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Full text of "De l'espèce et des races dans les êtres organisés et spécialement de l'unité de l'espèce humaine"



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ESPECE 




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DES RACES DANS LES ETRES ORGANISE, 4 



ET SPÉCIALEMENT DE 




\ DE L'ESPÈCE HUMAINE 



PAR D. A. GODRON 




Doct n y decine, Docteur es nu 

Doyen de la Faculté des Sciences de Nai 
P ir d'Histoire naturelle à la même Faculté, Directeur du Jardin 

Chevalier de la Lésion d'honn 
orrespondant du Ministère de rinstruction pu que,, 
ancien Directeur de l'École de Médecine de Nancy, 
ancien Recteur d'Académie a Montpellier et à Besançon, t 



TOME PREMIER. 












PARIS 

J. B. BAILL1ÈRE et FILS 

AIRES DE i/ACADÉMlE IMPÉRIALE DE MÉDECINE 



Rue Hautefeuille, 10. 



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RK ) fRBET.I BAILLIKKB BROTi RS, 440 BU 

MADRID, C BÀ1LLY-BA1LUÈBE, GALLE DEL PRINCIPE 11. 

1859. 



auteur et les éditeurs se réservi : le droit :raduct a. 






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204 



ÉLÉMENTS ANATOMIQUES FIGURÉS. 





pas encore. Voyons actuellement quelle est l'origine des matériaux qui fourn 
à cette génération. (Voyez p. 109 à 110 et 165.) 

Ces éléments an atomiques, c'est l'ovule qui en fournit les matériaux; c'tf 
dépens du vitellus qu'ils naissent; c'est du vitellus qu'ils dérivent directeur 
il représente pour eux un véritable blastème demi-solide. C'est par ce W 
que le nouvel être que vont former les éléments, se rattache encore à ses pai 
car le vitellus est la portion fondamentale d'un organe particulier Y ovule, qtf 
même provient directement d'un élément anatomique, d'une cellule de la 
qui s'est graduellement métamorphosée. 

Née elle-même dans un organisme préexistant, d'après le premier mode, 
de genèse, cette cellule donne naissance aux premiers éléments anatomiqu 
nouvel être d'après le second mode de naissance, celui de segmentation (l)i 
elle n'est le siège de ce phénomène qu'après avoir présenté divers change 
qui lui ont fait perdre les caractères qu'elle avait en commun avec d'autre 
ments du groupe des cellules pour en acquérir d'autres qui lui sont propres 
gements qui font dire de l'ovule qu'il mûrit), et même après avoir été exptfl 



h 



lieu de sa naissance (2). 






Les premiers éléments qui naissent ainsi sont les cellules embryonnaif { 
grandissent peu à peu à l'aide de matériaux empruntés au dehors et qui péfl 1 
molécule à molécule jusqu'à elles au travers de la membrane vitelline. Ces ^ 
se segmentent elles-mêmes lorsqu'elles ont atteint un certain volume, de tiïï 

à donner ainsi naissance chacune à deux cellules; il en résulte qu'on peut S 
quelque sorte qu'elles servent directement de blastème pour la génération è 

9 

Iules semblables à elles. L'ensemble de celles-ci compose la tache embryonniï 
pendant un certain temps même, l'embryon qui en dérive est composé p ; 
cellules. 



(1) Le phénomène de segmentation dont il est ici question a été décrit pour la première' 
l'œuf des grenouilles, par Prévost et Dumas {Deuxième Mémoire sur la génération, dans A 
des se. nat., Paris, 1824, in-8°, t. II, p. 109, 110, 111 à 114, et pi. 6, fig. D à P), sous V 
de formation de sillons et de divisions en se gment s, d'où sont venus les noms de sillon* 
scission ou segmentation (Furchung, Spaltung. Baër, Die Métamorphose des Eies der 
chier in Archiv fuer Anat. und PhysioL, Berlin, 1834, in-8, p. 481 et 488). Ces phénomèw 
liants, que Prévost et Dumas avaient déjà songé à considérer comme une loi générale d 1 
loppement devant s'étendre aux autres classes d'animaux (p. 113 et 114), ont été c ( 

depuis sur le vitellus de J'ovule des animaux de toutes les classes sans exception et de to 1 
plantes. Schwann avait soupçonné que ce phénomène était un mode de production des ' 
(toc. cit., 1838, p. 61-62), mais Bergmann le premier en a bien défini la nature sur le 
de l'œuf des grenouilles, en montrant qu'il était une introduction à la formation des 
dans l'œuf aux dépens du vitellus (Bergmann, Die Zerklûftung und Zellenbildung hn 1 
dotter {Archiv. fuer Anat. und Physiol., Berlin, 1841, p. 98). Ce phénomène s'obseï' 1 
toutes les plantes comme mode de naissance des celluies embryonnaires, des grains d É 
des spermatozoïdes, etc. (Voy. Ch. Robin, Histoire naturelle des végétaux parasites. Par* 
in-8, p. 201 et suivantes.) 

(2) La segmentation ne donnant naissance qu'à des cellules et non à des éléments de t° 
espèces, comme le mode dit de genèse, n'a pas dû être décrite ici dans ses détails comtf 
nèse ; c'est plus loin dans l'article qui traite des phénomènes de la naissance des cellule 
en trouvera la description. 






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ET 



DES RACES DANS LES ÊTRES ORGANISÉS 



ET SPECIALEMENT DE 



L'UNITÉ DE L'ESPÈCE HUMAINE 



PAR D. A. GODRON 



Docteur en médecine, Docteur es sciences, 

Doyen de la Faculté des Sciences de Nancy, 
Professeur d'Histoire naturelle à la même Faculté, Directeur du Jardin des plantes, 

Chevalier de la Légion d'honneur, 
Correspondant du Ministère de l'Instruction publique, 

ancien Directeur de l'École de Médecine de Nancv, 
ancien Bectcur d'Académie à Montpellier et à Besançon, etc. 



TOME PREMIER 



K 



PARIS 

J. B. BA1LLIÈRE et FILS, 

LIBRAIRES DE L'ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MÉDECINE, 



Rue ïïautefeuille, 19. 



M>2¥fl>£UgS 



■H*. BAlLLlftftK, 219, Biant-Knui, 



BAILL1ERK BROTHERS, 440, BROADWA.Y 



MADRID, G. BAILLY-BAILL1ÈRE, GALLE DEL PRINCIPE, 11. 

1859. 

L'auteur et les éditeurs se réservent le droit de traduction. 



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DE 




> 



ESPECE ET DES RACES 



BANS 



LES ÊTRES ORGANISÉS, 



ET SPECIALEMENT DE 



L'UNITÉ DE L'ESPÈCE HUMAINE. 



PROLEGOMENES. 



DE L ESPÈCE EN GÉNÉRAL. 



L'homme voit continuellement se renouveler autour 

de lui les végétaux et les animaux ; des générations nou- 
velles succèdent aux générations détruites ; les individus 
périssent, mais les formes se perpétuent sous ses yeux- 

* 

Lui-même aussi, il est soumis à cette loi générale qui 
régit les autres êtres organisés. 

C'est à chacune de ces séries non interrompues d'in- 
dividus semblables, qui naissent indéfiniment les uns 
des autres , qu'on a donné le nom d'Espèce. Mais on a 
recherché si en réalité cette succession d'individus, 
présentant des caractères identiques, était un fait con- 
stant ; si des types nouveaux ne naissaient pas des types 



anciens ; 



i. 



od 
1 



















9 



POSITION DE LA QUESTION 



♦ 









pas, tendant ainsi à réunir et à confondre les groupes 
que la plupart des naturalistes avaient jusqu'ici considérés 
comme constituant des espèces absolument distinctes. 
En un mot, l'espèce existe-t-elle ? Est-elle fixe et a-t-elle 
existé de tout temps? Ou bien cette dénomination d'es- 
pèce ne représente-t-elle rien de réel? IN'aurait-elle 
pour objet qu'une simple abstraction de l'esprit? Telle 
est la question fréquemment agitée de nos" jours, que 
nous nous proposons de traiter ; question importante,non- 
seulement parce que la détermination précise des espèces 
et de leurs caractères distinctifs est le fondement sur le- 
quel on a basé jusqu'ici toutes les recherches d'histoire 
naturelle ; mais aussi en raison des déductions philoso 



phiques qui découlent naturellement du genre de solu- 










*m m 

tion qu'on lui donne, et principalement des applications 
qu'on peut en faire à l'étude même de l'anthropologie. 

Sur cette grave question des idées bien différentes ont 
été émises et les doctrines les plus opposées comptent de 
chauds défenseurs parmi les naturalistes modernes. On 
peut réduire à deux principales les diverses opinions qui 
se trouvent ici en présence : 1° les uns admettent la réa- 
lité des espèces, les considèrent comme des types per- 
manents et limités par des caractères rigoureux ; types 
qui ont traversé les siècles sans s'altérer, de telle sorte 
que les animaux et les végétaux, que nous observons 
aujourd'hui, présenteraient encore à nos yeux les mêmes 
formes et la même organisation qui distinguaient leurs 
ascendants depuis l'origine des êtres ; 2° les autres, au 
contraire, ne croient pas à la fixité de l'espèce et pensent 
que, par suite des modifications imprimées aux êtres 
organisés par l'action des agents extérieurs, par suite 




* 






DOCTRINE DE LA FIXITÉ DES ESPÈCES. 



3 



aussi du croisement des espèces anciennes, ces êtres 
varient sans cesse, et cela dans leurs caractères les plus 
importants ; qu'il naît journellement des types nouveaux, 
qui s'altèrent à leur tour ; c'est, comme Ton voit, nier 
implicitement l'espèce, puisque c'est lui enlevei 
attributs principaux. 



ses 



I. Parmi les partisans de la première opinion, il faut 



que) 



(d 



ussieu, G. Cuvier, de Canclolle, de 
Blainville, J. Mùller, Flourens, de Quatrefages, etc. Mais, 
pour juger leur doctrine, il convient, avant tout, de re- 
produire les définitions de l'espèce que ces illustres au- 
teurs nous ont données, de rechercher quels sont les 
ctères qu'ils lui ont attribués, et de voir enfin sur 
quel critérium ils s'appuient, pour distinguer les diffé- 
rentes espèces les unes des autres. 

Linné s'exprime ainsi sur l'espèce : Species tôt sunt, 






cara 



A 



formas ab initio produxit Infmitum 



s 



duxere plures, ai sibi scmper similes. Ergo species tôt 



sunt, quoi diversœ fi 
occurrunt (1 ) 



seu structurœ liodienum 



Nov 



(2) 



gcneratio conlinuata, propagatio, obscrvalioncs qùoti- 



diance, 



(3) 



lui les variétés ne sont qu'un 




















(*) C. Linnœi Philosophia botaniea, cd. 2, § 157. 



K*) €. Linnœi op. cit., 



162. 



(a) C. Linnœi op. cit., $ 187. Linné n'avait pas toujours 
a 'nsi, comme nous le verrons plus loin. 



pense 
















I- 



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: 





















4 



DOCTRINE DE LÀ FIXITÉ DES ESPÈCES. 



produit de l'art : Varietates culturce opus esse, docet 
horticultura quœ easdem sœpius et producit et redu- 

1 . * f f 



cit (1 ) 
ration 



et la fixité des formes constituent donc pour 



Linné les caractères de l'espèce. 

Les mêmes idées sont reproduites par Laurent de 
Jussieu (2) dans les termes suivants : In unam speciem 
colligenda sunt vegelantia seu individua omnibus suis 
partibus simillima et continuata generalionum série 
semper conforma, ita ut quodlibet individuum sit vera 
totius speciœi prœteritœ et prœsenlis et futur œ effigies. 

Ainsi Linné et Jussieu admettent d'une manière ab- 
solue l'immutabilité de l'espèce. 

(3) 




n muns 



5 



ii vidus descendus l'un de l'autre ou de parents corn- 
et de ceux qui leur ressemblent autant qu'ils se 

« ressemblent entre eux. n 

De Candolle désigne, sous le nom d'espèce, h la col- 
» lection de tous les individus (végétaux) qui se ressem- 
ii blent plus entre eux qu'ils ne ressemblent à d'autres ; 
ii qui peuvent, par une fécondation réciproque, produire 
,, des individus fertiles; et qui se reproduisent par la 

génération de telle sorte qu'on peut, par analogie, les 
» supposer tous sortis originairement d'un seul indi- 

ii vidu (4). m 



n 




(1) C. Linnœi op. cit., S 1 62 « 

(2) Jussieu, Gênera plantarum, introd., p. xxxvij. 

(3) Cuvier, Règne animal, éd. 2. Paris, 1829, in-S», T. f, p. 16. 
a) De Candolle, Théorie élémentaire de la botanique, éd. 2. 

Paris, 1819, in-8«, p. 193. 



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DOCTRINE DE LA FIXITÉ DES ESPÈCES. 5 

Selon de Blainville (1), u l'espèce est un type d'orga- 
" nisation, de forme et d'activité plus ou moins déter- 
» mine, qui se perpétue dans le temps et l'espace par 
» génération, » 

Dugès (2) définit l'espèce u un type de forme, d'or- 
» ganisation, de mœurs, auquel on peut rapporter tous 
» les individus, qui se ressemblent beaucoup et se pro- 
» pagent avec les mêmes formes. h 

Le célèbre physiologiste J. Mûller (3) formule ainsi sa 
pensée sur le sujet qui nous occupe : a L'espèce est une 
» forme de vie, représentée par des individus, qui repa- 
» raît dans les produits de la génération, avec certains 
« caractères inaliénables et qui se reproduit constamment 
"par la procréation d'individus similaires, n 

L'espèce est, pour M. de Quatrefages (4), » l'ensem- 
m bledes individus plus ou moins semblables entre eux, 
» qui sont descendus ou qui peuvent être regardés 
» comme descendus d'une paire primitive unique. » 

M. Flourens (5) donne une idée nette, simple et ingé- 
nieuse de l'espèce et du genre : u Le caractère de l'es- 
" pece, dit-il, est la fécondité continue ; le caractère du 



■ (1) De Blainville, d'après M. Pelard, sou élève, dans la Revue 
ae * cours publics, 18S6, p. 2S. 

( ) Dugès, Traité de physiologie comparée de l'homme et des 

animaux. Montpellier, 1858, in-8<>, t. I, p. U. 

in S ™ MÛller ' Manuel de Physiologie, trad. franc. Paris, 18S1, 
u»-8°, T. H, p . 785# 

« nln C Q Uatrefa S es > Kevue des deux mondes, période 2, T. VIII, 
P» 109. 

( ) Flourens, de l'Instinct et de l'Intelligence des animaux, 
e «-3.Pans, 18SI, in-18, p. 109. 









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DOCTRINE DE LA FIXITÉ DES ESPÈCES. 



« genre est la fécondité bornée ; n et, dans un autre ou- 



(1) 



„ faits mieux démontrés que celui de la fixité des espèces ; 

.-■ /»» 11 * «. 



« 



n pas de plus beau, n 

Ainsi donc, pour les auteurs, dont nous venons de 
faire connaître les idées, le caractère de l'espèce se trou- 
verait principalement dans la succession par voie de gé- 
nération ; mais néanmoins ils admettent que les varia- 
tions, observées chez les individus d'une même espèce, 
sont toujours restreintes dans des limites assez étroites et 
que les caractères principaux, ceux que l'on doit considé- 
rer comme spécifiques, n'en sont pas moins constants. 
Nous ne savons pas, si nous devons ran er Buffon 
parmi les partisans de la fixité de l'espèce ; car il a beau- 
coup modifié ses idées sur cette question, aux diverses 

époques de sa vie. 

Ici, il définit l'espèce : u Une succession constante 
n d'individus semblables et qui se reproduisent (2). n 
Mais, pour lui, la ressemblance n'est qu'une idée acces- 
soire'; l'idée fondamentale est dans le fait de la succession 



pai 



(3) 



a constitue la réalité et l'unité de ce qu'on doit appeler 
mèce. n II appelle les espèces (4) u les seuls êtres de la 



■ 






# 



Paris, 1880, in-18, p. 101. 

(2) Buffon, Histoire naturelle générale et particulière, M. 

in-i° de l'imprimerie royale, T. IV, p. 386. 

(3) Buffon, ibidem, T. IV, p. 383. 

(4) Buffon, ibidem, T. III, p. £ 












1 



DOCTRINE DE BUFFON. 



7 



" natur e, êtres perpétuels, aussi anciens, aussi perma- 
» nents qu'elle; », et il écrit plus loin (1) cette belle 
phrase : 1» L'empreinte de chaque espèce est un type 
" dont ,es principaux traits sont gravés en caractères 
" ineff açables et permanents à jamais .» 

Ailleurs, il s'exprime tout autrement, à propos de la 
degenération des espèces domestiques : h Après le coup 
» d'oeil que l'on vient de jeter sur ces variétés qui nous 
» indiquent les altérations particulières de chaque espèce, 
» il se présente, dit-il (2), une considération plus im- 
» portante et dont la vue est bien plus étendue, c'est 
» celle du changement des espèces mêmes, c'est celte 
» dégénération plus ancienne et de tout temps immémo- 
» riale, qui paraît s'être faite dans chaque famille, ou, si 
» l'on veut, dans chacun des genres sous lesquels on 
» peut comprendre les espèces voisines et peu différentes 



» entre elles. En comparant, 



(3) 



» les animaux et les rappelant chacun à leur genre , 
» nous trouverons que les 200 espèces (Mammifères), 
» dont nous avons donné l'histoire, peuvent se réduire 
» à un assez petit nombre de familles ou souches prin- 
» cipales, desquelles il n'est pas impossible que toutes 
» les autres soient issues, h Nous verrons que cette 
idée a été reproduite, et d'une manière bien plus affir- 

4 






m ative, par d'autres naturalistes. Nous trouvons 
c <>re, dans le même auteur (4) 



en 



(1) Buffon, op. cit., T. XIII, p. ix. 

(2) Buffon, ibidem, t. XIV, p. 538. 

(3) Buffon, ibidem, T. XIV, p. 3S8. 

(£) Buffon, ibidem, supplément, T. V, p. 26 









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8 



DOCTRINE DE LA VARIABILITÉ DES ESPÈCES. 






nous ne pouvons nous dispenser de reproduire : » Lors- 
» que l'on compare les anciens monuments du premier 
h âee de la nature vivante avec ses productions actuelles, 
11 on voit évidemment que la forme constitutive de cha- 
ii que animal s'est conservée la même et sans altération 
ii dans ses principales parties ; le type de chaque espèce 
ii n'a pas changé ; le moule intérieur a conservé sa forme 
» et n'a point varié. Quelque longue qu'on voulût ima- 
11 giner la succession des temps; quelque nombre de 
« générations qu'on admette ou qu'on suppose, les indi- 
ii vidus de chaque genre représentent aujourd'hui les 
ii formes de ceux des premiers siècles, surtout dans les 
i, espèces majeures, dont l'empreinte est plus ferme et la 
ii nature plus fixe ; car les espèces inférieures ont éprouvé 
» d'une manière sensible tous les effets des différentes 
ii causes de dégénération, n L'espèce ne serait donc pas 
fixe, du moins dans les espèces inférieures ; elle ne le 
serait même pas dans les espèces supérieures, puisque 

Buffon admet (1) que les Eléphants, les Rhinocéros et 
les Hippopotames des temps antédiluviens sont les ancê- 
tres de ceux d'aujourd'hui. 

II. A l'appui de la seconde opinion, on a cité l'auto- 
rité imposante de Linné ; et, en effet, dans ses premiers 
écrits, il avait, à l'exemple de Gmelin (2), émis, quoique 
avec doute, cette idée que toutes les espèces de chaque 
genre avaient bien pu former dans le principe une seule 
espèce, mais que les types primitifs par des croisements 
hybrides avaient peut-être donné successivement nais- 



(1) Buffon, op. cil., supplément, T. V, p. 26. 

(2) Gmelin, Oratio inauguralis, 1749. 















I 



DOCTRINE DE LA VARIABILITÉ DES ESPÈCES. 9 

sance aux différentes espèces que nous voyons aujour- 
hui. On trouve, en effet, cette opinion énoncée par 
Linné dans un opuscule intitulé : Oratio de Telluris ha- 
bitalrilis incremento, publié à Upsal en 1743 et à Leyde 
en 1744. Il la reproduisit encore dans sa dissertation sur 

" e l°ria (1). Mais il a plus tard complètement aban- 
donne cette doctrine, comme le prouvent les passages de 
sa Philosophie botanique, que nous avons cités plus haut. 

L'idée que les espèces d'un même genre ont eu pour 
ongme une souche primitive unique fut, comme nous 
venons de le voir, considérée comme possible par Buffon 
et par Linné à une certaine époque de leur vie. Depuis, 
plusieurs naturalistes éminents l'ont adoptée. Ainsi Bon- 
net (2) s'exprime sur ce sujet de la manière suivante : 
» On ne peut douter que les espèces, qui existaient au 
» commencement du monde, ne fussent moins nom- 
> breuses que celles qui existent aujourd'hui. La diversité 
' et la multitude des conjonctions, peut-être même encore 
' la diversité des climats et des nourritures ont donné 
» naissance à de nouvelles espèces ou à des individus 



' intermédiaires, n 



dach (4) 



Vincent (3) 



acceptent également cette doctrine. Enfin 






1 






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OU C. Linnœi Amœnitates academicœ. Iiolmiœ, 174,9, iu-8°, 
T.I,p.7l. 

\ ) Bonnet, OEuvres d'histoire naturelle et de philosophie. 

Neufchàtel, 1779, in-8*, T. V, p. 230. 

(3) Bory de Saint-Vincent, cité par M. de Quatrefages, Revue des 
c ours publics, 18S6, P . 23. 

( ) Burdach, Traité de physiologie considérée comme science 

'observation, trad. franc. Paris, 1838,in-8«, T. I, p. 403 et 404. 













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10 




DOCTRINE DE LA VARIABILITÉ DES ESPÈCES. 

(1) et Fries (2) 



produit tous ies jours de nouvelles espèces végétales, 
non-seulement par hybridité, mais aussi par l'influence 
des circonstances extérieures qui, selon eux, tendent 
sans cesse à modifier les espèces anciennes. 

Mais, c'est surtout Lamarck, un des naturalistes les 
plus illustres dont la France s'honore, qui doit être con- 
sidéré comme le chef de cette seconde école. Selon 

lui (3) : u Quantité de faits nous apprennent qu'à me- 
n sure que les individus d'une de nos espèces changent 
« de situation, de climat, de manière d'être ou d'habi- 
ii tudes, ils en reçoivent des influences qui changent 
u peu à peu la consistance et les proportions de leurs 
u parties, leur forme, leurs facultés, leur organisation 
u même ; en sorte que tout en eux participe avec le 
ii temps aux mutations qu'ils ont éprouvées. Dans le 
» même climat, des situations et des expositions très- 
ii différentes font d'abord simplement varier les individus, 
11 qui s'y trouvent exposés ; mais, par la suite des temps, 
u la continuelle différence des situations des individus, 
qui vivent et se reproduisent dans les mêmes circon- 
stances, amène en eux des différences, qui deviennent 
en quelque sorte essentielles à leur être, de manière 
qu'à la suite de beaucoup de générations qui se sont 
succédées les unes aux autres, ces individus, qui ap- 
n parvenaient originairement à une autre espèce , se 



u 



n 



11 



il 



n 







(1) Poiret, Leçons de Flore, p. 281. 

(2) Fries, Novitiœ florœ suecicœ mantissa 3, p. 67. 

(3) Lamarck, Philosophie zoologique. Paris, 1809, in-8°, T. I, 
p. 62. 









H 






\1) Lamarck, Recherches sur l'organisation des corps vivants 

et particulièrement sur son origine, etc. Paris, an X, in-8°, p, SO 
à 60. 

(2) Lamarck, ibidem, p. 141. 

(5) Lamarck, Philosophie zoologique, T. ÏT, p. 61 a 67. 






DOCTRINE DE LA VARIABILITÉ DES ESPÈCES. 



11 



n trouvent à la fois transformés en une espèce nouvelle 
ri distincte de l'autre, n Pour lui (l), les circonstances 
n extérieures font tout; elles modifient profondément les 
« êtres; des circonstances naissent les besoins, des be- 
» soins les désirs, des désirs les facultés, des facultés les 
n organes. ». J'ai longtemps pensé, dit-il dans le môme 
"ouvrage (2), qu'il y avait des espèces constantes dans 
" la nature et qu'elles étaient constituées par les individus 
» qui appartiennent à chacune d'elles. Maintenant je suis 
" convaincu que j'étais dans l'erreur à cet égard et qu'il 
» n'y a réellement dans la nature que des individus, rt 
Selon le même auteur (3), la nature, par des généra- 
tions directes, a donné naissance aux premières ébauches 
de l'organisation, à ces êtres simples, que nous obser- 
vons au commencement de l'échelle organique, soit 
végétale, soit animale ; mais, en opérant peu à peu, à la 
suite de beaucoup de temps, des changements et une 
organisation croissante dans ces êtres d'abord rudimen- 
taires, et, en conservant toujours, par voie de la repro- 
duction, les modifications acquises et les perfectionne- 
ments obtenus, elle en a fait dériver successivement tous 
les autres êtres vivants que nous observons aujourd'hui. 
Ainsi, pour le célèbre naturaliste, dont nous venons 
d'exposer les opinions presque textuellement, les êtres 
organisés les plus parfaits seraient les descendants d'êtres 



















*; . * 






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12 



DOCTRINE DE LA VARIABILITÉ DES ESPÈCES 















simples dans le principe, et qui ont peu à peu, dans la 
suite des siècles, produit des êtres de plus en plus déve- 
loppés et complexes ; en suivant les conséquences rigou- 
reuses de ce système, l'homme représenterait sans doute 
le degré le plus élevé qu'ait atteint jusqu'ici l'évolution 

des êtres (1), 

De nos jours, E.-G. Saint-Hilaire, considérant la ques- 
tion d'un point de vue non moins élevé et s'appuyant 
non-seulement sur la gradation qu'on observe dans la 
série des êtres organisés, mais encore sur la grande loi 
d'unité typéale, d'unité de plan, formulée par lui dans 
sa Philosophie anatomique (2), reconnaît un seul sys- 
tème de créations incessamment et successivement pro- 
gressives, remaniées sous toutes les formes par l'action 



toute-puissante des milieux 



(3). Les êtres vi- 



vants, que nous observons dans le monde actuel, seraient 
les descendants plus ou moins modifiés des végétaux et 
des animaux des âges géologiques antérieurs. Ces idées 



(1) Si Lamarck n'applique point directement cette conclusion à 
l'homme ; si, dans la dernière phrase de la première partie de sa 
Philosophie zoologique, il semble vouloir attribuer à l'homme une 
origine différente, c'est là sans doute une concession qu'il a voulu 
faire aux idées généralement reçues ; car, dans les pages qui précè- 
dent, il cherche à démontrer la possibilité de la transformation des 
singes les plus parfaits en hommes {Philosophie zoologique, T. I, 

p. 349 a 387). 

(2) E.-Geoffroy Saint-Hilaire, Philosophie anatomique. Paris, 
1818, in-8°, T. 1, p. xv el passim. 

(3) F. -Geoffroy Saint-Hilaire, Etudes progressives d'un natura- 
liste. Paris, 1853, in-4°, p. xi (en note) et p. 116 à 119. 




















■fc- 



DIVISION DE L'OUVRAGE. 



13 



0) 



la plupart des écrits philosophiques, par lesquels il a 
cherché à faire sortir les études zoologiques du cercle 
des détails et de l'analyse, où de nos jours elles sem- 
blaient tendre à se restreindre. 

n vo ' 1 donc que, dans les deux camps, se trouvent 
les plus grands noms qui aient illustré l'histoire natu- 

ïe ; et de ce «e circonstance seule on pourrait déjà dé- 
duire la difficulté de la question. 

Dans la crainte de nous égarer, nous abandonnerons 
complètement le champ des hypothèses, nous marche- 
rons pas à pas, en nous appuyant constamment sur les 
faits les plus authentiques, et nous en déduirons les con- 
séquences qui en découlent naturellement. D'une autre 
part, en considérant cette question délicate dans sa gé- 
néralité et en embrassant à la fois dans nos recherches 
tous les êtres organisés, nous tenterons d'arriver ainsi 
par l'histoire naturelle comparée à la détermination des 
caractères généraux de l'espèce et des lois qui la régis- 
sent. Nous commencerons d'abord cette étude par celle 
des êtres organisés, qui ont continué à vivre dans les 
conditions d'existence que le Créateur leur a primitive- 
ment tracées, et en second lieu nous nous occuperons 
de ceux que l'homme a soustraits en partie à leur genre 
de vie naturel et à leur indépendance, en les plaçant 
dans une situation véritablement exceptionnelle. C'est, 



des 



(*) E.-Geoffroy Saint-Hilaire , Mémoires de l'Académie „ ce 
*cienc esde p aris> T x „ m ^ p u ^ ^^ . Q ^^ 

rendus de l'Académie des sciences, T. IV, 1837, p. 59 e t 77; 
études progressives d'un naturaliste, p. 116 à 119, etc. 









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14 



DIVISION DE L'OUVRAGE. 



nous en sommes convaincu, pour n'avoir pas fait cette 
distinction capitale, qu'ont surgi les difficultés principales 
qui divisent les naturalistes au sujet de la fixité ou de la 
mutabilité des espèces. Après avoir ainsi étudié la ques- 
tion, d'abord chez les animaux et les végétaux sauvages, 
puis' chez les animaux domestiques et les plantes cultivées, 
nous l'aborderons enfin en ce qui concerne l'homme, et 
nous rechercherons s'il en existe une seule ou plusieurs 
espèces ; question d'une très-haute importance, non-seu- 
lement sous le rapport purement zoologique, mais en- 
core au point de vue politique, moral et religieux. 

* 

























LIVRE PREMIER. 



■ 






! 



DES ANIMAUX ET DES VÉGÉTAUX CONSIDÉRÉS A 

l'état SAUVAGE. 






; 



n 



CHAPITRE PREMIER. 



DES ANIMAUX SAUVAGES VIVANT ACTUELLEMENT. 

Si nous observons les animaux sauvages, qui de nos 
jours habitent la surface du globe terrestre, nous voyons 



qu 



résulte des séries d'individus semblables. Il est, de plus, 
facile de prouver que ces séries ou espèces se continuent 
sous nos yeux sans se mêler ni se confondre ; que toutes 
se distinguent les unes des autres par des caractères 
constants et nettement tranchés. 

Pour être convaincu de cette vérité, il est indispensable 
ci étudier les espèces avec soin et d'avoir égard à la va- 
ries caractères. Il ne faut pas se borner, dans la 
comparaison des différentes espèces les unes avec les 
autres, a l'examen des modifications les plus superfi- 
cielles; mais par l'étude comparative de tous les organes 
s «r un grand nombre d'individus de chaque espèce, 



leur 



h 


















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I 






i 












• » 





















16 



COMMENT IL FAUT ÉTUDIER L'ESPÈCE. 






surtout à l'état de vie, on arrive à reconnaître d'une 
part la limite des modifications dont chacune d'elles est 
susceptible, et d'une autre part on parvient également 
à distinguer les dispositions organiques, et les actes 
physiologiques et instinctifs, qui ne sont pas sujets à 
des variations individuelles, qui ne varient que d'une 
espèce à l'autre et deviennent par cela même des carac- 
tères spécifiques certains. 

Nous nous trouvons conduit par là : 1° à rechercher 
quels sont, dans les êtres organisés, les caractères va- 
riables et les caractères permanents ; 2° à voir si les ca- 
ractères permanents suffisent pour distinguer les espèces 

les unes des autres. 

Si nous étudions, avec les précautions indiquées plus 
haut, les animaux sauvages, qui vivent actuellement au- 
tour de nous, nous n'observons rien qui puisse faire 
penser que, de nos jours, ils subissent des variations, si 
ce n'est dans des caractères très-superficiels. 

11 est facile, en effet, de constater, si l'on examine un 
grand nombre d'animaux sauvages de même espèce, 
ayant atteint leur développement complet, qu'ils pré- 
sentent tous la même forme extérieure. Si l'on pénètre 
plus avant, si l'on met à nu leurs différents appareils 
organiques et qu'on les compare chez tous les individus 
soumis à l'observation, on peut s'assurer immédiatement 
qu'ils présentent une ressemblance parfaite. Si l'on 
étudie leurs instincts, leurs mœurs, leurs travaux, leurs 
habitudes, leur genre de vie, on ne trouve entre eux 
aucune diversité sous ces différents rapports. Leurs ap- 
pétits restent les mêmes : les espèces herbivores paissent 
toujours les mêmes plantes qui servaient de pâture à 






.. 





_^ 




\ 



VARIATIONS DE LA TAILLE 



leurs parents ; les Carnassiers dévorent habituellement 
h même prote ; les I„ sectes et Ieurs larves ,. 

2 -mea. .es sortes de feuilles, aux mêmes graines, aux 



mêmes fruits dont 



se nourrissaient leurs ancêtres. 



j . v ^ «uuiii^aieiii ieurs ancêtres 

rnnl^ S, , CTis 0U Ieur cha '»> '' é P°q«e de la fé- 

' T nn ll0 "' la duré e de la gestation ou de l'incubation, 



Ie nom bre habituel des 



• 

petits, enfin leurs habitudes 






« toutes leurs fonetions nous offrent une identité par- 
esnè'ee. C ? StanCe CSt """^"'ement l'attribut des 

e P es les pus élevées „ ans fe classiflcalion zoo]o _ 
dans le, eSpèCeS inférieures ks I*» simples 

P ésen en, T'*" ' ^ Z °°^ s • * -em le, 
priment cette permanence des caractères au même 

la" i fe dn ■ 7 , a q " e,qUeS ,é « ères va ™" ons *ns 
ans ' c ab ° ndanCe Ct la ,0n « uem de la fo ™, 
reeou e„ " eUr *" Pr ° dUCti ° ns de " ature di — qu 
S" ? te " eS " Ue ks »*' «- P'™es,ls 

-X 8 :^.^ de archer dans 

™tes ces vanauons peuvent se produire 

«tes de" Z genéra ! emenl la mê »e dans les animaux 
dan cemi eS|>èCe et ^ méme SeM - Ce P™ d »<> 



La taill 



) 



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peu nlii ~ .-. , r—"— ^i 8 c "«-aiement un 

P ouv m" qTC e UèVre demi »"ag"e. Mais, ce qui 

1 S :s flca f om - dans ,a ,ai,,e ' n '° nt ■*■ 

d„ mâm q °" ° bserve des variations habituelles 

du même genre, et même pl us saillanles , entre Ie3 * 
velus appartenant aux deux sexes de plusieurs espèces 



2 









P- 



■ 



* 















































\ 



18 



VARIATIONS DR LA FOURRURE. 



qu 



-a 
C 



la taille 



des Oiseaux mâles est souvent supérieure à celle des 
Oiseaux femelles de même espèce, par exemple, clans 
le Coq de bruyères (Tctrao urogallus L.), et que le 
contraire a fréquemment lieu chez les Insectes ? 

L'abondance et la longueur de la fourrure se mon- 
trent, d'une manière plus prononcée que dans les climats 
chauds et tempérés, chezla plupart des Mammifères sau- 
vages de même espèce qui habitent les régions froides 
des deux continents, et c'est là ce qui donne du prix à 

la dépouille des animaux à fourrure de ces régions du 
globe. Mais, nous savons que dans nos climats tempérés, 
un phénomène semblable, quoique moins prononcé, se 
manifeste, pendant la saison d'hiver, sur les Mammifères 
de nos forêts. Ces modifications, appréciables,^ sans 
doute, au point de vue commercial, n'ont pas en histoire 
naturelle une grande valeur. On sait, en outre, qu'il 
existe des espèces animales, chez lesquelles le mâle se 
distingue de sa femelle par des différences de ce genre, 
ou même bien plus prononcées. Personne n'ignore que 
la crinière du Lion est beaucoup plus longue et plus 
fournie que celle de la Lionne. 

Les variations de couleurs sont bien plus fréquentes 
encore et ont été observées dans toutes les classes du 
règne animal ; nous pourrions en citer un grand nombre 
d'exemples ; nous nous contenterons d'indiquer les sui- 



vants : 



(Vulpes vulgaris Briss.) 



souvent, dans un seul et même pays, dans une seule et 
même forêt, des individus qui diffèrent les uns des autres 
par la coloration différente de diverses parties du pelage. 









m 





I 



\ 






VARIATIONS DE LA COULEUR. 



19 



Ainsi, au heu d'avoir toute la queue fauve et terminée 
Par un bouquet de poils blancs, il a quelquefois cette 
extrémité complètement noire, et cette coloration se 
montre aussi sur le devant des pattes, sur son poitrail, 



sur le 



) 



(Vulq. 



tend 



)(1) 



(Valp 



»n rouge pâle ; ou bien enfin on observe sur son dos 
«es poils noirs formant deux lignes disposées en croix 
C Vwpes crucigera Briss.) 
le Castor varie aussi, sous ce rapport, mais non plus 

e la même manière ; ce n'est plus par régions du corps 

toute ? ? dU P0il SC m ° difie ' ** c'est dans 

Plu fow • qUG ^ teime dU Pd ^ e devient soit 
Plus foncée, soit, au contraire, ' 

ps, de marrons, de châtains w . 
Le Campagnol des champs \lrvicola arvalîs Cuv.) 

^ 1G b,en P lus enc ore dans ses couleurs et souven 
«n même champ. 

Chez les Oiseaux, ces modifications de couleur 



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(2) 



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•s sont 



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1 



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parti l'"lr é,é ^ lr0U,e "'^""^ <* B*. •* CI, Bona 
hmr ""?"? des «*•«. »<*■ en été, redeviennent blancs en 



V 



hi ™- (Lanrillwd, dans le D 
p. 361.) 



ietionnaire de d'Orbigny, T. Hî, 



S BuffoTÏ- f " ^^ Ma ' WreZZe **JK~ Ww, T. II, p. 510. 

t. mÏÏ£ ftaftlrflWfl ' éd> de 1,impriraerie ro ' ale > ^ 































20 



VARIATIONS DE LA COULEUR . 



bien plus fréquentes encore, et il suffit de parcourir le 
Manuel <T Ornithologie deTemminck (1) pour en trouver 
des exemples extrêmement nombreux. Le Bruant de 
neige (Emberiza nivalis L.) varie même constamment 
en passant du plumage d'hiver au plumage d'été et ré- 



ciproquement 



) 



te commune (Hy la v 
{Ranci esculenta L.) 



(Rana temporaria L.) 



le Daudin (2) a décrites ; 
(Rana variabilis Gm.) 



aussi très-remarquable par les changements de nuances 
de la peau, selon qu elle veille ou quelle dort, quelle 
est à l'ombre ou au soleil (3). 

Parmi les Poissons les mêmes faits se reproduisent, et 
nous pouvons citer, entre autres exemples, la Truite 
commune (Salmo fario L.) qui offre dans le coloris les 
teintes les plus variées, et il en est de même de la Truite 
saumonée (Salmo trutta L.) (4). 

Dans les Insectes, les couleurs propres à l'espèce se 
montrent en général identiques sur toutes les larves du 
même type spécifique ; mais cela souffre quelques excep- 












(1) Temminck, Manuel d'Ornithologie, éd. 2, & vol. in-8°, 1820 



à 1840. 



(2) Daudin/ Histoire naturelle des Reinettes, des Grenouilles 
et des Crapauds. Paris, 1802, iû-£°. 

(5) Cuvier, Règne animal. Paris, 1829, in-8°, T. 2, p. 110. 

(i) Agassiz, Histoire naturelle des Poissons d'eau douce de 
l'Europe centrale. Neufchàtel, 1859, tab. 5, &, S, 7 et 8. 






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— 

















VARIATIONS DE LA COULEUR. 



21 



lions, comme on le voit dans les Chenilles du Sphinx 
clpenor L. et d'autres, chez qui Ton trouve à peine deux 
individus tout à fait semblables (1). L'animal parfait 
peut varier également sous le même rapport : le papillon 
d 6 ff , a yraIe de la vigne (Pyralis Vitis Bosc.) offre des 

pences de coloration dans les ailes de la première 
Paire ; ! a tache et les bandes sont plus ou moins brunes, 

aunatres ou rougeàtres; ces bandes sont plus ou moins 

arges, plus ou moins dentelées à leurs deux bords et 

eilacent quelquefois complètement chez les femelles ; 

e tond lui-même varie, il est jaune doré, jaune paille, 

nrun ou roussàtre (2). 

J^fpf Prie " C,ie " (MmtîS reli V iom M, le Phasme 
géant (Phasma gigas Fabr.), habituellement d'un vert 

tendre présentent parfois des individus de couleur 



(?) 



fournissent des 

(Aranea larentula L.) 



O 



L !; L ' Dl,four ' est tantôt grise, tantôt noirâtre ou 



Les 



« 



Crustacés nous présentent l'Ecrevisse commune 



(1) Lacordaire, Introduction à l'Entomologie. Vans, 4834, in-8<> 
l 'h P- 423. 

) •-.. Audouin, Histoire des Insectes nuisibles à la Vigne et 
parucuhèrement de la Pyrale. Paris, 4840, fo-4>, p. 48 et 49. 
(5) Dngès, 7Vaitt de physiologie comparée de l'homme et des 

ammaux. Montpellier, 4838, in- 8 o, T. II, p. 50. 
(4) L. Dufour, dans les ^ wm ; es dessciences naturell sér< j 

*• ll h p. i*0. 
















\ 



* I 


















22 



VARIATIONS DE LA COULEUR. 



(Cancer A skiais L.) 



m 



(2) 



Vale 



des eaux douces de Gisors, dont le test était entièrement 
rouge, comme celui d'une écrevisse après la cuis- 
son (3), 

Dans les Annélides, et notamment dans les Sangsues 
médicinale et officinale (Sanguisuga medicinalis et offî- 



) 



(4) 



ils sont dus, ainsi que la coloration générale, à un véri- 
table pigment. La couleur de ce principe colorant peut 
donc se modifier de mille manières dans une seule et 

même espèce. 

Chez les Mollusques, la coquille présente souvent des 

teintes très-diverses aux différents âges de l'animal, mais 
on observe également des faits analogues sur des co- 
quilles parfaitement terminées. Cela est fréquent par 
exemple chez plusieurs Hélices (Hélix hortensis Drap.; 
Hélix nemoralis L.; Hélix fruticum Midi, etc.) ; chez le 









des 



(1) Cuvier, Règne animal, T. IV, p. -90. 

(2) Guérin Méneville, dans les Comptes rendus de l'Académie 
sciences, T. XXXIII, p. 52*. Cette Ecrevisse est dessinée dans 
Y Iconographie du règne animal de Cuvier [Crustacés, pî. 1 9, 



f. 2). 

(5) 



Valenciennes, Comptes rendus de l'Académie des sciences, 



T. XXXIII, p. 295. 

(45) Moquin-Tandon, Monographie de la famille des Ilirudinées. 

Paris, 1827, iû-4°, p. H2 à 127. 













3 




1 



1 



*e 



VARIATIONS PÉRIODIQUES DE LA COULECR 



23 



Lymncea aurkularia Mkh. Mais il y a plus, la couleur 
de la peau elle-même se modifie chez quelque.' 



Mol 



fus L.) 



(L 



trouver deux individus qui soient complètement 



blabl 



sem 



a) 



Les variations dans la couleur des animaux sauvages 
sont purement accidentelles, et, si on les rapproche 
toutes les unes des autres, dans une seule et même 
espèce, on voit qu'elles se confondent par une foule d'in- 
termédiaires ; quelquefois même elles se modifient avec 
Uge ou avec les saisons dans un seul et même individu. 
" qui prouve qu-'elles n'ont rien d'essentiel, c'est qu'il 
existe un certain nombre d'animaux qui, régulièrement, 
sont atteints d'une sorte de leucose périodique. Tels 
sont, par exemple, le Lièvre variable 
Pall.) et l'Hermine (Mustela hermine* 



Ce 



(Lepu 
',L).l 



:t de l'Asie, le Loup (Canis lupus L.), 
(Julpes Lagopus Briss.), la Belette (M 



)(3) 



) (2), le 



( 



...— ^.j KtJ j ucvieuutm souvent Diancs pendant la 
saison d'hiver. Parmi les oiseaux, nous trouvons aussi 



(Teti 



■ 












è 



^ V ) De Blainviile, dans îe Dictionnaire des sciences naturelle 
(ie U ™K T. XXVI, p. 428. 

) allas, Voyages en différentes provinces de l'Empire de 
Russie, etc., trad. franc. Paris, 1788, in-*>, T. V, p. 422. 

Gemis > Histoire naturelle des Mammifères, T. I, 



p. 586. 


















■ . 














24 



DE L ALBINISME. 






















Faber^) (1) 



(Emberiza nivalis L.) 



plumage devient constamment blanc depuis l'automne 
jusqu'au printemps. 

Mais il existe encore des modifications plus profondes 

dans la couleur des poils, des plumes, des écailles et de 
la peau elle-même ; car elles sont congéniales et per- 
sistent pendant toute la vie, nous voulons parler de 
l'albinisme, du mélanisme et de l'érythrisme. 

L'albinisme consiste essentiellement clans l'absence 
complète ou dans la pénurie du pigment qui existe habi- 
tuellement non-seulement dans la peau, mais aussi dans 
les poils, dans les plumes et dans les autres productions 
calcaires ou cornées qui la recouvrent; ce principe colo- 
rant, qui tapisse aussi l'une des membranes de l'œil, 
la choroïde, disparaît également chez les albinos, soit en 
totalité, soit en partie, ce qui donne à l'iris une couleur 
plus ou moins rosée. L'albinisme est général quand il 
affecte à la fois tous les organes que nous venons d'indi- 
quer, mais il peut n'atteindre qu'un seul d'entre eux ou 
ne se montrer que sur une portion de la surface du corps ; 
il est alors partiel. Cette anomalie est complète lors- 
qu'il y a absence absolue de pigment; elle est incomplète 
lorsqu'il y a seulement diminution dans la sécrétion de 
celte substance colorante. L'albinisme partiel et incomplet 
se rattache aux modifications de couleur, dont il a été 
précédemment question, et, comme elles, il se lie àl'état 






(1) Temminck, Manuel d'Ornithologie, T. II, p. 468 et 471, et 

F. IV, p. 523. 















1 

m 

m 






EXEMPLES D'ALBINISME. 



25 



normal par des passages insensibles observés sur diffé- 
rents individus d'une même espèce. 

Nous nousoccuperonsprincipalementicide l'albinisme 
gênera et complet ou à peu près complet ; les faits, 
étant pl us saillants, les conclusions, que nous en dédui- 

ns ' en acquerront plus de valeur. 
I y a de nombreux exemples d'albinisme observés 
«ans les ammaux sauvages et je crois utile d'énumérer 
tous ceux que les naturalistes ont signalés. 

Chez les Mammifères on l'a constaté sur des Singes, 
notamment sur des Macaques, un Maki, des Pithèques 
et des Guenons ; sur une Chauve-souris, la Barbastelle 
(VesperUko barbastellus Daub.) ; sur la Taupe (Talpa 



un 



(Ursus arclos L.) ; sur le Raton (Ursu 

); sur le Blaireau d'Europe (Ursus mêles L.) 



brun 



Putois commun 



(Muslela putorius L.) 



(Muslela vulgaris L.) ; sur la Marte commune (M 



) 



(Muslela foina L.) 



ie (Muslela zibcllina Pall.) 

(Muslela luira L.) ; sur le Loup (CamV^T) 



(Felis 



(Vulpes vulgaris Briss.) 



tamment 



sur un Kanguroo; sur l'Ecureuil commun 



(Sciurus vulgaris L.) ,_ x , 

(Sciurus Uudsonius Pall.) ; sur ^SouH^ 
h sur le Rat noir (Mus rallus L.\ sur 1 



(M 



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) 



■ 

le Campagnol amphibie 



(Arv K ola amphibius Cm.), su 

{Arv Kol terreslr . s ^^^ ■ - a w 

OWfa analis Cw . ); sm , , e lhm l» {Crioetus 



>J 



^ 



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7«fc 



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ÂO 



EXEMPLES D ALBINISME 



datra 






s Pall.) ; sur le Rat musqué du Canada (Or, 
belhica Lacép.) ; sur le Cochon d'ïnde (Cav\ 
) ; sur le Castor (Castor fiber L.) ; sur le Lièvi 
(Lepus timidus L.) ; l'Eléphant des Indes (El 



plias Indiens 



) et l'Eléphant d'Afrique (El 



Africanus Cuv.) (1); le 
Chevrotain porte-musc (M 



(Sus Scrofa L.) 
no se M férus L, 



le 



(Cervus Tarandus L.), le Daim d'Europe (Ci 



! » 



), le Cerf de Virginie (G 



) 



/ 



) 



(G 



e 



) 



ï 



(Cervus capreolus L.), la Gazelle à bourse (il 
euchore For st. \ 



■ 



L'albinisme est bien plus fréquent encore chez les 
Oiseaux ; on l'a observé sur les espèces suivantes : le 
Vautour griffon (Vultur falvus L.); le Faucon ordinaire 
(Falco communis Gin.), la Cresserelle (Falco tinnun- 
cuhis L.), le Gerfault (Falco candicans Gm.), l'Autour 
(Falco palumbarius L.), l'Epervier (Falco nisus L.) 



(Falco milvus L.) 



(A q uila 



) ; la Buse commune (Buleo communis Cuv.) 



la Chouette hulotte (Sy 



la Pie 



(Lanius collurio Gm.) 



(i 



excubitor 



le 



Gobe-Mouche gris 



(Muscicapa grisola Gm.) ; le Merle commun (Turdus 














(4) Un éléphant blanc a été montré, pour la première fois, au 
peuple romain, par Auguste, et a donné lieu à ce vers d'Horace : 

« Sive elephas albus vniyi converteret or a. » 

Episl. lib. 2, epist. I, vers. 196. 













■ 

r 

■ 



i 



^ 



)(i) 



EXEMPLES D'ALBiNfeME. 



27 



D 



(Ti 



) 



)■> le Draine (Turdus viscivorus L.) 
■ (Turdus musicus /,.), le Mauvis (TV 



C!\ 



) 



moteux (Saxicola œnanthe Mey.); le Rouge-Gorge 
\ °' a ° ,Ma Hi6ecMte I.), le Rossignol (Motacilla lusci- 
™ al ')> la Fauvette ordinaire (MotacMa orphea Temm.), 
le Roitelet ordinaire (Motacilla regulus L.), le Troglo- 
dyte d'Europe (Motacilla troglodytes /,.), la Bergeron- 
nette gnse (Motacilla alba L.), la Bergeronnette jaune 
(Motacilla flava Z,.) ; le Pipi (Anthus arboreus BeschL) ; 



(ffirundo urbica Z,.) 



(Hirundo rustica L.) 



vage (Hrrundo riparia L.) ; r Allouette ordinaire (Manda 
arvensis L.), Mouette Lulu (Alauda arborea L)>h 
Mésange charbonnière (Partes major L), la petite Char- 
bonnière (Parus ater £.), k Nonette (P™ pa/t««ri, 
*.), a Moustache (P™ èwmicas Z./), l a Mésange à 



(P 



) 



(tmbenza citrinella L.), le Proyer (Emberiza miliaria 
*•), l Ortolan (^m6m>a fortafana L.), le Bruant de 
neige (Emberiza nivalis L.) ; le Moineau domestique 
^nngilla domestica Z,.), le Friquet (FnYwiïfc montai 



i 



i 












«ta! h ^ ^ ?* VU '' ^ blanC ' " n ' ayaiU ' dit - H ' différence 
ia m h P « If 1 n °' r ' De ea la S randeur > et corpulence, becs, pieds et 



iambes, et estant de 
faire particulier 



s 



emblables mœurs et pareil chant, ne luy voulos 
imaginer vnin ' ^f iption P Ius claire > <I ue ^ dire, qu'il se fault 

rr merie n ° ir estre totaiemeat bia *<%- » (^«.^r. 

ae fo nalvre des ovin,,» , "Moire 


















V*_ m- »*- — • 


















'< 












28 



EXEMPLES D ALBINISME. 



), le Pinçon ordinaire (Fringilla cœlebs L.) 



(Fringilla montifringilla L.) 
dre (Fringilla carduelis L.), 



notte (K 
(Fringillt 



cannabina 



le Tarin commun 



spinus 



le Gros-Bec commun 




), le Ve 

re (Lox\ 




), le 



pyrrhula L.) 



(Loxia enucleator L.) ; le Carouge Baltimore (Xanthor- 

Cuv.); FEtourneau commun (Sturnus vul- 
; le Corbeau (Corvus corax L.\ le Freux 



nus minoî 



garis 



) 



(Corvus frugilegus L.) 9 la Corneille manteîée (Corvus 
comix jL), la Corneille ordinaire (Corvus corone Z,.), 
le Choucas (Corvus monedula L.), la Pie {Corvus pica 
, le Geai d'Europe (Corvus glandarius Z,.), tantôt 



co 



(2) 



Casse-Noix ordinaire (G 



caryocatacles 



le 



(Trochilus pella L.) 



(Àlcedo ispida L.) 
Pic vert (Picus - 



oir (Picus marlius L.) 
), le Pic épeiche (P« 



major L.) } le Pic épeichette (Picus minor L.) ; 1< 
(Yunx lorquilla L.) ; le Perroquet amazone (P 



) 



c 



), la Perdrix rouge (P 



mbra (Perdix petrosa 
(Perdix grœca Briss.) 

ê 

dacliilisonans Temm.) ; 



, la 
la Perdrix 








■ 

(1) Gerini, Storia de g II Uccelli, T. II, p. 162. 

(2) Nicolas, clans le Journal de 'physique de l'abbé Rozier, 

T. XIII, p. 228. 



/ 






V 



■^^■^■ttl 



**fc-^V*. 










*5 






WÉ. 



■ 



EXEMPLES D'ALBINISME. 



29 



(ColumbarisoriaL.), la Tourterelle ordinaire (G 



tomba turtui 



Vanneau huppé (Triga vanellus L.) 



(Struthio Camelus L.) 



(H 



s 



le Héron cendré 



t 



(Ardea cinerea L.); la Bécasse (Scolopax 

^Bécassine (Scolopax gallinago L.) ; la Foulque (Fu- 

a Mra L.) ; l e Goéland à manteau noir (Larus ma- 

nus Gm.) ; l e Canard sauvage (^as boschas L.) 7 h 

-arcelle ordinaire (Anas querquedula L.) (1). 
Dans tous ces exemples d'albinisme, fournis par les 

oiseaux sauvages, la modification de couleur n'atteint 

pas toujours exclusivement le plumage, mais s'étend 

aussi a la peau des pattes, au bec, aux ongles et aux 
yeux. ° 

Chez les Reptiles, on n'a observé que très -rarement 
1 albinisme ; on en cite cependant un exemple chez une 
Grenouille (2). 

Les Poissons ne présentent pas non plus très-sou- 
vent cette anomalie ; on l'a vue toutefois chez le Sandre 
a faurope (Lucio-perca 



Sandra 



la Gremille 



(Acerina cernua Cuv.) 



(Cyprinus albumus L.), le Coracin 



(Spa 



(1) Ces listes sont peut-être un peu longues, et certainement elles 
D mc ompl è tes ; mais j'ai voulu démontrer que l'a'.bini 



sme a été 



re sur un grand nombre d'espèces, car on peut en conclure 

c eaucoup de vraisemblance que celle anomalie est possible dans 
tous les animaux. 

( ) oyere, Dictionnaire pittoresque d'histoire naturelle, T. I, 



p. 83. 



I | 

m 

■ j 

i 






■ 

l 



si 

! 













^^^^P"*"^ 












































































30 



. NATURE DE h ALBINISME* 

) (1), enfin chez l'Anguille (Mh 



) (2). 

Chez les Mollusques, j'ai rencontré l'albinisme clans 



D 



(Hélix pomatia L.) 



!a coquille en était atteinte, mais la peau de l'animal 
elle-même était d'un blanc mat. On signale également 
ce phénomène sur plusieurs espèces "d'Olives (3). 

Enfin on assure avoir rencontré l'albinisme chez des 
animaux articulés et chez des rayonnes ; mais, ces faits, 
quoique vraisemblables, auraient besoin d'être confirmés 
par de nouvelles observations. 

Quoique assez rare, l'albinisme se montre donc chez 
un grand nombre d'espèces et principalement sur des 
Mammifères et sur des Oiseaux sauvages. Il est bien plus 
fréquent encore chez les animaux domestiques de ces 

deux classes naturelles. 

Quelle est la nature de l'albinisme? Deux opinions 
principales sont ici en présence. Suivant les uns, cette 
anomalie doit être considérée comme le résultat d'une 
véritable affection pathologique ; plusieurs auteurs très- 

Blumenbach (4), Hensler (5), 



respectables tels que 



7 



" a n 



(1) I-Iannover, dans Millier 9 s Archiv. fur Anatomie. Berlin,! 840, 

T. VII, p. 350 et 551. 

(2) V. Meunier, dans le Dictionnaire d'histoire naturel! 

WOrbigny, T. I, p. 249. 

(3) Seiler, Beobachtungen ursprûnglicher Bildungsfehler nnd 
gœnzlichen Mangels der Augen. Dresden, 1853, in-f°, p. 44 h. 82. 

(4) Blumenbach, De generis humant varietate natiuâ. Gôttin- 

gen, 179S, in-12, p. 180, 464, 170 et 274. 

(5) Hensler, Von abenlœndischen Àussatz im Millelaller. 

Hamburg, 1790, p. 561. 






-- 








\ 






ï 



NATURE DE L'ALBINISME. 



31 



(3) 



^Piengei ^ ), Dugès ( 2 ), filandin (5) sont de cet avis 
Vivant d'autres, l'albinisme est un arrêt de développe 



(S), par Seiler (6) 



(4) 



Les partisans de la première opinion s'appuient sur ce 
que «es albinos sont plutôt décolorés que blancs ; sur ce 
q« «s sont faibles et qu'ils offrent" généralement une 
exagération du tempérament lymphatique. Ces faits ont 



été observés 



principalement sm 



un certain nombre 



albmos humains, mais sont loin d'être vrais pour tous, 

comme nous le verrons plus loin. Du reste, cette opinion 
ne peu, , appl|tluer m ^.^ p ^ 

due comme malades des êtres qui exécutent rêguliè- 

ÏÏT£ rT 7 S ' eUX ' t0U ' eS ' eUrS f0 " Cli0 " s « «** 

o e nue S a, r"° n ' qUi ParaiSSem d ° ués *™™ le 
orce que les autres et qui prolongent aussi longtemps 

leur exi«tpnpa9 ï '«u„ , .. "»b icii qjs 



L'absence 



outre, comme l'admet, avec beaucoup déraison, 



n'est-il pas, en 




. J.-G. 



(l)Sprengel, Handhuch der Pathologie, T. III, p S7 6 
J« t^T d :^^ie comparée de VUomme et des 

animaux. Montpellier, 1858, i n -8<>, T. H, p. 26. 

(3) Blandin, dans le Dictionnaire de médecine „t A. ni ■ 
Vêtues. Paris, 1829, in-8<> T. I, p iS * ^^^ 

^Meckel, Handhuch der patkolog. Anatomie, T. II, part. 2, 

Jl!!^^' Ueber daS WeS6n der Leuc opathie, oder des Al- 
Albino* n ° S \ Beschre * b ™9 eines in Braunschweig lebenden 

SœnzïilZ' n e ° btt ? ltUngen Ws P rûn 9Ucher Bildungsfehler nnd 
9<mzMchen Mangels der Augen. Dresden, 1855, W», p. «0. 















I 



$ 

G 



























32 



DU MÉLANISME. 









Saint-Hilaire (1), l'état normal des animaux naturelle- 
ment blancs ? 

La seconde opinion, dans laquelle on considère cette 
anomalie comme un arrêt de la sécrétion du principe 
colorant, se fonde principalement sur ce que, dans les 
premiers temps de la vie intra-utérine, la peau et les 
yeux des animaux ne présentent aucune trace de pig- 
ment; on sait, du reste, que cette substance colorante 

ne se répand que successivement sur tout l'individu. 
Enfin cette absence de pigment, cette coloration blanche 
n'est-elle pas physiologique et compatible avec toute la 
perfection des attributs delà vie dans beaucoup d'espèces 
ou variétés animales et même dans l'homme de race 

* 

caucasienne? 

i 

Le mélanisme, qu'il ne faut pas confondre avec l'ictère 
noir, consiste essentiellement dans l'exagération de la 
sécrétion du pigment, et, chez les animaux sauvages, 
cette anomalie par excès n'est pas moins compatible 
avec l'exercice régulier de la vie, que l'anomalie par 
défaut que nous venons d'étudier. Ces deux phénomènes 
opposés ne s'excluent pas nécessairement sur le même 
individu, et cette fusion de deux anomalies, dont on 
connaît de nombreux exemples, démontre qu'elles ne 
doivent pas être attribuées à l'influence des causes in- 
verses (2). 







% 










(1) I. -Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire générale et particulière 
des anomalies de l'organisation chez l'homme et chez les ani- 
maux, etc. Paris., 1832, in-8°, T. I, p. 317. 

(2) I. -Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire générale et particulière 
des anomalies, etc., T. I, p. 325. 










DU MÉLANISME. 



Le mélanisme porte extérieurement sur les mêmes 

C -ïïSTi- r T ifes,e ' —™ : 

h , ies poils, sur les plumes et sur l'iris II se 

its espèces sauvages suivantes. 
STlS ^Tf r6S ' ° n peW ci,er ; k Ral °« '^» 

* fo ' 0r '' ■>. h Beleue (Musiela mlgaris LX le 



( Ursus 



Ut y':;«;ii r; CF s 0Kfa *>• •< Lé <* 



(Fefes 



), le Chat sauvage (Fefts 



Cafte* Z,.), I'EpiippiiU ^e • 

Hgnoi des champs (Arvicola arvalh r 
Castor (Castor fiber 1 \ il t - C 

*.;, ie Lapin (Lepus cuniculus LX le Cham 
(Camelus baclrianm /U fl n i • ; 
m^ r ? ^ i ' ) ' le Drom ^ire (CamelusL 

Camelus vicunna L.) 



le 



) 



maderius 



V 



8 "g 



™e C me Z all? l ' SeaUX . S T geS J 0n ™<=°^ aussi la 

non* ô„ 1 'H"" 5 e " e * e " »' m - s I— 

F» on oZ f™' SUF ' CS eS P èees ™"™<* ■ 'e 

d fen , cT« mUn Fa ' C ° ~* Gm >> »-Hirondel.e 



(1) Dans la même portée il „ n t * • 
ordinaires, des Louns quelquefois, avec des louveteaux 

Mammifères T F n «cT (? * Gma ' S ' 7/ ^° î>e ««««'"«'«e de, 

9 • *j p« Ooj, 



I. 



3 






i 




















w^f*r 



. 






— --*<. ^V,JP 






































34 



DE I/ÉRYTHRlSME. 



(Manda arvensis L.), l'Ortolan (Embenza t 
IX le Moineau franc (Fringilla domeshca L.) 



(Fringilla cœlebs L.) 



le Chardonneret 



{k^Ua CardueUs ^^ 



) 



), le Geai (G 
Choucas (Corvus monedula L.) 



Y\uiTuche(StruthiocamelusL.). 

Enfin Dugès (1) a observé le mélanisme sur la che- 
nille du Sphinx atropos L. 

Chez les animaux domestiques, cette anomalie est 
bien plus fréquente que chez les animaux sauvages, et 
quelquefois elle existe à un degré très-prononce, par 
exemple chez les Poules dites de Nicaragua. 

Le mélanisme n'est pas plus que l'albinisme une ma- 
ladie et il n'entrave en aucune façon l'exercice des fonc 
tiens U est même l'état normal de certaines espèces, 
telle.' que l'Eléphant d'Asie et l'Eléphant d'Afrique, es 
Rhinocéros, etc., et, comme nous l'indiquerons plus 
loin, de certaines races animales ; c'est aussi 1 état phy- 
siologique de l'homme de race nègre. 

Llrythrisme se lie au mélanisme et n'en diffère même 
aue par une simple modification de couleur de la sub- 
stance pigmentaire. On l'a observé, plusieurs fois, sur 



(Elephas indicus Cuv.) (2) 



Eléphants rouges sont tout aussi rares que les Eléphants 
albins ; mais, dans l'extrême Orient, ils sont. mo.ns reeher- 



(1) Dogës, Traité de v hynolo 3 ie comparée de l'homme 



et des 



animaux, T. Il, p. 24. 
(2) Buffon, Histoire 



n 



aturelle générale et particulière, T. IX, 



P 



. 48. 









