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Full text of "Au Roy, et a Nosseigneurs les commissaires nommez par Sa Majesté, supplient humblement F. Joseph Nivet ,, chanoine régulier de l'ordre de St. Augustin, Congrégation de France, prieur titulaire du prieuré de St. Morand... & F. Anne François Du Breuil, aussi chanoine regulier desdits ordre & Congrégation, prieur titulaire du prieuré de St. Martin... Contre M. Charles Louis Auguste Le Tonnelier Breteuil, evêque de Rennes..."

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a v R o r> 

ETAN0SSE1CNEVRS LES COMMISSAIRES 

NOMMEZ PAR SA MAJESTE, 

SUPPLIENT humblement F. JOSEPH NiVET, Chanoine 
Régulier de l'Ordre de St. Auguftin , Congrégation de France , 
Prieur Titulaire du Prieuré de Se Morand , dépendant de l'Ab- 
baye de Montfort , Diocéle de Se. Malo ; & F. ANNE FRAN- 
ÇOIS DU BREUIL, auffi Chanoine Régulier defdits Ordre 
ÔC Congrégation, Prieur Titulaire du Prieuré de St. Martin, dé- 
pendant de T Abbaye de Paimpont, même Diocéfe , appellans 
comme d'abus du Règlement du i. Juin 1718. & oppofans à 
l'enregiftrement des Lettres Patentes furprifes de Sa Majefté fut 
icelui. 

CO NTRE 

M. Charles Louis Auguste le Tonnelier 
B r E T E u I L , Evêque de Rennes , intimé & demandeur,. 



s 



IRE 



L'UNION , que M r . l'Evêque de Rennes â voulu former de quatre Prieure 2 Ré- 
guliers à la menfe de fon Chapitre , eft non-feulement vitieufe , & dans fes caufes 
& dans la forme, elle eft encore injurieufe aux Titulaires , qu'elle dépouille com- 
me indignes de jouir des biens de l'Eglife. 

N'étoit-ce point allez de vouloir les de'poïlèder par une union ? falloit-îl donc 
leur faire injure? & ne pouvoit-on envier leurs Bénéfices, fans bleflèrleur répu- 
tation? l'union qui ne peut troubler les Titulaires dans la jotiiflance des fruits qui 
leur font deftinez durant leur vie , offenfe ici leurs perfonnes ; & le Confeil de 
M r * de Rennes trouve étrange qu'ils s'en plaignent , leurs plaintes font des calom- 1 
nies , ou des fémences de cet efprit de révolte , qui méconnoît tout pouvoir. 

Mais fi par refpeél pour M r . de Rennes ils avoient diffimulé l'injure , s'ils avoiene 
gardé un fi lence qui peut-être ne leur ferait pas honneur , ce filence ferviroit peu 
à M r . de Rennes ; la Congrégation des Chanoines Réguliers de France s'élève con- 
tre fon ouvrage ; les Abbés Collateurs réclament les biens qu'il leur a enlevés , & qui 
leur étoient affèdtés depuis un grand nombre de fiécles. Cependant puifqu'il donne 
plufieurs caufes à fon union, il eft à propos de les apprendre avant toutes autres 
chofes, elles fixeront les objets qui , dans fon fyftême , demandent le plus d'attention i 
mais pour les bien apprendre , il faut entendre le Confeil de M r . de Rennes j voici 
comme il s'explique. 

A 




mrTE 



2 

» Si les Chanoines Séculiers de l'Eglife Cathédrale de Rennes avoient des rêve* 
» nus à fuffire pour foûtenir avec éclat un rang , qui dans l'EgUiè les aflbcie àTau- 
» toriré Epifeopale , leur Evêque ne feferoit pas porté à prononcer l'extinction de 
» quatre Prieurés Réguliers pour leur en faire palier les fruits par une union : mais 
» s'étant fait reprefenter un état de leurs revenus , il a vu par lui-même leur miferej 
» & il n'a pu la voir fans penfer à la foulager. Ce fut dans l'idée de leur procurer 
» ce foula gement qu'il commença la Vilite de fon Eglife Cathédrale, & dans le 
» cours de faViïïte il fe fit reprefenter des titres, ou il trouva que les Titulaires 
» des quatre Prieurés n'acquittoient point les obligations qui leur avoient été im- 
» pofées par les Fondateurs , qu'ils tenoient leurs biens de la feule libéralité du Cha- 
» pître de Rennes , que leurs prédecefleurs avoient ruiné ce Chapitre par leurs 
» chicanes, 6c qu'enfin ils ne rempliflbient pas de véritables titres de Bénéfices, 
» mais de fimplcs Jervitoreriei ou commifllons révocables ad mttum ; tant de mo- 
» tifs & fi puiilans concourans enfemble pour congédier des ferviteurs inutiles , 6ï 
» faire rentrer leurs biens dans le fein d'où ils avoient ferti , engagèrent M r . de 
» Rennes à rendre un Règlement, à fart. à. duquel il prononça l'extindtion des 
» quatre Prieurés , & en unit dès-lors les fruits à la rnenfc de fon Chapitre. 

Telles font les caufes de fon union : elles ont deux vices efientiels, l'un que le 
droit les reprouve toutes comme abufives , & n'en excepte que la feule inf ufhfance 
des revenus ; l'autre , qu'elles font fondées fur des faits , ( il faut bien le dire ) 
qui ne font pas véritables. Sans doute, que le zélé de M r . de Rennes pour fes .Cha- 
noines lui a fait trouver dans les actes qu'il s'eft fait reprefenter , les obligations , les 
facultez de révoquer , & les dons de fon Chapitre dont il parle , quoiqu'il n'y ayent 
jamais été. Ce même zélé félon les apparences ne lui a pas permis de rechercher 
les revenus de fon Chapitre , il s'en eii rapporté à fes Chanoines , & le malheur 
eiï qu'ils n'avoient pas intereït de lui montrer tout ce qu'ils poiTedent. 

Quoiqu'il en foit, les FF. Nivet & du Breûil, dépouillez de Bénéfices attachés 
depuis environ 600. ans aux Abbayes dont ils font fujets , expoferonc ici pour leur 
défenfe deux proportions principales; l'une, que l'union ne peut fe foûtenir, à 
l'examiner par rapport aux faits dont on a formé les caufes qui Pont,provoquée ; 
l'autre , que les caufes indépendemment des faits dont elles tirent leur origine , font 
abfolument reprouvées dans le droit. 

Par rapport aux faits , ils repre fente ront i°. les titres Si l'origine de leurs Bé- 
néfices , qu'ils prouveront être des Prieurés Réguliers , perpétuels , cleélifs , col- 
latïfs , 6t ne tenants aucuns biens de la libéralité du Chapitre de Rennes. z°. Ils 
juftifiront que toutes les Charges impofées aux Titulaires dans les fondations ont été 
régulièrement acquittées. 3 U . Ils expliqueront comment 6c en quelle forme M r . de 
Rennes a éteint les Prieurés pour les unir à fon Chapitre. 

Dans le droit ifs prouveront l'abus de l'union contre laquelle ils réclament ; i°. 
En démontrant en gênerai , que les caufes fur lefquelles elle efl fondée , font re- 
prouvées dans le droit. 2°. En expliquant en particulier tous les abus qu'elle ren- 
ferme, foit dans fa forme , foit dans les confequences , qui en rcfultent. 

71TRES, ET ORIGINES DES P RIEUREZ, DONT LES FF, 

Nivet & du Brciiîl , font pourvus. 

Quoique M 1 ", fEvêquede Rennes ait eu en vue de fuprimer quatre Prieurés Ré- 
guliers , cependant les FF. Nivet Se du Breuil ne parleront ici, que des deux, dont ils 
font Titulaires : ce font ceux fondés fous l'invocation de S. Morand 6t de S. Martin. 
.prieure; de Le titre primordial du Prieuré de St. Morand ne paroît pas; mais un acte de 
l'an 1224. que le Confeil de M r . de Rennes a intitulé Fondation & Charges du 
Prieuré de St. Morand, apprend qu'un Prieur, Chanoine Régulier, Prêtre, avec 
un compagnon conftitué dans les Ordres Sacrés , ôc tous deux Réguliers de l'Ab- 
baye de Montfort , étoient dans la Cathédrale de Rennes , & y affût oient à toutes 
les heures Canoniales, lorfque Jean Evêque de Rennes, donna la Cure de Bourg* 
dès-Comptes à l'Abbaye de Montfort, pour être défende à perpétuité par un Re- 
ligieux de cette Abbaye , qui rendrait compte du fpirituel à fEvèque , fit qui fe- 
roit part de fon temporel aux deux Religieux de la même Abbaye , défervans en 
la Cathédrale. Joanncs , Dei gratiâ , Epifcopus Rhedoncnjïs, charitatem dcfcrvicntiumtn 
mjlrà Ecck'fui attendantes , & in hoc utUitati ipfms quantum voiumv.s confidentes , Ec* 



S. MOKA m D. 



tlefiam San&a Maria deCaonâ cum pert'mentiis fuis y cum ajfcnfu & volant ate CapituÙ noflrt 
Abbatu SanSli Jacobi de Monteforti charitative contulimus falvo jure Eptfcopali Archîdia- 
corn & Decani : ha tamcn , quod fi placuerit Abbati Convenus diGii loci liccbit cis ± 
nobis nofirifque fuccefforibus ad curam animarum ejufdem Eeclejt&i mmm de Canonicis 
fais Pr&sbyterum & idoneum , aut alium honefium in habita fecuîari pr&Jëntare , qui pet- 
nos & Archidiaconum & Decanutn , prout morts eji , ibidem injlitutus nabis defpiritua- 
iibus refpondebit , & duobus Canonkis pmdiëïa Abbati a in Ecclefîa noftrâ in habita Ec* 
clefs, nofïm competenti ad omncs horas dcfervientibus , qu&rttm mus fit Pmsbyter & 
alter akerius Sacri Ordinis de temporalibus prout inter eos convencrit , refpondebit j 
quorum Prior h Co.phub de Bcati Jacobi eligetur* 

Si cet acte parle donc de deux Chanoines défervans en la Cathédrale , s'il dit 
que l'un doit être Prêtre , & l'autre dans les Ordres Sacrés , c'eft feulement par 
oecafion , & parce que l'Évêque Jean afïùjettiroit le Curé de Bourg- de s-Comp tes 
à leur faire part de fon temporel i mais cette part ne leur fut pas accordée fans 
raifon ; le don de cette Gure ne fut point fait à l'Abbaye de Montïbrt gratuitement ; 
l'Evêque Jean confïdera le zélé de ceux qui défervoient en fa Cathédrale , & fur 
tout des Religieux Chanoines Réguliers qu'il voulut rendre à l'avenir plus ftables 
dans leurs Bénéfices qu'ils ne l'étoient, c'eft-à-dire , moins fujets à être appelles 
par leurs Supérieurs dans leurs Commun autez ; on fera voir dans la fuite que 
ce fut là fon vrai motif: maintenant il faut prouver que le Prieur de St. Morand 
exiftoit avant l'an 1224. & que li par le titre de cette année, le Curé de Bourg- 
des-Comptes fut aflujetti à lui faire part de fon temporel, ce fut pour accroître 
fes revenus , & non pour fa dotation qui étoit déjà formée* 

Il avoit dés-lors une Maifon , une Chapelle, un Fief très-confiderable , avec 
droit de JurifdidHon moyenne & baffe ; la Chapelle étoit fi tuée rué de la Cor- 
donnerie , dans une partie du terrain qu'occupent les Religieufes de la Trinité j 
un corps de logis étoit au-deffus , & enfermoit le comble ; elle avoit à côte un 
autre corps de logis , avec cour & jardin au derrière ; le Fief comprenoit une 
partie de la rue de la Cordonnerie , prefque toute la rue St. Thomas , le terrain 
qu'occupent les Jefuites , celui où a été bâti le petit Séminaire , & toute l'efpace 
qui eft entre deux. 

Cet efpace étoit autrefois uni fans feparatbn , ni de mur de la Ville , ni 
de la Rivière ; mais en l'an 1454. le Duc de Bretagne ayant formé le deffein 
d'accroître la Ville de Rennes , bâtit tout ce mur où font fi tuée s les Portes Blan- 
ches 6c de Touffaint , qu'il fit arrofer de la Rivière, dont il détourna en partie 
le cours , depuis les Ponts ou Arches de St. Georges , dans ce Canal qu'on voit 
aujourd'hui. Un accroinement fi confiderable enleva une grande partie du Fief du 
Prieuré de St. Morand ; le Prieur , pour eflre dédommagé de la perte qu'il fouf- 
froit , prefenta Requeite au Duc au mois de Février de Tannée 1454. il fit le 
dénombrement des Terres i Aiaifons , Jardins & Herbregemens qu'il avoit perdus 
par l'accroifTement de la Ville , & il fit voir par un prifage de toutes ces chofes , 
qu'il perdoit un fond de plus de 3000. liv. fa Requeite n'eut aucun fuccès , ce- 
pendant la Jurifdiction du Prieuré s'exerça toujours , 8c dans le dernier flécle 
elle s'exerçoït encore aux baffes Salles du Préfidial de Rennes , plufieurs aveus 
qu'on produira en formeront la preuve ; le deffaut de l'exercice actuel de la Ju- 
rifdiâion , n'a pas éteint le Fief, qui s'étend encore fur quelques Maifons des rues 
St. Thomas & de la Cordonnerie , mais principalement fur le lieu de la Flèche , 
où a été bâti le petit Séminaire î fur la Maifon Conventuelle des Religieufes dé 
la Trinité , & fur une Maifon que la Communauté de la Ville de Rennes acquit 
en 166B. fous le nom de Buanderie 9 avec fes Jardins , pour les donner aux Jefuites* 

Ce font ces açquefts faits 'par dés Communautez de terrains très-confïderables * 
qui , félon les apparences , ont fait tomber la JurifdicHon , parce que dès- 
lors , il n'y a plus eu ni Tutelles , ni Inventaires , ni Rachats , ni Lods & Ven- 
tes î ces acquefts ne furent pas même bornez à des lieux mouvans du Prieuré ; 
on voit par unacle du 8. de Février 169 1. que les Religieufes de la Trinité ac- 
quièrent les Maifons , Chapelle , Cour & Jardins ^ du Prieuré même ; c'eft fur 
l'emplacement de ces maifons, & de deux autres qu'elles acquirent le*j. d'Août 
1701. & qui étoient dans la mouvance du Prieuré , qu'elles ont élevé les grands 
Bâtimens qu'elles occupent aujourd'hui , & pour lefquels elles payent au Prieur 
273. liv, 4. f. de rente perpétuelle, 



T^ — — — — — __« 



4 

Le Prieur, depuis que fa Jurifdi&ion a paru éteinte, a eu des procez pour 
maintenir fon Fief félon fa nature , & pour conferver le peu qui lui en refte ; 
En 1678.1e Chapitre de Rennes prétendit que ce Fief relevoit de lui , il en con- 
certa la mouvance à Sa Majefté , fa prétention étoit fondée fur ce qu'ayant le 
droit d'élection au Prieuré ( droit dont on parlera dans la fuite ) il étoit cenfé 
Patron ou Fondateur , & que par confequent les Prieurs doivent Vendre leurs 
aveus à la Jurifdic~hon , mais il fut débouté par Arreft du 13. de Février 1690» 
rendu en la Chambre des Comtes à Nantes , auquel il a acquiefcé ; en 1711. le 
Fermier du Domaine difputa au F, Nivet Titulaire actuel du Prieuré , la mou- 
vance du lieu où a été bâti le petit Séminaire , mais il fuccomba, & par Arreft du 
Parlement du 5. Juin 171 2. le F. Nivet fut maintenu} pour le prouver 5c ce 
que defïus, 

Produit l'Arreft du 5. de Juin 1711. celui du 15. de Février 1690, trois aveus 
rendus à Sa Majefté , par les précède ns Prieurs , dans les années 1626. 1673, 
& 167 S. le contrat fait avec les Religieufes delà Trinité le 8. Février 1691. ce- 
lui du 3. Août 1701. la Requefle & dénombrement du mois de Février 1454. 
le contrat d'acqueft fait par la Communauté de Ville pour les Jefuites en 166S. 
& 40. aveus rendus en la Cour & ]urifdi£Uon du Prieuré de St. Morand par 
differens Vafïàux. 

La Maifon , & la Chapelle , le Fief & la Jurifdi&ion originairement attachez 
au Prieuré de St. Morand , furent fans doute fa première dotation ; de dire en 
quel temps cette dotation fut faite , & quel en fut l'auteur, c'eftcequi n'eftpas 
pofïible ; on voit ( & ceci fuffit ) que dès Tan 1 2 24. le Prieur exiftoit avec un 
Compagnon , & qu'il étoit qualifié Prior j on voit que la Chapelle vendue aux 
Religieufes de la Trinité , avoir nom St. Morand , que le Fief & la Jurifdi&ion 
ave ie rit le même nom ; on voit encore ( &. ceci eft un figne plus parlant que le 
nom. ne peut l'eitre ) que les biens attachez au Prieuré étoient tous de nature 
à former un bénéfice parfait; le Titulaire y trouvoit fon logement , fa fubfiftance , 
fon Oratoire , fans compter les Droits Honorifiques. 

Le Confeil de M r . de Rennes qui prétend que le Chapitre a doté le Prieuré , 
ou pour parler avec lui , la Scrvitoreric de St. Morand , voudroit-il bien dire d'où 
le Prieuré a tiré le nom de St. Morand ? ce feroit un éclaircifiement digne de 
fes recherches ; un autre qui feroit peut-être plus important encore , ce feroit de 
défigner en quel temps le Chapitre de Rennes tiroit les Religieux de leu* Com- 
munauté, pour leur donner des Fiefs & des Jurifdictions confiderables , tandis 
qu'il ne rctenoit pour fes Chanoines, que des Maifons de Ville , qu'on appelle 
préb end aies j mais pour parler ferieufement , on voit qu'au Prieuré de St. Morand , 
un Fief, une Chapelle, des Maifons & une Jurifdicîion du même nom étoient 
attachées ; on voit qu'elles re le voient du Domaine de Vôtre Majefté , & que ton» 
tes unies enfembles formoîent un bénéfice confiderable ; que tous ces biens foienc 
venus au Prieuré depuis Tan 1 2 24. 5c par une union , c'eit , à vrai dire , une idée 
qui répugne aux notions communes ; & comment préfumer qu'à une fimple Ser- 
vitorerief, toujours prefte à eftre éteinte par le Chapitre ( ainfi que le prétend le 
Confeil de M r . de Rennes) un Fondateur aurait attaché un Fief & une Jurifc 
diction avec des' Maifons ? à ce compte , l'union aurait été d'une nature Singuliè- 
re , on Pauroit formée d'un titre perpétuel à un titre incertain , & d'un béné- 
fice bien rente à une Servitorerie fondée fur une portion arbitraire du temporel 
de la Cure de Bourg-de s -Comptes ï on dit fur une portion arbitraire , parce 
que le Curé St le Prieur dévoient compter prout tnter eos convenerit ; aujourd'hui 
la portion du Prieur eft fixée à 14. liv. de rente. 

Cette portion fut donc attribuée en 1224. au Prieur de St. Morand par for- 
me d'accroifTement , & voici quelle en fut l'occafron ; autrefois tous les Bénéfices 
Réguliers étoient conférez comme de fimples administrations , & les Religieux Ti- 
tulaires étoient ad manum de leurs Supérieurs , qui pouvoient les révoquer quand 
bon leur femblok ; de-là vient que les Canoniftes difent fi fouvent , onme Beneficium 
regulare manuak , quoiqu'ils entendent parler d'un Bénéfice en titre perpétuel ; 
de-là vient encore que toutes les anciennes unions faites à des Bénéfices Réguliers, 
paroifîent directement ad renées aux Abbayes dont ils dépendoient ; l'union faite 
au Prieuré de St. Morand , d'une portion du temporel de la Cure de Bourg-des* 
Comptes , eft une preuve de cette vérité \ elle fut directement portée à l'Abbaye 

de 






de Montfort , poar avoir lieu en faveur du Prieur de St, Morand ; mais pour dire 
ici le fujet de l'union de cette portion au Prieuré , on obfervera que l'Evêque Jean 
voyant que le Prieur de St. Morand n'étoit point un Titulaire fiable & confiant » 
comme il convenoit qu'il le fut dans une Cathédrale , fongea à limiter fon rapel 
en la Communauté de l'Abbaye de Montfort î & parce que la limitation ne de- 
pendoit pas de lui » il propofa à l'Abbaye de Montfort , le don de la Cure de 
Bourg-des-Comptes ; l'Abbaye l'accepta, & c'eft ce qui donna lieu à laftipulation 
réciproque qui fe trouve conçue dans le titre de 1 224. en ces termes : Quorum 
Prior à Capitula de Conventu beau Jacobi eîigetur & ad petitionem ipfius defiinabitur , 
excepta Priore vel Cellario vel Baîiivo. Qui wijfus Prior non nifi requ ifito €0 habito 
conjenfu Capituli Rliedonevfis poterit revocari , nifi ut fat Prior Abbati&. vel Cellarius vel 
Ballivus , & tune requifito Capituli Rkedonenfis conjhift , poterit revocari. 

Dans cette ftipuîation l'Evêque Jean dit que le Prieur qui fera élu par le Cha* 
pitre de Rennes dans le Convent de l'Abbaye de Montfort , ne pourra eftre ra- 
pelé par l'Abbaye , fi ce n'eft pour le faire ou Procureur ou Prieur de Communauté i 
& l'Abbé de Montfort dit que le Chapitre de Rennes ne pourra élire Prieur, foit le 
Procureur , foit le Prieur de la Communauté ; de dire fi le Chapitre de Rennes avoir 
originairement l'élection du Prieur de St. Morand,ou fi cette élection lui fut concédée 
parle titre de 1224. de dire encore fi le Prieur défervoit originairement fon Bénéfice 
dans la Cathédrale de Rennes ou dans fa Chapelle,c'eft ce que l'éloignement des temps 
ne permet pas i mais ce qu'il y a de feur, eft que le titre de 1224. n'efl point le 
primordial , & celui de la fondation du Prieuré. 

Qu'on life & qu'on relife ce titre, on n'y trouvera que ces deux points - ci. 
Le premier eft le don de la Cure de Bourg-des-Comptes à l'Abbaye de Mont- 
fort, à condition qje le Curé fera part de fon temporel aux deux Chanoines 
de cette Abbaye, 1 efidens Se defervans en la Cathédrale de Rennes; l'un quali- 
fié Prior & Prêtre , l'autre qualifié Sociut , & feulement dans les Ordres (Acrez, 
Le fécond eft une limitation du rapel des Prieurs en la Communauté de TAb-* 
baye , & dans cette limitation il n'eft point parlé du Compagnon ou Sociits du 
Prieur, on le laine comme il étoit auparavant ; c'eft-à-dire, fujet au rapel en 
fa Communauté dans tous les cas indiftindlement. La raifon en eft , qu'il ne de- 
voir pas être Prêtre , mais feulement dans les Ordres facrez, & alter akerius fa- 
cri Ordinis ; il n'étoit donc le Compagnon qu'en attendant qu'il fût poun'ù au 
Sacerdoce, & lorfqu'il étoit Prêtre on le rappelloit à la Communauté. 

Si le titre de 1224. ne parle point de ce Compagnon dans la limitation du rap- 
pel, il n'en dit rien autïi après cette limitation , & il oublie même le Prieur, dont 
il finit de parler en ces termes : tune alias modo fupra feripto in Ecclefia nojîrâ fer- 
viturus ab Abbatià Prior fubjiituetw ; c'efl-à-dire , qu'en cas qu'il y ait lieu de rap- 
peller le Prieur en fa Communauté , un autre fera fubltitué à fa place , par cet- 
te même Communauté de l'Abbaye. 

Le Confeil de M. de Rennes qui voudrait que le titre de 1224.fi.1t celui de la 
Fondation du Prieuré de St. Morand , le fait parler de ce Prieuré dans toutes les 
claufes qu'il contient jufqu'à fa fin : mais ces claufes n'ont rapport qu'au Cu- 
ré de Bourg-des-Comptes , & elles commencent par ces termes : hanc autem in* 
fiitutionem , & non pas ftibfiitutionem , comme on l'a mis dans le titre imprimé à 
la fin de la production de M. de Rennes. Ce changement de mot, infiitutionem 
en celui defubjlitutionem eft remarquable , parce que s'il y a fubftitutionem , le titre 
parle du Prieur de St. Morand , 61 s'il y a infiitutionem , il parle du Curé de Bourg- 
des-Comptes , mais certainement il y a inftitwiottem , & pour le prouver , on pro- 
duira ici une copie du titre de 1224. collationnée fur l'original, contradictoire- 
ment avec le Chapitre de Rennes , par le Lieutenant du Préfidial , commis à cet- 
te fin, par Ordonnance du 4. Septembre 1634. 

On produit donc ladite copie avec ladite Ordonnance en tète f dûement chiffrées. 

Le changement qu'on vient de rémarquer d'un mot en un autre , n'a pas fuflï 
au Confeil de M» de Rennes , pour donner au titre de 1224. un fens qu'il n'a pas, 
il a fallu encore qu'il ait traduit ces termes qu'on a déjà rapportés , qui miffus 
Prior non nifi requifito & habito eonfenfu Capituli Rhedonenfts poterit revocari , en ceux- 
ci , lequel Prieur fera révocable ad nutum du Chapitre , comme s'il n'avoit pas dû 
voir que le mot revocari ne fignifie que rappeller , en l'endroit où il eft employé; 
Mais le rappel, ainfi qu'on l'a déjà dit, étoit en faveur de l'Abbaye de Mont- 

B 



^ ■— ^^^^^^^^^^^^^^^^^^mmn. 



/ 



fore v il fut limité à certains cas, fa limitation fit Ifc fujet de ÏA&e de 1224, Br 
elle ne changea point la nature du titre qui étoit perpétuel. La perpétuité du 
titre n'empêche pas en effet la révocabilité des Titulaires ad nutum des Supérieurs, 
fur tout dans les Bénéfices réguliers : & aujourd'hui que cette révocabilité n'eft 
plus fï commune , nous la voyons encore dans les Cures de la Congrégation de 
France , 61 de Prémontré , qui font au nombre de plus de 1 200, & dont on ne 
conteftera pas que les titres foient perpétuels. Si le titre de Prieuré de St. Mo- 
rand paroiflbit , on y voiroit une perpétuité bien établie ; mais à défaut de ce ti- 
tre , qu'il (oit permis de raifonner par des prefomptions de Droit. 

La première eft , que fi le Prieuré de St. Morand n'avoit pas été érigé en titre 
perpétuel, il n'auroit jamais été doté auffl avantageufement qu'il paroît l'avoir 
été dans fon origine. La féconde eft , que dès Tan 1 2 24. on n'auroit pas affujet- 
ti le Curé de Bourg-des-Gomptes à lui faire part à perpétuité du temporel de 
fon Bénéfice , & cette part ne fe feroit pas transformée dans la fuite des temps, 
dans une rente perpétuelle de 14. liv. La troifiéme eft, que fi ce Prieuré avoit 
été une fimple Servitorerie , félon que ïe veut le Confcil de M. de Rennes , il ne 
fe feroit pas maintenu pendant 5. à 600. ans, &. on ne lui auroit pas uni des 
Fondations - à titre perpétuel, ainfî qu'on le va voir. 

En effet, le 8. d'Aouft 1227. Guillaume Berranger , Seolaftiquc en la Cathé- 
drale de Rennes, ayant propffé à l'Abbaye de Montfort une fomme de 100. liv. 
pour faire défervir une Fondation en la même Cathédrale , par le Prieur & fon 
Compagnon ; l'Abbé de Montfort & fes Religieux qui voulurent bien concourir à la 
Fondation , acceptèrent les cent liv. & affignerenc à perpétuité' au Prieur & à fon 
Compagnon, qui, l'un ou l'autre] a déferviroit,deux partiesde toutes leurs Dîmes de 
Langan ; voici l'acte , c'eft l'Abbé de Montfort qui parle : IJmverJitari vejrr& no- 
tum fie ri pmfenti feripto voktmus nos com-mmi affenfa & unammi affignaffe nojlro Priori 
Rhedonenfi & Confocio ipfius ^duas partes totius Vecintœ bladi de Parrochiàde Langan , 
ad itfum & fervitium Capellmim D. Guilldmi Berengaris dcfunëîi quondam magiftri 
Scbolaris Rkcdonenfis , ex cujus clemojinâ propter hoc hahuimus centum libras , qnam 
CapeUaniam Prior vel Confocius ejufdem in Eccieftâ Rhedonenfi defervire tenebitur. 

Cet acte également que celui de 1 224. qualifie le Titulaire du Prieuré de St. 
Morand , Prior nojler Rhedonenjis , & il prouve qu'une Fondation fut adrefîee à 
l'Abbaye de Montfort , pour être unie perpétuellement au Prieuré. 

On a donc vu dans ce Prieuré un Bénéfice confiderable , foit parraport au Titu- 
laire deftiné pour le remplir , foit par rapport à fa première dotation , foit enfin 
par rapport aux unions qu'il a reçues; maintenant il faut examiner s'il eft vrai, 
comme M r . de Rennes paroîc le croire , qu'il ait été fondé par fon Chapitre , qui 
ayant befoin de fujets propres à édifier le peuple dans la célébration de l'OiEce 
Divin, a appelle quelques Chanoines Réguliers àfonfecours. 

