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Full text of "Essai sur les guerres de religion en Perigord"

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ESSAI 

SUH LES 

GUERRES DE RELIGION EN PÉRIGORD 

(.551-1598] 



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(Kxlrait du Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord). 



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«5* 



ESSAI 



SUR LES 



GUERRES M RELIGION 1 Pli» 



(i 551-1598) 



PAR 



M. A. de ROUMEJOUX, 

PRESIDENT DE LA SOCIÉTÉ HISTORIQUE ET ARCHEOLOGIQUE DU PÉRIGOFD, 
INSPECTEUR DE LA SOCIETE FRANÇAISE d' ARCHEOLOGIE . 







perigup:ux 

IMPRIMERIE DE LA DORDOGNE (ANC. DUFONT ET C io ) 

1903 



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ESSAI 

SUR LES GUERRES DE RELIGION EN PÉRIGORD 

(1551-1598). 



AU LECTEUR. 

Ces quelques pages n'ont pas la prétention d'être un livra; 
c'est un simple recueil des faits qui se sont passés en Péri- 
gord depuis l'origine du calvinisme en notre province, 155J, 
jusqu'à l'édit de Nantes, 1598. Sans doute, bien des docu- 
ments nous ont fait défaut ; bien des faits par conséquent 
ont manqué à notre nomenclature, ou n'ont pas reçu les 
éclaircissements nécessaires. Nous avons cherché à en 
recueillir le plus possible et à être exact. Il serait trop long 
d'énumérer tous les livres, mémoires, documents, papier^, 
lettres, où nous avons puisé nos renseignements ; l'histoire 
ne s'invente pas, c'est une compilation de faits, et, en notre cas, 
nousnepouvionsquecherchoràles relierpar la trame générale 
de l'histoire pour leur donner an corps ; les actions de guerre 
qui se passaient en province n'étaient que le résultat de la 
politique de la cour et des partis dont nous n'avons à nous 
occuper qu'incidemment pour expliquer les mouvements et 
les émotions qui pendant si longtemps bouleversèrent le 
royaume de France. Nous espérons que ce simple récit inté- 
ressera les Périgourdins fidèles à notre province et véritable- 
ment attachés à notre beau pays que nous ne connaissons pas 
assez. 

Notre intention, nous le répétons, n'est pas d'écrire une 
histoire. Nous laissons ce soin à un autre plus habile, plus 
érudit et lui en abandonnons volontiers le mérite, heu- 
reux même si ces notes peuvent lui être de quelque utilité. 

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INTRODUCTION 



Depuis longtemps le monde chrétien demandait une ré- 
forme, l'attendait ; l'Église elle-même la voulait, mais elle la 
voulait sincère, sage, lente, élaborée parle temps et selon les 
circonstances. C'était chose grave, en effet, que de tenler de 
réformer tant d'abus glissés dans la société toute entière, 
le clergé, la noblesse, le peuple, et tant d'abus aussi venant 
des princes. La réforme donc devait être double, morale et 
administrative ; la réforme morale trouvait obstacle dans les 
passions humaines, dans les individus, la réforme adminis- 
trative dans les institutions, et plus encore peut-être dans les 
chefs des peuples. 

Surgit l'affaire des indulgences ; le moine augustin Martin 
Luther se lève (1517) pour s'opposer au dominicain Jean 
Tetzel, chargé de la publication de ces indulgences en 
Saxe : la discussion s'envenime ; le fougueux Luther attaque 
les indulgences, la pénitence, l'autorité du pape ; la querelle 
remue l'Allemagne; Frédéric de Saxe se déclare pour Luther 
et lui donne asile. Cité à Rome, Luther refuse de s'y rendre ; 
la lutte continue plus hardie, plus envenimée, plus générale. 
Luther et ses sectateurs, il en avait déjà, sont anathématisés 
par Léon X (1521). Dès lors le moine révolté ne garda plus 
de mesure, il savait s'emparer des passions de tous, de la 
cupidité des grands et des instincts grossiers des masses, il 
savaitles flatteretlesjustifier, aussi réussit-il rapidement àfaîre 
des prosélytes de presque tous les princes allemands et d'un 
grand nombre de villes. Zwingle, curé d'Einsidlen en Suisse, 
rival de Luther, se rend maître des esprits à Zurich, et GEco- 
lampade, prêtre apostat et marié, entraîne la ville dé Bâle 
dont il était curé, aux idées nouvelles. 



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— 4 — 

Nous arrivons maintenant au réformateur français : 
Jean Calvin, né à Noyon en 1509, homme d'étude et de 
science, écrivain au style vif et concis, travailleur infati- 
gable, logique jusqu'à la cruauté. Retir^à Genève, où il avait 
été appelé par Viletet Guillaume Fard,'* comme professeur de 
théologie; il en est chassé pour ses opinions, mais bientôt, 
1541, rappelé, il y installe, avec une autorité complète, son 
système religieux dont, en peu de termes, voici l'analyse : il 
niait le libre arbitre et admettait la prédestination absolue, 
intérieure même à la prescience divine ; dans l'Eucharistie, 
il ^admettait que la présence par la Foi, c'est-à-dire que le 
•fidèle reçoit réellement le corps et le sang de Jésus-Christ, 
$u moment même où il croit les recevoir avec les éléments 
terrestres et symboliques du pain et du vin. Pour le gouver- 
nement ecclésiastique, il établit l'autorité des chefs : les mi- 
nistres; sa doctrine sur ce sujet était à peu près celle de 
^'Eglise catholique ; enfin, le dernier caractère de sa réforme, 
ce qui la distinguait de ses rivales, c'est l'établissement d'un 
consistoire chargé de veiller sur les mœurs et de juger tous 
les délits contraires à la morale et à la décence ; Calvin dé^ 
fendait les danses, les spectacles et les assemblées mondaines, 
Xeïs sont en peu de mots l'homme et la doctrine de l'homme 
gui devait, comme Luther avait révolutionné l'Allemagne, 
remuer la France qu'il couvrait d'émissaires, porteurs de ses 
bibles imprimées à Genève et de ministres venant prêcher 
l.es dogmes nouveaux et mettre, pour ainsi dire, une cons- 
cience nouvelle à la place d'une conscience ancienne. Tous 
ceux> iious ne parlons que de la France, qui se croyaient 
lésés par le pouvoir royal, tous ceux qui pensaient que leur 
apostasie pourrait servir de piédestal à leur ambition, les 
seigneurs qui peut-être espéraient reconstruire la féodalité, 
les gens d'Eglise que les doctrines nouvelles dispensaient, 
affranchissaient de leurs vœux, lesdasses inférieures qui se 
laissaient séduire par la simplicité des dogmes et des* prati- 
ques. extérieures du Culte réformé, enfin tous ceux que leurs 
passions rejetaient dans l'indifférence ou dans l'incrédu- 
)i^à^pjêréni*ayée...èaipr6sseaient l'hérésie de Calvin, et 
èïTpéû de 'temps ils devinrent très nombreux malgré la 



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— 5 — 

sévérité des édits royaux et les persécutions quelquefois san- 
glantes. 

Dès que Luther se fut emparé des esprits en Allemagne et 
que son pouvoir sur eux se fut établi, ses adeptes avaient 
aussitôt pénétré en France ; l'imprimerie reproduisait par 
milliers ses livres et ses bibles que des colporteurs dis- 
tribuaient partout ; les nouveaux docteurs s'insinuaient 
dans les Universités comme professeurs ety débitaient leurs- 
dogmes ; d'autres s'étudiaient à gagner l'esprit des' femmes,* 
à les attirer à leurs idées ou du moins à s'en faire des prb- : 
tectrices ; d'autres enfin pénétraientjusquechezlesprêtreseÉ 
lesévèquesqu'ilscroyaient les plus susceptibles d'être entraî- 
nés. Le terrain était donc bien préparé quand arriva Calvin," 
et Marguerite de Navarre, ébranlée déjà, ne résista pas à la 
lecture de Y Institution chrétienne (1535), que Calvin lui avait 
dédiée; le midi et l'ouest de la France par le midi furent 
bientôt, en grande partie, acquis à l'hérésie, le midi, tou- 
chant à Genève par le Rhône, et le sud-ouest, gouverné par 
Marguerite de Navarre, dont la cour servait de refuge aux 
calvinistes persécutés. ' 

En 1561, les Réformés avaient deux mille temples en 
France, malgré toutes les entraves que le pouvoir mettait à 
l'exercice de leur culte. — Bientôt les esprits s'aigrirent, la 
politique et les intérêts mondains se mêlèrent, se substitué- : 
rent souvent aux querelles religieuses, les haines se réveil* 1 
lèrent et s'excitèrent, les ambitions se firent jour-; enfin, bH* 
se compta des deux parts ; on établit des mots, des signes^ 
de ralliement ; une lutte armée dévenait imminente ; il 'ti&* 
fallait plus qu'un prétexte ; la conjuration d'Amboise étotif-* : 
fée (1560) fut la première étincelle de la guerre, et le.mas^ 
sacre de Vassy (1562) fut le signal d'un embrasement général/ 
La lutte devait être acharnée, elle fut cruelle ; ce ne furent 
pendant plus de quarante ans que combats, meurtres, incen-- 
dies, pillages; on n'épargnait rien, l'âge, ni lé sexe, ni Te 
rang; les monuments n'étaient pas à l'abri de la rage du 
vainqueur quel qu'il fut; les monastères et les églises étaient - ; 
détruits après avoir été pillés. Les moines, les prêtres, 4ôs; 
ministres réformés étaient massacrés dû cruellement inuti-^ 



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1&* Le baron des Adrets en Languedoc et en Pauphiné, tan- 
tôt pour les protestants, tantôt pour les catholiques, détruit, 
saccage» brûle, massacre; il satisfait une sorte de passion 
inexplicable, atroce, qui était de voir des hommes précipités 
de grandes hauteurs se briser les membres dans des chutes 
épouvantables ; à Valence, à Montbrison, partout où il entre 
4e vive force ou par composition, il fait précipiter les garni- 
sons du sommet des plus hautes tours, admirant les positions 
diverses que l'homme peut prendre en tombant. Biaise de 
Montluc, gouverneur de .Guyenne, passe tout au fil de l'épée, 
fait dresser des potences à tous les carrefours ; quand elles lui 
manquent, il charge les arbres de fruits nouveaux ; partout il 
est escorté de bourreaux qu'il appelle ses laquais. — Langoiran, 
à la prise de Périgueux (1575), laisse tuer des prêtres encore 
revêtus de leurs vêtements sacerdotaux ; il détruit St-Etienne 
de la Cité et Tévêché qu'il incendie ; les églises sont pillées, 
les tombes violées. 

Le caractère de ces guerres fut celui de toutes les guerres 
civiles et religieuses ; l'acharnement et la cruauté ; de ces 
luttes impies bien des noms illustres sont sortis, inconnus 
jusqu'alors, beaucoup pour la gloire, mais aussi beaucoup pour 
la honte dont l'histoire impartiale a gardé le souvenir. — Les 
arts et les sciences firent de grandes pertes : Jean Goujon, 
l'architecte et le sculpteur; Ramus, le philosophe et le savant, 
et tant d'autres encore qui trouvèrent la mort, mais non l'oubli» 
dans les sanglantes journées de la St-Barthélemy ; Ambroise 
Paré n'échappa que grâce à l'amitié de Charles IX. Cepen- 
dant, malgré tant de bouleversements et de pertes, la littéra- 
ture, les arts et les sciences ne périrent point; l'esprit français 
sortit plus vif à ce qu'il semble de ce chaos apparent ; la 
langue s'épura par le contact ; le cercle des idées s'agrandit ; 
le grand siècle, le xvn e siècle, allait sortir du sang et des rui- 
nes, et cependant le xvi e avait produit de magnifiques œuvres. 

Quelle est la leçon que nous devons tirer de ces luttes fra- 
tricides? de ces luttes où les habitants d'un même pays, 
d'une même ville, d'une même maison, où des amis, des 
parents, des frères même se divisent tout d'un coup, sortent 
en armes et pendant de longues années se massacrent et se 



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— 7 - 

pillent, brûlent réciproquement leurs villes et leurs maisons ; 
la leçon, ce nous semble, ressort de tous ces faits si multi- 
pliés, si répétés. — On comprend, on voit où poussent les 
passions humaines surexcitées, les querelles sociales et 
religieuses envenimées par l'entêtement de l'esprit de 
parti, par l'orgueil et la vanité de quelques ambitieux. On 
voit enfin à quels excès et à quels crimes épouvantables con- 
duisent les guerres civiles — nous l'avons aussi vu de nos 
jours : Dieu nous garde de .retomber jamais dans les mômes 
fautes et les mêmes crimes ! 



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Mon Dieu ! qu'est-ce que ce mon^e ! — 

Dernières paroles de Cinq- Mars. 
Le peuple est aveugle, une illusion le 
trouble, mais ce vertige passera. 
Schiller) Jeanne d'Arc, acte i, scène v. 



CHAPITRE I" 
1551-1572 

Origine du protestantisme en Périgord. — Pillage du Trésor de la cathé- 
drale de Périgueux. — Prêches à La Rochebeaucourt, à Bergerac, à Péri- 
gueux, à Montignac, àSarlat, etc. — Brossier, ministre à Périgueux. — 
Bataille de Vergt. — Gaumont de Piles. — Combat de Ghantegeline. — Prise 
de Nontron. — Siège de La Roche Chalais. — Procès des Rastignac. — 
André de Bourdeille, sénéchal du Périgord. 

Nous sommes en 1551 ; malgré les édits et de nombreuses 
poursuites, le calvinisme avait fait de rapides progrès en 
France. — Le Périgord trouva bientôt dans son sein des 
adeptes à la religion nouvelle; peu nombreux d'abord, ils 
cherchaient à se reconnaître et le moyen qu'ils employèrent 
fut celui dont presque toujours se servent ceux qui veulent 
des révolutions : le bruit d'abord, le pillage ensuite, si l'oc- 
casion s'en trouve et qu'on fait naître au besoin, le peuple 
par la violence, les autres par la légalité. 

Le 24 janvier 1551, (1) les hérétiques de Périgueux ou des 
mauvais sujets, sous prétexte de religion, se réunissent pen- 
dant la nuit, rompent et abattent toutes les croix qui se trou- 
vaientautour de la ville et principalement celles qui se dres- 
saient entre elle et Marsac (2) ; ils souillent d'ordures les pié- 
destaux qu'ils ne peuvent arracher. La justice s'émut de ces 
sacrilèges et en dressa procès- verbal ainsi que des soupçons 
qui se portaient sur quelques ecclésiastiques et chanoines 



(1) Le P. Dupuy, tome II, p. 177 et suiv. 

(2) Marsac, paroisse près de Périgueux. 



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- 10 - 

accusés de calvinisme; on ne trouva de preuves que contre un 
prêtre nomméChauletqui fut mis enprison.Quatrejours après, 
le 28 janvier, les hérétiques se réunissent de nouveau, pénè- 
trent dans l'église cathédrale St-Étienne, enfoncent la grille 
de la chapelle de Notre-Dame de Pitié où était enfermé le 
Trésor du chapitre, pillent les vases précieux d'or et d'ar- 
gent au nombre desquels étaient dix-huit calices, les reli- 
quaires, et enfin tout ce dont ils peuvent s'emparer. Le P. 
Dupuy estime que ce qu'ils volèrent avait une valeur de 
40.000 livres. La désolation fut très grande dans la ville à la 
nouvelle de ce sacrilège, dont, en somme, on ne savait qui 
accuser. Les ossements des saints furent trouvés dans un 
jardin dépouillés de leurs châsses ; après avoir vérifié l'iden- 
tité de ces reliques, on les transporta processionnelle ment 
sous le maître-autel de la cathédrale. 

1552. — La fin de cette année 1552 n'offre aucun fait qui 
mérite d'être rapporté, sinon le mariage de Jeanne d'Albret, 
fille de Henri d'Albret, roi de Navarre et comte de Périgord, 
avec Antoine de Bourbon, union de laquelle naquit Tannée 
suivante (13 décembre 1553), Henri de Bourbon, roi de 
Navarre, qui devait à son avènement au trône de France, 
en 1589, réunir le Périgord à la couronne. 

1553 — Henri II établit, en 1553, une Cour des Aides a Pé- 
rigueux (1), ainsi qu'il l'avait fait déjà dans presque toutes les 
villes importantes du royaume : créer de nouvelles charges 
était un de ses moyens de remplir ses coffres. Cette cour 
était ainsi composée : les sieurs de Béraud et Poynet, pre- 
mier et second présidents ; Bertrand de Mananians, Pierre 
Eyquem de Montaigne, Bertrand Lambert, Jean de Saint- 
Angel, François Bouchier, Etienne d'Aringiès, François de 
Fayard, Jacques de Bruzac et Jean Barbarin, conseillers ; 
Pierre de Saint-Angel, avocat général; Léon de Merle, pro- 
cureur général du roi; François Vigouroux, greffier; Pauly 
Chaumette, payeur des gages ; Poncet de Champagnac, rece- 
veur des amendes; François Saunier et Claude Brosson, 



(1) Fonds Lespine, vol. XIII. 



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- 11 - 

huissiers. L'installation se fit en grande pompe; quelque 
temps après, on ajouta trois conseillers : Jean Faure, Fran- 
çois de Melle, avocat en la cour de Bordeaux, et Pierre Blau- 
chier, avocat du roi au siège de Sarlat. La salle haute du 
consulat n'étant pas assez grande pour suffire aux réunions 
de la Cour des Aides et du présidial, celle des Aides fut 
transférée au couvent des Jacobins et, quelque temps après, 
k la maison du sieur de Meymy d'où elle revint à la maison 
commune par la cession que lui en firent les juges prési- 
diaux qui tinrent leurs séances au couvent des Augus- 
tins. 

L'établissement de cette cour hâta indirectement l'aposta- 
sie de la ville de Bergerac (1). Poynet, lieutenant du roi, y 
tenait la main ferme à l'exécution des édits et la bride courte 
aux calvinistes ; mais, s'étant fait pourvoir d'un office de 
second président, il résigna sa charge de lieutenant du roi en 
faveur de son frère Pierre, qui était, en secret,partisan des 
idées nouvelles ; ce dernier favorisa le prêche de l'hérésie 
et, en moins de six mois, la ville presque entière l'avait em- 
brassée et aussi grâce au voisinage de Ste-Foy (2) qui, depuis 
longtemps, avait adopté la nouvelle doctrine et d'où les mi- 
nistres protestants faisaient une active propagande. D'abord 
Pierre Poynet n'agit qu'en sous-main, mais bientôt soutenu 
par un plus grand nombre de prosélytes, il osa autoriser la 
démolition des bâtiments ecclésiastiques et la persécution 
des prêtres et des religieux ; le curé de St-James, Jean 
Galajou et un autre prêtre, Antoine Benteynac ou Bentajou, 
furent, dans leur église, accablés de coups, si bien qu'ils en 
demeurèrent sourds le reste de leur vie ; ils eussent proba- 
blement été massacrés sans le secours de quelques catholi- 
ques qui les arrachèrent aux mains de ces furieux et les 
firent sortir de la ville dans des tonneaux. 

L'an 1555 vit mourir Henri d'Aibret, roi de Navarre, à 



(1) Le P. Dupuy, tome II, page 179. — Jurades de Bergerac. 

(2) Sainte-Foy sur Dordogne (Gironde). 



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— 12 - 

Pau ; son gendre Antoine de Bourbon hérita de ses 
droits (1). 

Pendant cette année et les années suivantes, des persécu- 
tions s'élevèrent contre les protestants, non seulement 
dans les pays étrangers, tels que l'Allemagne et Y Angleterre, 
mais aussi en France, dans plusieurs provinces; ainsi, Arnaud 
Monier, de St-Emilion, et Jean de Cases, de Libourne, fu- 
rent condamnés comme hérétiques et brûlés publiquement ; 
Philippine de Luns, du Périgord, veuve du sieur de Grave- 
ron, fut étranglée à Paris et son corps jeté au bûcher ; le 
martyrologe des protestants donne une longue liste des vic- 
times de ces persécutions exercées contre les nouveaux sec- 
taires. Malgré tout, ridée marchait en raison peut-être du 
péril qu'il y avait à l'adopter. Le fanatisme grandissait dans le 
cœur des persécutés, en raison directe des maux qu'on leur 
faisait subir, et bientôt, les protestants, nombreux, bien com- 
mandés, devaient se lever en armes et pendant presqu'un 
demi-siècle, sans repos, sans trêve pour ainsi dire, couvrir 
la France de sang et de ruines, donnant au monde le déso- 
lant spectacle de parents, d'amis, combattant les uns contre 
les autres. Ainsi, combats, meurtres, pillages, incendies, 
cruautés sans exemple et sans nécessité, désordres inouïs, 
anarchie, disettes (2), toutes les calamités au-dessus desquel- 
les planent les malheureuses et tristes figures des Valois. 
Les seconds Valois, race chevaleresque mais faible, qui, tant 
elle a souffert, tant elle a été poursuivie par le malheur et 
tant aussi elle a commis de fautes qu'elle eût pu, ce semble, 
éviter, qu'on serait tenté de croire à la fatalité. Ils mouru- 
rent tous jeunes, de mort violente ou de maladies extraordi- 
naires; auprès d'eux veillait leur mère, l'implacable Gathe- 



(1) Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, fils de Charles de Bourbon et 
de Françoise d'Alençon. Il mourut aux Audelys, le 17 novembre 1562 des 
suites de ses blessures. — Son frère, Louis de Bourbon, né en 1530 devint, 
en 1561, le chef du parti protestant. 

(£) En cette année 1555, plus de quinze cents personnes, parmi lesquelles le 
consul Boudin, périrent à la suite d'une épidémie à laquelle vint se joindre 
une disette de blé. . . . . 



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- 13 - 

rine de Médicis, aussi cruelle qu'ambitieuse, variable dans 
ses opinions autant qu'impérieuse, ne reculant devant rien 
pour imposer ses volontés et faire triompher ses projets bons 
ou funestes. 

1559. — En 1559, Henri II irrité des progrès du calvinisme, 
assembla le Parlement pour qu'il eût à régler le genre et la 
sévérité des peines qu'on devail infliger aux protestants et 
tenir la main à l'exécution des édits précédents. Le Parle- 
ment, dont plusieurs membres avaient embrassé le culte nou- 
veau fut pour l'indulgence. Louis Du Faur et Anne Dubourg 
s'élevèrent avec vigueur contre les supplices ; le président 
Ranconnet, Paul de Foix, Fumée, parlent dans ce sens ; le 
roi vient lui-même au Parlement accompagné des Guises et 
de Montmorency (14 juin) (1) ; il écoute, d'abord avec calme, 
enfin, il éclate et fait jeter les conseillers récalcitrants à la 
Bastille. 

Pendant ce temps deux mariages se préparaient à la Cour ; 
celui d'Elisabeth, fille du roi, avec Philippe II, roi d'Espagne; 
il se fit par procureur, le 27 juin, et celui de Marguerite, 
sœur du roi, avec Philibert de Savoie, qui allait avoir lieu. 
Pour célébrer cette double union, la Cour était en fête ; des 
carrousels et des joutes se. faisaient tous les jours entre les 
courtisans quand, le 29 juin, le roi voulut courir une lance 
avec le comte de Montgomery (2), capitaine de ses gardes. Ils 
courent, la lance de Montgomery se brise et du tronçon qui 
lui reste à la main il enlève la visière du casque d'Henri II et 
lui traverse l'œil ; le roi tombe de cheval ; aussitôt il est trans- 
porté à l'hôtel des Tournelles. En vain André Vésale, un des 
plus renommés chirurgiens de l'époque, arriva de Bruxelles, 
envoyé en toute hâte par Philippe II ; tout fut inutile, un 
abcès se forma dans la tête, et le 10 juillet, onze jours 
après sa blessure, Henri II mourut; deux jours avant, le 
mariage de sa sœur avait été célébré sans cérémonie 
dans la chapelle du palais. 



(1) Anne de Montmorency, maréchal de France, mort en 1567. 

(2) Gabriel de Montgomery, exécuté en 1574. 



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- 14 - 

La même année mourut à la Bastille Aimar de Ranconnet(l), 
président aux enquêtes au Parlement de Paris, que nous 
avons vu arrêté par ordre du roi ; il était issu d'une famille 
qui demeurait à Périgueux ; ses ennemis n'ayant pas de 
charges suffisantes contre lui, l'accusèrent d'un crime 
énorme qu'on lui imputa faussement et qui n'avait aucun 
rapport avec la religion. Il ne put supporter son infortune 
et se donna la mort ; c'était un habile et savant jurisconsulte; 
mais ses goûts le portaient surtout vers l'étude des lettres. 

François II, âgé de seize ans, succéda à Henri II ; petit, 
pâle, atteint d'un mal intérieur, il ne pouvait vivre ; on . en 
profita ; les Guises l'avaient déjà marié à leur nièce, Marie 
Stuart ; ils surent, comme on le sait, profiter de cette union 
pour s'emparer du pouvoir ; leur parti fut d'abord peu nom- 
breux, mais bientôt il se forma et se réunit. Le cardinal de 
Montmorency, leur ennemi, avait aussi son parti déjà groupé 
autour de lui ; il écrivit en hâte au roi de Navarre de venir 
pour contrebalancer les prétentions des Guises par l'autorité 
de son nom et de son expérience ; mais il tarda trop et 
quand il arriva il reçut un accueil si froid des Guises et de la 
reine-mère, que, découragé, il se retira en Béarn sans plus 
vouloir entendre parler de rien. Les Guises, pendant ces 
indécisions, avaient su s'attacher Catherine de Médicis en 
abandonnant à sa colère les personnes qui lui déplaisaient ; 
elle avait besoin des princes lorrains contre le roi de Navarre 
qu'elle détestait; aussi quand le connétable, que ces derniers 
ne pouvaient supporter, se présenta devant le roi pour lui 
remettre les sceaux, François, soufflé par elle, le remercia 
avec bonté, disant qu'il voulait soulager son grand âge ; 
Montmorency se retira à Chantilly; mais plus tard, par un de 
ces revirements qui ne sont pas rares dans les luttes politi- 
ques, il devait se réunir aux Guises (1561). Le parti contraire 
avait à sa tête le roi de Navarre, le prince de Condé, sou 



(1) Aimar de Ranconnet, né à Périgueux vers 1498. Etudia à Toulouse, fut 
nommé en 1539 membre du Grand Conseil. (Voir l'abbé Audierne, Pèrigord 
illustré, p. 176.) 



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FT* 



~ 15 - 
frère, et les trois Ghâtillon : Coligny, d'Andelot et le cardi- 
nal de Châtillon. Le duc de Montpensier et le prince de La 
Roche-sur- Yon restèrent fidèles au roi quoiqu'ils fussent de 
la maison de Bourbon. 

Maîtres du pouvoir, les Guises en abusèrent pour autoriser 
les persécutions contre les protestants. Anne Dubourg fut 
condamné à être brûlé ; il mourut avec le plus grand cou- 
rage ; le peuple de Paris, qu'on laissa faire, pilla les mai- 
sons des calvinistes ; on les massacra à leur refus de payer 
certaine aumône pour la Vierge. 

Le 13 novembre, le Parlement de Bordeaux mande au car- 
dinal de Lorraine qu'il va s'occuper de punir les personnes 
qui ont délivré et fait échapper des prisonniers accusés d'hé- 
résie, qui étaient détenus à Bergerac et à Ste-Foy. 

C'est de 1559 qu'il faudrait dater les premiers prêches à 
Sarlat par un nommé Etienne Gragnon, envoyé de Genève. 

Enfin, le roi se rendit à Blois (1560), sous le prétexte de 
rétablir sa santé ; les Guises l'y accompagnent ; une conju- 
ration se forme pour les enlever et mettre à leur place un 
prince du sang, le prince de Gondé. Le complot, conduit par 
La Renaudie (1), gentilhomme périgourdin, échoue. La Cour 
prévenue à temps s'était retirée à Amboise ; les soldats de 
La Renaudie, parmi lesquels se trouvaient peu de gentils- 
hommes, sont défaits, tués, pris et pendus ; lui même est tué 
quelques jours après dans la forêt de Château-Renaud par son 
cousin, Pardaillan, qui était à la chasse des conjurés avec 
quelques cavaliers royaux ; le baron de Castelnau, qui était 
aussi du Périgord, fut la cause de la non réussite du complot; 
il fut attaqué par les troupes royales et, au lieu de se défen- 
dre jusqu'à l'arrivée de La Renaudie, il parlementa et se 
rendit à discrétion sur la foi du duc de Nemours, ce qui ne 
Pempêcha point d'être mis en prison et étranglé peu de 
temps après. Malgré redit de pacification de Fontainebleau 
qui suivit de près (16 août 1560) la conjuration d'Amboise, 



(1) Geoffroy de La Renaudie, ou Jean du Barry, s 1 * de La Renaudie, né au 
châleau de ce nom, près de Champagnac-de-Belair. 



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- 16 - 

la guerre éclatait partout ; Mou vans (1), en Provence , du 
Puy-Montbrun, en Dauphiné (2/, commençaient leurs campa- 
gnes ; les idées nouvelles faisaient des progrès dans le Péri - 
gord ; à Sarlat, François de Sennetère étant évêque, quel- 
ques huguenots firent venir un ministre nommé Raymond 
de Roy, ancien religieux de Saint-Benoît à Uzerche, et le 
firent prêcher ouvertement dans leurs maisons malgré Top- 
position des catholiques ; les protestants de Montignac (3) 
appelèrent un ministre du nom de Richard, natif d'Orléans» 
le firent prêcher en place publique, pillèrent les églises et 
brisèrent les images des autels ; ce mouvement eut pour 
promoteur le procureur d'office de la terre de Montignac, 
Arnaud de Bord. 

Le 18 août 1560, le Parlement de Bordeaux se plaint des 
agissements du sieur de Meymy, seigneur de La Feuillade(4) 
et prie le roi de veiller à cette affaire qui menace de devenir 
grave et que notamment, à Mussidan, il y a des assemblées 
que les officiers <lu roi ne peuvent empêcher et que les adhé- 
rents du sieur de Meymy sont armés et accompagnés d'arque- 
busiers qui mettent obstacle à ce que les gens de robe fassent 
leur devoir. 

Par une lettre du 23 août, M. de Montréal est accusé 
d'avoir abandonné le château de Bergerac, dont il avait la 
garde et d'avoir ainsi permis a une bande d'hérétiques de 
délivrer le nommé Mathieu Lafleur, accusé du crime d'hé- 
résie. Partout on fait des assemblées, des prêches : on baptise 
suivant la forme de Genève. Le 30 novembre, le maréchal 
de Biron (5) ayant appris que les huguenots voulaient, malgré 



(1) Paul Richiend, sieur de Mouvans, en Provence, né à Draguignan, tué à 
Mensignac en 1568, calviniste. 

(2) Charles du Puy, s r de Montbrun, calviniste, né en 1530, jugé,exécutéen 
1575. 

(3) Montignac, chef-lieu de canton (Dordogne). 

(4) La Feuillade, château, paroisse de Coursac, près de Périgueux. Les 
d'Aix, ancienne famille du Périgord, étaient seigneurs de Meymy et de La 
Feuillade. 

(5) Armand de Gontaut, baron de Biron, maréchal de France, né en 1524, 
tué à Épernay en 1592. 



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— 17^- 

les édits, établir un ministre et des prêches à Sarlat, écrivit 
aqx principaux habitants de ne rien tenter contre les édits 
du roi et de s'opposer à ces tentatives ; mais les habitants 
lui répondirent que cela n'avait rien été et que tout était 
tranquille. 

A Bergerac, les ministres sont chassés ; mais il en revient 
d'autres et Biron va y demeurer quelques jours pour que 
rien ne s'y passe contre la paix et la tranquillité. 

Le 24 février, ceux d'Issigeac (1) établirent unprêche dans 
l'église collégiale ; au mois de mars ils prirent l'église par 
violence, la pillèrent, brisèrent les autels et les images des 
saints, ils en firent de même dans les églises tout autour 
d'Issigeac. 

Ce fut dans cette année qu'Armand de Gontaut-Biron, 
seigneur et baron de Salignac (2) embrassa le protestantisme 
avec toute sa maison ; il fut le père du baron de Salignac, 
ambassadeur de Gonstantinople en 1603. François II mourut 
le 5 décembre 1560, cinq jours avant l'ouverture des États- 
Généraux à Orléans; cet événement sauva le prince de Condé 
qui venait d'être condamné à avoir la tête tranchée pour 
ses complots contre le roi. 

Charles IX, âgé de dix ans, frère de François, régna à son 
tour ; Catherine fut régente et le roi de Navarre déclaré 
lieutenant-général du royaume ; son frère, Condé, sortit de 
prison. Les États d'Orléans n'ayant plus de but, puisqu'ils 
avaient été assemblés pour légitimer la condamnation du 
prince de Condé et n'ayant pas de mission spéciale pour 
satisfaire à une dette de quarante-trois millions, furent clos 
et prorogés au mois de mai. 

Tout en ce moment semblait conjuré contre les Guises ; le 
roi de Navarre, le connétable, les Châtilllon menaçaient 
de quitter la cour et de faire déclarer roi de France le roi de 
Navarre, si la cour n'éloignait les princes lorrains ; la reine- 
mère les soutint et bientôt le connétable fut conduit à se 



(1) Issigeac, chef-lieu de canton (Dordogne). 

(2) Salignac, chef-lieu de canton (Dordogne). 



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.— 18 — ' 

réunir k eux et au maréchal de Saint- André ; ce fut ce qu'on 
appela le Triumvirat ; pour soutenir cette association, il fal- 
lait un chef puissant. On choisit le roi d'Espagne, ennemi et 
persécuteur des protestants, qui s'engagea à faire, au besoin, 
entrer une armée en France. Il y eut alors deux partis : celui 
des triumvirs avec les catholiques et celui des mécontents 
avec les protestants. Ceci se passait en 1561. 

1561. — Le 28 janvier, le Parlement de Bordeaux prévient 
le roi que quelques meurtres, scandales et séditions sont 
arrivés à Sarlat ; le roi en prévient M. de Burie (1), son lieu- 
tenant-général, pour. qu'il y mette ordre. 

Quelque temps après, le 15 juin, M. de Burie rend compte 
au Parlement de sa mission ; il se plaint des excès commis 
parles protestants qui s'emparent des églises, abattent les 
autels, les croix, les bénitiers, brûlent les livres messaulœ 
et les ornements ; empêchent le service divin; ils refusent 
de payer les droits de l'Eglise, menaçant de ne plus payer la 
taille, et les droits aux seigneurs. Les protestants cherchaient, 
ç>n le voit, à imposer leurs doctrines par la terreur et 
en faisant disparaître tous les éléments du culte catholique, 
par la destruction, l'incendieet lepillage de ce qui ne pouvait 
être un profit pour eux. 

Ce fut en cette année qu'un ministre protestant de 
Genève, Simon Brossier, après plusieurs voyages en France, 
s'arrêta à La Rochebeaucourt (2), prêchant l'hérésie dans les 
châteaux environnants et peu à peu s'approchant de Péri- 
gueux. Pierre Fournier, d'une noble famille d'Auvergne, 
venait d'être nommé évêque de Périgueux ; c'est vers cette 
époque qu'écrivait Jean Talpin, chanoine théologal de Péri- 
gueux et qu'il publiait son livre de controverse : De V Essence 4 
du sacrifice de la messe, contre l'hérésie nouvelle. 

Dès son arrivée dans la ville de Périgueux et quoiqu'il fût 
malade, Brossier commença à prêcher „dans la courde l'hôtel- 
lerie du Chapeau- Vert, près du pont que nousappelonsaujour- 



(1) Charles de Coucy, seigneur de Burie, lieutenant-général pour le roi 
en Guyenne, mort en 1565. Montluc lui succéda. 

(2) La Rochebeaucourt, paroisse de la Dordogne* 



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r*-: 



d'hui Pont- Vieux. Les officiers de justice s'émurent de ses 
progrès et Brossier, ou plus malade ou craignant d'ètrearcêté, 
se retira au château de la Feûillade appartenant au sieur de 
Meymy, où l'on conjecturait que le Trésor du chapitre avait, 
été caché par les chanoines de celte ïamille et qui avaient, 
dès le commencement du protestantisme dans la province* 
apostasie ; on avait les preuves que Brossier avait poussé 
plusieursRéformésàla révolte et, en effet, oaavait remarqué 
quelques petits groupes qui étaient entrés dans la ville ; 
enfin, Antoine de Chilhaud, maire, avait interrogé un cor- 
donnier limousin pour savoir qui avait baptisé son fils. 
Cet homme lui répondit qu'un valet de Meymy l'avait porté à 
la Feûillade où Brossier l'avait baptisé et lui avait dooné le 
nom d'Abraham . Le maire, d'après tous ces symptômes, eut 
peur d'un mal qui tous les jours semblait s'aggraver ; il réso- 
lut de faire épier Brossier et de s'en emparer; bientôt en effet 
il fut pris et mis en prison. Mais très peu de jours après paTut 
Tédit de janvier 1562 qui révoquait celui de l'année précé- 
cédente, défendait que les partisans de la nouvelle religion 
fussent emprisonnés ou subissent quelque peine que ce lût, 
s'ils n'avaient fait que leurs prêches ou leurs prières. Dès lors, 
Brossier, devenu libre, put « dresser une église bien poliasée», 
selon l'expression du P. Dupuy. 

Le 16 avril 1561, l'église cathédrale de Sarlatfut sécularisée 
et ses religieux faits chanoines ; leur monastère s'appelait le 
monastère de St-Sacerdos de Sarlat ; il fut reconnu par Louis 
le Débonnaire,vers l'an 8i8ouen816,à la conditionqu'il serait 
réformé selon la règle de St-Benoît; une sécularisation était 
demandée depuis longtemps et elle n'occasionna aucune 
difficulté, ni de la part des autorités, ni de celle des reli- 
gieux. Nous avons vu que les luthériens faisaient prêcher 
dans leurs demeures ; ils ne s'en contentèrent pas, car ils se 
saisirent de l'église paroissiale et y firent leurs assemblées, la 
gardant comme une citadelle jusqu'à ce qu'enfin M. de Losse, 
lieutenant du roi en Périgord, se vil obligé de venir avec des 
troupes pour la remettre aux mains des catholiques (1). 

(l) Chanoine Tarde, p. ftSi. 



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.*».» g() -l~ 

. 15éi. — Le 25 avril 1561, plusieurs de la ville de Péri- 
gûéûx, la plupart étrangers et nouveaux venus, furent à la 
Feuillade, appartenant au seigneur de Meymy, « oyr un 
-ministre nommé Brossier, lesquels se partirent en deux 
b&ndes et vindrent le soir, une partie du cousté du Pont, et 
de -l'attire cousté et devers la Cité, le seigneur de Meymy 
avec plusieurs autres armés de pistolets, qui allèrent premiè- 
rement^ la maison de Jean Després, chantre, où estoit M. le 
Séneschal; et craignant 'qu'on Toffençât et que les luthé- 
riens voulussent saisir la ville, y fut mis ordre etempescbé 
en diligence leur desseing. Monsieur le Séneschal nous 
enjoiâhit ledit jour fermer les portes, fors que deux et nous 
tenir preis en armes »(1). 

Les protestants d'Issigeac, toujours en mouvement, pillè- 
rent les églises de Montaut, Monmarvès et autres du voisi- 
nage, telles que St-Pardouxet Monsaguel, brisèrent les autels, 
pillèrent les reliques des saints, brûlèrent les livres el les 
vêtements éacerdotaux ; ils empêchaient les chanoines d'Issi- 
geac d'entrer dans l'église : le sieur de Burie vint pour y 
mettre de Tordre ; mais après son départ, les protestants, 
comme tous les révolutionnaires, ne se crurent pas liés par 
le compromis qui avait été passé et s'emparèrent de nouveau 
de l'église. 

' Une troupe de protestants ayant échoué dans une tentative 
sur Beaumont (2) fut poursuivie par le capitaine Flaugeac de 
Bigarroque et rejointe près de Monsac (3) ; elle fut taillée en 
pièces et dispersée. 

Le 6 décembre 1561, Jean Delpeyrat, luthérien des plus 
ardents, fut enterré, ditle chanoine Tarde (4), dans le fanal du 
cimetière; c'est la première personne que Sarlat vit enterrer 
à la luthérienne. 

Dans le cours de cette année,lcs Réformés s'emparèrent du 
couvent des Cordeliers, situé hors des murs de Montignac, et 



(1) Archives communales, FF. 174* 
~* ^-Beaumont, chef-lieu de canton (Dordogne). 

(3) Monsac, paroisse, canton de Beaumont (Dordogne)* 

(4) Chanoine Tarde, p. 230. 



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le livrèrent au pillage ; en 1568, Jean de Losse, pour réparer • 
ses pertes, y fonda un obit et lui fît un don important d r ome- 
ments sacerdotaux. Quelque temps après, à la suite d'un 
prêche comme en faisaient les ministres qui parcouraient le 
pays, un frère mineur dunom d'EsnariusVinacrius fut blessé 
d'un coup d'arquebuse et achevé d'un coup d'épée, . 

La môme année, les États de Périgord s'étaient assemblés 
à Périgueux ; les États se refusèrent à consentira ce qui était 
précisément le but de leur réunion ; il s'agissait d'imposer 
le sel et le vin ; mais Tannée suivante,ie roi Charles IX donna - 
des lettres patentes qui établissaient un droit de cinq sous: 
pour chaque muid et de sept sous six deniers pour chaque pipe, 
pendant dix ans. . > 

Le syndic des États, Maillard, y forma opposition au nom* 
de l'assemblée et l'impôt fut révoqué. v ' ; 

Il y a quelque différence entre ce temps et le nôtre au 
point de vue des libertés publiques; nous n'engageons pas 
un conseil municipal ou général à prendre cette attitude 
vis-à-vis du pouvoir central. 

Le colloque de Poissy (septembre 1561), réuni pour réfor- 
mer la discipline ecclésiastique et pour satisfaire à la fois les 
protestants qui voulaient un concile et le pape qui le redoû* 
tait, n'eut pas tout le succès qu'on en attendait; cependant de 
ses délibérations sortit un édit, i'édit de janvier 1562, dont: 
voici les principaux articles : 

Les protestants rendront aux catholiques (aux prêtres) lés églises, 
maisons, terres dont ils se sont emparés, fis ne renverseront à l'ave- 
nir ni les croix, ni les statues des saints; ni les images et ne feront 
plus rien qui puisse troubler la tranquillité publique et les contreve- 
nants seront punis de peine de mort. Les protestants ne pourront'^ 
sous aucun prétexte, se réunir dans l'enceinte des > villes et . lfturs 
prêches devront se faire hors des murs; ils ne pourront créer -pour; 
eux de nouveaux magistrats ; ils ne feront ni levées de troupes^ pi 
traités, ni ligues défensives ou offensives, etc. 

Catherinede Médicis envoya Biaisede Montlucen GulBOTrer 
avec mission de faire exécuter Tédit. 
Le massacre de Vassy détruisit reflet ,qi?e .pouysit awfçét 



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- tt * 

édit ; bteatA* après, un nouveau massacre de protestants eut 
lieu à Sens ; la guerre s'alluma de toutes parts ; dans toutes 
1m provinces» catholiques et protestants sont aux prises; ces 
derniers s'emparent en peu de temps de Rouen, Dieppe, le 
Havre, Granvttte, Cherbourg, Coûtâmes, Bayeux, Falaise, 
Saint-Lô, Le Mans; partout les représailles sont terribles. 
QxAm entre à Blois et quoique sans combat, il l'abandonne à 
toute la fureur du soldat qui pille, tue et noie les protestants 
sans disMoction d'âge ou de sexe ; à Mers , ville voisine, il y 
end aussi une affreuse tuerie. Un arrêt violent du Parlement 
vint encore augmenter les désordres et la fureur des deux 
partMf. 

Cet arrêt déclarait les protestants proscrits et ordonnait aux 
catholiques de prendre les armes, de sonner partout le bef- 
froi, de poursuivre et de tuer les hérétiques. Cet arrêt que les 
ot*ré$ lisaient au prône tous les dimanches, fut le signal 
d'horrible» attentats; les paysans se croyant autorisés à pren- 
dre les armes abandonnèrent leurs champs, se réunirent en 
troupes et se nommèrent des chefs, les ptus féroces et les 
plus pillards d'entre eux, pour voler, saccager, massacrer ; le 
Vendomois fut le théâtre de sanglantes horreurs; le Langue « 
doc, le Lyonuais, la Sain ton ge furent aussi troublés par de 
semblables luttes ; à Limoges, les protestants formèrent le 
prept cte s'emparer de la ville, mais ils furent découverts ; 
chassés, ils se retirèrent à Confolens (1). 

Peu de temps après, les habitants de Châlus (2) et les paysans, 
des environs vinrent assiéger le château de Montbrun dont 
ils s'emparèrent; heureusement que Gilbert de Lévis de 
Yeniadour, gouverneur de la province, sut rétablir Tordre et 
le jointe nir pendant quelque temps. 

La Guienne et le Périgord n'étaient pas plus tranquilles que 
l#peète<jte la France; M. de Coucy-Burie était lieutenant du 
rbi ete Navarre en Guienne ; un grand nombre de personnes 



(1) Confolens, chef-lieu d'arrondissement (Charente). 

(2) Châlus, chef-lieu de canton (Haute-Vienne)* 



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- 23 - 

voulaient le remplacer par Montluc (1), d'Escars (2) ou Sau- 
sac. Trois mille personnes et à leur tête Christophe de Roffl- 
gnac, président au Parlement de Bordeaux, et Antoine de 
Noailles, gouverneur du château duHâ,signèrent un acte par 
lequel on demandait au roi de remplacer Burie par un dëà 
trois personnages désignés dans cet acte; le roi refusa d'y 
entendre et maintint Burie. 

C'est en cette année 1562 que la maison commune du Con- 
sulat de Bergerac fut brûlée par les gens de guerre ainsi que 
tous les papiers et titres qu'elle contenait; le feu y fut mis 
par ordre de Clermont de Piles, qui y assiégeait des soldats 
catholiques ; le feu y dura deux jours entiers, rapporte une 
enquête de 1600. Les ministres protestants qui avaient gagné 
à la cause de la Réforme, non seulement un grand nombre 
d'habitants, mais encore les religieux des couvents des Jaco- 
bins, des Cordeliers et des Carmes, firent démolir l'église du 
prieuré de Sainte-Catherine du Mercadil ; sur son emplace- 
ment fut élevé un temple que desservit un moine apostat, 
d'origine écossaise, nommé le Cocq. — L'église actuelle de 
Notre-Dame a remplacé ce temple. 

Armand de Gontaut (3), seigneur de Saint-Geniez, gou- 
verneur pour le roi de Navarre en Périgord, prévenu des 
cruautés qu'Arnaud de Bord exerçait à Montignac, attaque le 
château avec quelques troupes, s'en empare au bout de trois 
jours ; les assiégés vivement pressés se rendirent à discré- 
tion; seize des plus compromis parmi lesquels un ministre, 
Richard, furent pendus incontinent sur la place de Monti- 
gnac ; Arnaud de Bord, pour des raisons particulières, ne fut 
exécuté que quelques jours plus tard, juste représaille dô 



(1) Biaise de Montluc, flls de François de Montesquiou et de Françoise 
d'Estillac, chevalier de l'ordre en 1555, colonel de l'infanterie française en 1558, 
lieutenant du roi en Guienne en 1565, maréchal de France en 1574, mort à 
Gondom, en 1577. 

(2) François de Pérusse, comte des Gars, fils de Jacques et d'Anne de 
l'Isle-Jourdain; il épousa Claude de Beauffremont et en 2" noces, Isabeau de 
Beauville, veuve de Montluc. 

(3) Armand de Gontaut sieur de Saint-Génies, baron de Badefol, protestant, 
sénéchal de Béarn, etc., mort en 1594 ; il avait épousé Jeanne de Foix. 



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- 24 - 
l'exécution qu'il avait ordonnée du capitaine la Chiliaudie, 
sur lequel il avait pris le château. 

Au mois de mars 1562, Montluc vint assiéger Mussidan 
avec deux ou trois canons; il fit une brèche aux murailles, 
mais il ne donna pas l'assaut ; il se retira après avoir perdu 
une centaine d'hommes et s'en alla à Sainte-Foy, rappelé 
par commandement exprès pour garder la Dordogne et s'op- 
poser au passage de la rivière par l'armée provençale qui 
venait renforcer les protestants (1). 

Après la prise d'Orléans par le prince de Condé, Bergerac 
se déclara pour ce prince,ainsi que plusieurs autres villes de 
Guienne ; Agen et Angoulôme furent prises par les protestants; 
ils subirent cependant un échec à Targon, en Agenais; 
M. de Duras (2) y fut battu par Montluc; les pertes qu'il y fit ne 
lui permettant plus de tenir la campagne, il se retira sur 
Ste-Foy en Périgord et de là à Bergerac, ensuite sur Tonneins, 
pendant que Montluc (3) continuant ses exploits s'emparait 
de Saint-Macaire, de Bazas, de La Réole et de Monségur sur 
Drot. 

Duras s'occupait d'organiser une nouvelle armée quand la 
reine de Navarre, Jeanne d'Albret, qui revenait de la Cour 
en ses Etats, le fit appeler pour s'entendre avec lui sur les 
moyens de rétablir les affaires des Réformés; Duras fut la 
trouver à Gaumont (4) où elle s'était retirée de Nérac et de 
Marmande où elle ne se croyait pas en sûreté contre les atta- 
ques de Burie ou de Montluc. Après cette entrevue, Duras 
retourna à Tonneins, mais il fut bientôt obligé d'en sortir et 
de se réfugier à Bergerac, Montluc avançant avec des forces 
supérieures. 



(1) Voir Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 
t. xi p. 394, une commission de Montluc pour faire mener des vivres devant 
Mussidan, pour les troupes qui assiégeaient cette ville, Commentaires e 
Montluc, t. i. 

(2) Symphorien de Durfort, seigneur de Duras, fils de François de Durfort 
et de Catherine de Gontaut-Biron. 

(S) Chanoine Tarde, p. 232 - 233 et suiv. 
(4) Caumont (Lot-et-Garonne). 



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- 25 - 

Cependant les protestants reformaient leur armée : Mauvô- 
zin avait levé des troupes dans le duché d'Albret ; les deux 
frères de Puch de Pardaillan et les trois Lescure-Savignac 
avaient été envoyés par Duras à Bourg- sur Gironde, pour 
lui amener des troupes qui lui venaient de Marennes ; ils 
revinrent avec le capitaine Bordet, lieutenant du comte de 
La Rochefoucauld, qui conduisait soixante gendarmes, deux- 
cents mousquetaires à cheval et deux compagnies d'infan - 
terie; ils lui portaient en même temps,dela part du prince de 
Condé, Tordre de se mettre en marche et de venir le rejoin- 
dre à Orléans. Sur son passage, Bordet avait forcé et pillé la 
ville de Saint-Astier où les soldats égorgèrent douze prêtres, 
sans parler des habitants. 

Le 26 août les prolestants, conduits par Bordet et autres 
chefs protestants, s'emparèrent de La Linde. Ils entrèrent 
par une petite porte située près de la rivière, appelée porte 
de la Fontaine, et par un trou qu'ils firent à la muraille du 
cimetière. Maîtres de la ville, ils pendirent le premier consul, 
le vicaire et six autres prêtres; ils massacrèrent plusieurs 
habitants et, après y avoir séjourné trois jours, ils s'en allè- 
rent après avoir pillé et brûlé l'église, laissant la ville pavée 
de corps morts et de sang caillé, rapporte Tarde ; les portes 
de la ville brûlées. Cruelle réformation de l'évangile! 
ajoute-t-il. 

Il alla rejoindre Duras en Quercy, passant par Sarlat, Car- 
lux et Gourdon, pillant sur son chemin les églises, et mas- 
sacrant les prêtres. Sur ces entrefaites, mourut le roi de 
Navarre d'une blessure peu- dangereuse, mais mal soignée, 
qu'il venait de recevoir au siège de Rouen ; il mourut aux 
Andelys d'une fièvre violente qui l'emporta en peu de jours. 

Rouen fut bientôt pris par les troupes catholiques; la reine 
était au camp, qui en commandait le siège, et Montmorency 
défendait la ville (1). Condé, inquiet de n'avoir pas de nouvelles 
de d'Andelot (2) qui devait lui amenerdes troupes, mécontent 

(1) de Thou, Histoire universelle, Londres 1754, p. 417. Théodore de Bèze, 
Histoire universelle. 

(2) d'Andelot, François de Coligny, troisième fils de Gaspard de Goligny et de 
L. de Montmorency. 



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-- 26 — 

de la défaite de Duras à Targon (1) fut pour ainsi dire accablé 
quand il apprit la perte d'une place aussi importante. Duras 
cependant se rendait à ses ordres, après s'être emparé de 
Mercuès, château et demeure desévêques de Cahors/il tira 
vers le Périgord, marchant sur Sarlat (2) qu'il voulait prendre; 
il avait fait venir des canons de Montauban ; il battit la place 
pendant trois jours, elle était défendue par Jean de Sennec- 
tère sieur de Fontenilles ;, Charles de Garbonnières, sieu? 
de Jayac et d'Archiniac; le jeune Périgord, Claude des 
Martres, et Raymond de Bertin sieur de la Reymondie. 
Le capitaine Flaugeac entra le second jour dans Sarlat, 
envoyé avec soixante hommes pour défendre la ville, par 
Burie qui lui-même n'était pas très éloigné et qui surveil- 
lait les mouvements de l'ennemi. Les assiégés se défendirent 
vigoureusement, tuèrent les artilleurs assiégeants, faisant 
ainsi cesser le feu de leur batterie. Malgré cela, Duras tenta 
plusieurs attaques; toutes échouèrent et le 6 octobre, appre- 
nant que Burie était aux Mirandes, il leva le siège et partit, se 
dirigeant vers Meyrals (3) et Tayac (4). En se retirant il incendia 
les faubourgs et le château de Temniac (5), ruina le couvent 
des Cordeliers et mit le feu aux bâtiments et aux récoltes et 
provisions dont ils ne purent se servir. 

Burie se contentait d'observer les troupes protestantes; il 
avait avec lui M rs de Foix-Candale, Jean d'Escars de la 
Vauguyon, Louis d'Estissac, G. de Caumont-Lauzun et 
François de Chavigny. Montluc, glorieux de la prise de 
Lectoure, vint le rejoindre avec cinq enseignes d'infanterie 
et ses soldats espagnols,fameux pour leur courage, mais aussi 
pour leur cruauté ; il passa par Belvès et Siorac; Burie était 
aux Mirandes. Duras avait établi son camp sur les bords de 
la Vézère, près de Fages. 



(1) Targon, bourg, près de Cadillac (Gironde). 

(2) Chanoine Tarde, p. 232 - 23A. 

(3) Meyrals, commune du canton de Sainl-Cyprien (Dordogne). 

(4) Tayac, commune du canton de Saint-Cyprien (Dordogne). 

(5) Temniac, près de Sarlat. 



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— 27 — 

Montluc passa la Dordogne à gué avec quarante ou cin • 
quante cavaliers ; il manda à Burie de passer aussi la rivière 
en l'engageant à livrer la bataille, mais Burie voulut attendre 
les ordres du duc de Montpensier; malgré cette divergence 
d'idées, il avertit Burie qu'il allait passer la Vézère avec ses 
troupes et il emmena avec lui d'Argence et du Courré(l). Les 
huguenots apprenant la marche des catholiques, délogèrent 
de leur camp sur la Vézère, mais ils ne se hâtaient point, 
ayant de bons refuges à Cendrieux et à Vergt; ils négligèrent 
donc de passer l'Isle, comme quelques-uns le voulaient, ne 
croyant pas que Montluc était aussi près d'eux. 

Sur ces entrefaites, cependant, Burie rejoignit Montluc; il 
voulait encore temporiser et écrire au duc de Montpensier, 
mais Montluc s'obstina à vouloir donner bataille et en prit 
sur lui les suites. 

Jamais, dans une armée, joie ne fut plus grande que dans 
Tannée catholique à la nouvelle que le combat était décidé. 
Burie lui-même,secouant sa lenteur,fit paraître plus de viva- 
cité qu'à l'ordinaire; il marchait à la tête de la cavalerie et 
Montluc tenait l'avant-garde avec cinquante hommes ; Burie 
logea à Sainte-Alvère; Montluc en y arrivant avait appris que 
les huguenots avaient leur artillerie à Vergt et que Duras 
était à Cendrieux, que Salignac et Langoiran occupaient les 
maisons devant le bourg; que du Puch et quelques autres 
étaient allés à la chasse d'un air aussi tranquille que si Ton 
avait été en pleine paix. 

Montluc, espérant surprendre Pennemi, marcha sur Vergt, 
et Montferrand attaqua les maisons où étaient Salignac et 
Montaut qui faisaient préparer leur souper en attendant 
Pardaillan ; il les surprit et les fit prisonniers. On s'inquiéta 
peu de cet événement dans l'armée de Duras ; on crut que 
c'était une attaque de la garnison de Périgueux qu'on savait 
battre le pays de ce côté là ; les troupes de Burie passèrent la 



(1) Le P. Dupuy, t. II, p. 188, Commentaires de Montluc. Paris, Hachette 
1872, t. III, p. 128. De Thou, Histoire universelle, l. IV, p. 442. Londres, 
1754, in-4*. Arch. hist.de la Gironde, t. XVII, p. 280. 



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nuit sur pied, et de grand matin elles étaient prêtes au com- 
bat. Duras, toujours plongé dans une sécurité qui devait lui 
être fatale, ne fit pas même reconnaître les troupes catholi- 
ques; cependant il jeta dans un bois un détachement de cava- 
lerie et cent arquebusiers à pied pour surprendre ceux qu'il 
croyait être la garnison de Périgueux. Montluc avançait 
toujours ; les compagnies de Burie, de La Vauguyon, de 
Randan, s'égarèrent en voulant le rejoindre et furent tomber 
dans l'embuscade ; le capitaine Bordet attaqua par derrière 
la compagnie de Burie, elle plia d'abord ; mais M. de Fonte- 
nilles étant survenu rétablit le combat et repoussa Bordet. 
Duras reconnut alors, mais trop tard, qu'aulieu d'avoir affaire 
avec la garnison de Périgueux, il avait sur les bras toute 
l'armée de Burie. Pardaillan, qui au premier bruit était revenu 
de la chasse, lui fit les plus vifs reproches de ce qu'il ne s'était 
pas mieux tenu sur ses gardes ; il voulait qu on risquât le 
combat, mais Duras et Bordet lui répondirent qu'on avait le 
temps d'arriver à Montanceix avant que l'action ne fût engagée 
et de mettre l'Isle entre eux et l'ennemi; en conséquence, 
ils donnèrent l'ordre de battre la marche pour faire avancer 
l'infanterie ; Ste-Hermine, commandant de l'artillerie, dut la 
placer au centre de l'armée et pressa la marche autant que 
possible. Duras se chargea de conduire l'arrière-garde qu'il 
couvrit d'une compagnie de cavalerie et d'une troupe d'ar- 
quebusiers à cheval. Il était trop tard, Burie était déjà dans 
la plaine de Vergt ; s'apercevant de ce qui se passait, il fit 
placer quatre canons sur une éminence et marcher l'ar- 
mée des deux côtés de la plaine, le capitaine Masses à droite, 
les compagnies du roi de Navarre et dé Montluc à gauche, le 
reste de la cavalerie suivait ainsi que l'infanterie française 
derrière laquelle marchaient les Espagnols. Montluc s'avança 
avec MM. de Montferrand et de Cazelles, tandis que les chefs 
ennemis tenaient encore conseil sous un arbre. Voyant 
l'infanterie huguenote se mettre en route, il dit à M. d'Ar- 
gence : « Nous sommes déjà vainqueurs, voilà nos ennemis 
qui onlpeur; la victoire est à nous, dès que nous les suivrons 
ils prendront la fuite. » 
Il y eut néanmoins un moment d'hésitation dans l'attaque; 



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— 29 — 

plusieurs voulaient attendre l'infanterie pour tomber sur 
l'ennemi avec toutes les forces, mais Montluc craignant qu'il 
ne gagnât les hauteurs où il se serait défendu avec plus 
d'avantage comme à Targon, soutenait qu'il fallait incon- 
tinent fondre sur lui avec la cavalerie pour ne pas lui donner 
le temps de se reconnaître. Cet avis prévalut, M. de Burie 
ayant fait tirer le canon, Montluc profitant du trouble que les 
boulets venaient de produire dans les rangs ennemis s'écria : 
« Carguo, Carguo » et donna tète baissée sur leur cavalerie ; 
il la culbuta. Le capitaine Masses, voyant que l'artillerie se 
tenait en bon ordre au pied de la colline y accourut avec M. de 
Fontenilles et la chargeant vigoureusement la met en déroute 
et s'empare des canons. Le combat avait lieu dans la plaine et 
les vignes qui l'entourent ; quelques huguenots ayant voulu 
s'enfuir dans un bois châtaignier qui était à gauche de la 
plaine, les Espagnols et les Gascons s'amusaient à leur tirer 
des coups de mousquet au moment où ils couraient d'un 
arbre à l'autre ou essayaient d'y monter pour se cacher dans 
le feuillage (1). Montluc courut le risque d'être pris ou tué, 
car serré de près par trois piquiers et son cheval blessé au nez 
et à la tête, il allait succomber quand il fut dégagé par le 
capitaine Baritault qui eut son cheval tué sous lui. On admira 
dans les rangs catholiques la valeur que déploya M. d'Argence. 
Les huguenots furent poursuivis pendant plus de deux lieues 
par la cavalerie catholique ; on prit sur eux dix-neuf ensei- 
gnes d'infanterie et cinq cornettes de cavalerie, qu'on envoya 
à M. de Montpensier; les protestants perdirent plus de cinq 
mille homme tués dans le combat sans compter les fuyards 
qui furent massacrés en grand nombre par les paysans. 
Peyrelongue, maréchal de camp de l'infanterie, fut griève- 
ment blessé ainsi que Gaumont, le frère de Duras et Louis de 
La Rochefoucauld-Montendre, qui fut fait prisonnier et dont 
on n'entendit plus parler. Les protestants rejetèrent la cause 



(1) Il y a une cinquantaine d'années, on découvrit dans l'intérieur d'un gros 
châtaignier un Squelette recouvert d'une cuirasse : un soldat huguenot s'était 
sans doute réfugié dans le creux de cet arbre et n'avait pu en sortir* 



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- 30 - 

de leurdéfaitesurPeyrelongue qui ne disposa pas,disaient-ils, 
l'infanterie comme il avait été convenu, mais la véritable 
cause était dans l'indolence et la folle sécurité de Duras et 
dans la licence des soldats qui n'obéissaient pas à leurs offl - 
ciers. 

La bataille s'était donnée le 9 octobre 1562 (1). 

En cette année, il y eut en Périgord une grande famine ; 
mais à Périgueux, par les soins du maire Bernard Jay do 
Beaufort, personne n'en souffrit l'extrême rigueur ; alors 
Périgueux était la victime des plus cruels fléaux de la colère 
de Dieu; la guerre, la famine et la peste; les huguenots devin- 
rent plus hardis et semblaient épier toutes les occasions 
d'étendre leur religion ; la peste commença à se faire sentir 
dès le mois d'avril par des fièvres malignes ; le cri des mou- 
rants, l'odeur infecte des cadavres, faisaient de cette ville le 
tableau le plus effrayant de la misère humaine. Beaufort se 
multipliait avec la plus grande énergie et semblait se repro- 
duire en mille endroits pour secourir les habitants malheu- 
reux ; lui seul et les consuls en avaient toute la peine ; les 
habitants les plus riches et les plus accrédités s'étaient éloi- 
gnés; cette peste dura jusqu'au mois d'août 1564. A Sarlat, la 
disette et les maladies firent d'aussi grands ravages, puisque 
tous les habitants quittèrent la ville, sauf un consul et quelques 
chirurgiens ; bref, toute la province souffrit de cette désola- 
tion qui se répandit de tous côtés. 

MontlucetBurie, le lendemain de la bataille de Vergt,flrent 
reposer leurs troupes dans les environs; de là ils allèrent à 
Mussidan rejoindre le duc deMontpensier(2), laissant l'armée 
campée à Grignols et dans les villages voisins; après s'être 
entendus sur les opérations à venir et les mesures à prendre 
à l'égard des protestants, ils se séparèrent, M. de Montpensier 
sedirigeant sur Barbezieux où on lui avait dit queDuras etLa 



(l)VoirMontluc; le Bulletin de la Société historique et archéologique du Pé- 
rigord, t. m, p. 95; De Thou, t. îv. 

(2) Louis de Bourbon duc de Montpensier» prince de la Hoché-sur-Yon, 
dauphin d'Auvergne,fils de Louis de Bourbon et Louise comtesse de Montpen- 
sier, sœur du connétable de Bourbon. 



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- 31 — 

Rochefoucauld devaient se réunir et Montluc se retirant à 
Bergerac; le duc ayant appris que La Rochefoucauld s'appro- 
chait, il envoya aussitôt Tordre à Montluc de revenir sur ses 
pas; en route, ce dernier rencontra des fuyards de la bataille de 
Vergt, il les tailla en pièces. Les huguenots tétant retirés 
devant M. de Montpensier, il remercia Montluc de sa dili- 
gence et le congédia ; ce dernier se retira à Bergerac par 
Saint-Privat près d'Aubeterre (1) ; y ayant trouvé les troupes 
espagnoles,il renvoya chez eux tous les volontaires et soldats 
du pays. La perte de la bataille de Vergt avait porté un coup 
terrible aux espérances -des protestants en Guienne; il est 
probable que si le parti catholique eût été vaincu, le Périgord 
livré aux huguenots eût certainement embrassé l'hérésie, 
tandis que cette victoire abattit pendant quelque temps du 
moins leur puissance et leurs prétentions qui grandissaient 
tous les jours ; mais Montluc, par la sévérité de ses ordon- 
nances sut arrêter leurs progrès; on n'osait plus avouer 
qu'on appartenait au culte réformé ; tout le monde allait à la 
messe; les ministres se cachaient et ne prêchaient plus qu'en 
secret, en s'entourant de toutes les précautions pour n'être 
pas découverts et sévèrement punis. Brossier ne fut pas pru- 
dent; il s'était réfugié au château de la Feuillade, mais il 
tomba de nouveau entre les mains de la justice et mis en 
prison; la sentence de mort prononcée contre lui était sur le 
point d'être confirmée k Bordeaux, quand il mourut en pri- 
son; sur le soupçon qu'il avait été empoisonné, on le fit 
ouvrir,mais on ne trouva rien qui prouvât cette supposition ;il 
fut enterré au cimetière des pendus , ajoute le P. Dupuy, 
« où depuis par perpétuel anathème, les passants jettent une 
pierre sur son sépulchre. » 

Le 19 décembre,l'armée du prince de Condé,après diverses 
tentatives dont une sur Paris, fut rejointe àDreux par l'armée 
royale; la bataille fut sanglante et chèrement disputée; 
d'abord les catholiquesfurentrepoussés,leconnétablefut bles- 
sé d'un coup de pistolet dans la tête et fait prisonnier; le 



(1) Mémoires de Montluc, 



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— 82 — . 

maréchal de Saint-André fut tué par un ennemi personnel; 
Condé pouvait se croire vainqueur, quand le duc de Guise, 
chargeant sur les reîtres occupés à piller, lesmit en déroute; 
en vain Gondé voulut résister, sa troupe fut culbutée et lui- 
même, pris par Damville, fils du connétable. Cet événe- 
ment décida du succès de la journée en faveur du duc de 
Guise; des deux côtés on avait perdu sept ou huit mille 
hommes. 

