose , le globe était surmonté d'une croix. Tel était 
en effet celui que tenait d'une main une statue équestre de Jus- 
tinien , qu'on voyait à Constantinople : car Procope , en parlant de 
cette statue , dit : non gladium , non hastam , aliudve gestat ar- 
morum genus , sed prucem globo impositam (a). Nous traiterons , à 

(1) Voy. Du-Fresne. De Imp. Constantinop. etc. Numismat. Disser- 
èatio. Dans les portraits de Théodore et d'Hélène , les deux diadèmes 
méritent d'être observés à cause de l'extravagance de leur forme , qui at- 
teste en même tems la décadence du bon goût avec celle de l'élégance 
et de l'antique simplicité. 

(2) L. De Aedib. chap. II. 



d£ la Grèce. a i 3 

l'article de la religion, des autres objets qui distinguent les Em- 
pereurs Grecs dans les anciens monumens. 

Les Monarques de Bysante substituèrent, à la simplicité de la 
chaise curule, la richesse et la magnificence du trône des Rois de 
Perse , dont on trouve dans Athénée la description suivante. « Le 
trône sur lequel étaient assis les Rois de Perse , lorsqu'ils adminis- 
traient la justice, était en or: il était porté sur quatre petites 
colonnes du même métal, et enrichies de pierreries,, (i). On lit 
dans Arrien qu'Alexandre avait un trône semblable, et que ses 
amis s'asseyaient à ses côtés, sur des lits qui avaient des pieds d'ar- 
gent. Voici la description que le poète Corippe fait du trône de 
Justin II successeur de Justinien : « Le trône impérial fait l'orne- 
ment du palais. Quatre colonnes précieuses soutiennent une coupole 
en or massif, qui représente la voûte céleste. Cette riche coupole 
s'élève au dessus de la tête de notre immortel Empereur, et couvre 
son siésje composé de pourpre , d'or et de pierreries. Quatre pieds 
recourbés en arcs flexibles lui servent de supports; quatre Victoi- 
res en bronze déployent leurs ailes , et portent une couronne de 
laurier (a) „. Le n.° 5 représente ce trône , dont le dessin est de 
M. r Alexandre Sanquirico. Les annales Bysantînes font mention de 
plusieurs autres trônes, la plupart en marbres précieux, et avec des 
ornemens en or et en bronze: un des plus remarquables était ce- 
lui qu'on voyait dans l'Hyppodrome , et dont Cristophe Bondelmont 
parle en ces termes : Hippodromi viginti quatuor erant altissimae 
colwnnae , ubi Imperator cum Principibus residebat (3). 

Les Empereurs Grecs empruntèrent encore des Rois de Perse 
et de l'orient l'usage des parasols, des chasse-mouches, et des 
éventails. Nous nous dispenserons de donner ici la description de 
ces divers objets , au sujet desquels le lecteur pourra consulter l'his- 
toire du costume des Perses et des Lyciens comprise dans cet ou- 
vrage. Les mêmes Monarques semblent encore avoir pris de l'orient 
l'usage de se faire accompagner avec des torches et des flambeaux 
allumés dans les cérémonies publiques , usage dont nous aurons aussi 
occasion de parler ailleurs. 



Trôna, 



Trône 
de. Justin là 



Parasol , 
éventail etc. 



(i) Voy. le Costume Persan. 

(2) Coripp. De laudïb. Justini , liv. III. v. 194. 

(5) V. Du-Fresne. Constantinop. Christ, pag. 104 , et P. Gylii , De 
Constantinop \ Topographia etc. liv. II. chap. XIII. 



Habillement 

des Empereurs 

Grecs. 

Tunique. 



214 Gouvernement 

Quant à l'habillement des Empereurs Grecs , voici la descrip- 
tion que nous en ont laissée les historiens Bysantins. La tunique 
ordinaire était recouverte de la tunique impériale, qui était blan- 
che , enrichie de broderies en or et de belles franges , et retenue par 
une ceinture qui l'empêchait de descendre plus bas que le jarret. 
Le poète Corippe , dans l'éloge de Justin le jeune , en parle en ce 
termes : 

tunicaque plus inducitur artus 

Aurata se veste tegens , qua candidus omnis 

Enituib . 

SubstricLoque sinu vestis dwina pependit 
Poplite fusa tenus , pretioso candida Lïmbo (1). 

chiamyde. Par dessus cette tunique impériale était une longue chlamyde de 
pourpre marine , qui tenait par une large agrafe en or , avec des 
chaînes du même métal, et parsemée de pierreries (a) 

Caesareos liumeros ardenti murice texit 

Circumfusa chlamys , 

Aurea juncturas morsu perstrinxlt adunco 
Fibula , et a summis gemmae ni tuer e catenis (S) 

Les Empereurs Grées étaient très-jaloux de cet ornement , et ne 
le quittaient jamais pas môme dans les teins de deuil : ils permi- 
rent bien aux Rois du Bosphore l'usage de la chlamyde blanche (4) S 
mais il leur défendirent par un décret spécial de porter celle de 
Chaussure, pourpre. Leur chaussure était rouge aussi, ainsi que les cordons qui 
servaient à l'attacher 3 et le plus souvent faite d'une espèce de ma- 
roquin appelé cuir de Perse (5). 



(1) H. Cresconius Corlppus. De laudibus Jus ti ni etc. Romae-Framesius 
1777 in 4. liv. II. v. 100 et suiv. 

(2) Par pourpre marine il faut entendre , comme .nous l'avons ob- 
servé ailleurs , celle qu'on tirait des coquillages marins. Nous parlerons 
de cette pourpre à l'article où nous traiterons de la matière et des cou- 
leurs des vêtemens grecs. Voyez cependant Amatius de Restitutione purpu- 
rarum, , et Rosa , Délie porpore e délie materie vestiarie presso gli Antichi; 

(3) Corippus. Ibid. v, 118. 

(4) Agatk. Hist. Justin. II. pag, 60. 

(5) V. Corip. Ibid. lib. II. v. io5. 



Grecques. 



Placidies 
Eudoxùz. 



de la Grèce. ai5' 

Les Impératrices Grecques rivalisaient avec leurs époux en RaMiemeni 
luxe et en magnificence. On les voit représentées dans les monu- impératrices 
mens avec les mêmes marques distinctives que les Empereurs , et 
vêtues tantôt d'une chlamyde parsemée de perles , et attachée par 
de larges et riches agrafes, tantôt d'une espèce de tunique ou man- 
teau enrichi de perles et autres ornemens précieux , et ouvert ou 
divisé sur les deux côtés depuis la coude jusqu'en bas , usage qui 
semble avoir eu lieu , surtout dans les siècles les plus rapprochés de 
nous. Voyez les n. os i et 3 de la planche 3i. La première de ces 
deux figures est copiée sur un ancien dyptique , et les érudits la 
prennent, avec assez peu de fondement , pour celle de l'Impé- 
ratrice Placidie. Le n.° a représente la célèbre Impératrice Eu- 
doxie femme de Basile le Macédonien, qui régna depuis l'an 867 
jusqu'en 886. Cette figure est copiée sur une miniature d'un ancien 
manuscrit des œuvres de Saint Grégoire de Nazianze , qui se trouve 
dans la Bibliothèque de Paris (ij. Eudoxie a tout le costume im- 
périal : de la main droite elle tient un long sceptre, au bout du- 
quel est une fleur, et porte le globe dans la gauche : une pelisse 
chamarrée d'or et de pierres précieuses enveloppe en partie sa tu- 
nique de pourpre , et lui pend du bras gauche : ce genre d'habil- 
lement n'était pas seulement propre aux Impératrices, mais encore 
aux nobles matrones, lesquelles avaient le droit de se parer d'une 
semblable pelisse dans les jours de solennité (a) : les souliers sont 
d'une espèce de maroquin rouge, et parsemés de pierreries. L'ha- 
billement d'Hélène mère de Constantin, qu'on voit sous le n.° 3, est 
plus simple et diffère peu de celui de la fig. n.° 1. 11 est pris d'une 
miniature d'un manuscrit précieux existant dans la même Biblio- 
thèque , qui semble être du tems de Basile le Macédonien, et 
traite de l'invention de la croix. Hélène y est représentée en deux 
endroits différens. Ce qu'il y a encore de remarquable dans cette 
miniature , c'est la forme du trône ou siège , ainsi que les figures 
de deux personnages, qu'on ne sait trop si ce sont des courtisans, 
des pages , des clercs ou des licteurs : car les Impératrices se fe- 
saient aussi accompagner par des licteurs. L'obligation où nous se- 
rons de traiter amplement ailleurs des vêtemens impériaux, nous 
dispense de rechercher ici de quelle matière ils étaient composés. 



Héiène^ 



(1) V. Du-Cange. Familiae Augustae Byzantlnae , pag. 140, 

(2) V. Du-Cangv-DisserÉ. de Numism. Impp. etc. N.° YIIL 



âI 6 Gouvernement 

Nous observerons seulement que 9 du tems de Justinien , c'est-à-dire 
dans le sixième siècle de l'ère vulgaire 3 il s'établit en Grèce , et 
surtout à Athènes, à Thèbes et à Corinthe diverses fabriques d'é- 

iFiafoie toffeS de SOie ' et ^ ue cette denrée qui ■> xm siècle auparavant, se 
vendait au poids de l'or, fut bientôt substituée à la laine, au 
chanvre et au lin, et déploya son luxe dans les cours et dans les 
cérémonies publiques. Et en effet le poète Corippe, en parlant des 
préparatifs qui avaient été faits pour le retour de Justin, dit que: 

Serica per cunctas pendehant vêla columnas. 

çhevelwe. Quant à la manière dont les Impératrices Grecques arrangeaient 
leurs cheveux , on la trouve presque toujours la même dans les mé- 
dailles, quoiqu'il y ait lieu de croire cependant que le caprice 
de la mode lui aura fait subir de tems à autre quelques change- 
ments. Nous renvoyons encore nos lecteurs pour cet article au cos- 
tume des Impératrices Romaines. La chevelure des Empereurs Grecs 
semble aussi avoir suivi les variations de celle des Romains. Il pa- 
rait néanmoins par les monumens, que depuis Justinien , ils furent 
dans l'usage de la porter coupée eu rond , et flottante autour du cou. 
Faste Malgré que les Empereurs Grecs professassent la religion du 

des Empereurs _., . . itlîi 1111 •« 11 

Grecs. Christ , qui est celle de la douceur, de rhumilite , et de la ver- 
tu, ils n'en avaient pas renoncé pour cela au faste, à la pompe, 
à la vanité , et en un mot à l'orgueil qu'ils avaient comme hérité 
des Empereurs Romains; et quoiqu'ils n'osassent plus se faire met- 
tre au rang des Dieux , ils n'en conservaient pas moins l'usage de 
Adoration. y adoration. Voici ce que dit à ce sujet Procope en parlant des 
innovations introduites par Justinien et sa femme Théodore: " Au- 
trefois , lorsque les sénateurs se présentaient devant l'Empereur , 
ceux qui étaient patriciens s'inclinaient vers le sein droit du Mo- 
narque s qui leur baisait la tète avant de se retirer: les autres se 
retiraient en fléchissant le genou u droit» Mais sous Justinien , tous 
les sénateurs, patriciens et autres., se prosternaient à terre en 
abordant l'Empereur et l'Impératrice, et leur baisaient les pieds, 
que les deux augustes personnages leur présentaient à cet effet , 
après quoi ils se retiraient. Théodore ne refusa point cet hon- 
neur, et l'accorda même aux ambassadeurs de Perse Au- 
paravant, quiconque s'approchait de l'Empereur ne l'appelait que 
par ce seul nom , et donnait à son épouse celui d'Impératrice. Les 



de la Grèce. 317 

Grands de l'empire prenaient celui de leur dignité. Mais celui 
<Jui en adressant la parole à Justinien et à Théodore , n'aurait pas 
ajouté aux titres d'Empereur et d'Impératrice ceux de seigneur et 
de madame ( AW««*» , JW«r«»), et qui,, en parlant avec les Grands, 
ne se serait pas servi de l'expression d'esclaves ( &'a*< ) , aurait passé 
pour un homme grossier, impertinent, et coupable d'une faute grave; 
il était chassé de la cour, comme un homme indigne d'y paraî- 
tre (1). „ Corippe , en parlant de Justin II, dit aussi: 

et popïite flexo 

Plurima divinis supplex dabat oscula plantis. 

Ce langage d'adulation alla toujours croissant, à mesure que l'em- 
pire marchait à sa décadence, et on en vint à joindre aux titres 
d'Empereur et de Seigneur 3 toutes les qualifications qui pouvaient 
flatter davantage l'orgueil humain. 

Il nous reste encore à parler de deux choses , savoir ; des Grands Grand* 

1 71/T- il 15'j_.i 1 et Ministres. 

ou des Ministres de la cour d orient , et du couronnement de ses 
Empereurs ; mais ce que nous en dirons maintenant se réduira à 
peu de chose , tant parce que nous devrons nous en entretenir en- 
core à l'article du culte Grec , que parce que les objets qui y ont 
rapport, seront traités plus amplement dans l'histoire du costume 
de l'empire d'occident. Jusques à la chute totale de ce dernier 
empire, les Empereurs Grecs semblent avoir conservé dans leur 
cour toutes les dignités qu'il y avait à celle des Empereurs Ro- 
mains; il parait même qu'ils n'avaient pas donné lieu à de grands 
changemens dans l'habillement et les décorations des Grands et 
des Ministres. Mais au commencement du bas empire , les digni- 
tés et les distinctions se multiplièrent à l'infini à Gonstantinople : 
on quitta presque généralement la toge : les officiers de la cour 
étalèrent leur luxe sur leurs tuniques, en les chargeant de bande- 
lettes de pourpre et autres étoffes brodées en or et en argent ; et 
ces riches ornemens finirent par devenir particuliers aux courtisans 
seuls, en vertu d'un décret de l'Empereur même, qui défendait 
à toute autre personne de les porter. 

Codin Guropalata ne compte pas moins de 81 officiers com- leur nombre.. 
posant la cour de Gonstantinople de son tems (a). Certains manus- 

(1) Procop. Hist. Arcanae cliap. XXX. 

(2) Georges Codin vécut vers la fin de l'empire d'orient , et fut ap- 

Europe. Vol. !■ 28 



ai 8 Gouvernement 

crits^ rapportés dans l'histoire Bysantine, font monter ce nombre 
jusqu'à 95 s dont chacun avait ses fonctions et ses décorations par- 
ticulières. Nous observerons à cet égard 9 que Constantin lui même 
avait conféré divers titres aux Princes des pays les plus anciens 
et les plus renommés de la Grèce , tels que ceux de Grand Duc 
d'Athènes, de Prince du Péloponnèse, et de Grand Primicier de 
la Béotie (1). Or quelques-uns de ces titres étaient passés aux di- 
gnitaires de la cour de Constantinopîe. Mais les Empereurs Grecs, 
non contens de ces dignités, ni de plusieurs autres qui étaient en- 
core passées de Rome à Constantinopîe lors du partage de l'em- 
pire , voulurent encore y en ajouter d'autres qui étaient usitées 
dans les cours de Perse et d'orient, dont ils imitaient le luxe. 
Comme il serait aussi ennuyeux qu'inutile d'entrer dans Je détail 
de toutes ces dignités, nous nous bornerons à faire mention ici des 
Despote. principales. La première donc, et la plus importante était celle 
du Despote ( Ain-lw ). C'était ordinairement le collègue et le suc- 
cesseur de l'Empereur, dont il était souvent le fils ou le gendre: 
on lui donnait le titre de Majesté , et il recevait la couronne des 
mains de l'Empereur ; mais cette couronne n'était qu'un simple 
cercle en or, surmonté de deux demi-cercles avec une croix en 
haut. Hors les jours de solennité , il portait une espèce de chapeau 
qui était fait en forme de parasol , et parsemé de pierreries : il 
avait pour vêtement une tunique et un manteau de pourpre avec 
des broderies en or, dont les dessins représentaient des fleurs et 
des feuillages : ses souliers étaient de deux couleurs, blanc et écar- 
late, avec des aigles figurées en pierres précieuses aux talons et sur 
les côtés : la selle de son cheval était des mêmes couleurs et en- 
pelé Curopalaba, probablement du nom de la charge qu'il avait à la cour. 
Le Curopalaba , nom dérivé peut-être des deux mots cura palatii , était 
chargé de la garde et de la surveillance du palais impérial,, dont Luit- 
prand parle ainsi dans sa chronique. Rerumper Europam g'esbarum livre V. 
Consbanbinopolibanum. palabium non pulchribudine solum , verum etiam 
forbibudine omnibus quas unquam videriyn, munibionibus praesbab ; quod 
etiam jugi militum stipatione non minima observabur. Moris ibaque eb 
hoc , posb. mabubinum diluculum , mox omnibus patere. Posb berbiam, 
vero diei horam , emissis omnibus , dabo signo , quod esb Mis , usque 
in horam nonam cuncbis adibum prohibere. On ne saurait guéres si ce 
signe Mis, veut dire Missa ou Missio. Voy. Meurs au mot m/«*. 
(1) V. Nicephori Gregorae Hisbor. liv. VII, 



de la Grèce. fi 19 

richie des mêmes ornemens. Cette dignité ne fut créée qu'après 
le règne d'Alexis Comnène , c'est-à-dire vers le milieu du XL e 
siècle. 

Les autres dignités principales peuvent se réduire aux suivan- 
tes. La première était celle du Grand Domestique (MsV«A» iKi ';m.f| 
C'était lui qui avait , non seulement la direction de l'administra- 
tion publique , mais encore le commandement des troupes en l'ab- 
sence de l'Empereur: ses attributions étaient celles des Préfets du 
Prétoire à Rome ; il avait un grand bonnet rond en écarlate avec 
des nœuds en or à tête de clou, des bandelettes tissues en pourpre 
et en or , et des pendans de chaque côté du cou : il portait le 
sceptre et le bâton d'ivoire avec des nœuds en or; son vêtement 
consistait en une tunique ample appelée mif «•*»•* , rouge , dou- 
blée de blanc , avec une broderie qui représentait le portrait de 
l'Empereur, et une chaîne d'or et de pierreries qui en bordait 
la partie supérieure : son manteau et ses souliers étaient de couleur 
orange. Il servait l'Empereur à table dans les jours de solennité , 
et portait devant lui son épée et son étendard dans les cérémonies. 
On trouve déjà quelques traces de cette dignité dès les premiers 
tems de l'empire Grec. 

La seconde était celle du Protostrator ( np*TesTp-«r«? ) , qui était 
comme le chef ou le premier des palefreniers : c'était une espèce 
de grand écuyer, qui avait la surveillance des écuries de l'Empe- 
reur, et tenait la bride de son cheval dans les grandes cérémonies. 
Il portait aussi un bonnet rond , rouge et brodé en or : ses souliers 
étaient de peau verte , sa tunique de soie teinte en pourpre , et 
son manteau de même couleur avec des broderies et des franges en 
or: les nœuds de sou bâton ou sceptre étaient en or par le haut, 
et en argent par le bas. 

La troisième de ces dignités était celle du Grand Logothète 
( '/ty*c Aoyoêlrvç ) dont il est fait mention dès le règne de l'Empereur 
Anastase vers la fin du V. e siècle. Elle répondait à celle de Grand 
Chancelier , et réunissait les attributions des deux Ministères de 
la justice et de la police. L'habillement de ce dignitaire était le 
même que celui du Protostrator, mais il ne portait pas de sceptre ; 
et son bonnet, qui était de drap écarlate broché en or, avait la for- 
me pyramidale. 

La quatrième dignité était celle de Primicier de la cour (*,.** 
^wnfi^ïf) qui était le Grand maître des cérémonies: il portait 



Grand 
Domestique. 



Prolostralor. 



Logothèlc. 



Primicier. 



aaG Gouvernement 

un grand bonnet broché (i)enor, et une riche tunique de couleur 
d'or et orange, avec des broderies qui représentaient sur le devant 
l'Empereur assis sur un trône magnifique en or , et sur le derrière 
l'Empereur à cheval : son bâton était en argent et sans aucun or- 
^Mutres dignités, nement. Il y avait en outre le Préfet cubiculariorum ( r«» «i^i*. ) 
qui équivalait au Grand Chambellan, le Grand Chasseur, le Grand 
Logothète ou ministre du trésor public, le Protocomte, ou premier 
Comte , et enfin presque toutes les dignités qui existent à présent 
dans les cours modernes. L'habillement des ministres et des courtisans 
était à peu-près le même pour la forme , comme on a pu en ju ger 
par celui des grands dignitaires que nous venons de citer ; et il n'y 
avait de différence à cet égard que dans la couleur, et le plus ou moins 
de richesse et de magnificence. Les auteurs Bysantins font encore 
Erfam mention d'enfans auliques ou honoraires ( n**tt*pt,*.»,- 9 adolescents* puer 
honorarius ) qui étaient comme des espèces de pages , au nom- 
bre desquels on n'admettait que des jeunes gens, qui eussent quel- 
que relation de parenté ou d'affinité avec la famille impériale, ou 
qui appartinssent au moins à des Grands de la cour. Leurs fonctions 
étaient de servir l'Empereur et l'Impératrice à table , de leur placer 
le tabouret sous les pieds , de marcher devant eux , et enfin de faire 
tout le service auquel nous les voyons destinés dans les cours mo- 
dernes. Ils restaient toujours nu-tête dans les appartemens, tandis que 
les Grands d'un âge avancé y avaient la permission de se couvrir. 
Eunuques. ]1 ne faut pas non plus oublier les Eunuques dont fourmillait la 
cour Bysantine, lesquels avaient aussi leurProfo, c'est-à-dire Prince 
ou chef. Ils remplissaient les fonctions les plus communes dans le 
palais, et formaient par conséquent le troupeau des domestiques; 
souvent aussi les Empereurs s'en servaient pour des missions secrètes, 
et ils en firent quelquefois leurs plus intimes confidens. Mais en voilà 
assez sur cet article. Ceux qui voudraient se procurer des notions 
plus étendues sur ce sujet , et auraient le tems et la patience de faire 
pour cela les recherches nécessaires , pourront consulter les œuvres 
de Georges Codin Curopalata, et de Constantin Porphirogénéte (a). 

(i) Les écrivains Bysantins nous représentent généralement le bon- 
net des Grands de la cour comme une espèce de toupie , ou de turban 
fait en forme de cône , couvert en soie de diverses couleurs , et plus ou 
moins riche selon la dignité du personnage qui le portait. Les latins ap- 
pellaient ces bonnets pilei turbinati. 

(a) Godinus etc. De ofjiciis magnae Ecclesiae et Aulae Constan- 
tinopoliùanae liber ^ gr. lat. ed.Jac. Goar. Parisiis , 1648 in fol. Const 



be la Grèce. aaï 

Le même Codin Curopalata nous a encore laissé une ample Couronnement. 

-..- .._-, /-it -1-r-ç des Empereurs, 

description du couronnement des empereurs Grecs. Le nouvel Em- Grecs. 
pereur commençait par envoyer sa profession de foi écrite de sa 
propre main au Patriarche, qui l'attendait avec le clergé dan* 
l'église de Sainte Sophie: ensuite il montait au Triclinium , qui 
était une salle magnifique située au bout de VJugustée , d'où l'on 
voyait l'année et le peuple assemblé (i). De là, plusieurs séna- 
teurs jetaient , par ordre de l'Empereur, à la multituda des mil- 
liers à'épicombes , ou petits morceaux d'étoffe dans lesquels étaient Epico®bes t 
enveloppées quelques pièces d'or et d'argent. Après cela , l'Empe- 
reur assis sur son bouclier, et porté par des membres de sa famille , 
était présenté par le Patriarche 9 accompagné des premiers dignitai- 
res, à la foule du peuple qui l'accueillait au milieu des acclama-, 
tions. Cette cérémonie achevée, on le conduisait dans l'église de 
Sainte Sophie, où après s'être revêtu d'une simple tunique rouge et 
blanche, et le front ceint d'un bandeau, ou d'une simple couron- 
ne, ou seulement couvert d'un bonnet selon son gré , il montait 
dans une espèce de chambre ou tribune en bois tapissée en rouge , 
et construite à ce dessein à l'entrée de l'église. Alors commençait 
la liturgie, durant laquelle le Patriarche et les anciens du clergé, 
en habits pontificaux, et avant qu'on entonnât l'hymne Trisagio fa) Trisagfr, 
montaient à Vambone qui était un autre sorte de tribune. A un 
signal que fesait le Patriarche , l'Empereur s'y rendait aussi , et 
se découvrait la tête , après que le premier avait fini de réci- 
ter la prière analogue au sacre. Le Patriarche oignait alors avec 
l'huile sainte, et en forme de croix, la tête de l'auguste person- 
nage , en chantant à haute voix le mot Ày«« sanctus , que le cler- 
gé et le peuple répétaient trois fois. Le Patriarche lui posait en- 
suite le diadème sur la tête en chantant Agn* , c'est-à-dire di- 
gnus , que répétaient encore le clergé et le peuple (3). Les prières Counmwmem 
finies , l'Empereur descendait de Vambone par un escalier opposé impl-ll-iees* 

Porphyr. JLïbri duo de caeremoniis Aulae Byzantinae , gr. lab. opéra. 1. 1. 
Reiskii , Lipsiae , iy5i , in fol.° 

(i) \J Augusbée était une vaste place, carrée, entourée de portiques 
et d'édifices magnifiques , et qui servait comme de cour à l'église de 
Sainte Sophie et au palais impérial. 

(2) Ainsi appelé , parce qu'on répétait trois fois le mot hyioç, sanctus. 

(3) Si le père de l'Empereur était présent , il plaçait la couronna 
sur la tête de son fils avec le Patriarche» 



32,2, Gouvernement 

à celui par où il était monté, et 'qui était vis-à-vis le tabernacle: 
en descendant il plaçait lui même sur la tête de son épouse un 
diadème différent du sien , qui lui était présenté par les plus pro- 
ches parens de l'épouse même, ou par deux eunuques. Après l'avoir 
reçu , elle s'inclinait devant son époux comme pour l'adorer , et 
confesser qu'elle était sa sujette : puis ils montaient l'un et l'autre 
sur le trône élevé dans la tribune en bois , l'Empereur tenant le 
sceptre , et l'Impératrice une palme. Après l'hymne Trisagio , 
et la lecture de l'évangile s l'Empereur , précédé de trois chan- 
tres , portant chacun une pique ornée de morceaux d'étoffe en 
soie , les uns rouges , les autres blancs et tous de forme ovale , 
et accompagné de ses licteurs ou massiers, et d'une garde de cent 
jeunes gens de la première noblesse , se revêtait devant la balustrade 
du sanctuaire d'une chlamyde de couleur d'or, prenait la Croix de 
la main droite , et de la gauche le nartex : là il recevait le salut 
du Patriarche, l'encens des diacres, et s'arrêtait pendant la messe 
jusqu'après l'élévation , qu'il montait à l'autel pour prendre part 
à la sainte table. A la fin de la liturgie , il baisait la main du 
Patriarche et des évèques qui avaient assisté à la cérémonie; et 
après s'être montré de la tribune des Catéchumènes à la foule des 
spectateurs , il se rendait à cheval au palais impérial , avec le cor- 
tège des Grands qui l'entouraient à pied. Pendant plusieurs jours 
ce n'étaient que fêtes et banquets à la cour , et l'on fesait des lar- 
gesses au peuple en argent et en comestibles. Telles étaient les cé- 
rémonies qui avaient lieu pour le couronnement du tems de Codin, 
dont le témoignage s'accorde en cela avec celui de Jean Gantacu- 
zène. Quelques-unes semblent même avoir été déjà en usage sous 
Justinien , car le poète Corippe en fait mention. 
Aigle Avant de terminer cette partie du gouvernement de l'empire 

Jeux têtes. x D _ i ' a 

Grec, nous croyons à propos de dire un mot de l'aigle â deux tê- 
tes , qui est l'arme de l'auguste maison d'Autriche, et qu'on trouve 
quelquefois sur les monumens Bysantins. ( Voy. la planche 3o n.° 8 ). 
Pendant plusieurs siècles, les Empereurs Grecs n'eurent pour armes 
que l'aigle , qu'ils avaient reçue des Empereurs Romains. L'image 
de ce roi des oiseaux fut conservée sur les enseignes impériales , long 
tems après qu'on vit flotter celle de la Croix sur les étendards mi- 
litaires. La croix qui se portait devant l'Empereur était en or massif, 
et religieusement gardée avec les objets précieux du trésor sacré. 
Mais il n'est guères facile de fixer l'époque à laquelle on cora- 



de la Grèce. aa3 

mença à représenter l'aigle avec deux têtes. Selon Du-Cange , le 
monument le plus ancien où elle se trouve , c'est le bouclier d'un 
soldat qui se voit sur les bas-reliefs de la colonne Trajanne. Mais 
l'usage n'en devint habituel que dans les derniers tems de l'empire 
Grec , c'est-à-dire lorsque les Empereurs de Constantinople , à l'e- 
xemple de ceux de Rome, adoptèrent celui des armoiries. Et en 
effet , le premier monument qu'on trouve dans les antiquités By~ 
santines avec l'aigle à deux têtes , est une pièce de monnaie de Monument 
Théodore Lascar le jeune , dont Octave Strada donne la descrip- à"deax a îitL 
tion 3 avec une miniature du manuscrit Àugustain des chroniques de 
Georges Pachiméride , qui est citée par Jérôme Volf (i). Georges 
Franze , dans la description qu'il fait de l'entrée solennelle de 
Jean Paléologue à Venise, dit qu'on voyait sur la poupe du vais- 
seau où était l'Empereur l'image de Faigle à deux têtes entre 
celles de deux lions , et que les matelots la portaient encore à 
leur bonnet. Ismael Bulialdo s homme très-érudit , assure que , de 
son tems , on voyait dans le palais qui conserve encore le nom de 
Constantin , des images de boucliers avec l'aigle à deux tètes , 
et qu'on y lisait les deux lettres Grecques iia , que Du-Fresne 
regarde comme les deux premiers élémens du mot Paléologue. En- 
fin nous avons le sceau en cire d'une épitre du Despote Démétrius 
Paléologue à Charles VI Roi de France , sur lequel est représen- 
tée l'aigle à deux têtes avec deux couronnes. ( Voy. la même fi- 
gure ). Il semblerait ^ d'après toutes ces observations, que cette aigle 
ne commença à figurer parmi les marques distinctives de la dignité 
impériale, que sous les Lascars et les Paléologues, dont elle était 
peut-être î'armoirie de famille (a). Nous reviendrons sur ce sujet 
à l'article du gouvernement de l'empire d'occident. En attendant, oinionturtm 
nous remarquerons ici , que certains erudits ont cru apercevoir , dans **&*&<***>**■ 
l'aigle à deux têtes, un signe emblématique du partage de l'empire 
entre deux Princes , qui avaient leur résidence , l'un en orient et 

(i) Nous ne pouvons assurer cependant si cette monnaie , dont parle 
encore Du-Fresne d'après le témoignage de Strada , et qui est en outre 
rapportée dans la Collection des écrivains Bysantins , peut être regardée 
comme authentique. L'aigle à deux têtes se voit dans le coussin qui est 
sous les pieds de l'Empereur. 

(2) V. Du-Fresne, De Imperat. Coustantinop. etc. Numismat. Dis- 
sertatio §. XI. Rasche , Lexlc. univ. Rei numariae T. V. P. I. pag. io5o. 
Eckel. Doctrina nw.rtor. veter. P. II. vol. VIII. pag. 267. 



32,4 Gouvernement 

l'autre en occident (i). Cette opinion est encore celle de Trissin 
dans le second livre de son poème de l'Italie délivrée : Le grand 
empire qui ne fesait qu'un seul corps avait deux chefs 3 Vun dans 
l'ancienne Rome } qui régnait sur les pays d'occident , et Vautre 
dans la nouvelle , appelée vulgairement la ville de Constantin s qui 
était la capitale de tout l'orient. Voilà pourquoi l 'aigle d'or , qui est 
l'arme de l'Empire , fut et est encore représentée sur un champ 
rouge avec deux têtes. 

Mais cette opinion ne repose que sur de simples conjectures : 
car ce ne fut que dans les derniers tems des Empereurs Bysantins, 
que l'aigle à deux têtes devint une des marques distinctives de la 
dignité impériale, c'est-à-dire depuis la chute de l'empire Romain 
avec Augustule. Nous n'avons pas cru devoir parler de la domina- 
tion des Latins, des Français, des Vénitiens et autres peuples, 
parce qu'elle ne fut que passagère , et n'apporta aucun changement 
dans les usages ni dans le gouvernement de l'empire Grec. 

GOUVERNE MEîCT DE LA GRECE MODERNE. 

, ? ta X , J-l ous avons parcouru l'histoire de la Grèce depuis les tems 

de la (xièce l . * 

mode,™. les plus reculés , jusqu'à l'époque fatale où elle est tombée sous 
le joug des Mahométans ; et nous avons vu comment , d'une fai- 
ble origine , elle s'est élevée au premier rang parmi les nations 
les plus civilisées, puis de quelle manière, après une foule de ca- 
tastrophes, elle est passée sous la domination des Romains. Considé- 
rant ensuite son état sous l'empire d'orient , nous l'avons vue sous 
des formes nouvelles livrée au luxe, à la mollesse, et plongée dans 
une si honteuse létargie , qu'elle ne nous a plus offert , au lieu d'une 
auguste matrone, que l'image d'une chétive femmelette. Après tant 
de vicissitudes, elle gémit à présent sous l'oppression des Turcs , et 
ne conserve plus qu'un triste souvenir de sa grandeur passée. Con- 
eovveniement tente d'avoir gardé en partie ses usages, orgueilleuse encore d'un 
vain nom, son unique héritage, elle s'est accoutumée peu-à-peu à 
souffrir le poids de ses chaînes. Dans les îles de l'Archipel, dit un 
illustre écrivain, tu ne vois qu'un peuple vil en proie à la misère, 
à l'ignorance et à l'esclavage : dans les villes de terre ferme tu ne 
trouves que des esclaves riches et superbes. Les différentes con- 

(i) Bellarminus , De translat. Imp. Rom. lib. I. cap. VII. §. 2. 



Ottoman. 



Archonte. 
Archoutesse. 

Spartiates- 



de la Grèce. .2^5 

trées de îa Grèce , sont maintenant gouvernées par des Pachas, Pavkq. 
dont l'avidité et la tyrannie l'emportent souvent sur celles des Pré- 
teurs que Rome envoyait autrefois aux nations vaincues et tributai- 
res. A Athènes, un Papas ignorant et superstitieux harangue ce papas. 
peuple , qui jadis n'était sensible qu'à l'éloquence des Eschines et 
des Démosthénes: tristes reliquiae Danaum(i). Les Athéniens n'ont 
conservé des vertus et du caractère de leurs ancêtres , qu'une adresse Athinieay. 
merveilleuse à contrarier les vues d'avarice , qui portent quelque- 
fois un gouverneur inhumain à aggraver le malheur de leur po- 
sition. Pendant le séjour que M. ,s Stuard et Revett firent parmi 
eux, ils parvinrent, par des trames conduites avec beaucoup d'ha- 
bileté 3 à se débarrasser successivement de trois gouverneurs, dont 
deux furent môme incarcérés, et réduits à l'état le plus déplo- 
rable. A part cette aptitude à la ruse et aux intrigues, les Athé- 
niens sont, aussi bien que les autres Grecs, vains, ambitieux et 
lâches. Ceux d'entre les Grecs modernes, qui se croyent au des- 
sus des autres par leur naissance ou leurs richesses, prennent les 
noms d' Archonte ou d'Archontes se ; mais ces titres frivoles ne leur 
donnent aucun privilège (a). Les Spartiates montrent encore un 
reste de la fierté de leurs ancêtres ; mais contens généralement de 
chanter leurs anciens exploits, ils mènent le plus souvent une vie 
errante, et parcourent le pays en troupes de brigands, plutôt qu'en 
corps militaires bien ordonnés. Cependant il existe encore de ces mê- 
mes Spartiates un peuple, dont l'énergie est faite pour réveiller en 
nous les plus grandes idées. Nous voulons parler de ces Grecs , con- 
nus dans le levant sous le nom de Maniotes , et qui, retirés au sein Manioc. 
de leurs montagnes, n'ont jamais été soumis par les Turcs (3). « Là, 
" sur les monts Taigéte , dit Choisseul , ces hommes intrépides ar~ 
» mes pour la cause commune, robustes , sobres , invincibles, libres 
« comme au tems de Lycurgue , défendent contre les Turcs cette 
« liberté qu'ils osèrent soustraire à tous les efforts de la puissance 
« Romaine. Envain les Turcs ont souvent .envoyé contre eux des 

(i) Guys, Voy. littér. de la Grèce. T. I. pag. 18. 

(2) Guys etc. Ibid. pag. 104. Hobhouse , L. G. A journey through 
Albania etc. during the years 1809 and 1810. London , Cawthorn , i8i3 
gr. in 4. fig.° Letter XIX. et ailleurs. 

(3) Napoléon en traversant la Méditerranée pour se rendre en Egypte 
écrivit aux Maniotes une lettre par laquelle il donnait les plus grands 
éloges à leur généreux patriotisme. V. Hohhocye ibid. 

Europe. Vol. I. *_ 



â2Ô Gouvernement 

« armées formidables ; une poignée d'hommes libres a triomphé de 
" milliers d'esclaves. G'est là que se sont réfugiés , après la ruine 
« de Constautinople , les Comnènes , les Paléologues , les Phocas , 
«■ et les Lascars , autrefois maîtres d'un peuple avili , et mainte- 
« nant membres d'un peuple libre. Là , restent ensevelies des ac- 
« tions héroïques, dignes d'être transmises à la postérité par la 
« plume des Thucydides et des Xénophons : là existe encore, et je 
«' l'ai vu moi même s un de ces chefs de Maniotes , qui ayant pris 
" les armes à l'arrivée des Russes, et s'étant enfermé dans une tour 
« avec quarante hommes , soutint un siège contre six mille Turcs 9 
« et se défendit pendant plusieurs jours ; les assiégeans étant enfin 
« parvenus à mettre le feu à son asile , en virent sortir tout san- 
« glans et couverts de blessures deux hommes, un vieillard et son 

"fils Ces peuples , habitans des montagnes , sont les seuls 

« qui puissent mériter le nom de Grecs , et élever les autres à 
« l'honneur d'en être dignes „. 



MILICE DE: 



T ' 

Système suivi J-J histoire nous a fait connaître les divers gouvernemens qui 

par nous ' 1 ' 1 I r~\ ' •• 1 -• r r 

jusqu'à pèsent, se sont succèdes dans la C^-rece, ainsi que les principaux evenemens 
qui ont rendu cette contrée si célèbre. Nous avons fait ensorte jus- 
ques ici de ne rien affirmer, qui ne pût être prouvé par l'autorité 
des monumens } conformément au plan que nous nous avons adopté 
dans cet ouvrage. Cependant, sans nous engager dans une infinité 
de questions qui nous auraient trop éloignés de notre but , nous 
n'avons pas laissé de nous opposer quelque fois aux opinions les plus 
accréditées, et même de remarquer, comme en passant, les erreurs 
dans lesquelles sont tombés quelques écrivains des plus estimés (i). 

(1) G'est ce que nous avons fait , à l'égard des questions géologiques , 
dans notre Discours préliminaire sur le globe terrestre,, et successivement 
dans nos recherches sur la Mythologie Grecque , dans l'explication que nous 
avons donnée de divers monumens de l'antiquité , et enfin dans nos con- 
sidérations sur la couronne de fer. Nous croyons même à propos d'ajouter 
ici , qu'on pourrait faire sur ce dernier sujet trois questions , qui seraient ; 
la première , si la couronne de fer n'est point toute autre chose que le 
diadème de Constantin dont parle saint Ambroise ; la seconde , si elle 
servait anciennement au couronnement des Rois d'Italie ; la troisième , si 
cette couronne renferme réelement un des clous de la passion du Sauveur. 



de la Grèce. aa? 

Nous suivrons constamment la même marche, toujours guidés par 
ce précepte de .Cicéron : ne plus ei tribuas quam res et Veri- 
tas ipsa concédât. Prenant donc la milice des Grecs pour sujet 
de nos premières recherches, nous entrons d'abord dans le vaste 
champ des guerres appartenantes aux tems héroïques , dont la trom- 
pette du divin Homère fait encore retentir le bruit à nos oreilles. 

•« «- . , Deux époques 

Majs ces guerres sont encore moins mémorables que celles des de fa miiioa 



Grecque, 



Nous avons, ce nous semble, suffisamment prouvé, bien qu'en passant,, 
qu'il ne faut pas confondre la couronne de fer avec le diadème des Em- 
pereurs Bysantins : nous ferons voir ailleurs que son origine date des tems 
modernes, et qu'avant le dixième siècle il n'en est fait aucune mention. 
Qu'on ne croye pas , que ce que nous avons dit de cette couronne , soient 
des choses nouvelles , ni que nous voulions nous faire un mérite de les 
avoir publiées: car nous n'avons fait en cela que répéter ce qu'en ont 
dit des écrivains qui sont trés-connus parmi nous. Notre opinion à cet 
égard est également celle de Muratori dans ses observations sur les mo- 
numens et les annales d'Italie, que le lecteur pourra consulter outre 
les Anecdotes Ambrosiennes dont nous avons déjà parlé ; c'est aussi celle 
de Prosper Lambertini dans sa Relation lue à la Congrégation des Rites , 
sur le culte qui peut être dû à la couronne de fer ( De cultu coronae 
ferrae etc. Rornae 1717 ) ; du Président Jean Renaud Carli ( Antiqui- 
tés Italiques , lV. e partie , pag. 55' et 67 ) ; des illustres auteurs des An- 
tiquités Longobardico- Milanais es ( I.** vol. pag. g5 et 96 ) ; de Verri , 
et enfin du savant Bernardin Zanetti ( Du Règne des Lombards en. 
Italie , Venise i 7 53 , pag. 139. Note XXV). Nous pourrions augmenter 
de beaucoup d'autres le nombre de ces autorités , si nous n'étions retenus 
par la crainte d'ennuyer nos lecteurs. La seconde des trois questions que 
nous venons de poser appartient à des tems postérieurs à la domination 
des Lombards, c'est à dite à ceux des Empereurs des Francs et des Ger- 
mains , qui, après Charlemagne , montèrent sur le trône de l'Italie; et 
nous prouverons, en traitant du costume de cette éqoque , que plusieurs 
furent sacrés Rois d'Italie avec la couronne de Monza. La troisième ques- 
tion peut se faire indépendamment même de la première, car le fer qui 
garnit l'intérieur de cette couronne pourrait bien être en effet un des 
clous de la passion , malgré qu'elle soit toute autre chose que le diadème 
de Constantin. Mais ce serait trop nous écarter de notre sujet que de vou- 
loir entrer dans ces recherches. Nos lecteurs pourront consulter l'ouvrage 
de Just Fontanini , Dissertatio de corona ferrea etc. , qui a pour objet 
de prouver l'ancienneté de la couronne de Monza, et l'authenticité delà 
relique qu'on prétend y être jointe; et nous leur laisserons faire la com- 
paraison des raisons qu'en donne cet illustre prélat , avec celles rapportées 
dans les ouvrages des écrivains que nous venons de citer. 



ztâ Milice 

tems historiques , où les Grecs , non par le nombre des phalan- 
ges , mais à force d'art et de bravoure , firent front aux armées 
des plus grands conquérans. Ainsi nous diviserons en deux époques 
ce que nous avons à dire sur la milice des Grecs ; la première 
comprendra les tems héroïques, et la seconde les tems historiques. 
Nous jetterons ensuite un coup d'œil sur l'art militaire de l'empire 
d'orient et de la Grèce moderne : car en passant sous la domina- 
tion de nations étrangères, les Grecs adoptèrent les usages militai- 
res, et partagèrent les destinées de leurs maîtres. 

MILICE DES TEMS HEROÏQUES. 

Observations générales. 

âe fa ta Grëce Avant les tems héroïques , les Grecs étaient un peuple sau- 

RV ht!ZT s va S e et kart>are, comme le furent tous les hommes avant de se 
réunir en société, et de se donner une forme quelconque de gou- 
vernement. Il ne faut donc chercher rien de remarquable , ni qui 
soit digne de notre admiration dans ces siècles obscurs, dont Thucy- 
dide nous fait une peinture effrayante au commencement de son 
histoire , et en parlant desquels Plutarque, dans la vie de Thésée , 
s'exprime en ces termes. « Il n'y avait point de pays qui ne fût 
« infesté de voleurs et de brigands , ou exposé à leurs attentats : car 
" cette époque avait produit des hommes d'une dextérité de main , 
» d'une agilité à la course et d'une audace extraordinaire, qui n'em- 
« ployaient ces dons de la nature à rien d'utile ni de juste, mais 
« qui au contraire se plaisaient à faire des insultes et des surpri- 
« ses, et ne fesaient usage de leurs facultés que pour commettre des 
« actes de violence et de cruauté, ne cherchant qu'à usurper, à vkn 
" 1er, et à corrompre tout ce qui se présentait à eux, et regardant 
« la justice, la pudeur, l'équité et l'humanité comme des choses de 
« nulle considération pour quiconque pouvait les fouler aux pieds „. 
Mais à l'époque des tems héroïques, les habitans de la Grèce pas- 
sèrent de cet état d'indépendance et pour ainsi dire de férocité, 
à celui de société , dans lequel ils se donnèrent des lois et s'uni- 
Premier iumnt rent par de nouveaux liens. Voilà, dit un illustre écrivain . le pre- 

*« l'héroïsme. . . , ,, 1 , _ , 

mier instant de 1 héroïsme (i). L enthousiasme produit par de nou- 

(i) Piochefort. Mémoire sur les moeurs des siècles héroïques . Hist. 
d$ l Ace ad. Roy. des Inscript, etc. T. XXXVI. pag. 398 et suiy. 



de la G r i d e. aa^ 

relies sensations, les jouissances d'une vie plus heureuse , Pexempîe, 
l'émulation, le développement des vertus sociales, qui étaient étouf- 
fées auparavant par l'intérêt privé , furent les causes qui concou- 
rent à élever l'âme , et à allumer en elle cette ardeur puissante 
et créatrice , qui peut seule enfanter les grandes choses. Mais cet 
héroïsme , qui changea les mœurs de la Grèce , ne pouvait pas Décadence 

' * & _ / r t l de l'héroïsme 

conserver long-terris sa première vigueur. Il devait nécessairement dutem» 

P ,..,.. d'Homère: 

s affaiblir en proportion des progrès que fesait la civilisation , et 
de l'accroissement que prenaient les nouvelles passions : cette dé- 
cadence se fesait déjà sentir dans le siècle d'Homère , car ce poète 
se plaint souvent du changement qui s'était opéré dans les mœurs. 
Après la prise de Troie , les divers peuples de la Grèce , deve- 
nus inquiets et turbulens , commencèrent à se brouiller entre eux 
et à se désunir, savoir; les Héraclides , en redemandant à maiu 
armée leurs anciens domaines; les peuples de Plonie, en abandon- 
nant leur patrie; et d'autres en allant en chercher une dans les 
pays même où ils avaient fait la guerre pendant si long tems. Nous Epoques 
fixerons donc l'origine des tems héroïques au règne de Thésée, qui , hdroîquel* 
après avoir détruit une foule de voleurs et de brigands, auxquels la 
force seule tenait lieu de loi, donna le premier à l'Âttique la forme 
d'un gouvernement bien constitué Ci). À l'époque du règne de Thésée 
appartient aussi celui de Minos , qui, au rapport de Thucydide, 
opéra dans les mœurs des Grecs une heureuse révolution, dont l'ef- 
fet fut d'établir plus de conformité dans les usages, plus de sûreté 
dans le commerce et la navigation, plus d'ordre dans les villes , et 
une meilleure méthode dans la manière de les construire et de les 
fortifier contre les attaques de l'ennemi. Les tems héroïque, propre- 
ment dits, doivent donc se compter depuis le règne de Thésée jusqu'à 
la destruction de Troie, ou depuis l'an i3i7 jusqu'à l'an 1370 avant 
l'ère chrétienne , selon la chronologie de La relier. 

Le premier sentiment des Grecs, et celui qui les touchait le Àmow 
plus vivement dans les tems héroïques , était l'amour de la patrie ; * -frémi™' 

, );,■', C ' 1 1 sentiment 

et ce sentiment n était pas renierai e , pour chaque peuple en par- de rhéroïsme. 
ticulier, dans les limites du pays qu'ils habitait, mais il s ? étendait 

(i) M. r Pwcheforù ( ibid. pag. 482 ) observe judicieusement-, qu'avant 
le règne de Thésée , la Grèce ne se présente que comme un pays de 
fictions , habité par des poètes et des fabulistes , et qui pourrait être corn*- 
paré à ces régions inconnues p que les géographes ne font qu'indiquer aux 
extrémités de leurs cartes, 



fraternité 
d'armes. 



Lois 
i la guerre- 



a3o Milice 

encore à toute la Grèce. Cet amour devint l'esprit général de la 
nation : amour bien différent, dit M. r de Rochefort, de celui qui 
fît dans la suite de tous les peuples de la Grèce autant de nations 
particulières, divisées d'intérêts, et ennemies les unes des autres 
hors des circonstances où le danger commun les réunissait , pour 
accroître , après qu'il était passé , leurs haines et leurs divisions. 
Ce zélé ardent pour la patrie peut en quelque sorte être comparé 
au sentiment qui liait entre eux nos anciens chevaliers : car les 
héros de la Grèce avaient nomme eux un même esprit, de mêmes 
lois , et une même religion. Ils formaient , au moyen de cette al- 
liance cimentée par la foi du serment , une espèce de confrérie 
armée, dont les membres étaient toujours prêts à voler au secours 
les uns des autres. Cette ligue, pour ainsi dire sacrée, s'offre à 
nous sous des traits bien frappans; dans la coalition des sept chefs 
contre Thébes; dans celle de tous les Rois de la Grèce pour re- 
tirer, par la force des armes , la belle Hélène des mains du Troyen 
qui l'avait ravie; et dans le conseil des Amphictyons qui prési- 
dait à toutes les entreprises de la nation , malgré que l'objet pri- 
mitif de son institution fût, comme nous l'avons déjà observé, de 
veiller à la sûreté du temple de Delphes. 

La guerre n'avait plus le caractère du brigandage ni de la 
surprise dès les tems héroïques , et ses opérations étaient subor- 
données à des lois sacrées et au droit des nations. Elle était tou- 
jours précédée de ces préliminaires inviolables, dont l'usage ne se 
trouve établi que chez les peuples déjà civilisés. On envoyait à 
l'ennemi des ambassadeurs pour demander la réparation des torts 
dont on avait à se plaindre , avant de recourir à la force et au 
sort des armes. Avant de mettre le siège devant Thébes , Polinice 
envoyé Tydée à son frère Ethéocle, pour l'engager à le laisser ré- 
gner à son tour , ainsi qu'ils en étaient convenus. Ulysse et Mé- 
nélas furent également envoyés à Troie pour réclamer Hélène , et 
la guerre ne fut commencée que d'après le refus que firent les 
Troyens de rendre cette beauté fatale. Les alliances, les trêves, 
les conditions de paix, en un mot tous les traités, n'avaient d'au- 
tre garantie que la bonne foi, les promesses, et l'invocation des Dieux 
en présence desquels ils étaient scellés par des libations , par des 
sacrifices, par des sermens solennels, et par des imprécations terri- 
bles qui se prononçaient au pied de leurs autels. La conclusion 
de ces traités se fesait devant des Hérauts en qualité de minis- 



de la Grèce. a3r 

très des Dieux et des hommes, motif pour lequel on les regardait 
comme des êtres sacrés et inviolables. Homère nous fournit des 
exemples fameux de ces sortes de cérémonies. Ce respect pour le 
droit des nations détourna toujours les Grecs d'un usage presque 
commun à tous les peuples barbares, qui était de se servir d'ar- 
mes empoisonnées (i). On ne trouve dans l'Iliade aucune trace de Aucun usage 

c -i i-i .,/N •• . ,-,-, -i de.-: armes 

cette funeste coutume; et il est dit dans I Odyssée qu lms , dans empoisonnées. 
la crainte d'offenser les Dieux , refusa à Ulysse le poison qu'il 
lui avait demandé pour en frotter la pointe de ses flèches , ce 
qui dénote assez Fhorreur qu'avaient les Grecs pour un usage aussi 
contraire au droit des gens (a). Une antre preuve des progrès que 

(i) Voy. Potter , Archéologie Grecque. Qelques écrivains pensent 
que le droit public était encore bien peu connu dans les siècles héroïques , 
où il parait , selon eux , que le parjure , les rapines et les pirateries étaient 
encore en honneur. Féizius lui même , dans ses Antiquités Homériques } se 
montre de cette opinion , sur la fausse interprétation qu'il donne à l'éloge 
qu'Homère fait d'Antolique dans le XIX. e livre de l'Odyssée , où le sens 
naturel des mots cpxcs , et KMwrixfvvn n'indique point l'habitude de ce héros 
à la fraude et au parjure , mais selon les plus savans interprètes , la Rdé-. 
lité dans les sermens et l'art des stratagèmes usités à la guerre. La même chose 
doit se dire de l'esprit de ruse tant vanté dans Ulysse. Si le parjure eût alors 
été en honneur , à quel propos Homère aurait-il représenté les Euméni- 
des punissant les parjures aux enfers ? Si le vol et la piraterie eussent été 
regardés comme des professions honorables , ce poète n'aurait certaine- 
ment pas fait dans l'Odyssée la description des peines atroces et sans cesse 
renaissantes auxquelles Sisyphe, fameux brigand , était condamné dans le 
Tartare ; il ne montrerait pas , dans le même poème , le sage Nestor de- 
mandant à Télémaque et à ses compagnons, d'où ils viennent , s'ils voya- 
gent pour quelqu'affaire } ou si , comme les pirates , ils exposent continuel- 
lement leur vie pour troubler celle des autres ; enfin il ne donnerait pas 
dans le IV. e livre de ce poème l'épitlïète de scélérats à ceux qui exercent 
le métier de pirates , et qui se contentant de charger leurs vaisseaux du 
butin qu'ils font sur les rivages , n'osent point s'y arrêter , dans la crainte 
du courroux des Dieux. Ce n'est que dans les tems historiques , que le 
vol commença à être regardé chez les Spartiates comme un exercice , et 
une preuve de ruse et de dextérité. V. Roçheforb dans sa dissertation citée 
plus haut. 

(2) Nous ne pouvons être en cela de l'avis de Goguet , qui cite le 
passage de l'Odyssée, ( liv. I. er v. 260), comme une preuve certaine, 
que dans les tems héroïques , les Grecs étaient généralement dans l'usage 
d'empoisonner leurs armes. 



^3a Milice 

Conscription ce peuple fesait dans la civilisation , c'est l'espèce de conscrit 

militaire. ...,..- x i 

non militaire dont est question dans l'histoire des teras héroïques. 
A cette époque, les citoyens n'étaient plus tous indistinctement 
appelés à la profession des armes , mais on prenait au sort dans 
les familles nombreuses l'individu qu'elles devaient donner à l'ar- 
mée. Et en effet , lorsque Mercure , dans l'Iliade , se présente à 
Priam allant à la tente d'Achille ? il lui dit qu'il est fils de Po- 
lyctor, et qu'il a suivi Achille 3 après avoir tiré au sort avec ses frè- 
res , pour savoir lequel d'entre eux irait au siège de Troie (i). Les 

Les héros Grecs commençaient déjà à préférer les jouissances de la paix sous le 
G Z c L a paix? to ' lt de leurs Dieux domestiques , aux travaux et aux fureurs de la 
guerre. Ulysse avait voulu se faire passer pour insensé , et le fils de 
Pelée , déguisé en jeune fille , s'était caché à la cour du Roi Lycomè- 
de , l'un et l'autre pour ne point aller à la guerre de Troie. On voit 
encore dans Homère Echepole , qui fait présent à Agamemnon d'un 
superbe coursier, pour ne point être compris dans cette expédition , 
et pour qu'on le laisse jouir tranquillement des grandes richesses 
qu'il avait à Sicyone (a). Il n'était donc plus honteux alors de cher- 

Comiats cher à se soustraire à la guerre. Le même principe semble avoir 

singuliers. -> , , , , , , , 

donné naissance a 1 usage de terminer les guerres par des combats 
singuliers ^ au moyen desquels les Pvois épargnaient la vie de leurs 
sujets, en fesant dépendre de leur propre valeur, ou de celle 
de quelque champion , le succès d'une guerre , qui le plus souvent 
n'avait point pour objet le bien de la nation , mais seulement 
leur intérêt privé. C'est ainsi qu'Ethéocle et Polinice convinrent 
de décider 3 par un combat singulier , de leur droit à la suc- 
cession du trône de Thébes. De même, la guerre de la Grèce con- 
tre l'Asie se serait terminée par un duel entre Paris et Ménélas , si 
les Troyens avaient observé les conditions du traité qu'ils avaient 
conclu pour cet effet avec les Grecs. « Ces défis particuliers ,' dit 
« M. r Rochefort , ressemblent aux combats et aux duels de nos 
« chevaliers, non seulement par les. preuves de valeur , mais encore 
« par les traits de générosité, auxquels ils donnaient lieu. Qui ne 
« croirait voir un fragment de l'histoire de nos anciens chevaliers, 
« dans la description que fait Homère du combat entre Hector et 
« Ajax ? Ces deux fiers rivaux , après avoir combattu avec une va~ 

(i) Iliad. liv. XXIV. 
(a) * liad - liv. XXIII. 



de la Grèce. a 33 

« leur digne de leur nom 3 sont séparés par deux Hérauts, qui , 
« dans cette circonstance, fesaient l'office de nos juges de duel; 
« mais en se séparant , les deux héros voulurent se laisser une 
« preuve de leur estime réciproque : Hector donna à Ajax son 
« épée, et celui-ci fit présent à Hector de son baudrier 3 ou du 
« ceinturon de son épée. Les Hérauts accoururent pour séparer ces 
" deux vaillans guerriers , en leur observant qu'il fallait céder à 
« la nuit qui s'approchait. Cet usage de ne point combattre de nuit 
« existe encore chez divers peuples , et se trouvait établi chez les 
« anciens Mexicains : car il formait alors une des maximes fonda- 
« mentales du droit des gens, maxime, qui, selon le scoliaste de 
« Thucydide , était rigoureusement observée même par les pirates. „ 

Le droit et les lois de la guerre, dans les tems héroïques de la région 
la Grèce, avaient pour fondement principal la religion. Aussi était- f °dudroÏÏ 
ce une opinion généralement reçue, que les Dieux intervenaient e a à '" e/re * 
dans les guerres , et prenaient part aux combats. De cette opinion 
naissaient le respect qu'on avait pour les morts , et le soin qu'on pre- 
nait de leur sépulture. La seconde guerre de Thèbes vint en effet, de 
ce que Créon avait défendu qu'on ensevelit ceux c[ui avaient péri 
sous les murs de cette ville. Ce devoir était sacré et si inviolable , 
que malgré !a fourberie et la trahison des Troyens , les Grecs n'eu- 
rent point de répugnance à se réunir à eux, pour rendre les hon- 
neurs funèbres aux morts des deux armées. La religion était en- 
core le motif de l'empressement et de l'ardeur des guerriers à s'em- 
parer des armes de l'ennemi qu'ils avaient vaineu , parce que ces 
dépouilles étaient consacrées aux Dieux protecteurs , et devenaient 
par conséquent un monument de la gloire et de la piété des vain- 
queurs. Ainsi Ulysse consacre à Minerve les dépouilles de Dolon , et 
Hector fait vœu de suspendre dans le temple d'Appoîlon les armes de 
celui qui osera l'affronter. Cependant les droits de la guerre étaient 
alors extrêmement rigoureux envers les vaincus. Les villes ennemies Cruauté 
étaient incendiées et détruites jusqu'aux foudemens : les peuple* h 
étaient massacrés ou mis en esclavage; les Rois égorgés, et leurs 
cadavres jetés aux chiens et aux vautours; les enfans taillés en piè- 
ces, et les Reines chargées de chaînes ou condamnées aux plus 
vils emplois. Hector dit à Andromaque dans le VL e livre de l'Ilia- 
de , que la chute d'Iîion la réduirait à s'entendre commander d'our- 
dir la toile, ou d'aller puiser de l'eau à la fontaine de Mes- 
séide ou d'Hypérée ; et on lit dans le XXIl. e livre les terribles 

Europe. Vol, 1 3 



envers 
s vaincus. 



des guerriers* 



d, 



z%4 Milice 

prédictions de Priam et d'Hécube sur leur destinée future et celle 
de toute leur famille , dans le cas où la ville de Troie viendrait 
à tomber au pouvoir des Grecs. On trouve un affreux exemple de 
cet usage dans la vengeance d'Achille, qui immola douze guerriers 
Troyens sur la tombe de Patrocle , et. accabla d'outrages le cadavre 
d'Hector , auquel il voulut que chaque soldat fit une insulte , ac- 
compagnée d'un coup de dard ou de pique. 

Solde Les Grecs, dans les tems héroïques, fesaient la guerre à leurs 

irais et sans aucun traitement. L'unique avantage qu'ils pouvaient 
retirer de leurs exploits, était dans les dépouilles et le butin pris 
sur l'ennemi , qui se partageaient équitabiement. Ce partage se fe- 
sait par le chef suprême de l'armée , auquel par conséquent cha- 
que soldat portait tout ce qu'il avait-pris à la guerre. C'est pour 
cela que , dans l'Iliade, Achille se plaint, qn' Agamemnon auquel 
il avait remis les dépouilles de vingt trois villes , n'en avait jamais 
fait une juste distribution. Les chefs étaient dans l'usage de pro- 
mettre , avant le combat, une portion choisie et plus considérable 
du butin de l'ennemi, aux soldats qui se distingueraient par leur 
valeur. Ainsi Àgamemnon promet à Teucer un trépied , un char 
attelé de ses chevaux, ou une jeune fille des plus belles, selon son 
choix , dans le butin qui se ferait à la prise de Troie. Il y avait 
aussi des occasions, où les guerriers qui s'étaient illustrés par quel- 
que action d'éclat, recevaient dans les banquets, comme marque 
de distinction et d'honneur, une portion de viande plus considérar 
ble et meilleure que celle des autres (i). Les esclaves faits à la 
guerre pouvaient obtenir leur rançon avec de l'or ou autres objets 
précieux. Chry-és, dans l'Iliade, offre à Agamemnon de riches pré- 
sens pour racheter sa fille, et c'est aussi ce que fait Priam (2). On 
pourrait citer une infinité d'autres exemples à l'appui de cet usage. 