Une obfervation que le F. Nivet a déjà faite doit fe rappeller ici , c'eft qu'il n'y 
a perfonne qui en raifonnant concluamment , puîné préfumer que le Chapitre de 
Rennes ait doté le Prieuré de St. Morand d'un Fief, & d'une JurifdicTion de l'éten- 
due qu'on a remarquée ; car enfin , fans rappeller ici que ce Fief eft dans la mou- 
vance du Roy , fans rappeller encore que les Chanoines de Rennes n'ont en par- 
ticulier aucuns Fiefs , c'eft que le Chapitre , fous prétexte de fon droit d'élection , 
ayant foûtenu qu'il avoit doté le Prieuré,fut débouté par Arreftdu 1 5. Février 1690. 
Avant cet Arreft & depuis , les Prieurs de S. Morand ont rendu aveu en parti- 
culier du temporel de leur Bénéfice à vôtre Majefté ; ils ont joui de ce temporel 
comme d'un bien qui leur eft privatif, ils l'ont défendu feuls contre les attaques 
c'es Fermiers du Domaine ; & l'on verra tantôt qu'ils fe font fait maintenir par 
Arreft du Parlement de Paris contre le Chapitre, même dans leurs droits hono- 
rifiques ; tant il eft vrai qu'ils n'ont jamais été dans fa dépendance. 

D'ailleurs , fî le Prieuré de S. Morand depuis fa dotation a reçu quelques ac- 
croiflemens, il les tient de la libéralité de particuliers ; l'accroifiemenr de 12Z4. eft 
de l'Evêque Jean, qui pour rendre le Titulaire du Prieuré plus fiable à l'avenir, 
donna à l'Abbaye de Montfort la Cure de Bourg-des-Comptes ; l'union qui fut faite , 
en r 227, eft l'ouvrage de Beranger & de l'Abbaye, qui concoururent ; l'un en don- 
nant 100. liv. & l'autre en aflignant deux parties déroutes les Dîmes de Langan i 
Pour le prouver on produit ici le titre de 1227. dûment chiffré. 
Enfin fî le Chapitre avoit été le Fondateur du Prieuré , 8c qu'il eût été maître 



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d'en éteindre du d'en confèrver h titre;, les unions de 1224; & 1227. h'âuroienï 
pas été faites à 1 Abbaye de Montfort » afin qu'elle les rapportât ( s'il eft permis 
de parler ainfi ) au Prieuré , on les auroit adreflees au Chapitre de Rennes. 

Ce ferait ici le lieu d'examiner quelles étoient dans leur origine les obligations 
du Titulaire du Prieuré de S. Morand , fi on n'avoit pas promis de prouver dans 
un Chapitre particulier qu'elles ont été remplies : puifqu'on s'eft donc propofé de 
les examiner feparément f on n'en dira rien icy » fi ce n'eft , que foit dans le titre 
de 1224. foit dans celui de 1227. foit enfin dans les aveus que les anciens Titulai- 
res ont rendu i Sa Majefté , il n*eft point parlé de Mettes : au contraire , toutes 
les obligations fe trouvent bornées à la refidence , à Tafliftance aux heures Cano- 
niales en la Cathédrale de Rennes , & à des Prières & Qraifons. 

Il relie de dire en quelle forme le Prieuré de S. Morand a été' pourvu lorfqu'il 
a vaqué, Gette forme ne fe peut prouver que par les provisions ou collations les 
plus anciennes: or la plus ancienne qu'on ait confervée , eft de Tan 1427. elle 
prouve que le Chapitre de Rennes , le Prieuré étant vacant , envoyoit des Dépu- 
tez à Mon fort requérir , nommer 5c élire un fucceûeur , Se que l'élecllon faite , l'Ab- 
bé conférait au fujet élu, Cette forme d'élire & de conférer s'eft perpétuée , de- 
puis 1427. jufqu'à la dernière éleclion & collation du F. Nivet Titulaire actuel, 
& pour le prouver on produit plufieurs élections Se collations , en date des années 
14*7, 1 46 1 . 1462, 1492. 1570. 1578. 1 5&*y. i6u. 1660. 1664. 1677, & i7oSj 
duement chiffrées. 

Le Confeil de M', de Rennes a fait difFerens raifonnemens fur ces élections & 
collations ; tantôt il veut que l'Abbé de Montfort ait ufu*pé le droit de conférer 
en la Cathédrale ; tantôt qu'indépendemment de ce droit , Se à le fuppofer , le 
Chapitre de Rennes puiflfe éteindre le Prieuré de S. Morand, en celTant d'aller à 
l'Abbaye de Montfort élire des fujets ; & tantôt enfin , que fi le Chapitre n'a pas 
le pouvoir d'éteindre le Prieuré , il en foit du moins le Patron. On a déjà réfuté 
une partie de ces raifonnemens » mais comme ils n'ont pas été faits pour le feul ■ 
Prieuré de S. Morand , Se que le Confeil de M r . de Rennes les a encore apli- 
qués à celui de S. Martin, on remet à les renverfer entièrement dans l'expofi* 
tion qu'on va faire des titres de ce dernier. 

Le Prieuré de S. Martin fut fondé le i.dejmvier 123 1. M r . Adam lors Tréfo- 'Wartln* 
rier de la Cathédrale de Rennes , ayant formé ledeflein d'attirer un Prêtre , Cha- 
noine Régulier de l'Abbaye de Paîmpont en la même Cathédrale , où il y en avoir 
déjà trois autres» pour y réfider, affilier à toutes les heures Canoniales, Se y prier s. michpl, i; 
Dieu pour lui Se les âmes de fes père Se mère : mais n'ayant aucuns fonds à ailîgner moundj Si 
pour la fubfïftance de ce Prêtre , propofa à l'Abbé 6c Religieux de Paimpont de 
leur donner fa Bibliothèque , qui confiftoit en quelques Livres de Théologie Ma- 
nuferits , dont il joïiiroit pendant fa vie , retenta tamen jibi ufu Librorum , parce 
que l'Abbé de fon côté afïïgneroit des rentes pour la fubfïftance du Chanoine qui 
déferviroit en la Cathédrale de Rennes , profier affignationcm viélûs a nobis eidem 
Canonico faciendam, c'eft l'Abbé qui parlé. 

L'Abbé Se fes Religieux voulans bien concourir â la Fondation propofée , affi- 
gnerent au Chanoine qui la déferviroit , fa fubfïftance fur leurs Dîmes de Meflac, 
en ces termes : nos adpctitiontm ipfius, ( c'eft duTréforier Adam dont ils parlent ) 
Canonïco Fmsbytero i ut âiximus , triginta quarteria bladi in Décima nojlra de Mcffac 
affignavimus fer rnanum ftrmarioruni nojirorum ftbi annuatirn ad menfuram de Meffhc 
perfolvenda, qui eidem de mandata ad firmariorum, nojlrorum juramento tenebuntur ; ho- 
rum triginta quarteriorum , viginti erunt Jiliginis & deeem avenu. 

Après cet afllgnat , l'Abbé ôc les Religieux de Paimpont expriment la forme 
dans laquelle le Chanoine qui défervira fera élu , quelles feront fes obligations pour 
le fer vice , Se quel fera fon état dans le Bénéfice. Qià Canonicus ad petit wne?n Qt- 
pituti Rhedonenjfs fer/tel infiitittus & in Ecclefiâ Rhedonenji , noble dieque âeferviens ho- ' 
ris debitis & Jiatutis amoveri a nobis non poterit, niji propter exceffus fuos ad quo- 
rum correSlionem in Capitula de Paimpont faciendam evocatus a nobis venire tenebitur 4 
& Ji culpâ ejus exegerit , à nobis poterit amoveri. 

Suivant cette claufe, i°. l'éleîtion du Chanoine Régulier de Paimpont appar- 
tient au Chapitre de Rennes & la collation à l'Abbaye , aâpetitionem Capituli Rhe- 
donenfis injlitutus , dit l'Abbé, 2°. Le Chanoine élu. Se inftitué n'eft tenu qu'à la 
réiidence Se à l'afllftance au Cnteut de la Cathédrale , noble dieque deferviens boris 



i 



m 



s 

debhis&fiatutis. \°. Ce Chanoine ne fera point amovible, fice rfeftpropter exeeflUs 
fuos , 6c encore ne pourra- t'il être révoqué que par F Abbé & les Religieux de Paim- 
pont , aufquels la corredtion de fes mœurs eft refervée ; c'eft là le titre du premier 
Janvier 1 2 j 1. en fa fubftanee , 8c pour prouver, 

On produit ledit titre dûment chiffré, ci cotté. 

Ce titre, comme on le vient de voir , donne l'éleélion du Prieur de S. Martin au 
Chapitre de Rennes, encore que le Chapitre n'eût contribué en rien à fa Fon- 
dation : 8c de~là il eft aifé de juger, que file Chapitre a le droit d'élire le Prieur 
de St. Morand , ce n'eft pas à dire qu'il foitfon Fondateur. Tout ce qu'on en peut 
raifonnablement conclure , eft que le Fondateur de ce Prieuré attribua le droit 
d'élection au Chapitre de Rennes î de même qu'il paroît qu'Adam l'attribua pour 
le Prieuré de S. Martin. 

Quant à la collation , fi elle eft refervée à l'Abbé de Paimpont , c'eft par une 
raifon bien naturelle : l'Abbé 8c fes Religieux avoient concouru à la Fondation par 
l'aiïignat de trente quartiers de bled fur leurs Dîmes de Meflac ; & d'un autre 
côté,pourquoi l'Abbé de Paimpont retenoit-il la collation ? c'eftoit pour marquer aux 
fujets élus dans fon Abbaye , qu'ils ne fortiroient point de fa dépendance , que fa 
puiflànce feroit toujours la même fur eux , quoique pourvus de Bénéfices , & qu'ils 
le dévoient regarder comne leur ordinaire: auflï fe referva-t'il exprefTément la 
correction de leurs mœurs. 

Ce n'eft pas tout encore : la révocabilité du Titulaire du Prieuré de S. Martin 
fixée au cas d'une faute grave , pr opter exceffusfuos , confirme ce qu'on a obfervé au 
fujet de l'adte de 1224. c'eft à dire , que lorfque l'Evêque Jean donna à l'Abbaye 
de Montfort la Cure de Bourg-des -Comptes , il n'eut point d'autre objet que de ren- 
dre les Titulaires du Prieuré de S. Morand , plus ftables à l'avenir : 6c en effet ( 
voicy une fondation de 12 Ji. d'an nouveau Prieur , dont la révocabilité fut encore 
limitée plus étroitement que la précédente , quoique la perpétuité de fon titre foit 
marquée de la façon la plus claire; tant il eft vray que plus on alloit en avant , 
plus on travailloit à limiter les rappels des Réguliers en leurs Communautés , 8c à 
les rendre prefque aufli conftans que les titres de leurs bénéfices êtoient perpétuels. 
La perpétuité du titre du Prieuré de S. Martin eft bien marquée dans l'acte de 
t2ji. 6c mieux encore dans les fubfequens. 

Le 3. de Février de la même année 123 1. la Fondation du premier de Janvier 
ayant été préfentée à Joffelin lors Evêque de Rennes , il l'approuva étant à la tête 
de fon Chapitre , en ces termes : nos ratam habemus & gratam ceiicefltonem & col' 
lationem omnium librorum Theologia M. Adx. Archidiaconi Rhcdonenfts tune exifientis 
Thefaurarii faSiam ab ipfo beats. Maria, de Paimpont , p roui in fiât litterh exprimitnr t 
pro aflignatïone ci? concefftone triginm quaneriorum Bladiad menfuratnde Meffac ar.nua- 
thn percipiendorum in décima quant babet dicta Âbbatia in Parrochiâ de Mefjac , qv.am 
ettam conceffwnem gratam habemus ; qus. trigint a quart tria cèdent ufui & fruëiui cujufdœm 
Çanonici Prcsbyteri de Paimpont , qui tenebhur de fitcceffu temporis ad peîhhnem Caphv.lt 
noftri RJiedonenfis [ubfiituendus , perpétua tenebhur in Eccle/iâ nofirâ Rhedonenfi noble die- 
que koris Canonicis intercfj'e , &in aliquo Oratorio eidem apruAiSio Archidiacono afftgnando 
Aftffam d'iebus jmgidis ( proutfas erit ) celebrare pro feinte animarum ipjius Thefaurarii , 
& patrh , & matris ipjius , & amicorum ejits , & pro anima Magijïri Roberti Salomon , 
de cujus elemofinâ idem Canonîcus habet qua.fdam vineas & quandarn pîateam ante Ecclc~ 
famfanSii Met nui ' parvi , de concefftone nofirâ perpétua poffldendas. 

Cette approbation de l'Evêque Jouelin étant à la tête de fon Chapitre ? eft 
fans doute un vraiDécret d'érection de la Fondation en titre de Bénéfice; 1°. Jof- 
felin y applaudit au don des Livres fait par Adam à l'Abbaye de Paimpont. 
2 . IL déclare avoir agréable la conceffion des \o. quartiers de Bled faire par l'Ab- 
baye au Chanoine qui fera élu. \°. 11 déclare le don des Livres 6c l'aflignat fur 
les Dixmes irrévocables, parce que fon Chapitre élira dans toute la fuite des temps 
un Chanoine de l'Abbaye de Paimpont pour defervir la Fondation , 8c que ce Cha- 
noine recevra fa Collation de l'Abbé, cujufdam Çanonici qui de jheceffu temporit 
ad petit ionem Capital/ Rhedonenfts fubfiiwendus perpetub tenebhur. 

Voilà donc la perpétuité du titre du Prieuré de St. Martin établie par le Dé- 
cret de l'Evêque Joflelin. Les termes, perpetub &defucccffh temporis, répétez d i- 
verfes fois , en font une preuve. Voilà encore l'éleétion attribuée au Chapitre 
de Rennes, des Titulaires du Prieuré, Ôi la Collation donnée à l'Abbé. Le 

Confeil 



? 

Confeil de M. de Rennes a feint , U eft vrai , de ne remarquer ni là perpétuité dii 
titre, ni l'élection, ni la Collation ; & il s'eft uniquement attaché à la claufei qui 
femble impofer au Titulaire du Prieuré l'obligation de dire la Meflè chaque jour 
de la femaine : mais on efpere faire voir , loriqu'on prouvera que toutes les char- 
ges de la Fondation ont été acquittées , que l'obligation exprimée dans le Décret 
d'érection , n'eft pas formelle , & qu'elle eft feulement relative au ritre de la Fon- 
dation ; c'eft-à-dire , qu'elle n'oblige le Titulaire qui fera élu à dire la Meffe , qu'au 
cas qu'il le foit déjà parla Fondation i auffi. le Décret porte-ï'il/rowf ./à* erit,& 
pro ut in fuis littcris exprimitur. 

C'eft une réflexion qu'on fait toujours par avance : une autre qui vient endore bîert 
naturellement , c'eft que le Prieur de St. Martin, qui par le Décret femble être obli- 
gé de célébrer la Meffe , pour l'âme de Robert Salomon , duquel il avoit une 
place avec quelques Vignes devant l'Eglife du Petit St. Melaine , fe trouve au- 
jourd'hui dégagé de cette obligation j parce qu'il n'a plus ni les vignes , ni la place. 
Le Chapitre de Rennes les a ufurpées fur lui, il y a bâti des maifons ; ce font celles 
qu'on voit dans la rué du Four du Chapitre , dont une eft occupée par le fieur 
Abbé du Guerfans , Chanoine , & eft fituée vis-à-vis une maifon nouvellement bâ- 
tie par le fieur Degennes Vauduél , fur l'emplacement de l'Eglife appellée le Petit 
S. Melaine. 

Le Décret d'érection * outre les Méfies dont on vient de parler, ajoute encore j 
qu'Adam premirement Treforier , fit lors Archidiacre de Rennes, alignera un Ora- 
toire au Chanoine qui fera élu : Et in aliquo Oratorio eidem à pr&diBio Archidia- 
cono affignando. Adam qui dans fon defiein de fonder , avoit plus compté fur la 
providence que fur fes facultés , n'avoit point d'Oratoire à donner ; il eut recours 
au Chapitre , de Rennes , qui du confentement du Recteur de St. Eftienne 8c de 
fon Vicaire , donna une Chapelle bâtie près la Cathédrale , fous l'invocation dé 
St. Martin, mais fans aucuns revenus y attachez. Ce don fut fait en 1237. fit 
directement adreffé à l'Abbaye de Paimpont , pour avoir fon effet à perpétuité j 
il eft le feul qu'on rémarque avoir été fait par le Chapitre de Rennes , fit le ri** 
tre qui en parle , porte ces termes : Ecclefiam Sancli Martini de Civitate Rhedonen*- 
fi qu& confiait in Parrûchiâ SanSli Steçhani perpétua habendam -, Pour le prouver S* 
ce que deflus. 

On produit le Décret d'érection du 3. Janvier 123t. & l'Acte de 1257. 

Le Confeil de M. de Rennes dit, qu'en l'an 1257. l'Abbé & les Religieux de 
Paimpont. ratifièrent avec le Chapitre de Rennes la Fondation fit l'érection dit 
Bénéfice , ou Prieuré de St. Martin, 8t qu'ils s'obligèrent de remplir toutes les 
charges ôî conditions portées dans l'érection ; mais il s'eft trompé à la lecture de 
l'Ade de 125 7. qui n'eft qu'une fimple quittance donnée par l'Abbé 8c les Reli- 
gieux de Paimpont j de la Bibliothèque d'Adam qui venoit de mourir , fit qui, com* 
me on l'a rémarqué, s'étoit refervé l'ufufruit de fes Livres pendant fa vie. 

11 prétend encore que M. de Marillac j l'un des Prédeceflèurs de M. de Rennes a 
uni au Prieuré de St. Martin une petite Chapellenie , dite de Dom Raoul Hurel, 
chargée d'une Mefïè baffe pour le Lundy de chaque femaine ; mais fi cette union 
eft réelle , pourquoi ne l'a-t'il pas produite ? il a dû voir que le F. du Bretiil l'a- 
voit ci-devant demandée dans le Mémoire qu'il prefenta à M. de Rennes , en ré- 
ponfe à ceux du Chapitre ; fit après l'avoir vue * il n'eft pas excufable de la don- 
ner pour confiante , fans l'avoir au moins communiquée. 

Quoiqu'il en foit , depuis la quittance donnée en 1257. delà Bibliothèque d'A- 
dam , on ne voit aucuns Actes qui concernent le Prieuré de St. Martin , jufqu'en 
l'année 1409. que l'Abbé de Paimpont donna un Mandement à fes Fermiers des 
Dixmes de Meflàc, de payer au Prieur les 30. quartiers de Bled, rédevance fixée 
par la Fondation. En l'an 14 18. le Prieuré -vaqua , Si alors le Chapitre députa 
deux de les Chanoines à l'Abbaye de Paimpont , pour y requérir , nommer fit éli- 
re un Titulaire ; l'élection fut faite 6c la Collation donnée par l'Abbé. Depuis 
ce temps on rémarque une fuite d'élections Se de Collations toujours faites eu 
la même forme ; 8c pour le prouver : 

On produit lefdites Elections 8c Collations, en date des années 141 S. 14561 
1467. 1494. 1540. 1559. 1582. 1590. 1625. 1669, 1672. & 1719. avec le Man- 
dement de Tan 1409. 

Tous ces Actes où le Chapitre de Rennes a parlé , portent des reconnoiflàncea 

C 



"" — 



10 

formelles du Droit de Collation , en faveur de l'Abbé de Paimpont. Ils font tous 
uniformes , 6t dans tous on rémarque cette claufe , Canonici deputati pajî ekStio* 
nem rogaverunt Reverendum Abbatem ut eleSlo vd pr&fentato conferret & inJHtueret. 
Sur quel fondement le Confeil de M. de Rennes a-t'il donc pu avancer que l'Ab- 
bé de Paimpont avoir ufurpé un Droit de Collation en la Cathédrale ? ce Droit 
eft aufli ancien que le Prieuré de St. Martin, puifqu'il eft dans fa Fondation, 
& félon les apparences, dans celle du Prieuré de St. Morand, laquelle étant plus 
ancienne, fervit peut-être de modèle > cependant le Confeil de M. de Rennes, fans 
réfléchir à Fexpreffion du Droit de Collation portée dans tous les A&es, n'a pas 
craint de dire que les anciennes provifions des Prieurs , n'étoient autre chofe que 
l'élection du Chapitre fit l'inuallation du fujet élu dans le Chœur de la Cathédra- 
le : pour le prouver il a fait imprimer à la fuite de fa production un AcT:e de 
133 4. qu'il a intitulé, Anciennes Provifions des Trieurs. 

S'il avoit plu au Confeil de M. de Rennes , de lire avec quelque forte d'atten- 
tion l'Acte de 1334. il n'y auroit vu qu'une fimple procuration donnée par le 
Chapitre de Rennes à Jean Colaffe , de mettre Guillaume de Parteneyo en polïèf- 
fion de fon Prieuré. IL lé ferait même apperçù que cette procuration qu'il don- 
ne fous le nom de proviûon, réfère la dépuration 8t l'élection faite par fon Cha- 
pitre, de Guillaume de Parteneyo, aufli bien*que la Collation donnée par l'Abbé, in 
diclo Prioratu Çanonicc injiitutus ad petitionem , cleëlionem & nominationem nojhram. 
( C'eft le Chapitre de Rennes qui parle \ ) S; par cnnfequenr le Confeil de M. 
de Rennes prouve donc conrre fon intenrion, que dès l'an 1334. fon Chapitre 
alloir dans les Abbayes, requérir & choifir un lujet auquel V Abbé conférait, for- 
me qui s'obferve encore aujourd'hui rrès-fcrupuleufement. 

L'erreur où le Confeil de M. de Rennes eft tombé touchant la forme de pour- 
voir aux Prieurez , a été la fource du plus mauvais raifonnement qu'il ait jamais pu 
faire , le voici. » Si l'amovibilité des Prieurs n'eft pas adnutum du Chapitre de Ren- 
» nés , du moins le Chapitre a-t'il un moyen très-naturel d'éteindre leurs Bénéfices ; 
» il n*a qu'à ceiTer d'aller chercher du fecours dans les Abbayes , fit de s'y préfen- 
» ter pour élire des fujets, car (continue le Confeil de M. de Rennes) s'il eft die 
x dans les titres fit fpecialement dans celui de 1224. que les Abbayes ne pourront 
» révoquer leurs fujets fans le confentement du Chapitre de Rennes , il n'eft pas 
» dit que le Chapitre ne pourra les congédier malgré les Abbayes, 

Si le Chapitre de Rennes ceffoit d'aller dans les Abbayes requérir & élire 
des fujets dans les <S. mois de la vacance , il perdrait fon droit d'élection prûhac vice , 
& les Abbez collât eurs nommer oient & conféreraient en même temps j par cette 
voye naturelle , le remède qu'on aporteroit au refus du Chapitre de Rennes , fe- 
rait bien prompt ; feroit-il efficace ? on n'en peur douter , lorfqu'on refléchit. i°. 
Qu'à fuppofer que ce ferait le Chapitre de Rennes qui aurait appelle les Prieurs 
pour aider au Service Divin , il n'en refuîteroit pas qu'il pourrait les congédier 
ou les fu primer, étant de maxime endroit, que, qu& fuerunt ab inhio vohmtatis , 
fiuntvx pojl facto necejfuatis. 2°, Que s'il n'eft dit dans aucun acT:e , que le Chapitre de 
Rennes ne pourra congédier les Prieurs malgré les Abbayes , c'eft que les titres 
de leurs Bénéfices étans perpétuels , rejettoient toutes idées d'extineftion , ou de fa- 
culté de renvoyer les Titulaires » & il n'étoit pas befoin d'exprimer que le Chapi- 
tre de Rennes ne pourrait faire un acte contraire au titre des Bénéfices f il n'en 
étoit pas de même de la liberté que les Abbayes vouloient fe conferver , de rap- 
pelle r à elles les Titulaires , il falioit la retraindre â certains cas , parce qu'elle 
étoit de droit , elle fut donc limitée en faveur du Chapitre dé Rennes , mais lors 
de cette limitation , qui ne touche en rien au Prieur de St. Martin , le Prieur 
de St. Morand qu'elle regarde uniquement , exiftoit déjà , il étoit déjà titré Prior, 
le titre de fon Bénéfice étoit perpétuel , & fans cela , le Chapitre de Rennes ne 
fe ferait pas embarane de la fréquente mutation des Titulaires. 

Au refte , à fuppofer poffible le renvoy des Titulaires en leurs Abbayes , en ce 
cas , les Abbayes feraient bien fondées à reprendre les revenus qu'elles ont ori- 
ginairement aflignés pour leur fubfiftance ; car comme le temporel des Prieurez n'a 
jamais été formé du temporel de l'Eglife Cathédrale de Rennes , il ne ferait pas jufie 
que le Chapitre, par fon propre fait , pût fe procurer l'accroiflement de biens qu'il 
n'a jamais eus ; le Confeil de M. de Rennes cite l'axiome Patronum facitmtdos 
ndificatio fundus , fie il en conclut', que ft le Chapitre de Rennes a le droit de 



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It 

dViedâon , il eft le Patron des Prieurs qui font cenfez tenir de lui les biens dont 
ils joiiilïènt f cet argument auroit quelqu'apparence , û l'on ne voyoit pas que le 
Prieur de St. Morand n'a point été doté par le Chapitre de Rennes , & , à vray 
dire , il neft pas poffible que ce Chapitre cite un temps , quelque reculé qu'il foie , 
où il fe foit dépoiiillé d'un Fief & d'une Jurifdi&ion considérable , pour les don- 
ner à un Religieux ; d'un autre côté, les unions faites à ce même Prieuré l'ont été de 
tonds de particuliers , qui s* adre lièrent directement à l'Abbaye de M ontfort , laquelle 
voulut bien concourir avec eux ; enfin la Fondation du Prieuré de St. Martin 
fut l'ouvrage d'Adam & de l'Abbaye de Paim pont, qui concourut avec lui ; fi le 
Chapitre de Rennes a néanmoins le droit d'eleétion à ces Prieurez , il eft fenfi- 
ble que ce droit ftipulé dans les a&es en fa faveur , lui vient de la pure libéra- 
lité des Fondateurs , qui , d'accord avec les Abbez collateurs , voulurent bien le 
lui attribuer, parce qu'encore qu'il n'eut rien mis du lien pour ibnder le s Prieurez, 
il fembloit toutefois jufte, qu'il ne vît pas dans la Cathédrale des fujers qui auroient 
pu ne lui pas eftre agréables. 

De tout ce qu'on a obfervé ci-deffus , il refaite donc que les Prieurez de 
St. Morand & de St. Martin , Réguliers d'origine , ont toujours été pofièdez par des 
Réguliers, qui n'ont jamais dépendu que de leurs Abbayes, lefquelles leur ont 
donné les biens neceffaires pour remplir l'intention des Fondateurs , Se fe font 
refervez toute autorité fur eux , même la corredtion des mœurs ; que Iefdits 
Prieurez font actuellement attitrez à des Chanoines Réguliers de la Congréga- 
tion de France, & qu'ils ont toujours été regardez comme de vrais Bénéfices» 
même dès leur origine , jufques-là que dans les années 1224. & 1227. on unit au 
Prieuré de St. Morand , 6c une portion du temporel d'une Cure & une Fondation. 

A ces circonftances il faut ajouter, que les Titulaires des Prieurez n'ont rien 
de commun avec les revenus du Chapitre de Rennes, la manfe de ce Chapitre 
étant feparée , qu'ils payent leurs Décimes en particulier , font leurs déclarations 
au Clergé en particulier , n'ont aucun gros du Chapitre , & ne participent qu'aux 
rétributions manuelles pour l'Office où ils affilient, & pour le prouver, 

On produit deux extraits de leurs quittances de Décimes. 

De pareilles circonftances jointes aux titres , ne permettroient pas, à vrai dire, de 
penfer que le Confeil de M r . de Rennes réfnfe ferieufement le titre de Bénéfices 
Réguliers , aux Prieurés de S. Martin & de S. Morand, s'il ne citoit pas des Au- 
teurs pour les dégrader Stles mettre au rang de {impies Swvitoreries, En appellant 
des Auteurs à fon fecours, il marque que le terme de Servitorerie ne lui eft point 
cchapé au harfard , parmi bien d'autres ; il faut donc lui remontrer fon erreur. 

Sans qu'il foit befoin de remonter à l'origine des Bénéfices , ni d'en donner une 
définition , ce qui ferait afïèz difficile , vii que tous les Auteurs font differens en 
ce point , on conviendra avec le Confeil de M. de Rennes, qu'un Bénéfice ne peut 
être érigé en titre , fans un Décret de l'Evêque ; iln'étoit pas necefiaire , que pour 
prouver cette proposition , il fe fût mis en dépenfe de recherches , elle eft. triviale : 
mais une 'autre maxime qui n'eft pas moins triviale , eft que l'érection d'une Fon- 
dation en titre de Bénéfice , fe préfume par la longue poflèflîon des Titulaires qui 
en ont été pourvus fuccellïvement ; Vanefpen , Pyrrhus Corradus & Cabafiutius 
citez par M. l'Evêque de Rennes ne l'ont pas niée. 

Cette maxime eft tirée du Chapitre 5. cum Bénéficia de Pmbend. in fexto , il eft 
qu eft ion dans ce Chapitre de fçavoir fi un Bénéfice dont on ne voit pas le titre , 
doit eftre préfumé Séculier ou Régulier ; le Pape Boniface VIII. décide que dans le japon. 
doute il doit eftre préfumé Séculier ; le motif que les Auteurs donnent à la décifion 
de ce Pape , eft que S. Pierre étoit Séculier ; mais fans examiner le motif de la dé- 
cifion , on voit toujours que Boniface VIII. & tous les Canoniftes après lui , ont 
jugé qu'un Bénéfice dont le titre ne paroiflbit pas , n'en étoit pas moins Bénéfice , 
il n'y a eu de doute que pour fçavoir s'il feroit préfumé Séculier ou Régulier. 

Comme ce doute auroit pu renaître & caufer beaucoup de troubles entre les Sé- 
culiers & les Réguliers , Boniface VIII. porta fa décifion plus loin ; il ne fe conten- 
ta pas dédire queindubio ôrnne Beneficium pr&fumhur Semlare , il ajouta que tout 
Bénéfice qui pendant les 40. ans derniers auroit été poffèdé par des Réguliers » 
feroit cenfé Régulier ; & que de même il feroit cenfé Séculier , lorfque pendant les 
40. ans derniers il auroit été pofTedé par des Séculiers. 

