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Full text of "Memoire pour frere Jean Polinier, abbé de Sainte Genevéve du Mont ,, général des chanoines reguliers de la Congregation de France, deffendeur & appellant comme d'abus: frere Georges Hubert, second assistant. Les prieur & chanoines reguliers du prieuré du Chateaux L'Hermitage. Et frere Philippes Le Brun, prieur du prieuré simple de Sainte Anne de Fessard... Contre frere Nicolas Le Grand, chanoine regulier de cette Congregation, prieur-curé de Dommerat, se disant transferé dans l'abbaye de S. Satur, prétendant droit au même prieuré..."

Z.-feL 535 tiv SZS(p^3) 






MEMOIRE 

POUR Frcre Jean Polinier , Abbé de Sainte Gencvie've du 
MonCj General des Chanoines Réguliers de la Congrégation 
de France , DefFendeur ÔC Appellant comme d'abus : 

Frère Georges Hubert, fécond Affiliant. 

Les Prieur &C Chanoines Réguliers du Prieure du Châteaux 
l'Hermitage , 

Et Frère Philippes le Brun , Prieur du Prieuré fimple de Sain- 
te Anne de Feflart, tous aufli Défendeurs. 

CO NTR £ Frère Nicolas le Grand y Chanoine Régulier de cette Con^ 
gregation , Prieur- Curé de Dommerat , fe dtfant transféré dans ï Ab- 
baye de S. Satur , ^tendant droit au même Prieuré , Demandeur , 
^ Intimé fur l'Appel comme d'abus. 

N E erreur de bonne-foi ou pour parler plus jufte, une igno- 
rance de fait, caufe'e de bonne-foi par la more d'un Chanoi- 
ne Régulier, frère de celui quiétoit alors depuis long-tems, 
& qui eft encore aduellement Titulaire du Prieuré de Sain- 
te Anne de Feflàrd , a procuré au Frère le Grand la Provi- 
fîon de ce Bénéfice. 

Inrtruit & convaincu de ce qui a donné lieu à cette erreur, fon mauvais 
génie animé par fon mauvais coeur le porta à s'en faire un titre pour, en- 
treprendre d'acculer publiquement de confidence les Supérieurs majeurs 
d'une Congrégation refpedable, àrundefquelsil doit tout ce qu'il eft. 

Et de crainte d'être retenu par quelque retour de réflexion à la vue de 
fon état préfent, relativement à celui dont il a été tiré, il a eu la précaution de 
furprendre en Cour de Rome un Bref de Tranflation , Ibus l'ombre du- 
quelil fe flatte qu'il lui eft permis de fè livrer lans fcrupule aux déclamations 
les plus picquantes & les moins méfurées. 

Ainfi l'objet de ce Mémoire eft d'établir d'abord qu'il n'a aucun droit 
au Bénéfice dont il s'agit , & qu'il ne peut fe défendre d'en laifter la pof- 
fellion libre au Frère Philippes le Brun. 

Enfuite Ton n'aura pas de peine à juftifier la conduite des Supérieurs de 
la Congrégation, en ce qui concerne la difpofition des titres & des reve- 
nus des Bénéfices qui en dépendent. 

Enfin l'on prouvera démonftrativement que le Bref de Tranflation fur- 
pris par le Frère le Grand , eft le plus abufif qui fut jamais. 

Si l'on s'attache à ce dernier article , ce n'eft pas que l'on ait intention 
de revendiquer le Frère le Grand , on l'abandonne très-volontiers j heureux 
d'être débarafle d'un fujet que l'on connoiffoit mal quand on s'en eft char- 

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géj c'eft feulement pour arrêter le progrès d'un exemple de révolte, donr 
on appercevroit bientôt les funeftes opérations par la de'cadence d'une 
Congrc'gation , qui mérite par confequent dans cette occafion toute l'at- 
tention, l'on peut dire même toute la protedion delà juftice duConleil. 

COMPLAINTE. 