Un gentilhomme périgourdin, Armand de Glermont, s* r 
de Piles (I), réunit quelques amis protestants comme lui et se 
lia avec un nommé La Rivière, avocat, qui avait abandonné 
son métier pour celui des armes et ensemble ils se mirent à 
courir le .pays. Le ducdeMontpensier, en quittant la Guienne, 
avait donné le commandement de Bergerac à G. deCaumont- 
Lauzun, qui avait fait emprisonner une partie des protes- 
tants de la ville pour les punir du meurtre de Peyrare de Dan- 
gonnet, riche marchand et zélé catholique. Il avait été attaqué 
dans la rue par les protestants et laissé pour mort ; il eut 
cependant la force de gagner son logis, mais ses ennemis 
rayant su enfoncèrent les portes, le daguèrent dans son lit et 
pillèrent sa boutique et sa maison ; c'est à la suite de ce bel 
exploit que plusieurs d'entre eux furent arrêtés. Piles résolut 
de les délivrer ; il entra soudain dans la ville avec trente 
hommes choisis et, profitant de la surprise où la ville et la 
garnison se trouvèrent, il se fit rendre les prisonniers et livrer 
des vivres. Aussitôt après ce coup hardi, il détacha le capi- 
taine La Rivière sur Ste-Foy avec une poignée de paysans. 
La Rivière surprit la ville par escalade et tua les quatre- 
vingts hommes de la garnison et abandonna Razat, qui y com- 
mandait comme lieutenant de Montluc, à la fureur du soldat 
et du peuple qui le mirent en pièces ; près de là, avec cent 
vingt paysans et douze soldats, il attaqua Castaing de La Salle 
qui avait trois cents hommes de pied ; il mit cette troupe en 
fuite après lui avoir tué cent vingt hommes et se retira au 
faubourg de la Madeleine de Bergerac, d'où il alla rejoindre 



(1) P. Dupuy, t. II, p. 190. 



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-38- 

de Piles qui venait de remporter un nouvel avantage près de 
Montagnac ; avec quinze cavaliers seulement il avait surpris 
Moncassin qui en avait trois cents et, à la faveur de la nuit, il 
le tua et s'empara de la plupart de ses chevaux (1). 

Charles IX, voyant les inconvénients qu'il y avait à faire 
dater Tannée à Pâques, et pour éviter la confusion provenant 
de l'inégalité de cette date, promulgua, en janvier 1563, un 
édit qui fixait le premier jour de l'année au l ,r janvier. Ce ne 
fut pas sans difficultés de la part du Parlement qui, à la 
faveur de son droit de remontrances, continua à dater ses actes 
selon l'ancien usage, pendant que les édits royaux le furent, 
Tannée commençant au 1 er janvier; enfin, après bien des 
difficultés, le roi eut raison des tergiversations du Parlement; 
ce dernier cessa de résister après une dernière déclaration 
du roi, 11 décembre 1566, et le 1 er janvier suivant, 1567, fut 
adopté pour le commencement de Tannée. 

Les succès multipliés de de Piles donnèrent confiance en 
lui et relevèrent le courage des protestants encore sous le 
coup de leur défaite et des répressions violentes de Montluc ; 
ses forces augmentèrent et le mirent en état de tenter de nou- 
velles entreprises. 

Dans la nuit du 15 janvier 1563 il se présenta sous les murs 
de Mussidan, dont les habitants Tavaient appelé, dressa des 
échelles et escalada les remparts du château dont il surprit la 
garnison endormie; il la massacra et devenu ainsi maître du 
château, il le fut bientôt de la ville. Dès lors les protestants 
vinrent en foule le rejoindre et, à Taide de ces nouveaux 
soldats, il défit le gouverneur du Périgord qui venait porter 
secours aux catholiques de Mussidan (2). 

Quelque temps après, Piles fit une nouvelle tentative sur 
Bergerac ; il espérait y entrer par surprise à Taide de fausses 
clefs, mais elles se brisèrent dans la serrure ; heureusement 
pour son parti, il avait des intelligences dans la ville; un 
habitant, dont la maison touchait aux murs fit pratiquer une 
ouverture par laquelle pénétrèrent les soldats de Piles ; aus- 

(l)deThou,p.491. 
(2) doThou. 



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T?-g 



- 34 - 

sitôt il donna Tordre de sonner les trompettes et de battre 
des tambours ; la garnison effrayée et surprise fut bientôt 
forcée (1). Du Puch, commandant de la ville, se retira dans 
lechâteau avec soixante-dix hommes, pendantque le curé de 
Saint-James, frère du sieur de Peyrarède, en ralliait quelques 
autres dans une tour, la tour de Malbec, près de la maison 
de ville; tout ce qui resta dans les rues fut passé au fil de 
Tépée. Piles attaque d'abord cette tour, il la sape et la fait 
sauter ; ses défenseurs sont écrasés dans sa chute ; le curé 
échappa à la mort comme par miracle et voulut s'échapper; 
il sauta dans le fossé et s'enfuit dans la campagne; mais vive- 
ment poursuivi par les habitants eux-mêmes, il fut bientôt 
J>ris et conduit à de Piles qui le fit immédiatement pendre 
devant le château. Défendu par du Puch, lechâteau tint plus 
longtemps; la première cour cependant ayant été enlevée, il 
voulut parlementer et demanda à être reçu à composition. 
Piles refusa et bientôt du Puch, faute de vivres, fut contraint 
de se rendre à discrétion. Piles le fit passer par les armes 
avec toute la garnison malgré les clauses du traité. Maîtres 
de la ville, les protestants en chassèrent les catholiques; les 
églises et monastères à plus de six lieues à la ronde furent 
pillés et renversés ; parmi les plus féroces destructeurs se 
firent surtout remarquer un prêtre renégat, ancien curé de 
TMarsaneix, nommé Moureau Bertrand, et son frère notaire; 
quelques années après, ils furent pris et condamnés à être 
roués vifs et brûlés sur la place de la Clautre, à Périgueux. 

Dans les premiers jours de juin 1563, Bertrand d'Aix, sei- 
gneur de Meymy, obtint du roi Charles IX des lettres d'abo- 
lition en sa faveur pour entrer en possession des biens de 
son frère, Denis d'Aix, qui avait suivi l'armée du prince de 
Condé et avait été condamné à mort par le Parlement de 
Bordeaux et ses biens confisqués ; il obtint de jouir paisible- 
ment de ces biens. 

Armand de Glermont, après la prise de Bergerac, revint à 
Mussidan où il faisait élever de nouvelles fortifications et où 
tl réunissait des vivres et des munitions ; en ce moment 



(1) P. Dupuy,t. II, p. 191. 



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- 35 -r 

Montluc était à Bordeaux pour apaiser une émeute causée 
par des différends survenus entre Noaillfts, gouverneur du 
château du Hâ et Jacques de Lasgebaston, premier prési- 
dent du Parlement. Averti des progrès croissants de de Piles, 
il envoya pour les arrêter son fils, Pierre de Montluc, dit le 
capitaine Peyrot, avec trois pièces de canon tirées de Bor- 
deaux et le chargea de se rendre maître de Mussidan. Mais 
le traité de pacification signé à Amboise, le 19 mars 1563, 
arrêta la guerre pour quelque temps ; Pierre de Montluc 
abandonna son entreprise et Piles rentra chez lui (1). 

La même année et avant la paix, le duc de Guise fut tué au 
siège d'Orléans par Poltrot de Méré ; c'était un gentilhomme 
angoumoisin, élevé parmi les pa^esde François Bouchard 
vicomte d'Aubeterre ; il était protestant et s'était attaché au 
service de M. deSoubise, sous lequel il avait servi pendant 
la dernière guerre (2). 

Poltrot, irrité des succès du duc de Guise et peut-être 
aussi poussé, prit la résolution de le tuer ; on sait comment 
il y réussit ; ce meurtre n'empêcha pas Orléans d'être pris ; 
les calvinistes Tévacuèrent et la reine-mère y mit garnison. 
Le Havre fut repris sur les Anglais. Charles IX fut déclaré 
niajeur, ayant atteint sa quatorzième année, dans un lit de 
justice tenu à Rouen ; le 4 décembre 1563 fut clos le concile 
de Trente ouvert depuis dix-huit ans. Le 16 août éjait mort 
Etienne de la Boëtie, âgé de trente-trois ans, à Germignat, 
en Mé(Loc ; il est célèbre par son traité sur la S*ryitv4e Volon- 
taire et par son amitié avec Montaigne qui a recueilli et 
publié ses ouvrages (3). 

La cour sénéchale de Sarlat se transporta, à cause des ma- 
ladies qui infestaient la ville, àCadouin (4) et quelque temps 
après à St-Cyprien (5), qui était plus rapproché ; elle rentra à 
Sarlat au piois de mai 1564. 

(1) Bulletin de la Soc. hist. et arch. du Périgord, t. xi, p. 894 et juir. 
L'édit ne (ut enregistré que le 17 mai. 

(2) De Thou, Davila, t. l«' f p. 299. 

(3) Chanoine Tarde, p. 241. 

(4) Cadouin, chef-lieu de canton (Dordogne). 

(5) SUfîyprien, chef-Ueu de canton, (Dordogne), 



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^3ë- 

'* 1564. — L'année i 564 ne fut pas mouvementée comme la 
précédente et le calme régna en Périgord ; nous dirons 
cependant que Jeanne de Biron, sœur du maréchal et reli- 
gieuse, sortit de son couvent, embrassa le luthéranisme 
et réclama son apanage pour lequel lui fut donné Lavaur (1), 
près Villefranche-du-Périgord et ses appartenances ; elle 
s'y retira, y fit venir et prêcher un ministre appelé La Fon- 
taine ; on venait l'entendre de Montpazier, Villefranche et 
autres bourgs et villages voisins ; Jeanne de Biron épousa 
en 1567 Jacques de Durfort, s r de Boissière ; il y eut quel- 
ques troubles en Périgord où fut tué le capitaine LaRivière ; 
la Guyenne se remuait aussi ; mais ces troubles furent bien- 
tôt apaisés par Imbert de la Platière de Bourdillon, maré- 
chal de France, que Charles IX venait d'y envoyer ; nous le 
voyons à Périgueux et à Bergerac, au mois de mars, remplis- 
sant ses fonctions. 

. « 1564, 13 juillet et suivants, et pour ce que en ladite année le bon 
plaisir du Roy fut de descouvrir et voir un royaume pour entendre la 
plainte et doléance de son peuple, en quoy faisant il vint dans la 
ville de Bordeaux, de quoy advertis lesdits sieurs maire et consuls 
envoyèrent' devers sa Majesté, pour lui rendre l'hommage et l'obéis- 
sance à lui dheu par les habitants de ladite ville, lesdits sieurs de 
Éarbnt etDubest, lesquels lui feyrent les hommages et y furent reçu s, . 
etc.. Les consuls furent avertis que le roi avait l'intention dépasser 
par le Périgord et même en la présente ville de Périgueux. Pour en 
savoir la vérité, ils envoyèrent en poste M e Bernard Dujarric jusqu'à 
iLauzun. \ .:.:,; : : . 

Dujarric prévint, par un exprès, les consuls que le roi prenait son 
chemûa par Bergerac et cpi'il ne passerait pas, par la ville de Péri- 
gueux. A, cette cause il fut décidé, par avis et délibération du conseiL 
de la ville, que. les sieurs JBarbut, Tourte! et Roche, consuls, iroient 
au dit lieu de Bergerac faire la révérence au roi, ce qui fut fait, étant 
accompagnés de trente bourgeois de ladite ville, etc. » (2). 

.vL'Mv^ de cette- année fut si terrible et si violent que toutes 
les rivières furent couvertes de -glace. Tous les arbres frui-. 



(1) Chanoine Tarde, p. 241. 
(2)Arch. comm. F F. 174/ ^ 



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— 37 - 

tiers gelés, ainsi que les vignes et les blés, et par ce fnoyeg, 
dit le chanoine Tarde, refroidit les esprits les plus querel- 
leurs (1). , ■ ,* 

Au mois d'août, par un éditdaté deRoussillon (2), le roi, sur 
la demande de Pierre Poynet, lieutenant général au présj- 
dial de Bergerac, et la requête des nobles, bourgeois et 
manants et habitants de Bergerac, permit d'établir un collège 
avec le nombre de classes et de régents tel que les habitants 
le désireront. Ce collège fut construit au Mercadil, sur un 
emplacement offert par M, Raymond Dupont de la Renaudie; 
le premier principal se nommait Remy et Elie Dupuy était 
son premier régent ; dans la série des Jurades (3), nous ren- 
controns souvent la nomination de régents et, dans les comp- 
tes delà ville, le paiement de leurs appointements. 

1 564. — Cette année (4) fut très calme en nos pays ; le chanoine 
Tarde raconte que les consuls de Sarlat firent faire amende 
honorable à un nommé Mathurin Constantin pour avoir 
brisé un crucifix (5) ; c'est dans le courant de cette année 
que Charles IX revint de son voyage en France, entrepris au 
mois de janvier de l'année précédente ; ce voyage avait pour 
but une entrevue à Bayonne avec Elisabeth, reine d'Espagne, 
sa sœur, et aussi pour pacifier le royaume,reconnaîtreles abus 
et les faire cesser; à son retour, il traversa le Périgord, passant 
par Bergerac (6) où Ton avait fait de grands préparatifs pour 
le recevoir ; il y dina, soupa et coucha le 8 août ; il logea dans 
la maison de M. d'Aix, médecin; cette maison existe encore. 
Mais il y a quelques années qu'on l'a défigurée (7j. Le len- 
demain il s'arrêta à Longua, petit château dans un bois entre 



(i) Chanoine Tarde, p. 241. 

(2) Roussillon (Isère). 

(3) Les jurades de la ville de Bergerac, 1564. 

(4) C'est en cette année 1564 que Calvin mourut à Genève, âgé de cin 
quante-six ans. 

(5) Chanoine Tarde, p. 241. 

(6) Jurades de Bergerac, 1565. 

(7) Note de M. Charrier. Registres de l'hôtel de ville de Bergerac, t. III. 
Voir p. 270 et suiv. pour les détails des dépenses qui furent faites à celte 
occasion. • 



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- 36 - 

Stèrgërac et Mùssidan, il y dîna et coucha le jeudi 9 août ; il 
fit son entrée â Mussidaù le 10, et le soir du même jour il se 
rendit à Ribérac et le il à La Rochebeaucourt, petite ville et 
i>éatï cfaâteau,dit la chronique; il y séjourna le dimanche. On 
saii que c'est pendant ce voyage à Bayonne que d'après les 
Conseils du duc d'Albe, Catherine deMédicis eut la première 
idée du massacre des chefs protestants ; mais le moment n'é- 
tait pas encore venu, Catherine savait attendre et dissimuler 
surtout quand il s'agissait d'assurer ses vengeances. 

1564. — Le iO avril, par une missive au Parlement, M; de 
fturie constate qu'il y a peu de courses en Périgord, mais 
qu'il y a nombre de meurtriers et de voleries à la punition 
desquels il fait procéder par le sénéchal du pays ; à Sàrlat, 
on lit exécuter quatre de ces malandrins dont trois nommés 
les Beneychins. 11 se plaint que les consuls et magistrats de 
Bergerac n'ont pas informé contre lés meurtriers d'un nommé 
Lespinassat, ancien conseiller ; que Poynet, lieutenant-géné- 
ral; Bourges et de Besliri, conseillers ; deLyton, substitut du 
procurent du roi, et les consuls de la ville, assistent au prêche 
d'un ministre espagnol -, non naturalisé, nommé Bellerme, 
Qu'ils n'ont pas fait rentrer les religieux Carmes, Jacobins et 
Cbrdéliërs dans leurs couvents, suivant les édite. 

Ils n'ont pas fait bâtir trois autels en l'église paroissiale de 
Saint-Jacques ; enflri, il les accuse d'autres délits contre les 
arrêts et ordonnances ; ne croyant pas sa commission assez 
ample, il s'en remet au roi pour la répression du tout. 

A la réunion des Etats du Périgord, le 24 septembre, à 
Périgùéux, au lieu dôs'ôccupër de sévir contre les violences 
qui se commettaient journellement, le juge général du 
Périgord, pour la reine de Navarre, Pierre Lambert, et le 
lieutenant criminel au siège de Périgueùx accusèrent d'exac- 
tions, concussions, pilleries et homicides le sénéchal de 
Périgord et* d'un autre côté^ un enquêteur audit siège, 
nommé Dumas, accusa Lambert de contravention auxéditset 
ordonnances au sujet de la religion ; Burie ordonna qu'on 
informât contre Lambert et que Lambert informerait contre 
le sénéchal. Lambert alors appela de cette sentence, disant 
qu'il était officier de la reine de Navarre, qui a toutes ses 



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. — 39 — 

causes appelées au Grand Conseil. Mais Burie déféra cent 
appel à la connaissance du roi à raison de rincompétenQe 
prétendue des officiers delà ville de Périgueux, Nous ignorons 
quelle fut la suite de ce procès, mais ces détails montrent 
une fois de plus quel désordre régnait dans l'administration 
générale du royaume . 

1566. — A son retour, le roi, à rassemblée de Moulins, 
ordonna une réconciliation entre l'amiral de Coligny et les 
Guises; ni les uns ni ni les autres ne purent reculer et ne 
Posèrent. 

Mais la réconciliation ne fut que sur les lèvres et non daus 
le cœur,comme nous le verrons plus tard. Le 14 mars, la ville 
de Bergerac paya le loyer delà maison que la ville fournit à 
l'imprimeur « pour y soy demeuré » . 

Le 25 mai, les Etats du Périgord devaient se réunir à Ber- 
gerac; on leur prépara le couvent des Carmes. Les consuls 
de Périgueux, le juge-mage, M" de St-Geniez, de Badefol et 
d'autres députés se rendirent à l'assignation, mais ils ne 
purent régler les afïaires pour lesquelles ils étaient réunis et 
se prorogèrent à Périgueux pour le I e * juin ; la ville de 
Bergerac y envoya deux députés seulement, M. de Grauld, 
conseiller, et le consul Vergniol. Montluc passant à Péri- 
gueux, vers la fin de l'année, voulut arrêter en cette ville les 
menées des protestants, et comme les moyens termes 
n'étaient guère son fait, il les en fit chasser (1). 

1567. —L'an 1567, le roi, pour rétablir quelqu'ordre dans 
les provinces de Guienne fixa Périgueux comme lieu de 
réunion des Grands Jours du Parlement de Bordeaux qui, 
pendant quelque temps, bridèrent les religionnaires ; il 
enleva à Bergerac, pour punir cette ville de ses rébellions 
fréquentes le siège présidial qui fut transféré à Périgueux (2); 
il fit démanteler les murs et y envoya un régiment tenir 
garnison. A Issigeac, les protestants contraignirent à coups 
de bâton les catholiques d'aller au prêche, coupèrent la tête 



(1) Jurades de Bergerac, année 1566. 

(î) P. Dupuy, t. II, p. 192. Chanoine Tarde, p. 243. 



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- 40 - 

à un prêtre, rompirent le chœur de l'église et mirent le feu k 
la charpente. 

La paix signée depuis quatre ans déjà, se trouvait à chaque 
instant partiellement rompue; elle menaçait de l'être entière - 
ïnent ; elle le fut bientôt quand les protestants apprirent 
qu'on avait résolu d'arrêter le prince de Gondé et l'amiral de 
Coligny, de confiner le premier dans une prison perpétuelle 
et de se défaire de l'autre, de révoquer l'édit de pacification et 
de défendre partout l'exercice de la religion réformée ; aussi- 
tôt tout le parti fut en armes. Le prince de Gondé, l'amiral, 
Dandelot, lecomtede LaRochefoucauld se réunissent prompte- 
mentàRosay, près de Meaux, avec quatre cents cavaliers 
presque tous gentilshommes, dans l'intention d'envelopper 
et de se saisir de la Cour qui était à Monceaux ; mais la reine- 
mère ayant eu avis de leur marche se retira bien vite à Meaux 
avec le roi. Catherine envoya vers les protestants le ma- 
réchal de Montmorency pour savoir ce que signifiaient ces 
attroupements ; il en rapporta une requête rédigée par les 
princes pour être mise sous les yeux du roi ; pendant huit 
jours ce ne furent qu'allées et venues, mais on ne put s'en- 
tendre et les conférences furent rompues. Les protestants 
avaient reçu des renforts et les deux armées étaient en pré- 
sence dans la plaine de Saint Denis. Malgré le courage des hu- 
guenots, mal armés et sans canons, le nombre remporta ; 
mais le connétable fut tué dans la mêlée par l'écossais Robert 
Stuart. Quelques jours après, l'armée protestante marcha rapi- 
dement vers la Lorraine pour se joindre aux secours que le 
prince Casimir leur amenait ; après leur jonction, ils ren- 
trèrent en France dans les premiers jours de l'année 1568. 

1568,— Le duc d'Anjou, âgé de dix-sept ans, avait été 
nommé lieutenant général du royaume après la mort du 
connétable dont personne ne remplit la charge. La guerre 
devenait encore plus dangereuse que jamais pour la Cour; 
l'armée protestante était forte et bien commandée ; l'habMe 
Catherine avait toujours entretenu des pourparlers avec 
Condé qui était devant Chartres qu'il assiégeait; elle indi- 
qua une conférence à Longjumeau. Ses envoyés furent 
Charles de Gontaut-Biron et Henry de Mesmes, s r de Ma- 



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— 41 - 

lassise ; celui des protestants, le cardinal de Châtillon ; cette 
paix fut conclue le 2 mars 1568. Elle ne dura que six 
mois ; ce fut un répit pendant lequel les chefs se retirèrent 
chez eux. Tout-à-coup le prince de Gondé, qui était àNoyers, 
en Bourgogne, apprit que la reine-mère avait donné Tordre 
à Tavannes, gouverneur de la province, de se saisir de lui ; 
de son côté, l'amiral, inquiet de divers avis qu'il avait reçus, 
vint trouver Gondé ; ils se décidèrent à fuir sans attendre 
les troupes qui devaient les cerner et les prendre; ils par- 
vinrent à grand'peine et à travers mille dangers à gagner 
La Rochelle avec une suite de cent cinquante chevaux seule- 
ment. Le cardinal de Châtillon se sauva en Angleterre à la 
faveur d'un déguisement. Montluc avait en secret reçu 
Tordre de s'emparer de la reine de Navarre ; c'était une en- 
treprise qui n'était point dansle caractère de Montluc et il était 
malade à Agen. Néanmoins, il envoya à la reine de Navarre 
quivenaitd'arriveràNéraCjSonneveuLéberon pourlui propo- 
ser une entrevue afin d'aviser avec elle aux moyens de réta- 
blirlapaixenBéarnetenGuienne.Lareineneselaissapastrom- 
per,ellepartitpourCasteljalouxsousleprétexted'apaiser quel- 
ques troubles, fuyant ainsi la femme de Montluc qui se ren- 
dait auprès d'elle ; de là elle se retira à Bergerac où était 
de Piles avec une forte troupe. Ainsi déjoué, Montluc n'avait 
plus qu'à employer la force pour accomplir les ordres qu'il 
avait reçus. Il s'empara de plusieurs points militaires de 
TAgenais et jetades troupes dans Castillonnès (î) etSte-Foy ; 
mais il fut bientôt obligé de les retirer (2) de cette place pour 
les envoyer en Rouergue. Piles, toujours prêt à saisir l'occa- 
sion s'en empara ; ses troupes en ravagèrent les environs et 
bien au-delà ; les consuls de Périgueux craignant quelque 
attaque, renforcèrent leur garnison de cent vingt arque- 
busiers et nommèrent douze citoyens pour inspecter et gar- 
der les murs et les corps de garde. A l'approche de Montluc, 
qui revenait pour venger la prise de Ste-Foy et arrêter les 



(1) Castillonnès, chef-lieu de canton (Lot-et-Garonne). 

(2) Commentaires de Montluc. 



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• 42 — 

progrès de de Piles, ce dernier rappela ses troupes qui se 
retirèrent vers lui saccageant les églises, brisant les cloches, 
pillant tout sur leur passage, Sainte-Marie du Pizou(l) etlecou- 
vent deVauclaire(â). Ceux qui se dirigeaient sur Périgueux ap- 
prirent que la ville était sur sesgardes, n'osèrent ou ne purent 
s'en approcher plus près qu'Atur et Marsaneix. Les troupes 
deMontluc, fortes de seize cents chevaux, rencontrèrent les 
Réformés auprès de Miramont, et Madaillan qui commandait 
lavant-garde catholique, chargea un parti de cavaliers de 
de Piles et le mena Tépée dans les reins jusqu'à la Sauvetat (3) 
de Gaumont pendant que Fontenilles et le chevalier de 
Mon tluc rompent et poursuivent jusqu'à Eymet les autres 
cavaliers huguenots. Piles, obligé de battre en retraite, aban- 
donna Ste-Foy où entra le lendemain le chevalier deMontluc; 
la garnison qu'y avait laissée de Piles se trouvant trop faible 
pour résister avec avantage traversa précipitamment la Dor- 
dogne après une petite escarmouche. 

La reine de Navarre ayant échappé à Montluc, vint rejoin- 
dre les princes à La Rochelle, avec son fils et sa fille ; elle 
menait avec elle près de quatre mille hommes que de Piles, 
Montamar, Saint-Mégrin, Pardaillan, commandaient ; le 
prince de Gondé recevait aussi des renforts de la Normandie, 
du Maine et de l'Anjou pendant que Jacques de Grussol- 
d'Assier, le capitaine Mouvans à la tête de troupes réunies 
en Provence, en Dauphiné et en Languedoc, arrivaient par 
le Quercy et le Périgord. D'Assier et Mouvans passèrent la 
Dordogne à Souillac (4) le 14 octobre 1568, sans opposition ; 
quelques jours avant, le vicomte de Limeuil, Galiot de La 
Tour, avait surpris et battu un de leurs détachements près 
de.Gramat en Quercy ; une partie de cette armée logea à 
St Gyprien, ruina le prieuré et l'église et brûla une grande 
partie des coffres et des armoires qui contenaient les papiers 



(1) Le Pizou, canton de Montpon (Dordogne). 

(2) Vauclaire, abbaye de Chartreux, c nt de Ménestérol près de Montpon 
(Dordogne). 

(3) La Sauvetat (Lot-et-Garonne) . 

(4) Souillac, chef-lieu de canton (Lot). 



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- 48 - 

de Tabbayë (1) ; le château de Fages, appartenant à Jacques 
de Montesquiou, seigneur de Fages (2), Sandat et Moneassiû, 
fut pris par les Provençaux qui le pillèrent et livrèrent aux 
flammes ses granges et dépendances ; ils firent la châtelaine 
prisonnière. 

Dans le môme temps, le sieur de Puymartin fut lait capi- 
taine de Sarlat et le sieur de Maurans, capitaine de Domme, 
avec chacun une compagnie de cent arquebusiers; ce dernier 
lé 5 octobre, repoussa une attaque du capitaine Bonnevie, 
seigneur de Gazéla, qui tenta de pénétrer dans la ville par la 
porte des Tours à laquelle il essaya de mettre le feu. 

De Souillac et des divers points où ses divers détachements 
avaient passé, l'armée provençale traversa la Vézère au 
Ôugue et prit le chemin de St-Astier dans l'intention d'y pas- 
ser Tlsle et de de se rendre à Ribérac où devait se réunir 
l'armée protestante. Leduc de Montpensier était dans les 
environs de Périgueùx, tant pour défendre la ville que pour 
réunir des troupes destinées à secourir Angoulôme que Condé 
menaçait. 

Mouvans (3), ayant eu quelque différend avec le frère de 
d'Assier, s'élait séparé du corps principal de l'armée proven- 
çale et il s'était avancé jusqu'auprès de Mensignac, au lieu 
de Ghantegeline où il campait avec trois mille hommes. Le 
duc de Montpensier divisa ses troupes en deux corps et se 
chargea d'occuper d'Assier pendant que le comte de Brissac, 
fils du maréchal, irait à la tête du second surprendre Mou- 
vans et Pierregourde (4). D'Assier fut en effet attaqué ; il se 
défendit vigoureusement, mais il ne put se réunir au corps 
de Mouvans que Brissac, ayant marché toute la nuit, attaqua 
dans le bourg de Mensignac où Pierregourde s'était retranché. 
Brissac voyant la difficulté qu'il aurait à l'en déloger, feignit 
de se retirer et tournant tout-à-coup sur sa droite, il fut se 



(1) Fonds Leydet, Bibl. nat. extrait du Livre noir. 

(2) Fages, château près dé St-Cyprien. 

(3) De Thou, t. V, p. 542. — Davila, Histoire des guerres civilesde France- 
Amsterdam, 1757. t. I, p. 299. 

(4) François de barjac, seigneur de Pierregourde. 



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- 44 - 

poster derrière une colline qui le cachait à l'ennemi, et 
dressa des embuscades. Mouvans, malgré l'avis qu'il avait 
reçu de d'Assier qu'il serait attaqué et l'ordre de ne pas sor- 
tir de sa position qu'il ne fût secouru, crut à la retraite réelle 
de Brissac, et donna l'ordre du départ pour Ribérac, en 
côtoyant la foret de Fayolle (l),à Pabri de laquelle il espérait 
dissimuler sa marche et arriver à Ribérac dans la soirée. Il 
ne manqua pas de tomber dans l'embuscade d'où Brissac le 
chargea vigoureusement, et bientôt ses soldats furent mis en 
fuite avec une perte d'au moins mille hommes et le reste 
s'enfuit par les bois du côté de Ribérac. Ce combat eut lieu 
près de Chantegeline; Pierregourde fut tué et Mouvans, griè- 
vement blessé, mourut quelques jours après dans une maison 
du village. Brissac perdit peu de monde; mais l'armée royale 
eut à déplorer la mort de Jacques de la Châtre-Sillac, capi- 
taine des gardes du duc d'Anjou, et du jeune Montalembert 
d'Essé : c'étaient deux jeunes gens de grande espérance. 

Le corps principal de l'armée protestante était déjà parve- 
nu à Ribérac où quelques fugitifs de la déroute de Chante- 
geline commençaient d'arriver, poursuivis par les paysans 
qui en tuèrent un grand nombre ; mais malgré l'avis de quel- 
ques chefs, on ne les attendit pas et les protestants partirent 
dans la nuit pour se diriger sur Aubeterre, dont le château 
très fort était en leur pouvoir, et jusqu'où s'était avancé le 
prince de Condé qui venait à la rencontre de d'Assier (2) . 
M. de Montpensier se crut obligé de reculer devant les troupes 
de Condé ; il se retira à Châtellerault. 

Au mois de novembre 1568,1e chevalier deMontluc fit brû- 
ler le pont de Bergerac, ruiner l'auditoire et les chambres 
du conseil et du greffe dont les registres furent presque tous 
brûlés. 

Le .25 décembre, le sénéchal du Périgord partit de Péri- 
gueux avec deux pièces de canon et beaucoup de boulets 



(1) Fayolle, châleau, commune de Tocane-St-Apre(Dordogne). 

(2) M. Audierne rapporte que d'Assier fut pris, conduite Périgueuxet jeté dans 
le puits du Coderc; c'est une erreur, puisque nous le trouvons à la bataille de 
Moncontour en 1569 ; il mourut en 1584. 



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~ 4S - 

pour assiéger le château de Montastfuc ; il espérait que la 
prise de cette place importante faciliterait la réduction de 
Mussidan qu'on avait résolue; Montastruc fut pris au bout de 
quelques jours par composition . 

1569. — Au mois de janvier 1569, on découvrit une entre- 
prise des protestants contre la ville de Périgueux. Le capi- 
taine *** qui avait été commis à la garde du château des 
Bories (1), le ministre Berjemont et autres avaient formé le 
projet de s'en emparer ; ils devaient, armés de cuirasses, de 
poignards et de pistolets, cachés sous des vêtements de 
paysans, conduire des charrettes chargées de bois du côté de 
Taillefer et faire baisser le pont et embarrasser les portes, de 
façon qu'on ne pût les refermer pour donner à des soldats 
apostés le temps d'accourir, de se saisir des portes et d'en 
tuer la garde ; d'autres devaient en même temps monter à 
Pescalade des endroits les plus faibles ; mais l'entreprise 
n'eut pas de suite parcequ'on fit entrer dans la ville les 
compagnies de Gardou, de Garbonnières et de Puyferrat; les 
protestants se voyant déjoués voulurent surprendre Li- 
bourne, mais leur dessein fut aussi découvert. 

Le duc d'Anjou envoya le 6 mars une lettre au maire de 
Périgueux pour l'avertir que les prolestants prenaient le 
chemin du Périgord et qu'il leur envoyait le comte d'Escars 
pour les aider à s'opposer à leurs desseins ; la garnison de 
Mussidan, où commandait le capitaine Ghaylard, ravageait le 
pays ; un jour qu'on la savait sortie, on envoya contre elle le 
sieur de Cauze et le capitaine Puyferrat qui la surprirent, 
l'entourèrent, tuèrent plusieurs soldats et dispersèrent le 
reste; Mourault Bertrand, son frère et quelques autres furent 
pris et conduits à la maison de ville ; nous avons vu qu'ils s'é- 
taient faits remarquer dans les troubles par leurs cruautés 
et leurs pillages insignes ; ils furent roués et brûlés sur la 
place de la Glautre. Quelques jours auparavant, au mois de 
février, les habitants de Périgueux n'ayant pas voulu recevoir 
les compagnies royales que le comte des Gars envoyait pour 

(1) Les Bories, château appartenant à la maison de St-Astier, commune d'An* 
tonne (Dordogne). 



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- 46 - 

la garde <lu pays contre les entreprises du prince de Gondé 
et du capitaine Piles; ces compagnies furent contraintes de 
se loger dans les environs. Piles averti les surprit et les mit 
en déroute, c'étaient celles d.e Limeuii le jeune, de Cornil,de 
Condat et de la Bourlie ; ce combat se livra au lieu de Fla- 
geat. Après cette défaite, les compagnies de Neuville et de 
Masses se dirigèrent vers St-Yrieix où elles avaient laissé 
leurs bagages ; en passant par Thiviers, Neuville et Masses 
firent prisonnier le juge de Thiviers et un membre de la 
maison de Cbapt qui avaient pris les armes contre le roi ; ils 
voulurent en prendre d'autres qui s'étaient réfugiés dans la 
tour de la Bastardie ; le sieur de Laurière y fut blessé d'un 
coup d'arquebuse ; sans l'intervention de son frère, Pompa- 
dour, il aurait fait mettre le feu à la ville. 

A la lin de juillet, le sieur de St-Geniès de Badefol, lieute- 
nant pour le roi en Périgord, en l'absence de M. des Cars, 
logea à Bergerac avec plusieurs compagnies degens d'armes, 
fit démanteler la ville, abattre et saper les tours des murail- 
les et boulevards, la porte de Malbec et brûler les portes de 
la ville. 

Nous trouvons dans les registres des archives municipales 
de Périgueux (i) qu'à cause des troubles et de la guerre, les 
consuls furent obligés d'envoyer à Limoges chercher les 
étoffes nécessaires pour fabriquer leurs chaperons en satin 
rouge et noir, les marchands de la ville n'aiyant pu s'en pro- 
curer. Nous y trouvons aussi que M. de L,avauguyon resta 
plusieurs jours à Périgueux pour veiller à la sûreté du pays 
et qu'il envoya plusieurs dépêches pour le service du roi aux 
divers chefs de l'armée royale et à des commandants de for- 
teresse. Les plus grands froids de l'année 1569 étant passés, 
l'armée royale, commandée par le duc d'Anjou et Tavannes, 
se mit en campagne à la recherche de l'armée protestante ; 
le duc d'Anjou ayant appris que Condé voulait gagner les 
bords de la Loire pour se porter à l'avance du duc de Deux- 
Ponts qui lui menait des renforts d'Allemagne, marcha à sa 



(1) Archives munie, GG. 102. 



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— 47 - 

rencontre pour prévenir leur jonction ; les deux armées se 
rencontrèrent près de Jarnac; le prince de Condé, surpris, 
fut obligé d'accepter le combat; il fut défait; on sait que, 
blessé dans la mêlée, il fut achevé d'un coup de pistolet par 
Montesquiou, capitaine des gardes du duc d'Anjou, au mo- 
ment où il se rendait prisonnier, 13 mars. 

Il semble qu'après la mort du chef protestant, la guerre 
aurait dû bientôt finir ; mais cette perte si grande pour le 
parti ne changea point les affaires ; le jeune Henri de Navarre 
fut déclaré à Cognac, généralissime des armées protestantes; 
on lui adjoignit le fils du prince de Condé. 

Après sa victoire, le duc d'Anjou mit le siège devant Cognac 
défendue par d'Assier et devant Angoulême défendue par de 
Pijes ; mais l'armée royale fut obligée d'abandonner le siège 
de Cognac et l'entreprise sur Angoulême manqua parceque 
les intelligences qu'il avait dans la ville ne purent le servir. 

A l'occasion de cette dernière entreprise, le comte des Cars 
était venu à Périgueux ; il demanda le concours du maire de 
la ville avec Tordre de lever une compagnie d'infanterie et de 
suivre avec les pièces d'artillerie disponibles, munitions et 
attelages nécessaires; le maire, Antoine de Chilhaud, réunit 
trois cents soldats ; d'après les constitutions de Périgueux, le 
comte des Gars partit de Périgueux et alla coucher à Lisle 
autour duquel furent logés le régiment de Sarlabous, les 
compagnies de Puyferrat, de Belcier et la cavalerie ; le maire 
et les gens se logèrent au village de Dourle. A Lisle le comte 
des Cars s'entendit avec Boutelier, habitant d' Angoulême qui 
devait lui livrer la ville. Le lendemain au point du jour le 
comte fit marcher ses compagnies sur le château de Mau- 
mont et fit halte aux passages des Fontaines ; ses troupes y 
découvrirent cinq cents arquebusiers conduits par le capi- 
taine Bertinville et postés pour le surprendre; au moment où 
M. des Cars rangeait ses soldats, arrivèrent le capitaine Lari- 
vière et M. de Montferrand avec trois cents chevaux. Les do- 
cuments que nous avons consultés se taisent sur le com- 
bat et son issue ; ils ne disent pas même s'il y eut 
bataille ; mais s'il y en eut, il est probable que le comte 
<?os Cars eut le dessus ; car le maire fut remercié de ses 



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- 48 - 

services et renvoyé à Périgueux avec ordre de bien garder 
et défendre cette place. Sans doute il apprit qu'il ne 
pouvait compter de réussir sur Angoulôme, car il se re- 
tira vers Mareuil et le maire prit le chemin de Périgueux, 
harcelé par les protestants qui n'osèrent l'attaquer à cause de 
sa bonne contenance. 

De son côté, le duc d'Anjou ayant donc manqué Cognac et 
Angoulôme (et les deux projets sur cette dernière ville par 
lui et le comte des Cars devaient être combinés), s'en alla 
pour attaquer Aubeterre (1), place alors très forte, dont il s'em- 
para ; de là il entra plus avant dans le Périgord dans le but 
d'y faire vivre ses troupes ; Montluc et François des Cars as- 
siégeaient Mussidan (2), il leur envoya Timoléon de Brissac, tils 
du maréchal ; à l'aide du secours qu'il menait, le siège put 
être plus vigoureusement poussé ; la garnison ne pouvant 
plus tenir dans la ville y mit le feu et se relira dans le châ- 
teau ; Montluc le fit battre en brèche et donna plusieurs 
assauts qui furent repoussés; dans une de ces attaques, M. de 
Pompadour fut tué, Brissac son ami, vivement touché de cette 
perte, voulut lui-même reconnaître la brèche et la profondeur 
du fossé; s'élant imprudemment avancé, il fut frappé d'une 
arquebusade à la tête et tomba mort ; il fut enterré dans la cha- 
pelle du château de Longa, à la porte de Mussidan ; son tom- 
beau y est encore. Bientôt, la garnison fut contrainte de se 
rendre à la condition d'avoir la vie sauve; mais malgré la foi 
du traité, les soldats catholiques, irrités de la mort de ces 
deux jeunes gens, se jetèrent sur elle et la massacrèrent ; les 
fortifications de la ville etle château furent rasés. 

Dans le courant d'avril, le capitaine Maurans étant mort, 
Léonard de Gironde, seigneur de Castelsagrat, le remplaça 
comme gouverneur de Domme (3). 

Pendant ce temps, l'amiral apprenant l'arrivée de l'armée 
allemande sous les ordres du duc de Deux-Ponts se mit en 
marche pour la rejoindre ; il longea le Haut Périgord, tirant 



(1) La Popelinière, tome XV, p. 87. 

(2) De Thou, t. V. p. 578, Davila, t. I, p. 325. 

(3) Chanoine Tarde, p. 252. La Popelinière, 



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— 49 — 

vers le Limousin ; son armée commettait mille maux et bri- 
gandages, incendiant, pillant, massacrant hommes, femmes et 
enfants; la ville de Périgueux fut effrayée et craignant une 
attaque, le maire Antoine de Ghilhaud et les consuls fliient 
demander du secours à Montluc qui leur envoya son fils le 
Capitaine Peyrot, avecdouze enseignes de cavalerie; mais ces 
craintes n'eurent pas de suites, Goligny passa outre. Un parti 
de reîtres de son armée s'empara de l'abbaye de Ligueux (1), 
la pilla, y séjourna huit jours et en partant y mit le feu ; 
l'abbesse Marguerite des Gars et deux religieuses survécureut 
seules à ce désastre. 

Le 16 mai 1569, le feu fut mis au fourneau de l'artillerie pour fondre 
les deux pièces moyennes, par le fils de M. le maire, avec un présent 
honnête au maître artilleur ; le lendemain la fonte fut faite et bien 
faite (2). 

Le comte Antoine de La Rochefoucauld fut détaché par 
l'amiral avec de l'infanterie pour s'emparer de Nontron qui 
appartenait à la reine de Navarre et était défendu par quatre- 
vingts hommes. 11 la prit le 8 juin 1569 et en fit massacrer 
la garnison et les habitants qui s'étaient défendus tant qu'ils 
avaient eu des vivres et des munitions; plusieurs purent 
s'échapper et cherchèrent un refuge à Périgueux. 

Leduc d'Anjou, instruit de la marche des Allemands, se 
porta du Périgord, où il avait repris plusieurs places, Condat, 
Saint-Astier, Bourdeille, Lisle, vers le Limousin pour empê- 
cher le passage de la Vienne. Malgré toutes ces précautions, 
ce passage eut lieu; mais le duc de Deux-Ponts, malade depuis 
quelque temps d'une fièvre violente, mourut à Nexon le 
18 juin; ses entrailles y furent enterrées et son corps tranporté 
à Angoulême, puis à La Rochelle et, à la paix, en Allemagne, 
dans le tombeau de ses ancêtres. Quatre jours après sa mort, 
ses troupes, commandées par Worald deMansfeld, se réuni- 
rent à celles de Coligny dans les environs de Ghâlus; le 
24 juin, l'armée royale et les prolestants se rencontrèrent à La 



(1) Ligueux, commune du canton de Savignac-les-Eglises. 
(2) Livre noir, f\ 198. Arch. com. FF. 174, 



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— 50 - 

Roche l'Abeille (1) ; le duc d'Anjou y fut battu le 24 ; après cet 
échec, il se retira vers la Touraine ; arrivé à Loches, il congé- 
dia la noblesse jusqu'au l ep octobre et distribua ses troupes 
dans les places fortes. 

L'armée protestante, après le combat de La Roche-P Abeille, 
où le jeune prince de Navarre avait fait ses premières armes, 
s'empara de Thiviers, prit Brantôme par composition et par 
force le Château-l'Évêque où Tannée précédente les hugue- 
nots avaient déjà eu une garnison, etLa Ghapelle-Faucher où 
Brantôme rapporte que deux cents soixante paysans furent 
massacrés, après y avoir été retenus un jour. 

L'amiral se dirigea ensuite vers le Poitou où il s'empara 
de Lusignan, de Saint-Maixent et deMirebeau ; il avaitl'inten- 
tion d'assiéger Saumur ; mais il changea d'avis pour attaquer 
Poitiers défendu par le duc de Guise ; il fut toujours repoussé 
et prit pour prétexte de se retirer l'arri vée du duc d'Anjou qui 
avait mis le siège devant Ghâtellerault pour faire diversion ; 
mais lui-même fut obligé de s'éloigner après un assaut 
inutile. Les deux partis, après quelquesjoursd'escarmouches 
et de préparatifs, en vinrent aux mains, à Moncontour, le 3 
octobre ; les protestants furentdéfaitsavecdes pertes énormes, 
et l'amiral eut la mâchoire fracassée d'un coup de pistolet. 
Parmi les gentilshommes qui se distinguèrent dans ce combat, 
Pierre de Beaupoil de St-Aulaire fut un des principaux ; il 
reçut de la main même du duc d'Anjou, en récompense du 
courage qu'il avait montré, une épée dorée, marquée d'un H entre 
trois fleurs de lys ; ce Pierre de Beaupoil était baron de la 
Luminade, seigneur de Pontet,deValeix, etc; il légua à son fils, 
par un testament fait à la Luminade le 27 août 1578 cette épée 
d'honneur et la substitua de mâle en mâle aux aînés de ses 
descendants (2). 

Après la défaite de Moncontour, l'armée protestante se 
divisa; une partie se retira à Parthenay et à Niort; les prin- 



(1) La Popelinière, tome XVII, p. 101. — La Roche-l'Abeille, canton de 
St-Yrieix (Haute- Vienne). 

(2) Généalogie de Sl-Aulaire. 



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— 51 - 

ces et Goligny se réfugièrent à Angoulême et à La Rochelle 
pendant que le duc d'Anjou, au lieu de poursuivre son avan- 
tage, venait assiéger Saint-Jean-d'Angely, défendue par de 
Piles, qui s'y était retiré pour se faire soigner d'une blessure 
reçue à Poitiers. Le reste des troupes protestantes, composé 
de levées du midi, ayant à leur tête Montbrun, Mirabel, 
Quinlel, Verbelet et Pontez, voyant l'hiver qui commençait, 
reprirent le chemin du Languedoc et de la Provence, malgré 
les raisons des princes pour les retenir et les prières de 
Coligny; elles passèrent par Brantôme, Château-l'Evêque, 
traversèrent l'Isle à Mussidan (1), avec l'intention de passer 
la Vézère sur le pont de Montignac; mais le sieur du Barry, 
qui tenait la ville et le château pour le roi (2;, les repoussa si 
bien qu'ils furent contraints de chercher un passage ailleurs, 
mais ce ne fut pas sans avoir pillé le faubourg et brûlé le 
couvent des Cordeliers; de là, ils allèrent à Terrasson, 
Salignac, Souillac, pour franchir la Dordogne à gué, mais la 
pluie avait grossi les eaux; ils furent obligés de s'arrêter 
quelque temps pour se procurer des bateaux. Pendant le 
temps qu'ils perdent, les garnisons voisines, réunies à Sarlat, 
viennent fondre sur eux, les mettent en désordre, en tuent 
et en noient bon nombre ; Quintel et plusieurs chefs furent 
au nombre des morts ; le reste passa la rivière en grande 
hâte et battit en retraite par Marlel et Beaulieu, vers Aurillac ; 
cette retraite fut si précipitée, qu'ils laissèrent en Périgord 
plus de mille chevaux fourbus, tellement las et harassés, 
qu'ils ne purent pas suivre l'armée. 

Montluc, étant à Agen, apprit par M. de Montferrand que 
M. de La Roche- Ghalais et le capitaine Chantérac (3), 
gentilhomme périgourdin, étaient à La Roche Chalais avec 
cent vingt huguenots, courant le pays, faisant mille maux et 
rompant les communications avec la Saintonge et Bordeaux. 



(1) Quelques bandes, en passant, s'emparèrent de nouveau de Vauclaire ; 
le prieur et le procureur furent massacrés, au moment où ils cherchaient à 
s'enfuir. 

(2) De Thou, t. V, p. 644. 

(3) Commentaires de Montluc, p. 315 et suiv. 



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- 52 - 

Montluc partit incontinent pour Bordeaux et avertit . secrète- 
ment M. de La Vauguyon, François des Gars, qui était aux 
environs de Mussidan et de Montpon, avec le régiment de 
Sarlabous et trois compagnies de gens d'armes, qu'il lui 
assignait rendez-vous à Libourne. M. de Montferrand fut 
chargé de conduire l'artillerie par eau jusqu'à Coutras. Mais 
La Noue, que l'amiral, en se retirant, avait laissé comme 
son lieutenant en Guyenne, était à Sainte- Aulaye avec une 
troupe nombreuse ; il gardait la Dordogne et avait en son 
pouvoir le pont de Parcoul. 

11 fut néanmoins résolu que Ton attaquerait La Roche et 
que si La Noue se présentait au secours on le combattrait. 
Montluc, pour diviser les troupes ennemies et les empêcher 
de porter aide à La Roche Chalais, chargea MM. de Léberon 
et de Madaillan de se saisir du bourg et du château de Lévi- 
gnac appartenant au marquis de Trans,où s'étaient renfermés 
quatre-vingts protestants, — quelque temps avant, de Piles 
s'en était emparé, — ils devaient réussir à quelque prix que 
ce fût et de là se rendre de nuit au château de Bridoire qui 
appartenait à M. de Lamothe-Gondrin, et, s'ils ne le pou- 
vaient surprendre, empêcher au moins la garnison d'en 
sortir jusque ce que La Roche fût pris. Montluc leur recom- 
manda surtout de tout abandonner aussitôt pour le rejoindre 
s'il leur faisait dire que La Noue avançait. Lévignacfut bien- 
tôt pris à l'aide d'une couleuvrine qui ouvrit une brèche; la 
garnison fut massacrée. Quant à Bridoire, la garnison 
effrayée put se sauver pendant que. les catholiques étaient 
dispersés pour chercher des vivres dont on n'avait pas eu 
soin de se munir suffisamment. Pendant ce temps, Montluc 
ordonnait à M. de La Vauguyon de marcher sur Parcoul, de 
s'emparer du bourg et du pont pendant que les cavaliers 
iraient du côté de Sle-Aulaye surveiller* les mouvements de 
La Noue. M r de Montferrand prit l'avance pour être avant le 
jour sous les murs de La Roche et y enfermer la garnison ; 
quelques cavaliers envoyés devant le château revinrent bien- 
tôt, rapportant qu'ils avaient trouvé dehors et chargé des 
cavaliers huguenots, que Chantérac avait évité de se renfer- 
mer dans la place, qu'il avait gagné la rivière et l'avait pas- 



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- 53 - 

sée dans une barque avec une dizaine de soldats, mais que 
M. de la Roche était rentré. 

Voyant que Chantérac l'abandonnait, M. de La Roche vou- 
lut aussi se sauver, mais M. de Montferrand s'en aperçut et 
le chargeant vigoureusement le contraignit de rebrousser 
chemin ; pendant que cela se passait, La Vauguyon s'empa- 
rait du bourg et du pont de Parcoul. Le lendemain l'artillerie 
mise en batterie pendant la nuit était prête à faire feu sur La 
Roche; alors M. de La Roche voulut parlementer, mais la 
garnison prise de frayeur, cria par dessus les murailles 
qu'elle voulait se rendre. Montluc ne voulut accepter qu'autant 
que ce serait à discrétion. M r de La Roche paya six mille écus 
de rançon ; la garnison, sauf trois ou quatre hommes, fut 
passée au fil des armes. La Noue ne faisant aucune démons- 
tration, Montluc et M. de Montferrand se retirèrent à Bor- 
deaux où ils furent complimentés par le Parlement sur l'heu- 
reuse issue de leur entreprise; cette rançon de 6,000 écus fut 
partagée entre Montluc, La Vauguyon et Montferrand. 

Geoffroy de Vivant, s r de Doissac (I), s'étant mis à la tête 
de quelques troupes huguenotes, battit aux Tuilières, près de 
Sarlat, le sénéchal du Périgord ; il eût voulu, profitant de 
son succès, s'emparer de cette ville ; mais ne se trouvant pas 
assez fort, il tourna ses vues sur Belvès qu'il assiégea au mois 
de septembre ; la ville lui fut livrée par trahison, mais il ne 
la garda pas longtemps ; le comte des Cars vint pour la repren- 
dre avec de nombreuses troupes, et Vivant jugeant la résis- 
tance inutile en sortit ; il déposa ses prisonniers au château 
de Beynac et s'en alla en Quercy rejoindre le vicomte de 
Gourdon . 

Nous avons laissé de Piles soutenant à St-Jean d'Angely 
un siège contre le duc d'Anjou ; il fut obligé de capituler le 
22 novembre après une vigoureuse résistance ; il se relira 
à Angoulême, mais là il apprit que quelque temps après la 
bataille de Moncontour les habitants de Bergerac, voyant leur 
parti vaincu et que force restait au roi dans le pays, craignant 

(1) Doissac, commune du canton de Belvès (Dordogne). 



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- 54 — 

sa colère, avaient appelé le s r de La Beaume, gentilhomme 
voisin, bon catholique et fidèle au roi en le priant d'être leur 
gouverneur en son nom ; toujours entreprenant, de Piles 
résolut de reprendre la ville à l'aide des nombreuses intelli- 
gences qu'il y avait ; il partit donc d'Angoulême, prit Bourg 
sur Gironde, qu'il avait manqué Tannée précédente et 
s' arrêla quelques jours à son château de Piles; là, il réunit 
une forte troupe et se présenta inopinément devant une 
brèche pratiquée dans le mur du côté de la rivière, escalada 
la muraille, pénétra dans la ville et tua tout ce qu'il ren- 
contra, soldats ou habitants catholiques. M. de La Beaume 
fut obligé de prendre la fuite en franchissant les remparts à 
l'aide d'une corde. 

Piles, fier de ce succès, voulut aussi s'emparer de Périgueux . 
mais son projet fut éventé par le maire et les consuls ; quel- 
ques habitants de cette ville, huguenots, devaient se déguiser 
en paysans, embarrasser les portes avec des charrettes de foin 
et pendant ce trouble introduire leurs coreligionnaires. Le 
maire profita de cette alarme pour envoyer des députés à 
Tévêque de Périgueux qui était à son château, pour le prier de 
rentrer dans la ville où il serait reçu avec joie, de crainte 
qu'il ne retombât entre les mains deshuguenots qui l'avaient 
rançonné l'année d'avant ; mais il répondit si crûment à 
cette demande qu'il augmenta le soupçon qu'on avait déjà du 
peu de fidélité qu'il avait pour son parti ; on lui reprochait 
d'avoir, l'année précédente, laissé son château sans défense 
et de l'avoir pour ainsi dire abandonné à Mouvans. 

La même année 1569, le château de Commarque (1) qui 
était devenu un repaire de huguenots fut assiégé par le séné- 
chal du Périgord et le comte des Cars ; il fut forcé et remis à 
Claude de Martres, seigneur de Périgord. 

Toiras, capitaine protestant, partit des bords de la Dordo- 
gne avec une bande nombreuse se dirigeant vers PAgenais . 
les catholiques occupaient la ville et le prieuré de Sadiliao. 
Sur leur refus de capituler, Toiras donna l'assaut à la place 



(1) Commarque, château situé dans la commune de Marquay, canton de Sarlat. 



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■— 55 — 

et s'en empara; avant de continuer sa route, il la brûla et 
détruisit presque entièrement l'église. 

Le 25 novembre, le prieuré de Laurenque, en Agenais, 
dépendant de l'église cathédrale de Sarlat, fut pillé et incen- 
dié par les protestants et un prêtre, Martin Rignal ou Reynal, 
qui le gardait, fut tué selon l'ordinaire, attaché à un pied de 
lit et brûlé sur l'ordre de Denis Saint-Selve, habitant de 
Gavaudun. 

Depuis la prise de Saint-Jean d'Angely et malgré la conti- 
nuation de la guerre, on avait parlé de paix ; quelques négo- 
ciations avaient eu lieu, mais les calvinistes, trouvant trop 
dures les conditions qu'on voulait leur imposer, n'y vou- 
laient point entendre ; cependant, les deux partis avaient 
grand besoin de repos; les calvinistes avaient perdu la plus 
grande partie de leurs troupes auxiliaires par la guerre ou 
les maladies ; les Français même se reliraient chez eux 
fatigués de tant de marches et de ccmbats, et les princes ne 
savaient où trouver l'argent nécessaire pour payer la petite 
armée qui leur restait; jusque-là, ils l'avaient soldée en 
l'autorisant au pillage ou au moyen de la rançon des villes 
reçues à composition. D'un autre côté, le roi n'était pas dans 
un moindre embarras; les princes étrangers qui lui avaient 
fourni des troupes les avaient redemandées après Mon- 
contour, croyant que la guerre était finie, de sorte que l'armée 
royale se trouvait aussi fort réduite. 

Le 5 juin 1570 fut fait revue des habitants de la ville, armés et trou- 
vés au nombre de sept cents arquebusiers, la plupart morionnés (1), 
et environ six cents bois longs, piques et hallebardes, tous bons 
hommes, outre ceux qui étaient aux gardes des portes, et sans y 
comprendre les arbalétriers et autre menu peuple (2). 

Coligny, que rien ne pouvait arrêter, marchait sur Paris, 
quand une trêve de quelques jours fut conclue ; on renoua 
les négociations de la paix, elle fut signée le 8 août 1570 à 
St-Germain en Laye ; on accordait aux protestants les mê- 



(1) La tête couverte du casque appelé morion. 

(2) Extrait du Livre noir, f° 198. Archiv#s communales, FF. 174. 



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- 56 — 

mes avantages que dans les traités précédents : amnistie, 
liberté de conscience et du culte, admission aux emplois, etc.; 
en outre, on leur accordait quatre villes de sûreté pour deux 
ans : La Rochelle, La Charité-sur-Loire, Cognac etMontauban. 
On leur permit de plus d'établir des prêches dans deux villes 
par gouvernement; Bergerac et Saint-Sever furent désignées 
pour la Guyenne. 

Dans le cours de cette année, le maire et les consuls de 
Périgueux prirent un arrêté par lequel les cabaretiers ne 
pouvaient loger pendant les troubles aucun inconnu, et en 
ce cas, en prévenir le maire et les consuls, ni aucun enfant 
de famille portant armes à feu. à moins qu'ils ne s'en saisis- 
sent à cause des inconvénients qui pouvaient en résulter. 

Le 16 novembre on renforça la garde des portes sur l'aver- 
tissement que la garnison d'Aubeterre, malgré la paix, se 
préparait à surprendre la ville (1). 

Le 2 août, les consuls de Bergerac commencèrent à réédifier 
le pont détruit quelques années auparavant, et pour cela, on 
avait acheté de M. de Biron la moitié de la forêt de Clérans 
pour le prix de cinq mille livres (2). Le roi, par édit du 10 
novembre, permit aux protestants de Périgueux d'avoir un 
cimetière à eux, afin d'éviter les molestations dont ils avaient, 
disaient-ils, à souflrir des catholiques. 

Pendant la paix, Charles IX tenta de réparer les maux que 
la guerre avait faits ; il eût pu réussir peut-être avec plus 
de temps et de bon vouloir de la part de ses sujets ; il allait 
bientôt renverser lui-même ce qu'il avait essayé de recons- 
truire et replonger la France dans les horreurs de la guerre 
civile, après l'avoir ensanglantée par un massacre inouï. 

1571. — Nous trouvons à la date de 1571 un acte par lequel 
le roi ordonna au sénéchal du Périgord, Guy Chabot, le 
même qui avait tué La Chataigneraye en 1547, d'empêcher 
les exactions et les pillages des sergents et autres commis à 
la levée des impôts et des tailles, de punir ceux qui s'en sont 
rendus coupables, de leur faire rendre ce qu'ils avaient pris 

(1) En 1570, le maire de Périgueux était Bernard Jay de Beaufort. 

(2) Jurades de Bergerac, 1570. 



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- 57 - 

de plus que ce qui leur était dû, sous peine de la hart; c'est 
sur la plainte du syndic des Etats du Périgord que Charles IX 
rendit cette ordonnance. 

D'après les historiens protestants, la paix de St-Germain 
ne fut qu'un leurre, un moyen de tromper plus facilement 
leur parti par les libertés qu'on lui octroyait et les espérances 
qu'on lui laissait entrevoir; la reine-mère voulait endormir 
la défiance des chefs pour les faire tomber plus sûrement 
dans les pièges que les conjonctures à venir lui permet- 
traient de leur tendre ; elle se souvenait de ses conversations 
de Bayonne avec le duc d'Albe ; l'événement semble avoir 
confirmé ces soupçons. 



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CHAPITRE II 

1572-1580 

En Périgord il n'y eut pas de massacres lors de la Saint-Barthélémy. — 
Bergerac fortifié par les protestants. — Prise et pillage de Lalinde par 
les protestants. — Tentatives de Geoffroy de Vivans sur Dora me. — 
Il s'empare de Sarlat. — Mort de Charles IX, 30 mai 1574. — Prise de 
Périgueux par Langoiran, 1575. — La guerre en Périgord. — Mort de 
Jean de Losse. 

Le roi ayant reçu un grand nombre de plaintes sur les 
meurtres, vols et rebellions qui avaient lieu en Périgord, 
Saintonge et Limousin, ordonna que les Grands Jours se tien- 
draient à Périgueux pendant quatre mois, juillet, août, sep- 
tembre et octobre. Il désigna pour former cette Cour un 
président et cinq conseillers du Parlement de Bordeaux : le 
procès le plus remarquable qui y fut fait, fut celui par défaut, 
au S r de Rastignac, Raymond Ghapt et à deux de ses frères; 
ils furent condamnés à mort le 13 août 1572 et exécutés en 
effigie. Leur château de Rastignac devait êtredémoli et rasé; 
mais comme cela eût pris trop de temps, on se contenta de 
Tincendier. 

11 semble qu'ils ne furent pas très intimidés par ce juge- 
ment, car on trouve dans une lettre du roi à MM. des Grands 
Jours, en date du 8 septembre, que MM. de Rastignac 
avaient réuni des troupes et cherchaient à surprendre la 
ville de Périgueux et à se saisir des conseillers de la Cour 
pour se venger de l'arrêt prononcé contre eux ; afin de garder 
la ville et de défendre MM. des Grands Jours, le roi nomma 
M. des Bories, Jean de Saint-Aslier, gouverneur de la ville, 
et lui ordonna de s'y rendre avec le plus de gendarmerie pos- 
sible de ses amis, 



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-60 - 

Quand sous le prétexte du mariage de la sœur du roi (1), 
Marguerite de Valois, avec Henri de Navarre, Catherine de 
Médicis eût attiré à Paris l'amiral de Coligny et les principaux 
chefs protestants, endormis par ses caresses et ses dons, elle 
tenta une première fois de faire assassiner l'amiral ; puis elle 
poussa le roi à donner Tordre de massacrer, sans pitié ni 
merci, dans Paris et dans toute la France, les calvinistes (2). 

Le jour qu'elle avait fixé était le 24 août, le jour de la 
fête de Saint-Barthélémy. 

Charles IX était fort irrésolu; il reculait devant la responsa- 
bilité, Ténormité d'une pareille action, d'un pareil crime ; 
mais Catherine le circonvenait de ses cauteleux et perfides 
conseils ; elle lui faisait peur, lui représentait son isolement 
à Paris et dans le Louvre même, au milieu de ses ennemis : le 
roi de Navarre, Condé, Beauvais, gouverneur du roideNavarre, 
Pardaillan, de Piles. Le roi se laissa arracher Tordre fatal ; 
de crainte qu'il ne le révoquât, Catherine fit avancer le signal 
d'une heure. On sait le meurtredeColignyet deThéligny, son 
gendre ; au Louvre même, on n'épargna que les princes à la 
condition qu'ils se feraient catholiques ; presque tous leurs 
gentilshommes furent massacrés : Beauvais fut égorgé. « Par- 
daillan, dit Michelet, Pardaillan le plus vaillant de ces 
vaillants, que la plupart des assassins n'auraient pas regardé 
en face, amené là, sans épée, à l'abattoir, fut saigné comme 
un mouton. Il y avait dans cette foule, continue Michelet, 
un homme que Charles IX devait entre tous épargner, c'était 
celui qui Tavait arrêté deux mois au siège de Saint-Jean- 
d'Àngely, le capitaine de Piles ; c'était comme un adversaire, 
un ennemi personnel, à ce titre il était sacré ; de Piles le sen- 
tait, et dans la cour, devant ce monceau de morts sur lequel 
il devait tomber, il lança au balcon du roi un cri foudroyant 
à faire trembler le Louvre ; le roi entendit et fit le sourd ; 
alors,de Piles, arrachant de ses épaules un manteau de valeur, 



(1) De Thou, t. VI, p. 597. 

(2) L'amiral, dit Mézeray, ne pouvait souffrir ni les pillages ni les incen- 
dies, si ce n'est ceux des églises qu'il estimait être des temples d'idoles. 



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- 61 - 

le tend à un gentilhomme : « Prenez, Monsieur, et souvenez- 
vous? » Le gentilhomme n'osa prendre ce gage dangereux de 
vengeance, il eût été tué à depx pas. 

Parmi les autres gentilshommes qui furent massacrés, nous 
citerons le comte de La Rochefoucauld, le marquis de Resnel, 
le baron de Lavardin, Beaudiné, frère de d'Assier (d'Assier fut 
sauvé par le duc de Guise), François de Quellence, de Pon- 
tivy, de Bryon, de Puviault, de Montalembert, de Valavoine, 
de Guerchy, de Soubise, de Laplace, premier président de la 
Cour des aides ; Fraocourt, chancelier du roi de Navarre; de 
Loménie, son secrétaire ; Pierre Ramus, Jean Goujon et tant 
d'autres gentilshommes ou savants, soldats ou bourgeois. 
Parmi les Périgourdins massacrés, outre de Piles et Pardaillan, 
nous citerons encore François de Nompar de Caumont La 
Force ; il fut trouvé couché dans son lit avec ses deux fils ; les 
assassins se jettent sur eux avec fureur, les frappent de leurs 
poignards et s'éloignent après les avoir traînés dans la rue ; 
cependant le plus jeune des Caumont, âgé de douze ans à 
peine, contrefait le mort et reste immobile, baigné dans le 
sang de son père et de son frère -, le soir, voyant un homme 
qui levait les mains au ciel et disait avec des larmes :' « Oh ! 
Dieu punira cela ! » il lève alors la tête doucement et hasarda 
ces mots tout bas : « Je ne suis pas mort» — « Mais comment 
t'appelles lu ? * — « Menez-moi à l'arsenal, M. de Biron vous 
paiera bien. » Il parvint en effet à gagner l'arsenal, c'est ainsi 
qu'il fut sauvé. 

Biron, lui-même, grand maître de l'artillerie, quoique ca- 
tholique, était sur la liste du massacre; averti à temps de ce 
qui se passait, il fit pointer quelques couleuvrines sur la porte 
de l'arsenal et en imposa ainsi aux meurtriers qui n'osèrent 
se risquer, il sauva quelques-uns de ses amis qui avaient pu 
se réfugier près de lui. 