Conseils Nous avons déjà vu ailleurs que, dans les assemblées publiques, 

l'autorité des anciens Rois était balancée par la volonté des peu- 
ples. Elle l'était également dans le commandement des armées. 
Àgamemnon, le Roi des Rois, était bien le chef suprême de l'ar- 
mée campée devant Troie, et il avait même le droit de vie et de 
mort dans les batailles (3), où le commandement appartenait à lui 

(1) V. Iliad. VII. v. 3a 1. 

(2) V. Feith. Antiq. Homèr. liv. IV cliap. XVI. 

(3) Homère , clans le II e chant de l'Iliade fait dire à Agamemnon : 
S'il arrive que je voie quelqu'un rester sur les vaisseaux pour se tenir loin 
du combat , celui-là , rien ne pourra la sauver des oiseaux et des chiens., 



de la Grèce. a35 

seul; mais hors de là, il ne pouvait rien sans l'avis du conseil. Ho- 
mère distingue trois sortes de conseils de guerre. Le premier était 
général, et formé de tous les soldats composans l'armée. Le second 
et le neuvième livre de l'Iliade noos offrent deux exemples de ce 
conseil , à l'occasion de la proposition qui y fut faite par Aga- 
memnon de retourner en Grèce. On reconnaît encore dans les 
invectives d'Achille et de Dioméde cette liberté avec laquelle les 
capitaines se permettaient de parler contre le chef suprême dans 
ces assemblées publiques. Le second conseil n'était composé que 
des capitaines, et on n'y traitait que de choses particulières, ou 
-des besoins de l'armée. Ainsi dans le dixième livre de l'Iliade, 
les Grecs étant assiégés clans leur camp par les Troyens, Aganiem- 
non réunit en conseil les chefs , pour délibérer avec eux sur les 
moyens de repousser l'ennemi. Enfin le troisième était le conseil 
privé, qui se tenait dans la tente du chef suprême, et auquel 
n'étaient appelés que les hommes les plus distingués par leurs lu- 
mières et leur sagesse, ainsi qu'on le voit pratiqué en diverses oc- 
casions par Agamemnon (i). 

Tactique des tems héroïques. 

Jusqu'ici nous n'avons parlé qu'en termes généraux de l'art Foptificati^, 
militaire des Grecs dans les tem- héroïques: il nous reste mainte- 
nant à traiter de leurs fortifications, de leurs moyens de défense 
de leurs armes, et de l'ordre qu'ils observaient dans les batailles. 
A commencer par les fortifications, Arfetôte et Diodore nous ap- 
prennent, que les anciennes villes de la Grèce n'étaient pas même 
entourées de xnurt , mais que les rues en étant sinueuses et fort- 
étroites , il était facile d'y arrêter l'ennemi avec peu de troupes , 
et même de l'écraser en fesant pleuvoir sur lui des dards et des 
pierres du haut des toits (fa). Eustase observe également, que les 
fondateurs des premières villes eurent la précaution de les bâtir 
sur des lieux escarpés , pour qu'elles fussent moins exposées aux in- 

(i) Les délibérations des Grecs étaient souvent accompagnées d'un 
banquet; et quelquefois on décidait des choses les plus importantes au 
milieu des plats et des coupes. V. Feith. Ibid. liv. III. c. V. et Go°-uet. 
T. II. pag. 2^6 édit. de Naples. 

(2) Arist. De Republ. liv. VII. chap. XL Diod. liv. IV, 



clopéem. 



•â36 Milice 

suites de l'ennemi (i). On prétend qu'Amphion et Zétus , qui ré- 
gnaient à Thébes vers l'an 2,890 avant l'ère vulgaire, furent les 
premiers à donner l'exemple des fortifications , pour avoir entouré 
leur ville de murs, et l'avoir flanquée de tours, en ne laissant d'ac- 
cès dans son enceinte que par sept portes (a) , parce qu'étant d'une 
étendue considérable, elle offrait à l'ennemi plus de moyens de la 
surprendre. Les autres villes Grecques ne tardèrent pas d'en faire 
autant, et la renommée vanta les murs d'Acrocorinthe et de l'A- 
cropolis d'Athènes. Ces fortifications étaient simples, mais solides 
au point que dans plusieurs endroits de la Grèce on en voit en- 
core des restes. Les plus célèbres de ces constructions étaient les 
murs de Mycènes , qu'on croyait être l'ouvrage des Cyclopes, et d'où 

Murs prirent le nom de murs cyclopéens tous ceux qui furent construits 
après dans ce genre. Selon la description qu'en fait Pausanias , ils 
étaient faits avec des pierres ou avec des masses de roc irréguiières , 
et si énormes , qu'au dire du même auteur, deux bœufs n'auraient 
pas suffi pour mouvoir la plus petite. Les vuides qu'elles laissaient 
entre elles étaient remplis par d'autres pierres plus petites, mais 
sans y employer de chaux ni aucun ciment. Ces murs étaient or- 
dinairement crénelés, et avaient quarante pie.ds de haut sur vingt 
cinq d'épaisseur (3); ainsi il n'est pas étonnant que ce genre d'ar- 

Tows. chitecture colossale ait pu résister aux injures du tems. Des tours 
carrées et rondes flanquaient cette enceinte : les premières s'éle- 
vaient aux angles , et à environ cinquante pieds de distance les unes 
des autres lorsque les murs étaient droits ; et les secondes domi- 
naient sur les angles lorsque ceux-ci étaient (rès-aigus (4)- Ces tours 

(t) Eustath. ad Iliad. A. V. encore Poter. Arcliael. Gr. liv. I. chap. VIII. 

(2) Hom. Odys. liv. XI. v. 261 et suiv. 

(5) Cette description s'accorde parfaitement avec celle que donne So- 
phocle dans les Trachlnies. Tels sont aussi les restes des murs cyclopéens , 
qu'on voit encore en Grèce et en Italie. 

(4) Pour avoir des notions précises sur les fortifications des anciens 
Grecs et les murs cyclopéens, il faut lire la belle dissertation de [Guil- 
laume Hamilton dans \ Archéologie : or Miscellaneous Tracts , relating 
ùo Antiqutiy etc. London , 1806, vol, XV. pag. 3î5. 

Nous avons déjà observé ailleurs , que les principes des arts fu- 
rent les mêmes presque chez tous les peuples , parce que leur position et 
leur besoins furent les mêmes. Les restes des murs bâtis par les Incas ne 
diffèrent guères des cyclopéens. Ypj. l'Atlas pittoresque du voyage de 



cyclojjsens 

dans 
le LatiuiU. 



de la Grèce. 2,37 

étant saillantes , ou portées en dehors , elles défendaient le flanc 
des murs , et donnaient aux assiégés l'avantage de pouvoir combat- 
tre l'ennemi d'un point plus élevé., sans avoir beaucoup à craindre 
de lui. Telles étaient les fortifications des forts ou citadelles que cuadvik» 
l'art avait élevées dès les teras héroïques , et qui formaient com- 
me une espèce d'appendice aux villes. C'était là qu'on renfermait 
les choses précieuses et sacrées, et que se retiraient les prêtres 
et les magistrats dans les tems de danger. Ces citadelles étaient bâ- 
ties sur des rochers , sur des collines , ou sur le flanc des monta- 
gnes , de manière à ce qu'elles pussent dominer sur la ville. La 
plus fameuse était celle de Mycènes, qui avait une quadruple en- 
ceinte de murs , et à la porte de laquelle on voyait deux figures 
de lion en pierre. On y garda pendant long-rems les trésors d'A- m um 
trée. L'ancien Latium, dont les premières villes furent bâties, se- 
lon la tradition , par les Pélasges et autres peuples d'origine Grec- 
que , offre encore des monumens imposans de cette architecture 
militaire. Et en effet, Denis rapporte que les Aborigènes, après avoir 
chassé, au bout d'une longue guerre, les anciens habitans du La- 
tium , s'établirent eux mêmes dans ce pays , où ils vécurent d'abord 
dans les montagnes sans enceintes de murs; mais qu 'ensuite les Pé- 
lasges avec quelques Grecs réunis à eux , ayant subjugué les peu* 
pies circonvoisins , fortifièrent plusieurs châteaux ...... le même 

peuple occupa ensuite ces contrées en changeant seulement de nom,, 
sans changer celui cV Aborigènes , qu'il conserva jusqu'au tems de 
la guerre de Troie, époque à laquelle le Pioi Latinus lui donna 
le nom de Latins. Le même auteur ajoute que les écrivains Ro- 
mains les plus erudits étaient également d'avis, que ces peuples 
-étaient panis de la Grèce plusieurs siècles avant la guerre de 
Troie, Il est donc ainsi démontré , que l'époque de la fondation et 
la forme des œuï's cyclopéens dans le Latium , appartiennent aux 
teins dont nous parlons (j). JJ aspect de ces murs, dit l'illustre Ma- 

Humboldt. Ce qu'on voit encore de l'ancien mur caucaséen entre la mer 
Caspienne et la mer Noire , ressemble beaucoup aussi aux ouvrages de 
l'architecture cyclopéene. V. Theophill Sigefridi Bayeri Opuscula ad 
Historiam antiquam etc. Halae , 1770, 8.° De mura caucaseo , pag. g4 
et suiv. 

(1) C'était une opinion établie chez les Latins,, que leurs anciennes 
villes avaient eu Saturne pour fondateur. Tertullien observe à ce sujet 
dans s.on Apologie , chap. X. > que ., selon l'ancienne tradition de Diodore 



a"38 Milice 

rianne Candidi Dîonigi, en parlant de ceux de Ferentino, compo- 
sés de masses informes et colossales , et de pierres noirâtres d'une 
rusticité majestueuse , semble être le portrait de leurs antiques fon- 
dateurs. Ces murs soutiennent dans presque tout leur contour l» 
penchant de la montagne (i). Les murs cyelopéeos du Latium nous 
Pênes. retracent encore la figure des portes, dont quelques-unes sont qua- 
drangulaires 3 peu larges , et ont des architraves ; d'autres ont la for- 
me d'un angle , qui est désignée sous le nom de tiers çrigu , comme 
on le voit par la porte de Cwitavecckia d'Arpino, laquelle ne 
diffère gnères de celle de Tyrinte , dont Dodwell a donné le des- 
sin clans son Voyage en Grèce (a). Maintenant nous croyons à pro- 
pos de présenter à nos lecteurs, ( planche 33 ) , l'intérieur d'une ville 
de construction cyclopéene, tracé d'après l'idée que nous venons 
de donner de l'architecture militaire des anciens. Nous avons suivi, 
dans la composition de cette planche, le système de Palladio, de 
Cassas, de Lavallée et autres artistes célèbres, qui, d'après les des- 
criptions que les anciens écrivains nous ont laissées de ces construc- 
tions, et les restes qu'on en voit encore en divers lieux, ont ima- 
giné et exécuté le pian de l'édifice en entier. 

et autres écrivains , Saturne n'était point un Dieu , mais un homme , qui 
après fait de grandes choses , était venu de l'Attique en Italie. Il ne 
serait donc pas hors de probabilité, qu'il eût apporté de la Grèce dans 
le Latium' la forme de murs qui était en usage dans cette première con- 
trée , à l'époque des tems héroïques. 

(i) Voyages dans certaines villes du, Latium , qu'on dit avoir été 
fondées par le B.oi Saturne. Rome 1S09 et suiv. Ces anciens peuples , 
dit l'auteur , ne visaient qu'à l'utilité et à la solidité , et nullement à 
Vélégance ni à la beauté. J'imagine , que , selon la configuration des 
masses qu'ils employaient , ils en taillaient les côtés en lignes droites 
pour en former autant de polygones , et les joindre ainsi , bien que san? 
ordre , avec les pierres inférieures et latérales. Lorsque ces pierres no 
pouvaient pas bien s' assembler , on remplissait avec d'autres plus petites 

les interstices qu'elles laissaient entre elles // est à remarquer 

pourtant qiûon encastrait ces pierres les unes avec les autres , quelle que 
fût V irrégularité de leur forme , de manière à les lier fortement entre 
elles : ce qui formait de tout l 'édifice un corps , dont la construction 
pouvait même résister aux tremblemens de terre. 

(2) A la Table Iliaque , dont nous avons déjà fait mention , on voit 
des portes arquées ; mais il est bon d'observer que cette table appartient 
au premier siècle de l'ère vulgaire , et que par conséquent il ne faut pas 
«'étonner si on. y trouve cette espèce d'anacronisme, 



inconnues 

dans les tems 
héroïques* 



de la Grèce. 2,89 

L*arcliitecture militaire dont nous venons de parler, et les pierres Mécanique 
énormes qu'elle employait dans ses ouvrages , prouvent clairement que haroquct. 
les Grecs connaissaient la mécanique, sans le secours de laquelle ils 
n'auraient pu mouvoir des masses aussi pesantes , et encore moins 
les élever à de grandes hauteurs, et les y fixer avec un art éton- 
nant. Ajoutons à cela, que les murs cyclopéens montrent dans leur 
construction l'application des lois de la Statique , car ils sont plus 
larges à leur hase , et vont en se rétrécissant par le haut , selon 
les règles de l'art. Ces murs , hien qu'ils ne fussent point entourés 
d'un fossé, suffisaient néanmoins pour mettre les villes à l'abri de 
toute surprise de la part de l'ennemi , et même en état de sou- 
tenir un siège de plusieurs années (1): car dans ces anciens tems , Makhmes 
on n'avait encore aucune connaissance des machines militaires , dont 
l'usage ne fut introduit en Grèce qu'à l'époque de la guerre du 
Péloponnèse, comme nous le verrons dans la suite. Homère, si at- 
tentif et si exact à rapporter les moindres circonstances de la guerre 
de Troie, ne fait nullement mention de machines, pas même d'é- 
chelles, dont les Grecs auraient pu se servir pour escalader les murs 
de cette ville (a). 

(1) Goguet observe judicieusement, qu'Homère n'aurait pas imaginé , 
dans le XVI. e livre de l'Iliade , qu'après avoir repoussé les Troyens à la 
suite d'une action vigoureuse , Patrocle monta furtivement sur les murs de 
Troie , s'il eut fallu traverser un fossé pour y arriver ; ou au moins il n'aurait 
pas manqué de faire mention de cette circonstance. Nous ne pouvons pourtant 
pas être de l'avis de cet écrivain , lorsqu'il dit que les murs de Troie étaient 
probablement en terre. Homère n'en parle nullement , et ces murs n'auraient 
certainement pas passé pour avoir été bâtis par Neptune et par Apollon , 
s'ils n'eussent été qu'une simple fortification en terre, Nous croyons au 
contraire qu'ils étaient de construction cyclopéene , et que c'est pour cela 
qu'ils eurent la réputation d'être l'ouvrage de deux divinités , selon l'opi- 
nion qu'on avait de tous ceux cpii furent les premiers à entourer les villes 
de murs. En effet , si cette enceinte eût été en terre , et d'un plan né- 
cessairement incliné , comme le suppose Goguet , non seulement Patrocle , 
mais encore toute l'armée des Grecs aurait pu aisément l'escalader. An- 
dromaque ne dirait point à Hector , dans le VI e livre de l'Iliade , de pla- 
cer les troupes prés le figuier sauvage „ où il est facile de pénétrer dans 
la -ville , en passant par dessus le mur , endroit qui est précisément celui 
où les deux Ayax , Idoménée , les Atrides et le lils de Tydée avaient 
déjà fait cette tentative. Voy. l'Iliad, liv. VI. v. 433 et suiv. 

(2) Quelques-uns pensent crue l'usage des échelles et des machines 
de guerre était connu dés les tems de la guerre de Thébes ; et ils ap- 



a4o Milice 

La vraie Nous venons de voir les moyens qu'employaient les anciens 

tac lin i.iG 

peu connue. Grecs pour la défense des villes. Mais ta longueur de leurs guer- 
res et de leur sièges prouve qu'ils ne connaissaient encore que 
les premiers élémens de la tactique et de la fortification. Et en 
effet on ne trouve nulle part dans Homère s que les Grecs eus- 
sent tracé aucune ligne de cireonvallation autour de Troie , ni dis- 
posé leurs troupes de manière à la serrer de tous les côtés, et à la 
forcer à se rendre. Pendant les dix années que dura ce siège fa- 
meux , non seulement la ville ne manqua jamais de vivres , mais 
encore elle reçut toujours librement les secours que lui envoyaient 
ses alliés. L/espace qu'il y avait entre ses murs et le camp des Grecs 
était, si vaste, que les troupes des assiégeans et des assiégés pou- 
vaient quelquefois s'y mettre en bataille sans le moindre danger. 
Homère ne parle jamais d'une action générale 3 dont l'issue put 
décider du sort de l'une ou de l'autre des deux armées. On ne voit 
jamais que des affaires partielles 3 où les deux partis tantôt se por- 
tent en avant et tantôt sont repoussés : point d'opérations en grand , 
point de mouvemens généraux qui annoncent un plan où un sys- 
tème raisonné. Les chefs ne se distinguent point par le comman- 
dement des troupes, mais par leur bravoure, et par le nombre des 
ennemis qu'ils ont tués. Quelquefois trois ou quatre guerriers des 
plus impétueux répandent la terreur devant eux , et jettent le dé- 

puyent leur opinion sur le trait qu'on rapporte de Gapanée , qui fut ren- 
versé d'un coup de foudre en voulant escalader les murs de la ville en- 
nemie. Mais cette interprétation n'est qu'une faible conjecture , commune 
à ceux, qui, à l'exemple de Bannier , croyent toujours voir quelque al- 
légorie dans les traditions mythologiques. Car, si les machines de guerre 
n'étaient point encore connues à l'époque de la guerre de Troie , comment 
pouvaient-elles l'être lors du premier siège de Thèbes ? D'autres , comme 
nous l'avons dit plus haut , ont cru voir dans le fameux cheval de Troie 
une machine destinée à abattre les murs de cette ville : opinion que , 
sur la foi de Pausanias , Pline même semble avoir embrassée ■ mais Ho- 
mère , dans le VI. e livre de l'Odissèe v. 272 , dit clairement , que ce che- 
val ne fut qu'une ruse grossière pour surprendre Troie , et non pour en 
renverser les murailles. C'est donc à tort que Stace, dans ce vers 

Murorum tormenta Pylos , Messenaque traclunb , 

affirme que les villes de Pylos et de Messène ont fourni les machines 
pour le siège de Troie, V. Heyne , Vkg. liv. II. Excursus III et VII. 



DE LA GeÉCE. 2/jl 

gordre dans tonte l'armée ennemie. Néanmoins les Grecs avaient su 
choisir pour leur camp une position heureuse 3 qui rendait difficiles 
à l'ennemi les moyens de le surprendre. Ce camp avait devant lui 
le Scamandre , qu'il fallait traverser pour aller vers la ville ; il était 
divisé par des rues en plusieurs quartiers : au milieu , et en avant 
le quartier d'Ulysse, était le forum âyopà , où se trouvaient les au- 
tels des Dieux , et les magasins des vivres , et où l'on administrait 
la justice: entre ces quartiers, il y avait des espaces vuides où se 
célébraient les jeux funèbres , et dans l'un d'eux fut élevée la tombe 
de Patrocle. Les vaisseaux fasaient partie du campement , ayant 
été tirés à sec selon l'usage des anciens : ils formaient deux li- 
gnes; l'une, du côté de la ville, qui se composait des vaisseaux 
les premiers arrivés; et l'autre, au bord de la mer, qui compre- 
nait ceux qui étaient arrivés les derniers. Il parait: que les Grecs 
n'avaient pas pensé d'abord à fortifier le front de leur camp, croyant 
sans doute avoir suffisamment pourvu à sa sûreté , en confiant la 
garde des deux points les plus exposés, à deux de leurs plus bra- 
ves guerriers, qui étaient Achille et Ajax. Mais ayant été re poussés 
jusques dans le camp par les Troyens à la suite d'un combat san- 
glant i ils se mirent , d'après les conseils de Nestor , à construire de- 
vant eux un mur de circonvallation (1). Dabord ils dressèrent en 
face des vaisseaux un bûcher commun à toute l'armée , et après y 
avoir brûlé les cadavres de tous ceux qui avaient péri dans le com- 
bat, ils élevèrent au même endroit un tombeau, ou monument en for- 
me de monticule , d'où ils tirèrent un retranchement fait avec des 
pierres, des troncs d'arbre et eu terre, auquel Homère donne le 
nom de *eï%oç , qui vent dire mur. Ce retranchement était flan- 
qué, de distance en distance, de tours crénelées , d'une construction 
semblable, à celle du mur (2). Les combattans se plaçaient aux 
ouvertures de ces créneaux , où tout le bas de corps était à cou- 
Ci) Iliad. VIL v. 32 7 , 343 et 344. 

(a) Il est parlé au XII. e livre de l'Iliade des crénaux des tours, aux- 
quels le poète donne le nom de xpoaoou qui veut dire en latin pinnae. 
Quelques-uns, du nombre desquels est Goguet , ont cru que ces tours 
étaient en bois, trompés peut-être par le 36. e vers du même livre , où il 
est dit, que les coups retentissaient sur les bois des tours; mais le son 
ou retentissement dont parle le poète, doit se rapporter, non aux tours 
en bois, mais aux poutres qui fesaient partie des ouvrages en pierre dans 
lesquelles elles étaient entremêlées. V. Heyne, Iliad, liy. VII Excurs.l. 

Europe, f^ol. J. a 



Description 
du camp. 



Circonvalla- 
tion 
du Camp. 



Cahanes 
ou baraques. 



Vivres, 



242 Milice 

vert ; et l'on avait construit dans le même dessein , tout le long 
du mur, des parapets avec des retranchemens. Le mur n'entourait 
pas tout le camp des Grecs , mais s'étendait en ligne droite sur 
le front, et entre les deux positions qu'occupaient Achille et Ajax : 
sa hauteur n'excédait pas celle d'un homme, car Sarpédon put 
en arracher les créneaux avec ses mains; il n'avait qu'une seule 
porte, par laquelle pouvaient passer les chars même des guerriers. 
Il régnait tout le long du retranchement un fossé, d'où avait été 
tirée la terre qui avait servi à la construction de ce rempart ; et 
ce fossé était garni de pieux, qui formaient une palissade élevée. 
Il y avait entre le retranchement et le fossé une espace qu'occu- 
pait la cohorte de garde, ou la troupe destinée à veiller pendant 
la nuit : un autre espace assez considérable s'étendait encore entre 
le retranchement et les vaisseaux , où se passa une action des plus 
chaudes entre les Grecs et les Troyens. Les soldats n'étaient pas cam- 
pés sous des tentes, comme l'ont cru quelques auteurs, mais sous des 
espèces de cabanes ou baraques faites avec des planches ou avec 
des pieux entrelacés de branchages. Ces baraques étaient revêtues 
de terre en dehors, et couvertes en jonc. Celles des Princes étaient 
plus spacieuses , et d'une construction plus soignée , comme devant 
servir à l'habitation de plusieurs personnes , et entre autres des 
femmes de service. La demeure d'Achille était précédée d'une cour 
entourée d'une palissade , avec de fortes portes en sapin , après la- 
quelle venaient l'habitation des domestiques, le portique et le ves- 
tibule (1). Le camp des Grecs était abondamment pourvu en vivres 
de toutes sortes, qu'on y transportait des îles voisines de l'Archipel. 
On lit, entre autres passages, dans le VII. e livre de l'Iliade, que 
les vaisseaux étaient arrivés de Lemnos chargés de vin (a). Ces 



(1) Virgile, pour se conformer à l'usage de son siècle, plutôt qu'à 
celui des tems héroïques , a commis un anachronisme dans le vers 469 du 
livre II de son Enéide. 

Nec procul hinc Rhesi niveis tentoria velis. 

(2) Thucydide assure que , pendant le siège de Troie , les Grecs 
envoyèrent des détachemens dans la Chersonnèse de Thrace pour y semer 
et faire la récolte ; mais on ne trouve nulle part dans Homère , qu'il se 
soit jamais éloigné du camp le moindre corps de troupes, pour quelqu'objet 
que ce soit ; et il y est parlé au contraire des convois chargés de vivres , 
qui arrivaient de tems à autre. Voy. l'Iliad. liv. IX. v. 71 etc. 



de la Grèce. 2,43 

transports maritimes pouvaient s'exécuter alors d'autant plus faci- 
lement, que l'art de faire la guerre par mer n'était pas encore 
connu, à ce qu'il semble, à l'époque des tems héroïques. Et en 
effet, Homère ne parle d'aucun combat naval, malgré que les des- 
criptions qu'il en aurait pu faire lui offrissent une source féconde 
de beautés nouvelles pour ses poèmes, et que les Troyens eussent 
une marine composée d'un grand nombre de vaisseaux , dont se 
servirent Enée et Anténor pour se sauver avec toute leur suite. 

La principale force de l'armée Grecque consistait dans ses Diverses sortes 

• i . , , .... de trouves. 

chars et dans ses guerriers pesamment armes: ces derniers n étaient 
pourtant qu'en très-petit nombre, car la plupart des soldats ne fe- 
saient usage que de la lance, ou d'armes propres à être lancées avec 
la main. Il y en avait bien peu également qui se servissent de Parc 
et de flèches, malgré qu'il en soit fait mention dans les exercices des 
Mirmydons ( ISiad. IL ), et dans les jeux funèbres ( Uiad. XXII. ). 
Les Locriens fesaient usage de l'arc et de la fronde, comme on 
le voit par le XIIl. e livre de l'Iliade. Une longue pique, un bou- 
clier , un casque et des cuissards composaient l'armure pesante. Armure 
Ceux qui combattaient sur des chars portaient des armes encore P esante ' 
plus fortes. On les appelait toaeïç ou cavaliers , tandis que les au- 
tres soldats, quelque fût le genre de leur armure, se désignaient 
sous le nom de xpvkéeç fantassins ou piétons (1). Les chars étaient c/w 

(1) Dans les tems héroïques il n'y avait pas encore de cavalerie propre- 
ment dite. Néanmoins , quelques érudits ont cru voir la preuve du contraire 
dans trois différens endroits des œuvres d'Homère. Le premier est dans le 
liv. XX. de l'Iliade , où il est dit que Dioméde , aux instances de Minerve , 
monta sur les chevaux de Rhésus, et les conduisit aux vaisseaux des Achëens 
laissant le char auquel ils étaient attelés, dans la crainte des Troyens. Le se- 
cond est dans le liv. XV , où vVjax est comparé à un homme habile à 
sauter d'un cheval à un autre , qui, ayant su atteler le premier quatre 
chevaux de front , les poussa vers la grande ville par la voie publique : 
exercice dont la difficulté prouve , que l'art de monter à cheval était déjà 
porté à un haut degré de perfection. Le troisième est dans la description du 
bouclier d'Achille , où le poète raconte que les assiégés ayant été surpris par 
l'ennemi montèrent sur des chevaux. Les deux premiers passages ne veu- 
lent" dire autre chose sinon , que l'art de monter à cheval était connu 
dés les tems d'Homère ; mais on ne peut guéres en conclure, que, dans 
les guerres héroïnes on fit usage de la cavalerie proprement dite. Ho- 
mère n'aurait certainement pas oublié d'en parler, surtout s'agissant d'une 
chose qui pouvait donner un nouveau lustre à son poème. Dioméde monte 



*44 Milice 

a deux roues ,. légers ., bas , et faits de manière à pouvoir y mon- 
ter aisément par derrière. Les cavaliers , qui étaient en même 
tems princes et capitaines, ne combattaient pas toujours de la mê- 
me manière: tantôt ils s'élançaient avec leur char au milieu des 
phalanges ennemies, et se fesaient jour à travers le plus fort de la 
mêlée; tantôt ils en descendaient pour combattre à pied , sans s'en 
éloigner, afin de pouvoir y remonter aussitôt qu'ils se trouvaient 
vivement pressés par l'ennemi. Il y avait toujours deux guerriers 
sur le char , l'un appelé nvio^oç qui combattait , et l'antre nommé 
TcapaBârriç qui conduisait les chevaux. On voit par les vers i56 
et 167 du XX. e livre de l'Iliade (i), qu'on savait déjà harnacher 
les chevaux dans les tems héroïques. On mettait encore sur le char 
les armes de l'ennemi qui avait été terrassé, et l'on y plaçait éga- 
lement le cadavre du héros qui le montait, lorqu'il avait péri 

sur les chevaux de Pihésus , mais par Tordre de Minerve , et pour em- 
pêcher qu'ils ne fussent pris par l'ennemi , et non dans l'intention de 
s'en servir pour combattre. Pour mieux représenter Ajax sautant d'un 
vaisseau à un autre , il le compare à un homme habile dans V art de 
sauter d'un cheval sur un autre ; mais une simple comparaison ne peut 
pas tenir lieu de preuve ; elle n'a d'autre mérite que celui de fournir au 
poète un moyen de rendre ses descriptions plus sensibles au peuple dont 
il emprunte les idées , afin de faire ressortir d'avantage les objets qu'il 
veut graver plus fortement dans l'esprit des lecteurs. Dans la description 
du bouclier d'Achille , Homère emploie l'expression dont il se sert ail- 
leurs pour désigner les cavaliers sur les chars , comme nous le verrons 
plus bas. Nous reviendrons sur ce sujet à l'article de la milice des tems 
historiques. On ne peut nier du reste que l'usage de ces sortes de chars 
ne dût être sujet à beaucoup d'inconveniens. Un fossé , une haie , une 
grosse pierre , un terrein inégal pouvaient aisément les faire verser , ou 
les arrêter. Des deux guerriers qui étaient sur le char , il n'y en avait 
qu'un qui combattait , ainsi l'autre n'était d'aucune utilité : ces chars 
étaient attelés de deux, de trois et même de quatre chevaux, autre dé- 
pense aussi superflue que nuisible pour l'armée. Il faut avouer pourtant _, 
que dans les combats d'Homère , on ne voit guéres que des chars à deux 
chevaux, et il parait même que le quadrige n'était en usage que dans 
les jeux. 

(i) Il parait que l'usage de ferrer les chevaux n'était pas connu de 
même alors , quoique disent du contraire Eustase , et d'après lui Madame 
Dacier. En effet , Homère n'en parle en aucun endroit , et Xéuophon. 
n'aurait pas oublié d'en faire mention dans son traité sur la manière de 
soigner les chevaux. 



de la Grèce. 2Zj5 

dans la mêlée. Ce char avait un timon, au bout duquel était un Forme 

1 . des chars- 

joug, semblable, dit Winckelman , à celui dont on se sert aujour- 
d'hui pour atteler les bœufs. L'extrémité de ce joug se terminait 
en une espèce de volute, et imitait le cou d'une oie (i). Mais 
il n'est pas aussi facile de faire connaître les autres parties du 
char j ni les harnois des chevaux, en ce que les sculpteurs en ont 
extrêmement négligé les proportions , et ont poussé quelquefois 
l'oubli jusqu'à en représenter l'attelage sans harnachement (a). On 
voit seulement que ces chars étaient ouverts par derrière, et que 
par devant ils avaient une espèce de parapet qui n'était pas plus 
haut que la croupe du cheval. Ainsi leur forme ne différait guère* 
de celle des chars usités dans les jeux et les courses , dont nous 
parlerons ailleurs. 

On n'observait aucun ordre dans les combats, ainsi que nous Dispositif 
lavons déjà dit , et jamais on n eu venait a une aliaire générale. 
Les chars n'étaient point réunis en un seul corps, ou rangés sur une 
même ligne; mais chaque chef, monté sur le sien s combattait à la 
tête de sa troupe , jusqu'à ce que les guerriers se trouvassent cou- 
fondus pêle-mêle dans la chaleur de l'action. Homère parle néan- 
moins , en deux endroits, de dispositions particulières à, donner 
à l'armée sur la proposition de Nestor (3). Dans le premier , livre 
II de l'Iliade, ce sage et prudent vieillard conseille à Agamemnon 
de distribuer les troupes par nations et par tribus, afin qu'elles 
puissent s'entre-secourir plus facilement , et qu'il soit plus aisé 
de distinguer le brave d'avec le lâche. Dans le second , liv. IV , 
le môme Nestor range l'armée, et place, les chars sur le front, 
les meilleurs fantassins à l'arrière-garde , et entre ces deux lignes 
les troupes d'une valeur suspecte, pour qu'elles se trouvassent ainsi 
dans la nécessité de faire leur devoir : disposition qui , sans doute , 
n'est pas très-savante , mais dont on doit pourtant louer la sa- 
gesse , à cette époque des premiers essais de l'art militaire. Le 
334- e vers de ce dernier livre offre une circonstance bien digne 
de remarque ; c'est qu'en parlant d'une troupe d'Acbéens qu'on 
attendait pour commencer le combat 3 le poète se sert du mot 

(i) Winckel. Monum. ant. pag 5i. 
(2) Lens. Le Costume etc. pag. 100. 

(5) Ménesthée , général des Athéniens , est encore désigné dans l® 
ll; e livre de l'Iliade , comme très-habile en tactique militaire. 



M 6 Milice 

xipyoç, tour, que Politi traduit par phalanx et quadratum ag- 
men: interprétation d'après laquelle, et selon l'idée qui naît du 
mot tour, on pourrait présumer, que dès les tems d'Homère, on con- 
naissait cette disposition de troupes, à laquelle on donne aujour- 
Commande- d'hui le nom de bataillon carré. Le signal du combat de fa 
marche, et de la retraite , ne se donnait point, à ce qu'il pa- 
rait , au s*>n ou au bruit d'un instrument quelconque , mais c'était 
la voix du capitaine q«i le fesait entendre : car Homère, ce peintre 
si fidèle des mœurs et des usages de son tems, ne fait aucune 
mention de trompettes, de tambours ni de timbales; il ne parle 
pas même d'étendards , ni d'aucune espèce d'enseignes militaires. 
C'est pourquoi, une voix forte et sonore était alors regardée comme 
une qualité essentielle et précieuse dans un commandant (i). Il suit, 
de tout ce que nous venons de dire, que l'art militaire, ainsi que 
nous l'avons remarqué plus haut, était encore bien imparfait dans 
les tems héroïques, et même que la ruine de Troie doit se mettre 
au nombre de ces victoires, que les Grecs, d'après un ancien pro- 
verbe, appelaient à la Cadmée , puis qu'au lieu d'être avantageuse 
aux vainqueurs, elle eut au contraire pour eux les effets les plus 
funestes (a). 
Combat pour Nous avons vu jusqu'ici ce qu'était l'art militaire chez les 

le cadavre f ^ i ' 

de Pau-ode Grecs dans les tems héroïques. Avant d'aller plus loin dans nos re- 

par Homère, cherches , nous croyons à propos de présenter à nos lecteurs , à 

la planche 34, l'image d'un des combats les plus célèbres de la 

(1) Goguet observe judicieusement que, dans le II. e livre de l'Iliade, 
Homère donne à Ménélas l'épithéte de /S«»v »?*$!*, qui veut dire que ce 
héros avait une voix propre à être entendue de loin : car le mot /Soi 
dérive du verbe £««* qui signifie boo , clamo , c'est-à-dire je mugis , 
je resonne , je crie. La voix des commandans Troyens pouvait se faire en- 
tendre d'autant plus facilement,, que les Grecs au contraire gardaient un 
profond silence dans leurs marches , et en allant au combat. V. l'Iliad. III. 
y. 8 , et IV. v. 429. 

(2) On appelait victoire à la Cadmée , celle dont le résultat n'était 
pas moins fatal aux vainqueurs qu'aux vaincus ; et ce qui donna lieu à 
ce proverbe , furent peut-être les suites de la première guerre de Thé- 
bes , où les Thébains ou Gadméens , après la mort d'Ethéocle et de Po- 
lynice , remportèrent sur les Grecs une victoire qui fut bien funeste à 
leurs descendans. V. Erasmi Pioterd. Adagiorum Chiliades , Oliva. Rob. 
Steph. i558^ fol. pag. 56i. 



de la Grèce. 2,47 

guerre de Troie , tracée d'après les passages des XVI. e et XVII.* 
livres de l'J^ade , où les Grecs et les Troyens se disputent le ca- 
davre de Patrocle. Pour rendre le sujet de cette planche plus in- 
telligible , il convient de rapporter en peu de mots la description 
que fait Homère de l'événement qui y est représenté. Patrocle était 
étendu sur le sol, tout étourdi d'un coup qu'Apollon lui avait porté. 
Euphorbe , l'un des ennemis , qui le premier avait blessé le héros 
derrière le dos , étant accouru pour lui enlever ses armes , fut tué 
par Ménélas. Celui-ci se retira à l'approche d'Hector , qui emporta 
ces armes , et renvoya les siennes à Troie. Ménélas revient avec Ajax 
pour sauver le corps de l'ami d'Achille, et le couvre de son bou- 
clier. Ranimés à la voix d'Hector 3 les Troyens se pressent autour 
du fils de Télamon. Ajax , toujours plus obstiné à la défense du 
cadavre de Patrocle , terrasse plusieurs ennemis ; mais craignant 
qu'Hector n'amène contre lui des forces encore plus considérables, 
il charge Ménélas d'appeler à son secours les plus vaillans d'entre 
les Grecs. A la voix de Ménélas accourt l'autre Ajax fils d'Oïlée, 
avec Idoménée , Mérion , et une foule d'autres guerriers. La vic- 
toire allait se déclarer en faveur des Troyens; mais Ajax fils de 
Télamon soutient avec intrépidité le choc des ennemis, et fait mor- 
dre la poussière à Hippotoùs , qui déjà fesait des efforts pour en- 
traîner le corps de Patrocle. Schedius, le plus brave d'entre les 
Phocéens, est percé d'un coup de lance qu'Hector dirigeait contre 
Ajax. Ménélas tue Phorcine qui cherchait à défendre Hippotoùs. 
Hector commence à se retirer avec les siens : les Grecs dépouillent 
les cadavres de Phorcine et d'Hippotoùs, et déjà la victoire leur sou- 
riait, lorsqu'Enée poussé par Apollon rallume le courage des Troyens , 
et perce de sa lance Léocrite compagnon de Licoméde. Le combat 
se prolonge jusqu'à la fin du jour. Les défenseurs du corps d'Hector 
ainsi que leurs antagonistes succombent de fatigue, et sont tout souillés 
de sueur, de sang, et de poussière. Mais Minerve ordonne à Mé- 
nélas de ne point abandonner le corps du héros; il brandit sa lance, 
et tue Produs l'ami d'Hector. Celui-ci revient également au com- 
bat , après avoir fait de vains efforts pour s'emparer des chevaux d'A- 
chille. Polydamas renverse Pénélée chef des Béotiens: Hector blesse 
Leïtus , et tue Cerenus l'ami de Mérion et le conducteur de son 
char. Enfin Ménélas, voyant la victoire prête encore à se déclarer 
pour les Troyens , sort de la mêlée pour dire à Antiloùs , fils de 
Nestor , de porter à l'invincible Achille la fatale nouvelle de la 



M 8 Milice 

mort de Patrocle, et retourne ensuite au combat. Alors Ajax l'invite 
à retirer, avec Mérion , le cadavre de Patrocle du lieu où il était : 
ce qui est exécuté à la vue des Troyens même , malgré les cris et 
les menace? de ces derniers , et malgré une nuée de dards qu'ils 
font pleuvoir sur les deux héros. 

La planche dont il s'agit est l'ouvrage de M. r Pelage Palagi , pein- 
tre habile , et digne émule des plus grands maîtres que compte notre 
siècle. Le costume des personnages qui y sont représentés a été co- 
pié sur les peintures des vases antiques d'Hamilton , de Mil fin et de 
Millingen. Mais l'artiste ne pouvant réunir dans un seul cadre toutes 
les circonstances de cet événement , qui dans le poème arrivent dans 
des lieux et à des tems difféiens, a dû. choisir celles qui pouvaient 
entrer dans un même sujet , et se borner à la représentation des 
principaux personnages, sauf quelques changemens qui étaient né- 
cessaires, pour mettre plus de variété dans les positions, dans les 
costumes et dans les armes. Par exemple, il n'a pu se dispenser de 
rétrécir les dimensions qu'avaient les boucliers dans les tems héroï- 
ques, et d'y ajouter ces espèces d'attaches, ou courroies, dont on 
se servait pour les fixer au bras, postérieurement à la guerre de 
Troie , et cela pour que leur trop d'étendue ne masquât point en 
quelque sorte tout le tableau , et n'empêchât pas d'en distinguer 
Jes personnages et toutes les parties. C'est ainsi en effet que sont 
représentés ces boucliers , non seulement dans les collections de 
vases , mais encore sur tous les monumens antiques, malgré que les 
événemens qui y sont retracés appartiennent aux tems héroïques 
ou au siècle d'Homère. On voit ici Hector, qui, revêtu des ar- 
mes d'Achille, et piqué des sarcasmes que lui lance Glaucus chef 
des Lyciens , retourne sur le champ de bataille avec un gros de 
Troyens, pour enlever le cadavre de Patrocle. Ménélas , les deux 
Ajax, Idoménée , Mérion et autres guerriers moins renommés, dé- 
fendent le corps du héros. Celui d'Euphorbe tué par Ménélas est 
étendu nu par terre. Mérion tient embrassé par les cuisses le ca- 
davre de Patrocle, pour le soustraire à la fureur des Troyens, tan- 
dis que Ménélas lui fait un rempart de son bouclier, et va pour 
porter de la main droite un coup de sa lance terrible. L'ami d'A- 
chille est nu aussi , et dépouillé de ses armes, qu'Hector a emportées. 
A côté de Ménélas est Teucer , à l'arc redoutable, décochant un 
dard contre le chef Troyen : derrière lui est Idoménée , la tête ca- 
chée dans son casque , qui va pour décharger un coup de sa massue 



de la Grèce. 3^9 

ferrée sur un des chevaux d'Hector. Ajax , le terrible fils de Té- 
lamon , a aussi le visage couvert de sou casque ; il oppose son bou- 
clier à la lance d'un guerrier Troyen, et lui porte de la droite un 
coup de hache : l'autre Ajax regarde fièrement l'ennemi , prêt à 
plonger son glaive dans te sein de celui qui oserait s'approcher du 
corps de Patrocle (1). Hector couvert des armes d'Achille s'élève 
sur son char, et va pour porter un coup de lance à Ajax fils d'Oï- 
lée : un gros des siens l'accompagne ; derrière eux sont deux Ly- 
ciens, dont l'un est Glaucus prêt à décocher la flèche homicide (a). 

Armes. 

On à vu à la planche ci-dessus les différentes espèces d'armes 
qui étaient en usage dans les tems héroïques. Cependant 9 pour que 
cette partie de la milice Grecque soit encore plus complète , nous 
allons entrer dans un examen détaillé de ces mêmes armes, et don- 
ner de chacune d'elles une exacte description. Nous les diviserons 
donc en deux espèces, à l'exemple de Poter 3 de Phéitius , des 
Académiciens d'Herculanum et autres écrivains distingués , savoir ; 
en armes défensives, et en armes offensives. Il est bon d'observer -* 
d'abord , à l'égard des premières 3 que les Grecs , selon le témoi- 
gnage du Scholiaste d'Euripide, en fesaient particulièrement usage, 
en quoi ils différaient des Barbares , qui ne songeaient qu'au mas- 
sacre et à répandre la «erreur. Aussi les héros d'Homère ne pa- 
raissent-ils jamais sur le champ de bataille que bien armés et toujours 
prêts à la défense. Les législateurs Grecs avaient décrété des peines 
contre les soldats qui jettaieut leur bouclier, tandis qu'il n'en était 
infligé aucune à ceux qui avaient perdu leur lance ou leur épée , 
et cela pour leur apprendre qu'un soldat doit pourvoir à sa sûre- 
té, avant de chercher à frapper l'ennemi, comme l'observe Plu- 
tarque dans la vie de Pélopidas (3). Or ces armes défensives étaient 

(1) Le costume de cette figure est pris de la planche 49 des vases 
de Millingen. 

(2) Le costume de ces deux guerriers est copié sur la planche 22 de 
la même Collection Le même sujet se voit souvent répété dans les an- 
ciens monumens , et on le trouve encore dans la Table Iliaque , ainsi que 
sur un beau vase en marbre du Musée Etrusque, T. I. er , pi. 134. 

(3) Potter. Archael. Gr. liv. III. chap. IV. 

Europe. Vol. I. 



défensives. 



La tête 
défendue avee 
la dépouille 
des animaux. 



Origine , 

antiquité , 

diverses 

formes 

du casque. 



a5o Milice 

de diverses sortes , selon les différentes parties du corps auxquelles 
elles devaient servir. D'abord , « il est aisé de concevoir, dit M. r 
« de Caylus (i), que si la défense ou la conservation de la tète 
« fut un des premiers objets qui fixa l'attention des hommes , les 
« dépouilles des animaux furent aussi regardées comme un des pre- 
« miers dons de la nature pour satisfaire à ce besoin. Ces dépouilles 
« utiles à la conservation de l'homme, devinrent bientôt , par une 
« conséquence nécessaire, un témoignage authentique de leur bravoure 
<« et de leur force. C'est pourquoi les Rois les plus anciens, comme 
« on peut s'en convaincre par ceux de l'Egypte, n'avaient point 
« d'autre marque extérieure de leur autorité. Il faut conclure de 
« cette remarque, que les monumens dans lesquels on voit les hom- 
« mes porter pour coiffure des dépouilles d'animaux, sont les plus 
« anciens, ou au moins qu'on doit les regarder comme des copies 
« d'un usage qui a précédé ceux du même genre .... Il est en- 
« core facile de voir que la tête de l'animal a servi de défense à 
« celle de l'homme, et que si tous les animaux féroces, carnivores 
« ou à cornes ont été employés à cet usage dans l'antiquité, la peau 
« du lion dut être préférée à celle de tout autre. Outre qu'on a 
« toujours regardé comme honorable l'entreprise de le dompter .... 
« la grandeur de sa peau offrait un moyen facile et commode pour 
" se couvrir une praode gartie du corps , et pour la nouer par les 
« pattes sur la poitrine , comme on le voit dans une infinité de 
« monumens. Si les hommes se firent dans la suite des casques de 
« métal, ils gardèrent néanmoins pendant long tems les oreilles 
« de l'animal , et les adaptèrent aux côtés de leur bonnet „. Ces 
observations de Caylus nous indiquent en même tems l'antiquité du 
casque, ainsi que l'origine de ses diverses formes et des différentes 
parties qui le composaient. Homère donne en effet souvent aux casques 
les noms de divers animaux , et il se sert fréquemment de Pépithète 
de xwèri , qui veut dire de chien, ce qui annonce que le casque 
était fait de la peau de cet animal (a). Il en est de même du mot 
g aléa , autre nom qu'on adonné au casque, et qui dérive de yaÀtf 9 
ou belette, parce que la peau de cet animal était encore employée 



("ï) Recueil d' Antiquit, T. III. pag. 62. 

(2) Eustase ( ad Iliad. III. y. 336 ) traduit l'épithéte *v*>n qu'Homère 
donne au casque j par le mot *T«pi6> »»««, chien aquatique , ou de fleuve : 
et Salvini explique l'interprétation d'Eustase en disant , que le canis flu-* 
viatilis est celui qui -va à la chasse dans les fleuves. 



D E L A G a É C E. û5 I 

au même Usage. On trouve que du tems d'Homère môme , où les 
casques de cuivre étaient déjà très-communs, il est fait mention 
d'armures de ce genre , non seulement comme étant faites de peaux, 
mais encore qui imitaient la figure des animaux d'où on les avait 
prises. Tel était le casque d'Ulysse , que le poète nous décrit ainsi : 
sa peau rude était renforcée au dedans par un épais tissu de cor- 
dons , et parsemée au dehors d'une quantité de dents de sanglier , 
disposées en forme de guirlandes : le haut en était garni d'un feu- 
tre solide (i). On voit ensuite quelques casques de peaux d'animaux 
remplacer ceux de métal. Ce n'était d'abord que de simples bon- 
nets , et tels semblent être pour la plupart les casques que les artis- 
tes de l'antiquité ont donné pour coiffure aux héros dont ils nous ont 
laissé les images. Voy. les planches n, i3 et 16. Ulysse est le plus 
souvent représenté avec un simple bonnet, très- ressemblant avec 
celui qu'on donnait ordinairement à Yulcain et aux Dioscures , et 
qui avait â-peu-près la forme de la moitié d'un œuf coupé par le 
milieu (a). Tel est encore le casque que porte ce héros à la plan- 
che i3. Les bonnets furent agrandis dans ia suite au point d'en- 
velopper presque toute la tête , jusqu'à ce que l'addition de nouvelles 
parties et d'ornemens divers leur fit prendre une autre forme plus 
agréable , et plus propre à parer les coups. Les casques proprement 
dits, dont l'usage était déjà très-répandu du tems d'Homère s offrent 
deux parties bien distinctes dans leur composition. La première est le 
frontal, qui s'étendait en avant du visage pour couvrir le front. Les 
Grecs lui donnaient le nom de ,««■*«*■<»» qui veut dire front: ils la 
désignaient aussi sous celui de yù-m ou suggrundium, comme étant 
en quelque sorte pour le casque et la tête, ce que la gouttière est 
pour les toits des maisons, ainsi que l'écrit Winkelmann d'après 
la remarque de Pollux: cette partie était fixée dans le casque et im- 
mobile , en quoi il faut bien la distinguer de la visière mobile , dont 
on ne trouve aucune trace dans les tems héroïques ; elle avait la for- 
me d'un triangle aigu, ou d'une section conique, ensorte qu'en abais- 
sant seulement son casque en avant , le guerrier pouvait se couvrir 



Bonnets 
des héros- 



Frontal. 



(i) Iliad. X. v. 261. Traduction du Cliev. Monti. 

(2) Winckelmann n'est pas éloigné de croire, que le pylée cVUllsse , 
qui a tant de ressemblance avec les bonnets des marins qu'on voit sculptés 
dans les anciens monumens , et surtout dans ceux des Etrusques , et 
même encore avec ceux des levantins de nos jours , puisse être un em- 
blème des longs voyages que ce héros fit par mer. Monum, anc pag. 208, 



ou cimier, 



s5a Milice 

ïa figure presqu'en entier. C'est pour cela qu'on donnait quelquefois 
au frontal la forme d'an visage, qui avait deux ouvertures vis-à-vis 
des yeux s pour que le guerrier pût apercevoir son ennemi , et 
souvent une troisième en avant de la bouche pour donner issue à 
la respiration. Tels sont, pour la plupart, les casques qu'on donne 
C/fw à Minerve dans les anciens monumens. La seconde partie de cette 
armure est la crête , ou îe cimier,, qui en formait la partie supé- 
rieure; et qui, du terns d'Homère, était composée de longues queues 
de cheval dont les crins étaient hérissés (i). Cette forme est celle 
du casque qu'on voit au n.° a de la planche 35, que nous avons 
pris des vases Grecs de Millingen. Il est posé dans l'original au 
haut d'une colonne dressée sur le tombeau d'Agameranon , qui porte 
en lettres Grecques le nom du héros. Voyez aussi les casques dans 
la scarabée , planche 10(2). Le cône du cimier, ou la crête propre- 
ment dite , était quelquefois en or ou de quelqu'autre matière pré- 
cieuse : ainsi que la partie inférieure et flottante du casque, ou la 
crinière, cette crête était souvent teinte en rouge , ou autre couleur. 
Casque C'est pour cette raison qu'Homère donne au casque fabriqué par 

fV Achille. T , . . * 1 mi . t • 1 v, 11 i , • 

Vulcain pour Achille , entre autres epithetes celle de $* t ê*Mh s va- 
riegalam , que Salviui traduit par le mot peinte (3). La crête se 
portait haute, luisante et flottante pour effrayer l'ennemi (4). Telle 
était encore celle du casque d'Achille , que le poète décrit ainsi : Son 
grand casque hérissé de crins brillait sur son front comme une étoi- 
le , et sa crête dorée s'agitait sur le cône quelle couvrait (5). Le 
casque delà belle statue Grecque d'Achille , qu'on voyait autrefois 
dans la maison de plaisance Pinciana, ou Borghèse , ne diffère guè- 
res du précédent (6); et tel nous semble être aussi celui du n.° 1, 
que nous avons pris des vases de Millingen (y). On voit dans le X. e 

(1) La crinière était contenue dans une espèce de canneilure , appelée 
fthis. Le casque avait quelquefois deux , trois et jusqu'à quatre criniè- 
res. V. Millin. Peinp. des Vas. etc. Vol. I. er pag. 41. N. (9). 

(9) On prétend que les Gariens ont été les premiers à prendre; le 
cimier : sur quoi on peut lire Hérodote et Strabon. 

(5) Iliad. XVIII. v. 6x1. 

(4) lliad. III. v. 55 7 . 

(5) Iliad. X. v, 58 1. Traduction du Cliev. Monti. 

(6) Sculptures de la maison de plaisance Borghèse. Pwine. PagliarinJ , 
1796 , vol. I. n.° 9. 

(7) PI. XLIX. La peinture du vase représente un combat entre A- 
cjiille. et Memnon. Achille y est désigné par son nom. 



de la Grèce. 253 

livre de l'Iliade, v. 2$7, que les casques n'avaient pas tous, la cri- 
nière ni le cône , et que ceux des jeunes gens n'étaient qu'en cuir 
et sans crinière : motif pour lequel , en parlant du casque que Dio- 
inède, le plus jeune des héros, avait reçu de Trasiméde en place du 
sien , le poète dit qu'il était fait de cuir de taureau, sans frontal 
et sans cimier , et ajoute qu'on l'appelait **t»n#l barbu , et que c'était 
là la coiffure des jeunes guerriers. Nous croyons distinguer la même 
forme dans le casque d'Amphion , n.° 3 de la planche 35, qui est 
pris d'un has-relief de la maison de plaisance Borghèse ; et tel est 
aussi celui qu'a encore Dioméde dans une pierre précieuse que 
possède le musée Stoschiano. Eustase nous apprend que les casques 
s'attachaient avec une courroie , qu'Homère appelle ô%tus , et qui 
passait sous le menton (1). Voy. le n.°4, où est représenté le casa- 
que d'Ajax fils d'Oïlée , copié sur une pierre gravée des Monumens 
antiques de Winkelmann (2). Les casques des simples soldats étaient 
sans crête et sans crinière, et se terminaient insensiblement en un 
bouton, ou en pointe, comme on le voit par celui d'Amphion, 
ou en une surface lisse et convexe , comme celui du n.° 5. Ce pe- 
tit casque de bronze est recommandable , dit M. r de Caylus , pour 
l'exactitude de la forme et la précision du travail ; il nous montre 
quelle était anciennement la forme particulière de cette arme chez 

les Grecs Fai fait dessiner ce petit monument avec 

tout le soin possible. (3). La planche 3^ offre, dans la bataille qui 
y est représentée , l'image de plusieurs autres casques d'une forme 
singulière. Nous observerons pourtant , avant de finir cet arti- 
cle, que pour empêcher que la tête ne fut blessée par les cas- 
ques de métal , on mettait par dessous un bonnet qui descendait 
jusqu'aux oreilles, et était de laine au rapport d'Ammien Marcel- 
lin : usage dont on trouve quelque trace dans Homère ( Iliad. X. 
v. 2Ô5 ). Le casque était quelquefois garni intérieurement d'une espèce 



Casque 
des jeunes ira lis. 



Casque 
d'Amphion, 



Casque 
d'Ajax. 



Casque 
des siinplej 

soldats. 



Bonnet 
et doublure 
ous Le casque:, 



(1) Eust. Iliad. III. v. 371. 

(2) On voit également dans plusieurs monumens des casques avec la 
courroie qui passe sous le menton, et Spallarcl en présente un qui est 
pris d'un bas-relief de Grotta Ferrata près Fraseati. Versuch ùber das 
Kostuni cler vorzùgltchsten Volker etc. Wien 1796. Ers t. Theil. F. n.° 6. 

(3) Recueil cl' Antiquités Egyptiennes , étrusq. , grecq. etc. Tom. III. 
pag. 235. Ce petit casque a deux pouces de long , sur un pouce et trois, 
lignes de haut. Il semble avoir été fait pour un voeu , ou pur varier le.s 
attributs de Minerve dans les petites statues des Dieux Lares. 



Ses parités. 
Baudrier: 



âJ>4' Milice 

de doublure, ou d'épongé (i). On peut donc conclure de tout ce que 
nous venons de dire : premièrement , que la visière mobile n'était 
point connue dans le tems héroïques ; secondement, que les artistes 
du meilleur siècle de l'art n'ont jamais représenté les héros de l'an- 
tiquité avec des casques garnis de joues ou comme d'appendices 
pour couvrir ou défendre les joues (a); troisièmement, que l'u- 
sage des panaches, ou des crêtes faites de plumes était également 
inconnu. 

Nous mettrons au rang des armes défensives Je la seconde espèce , 
celles qui étaient destinées à couvrir ou à préserver le corps du soldat. 
Nous avons vu plus haut , que les anciens héros n'avaient pour armure 
que la peau des animaux qu'ils avaient tués , et qu'ils portaient ces 
dépouilles comme une marque de leur courage et de leur force : ce dont 
les poètes nous offrent des exemples multipliés. Mais dans la suite, 
ces mêmes guerriers ne dédaignèrent pas de se revêtir d'une armure 
plus noble et plus solide, à laquelle on donna le nom de kJ/*ef , 
ou cuirasse. Elle était composée de trois parties. La première s'ap- 
pelait ft/rp» , ou le baudrier, qui était une ceinture faite de la- 
mes de métal ; elle serrait le ventre au dessons de la cuirasse , et 
était garnie en laine pour ne point blesser la peau. Homère dit 
que la flèche lancée par Pandare contre Ménélas 3 après avoir tra- 
versé toute l'armure du héros, s'amortit dans sa ceinture et n'atta- 
qua que ta peau : elle pénétra jusqu'à la ceinture qu'il portait 

pour lui servir de défense, et comme de plastron contre la pointe 
des dards ; mais pourtant le trait la perça de part en part , et effleura 
la peau du héros (3). La seconde, appelée le thorax, était la cui- 



(i) Winckelmann ( Monum. anc. pag. 208 ) observe quon voit en 
effet , dans un casque antique de bronze , que Von conserve dans le mu~ 
sée du sacré Collège à Rome, un morceau de la doublure de feutre qui 
y est encore attachée ; et que dans plusieurs casques des statues de 
P allas , on apperçoit derrière la nuque , autour du cou et au dessus de 
l'oreille , une espèce d'étoffe ou de toile qui fait ourlet, avec certaines 
attaches qui y sont adaptées pour le lier sous le menton , lesquelles sont 
relevées et rentrées sous le casque. 

(2) Il est à remarquer pourtant que ces appendices étaient déjà en 
usage du tems d'Homère , car ce poète dit dans le XVII. e livre de l'Ilia- 
de , vers 294 , que le casque d'Hippotoùs tué sur le cadavre d'Hector 
avait les joues en cuivre. 

£3) Iliad. IV. v. 137. Traduction de Salvini. 



de La Grec e. «255 

fasse proprement dite, et enveloppait entièrement le corps du guer- 
rier. Elle était composée de deux pièces, dont l'une couvrait la 
poitrine et le ventre , et l'autre les épaules et les reins : ces deux 
pièces étaient jointes sur les flancs avec des boucles ou des agraf- 
fes (i). Telle était, selon Pausanias , la cuirasse d'airain qu'on 
voyait sur un autel , dans le fameux tableau de Polignotes représen- 
tant la prise de Troie. Les cuirasses étaient faites de diverses ma- 
tières : il y en avait de lin ou de chanvre tors, tressé en petites Cuirasse* 
cordes ; et c'est pour cela qu'il est fait mention de cuirasses bilices 
et trUices, du nombre des fils ou des petites cordes mises à côté les 
une des autres. Ainsi, Ajax fils Oïlée est appelé par Homère dans 
le II. 9 livre de l'Iliade v. 5f2,8 xti»4»'p%t% , portant la cuirasse de Un(n). 
Mais le plus souvent les cuirasses étaient en cuivre ou d'un autre mé- 

(i) L'endroit où se joignaient les deux parties de la cuirasse laissait un 
passage ouvert à l'épée de l'ennemi : ce qui le fesait regarder comme le 
plus faible , et le plus dangereux de l'armure. 

(2) La cuirasse de lin ou de chanvre semble avoir été particulière- 
ment en usage pour la criasse , à cause de sa légèreté , et de la résistance 
que l'épaisseur de son tissu opposait à la dent et aux griffes des bêtes fé- 
roces. On s'en servait rarement à la guerre , selon le témoignage de Pau- 
sanias. Les Grecs avaient emprunté des Egyptiens cette espèce d'armure. 
Hérodote , dans Polymn. § LXIII , parle aussi des cuirasses de lin , et dit 
qu'elles étaient usitées parmi les Assyriens. Il faut lire au sujet de ce 
passage de l'Historien Grec la m. e note de Larcher, où est décrite la x ma- 
niére dont le lin était préparé à cet effet. Hi casses , dit Pline , Hist. 
Nat. liv. XIX. chap. I. ( nempe a lino ) vel ferri aciem vincunt. Aussi la 
légèreté de ces cuirasses les fit-elles préférer dans plusieurs pays à celles 
de fer. Cornélius Nepos , dans la vie d'Hyphicrates , dit que mutant genus 
loricarum , et pro ferreis . atque aeneis lineas dédit. Quo facto expédi- 
tions milites reddidit. Cependant l'Heine , au 55o. e v. du liv. II de l'Ilia- 
de , est d'avis que l'usage des cuirasses de lin était particulier aux ar- 
chers , et que le nom de linothorax sous lequel Ajax y est désigné doit 
être regardé comme intrus , en ce que ce héros ne combattait point avec 
l'arc, mais avec la lance. On voit en plusieurs endroits des vases d'Ha- 
milton et de Millin , des guerriers avec la cuirasse de lin , quoiqu'armés 
d'une lance : ce qui prouve que l'épithéte ci-dessus à été réelement donnée 
à Ajax par le poète , et n'est point supposée. La planche 5o du II. e vol. 
de Millin présente deux guerriers , dont la cuirasse semble être faite de 
divers morceaux de toile , placés les uns sur les autres , et tissus ou en- 
trelassés de fils de lin , de manière à former une espèce de matelas pro- 
pre à garantir le corps contre la pointe ou le tranchant des armes. 



de métal. 



de cuir. 



Ceinturon. 