Le Prieuré de Sainte Anne de Feflard , eft iitué dans le P j ys du Maine , il 
dépend de celui du Château l'Hermitage de la Congrégation de France, les 
Domaines qui en compofent le revenu relèvent du Roy, & de differens Sei- 
gneurs à droit de rachat. 

En 167J. le Frère Philippes le Brun en fut pourvu par Refignation. Il avoit 
un frère nommé Antoine , Profez comme lui dans la Congrégation de Fran. 
ce-, le même jour 9. Septembre 1663. il en avoit un autre qui a eu 1 honneur 
e'être Préfident au Conleil, & dans la fuite feu Monfieur Genou de Gui- 
bcville fon Neveu a eu celui d y être Confeiller. 

Sa polTelfion a été publique & connue j en 1680. il été pourfuivi per- 
{bnneliement au Bureau du Domaine de la Généralité de Tours, pour le 
payement d'un certain droit appelle Doublage dans la Coutume du Maine ; 
en 1684. il a payé le rachat au Seigneur de la Grande-Couture j en 1691 il 
a donné une déclaration à celui du Buuchct aux Corneilles ; en 1695 il en 
a donné une autre de tous les Bois & Domaines du Prieuré en exécution 
d'une Déclaration du Roy, concernant les biens Ecclefiafliques : en lyoï. 
il a fait la foi & hommage au Roi, & a fourni un aveu & dénombrement, âc_ 
dans l'intervalle & depuis 1701. il a envoyé au Procureur du Prieuré du 
château l'Hermitage des Procurations , en vertu defquels les Baux ont été 
faits, & les revenus, régie & adminiftrie pendant qu'il étoit occupé par l'or- 
dre des Supérieurs majeurs à remplir dans plufieurs Mailbns de la Congré- 
gation les emplois qui lui ont été confiez. 

Le 1. Mars 1711. Antoine le Brun fon frère, Prieur-Curé de Grefly pro- 
che Meaux, mourut j c'eft ce qui a fait ouverture au prétendu droit que le 
Frère le Grand s'entête de foutcnir, & voici comment cela eft arrivé. 

Au bout d'un an , c'eft à dire en 1715. le Frère Popineau qui éroir nou- 
vellement Procureur du Prieuré du Château l'Hermitage , qui fçavoic 
qu'un le Brun étoit pourvu du Prieuré de FeiTart , & qui apprit qu'un 
le Brun étoit mort en 1711 , crut que c'étoit le mcmc. Inquiet de ce que 
ieroit devenu le Prieuré de Feffard , il alla en faire part au Vi/iteur de la. 
Province qui étoit dans l'Abbaye de Touflàint d'Angers , & qui n'en fça- 
voit pas plus que lui , & il fut conclut que l'on envoyeroit auiîi-toft en Cour 
de Rome , ce qui fut fait en faveur de Frère Nicolas le Grand , qui fe trou- 
va dans la même Abbaye de Touflàint , Diredeur des Etudes de ceux qui 
avoient fait Profeflion avec lui le i. Décembre 1711. ou peu de temps au* 
paravant. 

Une marque de leur incertitude , eft que la Pi ovifion qu'ils firent ob- 
tenir pour le Frère le Grand , ne porte pas que le Bénéfice fut vacant par 
la mort d'Antoine le Brun , qui n'en avoit jamais été Titulaire, ni parcelle 
de Philippes le Brun qui l'étoit , & qui étoit bien vivant -^ mais en termes 
généraux per oktum illius ultimi pojjejforis pacifia , enforte qu'il eft évident que 
ce n'étoit qu'une précaution qui ne conduiîoit à rien , û le Bénéfice n 'étoit 
pas vacant. 