Si le Pape Boniface avoit crû , comme le Confeil de M r . de Rennes , que tout 



RIBUEFE. 



■ne 



■•N "12 

Bénéfice dont le titre primordial ne paroît pas , eft une fimpIeServitorerie* il n au*- 
roir point établi la prescription des 40. ans, il n'en auroit pas fait une règle qui 
fait perdre aux Bénéfices leur première nature ; c'eft cette règle qui a porté M** 
de Selve au commencement de Ton Traité des Bénéfices , à dire que tout Bénéfice 
Ecclefiaftique fe reconnoît à trois marques qui en constituent l'eilènce. i° Bene- 
ficium conjtjiit in habilitate & in pcrfonâ qu&frovidet, z°, Inperfonà cui providetur, J°» 
în qualhate ipfius Beneficii. 

En expliquant ces trois conditions , il dît qu'il eft necefïàire que la perlbnne qui 
pourvoit foit Evêque ou Prélat Eccleliaftique : ad Ldicum autem illud non potefl per* 
tinere , nifi ex certo prhilegio Papali i qu'il faut que le pourvu foit Clerc , Ô£ qu'il 
faut que le Bénéfice , pour qu'il foit cenfé Eccleliaftique & érigé en titre, ait quel- 
que chofe de fpirituel qui lui foit annexé : unde pr opter âivinum Officium datur Ec* 
clefiajlicum Beneficium, 

M r . de Selve n eft pas le feul qui ait établi les marques qui diftinguent un Béné- 
fice d'avec une fimple commiflion ou Servitorerie. Bengis & Pinfon difent au §* 
3 1, titre de divijione Beneficioram , nombre 6. que la fujcdtion au payement des De- 
cimes , diftingue le Bénéfice d'avec la commiflion , 8c ils citent à ce fujet les Hôpi- 
taux pour exemple : Hofpitalia non cenfentur Bénéficia ex hoc quod Decimarum prœjla» 
tïoni non funt obnoxia. 

Mais fuivant la plus commune opinion , les marques les plus enentielles d'un 
Bénéfice érigé en titre , font ; la première , quand il faut être Prêtre ou du moins 
Clerc, pour pouvoir poffeder & défervir le Bénéfice; la féconde, quand celui qui 
pofiede eft obligé à certain Service divin ; la troifiéme, quand la provision eft per- 
pétuelle & n'eft point revocable ad nutum ; enfin la quatrième t quand le. Bénéfice 
eft dcfervi dans quelque grande Eglife & non dans une Chapelle. 

Toutes ces marques fe rencontrent dans les Prieurez de St. Martin & de St." 
Morand , pour leur donner le titre de Bénéfices Ecclefîaftiques i c'eft un Abbé qui 
y pourvoit , les Pourvus doivent eftre Preftres , ils font tenus à certain Service 
Divin, puifqu'ils font tenus d'affûter à toutes les heures du Chœur, ils défervent 
dans une grande Eglife , leurs Provi fions font perpétuelles & non-revocables ; 
mais quand elles feroient revocables , cela ferait indiffèrent , étant ici queftion de 
Bénéfices Réguliers > au furplus , les Pourvus payent leurs Décimes en particulier , 
fur leurs revenus qui leur font particuliers , fît ils ont un avantage qui les met 
au-deflus de toutes les circonftances qu'on vient de raporter ; ils prouvent, c'eft- 
. à-dire le Prieur de St. Morand , que dans le fiécle 1 200. on a uni à fon Béné- 
fice une Fondation , fans parler que fes revenus furent accrus d'une portion du 
temporel de la Cure de Bourg-des-Comptes ; or il eft de principe , qu'on ne peut 
pas unir à un eftre de raifon ; & qu'il faut même que l'union fe fane du plus 
petit Bénéfice au plus grand ; d'où il s'infère , que l'union feule prouveroit le 
titre de Bénéfice , en faveur de ce Prieuré. 

Cependant le Gonfeit de M. de Rennes înfifte encore , & il cite un Arreft du 
Parlement de Bretagne , qu'il dît avoir jugé que la Chapelle du CaiUet ,' indépen- 
demment de toutes Collations , Inftitutions St Vifats , n'étoit point un Bénéfice , 
n'étant pas décrétée par l'Evêque ; il ajoute , & ceci n'eft pas tolerable , que lï 
les Evêques fes prédeceffeurs avoient érigé les Prieurez en titre de Bénéfices , ils 
en fe roient demeurez Collaceurs. 

On ne voit pas tes circonftances de l' Arreft de la Chapelle du CaiUet ; le Confeil 
de M. de Rennes les raporte comme il lui plaift ; mais fans doute que le Sr. du 
Pleins Bardoul Préfentateur avoit fes titres domeftiques Se particuliers , qui firent 
connoître au Parlement quelle étoit la nature de la Chapelle , & que l'inftîtution 
de l'ordinaire , fi elle avoit jamais été requife , n'étoit point neceflaire au prefen- 
té, qui n'étoît qu'un fimple Chapelain domeftique ; en effet, il ne paroît pas que 
ce Chapelain payât les Décimes , il défervoit feulement une petite Chapelle uni- 
quement fondée pour le Service d'une maifon particulière, ce que les Canoniftes 
appellent Altare fimplex j quelle comparaifon ya-t'il donc à faire de cet Autel fim- 
ple à des Prieurez aufquels on a uni des Chapellenies , qui font impofez aux 
Décimes , qui fe défervent dans la Cathédrale , & qui depuis leur origine con- 
nue , ont toujours été pourvus dans la même forme ? 

Lorfque M. l'Evêque de Rennes dit, que fi fes prédeceffeurs avoient érigé les Prieu- 
rez en titre de Bénéfices, ils en feroient demeurez collateurs, il ne refléchit pas que 

fuivant 



•Éfl 



1 



fuivant tous les Canoniflcs , la Collation participe plus du temporel , que du fpi- 
rituel i que de là vient que des Laïques même l'exercent * m agis ttmf orale quid 
fétpie Coltmio B&tcjiciorutn quant fpirituale ; unde ncc illudnovum ejl^plurcs La'icss (J 
Çollationis Bénéficia gaudere , difent Pinfon & Bengis §°« âecimo quarto »°. iS. thufa 
de modis acqulrcndi Benâjicîti ces deux Auteurs en parlant des collateurs Laïques } 
citent les Comtes de Flandres , les Rois d'Angleterre Si autres qui confèrent eux- 
mêmes les Bénéfices. M. de Selve en raportant les marques d'un Bénéfice en 
titre , dît qu'il doit cltre conféré par un Evoque ou Prélat Ecclefîaftique , vei 
Pralato &cdefir>Jlico. Les Princes , les Evêques & les Abbez ne font pas les feuls 
Collateurs } perfonne n'ignore que la Communauté Régulière de St. Denis en Fran- 
ce a plus de 300. Bénéfices à fa Collation > mais , pourquoi cette Collation appar- 
tient-elle tantôt à des Laïques , tantôt à des Abbôz , Si même à des Commu- 
nauté z Régulières ? c'eft, difent les Canoniftes, parce que le droit de Collation 
efl temporel j & autrefois les Evêques Se Ica Abbez ne pouvoient l'exercer que 
du confentement de leurs Chapitres :Jèd Abbates & Epij'copi çr&fcripferunt contra 
Capitulum, dit du Moulin fur la règle de infirmis num. 5 7. Si les Abbez de Mont- 
fort & de Paimpont confèrent donc les Prieurez qui font membres de leurs 
Abbayes , eft-ce une preuve que ces Prieurez n'ayent pas été érigez en titre de 
Bénéfices, & doit on en conclure que la longue poiïèilion des Titulaires ne fafie 
pas préfumer l'érection ? 

De tous les titres de la Société Civile , celui d'une pofTefîïon immémoriale efl 
le plus inconteflable , & le plus allure ; toutes les Loix le foutiennent & le 
défendent, & plus en matière Benenciale qu'en toute autre ; la raîfon en eft, 
qu'on ne peut le laiffer égarer dans les fiédes éloignez , pour aller feindre des 
deffauts ni des vices dans le commencement d'une poiTeffion , laquelle efl demeu- 
rée hors d'atteinte durant la révolution de plufieurs fiécles ; il Faut s'arrefterau 
fait de cette pofTeffion , comme à une barrière qu'on ne peut franchir \ iï l'onpaue 
ces bornes, la Religion fondée fur l'autorité des exemples qui font la tradition, 
n'a plus de règles affurées ; les Loix fondamentales de l'Etat feront ébranlées, 
parce que par cette înquifùion , qui fera ouverte fur ce qui s'efl fait dans les 
ïiécles pafïèz,on ne manquera pas de prétexte pour tout remettre en conteftation. 

Le Confeil deM.de Rennes ne s'attendoit pas fans doute que les confequences 
de fon raisonnement ré jailli roi ent fi loin ; fon objet éroit de prouver que les Evê- 
ques peuvent feuls ériger des Fondations en titres de Bénéfices ; Si il ne penfoit 
pas qu'en attaquant la force de la poffèflion , il alloit renver fer toutes les Loix. 

Au refle , les Prieurez de St. Martin & de St. Morand ne fe maintiennent 
point par la force de la feule poiTeffion, accompagnée de toutes les circonftan- 
•ces qui font préfumer le Bénéfice érigé , ils font foùtenus de titres ; l'un a fa 
Fondation , Si le Décret d'érection de J'Èvêque Joflelin étant à la tête de fon 
Chapitre s l'autre fait preuve qu'il avoit dans fon origine une grande Maifon , 
une Chapelle , un Fief & une Jurifdietion très-confîderable , Si que dès le fiécle 1 200* 
fes revenus furent augmentez par une portion du temporel d'une Cure , St par 
l'union d'une Fondation , tant il eft vrai , que dès-lors il avoit été érigé en Be* 
nefice , avec le titre de Prieuré , fuivant ces termes : Priori nojîro Rhedonen/i. 

Ces deux Prieurez dans leur origine ont donc été fondez pour des Réguliers 3 
ils n'ont reçu aucuns biens que de leurs Abbayes, lefquelles ont concouru avec 
les Fondateurs pour former les Bénéfices j ils ont toujours été Electifs & Collaufs, 
Si toujours pofîedez par des Réguliers , au vu & de l'autorité des Evêques & du 
Chapitre de Rennes ;ce font là des faits certains dont on avoit promis la preuve , 
qui fe trouve maintenant complète » ainfï l'on pafïè à la preuve qu'on a promife 
de l'acquit des Fondations» 

PREUVES QVE LES FONDATIONS ONT ETE ACQUITTEES. 

t 

Quoiqu'on ne voye pas la Fondation du Prieuré de S. Morand , on peut ce- 
pendant connoître quelles font les Charges du Titulaire : le Confeil de M r . de 
Rennes a lui-même tracé la règle qu'il f alloit fuivre pour les découvrir ; & il a 
dit qu'elles étoient exprimées dans l'acte de 1224. qu'il a fait imprimer à la fin de 
fa production, Se qu'il a exprès intitulé Fondation & Charges du Prieuré de Saint 
Morand. Il a eu raifon , car encore que l'acte de 1224. ne foit qu'une union for- 

D 



•7K- 



14 

mec d'une portion du temporel de la Cure de Bourg-des-Comptes au Prieuré de 
S' Morand ; cependant il exprime aflèz bien l'état actuel du Prieur ; il dit que 
ce Prieur doit eftre élu. par le Chapitre de Rennes , qu'il doit eftre Prêtre , 
avoir un Compagnon , réiîder ôc aftîfter à toutes les heures Canoniales , in Ecclefia 
noftrâ ad omnes horas deferviens ; mais il ne parle point de Méfies. De-là il eu aifé 
de juger que le Prieur avant l'an 1224. n'étoit pas tenu d'en dire; il n'y fut point 
aflujetti par l'acte de 1 224. & cet acte , ainfi qu'on l'a obfervé , n'eut pour objet que 
de le rendre plus fiable dans fon Bénéfice , Se moins fujet à être rappelle dans 
fa Communauté. 

Il refte donc devoir fi par l'acte de 1227. qui porte l'union faite de la Fonda- 
tion de Beranger au Prieuré , le Prieur n'auroit point été aflujetti à célébrer quel- 
ques Méfies, Cet acte ne parle point des Charges de la Fondation , il dit feulement 
qu'elle fera dé fer vie en la Cathédrale de Rennes -, 6e il ajoute , qu'elle pourra l'eftre 
par le Compagnon du Prieur, quant Capellaniam Prior vel Confocius defervire tenebitur. 
Or comme le Compagnon n'étoit pas tenu d'eftre Prêtre , qu'au contraire il fem> 
ble par l'acte de 1224. qu'il ne refloit avec le Prieur» que jufqu'à ce qu'il fût 
pourvu au Sacerdoce , il s'enfuit donc que toutes les Charges de la Fondation 
étoient bornées à la réfidence & à une participation aux Prières ou Oraifons. 

Les confequenecs qu'on vient de tirer des actes de 1224. & de 1227. fe confir- 
ment par d'autres actes , dont le témoignage ne peut eftre fufpect ; ce font d'an- 
ciens aveus rendus par les Prieurs de S. Morand à Vôtre M ajefté, de leurs Fief, 
Jurifdiction , Maifons , Chapelle 6c tous autres biens qui formèrent la première 
dotation du Prieuré, ou qui y furent unis. Dans ces aveus qu'on a produits ci- 
deifus , on ne trouve point de Charges impofées aux Titulaires , au-delà du de- 
voir de Prières , Oraifons & obeiffhnce î quoique les Dîmes de Langan provenant 
de la Fondation de Beranger y foient nommément exprimées , lorfque les Maifoni 
& Chapelle du Prieuré furent vendues aux Réligieufes de la Trinité , on expri- 
ma dans le Contrat , qu'elles étoient tenues prochement en Fief amorti du Domai- 
ne du Roy , à devoir de Prières , Oraifons & obéïflance : en cela on ne fit que co- 
pier les termes des anciens aveus, qui furent communiquez avec les autres titres 
aux Supérieurs Ecclefiaftiques , aufquels il incomboit de confcntir à la vente , fil 
qui ne l'auroient pas permife , fi la Chapelle avoit été fondée avec obligation d*y 
dire la Méfie ; du moins ils auroient chargé le Titulaire actuel 6c fes fuccefTeurs 
de la célébrer dans une autre Eglife. Après ces obfervations on peut dire , que foit 
qu'on confidere le Prieuré de S. Morand dans fa première dotation , foit qu'on 
l'envifage dans les unions qui y ont été faites , on ne fçauroit y trouver d'autres 
obligations que des Prières ou Oraifons 6c l'afliftance aux heures Canoniales. 

Cependant le Confeil de M r . de Rennes prétend obliger le Titulaire à quatre 
MeiTes par femaine , fuivant une Sentence rendue en l'Officialité , le 14. Novem- 
bre 140 1. mais l'acte qu'il a produit, Se qu'il appelle une Sentence , eft dans la for- 
me incapable de faire foy en Juftice » c'eft un collationné nouvellement fait , rem- 
pli ^additions en marge , de mots rayés , d'autres rafraîchis 6c de lacunes , vices 
qui rendent la communication de l'Original neceflaire. Cette communication qu'on 
ofe efperer de M r . de Rennes , fera faite pour la première fois au F. Nivet, au- 
quel la prétendue Sentence de 140 1. a toujours été inconnue. 

A la fuppofer vraye cette Sentence , elle n'oblige le Prieur de S. Morand qu'à 
quatre Méfies par femaine ; cependant il fe trouve inferit fur les Regiftres de la 
Sacriftie de la Cathédrale , pour tous les jours de la femaine ; quoique depuis le 14. 
Novembre 140 1. il n'ait reçu aucunes unions ou accroifiemens de revenus. Sou 
infeription fur les Regiftres de la Sacriftie n'auroit point dû eftre faite , quand mê- 
me il aurait été obligé à quelques Méfies ; on en dira tantôt les raifons. Main* 
tenant il fuffit d'obferver que cette infeription & la Sentence de 1401. fedétruifent 
mutuellement , encore qu'elles de vroient s'accorder , puifque depuis l'an 1227. le 
Prieuré de S. Morand , loin d'avoir été augmenté , a foufTert des diminutions. 

Si les Regiftres de la Sacriftie 6c la Sentence de 1 40 r . fe contredifent formelle- 
ment , le Prieur de S. Morand eft en droit de conclure , que pour connoître 
fes obligations , il faut remonter aux plus anciens titres qui paroifient ; ces an- 
ciens titres font une fource pure , au Heu que les nouveaux fouvent altérez ( com- 
me on le verra dans la fuite ) 6c toujours amplifiés fur des titres tenus cachés » 
ne peuvent fervir qu'à répandre de la confufion ; fi on confulte donc les ancien* 



*M 



ï5 

titres, on n'y verra point d'obligations impofées au Prieur de S. Morand, au-delà 

de la réfidence & de l'affiftance à l'Office Divin. 

Pour le Prieur de S, Martin, itne paraît tenu , fuivant l'acte de fa Fondation , qu'à 
la même réfidence & affiftance \ fi le Décret d'éredtion de l'Evêque Joflèlin , fem- 
ble l'obliger à dire la Mefle ftnguUs diebus, c'eft parce qu'il iuppole cette obliga- 
tion contenue dans la Fondation ; auffi porte-t'il ces termes : prout in fuis Litteris 
exprimitur,ëiiine pouvoit en effet impofer d'obligations nouvelles; Or qu'on life tant 
qu'on voudra Pacte de la Fondation du premier Janvier 1231. on n'y trouvera point 
non-feulement l'obligation de dire la Méfie tous les jours de lafemaine, mais encore 
pas un feul jour ; d'un autre côté, fi le Décret de l'Evêque en impofe , ce n'eft pas 
étroitement , mais fimplement , prout fus crit , c'eft -à-dire autant qu'une pieufe re- 
connoifîànce pourra l'exiger du Titulaire. L'obligation de dire les Méfies qui n'eft 
pas abfoluë , fe ferait encore relâchée ( à la fuppofer bien impofée par le Décret d'é- 
reétton ) parce que le Prieur de S. Martin avoit des vignes & une place , cmte Ecck- 
fiam paroi Melanii , qu'il avoit reçues de Robert Salomon , pour l'ame duquel le 
Décret d'éredtion porte , qu'il célébrera la Méfie , 8t qu'il a perdues , par l'ufur- 
pation que le Chapitre de Rennes en a faite. 

Quoique le Prieur de S. Martin ne foit donc tenu de dire aucunes Meflès, il 
n'a cependant jamais omis d'en dire 3. par femaine, ou de les faire dire lorfqu'il 
s'eft trouvé malade; s'il s'eft fixé à J. c'eft parce que fes prédeceffeurs long- 
temps avant lui s'y étoient fixés ; il les a fuivi de bonne foy , il l'a ainfi déclaré à 
M r . de Rennes dans un mémoire qu'il a eu l'honneur de lui prefenter , & après 
cette déclaration , il meritoît d'en eftre crû , on ne devoir pas lui dire affirmative- 
ment qu'il n'a acquitté aucunes Meflès. 

On ne devoit point auffi lui contefter , ni au F. Nivet, la réfidence & l'affiftan- 
ce à l'Office Divin ; car outre que l'un & l'autre ont , à la connoiflànce publique $ 
réfidé & affifté régulièrement ; c'eft d'ailleurs que M r . de Rennes n'a pu les con- 
vaincre en aucune manière d'avoir manqué à remplir ces obligations , & encore 
moins que le F. du Breuil n'ait pas dit les Meflès qu'il a reconnues avoir dites , par 
pure reconnoiffance pour fon bien-faiteur , dans le mémoire dont on vient de parler. 

II eft vrai que M r . de Rennes dit, qu'ayant feiiilleté les Regiftres de la Sacriftie 
pour les Méfies , il a vu que les Prieurs n'en a voient dit aucunes. Il eft vrai en- 
core qu'il dit avoir vu par les Livres de Pointe , qu'ils ont fouvent manqué d'affiner 
â l'Office. Mais les Regiftres de la Sacriftie St les Livres de Pointe , font deux four- 
ces également fufpectes , que M r . de Rennes aurait abfolument rejettées , s'il n'a- 
voit pas été trop prévenu ; on peut même dire par avance , que l'examen des Re- 
giftres de la Sacriftie ( à les- fuppofer fidèles ) étoit bien inutile ; on en dira les 
raifons dans la fuite. Maintenant il faut détailler hiftoriquement quelle eft l'ori- 
gine de ces Regiftres que M. de Rennes a adopté comme des acles probans j ce dé- 
tail fera d'autant plus necefïaire , qu'on y verra quels ont été les procez , que les 
Prieurs ont foûtenu contre le Chapitre de Rennes , & dont M. de Rennes a formé 
une des caufes de fon union. • " J 

En 1 5 20. le Chapitre ayant obtenu une Bulle du Pape Léon X. qui déclara 
quelques Officiers du Bas-Chœur amovibles ad nutum , afin de les rendre plus 
affidus au Service , prétendit s'élever au-defïus des Prieurs Réguliers , & les aflu- 
jettir comme gens â fes gages. Il ne fe déclara pas tout d'un coup , mais peu à peu 
il ufurpa fur eux; enfin il éclata fur la fin du fïécle 1500. 6c au commencement 
du fiée le 1 600. il voulut les dégrader abfolument du rang qu'ils av oient toujours 
tenu. En l'an 14 19. il avoit obtenu Sentence en l'Officialité de Rennes, qui les 
condamnoit à raffiftance aux heures Canoniales , prout tenetur , & prout eis incumbit 9 
il en voulue conclure qu'il avoit fur eux toute Jurifdiction , qu'ils étoient à fes ga- 
ges, & qu'ils ne pourraient s'abfenter fans le congé exprès des Chanoines Séculiers 
leurs Supérieurs. 

La confequence étoit d'autant plus mal fondée, que la Sentence de 141 9. avoit 
été rendue /parties non oûies ni appellées, qu'elle n'obligeoie les Prieurs que pro- 
ut eis incumbit , & que d'ailleurs elle ne pouvoit attribuer un Droit contre la te- 
neur exprefle des Actes de Fondation ; cependant le Chapitre de Rennes , fans 
fonger au principe dont il autoriferoit la confequence qu'il vouloir tirer , fit affi- 
gner l'un des quatre Prieurs au Préfidial de Rennes , pour être condamné d'affi- 
fisr à ?un des quatre Pupitres du Chœur de h Cathédrale 3 & pour lui être fait dé- 



l6 



fenfes de s'abjenter fans le congé exprès des Chanoines Séculiers fes Supérieurs. Cet-» 
te afïïgnation eft de l'année 1596. elle fat donnée à F. le Breton Prieur de Se, 
Martin, qui, au lieu d'expofer fes Droits, allégua qu'il avait été quelque temps ah* 
fent de cette Ville four quelques [ternies affairvs , & qu'il ferait plus exaët à f avenir ; 
il fut donc condamné à la reiïdenec à l'un des quatre Pupitres; fa condamna- 
tion, ou pour mieux dire, fon obeïflànce aveugle , porta le Chapitre à tout ofer 
contre les quatre Prieurs; il fit af ligner le Prieur de St. Denis en 1598. pour être 
aufli condamne à la refidençc à l'un des quatre Pupitres du Chœur île Prieur 
Iaiffa défaut , il fut condamné , les fruits de fon Bénéfice furent faifîs en confe- 
quence , il interjetta appel au Parlement de toute la procédure t 6* bien-tôt 
après il déclara fe défifter pour fe pourvoir au Préûdial , afin dV obtenir la 
main-levée des fruits faifîs ; il l'obtint en effet par Sentence du 29. Février 1600. 
parce qu'il aflîfiei'oit à l'un des quatre Pupitres , G? qu*il ne s'c.bfenterok point a l'a* 
venir , fans le congé exprès des Chanoines Séculiers fes Supérieurs. 

Jufques-là, le Chapitre de Rennes avoit attaqué les Prieurs Réguliers féparé- 
ment , & il avoit éprouvé leur docilité. Cette épreuve le tenta de leur faire fu- 
birun joug plus rude encore; il rendit le 29. Décembre 1637, une Ordonnance 
contre les Coriftes & Muficiens , à laquelle il prétendit foûmcctre les quatre Prieurs; 
les quatre Prieurs ré fu feront d'y obéir , fans cependant fonger à porter leurs plain» 
tes en juftice ; mais en 1647. le Chapitre leur ayant réfufé la diftriburion an- 
nuelle des grands & petits Cuilibets , 6c les ayons dégradé jufqu'à vouloir les fai- 
re paffer après le Soû-Chantre , ils fe pourvurent au Préiidiaï de Rennes, leun 
Abbez y intervinrent pour les faire maintenir dans leurs Droits utiles & Honori- 
fiques ; de-là une procédure monftrueufe fe forma ,& fous l'nulru&ion ils remon- 
tèrent à rOrigine de leurs Bénéfices ; ils firent rapporter en 1648. procès ver- 
bal du Chœur de la Cathédrale , ils en firent même lever un Plan contradi<5toi- 
rement , 6s prouvèrent que leurs Séances n'avoient jamais été à aucuns des Pu- 
pitres. Le Confeil de M. de Rennes qui n'ignore pas que cette preuve a été fai- 
te juridiquement, veut infinuer que les condamnations de refider au Pupitre, 
écoient une forme de prononcer , pour mieux marquer la refidence , mais point 
du tout ; c'écoit, comme on l'a dit, une fujeétion que le Chapitre prétendoit exi» 
ger : enfin les Prieurs prouvèrent qu'ils ne dépendoient que de leurs Abbayes, 
aufquelles la correction de leurs mœurs avoit été expreffément refervée par les 
Aétes de Fondation. 

Le Chapitre de Rennes toujours ferme dans fes projets, tenta de confervef 
par le faux , les titres qu'il s'étoit faits , par la patience des Prieurs ; il avoit dans 
fa Chambre des Délibérations , une ancienne Carte imprimée qui éeoit coléc fur 
une planche , 6c qui étoit expofée aux yeux du public ; on y hfoit tons les noms 
des fujets qui compofent la Cathédrale ; ces noms étoient marquez félon la Séan- 
ce ou le rang, ceux des quatre Prieurs fuivoient immédiatement ceux des Cha- 
noines Séculiers , le Chapitre les fit couper, & d'une main imitant Vimprefiîon , il 
les fit inferire après le Soû-Chantre. 

Les quatre Prieurs s'inferivirent en faux contre la nouvelle Carte , & auflî-tôc 
le Chapitre l'abandonna : enfinaprès une longue procédure, il intervint Arreft au 
Parlement de Paris , où l'inftance avoit été évoquée , le 26. Mars 1652. qui main- 
tint les quatre Prieurs dans leurs Séances 6« leurs Droits utiles. Pour prouver 
ce que deflûs. 

On produit l'Arreft de i6ç2. un Fadlum des quatre Prieurs, par lequel l'al- 
tération de ladite Carte eft juftiliée,avec les faits ci-deflù s alléguez, & le procès 
verbal de 1648, 

Le Chapitre de Rennes fe pourvût an Confeil, où à la vérité il furpriten 1659, 
un Arreft qui rétracta celui de 1652. mais le 7. May 1677. les Prieurs obtin- 
rent Arreft du Confeil qui rétracta celui de 1659. & en 1678. M. Lavardin 8t 
fon Chapitre fe rendirent oppofans à l'Arreft du 7. May , leur oppofition fut 
reçue, à l'effet feulement de procéder fur la demande en caflation de l'Arreft de 
1 65 2. En la même annoe 1678. M r . le Vayer fut nommé Rapporteur; depuis 
ce temps il- ne paraît pas qu'il y ait eu aucune procédure , 6ï par confequent il 
eft clair, que TArreft de 1652. fubfîfte encore aujourd'hui ; 6t pour prouvera» 
que defïus. 
On produit copie de l'Arreft de 1677. La Requefte de M. de Lavardin, celle 

du 



! 7 

du Chapitre , & un Acte qui juftifîe la nomination de M r . Iè Vayer , Rapporteur; 

ces trois pièces, en dates des 26. May, 27. Juin & 18. Aouft 1678. 

Mais tandis que les Chanoines Séculiers de la Cathédrale procedoient au Con- 
feil , ils imaginèrent de faire deux Sacrifties ; l'une pour eux feulement , & l'au- 
tre pour le Bas-Chœun Dans cette dernière ils mirent un Regiftre , dans lequel 
ils affectèrent d'employer les quatre Prieurs Réguliers , fit de les placer même 
après le Soû-Chantre , pour les engager à détruire par eux-mêmes l'Arreft de 
1652. Le Prieur de St. Martin n'eut garde de donner dans le piège, & d'aller 
figner l'acquit de fes Meflès fur le Regiftre nouveau : Ëft-il donc étonnant que 
ce Regiftre foit en blanc ? & le Confeil de M. de Rennes en a-t'il dû conclure 
qu'aucunes Meflès n'avoient été acquittées ? il auroit été tout auflî bien fondé à 
conclure que les Prieurs doivent marcher après le Soû-Chantre ; & que Tan* 
cienne Carte concernant les Séances eft véritable , quoiqu'alterée Se déclarée fauf- 
fe par Arreft. 

Quand même le Chapitre de Rennes n'auroit rien innové , foit pour la Sacriftie, 
foit pour les Regiftres, Le Confeil de M. de Rennes n'auroit pas du conclure , 
que les Prieurs de St. Martin n'ont pas acquitté leurs Meflès. La raifon en eft ^ 
que par leurs Fondations ; ils n'ont point été alfujettis à célébrer la Mefle en la 
Cathédrale, au contraire ils avoient une Chapelle qui leur étoit privative, elle 
étoit fîtuée .près l'Hôtel de Ville , & à fon fujet il y a actuellement une inftan- 
ce au Prélidîal de Rennes contre un Chanoine Séculier , qui en a fait une Ecurie^ 
On prouveront même , s'il en étoit befoin , que le F. du Breuil Titulaire actuel f 
la revendiqua dès fa prife de poffeflion , pour s'en fervir fuivant la Fondation de 
fon Bénéfice. 