Tiuiiijiie. 
Caleçons- 



^56 Milice 

tal réduit en lames, formant quelquefois plusieurs couches, de ma- 
nière à les rendre impénétrables à la pointe de quelqu'arme que 
ce fût. II parait qu'à des tems encore plus reculés, on se servait de 
cuirasses faites de peaux aprêtées avec art, ou changées en cuir. Cay- 
lus parle d'une petite statue de Mercure revêtue d'une cuirasse , 
qui, par les revers qu'on voit à la partie antérieure du cou 3 montre 
clairement que l'artiste a voulu indiquer la matière , ou le cuir dont 
il a pensé qu'elle était faite (i). On ne trouve nulle part dans Ho- 
mère, qu'à l'époque des tems héroïques, les Grecs se servissent 
de cuirasses faites de bandes circulaires , à écailles ou à crochets , et 
Eustase n'en dit rien non plus dans la longue description qu'il nous 
a donnée des cuirasses (a) Les anciens monumens ne nous offrent 
également cette espèce d'armure , que chez les peuples appelés 
barbares" par les Grecs. La cuirasse couvrait le buste du guerrier 
jusqu'au bas des flancs. On y adaptait un large ceinturon appelé 
ièf-x. , qui descendait jusqu'aux genoux, et était fait avec des ban- 
delettes de cuir ou de quelqu'autre matière souple , pour ne pas 
gêner le mouvement des cuisses et des jambes. Ce ceinturon for- 
mait la troisième partie et le bas de la cuirasse. Par dessous 
celle-ci était la tunique dont nous parlerons ailleurs , et qui ne 
différait de l'ordinaire qu'en ce qu'elle était plus petite. Il semble 
qu'on portait encore sous cette tunique des espèces de caleçons : 
car Ulysse, en gourmandant Tersite dans le II. e livre de l'Iliade, 
le menace de le dépouiller du manteau , de la tunique, et du vê- 
tement qui couvre les parties honteuses : sur quoi Eustase observe , 
dans les réflexions que lui suggère ce passage , que le poète em- 
ploie une périphrase , peut-être parce que la langue Grecque n'a- 
vait uas encore de mot propre pour indiquer cette sorte de vête- 
ment, que les Romains désignaient sous celui de hracca ou femora- 
lia , et que les Grecs appelèrent dans la suite *,»iv f {i». M- r Mon- 
gez croit que ce vêtement pouvait être semblable à celui qu'on 
voit aux soldats Romains dans la colonne Trajanne , où ils sont re- 
présentés avec des caleçons qui leur arrivent jusqu'à mi-jambes , et 
$e lient autour du mollet. Mais malgré le peu de différence qu'on 



(i) Rec. d'Antiquités etc. T. II. pag. 279. Quelques-uns sont d'avis 
que le nom de lorica donné par les latins à la cuirasse , dérive du mot 
lorum , cuir , précisément parce que les plus anciennes cuirasses étaient 
en cuir. V. Potter. Arch. graeca. 

(2) Ad. IV. Iliad. pag. 991 et suiv, 




DKBondffi"àixe« 



de la Grec e. 2^7 

remarque entre l'habillement militaire des Romains et celui des 
Grecs , l'opinion de cet écrivain ne semble guères pouvoir se con- 
cilier avec Pétymologie du mot , «.»g v ^iT« qui dérive du verbe «wr^.», 
dont le sens est., lever ses vêtemens et montrer sa vergogne. Il est à 
présumer, selon nous, que le vêtement dont parle Homère, n'était 
qu'une espèce de tablier qui enveloppait les cuisses , ou bien en- 
core la partie inférieure de la tunique qui s'attachait aux reins , 
pour ne pas embarasser le guerrier. L'autorité des monumens vient 
en cela à l'appui de notre opinion. On voit à la planche XXXIX 
du IL vol. des vases de Millin un jeune guerrier, qui se met la cui- 
rasse par dessus sa tunique, laquelle est ceinte en deux endroits, 
et laisse à découvert le bas des cuisses. Une femme , d'un air pensif 
et affligé , lui présente de la main droite le casque et une bande- 
lette , et de la gauche le bouclier. Nous avons copié ces figures 
sous les n. os 3 et 4 de la planche 87, telles qu'elles sont dans le 
monument. Nous nous sommes contentés de donner, sous les n. os 6 
et 7 de la planche 35 , les dessins de deux cuirasses pris l'un et Figures 
l'autre des vases d'Hamilton; parce que cette armure ayant presque de cuirasse 
toujours la même forme dans les monumens , et nos lecteurs pouvant 
en voir un grand nombre dans la planche qui a pour sujet le com- 
bat, où les Grecs et les Troyens se disputent le cadavre de Patro- 
cle , il aurait été superflu d'en présenter une plus grande quantiîé 
d'exemples. Dans la première, on ne voit pas les deux parties de 
la cuirasse attachées sur les côtés, mais elles semblent au contraire 
jointes ensemble sur la poitrine et aux reins par une espèce de 
bande. On distingue dans l'une et l'autre , non seulement la tunique, 
qui dépasse le bas du ceinturon , mais encore le manteau ou la 
chlamyde, qui est attachée dans l'une sur la poitrine, et dans l'au- 
tre sur le ventre: car la chlamyde était une des marques dïstincti- chiamyde. 
vos de l'état militaire; elle se portait en tems de guerre sur îa cui- 
rasse , et en tems de paix sur la tunique. Sa forme en général était 
celle d'un carié long: sa largeur était le plus souvent égale à la 
distance qu'il y a du cou à la moitié des jambes d'un homme de 
haute stature, et elle avait en longueur le double de sa largeur (1). 

(1) Il faut bien distinguer la chlamyde de la clena qui avait beau- 
coup plus d'ampleur que la première , était d'un tissu épais et poilu , et 
servait pour cela de couverture ou de tapis pour dormir. V. N'orner Iliad. 
XXIV. v. 649. Odys III. vers. 346 etc. La chlamyde était généralement 

Europe. Fol I 33 



a58 Milice 

Elle servait encore d'arme défensive, lorsque le guerrier était sur- 
pris par l'ennemi sans son bouclier. Alors il la roulait autour de son 
bras gauche pour parer les coups de son adversaire. D'autres fois 
j^afe. la chlamyde s'attachait avec une agrafe par les deux angles, ou 
les deux bouts de l'une des deux lignes les plus longues ; mais le 
plus souvent elle était fixée à deux autres points de la même 
ligne , et à environ aux deux tiers de sa longueur. Du reste , de 
quelque manière que ce vêtement fût attaché , on le laissait jouer 
librement, ensorte que l'agrafe se trouvait tantôt sur la poitrine, 
et tantôt sur l'une ou l'autre épaule. Toutes ces particularités de- 
viendront plus sensibles à l'inspection des figures n.° i de la plan- 
che 87, qui sont prises d'un monument décrit par Winckelmann , 
et ont pour sujet la restitution du cadavre d'Hector aux Troyeus (1). 
On voit, dans la figure du plus jeune des deux guerriers , la moitié 
de la chlamyde qui descend sur la poitrine jusqu'au genoux, et 
dans l'autre cette moitié qui va le long du dos. Dans ces deux 
figures , la chlamyde n'est point attachée par les angles , qui tous 
les quatre sont libres , mais par deux points de la ligne supérieure. 
Le n.° a représente une chlamyde déployée dans le sens de la po- 
sition de ces deux figures. La lettre A indique le premier angle 
supérieur; B le premier point où est placée l'agrafe; C le second; 
D le second angle supérieur; E le second angle inférieur; et F 
le premier angle inférieur. 
jambards. Les jambards , appelés par les Grecs «n^T/ss , ocreœ formaient 

la troisième espèce des armes défensives. Mongez observe judicieu- 
sement à ce sujet , qu'il serait difficile de décrire la forme de 
la chaussure militaire des Grecs , en ce que les personnages des 
tems héroïques sont généralement représentés nus, et qu'outre cela, 
les pieds de la plupart des statues antiques ont été restaurés. C'est 
pourquoi il faut avoir recours aux bas-reliefs , où il n'est guères 
facile de distinguer les parties de l'habillement. Nous remarque- 
rons donc en premier lieu 'qu'Homère, en parlant de l'armure des 
jambes , employé toujours le pluriel «m^-TJW , et que par conséquent 

carrée ,, comme nous venons de le dire : cependant on la trouve quelque- 
fois dans les monumens, et surtout dans les statues des héros, de forme 
ovale , et agraffée avec un bouton sur la poitrine , ou sur l'épaule gauche. 
(1) Monum. anù. n.° i36. Voyez encore V Encyclop. méthod, Anbicf. 
vol. I. pag. 24. PL 55. 



DE LA G B. É C E. 259 

les guerriers des teras héroïques se servaient de deux jambards , à 
la différence des siècles postérieurs où s'entroduisit l'usage de n'en 
porter qu'un seul. En second lieu, il ne faut pas confondre cette 
armure avec la chaussure, car il y avait entre Tune et l'autre une 
grande diversité , puisque la première se mettait quelquefois par 
dessus la seconde , ce dont nous parlerons ailleurs. Les jambards 
étaient faits en plaques de métal , et ne couvraient que le de- 
vant de la jambe depuis le genou jusqu'au coude-pied : on les atta- 
chait par derrière avec des courroies ; et ils étaient j ainsi que le 
casque, garnis d'un feutre ou d'épongé très-fine pour ne point bles- 
ser. Hésiode, dans le bouclier d'Hercule, v. iaa , parle des jam- 
bards faits d'un cuivre resplendissant. Homère dit en plusieurs 
endroits qu'lis étaient en étain , et que tels étaient ceux que 
fit Vulcain pour Achille , (1). Au lieu de courroies pour se les 
attacher aux jambes , on se servait quelquefois de boucles ou d'a- 
graffes en or et en argent. Nous observerons enfin que les jam- 
bards laissaient à découvert, non seulement les doigts, mais encore 
tout le dessus du pied. Il semble que cette armure était particulière 
aux Grecs, auxquels Homère donne toujours Pépithéte de bienchaus- 
sés. Le n.° 5 de la planche 3^ représente Achille, avec un esclave Jambards 
qui lui attache le jambard à la jambe droite, et sur ses brodequins 
ou sa chaussure ordinaire. Ces deux figures sont prises d'un bas- 
relief de la maison de plaisance Borghèse , publié par Winkelmann, 
lequel représente le fils de Thétis se revêtant de ses armes pour al- 
ler venger la mort de Patrocîe (a). Le n.° 6 est copié d'un vase de castor. 
grec de la Bibliothèque du Vatican , et représente Castor s'attachant 
un jambard. Il a le pied appuyé sur son bouclier, et le corps en- 
core nu, parce que les guerriers commençaient à s'armer par les 
jambes (3). Les jambards qu'on voit au n.° 1 de la planche 38 3 sont 
pris d'une statue grecque de la maison Borghèse 3 et Lens en fait 

O) Iliad. XVIII. y. 612. 

(2) Les auteurs de l'Encyclopédie méthodique ont représenté ces 
deux figures dans une position tout-à-fait contraire à celle qu'elles ont 
dans l'original. V. Antiq. T. L. PI. LVI. n.° 1 , et Winckel. Monum. 
ant. n.° i32. 

(3) Ce guerrier n'est pas représenté non plus avec fidélité. dans la 
même Encyclopédie. Montfaucon a publié aussi ce monument , mais sur 
un dessin trés-incorrect , c'est pourquoi l'explication qu'il en donne s'éloi- 
gne de la vérité. 



a6o Milice 

aussi mention (i). Le n.° a est extrait d'un bas-relief publié par 
Winckelmann (a). 
Bouclier. La dernière et la plus importante des armes défensives était 

le bouclier , appelé par les Grecs i*»\s , de la particule d , et du 
verbe mt%m , qui veut dire extendo , en ce que le guerrier déten- 
dait en avant de lui contre les coups de l'ennemi. Cette arme était 
tellement en honneur chez les anciens Grecs, que leurs héros n'ont 
souvent dans les monumen? que le casque , l'épée et le bouclier. 
Aussi la perte en était-elle regardée comme une tache d'infamie (3). 
Dans les premiers terns, les boucliers étaient faits de petites bran- 
ches d'osier entrelacées, forme à laquelle Virgile fait allusion dans 
ce passage du YlL e livre de l'Enéide : 

.flectuntque salignas 

Jmbonum crates 

et l'on prétend que tels étaient les boucliers de Prsetus et d'Acrise, 
dont parle Pausanias. A ces boucliers d'osier, on en substitua dans 
la suite qui étaient faits avec de petites planches de figuier , de 
saule, de hêtre, ou de queîqu'autrc espèce de bois très-léger (^). 
Mais cette partie de l'armure était ordinairement en cuir de bœuf, 
et c'est pour cela qu'il est si souvent fait mention dans Homère de 
boucliers de ce genre inrliu piu*< , (5). On mettait les unes sur les au- 
tres plusieurs de ces peaux, qu ? on avait soin d'entremêler ou de re- 
couvrir de plaques de métal , de quoi Homère nous fournit plusieurs 
exemples. Le bouclier était plus ou moins rond, et sa hauteur éga- 
lait pour le moins celle d'un homme , ensorte qu'il couvrait tout 
Parties le corps. On y distinguait deux parties principales, qui étaient; 
xUxôs , ou le contour du bouclier; et i^*x^, appelé par les latins 
umbo , qui en était le centre ou la partie la plus bombée et la plus 
saillante , laquelle servait non seulement à repousser ou à rendre 

£i) Costumes etc. fig. 3i. 

(2) Monum. ant. n.° 6. 

(3) Hérodote, Melpom. § GLXXXI, dit que les Grecs reçurent des 
Egyptiens le casque et le bouclier. On remarque en effet une grande res- 
semblance entre les boucliers des Egyptiens , et ceux des Grecs dans les 
teins héroïques, 

(4) Plin. ffisù. Nat, liv. VI chap. XL 

(5) Le mot latin scutum dérive du gver ; e- , ci ri signifie aussi cuir. 



($,11 bouclier. 



de la Grèce. 261 

nuls les coups des armes offensives , mais encore à heurter l'ennemi 
et à le mettre en désordre. Mais il n'est pas aussi facile d'expli- 
quer la manière dont les Grecs se servaient de cette arme dans les 
tems héroïques : car on ne trouve nulle part dans Homère qu'elle 
eût un manche , ou des attaches , ou quelqu'autre chose par où on 
pût la saisir. Ce poète donne même à entendre clairement en plu- 
sieurs endroits, que le bouclier s'attachait au cou avec une bande 
de cuir qu'il appelle ni»/»«. Par ce moyen , le guerrier , au mo- 
ment de combattre , le fesait glisser sur l'épaule gauche 3 et le te- 
nait avec le bras gauche contre la poitrine : dans la marche il se 
remettait derrière les épaules , et battait sur les talons. C'est pour 
cela qu'Homère donne l'épithète de talare au bouclier d'Achille , 
et dit que ce bouclier tomba des épaules de Patrocle avec la ccm> 
roie , lorsque ce héros fut blessé par Apollon (1). 

Les boucliers , et surtout ceux des Princes ou des héros 3 por* Ornement 
raient ordinairement à leur surface extérieure des figures d'aigles , 
de lions et autres animaux généreux qui y étaient sculptées 3 ou 
l'image de quelque divinité, ou bien encore le tableau d'une par- 
tie quelconque de la nature ou de quelqu'une de ses opérations : 
usage qui , selon Hérodote , doit son origine aux Cariens. Ainsi 
Ton voyait sur le bouclier d'Agamemrion une Gorgone; sur celui Bouclier 
d'Ulysse un d'auphin , emblème de la navigation ; et sur celui d ' J s«'»e»w°n. 
de Parthénope un sphinx serrant un homme entre ses griffes. Le 
n.° 8 de la planche 35 représente le bouclier de l'aîné des Atrides. 
Il est pris d'un bas-relief qui a été trouvé dans les fouilles près de 
Frascati , et a pour sujet, selon Winckelmann , la translation du 
cadavre d'Hector. Mais il convient , pour en rendre l'intelligence 
plus facile , de rapporter ici les propres paroles de cet illustre a n^ 
tiquaire : " On voit ce bouclier , comme celui d'Agamemnon , 
" décoré au milieu , ainsi qu'il était d'usage , d'une tête de Mé- 
«« duse ; et cela à limitation de celui de Pallas, au milieu du- 

(1) Iliad. XVI. v. 802. Voici ce que dit Goguet du défaut de ces 
boucliers , et de la difficulté de les manier. Cette arme ne pouvait être 
que d'une faible utilité } et devait causer beaucoup d 'embarras et d'in- 
commodité , eu égard surtout à son volume immense. Comment un sol- 
dat pouvait-il se battre ? à peine était-il en état de se remuer. Il ne 
devait pas avoir les mouvemens libres. D'ailleurs on perdait la princi- 
pale utilité du bouclier , qui parlait avoir été particulièrement destiné à 
parer les coups qui menaçaient la tête. 



a6a Milice 

« quel la Déesse plaça cette tête , qu'on suppose encore avoir été 
« ainsi employée, pour donner plus de courage aux guerriers, qui 
« en effet se croyaient, en la portant, à l'abri de tout événement 
« sinistre; ensorte qu'elle était pour eux une espèce d'amulette . 
« Les têtes de Méduse qu'on voit sur les boucliers et autres armu- 
« res, sont ordinairement applaties et tirées dans le sens de leur 
« largeur, comme celle d'un visage qu'on aurait écorché. On trouve 
*< une preuve de la haute antiquité de cet ornement dans la notice 
« qui nous est parvenue sur le bouclier, qu'en partant de Troie, 
« Ménélas suspendit dans le temple d'Apollon , appelé Branchide 
« chez les Milésiens , auquel il en fit hommage : il y est dit que 
« Pitagore le trouva réduit en putréfaction, en ce qu'il était de 
<« peau , à l'exception de la tête de Méduse en ivoire qui était au 
" milieu. Cet ornement est blanc également dans les boucliers qu'on 
« voit représentés sur deux vases en terre cuite de la Bibliothèque 
« du Vatican , sans doute pour indiquer que cette partie de l'ar- 
(i mure présentait un ouvrage en ivoire : . cet ouvrage étant d'une 
" matière différente que celle du bouclier, il est à présumer qu'il 
« y était fixé par des clous (i). „ 
Bouclier Mais de tous les boucliers héroïques, le plus célèbre est ce- 

lui dont il est parlé dans le XVilï. e livre de l'Iliade, et que le 
poète feint d'avoir été fabriqué par Vulcain pour Achille. Nous 
croyons à propos d'en donner le dessin à la planche 36 , en pre- 
nant pour guide la description savante qu'en a faite M. r Quatremère 
de-Quincy (2). Les événemens et les usages qui y sont représentés 
n'appartenant pas tous à l'art militaire, nous n'en exposerons les dé- 
tails que successivement et à mesure que les occasions s'en présenteront 
dans cet ouvrage , nous bornant pour le moment à ne décrire que 
les parties de ce bouclier qui ont rapport à l'art militaire , et à 
ne faire que la simple énumération des autres. Ce ne sera pas nous 
écarter non plus de notre but , que de remarquer en passant les 
questions presqu'infinies auxquelles il a donné lieu parmi les cri- 
tiques et les savans. Ceux qui voudront voir ce sujet traité à fond 
pourront consulter , parmi un grand nombre d'autres écrivains , 
Dacier , Pope, Goguet , Caylus, Cesarotti , Lessiugs, Hancarvilie, 

(1) "Winckel. Monum. ant. pag. 181. 

(2) Le Jupiter Olympien , ou l'Art de la Sculpture antique etc. 
Paris , De Bure Frères etc. x8i5. gr. in fol. 



de la Grèce. a65 

Gébelin , et le célèbre Heine ; ils y trouveront examinée aussi la 
question de savoir, auquel des deux boucliers d'Homère et d'Hé- 
siode on doit accorder la priorité de l'invention (i). Nous ajouterons Besaription. 

, . i i • • l go 1 en fait 

seulement, que ce boucher est extrêmement important pour la con- Homère- 
naissance des arts et des usages de cette époque : car on y voit à 
quel point était parvenue chez les Grecs au tems d'Homère la sculp- 
ture polycrome , ou l'art de graver sur les métaux de grandes com- 
positions , et de leur y donner une expression vive au moyen de 
certaines couleurs (a). Homère raconte donc que Vulcain mit am 

(x) M. r Quatremére prend argument de la multiplicité même des» 
objets que présente le bouclier d'Hercule , pour prouver qu'Hésiode , si 
tant est qu'il en soit l'auteur , doit être considéré comme postérieur à Ho- 
mère. « Les sujets , dit-il , qui composent la presque totalité du bou- 
clier d'Achille, et qui , comme on le verra _, se bornent à huit, forment 
la moindre partie de celui d'Hercule. L'analyse graphique de ce dernier _, 
lui donne au moins vingt sujets , où il se trouve des repétitions , des re- 
dondances , une grande multiplicité de ligures , et un luxe d'objets ac- 
cessoires , que le dessin ne parviendrait pas à réduire dans l'espace pre- 
scrit. Je ne sais si je me trompe , mais il me semble qu'il est dans l'esprit 
de l'écrivain postérieur d'amplifier la matière plutôt que de la restreindre , 
de mettre le plus à la place du mieux,, et de donner en quantité ce qu'il 
ne peut donner en qualité ; d'où Ton pourrait inférer , que des deux 
descriptions de bouclier, la plus nombreuse en objets et en détails doit être 
la moins ancienne , et que si le bouclier d'Hercule est d'Hésiode , il sert 
à prouver qu'Hésiode fut postérieur à Homère. » 

(2) Je ne vois dans l'histoire ancienne , dit Goguet , aucun fait: 
qui soit plus propre que le bouclier à" Achille à faire connaître l'état et 
les progrès des arts dans ces tems reculés. Sans pailler du mérite et de 
la variété du dessin qui règne dans cet ouvrage , il faut d'abord con- 
sidérer l'amalgame des divers- métaux tels que le cuivre , l'ètain , l'ar- 
gent et For qu Homère fait entrer dans la composition de ce bouclier. 
Hem arquerons ensuite que dès lors on connaissait l'art de représenter 
par Vaction du feu sur les métaux et par le moyen de leur mélange 
la couleur de chaque objet. Ajoutons à cela le talent de la gravure et 
de la ciselure , et il faudra convenir que ce bouclier était un ouvrage 

extrêmement compliqué Voyons néanmoins si l'industrie des 

modernes nous fournit quelqu ouvrage qui puisse nous aider à compren- 
dre ce genre de composition. Rappelons nous ces pièces d'orfèvrerie qui 
se f es aient il y a quelques années , et où , par le moyen de l'or et de 
l'argent combinés ensemble de diverses manières sur un champ plane et 
uni , on présentait V image de différons objets. Tout l'art de ce travail 



parties. 



264 MurcE 

feu Varain dur } Vêtain , Vor précieux et l'argent ; qiCïl plaça en- 
suite sur le billot une grosse enclume , et saisit d'une main le mar- 
teau pesant , et de Vautre la tenaille. Il commença par donner au 
bouclier une forme ample et solide , et en travailla soigneusement 
toutes les parties ; il l'entoura ensuite d'un cercle laminé , à tri- 
ple rang , et d'un éclat éblouissant , et y adapta une attache en 
argent pour le porter. Ce bouclier avait cinq plis , et il V embel- 
lit de plusieurs omemens faits avec autant d'habileté que de sa- 
gesse. Le poète passe ensuite à la description de chacune des par- 
ties de ce bouclier , ou plutôt des événemens qui y sont représen- 
tés. Pour en rendre le sujet plus intelligible , nous suivrons au 
lieu du poète, M. r Quatremère dans celle qu'il en a tracée, en 
observant pourtant à nos lecteurs , que dans la planche ci-dessus , 
les parties du bouclier sont exactement disposées selon Tordre qu'el- 
le* diverses les ont dans Homère. Le n.° 1 représente la culture des champs ; 
îe n,°i la moisson; le n.° 3 la vendange; le n.°4 les troupeaux de 
bœufs; le n.°5 les pâturages ; le n.° 6 la danse dédalienne ; le n.° 7 
la ville en paix (1); le n.° 8 la ville en guerre; le n.°9 le ciel; et 

consistait dans un nombre infini de petites pièces rapprochées et appli- 
quées sur la surface de la pièce principale , lesquelles étaient toutes gra- 
vées ou ciselées. La couleur et les reflets de la lumière -produits par la 
combinaison de ces métaux avec le dessin , détachaient en quelque sorte 
les objets du champ de V ouvrage , et les fesaient ressortir d'eux mê- 
mes. Telle est à-peu-prés Vidée qu'on peut imaginer qu Homère a prê- 
tée à Vulcain pour la fabrication du bouclier d' Achille. Le champ en 
était en cuivre , mais parsemé de petites pièces de divers métaux ciselées 
et gravées. Donnons-en quelques exemples. Si Fttlcain se pro- 
pose de représenter une vigne chargée de grappes de raisin noir ou 
mûr , l'or en forme le tronc , et ces branches ont pour appui des échalas 
d'argent. Il est probable que les grains de raisin étaient faits de petits 
morceaux d'acier poli et bien bruni. Un fossé du même métal entoure 
cette vigne , et une palissade en étain lui sert de haie .... Une sem- 
blable composition ne permet point de douter que , du tems de la guerre 
de Troie , l'art de V orfèvrerie n'eût déjà été porté à un très-haut degré 
de perfection chez, les peuples de V Asie , où Homère place toujours le 
séjour des arts et des artistes célèbres. 

(1) Parmi les sujets qui composent le n.° 7 , on doit distinguer celui 
qui concerne proprement le Gouvernement, et l'administration de la justice. 
De l'autre côté , dit le poète , le peuple se portait en foule à la place. 
Là deux hommes se disputaient au sujet de l'amende pour un 



en guerre 



de la Grec e. 260 

le n.° 10 V 'océan. Mais comme nous ne devons nous occuper ici que 
de ce qui regarde la milice , nous allons rapporter littéralement 
ce que dit Homère de la ville en guerre, qui fait le sujet du n.° vuie 
8^ L'autre ville était étroitement cernée par deux armées qui V as- 
siégeaient , et dont les guerriers étaient revêtus d'armes éclatantes . 
Le conseil des assiégeans était divisé d'opinions* Les uns voulaient 
que la ville fût mise au pillage , les autres quon fît le partage de 
tout ce qu'elle renfermait. Mais de leur côté les assiégés n'étaient 
pas disposés à se rendre , ils se préparaient au contraire en secret 
pour un coup de main. Les femmes et les en fans étaient restés sur 
les remparts avec les vieillards retenus par l'âge, pour en faire la 
garde. Les autres s'étaient mis en marche, précédés de Mars (t de 
P allas , qu'il était aisé de reconnaître à leurs vêtemens tout brillans 
d'or , à l'éclat de leurs armes , et surtout à la hauteur et à lu n a- 
jesté de leur taille , tandis que les guerriers étaient d'une stature 
un peu inférieure. Arrivés à un lieu qui leur paru propre à C em- 
buscade qu'ils méditaient , et qui était l'endroit où les troupeaux ve- 
naient s'abreuver , Us s'y cachèrent enveloppés dans l'airain resplen- 
dissant dont leur armure était faite. Ils avaient à l'écart deux es- 
pions , pour observer la marche des troupeaux de moutons et de bœufs. 
Un de ces troupeaux vint en effet, suivi de deux pasteurs, qui 

homme tué. L'un , en s' adressant au peuple , soutenait de la lui a-voir 

payée, l'autre au contraire le niait Les hérauts contenaient le 

peuple. Mais les vieillards étaient assis sur des pierres luisantes dans 
le cercle sacré , et leurs sceptres étaient dans les mains de ces hérauts. 
seyant repris chacun leur sceptre , ils s'avançaient et donnaient l'un 
après l'autre leur opinion. Au milieu d'eux il y avait deux talens d'or, 
■pour celui dont V avis serait trouvé le plus juste. Ce passage offre trois 
choses à remarquer quanta l'usage. La première , c'est que la justice n'était 
administrée que par des -vieillards. Il était bien naturel , dit M. r Bitaubé 
d'avoir recours à la prudence des vieillards , dans un terris où il n'y 
avait point de lois écrites : maintenant il faudrait y recourir par la 
raison tout-à-fait contraire , c'est à dire -parce que nous en avons de 
trop. La seconde remarque , c'est que le lieu où se rendait la justice était 
circulaire , et regardé comme sacré. Sophocle l'appelle le trône circulaire 
du for. La troisième enfin , c'est que durant tout le tems que les juges 
entendaient les parties, ils restaient assis et ne tenaient point leur sceptre , 
et qu'ils le reprenaient des mains des hérauts lorsqu'ils se levaient pour- 
prononcer leur jugement : ce qui devait inspirer au peuple plus de respect ' 
pour l'exercice de leur ministère. 

Europe Vol. I. 3/ 



s66 Milice. 

jouaient de la musette , ne se doutant nullement de Vemhuscade 
qui les attendait. La troupe se jetta aussitôt sur les bœufs tar- 
difs et les blanches brebis , et les ayant séparés des deux pasteurs , 
elle tua ces derniers. Les assiégeans qui étaient en conseil ayant 
entendu un grand bruit du côté des troupeaux , montèrent de suite 
sur leurs chevaux au pied léger , et se mirent à la poursuite des 
aggresseurs qu'ils ne tardèrent pas à rejoindre (i). S'étant arrêtés 
Bataille. les uns et les autres , il s'engagea sur les bords du fleuve un com- 
bat , dans lequel ils se portaient des coups avec des lances d'ai- 
rain. Là se trouvaient la Rixe , le Tumulte et la Parque homicide 
qui ranimait la vie d'un guerrier blessé , qui en tenait un autre 
non encore atteint, et en traînait par les pieds un troisième tué 
au milieu du carnage ; ses épaules étaient enveloppées d'un vête- 
ment souillé du sang des guerriers. Ces spectres se mouvaient mm-, 
me des êtres vivans ; ils combattaient et entrainaient avidement avec 
eux les cadavres de ceux qui périssaient dans la mêlée. Le Lut 
de cet ouvrage ne nous permet pas de nous arrêter sur les beautés 
poétiques dont cette description est remplie; nous remarquerons 
seulement qu'elle pourrait fournir à un peintre le sujet d'une grande 
et terrible composition. 
justification Peut-être que quelques-uns de nos lecteurs trouveront étrange 

les éditeurs au , -i , , , ,•> . 1 .. -. , , , , 

sujet de cetu et déplacée 1 idée que nous avons eue de leur donner une planche, 
pianc ie. fo^ aucun monument de l'antiquité ne nous a fourni le modèle. 
Nous leur répondrons par les deux observations suivantes; la pre- 
mière , c'est qu'au défaut absolu de monumens on est bien forcé 
de recoprir aux écrivains, et de chercher dans leurs ouvrages le 
costume des tems où ils vivaient. Or l'Iliade et l'Odyssée ne doi- 
vent pas être seulement considérés comme des poèmes , mais encore 

(i) Quelques érudits ont cru pouvoir conjecturer de ce passage , que 
dès la guerre de Troie on connaissait l'usage de la cavalerie proprement 
dite. Mais les commentateurs observent que le mot i<p' ^w» qui yeut dire 
sur les chevaux , doit être pris pour une synecdoche selon la coutume 
d'Homère , et que par conséquent il ne faut pas entendre par ce mot des 
chevaux , mais bien des chars. V. Heyne Var. lect. et Obss. ad Iliad. 
liv. XVIII. v. 53:}. M. r Quatremère prenant également à la lettre l'ex- 
pression dont se sert Homère, fait aussi entrer dans le bouclier d'Achille 
des cavaliers au lieu de chars : ce qu'avait fait de même Boivin avant lui. 
Nous n'avons pas cru devoir corriger la composition de M. r Quatremère sur 
celle de notre, planche , persuadés que nous avons suffisamment remédié 
à cet anachronisme par l'observation que nous en fesons à nos lecteurs-. 



delà Grèce. 2,67 

comme l'histoire des opinions, des usages, des arts, des sciences et 
des mœurs propres au teros d'Homère, ou dont la tradition avait 
jusques là perpétué le souvenir. C'est pourquoi le poète que nous avons 
cité plus haut , donne avec raison à l'immortel auteur de ces deux poè- 
mes le nom de , Premier peintre des relations historiques de l'antiquité. 
Pourquoi ne uous serait-il donc pas permis de suppléer au manque 
de monumens, et d'emprunter les secours du dessin , de la gravure , 
et de la peinture, pour la représentation des ohjets ou des choses , 
dont le poète nous offre non seulement la description, mais encore 
pour ainsi dire le modèle? Et n'est-ce pas ainsi qu'ont fait Flax- 
man , Bartolozzi , Tischbeîn et une foule d'autres artistes renommés , 
tant d'Italie qu'ultramontains ? La seconde observation, c'est que les 
monumens même que nous avons concernant des faits qui ont eu 
lieu durant la guerre de Troie , appartiennent à des tems posté- 
rieurs au siècle d'Homère; de sorte que les auteurs de ces ouvrages 
n'ont fait que suivre les traces du poète dans la représentation des 
événemens historiques qu'ils y ont figurés. Nous ne croyons donc 
pas qu'on puisse nous faire un reproche, d'avoir voulu, à leur 
exemple, donner la description graphique de certains faits, dont 
l'antiquité ne nous a laissé aucun monument. 

Les armes dont nous avons fait mention jusqu'à présent, n'é- -*■«« 
taieot à proprement parler que défensives: il nous reste mainte- °Jf enswes ' 
liant à discourir des armes offensives. Anciennement, les peuples 
ne se servaient, pour attaquer, que des armes que leur fournissait la 
nature, telles que les pierres, les massues, le feu, les cornes et 
les ongles. On ne connaissait pas alors ces machines fatales , dont 
une cruelle nécessité, et la coupable soif de l'or et de la gloire 
firent inventer l'usage. C'est ce qui a fait dire à Horace, en par- 
lant de ces tems reculés , 

Unguibus et pugnis., dein fustibus, atque ita porro 
Pugnabant armis , quae post fabrlcaçerat usus (1). 

11 est encore un autre passage très-connu dans le V. e livre de Lu- 
crèce 3 où ce poète s'exprime ainsi : 

Arma antiqua m,anus , ungues , dentesque fucre , 
Et lapides, et item siharum fragmina , rami , 
Et jlammae , atque ignés . , 

(1) Sermon, liv. I. sat. III. 



a68 Milice 

Massue. Ainsi la massue est l'arme propre des héros appartenans aux tems 
fabuleux, et la plus ancienne; l'antiquité de son origine est peut- 
être ce qui l'a fait prendre pour signe emblématique de la tragé- 
die , comme on le voit souvent dans les monumens. Cette arme était 
tantôt de cuivre, ou de fer, et tantôt garnie de pointes, surtout à 
son extrémité. Telle est la massue que tient dans sa main droite 
une statue de Mars transportée d'une peinture antique dans les mo- 
numens de Winckelmann : voy. le n.° 3 de la planche 38. De fer 
était aussi celle d'Aréitoùs , surnommé dans Homère le clavigère,, 
parce qu'il ne fesait usage d'aucune autre arme que de la massue (i). 
Mais depuis que la nature a dû céder aux efforts d'une sagacité 
ingénieuse et barbare } dans l'art de créer de nouveaux instrumens 
pour moissonner la vie des hommes, la massue a fait place aux 
lances, aux dards, aux épécs, aux flèches et aux javelots. 

p^ue ou lance. Dans la pique ou la lance, nous avons deux parties à distin- 

guer ; la première , c'est le fut qui était de bois , et le plus sou- 
vent de frêne. C'est pour cela que Pline, en parlant de cet arbre, 
dit: Procera haec ac turcs, pennata et ipsa folio , multumque Ho~ 
mcri praeconio , et Jchillis hasta nobilitata (a). La seconde est la 
cime qui était en cuivre, ayant la figure d'un dard, ou pour mieux 

j)çuiie peinte, dire, de deux pyramides tronquées, jointes ensemble par la base, 
dont les côtés étaient tranchans, et le sommet très-aigu. Du tems 
d'Homère cette arme avait quelquefois deux pointes, l'une à cha- 
que bout du fût , avec cette différence pourtant , que celle d'en 
bas était plus étroite et moins longue que celle d'en haut. Voy. le 
n.° 9 de la planche 35 , où est représentée une lance des tems 
d'Homère, prise des monumens de Winckelmann. La pointe d'en bas 
servait à ficher la lance enterre après le combat (3). Quelquefois le 
guerrier agitait sa lance en plusieurs sens de manière à frapper avec 
ses deux pointes (4)- La lance levée, droite, et comme immobile 
était le signal pour parlementer, ou demander une suspension d'ar- 
mes (5). Néanmoins la lance ordinaire, c'est à dire celle des sim- 
ples soldats, n'avait pas de pointe à son extrémité inférieure, ainsi 

(i) Iliad. VII. i36 et suiv.. 

(2) PUn. Hlstor. liv. XVI, chap. XIIJ. 

(5) Iliad. X. v. *5i. 

(4) Iliad. XV. v. 278. 

H) Iliad. III. v. 77 e VII. v. 54. 



de la Grèce, 269 

qu'on le voit au n.° 10 de la planche 35, (pi est pris des monu- 
mens de Winckelmann. Outre tout ce que nous venons de dire des 
lances en général , il est encore à remarquer que les anciens écri- 
vains en distinguent de deux sortes; les unes servaient à combattre 
de près ., et les Àbans (1) sont célèbres dans Homère par leur adresse 
à les manier; les autres se lançaient de loin contre l'ennemi, et 
peuvent se ranger par conséquent dans la classe des dards et des D "râ. 
javelots. Et en effet il est parlé dans le VIII. 6 livre de l'Odyssée 
d'un certain Thrasoa , qui se vantait d'être plus sûr d'atteindre un 
Lut avec sa lance, qu'aucun autre ne pût le faire avec une flèche. 
Mais il n'est pas facile d'indiquer la différence qu'il y avait entre 
ces deux espèces de lances. Il parait que celles-ci étaient moins 
longues, plus légères et sans pointe au talon. Cette espèce de dard 
ou javelot était quelquefois attaché vers le milieu à une corde ou 
courroie, pour donner plus de facilité à le lancer. Voy. le n.° 11 de la 
planche 35 pris des vases Grecs de ïischbein. Les héros de la guerre 
de Troie en portaient ordinairement deux. La lance proprement 
dite ne dépasse guères dans les monuraens la tête du guerrier. Ainsi 
sa longueur ordinaire pouvait être d'environ un mètre et 95 c. , ou Longueur 
de deux mètres et 11 c. , c'est-à-dire de six pieds, à six pieds et delala » c3 ' 
demi (2,). On voit pourtant aussi des lances fort-lougues, dont l'usage 
était particulier aux guerriers qui combattaient sur des chars; et 
telles étaient, à ce qu'il semble, celles dont se servirent les Grecs 
pour défendre leurs vaisseaux, et qu ? on appelait pour cela novrôi (3). 
Il y en avait aussi -d'extrêmement pesantes , et de ce nombre était 
celle d'Achille, qui, au rapport d'Homère, ne pouvait être maniée 
par ancun autre héros (4)- Les combats s'engageaient ordinairement 
à la lance , et les guerriers ne se servaient de leur épée que lors- 
que la première s'était brisée , ou après l'avoir lancée contre l'ennemi. 

L'épée n'était pas plus longue que le bras d'un homme. Elle fyfy 
allait en s'élargissant un peu vers les deux tiers de sa longueur , et 

0) lliad. IL y. 544. 

(2) V. gncyclop. méthod. Antiq. PI. f. I- pag. 5i. 

(3) Du verbe xovteÎv } qui veut dire, pousser le navire pour le faire 
aller en avant. 

(4) En tems de paix la lance se gardait soigneusement dans un étui, 
ou dans une armoire. On lit dans le premier livre de l'Odyssée, v. 529, 
que Télémaque ayant' pris la lance de Minerve, la mit dans une belle 
armoire, qui renfermait d'aujres lances à'Uljsse le souffrant. 



^7© Milice 

se terminait en une pointe peu aiguë. Telle est la forme qu'a celle 
des héros Grecs, dans les peintures des vases antiques et dans les 
bas-reliefs: Voy. les n. os 4 et 5 de la planche 33; on pouvait s'en 
Garde. servir pour frapper d'estoc et de taille. La garde se terminait 
par un pommeau, qu'on appelait f»»arç<r* qui veut dire champi- 
gnon, parce qu'il en avait le plus souvent la ligure (1), ainsi que 
le bout du fourreau, qu'on désignait aussi sous ce nom. Ce four- 
reau était d'une largeur partout égaie. Le n.° 12, de la planche 
35 représente une épée dans son fourreau : Winckelmann l'a co- 
pié d'une pierre antique, sur laquelle ce savant antiquaire croit 
voir Achille retiré dans son camp. On y aperçoit cette épée accro- 
chée au tronc d'un arbre. Les héros la portaient suspendue à un 

Baudrier, baudrier qui leur passait par dessus une épaule. Elle leur pendait 
ainsi sous l'aiselle gauche dans une position fort-peu inclinée, en- 
sorte que la garde touchait la mamelle du même côté. Le ceintu- 
ron était une espèce d'écharpe , ou même une simple bande de 
cuir, comme il semble qu'était celui de l'épée, dont Achille fit 
présent à Dioméde (3). Cette écharpe était nouée par un des bouts 
vers le bord ou l'ouverture du fourreau , et s'y rattachait par l'au- 
tre bout, après avoir passé par dessus l'épaule droite. C'est ainsi 
que les guerriers portent ordinairement l'épée dans les statues an- 
tiques , et Winckelmann en prend argument pour recommander 
aux artistes de ne point s'écarter de cet usage (3). Au fourreau 

Poignard. était encore souvent suspendu un poignard, dont les Grées, à ce 
qu'il semble , se servaient rarement dans les combats , et qui plu- 
tôt leur tenait lieu de couteau pour leurs besoins particuliers : on 
en trouve un exemple dans le III. 6 livre de l'Iliade où il est dit, 
qu'Atride ayant tiré avec ses mains le couteau qu'il portait toujours 
pendu au fourreau de son épée , il coupa le poil de la tête des 
agneaux. Il n'est guères facile de déterminer la forme de ces poi- 
gnards, à cause de la petitesse des dimensions qu'ils ont dans les 
monumens , et de la peine qu'on a à les y distinguer. Homère dit 
dans le XV. e livre de l'Iliade, que tes beaux couteaux dont les 
Grecs et les Troyens firent usage dans le combat qu'ils se donné- 

(1) V. Winckelmann. Mon. ont. pag. 167 chap. VIII. 

(2) Iliad. XXIII. v. 8a5. 

(3) Il faut lire encore Montfaucon sur l'origine de l'épée , et la ma- 
nière dont la portaient les Grecs , Anùq. expl. T. IV. , pag. 58 et suiv. 



de la Grèce. 371 

rent près des vaisseaux , avaient le manche noir et un pommeau. Il 
fait encore mention au même endroit , des haches à un où deux à J^f" f[iï 
tranchans , et distingue clairement les unes des autres. Les premiè- tranches. 
res l'avaient simple , et les secondes double. Le n.° 6 de la plan- 
che 38 présente l'image d'une de ces dernières , avec un long man- 
che ; elle est prise des Monumens antiques de Winckelmann. Celle 
du n.°7 à manche court, est copiée des monnaies de Ténédos, 
auxquelles elle servait de type (1). Nous nous bornerons à ce peu de 
mots sur les haches, parce que leur usage, ainsi que celui des mar~ 
teaux tant simples que doubles , n'était pas seulement propre aux 
Grecs, mais encore aux Amazones, et autres peuples barbares. 

Il nous reste maintenant à parler des arcs , des flèches et des 
carquois, objets dont nous ne dirons que fort-peu de chose, parce 
qu'ils sont très-connus , et que leur forme est commune à ceux de pres- 
que tous les peuples anciens. Nous voyons que les Grecs se servaient 
particulièrement de deux espèces d'arc ; la première était l'arc Arcs, 
scythique , qu'Hercule, selon la tradition, avait reçu de Teutar 
berger de Scythie (a). Il était très-courbé à ses extrémités et peu 
au milieu , ce qui lui donnait en quelque sorte la forme de la let- 
tre 2 5 ou du sigma des Grecs. Et en effet on lit dans Athénée, 
qu'un berger , pour désigner les lettres qui composaient le mot Thésée , 
dit que la troisième ressemblait à l'arc d'un Scythe. Tel est pré- 
cisément l'arc qu'on voit au n.° 8 de la planche 38, qui est pris 
d'une pierre précieuse du musée de Florence (3), où Hercule est 
représenté tuant à coups de flèches les oiseaux stymphales^ c'est 
aussi la forme de celui que tient encore ce héros, dans deux anciens 
bas-reliefs de la maison de plaisance Albani. Les arcs de la seconde 
espèce étaient légèrement courbés à leurs extrémités, et si peu au 

( 1 ) Gessn. I. Tab. 70, , n.° 7. 

(2) Lycopliron , Cassand. v. 56 et gi 5. Theocriti Scholiastes. 
îdyll. XIII. Certains auteurs sont d'avis que l'arc Scythique avait la forme 
d'un demi cercle > et allèguent pour raison que l'ancien sigma des Grecs 
s'écrivait comme un G ; mais dans le marbre sigée rapporté par Chishul , 
et qui est de la plus haute antiquité , le sigma est tracé comme une li- 
gne sinueuse , ou comme le sigma moderne , et ressemble par conséquent 
à l'arc qu'a Hercule dans les monumens. Ajoutons à cela que le Pont- 
Euxin a été comparé par les anciens à un arç Scythique, à cause de l'ir- 
régularité tortueuse de ses rivages. 

(3) Mus. Flor. Gemmae. Vol. I. Tab. 38, n.° 1. 



af& Milice 

milieu, que souvent ils ne s'écartaient guères de la lio-ne droite. 
Tel est en général l'arc d'Apollon, comme ont le voit par celui 
du n.° 9 de la planche 38, qui est pris de la statue capitoline de 
Leur madère, ce Dieu , citée aussi par Winckelmann. Les arcs étaient faits en 
bois , et quelquefois de cornes de chèvre , suivant l'ancien usage 
des Scythes: celui de Pandare , dont on trouve la description dans 
le lV. e livre de l'Iliade, était en corne; mais les bouts de l'arc où 
€orde. s'attachait la corde étaient ordinairement en or. La corde était faite 
de crins de cheval, comme on peut le voir dans Esichius, ou de 
nerfs de bœuf coupés dans leur longueur en filamens très-minces (i). 
Pour bander l'arc on tirait la corde vers la mamelle droite, à la 
manière des Amazones, tandis que de nos jours, dit Eustase , on 
la tire vers l'oreille droite. Telle est en effet l'attitude qu'Homère 
donne à Pandare , lorsqu'il le représente décochant une flèche 

Flèches. contre Ménélas. Les flèches étaient de jonc , ou d'un bois très-léger. 
On y distingue deux parties , savoir; la pointe qui était le plus 
souvent en cuivre , et armée de petites dents, ou crochue; et le 
bout opposé ou talon, par lequel la flèche se lançait, et qui était 
garni de plumes en guise d'ailes , pour donner à la flèche plus de 
force et de vitesse , et empêcher qu'elle ne déviât dans son vol. 
Voy. le n.° io de la planche 38 , pris de celle qui a le n.° 77 

Carquoh. dans le II. e vol. des vases de Mil lin. Les carquois étaient chez les 
anciens, de matières et de formes si diverses, qu'il serait trop dif- 
ficile de vouloir désigner dans ce nombre ceux qui étaient parti- 
culiers aux Grecs. Il en est de ronds , et qui se terminent en pointe 
avec différentes sortes d'ornemens : d'autres ont un couvercle qui 
recouvre les flèches; plusieurs ressemblent à un obélisque dressé sur 
son sommet ; enfin on en voit qui renferment x non seulement les 
flèches 3 mais l'are lui même, et sont faits en forme de bourse. 
Voy. le n.° 11 de la planche ci-dessus, représentant le carquois 
de Philotecte , d'après une pierre précieuse du musée Stoschiano. 
Le carquois se portait avec l'arc sur l'épaule. C'est ainsi qu'Ho- 
mère , dans le I. er livre de l'Iliade , fait descendre de l'Olympe 
Apollon d'un air plein de dépit, portant sur son épaule son arc 
et son carquois fermé de tous côtés. Ce poète fait encore mention 

Frondes. des frondes (2), qui étaient en laine, et assez semblables aux nô- 



(1) Iliad IV. v. 122. 

(2) Iliad, XIII. Y. 69,9. 



de l a Grèce. a^S 

très: car les Grecs donnaient le nom de fronde au diadème, dont la 
partie du milieu se relève sur le front a comme était celai de Ju- 
non (i). Enfin les héros fesaient encore usage de pierres , qu'ils Pierres. 
lançaient avec une force capable de briser l'armure et les membres 
de l'ennemi. Homère dit qu'elles étaient quelquefois d'une gros- 
seur si énorme , que deux hommes de son tems n'auraient pu les 
porter (a). 

Il est aisé de voir , par tout ce que nous venons d'exposer , que Matière 

, -, , , , . , -, « T -r . • -t. des armas. 

les armes des héros étaient en cuivre , métal qu Homère indique Cuwre. 
presque toujours pour être la matière dont elles étaient faites. Hé- 
siode dit aussi qu'elles étaient de ce métal , dont on fesait encore 
usage dans la construction des maisons,, parce que le fer n'était pas 
connu (3). Pausanias en offre une foule d'exemples , qu'il est inu- 
tile de rapporter ici. Plutarque dit, dans la vie de Thésée, que Ci- 
mon fils de Miltiade, trouva dans le tombeau de ce héros à Saros 
ses armes d'airain (4) parmi ses ossemens. A l'appui de toutes ces 
observations ou peut encore citer ces deux vers de Lucrèce : 

Posterius ferri çis est aerisque reperla ; 

Sed prlus aeris erat } quarn ferri cognilus usus. 

Homère parle aussi en plusieurs endroits de l'étain. Ce métal com- Eudlu 
posait en partie la cuirasse d'Agamemnon , dont le poète donne la 
description dans le XI. e livre de l'Iliade ; et c'était également la 

(i) Encycl. mëth. Antiq. PL vol. I. pag. 33. 

(2) Iliad. V. v. 3o2. Relativement à la force extraordinaire et à la vi- 
gueur des héros Grecs , il faut lire les belles et savantes Observations sur 
certain^ passages d'Homère par le Chevalier L. Lamberti y pag 68 et suiv. 

(3) Oper. et Dier. v. 149. 

(4) Ce serait néanmoins s'abuser, que de croire d'après cela que l'usage 
du fer n'était nullement connu du tems d'Homère : car en parlant du 
bruit que le pieu enflammé fit dans rœil d'Ulysse , le poète , ( v. 3go et 
suiv. du IX. liv. de l'Odyssée ) , le compare au bruissement d'une Mche 
rouge que le forgeron plonge dans l'eau , et il ajoute que telle est pré- 
cisément la force du fer , en se servant du mot <nJip<>v , qui est le nom 
de ce métal dans la langue Grecque. Mais alors il devait être encore 
fort rare , comme nous le ferons voir ailleurs ; et peut-être servait-il 
plus à la fabrication des instrumens de l'agriculture et des métiers, qu'à 
faire des instrumens de guerre : car il serait bien possible que le poète 
n'eût voulu faire allusion ici qu'à une hache particulière aux forgerons 
ou aux agriculteurs. 

Europe. Vol. I. 32 



274 M I L I C B 

matière dont étaient faits les jambards que Vulcain fabriqua pour 
Or; argent. Achille. L'or et l'argent étaient aussi employés à relever l'éclat 
des armes , ainsi que nous l'avons vu plus haut ; mais les guerriers 
qui portaient des armures faites de ces métaux précieux , sont dé- 
signés comme des hommes mous et efféminés. Ainsi Homère , dans 
le ii. e livre de l'Iliade, compare à une femmelette Amphimaque 
qui était venu au siège de Troie avec des armes tout éclatantes d'or. 
Guerriers Nous terminerons cette partie de l'art militaire par la planche 89, 
où sont représentés deux chars d'une forme semblable à celle que nous 
avons décrite à la pag. 348. Cette planche est l'ouvrage de M. r Ange 
Monticelli ? peintre auquel nous avons beaucoup d'obligations 3 qui 
Fa copiée, avec son talent ordinaire, sur les vases antiques d'Ha- 
milton , et les monumens de Winckelmann. On y voit les bou- 
cliers selon l'usage des tems héroïques, ayant une courroie lon- 
gue et coulante , avec laquelle les guerriers pouvaient se les sus- 
pendre au cou , ou le rejeter derrière leurs épaules. Les chars y 
sont représentés sous deux aspects , l'un de front , et l'autre par 
derrière , pour qu'on puisse mieux voir la manière dout on y mon- 
tait , et la position dans laquelle y étaient les combattans. Le peintre 
a feint qu'un des chevaux s'est abattu , pour qu'on pût distinguer 
plus aisément Je timon. Le lecteur trouvera dans cette planche à 
se former une idée précise des différentes armures, des brides des 
chevaux , du timon des chars , ainsi que de tous les autres objets 
qu'elle renferme , et qui y sont représentés avec la plus grande 
clarté. 

Milice des Grecs dans les tems historiques. 

L'esprit militaire des Grecs , dans les tems héroïques , ne 
différait pas beaucoup , ainsi que nous l'avons déjà remarqué , de 
celui de nos chevaliers errans; et la tactique militaire n'avait pas 
encore fait de grands progrès à cette époque , car l'issue des ba- 
tailles y dépendait plus de la valeur des combattans, que de l'art 
La Grèce et de l'habileté des chefs. Mais peu de siècles après la guerre de 
de Tactique. Troie , la Grèce vit se former dans son sein une foule de guerriers, 
aussi distingués par leurs taîens militaires que par leur valeur, et 
qui , au rapport de Plutarque dans la vie de Timoléon , étaient 
recherchés dans les armées des autres nations. Du reste des peuples 
crui étaient allés à la guerre de Troie , il se forma un grand nom- 



de la Grèce. 275 

bre de petites républiques, qui, bien que pressées, pour ainsi dire, 
les unes contre les autres , n'en avaient pas moins des lois et des 
constitutions différentes. L'esprit de rivalité qui s'ensuivit, excitait 
quelquefois entre elles des guerres sanglantes pour la moindre cause. 
L'occupation d'un bourg, d'un champ, d'une plage devenait le 
sujet, non seulement d'une querelle, mais de combats opiniâtres. 
A ces dispositions hostiles se joignait encore l'amour de la patrie, qui, c i/ïa°Zirie. 
dans les tems historiques, était devenu chez les Grecs une manie 
plutôt qu'un sentiment vertueux. Elevés dès l'enfance dans l'art mi- 
litaire, et les guerres continuelles qu'ils se fesaient leur fournissant 
l'occasion de s'y exercer toujours d'avantage , ils ne tardèrent pas 
à surpasser tous les autres peuples , non seulement en tactique , en 
discipline et en expérience, mais encore en audace et en cou- 
rage. Faut-il s'étonner après cela qu'une poignée d'hommes belli- 
queux, ait souvent battu des armées nombreuses et fourmidables? De 
tous les peuples de la Grèce, les Spartiates furent celui qui se Ardeur 

d. . . 1 , ...,.,. . , ... guerrière 

istingua le plus par son esprit militaire : aussi toutes ses institutions des Spartiates. 

et ses lois avaient elles la guerre pour objet , et il comptait autant 
de soldats que de citoyens (1). Ce n'est pourtant pas à dire pour 
cela qu'ils courussent témérairement au devant des dangers et de 
la mort; mais, dit Plutarque dans la vie de Pelopidas, il leur était 
également agréable de vivre ou de mourir, pourvu que l'un ou Vau- 
tre eût un motif louable, ainsi que V atteste cet Epicéde , où l'ora- 
teur s'exprimait ainsi : Ils moururent ; et la vie comme la mort ti' avait 
de prix à leurs yeux , qu 'autant quelles étaient alliées l'une et 
l'autre à la vertu. Lycurgue fit preuve d'une grande sagacité , lors- & ; ence 
qu'il voulut que les jeunes gens ne fussent pas seulement exercés desXarZtes.. 
au maniement des armes , mais encore qu'ils apprissent , dans ces 
assemblées populaires dont il fut l'instituteur , toutes les ruses de la 
guerre , et la science difficile de bien couduire une armée: c'est 
pourquoi les Lacédémoniens , dit encore Plutarque , plus habiles 
qu' 'aucune autre peuple dans l'art de la guerre, s'exerçaient par- 
ticulièrement à ne pas se désunir et se confondre lorsque leur or- 
dre de bataille venait à être rompu, et à savoir faire en mê- 
me tems le capitaine et le soldat ; ensorte qu'en quelqu' endroit 
qu'Us fussent attaqués , chacun fût aussi propre à commander qu'à 

(1) Voyez ce que nous avons dit du gouvernement de Lacédémone 
et des lois de Lycurgue. 



£76 Milice. 

combattre. Il était résulté de là que, non seulement les Rois bar- 
bares et les républiques étrangères cherchaient à avoir dans leurs 
armées quelque corps Lacédémonieu , comme on le raconte de 
Çyrus le jeune , de Crésus Roi de Lydie , de plusieurs Souverains 
çje l'Egypte, ainsi que des Thraces et. des Carthaginois; mais encore 
que les autres républiques de la Grèce même 3 dans les grands 
dangers qui les menaçaient , avaient recours aux Spartiates com- 
me à la puissance tutélaire de leur liberté et de leur gloire. Lors- 
que la nation se réunissait contre quelqu'ennemî puissant , les Spar- 
tiates formaient ordinairement le nerf de l'armée , et en prenaient 
Valeur comme de droit \e commandement (1). Les Athéniens étaient les 

des Athéniens. . . . , . . , 

seuls qui pussent rivaliser de courage avec eux ; mais ils leur 
étaient inférieurs en talens militaires. Et en effet les Athéniens 
disputèrent aux Spartiates , avec un sort tantôt heureux et tan- 
tôt contraire, la primauté de la Grèce, jusqu'à l'époque où la ce*- 
lèbre victoire remportée par Conon près de Gnide , leur assura 
Leur habileté l'empire de la mer. Contens de leur supériorité dans la guerre sur 

dans la guerre *■ . » » , , . , , . *" , . 

de mer. terre 3 les Spartiates laissèrent depuis lors aux Athéniens la gloire 
de savoir bien conduire des flottes, et, selon l'expression de Xéno- 
phon , de triompher sur mer de tous les autres peuples. La position 
de FAttique, en grande partie au bord de la mer, invitait d'elle 
même les Athéniens aux entreprises maritimes : les Lacédémoniens 
au contraire , qui en étaient plus éloignés, ne s'occupaient que de la 
guerre de terre, à laquelle ils étaient exercés dès l'infance, parce 
que Lycurgue leur avait interdit toute expédition qui pût les en* 
traîner dans des pays éloignés (a). Chez ces deux peuples fameux, 
la milice formait un art ou une science, qu'on appelait, <r??*?*)yU 
x/art où la science du capitaine. On lit dans le III. livre des choses 
rtJufnZude mémorables de Socrate, que ce philosophe s'entretenant un jour avec 
et en s^iéme. j ft £j g ^ Q j>érïc\és , après avoir condamné l'audace de certains ca- 
pitaines qui se mettaient à la tète des armées sans avoir la capacité 
nécessaire pour cela , parle au jeune homme en ces termes : Je suis bien 

(1) Tout ce qui est dit ici des Lacédémoniens doit être pris dans un 
sens général : car la Grèce a encore eu d'autres républiques qui sont par- 
venues à ce degré de prééminence par l'effet de quelqu'événement heu- 
leux , témoins les Thébains qui , sous la conduite d'Epaminondas et de 
Pélopidas , s'élevèrent tout à coup , de l'état le plus abject , aux honneurs 
du premier rang , et eurent pour quelque tems une brillante existence. 

(2) Poùer. Arch. gmeca, liv. III. c. I. 



DE LA GeÉCE. 2-77 

persuadé que tu ne ressembles point à ces sortes de gens , et que tu 
pourrais rendre compte également , du tems que tu as mis à t'ins- 
truire dans l'art de la guerre, comme de celui que tu as employé 
aux exercices du corps: f imagine encore que lu auras appris de 
ton père plusieurs stratagèmes , et qu'en outre tu en auras recueilli 
toi même autant qu'il t'aura été possible. Vegezius , en parlant des 
Lacédéraoniens dans la préface de son troisième livre, s'exprime 
ainsi : L'histoire des anciens peuples nous apprend que les Athéniens 

et les Lacédémoniens donnnèrent des lois à la Grèce Mais 

Athènes ne se distingua pas seulement par les armes , elle cultiva, 
aussi les arts et les sciences , tandis que les Spartiates firent de la- 
guerre leur étude particulière. On prétend que ces deux peuples ont 
été les premiers à nous instruire des événement militaires , sur les- 
quels ils nous ont laissé des mémoires , et qu'ils parvinrent bientôt 
à soumettre à des règles fixes , et a réduire en principes , ce qui ne 
semblait dépendre auparavant que de la bravoure et du hazard. De 
là vint rétablissement de leurs écoles de Tactique , où l'on ensei- 
gnait aux jeunes gens les ruses de la guerre et les différens ordres 
de bataille. Les autres peuples de la Grèce prirent exemple sur 
les Spartiates et les Athéniens , et l'art militaire devint pour tous 
une étude, à laquelle ils donnaient souvent la préférence sur tou- 
tes les autres. Notre but n'étant pas de faire un traité de cette 
science 3 mais seulement de rechercher tout ce qui peut caracté- 
riser le costume , et de le démontrer par les monumens 3 nous nous 
dépenserons d ? entrer dans trop de détails sur ce sujet ; et nous 
bornant aux choses les plus importantes , nous ne ferons qu'effleu- 
rer ce que les anciens en ont écrit, 

Commençant donc par les Lacédémoniens s nous observerons infanterie 
que leur principale force consistait dans l'infanterie pesamment ai> Pol^arE*' 
mée, que Lycurgue avait partagée en six Polemarchies , lesquelles 
avaient beaucoup de rapport avec ce qu'on appelle aujourd'hui ba* 
taillons (j). Le chef de chacun de ces corps s'appelait Polémarque, 
et avait sous lui quatre Locages , qui étaient à la tête d'autant de 
compagnies , dont chacune comprenait quatre Erpomothies. L'JEno?* Eaomoihieg. 

(i) V. Hist. de V Académie R. des Inscriptions etc. T. XL. Mé- 
moire sur la guerre considérée comme Science par M. Joly de Maizeroy 
Les mots Polémarchie et Polémaraue dérivent du mot noùë^èa? praelior t 
je fais la guerre. 