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\\q^ vrai que le Frère Popineau nouveau Procureur a pris poflefïîonpour 
lui, en vertu de (à Procuration ; il eft vrai encore , qu'en 1717. il luiaécrit 
a "Hoyon d'envoyer une Procuration pour faire la foi & hommage , & four- 
nir aveu & dénombrement au Roy, 

Mais tout cela eft indiffèrent au Frère Philippe le Brun ; il c'roit pour lors 
dans l'Abbaye de S. Acheul d'Amiens Prieur & Curé; il n'avoit nulle con- 
noifTance de ce qui (è paflbit dans le pays du Maine ; il fe repofoit tranquil- 
lement fur une joiiiflance qu'il croyoit toujours être en fon nom en vertu des 
Procurations qu'il avoit envoyées aux Procureurs du Château l'Hcrmitage, 
quiavoient précède' le Frère Popineau, & qu'il n'avoit point révoquées. 

Les choies font reftées dans cette fituation jufques au mois de Février 1710. 
Alors d'un côté le Frère le Grand qui étoit pourvu d'un Prieuré- Cure confl- 
derable , & qui n'avoit plus befoin du mafque dont ils'étoit couvert pour cap- 
ter la prote(3:ion & les charitez de celui qui Tavoit reçu dans la Congrégation » 
prit /es mefures pour enlever celui deFefTard \ & d'un autre côté l'Éditdu 
mois de Novembre 1719, modifié parla Déclaration du Roi du mois de Fé- 
vrier 17x0 , obligea le Frère Philippes le Brun à prendre les fiennes pour le « 
conferver. 

Ainfi le Fr. le Grand révoqua les Procurations qu'il pouvoir avoir don- 
nées ; il fit fa déclaration 341 Greffe de l'OfEcialité du Mans, & dans celui 
du Château du Loir \ il fît afligner les Prieur & Chanoines Réguliers du Châ- 
teau «l'Hermitage pour être condamnez à lui remettre lesTitres du Bénéfice. 
Son indifcretion a même été jufques au point de faire afligner auConfèil le 
Frère Polinier Abbéde Sainte Geneviève , & General de la Congrégation , & 
le Frère Georges Hubert fécond Affilîant , & de conclure contre eux à la 
reftitution des Titres & des revenus de ce Bénéfice , à ce qu'ils foient tenus d'en 
faire les réparations & à la maintenu ë.C'eft l'effet d'une extravagance méditée 
pour en faire la baze& le fondement des injurieufcs déclamations débitées à 
TAudiance du Confeil, contre àcs perfbnnes infiniment plus diftinguées dans 
le monde par leur mérite & par leur vertu, que par les importantes dignitcz 
dont elles font revêtues. 

A l'égard du Frère Philippes le Brun ila fatisfait à l'EditSc à la Déclaration 
du Roy ; il s'efl contenté de demander que défenfes foient faites au Frère le 
Grand de le troubler dans la perception des fruits du Prieuré de fainte Anne 
deFeffard , & que main-levée lui foit faite de fes faifies. 

En cet état il efè difficile de concevoir ou peut être la difficulté fur la com- 
plainte , foie dans la forme , foit dans le fonds. 

Dans la forme, le Frère le Grand eft pourvii par la mort du dernier Titulai- 
re ; cependant ce dernier Titulaire eft encore vivant, il lui fait face , il deman- 
de main-levée de fes faifies ^ c'étoit donc contre lui qu'il falloit conclure à la 
maintenue ,& non pas contre lesSuperiers majeurs; & des qu'il n'oferoit y 
conclure contre le Frère Philippes le Brun, il n'y a point par confequent de 
complainte formée i& par une fuite neceffaire , il ne refte plus qu'à faire plei- 
ne & entière main-levée de fès faifies, à lui faire défenfes de s'immifcer dans 
la perception des fruits du Bénéfice , 6c à le condamner aux dommages & in. 
cerefts de l'indue & vexation. 

Et qu'il ne dife pas^ue le Frcrc Philippes leBruncft un fantôme perfon- 
nifîé contre qui il n'y a rien à conclure. 

Que neprouve-t-il donc que ce prétendu fantôme rcprefente un Titulaire 



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mort , & quePhilippesle Brun n'eft plus ; ou que s'il exifte, c ecoit Antoine 
mort le t Mars lyn , qui écoit le Titulaire du Bénéfice. 