Si les Prieurs n'ont donc jamais été fujets au nombre des Meflès que leur pref- 
crif, M. de Rennes ; s'ils n'ont pas été tenus de fe faire inferire fur des Regiftres 
nouveaux , faits à deflein de les confondre avec le Bas-Chœur î s'ils n'ont point 
été obligez de célébrer leurs Meflès en la Cathédrale ; & fi par confequent ils 
ont toujours été exempts de rinfeription , que dévient là preuve tirée des Re- 
giftre s nouveaux , qu'ils n'ont pas dit leurs Meflès ? elle tombe neceflairement : 
e'eft ce que M. de Rennes auroit pu apprendre des fix Docteurs de la Sorbon- 
ne qu'il a con fuites , s'il leur avoit expofé le fait : & fans doute ils lui auroient ré- 
pondu que l'exemption de finferiprion détruit toute preuve tirée des Regiftres : 
qu'en tout cas le refus que les Prieurs ont fait de s'inferire étant jufte , on ne 
doit pas les réputer coupables par le défaut d'infeription : Ôc que la règle , dans 
la fituation où le Chapitre de Rennes les a mis i eft de les croire à leur conscien- 
ce, étant de principe certain dans la morale, de ne point prefumer le mal, fur 
tout contre des Ecclefiaftiques , qui n'ont jamais été répris de leurs Supérieurs. 

C'en eft fans doute aflèz fur l'article des Meflès, il faut maintenant paflèr àïa 
refidenee & à l'afliftance à l'Office Divin, La refidence des FF. Nivet & du 
Breuil* depuis qu'ils font Titulaires , eft de notoriété publique , aufli M, l'Eve^ue 
de Rennes n'a-t'il pu la contefter , & l'a-t'il reconnue dans fon procès verbal de 
la Vifite de fa Cathédrale , en ces termes ; les FF* Nivet & du Brcliil que nous 
aoom trouvés refidens. 

Pour l'affiftance , il l'a conteftée » & il a fondé fa conteftation fur un certificat figné' 
du Sr. Morin , chargé par le Chapitre des Livres de Pointes ; ce certificat ne petrt 
former de preuve en juftice , & on fupplie M. de Rennes de vouloir bien pre^ 
duire les Livres mêmes , il y en a trois raifons; la première eft que , quoique le 
F. Nivet ait pris poffeffion de fon Bénéfice en 1708. le Sr-- Morin a cependant 
affecté de ne marquer fes aflïflances que depuis 1 7 20. l'affectation du Sr. Morin 
vient de ce que le F. Nivet depuis 1720. a été fouvent malade, au lieu qu'étant 
moins infirme avant ce temps , fes aflïflances étoient plus fréquentes ; la féconde 
raifon eft que * les FF. Nivet & du Breuil , fi les Livres de Pointes paroifïbient , 
feroient voir qu'ils n'ont été pointez que dans des temps qu'ils étoient détenus 
au lit en danger de mort : l'un feroît voir qu'il a été pointé prefque dans tout 
ïe cours d'une maladie dont il penfa mourir , fit durant laquelle le Chapitre de 
Rennes lui adminiftra les Sacremens ; l'autre prouveroit qu'étant retenu par la 
Goutte , dont il eft fouvent attaqué , on le pointoit , comme fi le fujet de fon ab-» 
iènee du Chœur n'avoir pas été connue ; enfin la troifiéme, eft que M. l'Evêque 
voiroit lui-même dans les Livres de Pointes , malgré toute leur infidellité , que les 

E 



mmm 



Prieurs onc été beaucoup plus exacts à aflifter que plufieurs de fes Chanoines* 
M. l'Evêque de Rennes qui connoift , avec le public , faiïiduité des FF. Nivct 
& du Breiiil , & qui leur rend juflice au fond de fon cœur, nes'arrefte pas trop 
à les attaquer perfonnellement f il va chercher quelle a été la condition de leurs 
Prédeceïfeurs., il fe plaint des Prieurs de St. Michel & de St. Denis leurs confrè- 
res , il les accufe tous de non-réfidence , ah omni memorià , ôt enfin il rappelle les 
anciens procez que les quatre Prieurs Réguliers ont eu, malgré eux, contre le Cha- 
pitre de Rennes. 

Si les Prieurs de St. Michel & de St. Denis ne font pas refidens , c'eft à eux 
de feajuftifier ; fi les anciens Titulaires des Prieurez de St. Martin & de St. Mo- 
rand n'ont pas obfervé la refidence , leur faute ne doit pas retomber fur les 
Titulaires actuels ; M. de Rennes en convient lui-même , lorfqu'il fait dire aux 
fîx Do&eurs de la Sorbonne qu'il a confultez , que les Evêques fes Prédeceffeurs font 
înexcufables , de tf avoir pas vif té la Cathédrale , mais qu'il doit ejlre loué dy vouloir 
faire exécuter les Fondations, puifque la conduite des anciens Evêques de Rennes, 
loin de nuire à leur llluftre Succefïèur , ne fert qu'à donner un nouveau luflre 
à fon zélé , pourquoi la négligence des anciens Titulaires des Prieurez , ferok- 
elle condamner les Prieurs actuels ? 

Les détails où les FF. Nivet & du Breiiil viennent d'entrer , diffipent fan» 
doute tous les reproches qu'on leur a fait , par raport aux procez & par ra- 
port au défaut de réfidence , ou à la négligence d'acquitter les Meffes : il ne leur 
refte plus , avant d'expofer leurs moyens d'abus , que de ra porter en quelle for- 
me M. de Rennes a procédé à la fupreflion de leurs Bénéfices. 

FORME DE LA SUPRESSION DES QUATRE PRIEUREZ. 

M. l'Evêque de Rennes ayant conçu le deffein de fuprimer les quatre Prieurez 
Réguliers , fans le faire connoître aux Titulaires , prétexta la Vifite de fon Cha- 
pitre , & le S, d'Avril 1728. fe rendit feul dans fa Cathédrale fur les 9. heures 
du matin , où après avoir vifite le St. Sacrement au grand Autel , il monta au 
Chapitre, à la têce de tuus ceux qui le compofenc , St qui forment le Chœur 
de la Cathédrale ; tout le monde placé , M. l'Evêque fit l'appel de la Vifite 
générale à haute voix, en nommant chacun des membres du Chapitre par leur» 
noms & dignitez ; à cet appel tous ceux qui étoient préfens , juf qu'aux Enfans 
de Chœur , répondirent, en fe levant , & difant en particulier adfum \ M. l'E- 
vêque , pour faire fon appel , avoit reçu, une lifte du Chapitre , dans laquelle les 
quatre Prieurs étoienc placez , par affectation , après les Semi-Prébendez , le Soû- 
Chantre & le Sacriftain ; cependant les FF. Nivet & du Breiiil Prieurs préfens 9 
gardèrent un fîlence modefte , ils ne voulurent point interrompre leur Prélat , 
qui , l'appel fini , fit une efpece de difeours , par lequel il infinua que fon objet 
étoit de mettre la reforme dans fon Chapitre , tant pour le fpirituel , que pour 
le temporel. 

Son objet expliqué , il donna un mémoire compoféde neuf articles , & intitulé 
motifs de Vifite ; enfuite ïl protefta de ne rien faire que de concert avec le Chapi- 
tre, & avec lesperfonnes interelfées au Règlement qu'il avoit en vûë ; que les por- 
tes «de fon Evêché feroient ouvertes à toutes les heures , pour entendre les avis & 
recevoir les mémoires , qu'on lui donneroit. Cette protestation engagea les Prieurs 
de S. Morand & de S. Martin à aller faluer M. de Rennes , & à lui demander Ces 
intentions fur le quatrième article de fes motifs de Vifite , qui les regardoit & qui 
portoit ces termes : Obliger les quatre Prieurs Chanoines Réguliers de refider , aux ter~ 
mes des Fondations de leurs Prieure^, pour aider a faire POffîce Divin , ou en cas de ré' 
fus, chercher les moyens de remettre par ailleurs les chofes en règle. 

Monfieur de Rennes leur dit qu'il vdliloit que les quatre Prieurs refîdaflènr ; 
ceux-ci lui reprefenterent qu'étans quatre têtes feparées, ils ne pouvoîent répondre 
que pour eux-mêmes ; que pour eux, ils refidoient depuis leur prife de poffeflîon , 
& que l'un depuis vingt ans , l'autre depuis dix ans remplifloient leurs Fondations, 
à la connohTance du public ; ils ne purent, fur une deflfenfe fi jufle , tirer d'autre ré- 
ponfe , finon qu'il vouloit que les quatre Prieurs refidafièntôt remplirent leurs 
Fondations, Cependant dans le refte de la converfation , il leur témoigna eftre très- 
content d'eux i rauurez par ce témoignage ,ils refterent tranquilles jufqu'à U fin d« 



^M 



19 

Juin ; leur tranquillité étoit d'ailleurs fondée, fur ce que M, de Rennes n'avoit rien 
annoncé dans fes motifs de Vifite , qui eût trait à une fupreflion ; il avoit feulement 
propofé de remettre les chofes en règle , fit la règle ne les regardoit point. 

Sur la fin du mois de Juin , M. de Rennes feignant d'eftre toujours dans le cours 
de fa Vifite , communiqua aux Prieurs de S. Martin & de S. Morand deux Mémoi- 
res que le Chapitre avoit tournis , Scieur demanda des réponfes , ils les lui promirent; 
mais parce que cette communication de Mémoires » qui , félon les apparences , con- 
tenoient quelques plaintes de la part du Chapitre , leur fourniflbit î'occafion de fe 
plaindre aufli ; ils remontrèrent à M r . de Rennes , que dans l'appel de la Vifite 
on les avoit placez hors leurs rangs , 6c nommez même après leSacriftain : ils deman- 
dèrent permiffîon de pre fente r leur Requête , afin de proteftation contre cet appel : 
M. de Rennes , comme s'il avoit encore été dans le cours de fa Vifite , la leur ac- 
corda, en s'excufant fur ce que le Chapitre de Rennes lui avoit donné la lifte 
des noms , ils lui prefenterent donc leur Requefte le premier de Juillet , il la 
ré pondit en leur décernant aBe de leurs Prote flattons , avec permiffîon de laflgnifier t 
& à ce fujet » il leur demanda un mémoire des^procez , que leurs Prédeceflëurs 
âvoient eu avec le Chapitre de Rennes. 

Dans Paflurance que M. de Rennes leur donnoit , d'eftre toujours dans le cours 
de fa Vifite , ils firent fignifier au Chapitre le 5. de Juillet leur Requefte, ré- 
pondue le premier du même mois ; cependant ils examinoient la communication 
qui leur avoit été faite de deux Mémoires du Chapitre, datez du 7, May •' l'un 
regardoit précifément leurs Bénéfices : l'autre qui étoit une réponfe aux motifs 
de Vifite donnée par le Prélat , ne les intereffoit que dans) un feul article , où. 
le Chapitre réplique au quatrième motif de Vifite, qui eft d'obliger les Prieurs 
à réfider , ou en cas de refus , chercher par ailleurs à remettre les chofes en 
régie ; voici la réplique. 

On convient que les Prieurs Chanoines Réguliers , ne font pas aflidus au Chœur t mais 
le fouvenir cPun proçe^ que le Chapitre a eu à foûtenir cont*eux , & qui lui a coûté 
près de 60000. liv. ne lui permet pas d*ufer à leur égard, des droits qu'il afurlchas 
Chœur , tout ce qu r il peut faire , ejl devons mewe en main les originaux de leurs Fon* 
dations , en vous fuppliant d'employer votre autorité pour les mettre en régie* 

Cette réplique n'annonçoit point encore aux FF. Nivet 6c du Breûil une fu«* 
preflîon projettée, ils voyoient même que le Chapitre fe conformant aux vues 
de M. I'Evêque , ne demandoit qu'une régie pour l'avenir, comptans qu'il ne s'a- 
giffoit que d'introduire une régie nouvelle ; ils formèrent leurs mémoires touchant 
l'état ancien Se actuel de leurs Bénéfices , avec des réponfes aux objections du 
Chapitre qu'ils remirent à M. I'Evêque; 'ils lui remirent encore dans la fin du 
même mois de Juillet un autre mémoire , concernant les procez que leurs Préde- 
cefièurs avoient eu avec le Chapitre t il le lût avec attention , & leur promit de 
faire exécuter l'Arreft du Parlement de Paris de 16$ 2. il les entretint de pa- 
reilles promenés jufqu'au rrîois de Septembre , il leur répéta même plufïeurs fois 
en différentes occafions , que fa Vifite 8c le Règlement qu'ilméditoit , ne regarâoiene 
point les Prieurs réfidens. 

Cependant environ le mois d'Octobre , le bruit courut à Rennes que les titres 
des Prieurez étoient éteints par des Lettres Patentes du Roi , expédiées a Fon- 
tainebleau, confirmatives d'un Règlement, fait depuis long-temps , qui portoit 
cette extinction ; ce bruit n'étoit que trop véritable , 6c M. de Rennes qui l'avoit 
toujours defavoué , le confirma bien-tôt , en préfentant fa Requefte au Parlement 
de Bretagne , pour y faire enregiflrer fon Règlement 8c les Lettres Patentes. 

Sa Requefte fut répondue le 22. Décembre d'un foit montré à M, le Procu- 
reur Générai ; le 23. les FF. Nivet & du Breûil donnèrent leur Requefte en 
oppofîtion , elle fut répondue d'un pareil foit montré : le 24. les Prieurs conful- 
terent quatre anciens Avocats , pour fe pourvoir par appel comme d'abus : le 
25. ils prirent un relief en la Chancellerie; enfin le Parlement rendit Arreft le 
3. de Janvier 1729. qui renvoya les Prieurs devant Sa Maj eft é , pour vuider leur 
oppofîtion à fenregifirement. 

Le myfterequeM. de Rennes avoit .fait jufqu'alors de fon Règlement , fit crain- 
dre aux Prieurs qu'il n'y fut aporté quelques changemens , ils penferent donc à 
en faire conftater l'état 8c la forme , avant qu'il fût retiré du Greffe de la Cour , 
& pour cet effet, ils prefenterent leur Requefte le 4, de Janvier , pour leur eftre 









délivré copie en forme du Règlement , des Lettres Patentes & de laRequefte de 
M, de Rennes , afin d'enregiftrement : leur Requefte fut reçue par Arreft du mê- 
me jour , Ôt ils obtinrent la copie figurée qu'ils demandoient , & qui leur aprit , 
non ians étonnement , que le procez verbal de Vifite avoît été conclu dés le 8. 
de May, que le Règlement avoir été arrefté dès le 2. Juin, & bien" d'autres nou- 
veautez femblables ; c*eft ici le lieu de les expliquer , & de ra porter la forme fit 
la teneur du Règlement & du procez verbal de Viiite, 

Ce procès verbal , par lequel on commence , comme premier en date , porte 
que M. de Rennes fe rendit le 8. d'Avril 1728. en fon Chapitre, qu'il y laiiïa 
fur un Bureau plufieurs copies d'un Mémoire contenant difrerens chefs , fur Ief- 
quels il vouloit être inftruit ; que depuis ce jour il fut jufqu'au 7. de May fans 
recevoir de réponfes à fon Mémoire : mais ce jour 7. May il reçut deux Mé- 
moires du Chapitre. Selon les apparences, il les reçût de grand matin ; car quoi- 
que leur longueur demande au moins 5. à 6. heures pour les lire, il paroît que 
le même jour il fit un extrait des faits effentiels qu'ils renferment , lefquels il dé- 
clara prendre pour certains, & dont il forma dans fon procès verbal 9, articles 
féparez, dont te quatrième eft, que les quatre Chanoines Réguliers appelle^ ordinai- 
rement Prieurs, ne rendent aucun Jèrvice a PEglife, ne refident point & affilient rare- 
ment a ^Office , quoiqu'ils joutjfent tous quatre enfemble de 2000. liv. de rente pour 
te moins , provenant des bienfaits du Chapitre, 

L'induction des faits certains réduits en 9. articles étant rapportée , il paroît 
que le lendemain 8. de May M. de Rennes, pour approfondir la vérité des faits 
déjà pris par lui pour certains , vaqua à une information , ayant pour adjoint le 
Sr. François Vivier fon Secrétaire , & ayant fait appeller pour témoins des per- 
fonnes qu'il certifia être de capacité fuffifmte & de probité reconnue'. 

Les témoins furent les Srs. Thomas Vivier Sémi-Prébendé, frère du Secrétaire; 
Pierre le Gros , Diacre d'Office ; François Morin , Soû-Diacre ; Louis le Do , Chori- 
fte en la Cathédrale ; François Rufflé , Concierge de l'Evêché & Greffier des In- 
fînuations EcclefiafKques ; & Jean Perraux , Valet de la Sacriftie : ces fix témoins, 
les feuls que M. de Rennes ait entendus, font tous récufables de droit, malgré l'é- 
loge qu'il en a fait dans fon procès verbal ; il n'y en a pas un feul qui ne foie 
dans fa dépendance , ou dans celle du Ghapitre de Rennes, & qui ne tienne de 
l'un ou de l'autre des Commiffions révocables , ad nutum. Auflî ont-ils dépofé, que 
la Adenfe du Chapitre ejh pauvre , & qu'au contraire les quatre Chanoines Réguliers 
jouirent de gros revenus appartenons originairement au Chapitre. S'ils n'ont pas crainc 
d'entrer avec certitude , dans une origine qui rémonte à plus de 600. ans , & ce- 
la feulement , parce que M. de Rennes l'avoit placée au nombre des faits pris 
par lui , pour certains ; que peut-on penfer du refle de leurs difeours ? 

On pourrait en rapporter plufieurs traits femblables : mais pour abréger, on fe 
contentera d'obferver, que telle eft en fubftance la forme & la teneur du pro- 
cès verbal de Vifite. Ce procès verbal myfterieux eft donc commencé le 8, d'A- 
vril , é. conclu le 8. de May , fur les feuls Mémoires du Chapitre qui étoient da 
jour précèdent la conclufion. 

Cependant M. de Rennes aflure aujourd'hui que fon procez verbal a été faic 
au fçû de toutes les parties intereflçes , 6c qu'il n'y arien arrefté , fans avoir en- 
tendu préalablement les deux Prieurs Réguliers réfidens ,& fans avoir reçu leurs 
mémoires ; il va même jufqu'à affirmer que ces deux Prieurs , pour avoir occa- 
fion en cas qu'ils fuflent condamnez , de defavoiïer leurs mémoires , & de dire 
qu'ils n'en avoient point donné, affectèrent de les laifler fans date & fans fignature. 
La réfutation de cette allégation de M. de Rennes , fera fondée fur quatre cir- 
conftances très-fimples ; mais qui produiront dans tout fon jour la vérité qu'il 
tâche d'obfcurcir. Premièrement , il ne peut nier que les mémoires de fon Cha- 
pitre foiènt du 7. de May , car ces mémoires portent cette date î or il les a 
extraits dans fon procez verbal le même jour 7. May , ce procez verbal eft con- 
clu le lendemain 8. du même mois : donc il fut conclu fur les feuls mémoires 
du Chapitre , à moins que les deux Prieurs n'euflenc fourni les leurs précé- 
demment. Secondement , les mémoires des deux Prieurs que M. de Rennes a 
produit , ne font autre chofe que des réponfes aux objections du Chapitre : donc 
ils font pofterieurs aux mémoires du même Chapitre ,& par confequent deman- 
dez par M, de Rennes après coup , e'eft-à-dire , après fon procez verbal de Vi- 
fite 






2l 

iîre conclu. Troifiémement , 6i c'eft ici que la vérité paroift à découvert , M. 
de Rennes dans le vu de fon procez verbal , auffi bien que dans l'extrait des faits 
qu'il a pris pour certains , ne parle que des Mémoires & Irfirut'tions du Chapitre, 
il ne dit pas un mot des Prieurs. Quatrièmement , les Prieurs dans Je Mémoire 
concernant les procès, difenç qu'ils ont eu. l'honneur de prefenter déjà deux Mé- 
moires à M. de Rennes , qui lors de ^expédition de la Requête du premier juillet j 
leur demanda une Inftruclâon touchant les procès , a quoi Us fatisfont aujourd'hui ; 
leur Mémoire touchant les procès eft donc certainement pofterieur au premier 
de Juillet. 

Si les deux autres ne paroiflènt pas évidemment pofterieurs au premier de Juil- 
let , ils font toujours neceflairement d'après le 7. de May ; la raifon en eft, qu'en 
plufieurs endroits ils parlent nommément des mémoires du Chapitre , ils marquenc 
<jue M. de Rennes a fait V honneur aux deux Prieurs de leur donner communication du 
Mémoire prêfentê a fa Grandeur par Meneurs du Vénérable Chapitre de Rennes ; les 
deux Prieurs ont donc raifon de foûtenir que M. de Rennes a conclu fon procez 
verbal de Vifite le 8, de May , fans les avoir entendu, 6c fur les feuls mémoires 
du Chapitre. 

Cette confequence qui ne peut eftre conteftée, ouvre aux. Prieurs un chemin 
facile pour entrer dans l'examen du Règlement, qui eft. le fruit du procez ver- 
bal de Vifite ; ce Règlement porte date du 2. Juin 1728. M, de Rennes le com- 
mence ainfi : Vu nôtre procès verbal de Vifite commencé le huitième jour du mois d'A- 
vril y & conclu le huitième du mois de May enfuivant , , . ... après avoir entendu con- 
jointement & feparèment nos Vénérables Frères les Chanoines , les Semi-Prébende^ , & 
ceux d'entre les Chanoines Réguliers que nous avons trouvez refidens j ce vu eft fuivi de 
plufieurs articles , & le quatrième eft conçu dans ces termes : 

Nous avons éteint & fupprimé , éteignons & fupprimons à perpétuité les titres $fl au- 
cuns font , des Chapellenies & Fondations pofiedées fous le nom de Prieure^, par quatre 
Chanoines Réguliers de V Ordre de S. Augufiin , Congrégation de France , appelle^ depuis 

phjieurs ftécles par nôtre Chapitre , de quatre différentes Abbayes ? fçavoir , 

pour aider a la célébration du Service Divin , en quoi ils ne remplirent pas l'intention 
des Fondateurs , depuis long temps & de notoriété, publique en avons uni & unifions à 
perpétuité y tous les fonds , fruits & revenus , a la Menfe Cafitulaire , de quelque natu- 
re qu'ils foient , pour en jouir ledit Chapitre en entier , du jour que nôtre prefent Règle- 
ment fera notifié aufdits Chanoines Réguliers , foi-difâns Prieurs , h condition néanmoins 
d'acquitter toutes les charges au/quelles lefdits prétendus Prieure^ font tenus , & défaire 
célébrer les Méfies omifes , à quelque nombre qu'elles pui fient fe monter , depuis la date 
des provifions & prifes depofieffion defdits Chanoines Réguliers ; & le refiant défaits fruits 
& revenus , toutes charges préalablement acquittées ,fera employé en difiributions , pour 
afiiftanec aux heures Canoniales , ainfi que ci-après, elles feront par nous réglées. 

Ce quatrième article étoiteompofé de plufieurs autres difpofitions , , que M. de 
Rennes a rayées depuis l'obtention des Lettres Patentes , il auroit pu rayer le tout 
& fe difpenfer de produire un ouvrage que toutes les corrections qu'il y a faites* ne 
fçauroient rendre valide. Le feul article qu'on vient de rapporter, renferme des abus 
infinis; mais avant d'expliquer les moyens d'abus , il elî à propos de faire quel- 
ques réflexions, qui dans la fuite? auront une jufie application. 

La première eft, que M. de Rennes rapporte dans le vu. de fon Règlement , 
avoir conclu fon procez verbal de Vifite le 8. de May , la date de la conclusion 
eft donc conftatée par lui-même , & par confequent puisqu'il date du 7. May les 
mémoires du Chapitre , il eft évident qu'il n'a eu que ces mêmes mémoires pour 
toutes inft mêlions, & qu'il n'a pu les communiquer aux Prieurs qu'après la conclu fion. 

La féconde eft , que n'ayant point entendu les Prieurs dans le cours de fa Vifi- 
te, ni reçu leurs mémoires, ainfi qu'on l'a prouvé, il n'eft pas à préfumer , & 
auffi. n'efi-il pas vrai qu'illes ait entendus pour former fon Règlement, encore qu'il 
le rapporte dans le vu de ce même Règlement : mais à l'en croire & à fuppofer 
qu'il les auroit entendus dans l'intervalle qu'on remarque entre la Vifite &c le Rè- 
glement , à quelle fin les entendoit-il ? il les avoit déjà condamnés , il avoit déjà 
pris pour certains tous les faits qu'il avoit extraits des mémoires du Chapitre , 
& il avoit choifi fix témoins pour conftater ces mêmes faits , pris d'avance pour 
certains ; s'il avoit donc condamné les Prieurs avant de les entendre , toutes les 
Audiences qu'il leur auroit données depuis , ne devraient eftre regardées , que com- 

F 









■rrr 



22 

me une fuite de fcs diflïmulations i 5c , à vrai dire , s'il leur répondoit librement 
une Requefte le premier de Juillet ; fi le même jour, un mois après leur fuppreffion 
prononcée par le Règlement du 24. Juin , il leur demandoit des mémoires, con- 
cernant le procezavec le Chapitre, pourquoi ne croiroit-on pas qu'il ne les auroit 
jamais entendus avant d'avoir arrefté Ton Règlement? eft-il donc îi difficile de voir 
qu'il a toujours diffimulé dans cette affaire? 
• La troifiéme eft , que quoique le Chapitre ait fourni des mémoires à M. de 
Rennes , il n'a cependant requis ni formellement ni indirectement l'union énoncée 
à l'art. 4, du Règlement , il s'eft contenté de demander une règle nouvelle, 
comme s'il n'y en'avoit pas eu ; d'où il refaite , que l'union a été imaginée & for- 
mée par M. de Rennes , fans qu'aucune partie interelfée à la faire prononcer, l'ait de- 
mandée ou paru lafouhaiter. Ce fait eft certain , & aufliM. de Rennes n'a-t'il pro- 
duit aucun mémoire , aucun a&e du Chapitre , où cette union ait été feulement 
envîfagée. 

La dernière eft , que le Prélat par l'article*4. de fon Règlement , donne 3. motifs 
à la fuppreffion qu'il prononce. i°. Il fupprime les titres des Bénéfices, û aucuns 
font , c'eft-à-dire , qu'il ne regarde pas les Prieurés comme des Bénéfices. 2 . H 
fupprime , parce que de notoriété publique les Fondations n'ont pas été acquittées. 
5°. Il fupprime , parce que les Prieurs tiennent leurs biens du Chapitre de Ren- 
nes , qui autrefois les avoit appelles de quatre différentes Abbayes , pour aider à la 
célébration du Service Divin. 

Tels font les motifs du Règlement , telle en eft la forme , & telles font les cir- 
conftances qui l'ont précédé , accompagné Se fuivi ; M. de Rennes qui comptoit 
le faire enregîftrer fans obflacle , ne put fouffrir fans impatience que le Parle- 
ment eût ouvert les voyes de droit aux FF. NivetSc du Breuil , il s'en plaignit hau- 
tement , mais pour s'en dédommager , il prefenta Requefte au Roy , à ce qu'il plût 
à Sa Majefté , évoquer à fon Confeil l'opofition & Fapel comme d'abus. Sur cette 
Requefte non communiquée, il obtint le 19 Mars 1729. au Confeil des Dépêches , 
un Arreft par lequel Vôtre Majefté, SIRE, après avoir évoqué à elle l'inftance, 
nomma pour CommiffairesMM. deBrilhac , Premier Préfîdent , le Prêtre de Châ- 
teaugiron & de la Bourdonnais de Bloffac , Préfidens au Parlement de Bretagne , 
de Runefaou , Préfîdent en la première des Enqueftes , ôc le Lièvre , Avocat 
Général. 

Ce même Arreft prononce par provifîon le fequeftre des revenus des Prieurs , 
comme fi l'apel comme d'abus n'étoit pas fufpenfif ; les FF. Nivet & du Breùil 
ont fait fîgnifier leurs proteftations contre ce fequeftre feulement , & en attendant 
qu'il pîaife à Vôtre Majefté raporter un Arreft furpris à fa Religion ; ils vont éta- 
blir leurs moyens d'abus Se d'opofition à 1'enregiftrement des Lettres Patentes. 
Et pour prouver ce que deffus. 

Us produifent leur Requefte du premier Juillet , notifiée le 5. au Chapitre , celle 

du 23. Décembre, le relief d'appel comme d'abus , la Confuhation des Avocats , 

l'Asreft du 5. Janvier , celui du 4. du même mois , la Copie figurée du Règlement , 

celle duprocez verbal deVifite, & les proteftations fignifiées contre l'Arreft du 

19. Mars 1729. lefdites pièces dûèment chiffrées , ci-cottées. 

MOYENS D'ABUS ET D'OPPOSITION. 
ABVS DANS LES CAVSES DE UVN ION. 

Sire, 

V ostre Majefté a vu dans l'article 4. du Règlement du 2. Juin , trois mo- 
tifs de fuppreffion exprimez , ils ne fuffifoient pas ; le Confeil de M. de Rennes 
en a déclaré deux autres dans fes écrits ; l'un eft rinfufKfance des revenus de fon 
Chapitre ; & l'autre , les procès que le Chapitre a eus avec les Prieurs : ce font cinq 
motifs de fuppreffion , cependant le Droit Canon, les Auteurs & les Arrefls n'en 
ont jamais admis que deux. 