Cette horrible tuerie dura plus de deux mois à Paris et 
dans une grande partie de la France, à de rares, trop rares 
exceptions que l'histoire et la postérité ont, à juste titre, glo- 
rifiées. 

Nous n'avons rien trouvé qui se rapporte à ces fatales jour- 
nées à Périgueux ou dans le Périgord ; nous aimons à croire 



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62 — 

que les catholiques ne voulurent pas se rendre coupables de 
tels attentats. Quoi qu'il en soit, la terreur gagna un grand 
nombre de protestants de Périgueux ; ils s'empressèrent d'abju- 
rer l'hérésie au moins publiquement, se réservant tacitement 
d'y revenir plus tard, ce qu'ils ne manquèrent pas de faire, 
quand Périgueux tomba au pouvoir de Langoiran en 1575, 
pour montrer, dit le P. Dupuy « combien peu profite la vio- 
lence extrême pour remédier aux maux de la conscience. » 

Les protestants de Bergerac, étonnés, effrayés et indignés 
de ces massacres, se mettent en devoir de se fortifier, ils ré- 
parent leurs murailles et comblent les brèches avec les 
matériaux tirés de la destruction des couvents des Minimes, 
desCarmeset des Jacobins, appelant et prenant pour gouver- 
neur le baron de Langoiran, auquel les princes avaient confié 
le gouvernement du Bordelais, de l'Agenais, du Bazadais et 
du Périgord, après avoir soutenu le siège de La Rochelle. 
Conduits par Langoiran et Geoffroy de Vivans, animés et exci- 
tés par les prédications fanatiques des ministres La Gaussade 
et Bordas, les protestants pillent et saccagent les maisons des 
catholiques, les églises et les couvents à plus de huit lieues à 
la ronde, massacrent tout sans distinction d'âge, de rang ou 
de sexe,'et répandent la terreur dans tout le pays. Bordas, à 
l'insu de Langoiran, entraîne quelques jeunes gens de Berge- 
rac, leur fait espérer un bon pillage après leur avoir persuadé 
de se saisir (i) du château de Montréal, où commandait le 
capitaine Bonnet. Bordas avait gagné deux soldats de la gar- 
nison; il part donc, de nuit, avec sa troupe munie d'échelles 
et de pétards; mais son dessein est découvert par la noblesse 
du pays qui tenait à conserver cette forte place; elle se réunit 
à la hâte et tombe à l'improviste sur la troupe huguenote au 
moment où elle descendait dans les fossés du château ; trente 
ou quarante protestants restèrent sur la place ; le reste prit 
les champs, abandonnant échelles et pétards. Langoiran, 
quoiqu'il autorisât toutes ces manœuvres et cesviolences, tut 



(l) P. Dupuy, p. 198. — Montréal, château de la commune d'Issac, canton 
de Villamblard (Dordogne). 



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*e? 



— 63 - 

cependant obligé de sévir contre Bordas, sastisfaisant ainsi 
aux nombreuses plaintes que les bourgeois de la ville por- 
taient contre lui ; il lui interdit pour quelque temps l'exercice 
de son ministère. 

La même année, Vivans tenta de s'emparer de la ville et du 
château de Domme, forteresse presque inaccessible et posle 
militaire important, commandant une partie de la plaine de 
la Dordogne sur les limites du Périgord et du Quercy ; le 
18 octobre 1572, il se présenta donc inppinénent sous les murs 
et dressa ses échelles ; mais l'alarme ayant été donnée à la 
garnison, elle repoussa Vivans à coups d'arquebuse et de 
pierres. Vivans et plusieurs des siens fttrent blessés. 

Les Réformés qui avaient échappé aux premières fureurs 
du massacre s'étaient retirés chez des amis fidèles ou à l'étran- 
ger, les uns en Angleterre, en Suisse, en Allemagne, dans les 
Pays-Bas ; d'autres cherchèrent un abri dans les villes de 
sûreté ; d'autres enfin se Jetèrent dans les pays coupés de 
montagnes et faciles à défendre, comme le Vivarais, le Rouer- 
gue, les Gévennes ; ils n'avaient point l'espoir de s'y soute- 
nir longtemps ; mais ils attendaient une occasion de chercher 
des asiles plus sûrs ; ils désespéraient même de leur parti, 
quand le roi qui n'avait point d'armée sur pied, ni d'argent 
pour en solder une, publia, le 28 octobre, un édit par lequel 
il déclarait que la Saint-Barthélemy n'avait point eu la reli- 
gion pour cause ; cet édit portait en outre défense d'inquiéter 
les protestants, ordre de leur rendre leurs biens et assurance 
de sa protection. 

Les protestants respirèrent alors et eurent le temps de se 
reconnaître ; La Rochelle travailla à se fortifier ; Montauban 
ferma ses portes aux troupes du roi. 

c Trente villes, dit Sully, suivirent sou exemple et se conduisirent 
de manière que les protestant -, ce qu'on n'aurait jamais osé penser, 
obligèrent les catholiques à se tenir eux-mêmes sur la défensive. » 

Ce fut le commencement de la quatrième guerre civile • 
Les catholiques assiégeaient Sancerre ; La Châtre ne put 
s'en emparer dans trois mois de siège; alors il se contenta de 
bloquer la ville. Damville, au lieu de prendre Nîmes, va per- 



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— 64 - 

dre son temps et son armée devant Sommières et est contraint 
d'en abandonner le siège. Villars et La Valette s'emparent de 
quelques petites places en Gascogne, mais ils échouent 
devant Caussade et sont obligés de licencier teurs troupes qui 
étaient tellement indisciplinées que les communes se soule- 
vaient pour leur courir sus. Les plus grands efforts se fai- 
saient devant La Rochelle, ce boulevard de la puissance des 
protestants; Strozzi et Biron l'avaient investie Tannée précé- 
dente. Une nombreuse armée se réunit sous ses murs 4 ; le duc 
d'Anjou vint commander le siège, accompagné du duc d'Alen- 
çon, son frère ; du duc de Montpensier, des Guise, du duc de 
Nevers, sans parler du roi de Navarre, du prince de Gondé et 
de ses deux frères le prince de Conti et le comte de Sois- 
sons, que Ton contraignit de suivre, pour qu'ils ne pussent 
tramer ailleurs quelque chose en faveur de leurs coreligion- 
naires. 

Le siège dura huit mois ; les Rochelois se défendirent avec 
le courage du désespoir; le duc d'Anjou perdit par son insou- 
ciance et son incurie la moitié de son armée; enfin, après 
mille négociations rompues et renouées, la paix fut signée 
et ratifiée le 6 juillet. Les conventions de ce traité furent, 
nous n'avons pas besoin de le dire, les mêmes que celles des 
traités précédents. Biron fut nommé, par le roi, gouverneur 
de la ville (1). 

(1)1572. — Poudres et munitions de la Tour Mataguerre. 

Le vingtième jour du moys de novembre audit an, a été fait descrip- 
tion et dénombrement des munitions estant dans la tour de Matte- 
giierre . . . 

Premièrement six barricots.de bois tout pleins de poudre à canon. 

Plus un demy barricot de souffre . 

Plus un quintal au plus de mèche ou corde d'arbalette prête. 

Plus, environ cinquante ou soixante postes de bois pour les pion- 
niers. 

Plus vingt-deux mosquets. 

Plus, quatre autres mosquets donnés à la ville par Messieurs des 
Grands Jours desquels ledit Martin a dit en avoir donné acquit de sa 
main à un soldat du vice-sénéchal d'Agennois. 

Plus cinq mortiers de fer. 



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- 65 - 

Quelque temps après, le duc d'Anjou fut élu roi de Polo- 
gne ; il le devait aux intrigues de sa mère et aux habiles négo- 
ciations de Jean de Monlluc, évêque de Valence et ambassa- 
deur en Pologne ; c'était le frère de Biaise de Montluc. — 
Le duc d'Alençon fut à. la place de son frère nommé lieule- 
général du royaume. 

Le 15 mai 1573, lendemain de laPentecôte, pendant la nuit, 
le capitaine La Béraudière, huguenot, s'empara de Lalinde (1) ; 
tous ceux qui résistèrent furent massacrés et la ville pillée, 
si bien qu'il ne resta aux habitants, dit le chanoine Tarde, que 
« les murailles et le couvert des maisons. » 

Le 4 février, Geoffroy de Vivans avait tenté de nouveau 
de s'emparer de la ville de Domme ; mais il fut encore obligé 
de se retirer, repoussé par le sieur de La Verniole. 

Il renouvela sa tentative le 5 juin ; il s'était entendu avec un 
soldat qui avait fait des fausses clefs et qui devait lui ouvrir 
une des portes ; ayant eu des remords de sa trahison, le soldat 
avoua le complot qu'il avait formé à La Verniole; ce dernier, 
au jour assigné, fit ouvrir la porte indiquée ; mais Vivans, se 
doutant qu'on le trompait, se retira après avoir envoyé vers 
cette porte quelques hommes qui furent faits prisonniers. 

Ce fut en celte année qu'André de Bourdeille fut nommé 
sénéchal du Périgord. Il était frère de Pierre de Bourdeille, 
abbé de Brantôme. 

La famine continuait en Périgord ; on fut contraint de chas- 
ser les pauvres de Périgueux ; on les réunissait hors des portes 
de la ville et on leur distribuait du pain, du potage et de la 
viande deux fois le jour et ce, pendant cinq semaines aux 
dépens des habitants. Cette famine régnait aussi en Quercy 



Plus, quatre-vingts balles et boullets de fer en fonte tant pour les 
grandes pièces que autres. 

Desquelles munitions susdites ensemble les clefs de la dite tour, 
ledit Martin a rendues et remises es mains dudit sieur de Laye, qui 
s'en est chargé, dont a requis acte (2). 



(1) Chanoine Tarde, p. 253. 

(2) Archives communales de Périgueux, FF. 174. 



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- 66 — 

et principalement à Gahors; elle engendra des maladies pes- 
tilentielles qui firent périr un grand nombre de personnes et 
ces maux continuèrent jusqu'à Tannée suivante. 

Le roi écrivit à M. de Losse pour le charger de veiller sur 
la ville de Bergerac, de renforcer la garnison du château 
et d'y avoir au moins cinquante hommes, afin qu'en cas de 
nécessité, on pût s'en servir et d'y mettre comme gouverneur 
M. de Btauregard, ou en son absence quelqu'un de sûr et de 
capable. 

L'année suivante (1574), malgré la paix,, le 22 février, pen- 
dant la nuit, Vivans, de connivence avec quelques habitants 
huguenots de Sarlat, s'empara de cette ville par escalade ; il 
massacra plusieurs habitants, entre autres MM. François de 
Bruzat, prévôt de l'église cathédrale ; Pons de Salignae, grand 
archidiacre ; Pierre de Salignae, chanoine ; Jean Valat, cha- 
noine; Etienne Amadieu, prébendier; Pascal LaChièze, Jean 
Lascouts ; les maisons des chanoines furent livrées au pillage, 
l'église fut saccagée, les reliquaires pris et brûlé celui qui 
contenait les reliques de saint Sacerdos; les terriers, titres, 
documents, etc., furent dispersés, emportés, détruits. 

Vivans, pendant les trois mois qu'il occupa la ville, la fit 
activement fortifier. Le sénéchal, à cette nouvelle, donna des 
ordres pour prévenir les habitants des villes et forts du pays 
de se tenir sur leurs gardes et renforça les garnisons trop 
faibles après s'être assuré que les sieurs de Caumont, de 
Baynac, de Saint-Geniès, de Longua, quoique protestants, ne 
favorisaient pas les séditieux et se conformaient aux édits. 
Il demanda au roi l'autorisation de fortifier Périgueux, qui 
était faible et fit assembler des troupes par son frère le sieur 
de Brantôme, pour se joindre à Jean de Losse, gouverneur en 
partie de la Guyenne ; ces troupes se réunirent à Lalinde. 

M. de Bourdeille, vu les difficultés du temps, demanda 
au roi l'autorisation de réunir le ban et l'arrière-ban de la 
province. 

François de Salignae, évêque de Sarlat, était àFénelon lors 
de la prise de la ville (1) ; peu de jours après, il allaà Issigeac 

(1) Chanoine Tarde, p. 255 et suivantes. 



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- 67 - 

et fit promettre aux habitants si remuants de cette petite 
ville de vivre en bonne intelligence; mais le 2 mars, les 
calvinistes, au mépris de leur serment, mettent la ville ëntrô 
les mains de quelque capitaine de leur secte, et les habitants 
catholiques sont contraints de se réfugier dans la maison 
épiscopale où ils sont immédiatement assiégés malgré la pré- 
sence de Pévêque. 

François de Salignac fut obligé de capituler; il promit 
quatre mille livres pour lui et ceux qu'il avait recueillis, 
moyennant qu'ils auraient la vie sauve et qu'ils se retireraient 
où bon leur semblerait. 

Après le départ de révoque, les calvinistes entrent dans sa 
maison, la pillent, abattent la charpente et une partie des 
murailles, démolissent l'église et jouissent des biens et reve- 
nus de l'évêque jusqu'à l'édit de pacification. 

A cette époque, Yves de Constantin habitait Sarlat, dont 
il était premier consul (1); il perdit dans cette circonstance la 
plupart de ses titres de famille ; mais il devait bientôt avoir 
le bonheur de contribuer à faire rentrer la ville sous l'obéis- 
sance du roi ; cependant, son cage et ses infirmités lui ayant 
fait sentir le besoin durepos, ?.l se retira avec Jeanne de Vassal, 
sa seconde femme, au château de Kignac, où il fut assassiné 
par les religionnaires en 1583; il y était seul avec sa femme, 
son jeune fils et quelques servantes. Le nommé Benichos et 
autres voleurs, ses complices de la R. P. R., au nombre de 
vingt-cinq ou trente, masqués, y surprirent ce vieillard et 
l'assassinèrent de plusieurs coups d'épée et de pistolet. 

Le 23 février, jour de mardi-gras, Jean de Losse, étant dans 
son jardin du château de Bannes, fut découvert par quelques 
protestants et, poursuivi par eux, il n'eut que le temps de 
rentrer au château après avoir reçu un coup de pistolet ; 
quelques coups de canon dispersèrent les agresseurs. 

Le 11 mai suivant, la ville de Sarlat (2) fut reprise par les 
habitants catholiques, aidés du sieur de Puymartin, beau-frère 



(i) Généalogie de Constantin. 

(2j Chanoine Tarde, p. 257 et suivantes. 



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**?3?a 



— 68 - 

de Jean de Losse, et dans leur joie de s'être débarrassés de 
Vivans, ils abattirent imprudemment les fortifications qu'il 
avait faites sans songer qu'elles pouvaient leur servir à eux- 
mêmes pour repousser de nouvelles attaques. Vivans, de 
retour de Bergerac où il était allé pour s'entendre avec Lan- 
goiran, trouva les portes fermées et les habitants refusèrent 
de le recevoir ; de Losse, accouru à cette nouvelle, pour- 
suit Vivans et lui tue douze ou quinze hommes ; mais ce der- 
nier passe la Dordogne et se retire à Beaulieu en Limousin. 

Trois jours après la reprise de Sarlat, un soldat de la gar- 
nison de Montfort livra la place aux calvinistes et bientôt 
après ils prirent le château de Labro et quelques autres places 
autour de Sarlat et incendièrent l'église de Vitrac. 

Vivans, toujours en mouvement et en quête d'aventures, 
surprit Montpazier le 21 juin, grâce à l'intelligence de quel- 
ques habitants ; la ville ne fut point pillée ni les catholiques 
molestés, et. deux jours après, Jean de la Rivière, ministre 
protestant, y vint pour prêcher : ce fut le premier ministre 
qui y exerça; le 25 juin, le château de Labro fut repris par 
les catholiques commandés par le capitaine Plapech de 
Domme, Jean des Martres, 

L'église de Condat-sur-Vézère* surprise vers la fin de juin, 
fut aussitôt remise sous l'autorité du roi par les troupes 
envoyées par Jean de Losse. 

La tour de Derse, paroisse de Bouzic(l), qui servait de 
refuge à une bande de pillards que nul parti n'avouait et qui 
ravageait les environs de Domme, de Daglan, de Gampagnac- 
les-Quercy (2), fut prise par le gouverneur de Domme et le 
commandant de la place nommé Gerbe fait prisonnier avec 
une partie de sa troupe. 

Le sieur de Puymartin, avec la garnison de Sarlat, reprit 
pour le roi les forts de la Bruguière et de la Gazaille, et le 
gouverneur de Domme, pendant que la garnison de Montfort 
était allée fourrager dans la forêt de Bord, lui tendit une 



(1) Bouzic, canton de Domme. 

(2j Campagnac-les-Quercy, commune du canton de Villefranche-du-Périgord. 



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— 69 - 

embuscade et elle fut surprise et battue àTurnac ; elle ne put 
repasser la Dordogne; quatre jours après, le châtôau fut 
assiégé et la garnison se rendit le troisième jour; le vicomte 
de Turenne, qui n'avait pis encore abjuré le catholicisme, à 
qui cette place appartenait, y arriva quelques jours après et 
le sieur de Puymartin la lui remit. 

Le chanoine Tarde nous apprend qu'une pièce de canon 
qu'on appela la Camuse fut fondue à Sarlat pour battre les 
petits forts des environs. 

Dans une de ses lettres (juillet), M. de Bourdeille (1) mande 
au roi que M. de Sainte- Alvère s'est emparé du fort de Tré- 
molat(2), après avoir défait et tué le capitaine Gabrié qui y 
commandait. 

Le sénéchal se dirigeait vers Paris, où Charles IX l'avait 
appelé, quand il apprit la révolte d'Issigeac et les autres prises 
de Vivans ; jugeant prudent de revenir sur ses pas pour pré- 
venir les attaques des protestants, il retourna à Périgueux 
où il trouva les habitants armés pour leur défense et selon 
l'assurance qu'ils lui en donnèrent pour le maintenir sous 
l'obéissance du roi. 

Sachant tout le mouvement que se donnaient les protes- 
tants, le sénéchal fit avertir les villes et les châteaux qu'il 
croyait le plus exposés, de faire bonne garde, et il envoya 
quelques troupes dans les plus faibles; il pria les gentils- 
hommes de laR. P. R. de ne pas sortir de chez eux, de n'accor- 
der aucun secours aux séditieux et d'attendre ce qu'il plairait 
au roi de leur commander ; les seigneurs de Caumont, de 
Baynac, de Saint-Geniès, de Longua et plusieurs autres 
obéirent ; les protestants de Sainte-Foy demandèrent à M. de 
Bourdeille, par l'entremise du marquis de Trans, à vivre en 
paix sous le bénéfice des derniers édits. 

M. de Losse mit à Bergerac pour gouverneur le capitaine 
La Beaume, qui avait toujours fidèlement servi le roi, sous 



(1) Lettres d'André de Bourdeille au roi. 

(2) Trémolat, canton de Sainte- Alvère (Dordogne). 



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— 70 - 

la promesse des habitants qu'ils ne donneraient nul secours 
aux révoltés. 

Nous avons vu que le sénéchal avait demandé au roi l'auto- 
risation de convoquer le ban et l'arrière-ban du pays, qui 
était dépourvu de troupes, excepté quelques gentilshommes 
qui servaient à leurs dépens; il demandait en outre la per- 
mission de fortifier Périgueux aux dépens du pays ; car si la 
ville était prise, ce serait la perte de toute la province; le séné- 
chal, et dans presque toutes ses lettres au roi, il montre Tin- 
quiétude qu'il éprouve à l'occasion des gens de guerre et 
demande de lever des deniers pour les payer et les empêcher 
ainsi de piller le peuple pour subvenir à leurs besoins ; il 
ajoute que cette autorisation est d'autant plus nécessaire que 
le pays est très pauvre, ruinéparles bandes, et que Bergerac, 
d'où venaient presque tous les vivres, était maintenant au 
pouvoir des protestants. Il avertit le roi que Langoiran 
s'occupe de fortifier cette ville et il le prie de lui permettre de 
réunir des troupes, d'appeler à son aide ses lieutenants en 
Guyenne et de demander de la poudre et des canons à M. de 
Biroo pour reprendre cette place avant qu'elle ne soit achevée 
de fortifier. 

M. de Bourdeille ayant convoqué le ban et l'arrière-ban de 
la province, peu de gentilshommes s'y rendirent; il fut obligé 
d'avoir recours à ses parents et amis ; il réunit environ deux 
cents chevaux et se joignit à MM. de La Vauguyon qui en 
avaient à peu près autant, dans l'intention de trouver La Noue 
qui était alors à Chalais (1) (3 avril), pour l'empêcher de pas- 
ser llsle et de se joindre aux troupes protestantes qui 
étaient à Bergerac, en Quercy et en Agenais; le vicomte de 
Limeuil les rejoignit avec sept compagnies de gens de pied 
que M. de Losse lui avait confiées. 

Le vicomte de Limeuil envoya quelques soldats au château 
de Fages ; pendant une nuit ils firent sauter une partie des 
murailles et détruisirent tous les meubles et papiers qu'ils 
purent trouver ; quelques jours après, M. de Baynac vint l'as- 
siéger ; il entra en composition avec le capitaine Pioulettou 

(1) Chalais (Charente). 



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- 71 — 

qui y commandait, à la condition que ce dernier, ainsi que ses 
soldats,auraient la vie sauve, qu'ils emporteraient leurs armes 
et tout ce qu'ils pourraient. 

M. de Puyderogers(l) averti (mai) qu'il passait près de cent 
huguenots non loin de sa maison de Sainte-Alvère, les pour- 
suit avec vingt-cinq hommes seulement et les charge dans les 
environs de Saint-Geyrac ; il fut blessé dangereusement ; le 
sieur de Labatut y fut tué d'une arquebusade et trois de ses 
hommes furent blessés ; mais les huguenots, croyant leurs 
adversaires plus nombreux, prirent la fuite, laissant six 
ou sept des leurs sur le terrain et perdant une partie de leurs 
bagages. 

Le sénéchal prie, par la même lettre d'où ces détails sont 
tirés, le roi d'écrire aux seigneurs de La Douze, de Puydero- 
gers, de Montanceix, de Lascoups, de Rastignac, de Carlux, 
de Coutures, pour les remercier des services qu'ils lui rendent 
et d'honorer de son ordre MM. de Montanceix et de Coutures. 

Nous n'avons pu, gêné par la suite des événements, qui 
se passaient en Périgord, placer en son temps le récit de 
l'entreprise des jours gras (20-23 février), qui avait pour but 
de faire évader les princes de la cour et de les conduire dans 
une des provinces où les protestants avaient déjà quelque 
place forte et des troupes formées ; le complot manqua par 
trop de précipitation. Le duc d'Alençon, qui en était, avoua 
tout; on donna des gardes au roi de Navarre et on envoya à 
la Bastille les maréchaux de Cossé et de Montmorency; on 
arrêta La Môle, amant de la reine de Navarre, et le comte 
de Coconnas, ami de La Môle et amant de la duche3se de 
Nevers. Condé avait pu s'enfuir avec le vicomte de Turenne 
et Montmorency-Thoré en Picardie et de là gagner l'Alle- 
magne. La Môle et Coconnas payèrent pour de plus haut 
placés qu'eux ; ils eurent la tête tranchée comme coupables 
d'attentats envers le roi ; les maréchaux furent retenus à la 
Bastille pour, servir de caution contre les projets que pour- 
raient former les calvinistes sous la conduite du prince de 
Condé; le roi de Navarre fut très étroitement gardé à vue. 



(1) Pederiges, Pedercze, commune de Pezuls, canton de Sainte-Alvère. 



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— 7-2 - 

Telle fut l'issue de ce complot. Depuis la Saint-Barthélémy, 
la santé de Charles IX vacillait; son humeur avait changé ; 
il était devenu sombre et triste, les remords le minaient 
pourtant de sang versé; enfin, il mourut le 30 mai, d'une 
maladie épouvantable, saignant par tous les pores, disent 
les historiens romantiques, d'une maladie de poitrine qui le 
minait depuis quelques années, selon d'autres auteurs plus 
véridiques peut- être et plus sincères, à l'âge de 24.ans, ayant 
régné quatorze ans, de 1560 à 1574. 

Son âge ne doit-il pas excuser toutes les fautes qu'il a 
commises ou plutôt qu'on lui a fait commettre, fautes où 
souvent le poussait malgré lui Catherine sa mère, si ambi- 
tieuse et si ardente à vouloir. Catherine, on le sait de reste, 
avait façonné ses fils à tous les vices et à tous les plaisirs 
pour régner à leur place. 

La reine-mère avait été nommée régente du royaume en 
l'absence du roi de Pologne qui, sitôt qu'il apprit la mort de 
pon frère, s'échappa de ses Etats pour revenir en France (1); 
il mit trois mois pour faire ce voyage, traversant l'Allemagne 
et l'Italie, partout arrêté par les fêtes qu'on lui offrait. 

La régente profita du moment où elle avait tout le pouvoir 
pour faire condamner à mort le comte de Montgommery, 
que le maréchal de Matignon avait fait prisonnier en Nor- 
mandie. Ne trouvant point à propos d'attaquer les protestants 
en Poitou ou en Guyenne, où ils étaient trop forts, elle 
conclut avec La Noiie et leurs autres chefs une trêve de deux 
mois, pendant laquelle ils eurent la permission de s'assem- 
bler à Milhau pour aviser aux moyens de traiter une pafx 
générale. Les protestants des provinces de Guyenne, de 
Dauphinéetde Languedoc y envoyèrent leurs représentants; 
il y fut décidé que le prince de Condé serait déclaré le chef 
du parti jusqu'à ce que le roi de Navarre et le duc d'AIençon 
fussent rendus à la liberté et qu'on ferait la guerre jusqu'à 



(1) Des courriers furent immédiatement envoyés par Catherine au roi de 
Pologne pour lui annoncer la nouvelle dé la mort de son frère. Mery de 
Barbezières et Magdelon de Fayolle de Neuvic ne mirent que quatorze jours 
pour aller de Paris à Gracovie. 



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- 73 - 

ce que les Etats-Généraux eussent pourvu solidement à la 
paix et à la réforme du gouvernement. — Catherine ne put 
réussir à empêcher l'effet de ces conférences. — Damville, 
gouverneur du Languedoc, était allé trouver le roi, qui élait 
alors à Turin, pour en conférer avec lui ; il revint après avoir 
été très froidement reçu et presque maltraité; il signa les 
actes de Milhau. 

La guerre se trouva bientôt allumée par tout le royaume ; 
malgré la trêve, Vivans s'était emparé, le 21 juin, de Mont- 
pazier; les chanoines furent chassés, le service divin inter- 
rompu et l'église convertie en magasin pour les munitions 
de guerre ; les protestants recommencèrent leurs courses 
par tout le Périgord ; ils avaient l'intention de s'emparer des 
châteaux de La Ghapelle-Faucher (1), de la Renaudie (2), de 
Rochemorin (3) et de Château-l'Evêque. Le sénéchal voulut 
les prévenir; mais quand il se présenta devant La Ghapelle- 
Faucher, il le trouva pris; après quatre jours de siège, il 
reçut la garnison à composition ; de là, il se dirigea vers le 
château d'Aucor (4), appartenant à M me de Mézières; les 
protestants s'étant entendus avec la garnison pendant que 
les chefs étaient allés faire une promenade, étaient entrés 
dans la place et avaient fait fermer les portes sur eux ; mais 
le sénéchal l'eut bientôt reprise. 

André de Bourdeille, après ces entreprises,- se trouva réduit 
à l'impuissance pendant quelques semaines; les troupes 
royales se dissolvaient, n'étant pas payées, la compagnie du 
capitaine La Bleynie à Sarlat, celles du capitaine Laudrony à 
Montignac et du capitaine Verdoire ou Vendoire plièrent leurs 
enseignes faute de solde ; les habitants de Périgueux, s'ap- 
puyant sur leurs franchises, refusèrent de recevoir cent 
gentilshommes qui de là auraient pu, du moins, défendre le 
plat pays. Alors le sénéchal, devant ce manque d'argent et 
la mauvaise volonté de la ville, s'adressa au roi, qui l'autorisa 



(1) La Chapelle -Faucher, canton de Ghampagnac. 

(2) La Henaudie, commune de St-Front-la-Rivière. 

(3) Rochemorin, commune de St-Front-d'Alemps. 

(4) Aucor, commune de Beaussac, canton de Mareuil (Dordogne) » 



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- 74 - 

à lever trois compagnies d'infanterie, ainsi que ses cinquante 
hommes d'armes d'ordonnance ; mais il ne lui envoya ni 
troupes, ni argent; c'était retomber dans les mômes diffi- 
cultés ; aussi, Bourdeille, n'ayant ni soldats, ni canons, ne 
put s'opposer aux courses de Langoiran qui, avec .deux cents 
chevaux, battait la campagne autour de Bergerac; il vint 
jusqu'à deux lieues de Périgueux pillant et levant des contri- 
butions sur les paroisses ; il brûlait les maisons des paysans 
qui se refusaient à payer et faisait enlever les bœufs et tout 
le bétail qu'il faisait conduire à Bergerac ; il eût mieux valu 
que les habitants de Périgueux n'eussent pas fait valoir leurs 
droits et prérogatives et eussent reçu les gentilshommes qui 
voulaient y prendre quartier ; la campagne environnante 
aurait été défendue et les protestants n'auraient pas ravagé 
le pays autour de la ville. 

On était en train cependant de conclure une trêve à Pons; 
mais le sénéchal, qui s'y rendit d'après les ordres du roi, ne 
put s'entendre avec La Noue, et la guerre continua. 

Le roi, par lettre du 25 septembre, ordonna au sénéchal 
de faire son séjour à Périgueux, capitale de son gouverne- 
ment, et de s'y rendre aussitôt; il lui commanda en outre 
d'assembler la noblesse du pays pour la remercier en son 
nom des services qu'elle lui a rendus pendant les troubles et 
pour les encourager à les continuer par des promesses, 
« doulcement et à propos ». 11 appelle le sénéchal près de lui 
et désigne le sieur. des Bories (1), « qui lui est fort agréable 
et fidèle serviteur * pour le remplacer dans son comman- 
dement pendant qu'il sera absent; il remercie les habitants 
de Périgueux de leur fidélité par une lettre particulière. 
André de Bourdeille ne put faire un voyage auprès du roi 
faute d'argent. 

Au commencement du mois d'octobre, M. de Puymartin 
s'empara du fort de la Bergerie, près de Sarlat (2), et massacra 
les trente ou quarante protestants qui le défendaient ; dans 
le même mois, Regagnac et du Bouzet furent successivement 



(1) Jean de Saint-Astier. 

(2) Chanoine Tarde, p. 260, 261, 262, etc t 



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- 75 — 

gouverneurs de Montpazier; les chefs réformés Lauzerte de 
Capdrot et Clausade démolirent et ruinèrent l'église collé- 
giale de Capdrot et s'en approprièrent les matériaux. Le roi 
lui-même prenait part à la guerre ; il vint au siège de Livron, 
petite ville du Languedoc, mais il ne put la prendre et leva 
honteusement le siège de cette bicoque ; de là, il alla se faire 
sacrer à Reims. 

1575. — - Dans les premiers jours de février 1575, le len- 
demain de son sacre, Henri III épousa Louise de Vaudemont; 
au mois de décembre précédent était mort le cardinal de 
Lorraine; sa mort fut attribuée au poison, et Catherine fut 
accusée de n'y être pas étrangère. 

En cette année une famine affreuse désola le Périgord ; 
on cite le trait suivant, trait horrible qui donne la mesure 
des misères du temps : deux femmes du bourg de Lardimalie, 
poussées par la faim, tuèrent et mangèrent un enfant ; on les 
pendit pour ce crime. 

Au mois d'avril, Henri de la Tour, vicomte de Turenne, 
abandonna le parti du roi et se déclara calviniste; cette 
défection jeta un grand trouble dans les affaires du pays, 
d'aulant que plusieurs seigneurs de la région le suivirent 
dans sa révolte : MM. de Rochechouart et de Pompadour; 
Gilbert de Levis-Ventadour, gouverneur du Limousin, était 
aussi soupçonné d'hérésie. 

L'église et le fort de St-Quentin près de Sarlat étaient 
devenus un vrai repaire qui donnait asile à une bande de 
religionnaires qui ravageaient le pays ; le gouverneur de 
Sarlat s'en empara, laissa la vie sauve à la garnison, mais fit 
raser le château ; ces quelques soldats ne sachant que deve- 
nir ni où se loger s'en allèrent vers St-Amand dont ils 
s'emparèrent par trahison et en firent un lieu de refuge d'où 
ils continuèrent leurs déprédations. 

Les protestants assiégèrent vainement Beaumont et forti- 
fièrent quelques endroits du voisinage pour en faire le 
blocus ; mais cela fut inutile. 

M. d'Aubeterre, (mai), réunit àSt-Astier plus de cinq cents 
gentilshommes et avec eux se joignit aux troupes de MM. de 
La Vauguyon, d'Escars, de Pompadour et de Ruffec, pour 



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— 76 — 

empêcher le V* 6 de Turenne et Langoiran de se rejoindre ; 
mais ces derniers passèrent la Dordogrie et les troupes catho- 
liques ne purent les suivre, étant contraintes de se séparer 
faute d'argent et de canons. 

Le 14 juillet, Pierre Fournier, évêque de Périgueux, fut 
étranglé dans un escalier dérobé de son château par deux de 
ses domestiques, qui voulaient lui voler une somme impor- 
tante qu'il venait de recevoir (1) ; après ce double crime, ils 
prirent la fuite et jamais on ne put les retrouver. 

La guerre continuait; le capitaine huguenot, Pierre de 
Chouppes, après avoir pris aux environs de Bergerac quelques 
petits forts sur la Dordogne et surl'Isle, marcha sur Lanquais 
et de là sur Baynac ; on avait retiré tous les bateaux de la 
Dordogne ; mais il la passa à gué ou à la nage à la vue du 
régiment de Martinengues qui s'était avancé pour s'opposer 
au passage ; Chouppes le lit charger ;ses troupes le repoussè- 
rent et le poursuivirent jusqu'à l'abbaye de Terrasson (2) où il 
se réfugia, et il y eut une escarmouche en faveur des protes- 
tants. Le V le de Turenne voulait aussitôt après ce combat 
marchersurPérigueux; mais La Noue, nous n'avons pas trouvé 
pour quelles raisons, le détourna de ce projet. Vers le même 
temps les seigneurs de Floirac, gouverneurs de Limeuil et pro- 
lestants, s'emparèrent du Bugue, incendièrent le monastère 
et le bourg, donnèrent le butin à leurs soldats et enlevèrent 
les chartes, titres et papiers de l'abbaye. 

Depuis longtemps les prolestants désiraient avoir en leur 
possession la ville de Périgueux ; Langoiran résolut de s'en 
emparer par surprise ; nous laissons le P. Dupuy raconter 
lui-même, n'ayant d'ailleurs d'autre relation de cet événe- 
ment, les péripéties et les détails de cette entreprise ; nous 
ne changerons ni son style ni son orthographe ; nous donne- 
rons son récit en entier, tout le monde n'ayant pas entre les 



(1) P. Dupuy, tome II, p. 199 et suiv. 

(2) L'abbaye de Terrasson prospéra longtemps par les libéralités des V le * 
de Turenne. C'est à l'époque où nous sommes que l'église fut en partie détruite 
par les protestants. 



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- 77 - 

mains Y Estât de VEsglise du Pèrigord; ce fait eut lieu le 
6 août. 

Tous près du pont (que nous appelons aujourd'hui Pont- Vieux) 
étoit le grand logis des Lnmberts, qui suivoient les armes rebelles, 
appelle rnostellerie du Chapeau Verd, où le premier presche avoit 
esté faict les années passées. Ce lieu sembla favorable pouresclorre la 
trahison brassée dès longtemps par Langoiran contre la ville ; l'hoste 
du logis nommé Petit Pierre, normand de nation, facilita grandement 
l'exécution conclue pour le sixiesme d'aoust, Tan 1575, soubs Tasseu- 
rance de mille livres de récompense ; il introduisit dans sa maison par 
le bout du jardin, à la faveur de la nuict quatre ou cinq cents arque- 
busiers choisis, et quelques quarante gentilshommes bienéquippez en 
armes ; tout ce monde bien cathéquizé garda un merveilleux silence 
à entrer dans le logis; mais encore plus à demeurer là jusquesà sept 
heures du matin, sans estre aperceus ni sentis à la fumée des mèches 
allumées par les deux bouts. Pour lors seize ou dix-sept se déguisent 
en paysans pour se mettre en deux trouppes, et compasser tellement 
le partement des derniers, qu'ils ne fissent qu'arriver dans le corps 
de garde du bout du pont, quand les premiers mettroient le pied dans 
celui de la ville. 

A cela y avoit grande difficulté, car la première garde se faisoit dans 
un petit ravelin, et posoitune sentinelle au bout du pont-levis, puis 
de là à la porte de la ville il y avoit presque cent pas ; les sept pre- 
miers conduits par Lambertie passent favorablement le cors de garde 
du pont-levis abattu contre l'ordinaire des jours de feste et contre 
l'advertissement que le sieur de Bourdeille avoit envoyé à la ville la 
nuict passée, luy estant occupé à battre l'abbaye de Saint-Amand, à 
sept lieues de là, tenue par les hérétiques. Ces déguisés estant à la 
dernière porte de la ville, un vieux sergent de bande jetta ses yeux 
sur les mains de Lambertie, blanches et plus fraisches que celles d'un 
paysan, et sans plus d'enquesle, le vieillard saute au, col du paysan 
travestu ; mais il fut aussitôt tué d'une grande dague que Dutranchart, 
qui était lieutenant de Langoiran en Pèrigord, tira de dessoubs son 
ouvrière. Bien prit à ceux-là, que la seconde trouppe conduite par le 
capitaine Jauré, et la Palanque deffit le premier corps de garde sans 
peine, ayant saisi la table où les armes à feu estoient rangées, la- 
quelle ils eslancent dans la rivière et viennent au secours des pre- 
miers qui a voient mis à l'entrouverture de la porte un tronçon de 
pique qui empeschoit le voisinage accouru au bruit, de fermer tout à 
faict la porte ; ainsi par les massacres des résistants, s'estans saisis 
des deux portes, le reste des cachés dans rnostellerie conduit par Lan- 



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- 78 — 

goiran couvert d'une grande rondelle, le coutelas au poing fut habile 
à s'advancer dans la ville. 

D'autre part, Vivans avec deux compagnies de cavalerie, embusqué 
dans une mestairie, de laquelle il avoit renfermé toutes les personnes, 
qui estoit assez près pour ouyr les arquebuzades, joint aussy deux 
vedettes qui alloient et venoient jusques à la veue du pont; ceux là à 
la première fumée accoururent et entrèrent dans la ville à cheval, ce 
qui bailla aux habitans de Tespouvante et n'y eut rien d'opiniatré qu'à 
la porte de Taillefer, dans laquelle après avoir disputé la rue quelque 
septante catholiques se renferment, mais estant intimidés par les leurs 
propres, qui estoient au dehors, ils se rendent à discrétion. Le baron 
de Langoiran attribua la facilité de cette prise à l'efficace d'un vœu 
qu'il avoit faict sur l'ouverture de la porte de la ville, ayant veu par 
la fenestre d'un petit cabinet sortir les deux premiers religieux 
Augustins qu'innocemment alloient dire la messe à la paroisse Saint- 
George ; il fit vœu à Dieu à ce qu'il disoit de s'abstenir ce jour là de 
respandre le sang humain. homme religieux ! ce que pourtant il ne 
garda, ayant veu un vénérable prestre de 60 ans (1) dans l'efîroy de la 
larme, encore revestu des habits sacerdotaux, auquel il accourut de 
furie, le massacra cruellement, faisant une victime qut fut incorporée 
à celle qu'il offroit en l'autel non sanglant. 

Le pillage de la ville fut très grand, au rapport des historiens et de 
ceux qui participèrent au butin, spécialement sur les ecclésiastiques, 
églises et couvents, tandis que les maisons des faux et traistres cito- 
yens religionnaires étoient conservées. Le pillage dura trois jours, 
accompagné de phalarismes inouys, et n'eut point trouvé de fin que le 
manque de prendre, sans l'arrivée du viscomte de Tourenne et de la 
Noue qui par l'espoir d'un second pillage fit cesser celuy-là. 

Le plus précieux thrésor qui fut perdu dans ce général désordre, fut 
la châsse du corps et la médaille du chef sacré de l'apostre du Péri- 
gord Saint-Front, que le capitaine Jauré et la Palanque eurent pour 
leur part du butin. Ce la Palanque estoit du commencement guabarrier 
à Bragerac, et par ses brigandages insignes s'esloit rendu formidable 
dans les armes protestantes. Pour Jauré, il étoit du voisinage de 
Bragerac, et pour conduire au château de Tiregan (2) la châsse, il fut 
contraint d'en charger son cheval avec ce blasphème, qu'il aymoit 
bien Saint-Front, puisqu'il le mettoit achevai et luy alloit de pied. Ils 
fondirent les lames d'or et d'argent de la châsse et j ettèrent les ossements 

(1) Raymond Dupuy, curé de La Monzie et vicaire de saint Silain. 

(2) Tiregan, château, dans la commune de Greysse, près Bergerac. 



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- 79 - 

du sainct dans la Dordongne. dénatures quelle rage transporte 
nostre courage contre le père qui vous a apporté la lumière de l'évan- 
gile. Vous deshonorez celuy que vos ancestres ont tant honoré ! Vous 
martyrisez après plusieurs siècles le corps de celuy que Jésus-Christ 
n'a voit voulu qu'il souffrit d'autre tourment que de l'avoir veu mourir 
dans le supplice de la croix ! Vous abandonnez aux flots celuy qui 
avoit précipité il y avoit tantost seize cens ans dans les mesmes flots, 
le dragon cruel qui infestoit vos campagnes ! Les armoyries de vostre 
ville, qui portent ce dragon n'accusent-ils pas vostre barbare impiété? 
Ouy mais c'est maintenant F heure et la puissance des ténèbres. La 
grande esglise de Saint-Front fut Tobject principal de la furie hugue- 
note, pillant, debissant, razant, ruinant tout ce qu'ils ne pouvoient 
enlever : les cloches sont fondues, les reliques desterrées, voire, o 
inhumanité inouye : Evuta e sepulchris calavera, in quibus adhuc 
aliqua species carnis inherat pugione confossa ; au rapport de deux 
autheurs dignes de foy, ils poignardèrent des corps morts désense- 
velis. De plus les effigies des SS., des cardinaux, des évesques, des 
roys, des comtes, sont renversées et poudroyées, surtout le magnifi- 
que tabernacle où reposoit le chef du sainct apostre fut ruiné. 

Nous empruntons les détails complémentaires qui suivent 
et que nous jugeons assez intéressants pour être reproduits à 
la collection des Archives historiques delà Gironde.Nous aurions 
pu les amalgamer avec le récit du P. Dupuy. Nous préférons 
laisser à chacun d'eux sa physionomie propre; d'ailleurs ils 
concordent parfaitement l'un avec l'autre : 

Le samedi d'août jour du marché et de la transfiguration de N-S.,(l) 
par la malice de Jean de Gugnac, sieur de Gaussade et par le bras de 
ceux de Lardimalie et de Meymy, huguenots, la ville de Périgueuxfut 
prise par la trahison de François Philippe, consul et étranger reli- 
gionnaire, qui la vendit. Les huguenots qui s'étaient cachés chez les 
fauteurs de cette perdition, les uns à Lardimalie, La Feuillade, La Filolie 
près de Boulazac, les autres à Montplaisir, maison de Pierre Dumas 
prêtre renié ; d'autres étant habillés en paysannes avec des paniers 
pleins de fruits volés dans la campagne et les métairies, portaient sous 
leurs cotillons des cuirasses, des pistolets, des poignards ; ils entrè- 
rent pêle-mêle avec les paysans et se rendirent à la place de la Glau- 

(1) C'est une erreur : le jour de la Transfiguration était le vendredi 5 août. Le 
P« Dupuy donne la date du 6 août et du samedi. Le samedi a été de tout 
temps jour de marché à Périgueux. 



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- 80 - 

tre. Langoiran s'étant rendu au Chapeau Vert, près de la porte du 
Pont où logeait un Pierre Mourier, huguenot, dit Petit-Pierre. Quand 
Langoiran se fut emparé du pont, il fit avancer sa cavalerie et sonner 
ses trompettes ; aussitôt les huguenots, déguisés, crièrent : Tue ! Tue ! 
et sortant leurs pistolets épouvantèrent si fort les habitants que ceux- 
ci prirent la fuite sans savoir où ils allaient. 

Nous empruntons à un manuscrit que nous avons consulté 
plusieurs fois les détails complémentaires suivants : 

A la nouvelle de la prise de Périgueux un grand nombre de hugue- 
nots de Bergerac, Gastillon, Montravel et d'autres lieux encore accou- 
rurent prendre part au pillage ; les catholiques qui tombèrent entre 
leurs mains furent traités eu esclaves, cstans vendus et chargés 
comme des testes au marché et après cela mis dans les prisons : ils 
envoyèrent dans leurs maisons toutes les marchandises et tous les 
meubles à leur convenance et de plus ; ils délibérèrent entre eux si la 
rivière de lTsle estoit navigable de faire transporter les matériaux 
des maisons jusques à Mussidan et de là les conduire à Bragerac et 
autres lieux de leur domination. Sur ces entrefaites le sieur de la Noue, 
capitaine fort considéré dans leur party et des plus affectionnés et 
entendus qu'ils heusent, lequel estant venu dans la dicte ville quelques 
jours après la reprise d'icelle, dict publiquement au sieur de Langoi- 
ran qu'il heut désiré la surprise de la ville n'estre point advenue, car 
les maux qui avoient esté commis en ycelle porteroient grand dom- 
mage à leur party et destourneroient l'affection de plusieurs (1). 

Voici, d'après le volume 12 du recueil Leydet et Prunis, 
page 134, a la Bibliothèque nationale, les noms des princi- 
paux chefs protestants qui s'emparèrent de Périgueux : Lan- 
goiran, chef ; Bernard deGontaut-St-Geniès, sieur de Campa- 
gnac, un surnommé le baron d'Orroz en Gascogne ; les autres 
étaient, Lambertie,Vivans,et d'autres du pays parmi lesquels 
étaient : le marquis de Vaux sieur du Tranchart, deux frères 
de Jovelle et du Meynasse de Donzat, Ainan de Montferrand, 
sieur de Chiniacde la maison de Beaulieu de Mensignac, Jean 
Dulau, sieur de la Cotte; parmi les habitants de la ville : 
M re François Faure, sieur de Lussas, cousin germain de Géraud 
Faure, lors maire, et Hélie Gravier, qui furent les plus ar- 
dents au pillage. Langoiran ayant réuni ses forces quelques 

(1) Manuscrit appartenant au docteur Laferrière. 



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- 81 — 

jours après son succès, marcha versThiviers dans l'intention 
de l'assiéger; les habitants le reçurent vigoureusement et 
refusèrent toute composition. Le vicomte de Turenne arriva 
tout en colère de cette défense et ordonna une escalade géné- 
rale ; La Noue et Chouppes, donnant l'exemple, portent la 
première échelle et montent k l'assaut ; bientôt ils sont suivis 
de leurs soldats et la ville est en leur pouvoir ; il est inutile 
d'ajouter qu'il y eut massacre et piliage; nous savons qu'à 
cette époque on n'épargnait rien ni personne. 

Cependant M. de Bourdeille, suivi de quelques bourgeois 
et d'habitants du pays, s'était mis k la poursuite des hugue- 
nots qui ravageaient les environs ; il en atteignit quelques 
bandes près de Sorges et en fit un grand carnage. Thiviers fut 
bientôt abandonné par les huguenots. 

Le 17 août, le roi écrivit k Gabriel d'Abzac, sieur de Barrière 
et de Ladouze, un des chefs les plus actifs du parti catholique, 
pour lui mander qu'il a l'intention d'envoyer un grand équi- 
page d'artillerie et plusieurs régiments pour reprendre la 
ville de Périgueux ; en attendant, il mande au sénéchal de 
tenir des troupes autour de la ville pour empêcher les pro- 
testants de recevoir des secours et de la fortifier. Mais sa 
surveillance ne fut pas assez active pour s'opposer k l'entre- 
prise de Langoiran sur l'abbaye de Chancelade. Attiré par sa 
réputation de richesse, il lit enfoncer les portes à coups de 
hache et de poutres de bois. Tout fut brûlé, lacéré, dispersé, 
pillé; rien n'échappa à ces pillards; l'église fut en partie 
détruite, seules les infirmeries furent respectées. Les religieux 
qui n'avaient pu prendre la fuite furent mis k mort. 

Vers la fin de l'année, la noblesse assembla quelques 
troupes à l'ermitage du Toulon pour tenter de rentrer 
en possession de Périgueux; mais l'entreprise, découverte, 
échoua. 

Le château de Labro fut repris par le3 protestants, com- 
mandés par le sieur de Baynac. 

Jean Arnal, sieur de Lafaye et d'Auriac, allant de Sarlat k 
Daglan avec vingt cavaliers, fut attaqué au port de Domme, 
à St-Donat, par cinquante arquebusiers de Montfort et de 

6 



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— 82 — 

Labro ; la garnison de Domme descendit pour le secourir; — 
nous ne connaissons pas l'issue de ce petit combat (1). 

1576. — François de Bourdeille remplaça Pierre Four- 
nier sur le siège épiscopal de Périgueux ; ne pouvant entrer 
dans la ville, ce que les huguenots ne lui eussent point 
permis, il prit possession de l'évêché per adspeclum pinna- 
culi, du sommet de la colline du Toulon. 

Une trêve de six mois avait été conclue à la fin de 1575 ; 
cela n'empêcha point la guerre de continuer entre les chefs 
inférieurs des deux partis; d'ailleurs, elle fut bientôt rompue 
par la fuite du duc d'Alençon et du roi de Navarre. Le duc 
d'Alençon s'était sauvé en Poitou où il fut bientôt rejoint par 
La Noiie, Lévis-Ventadouïet Henri de La Tour-d'Auvergne qui 
étaient accompagnés d'un gros corps de noblesse ; au com- 
mencement de 1576, Condé et le prince palatin Casimir 
entrèrent en France avec des troupes allemandes et se joi- 
gnirent, en mars, au duc d'Alençon qui fut déclaré généra- 
lissime. 

Si la ville de Beaumont avait été assez heureuse pour résis- 
ter aux entreprises des protestants, elle le fut moins en 1576, 
car le 5 février, conduits par Bernard de Gontaut-St-Geniès, 
sieur de Gampagnac duRuffen et par le capitaine Siriez, ils 
s'emparèrent de l'église fortifiée qui servait de citadelle ; ils 
pillèrent la ville et s'y maintinrent jusqu'à la paix, signée au 
mois de mai suivant. 

Au mois de février, le roi de Navarre avait aussi réussi à 
s'échapper de la cour sous le prétexte d'une partie de chasse, 
et avait gagné son gouvernement de Guyenne. 

Quoique les princes fussent à la tête d'une armée puissante, 
rien de remarquable ne fut entrepris ; ils se réunirent à Mou- 
lins pour s'entendre et faire une requête au roi ; la reine-mère 
alla trouver le duc d'Alençon et enfin, on finit par s'entendre, 
la paix fut conclue le 9 mai à l'abbaye de Beaulieu, près de 
Loches. 

Le roi promettait d'oublier le passé, désavouait la Saint- 



(1) Voir Histoire do la prise de Périgueux et de la reprise de cette vill 
1575-1581, publiée par l'abbé Audierne, Sarlat, Michelet, 1884. 



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- 83 - 

Barthélémy, permettait l'exercice libre du culte réformé 
dans tout le royaume, excepté dans un certain rayon autour 
de Paris ; il admettait Padmission des huguenots à toutes les 
charges, etc., il réhabilitait la mémoire de La Môle, de Cocon- 
nas, de Montgommery, de Coligny et de plusieurs autres 
condamnés dans les troubles ; le roi accordait en outre huit 
villes de sûreté aux Réformés, parmi lesquelles était Péri- 
gueux (1) ; le reste devait être réglé à l'assemblée des Etats- 
Généraux que le roi fixa à Blois pour le mois de novembre. 
Toutes ces concessions furent mal accueillies par le Parlement 
de Paris et par les catholiques; le clergé de Notre-Dame 
refusa d'assister à un Te Deum ordonné par le roi à l'occasion 
de ce traité ; — il fut chanté par les chantres du roi et le 
peuple fut peu nombreux au feu de joie. 

Le prince de Gondé se cantonna près de La Rochelle ; Jean 
Casimir en Champagne ; le duc d'Alençon avait fait sa paix 
moyennant une augmentation d'apanage (Touraine, Berry, 
Anjou), et une pension de cent mille écus; — il prit alors le 
titre de duc d'Anjou. Le roi de Navarre s'établit en Guyenne. 

C'est à cette époque qu on peut assigner l'organisation de 
la Sainte-Ligue ; elte avait pris naissance au concile de Trente, 
organisée par le cardinal de Lorraine ; on s'engageait, en y 
entrant, à défendre la religion catholique, à ne rien entre- 
prendre contre elle ni contre le roi et l'Etat ; mais son but 
secret était de mettre le duc de Guise à sa tête et ensuite de 
le faire monter, peut-être, sur le trône de France. 

En mars 1576, François de la Vaulx, écuyer, sieur du Tran- 
chart, gouverneur de la ville de Périgueux, nomme Denis de 
Chantemerle, écuyer, seigneur de Montsec, comme superin- 
tendant des fortifications et réparations de la ville ; il vaquait 
d'ailleurs à cette charge depuis le mois d'août 1575, et l'œuvre 
aurait cessé à cause des pluies, tant pour démolitions néces- 
saires que réédifications comme entr'autres du temple et 
hôpital de St-Côme, au lieu de PArsault, près de la présente 



(1) P. Dupuy, t. II, p, 207; D'Aubigné, 1, III, c. 2 ; Mémoires de Su/7/, 
t. 4, p, 93, 



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- 84 - 

Ville, dont il aurait fait abattre quelque partie de la couver* 
ture. 

Dans les titres qui font partie des papiers d'où est tirée 
cette note, se trouve un inventaire de pièces d'un procès avec 
le syndic des pauvres de Phôpital au sujet de la démolition 
du vieil hôpital t papistique » de St-Côme(l). 

Le 23 avril Henri d'Ebrard de St-SulpiceetdeNègrepelisse, 
Bertrand d'Ebrard, baron de St-Sulpice-en-Quercy etGaliot 
de Turenne, baron d'Aynac, escortés de cinq ou six cents 
arquebusiers, furent attaqués après leur passage de la Dor- 
dogne dans le vallon de Labro (2), par les garnisons de Labro, 
Montfort et Baynac. Chaque parti se vanta d'avoir eu l'avan- 
tage. 

Par lettres patentes datées de Bergerac du 31 juillet (3), 
Henri, roi de Navarre, etc., comte de Périgord, donne à per- 
pétuité pour l'entretien du collège de Bergerac, la somme de 
deux cents livres tournois, à prendre chaque année sur ses 
revenus de la ville de Gensac (4). 

Un arrêt du Parlement de Bordeaux transfère à Sarlat le 
présidial de Péiïgueux, à cause de l'occupation de cette ville 
par les huguenots jusqu'à la publication de redit de paix 
dont les habitants de Périgueux ne jouirent pas entièrement 
parce que la ville fut laissée aux Réformés comme place 
de sûreté. 

Le capitaine Siriez, dont nous avons déjà vu le nom, con- 
vaincu de vols et de meurtres, fut pendu à Sarlat sur la place 
de la Rigaudie. 

Nous lisons dans les jurades de Bergerac (5) que la ville lit 
réparer ses murailles, les escaliers des tours, acheta des 
poudres et des cordes d'arbalète, construisit un pont de 
bateaux pour conserver le pont qui était en très mauvais 



(1) Papiers donnés aux Archives départementales en 1902 par M. le mar- 
quis de Chantérac, série E. 

(2) Chanoine Tarde, p. 2G5. 

(3) Jurades de Bergerac 1576. 

(4) Gensac (Gironde). 

(5) Jurades de Bergerac, 1570. 



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- 85 ~ 

état ; les consuls seuls devaient ouvrir et fermer les portes ; 
des patrouilles furent organisées pour faire chaque nuit des 
rondes régulières ; on démolit la charpente et l'ardoise d'une 
partie de St-Jacques et Ton acheva de démolir les ruines des 
couvents. 

Les Etats s'assemblèrent à Blois à l'époque indiquée; le roi 
se déclara chef de la Ligue. A cette nouvelle, l'ambitieux 
Guise accourut et pour embarrasser le roi le poussa à la 
guerre contre les protestants ; mais le roi, qui n'avait point 
d'argent, s'y refusa, et les Etats se séparèrent sans avoir rien 
conclu. 

1577. —Le 1 er janvier, la ville deBelvès (1) lut prise par 
les protestants, mais d'une manière bien sale, selon la copie 
du chanoine Tarde que nous possédons ; le sieur de la Bour- 
lie (2) qui était catholique y entra en qualité d'ami et de bon 
voisin et se trouvant le plus fort dit qu'il tenait pour les 
calvinistes. Quelques habitants voyant la trahison se retirè- 
rent dans l'église où ils furent immédiatement assiégés ; ils 
y tinrent quelques jours et ne se rendirent qu'à la condition 
d'avoir la vie sauve ; mais, contre tout serment, ils furent 
poignardés. 

Dans le même mois le sieur Pechgaudou, Annet de 
Commarque, s'empara du fort et de l'église de St-Avit-Sénieur. 
Quand il fut maître de la place, il fit sonner la cloche pour 
avertir ses gens qui étaient en embuscade tout près de là ; 
quelques chanoines se mirent en défense, mais ils furent 
bientôt tués, blessés ou pris; l'église fut en partie détruite, 
le clocher brûlé, les cloches enlevées et tous les papiers et 
titres réduits en cendres ; le sieur de Pechgaudou prit en 
outre le temple de Belvès sur le capitaine La Maurie ainsi 
que la maison du sieur de Pechagut. Malgré les lettres 
patentes qu' Annet de Commarque avait obtenues du roi de 
Navarre, qui avouait ces prises, il fut recherché et traduit 
devant le Parlement de Bordeaux à la requête du chapitre de 
St-A\it et de l'archevêque de Bordeaux, seigneur temporel 

(1) Chanoine Tarde, p. 267 et suiv. 

(2) Un membre de la famille de St-Ours. 



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de Belvès ; mais il échappa à un jugement en réclamant à la 
Cour de Justice de Guyenne les bénéfices de redit de pacifi- 
cation . 

Le 25 février, les consuls de Bergerac (1) écrivirent à M. de 
St-Geniès de venir voir le tracé des grandes fortifications que 
M. de Lacoste, maréchal des logis du roi de Navarre et 
envoyé par lui, entreprenait de faire à Bergerac; plusieurs 
seigneurs du voisinage, MM. deLongua,de Campagnac et autres 
se réunirent à M. de St-Geniès et aux consuls pour voir et 
accepter ces plans. M. de Lacoste fut aussi chargé de fortifier 
Badefol et Gensac. 

Le 24 mars, le V 4t de Turenne vint assaillir le château de 
Lanquais (2) qui appartenait à son cousin Galiot de La Tour, fils 
de la marquise de Lacropte, dame de Lanquais ; il avait cinq 
canons qui tirèrent plus de cinq cents coups dont les traces se 
voient encore sur la façade intérieure ; la garnison de vingt- 
cinq hommes, commandée par le capitaine La Faurie, résista 
avec courage; mais la tour de la Vite, où se trouvaient les 
archives, fut très endommagée et plusieurs titres furent 
perdus. 

Le baron de Langoiran, indigné de ce que les chefs de son- 
parti lui avaient enlevé le gouvernement de Périgueux, aban 
donna la cause protestante ; cette défection donna à penser 
au roi de Navarre qui, pour parer aux suites que cet exemple 
pouvait avoir, se rapprocha du Périgord en quittant le Béam 
pour Nérac. Là, il résolut de négocier la paix. 

Au mois de juillet, leroi de Navarre, visitant son gouverne- 
ment, vint à Périgueux; il était accompagné de la princesse 
de Navarre, sa sœur, du prince de Gondé, du V t0 de Turenne 
et de plusieurs seigneurs de sa suite; les habitants dressèrent 
sur son passage un arc de triomphe peint en noir sur lequel 
était écrite en blanc cette inscription : Urbis déforme cadaver, 
inscription qui rappelait énergiquement tout ce que la ville 
avait eu à souffrir, surtout depuis qu'elle était devenue, 
comme ville de sûreté, la légitime possession des protestants ; 

(1) Jurades de Bergerac, 1577. 

(2) Lanquais, commune du canton de Lalinde (Dordogne). 



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— 87 — - 

ils avaient démoli les couvents de St-François, de S t 'Domini- 
que et de St- Augustin ; l'église cathédrale (la Cité), déjà 
plusieurs fois ruinée, le fut de nouveau. 

« Toutesfois, il y avoit encore deux voûtes et le clocher basty ett 
piramide qui subsistaient, comme aussy la maison épiscopalle qui 
estoit toute entière, le roi de Navarre admira tous ces vieux bâtiments 
et voulut qu'ils fussent conservés (1). En partant il laissa. dans la ville 
deux cents hommes de garnison, mais ses ordres ne furent point 
gardés ; St-Etienne fut sappé, le clocher abattu et la maison épisco- 
palle descouverte et despouillée de tous les bois qui estaient dedans et 
une tour haute et belle à merveille bastie soigneusement » jetée à bas 
ainsi que les habitations des chanoines ; l'église collégiale de St-Front 
auroit subi le même sort si on n'eut craint que cette énorme masse de 
pierre n'écrasât dans sa chute les quartiers voisins (2). 

En cette année aussi le château de Barrière fut incendié ; 
c'était une vengeance des protestants. Son propriétaire, un 
d'Abzac, avait eu connaissance du premier complot qu'ils 
avaient fait de prendre la ville ; il en avertit les habitants et 
fit ainsi échouer l'entreprise. 

Biaise de Montluc mourut à Gondom et Biron eut le bâton 
de maréchal de France, vacant par cette mort. 

Après une grave maladie, le V te de Turenne, partit pour 
Bergerac ; sur son chemin à St-Quentin, un parti de ses 
troupes attaqua la maison du Mas qui appartenait à Bridât, 
greffier de la sénéchaussée de Sarlat ; il était chez lui avec 
son fils ; il y fut assiégé, mais il fut contraint de se rendre 
à la condition qu'il aurait la vie sauve ; son fils et lui furent 
tués sur leur porte, la maison fut pillée et quelques jours 
après incendiée par le sieur de Gampagnac de La Serre. Le 
vicomte s'acheminait donc vers Bergerac ; il était vêtu séù^ 
lement d'un pourpoint sans armes, accompagné de huit 
gentilshommes ; après s'être reposé à Beynac, il prit le 

(1) Le P. Dupuj . 

(2) Quand les catholiques furent rentrés au possession de Périgueux et les 
évêques de leur siège, l'évêque François de Bourdeille et les chanoines se 
retirèrent au monastère du Puy St-Front et de fait St-Front devint cathédrale; 
elle le devint de droit par transaction passée le 11 janvier 1669, Guillaume Le 
Bous é*.ant évêque. 



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- 88 — 

chemin de Badefol ; or, il arriva que dix-huit cavaliers de la 
garnison de Limeuil, battant la campagne, apprirent que 
Turenne et sa suite marchaient sans ordre et sans défiance, 
faisant porter leurs épées par leurs valets. Aussitôt ils se 
mirent à leur piste, les eurent bientôt rejoints et d'un coup 
de pistolet abattent un des valets du Vicomte ; au bruit qu'ils 
entendent les gentilshommes vont chercher leurs épées et le 
Vicomte prenant la sienne des mains de son page, se préci- 
pite, accompagné du sieur delà Villatte, sur le chef des 
catholiques et le tue d'un coup d'épée dans la tête ; mais le 
page est tué et lui-même acculé entre deux arbres reste 
pour mort sur la place, percé de dix blessures. Les catholiques 
se retirèrent, emmenant quatre des leurs blessés. Turenne 
ayant repris ses sens se retira à Badefol où il fut soigné par 
les chirurgiens du roi de Navarre qu'il lui mena lui-même. 

Villefranche-de-Périgord, où le sieur de Giverzac s'était 
jeté, fut assiégé par Lavardin (en mai); il battit la ville du 
côté des prairies, mais son artillerie, mal dirigée, donnait à 
demi-muraille ; néanmoins l'assaut fut résolu et les régi- 
ments colonels de Lavardin et de La Roque-Baynac y marchè- 
rent avec courage ; la ville était entourée de deux fossés et 
la garnison se défendait vigoureusement, si bien que les pro- 
testants furent repoussés, laissant cent cinquante morts dans 
les fossés; ils eurent plus de trois cents blessés, parmi les- 
quels se trouvait Sully, enseigne du régiment colonel (1). 
Mais le soir même arriva La Noue, envoyé par le roi de Na- 
varre ; il changea les batteries pendant la nuit et le lende- 
main matin la ville se rendit à composition, ce qui ne l'em- 
pêcha point d'être pillée. 

A quelque temps de là il arriva une curieuse aventure, 
rapportée par Sully : les habitants de Villefranche avaient 
résolu de s'emparer par surprise de Montpazier, peu éloigné 
d'eux ; le hasard voulut que ceux de Montpazier choisissent 
la même nuit pour faire la même entreprise sur Villefranche. 
Ils prennent des chemins différents et chacun de leur côté ils 



(1) Mémoires de Sully. — Villefranche-du-Périgord, chef-lieu de canton 
(Dordogne). 



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— 89 - 

exécutent leur projet sans le moindre obstacle, les murs et 
les portes étant sans défense. Le lendemain, quand on recon- 
nut qu'on s'était mutuellement pillé, il fut convenu, par 
l'entremise de M me de Biron, que chacun rendrait ce qu'il 
avait pris. 

La guerre cessa ; la paix, après bien des peines, fut enfin 
signée à Bergerac, au mois de septembre^ ), entre le roi de 
Navarre pour les protestants, et pour les catholiques le duc 
deMontpensier, Biron et Villeroy ; ces deux derniers avaient 
été détachés vers lui depuis quelque temps, chargés de pro- 
messes par Henri III. On voit dans ce traité que Henri III 
cherche à montrer qu'il est maître absolu et le dispensateur 
des grâces; mais au milieu de ses efforts pour sauver l'hon- 
neur du trône, on voit la contrainte du roi, que font plier les 
circonstances et leurs dangers ; pendant les longs pourpar- 
lers de ce traité, une trêve avait été conclue, elle avait pour 
limites la Dordogne. 

Le 1" octobre, la paix de Bergerac fut publiée à Sarlat (2), 
mais les protestants n'en tinrent aucun compte, ne voulant 
pas livrer les places qu'ils occupaient. 

Les officiers de justice, ne se trouvant pas libres à Péri- 
gueux, s'assemblèrent au mois d'octobre à Bourdeille auprès 
du sénéchal, pour avoir son avis, délibérer et résoudre ce 
qu'on aurait à faire désormais et principalement pour l'exer- 
cice de la justice « fust arresté et résolu que la justice royale 
seroit administrée dans la ville de St-Astier, laquelle résolu- 
tion prinse soubs le bon plaisir de la Court de Parlement et 
de M. le mareschal de Biron, lieutenant et gouverneur pour 
le roy en Guyenne... i> 



(1) De grands préparatifs avaient été faits à Bergerac pour recevoir le roi 
de Navarre : la ville emprunta des tapisseries aux châteaux de Laforce et de 
Piles pour tendre deux chambres dans la maison de M. Doublet, aux Mazeaux ; 
on envoya un messager à Biron pour chercher un peintre qui devait repro- 
duire les armoiries du roi et du duc de Montpensier ; cette maison existe 
encore et la rue s'appelle la rue des Conférences. Mémoires de Sully, 1. 1, 
p. 113. — Jurades de Bergerac, 1577. 