Or Antoine le Brun mort le i Mars 1711, n'a jamais e'té pourvu de ce Bé- 
néfice -y & Philippes le Brun qui en a été pourvu eu 1675, étoit vivant le 15 
Mars i7i3,dans letemsque le Frère le Grand l'a obtenu par la mort du der- 
nier Titulaire , & il eft encore aâ:uellement vivant. La preuve du premier fait 
refulte d'un procès verbal de vifite faite le 7 Mai 1713, par le Père Menardeau, 
dans l'Abbaye de Saint Acheul d'Amiens , où il a fîgné comme Prieur , &c 
d'une Commidion qui lui a été donnée le 9 Mars 1714 , pour être Prieur de 
l'Abbaye de Saint Maurice de Senlis j & la preuve du fécond refulte de (à pre- 
fence aux Audiances du Confeil , & de deux certificats dévie qui lui ont été 
donnez , l'un le 10 Avril ijti , par Monfieur l'Abbé de Guibeville, Confeiller 
de lagrandeChambre, & par leSieur leBrun Marquisd'Inrcrville, fes ne- 
veux : l'autre le 14 Mai (uivant par le Sieur Lieutenant General de Scnlis , où 
il fait maintenant la refidence dans l'Abbaye de Saint Vincent. 

C'eft donc à lui que le Frère le Grand doit s'adrefler pour demander la 
» maintenue :car enfin ,4es Supérieurs majeurs qu'il attaque en ce point, ne 
prétendent rien ni au Titre ni aux revenus du Bénéfice j s'il ne le fait pas , ce 
n'ejfl: pas qu'il veuille éviter de combattre contre un fantôme, c'efi- qu'il re- 
connoît que fon Titre qui fuppofe une vacance par mort, nepeutrcfifleràla 
prefence d'un être réel & exiltanr. '' 

Et en effet au fond la Règle de imfetra,ntihus Bénéficia vi'ventium ^ emporte 
contre eux non feulement la nullité de leurs Provifions, mais encore une in- 
dignité qui les met hors d'état de pouvoir être valablement pourvus des mê- 
mes Bénéfices lorfqu'iis deviennent véritablement vacans par mort. 

Cette règle eft de pur droit commun , quoiqu'elle foir du Pape Benoift 
Xll. c'eft ainfi qu'en parle M. Charles Du Moulin n. i. de fon Commentaire , 
Aiagis eji memm jus commune quam Régula Cancellaria ^ & c'eft ce qui fait qu'au 
n. 65. il ajoute hujufmodi Pronjijio tam Papa "vel Legati quam Ordinarii nuUa ejl^ 
cenfurâ & prohibitione furis commums ^ ôc la raifcn qu'il en donne eft qie ifie 
ambitiop pracurrens indignus ^ inhahilis ejficitur ^adeo ut nec ùerPabam quidemin 
hac impetratione difpenfàri 'vel derogari pojjit cenjura Juris j quia effet invitare a4 
deliÛa, quod nec Papa facere potejl : Et M. Loùet fur le même nombre remar- 
que que Beneficiorum iji'ventium impetrationes tam trtjlcs & adeo lu^luofos exitus 
produxemnt , ut ah antiquis Ecclefi^e Patrihus njetita , prohibit^ (jr damnat^e abjque 
uUâ dijiinéîione fuerint. 

Il faut néanmoins convenir avec Panorme & Dumoulin, qu'il y a une ex- 
ception en faveur de celuy qui étoit dans une julle ignorance de la vie du 
Bénéficier, qu'il croyoit mort fur le bruit qui s'en étoit répandu. 

Mais cette exception fait feulement cefler l'inhabilité contradée , & la 
peine encourue par rapport à une féconde impetration qui feroii faite après 
la mort du Bénéficier j elle n'a point d'application à la première qui de- 
meure toujours eftentiellement & radicalement nulle ; parce qu'ayant été 
faite du vivant du Bénéficier, le Bénéfice n'étoit pas vacant, & que le prin- 
cipe de la validité d'une Provifion c'eft la vacance du Bénéfice. 