M 














AGENTS MODIFICATEURS. 



55 



chesque ceux-ci, auxquels s'attachent des idées supersti- 
tieuses. Il y a donc des Eléphants noirs, des Eléphants 
blancs et des Eléphants rouges, sans que ces modifica- 
tions de couleur portent la moindre atteinte aux carac- 
tères disimciifs de l'espèce. On a aussi rencontré l'éry- 
thnsme sur des Rats, sur le Lapin, le Cochon d'ïnde ou 



seaux. 
A ai 



(Cavia aperça Z.) 



i . * "w uilc ' ies aiuerences que 

,"" Sauva « es de ">««>e espèce nous présentent, 

à nce de la fourrure? A quoi peut-on attribuer 
.sme le mélange, l'éry.hrisme et les autres 






l'albi- 

tionsde couleurs dont nous" a^n^TT ****" 

t-uvons conduit à étudier l'action des d |l ^ 

mod.fica.eurs, auxquels beaueoup de naturaliste on. h 
jouer un granu role „„„ expliquei , fe ^^«J 

nous avons s.gnalées chez les animaux sauvages ; ce son. 
pnnctpa ement la nourriture, la différence de milieu ou 

ou sol et surtout le climat. 

portlrf M 'î " e Pem aVOi '' U " e influence bi <=» im- 
portante dans les variations que n0 us offrent les ani- 
maux sauvages. Chaque espèce animale n'existe et ne 

o P opage que là où elle trouve les aliments qui lui 

onv.ennen,. Nos Oiseaux insectivores, loin de renoncé; 
a leurs mstmcts naturels sous ce rapport, entreprennent 
Penod.qnement des migrations lointaines, lorsque, dans 
ZnÏT tempérés, l'hiver fait disparaître les lnsec.es 
oon. us Ion. leur alimenlalion habituelle. Nos Mammi- 

toes msecuvores n'échappent à celte néeessi.é ou à la 

"tort, que par le phénomène de l'hybernalion qui, en 












I 









I 







f 

f 














































36 



INFLUENCE DE LA NOURRITURE, 






suspendant presque toutes leurs fonctions, les plonge 
dans un état de léthargie, pendant toute la saison d'hi- 
ver. Notre Moineau franc (Fringilla domestica L.), qui 
n'existait pas en Sibérie, s'étend de plus en plus dans 
cette immense contrée, au fur et à mesure que la culture 
des céréales s'y développe et embrasse de nouvelles ré- 
gions. On vit d'abord cet Oiseau sur l'Irtish, dans le 
gouvernement de Tobolsk, peu après que les Russes 
eurent commencé à labourer les terres de ce pays. En 
1735, il descendit l'Obi jusqu'à Bérézof et, quatre ans 
plus tard, jusqu'à Narym, c'est-à-dire, à environ 15° de 
longitude plus à l'est. En 1710, on l'avait déjà vu dans 
les parties hautes des bords de la Lena, clans le gouver- 
nement d'Irkoutsk. Aujourd'hui, il est très-commun dans 

toutes ces contrées (1). 

La nature des aliments peut, cependant, assure-t-on, 
modifier la couleur des animaux et produire même le 
mélanisme. On cite le Bouvreuil ordinaire (Loxia pyr- 

le Moineau (Fringilla domestica L.), 
champs (Alaada arvensis L.) (3), qui, 
nourris habituellement d'aliments abondants et excitants, 
tels que le chènevis, sont devenus entièrement noirs. 
Mais ces faits n'ont aucune portée, en ce qui concerne 
les animaux sauvages, lorsqu'ils restent abandonnés à 



) (2) 






(1) Gloger, Abœnd. der Vôgel, p. 103; Pallas, Zoographia 
russo-asiatica, T. II, p. 197. 

(2) J. -Geoffroy Saiat-Rïlaire, Histoire générale et particulière 
des anomalies, etc., T. I, p. 328. 

(3) Demangeon, Anthropogenèse ou génération de l'homme. 

Paris, 4829, in-8<>, p. 94-. 

























ITT^W 




INFLUENCE DE LA NOURRITURE. 



37 



I 



leurs instincts naturel» t„„.i ■ 

loBDé anré, 1» melanisme, qu. s'est déve- 

vreu h t na r a " CC ' ° hez des Moinea «* « *» Bou- 

«s X P l: ! de .'' USa f foreé « - '"—.pu des 

duits en ,' a eu ,,eu ( I ue che * des ani "">ux ré- 

«. 1 L T •'! 6t P ' aCéS danS des e0Dditi ™ dali- 

-«- ir;':e n L p ,T m renco,urer dans réiat de 

«equis avec le m , PM C ° nf ° ndre ce mé,anis ™ 

^cz^::z mes espèces d ' oiseaux > »*— 

«** anLn '^ r U i S e ;: u ,? un ; <r > a < a «™ ^ 

"israe est né h»h7, T q mdu aHeilU de méla- 

*«*» ind i d ' Sr 11 ' daDS te «*» »M, avec 
On nen, i , ' SOnt pas aff< ™és. 

oilr r ::r r conclusions au s *< «* ^ 

«vons signafe , n T" * C ° U ' eUrs <«-» ™us 

-une SlSK Ï*T - *« e^ 

l'état de liberté nuisn, ! n maUX SaUVa « es > a 

vi ~:r ;:T r*» sw L : — «- 

«'« nr , IL 1 " ab ° ndanCe ou P ar * a Pénurie, e, 

» Cl. SL P Tj ta * a Variati ° n el n ""-ent 
««-dons e ',' t! Mam ' mfèreS Sawa «-. '<* ™- 
comtne nous L ? mte CaUSe som freintes, 

te^'7 ™' da ", S . des "«"'- fort étroites 

»■> Peu pi s D e,i,' T "? ,erb ' V ° reS ' S ° n ' oralement 
les P e,,:rriî nS,eSC » l, --* a »^queda„ s 



mblabl 



e 



climats tempérés ; 



de 



fêtent la végétation H T T**" 111 " 6 brùlante > <pi 

k* fournissent 1 "^ * ,eS deSSèchent > 

SSent Une nou ™«re Plus assurée et plus rê- 






























































38 



INFLUENCE DE LA NOURRITURE. 



ulière. Il n'existe du reste qu'un très-petit nombre de 
Mammifères sauvages herbivores qui se soient étendus 
sous des climats très-différents. Le Sanglier qui habite 
presque toute l'Europe, ainsi que l'Egypte et l'Algérie, 
est plus petit dans ces deux dernières contrées. Quant 
aux Mammifères carnassiers, l'extension géographique 
de plusieurs d'entre eux embrasse les climats les plus 
divers, mais ils se modifient peu quant à la taille, leur 
propagation, par une loi providentielle, étant toujours en 
rapport, dans chaque pays, avec les moyens d'existence. 



f-I- 



dans le nord de la France et en Algérie, sont plus petits 
dans notre colonie africaine. Nous avons constaté ce fait 
«nPPialempnt sur le Martin-Pécheur (A Iceclo ispida Li), 



(Upwpa 



) 



(Parnscœruleus L.), sur la Mésange charbonnière (Pa- 
rus major L.), sur le Chardonneret (Fringilla Carduehs 
£.), sur le Gros-Bec (Coccothraustes vulgaris Cuv.). 
Chez les Poissons, cependant, on trouve des variations 
plus marquées : le Brochet, pour citer un fait connu, 
acquiert un accroissement prodigieux là où il trouve une 
nourriture abondante, tandis qu'il reste stationnaire dans 
les lieux où il ne peut pas satisfaire sa voracité (1). Mais 
nous ferons observer que les Poissons d'eau douce sont, 
pour ainsi dire, emprisonnés dans les rivières et clans 
des lacs, qu'ils ne peuvent se transporter, comme les 
Oiseaux et les Mammifères, dans des localités plus favo- 
rables à leur régime alimentaire, que la situation des ri- 



(1) Magne, Traité d'hygiène vétérinaire appliquée. Paris, iSU, 



in-8©, T. I, p. 180. 
















y 






INFLUENCE DU MILIEU. 



39 



viviers. 



vieres, sous ce rapport, est constamment modifiée par 
la pêche, et que les exemples les plus saillants, soit de 
développement exagéré, soit au contraire d'accroissement 
suspendu chez les Poissons, sont dus principalement à 
intervention de l'homme et aux conditions qu'il fait a 
ces animaux parqués par lui dans des étangs et des 
t ~ Mais, comme nous le verrons, lorsque nous 
étudierons la théorie des variations chez les animaux 
domestiques, l'abondance et les qualités nutritives des 
aliments ont une influence de premier ordre dans le 
développement de la taille. 

La différence du milieu, dans lequel les animaux sau- 

de chan P r iVent ^ tr ° UVer pl9CéS ' n ' eXerce P as ™ Pi™ 

^ est ainsi que plusieurs espèces de 

^«^ *. 1 1 O • * • ^ 



soumis. 



habitent 



No 



Océan 



S? Uè r de p,us que |,eau «« ■• * — <>e 

laM^ rra , de rembouchure des fleuve 

No,C , „ 6 P US qUe '' eaU distillée ' cdles de »• "» 

«oire j4 m a Kmes seu i emenl el sont par cons . . 

mo me desalees, ce qui s'explique par l'immense quantité 
U eau douée qu'y versent le Tanaïs, le Borysthène et le 



(1) 



• ' — »^ lAmmiuiis a ces 

trois mers ne se sont pas modifiés, pas même dans leurs 
couleurs. Mais il y a plus; dans la Mer Morte, où l'on 
avait cru jusqu'ici qu'aucune trace de vie. « 



gamque 



^(1) Babinet, Etudes et lectures. Paris, 1856, T. II, p. 1BB et 



\ 






:• 







l** 















* 



! * 



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\ «* 







c- 





































40 



INFLUENCE DE LA NATURE DU SOL. 









Vel 



V 



n'apparaissait, se trouve un Polype à polypier, le Porites 
elongata Lam. Cette espèce paraît avoir une telle flexi- 
bilité d'organisation, qu'elle se trouve à la fois dans les 
eaux saturées de sel de la Mer Morte, dans le golfe Ara- 
bique et dans l'Océan indien, près des îles Séchelles. 
Elle est restée identique, et, sans aucun doute, depuis un 
temps immémorial, dans ces trois mers (1)- On sait, du 
reste, que les anciens Romains avaient acclimaté des 
Poissons de mer dans l'eau douce, notamment dans les 

nus, Sabatinnus, Voscinensis et Ciminius, qui 
fournissaient encore, du temps de Columelle, non-seu- 
lement les Loups marins (JLabrax lupus Cav.), la Do- 
rade (Aurata vulgaris Aldrv.), mais encore toutes les 
espèces de Poissons de mer, qui ont pu s'habituer à 
vivre dans l'eau douce (2), et cet auteur si exact n'affirme 
pas que ces Poissons se soient modifiés. Ainsi les influen- 
ces nouvelles, auxquelles les animaux de cette classe se 
trouvent soumis, n'altèrent pas leurs caractères spécifi- 
ques. 

Il semblerait, au premier abord, que la nature du sol 
a quelque influence modificatrice sur certains animaux. 
Chacun sait que les Mollusques terrestres sont bien 
moins communs sur les sols siliceux que sur les forma- 
lions calcaires. Mais certaines espèces cependant vivent 
à la fois sur ces deux natures de terrains. Celles, qui 
habitent les régions siliceuses, offrent quelquefois d$ns 
le développement et dans l'épaisseur de leur coquille des 
changements remarquables, ce qu'explique très-bien la 









(1) Alex, de Humboldt, Asie centrale, T. II, p. 517. 

/ 

"(2) L.-J.-M. Columella, De rerusticâ, lib. VIII, cap. 16. 











INFLUENCE DE LA NATURE DU SOL. 



41 



difficulté qu'ils doivent éprouver de se procurer l'élé- 
ment calcaire nécessaire à la construction de leur test 
M. Lecoq "*■-»■--■-- 



Hélix 



contre sur les trachytes du Mont Dore, comme présen- 
tant une coquille bien différente du type de l'espèce, et 
m » en distingue en ce qu'elle est mince, transparente, 
gélatine colorée en brun ; elle est presque entièrement 
Privée de calcaire. Linnée même en avait fait une espèce 



Hélix 



on pas t o ule fo,s qu'elle puisse être considérée comme 

orTes -t U , nCte : '' animal " ' e méme dans '<* d -* 
* KS^T*. en "" e ' eS dCUX modfe »°- extrêmes 
du Mont Dore n'est pas même une 



ix arbustorum 
ace naturelle per- 



:r i bien r ce mi ^ ^— * 

«lent, depu.s des siècles, cette localité, 



fluence 



et que Tin 



(2) 



Hélix 



CZ es Th r"" 8 ' "^P 8 ™^ «-ecueiHis par 

• , 10ches ™ lca «'q«es d'Auvergne et transposés 

jeunes dans un jardin à sol calcaire, formèrent, en peu 

pT,»"" Péri r.° me épaiS ' el h ™^° f «< «" -is 

caire '„ , ? " l ""^ d '" ne Couche lai 'e- et cal- 
cane qui la rendait opaque. 

suri! l elix ' lor l ensisD ™P- et nmorafe Z., qui vivent 
sur le Puy-de-Dôme, offrent également dans leur co- 



(1) Lecoq , Etudes sur la Géographie Balance 

(2) Lecoq, ibidem, T. II, p. 142. 



de l'Europe 




























































' 



















I 






. 



42 



INFLUENCE DE LA NATURE DU SOL. 



quille des modifications analogues à celles que vient de 
nous montrer Y Hélix arbustorum. On ne peut pas même 
attribuer ces différences à la station élevée que ces Hélices 
habitent, puisque sur les terrains calcaires d'Esquierry, 

* 

dans les Hautes-Pyrénées, leur coquille prend un grand 
développement. 

On a dit que l'Ecrevisse (Astacus fluviatilis Fabr.) ne 
se montre jamais dans les terrains siliceux, où elle ne 
pourrait, assure-t-on, former ses téguments calcaires. Il 
est possible que le type renommé, qui vit dans les eaux 
calcaires du département de la Meuse, ne se rencontre 
pas dans les eaux non chargées de cet élément miné- 
ral. Dans le massif granitique des Vosges, dans les 
ruisseaux de Gérardmer, on trouve une Ecrevisse, qui 
n'atteint jamais la taille de la précédente, qui a constam- 
ment la face palmaire de ses pinces colorée d'un blanc 
sale et non en rouge, dont la chair enfin est moins 
estimée et qui cependant forme sa carapace solide. Celle-ci 
nous semble être une espèce bien distincte de l'autre et 
que nous proposons de nommer Astacus albipes. Mais 
les différences qui la distinguent, ne seraient-elles pas 
dues à l'influence du sol sur lequel elle vit? Ne consti- 

tuerait-elle pas une véritable race naturelle et non une 
espèce? Notre réponse est facile : Y Astacus albipes ne 
vit pas seulement sur les terrains granitiques des Vosges, 
mais il se rencontre abondamment sur les formations 
calcaires de la chaîne du Jura. Ce n'est donc pas le sol 

qui l'a modifié. 

Le climat serait-il un modificateur plus puissant? 
Comme nous l'établirons, dans la suite de ce travail, on 
a beaucoup exagéré l'action de cet agent physique. Il 





/ 













/ 






INFLUENCE DU CLIMAT. 



43 



n'est, parmi les animaux sauvages,- qu'un petit nombre 
d'espèces, qui se soient étendues sous des latitudes très- 
différentes, et les modifications, subies par les individus 
qui composent chacune de ces espèces, sont bien peu 
saillantes. Ainsi, comme le fait remarquer G. Cu- 
v ier (1), le Loup et le Renard habitent depuis la zone 
îorride jusqu'à la Mer glaciale, et, dans cet immense 
intervalle, ils n'éprouvent d'autres variations qu'un peu 
plus ou un peu moins de beauté dans leur fourrure. Et 
cependant, ce n'est pas de nos jours, mais depuis bien 
des siècles, sans doute, que ces animaux se sont répandus 
sur les contrées d'une étendue considérable qu'ils occu- 
pent aujourd'hui. Néanmoins le climat ne les a pas 
changes; ils conservent leurs caractères distinctifs, et 
ceux qui vivent dans les régions glacées du nord ne peu- 
vent être distingués spécifiquement de ceux qui habitent 
le sol brûlant des tropiques. 

Le Tigre royal [Felis Tigris L.) vit dans les îles de 
Java et de Sumatra, il se retrouve dans l'Inde continen- 
tale dans l'Empire chinois, en Mongolie et s'étend même 
en Sibérie jusqu'aux sources de l'Irtisch 
c'est-à-dire, jusque sous les latitudes de Berlin et de 
Hambourg (2). M. Nordmann rapporte, qu'en 1838, un 
individu de forte taille, appartenant à cette espèce, a été 
tué près de Tiflis (3) ; on le rencontre même, suivant 



et de l'Obi, 



(1) G. Cuvier, Discours sur les révolutions de la surface du 

globe, 3e éd. Paris, 1828, in-8o, p . 120. 

(2) Alex, de Humboldt, Asie centrale, T. I, p. 339, et T III 
p. 96 et 102. ' 

(5) P. Gervais, Histoire naturelle des Mammifères, T. I, p. 85. 











































A _„. 







. 































M 



INFLUENCE DU CLIMAT. 



Brandt (1), jusqu'à Nertschinsk, où l'on voit souvent 

geler le mercure ; et cependant le Tigre royal n'a pas 
varié. 

En Amérique, le Jaguar (Felis OnçaL.) et le Cougouar 
(Felis discolor L.) restent identiques, et cependant ils 
habitent depuis le 30° de latitude sud jusqu'à 40° de lati- 
tude nord (2). 

On peut citer également le Rat noir [Mus Rattus L.), 

t 

qui n'existait pas autrefois en Europe, qui n'y a paru qu'à 

l'époque des Croisades, importé sans doute par les nom- 

breux navires qui ramenèrent nos pères de ces lointaines 

expéditions; il s'est bientôt répandu sur toute cette partie 

du monde, et, depuis plusieurs siècles qu'il l'habite, il 

ne s'est pas modifié. Il est devenu aujourd'hui assez 

rare, non pas que notre climat ait cessé de lui convenir 
à merveille. Mais, depuis le milieu du XVIII e siècle, une 



nouvelle espèce du même genre, le Rat Surmulot [Mus 



decumanus PalL), importé également de l'Asie par la 
navigation, a fait invasion sur notre sol et a déclaré une 

guerre d'extermination aux premiers occupants. C'est 
dans les châteaux de Chantilly, de Marly et de Versailles, 
que, suivant Buffon (3), on constata, pour la première 
fois, vers 1750, la présence du Surmulot en France. Mais 
il avait antérieurement paru en Angleterre ; selon Wa- 







(1) Brandt, dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences 
de Paris, T. IV, p. 12S0. 

(2) Desmoulins, Histoire naturelle des races humaines. Paris, 

1826, in-8°, p. 176. 

* 

(5) Buffon, Histoire naturelle générale et particulière. Paris, 

impr. roy., in*f», T. VIII, p. 206. 









INFLUENCE DU CLIMAT. 



45 



terson (1), il y avait, de son temps, deux Rats terrestres 
dans les îles Britanniques, le Rat noir, qui est, pour lui, 
le Rat national, et le Rat de Norwége ou Surmulot, son 
collègue, qui serait non-seulement un intrus et un des- 



Q 



mulot est aujourd'hui répandu dans toute l'Europe; il 
abonde dans certaines parties de l'Inde ; sa présence a 
ete constatée dans plusieurs contrées de l'Afrique et à 
Madagascar; il est commun dans les deux Amériques; il 
se retrouve enfin en Australie et dans les îles de l'Océan 
pacifique, où les Européens ont fondé des établissements. 
C est aujourd hui l'un des animaux les plus cosmopolites 
que Ion puisse signaler, et, sous les latitudes les plus 
fro.de» comme les plus chaudes, il a conse vé e 

caractères distinctifs, et, malheureusement au si, 
instincts destructeurs. ' 

Les Oiseaux nous fournissent aussi des faits du ™w 



genre. Le Vautour 



ffon {Vultur fulvus 



habite les 



mon gnes du nord de l'Europe, les Alpes, les Pyrénées, 
Gibraltar et toute l'Afrique. Il en est de même de l'Aigle 
criard (Fako nœvius l 4t et de l'Autour ordinaire (Falo 
palumbanus t.). Le Héron (Ardea cinerea L.) est vrai- 
ment cosmopolite et se rencontre sous tous les climats 
dans les lieux peu habités, depuis la Norwége jusqu'au 
Congo au Malabar et au Tonquin. Le Moineau franc 
{Fringilla domeslica L.) existe dans toutes les parties de 
1 ancien continent, où l'homme cultive les céréales et 
s étend de la Suède jusqu'au Bengale et en Sibérie. Le 



(i) Waterson, Essai sur l'histoire naturelle. 

























. 
















ill 




















V- 



: V 






B m 









t. 









i 














46 



INFLUENCE DU CLIMAT, 



Chardonneret (Fringilla Carduelis L.) s'est étendu de- 
puis la Sibérie jusqu'en Syrie et en Afrique, bien qu'il 
passe en France l'année entière. On pourrait multiplier 
ces exemples, et l'on constaterait toujours que, malgré 
les différences de climat, les Oiseaux sauvages ne varient 
pas, ou ne présentent que des différences légères et indi- 
viduelles ; pas plus, que chez les Mammifères, ces diffé- 
rences ne sont l'effet de la température; car elles se 
rencontrent indifféremment sous toutes les latitudes. 

Certaines espèces de Poissons nous offrent aussi une 
extension géographique très-considérable. lien est qu'on 
pêche sur les côtes du Groenland et qui se retrouvent sur 
celles de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande, sans pré- 
senter au naturaliste la moindre modification appré- 
ciable. 

Les Européens ont transporté avec eux, et même mal- 
gré eux, à d'immenses distances, un certain nombre 
d'Insectes incommodes ou destructeurs, qui dans ces 
périgrinalions lointaines n'ont éprouvé aucun change- 
ment. Ainsi la Blatte orientale [Blalta orientalis L.) 
existe aujourd'hui non-seulement dans l'Europe entière, 
mais aussi dans toutes les autres parties du monde, où 
elle s'est immédiatement acclimatée. Le Calandra gra- 
naria Latr. paraît exister actuellement partout où 
l'homme a transporté des céréales (1). Le Vanessa Car- 
dui God. vit en Europe, en Asie, en Afrique, à la Nou- 
velle-Hollande, et ce Papillon se trouve aussi en Améri- 
que, où on le rencontre aux Etats-Unis, à Cayenne, au 





(1) Lacordaire, Introduction à l'Entomologie. Paris. 1834, in-8°, 
T. I, p. 554. 











rc< 









INFLUENCE DU CLIMAT 



47 



(M- 



mestica L.) se trouve aussi presque partout ; les navires 
européens l'ont portée dans les îles de l'Océan pacifique, 
où elle était originairement inconnue et où elle pullule 
actuellement (2). Les Termites ont été fortuitement trans- 
portés d'Afrique ou de l'Inde à la Rochelle en 1780 
et depuis 1797 à Rochefort, où ils se sont naturalisés et 
dévorent aujourd'hui la Préfecture maritime (3). 

Chez les Myriapodes, nous pouvons indiquer le Cer- 
matia araneoïdes IMg., q„i habite depuis le nord de 
1 Europe jusqu'en Egypte et en Algérie (4). 

Parmi les Mollusques marins, nous trouvons aussi des 
espèces qui vivent sous des latitudes bien différentes. 
Ainsi le Cyprea moneta L. peuple à la fois la Méditer- 
ranée ou il se trouve à Toulon, sur les eôtes de la Corse 
et de la Sicile, dans l'Océan atlantique, sur les côtes de 

Afrique méridionale, dans l'Océan indien et les mers de 
la Chine ; ,1 se retrouve même à Taïli. Le Turbo pœlreus 
habite les mers d'Angleterre, la Guadeloupe, le cap de 
Bonne-Espérance. Le Janlhina 



fi 



existe 



«ans toutes les mers tropicales et tempérées (5). 
Les Tarets (Teredo navalis L.), originaires des mers 



(1) Lacordaire, op. cit., T. I, p. U7. 

(2) Alfred Maury, La Terre et l'Homme. Paris, 1857, in-18, 



p. 252. 



(5) De Quatrefages, Souvenirs d'un naturaliste. Paris 1854 
in-18, T. H, p. 400 et 541. ' 

(4) H. Lucas, dans le Dictionnaire d'histoire naturelle de d'Or- 
bigny, T. VIII, p. 538. 

(5) Lyell, Principes de géologie, îrad. franc. Paris, 1845 in-12 

T. IV, p. 216. \ ' ' 


















X 












! 






■ 



















■ 




^^^^ 



48 



INFLUENCE DU CLIMAT. 



\ 







équatoriales, étaient inconnus sur nos côtes avant le 
XVIII e siècle. Ils se sont établis et se multiplient à Tou- 
lon, à Hyères, à Rochefort, à Brest et à Cherbourg. C'est 
en s'accrochant aux vaisseaux qu'ils ont d'abord été 
importés en Hollande (1). Ces Mollusques acéphales ont, 
dans le commencement du dernier siècle, menacé de 
destruction la moitié de la Hollande, les pilotis de toutes 
ses grandes digues s'étant rompus à la fois, après avoir 
été minés par ces animaux destructeurs (2). 

Parmi les Mollusques fluviatiles et terrestres, nous 
pouvons indiquer le Succinea putris Lam., qui vit dans 
les lieux aquatiques de la Norvège, de l'Italie, de TE- 
gypte, et se trouve encore à Tranquebar, à Terreneuve, 
aux Etats-Unis, à la Jamaïque. V Hélix aspersa Drap., 
qui est indigène de la région méditerranéenne, se re- 
trouve à Sainte-Hélène, à Cayenne et jusqu'au pied du 
Chimborazo (3) ; comme cette espèce est comestible, elle 
a vraisemblablement été importée par les Européens 
dans ces contrées si éloignées. 

Tous les animaux, que nous venons de citer, et nous 
aurions pu multiplier les exemples, se sont étendus et 

vivent sous les latitudes les plus différentes, et cependant 
ils n'ont perdu aucun des signes qui caractérisent le type 
de chaque espèce. 

Le climat ne modifie donc pas, du moins dans leurs 
caractères spécifiques, les animaux sauvages; le climat 
les tue plutôt que de les modifier. S'il est des espèces 












(1) Sellius, Historia naturalis Teredinum. Utrecht, 1733. 

(2) De Quatrefages, Souvenirs d'un naturaliste, T. II, p. 253 

(3) Lyell, Principes de géologie, T. IV, p. 218. 







B 






INFLUENCE DU CLIMAT 



qui peuvent exister sous des elimats divers, la p l UDarl np 
peuvent vivre et se propager une sous un'e .ati! e I- 
termmee, dont elles ne peuvent dépasser les bornes sans 

eompromeure leur existence. Ainsi l'ordre ton, en 
de itlv f • ^ Gib, ' a " a '' e " Eu ™P e « la *b. 

les sZ ^ e " ' e -° m ' Vm ' e nord - les »™iles que 
L,T " ° nl PaS franChieS ; tra " s P»«- dans des *! 

b*w*T 1 ™î h ?• , e au ' re part ' ,e Renne ( Ce ™«* 

cemmem encore en Angleterre ZZy " 

sans résultat; les Rennes^' y omvZie T^' ° m ** 

et ne se son, pas reprodLs" I ^'r T* 
-maies oui, comme on lésai 'éelM pen H 1 T" 



\ 



Plusieurs espèees d'oiseaux ,d 7 annUe,,<,S ' 

"V mariés, de denTeU ^ f^'' & 

es nombreuses bandes de CaiUes VÎT e,e" C ° nnai ' 

««•■ne. époques, quittent nos eontrées tl ',! " qi "' * 
pavanes de Harengs et de «. J "l , "" 
*t»s la m erdu Nord et dans ,'AtlanX °" renC °' Ure 

Les simples variations de couleurs dnm 
P»rié, e, même l'albinisme e, le m" a'nisme ^ 

le résultat de .action des Cirn,* TS^m£T* 

peu. pas être pour .es espèces a *££*.*£ 






(1) Desmarest, Dictionnaire d'histoire 
T - X, p. 7S3. 



naturelle de d'Orbigny, 



I. 



4 























i 






1 







I 













J 



■ * 







50 



INFLUENCE DU CLIMAT. 









*\ 



donc 



f • 




i 



phique très-festreinte ; et quant aux autres, les modifi- 
cations de couleurs se montrent dans toutes les régions 
du globe. Il est vrai toutefois de dire que les espèces 
septentrionales sont celles qui sont le plus souvent affec- 
tées d'albinisme, sans qu'il y ait cependant exclusion des 
espèces appartenant aux zones terrestres les plus chau- 
des; chez l'homme, au contraire, c'est entre les tropi- 
ques que cette anomalie se voit plus fréquemment. Le 
mélanisme nous présente des faits analogues. Ce ne sont 

produisent ces dévia- 
tions accidentelles, et l'on ne peut saisir aucune corré- 
lation directe ou indirecte entre ces prétendues causes 
modificatrices et les effets observés. Ces variations de 
couleurs, soit partielles, soit générales se rencontrent, 
du reste, çà et là sur un individu, tandis que les autres 
petits d'une même portée conservent leur coloration 
normale. Les causes de ces modifications sont donc des 

internes et dont la nature nous échappe corn- 

plétement. 

Ces variations de couleurs peuvent-elles se propager 

par voie de génération? Forment-elles, parmi les ani- 
maux sauvages, des variétés permanentes ou races natu- 
relles? Que ralbinisme et le mélanisme, ou même les 
simples variétés de couleurs puissent se maintenir parla 
reproduction, c'est un fait dont nos animaux domesti- 
ques nous offrent journellement des exemples, si l'on a 
soin d'unir entre eux des individus affectés de la même 
modification. Dans les animaux sauvages, maintenus en 
captivité, on propage également ces variétés, et c'est 
ainsi qu'on a obtenu, dans l'espèce du Daim, des races 
caractérisées par l'albinisme et le mélanisme. Les va- 



causes 











\ 








I 













(Mus muscuh 
indéfiniment. 



CONCLUSIONS DE CE CHAPITRE. 

I» Rat noir [Mm Rattus L. ) , 



SI 




Mais en est-il de même chez les animaux sauvages 

lasses ?" Uber,é? »«»■ «e le pensons pas. Les variations 
de cou le s . accWenle||eS; ne ge odu . sant 

"■WWW, et les animaux mâles, dans leur 



s'arWc, ♦• . '«ai CO , uuijs leur union, 

m ble " r mière feme " e VenUe ' " est P-1« 

~ 7 Ue <Ie j UX indiV, ' duS d ' une ™ème variété se 
rencontrent et produisent ensemble 

«ousMrJr l f f S &a f S da " S CC Cha " itre dé - ul »«. » 

nous semble, les conclusions suivantes : 

pe H «es, ceux-e, sont inaliénables et fournissent ,ou- 
jo» s les moyens de distinguer nettement les unes des 
a^s lesesp ces animales actuellement vivantes ; 

légèret eS e.,r ■ m ° diflCali ° nS qU ' e " eS é P™™< ««* 

\f2 e " es na,ssent accidentellement et ne deviennent 
^permanentes, tant que , es animaux ^JJ 

Jet du"™, "r ^ ^ '' aeeS natUre " eS ' dans «■ -ns 

11" mme ' raCe CSt k CaChel de ''«'ervention de 





























f W 







\ 















CHAPITRE DEUXIÈME. 



DES VÉGÉTAUX SAUVAGES QUI VIVENT ACTUELLEMENT 







Lorsqu'on étudie les végétaux sauvages qui germent, 
se développent, fleurissent et fructifient sous nos yeux, 
il est facile de constater que chaque forme végétale se 
reproduit chaque année avec des caractères, qui ne 
permettent pas de mettre en doute l'identité spécifique 
des individus qui naissent ainsi successivement les uns 
des autres. Cependant il ne faut pas pousser trop loin 
l'examen des différences ; car on constatera immédiate- 
ment que l'espèce n'a rien d'absolu, si l'on attache à ce 
mot son sens le plus rigoureux. Il n'est pas deux plantes 

qui nées de graines fournies par un même fruit, soient 
sans différences appréciables ; il n'est pas même deux 
feuilles du même arbre, qui nous offrent, dans tous les 
détails de leur forme, une similitude parfaite. L'exagé- 
*„„„„ des procédés de l'analyse conduirait bientôt à 
n'admettre en botanique que des individus ; car il n'y a 
pas de motifs pour s'arrêter dans cette voie, si l'on attache 
de l'importance aux différences accidentelles et extrême- 
ment fugaces, que montrent tous les êtres organisés. 
C'est là cependant une tendance, qui s'était déjà mani- 
festée du temps de Linné et qu'il stigmatise dans les 



ration 
















i 










DES VARIÉTÉS. 



53 



termes suivants 



: Veterum constantiam in Speciebus 
distincte tradendis vicit recentiorum sludium numerum 
plantarum augendi sub fine prœcedentis seculî, et infecit 
scientiam varietatum introductione, loco Speciorum, 
dmnob notam levidensem, nova Species crearetur, in 
detnmentum Botanices; eo usque processit opinio, ut 
varietates évadèrent Species, et Species Gênera : huic 
hœresi sese opposuit primus VaUlantius, dein Ego, mox 
Jussiœus, Hallerus, Royenus, Gronovius, aliique non 




organismes 



(1 > 
^ est qu'il existe, en effet, dans tous les 

vivants, une double disposition naturelle; l'une "d'où 
procèdent continuellement des variations individuelles 
qui restent toujours circonscrites dans des limites extrê- 
mement étroites ; l'autre plus absolue et qui maintient 

dans leur intégrité les caractères réellement distinctifs 
«es espèces. Les végétaux sauvages doivent donc nous 
offrir, comme nous l'avons constaté pour les animaux 
des variations qui ne présentent aucune importance spé- 



cifique. 



(2) 



» exposées a certaines influences, les espèces semblent 
» céder a la nature en se laissant modifier, elles devien- 
» nent alors des variétés, sans abdiquer leurs droits à une 
» tonne et à des propriétés particulières. „ Ainsi certains 
individus d'une même espèce sont plus élancés, d'autres 
Plus trapus ; et, dans les plantes vivaces, ces différences 
peuvent se produire sur le même individu d'une année 



(1) Lînmeus, Philosophia botanica, éd. 2, § 317 

(2) Goethe, OEuvres d'histoire 



1837, in-8<>, p . 201. 



naturelle, trad. franc. Paris 



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I 

I 































. 











u 



VARIATIONS DE LA COULEUR DES FLEURS. 



à l'autre ; les uns sont plus ou moins couverts de poils, 
les autres deviennent glabres; la grandeur des fleurs 




arie aussi dans certaines limites ; les feuilles se déve 
loppent plus ou moins et leurs découpures sont plus ou 
moins profondes, etc. Mais il est facile, en observant un 
certain nombre d'individus d'une même espèce, crois- 
sant dans des conditions diverses de terrain, d'humidité, 
d'altitude, de chaleur et de lumière, de voir que toutes 
ces différences se nuancent et se réunissent par des in- 
termédiaires. De là les variétés auxquelles on donne les 
épithètes à'imbrosus, montanus, alpestris, dlpinus, etc. 
La couleur des corolles est aussi très-variable et se 
modifie même dans certains végétaux, aux diverses pé- 
riodes du développement et de l'épanouissement des 
pétales. Linné déjà avait reconnu cette inconstance dans 
la couleur des fleurs et ne considérait pas ce caractère 
comme spécifique, ce que prouvent les passages suivants 
de sa Philosophie botanique : Color in eadem specie 



difft 



fl 



credo 



(O 



Cela est si vrai, qu'on observe quelquefois sur un 
même pied des corolles de diverses couleurs. Ainsi 
C.-F. Gœrtner (2) a vu qu'une même souche (ïAchillœa 

/ 

Mille folium L. a poussé des tiges à fleurs blanches et 
d'autres- tiges à fleurs fortement rosées ; il a vu également 
sur des Giroflées et des Œillets des branches munies 







(1) Linnœus, Philosophia botanica, éd. 2, § 266. 

(2) C. F. Gœrlner, Versuche und Beobachtungen uber die Ba- 
tardenzeugung im Pftanzenreich. Stultgard, 1849, in-8°, p. 76. 













VARIATIONS DE LA COULEUR DES FLEURS. 



m 




de fleurs très-différentes pour la couleur, de celles que 
portait le reste de la plante. Dans les végétaux cultivés, 
on observe quelquefois sur un même pied et, qui plus 
est, sur une même branche, des fleurs de couleur 
dmerente; cela n'est pas extrêmement rare dans les 
Azalea, les Pétunia, le Mirabilis Jalappa L., le Viola 
grandi flora, L., etc. 

Les plantes à fleurs bleues, rouges ou violettes, plus 
rarement celles qui ont les fleurs jaunes (1), nous offrent 
accidentellement des fleurs d'un blanc de lait. Ce chan- 
ement a quelque chose d'intéressant, si l'on étudie 
analomiquement ces corolles blanches, en les comparant 
aux corolles bleues, rouges ou jaunes de la même espèce 
végétale. Ces dernières doivent, en effet, leur couleur à 
une matière colorante dissoute ou en suspension dans le 

liquide que renferment les cellules. Mais dans les corolles 
blanches ce liquide et le principe colorant n'existent pas 
danslescellules superficielles; il y a ici défaut de sécrétion de 
ces deux produits ; la cavité de ces cellules est remplie 
d'air, et c'est à la présence de ce gaz qu'est dû le chan- 
gement de coloration, comme le démontrent les expé- 
riences faites par Dutrochet (2). Ce phénomène n'est 
pas sans quelques rapports avec l'albinisme chez les ani- 

(1) Parmi nos plantes françaises, on peut citer les Verbascum et 
Principalement le Verbascum Lychnitis L. qui, sur le même sol et 
a une exposition analogue, présente souvent, soit des fleurs jaunes, 
soit des fleurs blanches. On observe le même fait dans le Primula 

grandiflora Lam. 

(2) Dutrochet, Mémoires pour servir à l'histoire anatomique et 
physiologique des végétaux et des animaux. Paris, 1837 in-8<> 
T. I, p. 532. ''■."' 





















t 



















56 



VARIATIONS DE LA COULEUR DES FEUILLES. 






maux, puisque, dans ce cas, il y a aussi suspension plus 
ou moins complète d une sécrétion, celle du pigment. 

Les feuilles de certains végétaux, au lieu d'être entiè- 
rement vertes, sont quelquefois panachées de blanc et 
cette variation s'observe, non pas seulement sur les 
plantes modifiées par la culture, mais aussi sur les 
plantes sauvages; j'ai observé ce fait notamment sur le 
Baldingera colorata FI. der Wetter., que j'ai rencontré 
dans les marais de la vallée de la Meurthe, bien loin de 



toute habitation (1) 



due égale 



ment ici à la présence de l'air clans les cellules superfi- 
cielles, et la teinte lactescente qui en résulte masque 
la couleur de la chlorophylle contenue dans les cellules 
sous-jacentes (2). 

■ 

Les feuilles peuvent prendre aussi accidentellement 
une autre teinte que la couleur verte ou blanche ; c'est 
ainsi que le Hêtre de nos bois nous montre une variété à 
feuilles d'abord rougeâtres, puis d'un brun pourpre, et 
nous offre ainsi quelque chose d'analogue à l'érythrisme 



Ce 



? 



quoique 



très-rarement, à l'état spontané, dans les grandes forêts 
de la Lorraine, où M. Mathieu, professeur d'histoire na- 
turelle à l'Ecole forestière de Nancy, l'a trouvé. Il ne 
diffère du Hêtre ordinaire que par la teinte de son feuil- 
lage (3) ; c'est une simple variété, qu'on multiplie ordi- 



(1) Godron, Flore de Lorraine, éd. 2. Nancy, 1857, in-12, T. II, 



p. 386. 



(2) Dutrochet, ouv. cité, T. I, p. 551. 

(5) La teinte rougeâtre des feuilles de cette variété du Hêtre ne 
persiste p:;s même pendant toute la durée de ces organes. J'observe 















VARIATIONS DE LA COULEUR DES FRUITS. 



57 



nairement au moyen de la greffe par approche ; elle ne 
se propage pas régulièrement parsemis et fournit le plus 
souvent alors des pieds à feuilles vertes ; ce n'est donc 
pas une espèce distincte ; ce n'est pas même une race 
naturelle, puisqu'elle manque des attributs essentiels qui 

apparnennent à cette catégorie d'êtres organisés, savoir : 
a co» lser constame par héréda , ^ modifîcat 

dnnïiicûo i?»,~: 



acquises 



variétés analogues. Enfin, chacun 



sait que certaines 



peces végétales, la Vigne, ï Ampélopsis keckracea DC, 
eeuaines espeees du genre Rhus, etc., offrent norma- 

en"i 2 ) e " aiU ° mne ' k C °' Orali0n P ur P"™ e ^ leurs 



„ L :;! Ui I P ! U ™ nt Pr i Senter ™ ssi «- variations aeei 



dentelles 



a) 



observé dans les forêts des ArdenneT de P ™ Z 

habituellement noirs. On peut en *«» „,„™, V ,..,. 
du Sambucus nigra L., de YHex 
plusieurs autres espèces. 



A qui ft 



L nombre des dtv.stons florales peu. varier dans une 
eu et même espèce, ce qui modifie en même temps 

'"' des etam,lles et quelquefois celui des pistils. Ces. 



X s .èr;;;r nn pied dc ce,,e ™ m ' * «— » ** '*» 

vieâ a» „ 7' ,Ue ' ï6rS " m,>iS * Sel "« mbre ' s « M" «Je- 

viennent complètement vertes. 

(1) De Cando.Ie, Rapport sur un voyage botanique et agrono- 
me dans les départements du nord-est, inséré dans les Mé- 



miqne 



— — ««nt-esf, msere dans les Mé- 

T. HV t, ié ' é d ' Ag "' Cl,IU,re "" dé "»»«»e n . de la Seine, 






























i 




















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S8 



VARIATIONS DU NOMBRE DES DIVISIONS FLORALES. 






■ 






ce que l'on constate dans le Cerastîum glaacum Gren. 
dont la fleur est tantôt tétramère, tantôt pentamère ; il 
en est de même du Ceraslium pumilum Curt. Mais ce 
qui prouve que cette variation n'a rien d'essentiel, c'est 
que, dans ces deux espèces, on trouve quelquefois des 
fleurs des deux types sur un seul et même individu (1). 
J'ai souvent observé, sur des pieds de Polentilla Tor- 
rnenlilla Sibth., dont les enveloppes florales sont géné- 
ralement quaternaires, une ou plusieurs fleurs trimères 
ou pentamères. Des modifications semblables se produi- 
sent dans un grand nombre de genres. Celte variation 
dans le nombre des divisions florales sur un même indi- 
vidu est même l'état normal dans les espèces du genre 
Ruta, où les fleurs terminant les axes principaux ont 
toujours une division florale et deux étamines de plus 

que les autres. 

Dans les Corymbifères à fleurs de la circonférence 
habituellement ligulées, le rayon manque quelquefois. 
C'est ce que j'ai observé à plusieurs reprises sur le Leu- 
canthemum vulgare Lam. et sur le Senecio Jacobœa L. 
D'une autre part, d'autres espèces et notamment les 
Senecio vulgaris L. et Cacaliaster Lam. qui n'ont pas 
ordinairement de rayon, nous montrent parfois des fleu- 
rettes à la circonférence. Quelques Hieracium présentent 
aussi accidentellement des corolles tubuleuses. Mais ces 
déviations du type normal ne se reproduisent pas de 



I 







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(1) On trouve dans la même famille* à laquelle ces deux plantes 
appartiennent, beaucoup d'autres exemples semblables, que j'ai 
signalés dans mes Quelques observations sur la famille des Alsi- 

nées. Nancy, 184-2, in-8°. 












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VARIATIONS DE LA TIGE. 



59 



semis d'une manière régulière et continue et le plus 
souvent même pas du tout. 



des 



La variation peut porter aussi sur les tiges et sur 
leurs ramifications. Nous en trouvons un exemple dans 
le Hêtre de la forêt de Verzy, près de Reims, dont on a 
beaucoup parlé dans ces dernières années. Cet arbre 
modifié ne dépasse pas la hauteur de 2 ou 5 mètres et 
produit beaucoup de branches qui s'élèvent dans tous 
les sens, se contournent tantôt à droite, tantôt à gauche, 
forment des exubérances, se replient plusieurs fois sur 
elles-mêmes, se greffent par approche entre elles, de 
manière à former l'agglomération de branches la plus 
singulière. Ces branches couvrent une surface dont le 
diamètre est égal à la hauteur de l'arbre. Les extrémités 
rameaux sont pendantes et lorsqu'elles touchent la 

terre, elles s'enracinent facilement. La croissance de ces 
arbres est des plus lentes. Ils occupent une étendue de 
plusieurs hectares, et au milieu il y a des Hêtres nor- 
maux. Ce n'est donc ni le sol, ni le climat qui ont pro- 
duit cette déformation ; mais elle persiste chez les indi- 
vidus qui en sont atteints et qui sont transplantés dans 
un terrain nouveau. Depuis plusieurs années, on voit, 
au jardin de l'Ecole forestière de Nancy, un pied de ce 
"*"e monstrueux, qui y a été transplanté de la forêt de 
y et qui a conservé jusqu'aujourd'hui tous ses carac- 
tères exceptionnels. Ce n'est, du reste, qu'un accident 
qui ne se propage pas par voie d'hérédité. Des faînes de 
cet arbre, semées, depuis plusieurs années, n'ont pas 
donné jusqu'ici de sujets semblables aux parents (1). 



Hêti 
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I 



(1) Journal de la Société 
février 1856, p. 106. 



impériale et centrale d'horticulture, 



















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I 

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I 



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60 CONSTANCEDES CARACTÈRES SPÉCIFIQUES. 

Ces différences, comme on le voit, sont purement 
accidentelles ; elles n'ont aucune importance physiolo- 
gique; elles n'atteignent pas les caractères essentiels, 
ceux qui constituent les attributs vraiment différentiels 
des espèces végétales. 

Ces caractères différentiels des espèces sauvages sont, 
contraire, d'une constance absolue, comme il est 
possible de le constater, lorsqu'on a le soin d'étudier 
d'une manière comparative les espèces sur un grand 
nombre d'individus ayant vécu dans des situations variées, 
et qu'on prend la précaution indispensable d'observer 
successivement tous les organes, sans en oublier un seul. 



au 



Il peut même être utile quelquefois d'examiner la forme 
des cotylédons au moment de la germination ; elle n'est 
pas toujours identique dans toutes les espèces d'un même 
genre ; les Erodium nous en offrent un exemple bien 
remarquable (1). C'est pour avoir négligé de suivre cette 
marche, qui seule peut conduire à des résultats positifs 



(4) Tantôt les Erodium ont les cotylédons entiers, obliquement 

en cœur (E. laciniatum Willd.; E. grtiinum Willd.; E. ciconium 
Willd.; E. Botrys Pers.; E. malacoïdes Willd.; E. Bovjei Delile ; 

E. cliium Willd,; E.geifolium Desf.; E. Gussoni Ten.; E. ma- 
ritimum Sm.;E. littoreum Pers.; E. neuradœfolium Delile; E. 
glaucophyllum Ait.; E .StephanianumWilld.; E .guttatum Willd.; 
E. Manescavi Bub.; E. Jacquinianum Fisch.). Tantôt ils sont 
obliquement trilobés (E. cicutarium L'hèr.; E. alsinœflorum De- 
lile; E. sebaceum Delile; E. verbenœfolium Delile), ou à 5 lobes 
{E. atomarium Delile); Tantôt enfin ils sont fortement pinnatisé- 

qués [E. Salzmamii Delile; E. hirtum Willd.; E. tenuiseclum 
Gren. et Godr.; E. scandicinum Delile). Le genre Lepidium 



offre des faits analogues. 



i 






























CAUACTÈUES PHYSIOLOGIQUES. 



61 



et par conséquent inattaquables, que se sont produites et 
se produisent encore tous les jours, dans les ouvrages 
de botanique descriptive, les divergences qu'on observe 
entre les divers auteurs sur la valeur spécifique de telle 
ou telle forme végétale. Il n'y a pas dans la nature de 
bonnes et de mauvaises espèces; ces dénominations sont 
fautives et devraient être abandonnées. 

II ne suffit même pas toujours d'étudier de nombreux 
échantillons d'herbier ; il est souvent nécessaire, pour 
déterminer rigoureusement les espèces, d'observer les 
plantes vivantes, de les cultiver, pour suivre les phases 
de leur végétation. Il est souvent des caractères précieux 
qu'il est difficile de constater sur une plante sèche et dé- 
formée, et qui, sur le vif, apparaissent avec une évidence 
qui commande la conviction. Il est aussi des caractères 

physiologiques, qui n'ont pas une importance moindre 




q 



que 



collections. C est ainsi, par exemple, que les Lychnis 
vespertma Sibth. et diuma Sibth., confondus par Linné 
et reunis sous le nom de Lychnis dioïca L. 



ouvrent 



leurs fleurs, 1 une le soir, l'autre pendant la journée, et 
cette différence, qui à elle seule suffirait pour les distin- 
guer, est confirmée parles caractères différentiels tirés 
des dents du calice et de la direction des dents de la 
capsule. 



hifolia 



espèces si voisines que, pendant longtemps, elles n'ont 
pas-^té distinguées, fleurissent à un mois de distance 
sous le même climat, dans le même pays, dans un même 
bois, quo.que placées dans des conditions d'existence 
parfaitement identiques. 



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62 



CARACTÈRES PHYSIOLOGIQUES. 



1 



Les Iberis Prostii Soy. et Godr. et majalis Jord., qu 
tous deux habitent les basses Cévennes de l'Hérault et s'y 
trouvent dans une situation semblable, fleurissent, l'un 
en octobre, l'autre en mai ; cependant cette différence 
d'époque n'est pas due à une seconde floraison, car la 
première de ces plantes, semée au jardin de Montpellier, 
a fleuri sous nos yeux clans le même mois qu'à Saint- 
Guilhem-le-Désert, c'est-à-dire, en automne, et cepen- 
dant ces deux plantes ont les plus grands rapports l'une 

avec l'autre. 

L'époque de la fructification est aussi quelquefois dif- 
férente entre deux espèces d'un même genre très-rap- 
prochées par leurs caractères morphologiques et crois- 
sant dans la même localité; sous ce rapport, quelques- 
unes des plantes qui s'élèvent sur les montagnes nous 
offrent aussi des faits très- significatifs : ainsi les Sorbus 
Aria Crantz et Mougeoti Soy. et Godr. s'élèvent presque 
au sommet des hautes Vosges et se montrent pèle mêle 
dans les escarpements du Hohneck sous forme de buis- 
sons; le premier n'y mûrit jamais ses fruits, même dans 
les étés chauds tels que ceux de 1857 et de 1858, tandis 
que le second donne des fruits complètement mûrs tous 
les ans. 

Dans les Géranium, au moment de la maturité, les 
arêtes qui surmontent les carpelles se détachent avec 

* 

élasticité et se roulent en spirale logarithmique. Ce mou- 
vement brusque, imprimé à l'arête, détermine, dans 
certaines espèces, la chute du carpelle, qui est lancé au 

■ 

loin avec la graine qu'il renferme ; dans d'autres espèces, 
le carpelle reste adhérent à l'arête, et la graine s'échappe 
à travers la fente que présente le bord axile, ou bien elle 



» 










CARACTÈRES PHYSIOLOGIQUES. 



63 



reste suspendue au dehors par deux petits faisceaux de 
trachées, qui se déroulent par suite de l'impulsion im- 
primée à la graine (1). 

Les fleurs de certaines plantes semblent suivre le 

du soleil, de telle sorte qu'elles 



mouvement apparent du 
se penchent le matin à l'orient et le soir à l'occident. 
VHelianthus annuus L. nous offre ce phénomène d'hé- 
liotropisme à un haut degré, et il n'en est pas ainsi de 
toutes les espèces du même genre. C'est donc aussi un 
caractère physiologique, qui mérite d'être pris en con- 
sidération dans la distinction des espèces. 

Les tiges de quelques végétaux sont volubles, et, pour 
se soutenir, elles s'enroulent en spirale autour des tuteurs 
que la nature ou l'homme leur fournit. Mais, dans cer- 
taines espèces, c'est de droite à gauche que tourne- la 
spire, dans d'autres, c'est, au contraire, de gauche à 
droite, l'observateur étant supposé placé au centre de la 
spirale. Or, pour chaque espèce voluble, la direction de 
la spire est constante, quelque différentes que soient les 
conditions dans lesquelles elle végète et quelles que soient 
les tentatives faites pour la contraindre à s'enrouler en 
sens inverse. Il y a plus : il résulte des recherches de 



(2) 



même 



(3) 



(1) Dans la plupart des espèces du genre Cerastium, les graines 
restent à la maturité suspendues pendant quelque temps dans la cap- 
sule par des trachées déroulées. 



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in-8<>. 



(3) C'est ainsi que les Ménispermées, les Légumineuses, les Con- 









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64 CARACTÈRES PHYSIOLOGIQUES. 

Dans les Medicago, les gousses sont ordinairement 
tordues sur elles-mêmes et forment une spirale serrée. 



Mais, dans certaines espèces, la spire est dirigée de 
droite à gauche, et dans d'autres, de gauche à droite. 
J'ai profité de ce caractère dans la description des Lu- 
zernes de la Flore de France, pour distinguer nos espèces 
indigènes les unes des autres, et j'étais d'autant plus 
fondé à considérer cette disposition comme un bon ca- 
ractère spécifique, que je n'avais vu d'abord aucune 
variation à cet égard sur les nombreux échantillons de 
chaque espèce que j'ai étudiés. Cependant mon ami, 
M. Soyer-Willemet, m'a fait voir une exception évidente 
et M. J. Gay m'a également assuré avoir fait une obser- 



f 






vation semblable. Mais ces faits anormaux me semblent 
tellement rares qu'on devrait les considérer comme con- 
stituant une véritable monstruosité. C'est là, du reste, 
une anomalie qu'on observe, dans le règne animal, sur 

* 

la coquille de plusieurs espèces d'Hélices, et, aux yeux 
des zoologistes, elle n'infirme en aucune façon la valeur, 
comme caractère spécifique, de la direction de la spire 
propre à chacune des espèces de ce genre. On sait, en 

outre, que les Mollusques, qui habitent ces coquilles, que 

les malacologistes nomment inverses, ne peuvent se re- 
produire. En serait-il de même des Medicago à 
inverse ou du moins leurs graines reproduisent-elles 




I 







volvulacées, les Passiflorées, les Apocynées, les Cucurbitacées, etc., 

à tige voluble, tournent toutes de droite à gauche. Les Caprifoliacées, 

les Tannées, les Chénopodées, les Polygonées, les Dioscorées, les 

Smilacées, les Urticées, etc., à tige enroulée, forment leur spire de 
gauche à droite. 




































VARIATIONS TÉRATOLOGIQUES. 



65 



l'anomalie? S'il en était ainsi, on observerait fréquem- 
ment, dans une même espèce, la double direction de la 



spirale, ce qui est, 



au contraire, extrêmement rare. 



Dans les plantes spontanées, comme dans les animaux 



sauvages, les monstruosités 



ne se reproduisent pas 



X — ^«WU V*V/^7 UillUU^O |JVyiwil^CO UUlIIiCIll 

toujours naissance à des individus à fleurs irrégulières 
et parfaitement normales. Dans ce fait, comme on voit, 
la déformation de la fleur fait disparaître non-seulement 
plusieurs caractères spécifiques, mais aussi la plupart 
des caractères génériques. Il est donc d'une grande im- 
portance lorsqu'on observe de semblables déviations, du 
reste toujours très-exceptionnelles, de ne pas les consi- 
dérer comme de simples variations, et comme infirmant 
un caractère spécifique, mais comme des monstruosités 






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pécifique qui 



gique 



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par une cause pathologique. Or, ces deux éléments de 
variations doivent être complètement écartés, lorsqu'il 
s 'agît d'établir les caractères vraiment distinctifs des 
espèces. 

Les différences physiologiques, dont nous aurions pu 
multiplier les exemples, indiquent dans les plantes, 
même les plus voisines, des modifications organiques 
essentielles à leur être, et par conséquent des types spé- 
cifiques distincts, appréciation que justifient, du reste, 
toujours quelques différences organiques. 

Les caractères qui distinguent les espèces sont plus 
ou moins nombreux, plus ou moins saillants d'une 
espèce à une espèce voisine ; mais toutes n'en sont pas 



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INFLUENCE DU CLIMAT 



I 



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moins des types d'une égale importance, et la stabilité 



d 



cette stabilité est-elle de nature à résister à toutes les in- 
fluences des agents physiques, auxquels les physiolo- 
gistes ont attribué un rôle si important comme agents 
modificateurs? C'est ce que nous allons examiner. 

L'action du climat ne détermine pas chez les végétaux 
sauvages de même espèce de modifications plus saillantes 
que celles dont nous venons de reconnaître l'existence, 
et les auteurs ont attribué à tort une grande puissance 
aux agents météorologiques, comme le prouvent les faits 
que nous allons exposer. 

Nous ne voyons pas, en effet, que la même espèce 
végétale, vivant à l'étal de nature dans des climats divers, 
ait subi' de changements notables par l'influence de cet 
agent. On peut citer un assez grand nombre d'espèces 
de plantes, qui sont répandues et végètent sous des lati- 
tudes bien différentes, sans avoir perdu aucun de leurs 

caractères distinctifs. 

Ainsi le Lavatera arborea L. habite les Canaries, 
l'Algérie, la Grèce, l'Italie, la Corse, Minorque, l'Espagne; 
il se voit en France sur les plages de la Méditerranée et 
sur les côtes de la Bretagne, à Belle-Isle, aux îles de 
Glénans et à celle d'Houat ; cette même plante se re- 
trouve sur le littoral de l'Ecosse, a l'île Murkry près 
d'Edimbourg, occupant ainsi 28° de latitude, et cepen- 
dant elle n'a pas varié. 11 est vrai de dire que, dans la 
zone maritime que cette plante occupe, la température, 
™wé les différences de latitude, ne présente pas les 
mêmes variations que dans l'intérieur du continent 
voisin; c'est que la mer, échauffée par le grand courant 
























INFLUENCE DU CLIMAT. 



67 



des Florides, le Gulf-Stream, modifie d'une manière re- 
marquable le climat de cette longue ligne de côtes et le 
rend plus uniforme. Mais si cette circonstance atténue 
les conclusions que nous pourrions tirer de ce premier 
exemple, il n'en est pas de même des faits suivants. 
UAlsine média L. est commun en Laponie (1) et 
tend de là sur l'Europe entière ; il se retrouve au 
Kamtschatka et dans toute la Sibérie, à Dehra dans 
l'Himalaya, dans le Caucase et l'Altaï, en Egypte, en 
Algérie, aux Canaries, aux Açores, au cap de Bonne- 
Espérance, aux Etats-Unis d'Amérique,' en Californie, 
au Chili, à Rio-Janeiro et à Porto-Allegre, aux îles Ma- 
louines, à la Nouvelle-Zélande, etc. 



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officinale 



ruisseaux 



de la Suède, de la Russie septentrionale et de la Sibérie 



jusqu 



ud jusqu'en Arménie, en Aby 




à Madère, aux Canaries, aux îles du Cap- Vert, etc. 

Le Cardamine hirsula L. croît dans toute l'Europe, si 
l'on en excepte la région arctique ; dans l'Asie septentrio- 
nale de Talusch et de l'Ural au Kamtschatka, sur les 

herries dans l'Inde, à Ceylan, à l'Ile-de-France, 
en Abyssinie, en Algérie ; dans l'Amérique septentrionale, 
depuis l'Orégon et le Kentucky jusqu'à la mer polaire ; il 
se retrouve en Colombie, au Chili, à Tristan d'Acunha, à 
Buenos-Ayres, en Patagonie, aux îles Malouines, aux 
îles Auckland et Campbell où il est très-abondant ; enfin 
dans les îles de l'Océan pacifique. 



(i; Lrescit abiquè prœsertim ad casas Lapponum (Lionœi Flora 

Lapponica, n° 186). 









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68 



INFLUENCE DU CLIMAT. 



Le Polygonum aviculare L. est dans l'Europe. entière 
jusqu'à la mer polaire, en Egypte, en Abyssinie, dans 
l'Himalaya, en Australie, enfin dans les régions froides 
et tempérées de l'hémisphère austral. 

Le Veronica peregrina L. est répandu en Amérique 
depuis le Canada jusqu'au Mexique, et il a été également 
recueilli au Pérou, au Chili, en Patagonie; il se trouve 

même ça et là en Europe. 

Le Gnaphalium luteo-album L. existe dans toute l'Eu- 
rope jusqu'au 36° de latitude nord, franchit la Méditer- 
ranée et se rencontre en Algérie ; il se voit aux Canaries, 
à Madère, au Sénégal, à Sainte-Hélène, au Cap, en 
Abyssinie', en Egypte, en Syrie, dans le Caucase, la Tur- 
comanie, la Chine, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, etc. 

Le Phleum alpinum L., plante des hautes montagnes 
de l'Europe, croît sur les rochers granitiques du détroit 
de Magellan, et c'est R. Brown, qui a déterminé cette 
plante (1). La Nouvelle-Hollande nourrit plus de qua- 
rante plantes phanérogames d'Europe. Des Graminées, 
des Cypéracées de l'Allemagne, de l'Arabie, du Sénégal, 
ont été reconnues parmi les plantes que de Humboldt et 
Bonpland (2) ont recueillies sur les plateaux froids du 

Mexique, le long des rives brillantes de l'Orénoque et 
dans l'hémisphère austral, sur le dos des Andes de 

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Poa 



Eragrostis L., Festuca myuros L., Andropogon avena 
cens Humb. et Kunth, Lappago raccmosa Schreb. 












laies du nouveau 



(t) De Humboldt, Voyage aux régions équinoxia 
continent. Paris, 1816, in-8<>, T. IV, p. 251 . 

(2) De Humboldt et Bonpland, Nova gênera et species, T. I, 

p. xxv, 119, 185, 158 et 189. 









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INFLUENCE DU CLIMAT 



69 



Le Rammculus Baudotii Godr. se rencontre depuis 
le golfe de Botnie jusqu'à Laghouat en Algérie et con- 
stamment dans les eaux saumâtres. D'autres plantes aqua- 
tiques ont encore une extension plus considérable en 
latitude ; tels sont les Potamogeton natans L., Zani- 
chellia pallustris L., Typha anguslifolia L., Lemna 
trisulca L., Scirpus maritimus L., etc. 

Le Polypodium vulgare L. croit en Laponie, en 
Suède, à Archangel, au Kamtschatka, en Ukraine, dans 
le Caucase, en Morée, en Italie, en Allemagne, en France, 
en Algérie, à l'île de la Réunion, etc. 

Le Pteris aquilina L. se trouve en Suède, dans la 
Russie septentrionale et dans toute l'étendue de l'Europe ; 
il a été recueilli au Kamtschatka, dans la Songarie, sur 
les montagnes du Caucase, aux Canaries, à Palma, à la 
Gomère, enfin à la Nouvelle-Zélande et en Australie. 

Les Lichens nous fournissent encore des faits très-re- 
marquables sous ce rapport, à ce point que certaines 
espèces paraissent être véritablement cosmopolites. 



Q 



(1), presque 



effet, dit M. Nylan- 
même sur des points du 



" globe les plus éloignés entre eux ; tels sont en parti- 



" culier les Lecanora 



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air a, Urceolaria 



» scruposa, Squammaria saxicola , Parmelia per- 
" lata , Lecidea disciformis et luteola , Verrucaria 
" e P l dermidis , Cladonia rangiferina et fimbriata, etc. 
» Les Lichens saxicoles sont en général extrêmement 
" cos niopolites, puisqu'on en trouve un grand nom- 



(1) William Nylander, Synopsis methodica Lichenum. Parisiis, 
4858, m-8o, p . 69. 













































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70 



INFLUENCE DU CLIMAT. 









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u bre d'espèces à la fois sous les tropiques et dans 
» les régions polaires. » Voici, d'après le même au- 
teur (1), les chiffres qui expriment la proportion clans 
laquelle les espèces européennes se retrouvent dans quel- 
ques pays éloignés ; elles forment dans l'Amérique bo- 
réale • • 78 pour 100, 

A la Nouvelle-Zélande. 68 

Au Chili . 30 

Dans la Polynésie. . 50 

A Java . 25 

A la Guyane 8 

de la somme totale des Lichens qui sont indigènes dans 

Mousses, les Hépatiques, les 

d rlrmnpnt lifU ailX mèmeS Ob- 



pays 



Les 



servations que les Lichens, relativement à l'extension 

çéographique de leurs espèces. 