(2) Chanoine Tarde, p. 270 et suivantes. 



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- 90 - 

Biron ne s'y opposa point, car nous avons deux ordon- 
nances par lesquelles il ordonne : dans Tune, la levée de 
soixante hommes de pied, et, dans la seconde, la levée de cent 
autres pour la défense de St-Astier et des officiers dejustice ; 
ces levées devaient avoir lieu dans lesparoisses et juridictions 
de St-Astier, St-Germain, St-Aquilin, commanderie de Bois- 
set, Marsac, Goursac, Chalagnac, Sanilhac, Douchapt, Tocane, 
Mensignac, Léguillac-de-rAuche, Beauronne, Douzillac, La 
Sauvetat, Roussille, Villamblard, Marsaneix, le Breuilh, Cha- 
lais, Mellet, St-Priest-les-Fougères , Ste-Marie-de-Frugie, 
Champeaux, la justice de la Renaudie, etc., etc., sous le 
commandement du sieur de Puyferrat avec le sieur d6 Chi- 
lhaud des Fieux pour lieutenant. Les juges qui se rendirent 
à St-Astier. furent le sieur de Gravier, lieutenant particulier; 
les sieurs de Langlade et de Bordes, conseillers ; les autres 
conseillers, au nombre de trois, et qui étaient huguenots, 
refusèrent de se joindre à leurs collègues; ce furent : Pierre 
de Saulières, Pierre André et Gabriel de Goudou ; le siège 
présidial (1) fut aussi transporté à Saint-Astier, ainsi que le 
bureau de la recette des tailles. 

Nous trouvons aussi que la noblesse du pays s'assembla 
dans cette ville pour offrir ses services au roi sur une convo- 
cation du sénéchal. 

Le 13 octobre, le capitaine Pouch s'empara du bourg de 
Condat-sur-Vézère et se fortifia dans l'église, d'où il rançon- 
nait le voisinage ; M. de Losse, sur son refus d'abandonner 
la place, l'y assiégea; forcé de capituler faute de vivres, 
Pouch demanda la vie sauve pour lui et pour ses compa- 
gnons ; la vie lui fut promise à la condition qu'il rendrait 
l'église et remettrait la garnison au sieur de Losse ; il se 
retira seul et sa troupe fut conduite en prison à Montignac ; 
douze de ses hommes furent pendus comme voleurs. 

Le l« r novembre, les sieurs de Baynac et François de 
Vervais, s r de Masclat en Quercy, s'emparèrent du château du 



(1) Le présidial avait été transporté à Sarlal, mais il y resta peu 4e 
temps. 



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- 91 - 

Repaire (1), qui appartenait à Charles de Beaumont ; mais le 
W décembre il put en chasser les religionnaires (2). 

Chouppes, qui était gouverneur de Périgueux, fut congé- 
dié ou se retira volontairement ; il fut remplacé par Geoffroy 
de Vivans sous lequel les protestants espéraient être à Pabri 
des attaques des catholiques. 

1578. —Tandis que les Réformés tâchaient de pacifier leurs 
églises au synode de Ste-Foy sur Dordogne, et que le roi de 
Navarre, comptant sur la paix, avait évacué plusieurs places 
en Guyenne, le maréchal de Biron profita de cette sécurité 
pour s'emparer d'Agen et de Villeneuve sans que ce prince 
pût s'y opposer. 

Au mois de mars, le capitaine Jaure, qui commandait à 
Grignols, rendit la place aux catholiques malgré ses promes- 
ses faites en présence de François Faure, sieur de Lussas, que 
nous avons vu au nombre de ceux qui livrèrent Périgueux à 
Langoiran; Faure en avertit les consuls de Bergerac et 
ajoute qu'il faut en prévenir M. de Ghalais pour qu'il ne se 
laisse déposséder par les papistes de sa maison de Grignols. 

Les Périgourdins cherchaient toujours le moyen de rentrer 
en possession de leur ville ; ils étaientlas du joug que faisaient 
peser sur eux les protestants et ils résolurent de faire une 
tentative sérieuse (3). Nous donnons le récit de cette en Ire- 
prise d'après le Livre noir, t. XII de la collection Leydet et 
Prunis. MM. de Puyferrat, de Chilhaud et Guillaume de Ley- 
marie,sieur du Lieu-Dieu,qui faisaient une guerre acharnée aux 
protestants, réunissant leurs troupes, s'approchèrent de Péri- 
gueux par Brantôme, Lisle et Agonac; MM" de Coutures et 
de Trigonant du côté de Test, et Guillaume de Leymarie, 
maître du Lieu Dieu, fatiguaient la garnison par des courses 
continuelles. Voyant qu'un siège serait inutile et beaucoup 
trop long, Leymarie s'entendit avec un soldat de la garnison 

(1) Le Repaire, château, commune de Sl-Aubin-de-Nabirat, canton de Dommt 
(Dordogne). 

(2) Ce Charles de Beaumont est le premier membre de celte famille établi en 
Périgord. 

(3)Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, t. XIV, 
p. 292. 



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— 92 — 

qui devait lui livrer le fort de Taillefer ; mais ce même soldat 
vendit Leymarie à Vivans. A l'heure convenue, Leymaric se 
présente devant le fort avec son frère, le sieur du Rat, son fils et 
une vingtaine d'hommes ; trouvant la porte ouverte, il aborde 
l'escalier, et, il n'a pas fait deux pas qu'il se voit entouré ; il 
se défend vaillamment, mais il succombe sous le nombre 
ainsi que son frère et la plupart de ses compagnons; leurs 
cadavres, transportés à la maison de ville furent condamnés 
à avoir la tête tranchée et leurs têtes furent exposées au 
bout de piques sur les plus hautes tours. 

Le 11 juin, M e Pierre Blancher, sarladais et conseiller au 
Parlement de Bordeaux, fonda le collège de Sarlat (1), don- 
nant à cet effet sa maison paternelle et quelques prés, terres 
et jardins situés sur la Cluse, au faubourg de Landrevie; le 
27 novembre, Tévêque François de Salignac, du consente- 
ment de son chapitre., donna au collège les revenus d'une 
place de chanoine et deux cents livres de pension annuelle à 
prendre sur la cure de Ferrensac,en Agenais. 

1579. — Le 1 er janvier 1579 le roi créa l'ordre du St-Esprit 
pour remplacer celui de |St-Michel, tombé en défaveur; dans 
la première promotion des chevaliers de cet ordre, nous trou- 
vons les noms suivants appartenant au Périgord ou au 
Limousin : Charles des Cars, évêque de Langres ; François, 
comte des Cars, Jean des Cars, Antoine de Pons, Salignac- 
La Mothe Fénelon, René de Rochechouart, Armand de Gon- 
taut-Biron, Gabriel de Caumont-Lauzun, Bouchard d' Aube- 
terre. 

Les conférences pour la paix étant terminées à Nérac entre 
la reine-mère et le roi de Navarre, le roi ratifia les articles 
qui y avaient été débattus ; mais ils ne furent rendus publics 
qu'en 1581 après la paix du Fleix. Les articles du traité de 
Nérac sont les mêmes que ceux de Bergerac; on y ajouta le 
droit de bâtir des temples, de lever des deniers pour l'en- 
tretien des ministres et on donnu aux protestants quatorze 
places de sûreté au lieu de neuf. Pendant le séjour que fit la 



(1) Chanoine Tarde, p. 271. 



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- 93 - 

reine-mère à Agen, il se renouvela une vieille querelle entre 
le v te de Turenne et les deux frères de Durfort, Duras et 
Rauzan ; un duel fut arrêté entre eux et, le 17 mars, le 
vicomte, accompagné de Salignac, son second, se rendit au 
Gravier où leurs adversaires ne tardèrent pas à paraître ; 
Turenne se battit avec Rauzan et Salignac avec Duras; ces 
derniers n'eurent pas l'avantage quoiqu'ils fussent maillés, 
contre l'usage. Le vicomte permit à Rauzan de se relever et 
Salignac à Dunts de changer d'épée ; en ce moment huit ou 
dix hommes, cachés sous les arches d'un pont, tombèrent par 
derrière sur Turenne et le laissèrent pour mort, percé de 
coups dans le dos ; Turenne ne mourut point de ces blessu- 
res; il eut même plus tard la générosité d'intercéder pour 
ses ennemis, dans un écrit public auprès de la reine-mère 
indignée de cette perfidie. 

Une partie des murailles de la ville de Sarlat s'étant abat- 
tue, on les releva et on construisit la tour carrée, connue sous 
le nom de tour du Bourreau. 

Le 6 juin 1579, mourut Jean de Losse, âgé de soixante- 
quinze ans, après une carrière bien remplie; il avait servi 
cinq rois avec fidélité; il fut lieutenant-général en Guyenne 
et y combattit sans trêve les huguenots (1). 

Tout en traitant à Nérac, le roi de Navarre s'était mis en 
mesure de n'être pas surpris; il se défiait ajuste titre des 
artifices de sa belle-mère ; il avait envoyé à ses capitaines et 
à ses principaux partisans dispersés dans le royaume des 
pièces d'or brisées, avec ordre d'entrer en campagne aussitôt 
qu'ils recevraient les autres moitiés qu'il avait gardées. Ce 
fut Henri III lui-même qui, sans s'en douter, ralluma la 
guerre ; il n'aimait pas sa sœur, parce qu'elle lui avait tou- 
jours préféré le duc d'Anjou, avec lequel elle était en corres- 
pondance, et de plus, il craignait que Marguerite ne rendît 
partisans de son frère les calvinistes qui formaient la cour et 
l'armée de son époux ; il résolut de les brouiller. 



(1) Voir chanoine Tarde, p. 273, et Bulletin de la Société historique et 
archéologique du Périgord, t. xi, p. 127. — Son histoire par le D p Laroche, 
de Montignac. 



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- 94 - 

Dans cette intention, il écrit au roi de Navarre que sa 
femme entretient des relations scandaleuses avec le vicomte 
de Turenne ; mais Henri ayant eu une explication avec sa 
femme et le vicomte, découvrit où le roi voulait en venir ; 
outrée de la conduite de son frère, la reine de Navarre pousse 
les dames de la cour à agir de concert avec elle pour engager 
le roi, leurs maris et leurs amis à faire la guerre; dès lors, 
dans cette cour, où ne s'agitaient que des questions frivoles 
de plaisir et d'amour, on ne parla plus que de guerre, de 
sièges et de batailles; en même temps, le duc d'Anjou écrivait 
que le moment était favorable pour commencer la lutte et 
qu'il se portait garant du succès ou d'une paix avantageuse. 
Sur sa parole, le roi de Navarre envoie la moitié des pièces 
d'or qui doivent être le signal de la guerre et elle se rallume 
dans une grande partie de la France. 



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CHAPITRE III. 

1580-1589. 

Paix du Fleix. — Reprise de Périgueux par les catholiques. — Réforme 
du calendrier. — Mort d'André de Bourdeille, sénéchal du Périgord. — 
Il est remplacé par David Bouchard, vicomte d'Aubeterre. — Henri IV au 
château de La Force. — Le vicomte de Turenne ravage le Périgord. — Prise 
de Belvès par La Rochefoucauld. — Siège de Montignac. — Siège de 
Gastillon. — Bataille de Goutras. — Siège de Sarlat parle vicomte de 
Turenne. — Réparation des fortifications de Périgueux. — Siège de 
Domme, par Vivans. — Mort d'Henri III. 

Le roi de Navarre lui-même se jette inopinément sur 
Cahors qui était du domaine de sa femme ; Vèzins y com- 
mandait, il avait deux mille hommes de garnison ; la lutte 
dura cinq jours ; Vézins fut tué ; Roquelaure, Salignac-Féne- 
lon du parti du roi de Navarre, furent gravement blessés, et 
quand enfin la ville fut emportée, le roi n'avait pas entier un 
seul de ses vêtements ; la ville et les églises furent pillées et 
les habitants massacrés (5 mai 1583). 

Vivans, gouverneur de Périgueux, ayant appris 4a réduc- 
tion de Cahors (1), voulut profiter de ce succès de son parti 
et utiliser sa victoire en s'emparant lui-même de Montignac. 
Il partit la nuit de Périgueux et arriva près de Montignac 
sans qu'on s'en doutât ; la ville et le château furent pris par 
un stratagème du capitaine Lambertye, mais ce ne fut pas 
pour longtemps. Les seigneurs d'Eautefort, Antoine de Beau- 
poil de St-Aulaire, s r de Celles, François de Sédières, s r de 
Colonges, le capitaine La Maurie, La Faye d'Auriac, le jeune 
de Losse, accoururent pour délivrer la place; partis du châ- 
teau de la Faye, ils attaquèrent les prolestants qui furent 

(1) Chanoine Tarde, p. 273. D p Laroche, Histoire de Montignac. 



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- 96 - 

contraints de se retirer. Dans leur retraite, ils incendièrent 
le pont. 

Les catholiques perdirent dans cette rencontre le s r de 
Bannes, frère de Jean de Losse ; d'Hautefort et La Faye 
furent blessés ; parmi les protestants, le s r de Fontenayfut 
tué et Vi vans blessé dangereusement et transporté à Salignac, 
où ses soldats dispersés vinrent se rallier. 

Vers la même époque, le s r des Bories, qui s'était fait hugue- 
not, s'empara de l'abbaye de Ligueux et y tint une garnison 
pendant trois mois après l'avoir fortifiée. L'abbesse, Louise 
des Cars et ses religieuses, avaient eu le temps de se réfugier 
au prieuré des Allois, en Saintonge, dont la juridiction 
appartenait au prince de Garency, seigneur de La Vauguyon, 
père de l'abbesse. Quand le seigneur des Bories abandonna 
l'abbaye, après ravoir pillée, le sieur de Villedieu, seigneur 
de la Beylie, en reprit possession au nom de l'abbesse et la 
remit entre les mains de Jean du Grouzet, seigneur de la 
Noyé et de Belat, hommes d'armes de la compagnie d'or- 
donnance de M r de La Vauguyon, chargé des pouvoirs de 
Pabbesse. Ce ne fut qu'en 1588 que les religieuses rentrèrent 
dans leur couvent, après avoir aliéné quelques rentes pour 
réparer l'église et les bâtiments. 

Le capitaine Ghaus de Monsac (27 janvier) s'étant emparé 
par surprise du château de Bayac, massacra le propriétaire, 
Pierre de Bosredon; après avoir pillé le château, il s'empara 
de ûouze et s'y fortifia ; l'église fut incendiée, ainsi que 
celles de Bannes, de Molières, de Monsac. 

En mars, les protestants perdirent Villefranche-du-Péri- 
gord prise par l'armée du maréchal de Biron, conduite par 
ses deux fils, le baron de Biron et le baron de Saint-Blan- 
cart ; la ville fut pillée et démantelée, mais elle ne fut pas 
plutôt abandonnée que les protestants y rentrèrent, relevè- 
rent les murailles et y mirent une garnison ; ils continuèrent 
leurs courses dans les environs comme, auparavant. 

Le 6 avril 1580, La Maurie s'empara de Belvès sur les pro- 
testants (1); mais les soldats qu'il avait misdans l'église pour 

(1) Chanoine Tarde, p. 277, 



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— 97 — 

veiller à la sûreté de la ville, remplirent mal leur office ; car 
la nuit suivante les religionnaires, sous la conduite de Jac- 
ques de La Tour, seigneur de Fleurac et de Vivans, s'en 
emparèrent, mais La Maurie put conserver la ville et le châ- 
teau jusqu'à la paix, quoiqu'il fût sans cesse aux prises avec 
les protestants qui tenaient tous les environs, Fongaufier, 
Siorac, Berbiguières , Baynac, Castelnau, Pechgaudou* 
Doissac et Gampagnac du Ruffen. 

Le 20 mai, Louis de Salignac, évêque de Sarlat, fit son 
entrée solennelle dans sa ville épiscopale. Le maréchal de 
Biron était à Bordeaux où il préparait tout pour pousser la 
guerre avec vigueur malgré les efforts du roi de Navarre qui 
était toujours à cheval pour intercepter les renforts catholi- 
ques qui se dirigeaient sur Bordeaux; les ayant tous réunis, 
Biron sortit de la ville avec une forte artillerie, chassa les 
protestants de la campagne et les contraignit de se retirer 
dans leurs places,d'où cependant ils ne cessaient de faire des 
sorties. Au commencement de juillet, Biron mit le siège 
devant Gontaud en Agenais; le canon avait ouvert la brèche; 
les troupes étaient prêtes à monter à l'assaut, lorsque Fou- 
cauld de Lardimalie fut tué d'un coup de canon parti du côté 
des siens; c'était, d'après le témoignage de de Thou, un des 
plus braves hommes du Périgord. Biron, croyant que cela 
avait été fait à dessein, fit aussitôt pendre le canonnier. 
Bientôt après, l'assaut fut donné et la ville prise fut pillée et 
incendiée, sauf quelques maisons qui appartenaient à des 
catholiques. Quelques jours après, Biron s'étant cassé la 
cuisse dans une chute de cheval, il ne se fit plus rien de 
remarquable, d'autant aussi que le parti protestant, décimé 
par les maladies, nous dit Sully, était en ce moment faible et 
divisé et n'avait nulle part d'avantages vraiment sérieux 
contre les trois armées que Henri III avait mises sur pied. 

Au mois de septembre, le s r de Luziers, catholique, prit le 
château de St-Germain sur Dropt (1) et y tint garnison pour 
inquiéter Mon tpazier; la garnison de Villefranche vint sou- 
vent l'attaquer et il y eut entre ces deux troupes plusieurs 

(1) Chanoine Tarde, p. 279. 



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rencontres. François deVeyrières, seigneur de St-Germain et 
Campagnac en Quercy, et son beau-frère, Annet de Commar- 
que, seigneur de Pechgaudou, s'emparèrent dans la nuit du 
4 octobre du château de Péchagut, près de Capdrot ; le pro- 
priétaire et son frère, chanoine de Cahors, furent massacrés ; 
les religionnaires, après avoir pillé et mis hors de défense 
cette maison, l'abandonnèrent. 

Marguerite de la Rebuterie, veuve du sieur de Sallegourde, 
conseiller au Parlement de Bordeaux, se plaint au roi de Na- 
varre (1) de ce que, quoiqu'elle soit de là religion réformée, 
M. de Vivans, gouverneur pour le roi de Navarre de la ville 
de Périgueux, a établi dans sa maison une garnison de quinze 
soldais qui la ruinent par leurs exigences continuelles ; le roi 
donna, en date du 15 décembre, des lettres par lesquelles il 
est ordonné de rendre à la dame de Sallegourde ce qui lui a 
été pris induement. Ce fait prouve une fois de plus que les 
capitaines de cette époque n'avaient aucun souci même des 
intérêts de leurs coreligionnaires. 

Le chanoine Tarde rapporte qu'il y eut cette année une 
épidémie d'une maladie qu'on appelait la coqueluche qui 
emporta beaucoup de personnes âgées. 

Par suite de considérations diverses, le roi chercha à traiter 
avec les protestants ; le roi de Navarre lui-même, dont les 
affaires ne marchaient pas à son gré, n'était pas fâché de don- 
ner du repos à son parti ; le duc d'Anjou fut chargé d'ouvrir 
des négociations et il partit, passant parPérigueux où il resta 
quelques jours pour se rendre au Fleix, château du Périgord, 
situé sur la Dordogne, entre Bergerac et Ste-Foy, où devaient 
se réunir les parties intéressées. Le traité fut bientôt signé 
(26 novembre 1580); c'étaient les mêmes articles qu'on avait 
arrêtés à Nérac et qui furent rendus publics (2). 

Après la prise de la ville en 1575, et la destruction de l'é- 
glise cathédrale à la Cité, et celle des maisons des chanoines, 
l'évêque et le chapitre furent obligés d'abandonner la Cité 
faute de logements suffisants et d'église pour célébrer le 



(1) Archives municipales et Archives départementales, pièces justificatives. 

(2) Mémoires de Sully, t. I, p. 144. 



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- 99 — 

culle. Ce ne fut qu'après l'entrée de François de Bourdeille 
que Pévêque put se retirer au monastère du Puy-Saint- Front 
pour y célébrer l'office divin conjointement avec les religieux ; 
mais nous dit l'abbé Audierne, Tordre fut bientôt troublé à 
cause des droits des religieux qui craignaient des empiéte- 
ments. L'évêque, fatiguéde ces difficultés continuelles, revint 
à la cité et célébra l'office divin dans la chapelle épiscopale 
épargnée par les protestants. Elle était trop petite les jours 
de solennités, aussi les évêques officiaient-ils dans les églises 
des monastères. Cependant, les contestations continuaient à 
être vives etître les deux chapitres, c'est pourquoi François 
de la Béraudière lit réparer Saint-Etienne ; mais la mort sus- 
pendit ses travaux, et ses successeurs renoncèrent à une 
entreprise qu'ils' jugèrent au-dessus de leurs forces. Ce monu- 
ment lui-même était trop petit. Ms r Guillaume Le Boux mena 
à bonne lin ses négociations avec les chanoines de St-Front ; 
les deux chapitres furent réunis par acte du H janvier 1669 et 
Saint-Front devint la cathédrale de Périgueux. 

On se souvient que Périgueux était au pouvoir des protes- 
tants depuis 1575, et que les catholiques avaient plusieurs 
fois vainement tenté de la reprendre ; mais les habitants ne 
désespéraient point de recouvrer leur liberté. La noblesse, 
les bourgeois, les habitants se réunissent une nuit en secret ; 
ils font avertir les catholiques qui étaient à St-Astier de venir 
les rejoindre le 25 juillet à Andrivaux. A minuit le camp était 
formé ; il y avait aussi des troupes à Château-l'Evêque 
et à Ghancelade (1) d'où M. de Bourdeille les conduisit parles 
bois sur les hauteurs du Toulon ; à la pointe du jour, Pavant- 
garde était devant le fort de Taillefer ; les sieurs de Ghilhaud 
des Fieux et de Montardit montent les premiers à l'escalade 
et s'en rendent maîtres sans peine ; bientôt la porte de la ville 
est enfoncée, la garnison surprise est passée au fil de l'épée, 
et tout ce qui put s'échapper se retira en désordre par la 
petite porte de la Tour Blanche. Le commandant de la ville, 
en l'absence de Vivans, le s r de Belzunce, pour éviter d'être 

(1) P. Dupuy, t. II, p. 210. — Journal de François de Sireuil. 



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— 100 — 

pris ou tué, se fit descendre des murs par une corde et s'é- 
chappa ainsi sain et sauf. Le récit de François de Sireuil, 
dans son journal, diffère un peu de celui que nous rappor- 
tons ; il raconte que Jean de Galvimqnt, s r de l'Herm, et Jean 
de Montardit s'emparèrent facilement de la ville et « n'y eust 
» que deux hommes tués, de chascun cousté ung, — et ce qui 
» est à louer, il n'y eust meurtre, pilliage ny aultre désordre 
» dans ladite ville, se contentans d'avoir remis la ville en 
» liberté et en l'obeyssance du roy. » 

Le roi de Navarre se plaignit à Henri III, qui lui répondit 
que puisque c'étaient les habitants qui avaient repris leur 
ville, il ne pouvait la leur ôter; mais comme c'était une place 
de sûreté, il donna en échange aux protestants Puymirol, 
bicoque près d'Agen. 

Peu de temps avant, le roi de Navarre était venu de La 
Rochelle à Périgueux ; il y fut reçu avec de grands honneurs, 
mais la suite prouva bien que cet enthousiasme n'était pas 
sincère. 

La prise de Périgueux fut un coup sensible aux calvinistes; 
ils se plaignirent par lettres au roi de Navarre et aux consuls 
de Bergerac (1) d'avoir été trahis par quelques-uns des leurs, 
action fréquente dans leur parti ; les représailles furent, 
disent-ils, cruelles, et la pauvre église de Périgueux fut 
réduite en un état lamentable ; les gens de la religion y sont 
rançonnés, pourchassés, prisonniers, ils ne veulent pas que 
l'on croie qu'ils sont capables d'une aussi détestable entre- 
prise qui ne doit être imputée qu'à l'insuffisance de ceux qui 
avaient la ville en garde. Avaient-ils bien lieu de se plaindre 
si amèrement ceux qui avaient chassé les habitants et pro- 
priétaires de la ville, pillé et démoli les édifices religieux, 
massacré les prêtres; le porte-parole des réformés périgour- 
dins était François Faure, s r de Lussas, qui fut un des princi- 
paux traîtres qui facilitèrent la prise de 1575 et qui se signa- 
lèrent le plus par leurs excès et leurs pillages. Ce fut le pire 
retour des choses d'ici-bas, et on ne leur fit pas la moitié des 



(1) Jurades de Bergerac, 1581 . 



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— 101 — 

maux qu'ils avaient eux-mêmes commis ; en somme, les 
habitants de Périgueux ne reprenaient que leur bien. En ce 
temps où les esprits étaient surexcités à l'excès, où la haine 
religieuse se mêlait aux querelles particulières, où la discorde 
était partout, où l'ambition et les passions politiques avaient 
envahi tous les esprits, les représailles étaient terribles. 

Le Périgord avait beaucoup souffert des guerres civiles et 
les Etats de la province envoyèrent au roi un mémoire où ils 
lui exposaient leurs maux avec prière d'y porter remède ; on 
y signalait au roi, en les remerciant, plusieurs seigneurs du 
pays qui l'avaient défendu de leur mieux, tels M rs de Mon- 
tanceix, de Carlux, d'Oros, de Coutures, de Bannes, de Ras- 
tignac, de Puyguilhem et autres. Le P. Dupuy donne le 
détail des pertes de la province en hommes et en argent 
depuis le commencement des troubles jusqu'en 1580 : nous 
croyons intéressant de le rapporter ici : 13,470,000 livres 
d'impôts ordinaires et extraordinaires, frais de guerre, ran- 
çons, surcharges de sel, etc. Tués 82 chanoines, curésou moi- 
nes de divers ordres; noblesse catholique 300, de laR. 
P. R. 260, soldats catholiques 4,000, de la religion 4,500; 
hommes, femmes ou enfants, 4,248; soit 13,308 personnes. 
Après la paix du Fleix, le maréchal de Biron, qui avait déplu 
à la reine Marguerite, pour avoir osé jeter quelques boulets 
dans Nérac où se trouvait la cour de Navarre, fut privé de la 
lieutenance de Guyenne ; Henri III le remplaça par le maré- 
chal de Matignon. La chambre mi-parti d'Agen fut dissoute 
d'après un article du traité et remplacée par des commissai- 
res choisis par le Parlement de Paris ; ils avaient à leur tête 
le président Séguier; ils siégèrent successivement à Bor- 
deaux, à Agen, à Périgueux et à Saintes; la justice de leurs 
jugements unie à la prudence de Matignon rendit plus 
facile l'établissement de la paix que la justice locale n'avait 
pu rétablir; l'avocat général de cette commission prononça à 
Périgueux deux remontrances qui ont été conservées, l'une à 
l'ouverture de la Chambre de justice, le 4 juillet 1582,et l'autre 
à sa clôture le 10 janvier 1S84. 

1582. —Le 28 août 1582, mourut au château de Bourdeille 
le sénéchal de Périgord, André de Bourdeille ; il fut très 



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— 402 - 

regretté par les habitants de Périgueuxdontil s'était toujours 
montré le père et Tami; il avait toutes les vertus chrétiennes 
et morales ; il fut enterré avec grande pompe dans l'église de 
Bourdeille. La noblesse, invitée aux funérailles, veut avoir 
la préséance ; après délibération prise, elle cède le pas à M rs 
de la cour présidiale, et les consuls qui y avaient été aussi 
invités, prétendent marcher comme de coutume au côté gau- 
che de M rs du Sénéchal et Présidial et ainsi fut fait. Les quatre 
coins du drap d'honneur furent portés par quatre chevaliers 
de Tordre de St-Michel, savoir : M rs de.Lauzun, de Lascouts, 
de la Douze et de Ferran (1). 

Son successeur fut David Bouchard, vicomte d'Aubeterre ; 
il n'avait que vingt-cinq ans, mais il était d'une famille très 
aimée et très honorée dans le pays ; quoique très jeune, il 
avait déjà rendu d'importants services au roi. Les calvinistes 
d'Issigeac, sans avoir égard à Tédit de pacification (2), étaient 
toujours en révolte contre Tévêque de Sarlat, leur seigneur, 
et continuaient à jouir de ses biens et revenus; le roi lui 
permit enfin de reprendre la ville et, à cet effet, nomma un 
commissaire ; le 22 juillet, Tévêque, accompagné d'un corps 
nombreux de noblesse, entra dans Issigeac, fit réparer et for- 
tifier sa maison, fit abattre une partie des murs de la ville et 
y laissa une garnison. Le 1 er septembre, le capitaine Ber- 
trandide Salviac, en Quercy, fut décapité pour avoir assas- 
siné Pons de Salignac, archidiacre de Sarlat, six jours après 
la prise de la vil le, en 1574, quoiqu'il eût payé la rançon qu'il 
avait promise. 

C'est en cette année 1582 que Grégoire XIII, pour rectifier 
Terreur provenant du calcul des points solsticiaux et équi- 
noxiaux qui supposait Tannée solaire plus longue de onze 
minutes neuf secondes qu'elle ne Tétait régulièrement, la cor- 
rigea en retranchant dix jours de Tannée 1582, de sorte que 
Ton compta le 15 octobre au lieu du 5 et il statua qu'à Tave- 
nir on supprimerait trois bissextiles en quatre cents ans; 



(1) Archives communales, série FF. 174. 

(2) Chanoine Tarde, p. 281. 



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— 103 — 

cette réforme fut adoptée sans difficulté par tous les pays 
catholiques; Henri III rendit un édit en 1583 pour en consa- 
crer l'usage et fit publier à son de trompe le nouveau calen- 
drier avec ordre de s'en servir désormais. 

La paix entre les deux partis dura quelques années. La 
France épuisée d'hommes et d'argent était lasse de ces com- 
bats continuels et tous étaient bien.aises de prendre du repos. 
Le roi, sans toutefois approcher les protestants de sa per- 
sonne par des emplois ou des charges, essaya de les ramener 
par la douceur, et ce moyen réussit auprès de 1 quelques-uns ; 
mais malheureusement le roi continuait de s'aliéner l'esprit 
de ses sujets par ses folies, son amitié scandaleuse pour ses 
favoris et ses édits bursaux ; il maria Joyeuse avec la sœur 
de la reine et dépensa en fêtes données à cette occasion plus 
de quatre millions : il acheta pour La Valette la terre d'Eper- 
non et les créa ducs tous les deux ; il lit épouser à François 
d'Epinay-Saint-Luc, Jeanne de Cossé, fille du maréchal de 
Brissac ; mais Saint-Luc, à la suite de l'aventure connue de la 
Sarbacane, se sauva à Brouage dont il était gouverneur; il 
échappa ainsi à la vengeance du roi. Le duc de Guise était 
l'àme et le mobile de toutes les intrigues qui agitaient alors 
la cour de France, mais il n'y paraissait point ; le roi qui s'en 
défiait, le tenait à l'écart, et il refusa de lui donner le com- 
mandement de l'armée qu'il avait sur pied pour faire exécu- 
ter les édits, et le donna à Mayenne, moins hautain et plus 
modéré. 

Le duc d'Anjou venait d'être couronné duc de Brabant et 
comte de Flandre; entré dans les Pays-Bas au mois d'août 
1581, son premier exploit avait été de faire lever le siège de 
Cambrai, assiégé par le duc de Parme. Après ce succès, il 
passa en Angleterre où il demeura trois mois d'hiver dans 
les fêtes et les plaisirs ; il s'éprit de la reine Elisabeth ; il y 
eut môme des anneaux échangés comme gages de leur foi ; 
mais si en Flandre on reçut avec joie ces présages d'union, il 
n'en fut pas de même en Angleterre. Elisabeth, pour prévenir 
le mécontentement de ses sujets, réclama son anneau et il ne 
fut plus question de ce mariage. De retour dans les Pays- 
Bas, le duc s'empara de quelques places, entre autres d'An- 



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— 104 — 

vers; mais il ne put la maintenir contre le duc de Parme; 
après deux ans de lutte, et la reprise d'Anvers, où la garni- 
son française fut massacrée, il ramena les débris de ses 
troupes en France et se retira à Château- Thierry où il mourut 
quelque temps après, le 10 juin 1584. 

Pendant cette guerre de Flandre, le roi continuait ses 
folies, ses dépenses et sesridiculesprocessions ; ilétablitcelle 
des Flagellants, à laquelle il obligeait d'assister les évèques, 
les cardinaux et les seigneurs de la cour, couverts de sacs de 
pénitents; il imagina même de prêcher; il espérait par ces 
marques outrées de piété en imposer au peuple ; mais les 
prédicateurs opposés surent par leurs invectives et leurs 
bons mots indignes de la chaire, couvrir de ridicule ces folies 
religieuses et enlever au roi tout le fruit qu'il en attendait. 
Henri n'osa sévir; derrière ces prédicateurs il sentait les 
Guises. 

Il se montra plus sévère pour sa sœur ; après la guerre des 
Amoureux, terminée par la paix du Fleix, elle était revenue 
à la cour. Le roi, qui on le sait, ne l'aimait pas, la faisait sur- 
veiller et il ne lui fut pas difficile d'apprendre ses galanteries. 
Malgré tout, le roi de Navarre réclamait sa femme ; Henri III 
la fit partir, mais à peine avait-elle fait quelques lieues qu'il 
envoya des archers de sa garde après elle ; elle fut arrêtée au 
milieu du chemin, sa litière fouillée et deux de ses femmes 
emmenées prisonnières. Marguerite se plaignit hautement, 
son mari demanda des explications, mais le roi ne voulut 
jamais ni la justifier ni la condamner ; Marguerite n'osa 
retourner auprès de son époux ; elle alla cacher sa honte 
dans des châteaux écartés et y mettre le comble en se livrant 
toute entière à ses passions qu'elle croyait y ensevelir ; il ne 
faut pas ajouter une foi trop entière à ses mémoires; il est 
évident qu'elle n'a pas voulu écrire sa vie, mais elle a senti 
le besoin défaire elle-même son panégyrique. Dans tout ce 
qu'elle dit de vrai dans cette œuvre, qui est un chef-d'œuvre 
de style, en même temps qu'elle prouve son intelligence et 
son instruction, elle a su entremêler adroitement tout ce qui 
est à son avantage ; elle se pose et à juste raison quelquefois 
en victime de son frère et de sa mère ; mais elle ménage tou- 



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— 105 — 

jours son mari dont elle reconnaît le courage, la bonté et les 
brillantes qualités. 

Aux mécontentements qu'occasionnaient la conduite folle 
du roi, la rigueur de ses édits bursaux et somptuaires, la 
création inutile de nouvelles charges dont l'argent était aban- 
donné aux favoris, et les menées des partis, vinrent encore 
se joindre les malheurs d'une sorte de peste qui ravagea 
le Périgord et le Quercy, et d'une disette qui s'étendit partout, 
la cour même en ressentit les atteintes ; elle fut contrainte 
d'avoir recours aux dons volontaires ; cette espèce de quête 
au profit du roi rapporta près de cinq millions d'or. 

1583-1584. — Malgré tous ces malheurs, dont il souffrait 
aussi, le roi de Navarre n'oubliait pas les intérêts de son 
parti ; il envoya une ambassade dans les Pays-Bas, l'Allema- 
gne et l'Angleterre pour formerune contre-ligue avec lesprin- 
ces protestants; Jacques de Ségur-Pardaillan était à la tête 
de cette ambassade ; Montmorency-Damville, gouverneur du 
Languedoc, maltraité par le roi, abandonna sa cause pour 
celle du roi de Navarre ; Guise, de son côté, resserrait son 
alliance avec PEspagne qui, en sous-main, poussait le roi de 
Navarre à la guerre, afin d'empêcher Henri III de porter 
secours au duc d'Anjou occupé en Flandre. Guise traitait 
aussi avec le cardinal de Bourbon, oncle du roi de Navarre, 
vieillard faible et crédule, qui s'imaginait être nommé héri- 
tier de la couronne au préjudice de son neveu, si le duc 
d'Anjou malade venait à mourir ; en effet, un acte passé à 
Joinville entre le duc de Guise et les envoyés du roi d'Espa- 
gne, portait qu'après la mort d'Henri III sans enfants, tous 
les membres de la Ligue ne reconnaîtraient que le cardinal 
de Bourbon comme légitime héritier de la couronne. Sur ces 
entrefaites arriva la mort du duc d'Anjou ; elle ouvrait le 
champ à l'ambition des Guises et le cardinal put un instant 
se croire roi ; il publia un manifeste par lequel, sous le voile 
de la religion et du soulagement des peuples, on les poussait 
à la révolte ; des prédicateurs faisaient valoir ces promesses 
en chaire et partout ; sous le nom de Sainte-Union on faisait 
signer des formulaires de la Ligue ; tous les jours grossissait 
le nombre de ses partisans, mais le duc de Guise ne les 



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— 106 — 

trouvait pas assez nombreux pour se déclarer et prendre les 
armes. 

Le maréchal de Biron, passant à Périgueux le 26 mai pour se ren- 
dre à la cour, rapporte au maire, Antoine de Chilhaud, que beaucou p 
de communautés en France tiennent le parti de la Ligue; le maire lui 
répond que ceux qui en estoient s'oublioient grandement de leur 
devoir et de la fidélité qu'ils debvoient à Sa Majesté ; toutefois que 
si quelqu'uns rompoient la teste aux huguenots, les communautés de 
France, qui la pluspart avoient esté pillés et saccagés par eux n'a- 
voient grand subjet leur envoyer des médicquements pour les penser, 
ce que ledict seigneur maréchal disant estre véritable se prist à rire 
grandement (1). 

Le 16 août 1584, M. de Ste-Alvère (2) écrivit aux dits sieurs maire et 
co nsuls lui envoyer secours parce que les huguenots conduits par 
Panissaud de Bragerac (3) fesoient plusieurs ravaiges en ses terres, 
voir, mettoientle Feu aux maisons, auquel fut envoyé quarante arque- 
busiers, mais les dits huguenots se retiraient bientôst et parceque 
jesdits sieurs de Lenoncourt et autres députés en furent advertis, ils 
se vouloient fascher contre lesdits sieurs maire et consuls disant que 
cela altéroit les affaires, auxquels fut répondu par ledict sieur maire 
que les serviteurs du roy ne se pouvoient conserver liant par une 
bonne union et se secourans les uns les autres. 

Lel8dud. mois fut porté en notre ville des commissions par un 
paysant par lesquelles étoit mandé de la part de ceux de Bragerac 
aux habitans de Vern et autres circonvoisins catholiques de contribuer 
pour les réparations de Bragerac. 

Le vingtiesme dudit mois, ceux de St-Astier craignant d'être assiégés 
par les troupes du prince de Gondé demandent secours et leur fut 
envoyé poudre et armes. 

En même temps on usa de semblable courtoisie à l'endroit de ceux 
de Vern, du sieur de l'Herm et de ceux de Grignols qui étaient assié- 
gés par Panissaud. 

En même temps l'on fait avec messieurs du chapitre de nous ayder 
pour entretenir les soldats et parce que la ville leur devoit huit ou 
neuf cens livres, il fut arrêté qu'ils rabattroient quarante livres par 



(1) Archives communales, série FF. 174. 

(2) Sainte-Alvère, François de Lostanges. 

(3) Panissaud, Jeand'Alba, 



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— 107 — 

mois comme ils ont fait suivant les quittances que à ces fins Glemen- 
tier, leur recepveur, nous a baillées. 

Le 24 septembre, Ion receut advertissement que le vicomte do 
Turenne était logé à Ribérac avec deux ou trois mille hommes et que 
en passant et avoir fait brûler le bourg de St-Vincent-de-Double parce 
que ceux qui étoient dans l'église s'étoient défendus dautant qu'on 
faisoit courir le bruit qu'on vouloit faire une attaque à cette ville dont 
l'on reçeut plusieurs avertissements, Ton pria le sieur de l'Herm nous 
envoyer des arquebusiers, lequel envoya le capitaine Labrousse avec 
soixante-dix soldats ; nous en retirâmes vingt-cinq à la banlieue et des 
voisins, sans les cinquante de la garnison. 

Le vicomte ne donna pas suite à son projet d'attaque sur Périgueux ; 
il resta quarante-quatre jours aux environs de la ville où il fît de grands 
ravages; dans une des sorties de la garnison, le capitaine Labrousse 
fut fait prisonnier, mais il fut bientôt échangé (1). 

Le roi d'Espagne contraignit le duc de Guise à se déclarer 
ouvertement, si bien qu'une députation de la noblesse de 
Picardie va prendre le cardinal à Rouen et le conduit à 
Péronne. Guise rassemble la noblesse de Champagne et de 
Bourgogne et met à sa tête les ducs de Mayenne et d'Elbeuf 
pendant que des reitres et des lansquenets s'avancent sur la 
frontière, levés et soudoyés en partie par le roi d'Espagne. 
Cependant, le roi était averti des menées du duc de Guise et 
des assemblées ligueuses qui se faisaient dans les provinces ; 
malgré son indolence, il prit quelques mesures, il envoya le 
duc de Montpensier dans le Poitou pour s'opposer aux levées 
qu'y faisait le duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne, et à 
Chamborant, qui menait quinze cents hommes au secours de 
laLigue ;à la tête des milices, presque toutes protestantes, de 
Loudun, Thouars et autres juridictions, il dissipa ces levées 
et les rassemblements ; il fut secondé dans cette expédition 
par Labraudière, gentilhomme poitevin, et Lamothe, conseil- 
ler au présidial de Périgueux, qui avait abandonné sa robe 
pour une cuirasse et sa plume pour une épée. Pendant ce 
temps, le duc de Joyeuse poursuivait les troupes du duc 
d'Elbeuf à travers la Touraine et le Vendômois d'où elles 



(1) Extrait du L,ivre Noir, folio $96, 



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— 108 — 

allèrent se disperser dans la Basse Normandie, et les ligueurs 
manquèrent Marseille et Bordeaux. 

La ville de Périgueux fut plusieurs fois menacée par les 
protestants ; mais la bonne garde que faisaient les consuls et 
les habitants les empêcha de rien tenter ; le maire, Hélie de 
Bordes (1) et les consuls, après avoir visité la ville, les mu- 
railles,* les fossés et la Cité, ordonnèrent les réparations 
nécessaires et, visitant aussi les grottes de la Cité, firent 
défense aux propriétaires des jardins y aboutissant « de les 
» ruiner, mais au contraire de les tenir en bon état pour la 
» conservation de l'antiquité. * 

Les succès du roi furent de peu de durée ; Mandelot s'em- 
para de Lyon pour les ligueurs. Toul et Verdun ouvrirent 
leurs portes aux troupes allemandes ; Bourges, Orléans et 
Angers, la plupart des villes de Picardie et du Dauphiné se 
rangèrent sous la bannière de la Ligue ; elle s'établit même à 
Paris où elle eut des assemblées secrètes qui prirent bientôt 
de grands développements ; des projets on en vint à des com- 
plots déterminés ; les chefs de cette association devaient, 
dans un temps bien proche, devenir ceux de la faction des 
Seize. Le roi craignit qu'on ne vculût attenter à sa personne; 
il se forma une garde de quarante-cinq gentilshommes qui 
devaient Je suivre partout ; mais cetle précaution, bonne 
pour sa sûreté personnelle, ne remédiait pas aux troubles du 
royautne. 11 crut qu'un édit défendant les levées et attroupe- 
ments suffirait pour maintenir Tordre ; il n'en fut tenu aucun 
compte, et, à Paris même, sous ses regards, le peuple se 
familiarisait tous les jours à l'usage et au maniement des 
armes. Au mois de mars parut le manifeste de la Ligue sous 
le couvert du duc de Bourbon ; on y faisait ressortir le dan- 
ger que courait la France si elle tombait jamais sous la domi- 
nation des Bourbons hérétiques. Le roi répondit comme tou- 
jours avec faiblesse; la France était inondée d'écrits en 
faveur de la Ligue, pendant que le jésuite Mathieu la soute- 
nait à Borne auprès de Sixte V. Le duc de Nemours n'ayant 



(1) Maire en 1585-1586. 



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— 109 - 

pas trouvé auprès du Pape les sûretés que sa conscience 
exigeait s'il se déclarait ouvertement, abandonna le parti; 
son exemple fut suivi par plusieurs seigneurs, et si le roi eût 
montré plus de fermeté, peut-être eût-il pu arrêter les com- 
plots dirigés contre le pouvoir et contre sa personne. Les 
forces de la Ligue, en ce moment, n'étaient pas formées; 
l'argent lui mancruait et les troupes étrangères n'étaient point 
encore entrées en France ; mille causes pouvaient les empê- 
cher d'y pénétrer. 

Le roi, de tous les conseils qu'on lui donnait, prit le plus 
mauvais, celui de traiter avec ses sujets ; sa mère en fut 
chargée. Un traité fut signé à Nemours le 7 juillet, le 19 d'a- 
près les Mémoires de La Force, entre la Ligue et le roi ; le roi 
s'engageait à ne reconnaître d'autre religion que la religion 
catholique romaine, sous peine de mort .contre les contreve- 
nants, à chasser les ministres du royaume, à déclarer les cal- 
vinistes incapables de posséder ou de conserver quelle charge 
que ce fût, et enfin à casser les chambres mi-parti, à leur rede- 
mander leurs places de sûreté et leur déclarer la guerre s'ils 
refusaient. Le roi, faible jusqu'au bout, consentit à deux arti- 
cles plus humiliants encore; il devait payer les troupes étran- 
gères du duc de Guise et entretenir de ses deniers les garni- 
sons des places de sûreté promises à laLigue. C'était vouloir 
se faire battre avec ses propres armes. Il ne fut rien réglé sur 
la cause principale de la guerre, savoir, les prétentions du 
duc de Bourbon au trône. 

Le roi de Navarre apprit cette nouvelle au château de La 
. Force où il était alors à attendre les événements et en cau- 
sant avec le duc de La Force en qui il avait une grande con- 
fiance ; cet édit affligea si cruellement le roi de Navarre qu'il 
dit depuis au duc de La Force : c pensant à cela profondé- 
» ment et tenant la tête appuyée sur ma main, l'appréhension 
» des maux que je pressentais pour mon pays fut telle qu'elle 
» en blanchit la moitié de ma moustache. » 

Henri de Navarre comprit tout de suite quelles seraient les 
funestes conséquences de ce traité ; il en écrivit au roi qui lui 
répondit : « Laissez les Guises porter les premiers coups afin 
» qu'on ne nous accuse pas de troubler la paix du royaume et 



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- 110 — 

» qu'on voie au contraire que ce sont eux qui veulent la 
» guerre. » 

Mais Henri de Navarre ne restait pas inactif, il répandait 
des manifestes ; il offrit le duel au duc de Guise pour éviter 
l'effusion du sang français et tâcher d'attirer vers lui tous 
ceux qui flottaient encore, ceux qui redoutaient les Guises ou 
qui comprenaient les fatales conséquences de la Ligue au 
point de vue protestant, tandis que des pays étrangers on lui 
envoyait des petites troupes de soldats. 

Les affaires de la Ligue ne marchaient pas très vite et, de 
son côté, le roi manquait de l'argent nécessaire pour tenir ses 
promesses ; il frappa des contributionssur le clergé, les mar- 
chands et les gages du Parlement pour payer trois armées ; 
Tune devait rester près de lui ; la seconde, sous le duc de 
Guise, opérer contre les Allemands, et la troisième,comman- 
dée par le duc de Mayenne, aller en Guyenne tenir tête aux 
protestants. Cette guerre est connue dans l'histoire sous le nom 
de Guerre des trois Henri : Henri III, à la tête des royalistes ; 
Henri de Navarre, à la tête des calvinistes ; Henri de Guise, à 
la tête des ligueurs. En moins de deux mois, outre le Lan- 
guedoc, Henri de Navarre eut soumis la plus grande partie de 
la Guyenne, du Dauphiné, de la Saintonge et du Poitou. Les 
protestants fortifièrent Bergerac, Ste-Foy et Castillon ; ils for- 
mèrent une armée de huit mille hommes commandée par le 
v te de Turenne ; elle ravagea et ruina le Périgord et assiégea 
Brive ; elle ne réussit pas et marcha sur Tulle qui se rendit ; 
de là, cette armée, bien ravitaillée par le pillage de Tulle, 
rentra en Périgord et passa près de Sarlat sans l'attaquer. 
Une des armées du roi de Navarre fut dispersée en Anjou par 
l'imprudence du prince de Gondé qui la commandait ; il fut 
obligé de passer en Angleterre, d'où il revint bientôt débar- 
quer à La Rochelle avec des troupes et de l'argent qu'Elisa- 
beth lui avait prêtés. La Ligue s'effraya de ces progrès si 
rapides, elle en accusa le roi et le contraignit de demander au 
St-Siège l'excommunication des Bourbons; le jésuite Mathieu, 
surnommé le courrier de la Ligue, partit pour Rome afin de 
la solliciter ; la bulle en fut fulminée au mois d'août, à la 
grande joie des ligueurs ; elle déclarait le roi de Navarre et le 



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— 411 — 

prince de Condé génération bâtarde et détestable de l'illustre 
maison de Bourbon, hérétiques relaps, chefs, fauteurs et 
protecteurs de l'hérésie et comme tels, privés de leurs sei- 
gneuries, terres et dignités, incapables de succéder à aucune 
principauté, nommément à la couronne de France et déliait 
leurs sujets de leurs serments de fidélité. Cette nouvelle, dit 
de Thou, ne servit qu'à jeter du feu sur de l'huile bouillante; 
mais le roi, qui aurait dû supprimer cette bulle, fit au moins 
comme s'il l'ignorait, de sorte qu'elle fit moins d'effet, n'é- 
tant pas revêtue des formalités qui devaient lui donnerde 
l'autorité. Les Bourbons répondirent directement au pape, en 
faisant afficher sur les portes mêmes du Vatican une protes- 
tation contre cette sentence. 

Toujours indécis et faible, Henri III, lassé par les Ligueurs, 
avait réduit à quinze jours les deux mois qui restaient sur les 
six accordés aux protestants pour sortir de France ; le roi de 
Navarre publia à Bergerac un manifeste par lequel il défen- 
dait d'obéir à cet édit, aux protestants des provinces qui lui 
étaient soumises ; il confisqua les biens des catholiques qui 
portaient les armes contre lui et les vendit pour subvenir aux 
frais de la guerre. 

M. d'Aubeterre, sénéchal du Périgord, députa à la ville 
de Bergerac (1) Bertrand de Fayard, seigneur des Com- 
bes, pour prévenir les consuls qu'ils eussent à se tenir en 
garde pour conserver leur ville en l'obéissance du roi, et 
aussitôt toutes les précautions nécessaires furent prises pour 
éviter une surprise, faire bonne garde, acheter des poudres à 
Limeuil, faire venir un maître arquebusier d'Eymet, réparer 
les murailles, refaire les portes et ponts-levis; les marchands 
durent avoir leurs armes dans leurs boutiques pour être prêts 
au premier avis. 

Cependant le duc de Mayenne, chef de l'armée royale diri- 
gée contre la Guyenne, s'était rencontré à Ghâteauneuf sur 
Charente avec le maréchal de Matignon, gouverneur du Bor- 
delais ; les députés de Saintonge et d'Angoumois vinrent les 



(1) Jurades de Bergerac, année 1585. 



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— 112 — 

y trouver ; ils voulaient qu'on attaquât Pons, Taillebourg et 
Saint-Jean-cTAngely dont les protestants s'étaient récemment 
emparés, disant qu'il y avait danger à les laisser derrière soi. 
Malgré leurs instances et leurs raisons, il fut décidé qu'on 
avancerait dans le pays et que Ton n'attaquerait que les pla- 
ces de peu de résistance, la saison étant trop avancée et l'ar- 
mée n'ayant pas assez d'artillerie pour attaquer des places 
aussi importantes. On avança donc dans la Guyenne, mais 
tous les bords de la Dordogne étaient couverts par les trou- 
pes protestantes ; les catholiques n'avaient qu'un poste à 
Souillac sur les limites du Quercy, et Ton savait que le v te de 
Turenne voulait attaquer les troupes royales au passage de la 
rivière. 

Mayenne chargea M. d'Hautefort, gouverneur du Limou- 
sin, de chercher un passage; il fit dire qu'avec des ba- 
teaux on passerait à Limeuil, mais le pays étant occupé par 
l'ennemi, on éprouva trop de difficultés à se procurer des ba- 
teaux, aussi suivit-on le conseil de Hébrard de Saint-Sulpic9, 
gouverneur du Quercy, qui était de passer la rivière entre 
Souillac et Beaulieu, au port de Branne. Après avoir pris cette 
résolution, Mayenne et Matignon se séparèrent après s'être 
donné rendez-vous à Sainte-Bazeille pour le 25 février 1586. 
Matignon regagna Bordeaux et Mayenne entra en Périgord 
par La Tour-Blanche et Bourdeille et entra à Périgueux le 
9 janvier 1586 ; il y fut reçu avec les plus grands honneurs par 
Tévêque et le clergé. Pendant ce temps le v te de Turenne fit 
sans succès une tentative sur Belvès; ainsi, repoussé de 
devant Roquebrune et Monségur en Bazadais, il se retira à 
Bergerac en attendant une saison plus favorable et d'avoir 
réuni des troupes plus nombreuses avant de tenter de nou- 
velles entreprises. 

La ville de Périgueux acheta l'hospice Saint-Silain pour en 
faire des boucheries ; elle fut autorisée par Matignon à lever 
une garnison de cinquante hommes. 

Au mois de juin 1585, près de St-Quentin, des marchands 
de Sarlat, Bernard Gondet, Pierre Garaudel, Bernard Bois- 
sière, furent volés par un nommé François d'Abzac qui se 
tenait au château de la Serre,près de Saint Quentin,de quatre 



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— us — 

charges de marchandises pouvant rapporter dix écus. Gondet 
poursuivit François d'Abzac en justice; mais ce ne fut que 
longtemps après que ce dernier étant allé se saisir de la 
maison du Cluzel aux portes de Sarlat, y fut assiégé par les l 
habitants ;. obligé de se rendre, il fut conduit à Sarlat, passa 
en jugement et fut condamné à avoir la tête tranchée ; dans 
l'attaque de cette maison furent tués Pierre Bosquet et un fils 
de M. de Fages. 

En mars 1585, le sénéchal assiégeait Montpon ; il demanda des se- 
cours à la ville de Périgueux qui lui envoya de la poudre et cinquante 
arquebusiers ; l'arrivée de ce secours détermina les prolestanls à se 
rendre (1). 

Le jour de la Pentecôte, pendant la messe, un parti de cavalerie 
huguenote vint faire une reconnaissance jusqu'auprès du pont de la 
Cité ; huit ou neuf d'entre eux memepoussèient jusqu'à l'hôtellerie du 
■Chapeau-Rouge, prirent un morceau de l'enseigne pendue à la fenêtre 
et se retirèrent au galop ; ils furent vigoureusement poursuivis jus- 
qu'au pont de la Cité par le maire de la ville et Chilhaud des Fieux à 
la tête de quelques arquebusiers. 

Le 16 mars, le consul de la Valade, envoyé à la cour, obtint du roy 
un quartier des tailles du Périgord revenant à 9,300 1. pour rebâtir 
les murs de la ville et réparer les fortifications. 

Le sénéchal écrivit le 22 mars qu'il bloquait Montpon, qu'on 
lui envoya de la poudre et des soldats, à quoi l'on obéit promp- 
tement parce que l'on envoya audit sieur cinquante arquebusiers 
conduits par le sieur Chilhaud le jeune et Chaignon et trois quintaux 
de poudre qui fut été cause que les huguenots qui étaient dedans ne 
pouvant résister quittèrent la place. 

Le sénéchal désirait loger six cents hommes à Périgueux ; on éloi- 
gna ou retarda tant que l'on put à cause de la pauvreté de la ville et 
la chose n'eut pas lieu. 

Le sénéchal voulait établir un magasin de foin et d'avoine pour la 
cavalerie de la ville de Périgueux, et, après quelques difficultés, la 
ville nomma un receveur dudit magasin, M e Jean Geneste. 

Le même jour, le château de Luziers fut assiégé par un 
autre parti de l'armée deTurenne ; il supporta soixante- seize 



(1) Archives communales, série FF. 174. 



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— 114 — 

coups de canon et fut emporté après une vigoureuse résis- 
tance; cent protestants y furent tués; vingt défenseurs y 
périrent et qua&çfurent pendus. Le 16 décembre, Belvès fut 
pris par La Rochefoucauld, mais le fort résista onze jours 
sans pouvoir être réduit ; la ville fut pillée et les religionnai- 
res se retirèrent. 

Dans le môme temps, un peu avant ou après, le capitaine 
Pioulettou, avec sa compagnie et les habitants de Saint- 
Cyprien, assiégea le château de Fages qu'il prit facilement, 
mais peu de jours après il en fut chassé par le seigneur de 
Beynac. 

1586. — Le duc de Mayenne, après avoir quitté Périgueux, 
arriva sur les bords de la Vézère, à Montignac, place qui 
appartenait au roi de Navarre et où il avait garnison ; d'Hau- 
tefort et les consuls de Périgueux voulaient qu'on l'attaquât, 
parce qu'une fois cette forteresse en leur pouvoir, La Maurie, 
gouverneur de Tulle, ne pourrait pluss'appuyersurelle pour 
faire des courses dans le pays ; mais l'armée n'était pas assez 
pourvue d'artillerie pour faire un siège en règle; Mayenne 
envoya le sieur de Lestang à Brive chercher du canon et des 
boulets pendant que le sieur de Saint Pardoux allait au Dorât 
pour en ramener un canon et une coulevrine. Jean de Gon- 
taut-Biron Salignac commandait la place. Mayenne voulait 
s'emparer de la ville et empêcher la garnison de la brûler, 
ainsi qu'elle semblait en avoir l'intention, car il jugeait comme 
étant d'un grand avantage pour ses soldats de les mettre à 
l'abri des rigueurs de la saison en même temps qu'ils auraient 
pu faire commodément le siège du château ; ce projet fut mis 
à exécution; pendant une nuit sombre, d'Hautefort et Lafaye 
d'Auriac entrèrent dansla villeoù ils avaient des intelligences; 
ils étaient suivis de près par les régiments de Vie et de Bira- 
gue qui s'emparèrent bientôt de la ville ; cent vingt soldats de 
la garnison purent se réfugier dans le château ; trois ou qua- 
tre jours après, les murailles qui avaient reçu 260 coups de 
canon laissèrent voir une brèche praticable; la garnison 
voyant la résistance inutile n'attendit pas l'assaut ; elle se 
rendit à la condition d'avoir la vie sauve ; les gentilshommes 



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- 115 — 

devaient se retirer Tépée au côté et les soldats un bâton blanc 
à la main (3 février 1586) (1). 

De Montignac les troupes de Mayenne entrèrent dans le pays 
situé entre la Vézère et la Dordogne et s'emparèrent des châ- 
teaux de Beynac, Salignac et St Génies ; les habitants de Sarlat 
voulaient qu'on attaquât Montfort, place qui appartenait au 
v t0 de Turenne et dont la garnison dévastait le pays (2); Fran- 
çois de Casillac, seigneur de Gessac, fut détaché pour la recon- 
naître ; il rapporta qu'il était difficile d'en approcher; d'ail- 
leurs la nouvelle arriva que Matignon se rendait de Bordeaux 
à Sainle-Bazeille; Mayenne se mit en marche sur le champ par 
Gaignac (3) et Martel (4) en Quercy, se dirigeant vers Beaulieu 
pour passer la Dordogne, se flattant qu'il pourrait se rendre 
maître de Figeac dont la garnison faisait des courses conti- 
nuelles ; mais il fut reconnu que ce serait exposer l'armée que 
de passer en cet endroit et Ton choisit Creysse (S) comme plus 
favorable et moins dangereux ; Mayenne fit traverser la 
rivière à ses troupes sur des pontons et détacha Saint- Chama- 
rand, maréchal de camp, avec deux pièces de canon pour 
repasser la rivière à Souillac et s'emparer du château du Roc 
où il y avait trente hommes de garnison qui pillaient le pays ; 
mais ceux-ci se retirèrent à son approche vers Montfort et 
Bourzolles (6), places du v te de Turenne. D'Hautefort, avec le 
régiment de Sacremore et deux pièces <de canon, prit Gignac 
qui servait de retraite aux garnisons voisines, et pour l'exem- 
ple fit pendre tout ce qu'il y trouva. L'abbaye et la ville de 
Beaulieu (7) défendues par G. deGuiscard deCavaignacse ren- 
dirent aux forces supérieures de d'Haute fort, à la condition d'a- 
« voir la vie et bagues sauves ». Mayenne, après ces succès, 
entra dans le Quercy et vint camper à Gourdon où il fit reposer 



(1) Mémoires de Sully, t. I, p. 215. 

(2) Chanoine Tarde, p. 255. 

(3) Gaignac, canton de Bretenoux (Lot). 

(4) Martel, canton (Lot). 

(5) Creysse, canton de Martel ('Lot). 

(6) Bourzolles, commune du canton de Souillac (Lot). 

(7) Beaulieu, chef-lieu de canton de la Corrèze. 



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— H6 — 

ses troupes pendant quelques jours ; son armée souffrait beau- 
coup des approches de l'hiver, du manque de vivres et des 
maladies, mais il n'en continua pas moins la guerre. Au mois 
d'avril il rejoignit Matignon qui lui avait écrit que son projet 
était d'attaquer Castets (1) et que le roi de Navarre était venu 
à Nérac où il réunissait des troupes pour arrêter les progrès 
de l'armée du roi. Le roi de Navarre, ayant appris que Mayenne 
et Matignon le guettaient à son passage quand il se rendrait 
en Poitou où rappelait l'importance des affaires, ne resta que 
deux jours à Nérac et avec quelques cavaliers seulement, il 
leur échappa en passant par Caumont, Marmande et Eymet, 
pendant que son armée marchait pour le rejoindre àSte Foy ; 
là, il laissa le gouvernement de la Gascogne au v t0 de Tu- 
renne. Pendant ce temps, Matignon devant Castets éprouvait 
deux sorties dans Tune desquelles il perdit le capitaine Puy- 
ferrat, Bertrand de La Porte ; apprenant que les troupes du 
roi de Navarre venaient au secours de laplace, il se retira du 
côté de Langon pour attendre l'arrivée de Mayenne qui, de 
son côté, voulait entraver la marche du roi de Navarre; mais 
il fut si lent, qu'Henri eut le temps de faire passer toutes ses 
troupes parSainte-Bazeille et de gagner Monségur et Bergerac. 
Mayenne voyant qu'il l'avait manqué descendit du côté d'Ai- 
guillon pour battre le pa\s et inquiéter les garnisons des 
petites places appartenant au roi de Navarre. 

Après diverses expéditions en Saintonge et en Angoumois 
où les protestants, s'ils furent quelquefois vainqueurs, firent 
des pertes sensibles parmi leurs capitaines et furent moins 
heureux à Castets qui tomba au pouvoir des troupes royales, 
et à Sainte-Bazeille qui. peu de temps après, se rendit à 
Mayenne, malgré les efforts du roi de Navarre, qui étaitù Ber- 
gerac ou à Sainte Foy dirigeant les opérations et les secours. 
De Ste-Bazeilie, le duc se dirigea sur Monségur qu'il voulait 
prendre pour ouvrir les communications entre le Périgord, 
le Limousin et le Quorcy, mais il tomba malade au moment 
où il prenait ses premières dispositions; aussitôt il écrivit à 



(1) Castets, Gironde. 



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— 117 - 

Matignon qui était à Bordeaux de venir prendre le comman- 
dement de r armée ; quelques jours après Monségur se rendit. 

Quand la santé du duc de Mayenne fut rétablie, il alla à 
Libourne où Bouchard, v te d'Aubeterre, avait conduit de 
Limoges, sous bonne escorte, la solde des troupes; il établit 
son camp entre risle et la Dordogne, sur laquelle le roi de 
Navarre tenait Lalinde, Bergerac, Sainte Foy et Castillon; il 
eût voulu à tout prix s'emparer de Bergerac et il espérait que 
Biron, qui opérait en Poitou viendrait l'aider ; mais Biron en 
fut empêché, et seul, ne se trouvant pas assez fort pour 
entreprendre ce siège, il s'en alh attaquer Castillon (1). 

Le roi de Navarre, reconnaissant qu'il ne pouvait tenir tête 
à tant d'ennemis à la fois, avait jeté des troupes et des mu- 
nitions dans Monségur qui, nous l'avons vu, avait néanmoins 
été pris, dans Cistil Ion et Ste-Foy, puis il s'était rendu à La 
Rochelle; il y apprit que Biron avait l'intention d'assiéger 
Marans (2) ; aussitôt il y alla lui-même pour mettre la place 
en état, n'ayant pas le temps de la raser, ainsi que le voulaient 
les Rochelois. Biron poussa le siège de Marans avec vigueur, 
il fut même blessé, et au moment où il espérait le succès, il 
reçut Tordre de la cour de- traiter avec le roi de Navarre; 
mais ce ne fut qu'un accord particulier, car quelques jours 
après le roi de Navarre s'empara d'un convoi qui portait l'ar- 
gent du roi. Cependant Henri III, dans la crainte de voir 
entrer en France les troupes allemandes, désirait la paix, et la 
reine mère cherchait à renouer des conférences entamées 
dès l'année précédente ; mais le roi de Navarre répondit qu'il 
ne lui était pas possible de négocier entre les deux armées de 
Mayenne et de Biron. Le duc de Mayenne et le maréchal de 
Matignon continuaient le siège de Castillon où commandait 
le baron deSavignac; les protestants tenaient la campagne 
tout h l'entour, à Sainte Foy, à Bergerac, à la tour de Mon- 
travel(3), au fort de Minzac ^4) ; la ville était forte et bien dé- 



(1) De Thou, t. IX, p. 582, 586. 

(2) Marans (Charente-Inférieure.) 

(3) Montravel, canton de Vélines (Dordogne). 

(4) Minzac, canton de Villefranche-de-Longchapt (Dordogne). 



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— M8 — 

tendue. Mayenne faisait des approches, élevaitdes forts etdes 
redoutes du côté de Montravel pour se mettre à l'abri des 
attaques de Turenne qui le harcelait sans cesse et qui réussit 
à jeter cent vingt hommes dans la place. 