Le premier eft la necefiité , & le fécond l'utilité évidente de TEglife ï la neceffité ; 
quand deux EgUfes font d'un revenu fi modique , qu'elles ne peuvent fuffire à la 



2 * 

fubnftance de deux Titulaires : l'utilité ,( & celle-ci ne regarde que les Cures ) quand 
le nombre des Paroilfiens eft fi petit , qu'un feul Pafleur peut facilement defervir 
les deux Paroifles. Ces deux caufes font ain/i rapportées dans le Chapitre expofuifti 
de Prœb. 8c dans le Canon , & fi Ma ^caufa i.qu&ft, 7, 

Les Ganoniftes qui ont expliqué & cette neceflité 6c cette utilité , les ont toujours 
bornées aux deux cas exprimez dans le Droit. Rebuffe Conjil. 19$. rejette le mo- 
tif qui a pour objet d'apaifer les procès , non pas fimplement comme abufif , mais 
comme préjudiciable 6c injurieux à l'Eglife : fréquenter enim Epifcopi unirent , ut 
fe vel capitulum Vite liberarent , quod effet damnofum & injuriofum Ecckfix. Le même 
Auteur ajoute , qu'une union caufée fur la faute du Titulaire, eft défendue, parce 
que deliSiunt perfom non débet converti in damnurn Ecclefi&. Il ne faut pas en effet que 
l'Eglife fouffre de la faute des Titulaires : le Droit Canon enfeigne la manière de les 
punir : il ordonne de les priver de leurs Bénéfices après les monitions : mais il défend de 
îuprimer le titre qui ne leur appartient pas. Ce titre eft le bien des Patrons & des 
Collateurs. 

Si des Bénéfices n'ont pas été érigez en titre , 6c qu'ils foient de fîmples commiffions 
dont les Titulaires font revocables , ce n'eft point encore une raifon de les éteindre , 
Se il n'en refulte que la liberté de révoquer le Commiflionaire dont on n'eft pas con- 
tent. Si le temporel d'un Bénéfice ou d'une ample Servitorerie paroît provenir 
de la libéralité d'une Eglife particulière ou d'un corps , ce n'eft pas une raifon de 
l'unir à ce corps ou à cette Eglife : XJnio enim ferinonpotefk adpenftonem extinguendam , 
dit Rebuffe au lieu déjà cite,aut rement, continu e-t 'il, l'Evêque ou l'Ordinaire pourroit 
donc créer une peniîon fur un bénéfice * ce qui ne lui eft pas permis même » 
in compenfationem alicujus meriti , & confentiente Patrono* 

Si l'Evêque ne peut donc unir , pour fe libérer , ou fon Chapitre , ou toute autre 
Eglife, d'une penfion , à plus forte raifon ne le peut-il , pour reprendre la dotation. 
G'eftle fentiment de Guy Pape en fa queftion 179. de la Rote en fa decifion 7. 
*6c de Feuvret 1. 2. chap. 3. confirmé par une infinité d'Arrefts qu'ils en rapportent , 
Ôc dont ils trouvent le motif dans ces termes du Canon, Et ft Ma >quis enimdubi- 
tet irritanâas uniones , qux. nec Ecclefiaflica neceffltas , nec ulla extorftt utilitaî ? C'eft fut 
ce Canon que le chapitre 19.de la feflion 24. du Concile de Trente, 6c l'article 
23, de l'Ordonnance de Blois, ont été formez. L'un & l'autre ne permettent aux 
Evêques de fup primer & unir dans leurs Cathédrales , qu'en cas que le revenu des 
Prébendes avec la diflribution quotidienne , ne fait pas fuffifant pour foûunir honnêtement 
le degré & état de Chanoine^ 

Ces principes pofés, & ils font incontestables ; par quelle raifon M. de Rennes 
a-t'il donné à fon union des caufes telles que la négligence des Titulaires , l'origine 
des Prieurés , le prétendu défaut d'érection en titre de Bénéfices , 6c des procès 
aflbupis depuis plus de 50. ans? ignoroit-il que tout cela n'avoît rien de commun 
avec une union ? à Dieu ne plaife qu'on fafTe une injure fi grande à ies lumières» 
mais s'ilavoit dit , j'ai uni par raport à l'infuffifance des revenus de mes Chanoines ; 
c'eft là mon motif, 8t c'eft le feul que les Conciles 8c les Ordonnances autorifent 
dans le cas où j'ai uni : quelle reflou rce auroit-il eu pour fortir d'etnbaras, lorft\u'on 
lui auroit dit , i°. vous n'avez pas pu unir des Bénéfices Réguliers , 6c 2 . vos 
Chanoines ont des revenus à fuffire , il fe feroit bien-tôt vu en défaut : car la 
vérité ne paroît jamais mieux que dans la fimplidté : c'eft cette fimplicité qu'il 
s'eft vu forcé d'obfcurcir en attirant à fon fujec , tout ce qu'il en auroit écarté avec 
foin , s'il avoit eu la vérité pour lui. Delà cette recherche de l'Origine des 
Prieurés, ces reproches delà négligence des Titulaires , rémontée au-delà dérou- 
te mémoire , 6c tout cet amas d'anciennes procédures. 

Mais plus M. de Rennes s'efforce d'éblouir par des caufes étrangères , plus 
il -marque fa défiance fur la feule qui paroît autorifer fa fuppreflion ," 8c c'eft 
cette caufe qui refte à examiner, 6c qui , une fois détruite, lailïéra voir une fup- 
preflion faite fans aucun fondement. 

Lorfque le Concile de Trente 8c l'Ordonnance de Blois ont permis aux Evêques 
d'unir aux Collégiales 6c Cathédrales des Bénéfices , ce n'a point été fans marquer 
le motif qui feroit le fondement de l'union. Le Concile ,chap. 19. feflion 24. l'ex- 
prime en ces termes : Ubi fréquenter adeb 1 tenues funt Pr&bend&Jtmul cum diflribu- 
tionibus quotidianis , ut fujlinendo décent i Cmonicorum graâui , pro loci Ç$ ferfonarum 
qualitate non fufficiant. L'Ortonnance de Blois , article 2$, porte : qu'aux Eglifes Ca- 



Z4 
thedrâlcs ou Collégiales , efquclks U fe trouvera y avoir tel nombre de Prébendes , que 
le revenu avec la dijbribittion quotidienne , ne foit fuffifant pour foûtentr honnêtement le 
degré & état de Chanoines. Le Concile Se l'Ordonnance n'autorifent donc l'union 
des Bénéfices aux Cathédrales , qu'alors qu'il s'y trouvera un certain nombre de 
Prébendes, dont le revenu joint aux distributions quotidiennes , ne fera pas fufH- 
fant pour foûtenir l'état de Chanoines , c'eft à dire , qu'une ou deux Prébendes , 
dont le revenu ne ferait pas fuffifant, avec les distributions quotidiennes, ne don- 
neraient pas lieu à une union : & c'eft à dire encore , que fi les diftributions quo- 
tidiennes peuvent feules faire fubfîfter les Chanoines , on n'aura point d'égard à la 
modicité du revenu des Prébendes : & que fi le revenu des Prébendes eft fuffifant , 
on n'aura point d'égard à la modicité des diftributions quotidiennes , rien n'eft plus 
clair & plus intelligible. 

M. de Rennes qui n'a pu ignorer ces Loix , puifqu'il les cite lui-même , s'y eft- 
il conformé ? point du tout. Premièrement , il n'a point examiné les revenus des 
maifons Prébendales , il n'a donc pas vu fi fes Chanoines pouv oient vivre fans le 
fecours des diftributions quotidiennes : cependant le Concileôt l'Ordonnance exi- 
geoient qu'il entrât dans ce détail, & ne lui permettoient pas d'unir, fans que l'in- 
fuffifance des diftributions eût concouru avec l'infuffifance du revenu des Prében- 
des. Secondement , quel eft le nombre des Prébandes qu'il a trouvées fans revenus 
à fuffire ? c'eft ce qu'il ne dit poinr , fie ce qu'il ne peut dire , puifqu'il n'a point 
examiné les revenus des maifons Prébendales. 

Cependant le Concile de Trente fie l'Ordonnance de Blois, veulent que pour 
donner lieu à une union , il y ait des Prébendes en nombre fans revenus , lors- 
que les diftributions quotidiennes ne fuffifent pas , ubt fréquenter adeo tenues [mit 
Pr<xbend& : oà il y a tel nombre de Prébendes. 

Si M. de Rennes n'a donc pas examiné les revenus des Prébendes de fa Cathé- 
drale, il n'a pu unir, par rapport à l'infuffifance de ces mêmes revenus, fie fon 
union refte fans fondement , ne pouvant avoir d'autre caufe que cette infuffifance. 

La confequence eft feure, & la plus légère attention fuffit pour comprendre 
qu'elle ne peut être attaquée, fi on ne détruit pas auparavant les difpofitions du 
Concile de Trente Se de l'Ordonnance de Blois. M. de Rennes qui en, fent toute 
la force , cherche à l'éluder en panant à l'article 5 . de fon Règlement , dont il 
fait l'éloge : Se il dit, qu'ayant rémarqué que fes Chanoines n'afliftoient point à 
l'Office Divin , par rapport à la modicité des diftributions qu'ils méprifoient , il 
crût à propos d'augmenter ces mêmes diftributions ; que cette augmentation , 
quelque modérée qu'elle foit , n'a pu aller à moins de 4000. liv. de rente ; que 
la Menfe du Chapitre de Rennes n'a pu les fournir , tant elle eft pauvre ; 8e que 
par confequent il a été forcé de recourir à une union. De-là il paflè au pouvoir 
des Evêques , dans la difpenfarion du Temporel des Eglifes , 8e il étale à ce fu- 
jet une érudition , dont on veut bien adopter les principes. 

On convient en effet , que les Evêques ont le pouvoir de faire rentrer en la 
Menfe de leurs Chapitres les revenus des Prébendes , fie de les employer en di- 
ftribfltions quotidiennes. Le Parlement de Bretagne leur a par divers Arrefts con- 
firmé ce pouvoir , dont M. de Rennes a ufé à l'article 6. de fon Règlement , 
dans lequel on voit qu'il a réuni à la Menfe de fon Chapitre le quart des re- 
venus des Maifons Prébendales de fes Chanoines. 

Si au lieu du quart, il avoir réuni le total, ou du moins la moitié, il aurai* 
trouvé fon compte , 8e il aurait rempli fon objet bien plus parfaitement. Car 
i°. U aurait mis dans la Menfe des fonds plufqu'à fuffire, pour fatisfaire aux 
diftributions quotidiennes telles qu'il les vouloit 1 Se 2 . Il auroit réveillé l'atten- 
tion de fes Chanoines, qui n'ayans plus de réfource que dans les diftributions, 
auraient été forcez, malgré eux , d'aflifter à l'Office Divin. 
• Peut-être M, de Rennes objecte ra-t'il , que s'il a voit réuni tous les revenus des 
Maifons Prébendales à la Menfe commune, il n'aurait pas encore trouvé de quoi 
fournir une fubfîftance honnête à fes Chanoines , Se telle que le Goncile de Tren- 
te le requiert , pro loct ac perfonarum qualitatc. 

■ Par l'Etat que M. de Rennes a produit des revenus delà Menfe du Chapitre , il paroîc 
qu'ils fe montent à la fomme de ï 26 1 2. liv. 7. f. fi à cette fomme on ajourait les reve- 
nus des Maifons Prébendales , que M. de Rennes à l'article 6. de fon Règlement, 
fait monter à 9000. liv. on trouverait près de 22000V liv. de rente, à fuppofer 

toutefois 



toutefois l'Etat des revenus des Maifons Prébendales fidèle. On dît , à fuppo- 
fer l'Etat fidèle, parce que M. de Rennes ne l'a jamais examiné; il l'avoue lui- 
même, en ces termes, à l'article 6. de fon Règlement , Et ce , fuivant l'efiimation 
en fixée par les Remontrances des Sieurs Chanoines. A prendre droit par l'eftimation 
des Chanoines , il s'enfuivroit donc qu'ils pourroient former entr'eux un revenu 
d'environ 22000. liv. ils ne font que 16. 6c par confequent chacun d'eux auroit au 
moins 1000. liv. de rente fixe , quand même on porteroit les charges de la Menfe à 
6000. liv. par an : mais leur rente iroit beaucoup plus loin ; car enfin on fuit ici une 
eftimation , fur laquelle il ne faut pas compter , & qui croira que les Chanoines 
n'ont pas diminué leurs revenus, lorfqu'ils voyoient que M. de Rennes en vou- 
loit réunir une partie à la Menfe T 

M. de Rennes qui n'a point entré dans le détail des revenus des Maifons Pré- 
bendales pour former fon union , a-t'il au moins vérifié l'Etat des revenus de la 
Menfe du Chapitre ? c'efl ce qu'il faut examiner. On obfervera donc , que pour 
connoître ces revenus , il a dans le cours de fa Vifîte fait une information de fix 
témoins , Se il s'eft fait donner un Etat des revenus de la Menfe Se de la dépen- 
fe, pour l'année 1725. certifié par le Sr. de Lille Receveur du Chapitre , au lieu 
que, fuivant la règle ordinaire, il devoit fe faire reprefenter l'Etat des dix der- 
nières années , afin d'en faire une commune des charges & des revenus. 

On a déjà parlé -de l'information, & on a fait voir qu'elle eft compofée de gens 
choifis, Se tous aux gages du Chapitre ou de M. de Rennes. En vain, pour lui 
donner plus de crédit , le Confeil de M. de Rennes a-t'il noté à la marge , que 
fi on avoit eu befoin de cinquante témoins on les aurait trouvé ? Cette note & beau- 
coup d'autres dont il a enrichi les Aéles qui ne parlent pas à fon gré , produi- 
fent un effet merveilleux ; le Lecteur en les voyant , court avidement à la lec- 
ture de l'Acte ; mais quelle eft fa furprife , lorfqu'il ne trouve rien dans l'Acte 
qui réponde à la note ? 8c qui ne feroit pas étonné , par exemple , de voir en 
tête d'une information qu'elle auroit pu être compofée de cinquante témoins ir- 
réprochables , tandis qu'à peine a-t'on pu trouver fîx gens aux gages du Chapi- 
tre, ou de. M. de Rennes pour la former? Il en eft de même de l'Etat certifié 
du Sr. de Lille ; le Confeil de M. de Rennes l'annonce comme un Aite qui doit 
prouver l'infufHfance des revenus de la Menfe du Chapitre : 8c cependant il prou- 
ve paûablement bien le contraire. Cet Etat eft le produit des revenus 8c de la 
dépenfe de l'année 1723. pourquoi a-t'on choifî l'Etat de cette année, par pré- 
férence à toutes les autres ? c'eft , parce qu'en cette année le Chapitre fit bâtir 
une Maifon dans la Rue du Four-du-Chapitre, & que pour ce Bâtiment il em- 
prunta une fomme de 5800. liv. c'eft, parce qu'en cette année il eut de grands 
procès à foûtenir contre les Sémi-Prébendez, dont la dépenfe eft eftimée à 800. 
liv. Mais ce qu'il y a de plus fingulier encore, c'eft que dans l'Etat on met en 
dépenfe la rente de la fomme de 5800. liv. empruntée â conftitution , 8c dans 
le nombre des revenus , on ne voit point ce que produit la Maifon nouvellement 
bâtie , on fe contente de dire qu'elle fera à charge , jufqu'à ce que les rentes contra- 
ctées pour la bâtir ayent été acquittées ; cependant cette Maifon produifoit quelques 
revenus , du moins de quoi payer les rentes employées en dépenfe ; 8î actuelle- 
ment elle produit 1000. liv. de rente. 

Un autre fait qui n'eft pas moins fingulier , c'eft que le même Etat qui porte,' 
que la Maifon nouvellement bâtie fera à charge , tandis que les rentes contrac- 
tées pour la bâtir n'auront pas été acquittées, porte auffi que ces mêmes ren- 
tes ont été acquittées Se franchies ; Sç avoir, 1800. liv. par le Chapitre, & 4000./. 
par le Sr. Abbé Ferret le Cadet , qui a fait des Fondations pour ce fond. 

Voilà des obfervations qui ne font pas indifférentes fur l'Etat certifié du Sr.de 
Lifle ; en voici une dernière , qui femble mériter au moins autant d'attention : 
l'Etat fixe les revenus , & les articule comme certains ; mais il met la dépenfe par 
eftime. Par exemple, Pour blanchi ffage du linge & entretien d'Ornement , du moins 
400. liv. Frais de procès eflime^ du moins 800. liv, Réparations ejlimées 300. liv. Lu- 
minaire , du moins 500. liv. Eft-il donc étonnant, après cela, que la dépenfe de 
l'année 1725. excède les revenus d'environ 3000. liv.? on auroit pu la faire ex- 
céder de trente fi on l'avoir voulu. Mais cette Menfe du Chapitre fi pauvre , 
s'eft pourtant libérée de 1800. liv. fans aucun fécours , Se avec l'aide du Sr. Ab- 
bé Ferret , elle jouit d'une Maifon auez, confiderable. Il faut ajouter les revenus 

G 



26 

de cette Maiion, actuellement affermée, environ iooo. liv. à fes revenus ordi- 
naires, que l'Etat de 1715. porte à 12612. liv. 7. f. ce fera près de 14000. liv. 
Il faut concevoir que les revenus des Maifons Prébendales , eftimez par les Cha- 
noines 9000. liv. font de douze à treize mille livres , & alors on trouvera , que 
toutes charges déduites , chaque Chanoine doit jouir de 1 200. liv. de rente au 
moins , n'eft-ce donc pas allez ? 

On a apris ce qu'on vient d'obferver des pièces mêmes que M. de Rennes a 
communiquées par choix fur beaucoup d'autres j que feroit-ce donc s'il les avoit 
données au hazard ? fon choix ( il faut le dire puifqu'il eft vrai , & ce n'eft 
plus ici le lieu de chercher des adoucifièmens aux termes ) n'eft point celui d'un 
Juge qui ne cherche que la vérité ; à l'en croire , fon Chapitre a requis l'union , 
on le luppofe avec lui , il étoit donc le Juge du Chapitre & des Prieurs ; quel 
étoit l'état de la quéftion ? c'étoit de fçavoir fi les revenus des Maifons Pré- 
bendales avec ceux de la Menfe , ne pou voient fournir à la fubfiftance des Cha- 
noines , 8i pour le fçavoir , M. de Rennes devoir entendre toutes les Parties , & 
faire une recherche exacte de la vérité , par des témoins non-fufpe&s & par des 
ailes fidèles ; cependant on voit qu'il choifit pour témoins fix gens à fes gages 
ou à ceux du Chapitre , il s'en raporte à l'état d'une feule année , & encore 
cet état choifi eft-il infidèle : enfin il n'entend les Prieurs qu'après les avoir con- 
damnez , il ne les avoit même pas préparez à une union ; fa Vifite n'avoit pour 
objet que de les mettre en régie ï qui peut douter , après-cela , qu'il ait été leur 
véritable Partie plutôt que leur Juge ? 

Au refte , il n'importe en quelle qualité il a procédé : de cinq caufes que fon 
union a pour fondement , quatre font réprouvées en droit , & comme abufives , 
& comme injurieufes à FEglife ; celle qui eft Canonique tombe d'elle-même , fau- 
te d'avoir été vérifiée & aprofondie ; fon aprofondiftement entrai noit un examen 
folide des revenus des Maifons Prébendales, & de ceux de la menfe ; l'examen 
des revenus des Maifons Prébendales n'a point été fait , & fi. celui des revenus de 
la Menfe l'a été en aparence , l'efprit de Juftice n'y a point prefidé , mais le 
feul deflein de fatisfaire à une formalité qu'on fçavoit eflreindifpenfable ,& dont 
on ne connoiffoit pas toute l'étendue ; en faut-il davantage pour renverfer une 
union ,qui , à lui fupofer quelque caufe folide , n'en feroit pas moins abufive; 
ce font les abus particuliers qu'elle renferme , dont on va maintenant faire le détail. 

MOYENS D'ABUS PARTICULIERS, 

Le premier moyen eft une calomnie évidente , en ce que l'article 4. du Règle- 
ment , qui fuprime les titres des Prieurez pour les unir à la Menfe du Chapi- 
tre, fupofe qu'il eft de notoriété publique, que les FF. Nivet & du Breuil ne remplhTent 
pasl'intc ntion des Fondateurs; ne diroit-on pas , à lire ce Règlement, que les FF. Ni- 
vet & du Breuil font un objet de fcandale au public, & que tout le monde s'élève con- 
tre îeur négligence ? cependant le F. Nivet eft depuis 22. ans Titulaire du Prieuré 
de St. Morand; & le F. du Breuil Titulaire depuis 11. ans au moins, de celui 
de St. Martin , fans que jamais aucunes plaintes ayent été formées contr'eux, 
foit de la part du Chapitre foit d'ailleurs , ils ont toujours vécu avec l'eftime 6c 
Taprobation des Supérieurs Ecclelîaftiques , ils ont toujours refidé à la connoiflan- 
ce publique , toute la Ville de Rennes attefteroit , & leur réfidence & leur aflîf- 
tance à l'Office Divin : pourquoi donc M. de Rennes les aceufe-t'il dans fon Rè- 
glement , de n'avoir pas rempli l'intention des Fondateurs ? & quelle raifon a pu 
le porter a appuyer fon aceufation de la notoriété publique ? fon aceufation fe- 
roit encore tolerable , fî le défaut de réfidence & d'afliftance ou tonte autre 
faute des Titulaires étoit une caufe valable de fupreflîon ; mais , on Ta prouvé , 
la faute du Titulaire ne peut eftre une raifon d'éteindre le titre de fon Béné- 
fice , & de-là refulte une calomnie d'autant plus évidente , qu'elle eft abfolu- 
ment gratuite ; M. de Rennes qui s'en eft aperçu , a fuprîmé de fon Règlement 
imprimé in 4 . avec fes Armes , ces termes ; en quoi ils ne remplirent pas l'inten- 
tion des Fondateurs depuis longtemps & de notoriété publique \ cette fupreflîon eft 
une reconnoirfance de la calomnie qu'elle n'efface pas , car l'original du Règle- 
ment contient les termes retranchez dans Fimpreflion , & on voit toujours que M. 
de Rennes a donné à fon union une caufe calomnieuîe , & d'ailleurs abufive , 



2 7 
puifqu'il n*y a ni texte dans le Droit , ni Auteur*, ni Arrcfl , qui ayent permis 

d'unir le titre d'un Bénéfice , par raport à la faute du Titulaire. 

Le fécond moyen d'abus confirme le principe qu'on vient d'établir ; il côn fille 
en ce qu'à fupoler que les FF. Nivet & du Breiiil étoient en faute , M. de Ren- 
nes ne pouvoit tout au plus que déclarer leurs Bénéfices vacans , après avoir 
obfervé les formalitez préfcrites dans le Droit ; on a déjà prouvé par l'autorité 
des Canoniftes , du Concile de Trente & de l'Ordonnance de Blois , que la faute 
du Titulaire n'eft point une caufe de fupreffion du titre ; i! refte de dire quelle 
peine cette faute peut emporter avec foi ; la faute eft , ou le défaut de remplir 
les charges du Bénéfice , ou une conduite fcandaleufe : en ces deux cas , le Droit 
Canon marque les peines qui feront infligées , mais parce que M. de Rennes a 
borné fon accufation au défaut de remplir les charges du Bénéfice , on fe conten- 
tera de parler des peines que ce défaut entraîne ;le chap. 16. aux Décrétâtes, 
de Clericis non refidentibus , s'explique en ces termes : abfentes Canonicos ci? afiifios re* 
voces ad refidendum , G? fi non venerint , tu de ipforum Bénéficiés , dum abfentes fuerint ^ 
ipfi EcclefiA facias congrue defervire in utilitatem ejufdem quod ex prxfatis Bénéficiés 
fuperfuerit convertendo , Sur quoi les Canoniftes remarquent , que les Evêques ont 
bien le pouvoir , en cas d'abfence notable du Titulaire , de faifir les fruits de fon 
Bénéfice , pour en employer une partie à l'acquit de la Fondation , & apliquer 
le refte , au profit de l'Eglife , mais que cependant ils ne peuvent Canonicum 
de jure fuo privari , fi ce ri 'eft après lui avoir fait trois monitions de revenir ; cette 
Doctrine eft fondée fur le chap. 1 7. kco citato , qui s'exprime en ces termes : 
liceat tibi fi moniti non redierint diBis Beneficiis y nifi exeufationem rationabilem ofiende- 
tint , fpoliare ; le Chapitre , avant de permettre que les Titulaires foient privez 
de leurs Bénéfices, exige non-feulement des monitions » il veut encore qu'ils ayene 
été entendus , parce qu'ils peuvent propofer une exeufe raifonnable ; fi le Droit 
pour la fimple privation du Bénéfice exige tant de formalitez , peut-on penfer 
qu'il en permette la fuprefMon indifféremment ? & dès- lors que la faute du Ti- 
tulaire a fes peines établies, qui croira qu'elle entraîne la fuprefiion du titre qui 
eft le bien des Patrons & des Collateurs ? 

Au refte, à fupofer ( & c'eft la plus forte fupofition qu'on puifle jamais faire ) 
que la faute du Titulaire pourroit entraîner la fupreftion du Bénéfice , ce ne 
devrait toujours eftre qu'après des monitions Canoniques ; M. de Rennes n'en a. 
point fait , & n'avoit pas occafion d'en faire aux FF. Nivet & du Breiiil , qu'il 
avoue avoir trouvé rêfidens, d'où il refulte que l'abus en ce chef,fe manifefte de 
toutes les façons. 

Le troifiéme moyen eft , en ce que l'article 4. du Règlement de M. de Ren- 
nes, n'a aucun raport avec fes motifs de Vifite : les motifs, en ce qui concerne 
les Prieurs , portent ces termes : obliger les Prieurs a rêfideraux termes de leurs Fon- 
dations , ou en cas de refus , chercher les moyens par ailleurs de remettre les chofesen régie ; 
le Règlement fait en confequence , porte la fuprefiion des titres des Bénéfices des 
Prieurs , peut-on voir un effet plus contraire à fon objet ? mais la contrariété eft 
d'autant plus évidente , que les FF. Nivet Sî du Breiiil fembloient n'avoir rien 
à aprehender du motif de la Vifite , puifque M. de Rennes les avoit trouvez rê- 
fidens , & qu'ils réfidoient en effet depuis leurs prifes de polTefiion. 

Icy l'abus fe découvre donc en deux manières. i°. En ce que M. de Rennes , en 
propofant de mettre les chofes en règle , en cas de refus de refîder , n'annonce rien 
qui ait feulement l'apparence d'une fupprefTion. Sa proposition ou fa menace , fit 
Ton veut, donne à entendre qu'il fera des monitions , & que fi les Titulaires n'o- 
béïfient pas , il les privera de leurs Bénéfices ; cependant cette fimple menace fe 
trouve dans la fuite le principe d'une fuppreffion , peut-on voir un abus plus for- 
mel. 2°. A fuppofer que la menace aurait pu eftre fuivie d'une punition telle 
que l'a prononcée M. de Rennes , les FF. du Breiiil & Nivet n'auraient pas du en 
fouffrir. M. de Rennes les avoic trouvez rêfidens , & leur refidence les mettoit à 
couvert même des monitions. 

Le quatrième moyen d'abus confifte dans une contravention au chapitre 19. de 
la cefiion 24. du Concile de Trente, & à l'article 23. de l'Ordonnance de Blois 
de^a cités. Ce Concile & cette Ordonnance en permettant aux Ordinaires d'unir 
dans les cas de Droit , des Bénéfices à la Menfe du Chapitre , leur défend pré- 
cifément d'y unir les Réguliers. Le Gonciîe porte : Non tamen regularia t & l'Or- 



tnee. 



28 

donnance , pourvu qu'ils nefoknt Réguliers. 

Sur ce moyen le Confeil de M. de Rennes propofe trois exceptions ; la première 
eft ,qûe le Concile & l'Ordonnance n'ayans défendu que l'union des Bénéfices fimples 
* Page 14. Réguliers * les Prieurez ne fe font point trouvez compris dans la défenfe , puifqu'ils 
de la l^rodH- exigent la refidence , Se que par confequent ils ne peuvent élire reputez Bénéfices 
^e° lm?tl " fimples. La féconde eft , qu'il n'eft point icy queftion de Bénéfices fupprimez , mais 
de fimples Servitoreries crées par le Chapitre de Rennes, pour aider au fervice Di- 
vin. La troifieme eft, que l'Edit de 1606. a permis aux Ordinaires d'unir même les 
Bénéfices Réguliers. 

La première exception fait voir dans les Prieurez fupprimez , des Bénéfices pluf- 
que fimples ; & la féconde les dégrade jufqu'àles mettre au nombre des Servitore- 
ries ; mais la confequence que le Confeil de M. de Rennes a tirée du Concile & de 
l'Ordonnance , mérite encore plus d'attention , que la contradiction dans laquelle 
il eft tombé. Le Concile & l'Ordonnance portent que les Eve ques pourront procéder 
à l'augmentation du revenu de leurs Chapitres ,foit par union de Bénéfices fimples , pour- 
vu qu'ils ne [oient Réguliers , ou par reduSiion des Prébendes ; Se le Confeil de M. de Ren- 
nes trouve le moyen d'en conclure , qu'il n'y a que l'union des Bénéfices Réguliers 
fimples qui foit défendue aux Ordinaires ; c'eft à dire , félon lui , que qui ne peut 
pas le moins , peut le plus ; Se l'on doit dire à l'avenir , qui non poteji minus potejl majus* 
La féconde exception qui attaque les titres des Prieurez , a été détruite par 
avance. On a fait voir leur origine régulière , que leurs titres font perpétuels , fie 
qu'ils ne tiennent aucuns biens de la libéralité du Chapitre de Rennes, Le Confeil de; 
M. de Rennes femble en quelques endroits de fa production imprimée , vouloir 
infinuer que les Prieurez ayans été fondez par des particuliers membres du Cha- 
pitre , c'eft à peu près comme fi le Chapicre les avoit fondez lui-même ; Se d'au- 
tant plus , qu'il en eft le Patron. Il eft vrai , 8c on l'a prouvé , que quelques parr 
ticuliers membres du Chapitre , ont concouru avec les Abbayes de Mont fort & 
de Paimpont à la dotation des Prieurez; mais ce que des particuliers ont fait eft 
étranger au Chapitre , Se les héritiers du fieur Abbé Ferret qui a employé 4000. 
livres en fondations , fouffriroient-ils que le Chapitre s'en dît le Fondateur, parce 
que le fieur Abbé Ferret étoit Chanoine ; au furplus , le droit détection n'eft point 
celui de Patronage , fit le Chapitre de Rennes tient fon droit d'élection de la pure 
libéralité des Fondateurs. 