278 Milice 

mothie était de trente hommes, qui formaient quatre files. Ainsi la 
troupe commandée par le Locage se composait de cent vingt hom- 
mes ; et il avait sous lui deux officiers , dont chacun commandait 
deux Enomothies. Telles sont les divisions que donne Xénophon dans 
son livre de la république de Sparte, et qu'indique Thucydide dans 
son récit sur la première bataille de Mautinée. Cependant le nom- 
bre des soldats composans les Polémarchies pouvait être plus ou moins 
considérable, selon la nature du besoin, mais sans qu'il en résultât 
jamais la moindre altération dans le système de leur organisation. Xé- 
nophon parle aussi de l'ordre que les troupes observaient dans leurs 

Campemens. campemens , qui étaient ordinairement de forme circulaire, à moins 
que l'armée ne fût appuyée à une montagne , ou à un fleuve (1). 
Lycurgue avait aussi créé un corps de cavalerie, qui était partagé 
Ouiami. en six divisions appelées Oulami (a) , dont chacune formait un 
escadron. Une loi expresse donnait le commandant en chef de tou- 
te l'armée à l'un des deux Rois, selon le témoignage de Xénophon. 
Pouvoir La division des pouvoirs à la guerre inspirait tant de craintes, qu'il 

à ta gulne. était défendu aux deux Rois d'y aller tous les deux à la fois. Au 
commencement, l'autorité des Rois était libre et absolue; mais de- 
puis le reproche fait à Agis d'avoir accordé mal à propos une trêve 
aux habitans d'Argos , il fut décidé que cette autorité serait su- 
bordonnée à un conseil composé d'un certain nombre de personnes. 
Le Roi était en outre sous la surveillance des Ephores , dont deux 
ne l'abandonnaient jamais durant la guerre. 
-jrmèe Les Athéniens fesaient consister aussi leur principale force 

t e/uens. j ang j eg Groupes pesamment armées. On lit même dans Hérodote , 
qu'à la bataille de Marathon , ils n'avaient ni cavaliers ni archers: 
ce qui les fesait tourner en ridicule par les Mèdes , dans l'armée 
desquels il y en avait un si grand nombre. On ne vit d'archers et 
de cavaliers dans les troupes Athéniennes, qu'après la défaite de Xer- 
xès , et encore au nombre seulement de trois cent de chaque sorte, 
selon le témoignagne d'Eschine. L'état d'Athènes étant divisé en 
Stratèges, dix tribus : il y avait aussi dix Stratèges ou capitaines à la tête des 
troupes 5 chaque tribu étant jalouse d'avoir le sien particulier. Ces 

(1) Lycurgue avait prescrit qu'on donnât aux camps la forme circu- 
laire , afin d'éviter les angles du carré qui sont inutiles % et même une 
cause de faiblesse. V. Xenop. de Lacaed. Repub. 

(2) Qvhch^àç confecCum agmen , troupe serrée. 



de la Grèce. 279 

dix capitaines avaient tour à tour le commandement en chef, e£ 
pour un jour : comme ils étaient égaux en pouvoir , il était arrivé 
souvent que cinq étaient d'un avis et cinq d'un autre , ensorfe que 
les délibérations les plus importantes se trouvaient ainsi paralysées. 
Pour remédier à cet inconvénient, on adjoignit aux dix capitaines 
un Polémarque , dont le suffrage avait la prépondérance dans les Polémarqn 
conseils de guerre. Les premiers étaient nommés par le peuple , et 
leur emploi ne durait qu'un an ; c'est pourquoi il n'y avait guères 
d'opérations militaires, qui ne fussent toujours achevées par de nou- 
veaux chefs. Il ne faudrait pas beaucoup de raison nemens pour prou- 
ver le vice d'un pareil système , et combien la constitution mili- 
taire des Athéniens était inférieure à celle des Spartiates. Aussi 
Plutarque cite-t-il dans ses Jpophtêmes ce mot célèbre de Philippe » 
père d'Alexandre le Grand : j'admire , dit-il , le bonheur des Athé- 
niens ; je ne leur ai trouvé dans toute ma vie qu'un seul général 9 
qui est Parménion ; mais, pour eux, ils savent s'en trouver un 
tous les ans. Les Stratèges étaient obligés de rendre un compte ri- 
goureux de leur conduite; c'est pourquoi il fallait, pour être ap- 
pelé au commandement des troupes , avoir des enfans et un champ 
dans le territoire de l'Àttique , afin d'offrir une garantie suffisante 
dans tout ce que l'homme peut avoir de plus cher et de plus pré- 
cieux. Il y avait cependant des cas extraordinaires où l'on donnait 
le commandement de l'armée à un seul capitaine , qu'on appellait 
Avroxpàt&p , ce dont on trouve plusieurs exemples dans Plutarque. 
Ainsi Aristide commandait en chef à la bataille de Platée, et cet 
honneur fut décerné par le peuple à Phocion quarante cinq fois. 
Après les Stratèges venaient les Tassiarques , qui étaient aussi au 
nombre de dix , comme les tribus : c'était à eux qu'appartenait le 
droit de donner les places dans l'armée , de commander l'infante- 
rie 3 de régler les marches , d'assurer les logemens , et de chasser 
des rangs les indignes et les coupables. Les Stretèges avaient sous 
leurs ordres deux Hipparquès , ou commandans de cavalerie, et Hipparquès cm, 
ceux-ci les Philarques , qui commandaient un certain nombre d'hom- 
mes à cheval , avec la faculté d'accepter ceux qui leur convenaient, 
de les congédier et de les renvoyer selon les circostances. Nous ne 
voulons pas finir cet article sans dire quelque chose de l'armée na- 
vale. Celui qui la commandait en chef s'appelait Stolarcos 3 qui 
veut dire préfet de la floite. Sa nomination était au choix du peu- 
ple. Mais ce préfet n'était pas toujours seul, comme nous le voyons 



CommanoLe- 

vient générai 

et absolu.. 



Flotte, 



a8o Milice 

par l'exemple d'Alcibiade , de Nicias et de Lamaohus , qui étaient 
revêtus d'une autorité égale dans la flotte Athénienne devant la 
Sicile (i). La durée du commandant n'était pas non plus fixée 
et elle se déterminait suivant les événemens de la guerre. Chaque 
vaisseau avait son capitaine qui en prenait le nom. Ainsi les capi- 
Triécarqucs. taines des trirèmes s'appelaient Triêcarques. Il y avait en outre sur 
la flotte plusieurs autres officiers, dont l'emploi était d'observer les 
vents et les astres, de régler la marche des vaisseaux, et de com- 
mander aux nochers (a) - . 

Il suit de tout ce que nous venons de dire, que les armées Grec- 
ques n'étant pas composées d'un grand nombre de soldats , elles ne 
pouvaient obtenir de succès qu'à force d'art et de valeur. La victoire 
remportée par Miltiade avec dix mille hommes sur l'armée des 
Perses, qui n'en avait pas moins de cent mille d'infanterie et dix 
mille de cavalerie, convainquit encore d'avantage les Grecs , qu'une 
petite armée composée d'hommes pleins d'honneur, intrépides, et 
Jjien commandés, n'a rien à redouter d'un autre plus formidable, 
où ces conditions essentielles ne se trouvent point (3). C'est pour-, 
quoi , à force de combiner les différons genres de force , de com- 
parer les chocs avec les résistances , et de chercher à connaître 
les règles et les proportions d'après lesquelles on pouvait détermi- 

(i) Nous parlerons des vaisseaux et de la tactique maritime à l'arti- 
cle de la Marine. 

(2) V. Potter. Arch. graeca , liv. III. chap. XIX. 

(3) Les Grecs de l'Ionie , sujets de la Perse s'étaient révoltés. Da- 
rius , après les avoir soumis de nouveau, voulut se venger des Athéniens, 
qui leur avaient donné des secours. Deux de ses généraux, Datys et Àr- 
tapherne entrèrent en Eubée avec deux cent mille hommes, et brûlè- 
rent la ville d'Erétrie. Datys passa ensuite dans l'Attique. Les Athéniens 
attendaient un renfort des Lacédémoniens ; cependant le danger allait 
toujours croissant , et il était déjà question de livrer bataille sans attendre 
ce secours, ou de se renfermer dans la ville. Il fut décidé, sur la propo- 
sition de Miltiade , qu'on attaquerait l'ennemi. L'énorme supériorité des 
Persans en nombre n'intimida pas ce grand homme , et n'inspira aucune 
crainte à ses troupes , qui étaient composées d'hommes choisis , et déter- 
minés à périr plutôt que de porter des fers. Elles avaient en outre la plus 
grande confiance dans leur discipline , et dans l'habileté de leurs chefs. 
Miltiade prit position dans un lieu ressére , et dont les accidens ne per- 
mettaient pas à l'ennemi de s'y étendre. Les Persans furent défaits , et 
cest de cette fameuse journée que date la gloire militaire des Grecs. 



de la Grecs. â&r 

net* le degré de puissance , que les causes physiques et morales peu- 
vent exercer sur le nombre, sur l'ordre et sur la forme, ils par- 
vinrent à créer un corps formidable , connu sous le nom de Pha- 
lange (i), où l'infanterie pesamment armée, l'infanterie légère et 
la cavalerie étaient réunies dans les rapports les plus naturels et 
les plus convenables aux tems , aux armes ^ et à la manière de corn- 
ai) L'invention du calcul pour la formation de la phalange est due 
à Miltiade , à Xénophon , à Agésilas , à Epaminondas et autres grands 
capitaines , et non à Philippe de Macédoine. Voy. Mezeroy ibid. pag. 5a6. 
Philippe ne fit que perfectionner la phalange , en lui donnant un aspect 
plus formidable , et en en fesant un corps stable et permanent. Voici la des- 
cription que fait Arrien de la phalange Macédonienne ( Tactica c. XV. ), 
La phalange Macédonienne présentait à l'ennemi une image terrible, non 
seulement sous le rapport du combat, mais encore par son aspect. L'homme 
avec ses armes ny occupait pas un espace de plus de deux coudées. La 
longueur de la surisse ( c'était le nom de la lance Macédonienne ) était 
de seize coudées , dont quatre se perdaient entre les mains et la tête 
de celui qui la tenait , et les douze autres s'' étendaient au delà du pre- 
mier rang. Ceux du second n'en perdaient que deux coudées , et poussaient 
leur lance en avant jusqu'à dix autres coudées. Ceux du troisième rang 
la portaient à huit et encore plus , ceux du quatrième à six , enfin ceux 
du sixième à deux seulement. Ainsi chaque homme du premier rang 
avait de chaque côté six lances , qui s'avançaient au devant de lui à 
des distances inégales , et dont la résistance en lui servant comtne de 
soutien , augmentait encore l'action de ses propres forces. Ceux du 
sixième rang aidaient ceux qui les précédaient , sinon avec leurs lan- 
ces , au moins par leur propre poids , et imprimaient ainsi au choc de 
la phalange une vigueur à laquelle l'ennemi ne pouvait résister , en 
même tems qu'ils mettaient les derniers dans l'impossibilité de fuir. Dio- 
dore de Sicile ( liv. XVI. ) nous apprend que Philippe imagina de per- 
fectionner l'organisation de la phalange sur les anciens principes de guerre ■> 
qui , depuis la guerre de Troie , étaient encore suivis , en prenant pour 
guide l'exemple des héros , dont l'usage était de combattre pressés les 
uns contre les autres , et tenans leurs boucliers joints ensemble. Selon 
le même Arrien , la phalange Macédonienne était composée cle seize mille 
trois cent quatre vingt quatre hommes pesamment armés ; d'un corps de 
Yélites, dont le nombre était la moitié de celui des premiers; et d'un 
corps de cavalerie,, aussi moins nombreux cle moitié que celui des vélites. 
La composition de cette phalange était calculée clans de telles proportions , 
qu'elle pouvait se diviser par deux jusqu'à l'unité , et doubler ou res- 
serrer son front selon que le besoin l'exigeait. 

Europe. Vrl. 1. 3g 



des soldats. 



a8a Milice 

Diverses battre. Nous nous dispenserons de parler ici du coin* des colonnes. 
Ae i a phalange, du clsêau , ûa carré et antres figures que la phalange pouvait pren- 
dre devant l'ennemi , selon le besoin et les circonstances , et dont 
on trouve la description dans Arrien, dans Elien, dans Xénophon , 
et dans Végéce : nous dirons seulement que la phalange avait en 
outre l'avantage de réparer facilement ses pertes ; car elle pouvait 
remplir de suite les vuides qu'y laissaient les morts et les blessés , 
en leur substituant d'autres soldats qui se succédaient du sein de 
ses files profondes et bien serrées (1). Aussi, n'est-il guères permis 
de douter que les phalanges Grecques auraient vaincu, ou au moins 
lassé les légions Romaines , si les divisions de cette nation , et au- 
tres causes morales, dont nous avons déjà parlé, n'eussent occasionné 
des révolutions , qui firent passer la Grèce et l'Asie sous le joug de 
la puissance Romaine. 
Traitement Dans les tems héroïques, les soldats fesaient la guerre à leurs 

dépens; mais après que l'ambition et le désir des conquêtes eurent 
entraîné les armées Grecques au delà de leurs frontières , l'Etat 
fut obligé de venir au secours des soldats en leur assignant un 
traitement. A Sparte, Lysandre, au rapport de Plutarque, avait 
fait augmenter la solde des troupes qui devaient marcher avec lui 
contre Cyrus. Cette mesure devint d'autant plus nécessaire à Athè- 
nes , que les habitans de cette ville étant, presque tous artisans, 
n'avaient pas d'autre moyen de subsistance que leur travail et leur 
industrie (a). Pour subvenir aux frais de leur solde et autres dépen- 

(1) La phalange , dit Arrien , Tactlca c. XIII. , demande quel-' 
quefois à être ordonnée en long avec une certaine aisance , selon que 
le terrein le permet , et qu'on le trouve avantageuse : d'autres fois on 
la resserre pour lui donner plus de consistance , et imprimer plus de 

force à son choc contre l'ennemi. C'est ainsi quEpaminondas disposa 
les Thébains à la bataille de Leuctres , et les Béotiens à celle de Man- 
tinée } en fesant de ces troupes comme une espèce de coin , qu'il poussa 
avec violence dans les rangs des Lacédémoniens . On se sert du même 
moyen , lorsqu'il s" 1 agit de repousser les attaques de l'ennemi, et on l'em- 
ployé avec succès contre les Sarmates et les Scythes. On voit par ce pas- 
sage d' Arrien , que la phalange était une espèce de machine , qui présen- 
tait plusieurs fronts et prenait diverses formes , selon que l'exigeaient le 
lieu } le tems et la position de l'ennemi. 

(2) Dans la république d'Athènes , le fantassin avait deux oboles par 
jour , et le cavalier une drachme. Nous parlerons ailleurs de la valeur 
des monnaies Grecques. 



Sacrifice 

Hymne, 



de la Grèce. â83 

ses de guerre , il y avait à Athènes un trésor pubblic , à l'insuffi- 
sance duquel on suppléait , en teras de détresse , par de dons et même 
par le produit de la vente des vases sacrés et des ornemens des temples 
et des autels. Lorsque la guerre était déclarée 3 on érigeait dans le 
forum un tribunal , où les Tassiarques et les Hipparques présen- 
taient aux Stratèges, ou au Polémarque le rôle des citoyens qui avaient Conscription, 
lage de la conscription, c'est-à-dire de dix huit jusqu'à soixante 
ans. L'ordre avec lequel se fesait cette conscription était tel , que 
personne ne pouvait se plaindre d'y avoir été appelé plus souvent 
qu'à son tour. A Lncédétnone , où tout citoyen était soldat, les Epho- 
res fesaient proclamer l'âge de ceux qui devaient prendre les armes, 
ainsi que celui des individus qui devaient composer le corps des ar- 
tisans attachés à l'armée: car les Lacédémoniens étaient dans l'usage 
d'établir dans leurs camps des ateliers de tons les arts et métiers 
qui leur étaient nécessaires , tandis que les Athéniens et autres peu- 
ples n'emportaient avec eux que les choses les plus indispensables, 
dans les bagages qui suivaient l'armée sous la garde d'une escorte (i). 
Au moment de marcher à l'ennemi , les Grecs fesaient des li- 
bations et des sacrifices aux Dieux, et entonnaieut ensuite le Paea- 
na, ou l'hymne de Mars. Après la victoire, ils chantaient le Paea- 
na d'Apollon (a). Les Spartiates surtout fesaient précéder leurs 

(i) Le soldat Grec portait avec lui ses vivres pour plusieurs jours. 
Ces vivres consistaient ordinairement en viande salée , en fromage , en 
olives , en oignons et autres choses semblables. A cet effet , il avait une 
espèce de corbeille ou de carnassière en osier , appelée yvliov , ayant la 
forme d'un vase long et très-étroit aux deux bouts. V. Svidas , Potter , 
et le Scholiaste d'Aristophane. 

(2) Le Paeana était proprement l'hymne d'Appollon ; et on le nom- 
mait ainsi , soit en raison du sujet itala , qui veut dire je guéris , parce 
que ce Dieu présidait à la santé; soit par analogie au mot ira'uiv x . qui 
signifie battre , parce qu'Apollon avait battu et vaincu le serpent Python ; 
mais dans la suite on donna le nom de Paeana à tous les cantiques qu'on 
chantait de même en l'honneur des autres divinités ; et on lit dans Xéno- 
phon,, que les Spartiates chantaient aussi le Paeana à la louange de Nep- 
tune. Ce peuple avait encore un autre hymne , qu'il entonnait à la guerre 
en l'honneur de Castor et Pollux. Les Thébains et les Macédoniens , au mo- 
ment d'en venir aux mains avec l'ennemi , invoquaient Mars , non par des 
chants , mais en poussant de grands cris , selon l'usage des tems héroï- 
ques. V. Hist. de V ' Acaclém. R. des Inscriptions etc. T. XL. Mémoire 
sur la guerre considérée comme Science par M, Joly de Maheroy, 



z$4 M 1UCE 

opérations militaires de tant de cérémonies religieuses , qu'ils né- 
gligeaient quelquefois les choses les plus pressantes pour les celé* 
df^'flTtùus ^ re1 ' ^ s ne se mettaient jamais en campagne avant la pleine lune , 
comme nous l'avons déjà observé , ni avant que leur Roi n'eût im- 
molé à Jupiter conducteur et aux autres Dieux un grand nombre 
de victimes. Si les auspices étaient favorables , le Périfore ou por- 
Feu sacré, teur du feu , prenait sur l'autel un tison allumé, et marchait à la 
tête de l'armée jusqu'à la frontière. Là, on fesait de nouveaux 
sacrifices à Jupiter et à Minerve; et après avoir encore pris les 
auspices, l'armée se remettait en marche, toujours précédée du feu 
sacré. Les sacrifices se fesaient aux premiers rayons de l'aurore , 
usage qui semble dénoter dans les Lacédémoniens l'intention d'être 
les premiers à invoquer l'assistance des Dieux , comme le pensent 
Hérodote et Xénophon. Arrivé près de l'ennemi, on immolait une 
chèvre s ensuite les flûtes commençaient à jouer : aussitôt , chaque 
combattant, par une loi expresse de Lycnrgue , devait avoir une 
couronne. Les jeunes gens, qui étaient désignés pouf engager le com- 
bat , avaient seuls le droit de pousser un cri de joie, et de faire 
éclater les transports de leur ardeur guerrière. Les autres soldats, 
depuis ¥ Enomotarque jusqu'au dernier guerrier, gardaient un pro- 
fond silence. Toute 1' armée brûlait de vaincre , et l'amour de la 
patrie enflammait tous les cœurs. L'habillement même du soldat 
inspirait une espèce de terreur, étant violet, c'est-à-dire d'une cou- 
leur tirant sur le sang , qui par conséquent ne permettait pas de 
distinguer si celui qui le portait était blessé (ij. 

Le commandement se fesait de diverses manières dans les ar- 
mées Grecques : tantôt c'était le capitaine qui le donnait à haute 
yoix i tantôt-il s ? annonçait au son de la trompette, au bruit d'un 
bouclier, ou par des signes du corps, de la main, de l'épée ou 
d'une pique (a). Au signal du combat , les soldats abaissaient la 
lance ( qui , hors de là , se tenait appuyée à l'épaule droite ) , 



Silence. 



Signes du 
commandement 



(i) V. Plurarq. Instib. Lac. Dans les antiquités d'Herculanum tom. 
VII. planche III , on voit la Pallas de Sparte portant de même un vête- 
ment de couleur violette. 

(2) On prétend que l'invention de plusieurs signaux militaires est 
due à Palamède , un des guerriers qui assistèrent au siège de Troie : Or- 
dinem exercitus , dit Pline liv. VII. chap. 56 , signi dationem , Cesseras , 
yigilias Palamedes inveniù trojanp beÏÏQ r 



. Signaux 
avec Le feu- 



de la Grèce. s85 

et s'avançaient lentement et bien serrés contre l'ennemi. Mais com- 
me il pouvait arriver que le désordre de la mêlée , le bruit des 
combattans et des chevaux, la poussière, l'éloignement et une foule 
d'autres circonstances rendissent impraticable ou inutile l'u?age de 
ces signaux , on y suppléait par des feux de matières ligneuses ou 
bitumineuses , qu'on allumait de distance en distance, lî parait que 
ce moyen était déjà connu du tems d'Homère, comme l'indique le 
an. e vers du XVII. 6 livre de son Iliade; et qu'on l'employait en- 
core pour la communication des nouvelles d'un lieu à un autre, 
et même à de grandes distances : ce qui était une suite de l'ob- 
servation qu'on avait faite , que la lumière consistant dans le mou- 
vement d'une matière plus subtile que l'air, elle se propage avec 
plus de vitesse et toujours en ligue droite (i). M;iis à l'époque dont 
nous parlons , ces signaux ne se bornaient pas simplement à fin-*- 
dication d'une action: on était déjà parvenu, au dire de Polybe „ 
à en former un langage de convention, par le moyen duquel on 
exposait tout un événement , sans rien laisser de vague ou d'incer- 
tain dans l'esprit de ceux auxquels on voulait parler. Il serait trop 
long d'entrer ici dans le détail de toutes les opérations qui se fe- 
saient successivement, pour établir ce genre de correspondance en- 
tre les personnes qui voulaient se communiquer leurs idées ; c'est 
pourquoi nous nous contenterons d'en exposer le plan matériel. D'a- 
bord on rangeait toutes les lettres de l'alphabet sur quatre à cinq £jJXufs e ia 
colonnes s ou lignes disposées parallèlement les unes au dessous 
des autres; secondement, celui qui devait donner le signal, com- 
mençait par désigner le rang de la colonne, où il fallait chercher 



Mêiho 



respojidanue 
militaire. 



(i) Escliile nous donne la preuve la plus convaincante de cet usage dans 
sa tragédie d'Agamemnon Après avoir annoncé la prise de Troie , Clytem- 
nestre est priée par le Choeur de dire comment elle a su cette nouvelle , à 
quoi elle répond ainsi : nous en sommes redevables à Vulcain; l'éclat de ses 
feux est; arrivé jusqu'à nous : un signal a fait allumer un autre signal. 
Les premiers feux qui ont été aperçus sur le mont Ida , ont fait allu- 
mer ceux du mont consacré à Mercure dans Vile de Lemnos, L'éten- 
due des eaux qui sépare cette ile du mont Alhos à été b tentât éclairée 
par des flammes } et le mont de Jupiter a été aussitôt couvert d'autres 

feux De longues traînées de lumière , sont arrivées jusques sur 

le mont Arachnê (c'était l'endroit le plus prés d'Àrgos, et du palais des 
Atrides \ Voilà comment nous est parvenue la grande nouvelle que je 
vous annonce, y. Aesch. Agam. vers. 289 et suiv. 



a86 Milice 

ïa lettre, qu'il voulait indiquer: cette colonne se désignait au moyen 
d'un, de deux ou trois flambeaux, qu'on élevait toujours à la gau- 
che , selon que la colonne était la première, la seconde ou la troi- 
sième , et ainsi de suite; troisièmement , l'attention de l'observateur 
étant ainsi fixée,, on indiquait la première lettre de la colonne par 
un flambeau, la seconde par deux et la troisième par trois, de 
manière que le nombre des flambeaux répondît parfaitement au 
numéro qu'avait la lettre dans cette même colonne. On écrivait alors 
la lettre indiquée, et continuant ainsi, on parvenait à former des 
syllabes, des mots et des phrases entières. Celui qui fesait le signal 
avait en outre un instrument géométrique , auquel étaient adaptés 
deux tubes , afin de pouvoir connaître la droite ou la gauche de 
celui qui devait donner la réponse (i). Avant de terminer ce pa- 
ragraphe, nous croyons à propos de dire un mot d'un moyen que 
le gouvernement employait , pour transmettre aux Généraux les or- 
dres qu'il voulait tenir secrets. On se servait pour cela de courriers 
armés à la légère , qu'on appelait Haspo^pô^oi , c'est-à-dire cour- 
Coumers tiers diurnes , crui avaient l'esprit fécond en stratagèmes, et savaient 

diurnes. l l ... 

se soustraire à la vigilance de l'ennemi. Tel était ce Fidippe , dont 
parle Cornélius Nepos dans la vie de Miltiade. On remettait à ces 
courriers l'ordre, écrit de manière à ne pouvoir être lu que de 
la personne à laquelle il était adressé. Les Lacédémoniens avaient 
Scutal. pour cela leur fameux <™ura/l??, ainsi appelé, du mot axiroç , qui 
veut dire peau, parce qu'ils consistait en une espèce de parchemin 
blanc , de la longueur de quatre coudées, qui se roulait autour d'un 
bâton de la manière suivante. On prenait deux bâtons noirs, d'une 
dimension parfaitement égale. On remettait un de ces bâtons au 
Général au moment de son départ pour l'armée , et l'autre restait 
près des magistrats. Lorsqu'il y avait une communication à faire 
au Général, on roulait autour de ce bâton un parchemin long, 



(i) Le témoignage de Polybe , historien judicieux sans contredit et 
exempt de tout supçon de mensonge , est confirmé par celui de Jules 
l'Africain , de Tite-Live , de Végéce et de Plutarque , qui s'accordent tous 
à dire , que les Romains fesaient aussi usage de semblables signaux. On ne 
peut nier d'après cela, que l'invention des télégraphes , qui a tant fait de 
bruit de nos jours , ne fût anciennement connue des Grecs. Il faut lire 
à ce sujet le beau discours de l'abbé Sallier. Mémor. de Littérat. de V A- 
cadém. Roy. des Inscriptions etc. Tom. XIII. pag. 4 00 - 



de la Grèce. 287 

mince, et fesaot beaucoup de plis, sur lequel on écrivait la chose 
qu'on voulait communiquer. On levait ensuite ce parchemin , qui alors 
ne présentait plus que des mots tronqués, confus, et dénués de sens , 
et on l'envoyait ainsi au Général , qui , eu l'appliquant sur son bâ- 
ton , retrouvait chaque mot dans l'ordre qu'il avait été placé, et 
lisait ainsi ce qu'on lui avait écrit (1). 

Les Grecs fesaient encore usage d'une marque appelée Çùvâ^/ia 9 
qui distinguait la sentinelle , et que les soldats portaient avec eux en 
tems de guerre , pour se reconnaître dans la mêlée. Sur cette marque 
était écrit un augure , ou le nom de quelque divinité , ou même celui 
du Général en chef. Mais elle donnait lieu souvent aux incouvéniens. 
les plus fâcheux, soit par les retards qu'elle pouvait occasionner au 
moment d'une action, soit par les facilités qu'elle offrait à la trahi- 
son, comme il arriva, au rapport de Thucydide, dans le combat entre 
les Athéniens et les Syracusains. Les sentinelles étaient de deux sor- Sentinelles, 
tes, les unes diurnes et les autres nocturnes: il y avait des capitaines 
ou préfets qui parcouraient le camp de nuit , pour s'assurer de leur 
vigilance. Quelquefois encore on sonnait tout-à-coup une petite clo- 
che appelée niman , à laquelle les sentinelles étaient obligées de ré- 
pondre par un cri: sur quoi on peut voir Svidas et Aristophane dans 
les Grenouilles. Il était défendu aux sentinelles de Sparte d'avoir un 
bouclier, pour que la privation de cette arme défensive les rendît plus 
attentives à ne pas se laisser surprendre par l'ennemi. Svidas , et le 
Scholiaste de Thucydide, mettent encore au nombre des signes du 
commandement les enseignes militaires , qui , levées , étaient le si- Enseigne», 
gnal du combat, et baissées celui de la retraite. Nous avons vu 
dans Homère , qu'Agamemnon agita en l'air un morceau de pour- 
pre pour rallier les soldats. Dans les tems historiques , l'enseigne 
consistait en une espèce de casaque de pourpre ou autre cou- 
leur , attachée au bout d'une pique (a). Cette casaque portait 
l'image de quelqu'animal , ou autre objet allégorique à la ville 
à laquelle elle appartenait. Ainsi Athènes avait sur ses ensei- 
gnes une chouette et un olivier, parce qu'elle était consacrée à 
Mercure ; à Thébes c'était un sphinx en mémoire du fameux 
monstre tué par (Edipe ; à Mécènes la lettre M des Grecs, et à 

(1) V. Potter. Arch. Gr. liv. III, cliap. XIV. Pindarl Scholiast. 
Ode VI. Olymp. Plut, in Lysandro. 

(2) Voy. Potter, ainsi que Polybe vers la iin de son second livre. 



'a88 « Milice 

Lacédémone le A (i). Nous avons déjà vu, qu'à l'époque des teim 

Trompettes, h 'roïques , on ne connaissait pas l'usage de la trompette dans les 
combats, car Homère n'en fait mention que dans les comparaisons 
qu'il prend du costume de son teras , comme le fait observer Eus- 
tase (a). Or ce Scholiaste nous apprend, que les trompettes en 
usage chez les Anciens (3) étaient de six sortes différentes , sa- 
voir; la trompette de Minerve, celle d'Osiris , celle des Calâ- 
tes, la Paphlagonique , la trompette des Médes , et la Tyrrhé- 
nienne. Cette dernière parait avoir été celle qui était la plus usi- 

Trompeue tée chez les Grecs (4). On raconte qu'ils la tenaient d'un Tyrrhé- 

jnwiuenne. ^^ nomm £ Arcondas, qui était venu au secours des Héraclides , 

environ quatre vingts ans après la prise de Troie. Cette trompette 

était longue, droite, avec une ouverture très-large, et elle rendait 

(i) Les anciens monumens ne nous offrent aucune trace delà forme 
des enseignes militaires : car il ne faut point prendre pour telles , comme 
nous le verrons ailleurs , les banderolles qu'on aperçoit entre les mains 
de quelques cavaliers dans les peintures des vases Grecs. Gonon et Cléo- 
anène firent aussi usage d'un manteau rouge attaché au bout d'une lance 
en guise de signal. V. Polyen. Sbrategem. , Conon. et Plutarch. in Cleo- 
mene. Gurtius rapporte aussi qu'Alexandre , pour suppléer au son de la 
trompette que ses soldats n'entendaient pas bien , perticam quae undique 
conspici possit , supra praetorium statua. Ex qua signum eminebab 
pariter omnibus conspicuum , et il ajoute que observabatur ignis noctu , 
fumus inberdiu, Liv. V. chap. 2. §. 7. 

(2) Eustat. Tom. II. pag. ii5g lign. 54 et suiv. édib. de Rome. 

(3) Avant l'invention des trompettes , on se servait de conques mari- 
nes ou de buccins. Quum vero a Tyrrhenis , dit Tzetzè , Comment, in 
Lycophr. Cassandram , invenbae fuere tubae , tum vel buccinandi con- 

„ suetudo per cochleas cessavib. Ce Scholiaste croit néanmoins que la trom- 
pette était en usage dés la guerre de Troie , induit en erreur sans doute 
par le 219 e vers, du VI. e livre de l'Iliade., où Homère prend une com- 
paraison du son de la trompette. L'opinion de Tzetzé est combattue par 
Politi , qui, au contraire, loue Lycophron de ce que apposite ad personam 
Cassandrae loquentis , Heroicorum , seu Trojanorum temporum morem 
sitnpliciter repraesenbaverib , cum , ante inventant bubam , concha seu 
buccina utebantur. Quod enim Homerus tubae ebiam apud Graeeos 
meminerib , non pro Trojanis certe bemporibus , sed pro bemporibus suis 
ipse esb locubus. Ad Iliad. E. pag. 1288 num. 6. 

(4) Diod. de Sic. liv. V. Sophocl. Scholiast. dans Ajac. , v. i5. Clé- 
ment d'Alexandrie Stromabum liv. I. er On pourrait encore joindre au té- 
moignage de ces écrivains celui de plusieurs autres. 



Buccin. 



de la Grèce. 2,89 

un son aigu et clair, auquel Ulysse dans Sophocle compare la voix 
de Minerve (1). Nous pensons que telle est celle dont se sert le 
guerrier représenté à la planche XXXVIII des peintures des vases 
Grecs de Millingen , vêtu d'une chlamyde et d'une tunique riche- 
ment brodée , pour ranimer le courage des Grecs dans une bataille 
contre les Amazones. Voy. le n.° 1 de la planche 4° ( a )« ^ est 
encore fait mention tlans Végéce d'une autre espèce de trompette, 
qu'il dit être de cuivre ou autre métal, et se replier sur elle même 
en forme de cercle (3). Mais comme cet auteur parle de la milice 
Romaine, nous ne samious guères décider, si ce qu'il dit à ce sujet 
peut toujours s'entendre des Grecs: car nous n'avons trouvé jusqu'à 
présent dans les monumens , rien qui puisse résoudre cette ques- 
tion. Nous ne pouvons donc rien dire de positif sur la forme de la 
trompette de Minerve , qu'Eustase a été le premier à nous désigner. 
Néanmoins nous croyons à propos , pour complément de nos recher- 
ches, de représenter au n.° a, une trompette spirale, qu'on voit Trompette. 
dans les peintures des vases d'Hamilton, et qui pourrait bien être s P irale - 
le buccin des Grecs (4)- Dans l'original , le guerrier qui porte la 
trompette précède un quadrige. Il tend la main droite , en signe 
d'hospitalité ou d'amitié , à un vieillard qui est assis sous un por- 
tique. Au bout de cette trompette pend un morceau d'étoffe ou de 
toile , dont on ne peut distinguer précisément la matière (5). 

(1) Ajax Flagell. vers. 16. 

(2) On voit une trompette semblable à la planche 5o T. IV des va- 
ses d'Hamilton,, édition originale. Or ces trompettes sont parfaitement éga- 
les à celles qui se trouvent dans le Musée Etrusque : d'où l'on doit con- 
clure , que celle qui vient d'être décrite , est réelement la Tyrrhénienne. 

("5) Tuba , quae directa est appellatur Buccina , quae in semé- 
tlpsam aereo circula flecûbur. Liv. III et V. Quant au buccin , on peut 
consulter Bartolini De bibiis veterum etc. liv. III. , et Bonnani , Cabinet 
Harmonique , pag. 5i , édit. de Rome 1723 

(4) Vol. IL planche 106 , édition originale. Les guerriers qui accom- 
pagnent le char , ont la tête couronnée de laurier. Cette circonstance donne 
à penser, qu'il s'agit ici d'" vainqueur revenant des jeux olympiques. 
Dans cette hypothèse, le 6 ,. rier qui a la trompette, et qui précède le 
char , pourrait bien être le porteur de la nouvelle de la victoire rempor- 
tée par le fils du vieillard , dont il serre la main droite. 

(5) On retrouve cette même ligure à la planche VI. du Musée Etrus- 
que , prise d'un vase de Dempster ( Etruria B.eg. vol. I. planche 48 ). 
Bonarotti est d'avis , que la peinture de ce vase représente Beiione Déesse 

Europe. Vol. I, 3_ 



29° Milice 

Divers autres Certains peuples de la Grèce fesaient encore usage de divers 

instrument o 



de mmk/ue autres instrumeos pour s'animer au combat. Clément d'Alexandrie 
dit que les Arcadiens combattaient au son du chalumeau à sept 
tuyaux, les Cretois à celui de la lyre, les Lacédémoniens à ce- 
lui de la flûte (i), et les Siciliens au son du luth à deux cor- 
des. Le témoignagne de Clément pourrait être confirmé par l'au- 
torité de plusieurs autres écrivains, si le sujet que nous traitons 
n'était pas aussi connu. Les Grecs étaient tellement persuadés des 
effets merveilleux de la musique, qu'ils regardaient cet art comme 
«ne partie essentielle de celui de la guerre. Aux sons des instru- 
mens militaires il mêlaient souvent le chant d'hymnes et de chan- 
sons guerrières. Il n'est rien de plus propre en effet à élever Pâme 
et à enflammer le courage, qu'une poésie mâle et sublime, accom- 
pagnée de l'harmonie du chant et des sons. Telle est l'opinion que 
nous donne Horace de l'effet que produisaient les vers d'Homère 
et de Tyrtée sur l'ame des guerriers: 

. . Post hos insignis Homerus 

Tyrtaeusque mares animos in martia bella 
Versïbus exacuit (aj 

des Etrusques _, précédant la pompe d'un guerrier -victorieux. Voici com- 
ment la décrit Passeri : Illa currum briumphantis ducis , et pompam 
praecedit, gale a , pictaque tunica insignis. Sinistra tenet tubam , in 
pïures spiras circumvolutam , e qua dependet pannus , cujus fimbria in 
plures radios dissecta est. Mais on a vu aux pag. 78 et 101 de ce volume,, 
que les vases , improprement appelés Etrusques , appartiennent plus à la 
Grèce qu'à l'Etrurie. L'habillement des figures de ce même vase est en- 
tièrement Grec. C'est pourquoi nous ne croyons pas avoir émis une opinion 
bazardée , en disant que la trompette qu'on voit représentée ici , peut 
bien être celle des Grecs. Au reste , si les Grecs tiennent des Tyrrhéniens 
l'usage de cet instrument, il s'ensuivra toujours, que les trompettes qu'on 
voit dans les monumens Etrusques , peuvent nous fournir l'idée , ou une 
image de celles des Grecs. On trouve à la planche 178 du Musée Etrus- 
que, des buccins faits en forme de corne , (voy. la figure 3 de la planche 40). 

(1) In Paedagogo , liv. II. pag. 164 édit. 1641- Nous parlerons de 
la forme de ces instrumens à l'article des beaux arts. 

(2) De Art. poet. v. 4.01. « Si, dit M. r De-Maizeroy , nous notions 
pas trop dominés par l'habitude , et par cet esprit de prévention qui nous 
fait dédaigner les anciens usages , il y en aurait plusieurs dont nous pour- 
rions faire une heureuse application. Nos ancêtres , qui n'étudiaient pag 



pyrrhique. 



de la Grèce. 2,9 i 

Tout le monde sait que , dans la seconde guerre de Messènes , les La- dg t f/^ sique 
cédémoniens , succombant à leur accablement, ne furent enfin re- militaire. 
devables de la victoire qu'à Tyrtée. On trouve de semblables exem- 
ples dans Thucydide , dans Xénophon et dans Polybe. Le son des 
flûtes allégeait la fatigue des marches longues et précipitées, raf- 
fermissait les cœurs timides, et, parla régularité de sa mesure, ré- 
glait les pas et les mouvemens des troupes, de manière à eu former 
une espèce de danse (1). Le poète Philocore dit, dans Athénée , que 
les Lacédémoniens entraient en bataille d'un pas qui était mesuré 
sur le mètre des hymnes de Tyrtée, et ajoute qu'eux seuls avaient 
conservé l'usage de la danse pyrrhique , comme un exercice guer- 
rier (fa). Cette danse , dont quelques auteurs font remonter l'origine 
jusqu'à l'époque du siège de Troie , était , dit-on , un des amuse- 
mens auxquels se livrait la jeunesse Grecque, pour charmer les en- 
nuis de ce long siège; elle consistait à marcher en cadence, et à 
manier l'épée, la lance et le bouclier en mesure et avec une espèce 
d'harmonie (3). Elle avait en outre l'avantage de donner au corps de Dame 
la force et de l'agilité , et aux membres tout le développement pos- 
sible. On lit dans Strabon que Minos fut le premier à l'établir en 

les anciens , ont néanmoins reconnu comme eux la nécessité d'exciter le 
courage des guerriers. Les moyens qu J ils employaient pour cela , quoique 
très-imparfaits , étaient pris dans la nature même. Les Francs poussaient 
dans les commencemens des cris confus , comme tous les autres peuples 
barbares. Chaque troupe eut depuis un cri particulier .... Ils se mirent 
aussi à chanter ; et tel était , par exemple , le chant de Roland , qui cé- 
lébrait les louanges de Charlemagne. Guillaume le conquérant le fit en- 
tonner par son écuyer Taillefer à la bataille de Hasring , dans laquelle 
il défit Harold son compétiteur au trône d'Angleterre. Gustave Adol- 
phe .... était dans l'usage de faire entonner à ses soldats, avant la ba- 
taille une chanson guerrière et animée qu'il avait composée lui même ». 

(1) Il est à remarquer que l'usage des flûtes et des hautbois, 
comme instrumens de guerre , était connu des Troyens : car Homère dit 
qu'Agamemnon entendait avec dépit s'élever dans le camp Troyen le son 
de ces instrumens. Iliad. liv. X. v. i3. 

(2) Les Lacédémoniens se servirent aussi quelquefois de la trompette , 
pour transmettre à l'armée les ordres du chef qui la commandait. C'est 
ce qu'ils firent dans le combat de Sélosie , entre Cléomène et Antigone, 
V. Polyb. liv. IL chap. 64. 

(3) Hector semble aussi faire allusion à la danse guerrière dans le 
yill. e liv. de l'Iliade,, ou il dit qu'il meut ses pieds au son de Mars. 



S9 a Milice 

Crète, cent ans avant la guerre de Troie ; et que Pyrrhus fils d'A- 
chille , dont elle prit le nom , ne fit qu'imiter ce législateur en 
l'introduisant parmi ses troupes. Cette danse était d'un usaee si 
général et si fréquent, qu'elle servait non seulement d'exercice mili- 
taire dans les camps, mais encore de divertissement dans les théâtres 3 
comme l'attestent les monumens les plus authentiques. Nous en avons 
tracé une image à la planche 41, d'après une des peinture des 
vases d'Hamilton , dont Baxter a aussi fait mention (1). L'armure 
que Pun des guerriers porte sur sa poitrine parait être composée 
de trois plaques circulaires et métalliques , et attachée au buste 
avec deux courroies qui se croisent sur les épaules , et descendent 
jusqu'au ceinturon sur l'aine : deux autres courroies embrassent la 
cuirasse au dessous de la poitrine , et c'est ainsi que les Romains 
la portèrent dans la suite. 

C'était encore un usage consacré chez les Grecs , d'offrir aux 
Dieux des sacrifices après la victoire: sur quoi il est bon d'observer 
avec Plutarque, dans ses institutions Laconiques , que les avantages 
remportés sur l'ennemi par la force des armes, se célébraient à 
Sparte par le sacrifice d'un coq seulement , tandis que pour ceux 
qu'on avait obtenus par la prudence ou la ruse , et sans effusion de 
sang, on immolait un bœuf au Dieu Mars: distinction par laquelle 
on vouloit exprimer, que les victoires qui ont coûté le moins de 
perte doivent toujours être préférées (a). On vit aussi les Grecs 
Trophée. élever des trophées sur les lieux où ils avaient vaincu : ce n'était 
d'abord qu'un tronc d'arbre , auquel étaient suspendus un casque , 
un bouclier, une cuirasse et quelques lances brisées. Ce tronc était 
le plus souvent un pied d'olivier, dont l'emblème signifiait que toute 
guerre doit avoir la paix pour objet. La simplicité des mœurs ne per- 
mit pas de long-tems d'élever des trophées d'un autre genre : aussi 
blamat-on la vanité des peuples, qui commencèrent à en construire 
en bronze et en marbre (3). L'inscription qui les décorait était 

(1) Edit de Florence, vol. I er planche 60. Baxter Th An Illustra* 
tlon of the Egyptian , Grecian etc. costume etc. London _, Setchel , 1814 , 
in 4.° PL 22 

(2) Porter. Archaeol. gr. liv III. ehap. XII. 

(3) Les Eléens furent peut-être les premiers d'entre les Grecs à 
élever un trophée en bronze , à la suite dune victoire qu'ils avait rem- 
porté sur les Spartiates. ( Voy. Plutarq. Ouaest. Rom. et Pausan. Eliae, 



de il a Grèce. 293 

sans faste, et n'indiquait que le nom des vainqueurs et des vaincus, 
ou celui de la divinité à laquelle le monument était consacré. Quel- 
quefois aussi on bâtît des temples et des autels, en l'honneur des 
victoires qu'on avait remportées. Ainsi les Doriens célébrèrent leur 
triomphe sur les Achéens, par l'érection d'un temple à Jupiter; et 
de même Alexandre , à son retour de son expédition de l'Inde , 
fit dresser , au rapport d'Arrien , des autels dont la hauteur sur- 
passait celle des tours les plus élevées. 

Les récompenses accordées aux gens de guerre dans les tems Récompenses? 
historiques, ne différaient guères de celles qui étaient en usage 
dans les siècles héroïques; elles se composaient de la part que 
chacun d'eux avait dans le partage des dépouilles et des esclaves pris 
sur l'ennemi. Le droit de la guerre était encore alors barbare et 
cruel: les vaincus étaient condamnés à l'esclavage, et les villes con- 
quises ruinées de fond en comble: conséquence naturelle, dit Go- 
guet , des maximes républicaines qui dominaient à cette époque 
chez les Grecs, et leur inspiraient une féroce antipathie con- 
tre l'ennemi. Il parait, néanmoins, cjue l'usage de consacrer aux ^f^fff 
Dieux une partie des dépouilles ennemies, fut plus généralement ZnsacilL 
suivi. On lit dans Hérodote que , d'une portion du butin fait sur aux Di ™ x ' 
l'armée innombrable des Parses, Pausanias fit faire à l'Apollon de 
Delphes un trépied en or , au Jupiter Olympien une statue du 
môme métal de dix coudées de haut, et une de sept à Neptune (i). 
Les armes enlevées à l'ennemi étaient également consacrées aux 
Dieux et suspendues dans les temples (a). Les guerriers fesaient 
même hommage des leurs propres à quelque divinité , lorsqu'ils pas- 
saient du tumulte des camps au repos de la vie privée. Mais avant 
de placer ces armes dans les temples , on avait soin de les mettre 
dans un état } qui ne permît point aux citoyens de s'en servir dans 
les révoltes et les séditions populaires; ainsi l'on ôtait aux boucliers 
la courroie par où l'on pouvait les saisir (3). L'oubli progressif des 



(i) Calliope , liv. IX. chap LXXX. 

(2) Il n'y avait que les Spartiates , au rapport d'Elien , Var. Hlst. 
liv. VI chap. VI. , auxquels il était défendu de dépouiller les cadavres 
ennemis de leurs armes : défense au sujet de laquelle Cléoméne fit cette 
réponse « Qu'il ne convient pas de consacrer aux Dieux les dépouilles 
des lâches , ni d'en enrichir un Spartiate ». 

(3) Aristophan. Equib. Act. II. Se. IV. 



^94 Milice 

anciennes maximes fit élever ensuite aux grands capitaines des statues 
et des colonnes , avec des inscriptions qui annonçaient leurs exploits. 
Néanmoins cet honneur ne fut accordé qu'à un très-petit nombre. 
Cimon l'obtint entre autres, et il fut refusé à Miltiade ainsi qu'à 
Themistocle. On rapporte môme , que certain Socar répondit en 
pleine assemblée à Miltiade , qui ne demandait qu'une simple cou- 
ronne pour prix de ses victoires: O Miltiade , tu obtiendras ce 
triomphe , lorsque la victoire ne sera due qu'à toi seul. On était 
pourtant dans l'usage à Athènes , de placer à la forteresse , comme 
dans un lieu sacré, les armes des braves, qui prenaient alors le sur- 
nom de Cécropides , c'est-à-dire de citoyens nés de l'ancienne et 
véritable race Athénienne. La valeur se récompensait aussi quel- 
quefois par le don d'une armure complette, comme l'eut Alcibiade, 
pour prix de son expédition contre Potidas dans sa première jeu- 
Entrêe nesse. Malgré que le triomphe ne fût point usité chez les Grecs , 
des vainqueurs, les vainqueurs ne laissaient pas de faire une entrée solennelle dans 
leurs villes, avec une couronne sur la tête, en chantant des hym- 
nes, et en brandissant la lance. Ils étaient suivis des vaincus , dont 
les dépouilles étaient données en spectacle au public. Il y avait à 
Athènes des lois concernant les militaires qui avaient perdu un 
membre à la guerre, ainsi que pour les enfans de ceux qui avaient 
sacrifié leur vie pour la patrie. Ils étaient entretenus les uns et les 
autres aux frais du trésor public, mais les seconds jusqu'à l'âge de 
majorité seulement ; lorsqu'ils y étaient parvenus , on leur donnait 
un armure 3 puis ils étaient présentés au peuple par un héraut , 
et congédiés avec honneur. Ces bienfaits assuraient à ceux qui en 
jouissaient, le droit d'occuper les premières places dans les specta- 
cles et les assemblées publiques (i). Mais, si d'un côté la bravoure 
était généreusement récompensée , de l'autre la lâcheté n'était pas 
moins sévèrement punie. Les déserteurs étaient mis à mort : le 
soldat qui s'était caché , ou qui avait abandonné son poste ou son 
rang était condamné, par une loi de Charondas, à rester pendant 
trois jours assis dans le forum en habits de femme. Il lui était dé- 
fendu de porter désormais une couronne, d'entrer dans les temples, 
et de paraître aux assemblées publiques (a). La perte du bouclier 



Punition 
des lâches. 



(i) V. Hesychium et Svidam , Vôc. Adivaxoi. et Veschitiem in 
Ctesiphontem V. etiam Laertium in Solone. 

(2} Demosthenes Timocratea. Aeschines in Ctesiphontem. 



de là Grèce. 2ç5 

emportait la peine d'une forte amende, et même de la prison ; c'est 
pourquoi on punissait aussi d'une amende , celui qui avait faussement 
accusé quelqu'un d'avoir jeté son bouclier. A Sparte surtout , on 
traitait avec beaucoup de rigueur ceux qu'avaient donné quelque 
preuve de faiblesse et de crainte , et il y avait une loi qui fesait 
au soldat un devoir de vaincre ou de mourir. Le lâche ne pouvait 
paraître en public qu'avec des habits sales et déchirés, et la barbe 
coupée seulement à moitié ; on peut voir à cet égard la vie d'Agé- 
silas dans Plutarque. Il était permis à tout le monde de l'outrager 
et même de le battre ; et le mariage contracté avec lui était frap- 
pé d'infamie. Le deshonneur dont le lâche était couvert s'étendait 
sur toute sa famille; et sa mère même n'hésitait pas , au premier abord, 
de le tuer de ses propres mains, pour échapper à cette ignominie, 

Armes , machines , cavalerie des tems historiques. 

Les détails dans lesquels nous sommes entrés sur les armes des 
tems héroïques s ne nous laissent que peu de chose à dire mainte- 
nant sur celles des tems historiques ; car , à la réserve de leur plus ou 
moins de grandeur, ces objets n'ont éprouvé que fort-peu de varia- 
tion. A commencer par les casques , on remarque qu'ils conservèrent Casques, 
toujours à-peu-près la même forme ; mais les changemens qui se 
firent clans leurs diverses parties et leurs ornemens furent si mul- 
tipliés ;, qu'il serait difficile de les classer par ordre. Ajoutons à cela 
l'embarras où l'on est, de pouvoir distinguer les casques Grecs des 
Romains. Dans les monumens des tems historiques , on trouve quel- 
quefois des casques avec le frontal qui parait avoir été mobile. Tels Frontal 
sont ceux des n, os 4 et 5 de la planche ^o , qui sont pris; le pre- 
mier des pierres gravées du Cabinet de Florence, et le second des 
Monumens antiques de Winkelmann. Ce docte antiquaire croit 
voir ici Amphiaraùs un des sept héros de la ligue contre Thébes , 
lequel était à la fois poète et prêtre d'Apollon. Dans cette hypo- 
thèse , l'auteur de ce petit monument qui est en terre cuite, au- 
rait donné au casque un frontal qui n'est point propre aux tems 
héroïques: anachronisme dont on trouve plusieurs exemples dans les 
anciens monumens, ainsi que nous l'avons déjà observé. Quelque soit 
au reste le personnage ici représenté , le casque dont-il s'agit nous 
offre plusieurs particularités dignes de remarque : la première, c'est la 
feuille de laurier placée le long de la crinière } qu'elle semble cou- 



mobile • 



^9 6 Milice 

ronner. En outre, le casque de notre bas-relief ', dit Winkelmarm lui 
même , parait expliquer le mot TpitpdXsia , TpvtpâXeia 3 employé par 
Homère, dont le sens équivaut au triplex juba , qui, dans Virgile , 
caractérise le casque de Turnus : car on y aperçoit deux rangées de 
crins droits et coupes , entremêlés d'autres crins longs , qui retombent 
en arrière , et qui , dans le casque que Stace donne à Hyppomèdon , 
étaient blancs. La F allas gravée par Aspasius (i) porte un casque 
semblable. On voit distinctement dans ce casque, ainsi que dans le 
précédent, et autres dont cet ouvrage retrace les diverses formes, 
que le frontal n'est qu'un appendice qui y est joint par deux gou- 
pilles fixés aux extrémités, à l'aide desquels le guerrier pouvait le 
lever ou l'abaisser à son gré, à peu-près comme le devant de cer- 
tains bonnets usités de nos jours. Nous voyons en effet que cette 
espèce de frontal avait conservé chez les Grecs le nom de yeïaaov , 
suggrundium 9 parce que, comme nous l'avons dit à la page i5o, 
et comme l'observe encore Henri Etienne son usage était le mê- 
me que celui des gouttières adaptées aux toits des maisons. Or , 
comment le frontal , fait ainsi qu'on le voit dans les casques dont 
nous parlons, aurait-il pu faire la fonction de gouttière, s'il n'avait 
point été construit et placé de manière à pouvoir s'abaisser au be- 
soin ? Ces raisons nous paraissent suffisantes , pour démontrer qu'il y 
a tout lieu de croire, que l'usage du frontal mobile existait aussi à 
l'époque dont il s'agit (fi). Quelquefois le casque avait encore deux 

(i) Monum. anc. n.° 108. seconde partie pag. i43. 

(2) V. Henr. Steph. Thésaurus linguae graecae. Cet auteur nous 
donne l'étymologie suivante du mot yeïatrov : Suggrunda , s eu suggrun- 
dium , idest pars tecti prominens , qua stillicidia a parietibus arcentur ; 
et peu après il ajoute : metaphorice capitur pro eo omni quod suggrun- 
darnm in modum propendeb , c'est aussi dans ce sens qu'on donnait le 
même nom aux sourcils. Cet espèce de frontal est appelé visière mobile 
dans l'Encyclopédie méthodique. Il est à remarquer , qu'après avoir assuré 
( Antiq, Myth. T. V. pag. 85g ) que les casques des Grecs étaient or- 
dinairement sans visière mobile , les auteurs de cette Encyclopédie en re- 
présentent, dans le I. er tome des planches, plusieurs qu'ils indiquent comme 
étant à visière mobile. Nous avons cru plus à propos de désigner ces cas- 
ques avec le frontal , qui semble a'voir été mobile : car on ne peut for- 
mer à cet égard que des conjectures , à cause de la difficulté qu'il y a 
de distinguer dans les monumens, comment cette espèce de frontal était 
fixé au casque. 



de la Grèce. 397 

plaques de chaque côté, qui servaient à défendre les oreilles et Casque» 
les joues. Voy. le n.°6 pris des Monumens antiques de Winckel- les plumes <ac% 
mann. On trouve en outre après la guerre de Troie des casques 
avec des plumes, sans qu'on puisse déterminer l'époque où cet usage 
s'est introduit. Une des Minerves du Capitole a son casque orné 
de plumes, ainsi qu'une autre Minerve gravée sur une patère du 
Musée Etrusque. Nous avons représenté sous les n. os 7 et et 8, pris 
des vases d'Hamilton , deux de ces casques , et l'on en peut voir 
deux autres avec des ornemens semblables à la planche /\3. Mais 
nous ne finirions point cet article , si nous voulions faire remarquer 
toutes les variétés qui ont eu lieu dans les casques. Nous dirons Casques avec 

, 5 'j.11 * r-^i 1 tes oreilles , 

seulement qu on en voit dans les monumens concernans la Grèce les cornes et*, 
avec des oreilles longues et semblables à celles du cheval , et au- 
tres quadrupèdes., avec des ailes, avec des cornes (1), et même 
d'une forme peu différente de celle des casques de nos anciens 
chevaliers. Le luxe qui avait remplacé l'antique simplicité les avait 
tellement surchargés d'ornemens et de richesses, qu'on ne les regar- 
dait plus comme une armure défensive , mais comme un objet de pa- 
rure et de magnificence. Néanmoins celui des Lacédémoniens s'était Casques 
conservé dans son premier état, puisqu'au dire de Thucydide, il " 'dé*'"' 
ne garantissait pas suffisamment la tête de la pointe des flèches. 
Ce casque ressemblait aux bonnets des Dioscores et d'Ulysse , et 
le Scholiaste de Thucydide est d'avis qu'il était simplement de 
feutre (a). Les Macédoniens, quoique pesamment armés , ne cessèrent 
pas non plus d'avoir le leur en cuir. C'est pour cela , qu'au rapport 
de Diodore , Alexandre fut légèrement blessé à la tête, parce que 
son casque n'offrait pas assez de résistance aux coups. On lit pour- 
tant dans Plutarque,, que le casque de ce conquérant était garni, à 
sa partie inférieure, d'un collier de pierres précieuses. Cette coiffure 



Macédoniens 
ele. 



Cw 



que 



guerrière n'empêchait même pas que les Rois ne portassent en même le diadl 

(1) On lit dans Plutarque que le casque du Roi Pyrrhus était sur- 
monté de deux cornes de bélier. On voit dans le Musée Capitolin ( Tora. 
III. pi. 48 ) une statue , que quelques antiquaires ont prise pour celle du 
$oi Pyrrhus , et dont Spallart a tiré un superbe casque , qu'il donne com- 
me authentique. Mais il a été solidement réfuté par Winckelmann , Echel 
et Visconti. Ce dernier antiquaire croit reconnaître au contraire le Dieu 
Mars dans cette statue. Lens et Roceheggiani , partageant l'opinion vul- 
gaire , l'ont aussi rapportée comme représentant le Roi Pyrrhus. 

(2) Lens. Le costume etc. par Q. H. Martini pag. 77 et 78. 

Europe, F^qI. I f 3§ 



29B Milice 

tems le diadème ; car Alexandre ayant blessé Lysimaque au front 
en poursuivant l'ennemi, délia son diadème pour bander sa plaie (1), 
On vit ensuite les Empereurs Bysantins avec des diadèmes galeati^ 
ou des casques qui ont à leur partie inférieure un diadème , enri- 
chi quelquefois de perles et de pierres précieuses, usage dont nous 
avons déjà parlé à la page 206. Mais ce fut principalement sous- 
Huxeiani les successeurs d'Alexandre que la richesse, le luxe et la magni- 
des successeurs fïcence furent étalés , non seulement dans le casque 3 mais en- 

d' Alexandre. i Ai n it , ,. 

core dans toute 1 armure : les deux camées précieux rapportés sous 
les n.° 1 et a de la planche fa nous en fournissent un exem- 
ple. Nous avons déjà donné à la planche 10 n.° 4 du costume des 
Egyptiens, copie du beau camée représentant Ptolémée II Phi- 
ladelphie s avec Arsinoè fille de Lysimaque , sa première fem- 
me. « Les ornemens du casque et de l'armure , dit Visconti dans 
son Iconographie Grecque , y sont dignes de remarque. Un grand 
serpent ailé déploie ses replis sur la partie la pins convexe du 
casque: c'est le serpent de Gérés, divinité que les Grecs d'Ale- 
xandrie confondaient avec l'Isis des Egyptiens. L'astre Sothis , ou 
la canicule, consacré par Memphis à celte Déesse, brille au des- 
sus de la tête du serpent. Ce casque est ceint d'une couronne de 
laurier. La belle chevelure de Philadelphe , qu'un poète Grec 
contemporain chanta dans ses vers, retombe en boucles ondoyantes 
sur son cou (a). La divine égide faite eu écailles, et garnie de ser- 
pens , lui tient lieu de cuirasse: on y voit le masque de la Gorgo- 
ne ï et un autre masque barbu avec des ailes aux tempes : c'est 
sans doute l'image de Phobos, Dieu de la terreur, qu'Homère avait 
déjà placé sur cette fatale armure (3) , qui eut des temples à Ro- 
me , et que les Grecs regardaient comme le fils et le compagnon 
de Mars „ (4). Le camée n.° 1 qui se voit dans le cabinet Impé- 
rial de Vienne , n'est pas moins admirable. Il représente égale- 
ment Philadelphe , mais moins jeune : ce qui donne à penser que 

(1) Justini Hist. Liv. IV. chap, III. 

(2) Théocr. Idyl. XVIII. v, io3. 
£3) Iliad. V. v. ySg. 