Le Fr. le Grand objede , qu'il a une pofTefïion doublement triennale Coû- 
tenuë par un titre du mois coloré-, & que c*cn eft affez pour exclure le Fr. 
Philippes le Brun , s'il eft vray qu'il foit vivant. 

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Mais il ne prend pas garde, que le de'faut de vacance de'colore totalement 
/on titre, & le fait tomber dans le ne'ant, parce qu'encore une fois nulle 
Provifion ne peut fubfifter fi elle n'eft pas précédée d'une vacance réelle & 
effedive. Il en eft de la Provifion d'un Bénéfice comme d'un Mariage : tant 
que les liens ne font pas rompus par la mort , jamais ni l'un ni l'autre des 
conjoints n'en peuvent valablement contrader un fécond. La jufte ignorance, 
la bonne foy , la longue poiTeflion feroient inutilement alléguées par un 
homme avec qui une femme auroit convolé croyant fon mary mort , s'it 
s'obftinoit de refufer à la luy rendre , quand il revient & qu'il fe fait con- 
noître. 

Icy l'on ne peut pas douter que le Fr. Philippes le Brun pourvu du Prieure 
de Feflart en 1673, ne fut vivant en 1715 lorfque le Fr. le Grand l'a irnpetré 
par (a mort. L'on ne peut pas non plus fbupçonner de fuppofition de per- 
fonne, fa prcfence a l'Audiance du Confeil, il faut donc que le Fr. le Grand 
fe retire. 

C'eft en vain que pour avoir occafion de fe déchaîner contre la Congré- 
gation , il imagine qu'on ne l'a fait pourvoir que dans des vues de Confi- 
dence*, l'on n'aura pas de peine à la juftifier contre un reproche aulh vna| 
placé. 

JUSTIFICATION DE LA CONGREGATION. 

L'on n'entreprendra point de faire les éloges j fà réputation eft tropau- 
deflus des attaques du Fr. le Grand, il fuffit de fe fixer à ce qui concerne l'ad- 
miniftration des revenus des Bénéfices fimples & desOfficesClaullraux poC^ 
fedez par les Chanoines Réguliers dont cette Congrégation eft compofée. * 
Comme il eft d'une extrême importance pour la manutention de la di(^ 
cipline Régulière de ne pas laifter aux Religieux la liberté de fe faire pour* 
voir de Bénéfices, & de jouir à leur gré des revenus qui y font attachez , 
Ja Congrégation a renouvelle dans un Chapitre General tenu en 1711 , un 
ancien Décret qui eft conçu en ces termes : 

Pour confèrver les Religieux dans la dépendance de leurs Supérieur s, &" pour rete- 
nir dans les Communaute:^^ un nombre fujjlfant de fu jet s pour lefer'vice de l'Eglife ^ les 
emplois de la Congrégation ^ le Chapitre gênerai défend abjolument de recevoir ou po (Je - 
der aucun Bénéfice fimple _, Ojfice clauftral , ou Dignité fans charges d'ames ^^ de reji- 
der dans lefdits Bénéfices fins une permifjîon par écrit du Reverendijfime Père General s 
Çir afin d'éviter le vice de propriété incompatible avec l'état Religieux^ les revenus déf- 
aits Bénéfices , tout^ charges préalablement acquittées , front adminifire:^ comme les 
autres biens du Monafiere. 

Telle eft la loy. Ce Décret a été confirmé par des Lettres Patentes du feu 
Roy du 13 Janvier 1714, regirtrées au Confeil le ii Mars fuivant. 

Que le Fr. le Grand exagère tant qu'il luy plaira fur les inconveniétis qui 
en peuvent naître ; ce font des fons critiques qui ne laiftent après eux auci^ne 
impreftion dans les efprits capables de difcerner le brillant & de le mettre à 
l'écart pour ne s'attacher qu'au folide. 

Mais après tout il n'y a point de loy fi fage qu'elle puifle être , qui ne 
foit fujette à fes inconveniens dans l'exécution. 