La troifieme exception fondée fur l'Edit de 1606. feroit bonne, fi l'Edit étoic 
en vigueur ; mais , i°. 11 n'a point été enrégiftré au Parlement de Bretagne. 2 . 
Il ne l'a point été au Grand Confeil , ce fait fe prouve par une note marginale , 
qui fe lit à la page 1770. du fécond Tome des Mémoires du Cierge' : Nota, l'E- 
dit n'a pas été régijlrê au Grand Confeil. 11 eft vrai qu'il fut enrégiftré au mois de 
Février i6oH. au Parlement de Paris. Mais il ne fut envoyé en aucun autre Par- 
lement , 8e conftamment la Bretagne ne l'a jamais vu ; d'où il refulte, que M. de 
Rennes ne l'a pu tirer à confequence , fie n'a point du connoître d'autre Loy que 
celle de l'Ordonnance de Blois. 

A fuppoferque M. de Rennes ait pu regarder l'Edit de 1606. comme faifant 
Loy dans tout le Royaume , en ce cas il a dû l'obferver dans toutes fes difpofi- 
tions , puifqu'il n'a pu prendre une partie de la Loy Se laifter l'autre. L'article 
18. de cette Loy s'exprime ainfi : Ordonnons que les Archevêques , Eve ques , chacun 
çn leur Diocefe , pourront procéder aufàites unions , tant des Bénéfices Séculiers que Ré- 
guliers y félon qu'ils jugeront être commode , pour le bien & utilité de fEglife , pourvu 
toutefois que ce foit du confemement des Patrons & Collateurs, & qu'ils ne touchent 
aux Offices Clauftraux qui doivent refidence. 

Suivant cette Loy, M. de Rennes n'auroit donc pu unir les Prieurez à la Men- 
fe du Chapitre , que du confentement des Abbez Collateurs ; Se cependant il les 
a meprifé , jufqu'à ne les point appeller. Ce mépris entraîne un abus qu'il ne 
peut parer, s'il prend droit par l'Edit de 1606, Se de-là fuit un dilemme très-na- 
turel. Ou M. de Rennes a dû fuivre l'Ordonnance de Blois , Loy formée fur le 
Concile de Trente, Se en ce cas il n'a pu unir des Bénéfices Réguliers à la Men- 
fe de fon Chapitre ; ou il a dû fuivre l'Edit de 1606. fit en ce cas il a dû non 
pas appeller feulement les Patrons & Collateurs i mais encore avoir leur confen- 
tement pour former fon union , ainfi de quelque côté qu'il fe tourne , il y aura 
necenairement abus. 

Le 



*M 



2 9 
Le cinquième moyen eft, en ce que M. de Rennes, avant de procéder à la 

fuprefiion & union des Prieurez , n'a point appelle ceux qui dévoient l'être , tels 

que font les Abbez 8c Chapitres de Paimpont Se de Montfort , dont les Prieurez 

de St. Martin & de St. Morand dépendent , etans à la Collation defdits Abbez, 

fur l'élection du Chapitre de Rennes. 

La necefiité d'appeller les Patrons & les Collateurs eft preferite par toutes les 
Loix Civiles & Canoniques , même dans le cas d'union de Bénéfices Séculiers ; 
mais lorfqu'il s'agit de Bénéfices Réguliers , c'eft toute autre chofe , 6c alors le 
contentement des Patrons, Se fur tout des Collateurs , devient indifpen fable; l'ar- 
ticle 18. de l'Edit de 1606. qu'on vient de rapporter y eft formel. L'Editeur des 
nouveaux Mémoires du Clergé, Tome 10. page 1867. obferve fur cet Edit » 
que l'Ordinaire qui veut unir des Bénéfices Réguliers , ne le peut qu'à deux con- 
ditions ; i°. Parce qu'il aura le consentement des Patrons Se Collateurs ; 2 . Par- 
ce que les Bénéfices feront fimples , & non Offices Clauftraux fujets à re/idence. 
Le même Auteur rend la raifon de fon fentiment , ou plutôt de l'Edit » en ces 
termes. L'union des Bénéfices Réguliers étant permife par une Loy nouvelle , con- 
traire à toutes les autres , il eft jufte qu'elle ne foit pas fi facile que celle des 
Bénéfices Séculiers : Et Fon peut dire que le eonfentement des Patrons & Collateurs, 
ne regarde que les Bénéfices Réguliers , & les nouvelles unions permifes par l'Edit ds 
1606. & non les anciennes unions que le Roy n'a pas voulu rendre plus difficiles. 

Suivant cette opinion, que M. de Rennes ne peut réeufer, il eft clair que la 
règle de Droit, vocatis quorum interefl, s'entend différemment, félon la nature des 
Bénéfices. Si les Bénéfices font Réguliers , il faut non-feulement requérir , mais 
encore avoir le eonfentement des Patrons 6c Collateurs, s'ils font Séculiers il 
- fuffit de le requérir. Par rapport aux Réguliers , le eonfentement des Patrons 8c 
Collateurs, ne femble pas encore fuffifant , Se Ton voit dans le 10 e . Tome des Mé- 
moires du Clergé, page 1878, que lorfque les Bénéfices dépendent d'une Ab- 
baye qui eft en Congrégation , il eft abfolument neceflaire que l'Ordinaire qui 
veut les unir , appelle le Général de l'Ordre. L'Editeur des Mémoires du Clergé, 
prouve cette propofîtion par les fentirnens de Fevret ôc de<TAuteur des Additions 
à la Bibliothèque de Bouche 1 ; il ajoute que la feule difficulté ejî de fçavoir t ft ton 
peut pajfer outre à V union , le Général de l'Ordre faijant refus d'y donner fon eonfentement, 
6c il ne refout pas abfolument la difficulté. On ne prétend point la refoudre aufîî, 
on fe contentera de conclure , qu'à fuppofer l'union des Bénéfices Réguliers per- 
mife en Bretagne, la règle voeatis quorum r interefk y doit être obfervée à la rigueur, 
6c cette conclusion fuit immédiatement le principe d'où elle eft tirée. Le prin- 
cipe eft l'Edit de 1 606. qui feul permet les unions de Bénéfices Réguliers ; mais 
à la charge du eonfentement des Patrons 6c Collateurs, fit par confequent l'Edit 
va ' même au-delà de la règle vocatis quorum interefl, 

M. de Rennes qui n'a appelle , ni le General de la Congrégation des- Cha- 
noines Réguliers , ni les Abbés Collateurs , ni les Chapitres de Montfort 8c de 
Paimpont, prétend trouver fou exeufe dans une diftinc5hon ; 8c il dit que la Rè- 
gle vocatis quorum interejl s'entend uniquement des unions qui ont pour objet, 
loit la dotation des Cures, foit celle des Séminaires ou autres caufes pareilles; 
mais que quand il s'agit de l'entretien 8c augmentation des distributions quotidien- 
nes, l'Ordinaire peut unir fans obferver la Règle , n'étant pas jufte de raflujettir 
à toutes les formalités des procédures , lorfqu'il travaille uniquement pour le 
bien de la Religion, Le Confeil de M. de Rennes , pour autorifer cette diftin&ion , 
cite le chapitre 15. feflion 24. duConcilede Trente, un Arreft du 5. May 1715. 
rendu en faveur de la Dame AbbefTe de S. Georges de Rennes , 8c deux Ar- 
refts confirmant s de pareilles unions faites par Meilleurs les Eveques de Carcauonne 
6c de Tulles. 

Pour répondre par ordre à toutes ces autorités , on commencera par le Cha- 
pitre du Concile de Trente, 6c on obfervera i°. que ce Chapitre défend expref- 
îement l'union des Bénéfices Réguliers , Se par confequent il n'étoitpas de la pru- 
dence du Confeil de M. de Rennes de le citer. 2 . S'il permet aux Eveques de 
fupprimer quelques Prébendes en leurs Cathédrales, ou d'unir pour l'augmen- 
tation des diftributions quelques Bénéfices fimples 8c Séculiers à la Menfe des 
Chapitres , il exige que la iuppreflfion ne foit faite que cum confenfu Capkuli ; H 
les Bénéfices dépendent dés Chapitres , Se que l'union ne foit formée qu'avec le 

H 



^^^t-wb m .. 



confentement des Patrons Laïques, ./î rfejare Patronatûs Lakorumjm , & après ces 
confentemens il ajoute îpr&ditl& uniones autfuppreffionestolli feu tmpedirinon poffunt , 
ex quibufeumque prêvijiombus etiam vigorc rcjignaiionis , awf quibufvis aliis deroga- 
tionibus aut fufpenfionibvs. Ceft de cette claufe finale que le Confeil de M. de 
Rennes a conclu que dans les cas d'unions faites pour l'augmentation des diftri- 
butions quotidiennes , l'Ordinaire étoit difpenfé de toutes formalités ; Se cepen- 
dant il ne pouvoir tirer d'autre confequence , fi non que l'union faite par l'Or- 
dinaire de Bénéfices fimples & non Réguliers , avec le confentement du Chapitre 
ou du Patron Laïque , le Ion les cas , ne pourroit être retardée par la refignation ; 
confequence qui loin d'autorifer , détruit au contraire fa diftinction , Se qui, fi l'on 
fe portoit à l'inférer du chapitre 1 5. feroit elle-même détruite par la déclaration 
des Cardinaux fur ce Chapitre s on le fera voir dans la fuite. 

Une confequence mal tirée peut bien entraîner après elle une faufTe applica- 
tion d'Arrefts , & à vrai dire , l'Arrefl de M. de CarcaiFonne ne de voit jamais être 
appelle pour détruire la Règle , vocatis quorum inrerejl ; 6c encore moins pour jufti- 
fier M. de Rennes d'aucuns des abus , dont ton union efl infectée. Voici l'efpe- 
ce de l'Arrefl: ; c'eft Ducafte qui la raporte , pag. 1 30. & 1 3 1 . de fon Traité de la 
JurifdiéUon Ecclefiaftique , il faut l'entendre parler lui-même. 

Pour procéder a l'union des Bénéfices qui dépendent de plein droit des Qollateurs Or- 
dinaires , eji il neceffaire d'avoir auparavant des Lettres Patentes du Roy ? 

» Cette queftion fut agitée au Parlement de Touloufe entre le Syndic du 
m Chapitre de Montréal, au Diocefe de CarcafTonne d'une part ; & les Syndics 
» Prébendiers , & des habitans de la Ville , d'autre : M. de Grignan Evêque de 
» Carcaffonne procédant à la vifite de ce Chapitre , trouva qu'il y avoit un grand 
» nombre de Prébendiers ; que la plupart n'ayant pas le moyen de fubfifter à 
» caufe de la modicité des revenus de leurs Bénéfices , n'y réfidoient point , & 
» étoient obligez d'aller fervir des Paroifïès , & que le Service Divin n'étoit pas 
y> fait exactement dans cette Eglife, parce qu'il n'y avoit point de diilributions 
» quotidiennes , il refolut de pourvoir à cet abus. Pour cet effet ayant été plufîeurs 
» fois requis , tant par le Syndic du Ghapitre , que par celui des Prébendiers , 
» de procéder à la réduction du trop grand nombre defdits Bénéfices à un moin- 
» dre, attendu la modicité des revenus de ladite Eglife, 6c des grandes Charges 
» qu'ils font obligez de fupporter : 6c s'étant pleinement informé de tous ces faits 
» par les voies de Droit , il ordonna la fupreffion Se extinction à perpétuité de 
» neuf Prébendes Sacerdotales , 6c quatre Cléricales qui viendroient à vaquer par 
» mort ou par Démifïion pure 6c fimple, ou par Traité de gré à gré avec le- 
» dit Chapitre , moyennant une penfîon viagère pour les Titulaires, 

Telle eft l'union qui fut confirmée par Arreft du 29. Juillet 1687. étant pure- 
ment queftion de fçavoir , fi l'Evèque avoit pu la faire exécuter , fans avoir ob- 
tenu de Lertres Patentes du Roy. Le Parlement de Touloufe jugea qu'il n'en 
avoit pas eu befoin , les Bénéfices étant à fa Collation. Quelle application cet 
Arrtft a-t'il à l'efpece dont il s'agit? aucune. Il eft vrai qu'il a confirmé une union, 
ou pour mieux dire la fupreffion de plufîeurs Prébendes ; mais cette fupreffion 
avoit été réquife par les parties interefïées, l'Evèque ne la fit que fur de bons 
motifs , dont il s'informa par les voyes de Droit, il étoit le Collateur des Prében- 
des; 6c enfin il ne fit aucun tort aux Titulaires , ayant ordonné que Ça. fupref- 
fion n'auroit effet qu'après leur mort. M. de Rennes pouvoit-il donc fouffrir qu'on 
citât une pareille efpece, pour autorifer fon Ouvrage? lui qui l'a fait fans avoir 
.été requis, de Bénéfices Réguliers ,6c qui n'étoient pas à fa Collation; lui qui a 
dépofTedé les Titulaires de leur vivant , Se qui n'a vérifié aucune de fes caufes 
par les voyes de Droit. 

L' Arreft qui confirme l'union faite par M. de Tulles , n'efl pas cité plus à pro- 
pos que le précèdent. L'efpece de cet Arrefi: eft , qu'il y avoit environ vingt ans 
que M. de Tulles avoit prononcé la fupreffion de l'Aumônerie de fa Cathédrale, 
lorfque les Graduez l'attaquèrent; étoient-ils récevables, 6c pouvoient-ils placer 
-leurs Grades fur un Bénéfice réuni à la Menfe du Chapitre depuis vingt ans ? 
TArreft jugea que non , fans entrer dans les formalités de l'union qui ne furent 
point difeutées ; fur quel fondement le Confeil de M. de Rennes peut-il donc 
avancer qu'elle lui a fervi de modèle ? 

Sur quel fondement encore cite-t'U l'Arrefl; de la Dame d'Alaigre , AbbefTede 



J 



Si 

St. Georges de Rennes? en voici l'efpece. Deux Prieurez poffedez en titre, par 
des Réligieufes de l'Abbaye de St. Georges , de laquelle ils dépendoïent dès leur 
origine, & dont ils faifoient partie des revenus, s'étans, de Bénéfices manuels qu'ils 
étoient d'abord , peu à peu transformez en titres perpétuels , la Dame Abbeile 
de St. Georges qui en avoit feule la p leine & libre Collation , en cas de vacan- 
ce par mort , en pour fui vît la réunion à la Menfe Abbatiale , & pour y parvenir 
elle obtint un Récrit commhToire & délegatoire de Rome. En vertu de ce Récrit, 
l'Official de Rennes fit les informations , de comnmdo & incommoda , il appella & en- 
tendit juridiquement toutes les parties intereffées , & les deux Dames Réligieufes 
Titulaires des deux Prieurez ayant confenti à l'union , parce qu'elles joiiiroient 
des revenus pendant leur vie, il intervint Bulle d'union, en conformité, qui fut 
fuivie de Lettres Patentes de Sa Majefté , lefquelles furent enrégiftrées de concert 
& fans aucune oppofition, Après la mort des deux Dames Prieures, deux Ré- 
ligieufes fe firent pourvoir à Rome des deux Prieurez après fix mois de vacan- 
ce ; on leur oppofa une union faite dans toutes les formes. Se confirmée par des 
Lettres Patentes, enrégiftrées fans aucune opposition i faut-il donc s'étonner û el- 
les furent déboutées par Arreft du Confeil? 

Si après beaucoup de recherches fit parmi un grand nombre d'Arrefis qui ont 
confirmé des unions , le Confeil de M, de Rennes n'a pu trouver en fa faveur 
que ceux dont on vient de raporcer les efpeces , fans doute qu'il a vu fa condam- 
nation dans tous les livres qu'il a confultés, & il n'y pouvoit trouver autr.e chofe j 
que devient donc fa diftinclion des unions faites pour dotation de Cures , d'avec 
celles faites pour augmentation des diftributions quotidiennes ? il'Arreft de la 
Dame d'Alaigre , ni celui de Mr. de Tulles , ne peuvent la foûtenir , puifque ni 
l'un ni l'autre n'ont confirmé des unions dont l'objet eût été d'augmenter les dif- 
tributions quotidiennes ; l'Arreft de M. de Carcaflbnne eft véritablement dans 
l'efpece des diftributions augmentées , mais il n'en a que plus de force pourre- 
jetter la diftin&ion de M. de Rennes , on l'a fait voir i en quel lieu cette diftinc- 
tion eft-elle dont écrite ? où eft-il dit que la régie 9 vocatis quorum intereji i puûTe 
jamais manquer ? 

Cette régie qui a été tirée du Concile de Gonftance & d'une Conftitution d'In- 
nocent VIU. eft recommandée dans les mémoires du Clergé , tous favorables qu'ils 
font aux Evêques, pour eftre obfervée,fuivant l'explication qu'en a donné Re-* 
bufFe ; la première partie intereffée, dit cet Auteur v eft l'Evêque , après lui , font 
les Patrons & Collateurs , & les Titulaires viennent enfuite ; le confentement 
de l'Evêque eft indifpenfable , ajoute le même Auteur , celui des Patrons & Col- 
lateurs doit eftre requis , ne videatur fpretos fui 'fie , & pour le Titulaire, il fuffit de 
l'entendre fur la valeur du Bénéfice , fon confentement ne doit eftre ni requis ni 
obtenu : quia ad fuam vitam ei non pr&\udicatur ideo non vocatur ad confentiendum , 
ainfi parle Rebuffe, & fon fentiment fe trouve confirmé par une infinité d'Ar- 
refts ; on en voit un dans le Tome 10 e . des mémoires du Clergé , page 1870. par 
lequel il fut jugé que le Titulaire n'ayant pas confenti à l'union , les fru^-s de 
fon Bénéfice lui feroient confervez pendant fa vie , parce que Punion ne doit pas 
ht faire préjudice ; dans le même Tome, page 1878, il eft dit , que quand l'Or- 
dinaire veut unir des Bénéfices qui dépendent d'une Abbaye qui eft en Congré- 
gation, il eft neceflaire qu'il appelle le Général de l'Ordre : les Ordonnances d'Or- 
léans & de Blois, & l'Edit de 1606. requièrent indiftin&ement , & dans toutes 
fortes d'unions , que les Patrons & Collateurs foient appeliez ; fur quel principe 
le Confeil de M. de Rennes s'eft-il dont engagé dans une diftin&ion qu'aucune 
Loi & qu'aucun Auteur n'a faite ? 

Sa raifon de diftinguer , fondée fur ce qu'un Evêque qui unit en vûë d'augmen- 
ter les diftributions quotidiennes , travaille pour le bien de la Religion , & fem- 
ble difpenfé par l'objet de fon travail , des formalitez ordinaires , feroit outrée , mê- 
me dans un ouvrage où Von traiterait de l'excellence de l'état des Chanoines , 
& où Ton n'auroit pour but que de célébrer leurs louanges , à plus forte raifon , 
n'eft-elle pas fu portable dans un ouvrage donné fous le nom d'un Evêque pour 
fa deffenfe ; que M. de Rennes penfe que l'augmentation des diftributions quo- 
tidiennes eft un foin digne d'un Prélat, à la bonne heure, mais il ne penfe point 
à coup feur , que ce foin eft préférable à la dotation d'une Cure ou d'un Sémi- 
naire, ni que les Chanoines font plus utiles dans fon Diocefe que les Pafteurs ,ce- 



irr 






* 2 

pendant ce feroit une des confequences de la diftincfcion que ion Confeil a imagi j 

née; on ne parlera pas des autres, la charité demande qu'on les fuprime, on rapel- 
lera feulement ce principe de Droit , que toutes unions doivent élire fondées 
fur la neceffité & l'utilité évidente de fEglife , & on en tirera cette jufte confequen- 
ce , que fi toutes ont neceiïairement la m<jme caufe , elles doivent donc eftre fai- 
tes fuivant les mêmes formes , & confequemment , la règle vocatis quorum interefl 
y doit eftre obfervée, parce que ïans elle , aucune caufe ne peut élire vérifiée? 
M. de Rennes étoit d'autant plus obligé de ne pas négliger cette règle , qu'il 
vouloit unir des Bénéfices Réguliers, fur lefquels il ne fonde ton prétendu pou- 
voir , qu'en vertu de l'Edit de 1 606. & comme cet Edit exige que l'union foit 
faite du confentement des Patrons & Gollateurs t il s'enfuit que n'y ayant même 
pas été appeliez , elle eft abfolument abufive. 

Le fixiéme moyen d'abus , eft une contravention aux Loix du Royaume , 8c à 
la Jurisprudence des Arrefts , qui ne permettent pas de prononcer la fupreffion, 
du titre d'un Bénéfice , pour avoir Heu avant le decez ou la cefiïon volontaire 
du Titulaire , c'eft-à-dire , fi ce v^eUperceffur/z^vel ckceffum y M. t^e Rennes avoue 
que dans la Thefe générale, l'union ne doit avoir lieu, qu'après la mort ou la 
ceifion volontaire du Titulaire; mais il dit que le chap. 15. de la cefiïon 24. 
du Concile de Trente , excepte les unions faites pour l'augmentation des distribu- 
tions quotidiennes dans les Eglifes Cathédrales & Collégiales. 

Cette exception vient d'eftre renverfée dans le précèdent moyen d'abus , & on 
a fait voir que le chap, 15. du Concile derfend. i°. L'union des Bénéfices Régu- 
liers. 2°. Qu'elle foit faite fans le confentement du Patron Laïque , ou du Chapi» 
tre félon les cas. Une nouvelle obfervation qui fe préfente ici , c'eft que le Con- 
cile fupofe que l'Ordinaire unit des Bénéfices qui font à fa Collation , & fans 
cela , il n'exigeroit pas le feul confentement du Chapitre ou des Patrons ; dans 
la préfente efpece , il s'agit d'une union de Bénéfices Réguliers , faite fans le con- 
fentement des Patrons & Collateurs qui n'y ont pas même été appeliez , & par 
confequent le chap. 15, du Concile , loin de la valider ,1a reprouve ; mais ce cha- 
pitre dit-il, comme le Confeil de M. de Rennes, que les unions faites pour 
l'augmentation de distributions quotidiennes dans les Cathédrales priveront les 
Titulaires aéluels des fruits de leurs Bénéfices? non, il dit feulement neque prx- 
diëlx, uniones aut fuppreffwnes toili feu impediri poffmt ex quibîtfcunque frovifwnibus etiam 
vigore reftgnationis * c'eft-à-dire , que les Titulaires feront privez du droit de refi- 
gner; droit quia toujours lieuprounâ vice , la privation de ce droit , qui leur eft: 
déjà onereufe , ne doit pas eftre étendue , & parce que le Concile femble leur 
interdire le pouvoir de refigner, on n'en doit pas conclure qu'il les dépouille en- 
tièrement , & leur enlevé les fruits de leurs Bénéfices ; la confequence fer oit mê- 
me d'autant plus faufTe , que la Déclaration des Cardinaux t loin d'admettre la 
privation de la faculté de refigner >pro bac vice t porte au contraire , fur ces ter- 
mes déjà citez : neque pmdiSlx uniones ; que fi l'union eft formée de Bénéfices 
fujets»à refignation , elle fera fufpenduë , non-feulement jufqu'à la mort des 
Titulaires actuels ; mais encore par la refignation qu'ils pourront faire pour cette 
fois : fedji Bénéficia v'voem'mm continuât refignaïi ci? refigaat'wncm perfedem Apofr 
tolicam aâmitti unio pro iliâ vice fuj pendit ur. 

Tout le monde fçait que la Déclaration des Cardinaux eft feule l'interprète 
du Concile de Trente , & lui adonné dans les endroits qui n'ont pas paru allez 
clairs , le vrai fens , dont il n'eft pas permis de douter , & par confequent le 
Confeil de M. de Rennes n'auroit point dû la diffimuler , afin de fe rendre lui- 
même l'interprète du Concile ; à fupofer même qu'il fauroit pris dans fon vrai 
fens , l'avantage qu'il en pourrait retirer ne feroit pas de longue durée , parce 
qu'en France le Concile de Trente ne fait point Loy dans les matières de Dif- 
çipline , & on n'y admet pas que le Titulaire d'un Bénéfice fuprimé foit privé 
du droit de le refigner. 

M. Bignon portant la parole dans une caufe raportée par Bardet tora. 1. pag. 
580. après avoir remontré , que fuivant un Décret du Concile de Viennes , infé- 
ré dans les Clémentines , le Titulaire ne peut eftre dépoffedé par l'union , donna 
pour maxime , que le droit de refigner lui efteonfervé : il fut plus loin encore, 
& il foùtint , que depuis que les réfignations in fav&rem , avoienc été reçues en 
France , il avoit été d'ufage d'appeller les Titulaires aux unions , Ion fentimenc 

a 



1 



u 

a été adopté par l'Editeur des Mémoires du Clergé , qui t'a cité pour refoudre 
la queftion propofée pag. i87#. tom. 10. 

Le Confeil de M. de Rennes qui a cité l'union de M. de Carcaflbnne , com- 
me un modèle , a fourni contre lui-même une preuve de la règle qui s'obferve 
en faveur des Titulaires » car cette union formée dans une neceflité bien pref- 
fante de Prébendes à la Menfe d'un Chapitre dont elles dépendoient , conferVa 
les Titulaires dans tous leurs droits ; l'union que la Dame Abbefle de S. Geor- 
ges fit faire de deux Prieure 2 à la Menfe Abbatiale , refpecta les Religieufes 
Titulaires, elle eft citée par le Confeil de M. de Rennes, & s'ilvouloit bien 
citer d'autres exemples encore , on en tireroit les mêmes preuves , peut-eftre 
même découvriroit-il de nouveaux moyens d'abus dans fon union ; ce qui le fait 
pré fumer ainfi , eft que fa diftinction des unions faites pour dotations de Cures, 
d'avec celles qui tendent à augmenter les diftributions quotidiennes dans les Ca- 
thédrales , a fourni Toccafion de prouver qu'il eft neceftaire d'appeller les Titulaires. 

Les FF. Nivet & du Breiiil n'ont point été appeliez , la fupretTion de leurs 
Bénéfices a été formée a leur infçû : mais pour ne point s'écarter du fujet au- 
quel on s'eft attaché dans le préfent moyen d'abus , on revient à dire , qu'à 
prendre droit par le chap. 15, du Concile de Trente , & à confulter nos ufages, 
on voit que l'union, loin d'enlever au Titulaire la moindre portion des fruits de 
fon Bénéfice ,' ne le prive même d'aucun de fes droits* 

Ceci a paru, fi confiant au Confeil de M. de Rennes , qu'il a abandonné l'au- 
torité du Concile de Trente , pour paner à des faits calomnieux , & il a dit que 
les FF. Nivet & du Breiiil font actuellement redevables de plus de 2000» liv. 
chacun , pour les Méfies qu'ils n'ont pas célébrées ; d'où il a conclu , qu'il n'eft 
pas naturel de leur laiflèr les fruits de leurs Bénéfices. 

Cette confequertce eft tirée du faux principe j 6c quand le principe feroit vray, 
elle n'en feroit pas moins Vitieufe j premièrement , il ne paroît pas que les FF* 
Nivec & du Breiiil àyent manqué à leurs obligations ; fécond ement , quand il 
paroiftroit qu'ils auroient eu de la négligence , l'union qui refpecte , & la per- 
sonne ôc les droits du Titulaire , n'auroit pu prononcer une peine contr'eux ; s'ils 
étoient en faute , il falloit les citer , & les convaincre par une procédure formée 
à ce defièin ; mais que fans citation , fans jugemens on les ait punis comme cou- 
pables , c'eft-là un abus que les déguifemens les plus artificieux ne fçauroient voiler. 

C'eft ici le lieu de rappeller les principaux abus que renferme PuniOn ; on a 
vu d'abord qu'elle eft calomnieufe # parce qu'elle fuppofe les FF. Nivet 8t du 
Breiiil coupables d'une négligence criminelle ; qu'à les fuppofer coupables , la fu- 
preffion des titres de leurs Bénéfices, qui font Electifs & Collatifs, indépendamment 
de l'Ordinaire , ne devoit pas s'enfuivre que toutes fuprefiions & unions ne 
peuvent eftre énoncées en n antre de peine ; mais qu'elles doivent eftre fondées 
fur l'utilité & la neceflité évidente de l'Eglife : on a vu encore que l'union de 
M. de Rennes eft contraire à l'objet de fa Vifîte , qu'elle eft contraire aux Or- 
donnances ôc aux Conciles , qui deffendènt aux Ordinaires d'unir les Bénéfices Ré- 
guliers , qu'elle a été faite non vocatis vocandis , & dans un fecret myfterieux ; 
enfin on a VU qu'après avoir puni les Electeurs 6c Collât eu rs de la faute pré- 
tendue des Titulaires , elle a dépouillé les Titulaires mêmes : tous ces abus qui 
la détruifent /détruifent aufll les Lettres Patentes dont M. de Rennes a voulu 
la fortifier. 

Ces Lettres Patentes font d'ailleurs bbreptices & fubreptîces , l'obreption pa- 
roift en ce que M. de Rennes a diflimulé que les Bénéfices qu'il a uni font Ré- 
guliers , & qu'il s'eft contenté de les appeller Chapellenies pojfedées fous le nom de 
Prieure^: là fubreptîon paroift, en ce que M. de Rennes dans l'expofé defaRe- 
quefte qu'il a prefentée à Sa Majefté , a donné à entendre que les Bénéfices qu'il 
a uni, ne font pas des titres de véritables Bénéfices , en ce qu'il les a dit poffede^ 
Amplement , au lieu que les Titulaires Réguliers font pourvus en titres Réguliers i 
en ce qu'il a fuppofé que ces Bénéfices ne font pas à la Collation d'Abbez d'Ab- 
bayes Régulières; en ce qu'il a diffimulé qu'il eût réellement éteint ces Bénéfices, 
& a femblé vouloir infinuer qu'il -s'étoit feulement obligé à le faire : ce font-là 
autant de vices qui renverfent le Règlement 6c les Lettres Patentes, 

Le Confeilde M. de-Rennes pour les faire difparoiftre, a établi dans fa pro- 
duction imprimée , un chapitre qu'il a intitulé les moyens dfûppojition fournis par les 






■r:/— 



34 , 

FF. Nivet & du Brcuil , ne méritent aucune attention. Ce chapitre qui femble an* 

noncer de grands raifonnemens , foie en fait, foie en droit, roule en entier fur 

une prétendue fupreffion faite par Yves de Chartres ; on y voit donc que ce St. 