(4) Ce camée est en pierre sardonico-onix. Il appartenait jadis au 
«abinet des Princes Gonzaga de Mantoue., d'où il passa ensuite dans celui 
de la Reine Christine de Suéde ; il avait déjà était publié dans les Musées 
Odescalco et Romain } comme représentant les portraits d'Alexandre et de 
sa mère Olympie : il se trouvait en dernier lieu dans le cabinet de l'Im- 
pératrice Joséphine. Voy, Visconti Jcon. gr. vol. III. pag. zoq. 



de la Grèce. 299 

la tête de femme qu'on voit à côté, puisse être celle d'Arsinoé 
sa sœur, qu'il épousa dans un âge plus avancé (1). Les choses à 
remarquer dans ce casque sont , les appendices ou les joues qui 
couvrent la barbe, et sur lesquelles est figurée la foudre 3 symbole 
de la puissace royale ; et une autre appendice qui descend sur 
le cou 3 portant Fempreinte d'une tête de Pan , qu'il est aisé de 
reconnaître à ses cornes de bouc , et à sa barbe agreste. Cette 
tête équivaut à celle du Dieu de la terreur , car Pan était re- 
gardé chez les Gentils comme la divinité d'où tiraient leur ori- 
gine ces terreurs , qu'on appelait paniques. Le n.° a représente 
le beau buste de Minerve en jaspe rouge , qui appartient aussi Casque 
au Cabinet Impérial de Vienne. Stosch , Winckelmann et Eckel **" * WW " 
mettent ce camée au nombre des plus parfaits , qui soient jamais 
sortis de la main des anciens sculpteurs. Il porte en lettres grec- 
ques le nom de l'artiste , qui est Aspasisus. Ce casque ne pourrait 
être ni plus riche, ni plus magnifique. Le cimier est surmonté d'un 
sphinx étendu; plus bas on voit un Pégase et un griphon. Pausa- 
nias rapporte que le casque de la fameuse Minerve d'Athènes, ou- 
vrage admirable de Phidias, portait aussi un sphinx et un griphon. 
Minerve avait dompté le Pégase avant d'en faire présent à Bellé- 
rophon , motif pour lequel ce cheval fut mis au nombre de ses at- 
tributs. On donna encore à cette Déesse le surnom d'équestre, pour 
avoir combattu , dans la guerre des géans , sur un char traîné par 
des chevaux : ce à quoi semblent faire allusion les cinq chevaux 
représentés sur la partie du casque qui couvre le front. 

Les Macédoniens conservèrent également l'usage des cuirasses Cuirasses de u, 
de lin à plusieurs doublures ; mais cette armure n'était point ca^- 
pable de parer les coups : car on lit dans Plutarque , qu'Alexandre , 
malgré la double cuirasse de lin dont il était couvert, courut le dan- 
ger d'être percé d'une flèche 3 qui pénétra bien avant dans son ar- 
mure. De même Iphicrate , comme nous l'avons observé , s'a perce- 
vant que les cuirasses des Athéniens étaient trop pesantes, parce 
qu'elles étaient en fer ou en bronze, les fit faire en lin (2). Nous 

(0 Voy. la description que fait l'illustre Ekel de ce camée merveil- 
leux , aussi en sardonico-onix. Choix des Pierres gravées , etc. PI. X. 

(2) L'usage des cuirasses de lin commença dès les tems héroïques , 
comme nous l'avons vu plus haut. Il faut lire à ce sujet la dissertation de 
Sigismond Lebrecht Hadelich : De lineis veterum Heroum thoracibus , 
et de insigni illorum, praestantia in re militari. Actor. Acad, Mogunt. 
Tom, II. pag. 672. 



3oo M ici ce 

aurons occasion de voir de ces cuirasses, lorsque nous parlerons des 
exercices gymnastiques et des jeux olympiques. En attendant, nous 
en présenterons une image dans le guerrier,, qu'on voit à la plan- 
che 43, debout, et s'appuyant sur une lance à laquelle manque la 
pointe, peut-être par une négligence de l'artiste. La forme même , 
et les plis de la cuirasse que ce guerrier porte par dessus sa tu- 
nique 3 dénotent clairement que le tissu en est de lin ou de chan- 
vre (1). L'armure de l'autre guerrier qui est assis mérite également 
notre attention. Elle consiste en une tunique simple et unie , à 
laquelle sont attachées, par le moyen de courroies qui tombent des 
épaules, trois morceaux de métal ronds et concaves, qui semblent 
destinés à défendre le sein et la poitrine. Quelquefois on trouve 
dans les monumens des cuirasses sans aucun ornement, et faites 
avec tant d'art , qu'elle laissent apercevoir le nu. Telle est proba- 
blement celle que nous avons rapportée au n.° 9 de la plauche 
40, et qui est prise des vases de Milfin. Cette belle cuirasse est 
d'autant plus remarquable, qu'on y distingue en outre les couleurs 
Changement variées de la doublure (a). Le même Iphicrate introduisit encore 

introduit . , •» • i - i i • T •> • < / 

par iphkrate. un changement dans I usage des bouchers. L ancien , appelé aspis , 
était grand, pesant et difficile à manier; il y substitua la pelta , 
ce qui eut lieu vers l'an III de la CI Olympiade , environ 374 ans 
avant l'ère vulgaire (3). Il est bon néanmoins de rapporter l'obser- 
vation que fait Arrien au sujet de cette innovation , qui est que 
©plites , les Grecs avaient trois sortes de troupes savoir ; les Oplites , les 
Peiiastcs. Psiles et les Peltastes. « Les oplites, dit-il, ou troupes pesantes, por- 
taient une cuirasse, un bouclier long et une pique. Les psiles au 

(1) Cette peinture est prise de la planche X.LI. vol. i. er des vases 
de Miilin. Ce commentateur habile est d'avis , que le personnage qu'on y 
voit représenté, est Issipile donnant à boire à deux héros de la première 
guerre de Thébes. Ce ne serait pas là le seul exemple que nous ayons 
d'un fait héroïque , exprimé sous des traits qui ne convienent peut-être 
pas au teins où il eut lieu. Miilin observe que le petit corps circulaire 
qu'on aperçoit dans le champ de la peinture , représente un gâteau sa- 
cré , ou un de ces emblèmes religieux ou mistiques , qu'on rencontre sou- 
yent sur les vases, pour indiquer qu'ils ont servi aux initiations. 

(2) On trouve encore une cuirasse semblable à la planche LV. du 
i. er vol. des vases d'Hamilton , édition de Naples. 

(3) Au sujet des HèXtai , pehae , voy. la note n.° 17 de Larcher 
gnj le premier livre de l'Expédition de Çyrus dans l'Asie supérieure, 



de la Grèce. Soi 

contraire n'avaient ni cuirasse, ni bouclier long, ni casque ni jam- 
barts. Ils ne se servaient que d'armes propres à être lancées, telles 
que Tes flèches , le javelot, et les pierres qu'ils jettaient avec la 
fronde ou avec la main. Les peltastes étaient des troupes plus lé- 
gères que les oplites , et plus pesantes que les psiles. Leur pelta , 
ou bouclier, était plus petit et plus léger que Vaspis -, leur javelot 
moins grand et moins lourd que la pique , et plus pesant que 
le javelot des psiles „. Mais depuis l'innovation dont nous venons 
de parler, il n'est plus fait mention des oplites dans les troupes 
Grecques, et il semble même qu'elles n'étaient généralement com- 
posées alors que des psiles et des peltastes. Il parait aussi , qu'à 
l'exemple d'Iphicrate^ Cleomène II Roi de Sparte opéra des ohan- 
gemens utiles dans l'armure des Lacédémoniens : car on lit dans 
Plutarque , qu'après avoir augmenté le nombre des citoyens de cet 
état par l'incorporation des habitans les plus distingués des pays 
voisins, ce Roi créa un corps de quatre mille piétons, qu'il exerça 
au maniement de la sarisse à deux mains, ou de la lance longue, au 
lieu de la lance ordinaire, et à porter le bouclier, non avec des attaches, 
mais passé dans le bras. Or ces troupes n'auraient pu se servir en 
même tems de la sarisse et du bouclier, si ce dernier n'eût été 
beaucoup plus petit que celui dont les anciens fesaient usage (i). 
Le n.° 10 de la planche 40 représente un bouclier d'Argos, qui Boudin» 
portait également le nom d'aspis. Il est pris des monumens anti-* 

(1) M. r l'abbé Fourmont , dans le voyage qu'il fit au levant en 1729 
et 1730 , découvrit parmi les ruines du temple d'Apollon à Amiclée , ville 
de Laconie , située au pied du Taigéte , trois boucliers Spartiates , dont 
deux étaient sculptés en relief sur une pierre d'un gris obscur , et le troi- 
sième sur une pierre presque noire. Ils étaient de forme ovale , qui cepen- 
dant se terminait en pointe aux extrémités de sa longueur , à l'exception 
du troisième , dont une autre pierre sur laquelle il était posé comme un 
trophée , ou comme un monument sépulcral , ne permettait guéres de dis- 
tinguer la partie inférieure. Le premier de ces boucliers avait 3 pieds et 
8 pouces de longueur , sur 2 pieds et 8 pouces de largeur , et 6 pouces 
d'épaisseur. Il n'avait qu'une seule écbancrure t ce qui donne à présumer 
que le guerrier ne s'en servait que de la main droite. A l'une des extré- 
mités était gravée la lettre a , et à l'autre la lettre k, qui _, selon M. r Four- 
mont , indiquent le mot aaiun. Au milieu était une massue , sur un des 
côtés de laquelle on lisait en Grec Archidamus , et cle l'autre Agesilavi 
filius. Voy. Y Histoire de V Académie Royale des Inscriptions etc. Tom^ 
?LVI. pag' 10 1. 



d'An 



Sôa Milice 

ques de Winckelmann , et laisse distinguer suffisamment la disposi- 
tion des anses ou liens , par le plus grand desquels , qui est vers 
le milieu du bouclier, le guerrier passait son bras , et saisissait avec 
la main l'autre plus petit qui est vers le bord (i). Au contraire 
dans les boucliers ovales > le plus grand de ces liens se trouvait 
ïdta. au bord , et non au centre. La pelta était un bouclier petit , léger 
et facile à manier ; elle avait d'un côté une échancrure , qui lui 
donnait la forme d'une demi-lune. Ce bouclier était particulier aux 
Amazones et aux Thraces , avec cette différence , que celui des 
Amazones n'avait qu'une échancrure , tandis que celui des Thraces 
en avait deux. Il est inutile que nous en retracions ici la figure , 
après ce que nous en avons dit en parlant des Amazones. Nous 
observerons seulement que les Grecs , ainsi que les autres peuples 

Emblèmes snr de l'antiquité 3 portaient sur leurs boucliers l'emblème de leur pa- 
ies boucliers. . .. - . . . . . . , ' . 

trie ou de leur nation. Ainsi, les Athéniens avaient pour la plupart 
sur le leur une chouette, les Mycéniens un lion, les troupes d' A r- 
gos un loup , les Macédoniens et les Thessaliens un cheval , et les 
Siciliens la Triquetra , qui était une figure composée de trois jam- 
bes , représentant les trois caps ou promontoires de la Sicile. Au 
lieu de cet emblème, on ne voyait quelquefois que la lettre initiale 
du nom de la ville à laquelle le guerrier appartenait; c'est pour- 
quoi on lisait la lettre A sur les boucliers de Lacédémone , et la 
lettre A sur ceux d'Argos: d'autres fois aussi ces lettres s'y trouvent 
réunies avec les emblèmes (a). 
Surisse, Quant aux armes offensives, nous n'avons rien à ajouter à ce 

Macédonienne, que nous en avons dit en parlant des tems héroïques , car leur for- 
me n'a pas changé dans les tems historiques , et la différence des 
unes aux autres ne consiste peut-être que dans leur plus ou moins 
de grandeur. Par exemple , la sarisse ou lance Macédonienne avait 
quatorze coudées de longueur , qui valent 6 mètres et 82 cent. , et 

(1) Le monument est en marbre , et appartenait à la Maison de plai- 
sance Albani. Il représente un héros à genoux , tombé en défaillance et 
moribond. V. Monum. ant. num. 109. 

(2) Tydée avait un bouclier auquel , d'après la description qu'en fait 
Escmle , étaient suspendues des sonnettes pour effrayer l'ennemi par leur 
son. On ne finirait pas si l'on voulait faire mention de tous les objet9 
étrangers qui furent ajoutés aux boucliers en guise d'ornement , ou pour 
d'autres motifs. Voy. les ouvrages de Winkelmann , de Hamilton , de 
Millin etc. 



de la Grèce. 3o3 

ressemblait par conséquent à celle appelée Contus j dont on se 
servait sur les vaisseaux pour en repousser l'ennemi , comme nous 
l'avons déjà observé. Ce serait ici le lieu de parler des tentes 3 des for- Tmtm 
tifications et des machines de guerre. Mais, d'abord pour les ten- 
tes, nons n'avons aucun monument authentique, d'après lequel nous 
puissions nous en former une idée précise. Il est néanmoins proba- 
ble qu'elles ne différaient pas de celles des autres peuples, et que 
par conséquent elles étaient composées de toile ou de peau , comme 
celles qu'on voit sur la Table Iliaque, malgré l'anachronisme qui 
les y a fait placer , et que nous avons remarqué plus haut : d'un 
autre côté il est également à présumer que les Grecs , surtout du 
tems d'Alexandre , imitèrent le luxe Asiatique dans leurs tentes : 
car Trebellius Pollion , en parlant d'Hérode fils d'Odenate Roi 
de Palmire , dit que c'était l'homme le plus efféminé; qu'il af- 
fichait tout le luxe de l'orient et de la Grèce ; que ses tentes étaient 
dorées et ornées de figures en broderie , et qu'enfin il imitait en» 
tout la magnificence des Perses. 

Les Grecs n'avaient encore fait que très- peu de progrès dans Fortifications t 
l'art de fortifier et de défendre les villes. Il suffit de savoir qu'Ito- "ZhùïarT/* 
me ville des Messéniens dans le Péloponnèse , soutint contre les 
Spartiates un siège de dix neuf ans, et qu'elle ne dut point cette 
longue résistance à ses fortifications , mais à l'ignorance des assied 
geans (i), et à l'avantage de sa position sur un mont escarpé (a). 
A cette époque, l'architecture militaire ne différait guères de la 
cyclopéenne dont nous avons déjà parlé, et n'avait peut-être gagné 
que dans la coupe des pierres dont les murs étaient bâtis , comme 
on le voit par les restes de Larisse , par les descriptions que nous 
avons du Pyrée et de l'Acropolis d'Athènes , sur lesquels nous 
reviendrons à l'article de l'architecture. Il parait néanmoins que 
l'art et l'expérience avaient appris , dans les derniers tems, à donner 
aux tours une disposition qui était fort-ingénieuse , et à profiter des 
avantages du terrein. TSious ne pouvons mieux faire à cet égard , 
que de rapporter ici ce qu'on lit dans Dion Cassius au sujet du siège 
de Bysance par Septime Sévère: « Les Bysantins firent des choses 
" extraordinaires, non seulement du vivant de Negro , mais encore 

(i) La prise de cette ville mit fin à la première guerre de Messéne j 

la seconde année de la XIV. e olympiade de Corèbe , 723 ans avant notre ère; 

(2) Paus. liv. IV. cliap. IX. Voyez Goguet, III. e Partie, liv. V. art. I. er 



3o4 Milice 

« après sa mort. Leur ville , qui se trouvait dans la situation la 
<t plus favorable, et par rapport à la terre ferme qu'elle a de cha- 
« que côté , et par rapport à la mer qui passe au milieu 3 était par 
« la nature même du Bosphore extrêmement forte. Bâtie sur un 
« lieu éminent du rivage, elle dominait la mer, qui coule comme 

« un torrent et baigne le promontoire Ses murs avaient 

<c un parapet en grosses pierres, de forme carrée, et liées ensemble 
« par des crampons de fer: en dedans il y avait un retranchement 
« et autres ouvrages, dont l'ensemble ne semblait faire qu'un seul 
« corps avec le mur, sur lequel on pouvait se promener librement et 
« à couvert. De distance en distance s'élevaient de hautes tours, sur 
« les côtés desquelles il y avait des petites portes placées les unes en 
« face des autres. Il résultait de là, que ceux qui avaient escaladé 
« le mur se trouvaient pris entre ces tours, parce que n'étant point 
<« disposées sur une ligne droite , mais suivant la courbure du rem- 
« part , et très-près les unes des autres , ceux qui osaient s'enga- 
« ger trop loin se voyaient bientôt enveloppés de toutes parts. Du 

", côté de la terre le mur était très-élevé, mais il n'en était pas 

« ainsi du côté de la mer, où les rochers sur lesquels ce mur était 
<« assis, et l'agitation des flots présentaient une fortification natn- 
« relie. Les deux ports de cette ville étaient fermés avec des chai- 

« nes Sa force et sa sûreté ne consistaient pas seulement 

« dans ses remparts , mais encore dans les machines de toutes sortes 
« dont ils étaient garnis, parmi lesquelles il y en avait qui lan- 
ft çaient de grosses pierres et des poutres contre l'ennemi qui s'en 
« approchait, et d'autres qui fesaient pleuvoir au loin sur lui une 
<t grêle de pierres, de dards et de flèches .... Il y avait aussi 
<t de ces machines armées de crochets qu'on lançait soudainement, 
« et qui retirés précipitamment enlevaient les machines et les vais- 
<i seaux de l'ennemi (i). „ 

On voit par ce passage que, dans les derniers tems, les Grecs 
savaient tirer parti des avantages du terrein. Peut-être que ces rocs 
escarpés qui s'élèvent dans la Thessalie, et auxquels les Grecs mo- 
Météores. dernes ont donné le nom de Météores, furent ce qui retarda le 
plus les Macédoniens et les Romains dans leurs conquêtes. Leur po- 
sition et leur forme offraient un asile sûr, d'où, une poignée d'hommes 
y armés pouvait inquiéter la marche et les opérations d'une armée nom- 

(i) Cassii Dionis Histor. Rom. Hamb, 1862 liv. LXXIV. §. 10 et ji, 



ce la Grèce. 3o5 

breuses. Aujourd'hui c'est une retraite de moines; dans les fems de 
persécution et de révolte ces rocs forment des positions inaccessibles , 
et des boulevards imprenables , que les armées Turques ne peu- 
vent réduire que par famine. Les Grecs des terns historiques n'avaient £%«. 
pas fait non plus de grands progrès dans Fart militaire, et n'étaient 
guères portés à entreprendre des sièges longs et difficiles; leur ca- 
ractère inquiet et bouillant leur fesait préférer de décider toutrà- 
coup leurs guerres par une bataille, plutôt que de supporter les in- 
commodités et les fatigues d'un siège. Plutarque dit, dans la vie de 
Lysandre, que Lycurgue avait même défendu les sièges aux Lacédémo- 
niens, comme étant une opération sans gloire et indigue d'eux. Il ne 
faut donc pas s'étonner, si, après la bataille de Platée, ils ne purent 
jamais franchir une fortification en buis, derrière laquelle Mardo- 
nius s'était retiré avec ses Perses (i). Toute la science des Grecs , 
en f.it de sièges , consistait à entourer la ville ennemie d'une pa- 
lissade ou d'un retranchement, pour se mettre à l'abri de toute 
surprise de la part des assiégés , et à en faire autant du côté par 
où il était à présumer que la ville put recevoir des vivres ou des 
secours. C'est ainsi que, dans la guerre du Péloponnèse, Thucy- 
dide éleva autour de Platée un double mur, l'un du côté de la 
ville, et l'antre du coté d'Athènes, pour mettre ce point à l'abri 
de tout danger 9 et serra entre ces deux murs l'armée des as- 
siégeais. Le seul stratagème dont nous voyons qu'on fit quelque- 
fois usage dans ces opérations militaires, était de chercher à in- 
cendier la ville as-i^gée. Thucydide dit que les Péloponnésiens 
essayèrent de brûler Platée s au moyen d'un grand amas de bois 
qu'ils entassèrent devant ses murs, et qu'ils embrasèrent avec de la 
poix et du soufre. On prétend qu'Alcibiade usa d'un semblable 
moyen contre Syracuse (a). On fesait encore un autre usage du feu 
contre les villes assiégées: car Apollodore suggère d'approcher des 
murs ennemis des caisses pleines de charbon allumé, et dont l'ac- 
tivité soit sans cesse entretenue par l'action du soufflet. Végèce 
parie d'un expédient encore plus simple et plus désastreux : c'était de 

(i) V. Hérodot. Kv. IX. cliap. LXIX. 

(2) Les anciens fesaient encore usage, dans leurs guerres maritimes, 
de navires remplis de matières inflammables, qu'ils poussaient ensuite sur . 
l'ennemi. C'est ce que firent les Tyriens contre Alexandre. Voy. Arrieft 
liv. II. cliap. XIX, 

Europe. Vol. I, ;j 9 



3o6 Milice 

saper les fondemens des murailles après les avoir étayées par deâ 
pièces de bois , et de mettre le feu à ces étais qui entraînaient 
^bientôt dans leur chute celle du mur qu'ils soutenaient. 
Machines Ce serait ici le lieu de parler des machines militaires, mais 

militaires. ». < i t j 1 

deux raisons nous empêchent d entamer pour le moment ce sujet : 
la première j c'est que nous n'avons que des notions vagues et très- 
confuses sur ces machines, car à réserve de la colonne Trajane , il 
ne nous est parvenu aucun monument qui nous en ait conservé la 
forme (i); la seconde c'est qu'elles ne diffèrent point de celles qui 
étaient en usage chez les Romains, et dont Yifruve et Ammien 
Marcellin nous ont donné la description. Nous renvoyons donc nos 
lecteurs à l'article de l'art militaire des Romains, où nous traite- 
rons des machines de guerre des anciens (a). Nous observerons seu- 
lement ici , qu'on ne sait rien de certain sur l'époque où les 
Grecs commencèrent à en faire usage : Thucydide assure qu'on 
s'en servit pour la première fois dans la guerre du Péloponnèse ; 
d'antres prétendent que ce fut Périclés qui les employa le premier' 
dans la guerre de Samos (3). Quant aux machines inventée par 
Archiméde, nous en parlerons à l'article des sciences et de la 
marine. Les mêmes raisons nous déterminent à ne rien dire pour 
chars armés \ e moment des chars armés de faux. Ils n'étaient proprement usités 

de faux. i-n • i 

que chez les barbares et surtout les rersans, et il ne nous est reste 
aucun monument qui nous en retrace l'image. Nous savons pour- 
tant, d'après les descriptions qu'on en trouve dans les anciens écri- 
yains, que ces chars avaient deux grandes roues, et que leur circon- 
férence, ainsi que l'extrémité de l'essieu, étaient armées de faux. Le 
bout du timon présentait également deux longues pointes; et de 
grosses lames tranchantes défendaient le derrière du char, pour em- 

(i) Les auteurs de l'Encyclopédie méthodique donnent , à la pag. 107 , 
la figure d'une balestre , que Cyriaque d'Ancone avait fait dessiner en 
Grèce sur un ancien monument. Mais cette figure nous semble manquer 
de l'authenticité qui serait à désirer : les parties qui composent la machine 
ne sont pas suffisamment distinctes , et l'on ne voit point comment se fe- 
sait le maniement de l'arc. 

(2) Au sujet des trois machines militaires des anciens , savoir ; la Ca- 
tapulte , la Balestre etc. on peut encore consulter la savante Dissertation 
de M. r Siberschlag dans l'Histoire de l'Académie Royale des Sciences et 
belles Lettres de Berlin. Année mdcclx. 

(3) Voy. Potter. Arch. gr. liv. III. chap. X. 



de la Grèce. %cj 

pêcher l'ennemi d'y monter. Mais Alexandre, dans sa guerre contre jkjgjjjjjj 
Darius, trouva le moyen de paralyser l'effet de ces armes meur- contre les chars 

11 t 1 t • armés de faux. 

trières, eu donnant l'ordre à ses phalanges de s ouvrir et de lais- 
ser passer en silence les chars qui les portaient, s'ils étaient pous- 
sés contre elles avec fracas; et au contraire de les acceuillir à 
grands cris , et de chercher à épouvanter tes chevaux , et à les 
blesser à coups de dards, s'ils s'avançaient sans bruit (i). Curtius 
dit que le premier expédient eut un heureux effet : car les Macé- 
doniens ayante par une évolution subite, enveloppé les chars, as- 
saillirent les chevaux avec leurs longues piques, et mirent l'armée 
entière en déroute. Le second expédient n'eut pas moins de succès , 
au rapport de Diodore } dans une autre occasion: les chevaux épou- 
vantés par le bruit des armes et les cris des Macédoniens se re- 
tournèrent contre • l'armée des Perses, et y portèrent le désordre 
et le carnage. Alexandre sut aussi rendre inutile le secours des 
éléphans dans les combats. Lorsque dans la guerre contre Porus Etàpkans 
Roi des Indes, les Macédoniens .virent pour la première fois ces les combats. 
animaux terribles, qui formaient la première ligne de l'armée en- 
nemie , ils en furent tellement épouvantés, qu'ils ne purent conser- 
ver l'ordre dans leurs phalanges. Diodore compare cette file d'élé- 
phans aux remparts flanqués de tours d'une ville fortifiée : ce qui 
donne à présumer qu'ils portaient sur leur clos des tours garnies de 
soldats , comme chez les Ethiopiens et les Indiens. Majs Alexandre 
s'aperçut bientôt de la faiblesse de ces machines ambulantes : An- 
ceps auxïlii genus , disait-il à ses soldats effrayés à l'aspect des 
éléphans , et in suos acrius furit. In hostem enim imperio , in suos 
pavore agitur (2). Ils les fit d'abord attaquer avec des lances for- 
tes et longues; mais voyant que la phalange ne pouvait tenir con- 
tre le choc de ces animaux monstrueux , il fit marcher contre 
eux ses troupes légères, qui les accablèrent d'une grêle de traits., 
les effrayèrent, et rétablirent ainsi l'ordre dans les rangs. Le hé- 
ros Macédonien employa un moyen encore plus efficace , pour 

(i) His ita ordinatÀs , praécepib ub , si falcatos currus cuin fre- 
mibu Barbari emibberent , ipsi laxatis ordinïbus impebum occurrenbhun 
silenbio exciperenb : haud dubius sine noxa transcursuros , si neino se 
opponereb; sin au&em sine fremibu immisissenb , eos ipsi clamore terre 
renb , pavidosque equos telis ubrimque suffoderenb. Q. Gurt. liv. IV. 
ebap. XII. §• 35. 

(2) Q. Gurt. liv. VIII. chap. XIV. §. 1.6. 



des Centaures, 



3o8 Milice 

se débarasser des éléphans qu'on lui opposait, et faire tourner leur 
force au détriment de l'ennemi , ce fut de les faire blesser aux 
pieds avec des haches , et à la trompe avec des glaives recourbés 
comme des faux (i). Cela n'empêche pas cependant que les succes- 
seurs d'Alexandre n'introduisissent l'usage de ces animaux dans leurs 
armées; et l'on en vit chargés de tours parmi les troupes de Pyr- 
rhus et d'AntiochuSj dans leurs guerres contre les Romains (2). 
cwaierie II ne nous reste pi us à parler maintenant que de la cavalerie 

v ' op due 1 . mt proprement dite. Nous avons déjà observé que l'art de monter à 
cheval , quoiqu'encore ignoré dans les tems héroïques , était néan- 
moins connu du tems d'Homère. Il semble même qu'il était déjà 
porté à un certain degré de perfection 5 au moins dans l'Asie mi- 
neure , où ce poète composa vraisemblablement ses ouvrages. Or il 
se présente ici trois questions à résoudre: premièrement, à qui doit- 
on l'invention ou l'introduction de cet art en Grèce? secondement , 
quand l'usage de la cavalerie a-t-il commencé dans les années Grec- 
ques ? troisièmement, quel était le caractère propre de cette cava- 
Fabie îerie ? Laissant de côté ce que, d'après une simple tradition vul- 
gaire, Iginus, Pline et Pausanias ont rapporté sur l'ancienneté de 
i'équitation, dont les deux premiers font honneur à Bellérophon , nous 
prendrons pour commencement de nos recherches les Centaures , 
peuple de la Thessalie , qui a été généralement regardé comme 
l'inventeur de cet art: d'où est née, selon quelques érudils, la fa- 
ble de leur figure monstrueuse. Pindare semble avoir été le pre- 
mier à peindre les Centaures comme des monstres moitié hommes 
et moitié chevaux: ce qui les a fait passer pour être les inventeurs 
de I'équitation. Mais les Centaures étaient représentés d'une toute 
autre manière dans les monumens antérieurs à ce poète. Dans la 
description qu'il fait du combat des Centaures avec les Lapithes , 
retracé sur le bouclier d'Hercule, Hésiode ne met d'autre diffé- 
rence entre les uns et les autres , sinon que les Lapithes portaient 
\m casque et une cuirasse, tandis que les Centaures n'avaient aucune 
arme défensive. Homère, en parlant de ce combat, donne aux 
Centaures l'épithète de sauvages, de monstres couverts de poil, de 
féroces montagnards , expressions qui n'indiquent autre chose que 
la rudesse et la férocité de ce peuple ; d'où il faut cenclnre que 

(i) O. Curt. liv. G. et Diod. liv. XVII. chap. 9. 

fa) V. Fiorus liv. I. cr chap. XVIII. et T. Live liv. XXXVII. §. 40. 



r> e la Grèce. 3o9 

la fable des Centaines, comme moitié hommes et moitié chevaux, 
est postérieure an siècle d'Homère et d'Hésiode , qui n'auraient 
certainement pas manqué d'en embellir leurs poèmes , si elle leur eût 
été connue. On lit eu outre dans Pausanias , que sur le fameux c ^; 7 ;^ u ^, 
coffre des Cipsélides, dont les bas-reliefs appartenaient au huitième de / e c , co ^ w< 
siècle avant l'ère vulgaire, on voyait le Centaure Chiron représenté 
avec des pieds d'homme , et semblable , non à un homme qui est 
en croupe sur un cheval, mais qui conduit cet animal par la bride. 
Ainsi la figure de ce Centaure n'avait rien de commun avec Part de 
monter à cheval : elle indiquerait tout au plus un homme qui panse 
ou conduit les chevaux, de la même manière que la figure du Sa- 
tyre 5 monstre aux pieds de bouc , annonçait un pâtre ou gardien 
de chèvres. D'après toutes ces remarques , on ne peut guères accor- 
der aux Centaures, ou Thessaliens, l'honneur d'avoir été les pre- 
miers à monter à cheval (i). Peut-être que la grande célébrité 
accordée aux chevaux et aux cavaliers Thessaliens dans les tems 
héroïques, fut ce qui donna lieu à la fable des Centaures, rappor- 
tée depuis par tous les poètes postérieurs à Pindare. 

On ne peut guères non plus adopter l'opinion de ceux qui ^J^^'ff 
font remonter à une haute antiquité l'art de Féquitation chez les re % és *^ és 
Grecs, lorsque les monumens nous représentent les Tyndarides, 
c'est-à-dire Castor et Pollux , à cheval. L'antiquité de ces mo- 
numens ne va pas au de là de la guerre de Messène , car le 
sculpteur Baticle fut le premier qui représenta les Tyndarides 
à cheval dans un bas-relief d'Amyclée. Il est bien vrai qu'Homère 
donne à Castor iepîthète de iartéiapûç , dompteur de chevaux? 
mais il appelle aussi du même nom les Troyens qui combattaient 
sur des chars, et nous avons déjà vu dans quel sens il faut enten- 
dre chez ce poète le mot de cavalier. Dans les jeux funèbres de 

(i) Le mot Centaure 3 qui dérive du grec Ke^téo , je combats , et 
ravpcç , taureau , signifie proprement bouvier, nom qui fut donné aux 
compagnons d'Ixion , parce qu'ils reconduisirent avec l'aiguillon à leurs 
étables les bœufs, que la piqûre des taons avait rendus furieux. « Ce ne 
fut , dit Fréret , que du tems de Xénophon , qui vivait environ soixante 
ans avant Pindare , qu'on commença à prendre la fable des Centaures 
comme un emblème de X èquitation ; je ne saurais dire néanmoins si cette 
opinion était ancienne : car pour appliquer la fable à l'art de monter à 
cheval , Xénophon change le nom de Centaure, qui ne veut dire autre 
chose que bouvier, en celui à'Hyppocenbaure inconnu à tous les anciens 
poètes. » 



3iO Milice 

Pélias , qui étaient figurés sur le coffre des Cipsélides, on vovaifc 
Poilux parmi ceux qui se disputaient le prix à la course des chars. 
Pausanias rapporte, d'après une tradition des Eléens , que, dans 
les jeux funèbres de Pélops t Castor remporta le prix de la course 
à pied, et Poilux celui du pugilat. Enfin Pindare, qui parle si 
souvent des Tyndarides , ne leur donne ni chevaux ni chars, et 
les fait toujours courir à pied , en quoi il vante singulièrement leur 
légèreté et leur vitesse. Ces considérations nous portent à regarder 
comme vraisemblable la conjecture de Fréret , qui n'est pas éloigné 
de croire que les Tyndarides , devenus après leur apothéose les 
protecteurs de la navigation, aient eu pour emblème le cheval ma- 
rin, qu'on joignait aussi aux statues de Neptune, comme étant ce- 
lui de la navigation ([). Ainsi il n'est pas hors de probabilité que 
les poètes et les artistes, oubliant peu-à-peu l'ancienne tradition , 
aient fini pas substituer le cheval terrestre au cheval marin , lors- 
qu'ils ont voulu représenter Castor et Poilux. On ne peut ajouter 
^iJlbauaieni également que peu de foi à l'assertion d'Hérodote , que les Amazo- 
ii'ckëLi. nes ^ u Thermodon combattaient à cheval dès les tems héroïques; 
car Homère \\en dit pas le mot, quoi qu'il parle souvent de ces 
femmes guerrières, et de l'audace avec laquelle elles avaient poussé 
leurs incursions jusqu'aux portes de Troie. Il suit donc de tout ce 
que nous venons de dire, qu'on ne peut encore déterminer à qui 
est due l'invention ou l'introduction de la cavalerie en Grèce. 
Premier L e premier exemple que nous ayons des courses à cheval date 

exemple ' i 

des courses de la XXXI1Ï. 6 olympiade , ou de l'olympiade de Chorèbe , 648 

à cheval. „ , '.,. . r . -, 

ans avant 1ère vulgaire, et îi^o après l innovation laite dans les 
jeux olympiques par Iphitus, époque à laquelle l'usage de ces cour- 
Monumens ses y fut introduit (2). Le plus ancien monument, où l'on a vu des 
équestres. cavaliers proprement dits, semble avoir été l'énorme masse qui por- 
tait la statue d'Apollon dans le temple d'Amyclée (3). Les reliefs 

(1) Piecherches sur l'ancienneté , et sur l'origine de l'art de Vèqui- 
tation dans la Grèce. Hist. de V Acad. R. des Inscriptions. T. VII, 
pag. 3i 1 et sui-v. 

(a) Pausan. liv. V. 394. 

(3) Cette statue , au dire de Pausanias liv. III. 255 , était très-an- 
cienne , et si grossièrement faite , qu'elle se ressentait entièrement de 
l'enfance de la sculpture ; elle ressemblait moins à un corps humain qu'à 
un gros cylindre : il n'y avait que le visage , les mains et les pieds qui 
eussent une forme humaine; elle était en airain } et avait trente coudées 
de hauteur. 



de la Grèce. 3iï 

de cette masse étaient l'ouvrage de Baticle, et représentaient iea 
Tyndarides , Anaxias et Mnuasinus leurs enfans, tous à cheval. On y 
voyait aussi Méga petit et Nicostrates fils de Mené las , mais l'un et 
l'autre sur le même cheval. Baticle vivait vers le teins de Crœsus , 
de Solon , de Thaïes et autres sages de la Grèce; et l'on peut par 
conséquent fixer l'époque de ce monument à-peu- près à l'an 56a 
avant l'ère vulgaire. Les antiquités Grecques nous offrent peu d'au- 
tres raonumens de cavaliers proprement dits; et îa raison en est, 
comme l'observe Pline, que l'usage des statues équestres était fort- 
rare chez les Grecs (i). 

Nous n'entrerons point ici dans la question de savoir, de quel 
peuple les Grecs ont appris l'art de monter à cheval , c'est à dire 

(i) Plin. liv. XXXIV. chap. HI. Il semble qu'on peut déduire des 
monumens et du témoignage des anciens écrivains , que l'usage des chars 
chez les Grecs était antérieur à l'art de monter à cheval. Lucrèce est d'un 
sentiment contraire dans ces vers du V. e livre. 

Eb prius esb reperbum in equi conscenclere cosbas } 
Et moderarier hune fraeno dexbraque uigere } 
Quam bijugo curfu belli tenbare pericla. 

Ce poète regardait donc l'art de conduire un char comme plus difficile 
que celui de monter à cheval. » Mais , comme l'observe judicieusement 
Frère t , quand l'opinion de Lucrèce serait encore certaine , les raisonnemens 
ne prouvent rien contre les faits , et il n'est pas toujours vrai qu'on ait 
commencé par ce qu'il y avait de plus simple. Les inventions sont géné- 
ralement dues au hazard , et le hazard n'est point assujéti aux procédés 
méthodiques de la Philosophie; mais ces réflexions sont indifférentes dans 
la question dont il s'agit , car il est faux que l'art de conduire un char 
soit plus compliqué que celui de monter à cheval : l'ardeur du cheval le 
plus impétueux est arrêtée , ou pour le moins retardée par le poids du char 
auquel il est attelé : il est évident que la manière la plus simple et la 
plus facile de se servir des chevaux , et par laquelle on a dû commencer 
a été celle de les atteler à un poids, et de les obliger à le traîner. Le 
traîneau doit avoir été le plus ancien de tous les chars ; placé ensuite sui- 
des rouleaux, ou des cylindres de bois, qui se changèrent dans la suite 
en roues il s'éleva peu-à-peu de terre , et parvint enfin à formel- 
le char des anciens à deux et à quatre roues. Ces chars, à en juger par 
ce que nous en ont laissé les écrivains et les monumens de l'antiquité , 
ne différaient pas beaucoup de nos charettes , et n'exigeaient pas un grand 
savoir de la part de ceux qui les conduisaient. » 



3 12.. Milice 

bi c'est des Scythes ou des Cimmériens , cette question étant tout-à- 
fait étrangère à notre objet: on peut d'ailleurs consulter à cet égard 
la savante Dissertation de !M. r Fréret qui se trouve dans le VIÏ. e 
Première vol. de l'histoire de l'Académie des Inscriptions. Ainsi l'époque la 
de ia°oaZ.hrie plus ancienne, où nous voyons qu'il est fait mention de la cavalerie 
leogue. ^^ | es Grecs } ne remonte pas au de là de la première guerre de 
Messène, qui eut lieu vers l'au 74^ avant l'ère vulgaire. Les Lacédé- 
moniens et les Messéniens avaient bien à cette époque quelque corps 
de cavalerie , mais dans un si mauvais état qu'elle ne pouvait leur 
être d'une grande utilité: car Pausanias, de qui nous viennent tou- 
tes les relations concernant cette guerre, dit que les peuples du 
Péloponnèse connaissaient bien peu l'art de monter à cheval. 'C'est 
donc à tort que certains écrivains ont prétendu, que l'origine de 
cet art était d'une date plus ancienne en Laconie, en s'appuyant 
du témoignage de Philostrate de Cyrène , qui assurait que Lycur- 
gue avait formé les cavaliers Spartiates en compagnies de cinquante 
Ouiams. hommes chacune , appelées Oulams, Mais ces cavaliers n'étaient 
autre chose qu'un corps de soldats distingués par leur bravoure, et 
nous n'avons aucun moyen de prouver d'une manière solide qu'ils 
combattaient à cheval. Hérodote et Thucydide en parlant d'eux 
s'expriment ainsi; les trois cents hommes d'élite , qu'on appelait à 
Sparte cavaliers: mots qui donnent à présumer que ces soldats 
n'avaient que le nom de cavaliers , de la même manière peut-être 
qu'Homère qualifie ainsi ceux qui combattaient sur des chars. Stra- 
bon observe en effet, que selon les réglemens de Lycurgue , ceux 
qu'on appelait à Sparte cavaliers , combattaient à pied. On ne 
trouve dans les institutions de ce législateur célèbre rien qui ait 
rapport à l'art de i'équitation , en quoi les Spartiates , même de- 
puis que l'usage en fut introduit eu Grèce, se montrèrent toujours 
bien inférieurs aux autres Grecs. La cavalerie ne fut jamais qu'en 
très-petit nombre dans tous les états de la Grèce. Il n'y en avait 
point aux batailles de Marathon et de Platée, parce que la Thes- 
salie , d'où se tiraient ordinairement les chevaux , était occupée toute 
entière par les Perses , quoiqu'à la dernière de ces batailles Far- 
inée Grecque fût au moins de cent dix mille hommes. Dans la guerre 
du Péloponnèse, la cavalerie ne formait tout au plus que la qua- 
rantième partie de l'armée des Grec;. Cette cavalerie était tirée de 
la Thessalie, et le traitement des hommes qui la composaient était 



de la Grèce. 3i3 

si considérable que les républiques les plus opulentes ne pouvaient 
en fournir qu'un petit nombre (i). 

Il serait encore inutile de vouloir faire des recherches sur l'es- De qudie 

. . espèce étaient 

pèce de chevaux dont se servaient les Grecs. Nous observerons seu- les chevaux. 
ïement , d'abord; qu'on voit dans les monumens des chevaux entiers 
et coupés ; secondement que les chevaux représentés sur les monu- 
raens Grecs, sont plus sveltes et plus beaux que ceux qu'on voit sur 
les monumens Romains ; troisièmement que les uns et les autres ont 
le cou robuste et bien fait, ce qui ajoute encore à l'élégance de 
leur encolure (a). Dans les premiers de ces monumens , ces chevaux 
ont quelquefois la crinière coupée; c'est ainsi que sont représentés 
les chevaux du tyran Dioméde , dévorant le jeune Abdère, sur un 
beau camée de Stosch publié par Winckelmann ; et tels sont égale- 
ment les fameux chevaux de la place Saint Marc à Venise. Cet usage 
avait lieu surtout dans les tems de deuil , et de calamité. Ainsi 
les Thessaliens coupèrent la crinière de leurs chevaux à l'occasion 
de la mort de Péîopidas. Il est bon d'observer encore, que les pein- 
tures de l'antiquité donnaient aux chevaux la couleur la plus analo- 
gue à l'action qu'ils voulaient représenter. Philostrate, dans la descrip- 
tion qu'il fait d'un tableau représentant Pélops et Enomaùs , dit 
que les chevaux du second étaient noirs 3 pour dénoter qu'on de- 
vait s'en servir à une trahison , tandis que ceux de Pélops étaient 
blancs. Toutefois l'usage de ferrer les chevaux fut inconnu aux Usage déferrer 
Grecs et aux Romains. Fabrettî qui avait examiné attentivement tncLnu'àceue 
les chevaux de presque tous les anciens monumens , dit que le seul é P°9 ue - 
pied qu'il ait vu ferré se trouvait dans un bas-relief du palais Maf- 

(i) Le sol de la Grèce généralement sec et aride ne fournissait aux 
chevaux qu'une nourriture rare et chétive , ce qui fait qu'ils y étaient en 
petit nombre et fort-chers. Pline observe qu'il n'y eut jamais en Grèce 
de chevaux indigènes ni sauvages. Les anciens poètes regardèrent comme 
un présent de Neptune les chevaux les plus généreux et les plus propres 
à la guerre , voulant peut-être indiquer par là , que ces chevaux avaient 
été conduits par mer de la Lybie et de l'Afrique en Grèce. Les chevaux 
amenés en Grèce y dégénéraient aussitôt faute de nourriture qui leur 
convint. La Thessalie était le seul pays qui pût en avoir _, encore y 
étaient-ils rares et d'un entretien dispendieux , comme on peut en juger 
par le traitement qu'on donnait aux cavaliers Thessaliens. 

(2) Pollux veut que le cou du cheval se courbe doucement comme 
celui du coq , et qu'il ne soit pas droit comme le cou du bouc. Liv. I. CJ ' 
Segm. 189. 

Europe. Kol. J. ,jO 






Selle. 



Introduction 
des étriers. 



Manière 
de monter 
à eheval. 



3i4 Milice 

fei , représentant une chasse de l'Empereur 'Gallien; mais Winckeî- 
mann a reconnu que ce pied était une restauration moderne. Ainsi 
l'on peut assurer qu'avant le dixième siècle on n'avait pas encore 
vu de chevaux ferrés (i). On ignorait également l'usage de la selle 
et des étriers. « L'éducation, dit Goguet , l'exercice et l'habitude 
avaient appris aux cavaliers de cette époque à se passer de ces 
secours „. On montait les chevaux a nu , comme le font aujourd'hui 
les Africains: on apprit ensuite des peuples de l'Asie à étendre 
sur leur dos quelque draperie, ou la peau de quelqu'anima!. Mais 
ce n'est que vers l'an 340 de l'ère vulgaire , qu'il est fait mention de 
la selle proprement dite. Zonara raconte que vers cette époque , Cons- 
tant fils de Constantin le Grand, clans un cambat qui eut lieu entre 
lui et Constantin son frère et son compétiteur à l'empire, pénétra 
jusqu'à l'escadron que celui-ci commandait, et le renversa de selle. 
Cependant les bas-reliefs de la colonne Théodosierme sont le plus 
ancien monument où. l'on aperçoive des arçons. On y voit des che- 
vaux étroitement harnachés , avec des selles trè-hautes, assez sembla- 
bles à celles de nos anciens chevaliers, et ayant les deux arçons 
bien distincts. Voy. la planche 47- 

Après la selle vinrent les étriers , dont les bas-reliefs de la mê- 
me colonne nous offrent encore les premiers modèles. On prétend 
même que le Traité de Tactique composé par l'Empereur Maurice 
vers la fin du sixième siècle de notre ère, est le premier ouvrage 
où il soit parlé d'étriers. Et en effet avant leur invention , les ca- 
valiers Grecs et Romains s'exerçaient à s'élancer à cheval avec 
agilité, en se servant pour cela d'un cheval de bois (a). Ceux à 
qui leur inhabileté dans cet exercice , leur âge ou leurs infirmités 
ne permettaient point d'y monter d'eux mêmes, se fesaient aider 
de quelqu'un , ou montaient sur quelque pierre , ainsi qu'on peut le 
voir dans un bas-relief du Parthénon. 11 y avait encore pour ceux- 
ci des chevaux qui étaient dressés à se mettre à genoux , comme 
J'atteste Plutarque , dont le témoignage est encore confirmé par 
Jes ornemens d'une lampe trouvée dans les fouilles d'Herculanum (3). 



(1) V. Encyel. met. PL antiq. I. er vol. pag. 35. Les anciens étaient 
néanmoins dans l'usage de ferrer leurs mulets , en leur enfermant le pied 
dans une espèce de sabot. Ibid. 

(2) Nous parlerons ailleurs de ces cavaliers qui savaient manier à' la 
fois plusieurs chevaux , sautaient de l'un à l'autre , et qu'Amen appelle 
Amfibbi. 

(3) Lampes et candélabres pag. 114. 





^.&.mc,x//'^CT. 



de la Grèce. 3 1 5 

Xénophon enseigne aussi dans son traité de l'équitation la manière 
de monter à cheval avec le secours de la lance. Cet usage est re- 
tracé dans une pierre précieuse du Musée Stoschiano dont parle 
Winckelraann , et que nous avons cru à propos de représenter sous 
le n.° i de la planche 44- " 0° Y vcnt un guerrier tenant de la 
« main droite la bride d'un cheval , avec sa lance appuyée à l'é- 
« paule droite , et posant son pied droit sur un morceau de fer 
'« horizontal , qui tient à la partie inférieure du manche de la 
" lance (i) „. Nous nous bornerons pour le moment à repré- 
senter à la planche 4-5 deux cavaliers, pris des peintures des va- 
ses antiques de Millin , nous réservant de donner ailleurs plu- 
sieurs autres exemples de ce genre. Le n.° i représente un jeune 
homme , qui , vraisemblablement retourne vainqueur des exercices 
guerriers; il porte une lance de peu de longueur, à laquelle est 
suspendue une chlamyde, qui est le prix de sa valeur. Un femme 
vêtue d'un riche manteau va pour offrir une boisson an cheval et 
au cavalier. Le n.° 2. est ainsi décrit par Millin. « Le guerrier 
<« qu'on voit dans cette peinture tient d'une main ses deux lances, 
« et de l'autre son cheval par la bride: la palme qui est près de 
« son bouclier suspendu au mur, et le bandeau placé vis-à-vis de 
" lui, donnent à présumer qu'il a remporté le prix dans quelqu'exer- 
« cice. Les brins de myrte épars à terre sont relatifs aux mystè- 
« res, et c'est probablement un initié qu'on voit ici. Ce triomphe 
« allégorique annonce que le cavalier a soutenu courageusement 
" les épreuves auxquelles il a été soumis, et qu'il en est sorti vain- 
" queur. La forme de sa cuirasse, celle de sa ceinture, et le seul 
« brodequin qu'il porte, méritent aussi une attention particulière,,. 
Nous ne nous arrêterons point à parler des variétés que pouvait 
présenter la cavalerie des Grecs, attendu que nous n'avons point 
de monumens qui nous en instruisent: d'ailleurs cette cavalerie ne 
fut divisée en corps que très-tard , et à l'exemple de celle des Ro- 
mains , dont nos lecteurs pourront à cet égard consulter les usages. 
Nous observerons seulement, quant à "la forme des armures, qu'il 
n'y avait point de différence entre l'infanterie et la cavalerie, et 
que cette dernière était de deux espèces , l'une pesante et l'autre lé- 
gère. La première était armée d'épées et de lances plus longues que 
celle de l'infanterie, et combattait de près; la seconde fesait usage du 
javelot , de l'arc et des flèches; elle combattait de loin , et ne portait 
point d'armes défensives. On peut voir le Traité d'Arrien à ce sujet. 

(1) Winckelra, Monura. ant. pag. 265. 



3i6 

LES GUERRIERS. 

TROISIÈME SÉRIE DE L ICO NOGR.AP HIE GRECQUE. 

PORTRAITS 
de Miltiade 3 de Thémistocle et de Pyrrhus. 

Rareté -L 1 ous pourrions exposer ici une longue suite de portraits de 

de portraits ... j->, . , , . . . . , . . 

authentiques, capitaines Orecs qui se sont signales par des exploits militaires , si 
nous voulions nous conformer dans nos recherches aux iconographies 
des Fulvius Ursini, des Faber, des Gronove et autres écrivains. 
Mais depuis qu'une critique plus éclairée nous a appris que les por- 
traits de Gimon , d 'A ratas, de Phocion , de Xénophon , d'Epami- 
nondas, de Lysandre , et de tant d'autres capitaines célèbres sont 
tous controuvés, et pour la plupart l'ouvrage d'artistes du XVI. e siè- 
cle, il ne nous en reste qu'un très-petit nombre qu'on puisse re- 
garder comme vraiment antiques 9 et d'une authenticité certaine. 
Prenant donc pour guide l'illustre Visconti, dont nous ne pouvons 
assez admirer l'érudition ni déplorer la perte, nous donnerons seu- 
lement les portraits de Miltiade et de Thémistocle : ceux d'Alci- 
biade, de Périclés, d'Alexandre et de quelques-uns de ses succes- 
seurs ayant déjà été tracés précédemment dans cet ouvrage. Nous y 
joindrons celui de Pyrrhus Roi des Epirotes, qui avait pris Alexan- 
dre pour modèle dans ses entreprises militaires, et se vautait même 
de lui ressembler de physionomie. 
Miiûade. Miltiade fils de Cimon est cité par Pausanias comme le plus 

ancien des bienfaiteurs de la Grèce. Il comptait parmi ses ancêtres 
Aiax et les Eacides. Quoique citoyen d'Athènes, il avait obtenu la 
souveraineté du Chersonèse , que les Scythes et les Perses l'obligè- 
rent d'abandonner. A son retour à Athènes , il fut un des dix capi- 
taines élus par le peuple, pour commander l'armée contre les Per- 
ses. A la fameuse journée de Marathon } il eut senl le commande- 
ment des troupes , du consentement de ses collègues. L'ennemi fut 
défait, et laissa environ sept mille morts sur le champ de bataille. 
Mais le héros de Marathon ne put se soustraire à l'envie de ses 
concitoyens , qui lui refusèrent la couronne d'olivier , unique ré- 
compense qu'il avait demandée pour prix de sa yictoire. Moins 



de la Grec e. 3 j 7 

heureux dans l'expédition maritime qu'il fut chargé de conduire 
contre l'île de Paros , il fut condamné à cinquante talens d'amende 3 
et n'ayant pu la payer , il mourut en prison de ses blessures. On 
lui éleva néanmoins des statues, dont la plus fameuse était celle 
que Phidias exécuta en marbre, et qu'on voyait dans le temple 
d'Apollon à Delphes, L.'herme n.° 1 , planche 46 , qui apparie- $°n forme. 
nait auparavant au Musée de Paris offre le portrait de Mittiade* 
On retrouve la même sérénité de regard 3 la même disposition des 
cheveux et de la barbe dans le buste de ce guerrier publié par 
Fulvius Ursinus } au bas duquel on lisait cette inscription en ca- 
ractères Grecs et carrés : Miltiade , fils de Cimon , Athénien (1). 
« Le casque qui sert de coiffure à cette tête , dit Visconti , con- 
firme notre opinion sur le personnage qu'elle représente: car la 
partie qui descend sur le cou présente en relief le taureau furieux 
de Crète 3 qui du tems de Thésée dévastait les campagnes de Mara- 
thon , où il fut terrassé par ce héros, et qui fut ensuite désigné dans 
la mythologie sous le nom de Taureau de Marathon. Les habitans 
de ce bourg de l'Attique le prirent dès lors pour signe embléma- 
tique de leur pays , et lui consacrèrent une image en bronze dans 
la citadelle d'Athènes. Cet ornement du casque est donc ici carac- 
téristique, et sert à faire reconnaître dans le buste le vainqueur 
de Marathon (3) „. On retrouve encore ce portrait dans une cor- 
naline antique, qui existe dan? le cabinet de M. r De la Turhie à 
Turin, dont Visconti fait aussi mention, et que nous avons repré- 
sentée sous le n.° a. La chlamyde semble ici attachée sur l'épaule 
gauche contre l'usage ordinaire ; mais il est à remarquer que les 
anciens lytoglyphes n'avaient pas toujours la précaution de graver 
en sens contraire , pour que la gravure présentât ensuite les objets 
sous leur aspect naturel. 

Thémistocle doit être regardé comme le plus grand capitaine TUmûtociè. 
d'Athènes. Sans la bravoure et les ruses militaires de ce grand hom- 
me , toute la Grèce serait tombée sous le joug des Perses. Ii com- 
mença par donner aux Athéniens une force maritime, comme le 
seul moyen qu'il avait reconnu propre à sauver la patrie contre 

(0 ® n ignore ce qu'est devenu l'original de cet herme en marbre et 
d'un autre du même guerrier , aussi en marbre , qui avait été découvert 
gur le mont Celius à Rome. 

(2) Arch. Gr. T. I. pag. i3i. 



3 1 8 Milice 

l'armée immense de Xèrxès. Pour réussir dans son projet , il lui 
fallut séduire les oracles, gagner ses collègues et le commandant 
en chef de la flotte de toute la Grèce coalisée; il dut même pous- 
ser la feinte , jusqu'à se faire passer pour traître aux yeux de l'en- 
nemi , afin de l'engager à attaquer les Grecs dans le seul endroit 
où ils pouvaient vaincre, sans oser attaquer. Les Perses furent 
complètement battus , et Athènes prit l'empire sur toute la Grèce. 
Mais le vainqueur de Sala-mines eut pour récompense l'exil, au- 
quel le condamna l'ostracisme. Il se réfugia à la cour d'Àrtaxerxès 
fiis de Xerxès , qui le combla d'honneurs et de richesses. La mort 
le sauva de la dure nécessité de prendre les armes contre son pays; 
il mourut à Magnésie, ville d'ïonie, âgé de soixante cinq ans. 
Ses neveux firent transporter secrètement ses cendres à Athènes , 
et leur donnèrent la sépulture dans un roc entouré de la mer à 
l'entrée du Pyrée (r). Les Magnésiens élevèrent à ce grand homme 
plusieurs statues: la peinture et la sculpture ont plusieurs fois fait 
revivre ses traits , et ses descendans avaient même consacré son image 
dans un tableau exposé au Parthénon , où on le voyait encore du terns 
de Pausanias , c'est-à-dire dans le deuxième siècle de l'ère vulgaire. 
âcThZiillocie I ja cornaline n.° 3 présente encore , selon M. r Visconti , un portrait 
un/cômioie. ^ e Thémistocle. « Près de la tête, dit-il, ou voit un dauphin: 
cet emblème de Neptune et de la mer donne à présumer , que 
le héros Grec représenté sur cette pierre, s'était distingué dans la 
marine , et l'imagination vole aussitôt à Thémistocle , qui est rée- 
llement le personnage le plus illustre dans la marine militaire des 
anciens. Le scholiaste de Thucydide écrit en effet que les Athé- 
niens avaient donné à Thémistocle le surnom de lSïâvua%oç , c'est- 
$ on herme. à-dire héros de la guerre navale. L'herme du Musée du Vatican, 
n.° 4 i est encore un portrait de Thémistocle. Visconti n'est pas éloi- 
gné de croire que ce buste appartenait à l'herme qui fut trouvé sans 
tête par Fulvius Ursin , et qui portait en lettres Grecques le nom 
de Thémistocle. Quoiqu'il en soit , cette image a certainement 
beaucoup de ressemblance avec celle dont nous venons de parler. 
Pyrrhus Roi d'Epire fut un des plus grands capitaines de l'an- 
Prrrhus. tiquité. Ânnibal avait pour lui la plus haute estime , et Cicéron 
parle avec éloge d'ouvrages écrits par lui sur l'art de la guerre. 
Mais il ne fut pas également grand dans l'art de gouverner les peu- 
Ci) Voy. Hérodote liv. VIII. Thucydide liv. I er Diodore de Sicile 
liv. II. Cornélius Nepos, et Plutarque, 



de la Grèce. dicj 

pies. Persécuté de la fortune presque dès son berceau, il conquit, 
perdit et reconquit l'Epire , royaume qui loi appartenait par droit 
de succession. L'ambition des conquêtes et l'inconstance de ses vues 
lui firent abandonner plusieurs fois les avantages du sort et les rênes 
de ses états , pour courir après la gloire chez les nations étrangères. 
Il fut deux fois maître de la Macédoine,, et se la vit enlever deux 
fois. S'étant allié avec les Tarentins, sous le prétexte de vouloir 
mettre un frein à l'ambition des Romains , il conquit la Grande 
Grèce presque toute entière; mais rebuté delà valeur d'un ennemi 
que les Grecs n'avaient pas encore assez connu 5 il porta ses armes 
dans la Sicile, qui l'appelait à sou secours contre les Carthaginois. 
Devenu odieux aux Syracusains , qu'il traitait en sujets plutôt qu'en 
alliés, il éprouva une suite de revers qui l'obligèrent à tourner ses 
forces contre la Grèce : enfin , au milieu de la mêlée qui eut lieu dans 
les rues d'Argos entre ses troupes et celles d'Àntigone Gonatas réunies 
aux Grecs, à Ja suite d'une surprise qu'il avait tentée contre cette 
ville, 'il fut mortellement blessé d'une tuile que lui lança une vieille 
femme du haut de sa maison , pour sauver son fils. Alexandre II. lui 
succéda en Epire l'an 37a avant l'ère vulgaire. Nous avons déjà vu 
que la fameuse statue capitoline , qu'on avait prise pendant long- 
tems pour l'image de Pyrrhus, était celle du Dieu de la guerre. Médailles 
M. 1 ' Visconti a découvert dans le Cabinet de la Bibliothèque de de Pr ' rhus - 
Paris une médaille précieuse ( n.° 5 ) , où, d'après des raisonnemens 
de la plus grande probabilité, il croit reconnaître le portrait de 
ce Monarque. « La légende , dit-il , Basileos Pirrou ( monnoie ) du 
Roi Pyrrhus le prouve assez. On voit en outre sur un des côtés de 
cette médaille la tête d'un guerrier avec un casque. Théfis montée 
sur un cheval marin, et portant à son fils Achille le bouclier fa- 
briqué par Vulcain , forme îe type du revers. Le rapport de ce 
type avec Pyrrhus issu du sang des Eacides , et descendant d'Achil- 
le, semble être de toute évidence; et comme la tète du guerrier 
qui est gravée sur l'autre côté de la médaille a tout l'air d'un por- 
trait , je crois qu'on peut , avec la plus grande vraisemblance 5 la 
regarder comme celle de Pyrrhus „. Ce savant commentateur ap- 
puyé ensuite son opinion de conjectures non moins solides, et ajoute 
qu'il n'est pas hors de probabilité que cette médaille ait été frappée 
chez les Bruses , peuple de la Grande Grèce , qui s'était ligué 
avec Pyrrhus contre les Romains (1). 

(1) Ieonogr. Qr. Vol. II. pag. 84. 



a 



3ao Milice 

Milice de V empire d'Orient et des C-recs modernes. 

Z ê Z â muL La ïig" 6 Achéene dont nous avons déjà parlé , doit être con- 

Grecque. g^érée comme le dernier effort de la valeur des Grecs, et presque 
comme la lueur pâle et tremblante d'un flambeau prêt à s'étein- 
dre. Tombée sous la domination des Romains,, la Grèce perdit tout 
son courage et toute son énergie ; elle vit d'un œil tranquille les 
vainqueurs s'emparer de ces positions inexpugnables, qui avaient été 
jadis la sauve-garde de sa liberté et de sa grandeur; et elle de- 
meura spectatrice indifférente des combats sanglans que se livrèrent 
dans son propre sein ces mêmes conquérans, pour l'empire du monde 
qu'ils se disputaient entre eux. Elle ne se reveilla pas de cette pro- 
fonde létargie , lors même que Bysance devenue la capitale de l'empire 
d'Orient, fit oublier l'éclat et la puissance de l'ancienne Rome. Bien 
plus, c'est que depuis cette époque elle ne conserva plus rien de 
Grec que le langage: car elle prit, pour ainsi dire., tout le costume 
des Romains, ainsi que leurs usages: la même imitation s'introdui- 
sit dans sa tactique militaire et dans son armée, où les descendans 
des Tbémistocles , des Léonidas , et des Epaminondas combattaient 
dans les mêmes rangs à côté des Latins et des Barbares. Ainsi nous 
n'avons rien à dire de la milice des Grecs depuis leur assujétisse- 
ment à la puissance Romaine ; et nous ne pourrions ajouter que bien 
peu de cbose sur celle de l'empire Grec, sans être obligés d'anti- 
ciper sur ce que nous en avons à dire à l'article du costume des 
Romains, auquel nous renvoyons uos lecteurs. D'un autre côté, le 

Manque manque presque total de monumens relatifs à ces deux époques 
ne nous permet pas de nous arrêter long-tems sur ce point, notre 
but étant d'offrir dans cet ouvrage des images et des figures, plutôt 
que des dissertations ou des recherches, qui n'auraient que peu ou 
point d'importance. Nous nous dispenserons encore de parler des 
changemens , que la tactique et le costume militaire des derniers 
tems de l'empire Grec ont subis dans les tems modernes et de- 
puis l'invention de l'artillerie, attendu que nous n'avons aucun mo- 
nument qui en rende témoignage, et que d'ailleurs Se costume mi- 
litaire devint presque uniforme par toute l'Europe à cette époque 
et depuis les croisades , comme nous aurons occasion de l'observer 
en son lieu. Cependant , pour ne pas laisser une, trop grande la- 
cune dans cette partie de notre ouvrage , nous avons cru à propos 



de la Grèce. 3a ï 

de représenter à la planche 47 , comme pour complément de nos 
recherches, un fragment de la colonne Théodosienne , où l'on voit rri €ol J onn ' . 