Toutes ces plantes phanérogames ou cryptogames, à 
dispersion géographique très-étendue, n'en conservent 



pourrait 



pi 




distinguent, et le botaniste n'éprouve pas le moindre 
embarras, ne témoigne pas la moindre hésitation pour 
reconnaître la même espèce dans des régions très-éloi- 
nées les unes des autres. Cependant ce n'est pas de 
nos jours que ces plantes se sont répandues sous des 
latitudes si différentes ; elles y existent peut-être depuis 
l'origine des êtres organisés qui peuplent aujourd'hui 
notre globe ; et si le climat exerçait réellement une action 
modificatrice sur les végétaux, le temps n'a pas manqué 






(1) William Nylander, op> cit., p. 77. 















b 





















t ' 



INFLUENCE DES MIGRATIONS. 



71 



pour lui permettre d'épuiser sur elle toute l'énergie de 
sa puissance, et néanmoins on ne peut reconnaître au- 
cune modification importante produite par cet agent 
physique. 

Il s'en faut de beaucoup que toutes les espèces végé- 
tales répandues à la surface de notre planète, occupent 
une aire aussi considérable. Le plus grand nombre ont 



9*9/ 



moins éloignées du lieu de leur 



• « 



origine 



ete primitivement circonscrites dans des limites bien 
plus restreintes et souvent même très-étroites. Mais les 
agents physiques, les animaux, l'homme surtout, trans- 
portent quelquefois les plai s dans des régions plus ou 

et les placent 

ainsi dans des conditio s d'existence différentes de celles 
qui jusque-là leur av ont été habituelles (1). Ces faits 
sont d'autant plus intéï sants qu'ils se produisent encore 
aujourd'hui, et, pour ainsi dire, sous nos yeux. 

Ainsi, il est des es zes particulières aux plaines, qu 
semblent s'attacher aux pas de l'homme et qui le suiven 
pour ainsi dire sur les montagnes, comme Ramond (2) 
le premier, l'a observé. C'est ainsi que, dans les Pyré- 



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l 



nées, dans les Alpes, dans le Jura, dans les Vosges, on 
peut constater que, dans les localités les plus sauvages et 
les plus élevées, où un pâtre a établi sa hutte pendant 
quelques semaines, des végétaux étrangers aux régions 
montagneuses, par exe pic, YUrtica dioïca L., YÂlsine 
média L., le Poa m ,a L., etc., l'y ont accompagné 
et prospèrent au milk des ruines de cette frêle ha- 



(î) On peut consulter a ce sujet mon mémoire intitulé : Considé- 
rations sur les migrations des végétaux. Montpellier, 1855, in-i°. 
(2) Ramoad, dans les Annales du Muséum, T. IV, p. 403. 










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I 



























Tl 



INFLUENCE DES MIGRATIONS. 



bitation, en compagnie du Polygonum aviculare L., 
clu Sagina procumbens L., du Rumex crispas L., de 
nos Chenopodium et de nos Mauves communes. Ce pâtre 
ne reviendra peut-être plus fixer sa demeure dans les 

mêmes lieux ; mais ces contrées désolées ont reçu un 

* ) 

instant l'empreinte indélébile de la domination de 
l'homme, tant un être de cette importance a de poids 
dans la balance de la nature. 

Ces plantes, transportées ainsi des plaines dans les 
montagnes, ou des montagnes dans les plaines, comme 
nous le verrons plus loin, ne se modifient pas, malgré 
les nouvelles conditions climatériques auxquelles elles 
sont soumises. 

Quelques espèces, originaires du midi de l'Europe, et 
dont les graines ont été évidemment transportées dans 
le nord de la France et de l'Allemagne avec des graines 
de Luzerne ou de céréales, végètent dans leur nouvelle 
patrie sans offrir aucun changement. Telles sont les 
Centaurea solstitialis L., Helminthia echioïdes Gœrtn., 
Asperugo procumbens L., Melilotus parviflora Desf., 
Ammi majas L., Sinapis incana L., Barkhausia setosa 
DC, Vicia varia Host, Fumaria densiflora DC, etc. 

Mais il y a plus ; il est des plantes d'Amérique qui , 
transportées sur le sol de l'ancien continent, se sont ra- 
pidement propagées dans des contrées nouvelles et s'y 
développent avec la même vigueur que dans leur pays 
natal. Nous pouvons citer : YErigeron canadense L., les 
Aster brumalis Nées, Novi-Belgii L. et salignus Willd.; 
le Stenactis annua Nées; les Solidago glabra Desf. et 
canadensis L.; les OEnothera biennis L. et muricata L., 
etc., végétaux propres au continent de l'Amérique, que 














I 



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INFLUENCE DES MIGRATIONS. 



73 



les anciens botanistes n ont pas recueillis en Europe et 
qui n'y ont paru que depuis la découverte du Nouveau- 
Monde. Leurs graines, sans aucun doute, ont été impor- 
tées par l'homme ; mais à peine ces végétaux avaient-ils 
pris racine surmn des points de notre continent, qu'ils 
se sont bientôt répandus au loin, et formaient déjà, du 
temps de Linné, de nombreuses colonies en Europe, 
pour me servir de l'expression du célèbre botaniste 
suédois (i). UErigeron canadense L., introduit 



en 



(2) 



l'Europe, mais s'est même répandu dans différentes con- 
trées de l'Asie et de l'Afrique et cependant il n'a pas 



varie. 



même 



* 

Par contre, des plantes d'Europe ont été de 
transportées dans le Nouveau-Monde. Ainsi Auguste 
de Saint-Hilaire (3) a observé, dans les environs de Rio- 
Janeiro l'un de nos Chenopodium, nos Anagallis, le 
Leonurus Cardiaca L. La quantité de nos espèces euro- 
péennes est plus considérable encore autour des villes 
brésiliennes situées dans la Capitainerie de Mines; ainsi, 
par exemple, on retrouve à Villa-Rica notre Verveine, 
«ne de nos Menthes, le Poa annua L., etc. ; on voit à 
Tijuco le Verbascum Blattaria L., YUrtica dioïca L., 
un de nos Xanthium; à Saint-Paul, on observe le Mar- 
rubium vulgare L. et le Conium rnaculatum L. qui 



































(1) Linné a publié, en 1768, une dissertation sur ce sujet sous le 
nom de Colo?iiœ plantarum. 

r 

(2) Linnseus, Species plantarum, ed* 2, p. 492. 

(3) A. de Saint-Hilaire, dans les Mémoires du Muséum, T. IX, 
p. 570 et passim. 
















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74 



INFLUENCE DES MIGRATIONS. 






croissent jusque dans les rues de la ville, et le Poly- 
carpon tctraphyllum L. végète sur les murs des jardins 
qui l'entourent ; Porto-Allegre a reçu aussi beaucoup de 
nos espèces et l'on y voit communément YAlsine média L., 
le Rumex pulcher L., le Géranium Robertianum L., le 
Conium maculatum L,, YUrtica dioïca L., etc. Mais 
nulle part on n'en observe autant qu'entre Sainte-Thé- 
rèse et Monte-Video et de là jusqu'au Rio-Negro, par 
exemple, les Viola odorata L., Borago officinalis L., 
Anethum Fœniculum L., Echium vulgare L., Avena 
sativa L., nos Mauves, nos Anthémis, nos Erysimum, 
etc. Enfin, dans les campagnes du Rio de la Plata et de 
l'Uraguay, on rencontre beaucoup de Carduus Marianus 



cy 



plantes forment 



donc, clans ces diverses parties de l'Amérique méridio- 
nale, c'est-à-dire, sous un climat bien différent du nôtre, 

de véritables Flores accidentelles, et néanmoins ces vé- 
gétaux, importés si loin de leur sol natal, ne peuvent être 
distingués des espèces européennes d'où ils descendent. 
La présence dans nos cultures des Ranunculus ar- 
vensis L., Nigella damascœna L., Nigella arvensis L., 

Delphinium Consolida L., Delphiniumpubescens DC. et 
Delphinium Ajacis L., Papaver Argemone L. etPapaver 
Rhœas L., Thlaspi arvense L., Camelina sylvestris 
Wallr., Neslia paniculata Desv., Calepina Corvini 
Desv., Erysimum perfoliatum Crantz et Erysimum chei- 
ranthoïdes L., Saponaria Vaccaria L., Silène nocti- 
flora L., Ervum Ervilia L., Pisum arvense L., T 



g ema 



folia lioff' 



L., 



Melampy 



nospermwn Lrtppula Lehm., etc., remonte vraisembla 






























INFLUENCE DES MIGRATIONS. 75 

blement à une époque bien plus reculée, et ces plantes 
n'ont subi aucune variation par l'action du climat. 

Il en est d'autres enfin qui, compagnes fidèles de nos 
céréales, se voient exclusivement dans les moissons et 
s'y rencontrent dans presque toutes les contrées du globe, 
où le Froment, le Seigle et l'Avoine sont cultivés. Leur 
introduction dans notre pays date probablement de l'ori- 
gine de la culture des céréales en Europe. Telles sont : 
les Centaurea Cyanus L., Agrostemma Githago L., 
Loliam temulentum L . , Agrostis Spica-ventiL., Bromus 
secalinus L. Il nous paraît, dès lors, rationnel de penser 
que les plantes, dont nous venons de parler, doivent être 
originaires du même pays que les céréales auxquelles 



leur existence semble être attachée. Leur présence l'état 
tout à fait sauvage dans quelques contrées de l'Asie, mettra 

peut-être sur la voie pour reconnaître la véritable patrie 
du blé, sur laquelle on discute depuis si longtem^o. 

Il est toutefois une observation, que nous avons déjà 
faite pour les animaux et qui s'applique également bien 

aux végétaux, c'est que le climat les tue plutôt que de 
changer leurs caractères, m Combien n'y a-t-il pas de 
»i plantes, dit William Edwards (1), qui, transportées 
« dans des régions lointaines, languissent et meurent 
h avec les formes qui leur sont propres? On voit ainsi 
" qu'il y a des forces qui tendent à conserver le type 
o originel, avec une telle constance, que bien sot int il 
« se rompt plutôt que de se plier aux changement que 
»> les agents extérieurs voudraient lui faire subir, w En 





































(1) W. Edwards, Des caractères physiologiques des races hu- 

I 

moines, elc. Paris, 1829, iu-8°, p. 9. 




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76 



INFLUENCE DES MIGRATIONS. 



effet, s'il existe quelques plantes, qui peuvent s'accom- 
moder à tous ou à presque tous les climats sans en 
éprouver d'influence modificatrice tant soit peu saillante, 
la plupart des espèces végétales ne peuvent exister, à 



l'état sauvage, que dans les régions spéciales du globe, 



où le Créateur les a placées, et souvent à des hauteurs 
déterminées sous chaque latitude ; elles ne se propagent 
pas au delà de leurs limites naturelles, même lorsque 
leurs graines, pourvues d'ailes ou d'aigrettes, peuvent 
être facilement transportées au loin par l'action des vents. 
Aussi ne voit-on pas les plantes tropicales se propager 
d'elles-mêmes vers le nord ; parmi celles de la région 
des neiges des hautes montagnes du globe, il n'en est 
qu'un petit nombre qui puissent descendre et vivre dans 
les plaines avoisinantes. 

Il est un fait, qui vient trop bien à l'appui des idées 
que nous émettons, pour être passé sous silence. Il ©st, 
en France, un lieu célèbre dans les fastes de la botanique, 
le port Juvénal, près de Montpellier, où se sont déve- 
loppés un grand nombre de végétaux curieux, qu'on 
chercherait en vain dans toutes les contrées voisines. 



Quelq 



plantes observées dans cette petite 



localité ont été indiquées comme indigènes par Lamarck 
et par de Candolle, ainsi que par les auteurs qui, après 
eux, et jusqu'à ces derniers temps (1), ont tracé le ta- 
bleau de la végétation de la France. Les savants profes- 
seurs Dunal et Delile avaient cependant constaté depuis 
longtemps que la Flore du port Juvénal est purement ar- 

























(1) Dans la Flore de France, que nous avons publiée, M. Grenier 
et moi, ces plantes ont été exclues de la liste des plantes françaises. 




















INFLUENCE DES MIGRATIONS. 



77 



tificielle, qu'elle doit son origine à des laines étrangères, 
apportées d'Espagne, d'Afrique, d'Orient, même des 
deux Amériques, et qu'on lave dans cette localité. Ces 
laines, étendues ensuite sur un lit de cailloux pour y 
sécher, laissent tomber sur le sol les graines nombreuses 
qu'elles renferment, et celles-ci, trouvant entre les cail- 
loux une terre à la fois humide et chaude, germent et se 
développent avec facilité. Dans un opuscule, que j'ai ( 
publié en 1853 (1), j'ai signalé 387 espèces étrangères à 
la Flore de Montpellier et qui ont été recueillies dans cette 
localité. Mais, ce qui est bien remarquable, c'est que les 
espèces qui s'y montrent disparaissent bientôt; YOno- 
pordon virens DC. et le Jussicea grandiflora Mich. pa- 
raissent seuls s'y être définitivement naturalisés et com- 
mencent déjà à se propager en dehors de la circonscrip- 
tion du port Juvénal ; la seconde de ces plantes entrave 
même sur quelques points la navigation du Lez, et 
cependant elle ne fructifie pas sous le climat de Mont- 
pellier et ne se propage que par drageons. Le Jussicea 



grandifl 



plantes qui, trans 



portées de pays plus chauds sous le climat de la France, 
peuvent y vivre, tout en nous offrant aussi ce même 
phénomène d'avortement de leurs fruits, et cependant 
ces végétaux conservent leurs formes et leurs caractères 
naturels. 

On sait aussi les tentatives faites par certains botanistes 
pour acclimater autour d'eux des végétaux qui n'y exis- 
taient pas ; ces tentatives ont presque toujours échoué. 



(1) Godron, Florula juvenalis. Monspelii, 1883, in-4<\ J'ai 
publié une seconde édition de cet ouvrage à Nancy, en 1884, in 8°. 



























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78 



INFLUENCE DES MIGRATIONS- 



* 



Ainsi on n'observe plus à Montpellier les espèces que 

* 

Gouan y a semées. Beaucoup d'espèces françaises, mais 
étrangères à la Flore parisienne, dont Thuillier avait ré- 
pandu les graines dans diverses localités des environs de 
Paris, ne s'y rencontrent plus depuis longtemps. J'en 
dirai tout autant des semis faits par Hermann et Nestler, 
autour de Strasbourg, pour y introduire des plantes 
étrangères à l'Alsace. 

Ainsi donc les végétaux, placés sous un climat nou- 
veau, ou bien périssent après quelques générations, ou 
bien, s'ils résistent aux influences nouvelles auxquelles 
ils sont soumis, ils n'en éprouvent aucun changement 
dans leurs caractères spécifiques. On croirait volontiers 
que la nature, en donnant à chaque région des végétaux 
particuliers, a pris toutes les précautions nécessaires pour 
que rien ne fût changé, du moins dans les temps de 
notre période géologique, au caractère spécial qu'elle a 
imprimé à la végétation de chacune des parties de notre 
planète. 

Cependant quelques auteurs (1) signalent, comme 
exemples de modifications produites par l'action du. cli- 
mat sur les végétaux, plusieurs plantes qui, vivaces et 

même sous-frutescentes dans leur pays natal, deviennent 

annuelles et restent herbacées dans nos jardins ; tels sont 

le Reseda odorata L. et le Ricinus communis L. "Mais 

si nous considérons les caractères qui distinguent les 
plantes véritablement annuelles des plantes vivaces, nous 












(1) Lamarck, entre autres, croyait à la transformation d'une plante 
ligneuse en plante herbacée. On peut consulter à ce sujet sa Philo- 
sophie zoologique. Paris, 1809, in-S°, T. I, p. 226. 















\ 

















INFLUENCE DES MIGRATIONS. 



79 



verrons que les deux espèces végétales, dont il est ici 
question, confirment précisément la loi que nous avons 
cherché à établir. En effet, le nom de plante annuelle 
s'applique exclusivement aux végétaux, qui, dans l'es- 
pace d'une année ou d'un été, parcourent toutes les 
phases de leur développement et périssent nécessaire- 
ment après avoir mûri leurs graines. Les plantes vivaces, 
au contraire, prolongent leur existence après avoir fruc- 
tifié et fournissent chaque année de nouvelles fleurs et 
de nouveaux fruits ; leurs tiges, soit souterraines, soit 
aériennes, sont herbacées la première année de leur 
développement, mais deviennent sous-frutescentes ou 

ligneuses dans les années suivantes. Le Réséda et le 
Ricin sont certainement des plantes vivaces, qui fleuris- 

sent et fructifient Tannée même où elles ont été semées ; 

mais qui ne périssent pas, même dans nos climats, im- 
médiatement après avoir donné leurs graines; elles 



continuent encore à végéter, jusqu'à ce que, saisies par 
les premiers froids de l'hiver, elles meurent par congé- 
lation et non par suite de la marche nécessaire de leur 
végétation. Ce qui le prouve, c'est que, protégées contre 
le froid dans nos serres, elles, vivent, fleurissent et fruc- 
tifient pendant plusieurs années. Ainsi donc nous pou- 
vons conclure encore ici que le climat tue ces deux 
plantes, mais ne les modifie pas. 

Toutefois le climat n'a rien d'absolu, et, sous le rapport 
des variations atmosphériques, deux années qui se sui- 
vent peuvent, dans un même pays, différer l'une de 
l'autre aux époques où la végétation est habituellement 
en pleine activité. Tantôt l'année est plus chaude et plus 
sèche et alors les plantes à tiges herbacées et à racines 



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à 










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* 






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80 INFLUENCE DES VARIATIONS MÉTÉOROLOGIQUES LOCALES. 

peu profondes présenteront une stature moins élevée, 
des feuilles moins développées et plus fortement pubes- 
centes, des fleurs plus petites, moins nombreuses et à 
couleur moins vive que dans les années humides ; mais 
néanmoins les caractères spécifiques resteront invariables. 
S'il s'agit de plantes annuelles, les graines de quelques 
espèces ne lèveront pas, peut-être pendant plusieurs 
années, si à l'époque naturelle de leur germination elles 
ne trouvent pas la quantité de chaleur et d'humidité né- 
cessaire pour réveiller l'activité de l'embryon. C'est ce 
que l'on voit souvent dans les pays chauds et déjà dans 
le midi de la France, où certains végétaux annuels dis- 
paraissent momentanément des localités, où antérieure- 
ment elles couvraient le sol, pour reparaître avec la 
môme abondance au bout d'un temps plus ou moins 
long sous l'influence de circonstances climatériques favo- 
rables à leur développement. Mais ces graines ne péris- 
sent pas, et ce repos, prolongé quelquefois pendant plu- 
sieurs années, ne modifie en aucune façon les plantes 

auxquelles ces graines doivent plus tard donner nais- 
sance. 

Dans le nord de la France où, en général, les plantes 
annuelles se montrent tous les ans dans les mêmes loca- 
lités avec une constance remarquable, on rencontre 
néanmoins quelques faits exceptionnels ; le plus saillant 
que nous connaissions est celui que présente le Car ex 
cyperoïdes L. Cette espèce offre une grande inconstance 
dans son apparition. Nous ne la connaissons jusqu'ici en 
Lorraine que dans une seule localité, l'étang de Spada, 
près de Lunéville, où elle fut d'abord rencontrée par 
MM. Gaillardot et Guibal ; c'est en vain que, pendant les 








X 




















INFLUENCE DES VARIATIONS MÉTÉOROLOGIQUES LOCALES. 81 

dix années qui suivirent sa découverte, on la rechercha 
dans les mêmes lieux; mais, en 1842, elle s'y montra 
de nouveau avec un luxe de végétation merveilleux ; elle 
couvrait toute l'étendue du terrain non submergé et y 
formait une véritable prairie à gazon dru et serré. 

Le glacier de Gorner, dans les Alpes de la Savoie, 
envahit une année un champ d'orge, qui venait d'être 
ensemencé, et couvrit ce champ pendant deux ans ; puis 
s étant retiré, les graines se développèrent et l'orge 
mûrit sans présenter aucune variation (1). 

Non-seulement des graines, mais aussi des plantes 
déjà développées, peuvent rester dans un état de torpeur 
pendant plusieurs années consécutives. C'est ainsi que 
M. de Charpentier (2) a observé, qu'en 1818, le glacier 
du Tour, dans la vallée de Chamounix, s'étendit beau- 
coup et couvrit des lieux où croissaient de nombreuses 
plantes, qui furent, pendant quatre ans, enfouies sous le 
glacier ; mais celui-ci s'étant retiré, on vit de 
touffes de Trifolium alpinum L. et de Trifolium 
tosum Reyn., qui comptaient certainement, à en juger 
par leur souche, un assez grand nombre d'années 
d'existence. 

Ramond (3) avait fait antérieurement des observations 
semblables au sommet du Mont-Perdu, dans les Pyré- 
nées. Il y a /vu des plantes, croissant sur la limite des 




rosses 



(1) De Charpentier, Essai sur les glaciers. Lausanne, 1841, 

in-8<>, p. 98. 

(2) De Charpentier, ibid. 

(3) Ramond, De la végétation sur les montagnes, dans les 
Annales du Muséum, T. IV, p. 400. 






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• \ 



82 



INFLUENCE DE L ALTITUDE. 



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neiges permanentes, qui ne voient peut-être pas le jour 
dix fois en un siècle, et parcourent le cercle de leur ve- 
xation dans l'espace de quelques semaines, pour se 
rendormir aussitôt dans un hiver de plusieurs années. 
Et cependant ces plantes, placées dans une situation aussi 
exceptionnelle, ne diffèrent en aucune façon des indi- 
vidus de même espèce, qui, végétant à un élévation un 
peu moindre, voient le soleil tous les étés, et, chaque 
année, fleurissent et fructifient. 

Lorsqu'on quitte une plaine pour gravir une montagne 
très-élevée et souvent même couverte à son sommet de 
neises éternelles, on s'aperçoit bientôt qu'un certain 



nombre d'espèces végétales se succèdent et semblent se 
remplacer à différentes hauteurs, chacune d'elles occu- 
pant ainsi une zone horizontale spéciale, de telle sorte 
que la majorité des espèces est différente sur une même 
montagne à la base, au milieu et au sommet. Mais si l'on 
compare ensuite la végétation des parties supérieures de 

cette montagne avec celle d'un pays situé bien plus au 
nord, les hautes Alpes de la Suisse, par exemple, et les 
plaines de la Norwége ou de la Laponie, on reconnaît 
avec surprise qu'il existe un certain nombre d'espèces 
communes, qui ont ainsi deux habitations, l'une a une 
grande élévation au-dessus du niveau des mers, l'autre 
dans des lieux relativement très-bas. 

L'un des effets de l'altitude, c'est de changer la den- 
sité de l'air; mais ce dernier élément peut être négligé 
et ne semble pas avoir d'influence appréciable sur la vé- 
gétation, comme l'a démontré P. de Candolle (1). L'ai- 






(1) P. De Candolle, Mémoire sur la géographie botanique des 
















INFLUENCE DE L ALTITUDE. 



83 




titude produit un autre résultat, bien plus important ; elle 
modifie singulièrement les caractères du climat, u Une 
n montagne, dit M. Alph. de Candolle (1), est comme 
« une suite de degrés de latitude condensés sur eux- 
n mêmes, où les phénomènes physiques et botaniques 
« se rapprochent, n Mais, s'il en est ainsi, les plantes des 
montagnes doivent être soumises à des influences à peu 
près semblables à celles qui agissent sur elles dans les 
différents climats, et la question, qui nous occupe, con- 
sidérée sous ce point de vue, semble devoir nous con- 
duire à des résultats analogues. C'est en effet ce qui 
existe. 

Certaines plantes alpines ne descendent jamais des 
lieux élevés qu'elles habitent, et, malgré les moyens de 
dissémination, tels que les vents, les eaux pluviales, les 
torrents, les animaux, qui doivent nécessairement en- 
traîner leurs graines dans des régions plus basses et 
même jusque dans la plaine, il est une limite inférieure 
qu'elles ne franchissent pas. ïl en est même qui semblent 
ne pouvoir vivre que dans le voisinage de la* neige fon- 
dante. Ces plantes, spéciales aux hautes régions, ne 
peuvent donc pas s'habituer à des conditions d'existence 
différentes de celle que leur offrirait une habitation 
moins exposée aux rigueurs d'un hiver prolongé ; elles 
ne peuvent pas, sans périr, sortir des lieux où le Créa- 
teur les a pour ainsi dire parquées. Cela est si vrai, que 



s 



plantes de France, clans les Mémoires de la Société d'Arcueil 

T. III, p. 289. 

* 

(1) Alph. De Candolle, Géographie botanique raisonnëe. Paris 

1888, in-So, T. I, p. 249. 




































I 




• 









84 



INFLUENCE DE L ALTITUDE. 



4 









quelques-unes de ces espèces, transportées dans nos 
jardins, ne peuvent y vivre à moins que, pendant l'hiver, 
on ne les abrite dans une orangerie ;-couvertes, au som- 
met des montagnes, d'un épais manteau de neige, elles 
ne sont jamais exposées à des températures très-basses; 

■ 

mais elles ne résistent pas au froid qui agit directement 
sur elles dans nos plaines ; abandonnées là sans protec- 
tion contre les agents météorologiques, elles y périssent 

par congélation. 

D'autres espèces des hautes montagnes se montrent, 

au contraire, plus flexibles. Les torrents et les rivières 



que 




qui 



raines des 



élevées, les charient 



vers les plaines, et les déposent sur leurs rives, où plu- 
sieurs végètent avec vigueur. On peut citer comme 
exemples les Linaria alpina Desf., Campanula pusilla 
Hœnck., Thalictrum aquilegifolium L., plantes essen- 
tiellement alpines, qui se rencontrent cependant dans les 
îles du Rhin jusqu'à Strasbourg et qui ne peuvent 
évidemment venir que des Alpes de la Suisse, ou de 
la chaîne du Jura. Le Linaria alpina existe également 
dans les îles du Rhône et s'y trouve par l'effet des mêmes 

causes. Ces plantes des rives du Rhin et du Rhône ne 
diffèrent en aucune façon, pas même par leur taille, de 
celles de même espèce qui continuent à vivre au sommet 
et sur le flanc des montagnes. Presque toutes les con- 
trées montagneuses du globe nous offrent des faits 

I 

semblables. 

Il est aussi des plantes qui croissent à la fois et natu- 
rellement dans les plaines et sur de hautes montagnes, 
sans éprouver pour ce^a de modifications sensibles. Nous 


















I 









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INFLUENCE DE L'ALTITUDE. 



85 



1 



pourrions citer YArnica montana L. qui vit sur les 
Chaumes des sommets les plus élevés des Vosges et se 
retrouve dans les plaines sablonneuses de Haguenau et 
de la Sologne; les ■Ranuncidus platanifolius L., Aco- 
nitum Lycoctonum L., Rubus nitidus W. el N., Rubus 

* 

saxatilisL., Epilobium montanum L., Ribes alpinumL., 
Digiialis purpurea L., Lilium Martagon L., Narcissus- 
Pseudo-Narcissus L., etc., nous présentent des faits de 

tous points semblables. 

D'autres espèces végétales, qui, comme les précé- 
dentes, se rencontrent dans les plaines de la Lorraine et 
s'élèvent jusqu'aux régions supérieures des montagnes 
des Vosges, ne conservent pas, dans ces conditions bio- 
logiques si différentes, une similitude parfaite ; elles nous 
offrent des modifications appréciables, mais qui, néan- 
moins, n'atteignent pas les caractères essentiels qui dis- 
tinguent leur type spécifique. Ainsi, chez beaucoup 
d'entre elles, la taille diminue, la tige devient moins 
rameuse, pauciflore et quelquefois même uniflore ; leurs 
corolles sont souvent plus grandes et peintes de couleurs 
plus vives. Nous pouvons citer, par exemple, pour la région 
qui a été surtout le théâtre principal de nos explorations 
botaniques les plus assidues, les Ranuncidus nemorosu 
DC, Polygala vulgaris L., Sorbus Aria Crantz, Leu- 
canthemum vulgare Lam., Campanula rotundifolia L., 
Ajuga rcptans L., Rhinanthus minor Ehrh., Agrostis 




vulgaris L., 



(1) 



(1) F. Unger, Ueber den Einflusè des Bodens auf die Verthei- 
lung de?' Gewachse, nachgeiviesen in der Végétation des Nord- 

ôstichen Tyrols. Wien, 1858, in-8°. 









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86 



INFLUENCE DE L ALTITUDE. 



semblables dans les Alpes du Tyrol, Hegetsehweiler et 
son continuateur, M. Heer (1), dans les Alpes de la 
Suisse, Thurmann (2), dans le Jura, les Vosges et le 

Schwartzwald. 

Nous ne pouvons toutefois admettre, avec ce dernier 
et judicieux observateur, que depuis le fond de la vallée 
de Munster (Haut-Rhin) jusqu'aux cimes déchirées du 
Hohneck, le Gnaphalium sylvaticum L. passe, en mon- 
tant, par toutes les transitions, au Gnaphalium norme ^ 
gicum Gunn. Nous avons trop souvent visité depuis ces 
localités, pour pouvoir conserver le moindre doute sur 
la valeur de celte assertion, qui a échappé au célèbre 



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dans les escarpements du Hohneck qu'on trouve le Gna- 
phalium norwegicum, il n'en sort pas, et ce qui prouve 
que cette plante n'est pas une modification déterminée 
par l'altitude, c'est que nous avons souvent vu le Gna- 
phalium sylvaticum, conservant la taille ou les autres 
caractères qu'on lui connaît dans les plaines, sur la pe- 
louse qui domine ces mêmes escarpements et jusque» 
sur leurs bords ; nous avons vu là ces deux plantes à 

quelques mètres l'une de l'autre. Thurmann avoue, du 
reste, que, dans le Jura, plus élevé cependant que les 
Vosges, où, par conséquent, le phénomène de transfor- 
mation devrait être plus saillant, il n'a rien observé de 



(1) Hegetsehweiler et Heer, Flora der Schweiz. Zurich, 1840, 



in-12. 



(2) Thurmann, Essai de phytostatique appliquée à la chaîne du 

Jura. Berne, 1849, in-8<>, T. I, p. 358. 



\ 




INFLUENCE DE L AIR ET DE LA LUMIÈRE, 



87 



semblable (1). Ces deux plantés constituent, selon nous, 
deux espèces parfaitement distinctes. 

Ainsi l'altitude, ou ne modifie pas les végétaux, ou ne 
leur fait éprouver que des changements superficiels, et 
n'ayant aucune importance comme caractères différen- 
tiels. Ces variétés rabougries des montagnes, transportées 
dans nos jardins, sont ramenées immédiatement, ou dès 
la première génération, à leur type primitif, et par con- 
séquent ne constituent pas même de races naturelles. 

Les plantes némorales sont bien loin de rencontrer 

toujours les mêmes conditions d'air, d'humidité et de 
lumière ; ces conditions varient considérablement depuis 
le jour où une forêt vient d'être abattue, jusqu'au mo- 

/ 

ment où son accroissement progressif est devenu suffi- 
sant pour permettre une nouvelle et fructueuse exploita- 
tion. Il est cependant des plantes qui persistent dans les 

forêts aux différentes phases de leur développement, et 
résistent ainsi aux influences si diverses auxquelles elles 
sont successivement soumises. Tant que les arbres sont 
élevés et couvrent de leur ombrage les plantes plus hum- 

- 

blés qui végètent à leur pied, celles-ci se montrent le 
plus souvent grêles, leur feuillage est plus pâle et plus 
mince, leurs fleurs sont peu nombreuses, mais leurs ca- 
ractères spécifiques persistent avec opiniâtreté. Leurs 
variations sont purement accidentelles, et cela est si vrai 
que, la forêt vient-elle à être abattue, elles reprennent 
toute la vigueur de leur végétation et reviennent immé- 
diatement à leur type normal. 



# 



(i) Thurmann, ibid., T. I, p. 557 










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- 



88 INFLUENCE DE l'AIR ET DE LA LUMIÈRE. 

Mais il est d'autres espèces némorales, qui ne peuvent 
s'habituer à des situations aussi diverses et qui disparais- 
sent, pour ne se montrer de nouveau sur le même sol 
qu'avec le retour des circonstances favorables à leur 



existence. Nous pourrions en citer un grand nombre 






d'exemples; nous nous contenterons des deux suivants 
que nous fournit le genre Viola. Jos. Koch a observé 
que les Viola canina L. et sylvatica Fries semblent se 
substituer l'un à l'autre dans certaines forets. Selon lui, 
le premier ne s'y rencontre que dans les jeunes taillis, 
et au fur et à mesure que les végétaux ligneux viennent 
lui dérober l'air et la lumière, cette plante est remplacée 
par le Viola sylvatica, qui se plaît dans les lieux ombra- 
gés. Le célèbre professeur d'Erlangen (1) en a même 
conclu que ces deux formes végétales constituent une 
seule et même espèce modifiée par les influences aux- 
quelles elles sont soumises. J'ai eu occasion de constater 
dans nos bois de la plaine et notamment clans ceux de 
Tomblaine et de Saulxures, près de Nancy, la réalité des 
faits observés par Koch; mais en même temps j'ai pu 
m'assurer qu'il n'y avait pas transformation, mais sub- 
stitution d'une espèce à une autre espèce. Du reste, dans 
nos bois du calcaire jurassique, où le Viola sylvatica 

abonde, on n'observe jamais, même dans les très-jeunes 
taillis, le Viola canina, qui est une espèce éminemment 
siiicicole. Koch a, du reste, abandonné ses idées à l'oc- 
casion de ces deux Violettes, puisque, dans la deuxième 
édition de son Synopsis, qui date de 1843, il conserve 






(1) Jos. Koch, dans le Flora ode?' botanische Zeitung, 184-1, 

part. 2, p. 4-79. 













I - 



i 



s 



INFLUENCE DES STATIONS. 



89 



les deux plantes comme espèces légitimes. Il n'était pas 
possible, en effet, qu'il persistât dans son ancienne opi- 
nion, depuis que M. Alex. Braun a démontré que ces 
deux plantes diffèrent beaucoup Tune de l'autre par leur 
mode de végétation, que l'une a ses axes déterminés, 
tandis qu'ils sont indéterminés dans la seconde. 

Le Viola alba Bess. nous présente des faits non moins 
remarquables. Cette plante est en Lorraine particulière 
aux forêts du calcaire jurassique; elle abonde dans les 
taillis de trois à quatre ans, puis disparaît pour ne se 
montrer de nouveau dans le même lieu qu'après une 
nouvelle exploitation; aussi, dans les bois à coupes ré- 
glées, elle semble les parcourir successivement dans toute 
leur étendue avec une régularité telle qu'il est toujours 
possible au botaniste, qui désire la recueillir, de recon- 
naître à l'avance quelles sont les parties de la forêt où il 

doit infailliblement la rencontrer. Ainsi celte espèce qui, 
pour prospérer dans les bois, exige des conditions spé- 
ciales, ne se modifie pas pour adapter son existence aux 
influences nouvelles qui agissent sur elle; elle périt, 



mais ses graines, conservées dans le sol, la reproduisent 



avec des caractères identiques, après une assez longue 
série d'années, qui ramène périodiquement une situation 
favorable à son développement. Ainsi nous vérifions 
toujours la constance delà même loi. 

Il est des plantes dont l'existence ne semble possible, 
du moins à l'état sauvage, que dans des stations spé- 
ciales. C'est ainsi que le Ramondia pyrenaïca Rich., 



malgré le grand nombre de graines qu'il produit chaque 



année et les causes de dissémination qui peuvent les ré- 
pandre, ne se rencontre que dans les grandes vallées des 









j 















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1 






tt^n 
















































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! 






90 



INFLUENCE DES STATIONS. 



Pyrénées, qui sont toutes dirigées du nord au sud, et 
que cette plante ne se montre jamais dans les vallées 
collatérales (1), tandis que d'autres espèces sont répan- 
dues et prospèrent à la fois dans les bassins principaux 
et secondaires de cette haute chaîne de montagnes. 

a Dès qu'on sort de la région des Oliviers, dit de Can- 
n dolle (2), pour gravir sur les montagnes, qui partout 
ii l'abritent du nord, on trouve une petite zone essen- 
ii tiellement composée d'un arbuste connu des bota- 
11 nistes sous le nom cle Genista cinerea; je l'ai trouvé 
11 dans les mêmes positions et dans les mêmes hauteurs 
ii en Roussillon, à Nice et dans tout le midi de l'ancien 
ii Dauphiné et le nord de la Provence ; je l'ai toujours 
» trouvé dans les pentes exposées du côté de la Méditer- 

ii ranée et jamais sur le revers opposé. Le Mélèze, très- 
ii commun dans toute la partie des Alpes que je viens 
il de visiter, présente la disposition contraire ; il couvre 
h dans chaque vallée la côte exposée au nord et sa con- 
stance à cet éaard est véritablement digne d'atten- 



ii 



ii tion. ii 



forêts 



le Thlaspi montanwn L. ne se montre jamais que sur 
le flanc des vallées et toujours à l'exposition ouest; il 
persiste dans les bois élevés et dans les taillis, par con- 
séquent à l'ombre comme au soleil, et cependant il ne 
s'étend pas aux localités voisines, qui offrent une exposi- 
tion différente. 



(1) Ramond, De la végétation sur les montagnes, dans les 
Annales du Muséum, T. IV, p. 402. 

(2) De Candolle, dans les Mémoires de la Société d 3 agriculture 
du département de fa Seine, T. XIII, p. 2I4-. 










1 



INFLUENCE DE LA NATURE DU SOL. 



91 



Toutes ces plantes ont donc besoin pour prospérer de 
conditions spéciales, et la dispersion accidentelle de leurs 
graines ne les propage pas en dehors de leurs limites 
naturelles ; elles périssent ailleurs, mais ne se modifient 



pas 



Si le climat et les autres influences dont nous venons 
de parler, n'altèrent en aucune façon les particularités 



d'organisation qui distinguent entre elles les espèces 






végétales, la nature du sol ne serait-elle pas un modifi- 
cateur plus actif? Vegetabilia, dit Linné (1), climate et 
fertilitate terrœ ita mutentur, ut una eademque planta, 
in diverso solo nata, sœpissime videatur parentibus sat 
dissimilis varietas. Beaucoup de faits, confirmés par 
l'observation journalière, tendent à prouver que cette 
cause n'est pas plus puissante que ne le pensait Linné. Et 
d'abord, la grande majorité des espèces végétales vivent 

indistinctement sur toutes les formations géologiques et 
par conséquent sur des terrains dont les propriétés phy- 
siques et la nature chimique sont très-variées. Cepen- 
dant un certain nombre de ces espèces ubiquistes vivent, 
en outre, à la fois dans les plaines et jusqu'au sommet 
des montagnes et, qui plus est, sous des latitudes diffé- 
rentes. Toutes ces causes réunies ne parviennent pas à 
altérer leur type ; elles ne varient que dans leurs carac- 
tères les plus superficiels. 

Mais, s'il est des végétaux qui peuvent vivre et se pro- 
pager sur toute nature de terrain, il en est d'autres, qui 
semblent ne pouvoir exister, à l'état sauvage, les uns 















(1) C. Linnseus, Âmœnitates academicœ. Ilolmiœ, 1750, in-8°„ 

T. III, p. 31. 













92 



INFLUENCE DE LA NATURE DU SOL. 












que sur un sol siliceux, les autres que sur les formations 
calcaires (1). Lorsque les deux espèces de sol sont immé- 
diatement en contact, comme il arrive là où un îlot calcaire 
se trouve emprisonné au milieu d'une grande étendue 
de terrain siliceux, ou bien là où les roches granitiques 
se font jour à travers des montagnes calcaires, la diffé- 
rence de la végétation est nettement tranchée. Si l'on 
étudie celte question sur la ligne *de contact des forma- 
lions quarlzeuses de la chaîne des Vosges avec le Mus- 
chelkalk, les plantes silicicoles et les végétaux calcicoles 
ne franchissent pas les limites que la nature du sol leur 
a tracées et ne suivent pas dans leurs stations diverses les 
plantes ubiquistes. Dans les Pyrénées orientales, à Ver- 
nct-les-Bains, on trouve au milieu des roches feldspa- 



ihiques, qui constituent le massif granitique du Canigou, 






un petit enclave calcaire, parfaitement circonscrit, connu 
dans le pays sous le nom de Bois-Pinat, et dont la végé- 
tation contraste de la manière la plus tranchée avec celle 
des terrains siliceux, qui l'entourent de toute part. C'est 
ainsi qu'on y voit en abondance le Chrysanthemiim co- 
rymbosum L., XOnonix Natrix L., YEiiphrasiaviscosa 
L., etc., qui ne s'étendent pas au delà de la circonscrip- 
tion du sol calcaire et ne se retrouvent que sur des ma- 
melons de même nature géologique, par exemple, à la 
Trancade d'Ambouilla, située à 7 kilomètres de Vernet. 






(l)Ce n'est pas de nos jours seulement qu'on a constaté que cer- 

* 

taines plantes sont spéciales à des terrains de nature minéralogique 
déterminée. Dès 1789, Link (Florœ gœltingensis spécimen. Gœt- 
tingse, 1789, in-8°) a fait connaître les plantes des environs de Gœt- 
tingue, qui lui paraissaient propres aux terrains calcaires. 



\ 



I ■ 




■V 










INFLUENCE DE LA NATURE DU SOL. 



93 



Nous pourrions citer beaucoup d'autres faits analo- 
gues ; mais ceux que nous venons d'indiquer nous ont 
trop vivement frappés, pour être passés sous silence. 

Cependant, lorsque le sol d'une vallée est siliceux et 
que les coteaux qui la dominent sont calcaires, on voit 
quelquefois les plantes calcicoles descendre sur le sol 
quartzeux et elles peuvent y prospérer ; mais alors on 
reconnaîtra que l'élément calcaire, entraîné des sommets 
par les eaux pluviales, se trouve assez abondamment 
mêlé à l'élément siliceux. Ce fait nous démontre, en 
outre, avec quel soin il faut étudier le sol, si on ne veut 
pas s'égarer dans les recherches qui ont pour objet de 
constater quelles sont les plantes exclusives ou spéciales 
à une certaine nature de terrain. 

Parmi les plantes silicicoles, nous pouvons citer le Di- 

gilalis purpurea L., qui croît abondamment sur les ter- 
rains quartzeux de la chaîne des Vosges, et indifférem- 
ment sur toutes les formations qui la constituent; elle 
ne dépasse pas la limite du grès bigarré, et, en Lorraine, 
on n'en voit plus un seul pied sur le Muschelkalk, ni sur 
les terrains argileux ou calcaires qui forment la série des 

■ 

couches géologiques jusqu'aux étages supérieurs du 
calcaire jurassique. Mais elle reparaît dans la forêt d'Àr- 
gone sur les grès verts siliceux, qui séparent la Lorraine 
de la Champagne; elle disparaît encore dans la formation 
crayeuse et se montre de nouveau sur les sables siliceux 
tertiaires, aux environs de Paris, dans la Sologne, en 
Picardie, sur plusieurs points de nos départements cen- 
traux; l'Auvergne nous la présente aussi sur ses Dômes 
basaltiques ; les Pyrénées, le Forez et l'Arclèche exclusi- 
vement sur leurs parties granitiques. La chaîne du Jura, 



"* . 






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94 



INFLUENCE DE LA NATURE DU SOL. 



au contraire, qui est calcaire, en est complètement dé- 
pourvue. La Digitale pourprée n'est pas, comme on le 
voit, un végétal qui soit propre à une formation géolo- 
gique particulière ; mais son existence, à l'état sauvage, 
paraît être étroitement liée à la nature minéralogique du 
sol ; cette plante ne vit spontanément que sur les terrains 
dans la composition desquels la silice est prédominante. 
Cependant quelques naturalistes assurent l'avoir ren- 
contrée sur le sol calcaire et même sur la craie-tufau. 
Mais ont-ils bien saisi la véritable constitution chimique, 
non pas seulement du sous-sol, mais principalement de 
la couche dans laquelle plongent et vivent les racines de 
cette plante? Ce qui justifie le doute que nous émettons, 
c'est que M. cle Brébisson (1) n'indique cette Digitale, 
dans la basse Normandie, que sur un sol argileux et 
rempli de silex, qui se trouve sur la craie. » La Digitale, 



dit >à son tour 



(2) 



les roches de transition et tout à fait étrangère à la 
plaine de Caen (région éminemment calcaire), pourra 



se trouver dans les grès tertiaires et dans l'argile plas- 



tique; elle croit môme dans le Calvados, ainsi que 
plusieurs autres plantes des régions non calcaires, au- 



b 



(Green-Sand) 




déjà un peu à l'argile plastique, produit un sol qui 



y 



(I)De Brébisson, Mémoires de la Société Linnéenne de Nor- 
mandie, T. IV, p. 382. 



dans 



(2) De Caumont, Topographie géognostique du Calvados, 
les Mémoires de la Société Linnéenne de Normandie, T. IV, 

p. 119. 













INFLUENCE DE LA NATURE DU SOL 



95 



u ressemble, jusqu'à un certain point, a celui du grès 
m rouge, des phyllades et de la grauwacke. w 

Je ne pense pas que la Digitale pourprée puisse se 
maintenir sur les terrains exclusivement calcaires, et, à 
l'appui de cette opinion, j'invoque les faits suivants. 
M. Vernier (1), ancien directeur du jardin botanique de 
Porentruy, a semé des graines de cette plante sur les 
collines jurassiques de Porentruy, à l'époque de leur 
dissémination naturelle ; ces graines n'ont pas levé, quoi- 
que l'expérience ait été répétée plusieurs années consé- 
cutives dans des localités et à des expositions différentes. 

Semées, au contraire, au commencement et à la fin de 
l'hiver dans les mêmes localités, elles ont eermé, ont 



fleuri et fructifié, mais elles n'ont pu se resemer naturel- 

lement. > 

La Digitale pourprée croît abondamment sur les ter- 



rains granitiques de la Bretagne ; les graines sauvages 



que M. le colonel Serres (2) a transportées dans un jardin 
à sol calcaire, ont donné des pieds qui, à la seconde gé- 
nération, ont présenté des fleurs blanches. 

Au jardin des plantes de Nancy, dont Ië sol est cal- 

caire et un peu argileux, mais meuble, on n'a pu, depuis 
vingt ans que je le fréquente ou que je le dirige, y con- 
server la Digitale pourprée ; elle ne s'y est jamais repro- 
duite spontanément, elle y languit et ses fleurs perdent 
leur couleur vive. Cependant, dans les jardins de la partie 



- 



















. 






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* 









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v : 



























(1) Contejean, Enumération des plantes vasculaires des envi- 
rons de fflontbéliard. Besançon, i8§£, in-S°, p. 60, en note. 

(2) Serres, Bulletin de la Société botanique de France, T. IV, 

p. 458. 















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96 



INFLUENCE DE LA NATURE DU SOL. 









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0). 



élevée de cette ville, où le sol est un sable siliceux et 
terreux, elle s'y propage d'elle-même et y prospère. 
M. Moquin-Tanclon a fait, au jardin des plantes de Tou- 
louse, une observation analogue : la Digitale y perdait 
constamment le brillant coloris de ses corolles et dispa- 
raissait bientôt ; il n'a pu la fixer à sa place dans l'école 
de botanique qu'en lui donnant un sol artificiel formé de 
détritus d'un schiste siliceux. Cette Personnée continue 
donc à être pour nous une plante essentiellement sili- 
cicole 

LeRumex Acetosella L., ou petite Oseille, n'est pas 
moins remarquable par la constance de ses stations sur 
le sol siliceux, que ce sol soit le granité, le porphyre, le 
grès vosgien ou bigarré, les basaltes, la mollasse, le dilu- 
vium siliceux, etc. ; qu'il reste inculte ou qu'il soit cul- 
tivé. Jamais on ne l'observe sur les terrains dans lesquels 
la chaux domine. L'élément calcaire paraît être l'ennemi 
irréconciable de cette espèce, comme le prouve l'expé- 
rience suivante : M. Félix de Verneilh (2) a observé 
qu'à Nonlron les champs qui reposent sur le sol gra- 
nitique sont infestés par le Rumex Acetosella L ; mais 
on parvient à faire disparaître facilement ce fléau des 
cultures, au moyen de la chaux. La petite Oseille avait 
complètement envahi un champ de Trèfle et disputait 












(1) J'ai émis, pour la première fois, cette idée, en 1843, dans la 
première édition de ma Flore de Lorraine (T. II, p. 1-42), et je l'ai 
reproduite depuis dans différents écrits. 

(2) Ch. Desmoulins, Troisième mémoire relatif aux causes qui 
paraissent influer 'particulièrement sur la croissance de certains 
végétaux dans des conditions déterminées, dans les Actes de la 
Société Linné enne de Bordeaux, T. XV, septembre 18-48. 



y 









INFLUENCE DE LA NATURE DU SOL. 



97 



/ 



avec avantage la possession du sol à celte utile Légumi- 
neuse. Ce champ fut chaulé dans une moitié de son 
étendue, et toute cette partie, sur laquelle la chaux 
exerça son action, en fut entièrement purgée, tandis que, 
sur tout le reste du champ, ce Rumex incommode con- 
tinua a se propager avec la même vigueur. 

Le Calluna vul g arts Salisb. se rencontre le plus sou- 
vent sur les sols siliceux où il végète avec vigueur. On 
dit cependant qu'il vient quelquefois sur les terrains cal- 
caires, où il reste rabougri. Je ne l'ai rencontré en Lor- 
raine, sur noire formation jurassique et sur celle du lias, 
que dans des localités où le sous-sol est recouvert de 
diluvium siliceux. M. Hugo von Mohl (1), qui, sans nier 
l'action physique, croit à l'influence chimique, rapporte 
qu'on fait disparaître le Calluna vulgaris, qui abonde 
dans les champs siliceux (il s'agit sans doute de cultures 
permanentes), en y introduisant de la marne calcaire (2). 

Parmi les plantes siljcicoles, nous pouvons citer en- 
core, en prenant nos exemples dans la Flore de France, les 
Teesdalia nudicaulisR. Br.,Polygala depressaWend., 
Dianlhus Armeria L., Silène gallica L. etrupestris L., 
Alsine rubra Wahlenb.,SpergulapentandraL.,Itadiola 
hnoïdcs GmcL, Hypericum pulchnm L. et humifusum 
L., Ulex europœus L., Sarothamnus vulgaris Winm. 
Ornithopus perpusillus L., Corrigiola littoralis L., 

rniaria glabra L., Illecebrum verticillatum L., 



m 



Saxifraga 



(1) Hugo von Mohl, Vermischte Schrifften, p. MO. 



Wu 



p. 78. 



I. 



7 


































A 


















98 



INFLUENCE DE LA NATURE DU SOL. 



licapyrenœa Spreng., Galium fiercynicum Weig., Ar- 
nica monlana L., Chrysanthemum alpinum L., Filago 
gallica L.,Gnaphalicum norwegicum Gunn.el arenarium 
DC., Centaurea nigra L., Hypochœris glabra L., Ar- 
noseris pusilla Gœrtn., Leontodon pyrenaïcus Gouan, 
Jasione perennis Lam., Azalea procumbens L., Vacci- 
nium Myrthillus L., Myosotis versicolor Pers., Galeopsis 
ochroleuca Lam., Plantago arenaria Waldst. et Kit., 
Rumex monlanus Poir., Orchis albida Scop., Juncus 



bu fi 



Heleocharis ovata R. Br„ Nar 
ûauc.a P. Beauv.. Panicum a 



Triodia decumbens P. Beauv.^Âira Caryophyllea L. et 



Il est aussi des plantes calcicoles, et nous pouvons in- 



fl 



diquer comme telles les suivantes : Anémone Hepatica L. 
et si/lvestris L., Fumaria Vaillantii Lois., Denlaria 
pinnata Lam., Iberis amara L., Hutschinsia petrœa R. 
Br., Viola alba Bess. etmirabilis L., Polygala austriaca 
Crantz et calcarea Schultz, Allhœa hirsuta L., Hype- 

ricum hirsutumL., Géranium rotundifoiiumL., Genisla 



Halleri Revn., OnonisNatrix L., Trifi 



/« 



Mahaleb 



tundifolium L. et falcatum L., Carum Bulbocastanum 
Koch., Seseli montanum L., PeucedanumCer varia 
Lapeyr., Orlaya grandiflora Hoffm., Caucalis dau- 
coïdes L., Aster Amellus L., Bellidiastrum Michelii Cass., 
Inula scdicina L., Anthémis tinctoria L., Cirsium acaide 
AIL, Cichorium Inhjbus L.,Lactuca perennis L., Crépis 
taraxacifolia Thuill., Hieracium prœallum Koch, 
















\ 






« ■ 







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INFLUENCE DE LA NATURE DU SOL. » 99 

Campcmula glomerata L., Genliana cruciata L. et ger- 
manica Willd., Convolvulus arvensis L., Phy salis Al- 
kekengi L., Lithospermum purpureo-cœndeum L., Ga- 
leopsis augustifolia Ehrh., Melitlis Mclïssophyllum L., 
Calaminlha officinalis Mœnch., Slachys alpina L., Pru- 
nella grandiflora Jacq., Teucrium montcmum L. (1), 
Ajuga Chamœpitys Schreb., Euphrasia lutea L., Melam- 
pyrum arvense L. (2), Globularia vulgaris L., Rumex 
sciitatus L., Passerina annua Wick., Daphne Laureola 
L-, Euphorbia verrucosa L., Orchis Simia Lam. r v 
Icata Lam. et pyramidalis L., Himanlhoglossum hir 
cinum Sprcng., Cypripedium Calceolus L., Anlhei 



ga 



icum 



ramosum L., Carex ornilhopoda Willd, gynobasis Vill 

et humilis Leyss., Phleum Bœhmeri Wib., Melica ne- 

brodensis Guss., Sesleria cœrulea Ard., etc., etc. 

Parmi les cryptogames vasculaires, nous citer 



ons sur- 



tout, comme plante exclusive, le Pteris aquilina I.,que 
M. Ch. Des Moulins (3) considère avec raison comme 

i 

spécial aux terrains dans lesquels la silice est prédomi- 



(i) Thurmann (Essai de phytostatique appliquée à la chaine du 
Jura. Berne, 1849, in-8°, T. I, p. 369) indique cette plante sur les 
sables siliceux purs de la région rhénane; je ne l'ai jamais rencontrée 
dans la plaine d'Alsace que sur l'alluvion calcaire de l'IU. Je l'y ai 
recueillie de nouveau en juillet 18S8. 

(2) Ce fait est d'autant plus remarquable que cette plante est pa- 
rasite sur le blé; le parasitisme n'exclurait donc pas l'influence du 



sol. 



(3) Ch. Desmoulins, Troisième mémoire relatif aux causes qui 
paraissent influer particulièrement sur la croissance de certains 
végétaux dans des conditions déterminées, dans les Actes de la 

Société Linnéenne de Bordeaux, T. XV, septembre 1848. 



V 










































100 



INFLUENCE DE LA NATURE DU SOL. 















nante. Cette Fougère existe cependant sur la formation 
jurassique. Elle n'est pas rare sur l'Oxfordien ; mais cette 
roche renferme ordinairement 80 p. 0/0 de silice, ce qui 

i 

" explique cette exception apparente et confirme la règle. 
Les coteaux d'Oolithe inférieure, qui dominent Nancy, 
nous la montrent ça et là; chaque année, dans mes her- 
borisations, nous la rencontrons au milieu des bois qui 
couronnent ces coteaux, et bien que la nature du sol, 
couvert de feuilles sèches ou de Mousses, n'apparaisse 
pas au premier coup d'œil, je puis avec assurance an- 
noncer à mes élèves que le terrain, dans lequel les racines 
de ce végétal sont implantées, est du diluvium formé de 
cailloux roulés, de sable siliceux et d'argile rougeâtre. 
Chaque année l'exploration du sol vient justifier cette 
prévision. La présence de cette plante dans nos bois 
révèle donc les points de la surface du sol, où la forma- 
tion jurassique est couverte par le diluvium. 

VAsplenhtm septentrionale Sw., le Lycopodium cla- 
vatum L., YEquisetum hyemale L., etc., sont aussi des 
plantes spéciales aux sols quartzeux. 

Les Cryptogames cellulaires nous offrent des plantes 
ubiquistes et des plantes exclusives. 

Il en est qui sont tellement indifférentes au sol, par 

exemple, certains Lichens, qu on trouve quelquefois la 
même espèce, sur les rochers, sur la terre, sur les herbes 
mortes, sur les mousses, sur Técorce des arbres, sur le 
bois équarri ; Fries (1) affirme même en avoir vu sur les 
vitreaux d'une vieille église. Nous pouvons citer Comme 



















i 



(1) Fries, Lichenograpkia europœa reformata. Lundœ, 1831, 
iu-8°, p. Ixxxiv, en note. 




■ * « 





























INFLUENCE DE LA NATURE DU SOL. 

Lecanora varella Ach. et tm 






101 



Y Urceolaria scuprosa Ach., etc. 
H est aussi des Hépatiques, qui vivent à la fois sur les 

%% *\ *■*. L ï * 1 m « a 



humides 



bières 



tels sont les Jungermannia porphyroleuca Nées et tri- 

m ' wm m\ f\^\ #^ * M m O Wv * ^* * w ^ _ _ 



w W/W Ma ^ , e /i W|dM|ïl cft^ ^ j e Madotheca 

Porella Nées, etc. 

Enfin les Mousses nous offrent des faits analogues, 
Parmi lesquels nous pouvons citer, le Neckera crispa 
Hedw., les holhecium sericeum Br. et Sch. et mijurum 
Brid., le Leskea viliculosa Br. et Sch., etc. 

Mais il est aussi des Cryptogames cellulaires spéciales 
à certaine nature minéralogique de terrains. 

Il en est de silicicoles et parmi les Mousses, nous 

1 * 






comptons 



'formis Hedw 



Buxbaumia aphvlla Hall 



mm mterruptum Brid., Tetraphis pellmida Hedw., 
Bijpmim plumosum Hedw. et salebrosum Hoffm., etc. 



aussi 



ceuses, non-seulement quand elles sont en place, mais 
qui se retrouvent encore sur les blocs erratiques de 
Même nature qui ont été transportés au loin et reposent 
sur une formation calcaire, comme cela existe sur les 
flancs du versant oriental de la chaîne du Jura, vis à vis 
la vallée du Rhône. Le contraste est alors extrêmement 
frappant entre la végétation cryptogamique de ces roches 
de transport et celle de la formation jurassique. Ainsi les 
blocs erratiques dont nous venons de parler, sont cou- 
verts de Weissia crispula Hedw., d' Orlholrkhum 
Murmn Hopp., rupestris Schleich. et ffutschinsiœ 











































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I 








102 



INFLUENCE DE LA NATURE DU SOL. 



Hook., de Grimmia ovala Web. et Mohr., commulata 
Hûb., trichophylla Grev., elatior et fimalis Br. et Sch., 
etc. Mousses essentiellement silicicoles et qui ne se 
développent pas sur les rochers calcaires environnants, 
bien que leurs spores s'y répandent nécessairement. 
Il est aussi des Lichens particuliers aux terrains quart- 






Hoffi 



Hoffi 



seulement sur le granité, mais aussi sur les grès vosgien 
et bigarré, sur la molasse, sur le grès de Fontainebleau, 
etc., le Sphœrophorus fragilis Pers., le Stereocaulon 
corallinum Schreb., le Lecanora ventosa Ach., le Cla- 
donia cervieornis Schœr., le Collema velulinum Ach., 

CvV* 

Les roches calcaires ont également leurs Cryptogames 

spéciales. Ainsi, parmi les Mousses, il faut compter les 
suivantes : Bartramia calcarea Br. et Sch., Grimmia 



Schinw., Wei 



f< 



Parmi les Lichens, nous pouvons indiquer comme 
exclusivement calcicoles : les Cladonia alcicornis Flœrk.; 

— ^^"fc__^ rf^fc J**m ^^^ ff ^^ ^^^ .^^^^l /^B /^m\ m^^^mW 



et venosa Hoffi 



Peltigera saccata DC. 

crassaAch. et lentigera Ach.; Lecidœa immersaAch., 

vesicularis Ach.,dccipiens Ach., teslaceaAch. et candida 



Ach.; 



fi 



Urceolaria calcarea 



Hoffm. et tenax Ach., etc. (1) 



'fid 



(1) Il est aussi quelques Lichens corticoles qui croissent sur des 













r 


























INFLUENCE DE LA NATURE DU SOL. 



105 



Ces plantes, particulières à certains terrains, ne se ré- 
pandent pas, comme les plantes ubiquistes, dont il a été 
d'abord question, du sol calcaire sur le sol siliceux et 
réciproquement, lors même que le voisinage de ces deux 
natures de terrains et, qui plus est, l'enclavement de l'un 



dans l'autre, semblent favoriser l'échange des végétaux 
qui croissent sur chacun d'eux. Cela est surtout frappant 
pour les Lichens, bien qu'ils semblent vivre plutôt sous 
la dépendance de l'air et sous celle de leur substraliim. 
ii Quant aux Lichens terrestres et saxicoles, dit M. Mon- 
« tagne (1), il existe une immense différence entre ceux 
m qui vivent dans les régions granitiques et ceux qui 
h habitent les terrains calcaires. Cette différence est 
w même plus marquée que celle qu'on rencontre ordi- 
h nairement entre les Lichens des régions méridionales 
li et septentrionales de l'Europe, w Ces faits nous 
démontrent donc qu'il est des végétaux, dont l'exi- 
stence à l'état spontané est intimement liée à la con- 
stitution du sol. Transportés dans les terrains qui ne 
leur présentent pas les conditions nécessaires à leurs 
besoins, ils ne se modifient pas pour s'accommoder à un 
nouveau genre de vie, mais disparaissent inévitablement. 

il est— il nnç pnnnn c\n rpsfp Hp fmiQ Ipc hnWipnlfpiirç 
























espèces spéciales de végétaux arborescents; pour eux, l'écorce de 
ces arbres, c'est le sol. Il en est également, qui semblent ne pouvoir 
vivre que sur les rochers des bords de la mer; tels sont : les Ver- 
rucaria matera Wahlenb., Ramalina scopulorum Ach., Roccella 

tinctoria Ach. et fucif orrais Ach., Physcia aquila F ries, etc. 
(1) Montagne, Dictionnaire d'histoire naturelle de d'Orbigny, 

T. VII, p. 548. 


















M 











104 



INFLUENCE DE LA NATURE DU SOL 









I 














que certaines plantes ne peuvent vivre et prospérer, clans 
nos jardins et dans nos serres, que cultivées dans la terre 

de bruyères ? 

Cependant il existe souvent, dans un même genre na- 
turel, des espèces très-voisines l'une de l'autre, à ce 
point qu'elles ont été quelquefois confondues par les 
botanistes et qui croissent habituellement sur des sols 
différents, quant à leur nature minéralogique ; les carac- 
tères qui les distinguent ne tiendraient-ils pas à l'action 
modificatrice des éléments constituants du terrain? 
M. Unger, dans l'excellent travail qu'il a publié sur la 
géographie botanique de la partie nord- ouest du Ty- 
rol (1), n'est pas éloigné de penser que certaines espèces 
ont une semblable origine. Il a même dressé une liste de 
quelques espèces, qu'il met en regard, comme étant 
vraisemblablement le produit de l'influence du sol. Nous 
transcrivons ici cette liste : 



CALCAIRE. 



- 



Ribes alpinum L. 
Silène alpeslris Jacq. 

Dianlhus alpinus Z. 
Luzula glabrata Desv. 
Juncus monanthos Jacq. 
Primula pubescens Jacq. 
Phyteuma orbiculare Z. 
Lepidium alpinum L. 
Anémone grandiflora Hopp 
Gentiana bavarica Z. 



SCHISTE ARGILEUX. 

Ribes petrseum Wulf. 

Silène rupestris Z. 
Dianthus glacialis Hœnck. 
Luzula spadicea DC. 

Juncus trifidus Z. 

Primula hirsula Willd. 

Phyteuma fistulosum Rchb. 

Lepidium brevicaule Hopp. 

Anémone alpina L. 

Genliana imbricata Frœl. 