La ville fut resserrée de plus près pendant que le com- 
mandeur de La Douze tenait la rivière avec des barques 
armées et empêchait les communications de ce côté là ; mais 
les troupes du roi ne restaient pas inactives ailleurs; Fran- 
çois de Jaubert, sieur de Barraut, sénéchal de Bazas, s'était 
mis en campagne avec un détachement de cavalerie pour 
faire des courses vers Sle-Foy ; il rencontra Florestan de 
Béthune, gouverneur deMontflanquin pour le roi de Navarre, 
accompagné de Glermont de Piles, de Maligny (1) et du sieur 
de Beauvais; la charge fut rude ; le sieur de Montardit, lieu- 
tenant de Barraut, le capitaine Chilhaud de Périgueux, et 
Charles de Birague chargèrent vigoureusement les calvinis- 
tes, et comme ils étaient plus nombreux ils les eurent bien- 
tôt mis en fuite, après avoir tué Béthune, Maligny et plusieurs 
autres ; de Piles fut dangereusement blessé. Mais ce succès 
ne s'obtint pas sans pertes pour les catholiques. Montardit 
fut blessé et Birague fait prisonnier ainsi que Grimaldy. 

Le siège de Gastillon continuait à être poussé avec vigueur, 
il était soutenu de même et Turenne, Vivans et Favas entra- 
vaient les travaux des ' assiégeants par des attaques conti- 
nuelles ; mais le commandeur de La Douze ayant détruit les 
casemates qui gênaient l'effet des pièces des assiégeants, 
l'attaque marcha plus vite ; une tour fut renversée et la brè- 
che se trouvant ainsi élargie, Mayenne résolut de donner 
l'assaut ; enlin, les défenseurs de la ville, décimés par les 
balles et les maladies demandèrent à capituler; le traité fut 
signé à la conditionque les chefs sortiraient la vie sauveavec 
leurs armes et leurs chevaux, que les soldats seraient désar- 
més et jureraient de ne pas servir de quatre mois contre le 
roi de France; les habitants furent laissés à la discrétion du 
vainqueur, et le duc de Mayenne les traita cruellement. La 



(1) Maligny, Jean do la Ferrière, vidame de Chartres, seigneur deConfolens. 



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— 119 — 

perte de Castillon fut suivie de la reddition des châteaux de 
Puy-Normand (i) et de Minzac; le premier fut rasé, mais le 
second fut repris quelques jours après par Turenne. 

Pendant le siège de Castillon, les habitants de Périgueux 
envoyèrent pour leurs affaires M de Montozon et de Lan- 
glade vers le duc de Mayenne ; étant au Pas-de l'Anglais (2) 
ils trouvèrent un homme qui venait avertir que Vivans 
avec cent cinquante ou cent soixante chevaux était vers 
Mensignac et s'approchait de la ville ; ilsprirentalors le che- 
min de Mussidan. Vivans et sa troupe se retirèrent après avoir 
fait beaucoup de prisonniers aux environs de Périgueux. 

Mayenne, après ces divers exploits, qui étaient bien peu de 
chose pour une campagne de neuf mois et encore moins pour 
les bravades de la Ligue, se retira à Paris après s'être reposé 
quelques jours au château de LaVauguyon en Limousin, d'où 
il enleva la veuve de Charles des Cars, prince de Carency,qui 
avait été tué en duel quelque temps auparavant par Charles 
de Biron ; il voulait la faire épouser à son fils, mais il ne put 
réussir ; elle se maria depuis avec le comte de Saint-Paul, 
François de Longueville (3). 

. Pendant que ces faits avaient lieu en Périgord, le duc de 
Guise s'emparait en Champagne, sur le duc de Bouillon, des 
villes de Raucoux et de Donzy ; le duc d'Aumale avec les 
Picards, passionnés ligueurs, s'empara de Doullens (4) et de 
quelques autres plaoes. 

Les favoris du roi, jaloux de voir le pouvoir et lagloiredes 
armes en la puissance des Guises leurs ennemis, deman- 
dèrent au^jsi des commandements ; le roi donna au duc 4e 
Joyeuse l'armée destinée au maréchal d'Aumont pour opérer 
en Auvergne, Velay et Gévaudan ; il donna un pareil com- 
mandement à d'Epernou en Provence. Joyeuse s'empara de 
Malzion et de Marieuse en Gévaudan ; après la réception des 



(1) Puynormand, près de Coutras. 

(2) Le Pas-de-1'Anglais, hameau de la commune de Chancelade. 

(3) Cet enlèvement fit dire que Mayenne n'ayant pu prendre la Guyenne avait 
pris une fille. 

(4) Doulleiis (Somme). 



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— 120 — 

envoyés des princes allemands vers le roi pour lui faire des 
représentations sur sa conduite envers les protestants, récep- 
tion à la suite de laquelle les princes allemands, mécontents 
des réponses du roi, résolurent d'envoyer au plus tôt des 
secours à leurs coreligionnaires français ; les ligueurs se 
réunirent à l'abbaye d'Orcamp près de Noyon ; ils s'y déci- 
dèrent à refuser les avantages que le roi leur faisait et de pré- 
cipiter la guerre en attaquant les protestants qui venaient de 
surprendre Rocroy ; le duc de Guise fut. l'assiéger ; elle se 
rendit pour éviter l'assaut. 

Lesdiguières en Provence et en Dauphiné faisait une rude 
guerre aux protestants et s'emparait de plusieurs de leurs 
places fortes comme Saint-Jalle, Mirabel et le château de 
Gastellane. 

En Poitou, le roi de Navarre assiégeait lui-même Chizay qui 
se rendit après une vigoureuse résistance de son comman- 
dant Fayolle ; pendant ce siège, le roi de Navarre reçut l'avis 
que les troupes protestantes d'Allemagne étaient sur le point 
d'entrer en France ; il prit en outre Souzay, Saiat-Maixent, 
Fontenay, Mauléon, le château de la Garnache ; mais ayant 
manqué Niort et Parthenay, il rentra à La Rochelle. 

En même temps, il y avait quelques troubles en Limousin : 
les protestants avaient tenté de s'emparer de Saint- Junien et 
avait pris Château-Cherveix, le château de Cromières, Saint- 
Victurnien et plusieurs autres petites places fortes dont ils 
furent en peu de mois chassés par le vicomte de Guiché. 

On se souvient d'avoir vu le maréchal de Biron traiter avec 
le roi de Navarre d'après les ordres de Henri III qui désirait 
la paix pour éviter l'entrée des troupes étrangères en France. 
Ce fut la reine-mère qui fut chargée de négocier avec le roi 
de Navarre; ces premières ouvertures n'ayant pas réussi, des 
conférences eurent lieu à Cognac, à Saint-Bris, à Saint-Maixent ; 
Catherine y déploya tous ses artifices habituels, mais elle ne 
réussit point. On voulait que Henri de Navarre se fit catholi- 
que, comme étant le meilleur moyen de tout concilier. Le 
prince refusa de conclure une trêve pendant ces confé- 
rences de peur de ralentir la marche des Allemands, mais il 
offrit de se servir de ces troupes auxiliaires au nom du roi 



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— 121 — 

et de les employer de concert avec lui contre les ligueurs ; 
il fut refusé et tout fut rompu. Le roi de Navarre se retira de 
nouveau à La Rochelle et se prépara pour soutenir la lutte 
qui allait recommencer, tout en se livrant aux fêtes et aux 
divertissements. 

1587. — Tout à coup on apprit en France la mort de Marie 
Stuart, décapitée le 17 février 1587. Ce fut un nouveau motif 
de haine contre les calvinistes et tout ce que le roi avait fait 
pour amener les partis à la paix fut anéanti. Une nouvelle 
trame en faveur de la Ligue faisait des progrès rapides à 
Paris; les conjurés dont les chefs étaient le président Henne- 
quin et Etienne de Neuilly augmentaient tous les jours ; cette 
association avait des assemblées secrètes, des prêtres en fai- 
saient partie et le plus emporté des meneurs était Bussy- 
Leclerc, procureur au Parlement ; on s'était distribué les 
quartiers et les emplois ; pour exciter le peuple à la révolte, 
onprésentait,chose triste àdire,enchaireetpar les confesseurs, 
le roi comme protecteur secret des calvinistes ; on envoya 
dans les provinces des émissaires chargés d'y organiser de 
semblabes associations et Ton se prépara pour qu'au signal 
donné par Paris la révolte éclatât partout à la fois. Tout, on 
le voit, conduisait le duc de Guise où il voulait aller, mais 
fidèle à son plan, il ne paraissait point; Mayenne lui-même 
n'était pas à Paris ; il y fut attiré par les conjurés qui vou- 
laient se saisir du roi, égorger les gentilshommes les plus 
fidèles et composer un nouveau Parlement, mais le complot 
fut déjoué. 

De La Rochelle, le roi de Navarre donna ordre au v te de 
Turcnne de demeurer en Périgord (1) ; pendant qu'il était à 
Bergerac, il fut informé par un homme de confiance qu'il 
serait aisé d'escalader Castillon, que le duc de Mayenne avait 
si longtemps assiégé avant de s'en emparer ; le vicomte se 
rendit à Ste-Fqy,en tira deux cents arquebusiers, s'embarqua 
sur la Dordogne et avec trente gentilshommes il prit terre à 
La Mdthe près de Castillon ; il confia l'attaque à Pierre de 



(1) Chanoine Tarde, p. 287. 



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— 12-2 — 

Chouppes ; St-Ferréol commandait la place située sur un 
plateau fort escarpé. La nuit était très obscure, les assaillants 
escaladèrent les murs sans éveiller l'attention des sentinelles 
pendant que Chouppes restait dans le fossé pour empê- 
cher le bruit et faire avancer les troupes à mesure qu'il 
le faudrait. Les sentinelles furent bientôt égorgées et 
Turenne escaladant lui-même la muraille fut maître 
do la ville avant que la garnison eût pu se mettre en défense ; 
les catholiques se réunirent cependant à la hâte sur un tertre, 
mais voyant toute lutte inutile ils se retirèrent par une brè- 
che qui avait été faite lors de la première prise de la ville. 

Quelques jours après, les protestants voulurent s'emparer 
de St-Emilion ; mais ils furent repoussés, avec grandes pertes. 
Parmi les blessés fut Jean Glermont de Piles, fils du grand 
capitaine, et parmi les morts le sieur de Saint-Jean et Pons 
de Gerval, s r de Bétou (1). 

De son côté le roi de Navarre continuait la guerre en Sain- 
tonge et en Poitou; il profita de ce que le duc de Joyeuse 
était allé faire un voyage à Paris pour tomber sur son armée 
qui était sans discipline et sans chefs capables de la conduire ; 
il la surprit plusieurs fois, tua bon nombre de soldats et fit 
des prisonniers. 

Le comte de Soissons, frère du roi et ennemi des Guises, 
profita du désordre et de la négligence des troupes royales 
pour les traverser et venir se joindre au roi de Navarre. 
Cependant le duc de Joyeuse apprenant l'indiscipline de ses 
troupes partit de Paris avec de l'argent que le roi lui donna 
;>our les payer, suivi de nombreux gentilshommes et atten- 
dant de nouvelles troupes qui se réunissaient. 

Le roi de Navarre forma une armée avec tous les soldats 
qu'il put trouver en Poitou, en Anjou, en Touraine et en 
Berry; il manda au prince de Condé, à Mrs de Turenne, de La 
Trémouille, de La Rochefoucauld de lui mener tous leurs gens 
de guerre ; il voulait s'ouvrir un chemin par la Guienne, le 
Languedoc et le Lyonnais vers les sources de la Loire pour y 



(1) Betou, château, commune de Marnac (Dordogne). 



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— 1*3 - 

rejoindre les Allemands. Ce fut à opérer cette jonction que le 
roi de Navarre mit tous ses soins pendant que Joyeuse n'avait 
pas encore ses troupes ; il s'avança donc vers Montlieu (1), 
Montguyon (2) et La Rochechalais (3), toujours observé par le 
duc de Joyeuse. Ce dernier ne crut pas devoir attendre l'arri- 
vée du maréchal de Matignon afin de ne pas laisser échapper 
une occasion de combattre qui ne se représenterait peut-être 
plus.A. cela, iln'yavaitpointde témérité, selon les apparences, 
car son armée était plus nombreuse que celle des protes- 
tants ; mais le roi de Navarre qui n'aimait pas à s'aventurer 
sans nécessité dans un combat important, loin de chercher à 
s engager, ne pensait qu'à gagner la Dordogne sur les bords 
de laquelle il avait d'assez bonnes places pour arrêter l'en- 
nemi ; c'est dans cette intention qu'il arriva aux passages de 
Chalais et d'Aubeterre ; le poste de Goutras lui parut impor- 
tant pour favoriser ce passage et il ne le sembla pas moins 
au duc de Joyeuse pour l'empêcher ; il y envoya Lavardin 
avec la cavalerie albanaise pour s'en emparer, mais La Tré- 
mouille l'en chassaets'y maintintaprès uneviveescarmouche. 
Joyeuse fut obligé de rétrograder jusqu'à La Rochechalais où 
il passa la nuit pendant laquelle l'armée du roi de Navarre 
traversait la rivière au gué de Goutras ; le lendemain matin 
Joyeuse passa la Drorme au-dessus de Coutras ; son avant- 
garde fut arrêtée, pendant près de deux heures,aux Pointures, 
par la cavalerie légère protestante conduite par LaTrémouille, 
Vi vans et La Boulay e . 

Bientôt cependant les deux armées furent en présence, 
dans la plaine de Goutras, entre l'Isle et la Dronne (4). L'ar- 
mée du duc de Joyeuse était la plus nombreuse, mais formée 
de nouvelles levées , couverte d'ornements et d'armes 
brillantes; celle du roi de Navarre moins forte et plus 
aguerrie, bien moins élégante, mais exercée aux fatigues. 



(1) Montlieu, ch. 1. de canton (Charente-Inférieure.) 

(2) Montguyon, ch. 1. de canton (Charente-Inférieure.) 

(3) La Rochechalais, commune, canton de Ste-Aulaye (Dordogne). 

(4) DeThou, t. X, p. 3. Davila, t. II, p. 277. Arch. hist. delà Gironde, t. 
X, p. 309. Mém. de Sully, p. 255. 



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- 124 - 

Henri partagea sa cavalerie en quatre corps ; il se réserva 
le commandement du premier ayant sous ses ordres Jean de 
Pons de Plazac, Charles de La Boulaye, Jacques de Caumont 
La Force et François de Foix-Candale, qui portait la cornette 
Manche ; le second corps, aile droite, fut confié au prince de 
Gondé, qui avait pour lieutenants Jean de Madaillan, Louis de 
Saint-Gelais, maréchal de camp, Prégent de La Fère et le v le de 
Gourdon ; le troisième, aile gauche, était sous les ordres du 
comte de Soissons;Turennecommandaitle quatrième, réserve 
composée de la cavalerie légère ; il avait avec lui Pardaillan, 
Pangeas, d'Astarac, de Fontenilles, Pierre de Chouppes. L'in- 
fanterie élait conduite par Gaspard de Valiros, Jean de 
Parabère, Gabriel Prévôt de Charbonnières, de Castelnau, 
Bertrand de Mellet de Fayolle de Neuvic, de Courcillon-Dan- 
geau, de Préaux, de La Feutrière, Jean de Biron-Salignac, 
Pierre d'Escodéca de Boisse(l), de Granville et Lacroix. Sully, 
Clermont d'Amboise, Bois du Lys et Mignonville furent 
chargés de l'artillerie et des bagages. 

Le duc de Joyeuse avait divisé sa cavalerie en trois corps, 
le premier commandé par Lavardin (2) et de Buat, le second 
par Lagrange-Montigny, le troisième était conduit par le duc 
lui-même, l'infanterie et la cavalerie légère étaient sur les 
ailes. L'action commença à huit heures du matin; Sully et 
Clermont d'Amboise avaient si bien porté leur artillerie qui 
ne se composait que de trois canons, que ses décharges 
avaient dès l'abord mis les catholiques en désordre; cepen- 
dant ils firent reculer les soldats de La Trémouille et de 
Turenne qui eurent leurs chevaux tués sous eux; Vivans fut 
dangereusement blessé, mais l'artillerie continuant son feu 
arrêta l'impétuosité des catholiques qui n'offrirent bientôt aux 
efforts du roi de Navarre qu'un corps mal joint et mal sou- 
tenu; le prince de Condé et le comte de Soissons l'aidèrent 
puissamment avec leurs escadrons ; ces trois princes firent 
des prodiges de valeur; ils renversèrent tout sur leur pas- 
sage. 

(1) Boisse, canton d'Issigeac (Dordogne) . 

(2) Lavardin, Jean de Bcaumanoir. 



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I 



— 123 — 

L'artillerie du duc de Joyeuse fut mal commandée el mal 
dirigée; elle tira bien quelques coups vers la troupe du 
prince de Condé, mais sans grand effet, puisqu'il n'y eut de 
tué qu'un cheval monté par un page du roi de Navarre. La 
cause du peu d'effet de cette artillerie fut une petite éminence 
qui empêchait de bien viser et où la plupart des coups 
allaient s'enterrer. 

Le champ où fut faite la charge principale demeura cou- 
vert de cavaliers, de chevaux et d'armes; les lances jon- 
chaient la terre en si grande quantité qu'elles empêchaient le 
passage ; c'est là que tomba le duc de Joyeuse. 

Le duc de Joyeuse, au désespoir de voir ses projets renver- 
sés par cette défaite, ne chercha point à se sauver. « Que 
faut-il faire? » lui demanda t-on : « Mourir », répond Joyeuse 
et il s'élance au plus fort de la mêlée, suivi de Claude de 
Saint -Sauveur, son frère. Obligédeserendre,iI jetaitsonépée 
aux pieds de Si-Christophe et de Vignole, quand le capitaine 
Bourdeau Descentiers et La Mothe Sainte-Héraye survenant, 
ce dernier le tua lâchement d'un coup de pistolet. Pendant 
que la cavalerie catholique était mise en fuite, Valiros et 
Salignac attaquaient l'infanterie qui bientôt aussi se débanda 
et battit en retraite; il était neuf heures du matin ; le combat 
était fini. Ceux qui se distinguèrent et contribuèrent le plus 
au gain de la bataille furent : le sieur de St-Jean Ligoure en 
Limousin, commandant les arquebusiers ; Sully et Clermont 
d'Amboise avec leur artillerie, le prince de Condé qui fut 
renversé d'un coup de lance que lui portait d'Epinay Saint- 
Luc ; celui-ci renversé du choc aida le prince à se relever et se 
rendit à lui ; le roi de Navarre fit lui-même prisonnier 
Château-Renard en lui portant le pistolet sous la gorge et lui 
disant : « Rends-toi, Philistin ! » Les débris de l'armée vain- 
cue furent poursuivis jusque près de La Rochechalais ; elle 
perdit son artillerie, ses bagages, ses étendards, trois mille 
hommes et presque tous ses chefs, outre Joyeuse et son 
frère; on cite parmi eux : Louis de Champagne, d'Halluyn 
duRoussoi, Claude de Maillé-Brézé, de Goëllo, d'Avaugour, 
Jacques d'Amboise, le comte d'Aubijoux, Charles de Belle- 
ville, le s r de Fumel, le sieur de Neuviç l'aîné, frère de celui 



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- 126 — 

qui combattait dans les rangs protestants ; de Rochefort, de 
Saint-Fort, Jean de Montalembert, de Vaux, de Bourdet,etc, 
sans compter les prisonniers ; les protestants perdirent peu 
de monde et personne de marque ; la bataille s'était livrée le 
20 octobre 1587. 

Le roi de Navarre se montra plein de générosité, il ren- 
voya presque tous les prisonniers sans rançon et fit des 
présents à quelques-uns des principaux; c'était la première 
bataille importante gagnée par les protestants depuis le com- 
mencement de la guerre, mais ils ne surent tirer aucun profit 
de leur victoire. 

Le lendemain de la bataille, le roi de Navarre coucha au 
château de Vayres, et le 24 octobre il dîna et coucha à Mon- 
taigne, ne semblant pas s'inquiéter des affaires de son parti; 
il semblerait qu'après cette victoire inespérée le parti protes- 
tant eut dû poursuivre la lutte afin d'arriver à un but et 
essayer, selon les premiers projets du roi de Navarre, de 
rejoindre l'armée allemande qui arrivait à son secours ; mais 
l'incertitude s'empara des chefs ; les gentilshommes qui s'é- 
taient réunis pour le combat se retiraient pour la plupart chez 
eux. Ce que voyant, Henri de Navarre partagea son armée en 
trois corps; le premier sous son commandement devait 
opérer en Gascogne ; le second, sous le prince de Condé, 
devait agir en Poitou et tâcher de joindre l'armée allemande; 
le troisième, sous le v te de Turenne, demeura en Périgord ; 
ce dernier corps était le plus nombreux, il se composait de 
tous les gens de pied et de la plus grande partie de la cava- 
lerie,commandée par lecomtedeSoissonsetdePartillerie sous 
les ordres de Clermont d'Amboise. Peu de temps après, le roi 
de Navarre donna à La Force le gouvernement de la Basse 
Guienne, c'est-à-dire les places qui tenaient pour le parti 
protestant : Bergerac, Sainte-Foy, Montflanquin et autres ; M r 
de La Force fit lever le siège que les catholiques avaient 
mis devant Lalinde. 

Le v te de Turenne, voyant la Guienne dépourvue de gens de 
guerre, privée de ses sénéchaux, de ses gentilshommes et de 
ses soldats qui étaient à l'armée du roi, voulut profiter de 
l'étonnement où la victoire de Coutras avait jeté le pays, 



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— 127 - 

résolut de le soumettre, d'y trouver l'argent nécessaire au 
paiement de ses soldats et à celui des étrangers retires et 
lansquenets qui, au nombre de trente mille hommes, venaient 
par l'Alsace rejoindre le roi de Navarre. Déjà, les Allemands, 
conduits par le baron de Dohna, avaient traversé la Lor- 
raine, envahi la Champagne, et marchaient sur Paris que 
couvrait à peine la petite armée du duc de Guise qui les har- 
celait sans cesse. 

Averti qu'ils étaient disséminés sans ordre et sans vedettes 
dans la campagne de Montargis, le duc fait tout à coup pren- 
dre les armes, surprend les étrangers endormis et les dis- 
perse. Le baron de Dohna prend alors le chemiu de la Loire, 
au hasard, sans direction et sans point d'appui en cas d'atta- 
que ou de défaite; le duc de Guise le suivait toujours; il fit 
un horrible carnage de cette armée si forte et si menaçante ; 
elle ne put se rallier et ses débris furent contraints de sortir 
du royaume, emportant ainsi les espérances des huguenots; 
il faut bien dire que ce fut leur faute ; leur incertitude et la 
dispersion de leurs forces après leur succès de Goutras en 
furent la cause. 

Le vicomte de Turenne entra en Périgord à la tête de huit 
ou neuf cents chevaux, de cinq ou six mille hommes d'infan- 
terie, de deux canons et de deux coulevrines ; en partant de 
Sainte-Foy, partout il fit sommer les villes et places catholi- 
ques de se rendre (1). 

Il s'empara, en Périgord, des moulins de Menesplet (2) et de 
Vauclaire, qui furent pillés et brûlés ; de la maison du capi- 
taine Lafaye, de l'abbaye de Vauclaire ; de Saint-Laurent ; 
Montaigne (3) fut saccagé et démoli ; Montpon démantelé, dé- 
truit; les habitants prirent la fuite; le bourg et l'abbaye de 
Sourzac, qui se rendirent à composition après un siège de 
six jours; on y laissa une garnison. 



(1) Archives historiques de la Gironde, t. x, p. 309. 

(2) Menesplet, commune, canton de Montpon ; et Vauclaire, abbaye, canton 
do Montpon. 

(3) Montaigne, Saint-Michel et Bonnefare, Vélines. 



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— 128 - 

Le château de Grignols, une des plus fortes places du pays, 
fut surpris ; on y laissa aussi une garnison. 

La maison du sieur des Ormes, fief dans Saint-Martin-de- 
Ribérac et le château du Franc furent pris et démolis. 

Le château de Mussidan, place forte, avec la ville, furent 
mis sous la protection du roi de Navarre, en faveur de M. de 
Salignac, qui répondit qu'on n'y ferait point la guerre ; il en 
fut de même pour les maisons d'Erbasscs, de Gandilhat et de 
Mazerolles, pour la maison du sieur de Brouilhet, celle de 
la Vinaut et le noble fort et château de Marnillac. 

Le château de Saint-Pardoux-de-Dronne, qui appartenait 
au feu sieur de Neuvic, se rendit et fut remis entre les mains 
du sieur du Fouilloux, son frère. 

L'armée partit le 10 novembre de Sourzac pour aller assié- 
ger Saint-Astier,qui composa pour une forte somme d'argent, 
et Château-l'Evêque. 

Turenne pritVergt et assiégea Trémolat, qui se rendit sans 
grande résistance, mais Sarlat était le point que visait sur- 
tout Turenne, comptant s'en emparer facilement et y trouver 
un bon butin. 

Avertis à temps de cette délibération des chefs protes- 
tants prise à Sainte-Foy, les habitants de Sarlat, émus et 
effrayés avec raison, se mirent en mesure de pourvoir à leur 
défense et à leur salut ; aussitôt l'évêque de Sarlat, Louis de 
Salignac de la Molhe-Fénelon, les officiers de la justice et les 
consuls Roye, Veyssière, Maraval et Moreau, écrivirent aux 
gentilshommes et aux capitaines catholiques leurs voisins qui 
étaient restés dans le pays de venir les assister de leurs avis, 
de leur expérience, et, au besoin de leurs bras. Tous promi- 
rentde venir; mais arrivèrent seulement le sieur de La Mothe- 
Fénelon, cousin de l'évêque, le sieur de Gaulejac, Armand de 
Salignac Fénelon, frère de l'évêque, les sieurs de Fônpitou, 
ses cousins germains, et Gautier de Garbonnières, dit le 
capitaine Jayac, auxquels l'évêque et les habitants représen- 
tèrent leur désir de se conserver en l'obéissance du roi et 
leur volonté de défendre leur ville au prix même de leur vie 
et de leur fortune, leur promettant de leur obéir pour tout 
ce qu'ils leur commanderaient pour le fait des armes ; ils 



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nommèrent Bertrand de L&Mothe-Fénelôn, commandante 
gouverneur de la ville; il refusa sous prétexte que déjà il 
avait été commis pour le roi* parM rs de Saint-Sulpice et 
de Thémines à la garde et à la défense de plusieurs villes 
du Quercy qui couraient pareil danger ; mais il promit qu'il 
serait avec eux s'ils étaient assiégés ; au sortir de cette réu- 
nion, où furent prises de sages mesures, on visita la ville pour 
juger de sa force (1). 

On trouva que depuis 1562, époque où Sarlat avait été assiégée 
par Duras, les murailles, les tours et les fossés n'avaient 
point été réparés; qu'on avait négligé de se fournir de muni- 
tions de guerre et d'armes, dont on n'avait qu'une petite 
quantité ; que le capitaine Vivàns s'en était emparé en pleine 
paix en 1574 et s'était occupé de la fortifier ; que peu après 
les habitants l'ayant chassé avaient détruit les fortifications 
qu'il avait faites. 

Pour les hommes en état de prendre les armes, la plupart 
étaient absents servant dans les armées, et il y avait quelque 
temps la ville avait perdu un vieux capitaine expérimenté, 
le capitaine Valloy, tué dans une querelle particulière. 

L'avis de M. de Fénelon et des autres gentilshommes fut 
que, vu le peu de temps qu'on avait, il fallait détruire les qua- 
tre faubourgs de la ville, qui, grands et logeables, pouvaient 
nuire à la défense en servant de refuge aux ennemis ; qu'on 
devait réparer autant qu'on pourrait les murailles et les tours 
pour se mettre à couvert des collines qui dominent la ville, 
réparer les fossés et surtout se pourvoir de poudre, soufre, 
salpêtre, grenades, feux d'artifice, d'armes de toutes sortes et 
principalement de piques et d'armes d'hast. 

Pour les vivres, il fut ordonné, quoique la ville en fût bien 
pourvue, d'y faire entrer ceux du dehors pour empocher l'en- 
nemi de s'en emparer. Pour les défenseurs de la ville, on 
résolut d'en faire venir aussitôt deux cents étrangers, d'en 



(1) Relation du siège de Sarlat (auteur anonyme que l'on croit être Fran- 
çois de Gérard, lieutenant général de la sénéchaussée depuis 1572) ; dans les 
Pièces fugitives pour l'histoire de France, du marquis d'Aubais, Paris, 1759. 
Mémoires de Sully, t. I, p. 267. 

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— 130 — 

chercher au plus tôt quatre cents autres et d'y faire entrer le 
plus grand nombre possible de gens de travail. 

On fit une revue des habitants capables de porter les armes ; 
on y trouva deux cents arquebusiers ei environ trois cents 
autres hommes ; de ces cinq cents hommes on forma quatre 
compagnies qui furent commandées par les quatre princi- 
paux citoyens : Jean de Salis, sieur de Labatut, Jean de Chas* 
saing, dit le capitaine Chassaing, Jean de Custojouls et Ray- 
mond Brousse. 

Ces ordres donnés, M. de Fénelon s'en alla pour voir aux 
bords de la Dordogne du côté du Quercy, en donnant l'assu* 
rance qu'au moindre danger il reviendrait se réunir aux habi- 
tants et à Tévêque de Sarlat. M. de Gaulejac et le capitaine 
Jayac demeurèrent pour surveiller les travaux et les faire 
avancer en diligence et selon les règles de Part. 

Cependant,les habitants de Sarlat s'étonnaient que le vicomte 
de Turenne voulût mettre le siège devant leur ville ; ils ne 
pouvaient croire qu'après toutes les assurances de paix et de 
bon voisinage qu'il leur avait données, il voulût leur causer 
ruine ou dommage; car en 1585, à son retour du château de 
Mont f ort, situé à une lieue de Sarlat, au sortir de sa prison de 
Flandres, il les avait exhortés à se conserver fidèlement au 
roi ; cela leur faisait croire que toutes ces précautions seraient 
inutiles, ne pensant pas que le vicomte eût eu seulement la 
pensée de les venir assiéger. 

11 survint bientôt des difficultés ; en premier lieu, presque 
tous les habitants riches de la ville avaient des maisons aux 
faubourgs et il leur était dur de les démolir ; les pauvres, qui 
y demeuraient en grand nombre, jetaient des clameurs qui 
soulevaient la pitié et on n'osait y mettre la main. 11 y avait 
aussi un très beau couvent de Cordeliers qui ne pouvait 
échapper à la ruine ; il leur fut ordonné de porter leurs meu- 
bles et leurs vivres dans la ville et de s'y retirer» puis ensuite 
de démolir eux-mêmes leur couvent; mais ils y travaillèrent 
si lentement que « merveille, dit l'auteur de la Relation du 
siège, et veux dire, ajoute-t-il, qu'en telle nécessité il ne faut 
tant se laisser aller à la pitié qui a cuidé être cause de notre 
perte ». 



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- 131 — 

En second lieu, il y eut plus de difficultés encore à se procu- 
rer des gens de guerre, parce que les villes et châteaux les 
avaient appelés de toutes parts. Domme, Gourdon, Souillac, 
Montignac, Brive et Tulle, s'étaient pourvues du peu qu'elles 
avaient trouvé, s'approvisionnant aussi de poudre et de toutes 
sortes de munitions de guerre ; il ne vint que trente soldats 
qu'amena le capitaine BorderiedeMeyrals; M. deLaMothe- 
Fénelon le vieux, oncle de Tévêque, en fît venir aussi quel- 
ques-uns de lîarennac ; le capitaine Jayac en prit le comman- 
dement. On ne put trouver que deux quintaux de poudre 
entre les mains des habitants. 

La ville fut divisée en quatre quartiers, à chacun desquels 
commanda un des quatre capitaines que nous avons nommés 
plus haut ; on leur partagea aussi les quatre portes de Lan- 
drevie, de la Boucarie, de la Rigaudie et de la Rue, la muraille, 
les boulevards et les tours ; chaque capitaine en son quartier 
fut chargé de réparer et de construire les défenses et les ap- 
proches de la ville, et on leur partagea les mousquets et les 
fauconneaux. 

Outre les capitaines, furent chargés : Gonnet, de réunir la 
poudre et d'en faire de nouvelle ; La Broue, de faire faire des 
piques, de mettre en état les anciennes et de faire confec- 
tionner toutes sortes d'armes d'hast; Cérou, de faire fondre 
des grenades, des cercles à lances àfeu, des pétards, et de faire 
des feux d'artifice ; Leygue, de faire fabriquer des gabions et 
des ais cloués pour fermer les brèches; Colombet, défaire 
remplir de terre un grand nombre de sacs, d'amasser force 
lits et autres fatras pour couvrir les remparts; Richard, de 
surveiller la confection des boulets de divers calibres, des 
mèches et de les porter sur les murailles pour les distribuer 
aux soldats. 

Les lieutenants de la justice, le procureur du roi, les 
consuls eurent aussi leurs charges, si bien que tous eurent 
leur emploi de surveillance ou de travail ; en outre, on enrôla 
bon nombre de charpentiers, maréchaux, maçons, manœuvres 
qui furent régis par Gérard et Monzie. 

Pendant tous ces préparatifs de défense, turenne ne restait 
point inactif; parti de Sainte- Foy, il vint assiéger et prendre 



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— 132 - 

Sourzac. Ainsi que nous l'avons déjà vu, il prit aussi les châ- 
teaux de Neuvic et de Grignols et reçut la ville (le St-Astier 
à composition; de la, il s'empara des deux forts de Vergt, 
et en ce pays là, il n'y eut pas de château qu'il ne réduisit ou 
ne rançonnât. De Trémolat, qui se rendit, le vicomte de 
Turenne envoya sommer la ville de Beaumont, qui refusa de 
composer; il la fit investir; il fut rejoint à Trémolat par 
Clermont d'Amboise, qui lui menait le reste de son infan- 
terie et deux canons qu'il avait tirés de Bergerac ; il se fit 
porter au même lieu une bonne provision de boulets qu'il 
avait fait fondre aux forges de Saint-Maurice. Après quatre 
ou cinq jours, Turenne leva le siège de Beaumont, où il perdit 
une cinquantaine d'hommes et il fit remonter par eau son 
artillerie, composée de quatre canons et de deux coule - 
vrines, approvisionnée de mille à douze cents coups; il passa 
à Limeuil avec elle et une partie de ses gens de pied ; le reste 
passa par le Bugue et se jeta dans la campagne, entre la 
Vézère et la Dordogne , ce qui mit l'alarme dans Belvès, et 
d'autant plus que Turenne vint à Berbiguières pour servir de 
parrain à un fils de M. de Bourzolles. On lui avait assuré que 
les habitants de Sarlat devaient lui porter là les clefs de leur 
ville avec une forte somme d'argent. 

Turenne, continuant à remonter la Dordogne, tenait en 
respect chaque rive, Domme et Gourdon du côté du Quercy, 
Sarlat et Souillac du côté du Périgord , empêchant ainsi ces 
villes de se porter secours et prêt à tomber à droite ou à 
gauche sur celle qu'il saurait la moins avertie ou la moins 
pourvue. 

Les habitants de Sarlat furent de nouveau avertis qu'ils 
seraient attaqués ; mais le peuple s'entêtait à ne le pas vou- 
loir croire et n'avançait qu'avec lenteur dans ses préparatifs 
de défense, malgré les exhortations de l'évêque et des 
gentilshommes; le peuple prétendait que le pays était trop 
pauvre pour nourrir l'armée prolestante, seulement pendant 
trois jours; qu'on disait que le vicomte avait dessein sur 
Brive ou enfin qu'il se rendait à Souillac, où le roi de Navarre 
lui avait donné rendez- vous. D'un autre côté, les seigneurs 
catholiques, amis de Sarlat, mandaient que Turenne voulait 



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— 133 — 

seulement faire peur à la ville pour en tirer de l'argent et 
qu'il ne l'attaquerait pas si on faisait bonne contenance ; 
que son artillerie, peu nombreuse, ne valait guère et avait à 
peine cent coups à tirer ; toutes ces causes retenaient les 
habitants de Sarlat, qui ne voulaient point faire d'inutiles 
dépenses. 

Le 19 novembre 1587, Turenne arriva à Saint Cyprien, où 
il assembla toute son armée et réunit en conseil les seigneurs, 
gentilshommes et capitaines. Ceux du pays étaient : le vicomte 
de Turenne, le vicomte de Gourdon, Salignac, deux frères 
Maligny, Saint-Geniès, Campagnac du Ruffen, Beaupré, Bour- 
zolles, Boisse deux frères, Longa de Larmandie, Bonneval le 
père, Chavagnac, Cavignac, Paluel, La Garrigue et ses neveux ; 
il y avait encore Clermont d'Amboise, Montgommery le jeune, 
du Faux, maréchal de camp, I'Isle du Maine, Charbonnières, 
Dangeau, La Croix, de Rieux de Praux ; ces derniers faisaient 
partie des troupes menées par le comte de Soissons, et bien 
d'autres accourus de tous les points de la Guyenne. 

Quant au baron de Beynac, qui avait voulu les détourner du 
siège de Sarlat, il leur était devenu suspect et fut écarté des 
délibérations. Après bien des difficultés, le siège fut résolu, 
malgré l'opinion des gentilshommes du pays, qui pensaient, 
avec raison, que la ruine de la ville entraînerait la leur et celle 
de leurs terres. 

Les habitants de Sarlat ne purent douter que le vicomte 
ne leur en voulût ; excités par la crainte et hâtés par Armand 
de Salignac-Fénelon , s r de Gaulejac, et par le capitaine 
Jayac (1), ils s'empressèrent enfin de pousser leurs travaux 
de défense, ils firent bonne garde afin d'éviter une surprise, 
et Tévêque écrivit aux seigneurs catholiques voisins qu'il était 
temps de venir au secours, l'ennemi étant aux portes. 

Rignac(2), capitaine de Monlfort pour le vicomte de Turenne, 
écrivit aux habitants de Sarlat que s'ils se présentaient devant 
son maître pour lui rendre les honneurs qui lui étaient dûs et 



(1) Capitaine Jayac, Gautier de Carbonnicres. 

(2) Rignac, Pierre de Vassal. 



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— ia4 — 

lui offrir quelque grosse somme d'argent, ils ne seraient point 
attaqués ; ils lui répondirent qu'ils étaient prêts à se défendre, 
et que leur cause étant juste, ils mettaient leur confiance en 
Dieu. D'autre part, le baron de Beynac écrivit à son beau- 
frère de Gaulejac que c'était en vain qu'il avait voulu détourner 
le vicomte de Turenne de son projet et qu'il lui conseillait de 
sortir d'une bicoque qui ne pouvait tenir contre une armée 
victorieuse et pleine de coniiance ; M. de Gaulejac lui répondit 
qu'il le remerciait, mais que le plus grand honneur qui pût 
lui advenir était de mourir les armes à la main pour le service 
de Dieu et du roi. Irrité de ces nobles réponses, Turenne 
promit à ses soldats le sac de la ville pendant vingt-quatre 
heures, et arriva le 24 novembre au soir sous les murs de 
Sarlat. Les chefs se trouvèrent bientôt logés, puisque, ainsi 
que nous l'avons dit, les demeures de la plupart d'entre eux 
entouraient Sarlat. 

Dans la nuit du 23 au 24, M. de Fénelon était accouru en 
hâte avec quatre gentilshommes et quarante arquebusiers, et 
le matin du 24, arrivèrent François du Puy, seigneur de la 
Forest, près de Périgueux, avec douze cavaliers, François de 
Landry, seigneur de Lauterie (1), et Jean de Beaulieu, seigneur 
de la Filolie, de Condat-sur-Vézère. On profita des dernières 
heures pour renforcer les endroits les plus faibles ; le même 
soir, les sieurs de Manaurie et de Beyssac portèrent des lettres 
de Galiot de La Tour, seigneur de Limeuil, à M. de Sar- 
lat, pour l'engager à traiter avec Turenne; il répondit à 
ces propositions comme déjà on avait répondu aux précé- 
dentes. 

Le lendemain 25, un corps de trois cents chevaux environ 
parut sur les hauteurs d'Argentonleau pour reconnaître la 
ville ; en même temps un corps d'infanterie prenait position 
dans les vignes qui couvraient ces hauteurs ; les sieurs de Féne- 
lon, de Gaulejac, de la Forest et autres, à la tête de quatre 
vingt-dix hommes, sortirent de la ville pour les repousser; le 
combat dura jusqu'à la nuit, moment où les assiégés rentrè- 



(1) Lauterie, repaire noble, commune de Cornille. 



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— 136 — 

rent dans Fa ville sans avoir perdu un seul homme et après 
avoir tué ou blessé quelques protestants. Pendant la nuit, les 
assiégeants investirent la ville et se logèrent dans les fau- 
bourgs qu'on n'avait pu complètement détruire» Salignac fut 
logé à Landrevie, Charbonnières à la Boucarie, La Croix et 
Praux à la Rigaudie, Dangeau et Rieux à la Rue ; les autres 
prirent logis aux villages les plus proches. Ils commencèrent 
aussitôt à construire leurs barricades, opération pendant 
laquelle ils eurent plusieurs hommes hors de combat. 

Les assiégeants, qui attendaient leur artiHerie n'entreprirent 
rien de sérieux pendant quatre jours qui furent employés par 
les Sarladais à terrasser la porte du boulevard de Lan- 
drevie, à construire une barricade vis-à-vis de la porte 
du Pontet à organiser le service intérieurde la ville. De temps 
en temps on se tirait quelques coups d'arquebuse accompa- 
gnés du côté des protestants d'injures pour les assiégés et de 
moqueries pour leur unique pièce de canon qu'ils appelaient 
par dérision : la Camuse. Piqués au vif, les assiégés, malgré 
la lourdeur de cette pièce, parvinrent à la mettre en batterie 
sur le boulevard de la Rigaudie et en tirèrent un coupquienleva 
trois soldats sur une barricade derrière laquelle se trouvait le 
vicomte de Turenne et plusieurs de ses capitaines. Le 30 novem- 
bre, Turenne ayant reçu ses canons, les fit placer en batte- 
rie sur la montagne duBreuil dans le jardin d'Isaac, ayant l'in- 
tention de battre la porte de la Rue et toute cette courtine qui 
était la plus faible et la seule qui n'eût pas été fortifiée ; les 
assiégés se mirent aussitôt à démolir les maisons qui aboutis- 
saient au mur; le 31, on s'y occupa encore, malgré les coups 
de canon, et des ruines de ces maisons on renforça la muraille. 
Le lendemain l fr décembre, les protestants battirent la tour 
Marguerite, la Brulade, la guérite d'Artigoie, les parapets de 
la tour de la Rue et les créneaux de la tour de la Courtine jus- 
que fort avant dans la soirée. Pendant la nuit les assiégés 
expédièrent un courrier à M. de La Mothe-Fénelon, le vieux, 
pour le prier d'envoyer quelques renforts d'hommes et de 
munitions. Au point du jour la canonnade recommença plus 
furieuse que la veille ; la tour Marguerite eut sa couverture 
emportée et Son étage supérieur fut rendu inhabitable; la gué- 



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— 136 — . . 

rite d'Artigole souffrit moins, faite qu'elle était de madriers^ 
liés ensemble et dans lesquels les boulets ne faisaient que ; 
leur trou ; le haut de la tour de la Rue fut aussi emporté ainsi 
que le parapet de la petite tour de la Boissière ; les créneaux 
de la courtine furent abattus. Les assiégés,, cachés derrière 
leurs mucailles et leurs barricades, laissaient passer les volées 
de canon et aussitôt après lâchaient leur coup de mousquet 
ou d'arquebuse; ils tuèrent ainsi les deux meilleurs canon- 
niers ennemis et un commissaire d'artillerie. 

Cette journée mit en fort mauvais état les défenses de la 
ville, mais pendant la nuit le dommage fut réparé avec des . 
gabions, des sacs à terre et des barriques. Les assiégeants pro- 
fitèrent aussi de la nuit pour changer leurs quatre canons de 
place, afin de battre le pied de la muraille qui, le soir, se , 
trouva fort ébranlée; le lendemain, à midi, elle tomba dans le } 
fossé laissant une ouverture de trente-deux pas de long. Aus- : 
sitôt, la pique au poing, se jetèrent sur la brèche,. M. de Féne- 
lon, les gentilshommes et les soldats d'élite en réserve pour 
celte occurrence, prêts à repousser l'assaut que les assiégeants 
semblaient prêts à donner; on ne sait pourquoi il fut différé; 
les protestants se contentèrent de continuer à battre la mu- 
raille pour agrandir la brèche ; la nuit fut employée par les 
assiégés à creuser plus profondément leur tranchée, à hausser ; 
le front de leur retranchement et à élever trois fortes barri- 
cades. 

A l'entrée de cette même nuit, M. de Limeuil, qui s'était 
toujours montré favorable à la ville, alla s'entendre avec le. 
baron de Beynac sur ce qu'il y aurait à faire pour la sauver; 
de Beynac il s'était rendu auprès du vicomte de Turenne, et, 
après l'avoir vu, il se présenta sous la muraille demandant à 
parler à M r de Sarlât ou quelqu'un de la ville. L'évêque se ; 
rendit sur le boulevard de la Rigaudie pour entendre M. de 
Limeuil, qui lui dit qu'ayant toujours été ami de la ville et la 
voyant en si mauvaises affaires, il venait non pas dissuader-, 
les habitants de se défendre s'ils se sentaient assez forts, mais 
leur offrir sa médiation s'ils voulaient traiter ; oh. remit la 
réponse au lendemain et il se retira, ; : 

La même nuit, M. de Fénélon le vieux, oncle de révoque, :; 



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.- 137 — 

qui avait assemblé à son château vingt gentilshommes et cent 
arquebusiers, les fit partir pour qu'ils se jetassent dans la ville ' 
ayec plusieurs charges de poudre et de soufre ; mais quand 
ils furent près de la ville dans des chemins mal aisés et 
coupés de fondrières, les avant-gardes ennemies prirent 
l'alarme, les guides effrayés s'enfuirent et la troupe se sépara 
en désordre; plusieurs tombèrent dans des précipices et se 
tuèrent, entre autres le sieur d'Escayrac; enfin, malgré les 
efforts des ennemis, parvinrent à entrer dans la ville les sieurs 
de Fonpitou (1), de Vergonzac, de Ste- Cécile, de la Costeet de 
Castres, avec quarante arquebusiers, le reste parvint à se 
sauver à Fénelon, excepté le sieur de Resoulles qui fut pris; 
dans cette espèce de débâcle, la poudre et le soufre lurent 
perdus, ce qui était une grande perte pour les assiégés dont 
les provisions commençaient à s'épuiser. 

Le 5 novembre 1587, de grand matin, les assiégeants recom- 
mencèrent à battre la muraille, ils rendirent la brèehe encore 
plus ouverte et praticable, ce qui n'empêcha point le sieur de 
Limeuil de venir chercher la réponse des habitants aux pro- 
positions qu'il avait faites la veille; il était accompagné du 
sieur de Clérans. On nomma Cérou et Gonnet pour aller vers 
le v le de Turenne, et Limeuil alla leur chercher des lettres de 
sûreté. Au moment où il rentrait dans la ville avec ces lettres, 
on vit les protestants en armes, rangés en bataille dans le 
faubourg de la Rue et prêts à donner. Leur tambour battant à 
l'assaut, plusieurs descendirent dans le fossé sous la protec- 
tion de leurs canons et se précipitèrent sur la brèche, mais ils 
y étaient attendus par les sieurs de Fénelon, de Gaulejac, de 
Fonpitou, de la Forest, de Jayac, de Lauterie, d'Esqueiries, 
de Vergonzac, de Ste-Céclle, de la Coste, de Castres, de Justo- 
nie, de la Filolie de Condat et des soldats d'élite désignés, 
qui les reçurent à coups de piques et d'arquebuses, de mous- 
quets et de fauconneaux, tandis que delà tour Marguerite on 
faisait pleuvoir sur eux force pierres, grenades, feux d'artifice, 
sibien qu'ils furent rudement repoussés;en moins d'une heure 



(1); Pierre de Saligrçac. 



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— 138 — 

et sans plus de succès, ils revinrent à l'assaut deux fois encore 
et enfin se retirèrent, laissant sur le terrain quatre capitaines 
et une trentaine d'hommes avec un grand nombre de blessés, 
parmi lesquels furent Dangeau et Rieux, dont c'étaient les 
régiments qui avaient donné ; les assiégés ne perdirent que 
cinq hommes, mais le capitaine Jayac fut blessé d'un coup 
d'arquebuse à la jambe*; Dangeau et Rieux se plaignirent à 
Turenne de ce qu'ils n'avaient pas été secondés, ajoutant du 
reste que la ville ne pouvait être prise de ce côté. 

M. de Limeuil, qui rentrait dans la ville au moment de l'as- 
saut,trouvafort étrange qu'on choisîtce moment pour attaquer; 
il sortit pour s'en plaindre vivement à Turenne, qui répondit 
que cela avait été fait sans son ordre et sans qu'il le sût. 
Cependant, Gérou et Gonnet, qui avaient suivi le sieur de 
Limeuil,ne demandèrent qu'une chose au vicomte: «Pourquoi, 
malgré ses promesses, les avait-il attaqués et avait-il ruiné la 
campagne. » Irrité, il leur demanda s'ils n'avaient plus rien à 
lui dire, et sur leur réponse négative, il les lit reconduire jus- 
qu'aux murailles. Mais, un peu plus tard, sur la proposition 
du sieur de Beynac, il leur fit des conditions écrites par l'en- 
tremise de son chancelier Du Fay ; elles se résumaient à ceci : 
la ville et les habitants devaient se soumettre au roi de 
Navarre en se rendant au vicomte de Turenne et livrer à ce 
dernier toutes enseignes, armes, artillerie et munitions de 
guerre. On remit au lendemain pour répondre et la réponse 
fut : que la ville de Sarlat demeurerait sous l'obéissance du roi 
de France, que les habitants vivraient dans leur religion et 
qu'ils priaient le vicomte de Turenne de lever le siège pour 
mettre un terme aux maux du pays. Le baron de Limeuil et 
le sieur de Jollet, Pierre de Malras, trouvèrent cette réponse 
si crue qu'ils engagèrent les habitants à rentrer dans la ville. 
Turenne, furieux de cette fermeté, résolut de réduire la ville à 
tout prix ; à cet effet, il manda de nouvelles troupes, celles 
de Saint-Léger et de Viyans en Agenois et le régiment des 
Bories, en Limousin ; il envoya chercher de la poudre et des 
boulets à Bergerac et à Turenne et ordonna de faire nuit 
et jour de fortes patrouilles pour empêcher tout secours 
d'entrer dans la ville ; dans la journée du 6, la brèche lut 



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— 139 — 

encore battue -et la guérite cTArtigole rasée par le canon 
ennemi. 

Le lundi 7 les protestants cessèrent de tirer et commencè- 
rent à couper la contrescarpe du fossé pour y pénétrer en 
même temps qu'ils dressaient une gabionnade plus près pour 
y mener leurs pièces ; après trois jours de travail, les assail- 
lants arrivèrent dans le fossé qu'ils couvrirent de chevrons et 
de barriques pour travailler à l'abri et parvenir à la muraille 
afin de la saper. 

C'était le moment choisi par les assiégés pour chasser les 
travailleurs; trois sergents, La Guymelle, Du Puy et Lasfar- 
gues, avec douze soldats et dix paysans chargés de fagots et 
de flambarts de feu d'artifice, eurent cette mission ; Us disper- 
sèrent les travailleurs au moyen de grenades, jetèrent à bas 
les barriques et les chevrons et pardessus leurs fagots aux- 
quels ils mirent le feu avec leurs flambarts ; après quoi, ils se 
retirèrent n'ayant perdu qu'un paysan ; cette sortie bravement 
exécutée enleva aux protestants l'espoir de s'emparer de la 
place et ils commencèrent à penser à la retraite. Durant ce 
temps, M. de La Mothe-Fénelon, le vieux, écrivit au maréchal 
de Matignon pour le prier de venir au secours de Sarlat, mais 
il ne le put, allant à Aire, qu'assiégeait le roi de Navarre ; le 
sénéchal du Périgord, M. d'Aubeterre, était absent, mais 
M. d'Hautefort, gouverneur du Limousin, vint à Monti- 
gnac pour tenter de secourir la place, et l'évêque de Cahors 
fit partir un renfort, commandé par le sieur de Camburac ; du 
côté de Périgueux vinrent aussi, à Moutignac, dans celte 
intention, les sieurs de Coutures, Antoine de Beaupoil de 
Saint- Aulaire, Jean de Montardit et Jean de Fayolle, seigneur 
de la Jarthe, tandis que d'autre part arrivait le sieur de 
Bonnes. Pendant que tous ces secours se préparaient le sieur 
de Limeuil fit une nouvelle tentative d'accommodement ; elle 
échoua comme les autres. 

Dans ces mêmes jours, Turenne s'empara du port et de 
l'église de Calviacpar où les assiégés recevaient leurs lettres ; 
mais malgré ce succès et sa surveillance, les capitaines 
La Rivière, Lasalle et Janot, envoyés par l'évêque de Péri- 
gueux, François de Bourdeille, réussirent à se jeter dans la 



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- 140 - 

ville avee cent arquebusiers. Turenne désespéra dès lors de 
prendre la ville ; il craignait d'être attaqué par des forces 
venant de Monlignac ; il ne chercha plus dès lors qu'à déloger 
honnêtement, mais les Sarladais ne voulurent entendre à 
aucune proposition; aussi, dans la nuit du 14 décembre, il leva 
le camp, son infanterie en avant, son artillerie au milieu et 
sa cavalerie fermant la marche en ordre de bataille. Le lende- 
main matin, Sarlat était délivré et Ton alla détruire les barri- 
cades et les gabionnades ennemies ; Tévêque dit une messe 
solennelle et fit une procession, que suivirent en foule les 
gentilshommes, les capitaines, les soldats et le peuple (1). 

Le siège avait duré vingt et un jours ; l'armée protestante 
perdit cinq cents hommes tués ou blessés et tiré cinq cents 
cinquante coups de canon; les défenseurs de la ville ne perdi- 
rent que neuf hommes. M. d'Hautefort, accompagné de 
M" du Peychier (2), de Giverzac, de Luzech, de Mau- 
roux (3),de Rastignac («i),de Saint-Sernin (oj, de Ghabans (6), 
de la Salle de Puymartin, de Peyraux (7), du Ghambon, de la 
Tourette (8), de Gousserans (9), de Calveyrac (10), de Roche- 
fort du Luc (11); vint de Montignac féliciter l'évêque et les 
habitants ; mais le même jour, il repartit craignant rapproche 
du prince de Coudé qui menaçait Périgueux où étaient déjà 
retournés en grande hâte les sieurs de Coutures, de Mon- 
tardit, de la Jarthe et de Bonnes. 



(1) Voir le procès verbal officiel du siège mis devant la ville de Sarlat en 
décembre 1587. — Archives de Gérard. — Sarlat, Michelct 1873, in-8°. 

(2) Du Peychier, Antoine de Saint-Chamans, flls d'Hélie et de Jeanne d'Hau- 
tefort. 

(3) Mauroux, Jacques du Tilhet, baron d'Argucil et de Mauroux (Lot). 

(4) Jean Ghapt sieur de Raslignac. 

(5) Saint-Sernin, Florent de Buade sieur de Sainl-Sernin-la-Barde et La Ro- 
che, près Bergerac. 

(6J) Ghabans. Jean de Galvimont. 

(7) Guy de Bonneguise de Badefols-d'Ans, sieur de Peyraux. 

(8t De la Tourette, Jean de Vassal dit l'archidiacre delà Tourelle. 

(9) pe Cousserans (Lot), Samuel de Durfort. 

(10) Dô Calveyrac (Lot), Jean de la Sùdrie. 

(11) Du-Luc, Arnaud du Saillant. 



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— m ~ 

Sauvés de ce danger, les fidèles habitants de Sarlat vou- 
lurent envoyer au roi le sieur de Gaulejac et une députation 
de notables pour lui rendre compte de leur succès et l'assu- 
rer de nouveau de leur fidélité, quand ils apprirent que le 
prince deCondé, à la prière du vicomte de Turenne, les mena- 
çait d'une nouvelle attaque ; aussitôt on répara la brèche, on 
fit de nouveaux ouvrages de défense et l'on retint les soldats 
.qui allaient partir; mais heureusement pour la ville et le 
pays; ce ne fut qu'une fausse alerte; le prince de Condé 
tourna ses pas ailleurs. 

La même année, les maire et consuls de Périgueux, appre- 
nant qu'il y avait dans le pays un bon maître d'artillerie, le 
mandèrent à Périgueux et convinrent avec lui de la somme 
de quatre cents livres pour la façon de trois pièces, une cou- 
levrine et deux pièces moyennes. 

Sôurzac fut repris sur les protestantants par le capitaine 
Bonnet qui, en plein jour, fit poser un pétard contre la grande 
porte du château, la fit sauter et y pénétrant, força la garni- 
son de se rendre. 

Cette même année, on répara l'église et le prieuré de Saint- 
Cyprien, après une visite faite par M. Jean Laborie, curé, par 
devant M e Raymond Lavigne, licencié ès-droits, à la requête 
du procureur du roi. 

L'église avait été ruinée par les protestants qui y avaient 
établi une fonderie d'artillerie ; mais le plus grand mal avait 
été fait par le sieur de Floirac dix ans auparavant; pendant 
plus de cinq ans il avait fait sa demeure au prieuré, devenu 
garnison de soldats et d'ouvriers occupés à faire toutes 
sortes d'engins de guerre. : 

Quelque temps après la bataille de Coutras, le roi de Na- 
varre donna à M. de La Force le gouvernement de la Basse- 
Guyenne, à savoir les places qui tenaient pour le parti, comme 
Bergerac, Sainte-Foy, Montflanquin et autres. Parmi les ac- 
tions, que fit M. de La Force, pendant son séjour en Guyenne 
en 1587, il faut en citer une par laquelle il obligea les catholi- 
ques à lever le siège, qu'ils avaient mis devant Lalinde. 

Nous avons vu que le parti protestant n'avait pas su profiter 
de sa victoire de Coutras et que son armée s'était divisée en 



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- 142 - 

plusieurs corps. Toute l'attention sô porta sur le duc de Guise; 
partout les catholiques chantaient ses victoires sur l'armée 
allemande et le pape lui envoya une épée sur laquelle étaient 
gravées des flammes. 

Les prédicateurs, du haut de leurs chaires, entretenaient les 
fidèles de ses exploits, mais dans l'enivrement de ces louanges, 
Guise avait un souci, il était jaloux de voir d'Epernon unique 
dépositaire des faveurs du roi. 

Henri III avait promis au duc de Guise une partie des hon- 
neurs et des titres dont jouissait le duc de Joyeuse, mais il 
donna tout à d'Epernon : l'amirauté et le gouvernement de 
Normandie ; il y ajouta le gouvernement d'Angoulême, de la 
Saintonge et de l'Aunis, qui provenaient de Bellegarde, mor- 
tellement blessé à Coutras. 

1588. — Le duc de Guise, furieux de se voir ainsi trompé, se 
rendit à Nancy, où il avait réuni les membres de sa famille 
(l* r janvier 1588) ; une requête au roi y fut débattue; elle por- 
tait que le roi serait sommé de s'unir plus ouvertement à la 
Sainte Ligue, d'ôter d'auprès de lui, des charges et du gouver- 
nement, les ennemis du bien public et les fauteurs de l'hérésie 
qui lui seraient désignés, de faire publier le concile de Trente, 
d'établir la Sainte Inquisition, de consigner entre les mains 
de certaines personnes les places qu'on lui indiquerait où elles 
pourraient faire bâtir des forteresses. Ces insultants articles 
ayant été présentés au roi, il refusa d'y répondre, prétextant 
l'agitation des esprits, et comme on le pense bien, il ne le& 
ratifia jamais. 

Henri III ouvrit enfin les yeux ; il voyait clair dans tes des- 
seins de la famille de Lorraine : jusqu'à ce jour, la reine-mère 
avait tout mis en œuvre pour qu'on cachât au roi les progrès 
de la Ligue et quel était le but où elle aspirait ; la reine espé- 
rait ainsi attirer toute la confiance du roi en se réservant de 
l'avertir elle-même des faits qu'elle jugeait à propos de lui 
apprendre et qu'elle lui présentait sous l'aspect qui lui pa- 
raissait le plus propre à la conservation de son influence- 
Seul, d'Epernon parlait de complots, mais le roi ne le croyait 
point et traitait ses avis d'exagération ; il n'avait pas plus de 



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- 143 — 

confiance dans ceux du fidèle Nicolas Poulain, lieutenant du 
prévôt de Paris. 

Sur ces entrefaites mourut, le 28 mai, à Saint-Jean d'Angely, 
le prince de Coudé, âgé seulement de trente-cinq ans, il fut 
empoisonné par un de ses domestiques; on accusa sa femme, 
Charlotte de la Trémouille, d'avoir été l'instigatrice de ce 
crime; son état de grossesse lui sauva la vie ; elle fut retenue 
en prison jusqu'en 1596, époque où Henri IV ordonna de brû- 
ler les pièces de la procédure qu'on avait dressée contre elle. 
C'était une grande perte pour le parti protestant, aussi le roi 
de Navarre disait-il : « J'ai perdu mon bras droit. » 

Le roi voulait depuis longtemps punir les chefs de la Ligué 
qui excitaient sans cesse le peuple à la sédition ; ils cherchaient 
à lui persuader que le roi voulait mal à la religion ; estait 
leur levier le plus puissant. Dans chacun des seize quartiers de 
Paris, la Ligue avait un chef ; c'est ce qu'on appela la faction 
des Seize. Avertis des projets du roi, les Seize prévin- 
rent le duc de Guise et lui demandèrent des secours ; il 
arriva bientôt de Soissons, malgré les ordres du roi; il 
logea chez la reine-mère qui le conduisit elle-même au 
Louvre. Partout sur son passage les Parisiens firent éclater 
leur joie. Le roi le reçut froidement, entouré de ses gardes et 
de ses gentilshommes; le duc s'excusa d'être venu sans ordre, 
mais il tenait avant tout, disait-il, à réfuter les calomnies de 
ses ennemis ; deux jours après, il eut une autre entrevue avec 
le roi dans le jardin de l'hôtel de Soissons. L'arrivée du duc à 
Paris avait accru l'audace des ligueurs ; on voyait dans la ville 
une foule de visages inconnus ; il y avait de ces rumeurs, 
de ces murmures qui ont lieu d'ordinaire à l'approche des 
émeutes ; le roi savait que le projet des ligueurs était de l'en- 
fermer dans un couvent et le duc, de son côté, n'ignorait pas 
qu'on en voulait à sa vie ; les Seize faisaient bonne garde dans 
leurs quartiers ; le roi doubla les postes du Louvre et fit don- 
ner à tous les étrangers l'ordre de quitter la ville ; on fit des 
visites domiciliaires et quelques résistances servirent de 
prétexte pour faire entrer cinq mille Suisses dans Paris ; les 
bons bourgeois voulaient bien que le foi restât le maître ; mais 
ils ne le secondaient pas comme ils l'auraient pu. La sédition 



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-.7* 



— 144 — 

.commença par l'Université ; elle gagi)£ promptement la Cité 
où Ton assomma soixante ou quatre-vingts Suisses, et dans 
l'après-midi du même jour elle tenait toutela ville, élevantdes 
barricades et les avançant jusqu'auprès du Louvre. Le roi 
effraye manda au duc de Guise de faire cesser ce tumulte ; il 
sort en effet de son logis, les barricades tombent devant lui et 
il fait ouvrir aux troupes royales le chemin du Louvre où on 
se fortifie. 

Mais le roi espérait surtout dans les négociations et la reine- 
en entama avec le duc de Guise qui attendait que la Cour 
parlât la première. Davila rapporte que le duc fit les deman- 
des suivantes à la reine : être nommé lieutenant-général du 
royaume avec l'autorité la plus étendue surles armées ; qu'on 
lui donnât dix places de sûreté avec de l'argent pour payer les 
troupes qu'il y mettrait ; il insistait vivement pour que les 
Bourbons fussent déclarés déchus, comme hérétiques, du 
droit de succession à la couronne ; il demandait encore l'exil 
hors du royaume de d'Epernon et de plusieurs autres hommes 
de tête et d'exécution, et enfin qu'on cassât les quarante- 
cinq. 

La reine se récria sur ces demandes exorbitantes ; le roi 
ne voulut point les accepter et, pendant que sa mère retour- 
nait négocier avec le duc, il sortit du Louvre feignant d'aller 
faire une promenade, monta à cheval dans la cour des Feuil- 
lants et sortit de Paris, suivi de près par les troupes et une 
partie de ses gentilshommes ; il coucha à Troyes, et le lende- 
main il se rendit à Chartres. De Chartres il écrivit à ses amis, 
aux villes et aux gouverneurs des provinces, pour les prému- 
nir contre les projets des Ligueurs; de son côté, le duc de 
Guise mandait à ses partisans de le joindre au plus tôt. Maîtres 
de Paris, les ligueurs destituèrent le prévôt des marchands 
et les échevins; ils s'emparèrent de la Bastille et de l'Arsenal 
pendant que dans les provinces ils se saisissaient de plusieurs 
villes. 

Cependant, le duc de Guise, ayant manqué le but pour 
lequel il avait fait les barricades, c'est-à-dire l'enlèvement du 
roi, ne songeait plus qu'à se justifier auprès de lui des accu- 
sations de révolte qu'il pouvait lui imputer et à prendre des 



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- -145 - 

sûretés dans le cas où il ne pourrait le persuader. Les ligueurs 
pensèrent qu'une députation, relevée d'un appareil religieux, 
toucherait le roi et le ferait revenir a Paris ; ils envoyèrent à 
Chartres la confrérie des Pénitents qu'Henri III avait tant 
protégée ; elle partit à pied dans les costumes les plus sales 
et les plus bizarres; elle était conduite par Ange de Joyeuse, 
qui s'était fait capucin Tannée précédente. Henri III savait 
bien que sous ces masques étaient cachés les plus ardents 
ligueurs; il pouvait les faire arrêter, mais sa faiblesse l'em- 
porta; il les laissa jeter leurs semences de révolte dans la 
ville et il se retira à Rouen, pendant que la reine-mèrCj qui 
était demeurée à Paris, continuait les négociations. Le Parle- 
ment, les officiers municipaux, envoyèrent aussi leurs dépu- 
tations pour prier le roi de rentrer dans sa capitale. Pressé 
de tous côtés, après bien des délibérations, il consentit à 
traiter; ce traité fut appelé l'Edit de Juillet ou encore l'Edit 
d'Union; le roi s'engageait à prendre les armes pour détruire 
Thérésie et à ne les mettre bas qu'après sa disparition com- 
plète ; ce même serment fut exigé de tous les seigneurs, Etal?, 
villes et communautés; ils devaient promettre de ne jamais 
reconnaître pour roi un prince qui ne professerait pas la 
religion catholique, apostolique et romaine ; cet édit fut juré 
par la Cour et enregistré par le Parlement. 

Le duc de Guise fut comblé de marques de confiance, U fut 
nommé généralissime avec les pouvoirs les plus étendus ; les 
ligueurs firent entrer des troupes dans les villes qu'on leur 
avait désignées, et le roi toujours faible enleva de plusieurs 
villes et provinces des gouverneurs qui lui étaient fidèles pour 
mettre à leur place des chefs ligueurs ; enfin il indiqua la réu- 
nion des Etats-Généraux à Blois pour les premiers jours d'oc- 
tobre ; on devait y confirmer l'Edit d'Union et tous les pou- 
voirs accordés au duc de Guise. 