° ' Theodasienne. 

les différens costumes militaires des premiers siècles de l'empire 
Grec. On prétend que cette colonne fut élevée à Gonstantinople par 
l'Empereur Arcadius, en l'honneur de Théodose le jeune. Elle ne 
diffère guères de la colonne Trajane qu'on voit encore à Rome, 
et présente également dans ses bas-reliefs un triomphe, que les 
érudits croient avoir été remporté par le même Empereur sur les 
Scythes et les Goths(i). Quant aux dessins que nous avons des bas- 
reliefs de cette colonne, nous observerons d'abord que c'est au pein- 
tre Gentil Bellini , Vénitien, que nous en sommes redevables, et GmtUBeiUni 

. . . . t * lève le dessin 

voici comment. A la vue de quelques tableaux de Jean Bellini que de la colonne 
l'ambassadeur de la république de Venise avait apportés avec lui 
pour l'ornement de son palais de Gonstantinople, Mahomet II, ne 
pouvant contenir son admiration } demanda avec les plus vives instan- 
ces qu'on lui envoyât ce peintre. L'ambassadeur en écrivit aussitôt 
à son sénat. Mais Jean ne voulant pas interrompre les ouvrages qu'il 
exécutait alors dans le Palais de Saint Marc, et se trouvant d'ail- 
leurs dans un âge déjà très-avancé, proposa de faire partir son frère 
Gentil à sa place. Cet artiste reçut de Mahomet l'accueil le plus 
gracieux, et le portrait qu'il fit de ce Monarque par le moyen 
d'une glace, le rendit à ses yeux et à ceux de toute sa cour l'ob- 
jet de la plus haute admiration : enfin les Turcs, qui n'avaient au- 
cune idée de peinture, le regardèrent comme un être surnatu- 
rel. A la faveur de l'estime dont l'honorait Mahomet , "Gentil 
examina tous les monumeus des arts qui existaient encore à Gon- 
stantinople ; et la colonne Théodosienne ayant particulièrement 
fixé son attention 3 il obtint d'en pouvoir lever le dessin. Cet ou- 
vrage précieux fut d'abord transporté à Venise, d'où il passa, après 
bien des vicissitudes , à l'Académie de peinture et de sculpture de 
Paris. G'est de ce dessin que nous avons pris celui de la porte 

(1) Il faut lire au sujet de cette colonne et des événemens qui y 
sont représentés la Dissertation du P. Claude François Menetreio : Co- 
lumna Theodosiana , quant vulgo hist.orlatam vocant , ab Arcadio Imper. 
ConstantinopoLi erecbam in honorem Imperatoris Theodosii Junioris a 
Gentile Bellino delineata. Lisez aussi Banduri , Imperium orientale ; T. IL 
pag. 5o8 et suiv. Cette colonne fut renversée par Bajazet II pour cons- 
truire un bain à sa place. V. Hobhouse - A Journey through Albania 
etc. pag. o,55. 

Europe. VoL L j r 



Saa Milice 

Porte d'or. d'or , que fit élever Théodose le Grand , après avoir défait le 
tyran Maxime. Cette porte est d'une construction singulière, et 
n'a rien de commun avec les arcs de triomphe qu'on voit à Rome. 
L'Empereur va pour passer dessous. On le reconnaît à son sceptre, 
à la richesse de l'équipage de son cheval, et à l'aigle dont son cas- 
que est orné; mais on ne peut assurer précisément si ce personnage 
est Théodose même, ou Gratien , que le premier avait élevé à l'em- 
pire , et qui avait vaincu les Allemands et les Goths; il est pré- 
cédé du préfet ou capitaine des gardes qui est aussi à cheval. Nous 
laisserons à la curiosité des lecteurs le soin d'examiner les costumes 
militaires et les armes que présente ce dessin, ainsi que l'analogie 
ou la différence qu'on y observe avec ceux dont nous avons déjà 
donné la description. 
Cataphraeies. Il y avait dans les armées de l'empire d'orient un corps de ca- 

valerie, connu sous le nom de Cataphractes ^ qui était très-renommé. 
Sa formation vient proprement des barbares. Les Romains, au dire 
de Tite-Live, virent pour la première fois cette espèce de cavale- 
rie dans les troupes d'Antiochus. Constance , fils de Constantin, fut 
le premier à en introduire l'usage dans les armées de l'empire. 
Nous croyons à propos de rapporter ici la description qu'en fait 
Héliodore. « C'est (le cataphracte) un homme d'élite, et qui doit 
« être très-fort ; il a pour coiffure un armet qui n'a qu'une seule 
" ouverture , et ressemble par devant à un visage d'homme : cette 
« armure lui couvre la tète toute entière , à l'exception des yeux, 
» depnis le sommet jusqu'à la nuque. De la main droite il porte une 
« longue lance armée au bout d'un fer aigu; de la gauche il gouverne 
« les rênes de son cheval. Une épée peud à sa ceinture, et tout 
« son corps est enveloppé d'une cuirasse. Voici comment cette cui- 
« rasse était fabriquée. On formait, avec du cuivre ou du fer , des 
« plaques carrées, de la grandeur d'une palme en tous sens : on dispo- 
«< .sait ces plaques les unes à côté des autres depuis le haut jusqu'en 
« bas, de manière que le bout et les côtés de celles de dessus s'ap- 
» pliquaient sur celles de dessous et des côtés , et ainsi de suite. A 
" l'endroit où se rapprochaient les jointures, il y avait de petits cro- 
« chets en forme de hameçon , auxquels était agrafée une espèce de tu- 
« nique couverte d'écaillés de poisson , qui ceignait le corps du cavalier 
" sans l'incommoder, et sans le gêner dans aucun de ses mouvemens. 
« Cette tunique avait des manches, et descendait du cou jusques 
« sur les genoux ; elle était ouverte entre les cuisses , c'est-à-dire 



de la Grèce. 3a3 

« à la partie qui posait sur les épaules du cheval. Telle était la 
« forme de cette cuirasse, dont la solidité pouvait résister aux flè- 
« ches et aux coups les plus violens. Les jambiers qui prenaient de- 
« puis le pied jusqu'au genou , tenaient à la cuirasse , et au bout 
« étaient attachés des souliers aussi en fer. L'armure du cheval était 
« la même; sa tête était couverte d'une têtière en fer, et de cha- 
« que côté tombait de ses épaules jusqu'au ventre une couverture en- 
" trelacée de fer, qui lui servait de défense, et ne l'empêchait pas de 
« courir en plaine. Le cavalier ainsi armé se trouvait comme soudé 
« sur son cheval : le poids de son armure ne lui permettant pas 
« d'y monter lui même , il y était placé par d'autres. Au signal du 
« combat, il lâchait les rênes, et dans sa course précipitée contre 
« l'ennemi, il ressemblait à un homme de fer , ou à une statue mo- 
« bile fabriquée au marteau. Un cordon attaché au cou du cava- 
« lier retenait la lance à l'endroit ou le fer est long et droit , et 
« à celui de sa courbure un autre cordon la retenait près des cuis- 
« ses du cheval , et servait en même tems dans le combat à rendre 
« l'animal docile à la main du cavalier, lequel n'avait besoin alors 
« que de tenir sa lance droite , et de la pousser avec force devant 
« lui, pour que le coup en fût plus rude et plus meurtrier. Rien 
" ne résistait à l'impétuosité de son choc , et souvent d'un seul coup 
« il abatait deux ennemis (i)„. Nous n'avons aucun monument qui 
nous retrace l'image des Cataphractes des empires Grec et Romain ; 
mais comme Constance avait introduit dans son armée cette espèce 
de cavalerie à l'imitation des barbares, et pour qu'il ne reste rien à 
souhaiter à nos lecteurs sur ce point, nous avons cru devoir leur 
présenter à la planche 44 ■> n -° a 5 quelques Cataphractes de milices 
auxiliaires de l'empire Romain , qu'on voit dans les bas-reliefs de 
la colonne Trajane. Il est à remarquer ici que le cavalier n'a point 
3e visage couvert, et que ses mains sont également nues; il n'a mê- 
me point de pique. 

Nous ne devons pas omettre non plus de faire mention du La- Labarum. 
barum , espèce d'étendard, que Constantin le Grand avait donné 
aux armées des deux empires pour enseigne militaire. C'était une 

(1) Héliodore , sur les choses éthyopiques , trad. de Léonard Ghini. 
Vlnegla , Gabr. Giolito , i56o , 8°, liv. IX. pag. a35 et suiv. On ne trouve 
dans le G'ossaire de Dufresne d'autre explication du mot cataphractus t 
que celle de thorace ferreo indutus. 



3a4 Milice 

longue pique, décorée quelquefois de divers objets, et portant vers 
son extrémité supérieure un bâton transversal , d'où pendait une 
draperie couleur de pourpre , enrichie de pierreries et entourée 
d'une frange. Au milieu était figurée en broderie la croix, ou 
Je monogramme composé des deux lettres Grecques X. P. qui 
indiquent le nom du Christ , et d'autres fois les deux autres 
a. a , qui signifient que le Christ est le principe et la fin de 
toutes choses. On trouve aussi des labarum qui avaient la forme 
d'un éventail. Voyez les deux médailles de Constance , ( planche Ap , 
n.° 3 ) rapportées par Banduri. On prétend que Constantin donna 
à ses troupes cette espèce d'étendard, après avoir vu dans les airs, 
en marchant à la tète de ses troupes contre Maxence , une croix 
sur laquelle ou lisait ces mots en Grec: en tottq nika. In hoc ( signo ) 
vinces , et qu'il choisit cinquante guerriers des plus braves et des 
plus pieux de son armée pour le porter tour-à-tour. Les savans croient 
voir dans ces guerriers ceux que le Code Théodosien désigne sous 
le nom de Prœpositi laborum (i). 
Feu grégeois. Enfin, et pour compléter ce que nous avions à dire de l'art mi- 

litaire de l'empire de Bysauce, nous allons rapporter les notions que 
nous ont transmises les écrivains sur le feu grégeois , auquel Constan- 
tinople fut plusieurs fois redevable de son salut. Nous avons vu pré- 
cédemment que les anciens ont toujours cherché à faire usage du 
feu dans leurs guerres. Il parait néanmoins que c'est des peuples 
de l'orient qu'est venue l'idée de produire des embrasemens par le 
moyen du pétrole, anciennement appelé naphte , et d'autres matiè- 
res bitumineuses qui abondent dans ces contrées. Dion raconte que 
l'Empereur Sévère fit de vains efforts pour prendre une ville située 
sur les confins de la Perse, parce que les assiégés brûlèrent, avec 
du naphte qu'Un lui jetaient, ses machines , ainsi que les soldats qui 
en étaient atteints : ce qu'une ville de Médie avait déjà fait trois 
siècles auparavant contre Lucullus. Ammien Mareellin, Procope et 

(i) Peut-être làbarorum. Le labarum proprement dit était l'étendard 
des Barbares. C'est pourquoi , quand on le trouve sur les médailles des 
Augustes qui ont précédé Constantin, au lieu de le prendre pour une en- 
seigne Piomaine , il faut le regarder comme celle de quelque nation bar- 
bare vaincue par l'Empereur , en l'honneur de qui la médaille a été frap- 
pée. Ainsi il serait inutile de rechercher dans la langue grecque ou latine 
Tétymologie du mot labarum. V. Du-Fresne De Imperator. Constanùnop. 
etc. Numismatïbus Dissertatio , pag. 3g. 



de la Grèce. 3ï>,5 

autres anciens écrivains nous assurent, que l'huile, appelée incen- 
diaire, se fesait en Médie et en Perse ([). L'usage de ce feu passa 
aussi chez les Arabes : car au dire de l'historien Elmacin , ils l'em- 
• ployèrent à un siège de la Mecque , et Jean de Vitry rapporte 
qu'ils achetaient à un très-haut prix les eaux d'une fontaine , avec 
lesquelles, au moyen de quelques ingrédiens qu'ils y mêlaient , 
ils fesaient le feu grégeois. Il paraîtrait que ce fut d'eux que l'ar- 
chitecte Calliuique , venu de Baîbec en Grèce vers le milieu 
du VII. e siècle, apprit la composition de ce feu; et qu'à la fa- 
veur de ses hôtes dans ce dernier pays, il composa ou peut-être 
perfectionna celui qui dans la suite fut appelé feu grégeois. Les 
écrivains Bysantins l'appellent tantôt feu artificiel , tantôt feu de 
mer , mais plus communément encore feu fluide. Il existe un opus- 
cule qu'on attribue à certain Marc Greco , lequel vivait, dit-on , 
vers l'an noo, où sont indiqués les ingrédiens qui entrent dans Matières 

1 ~ x composant 

la composition du feu grégeois, ainsi que la manière de le prépa- & feu grégeois. 
rer : ces ingrédiens sont du soufre, de la poix, du pétrole, du 
tartre, du sel décrépité; et le procédé est de faire bouillir le tout 
ensemble , et d'y mêler de Vétoupe (a). Gallinique fit usage pour la 
première fois de cette composition dans un combat naval, entre 
Constantin Pogonate et les Savrazins, près de Cysique sur PHelles- 
pont. L'effet en fut si terrible, que la flotte ennemie, portant envi- 
ron trente mille hommes, fut entièrement détruite par les flammes. 
Les successeurs de Constantin l'employèrent ensuite dans plusieurs 

. , , . T Le fou grégeois 

de leurs guerres, et toujours avec beaucoup de succès. Le soin par- mis au nombre 

,. ,... . i, i, , , des secrets 

ticuher qu ils prirent toujours d en cacher le secret nous donne a de PEtau 

(i) Le chevalier Venturi, que nous avons suivi dans nos recherches 
sur le feu incendiaire, dit que c'est peut-être à l'usage de ce feu qu'il 
faut attribuer , ce que Philostrates regarde comme l'effet d'un prodige inoui, 
savoir ; qu'Hercule et Bachus s' étant engagés dans un combat avec 
un peuple de l'Inde favorisé du ciel , ils furent assaillis par des tour- 
billons de feu et des foudres qui tombaient d'en haut sur les armes de- 
leurs troupes. On peut lire à cet égard le savant Mémoire qu'il a fait in- 
sérer dans le VI. e tome de la Bibliothèque Italienne , pag. 343 et suiv. , 
ainsi qu'un autre Mémoire lu par lui à l'Institut R. le 8 juin i8i5. 

(2) Sur la composition du feu grégeois il faut lire en outre Alberto 
M. De mirabilibus mundi , Valturio , Biringuccio , Cardan et autres , qui 
pourtant n'ont fait que copier ou répéter ce qu'ils ont lu dans l'opuscule 
de Marc Greeo. 



32,6 Milice 

présumer, que le feu de Callinique était d'une autre composition, 
et plus meurtrier que celui qu'où connaissait en orient; et en effet 
le feu grégeois fut mis par Constantin Porphirogenètes au nombre 
des secrets de l'Etat. Cet Empereur, dans un ouvrage qu'il a écrit 
sur le gouvernement de l'empire, dit à son filsRomanus, que si ja- 
mais les Barbares viennent lui demander le feu grégeois , il leur 
réponde que c'est un secret qu'il ne peut communiquer, parce que 
l'Ange qui l'apporta à l'Empereur Constantin lui défendit de le 
faire connaître à d'autres, et que ceux qui ont osé violer cette dé- 
fense ont été dévorés par le feu du ciel. Les précautions de Por- 
phirogenètes ne purent empêcher cependant que les Barbares ne 
parvinssent à trouver d'eux mêmes, ou à découvrir par d'autres le se- 
Le% Barbares cret de cette composition. Le P.Daniel, dans son Histoire du siège 
* n usage USSl de Damiette qui eut lieu vers l'an 12.49 sous Saint Louis, rapporte 
que les Turcs en firent alors un usage terrible. Ils lançaient , dit- 
il, ce feu par le moyen d'un mortier, et quelquefois avec une ar- 
balète singulièrement construite , qu'on tendait avec une machine 
dont la force était supérieure à celle de toute puissance humiine. 
Mais l'invention de la poudre et de l'artillerie , si funeste au genre 
humain , a fait tomber dans l'oubli le feu grégeois. Les effets de 
]a poudre à canon ont bientôt surpassé ceux d'une composition , 
qui ne pouvait se lancer qu'avec des tubes de cuir dans lesquels 
on soufflait , ou avec des arbalètes, ou enfin avec d'autres machines 
très-imparfaites , tant l'homme a été ingénieux à créer de nou- 
veaux moyens , pour abréger son existence déjà si fragile et si cour- 
te , et sujette à une infinité de disgrâces! 
Miiias Après les notions que nous avons données précedamment sur les 

tockmes. Grecs modernes , il ne nous reste plus que fort-peu de choses à dire 
de leur milice et de leurs usages militaires. Confondus aujourd'hui 
avec les hordes de l'empire Ottoman, ils ne nous présentent rien 
qui ne soit commun avec les armes et l'habillement militaire des 
Turcs. On peut comparer la Turquie d'Europe à un pays, où les 
eaux d'un torrent impétueux ont renversé les maisons, déraciné les 
forêts, et recouvert le sol d'un sable aride , qui laisse à peine aper- 
cevoir la trace des anciennes habitations, et quelques restes de vé- 
gétation dans des troncs d'arbres et des buissons dispersés ça-et-là 
sur sa surface. Il serait sans doute aussi étrange qu'inutile de vou- 
loir chercher dans les misérables débris d'un peuple avili depuis 
tant de siècles, quelqu'étincelle de son "ancienne valeur, ou quel- 



de la Grèce. &&$ 

qu'usage militaire qui le distingue de la nation sous le joug de la- 
quelle il est opprimé. « La Morée , dit M. r Pouqueville, lors que Morée 
je me trouvais daus cette province qu'on croyait la plus mena- 
cée , outre une flotte formidable qui la protégeait , était encore 
défendue par un corps de troupes de six mille hommes .... 
Je vis arriver ces malheureux , qu'on avait ramassés dans plusieurs 
villes de l'empire, la plupart sans armes, et presque mourans de 
faim .... Quoique sans aucune discipline, les Albanais, ( habi- Aihanai 
tans de la Macédoine et de l'Epire), montraient néanmoins un 
certain ordre dans leur milice. Chacun de leurs corps était divisé 
en chiliades , ou milliers commandés par un Bimbachi , ou chef de 
mille hommes, qui avait pour marque distinctive une tunique sem- 
blable à celle des Diacres , avec de longues épaulettes qui lui ar- 
rivaient jusqu'au coude. Il y avait en outre des capitaines , et des 
lieutenans , dont chacun commandait un nombre indéterminé de sol- 
dats. Chaque homme , au moment de son enrôlement , recevait à titre 
d'engagement une somme, avec laquelle il était obligé de pour- 
voir aux frais de son habillement, de son armement et de son en- 
tretien .... Il est aisé d'imaginer ce que doit être une troupe , 
où il n'y a ni contrôles, ni caisse, ni solde fixe li). Ce n'est 
qu'un ramas d'hommes, composé de gens braves et courageux, 
mais sans discipline , sans ordre et sans tactique militaire. Les paysans 
Albanais se font distinguer entre autres par leur agilité, leur vi- 
gueur , et leur habileté à manier le fusil et le sabre ; ils sont 
d'une force et d'une hardiesse étonnantes lorsqu'ils combattent corps 
à corps ; mais s'ils ont le malheur d'être enfoncés par un corps 
de troupes réglées , leur défaite est générale et complette „. Ce- 
pendant les Albanais se sont acquis par leur bravoure , et par la 
forme même de leur habillement militaire, une grande réputation 
parmi les Turcs; ce sont eux qui composent la garde des Pashas (a) 
en Morée , en Egypte, en Syrie, ainsi que dans les autres provinces Soldai, 
de l'empire. Le n.° 1 de la planche 48 représente un soldat Al- 

(1) Pouqueville. Voyage en Morée etc. Paris, i8o5. T. I. p. 241 et suiv. 

(2) M. r Holland a vu dans Tile de Lipari un régiment Albanais , qui 
avait été long-tems au service du Roi des deux Siciles. Ce régiment fut 
dissous dans l'hiver de 18 12. Les troupes qui attaquèrent l'armée Aglaise 
à Rosette dans la dernière expédition d'Egypte , étaient composées en 
grande partie d'Albanais. V. Holland , Travels in the Jonian Jsles. etc. 
X^ondon , i8i5, pag. n3. 



Alh, 



anais. 



3i>B M r ne k 

banais: nous avons tâché de conserver dans ce portrait , non seule- 
ment l'habillement , mais encore les traits et rouf le caractère de 
physionomie qu'il a dans l'original , que M. r Hobhouse a fait peindre 
sur les lieux même, et sur lequel nous l'avons copié. Les albanais 
Dame ont aussi conservé une espèce de danse pyrrhique. « Deux hommes 
des Albanais, c'est ainsi que s'exprime M. r Pouqueville , armés d'un poignard 
s'avancent à pas mesurés, en agitant leurs armes d'abord contra 
eux mêmes , et ensuite l'un contre l'autre : des sauts et des tours de 
force caractérisent cet exercice militaire .... En voyant cette 
danse, je me crus transporté dans l'ancienne Sparte, dont elle rap- 
pelle les jeux : j'avoue que je fus presque saisi d'effroi, lorsqu'à l'im- 
pétuosité des mouvemens je vis succéder une espèce de délire et 
de fureur (i) „. Une autre danse qu'on prendrait aussi pour Spar- 
tiate, et qui est également en usage chez les Albanais, est celle 
qu'ils appellent danse des voleurs. On vit chez les anciens Grecs, 
au rapport de Xénophon , une danse d'un genre à peu-près sem- 
blable, à leur retour de leur expédition en Perse. Cette danse s'exé- 
cute ordinairement en présence des Pashas, dans une salle éclai- 
rée d'un petit nombre de bougies jaunes, dont la lumière presque 
sépulcrale, donne une couleur pâle et équivoque aux spectateurs 
et aux objets sur qui elle se réfléchit. Les danseurs ayant le bras gau- 
che passé autour du cou , et tenant chacun la main droite dans la 
ceinture de l'autre, se donnent alternativement des secousses, et 
tournent en rond à pas mesurés s qu'ils accélèrent insensiblement , 
jusqu'à ce que leur mouvement ait pris toute la rapidité possible. 
Lorsque cette espèce de rotation est à son plus haut degré de véhé- 
mence, on entend des cris sauvages, qui se mêlent par intervalle 
aux sons bruyans d'une musique barbare. Vient alors quelquefois la 
danse pyrrhique dont nous venons de parler. Après cela, les danseurs 
feignent d'aller à la poursuite des voleurs, et de les arrêter, et fer- 
itparûates ment le spectacle par une espèce de triomphe. Mais les Spartiates 
modernes, tiennent encore du caractère de leurs illustres ancêtres. Ils sont 
fiers et orgueilleux : souvent on les entend entonner le chant de 
guerre, et invoquer le secours de quelque puissance amie qui vienne 
briser leurs fers. La couleur sombre de leurs vêtemens , la bâche 
dont ils sont armés, leur air taciturne, et le mépris farouche qu'ils 
montrent pour leurs oppresseur? , décèlent en eux des âmes fières 

(i) Pouqueville. Ibid. pag. 276 et 276,, et Holland. ifcid. pag. 80, 



de la Grèce. Bù-.g 

et ardentes , qui n'attendent qu'un moment favorable pour secouer 
le joug;, et rendre tout son éclat à cette superbe Sparte, dont ils 
se vantent encore d'être les enfans (i). A côté des Spartiates et 
des Albanais il faut mettre aussi les Gariens , dont le pays fournit Carient. 
beaucoup de soldats. La Carie 3 dès les tems les plus reculés, ne 
connaissait pas d'autre métier que celui des armes. Ses habitans , 
nés en quelque sorte pour la milice, s'enrôlaient habituellement; 
au service de quiconque leur offrait un engagement. Qenus , dit 
Pomponius Mêla, us que eo quondam armorum , pugnaeque amans , 
ut aliéna etlain bella mercede ager&t. Les descendans des Cariens 
ont conservé en cela tout le caractère de leurs ancêtres. Soldats de 
profession , ils abandonnent volontiers leurs foyers pour suivre l'éten- 
dard du P.jslias , de l'usurpateur ou de l'aventurier quelconque qui 
leur offre une meilleure solde. C'est pourquoi ils changent souvent 
de maître, et se vantent de ne consulter dans toutes leurs actions 
que leur propre intérêt: redoutables à leurs tyrans même, ils jouis- 
sent d'une liberté à laquelle aspirent en vain les autres peuples de 
la Grèce. Leur état ou leur condition se distingue à la forme de leur 
turban qui est noir, et à la couleur des rubans ou cordons dont il 
est orné: voy. les n. os a , 3 et 4 de la planche 48, ainsi que le 
cavalier de la même nation qui y est représenté. Ces trois figures 
sont prises de la Ç;3. e planche du voyage de Choisseul. 



RELIGION DES GRECS. 



Grecqu 



Ici s'ouvre un vaste champ, où les amateurs des beaux arts et Vann 
de l'archéologie peuvent donner carrière à leur génie, et faire une Mythologue 
abondante moisson de connaissances aussi utiles qu'agréables. La re- 
ligion , ou plutôt ia mythologie des Grecs présente une suite con- 
tinue d'idées ingénieuses, d'images riantes, de sujets sublimes, d'em- 
blèmes, d'allégories, et autres objets aussi admirables parleur goût 
que par leur variété. « Tout est en action , dit un illustre écrivain 9 
tout respire dans ce monde enchanté , où les êtres spirituels ont 
un corps, et les êtres matériels un âme; où les champs, les bois, 
les fleuves, les élémens ont leurs divinités particulières : personnages 

(1) Voy. ce que nous avons déjà dit au sujet des Maniottes , pag. 224 
et ailleurs. 

Europe, Vol I. /' /p 



030 Religion 

chimériques sans doute, mais qui, pour nous, sont devenus réels et 
animés , par le rôle qu'ils jouent dans les ouvrages des anciens 
poètes , et les allusions que ne cessent d'y faire encore les écrivains 
modernes „. Aussi n'a-t-on jamais fait que de vains efforts, toutes 
les fois qu'on a voulu renverser les Dieux de l'Olympe, et enlever 
aux Muses l'empire de la poésie et des beaux arts. Nous avons parlé 
assez au long, à l'article des tems mythologiques ou fabuleux, de 
l'origine de la Mythologie Grecque, et des allégories que certains 
écrivains ont cru y apercevoir sous les images et [m divers attributs 
des Dieux; c'est pourquoi nous nous dispenserons d'entrer dans de 
dïfdïvlnïiés nouveaux détails à ce sujet (i). Nous ne voulons pas non plus passer 
Grecques, en revue la multitude infinie des divinités Grecques , notre but n'étant 
pas de nous arrêter à des recherches de pure curiosité et tout-à-fait 
inutiles , mais de recueillir dans les monumens et les ouvrages des 
anciens tout ce qui peut nous donner une juste idée du costume de 
cette nation, et de n'en prendre que ce qui peut tourner au profit 
des arts. Les mêmes raisons nous engagent à passer sous silence 
l'histoire particulière de chacune de ces divinités: car il n'est per- 
sonne d'un esprit un peu cultivé, qui n'ait acquis quelques connais- 
sances de Mythologie dans les nombreux recueils que nous en avons. 
DUnsion Nous traiterons donc: premièrement, des divinités et de leurs atfri- 
de cette pâme, j^g . secorK ] em ent , des temples, des autels et des ustensiles sa- 
crés; troisièmement, des prêtres, des rites et des sacrifices; qua- 
trièmement, des mariages, des funérailles et des fêtes religieuses; 
cinquièmement des mystères; sixièmement enfin, des jeux et des 
spectacles sacrés. Nous passerons ensuite à quelques observations sur 
la religion des Grecs modernes. 

Divinités et leurs attributs. 

Religion Hérodote, le plus ancien des historiens delà Grèce, est celui 

es easges, , nous donne les notions les plus exactes sur la religion des Pe- 
lages, ou des anciens Grecs. » Les Pelages (2), dit il, lésaient 

(0 Voy. P a ë>- ^S et suïv. Au tems d'Hésiode, le nombre des divi- 
nités Grecques se montait déjà à trente mille. Op. et Dies , liv. I er v. 2.^0. 

(2) Hérod. Euterp. §. 52 et 53. M. r Larcher est d'avis que ces Pé- 
lasges sont probablement ceux qui vinrent s'établir dans l'Atticiue, 1209 
ans avant notre ère , et qui en furent chassés 47 ans après. 



de la Grèce. 33r 

« hommage aux Dieux de tout ce qu'on pouvait leur offrir, comme 
« je l'ai appris à Do loue, et leur adressaient des prières; mais ils ne 
« leur donnaient aucun nom ni surnom, car ils ne les avaient jamais 
« entendu nommer individuellement. Ils les appelaient Dieux en 
« général , à cause de l'ordre qu'ils observaient dans les différentes 
" parties de l'univers (1) . . . . On a ignoré pendant long-tems l'ori- 
(i gine , ainsi que la forme et la nature de chacun de ces Dieux, 
« et s'ils- avaient existé de tout tems : ce n'est que d'hier, pour ainsi 
« dire , que nous en avons connaissance. Homère et Hésiode ne vi- 
« vaient guères que quatre cents ans avant moi. Or ce sont eux , 
« qui les premiers ont traité en vers de la Théogonie; qui ont 
« parlé des surnoms des Dieux, de leur culte , de leurs fonctions ; 
« et qui nous en ont tracé des images: les autres poètes, qui disent 
« les avoir précédés, au moins à mon avis, ne sont venus qu'après 
« eux „. On distingue en effet chez les anciens Grecs trois religions Trois religion 
différentes, qui sont clairement énoncées dans la Théogonie d'Hé- ' "cTecs!"* 
siode. La première est celle où le Ciel et la Terre sont désignés 
comme souverains de l'univers. Le poète leur donne un grand nom- 
bre d'enfans , qui sont les Dieux d'Hérodote , auxquels on n'a point 
assigné de noms , qui ne tombent point sous nos sens , et dont cha- 
cun préside à un des corps célestes. La seconde religion est celle 
où Saturne, qui n'était d'abord que la planète de ce nom, en- 
leva au Ciel son empire , et commença à régner avec les autres 
planètes, qui toutes alors prirent uu uom. La troisième enfin est 
celle de Jupiter et de ses frères, auxquels on a donné des fem- 
mes , des enfans et une descendance , qui , avec d'autres divinités 
inférieures, ont peuplé le ciel, la terre, la mer et les enfer*. C'est 
à ces trois sortes de religions, et aux différens règnes de ces Dieux , 
que fait allusion Eschile dans la réponse que Prométhée adresse à 
Mercure, qui venait de donner contre lui des ordres cruels: 

Naperum imperium novitii obtinetis , quinetlam putatis 
Vos incolere arees nulli dolori perçias : non ex his ego 

(i) Le mot Qeéç , Dieu , dérive de qs , d'où -vient TÎOfMi , je fais: 
ainsi Dieu est celui qui a tout fait et tout ordonné. Platon fait dériver 
ce même mot Qeâç de Ho , qui veut dire je cours , à cause du mouve- 
ment perpétuel des astres , qui furent les premiers objets de l'adoration 
des anciens peuples de la Grèce. Voy. Larclier , Hérod. Tom. IL pag. 282. 



33a 



Religion 



Idoles , 
inconnues 



Système 
thèoLogique 
d'Homère. 



Reges duos excidisse vidi ? 
Et hune jam regnantem tertium aspiciam 
Turpissimè et citissimè. Nunquid iibi videor 
Metuere et formidare novos Deos ? (i) 

L'observation d'Hérodote, que les Grecs ne connaissent , pour ainsi 
dan7iT s U tcms dire, que d'hier l'origine, l'immortalité et la forme de leurs Dieux, 
nous autorise donc à croire, que dans le culte des tems héroïques, 
l'usage de représenter les Dieux sous des figures humaines et de 
faire des idoles n'était pas connu, quoiqu'il régnât dès lors dans 
l'Asie mineure l'idolâtrie la plus grossière. Et en effet Homère , 
historien aussi exact que grand poète, ne parle jamais d'images, 
de statues , ni d'aucun autre emblème de la divinité (2,). Son système 
théologique nous montre clairement que Jupiter avait déjà obtenu 
l'empire de l'Olympe; mais on ne lui avait encore élevé aucune sta- 
tue , pas même sur l'autel que les Grecs lui avaient dressé dans leur 
camp. Tout ce qu'on raconte des entreprises de Dioméde , d'Ulysse 
et d'Ajax pour enlever le fameux Palladium , n'est qu'une fiction 
des poètes cycliques , ou des poètes postérieurs à Homère. Les as- 
sertions d'Apollonius de Rhodes, de Pausanais , de Diodore de Sicile 
et autres, ne peuvent être d'aucune force contre l'argument négatif 
qu'il est permis de tirer du silence d'Homère sur ce point: car si 
les Grecs des tems héroïques avaient professé le culte des statues , 
et si leurs Rois en avaient érigé à quelques divinités, ce poète 
si attentif à rapporter tout ce qui tient à la religion, aurait d'au- 
tant moins négligé d'en dire quelque chose, qu'il aurait pu trouver 
dans ces détails même un moyen facile de répandre plus d'agrément 
et de variété dans ses poèmes. Lorsqu'il parle de sacrifices ou 
d'autels élevés en l'honneur des Dieux , il ne fait jamais mention 

(i) Aesch. Prom. v. 201 et suiv. On peut lire , au sujet des trois 
religions des Grecs , les belles dissertations de M r De-la-Barre dans les 
XVI. e et XVIII. e tome de VAcad. R. des Inscriptions etc. 

(2) M. r De-Rochefort observe judicieusement , qu'Homère distingue 
toujours le costume des Grecs de celui des autres nations , et surtout des 
peuples de l'Asie mineure } chez lesquels le culte des idoles était déjà en, 
usage. Ce poète parle bien en effet des hommages que les Troyens ren- 
daient à la statue de Minerve , mais nulle part il ne laisse apercevoir cju§ 
£e même culte fut établi chez les Grecs. 



de la Grèce, 333 

d'idoles ni de statues quelconque: or le silence d'un auteur aussi 
exact , doit avoir à cet égard toute la force et l'évidence d'une preuve 
affirmative, comme l'observe fort-bien M. r de Rochefort. Ajoutons Comment 

ai -, . /-^ f » • . , -| ..> -, les anciens 

cela, que les anciens Grecs étaient clans 1 usage de se prosterner Grecs 

devant les personnes auxquelles ils demandaient quelque grâce , tan- lelrs'nZux. 
dis qu'ils restaient debout et se contentaient de lever les mains 
vers le ciel , lorsqu'ils adressaient aux Dieux quelque prière. Les 
peuples idolâtres se prosternaient au contraire devant leurs divini- 
tés pour les adorer; et comme ils avaient fait leurs statues à l'image 
de l'homme, ils s'imaginaient ne pouvoir les honorer plus dignement , 
qu'en leur rendant un hommage semblable à celui qu'ils rendaient 
aux plus grands personnages (i). Ainsi donc, toute la religion des 
Grecs clans les tems héroïques reposait sur ce principe, qu'on voit 
dominer partout dans les poèmes d'Homère : Vïnfluence de Dieu, 
sur les actions humaines. Cest pour cela que ce poète a placé à 
la tête de son Iliade cette fameuse sentence, d'après laquelle il 
attribue à la volonté de Jupiter tous les événemens qu'il va raconter: 
Ainsi s'accomplisse la volonté de Jupiter. Adorer comme cause pre- Leur croyance. 
mière l'Etre Suprême , et comme causes secondaires ses nombreux 
agens répandus dans l'univers; les invoquer; leur offrir des sacrifi- 
ces; croire que ces êtres supérieurs daignent s'entretenir avec les 
hommes , et particulièrement avec les Rois et avec les personna- 
ges qui se sont illustrés par leurs vertus et leur courage ; regarder 
les songes et les phénomènes célestes comme des avertissemens des 
Dieux ; voilà eu quoi consistait toute la théologie Grecque à cette 
époque fameuse. De ce même principe , et de la tradition confuse 
des trois religions dont nous venons de parler, dérivait peut-être l'opi- 
nion que s'étaient formée les Grecs de certaines actions déshono- 
rantes et même brutales qu'ils imputaient à leurs Dieux , et qu'ils 
vénéraient, sans cependant les imiter. Les artistes doivent donc bien 
se garder de faire entier dans leurs compositions sur les rites ou la 
mythologie des Grecs, aucune statue ni emblème quelconque de la 
divinité. Qu'on n'objecte point à cela les images des diviniïés qu'on 
voyait figurées sur le bouclier d'Achille, car cet ouvrage n'était pas 
de ia main de l'homme, ni un objet de culte. 

(i) Voy. encore la Dissertation de M. r Rochefort. Cet auteur observe 
que les Romains même ne connurent que fort-tard le culte des statues , 
qui, au dire a> Saint Augustin, ne fut introduit, chez eux que 170 ans. 
après la fondation de Rome. Voy. August. De Clvib, Del. 



3B4 Religion 

Superstitions Mais l'imagination ardente de ce peuple , et ses rapports de cora- 

e prises° s merce avec les Egyptiens et les nations de l'Asie ayant altéré dans 
plûptT te suite la simplicité de sa religion, il n'y eut aucune sorte de 
superstition auquel il ne se livrât La Grèce se vit couverte de sta- 
tues , d'images et de simulacres de tous genres: des faiblesses, des 
vices honteux, de grossières extravagances devinrent des, objets de 
culte, et servirent d'argument aux compositions de Part. Il s'écoula 
néanmoins baucoup de tems depuis l'époque de la troisième reli- 
gion, jusqu'à celle où les Grecs commencèrent à représenter leurs 
Déitêssous Dieux sous des formes humaines. Leurs premiers essais en ce genre 
depîe"rc Sy ne furent d'abord , comme on 'a vu chez les anciens Arabes et les 

de colonnes etc, . -i • p i t L i t 

Amazones, que des p?erres nuoraies, des colonnes et des pierres de 
figure carrée , conique ou pyramidale, telle que fut la fameu-e Vé- 
nus de Paphos, dont Tacite dit dans le IL 9 livre de son Histoire: 
slmulacrum Deae non effigie humana, ; continnus orbis laliore ini- 
lio , tenuem in ambitwn , rnetae modo exurgens. Les trente di- 
vinités qu'on voyait encore dans la ville de Fera en Areadie du 
tems de Pausauias , n'avaient pour effigie que des pierres grossiè- 
rement sculptées. " Telles étaient, ajoute Winkelmann , la Junon 
<t de Thespis et la Diane d'Icare: la Diane Patro, et le Jupiter 
<i Milichius à Sycione .... n'étaient que des espèces de co- 
« lonnes. Bacchus fut adoré sous la forme d'une colonne : l'amour 
« même et les Grâces étaient figurés par une simple pierre. C'est 
« de là que vint le mot xiov , qui veut dire colonne, dont on se 
<i servait encore dans les plus beaux jours de la Grèce, pour dési- 
« gner une statue. Castor et Pollux furent représentés à Sparte par 
« deux morceaux de bois parallèles, joints ensemble par deux traver- 
« ses aussi en bois; et cette configuration primitive est encore celle 
« qu'a aujourd'hui le signe des Gémeaux dans le Zodiaque „ (1). 
Hermès On pl a Ç a ^ ans * a sulte sur ces pierres des espèces de têtes , pour 
indiquer d'une manière plus distincte les divinités qu'elles représen- 
taient , et alors elles prirent le nom d'Hermès. Pausanias assure qu'on 
voyait de son tems à Athènes une Vénus Urauie ainsi représentée (a). 

(i) Winkelmarm, Histoire etc. Tôm. I. er pag. 6 et suiv. édition de 
Rome. Tout ceci est également confirmé par Hérodote , Lucien , Tertul- 
lien , Eusèbe et autres écrivains. V. Potter. Arch. gr. Liv. IL chap. IL 
et Feith. Antiquit. homér Liv. IL chap. IV. 

(2) Nous reviendrons sur cet objet à l'article des beaux arts f et nous 
j parlerons plus particulièrement des hernies } ainsi que du passage qui 
s'en fit peu-à-peu aux statues entières. 



de la Grèce. 335 

Vers le milieu rie ses hernies on indiqua le sexe, puis on leur donna 
à la partie supérieure des formes un peu plus approchantes des natu- 
relles. Vint en fin Dédale, qui, selon Harpocration , sépara dans 
les hermes une jambe de l'autre 3 et mit ainsi la dernière main aux 
simulacres des Dieux. Depuis lors , on les représenta dans diverses posi- 
tions , tantôt droits , tantôt assis, ou ayant l'air de se mouvoir (i). Le 
bois fut la matière dont les Grecs se servirent d'abord pour faire les 
statues de leurs Dieux. On y employa ensuite l'ivoire, et enfin di- 
verses espèces de métaux habilement combinés avec l'ivoire même et 
autres matières précieuses , comme nous le verrons plus loin. La pein- 
ture rivalisa de gloire avec la sculpture , et prit dans la religion 
le sujet, de ses compositions les plus gracieuses et les plus nobles. 
Les Grecs représentaient leurs divinités de diverses manières 
et les modelaient sur l'idée qu'ils s'en étaient formée, surtout d'a- 
près les descriptions qu'ils en trouvaient dans Homère. Us figuraient 
donc Jupiter avec un visage majestueux et une longue barbe , Apol- 
lon avec de longs cheveux et sans barbe, Mercure presqu'encore 
enfant, Neptune avec une chevelure bleue, Minerve avec des yeux 
couleur d'azur etc. Nous renvoyons en cela nos lecteurs aux ou- 
vrages d'Iconologie, et aux dictionnaires mythologiques. Mais le 
principal caractère qui distinguait les formes des Dieux de celles de 
l'homme, était un air de sublimité qui dominait daas toutes leurs 
images, et qui excitait dans l'esprit des peuples un sentiment mêlé 
d'admiration et de respect. « Les objets les plus sacrés du culte 
« public, dit Winkelmann en parlant des artistes de la Grèce, sor- 
" taient de leurs mains ; et pour qu'ils inspirassent plus de vénération , 
« il fallait bien qu'on les crût modelés sur des formes d'une nature 
" plus élevée , et qu'ils eussent je ne sais quoi de divin , pour répon- 
« dre à l'idée sublime qu'avaient donnée des figures des Dieux les 
« premiers fondateurs des religions 3 qui étaient poètes, et dont 

(i) Arnobe s'exprime ainsi clans son H. e livre sur la position qu'on 
donnait aux divinités : Ergo , si hoc ita est, et in sedentibus signis Deunt 
sedere dicendum est , et in stantibus s tare , in procurrentibus currere , 
jacularier in jacentibus ùela. Néanmoins Winkelmann ( Monum. anc! 
I.™ Part pag. 7 i ) est d'avis, que les artistes les plus anciens représen- 
taient les Déesses assises : « car , dit-il , on voyait assises dans le temple 
« de Junon à Elide les statues des Heures , qui étaient l'ouvrage de Don- 
ci elyde disciple de Dypène etSchillis, les plus anciens artistes Grecs qui 
« nous soient connus ». 



Origine 
des idoles. 



Archétype 
des Grecs 
dans la 
représentation 
de leurs 
divinités. 



Sublimité 
des images 
des Dieux. 



336 p t E l r g i o w 

« l'imagination féconde avait cherché à se surpasser elle-même dans 

« l'exécution de ces sortes d'ouvrages. Et quelle idée pouvait-on se 

« former plus analogue à des Dieux corporels , et plus attrayante pour 

Leur jeunesse u l'homme, que celle d'une jeunesse éternelle et d'une fraicheur 

étemelle. l , J . 

« inaltérable, dont le souvenir nous natte encore si agréablement, 
« lors même que nous touchons au terme de la vie ? Cette idée con- 
« venait parfaitement à l'immutabilité de la nature divine: d'ail- 
« leurs cet air de jeunesse et de beauté dans les Dieux , était plus 
» propre à inspirer cet amour et cette tendresse qui portent dans 
« l'âme l'ivresse du bonheur , dont le sentiment , bien ou mal enten- 
« du, a toujours été l'objet de toutes les religions (i) „. Ce ton de 
fraicheur et de noblesse avait pourtant ses gradations , selon le rang 
de chaque divinité , son sexe et les différons degrés dont le beau idéal 
peut être susceptible, le grand talent des artistes était donc de sa- 
voir donner à leurs Dieux , cet air de jeunesse et de vigueur, quel- 
que fût l'âge, que la tradition ou l'opinion commune leur supposait. 
Aussi « continue Wiukelmano , n'aperçoit-on rien de bas ni de vul- 
« gaire dans les images des Dieux (a). On remarque au contraire que 
« les artistes Grecs ont donné à chacune de ces divinités des traits 
« particuliers et tellement invariables, qu'on croirait que cette uni- 
« for mi té leur était prescritte pas une loi. Le Jupiter qui se voit sur 
«■ les monnaies, ioniques et doriques, est parfaitement semblable à 
« celui des monnaies Siciliennes. Les têtes d'Apollon, de Mercure, 
« de Bacchus , de Liber Pater , et du jeune comme du vieux Her- 
« cule , sont absolument les mêmes sur les monnaies , les camées 
a et les statues (3) „. Pour rendre l'idée de la spiritualité de leur 
être , on les représentait comme extrêmement légers à la course. 
Homère compare la marche de Junon à la rapidité de la pensée 
d'un voyageur , qui repasse en un instant dans son esprit tous les 



Leur 

ressemblance. 



Leur vitesse 
à la course. 



(i) Winek. Histoire de l'art, du dessin. Tom. I. er pag. 9.89. 

(a) On connaît l'opinion d'Epicure au sujet des Dieux , que ce phi- 
losophe disait avoir , non un corps , mais près qu'un corps , non du sang > 
mais presque du sang. V. Gic. De Naù. Deor. Liv. /.«■ Chap. XVIII. 

et XXV. 

(3) Les plus célèbres d'entre les artistes Grecs se vantaient d'avoir 
emprunté leurs modèles des divinités mêmes , en feignant qu'elles leur 
étaient apparues sous les formes qu'ils leur prêtaient. Ainsi Praxitèle di- 
sait avoir fait l'Amour, tel qu'il l'avait vu auprès de la belle Phryné> 
Anthol. Liv. IV. Chap. XII. N. §9. 



djs la Grèce. 33^ 

pnys qu'il a vus: Phérécide le Syrien donnait aux Dieux, au lieu 
de jambes, deux serpeus , pour exprimer par là que leurs mouve- 
mens sont si prompts et si légers, qu'ils ne laissent aucune trace. 
Tels sont les caractères pour ainsi dire communs à toutes les divi- 
nités. Nous verrons quels sont leurs attributs particuliers , dans la 
description que nous ferons successivement de chacune d'elles. 

Déité des Grecs. 

Homère , dans le III. e livre de son Iliade, nous représente les Quatre classe* 

■r-. . , . .-, , , , ,., P . A . ds Divinités. 

Dieux distribues en quatre classes lorsqu il tait paraître Agamem- 
non appelant en témoignage de son serment, d'abord le Grand Ju- 
piter, puis le Soleil , les Fleuves, la Terre et les Dieux qui punis- 
sent les morts. Cette idée est fondée sur l'opinion où étaient les 
Grecs, que l'univers était divisé en quatre parties, à chacune 
desquelles était assignée une classe de ces Dieux, qui, pour cette 
raison, se distinguaient en déités célestes, aquatiques, terrestres et 
souterraines ou infernales. Mais comme une dissertation particulière 
sur chacune d'elles serait aussi longue qu'inutile , nous nous borne- 
rons à parler des principales , de manière pourtant à mettre nos 
lecteurs dans le cas de distinguer nettement celles qui appar- 
tiennent à chacune de ces classes. On comptait douze Dieux priu- Divinités 
cipaux, qu'on appelait maximi , et dont le culte, au raport dTIé- su P en ^ res \ 
rodote , avait été transmis aux Grecs par les Egyptiens. Ces divi- 
nités étaient Jupiter, Junon , Neptune, Cérès , Mercure, Vesta , 
Vulcain , Phébus , Mars, Pallas , Vénus et Diane. Après elles ve- 
naient les divinités inférieures , dont le nombre était infini , corn- Divinités 
me nous l'avons observé plus haut , puis la troupe des Demi-Dieux Dlnî-hYeux. 
et des Héros. Quoiqu'elles eussent toutes un séjour particulier qu'el- 
les préféraient à tout autre, nous les voyons cependant, selon (es 
idées mythologiques, se rassembler souvent sur le mont Olympe,, qui 
est pris quelquefois par les poètes pour le ciel même , ou comme 
le lieu où les Immortels tenaient leur conseil (r). Nous commence- 

(i) Il faut lire au sujet de l'Olympe la savante conjecture de M. r Mai- 
ran , qui se trouve aussi dans les œuvres de Cesarotti., Florence , Molini , 
et Landi. T. I. er II. e Part. pag. 282. Cet auteur présume que l'aurore bo- 
réale est ce qui a fait imaginer aux Grecs , que Jupiter et les autres Dieux 
tenaient leur conseil sur l'Olympe. «L'Olympe dont il s'agit , dit-il, 

Europe. Fol. I. 43 



Olympe 
ou conseil 
des Dieux, 



Jupiter 
el J unon. 



■ Bébé, 
Ganimède , 
les Gi aces. 



338 Religioet 

rems donc par présenter à nos lecteurs ces Divinités principales, que 
nous avons réunies à ce dessein dans la planche 49: nous entrerons 
ensuite dans une dissertation détaillée sur chacune d'elles en parti- 
culier , et nous parlerons enfin des Demi-dieux. Ou pourra aussi , 
d'après cette planche , se former une idée du conseil des Dieux , 
ou de l'Olympe , tel que la mythologie et les poètes nous l'ont re- 
présenté. Les figures qui la composent ont été copiées sur des 
camées, et des bas-reliefs antiques, sur le fameux autel en rotonde 
du Musée Capitoîin , sur celui de la Maison de plaisance Albani, 
sur des monnaies, des vases Grecs et des ouvrages sortis de la main 
des plus grands maîtres (1). 

On voit à la partie la plus élevée Jupiter et Junon assis sur un 
trône. On reconnaît aisément le Monarque de l'univers à son front 
large, et à sa chevelure ondoyante comme la crinière du lion: 
d'une main il tient un sceptre, et de l'autre la foudre: un de ses 
pieds est posé sur un globe , emblème de la domination qu'il exerce 
sur tout le monde, et l'aigle ministre de ses volontés est à son 
côté. Junon a la tête ceinte d'un diadème; elle tient aussi un 
sceptre : un voile magnifique descend de sa tète sur ses épaules 
et sur ses flancs: son paon est à ses pieds. D'un côté sont Hébé 
et Ganimède qui présentent l'ambroisie à Jupiter, et de l'autre 
les Grâces filles de ce Roi des Dieux réunies en un groupe élé- 
gant : elles sont représentées nues, pour indiquer que la simplicité 

car il y en a plus d'un dans la Grèce , consiste en une chaîne de hautes 
montagnes, qui s'étendent au nord de la Thessalie et au midi de la Ma- 
cédoine , et vont déclinant à l'ouest de l'Achaïe , de Ja Phocide , et de 
tout ce qui compose la Grèce proprement dite, YHellas , et l'ancienne 
Grèce , pays fécond en idées poétiques et fabuleuses. L'aurore boréale, 
qui n'est jamais trop élevée à cette latitude , et qui décline le plus sou- 
vent à l'ouest, y aura donc apparu immédiatement au dessus de ces 
montagnes, ou comme adhérente à leurs sommets. Or, l'arc lumineux et 
rayonnant , que ce phénomène forme à son extrémité, aura été pris par le 
vulgaire étonné , pour une marque non équivoque de la présence des 
Dieux; le segment obscur qu'on voit quelquefois au dessous, pour un 
nuage majestueux qui dérobait les Immortels aux yeux des profanes ; et 
les rayons de lumière couleur de feu qui s'en échappaient , pour la fou- 
dre lancée par Jupiter. Plus ce phénomène aura été rare , plus il aura 
excité d'étonnement , et plus la tradition en aura conservé le souvenir 
§ans contradiction ni doute .... » 

(1) V. Winkelmann. Monum. inédits N.° V. et VI. Le dessin de. 
pette planche est de M. r Ange Monticelli, 



de la Grèce. 339 

et la beauté forment leur caractère, et que par conséquent elles 
n'ont pas besoin de vêtement ni d'aucun attribut qui les distin- 
gue , quoique les anciens Grecs leur aient toujours dontié un ha- 
billement. Au dessus de Jupiter et de Junon était Igye Déesse 
de la santé, qui est ie don le pins précieux du ciel. On peut la 
regarder comme la sœur des Heures (i), qui forment ici deux grou- 
pes à chaque côté de la partie la plus élevée, parce que la santé 
des mortels dépend ordinairement de la salubrité des saisons. Elles 
étaient aussi filles de Jupiter, et se voyaient représentées sur son 
trône avec les grâces. Igye tient d'une main la coupe de la santé , 
et de l'autre le sceptre , comme étant la divinité qui préside à la 
médecine. Autour de Jupiter et des Déités qui l'environnent e=t 
le Zodiaque , emblème du ciel et du tems , tel qu'il est figuré sur 
une des pierres gravées de M. r Mariette (2). D'un côté au dessous 
des Heures est Zéphire, et de l'autre Iris. Au desous de Jupiter 
parait le Destin , à qui tous les Dieux sont soumis. Il tient l'urne 
où sont renfermées les destinées des mortels: à sa droite sont les 
Parques , ses suivantes , et à sa gauche est Némésis , Déesse redou- 
table , qui , du haut des cieux , veille sur le monde , préside à la 
punition des médians* et tire de l'urne fatale les biens et les 
maux. Après les Parques viennent, Pan avec ses pieds de bouc; 
Morphée la tête couronnée de pavots; Saturne appelé par les Grecs 
Chronos, ou le tems, qui est courbé sous le poids des ans, et tient 
dans sa main la faux, pour indiquer qu'il moissonne les tems et 
préside à l'agriculture; Proserpine portant un diadème comme Reine 
de l'Averne; Pluton avec son trident; Bacchus avec son rhyrse; 
Mars, Bellone, Cérès, Cybèle ou Rhée couronnée de tours et as- 
sise sur un trône , tenant en main dtes clefs , emblème des trésors 
qu'elle cache dans le sein de la terre , dont elle est aussi le sym- 



Jsye. 
Les Heures. 



Zodiaque. 



Zéphire } 

Iris , 

De & tin. 



Les Parques , 
JYémdsis, 



Pan 3 

Morphée , 
Saturne. 



Proserpine , 
Pluton , 
Bacchus , 

Mars , 
Bellone , 

Cérès 
Cybèle , 



(1) Winkelmann. Monum. inédits pag 6a. 

(2) « C'est une grande coraline du Cabinet du Roi parfaitement 
circulaire ,, d'un pouce et dix lignes environ de diamètre , où l'Olympe 
est indiqué par un Jupiter qu'on voit en face , et qui est assis sur son. 
trône , ayant sous ses pieds un grand arc aplati et sensiblement ellipti- 
que, dont la largeur est partout uniforme, comme l'est presque toujours 
celle du bord de l'Aurore boréale Le Dieu tient le foudre de la main 
gauche , et une lance ou long sceptre de la droite . , . . sur le contour 
de la pierre est tracée une zone ou couronne concentrique , où sont mar- 
qués les douze signes du Zodiaque ». Mairan , Conjecture sur l'Olympe etc. » 



3 4° Religion 

mpZl, boîe 5 l'Océan , Neptune , Hercule , Briarée au cent bras , qui 
ff IrZ% 3 . fut de stiné par Jupiter à la garde de l'Olympe , pour prix des 
services cp'il lui avait rendus dans la conjuration de Junon , Mi- 
nerve et Neptune, comme le raconte Homère. Après Némésis sont 
Mnémo U shL' Ies Muses avec leur mère Mnémosiue la tète couverte d'un voile 
Pomonc e / riche. Suivent Pomone tenant d'une main une serpette, et de l'au- 
Vertumne, tue une branche avec ses fruits ; Vertumne avec sa corne d'abon- 
Mercu'e dance, Floreavecdes guirlandes de fleurs, Mercure, Apollon, 
iw"' Diane, Minerve, Vulcain qu'on distingue à son bonnet et à son 
*PZai', marteau SLlr lequel il a les mains, l'Abondance, et enfin Vénus 
L'abondance, avec l'Amour. Tel est le tableau que nous présente la cour des 

y anus, ■» I 

Amour. Immortels. Nous passerons maintenant à la description de chacune 
de ces Divinités , en prenant pour règle les monumens et le témoi- 
gnage des écrivains les plus accrédités : ce qui nous obligera quel- 
quefois à nous écarter de l'ordre et de la disposition des figures 
que présente cette planche. 
0/ï%; ^ commencer par Jupiter, le plus grand monument que les 

Grecs eussent élevé à ce Dieu , était le fameux colosse , ouvrage 
sublime de Phidias, composé d'or et d'ivoire, de la hauteur de soi- 
xante coudées, qui se voyait à Olympie. Ce célèbre sculpteur avait 
pris pour modèle idéal le Jupiter d'Homère, qui est représenté 
assis sur l'Olympe et faisant trembler l'univers d'un mouvement de 
sa paupière (i). Piine dit qu'aucun artiste ne put jamais imiter 

(i) L'admiration des Grecs pour le Jupiter de Phidias était telle, 
qu'ils régardaient comme malheureux quiconque ne l'avait pas vu : Quae 
dementia^ dit Epictéte dans Arrien , Liv. I. Chap. VI. } àd Olympia pro- 
ficisci vos , ut Phidiae opus spectetis , ac si quis ante obitum non wi- 
âerlt pro infortunato se ipsum reputare ? Les joints qui liaient l'ivoire 
employé clans cet ouvrage admirable s'étant dilatés aven le tems , il fat 
restauré pas Damophon sculpteur de Messène. Caligula voulait le faire 
transporter à Rome , mais il en fut dissuadé par les architectes , qui dé- 
clarèrent qu'on ne pouvait déplacer sans danger cette masse , parce qu'elle 
était composée d'or et d'ivoire. Sous Julien l'apostat et Théodose le Grand , 
les artistes accouraient à Olympie pour en lever le dessin Le dernier 
Empereur la fit ensuite transporter à Constantinople , où elle fut la proie 
d'un incendie. On donnait à Jupiter le surnom d'Olympique , parce qu'il 
régnait sur l'Olympe. Une autre statue de dix coudées de hauteur , et 
t toute en bronze , lui avait été encore élevée à Olympie par tous les peu- 

ples de la Grèce j, qui avaient combattu à Platée contre les Perses. Voy. 
l'Hérodote de Larchefj Tom, VI. pag. i4j. 



de la Grèce. 34 i 

cette statue incomparable \Jovem Olympicum* écrit-il, quem nemo 
aemulatur. " On distinguait dans cette grande composition, dit 
M. r Quatremère j deux objets qui partageaient l'admiration et les suf- 
frages des spectateurs. Si d'un côté on était frappé de la beauté ma- 
jestueuse du Dieu, delà grandeur de son caractère, et delà subli- 
mité de l'idéal appliqué à l'imitation du corps humain; de l'autre 
on ne pouvait se lasser d'admirer l'ordre, le goût, et la variété 
répandus dans tous les ornemens qui formaient la décoration du 
trône, et servaient d'accessoires au colosse „. Voici la description 
qu'en fait Pausanîas. Le Dieu , fait en or et en ivoire , est assis Statue 
sur son trône ; sa tête est ornée d'une couronne qui parait être une Ofy-mpÊn. 
branche d'olivier ; il porte dans sa main droite une Victoire , qui est 
aussi en ivoire et en or , avec un bandeau et une couronne ; de la 
gauche il tient un sceptre d'un ouvrage admirable, et composé de 
toutes sortes de métaux : l'oiseau qui s'élève sur son casque est un 
aigle. Sa chaussure est également en or ainsi que sa chlamyde , sur 
laquelle sont tissues des fleurs de toute espèce , et en particulier des 
lys. Son trône est tout éclatant d'or et de pierreries : l'ébène et Son trône. 
l'ivoire y sont prodigués , et des figures d'animaux le décorent de 
toutes parts. Diverses statues contribuent à son embellissement : à Ses omemem. 
chacun des quatre pieds du siège sont quatre Victoires qui ont l'air 
de danser , et deux autres au dessous : sur chacun des quatre pieds 
de devant est un jeune Thébain enlevé par un Sphinx. Au dessous 
de ces Sphinx , Apollon et Diane percent de leurs dards les enfans 
de Niobé. Entre les pieds passent quatre planches transversales , qui 
les unissent. On voit encore sur celle qui est en face sept figures : 
il y en avait une huitième qui a été effacée on ne sait pourquoi. 
Ces figures représentent des combats d'athlètes selon l'ancienne cou- 
tume . ... Le jeune homme qui se ceint la tête avec un ruban , 
passe 3 à la beauté de ses formes , pour être Pantarque d'Elée, que 
Phidias aimait tendrement. Ce Pantarque remporta la palme du 
pugilat parmi les autres jeunes gens , la LXXX. e Olympiade. On 
distingue sur les autres planches les compagnons d'Hercule com- 
battant contre les Amazones. Les combattans des deux partis sont 
au nombre de XXIX: on remarque Thésée parmi eux. Le trône 
n'est pas soutenu par quatre pieds seulement , mais encore par 
des colonnes de même hauteur. S'il était permis de pénétrer dessous , 
comme sous celui d'Apollon à Amydêe , je n'aurais pas manqué 
d'en examiner aussi les ouvrages intérieurs. Mais ce trône est entouré 



34^ R E L I G 1 o n 

d'wrae espèce de cloison en forme de mur , giti en. défend V accès aux 
spectateurs. La partie de cette cloison du côté de la porte , n'est peinte 
quen bleu. Le pinceau de Panène a décoré les autres côtés. Parmi les 
sujets qu'l y a représentés est Atlas soutenant le ciel et la ferre , 
avec Hercule qui vient le soulager de ce fardeau. On y voit aussi 
Thésée avec Pirithoàs. Suivent en outre les images de l'ancienne 
Grèce et de Salamine ( cette dernière tient dans une main quel- 
ques proues de navires ) , le combat d'Hercule contre ?e lion de 
Némèe , le viol de Cassandre par Ajax , Hippodamie fille d'Mno- 
machus avec sa mère -, Prométhée enchaîné , Hercule qui le regarde , 
enfin Penthésilée mourante avec Achille qui la soutient, et deux 
Hespérides apportant des pommes du jardin , dont on dit que la 
garde leur était confiée. Tout au haut du trône , et au dessus de 
la tête du Dieu , Phidias a représenté d'un côté les trois Grâces , 
et de Vautre les Heures, que les poètes prétendent être aussi filles 
de Jupiter. LIomère en parle en effet dans son Iliade , et dit qu'elles 
avaient été mises comme en sentinelle à la garde du palais des 
Base. Dieux. Sur la base, ou le marchepied, appelé par les Grecs ipaviov 
ou soutien des pieds , il y a des lions d'or , entre lesquels est une 
sculpture qui représente le combat de Thésée contre les Amazones , 
combat ,. qui fut le premier dans lequel les Athéniens se signalèrent 

Piédestal. contre des peuples étrangers. .Le piédestal sur lequel repose cette 
masse porte en outre divers autres emblèmes en or, qui servent 
comme de complément à Vouvrage. On voit le soleil prêt à monter 
sur son char , puis Jupiter et Junon : près d'eux est une Grâce à 
laquelle Mercure tend la main : Vesta présente de même la sienne 
à Mercure. Après Vesta vient V Amour , accourant pour recevoir Vé- 
nus qui sort de la mer , et à qui la Déesse de la persuasion offre 
une couronne. On y trouve aussi Ap lion avec Diane , ainsi que 
Minerve et Hercule. Tout en bas on aperçoit Amphytre et Neptune, 
La Lune , à ce qu'il me semble , anime un cheval à la course , 
quoique quelques-uns soient d'opinion que cette Déesse fut traînée 
par des mulets et non par des chevaux , sur la foi d'un conte qui est 
répandu dans le vulgaire. Je sais que plusieures personnes ont es- 

Dimemions. sayé de donner les dimensions de la statue de Jupiter ; mais elles ne 
semblent pas les avoir déterminées avec beaucoup d'exactitude, car 
elles sont bien inférieures à ce quelles paraissent aux yeux du spec- 
tateur. On tient pour certain qae Phidias reçut du Dieu lui-même 
un témoignage éclatant de satisfaction: car l'ayant prié de lui faire 



de la Grèce. 34-3 

connaître par quelque signe si son ouvrage lui était agréable , la foudre 
vint, dit- on , aussitôt frapper un endroit du pavé , où l'on voyait de 
mon tems un vase de bronze qui y avait été placé en mémoire de ce 
prodige. Le pavé vis-à-vis la statue est en marbre noir , et entouré 
d'une espèce de cordon en marbre de Par os qui forme un rebord, 
où s'arrête l'huile qu'on verse à terre , pour empêcher que Vivoire 
ne soit endommagée par l'humidité dont est imprégné le sol maré- 
cageux d'Olympie. Le peuple de l'Elide consacra à. la fabrication 
du temple et de la statue de Jupiter les dépouilles qu'il avait faites 
sur les Pisèens et leurs alliés .... Que cette statue soit l'ouvrage 
de Phidias , c'est ce dont on ne peut douter d'après cette inscription 
quon lit au bas: Phidias fils de Carmides Athénien m'a fait (i). 