(i) F. Unger, Ueber den Einfluss des Bodens au f die Vertheilung 
der Gewâchse, nachgewiesenin der Végétation des Nordôstichen 

Tyrols. Wien, 1836, in-8°. 





















I 







INFLUENCE DE LA NATURE DU SOL 



105 



Que chacune de ces espèces procède, par voie de 
métamorphose, de celle qui lui est parallèle, et que les 
différences qui les séparent soient réellement l'effet de la 
nature du sol qu'elles habitent, c'est là une simple hy- 
pothèse, qui ne s'appuie sur aucun fait. De plus, le PJnj- 
tewna fistulosum est à peine une variété du Phyteuma 
orbiculare et il en est de même de Y Anémone grandi- 
flora relativement à Y Anémone alpina. 

Le Ribes alpinum ne croît pas seulement sur les ter- 
rains calcaires, mais se trouve aussi, notamment dans les 
hautes Vosges, sur le sol granitique, et, qui plus est, en 

f 

société avec le Ribes petrœum. Celui-ci est, à son tour, 
fréquemment associé, dans le Jura, au Ribes alpinum, et 
ces deux plantes, en changeant de sol, conservent ri- 
goureusement les caractères qui leur sont propres et 

restent toujours à égaie distance Tune de l'autre. 

Le Lepidium alpinum n'est pas une espèce exclusive- 
ment calcicole; je l'ai recueilli sur le massif granitique 
du Canigou, et elle se trouve aussi dans les Pyrénées 
centrales. 

Le Gentiana bavarica croît à la fois sur les mon- 
tagnes siliceuses et sur les formations calcaires. 

Enfin les Silène alpestris, Dianthus alpinus, Luzula 
glabrata, Juncus monanthos, Primula pubescens sont 
des plantes à distribution géographique trop circonscrite 
pour qu'on puisse en déduire une conclusion sérieuse 
relativement à cette grave question. 

Nous pourrions ajouter beaucoup d'autres plantes à la 
liste de M. Unger ; nous n'en n'indiquerons que deux. 
Le Myosotis versicolor Pers., plante exclusivement sili- 
cicole, est voisine du Myosotis collina Rchb., qui croît 





































. i 






* 






^r^ 























106 



INFLUENCE DE LA NATURE DU SOL. 



habituellement sur les coteaux calcaires. VAgrimonia 
EupatoriumL. se voit le plus souvent clans les terrains 
où la chaux domine, et VAgrimonia odorata Ait. est es- 
sentiellement propre aux terrains quartzeux. Mais VAgri- 
monia Eupalorium et le Myosotis collina se rencontrent 
quelquefois, quoique rarement, sur des terrains siliceux, 
et ils y persistent sans éprouver le moindre changement 
appréciable. 

D'une autre part, on ne rencontre entre ces plantes 
parallèles aucun intermédiaire, et cependant, si l'opinion 
que nous combattons est fondée, cela devrait être sur les 
limites des deux terrains qui nourrissent chacune d'elles, 
puisque là se trouvent réunies toutes les conditions favo- 
rables pour observer tous les degrés de cette prétendue 
transformation d'une espèce en une autre espèce. Il fau- 
drait donc supposer, que cette métamorphose s'opère 
brusquement, ce que n'admettent pas, du reste, les par- 
tisans les plus ardents de la mutabilité des espèces ; mais 
l'expérience prouve facilement qu'il n'en est rien. Les 
plantes essentiellement calcicoles, semées sur un sol 
quartzeux, ou bien ne lèvent pas, ou, si elles se déve- 
loppent, elles ne persistent que pour une ou deux géné- 
rations, et ne se métamorphosent pas en une espèce 






« * 



voisine. 



Personne ne conteste que la constitution clu sol n'ait 
une influence positive sur la distribution géographique 
de certains végétaux. Mais cette influence est-elle due à 
ses propriétés physiques ou bien aux éléments chimiques 
qui le composent? 

La première opinion s'étaie tout d'abord d'une auto- 
rité fort imposante, celle de Pvrame de Candolle. Ce 











/ 






. ■ 






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"■M 


























INFLUENCE MÉCANIQUE DU SOL 



107 



célèbre botaniste formule ainsi ses idées sur cette ques 



tion : u Partout on 



(0 



n état du sol, considéré physiquement ou mécanique- 
» ment, a une grande influence sur la végétation, tandis 
ii qu'il en a peu ou point, si on le considère quant à la 
» nature chimique des minéraux dont il est composé. « 
Et, dans un autre ouvrage, il ajoute (2) : u Chaque na- 
ii ture de roche a un certain degré de ténacité et une 
ii certaine disposition à se déliter ou à se pulvériser; de 
« là résulte la facilité plus ou moins grande de certains 
u terrains à être formés de sables ou de graviers et à être 
u composés de fragments de grandeur et de forme à peu 
» près déterminées. Certains végétaux peuvent préférer 
u tel ou tel de ces sables ou de ces graviers, mais la 
n nature proprement dite de la roche n'agit ici que mé- 
« diocrement. n Plusieurs botanistes ont accepté cette 
manière devoir, et nous citerons entre autres M. Alph. 
de Candolle (3) et Thurmann (4). 

11 n'est pas douteux pour nous que les propriétés phy- 
siques du sol aient une action sur la distribution géogra- 



(t) P. de Candolle, Rapport sur un voyage botanique et agro- 
nomique dans les départements du nord-est, inséré dans les Mé- 
moires de la Société d'agriculture du département de la Seine, 

l re sér., T. XIV, p. 229. 

(2) P. de Candolle, Dictionnaire des sciences naturelles de 

Levrault, T. XVIII, p. 576. 

(5) Alph. de Candolle, Géographie botanique raisonnée. Genève, 

185S, in-8°, T. I, p. ità. 

(6) J. Thurmann, Essai de phytostatique appliquée à la chaîne 

du Jura. Berne, 1849, in-8». 



\ 















■ 































y 






































108 



INFLUENCE MÉCANIQUE DU SOL. 



phique des végétaux. Le labourage, en rendant le sol 
plus meuble, plus aéré, plus facilement pénétrable aux 
racines des plantes, plus perméable aux eaux pluviales 
eta ux arrosements artificiels, démontre avec évidence 
cette vérité. Sans lui, du reste, la culture de nos céréales 
deviendrait impossible en Europe; on sait, en effet, que 
le Blé, l'Orge, l'Avoine, abandonnés à eux-mêmes dans 
un champ que la charrue ne sillonne pas chaque année 
disparaissent complètement au bout de deux ou trois ans. 
On sait aussi que le sol, suivant sa couleur et sa con- 
stitution, est plus ou moins susceptible d'être échauffé 
par les rayons solaires, et que ces circonstances doivent 
modifier sa température. Il est certain que les sols cal- 
caires sont plus chauds que les terrains siliceux, et, bien 
que cet effet soit lié à leur nature chimique, il n'en con- 
stitue pas moins un phénomène de caloricité, et par 
conséquent un phénomène physique. 

à 

D'une autre part, les roches, dont les détritus for- 
ment le sol végétal, sont plus ou moins susceptibles de 
désagrégation ; les unes se séparent en graviers, d'autres 
en sables, d'autres enfin en particules extrêmement ténues 
qui forment les argiles. Cet état de division mécanique 

du sol exerce une action remarquable sur sa force hy- 
groscopique, ou, en d'autres termes, elle le rend plus ou 
moins apte à absorber l'eau ambiante et à la retenir ou à 
l'abandonner. C'est un fait acquis à la science, que l'eau 
exerce une action extrêmement importante sur la végé- 
tation, une action même essentielle. Mais toutes les 
plantes sont loin d'exiger, pour prospérer, une égale 
proportion d'humidité; l'état de division et la nature du 
sol doivent donc jouer un rôle considérable dans la dis- 
























■ ^ — - - 




V 



T 






INFLUENCE CHIMIQUE DU SOL. 



109 



1 












tribution des végétaux à la surface de notre planète. Or, 
l'état hygroscopique des terrains constitue aussi un phé- 
nomène physique. 

Nous sommes donc loin de nier l'influence de l'état 
mécanique du sol, et nous lui accordons volontiers une 
large part d'action en géographie botanique. 

Mais nous ferons observer tout d'abord que la calori- 
cité du sol et son hygroscopicité dépendent principalement 
de sa nature minéralogique. La composition chimique 
des terrains a donc au moins une action médiate sur la 

végétation, ce qu'admet sans hésiter M. Alph. de Can- 
dolle lui-même (1). 

Mais l'élément chimique n'aurait-il aucune action im- 
médiate? Il nous semble difficile de l'écarter dans la 
question de la distribution des végétaux sur les différents 
sols. Sans doute, il ne fout pas exagérer son influence, 
mais, selon nous, elle ne peut être niée. Il faudra bien 
l'admettre, si nous démontrons que l'état de compacité ou 
de désagrégation du sol ne peut pas expliquer la présence 
exclusive de certains végétaux sur des terrains bien diffé- 
rents sous le rapport physique, et qui ont néanmoins un 
élément commun, l'élément chimique. Or, c'est préci- 
sément ce que nous montrent certaines espèces silicicoles 
et calcicoles. Le Pleris aquilina L., par exemple, plante 
spéciale aux terrains quartzeux, comme nous croyons 
lavoir démontré, croît abondamment sur les sables fins 
et presque mobiles que nous présentent certains terrains 

d'alluvion; il se rencontre surlediluvium, qu'on observe, 



























(1) Alph. De Candolle, Géographie botanique raisonnée. Paris, 
1888, in-8°, T. I, p. UV. 












M 












A 





-i 






























110 



INFLUENCE CHIMIQUE DU SOL 



non-seulement dons les plaines, mais aussi sur nos co- 
teaux du calcaire jurassique, où le mélange de cailloux 
roulés et d'argile rougeâtre forme un terrain assez com- 
pacte ; il vit sur la molasse, sur les grès verts siliceux et 
sur ceux du lias ; il végète bien sur les chailles de TOx- 

■ 

fordien qui constituent cependant un sol dur et peu per- 



méable ; enfin, on l'observe sur les grès bigarré et vosgien, 



sur le granité, sur les porphyres, etc. Or, tous ces ter- 
rains sont loin de présenter les mêmes propriétés physi- 
ques. Nous pourrions citer bien d'autres exemples 

semblables. 

Tous les terrains appartenant aux diverses formations 
calcaires offrent aussi bien des variations relativement à 
l'état de division mécanique des roches constituantes et 
de leurs propriétés hygroscopiques. 

Il faut donc admettre, du moins pour un certain nom- 
bre de plantes, une autre influence que l'action purement 
physique du sol, et lorsque nous voyons ces végétaux 
vivre sur une seule nature minéralogique de terrains, il 
faut bien admettre que leurs stations exclusives recon- 
naissent pour cause l'influence chimique. 

Ne sait-on pas, du reste, que certaines plantes, qui 
contiennent dans leurs tissus beaucoup de principes im- 



Cha 



i 



gnons, recherchent de préférence les terrains qui renfer- 
ment des matières animales? Celles, dans lesquelles 
l'analyse chimique révèle une quantité notable de cer- 
taines substances terreuses, telles que la silice pour les 
Graminées, la chaux pour les Papilionacées, ont besoin 
d'en trouver dans le sol où elles croissent, et c'est même 
sur celte connaissance qu'est basé, en partie, du moins, 










1 ! 






/ 







. 















INFLUENCE DE L EAU. 



Ht 



l'emploi utile des amendements et des engrais. Dans la 
Capitainerie de Minas-Geraes, au Brésil, la présence du 
fer est indiquée par celle du Cinchona ferruginea A. 
Saint-Hil. (1). MM. Malaguti et Durocher (2) ont fait 



\ 



roir récemment que les plantes propres aux terrains cal- 
caires, renferment ordinairement clans leurs cendres 40 
à 50 pour cent de chaux ; il est difficile d'admettre que 
cette circonstance ne soit pas en connexion avec les 
causes qui permettent à ces plantes de se maintenir sur 
les sols calcaires, mais qui les empêchent de s'étendre 
au delà. Enfin, il est des plantes qui ne peuvent vivre 
que sous l'influence du sel marin ; nous reviendrons un 
peu plus loin sur l'action qu'exerce sur ces végétaux le 
chlorure de sodium. 

L'eau est un élément indispensable à la végétation ; 
mais toutes les plantes n'en exigent pas la même quan- 



tité. Il 



qui 



be 



mide; il en est dont l'existence n'est possible que lorsque 
leur pied plonge dans l'eau; on en connaît, enfin, qui 
ont besoin de flotter à la surface de ce liquide ou même 
qui y sont entièrement plongées. Changez complètement 
ou en partie les conditions d'existence de ces végé- 
taux, le plus souvent, ils ne pourront pas s'accommoder 
à des influences qui sont étrangères à leurs habitudes, 
et la plupart d'entre elles périront inévitablement. S'il en 
est quelques-unes d'une nature plus flexible et jusqu'à 



y 



(1) Aug. de Saint-Hilairc, Mémoires du Muséum, T. IX, p. 31 o e 

(2) Malaguli et Durocher, dans les Annales de chimie et de phy- 
sique, sér. 5, T. LIV (1888), p. 267. 




































112 



INFLUENCE DE LA NATURE DES EAUX 














un certain point plus indépendantes du milieu dans le- 
quel elles vivent, par exemple, les plantes qu'on pourrait 
nommer amphibies, elles ne se modifient pas dans leurs 
caractères spécifiques et n'offrent que des variations su- 
perficielles. Tels sont : le Polygonum amphibium L., 
dont la tige s'allonge et flotte dans l'eau, se raccourcit, 
au contraire, acquiert de la consistance et se dresse hors 
de l'eau, mais ne peut vivre toutefois que sur un sol qui 
conserve une humidité habituelle. Tels sont encore les 
Phragmites communis Trin., Scirpus maritimus L., qui 
nous offrent, lorsqu'ils n'ont pas le pied dans l'eau, une 
taille moindre et une inflorescence appauvrie, mais qui 
conservent néanmoins les caractères essentiels qui les 
distinguent comme espèces. 

Mais la nature des eaux, les éléments minéraux qu'elles 
tiennent en dissolution, ne sont pas partout les mêmes, 
et les espèces végétales qu'elles nourrissent ne sont pas 
toujours indifférentes à ces circonstances. On ne peut 
pas cependant attribuer à l'état mécanique du sol, à sa 
caloricité, à son hygroscopicité la présence exclusive de 
certains végétaux dans des eaux déterminées. Ici le sol 
c'est l'eau, comme l'admet du reste Thurmann, et nous 
n'avons à considérer dans ce liquide que sa température 

et les diverses matières minérales qui s'y trouvent à l'état 
de solution. 

Il est des eaux habituellement froides, il en est de 
tempérées ; il y a aussi des sources chaudes. Mais leur 
état thermométrique propre est bientôt modifié par leur 
contact prolongé avec l'air extérieur. Il est sans doute 
des plantes aquatiques, qui ne sont pas indifférentes à la 
température du milieu dans lequel elles vivent ; pour elles 



m 













T '-*-• 



\ 










INFLUENCE DE LA NATURE DES EAUX. 



113 



ce milieu est le climat. II en est d'autres, au contraire, 
qui, dans un pays comme l'Europe, peuvent vivre dans 
l'eau des rivières, des lacs, des marais, quelles que soient 
les variations, d'ailleurs peu étendues, que leur tempé- 
rature respective présente habituellement. Nous aurons 
soin, du reste, dans la liste des plantes exclusives que 
. nous donnerons plus loin, de n'indiquer que celles qui 
vivent dans des conditions calorifiques analogues. Pour 
celles-ci nous pouvons donc dégager cette donnée phy- 
sique de la question, et il ne nous reste plus à apprécier 
que l'influence de l'élément chimique. Sous ce rapport, 
nous trouvons des eaux qu'on pourrait appeler neutres, 
parce qu'elles tiennent à peine des éléments étrangers 
en dissolution; d'autres sont calcaires; d'autres enfin 

contiennent une proportion plus ou moins grande de 
chlorure de sodium. 

Parmi ces eaux neutres, qui sont presque des eaux 
pluviales, revenant à la surface du sol à travers les ro- 
ches siliceuses primitives, on peut citer comme plantes 
spéciales, les Ranunculus hederaceus L., Nuphar pami- 
lum Sm., Cardamine amara L., Viola palustris L., 



: fl 



My 



Mœnch 



fluitans L., Mar 



quadrifi 



assuré que plusieurs de ces plantes, notamment le Nu 



Myriophyllum altcmifl 



folia 



dans les eaux calcaires du bassin que possède le jardin 

des plantes de Nancy. Pendant plusieurs années consé- 



i. 



8 




























•» 






.«- 




I 
















114 



INFLUENCE DE LA NATURE DES EAUX. 



cutives, j'ai fait planter dans ce même bassin des fruit 
encore humides de Trapa natans, que j'avais reçus soit 
de Ha<nienau, soit de Nantes. Cependant la silice ne 
manque pas dans le sol de notre bassin; car sa surface 
est formée d'une couche épaisse de sable siliceux de ri- 
vière que j'y ai fait déposer. Les fruits de cette plante ont 
parfaitement germé, les tiges et les feuilles se sont nor- 
malement développées, mais jamais les fleurs n'ont paru 
et comme cette plante est annuelle, je dois, tous les ans, 
faire venir des fruits du dehors. 

Les eaux calcaires ne modifient donc pas les plantes 
aquatiques spéciales aux eaux neutres ; elles les tuent ou 
en empêchent la reproduction. 

Mais les eaux chargées de carbonate de chaux sont, 
au contraire, favorables à d'autres espèces végétales, qui 
s'y rencontrent exclusivement. Telles sont les suivantes : 
Ranunculus divaricatuz Schranck, Helosciadium nodi- 
florum Koch, Hippuris vulgaris L., Scrophularia Bal- 
bisii Ilomcm., Rumex HydrolapathumHuds., Butomus 
umbellatus L., ffydrocharis Morsus-Ranœ L., Polamo- 
geton pectinalus L., Glyceria speclabilis M. et K., 
Cinclidolus aquaticus Br. et Sch., Chara hispida L., 

etc. 



iMais s'il est incontestable et généralement reconnu 



que, dans les plantes aquatiques, l'action chimique joue 
un rôle important, pourquoi n'en serait-il pas de même 
des plantes terrestres ? Parce que l'humidité qui mouille 
les spongioles est moins grande chez ces dernières que 
pour les végétaux chez lesquels l'eau constitue en réalité 
le sol végétal, il n'en est pas moins vrai que ce liquide 
dissout également des matières salines et que son action 















INFLUENCE DES EAUX SALÉES. 



115 



sur les organes d'absorption des racines doit être ana 



logue. 



■ 

Mais nous n'avons rien dit jusqu'ici des plantes spé- 
ciales aux terrains et aux eaux saiifères, et celte étude 
vient confirmer la réalité du rôle que nous attribuons à 
action chimique sur un certain nombre d'espèces végé- 



tales. 



Dans tous les pays du globe, les terrains et les eaux 
sales présentent une Flore toute spéciale, et les mêmes 
espèces, qui végètent sur les bords de la mer, se retrou- 
vent, en partie, du moins, dans les marais salés de l'in- 
térieur des terres. Elles y occupent des espaces bien cir- 
conscrits, qui sont, pour ces végétaux marins, de véri- 
tables oasis, où ils semblent comme parqués au milieu 
des continents. Nous pouvons citer, parmi ces dernières 
plantes et en nous bornant à celles de France, les sui- 
vantes : Ranunculus BaudotiiGodr,$pcrgularia salina 
PresL, Crithmum maritimum L,, Apium graveolens L 






h 



, a — "-—" >■«"<• "iniwiv l,., nujrpia rosiei- 

tata Koch, Glyceria dislans Wahlenb., Ulvainteslinalis, 
etc. Ces plantes, par leur présence dans l'intérieur des 
terres, indiquent l'existence du sel gemme dans le sol 
<1« elles habitent, et ce fait botanique permet ainsi de 



0) 



(t) La présence du Ranunculus Baudotii aux environs de Sarre- 
bourg (Meurlhe) m'a permis de soupçonner l'existence du sel gemme 
<*ans le muschelkalk de celle région ; car, jusqu'ici, tous les dépôts 
«e ce minéral, exploités dans ce département, sont subordonnés aux 
marnes irisées. Ce fait, que j'ai publié, en 1 846, daus les Mémoires de 



V 



\ 












































M^^HB 






116 



INFLUENCE DES EAUX SALÉES. 






Ces plantes ont donc besoin, pour vivre et se propager, 
de l'influence du sel marin, et ici on ne peut invoquer 
les qualités physiques du sol, mais seulement l'action 
chimique, pour expliquer la station exclusive qu'elles 

affectent. 

Les espèces marines actuelles ne seraient-elles que les 

espèces propres aux terrains non salifères des mêmes 
régions du globe, modifiées par l'action prolongée du 
sel marin? Y aurait-il eu transformation des unes dans 
les autres ? Ce qui semblerait donner du poids à cette 
supposition, c'est que le chlorure de sodium est un agent 
doué d'une certaine activité ; qu'il peut d'autant mieux 
exercer son influence sur les végétaux, qu'il pénètre 
leurs tissus et se retrouve dans leurs cendres en propor- 

■ 

tion assez considérable. En outre, on expliquerait très- 
bien par là cet état d'isolement que présentent les végé- 
taux maritimes dans les marais salants de l'intérieur des 
terres, et si l'on trouve, dans tous les lieux salés d'une 
même partie du globe, des espèces identiques, cela ré- 
sulterait de la métamorphose des mêmes espèces sous 
des influences parfaitement semblables. 
























I 



la Société royale des sciences, lettres et arts de Nancy, pour 1846 

(p. 60 et. suivantes), et les déductions qui en découlaient naturelle- 
ment, sont venues recevoir bientôt une véritable confirmation. M. Le- 
Yallois, alors ingénieur en chef des mines du département (Mémoires 
de la Société des sciences, lettres et arts de Nancy, 1846, p. 70), 

en étudiant avec soin la constitution géologique du sol des mêmes 
localités, y a reconnu exactement la même série de couches que 
M. d'ÀIberti (Beitrag zu einer Monographie des Bunten-Sand- 
steins, Muschelkalks und Keupers. Siuttgard, 1854, p. 227) a 

trouvées superposées au sel gemme dans le Muschelkalk de la 
Souabe. 







I 






INFLUENCE DES EAUX SALÉES. 



117 



Les faits qu'on observe dans les marais salants de l'est 
de la France ne sont pas favorables à cette manière de 
voir. On trouve, en effet, dans ces marais, plusieurs 



plantes qui n'ont 



pas d'analogues du même genre 



sur -les terrains non salifères avoisinants; tels sont les 

■ea L., Glaux maritima L., Ruppia 



fier b a 



Nées 



on ne 



Pourrait, dans l'hypothèse précédente, expliquer l'ori- 
gine. Car, s'il n'est pas possible, comme nous allons le 
démontrer, d'admettre la transformation d'une de ces 
espèces en une autre espèce, à plus forte raison, on ne 
peut pas croire à la métamorphose d'une espèce d'un 
genre dans une espèce d'un autre genre. Il en est d'au- 
tres qui ont, dans le même pays, des représentants du 
même genre, mais considérés comme espèces distinctes 
On peut citer les Triglochin maritimum L. et palustre L. 
Or, ces deux espèces vivent quelquefois en société sur 
les terrains salés, à Dieuze, par exemple, en restant tou- 
jours séparées l'une de l'autre par des caractères nette- 
ment tranchés ; elles ne présentent jamais aucun individu 
en voie de transformation et qui forme passage de la 
Première à la seconde. Nous pouvons en dire autant des 
Wyceria distans Wahlenb. et jlnitans M. et K. D'une 
autre part, dans les prairies à sol salé, par exemple, dans 
celles des bords de la Seille, les Graminées naturelles 
aux prairies de la Lorraine n'ont subi aucune altération 
appréciable (1). Cependant ces végétaux sont soumis à 



















• 







(1) On connaît d'autres végétaux qui peuvent être indifféremment 
arrosés d'eau douce ou d'eau salée. M. Alex, de Humboldt {Voyage 
aux régions équinoxiales du nouveau continent. Paris, 1818, in-8% 











118 



INFLUENCE DES EAUX SALEES- 









être distinguées spécifiquement des 



Tinfluence du sel marin, sans doute depuis l'époque où 
le sol qu'ils habitent a pris la configuration que nous 
lui connaissons aujourd'hui; M. Becquerel a autrefois 
analysé les herbes des prés salés de la vallée de la Seille 
et a trouvé dans leurs cendres jusqu'à 20 p. 0/0 de chlo- 
rure de sodium, et cependant ces plantes ne peuvent 

mêmes espèces 

croissant dans les lieux où l'influence du sel n'existe pas. 
Puisque ces végétaux ont pu, depuis une longue suite 
de siècles, résister à l'action modificatrice d'un agent 
aussi actif que le sel marin, et bien qu'il pénètre leurs 
tissus, nous croyons être en droit d'en conclure qu'ils ont 

conservé leur stabilité. ^ 

Il est toutefois une espèce très-polymorphe qui se 
modifie d'une manière si évidente par l'action de l'eau 
salée, que quelques botanistes ont fait de cette modifi- 
cation une espèce distincte; nous voulons parler de 
YAlriplex latifolia Wahlcnb., dont la variété des marais 
salants a été décrite sous le nom (VAtriplex oppositi- 
folia DC. Cette dernière forme est rabougrie, plus petite 
que le type dans toutes ses parties, mais ne s'en distingue 
guère que par ses feuilles plus blanches et un peu plus 
épaisses ; l'opposition des feuilles n'est qu'un accident 
qu'on rencontre aussi dans le type. Mais si l'on suit cette 
plante, depuis les marais salés jusque sur un terrain non 
salifère, on voit disparaître d'une manière insensible les 
modifications acquises. De plus, elle ne se maintient pas 
par la culture, et, dès la première génération, elle re- 













T. III, p. 2S1) cite la Canne à sucre, le Mamméi, l'Avocatier et le 



Cocotier. 













1 









INFLUENCE DES EAUX SALÉES. 



119 






prend ses caractères naturels. Ce n'est donc pas une 
espèce et pas même une race ; ce n'est qu'une simple 
variété. C'est, du reste, aujourd'hui, l'opinion unanime 
de tous les botanistes. 

Mais, si la proportion de sel marin, dont le sol est 
imprégné, est trop considérable, les végétaux propres 
aux marais salants y persistent seuls ; ceux des prairies 
voisines, malgré la dissémination de leurs graines, ne 
s'y développent pas ou y périssent, et nous sommes 
encore ici en droit de conclure que le sel marin les 
tue, mais ne les modifie pas dans leurs caractères 
essentiels, ne transforme pas une espèce en une autre 
espèce. 

S'il m'était permis d'émettre une hypothèse sur L'ori- 
gine des plantes maritimes, qui peuplent les marais sa- 
lants de la Lorraine, j'admettrais volontiers que ces vé- 
gétaux sont les descendants directs de ceux qui habitaient 
le même sol, à l'époque où l'Océan venait battre les ri- 

■ 

vages de Vile vosgienne et déposait, dans la formation 
du Trias, ces immenses dépôts de sel qui forment une 
des richesses de notre pays. Ces végétaux se seraient pro- 
pagés et auraient persisté seulement sur les points de 

notre sol, qui, arrosés encore d'eau salée, leur ont con- 
stamment présenté des conditions favorables. De Candolle 
a exprimé une idée analogue au sujet des plantes mari- 
times qui croissent, près de Clermont-Ferrand, dans un 
lieu dont l'eau est saumâtre. u Si l'on réfléchit, dit-il (1), 
« qu'elles se trouvent au pied d'un groupe de volcans 















u 



m 






l 
















(1) De Candolle, dans les Mémoires de la Société d'agriculture 
du département de la Seine, l re sér„ T. XV, p. 208. 











/" ^m 




¥ 









(1) Je possède en herbier un échantillon qui présente, en effet, à 
sa base et au sommet, *dçs feuilles multifides, et, au milieu, des 



L 



T 

feuilles réniformes. On peut consulter, du resle, sur les différentes 
modifications de cette plante, mon Essai sur les Renoncules à fruits 
ridés transversalement. Nancy, 1859, in-8°. 










f 











■'■■ 







120 RÉPONSE AUX OBJECTIONS. 

ti éteints et que les volcans ne semblent pouvoir brûler 
h que par le concours de F eau de la mer, peut-être se- 
in rait-on tenté de regarder ces plantes comme des restes 
n et des indices de l'antique séjour de la mer au pied 
D des montagnes d'Auvergne, ri 

On a cité cependant, comme exemple de la puissance 
modificatrice des milieux ambiants, les Renoncules ba- 
traciennes. Les changements que le Ranunculus aqua- 
tilis L. éprouve, suivant qui! est plus ou moins submergé 
ou qu'il végète complètement à l'air, sont, en effet, fort 



Cette espèce aquatiq 



présente le plus 



habituellement avec deux sortes de feuilles ; les inférieures, 
entièrement submergées, sont déqoupées en lanières 
fines ; les supérieures, flottantes, sont réniformes et lo- 
bées. Mais si elle développe toutes ses feuilles sous l'eau, 
elles sont toutes finement laciniées. Il peut même arriver 
que la plante, ayant déjà fourni quelques feuilles réni- 
formes, l'eau, dans laquelle elle vit, vienne à monter, et 
alors les feuilles qui se développent encore au sommet 
sont de nouveau découpées (1). Enfin, cette espèce peut 
se développer entièrement hors de l'eau, et alors sa tige 

* 

est courte, dressée, rameuse, très-feuillée et forme un 
petit gazon; ses feuilles sont multifides, à lanières con- 
sistantes, cylindriques et un peu charnues. Cette forme 
est tellement modifiée dans ses organes de la végétation, 


























RÉPONSE AUX OBJECTIONS. 121 

qu'on la prendrait pour une espèce très-distincte (1). 
Mais si l'on examine les organes floraux et les carpelles, 
les trouve identiques dans toutes les variations de 



on 



que 



sont purement accidentelles et fugitives, c'est que le 
même individu , observé pendant plusieurs années , 
peut les présenter toutes successivement, suivant que 
l'eau atteint un niveau plus ou moins élevé ou que la 
plante reste sur un sol simplement humecté. On peut 
même à volonté donner naissance à toutes ces variations, 
en plaçant cette Renoncule dans des conditions différentes. 
Ce qui a lieu pour le Ranunculus aquatilis se produit 
également dans toutes les autres Renoncules batraciennes. 
Ce sont là de véritables variétés, puisqu'elles n'ont rien 
de constant ; elles ne constituent pas, par conséquent, 
de races naturelles. 

Le Rubus frulicosus des auteurs a été longtemps 
considéré comme une plante extrêmement variable et se 










* f 



\W 


















'* 




•-;? 







(1) Jamais en pareille circonstance le Ranunculus aquatilis L. 
ne se transforme, comme l'affirme Lamarck (Recherches sur l'orga- 
nisation des corps vivants. Paris, an X, in-8<>, p. 146), en Ranun- 
culus hederaceus L., espèce parfaitement distincte par les caractères 

e sa fleur et de ses carpelles, qui ne présente jamais aucune feuille 
inulufide, même lorsqu'elle est flottante sur l'eau, ce qui arrive fré- 
quemment. C'est là une erreur positive, qui a échappé à Lamarck et 
( l«e nous avons dû relever avec d'autant plus de soin, que cet auteur 

ait autorité dans la science. Cela prouve, du moins, que les plus 
grands génies peuvent se tromper en botanique, comme en bien 

autres choses, et cet exemple pourra peut-être me faire pardonner 
P'us facilement quelques erreurs dont mes ouvrages de botanique 

descriptive sont entachés : errare humanum est. 



mmam 













122 



RÉPONSE AUX OBJECTIONS. 












modifiant même dans les caractères les plus importants, 
tels que l'inflorescence, la forme, la saveur et la couleur 
du fruit, la forme des pétales et du calice, la configuration 
et le vestimentum des feuilles, enfin la direction et la 
forme des tiges, dressées, décombantes ou entièrement 
couchées, arrondies ou pentagones, ou enfin à cinq an- 
gles saillants séparés par des sillons profonds. Mais, de- 
puis que les savants allemands, suédois et anglais se sont 
sérieusement occupés de ce genre litigieux, il n'est plus 
possible de confondre dans un seul et même type spéci- 
fique des formes nettement tranchées, parfaitement con- 
stantes et qui constituent des espèces distinctes aux 
mêmes titres que toutes les autres. Tous ceux qui les 
ont étudiées, non pas sur des bribes d'herbier, mais à 
l'état de vie et dans leur lieu natal, savent très-bien que 
la même forme persiste avec ses caractères spécifiques, 
dans des conditions très-diverses de climat, d'exposition, 
de sol, d'ombrage ou de soleil, d'humidité ou de séche- 




resse. 



Cependant il est encore des botanistes qui persistent 
à réunir sous le nom de Rubus fruticosus un plus ou 
moins grand nombre de plantes de ce genre, et qui s'ap- 
puient sur l'autorité de Koch pour justifier leur manière 
de voir (1). Mais le célèbre professeur d'Erlangen ne les 
a jamais étudiées d'une manière spéciale et il dit positive- 
ment n'avoir jamais prétendu qu'en dehors des espèces 
décrites dans son Synopsis, il n'existe pas d'autres bonnes 
espèces dans la circonscription de la Flore d'Allemagne. 






(1) Kirschléger, Flore d'Alsace. Strasbourg, 1858,in-I2, T. III, 
p. 475. 



. 















^ 









■1 













REPONSE AUX OBJECTIONS 



125 



Il s'exprime, du reste, dans les termes suivants : Ich 
habe niemals behauptet, dass es ausser den von mir 
jetzt in der Synopsis aufgefûrhten Arten von Rubus 
keine anderen guten Arten imiter in unserm Florenbe- 



(1). Si 



qui 



maîtres de la science, il me suffirait de rappeler que, 



(2) 



que les plus 



célèbres botanistes de l'époque actuelle, allemands, sué- 
dois, anglais, italiens, qui se sont occupés de l'étude des 
Ronces, n'ont pu se borner à admettre les seules espèces 
linnéennes, et nous en ont fait connaître un plus ou 
moins grand nombre. Comment, du reste, expliquer que 
plusieurs formes nettement tranchées, se distinguant par 
un ensemble de caractères importants, qui se montrent 
toujours les mêmes, puissent croître pêle-mêle dans un 
même bois et pour ainsi dire côte à côte, en restant tou- 
jours aussi éloignées les unes des autres, bien que sou- 
mises aux mêmes influences de climat, d'exposition, de 
sol, etc., si elles ne représentent pas des types spé- 
cifiques distincts? Comment expliquer, par exemple, 
que le Rubus serpens, avec ses tiges arrondies, en- 
tièrement couchées et serpentant parmi les herbes, 
avec ses feuilles à folioles latérales sessiles, avec ses pé- 
tales orbiculaires et conligus, et le Rubus midis, qui 
végète avec lui dans les bois des environs de Nancy et 









1 







i ■ 












(1) Koch, Flora oder botanische Zeitang, 1858, p. 5. 

(2) Godron, Le genre Rubus considéré au point de vue de l'es- 
pèce, inséré dans les Mémoires de V Académie de Stanislas de 
Nancy, 1849, p. 210 à 238. 












































r 
















1 24 



RÉPONSE AUX OBJECTIONS. 



- 

qui s'en distingue constamment par ses tiges pentago- 

* 

nales, par ses feuilles à folioles toutes pétiolulées, par sa 
grappe fortement divariquée, par ses pétales écartés les 
uns des autres et linèaires-oblongs, puisse être une 
simple variété d'une seule et même espèce, d'un Rubus 
fruticosus imaginaire, lorsqu'il existe une Ronce de ce 
nom parfaitement caractérisée par Linné et très-distincte 
des précédentes, bien que vivant souvent en société avec 



Quelles 



fruticosus 



modifié le pré- 



\ 



çais, pour lui faire produire des formes aussi distinctes 
à quelques mètres de distance? Ce serait là une exception 
bien grave aux lois qui régissent les espèces sauvages ; 
ce serait en outre un effet sans cause. 

Le Sagittaria sagittœfolia L., lorsqu'il croît dans 
une eau profonde, présente aussi dans ses feuilles une 
modification qui n'est pas moins remarquable. Au lieu 

< 

d'être sagittées, elles sont toutes, ou quelques-unes seu- 
lement, rubanées et flottantes. Mais l'eau est-elle, l'année 

suivante, moins élevée, le même pied donne des feuilles 

ces deux formes, les caractères de la 
fleur et du fruit restent les mêmes. 

Le Myriophyllum verticillatum L. nous offre aussi 
des faits analogues. 

Le Juncus supinus Mœnch, lorsqu'il croît le pied dans 
l'eau, allonge bientôt ses tiges et ses feuilles et flotte sur 
ce liquide ; si l'eau vient alors à se retirer, il s'enracine 
à ses nœuds et devient rampant. Lamarck (1) pense que 



sagittées. Dans 



(1) Lamarck, Recherches sur l'organisation des corps vivants 

Paris, an X, in-8°, p. 147. 










1 












CONCLUSIONS DE CE CHAPITRE. 



125 



bu fi 



L., due à l'influence de l'eau ; il s'exprime d'une manière 
très-précise à cet égard. Mais, sans parler des caractères 
importants d'organisation qui séparent ces deux plantes 



qu 



■fi 



dans 



1 eau, ni au bord de l'eau. D'une autre part, le Juncus 
supinus, lorsqu'il croît hors de l'eau, dans les lieux sim- 
plement humides, ce qui est le cas le plus fréquent, a 
ses tiges parfaitement dressées et ne diffère en aucune 
façon par sa fleur et par son fruit de sa variété flottante ; 
il ne se rapproche jamais alors de son congénère, et, 
placées dans les même conditions, ces deux plantes con- 
servent rigoureusement tous leurs caractères distinctifs. 
Nous pouvons conclure de tous les faits exposés dans 
ce chapitre : 

1° Que les agents physiques, tels que le climat, les 
différences de stations, les propriétés mécaniques du 
sol et même ses propriétés chimiques, ne changent en 
aucune façon les caractères spécifiques des espèces ve- 



stales qui existent aujourd'hui ; 




2° Q 



ces caractères sont constants et permettent 



toujours de distinguer les espèces les unes des autres ;' 



Q 



ne produisent en elles 



^e des modifications superficielles, qui disparaissent dès 



que 



Q 



les végétaux sauvages. 



plus que chez les animaux, de races naturelles. 




"i 




11 
















































CHAPITRE TROISIÈME. 



DES ANIMAUX SAUVAGES DE LA PERIODE GÉOLOGIQUE ACTUELLE 
AYANT VÉCU DANS LES SIÈCLES ANTÉRIEURS AU NOTRE. 
















i 



caractères distinctifs, 



Nous avons démontré, ce nous semble, que, de nos 
jours, les animaux et les végétaux sauvages se propagent 
sans éprouver de modifications permanentes. Mais, en 
fut-il de même pendant les siècles qui ont précédé celui 
dans lequel nous vivons ? C'est ce que nous allons re- 
chercher, en remontant aussi haut que possible, vers 
l'origine de la période géologique actuelle. 

Rien ne prouve que les espèces animales aient subi 
d'altérations sensibles dans leurs 
pendant les temps de notre période géologique qui ont 
précédé les temps actuels. Tous les faits connus condui- 
sent, au contraire, à conclure que, depuis un certain 
nombre de siècles, sur lesquels nous possédons des don- 
nées positives, les espèces animales n'ont pas varié. 

Les riches collections zoologiques, réunies depuis le 
commencement du XVII e siècle, en Hollande, en 
France, puis en Allemagne, en Angleterre, etc., conser- 
vent encore, depuis l'époque de leur fondation, des types 
spécifiques, qu'il est possible de comparer à ceux qui 
vivent aujourd'hui. Il est facile de s'assurer que, depuis 



















( 1 1 



PREUVES DE LÀ PERMANENCE DES ESPÈCES SAUVAGES 



127 



plus de deux cents ans, ces espèces n'ont subi aucune 
altération appréciable. 

On connaît une collection de coquilles marines bien 
plus ancienne encore. Chacun sait que Pompéi fut en- 
gloutie sous les cendres du Vésuve, l'an 79 de l'ère chré- 
tienne, et les fouilles faites dans les ruines de cette ville 
romaine, depuis le commencement du siècle actuel, ont 
fait découvrir, dans les maisons encore debout, un grand 
nombre d'objets dignes d'intérêt. On a trouvé notam- 
ment (1), dans la maison d'un peintre, probablement 
naturaliste, une collection considérable de coquilles ; elles 
étaient en aussi bon état de conservation que si elles 
eussent été constamment enfermées dans un musée. 
Toutes les espèces, qui la composent, sont encore vi- 
vantes aujourd'hui, et la plupart môme habitent la Mé- 
diterranée. Elles n'ont donc pas varié depuis plus de dix- 
huit siècles. 



L 



i 



vivait au 11 e siècle de notre ère, a permis de reconnaître 

- 

que les détails donnés par lui sur l'organisation du corps 
humain n'appartiennent pas à notre espèce, notamment 
en ce qu'il dit de la conformation du larynx, du sternum, 
de Fos intermédiaire aux deux rangées du carpe, de 
certains muscles, de la forme du cœcum, de l'appareil 
nasal, etc. Au XVI e siècle, Vésale (2) reconnut que ces 

* 

détails anatomiques ont été presque entièrement observés 























(1) Ch. Lyell, Principes de géologie, Irad. franc. Paris, 18-46, 

ia-18, T. III, p. 12*. 

(2) Vesalius, De corporis humani fabricâ, lil). i, cap.9, 18, 19, 
23, elc. 















































128 TRAVAUX AN ATOMIQUES DE GALIEN ET d'ARISTOTE. 

sur des Singes. Mais ce ne fat pas sans contestation, tant 
était grande encore l'autorité du célèbre médecin de 
Pergame, qu'il put faire admettre cette vérité par ses 
contemporains. Il eut à soutenir une lutte des plus vives 
contre Sylvius, qui, poussé dans ses derniers retranche- 
ments, fut obligé d'admettre que, du temps de Galien, 
les hommes, plus gros et plus grands que dans ce siècle 
de nains, étaient conformés tout autrement (1). Le cé- 
lèbre anatomiste hollandais, P. Camper (2), et plus ré- 
cemment de Blainvilîe, confirmèrent l'opinion de Vésale 
et démontrèrent définitivement, que les Singes, disséqués 
à Alexandrie par Galien, appartenaient à l'espèce du 
Magot (Inuus pithecus L.). Ces animaux n'ont donc pas 
varié dans leur organisation depuis plus de seize siècles, 
puisque l'anatomie du célèbre médecin grec s'applique 
exactement à cette espèce de Quadrumanes. 

Si l'on consulte les ouvrages d'histoire naturelle 
d'Aristote, mort depuis 2200 ans, on y trouve, non-seu- 
lement sur les formes, sur les mœurs, sur les instincts 
des espèces animales de la Grèce et de l'Asie, étudiées 
par lui, des détails, qui sont encore vrais aujourd'hui, 
appliqués aux mêmes espèces. Ses observations sont 

nombreuses et embrassent toutes les classes du règne 
animal, depuis les Orties de mer (Acalephœ Cuv.), qu'il 
a décrites très-bien, jusqu'aux animaux supérieurs. G. 
Cuvier (3) a pu dire avec raison que l'histoire de l'Elé- 









(1) Sylvius, Vesani cujusdam calumn. depuis., p. 83 et 84. 

(2) P. Camper, Kleinere Schrifften, part. I, p. 80 et passim. 
(5) G. Cuvier, Recherches sur les ossements fossiles, éd. & 

Paris, 1854, in-8°, T. II, p. 5. 






















• 



FIGURES DANIMAUX SUR LES MONUMENTS DE l/ANTIQUITÉ. \ 29 

phantest plus exacte dans Aristote que dans Buffori. 



Il 



nous a 



laissé, 



en outre, des études anatomiques 
M u. ne sum pas moins précises et Camper (1) a constaté 
notamment l'exactitude de la description qu'Aristote 
donne de l'oreille de la Baleine 



rpr , ( 2 )> Jes inte. 

lûiepûant et du nombre des doigts accordés 



s a cet 



minants et du 



(3) 



l'organisation du cordon ombilical du veau 



(6) 



W, de 
(5), des 



avec une vérité remarquable, le développement du poule! 



(?) 



Les monuments de l'ancienne Grèce, ceux de la Ba- 
bylonie, de la Perse, de la Chine nous ont conservé des 

figures exactes d'un grand nombre d'espèces animales 
sauvages, qui s'y trouvent représentées. Elles constatent 
encore aujourd'hui, d'une manière évidente, que les 



(1) P. Camper, Kleinere Schrifften, V *vl. l,p. 80, p. 87- part 
4 P- 12 et 13; part. 3, p. 89. ' 

(2) Aristoteles, Historiœ animalium lib. I, cap. 2. 
% Aristoteles, Historiœ animalium lib. II, cap. 17. 
(*) Ibidem, lib. II, cap. 17. 

( s ) ibidem, lib. VII, cap. 10. 
( 6 ) Ibidem, lib. I, cap. 11. 
J 7 ) Ibidem, lib. VII, cap. 3. On sait, du reste, quelles facilités eut 
«tôle pour étudier les animaux. Alexandre n'épargna ni soins, ni 
«penses pour faire recueillir en Grèce, en Asie, en Egypte, des 
animaux qu'il envoyait au philosophe de Stagyre. Au rapport de Pline 
y • VIII, cap. 16), plusieurs milliers de personnes étaient chargées 
e toi procurer des Quadrupèdes, des Oiseaux et des Poissons, pour 
1 U " en étudiât l'organisation. 



I. 



9 




■■ 































;l 





.. - 





















150 FIGURES D ANIMAUX SUR LES MONUMENTS DE l' ANTIQUITÉ. 

formes animales n'ont pas changé depuis un grand nom- 
bre de siècles. Les monuments égyptiens des quatneme 
et cinquième dynasties, qui remontent à plus de 4,000 
ans nous offrent également, et en nombre considérable, 
de/ peintures, auxquelles les animaux, qui vivent encore 
aujourd'hui dans la vallée du Nil, semblent avoir servi 



Ainsi 



de 



ramides, sur des sarcophages, dans les hypogées 
Gyzet et de Thèbes, des figures très-reconnaissables du 
Sin-e du pays de Saba, c'est-à-dire, du Grivet (Cerco- 
pithecus grisous F. Ciw-) (1), et sur un tombeau de 
Memphis la représentation 



du Nisnas (G 



)(2) 



(Cynocephalus hamadryas Cuv.) (3) sont bien plus tre- 
quentes encore sur les antiques monuments de l'Egypte ; 
mais cette espèce a joué un rôle important dans les 



habitants 



Her 



de 



du même animal était aussi le symbole par lequel on 
exprimait les graves fonctions du juge suprême des âmes 
et dans beaucoup d'occasions, le Thot est représenté 



dans 
des 















(i) Champollion le jeune, Monuments de l'Egypte et de la Nubie, 

I 



T. I, tab. 70. 



(2) Champollion le jeune, ibid., T. III, tab. 272. 

(5) Champollion le jeune, ibid., T. I, tab. 51, f. 1 et 5, etT. IV, 
tab 538 et 428 ; Ipp. Rosellini, / monumenti dell' Egitto et délia 
Kubia. Pisa, 1832, in-fo,T.II, lab. 21, f.l, 2 et 5,et tab.59,f. % 



i^aa T'^ 









FIGURES D'ANIMAUX SUR LES MONUMENTS DE L'ANTIQUITÉ. 131 

espèces de Singes, dont nous venons de parler, habitent 
le Sennaar et l'Abyssinie ; mais, comme cela se pratique 
encore aujourd'hui, on les apportait des régions supé- 
rieures du Nil jusque dans la basse Egypte. La Roussetîe 
d Egypte (Pteropus JBgyptiacus Geoff.) est aussi repré- 
sentée sur ces anciens monuments, et ces figures ont été 
reproduites par Rosellini (1); cette espèce de Cheirop- 
tere est encore très-commune dans les mêmes lieux, et 
™ dans les ruines qui nous sont restées de l'antique 






civilisation 



) (2), la Giraffe et le Lion mâle (5) 



(76 



Nil (CrocodilusvulgarisCuv.-), l'Aspic (NajaHajë) Œ) et 
beaucoup d'autres espèces ont aussi exercé très-souvent 
le talent des peintres égyptiens, « J'ai examiné avec fc 



n et d'oiseaux 



(S) 



gravés sur les nombreux obélisques venus 

» d Egypte dans l'ancienne Rome. Toutes ces fkures 



" l'attention des 



ui seul a pu être 1 
d'une ressemblance 



que 



\a 



„ l„ 0n y distin § ue dément l'Ibis, le Vautour, 

* Chouette, le Faucon, l'Oie d'Egypte, le Vanneau, le 

«£ ^^Vol l "' tab - U ' Lii Champ0Ui0n Ie Jeuûe > 

■) Caylus, Recueil d'antiquités égyptiennes, T. I, tab 10 f i 
et T-V, tab. U, i.i. ' ' 

if Ipp. Rosellini, ibid., T. II, tab. 22, L 1 «i 2; Champollion le 
jeun e, T. I, tab. 176, f. 3. 

( ? Champollion jeune, ibid., tab. 109, f. 3. 

) Cuvier, Discours sur les révolutions de la surface du globe 
ea * *>> 1828, p. 126. ' 






"■ 






I 

















I 























P 

















/ 





















152 



ANIMAUX MOMIFIÉS DE l/ÉGYFTE. 



11 Râle de terre, la Vipère haje ou l'Aspic, le Céraste, le 
11 Lièvre d'Egypte avec ses longues oreilles, l'Hippopo- 
ii tame même ; et, dans ces nombreux monuments gravés 
<i dans le grand ouvrage sur l'Egypte, on voit quelquefois 
ii les animaux les plus rares, l'Algazel, par exemple, qui 
h n'a été vu en Europe que depuis quelques années (1).» 
Nous possédons encore des monuments bien plus pro- 
bants, s'il est possible. L'Egypte, dans ses tombeaux, 
immenses ossuaires des générations passées, nous a con- 
servé, en nature, un certain nombre d'animaux sauva- 
ges, qui vivaient il y a plus de trois à quatre mille ans. 
Ainsi, on y trouve plusieurs espèces, qui habitent encore 
les mêmes contrées qu'autrefois, telles que des Quadru- 
manes et notamment le Cercopithecus griseus F. Cuv. 

_ . _ M — A 



), la Musaraigne à queue épaisse (5< 



(G 



) 



(2) 



momifiés sont en nombre immense, et l'Ibis sacré n'est 
pas rare non plus dans les puits de Saceara et dans les 
hypogées de Thèbes. Mais il existe plusieurs espèces 
d'Ibis en Egypte, et la plupart des naturalistes se sont 

longtemps mépris sur celle à laquelle les anciens Egyp- 
tiens accordaient les honneurs divins. Si l'on avait com- 
paré avec soin les peintures qu'ils nous ont laissées de 















(1) Description de l'Egypte. Antiquités, T. IV, planche XLIX. 

(2) Suivant Hérodote, les anciens Egyptiens adoraient deux espèces 
de Musaraigne. La seconde espèce est le Sorex religiosus J.-Geof 
S.-Hil., qui a 'été aussi rapporté des hypogées égyptiens, par 
M. Passalacqua. 



« 



- 
















I I 





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ar 



ANIMAUX MOMIFIÉS DE l'ÉGYPTE. 



133 



cet Oiseau célèbre, l'absence de plumes sur la tête et 
sur le cou et la forme du bec, conduisaient à une déter- 
mination exacte. D'une autre part, Hérodote (1) l'a par- 
faitement décrit et signale nettement ses caractères dis- 
tincts. Bruce (2), Savigny (3) et enfin G.Cuvier (4) 
ont positivement reconnu, en comparant le squelette de 
i Ibis momifié avec celui des espèces de ce genre qui 
Citent 1 Egypte, que l'Ibis sacrée des anciens est celle 
MU. depuis a été nommée Ibis religiosa Cuv. 

ious les animaux que nous venons d'indiquer et qui 
depuis tant de siècles, sont enfouis dans lel hy£S 
égyptiens, présentent, jusque dans les détails les p u 
minutieux une ressemblance complète avec ceux de 



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(t) Hérodote s'exprime ainsi • w.v - m 

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Jpfw»v «xpov. (//erodoa- Afcfor. Iib. 2, cap. 76.) 

1791 f T' F ° y ^ e CW * ttW- " eM -%«*«* fad. franc. Paris, 
j' 111-40, T. V, p. 204. 

0>) Savigny, #fc« .re mythologique de l'Ibis. Paris, 1803, in-8» 
*fo£ t € r ier ' ^^ ** fa# **""»««»* * *« «rA»c. d» 

e > ea. 5, appendice, p. 339 à 597. 
v ) ^«na^es d« Muséum, T. I, p. 233 et 236. 



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ANIMAUX MOMIFIÉS DE L'EGYPTE. 

i) pour un grand nombre d'espèces 



niables et pour plusieurs milliers d'années. Il semble 
que la superstition des anciens Egyptiens ait été inspirée 
par la nature, dans la vue de laisser un monument de 
son histoire. Ces hommes bizarres, en embaumant avec 
tant de soins les êtres bruts dont ils avaient fait les 
» objets de leur stupide adoration, nous ont laissé dans 
n leurs grottes sacrées des cabinets de zoologie presque 

„ complets et nous pouvons nous assurer à présent 

.. „ n , ™ c vouy A* oa misaient un ffrand nombre d'es- 



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« pèces, il y a 3,00U ans. un ne peui iuaiuiwi ^ ««»* 
n de son imagination, lorsqu'on voit encore conservé 
n avec ses moindres os, ses moindres poils, et parfaite- 
n ment reconnaisable, tel animal, qui avait, il y a 2-3000 
n ans, dans Thèbes ou dans Memphis, des prêtres et des 
„ au tels Mais bornons-nous à exposer qu'il résulte 

» de cette partie de la collection du citoyen Geoffroy, 
„ que ces animaux sont parfaitement semblables à ceux 

« d'aujourd'hui. « 

Ces faits si précis, si concluants, nous permettent 
d'établir que les animaux sauvages n'ont pas varié depuis 

30 à 40 siècles, et l'analogie doit nous conduire à penser 
qa'il en a été de même depuis l'origine de la période 

géologique actuelle. 

Nous pouvons encore arriver aux mêmes conclusions 
par un autre ordre de faits qui viennent servir de contrôle 
aux précédents. Les phénomènes géologiques de la pé- 
riode actuelle ont produit et produisent encore journel- 
lement des modifications sur certains points de l'écorce 
de notre planète. Bien qu'il ne soit pas, a beaucoup 
près, toujours possible de fixer d'une manière absolue la 



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ANIMAUX ENFOUIS DANS LE SOL. 



135 




que 



date de ces changements, ils nous fournissent cepen- 
dant des preuves nombreuses en faveur de la doc- 
trine de la stabilité des espèces sauvages ; ils nous per- 
mettront même, dans quelques cas, de remonter plus 
haut dansies âges anciens que les monuments égyptiens 
et peut-être jusqu'à l'origine de l'époque 
dans laquelle nous vivons. 

On sait, en effet, que des dépôts de nature diverse se 
forment d'une manière incessante sous les eaux douces 
et salées. Ces dépôts nous offrent souvent, non-seulement 
des produits de l'industrie humaine, mais des ossements 
humains, et surtout des débris d'animaux qui vivent en- 
core aujourd'hui dans les mêmes lieux, témoins irrécu- 
sables, qui établissent que ces dépôts sont contemporains 
de l'homme. Il en existe de semblables dans presque 
toutes les contrées du globe; quelques-uns ont été mis 
à sec par des causes diverses ou soulevés au-dessus du 
niveau de l'eau, depuis les temps historiques ou même 

* 

à des époques tellement anciennes que la tradition n'a 
pas conservé le souvenir de leur émersion. 

C'est ainsi que le Castor (Castor Fiber L.) a disparu, 

* 

depuis un temps immémorial, d'une partie de l'Europe 
occidentale, où il existait autrefois, comme le prouvent 
les ossements de cette espèce que l'on rencontre quel- 
quefois dans les tourbières en exploitation. Ainsi Mor- 



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0) 



d'autres observateurs, dans celles de la Somme, près 












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(!) Morren, dans le Bulletin de la Société géologique de France, 

T. II, p. 26. 



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156 



ANIMAUX ENFOUIS DANS LE SOL. 



d'Abbeville (1), aux environs de Paris au confluent de 
la Bièvre et de la Marne (2) et à la Ferté- Aleps (3), dans 
le tuf à Resson, dans le département de l'Aube (4). Ces 
ossements, qui ont séjourné pendant des siècles dans ces 
dépôts, sont identiques avec ceux du Castor qui vit en- 
core dans d'autres parties de l'Europe, et, qui plus est, 
on a pu parfaitement les distinguer des débris osseux 



d'animaux du même genre, mais d'espèces différentes, 



et qui appartiennent à des Faunes plus anciennes, comme 
le Castor sigmodus P. Gerv., Castor subpyrenaïcus 

Lart., Castor sausaniensis P. Gcrv. et Castor vicia- 

censis P. Gerv. Le Castor d'Europe n'a donc pas varié, 

en ce qui concerne sa charpente osseuse, depuis l'époque 
reculée où il a été détruit en Flandre et dans les environs 
de Paris. 

Des fouilles pratiquées, pendant le siècle dernier, dans 
la marne coquillère de cinq à six petits lacs du Forfar- 
shire, en Ecosse, préalablement mis à sec, y ont fait 
découvrir un agrégat considérable de coquilles d'eau 
douce, appartenant aux genres Lymnea, Planorbis et 
Cyclas, dont les espèces sont les mêmes que celles qui 
vivent encore dans les marais de la même contrée. Ces 
dépôts coquilliers forment souvent plusieurs lits séparés 















(1) Cuvier, Recherches sur les ossements fossiles, T. V, part. 1, 
p. 06, pi. 3. 

(2) P. Gervais, Zoologie et V&léonthologie françaises. Paris, 

1848-1882, iii-4°, T. I, p. 21. 

(3) G. Prevot el Desnoyers, Bulletin de la Société géologique 
de France, T. XIII, p. 290. 




i) J. Ray, Faune de l'Aube, p. 30. 


















ANIMAUX ENFOUIS DANS LE SOL. 



137 



les uns des autres par des couches de tourbe, de sable 
ou d'argile (1), et doivent être considérés comme s'étant 
successivement formés pendant une assez longue suite de 
siècles. On y voit aussi en abondance les valves calcaires 



d un petit Crustacé branchiopode, du genre Cypris, qui 




habite encore aujourd'hui les lacs et les étangs de l'E 

cosse (2) 

de squelettes de Mammifères, bien qu'on ne puisse sup- 
poser qu'ils y aient été amenés par des inondations. Ils 
se sont donc accumulés dans ces dépôts lacustres succes- 
sivement, ce qui a dû exiger une période de temps con- 
sidérable. On y trouve, parfaitement reconnaissables, 

7 

non-seulement des squelettes d'animaux domestiques, 



ceux du 



a) 



(3) 
(Cervus Elaphus L.) 



itanniq 



La vallée de l'Ouze, entre New-Haven et Lewes, en 
Angleterre, constitue un des estuaires que la mer a 
abandonnés, dans l'espace des sept à huit derniers siè- 
cles. Des strates d'une grande épaisseur s'y sont dépo- 
sées. A leur partie supérieure et immédiatement au- 
dessous de la terre végétale, on voit un lit de tourbe de 
\ m S2 de puissance; vient ensuite un dépôt d'argile, 
contenant dans ses couches les moins anciennes des co- 



(') Ch. Lyell, Principes de géologie, trad. franc. Paris, 1845, 
in -! §> T. II, p. 490. 

(2) Ch. Lyell, ibidem, T. II, p. 493. 

(°) H ne faut pas oublier que ie Loup a complètement disparu de 
l ' Ecosse depuis 1680. 

(4) Ch. Lyell, Principes de géologie, T. II, p. &M. 


















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138 



ANIMAUX ENFOUIS DANS LE SOL. 



quilles d'eau douce appartenant à neuf espèces encore 
vivantes dans la contrée ; dans ses couches inférieures, 
on y a trouvé, à près de 1 1 mètres de profondeur, des 
Testacés marins bien connus sur la côte voisine, et l'on 
a découvert parmi eux un crâne de Narval, qu'il 



a ete 



Monodon 



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L., habitant actuel des mers environnantes (1). 

On trouve, dans le bassin des lacs amers, entre Suez 
et Péluse, des coquilles de mêmes espèces que celles 
que produit la Mer Rouge ; les Spondilles, les Rochers, 
les Mactres y sont communs, et ces derniers en tapissent 
le fond. Ces Mollusques ont-ils continué à vivre dans ces 
lacs après leur séparation de la Mer Rouge? Cela est peu 
probable; sous le ciel brûlant de l'Egypte, ils ont dû 
être desséchés, comme ils le sont aujourd'hui. Cepen- 
dant, du temps de Strabon, ces lacs contenaient de 
l'eau, mais c'était de l'eau douce, amenée du Nil par le 

riait ce fleuve à la Mer Rouge (2). 

Des formations, analogues aux précédentes, ont con- 
tinué à se produire sur beaucoup de points de l'archipel 
des Antilles. Elles ont considérablement agrandi la plaine 
des Cayes à Saint-Domingue, où l'on a trouvé à 6 mètres 

de profondeur et au-dessous de dépôts de coquilles ma- 
rines, dont les espèces habitent encore le golfe du Mexi- 
que, des fragments de vases et de plusieurs autres objets 

travaillés de main d'homme. 

On a aussi découvert, sur la côte nord-ouest de la 




(1) Mantell, Geoloç/y ofSussex, p. 285. 

(2) Renaud, Comptes rendus de l'Académie des sciences do 

Paris, T. XLH, p. 1165. 















/ 









ANIMAUX ENFOUIS DANS LE SOL 



139 



grande terre de la Guadeloupe, dans une roche actuelle- 
ment en voie de formation et consistant en fragments de 
coquilles et de coraux, unis par un ciment calcaire ana- 
logue au travertin, des coquilles qui appartiennent aux 
espèces de la mer qui baigne cette côte, auxquelles sont 
mêlées quelques espèces terrestres, qui vivent encore 
aujourd'hui sur l'île ; parmi ces coquilles, on remarque 
entre autres le Bulimus Guadalupensis Fér. Mais, chose 
remarquable, on y observe aussi des squelettes humains 
entiers ou presque entiers et qui conservent encore une 
bonne partie de leur matière animale et tout leur phos- 
phate de chaux (t). L'un de ces squelettes existe aujour- 
d'hui au Muséum d'histoire naturelle de Paris, et un 
autre à Londres, au Bristish Muséum (2). 

Sur les côtes du golfe de Baïa, près de Naples, et sur- 
tout sur celle de Pouzzole, on remarque une falaise in- 
térieure abrupte et élevée sur certains points de 24 mè- 
tres. Elle est constituée par un tuf très-dur ; à l'extérieur 
elle est couverte de coquilles de Balanus suleatus Lam. 
et percée par des Lithophages perforants, dont on re- 
trouve encore les coquilles dans les trous qu'ils ont 






(1) Ernouf, Transactions of the Linnœan Society, 1818, T. XII, 



p. 83. 



(2) Ces ossements humains ne paraissent pas, du reste, fort an- 
ciens. Le général Ernouf en explique la présence par une tradHmn 
qui rapporte que, vers l'an 1710, une tribu de Gallibis fut vaincue 
et massacrée sur ce point là même par les Caraïbes. Cette origine 
n'est pas probable ; car ces ossements indiquent une race nègre ; 
mais ils n'en sont pas moins assez récents, puisqu'avantla découverte 
de l'Amérique, cette race humaine n'existait pas sar le sol du nouveau 



continent. 






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ANIMAUX ENFOUIS DANS LE SOL. 