Les favoris du roi, d'Epernon entre autres, auquel avait 
été enlevé le gouvernement de Normandie, se retirèrent de la 
cour, et d'Epernon vint à Angoulême espérant y être en 
sûreté ; mais Villeroy, que d'Epernon avait accusé devant le 
roi de soutenir les ligueurs, envoya au maire d' Angoulême, 
Normand, l'ordre de l'arrêter; d'Epernon n'avait que trente 

10 



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— 146 ~ 

hommes avec lui ; il se défendit trente heures contre toute la 
ville ameutée ; il fut délivré parLupiac de Tagent, gouverneur 
du château qui revenait de Saintonge, avec un corps de cava- 
lerie. Quand il écrivit au roi pour se plaindre, ce prince lui 
répondit en raillant qu'il avait ordonné au maire d'Angoulême 
de le prendre atin qu'on ramenât vers lui et qu'il pût le trai- 
ter comme son fils. 

Le 16 août, le sénéchal d'Aube te ire donna commission au sieur de 
Puyferrat de lever vingt hommes armés et montés à la légère et trente 
arquebusiers à cheval pour tenir garnison au château de Neuvic-sur- 
l'Isle, lieu propre pour y tenir des hommes de guerre. 

Le 10 septembre, le sénéchal mit six hommes de garnison, com- 
mandés par Pierre de Lacombe, le sieur de La Chapelle de Gréziniac, 
au château et maison de Charnier pour sa conservation,et si c'est néces- 
saire, s'opposer aux ennemis du roi, perturbateurs du repos public ; 
les émoluments de P. de Lacombe étaient fixés à dix écus et trois écus 
par mois pour chaque soldat. A cette date ou environ le sénéchal s'oc- 
cupe de défendre le pays ; il fortifie les places et met des garnisons à 
Campaniac près de Sarlat, àlssigeac, au Moulin-Neuf, à Beaumont, à 
Charnier, à Montpon, à Neuvic, à Belvès, à Villefranche, à Montréal, 
etc (1). 

Le roi changea son conseil et à la place de Villeroy, de d'E- 
pernon, du chancelier de Cheverny, de Pinart, de Brûlart et 
de Bellièvre, il mit Montholon, Ruzé et Revol ; il ne garda 
près de lui que ses partisans les plus fidèles, tous gens de 
main et d'exécution. 

Les ligueurs regardèrent ces changements comme une des 
inconséquences habituelles du roi et Guise s'en occupa d'au- 
tant moins que pendant qu'Henri III réformait sa cour et son 
conseil, il travaillait à faire nommer dans les provinces des 
députés aux Etats qui lui fussent favorables. Les députés du 
Périgord étaient Louis de Salignac, évêque de Sarlat ; les qua- 
tre barons, le sieur de Sainl-Aulaire, Hélie de Jehan et les 
chanoines de Tricard et Martin. 



(1) Archives départementales. — Page 99, du registre du greffe, années 
1588-1598. — Page 137, même registre. 



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- 147 — 

Les Etats s'ouvrirent à Blois, le 16 octobre ; il n'y eut ^in- 
téressant que la catastrophe qui les signala. 

Nous n'avons pas à entrer dans le détail des délibérations 
de cette assemblée où le duc de Guise et ses partisans avaient 
la prépondérance au détriment des propositions du roi; bientôt 
il apprit, par divers rapports, que le duc de Guise tramait quel- 
que machination importante ; son insolence devenait tous les 
jours plus insupportable, malgré les conseils de ses amis ; il 
ne croyait pas le roi capable de prendre une résolution ferme 
et arrêtée, malgré les avis secrets qu'il recevait souvent que 
le roi en voulait à ses jours ; enfin, le 22 décembre, appelé par 
le roi à un conseil qui se tenait de grand matin, il fut frappé 
par les quarante-cinq au moment où il entrait dans le cabinet 
du roi. Aussitôt le meurtre commis, on arrêta le cardinal de 
Guise, Pierre d'Espinac, archevêque de Lyon, le cardinal de 
Bourbon et les principaux partisans du duc; le lendemain, le 
cardinal de Guise fut tué à coups de hallebarde dans une 
chambre haute du château ; les corps des deux frères furent 
aussitôt consumés dans de la chaux vive pour que les ligueurs 
n'en fissent pas des reliques. 

Si le roi, après cette exécution, au lieu de continuer à tenir les 
Etats, se fût mis à la tête d'une armée, s'il avait marché sur 
Paris, il est certain que, dans le premier moment de terreur 
où fut jeté le parti de la Ligue, il aurait pu l'écraser et remet- 
tre l'ordre dans Paris; mais il retomba aussitôt dans sa 
mollesse. Paris, remué par les Seize, se révolta; Bussy-Leclerc 
pénétra dans la Grand'Chambre où le Parlement délibérait 
pour aviser à quelques mesures d'ordre public, fit arrêter 
quelques conseillers fidèles au roi et enfermer à la Bastille, 
(8 janvier 1589). Orléans suivit bientôt cet exemple, et en peu 
de temps Chartres, Amiens, à la sollicitation du lieutenant- 
général et de Tévêque Godefroy de La Marthonie, Rouen, 
Melun, Lyon, firent de même; La Châtre, gouverneur 
du Berry, abandonna le parti du roi pour celui de la Ligue. 

Pendant tous ces événements, dont il était nécessaire de 
donner un aperçu parce qu'ils expliquent l'histoire des pro- 
vinces, voici ce qui se passait en Périgord : 

En cette année 1588, le maire de Périgueux, Pierre de 



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— 148 — 

Marqueyssac et les consuls firent fondre et monter trois pièces 
d'artillerie, réparèrent les créneaux et les mâchicoulis entre 
la Grande Tour, TAiguillerie et la Tour Ronde, tirant vers Tail- 
lefer, TAubergerie et la Tour de Peynaud; entre la Porte Tail- 
lefer et la Tour Malaguerre, ils élevèrent une forte muraille. 
Les protestants de Bergerac et de Grignols faisaient des cour- 
ses dans le pays, enlevant des prisonniers et des vivres; le 
maire et les consuls, pour lesarrêter, tirent sortir de la villeun 
corps d'arquebusiers à cheval soutenu de quelques cuirasses ; 
les deux partis se rencontrèrent au moulin de la Peyre, près 
de Grignols ; les soldats de la ville attaquèrent vigoureuse- 
ment les huguenots, les mirent en déroute; ils firent prison- 
niers le sieur de La Filolie, commandant du château pour le 
vicomte deTurenne ainsi que le sergent qui servait sous lui ; 
on réchangea contre les prisonniers que la garnison de 
Grignols avait en son pouvoir (1). 

Avant les Etats de Blois et ce qui démontre une fois de plus 
que les édits n'étaient pas toujours observés, la ville de Domme 
fut prise par Vivans. Nous donnons le récit de cette expédition 
extrait des Mémoires de Jean de Vivans, son fils aîné (2): 

Le 25 octobre 1588, deux heures avant jour, Vivans par une qua- 
triesme entreprinse prit Dôme par escalade qu'il dressa au lieu le 
plus fort et le plus inaccessible, du costé de la rivière, dessoubs un 
rocher ou caverne appelé lo Crozo-Tencho qui est à demy rocher et 
néanmoins dans la ville où la ronde ne descendoit point passant au 
dessubs du rocher ; l'eschelle estoit de neuf pieds de haulteur, toutes 
lesquelles montées faisoient soixante-deux pieds de haulteur, encore 
se trouva-t-elle trop courte et fallut grimper par les branches des 
arbres plus de huict pieds. Ledict sieur de Vivans avoit recogneu et 
faict recognoistre diverses fois cet endroit, et sur ce qu'il avoit 
esprouvé que les villes ennemies le sçaichant a leur voisinage, veil- 
loient doublement ; après avoir disposé toutes choses à son 
desseing, il s'éloigna à Caumont quinze lieues loing et 
ayant assemblé ses troupes il s'advança avec cent hommes en tout 
sur l'expédition, en telle diligence qu'il arriva en un jour à une lieue 
de Dôme si secrètement que la nuit ayant par dixaine abordé lamon- 



(1) Extrait des Constitutions de Périgueux. 

(2) Mémoires de Vivans . — Chanoine Tarde, p. 302. 



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— 149 - 

taigne et le pied du rocher, le capitaine Bordes le premier et Brama- 
régias le quatriesme qui commandoit la première dixaine, puis les 
autres si secrètement et si dextrement qui ayant fait monter le sieur 
de Puycharnaud avec vingt sept et un trompette sans estre descou- 
verts, coulant dans la dicte caverne d'où ils donnèrent droict au corps 
de garde de la place qu'ils taillèrent en pièces, et ayant faict sonner la 
trompette et mis en fuitte tous les habitans sans grand combat, ils 
allèrent chez le consul prendre les clefs de la ville, ouvrirent la Porte 
des Tours à Vivans et au reste de ses gens, où il entra avec sa 
troupe. 

Le chasteau resloitqui est sur la croupe de lamontaigne de la ville, 
un des plus forts de Guyenne, où le capitaine Solvignac (1) comman- 
doit en morte-paye, qui estant ceste nuict au chasteau avec la garde 
ordinaire, oyant et voyant que la ville estoit prinse, se tint sur ses 
gardes et retira une partie des habitans fuyards. Ledict sieur de 
Vivans le faict cerner et à ces Ans se saisit du bourg de Dome-Vieille 
et y loge une compaignie de gens de cheval ; le lendemain toutes les 
maisons, cavernes et advenues qui sont dans la montaigne autour du 
dict chasteau, sont saisies et réparées pour empescher ceulx du 
dehors de la secourir et avictuailler ;mais, ayant appris que lemares- 
chal de Biron et Monsieur le baron, son fils, qui lors se rencontroient 
à Biron, assembloient les séneschaux. et noblesse de Périgord, Agé- 
nois, Quercy et Lymosin, pour le secours du chosteau, Vivans se 
résolut d'y dresser en plein jour une escalade générale, et pour cet 
effect fît oubvrir la muraille qui sépare la ville dudict chasteau où il 
fît donner fort bravement l'espace de deux heures et dresser des 
eschelles ; mais la haulteur du rocher et de la courtine, oultre celle 
des tours, défendoit assez la place avec des quartiers qu'ils (les défen- 
seurs), faisoient rouler qui mettoient tout en pièces, tellement qu'il 
fallut se retirer avec quelques morts et blessés. Le lendemain, mon- 
sieur de Glermont, sénéchal du Quercy, avec messieurs de La Mothe- 
Fénelon, de Giverzae,et cent vingt maîtres choisis,vint à paroître sur 
la haulteur de la plaine de Born à un quart de lieue de Domme, où il 
se mit en bataille, dont ledict sieur de Vivant adverty fait sonner à 
cheval et sans attendre le tiers de ses troupes qui étoient logées à 
Domme-Vieille, monte audevant d'eulx, les va recognoistre, luy avec 
le sieur de Giscard (2), seuls, juge à leur contenance qu'ils n'ont point 
dessein de combattre, faict advancer ses troupes, les charge, les 



(1) Solvignac, Jean de Vassal. 

(2) Guiscard, Gabriel de Guiscard, sieur de Cavaignac (Lot). 



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— 150 — 

met en fuite, les poursuit jusqu'à Nabirac, bourg où ils a voient laissé 
leurs gens de pied pour les soutenir. Ils les font sortir à cet eflect, 
mais Vivant fait jonchée d'une trentaine qui furent tués à rentrée du 
bourg, partie se retirant dans Tesglise bien fortifiée, les aultres 
fuyant jusqu'à Gourdon et poursuivis jusques aux portes, non sans 
meurtre et sans prise d'ennemis et de chovaulx, et, est à noter quo 
parmy ces fuyards, l'espou vante fut telle qu'il y eut des gentilshommes 
qui entrèrent dans Tesglise par le guichet, armés de toutes pièces, à 
cheval, qui après pour ressortir fallut desseller le cheval, car le 
portail estoitmuré. Un aultre, de bonne maison, ayant faict le tour de 
l'esglise sans pouvoir trouver la porte qu'il cherchoit, crioit : « Geste 
porte n'a pas d'esglise », on cèle leur nom par discrétion, mais ceci a 
esté tesmoigné parmy ceulx du bourg. 

Le 2 de novembre, Monsieur le Mareschal de Biron se logea à 
Saint-Martial où il donna rendez-vous à ses trouppes et conduit deux 
couleuvrines. 

Le 5 dudit mois, Monsieur d'Aubeterre le vint joindre avec deux 
cents maistres et mille arquebusiers ; de même font les aultres sénés- 
chaux voysins tellement que son armée esloit composée de cinq ou six 
cents maistres et plus de cinq mille arquebusiers, ce qui mit d'ail- 
leurs en telle jalousie les aultres places de la religion voysines que 
leurs gouverneurs quittèrent Vivant pour pourvoir à leur sûreté. 

Ainsy demeuré avec sa troupe particulière, assez seul, ("les voysins 
de son party estant en telle envie de sa fortune et prospérité qu'ils le 
regardoient faire sans s'en mesler) ainsy environ avec soixante mais- 
tres et deux cents arquebusiers, il fut reduict à garder la ville, assiéger 
le chasteau, soustenir le siège des ennemys, empescher qu'ils ne fus- 
sent secourus d'hommes ni pourveus de vivres et munitions. Ce peu 
d'hommes l'empcschant détenir le bourg de Domme-Vieilleni le prieuré 
de Génac, il démolit l'un et mit le feu à l'autre, ainsi des moulins les 
plus proches, et à l'arrivée du Maréchal, se retranche dans la monta- 
gne, fortifie les advenues du chasteau et mesme la maison appelée du 
Soleil. 

Le dict sieur Mareschal, le 6 de novembre, advanco sa batterie à 
ceste maison et aultres barricades de la montagne que le sieur Barri 
de Monségur défendoit ; le baron de Biron, ayant mis pied à terre à la 
teste de toute la noblesse, vient donnera ces barricades furieusement, 
mais à bien attaqué, bien défîendu ; on donna par divers coups à tou- 
tes les advenues, on tasta de tous les costés pour secourir le chas- 
teau ; le capitaine Solvignac, qui estoit dedans, ne s'endormoit pas 
comme y ayant le principal intérest, mais enfin le coust lotir en fit 



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- 151 - 

perdre le goust, et fut contrainct Biron de se retirer avec grand'perte 
mesme du sieur de La Mothe-Fénelon tué d'une arquebusade à la 
maison du Soleil, au grand regret de toute l'armée et de tout le 
pays. 

Le 12, le seigneur Mareschai plaça ses couleuvrines sur la pente de 
la colline qui est au delà du ruisseau et près du village de Monbette 
et de là battoit une maison qui est à demy montagne, soubs le chas- 
teau que ledict sieur de Vivant avoit fortifiée ; mais après l'avoir bat- 
tue deux jours voyant n'augmenter que de perte, il désista ; en pre- 
nant ses couleuvrines il s'en alla à Biron et le sieur d'Aubeterre s'en 
retourna vers Périgueux. 

Peu de jours après, Vivant faict donner l'escalade au chasteau par 
plusieurs endroicts, mais il les repousse avec perte de cinq ou six 
hommes ; néanmoins quelques jours après, le capitaine Solvignac 
voyant que son secours s'en estoit allé sans le dégager, capitula et 
sortit vie et bagues sauves et fut conduict en toute seureté avec les 
siens à Sarlat. 

1589. — Vivant tenant le chasteau le faict fortifier et pourvoir de 
vivres et de munitions, faict couvrir la Tour Brune pour y servir de 
citadelle, y met le 12 février 1589 une garnison, et quant à la ville y 
mit une compaignie de cavalerie et cinq compaignies d'arquebusiers 
pour estre le tout entretenu par le plat pays. 

En Tan 1589 il fit raser Pesglise paroissiale (1) et le couvent des 
Augustins, bannit l'exercice du culte catholique, y establit celui de la 
secte et le premier ministre qui y prescha s'appeloit Beaupoil, et de 
la pierre provenant de la démolition de l'esglise et du couvent, il en fit 
une muraille travaillée et flanquée qui commençoit un peu au-dessus 
de la Porte des Tours, aïloit finir sur le précipice du rocher assez près 
du cimetière, séparant et distinguant du reste de la ville tout le quar- 
tier de la Paliolo et de TOrmet, pour en faire une citadelle. 

Le 5 janvier 1589 mourut, au château deBlois, Catherine de 
Médicis, âgée de soixante-douze ans ; au milieu des grandes 
préoccupations du moment, celte mort passa presque inaper- 
çue; Catherine avait un vaste génie; elle était magnifique à 
l'excès, rapportent les auteurs du temps, mais elle avait une 
ambition sans bornes, une soif insatiable de pouvoir qui, trop 
souvent, la poussèrent à mettre toute son adresse à profiter 



(1) Chanoine Tarde, p. 306 et suiv. 



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- 152 — 

des troubles que parfois elle fomentait et des malheurs de la 
France, pour attirer vers elle l'autorité ou du moins se rendre 
toujours nécessaire ; c'est ce sentiment égoïste d'ambition 
personnelle qui fit qu'elle entretint ses iils dans l'amour de la 
mollesse et des plaisirs des sens. Mézeray s'exprime ainsi : 

Sur ses libéralités immenses fut bâtie notre ruine, étant l'une des 
premières qui donna vogue aux édits bursaux, éversion générale de 
notre Etat. 

En mourant, elle conseilla, dit-on, au roi de se rapprocher 
des princes du sang et surtout du roi de Navarre qu'elle avait 
si longtemps détesté. 

Les Etats de Blois furent clos le 16 janvier, au milieu, dit de 
Thou, des plus beaux discours, remplis des plus belles paroles 
et des plus éloquentes. 

Nous avons déjà nommé plusieurs villes qui, à l'exemple de 
Paris, s'étaient révoltées contre le roi en faveur de la Ligue. 
Au mois de mars, Louis de La Rochefoucauld, comte de Ran- 
dan, débaucha la ville de Riom et une partie de l'Auvergne; 
mais il fut arrêté dans ses progrès par les Rastiguac, St-Hé- 
rem, Allègre, Fleurac, GanillacetOradour; Limoges demeura 
sous l'obéissance du roi ; la Bretagne fut soulevée par le duc 
de Mercœur, mais la Ligue éprouva un échec à Poitiers, malgré 
les efforts de Geoffroy de St-Belin, évoque, du maire et de 
quelques autres ligueurs. 

Au mois de mars, Bordeaux se révolta (1), mxis Matignon 
sut par sa fermeté rétablir l'ordre, et, quelque temps après, il 
chassa les Jésuites de la ville pour s'être mêlés k cette affaire 
(les auteurs dit de Thou) ; ils cherchèrent un refuge à Agen et 
à Périgueux, qui bientôt se révoltèrent à leur tour. 

Le 6 avril 1589, le sénéchal nomme gouverneur du château 
du Lieu-Dieu Raymond Dupuy, écuyer, seigneur de la Jarthe, 
pour le conserver sous l'autorité du roi contre les héréti- 
ques qui s'en étaient emparés quelque temps avant ; 
mais le maire et les consuls de Périgueux les y bloquèrent 



(1) Lettre de M. de Fayard à ce sujet, t. 1 des Archives historiques 
de la Gironde. — Davila, t. II, page 420, 



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— 153 - 

immédiatement et eurent bientôt recouvré le château. Ils le 
remirent entre les mains du sénéchal qui, pour éviter les 
inconvénients que pourrait avoir sa possession si près de 
Périgueux, par les protestants, pourvut immédiatement à sa 
sûreté (1)- 

En mai, les calvinistes d'Issigeac assiègent la maison épis- 
copale et, avec une coulevrine et quelques pièces de campa- 
gne menées de Bergerac par le sieur de La Force, la battent 
pendant six jours, au bout desquels les assiégés capitulent. 
Vers le même temps, Tévêque de Sarlat, Louis de Salignac- 
Fénelon vendit la terre de La Roque-Gageac à son neveu 
Armand de Salignac, seigneur de Gaulejac, pour la somme de 
S,550 livres, et, ajoute le chanoine Tarde : « C'est ainsi que ma 
chère patrie changea son ancienne crosse pour une épée et sa 
mître pour un panache. » 

Les ligueurs assiégèrent les religionnaires dans l'église de 
Saint-Pompon (2) ; ils capitulèrent ; les assiégeants y laissèrent 
une garnison et s'çn allèrent mettre le siège devant Cazals en 
Quercy. Aussitôt Vivans revint pour reprendre cette église; il 
en rompit les défenses, mais quand la garnison s'aperçut qu'il 
cherchait à la saper, elle se rendit à condition de la vie 
sauve sur la foi du chef ennemi, mais il en fit tuer trente 
cinq. Le commandant de la place, Boutel et huit autres furent 
reçus à rançon. 

Le sieur de La Force, parti de Bergerac (3), pour assiéger 
Villefranche-du-Périgord, renonça à son projet et se contenla 
de prendre, le 4 juin, le château de Sermet, qui appartenait à 
Marc de Cugriac, seigneur de Giverzac et de Sermet, un des 
chefs ligueurs de ce côté de la province. 

Le 30 mai, fut conclu à Périgueux un traité d'union entre le 
sieur d'Aubeterre, sénéchal et gouverneur duPérigord ; Fran- 
çois de Bourdeille,évêque de Périgueux, Alain deSolminihac, 
abbé de Chancelade, et les maire et consuls, pour la défense de 



(1) Registres des patentes du greffe de la sénéchaussée de Périgueux, 
année 1589. 

(2) Saint-Pompon, commune du canton deDomme. 

(3) Chanoine Tarde, p. 309. 



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— 154 - 

la religion catholique. Les contractants s'engagent à ne jamais 
adhérer aux hérétiques ou leurs fauteurs, ni leur donner aide, 
ni avoir aucune intelligence avec eux ; mais leur faire la guerre 
«sans égard pour leurs qualités, dignités ou autre considéra- 
tion de personnes ; le sénéchal, chef de cette ligue ou associa- 
tion', s'engage à défendre la ville envers et contre tous. 
- Le 23 juin (1) Jean de Vassal, seigneur de la Tourette, entra 
dans Sarlat avec une forte troupe, appelé et aidé par quelquea 
habitants ; ce Jean de Vassal avait été archidiacre de la ca- 
thédrale de Sarlat; il avait en 1586 abandonné l'état ecclésias- 
tique pour celui des armes, et il était devenu soldat intrépide 
et forcené ligueur. Quelques jours après, les consuls firent ré- 
pandre le bruit que les religionnaires de Domme voulaient 
s'emparer de la ville et qu'il fallait les en empêcher ; le capi- 
taine qui commandait à la place de la Tourette, sortit de la 
ville avec la plus grande partie de sa troupe pour s'opposer 
à cette entreprise ; quand il revint, il trouva les portes fermées. 

Nous lisons que le duc d'Epernon s'empara de Nontron et 
qu'il en fit démanteler les fortifications. Nous ne savons à 
quel moment précis placer ce fait. 

L'époque de la moisson arrivait, les ligueurs d'Agen et de 
Périgueux députèrent au maréchal de Matignon pour obtenir 
une trêve afin que les paysans pussent rentrer leur récolte; 
le maréchal ne leur accorda point leur demande ; au contraire, 
il envoya sou fils, le comte de La Roche, avec sa compagnie de 
chevau-légers, commandée par Fages (2) et trois compagnies 
d'arquebusiers à cheval pour battre la campagne du côté de 
ces deux villes ; le comte tailla en pièces cinquante maîtres 
sortis de Périgueux pour escorter un des consuls qui allait 
trouver ceux d'Agen pour s'entendre sur leurs affaires com- 
munes; il le ramena prisonnier à Bordeaux et ensuite!) s'oc- 
cupa de faire une entreprise sur Agen. 

Le roi de Navarre avait publié à.Châtellerault un manifeste 
adressé aux États du royaume, le 4 mars ; mais il n'en conti- 
nuait pas moins ses exploits, il avaitprisMarans, Niort, Saint- 

(1) Chanoine Tarde, p. 309. 

^2) Fages, châlcau près i\e Snint-Cypricn, 



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— 155 — 

Maixent, Maillezais, etc ; par ce manifeste, Henri de Navarre 
suppliait le roi de donner la paix à son peuple pour mettre 
enfin un terme aux maux dont le pays était accablé ; il prenait 
à témoin Dieu et les hommes qu'il n'avait pris les armes que 
pour le bien public et qu'il répandrait son sang pour le roi et 
l'Etat si c'était nécessaire ; il donnait sa parole à laquelle il 
n'avait jamais failli, qu'il mettrait à Pabri de toute insulte 
et défendrait tous ceux qui le seconderaient dans un si 
louable dessein, qu'il ne gênerait la conscience de personne 
et qu'il ne souffrirait pas que dans les villes qui se soumet- 
traient à lui ou au roi il se fît aucun changement dans la reli- 
gion ou le gouvernement. 

C'est ainsi qu'il préparait, en ayant l'air de s'associer dans 
une même pensée de paix, la réconciliation avec Henri III, 
réconciliation dont il savait qu'on avait parlé à la Cour. 

Henri III, cependant, était contraint d'abandonner Blois, 
où le menaçait le duc de Mayenne, que la Ligue avait nommé 
lieutenant-général du royaume jusqu'à la réunion des Etats- 
généraux qui devait avoir lieu en juillet; il se retira à Tours, 
où le Parlement de Paris avait été transféré. 

Les deux rois, pendant une trêve, se virent au château du 
Plessis-les-Tours. Henri de Navarre aborda le roi avec les 
marques du plus profond respect; celui-ci le traita de frère. 
Enfin, le résultat de cette entrevue fut que les deux princes 
se promirent de combattre la Ligue de concert et de toutes 
leurs forces; un traité fut signé pour un an, à dater du 
3 avril (1). Cette union si désirée des deux partis releva les 
affaires ; la réconciliation fut sincère de part et d'autre, et le 
parti du roi de Navarre s'augmenta bientôt d'un grand nom- 
bre de gentilshommes. 

Mayenne, vainqueur en deux combats près de Vendôme et 
près d'Amboise, marcha sur Tours, espérant s'en emparer ; 
mais le roi, redevenant un moment le duc d'Anjou des jour- 
nées de Jarnac et de Moncontour, dirigea tout lui-même, 
et Mayenne, après avoir pillé un faubourg, repoussé par le 



(1) Mézeray, 



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— 156 — 

roi et craignant l'arrivée du roi de Navarre, se retira pendant 
la nuit sans être poursuivi. 

De son côté, le duc de Montpensier battait les Gautiers, 
paysans normands , que les vexations des gens de guerre 
avaient poussés à la révolte et que les ligueurs avaient su 
s'allier pour les jeter sur les troupes royales. 

Les ligueurs parisiens furent battus près de Senlis, qu'ils 
assiégeaient, par La Noue et Henri de Longueville; le duc 
d'Aumale, blessé, leva le siège, et l'armée royale, après avoir 
jeté quelques boulets dans Paris, alla recevoir les Suisses et 
les Allemands que Sancy venait de lever pour le roi. 

Mayenne, appelé au secours de Paris, prit en route Alençon, 
vint s'entendre avec les Seize et de là reprendre Montereau, 
qui s'était rendue à d Epernon ; il campa sur les bords de la 
Seine pour couvrir Paris. L'armée du roi était déjà devant 
Pontoise, qu'elle prit à composition ; Edme d'Hautefort, qui y 
commandait, fut tué ; il fut très regretté de son parti, dans 
lequel il avait joué un rôle important comme capitaine (1). 

Les troupes allemandes, composées de dix mille reîtres et 
de deux mille lansquenets, se réunirent à Saint-Cloud avec les 
forces du roi, qui se montèrent alors à quarante mille hom- 
mes; le siège de Paris fut résolu d'après l'avis du roi de 
Navarre; le duc de Mayenne s'y était renfermé et travaillait 
activement à en réparer les fortifications, mais le monde lui 
manquait pour les défendre. Paris ne pouvait être sauvé que 
par un miracle ou par un crime ; ce fut un crime qui le sauva. 
Paris était plein de fanatiques et d'enthousiastes, de prédi- 
cateurs insinuants et habiles a diriger les masses ou les indi- 
vidus vers les projets qu'ils voulaient réaliser. Un jeune 
moine jacobin, Jacques Clément, tète fort exaltée, entendant 
tous les jours des sermons sur les débordements du roi, sur 
les maux qu'il causait à la France et à la religion, lui avait 
voué une haine invincible; on sut l'exciter encore par des 
promesses, et il ne fut pas longtemps sans méditer un crime ; 
on lui en facilita les moyens, et la duchesse de Montpensier 



(1) Généalogie de la maison 'l'Haute fort. Niort, Clouzot, 1898, page 128. 



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- 157 - 

voulut, dit-on, le voir ; les historiens rapportent que Mayenne 
et le duc d'Aumale ne s'opposèrent pas à ce crime. Sorti de 
Paris avec de soi-disant lettres du premier président qui était 
en prison, Jacques Clément se présenta au quartier du roi, à 
Saint-Cloud; introduit dans la chambre du roi, il lui parle 
sans hésiter, lui donne ses lettres, et tandis que le roi les lit 
attentivement, il tire un couteau de sa manche et le frappe 
au bas ventre; le roi, se sentant blessé, appelle, retire le 
couteau de la plaie et en frappe l'assassin au visage; les 
gentilshommes, accourus à la voix du roi, entraînés par 
Fénormité du crime, tirent leurs épées et tuent sur place 
Jacques Clément ; zèie inconsidéré qui enleva le moyen de 
connaître ses complices. Pendant quelques heures, on ne crut 
pas la blessure dangereuse : mais le soir, il survint des acci- 
dents et dès lors elle fut jugée mortelle ; cet événement arriva 
le 2 août 1589. 

Le roi, après avoir reçu les sacrements religieux, fit ouvrir 
les portes de sa chambre et reçut les principaux seigneurs du 
royaume; il leur exprima le regret de laisser ses Etats dans 
si triste situation et les exhorta k reconnaître après lui le roi 
de Navarre ; il fit approcher ce dernier de son lit, le serra 
dans ses bras et lui dit : « Soyez certain , mon cher beau- 
frère, que vous ne serez jamais roi de France si vous ne vous 
faites catholique. » 

Au moment de mourir, le roi, qui avait été en butte à tant 
de calomnies, qui a\ait été décrié pour les défauts et les vices 
qu'il avait ou n'avait pas, se vit entouré des regrets et des 
larmes de ses amis et de ses serviteurs ; on ne se souvint plus 
que de ses qualités ; il mourut le 2 août, âgé de trente-huit 
ans. Son corps fut inhumé à Saint-Corneille de Compiègne, 
où il resta jusqu'en 1610, époque où il fut porté à Saint-Denis 
avec celui de sa mère, qui était à Blois ; il avait régné 
seize ans. 



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I I 



CHAPITRE IV. 
1589-1598. 



La. guerre en Périgord. — Siège de Domme. — Siège de Mussidan. — 
Montpezat et Vivans en Périgord. — Combat de la Combe des Dames. 
— Vivans vend son gouvernement de Domme à M. de Thémines. — Fon- 
dation du collège des Jésuites à Périgueux. — Mort de Geoffroy de Vi- 
vans tué à Villandraut. - Combats en Périgord. — Siège de Lisle. — 
Mort du sénéchal d'Aubeterre. — Henri de Bourdeille le remplace. — 
Révolte des Croquants. — Edit de Nantes. 

Avec Henri III s'éteignit la branche royale des Valois qui 
avait donné treize rois à la France : presque tous furent de 
grands princes, magnifiques, libéraux, vaillants, religieux, 
protecteurs des arts et des lettres ; ils surent agrandir le 
royaume et chasser les Anglais ; sans doute aussi quelques- 
uns ont commis des fautes et ont eu des défauts, mais ces 
iéfauts étaient ceux de leur époque ; s'ils ont chargé les peu- 
ples d'impôts, aliéné des charges, il faut l'imputer aux guerres 
incessantes qui désolèrent le royaume et à la difficulté des 
temps, suite de la guerre ; les Valois n'avaient pas cherché 
la guerre avec les Anglais ; c'est sous le règne de l'un d'eux, 
Charles VII, qu'elle fut glorieusement terminée. Les révoltes 
du xvi° siècle ne furent pas non plus de leur fait, mais bien 
celui d'hérétiques révolutionnaires, soutenus par des chefs am- 
bitieux qui espéraient sous les apparences d'amour du peuple 
et de la liberté monter au pouvoir sur les ruines de la 
France. 

Le roi de Navarre se trouvait le plus proche héritier du 
trône; il était chef de la maison de Bourbon-Vendôme ; ce- 
pendant malgré la justice et la validité de ses droits, il fut 
obligé, comme tout le monde le sait, de conquérir son 



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- 160 — 

royaume ; la plupart des chefs de l'armée, après quelques 
difficultés, lui prêtèrent serment de fidélité ; l'acte de re- 
connaissance fut signé le 4 août 1589, à Meudon ; mais 
quelques-uns se retirèrent, entre autres d'Epemon, à la suite 
d'une discussion sur la préséance qu'il prétendait avoir sur 
les maréchaux d'Aumont et de Biron. Les ligueurs ne négli- 
gèrent rien pour se maintenir à Paris et le duc de Mayenne 
fit publier un édit qui ordonnait de reconnaître pour roi le car- 
dinal de Bourbon. Henri de Navarre, que nous appellerons 
désormais Henri IV, voyant son armée trop affaiblie par la 
défection des seigneurs mécontents, fut obligé de lever le siège 
de Paris ; il se dirigea vers la Normandie, s'assura de Meulan 
et de Mantes et alla se loger à Darnetal près de Rouen, espérant 
prendre cette ville importante ou disposer les habitants et le 
gouverneur à se soumettre . 

Cependant, Mayenne s'avançait avec une nombreuse armée ; 
le roi fut contraint de se retirer sous les murs de Dieppe ; 
la position était critique; on conseillait au roi de se retirer en 
Angleterre, ou au moins à La Rochelle; mais Biron s'éleva avec 
chaleur contre ces projets, et le roi, accoutumé depuis long- 
temps aux positions difficiles, résolut d'attendre l'ennemi ; il 
posta ses troupes près du bourg d'Arqués et établit du canon 
• dans le château ; on se battit pendant onze jours, mais le 
combat le plus sérieux et vraiment décisif eut lieu le 20 sep- 
tembre. Mayenne repoussé se retira vers la Picardie, évitant 
la rencontre du comte de Soissons, de Longueville et du 
maréchal d'Aumont, qui menaient des renforts au roi ; il 
recevait en même temps à Dieppe un corps de quatre mille 
Anglais que lui envoyait la reine Elisabeth. 

Les Parisiens, qu'on avait trompés sur le résultat des com- 
bats d'Arqués, ne demeurèrent pas longtemps dans l'illusion; 
le roi parut devant leurs murs le 1 er novembre ; il attaqua 
les faubourgs et les força; les Parisiens prirent les armes, 
mais ils furent repoussés jusque dans la ville dont les troupes 
royales auraient pu s'emparer, mais le roi craignant quel* 
qu'embûche, les fit rappeler ; le duc de Mayenne, à la nouvelle 
de cette attaque, accourut aussitôt ; le roi lui offrit la bataille, 
mais Mayenne l'évita et personne ne sortit des murs. Alorsle 



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— i6i — 

roi leva son camp pour se rendre à Tours afin d'acquitter la 
promesse qu'il avait faite d'y convoquer les Etats-Généraux . 
Cette réunion se trouvant impossible à cause des difficultés 
du moment, il en remit l'exécution au mois de mars suivant 
et se rendit aussitôt dans la Basse Normandie qu'il réduisit 
bientôt entièrement. 

Le 17 novembre 1589, Henri IV écrivit au maréchal de Mati- 
gnon de garder avec soin le château de Badefols et le port sur 
la Dordogne (1), comme étant très important pour son service 
et d'y établir une bonne garde. 

Lel8,ilmandeausieurdeGontaut Saint-Geniès s* r de Saint- 
Julien de lever un régiment de dix compagnies de gens de 
pied et kM. de La Force de pourvoir à la garde du château de 
Gastelnau des Milandes, menacé par les ligueurs ainsi que 
plusieurs autres places du voisinage. 

Il n'entre pas dans les limites de ce travail de raconter les 
tiraillements et les divergences d'idées des partis ; les 
ligueurs eux-mêmes n'étaient pas d'accord entre eux ; ils 
voulaient bien un roi, mais ne savaient sur qui arrêter leur 
choix. Enfin le Parlement de la Ligue, présidé par Brisson, 
ordonna de reconnaître le cardinal de Bourbon sous le nom 
de Charles X et le duc de Mayenne pour son lieutenant ; le 
légat du pape et les ambassadeurs d'Espagne et de Savoie 
appuyaient ce choix ; le Parlement de Tours, présidé par 
Achille de Harlay, cassa cet arrêt. Le roi, ne s'arrêtant point 
à ces discussions, était à la tête de son armée; il avait fait des 
progrès dans la Marne, et vers les premiers jours de mars 1590, 
il tourna sur Paris, but de tous ses efforts. Le duc de Mayenne 
s'avança aussitôt pour lui couper la route ; les deux armées 
se rencontrèrent le 13 mars près d'Ivry ; la bataille se livra le 
lendemain ; malgré la supériorité numérique des ligueurs, 
Henri IV fut encore vainqueur ; il prit toute leur artillerie, 
leurs bagages, presque toutes les enseignes et cornettes ; le 
comte d'Egmont qui commandait les troupes espagnoles fut 
tué ainsi que plusieurs gentilshommes de marque. Le duc de 



(1) Lettrts missives de Henri IV* 

11 



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- 162 — 

Mayenne, qui avait combattu malgré lui, poussé par les Seize, 
qui le taxaient de lâcheté, lit son devoir de général et de sol- 
dat, mais il ne put réussir à rallier ses troupes en fuite, 
Henri IV se conduisit en vaillant homme et en roi clément; 
on dit que si après la bataille le roi s'était porté sur Paris, il 
l'aurait facilement emportée tant la terreur et la confusion y 
furent grandes dans les premiers jours; mais Biron s'y opposa 
ain$i que quelques chefs protestants qui craignaient sans 
doute que la prise de Paris n'amenât la paix et que le roi 
n'ayant plus besoin de leurs services ne les mît de côté. 

Le roi cependant continuait sa campagne autour de la ville; 
il prit Lagny, Provins, Montereau, Melun et d'autres postes 
autour de Paris qu'il vint bloquer. Sur ces entrefaites le car- 
dinal de Bourbon mourut àFontenay, en Poitou. La Ligue fut 
très embarrassée à cette nouvelle ; il s'agissait pour elle de 
trouver un roi catholique ; Mayenne convoqua les Etats à 
Paris et partit pour les Flandres demander des secours aux 
Espagnols, laissant le commandement de Paris à son frère 
utérin, Charles de Savoie, duc de Nemours. Ce prince se 
mit en devoir de réparer les défenses de la ville dont il 
n'ignorait point que les royalistes espéraient s'emparer dans 
peu de temps, sachant que les vivres y étaient insuffisants. 
Tous les jours le roi recevait des renforts; quand ils furent 
réunis, il attaqua les faubourgs dans la nuit du 25 au 26 juillet 
4890 ; ils furent emportés presque sans résistance ; Paris était 
réduit à la dernière extrémité, en proie à la famine et ne 
pouvant tenir que trois ou quatre jours ; on écrivit au duc de 
Mayenne de revenir en hâte ; le roi, craignant d'être pris entre 
Paris et les troupes ligueuses, résolut d'abandonner le siège 
à son grand regret, et se porta sur Chelles où étaient Mayenne 
et le duc de Parme. Il n'y eut que quelques escarmouches 
sans grande importance ; Mayenne reprit Lagny sans que 
l'armée royale pût l'empêcher, Paris fut ravitaillé. Le roi 
aurait voulu malgré tout revenir sur cette ville; mais les mala- 
dies se mirent dans son armée fatiguée par une longue cam- 
pagne ; il fut obligé de la licencier ; il mit des garnisons dans 
les places autour de Paris et envoya ses lieutenants dans lés 
provinces ; lui-même, repoussé d'une tentative d'escalade du 



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- 163 — 

faubourg St-Germain, se retira k Senlis et de là fit quelques 
expéditions au nord de Paris. 

Pendant ce temps que se passait-il en Périgord ? 

Périgueux, on Ta vu, avait embrassé le parti de la Ligue, 
après que lesJésuites,chassés de Bordeaux, s'y furent instal- 
lés ; mais comme elle était surveillée de près ainsi que Ville- 
neuve et Agen qui s'étaient aussi révoltées contre le roi, cet 
exemple n'eut pas toute la mauvaise influence qu'on eût pu 
craindre. Le roi révoqua le 10 novembre les chambres 
qu'Henri III avait établies en faveur des protestants à Berge- 
rac, Montaubanet Saint- Jean-d'Angély. 

Le 23 juin, les sieurs de La Tourette et de Belcayre (1) qui, 
de connivence avec quelques habitants de Sarlat ligueurs, 
surprirent la garde d'une des portes de la ville et s'emparè- 
rent des tours et des murailles sans permettre aux consuls 
d'y pénétrer; mais quelques jours après ils en furent chassés; 
profitant d'une sortie de M. de La Tourette, qui était allé faire 
démolir la Boëtie, de crainte que ce petit poste ne servît 
contre lui, les habitants fermèrent sur lui la porte de la Rigau- 
die et désarmèrent les soldats qu'il avait laissés et les firent 
sortir de la ville; on en chassa aussi les traîtres qui avaient 
aidé à Jean de Vassal à s'en emparer. 

Les habitants de la ville de Périgueux ayant élu M. de 
Montpezat, gouverneur pour la Ligue en Périgord, les consuls 
de Sarlat s'assemblèrent pour délibérer sur ce fait, n'ayant 
pas été convoqués ; ils décidèrent d'envoyer vers M r de Mont- 
pezat, et de le dissuader d'entrer dans la ville, à moins qu'il 
ne le voulût absolument, et d'obtenir de lui qu'il n'y entrât 
qu'avec cinquante gentilshommes, que s'il n'acceptait pas ces 
conditions, on lui refuserait l'entrée (2). 

Enfin, il nous reste à parler pour cette année 1590 d'une 
attaque sur Saint Cyprien (le 19 août), place tenue par les pro- 
testants, qu'une partie de la garnison de Domme vint secou- 



(1) Belcayre, château, commune de St-Léon sur Vézère ; Gaspard de Reillac, 
sieur de Belcayre. 

(2) Archives du Consulat (Lespine). 



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— 164 — 

îir, et aussi d'une attaque de la noblesse liguée contre 
Domine ; cette troupe était commandée par M" de Villars et 
de Montpezat; nous laissons parler le fils de Geoffroy de 
Vivans, Jean, auquel nous avons déjà emprunté quelques 
détails. Vivans était auprès d'Henri IV au siège de Paris lors- 
qu'il apprit que les sieurs deTayac,de Giverzac et de Pechja- 
loux avaient surpris le château de Domme le 24 août 1590, 
sauf la Tour Brune, et que M r deMonségur, qui se défendait 
dans la ville où M rs deThémines et de La Force s'étaient jetés 
pour la secourir ; comme de l'autre part, M r8 de Montpezat, 
Montluc, Pompadour, avec toute la noblesse liguée, avaient 
accouru au château avec quelques coulevriues qu'ils avaient 
montées par artifice pour battre la Tour Brune. Vivans sup- 
plia le roi de lui permettre de s'en revenir ; mais pour le 
moment il n'obtint pas cette autorisation. 

Le sieur de Thémines s'estant jeté dans la ville de Dôme (1), 
comme est dit, pour la secourir avec peu de forces, quelques amys 
particuliers dudit sieur de Vivans qui estoient demeurés dans le pays 
y accoururent aussi. M. de Rignac, gouverneur de la vicomte de 
Turenn,e, assistait fort en ceste occasion d'hommes, de vivre et de sa 
personne. D'autre part, M. de La Force y accourut avecques de jolyes 
troupes de pied et de cheval avecques lesquelles il jeta une coulevrine 
dans la Ville, de plein jour, et avec de beaux et signalés combats, que 
lui et M r de Thémines qui l'alla recueillir jusques delà la Dordoigne, 
firent dans la plaine et dans la rivière qui lors estoit gayable, ou véri- 
tablement ils eurent toujours l'avantage ; un des chefs ligués, nommé' 
Saint-Projet (2) fut tué au milieu de l'eau et force autres. 

Cependant, les assiégés, ne pouvant plus tenir la Tour Brune, percée 
et rompue de l'artillerie des ennemys, laissent dans une chambre 
voûtée une barrique de huit quintaux de poudre coub verte de paille, 
et ayant mis le feu au coubvert de la tour, la quittent, et par une 
traînée le dernier met le feu à la paille. Les ennemys advancent pour 
esteindre le feu, mais la poudre ayant trop tost prins, ne coubvre dans 
les f uynes de la tour qu'une trentaine. Un moment de délai y donnait 
sépulture à M. de Montpezat et à cent gentilshommes ou capitaines qui 



(1) Extrait des Mémoires de J. de Vivans. 

(2) Jacques de Lafon-Dejean, sieur de 'Saint-Projet, en Quercy. 



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- 165 - 

accouroient et n'en estoient pas à vingt pas. Après, ils firent la batterie 
contre la ville de dessus les ruines de ladite tour, mais M rs de Thé- 
mines et de Monségur, gouverneurs, firent travailler avec tant de dili- 
gence aux retranchements, que lesdicts sieurs de Montpezat, de Pom- 
padour et de Montluc furent contraincts de se retirer, layssant forte 
garnison au chasteau. De mesme firent M rs de Thémincs et de La 
Force, layssant ledit sieur de Monségur avec les amys particuliers de 
M. de Vivans dans la ville. 

Au mois de décembre, le maréchal de Matignon venant 
de Rions-entre-deux-Mers, qu'il venait de prendre sur la Ligue 
passa la Dordogne à Branne et entra en Périgord avec une 
forte troupe et quatre canons ; le bruit se répandit qu'il mar- 
chait sur Périgueux(l); le maire, Jean de Chilhaud et les con- 
suls demandèrent secours à M. de Pompadour,le priant d'en- 
trer dans la ville avec ses soldats ; durant ce temps, Matignon 
assiégeait Mussidan ; le maire en fit avertir M. de Montpezat 
qui se trouvait alors en Quercy ; bientôt arriva à Périgueux 
La Capelle-Biron (2) avec de la cavalerie, il était lieutenant 
de M. de Pompadour; lui-même arriva le lendemain accom- 
pagné du baron de Gimel,de M rs deSaint-Chamans, de Beaù- 
regard, de la Brangelie (3), du Pouget (4), de Rastignac, de 
Labaltut (5), Nicéron, du capitaine Mayet, La Peyrouse et de 
grand nombre de gentilshommes et de gens de pied ; on char- 
gea le sieur de Labattut de se renfermer dans St-Astier et de 
le garder; mais Mussidan, faute de secours, tomba au pou- 
voir de Matignon après une défense vigoureuse et avoir tiré 
trois cent cinquante coups de canon. 

La veille de Noël arriva de Cahorsà grandes journées M. de 
Montréal, laissant derrière luiM.de Montpezat qui le suivait de 
près. 

1591. —Le 2 janvier 1591,1e maire de Périgueux(6)envoyacin- 



(1) Constitutions de Périgueux. 

(2) La Capelle-Biron, Charles de Carbonnières. 

(3) La Brangelie, des Achards de Joumard. 

(4) Du Pouget, Antoine, sieur de Nadaillac, Lot. 

(5) De Labattut, Jean de Salis. 

(6) Constitutions de Périgueux. — Archives municipales. 



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— 166 — 

quante arquebusiers à Saint- Astier où ils restèrent huit jours 
en face de l'ennemi qui n'osa attaquer ; après sa retraite, 
on les envoya renforcer la garnison de Vergt. 

Le 5 février, M. de Montpezat prêta entre les mains du 
maire et des consuls serment de fidélité à Dieu, au Roi, au 
parti catholique, et jura de défendre et de maintenir les privi- 
lèges et immunités de la ville. 

Le 25 avril, Saint- Germain du Salembre fut assiégé et pris 
par M. de Montpezat ; ensuite il donna à la ville une pièce d'ar- 
tillerie qu'il avait prise à Mussidan sur M. d'Aubeterre. 

Vers le même temps, le marquis de Rastignac s'emparait du 
fort de Courbefy sur la frontière du Périgord et du Limousin; 
quelques jours après, M" de Montpezat et de Pompadour vin- 
rent assiéger Saint -Yrieix; Pierre-Buffière Chamberet com- 
mandait la place ; les barons du voisinage accoururent à son 
secours et repoussèrent les ligueurs ; Pun d'eux, Saint-Cha- 
mans fut tué sans qu'on voulût le prendre k rançon ; après cet 
échec, les ligueurs se retirèrent pour attendre des renforts 
que Montpezat était allé chercher en Périgord et qu'il rame- 
nait avec Taillefer et Fonrou. A l'approche de celte troupe, 
Pompadour lui tendit une embuscade dans laquelle elle ne 
manqua pas de tomber ; elle était commandée parle comte de 
La Rochefoucauld ; prise entre deux feux, elle se débanda et 
plus de trois cents hommes périrent dans la déroute (20 mars 
1591). Ce malheur ne déconcerla point Chamberet, il résista 
avec autant de courage, répara ses brèches et soutint trois 
assauts ; les ligueurs fatigués d'une telle défense se retirèrent; 
il y avait onze jours qu'ils attaquaient la place. 

Entre temps, le château d'Excideuil fut pris par les catho- 
liques sur le comte Des Cars par la trahison d'un domestique 
italien et au moyen de fausses clefs. 

Le comte Des Cars résidait à Excideuil en ce moment ; quel- 
ques gentilshommes du pays profitèrentde cette trahison pour 
s'emparer de ses meubles, de sa vaisselle d'argent,de ses che- 
vaux, titres et obligations et de sa propre personne qu'ils gar- 
dèrent en prison sous le prétexte qu'il suivait le parti 
contraire. Le comte Des Cars trouva le moyen d'adresser une 
plainte au Parlement de Bordeaux, demanda la restitution de 



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— 167 — 

ses biens, réclama sa liberté,disantque jamais ii n'avait donné 
prise à critique, qu'il avait au contraire assure' la retraite des 
catholiques chassés de Limoges et de Saint- Yrieix, les avait 
recueillis et assuré leur existence. 

Le Parlement ordonna la restitution de ses biens, sa mise 
en liberté sur sa foi et parole, déclara que la prise d'Excideuil 
avait été mal faite et décida qu'une enquête contradictoire fût 
faite sur la validité ou la nullité de cette prise (1). 

Le 7 mars, un chanoine de la maison de Pelvezi, Jean Vigier 
et Pierre Vineilhet dit Grand, s'étant entendus avec M. de 
Montpezat, se saisirent de la Tour de Johandy-de-Ba et tirent 
au moyen d'échelles entreries ligueurs dans la ville deSarlat; 
M. de Montpezat ne permit pas le pillage ni qu'aucun domma- 
ge fût fait aux habitants ; il n'en fit sortir que quelques-uns, 
parmi lesquels Antoine du Faure, lieutenant particulier de la 
sénéchaussée, son frère, Lauzière, Grand et Roger. 

M rS de Rastignac, maîtres, comme nous l'avons vu, de Fir- 
beix et de Courbefy, voulurent venger la mort de leur frère 
La Gousse, qui avait été décapité à Limoges ; ils marchèrent 
sur cette ville et firent des prisonniers dans le faubourg des 
Arènes et sur laplace Saint- Gérald; Chamberet profita de leur 
absence pour envoyer La Forêt faire une tentative sur Cour- 
befy ; il le suivit de près, mais à son arrivée La Forêt avait 
déjà attaqué le fort et s'en était emparé. 

Dès le mois de juin 1591, M r de Montpezat s'en alla vers Domme 
pour empêcher la prise du château par M rs de Matignon, le sénéchal 
d'Aubeterre, de Messillac, de Thémines, de La Force, Vivans et autres 
seigneurs hérétiques et politiques (2) apuyant le parti contraire, 
ayant une forte et puissante armée à laquelle M. de Montpezat ne put 
résister étant faible, et toutefois malgré ses ennemis il passa la Dordo- 
gne, empêcha la prise de Castillonnès et de plusieurs petites villes du 
Quercy. 

En la maison de ville y a grand nombre de balles tant de la grosse 
pièce que des autres avec trois milliers et trois cents de poudre dans. 



(1) Archives de la Dordogne. — Registres du greffe do la sénéchaussée 
de Périgueux, année 4591, série B. 

(2) Il ne faut pas oublier que Périgueux tenait pour la Ligue. 



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— 168 — 

les barils laquelle a été achetée à vingt huit écus un tiers lo quintal 
de l'argent emprunté des habitants dont il y a obligation au nom du 
syndic de la ville. 

La ville fit construire un beau corps de garde sur la muraille de la 
Porte Neuve, lequel était fort nécessaire parce qu'il découvre le 
grand chemin de l'Arsault, commande dans le boulevard, regarde sur 
la rivière et vers ledit corp9 de garde tout le pied de la muraille et 
des jardins, il a été bâti une échelle de pierre en arceau tout auprès 
dudit corps de garde pour monter sur les murailles de la ville qui 
étoit très nécessaire. Il y a contrat de transaction entre Jean Chancel 
s r du Mayne (1) . 

Pendant que le roy Henri IV retenait encore le sieur de Vivans 
près de luy (2), à la retraite du prince de Parme, Sa Majesté trouva 
bon qu'il envoyast le sieur Doyssac son fils, avec une partie de 
sa compagnie pour se jeter dans Dôme et la défendre ; attendant sa 
venue, il ne se passoit guères aucuns jours qu'il ne se dressast deux 
ou trois escarmouches entre les deux garnisons et divers combats à 
la campagne, les uns ne poulvant guères sortir sans faire rencontre 
des aultres, mais lors à cause de la cavalerie que ledit sieur de Doyssac 
avoit menée et ralliée dans la ville, ceux du chasteau furent plus rete- 
nus ; et deux ou trois rencontres désavantageux pour eux les y 
obligea. 

Le sieur de Vivans arrive et porte commandement à M. le mareschal 
do Matignon, lors lieutenant du roy en Guyenne, de s'acheminer à 
Dôme pour reprendre le chasteau. Il l'alla donc trouver à Bourdeaux, 
après avoir préparé et disposé toutes choses et mesme ses amys de 
deçà, le presse et tourmente de telles façons qu'il luy faict résoudre le 
voyage avec six canons et deux coulevrines ; mais comme il différoit 
son partement de jour en jour, il luy fist, par importunité, mettre son 
artillerie dans des vaisseaux, en prend la conduite par une marée ; 
mais l'ayant là, il pour veut avec telle diligence pour la faire advancer 
que mondict sieur le mareschal n'en eût plus nouvelles qu'elle ne fust 
à Bragerac où il la rendit en asseurance avec la compagnie, et contrai- 
gnit ledict sieur mareschal de s'y acheminer plus vitte que son humeur, 
autrement fort lente,ne requéroit. Audit Bragerac le joignirent M r8 d*Au- 
beterre et de La Force avec toutes les autres troupes de Périgord, d'une 
et d'autre religion, d'où s'acheminantaudict Dôme il nettoya son chemin 
des bicoques tenues par les ligueurs, et deslivra les prisonniers qui 



(1) Archives communales, Livre Noir, série FF. 174, f° 360. 

(2) Extrait des Mémoires do Vivans, 



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— 169 — 

estaient détenus dans Limeuil, sept ou huit ans devant, en nombre de 
plus de cent ; arriva à Dôme pour recognoistre la place et le lieu de 
la batterie; et pendant que ledict sieur de Vivans faisoit travailler aux 
plate-formes, embrasures, cavaliers, approches, il s'en alla promener 
enQuercy où il prit quelques petits forts avec un canon etunecoule- 
vrine; puis estant revenu è Dôme et treuvé toutes choses bien 
disposées, commença sa batterie et quoique l'espesseur des murailles 
et la haulteur du rocher empeschassent de faire brèche, si est-ce 
qu'estant incommodés de vivres le sieur de Giverzac demanda à capi- 
tuler et se rendit vie et bagues sauves, conduict à Sarlat avec ses 
hommes et la place remise par ledict sieur mareschal au sieur de 
Vivans, par commandement de S. M. Nous croyons devoir donner 
quelques autres détails se rattachant à cette expédition ; ce sont des 
lettres de M' de La Force à sa femme (1) . 

DeSciourac, 3 juin 1591 (2). — Je n'ay eu nul moïen de vous es- 
crire et je nallay point plus avant que Trémolatouje trou vay nouvelles 
asseurées de la prise de Plazac, comme vous avez pu savoir, et, 
continuant nostre dessein je me suis acheminé avec tout nostre 
équipage en ce lieudeSiôurac. 

M" de Gampagnac, de St- Julien, de Badefol et de Beynac, sommes 
tous ensemble et partons ce matin pour nous rendre à Saint-Gernin 
qui n'est qu'à demi-lieue de Villefranche ; ils sont à ce qu'ils asseurent 
tous quatre cents soldats dedans et trente hommes d'armes, et ont 
toujours faict les asseurés jusques à présent qu'ils m'ont envoyé 
parler de composition et approchent fort de la raison ; je crois que 
nous serons résolus danct ce qu'ils veulent faire, car nous sommes 
bien près les uns des autres ; M r de St-Germain de Boissières est le 
négociateur. Je vous advertiray à toutes occasions ; nous sommes 
fort belle troupe ensemble et plus de gens de pied que je ne pen- 
so i s. 

De Salviac (3), morcredi 11 juillet. — Je veux vous faire part de 
nos nouvelles et de ce qui s'est passé depuis mes dernières qui a esté 
la prise d'un fort près de ce lieu de Salviac (la Tour de Lentis) où 
M r de Boisse a esté un, peu blessé et encore que ce ne soit pas beau- 
coup. M r le Mareschal n'est pas content de Testât où il a trouvé les 
choses ; Ton luy promettoit qu'on avoit pourveu à tout, mais il y aura 



(1) Mémoires de La Force publiés par M. de Lagrange. 

(2) Siorac, commune du canton de Belvès. 

(3) Salviac, chef-lieu de canton, arrondissement de Gourdon. 



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- 170 - 

de la longueur ; je pense y aller demain (à Domme). Force gen- 
tilshommes me sont venus trouver ; j'ai plus de soixante-dix maistres 
ot déjà cent arquebusiers que je prendrois bien plus de plaisir à 
occuper ailleurs. 

De Salviac, 21 juillet. — Tout ce que je puis ajoutera celle-ci, est 
que les ennemis, d'autant que je suis fort éloigné de Domme et que la 
plupart de nos forces étoient de delà la rivière après M. de Pompadour, 
m'ont fort menacé de me venir attaquer en ce lieu avec trois canons 
et une bâtarde qu'ils mènent, ce qui m'a faict résoudre à ne bouger 
d'ici et les y attendre. Voici le troisiesme jour qu'ils m'ont approché 
et sont logés avec tout ça à une lieue d'ici, mais ils n'ont osé me venir 
voir ; sans doute, je ne pouvois être secouru de quatre jours, aussi 
ne m'en souciois-je pas beaucoup et je vous réponds que je désirois 
fort qu'ils y vinssent et m'asseure qu'ils n'y eussent pas faict leurs 
affaires, ayant toujours le régiment avec moi. J'estime qu'ilspensoient 
m'en renvoyer d'effroi, car ils ont escrit à plusieurs de leurs amis par 
dessous-main qu'ils quittassent d'ici, car sans doute, tout ce qui y 
estoit estoit perdu. M. le Mareschal m'escrivit au soir qu'il vouloit 
commencer la batterie à ce matin et que je m'y rendisse avec tout ce 
que j'ai de gens de cheval et de pied ; mais je lui ai mandé que si 
j'abandonnois ce logis, les ennemis s'en saisiroient; j'attends sa 
réponse. 

P. S. Présentement je viens de recevoir une lettre de M. le Mares- 
chal qui me mande d'aller seul jusque là, d'autant que les principaux 
du chasteau sont sortis pour capituler et qu'il n'a rien voulu résoudre 
sans mon avis; ils ont offert de rendre la place, si mardi ils ne sont 
secourus. 

A la date du 31 juillet la garnison de Domme avait capitulé 
dans les conditions que nous avons rapportées. 

Le bourg de Salles, près Belvès, avait été fortifié par quel- 
ques ligueurs qui de là infestaient le pays, M. de La Force les 
en expulsa, mais il lui fallut trois jours, au bout desquels ils* 
se rendirent à discrétion ; dix-neuf furent pendus et treize 
tués pendant qu'ils cherchaient à fuir; le lieutenant de La 
Force, un d'Abzac de Montastruc y fut tué. 

Le 30 octobre, le château de Sermet (1) pendaut que la 



(1) Sermet, château, commune de Loubejac, canton de Villefi*anche-du-Péri- 
gord . 



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— 171 - 

garde était sortie au soleil, fut repris au profit des protestants 
par onze prisonniers qui trouvèrent le moyen de forcer la 
porte de la pièce où ils étaient retenus, d'entrer dans la cui- 
sine, de prendre des armes, de se saisir du château et de 
lever le pont-levis. 

Lorsque le Parlement de Bordeaux apprit que Sarlat s'était 
déclarée ligueuse (1), il rendit un arrêt par lequel le siège de 
la sénéchaussée serait transféré à Bel vès; il y fut maintenu 
jusqu'en 1594 où nous verrons que Sarlat fit sa soumission à 
Henri IV. 

Le maréchal remet Ville franche sous l'obéissance du roi, y 
fait rentrer tous les habitants qui s'étaient réfugiés dans les 
environs et leur fait jurer de vivre tous en bonne intelligence; 
de là il passa sur les frontières du Quercy, soumit Pestillac, 
Moncabrier, Puy-rEvêqueetCastillonnès,se rendit à Bergerac 
et de là rentra à Bordeaux. Le vicomte d'Aubeterre, sénéchal 
du Périgord, avait abandonné le parti de la Ligue pour le 
service du roi, c'est ce qui explique sa présence auprès du 
duc de La Force au siège de Domme et de Castillonnès. 

Les troupes du roi eurent de grands avantages en Quercy ; 
les ligueurs avaient à leur tête Villars (2) et Montpezat, avec 
quatre pièces de canon ; ils avaient le projet d'attaquer Saint- 
Céré (3) en traversant la vicomte de Turenne ; dès que Pons 
de Lauzières-Thémines, gouverneur de Gahors, en fut averti, 
il écrivit à tous les gouverneurs voisins de venir l'aider à 
repousser l'ennemi commun. Ventadour, gouverneur du 
Limousin, arriva le premier à Garennac, après avoir passé la 
Dordogne au port de Salles, le 18 novembre 1591 ; il avait avec 
lui Henri de Noailles (4), Montmége, du Saillant, de Ferrières* 
Sauvebœuf, Chavagnac. Thémines le rejoignit le lendemain 
avec Ladevèze, Gourdon, Beynac, Tristan de Monneins et 
Vivans ; La Boissière, gouverneur de Turenne, arriva bientôt, 
ainsi que des renforts venus de l'Auvergne avec Raymond 



(1) Chanoine Tarde, p. 316. 

(2) Villars, Honorât de Savoie, (M« de), comte de Tende et de Sommerivc. 

(3) St-Céré, Lot. 

(4) Noailles sg*" d'Ayen, etc., en Bas-Limousin. — Ayen, Corrèço, 



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- 172 - 

Chapt de Rastignac, s r de Messillac, Bouchard d'Aubeterre et 
Caumont La Force ; après quelques combats qui livrèrent à Par- 
mée royale le fort de Thégra (1), la ville et Tabbaye de Caren- 
nac, elle vint camper non loin de Rocamadour près de l'ab- 
baye de Frioux. Le 26 novembre, un combat décisif se livra ; 
les ligueurs furent battus, perdirent plus de cinq cents hom- 
mes, leurs bagages et leurs munitions de guerre ; on leur fit 
plusieurs prisonniers de guerre parmi lesquels étaient l'abbé 
de St-Cybard,La Brangelie.La Forêt et autres. Ce combat eut 
lieu au-dessous du bourg de Calés (2) sur les bords de la 
Dordogne, à la Combe des Dames. Quelque temps après ou 
plutôt pendant ces événements, le vicomte de Turenne épou- 
sait à Sedan Charlotte de La Mark, héritière de cette princi- 
pauté ; le roi travailla beaucoup à cette union ; il y voyait deux 
avantages ; le vicomte étant un homme de guerre de grande 
valeur et de grande habileté, il donnait à cette partie des 
frontières un fidèle et énergique défenseur ; en second lieu, il 
Téloignait des terres considérables qu'il possédait en Auver- 
gne, Rouergue, Quercy et Périgord ; il mettait ainsi ces 
pays loin de la grande influence qu'il y avait eue jusque-là. 

Le 9 octobre 1591, fut fondé le collège des Jésuites, à Péri- 
gueux. Nous reproduisons, à cause des noms, l'en-tête de 
l'acte passé entre MM. Denis de La Porte, conseiller du roi et 
juge criminel de la sénéchaussée de Périgord, maire de ladite 
ville ; Nicolas Alexandre, avocat au Parlement de Bordeaux, 
premier consul; Jean Tourtel; M e Antoine Charon, procureur 
au siège présidial de la ville; Odouard Girard, Guy de 
Valbousquet, sieur de l'Age ; Berthoumieux Chatard, bour- 
geois et consuls de la ville, et Jehan, premier consul de la 
Cité,et M a Pierre Broliodie, greffier en l'Élection de Périgord, 
au nom et comme procureur syndic de ladite ville et audit 
nom d'une part, et M e8 Louis Richeomme, père provincial de 
la compagnie et société de Jésus en la grande Guyenne et 
Languedoc, et François Debort, père recteur de ladite compa- 
gnie au collège de la présente ville, faisant pour et au nom 



(1) Thégra, commune du canton de Gramat (Lot). 

(2) Gales, commune du canton de Payrac (Lot). 



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— 173 — 

de ladite société, habitant audit collège, d'autre' part...., etc. 
Suit l'acte, signé Labroue, notaire royal. 

Les petites places du Puy Saint-Astier, de Pdyferrat, 
de Crognac (1) et quelques autres furent prises sur les pro- 
testants. 

Dans les derniers mois de cette année, le plus grand 
désordre régnait dans Paris, causé par les tiraillements des 
partis ; les Espagnols, qui y tenaient une nombreuse garnison 
depuis que le roi en avait levé le siège , avaient pris une 
grande influence; les Seize, de turbulents devenaient fana- 
tiques ; quelques-uns , dit-on , se laissèrent acheter par 
Philippe II, qui espérait être nommé roi. Mais Mayenne, qui 
soutenait le Parlement contre les Seize et les Espagnols, 
résolut de faire tout son possible pour ruiner leur autorité. 
Nous ne pouvons entrer dans le détail de ces émeutes, de 
ces pourparlers, de ces divisions; il n'y avait plus de justice ; 
rien n'est intéressant à lire comme ces détails dans les 
historiens du temps ; maîtres de signatures extorquées, les 
Seize tout puissants arrêtèrent le président Brisson, Claude 
Larcher, conseiller au Parlement, et Jean Tardif, conseiller 
au Ghâtelet, tous odieux aux factieux pour avoir rompu 
plusieurs de leurs mesures et comme partisans de la paix ; 
ils les conduisirent au Châtelet, où ils les pendirent tous les 
trois dans leur prison ; épouvantés de leur crime, ils écri • 
virent au roi d'Espagne pour se mettre sous sa protection et 
ils voulaient s'assurer des personnes des duchesses de 
Nemours et de Montpensier, mère et sœur de Mayenne, pour 
leur servir d'otages contre lui. 