Cette description de Pausanias, et le grand nombre de médail- 
les antiques, surtout celles de l'Elide où le Jupiter Olympien, qui 
est dans une position presque semblable à celle que lui a donnée 
Phidias , ont déterminé M. r Quatremère à représenter dans son grand 
ouvrage (a) cette statue colossale assise sur un trône dans le temple 
d'Olympie; et c'est à-peu-près dans cette position que nous l'avons 
aussi représentée à la planche 5o. Cet écrivain nous démontre 3 pre- 
mièrement, que le fond du trône était en bois (3); que le colosse 
même avait pour ainsi dire une âme en bois, dans laquelle toutes 
ses pièces étaient comme encadrées; et que cet ouvrage était du 
genre de ceux que les Grecs appellaient toreutiques , et auxquels 
nous donnons le nom de marqueterie; secondement, que selon 
l'usage constamment suivi dans les statues crise lefantine 3 c'est-à-dire 
composées d'or et d'ivoire, les parties nues, telles que la tête, la poi- 
trine, les bras et les pieds étaient en ivoire, mais que le manteau 
qui , dans les statues des Dieux, ne couvrait que les cuisses et les jam- 
bes , ( à cette différence près, que celles de Déesses étaient pour 
l'ordinaire entièrement habillées ), ainsi que les autres parties de 
leur vêtement, étaient en or; troisièmement, que la couronne d'oli^ 

(i) Pausanias. Liv. V. Chap, IL 

(2) Jupiter Olympien, pag. 268 et suiv. Visconti prétend que ce se- 
rait peut-être moins s'écarter de la vérité , que de supposer , que le Ju- 
piter Olympien de Phidias , si vante par toute V antiquité , aura fait: 
naître peu-à-peu dans les artistes une telle envie de l'imiter, qu'ils 
auront fini par regarder comme une espèce de délit tout ce qui pou- 
vait s'en éloigner. Mus. Pio-Clément. T. VI. pag 2. 

(5) Dion Chrysostpme met le cèdre au nombre des bois que Phidias 
fit entrer dans la fabrication de son Jupiter. Oraù, 12. 



de Jupiter 
Olympien, 



Ouvrage 
toreuliepe. 



Hauteur 
du colosse. 



Caractère, 
distinctif 
de Jupiter. 



Sa 

■physionomie. 



Jupiter 
Eleuthère. 



344 Religion 

vier dont était ceint le front de Jupiter, et les fleurs de son man- 
teau étaient d'un travail polycromc, c'est-à-dire de l'espèce de 
ciselure dont nous avons parlé dans la description du bouclier 
d'Achille: quatrièmement, à la suite de raisounemens déduits de 
la hauteur du temple (1), de la grandeur des autres colosses , et de 
diverses autres circonstances rapportées dans les anciens auteurs , 
M. r Quatremère conclut par conjecture, que le Jupiter de Phidias 
pouvait avoir 44 pieds de hauteur, considéré debout sur son trône, 
et 33 seulement comme assis; que la partie du trône qui s'élevait, 
audessus de la tète du colosse devait bien en avoir de 48 à 5o; et 
enfin que la largeur du siège entre les bras , n'avait pas moins de 
12 à i3 pieds en carré. 

Outre ce nom d'Olympique donné à Jupiter, il yen avait en- 
core d'autres qui servaient à le caractériser suivant ses divers attri- 
buts. Les plus connus sont ceux de Sérapide , de Dodonien , â'Egio- 
chus , &' Amman et de Fulminant (a). Winkelrnann prétend que dans 
les têtes de Jupiter , quelqu'il soit, on voit toujours les mômes ca- 
ractères qui le dsitinguent des autres divinités , etlque par conséquent 
on doit le représenter avec un regard toujours serein , les cheveux 
relevés sur le front , retombans en tresses de chaque côté , et formant 
de petites boucles, V orbite de Vϕl grande ? gracieusement arrondie , 
et moins longue quelle ne Vest ordinairement , pour donner plus d'ou- 
verture à Tare. Cet écrivain croit encore que les artistes Grecs cher- 
chaient à exprimer dans la figure de Jupiter toute la physionomie 
du lion (3). Mais M. r Visconti observe que , quoique ces caractères 

(1) Strabon , dans le VIII. e livre de sa Géographie, dit que Phidias 
avait fait son Jupiter assis , et que sa tête touchait presque le sommet du 
temple , de sorte qu'en se levant il en aurait forcé le plafond. 

(2) Nous avons omis ici par brièveté plusieurs autres noms moins 
importans , tels que ceux d' Aetophore , à'Ercëe , à'Idéen , de JSicéphore , 
de Phissien etc. qu'on rencontre dans les auteurs Grecs , et pour lesquels 
on peut avoir recours aux Dictionnaires de Mythologie, et surtout à la 
Galerie mythologique de MiUin. 

(3) Le poète , dit- il , Histoire etc. T. I er pag. 3o6 édit. de Rome , 
semble avoir voulu faire allusion à cette image du lion , secouant sa 
crinière , et fronçant sa paupière dans les accès de sa fureur , lors- 
qu'il nous peint Jupiter fesant trembler l'Olympe au moindre mouve- 
ment de sa chevelure ou de ses sourcils. Le même . écrivain dit encore, 
page 286 : non content du choix qu'il a fait des plus belles formes 
humaines , et de l'harmonie qu'il a mise dans l'exécution de son ouvra- 




M 



de h a Grèce. 345 

se rencontrent souvent dans les têtes de Jupiter, on ne peut pas dire 
cependant qu'ils constituent absolument les traits propres et distinc- 
tifs de sa figure. Et en effet , le regard de ce Roi des Dieux ne pouvait 
pis être serein, lorsqu'on le représentait comme Tonnant et Vengeur. 
« Le Jupiter Eleuthère , dit le même antiquaire , a une si longue barbe 
« dans les monnoies de Syracuse où son effigie est supérieurement 
« faite, qu'il diffère entièrement de la ressemblance qu'on lui donne 
« ordinairement. L'autre Jupiter, non moins beau , qu'on voit sur les 
« médaillons desProlémées, a la chevelure si négligée,, qu'au jugement 
« de Wiukelmann, on le prendrait, plutôt pour un Pluton: mais l'ai- 
" gle et la foudre du revers lèvent tout doute à cet égard. Le Jupiter 
« Hellénlen est lout-à-fait sans barbe, tant il est difficile de fixer en 
« cela de règles certaines, auxquelles , soit à cause de la distance des 
" tems et des lieux où ils ont vécu , ainsi que de la diversité des éco- 
« les qu'ils ont fréquentées, soit par l'effet des superstitions et des 
" traditions différentes qui leur ont servi de guide , les anciens artis- 
« tes n'ont jamais pu se conformer „. Il parait néanmoins que les sa- 
vaus commentateurs du Musée Chiaramonti sont de l'avis de Winkel- 
raann: car ils assurent également que dans les têtes de Jupiter on 
observe généralement un caractère , qui , par une espèce de conven- 
tion entre les artistes, était devenu particulier au Souverain de 
l'Olympe. « La sérénité de son front, disent-ils , est l'image de celle 
« du ciel, et se distingue dans toutes ses têtes, quoiqu'il soit plus ou 
« moins ombragé de cheveux bizarrement arrangés .... Ses che- 
« veux , auxquels Homère donne Pépithète à'ambrosii , sont partagés 
« eu grosses tresses 3 mais ils laissent toujours apercevoir sur le front 
« le trait caractéristique de Jupiter, judicieusement remarqué par 
« Wiukelmann, pour n'être pas particulier à lui seul, mais encore 
« à toute sa descendance (1) „. C'est d'après ces considérations , que 
nous allons passer à L'examen des divers portraits de Jupiter, qu'on 
voit représentés à la planche 5i suivant ses principaux attributs. 

Le n,° r est le Jupiter Sérapis , dont le culte était passé de 
la Grèce en Egypte. Parmi le grand nombre d'images qu'on trouve 

ge , l'artiste a voulu encore l'embellir de tout ce que présente de majestueux 
le plus noble des animaux , en sorte qu'outre Vidée qu'il parait avoir eue 
de faire apercevoir dans une figure humaine quelques traits de ressem- 
blance avec celle d'un animal , il a encore cherché à relever et à enno- 
blir par cette ressemblance même la figure de l'homme ec de la divinité. 
(1) Muée Chiaramonti. Vol. I. pag. 16. 

Europe, fol. I. M 



Jupiter 
Eleulhèra. 



Jupiter 
Helléniea. 



Jupiter 

Sérapis. 



Boisseau, 



Couronne 
de rayons. 



34*5 Religion 

de ce Dieu dans les Musées et dans les livres d'Archéologie, nous 
avons choisi celle-ci , à cause de certaines particularités qu'elle pré- 
sente, et parce qu'elle appartient à un bel ouvrage qui est peu connu 
en Italie (1). C'est une petite statue en bronze, de la grandeur de 
cette image, qui fut découverte à Paramitie près Janîna en Epire : il 
lui manque les deux bras , avec la jambe gauche ; mais on a reproduit 
cette jambe ainsi que le pied dans la gravure originale. Le reste est 
parfaitement conservé et d'un beau travail : les artistes y trouvent un 
modèle de draperie, qui réunit à la richesse beaucoup d'élégance et 
de simplicité. La tête est surmontée du boisseau ? qui est le caractère 
distinctif de Jupiter (2), et que les commentateurs regardent comme 
le symbole de l'abondance, d'après l'opinion qui fesait aussi passer 
ce Dieu pour le soleil , de qui la terre emprunte toute sa fécondité (3). 
C'est pour cela qu'on voit quelquefois les têtes de Jupiter Sera pis 
entourées de rayons, comme celle quo nous donnons sous le n.° 2, , 
qui est de cette espèce de marbre appelée par les sculpteurs petit 
grec, et dont nous avons pris le dessin dans le VI. e tome du Musée 
Pio-Clémentin. Ces rayons sont en bronze et d'un ouvrage moderne, 
ainsi que le boisseau; mais lorsque ce buste fut découvert, on voyait 
au ruban qui ceignait la chevelure sept fleurs , qu'on pouvait re- 
garder comme autant de rayons, qui en formaient une espèce de 
couronne (4). Les images de Sérapis présentaient aussi quelquefois 



(1) Spécimens of An tient Sculpture Aegyptian _, Ebruscan , Greek 
and Roman selectecl from différent, collections in Great Britain by tbe 
Society of Dilettanti , London , 1809. Vol. I. PL LXtII. 

(2) Millin est d'avis que le boisseau n'est autre chose qu'un reste 
du fût de la colonne , sous la figure de laquelle ce Dieu était ancienne- 
ment adoré. Gai. mytholog. Vol. I. pag. 2o5. 

(3) Visconti observe que la couronne radiée était autrefois un des 
emblèmes du Soleil , ou de quelqu'un , qui , selon la mythologie , lui ap- 
partenait de très-près. Il remarque en outre , que les poètes donnaient 
à ces couronnes douze rayons ; mais que les artistes préférèrent le plus 
souvent le nombre sept, comme suffis an t pour un ornement de tête, 
et peut-être plus agréable à la vue , en ce que les rayons sont moins 
pressés , et que la parure est aussi plus simple. Quelques écrivains ont 
pensé d'après cela, que le nom de Sérapis vient du mot grec sairein } js 
purifie , j 'embellis , parce que le Soleil purifie et embellit tout. 

(4) Ou trouve dans le XLI. tome de Y Académie des Belles Lettres , 
î. feie PI. N. II, une médaille frappée à Alexandrie sous le règne d'Antonin , 
au milieu de laquelle est un Jupiter Sérapis avec le boisseau ; il est 
çntouré des sept planètes et du Zodiaque, 



DE LA G R JE C E. 3^7 

celle d'un Cerbère : ce qui fait qu'on le trouve aussi désigné chez 
les Mythologistes sous le nom de Pluton Sérapis. Mais , comme 
l'observe Visconti , les Plutons absolument Grecs en diffèrent encore 
par l'habillement. Le n.° 3 est la tête de Jupiter Dodonien , sculp- 
tée en marbre Grec, et dont nous avons emprunté la copie du 
Musée Chiaramonti. On a donné à ce Dieu le surnom de Dodonien , 
par allusion à fautique forêt de Dodone qui lui était consacrée , 
et dont les chênes rendaient des oracles. C'est pour cela qu'il a 
la tête couronnée de chênes , de la même manière que l'avait 
l'aigle comme Roi des oiseaux. Le camée n.° 4 représente Ju- 
piter Egiochus , c'est-à-dire qui porte l'Egide, arme redoutable 
dont se servit ce Dieu pour se défendre contre les Géans. Cette 
Egide était faite avec la peau de la Chèvre Amalthée , et par- 
semée en outre de serpens et de Gorgones. Jupiter la porte ici sur 
l'épaule gauche, et sa tête est également couronnée de chêne (1). 
La médaille n.° 5 présente une tête de Jupiter Ammon , Divinité 
originaire de Lybie ou d'Egypte, que les Grecs avaient aussi ac- 
cueillie chez eux. Cette médaille est prise l de Spanhemius., et rap- 
portée par Millin (2)1 ces deux auteurs croient qu'elle a été frappée 
à Mitylène. Les cornes qui s'élèvent en croissant sur son front, sont 
regardées par quelques-uns comme l'emblème du bouc , sous la figure 
duquel on dit que Jupiter apparut à Bacchus dans les déserts de l'A- 
rabie 3 et dont il prit encore la forme lorsqu'il fut assailli par 
Tiphée; mais d'autres prétendeut que ces cornes indiquent seulement 
la force des rayons du soleil, qui en effet sont très-ardens dans la Ly- 
bie: ce qui a fait croire à quelques auteurs qne Jupiter Ammon n'est 
autres chose que le soleil (3). Le d.° 6 offre l'image de Jupiter 
Tonnant', voici la description que Bacci a donnée de ce précieux 
camée. « Jupiter y est représenté avec un air majestueux, mais 
« bouffi de colère , monté sur un char attelé de quatre chevaux , 
" et tenant dans la main droite un sceptre orné d'une fleur à son 

(1) Ce précieux camée appartient à la Bibliothèque cle Paris , et a 
été l'objet d'une savante dissertation de M. Visconti. 

(2) Spanhemius. Dissertât, de praestantla et usu Numismatum etc. 
Londini, 1706. T. I. pag. 297. Millin. Gai. mythol. T. I. N.° 46. 

(3) Il en est qui prétendent que l'épithète Ammon dérive du mot 
grec «^.-,qui veut dire sable , parce que le temple de ce Dieu s'élevait 
au milieu des sables de la Lybie ; d'autres le font dériver du nom d'un 
berger appelé Ammon , qui , le premier , bâtit un temple à Jupiter. 



Jupiter 
Dodoniea. 



Jupiter 
Egïocus. 



Jupiter 
Ammon. 



Japiler 
Toaaant. 



3 4 S Religion 

« extrémité, et foudroyant de la gauche deux géans qui ont par le 
« bas la forme de serpens. Il serait difficile d'imaginer des chevaux 
« plus fiers et plus fougueux, de caractériser la physionomie de Ju- 
« piter d'une manière plus digne de lui, et de donner aux géans un 
« aspect plus terrible que celui qu'ils montrent dans leurs contorsion? , 
« et dans leurs figures menaçantes, tournées du côté du Dieu qui les 
« foudroie (i) iy L'un des deux géans, qui est probablement Por- 
phyrion et le plus redoutable , semble encore défier le fils de Sa- 
turne avec un tronc d'arbre dont il est armé; l'autre est déjà étendu 
à terre, et on lit près de lui le nom d'Athénion auteur de ce ca- 
mée. Nous avons cru à propos de traiter un peu au long des images 
de Jupiter, comme étant le premier et le Souverain des Dieux. Nous 
serons plus concis en parlant des autres divinités. 
Sunon. On voit au n.° r de la planche 5a la statue de Junon du 

Musée Pio-Glémentin (a). « La grâce des contours, dit le célèbre 
«< Visconti , la beauté et la majesté du regard de cette Déesse , qui 
f « lui firent donner le surnom de po»mç. 9 l'élégance et la légèreté 
<ç des draperies, le fini du travail dans toutes ses parties, décèlent 

<« dans cet ouvrage la main d'un grand artiste de la Grèce 

« Ce beau marbre n'est pas moins intéressant pour la connaissance 
a des anciens usages et de l'habillement , que sous le rapport de la 
<i sculpture. L'ornement qui ceint le front est digne d'attention. Cette 
Son diadème. " espèce de couronne, appelée vulgairement diadème, était pré- 
« cisément celle que portaient les femmes Greques , qui selon Gre- 
<i vius leur donnaient le nom de çxepâv-at 9 et que les Latins dési- 
« gnaient sous celui de couronnes. Mais celles qui s'élargissaient 
« vers le milieu et se rétrécissaient sur les côtés, avaient une déno- 
te mination particulière, que nous ont conservée Pollux et surtout 
« Eustase qui en a fait la description; elles s'appelaient ^fev^ovvt , 
» ou fronde , parce qu'au dire de ce savant Scholiaste, elles étaient 
« larges sur le front, et étroites sur les côtés où étaient les rubans 
« pour les attacher. J'ai cru qu'un ornement qu'on voit sur les têtes 
a de tant de statues et de bustes de femmes, et qui n'a jamais été 
(t bien examiné, pouvait mériter un peu d'attention. On n'en doit 
» pas moins aux plis de la tunique 9 et au bas de la robe de des- 

(j) Eacci , Memorie degli antichi incisori. Vol. I. XXX. 
(2) Statue presque colossale , de la hauteur de treize palmes Romains. 
&£§ bras sont de réparation moderne. Mus. PiQ-Clém. T, L et ?l IU 



de la Grèce. 3^9 

« sus, qui est orné d'une espèce de broderie rapportée pour plu* 
« d'élégance. Ces plis çroWeç , étaient appelés par les Grecs stoïides , 
« et les robes ainsi pliées çToûiB&Toi: Xénophon fait mention d'une 
« de ces robes, qui descendait jusqu'aux talons. Pollux dit qu'elles 
« étaient de lin , et que la ceinture dont on les serrait leur fesait 
« prendre ces plis. Les Grecs donnaient à la garniture d'en bas le 
« nom de ^èa , instita , et les Latins celui de segmentum etc. „. 
Les médailles et autres anciens monumens représentent cette Dées- 
se, tenant d'une maiu une patère, et de l'autre un sceptre, em- 
blèmes de la Reine des Dieux (i). Le fameux autel triangulaire, 
qu'on voit à la maison de plaisance Borghese, offre l'image d'une 
Junon , tenant des deux mains une tenaille s symbole de la guerre, 
parce qu'on donnait quelquefois aux aimées Greques la forme d'une 
grande tenaille. On a reconnu néanmoins cette figure pour être celle 
de la Junon martiale. Le n.° 2 est la Junon de Samos. Elle a la 
tête voilée et surmontée du boisseau, avec deux paons à ses pieds; 
elle est dans le temple qu'on disait avoir été élevé par les Argo- 
nautes , et où on l'avait encore représentée les mains soutenues par 
deux lances ou troncs (2). 

Le n.° 3 est une statue d'Igée ou Igie, Déesse de la santé: 
elle est prise de l'ouvrage de la Société des Amateurs de Londres : 
le style en est simple, grand et élégant: c'est peut-être la copie 
de quelqu'un des beaux ouvrages de Phidias (3). Cette Déesse se 
voit dans quelques anciens monumens couronnée de laurier , et te- 
nant un sceptre de la main droite, comme souveraine de la méde- 
cine. Elle a sur son sein un serpent , qui déroule ses replis, et al- 
longe la tête pour boire dans une coupe quelle tient dans la main 



Emblèmes 

de Junon 



Junon 
de Sa i nos. 



Jgée. 



(1) Winkelmann caractérise ainsi la Reine des Dieux. Junon , outre 
son diadème relevé en avant , est encore aisée à reconnaître à ses grands 
yeux , et à L'expression hautaine de sa bouche , dont les traits lui sont 
tellement propres , qiûà un simple profil qui nous reste d'une tête de fem- 
me sur un camée endommagé du musée Strozzï , on pige ausitôt par L'air 
de la bouche que c'est l'image de Junon, Histoire des Arts du Des. T. 
I. r pag. 3 16. édit de Rome. 

(2) De camps , Select Numism. 83. 

(3) Les illustres commentateurs observent que dans cette statue, 
toute belle qu'elle est , les deux mains ont été restaurées, ainsi que le 
bras droit jusqu'au coude, avec la tête et une partie du corps du serpent, 
La statue est en marbre et de grandeur héroïque. 



Bêlé. 



3oo Religion 

gauche. Le n.° 4 représente Hebé caressant l'aigle (1). Elle porte 
ordinairement une couronne de fleurs, et tient une coupe d'or, 
comme chargée de verser le nectar aux Dieux , et de nourrir d'am- 
broisie l'aigle de Jupiter. Le n.° 5 est un camée représentant Ga- 
Ganimède. mmède enlevé par l'aigle du Roi des Dieux. Sur une bande , qui 
figure la terre , est un chien aboyant contre l'oiseau ravisseur , et prêt 
à se lancer sur une plume qui lui tombe de l'aile droite: le jeune 
homme semble se débattre pour se débarrasser de ses serrés (û). La 

Mèius. pierre n.° 6 offre une gravure de Phébus sous la forme du fameux 
coîoss ■ de Rhodes, qui avait soixante-dix coudées de haut; d'un 
côté on voit ce Dieu la tête entourée de rayons, emblème du 
soleil , dont il était l'image : les monumens le représentent de la 
même manière. Le colosse tient d'une main une lance, et de l'au- 
tre un fouet symbole de la vélocité du char de Phébus (3). Il est 
bon d'observer qu'Apollon et Phébus , quoique n'étant qu'une même 
divinité, avaient néanmois des attributs différens : car sous le nom 
de Phébus j on n'entendait que le soleil proprement dit, c'est pour- 
quoi on ne rapportait qu'à Phébus, et non à Appollon , certains at- 
tributs tels que le char lumineux , le zodiaque et autres sembla- 

■Apzttan bles. L'autre pierre gravée n.° 7 représente Apollon de Delphes. 
Il est debout sous un laurier, et soulève d'une main le serpent 
Python qui présidait, dit-on, à l'oracle de Delphes : sur l'autel est 
un corbeau, oiseau qui était aussi consacré à Apollon (4). 

Cybète. Le n.° 1 de la planche 53 offre l'image de Cybèle, quia pour 

emblèmes, une coron ne de tours ou de feuilles de chêne , par allusion 
au gland dont les hommes fesaient anciennement leur nourriture; 
et te tambour, qui, selon quelques écrivains, lui est donné comme 
signe symbolique du globe terrestre, ayant au milieu la figure du 
lion qui lui était particulièrement consacré. On la trouve encore 
représentée sur un char traîné par des lions: sur quoi on peut con- 
sulter les traités de Mythologie. Elle est ordinairement habillée de 
vert, pour faire allusion à la végétation de la terre. De la main gau- 

(1) Winkelmann , Cabinet de Stosch. N.° 174 ; Schliclitegroll , Pier- 
res gravées, XXXIII. Millin. Gai. myth. 2x8. 

(2) Schliclitegroll. Pierres grav. de Stosch XXXI. 

(3) Mus. Florent. T. I. Tab. LXIV. 9. 

(4). Ibid. PL LXVI. 6. Le laurier pourrait bien faire aussi allusion 
à l'ancien temple d'Apollon ? qui était fait avec des feuilles de cet arbre, 



Minerve 
Poîyade.- 



fl'Iùieri'» 
et Bacchus-, 



D E L A G R É C E. 35 I 

che elle tient des épis et des pavots, symboles de la fécondité qui 
appartiennent aussi à Gérés ; mais on ne saurait rien dire de posi- 
tif au sujet de la tête, fjr/^lle porte dans l'autre main (i). Le ca- 
mée n.°2 présente à son milieu Neptune , qu'on reconnaît de suite Neptune. 
à la vigueur de ses membres, à la fierté de son regard, et à la 
position dans laquelle il est représenté, tenant un pied sur la cime 
d'un roc , pour faire allusion à la puissance que ce Dieu exerce 
aussi sur la terre , qu'il ébranle quelquefois d'un coup de son tri- 
dent. Le cheval lui était particulièrement consacré; mais quant 
aux autres figures qu'on voit sur ce camée, nous ne saurions don- 
ner également aucune explication (a). La pierre n.° 3 porte l'image 
de Minerve Polyade , protectrice d'Athènes; elle a l'air de marcher 
sous un portique : de la main gauche elle tient la lance et le bouclier, 
et de la droite une branche d'olivier, emblème de la victoire qu'elle 
remporta sur Neptune, au sujet du nom adonnera Athènes (3). Le 
camée n.°4 présente cette Déesse couronnant Bacchus , parce qu'ayant 
été chargée, selon les idées mythologiques, de l'éducation de ce 
Dieu pendant son enfance 3 elle le rendit si vaillant, qu'elle se 
l'assoccia pour commander avec elle dans la guerre contre Saturne 
et les Géans. C'est là le motif pour lequel Bacchus est représenté 
ici avec un paquet de flèches dans la main gauche (4). La pierre 
u.° 5 nous montre Vu'cain; il a pour coiffure une espèce de bon- P«fo«'it» 

(i) Eckel, Choix des Pierres gravées du Cab. Imp. etc. PI XII. 
Cet illustre auteur nous avertit que ce camée est d'une belle exécution , 
mais que le graveur a outrepassé toute proportion dans les mains. 

(a). Ibid. PL XIV. Le graveur n'a également donné aucune grâce 
aux chevaux dans ce camée , qui est aussi d'un beau travail. 

(3) Mus. Flor. T. IL PL LXXVII. 3. Nous observerons en outre, 
que les Grecs donnaient à Minerve un air mâle et imposant , qui , au dire 
de Furnuto , se manifestait encore dans la couleur de ses yeux qui étaient 
bleus. Le même auteur ajoute , que son image était toujours accompagnée 
de serpens et de chouettes , auxquels elle ressemblait par la couleur de 
ses yeux : ce qui la fesait surnommer Glaucopide , c 'est-à-dire qui a 
les yeux bleus comme la chouette. Visconti , Mus. Pio-Glément. I. 12 dit 
aussi , que les anciens qui avaient fait une étude particulière des pro- 
priétés , observaient que cette couleur était précisément celle des yeux 
des animaux les plus belliqueux et les plus féroces ; et que par cette 
raison ils la donnaient à P allas , qui était" sortie de la tête du père 
des Dieux toute armée , et ne respirant que les combats et le carnage* 

(4) Eckel. etc. PL XIX. 



d5a Religion* 

net semblable à celui qu'on donne ordinairement à Ulysse; sa tu- 
nique est relevée, comme il l'a le plus souvent dans le monumens 
et les médailles des anciens, pour être moins gêné dans ses travaux; 
il tient de la main droite un marteau comme nous le représente 
Homère, et de la gauche, au lieu des tenailles qui sont ici à ses 
pieds, un flambeau allumé, symbole du feu dont quelques-uns lui 
attribuent la découverte, et peut-être même du mariage auquel Eu- 
ripide l'a fait quelquefois présider. Athènes lui rendait le même 
culte qu'à Prométhée et à Pallas, avec lesquels il partageait éga- 
lement les honneurs décernés aux Lampadophores , ou porteurs de 
flambeaux, à la suite de jeux dans lesquels (es jeunes gens, après 
avoir allumé chacun un flambeau à cet autel , couraient par toute 
la ville, et se disputaient à qui arriverait le premier, et sans avoir 
éteint son flambeau, à un but indiqué, où le vainqueur recevait 
un prix (i). Le n.° 6 est la copie du bas-relief du fameux sarcopha- 
ge* Muses, ge capitoliu, où sont représentées les neuf Muses. Nous ne pouvons 
mieux parler de ce monument qu'en rapportant la savante descrip- 
tion qu'en a faite Visconti, et dans laquelle il a rectifié plu- 
sieurs erreurs, que sa sagacité lui avait fait remarquer dans la plan- 
che du IV. e tome du Musée Capitoliu , où ce bel ouvrage est retracé. 
ciio. a L a Muse sous le num. i, dit-il, sera Clio tenant en main un 
« livre 3 emblème de l'histoire. Le num. 2, est Thalie, Muse de la 
« comédie; elle a pour emblèmes le masque mimique, qu'on dis- 
" tingue à sa figure grotesque, la houlette qui fait allusion à la poésie 
« pastorale, et le cothurne , qui ne rehausse point la stature cora- 
Erato. a rne dans la tragédie. Le num. 3 est Erato; elle a sur la tête 
" une espèce de coiffe ou de réseau, telle que nous en remar- 
a quons dans les portraits de Sapho, la nouvelle Erato de la Gré- 
« ce .... ; elle est représentée ici à la fois comme Muse de l'a- 
Euterpe (l ra our et de la philosophie. Le num. A indique Euterpe : des flûtes 
« forment son caractère distinctir. Le. num. o représente rolymme 
« concentrée en elle-même comme Muse de la mémoire; elle était 
« aussi la Muse de la fable et de la pantomime, motif pour lequel 
a on la voit aussi avec un masque à ses pieds dans un bas-relief 
Therpncore. « du palais Mattei . . . . Au num. 6 est Therpsicore avec sa lyre. 
& ûrlme! « Le num. 7 est Calliope avec ses tablettes, sur lesquelles elle écrit 
Mécène. (ç dps vers> Le num ^ 8 m0lltre Urauie avec sou globe. Eufiu Mel- 

(1) Mus. Florent. T. II. XL. 5, 



de la Grèce. 353 

« pomène parait au num. 9 : elle manque dans la gravure capitoline 
« de ses grands cothurnes, qui forment ici le caractère distinctif de 
« la tragédie, ainsi que l'a déjà observé Winketmann dans la com- 
« paraison qu'il a faite de l'habillement de cette Muse avec celui 
« d'un Hercule protagonista-t r^glque , dans un beau bas-relief de 
« la maison de plaisance Panfili , rapporté dans ses Monum. ant, 
« inédits sous le num. 189. Son habillement théâtral ceint d'une 
« grande écharpe , son masque héroïque, et son attitude même, sont 
« autant d'objets à remarquer (1) „. Ces figures ont beaucoup de 
ressemblance avec les statues des Muses qui existent dans le Musée 
Pio-Clémentin , et avec les images qu'on en voit dans le fameux 
bas-relief de l'apothéose d'Homère. 

On voit à la planche 54 n.° 1 Diane armée pour aller à la 
chasse (a). Dans la peinture originale elle est suivie des Nymphes 
ses compagnes, dont elle ne se distingue que par le croissant qu'elle 
porte sur la tête, leur habillement étant à peu-près le même que 
celui de la Déesse. Au n.° 2, est Proserpine en longue tunique et 
avec un grand peplos ou espèce de manteau; elle a la tête ceinte 
d'un diadème parsemé de pierreries, avec un collier et des bracelets 
ornés de perles. Le n.° 3 offre l'image de Cérès couverte d'un voile 
riche, telle qu'on la voit ordinairement dans les monumens : on 
doit une attention particulière à l'instrument aratoire qu'elle porte 
sur une épaule, et qui consiste en un gros bâton, dont le bout 
est armé de six espèces de tranchans. C'est peut-être là l'instru- 
ment qui servait de charrue avant les progrès de l'agriculture ; 
et il indique que Gérés en est l'inventrice (3). Le n.° 4 repré- 
sente Iris planant dans les airs au milieu d'un cercle rayon- 
nant: d'une main elle tient un flambeau, et de l'autre le. dard 
que, selon Non nus , elle porta à Lycurgue par ordre de Junon , 
et avec lequel , au dire d'Homère , ce Roi de Thrace chassa les 



Cerès. 



Iris. 



(1) Musée Pio-Clémentin. Tom. I.« pi. B. Ce bas-relief est rapporté 
aussi dans le Musée Napoléon. Tom. I. er pi. 22. 

(2) Millin , Peintures des 'vases etc. II. pi. LXXVII. 

(5) Ces deux figures sont prises des peintures d'un vase , non moins 
célèbre par sa beauté , que par le sujet qui y est représenté , et dont M. r Vis- 
conti nous a laissé une savante dissertation. Ce précieux monument retrace 
l'institution des mystères d'Eleusis : l'action parait empruntée toute entière 
de l'hymne à Gérés , qu'on attribue à Homère. Millin ibid. pi. XXXI, 
Ce vase appartient à la Galerie du Prince Stanislas Poniatowski. 

Europe. Vol. I. 45 



Vénus 
et Amour. 



Latwie. 



Une 
des Grâces. 



Morphee. 



Neptune. 



«J04 Religion 

Ménades (r). Elîe a quelquefois clans une de ses mains le caducée 
comme messagère des Dieux. Le n.° 5 est pris des vases du Millin. 
Cet illustre antiquaire croit voir ici la Vénus céleste, qui était 
aussi la Vénus conjugale ; et dans l'enfant qu'elle embrasse, l'Amour. 
Cet embrassement est tel qu'on le trouve décrit dans les poètes Ero- 
tiques. La Déesse est assise sur un tertre émaillé de fleurs, et vê- 
tue d'un ample manteau parsemé d'étoiles : des pendans d'oreille , 
un collier et des bracelets composent sa parure, l'enfant est nu 
et n'a pour tout ornement qu'une fi!e de perles ou de grains (a). 
Le n.° 6 représente Latone portant entre ses bras Apollon et Diane 
encore à la mamelle. On la voit dans la peinture originale fuyant un 
serpent monstrueux, que la jalouse Junon avait animé contre elle (3). 
Au n.° 7 est une des Grâces richement habillée , comme l'étaient 
les Grâces dans les anciens monumens qu'a vus Pausanias (À), Le 
jeune homme qui va pour l'arrêter est le Dieu du sommeil, qui, 
selon Homère, était amoureux de la plus jeune de ces trois Déesses. 
Nous observerons ici que les anciens avaient deux Morphées, l'un 
vieux et faible, et l'autre jeune et robuste. Ce» Dieu porte attaché 
au bras un bandeau, emblème de la force, par allégorie à la sé- 
duction et à la puissance de ses charmes auxquels personne ne 
peut résister. Le n.° 8 est Neptune, qui est pris d'un bas-relief en 
terre cuite et d'un style très-ancien, rapporté par Baxter (5); il 
est vêtu du peplos ^ qui était un manteau ample et d'une étofle 
fine , plus usité des femmes que des hommes et souvent riche- 
ment orné: il se repliait autour du corps, et s'attachait avec une 
boucle ou une agrafe. Les têtes de Neptune avaient beaucoup de 
ressemblance avec celle de Jupiter son frère. Winkelmann ob- 
serve néanmoins que la barbe du premier est plus frisée , et que 
ses cheveux sont différemment arrangés sur son front ; il ajoute que 



(1) Cette image est copiée sur les peintures d'un vase , dont le su- 
jet est le châtiment de Lycurgue Roi de Thrace , qui avait grièvement 
offensé Bacchus. Millingen , Peinture etc. pi. ï. 

(2) Millin etc. T. I. pi. LXV. 

(3) Tischbein , Pitture de' n a si antichi. T. III. pi. IV. 

(4) Tischb. ibid. pi. XXVII. On ne voit que deux Grâces dans la 
peinture d'où est prise cette image ; et en effet , les Athéniens et les 
Lacédémoniens , au dire de Pausanias , n'en reconnaissaient anciennement 
que deux. 

(5) Baxter, An illustration of the Egyptian , Grecian , Roman 
etc. costume pi. V. 



de la Grèce. ' 355 

ce Dieu se distingue surtout par la largeur de sa poitrine et la 
vigueur de ses formes ; et que c'est pour cela qu'il n'est pas repré- 
senté sur les pierres gravées avec la tète seule comme les autres 
Dieux, mais encore avec le buste. Le n.° 9 est pris d'un vase du 
Musée Vatican 3 qui a déjà été publié par Passer i : il offre le 
haut du corps d'uue furie , dont les cheveux sont entrelacés de ser- Une 

11 i t • i • i des Furies.. 

pens; elle en serre un autre de la main droite, et tient de la gau- 
che un flambeau. C'est aussi sous ces traits qu'on représentait la 
Discorde (r). 

Le n.° x de la planche 55 est l'image de Saturne, auquel les Saturne. 
Grecs donnaient encore lé nom de Chronos, ou le Tems. II est cou- 
vert d'un manteau qui Jui descend depuis la tête jusqu'au genou , 
et tient d'une main une espèce de faux avec laquelle il avait mu- 
tilé son père Uranus 3 et dont l'invention appartient aux tems les 
plus reculés : le voile ou manteau dont il est revêtu est un em- 
blème allégorique de l'obscurité des tems (a). On le voit représenté 
quelquefois dans les médailles avec un globe sur la tète, symbole 
de sa planète, et tenant un crocodile de la main droite, emblème 
du tems qui dévore tout. Le bas-relief n.° a représente le trône Son trône. 
de Saturne , monument fameux en marbre penthélique , d'environ 
deux mètres de longueur sur une hauteur de huit centimètres , que 
]'on conserve depuis long-tenis dans la salle des antiquités du Louvre 
à Paris. Il se trouve sur le fonds d'une architecture, qui semble 
presque d'ordre composé. Le riche voile qui est étendu le long du 
trône, dénote aussi l'obscurité dont les tems sont enveloppés. Une 
sphère est sur la banquette: le zodiaque qui est tracé dessus indique 
les révolutions des corps célestes et des saisons. Il y a deux Gé- 
nies de chaque côté du trône; les deux qui se trouvent à la gau- 
che du spectateur portent avec effort une espèce de faux énorme, 
qui a presque l'air d'un instrument d'agriculture à laquelle prési- 
dait Saturne. Les deux autres Génies sont mutilés , et leur position 
semble annoncer qu'ils portaient le sceptre de cette Déité , dont 
on voit encore un fragment (3). Il ne manque pas de monumens de 

(i) Millingen , Peintur. anbiq. etc. pi. XXIII. 

(2) Winkelmarm. Pierres gravées de Stosch. , p. 24. N.° 5. Millin, 
Gai. myth. T. I. N.° 1. Acad. des Inscr. T. I. p. 279. 

(3) Monum. antiq. du Musée Napoléon. T. I. p. 1 3. Millin, Monum. 
inédit. T. I. art. 20. C'est M. r Visconti qui a donné la première descrip- 
tion de ce monument. 



356 Religion 

ce genre, qui représentent les trônes de Neptune, d'Apollon, de 
Vénus et de Mars (i). Il est bon d'observer que les Grecs étaient 
dans l'usage de mettre quelquefois à la place de la divinité, le 
trône sur lequel ils la croyaient assise, et invisible aux mortels. Le 
n.° 3 est pris du grand ouvrage de M. r Quatremère , que nous avons 
déjà cité plusieurs fois. C'est une image de la statue colossale d'A- 

àAnîitfée. P°^ on à Amiclée, d'après la description que nous en avons de 
Pausanias. Le style de cette statue était des plus antiques 3 et appar- 
tenait à l'époque où les ermes commencèrent à présenter des for- 
mes humaines. Ce colosse s'élevait sur le tombeau d'Hyacinthe, 
qui avait la figure d'un autel ou d'un piédestal ; on y entrait par 
une petite porte pratiquée à l'un des côtés à l'époque des fêtes 
Hyacinthines , pour y faire des libations funèbres avant de sacrifier 
au Dieu. Pausanias dit, qu'à l'exception de la tête, des mains 
et des pieds, il l'essernblait à une colonne de bronze. Il était coiffé 
d'un casque: d'une main il tenait un arc, et de l'autre une lance. 
On le revêtait tous les ans d'une tunique blanche : ce qui corri- 
geait les difformités de cette masse , et fesait une espèce d'illusion à 
la vue. Dans des tems postérieurs dont on ne saurait guères fixer 

Son trône, l'époque, on donna au colosse un trône, ouvrage deBaficle, de ce 
genre de sculpture en or, en ivoire et en bois précieux appelé 
toreutique , et assez semblable au trône du Jupiter d'Olympie dont 
nous avons parlé plus haut (a). La Minerve du Parthénon , la sta- 
tue et le trône de Bacchus à Sycione, des trois grandes Déesses 
à Mégalopolis, d'Esculape à Epidaure , ainsi que d'autres divi- 
nités, étaient aussi des ouvrages toreutiques. Le n.° 4 est une pierre 
piuici gravée du Musée de Florence, où est représenté Plutou ou le Ju- 

et Minerve, ~ ' ' 

piter Sérapis et infernal , avec Minerve. Cette Déesse va pour faire 
une libation sur un autel, tandis que Pluton semble indiquer par 
un signe que les flammes, en s'élevant vers le ciel, annoncent 
Cerbère. un l îeureux présage. Près de lui est Cerbère délié de ses chaînes, 
tel qu'on le voit ordinairement dans les monumens , quand il est 
en présence de ce Dieu (3). Les tètes de Pluton ont toujours quei- 

(1) On voit encore plusieurs de ces trônes , savoir; un dans la 
maison de plaisance Ludovisi à Rome ; un autre qui semble être de Sa- 
turne dans l'église de Notre-Dame des miracles à Venise , et deux de 
Neptune dans le chœur de l'église de S. 1 Vital de la même ville. 

(2) Quatremère, pag. 196 et suiv. 

(3) Mus. Florent, T. IL tab. LXXII. N.° ?.. 



delà Grèce. 35? 

que ressemblance avec celles de ses deux frères Jupiter et Neptune; 
mais Pluton a le regard plus sévère, les cheveux plus épais, et la 
barbe plus touffue et plus crépue. 

Nous avons vu jusqu'ici les principales Déités de la Grèce; 
et comme nous l'avons dît plus haut, il serait aussi fastidieux que 
superflu de vouloir donner ici une image particulière de chacune 
d'elles. Ajoutons à cela maintenant que, de plusieurs, les anciens 
Grecs ne uous ont transmis que le nom. C'est ce qui est arrivé 
à'Fnyo, Déesse de la guerre, laquelle fut dans la suite adorée des 
Romains sous le nom de Bellone. Nous n'avons également qu'un 
faible indice d' Hsstla , ou Vesta Déesse du feu, dans les hymnes 
attribués à Homère; elle présidait proprement au feu domestique, 
et était par conséquent l'emblème de la vie civile ou sociale. Nous 
croyons inutile par la même raison de parler des Dieux inconnus , 
auxquels le Athéniens rendaient un culte, et qui fournirent à saint 
Paul le sujet de l'éloquent discours qu'il prononça dans FAréopage 
sur le vrai Dieu (1). Nous aurons occasion de parler de quelques au- 
tres divinités dans les articles suivans. En attendant, nous croyons 
à propos d'ajouter à tout ce que nous avons dit précédemment les 
observations suivantes. Premièrement , le trône était généralement 
un attribut des grandes divinités, dont chacune, selon Callima- 
que et autres anciens écrivains, avait son trône ou un siège par- 
ticulier dans l'Olympe: le trône seul était un emblème de la 
divinité, lors même qu'il n'y avait point de Dieu assis dessus. Se- 
condement, les grandes Déesses ont pour la plupart le sfendon ou 



Dèitès 
qui n 'étaient 



que par 
leur nom. 



Hes tia 

ou Vesta. 



Dieux 
inconnus. 



Divers attributs 
des divinités. 



Troue. 

Symbole 
des grandes 

tiéitës. 



Sfendon 
ou Diadème* 



(i) Nous remarquerons ici qu'il y avait plusieurs de ces Dieux incon- 
nus ; qu'ils n'avaient que des autels , et point de simulacres. Et en effet 
S.' Paul ne parle que de l'autel qu'il avait vu en passant avec cette ins- 
cription , Au Dieu inconnu. On raconte, qu'à l'occassion d'une maladie con- 
tagieuse , les Athéniens appelèrent à leur secours Epiménide de Festos , 
célèbre devin. Cet Epiménide purifia la ville de la manière suivante ; il 
conduisit avec lui un certain nombre de brebis blanches et noires , et quand 
il fut prés de l'Aréopage , il les laissa libres , et ordonna en même tems 
qu'on les suivît, et qu'on immolât chacune d'elles au Dieu •iïpoffiixovTi , 
qui veut dire convenable, dans le lieu où elle aurait été arrêtée. Voilà 
pourquoi on rencontre encore aujourd'hui dans l'Attique des autels, qui 
ne portent le nom d'aucune divinité Ces autels furent élevés pour con- 
server la mémoire de cette expiation , et , comme le dit Pausanias , ils fu- 
rent consacrés aux Dieux inconnus. V. Marcher. Hérocl. T. IV. pag. 3i6. 



// 



358 Religion 

diadème. Troisièmement 3 les Déités se représentaient quelquefois 

Ailes. avec des ailes , et cet attribut se donnait même à Minerve, à Diane 

et à Vénus. Celles qui avaient quelques rapports avec le tems ou 

avec l'air avaient toujours des ailes. Ainsi la Nuit était figurée avec 

des ailes brunes, l'Aurore avec des blanches , l'Iris avec des ailes 

d'or etc., ce dont on trouve une foule d'exemples dans les peintures 

Voile flouant. d'Herculanum. Quatrièmement, le voile flottant en forme d'arc sur 

la tête était particulier aux divinités de la mer, et c'est ainsi qu'on 

voit souvent représentés sur les marbres , sur les pierres gravées et 

les médailles, les Fleuves, les "Néréides, et même la Vénus marine, 

comme pour exprimer par cette disposition du voile l'action du 

vent qui l'agite (j). Cinquièmement, les divinités, principales surtout , 

avoient quelquefois le nimbe dont nous avons déjà parlé , et que 

les peintres figuraient sous la forme d'un disque , d'une lune ou 

de rayons : souvent même on le représentait par une lumière , qui 

semblait sortir du corps de la Déitée. Sixièmement , le nimbe 

Aureoh. s 3 m ple, appelé auréole , était encore le symbole des Dieux qu'on 

croyait issus de Jupiter. Septièmement enfin, chaque Dieu avait ses 

Couleurs vêtemens d'une couleur analogue à ses attributs. « On donna, dit 

CLCS "GC6ÎTIGÎIS C ) 

des Dieux. a Winkelmann, la couleur rouge à Jupiter (a). Neptune aurait 
" dû avoir le vert de mer, qui était la couleur dont on représentait 
« l'habillement des Néréides : c'était aussi celle des bandelettes 
« dont étaient ornées les victimes qu'on sacrifiait aux Divinités ma- 
« rines : on peignait de la même couleur la chevelure des fleuves 
« personnifiés dans les ouvrages des poètes; et tel était en général 
« l'habillement des Nymphes dans les peintures antiques , que le 
« nom même de fNw?^, Ibptpu ) leur vient des eaux. Apollon a le 
« manteau bleu ou violet, et Bacchus qui devrait l'avoir couleur de 
« pourpre, est souvent vêtu de blanc. Marzian Cappella habille 
« de vert Cybèle comme Déesse de la terre, et mère de la végéta- 
" tion : Junon , que le même écrivain nous représente avec un voile 
« blanc, devrait avoir ses vêtemens de couleur bleu-céleste, par 
« analogie à l'air dont elle est le symbole. Le manteau jaune con- 
« vient à Gérés , comme étant de la couleur des épis mûrs, ce qui 
« lui a fait donner l'épithète de jaune par Homère. Dans le dessin 
« colorié d'une peinture antique de la Bibliothèque du Vatican , 

(i) V. Le Pitture antlche d 1 Ercolano. Vol. V. pag. 69. 
(a) On donnait à Pluton la couleur noire. Glaudian. De raptu Proserp. 
Liv. I : v. 79. 



de la Grèce. 35g 

« publié par mol (i), Pallas a le manteau, non de couleur céleste 8 
« nomme dans les autres figures qui la représentent, mais de cou- 
rt leur de feu, peut-être pour indiquer son esprit belliqueux; cette 
« couleur était aussi celle que les Spartiates adoptaient en tems de 
« guerre. Quelques peintures d'Herculanum nous représentent Ve- 
rt nus avec une draperie flottante de couleur d'or, parsemée de 
« nuances d'un vert foncé, peut-être par analogie à son épithète 
« d'aurea. On voit encore dans le dessin de la peinture Vaticane , 
" dont nous venons de parler, une Naïade avec une robe de des- 
« sous couleur d'acier ou vert de mer, sous laquelle Virgile a aussi 
« peint le Tibre; mais sa robe de dessus est verte, telle que les 
" Fleuves l'ont ordinairement chez les poètes: ainsi ces deux cou- 
rt leurs sont le symbole de l'eau, avec cette différence que le vert 
« semble plus particulier aux eaux qui coulent à travers les herbesfa). „ 
Pour terminer ce premier article de la religion des Grecs , 
nous rapporterons à la planche 56 une peinture, qui a rapport à 
l'histoire Mythologique des Demi-Dieux. Elle est prise du premier Demi-Dieux. 
volume des vases de Mil lin , et a pour sujet l'onzième des travaux 
d'Hercule , ou l'enlèvement des fruits du jardin des Hespérides par Jardin 
ordre de son frère Eurysthée, ministre de la colère de Junon. Cette 
précieuse peinture représente donc le jardin de ces Nymphes fa- 
tales. Au milieu s'élève l'arbre fameux qui produisait des pommes 
d'or (3), et autour ^e son tronc est entortillé le terrible serpent, 
auquel la garde en était confiée (4). -Les Mythologistes racontent 
qu'Hercule se saisit de ces pommes, après avoir donné au monstre 
une boisson qui l'endormit d'un profond sommeil. Le héros est re- 
présenté dans d'autres monumens prêt à tuer ce gardien redouta- 
it ) Monum. ant. inécl. num. u3 
(2) Winkelm. Histoire etc. T. I. pag. 4o3. 

(5) Nous croyons inutile de rapporter ici les explications extravagan- 
tes , que les grammairiens et les sophistes, tant anciens que modernes , ont 
imaginées au sujet de cette fable. Il suffira de dire, que les uns y ont 
vu la désobéissance d'Adam , et d'autres l'enlèvement des troupeaux des Cha- 
nanéens par Josué. L'opinion la plus probable est celle qui faii dériver 
cette fable de la découverte des oranges , mêlée à une tradition antique , 
qui pLçait à l'occident la cour et les jardins du Soleil. 

(4) Apollonius donne à ce serpent le nom de Laclone , et dit qu'il 
avait cent têtes, et ne fermait jamais les yeux au sommeil; mais les ar- 
tistes ne le représentent ordinairement qu'avec deux têtes , et c'est ainsi 
qu'on le voit sur un vase de la premièie collection d'Hamilton, 



36o Religion 

Lie ; mais ici ce sont les Hespérides elles-mêmes qui lui offrent les 
pommes : circonstance qui semble faire allusion à la tradition , d'après 
laquelle Hercule aurait reçu d'Atlas ces fruits admirables, qu'il 
transporta en Grèce, pour avoir sauvé les filles d'Hespérus de la 
fureur du tyran Busiris (i). Au dessus de ces figures est écrit en 

Héraclès. caractères Grecs le nom de chacune de ces Nymphes. Héraclès 
Hercule tient un pied sur un roc , position qui indique son ar- 
rivée dans un pays étranger: la peau du lion de Némée enveloppe 
ses épaules , et est nouée par les pattes sur sa poitrine : son car- 
quois pend à son côté; de sa main gauche 3 qui est appuyée sur sa 
massue, il tient l'arc, et va pour prendre de la droite les pommes 
que cueille une des Nymphes: sa tète est ceinte d'un bandeau orne 
d'une petite lune. Les Hespérides sont au nombre de cinq. Ka- 

Kakpso. lupso , ou Calipso donne à manger au dragon; elle est assise sous 
une espèce d'arbuste : sur son pied droit est Vlynix , espèce d'oiseau 
de diverses couleurs , dont la langue ressemble à un petit serpent s 
et qui servait aux enchantemens. Hermésa est celle qui cueille les 
pommes: près d'elle est un oiseau palmipède , ou avec les pieds 
plats,, qui est peut-être le cygne, dont le chant serait probablement 
alîusif à celui des Hespérides. Atithéia 5 qui est derrière Calipso 
a dans une main une espèce de ruban, symbole de l'initiation (car 
ces peintures sont pour la plupart des allusions aux mystères reli- 
gieux ), et dans l'autre une des pommes. Aïolis regarde d'un œil 
émerveillé ce qui se passe , et a la main gauche appuyée sur sa 

Néaïsa. sœur Anthéia. Derrière Hercule est Néaisa , portant un petit vase, 
qui a pareillement rapport à l'initiation. Ces cinq sœurs sont vêtues 
d'une tunique courte, qui est recouverte d'une plus longue. Hermésa, 
A logis et Néaïsa ont en outre le peplos. Ces vètemens sont parsemés 
de points on d'étoiles , avec un bord qui a presque la forme d'un 
échiquier. Le mot Asspiirias , qui veut dire Hespérides, est écrit 
au dessus de Calypso. On voit en haut quatre Déités à demi-figure. 
Les anciens peintres de la Grèce semblent avoir adopté ces espèces 
de bustes ou de demi-figures pour la partie du tableau qui est au 
dessus de l'action principale, afin d'y introduire les personnages 
qu'on doit supposer à quelque distance , et qui ne sont que specta- 
teurs invisibles de l'événement. Us suppléaient en outre par là à 
la perspective , dont ils n'avaient aucune connaissance. C'est pour- 

(i) Diod. de Sic. IV. 27. 



Hermésa. 



Àntîiéia. 



Aïogis. 



de la Grèce. 36i 

quoi M. r Millin est d'avis que les quatre Déités qu'on voit ici peu- 
vent se considérer comme placées dans l'Olympe , ou sur quelque 
lieu élevé où elles se plaisaient. Ainsi la première figure à gau- 
che, et près de l'arbre, est Junon , Hara ou Héré; elle est voilée r Junon. 
parce qu'étant une des Déesses garnélies , elle préside aux mariages: 
il est bien naturel qu'elle prenne part à l'action , car elle avait 
eu ce fameux arbre en présent le jour de ses noces avec Jupiter , 
d'ailleurs la Déesse ne doit point être indifférente au succès qu'aura 
Hercule dans cette entreprise. Vis-à-vis d'elle, et de l'autre côté de 
l'arbre, est Mercure revêtu de la chlamyde; il porte le caducée, Mercure, 
etlepétase, ou chapeau des voyageurs qui retombe sur ses épau- 
les. Près de Junon est Pan, suffisamment caractérisé par la ne- 
brida ou peau de faon , qui est nouée par les pattes sur sa poitrine 
comme une chlamyde; il a des cornes de bouc, une barbe épaisse, 
le visage velu, les narines gonflées, les oreilles pointues et la physio- 
nomie d'une brute. Il a été vraisemblablement placé ici comme 
fils de Mercure , et protecteur du pays riche en troupeaux où 
l'action est supposée se passer. Donakis^ une des Nymphes aimée Donakis. 
de Pan, est derrière Mercure; elle a comme Junon la tête ceinte 
d'un bandeau parsemé de perles. Cette peinture est d'autant plus 
précieuse , qu'on lit au bas de l'arbre le nom de l'artiste qui l'a 
faite, chose qui est extrêmement rare. Assteas e graphe , Astée 
peignait. 



Temples , autels , instrumens sacrés. 

De tous tems les peuples ont été dans l'usage de rendre le 
culte à la divinité dans des lieux ouverts , en plein air et particu- 
lièrement sur les montagnes. On lit dans la Bible , que les idolâ- 
tres, voisins de la Judée, sacrifiaient à leurs Dieux sur des lieux 
élevés. Dieu ordonna à Abraham de lui sacrifier son fils sur une 
haute montagne. C'est pour cela que, chez les Grecs, les monts les 
plus élevés étaient consacrés à Jupiter , à Saturne et autres Divi- 
nités. On trouve dans l'hymne à Apollon, dont Homère passe pour 
être l'auteur, que les sommets des montagnes étaient également con- 
sacrés à ce Dieu (i). Ce culte parait être dérivé' de l'opinion où 



consac, 
aux Du 



(i) Lisez à ce sujet Poter , Arch, graeca, et Comment, in Ljco- 
phronis Cassandram vers. 42. 

Europe. Fol, I. ^Q 



36 s Religion- 

étaient les anciens , que la cime des monts étant plus près du ciel , 
il était plus facile que leurs prières parvinssent de là jusqu'aux 
Dieux. Le même usage se conserva long-tems chez les Perses, com- 
me le rapporte Hérodote. C'est ce qui fit que lors de leur invasion 
en Grèce, ils brûlèrent tous les temples, dans l'idée que c'était une 
impiété que de renfermer entre des murs la divinité, qui n'avait 
d'autre demeure et d'autre temple que le monde entier , et à la- 
quelle par conséquent l'espace devait être un champ libre et ou- 
de?'Z?pi e s. vert v 1 )- II n ' est g uère? faci!e de fi xer l'époque où l'on commença à 
bâtir des temples, ni de dire quel fut celui qui en éleva le pre- 
mier. Templorum-, dit Aruobe 3 si quaeris audire qui s prior fuerit 
fabricator aut Phoroneus Jegyptius , aut Merops tibi fuisse mon- 
strabitur , aut , ut tradit in Admirandis Varro, Jovis progenies 
Aeacus (a). Eusèbe , Lactance et Clément d'Alexandrie sont d'avis 
que les temples doivent leur origine à la piété superstitieuse, qui 
porta les peuples à élever des monumens somptueux en l'honneur de 
leurs parens , de leurs amis ou des hommes morts qui avaient bien 
ad lépufcL mérité de la patrie. Ainsi le temple de Pallas , dans la forteresse de 
qi/uJTême Larisse , n'était d'abord que le sépulcre d'Acrise , de même que 
celui de Minerve Polyade à Athènes n'était anciennement que 
le tombeau d'Eriehtone. Aussi trouve-t-on , comme l'observe judi- 
cieusement Potter, que, dans les anciens écrivains, les mots employés 
proprement pour désigner un sépulcre ou un monument, servent 
quelquefois aussi pour indiquer un temple. C'est dans ce sens que 
Licophron fait usage du mot Tvupov en parlant d'un temple de 
Junon (3). L'Enéide nous en offre aussi un exemple , lorsque le 
poète y dit : 

tumulum anliquae Cereris 3 sedemque sacratam 

Venimus (4). 

Il n'y a donc rien de surprenant, d'après la remarque de Potter, 
que les monumens et les tombeaux aient été dans la suite convertis 
en temples, puisque l'usage était chez les anciens de faire les priè- 
res, les sacrifices et les libations près d'un tombeau, queîqu'eût été 
d'ailleurs la condition de celui dont il renfermait la cendre. 

(1) Cic. De legibus , liv. II. 