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Baïa. La présence sur cette paroi verticale de Mollus- 
ques, qui ne peuvent vivre que dans l'eau, prouve que 
cette falaise intérieure a dû s'élever considérablement 
au-dessus du niveau de la mer depuis sa formation, et 
ce phénomène d'exhaussement, dont on connaît aujour- 
d'hui bien des exemples, qui se sont produits depuis les 
temps historiques, doit être assez ancien, comme le dé- 
montrent les faits que nous allons exposer. Au pied de 
cette falaise, on voit des dépôts plus modernes, 
'élèvent sur certains points jusqu'à 6 mètres, et forment, 
entre la falaise et la mer, un terrain très-fertile, connu 
sous le nom de plaine de la Starza. Ces strates incohé- 
rentes sont- constituées par du tuf alternant avec des lits 
de ponce et de lapilli, et renferment une grande quantité 
de coquilles marines, telles que celles du Cardium rus- 
ticum L., de YOstrea edulis L., du Donax trunculus 
Lam., du Triton cutaceum Lam., du Buccinum serra- 
tum Brocchi, qui souvent ont conservé en partie leurs 
couleurs et qui sont encore très-communes à l'état de vie, 
dans la Méditerranée. Dans les couches tout à fait infé- 
rieures du même dépôt, on a constaté l'existence de 
fragments de tuiles, de mosaïque, de poterie et de sculp- 
tures. Ces faits démontrent qu'avant la formation de ce 
dépôt marin, il y avait déjà, sur cette côte, des construc- 
tions faites de main d'homme. De plus, c'est sur ce dépôt 
qu'a été construit le temple de Serapis, dont trois co- 
lonnes sont encore debout (1). On ne connaît pas 



















(i) Un savant italien, Andréa de Jorio, nous a donné une descrip- 
























ANIMAUX ENFOUIS DANS LE SOL. 



141 



exactement l'époque de sa fondation, mais on sait, par 
des inscriptions trouvées dans Y Atrium de ce temple, 
qu'il fut orné de marbres précieux par Septime-Sévère 
et par Marc-Aurelle (1). On peut donc conclure de ces 
faits, que les coquilles qui entrent, en si grande abon- 
dance, dans la constitution du sol de la Slarza, sont 
nécessairement bien plus anciennes que l'édification de ce 
temple et sont néanmoins postérieures à l'apparition de 
l'homme dans la péninsule italique. Et cependant ces 
tests de Mollusques sont complètement semblables à ceux 
de même espèce, qui habitent aujourd'hui les eaux de la 

côte de Naples. 

Le long des côtes du Chili et du Pérou, on a découvert 
des couches émergées contenant d'abondantes coquilles 
toutes semblables, quant aux espèces, à celles qui habi- 
tent aujourd'hui l'Océan pacifique. Un lit de ce genre, 
dans l'île de San-Lorenzo, près de Lima, à la hauteur de 
25 mètres au-dessus du niveau de la mer, a fourni à 
M. Darwin (2) des morceaux d'étoffe de coton, du jonc 
tressé et un épis de Maïs, objets ayant tous été évidem- 
ment enfouis avec les coquilles. 

Des observations, faites aux environs de Stockolm, 
viennent aussi démontrer la réalité de l'abaissement et 
du soulèvement successifs du sol de cette région, depuis 
qu'elle est habitée par l'homme. Lorsqu'on creusa, en 
1819, à Sœdertelge, à 5 lieues au sud de la capitale de 



tion et un dessin exacts de ces ruines, dans un ouvrage intitulé 
Richerche sut Tempio di Serapide, in Puzzuoli. Napoli, 1820. 

(1) Breislak, Voyage en Campante, T. II, p. 167. 

(2) Darwin' s Journal, p. 151. 





















































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142 



ANIMAUX ENFOUIS DANS LE SOL. 



la Suède, le canal destiné à établir une communication 
entre le lac Mœlar et la Baltique, on traversa des sédi- 
ments marins contenant des coquilles qui vivent encore 
dans les eaux 4e cette mer intérieure. A 18 mètres de 
profondeur, on découvrit les restes d'une hutte de pê- 
cheur, construite en bois, dont la partie inférieure était 
assez bien conservée. Sur le sol formant le plancher de 
cette hutte, on voyait un foyer grossier, consistant en 
une rangée circulaire de pierres, au milieu desquelles il 
y avait encore du fraisii et du charbon. A l'extérieur, on 



qui 



feuilles 



a) 



Sur les côtes de la Sicile, de la Norwége, et sur d'au- 
très points du globe, on a constaté également l'existence 
de formations marines analogues aux précédentes et qui 
renferment aussi, à la fois, des témoins de l'industrie 
humaine et des testacés marins d'espèces identiques à 
celles qui pullulent de nos jours dans les mers avoisi- 
nantes. 

Il est des terrains encore plus anciens que les pré- 
cédents, qui paraissent comme eux appartenir aux 
temps géologiques, qu'on pourrait appeler la période 

de l'homme, bien que l'on n'y trouve pas de témoins de 
la présence de notre espèce, dans les mêmes lieux, à 
l'époque de leur formation. Mais ils ont été déposés 
sous les eaux de la mer, puis émergés, et les coquilles 
fossiles qu'ils renferment appartiennent toutes aussi 
aux espèces vivant actuellement, ce qui nous semble 



(1) Ch. Lyell, Principes de géologie, T. III, p. 460. 







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ANIMAUX ENFOUIS DANS LE SOL 



145 



démontrer, qu'il n'y a eu, depuis que ces Mollusques 
ont péri, aucun de ces bouleversements qui ont changé 
les conditions d'existence des animaux. 

Dans la contrée qui environne Naples, on trouve des 
collines formées de couches d'argile, alternant avec 
des dépôts puissants de tuf volcanique et qui renfer- 
ment d'innombrables coquilles marines, appartenant à 
des espèces encore vivantes aujourd'hui ; ces collines 
s'élèvent, sur certains points, jusqu'à 450 mètres au- 
dessus du niveau de la mer, et nous savons, cependant, 
par l'histoire, que, depuis près de 3000 ans, c'est-à-dire, 
à partir de l'époque de l'établissement des premières 
colonies grecques, aucune révolution ne s'est manifestée 
dans la géographie physique de la Campanie. Ces col- 
lines ne peuvent présenter de traces de l'homme, puis- 
qu'elles n'ont pu être habitées, que depuis l'époque où 
elles sont sorties du sein des eaux. 

L'île d'Ischia, située non loin de la côte de Naples, qui 
présente à son centre une montagne de 793 mètres d'é- 
lévation, est composée de formation marine et volcani- 
que, et a la même origine que les collines dont nous 



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C 



menons de parler. On y a rencontré 92 espèces de co 
iuilles fossiles, qui, toutes, ont, de nos jours, des repré- 
sentants dans la Faune actuelle (1). 

A la base de l'Etna et sur ses parties est et sud, on 
constate l'existence de dépôts marins, qui viennent af- 
fleurer sous les laves modernes. Les coquilles marines 
fossiles que ces strates renferment sont identiques avec 



(1) Ch. Lyell, Manuel de géologie élémentaire, trad. franc. Paris, 
Î8S6, ia-8<>, T. I, p. 190. 



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ANIMAUX ENFOUIS DANS LE SOL. 



les espèces qui habitent aujourd'hui la Méditerranée et 
se rencontrent jusqu'à la hauteur de 183 à 244 mètres 
au-dessus du niveau de cette mer (1). 

Sur la côte occidentale de la Suède, et notamment près 
d'Uddevalla, on observe aussi des dépôts marins, aujour- 
d'hui émergés à une élévation de plus de 60 mètres et 
qui renferment en très-grand nombre des coquilles des 
mêmes espèces, qui vivent actuellement dans l'Océan 
voisin, tandis que sur la côte orientale de la péninsule 
Scandinave, par exemple, près de Stockholm, de Gèfle 
et de plusieurs autres localités situées sur le çolfe de 
Bothnie, on rencontre des lits analogues de coquilles 
caractéristiques de la Faune actuelle de la Baltique (2). 

D'une autre part, si l'on étudie les récifs de coraux, 
qui abondent dans les mers intertropicales, on constate 
que les plus anciens, comme les plus récents, sont con- 
stitués, dans chaque localité, par les mêmes espèces de 
Polypes à polypiers. Ne doit-on pas rigoureusement en 
conclure que, depuis l'origine de ces espèces, dans ces 
mers, elles n'ont pas varié dans le mode de construction 
de leur demeure ? 

De tous les faits que nous avons exposés dans ce cha- 
pitre se déduisent rigoureusement les conclusions sui- 
vantes : 

1° Les espèces animales sauvages qui ont vécu dans 
les siècles antérieurs au nôtre et en nous rapprochant 
autant qu'il est possible de l'origine de la période géolo- 

* 

ique actuelle, ont conservé leur conformation et leurs 




(1) Ch. Lyell, Principes de géologie, T. III, p. 151 

(2) Ch. Lyell, ibidem, T. III, p. iU. 



























\ 



■ 












CONCLUSIONS DU CHAPITRE. 



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caractères distinetifs, comme le démontre l'étude des 
débris de ces espèces qui se sont conservés depuis une 
longue suite de siècles ; 

2° Malgré les changements qui ont pu se produire dans 
les agents physiques, à l'action desquels les espèces sont 
soumises, elles ne se sont pas modifiées dans leur orga- 
msation, m transformées de manière à se confondre les 
unes avec les autres ou à donner naissance à des types 
spécifiques nouveaux, de telle sorte que les animaux qui 
vivent aujourd'hui représentent exactement ceux de 



même espèce qui vivaient à l'origine de la période géolo- 



gique actuelle et dont ils sont les descendants directs. 


















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CHAPITRE QUATRIÈME. 



DES VÉGÉTAUX SAUVAGES DE LA PÉRIODE GÉOLOGIQUE ACTUELLE 
AYANT VÉCU DANS LES SIÈCLES ANTÉRIEURS AU NOTRE. 



Si nous ne constatons aucune modification essentielle, 
parmi les végétaux sauvages qui, de nos jours, habitent 
la surface du globe; si les causes modificatrices, qui 



pourraient altérer leur type, ne sont pas assez puissantes 
pour déterminer, chez elles, en un petit nombre d'an- 
nées, des changements appréciables, cet effet ne se se- 
rait-il pas produit, comme le supposent les partisans de 
la variabilité des espèces, par l'action des mêmes causes 
s' exerçant d'une manière continue pendant une longue 
série d'années? Nous nous trouvons dès lors conduit, 

comme nous l'avons fait pour les animaux, à rechercher 
si cette stabilité, que nous observons aujourd'hui, a 
existé dans les siècles antérieurs au nôtre, en remontant 
aussi haut que possible vers l'origine des espèces végé- 
tales actuelles. , 

Et d'abord, si nous consultons l'herbier de Tournefort, 

qui date de la fin du XVII 8 siècle ; celui de Burser, con- 
servé à Upsal, et celui de C. Bauhin que possède la ville 
de Bàle, et qui, tous deux, furent formés dans la seconde 









. 











PREUVES DE LA PERMANENCE DES ESPÈCES SAUVAGES. 147 



XVI 



échantillons conservés dans ces trois herbiers avec ceux 
de même espèce qui couvrent aujourd'hui notre sol, une 



XVI e et du XVII e siècles, 



les végétaux n'ont pas varié. 

D'une autre part, c'est un fait connu que les graines 
de certains végétaux, enfoncées suffisamment dans le sol 



y 



conserver pendant un temps souvent très-long sans 
perdre leur faculté germinative. Mais, si quelque circon- 
stance fortuite les place dans les conditions nécessaires à 
la germination, elles se développent et reproduisent 
exactement les mêmes plantes, que les graines de même 
espèce qui ne datent que de l'année précédente. Ainsi 
dans les forêts qui s'exploitent en coupes réglées, on 
voit naître, après chaque exploitation, des espèces d'ar- 
bres qui ne faisaient pas partie des essences composant 



ab 



Après chaque coupe, cette recrue est formée des mêmes 
espèces; il faut bien admettre que les graines de ces 



arbre 



s se conservent dans le sol, pendant la période de 
u > de 30, de S0 ou même de 100 ans que peut durer 
vegetauon de l'essence principale. En France, ce sont 
spécialement les Salix cinerea L. et Caprœa L., le 
Niable, le Bouleau, les Genêts, les Ajoncs, les Bruyè- 
res, etc., qui constituent cette végétation temporaire du 
j° de ^ forêls - 0r > ces plantes se reproduisent toujours 
*> mêmes et se montrent également identiques aux indi- 
1 l, s de même type, qui vivent d'une manière perma- 
ente sur un terrain dont la possession ne leur est pas 






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GRAINES ANCIENNES ENFOUIES DANS LE SOL. 



disputée. Ces plantes ne varient donc pas d'une période 

d'exploitation à l'autre. 

. Il est d'autres plantes, dont les graines, profondément 
enfouies dans le sol, n'ont pu reproduire leur espèce, 
jusqu'au moment où des travaux de terrassement ont 
replacé ces graines dans des conditions favorables. Ainsi 
Y Atriplex nitens Rebenl. avait été cultivé au jardin des 
plantes de Nancy par Willemet père, mort en 1807, et 
cette plante n'y reparut plus jusqu'en 1859, époque où le 
terrain, depuis longtemps inculte, d'une partie de ce 

jardin, ayant été remué, elle s'y montra en abondance, 
et le sol étant de nouveau resté inculte, on n'en vit plus 



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dep 



M. Jacques (1) 



après 4.0 ans, dans 



des circonstances analogues, Ylnula Pulicaria L., aux 
environs de INeuilly. Suivant Davies (2), des graines de 
Datura Slramonium L. ont germé, après avoir été en- 
terrées pendant plus d'un siècle, et ont reproduit la 
forme type que nous connaissons aujourd'hui. Lyell (3) 
a constaté, en Virginie, un fait semblable relatif à des 
graines de Nelumbium hiteum Willd., qui se sont aussi 
développées après une centaine d'années. 



» 



qu'il a observé 









* 



# 










(1) Jacques, dans les Annales de Flore et de Pomone, 1834, 

p. 193. 

(2) Davies, Welsh botany, p. 25, 

(3) Lyell, Second visit to ihe United States, T. II, p. 328. 

{&) Teinturier, dans les Mémoires de la Société centrale d'Agri- 
cxiliure de la Seine; séance du 6 août 18-48. 









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* 



» 

A 















I 

GRAINES ANCIENNES ENFOUIES DANS LES TOMBEAUX. 149 

des travaux de défoncement le long de la Maison de dé- 
tention et on se servit pour remblayer de terre extraite 
de la cour de la chapelle, à 1 mètre 60 centimètres de 
profondeur. Cette terre faisait partie de la couche natu- 
relle du sol, autrefois marécageux, mais qui, assaini par 
des travaux de dessèchement que fit exécuter le cardinal 
Georges d'Amboise, fut converti en jardin vers l'année 
1850. Lorsque, vers 1606, le noviciat des Jésuites fut 
établi dans ce local, le jardin fut couvert de remblais sur 
une épaisseur de 60 centimètres. C'est donc après 242 
ans que la terre de ce jardin a été ramenée à la surface 
et mise en contact avec l'air, et, dès la première année, 
on a vu apparaître des plantes assez variées, telles que le 
Matricaria Parthenium L., le Viola tricolor L., le Ge- 
ranium dissectum L., YErigeron canadense L., le Sene- 
biera coronopus L., XMhusa Cynapium L., le Mercu- 
rialis anima L. et, qui plus est, Y Epilobium palustre L., 
plante des lieux marécageux et dont les graines devaient 
être plus anciennes encore et remonter tout au moins à 

l'époque du dessèchement de l'ancien marais, c'est-à-dire, 
à l'année 1530. 

Dans un tombeau, découvert près de Maiden-Castle 
en Angleterre, et que l'on crut tout d'abord remonter à 
u «e époque antérieure à l'invasion romaine, mais qui, 
e " réalité, était moins ancien, on trouva, en 1854, une 
certaine quantité de graines dans la cavité ventrale d'un 
squelette humain. Ces graines, semées par le professeur 
Bindley (1), lui ont fourni des Framboisiers qui ont porté 
de beaux fruits. 



I 



























































I 



(') Lindley, Introduction to Botany, éd. % p. 298 


















- A. 





, 











' 



















150 GRAINES ANCIENNES ENFOUIES DANS LES TOMBEAUX. 

Mais nous pouvons nous appuyer sur des faits bien 
plus anciens. Dans les premiers siècles de l'ère chré- 
tienne et à l'époque de l'introduction du christianisme 
dans les Gaules, on plaçait, dans quelques provinces, 
des graines de végétaux sauvages dans les tombeaux. 
On en a retrouvé, en France, dans plusieurs localités. 
Ces graines, confiées à une terre convenablement pré- 
parée, ont germé et produit des plantes, dans lesquelles 
il a été facile de reconnaître des espèces qui végètent 
encore dans les mêmes lieux. Ainsi, l'abbé Croiset (1) a 
rencontré, dans le tombeau d'un diacre, nommé Bar- 
dario mort vers l'an S00 et inhumé dans le cimetière 



Coudes 




des 



Au printemps de 1834, on découvrit, dans la com- 

de la Monzie Saint-Martin, arrondissement de 



m une 



Bergerac, des tombes en briques romaines, et que la 
forme, la construction et la matière de ces vieux sépul- 
cres permettent de rapporter avec certitude tout au moins 
au III e ou au IV e siècle de l'ère chrétienne. La tête des 
squelettes, que ces tombes renfermaient, reposait sur un 

amas de graines en apparence bien conservées. M. Au- 
dierne qui fit avec un soin scrupuleux l'examen de ces 



tombeaux, recueillit les graines dont il est ici question. 






Mais celles-ci, présentant au bout de deux jours un com- 
mencement de germination, elles furent semées à Ber- 
gerac, partie dans deux pots à fleurs, partie dans une 
plate-bande. Ces graines levèrent en grand nombre et 



V 




















\ 



p. 285. 



De Caumont, Cours d'antiquités monumentales, T. VI, 







^7 



TF 
































GRAINES ANCIENNES ENFOUIES DANS LES TOMBEAUX. 151 

donnèrent plusieurs espèces de plantes qui fleurirent et 
fructifièrent. Examinées par un savant botaniste, M. Ch. 
Desmoulins, elles furent facilement reconnues pour ap- 
partenir à Y Heliotropium Europœum L., au Medicago 
lupulinaL. et au Centaurea Cyanus L. (1). On pouvait 
craindre que, dans l'expérience précédente, les graines 
des tombeaux n'eussent pas germé et que les plantes, 
qui se sont développées, résultassent simplement de la 
germination de graines récentes répandues dans la terre 
employée. Mais les faits suivants lèvent toute espèce de 

* 

doute à cet égard. M. Brard sema, à Bordeaux, des 
graines provenant aussi des tombeaux de la Monzie et 
rend compte en ces termes (2) des précautions prises 
pour rendre l'expérience concluante : a J'ai pris, dit-il, 
}) quelques poignées de terre dans mon jardin, je les ai 
h fait bouillir clans une chaudière de fonte pendant deux 
n heures, et quand cette terre fut sèche et refroidie, j'en 

h remplis un vase de terre cuite. Dans cette terre, qui 
* ne pouvait conserver aucune graine capable de germer, 
w puisqu'elles auraient été cuites, j'ai semé les graines 
M de la Monzie ; et pour éviter que le vent ou toute autre 
w cause y transportât d'autres graines, j'ai recouvert le 
" vase d'une toile en crin assez fine, qui laissait eepen- 
H dant passer Pair, l'eau et la lumière, n Les plantes 



Medicago lupulina. 



Heliotropi 




























11 




















ii 






























(1) Cii. Desmoulins, dans les Actes de la Société linnéenne de 
Bordeaux, T. VII, avril 1855. 

(2) Brard, dans les Annales de la Société d' Agriculture, Sciences 

et Arts de la Dordogne, T. XV, juillet 1835. 









































































182 



GRAINES TROUVÉES A HERCULANUM. 



(*) 




ermer des 



jraines, trouvées en mars 1835, dans un vase de terre, 
à Saint-Lazare, arrondissement de Sarlat. Ce vase, pai 



sa pâte grossière et par sa forme, devait appartenir aux 



premiers temps de l'art du potier dans les Gaules et 
remonter par conséquent avant l'invasion romaine. Les 
semences qu'il renfermait, mises en terre avec les mêmes 
précautions qui ont été prises pour celles de la Mon- 
zie, donnèrent naissance à plus de 50 pieds de Mercu- 
rialis annua. Il est évident que si, depuis 15 ou 20 siè- 
cles les végétaux s'étaient modifiés, les graines de la 



Monzie et de Saint-Lazare auraient produit des plantes 
différentes de celles que nous observons de nos jours. 



Des graines, trouvées dans les ruines d'Hereulanum, 



viennent aussi démontrer, parleur organisation, que de- 
puis l'ensevelissement de cette ville, les plantes auxquel- 



les ces 




(2) 



trouvé aussi, dans la boutique d'un fruitier, des vases 
remplis d'amandes, de châtaignes, de noix et de siliques 
de Caroubier. On y a rencontré également, en 1827, 
des olives humides, renfermées dans un bocal carré, 



emar 



quable (3). Or, ces fruits datent de plus de dix-huit siècles. 

On possède des graines, des fruits et des fragments de 

plantes d'une antiquité bien plus reculée que celle des 



(1) Brard, clans les Annales de la Société d'Agriculture, Scien- 
ces et Arts de la Dordogne, T. XV, juillet 1858. 

(2) Dureau de la Malle, Annales des sciences naturelles, l re sér., 

T. IX, p. 73. 

(3) Forbes, Èdinburgh Journal of sciçnce, 1829, p. 130. 



\ 






L 















\ 



VÉGÉTAUX DES HYPOGÉES ÉGYPTIENS. 



153 



semences, dont nous avons jusqu'ici parlé. Passalacqua 
a trouvé, dans les hypogées de l'antique Egypte, des 
grains de blé, des tubercules de Cyperus esculentus L.; 






des fruits entiers 
fera thebaïca Di 
vier; des 



tylifi 




fi 



Mimusop 



JEayp 



fi 



Mimosa ft 



(i) 



(2) 




de Gournah, des figues de Sycomore, des Oignons, des 
Noix muscades, le fruit du Dattier du Soudan (Allob), 

enfin de l'Orge. 




de plant 



(3) 



" tiennent presque tous à des végétaux qu'on rencontre 
» encore aujourd'hui dans ces contrées. La comparaison 
» la plus scrupuleuse ne m'a laissé entrevoir aucune 
» différence. Il me paraît par conséquent prouvé que la 
« végétation de ces deux époques est parfaitement iden- 
« tique, et que, depuis tant de siècles, les plantes n'ont 
» éprouvé aucun changement sensible dans leur forme 










































( 





























(1) Kunth, dans les Annales des sciences naturelles, l re sér., 

t. vin, P . m. 

(2) Fred. Caillaud, Voyage à Meroë et au fleuve blanc. Paris, 

4826, in-8°, T. I, p. 264. 

(3) Kunth, dans les Annales des sciences naturelles, l re série, 

T. VIII, p. 418. 






















■ 








AA ^ S 



■M 


















184 



VÉGÉTAUX DES HYPOGÉES ÉGYPTIENS. 







■ 

11 et dans leur structure, n Kunth n'a pas négligé, en 

* 

effet, F étude de l'organisation de ces plantes qui ont fleuri 
et fructifié sous le règne des Pharaons, et, parmi les 
graines qu'il a examinées, et qui, du reste, avaient perdu 
leur faculté germinative, il a pu même distinguer et étu- 
dier l'embryon. 

Le Blé, trouvé dans des vases fermés, tirés des tom- 
beaux de Thèbes, a paru à Delile et aux savants de la 
commission d'Egypte tout à fait identique avec celui 
qu'on cultive encore en Egypte. Les épis sculptés sur les 
zodiaques peints de Thèbes et d'Esné, les Blés représentés 
dans les scènes d'agriculture cl'EIeithnia, prouvent éga- 
lement la même chose. Le Blé, qui couvre encore au- 
jourd'hui les campagnes de l'Egypte, par la longueur de 
ses barbes et son épi carré, est facile à distinguer; c'est 
bien celui qu'on voit sur les monuments de ce peuple 
singulier (1). On a prétendu souvent avoir obtenu la 
germination du Blé des tombeaux égyptiens ; mais le 
Blé de momie, qu'on cultive de nos jours, n'a pas une 
origine certaine. Le seul fait de germination de cette cé- 
réale antique, qui paraisse authentique à M. Alph. de 
Candoîle (2), est rapporté par le comtedeSternberg(3). 
On assure aussi que des graines de Maïs, trouvées dans 

s du Pérou, ont reproduit cette 



tombeaux 



« 







(1) Bureau de la Malle, dans les Annales des sciences naturelles, 
1™ sér., T. IX, p. 71. 

(2) Alph. de Candolle, Géographie botanique raisonnée. Paris, 
185S, in-8<>, T. I, p. 841, en note. 

(3) Flora oder botanische Zeitang, 1853, p. 3. 
(£) Flora oder botanische Zeitung, 1835, p. &. 



















GYROGONITES DES LACS DÉCOSSE. 
(1) 



155 



des tombeaux de la haute Egypte, et rapportés par He- 
ninken, plusieurs glumes d'Orge entières et parfaitement 
semblables à celles de l'Orge cultivé aujourd'hui. Il a 
reconnu à la base de ces glumes d'Orge antique un petit 
rudiment, dont l'existence n'est pas signalée dans les 
descriptions des botanistes modernes, mais qu'il a vu 
également depuis sur les balles de l'orge de nos mois- 

r 

sons actuelles. 

Si l'on fouille les dépôts lacustres de certains lacs du 
Forfarshire, en Ecosse, et notamment du lac de Bakie, 
aujourd'hui desséché, on observe dans le sol marneux 
qui s'est, déposé dans la cuvette de ces lacs, soit des no- 
dules, soit une couche continue formée par une espèce 
de travertin et qui renferment des fruits et des tiges de 
Chara à l'état de pétrification, et qui, néanmoins, sont 
reconnaissables par leur forme et par leur structure. Il a 
été facile de constater que ces organes sont complète- 
ment semblables à ceux du Chara hispida L., qui végète 
encore en abondance dans les eaux douces des lacs de 
l'Ecosse, et d'établir que ces gyrogonites anciennes n'en 



(2) 

on les trouve et le temps considérable qu'a exigé la for- 
mation des strates marneuses au fond des lacs, autorisent 
à penser que ces fruits sont fort anciens, et que, par 
conséquent, le Chara hispida n'a pas varié depuis une 



longue suite de siècles. 







(1) R. Brown, Lettre à Bureau de la Malle, dans les Annales 



des 



sciences na 



turelles, i re sér., T. IX, p. 72. 



(2) Ch. Lyell, Geological transactions, ser. 2, T. II, p. 



7ô. 













& 































i 



















1 








156 



ARBRES TRÈS-ANCIENS ENCORE VIVANTS. 






Il existe des arbres d'une grosseur et d'une hauteur 
prodigieuses, qui, pour atteindre les dimensions, que 
nous leur connaissons, ont dû vivre pendant une longue 
suite de siècles. 

Tel est, par exemple, le Châtaignier de l'Etna, dit des 
Cent chevaux, parce qu'il peut couvrir de son ombrage 
ce nombre de cavaliers avec leurs montures. Son tronc 
a plus de 50 mètres de circonférence, et il porte encore, 
chaque année, les mêmes fleurs et les mêmes fruits, que 
produisent ses arrières-neveux, nés dans le siècle actuel. 
Bien que Jean Houel (1), qui l'a vu en 1776 et qui nous 
en a laissé une description détaillée et une bonne figure, 
le considère comme sorti d'une seule racine, plusieurs 
voyageurs modernes pensent qu'il est formé de plu- 
sieurs individus, qui se sont développés très-près les 
uns des autres. Quoi qu'il en soit, s'il n'atteint pas l'âge 
de 3600 à 4*000 années, qu'on lui a attribué (2), son 

origine n'en remonte pas moins à une époque très-re- 
culée. 

Le Sycomore (Ficus Sycomorus L.), suivant Clot- 
Bey (3), acquiert souvent, en Egypte, un tronc de 7 à 
10 mètres de pourtour. 

Un autre Figuier, vu par d'Urville (4), à Tonga -Ta- 




(1) J. Houel, Voyage pittoresque des îles de Sicile, de Malte 

et de Lipari. Paris, 1782-1787, in-f°, T. II, p. 79, lab. ÏU. 

(2) Loiseleur-Deslongchamps, dans le Dictionnaire d'histoire 
naturelle de Levrault, T. VIII, p. 255. 

(3) CIol-Bey, Aperçu général sur l'Egypte. Paris, 18£0, ia-8°, 
T. I, p. 90. 

(&) Dumont-d'Urville , Voyage de l'Astrolabe. Histoire du 
voyage, T. III, p. 109. 



























ARBRES TRES-ANCIENS ENCORE VIVANTS. 



157 






ue de 33 mètres 



bou, présente une tige compacte et uniq 
de circonférence. 

Michaux (1) a mesuré à Marietta, sur les bords de 
l'Ohio, des Platanes, dont le tronc offrait 15 mètres de 



contour. 



(2) 



affluents du Haut-Orénoque, un Fromager (Bombax 




Ceiba L.) dont le tronc avait une grosseur égale à celle 

du Platane observé par Michaux. 

onnier gigantesque de l'Orotava (Pic de Té- 
nériffe), déjà signalé comme monstrueux au XV e siècle, 
a présenté à M. de Humboldt (3) les mêmes dimensions 
que les précédents. 

Mollien (4) a vu, dans l'Afrique occidentale, un 



(Adansonia digitata L.) 



tait 13 mètres 



(8) 



la tige mesure 



Vert, près du village de Sor (6), dont 
mètres de tour, et Golbéry (7) en 





























(i) Michaux, Voyage à l'ouest des monts Allêghany. Paris ? 180£ ? 

p. 93. 

(2) De Humboldt, Voyage aux régions équinoxiules du nou- 
veau continent. Paris, 1816, in-8°, T. VII, p. 281. 

(3) De Humboldt, ibidem, T. I, p. 249. 

(4) Mollien, Voyage dans l'intérieur de l'Afrique, aux sources 
du Sénégal et de la Gambie. Paris, 1820, in-8°, T. I, p. 70. 

(5) Adanson, Voyage au Sénégal. Paris, 1757, in-£°, T. I, 
p. M. 

(6) Ce Boabab existe encore aujourd'hui. 

(7) De Golbéry, Fragment d'un voyage en Afrique, etc. Paris, 

1802, in-8°, T. H, p. 92. * 
























^ Z-m—. »_*-■ 



lÉfli 







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188 



PRÉTENDUES TRANSFORMATIONS d' ESPÈCES. 




rencontré un, plus monstrueux encore, dont lé tronc 
avait 34 mètres de circonférence. 

Enfin, le Séquoia gigantea Endl., découvert dans les 
forêts de la Californie, rivalise souvent pour sa grosseur 
avec le Boabab de Golbéry, et s'élève, droit comme une 
colonne, à une hauteur moyenne de 100 mètres. On a 
récemment compté le nombre des couches concentriques 
de ces arbres gigantesques, et on en a trouvé plus de 
6000 (1), 

quantité d'années. Si l'espèce, à laquelle appartient ce 
vétéran du règne végétal, avait varié, on observerait dans 
la longue suite de générations de ses descendants, qui 
sont nés successivement les uns des autres depuis 6000 
ans, des modifications appréciables. Or, les fleurs, les 
fruits, les feuilles, etc., des plus jeunes comme des plus 
anciens de ces arbres, sont restés identiques. 

Mais, s'il existe des espèces qui, depuis tant de siècles, 
ne se sont pas modifiées, comme le prouvent les faits que 
nous venons d'exposer, n'en existe-t-il pas d'autres qui, 
ne jouissant pas de ce privilège, ont pu se transformer 
les unes dans les autres, pendant cette longue période 
de temps, sur laquelle nous possédons des renseignements 
assez précis 

Plusieurs naturalistes l'ont pensé. Fries (2), entre 
autres, s'exprime ainsi : Quis novit quot species nostro 
œvo ex typo primario enatœ? et il ajoute : Nondum 
percipere valut, qua r alloue quidam se edoctos sentiant 



9 












(1) Le Moniteur universel du 8 juin 1888, p. 726. 

(2) Elias Fries, Novitiœ Florœ suecicœ. Manîissa tertia* Lundae 
etUpsaïiœ, 1842, iu-8°, p. 67. 
















' 



PRETENDUES TRANSFOKMATIOiNS D ESPECES. 



159 



r< 



Q 



naissons aucun fait qui puisse démontrer que, pendant 
l'époque géologique actuelle, il soit né des espèces végé- 



tales nouvelles ou que les types anciens aient produit 
des types spécifiques nouveaux. 

Quelques auteurs, cependant, ont fait observer à l'appui 

de la théorie que nous combattons, que les anciens bo- 
tanistes n'ont connu qu'un petit nombre de végétaux, et 
ils en ont conclu la formation postérieure d'espèces nou- 
velles. Mais ce fait s'explique naturellement par le champ 
beaucoup plus étroit dans lequel se renfermaient les re- 
cherches des botanistes qui ont vécu dans les siècles 
antérieurs au nôtre. Dans les temps modernes, au con- 
traire, on a vu surgir, dans chaque localité, où un bota- 
niste zélé a fixé sa demeure, une foule d'espèces, qui 
semblent s'être réunies pour venir s'offrir à son obser- 
vation, et dont on ne soupçonnait pas jusque là l'existence 

* 

dans le pays. Pour n'en citer qu'un exemple, qui se se- 
rait douté de toutes les richesses cryptogamiques et 
même phanérogamiques que renferme le massif grani- 
tique des Vosges, avant que M. le docteur Mougeot de 
Bruyères n'explorât avec tant d'ardeur et de constance 
ce petit point de la surface de notre planète. Mais il y a 
consacré cinquante ans d'une vie laborieuse, et les nom- 
breuses découvertes qu'il y a faites, depuis l'exploration 
de ces montagnes par Tragus, Tabernaemontanus, J. 
Bauhin, Mappus, Lachenal, Stehselinus, Spielmann, etc., 
seraient hors de proportion avec la formation possible 
de nouvelles espèces. 

On a indiqué comme un type de nouvelle création, 











i 










































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I. 







160 



PRÉTENDUES TRANSFORMATIONS d' ESPÈCES. 



une Mercuriale, observée par Marchant, en 



(!) 



et qui se 



Mercurialis annua L. par ses 



feuilles laciniées. Cette plante s'est conservée jusqu'à 
notre temps, et nous en possédons des échantillons 
recueillis aux environs d'Angers, Tous les botanistes 
qui, de nos jours, en ont parlé, l'ont considérée comme 
une simple variété de la Mercuriale annuelle, et je ne 
sache pas même que cette prétendue espèce de Mar- 
chant ait reçu un nom spécifique. Du reste, cette varia- 
tion se lie au type par des intermédiaires nombreux et 
les caractères vraiment spécifiques du Mercurialis annua 
se retrouvent chez elles sans modifications. 

Un second exemple, que nous allons citer, est encore 
moins probant; il s'agit du Fraisier de Versailles, obtenu 
parDuchêne, en 1761, dans un semis de Fragaria 
vesca L. (2). Des pieds vivants de cette plante, furent, 
en 1764, envoyés à Linné, qui la décrivit, quelques 
années après, comme espèce, sous le nom de Fragaria 
monophylla, mais toutefois avec cette observation : An 
varietas F. vescœ (5)? Ce Fraisier, obtenu par la cul- 
ture, ne peut pas être considéré comme espèce distincte; 
c'est une simple variété à feuilles unifoliolées du Fra- 
g aria vesca, et encore une variété peu stable ; car Du- 
chêne déjà, par des semis de ce Fraisier, obtint des 



(1) Marchant, dans les Mémoires de V Académie des sciences de 
Paris, 1719, p. 87, lab. 7. 

(2) Duchesne, Histoire naturelle des Fraisiers. Paris, 1765, 
in-8°, p. 124. 

(3) Linnseus, Systema naturœ, éd. 12, T. II, Fragaria, n° 4. 








































•*■"%. 






h 


















PRÉTENDUES TRANSFORMATIONS ^ESPÈCES. 



161 



f 



obseï 



Ce fait est bien plus remarquable que 
Duchêne , puisqu'il a pour objet i 



sauvage. Nos plantes cultivées et nos arbres fruitiers 

+ 

nous présenteront, du reste, des modifications bien plus 
profondes que celle qui nous est offerte par le Fraisier 
de Versailles. 

C'est encore un préjugé assez répandu parmi les ha- 
bitants des campagnes, et, qui plus est, qu'on trouve 
reproduit de nos jours dans quelques journaux d'agri- 
culture, que le Blé se change quelquefois en Ivraie ou 

- 

en Folle-Avoine, que la Luzerne peut se transformer en 
Trèfle. Cette opinion ne date pas de notre époque- 



individus qui retournèrent au type trifoliolé (1). Du 
reste, suivant l'auteur de cette découverte, cette plante 
est faible dans toutes ses parties, et c'est probablement 
en raison de cette faiblesse qu'elle ne produit presque 
point de feuilles palmées à trois divisions. De nos jours 
encore, on voit cette plante reproduire, dans nos jardins, ) 
des feuilles trifoliolées. L'origine connue de ce Fraisier, 
ses retours fréquents au type primitif et les intermé- 
diaires qui se produisent ne permettent pas de considé- 
rer ce végétal comme une espèce distincte du Fragaria 
vesca. Du reste, dans les feuilles composées, le nombre 
des folioles n'a pas une constance absolue, et cela est 
vrai particulièrement dans les Fraisiers. Le docteur 
Vincent nous a fait voir, en 1844, des échantillons de 
Fragaria collina Ehrh., recueillis dans les bois des 
environs de Nancy, et dont les feuilles présentaient cinq 




















































(1) Duchesne, dans Lamarck, Encyclopédie méthodique. Botani- 



que, T. II, p. 532. 



I. 



11 



I 



/ 










n^nagHi 







I 



I 









J 



162 



PRÉTENDUES TRANSFORMATIONS DESPÈCES 

* 

i tient, dit Olivier de Serres (i), qi 



n ment vert, chanci, ridé et léger, provient l'yvroie, dé- 
énérant en telle maligne plante, quand ainsi mal qua- 




n lifié, semé en terre aquatique, ou que l'hyver est 

7 



n extraordinairement pluvieux. J'ai moi-même esgréné 
n un espi de froment, dans lequel se treuvèrent quelques 
ii graines d'yvroie : qui me faict ne révoquer en doute 







graine 



(i le dégénérer du froment, en telle maligne 
» d'yvroie. Aussi c'est chose creue de plusieurs, que de 
n l'yvroie procédée du froment, semée en bonne saison, 
n provient quelquefois du froment de belle monstre : 
n mais retenant du naturel de l'yvroie, il rapporte la 
v. malice d'icelle au pain qui en est faict, causant mal de 
n teste à ceux qui en mangent : en outre que ce froment 
i! semé produit de l'yvroie et non du froment, n 

Il est certain que, dans les années très-bumides, l'I- 
vraie (Lolium temulenlum L.) se développe quelquefois 
à foison, et que le Blé, au contraire, souffre dans 
développement, et devient moins abondant. Cette cir- 
constance a pu faire croire à une véritable transformation 

de la première espèce dans la seconde. 

Un autre fait, bien connu des agriculteurs, a pu égale- 
ment en imposer. On a observé, en effet, que certaines 
plantes prospèrent très-bien ensemble, les Légumineuses 
et le Blé, par exemple, tandis que, pour d'autres vé- 
gétaux, cette association nuit à l'une d'elles, ou même 
à toutes les deux, comme si ces végétaux étaient d'hu- 
meur incompatible. 



son 







(I) Olivier de Serres, Le Théâtre d'agriculture et Mesnage 
des champs. Paris, an XII, m-i°, T. I, p. 152. 














PRETENDUES TRANSFORMATIONS d'eSPÊCES. 



163 



De Cantlolle (1), Macaire-Princep (f) et Liebig (5) 
attribuent celte influence favorable ou nuisible à l'action 
réciproque des excrétions des racines. Ce dernier auteur 
Place le Lin (Linum iisitatissimum L.) au premier ran» 

ri 1 ^ 

C| es plantes qui nuisent aux céréales. Aussi est-il de 
Précepte de ne jamais semer du Blé dans un champ qui, 

année précédente, a nourri celte plante textile. M. Du- 
v al-Jouve (4) ayant semé, dans un même jardin, du Blé 
avec du Lin et tout à côté du Blé seul, ce dernier se dé- 
veloppa normalement, tandis que le Blé, compagnon 

°rcé du Lin, ne donna que des épis allongés, grêles et 
appauvris. Le Lin agit de la même manière sur le Lolium 
termdentum L., et son influence donne naissance au 
lolium linicola Sond., comme l'a démontré M. Duval- 
Jouve(3). Cette dernière forme, semée seule, reproduit, 
dès la première année, suivant le même expérimentateur, 
Je Lolium tcmulenium. Serait-ce un fait de ce ffenre qui 
en a imposé à un observateur aussi attentif qu'Olivier 
je Serres, au point de lui faire croire qu'il a vu quelques 
grains d'Ivraie dans un épi de Froment? 
Dans les années peu favorables aux céréales, la Folie- 



Avoine 
fâch 



(Avena falua L.) 



euse prodigalité; mais il n'en faut pas conclure que 



( 1 ) De CandoIIe, Physiologie végétale. Paris, 1832, in-8° ï III 
P- U99. ' * ' 

( 2 ) Ibidem, p. il7&. 

(o) Liebig, Chimie organique appliquée à la Physiologie vëgé- 
ale > trad. franc., 1841, p. ÏU elsuiv, 

(*) Duval-Jouve, dans les Annotations à la Flore de France et 
Allemagne, publiées par M. Billot, 188S, in-3», p. 37. 
(5) Duval-Jonve, ibidem. 

















I 







































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I 




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164 



PRETENDUES TRANSFORMATIONS D ESPECES. 



le Blé s'est transformé en celte plante inutile au labou- 
reur. Si ceux, qui ont avancé ce fait, s'étaient donné la 
peine de déterrer avec soin celte Avoine, ils auraient 
constaté à sa racine l'existence, non pas d'un grain de 



Blé mais d'un grain d'Avoine encore enveloppé de ses 




lumelles. 



u Si ne voulés prendre la peine de rompre la vieille 
11 luzernière, dit encore Oliviers de Serres (1), la con- 
ii vertirés en pré commun : et ce tant seulement par 
u réitéré et fréquent arrouser. Car les racines pourries 



d'eau, produit 



que 



ii des prés, n Chacun comprend très-bien que cette pré- 
tendue transformation de la Luzerne en Trèfle, n'est pas 
autre chose que la substitution dans un même champ 
d'une espèce à une autre espèce. 

Nous ne prendrons pas non plus au sérieux cette as 



Varron (2) 



;raine de Choux produit 
Choux, si on a laissé 



vieillir les semences (3) ; ni celle de Columelle (4), qui 
pense que la qualité du sol peut complètement changer 
la nature des Raves, puisque, dit-il, en tel ou tel sol elles 



Navets 



en Raves. 



(i) Olivier de Serres, Le Théâtre d'agriculture et Mesnage des 

champs. T. I, p. 818. 

(2) M. -T. Varro, Rerum rusticarum de Agricultura, lib. I, 

cap. 40. 

(5) Olivier de Serres reproduit cette erreur {le Théâtre d'agri- 
culture, etc., T. II, p. 259). 

{&) L J. M. Columella, De re rustica lib. II, cap. 40. 
























\ 












ORIGINE DU BLÉ ATTRIBUÉE A UN ^GILOPS. 



165 



Mais nous ne pouvons pas nous dispenser d'examiner, 
av ec quelques détails, une opinion 'déjà émise par les 
auteurs grecs (1), reproduite de nos jours, étayée même 
récemment sur des faits qui, au premier abord, sem~ 



del' 



(2) 



jEg 



Pmion dans les termes suivants : » On a fait, dit-il, 
" Jusqu'à présent sans succès, beaucoup de recherches 
|| sur l'origine du Froment ; et de là on a pensé que, 
,1 «ans l'état où nous voyons cette Graminée intéressante, 
" c'était une plante altérée et tout à fait changée par la 
" culture. Nous regardons cette opinion comme très-peu 
" fondée, parce que les altérations que produit la culture 
» ne peuvent jamais changer les caractères essentiels 
" d'une plante. En effet, ou ces altérations dénaturent 
M entièrement les parties de la fructification, en les trans- 
" formant en d'autres parties, comme les élamines en 
|| Pétales, et des pétales ou des calices en feuilles ; ou 
" »ien elles augmentent seulement, par un embonpoint 
* Particulier, les dimensions des parties de la plante, 
|| sa "s rien changer à leurs proportions. Mais nous ne 
|| v °yons pas que les altérations dont il s'agit aient jamais 
|' e hangé les caractères essentiels d'une plante. Si, en 
" ef ïet, les organes de la génération ne sont point trans- 






/ 



















! 











0v """" m °J**« appeiieui encore aujcjrd'nui [Jigilops 

«'<* le père du Blé (renseignement communiqué par mon ami le 
<*eur Gaiilardot, médecin à Saïda, en Syrie). 

P. Ss 7 LamarCk ' Enc y cl °P édie méthodique. Botanique, T. H, 



■ 













) 



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I 

J 






■ 





















166 



ORIGINE DU BLÉ ATTRIBUÉE A UN £GILOPS. 



» formés en des parties incapables de produire le fruit, 
n il n'y a point d'exemple, selon nous, que ces organes, 



„ conservant leurs facultés, aient pu prendre des carac t 
n lères qui ne sont point ceux de la plante à laquelle ils 
„ appartiennent. Nous concluons de là que le Froment 
„ cu jùvé, dont nous traitons, peut être une plante moins 
n élevée, plus maigre dans ses parties, et à semences 
n moins grosses, dans son lieu natal; mais qu'ayant, 
» dans l'état où nous la voyons, tous les organes propres 
n à la formation de son fruit, puisqu'elle nous en enrichit 
„ avec profusion, celte plante est encore parfaitement la 
„ même dans son origine, "au moins relativement aux 
n caractères de sa fructification. Nous concluons encore 
„ que c'est une véritable erreur de croire avec quelques 
„ personnes, que lVEgilops ait pu être transformé avec le 
„ temps en la plante dont nous nous occupons, n 

Bory de Saint-Vincent (1), le premier, je crois, dans 
les temps modernes, s'est rallié à l'idée ancienne com- 
battue par Lamarck, et pense que XMfjilops ovala /,., 
qui couvre les campagnes de la Sicile, est la plante sau- 
vage d'où provient le Blé cultivé; qu'à force de semer la 
_.aine, elle a fini par se changer en Triticum vulgare, 
et que'la tradition mythologique qui fait de la vallée de 
l'Etna et de l'antique Trinacrie le berceau de l'agricul- 
ture eut la métamorphose de X Mgilops pour fondement. 
Le professeur Latapie de Bordeaux a lui-même trouve 
en Sicile un Mgilops, dont les graines, semées pendant 
plusieurs années dans des pots qu'on ne perdait jamais 



i 



(l) Bory de Saint-Vincent, dans le Dictionnaire classique d'his- 



taire naturelle, T. I, p. 12X.. 



















I 









ORIGINE DU BLÉ ATTRIBUÉE A UN ^GILOPS. 



de 



167 



vue, ne tardèrent pas à donner naissance à une plante 
plus élevée, d'un port tout différent, et qui, perdant ses 



En 



CD 



\!> 



des 



(2) 



observations extrêmement intéressantes sur cette 



question, et surtout beaucoup plus précises que celles du 



Profes 
teui 



l 



s , ayant rencontré, aux environs de sa ville natale, 

fàgilops tritkoïdes Req. et l'ayant déterré avec soin, 

ut fort surpris de trouver assez bien conservé dans le 

s °l un épi d^gilops ovata, qui donnait naissance à la 

toi s, mais de graines différentes, à des tiges d'rfUgilops 



M* 



tritkoïdes. Ayant rencontré dans 



1 e pi de cette dernière forme quelques graines, il les 
s ema, et continua, pendant douze années, à observer les 
produits successifs qu'il en obtint. V/EgUops tritkoïdes, 

dès la première génération, devint plus grand, perdit 
Un e des arêtes de ses balles et prit le port extérieur du 
touzelle. Ces auteurs ont conclu de ces faits : u Que 
certains Triticum, si ce n'est tous, ne sont que des 



bl 



1) 



ifo 



1 



JEg 



considérés comme des races de ces espèces, n II y 
Ur ait clone eu ici, suivant MAI. Dunal et Fabre, transfor- 
mation de YJEgilops ovata en sEjilops triïicoïdes, puis 



vv Dictionnaire classique d'histoire naturelle, T. I, p. \$i&. 



\ z ) Esprit Fabre, Des JEgilops du midi 
information. Montpellier, 1855, îdhK 

' c hon au travail de M. Esprit Fabre d'Agde, sur la métamor- 
pho *e de deux 



Du aal, Courte inlro- 



: JEgilops en Triticum. — Ces deux notices ont été 
e ^ees dans les Mémoires de l'Académie des sciences et lettres de 
Ï0 **peIIfer, pour l'année 1833. 



N 






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- 








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- 






168 



ORIGINE DU BLÉ ATTRIBUÉE A UN iEGILOPS. 



en Triticum vulgare ; l'origine du Blé, depuis si long- 
temps cherchée, nous serait enfin dévoilée, mais en 
même temps ces observations nouvelles viendraient gra- 



espèces 



végétales sauvages. 

Je m'étais déjà, à cette époque, trop sérieusement 
occupé de cette grande question de philosophie botani- 
que, pour avoir pu négliger l'examen consciencieux des 
faits annoncés par M. Fabre. Mon séjour à Montpellier 
m'en fournissait tous les moyens, et l'auteur lui -même, 
avec son obligeance accoutumée, et, avant même la pu- 
blication de son mémoire, me conduisit dans la localité, 
où il a fait ses premières observations. En déterrant avec 



JSgilop 



Mg 



> 



en 



même temps, fournissait quelques tiges de la forme type 
de cette dernière espèce. J'ai observé également et re- 
cueilli dans son jardin le produit qu'il a obtenu des 
semis successifs faits par lui pendant douze années, de 




JEgiloj 



triti 



coïdes sauvages. 




JEg 



/Egilop 



de Montpellier, vérifier 



titude de cette première observation. Mais il ne suffit pas 
d'établir le fait principal ; il faut aussi avoir égard aux 
circonstances au milieu desquelles il se produit; toutes 
pouvant avoir de l'importance, aucune ne doit être né-' 
gligée, surtout lorsqu'il s'agit de se prononcer sur un 
sujet qui a une aussi haute portée scientifique, que celle 
de la stabilité ou de la variabilité des espèces. C'est la 
marche que nous avons suivie dans nos recherches. 


































ORIGINE DU BLÉ ATTRIBUÉE A UN JEGILOPS. 



169 



JEg 



Nos 



du territoire de Montpellier, nous ont démontré que 
c'est toujours dans les lieux incultes, au bord des champs 






T 



de Blé 



^9 



tops triticoïdes. M. Fabre, toutefois, dit l'avoir recueilli 
à Agde, dans un lieu inculte et complètement entouré 
de vignes. Cela est vrai ; nous avons visité avec M. Fabre 
cette localité, et nous y avons observé la Graminée inté- 
ressante que nous y cherchions. Mais il faut ajouter que 



des champs de Blé d'une grande étendue existent à une 



. 






très-faible distance. C'est au bord des champs que Palun, 
le compagnon deRequien, dans ses herborisations autour 
d'Avignon, recueillait celte plante : ceci résulte d'une 
note écrite de sa main en 1821, et qui accompagne un 



Mail 



que je trouve dans 



l'herbier de mon collaborateur, M. le docteur Grenier. 

alement au bord des champs de Blé que M. Fé- 




raud a constamment trouvé celte plante à Carpentras. 
C'est en vain que M. Durieu deMaisonneuvel'a cherchée 
dans les plaines stériles de l'Algérie, où YJEgilops ovata 
est excessivement commun ; mais il a fini par rencontrer 



JEg 



s triticoïdes sur le bord des champs de Froment 



que cultive en abondance la tribu des Ouled-Zeir, au 
sud-ouest d'Oran. Ces faits méritent d'être notés et nous 
ont trop vivement frappé, pour que nous ayons pu les 
négliger dans l'étude de la question qui nous occupe. 

Nous ferons aussi remarquer que VJEgilops triticoïdes 
n'est jamais très-abondant nulle part, mais se trouve 
disséminé cà et là, comme s'il était réellement le résultat 

d'un accident. 



) 

























































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170 









i 



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v, 






■v. 




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ORIGINE DU BLÉ ATTRIBUÉE A UN jEGILOPS. 



D'une autre part, cette plante, recueillie par M. Fabre 
et cultivée par lui, pendant douze ans, est barbue ; l'épi 
est de couleur glauque, et la forme du Blé dont elle se 
rapproche par son port, est précisément celle qui est 
connue sons les noms de Saisseltes d'Agde, de Béziers, 
de Provence, et que Gouan et Villars désignaient sous le 
nom de Touzelle. M. Fabre a noté lui-même cette cir- 
constance dans son mémoire (1). Il est curieux de con- 
stater qu'à Agde XSEgilops trilicoïdes et surtout les pro- 
duits qu'en a obtenus M. Fabre, aient quelque ressem- 
blance extérieure avec la variété de Blé cultivée aux 
environs de cette ville, et l'on se demande si la Touzelle, 
au lieu d'avoir pour origine YAïgilops ovala transformé 
en Mgilofs trilicoïdes, comme l'ont pensé MM. Dunal 
et Fabre, ne serait pas, au contraire, pour quelque chose 
dans la production de cette dernière plante? Mais il y a 
plus : là où l'on cultive le Blé sans barbes, VJEgilops 
trilicoïdes est lui-môme privé de ces appendices ou à 
peu près, et, aux environs de Montpellier, il se présente 
souvent sous cette dernière forme. II est barbu, au con- 
traire, dans les lieux où l'on cultive le Blé barbu. Il est 
dès lors constant que Yy^gilops trilicoïdes varie, et, 
puisque ces variations sont en rapport avec celles que 
présentent les Blés cultivés dans chaque localité, c'est 
que, vraisemblablement, le Blé n'est pas sans influence 
sur la production de cet JEgilops. 

h'Mgilops trilicoïdes est le plus souvent stérile; ce 
r/est que très-rarement qu'on a rencontré dans ses épis 
des graines susceptibles de germer. 




(1) Esprit Fabre, Des JEgilops du midi de la France et de leur 
transformation, p. H. 






































ORIGINE DU BLÉ ATTRIBUÉE A UN ;EGïLOPS. 



171 



Un 



e autre circonstance, qui ne peut passer inaperçue , 



ie épi d'JSgilops donne 

JEqilops ovata et & Mg 



coïdes, c'est-à-dire, à deux plantes tellement distinctes 
et tellement bien caractérisées, que jusqu'ici personne 
n'avait hésité à les considérer comme deux espèces légi- 
times ; mais ce même épi ne donne jamais naissance à 
autre chose; jamais il n'a produit d'intermédiaires entre 
ces deux plantes. îl s'agit donc ici d'une transformation 
toujours brusque, toujours également saillante. Jamais 
cette métamorphose de YMgilops ovata ne se fait par 
degrés, et n'exige, pour se compléter, la longue période 
de temps, que les partisans les plus déclarés de la varia- 
bilité des espèces admettent cependant comme une con- 
dition indispensable. Jamais on n'a vu même la culture, 
ce modificateur si puissant, développer dans les plantes 
des changements aussi importants et surtout aussi ra- 
pides. Nous n'avons donc pu admettre qu'il y ait là une 

simple transformation d'une espèce dans une autre. 



JEg 



les caractères des 



plantes hybrides : production brusque d'une plante qui 
tient à la fois par ses caractères de deux espèces dis- 
tinctes ; influence des variétés et des races sur le produit 
intermédiaire; naissance accidentelle çà et là et toujours 
au milieu des parents; action fécondante très-peu déve- 
loppée ou nulle et stérilité habituelle. Aucun caractère 
ici ne (ait défaut, et, à moins de s'inscrire en faux contre 
les expériences si connues de Kœhlreuter, de Gœrtner 
fils et de tant d'autres, et de nier l'existence même de 
l'hybridité dans le règne végétal, il est impossible de 
rencontrer un fait plus clair et plus concluant. Telle est 



























I 

















I 










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V 









m 






/ 












172 



ORIGINE DU BLÉ ATTRIBUÉE A UN iEGILOPS 






l'opinion que nous émettions, au début des discussions 
auxquelles la découverte de M. Fabre a donné lieu (1). 
Mais, désirant donner à ces conclusions tous les ca- 
ractères d'une démonstration directe, nous avons eu 
recours à l'expérimentation. Au mois de mai 1853, nous 
avons tenté de féconder artificiellement les fleurs de 
YJEgilops ovat a, préalablement soumises à la castration, 
les unes par les anthères du Blé barbu, les autres par le 
pollen du Blé sans barbes; nous avons obtenu des 
graines, qui ont reproduit exactement les deux formes, 
barbue et non barbue, de YMgilops triticoïdes, qu'on 
rencontre toutes deux spontanées dans les campagnes du 
midi de la France. Ces expériences ont été l'objet d'une 
communication à l'Académie des sciences de Paris, en 
1854 (2). Ces faits ont été confirmés en 1856 et en 1857 
par les expériences du docteur Regel, en Allemagne (3), 
de MM. Vilmorin et Groenland, à Paris (4), de M. Plan- 
chon, à Montpellier (5). 






(1) Godron, Quelques notes sur la Flore de Montpellier. Be- 
sançon, 1884, in-8°, p. 16. 

(2) Godron, De la fécondation naturelle et artificielle des 
jEgilopspar les Triticum, dans les Comptes rendus de V Académie 
des sciences de Paris, 1884, T. XXXIX, p. 148, et dans les An- 
nales des sciences naturelles, Sér. 4, T. II, p. 218. 

(5) Regel, Bonplandia, 1886, p. 24-5, et Allgemeine Garten 
Zeilung, 1886, p. 273. 

(4) Vilmorin et Groenland, dans le Bulletin de la Société bota- 
nique de France, 1886, T. III, p. 692. 

(5) Planchon, Bulletin de la Société botanique de France, 
1887, T. IV, p. 873. 

On a pu aussi reproduire, par la fécondation artificielle, d'autres 
























* 









/ 












ORIGINE DU BLÉ ATTRIBUÉE A UN ^GILOPS. 



173 



^9 



plante hybride. 



JEgiloj 



a donc pas pour origine une 



Ma 



loppe pas, les anthères restent vides, l'ovaire se flétrit 
le plus souvent, et l'épi ne donne pas de graines. Com- 
ment se fait-il que M. Fabre en ait obtenu, que j'en aie 
moi-même rencontré quelques-unes, que M. J. Gay en 
ait rapporté une de Béziers l'année dernière ? Peut-on 
expliquer, en outre, qu'entre les mains de M. Fabre, ces 
graines iïjEgilops irilicoïdes aient donné naissance à 



Jord. ? 
Si 1 



JEgilops spellœfi 



Mg 



triticoïdes est stérile par lui-même, 



comme le sont en général les plantes hybrides, il peut 
être fécondé par le pollen de l'une ou de l'autre des 
deux espèces qui lui ont donné naissance, et l'on sait 
' que c'est l'un des procédés, sinon le seul, par lequel les 
hybrides féconds reviennent à l'un des deux types géné- 
rateurs. Ayant reproduit, à Nancy, Y sEgilops triticoïdes, 
je l'ai fécondé de nouveau par le pollen du Triticum 
vulgare, et j'en ai obtenu, en 1857, neuf graines, dont 



























hybrides d'JEgilops et de Blé. C'est ainsi que j'ai obtenu l'hybride 

de VjEgilops triaristata Requiert par le Triticum vulgare, qu'on 

encontre aussi à l'état spontané à Agde et à Montpellier, et de plus 
fluide VJEgilops-ovata par le Triticum Scella L. M. Henslow 
{Flora oder botanische Zeitang, 18S6, p. 899) a fait connaître 
c elui de VJlgilops squarrosa L. par le Blé ordinaire, et MM. Vil- 
m orin et Grœnland (Bulletin de la Société botanique de France, 
T - HI, p. 692), celui de YJEgilops ventricosa Tausch, fécondé 
paiement par le Triticum vulgare. 










. 











i 






X 





r 



























ORIGINE DU BLÉ ATTRIBUÉE A UN .«G1LOPS. 



174 

plusieurs étaient déformées ou n'avaient pas atteint le 
même volume que les autres, comme si la nature ne se 
pliait qu'à regret à la reproduction des hybrides. Ce- 
pendant ces neuf graines ont toutes germé, elles m'ont 
donné des pieds qui ont fleuri, en 1838, et m'ont pré- 
senté de YJÏg'dops speltœfurmis de tous points sem- 
blable à celui que je cultive depuis quatre ans, et qui 
provient du Blé-Jïgilops de M. Fabre (1). Un petit 
nombre d'épillcls m'ont donné des graines ; l'une d'elles, 
confiée immédiatement à la terre, a germé, et la plante 
continue à se développer. 

Il n'y a donc pas eu ici de métamorphose de YASgilopi 

triticoïdes en Mgilops speltœformis ; il y a eu une nou- 
velle hybridation, qui a donné naissance à une forme 
nouvelle plus rapprochée du type paternel. Le Blé n'a 
donc pas pour origine les métamorphoses de YjEgilops 

ovala. 

11 résulte des faits, que nous avons exposés, qu'en 

remontant aussi haut que possible dans les temps histo- 
riques, nous ne pouvons trouver aucun indice qui nous 
porte à penser que les espèces sauvages se soient mo- 
difiées dans leurs caractères essentiels, qu'elles se soient 
transformées les unes dans les autres, que des types 



(1) Godron, Nouvelles expériences sur l'jEgilops triticoïdes, 
dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris, 

1888, T. XLVII, p. 124. 

J'ai aussi communiqué ces faits a l'Académie de Stanislas de 

Nancy, dans sa séance du 11 juin 1858, et le Journal de la 
Meurthe et des Vosges, dans le compte rendu qu'il a donné de 
cette séance, le 28 du même mois, a fait connaître le résultat auquel 

■ 

je suis parvenu. 

























\ 





»fc ■ M 











EXAMEN DE LA DOCTRINE DE LAMARCK. 



175 



entièrement nouveaux soient nés ou naissent journelle- 
ment des types anciens. Tous les faits connus se réunis- 
sent, au contraire, pour démontrer que l'espèce végé- 
tale sauvage, comme l'espèce animale, malgré l'action 



Prolongée, pendant un grand nombre de siècles, de 



prétendus agents modificateurs, tels que le climat, l'ex- 
Position, l'altitude, le sol, etc., ne subit que des modifi- 
cations légères et accidentelles ; ces modifications sont 
purement individuelles, disparaissent immédiatement 
avec les circonstances qui les ont produites; elles se lient, 
en outre, et se confondent par des intermédiaires; mais 
les caractères spécifiques, qui se déduisent de la forme 
des organes importants, de leurs proportions relatives, 
de leur structure, de leurs rapports, sont invariables. II 
nous reste maintenant à démontrer que ces caractères 
fixes sont l'apanage de chaque type spécifique, et per- 
mettent de distinguer sûrement les différentes espèces 
les unes des autres. 

Si la plupart des naturalistes sont d'accord sur cette 
Question et la résolvent par l'affirmative, il en est d!âUr 
lr es, et même de très-illustres, qui n'admettent pas que, 
r fieme de nos jours, les espèces sauvages se distinguent 



toujou 



rs par 



Q 



ce 



^e suffise de citer ici les idées émises par Lamarck sur 
sujet. Combattant cette opinion, que les individus, 
dont une espèce se compose, ne varient jamais dans 
'eurs caractères spécifiques, il ajoute (1) : w Elle (cette 































(1) Lamarck, Philosophie zoologique. Paris, 1809, in-8°, T. I 
P- 55 et 88. 


















^^ 






























176 



EXAMEN DE LA DOCTRINE DE LAMARCK. 



11 



11 



■) 



11 



11 



qui ont beaucoup vu, qui ont longtemps suivi la nature 
et qui ont consulté avec fruit les grandes et riches 

collections de nos muséums Plus nos collections 

11 s'enrichissent, plus nous rencontrons des preuves que 
ii tout est plus ou moins nuancé, que les différences re~ 
ii marquabies s'évanouissent, et que, le plus souvent, la 
h nature ne laisse à notre disposition, pour établir des 
11 distinctions, que des particularités minutieuses et, en 
n quelque sorte, puériles. Que de genres, parmi les 
» animaux et les végétaux, sont d'une étendue telle, par 
« la quantité d'espèces qu'on y rapporte, que l'étude et 
ii la détermination des espèces y sont maintenant presque 
ii impraticables. Les espèces de ces genres, rangées en 
ii séries et rapprochées d'après la considération de leurs 
h rapports naturels, présentent, avec celles qui les avoi- 
ii sinent, des dissemblances si légères, qu'elles se nuan- 
« cent, et que ces espèces se confondent, en quelque 
h sorte, les unes avec les autres, ne laissant aucun moyen 
ii de fixer par l'expression les petites différences qui les 
ii distinguent, h 

Ce passage est formel, comme Ton voit; il nous 

étonne, surtout de la part d'un savant qui a su si bien 
distinguer et caractériser les animaux invertébrés connus 
de son temps. Mais il est peut-être facile de reconnaître 
ce qui a pu conduire Lamarck à émettre cette opinion. 
Et d'abord, il n'est pas toujours facile, dans les collec- 
tions de nos muséums, de distinguer les espèces les unes 
des autres par des caractères tranchés. Souvent l'on n'a 
pour termes de comparaison qu'un seul individu de 
chaque espèce, et quelquefois même un individu fort 
































H 



















EXAMEN DE LA DOCTRINE DE LAMARCK. 