Prélat ayant dans fa Cathédrale quatre Dignitaires, appeliez Provôts , qui diflî- 

poient les biens du Chapitre , dont ils avoient envahi le gouvernement, les fupri- 

ma ; qu'ils s'élevèrent contre fa fupreffion , qu'ils tentèrent de la renverfer par la 

calomnie , que d'abord ils parurent avoir quelque fuccès ; mais qu'enfin ils fuc- 

comberene, & que la fermeté du St. Prélat , a la place duquel M. de Rennes fe 

fubftituc aujourd'hui, fut approuvée du Pape & du Roy Louis le Gros. 

Les FF. Nivet & du Breùil n'environt point à M. de Rennes, une comparaifon 
avec Yves de Chartres ; ce Saint & fçavant Prélat , l'un des plus rares Ornemens 
de l'Eglife Gallicane , & ils ne s'arrêteront point à fe plaindre de fon Çonfeil, qui 
les a mis à la place de calomniateurs -, leur unique objet fera de démontrer la 
vérité , encore une fois obfcurcie : ils obferveront donc qu'Yves de Chartres n'a 
jamais fuprimé de Bénéfices en fa Cathédrale , il contribua feulement à rétablir 
la vie commune parmi les Chanoines , & à faire ôter aux quatre Provôts de fon 
Chapitre le Gouvernement des biens; c'eft ce que le Père Thomaflin nous apprend 
dans fon Traité de la Difcipline ancienne & nouvelle de l'Eglife , p. i. L. 3. C. 
70. p. 86$. & il dit, que le Chapitre de Chartres pour fe délivrer de la tyran- 
nie des quatre Provôts, avoic obtenu un Récrit du Pape Pafcal IL qu'ils rendi- 
rent inutile par le crédit qu'ils trouvèrent auprès du Roy , qui les rétablit dans 
leur premier état : qu'alors Yves de Chartres fît tant auprès du Roy , qu'il ga- 
gna fur lui , de ne pas couvrir de fon Autorité une déprédation fi étrange ; voici 
les termes de l'Auteur ; Ex notis porro Soucheti in fias Yvonis Epifiofas & ex formu- 
la juramenti Canonicorum quam fuorum' Analetlorum Tom, 2. inférait vir doSiiffimus 
MabïUonius , illud edocemur quatuor illos PrApoJitos penès quos tota erat adnnnifbratio 
Temporalium omnium bonorum Capituli Carnotenfis recifos à Capitula fuiffe 9 Temporalia 
ornnia ad Menfam Capituli commumm revocata, quatuorque altos creatos a Capitula eo- 
dem Pr&pojitos , quibus fua fmgulis pmcaria feu loti fundia affignata funt , ne mtnueretur 
numerus dignitatum. 

Le Père Thomafïin parle en cet endroit d'après Souchet & Mabillon , defquels 
il rend la relation toute oppofée à la citation du Confeil de M. de Rennes , qui fait 
dire à Souchet, qu'Yves de Chartres fupprima quatre Prévôts , au lieu que le Cha- 
pitre de Chartres les cafla feulement & en créa quatre autres , aufquels il affigna 
des fonds pour fubfifter , ne minueretur numerus dignitatum. Le témoignage du P. 
Thomaflin fur ce fait , peut d'autant moins eftre révoqué en doute, que les quatre 
Prévôtez fubfiftent encore aujourd'hui dans la Cathédrale de Chartres. Le Confeil 
de M. de Rennes pouvoit donc fe difpenfer de les citer comme fupprimées j il le 
devoir même , finon pour l'amour de la vérité , du moins pour ne pas contrevenir 
au précepte , ambkîofa recidet omamenta ; car enfin qui ne voit , que quand il feroic 
vrai qu'Yves de Chartres auroir fupptïmé des Bénéfices en fa Cathédrale , il ne 
s'enCdivroit pas que M. de Rennes auroit eu lieu d'en fupprimer dans la fienne ? 

11 refle , avant de finir , de parler du fequeftre que M. de Rennes a obtenu des 
fruits des Bénéfices qu'il a unis : ce fequeftre n'a pu eftre ordonné au préjudice d'un 
appel comme d'abus interjette dans toutes les formes. M. de Rennes convient de 
cette propofition dans la thefe générale , & il ne nie pas que l'appel comme d'abus 
eft devolutif & fufpenfif : mais il excepte & il dit i°.que les FF. Nivet & du Breuil 
n'ayans pas célébré les Meffes aufquelles ils font obligés par les Fondations de 
leurs Bénéfices, il ne feroit pas jufte de leur laifïerdes fruirs qui ne leur ont été origi- 
nairement donnés qu'à la charge de remplir les Fondations. i°. Que ces mêmes 
Fondations qui reclament toujours contr'eux, prouvent qu'il n'efl que trop jufle 
de les faire rentrer dans leur Communauté; d'où il feroit à fouhaiter , pour leur hon- 
neur , & pour le bien de l'Eglife , qu'ils ne feraient jamais forti. 

Ce raifonnement eft une pure pétition de principe ; ilfuppofe des obligations qu'on 
ne voit pas,& que celles qui font contenues dans les Fondations, n'ont pas été remplies; 
ilfuppofe que la faute du Titulaire emporte de droit, fans monitions 6c fans juge- 
mens , la privation des fruits du Bénéfice , & que cette privation fe peut ordonner 
par une fuppreffion du titre. Toutes ces fuppofitîons admîfes , ne détruiraient 
pas encore l'effet fufpenfif de l'appel comme d'abus ; à plus forte raifon ne peuvent- 
elles le détruire , puifqu'elles font fondées fur des erreurs en fait & en doit. Au fur- 



1 



$5 

plus , on ne fçair fur quoi tombe cette reflexion vague du Confeil de M. de Ren- 
nes, qu'il ferait à fouhaiter , pour le bien de l'Eglife, &même pour l'honneur 
des FF. Nîvet & du Breiiil , qu'ils n'auroient jamais forti de leur Communauté ; 
l'un ni l'autre n'ont trahi ce qu'ils doivent à l'Eglife , 6c ce qu'ils fe doivent à eux- 
mêmes. M. de Rennes avant fon union, & même depuis, leur a donné des témoi- 
gnages publics de fon eftime , c'eft à ces témoignages finceres dont ilsfe fouviendront 
toujours, qu'ils en apellent, pour juflifier leur innocence. 

Tel eft , SIRE, fétat de cette affaire qui eft très-fimple , lorfqu'on Tenvifage 
dégagée de toutes les caufes étrangères à une fuppreffion , & qui loin de détruire 
l'abus , ne fervent qu'à le multiplier. Vôtre Majefte même a vu que M. de Rennes 
fe contredit à chaque pas dans le fyfteme que fon Gonfeil a formé pour foûtenir fon 
ouvrage ; tantôt le Gonfeil dit que les Bénéfices unis font de fimples Servitoreries , 
& tantôt que ce font des Bénéfices au-deflus des fimples , étant fujets à la refidence ; 
tantôt il dit que les Chanoines de Rennes affûtent à l'Office Divin avec une pieté 
exemplaire , qu'ils édifient le public Tans le fecours des Prieurs Réguliers , qui et ans 
devenus inutiles, doivent être renvoyez dans leur Communauté, & tantôt que ces 
mêmes Chanoines affilient rarement, parce qu'ils méprifent le falaire trop modique 
de leurs affiftances, 8c que M. de Rennes , pour les réveiller, a crû neceflaire 
d'augmenter les diftributions quotidiennes j tantôt il donne pour caufe à l'union , 
l'inexécution des Fondations , & tantôt il la retranche. 

S'il cite un acte, il fe trompe toujours, foit par rapport au fens qu'il renferme , 
foie par rapport à fa nature ; s'il cite un Auteur ou un Arreft , ou il eft. contre 
lui, ou iltft fans application à l'efpece : pour les Canons & les Ordonnances , il 
les élude par des fubtilités & des exceptions qu'il n'a trouvées écrites en aucun 
lieu ; mais pour lui montrer , en un mot , toute la difformité de fon ouvrage , qu'il 
fe rappelle, s'il lui plaît , que toute fuprefïion de Bénéfices , ne peut être 
fondée que fur la neceffité Se l'utilité évidente de l'Eglife; & s'il veut bien en- 
tendre ce principe avec les Ordonnances & les Arrefts*, il rétranchera de fon fy- 
ftême ce vain amas de faits & de caufes injurieufes à la pureté de l'Eglife : s'il 
veut bien encore réfléchir fur l'Origine des Prieurez, & fur leur ancienneté dans 
la Cathédrale, il ceffera de faire dire à M. de Rennes, que les Prieurs font corn- Ephef. lt 
me étrangers venus âe dehors, & au contraire il avouera qu'ils font comme Citoyens 
de la même Cité des Saints & Domeftîques de la Maifon de Dieu. 

A ces Causes, SIRE, flaise a Vôtre Majesté*, Faifant 
droit en l'oppofition des FF. Nivet & du Breiiil à l'enrégiftrement du Règlement 
de M. de Rennes , dire qu'il y a abus dans ledit Article I V. dudit Règlement ; 
& en confequence, ordonner que lefdites Lettres Patentes demeureront rap- 
portées ; & ils rédoubleront leurs Vœux , pour la profperité de la Perfonne Sa- 
crée de Vôtre Majefté, 

M e . BOUDOUX, Avocat. 



De l'Imprimerie de JOSEPH V A T A R » Imprimeur-Libraire , au coin 
de la Rué Royale , aux Etats de Bretagne. 






!!!î!!!!!!!!tt!!!&!!!!!!!!!!!!!!!!! 

iiiiiiiiiïiiîiiiiHiiiiaiiiHiîiiii 

TITRE DE 12,2.4 CONCERNANT LE 

PRIEURE' DE SAINT MORAND, 

UN I V E R S I S Chrifii Fidelibus prïfentibus Se futuris J. Dei grariâ jRhedonenu's Epif- 
copus , Salutem in vero Salutari, Chantatem deferviemium in noftrâ Ecclefiâ attendan- 
tes, &: in hoc utilitati ipfius ^quantum pofTumui , confidences , Ecclefiam Sandx Maria: 
de Coriâ , cum pertioentiis fuit , cum ailenfu Se voluntate Capituli noftri Abbatiâ; Sandi Jacobi 
de Monte Forti , cbariçativè contulimus , falvo Jure Epifcopali, Archidiaconi Se Decani : ita ta- 
nien quàd fi placuerit Abbati & Convemui didi loci , licebit eis , oobis noftrifque Succelïori- 
bus ad curam animarum ejufdem Ecclefîa: unum de Canonieis fuis Presbyterum Se idoneum , 
au: ahum honefium tn habita faculart pr&fentare , qui per nos & Arcbidiaconum Se Decanura , prout 
moriseft, ibidem inftitutus nobis de Spirùualibus & duobus Canonicis prxdidx Abbatiâ:, ia 
Ecclefii noftrâ, in habitu Ectlefix noftra; competenti , ad omnes horas defetviemibus , quorum 
unus fit Presbyter, & alter altertus Sacri Ordmts de temporalibus , prout ioter eos convenerit , , 
refpondcbit : quorum Piior à Capitulo nolho de Conventu beati jacobi eligetur, Se ad petitio- 
nem ipfius deftinabitur , excepto Priore vel Cellefario , vel Ballivo , qui millus Prior, non niiî 
lequiuto & babito conienfu Capituli Rhedonenfis poterit revocari , nilï ut tint Prior Abbatiâ: 
vel Cellerariui , vel Ballivus , Se tune , requifito confenfu didi Capituli , poterie revocaii j Se 
tune alius modo fupra feripto iu Ecclefiâ noftrâ ferviturus, ab Abbatiâ Prior fubftituetut. Hanc 
autem Inflitutionem cum ailenfu Capituli noftri Abbatiâ; , Se Capituli Sandi Jacobi de Monte Forti 
fadam , Abbas qui fuerit pro tempo rc in did.i Abbatiâ ele&us , poil fufeeptum mu nus Benedi- 
Ôionis fus à fuo Epifcopo , ad Fcclefiam noftram infra quindecimam diem accedens , proprio 
juramento fe rjdeliter feiviturum fuper facrum Altare propria manu firmabit , qui fi rebellis fu- 
per hoc oxtiterit, redditus illius Ecclefiâ: in manu noftrâ capere licebit , eis Don vocatis, donec 
Abbas fuprà didum fecerit juramentum ; Quod ut ratum & fi r mu m Se notum pofeeris liabcuur, 
pra-fentem Chartam in memorialo teftimonium , figillo noftro Se Capituli noftri , Se Abbaris Se 
Conventûs fandi |acobi de Monte Forti, fecimus cornrnuniri. ACTUM apud Rbedonas , in 
Capitulo Generali , in craftiao PuriHcationis beats Maria; , anno gratis millefimo ducéntefimo 
vigefimo quarto. 

CelUtiomiê à l'Original demeuré aux archives du Vénérable 
Chapitre de'J\ennes , en préjence de Air, le Lieutenant de Rennes , 
Commtjfaire en cette partie \ & de Vénérables &1)ifcrets Mtjftres 
¥ terre Marquez , archidiacre du Defert , Michel Bourres , La- 
zare Cochon , Chanoines en l'EghÇe de S. Tierre de Tiennes , dé- 
putez, dit Vénérable Chapitre , & de l'Ordonnance de Air, le Lieu- 
tenant , de ce jour quatrième Septembre mil Jtx cens trente-quatre, 
par moi fouffignc , en abfence du. Greffier, & de l'Ordonnance dt 
Monpeur le Lieutenant > Ain ft ftgnez. , FRANÇOIS PIQUART j 
B. GREAL. 



mmisttmîimmsttmmim 

DIXMES DE LA PAROISSE DE LANGAN , DONNE*E$ 
au Prieur de Suint Morand & à fin Compagnon , par F Abbaye de Mont fort , en 1227. 

UNIVERSIS Chrifti Fidelibus , tàm futuris quàm pra-fentibus , Litteras infpedurïs vel 
audituris , Robertus , divina miferattone Abbas , totufque Conventûs beati Jacobi de Monte 
Forti , Salutem in Domino. Univerfîtati veftr.-e notum fieri praefenti Scripto volumus , nos commun! 
alienfu Se unanimi , aŒgnaile Priori aoflro Rbcdonenfi Se Confocio ipfius , duas partes totius 
Décima; Iîladii de Parrocbiâ de Laiigan , ad ufum & fervitium Capellanix Domini Guillelmi Bc 
tengarii deftundi , quondam Magillri Scholaris V. lie dou en fis , ex chjus eleemofinâ proptei hoc 
liabuimus centum libras ; quant Capellaniam Trior Rhedontnfis , vel Conjocius ejufdem , in Ecclefi» 
Rhedanenfi defervire tenetur , Se ilias duas partes prxfatx Décima?, Priomoftet Rliedooeofis , vel 
alius de mandato ejus, cm voluerit , poterit ad ferrnam trader c , vel propriis fumptibus colligere, 
ii fibi vidurit expedire ; quod ut ratum & ftabile permaneat, prxfentes Litreras figilloiuni nor 
ftrorum imprefJîone duximus (igillandas. Acxu m in Fello Saudi Auguliini, commuai Capitulo, 
anno gratis: millelimo duccnieiicio vigeilmo fep ùmo. 



ELECTION DU 16.JUIN 1427- FAITE PAR LE CHAPITRE 
de Rennes y d r un Prieur de S. Morand, avec Supplique a PAbbé de Montfort , 
de conférer, comme Collateur forcé , au fujet élu. 

ÏN nomine Donnai. Amen. Tenore ptxfentis publici Inftrumenù cundis patent evidemer ; 
quod anno Donuni mlllefimo quadringentefimo vigefimo feptimo , die Yerù Lun^ante Feftum 
Sandiffimi Sacramcnti , videlicet dis decimâ fcxiâ menfis Jucii , Indidione quintâ Pontificarùs 
SandifTimi in Chriflo l'atris ôe Domini noltri , Domini Martini divinâ providentiâ Papx V. 
anno decimo. in mei Notarii publie! Se tefiium iufrà fcrïptorum prxfentiâ., accedens ad Mona- 
fterium Sandi Jacobi propè Montera Fortem , Maclovlenfis Diœcefis , Ordinis Saccti Auguftini. 
Venerabilis Vir Dominus Robinus, Britonis Presbyter, Procurator ,8c Procur atorio nomme Ve- 
nerabilium Se Circumfpedorum Virotum DominotumCapituli Ecclctia: Rhectunenfis , quoad iofrà 
feriptum negotium cura Litteris deftinatus , in Clauftro didi Monafterii , ftatîm poli décantation 
DCm Matutinarum ejufdem Monafterii , perfonaliter apprehendit Reverendum Pattem Bertrandum, 
. Abbatem ejufdem Monafterii ,■ cui dido Abbati idem Procurator , nomine 8e ex parte didorum 
DominotumCapituli dicta Eeclefia: Rhedonenfis, fignificavit ôe intimant, quod , prout Domino 
altiffimo placuerat , Reiigiofus Vir Frater Petrus Laurencî, Presbyter , Prior , dura vivebat , 
Se tempore quo deceflit Prioratûs fandi Moderandi , à dido Monafterio membrum dependens, 
decefserat , & fuerat Ecclefîafticx fepulturx traditus, & quod ad ipfos Dominos Capitulum Ec- 
clcfix Rhedonenfïs tempore vacatiouis didi Prioratûs occurientis incumbebat Se incumbit ad 
eligendum nomînaodurnque alrerum Religioforum dïdti Monafterii, ad ipfum Prioratum obtinen- 
dum , & quod idem Dominus Abbas adeledionem & nominationem didorum Dominorum Capituli 
tintùittur per ipfos eteiïtt €? nominatif , feu ex pane & nomine tpforum , per ad lioc poteftatem lia- 
b entes , Se per eos inftitutos ordinatè eligendum & nominandum ad ipfum Prioratum, tonferre , 
Se de dido Prioratu tait fie nominato Se eleclo , feu ehgendo Se nominando de dido Prioratu 
providere, fit eum in & de eodem Prioratu euro juribus Se pertinentîis ipfius inveftire , ôc eum 
îîc eledum Se nominatum, 8e didum Prioratum fibi à dido Domino Abbate collatum , Ecdcfia 
* OM ; ga« %htdonenfi deferviturus * horis âiurnis & noUurnis .tranfmittere eidem Domino Abbati petendo Ôc 
tions&char- eum requirendo , prout infirmer petite & eum requtjîvit , quatenùs Religiofos didi fui Monafterii 
gct du Prieu- convocaret in loco Capitulari feu Conventûs fui Monafterii , ad fonum Campant , prout moris 
iéde s. Mo- erat gj f ]i tum a d piocedendutti, 5c procedere in eodem negotio , prout erat procedendum , 
ou", ' cx ? l " fupplicans;quiquidem Dominus Abbaj hoc audiens , & hujufmodi pétition! & requifitioni obtem- 
perans, di&os fuos Religiofos e"|ufdem Monafterii prœdicli, ibidem convocavît ad fonum Cam- 
pana; in loco Conventûs & folito ad hoc *, quibus ad hoc cotvocatis & congregatis ad fonum 
Campans in loco Capitulari videlicet , Se inter catteros , Religiofis Viris rratribus Johanne 
Garet, PrioreClauftrali ejurdeui Monafterii; Petro Guenet , Saudi Gaulayi Petro Fabri, Sandli 
Mal. . .. Prioratuum Prioiibiis, Guilielmo delà Plefse , Guillelmo du Tertre, Mathio Besujour, 
Jobanne Agignot , Bertrando de Beaulieu , Bertrando de la Haye, Robîno Hubert ôc Oliverio 
la Mave , Religiofis dicli Monafterii, quibus fie convocaûs ôc congregatis in diclo loco , ipfo 
Domino Abbate prœfidonte , diclus Robinus Britonis Procurator , prxfatus tàm ipfi Domino Ab- 
bati quàru didis ejufdem Monafterii Religiofis , Ôc ibidem convocatis Se congregatis , pr^uiifsa 
Omnia Se fingula recitavit in effedum quo fuprà didum eft , intimavit , Se licet idem Dominus 
Abbas diceret Se allereret omnos Religiofos fui Monafterii non elle ibidem pra:fentes, Se parts 
ipforum abfentes fore , ôc efte nibilominus tamen , quod ad fonum Campana: , more folito > 
fuerunt ibidem congregati Se convocati, & qui voluerunt ad hoc comparuerunt, didus Procu- 
rator, nomine. Se ex parte didorum Dominorum Capituli eidem Domino Abbati praefenti fignifica- 
vit , Se intimavit ,quod ipfi Domino Capitulum Ecclefî^Rhedonenfisin loco Capitulari ejufdem 
Ecclefii ad ipfum Prioratum fie vacantem per mortem didi Fratris Pétri Laurencii obtinendum 
duxeruntj eligendum & nominandum, elegsrunt & nominaveruct coneorditer , didum Fratrem 
Guillelmum du Tertre, Presbyterum , prefentem Se Religiobim didi Monafterii, 8e adboc, in 
quantum erat neceffe, opus Se expediens, ipfe Robinus , Britonis Presbyter , Procurator prs- 
didus 3 ipfum Fratrem Guillelmum du Tertre , ex parte Se nomine didorum Dominorum Capituli 
Ecclefiœ Rhedoneniis elegtt ôe oominavit ad ipfum Prioratum Sandi Moderandi obtinendum , 
petens ipfe Procurator, nomine pr^didOj dido Domino Abbati , ôc eum requirens , prout 
inftanter & injhntiffme petiit , Se requin" vit ipfum Dominum Abbatem, quatenùs ipfe Dominus 
Abbas eidem Fratri Guillelmo du Tertre, fie eledo Se nominato ad ipfum Prioratum obtînondum, 
& adhujufmodi eleftionem Se nominationem didum Prioratum fandi Moderandi conferret , & de 
toâem fibi provtderet , Se eum in & de eodem Prioratu inveftiret eum juribus Ôe pertinentîis ipfius 
univetfis, & e-iniam Fratrem Guillelmum du Tertre ad Ecclefiam Rbedonenfem defervitu- 
ium hotis diurnis & nodurnis tranfmitteret , prout incumbebat & incumbit. Qui quidem Domi- 
nus Abbas petiit eidem procuratori de poteftate & mandato ipfius ; de qui poteftate five mandate* 
oxliibuit idem rrocurator , quod mandatum de verbo ad vetbum fuit ledum ; Se eo mandato 
ledo, idem Dominus Abbas dixit eidem ptocuratori , nominibus praedidis , & refpondit quod 
fuper hoc deliberaret , ôe quod fuper hoc die Lun^ proximî exindè veniente refponderet ; quant 
dicm Lun.i* proximam idem Dominus Abbas ipli procuratori dixit , aftignandam Staflignavit ad 
deliberandura Se refpondendum quidquid deliberare Se refpondere votuit idnm Dominus Abbas, 
in hujufmodi negotio, ptxfemibus ad primaro lîgnificatiousm Se requifitionem, in Clauftro pra:- 






dido fadam , videîket di<ftis patribus Johanne Garet , rétro Guennet Se rétro le Febvre fuprà 
nominatis , necnon pratfentibus , ad reliduum ipfîfrnet Retigiofis , & cœieris Religiofis fuprà no- 
mÎDatiîj & aliis teftibus ad prœmiiTa vocatis. De & fuprà quibujprœmiflis , & (ingulis refpcdivè 
jadis, dictus Dominus Rebinus , Bntonis Procurator , prœfatus, & Dominai Abbas , refpedivc 
petieruot à me Notario publico infrà fcripto , Inftrumentum perpetuum fibi fieri & confia. Acta 
luerunt hxç loch fuprà didis , refpedivc , fub anno , die, meure , Indidione Se Pontificatu 
prsdidis. 

■COLLATION DONNBE LE ij. JUIN 1427. ?AR UABBE? DE MONTFORT, 
fur PêkSïion du Chapitre de Rennes , d'un Prieur de Saint Morand. 

IN nomine Domini. Amen. Teoore prarfentis publici Infttumenti cundis pateat evidenrer, 
quod anno Domini imllefîmo quadringentefimo vicefimo feptimo , die vero vicefimâ terril 
mentis Junii poft horam prima: dlilx diei, Indidione quintâ Pontificatûs Sandiflimi in Oui-. 
fto ratris Se Domini noftri , Doroini Martini , divinâ providcntià papae V. Anno decimo , in met 
Notariï publici Si teftium infrà feriptorum prx-fentia, prxfens in Monafleriu Sandi Jacobi 
Moutis Fortis, Maclovienfis Dicecefis, Ordinis Sandi Auguftini, in Cap tint "Reverendt Patris 
"Domini Bertr&ndi , Abbâtii ejufdem Aï onajierii , Difcrctus vîr Robinus , Briionis rreibyter , 
trocurator , * & procuratorio nomine VenerahtTmm & cttcttmfptUorum virorum 'Dominomm Ca- * Djos cet 
pituli Ec défît Rhedonenfîs ,adivit didum Reverendum ratrem Dominum Abbatem , prat fatum , in Afle, le Cha- 
prarfentiâ nonnullorum Rcligioforum ipforum didi fui Monalterii , Se eidetn expofuit idem pro- P ltrc <* e Rcr - 
curator » & cujufquidem procurations ténor inferiù eft inficus, quod nuper vacavit rrioratus îV?iL r *^ uie i U 
Sandi Modeiandi Rhedonenfîs ,"per mortem Domini pétri Laurenciî > rrclbyteri , uhimi pof- MotnfW de 
felToris ejufdem prioratûs, Se Ecdefiaftica? fepulturx fuerat traditus , & quod ad ipfos Dominos cooferer: 
Capitulum cafu vacationis dicli rrioratus occurrente fpe<5tabat & pertioebat eledtio Se nominatio 
altertus Religioforum Clautlralium du': h Munailerii ad ipfum prioraium obtineodum; ad ipfum 
vero Reverendum ratrem Collatio Se provilio didi prioratûs, ad ipfos Dqminos Capitulum ele- 
âio Se nominatio fpeftabat Se pertinebat , eumque Dominum Abbatem idem procurator , nomi- 
nc prxiitto , requifivit, quatenùs ipfe Domious Abbas convocaret Religiofos Claultrales Se alias 
quos vellet dicti fui Monafterit , in loco Capitulari feu Couve ru ûs didti M on aller ii ,ut eis coii- 
vocatis > procederetur ad eledionem Se nomtnationem prioris dicti rrioratus , prout decebat & 
erat afsuetum fieri; qui quidem Dominus Abbas expoUcioni & requiluioni fibi lacHs, dixit Se 
i efpondit , quod verum erac , quod ad ipfos Dominos Capitulum. cafu occurrente, eleftio Se no- - 
tninatio prioris ad ipfum rrioratuin Sandi Modoraadi obtiaeudum fpedabat , Se ad ipfum Do- 
minum Abbatem Collatio Se rrovifio ad ipforum eledionem Se nominationem , & quod hujut- 
modi requilîtioni libenter acquiefeeret , Se Capitulum fuum fâceret , Se didos fuos Rcligiofos 
ibidem convocaret, pro prxmidîs prœfentibus ad hoc, Nobili Vîro Radulpho Harel de Mucel- 
îo ; Fratre petro Fabri , Religiofo didi Monafterii, Se Fratre Johanne Vauleon, prioie prio- 
ratûs de Sancto Rommeyo , Doîcnlis Dicecefis , Se aliis teliibus , ad prxmiffa vocatis Se rogatis. 
Deinde paulopoft, adâ horâ tertiorum dids diei, idem Dominus Abbas convocavic in loco 
Capitulari, feu Conventûs didi fui Mooafterii ad fonumCampanx , more folito^ Religiofos di- 
di fui Mooafterii ibidem tune pr-rfeiues , Se qui ad hoc inrereffe voluerunt,- quibus coogrega- 
tis, idem Domious Abbas praemiffa fuprà dida,in didoCapitulo fuo recitavit eidem Procuratori 
oomine prœdido, dscendo, qu6d eâ de caufâ eofdeni fuos Religiofos çongregavit Se convocavir. 
pro didâ eledîone Se nominatione faciendâ,&; quod ipfe procurator nomme Se ex parte di- 
doium Domtnorum Capituli eligerer Se nomtnaret quem ipforum vellet eligere Se uominare ad 
ipfitm prioratum Sandi Moderandi tic vacaDtcm .obtinendum & lubcodum ; qui quidem procura- 
tor, nomine prsdido, vice Se nomme didorum Dominorum Capituli Eedofix RhedoDenfis, înter 
ca:-eros Religiofos ad ipfum prioratum obtinendum & oxhibendum , duxït eligendum & nomi- 
Bsndum, elegit Se nominavît Fratrem Guillelmum du Tertre, rrefbytenim, Religiofum Clauftra- 
Isoi didi Mooafterii , pearfentem, & eum manualirer tetigit ipfe procurator, l^jquircns ipfe Pro- 
etir*ttQr eumdtm ^Dominum Abhmem, quntems Atllum 'Prtoratum ipfi Fratri (juMelme fie eltth & 
nam'ttiato cûtiferret & ajftgnaret tS" de todtmjibt providtret ad cleciionem & nominAÛontm fuprÀ 
dtBam , Si eumdem Fratrem Guillelmum tranfmitteret Ecclefia: Rhedouenfi deferviturum , prout 
ad ipfum incumbebat Se incumbit, atque erat Se cft moris. Qui quidem Daœimts a^ibbas dixit 
Se refpondit eidem procuratori ,quoJ eamdem nominattontm & tltUtontm ratum & gratum ha- 
it Lai & habere dtcebat & dixit ,& quod Itbemer dîttttm 'Trioratum tn vint diHê eleBionii & na- 
minatienii ipft Fratri Gmllttmo confcrrtt & de eo fibi frovideret & eum in Ecclefiam "Rbidonen- 
fem tranfmitteret ibtdcm deferviturum , prattt decebat & erat mon s- De Se fuprà quibus prarmif- 
lis Se fiugulis refpedivc£dd4.s, didus procurator, nomine prœdido, & dîdus Domious Abbas , & 
quilibet petisrunt à me Notario publico infrà fcripto , Inftrumentum publicum feu Inftrumenta 
publica fibi fieri & confici. Ada fuerunt haec locis fuprà didis refpedivc, fub anno, die, men- 
iï Se horis pndidis lefpedivè.lBdidione Se pontificatu prxdido , prxfentibus ad hoc Nobilibus 
viris Johanne du Breil Se dido Harel, neenon Magiftris Johanne Manitcin , Johanne Vaulcon 
fuprà did* Rhadonenfis Se Madovienfis Diœcefis , Se plutibus aliis tclubus ad hoc vocatis Se 
rogatis. 