(2) Arnob. Contra gentes , liv. VL 

(3) Lycophr. Cassandra vers. 6j3, 

(4) AeneicL II. 742. 



chose che. 
les anciens* 



de la Grèce. 363 

Il paraîtrait, d'après plusieurs passages d'Homère et. autres écri- m Lit 
vains de l'antiquité, que dans les siècles héroïques les temples des héroïque*. * 
Grecs étaient construits en bois. Hérodote en parlant des Gelons 
dit que leurs temples étaient faits de cette matière comme ceux 
des Grecs. C'est à ce genre de construction sans doute qu'il faut at- 
tribuer les incendies fréquens, dont nous voyons que tant de temples 
furent alors la proie en Grèce: ce qui n'arrivait que bien rarement 
en Asie, en Egypte, et en Etrurie (i). L'usage des colonnes en bois 
semble encore s'être conservé dans les temples, depuis qu'on commença 
à les bâtir en pierres et en briques: car Pausanias rapporte que de 
son teras il y avait encore à Elide un temple dont le toit s'appuyait 
sur des colonnes de chêne, et il ajoute qu'on voyait dans cette ville Leur s impiété. 
une colonne du même bois , qui était derrière le temple de Junon (a). 
On ne trouve point dans les écrits des anciens que ces temples fus- 
sent décorés d'aucun ornement d'architecture: il parait même qu'on 
n'avait nulle connaissance des arcs, des frises, ni même des bases 
et des chapiteax dans les colonnes. Hésiode ne parle des colonnes 
que comme d'un simple support , ou comme d'un objet quelconque 
qui était fixe, et auquel on pouvait attacher ou suspendre quelque 
chose (3). Mais lorsque cet art fut sorti de l'enfance chez les Grecs, Magnificence 
le luxe et la magnificence furent recherchés dans la construction int a££ tG 
des temples et des maisons des particuliers, et l'on se persuada que les Umpks - 
rien ne pouvait être plus agréable aux Dieux, que le soin qu'on 
prenait d'embellir les édifices qui leur étaient consacrés. Les Spar- 
tiates seuls différaient en cela du reste des Grecs: une loi de Ly- 
curgue leur prescrivait d'honorer les Dieux ayec le moins de faste 
possible. Ce Législateur interrogé sur le motif de cette loi répondit, 
qu'il l'avait faite pour que le culte de la divinité ne fût jamais 
négligé, dans la crainte que l'avarice ou le besoin ne fussent une 
cause de relâchement envers elle, dans un pays où l'on fesait con- 
sister toute la dévotion dans la somptuosité des temples et des rites ; 
et parce que rien ne pouvait lui être plus agréable , selon lui , qu'une 
piété sincère , simple et sans aucune pompe. 

(i) V. Lebbera sulV origine , ed antichità deW archibetbura al chia- 
rissimo ababe Fea giureconsulbo , V autore delV opéra inbibolaba Rovine 
clell' antica città di Pesbo. Cette lettre se trouve aussi insérée dans le 
III e vol. de l'Histoire de Winkelmann , édit. de Rome. 

(2) Paus. liv. V. chap. XVI et liv. VI, chap. XXIV. 

(3) Theogon, vers. 5a2. et 77g. 



364 Religion 

et L dimenZL. ^ es tem p' es des Grecs étaient généralement d'une figure carrée, 

de manière pourtant que leur longueur était le double de leur lar- 
geur. C'est d'après cette forme que Vitruve a établi en principe, 
qu'un temple qui a cinq entre-colonnemens sur le devaut , doit en 
avoir le double sur les côtés. Telles étaient les proportions du temple 
de Jupiter à Girgente en Sicile. Pausanias ne fait mention dans son 
voyage, que d'un très-petit nombre de temples ayant une voûte ou une 
ïnvïûtl. coup '®- De ce genre étaient, celui qu'on voyait à Athènes à côté du 
Prytanée,un autre à Epidaure près le temple d'Esculape, et un 
troisième à Sparte où Jupiter et Vénus avaient chacun une statue (i). 
Winkelmann observe « que ces temples carrés n'avaient en général 
point de fenêtres , et ne recevaient de jour que par la porte , pour que 
Temples leur intérieur, qui était éclairé par des lampes , présentât un aspect 
uiwninès. plus auguste (2); et il ajoute que les temples en rotonde étaient 
éclairés par le moyen d'une ouverture circulaire pratiquée en haut, 
comme on le voit dans le Panthéon (3). L'opinion de ce savant an- 
tiquaire sur ce point est néanmoins sujette à une grande difficulté 
relativement aux temples carrés: ceux qui avaient cette forme chez 

(1) Les Grecs donnaient aux édifices en ronde l'épithéte de Tholoi, 
pour indiquer qu'ils étaient comme d'un seul jet. L'Abbé Fea observe 
que les édifices à coupole étaient d'un usage très-commun chez les Grecs. 
11 ajoute néanmoins que ces coupoles étaient fort-basses , et avaient plu- 
tôt l'air de voûtes rondes , que de coupoles de la hauteur et de la forme 
de celles qui ont été faites dans les tems modernes. Les plus anciens 
monumens qui nous donnent quelqu'idée des rotondes des Grecs sont , 
la Tour des vents , et le monument élevé' à Lysicrate qui sont tous les 
deux à Athènes. Voy. le Roy et Stward. 

(2) Le Bar. Riedesel , Voy. en Sic. Liv. I. -pag. 40 , observe aussi 
que l'ancien temple de la Concorde à Girgente , qui ne présente aucun 
indice de fenêtres , ne pouvait recevoir de jour que par la porte. Il dit 
néanmoins dans un autre endroit , d'avoir vu dans le couvent de S. 1 Ni- 
colas un petit temple domestique très-bien conservé , qui avait une petite 
fenêtre à l'antique. 

(3) Winkelmann lui-même , Histoire etc. T. III. pag. 42 , ne peut 
s'empêcher de convenir que quelques-uns de ces édifices , mêmes carrés , 
étaient surmontés de ces espèces de coupoles , auxquelles les modernes 
ont donné le nom de lanternes. « On voit , dit-il;, cette lanterne et une 
« coupole sur le tambour d'un temple carré , dont l'image est tracée sur 
« le plus grand sarcophage que nous ayons de l'antiquité , lequel se trouve 
k aujourd'hui dans une yigne de la maison Moïrani près la porte de S. 1 Sé> 
u ha g tien », 



de la Grèce. 365 

Jes Romains pouvaient bien être à la vérité suffisamment éclairés 
par la porte, en raison de leur peu d'étendue; mais on ne peut 
pas en dire autant de ceux des Grecs , dont quelques-uns étaient 
fort-grands et à deux rangs de portiques ou de colonnes : ce qui 
fait supposer à M. r Quatremère, qu'ils recevaient aussi le jour par 
une ouverture, ou espèce de lanterne, comme nous le verrons bientôt. 
Les temples carrés, dans des tems encore plus rapprochés de nous, Leur plafond. 
étaient plafonnés en bois. Celui d'Apollon à Delphes l'était en 
cipiès, d'autres l'étaient en cèdre. Les temples de Sainte Sophie 
et des Apôtres à Gonstantinople avaient également leur plafond en 
bois (r). Leur intérieur était divisé en trois nefs. Tel était celui 
de Pailas à Athènes. Selon Lucien, Porphyre et autres écrivains, 
les temples des anciens avaient la façade tournée à l'orient, pour 
qu'ils fussent éclairés des premiers rayons du soleil. Iginus dit que Luer position. 
telle était en effet la position des temples dans les premiers tems; 
mais après il observe que cet usage fut depuis abandouné , et que 
la façade de ces édifices fut tournée à l'occident. C'est aussi le 
précepte que donne Vitruve: « Les temples, dit il, pour être si- 
« tués convenablement , doivent être tournés, à moins qu'on n'ait 
« des raison qui en empêchent , de manière à ce que la statue 
« qui est au fond regarde le couchant , et que ceux qui vont à 
« l'autel pour y faire des offrandes s des sacrifices, ou simplement 
« leur prière aient en face l'orient et la statue , qui paraîtra 
« ainsi avoir le yeux fixés sur eux: c'est pourquoi les autels doi- 
« vent toujours être tournés vers le levant. Si cependant la nature 
« du lieu ne le permettait pas , il faudrait faire ensorte alors que, 
" de ce temple, on découvrit la plus grande partie des édifices qui 
" l'environnent; ou, s'il est situé sur le bord d'un fleuve comme 
« ceux d'Egypte, qu'il regardât ce fleuve; ou enfin s'il est près 
« d'une voie publique, que les passans puissent le voir et s'incliner 
« devant sa façade (a) „. 

(i) Nous avons dit que les temples carrés avaient généralement le 
plafond en bois , car on ne peut pas nier qu'il n'y eût de ces temples 
dont le plancher était voûté , comme l'était celui de Pailas à Athènes. 
y. Winkelmann. 

(2) Vitruv. Liv. IV. chap. V. Le Bar. Riedsel , en parlant du tem- 
ple de la Concorde à Girgente dit , que la porte du sanctuaire est tournée 
en effet vers le couchant ; mais que pour y entrer , il faut monter à la 
colonnade par le côté opposé., et en faire le tour. 



366 



R. 



ELIGION 



Architecture 
des 

les klffét 

divinités 




■> parce que ces 
Divinités se montrent aux mortels à découvert et brillans de lumière 
Dans ceux élevés à Vénus, à Flore, à Proserpine et aux Nymphes 
des fontaines, il recomande l'ordre Corinthien, comme le plus gra- 
cieux et le plus analogue aux charmes et à l'élégance de ces Divi- 
nités. « Pour Junon , Diane, Bacchus et autres Déités, ajoute-t-il 
« on prendra le milieu, en fesant mage dans la construction de 
« leurs temple de l'ordre Ionique qui leur convient, en ce qu'il 
« participe de la gravité du style Dorique, et de la grâce du 
« Corinthien „. Le même auteur divise ensuite les temples selon 
leurs formes ou leurs figures. La première , qui est la plus simple 
et appelée Naàç èv Trapâaratriv par les Grecs, est celle des tem- 
ples qui avaieut des pilastres à leurs angles, ou aux extrémités 
des murs formant l'enceinte du sanctuaire , et qui avaient deux 
colonnes entre ces pilastres. Leur frontispice ou tambour devait 
être en hauteur le neuvième de toute sa largeur (i). La seconde 
forme était celle des temples appelés Prostiles (a), ils n'avaient de 
colonnes que sur le devant , et tel était le temple Dorique de Gérés 
à Eleusis. À la troisième appartenaient les temples Anfiprostiles 
ou à double prostile , qui avaient devant et derrière le même nom- 
bre de colonnes et le même frontispice ; à la quatrième les temples 
Périptères. Périplères (3) , qui étasent entourés d'un portique formé de colonnes, 
dont cinq sur le devant , et onze de chaque côté et assez éloignées 
de l'édifice, pour qu'on pût se promener commodément sous le port i- 
Dipières. q Ue . £ j a c i n q U ième les Diptères , ou à deux rangs de colonnes sur 
les ailes: ces colonnes étaient au nombre de huit sur chaque front, 
et doubles le long des côtés du sanctuaire, Tel était le temple de 
Diane à Ephèse , d'ordre Ionique. Cette forme était aussi à-peu- 
Pseudodiptères. p r ès celle des temples appelés Pseudodiptères , ou faux Diptères. 
Ils avaient huit colonnes sur chaque front, et quinze sur les côtés, 
y compris celles des angles: disposition qui, dans ce dernier sens, 
semblait former un double rang de colonnes» C'est ainsi qu'était 



Division 
des temples 

selon 
leurs formes. 

Temples 
en parasiasin. 



Prosuies. 



Anfiprostiles. 



(i) Cette forme est encore appelée par Vitruve in antis. Il parait 
néanmoins qu'elle était plus particulière aux Romains qu'aux Grecs. 

(2) De ftpo , avant , et çrvùoç , colonne. 

(3) De vtepi , autour , et %%ef>ov , ala , c'est-à-dire ailé autour. 



Espèces 
des temples 



Eustyle. 



de la Grèce. 367 

Je temple de Diane à Magnésie. Enfin on appelait Jpètres les tem- ipfetres. 
pies qui avaient dix colonnes sur chacun des deux fronts , et dans 
l'intérieur un double rang de ces mêmes colonnes posées les unes 
sur les autres, et assez distantes du mur pour former une espèce 
de portique. On donnait à ces temples le nom A'Ipètres (1), parce 
qu'ils étaient sans toit. Après avoir traité des sept formes de temples, 
qu'il nomme genres ou principes , Vitruve passe aux cinq espèces 
de temples qui sont, dit-il; le Picnostile , ou à colonnes pressées; 
le Sistyle où elles le sont moins; le Dlastyle où elles sont plus 
éloignées; V Jréostyle où elles le sont encore davantage, et Y Eustyle 
dont l'entre-colounement est d'une juste proportion (3) „. Vitruve 
propose cette dernière espèce comme la meilleure. « L'entre-colon- 
neroent doit y être, continuc-t-il , de la largeur de deux colonnes 
et quart: celui du milieu, tant sur le front que sur le derrière, 
doit seul avoir trois colonnes de largeur, pour en faciliter l'accès 
et donner un aspect imposant à sa façade, ainsi qu'au peristile qui 
règne autour du sanctuaire „. Après avoir ainsi déterminé la pro- 
portion de P Eustyle ? ou de Pentre-colonnement moyen , on pourra 
calculer aisément les dimension des autres espèces, dont la diversité 
ne consistait que dans le plus ou le moins d'espace qui régnait entre 
leur? entre-colonnemens. 

L'extérieur des temples, et surtout le frontispice , était ordiuai- Frontispice. 
rement décoré de statues, de bas-reliefs, et de toutes sortes d'or- 
nemens d'architecture, qui représentaient les divinités ou leurs prin- 
cipaux gestes (3). Sur celui d'un temple de Saturne, dont parle 



(1) De STtairpaç , qui veut dire lieu découvert. 

(2) La diversité des genres , selon Vitruve , résulte de celle des co- 
lonnes et des pilastres dans leur position par rapport au temple : la di- 
versité des espèces nait de celle des entre-colonnemens. Il est inutile 
d'observer sans doute , que l'espèce se trouve toujours dans le genre , c'est- 
à-dire que dans chaque genre il y a une proportion spéciale d'entre-colon- 
nemens. Ainsi le temple Dyptère peut être Eupyle , Sistyle etc. On peut 
voir dans l'édition de Vitruve par Galiani des exemples des genres et 
des espèces. Nous croyons également inutile de donner l'étymologie des 
mots dont se sert cet auteur , parce qu'il ne faut avoir qu'une légère 
teinture du grec pour en comprendre le sens. 

(3) On a beaucoup disputé sur l'origine des frontispices et sur le 
véritable sens du mot aeroç , aigle , qui est le nom qu'on leur donne en 
grec. Quelques-uns ont cru apercevoir dans la forme triangulaire du fron- 



Architrave. 



368 Religion 

Macrobe, on voyait ries Tritons sonnant de la trompette marine. 
La naissance de Pallas était représentée sur la façade antérieure du 
temple que cette Déesse avait à Athènes , et sur celle de derrière 
son fameux défi avec Neptune. Ces ouvrages étaient des artistes les 
plus célèbres. Phidias avait fait les bas-reliefs du Parthénon ; et 
les douze travaux d'Hercule retracés sur le frontispice du temple 
de ce Dieu à Thébes , étaient un des chefs-d'œuvre de Praxitèle. 
Les corniches des frontispices de forme aiguë, ou terminée en 
pointe , étaient, également décorés de fleurs, de feuillages et autres 
petits ornemens. L'architrave avait aussi les siens propres, qui se 
plaçaient ordinairement dans les métopes de la frise. Ou suspendait 
quelquefois aux métopes les boucliers pris à l'ennemi (i); et c'est 
de cet usage qui vint celui d'y représenter des boucliers en bas- 
relief, usage qui subsiste encore dans l'ordre Dorique. Les exploits 
de Thésée étaient sculptés sur les métopes de son temple à Athè- 
nes. Des crânes de bœuf ou de bélier, ou des instrumens à l'usage 
£ C umpL des sacrifiées figuraient également dans les bas-reliefs. On montait 
aux temples par des gradins , qui étaient ordinairement très-hauts. 
Ceux qu'on voit encore autour de l'ancien temple de Girgente n'ont 
guères moins de trois palmes Romains d'élévation , et il ne parait 
pas que ceux du temple de Thésée leur soient, inférieurs. Ces gradins 
étaient à la vérité incommodes quand il s'agissait de les monter; 
mais comme les temples n'étaient pas assez grands pour contenir 
la foule , ils servaient de station et de siège à ceux qui ne pouvaient 
pas y entrer (2). 

tispîce l'image d'une aigle ayant les ailes déployées. Winkelmann est d'avis 
que dans les commencemens on aura placé un aigle sur le frontispice des 
temples , parce qu'ils étaient tous consacrés à Jupiter , et que c'est de là 
qu'est venue la dénomination que leur ont donnée les Grecs. Béger parait 
être de ce sentiment. 

(1) Pausanias raconte qu'on voyait suspendus dans le temple d'Apol- 
lon à Delphes deux boucliers d'or , faits [avec les dépouilles qu'on avait 
prises aux Perses après la bataille de Marathon. 

(2) L'usage de ces gradins , par où l'on montait aux temples tant sa- 
crés que profanes, était très-commun chez les anciens. On voit sur la Ta- 
ble iliaque la mère et les sœurs d'Hector assises et pleurant sur les gra- 
dins dont est entouré le sépulcre du héros. Pausanias rapporte que le 
palais , où s'assemblaient les députés de la Phocide près de Delph es , avait; 
des gradins qui servaient de sièges. 



Intérieur 
des temples. 



Pleroma. 



de là Grèce. 36g 

L'intérieur de ces temples était généralement divisé en deux 
parties. La première était la celle c'est-à-dire le sanctuaire l'ha- 
bitation du Dieu, ou le temple proprement dit, qui s'appelait 
vaoç, et où se trouvaient le simulacre et l'autel de la Divinité à 
laquelle le temple était consacré; la seconde était le Pronaos ou 
vestibule , c'est-à-dire la partie antérieure du temple , avant d'en- 
trer dans le sanctuaire où l'on plaçait quelquefois l'autel et le si- 
mulacre de la divinité, surtout quand il s'agissait de faire des sa- 
crifices en présence du peuple. Quelques-uns de ces temples avaient 
deux vestibules l'un à la partie antérieure, et l'autre à la partie 
postérieure, et ce dernier est ce que les Latins appelaient Posticum. 
Dans le Pronaos était un vase en marbre ou de bronze rempli 
d'eau lustrale , dont on aspergeait ceux qui étaient admis aux sa- 
crifices et à la célébration des rites. Quelquel-uns de ces temples 
n'avaient que le sanctuaire absolument nu : dans d'autres cet édi- 
fice était entouré d'une colonnade appelée pteroma , qui veut dire 
en quelque sorte forme d'ailes, et cette colonnade était simple, 
ou double ou même faux double , de la manière que nous avons 
dit qu'elle était usitée dans la construction de certains temples. 
Il y avait dans d'autres , entre le sanctuaire et le posticum un 
lieu clos , appelé opisthoclome , où l'on conservait les offrandes du Opisihodomo. 
peuple, et quelquefois le trésor de la ville ou de l'état. On don- 
nait ce nom au trésor public d'Athènes , précisément parce qu'il 
était derrière le sanctuaire du temple de Minerve. Le mur du pro- 
naos à l'entrée du temple était souvent orné de peintures : celles 
qui décoraient le temple de Pallas à Platée représentaient Ulysse 
vainqueur des Procis. Ces temples étaient quelquefois au milieu d'une 
enceinte sacrée, qu'on appelait. kpov , mot dont on se servait aussi 
pour désigner un édifice sacré. Hérodote distingue en plusieurs en- 
droits cette enceinte du temple qui y était renfermé. Cet espace 
était entouré de murs et comprenait des cours, un bocage, des fon- 
taines , souvent même les habitations des prêtres , et enfin le tem- 
ple. Pausanias rapporte que dans l'enceinte sacrée du temple d'Es- 
cuîape à Epidaure , il y avait un théâtre qui l'emportait sur tous 
ceux de la Grèce et de Rome par la beauté de ses proportions (i). 
L'intérieur des temples était orné de tableaux et de peintures des 
plus grands maîtres : on y voyait des statues en or 5 en ivoire et en 



Peintures 
du Pronaos. 



En ec in te 
sacrée. 



Omemens 
intérieurs. 



(0 V. l'Hérodote de Larcher. T. ï. pag. 489. 

Europe, fol. I. 



47 



Vénération 
po 



%7° Religion 

ébène qui représentaient des Divinités , des Héros et quelques grands 
personnages; et la piété des peuples les enrichissait de dons pré- 
cieux, et de vœux de toute espèce. Les Grecs les avaient tellement 
en vénération, qu'au dire d'Arrien , ils n'osaient y cracher ni s'y 
les temples, moucher. Dion nous apprend qu'ils y entraient quelquefois les ge- 
noux plies. Dans les tems de calamité publique les femmes se pros- 
ternaient souvent sur le pavé, et le balayaient avec leurs cheveux. 
Les temples étaient un asile sacré , d'où il n'était pas permis de 
iVomhre tirer même par force ceux qui s'y étaient réfugiés. Le nombre 

des temples l A • J O 

infini. en était infini. « Si l'on considère , dit Caylus , que Pausanias 
n'a pas parcouru toutes les villes de la Grèce , et si aux beaux 
restes de sculpture dont il fait mention , on ajoute les sept cent 
treize temples qu'il a vus, sans compter les autels, les chapel- 
les, les trésors des provinces, les portiques, les trophées, les tom- 
beaux , les rotondes et tous les monumens répandus à profusion dans 
les villes et les bourgs, on aura de la peine à croire que l'époque 
à laquelle il fit ses voyages ait été précédée de trois siècles, pen- 
dant lesquels les Romains ne firent que ravager et dépouiller ce 
beau pays de tout ce qu'il avait de plus précieux (i) „. 
Temple Après ces observations sur l'origine, la forme et la distribution 

'olympien, des temples de la Grèce, nous allons parler de la restauration du 
plus fameux, qui était celui du Jupiter Olympien : chose que nous 
croyons d'autant plus à propos, que nous avons déjà donné la des- 
cription de la statue colossale qu'on admirait dans ce temple. Dans 
cette vue nous commencerons par exposer ici celle que nous en a 
Ses dimensions, laissée Pausanias (a)." Ce temple, dit-il, est d'ordre Dorique; il 
« est entouré de colonnes , et bâti en pierres du pays. Sa hauteur 
" jusqu'au frontispice est de 63 pieds ; il en a q5 de largeur , et 
« a3o de longueur. Libon d'EIée en fut l'architecte. Il n'est point 
" couvert en tuiles, mais en pierres du mont Penthélique de la 
« même forme. On dit que l'invention de cette espèce de toit est 

" due à Bizé de Naxos A chaque extrémité du fronton 

« est un grand vase en bronze doré ayant la forme d'un pot , et 
« au milieu du frontispice s'élève une Victoire aussi dorée. Il y 
" a au dessous de cette statue un bouclier en or , sur lequel est re- 
« présentée une tète de Méduse. Ce bouclier porte une inscription , 

(1) Caylus, Rec. d'antiq, T. IL pag. 108. 

(2) Paus. Lib. V, Cap. &, 



de la Grèce. 3<j ï 

a où sont indiqués les noms de ceux qui l'ont donné en offrande , 

« et le motif de ce don La bande qui passe sur le cou- 

« tour des colonnes soutient vingt-un autres boucliers dorés, qui 
« y furent suspendus par Muromius Général Romain , après qu'il 
« eut terminé la guerre contre les Achéens , pris Corinthe et chas- 
« se de cette ville ceux de ses habitans qui étaient de la faction Do- 
« rienne. Le fronton du devant présente l'image des préparatifs de 
« la lutte entre Pélops et Enomaùs pour la course des chars. Le milieu 
« du lympan est surmonté de la statue de Jupiter. A la droite de 
« cette statue est Enomaùs le casque en tête , et près de lui Sté- 
« rope son épouse, une des filles d'Atlas: Myrtile , cocher d'E- 
té nomaùs, est assis sur le devant du char qui a quatre chevaux : près 
« de lui on voit deux hommes dont on ignore les noms, mais qui 
« semblent mis là par Enomaùs, pour la garde des chevaux et du 
« char. On distingue vers l'extrémité le Cladée , fleuve qui était le 
« plus révéré des Eliens après l'Alcée. Les figures à la gauche de- 
« Jupiter sont d'abord Pélops , Hyppodamie et le cocher de Pé- 
" lops, ensuite ses chevaux, et deux hommes préposés à leur gar- 
« de. Ici le frontispice va en se rétrécissant , et dans cet espace 
« est représenté le fleuve Alcée. A Trezène , on donnait le nom 
« de Sferos au cocher de Pélops , mais l'Essagète d'Olympie l'ap- 
» pelle Cilla. Le frontispice que nous venons de décrire est l'ou- 
" vrage de Péon né à Menda ville de la Thrace. Celui de la 
» façade de derrière a été fait par xAlcamène, contemporain de 
« Phidias, et après lui le plus grand statuaire de la Grèce. Cet 
« artiste y avait représenté le combat des Centaures et des Lapitbes 
« aux noces de Pirithoùs. Le héros est au milieu du tableau. Près 
« de lui sont, d'un côté Eurytbion , qui lui enleva son épouse, avec 
« Gênée qui se bat contre le ravisseur; et de l'autre Thésée qui 
« frappe les Centaures à coups de hache. On voit un de ces der- 
« niers enlevant une jeune fille , et un autre qui s'est saisi d'un 
« beau jeune homme. Je crois qu'Alcamène est l'auteur de cet ou- 
« vrage: car il avait appris dans les œuvres d'Homère, que Piri- 
« thoùs était fils de Jupiter , et que Thésée était is-u de Pélops 
" au quatrième degré. Plusieurs des travaux d'Hercule sont également 
« retracés dans le temple d'Olympie. On voit dans un bas-relief 
« qui est au dessus d'une des portes la chasse du sanglier d'Arca- 
« die , ainsi que les combats d'Hercule contre Dïomède Roi de Thra- 
» ce , et contre Gérion dans File d'Erythée ; le héros y est aussi 



Fronton 
du devant. 



Fronton 
de derrière. 



Portes, 



Plan 
du temple 



373 Religion 

« représenté remplaçant Atlas sous le poids du ciel, et nettoyant le 
« pays des Eléens de la fange dont il était couvert. Le bas-relief 
« qui était au dessus de la porte de l'oplsthodome montrait Hercule 
" arrachant à une Amazone son bouclier , enlevant la biche de 
« Diane , renversant le taureau de Gnosse , tuant à coups de flè- 
« ches les oiseaux Stynphalides, assommant l'hydre et terrassant le 
« lion de Némée. En entrant dans le temple par les portes de bron- 
" ze, on voit à droite, et vis-à-vis une colonne, Tphitus couronné 
" par son épouse Eucbirias, comme l'indiquent les vers élégiaques 
Naos. a qu'on lit au bas de ce monument. L'intérieur du naos est décoré 
<i de colonnes et de portiques qui vont jusqu'au sommet , et sous 
« lesquels il faut passer pour arriver à la statue de Jupiter. Il y 
« a aussi un escalier en limaçon qui conduit jusqu'au haut du tem- 
« pie »,. Ainsi cet édifice devait être de l'espèce de ceux que VU 
truve désigne sous le nom de Périptère Eustyle. 

La fig. n.° 1 de la planche 57 offre la plan de ce temple. 
M. r Quatremère observe qu'à en juger d'après la description qu'en 
a faite Pausanias , le plan ou le dessin , à quelques petites différences 
près, était le même que celui du Parthénou à Athènes (1). L'inté- 

(1) « Les colonnes et les portiques intérieurs (dit M. r Quatremère y 
Jupiter etc. pag 25o, ) qui décoraient le temple d'Olympie , sont si con- 
formes à ce que présentait l'intérieur du Parthénon , où Spon et Weler 
ont encore vu ces portiques , et où Stuard a remarqué la place des co- 
lonnes , qu'on peut , sans crainte de se tromper , rétablir comme nous 
l'avons fait le plan intérieur sur celui de Minerve à Athènes ». 

La distribution et les proportions du temple de Jupiter Olympien, 
étaient à-peu-prés- les mêmes que celles du Parthénon à ce que nous as- 
sure M. r Quatremère , et pourtant les dessins qu'il nous en donne ne 
s'accordent nullement avec cette opinion. Libon , qui avait été l'architecte 
de ce temple , était antérieur de fort-peu de tems à Périr lis , c'est-à-dire 
à l'époque de la belle architecture Grecque , et de la construction du Par- 
thénon par Ictinus et Callicrate. Les Grecs , comme on le voit par les 
restes de ce temple et autres monumens , ne donnèrent jamais plus du 
tiers de la colonne à la corniche de l'ordre dorique : les métopes à 
l'endroit des triglyphes étaient carrées, à l'exception de celles qui étaient 
sur les angles dans les parties latérales : l'espace qui séparait les colonnes 
et les entre-colonnemens fut conservé : les colonnes des angles y étaient 
plus grosses que les autres , et les entre-colonnemens plus rapprochés sur 
ces mêmes angles: ce qui donnait à l'édifice plus de solidité. Voyons 
maintenant combien M. r Quatremère s'est écarté de ce système. Il donna 



D TT, LA OrÈOE. 3^3 

rieur du temple d'OIympie était par conséquent divisé en deux parties, 
savoir; l'opisthodome , qui devait avoir environ 60 pieds sur 40 (j)j 
et le naos composé de deux rangs de colonnes à double étage , qui 
formaient tout autour deux portiques , l'un en bas et l'autre en haut. 
Le naos , selon le même auteur, avait environ ç5 pieds de long dans 
l'intérieur, et il y en avait un peu plus de 60 entre ses colonnes. Sa 
largeur d'un mur à l'autre était à peu près de 60 pieds, et l'espace 
compris entre les colonnes de 2.0 à 34 pieds (2). C'est dans cet empla- 
cement crue devait se trouver le trône de Jupiter. Voici maintenant indication 

. , , > l des parties, 

l'indication de chacune de ses parties; n.° 1 , Colonnade du pteroma , 
ou des ailes: 2,, Portique extérieur: 3, Escalier pour monter au 
sommet: 4* Colonnade intérieure du naos: 5, Portique intérieur 
du naos : 6, Plan du trône: 7, Enceinte de la balustrade du 
trône: 8, Opisthodome: 9, Pronaos: 10 Postïcum ou pronaos 
de derrière. Les figures sous le n.° 2, de la même planche repré- rue du temple 
sentent lte temple vu en face^et de profil avec son toit. On aperçoit et de profil. 
au sommet l'ouverture par où la lumière pénétrait dans l'intérieur : 
car il n'est pas à présumer qu'un édifice aussi vaste, où se trou- 
vaient tant de monumens précieux , et qui était le plus grand 
ouvrage de Phidias , ne fût éclairé que par des lampes. Qu'on Cammm 
n'apporte point pour preuve du contraire, que les temples car- 
rés des Romains ne recevaient de jour que par la porte , car il 
s'en fallait de beaucoup qu'ils fussent aussi longs que ceux des 
Grecs , et l'ouverture de la porte suffisait seule pour les éclai- 

à la corniche de son temple les deux cinquièmes de la colonne , et aux 
métopes le quart et d^mi de la largeur ; et pour rendre ces dernières éga- 
les entre elles , il place les triglyphes où bon lui semble : ses colonnes 
sont toutes égales , et le même espace régne entre ses entre-colonnemens 3 
excepté que celui du milieu est plus large , ce qui n'a jamais eu lieu 
chez les Grecs , et n'est soutenable en aucune manière. Le désir de ne 
pas nous écarter de la belle architecture Grecque , et en même tems de 
nous conformer , autant qu'il est possible , à la description et aux dessins 
de M. r Quatremére , nous a fait rectifier dans les figures que nous pré- 
sentons , ce qui nous a paru contraire au bon goût de cette architecture. 

(i) Pieds de Paris. Le pied Grec était de onze pouces et quatre li- 
gnes et demies. 

(2) Dans cette dimension , qu'établit M. r Quatremére , on a supposé 
que le temple d'OIympie était de quatre pieds moins grand que le Par. 
îbénon. 



éclairé. 



3y4 Religion 

rer ([). Properce compare la clarté du temple d'Olympie à celle 
des cienx , Jovis Elaei Coelum imitata domus. Or , comment aurait- 
on pu donner tant de jour à cet édifice, s'il ne l'avait reçu que 
parla porte? Quelques écrivains ont dit, pour résoudre cette diffi- 
culté , que le temple d'Olympie était de l'espèce que Vitruve ap- 
pelle ipètre , et que par conséquent il devait être sans toit ; d'où 
ils ont encore inféré, que tels étaient tous les temples qui avaient 
deux rangs de colonnes dans l'intérieur. lis ont même prétendu 
trouver un argument en faveur de leur opinion dans ce passade de 
Vitruve même, où il est dit, qu^ la partie du milieu du temple 
était sans toit et tout-à-fait à découvert, médium, sub d'wo et sine 
teclo. Mais cette hypothèse donne lieu à une difficulté encore plus 
grande que la première: c'e^t qu'ils n'est guères vraisemblable qu'un 
édifice aussi magnifique, dont l'intérieur était composé de matières 
précieuses, et orné de peintures délicates, fût ainsi exposé aux 
Hypoièse intempéries de l'atmosphère. Cette difficulté n'est point échapée en 

de ùLuart. l L ' ' 

effet au célèbre Stuart , qui pour s'en tenir littéralement aux paro- 
les de Vitruve, et remédier en même tems à cet inconvénient, 
a imaginé que l'intérieur de ce temple , ainsi que celui du Par- 
thénon , était recouvert d'un voile riche , ou d'un pavillon qui 
s'étendait sur l'ouverture: cet écrivain croit pouvoir appuyer son 
opinion du témoignage de certains auteurs , au dire desquels le sanc- 
tuaire du temple d'Athènes aurait été recouvert d'un ample et ri- 
che peplos , et celui d'Olympie du parapetasma , qui était aussi 
une espèce de tente ou de pavillon. Maïs le parapetasma ainsi 
que toutes les couvertures de ce genre étaient tendus verticale- 
ment, parce qu'ils avaient pour objet de cacher eu certaines cir- 
constances l'aspect des idoles et du sanctuaire : ce qui fait dire à 
Pausanias que, dans le ttmple d'Olympie, on les abaissait jusques sur 
le pavé, tandis que dans celui d'Ephèse ils étaient levés jusqu'au 
plafond (a). Il résulte au contraire de ce passage de Pausanias que 

(i) Les temples des Romains peuvent passer pour de grands édifi- 
ces , à ne considérer que leur masse extérieure ; mais ils deviennent bien 
petits en comparaison de ceux des Grecs , lorsqu'on en juge par l'étendue 
de leur intérieur. Le temple d'vlssise a le péristile le plus grand après 
celui du Panthéon ; mais l'intérieur du sanctuaire n'a que 40 pieds de lar- 
geur , et pouvait par conséquent être suffisamment éclairé par la porte. 
Antolini Temple d'Assise. 

(2) Paus. Liv. V. Ghap. XII. 



DE la- Grec e. 375 

le temple d'Ephèse, qui était ipètre , avait un plafond , et Pline 
parle en effet du bois dont ce plafond était fait (1) : d'où l'on 
doit conclure que les temples désigués par Vitruve sous la dénomi- 
nation d'ipètre , n'étaient pas tous sans toit ou entièrement à dé- 
couvert. Outre ces conjectures , qui suffiraient seules pour démontrer 
que le temple d'OIympie n'était pas sans couverture , on a des ar- 
gumens positifs qui prouvent que cet édifice avait effectivement un 
plafond et un toit. Strabon , en parlant du colosse auquel le tem- 
ple était dédié , dit que le Dieu , quoiqu'assis , paraissait toucher le 
plafond avec sa tête; et il ajoute un peu plus bas que, s'il s'était 
levé j il aurait enfoncé la couverture. Il semblerait donc , d'après ce 
passage de Strabon , que la partie du temple où était placée l'idole 
avait d'abord un toit , puis un plafond recourbé ou arqué , parce 
qu'il n'aurait point écrit r» *tpv$î r?r h°èy;-, qui veut dire jusqu'au 
sommet du plafond , si ce plafond avait été tout-à- fait plat. Le mot 
sommet indique de sa nature le point le plus élevé d'un arc ou d'une 
courbe. Pausanias assure même que le temple d'OIympie avait un 
toit ou couverture en marbres penthéliques taillés en forme de tui- 
les. Or comment concilier le témoignage de Strabon et de Pausa- 
nias avec ces mots de Vitruve, médium sub divo et sine tecto? On 
ne le peut certainement qu'en supposant , qu'au milieu du plafond, 
il y avait une grande ouverture, qui correspondait à une sembla- 
ble pratiquée dans le toit. Vitruve ne dit pas en effet tout l'inté- 
rieur , mais seulement le médium, le milieu', ce qui donne à croire 
que la partie du milieu était seule à découvert. Gette supposition 
devient d'autant plus probable, que les temples qui avaient deux 
rangs de portiques dans l'intérieur, étaient plus propres à suppor- 
ter un plafond eu bois, qu'une voûte en pierre, surtout si l'on ré- 
fléchit au talent particulier qu'avaient les anciens pour les ouvrages 
en bois, et la construction de plafonds mobiles, dont les pièces 
étaient jointes ensemble avec un art infini , et pouvaient se sépa- 
rer à volonté. Il ne serait donc pas hors de vraisemblance , qu'avec 
un pareil moyen , les Grecs fussent parvenus à pratiquer au sommet 
de leurs temples les plus grands, des espèces de fenêtres verticales, 
qui pouvaient s'ouvrir et se fermer selon que le besoin l'exigeait (a). 



Plafond 

et toit 

du temple 

d'OIympie. 



Ouverture 

ou fenêtre 

verticale 

dans le plafond 

et dans le toit- 



(1) Plin. Liv. LXVI. Chap. XL. 

(2) Quatremère , endr. cit. et Mém. de l'Institut , Classe d'hisb. et de 
Ubtêrab anc. T. III. De la manière donb ébaienb éclairés les bemples, 
des anciens. 



Temple 
de Cérès 
à Eleusis. 



Prcmaos 
de devant 
du temple 
& 01 fin pie. 



376 R E L I C I îf 

Tout ceci est confirmé par un exemple que M. r Quatremère em- 
prunte d'un édifice, dont ïa construction date de la même époque 
que celle du temple d'Olympie. « Je parle, dit-il, du temple de 
« Gérés à Eleusis, commencé par Ictinus, continué par Cérèbe et 
« Métagène , et dans le comble duquel Xénocle pratiqua les fenê- 
« très. Le premier de ces artistes , selon Vitruve , avait seulement 
« fait le sanctuaire, immani magnitudine. Le second, au dire de 
«■ Plutarque y avait construit le premier rang de colonnes , et le troi- 

« sième le second rang Voilà par conséquent un temple, 

« qui étant intérieurement à deux rangs de colonnes , et ayant , 
« selon l'opinion commune, un des principaux caractères que Vi- 
« truve nomme ipètre , aurait dû, d'après le sentiment des eriti- 
« ques modernes, être à découvert et sans toit dans son intérieur. 
" Or ce temple qui , selon la première opinion .... n'aurait reçu 
« la lumière que par la porte, et, selon la seconde, aurait dû 
« avoir l'intérieur de son naos tout à découvert, ce temple, dis-je, ne 
« satisfait à aucune des deux hypotèses. Plutarque dit positivement que 
« Xénocle pratiqua un œil ou une ouverture au comble .... fo- 
" ramen in fastigio aclyti extruxit. Le verbe xopvfioo indique ici 3 
« non seulement le lieu élevé qu'occupait Vopolon ( le trou ou Fou- 
« verture), mais encore il en rend sensible la construction. Le 
« mot xopvqHi signifie sommité : ainsi donc fastigiare foramen si- 
« gnifie pratiquer une ouverture à la sommité ou au comble. Ce 
« seul exemple est d'une autorité suffisante pour nous faire croire, 
« que les anciens savaient pratiquer des fenêtres dans les combles, 
« et pour en supposer l'existence là où il semble qu'elles étaient 
« indispensables „. Nos lecteurs ne seront pas fâchés que nous 
nous soyons un peu arrêtés sur une recherche qui intéresse une des 
parties les plus importantes du costume Grec , et peut répandre un 
grand jour sur la construction des anciens temples. L'ouverture dont 
nous venons de parler est encore indiquée à la planche 5o , qui 
représente l'intérieur du temple. On y voit en outre les colonnes 
à double rang , le plafond cintré, et le parapetasma ou tente , qui 
dérobait le sanctuaire à la vue des profanes. 

Le n.° 1 de la planche 58 offre le plan du pronaos de devant 
du temple d'Olympie, avec la restauration de son frontispice sur 
lequel sont représentés les préparatifs pour la course dont parle 
Pausanias dans le texte que nous venons de rapporter. Les boucliers 
de Mummius sont retracés sur l'architrave. Quoique Pausanias ne 



de la Grèce. 3^ 

nous ait point indiqué dans sa description le nombre des colonnes, 
qui décoraient les façades et les côtés de ce temple , néanmoins , 
sur l'observation qu'il fait que son architecture était d'ordre Dori- 
que, et d'après les dimensions exactes qu'il donne de sa longueur, de 
sa largeur et de sa hauteur s on peut assurer sans crainte de se 
tromper, qu'il était octostyle 3 c'est-à-dire qu'il avait huit colonues 
sur chacun de ses fronts. On voit au n.° a le posticum ou pronaos Postiau». 
de derrière , dont la coupe est présentée de manière à laisser voir la 
partie qui est au dessous du péristîte. Au milieu est indiquée la 
porte de Vopisthodome , sur laquelle , comme sur celle du naos , 
d'après la description de Pausanias, étaient représentés les travaux 
d'Hercule. Le combat des Centaures et des Lapithes était retracé 
sur le frontispice , et l'ouvrage de Polyclète. 

Après cette dissertation sur la structure des temples de la Grè- j iae i s 
ce , il nous reste à parler des autels , et des ustensiles sacrés ; et et ZTJs!" 
comme ces objets ne présentent que fort-peu de différences avec 
ceux des Romains, nous n'en donnerons ici que des notions très-suc- 
cinctes (i). Les autels variaient dans leur forme , car on en voit 
dans les monumens de triangulaires, d'ovales, de ronds et de car- 
rés : ces deux dernières formes surtout sont les plus communes sur 
les médailles et les marbres antiques. Il est certain néanmoins, que Leur forme 
ces autels , dont l'extrémité supérieure arrivait ordinairement un etdmeusi0n ' 
peu au dessus de la ceinture de celui qui y fesait le sacrifice, dif- 
féraient en hauteur, selon le rang des divinités auxquelles ils étaient 
consacrés (a). Ceux des Divinités célestes étaient extrêmement éle- 
vés. Celui de Jupiter Olympien , au dire de Pausanias , avait vingt- 

(i) Le mot Autel chez les Romains indiquait un lieu un peu ex- 
haussé de terre , et sur lequel on immolait aux Dieux supérieurs : motif 
pour lequel on l'appelait altare , du mot hauteur , altitudine. On appe- 
lait Arae , les autels moins élevés , sur lesquels on sacrifiait générale- 
ment aux Divinités terrestres Varron ( cité par Servius sur l'Ecl. V. ) 
donne superis altaria , terrestribus aras , inferis focos. Mais ces mots se 
trouvent néanmoins employés souvent dans le même sens. Les Grecs ap- 
pelaient les autels B&^ioi , sans aucune distinction. 

(2) V. Sauhrt , De sacrif. Gap. XV. La hauteur commune des au- 
tels était de deux à trois pieds Grecs. Nicomaque de Gérase dit , que les 
autels les plus anciens , et surtout les ioniques , étaient plus hauts que 
larges; et que la dimension de leur base n était pas la même que celle 
de leur corniche ou de leur sommité. 

Europe. Fol. I, tu 



BjS Religion 

deux pieds de hauteur. Ces autels devaient par conséquent être en- 
tourés de gradins. Ceux des Divinités terrestres étaient moins hauts: 
Vitruve veut même que ceux de Vesta , de la Terre et de Mer la 
soient très-bas. Les autels consacrés aux Héros s'élevaient à peine 
au dessus du sol, et n'avaient, selon le Scholiaste d'Euripide, qu'un 
seul gradin. Les Divinités souterraines ou infernales avaient pour 
autels certaines fosses, dans lesquelles on fesait couler le sang des 
victimes. Porphire ajoute, qu'à l'Univers, aux Nymphes et autres 
Divinités de ce genre, on sacrifiait dans des antres, qui leur te- 
naient lieu de temples et d'autels. Selon les préceptes de Vitruve , 
les autels devaient être tournés vers l'orient, et toujours moins hauts 
que les idoles. Lorsque le moment du sacrifice était arrivé , on 
ouvrait la porte du naos , pour que le peuple pût voir l'autel et 
la victime : car il n'y avait que les prêtres et les premiers ma- 
Leur madère. gi s trats qui pussent entrer dans le sanctuaire. Dans les tems recu- 
lés, les autels consistaient en un monceau de terre, ou étaient 
faits de gazon, simplicité dont les poètes font souvent l'éloge. Ces 
sortes d'autels s'élevaient sous des arbres consacrés à la Divinité à 
laquelle ils étaient dédiés, ou bien on les parait du feuillage de 
ces arbres. A la terre dont ils étaient construits on substitua des 
pierres, des briques, des marbres et enfin les métaux les plus 
précieux. Il y avait d'autres autels qui étaient faits de la cendre 
des holocaustes, tel que celui de Jupiter Olympien dont nous avons 
parlé plus haut: l'autel d'Apollon à Délos était en cornes, et ce 
Dieu passait pour avoir fait cet ouvrage merveilleux avec les cornes 
des chèvres sauvages , que Diane sa .sœur avait tuées sur le mont 
Cynîhius. Anciennement les autels carrés avaient aussi des orne- 
mens en corne; mais bientôt le luxe succédant à la simplicité 3 on 
substitua aux cornes véritables des figures de cornes faites de mé- 
taux précieux. Ces ornemens servaient à plusieurs usages; on y 
attachait les victimes , et l'on y suspendait les instrumens sacrés , 
les couronnes votives et autres objets semblables : les dévots qui avaient 
le plus de ferveur les embrassaient même des deux mains, lorsqu'il 
leur était permis d'en approcher pour faire leurs prières. 

Il y a aussi deux espèces d'autels à distinguer, quant à leur usage 
et à leur objet, Les premiers s'appelaient 'ûnvpoi , apuroi, c'est-à- 
dire sans feu , et on n'y fesait jamais de sacrifices avec le feu 
ou effusion de sang. Tel était celui que Cécrops avait élevé dans 
FAttique à Jupiter P et sur lequel on ne fesait que des offrandes 



Cornes 
des autels. 



Deux espèces 
délite/s, 



de la Grèce. 379 

de gâteaux , ce législateur ayant défendu , au rapport de Pausanias, 
qu'on y sacrifiât aucun être vivant; et tel était encore un autre 
autel qu'on voyait à Délos près de celui de cornes dont nous venons 
déparier, et qui, selon Laerce , reçut l'offrande de Pithagore , aux 
yeux duquel le sacrifice d'un animal quelconque était un crimes 
Les autels de la seconde espèce s'appelaient 'fampet 5 c'est-à-dire 
ardens: on y brûlait les victimes, qui, pour cette raison portaient 
le nom de èV^*, 

La consécration des autels , ainsi que des idoles et des temples àlTtmu? 
se fesait solennellement. La plus ancienne cérémonie de ce genre des aulels ete ' 
consistait en une offrande d'une marmite pleine de légumes bouillis. 
Une femme habillée de diverses couleurs portait cette marmite sur 
sa tète. Cette offrande passait pour être très-agréable aux Dieux , 
parce qu'elle se fesait en mémoire de ce qu'ils s'étaient nourris eux- 
mème de ces alimens sur la terre (1). Mais il s'introduisit peu-à-peu 
dans la célébration de ces cérémonies de nouveaux usages, qui va- 
riaient selon la nature des Divinités. En parlant de la consécration 
d'une idole de Jupiter, Athénée raporte, qu'on s'y servait d'un vase 
neuf et à deux anses, à l'une desquelles était attachée une petite 
couronne de laine blanche, et à l'autre un ornement semblable en 
laine jaune; que dans la suite on couvrit ce vase, et qu'enfin on 
répandit devant l'idole une libation appelée ambroisie, qui était un 
mélange d'eau , de miel et de toutes sortes de fruits. Cependant l'usage 
le plus général dans ces consécrations, était de les accompagner de 
prières et de sacrifices, d'orner de couronnes les statues et les autels , 
de les oindre d'huile, d'y apposer le nom de la Divinité à laquelle 
ils étaient dédiés, d'y joindre quelquefois des imprécations terribles 
aux Dieux de l'Averne contre ceux qui auraient osé les profaner, et 
enfin de les célébrer par des banquets et des fêtes magnifiques. La 
consécration des arbres se fesait d'une manière à-peu-près sembla- 
ble : ce dont nous avons un exemple remarquable dans la XVIII. 6 
Idylle de Théocrite , où les vierges de Sparte promettent de consa- 
crer un arbre en l'honneur d'Hélène : « C'est nous qui les premières, 
« pliant en couronnes la fleur du lotos, irons la suspendre sous l'om- 
« bre du platane: c'est nous qui les premières, portant dans un 
« vase d'argent , des essences parfumées , les verserons goutte à goût» 
« te, sous l'ombre du platane: et sur l'écorce , ( afin que les voya- 

(1) Aristopîi. Scholiast. Pluto Act. V..Scen. III. 



38o 



Religion 



Autels 
portatifs. 



Autel. 



« geurs le lisent ) nous écrirons en langue Dorienne : Respectez-moi , 
« je suis L'arbre d'Hélène „. Les Grecs se servaient aussi d'autels por- 
tatifs, qui étaient pour la plupart en bois ou en métal. On les pla- 
çait sous \e pronaos, lorsqu'il s'agissait de faire quelque sacrifice en 
présence du peuple, ou bien on les transportait partout où l'exi- 
geaient le besoin public et l'accomplissement des rites de la reli- 
gion ; et comme les actes les plus important de la vie civile étaient 
presque toujours précédés de cérémonies religieuses, il y avait sur 
les vaisseaux, ainsi que dans les maisons particulières, de ces autels, 
et même de petits temples destinés à cet usage. Dans une des pein- 
tures des vases de Mil lin représentant un combat des Amazones avec 
les Grecs, on voit près de l'image de Diane un petit temple d'une 
forme semblable à celui d'Ephèse, et avec un mancbe de figure 
presque circulaire au dessus du toit : ce qui dénote clairement 
qu'il y avait là un temple portatif de représenté. 

Deux raisons nous ont déterminé à ne donner à la planche 5o, 
les dessins que de six sortes d'autels différens; la première, c'est qu'il 
n'y a aucune différence entre ceux des Grecs et des Romains ; et 
la seconde , parce que nous nous proposons d'en rapporter d'autres 
exemples dans les articles suivans. Le n.° i représente un autel 
carré, copié d'après un vase en terre cuite de la Bibliothèque du 
Vatican, et rapporté aussi par Winckelmann. Ce qu'il y a déplus 
remarquable dans cet autel est le trou pratiqué dans le tympan, 
feTnL'uons P ar °" sortaient les liqueurs employées aux libations. « Cette par- 
ei les offrandes a ticularité, dit Winckelmann, n'a pas encore été observée, et 
« ne se trouve point dans le petit nombre d'autels à l'usage de sa- 
<i crifice qui sont parvenus jusqu'à nous: je dis petit nombre, parce. 
« que la plupart de ceux qu'on regarde comme tels ne sont que 
« des cippes sépulcraux : ainsi on ne me fera point un reproche 
a d'avoir proposé un monument, qui nous apprend comment s'écou' 
« laient de dessus les autels les libations dont on les arrosait (i) ». 

(i) Winkeïm. Monum. ant. n.° 181. Cet auteur observe que « Mont- 
faucon , en rapportant deu* autres yases en terre cuite , a pris les rigoles 
des autels qui y sont représentés , dans l'un pour une flèche , et dans 
l'autre pour un cordon tendu par un anneau » ; et il ajoute un peu 
plus bas que, «d'après ce que dit Nicomaque de Gèrase , savoir, que 
les autels les plus antiques , et surtout les ioniques n'avaient pas au- 
tant de largeur que de hauteur , ni la base égale à la corniche , comme 
dans l'autel dont il s'agit , on ne peut pas croire que ce vase soit d'une 



de la Grèce. 38 i 

Le n.° a est un autel , sur lequel on voit une offrande de fruits. Le 
n.° 3 est un autel jamais-ensanglanté de l'espèce de ceux, sur lequels AuteL 
on' brûlait les victimes, comme l'annonce la flamme qui brûle dessus: 
ces deux autels sont pris des Lampes antiques de Passeri. Le n.° 4 
est un autel rond d'une très-belle forme; il a été rapporté par Autel rond, 
M. r Choiseuil-Gouffier, qui en fit la découverte à l'île de Santorin 
dans une cbapelle de Saint Etienne, bâtie parmi les ruines de Tera, 
ville jadis florissante, et qui n'est plus aujourd'hui qu'un misérable 
village (1). Nous le représentons ici avec les dimensions, que cet il- 
lustre voyageur lui donne dans son ouvrage. Le n.° 5 est un autel 
sur lequel on voit la victime qui est déjà immolée. Cet autel appar- Autel 
tient au Musée du Vatican , et a aussi été rapporté par Roccheggiani. 
Le n.° 6 enfin est un autel rond et décoré de belles figures en bas- 
rilief. Cet autel mérite d'être particulièrement remarqué, parce qu'il wee f e u s l f anaux 
laisse voir les canaux , où l'on posait la poêle pour la consomma- p J mr la ]} f le 

, _ J il des sacrifices, 

tion des sacrifices ; il a été découvert dans les fouilles de la maison 
de plaisance Panfili , et rapporté par Roccheggiani comme le pré- 
cédent. Il y a encore ici trois choses à observer; la première s c'est 
que la hauteur des autels ronds devait être de deux diamètres et 
demi environ de leur grosseur (2); la seconde, que ces autels étaient 
quelquefois ornés de rubans ou de bandelettes de laine de diverses 
couleurs; la troisième, que les bases des candélabres détachées du 
fût, ont été prises souvent pour des autels triangulaires , non seule- 
ment par les artistes , mais encore par des antiquaires même : ce 
à quoi doivent faire bien attention ceux qui étudient le costume 
Grec , pour ne pas tomber dans l'erreur. 

Nous ne dirons également que peu de chose des instrumens et instrument 
des ustensiles sacrés, parce qu'on les trouvera représentés dans les plan- 
ches que nous publierons successivement sur tout ce qui concerne 

antiquité aussi reculée , et moins encore conclure avec Saumaise , que les 
autels étaient pour l'ordinaire de forme carrée ou cubique , puisque l'évi- 
dence prouve le contraire. 

(.) Voy: en Grèce, T. I. pag. 3 7 . «Au fond de la chapelle, dit 
l'auteur, est un autel orné de têtes de cerf et de guirlandes , à côté d'une 
belle statue de femme ». Il n'y a rien qui y annonce le Christianisme , ex- 
cepté une petite image enfumée de la Vierge, que les Grecs ont placée 
dans ce lieu, après avoir mutilé cette statue, dans la vue de la rendre 
plus propre à porter une lampe. 

(2) Winckelm. Monum, anb. pag. 2 52. 



et ustensiles 

sacrés. 



38a Religion 

les sacrifices et les cérémonies religieuses. Nuis ne voulons pas 
non plus imiter ces écrivains, qui, pleins d'admiration pour tout 
ce qui a un caractère d'antiquité, ont cru apercevoir des ustensi- 
les sacrés dans tous les vases, et presque dans tous les monumens 
qu'ils ont eu occasion d'examiner. Ajoutons à cela qu'il n'y avait 
que peu ou point de différence entre ceux des Grecs et des Ro- 

Trépieds. mains. Nous commencerons par les trépieds _, dont l'usage était très- 
commun , et la forme extrêmement variée „ et nous ne parlerons 
que de ceux qui servaient aux fonctions religieuses. Le plus célè- 
bre de tous était celui qui se trouvait dans le temple de Delphes, 
et sur lequel la prêtresse d'Apollon, appelée Phébade ou Pythie, se 

Trépied plaçait pour rendre ses oracles (i). Hérodote rapporte, qu'avec le 
ÏÊeiph™. dixième du produit des dépouilles enlevées aux Perses,, les Grecs 
firent un trépied en or, qu'ils consacrèrent à Apollon de Del- 
phes; et il ajoute que, de son tems , on voyait encore ce trépied, qui 
reposait sur un se .peut de bronze à trois têtes. Il résulte de ce 
passage d'Hérodote, que ce serpent était une chose tout-à-fait dis- 
tincte du trépied , dont il n'était même que le support ; et que 
par conséquent les antiquaires qui ont cru que ce trépied avait la 
forme d'un serpent, se sont trompés d'une manière évidente. Le té- 
moignage d'Hérodote s'accorde à cet égard avec celui de Pansanias* 
qui dit que le trépied d'or consacré par les Grecs après la bataille 
de 'Platée, était supporté par un dragon eu bronze (2). Zozime rap- 
porte que Constantin le Grand plaça dans J'Hyppodrome le trépied 
de Delphes, qui renfermait en lui la statue d'Apollon. Sozomène 
de Salamine ajoute, que ce trépied était le même que celui que les 
Grecs avaient consacré à Apollon, après la victoire qu'ils rempor- 
tèrent sur les Perses. Or Eusèbe dit clairement que le trépied de 
Delphes, placé par Constantin dans l'Hyppodrome , était entouré 
d'un serpent qui l'enveloppait de ses replis (3). Il faut donc con- 

(1) Les trépieds, et en général tous les ustensiles à trois pieds étaient 
particulièrement consacrés à Apollon. On a beaucoup disputé sur l'origine 
de cette espèce d'ustensiles. Quelques-uns la font dériver du préjugé , d'après 
lequel les anciens regardaient comme mystériux et sacré le nombre trois. 
Sosibe dit que le trépied fut consacré à Apollon, comme le symbole des 
trois cercles , dans lesquels les anciens supposaient le ciel divisé , ou parce 
que ce Dieu était appelé Soleil dans les cieux , Liber ou Bacchus sur 
la terre , et Apollon aux enfers V. Bulenger, De oraculis et vatibus. 

(2) Pausan. In Phoc. Lih. X, 

(3) Gyllius. Constantinop. Topographie, Liv. II. Chap. XlU. 



de la Grèce. 383 

dure de là que le trépied d'or, sur lequel montait la Pythie pour 
rendre ses oracles, était porté sur une espèce de base ou de co- 
lonne spirale , qui se terminait par trois têtes de serpent. Nous en 
avons donné le dessin sous le n. i de la planche 60, tel que Vhe- 
ler, Banduri et Montfaucon l'ont représenté. Les replis du serpent 
en forment !a base , qui va en s'élargissant par le bas. Ses trois 
têtes se séparent en haut à des distances égales, et présentent une 
espèce de triangle propre à servir de support à un trépied. Ces Trépied 
ustensiles étaient de différentes formes : les uns avaient beaucoup formes'. 
de solidité dans leur base et leurs côtés; les autres ne semblaient 
soutenus que sur de petites verges de métal ; il y en avait qui 
étaient chargés d'ornemens ; quelques-uns étaient de la plus grande 
simplicité; on en voyait enfin qui paraissent avoir servi d'autels, 
comme l'indique la flamme qui brûle dessus; et tels étaient en gé- 
néral à ce qu'il semble les autels portatifs , sur lesquels se fesaient 
ordinairement les sacrifices en plein air. Voy. les trépieds sous les 
n. os 2, 3 et 4 de la même planche, dont le bel ouvrage de M. r Tho- 
mas Hope nous a fourni les modèles (1). Le n.° 5 est pris des mo- 
numens antiques de Winckelmann. Ce trépied semble appartenir au Trépied avec 
culte d'Apollon: car les sphinx qu'on voit au bout des supports,, dess P hinx - 
et sur la conque qu'Homère appelle le ventre du trépied (2) , pour- 
raient bien être une allusion à l'obscurité des oracles, qui, le plus 
souvent, n'étaient pas moins énîgraatiques que ceux du sphinx. 
M. r Motigez est d'avis que les figures de femme sculptées sur la 
base offrent un sens allégorique aux théories de Délos. Les n. os 6 et 
7 représentent deux trépieds richement décorés, provenant des an- 
tiquités d'Herculanum , auxquelles appartient aussi le u.° 8 dans 
lequel est à remarquer le jeu de vis et de charnières placé entre Trépied 
les pieds , et au moyen duquel le trépied peut être replié sur lui- 
même , et transporté ou placé là où l'on veut. 

Parmi les ustensiles sacrés il faut compter aussi les candélabres Candélabres. 
ou chandeliers, à l'égard desquels nous observerons d'abord , qu'il n'y 
avait aucune différence entre les chandeliers destinés au culte reli- 
gieux , et ceux qui servaient à l'usage civil ou domestique. Nous n'avons 
aucun exemple de candélabres faits comme les nôtres pour porter 
des cierges. On en conserve plus de cent dans le Musée d'Hercuia- 

(1) Costume of the ancients. London , 1 8 12. Vol. II. Plates 2o3, 21 8. 1 

(2) Odvss. VIII. 43 7 . 



S&f Religion 

nunij, et il s'en trouve un grand nombre d'autres dans les diverses 
collections d'antiquités ; mais jusqu'à présent on n'en a découvert 
aucun , qui eût une douille ou un trou à son extrémité pour y met- 
Lew forme, tre le cierge. Ils se terminent tous en une espèce de vase propre 
à contenir de l'huile , de l'encens , du bitume et autres matières 
combustibles et odorantes, ou en une surface plate et large faite 
pour y recevoir une lampe , ou même les poêles destinées à re- 
cueillir ces matières, et quelquefois encore les libations. Pausa- 
nias raconte que ceux qui venaient consulter l'oracle de Mercure 
à Patras, ville d'Achaïe, commençaient par mettre de l'encens sur 
l'autel , et versaient ensuite de l'huile dans les lampes des candé- 
labres , attendu que cet oracle ne donnait ses réponses que de nuit. 
On voit dans les monumens plusieurs exemples de candélabres, sur 
lesquels brûle une large flamme qui en embrasse tout le bassin ou 

Leur matière, le sommet (1). Ces candélabres étaient ordinairement en métal et 
d'un travavail admirable, ainsi que nous l'apprend Cicéron dans ses 
Oraisons contre Verres. On voit à la planche 61 plusieurs de ces 
ustensiles. Le n.° i représente un beau candélabre en marbre, ap- 
partenant autrefois au palais Barberini , et rapporté aussi par Win- 
ckelmann. Sur l'un des côtés de sa base est gravée l'image de Ve- 
nus tenant en main une fleur, emblème des jardins qui lui étaient 
aussi consacrés, comme on le voit par un passage de Philostrates: 
Mars et Pallas sont représentés sur les deux autres côtés. Les can- 
délabres , sous les n. os a , 3 , 4 et 5 sont pris de l'ouvrage deHope, 
que nous avons cité plus haut. Le n.° 2, est surmonté d'