177 



incomplet. On comprend facilement que, dans de sem- 
blables circonstances, le naturaliste puisse hésiter et 
nième souvent se tromper. Avec une simple peau d'ani- 
mal empaillé et souvent déformé, il ne peut s'appuyer 
ni sur les caractères du squelette, ni sur ceux que four- 
nissent les autres organes intérieurs; il ne peut alors 
chercher les caractères clistinclifs que dans des circon- 
stances très-variables, comme nous l'avons vu, c'est-à- 
dire, dans la longueur, la couleur, la quantité des pro- 
ductions diverses, qui recouvrent la peau des différents 
animaux. Il ne peut juger non plus ni de leurs mœurs, 
souvent si différentes dans des espèces voisines, ni des 
instincts spéciaux d'un animal qu'il n'a jamais vu à l'état 
de 



vie. 



D'une autre part, les herbiers, et surtout ceux qui ont 
été formés du temps de Lamarck, n'offrent fréquemment 
que des tronçons de plantes, dépourvus de racines et 
souvent de fruits mûrs. Or, avec de semblables maté- 
r »aux, il est rarement possible de distinguer sûrement 
les espèces végétales les unes des autres. C'est ce qui 
Résulte, du reste, d'une manière claire, des ouvrages de 
«tanique de Lamarck. Il n'est pas difficile de ren- 
contrer, par exemple, dans sa Flore française, des des- 
criptions dans lesquelles la cliagnose ne repose que sur 



b 



l 



Q 



(i) 



c °mmunes, et qu'il éuût cependant facile d'étudier com- 
plètement, il ressortira de cet examen cette conclusion. 



(*) Lamarck, Flore française. Paris, imp. roy., 4778, in-8°, 
T -U,p. 371. 



I. 



12 






































I 








JF 

































178 



EXAMEN DE LA DOCTRINE DE LAMARCK. 



que les principaux caractères distinctifs que Lamarck 



dans 



(O 



ou l'absence d'une tache sur les feuilles, dans la taille 
relative de ces plantes, dans les feuilles aiguës ou ob- 
tuses, sont essentiellement variables, même à l'état sau- 
vage 'et que dès lors ces espèces se fondent l'une avec 
l'awtre par des intermédiaires, et ne peuvent être distin- 
guées. Mais qu'on lise, dans le Deutscklands Flora de 
Koch, la description des mêmes espèces, et l'on verra 
qu'elles y sont caractérisées par des différences précises, 
saillantes et remarquables par leur constance. Je pourrais 
citer bien d'autres exemples de ce genre empruntés à 
Lamarck et à d'autres botanistes. 

D'une autre part on ne peut pas toujours arriver à 
réunir, pour chaque espèce en particulier, des matériaux 
d'études assez complets, des observations assez nom- 
breuses, qui permettent d'établir définitivement que tel 
type, animal ou végétal, constitue réellement une espèce. 
Mais, au fur et à mesure que les êtres organisés sau- 
vages sont l'objet d'observations bien faites et surtout 
complètes, on arrive à une plus grande précision, à une 
certitude entière dans la détermination de ce qui est 

espèce et de ce qui n'est que variété. Combien d'er- 
reurs de ce genre ont été corrigées de notre temps ? 
Combien de prétendues espèces ont été rayées des cata- 
logues botaniques et zoologiques? Combien d'autres, 



(1) J'ai signalé (Flore de Lorraine, éd. 1, T. II, p. 195) une 

fleurs entièrement blanches du Lamium maeulatum, et 



variété à 



, connaissait depuis longtemps une variété analogue du Lamitm 






l'on 



purpureum 




















































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CONCLUSIONS DU CIIAPIT11E. 



179 



qui avaient été méconnues, ont été produites au jour et 
définitivement adoptées ? Mais de ce que des naturalistes, 
même les plus éminents, ont pu se méprendre, faute 
u un examen suffisant, sur l'existence ou la non exis- 
tence d'une espèce, s'en suit-il que l'espèce n'existe pas? 
qu il n'y ait pas de critérium certain pour la distinguer? 
J aimerais tout autant admettre que les mathématiques 
n e constituent pas une science exacte, parce que le plus 
habile mathématicien peut se tromper en faisant une 
simple règle d'arithmétique, une addition, par exemple. 
De nos jours, toutes les espèces sauvages, suffisam- 

ment étudiées, ont été nettement caractérisées, et les 
différences qui les séparent sont absolues. On ne trouve 
entre elles aucun intermédiaire, si ce n'est les hybrides, 
qui nous occuperont dans les deux chapitres suivants. 

Nous concluons de tous les faits que nous venons 
d'exposer : 

1° Que l'espèce végétale sauvage, pas plus que l'es- 
pèce animale, ne s'est modifiée dans ses caractères 



essentiels, depuis l'origine de la période géologiqu 



e 



s ne se 



actuelle ; 

2° Que, par conséquent, les espé 
sont pas transformées les unes dans les autres, et que, 
du reste, les exemples de semblables métamorphoses, 
cites par les auteurs, s'évanouissent devant un examen 
sérieux des faits ; 

ie rien ne prouve qu'il naisse de nos jours des 



Q 



espèces végétales nouvelles, ou qu'il s'en soit produit 
depuis les temps historiques. 

























































H 
















































CHAPITRE CINQUIÈME. 



DE l'HYBRIDITÉ DANS LE RÈGNE ANIMAL 







L 



est un phénomène très- 
ges, et ce n'est guère qu 



parmi les 



ditions tout à fait exceptionnelles que cette procréation 
anormale a pu être constatée. On s'étonne même qu'elle 
soit possible, en présence de l'aversion extrême que les 
espèces sauvages, même voisines par leur organisation, 
éprouvent les unes pour les autres. On n'en connaît 
aucun exemple avéré parmi les Mammifères complète- 
ment maîtres de leurs actions, et libres de suivre leurs 
instincts naturels. Chez les Oiseaux, on signale toutefois 



(Tetrao Urogallus L.) 



(T< 



(1) 



que de leur croisement naît le Tétras Rakkelhan (Tetra 
médius Mey.), qui serait ainsi un produit de ces deu 
espèces. Cette opinion est admise également par Nau 
mann (2), qui a eu l'occasion d'examiner plusieurs dé 







































' 






(1) Nilsson, Skandin. Fauna, tab. &, a. 

(2) Naumann, Naturgeschichte der Vogel Dcutschl., T. VI, p. 
504 et suiv. 


































I1YBRID1TÉ ENTRE ANIMAUX SAUVAGES LIBRES. 

de cet Oiseau. Mais cette considération. 



181 



(1) 



qu u ne diffère pas par son plumage du Tetrao Tetrix, 
et qu'il ne s'en distingue que par une taille un peu plus 
îorte (2), doit naturellement conduire à penser, malgré 
les autorités imposantes qui se sont prononcées pour 
1 opinion contraire, qu'il est seulement une variété de 
cette dernière espèce et non pas un hybride. 

Temminck (3) assure que la Corneille noire (Corvus 
Corone L.) s'accouple avec la Corneille mantelée (Corvus 

), et qu'il en résulte des métis; mais il ajoute 
que ce mélange ne s'observe que là où l'une des deux 
espèces est rare, et qu'il n'a pas lieu dans les contrées 
où l'une et l'autre sont communes. Ce fait est loin d'être 
démontré, mais il est possible, comme le prouve* l'ob- 
servation suivante. 

Dureau de la Malle (4) rapporte l'exemple d'une Per- 
drix Bartavelle (Perdix Grœca Briss.), qui, abandonnée 
accidentellement, dans les environs de son domaine du 
Perche, et n'y trouvant pas d'individu de son espèce, a 
contracté une alliance illégitime avec la Perdrix grise 
(Perdix cinerea Briss.), et ces deux Oiseaux ont, pen- 
dant plusieurs années, produit des métis qui ressem 



Paient à la Perdrix grecque, mais avec les ailes de la 



(1) Temminck, Manuel d'Ornithologie, éd. 2, ia-8°, T. II, 



P. 460. 



(2) Temminck, Ibidem, T. IV, p. 518. 
(5) Temminck, Ibidem, T. I, p. 109. 

(4) Dureau de la Malle, Comptes rendus de l'Académie des 
Pences de Paris, T. XLIII, p. 785. 















f 













































I 





















* 






















\ 









7 








































182 



HYBMDITÉ ENTRE ANIMAUX SAUVAGES LIBRES 



Perdrix grise. Ce fait est d'autant plus remarquable, que 
le célèbre auteur de Y Economie politique des Romains a 



) 



(Perdix 
rise, en les retenant captives, à la 



manière de Varron et de Golumelle, dans une basse- 
eour couverte d'un réseau à mailles serrées. Cette ten- 
tative inutile prouve seulement que ces Oiseaux se re- 
produisent difficilement à l'état d'esclavage. Les métis 
des Perdrix Bartavelle et grise ont pris naissance, il est 
vrai, comme nous venons de l'indiquer, à l'état de 
liberté, mais néanmoins dans des conditions eomplçte- 
ment exceptionnelles et qui ne peuvent se présenter dans 
une situation absolument normale. 

Morton affirme avoir vu un Crapaud féconder les œufs 
d'une Grenouille (1) ; mais, comme nous le verrons plus 
loin, c'est en vain que Spallanzani a tenté d'obtenir par 
la fécondation artificielle des hybrides entre les espèces 



de ces deux genres. 



auteur (2) croit aussi à la fécondation des 
œufs d'une espèce de Poisson par une autre espèce, et 
il cite comme exemples les Cyprinus Carpio L. et Ca- 
rassius L. ; les Cyprinus Carpio L. et Gibelio Gm. ; les 



Bai 
Parmi les Mollusq 



Iïaldemann (3) 



fait 



d'accouplement entre les Paludina decisa Say et pon 



(1) Morton, On hybridity, in Siliman American Journal of 
science and arts, 1847, p. 208. 

(2) Morton, ibidem, p. 208. 

(3) Haldeman, In Siliman American Journal of science and 

arts, 1847, p, 212. 

















































183 



HYBRIB1TÉ ENTRE ANIMAUX SAUVAGES LiBULS. 

I 

derosa Say, et M. Lecoq (1) a observé l'union <jes Hclix 
nemoralis l. et aspersa Mail., du Clausilia papillaris 
Drap, et Papa cinerea Drap. ; mais on n'a jamais 
constaté que ces mariages aient été féconds. 

On assure, en outre, que, dans les Insectes, il se pro- 
duit naturellement des hybrides, et, dans les traités sys- 
tématiques d'Entomologie, on trouve un certain nombre 



de for 



■ 

mes animales auxquelles on a donné l'épithète 



& hybrides. Si l'on jugeait la question sur cette simple 

todication, on pourrait croire les hybrides spontanés 
fréquents dans cette classe du règne animal. Il n'en est 
r *cn toutefois. On a souvent regardé comme Insectes 
d'espèces distinctes de simples différences de sexe : c'est 
ainsi que, dans les Carabes, les Coccinelles, les Punaises, 
les Ichneumons, les Fourmies, les Tenthrèdes, etc., il 

existe une si grande différence entre le mâle et la fe- 



qu on les a souvent pris pour 



q 



accouplés, on a considéré cette union comme devant 
donner naissance à des métis. Dîme autre part, il est 
des genres litigieux, dans lesquels toutes les espèces ont 
entre elles une grande analogie, et l'on y trouve facile- 
ment des formes qui paraissent intermédiaires à deux 
espèces voisines ; on leur a quelquefois appliqué le nom 

d hybrides, sans que l'on ait constaté qu'ils soient réel- 
lement le résultat d'un accouplement adultérin. Trevi- 
r anus (2) assure néanmoins que les Canlharis melanura 



<* 













































(') Lecoq, Etudes sur la géographie botanique de l'Europe, etc. 
p aris, %m&, in-8 , T. I, p. 209. 

(2) Treviranus, Vermischte Schrîfften, T. I, p. 22. 


























• 









































184 



HYBRIDITÉ ENTRE ANIMAUX SAUVAGES LIBRES. 



Fabr. et Elatcr nigcr L., les Melolonlha agricola Fabr. 
et Cetonia hirta Fabr. peuvent s'unir. Mais en résulte- 
t-il des produits? C'est un fait que le célèbre professeur 
de l'Université de Bonn n'a pas été en mesure de véri- 
fier. Gravenhorst (1) affirme aussi que, dans le genre 
Ziiqœna, on voit souvent le mâle d'une espèce accouplé 
avec la femelle d'une espèce voisine, quoique distincte ; 
Iïaworth (2) assure ausst que la Coccinella Iripunctata 
L. s'unit au C. quadripustulata L. ; mais il n'est pas dé- 
montré que ces rapports sexuels soient féconds, si tou- 
tefois ils ont réellement lieu entre des individus d'espèces 

différentes. 

Il résulte de cet exposé que, dans l'état complet de 
nature, l'hybridité ne se manifeste vraisemblablement 
que dans le cas tout spécial où un mâle ne rencontre 
pas de femelle de son espèce, et encore faut-il ordinai- 
rement qu'il use de violence pour la contraindre à lui 
céder (3). h Aussi ne voyons-nous pas, dans nos bois, 
ii dit Cuvier (4), d'individus intermédiaires entre le 
ii Lièvre et le Lapin, entre le Cerf et le Daim, entre la 
m Marte et la Fouine, n 

Mais, chez les animaux sauvages à l'état de captivité, 



(1) Gravenhorst, In Voigt Magazin fur dasneueste d.Naturk., 
T. II, p. 49S, et Oken his, 4833, T. IV, p. W5. 

(2) Haworth, In Siliman American Journal of science and 
arts, 1847, p. 210. 

(5) Burdach, Traité de Physiologie considérée comme science 

d'observation, tra-d. franc. Paris, 4838, in-8°, T. II, p. 185. 

(4) G. Cuvier, Discours sur les révolutions de la surface du 

globe, éd. V, 1828, p. 121. 














k 


























IIYBRIDJTÉ ENTRE ANIMAUX SAUVAGES CAPTIFS. 



1 




■ 

on connaît des faits parfaitement établis, qui démontrent 

que l'hybridité est possible entre espèces distinctes. On 

a constatée chez des Quadrumanes, notamment entre 

(Macacus cynomolgus Geoffr.) et 

(Macacus sinicus Geoffr.) 



le Ma 



caque 



^e même Macaque ordinaire a produit également, à la 
ménagerie du Muséum d'histoire naturelle de Paris, 
avec le Macaque Rhézus (Macacus erylhrœas Geoffr.), 
avec le Macaque couronné (Macacus pileatus Geoffr.), 
et enfin avec le Grivet (Cercopithecus griseus F. Cuv.)(\ ). 



* 



fous F. Cuv.) donne des 
(Canis indiens F. Cuv.) 



(G 



tinct, suivant F. Cuvier et M. Flourens (2) ; le Lion 

avec le Tigre royal (Felis Tigris L.) 



l'hybride qui en résulte, l'un des plus curieux que l'on 
connaisse, a été obtenu plusieurs fois dans une mé- 

M. P. Gervais a vu au musée 



(3) 



h 



(Hystrix cristal a L.) 



, du Porc-Epic 
l'Àcanthion de 



(Acanthion Javanicam F. Cuv.) (4) 



nous offrent aussi deux exemples de croisement fécond 
entre des espèces sauvages maintenues en captivité : 



(1)P. Gervais, Histoire naturelle des Mammifères. Paris, 1855, 

«Mn-8°, T. II, p. 153. 

V) Flourens, De l'instinct et de l'intelligence des animaux, 
éd - 5. Paris, 1851, in-12, p. 159. 

(5) Froricp, Notizen, T. XXXIII, p. 2£. 

(*) P. Gervais, Histoire naturelle des Mammifères* T. I> 

P- 153. 














- 



M 1 

































































186 



HYBRID1TÊ ENTRE ANIMAUX SAUVAGES CAPTIFS. 

; Daw (Equus montanus Burch.) 



(Equ 



) (1), et le faux Hémione 



(Equus Onagcr Briss.) avec le Daw femelle; ce dernier 
métis a été obtenu à Knowsley, en Angleterre, dans la 
ménagerie de lord Derby (2). Dans les Ruminants, nous 
connaissons des bybrides du faux Axis mâle (Cervus 

* m 



) avec l'Axis femelle (Ci 



i » 



)(3) 



Parmi les Oiseaux sauvages, mais retenus à l'état de 
captivité, on a constaté la production des hybrides entre 
la Tourterelle des bois (Columba Turtur L.) et la Tour- 
terelle à collier (Columba risoria L.) (4) ; entre le Cigne 
noir (Anas atraia Lath.) et le Cigne blanc ( 



)(») 



(Anas strepera L.) et le 



(Anas Pénélope) (6) 



fuligula L.) et la Sarcelle (Anas'Querquedula L.) (7). 

Rien ne semble, au premier abord, plus facile que la 
production naturelle des bybrides chez les Poissons, la 
laitance du mâle d'une espèce pouvant atteindre acci- 












l'Aca- 



(1) Flourens, De l'instinct, etc., p. 139. 

(2) Gleanings from the Ménagerie and Aviajry at Knowsley 

Hall, in-f°, 1880. 

(5) J. -Geoffroy Saint-Hilaire, dans les Comptes rendus de 

demie des sciences de Paris, T. X, p. 970. 

(6) Dictionnaire d'histoire naturelle de D'Orbigny, 

p. U7. 

(5) Le prince Pùkler Muskau, Semilassos Weltgamj, T. I, p. 25b. 

(6) Selys-Longchamps, dans les Mémoires de l'Académie des 
sciences de Belgique, séance du S juillet 1886. 

(7) E.-Gcoffroy Saint-Hilaire, Annales du Muséum, T. VII, 



T. X, 



P 



222, 




























HYBIUDITÉ ENTRE ANIMAUX SAUVAGES CAPTIFS. 






187 



dentellement les œufs d'une espèce voisine. Cependant, 
tomme le célèbre Haller le fait déjà observer (1), les 
wâles ne suivent jamais que les femelles de leur espèce, 
M les hybrides icthyologiques ne se produisent pas dans 
nos rivières. C'est par la fécondation artificielle seulement 
q u 'on est parvenu à en procréer; c'est à l'établissement 
^ e pisciculture de Huningue, que MM. Berthot et Dét- 



elés 

San 



( 



(Salmo Fario L.) 



(Salmo Salar L.) (3) 


























! 
























(1) Haller, Elementa physiologiœ, T. V, p. 16. 

(2) Coste, Instruction pratique sur la pisciculture. Paris, 1855, 
M 8, p . 50. 

(5) Bureau de la Malle attribue aux Romains l'invention de la fé- 
c ondation artificielle des œufs de Poissons {Comptes rendus de FAca- 
d émie des sciences de Paris, T. XXXIV, p. 165) ; mais Varron, 
a ^quel l'indication de ce fait est rapporté, n'en parle pas, comme 
bureau de la Malle l'a reconnu depuis. — L'idée d'appliquer aux 
finaux la fécondation artificielle est due à Malpighi (DmerfaJio de 
Ûonbyce, Londini, 1689, in-£°, fig.), qui l'essaya sur les Papillons 
du ver à soie; il fut imité en cela par Bibiena (Acta Academiœ 
Bonojioniensis, T. V, p. 1); ces premières expériences échouèrent, 
mai s elles réussirent sur des Bombyx entre les mains de l'abbé 
kpallanzani {Expériences pour servir à l'histoire de la génération 
des animaux et des plantes. Genève, 1786, in-8°, p. 225). On sait 
aus si que cet habile expérimentateur parvint à féconder artificielle- 
ment des œufs de Grenouilles et de Crapauds (/. c); qu'il obtint 

9 

paiement un plein succès, en injectant, au moyen d'une seringue, 
daQ s les organes d'une Chienne en chaleur, la liqueur séminale d'un 
Clii en (ibid., p. 27S). Ce dernier fait a été reproduit depuis par 
^°ssi, avec loutes les garanties d'authenticité désirables [Opuscoli 
lc *ftî de Milan, T. V, p. 96). Une expérience de fécondation arti- 
ficielle, plus étonnante encore, parait avoir réussi. (Voy. Hunier,. 
tc«lure$ on comparative Analomy, T. III, p. 513.) 




































! 







































r 

188 HYBRIDÏTÉ ENTRE ESPÈCES SAUVAGES ET DOMESTIQUES. 

Parmi les Insectes, on peut obtenir des hybrides en 
réunissant dans une cage garnie d'une gaze, le mâle 
d'une espèce avec la femelle d'une espèce voisine. Tre- 
viranus a réussi, dans ces tentatives, sur les PapUiojar- 
tina L. èl farina L., sur les Chrysomela cène a L. et Alni 
L., sur les Phalangium cornutum L. et opilio L. (1). 
Nicolas, professeur à l'ancienne Université cle Nancy, 
avait, antérieurement aux expériences que je viens de 
citer, atteint le môme but sur des Papillons et par les 
mêmes moyens (2). 

Ces faits renversent le principe posé par quelques na- 
turalistes, que, pour rendre fécond le croisement de deux 
espèces distinctes, il faut au moins que l'une des deux 
soit domestique; mais, ce qui est vrai, c'est que l'hybri- 
dite est plus fréquente, lorsqu'on force à vivre ensemble 
deux animaux d'espèces voisines et de sexe différent, 
dont l'un est sauvage et l'autre domestique. Nous pou- 
vons en citer un assez bon nombre d'exemples. 



) et le Loup (Canis Lupus L.) 



(Canis fc 



produit ensemble. Àristote, déjà, assure que les Loups 
peuvent s'unir aux Chiens : u In Cyrenensi agro Lupi 
cum canibus coeunt n (3). Buffon a tenté plusieurs fois 
l'expérience, et d'abord il a échoué. Bien qu'il eût pris 
la précaution de réunir, dans un même local, un Chien 
et une Louve, âgés de trois mois, et qu'ils eussent été 
élevés ensemble, Us n'ont pas perdu leur aversion origi- 












(1) Treviranus, Vermischle Schriften, T. I, p. 22. 

(2) Journal de physique tic l'abbé Rozier, 177 i, T. IV, p. 4-82. 
(5) Aristolclcs, Historiœ animaliwm lib, VIII, cap. 28. 


























HYBRIDITÉ ENTRE ESPÈCES SAUVAGES ET DOMESTIQUES. 189 

«elle l'un pour l'autre ; ils ont longtemps vécu dans un 
etat d'hostilité continuelle, et le Chien a fini par étrangler 
la Louve (1). Mais, plus tard, en 1775, il obtint "des 



mulets d'un 



(2) 



n &nt (5), Bourgelat au rapport de Spallanzani (-4), John 
Hunter (§), E. et I.-Geoffroy Saint-Hilaire (6) et FIou- 
lens (7) sont arrivés aussi aux mêmes résultats. 

Ces quatre derniers expérimentateurs, plus heureux 
^e Pallas (8), ont réussi également à obtenir des métis 
d u Chien et du Chacal (9). 






I 






































(1) Buffon, Histoire naturelle, T- V, p. 210. 

(2) Buffon, Ibidem, T. III, p. 9. 

(o) Pennant, Synopsis of Quadrupeds, p. 144-. 

■ 

(4) Spallanzani, Expériences pour servira V histoire delà gêné-* 
r ation, etc., p. 219. 

(8) Philosophical transactions, 1787. 

(6) Comptes rendus de V Académie des sciences de Paris, T. 

X X\ 7 IH, p. 86. 

(') Flourens, De l'instinct et de l'intelligence des animaux^ 
P- i! j et suiv. 

* 

\p) Pallas, Âcta Academiœ scientiarum imperialis petropoli- 
ta nœ, 1784, p. 92. 

(9) On assure avoir obtenu des mulets de Lièvre et de Lapin, 

{Opuscoli scelti de Milan, T. III, p. 258) et, tout récemment, on 

fonçait à la Société impériale zoologique d'acclimatation {Bulletin 
6 la Société impériale zoologique d 'acclimatation , T. IV, 

P« 298) l'existence de produits du croisement- de ces deux espèces 
C)e z M. Roux, président de la Société d'agriculture d'Angouleme* 

c ette occasion, M. I. Geoffroy Saint-Hilaire a fait observer 
M^on a souven t montré des animaux comme métis de Lièvre et 

Lapin et offrant à quelques égards des caractères mixtes, mais 



d 



^ Ue le fait n'a jamais été bien éclairai. MM. Bouchard et Moquia- 





















mm 































A 














190 HYBRIDITÉ ENTRE ESPÈCES SAUVAGES ET DOMESTIQUES. 



ranscisco de Theran (1) 
(Auchenia Llacma M.) 

) 



0* 



? 



importé en Espagne par ordre de Charles IV, et qui se 
sont produits pendant le voyage. M. Francis de Castel- 
nau (2) et le docteur Weddeli (3) ont constaté, à Ma- 
eusani (Pérou), l'existence de semblables métis, obtenus, 
après plusieurs années d'insuccès, par le curé du lieu, 
le docteur Cabrero. 

On a vu, au Muséum d'histoire naturelle de Paris, des 
Mulets du Cheval et du Zèbre, du Zèbre et de l'Anesse (4), 









Tandon assurent avoir observé que des Lièvres, inlroduits dans une 
lapinière, ont bientôt été trouvés morts, ce qu'explique peut-être les 
différences qui existent dans leurs habitudes et l'antipathie qui paraît 
exister entre ces deux types spécifiques. Enfin, M. P. Broca (Jour- 
nal de Physiologie de l'homme et des animaux, publié sous la di- 
rection du docteur Brown-Séquard. Paris, 1858. in-8°, T. I, p. 2U) 
dans un Mémoire sur l'hybridité en général et sur la distinction 
des espèces animales, dont la publication n'est pas terminée, an- 
nonce qu'un agronome est parvenu a croiser ces deux Rongeurs et à 
les mélanger d'une manière durable. Mais, au moment où j'écris ces 
lignes, la partie de ce travail où cette observation doit être rapportée 
n'a pas encore paru. S'agirait-il des métis obtenus par M. Roux 

d'Àngoulème? 

(1) Don Francisco de Theran, Ànnaes dus sciencias, das artes 

e das letras, T. IV, part, 2, p. 16. 

(2) F. de Castelnau, Expédition dans les parties australes de 
V Amérique du Sud. Histoire du voyage. Paris, 1850, in-8°, T. I\, 

p. 107. 

(3) Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris, T* 

XXVIII, p. 57. 

(&) F. Cuvier, dans les Annales du Muséum, T. XI, p. 237 et 239* 
























■ 
















HYBRIDITÈ ENTRE ESPÈCES SAUVAGES ET DOMESTIQUES. 191 



(2) 



(0 



et de la 



terre, ceux de l'Ane et du Zèbre femelle, et enfin de 



l'Ane 



Cuvi 



i faux Hémione (Ecjuus Onager Briss.) (3). 
(4) a constaté l'alliance féconde de deux es- 



(Capr 



) 



«elle collection de ces métis au musée zoologique de 



Ber 



(S) 



(6) 



s produits de Tac 



c ouplement du Bélier domestique avec une femelle de 
Mouflon de Corse (Ovis musimon PalL). 

Le Bison (Bos Americanus Gm.), qui paraît s'appri- 
Voiser facilement, peut s'unir à la Vache ordinaire, et a 
donné des métis dans les formes du Kentucky (7). 

MM. Flourens (8) et Alex, de Humboldt (9) confirment 
























il 









(1) I. Geoffroy Saint-Hilaire , dans le Bulletin de la Société d'ac- 
climatation, T. I, p. 587, tab. 5. 

(2) Dureau de la Malle, Annales des sciences naturelles, Sér.l, 

T - XXVII, p. 135. 

(3) Gleanings from the Ménagerie and Aviary at Knowsley 
Hall, in-fo, 1850. 

(4) Cuvier, Règne animal, éd. 2, 1829, T. I, p. 276. 

(5) Sacc, dans le Bulletin de la Société d'acclimatation, T, III, 

P- §22. 

(6) Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris, T. 

vn, p. 724. 

I 

(7) Rafinesque, Annales générales des sciences physiques de 

&ruocelles, T. VII, p. 85. 

(8) Flourens, dans les Annales des sciences naturelles, Sér. 2, 

T - IX, p. 306. 

(9) De Humboldt, Tableaux de la nature. Paris, 1851, in-18, 

T - I, p. 67. 















































jk 



f 




















492 



IIYBIUDITÉ ENTRE ESPÈCES DOMESTIQUES. 



l'existence de ces bâtards. De son côté, le Bœuf des 



(Bos fi 



) engendre, dans l'Inde, 



ec le Zébu (BosJndicus L.) (1). 

Les Oiseaux nous offrent des faits complètement sem 



) 



le Serin domestique (Frin 
avec le Chardonneret (Fï 



) 



métis de cette union. Le Serin produit aussi avec le 



(Fringilla Spinus Z/.), la Linotte (F, 



) 



(fi 



), le Ven- 



( Fringilla citrinella L.) 



(F 



rinus L.) (2), le Moineau (Fringilla dômes lie a L.) (3). 
L'Oie de Guinée (Anas eygnoïdes L.) et l'Oie domesti- 
que (Anas Anser L.) engendrent ensemble (4), et il en 
est de même de l'Oie à cravatte (Anas canadensis L.) 
avec l'Oie domestique (8). 

Entre deux espèces voisines, l'une et l'autre domesti- 
ques, l'hybridité est un phénomène bien plus commun 
que dans le Gas où l'une des deux espèces ou toutes les 
deux sont sauvages, u L'état de domesticité, dit Buffon, 
11 semble rendre les animaux plus libertins, c'est-à-dire, 










(1) P. Gervais, Histoire naturelle des Mammifères, T. II, 

p. 1S2. 

(2) Baffon, Histoire naturelle des Oiseaux, T. IV, p. 11. 

(5) Mûller, Manuel de Physiologie, Irad. franc. Paris, 1851, 

in-S°, T. II, p. 627. 

(fi) Pallas, Voyages en différentes provinces de l'Empire de 
Russie et dans l'Asie septentrionale, trad. franc. Paris, 1788, 

m?&«, T. I, p. 2S9. 

(3) Desmarets, dans le Dictionnaire des sciences naturelles de 
Levrault. T. XXXII J, p. 292. 

































HYBR1D1TÉ ENTRE ESPÈCES DOMESTIQUES. 



19: 



s 



11 moins fidèles à leur espèce ; il les rend aussi plus 
« chauds et plus féconds, n 

Nous ne connaissons pas d'exemple de croisement 
entre deux espèces domestiques plus fréquent que celui 
de l'Ane avec la Jument, et la production des mulets est 
1 objet d'une véritable industrie. Ces animaux bâtards 
0n t été connus de temps presque immémorial ; il en est ] 

■ 

question dans les Psaumes et dans le Livre des Rois (1). 
Mais ce n'est qu'au temps de David que les Hébreux en 
°nt fait usage, ce qui leur était permis, bien que le Lé- 

% • 

Vitique leur défendît d'unir ensemble des animaux d'es- 
pèces différentes (2). Ils existaient chez les Grecs, comme 
Homère (5) et Aristote (4) nous l'apprennent. Les Ro- 
mains les attelaient à leurs équipages (S). De nos jours, 
les mulets sont devenus très-communs, et on en fait un 







(1) Biblia sacra, Psalm., XXXI et XXXII, et Regum lib. III, 

<*p. I, v. 33, 54, 44, cap. 10, v. 23, cap. 18, v. S ; et lib. II, 
c *p. 13, v. 29, cap. 18, v. 9. Je ne cite pas le chapitre 56, v. 
^* de la Genèse, qui ferait remonter à une époque encore plus 
r eculée l'existence des mulets, les commentateurs interprétant d'une 
Manière très-différente le mot hébreu jemim, que quelques-uns tradui- 
sent par mulet, mais à tort (Conf. Samuel Bochart, Opéra omnia, 

l °c est Phaleg, Chanaan et Hierozoicon, éd. 4, Lugduni Bâta- 

v oruni 9 1712, in-f°, lib. II, cap. 21, et Augustin Calmet, Commen- 
tai 

Testament. Paris, 1724, in-f<>, T. I, part. 1, p. 274.) 
v*) Biblia sacra, Levit., cap. 19, vers. 19. 
(5) Homerus, Ilias. a, vers. 24, 80,716; j8' vers. 8S2; é vers. 



re littéral sur tous les livres de l'ancien et du nouveau 



324. 

(*) Aristoteles, Historiée animalium lib. VI, cap. 24. 
(5) M. T. Varro, Rerum rusticarum de agriculturâ lib. II, 
ta p. 8; Pliuius, Historiœ naturalis lib. VIII, cap. 44. 

•t 15 






■ 



V 




























U 














1 
1 


1 
1 


1 





































194 



IIYBRIDITÉ ENTRE ESPÈCES DOMESTIQUES 



grand usage, comme bêles de trait et comme montures 
dans tout le midi de l'Europe, dans une partie de l'Asie, 
dans l'Afrique septentrionale et dans les fermes de l'A- 



menque. 

Mais le croisement peut avoir lieu en sens inverse, 

c'est-à-dire que le Cheval peut féconder l'Anesse. Ce 
nouveau produit, différent du premier, est le bardeau. 
Il fut déjà connu des Romains, qui le désignaient sous 
le nom de Hinnus (1). Il est moins grand et plus roux que 
le mulet, ressemble au Cheval par les oreilles et à l'Ane 
par la crinière et par la queue. On ne cherche plus que 
rarement à l'obtenir ; il n'a pas les qualités du mulet. 
Il est un autre genre de Mammifères, qui, comme le 
genre Equus, nous a fourni aussi deux espèces domesti- 
ques, c'est le genre Camelus. Les deux espèces de Cha- 



(Camelus 



) 



(2) 



Buffon, en 1751 et 1752, obtint des métis du Bouc 



(3) 



(4) en a vu en 



Russie. 



D'une autre part, M. Claude Gay a observé au Chili 






(1) M. T. Varro, ibidem; J. M. Columella, De re rusticâ 
lib. VI, cap. 37. 

(2) Buffon,- Histoire naturelle, T. IX, p. 212; F. Cuvicr, Dic- 
tionnaire d'histoire naturelle de Levrault, T. VIII, p. «*î 
Antinori, dans le Bulletin de la Société d'acclimatation, T. III, 

p; Sd^. 

(5) Buffon, Histoire naturelle, supplément, T. III, p. 3. 
(S) Pallas, Voyages en 'différentes provinces de V Empire de 
Russie et dans V Asie septentrionale, trad. franc. Paris, 1788, 

in-4", T. I, p. 120. 



X , 












- 






% 









HYBRID1TÉ ENTRE ESPÈCES DOMESTIQUES. 



195 



Vicuna 



a) 



s ont désignés clans le pays sous le nom cle Cameros 
Unudos (2). Suivant Pallas (3), la Chèvre d'Angora 
pourrait bien avoir pour origine ce croisement du Bélier 
et de la Chèvre, mais il ne donne aucune preuve à l'ap- 
Pui de son opinion, et, d'une autre part, lesmélis, nés au 
^hili, n'ont aucun des caractères de la race fixe d'Angora. 
Le Bufle (Bos Bubalus L.) produit avec la 
nmiune (4), et le Taureau avec la femelle du Bufle (5) 



Vache 



11 

V 



(Bos indiens L.) 



(6) 



(7) 



nielle de l'Yack (Bos grunniens Pall.) donnent aussi 
des produits mixtes, qui, dans l'Inde, portent le nom de 
l)zo (8), et au Thibet celui de Karba (9); l'un de ces 










































(1) Comptes rendus de V Académie des sciences de Paris, T. 

(2) Bulletin de la Société d'acclimatation, T. II, p. 581. 
(*) Pallas, Spicilegia zoologica, T. II, p. 49. ' 

V*) Pallas, Acta Academiœ scientiarum imperialis petropoli- 

'•**, T. ï; part. 2, p. 240. 

(5) Essais philosophiques sur les mœurs de divers animaux 
dangers. Paris, 1785, m-8°, p. 145. 

(6) David Low, Histoire naturelle agricole des animaux do- 
niestiques de V Europe, trad. franc. 1842, in-4°. Le Bœuf, p. 55. 

(') Flotirens, De V Instinct et de l'Intelligence des animaux, 
5e «H-, p. 165. 

(°) Victor Jacquemont, Voyage dans l'Inde. Journal. Paris, 
l8 ^l, in-^ t. II, p. 2S9 et 570. 

v") Hue, Souvenirs d'un voyage dans la Tar tarie, le Thibet et 
l * Chine, éd. 2, T. II, p. 138. 













































¥ 



































. 



























■ 



196 



1IYBRID1TÉ ENTRE ESPÈCES DOMESTIQUES 



métis a été importé en France avec le troupeau d'Yacks 



(i) 



(2) 



Nous citerons, parmi les Oiseaux domestiques ayant 
îrni des hybrides, le Faisan commun (Phasianus col- 
icusL.)> avec le Faisan doré (Phasianus pic tus L.) (3); 



(JPh 



) 



(métis obtenus au Muséum d'histoire naturelle de Paris); 
le Faisan commun avec le Faisan à collier (Phasianus 
torquatus Temm.) (4) ; le Coq (Phasianus G allas L.) 
avec la Poule faisane (5), le Faisan commun et la Poule 
domestique (6); la Pintade (Numida Meleagris L 
avec la Poule ordinaire (7) ; le Cygne chanteur (Cygm 



férus Briss.) avec l'Oie domestiqi 
musqué (Anas moschata L.) avec 
(Anas Boschas L.) (9). Ces dernier 
Mulards dans le midi de la Fram 
estimés pour la bonté de leur chair. 



(8) 



le Canard 



(1) Bulletin de la Société à" acclimatation, T. I, p. 41 T 

(2) I. Geoffroy Saint-Hilaire, Description des collections de V*. 



Jacquemont, p. 75. 



na 



(4) Temminck, Manuel d'Ornithologie, T. II, p. 455. 

(5) F. Cuvier, Annales du Muséum, T. XII, p. 122. 

(6) Gesner, de Avibus, p. 445, et Buffon, Histoire naturelle 
des Oiseaux, T. II, p. 69. 

(7) Buffon, Histoire naturelle des Oiseaux, T. II, p. 187. 

(8) F. Cuvier, annales du Muséum, T. XII, p. 122. 

(9) Olivier de Serres, Le Théâtre d 9 agriculture et Mesnage des 
champs. Paris, an XII, in-4°, T. II, p. 56. 



























v. 











s 



CARACTÈRES DES HYBRIDES D'ESPÈCES. 



Te! 



197 



s sont les principaux exemples d'hybridité, cons- 
oles d'une manière certaine, qui ont été observés dans 
,e gne animal. Ils sont assez nombreux pour qu'il soit 
Possible d'étudier les diverses questions qui se rattachent 
a la théorie de l'hybridité. 

Les hybrides, provenant de deux espèces distinctes, 
jennent à la fois par leurs caractères et de leur père et 
. e kur mère; c'est là un fait général, qui a une certaine 
,n] portance au point de vue des théories de la généra- 
0n > puisqu'il fournit des arguments extrêmement puis- 
ants pour combattre la doctrine de la préexistence des 
fermes dans la femelle, proposée et défendue avec tant 
"e talent par Bonnet 
€ st-il réparti dans une proportion égale, et les hybrides 
de même origine offrent-ils toujours des caractères con- 



(*) 



ce mélange des formes 



stants ? 



Question 



que 



hyl: 



9 



dont il est ici 



surs parents, et tiennent à peu près autant de l'un que 
e I autre. Ils ont généralement entre eux une ressem- 
fence assez grande, mais qui n'est pas cependant aussi 
c °mplète que celle que présentent les individus appar- 
iant à une même espèce légitime. Toutefois, il faut 



(*) On peut voir, dans les ouvrages de Bonnet, les développements 
0n aés par l'auteur à l'appui de son opinion, et les objections pro- 
Ult es contre sa théorie par un de ses amis, non moins célèbre que 

> l'abbé Spallanzani. Bonnet n'a pu expliquer, d'une manière sa- 
s usante, ni l'organisation du larynx, ni les longues oreilles du 
* u et (Bonnet, OEuvres d'histoire naturelle et de philosophie. 

*eufchàtel, 1779, in-8», T. V, p. 225, et T. VI, p. m.) 















i l 


































* 


















































I 

























198 



CARACTÈRES DES HYBRIDES DÉPÈCES 






des 



I 

ajouter que ces différences sont restreintes dans 
limites assez étroites. On peut s'en convaincre en com- 
parant entre eux les produits du Chien et de la Louve, 
qui, tout en conservant les caractères d'êtres mitoyens 
entre leurs parents, ont présenté à Buffon (1), dans une 
même portée, des différences notables, comme on peut 
s'en assurer, non-seulement par ses descriptions, mais 

■ 

aussi par les figures qu'il a données de ces animaux. 



/ 



Hunter (2) 



métis des 



Cl 



Loup. Ces 



Canard 



a Corbeau (Corvus Corax L.) et de 
neille mantelée (Corvus Comix L.) (3) ; du Charc 
et de la Serine; du Canard ordinaire et du 

musqué, etc. 
Mais si le rôle des parents est renversé ; si l'espèce, 

qui a fourni le père dans une de ces unions contre na- 
ture, donne, au contraire, la mère, et que, pour la 

■ 

seconde espèce, qui intervient dans la production de 
ces êtres adultérins, l'inverse ait également lieu, les 
hybrides sont loin de se ressembler dans les deux cas. 
Cela est évident pour les mulets et les bardeaux. Les 
premiers ont habituellement la forme du corps et la taille 
de leur mère ; les seconds atteignent à peine la taille 
de l'Anesse qui les a enfantés. Les bardeaux sont plus 













(1) Buffon, Histoire naturelle, supplément, T. III, p. 9, et T. VH, 
p. 171à20S. 

(2) Transactions philosophiques pour 1789. 

(3) Naumann, Naturgeschichtc dcr Vôgel Dculschl.,T. II, p. 6a. 


























' 













t 



CARACTÈRES DES HYBRIDES D ESPÈCES. 



199 



i 



*oux, ont l'encolure plus mince que le mulet, le dos plus 
tranchant, les oreilles moins longues ; ils ont conservé 
plus des caractères du Cheval (1). 

Ces différences ne doivent pas surprendre ; elles s'ex- 
pliquent naturellement. L'observation prouve, en effet, 
<jue les hybrides tiennent généralement de leur mère 
par la taille et par la forme du tronc, et de leur père par 
w conformation et les dimensions de la tête, des jambes, 
^es oreilles et de la queue, comme l'ont constaté Buf- 
fon (2), Bonnet (3)), Hofacker (4), Grognier (S), Bur- 
dach (6), en comparant le mulet et le bardeau. Ces faits 
ne sont pas particuliers aux produits de l'Ane et du 
Cheval, mais ils ont été également observés dans les 
animaux nés d'un Ane et d'un Zèbre femelle (7), du 
Chien et de la Louve (8), du Bouc et de la Brebis, etc., 
Le mulet présente, en outre, l'organisation si remar- 
quable du larynx de son père (9),. et, comme lui, il 



^ 












1 




































I 



(1) M. T. Varro, Rerum rustiearum de agriculturâ lib. II, 
<ftp. 8; Buffon, Histoire naturelle y supplément, T. III, p. 3. 

(2) Buffon, Histoire naturelle, supplément, T. III, p. 2 et 5. 

(5) Bonnet, OEuvres d'histoire naturelle et de philosophie. 
Neufcbatel, 1779, in-8°, T. V, p. 103. 

(£) Hofacker, Ueber die Eigenschaften, welche sic h bel Men- 
s ^hen, und Thieren von den Eltern au f die Nachkommen verer- 
b en, p. 90. 

(5) Grognier, Cours de multiplication et de perfectionnement 
des animaux domestiques, p. 82 et 254-. 

(6) Burdach, Traité de physiologie considérée comme science 

d'observation, trad. franc. Paris, 1858, in-8°, T. II, p. 185. 

(7) F. Cuvier, Annales du Muséum, T. II, p. 257. 

(8) Masch, Der Naturforscher, T. XV, p. 28.. 

(9) Hérissant, Mémoires de V Académie des sciences de Paris, 




































4 









































J 



! 



200 



CARACTÈRES DES HYBRIDES D'ESPÈCES. 



brait ; le bardeau, au contraire, a le larynx du Cheval, 
et il hennit. Les bâtards du Chien et de la Louve n'a- 
boient pas, mais hurlent; ceux du Canard musqué et de 
la Cane commune restent muets comme leur père ; ceux 
du Chardonneret et de la Serine ont ordinairement le 
chant du Chardonneret, à moins qu'ils ne vivent avec 

des Serins (1), etc. 
Il résulte des faits, que nous venons d'établir, que les 

■ 

hybrides nés de deux espèces distinctes, participent 
presque également des caractères de chacun de leurs 
parents; que l'influence du père se prononce spéciale- 
ment sur certains organes, et celle de la mère sur d'au- 
tres parties du corps, de telle sorte qu'il est possible de 
déterminer à priori, par l'examen du bâtard, quelle est 
l'espèce à laquelle appartient son père, quelle est celle à 
laquelle se rattache sa mère ; enfin, que les hybrides de 
même origine ont généralement entre eux une ressem- 
blance très-prononcée, mais non pas telle qu'on l'observe 

chez les différents individus d'une espèce légitime et 
sauvage. 

Si nous observons quelquefois l'union contre nature, 
qui donne naissance aux hybrides, en résulte-t-il une 
déviation continue aux lois qui maintiennent la fixité des 
espèces animales? En un mot, les hybrides sont-ils fé- 
conds et peuvent-ils devenir la souche de nouveaux types 
organiques permanents? On ne connaît jusqu'ici aucun 



1785, p. 279; Bonnet, OEuvres d'histoire naturelle et de philo- 
sophie, T. VI, p. 408. 

(1) Prosper Lucas, Traité philosophique et physiologique de 
l'hérédité naturelle. Paris, 1847, in-8°, T* H, p. 164. 

























LES HYBRIDES D'ESPÈCES SONT-ILS FÉCONDS? 



201 



fait 
I 



qui milite pour l'affirmative, et les partisans de 
opinion de la variabilité et de la confusion des espèces 
n ont pu montrer aucune race indéfiniment féconde, qui 
doive son origine à cette cause. 

Cependant les circonstances les plus favorables se sont 
présentées et auraient inévitablement amené ce résultat, 
s " eût été possible. L'existence des mulets, fruits d'une 
alliance anormale entre l'Ane et la Jument, remonte, 
comme nous l'avons vu, aux temps les plus reculés sur 



lesquels 



nous possédions des documents historiques; 



depuis plus de 4000 ans, on n'a cessé d'en produire, 
chaque année, en très-grand nombre, et néanmoins ces 
animaux bâtards n'ont pas formé de souche permanente. 
Us vivent cependant ensemble et sont réunis en trou- 
peaux considérables dans certaines parties de l'Europe, 
de l'Asie et de l'Amérique ; ils sont pourvus d'organes 
générateurs, et sont même tellement ardents, dans quel- 
ques pays, qu'on les y soumet à la castration (1) ; ils 
Peuvent, en toute liberté, s'unir entre eux, fonction à 
^quelle ils sont aptes, comme l'ont observé les anciens 
n aturalistes aussi bien que les modernes. D'une autre 

* 

P a i"t, comme le font observer avec beaucoup de raison 



Buff 



(2) 



lr ent entre eux la plus parfaite similitude de conforma- 
t ,Q n dans le cerveau, les poumons, l'estomac, le conduit 
destinai, le cœur, le foie, les autres viscères, et pré- 
sentent aussi la plus grande ressemblance du corps, des 
Jambes, des pieds et du squelette tout entier. Evidem- 

i 



(*) Bechstein, Gemeinnuetzige Naturgesckichte, T. I, p. 293 
( 2 ) Buffon, Histoire naturelle, T. IV, p. 377 et iûi. 



■ 



^ 









11 



1 ! 







-, 



I 







; 



























































































i. 











y 





















202 LES HYBRIDES D'ESPÈCES SONT-ILS FÉCONDS? 

ment, s'il est deux espèces animales qui, en raison des 
rapports étroits qui les rapprochent, en raison aussi de 
l'ancienneté et de la fréquence de leurs croisements, 
auraient pu se transformer l'une dans l'autre, si cela eût 
été possible, l'Ane et le Cheval nous auraient certaine- 
ment présenté, plutôt que d'autres animaux, le phéno- 
mène de la confusion de deux espèces. 

Mais on ne connaît aucun fait authentique qui démon- 
tre que l'union du mulet et de la mule puisse être fé- 
conde, et des observations bien précises, faites par 
plusieurs naturalistes éminents, conduisent à penser que 
la puissance génératrice des mulets mâles, si elle n'est 
pas impossible d'une manière absolue, doit être du moins 
une exception excessivement rare. En effet, de Glei- 
chen (4), Prévost et Dumas (2), Bechstein (5) et enfin 

jue des globules dans 

la liqueur du mulet et jamais de Zoospermes. Il y a donc 
un obstacle organique qui s'oppose habituellement à ce 
nue. le. mulet nuisse engendrer avec la mule (5). 



Wagner (4) 



i 



(1) De Gleichen, Dissertation sur la génération, les animal- 
cules spermatiques et ceux d'infusion. Paris, an Vil, in-4 . 

(2) Prévost et Dumast, dans les Annales des sciences naturelles, 

Sér. I, T. I, p. iU. 

(5) Bechslein, Gemeinnuetzige Naturgeschichte, T. I, p. 29ï>. 

(4) R. Wagner, Lehrbuch der Physiologie, 1859, p. 24. 

(8) Suivant R. Wagner {ibidem,?, 25 et 26), lajiqueur spermalique 
des bâtards d'Oiseaux est dépourvue d'animalcules, ou ils sont très- 
imparfaits. Chez les hybrides qui résultent de Tunion du Moineau 
avec le Serin, les testicules restent très-petits ou atteignent au plus 
la moitié du volume qu'ils ont dans les deux espèces types. On y 
trouve, il est vrai, quelques vésicules pleines de molécules obscures, 




















r 

1 11 



LES HYBRIDES D* ESPÈCES SONT-ILS FÉCONDS? 

3te (1) rapporte cependant qu'un mulet 



205 



duit avec une Jument. Ce fait peut être vrai, bien que 
depuis il n'ait pas été constaté d'une manière positive. 
Mais, ce qui doit faire hésiter à le révoquer en doute, 
c'est que d'autres hybrides, comme nous le verrons, ne 
sont pas nécessairement et absolument inféconds. Et, 
pour citer un exemple, très-probant sous ce rapport, je 

- 

"appellerai qu'il existe actuellement, au jardin des plantes 
de Paris, un mulet issu d'un Hémione et d'une Anesse, 
et qui a produit plusieurs fois avec des Anesses et une 
fois avec une femelle d'IIémione (2). 

Mais les exemples de mules fécondées soit par l'Ane* 



î 



et aussi des filaments munis d'extrémités renflées ; mais ces filaments 
ne sont jamais réunis en faisceaux réguliers, ils sont peu nombreux 

■ 

et disséminés sans aucun ordre entre les molécules. Ces formes in- 

î 

complètes d'animalcules demeurent plus petites que celles des es- 
pèces types ; leur extrémité renflée est irrégulière, tantôt conique, 
tantôt allongée ou recourbée au bout, et jamais elle ne présente la 
spirale caractéristique. 

(1) Aristoteles, Historiée animalium lib. VI, cap. 24. Aristote 
parle aussi (l. c.) de mulets féconds qui existent en Syrie. Il s'agit 
Pebt-être ici de l'Hémippe (Equits Hemippus L Geoff.-Saint-HiL), 
qui existe encore dans le désert de Syrie et qui constitue une espèce 
parfaitement légitime, mais qui a quelque ressemblance extérieure 
a vec le mulet ordinaire. Ce qui semble confirmer cette manière de 
y oir, c'est qu' Aristote ajoute, en parlant de ces mulets de Syrie : 

àed îd genus diversum quanquam simile, et ailleurs (lib. VI, 
c ap. 56), il ajoute : Simt in Syriâ midi dicli, ab Us diversi génère, 

qui ex asini et equœ coitu nascuhtur, forma tamen similes 

hœ milice ex suo génère procréant. 

(2) I. Geoffroy-Saint-Hilairc, Animaux utiles: domestication et 
naturalisation, éd. 5. Paris, 1854. p. 69, en note.. 
















I 









r 



































■ 







































































i 



















204 



LES HYBRIDES ^ESPÈCES SONT-ILS FÉCONDS? 



r 



soit par le Cheval, ont été vus par plusieurs auteurs. 

■ 

Hérodote (1) déjà affirme que ce fait a été observé en 
Grèce, où il était considéré comme un prodige ; Dio- 
nysius, Magon et Varron (2), ces antiques auteurs de 
rustication, comme les nomme Olivier de Serres (3), 
disent que la fécondité des mules a été constatée en 



« 



Dans des temps plus 



modernes, d'autres faits du même genre sont rapportés 



(8), par Buffon (6) 



(7) 



docteur Richard, 



(8) 



M 



Castelnau (9), et récemment, en Algérie, par 

. _ _ _ . . . ,. 



constaté de visu. Ce fait a jeté l'épouvante parmi les 
Arabes; ils crurent à la fin du monde, et, pour conjurer 

r 



(1) Hérodote, Historiarum lib. III, §183. 

(2) M. T. Varro, Rerum rusticarum de agriculture lib. II, 

cap. 1. 

(3) Olivier de Serres, Le Théâtre à 7 agriculture et Mesnage des 

champs. Paris, an XII, in-4°, T. I, p. 555. 



Est 



m an- 



(&) Plinius, Historiée naturalis lib. VIII, cap. M. 
nalibus nostris mulas peperisse sœpe; verum prodigii loco 

habitum. (Plinius, Ibidem.) 

(5) Olivier de Serres, L c. 

(6) Buffon, Histoire naturelle, supplément, T. III, p. 16, et sup- 
plément, T. VII, p. U0. 

(7) Huzard, dans les Notes de l'édition de l'an XII du Théâtre 
d'agriculture d'Olivier de Serres, T. I, p. 654. 

(8) Dictionnaire d'histoire naturelle de d'Orbigny, T. X, p. 546. 

(9) Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris, T. 

XXII, p. 1003. 
















LES HYBRIDES d'eSPÈCES SONT- ILS FÉCONDS? 



205 



la colère céleste, ils pratiquèrent de longs jeûnes ; au- 
jourd'hui encore, ils ne parlent de cet événement qu'avec 
«ne terreur religieuse (1). Mais, dans ces cas, la mule fut 
saillie ou par un Ane ou par un Cheval. Elle n'est donc 
Pas frappée d'une stérilité aussi habituelle que le mulet, 
e t il est facile d'en trouver la raison dans ses ovaires, 



(3) 



(2) 



Mais les choses ne se passent pas toujours, chez les 
autres hybrides, comme nous venons de le voir. C'est 
ainsi que, de l'union d'un Chien-braque et d'une Louve, 
Buffon (4) a obtenu quatre générations de bâtards issus 
les uns des autres. MM. Flourens et F. Cuvier, Etienne et 
Isidore Geoffroy Saint-Hilaire ont répété avec succès l'ex- 
périence de Buffon, mais ils n'ont pu dépasser la troisième 
génération (5). Les descendants des métis du Chien et de 
la femelle du Chacal sont devenus également stériles dans 
les expériences faites par M. Flourens (6), et cependant, 
la ressemblance physique entre le Chien et le Chacal est 
bien plus grande encore qu'entre le Chien et le Loup ; 
1 instinct est le même ; tous deux se creusent des terriers 
(H s'agit du Chien h l'état de nature) ; mais il y a entre 









; ! 








(1) L' Institut, partie scientifique, 1858, p. 131. 

(2) Mémoires de V Académie de Turin, 1790. 

(3) Mûller's Archiv., 1856, p. 225. 

(4) Buffon, Histoire naturelle, supplément, T. VII, p. 171 à 205. 

(5) Flourens, Cours de physiologie comparée. Paris, 1856, in-8°, 
P* 17; Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris, 

T - XXVIII, p. 56. 

■ 

(6) Flourens, Cours de Physiologie comparée, p. 8, 18 et 111. 

























■ I 









r A 



























206 



9 



LES HYBRIDES D'ESPÈCES SONT-ILS FÉCONDS 1 



eux une différence pour ainsi dire psychique, c'est que 
le Chien est éminemment perfectible, son intelligence se 
modèle, se gradue sur celle de son maître, et le Chacal 
ne nous présente rien de semblable (1). 

La Vigogne mâle et l'Alpaca femelle produisent aussi 
des petits féconds, et c'est ainsi que le docteur Cabrero, 
curé de Macucani (Pérou), a pu former un troupeau de 
ces hybrides. Il est certain que, dans ces expériences, 
un métis mâle, en fécondant des Vigognes, en est de- 
venu le père, et les femelles de cette seconde génération, 
plus voisine de la Vigogne que la première, furent fé- 
condées, soit par leur père, soit par des Alpacas. Ce 
troupeau comptait, en 1847, lorsqu'il fut visité par le 

1, 34 individus (2). Ce fait démontre 
qu'un mâle de Paco-Vicunas (c'est ainsi qu'on nomme, 
au Pérou, les métis de ces deux espèces) a pu féconder 
des Vigognes, que l'Alpaca mâle a pu, à son tour, en- 
gendrer avec des femelles hybrides, mais nullement que 
ces métis soient doués entre eux d'une fécondité con- 
tinue. 

On connaît encore d'autres exemples de métis féconds 
entre eux pendant un petit nombre de générations; tels 
sont ceux qui proviennent du croisement du Cerf axis et 
du Cerf pseudo-axis (3) ; du Bison et de la Vache cora- 



Wedd 































% 













(1) Flourens, Ibidem, p. 18. 

(2) Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris, T. 

XXVIII, p. 87. 

(3) I. Geoffroy-Saint-Hilaire, dans les Comptes rendus de l'Aca- 
démie des sciences de Paris, T. XXVIII, p. 56. 











LES HYBRIDES D'ESPÈCES SONT-ILS FÉCONDS? 




mime (1); du 
domestique (2) 



Chèvre 



(4) 



(3) 



" fréquents et quelquefois prolifiques, il ne s'est point 
M formé d'espèce intermédiaire entre la Chèvre et la 



11 Brebis. 



espèces 



11 jours à la même distance l'une de l'autre ; elles n'ont 
11 point été altérées par ces mélanges; elles n'ont point 
" fait de nouvelles souches, de nouvelles races d'animaux 
» mitoyens, elles n'ont produit que des différences indi- 
» viduelles, qui n'influent pas sur l'unité des espèces 
» primitives, et qui confirment, au contraire, la réalité 
n de leur différence caractéristique, ri Tout cela est vrai 
également pour tous les animaux hybrides qui se sont 



reproduits. 



bien plus fréquent que les hyb 

entre eux. Nous l'a\ 



complètement stériles entre eux. 

pour les mulets, mais nous pouvons citer d'autres 

exemples. Ainsi, en Anatolie, on croise le Chameau 

commun (Camelus Dromedarius L.) avec le Chameau 
a deux bosses (Camelus hactrianus L.) et leurs métis 
s ont inféconds (5), bien que ces deux espèces soient si 


























I 


















(1) G. Cuvier, Règne animal, l, p. 280; de Humboldt, Tableaux 
de la nature, T. I, p. 117. 

(2) Sacc, Bulletin de la Société d'acclimatation, T. III, p. 522. 
(5) Buffon, Histoire naturelle, T. XIV/p. 542; G. Cuvier, Règne 

a nim a i ? T. I, p. 277; Claude Gay, dans les Comptes rendus de 

c Académie des sciences de Paris, T. XL, p. 754. 
(4) Buffon, Histoire naturelle, T. V, p. 60. 
\°) F. Cuvier, dans le Dictionnaire d'histoire naturelle de 






/ 



*X 






» 

























' 
















208 



LES HYBRIDES D'ESPÈCES SONT-ILS FÉCONDS? 



voisines que Buffon les a confondues en une seule. Il en 
est de même, du reste, des hybrides, qui ont été ob- 
tenus dans la classe des Oiseaux; chez eux, comme chez 
les mulets on a aussi constaté l'absence ou la déforma- 



« 



Q 



eux ou qu'ils le deviennent après quelques générations, 
leurs femelles peuvent souvent procréer, lorsqu'elles 
sont couvertes par les mâles d'une des deux espèces 
légitimes auxquelles elles doivent leur existence, et il en 



ordre, qui 



de 



n de! 
deux 



reprennent tous les caractères de ce type. Ce retour, dès 
la première génération, soit au type mâle, soit au type 
femelle, suivant que l'hybride femelle a été fécondé par 
un mâle de l'espèce de son père ou de l'espèce de sa 

a été positivement observé chez les métis du 



mère , 

Faisan ordinaire et 



(2) 



(3) 



(4) 



souvent, les métis ne reviennnent à l'un des types pri 



LevrauIt,T. VIII, p. iU; Flourens, De l'Instinct et de l'Intelli- 
gence des animaux, éd. 3, p. 160; Antinori, dans le Bulletin de 
la Société d'acclimatation, T. III, p. 5S£. 

(1) R. Wagner, Lehrbuch des Physiologie, 1839, p. 25 et 26; 
J. Millier, Manuel de physiologie, trad. franc., T. II, p. 627. 

(2) Buffon, Histoire naturelle des Oiseaux, T. II, p. 34-8. 

(3) Buffon, ibidem. 

{&) Duvernoy, dans le Dictionnaire d'histoire naturelle de 

d'Orbigny, T. X, p. H7. 


























■ 











■ 





■ * ■ 




HYBRIDES 



209 



mitifs qu'après plusieurs séries de fécondations par ce 



(1) 



bâtards du Loup e 

Nous pouvons ( 

brides, ou sont or 

deviennent après quelques générations ; qu'il n'y a pas 
c hez eux fécondité continue, comme dans les espèces 
véritables ; qu'ils ne peuvent, par conséquent, former de 
nouveaux types permanents, ni confondre les espèces 
'es unes avec les autres ; que leurs femelles, toutefois, 
peuvent être saillies avec succès par les mâles de l'une 
des deux espèces génératrices, mais que les produits 
se confondent bientôt avec elle ; que si la nature enfin 
permet, et presque toujours par suite de l'intervention 
de l'homme, des déviations aux lois sur lesquelles elle a 
établi la fixité des espèces, elle y ramène invariablement 
les animaux qui s'en écartent. 

La plupart des auteurs assurent que l'hybridité n'est 
possible qu'entre espèces du même genre. Aristote (2), 
déjà, était de cet avis, et le formule dans les termes sui- 
vants : Coeunt animalia generis (dansle sens d'espèce) 
tfusdem secundum naturam, sedea etiam quorum genus 



divet 



M. FI 



"sum quidem, sed natura non mullum distat. 



(3) 



(1) Flourens, Histoire des travaux et des idées de Buffon, éd. 2, 
P* 9 5; Mûller, Manuel de Physiologie, trad. franc., T. II, p. 783 ; 
fi urdach, Traité de physiologie, etc., trad. franc., T. II, p. 2S6; 

etc. 

(-) Aristoteles, Historiée animalium, lib. II, cap. 5). 

v*) Flourens, Cours de physiologie comparée. Paris, 18S6, in-8°, 
P. 8. 



I. 