Mayenne était à Soissons , attendant l'arrivée du duc de. 
Parme, quand dés lettres pressantes des duchesses et de ses 
partisans lui annoncèrent ces désordres. Il prend aussitôt 
trois cents chevaux et quinze cents hommes de pied et 
marche sur Paris ; Bussi Le Clerc , un des plus fougueux 
partisans des Seize, qui avait été nommé par eux gouver- 
neur de Ja Bastille, sommé de se rendre, demande à réfléchir; 



(1) Ces trois châteaux sont près de Saint-Astier. 



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— 174 - 

mais Mayenne ayant fait venir du canon de l'arsenal* Bussi 
se rendit à la condition qu'on ne le rechercherait pas pour 
le meurtre des conseillers. 

Mayenne, dans la nuit du 3 au 4 décembre, après s'être 
assuré des postes les plus importants, fit saisir dans leurs lits 
Souchard, Auroux, Emmonot, Ameline, et les fit pendre 
incontinent dans une salle basse du Louvre et attacher 
ensuite à des gibets pour que tout le monde pût les voir. 
L'ordre étant rétabli par ces mesures énergiques, et la faction 
des Seize désorganisée, Mayenne alla rejoindre ses troupes, 
que rejoignit bientôt le duc de Parme. 

Pendant ce temps, le roi pressait vivement le siège de 
Rouen, vigoureusement défendu par Villars. 

Le 26 février 1592, s'étant absenté pour reconnaître les 
troupes espagnoles, il leur livra un combat, près d'Aumale, 
où il reçut un coup de pistolet; les assiégés firent une sortie, 
repoussèrent les troupes royales, brûlèrent une partie de 
leurs tentes, mirent le feu aux poudres et s'emparèrent do 
cinq pièces de canon. 

Biron ne réussit h les repousser qu'au prix de grandes 
pertes et lui-même fut blessé d'une arquebusade à la cuisse. 
Le roi était perdu si les ducs de Mayenne et de Parme 
Pavaient attaqué, mais ils ne s'entendirent pas ; le roi en 
profita pour resserrer les attaques et la ville se trouva réduite 
à la dernière extrémité. Les ligueurs firent une diversion sur 
Gaudebec, à cause des grandes provisions de blé qui y étaient 
renfermées; ils s'en emparèrent facilement; le roi accourut 
bien vite et leur coupa les vivres. D'une autre part, les 
deux ducs étaient malades, leurs troupes manquaient de tout, 
un combat eût tout perdu. Mayenne et le duc de Parme 
décampèrent pendant une nuit ; le premier put se jeter dans 
Rouen, le second gagna la Brie sans que le roi pût le rejoin- 
dre. Le siège de Rouen fut levé, Henri IV jugeant que main- 
tenant il ne le prendrait point, et il se mit à la poursuite du 
duc de Parme pour l'empêcher de s'emparer de quelque ville 
sur son passage. 

Geoffroy deVivans, voyant que le Quercy était remis sous 
l'autorité du roi par M. de Thémines, que la vicomte de 



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— 175 — 

Turenne et que les terres et châteaux de Montfort, Salignaç, 
Beynac, Gastelnau, Doissac, Berbiguières, entourant la ville 
de Domme, étaient aussi devenues royalistes, jugea que les 
troupes n'y pourraient plus vivre, n'a\ant plus de prétexte 
de courir le pays pour leur entretien ; que cette place était 
difficile à garder, vaste, pauvre et peuplée presqu'entière- 
ment de catholiques ; qu'enfin il était mal aisé à un homme 
de sa religion de la conserver ; il s'en démit, sous le bon 
plaisir du roi en faveur de Pons de Lauzières-Thémines 
moyennant 40.000 livres. — C'était cher et si Domme avait 
bu ùne.certaine importance au point de vue militaire, ce fut 
un pays toujours pauvre, si pauvre qu'à un moment donné 
les habitants voulurent émigrer, n'y pouvant pas vivre. — 
La vente fut faite le 10 février 1592, par-devant M e Viala, 
notaire royal à Villeneuve, 

Lors, dit le chanoine Tarde (1), on trouva que les calvinistes n'es- 
toient pas bons prophètes, en ce que peu de temps auparavant et peu 
de jours après que le capitaine Vivant eut pris la ville, ils mirent en 
grosses lettres sur la Porte des Tours ces deux vers : 

Plustôt le Pape quittera Rome 
Que de Vivant ne quitte Dôme. 

La Ligue devenait de plus en plus faible en Guienne ; la 
guerre se bornait à des courses et à la prise de petites places 
qui restaient encore à réduire; ce résultat était dû à Fhabi- 
1 été et à la prudence de Matignon; une de ces places, lo 
château de Villandraut, bâtie, au commencement du xiv e siè- 
cle, par Bertrand de Goth, pape de 1305 à 1314, sous le nom 
de Clément Y, était tombé au pouvoir des ligueurs ; le maré- 
chal de Matignon la prit après une vigoureuse résistance qui 
lui coûta une grande quantité de braves, parmi lesquels se 
trouva Geoffroy de Vivans, qui s'était illustré, comme nous 
l'avons vu, par son courage et la hardiesse de ses entrepri- 
ses. 

Le mardi 31 mars, le baron de Beynac tenta de s'emparer 



(1) Chanoine Tarde, p. 319 



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— 476 - 

de Sarlat, de concert avec quelques habitants ; mais son 
entreprise échoua, M. de La Forêt et les consuls de la ville 
ayant été prévenus de ce projet; le même baron de Beynac 
lit sauter pendant la nuit la porte du château deBelcayre qui 
appartenait à Antoine de Reilhac; il le fit prisonnier et le 
mena à Beynac. Le sieur de Pelvezy et ses frères, fils de Jean 
de Reilhac, essayèrent de prendre le château de Campagnac 
lès Sarlat et de faire prisonnier le propriétaire Jean de Roux ; 
mais ce dernier fut tué en se défendant, etsa maison fut pillée. 
Pendant l'été de cette année M. de Beynac (1) mit une garni- 
son au château de Gommarque, à Tamniès et au village de la 
Boine, qui fatiguait beaucoup les habitants de Sarlat. Les 
Sarladais appelèrent à leur secours M. de Beauregard, Fou- 
caud d'Aubusson, qui était à Périgueux ; il vint, en effet, 
assiégea et prit Belcayre et s'empara le 23 septembre du fort 
de la Boine ; tous ceux qui y furent pris furent pendus aux 
arbres les plus proches. 

En juin 1592, après plusieurs remontrances des habitants 
de Bergerac rappelant les édits de 1582 et de 1588, le siège 
présidial fut rétabli à Bergerac, composé d'un lieutenant- 
général, de sept conseillers, d'un greffier et autres offi- 
ciers. 

A une date que nous ignorons, le château des Bories fut pris 
par les catholiques ; son possesseur Jean de Saint Astier 
avait embrassé le calvinisme en 1586. 

Nous plaçons à la fin des faits qui se passèrent en Périgord 
un événement qui aurait dû être consigné à sa date, mais il 
eût fallu pour cela rompre le cours de notre récit. Le 17 sep- 
tembre, mourut au château de Montaigne, d'une esquinan- 
cie, Michel Eyquem de Montaigne, l'immortel auteur des 
Essais, conseiller au Parlement de Bordeaux et qui fut maire 
de cette ville. 

La même année, la mairie fut rétablie à Bergerac (2) par 
Bernard du Barail, seigneur de la Roque. 



(1) Chanoine Tarde, p. 319 et suiv. 

(2) Jurades de Bergerac, 1592. 



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— 177 — 

1593. — La France était toujours livrée aux entreprises et 
aux compétitions des partis, et ce qui était pis encore à 
celles des étrangers. Depuis que Mayenne avait châtié les 
Seize, Paris était entièrement au pouvoir de la Ligue ; le roi 
n'avait qu'une faible autorité dans les provinces ; les protes- 
tants étaient plus turbulents que nombreux. Le Pape et le 
roi d'Espagne pressaient le duc de Mayenne de convoquer 
les Etats-généraux pour faire élire un roi catholique ; ils 
s'assemblèrent à Paris au mois de février ; mais toutes les 
provinces n'envoyèrent pas de députés, comme l'Auvergne, le 
Languedoc et leDauphiné; la Guienne n'en envoya que deux. 

Malgré cette incomplète représentation des provinces, les 
États menaçaient d'élire un roi autre que le roi légitime et 
que la loi fondamentale du royaume reconnaissait comme 
tel, Henri de Navarre ; il s'en fallut de peu que la loi Sali- 
que ne fût abrogée en faveur de Philippe II, roi d'Espagne, 
ou de quelque autre prince étranger choisi par le pape et 
lui. Henri IV se trouvait en ce moment dans une position 
critique ; Noyon venait d'être pris par Mayenne ; le siège de 
Celles fut abandonné par le baron de Biron, sur Tordre du 
roi ; toutes les troupes lui faisaient besoin pour couvrir la 
Picardie menacée. Ces revers, arrivés coup sur coup, refroi- 
dissaient ses amis tandis qu'ils excitaient au contraire les 
ligueurs. 

Pour sortir d'embarras, le roi n'avait que deux moyens : 
ou rester protestant et tout attendre du temps, de son bon 
droit, de sa patience et de son courage ; Faulre, le plus poli- 
tique et le meilleur était d'embrasser la religion catholique. 
Sans doute ce second parti pouvait le mettre en suspicion 
vis-à-vis de ses coreligionnaires ; mais aussi, outre les par- 
tisans qu'il avait déjà parmi les catholiques, il en acquerrait 
bien d'autres par son abjuration, car ces derniers formaient 
la grande majorité de la population française ; d'ailleurs, 
les gentilshommes qui le suivaient ne voyaient pas d'issue à 
cette longue guerre où ils prodiguaient leurs biens et leur 
sang en faveur d'un prince qui, s'il demeurait hérétique, ne 
pourrait jamais les récompenser de leurs fatigues et de leur 
dévouement. 

12 



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- 178 — 

Mayenne, mécontent du parti espagnol et de ses préten- 
tions exagérées, plus mécontent peut-être encore du peu de 
cas qu'on semblait faire de lui, crut que ce qu'il y avait de 
mieux serait de rapprocher les deux partis ; le roi accepta 
cette idée. Suresnes fut choisi pour le lieu des conférences ; 
le roi, pour presser et faciliter la conclusion de la paix, con- 
sentit à se faire instruire dans la religion catholique. Au bout 
de peu de temps, il arriva de Mantes à St-Denis, le 22 juillet 
1593, et fit son abjuration solennelle trois jours après, eutre 
les mains de l'archevêque de Bourges, Renaud de Beaume de 
Semblançay ; le peuple se porta en foule sur le passage du roi 
à sa sortie de l'église ; il ne cachait pas sa joie d'avoir enfin 
à qui obéir sans troubles de conscience et surtout d'avoir la 
paix. 

La rage des ligueurs fut au comble, et à Paris ils don- 
nèrent un spectacle scandaleux ; Jean Boucher, curé de 
Saint-Benoît, prononça pendant neuf jours des sermons 
remplis d'injures et d'invectives contre le roi pour prouver 
que son abjuration n'était que feinte et hypocrite et que 
l'absolution qu'on lui avait donnée était l'œuvre d'une cabale 
infernale. 

Aussitôt après l'abjuration, une trêve de trois mois fut 
conclue entre le roi et les ligueurs. Les deux partis étaient 
presqu'aussi imposés l'un que l'autre; le roi écrivit de 
Saint-Denis au Parlement, aux gouverneurs et commandants 
des provinces pour leur faire part de sa conversion et de la 
trêve générale. Il nomma ambassadeurs à Rome le duc de 
Nevers, Claude d'Angennes, évêque du Mans, et Séguier, 
doyen de l'Église de Paris. 

La trêve ne fut pas régulièrement observée partout ; car 
nous trouvons quelque temps après la prise de Celles en 
Berry par Desbois, lieutenant de La Châtre ; Matignon assié- 
geait Blaye. 

Ces faits généraux nous ont fait anticiper sur ce qui se 
passait en Périgord. Dans les premiers mois de l'année, Des- 
prés-Montpezat ayant réuni des troupes en Quercy et en 
Agenais, était entré dans cette province ; il avait l'intention - 
de se réunir à M. de Brissac, gouverneur du Poitou, pour 



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- 179 — 

porter secours à Blaye ; mais le vicomte d'Âubeterre avec 
MM. de Thémines et de Salignac, les habitants de Ste-Foy, 
Bergerac, Gastillon etceux do la vicomte de Turenne, se pré- 
parèrent à l'aller chercher entre la Vézôre et la Dordogne ; il 
avait deux pièces de campagne et trois régiments d'infan- 
terie commandés par Rignac, Mézières et Sencenac ; la 
noblesse des environs, qui était du parti du roi, se joignit à 
la cavalerie du vicomte ; la compagnie de Jacques de Nompar 
de Gaumont La Force, commandée par d'Escodéca de Boisse 
et celle du baron de Beynac vinrent aussi grossir ses troupes. 
Le vicomte d'Aubeterre, informé que l'ennemi était campé 
devant Fontenilles, près de Villefranche-de-Périgord (1), prit 
les devants avec Pons de Lauzières-Thémines ; mais sa dili- 
gence ne lui fut d'aucune utilité ; il trouva la place rendue 
et apprit que l'ennemi se retirait vers Goujonnacen Quercy ; 
il reprit cependant Fontenilles abandonnée parMontpezat et 
mena ses troupes au-dessous de Belvès. On lui avait dit que 
la dissension régnait dans cette ville, ce qui l'avait engagé 
à s'en approcher; mais ayant appris que l'ennemi marchait à 
grandes journées sur Carennac pour s'en emparer dans la 
vue d'avoir, sous le canon de la place, une plus grande faci- 
lité pour passer la Dordogne (2), il aima mieux le prévenir 
que de tenter une entreprise sur Belvès ; il ordonna à Thé- 
mines d'aller passer la rivière à Domme afin de surprendre 
la noblesse ligueuse du Périgord et du Limousin qui s'avan- 
çait en hâte pour rejoindre Montpezat. Le vicomte fit passer 
la Dordogne à ses troupes, àSiorac, le 6 avril, feignant d'en 
vouloir à St-Quentin tout auprès de Sarlat ; il ne laissa devant 
cette place que le régiment de Mézières, et s'étant avancé 
au-delà de Salignac, il marcha vers Borrèze; de là, il manda à 
Thémines qui était à Salignac et au baron de Beynac qui con- 
duisait r artillerie de se replier de son côté; il rappela Mézières 
laissé devant St-Quentin et pressa sa marche sur Carennac ; 



(1) Villefranche fut abandonné par DurforULéobard qui y commandait pour 
Matignon, ne pouvant résister aux ligueurs ; ils avaient pris aussi Gastel- 
Franquet et.S'aint-Cernin de la Barde. 
• (2) Chanoine Tarde, p. 321 et suiv. 



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— 180 — 

il rangea ses troupes en bataille devant l'hôpital, du côté de 
Turenne.Ce fut là qu'il apprit que Montpezat avait fait passer 
la rivière à ses troupes et les avait logées à Vayrac et aux 
environs ; le vicomte ignorait encore si Montpezat passerait 
la Vézère à Montignac ou à Terrasson, c'est pourquoi il 
retarda un peu sa marche ; cette incertitude se dissipa bien- 
tôt à la vue d'une lettre interceptée de Montpezat à Beaure- 
gard et àRastignac ; Montpezat leur mandait que Lignérac (1) 
l'avait fait avertir d'éviter de passer par la vicomte de 
Turenue où il y avait du danger et d'aller à Limoges, que, 
suivant cet avis il avait dessein d'aller à Cournil, place qui 
avait deux châteaux peu éloignés de Gimel où il les priait de 
venir le trouver dans deux jours. Le vicomte de Turenne 
changea aussitôt de route pour suivre Montpezat et fit partir 
Bourzolles avec vingt arquebusiers comme éclaireurs, et bien- 
tôtaprès, Thémines avec cinquante cavaliers et au tant d'arque- 
busiers ; il commandait lui-même le corps de bataille avec 
Boisse, Bois-Jourdan et cent gentilshommes. 

Nous arrêtons là le récit de cette campagne si bien conduite 
par d'Aubeterre, parce que la suite ne se passe pas en Péri- 
gord ; on peut en voir le détail très intéressant dans les 
Constitutions dePérigueux (2); M. deMontpezat, jugeant sans 
doute sa présence plus utile ailleurs, abandonna ses troupes 
et se rendit à Obazine avec dix cavaliers. Après une vigou- 
reuse résistance, les deux forts de Cournil se rendirent à dis- 
crétion et le vainqueur renvoya sans condition les troupes de 
la garnison ; La Morelie, Lavergne et le$ autres chefs se reti- 
rèrent où bon leur sembla ; les royalistes prirent quatre cents 
chevaux, les bagages, les drapeaux et même la cassette de 
Montpezat où l'on trouva des papiers concernant son ambas- 
sade en Espagne pour le compte de la Ligue et touchant le 
secours qu'on devait envoyer pour faire lever le siège de 
Blaye. 

Après cet échec, M r de Montpezat vint se reposer à Péri- 
gueux avec les débris de ses troupes et de ses équipages (3) ; 

. (1) Lignérac, commune de Cressensac (Lot). 

(2) Chanoine Tarde, p. 323 et suiv. . 

(3) Constitutions de Perigueux. 



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— 181" — 

le maire, les consuls et les habitants armèrent à leurs frais 
deux cents soldats qui revenaient sans armes de la défaite de 
Cournil ; ils aidèrent M. de Montpezat à réunir des troupes, et 
bientôt la Ligue périgourdine eut une nouvelle armée ; plu- 
sieurs gentilshommes.qui avaient déjà suivi Montpezat ou qui 
en son absence avaient gardé la ville, MM. de Beaure- 
gard, de Montréal, de Labattut, de la Brangelie, dé la Jarlhe, 
de Razac, de La Forêt, ne l'abandonnèrent point, et MM. de 
Coutures et de Puyferrat vinrent le rejoindre. II allait mar- 
cher sur Blaye que M. de Lussan défendait et que pressait 
fort Matignon ; mais il en fut empêché par la nouvelle que 
d'Aubeterre et Thémines assiégeaient Garlux, qui tenait le 
parti de la Ligue et dont la garnison s'était fortifiée dans les 
ruines du château incendié par les Anglais quand ils quit- 
tèrent la Guienne, achevé dedémolir en 1481 par ordre du roi 
Louis XI ; l'archidiacre de La Tourette, Jean de Vassal, se 
renferma dans la place avec une compagnie d'arquebusiers, 
ainsi que le capilaine Pascal avec des soldats venus de Cor- 
nil ; le siège commença le 20 avril avec trois pièces de canon ; 
ils espéraient que Montpezat viendrait à leur secours, aussi ils 
se défendirent avec vigueur ; Jean de Vassal fut tué. Les habi- 
tants de Sarlat y envoyèrent un secours de soixante arquebu- 
siers conduits par M. de Reilhac,Chassaing et Salis, qui péné- 
trèrent dans la place après avoir forcé un corps de garde. 
M. de La Force vint au siège, fit changer les batteries, donna 
un assaut inutile ; alors il se contenta de bloquer la place, 
et se saisit de la fontaine qui l'alimentait ; enfin après trois 
semaines de siège, la garnison rendit le château' qui avait reçu 
460 coups de canon, à la condition de vie et bagues sauves 
et se retira à Sarlat sous la conduite de Thémines. 

Le vicomte d'Aubeterre, en se retirant vers Périgueux, prit 
sursonpassage Pelvezi, Saint Quentin et Sergeac qu'il fitmet- 
tre à bas ou démanteler. 

Pendant ce temps, le conseil de ville de Périgueux se réunit 
pour savoir si on traiterait de la paix ou si oh continuerait la 
guerre, cause de tant de maux ; il fut décidé qu'on irait au 
secours de Garlux et on nomma pour surveiller les vivres et 



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- 18-2 - 

les munitions, l'armement des hommes, M" de Jehan, premier 
consul, et de Montozon. 

M r de Montpezat avait l'intention de partir le 1 er mai pour 
Montignacet de là pour Garlux ; mais le conseil qu'il réunit 
fut d'avis de faire une diversion sur Thiviers, c'était moins 
loin et moins fatigant que Blaye (1) ou Carlux pour les trou- 
pes de la ville ; le maire les conduisit jusque sous les murs 
de Thiviers ; ou ne sait pourquoi il les fit retirer sur le champ 
et rentrer à Périgueux. M. de Montpezat voulut alors assiéger 
Lisle (2) espérant y attirer le vicomte d'Aubeterre ; mais ce des- 
sein ne put être exécuté, les gentilshommes qui étaient avec 
lui ne voulant pas combattre ceux du parti contraire; ce fui 
cette mésintelligence qui causa la perte de Carlux. 

Au même mois de mai, une flotte espagnole vint secourir 
Blaye contre Matignon, ravitailla la ville et battit les vais- 
seaux anglais et français que le maréchal y avait réunis. 

Le vicomte d'Aubeterre, de retour de Bordeaux, où il était 
allé pour les affaires de son parti (3), voulut s'emparer de la 
Cité de Périgueux qui, prévenue, se mit aussitôt en état de 
défense, ainsi que la ville elle-même ; on en fit sortir tous les 
gens sans aveu. Le 14 mai, une trêve fut signée entre les 
ligueurs et M. d'Aubeterre ; les députés nommés pour en 
arrêter les conventions devaient se réunir à Brantôme; les 
hostilités devaient cesser et les troupes de l'un et l'autre 
parti ne pouvaient pas approcher de Brantôme de plus de six 
lieues et ce, pendant onze jours. 

Montpezat étant le 20 mai à Terrasson, Chaignon, consul 
de Périgueux, l'y vint trouver (4) pour le prier d'avoir ces 
conférences pour agréables et de temporiser à l'égard de 
Sarlat sur lequel il avait des vues; M. de Montpezat le lui pro- 
mit, mais l'abbé de Brantôme avertit le maire, par l'entre- 
mise de Tévêque de Périgueux, François de Bourdeille, qu'il 
ne voulait pas que ces conférences eussent lieu à Brantôme. 



(1) Blaye (Gironde). 

(2) Lisle, commune du canton de Brantôme (Dordogne). 

(3) Constitutions de Périgueux. 

(4) Constitutions de Périgueux. 



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- 183 - 

Les députés de Périgueux et de Sarlat se réunirent à Pérk 
gueux, mais ceux du parti contraire ne voulurent pas s'y 
rendre. Voyant la mauvaise volonté des protestants (il est à 
remarquer que ceci est extrait des registres de l'hôtel de ville 
rédigés parles consuls partisans de la Ligue), et que leurs 
députés ne se présentaient poijît, et ne choisissaient aucun 
lieu pour délibérer et qu'ils couraient la campagne, pillant 
les bestiaux et les recolles ; apprenant qu'ils avaient détruit 
plusieurs maisons dans les environs de Ribérac, Montpezat 
se rapprocha de Tourtoirac et envoya à Périgueux Portezzo 
demander trois canons et des munitions pour deux cents 
coups. 

Le 22 juin, le syndic de la ville, Odoard Gérard, avisa le 
consulat que certaines propositions lui avaient été faites par 
le parti ennemi pour s'emparer de la ville ; M. de Montardit, 
d'Agonac, était à la tête de cette entreprise ; il reçut Tordre de 
feindre d'adhérer à ces projets; de ce moment, un procès- 
verbal journalier fut tenu à l'hôtel de ville, de ces agisse- 
ments. Ce procès-verbal s'arrête le 16 février 1594. 

Le 26 juin, le consul Ghaignon, accompagné de 120 habi- 
tants et de trois pièces d'artillerie, vint rejoindre Montpezat 
au lieu de Chouchier, village près d'Antonne ; Ghaignon ren- 
voya les gens de pied dans la ville et suivit Montpezat avec 
quinze cavaliers seulement ; cependant, on traitait de la trêve 
à Celles; mais, malgré ces conférences M r de Montpezat vint 
assiéger Lisle à la vue de d'Aubeterre; au bout de deux jours 
il reçut la place à composition. 

M. d'Aubeterre appela Masses, gouverneur d'Angoulême, 
qui vint avec deux canons et force gens de cheval, Chambe- 
ret, gouverneur du Limousin pour le parti du roi, La Vau- 
guyon, Beynac, le gouverneur de Saintonge, tous avec des 
troupes de pied et de cheval ; il fit venir deux canons de Bor- 
deaux et une pièce bâtarde qui lui appartenait pour assiéger 
et reprendre Lisle, où Montpezat avait laissé Puyferrat avec 
,des soldats du pays, et le capitaine Latour avec un régiment 
de Gascons. Le siège dura quinze jours ; on tira de part et 
d'autre cinq ou six cents coups de canon ; une brèche fut 
faite dans la muraille ; mais quand les assaillants se présen- 



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— 184 — 

tèrent à l'escalade, ils furent vivement repoussés. Le vicomte 
d'Aubeterre se mit à leur tête pour les ramener; mais il fut 
gravement blessé le 28 juillet, et il ordonna de lever le siège. 
Le lendemain Montpezat, avec le régiment du Bouzet et envi- 
ron 250 habitants de Périgueux conduits par Ghaignon et 
Spert, consuls, venant au secçurs de Lisle, rencontra au pont 
de Lisle les troupes de d'Aubeterre qu'il attaqua à l'instant; 
ces dernières se retirèrent laissant dix morts et nombre de 
blessés ; bientôt après, M. d'Aubeterre mourut de sa bles- 
sure ; il n'avait pas voulu signer la trêve de Celles. Henri de 
Bourdeille, fils d'André de Bourdeille, fut nommé sénéchal 
du Périgord, à la place de Bouchard d'Aubeterre; mais il ne 
fut véritablement reconnu par toute la province qu'après l'ab- 
juration d'Henri IV; il montra toujours le plus grand intérêt 
au Périgord. 

Deux jours après ce combat, rentrèrent à Périgueux les 
troupes de la ville avec le régiment du Bouzet, ramenant 
l'artillerie ainsi que les munitions prises sur les royalistes. 
Pendant quelque temps, Périgueux jouit de la tranquillité la 
plus profonde; mais la guerre devait bientôt la forcer à re- 
prendre les armes; pendant ces quelques instants de repos, 
M. de Montpezat fit lever sur les habitants, sous forme d'em- 
prunt, une somme de 2,000 écus. 

Voici une lettre d'Henri IV à M. de Bourdeille au sujet du 
château de Neuvic, qui, h ce qu'il paraît, avait été pris par 
les ligueurs ; mais nous ignorons la date et les détails de ce 
fait. Nous n'en avons trouvé trace que dans celte lettre ; elle 
est extraite des lettres de Henri IV, p. 340, publiées par Ber- 
ger de Xivrey, 

Monsieur de Bourdeille, je vous fais ce mot pour vous dire que 
vous teniez la main de tout votre pouvoir à ce que l'arrest que la 
dame de Neufvyc a obtenu en mon conseil contre le s» r de Lendave 
(Lenclave) soit exécuté et qu'il vuide le chasteau de Neufvyc et rende 
les fruicts qu'il y a prins et que vous ayez à garder ledict chasteau, 
comme il estoit auparavant que ledict Lenclave le prints, mettant 
dedans pour la conservation d'iceluy le capitaine La Vergne qui com- 
mandait avant à Grignaux ou tel autre que ladite dame de Neufvyc 
aura agréable sans qu'il soit permis audict Lenclave d'y rentrer ni.de 



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— 185 — 

jouyr d'aucune chose du revenu de ladicte terre. J'affectionne cette 
affaire d'autant que outre qu'elle est en soy très juste, les services que 
j'ay reçus du feu sieur de. Neufvyc méritent que jaye soin de sa veufve 
et de ses enfants ; faictes donc en ce que je vous commande que ma 
volonté soit entièrement suyvie, si bien que je ne vous en escrive 
davantaige. Ce que me promettant, je prieray Dieu, etc.. 
Ce XI e de IX me à Dieppe, signé Henri. 

Nous ne suivrons pas les négociations du duc de Nevers à 
Rome, cela ne rentre pas dans notre sujet ; nous ne nous 
occuperons pas non plus des révoltes ou des combats qui 
avaient lieu presque partout, malgré la trêve. Nous dirons 
seulement que déjà plusieurs personnages marquants avaient 
fait leur soumission au roi; quant au duc de Mayenne, il ne 
voulait s'accommoder avec lui, malgré les avantages qu'il lui 
offrait, que lorsque le pape lui aurait donné l'absolution. 

Le 4 décembre 1593, le maire et consuls reçurent de M. de Rour- 
deille une lettre aux fins de le reconnoître comme sénéchal et gouver- 
neur en Périgord ; il lui fut répondu qu'on ne pouvoit reconnoître le 
roi de Navarre en lui tenant son parti que ledit roi de Navarre ne fut 
approuvé par le Saint Père et par l'église catholique, apostolique, 
romaine, ensemble reconnu des Etats, oing, sacré, parce qu'autrement 
ne pourrions nous départir de ce que le feu roi Henri, dernier décédé, 
nous avoit fait jurer l'édit de l'union, toutefois que lorsque Dieu auroit 
fait la grâce aud. Henry, roi de Navarre, d'avoir fait profession de la 
religion catholique, apostolique et romaine, que nous serions autant 
ses obéissans, humbles et fidèles sujets, comme nous l'avons été des 
prédécesseurs rois de ce très chrétien royaume (1). 

Nous avons vu qu'après l'abjuration du roi une trêve avait 
été conclue entre lui et les ligueurs ; mais le Périgord ayant 
été oublié, la guerre y continua. Battus partout, les ligueurs 
demandèrent à conclure une trêve, et le 3 février 1594,1e 
maire (2) et les consuls s'étant entendus avec M r deBourdeille, 
ce dernier consentit à ce que les députés des deux partis s'as- 
semblassent à Saint-Crépin ; tous s'y rendirent, et, le 12 du 
même mois « fut close et.arrestée la tresve particullière du 



(1) Archives communales, Livre Noir, f° 377, série FF. 174. 

(2) Raymond Girard de Langlade. 



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— 188 — 

pays de Périgort » et il fut décidé entre autres choses « la 
cessation d'armes et toutes autres voyes d'hostilité pour deux 
ans. » 

M r de Bourdeille (1) agréa et ratifia la trêve, mais la publi- 
cation en fut différée de huit jours, nécessaires au s r de Mon- 
tancelx (2) pour la porter à Bordeaux afin de la faire ratifier et 
enregistrer par le Parlement. Tout le monde sait qu'Henri IV 
fit son entrée à Paris le 22 mars 1594, grâce k M. de Oossé- 
Brissac, gouverneur de Paris et à l'échevin Langlois, qui 
réussirent à tromper la vigilance des Espagnols et des Seize ; 
bientôt les provinces se soumirent au roi. Pour ce qui regarde 
le Périgord, il était presque tout entier royaliste, excepté 
Périgueux et Sarlat qui firent bientôt leur soumission. Voici 
l'extrait de quelques lettres du roi à M. de Bourdeille à ce 
sujet : 

M r de Bourdeille, j'ay eu desplaisir de voir en vostre lettre la trahi- 
son qui a esté faitte sur l'entreprise de Périgueux et encore plus, que 
c'ait esté aux despends de la vie de ceulx qui sen sont meslez, mesme 
de cette pauvre demoiselle qui a esté une inhumanité trop barbare. Je 
seray bien ayse si l'occasion s'en presante que vous puissiez en avoir la 
revanche ; si celle de Périgueux attend d'estre la dernière, elle se rendra 
bien indigne de la faveur et clémence que reçoivent les aultres et que 
vous pourrez dextrement leur faire entendre. Il faut aussy ad viser à la 
descharger des garnisons le plus qu'on pourra. 

Du 1 er avril 1594, de Paris. Henry. 

Nous ne savons à quoi se rapporte cette trahison dont parle 
le roi ; sans doute ses partisans avaient ourdi un complot pour 
lui rendre la ville et d'après cette lettre on voit qu'il échoua ; 
mais le 20 du même mois la ville était prête à faire sa sou- 
mission puisqu'à cette date le roi écrivait au sénéchal : 

M. de Bourdeille, j'ay esté bien ayse d'entendre par vostre der- 
nière du 9 de ce moys la bonne résolution qu'ont ceulx de mes villes 
de Périgueux et de Sarlat prise de me recognoistre et se donner à 
mon service dont j'attribue le principal honneur ausoing et à l'indus- 
trie que vous avez eu de les y amener. 



(1) Jean de Bourdeille, co-sei^neur de Montanceix. 

(2) Montanceix, château, commune de Monlrem, canlon de Saint- Aslier. 



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— 187 - 

Il ajoute qu'il recevra volontiers les députés de ces deux 
villes. 

Nous avons, en notre possession, une pièce intéressante 
qui a rapport à la soumission de Périgueux et de Sarlat ; c'est 
uue sorte de pétition ou plutôt de lettre collective adressée à 
Pierre de Fayard, seigneur des Combes (1) et de Ladosse, 
gentilhomme ordinaire de la Chambre du roi, pour le prier de 
demander des passeports pour les députés périgourdins qui 
devaient se présenter au roi pour la soumission de ces villes. 
Cette pièce est datée de Poitiers le 21 avril. La présence de 
ces députés à Poitiers s'explique très bien, comme ils le 
disent eux-mêmes, par le peu de sûreté que les routes 
offraient en ce moment, et c'est ce qui les y retenait. Nous 
transcrivons littéralement cette pièce : 

Nous soubsignés députés et scindic du pays du Périgort, villes et 
communautés de Périgueux, Sarlat, Villefïanche et aultres dudict 
pays, avons prié Monsieur des Combes de fere entendre a sa Maïesté le 
bon debvoir auquel ledict pays et habitans desdictes communaultés se 
sont mis de le recognoistre, luy obeyr et demeurer fidèles et très 
humbles subjects et serviteurs. La nomination quils ont faicte des- 
dicts députés pour aller fere la soubmission a sa Maïesté, leur ache- 
minement, loccasion de leur retardement provenant du danger des 
chemins parce quils nont aucung passe-port, et enfin le doubte qu'ils 
font de se présenter à sa Maïesté, sans premièrement sçavoir si elle 
laura agréable. Et par ce, ledict sieur des Combes la suppliera d'ac- 
corder auxdicts députés sauf-conduict et passe-port tant pour se pré- 
senter en court que y seiourner et sen retourner en toute seureté et 
quand bon leur semblera avec defances a tous indifféremment doffen- 
cer ne attaquer lesdicts députés ni aucung deux soit pour cause géné- 
rale ou soubs couleur d'interest particulier quel quil puysse estre. 

Et lèvera sil luy plaist deux passe-ports semblables quil fera tenir 
auxdicts députés par deux diverses voyes, affin quils sapprochent sil 
est jugé bon, sur quoy ils attendront advis. Cependant ledict sieur des 
Combes disposera sil luy plaist les affaires pour qu'on en puysse 
tirer une bonne resolution telles que tous désirent et selon quil 
scayt. 



(1; Les Combes, château, commune de Beaussac (Dordogne) , 



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- i88 - 

Faictà Poictiers ce jeudy vingt-et-uniesme avril, mil v* quatre 
vingt quatorze. m : 

, Martin, chantre de Périgueux, H. de Jehan, 

député du Clergé. premier consul de la ville 

de Périgueux. 

Chillaud, Jonjay. 

député. député. 

De Labrousse, 
Scindic des trois Estats du Périgord. 

• A la date du 11 mai, le roi écrit a M. de Bourdeille : « Le capitaine 
du chasteau de Montignac s'est aussi remis à mon service de sorte 
que voilà vostre province toute nostre. » 

Le 15 mai il lui mande qu'il laisse à Paris le sieur de Mon- 
tardit pour recevoir ces députés, étant obligé de partir pour 
la Picardie. 

Le 13 juin 1594, le roi, sur la demande de Bertrand de 
Fayard, seigneur des Combes et de Léguillac, octroya à ce 
dernier lieu deux foires par an : le jour de Saint-Gilles et le 
jour de la Circoncision de Notre Seigneur, et un marché le 
lundi de chaque semaine (1). 

La même année 1594, eut lieu la révolte des Croquants ou 
Tard-avisés (2), soulèvement de paysans qui menaçait de 
devenir terrible, si l'on n'eût de suite employé la force en 
même temps que la persuasion et la modération pour l'apai- 
ser ; le récit de cette insurrection est tiré en partie de la 
Chronologie novennaire de Palma-Cayet. 

Pendant que beaucoup de seigneurs et grandes villes de France 
avoient leurs députés à Paris, en la cour duroy pour faire leur accord, 
il advint un grand remuement vers le pays de Limosin, Périgord, 
Agénois, Quercy et pays circonvoisins, par un souslèvement général 
qui s'y fit d'un grand nombre de peuple, prenants pour prétexte qu'ils 
estoient trop chargés de tailles et pillés par la noblesse, principale- 
ment de quelques gentilshommes du party de l'Union qui se retiroient 



(1) Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, t. XIII, 
p. 406. 

(2) Voir notes, p. 394, des Chronique* de Jean Torde, qui complètent les 
documents que nous relatons, 



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— 189 — 

en leurs chasteaux, faisant de grandes pilleriessurle pauvre paysan. 
Au commencement on appela ce peuple muliné les Tard-advisés pour 
ce que l'on disoit quils s'advisoient trop tard de prendre les armes, 
vu que chascung n'aspiroit plus qu'à la paix et ce peuple appeloit la 
noblesse Crocquants, disant qu'ils ne demandoient qu'à crocquer le 
peuple, mais la noblosse tourna ce sobriquet de Grocquants sur ce 
peuple mutiné à qui le surnom de Grocquants demeura. 

Il est rapporté de diverses façons comment ces peuples sa souslevè- 
rent ; premièrement une multitude de peuple s'esleva dans le Limosin 
et faisoient un grand désordre, entr'autres ils arrachoient les vignes, 
brusloient les maisons et granges de ceulx qui ne se vouloient ranger 
avec eux, mais ayant quelque temps rodé ce pays là, le sieur de 
Chamberet, qui en estoit gouverneur pour le roy, assembla la noblesse, 
leur courut sus et les défit. Le bruit de ce souslèvement estant venu en 
Angoulmois, plusieurs communes s'eslevèrent aussy, mais le sieur du 
Masse, lieutenant pour le roy en ce pays là, en l'absence de M'd'Eper- 
non, assisté des gentilshommes du pays, les escarta tous et les fît 
retirer chascung chez soy. 

En Férigord, ce fut où le souslèvement fut plus fort, car ils s'uni- 
rent avec d'autres communautés do Gascogne et de Quercy qui se 
rassemblèrent plusieurs fois bien que le sieur de Bourdeille, gouver- 
neur pour le roy en Périgord les chargea et desfit en diverses fois 
quelques troupes. On tient pour vray que ce fut un tabellion ou 
notaire d'une petite bourgade, nommé La Ghagne (La Saigne ou La 
Sagne) qui estant un jour de loisir s'amusa à faire plusieurs billets 
en forme de mandement, contenant que les habitants du pays de Péri- 
gort eussent à se trouver avec armes à la forest d'Abzac (1) qui est 
deçà la rivière de Durdoigne, distante une lieue ou environ de la ville 
de Limeuil près d'ung lieu appelé Sainct-Dreau (2), au jour de Saint- 
Georges 23 e d'apvril, et de le faire sçavoir de paroisse en paroisse et 
proche en proche, mesme que ce dict notaire envoya plusieurs de ces 
billets en diverses paroisses et bourgades tellement que cela courut 
jusques aux villes et jurisdictions dudict pays qui sont au delà de là 
dicte rivière de Durdoigne. Tous les habitants de ce pays là, allarmés 
des ravages qui se faisoient en Limosin, délibérèrent pour éviter ces 
maux et envoyer seulement des députés pour voir ce qui se passeroit 
en cette convocation et d'assemblée en ladicte forêt d'Abzac, et s'es- 
tant bien rencontrés le vingt deuxiesme d'avril au nombre de six 



(1) Les bois de Ladouze ou la forêt de Vergt. 

(2) Cendrieux, canton de Vergt. 



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— 190 — 

vingts députés des dictes communautés de delà la Dordoigne, à la Linde 
qui est au deçà, ils partirent tous ensemble, ayant résolu d'approuver 
et conformer leur advis à tout ce que diroit et proposeroit le s r de 
Porquery, advocat de la cour et Parlement de Bourdeaux, l'un des 
députés de la ville de Montpaziêr, distant de Biron d'une petite lieue. 
Estant arrivés a ladicte forest d'Abzac, au lieu désigné, ils y trouvèrent 
sept ou huit mille hommes armés qui despées et d'arquebuses, qui 
d'hallebardes et perluisanes et qui de bastons ferrés, les uns à pied, 
les autres à cheval selon le moyen et commodité qu'ils avoient eu de 
s'armer et monter, entre tous lesquels il pouvoit y en avoir de deux 
à trois mil qui vindrent tous au devant d'eux avec grandtraict, criant : 
« Qui vive ! » Porquery et ceux qui estoient avec luy respondirent : 
« Vive le roy ! », puis s'approchèrent leur disant qu'ils venoient à 
l'assemblée suyvant les mandements qu'ils en avoient receus. Après 
avoir crié tous ensemble plusieurs foys : « Vive le roy 1 » un qui 
s'estoit trouvé des premiers en cette assemblée, nommé Papus dict 
Pauilhac, qui estoit procureur d'office de la ville de Dans (1) dont il 
avoit esté pourvu par Madame sœur du roy, commença de haranguer. 
Son discours fut principalement des plaintes contre ceux qui levoient 
les tailles et manioient les deniers du roy, contre quelques-uns de la 
noblesse, principalement contre ceulx qui tenoient encore le party de 
la Ligue. Sa conclusion fut qu'il falloit faire un scyndic des habitants 
du plat pays, tenir les champs pour le service du roy, contraindre ses 
ennemys de se mettre sous l'obéyssance de sa Majesté et de raser 
plusieurs maisons de gentilshommes qui ne faisoient autre chose que 
courir sur le bœuf et la vache de leurs voysins. Comme il achevoit ce 
discours, le feu sieur de Saint-Elvère (2), accompagné de huict cava- 
liers armés de toutes pièces, fut descouvert par quelques-uns de cette 
assemblée (car il estoit monté à cheval pour voir ce que deviendroit 
cest amas de peuple,) lesquels se désbandèrent tout aussitost en foule, 
criant tous : « Aux Grocquants I Aux Crocquants ! » et tirèrent sur 
luy cent ou six vingt arquebusades dont il fut contrainct de se retirer. 
A l'instant ledict Pauilliac commanda à un de sa troupe qu'il reco- 
gnoissoit et audict Porquery d'aller après le dict de Sainct Elvère luy 
dire, de par la compagnie, qu'il eut à enjoindre à ses subjects de se 
rendre en leur assemblée pour y resouldre avec eux ce qui seroitbon 
de faire. Porquery pensant que ce Pauilliac avoit esté esleu par ce 



(1) A Ans, il n'y avait pas de ville, mais il y avait une châtellenie qui fai- 
sait partie du patrimoine de la maison de Navarre. 

(2) Hugues de Lostanges, sieur de Ste-Alvère. 



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— m — 

peuple pour commander, alla porter cette parole audict sieur de. Saint 
Elvère, qui d'abordée luy dict qu'au contraire il le défendroit à ses 
aubjects. Porquery luy répliqua : « L'on vous mande que si vous ne le 
faictes, toute la troupe se viendra ruer sur vostre terre. » Lors ledict 
sieur de Sainct Elvère luy ayant reparty que Ton s'en donnast bien 
garde et qu'il y avoit un arrest de la Gourde Parlement deBourdeaux 
contre tels meneurs, Porquery luy faisant un signal d'amy et serviteur 
trouva moyen en luy parlant, sans que celuy qui estoit avec luy s'en 
aperçeust, de luy dire que c'estoit an torrent qu'il falloit laisser passer, 
qu'il pouvoit > envoyer quelques-uns qui de parole pourroient rompre 
la violence de ce peuple, à quoy il s'employoit aussy de tout. Sainct 
Elvère ayant promis d'y envoyer, Porquery retourne à l'assemblée où 
les ayant asseurés de la bonne volonté du dit sieur de Sainct Elvère, 
ils se mirent à disner, car ils avoient porté des vivres de leurs 
maisons. 

Après qu'ils ourent disné, Pauilliac qui estoit un petit homme vestu 
fort mechaniquement, n'ayant qu'un meschant manteau et monté sans 
bottes sur une jument, fist assemblertout le peuple en rond en homme 
de commandement pour délibérer sur la proposition qu'il avoit faicte 
le matin ; la plus grand'part suivirent son opinion sans contredict 
jusques à ce que ledict Porquery, qui estoit diamétralement à l'oppo- 
site de luy et fort loing, estant venu son rang de parler, dict qu'il 
supplioit l'assemblée de trouver bon s'il demandoit si elle estoit faicte 
par auctorité du roy ou par ses commissions ou de seigneurs qui 
eussent charge et commandements en ce pays. A ceste demande 
Pauilliac ny aucun autre de l'assemblée n'ayant rien respondu, Por- 
query continuant de parler leur dict : « Messieurs, voicy un vray 
moyen pour nous faire encourir la peyne de criminels de lèse-majesté 
d'avoir faict cette assemblée sans sa permission ; je suys d'advis avant 
que l'on passe oultre, que l'on députe quelques-uns vers le roy pour 
luy remonstrer nos plaintes et scavoir de luy sa volonté. » Cette propo- 
sition fut incontinent soustenue estre bonne par tous ceux quiestoient 
venus de delà la Dordogne avec ledict Porquery, et, à l'instant, pro- 
cédèrent à eslire deux députés. Un nommé Peretane qui estoit venu 
sur ce poinct de la part des habitants de Saint Elvère et un nommé 
Mécénas qui estoit de Limeuil (absent de ladicte assemblée), furent 
esleus. Ce faict, ledict Pauilliac, faisant du commandeur se desbanda 
et traversa droit audict Porquery et l'empoignant par son manteau, le 
présenta au milieu du rond et dict tout haut : « Je n'en sache point 
de plus capable d'aller vers le roy que cestui-cy, qui en a faict la pro- 
position. » Ce qu'il dict dételle affection que chacun suivit son opinion 
et désignèrent encore Porquery pour accompagner les deux autres. 



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— 19T.— ■ 

Avant que de se séparer, ils résolurent que les principaux des 
jurisdictions et des paroisses se trouveroient le mardy ensuyvant à 
Limeuil,avec mémoires particuliers de coqui debvoitestre remonslré 
à Sa Majesté ou ne s'estant trouvé qu'un seul des susdicts esleus 
députés, l'un estant absant du pays pour ses affaires et Porquery n'y 
estant point retourné, ils arrestèrent néantmoins que ce dernier 
feroit le voyage avec le député présent. 

Depuis, il se fit une autre assemblée en un lieu escarpé appelé la 
Bécède, au delà de la Dordoigne, près de Gampagnac de Ruffenc où il 
se trouva autant et plus de gens et de la mesme qualité que ceux de 
la première qui se fîst à la foret d'Abzac. Les dictes assemblées se 
firent toutesfois sans foule, oppression n'y dommage de personne, ou 
chacun portant ses vivres et se retirant le mesme jour. En celte der- 
nière assemblée ne fust arresté ny proposé autre chose, sinon que les 
derniers esleus députés pour aller vers le roy s'acheminerôient au 
plustôt et que cependant, chacun se contiendroit chez soy, attendant 
leur retour. 

Sur celte asseurance ledict Porquery et son co-député s'acheminè- 
rent vers la ville de Paris et y arrivèrent le dimanche devant la Pen- 
tecoste (22 mai) où ils présentèrent au Conseil du roy une requeste 
attachée à leur procuration, remonstrant à Sa Majesté que lesdictes 
assemblées avec armes n'avoient jamais tendu qu'au bien de son ser- 
vice en considération de l'Estat et repos public, se plaignant au sur- 
plus de la foule et oppression qu'ils avoient receu et recovoient tous 
les jours à cause de la guerre, des grandes tailles qu'ils esto»ent obli- 
gés de payer à Sa Majesté et au party de la Ligue, avec plusieurs 
plaintes contre les receveurs et autres, ayant la charge et mouvement 
des deniers royaux, contre la noblesse, qui pour subvenir a une plus 
grande despense que ne vaut leur revenu, estoient contraincls de 
vexer leurs subjets et contre ceux principalement qui tenoient encore 
le party de la Ligue et commettoient toutes sortes de maux, détenant 
prisonniers grand nombre de personnes dans leurs chasteaux, les 
soumettant à toutes sortes de géhennes, et cruautés pour en tirer 
plustost rançon, mesme qu'il apparoissoit par plainte particulière que 
quelques uns avoient percé les pieds avec un fer chaud à ceux qu'ils 
tenoient prisonniers. La fin de la dicte requeste estoit un pardon pour 
avoir faict des assemblées avec armes sans permission, la suppres- 
sion d'un nombre d'officiers superflus et principalement de ceux qui 
manioient les deniers du roy, le rabais des tailles, permission d'eslire 
un syndic d'entre les habitans dudict plat-pays et de tenir les champs 
pour courir sus et contraindre les ennemis de sa Majesté à se soubs- 



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— 193 - 

mettre à son obéyssance. Laquelle requeste, en ce qui regardoit le par- 
don d'avoir faict assemblée avec armes sans permission, fat entérinée 
avec commandement de poser les armes dans la Sainct-Jean,et sur la 
suppression requise desdicts officiers il fut respondu que sa dicte 
Majesté y pourvoiroit. La création dudict syndic fut déniée; la sur- 
séance des tailles de ladicte année ordonnée et sur le surplus des 
plaintes, le sieur de Boissize, maistre des requestes, fut député pour 
les entendre. Pendant que ceste poursuitte se faisoit au Conseil du 
roy, le peuple et la noblesse pour des injures receues les uns des 
autres ne se pouvant contenir en paix, le peuple s'assembla de rechef 
et la maison et chasteau de Sainct-Martial en Périgord, près du pays 
de Quercy, à une lieue de la ville de Gourdon, fut environnée et fist- 
on effort de la prendre soubs prétexte que le seigneur d'icelle avoit 
battu ou faict desplaisir à quelques paysans. Ce seigneur eust couru 
hasard, n'eust esté que quelques qui avoient des commodités et de 
l'esprit, se meslèrent parmy ce peuple et arrestèrent sa fureur. 

Toutesfoys nonobstant l'asseurance donnée à leurs députés de se 
tonir en paix, ils firent deux chefs qu'ils appelèrent colonels sous les- 
quels fut faict une assemblée de trente-cinq à quarante mil hommes à 
une lieue près de la ville de Bergerac, à un lieu appelé La Boule. 

Porquery et son co-députté de retour, ils firent faire lecture et publi- 
cation tant de la dicte requeste présentée à sa Majesté, que response 
dudict conseil en la ville de Limeuil, en présence des principaux 
habitans et de plusieurs députtés des villes, jurisdictions et paroisses 
dudict Périgord, assemblés dans ladicte ville, à ces fins où il fust 
arresté que suivant le commandement et volonté de Sa Majesté, chas- 
cung se contiendroit chez soy sans se plus assembler davantage. 
Néantmoins quelque temps après, lés communes faisants encores 
semblant de se vouloir souslever (i) pour les violences qu'ils rece- 
voient d'aucuns de la noblesse, ledict sieur vicomte de Bourdeilhe 
fust trouver M. le mareschal de Bouillon qui s'estoit rendu audict 
Limeuil pour avec son advis pacifier telle sorte de troubles; il fust 
arresté là avec luy quil seroit faict assemblée des communautés dudict 
pays en la ville de Montignac-le-Comte, laquelle se fist trois sepmai- 
nes après, ou ledict sieur mareschal de Bouillon et ledict vicomte de 
Bourdeilhe se trouvèient avec grande quantité de noblesse et où assis- 
tèrent aussy plusieurs députés des communautés de la ville de Péri- 
gueux, de Sarlat, Bergerac et quelques autres, en laquelle assemblée 



(1) Voir plus bas une lettre du roi à M. de Bourdeille. 

13 



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— 194 — 

lediet sienr mareschai de Bouillon commanda au sieur de Champ*- 
gnac qui pour lors suyvoit lediet sieur de Bourdeilhe, et qui de pré- 
sent est maistre des requestes ordinaire de la royne Marguerite, de 
représenter à l'assistance les raisons de leur convocation. Après que 
lesdictes communautés eurent dict leurs plaintes, il fut résolu que 
supplications très humbles seroient de rechef faictes au roy de pour- 
veoir aux plaintes du peuple comme depuis sa Majesté fist, en leur 
remettant les arrérages des tailles et subsides qui leur a voient esté 
imposées auparavant et furent par là ces révoltes appaisées. 

Voici la lettre d'Henri IV, dont nous avons parlé plus haut, 
par laquelle il annonce l'arrivée de M. de Boissise à M. de 
Bourdeille et lui donne ses instructions. 

Monsieur de Bourdeilhe, j'envoye le sieur de Boissize, conseiller en 
mon Conseil d'Estat, en mes pays de Limosin, Périgort et Xainc- 
tonge, avec charge et commission d'ouïr les plaincteset doléances des 
peuples soubslevés esdicts pays et d'y pourveoir par la voye de justice, 
en quoy je luy ay expresssemment recommandé de tenir toujours 
bonne intelligence et correspondance avec vous, comme de vostre 
part je vous prie de l'assister de tout vostre pouvoir au faict de sa 
dicte charge ; je désire s'il est possible que ce mouvement et désor- 
dre se compose par la douceur et que lesdicts soubslevés se reco- 
gnoissent et posent les armes, en quoy je vous recommande d'appor- 
ter tout ce qui despendra de vous et croire lediet sieur de Boissize en 
ce quil vous fera entendre de ma part, comme vous feriez à moy- 
mesme, sur ce jo prie Dieu, M. de Bourdeilhe, vous avoir en sa 
saincte garde. 

Eseript à Sainct-Germain en Laye, le 11 de mars 1594. 

Signé: Henry, et plus bas Forget (1). 

Le 18 avril, le procureur général du Parlement de Bor- 
deaux, de Saignes, mande au roi les progrès que font les 
Croquants en Périgord et les dangers qu'il y a à tolérer leurs 
assemblées ; le Parlement a prononcé contre eux plusieurs 
arrêts, mais il craint que cela ne suffise pas et qu'il ne faille 
l'entremise de ceux qui ont la force en main. 

Nous avons trouvé à la Bibliothèque nationale, dans les 
papiers Leydet et Prunis, un extrait du Livre Noir de la ville 



(1) Lettres missives ée Henri IV, t. IV. p. 155. 



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- 195 — 

de Périgueux ayant trait à cette révolte ; cet extrait est d'au- 
tant plus précieux que le Livre Noir est perdu, Nous le don- 
nerons entièrement sans chercher à le relier plus ou moins 
adroitement à ce qui précède ; on reconnaîtra, en le lisant, 
qu'il était utile de donner séparément ce récit pour être corn* 
plet. 

En la dite année, le peuple du plat pays de Limosin et de Périgord 
se leva et prit les armes, disant qu'on l'avoit trop oppressé de sub- 
sides, de façon qu'on avoit fait à Bergerac, à Grignols, Excideuil et 
autres lieux, plus de 200 paysans prisonniers pour les tailles. Les 
gentilshommes les faisoient travaillera leurs héritages sans les payer, 
ce qu'ils ne vouloient plus souffrir, et pour l'empêcher s'assemblent 
en plusieurs lieux du Périgord, en diverses fois, au nombre de douze 
à quinze mille hommes, et les paroisses qui étoient commandées qui 
ne se tenoient au lieu de rassemblée, le peuple alloit sur le lieu les 
ravager, arracher les vignes, blés, etc., et s'approchèrent de plusieurs 
maisons de gentilshommes pour les assiéger, lesquels furent contraints 
de composer avec eux et de leur octroyer une partie de ce qu'ils 
demandoient. 

Le 15 mai, une partie dudit peuple du plat pays qu'on appeloit 
Croquants ou Tard avisés, s'assembla près d'Atur au nombre de 
quinze mille hommes environ, vinrent cedit jour jusque près Saint- 
Georges où étant envoyèrent en cette ville un nommé Lavergne, vers 
M* le maire et un nommé Gelin de Saint-Sever, lesquels disoient avoir 
charge dudit peuple proposer ce qui les avoit induits à s'eslever. Le 
maire (1) et les consuls envoyèrent quérir au port de Tournepiche, 
M. de Marqueyssac, juge-mage, M. de Gravier (2) et autres 
notables pour avoir la créance de leur faire réponse. Lesquels dépu- 
tés dudit peuple dirent qu'ils s'étoient eslevés pour empescher les 
exactions et subsides que les voleurs et gens de guerre leur faisoient 
payer et qu'ils estoient résolus de ne le souffrir plus, ni vouloient souf- 
frir les exactions des gentilshommes, qu'ils prioient lesdits maire et 
consuls leur bailler conseilles assister et se joindre à eux, qu'ils leur 
obéiroient, estant la ville de Périgueux capitale et chef du Tiers-Estat, 
qu'on leur prestât les canons sous caution et otages pour aller assié- 



(1) Raymond Girard de Langlade. 

(2) Jacques de Gravier, conseiller du roi, lieutenant particulier, civil et cri- 
minel en la sénéchaussée de Périgord. 



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— 196 — 

ger Grignota auquel lieu force voleurs se retiroient, et de fait qu'en 
ces guerres passées ceux de Grignols avoient fait mourir en leurs 
prisons plus de cent hommes, qu'ils vouloient prendre lesdits voleurs 
de Grignols ; sur ce, leur fut répondu qu'ils dévoient se retirer en 
leurs maisons et faire dresser leurs plaintes pour les adresser au roi 
qui leur feroit raison, qu'on ne leur pouvoit prêter les canons, car ce 
seroit crime de lèse-majesté de faire rouler canons par pays sans 
ordre des supérieurs ; ils disoient aussi qu'il y avait des prisonniers 
dans le consulat, il leur fut répondu qu'il n'y en avoit aucun pour 
tailles et qu'on ne leur bailleroit quartier et qu'ils songeassent enfin 
à se retirer. Le lendemain, ce peuple alla loger aux environs de Gri- 
gnols et ne voulut déloger audit lieu que lesdits sieurs de Lamothe et 
de Laborie, voisins dudit Grignols, ne leur eussent promis que Laver- 
gne, commandant de Grignols, élargiroit les prisonniers et après qu'il 
videroit le château. Le peuple s'assembla aussi en grand nombre vers 
le côté d'Excideuil, lesquels en assiégèrent le château à même fin que 
dessus, lequel château fut rendu au sieur Des Cars. Le 5 juin, Jean 
Joulion, habitant de Lasmarîe (1) paroisse d'Agonat, et Gourdier du 
Vigier, juge d'Agonat, portèrent une lettre aux consuls de la part des 
communes assemblées qui étaient logées à Trélissac, Champsevinel et 
autres lieux, et qui demandoient l'élargissement des prisonniers pour 
les tailles; on répondit qu'il n'y en avoit pas. Une autre troupe alla se 
loger entre Ghàteau-l'Evêque et Biras (2) au nombre de près de dix 
mille hommes, prirent la ville de Lisle et en chassèrent les soldats qui 
gardoient le château ; après cela, leurs chefs les appelèrent à une 
grande assemblée qui devoit avoir lieu à Bergerac, à la Boule. 

Nous avons vu, en effet, dans le récit de Palma-Cayet que 
cette assemblée s'éleva à près de quarante mille hommes, les 
uns armés, les autres presque nus, presque tous sans chaus- 
ses ni souliers. 

M. de Bourdeille fut en personne leur remontrer leur faute et leur 
fit lever la main qu'ils n'entreprendroient rien contre le service et 
l'autorité du roi ; mais ils ne tinrent guère leur promesse, car excités 
par La Saigne, ils menaçoient de s'emparer de Périgueux,de détruire 
la noblesse et d'être francs de tout ; les métayers même levoient la 
tète contre leurs maîtres, surtout aux paroisses de Bassillac, Saint- 



(1) Lanmary, château près de Périgueux, commune d'Anton ne. 

(2) Biras, commune du canton de Brantôme. 



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- 197 — 

Laurent et autres, près de la ville où leur brutalité fut telle qu'ils entre- 
prirent plusieurs fois arrêter les vivres qu'on portoit en la ville. 

La cour de Bordeaux avertie donna plusieurs arrêts, portant ordro 
de laisser les armes et aux gentilshommes n'entreprendre lever autre 
chose que leurs droits accoutumés, enfin, par autre arrêt, il fut enjoint 
à M. de Bourdeille réprimer par force ces émotions. 

M. de Bourdeille s'entendit avec le maire et les consuls pour aviser 
do faire cesser pacifiquement ces troubles ; il fut convenu avec les 
chefs insurgés La Saigne et autres qu'ils auroient pour s'entendre une 
entrevue au château de Rognac (S août) ; le maire leur adressa des 
remontrances par lesquelles il leur faisoit voir les dangers auxquels 
ils s'exposoient de se révolter ainsi contre le pouvoir du roi et contre 
la sûreté de la ville ; que s'ils avoient à se plaindre ils n'avoient qu'à 
envoyer des députés vers le roi pour lui porter leurs plaintes ; ils 
parurent se rendre à ces exhortations, promirent de ne plus se réu- 
nir, lesquelles promesses le sénéchal voulut avoir en sa possession, le 
15 du même mois, signées des colonels ; autrement il se mettroit aux 
champs. 

Le lendemain, le sénéchal allant à la Borie-Saunier, lui troisième 
étant vu par les habitants du bourg de Champagnac, dont 
ledit sieur de Laborie est seigneur, ceux qui étoient dans l'église bat- 
tent le tocsin estimant, comme depuis s'excusèrent que ce fut parti 
de chevaux de quelque compagnie qui étoit près d'eux ; ce fut cause 
de la rupture de tout. 

Le dimanche, nonobstant ce et le mardi 15, les chefs du peuple 
envoyèrent les articles que Bourdeille avoit demandés, et signés par 
eux. Ledit Bourdeille sur ce demanda aux maire et consuls deux 
pièces, balles et munitions qui lui furent accordées, puis il fut prié 
par le premier consul qui alla vers lui, parce que les fruits étoient 
encore dans les champs entre les mains de ce peuple irrité que pour 
laisser moyen aux habitants de retirer leurs vivres, il lui plût diffé- 
rer sa sortie, jusqu'au 25, ce qu'il accorda. 

Le samedi, M. de Bourdeille mena toutes ses troupes composées 
de 800 à 900 hommes de pied et de 140 chevaux devant le bourg de 
Négrondes (4) qu'il emporta du premier abord, quoique dedans il y eût 
plus de douze cents arquebusiers et que le lieu fût barricadé bien 
avantageusement ; toutefois cette populace n'eut le cœur de rendre la 
moindre résistance, mais seulement après avoir fait une sortie de 



(1) Négrondes, commune, canton de Savignac-les-Eglises(Dordogne), 



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— 198 — 

soixante arquebusiers, iceux étant repoussés, les autres tiroient tous 
à la fois et incontinent abandonnèrent leurs barricades il fut tué des 
assaillants environ vingt soldats et un gendarme blessé dans le bourg; 
y eut peu de paysans tués parce qu'à la foule ils s'étoient retirés dans 
la ville et dans une vieille tour carrée, dont le lendemain ils sortirent, 
s'étant rendus à discrétion qui fut que tous furent désarmés et deux 
chefs pendus. 

Le lendemain, M. de Bourdeille séjourna vers Sorges (1), de là 
vers Sarliac (2) et Bassillac (3) qui avoient été abandonnés ; sur ce, 
lesdits maire et consuls voyant qu'il n'y avoit moyen de traiter les 
troubles que par rigueur de crainte qu'on ne les blàmàt d'avoir suscité 
le vicomte de Bourdeille, dépêchèrent homme exprès vers M™ du 
Parlement et un autre vers Matignon et leur envoyèrent les arti- 
cles que les chefs du peuple avoient signés ; sur quoy la cour députa 
M. de Fayard (4) , conseiller en icelle , vers ledit Bourdeille , 
commanda au sieur de Marouate de l'accompagner et assister ; ledit 
Fayard arriva le 24 dudit mois à sa maison de la Chabrerie, et le 
même jour les sieurs de la Brangelie et de La Borie-Saunier (5) par 
ordre dudit Bourdeille vinrent pour sortir les pièces qui ne se trou- 
vèrent prêtes parceque le capitaine La Rivière qui s'en étoit chargé s'en 
étoit allé laissant quelques ouvriers qui n'avoient mis que bien peu de 
diligence. 

Le lendemain 25, ledit sieur de Fayard arriva dans la ville, fut 
trouver M. de Bourdeille avec La Brangelie et La Borie-Saunier 
et après avoir parlé avec lui, ledit maire et les consuls délivrèrent 
les pièces qui leur furent demandées, poudre et balles. 

Le même jour s'étant présentés trois ou quatre mille arquebusiers 
pour secourir ceux de Saint-Crépin (6) resserrés par ledit Bourdeille, 
quoiqu'ils fussent avoisinés d'un bois fort épais et de profonds che- 
mins et hayes, furent mis en déroute par quarante ou quarante-cinq 
chevaux sans aucune ayde des arquebusiers ; le jour de devant, 
quinze cents arquebusiers de ce peuple étant reconnus par ledit 
Bourdeille dans le bois furent mis en déroute par ledit Bourdeille, 



(1) Sorges, commune, canton de Savignac. 

(2) Sarliac, commune, canton de Savignac. 

(3) Bassillac, commune, canton de Saint-Pierre-de-Chignac. 

(4) Raymond de Fayard, frère de Bertrand de Fayard, seigneur des Combes. 

(5) La Borie-Saunier, commune de Ghampagnac de Belair, appartenant aux 
Arnaud de La Borie. 

(6) Saint-Crépin, commune du canton de Saint-Pierre-de-Chignac. 



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— 199 — 

sans rendre autre combat, par quarante chevaux et cinquante arque- 
busiers ; aux deux rencontres il mourut cent ou cent vingt paysans; 
du côté du sieur de Bourdeille, mourut seulement le jeune sieur do 
Longa de la Barrière, âgé de dix-huit ans et un autre gentilhomme 
appelé La Filolie. Le reste de ce peuple et ceux qui étoient dans le 
bourg de Saint-Crépin, favorisés de la nuit, se retirèrent de çà de là; 
ce fut la fin de ce soulèvement qui avoit fait voir aux champs plus de 
quinze mille hommes. Le sieur de Bourdeille résolut de suivre les 
paroisses et de les désarmer ; toutefois le 27 dudit mois arriva un 
gentilhomme de Matignon avec des lettres, qui trouva M. de Bour- 
deille à La Douze, lequel rompit soudain ses troupes. 

Malgré la rédaction du Livre Noir qui termine brusquement 
le récit de cette révolte, ce n'en fut pas la fin; car une lettre 
de Marguerite de Saint-Astier, épouse de Jean Foucauld de 
Lardimalie, au receveur de la terre des Bories,nous apprend 
que le k septembre il fallut assiéger Condat, qui fut emporté 
d'assaut. Les chefs des Croquants se décidèrent alors à faire 
leur soumission. 

La correspondance du roi avec le sénéchal témoigne du 
souci que ces troubles lui donnaient ; il recommande la dou- 
ceur et la patience pour réprimer cette révolte ; il ne veut 
pas supporter la désobéissance, mais il ne veut pas non plus 
que ces paysans soient trop durement traités. 