* Seules o- 
bligatiuns .m 
Prieuré de S. 
Murand, 



\ 4 °. 

ISSI|sSi8SSiii$SSl$SSSSSSSSSSSiS$SiSSSSÏifiSi6îlli 

AVEU DE VAN 1626. DU PRIEURE DE SAINT MORAND, 

tA SA M Af E ST E\ 

DEVANT NOUS NOTAIRES TABELLIONS ROYAUX HEREDITAIRES à Rennes, 
fouffignez, A comparu en perfonne Vénérable & Difcret MifRre Jean delà Fond, Prêtre, 
Chanoine Régulier de l'Ordre Saint Auguftin, Prieur de Saint Morand , défervi en l'Eglife Cathé- 
drale de Saint Pierre de Rennes \ lequel eft connoillant & confellant tenir & polîeder ledit 
Prieuré dejSaiot Morand, du Roy Nôtre Sire,& Souverain Seigneur, en Fief amorti , à * devoir 
de Trières & Orttifens , fous fa Cour de Rennes , avec toutes Se chat unes les choies en dépen- 
dantes, comme fera ci-après dit. 

PREMIER, 

Dépend dudit Prieure une Chapelle, appellée la Chapelle Saint Morand, fïtuée près la Rue 
do la Cordonnerie, du côté des Murs de cette Ville, avec deux Logis au-defius Se côté d'i- 
celle , comme il eft ci-contenu Se comporte , fans rien referver. 

Davantage, les deux tiers des grolles Dixmes qui fe cueillirent en la ParoilTe de Lacguan, 
Evêchc de Saint Malo, comme elles ont été cueillies par les précédons Prieurs. 

Comme suffi eft dû par chacun an audit Prieuré , fur les fruits de la Cure de la Pareille da 
Bourg. dès-Comptes , la famine de quatorze livres, monnoye de rente, fuivant l'Arreit du Par- 
lement , de ce pays , daté du * quatorzième Mars mil cinq cens foixante & un. 

Auflï a ledit Prieur, à caufe de fondit Prieuré, Droit de Jurifdiction ; création d'Officiers; 
appolition de Sceaux ; confection d'Inventaire ; pourvoyance de Mineurs , avec Fief Se Baillia- 
ge , defquels dépendent plufieurs Hommes Se Sujets , qui doivent les devoirs de rentes , ci- après : 

S C, A V O I R; 

Jean Turgot & Bertrand Mellet, fils de Jean Mellet & Françpife Pichart fa femme, doivent 
par indivis fur deux Logis, fituez au proche dudit Prieuré, la fomme de vingt fous monnoye 
de rente Se obéïllance, cy, zo. f. monnoye Se obéïllance. 

Raoul Allive, pour un corps de Logis, îîtué près la Rue' Saint Thomas, doit quatre livres 
monnoye de rente chacun an , & obéïllance , cy , 4. liv. monnoye Se obéïftance. 

JèanMacrel, pour autre Logis, fitué pics la Rue Saint Thomas, doit cinq fous monnoye 
de rente Se obéi' (lance , cy , 5. f. monnoye Se obéïflance. 

Les enfans de feu Maiftre Luc Farcy, vivant Sr. de la Crefpiniere, à caufe d'un Logis Se Jar- 
din, fituez en cette Ville, près les Arches de Saint Georges, du côté vers les Pères Jefuites, 
doivent vingt &feptfous neuf deniers monnoye de rente Se obéïllance , cy , 27. f. $.d. mon. Se ob. 

Robert Bernard, Marchand, à caufe d'une quantité de Pré, appelle le Pié des Groiiais, doit 
obéïftance , cy , obéïllance. 

Noble homme Jean Bidon , Sr. du Vignoc , à caufe d'une Maifon Se Jardin, (ïtuez près le 
Portail de la Porte Blanche, hors cette Ville, doit de rente chacun an fix fous monnoye Se 
obéïllance, cy, 6, f. monnoye Se obéïllance. 

Honorable femme Gillette Chevillât d, mère & tutrice des enfans, d'elle Se de feu Jean Poul- 
lain, à caufe d'une Maifon Se Jardin, fituez près la Porte Blanche , doit chacun an quinze fous 
onze deniers monnoye & obéïllance, cy , 15. f. ir.d, monnoye & obéïllance. 

Honorable homme Pierre Symon , Sr. de la Plelîe , Maître Apotiquaire audit Rennes , doit 
cinq fous monnoye de rente Se obéïftance, fur une pièce de terre vague & non labourable, 
dépendante dudit Prieuré, aux fins du Contrat d'afféagement , du dernier jour de Septembre mil 
fix cens vingt- cinq , cy , t. f. monnoye Se obéïftance. 

Confesse aufti ledit Prieur de Saint Morand, qu'à caufe dudit Prieuré, il lui appartient 
un Pré, appelle le Pré Saint Morand, fïtué entre les Moulins de Saint Hellier, appartenans à 
la Dame Abbefte de Saint Georges dudit Rennes, Se les Murailles de cette Ville, contenant 
Un journal Se demi ou environ. 

Plus, une quantité d'autre Pré au proche du précèdent, contenant environ fept feillons de 
terre , Je tout ancienne melure. 

Davantage, dépend dudit Prieuré certains Emplacemens Se Places Gaftes, appeliez les Groiias, 
fituez près les Murs de cette Ville, au proche de ladite Porte Blanche Se es environs d'icells 
partie s lefquels Emplacemens ont été employez aux Fortifications de cette Ville : eu autre par- 
tie, pour la feplilture de ceux de la Religion prétendue réformée. 

Ittm. Un Pié, fitué près la Rue Torcoul , & y joignant proche la Ruelle, aboutiftant au 
lieu de Gaillon , contenant un journal de terre ou environ. 

Plus, un Pré, appelle le Pré Saint Morand, fitué au-dellous delà Touche Audicrne, Paroif- 
fe de Saint Eltienne , au proche de la R iviere d'Ille. 

Et en gênerai, tout ce qui dépend dudit Prieuré, fans rien referver, fauf à en faire plus am- 
ple dénombrement, Se augmenter lorfque ledit Prieur aura récouvert les Titres, Se avoir en- 
tière connoillance dudit Prieuré ; enfemble de ce qui lui aéré énervé près les Murs & Rem- 
parts de cette Ville, parles Habitans d'icelle ou autres, aiufi qu'il voira. 

Pour le teuir , comme die efl cî-duffus , duditS eigneur Roy , en Fief amorti, à devoir dt Trières 

& 



41 

& Oraifùits , fous nôtredite Cour de Rennes, se lui ttte & advenu par le décès de Mifllre 
Mathuria Sauduny , vivant , Prieur dudit Prieuré ," depuis les feiza ans ou environ , à la continua- 
tion defquels devoirs Se obéïffance audit Seigneur Roy, ledit Prieur s'eft obligé avec tous les 
fruits dudit Prieuré, fans rien refermer , pour fur iceux être procédé par toute forme d'exécution 
duc Se raifoonable, comme pour les propres affaires du Roy : Et poureequ'il l'a ainn voulu, 
gréé , confenti , promis & juré tenir , à ce faire l'y avons condamné & condamnons de fon con- 
tentement , & a fa requefte , par ce jugement, 5e autorité de nôtredite Cour de Keunes, avec 
fourni Sion y jurée , pour y procéder néanmoins ioduces ni autres Privilèges quelconques : don- 
ne en témoin de ce, le Sceau des Contrats de nôtredite Cour aux Prefeotes appofè, ce qui a 
efté ainfi accepté pour Moniteur le Procureur dudit Seigneur Roy, par noufdits Notaires fouf- 
fignez. Fait & gréé su Logis dudit Prieuré, avec (on feing en mis , le dix-ncuvicme jour 
d'Avril mil fu cens vingt-fix , avant midy , nAinfi ftgnê ', DELA FOND, GAULTIER, 
BUCHET. 



w&mim%%&&wmW' 



• *-*j* JK, '^j* 3 



. FONDATION DU PRIEURE DE S. MARTIN DU i. JANVIER 1I31. 

UNIVERSIS Chrifti Fidelibus, tàm futurîs quàm prarfentibus , prxfens Scriptum înTpecturis 
vel audituris, Guillelmus , Abbas , totufque Conventus beatae Maria: de Paimpont, Salu- 
tem in Chrifto. Univerfitati veltraï volumus notum clic, quod cùm Magilter Adam Tbefaurariui 
Rhedonenfis difpofuiflât conftituere quamdam Capellaniam in Ecclefiâ Rhedonccfi , pro faluta 
anima: fuse, & patris & matris ipfius , per quemdam Canonicorum «ofirorum Presbyterum fervieo- 
dam ; Se propter affignationem victùs à nobis eidem Canonico facieodam, Abbatire noftra: o in- 
nés Libros fuos Theologiœ glofatos, 5c prauereà Sententias Lombardi Se Hiltona?, Ôc quamdam 
Bibliotecam in minuta litterâ, Ôc Summam Difputationem Magiftri Gauffridi, Decarji Piétavienfis, 
Se quandam Summam Magiftri Thomas, Monachi, de Perfegniâ fuper Cantica Canticorum con- 
tulillet, retento tamtn fibi nfu Librorum diiïorum vità comité de licentià ramen nofhâ , Se com- 
tr.odato j nos ad petitionem ipfius Canonico Presbytero Rhedonenlî, utdiximus, de ci-iero fer- 
vienti , triginta quittera Bladi in Décima noltrâ de Mcllac , affignamus per manum firmar iorum 
noftrorum , fibi anouatim ad menfuram de Mefsac perfolvenda , qui eidem de mandate adfirma- 
torurn noftrorum juramento tenebantur horuro triginta quarteriorum , viginti erunt Siliginis Se 
decem Avens ; qui Canonicus ad petitionem Capituii Rhedonenfis femel injlttutus , & in Ecclefik 
Ttjjedonenfi no£le dieque * deferviens horis débuts & Jlatutis amoveri à nobis non poterit, nijî pro- 
pter exceffus fuos , ad quorum çorreBionem in Capitula de Tatmpont faciendam evocatus à nobis ve- 
ntre tenebitur t & fi culpâ ejtts exegerit, p oterit amoveri. Alio idoneo loco ipfique juxtà modum 
fuprà dictum Ihtuendo, falvâ nibilominus nobis in aliis reverentiâ & obedientiâ , & honore & 
incorrect ione inhoneltè veftis Se toofurx , Se hujurmodî ad hoc feiendum , fcilicet quod prardi- 
cros Libros fub hâc forma recipimus , juravimus , tî quidem finguli quod aliquos Librorum prx- 
dictorum non vendemus , nec permutabimus , nec douabimus, nec impignorabimus , nec aliquo 
modo alienabirnus , nec permittemus ab Abbati J noilrâ extrahi . nifi vellcmus aliqueni de Ftatri- 
bus noftris ad Scholas mittere, cui jurato modo prxtextato Sr dantïfidejufsores , fi potefr, pote- 
zimus aliquos tradere , prout viderimus expedire ; commodare autem alicuj nobis non licebit , 
nid alicui amico nortro id petenti , per Littcras fuas patentes, Se per indicium juraoti , quod 
infrà proximo fequentes quindecim dies ad Abbatiam noftram remittet , Se Armarionoitro red- 
det. Se do reddendo bonutn memoriale plus valons quàm liber commodatus , relinquet. Abbas ta- 
men aliquim fçcum portarc poterit , non autem prxtermittendum , fcilîcet , quod nos jurattento 
tenemus quilibet fubflitutum Abbatem vel Canonicum fimili juramento aîtringete ad prxdith oni- 
nia fideliter obfervanda ; Quod ut ratum & fi r nui m in pofterum habeatui , prxfentem Canr.ni fi- 
gillorum noltrorum appofitionibus duximus irrefragabiliter confitmandam, Actl-m anno gratîx 
mîllefiuio ducentefimo trigefimo primo , in Fefto Circumdfionis Domini, 



i 



tiosdij l-'ricur 
de S, Martin- 



nnnuitiiiiiiiitiîniHSHiiîiiîs 

DECRET D'ERECTION DE VEVESQJJE JOSSEUN, DU 5. FEVRIER 1251. 

OMNIBUS Chrifti Fidelibus , prajfentibuî & futuris, Josselinus , Dei gratiâ, Epifcopus , 
totumqueCapitulum Rhedonenfe, Salutem in Domino. Univerfitati noflra: notum facere vo- 
lumus. quôd nos ratam habemus & gratam conceûionem 5c collationejn omnium Librorum Theo- 
logix Magiftri Adx , Archidiaconi Rhedonenfis tuoe exiltentis Thefaurarii Rhedoncniîs , facram 
ab ipfo , Abbatix beats Maris de Paimpont , prout in fuis lÀtteris exprimitur, pro aflignatione 
Ôc concefîionc triginta quatuor quarteriorum Bladi ad menfuram de Melîac, annuatim percipiea- 
do. um, in Decimâ quaro habet dicta Abbatia in Parrochîa de Meflac, quam etiam conecûtonem 
ratam babemus ; qus triginta quarteria cèdent ufui & victui cujufdam Canonici Prcsbytcri de 
Paimpont , qui tenetur, & fur ce fit temperts ad pemienem Capitnti7Q>ed9nenfîs fubjlitutndm ptr- 






41 
pttuo ttntbittr in najirà EccUJtâ 1{j>edonenf , .notîe ditque bwt Canon'tçit interejfe , & in aiiju» 
Oratorio, eidem à prsdicto Archidiacono ailîgaando, MifTam diebus fingulis , prout fat ent celé- 
brare , pio falute animarum ipfius Thefaurarii , & parus & matris ipfius , & amicorum ejus , Se 
pro anima Magiftri Roberti Salomon, de cujus eleemofinâ idem Canon icus habet quafdam vineas 
& quamdam Platcam ame Ecciefiam Sancli Melanii parvi , de concefiione noftrâ perpétua pofli- 
dendas } quod ut ratum Si perpetualiter firmum à nabis & pofteris babeatur , prsfentem noftr:e 
conccQlonis pagtqarn figillorum noflrorum munimîne duxlnius robora.ndam. Actum in Capitula 
Eoftra Generali , in cratliuo Purificationis beats Virginis , aano gratis luillefimoducemetimo trî- 
geiimo primo , Se figillatum , Bec.. 

!!tttt!»I!!t!!tt!!;!t!!tttt!!!tt!!!f 

iiitiuaiitiiitiiiiniiiiiiiiiiintt 

PROCURATION DONNEE PAR LE CHAPITRE DE RENNES 
le 22. OÏÏobre 1456, à deux Chanoines, pour élire un Prieur de St. Martin 

en f? Abbaye de Paimpont. 



I 






i 



N Domine Domini. Ameti. Tenore prafcntis publici Inftrumenti , cune"bis pateat evidenrer; 
& fit notum , quàd anno Domini millofimo quadringcmeiimo quinquagefimo fexto , die verà 
yicefîmâ fccundâ menfîs Oclobris,ladic>ione quintâ, Pontificatûs Sanâiffimi in Chrifto Patrii 
& Domini , Domini Calisti , divina providemia Papa? III. anno fecuedo , in mei Notarii publi- 
ci teftiumque , infrà fcciptoium prafemià , praefentes & pcrfoaaliter conitituti, Yeuerabi- 
les Se Dilereti Viri Domini, Se Magiftri Jobannes Picbaud , Armagillus de Beaucejo , Guida 
Dcxmcllo, Robertus Ferré» ]ohannes du Houx, Bemandus de Coctlogon Se Guida du Houx, 
Canonici Prarbendaù Ecclefiœ Rhedonenfis , in loco Gapitulari , ejufdem Ecclefia: Capimlando , 
& per modum Capituli , ad fonura Campant, ut moris elt, congregati ; qui quidem Domini 
Capitulantes , Capitulando dixerunt Se exprellcrunt nuper, ad iplorum Dominorum Concanoni- 
comm Capitulantium , notinam devenida , Fratrem Yvonem Larchier , Prioiem Prioratûs San- 
dli Martini Rhedonenfis , membri depeadentis à Mouafterio beau: Maris Panis Pontis , Ordiuis 
Sanûi Auguftini , Diœcefis Maclovienfis, diem fuum, prout Deo placuerat , clauiillc extremum, 
eurodemque Prioratum , per obitum ejufdem Laichiei , defuneti vacalTe & vacare , & cujufqui^ 
dem Prioratûs futori Piioris eleftio Se praefentatio de Religiofii Se fuprà Rcligiofos ejufdçm 
* LeCha. Monafierii facienda Caphulo Eccleûa; Rhcdonenfis, * jid %everendumqtte Tatrem Tiomtnum 
pittedeïUn- zsïhbttiem Monafierii dt$i loci provifîo & alia difpofùa peninere dtgnofceb&mtir & perttntbant , 
neueeemnoît nofeumur & pertinent. Et quoad bujufmodi futuri l'noris Prioratûs , ante difti fuprà Si de 
que la Colla- R e ijgj (j s Monafierii pra:dic."ti eleftionem & prxfentationem facîendani diiti Domini Capitulantes , 
à'°i™Abb/ Te domine toiius Capituli Ecclefiic Rhedonenfis fecerunt & conftituerunt , faciuntque , conilituunc 
Paimpont. Se députant Venerabilei & Difcretos Viros Magifcros Guillelmum Marioo Se Guidooem du Homx , 
àïâx Ecclefis Concanonicos, Se eorum quemlibet Procuratores fuos Générales & Nuocios fuos 
fpsciales fpeclaliter & espreflc, quoad fe in dido Aîonafterio Panis Pontis , & coràm Reverendo 
Patr4 Abbate didli loci , feu in ejus abfentiâ , coràm Priore Ciauflrali ditii Moaaltecii compft- 
rendum , pr^miflaque exponendum , Capitulumque fieri congregari petendum , Se de ReJigioiïs 
in difto Capitulo ptœfentibus Se congregatis , feu deabfentibus, fi eis videatur expediens , unum 
Religipfum fuilicientem Se idonenm quoad dictuni Piioratum babeadum , teneudum, regeudum tS: 
gubernandurn , in Ecclefiique Rlîsdoncnfi deferviendum , prout onus dîcti Prioratûs requirit Se 
exigit , folitique fuerunt facere Priores dicti Prioratûs quilibet pro tempore eligendutn & no- 
minandum , eumque in Priorem tlellnm dich Reverendo Facri Abbaii ante dttto , quoad bujufmodi 
TrioYAtum ebttntndum , p r&fc m an dam , ipfiqu e tleilo ^Prioratum prs.diclum co nfe rri & affign <i» p e « 
tendum , Se quarhbet oinaia alia Si lingula faciendnm , gsrendum Se procurandum ; quidi&i Domiai 
Capitulantes, nomine Capituli facerent aut facere nolfent , fi prxfentes intereiïent, promittentes , 
prout promiferunt dlfti Domini , confritueates Domine Capituli ,tuihi Notario ftipulanti eiiam fub 
liypoteri Si obtigatiooe bonorum didi Capituli haberc ratum, gratum, firinum Se llabile , id totum Se 
quidquid perdiûoProcuratore, & eorum quemlibet aftum, diCtum geftumve fuerit, Se în prarmiflîs 
Procuratum , & pro ipfiî Procuratoribus , Se quolibet remia!am baberi,)ud ; cio fi[ti,cum c^teris 
daufulis opportunis ,eofderaque rocuratores fuos , fi necelle fuerit , ab omni onere fatifdandi rele- 
■vare. De Se fuper quibus pra:miflis di<£ti Domini Capitulantes petisruat à me Notario *mfrà ferip- 
to Inftrumentum , feu Infrrumenra , publicum , feu publïca, tiBum vel plura fibi fieti & conrki, 
Acta fucrunt harc in dicto loco Capitulari Rhedonenfis EccJefiaïi fub anno , die, menfe , Iodi- 
(ftiooe, Pontifîcatu praedicliis , prarfentibus ibidem Viris Difcreris Alaao Lotii , Petro Giuller, 
Presbytcris, Se Michacie Tlicbaud, Ckiico, RheJûncaùs Piœcefil , teflibus ad prxmilla voca* 
lis Se rogatii. 

1 

X'tl L E P R. I S. Et V" =8» A ° J '« S Lt P° ,ls • &0 



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COLLATION DONNEE LE 17, MARS 1467. PAR VABBE DE PALUFONT, 

au Prieur de S. Afaniu, fur la fermutation du Prieuré , Qrç de 

S. Brieuc rie Maure , avec le Prieuré de S. Marti::. 

GUI DO, lmmilis Àbbas Monafterii beatx Marix Panis Ponns , Ordinis Sancli Augtifti* 
ni, Maclovienlis Diccccfii , nobis inCluiftOj dilcclo Religiofo noflto Fratri Johann» Uaxré} 
falutem in Domino , Se profpetitatis augmentum. Paftoralis follicitudinis cirçurnfpe&a benigni. 
ras, juxtà petentium vota, coogruo nonnullorum favore profequitur ', Si cjs qui à raiioois tra- 
roite non déviant propitiam fe exhiber , atque benignam : cum itaque nudiiiftçruus coràm Rç- 
verendo io Cluifro Pâtre ac Domino Domino Johanne, permiffiona divicâ , Epifcûpo Maclovien* 
lî , aobîfque 3i Notariq infrà feripto , petfonalker conftituti , tu ifa 'Prioratum* SmiUi Ériovi 
de Mamonnio , Ordinis & Diœcelis prardi&a:, membrum à dicto Monafterio nofho dependens, 
(|uero qui. lem Prioratum illotunc obtinebas fuis unà cum juribus & pertinentiis univerfîs, in 
poteffate T^everendt Tatris Domini Epifcopi s ac Frater Guillelmus Marguïcr Prior , tune tem» 
porîs , nojin'Prioratus S anlli Martini Rhedanenfis , membrt ab eodem nofho Aîonafterio dtpendentisx 
Cujus dum & quoties illius vacanonis cafus o.ccurrït , nominatio , tlellio feu praftmatio ac jut 
Patronatus, Et nobis prœfenraodi nominandive feu eligeadi unum ex Religiofis Monafterîï nollri 
•ad hoc idoDeum , ad hujufmodi Prioratum Sancli Martini obtinendum , cumdcm Prioratum fuis 
fimiliter unà cum juribus & pertinentiis univerfîs , eaujâ xamtn permutationis de hujufmodt'Erw 
ranbat , Se eorum hincindc iefpe<5tivc juribus atque pertinentiis immuncm , fraude 
noftris in manibus pro certïs turc expreûis , juJlis fi quidem & rationabilibus caufîs ad 

hoc te Se dictum Fratrem Guillehnum hincindc moventibus , religoaveritis Se dimiferitis , prout 
refignaféis & dimifiltis, fuceefliveque memoratus Domiaus Epifcopus , San&i Brioci , Si nos ex- 
tune caufas prardidlas juftas Se Canonicas foie cenfentes , Sanclj Martini Piioraruum prrcdic>cu:um 
refignationes hujufmodi receptas , tamen jura • & à te in tuam ac prxfaro fratre 

Gmlleliuo , in fuam animas, quod in ipfà refîgnatione non iatervenem fraus , dolus , fin;oEi;r , 
]abes qui-vifve alia pa&io illicita , feu coaventio jnhonefta, ac aliis in talîbus Se coniimilibus 
adtibus exigi Se praticari folitis Se debitis , prxftitis juramentis , duxerir recipiendas & admiften- 
das duximus , prout etiam recepimus Se admifimus, & ulteriùs idem Dominus Epifcopus, prx- 
fato Fratri Guillelmo ad hoc per nos fibimet Domino Epîfcopo pnfeotaro , ad prdfemaitenem eam- 
dem qnam admifit Sanlii Brioci Prioratum prarficlttm çomnltt , de illoque fuis unà cum juribus & 
pertinentes providerit t ipfum Fratrem Gmlhlmum injîttuerit , & alia fecerît , ia Se circà hoc oppor- 
runa : Nos igitur prxmiffis Se infrà fcriptïs attendentes, diclum Prioratum Sancli Martini 3 
ilve pnrmiffis, five aliter quovîs modo , meis in manibus liberum ad pratfens Se vacantem tibi 
pr^nominato Fratri Jbhaoni Darré prœfeati Se acceptanti > ad hoc quod per Venerabiles Viros 
Magitlros Johaonem Halier Se Bertrandum de Coctlogoo Canonicos Ecclefix Rhedonenfîs , Pro- 
curatores, Se nomine procuiatorioCircumfpeclorum Virorum DominorumCapituli Rhedonends, 
cum fpeciali , Se ad infrà feripta peragtjnda fuHicienti procuratione mandatur, de quo nobis tn- 
tum coollitit , Se confiât ab cifdem Dominis Capïtulo fuprà diclo , & deftînatum coràm 

nobis prarfentem perfonaliter conftitutnm nobis nominato Se prarfentato ad pra:fentationem Se no- 
nuoaninem hujulmodi , quas recipiendas & admiuendas duximus , tenoreejue prefentium recibi- 
wnm & admimmus , conutlirniis C?" offignavimus , caffcrimui & ajjîgnamns , providimufyue & pra~ 
•vide mut , de Mo, fuis unà cum juribus & pertinentiis univer/ïs , te Prtorem infittuens & tnvt [tiens , 
de eifdcni per annuli nolln ab alterius digitorum tuorum msnus tua: dextera: impertionem , à 
noLis fibimet recipienti faclam. nam coram nobis jurait! quod liujufmodi prioratuî juxtà onu^fon- 
daiionis ejus in divinis defervircs , jura Se poflefJiones ejufdem non alienabis, fed aîienata Ç\ qux 
reperics poiîe roaùs, revocabis , creceraque ia talibus & confimilibus afttbus exigi Se praticari fo- 
lita Se débita folvifti Se pradtiiilti jurameata. Quocircà uoiverlis& fingulis Parochialium Ecclefia- 
lumPrioratuunique Prioribus, Reâroribus Se Vîcariis perpetuis , cœteris quoque Presbyteris , 
Curatiî & non Curatis a Clericis, Notariis & Tabelhonibus publicis per dictas Maclovienfcni 
Se Rhedonenfem Civitates & Diœcefes ubilibet coaiiitutis corumittimus, codem tenore prarfentium, 
Se nobis fubditis mandamus, non fnbditos quoque rogantes & rogamus , quatecùs te velProcu- 
ratorcm tuum , nomine tuo Se parte, in SanBi Martini Prioratus Uliufque jurium & pertinent iarum 
corparafem& aUualem pojfeffionem ponant & inducant s feu ponat & indticat is eorum qui fuper 
hoc fuerit requifitus , îndudluraqite défendant Se defendat , tibique vel eldem Procuratori tuo 
de fructibus , proventibus Se emolumentis ejufdem refpondeant Se refpondeat , ac faciant Se foi 
ciat , pleoariè & intègre reddendo, amoto exinde quolibet illîcito detentorc. In cujus 

rei teftimonium pnefentes exinde fieri per Notariumqua publicum & Scribam noflrum iufrà ferip- 
tum fïgnari ac (igilli noftri quo in talibus utimur , juffimus Se feeinms appenfiona muniri. Datum 
& a&um în difto Monaflerio nofko, die décima feptimâ menfis Martii, anno Domini Millefimo 
quadtingontefimo fexagefmo feptimo, Indications prima, Pontifîcatûs San*ftiffimi in Chriflo Patris 
Se Donnai noftri , Domiai Panli Dîviaâ Providcntià Papa: II. Anno tuiarto, prarfentibus inibi 
Difcretis Vitis Guillelmo Bu/Toa , Presbytero Nannetenfi , & Guillelmo Cheumelli, Cletico dicla: 
Maclovienlis Dicecefis , tertibus ad prarmilla vocatis fpecialîter Se rogatis. Et an-drfj'ius e[l t'ern , 
De Mandato Domini, C DE LA IIOULH. 



* Prieure , 
Cure fîtuce 



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DE la lecture desEle&ions & Collations ci-demis, il s'infère premièrement, 
que de tout temps le Chapitre de Rennes a donné aux Bénéfices de S. 
Morand & de S, Martin , le titre de Prieure^. Secondement , qu'après avoir élu 
les Titulaires , il a lui-même requis les Abbez de Montforr 8c de Paimpont de 
leur conférer, Troifiémement , qu'il s'efl fi peu crû le Patron ou Fondateur des 
Prîeurez , qu'il les a toujours qualifiez Membres des Abbayes , Membra âb tifdcm 
Monafieriis dependentia. 

Ce font là trois confequences qui fe tirent naturellement des Ailes qui font du 
fait du Chapitre de Rennes , 8c elles fe confirment lorfqu'on remonte aux titres 
les plus anciens : car ces titres qui font de 1224. 1227. & 12$ 1. prouvent, 8c 
que les Prîeurez tiennent leurs biens des Abbayes , 8c que dès lors les Abbez y 
conféraient. Au furplus , on remarque dans ces mêmes titres , une perpétuité bien 
établie dans les titres des Prieurez , 8c on ne voie point ces Prieure z chargez de 
toutes les Meffes dont M*, de Rennes a reproché Pomiflion avec tant d'amertume.