De-Ià vient aufli que pour prévenir ceux qui dans la fuite des tems auroicnc 
pu naître de ce décret, ( car jufqu'à prefent il n'y en a point eu ) la Congréga- 

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tion dont les Supérieurs ont des intentions également pures & definterefîecs, 
n*a point fait de difficulté de fe reconnoître enveloppée dans l'tdit du mois de 
Novembre 1719, & dans laDéclaration du mois de Février 1710, quoiqu'il 
foit évident qu'elle ne foit pas employée dans les motifs qui y ont donné lieu. 

Mais cependant, dit-on , les Supérieurs ont fait pourvoir le Frère le Grand 
en 1713 , eux qui ne pouvoient pas ignorer que le Frère Phiiippes le Brun fut 
vivant j c'étoit une maneuvre concertée pour mettre en même tems le Bénéfi- 
ce fur la têce de deux Titulaires que l'on croyoit également propres à fe dé- 
voiler aux interefts de la Congrégation. 

Mais à qui cet indigne & ridicule reproche eft-iladrefle? Eft-ce au Frère 
Polinierqui étoit en 1715 Abbé de Sainte Geneviève, & General de la Con- 
grégation ?Eft- ce au Frère de Riberolles qui lui a lucccdé , & en la place de 
qui le Frère Polinier eft rentré? ces deux noms devroient faire rougir le Frère 
k Grand de honte & deconfufion ,& lui impofer fîlence,s^ilétoicde caraclé» 
re à revenir de l'aveuglement qui le préoccupe. 

Il a été pourvu en 1715 , cela eft vraij le Frère Phiiippes le Brun n eroic 
pas mort ,& eft encore vivant, cela n'eft pas moins vrai. Si le Frère Popineau 
alors nouveau Procureur du Châreau-rHermitage, fi le nouveau Vilîteur de 
la Province de Bretagne qui étoit alor-s à Angers, ont pris de bonne foi Je 
changea l occafion de la mort du Frère Antoine le Brun arrivée plus d'un an 
auparavant, les Supérieurs majeurs n'en ont eu aucune connoiflTance: mais 
eft -ce un (ùjet de déclamation, (bit contre les uns , loit contre les autres^ 
fur tout par rapport à un Bénéfice dont le Frère le Grand convient que les re- 
venus font très-médiocres , & qui tombent en rachat à chaque mutation de 
Titulaire. 

L on ne croit pas qu'il foit neceflàire de s'étendre davantage fur cette focon» 
de partie delà Caufe. L'on pafle à la dernière qui regarde la prétendue iranf- 
laiion du Frère le Grand dans l'Abbaye de S. Satur. 

jippel comme J!ahus de U prétendue tranjlaùon du Frère le Grand» 

^ Si le Frère Polinier qui a interjette cet appel n'avoir pas étéafligné par le 
Frère le Grand , s*iln*étoit même que fimple intervenant, l'on pourroit peur- 
être mettre cet incident à part *, mais la fituation ou les chofcs fe trouvent ne 
permet pasdeladiftinguerdelademandequi a traira la maintenue dans la 
polTefliondu Bénéfice, avec reftitution de fruits & faculté d une joiiiftance 
Hbre. C'cft là ce qui engage neceftairementle Frère Polinier à interjetter ap- 
pel comme d'abus d'un Bref de tranflation qui luiaétéfignifié à lui même, & 
qui eft le titre de la demande formée contre lui -, s'il fe tenoit dans l'inadlion à 
laviîë d'un tel Bref , on lui imputeroit à jamais d'avoir molifur ce qu'ily a de 
plus eflèntiel pour laconfervation du bon ordre & de la difcipUne régulière 
dans la Congrégation. 

Premièrement ce Bref eft obreptice en ce que le Frère le Grand n'y a point 
expofé au Pape qu'il étoit adluellement pourvu & enpofleflion libre & paifî- 
ble du Prieuré- Cure deDommerat , ou qui eft un Bénéfice dépendant de la 
Prévôté d'Evaux , de la Congrégation de France. 