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1 













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Ci 



DES HYBRIDES ENTRE ESPÈCES DE GENRES DIFFÉRENTS. 



car 



de 






fécondité bornée, un critérium certain pum '«-'«-•"- 
le genre, dont, il faut l'avouer, les délimitations ont ete 
souvent plus ou moins arbitraires. Nous ne pensons pas 
que ce soit la seule base sur laquelle doit reposer le 
genre naturel, mais on ne peut nier son importance; 

l'hybridité prouve nécessairement des analogies 
très-étroites d'organisation entre les espèces qui peuvent 
s'unir et procréer ensemble, c'est là un caractère d'une 
valeur incontestable. L'observation et l'expérimentation 
viennent-elles confirmer cette manière de voir? On ne 
trouve, dans le règne animal, qu'un petit nombre de 
faits bien constatés qui semblent l'infirmer ; je dis 
faits bien constatés, car il faut reléguer parmi les fables 
l'existence des jumarts, hybrides prétendus soit de 1 Ane 
et de la Vache, soit du Taureau et de l'Ànesse ou de la 
Jument (1), des métis du Lapin et de la Chatte, du Lapin 
et de la Poule, du Chien et de l'Ours, du Chien et de la 
Chèvre, du Chien et de la Chatte, du Cerf et de la Vache, 
du Cerf et de la Brebis, etc. On connaît, du reste, les 
tentatives nombreuses faites par l'abbé Spallanzani pour 
obtenir, au moyen delà fécondation artificielle, des métis 
de Grenouilles "et de Crapauds, de Reinettes et de Gre- 
nouilles, de Salamandres et de Triions. Mais ces animaux 


















(1) A plus forte raison, on ne peut pas admettre, je ne dira, pas 
l'uûion féconde, mais même l'union du Lapin et de la Poule. . Ita 
, scepe ab auctoribus relalum coitum Cuniculi cum Gallina mento 
, Blumenbacbius, in dubium vocal, solliciteque, teslimonio Cl. Délie 
» Lanze nisus demonstrat jumarros nihil esse nisi binnos ex equo et 
, asina pronatos. » {Compte rendu de V ouvrage de Blumenbach, 
intitulé : De generis humani, etc., dans les Commentant de rébus 
in historia naturali et medicina gestis, T. XXIII, part. I,p. **}• 















1 






K 



















\ 



DES HYBRIDES ENTRE ESPÈCES DE GENRES DIFFÉRENTS. 211 

appartiennent à des genres différents et l'expérience 
resta sans résultat (1). II ne réussit pas mieux à féconder 
artificiellement des Chattes en chaleur par l'injection de 
] a liqueur séminale du Chien (2). 
Mais il est certain que le Macaque ordinaire (Macacus 

) a produit avec le Grivet (Cercopi- 



\ 



thecus griseus F., Ciw.) 



[Ib 



(0 



) avec la Chèvre (Capra domestica); le Bélier 



canadien (Cijgr 



également avec la Chèvre ; le Cygne 
\s canadcnsis Mey.) avec l'Oie (Amer 
sylvestris Briss.) ; les Faisans (Phasianï) avec la Poule 
(Gallus), et la Pintade (Numida Meleagris L.) avec la 
femelle du Coq domestique. Or, chacun de ces couples 
appartient, d'après les naturalistes modernes, à deux 
genres distincts. Il est permis de se demander si, de nos 
jours, on n'a pas trop multiplié, spécialement dans le 
règne animal, le nombre des genres. Ceux auxquels se 
rapportent les espèces citées plus haut sont-ils établis 
sur des caractères solides? Suffit-il, par exemple, pour 
séparer le genre Ibex du genre Capra, de prendre en 
considération la forme et la direction des cornes, et le 



plus 

le 



nombr 



M 



r 



s axes osseux, sur lesquels elles sont implantées ? 
°us ne le pensons pas. Car les cornes sont singuliè- 
ement modifiées chez les animaux domestiques, qui 
Possèdent ces armes offensives; elles peuvent même 
^paraître avec leurs noyaux osseux, dans la Chèvre 







\ 




I 



m 

I 





























• 






\*j Spallanzani, Expériences pour servir à l'histoire de la gé- 
nc ratio n des animaux et des plantes. Genève, 1786, ia-8°, p. 220. 
(2) Spallanzani, Ibidem, p. Zïi. 









* 



A 






















212 DES HYBRIDES ENTRE VARIÉTÉS D'UNE MÊME ESPÈCE. 

notamment. Ce serait donc admettre que la domesti- 
cité peut faire disparaître un caractère générique. Nous 
pourrions présenter des observations analogues, au sujet 
des autres genres, dont nous avons parlé plus haut. Loin 
d'admettre que l'hybridité puisse avoir lieu entre ani- 
maux de genres différents, nous pensons, au contraire, 



(1) et Milne- Edwards (2) 



ou 



vent seulement que ces genres sont purement artificiels 
et constatent que la nature les désavoue. 

Nous avons vu que les espèces animales sauvages pré- 
sentent quelquefois des variétés; nous constaterons, dans 
un des chapitres suivants, qu'elles sont bien plus fré- 
quentes et plus profondes chez les animaux domestiques; 
que chez eux, ces variétés peuvent devenir permanentes 
et constituent alors ce qu'on a nommé des races. 

11 est utile de rechercher quels sont les résultats de 
l'union de variétés, soit accidentelles, soit permanentes, 
d'une même espèce. On constate immédiatement un 
premier fait, c'est que les produits de ce croisement ne 
sont pas réellement intermédiaires aux deux variétés ou 

que chez eux le caractère de 

l'un des parents domine, et, le plus souvent, tous les 



races 



mais 



point 



sont les 



(3) 















(1) Flourens, De l'Instinct et de V Intelligence des animaux, 
éd. 3, p. 115* et Cuvier, Histoire de ses travaux, p. 297. 

'(^Milne-Edwards, dans les Comptes rendus de l'Académie des 

sciences de Paris, T. XL, p. 734-. 

(3) Ce fait constitue un nouvel argument à opposer à la doctrine 

de la préexistence des germes dans la femelle. 





















DES HYBRIDES ENTRE VARIÉTÉS D'UNE MÊME ESPÈCE. 213 

la mère. Enfin, il arrive même que la variété revient 
a emblée, soit à l'une des deux origines, soit à un as- 
cendant plus ou moins éloigné, ce qui constitue le phé- 
nomène physiologique auquel on a donné le nom 
«Vavime (1). Nous pourrions citer, à l'appui de ces 
Propositions, un grand nombre de faits constatés par les 
observateurs les plus exacts ; nous nous contenterons de 
quelques-uns. 

* Lorsqu'on croise deux races de Moutons, le plus sou- 
ent, chez les individus provenant de celte alliance, la 
oi-me de la tète et des membres, la nature, la longueur 
<* la couleur de la toison sont celles de la race pater- 
nelle (2) ; l'animal ressemble dès lors beaucoup plus à 
son père qu'à sa souche maternelle. Cela est si vrai que 
Pour obtenir l'amélioration de l'espèce ovine, l'un des 
Principaux moyens en usage consiste à faire opérer la 
|nonte par des mâles de belle race, et cette pratique 
1 est pas particulière aux Moutons ; chacun 



da 



que 



• -w^~»~ ^v*tv Vj\JlV/j 

ns l espèce chevaline, la race est ennoblie par les 
l aions arabes, espagnols, persans, etc. 

bi P ni leS ChèVfeS domesti q«es, l'influence du mâle est 

» plus évidente encore ; elle paraît même souvent 
Jusque exclusive> Des Chèyres de Nub .^ . chanfte . n 

ement busqué, à pelage ras, brun et blanc, à ma- 

^ ''es divergentes, confiées à la Société d'acclimatation 

^ancy, ont été saillies, faute d'un mâle de même 



0)c 



arriè 



est ce que les Allemands nomment Rûchschlag, un coup en 



rc > un pas rétrograde. 



ç J 2 ) Chanibon, Traité de l'éducation des Moutons, % p. 276 • 




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i- s 



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: 













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- 

214 DES HYBRIDES ENTRE VARIÉTÉS D'UNE MÊME ESPÈCE. 

race, une première année, par un Bouc du pays, à poils 
longs, noirs et blancs, et il en est résulté des produits 
complètement semblables au mâle, par la forme du 
corps, par la tête non busquée, par les membres, par la 
longueur et la couleur du poil, si ce n'est toutefois qu il 
existe deux petites taches fauves au-dessus des yeux ; ces 
métis de deux races n'ont conservé de leur mère que la 
divergence des mamelles et à un moindre degré. Dans 
le croisement de ces mêmes Chèvres avec un Bouc d'An- 
gora, les métis obtenus rappellent exactement, pour les 
formes extérieures, leur origine paternelle ; le poil est 
long, soyeux, complètement blanc, comme celui du 
père, mais un peu moins flexueux et moins fin. 

Certains caractères spéciaux et devenus héréditaires 
tirent leur origine du côté paternel et se maintiennent 
par lui. La race de Moutons, qu'aux Etats-Unis d Amé- 
rique on nomme Ancon ou race Loutre, celles des Chiens 
à nez double, des Chiens à six doigts, des Cerfs à dague 
unique, des Taureaux sans cornes, des Porcs a sabots 
soudés, etc., ont été formées et propagées de cette 

manière (1). 

Une Chienne couverte, dans la même journée, par 
trois Chiens de races différentes et bien caractérisées, 
mit bas trois petits représentant fidèlement les signes 
distinctifs des trois races de reproducteurs (2). Un tai 









0) Prosper Lucas, Traité philosophique et physiologique 



de 



l'hérédité na 



turelle. Paris, 1847, in-8°, T. II, p. 9. 



(2) Grognier, Cours de multiplication et de perfectionnenien 
des animaux domestiques, p. 289. 



t 









; 
































m 

DES HYBRIDES ENTRE VARIÉTÉS D'UNE MÊME ESPÈCE. 215 

analogue a été observé au Muséum d'histoire naturelle 
de Paris (1). 

C'est une opinion, depuis longtemps admise, que, 



dan 



\ 



d 



récemment confirmé par les expériences de M. Cor- 
nalia : si le mâle est blanc, les cocons sont blancs, bien 
que la femelle soit iauhe : si 1p. mâlp p«t iannp 1p<= mM n« 



Q 



(2) 



caractères 



du père dominent presque exclusivement dans quelques- 
uns des petits, et les caractères de la mère se manifestent 
sur les autres. C'est ainsi que, suivant Colladon de Genève, 
au rapport de MM. Prévost et Dumas (3), des Souris 
blanches, unies à des Souris grises, ont donné des pe- 
tits, les uns entièrement blancs, les autres entièrement 



Cerfs fauves et les Cerfs 



fauv 



w 



des Daims blancs ; l'union de ces deux variétés a donné 



M 



(S) 









































Is 

t 



e 



m 



t 



(*) I. Geoffroy-Saint-Hilaire, dans le Dictionnaire classique 
d'histoire naturelle, T. X, p. 121. 

(2) Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris, T. 

X ^IV, p. 291. 

(y) Prévost et Dumas, dans les Annales des sciences naturelles, 

sér -1, T. I, p. 180. 

(4) Neujahrsgeschenk fur Jagdliebhaber, 1818, p. 165. 

( 5 ) I. Geoffroy-Saint-Hilaire, Histoire générale, et particulière 



des 



anomalies de l'organisation, T. I, p. 32-4. 





































































216 DES HYBRIDES ENTRE VARIÉTÉS D'UNE MÊME ESPÈCE. 

blanc et de noir, des individus entièrement noirs ou en- 
tièrement blancs. Chambon (1), Girou de Buzarein- 
oues (2) rapportent des faits identiques dans les espèces 
ovine et chevaline; Masch (3), dans celle du Porc; 
Maupertuis (4), dans celle des Chiens. Chez les Lapins 
domestiques, le père et la mère étant tout à fait blancs, 
ou entièrement noirs, donnent naissance à des petits, 
dont les uns sont de même couleur qu'eux, les autres 
sont d'un gris fauve, et présentent ainsi le caractère 
d'un ascendant et même celui de l'espèce sauvage. On 
observe aussi que l'alliance de Lapins de couleur diffé- 
rente, donne souvent des Lapins de couleur variée, et 
des Lapins d'une teinte uniforme (5). 

On peut conclure de tous les faits que nous venons 
d'établir, que les métis de variétés ou de races d'une 

espèce se comportent autrement que les hybrides 
provenant de deux espèces distinctes. Dans le premier 
cas, ils sont loin généralement de tenir le milieu entre 

leurs parents; ils se rapprochent presque toujours beau- 
coup plus de l'un que de l'autre, et sont souvent entre 
eux très-dissemblables dans une même portée. Nous 
avons vu qu'il en est autrement de la postérité engendrée 

par des individus appartenant à deux espèces légitimes. 



même 






(1) Chambon, Traité de l'éducation des Moutons, T. II, p. 267 



et 275. 



/ M ^ 

(2) Girou de Buzareingues, De la Génération. Paris, 1828, in-8°, 
p. 120, 126, 507 et 308. 

(3) Masch, Der Naturforscher, T. XV, p. 27. 

(4) Maupertuis, OEuvres, 1753, in-12, T. II, p. 388. 

(5) Buft'on, Histoire naturelle, T. VI, p. 307. 



i 













: ^ 






I 






CONCLUSIONS DU CHAPITRE. 



217 



que 



Nous trouvons donc, dans les rapports des hybrides avec 
leurs parents, un caractère différentiel qui permet, sinon 
de conclure rigoureusement, mais du moins de soup- 
çonner avec beaucoup de vraisemblance, que deux 
formes animales sont des variétés d'un seul et même 
l ype organique ou appartiennent à deux types distincts. 
Nous avons, en outre, un critérium infaillible pour 
résoudre cette question d'origine. Nous avons démonlré 
9ue l'union de deux espèces légitimes n'est possible, le 
plus souvent, que dans des conditions exceptionnelles, 

îvent la ruse et quelquefois la violence sont né- 
cessaires pour l'obtenir, et que les produits de ce mé- 
lange contre nature sont toujours stériles entre eux ou 
le deviennent après un petit nombre de générations, et 
qu'on ne peut les faire procréer, d'une manière continue, 
qu'en alliant leurs femelles à l'un des deux types primi- 
tifs, ce qui les ramène, dès la première, dès la seconde ou 
dès la troisième génération à ce type organique. Il en est 
tout autrement des métis nés de deux variétés ou de 
deux races d'une même espèce. Non-seulement ils s'unis- 
sent sans répugnance, mais montrent, au contraire, une 
ardeur non douteuse ; ils sont féconds entre eux d'une 
Manière continue, et c'est, en outre, un fait, démontré 
Par une longue observation, que la fécondité augmente 

par le croisement des races. 

i, l'hybridité, loin de mêler et de confondre les 
différentes espèces les unes avec les autres, loin de 
donner naissance à de nouveaux types permanents, 
fournit, au contraire, comme nous venons de le démon- 
trer, un des arguments les plus puissants en faveur de 
la fixité des espèces. 



Ain 























• 
















' 






























/ 



CHAPITRE SIXIÈME. 









DE l'hYBRIDITÉ DANS LE RÈGNE VÉGÉTAL 









La découverte des organes sexuels des végétaux fut, 
sans contredit, une des époques les plus brillantes de 
l'histoire de la Botanique; c'est d'elle que datent les 
immenses progrès de cette belle science, jusque-là dans 
l'enfance, malgré les travaux des siècles précédents. 
Cette découverte, non-seulement nous a fait connaître 
le rôle important que jouent, dans la conservation de 
l'espèce, ces organes, considérés par les botanistes an- 
ciens comme de simples ornements, dont le Créateur 

■ 

avait paré les fleurs ; mais, de plus, elle nous a fait voir 
les rapports qui, relativement à la fonction de reproduc- 
tion, lient d'une manière si étroite les deux grandes 
classes d'êtres organisés, les végétaux et les animaux. 
Cette analogie est si frappante que Camérarius (1), le 
principal auteur de la démonstration de la sexualité des 
plantes, se fondant sur quelques exemples bien connus 
de fécondation bâtarde entre espèces voisines dans le 





















(i) Camérarius, Epistola ad D. Mich. Bern. Valentini de sexu 
plant arum. Tabingse, 1694, in-8°, p. 143. 



S 



i 


























Il 






HISTORIQUE DES HYBRIDES VÉGÉTAUX 




19 



| 

règne animal, admit immédiatement comme vraisem- 



blable 



y 



a) 



auteur du système sexuel, avant même qu'il n'eût fait 
d'expériences directes, considéra le fait comme démontré 
et crut reconnaître dans la nature un certain nombre de 
plantes hybrides. Toutefois, oubliant que, dans le règne 
animal, l'hybridité ne s'observe jamais qu'entre espèces 
très-voisines d'un même genre, il crut que des végétaux 
appartenant à des genres différents et même éloignés, 
peuvent donner naissance à des hybrides qui, en 
propageant, deviennent l'origine d'espèces nouvelles, 
est remarquable que, parmi les trente-six exemples de 



se 
II 



(2) 



(3) 



cherches modernes aient confirmées ou rendues proba 



bles. C'est ainsi que 



né (4) 
oduit d 
fficinali 



Veronica 



demis L. résulterait, selon lui, de la fécondation de 
VAquilegia vulgaris L. par \e Fumaria sempervirens L.; 



trifi 



-- Me: m 

luteum L., etc. 



(1) Linnaus, Amœnitates academicœ, éd. Schreber, T. I, p. 88. 

(2) Nous ne parlons ici que des hybrides provenus d'espèces dis- 
tinctes et non de variétés d'une même espèce. Quant à ces dernières, 
Liane en connaissait plusieurs exemples bien réels. 

(3) Linnœus, Amœnitates academicœ, T. III, P- 28 et T. VI, 
p. 293; et Species plantaram, éd. 2, p. 1609. 

(£) Linnrcus, Amœnitates academicœ, T. III, p- 38 et suiv. 



I 



































* 
























































220 



HISTORIQUE DES HYBRIDES VÉGÉTAUX. 



L'origine hybride, attribuée à ces espèces, est aujourd'hui 
considérée par tous les botanistes comme complètement 
erronée. Mais si Linné, cessant de prendre l'analogie 
pour guide, s'est écarté de la vérité, le fait de l'hybridité 
dans le règne végétal n'en est pas moins réel ; il a été 
mis hors de doute par les expériences que nous allons 
faire connaître. 

C'est à Linné, du reste, que nous devons la première 
expérience directe d'hybridation. En 1758, il opéra ar- 
tificiellement la fécondation du Tragopogon pratense L. 
par le pollen du Tragopogon porr 






folium 



II 



en 



od 



m 



Ce premier résultat fut bientôt confirmé par les expé- 
riences si nombreuses et si bien décrites de fécondation 
artificielle que fit Kœlreuter, pendant 27 années consé- 
cutives, et dont il rendit un compte détaillé dans diffé- 
rents ouvrages (2). Elles portèrent principalement sur 
des espèces des genres Nicotiana, Dianlhus, 
Lijchnis, Verbascwn, Lycium, Dalura, Digitalis, Lo 



Silène, 



(1) Linnseus, Amœnitates academicœ, T. X, p. 126. 

(2) J.-G. Kœlreuter, Vorlâufige Nachricht von einigen das 

Geschlecht der Pflanzen betreffenden Versuchen und Beobacht- 
ungen. Leipsig, 1761, in-12. 
Nachricht, etc. Leipsig, 1763, in-12. 



Leipsig, 1764, in-12. 
in-12. 



Fortsetzung dcr Vorlàufigen 
Zwcyte Fortsetzung, etc. 



Dritte Fortsetzung, etc. Leipsig, 1766, 
JYovi commentarii Academiœ scientiarum petropoli- 
tanœ, T. XX, 1778, p. 431 à 448. — Acla Academiœ scientiarum 
petropolitanœ, T. I, 1777, part. 1, p. 21 S à 233, et part. 2, p. 

188 à 192; T. II, 1778, part. 1, p. 219 à 224, et part. 2, p. 261 
à 274. 



r 



HJ 







HISTORIQUE DES HYBRIDES VÉGÉTAUX. 



221 






\ 



belia, Aquilegia, Sida, Hibiscus, etc. Non-seulement 
cet auteur infatigable ne se contenta pas de produire des 
plantes hybrides, mais celles-ci furent même très-sou- 
*ent fécondées de nouveau par leurs parents. Sur des 
espèces du genre Nicotiana, il épuisa, pour ainsi dire, 
toutes les combinaisons et tous les degrés d'hybridation. 
Les lois qu'il crut pouvoir déduire des faits si nombreux 
observés par lui, ont été confirmées par les expérimen- 
tateurs modernes, et elles sont encore généralement 

admises dans la science. 

Les Actes de la Société des Curieux de la Nature de 
Berlin, pour 1775 (1), font connaître également les ré- 
sultals heureux de fécondation artificielle, opérée entre 



■a 



(2) 



sur les Nicotiana rustica L. et paniculata L., et a obtenu 
également un (5) hybride intermédiaire à ces deux 
espèces. 
En 1820, Guil. Herbert (4), Jos. Sabine (5) et J.-B. 







\ 






: 






1 



( 






' i 













i 


















(1) Beschâftigungen der Berlinischen Gesellschaft Naturfor- 

schender Freunde, 1775, T. I. 

(2) J. Hedwig, Theoria gêner ationis et fractificationis planta- 

r um cryptogamicarum. Lipsiœ, 1798, in-4- . 

(3) Bien que le mot hybride, pris substantivement, ait été consi- 
déré comme féminin par beaucoup d'auteurs, il me semble plus ra- 
tionnel de lui attribuer le genre masculin, comme je l'ai déjà fait en 
Parlant des hybrides animaux. Il me semblerait inadmissible de dire 
d'un bardeau qu'il est une hybride. 

(4) Transactions of the horticultural Society of London, Ser. 

*> 1820, T. III, p. 18. 

(5) Ibidem, p. 2U. 























• 










- 











HISTORIQUE DES HYBRIDES VEGETAUX. 



00 



espèces 



des 



genres Gladiolus, Crinum, Passiflora, Amaryllis. 

Thomas Andrew Knight, en 1821 (2) et en 1824 (5), 
publia des observations très-intéressantes sur des hybri- 
des, résultant de la fécondation artificielle des Prunus 
Armeniaca L., Cerasus L., dômes tica L., insititia L., 
spinosa L. et sibirica L. 



Vers la même époque G.~R. et L.-C. 



» 



- 



firent connaître également des expériences d'hybridation, 
qui confirmèrent de nouveau les immortels travaux de 

Kœlreuter. 

En 1828, Wiegmann (5) a rendu compte des expé- 
riences entreprises par lui et qui eurent pour objet des 
espèces des genres Verbascum, Dianlhus, Nicotiafia, 

Avena, etc. 

En 1849, C. Fr. Gsertner (6) publia un ouvrage im- 
portant, dans lequel il expose les résultats qu'il a ob- 



(1) Transactions of the horticul tarai Society of London, 
1820, T. III, p. 498. 

(2) Knight, Observations on hybrids, in Transactions of the 
horticultural Society of London, Ser. 1, T. IV, p. 567 à 575. 

(5) Knight, An accunt of some Mule Plants, in Transactions 
of the horticultural Society of London, ser. 1, T. V, p. 292 à 

296. 

(6) G.-R. et L.-C. Treviranus, Vermischte Schriften, Bremen, 
4821, T. IV, p. 95. — L.-C. Treviranus, Die Lehre vom Geschlech- 
te der Pflanzen, in Bezug auf die neuesten Angriffe ervjogen. 

Bremen, 1822, in-8°. 

(8) Wiegmann, Ueber die BaslarderzeugungimPflanzenreicIie* 

Braunschweïg, 1828, in-4°. 

(6) C.-Fr. Gaertner, Versuche und Beobachtungenûber die Bas- 
tarderzeugung im Pftanzenreich. Stuttgart, 184-9, in-8°. 






i . 






î 


















i : - 



/ 



CONDITIONS DANS LESQUELLES l'hYBRIDITÉ RÉUSSIT. 223 

■ 

serves de nombreuses expériences de fécondation artifi- 
cielle. 

Enfin, beaucoup d'horticulteurs ont obtenu et obtien- 
nent encore journellement un nombre considérable 
d'hybrides développés artificiellement. Il est utile d'a- 
jouter que, pour assurer le résultat de l'opération, il est 
Presque indispensable d'enlever les étamines non encore 
ouvertes de la fleur qui doit recevoir le pollen étranger, 
Précaution qu'ont prise presque tous les expérimenta- 
l eurs dont nous avons cité les travaux. 

Les faits connus sont donc aujourd'hui assez nom- 
breux pour qu'il soit possible d'apprécier dans quelles 
Conditions les fécondations bâtardes peuvent s'opérer. 

Et d'abord tous les expérimentateurs ont reconnu que 
les variétés d'une même espèce sont très-facilement fé- 



condées artificiellement les 



(1) 



ce procédé est devenu classique dans l'art horticultural 
pour créer des variétés nouvelles. Cela n'a rien qui doive 
éprendre, puisque la nature du pollen et la structure 
^u stigmate sont semblables dans les diverses variétés 
d'une même espèce. C'est là aussi ce qu'on observe 










I 









* 















(1) Kœlreuter (Zweyte Fortselzung, etc., p. 119 et 126, et 
fritte Fortsetzung, etc., p. 84-), déjà, a fécondé des variétés d'une 
mèl ^e espèce Tune par l'autre, par exemple le Mirabilis JalapoL. 
flore rubro, par le Mirabilis Jalapa flore flavo, le Dianlhus 
c ***entft flore simplici par le Dianlhus chinensis flore semipleno, 
el ^ssi plusieurs variétés de Dianthus Cary ophy Mus L. l'une par 
^mre. Bcllardi {Saggio bolanico georgico intorno Vibridismo 
Replante, etc. Milano, 1809, in-8°) a également croisé les va- 
ri étés glabres et velues du Trilicum polonicum L., et en a obtenu 
de nouvelles variétés qui se sont montrées fécondes. 














i. 



































I 



224 CONDITIONS DANS LESQUELLES l'hYBRIDITÉ RÉUSSIT. 

dans le règne animal, où les croisements entre les diffé- 
rentes races d'un même type spécifique sont fréquents 
et donnent des produits très-féconds. 

Mais la fécondation réussit plus difficilement entre 
deux espèces distinctes ; encore faut-il qu'elles soient, 
par leurs caractères, assez voisines l'une de l'autre, et 
néanmoins on n'arrive pas toujours à un résultat. On 
peut en croire à cet égard Kœlreuter, qui s'exprime 
ainsi : Hybridarum eplanlis licet interdum valde sibi 
affines, plurimisque pn 



lia vulgarem facilemque e 
bi persuadent (1). Aussi 



faites 



d'une manière pratique de cette question, ont-elles 
constamment échoué, lorsqu'on a cherché à opérer une 
fécondation croisée entre plantes de familles différentes- 
Sans cette condition d'affinité, l'hybridité est considérée 
comme impossible, et nous avons vu que cette loi 



Q 



(2) 



0* 



petala Z)C.) comme un produit de YActœa spicata 
nigra fécondé par le Rhus Toxicodendrum L. ? Et de 
celle de Henschel (3), qui affirme sérieusement avoir vu 



• 



(1) Kœlreuter, Novi commentant Academiœ scientiarum i&" 
perialis petropolitanœ, 1775, T. XX, p. M7. 

(2) Linnseus, Amœnitates academicœ. Holmiae, 17S6, in-8°, T. 

- 

III, p. 62. I 



Pfl 



1820, in-8°. 


















X 



I 






te 



1 

s 





DES HYBRIDES ENTRE ESPÈCES DE GENRES DIFFÉRENTS. 225 

un hybride du Spinacia oleracea L. et du Pinus 
Sir obus L.? 

Mais si ce phénomène physiologique n'a jamais lieu 
entre deux plantes qui appartiennent à des familles dis- 
tmctes, on se demande si deux espèces d'une même 



famille et de 




;enres très voisins ne peuvent procréer 



des hybrides ? Plusieurs observateurs, tels que Koelreu 




Wie 



D 



mann, Fr. Gœrtner, etc., assurent en avoir obtenu, et 
cependant leurs expériences ne nous semblent 



rien 



moins que concluantes. Cette question a trop d'impor- 
tance pour que nous ne nous y arrêtions pas. 

Ainsi, Kœlreuter (1) féconda, le 
fleur femelle de Lychnis clioïca alba 



mai 1766, une 



i 



femelle de Lychnis clioïca alba (Lychnis vesper- 
tina Sibth.) par le pollen du Cucubalus viscosus (Silène 
viscosa Pers.) 9 et cette tentative réussit. L'auteur s'en 
étonne presque comme d'un prodige : Dari interdum, 
arissime licet, plantas bigeneres diversique ordinis, 
fœcunda copulatione inter se jungendas, mirabiliLych- 
ni~Cucubalinostri exemplo (2). Ce fait, cependant, peut 
s'expliquer d'une manière satisfaisante. Le Lychnis dioïca 
L. appartient-il réellement au genre Lychnis, comme 
*ont admis les auteurs modernes, sur l'autorité de 



L 



sépare cette 



es pèce, ainsi que sa voisine le Lychnis diarna Sibth. du 
genre Silène, peut-il être un caractère générique suffi- 



!: 








i 










































U) KœlreiUer, Novi commentarii Àcademiœ 
Perialis petropolitanœ, T. XX, 4775, p. 451. 

(2) Kœlreuter, ibidem, p. £6Q. 



scieniiarum im- 



I. 



15 






A 



i 











s 


























s 
















226 DES HYBRIDES ENTRE ESPÈCES DE GENRES DIFFÉRENTS. 

sant dans la famille des Caryophyllées? Le célèbre auteur 
du système sexuel des végétaux, qui avait pris pour 1 une 
des bases de sa classification le nombre des étamines et 
des pistils, s'est vu forcément conduit à placer, dans des 
eenres et même dans des ordres différents, des plantes 
très-voisines et qui diffèrent toutefois par ce caractère. 
La puissance de l'habitude est telle que, jusqu'à l'époque 
actuelle, on n'avait pas osé modifier à cet égard les idées 
d'un si grand maître. Mais on sait maintenant combien 
le nombre des étamines et des pistils, et ce qui en est 

le plus souvent la conséquence, le nombre des divisions 
florales, peuvent varier clans une seule et même espèce. 



C 



arvensis L. a été ramené au genre Alchcmilla; que le 
genre formenlilla tout entier a été réuni aux Potentilles, 
et que nous-même, dans un travail spécial sur les Alsi 



(1) 



établir des genres 



naturels dans celte famille, de n'avoir pas égard au 
nombre des étamines, ni à celui des styles. De son côte, 
M. Fenzl (2) n'a pas hésité à réunir, comme nous l'avions 
fait déjà, au genre Sagina, des espèces à 4, à S et même 
à 10 étamines, et à k ou à S styles. Dans le genre Are- 
naria, M. Fenzl place également des espèces à 2, à 3, à 



k et même à 5 styles ; il en est de même cle ses genres 



Mœhr 



Q 



dans les Mémoires de la Société royale des Sciences, Lettres et 
Arts de Nancy, 1841, p. 102. 

(2) Fenzl, in Endlicher, Gênera plant arum. Vindobonae, 1858- 

1840, in-8°, p. 965. 








































DES HYBRIDES ENTRE ESPÈCES DE GENRES DIFFÉRENTS. 227 

Or, les Lychnis vespcrtina et diuma ne diffèrent des 
Silène que par le nombre des styles, et s'en rapprochent 

■ 

par un caractère bien plus important qui les éloigne du 
genre Lychnis, nous voulons parler des valves de la 

\ 

capsule en nombre double de celui des styles. Aussi, 
nous avons cru, dans nos dernières publications de Bo- 
tanique descriptive (1), devoir réunir ces deux Lychnis 
au genre Silène. Rien d'étonnant dès lors que Koelreuter 
a 't produit un hybride des Lychnis vespertina et Silène 



viscosa. De son 



(2) 



obtenu des produits de la fécondation du Lychnis diurna 
Siblh. par le pollen du Silène noctiflora L., ce qui doit 
moins surprendre encore, puisque ces deux espèces se 
^approchent beaucoup par leur port, par leur inflores- 
cence, par la forme de leur calice, de leurs pétales et de 
leurs graines, à ce point, qu'à la première vue et en fai- 
sant abstraction du nombre des styles, on les prendrait, 
non-seulement pour congénères, mais encore pour deux 
espèces très-voisines du même genre. D'une autre part, 
Gaertner (3) a tenté la fécondation du Lychnis diurna 
Par le pollen du Lychnis Flos-Cuculli L., et n'a pas 
°btenu de véritables hybrides, mais seulement, à en 
J°ger par sa description, une modification accidentelle 
*' u type maternel sur un seul individu. Ce dernier, ce- 



I 



/t 







■ 

























*— 






: 















(1) Grenier et Godron, Flore de France. Besançon, 1848, in-8°, 
J - I, p. 216, et Godron, Flore de Lorraine, éd. 2. Nancy, 1857, 
" T -I,p. 112. 

* 

(2) C.-Fr. Gaertner, Versache und Beobachtungen ùber die 
'^^tarderzeugung, etc., p. 57, 

0*) C.-Fr. Gsertner, Ibidem, p. 49. 









** 




^^i». 











f 






. 





















1 I 













•• 












228 DES HYBRIDES ENTRE ESPÈCES DE GENRES DIFFÉRENTS. 

pendant, est bien un vrai Lychnis, et ce fait négatif 
vient servir de contrôle aux précédents. Les expériences 

I 

de Kœlreuter et de Gsertner confirment donc notre ma- 
nière de voir, en ce qui concerne la délimitation des 
eenres Lychnis et Silène, mais, de plus, elles conduisent 
à appliquer au règne végétal la loi établie pour le règne 
animal par M. Flourens, savoir que la fécondité bornée 
caractérise le genre. 



(1) et, depuis, Sageret (2) 



bride cle l'Amandier fécondé par le Pécher. Mais les 



Amygdal 



Lamarck 



qui nommaient le Pêcher Amygdalus Persica. 

Il est également douteux que plusieurs des démem- 
brements de l'ancien genre Cactus de Linné constituent 
réellement des types génériques avoués par la nature. 



On peut certainement douter de la légitimité de quel 
ques-uns, et l'hybridation vient confirmer cette appré- 
ciation. C'est ainsi que M. Lecoq (3) a pu féconder avec 
succès, l'un par l'autre, le Cereus spinosissimus et le 

* 

Phyllocactus speciosus. 



« 



(1) Knight, Observations on hybrids, in Transactions of the 
horlicultural Society of London, T. IV, p, 367 et suiv. 

(2) Sageret, Annales des sciences naturelles, Sér. 1, T. VU > 

1826, p. 296. 

(3) Lecoq, Etudes sur la géographie botanique de l'Europe, 

etc. Paris, 1884, in-8«, T. I, p. 189. 

(4) Godron, De la Fécondation naturelle et artificielle des 
JEgilops par les Triticum, dans les Compte s rendus de l'Académie 
des sciences de Paris, 1884, T. XXXIX, p. U8. 









I 

































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es 
ie 



brid 



DES HYBRIDES ENTRE ESPÈCES DE GENRES DIFFÉRENTS. 229 

gilops Intimides Req. n'est autre chose qu'un hy 



e de \\<Egilops ovata L., fécondé par le Triticum 
bulgare Vill. Mais, comme je crois l'avoir démontré 



dan 



(1) 




JEgilop 




enre 



purement artificiel, conservé par tradition, par respect 
Pour les travaux de nos devanciers, mais qui ne repose 
s ur aucun caractère véritablement générique, et cela est 
SI vrai que certaines espèces ont été successivement 

Triticum dans le genre JPgilops, et 



réciproquement. 

A l'occasion des faits précédents, je ne puis me dis- 
penser de citer les observations suivantes de de Can- 
dolle, qui me semblent très-judicieuses : h II faut sur- 
tout observer ici, dit-il (2), que les genres sont des 
groupes qui, quoique naturels dans certains cas, ont 
des limites que le botaniste fixe, dans d'autres, d'après 

variables. On peut bien 



) 



) 



i 



i 



opinions arbitraires 



i 



espérer que les genres d'une même famille pourront 
' être un jour fondés sur des différences de même va- 
' leur; mais cette uniformité n'est pas encore obtenue, 
' et elle est presque impossible à espérer entre les genres 
' de familles différentes. Ainsi, on doit s'attendre que, 
' lors même que l'hybridité serait déterminée dans tous 
' les cas par un degré fixe d'affinité, ce degré pourrait 
' bien n'être pas d'accord avec notre classification gêné- 
1 rique. n 



(*) Godron, De VJEgilops triticoïdes et de ses différentes 
' 0r nies, dans les Annales des scietices naturelles, Sér. i, T. V 
185 6, p. 83. 

( 2 ) De Candolle, Physiologie végétale. Paris, 1832, in-8°,T II 
P- 704. 






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■ 





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/ 



250 DES HYBRIDES ENTRE ESPÈCES DE GENRES DIFFÉRENTS. 

Les observations qui suivent prouvent bien moins en- 
core que l'hybridité soit possible entre espèces de genres 

.jrents. 

Sao-eret (1) a décrit un produit attribué par lui à la 

fécondation du Raphanus sntivus L. par le Brasska 
oleracea L. Mais il nous semble évident, d'après les 
détails que l'auteur donne sur cette singulière production, 
qu'il s'agissait d'une monstruosité du Raphanus sativus. 
Nous croyons l'avoir démontré dans un travail déjà 



(2), et C. Fr. Gsertner (5) 



même opinion 



o 



observé u fructifiai 



» difficilement; il présentait quelques capsules simples, 
n mais peu apparentes, et qui contenaient tout au plus 
n une seule graine, tantôt mal, tantôt bien conformée, 
n D'autres fruits plus développés étaient placés deux à 



^\ 



n deux sur chaque réceptacle ; l'un ressemblait à la sili- 
» que du Chou, l'autre à celle du Radis, et chacune 
n d'elle ne renfermait qu'une seule graine. Ces graines 
» ont été semées et ont produit des individus faibles qui 
n ont été négligés, n La présence de deux siliques sûr 
un même réceptacle, le demi-avortement de ces organes 
sont vraisemblablement le résultat d'un arrêt de déve- 



d 



fruit de 






(1) Sageret, Pomologie -physiologique, ou Traité du perfection- 
nement de la fructification. Paris, 1850, in-8°, p. SSS. 

(2) Goclron, De l'hybridité dans les végétaux. Nancy, \8U,m-b°> 

(5) C.-Fr. Gartner, Versuche und Beobachtungen iiber aie 
Baslarderzeugung, 184-9, p. 155. 



/ 






x 






i 



J 



L - 







DES HYBRIDES ENTRE ESPÈCES DE GENRES DIFFÉRENTS. 251 

ce serait, par conséquent, une monstruosité, un bec-de- 
lièvre végétal que Sageret aurait observé. Mais, en sup- 
posant même que deux ovaires pussent se développer 
dans une même fleur de Crucifère, comme cela a lieu 
sur d'autres végétaux à fleurs habituellement monogynes, 
sur les Drupacées, par exemple, il resterait encore à 
rechercher à quels caractères Sageret a reconnu le fruit 
du Brassica dans une silique demi-avortée, et qui ne 
renfermait qu'une graine; il ne dit pas que cette silique 
présentât deux valves et deux loges séparées par une 
cloison, ce qui différencie d'une manière nette les sili- 
ques d'un Brassica de celles d'un Rajjhanus. Du reste, 
cette monstruosité se voit quelquefois sur des plantes de 
la même famille, et en particulier sur les B?*assica. Nous 
ajouterons enfin que c'est en vain que W. Herbert (1) 

a fait plus de cinquante tentatives pour féconder ces deux 
plantes l'une par l'autre, et C. Fr. Gartner (2) va plus 
loin, et affirme que, malgré de nombreuses expériences, 

n'a jamais pu obtenir de croisement entre deux espèces 
distinctes de la famille des Crucifères. 

Treviranus (3) rapporte qu'en 1813, on sema, dans 
Une même plate-bande, au jardin botanique de Rostoch, 






(1) W. Herbert, Àmaryllidaceœ, preceded by an attempt io 

arrange the Monocotyledonous orders, and followed by a Treatise 

°ft Cross-Bred vegetables, and supplément. London, 1857, in-8°, 
P.3S5. 

(2) C.-Fr. Gœrtner, Versuche und Beobachtungen ûber die Bas- 
t( irderzeugung, etc., p. i 34-. 

(3) L.-C. Treviranus, Vermischte Schriften. Bremen, 1821, T. 
*V, p. 127. 



» 













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; 





































1 1 1 




»! 


V 

































I 




















232 DES HYBRIDES ENTRE ESPÈCES DE GENRES DIFFÉRENTS. 

des graines de Campanula divergens Willd. et de Phy- 
teuma betonicœfolia Vill. Ces plantes fleurirent, fructi- 
fièrent, et les graines, qui tombèrent naturellement sur 
le sol, germèrent l'année suivante, et donnèrent nais- 
sance à une plante qui ressemblait complètement par les 
feuilles, par les tiges, par les poils et par l'inflorescence 
au Campanula divergens, mais qui en différait par les 
lobes du calice non réfléchis, et par la corolle, qui était 
partagée jusqu'à la base en cinq segments étroits. Pour 
nous, il s'agit là encore d'une simple monstruosité, 
observée depuis par M. Duby sur le Campanula Médium 
L., par M. Alph. de Candolle sur le Campanula rhom- 
boïdalis L., par Aug. Saint-Hilaire, sur le Campanula 
Rapunculus L. (1) ; je l'ai rencontrée une fois sur le 
Campanula rotundifolia L. Ce sont là des exemples de 
monstruosités par disjonction des organes, assez fré- 
quentes dans d'autres genres que celui dont il est ici 

question. 

Link (2) assure avoir obtenu un hybride des Lychnis 
vespertina Sibth. et Saponaria officinalis L. Mais le 
résultat de nombreuses expériences de fécondation arti- 
ficielle faites sur ces plantes par C. Fr. Gsertner (3), 



douteux 



ppl 



du 



du Sapon 



•s stig 

























(1) Moquin-Tandon, Eléments de Tératologie végétale. Paris, 

1841, in-8°, p. 302. 

(2) H.-F. Link, Elementa philosophiez botanicœ. Berolini, 1824, 

in-8° 7 p. 410. 

(5) C.-Fr. Gsertner, Versucheund Beobachtungen ûber die Bas- 

tarder zeugung, etc., p. 134. 








•9 



i 



I 









DES HYBRIDES ENTRE ESPÈCES DE GENRES DIFFÉRENTS. 235 

mates du Lychnis détermine une mortification prompte 
et complète de ces derniers organes, et que l'ovaire n'a 
jamais montré le moindre signe d'imprégnation. 

Henschel (1) assure avoir fécondé le Nicandra physa- 
lodcs Gœrtn. avec le Nicotiana Tabacum L. ; le Nico- 
tiana suaveolens Lehm. avec le Hyosciamus reticulalus 
£•; le Lychnis dioïca L. avec la Cucubalus Behen L. ; 
enfin le Cucubalus viscosus L. avec le Dianlhus chi- 
nensis L. Pour prouver que ces expériences ont réussi, 
* auteur affirme que, des semences produites par ces 
fécondations, il obtint des plantes qui ne différaient en rien 
des plantes mères (2). Il résulte de celte observation la 
démonstration évidente que les plantes de Henschel 
n'ont pas été fécondées par le pollen étranger, mais bien 
par le pollen propre. Les produits obtenus n'étaient donc 
pas des hybrides. 

C. Fr. Gœrtner (3) avait annoncé, en 1826, qu'il était 



fruits 



iV; 



Nicot 



Chelicloniûm et des Glaucium, du Lavatera trimestris L. 
et du Malvamauritiana L., par Y Hibiscus Trionum L., 
de V Ipomea purpurea Lam., par le Convolvulus tricolor 









- 

































% 



































(!) Henschel, Verhandlungen des Vereins zur Befôrderung des 
^Henbaus in den Preussichen Slaaten, T. V, p. 352. 

(2) Henschel s'exprime ainsi : Dass die Versuche mit Gluck 
an 9 e stellt, und aus denSamen von der Mutier ununterscheidbare 



Pfii 



nnzen gekeimt haben. 



(3) C.-Fr. Gœrlner, Tûbinger naturwissenschaftligen Âbhand- 
h »tgen, 1826/T. I, p. M a 4S. 















i 



























I 








































234 DES HYBRIDES ENTRE ESPÈCES DE GENRES DIFFÉRENTS. 

ê 

L., etc. Mais il s'est aperçu bientôt après que les quelques 
graines obtenues de ces essais étaient sans embryon et 
quelles n'ont pas germé; il a reconnu (1) son erreur avec 
une bonne foi et une franchise qui lui font honneur. C'est 
en vain que depuis Gaertner (2) a essayé de croiser des 
Nicotiana avec des Pétunia; des Malva et des Hibiscus 
avec des Lavatera; des Chelidonium et des Glaucium; 
des Digitalis et des Gloxinia; des Mauranclia et des 
Lophospermum ; des Malcomia et des Mathiola; des 
Eruca et des Brassica ; des Mathiola et des Cheiran- 
thus ; des OEnothera et des Clarkea; des Verbascum et 

des Celsia; âesLinaria et desAntirrhinum; des Cucumis 
et des Cucurbita, etc. ; ces tentatives ont été compté- 
tement infructueuses. Nous ajouterons que Herbert (5) 
ne fut pas plus heureux, lorsqu'il tenta de marier des 
plantes appartenant à des genres différents de Solanées 
et de Papilionacées ; et qu'antérieurement Koelreuter (4) 
avait également échoué dans ses tentatives pour féconder 
l'une par l'autre des espèces de genres distincts de la 
famille des Solanées, de celles des Malvacées et des Ca- 
ryophyllées, si l'on en excepte un seul fait dont nous 
avons parlé et qui a pour objet les Lychnis vespertina 
et Cueubalus viscosus. 



















(1) C.-Fr. Gaertner, Versuche und Beobaehtungen ûber die Bas- 
tarderzeugung, etc., p. 128 et 129. 

(2) C.-Fr. Gaertner, Versuche, etc., p. 130. 

(3) W. Herbert, Amaryllidaceœ, etc., p. 378. 

(£> Kœlreuter, Novi commentarii Academiœ scientiarum petro- 
politanœ, T, XX, 1775, p. £35 à U$. et Jeta Academiœ scien- 
tiarum petropolitanœ, pro anno 4784, part. 2, p. 306 à 313, e 
pro anno 478%, part. 2, p. 280. v 






























DES HYBRIDES ENTRE ESPÈCES DE GENRES DIFFÉRENTS, 

Les essais de fécondation entrepris par Wiegmann (1) 
pour croiser le Pisam sativum agrarium, à fleurs et à 



\ 



graines blanches, avec le Vicia sativa L. et réciproque- 
ment, ne me semblent rien moins que concluants en 
feveur de l'opinion qui admet que l'hybridité est quel- 
quefois possible entre plantes de genres différents. Cet 

expérimentateur se contenta de semer à côté l'une de 
l'autre ces deux plantes, se reposant du soin de leur fé- 
fondation réciproque sur l'action du vent et des Insectes. 
Des graines de la première étaient grisâtres avec une 
bordure plus foncée autour du hile ; semées Tannée sui- 
vante, elles se montrèrent fertiles, et il en obtint des Pois 
à fleurs violettes. Ce n'est pas là évidemment un hybride; 
le pollen étranger aurait seulement modifié l'embryon, 

mais non pas l'enveloppe de la graine déjà formée avant 
la fécondation; c'est donc une simple variété du Pois 
commun. De leur côté, les graines du Vicia sativa don- 
nèrent naissance à des plantes qui ne différaient de cette 



espèce que par leurs tiges glabres, par leurs gousses un 



peu plus longues et par leurs graines de couleur plus 
foncée. A la seconde génération, ces dernières graines 
produisirent des pieds à gousses raccourcies, à fleurs 
plus grandes, à graines plus grosses et plus foncées que 
celles de l'année précédente. 

Une autre tentative faite, ensuivant le même procédé, 
pour obtenir un hybride entre le Vicia sativa L. et YEr- 
vum Lens L., a fourni à Wiegmann des résultats qui ne 
sont pas plus probants. 



(1) Wiegmann, Uebcr die Bastarderzeugungin Pflanzenreiche. 

Braunschweig, 4828, ht-fr, p. U. 












■ 

































































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236 DES HYBRIDES ENTRE ESPÈCES DE GENRES DIFFÉRENTS- 

C. Fr. Gsertner (1), qui a reçu de Fauteur de ces 
expériences des graines de son Piso-Vicia, les a semées, 
et en a obtenu de véritables Pois, qui lui ont présenté 
différentes variétés telles que la jaune, la macrosperme, 
la verte, etc. De son côté, W. Herbert (2) assure qu'on 
sème fréquemment pêle-mêle, dans les cultures de l'An- 
gleterre, le Pois, la Vesce et la Lentille, et que jamais on 
n'a observé de croisements entre ces plantes. Des expé- 
riences directes ne lui réussirent pas mieux. 

Enfin, nous ferons remarquer que ces prétendus hy- 
brides, dont il vient d'être question, et qui proviendraient 
d'espèces appartenant à des genres différents, sont tous 
fertiles, et nous verrons plus loin que les hybrides d'es- 
pèces d'un même genre sont constamment ou presque 
constamment stériles par eux-mêmes. 

L'hybridité ne peut donc pas avoir lieu, selon nous, 
en dehors des espèces qui appartiennent a un seul et 
même genre naturel. Il y a plus, c'est qu'il s'en faut de 
beaucoup que toutes les espèces qui, par leur réunion, 
constituent évidemment un type générique bien circon- 
scrit, soient toujours susceptibles d'être fécondées l'une 
par l'autre. Ce sont, en général, les espèces les plus voi- 
sines par leurs caractères botaniques, qui jouissent de ce 
privilège. On a cité, il est vrai, la procréation d'un hy- 
bride entre les Nicoliana glauca Erah. et Tabacum L., 
comme une exception à la loi dont nous parlons ; mais 
ces deux espèces de Tabacs ne sont pas, par leur con- 






(1) C.-Fr. Gœrlner, Versuche und Beobachtungen ûber die Bas 
tardenzciigung , etc., p. 138. 

(2) W. Herbert, Amaryttidaceœ, etc., p. 532. 



























i 



• 











CARACTÈRES DES HYBRIDES D'ESPÈCES. 



237 



formation, si éloignées l'une de l'autre qu'elles le parais- 
sent par leur port et par leur durée. Ce qui le prouve, 
c est qu'on peut greffer le Nicotiana Tabacum sur le 
Nicotiana glauca, et l'expérience en a été faite avec 
succès, sous nos yeux, en 1852, au jardin des plantes 
de Montpellier. 

Les faits nombreux d'hybridation que possède la 
science ont permis d'étudier et de reconnaître quels sont 
les caractères qui distinguent les plantes hybrides, et 



nous allons les signaler. 



Et d'abord, les hybrides sont, par leurs caractères, 
intermédiaires entre les plantes qui leur ont donné nais- 
sance, et tous les organes tiennent à la fois du père et 
d.e la mère. Ce n'est pas cependant que ces caractères 
soient aussi absolus que ceux qui distinguent les espèces 
légitimes ; il y a souvent entre les différents individus, 
produits d'une même hybridation, quelques variations, 
mais elles sont circonscrites dans des limites assez 

étroites. 

Cependant, lorsqu'une espèce à feuilles non décur- 
rentes se marie avec une espèce du même genre, mais à 
feuilles décurrentes, on observe que leurs hybrides ont 
tantôt les feuilles non décurrentes, et tantôt le limbe de 

ces organes se prolonge sur la tige. C'est ce que nous 
avons vu sur le Centaurea mulabilis Sainl-Am., que 
nous considérons comme un hybride du Centaurea 
xolstitialis L. et du C. nigra L., ou d'une espèce très- 
voisine; c'est encore ce que nous avons constaté égale- 
ment sur des hybrides de Verbascum. 

Cependant il est à notre connaissance deux faits qui 
semblent échapper à cette loi générale, et que, dès lors, 
































: 










































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L 






c 238 



CARACTÈRES DES HYBRIDES D ESPÈCES 



nous ne pouvons passer sous silence. Nous voulons parler 
d'abord du Cttrus, que les Italiens désignent sous le nom 
de Bizzaria, et qu'on connaît en France sous celui de 
Citronnier hermaphrodite. Cette forme végétale, qui se 
montra à Florence, en 1644-, dans un semis d'Orangers, 
porte sur le même pied et souvent sur la même branche 
des Oranges, des Citrons, des Limons et des fruits qui 
sont un mélange de ces trois formes (1). D'une autre 
part, le Cytisus Adami Poir., qui a été obtenu par la 
fécondation des Cylisus Laburnum L. et purpureus 
Scop*, nous présente des circonstances aussi extraordi- 
naires. Ainsi, sur cet arbre, on observe des rameaux qui 
portent des feuilles et des inflorescences semblables à 

■ 

celles du Cytisus Laburnum, mais dont les fleurs sont 
tout à fait pourpres sur certaines grappes, tout à lait 
jaunes sur d'autres, et il offre également des grappes 
dont les fleurs ont clés couleurs intermédiaires entre le 
jaune et le pourpre ; il existe aussi sur le même pied 
des rameaux dont les feuilles, les fleurs et le mode d'in- 
florescence sont identiques avec ce qu'on observe dans 
le Cytisus purpureus (2). 

Evidemment, ces deux plantes ne sont pas des hy- 
brides ordinaires, puisqu'elles se comportent tout autre- 
ment queux. Aussi ces deux faits semblent-ils difficiles 
à expliquer. Dès 1844, j'avais hasardé une explica- 















. 



















(1) Gaîlesio, Traité du Citrus. Paris, 1811, in-8°. 

(2) De nos jours, celle plante, propagée par la greffe, tend de 
plus en plus à se confondre avec le Cytisus Laburnum, l'élément 
le plus vigoureux tendant ainsi à étouffer l'élément le plus faible; il 
est permis de penser qu'elle reviendra à ce type. 




















CARACTÈRES DES HYBRIDES d'ëSPÈCES. 



239 



tion ( 



1), reproduite récemment par M. Fermond (2), qui, 
sans doute, n'avait pas connaissance de mon travail. Ce 
n est, il est vrai, qu'une hypothèse, et des expériences 
directes pourront, plus tard, la confirmer ou l'infirmer. 



C'^st 



(3) 



jourd'hui parfaitement constaté sur un assez grand nom- 



bre de plantes, appartenant à des familles très-différentes, 
Çue, dans un même ovule, il peut exister deux ou un 
plus grand nombre d'embryons ; cette pluralité d'em- 
bryons paraît même habituelle aux espèces du genre 



(f).Q 




ênés dans leur 



développement, se soudent et confondent leurs tissus, 
lorsqu'ils sont encore à l'état naissant et de consistance 
très-molle, c'est là un phénomène démontré par î'obser- 
Vation. Ainsi, de Candolle (5) en a observé des exemples 
dans YEuphorbia helioscopia L., dans le Lepidium sa- 
tivum L. et le Sinapsis ramosa Roxb. La cohérence est 
quelquefois si complète, qu'il y a réellement fusion, et 



■ 


















! 





















. 











(1) Godron, De Vhybridité dans les végétaux. Nancy, 18&&, 

(2) Fermond, dans le Bulletin de la Société botanique de 
France, T. II, 1835, p. 763 et 7U. 

(3) Duhamel, Physique des arbres. Paris, 1758, in-4°, T. I, p. 506. 

(4) Turpin {Iconographie végétale. Paris, 184-1, tab. 51, f. 15) 

a «essiné une semence d' Oranger renfermant & embryons. R. Brown 
{Repon ofbrit. associât. London, 1858, p. S96) a démontré le 
m êm e fait dans beaucoup de Conifères. On Fa observé aussi dans 

^^onymus latifoliits MilL, dans YEuphorbia rosea Retz, dans 

^lliumfragrans Vent., etc. 

W De Candolle, Organographie végétale. Paris, 1827, in-8°, 
T * R, p. 72, tab. U, f. 1, et tab. 83, f. 1. 





















^J 















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! 





























240 



CARACTÈRES DES HYBRIDES D'ESPÈCES. 






que la coupe transversale des embryons ne montre plus 
qu'un axe unique (1). Or, si chacun des embryons est 
fécondé par un pollen différent, on comprend que leurs 
tissus mélangés puissent donner lieu aux caractères in- 
solites que le Citrus Bizzaria et le Cytisus Adami pré- 
sentent. 11 y aurait donc ici à la fois hybridité et synophte 

des embryons. 

Quoi qu'il en soit, ces deux exceptions, que nous ve- 
nons de signaler, ne détruisent pas ce fait habituel, 
savoir que, dans les hybrides, tous les organes tiennent 
à la fois par leurs caractères de chacune des souches 
génératrices. Mais ces caractères se montrent, le plus 
souvent, d'une manière inégale, ceux du type mâle 
s'imprégnant avec plus d'évidence sur les organes de 
la reproduction, et surtout en ce qui concerne la couleur 
des corolles ; les caractères du type femelle dominent, 

* 

au contraire, sur les organes de la végétation. Herbert, 
déjà, avait été conduit par l'observation à cette conclu- 
sion, et elle a été confirmée depuis par de Gandolle (2) 
et par plusieurs autres auteurs. Mais il résulte de cette 
circonstance que le rôle que jouent deux espèces dans la 
fécondation croisée, se trouvant interverti, elles peuvent 
produire deux hybrides distincts. C'est, en effet, ce qui 
existe ; Kœlreuter n'a pas négligé de faire ces expériences 
inverses, et a "obtenu des mêmes espèces des produits 
hybrides qui différaient sensiblement dans les deux cas. 
C'est là une indication qui permet souvent, à l'inspection 



_ f 

(']) Moquin-Tandon, Eléments de Tératologie végétale. PariS; 

1841, in-8°, p. 260. 

(2) De Candolle, Physiologie végétale, T. II, p. 716. 

















il 



CARACTÈRES DES HYBRIDES D 'ESPÈCES. 



241 












d une plante hybride, non-seulement de reconnaître ses 
parents, mais encore d'en déterminer les types paternel 
et maternel (1). 

Cependant deux espèces végétales ne peuvent pas tou- 
jours changer de fonctions dans les fécondations hybri- 
des. C'est ainsi que M. Lecoq m'a assuré avoir fécondé 



fl< 



Mir ah 



JEg 



fécondé par le Triticum vulgare VilL; mais je n'ai pu, 
jusqu'ici, malgré des tentatives réitérées pendant trois 
années, obtenir l'hybridation du Blé par le pollen de 
VJEgilops. On peut être, au premier abord, surpris qu'il 
n'y ait pas toujours réciprocité entre les deux espèces 






(1) La nomenclature, généralement en usage aujourd'hui pour 
désigner les hybrides, permet non-seulement d'indiquer les parents 
qui leur ont donné naissance, mais aussi le rôle que chacun d'eux a 
l'empli dans cette fécondation adultérine. Elle consiste à ajouter au 
nom du genre les deux noms spécifiques qui désignent les deux 
espèces génératrices, en plaçant le nom de l'espèce mâle le premier, 
Celte nomenclature, imaginée par les botanistes anglais, mise en 
usage d'abord par Lindley, par Ker, par Herbert, etc., a été adoptée 
Par Schiede et par presque tous les auteurs allemands de l'époque 
actuelle. Malgré quelques inconvénients qu'elle présente, nous 

avons employée, dans notre Flore de France, comme plus philo- 
So phique que tout autre. M. Alph. de Candolle {Introduction à 
l 'êtude de la botanique. Paris, 185S, in-8°, T. II, p. 17) lui recon- 

ait du moins cet avantage. D'une autre part, il nous semble qu'on 

e Peut nommer les hybrides à la manière des espèces ou des va- 
stes, sans les placer au même rang, ce qui ne peut pas être. L'hy- 

ri de n'est ni une espèce, ni une variété; c'est un être à part. Lui 
Se ul dans la nature serait-il privé d'une dénomination spéciale? 



I. 



16 

























































/ 



et 



















i ■ 




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t. 

















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242 



CA1UCTÈUES DES HYBRIDES D'ESPÈCES. 



génératrices. Mais les recherches de M. Ad. Brongniart (4) 
sur les granules de la fovilla permettent de l'expliquer. 
Cet habile observateur a constaté, en effet, que ces gra- 
nules, auxquels il faut attribuer, dans la fécondation vé- 
gétale, le même rôle qu'aux spermatozoaires chez les 
animaux, ont, en général, un volume différent dans les 
diverses espèces d'un même genre et une forme dis- 
tincte dans chaque genre. On comprend dès lors que si 

ranuies polliniques sont, comme le pense M. Bron- 
niart, exactement adaptés aux méats intercellulaires du 
stigmate , une espèce puisse en féconder une autre sans 
pouvoir être fécondée par elle. Cela explique aussi pour- 
quoi l'hybridité n'est pas possible, comme nous l'avons 
vu, entre espèces de genres différents. 

Tous les expérimentateurs ont remarqué que les plan- 
tes hybrides sont communément plus vigoureuses que 
les types d'où ils descendent, et cette circonstance est 
d'autant plus remarquable que les mulets des animaux 
sont aussi, en général, plus robustes que leurs parents. 
Les plantes hybrides sont plus élevées et plus rameuses 
que leurs ascendants; elles fleurissent beaucoup plus 
longtemps, et les corolles se détachent plus tardivement 
de l'axe floral. Ces faits sont surtout très-marqués chez 
les Verbascwn hybrides; leur inflorescence est, le plus 
souvent, très-rameuse, ses rameaux sont effilés et s'al- 
longent beaucoup, ce qui donne à la plante un port si 
particulier qu'à vingt pas de distance, on peut soupçonner 



(1) Ad. Brongniart, dans les Annales des sciences naturelles 

sér. 4, T. XII, p. U, i« et 225, et T. XIII, p. Ud. 


























LES HYBRIDES D'ESPÈCES SONT-ILS FERTILES? 



243 



leur origine adultérine. Nous en avons fait fréquemment 
l'expérience. 
Les végétaux hybrides sont-ils stériles, comme le sont 

m v 

généralement les hybrides animaux? Peuvent-ils, être la 
souche de nouvelles espèces permanentes ? 

Beaucoup d'auteurs se sont prononcés en faveur de la 
stérilité des hybrides provenus de deux espèces légitimes. 
Knight (1J soutient cette opinion d'une manière absolue, 
et affirme que, parmi les plantes hybrides capables de 
Perpétuer leur race, il n'en a pas vu une seule pour la- 
quelle on puisse établir, par des preuves suffisantes, 
qu'elle ait été produite par deux espèces originairement 
distinctes. Il soutient qu'il n'existe pas de plantes capables 
de se propager, qui n'aient été telles en sortant des mains 
du Créateur (2) . 

J. Lindley (3) adopte aussi la doctrine de la stérilité, 
et de Candolle (4) professe également l'opinion que les 
hybrides tendent sans cesse à s'éteindre par suite des 
difficultés qui s'opposent à la reproduction. 

D'autres auteurs pensent que les hybrides sont quel- 
quefois fertiles, mais reviennent alors à l'un des deux 
types, après plusieurs générations. 

Enfin, il en est qui croient que certaines plantes bâ- 
tardes peuvent se propager par semences d'une manière 
































(t) Knight, In Transactions of the horticullural Society of 
l °ndon, sér. 1, T. IV, 4820, p. 567. 

(2) Knight, Ibidem, T. IV, p. 570. 

v 3 ) J. Liadley, Digitalium monographia. Londini, 1821, iu-fo 
f" 3 et suiv. 

ë 

(*) De Candolle, Physiologie végétale, T. II, p. 713. 












•. 












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\t- 























244 



LES HYBRIDES DESPÈCES SONT-ILS FERTILES? 



indéfinie. C'était déjà l'idée de Linné ; elle a été repro 
duite dans les temps modernes. 