Le Bulletin de la Société de Phistoire de France a publié 
deux pièces qui se rapportent à cette insurrection ; la pre- 
mière est une circulaire adressée par les paysans rebelles aux 
officiers qui commandaient dans les diverses chàtellenie& 
situées sur leur passage ; elle commence ainsi : 

« Messieurs, nous vous tenons au nombre des gens de bien, c'est 
pourquoi incontinent la présente reçue nous vous prions vous armer, 
joindre et opposer avec nous contre les pernicieux desseins des enne- 
mis du roi notre sire, et les nôtres, mesmement aux greffes des 
inventeurs de subsides, voleurs, leurs receveurs et commis, fauteurs 
et adhérens. » 

Et plus loin : 

» Protestons devant Dieu que nous recognoissons nostre roy nous 
estre donné de Dieu et que de droit divin, naturel et humain la cou- 
ronne de France luy appartient et qu'il nous fault vivre et mourir pour 



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— 200 — 

son service... Vous assurant qu'il y a en ce pays grand nombre de 
seigneurs et gentilshommes sans reproche, qu'ils nous ont promis 
toute assistance contre lesdits voleurs..., etc. et que nous tiendrons la 
main à une aussi bonne et saincte occasion, etc. •> 

La circulaire se termine ainsi : 

« A ces causes ne ferez faulte de vous armer et tenir prests, autre- 
ment vous nous aurez sur les bras trois jours après la réception des 
présentes pour y estre contraincts par la rigueur des armes comme 
faulteurs desdits voleurs et inventeurs de subsides ; faict le second 
jour de juin 1594. Vos bons frères et amis les gens armés des trois 
Estats du pays de Quercy, Agenais, Périgord, Xainctonge, Limosin, 
haute et basse Marche, etc. 

La seconde pièce est une convention des nobles du Péri- 
gord pour défendre le service du roi ; les signataires y procla- 
ment que : 

c Les rebelles se sont eslevés contre tout droit divin et humain en 
ce qu'ils ont voulu renverser la religion, ne payant pas les dixmes 
ordonnées dès le commencement du monde pour le service de Dieu... 
qu'ils ont voulu renverser la monarchie et establir une démocratie à 
l'exemple des Suisses... » 

Ils jurent ensuite devant Dieu d'oublier toutes leurs que- 
relles. . . 

Estant montés à cheval contre les Croquants... de se tenir ensemble 
partout ou l'ordonnera M. de Bourdeille pour faire obéir ceux qui 
n'auroient pas obéi à sa déclaration, et eniin de venger aussitôt, toutes 
choses laissées et sans prendre aucune excuse, celui d'entre eux qui 
seroit offensé par les rebelles, et s'ils ne le peuvent de leurs person- 
nes, les signataires s'engagent d'envoyer des gens armés à leur place. 

Les gentilshommes qui s'engageaient par cet acte sont 
presque tous des Sarladais. 

Nous ajoutons à ces documents une lettre de M. de Bonond, 
conseiller au Parlement, à M. de La Force ; elle est datée du 
4 août 1594: 

Je laisse toutes autres particularités et vous dirai que je fis enten- 
dre votre intention et promesse touchant les Croquants à messieurs de 



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- 201 — 

Lors (1) et de Lamothe-Fénelon qui me résolurent assurément que vous 
trouverez M. de Thémines autrement disposé à ce sujet avec de bons 
et roides moyens, ne méprisant nullement cette affaire et la tenant 
d'une grande importance; je vous envoie leur arrêté du 4 e de juillet; 
je n'ai pu entendre le dernier avis pris à Trémolat le dernier juillet ; 
certes, Monsieur, il faut que je vous le dise et assure, de mon temps 
je n'ai vu entreprise si folle ni si pernicieuse que la leur, ni si dange- 
reuse, ni de si périlleuse conséquence. Je pense qu'il n'y a gentil- 
homme du Périgord moins récusable que moi au jugement de leur 
cause, car tout le monde sait que je n'ai jamais eu querelle ni dispute 
en mon pays pour une occasion quelconque que pour la leur et cepen- 
dant que j'ai eu tout seul tout ce pays sur mes bras, tout un temps. 

Je ne craindrai de vous adresser que j'ai trouvé toute la noblesse 
catholique et autres si disposés à monter à cheval et à les rompre 
qu'ils en brûlent d'ardeur. J'ai un peu retardé cette affaire jusqu'à ce 
que je vous l'eusse faite entendre ; monsieur de Beynac y prend une 
peine incroyable et, selon son calcul, ils sont assurés de quatre cent 
bons chevaux et je ne le trouve faux ayant d'assurance messieurs 
de Thémines et de Messillac ; ils n'avertiront M. de Bourdeille 
qu'étant à cheval et sont résolus de vous tenir pour chef en cette 
entreprise si vous le trouvez bon ; cela vaut fait, car ils ne veulent un 
sabot pour leur chef. De votre vie il ne se passera chose plus louable 
par vos mains, plus juste et là où il faille plus de prudence ; je vous y 
convie avec beaucoup de raisons bien digérées et épluchées, car sans 
votre présence il pourra y avoir et de la cruauté et de l'imprudence, 
puis après très malaisée à rhabiller. 

« Je sais davantage que La Saigne a averti tous ses amis que Ber- 
gerac était leur, en ce, tant d'assurances et de promesses qu'ils n'en 
font nul doute. Certes tout Bergerac ne vaut ni au roi ni à nous ; 
cette ville là vous la perdez tout net sans une grande diligence accom- 
pagnée d'une grande providence. Je n'ai loisir de garder un double de 
celle-ci, je vous prie de la garder et ne croyez que vous pouvez vous 
exempter de travail ni de dépense, ou vous et nous recevrons un 
grand bnrt. 

Les députés (à une assemblée des protestants à Sainte-Foy pour les 
affaires de leur parti), ont résolu beaucoup de choses, le tout sous le 



(1) De Lors. Nous n'avons pu l'identifier, à moins que ce ne soit un de 
Losse . 



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bon plaisir du roi vers lequel ils envoient le pauvre monsieur de 
Chouppes qui avoit une grande peur que je me trouvasse à l'assem- 
blée et aussi M Lambert, le ministre, et quelques autres résolus que 
si je m'y fusse présenté sans bonne charge, qu'ils m'y eussent fait un 
affront. » 

1594. — A son retour d'un voyage en Béarn où le roi l'a- 
vait envoyé, M. de La Force, sur les instances des habitants 
de Bergerac dont il était gouverneur, alla les rassurer, et moi- 
tié parla voie des raisonnements, moitié par les armes, il dis- 
sipa ces bandes sauvages qui se ruaient sur les châteaux et 
ravageaient les terres de la noblesse. 

Nous devons à l'obligeance de feu Léon Lapeyre, ancien 
bibliothécaire de Périgueux, l'arrêt suivant du Parlement de 
Bordeaux,qu'il avait extrait d'un registre du greffe de la séné- 
chaussée qui se trouve aux Archives du département : # 

Veu par la court les lettres missives signées La Saigne, en dacte des 
vingt sixiesme de juillet dernier et septiesme de ce moys, escriptes de 
la Douze, adressantes l'une aux habitans de la jurisdiction deMontan- 
ces et de Sainct Astier pour se trouver au lieu de Trimoulat, en ras- 
semblée prétandue des chefs du tiers estât duPérigort, et laultre aux 
maire et consuls de la ville de Périgueux, contenant sommation de se 
joindre avecq le tiers estât du pays de Périgort, soubs prétexte de 
courir sus aux rebelles et de faire serement et union ensemble, au- 
trement qu'ils y seroient contraincts, avecq aultre missive des maire 
et consuls de la ville de Périgueux, adressée aux advocats et procu- 
reurs-généraux de ladite court, par de Mallel pour le procureur-géné- 
ral du roy, et luyouy, qui auroit représanté le danger de telles assem- 
blées faictes sans l'autorité du roy, et tendant à une nouvelle ligue 
contre les esdicts du diot seigneur et proybitions cy devant faictes 
par les arrêts do ladicte court, requérant y estre pourveu. 

Ladicte court a faict et faict inhibitions et défiances à tous subjects 
du roy en quelque estât, callité et condition qu'ils soyent, mesme aux 
villes, communaultôs dudict pays de Périgort, de se joindre aux dictes 
assemblées fayctes soubs le nom prétandu du Tiers-Estat, ou des chefs 
prétandus d'icelluy, à peyne dancourir crime de lèse-majesté, et 
enjoinct audict sieur de Bourdeilhe, seneschal de Périgord, em- 
ployer l'authorité qu'il a en sa main et les forces du roy pour empes- 
cher, séparer et dissiper audiot pays telles assemblées, et aux officiers 
du roy auxdicts sièges de Périgueux, de Sarlat et aultres magistrats 



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~ 203 — 

et juges royaulx, den informer dilligemment et procéder contre les 
coulpables suyvant les esdicts du roy. Le présant arrest sera envoyé 
audict sieur de Bourdeilhe, ensemble auxdicts sièges, leur enjoignant 
icelluy faire publier et signifier partout ou il appartiendra, et certifier 
la Court du debvoir qu'ils y auront faict dans la quinzaine, et néam- 
moins ordonne ladicte Court que lesdicts La Saigne, notaire audict 
lieu de la Douze, Mignot et Papus, soydisant chefs et cappitaines du 
tiers estât, apparoystront en leurs personnes en ycelle, pour respon- 
dre aux fins et conclusions dudicl procureur-général du roy et autre- 
ment procéder ainsin qu'il appartiendra, et sera le présant arrest exé- 
cuté en vertu du simple dicton d'icelluy sansdever aultre commission 
en forme, attendu la mathière dont est question. 

Faict à Bourdeaux, en Parlement, le treiziesme d'aoust mil cinq cens 
quatre-vingts et quatorze. 

A esté le susdict arrest leu et publié en Paudiance, ouy et requérant 
de Jehan, procureur du roy, et ordonne qu'il sera enregistré au re- 
gistre du greffe de la présante seneschaussée, et proclame à son de 
trompe par les carrefours accoustumés de la présante ville et dicelluy 
coppie envoyée aux sièges particuliers de Sarlat et Bergerac, pour 
estre procédé à semblable lecture et publication en icelluy exécutant ; 
est enjoinct à tous les seigneurs du présant ressort empescher le 
soubslesvement des habitans de leurs terres par saysie de leurs armes 
et aultres voyes dhues et raisonnables, à peyne de main mise de leurs 
justices et aux officiers d'icelles, à peyne de mil escus faire publier 
le susdit arrest incontinant et sans délay, tant en leurs Cours que 
aux prosnes de leurs esglises ; icelluy faire entretenir et les contre- 
ventions et reffus de poser et remettre les armes, informer et envoyer 
les informations qu'ils auront faictes dans quinzaine devers le pro- 
cureur du roy, pour y estre par luy requis ce qu'il verra estre à faire, 
et à ces fins, est faict commandement aux procureurs du présant 
siège qui y ont charge desdicts sieurs, leur envoyer une coppie dudict 
arrest qui leur sera délivrée sans frais. 

De par le roy et M. le vicomte de Bourdeilhe, seneschal et gouver- 
neur du Périgord : 

Il est expressément enjoinct à toutes personnes de quelque condi- 
tion et qualité qu'ils soyent en cestuy nostre gouvernement, de vivre 
et se maintenir en bonne concorde et union soubs Pobéyssance du roy, 
avecq inhibition et défiance de seslever en armes et faire aulcune 
assemblée soit pour empescher ou bailler retardement au payement 
des deniers du roy ou aultrement contrevenir à Pauthorité de sa 
Maiesté, à peyne aux contrevenants et qui feront reffus de payer les 



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- 204 — 

' deniers royaux ou aultrement troubleront Testât et repos de nostre 
dict gouvernement, d'estre tenus pour séditieulx et perturbateurs du 
repos public et criminels de lèze maiesté et comme tels par nous 
poursuivis, rompus et dissipés, et à ces fins mandons à tous seigneurs 
et justiciers, gentilshommes et aultres gens de guerre de se tenir 
prests au premier jour pour nous assister à contenir et ramener 
chascun à son debvoir et s'opposer aux dessaings des ennemys de 
sa Maiesté et favoriser ce qui regarde Tadvancement de son service ; 
est enjoinct aussi au vice-seneschal de nostre dict gouvernement et à 
ses lieutenants et archers de faire leurs chevauchées suyvant les 
ordonnances et tenir la main au payement des deniers du roy et pro- 
céder contre ceuîx qui tenteront de s'opposer au service de sadicte 
Maiesté par telles voyes qu'il appartiendra et nous tenir advertis de 
l'exécution de leur charge, pour si besoin est leur fournir assistance, 
et afin que aulcun n'en pretande cause d'ignorance, sera nostre pré- 
santé ordonnance publiée par toutes les villes et lieux de nostre dict 
gouvernement. 
Faict à Bourdeilhe, le douziesme du moys d'octobre 1594. 

Signé : de BOURDEILHE. 
Et plus bas : 
Par Monseigneur, Dubois. 
Publié à Périgueux le 15 octobre. 

Le 13 juin de cette année, le roi, sur la demande de Ber- 
trand de Fayard, seigneur des Combes et de Léguillac-de- 
Gercles, octroya à ce dernier lieu deux foires par an : une le 
jour de Saint Gilles et la seconde le jour de la Circoncision, 
ainsi qu'un marché le lundi de chaque semaine (1). 

Après 1594, les faits historiques concernant le Périgord 
sont très rares; la guerre est terminée dans notre province ; 
elle continua cependant sur les limites de la Savoie, en 
Franche-Comté, en Picardie où Henri IV a tous les embarras 
possibles, à Paris même où Mayenne avait toujours des 
adhérents. Heureusement que toutes ces menées furent inu- 
tiles, grâce à la fermeté et. à l'habileté du roi. Les calvinistes 
étaient furieux de sa conversion et se déclaraient trahis par 



(1) Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, tome 
XIII, page 406. 



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— 205 — 

lui; Turenne, devenu duc de Bouillon par son mariage avec 
Charlotte de La Mark, passait pour être très satisfait de ce 
changement, espéraat être choisi, à sa place, comme chef du 
parti protestant; les ducs de Mercœur, d'Aumale etfde 
Mayenne continuaient à soutenir le roi d'Espagne, Philippe II, 
qui rêvait l'empire du monde et dont ils flattaient l'ambition 
en se servant de lui pour en obtenir des subsides en hommes 
et en argent ; le combat de Fontaine- Française et la prise 
d'Amiens mirent fin à la guerre avec les troupes espagnoles 
soutenant les calvinistes, et peu à peu chacun rentra dans le 
devoir; ce ne fut pas sans des difficultés de toutes sortes, 
quelquefois bien pénibles et bien hasardeuses, suscitées par 
l'ambition des chefs qui demandaient des compensations à la 
puissance et aux places que la révolte leur avait données. Pas 
un, que nous sachions, ne se rendit à la discrétion du roi et 
ne fit sa soumission par devoir et par amour du bien public ; 
ces temps tumultueux, ces guerres implacables, ces nécessités 
de position avaient ruiné la plupart des gentilshommes, 
et ils ne pouvaient trouver que dans la continuation des trou- 
bles le moyen de se soutenir; le roi fut contraint d'accepter, 
de subir des conditions quelquefois dures. 

Le 7 juillet 1595, un édit du Parlement de Bordeaux défend 
toutes les assemblées populaires qui se font en la sénéchaus- 
sée de Périgord, sans permission expresse du roi ; ordonne à 
toutes personnes de se contenir en leurs maisons et de vaquer 
à leurs affaires sous peine de crime de lèse-majesté, et en- 
joint au sénéchal de les contenir et arrêter, de tenir la main 
à l'exécution des arrêts et de procéder contre les coupables. 

Le sénéchal de Périgord, Henri de Bourdeille, craignant 
que le château de Nanthiat ne fût attaqué par les rebelles 
et pris, ce qui eût préjudicié au repos public, commit à sa 
garde Raymond Jaubert, écuyer, avec tout pouvoir et lui 
accorda une garde de six soldats qui devaient être nourris 
et entretenus aux dépens du revenu de la maison. Cette 
ordonnance est signée du 14 décembre 1595. Elle vise les 
Croquants (i). 

(1) Registre du greffe de la sénéchaussée. — 1595. 



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- 206 — 

Le roi cependant ayant été absous par le pape, à la fin de 
1595, bien des consciences timorées ou soi-disant telles con- 
sentirent à revenir à lui et à le servir, la plupart loyale- 
ment. 

C'est le moment que Mayenne, ainsi qu'il Pavait promis, 
choisit pour faire sa soumission, 1596 ; le duc de Mercœur se 
soumit aussi ; le duc de Joyeuse lui rendit Toulouse et le 
pays toulousain. 

Mais les réformés toujours agités, toujours mécontents, 
se plaignaient qu'on ne leur avait jamais assez accordé. 
Dans les synodes de Saumur et de Sainte-Foy, ils de- 
mandaient de nouveaux édits qui leur permissent d'exercer 
leur religion pir tout le royaume, assurassent à leurs mi- 
nistres des revenus fixes ; ils voulaient être admis à toutes 
les charges publiques, et que tous les tribunaux fussent mi- 
partis calvinistes et catholiques. C'était beaucoup exiger pour 
une minorité, le roi les apaisa par des promesses et en leur 
accordant une amnistie générale pour leurs hostilités anté- 
rieures. Ils ne furent pas satisfaits et, dans une assemblée 
tenue à Vendôme, ils renouvelèrent leurs demandes et mena- 
cèrent de se révolter. Cette résistance était entretenue par des 
chefs importants, La Trémouille et le duc de Bouillon, qui 
voulaient escompter leur importance dans le parti pour arra- 
cher des concessions, surtout personnelles, au roi. Dans les 
provinces, partout où ils l'avaient pu, les calvinistes 
n'avaient cessé de piller et de mettre à mal dans leurs biens 
et leur liberté les catholiques et d'enlever aux gens du roi le 
produit des impôts qu'ils percevaient pour lui. Plus le pou- 
voir leur faisait de concessions, plus ils devenaient exigeants, 
et cependant c'étaient bien eux qui avaient versé tant de 
flots de sang, amoncelé tant de ruines, qui avaient tenté 
de détruire la religion catholique qui avait civilisé l'Europe, 
de renverser la monarchie qui avait fait la France grande et 
respectée, qui' avait donné au peuple la plupart de ses libertés, 
qui avait aboli le servage, pour livrer ce pays si grand, si 
noble, si fort, si religieux à un gouvernement d'apostats et 
d'aventuriers, quelque grands princes et puissants seigneurs 
qu'ils fussent ; et c'étaient ces révolutionnaires qui avaient 



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- 201 - 

l'audace d'exiger récompense de ces troubles et de ces mé- 
faits. 

En 1597 (1) il y eut encore en Périgord et Limousin un soulèvement de 
paysans qui prirent les armes dans les environs de Saint-Yrieix ; ils 
furent bientôt imités par les paroisses voisines, et de proche en proche 
la révolte gagna le Périgord, le Quercy, l'Agenois et une partie de 
la Saintonge et de l'Angoumois, si bien qu'en peu de jours ils se 
trouvèrent au nombre de quinze mille hommes ; ils avoient presque 
tous des arquebuses, des piques et des hallebardes ;~dans le prin- 
cipe, ils n'en vouloient qu'aux maltôtiers et aux officiers du roi ; mais 
bientôt, la vue de leurs forces, raconte d'Aubigné, les amena aux 
insolences ; ils montrèrent inimitié aux gouverneurs des places, aux 
soldats des garnisons et enfin à tous les gentilshommes ; ils 
en vinrent à piller quelques maisons nobles, même ayant pris quel- 
ques soldais, ils leur faisoient porter le mousquet et la caisse ; 
en revanche d'avoir été employés à cela, et firent ce trait de 
honte à un gentilhomme qui leur commença la guerre y em- 
ployant tous ses parents et amis ; comme cette ligue, continue d'Au- 
bigné, étoit en sa fleur et alloit s'étendre en Saintonge et Poitou, un 
petit homme de Périgueux, qui étoit fort avancé dans leurs factions, 
vint secrètement trouver le roi et lui promettre que s'il vouloit faire 
quelque bien et honneur, lui seul promettoit de mettre à rien toutes ces 
bandes ; le roi qui en rioit au commencement et disoit qu'il en vouloit 
être comme d'un fort juste parti, ayant appris à s'appréhender, pro- 
mit à cet homme quelque bien et de le faire maire de Périgueux, 
comme de fait, il le fut depuis. Celui-ci s'en revint trouver les bandes 
plus nombreuses que jamais ; à son arrivée il pratiqua trois ou quatre 
prêtres pour lui aider et pour ce que le tiers de ces troupes étoit réfor- 
mée, il fit courir divers bruits, et que les huguenots vouloient rompre 
les images et piller les églises et autres bruits, si bien qu'un diman- 
che, notre petit homme assuré d'être maintenu par plusieurs de leurs 
capitaines, fait naître des voix de divers endroits qui crient : « Tiers 
estât, parlement, catholiques à part. » Gela s'échauffa tellement que 
les gagnés ayant fait porter leur drapeau au delà d'un petit ruisselet, 
tous ces catholiques le passèrent au nombre de 34 ou 35.000 hommes, 
et les refusants ne demeurèrent que 15 ou 16.000 bien étonnés et furent 
contraints de prendre quartier à part. 



(1) D'Aubigné, Histoire universelle, t. m. J. Moussât Paris, 1620, p. 384. 
D'Aubigné, dans sa première phrase, fait allusion à la révolte de 1594. 



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Àbin (1), lieutenant du roi en la marche de Limosin, avait réuni 
trois cents salades, neuf cents arquebusiers à cheval et deux mille 
fantassins ; six jours après la séparation des Croquants, ses coureurs 
les rencontrent dans une lande ; le fils d'Abin et Brétigny n'avoient que 
cent cavaliers ; à leur vue cependant, les Croquants s'arrêtent et se for-' 
ment en un grand bataillon, Abin accourt et profitant du désordre où 
ils se trouvoient, il lance son fils et Brétigny sur eux ; les Croquants 
armés d'arquebuses tirèrent leur décharge, mais leurs coups portant 
trop haut firent peu de mal aux royalistes ; malheureusement le fils 
d'Abin fut tué d'une balle dans la tête. Cependant, le reste de la troupe 
d\Abin accourt et se précipite sur les Croquants, les disperse et en 
massacre quatre mille. Une partie de ces bandes, à la suite de ce 
combat, se retira dans ses foyers, le reste continua ses courses et 
envoya au synode de Sainte Foy pour demander aide et secours ; mais 
le synode refusa de los entendre et de traiter avec eux ; cependant, ils 
s'approchoient toujours de TAgenois et Montluc, gouverneur d'Agen, 
leur défendit de s'approcher de plus de trois lieues de la ville ; enfin 
il publia quelques lettres patentes du roi qui défendoient de les cher- 
cher ; les édits qui les blessoient le plus furent sursis ; cette populace 
se retira et fut laissée en paix, môme le médecin Boyssonnade qui avoit 
été leur général et qui exerça, depuis, son état à Bordeaux. 

Le 20 août 1597, le Parlement de Bordeaux (2) avait prévenu 
le roi que le tiers-état s'était de nouveau révolté en plusieurs 
lieux du Périgord, de l'Agenais et du Quercy ; que quelques 
personnes de la noblesse se joignaient à ces révoltés; que 
depuis un rassemblement s'était formé à la Trappe (3) en Péri- 
gord et qu'un autre devait avoir lieu dans laBessède (4) ; que 
vu le danger imminent, le roi devait envoyer sur les lieux le 
maréchal de Matignon pour réprimer ce mouvement. 

Enfin le dernier fait intéressant le Périgord, que nous ayons 
à relater, est celui-ci : les trois Etats de la province de Péri- 
gord, réunis à Nontron, le 18 octobre, y décidèrent la vieille 
querelle de préséance entre les quatre barons qui durent, en 



(1) Jean de Chasteigner seigneur d'Abin. 

(2) Archives historiques de la Gironde. 

(3) Commune et canton de Villefranche-de-Périgord. 

(4) La Bessède, forêt près de Cadouin. 



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- 209 - 

vertu de cette décision, se placer dans l'ordre suivant : Bour- 
deille, Biron, Beynac et Mareuil. 

L'année 1598 vit se terminer pour un temps que Ton croyait; 
que Ton espérait devoir être la fin de tous ces soulèvements 
et de ces malheurs, cette guerre" qui durait depuis tant d'an- 
nées, par le traité connu dans l'histoire sous le nom d'Edit de 
Nantes. Le roi, malgré l'opposition du Parlement et de l'Uni- 
versité, octroya aux protestants de grands avantages, en outre 
de ceux que leur accordaient les édits précédents ; il leur 
donnait en tous lieux le libre exercice de leur culte, l'admis- 
sion au Parlement de Paris, des chambres spéciales dans ceux 
de Bordeaux et de Grenoble, l'autorisation de réunir des syno- 
des, la création d'universités, une forte somme pour leurs 
ministres, l'entretien de garnïsons dans les villes qui leur 
étaient données comme places de sûreté ; les protestants 
étaient assujettis à la police de l'Eglise catholique ; ils ne 
devaient pas travailler publiquement les jours de fête ; ils 
étaient redevables des dîmes et il leur était défendu de trou- 
bler de quelque manière que ce fût les cérémonies religieu- 
ses. Peu à peu les obstacles s'aplanirent et les deux cultes 
s'accoutumèrent à vivre ensemble sans trop de difficul- 
tés. 

C'est ainsi, nous le répétons, que finit jusqu'en 1621 cette 
longue querelle, grâce à la longanimité du roi et à l'habileté 
de ses conseillers qui rédigèrent cet édit, Schomberg, le pré- 
sident Jeannin, l'historien Jacques-Auguste de Thou et 
Calignon, chancelier de Navarre ; on dit que Charnier, un 
des ministres protestants les plus en vue, travailla aussi à 
cette œuvre de pacification. 

La paix et la tranquillité dont tous les partis ressentaient la 
nécessité, remirent peu à peu la France des maux qu'elle 
avait subis, malgré des difficultés intérieures telles que la cons- 
piration de Bfron et des intrigues de cour qui n'empêchèrent 
pas la France de se relever moralement et financièrement. 
L'agriculture, le commerce, l'industrie furent protégés, et le 
roi s'occupait activement avec Sully de rétablir l'ordre dans 
toutes les branches de l'administration où il n'y avait que dila- 
pidations, désordres, prévarications, embarras de toutes sor- 

14 



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— âio - 

tes. Bientôt toutes ces plaies furent cicatrisées et la France 
prospéra sous ce gouvernement si juste, si habile et si pater- 
nel. 

A. de Roumejoux. 



Pièces justificatives (1) 



14 mars 1568. —Dans le registre de 1562 et années suivantes, 
nous trouvons des pièces et ordonnances du roi qui substituent 
Antoine Fumée, conseiller du roi en son Grand Conseil et grand 
rapporteur de la Chancellerie de France, et Jacques deViart, 
conseiller du roi en sa Cour du Parlement de Bretagne, aux 
sénéchal et juges de Périgord qui ne peuvent arriver à remet- 
tre l'ordre dans la province et à punir les coupables de meur- 
tres et rébellions, après avoir ordonné une enquête sur le 
meurtre d'un prêtre qui chantait messe et que les officiers du 
roi n'avaient pu mener à bien à cause de la crainte qu'inspi- 
raient les coupables ; ils obligent les parents de la victime à 
déposer quarante livres pour les frais de poursuite. 

Àussy, avons remontré que en exécutant l'édict de pacification 
nous avons rangé chascun en son estât et ordonné que le service divin 
seroit remys en toutes les esglises, ce que nous avons exécuté en la ville 
de Bragerac et mandé les officiers de Mussidan, auxquels avons en- 
joinct garder et maintenir l'édict, ce qu'ils ont promis faire ; il ne 
reste que exécuter le semblable es paroisses dentour Mussidan et 
Montravel, et est nécessaire que Ton se transporte sur les lieux, et 
mander les curés les uns après les autres et scavoir à quoy il tient 
qu'ils ne se retirent ou qu'ils ne nous meut vicquaires pour fére le 
service divin et en cas de crainte les mettre en la sauvegarde du roi, 
des consuls des lieux, seigneurs et gentilsbommes plus puissants 



(1) Voir à la page 391 du tome XI du Bulletin de la Société historique et 
archéologique du Périgord la copie de pièces extraites des registres du greffe 
de la sénéchaussée du Périgord. Volume des années 1562 et suivantes. Ces 
pièces regardent l'année 1562 et l'année 1563. 



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— 2H — 

voysins, et à faute de commettre viquaires saysir et emparer leur tem-» 

porel, et pour ce faire les avons portés en nommer quelqu'un (Tentre 

eux pour exécuter ce que dessus ; lesquels nous ont nommés M e Pierre 

de Marqueyssac, escuyer, juge-mage et Bertrand Lambert, conseiller 

magistrat auxquels avons donné commission et ordonné à l'offl- 

cial de lévesque de Périgueux les accompagner pour restablir le divin 

service, aussi avons donné au séneschal de Périgord commission de 

transporter en la ville de Sarlat lorsque la commodité se présentera, 

etc., et ce fait nous sommes transportés en l'auditoire du Séneschal 

ou nous avons fait lire nos ordonnances et commissions... concernant la 

police et le règlement des deux religions, le tout enregistré au greffe 

de la Séneschaussée... 

Signé : Fumée. 

4 mars 1563. — Anthoine Fumée, au Séneschal de Périgord ou son 
lieutenant, nous vous avons commis et commettons pour exécuter 
l'esdict de pacification audict lieu de Sarlat et faire rentrer ceux de 
la religion qu'on dit réformée en ladite ville de Sarlat, rétablir aux 
paroisses le service divin et faire exécuter l'édict. 

Registres du Greffe. 

T. II, p. 53. 

Mai Î563. — Charles, roi de France, etc... Les affaires esquelles 
sommes réduitz, à raison des factions advenues en nostre royaume, 
sont cause pour contenir en totale tranquillité, entretenir pensions et 
troupes, reïtres ... y ayant employé toutes nos finances ordinaires et 
extraordinaires et jusques à la somme de trois cent mille livres de rente 
annuelle, avons arresté d'emprunter sur le clergé des Esglises de nos- 
tre royaume pareille somme de deniers, et avons fait publier le dict 
esdict es cours des Parlements et ordonnons que soit publié que tou- 
tes personnes qui voudront acquérir des biens temporels desdictes es- 
glises, commanderies et autres, en auront le droict et que cette vente 
n'excède pas la quatrième partie du revenu temporel desdicts bénéfi- 
ces ; le roi prend toutes les précautions pour qu'il n'y ait pas d'abus. 
Dans la liste des diocèses de France jointe à l'édit, nous trouvons que 
les diocèses de Sarlat et de Périgueux sont cotisés chacun pour trois 
cents écus et trois deniers. 

Le 3 mars 1564, le roi autorise les églises à racheter les biens 
aliénés ; il rappelle qu'il a permis aux bénéficiera de vendre des biens 
immeubles des moins utiles et profitables, et qu'une répartition en a 
été faite dans tous les diocèses dû royaume pour la sommé de trdis 



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— 242 — 

millions deux cents mille livres, à quoi peuvent monter les ventes fai- 
tes desdits biens; il ordonne de réunir les bénéficiers qui éliront six 
notables, deux du sénéchal, deux du chapitre, deux de la part des 
chanoines pour participer à la répartition des rachats. Les acquéreurs 
primitifs devront être remboursés de leurs acquisitions et loyaux 
coûts et ils devront être arbitrés avec lesdits députés, avec loyauté... 
etc. . . toute facilité étant donnée aux bénéficiers pour racheter ce qui 
a été aliéné de leurs biens ... etc. . . 

Des ordonnances royales établirent des foires à Corgnac, à 
Ladouze, à Vergt, par lesquelles : 

Il est défendu : 

Au syndic des manants et habitants du bourg de Corgnac, requérant 
l'entérinement de certaines lettres du roi, de tenir marché audit lieu 
un jour de chaque semaine, à peine de dix mille livres ; mais il est au- 
torisé à y établir quatre foires par an: la première le l gr mai ; la se- 
conde, le jour de Sainte-Madeleine, 22 juillet; la troisième, le jour de 
Saint Clément 23 novembre; la quatrième, le premier lundi de 
Carême. 

Entérinement de lettres royaux le 25 décembre qui établissent au 
lieu de Ladouze quatre foires par an et un marché par semaine, la 
première le lendemain de la Toussaint, le 2 novembre ; la seconde 
le jour de Saint-André, 30 novembre ; la troisième le jour des Inno- 
cents, le 28 décembre; la quatrième, le jour de Saint-Pierre, le 22 fé- 
vrier ; et le marché le mardi de chaque semaine. En 1566, Gabriel 
d'Abzac, seigneur de Ladouze, de Reilhac et de Vergt, obtint en outre 
deux foires de plus le 30 avril, jour de Saint-Eutrope, et le 25 juillet, 
jour de Saint- Jacques ; et le marché est reporté du mardi au jeudi. A 
Vergt, Gabriel d'Abzac obtient par an quatre foires et un marché. La 
première le jour de la petite Saint- Jean, le 26 juin. La seconde, le jour 
de Saint-Luc le 18 octobre, la troisième le jour de Sainte-Barbe le 
4 décembre, la quatrième, le jour de Saint-Vincent, le 22 janvier. Le 
marché fut fixé au vendredi de chaque semaine (1) . 

"Le procureur du roi poursuit pour crime de lèse majesté humaine 
et divine Baudals (vols de grand chemin) sacrilèges, voleries, incen- 
dies, cas d'homicide et autres crimes et délits, le prince de Chalais, 
s** de Grignols, le s* r de La Rochebeaucourt, autrement de Saint- 



(1) Archives départementales, 1565, série B. 79. 



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— 213 —. 

Mesme, gouverneur pour le prince de Gondé en la ville d'Angoulême, 
les seigneurs de La Force, de Losse, de Piles, de Montastruc, de 
Longua de Barrière, de Neuvic, de LinardsdeLongua de laRenaudie, 
le capitaine Cheylard, chef des séditieux de Mussidan, M 6 Pierre 
Poynet, lieutenant-général de Bergei^ac, M* Bertrand Lambert, con- 
seiller et magistrat; François Pasquet, avocat du roi au siège de Péri- 
gueux, Baptiste Vigoreux, Martial Dupuy, gardien recepveur de la 
recepte ordinaire du domaine du roy audit pays, le fils ayné du sieur 
deLaRichardie,lecappitaineCugnac fils ayné du seigneur de Caussade, 
le fils ayné du seigneur de Trigonan, le fils du s r de Laurière de Péri- 
gueux, le fils de M° François Jay, greffier en Teslection duditlieu; le cap- 
pitaine La Vernine de Mussidan ; La Place, juge dudit lieu ; Baraud, 
procureur dud. Mussidan, maistre Estienne Puyrenier, juge et mar- 
chand procureur de Nontron, un nommé Ghoquet, procureur d'Exci- 
deuil ; un nommé Gheyrou, juge de Thiviers; un nommé Garaulx, un 
nommé Montatre, fils de la damoyselle de Monsie, un nommé Ghapel 
autrement le s r de La RichardiedePérigueux, Gabriel Estienne, sergent 
royal, M e Pouly Joly de Fontenye, un nommé Le Camus, mercier à 
Périgueux, le fils ayné de maistre Pierre Cambon, juge en son vivant 
des terres de la reyne de Navarre audit pays, le fils aîné de Marsau- 
let Verrue, archer de la garde du roy quand vivait, le fils du s r de 
Jauvelle de Mareuil ayant un grand nez, les trois enfants aynés du 
feu conseiller Valbrune, le seigneur de Jaure et son frère puynay, le 
jeune Gravier, advocat dud. Périgueux ; un nommé Pierre, aussy 
advocat aud. siège ; M. Françoys Jay, Annet Chalup, juge d'Excideuil ; 
la femme de maistre Bertrand Lambert, conseiller jadis au présent 
siège, Gravier le mercier, ung nommé Bardolou Seiller, ung nommé 
Autefaye, François Faure s r de Lussas, le jeune André fils del'advo- 
cat André, le jeune Gharon, maistre Aymard archer et son fils, mais- 
tre Jaubert, Barthélémy, lieutenant de Thiviers ,* maistre François 
Passerieu et son fils, maistre Estienne. 

Et Anthoine père et fils, procureurs dudit Thiviers, les deux enfants 
de feu Estienne Vignaud, les deux enfants de feu Charles Peychier, 
marchand dud. Thiviers, Paisné de Joly Pecous frères, maistre Pierre 
Lacroix, le seigneur de la Valade et son fils ayné, les seigneurs 
Datur, de la Trappe d'Ambres, escuyer ; Vitrac d'Excideuil,un nommé 
Ghigniers,procureur dudit lieu ; Bertrand Dauriac d'Agonac, lestroys 
Valbrune de Périgueux, frères, HeliesRibeyrol, Bernard d'Aubusson, 
escuyer sieur de Vilhac, ung nommé Gastagnier, maistre François 
Lurfeuil, prêtre ; troys soldats dud. seigneur de Vilhac, nommé les 
Pigrats, deux autres nommés les Vizans, ung nommé Papus, ung 



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- 214 - 

nommé Crouzat, ung nommé La Pierre, ung nommé La Lande, autre 
Pierre Roque, ung nommé Filretors, soldat du &«* de Vilhac, et vesve 
Isabeau femme damoyselle de La Flonye, Bertrand de Plas et son 
frère, ung nommé Jean Lem ainsi qu'ung autre nommé Grand Jean et 
ung nommé de Mesny, accusés, défailhants d'autre. 

Veu le procès, charges, information du vingt septiesme apvril 1569, 
autre information, etc., les exploits des assignations à troys briefs 
jours contre lesdits défaillants octroyés du ÏU e jour de novembre 
et les actes des assignations sur ce fournies et autres pièces par le 
procureur du roy sur ce produites avec Pappointement. ... 

Disons lesdits défaux bien venus et obtenus et lesdits accusés estre 
vrays contumax et deffaillants en leur contumace et défaut ; débou- 
tons iceux défaillants de toutes exceptions, défances, déclinatoires, 
dilatoires et peremptoires ; et avant faire droit sur le profit diceulx 
ordonnons que ledit procureur du roy fera venir en la présente cour 
(mois effacés) les tesmoings nommés aux susdites charges et informa- 
tions et autres que bon luy semblera pour estre ouys et rétablir dans 
troys jours, ce veu, faire lesdits arrêts et procès assigner devant nous 
par le premier sergent royal sur ce requis .... le tout devant estre 
reporté en la court de parlement de Bourdeaulx pour y estre ordonné 
comme de raison. 

Signé : de Màrquessàc (1) 
XIII e décembre 1569. 

En 1578, le tribunal de la sénéchaussée condamna plusieurs 
personnes à être traînées sur la claie, et pendues sur la place 
de ladlautre,pour avoir pris part comme traîtres, à la prise de 
la ville par les protestants en 1575. D'autres furent bannies. 
Nous ne croyons pas devoir donner ces noms obscurs de 
soldais — cela n'a pas d'intérêt pour les lecteurs, —mais cela 
prouve que la Justice recherchait ceux qui s'étaient rendus 
coupables de s'être unis aux protestants et les punissait 
rigoureusement ; — cela explique aussi que cette Justice ne 
pouvait se rendre à Périgueux et pourquoi le siège de la 
sénéchaussée fut transporté à S l -Astier. Il ne fut rétabli 
comme nous l'avons déjà dit, à Périgueux, qu'en 1581. 



(1) Archives départementales, 1569, série B. 87. (Layette, 104 pièces, papier, 
à la fin.) 



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- 215 - 

12 JvAn 1879. — Pierre Chouquet dit la Picardière, natif 
d'Àlençon en Normandie, et Antoine Cornilles dit le Couldre, 
prisonniers, accusés du crime de trahison et conspiration con- 
tre le château d'Excideuil, sont condamnés à être traînés sur 
une claie jusque sur la place publique de laClautreoùilsseront 
pendus et étranglés par l'exécuteur de la haute justice,et leurs 
corps portés ensuite aux fourches patibulaires et condamnés 
à cent écus d'amende chacun, applicables moitié au roi 
et moitié audit procureur de lad. juridiction, etc. (1). 

46 Août 4580. — La Cour siégeant à S'-Astier poursuit plu- 
sieurs personnes accusées d'avoir voulu livrer la ville de 
S*-Astieret la mettre entre les mains des rebelles portant les 
armes contre l'autorité du roi en la ville de Périgueux ; le 
principal des accusés est Annet deTurayne (Turenne, écuyer 
seigneur de la Massoulie), les preuves contre lui n'étant pas 
suffisantes, il fut relaxé des fins de la plainte (2). 

Mademoiselle, jay veu votre lettre estant bien mary de ce que Ra- 
mondy vous a de ceste fasson traictéc que de vous avoir prins vos 
meubles et vivres de vostre maison de Sallegourde et vous supplie 
croire qui c'est contre mon sceu et volonté et que je ne désirois rien 
tant que la conservation de tout ce qui estoit à vous, en luy ayant plus 
estroitement recommandé que s'il eust esté le mien propre de moy. 
Je vous feray tousiours déclaration telle qu'il vous plaira que ce n'est 
par sceu ny commandement que telle indignité vous ayt esté faict et 
vous responds qu'il nen sera jamais advouhé de moy si ceste asseu- 
rance que je vous en donne nest assez souffisante, faictes ladresser à 
messieurs Soulieres ou quelqu'aultre de conseil. Je nefauldray à la si- 
gner et vous servir en toutz aultres endroitz où j'en auray jamais le 
moyen qui est l'endroict ou je me recommendray bien humblement à 
vos bonnes grâces, prieray Dieu, 

Madamoiselle, vous donner très longue et heureuse vye. 

de Vivant. 

Cet 18 décembre 1580. 

Vostre plus obéissant et affectionné à vous servir, 

VIVANT (3) 

(1) Archives départementales, série B. 89. 

(2) Archives départementales de la Dordogne, série B. 95. 

(3) Archives de la Dordogne, collection de Mourçin, fonds de Sallegourde* 



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— 216 — 

Nous Geoffroy de Vivans, seigneur dud. lieu, Grives et Doyssat, gou- 
verneur et lieutenant-général pour le roy en Périgord et Limousin, en 
l'absence du roy de Navarre déclairons que donnant à Raymondi le 
command. de la garnison deSallegourde qui estoit de sept soldats, 
notre intention feust tousiours qu'ils feussent soldoyés des deniers 
provenant des contributions ordonnées par le payeur des gents de 
guerre de ce pays. Et d'autant que nous avons esté advertis et asseu- 
rés par la demoyselle de Sallegourde, qui est de longtemps de la 
relligion réformée, que led. Reymondi luy a prins grand quantité de 
bleds et vins, bestail, armes et pouldres, se latribuanl et en usant 
comme de son propre bien, et outre ce, se couvrant de notre autorité 
se seroit saisi de plusieurs personnes et grand nombre de bestail des 
lieux qui avoient esté par nous destinés à payer les cotisations ordon- 
nées au payement de nos garnisons ; lesquelles personnes il auroit 
menées et détenues au chasteau de Sallegourde , combien qu'il luy 
feust prohibé et à tous autres de ne mener et tenir aulcungs prisonniers 
pour ces contributions et aultres, qui, es prisons royaulx dePérigueux, 
et lesquels paisants, bœufs et bestail, il auroit gardé prisonniers com- 
bien que ce feussent des habitants et du bestail de ceulx qui avoient 
payé et payeroient librement nosd. contributions et obeyssent à nos 
commandements; pour ces occasions entièrement contrevenantes à nos 
intentions nous avons deshadvoué et deshadvouons de tout ce que 
dessus led. Reymondi mesmement du bestail, bleds, vins, armes et 
pouldres que peut avoir prins à lad. damoyselle de Sallegourde 
déclairant estant estre subjet à réparation et restitution, comme faict 
contre les règlements donnés p r ces guerres et nos particuliers com- 
mandements. Faict à Périgueux le trési* de décembre mil vc quatre- 
vingts. 

Signé: Vivans. 

Ordonnances du vicomte d Aubeterre pour payer des soldats à Sarlat, 
à Issigeac et au Moulin- Neuf, près de Périgueux. 

Comme cy devant pour la seureté et conservation de la ville de 
Sarlat, nous eussions ordonné le nombre de dix-huict soldats qui 
seroient payés et soldoyés pour six moys des deniers ordonnés faire 
lever en l'année 1587 pour l'entretènement des gens de guerre destinés 
à la conservation dudict pays, à raison de troys escuts par moys pour 
chaque soldat, mandons au trésorier des guerres ou son commis à 
faire ces payements. 

Sur les remonstrances qui ont esté faictes par les consuls, habitans 
et manans de ladicte ville, avons esté dhuement avertis qu'ils ont esté 



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— 217 — 

contraincts de mettre et entretenir le nombre de soixante soldats du 
pays, à raison de ce que les ennemys du roy, infracteurs de ses édicts 

et perturbateurs du repos public, ont tâché de les travailler pour 

s'emparer de ladicte ville, comme est. 

Les ayant tenus assiégés depuis le 25 novembre jusqu'au 14 décem- 
bre dernier, de manière que tous iceux soldats et nombre de 
gentilshommes... ont maintenu ladicte ville dans Tobéyssance du roy, 
continuer l'entretien de ces soixante soldats, y compris lesdicts dix- 
huict..., etc. 

14 janvier 1588, à Périgueux. 

d'Aubeterre. 



Le 14 janvier 1588, le sénéchal signe une ordonnance par 
laquelle il autorise le trésorier des guerres ou son commis à 
payer les gages de douze soldats de la garnison d'Issigeac, 

Le 12 janvier 1588, le vicomte d'Aubeterre, sénéchal, signe 
un ordre de garder avec soin le lieu du Moulin Neuf, sur la 
rivière de l'Isle , 

Lequel est d'importance et d'empêcher les ennemis de s'en emparer, 
afin de mieux faciliter leurs courses contre le pauvre peuple et empê- 
cher de plus grands inconvénients qui en pourroient résulter et y 
mettre une garnison de huit soldats, tous catholiques, choisis par nous, 
qui seront entretenus aux dépends du revenu dudit moulin, à raison 
de trois écus par chaque soldat et cinq écus pour votre appointement, 
avec lesquels vous ferez la guerre auxdits ennemis, ce dont nous vous 
donnons commandement, etc. 



Lettre de Henri III aux Parlements. 

1589 (24) février. 

Extrait des registres du Parlement de Bordeaux. 

Ghers et bien aymés, voyant les artifices dont on se sert tous les 
jours pour diviser tous les subjects catholiques et les distraire de 
Tobéyssance du roy, parmy lesquels on sème de faulx bruicts pour les 
attirer et pousser aux séditions, nous vous avons bien volu escrire 
ceste-cy afin que de votre part vous y preniez soigneusement garde et 
fassiez chastier ceulx quy usent de telles impostures et sugetions 

* 



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- 218 — 

envers le peuple, en advertissant vos habitans de ne prester l'oreilhe 
à leurs praticques, ains de se maintenir tousiours en la religion catho- 
lique, apostolique et romaine et en l'obéyssance du roy, à laquelle le 
commandement de Dieu et leur propre salut et repos les oblige, estant 
Sa Majesté résolue d'apporter bientost les remèdes propres et conve- 
nables aux maulx quy se présentent et de pourvoir à la seureté et 
soulaigement de ses bons subjects, qui doivent en ce temps, plus que 
jamais, se monstrer fermes et constans en leur fidellité, à quoy espérants 
que vous ne ferez faulte, nous prierons le Créateur vous avoir en sa 
saincte et digne garde ; escript à Bourdeaux en Parlement et sous le 
seing et scel d'icelluy le 21 e jour de mars 1589. 

26 avril 1589. 

Déclaration du roy sur la tresve acordée par Sa Majesté au roy de 
Navarre contenant les causes et preignantes (l) raisons qui l'ont meu 
à ce faire : 

Hrnry\ par la grâce de Dieu roy de France et de Pologne, à nos 
amés et féaux les gens tenans nos cours de Parlement, gouverneurs 
et lieutenants généraux en nos provinces, baillifs, seneschaux, prévôts 
ou leurs lieutenants et autres nos officiers et sujets qu'il appartiendra, 
salut : Sy la vérité des choses le juge par ce quy en apparoit aux 
hommes, comme il le doibt faire, puisqu'ils n'en peuvent avoir autre 
preuve certayne et qu'à Dieu seul appartient de pénétrer à l'intérieur 
ceste affection de cœurs humains, la sincérité de nostre zèle et dévo- 
tion en la saincte foy et religion catholique, apostolique et romayne 
le deffand assez d'elle me3me contre toutes calomnies et impostures 
par les preuves que nous en avons rendu dès nostre première jeu- 
nesse et tousiours continue tant en nostre vye et profession ordinaire 
qu'à poursuivre par tou3 moïens, mesmes par les armes, sans y 
espargner nostre propre vye, l'avancement de la gloire de Dieu et 
establissement de lad. religion catholique, apostolique et romayne es 
lieux et endroicts de cestuy nostre royaume où elle a esté changée et 
altérée par Pintroduction d'une nouvelle opinion à nostre très grand 
regret et déplaisir, à quoy le principal empeschement que nous avons 
eu n'étant procédé de la force et industrye de ceux qui suyvent et 
deffandent ladite nouvelle opinion comme d'autres, lesquels, se cou- 
vrant d'un faux prétexte de zèle à ladicte religion catholique, ont, de 



(1) Pressantes. 



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— 219 — 

longue main, essayé de séduyre la plupart de nos subjects catholiques, 
par fausses impressions et praticqué une ligue et association secrette 
entre eux, de laquelle ils estoient les chefs sous couleur de voulloir 
asseurer après nous, si Dieu nous appelloit de ce monde, sans nous 
donner des enfants, la conservation d'icelle religion catholique, contre 
ceux de la nouvelle opinion qui pourroient prétandre de nous succep- 
der à ceste couronne. Mais leur but et dessain tendant à l'usurpation 
et partage d'icelle entre eux, après s'estre formé un party entre nosd. 
subjects catholiques et appuyé de intelligence, avec estrangiers qui 
peuvent désirer l'affaiblissement de ce royaume, pour accroistre leur 
authorité et grandeur, ils auroient déployé contre nostre personne et 
authorité le secret de leur damnables desseings ; premièrement par 
détraclion et médisance de nos actions, pour les rendre odieuses à 
nostre peuple et tirer à eux les affections d'icelluy sous lespérance 
plausible qu'ils nuroient joincte au prétexte delà religion, de luy don- 
ner soulagement des charges que linjure du temps leur auroit appor- 
tées, dont néammoingts leurs portements es lieux où ils auroient com- 
mandement, estoient tesmoingts peu favorables de leur promesse, 
pour ce regard impatients de plus longue attente, auroient prins et 
levé les armes ouvertement contre nous desquelles le fruict seroit 
principalement tourné à leur proffict particulhier, pour les avantages 
et condictions qu'ils auroient tiré de nous ; l'effect d'icelles nayant eu au 
surplus esté que ruyne et destruction de nos subjects et avancement 
des ennemys de la religion catholique, contre lesquelles entreprinses 
que les susd. faisoient continuellement sur nous et no3tre authorité, 
nous ont empesché de faire leffort qu'il eut esté requis pour réprimer 
leurs projets et sy les premiers essays de leurs dictes armées, ont 
esté pernycieux à cet estât, la suite en est encore plus dommageable 
et dangereuse, ayant par leurs artiffices de nouveau remply la Franco 
d'un trouble et guerre civille universelle, séditions, mespris des ma- 
gistrats, sang, pillages, rançonnements, saccagements de biens sacrés 
et profanes, forcement de femmes et de filles et autres infinies espèces 
d'inhumanités et désordres, tels qu'il ne s'en est jamais vu ni ouï de 
semblables, le tout au très grand préjudice, non seulement de notre 
autorité contre laquelle ils se sont ouvertement déclarés, n'ayant eu 
honte de faire publier qu'ils recherchoient notre propre vie, mais aussi 
de ceste florissante couronne qu'ils espèrent partager et démembrer 
en y associant lesdits étrangers au grand déshonneur et opprobre du 
nom français et espécyallement de la noblesse, estant renommée et 
estymée aneyennement par tout le monde, pour sa vertu, prouesse et 
singulière amour et fidélité envers ses rois, et qui pis est au détri- 



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— 220 — 

ment de la religion catholique, apostolique et romaine ; car outre que la 
guerre civile corrompt les bonnes mœurs et détourne les rœurs non môme 
de la piété et révérence de l'honneur de Dieu et de toute charité 
humaine. Cette division est le vrai moyen à ceux de l'opinion 
contraire d'élargir et accroître leurs conquêtes, à quoi néammoins 
voulens obvier de notre pouvoir et tâcher de redresser toutes 
choses au bon train auquel par la grâce de Dieu nous les avions 
acheminés et dont nous avions été divertis par les présents troubles, 
nous aurions encore depuis le commencement d'iceux recherché tous 
les moyens à nous possibles pour par douceur ramener tous nos 
sujets catholiques à une bonne et ferme réunion sous notre 
obéissance et par le moyen d'ieelle exécuter ce qu'à leur 
instante prière nous leur aurions promis en rassemblée de 
nos Étals ; mais tant s'en faut que par cette voie la dureté 
de leur cœur ait pu être amollie et fléchie à quelque compassion de 
tant de maux dont ils sont cause, non contents des désordres passés, 
même d'avoir soulevé contre nous la plupart de nos villes, tué, 
emprisonné ou déposé nos officiers, rançonné les plus aysés de notre 
royaume de quelque ordre, état et qualité, sexe, condition et âge 
qu'ils puissent être, même les personnes ecclésiastiques, rompu nos 
sceaux, effacé nos armoiries, déchiré et ignominieusement traité nos 
officiers, établi des conseils et officiers de leur fantaisie, ravi nos 
finances et exercé contre nous et nos bons sujets tous actes de mé- 
pris, division, hostilité et inhumanité et ajoutant injure à injure, ils 
s'apprêtent à venir assaillir notre propre personne avec artillerie 
tirée de nos arsenaux et armée composée tant de nos sujets rebelles 
que d'étrangers en partie de religion contraire à la catholique, aposto- 
lique et romaine, de laquelle néanmoins ils se disent seuls protecteurs 
pour avec nous opprimer tous nos bons sujets étant serviteurs catho- 
liques, au lieu de s'adresser à ceux de l'opinion contraire qu'ils 
laissent en paix et liberté de s'étendre à leur plaisir, comme ils en 
ont perdu l'occasion ayant le roi de Navarre pendant que nous 
étions à nous préparer et fournir de forces pour nous garantir des 
mauvaises intentions les dits rebelles, pris et sapé nos villes de 
Niort, St-Mexant, Maillezais, Ghatelleraud, Loudun, Plsle -Bouchard, 
Montrenbelay, Argenton et Le Blanc en Berry, et ramené ses forces 
près de celte ville où nous nous serions acheminés sur le premier 
avis de sesdits exploits pour donner tout l'ordre que nous pourrions, 
empêcher qu'il ne les poursuivit plus avant et que enfin connaissant 
ne pouvoir faire par les armes en même temps que nous sommes en 
nécessité de les employer pour la conservation et défense de notre 



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- 221 - 

propre personne et de nosdits bons serviteurs et sujets contre la 
rage et violence desdits rebelles, après les avoir reconnus inflexibles 
à aucunes conditions de réconciliation sur les ouvertures que nous 
leur en avons fait faire ; et considérant que ceux qu'il n'ont voulu 
comme eux s'attaquer à notre vie, nos bons sujets pouvoient néan- 
moins être grandement molestés de ses armées, si nous ne lui ôtions 
l'occasion de les employer selon que l'état présent des affaires de ce 
royaume lui en donnoit la commodité ; d'autre part étant pressés et 
interpellés par les clameurs et requestes de nos provinces travaillées 
de ceux de son parti et remédier le plus tôt possible par une 
surséance d'hostilité que autrement, et le moyen d'entretenir leurs 
gens de guerre, toute espérance de ne pouvoir plus substanter leurs 
vies et de leurs familles, toutes les susdites raisons ayant été par nous 
mises en délibération avec les princes de notre sang, officiers de 
notre couronne et autres seigneurs et grands personnages de notre 
conseil, nous n'aurions trouvé autre moyen contre ces extrémités 
que de prendre et donner à nosdits sujets quelque relâche de guerre 
de la part dudit roi de Navarre, et pour cet effet lui avons accordé 
pour lui et pour tous ceux de son parti trêves et surséance d'armes et 
de toute hostilité suivant l'instance qu'il nous en a faite, reconnais- 
sant son devoir et nous même ému de compassion de la misère où ce 
royaume est de présent réduit. Nous donnons une trêve que nous 
entendons être querelles éteintes sur tout le royaume pendant un an, 
et s'engagent les parties à ne rien faire ni rien entreprendre au 
dedans ou au dehors du royaume sans notre consentement et com- 
mandement. 

Cette lettre est suivie de longs détails sur les lieux où la trêve 
doit être observée. Elle fut donnée à Tours le 26 avril 1589 (1). 



Extrait du Livre Noir. 

1590. —Au mois de décembre, M. de Matignon, maréchal de France, 
venu de Rions entre deux Mers avec puissante armée, faisant conduire 
quatre canons, passant la rivière au port de Branne, et ayant tourné vi- 
saigedanslepaysdePérigord, fut bruit qu'il s'en venoit en ceste ville 
et ayant envoyé les sieurs Mayre et consuls plusieurs messagers detou- 



(1) Archives de la Dordogne, livre des patentes de la sénéchaussée de 
Périgueux, volume 2, p. 236. 



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— 222 — 

tes parts aux sieurs gentilshommes catholiques, pour savoir ou ladite 
armée devait fondre, ils en donnoient une infinité d'avis et la plupart 
douteux ; cependant lesdits sieurs maire et consuls avertissent à M. 
de Pompadour, le priant se jeter dans la ville avec ses forces pour em- 
pescher les desseins de l'ennemi ; lequel sieur Maréchal assiégea 
bientôt la ville de Mussidan, de quoy lesd. maire et consuls avertirent 
M. de Montpezat par plusieurs messagers, ledit sieur étant en Quercy. 
Voyant que lesdils messagers n'y pouvoient beaucoup fut dépêché 
Monsieur La Chambre vers led. sieur, et peu après arriva de nuit en 
ceste ville le sieur de La Gapelle-Biron venant de la part du sieur de 
Pompadour avec de belle cavalerie, et le lendemain arriva aussi led. 
sieur de Pompadour, accompagné du baron de Gimel, des sieurs de 
Saint-Chaman, Beauregard, la Brangelie, de Rastignac, Labatut, du 
Pouget, Nicéron, capitaine Mayet, Lapeyrouse, et grand nombre de 
noblesse et gens de pied, et fut avisé que le sieur de Labatut se jette- 
roit dans Saint-Astier pour le garder, attendant qu'on fit marcher un 
gros et lui fut délivré certaine somme d'argent et deux quintaux 
soixante livres de poudre par messieurs les maire et consuls; cepen- 
dant l'ennemi battoit en grande furie Mussidan, et le prit faute de se- 
cours, bien qu'il y en entra durant le siège, mais peu ayant égard aux 
assiégeants. 

Messieurs les maire et consuls firent défrayer tous les capitaines et 
gentilshommes pour les logis et coûta la dépense neuf cents écus et 
plus, ayant deux cents chevaux sans les gens de pied sur les bras. 

La veille de Noël, M. de Montréal arriva à grandes journées de Ca- 
hors où il avoit laissé le sieur de Montpezat, lequel marchoit versr le 
Périgord, mais non sitôt que la ville de Mussidan fut prise par capi- 
tulation fort honorable, ayant tiré trois cents cinquante coups de 
canon. 

Le 2 janvier 1591, la ville -envoya cinquante arquebusiers à Saint- 
Astier, ils y restèrent huit jours; mais au bout de ce temps on leur 
manda de s'en aller à Vergt. 

Le 5 février fut faite une procession générale avec tout le clergé 
ou M. de Périgueux assista avec M. de Montpezat et presta serment 
entre les mains de Monsieur le Maire, le syndic de la Ville tenant le 
livre avec la croix au grand portail de l'église de Saint-Front, lequel 
Montpezat tenant les deux mains sur le livre,le Maire lui dit : Monsieur, 
vous promettez et jurez d'être bon et fidèle à Dieu, à la couronne de 
France, et au saint parti catholique et maintenir la ville et habitants 
, d'icelle en leurs anciens privilèges, immunités et exemptions, ne souf- 
frir qu'il leur soit fait violence, que nuls gens de guerre ne logeront 



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— 228 — 

dans la ville ou banlieue sans expresse permission desdits maire et 
consuls ; vous tiendrez à précaire et par sol emprunté le lieu ou la 
justice est exercée, la prison Trompette, ce qui fut ainsi juré et promis 
par tels mots : Oui Monsieur, je le jure et promets (1). 

]<e 25 avril, Saint-Germain-du-Salembre fut assiégé par mondit sieur 
de Montpezat et pris d'assaut à la diligence et frais des maire et 
consuls. 

M. de Montpezat prit une pièce d'artillerie qui fut menée ici, et 
la donna à la ville ; le soldat qui attacha le câble pour la tirer fut ré- 
compensé de la somme de cinquante écus de l'argent de la ville et un 
autre soldat en eut quinze écus, de laquelle pièce fut donné contrat de 
donation du 13 mai 1591 dressé par Lab rousse, notaire. 

1591. — Le mardi 22 octobre, la ville de Saint- Astier, détenue par 
les ennemis, munie d'une forte garnison de gens de guerre, tant de 
pied que de cheval, a été prise et emportée de force à la diligence de 
messieurs les maire et consuls, et l'exécution faite par la plupart des 
habitants de la ville et banlieue, ce a été la nuit du jour de la fête de 
saint Astier, qui a été remarqué pour avoir été remporté dans la nuit 
de ce jour de la fête de saint Astier (2). 

Registres du greffe du sénéchal de Péri gueux. Vol. 5, page 364. 

13 août 1594. 

< Sur la remontrance faicte à la Court par de Mallet, pour le procureur 
général du roy, qui combien que les misères et calamités notoires qui 
affligent depuis beaucoup d'années ce royaume deussent induire et 
esmouvoir chascun à se rendre exact observateur des lois et ordon- 
nances qui regardent principallement le service de Dieu, afin d'appaiser 
son ire justement excité par nos faultes, neammoings la malice du 
temps et la licence des guerres a porté est telle qu'au mespris de 
l'honneur de Dieu, constitutions ecclésiastiques et ordonnances de 
nos roys, il ni eust oncques moins do zèle au culte divin, ni plus de 
mespris du salut des âmes, de sorte qu'en beaucoup de diocèses du 
ressort y a plusieurs paroisses sans administration des sacrements, 
le peuple vivant en toute liberté plustôt barbare que chrestienne et 
mourant sans aucune participation aux saincts sacrements de l'Ësglise, 



(1) La cérémonie terminée, le maire et les consuls en chaperon accompagnè- 
rent M. de Montpezat jusqu'à son logis. 

(2) Archives municipales de Périgueux, Liyre Noir, f* 361, série FF. 174. 



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— 224 — 

les enfants sans baptême, estant beaucoup d'esglises démolies et les 
bénéfices occupés par personnes incapables, de quoy est très urgent 
d'y pourvoir, la Court ayant esgard à la remonstrance dudict procureur 
général; conformément aux saincts décrets et ordonnances royaux, et 
pour icelles mettre à exécution, a ordonné et ordonne que les ordon- 
nances faictes sur la résidence des archevesques, évesques, curés et 
autres bénéficiers ayant charge d'àmes, seront extraordinairement 
gardées et observées, et en ce faisant, leur enjoinct chascun en droict 
soy de résider et de fere le debvoir de leurs charges en personne, et 
en cas de légitime excuse, commettre vicquaire suffisant et capable, 
lequel, en ce qui concerne lesdicts curés et bénéficiers ayant charge 
d'àmes, sera agréé par le diocésain pour annoncer la parole de Dieu, 
fere le service divin, administrer les saincts sacrements au peuple à 
eux commis, aultrement à faulte de ce faire, enjoinct aux substituts 
dudict procureur général, chascun en droict soy, faire procéder à la 
saisie des fruicts et revenus desdicts bénéfices, pour estre lesdicts 
fruicts emploies tant en réparation des esglises qu'en aumosnes et 
autres œuvres pies, le service divin préalablement faict suyvant les 
saincts décrets et ordonnances ; et à ces fins et pour rétablir le service 
de Dieu et soing des âmes et bénéfices non servis , ladicte Court 
exhorte évesques et prélats en tant que besoin et leur enjoinct fere 
leurs visites sans aucune surcharge du clergé par leurs diocèses ; et 
en oultre à tous juges tant royaux que des seigneurs justiciers^ leurs 
procureurs et lieutenants, fere attestation de troys en troys moys, 
avec dix des principaux de chascune paroisse du nom, surnom, qua- 
lité, résidence, retraicte, habitation des curés et vicquaires, ensemble 
de Testât des fabriques des esglises, ornements d'icelles et célébration 
du service divin et envoier les procès-verbaux aux substituts du 
procureur général es seneschaussées pour y pourvoir suyvant les 
esdicts et ordonnances royaux, ce que leur est enjoinct à peine de 
privation de leurs charges, et semblablement à toutes personnes vacquer 
les jours de dimanches et autres festes commandées par l'Esglise 
après ces oraisons et assister au service divin, païer les rentes qu'ils 
dévoient et dixmes aux susdits ecclésiastiques, suyvant les mesmes 
esdicts, ordonnances royaux et arrests de la Cour et sur les peines 
portées par iceux avec plus grand zèle, car y eschoit, et afin qu'aucun 
n'en prétende cause d'ignorance, ordonne la Cour que le présent arrest 
estre envoie par tous les bailliages et seneschaussées du ressort, pour 
y estre leu, publié et enregistré, enjoignant à tous baillis et sénes- 
chaux garder et entretenir sous peine de suspension et privation de 
leurs offices, et sera li* présent arrest exécuté... 



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Faict à Bourdeaulx, en Parlement, le 13 e jour d'aoust 1594. 
A esté le présent arrest lu publiquement en la Cour, requérant de 
Jehan, procureur du roy. 

Registres du greffe. — Vol. 5, p. 419. 

1595. — Le ^ juillet 1595, un arrêt du Parlement défend toutes 
assemblées populaires qui se font en la sénéchaussée du Périgord 
sans permission expresse du roi, ordonne à toutes personnes de se 
contenir en leurs maisons et de vaquer à leurs affaires, sous peine de 
crime de lèse -majesté, et enjoint au sénéchal de tenir la main à 
l'exécution des arrêts et de procéder contre les coupables. 

Cette ordonnance fut rendue au sujet des Croquants. 
SOURCES. 



De Thou. 

D'Aubigné. 

L'Estoile. 

Palma-Cayet. 

Montluc. 

Sully. 

Caumont La Force. 

Constitutions de Périgueux. 

Généalogies. 

Manuscrits de Lespine. 

Leydet et Prunis. 

Le Père Dupuy. 

Chanoine Tarde. 



Registres manuscrits du greffe de 
la Sénéchaussée de Périgueux. 

Archives historiques de la Gironde. 

Les Jurades de Bergerac. 

Lettres missives des rois de France. 

Journal de François de Sireuilh. 

La Popelinière. 

Mémoires de Castelnau. 

Théodore de Bèze. 

Davila . 

Mézeray. 

La France protestante, des frères 
Haag. 

Histoire d 'Aquitaine ,par de Verneilh. 




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