Cette obreption eft d'autant plus importante , qu'outre qu'elle rend la ^i<, 
et fanitus nullum ^inutiUm, c'eft ouvrir une porte à tous ceux, ou qui font 



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pourvus de Prieurez- Cures de la Congrégation , ou qui en veulent obtenir 
fans J'agre'ment des Supérieurs majeurs, pour fc fbuflrairc de toute (ùperioritë 
régulière. 

En fécond lieu, ce Brefeftfubrepticeen ce que le Frère le Grand y exprime 
qu'il eft Religieux Profès de l'Abbaye de Sainte Geneviève, qu'il y demeure, 
& qu'il ne peut plus y demeurer en feureté de confcience, & cum animifui tran- 
quiîlitate in di6lo Monafierio remanereç^falutemfuam operari pojfe dtffîdat. 

1°. lin ert point Religieux Profés de l'Abbaye de fainteGenevieVe; il a fait 
à la vérité ProfelTion dans cette Abbaye , après avoir été élevé dès fon enfan- 
ce par les foins du Perc de Riberolles dans l'Hôpital des Enfans Bleus de la 
yille deMeauxj&roûtenupar fçs charitez jufqu'à ce qu'il foit parvenu au 
degré de Licentié en Théologie de la Maifon & Société de Sorbonnc; mais 
il eft Religieux de la Congrégation comme tous les autres, & il a feulement 
(ùr eux l'avantage d'y avoir été reçu fans payer la penfîon du Noviciat. 

z°. Jamais il n a demeuré depuis ià Profeflion un (cul inftant dans l'Abbaye 
de Sainte Geneviève. 

Nouveau Profez il fut envoyé en l'Abbaye deTouffaint d'Angers , où par 
une diftindion fjnguliere , il fut fait Diredeur des Etudes des autres. De là 
par une diftind:ion encore plus grande , il fut mis à la tête du Collège de 
Noyon en qualité de Principal, d'où il eft fbrti en 1717, pour être pourvu 
de difFerensPrieurez Cures qu'il a fucceffivement poffedez : il eft maintenant 
Titulaire de celui de Dommerat qui eft de plus de 3000 liv. 4e revenu. 

Ne tient-il donc qu'à furprendre ainfi la religion du Pape pour obtenir un 
Bref de tranflation, principalement fii l'on fait attention que dans le tems que 
celui.cia été furpris par le Frère le Grand, c'eft.à-dire, le zo Janvier 1711, 
ilétoit en quelque manière libre par la poireffion du Prieuré de Dommerac 
dont il eft pourvu dans le Diocèfè de Bourges. 

Mais en troifiéme lieu, les Caufes qui y font énoncées, font manifefte- 
ment faufïcs & fuppofees. 

Le Fr. le Grand dit, c^ue piurimas altercationes , molejUas aclites O' contrcyver^as 
à fûts Superioribus contra eum injuflè & ipfo inconfulto molitas pajpis fuit ^ de pra- 
fenti patitur ^ & que c eft la raifbn pourquoy il ne peut plus cjuietè in diéîo Mo- 
nafierio rémunère. 

Comment accorder tout cela avec les differens poftes où il a été placé par les 
Supérieurs à Angers & à Noyon, avec les Prieurez Cures dont il eft fuccefli- 
vent Titulaire depuis 17I7 , fous la Jurifdid:ion de Meflîeurs les Ordinaires, 
avec plufîeurs lettres des Frères Polinier , de Riberolles , & Menardeau, qui 
étoient dans fon fac lorfqu'on l'a eu en communication , & qui font toutes 
remplies de fentimens d'eftime & d'afFeâ:ion. ' 

Mais d'ailleurs feroit-ce une jufte & canonique caufe de tranflation, que let 
imaginaires chagrins qu'un Religieux prérendroit avoir reçu de la part de Ces 
Supérieurs? L'on en lentafTez l'illufion. 

Enfln cette tranflation eft déterminée dans l'Abbaye de S. Satur,où l'on 
fuppofe que la difciplineclauftrale & régulière eft plus étroitement obfèrvée 
que dans le Monaftere de Sainte Geneviève , cïr quatenusinfecundo diâoMona. 
fterio ad quod diéius Orator tranfire intendit ^ claujiralis ^ reguiaris ac arâiior quàm 
inprimodiBo Monafierio vigeat ohfervantia. 
Autre illufîon. A qui pourra-i.on perfuader dans le monde, que l'Obfer» 



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vance Régulière ne foit pas en pleine vigueur dans l'Abbaye de Sainte Ge- 
nevie'veî Mais à qui perfuadera-c-on en France, que celle de l'Abbaye de 
S. Saïur l'emporte , quand on fçait que l'on n'y en obferve plus aucune ; que 
les anciens Religieux qui roccupoient ont e'té envoyez dans des Maifbns de 
la Congrégation de France pour reprendre l'efprit de leur état ; quec'e/l^ 
l'ouvrage du difcernement de M. le Cardinal de Gefvres Archevêque de 
Bourges, & qu'il n'y a plus dans cette Abbaye que quelques Commiflion-r 
naircs étrangers. 
Il réfulte de-là autant de Moyens d'abus qui (ont tous également invincibles. 
Mais (i de l'obtention du Bref l'on pa0e à fa fulmination, l'on découvre 
encore de nouveaux Moyens d'abus. 

Premièrement , ce Bref porte en tête Parijtenfs, C'eft une marque que la 
fulmination en devoit être faite à Paris , & cependant l'on voit qu'elle l'a 
été à Bourges. 

En fécond lieu , l'adreffe n'en pouvoir être faite /ans abus ailleurs qu'à 
Paris, puifque le Monaftere de Sainte Geneviève d'où le Fr. le Grand a de- 
mandé d'être transféré dans celui de S. Satur, eft fitué à Paris, & que les 
caufès qui font fuppofées dans ce Bref font relatives aux Supérieurs de l'Ab- 
baye de Sainte Geneviève, où le Frère le Grand a imaginé qu'il demeuroit 
& qu'il ne pouvoit plus déformais demeurer en fureté de conicience : Eroic- 
ce à Bourges que l'on pouvoit entrer dans cette difculïion pour conftater la 
vérité de l'expoléî 

En troifiérae lieu, les Supérieurs de l'Abbaye de Sainte Geneviève nonc 
été ni appeliez , ni par conféquent entendus. 

Enfin M. le Cardinal de Gelvres Archevêque de Bourges , du nom de qui^ 
cette Sentence eft intitulée, n'y a eu aucune part; il eft trop éclairé pour 
fe laiflèr conduire par les preftiges du Frère le Grand. C'eft le chcf-d'oeu-' 
vre d'un Grand- Vicaire, qui à l'infçû de ce Prélat , & fans aucun pouvoir 
de luy , n'a fuivi que les mouvemens du caprice d'un vifionnaire , fans fd 
mettre en peine de pénétrer plus avant. 

Ainfi tout eft abufif dans cette Sentence aufti.bien que dans le Bref! Si 
Monfieur le Cardinal de Gefvres avoic agi dans cette occafîon , le Fr. le. 
Grand auroic appris de luy , que les Supérieurs Majeurs de la Congréga- 
tion ont mérité l'honneur de fa proteâ:ion , & qu'ils font toujours & ne 
cefferont jamais d'être dilpofez à luy en marquer leur reconnoifTance. 

CONCLVSION. 

Par toutes ces raifonsl'on foûtient , qu'il y a lieu de déclarer le Fr. le Grand 
non-recevable dans fes demandes , de faire main-levée de fes Saifies, dédire 
qu'il y a abus dans l'obtention & dans la fulmination du Bref de Tranfla- 
tion, & de condamner le Fr. le Grand aux dommages & interefts de fon 
indue vexation , & aux dépens. 

M. LE P AIGE, Avocat. 



R o u Y E R , Procureur. 



De l'Imprimerie de liVcu^c d'Antoine Lambin 171J.