Au milieu de cette grande divergence d'opinions, il 



semblerait que le fil d'Ariane doit échapper à la science 
et que la question que nous venons de soulever est au 
nombre de celles qu'elle ne résout pas. Cependant, en 
étudiant les faits avec soin, il est possible d'expliquer ce 
désaccord. C'est que les auteurs se sont appuyés sur des 
faits qui sont loin d'être identiques, et qui peuvent s'ex- 
pliquer par les circonstances au milieu desquelles ils se 
sont produits ; c'est qu'ils se sont trop hâtés de tirer de 
faits particuliers des conclusions générales. Ici encore les 
consciencieuses observations deKœlreuternous mettront 
sur la voie pour atteindre ce que nous croyons être la 



f •. f 



vente. 



cei auteur célèbre a constaté que les hybrides nés de 
la fécondation immédiate de deux espèces légitimes, ont 
des anthères flétries et dépourvues de pollen, et il note 
avec soin cette circonstance importante. Cette observa- 
tion est presque toujours vraie ; elle a été confirmée par 
tous ceux qui ont pris soin de la vérifier, et j'ai pu en- 
core, cette année, en constater l'exactitude sur les Digi- 
tales et les Verbascum hybrides, ainsi que sur Y^Egilops^ 
triticoïdes Req. Elle nous fournit un signe précieux, qui 
a été trop souvent négligé, pour reconnaître les végétaux 
hybrides ; mais elle démontre, en outre, que ces plantes 
dont les anthères sont vides de pollen, sont infécondes 
par elles-mêmes. Aussi leurs ovaires se flétrissent-ils 
habituellement, ou, si leurs fruits se développent, comme 
je l'ai vu dans les Digitales hybrides, ces organes sont 
dépourvus de graines et ne renferment qu'une poudre 


















I 





18 



m 

LES HYBRIDES D'ESPÈCES SONT-ILS FERTILES? 245 

informe, due au dessèchement des ovules. J'ai constaté 
également que, dans les Verbascum hybrides, les cap- 
sules inférieures avortent constamment ; les fleurs supé- 
rieures, au contraire, qui se produisent au moment où 
la végétation a déjà moins d'activité, donnent une capsule 
stérile. 



féconds 



les soumettant à une influence nouvelle. En déposant sur 
leur stigmate le pollen de l'une des deux espèces généra- 
trices, il a obtenu fréquemment des hybrides de seconde 
génération, mais modifiés et se rapprochant d'avantage du 
type qui était intervenu. Ces hybrides nouveaux sont de 

| 

Véritables quarterons, s'il m'est permis d'appliquer à ces 
formes végétales une dénomination par laquelle on dé- 
signe l'un des degrés de croisement entre les hommes 
de race nègre et de race caucasique. Cette nouvelle hy- 
bridation semble plus facile que la première, et n'exige 
pas la castration préalable de la fleur à féconder, puisque 
le pollen propre n'existe pas. Aussi, chaque fois que j'ai 
fécondé quelques fleurs d'un Verbascum ou d'une Digi- 
tale hybrides, les fleurs ainsi soumises à l'action d'un 
pollen fertile, m'ont seules donné des graines. II est à 
remarquer que ces produits d'une nouvelle génération 
«âtarde sont souvent devenus féconds, mais beaucoup 
moins que les espèces légitimes, observation déjà con- 
signée dans les travaux de Kœlreuter. Cet infatigable 
expérimentateur parvint même, en fécondant de nou- 
v eau, à chaque génération, les hybrides sortis successi- 
vement les uns des autres, par le pollen du type paternel, 
9 ramener définitivement ces plantes à ce type. C'est ce 
Mti u a fait pour les hybrides sortis originairement des 






















f 
























































246 LES HYBRIDES DESPÈCES SONT-ILS FERTILES? 

NicotianarusticaL. etpaniculataL. (l).Wiegmann (2) 
a reproduit, avec un égal succès, cette expérience sur 
les mêmes espèces, et, de plus, par une série nouvelle de 
fécondations, il a ramené l'hybride primitif au type ma- 
ternel. Par une double série d'expériences parallèles, 
faites sur les hybrides obtenus par lui du croisement des 
Avena orientalis L. et saliva L., il a transformé, les uns 
dans le type paternel, les autres dans le type maternel (5). 
Ainsi, les hybrides du premier degré, stériles par eux- 
mêmes, produisent souvent des graines, lorsque l'un des 
parents intervient de nouveau dans la génération, et le 
retour à l'une des deux souches originelles peut être 
obtenu, en continuant la pratique du même procédé. 

Mais certaines plantes hybrides de première génération 
se sont montrées fertiles, sans qu'on ait pris soin de les 
féconder artificiellement, soit par le pollen de leur père, 
soit par celui de leur mère. On assure même qu'alors 
ces hybrides fertiles reviennent quelquefois spontanément 
à l'un de leurs types originaires. C'est ainsi que M. Le- 
coq(4) a vu des hybrides simples de Mirabilis Jalapa L. 
et longiflora L., parfaitement intermédiaires aux parents, 

donner des graines fertiles qui ont reproduit la plante 

mère! 













(1) Kœlreuter, Dritte Fortzetzung, etc. Leipsig, 1766, in-12, 

p. SI. 

(2)Wiegmann, Ueber die Bastardenzeugung im Pflanzenreiche. 

Braunschweig, 1828, in-4 , p. 8. 
(5) Wiegmann, Ibidem, p. 17, 
(4) Lecoq, Etudes sur la géographie botanique de l'Europe. 

Paris, 1884, in-8°, T. I, p. 162. 































LES HYBRIDES d'ëSPÈCES SONT-ILS FERTILES? 



247 



On a cité des hybrides de seconde génération qui se 
sont montrés indéfiniment féconds, ce qui donnerait à 
penser qu'en se rapprochant de Tune de leurs souches 
originelles, la fécondité reparaît. C'est ainsi qu'entre les 
mains de M. Leeoq (1), le produit hybride obtenu par 
la fécondation artificielle du Mirabilis Jalapa par le 
Mirabilis longiflora, fécondé de nouveau artificiellement 
par le pollen du premier, a fourni des hybrides d'hy- 
brides, produisant des graines toujours fertiles. Celles- 
ci donnent des plantes, dont les unes se perpétuent avec 
des caractères variables, et dont les autres retournent au 

■ 

type paternel, c'est-à-dire, au Mirabilis Jalapa. Le 
même auteur (2) a observé des faits analogues sur les 
hybrides des Primula acaulis Jacq. et offîcinalis Jacq. 
M. Naudin (3), de son côté, a obtenu également de 



cette même plante hybride des graines fertiles. L'une 



de ces graines a reproduit intégralement l'hybride; 
d'autres lui ont donné des pieds de Primula offîcinalis ; 
d'autres enfin des Primula acaulis. Il est à remarquer 
que ces graines fertiles étaient peu nombreuses et que 
beaucoup de grains de pollen étaient mal conformés. 
M. Naudin (4), enfin, a obtenu des hybrides très-fer- 
tiles de Pétunia violacea Hook. einyctaginiflora Juss.; 

























(1) Lecoq, Etudes sur la géographie botanique, etc., T. I, p. 162. 

(2) Lecoq, Ibidem. 
(o) Naudin, dans les Comptes rendus de V 'Académie des sciences 

de Paris, T. XL1I, 1886, p. 62S. 

(4 1 ) Naudin, Observations sur quelques plantes hybrides qui ont 
e te cultivées au Muséum, dans les Annales des sciences naturelles, 

s ér. 4, T. IX, p. 258 à 278. 





* 



i - 














4 i 


















1 



























^^^ 






/ 



248 



LES HYBRIDES d' ESPÈCES SONT-ILS FERTILES? 

Nicotiana anqustifolia R. et P. et glauca 



m 

des Linaria vulgaris MilL eipurpurea Mill., etc., qui 
présentent aussi des retours extrêmement fréquents, les 
uns à l'espèce paternelle, les autres à l'espèce maternelle 



Comment expliquer ce retour aux deux types généra- 
teurs alors que la fécondation artificielle par l'un ou par 
l'autre de ces types n'est pas intervenue de nouveau? 
Comme nous le verrons plus loin, d'autres agents que la 
main de l'homme, c'est-à-dire, le vent et les Insectes, 
se chargent du transport du pollen, et c'est même ainsi 
que les plantes dioïques sont habituellement fécondées. 
Mais, comme les hybrides, dont il est ici question, ont 
été obtenus dans les jardins, où se trouvent habituelle- 
ment les espèces légitimes qui leur ont donné naissance, 
on peut supposer, avec d'autant plus de fondement, qu'il 
en a été ainsi, que les anthères des hybrides de première 
génération sont presque toujours dépourvues de pollen 
fécond. Cela est conforme aux résultats des expériences 
de Kœlreuter, que nous venons de rapporter, et, qui 
plus est, c'est par le même procédé que les hybrides 
animaux retournent à l'une ou à l'autre de leurs souches 



originelles. 



Pi 



de M. Naudin (l)que certains hybrides végétaux, fertiles 
par eux-mêmes, offrent des faits semblables aux précé- 
dents, et semblent ainsi confirmer l'opinion généralement 
admise jusqu'ici par les physiologistes, que les hybrides 
fertiles reviennent spontanément à l'un ou à l'autre de 



\ 






(1) Naudin, Annales des Sciences naturelles, Sér. I, T. IX, 
p. 258. 





























\ 



LES HYBRIDES D'ESPÈCES SONT-ILS FERTILES? 



249 



leurs ascendants, après un petit nombre de générations. 
Ce serait, si cette théorie, sur laquelle j'ai récemment 
c ni devoir élever quelques doutes (1), est définitivement 
démontrée pour les hybrides d'espèces, un véritable 
phénomène d'atavisme et par conséquent un second 
procédé par lequel la nature assurerait la stabilité des 
types organiques primitifs et empêcherait la confusion 



/ 



des 



espèces. 



d être question, ont été élevées dans des jardins, c'est- 
à-dire, dans des conditions différentes de celles qui leur 
sont naturelles et bien plus favorables à leur développe- 
ment complet. Elles se sont trouvées en compagnie de 
leurs ascendants primitifs, et, par conséquent, lors- 

* 

qu'elles n'ont pas été fécondées par la main de l'homme, 
elles ont pu l'être de nouveau par leurs ascendants, ce 

* 

qui explique très-bien, d'une part, la grande variation 
des produits, et, d'autre part, leur tendance à revenir à 
* un des deux types originels. Mais ces faits se seraient- 
Us produits, si ces hybrides étaient nés à l'état sauvage 
Çt s'étaient trouvés soustraits aux soins de l'homme ? Il 
Uous est permis d'en douter, bien que nous ne puissions 
^Ppuyer notre opinion que sur un seul fait. Dans les 
Jardins, les hybrides des Primula acaulis et officinalis 
s °nt souvent féconds, comme nous venons de le voir; 
c est en vain que, pendant plusieurs années, j'ai cherché 
des capsules fertiles au bois de Malzéville, près de Nancy, 



K 









, 




(*) Godron, Nouvelles expériences sur VJEgilops triticoïdes, 
aïl s les Comptes rendus de V Académie des sciences de Paris, 

48s 8, T. XLVII, p. 124. 































. 



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* l^d _E" 










































































250 



? 



LES HYBRIDES D'ESPÈCES SONT-ILS FERTILES.' 



iles 



où ces hybrides croissent assez abondamment parmi 

parents. 
Il nous reste à parler d'un autre hybride de seconde 

génération, YJSgilops speltœformis Jord. qui, cultivé 
pendant dix-neuf ans par M. Fabre, est resté fécond, 
l'est même devenu davantage depuis les premières géné- 
rations, et a conservé, ou à peu près, les caractères qui 
le distinguaient dans l'origine. Mais nous ferons observer 
que cette plante, entre les mains de M. Fabre, s'est 
trouvée soustraite à l'influence du pollen de ses types 
primitifs, par suite de sa culture dans un jardin situé au 
milieu d'une ville et entouré de murs. Si les graines de 



cette plante, 



JEg 






triticoïdes sauvage, avaient été abandonnées à elles- 
mêmes dans leur lieu natal, elles auraient vraisemblable- 
ment eu peine à germer, puisqu'elles n'abandonnent pas 
l'épi, et que celui-ci, qui se détache entier de son chaume, 
n'est pas organisé pour s'enterrer facilement, comme 



JBg 



et triaristata 



Req.; cet épi ne se rompt pas non plus par tronçons, 
comme dans les autres espèces du genre JEgilops. Ce 
qui appuie ces considérations, c'est que, malgré la fé- 
condation naturelle possible, comme nous en avons 
fourni des preuves, mais rare, de Y JEgilops triticoïdes 
par le Blé, on n'a pu, jusqu'ici, rencontrer YJSgilops 
speltœformis à l'état sauvage dans les campagnes du 
Midi, bien que, depuis quelques années, l'attention des 
botanistes ait été vivement éveillée sur cette plante p ar 

les découvertes de M. Fabre. 

Ainsi donc les hybrides végétaux ne sont pas nabi- - 
tuellement féconds par eux-mêmes, mais le deviennent» 


























DES HYBRIDES ENTRE VARIÉTÉS D'UNE MÊME ESPÈCE. 251 

- 

quelquefois, peut-être spontanément et certainement 
par suite de l'intervention, une ou plusieurs fois réitérée, 
du pollen de l'un des deux types générateurs ; or ces 
fécondations nouvelles, comme nous l'avons vu chez les 
animaux, les ramènent, après une ou plusieurs généra- 
tions, à l'un de ces types ; ou bien, si l'on admet l'opi- 
nion de M. Naudin, ces hybrides fertiles y reviennent 
par l'effet de l'atavisme. Une seule exception nous est 
connue, et elle s'explique par les conditions particu- 



sEgilops speltœft 



qu 



dont il a été jusqu'ici question, se sont produits sous 
l'influence plus ou moins directe de l'homme. 

Les hybrides de variétés ou de races d'une même 
espèce, que nos horticulteurs obtiennent journellement 
par la fécondation artificielle, pour se procurer des va- 



conduisent 



hyb 

deu 
Que 



b, le pollen est ictenti- 
plus facile qu'elle est 



Parfaitement naturelle. Mais il n'est pas toujours néees- 
s aire, dans nos jardins, de recourir à la pratique de 



l'hybrid 



ation artificielle pour obtenir des métis entre 



Variétés d'une même espèce. Sans l'intervention de 
l'homme et par l'effet de causes naturelles, dont nous 
Parlerons plus loin, le transport du pollen fourni par 
u ne variété est souvent opéré sur le stigmate d'une 
ai *tre, et ces variétés se croisent ainsi avec la plus 
grande facilité. Bradley (1), dès 1726, avait déjà soup- 



. 















I! 






\1 



loncl 



(1) Bradley, New improvements of planting and gardening 



on. 










1 





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/ 















































i 




horticulteurs savent 



252 DES HYBRIDES ENTRE VARIÉTÉS D'UNE MÊME ESPÈCE. 

çonné l'existence de ce phénomène, et lui attribuait 
la procréation d'une partie des différentes variétés d'Au- 
ricules cultivées dans les jardins. En 1744, Linné, dans 
sa dissertation sur la Pélorie (1), cita l'exemple des Tu- 
lipes flambées, dont il attribua la production à une 
fécondation croisée entre variétés de cette espèce. Il cita 
aussi l'exemple du Choux pommé blanc, dont la graine 
donne quelquefois des Choux pommés rouges, lorsqu'il 
a été planté à côté de cette dernière variété. Tous nos 

depuis longtemps, qu'en plaçant 
près l'une de l'autre des Tulipes blanches et des Tulipes 
rouges, les graines des pieds à fleurs rouges donnent 
souvent des Tulipes à fleurs blanches, les autres des 

i 

pieds à fleurs rouges, ou bien les fleurs sont panachées. 
Les mêmes observations ont été faites sur les OEillets, 
les Renoncules, les Anémones, les Jacinthes, que nous 
cultivons. / * 

Mais la variation ne porte pas toujours exclusivement 
sur la couleur des fleurs, elle peut affecter spécialement 
un autre organe, par exemple, le fruit. Cela est fréquent 
dans les variétés de plusieurs espèces de la famille des 
Cucurbitacées, et l'on constate ici les faits les plus sur- 
prenants. C'est ainsi que Sageret (2) a vu des croise- 
ments s'opérer spontanément entre le Melon commun, le 
Melon-Serpent et le Melon-Châté, et il était facile de 
juger par la forme du fruit des métis quelle était la va- 






(1) C. Linnaeus, Amœnitates academicœ. Holmise, 1749, T. h 
p. 70. 

(2) Sageret, dans les Mémoires publiés par la Société royale 
et centrale d'agriculture, 1825, p. 459 et suiv. 
















DES HYBRIDES ENTRE VARIÉTÉS D'UNE MÊME ESPÈCE. 255 



• . 9 



(1) 



des croisements analogues entre les variétés du 



Pepo 



(2) 



encore sur des Courges 



penences bien plus précises 
(Cucurbita), dont plusieurs e: 

m 

^mémorial dans toutes les parties chaudes du globe, 
ont fourni des variétés extrêmement tranchées, quant à 
ta forme, à la grosseur et à la couleur du fruit. Ces ex- 
périences ont porté sur plus de 1200 individus en une 
seule année. Il a observé que les Abeilles mettent une 
grande ardeur à butiner dans les fleurs des Cucurbila, et 
déposent en abondance le pollen sur les stigmates des 
fleurs dont elles pompent les sucs. Aussi ces organes 
glanduleux sont-ils criblés de cette poussière fécondante, 
à ce point que, s'il y a dans un même jardin plusieurs 



Cour 



* 

polie 



positivement constaté que la fécondation n'a pas lieu, dans 
le genre Cucurbita, entre espèces distinctes, que l'appli- 
cation du pollen ait été opérée par les Abeilles ou qu'il 
l'ait pratiquée lui-même ; mais, entre variétés, elle s'o- 
père avec une telle facilité, que le même ovaire est sou- 

* 

v ent fécondé à la fois par le pollen de plusieurs variétés, 
e * que les graines, provenant d'un seul et même ovaire, 



reproduisent toutes les variétés de Courges, qui se sont 



Couvées associées dans le même jardin. C'est là un fait 



(i) Sageret, dans les Annales des sciences naturelles, sér. 1, 

T - VIII, 1826, p. 504. 
(2) Naudin, dans les Annales des sciences naturelles, sér. ^ 

T - VI, 1856, p. 8 et 68. 























I : 










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I 













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s 



•) 






254 HYBRIDES D'ESPÈCES DÉVELOPPÉS SPONTANÉMENT. 

de superfétation, dont le règne animal nous offre égale- 
ment des exemples. 

Les hybrides de variétés ou métis ne montrent plus 
cette prépondérance dans le développement des organes 
de la végétation, qui caractérise les hybrides d'espèces 
En outre, les produits ne sont pas aussi exactement 
intermédiaires, mais varient considérablement d'un 
individu à l'autre. Enfin, ces métis sont toujours 
éminemment fertiles et se comportent de tous points 
comme le type primitif, d'où ils descendent. 

Nous arrivons donc, en ce qui concerne les variétés 
de plantes modifiées par la culture, aux mêmes résultats 
que nous avons constatés en étudiant les croisements 
qui s'opèrent entre les diverses races d'une espèce ani- 
male domestique. 

Mais nous avons vu que les animaux d'espèces pri- 
mitivement distinctes, ne s'allient jamais entre eux à 
l'état sauvage, même lorsqu'ils sont très - voisins ; 
qu'ils éprouvent une répugnance très-grande à s'unir, 
et que la volonté de l'homme, aidée souvent de la ruse, 
peut seule arriver à ce résultat chez les animaux captifs 
ou domestiques. En serait-il de même des végétaux sau- 
vages? L'hybridité serait-elle également impossible entre 
espèces végétales voisines, tant qu'elles sont soustraites 
à l'action de l'homme? Mais, chez elles, la volonté 
n'existe pas; elles sont étrangères à la répugnance, 
comme à tout autre sentiment, et le transport du pollen 
est une action entièrement mécanique. 

On sait, du reste, parfaitement, que le vent et les In- 
sectes se chargent très-bien de faire parvenir le pollen 
d'une plante sur le stigmate d'une autre plante, et c'est 



























Ci] 










HYBRIDES D'ESPÈCES DÉVELOPPÉS SPONTANÉMENT. 

même ainsi que les végétaux dioïques sont constamment 
fécondés. On comprend dès lors la possibilité d'une fé- 
condation adultérine par l'une ou par l'autre de ces deux 
causes, et il semblerait même que les croisements de- 
vaient être très-fréquents parmi les plantes sauvages. 
Mais, pour qu'ils se produisent, il faut des circonstances 
spéciales, qui sont loin de se rencontrer toujours, et 
dont l'absence s'oppose le plus souvent à l'acte physiolo- 
gique qui donne naissance à un embryon hybride. 

N'oublions pas d'abord que l'hybridation n'est pos- 
sible qu'entre espèces du même genre, et, qui plus est, 
entre espèces très-voisines ; qu'il est indispensable, en 
outre, qu'elles fleurissent en même temps ; que la fé- 
condation par le pollen propre n'ait pas eu lieu déjà 
avant l'épanouissement de la fleur; qu'il faut que le 
stigmate éprouve la turgescence qui rend réalisable la 



tubes polliniques ; qu 



enfin que 



les espèces voisines vivent en société ou à peu 
tance les unes des autres. Il en résulte que, 
Marche ordinaire des choses, la fécondation no 



dans la 



Pour elle presque toutes les chances de réussite. 

Cependant toutes ces circonstances peuvent coïncider ; 
il y a des espèces qui vivent en société avec leurs con- 
génères, dont la floraison est successive et dure long- 
te mps, et, parmi les plantes de France qui présentent 
ces conditions, nous pouvons citer les Verbascum, les 
ttrsium, les Centaurea, les Digitalis, etc. Le degré de 
Séquence de l'hybridation naturelle est dans un rapport 
constant avec ces circonstances, à en juger du moins 
Par les observations que nous avons pu faire. Les Ver- 
ascum sont peut-être les plantes qui offrent ces 



6 



cond 


































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! 




















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I 



































286 HYBRIDES D'ESPÈCES DÉVELOPPÉS SPONTANÉMENT. 

tion s favorables au plus haut degré; aussi est-il bien 
rare de ne pas rencontrer d'hybrides au milieu d'une 
réunion un peu nombreuse de Verbascum, lorsque plu - 

* 

sieurs espèces distinctes vivent pêle-mêle dans une même 
association. Si les hybrides naturels se forment assez 
facilement dans certains genres, ils sont rares dans d'au- 
tres, et il en est beaucoup dans lesquels on ne les a ja- 
mais rencontrés. 

Mais il ne faut pas, à l'exemple de quelques auteurs 

I 

modernes, voir des hybrides partout, et compromettre 
ainsi, par exagération, les résultats, non-seulement 
curieux, mais utiles, d'une étude qui, sagement conduite, 
est appelée à produire la lumière sur des questions très- 
litigieuses de botanique descriptive. Toute doctrine, qui 
se produit avec de semblables caractères, entraîne, par 
une tendance assez naturelle à l'homme, une exagération 
opposée. Aussi avons-nous vu, de nos jours, des bota- 



nistes distingués 



qui, sans 



nier l'hybridité naturelle, 



semblent l'admettre plutôt en théorie qu'en pratique, ou 
du moins la considèrent comme un phénomène excessi- 
vement rare. 

Us se fondent d'abord sur ce que, depuis l'époque où 

Schiede (1), Lasch (2) et de Candolle (3) firent le re- 
censement des plantes hybrides observées, jusqu'à eux, 

















X 



(1) Schiede, Deplantis hybridis spontenatis. Cassellis-Cattoruifl* 

4825,in-8°. 

(2) Lasch, in Linnœa, 1829, p. 405. 

(3) De Candolle, Physiologie végétale. Paris, 1852 > in-8°, T. lh 
p. 707. 
















1 



HYBRIDES D'ESPÈCES DÉVELOPPÉS SPONTANÉMENT. 257 

a l'état sauvage, par différents auteurs (1), on n'en 
comptait qu'une quarantaine; nous ajouterons même 
^ue, parmi elles, il en est de très-contestables. Mais, 
jusque-là, on s'était fort peu occupé, surtout en France, 
de ce genre de recherches, et les publications que je 
Vl ens de citer eurent certainement pour effet de fixer 
* attention des botanistes sur cette question importante, 
9 U * a donné lieu depuis à des travaux assez nombreux. 

D'une autre part, on fait observer que, dans les jar- 
dins botaniques, les plantes de même genre, étant ran- 
gées les unes à côté des autres, se trouvent dans des 
conditions favorables pour que leur croisement s'opère 
naturellement; que, cependant, on n'y voit pas d'hy- 
brides, et qu'à plus forte raison, il ne doit pas s'en 






produire entre 



(2). Nous ferons 



remarquer, d'abord, que si les jardins botaniques pré- 
sentent des conditions favorables aux fécondations adul- 
térines, il n'en est pas de même de la propagation des 







































(1) Parmi ces auteurs, on peut citer : Villars {Flore du Dau- 

Pàiné, T. III, p. 753, et Mémoire sur quelques plantes hybrides , 
** a us Roemer, Collectanea botanica, p. 186); Allioni (Flora pede- 
Montana, n° S93) ; Schrader, Monographia generis Verbasci, p. 
ô8 > tab. V, f. 1); De Salvert et Aug. Saint-Hilaire (Mémoires de la 
Société d'histoire naturelle de Paris, T. I, p. 373); Wallrolh 
(Schedulœ eriticœ, p. 220, 308, etc.) ; Alex. Braun (Flora oder 



botan 



ische Zeitung, 1824, p. 3S5) ; Schlechtendal (Flora beroli- 



***&, p. 285), etc. 

(2) \V. Herbert (Traits actions of the horticultural Society of 
T 

^ondon, ser. 1, T. IV, p. 41), qui n'admet pas l'existence d'hybrides 
ei Ure plantes sauvages, croit fortement qu'il s'en forme dans nos 
Jardins entre plantes cultivées. 



I. 



17 









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258 HYBRIDES D'ESPÈCES DÉVELOPPÉS SPONTANÉMENT. 

embryons hybrides qui peuvent en être le résultat. H 
faut se rappeler que l'hybridation, étant un phénomène 
accidentel, ne porte jamais que sur une ou sur un petit 
nombre de fleurs, qu'on ne recueille pas toutes les grai- 
nes, qu'on ne sème pas toutes celles qui sont recueillies. 
On ne confie que rarement à la terre, dans le même 
jardin, les graines qu'on recueille sur les plantes vivaces, 
et ces graines sont envoyées à d'autres jardins, où les 
plantes qui en proviennent ne sont pas toujours étudiées. 
Il en est autrement, il est vrai, des plantes annuelles et 
bisannuelles, mais on n'utilise jamais qu'une faible 
portion des graines produites. Le plus grand nombre des 
semences tombent sur le sol, et, après leur germination, 
les jeunes plantes sont détruites par le labourage ou les 
sarclages. On 



donc très-bien pourquoi les 
plantes hybrides sont rares dans les jardins botaniques. 
L'argument qu'on nous oppose repose, du reste, sur des 
faits négatifs qui, en bonne logique, ne peuvent préva- 
loir sur des faits positifs. Les plantes hybrides, maigre 
leur rareté relative, se montrent cependant dans les jar- 
dins botaniques. 
Ainsi Linné (1) avait déjà vu se produire spontanément» 

au jardin des plantes d'Upsal, en 1762, l'hybride des 
Verbascum Thapsas L. et Lychnilis L., et ce célèbre 
auteur a noté que cet hybride tenait à la fois par ses 
caractères des deux espèces au milieu desquelles il est 
né, et qu'il ne produisit pas de graines. J.-G. Gmelin(2) 






(1) C. Linnœus, Amœnitates academicœ, T. VI, p. 295. 

(2) J.-G. Gmelin,Sermo academicus de novorum vegetabih^ ,n 
post creationem divinam exortu. Tuebingse, 1749, in-8°, p. 80. 






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HYBRIDES D'ESPÈCES DÉVELOPPÉS SPONTANÉMENT. 259 

a fait connaître les hybrides de deux Delphinium de 
Sibérie, qui avaient été plantés l'un à côté de l'autre au 
jardin botanique de Saint-Pétersbourg. Villars (1 ) a vu 
naître au jardin des plantes de Grenoble le Ranunculus 
lacerns Bell., hybride des Ranunculus pyrenœus L. et 
aconitifolius L., qui, antérieurement, avait été observé 
a 1 état sauvage par Vialle dans les Alpes du Piémont, 
et par Chaix dans celles du Dauphiné; on sait que cette 
plante est toujours stérile. On connaît aussi un hybride 
des Ranunculus gramineus L. et plalanifolius L., qui a 
paru dans un jardin de Malines (2). Villars, da 
correspondance avec Lapeyrouse (3), revient souvent 
sur une Saxifrage hybride, intermédiaire aux Saxifraga 
rotundifolia et Ursula, près desquels elle s'est déve- 
loppée au jardin botanique de Grenoble, qui y a vécu 
pendant plusieurs années et qui a toujours été stérile. 
De Candolle (4) a observé, dans les jardins, des hy- 
brides de Centaurées, qui jamais n'ont donné de grai- 
nes. M. J. Gay m'a montré des échantillons d'un hybride 
provenant de graines du Rosa involucrata Roxb., planté 



\ 



bo 



idifo lia 



espèces génératrices. J'ai vu également, au jardin des 



(1) Villars, Mémoire sur quelques plantes hybrides, dans 
Rœmer, Colleetanea botanica. Turici, 1809, in-£°. 



/ 



(2) Annales générales des sciences physiques, T. VIII, p. 352. 

(5) Timbal-Lagrave, Opinion de Villars sur les plantes hybrides, 
d&ns les Mémoires de l'Académie impériale des sciences de Tou- 
sse, pour 1858. 

* m 

(£) De Candolle, Physiologie végétale, T. II, p. 715. 
















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I 































1 









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* 

200 HYBRIDES D'ESPÈCES DÉVELOPPÉS SPONTANÉMENT. 

plantes de Nancy, le Digitalis purpurasccns Rolh, & 
Verbascum adulteriniim Koch et plusieurs autres hy- 
brides de ce dernier genre. Enfin, des graines ayant été 



Y 



c 



de Nancy, sur un pied 



genistœfolia 



planté à côté du Linaria pur pur ea MilL, ces graines 
ont été semées dans ce même jardin en 1857; une 
partie d'entre elles ont reproduit la plante mère, et une 
autre partie un véritable hybride, intermédiaire par ses 
caractères aux deux espèces, qui a fleuri en 1858 et qui 

antes adultérines peuvent donc 



Ces 



h 



pas fréquentes, nous en avons indiqué les motifs. 

On les rencontre aussi à l'état sauvage, et l'on restera 
convaincu de cette vérité, si on les compare aux des- 
criptions si exactes et si minutieuses que Kœlreuler 
nous a laissées de celles d'entre elles qu'il a reproduites 
artificiellement. Ainsi, les caractères qu'il assigne à l'hy- 
bride qu'il obtint en fécondant le Digitalis lutea L. par 
le pollen du Digitalis pnrpurea L. (1), convenaient 
de tous points au Digitalis purpurascens sauvage, que 
je possède, et à celui que j'ai vu apparaître au jardin de 
Nancy. Je puis en dire autant de l'hybride du Digitalis 
lutea L., fécondé par le Digitalis ambigua L. F., trouvé 
en 1834 dans les bois de Besançon, et que j'ai pu étudier 
vivant; il semble avoir servi à Kœïreuter comme sujet 
de sa description (2). J'ai fait plus : j'ai comparé plu- 



(1) Kœïreuter , Àcta Academïœ scïentiarum petropolitana r? 
T. I, 1777, part, 1, p. 218. 

(2) Kœïreuter, Novi commentarii Âcademiœ scientiarum p e * 
tropolitanœ, T. H, 1778, part. 2, p. 272. 










*-.—. 









) m 



HYBRIDES D'ESPÈCES DÉVELOPPÉS SPONTANÉMENT. 261 

V 

sieurs hybrides de Verbascum que j'ai obtenus par la 






fécondation artificielle 



aux hybrides similaires, mais 



spontanés, que j'ai eu occasion d'observer, et j'ai pu 
constater également l'identité. Je puis citer comme 
exemples les Verbascum nigro-Lychnilis Schied., Ver- 



Thapsifc 



forme Pries, Verbascum Thapsifc 



Schied. Rappelons enfin que no 



Ma 



lops Iriticoïdes Req. ont démontré que cette plante est 
un hybride de YsEgilops ovata L., fécondé par le Blé, 
et que nous avons reproduit par la fécondation artificielle 
les deux formes de cette plante, qu'on rencontre sau- 
vages dans le Midi de la France. On sait, du reste, que 
le Blé, en fleurissant, verse autour de lui une quantité 
assez considérable de pollen, que le vent peut transporter 
à quelque distance. 

Nous pourrions encore citer d'autres faits, empruntés 
à différents genres, et démontrant aussi l'identité d'hy- 
brides, les uns formés spontanément et les autres pro- 
duits par l'intervention de l'homme. Mais ceux que nous 
avons indiqués suffisent, ce nous semble, pour démontrer 
que l'hybridité naturelle constitue un fait incontestable. 

Les plantes hybrides spontanées nous offrent les 
dénies caractères que les hybrides obtenus artificielle— 
*nent. On les rencontre accidentellement, toujours au 
milieu des parents ou à une faible distance. Ils présien- 

* 

tent aussi dans leur développement une prédominance 
des organes de la végétation, ils sont intermédiaires 
e ntre les parents. Enfin ils sont généralement stériles, ou 
ûe deviennent fertiles que par l'effet d'une nouvelle fé- 
condation par l'un des types générateurs, Celte nouvelle 



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262 HYBRIDES D'ESPÈCES DÉVELOPPÉS SPONTANÉMENT. 

fécondation s'opérant spontanément paraît être assez 
rare, et presque tous les hybrides naturels, que nous 
avons observés, se sont montrés dépourvus à la fois 
de pollen et de graines. Ces formes végétales disparais- 
sent alors nécessairement avec les individus qui les re - 

présentent. 
Cependant il est des exemples d'hybrides spontanés 

fécondés de nouveau par l'action des seuls agents natu- 
rels, qui peuvent transporter le pollen d'une plante sur 
le stigmate d'une autre. Les graines que M. Fabre a 



JEJgilop 



stérile, 



qu 



JEgilops speltœfi 



Jord., se sont développées évidemment par une nouvelle 
intervention du pollen du Blé, intervention qu'on ne 
pouvait pas soupçonner tout d'abord, mais qui nous 
semble aujourd'hui rigoureusement démontrée depuis 
que nous sommes parvenu à procréer cette dernière 
plante par la fécondation artificielle. 

Quelques faits tendent à faire penser que les hybrides 
spontanés, de même que ceux qui sont le produit de 
l'industrie de l'homme, ont une tendance, lorsqu'ils sont 

fertiles, à revenir après un certain nombre de généra- 



sements 



des deux types primiti 
ccessifs peuvent avoir 



on rencontre quelquefois des séries complètes d'inter- 
médiaires entre deux espèces parfaitement distinctes 
l'une de l'autre. C'est ainsi que MM. Guilîemin et Du- 
mas (1) ont observé, dans les Alpes, entre les Gentianci 






(1) Guilîemin et Dumas, Mémoires de la Société d'histoire no. 
tavelle de Paris, T. I, p. 81 à 83, lab. V. 



















HYBRIDES D'ESPÈCES DÉVELOPPÉS SPONTANÉMENT. 263 

r 

purpurea L. et lutea L., tous les intermédiaires de for- 
m e et de couleur entre les deux espèces, depuis la co- 
olie rotacée et à lobes aigus du Gentiana lutea jusqu'à 
la corolle campanulée et à lobes arrondies du Gentiana 
Purpurea; depuis le jaune tendre du premier jusqu'au 
violet purpurin du second, et, au milieu de toutes ces 
formes, se trouvait le Gentiana hybrida DC, qui tenait 
a peu près le milieu entre les deux formes extrêmes, 
ûes observations semblables ont été faites par les mêmes 
auteurs sur les formes des Gentiana punctala L. et 

hitea L., et sur ceux des Gentiana campestris L. et 
Avnarella L. De son côté, M. Grenier (4) a recueilli 
dans une prairie des environs de Pontarlier une sem- 



blable série de passages entre les Narcissus Pseudo-Nar- 



cissus L. et poeticus L. (2). M. Lejolis (3) a observé 
également, à Cherbourg, une suite complète d'individus 
présentant toutes les modifications qui peuvent exister 
entre les Ulex Europœus L. et nanus Sm. et compre- 
nant au milieu d'elles Y Ulex GalliiPl. M. Bavoux, enfin, 
a rencontré, autour de Besançon, une série de modifi- 
cations entre les Digitalis lutea L. et ambigua L. F., et 
J ai pu, grâce à son obligeance, étudier ces différentes 
f °rmes sur le vif. 





















I 









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(1) Grenier, dans les Annales des sciences naturelles, sér. 5, 
T - XIX, 1855, p. 146. 

(2) Sur le plateau élevé, où Pontarlier est situé, les Narcissus 
seudo-Narcissus et poeticus fleurissent à la même époque, con- 



P 



"Virement à ce qui se passe dans nos jardins. 

( 3 ) Lejolis, Mémoires de la Société des sciences naturelles de 
Cherbourg, pour 1855. 























































































264 HYBRIDES D'ESPÈCES DÉVELOPPÉS SPONTANÉMENT. 

Meyen (1) semble attribuer ces formes intermédiaires 
nombreuses entre deux espèces, formes qu'il considère 
comme des hybrides, à la quantité plus ou moins grande 
de pollen qui agit sur le stigmate des types primitifs, et 
il fait remarquer que celles de ces formes, qui se rap- 
prochent davantage de Tune ou de l'autre des deux sou- 
ches génératrices, sont susceptibles d'être fécondées et 
peuvent même se propager en se fécondant entre elles. 
Ou bien faut-il attribuer ces formes nombreuses à Fine- 



\ 



phys 



admett 



ni l'autre de ces deux suppositions. L'observation prouve, 
en effet, que les hybrides de première génération, ob- 
tenus entre deux espèces par la fécondation artificielle, 
sont toujours à peu près à égale distance de leurs 
ascendants, et ne présentent jamais cette variété de 
formes, dont nous venons de citer des exemples. Le 
pollen se montre donc toujours également actif, et, quelle 
que soit la quantité qu'on en dépose sur le stigmate, les 
résultats restent toujours les mêmes. Mais les faits si- 
gnalés s'expliquent très-bien, si l'on admet que des fé- 
condations nouvelles, analogues à celle qui transforme 



JEgilo]: 



en JEgilops speltœfi 



Jord., interviennent; et les expériences d'hybridation 
artificielle, qui produisent des hybrides de seconde et de 
troisième génération et les ramènent aux types primitifs, 
donnent également naissance à ces mêmes séries de 



i 









(1) Meyen, Nettes System der Pfianzen Physiologie. Berlin, 3 
vol. in-8°. 












\ 



CONCLUSIONS GÉNÉRALES. 



forme 



265 



s 



qui 






monlrent quelquefois chez les hybrides 

sauvages. 

Ainsi les hybrides spontanés sont stériles par eux- 
mêmes, et, s'ils deviennent fertiles soit spontanément, 
s oit par la cause que nous venons d'indiquer, ils se mo- 
difient et finissent par retourner à l'une de leurs souches 
°nginelles. L'hybridité, loin de confondre les espèces et 
de former entre elles des races végétales permanentes, 
v ient, au contraire, nous fournir la preuve de la persi- 
stance des types primitifs ; elle nous donne même un 
critérium certain, qui permettra toujours de distinguer, 
dans nos plantes domestiques, si profondément modi- 
fiées par la culture, ce qui est variété ou race de ce qui 
est espèce. 

De tous les faits établis dans les six précédents chapi- 
tres, nous croyons pouvoir conclure que, depuis Tori- 



que 



1 



îstée fixe, et les attributs, qui la distinguent, sont : 

La succession d'individus semblables par voie de 
génération ; 

2° la permanence des caractères importants, de ceux 
9% par leur fixité, doivent être considérés comme es- 
sentiels à leur être et par conséquent comme spécifi- 
ques ; 

3 ° La distinction tranchée que ces caractères spécifi- 
ées établissent entre les espèces différentes ; 

L'absence d'êtres intermédiaires permanents qui 
^uniraient ou qui confondraient diverses espèces les 
u «es avec les autres. 

Nous avons établi également que les variétés dans les 
e res organisés sauvages ne reposent, au contraire, que 



4 




















































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! 








































ï 






























266 



CONCLUSIONS GÉNÉRALES. 



sur des caractères superficiels, essentiellement mobiles, 
se nuançant de manière à rapprocher et à réunir les 
variétés d'une même espèce en un type commun. 

Ainsi donc, si l'espèce sauvage n'est pas immuable 
d'une manière absolue, s'il n'y a pas identité complète 
entre tous les individus qui la composent, cette identité 
se retrouve dans les caractères spécifiques, et l'espèce 
n'en est pas moins un type d'unité organique. 






• 






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CHAPITRE SEPTIÈME. 



DE s animaux et des végétaux des périodes géologiques 

QUI ONT précédé celle dans laquelle nous vivons. 



La Géologie nous apprend qu'avant la dernière catas- 
trophe, dont le globe terrestre a été le théâtre, des gé- 
nérations innombrables d'animaux et de végétaux se 
sont succédées à sa surface. Leurs débris, véritables 
médailles naturelles, comme les a appelées Buffon (1), 



fourn 



avants de 

hailt flanc 1 



moyens 



bien 




v °lutions que notre planète, ainsi que ses habitants, ont 

s ^bies, même avant l'époque où l'homme parut pour 

re gner en dominateur sur tous les autres êtres, ses con- 

e mporains géologiques. L'étude de ces débris a permis 

Qe reconnaître qu'ils ont appartenu à des animaux et à 

des végétaux, qui s'adaptent parfaitement au cadre de 

0s classifications zoologiques et botaniques. D'une 

utr e part, l'examen des couches terrestres a conduit à 

luOllP flUP PPVhinoc fAPmnc! \rAorAtolnc au nnimnlûc cnnf 



V ) Buffon, Histoire naturelle générale et particulière* Paris, 
* m P- roy., in.4°, supplément* T. V, p. 805. 




» 






















































































- 



* 











































1 


























268 



FAUNES FOSSILES SUCCESSIVES. 



d 



9 



couches, de telle sorte qu'à .chacune des époques géolo- 
giques, la terre parait avoir été couverte, dans chaque 
localité, d'êtres organisés qui différaient plus ou moins 
de ceux de l'époque précédente et de l'époque suivante. 
Mais quelles relations de causalité existent entre ces 
êtres qui, chacun à leur tour, ont apparu sur les mêmes 
points de notre planète, pour céder ensuite la place a 
des formes organiques différentes ? De nouveaux êtres 
ont-ils été créés à chacune des époques géologiques, ou, 
comme l'admet de Blainville, tous les êtres organisés 
auraient-ils été formés d'un seul jet, et les espèces en- 
core existantes auraient-elles seules échappé à tous les 
bouleversements qui se sont succédés sur notre globe a 
Ou bien les formes actuelles ne seraient-elles que les 
formes anciennes , modifiées par les variations que les 
milieux ambiants ont éprouvé dans leur composition 
chimique, dans leur température, en un mot, dans leurs 
conditions physiques? De là deux systèmes dérivés, l'un 
du principe de la fixité des espèces, l'autre de la doc- 
trine de la variabilité des êtres sous l'influence des agents 

# 

extérieurs, systèmes essentiellement opposés et q« l 
comptent l'un et l'autre d'habiles défenseurs parmi les 
plus célèbres naturalistes de l'époque actuelle. 

Dans l'examen de cette grave question, nous nous 
appuierons exclusivement sur la Géologie et la Paléon- 
tologie ; elles seules peuvent nous servir de guides et 
jeter quelque lumière sur un sujet aussi obscur, ^a 
marche que nous suivrons sera simple : partant de Y et» 
actuel du globe terrestre, nous considérerons successive- 
ment et comparativement les êtres organisés ensevelis dan 5 












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TERRAINS QUATERNAIRES. 



2G9 



chacune des grandes coupes géologiques, désignées sous 
e s noms de terrains quaternaires ou diluviens, de ter- 
rains tertiaires, secondaires et de transition. Les ter- 
rains primitifs sont en dehors de la question, puisqu'ils 
n e renferment et ne pouvaient renfermer, vu leur ori- 
gine ignée, aucun reste d'êtres organisés. Nous remon- 
tons ainsi d'âge en âge, jusqu'à l'époque où apparurent 
su r la terre les premières manifestations de l'organisation 
et de la vie. 



fra 



Les auteurs 



Terrains quaternaires ou diluviens. 

nçais nomment généralement ainsi les dépôts qui se 
sont formés à la surface de la terre, vraisemblablement 
a Vant les temps historiques ou période de l'homme et 

W 

postérieurement à la formation des couches subapen- 
nines, qui appartiennent déjà aux terrains tertiaires. Les 
auteurs anglais les désignent, au contraire, sous le nom 
de Pleislocènes. Ces dépôts annoncent fréquemment 
^'immenses transports, de grands accidents d'érosion, 
dont nos rivières actuelles sont incapables dans leurs 
P' u s grandes crues, et se trouvent même souvent à des 
n,v eaux que les eaux actuelles ne peuvent atteindre. Ils 
| ari ent par leur nature, suivant les lieux qui ont fourni 
es matériaux. On a cru, pendant longtemps, qu'ils 
etf >ient le résultat du déluge universel, dont tous les 
Peuples ont conservé le souvenir. On retrouve, en effet. 



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lt e tradition, plus ou moins défigurée, dans toutes les 

P 

e °gonies anciennes. M. Alex, de Humboldt Ta même 
^trouvée encore vivace chez les tribus les plus sauvages 

e 1 Amérique méridionale, et Mœrenhoutchez les indi- 
gnes des îles de l'Océan pacifique. Mais les géologues 















* 


































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il 





















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270 



ORIGINE DES TERRAINS QUATERNAIRES. 



modernes considèrent ces dépôts comme plus anciens 
que cet événement historique, et vraisemblablement 
comme antérieurs à l'existence même de l'homme sur la 

terre (1). ^ . 

C'est à la période glaciaire qu'ils rattachent aujourd'hui 

la formation de la plupart de ces terrains de transport. 
L'examen comparatif de ces dépôts anciens et l'étude 
des phénomènes glaciaires actuels leur ont permis de 
reconnaître une analogie frappante entre les faits géolo- 
giques des deux époques, avec cette différence toutefois 
que l'intensité et l'étendue d'action des agents de trans- 
port, pendant l'époque glaciaire, se sont montrées infini- 
ment plus grandes, tandis que les effets de nos glaciers 
actuels sont circonscrits dans des limites bien plus étroites. 
On a surtout étudié les terrains de transport dans 
notre hémisphère septentrional, et il n'est plus douteux 
qu'ils n'aient eu pour principal centre d'action les régions 
polaires arctiques, comme le démontrent l'ordre et la 
nature minéralogique des terrains diluviens. Les frag- 
ments de roches transportés sont, en effet, d'autant plus 
volumineux qu'on se rapproche du pôle, d'autant plus 
petits qu'on s'en éloigne ; les roches en place, situées 
sur le trajet qu'ont suivi, dans leur mouvement de trans- 
lation vers le sud, les matériaux constituant ces dépôts 
glaciaires, sont ordinairement polies et nous offrent des 
stries parallèles et des sillons à direction constamment 
^iiûrminpo nu npn «Vn faut, du nord au sud. On sait» 



(1) C'est donc à tort qu'on a donné le nom de diluvium aux ter- 
rains de transport, dont il est ici question. En conservant ce mot» 
ainsi que celui de période diluvienne, nous n'y attachons pas le même 
sens que les anciens géologues. 

















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ORIGINE DES TERRAINS QUATERNAIRES. 



271 



qu 



stries et ces sillons ont été et sont 



encore, de nos jours, produits par l'action qu'exercent 
sur les roches en place des blocs de pierre dure enchâssés 
«ans une masse de glace en mouvement. C'est ainsi que, 
Journellement, des fragments plus ou moins volumineux 
de roches, tombés sur les glaciers, du haut des escar- 
pements qui les dominent, sont transportés par lui, dans 
son mouvement progressif, et viennent souvent frotter 
ks parois du lit rocheux sur lequel il repose. On sait 

aussi que, des glaciers qui s'étendent jusque dans la 
nier, se détachent souvent des montagnes de glace, qui 
deviennent flottantes, comme on l'observe encore de nos 
jours dans les régions polaires arctique et surtout antarc- 
tique. Les montagnes de glace entraînent fréquemment 
avec elles des blocs de pierre de toute dimension, qu'elles 
détachent du rivage et qu'elles transportent souvent à 
de grandes dislances. On sait aussi que les matériaux 
divers, qui constituent les terrains glaciaires ou dilu- 
viens, viennent généralement des régions polaires. C'est 
ainsi qu'on a reconnu que les blocs et fragments de 
granité, répandus sur les plaines de la Russie et de la 
Pologne, se rapportent exactement, par leurs caractères. 
Physiques et chimiques, aux roches des montagnes de 
J a Laponie et de la Finlande, tandis que les masses et 

s graviers de gneiss, de syénite, de porphyre et de 
tra pp, disséminés sur les contrées basses de la Poméra- 
n, e, du Holstein et du Danemarck, sont identiques avec 

s roches qui constituent les montagnes de la Norwège 

delà Suède (1). 



le 



le 



U) Ch. Lyell, Manuel de Géologie élémentaire, Irad. franc. 
p *ris, 18S6, in-8o, T. I, p. 208. 





























































I 



: 


































272 



ORIGINE DES TERRAINS QUATERNAIRES 



Dans l'hémisphère austral, les phénomènes glaciaires 
ont été moins étudiés. Il est certain, cependant, qu'ils 
n'y ont pas fait défaut : c'est ainsi qu'au Chili et dans la 
Patagonie on retrouve la formation de transport, entre le 
41 e degré de latitude sud et le cap Horn, précisément 
avec les mêmes caractères qu'on lui reconnaît dans 
l'hémisphère boréal (1). 

Mais ce n'est pas des régions polaires seules que sont 
provenus tous ces dépôts anciens, répandus à la surface 
du sol. Chaque grande chaîne de montagnes est devenue 



par 




laciaire indé 



pendante, dont on peut suivre les effets dans leurs val- 
lées et dans les plaines environnantes, qui ont été cou- 
vertes des débris arrachés à ces montagnes. La chaîne 
des Alpes surtout nous en montre le plus remarquable 
exemple. Elle est une de celles qui ont été le mieux 
étudiées, et c'est aux recherches persistantes de MM- 
Venetz, de Charpentier et Agassi/ que nous devons la 



connaissance des phénomènes glaciaires, qui s'y produi- 



sent, non-seulement de nos jours, mais surtout de ceux 
infiniment plus étendus et plus importants dont ces 
montagnes ont été autrefois le théâtre. 

Les grands effets produits, et dont les anciens glaciers, 
les blocs erratiques, les cailloux et les sables diluviens 
nous indiquent la puissance, se montrent à la fois dans 
toutes les contrées du globe, et nous révèlent partout 
l'action de masses d'eau telles que nous avons peine à en 
comprendre la source ; masses qui ont fait irruption sur 
les parties émergées de nôtre planète, qui ont déposé a 







(1) Ch. Lyell, Manuel de Géologie, etc., T. I, p. 225. 



















V 





*ï-*-. 




ANIMAUX FOSSILES DE LA PÉRIODE QUATERNAIRE. 273 

* 

sa surface une grande partie de ses couches meubles et 
qui ont contribué vraisemblablement à détruire une par- 
tie des espèces animales alors existantes. 
1 Ces terrains de transport, disséminés par les glaces et 
tes eaux, se trouvent non-seulement sur les parties su- 
perficielles de la croûte de notre planète, où ils ont sou- 
Vent une épaisseur considérable; mais ils remplissent 
aussi les fissures verticales dont les formations ter- 
naires et secondaires sont sillonnées, par suite des dislo- 
cations qu'elles ont subies. Mais il y a plus, ils se sont 
Produits dans les cavernes naturelles, si fréquentes 
uans plusieurs couches de ces deux groupes géologi- 
ques. 

* 

Si nous recherchons quels sont les animaux qui ont 



hab 



au moment où la cata 



strophe glaciaire est venue couvrir de glaces, de débris 
de roches et de sables, une partie des continents, et 
fendre inhabitable, par suite du développement d'un 

froid intense, une portion considérable de la surface de 
'a terre, nous constatons que ces êtres furent très-variés. 
Mais généralement ils se rapprochent de ceux d'aujour- 
u hui ; ils appartiennent aux mêmes genres, et l'on ob- 
s erve même parmi eux un cerlain nombre d'espèces 
rçui ont encore de nombreux représentants sur la terre, 
^urs débris, conservés dans les terrains de transport, 
^°nt nous avons parlé, fournissent aujourd'hui au natu- 
raliste les moyens de reconnaître ce qu'étaient ces êtres 
a cette époque reculée. Ils sont quelquefois très-abon- 
dants dans le diluvium des plaines ; qu'il nous suffise de 
appeler les gîtes ossifères si connus du Val de l'Arno, 
Ce ux de Canstadt près de Stuttgard, ceux de l'Auvergne, 



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18 





















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1 ; 

























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274 






CAVERNES A OSSEMENTS ET BRÈCHES OSSEUSES. 



etc. Dans certaines cavernes, ces restes d'animaux sont 
bien plus fréquents encore. Enfin, dans les fissures ver- 
ticales, ils sont même souvent tellement entassés, qu'ils 
semblent comme pétris dans le dépôt diluvien, et qu'on 
a donné à ce mélange le nom de brèches osseuses. 

Partout ces débris organiques sont mêlés au terrain 
diluvien. Cette coïncidence, qui est constante, qui a été 
observée, non-seulement dans toutes les cavernes ossi- 
fères de l'Europe, explorées par les naturalistes, mais 
encore dans celles de l'Amérique et de la Nouvelle-Hol- 
lande, est un fait bien remarquable et qui milite puis- 
samment en faveur de cette opinion : que ces restes de 
la vie animale des temps anciens et le diluvium ont vrai- 
semblablement été introduits en même temps dans ces 
excavations du sol. Partout la distribution des ossements 
dans les dépôts argilo-graveleux est aussi irrégulière 
qu'il soit possible d'être ; les diverses parties d'un même 
animal sont disséminées et dans le plus grand désordre. 
Les individus différents par l'espèce ou par l'âge sont 
confusément rapprpchés et accolés l'un à l'autre; on voit 
souvent des os de petits rongeurs entassés dans le crâne 
des grands carnassiers ; des dents d'Ours, d'Hyènes et 

de Rhinocéros cimentés avec des cubitus ou des mâ- 
choires de Ruminants (1). Cet état de dislocation des 
ossements et la singulière association qu'ils présentent 
prouvent que ces amas de cailloux et d'argile ont été 
soumis à une grande agitation, à une tourmente telle 
que les eaux souterraines seules peuvent en produire. 









(1) Desnoyers, Dictionnaire d'histoire naturelle de d'Orbigny 
T. VI, p. 37£. 

















V 





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CAVERNES A OSSEMENTS ET BRÈCHES OSSEUSES. 



275 



Cependant plusieurs naturalistes, et 



Buckl 



en particulier 



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encore 




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e te entraînés dans les cavernes par les animaux carnas- 
Sle rs, qui les habitaient, et dont on retrouve les restes 
Pele-mèle avec ceux de leurs victimes. Il est même 
quelques faits qui viennent à l'appui de cette manière de 
Vo 'r : ainsi, dans plusieurs cavernes, notamment dans 
celles de Lunel-Viel en France (1), de Kirkdale (2) et 
d e Kent's-Hole, près de Torquay, en Angleterre (3), on 
trouve des os de Mammifères qui présentent 
empreinte évidente des dents de Carnassiers. Le 
ss ont dû y vivre, comme semblent l'attester, non- 
seulement leurs débris osseux, mais encore la quantité 
considérable de leurs excréments ou fèces fossiles. Mais 
s'il est possible que, dans certaines circonstances, les 
Carnassiers, par suite de la police qu'ils ont exercée con- 
stamment sur les autres animaux, aient eu quelquefois 
Part à ce transport, il n'en est pas moins certain qu'ils ne 
ï'o-nt point opéré dans sa généralité, puisqu'il est un 
§ f and nombre de cavernes où ils n'ont pas laissé le 
joindre vestige de leur présence, et d'autres où leurs 
ebris sont si rares qu'on ne saurait leur attribuer 
entassement réellement prodigieux des grands Herbi- 






v or es 






(4) 



° ut re, des cavernes, qui sont trop peu spacieuses pour 















I 














v ) Marcel de Serres, Essai sur les cavernes à ossements, éd. 3. 
*«*«, 1858, in-80, p. 78. 

( 2 ) Buckland, Reliquiœ diluvianœ, 1823, in-4°. 

( 3 ) Owea, Bristish fossil. Mammals, p. 166. 

V ) Marcel de Serres, Essai sur les cavernes à ossements, p. 2U. 










































I 













V 















276 



CAVERNES A OSSEMENTS ET BRÈCHES OSSEUSES. 



avoir pu servir de repaire aux Carnivores de grande 



taille, dont les ossements s'y trouvent cependant en 
quantité considérable (1). H en est d'autres dont l'ou- 
verture est trop petite pour avoir permis à ces animaux 
de s'y introduire à l'état de vie et de pénétrer dans les 
différentes salles à travers les couloirs étroits qui les 
réunissent (2). Aussi, dans ces cavernes, n'observe-t-on 
jamais d'os rongés ni de coprolithes (3). 

Du reste, l'hypothèse de Buckland n'explique pas la 



présence 



des ossements dans les fentes verticales. Aussi 



a-t-on recouru à une autre supposition, c'est que ces 
fissures ouvertes, véritables pièges naturels, ont englouti 
des animaux qui, par mégarde, y sont tombés et y ont 
trouvé la mort (4). Mais la grande ressemblance des cir- 
constances que nous présentent les dépôts des cavernes 
et les brèches osseuses; l'identité de beaucoup d'espèces 
qu'on rencontre dans l'un et dans l'autre de ces deux 
gîtes ; la réunion assez fréquente de ces deux ordres de 

■ 

phénomènes dans le même lieu ; la communication directe 
de ces deux genres de cavités, observée dans plusieurs 



(1) Thirria, Mémoires de la Société d'histoire naturelle de 
Strasbourg, T. I, p. 55. 

(2) Fargeaud, Annales des sciences naturelles, sér. 1, T. lh 
p. 2U et suiv., et Tournai, Ibidem, T. XV, p. 349. 

(3) On n'en trouve pas dans la caverne d'Osselles, dans le dépar- 
tement du Doubs (Buckland, Annales des sciences naturelles, ser. 
1, T. X, p. 310), ni dans celle de Bize, près de Narbonne, dont 
l'accès est cependant très-facile (Tournai, Ibidem, T. XII, p. 80)* 

* 

On peut citer un grand nombre d'autres exemples semblables. 
(&) Buckland, Reliquiœ diluvianœ, p. 25. 

















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CAVERNES A OSSEMENTS ET BRÈCHES OSSEUSES. 



277 



ocahtés, semblent démontrer que ces deux faits géolo- 
giques reconnaissent la même cause. 

est probable, ainsi que plusieurs savants géologues 
pensé, que les cavernes à ossements ne furent dans 



l'ont 



qui, da 



haut 



bouche béante, engloutirent le sa 



le > les cailloux roulés et les débris d'animaux trans 



4 



lentes se sont peu à peu obstruées dans leur partie 
supérieure par des éboulements et par des dépôts résul- 
ant d'infiltrations calcaires. Cette hypothèse expliquerait 
«on-seulement l'analogie qui existe entre les dépôts os- 
srfères des cavernes et des brèches osseuses, mais encore 
k dislocation des squelettes par la violence des eaux et 
îe choc des pierres chariées par le courant; 



prendrait 



on com 



ossements précipités souvent d'une grande hauteur et 
Pêle-mêle avec des cailloux roulés, à travers des fissures 
* parois très-inégales. Il est, du reste, des cavernes dans 
^«quelles viennent s'ouvrir 



d 



des fentes 



„ ^ ^^ pcucuoacui «voir eie ie déversoir par 

^quel ces débris d'animaux sont arrivés dans la grotte. 

e st certain aussi que, dans beaucoup de localités, on 

^contre du diluvium à une hauteur bien supérieure au 
s ol des 



cavernes. 



Sl l'on examine avec soin ces dépôts amassés dans les 

Cernes, ou qui remplissent les fentes verticales, on 

0lt qu'ils reposent sur une couche de tuf calcaire, con- 

u «ant le plancher de ces cavités. Une nouvelle couche 



delà 

^ se sont faites postérieurement à l'introduction du 



même substance minérale, résultat des infiltrations 





































% 


















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11 









\ 


































































f 









278 CAVERNES A OSSEMENTS ET BRÈCHES OSSEUSES. 

dépôt diluvien, les recouvre souvent en dessus, et ce 
glacis stalagmitique protège ainsi merveilleusement les 
restes d'animaux qui s'y trouvent enfouis. Ces dépôts 
diluviens, introduits dans les cavernes, sont de nature 
identique avec ceux qu'on observe dans les plaines voi- 
sines. Les ossements ne sont pas généralement usés par 
le frottement, on y retrouve leurs angles et leurs arêtes, 
ce qui n'aurait pas lieu, s'ils avaient été roulés avec vio- 
lence et chariés par l'effet d'un transport longtemps pro- 
longé. Les animaux, auxquels ces débris de squelettes 
appartiennent, ont donc vécu clans le pays ou à peu de 
distance. Ces ossements, enfin, n'ont pas, comme ceux 
des terrains tertiaires et secondaires, perdu complètement 

leur matière organique ; ils en conservent encore une 
certaine proportion (1) ; le docteur Jackson en a trouvé 
27 p. 0/0 (2); ces ossements ne sont pas, en un mot, 
comme ceux des périodes géologiques antérieures , en- 
tièrement fossilisés, ce qui indique leur âge relativement 

plus moderne. 

Examinons maintenant quelles sont les espèces ani- 
males, dont on trouve les ossements, soit dans le dilu- 

vium des plaines, soit dans les cavernes, soit dans les 
brèches osseuses. Nous nous occuperons d'abord des 
Mammifères, et particulièrement de ceux qu'on rencontre 
dans les terrains pleistocènes de l'Europe. 

On constate tout d'abord que cette Faune mammalo- 
gique ancienne se rapproche beaucoup de la Faune ac- 



(1) Marcel de Serres, Essai sur les cavernes à ossements, \>-° ' 

(2) Ch. Lyell, Manuel de géologie élémentaire, trad. franc., 



T.I. 



p. 255. 









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1, 






les 



MAMMIFÈRES FOSSILES DE LA PÉRIODE QUATERNAIRE. 279 

uelle. Tous les animaux qui constituent la première 
a Ppartiennent à des genres naturels, qui ont encore des 
^présentants vivants à la surface , du globe ; mais les 
espèces anciennes ne sont pas toujours identiques avec 

"~ espèces modernes. Sous ce rapport, on peut les di- 
viser en trois catégories. 

Dans la première, nous plaçons ceux qui forment des 
-types spécifiques nettement et parfaitement distincts de 
ceux d'aujourd'hui, et qui constituent par conséquent 
espèces complètement anéanties. Telles sont les sui- 
vantes : Macacus pliocenus Owen (1); Vespertilio dilu- 
v ianus Munst.;Sorex diluvianus Munst.; Ursus spelœus 
Ros., actoïdeus Cuv. et giganteus Schm.; Hyœna spelœa 
Ooldf.; Canis nescher semis Blainv.; Felis spelœa Goldf. 
et cultridens Blainv.; Spermophilus super ciliosus 
Kaup.; Laqomys 






des 



corsicanus Cuv.; Cervus Tournalii 
M. de S., euryceros Mey.,martialis Gerv. et solilhacus 

ntilope dichotoma Gerv.; Capra RozeliPom.; 
is primœva Gerv.; Bos primigenius Boj.; Equus 



H 

Ovi 



Pticidens 



Hippopot 



***Jor Cuv.; Rhinocéros tichorhinus Fisch. et lunellensis 



Ge 



(2) 



) C'est dans le Newer Pliocène, qui correspond au Pleistocène. 
^wen a rencontré les ossements de ce Singe. 
l'A Lor sque, P our la P^mière fois, on découvrit dans lé Val de 

n ° des ossements, et que l'on eut reconnu qu'ils appartenaient à 

espèce d'Eléphant, on supposa (Stenon, De solido intra solidum 
^rallter contento. Florent., 1669, m-4*f qu'ils étaient les restes 
j c eux qu'Annibal avait amenés en Italie; mais il est certain, d'après 
8e 8 recîls d e Polybe et de Tite-Live, qu'il ne possédait plus qu'un 

de ces animaux, lorsqu'après la bataille de la Trebbia, il par- 
























































V 



























I 




I 





























280 MAMMIFÈRES FOSSILES DE LA PÉRIODE QUATERNAIRE. 

Dans la seconde, nous comprenons les animaux qui 

I IT A «s% f\ Yl 1 



diffèr 



cependant par quelque particularité d'organisation 



et 



fi 



Mêles 



Munst.; Hyœna prisca M 



Munst 



priscus May. ; Lagomys spelœus Munst 



Munst 



M. de 



Bos vriscus Boj.; Sus priscus M. de S 



fossilis Mey 



Enfin la troisième catégorie se compose d'animaux 
qui sont identiques à des espèces encore vivantes au- 
jourd'hui. Nous pouvons citer les suivantes : Vespéral* 
murinus L., ferrum equinum L., serotinus L., mysta- 
cinus Leisl, auritus L. et Pipistrellus L. ; Erinaceiis 
europœus L. ; Sorex tetragonurus Herm. et araneus 
Schreb.; Talpa europœa L.; Lepus Cuniculus L . ; Cri- 
cetus vulqaris Desm.; Arvicola amphibius Lacép. et 

-, F TT . A,.„4~„ F. ' 



Mus sylvaticus L.; Ursus Arctos l 



Mêles 



Erxl.: Mustela Foina Briss 



V; 



courut le Val de l'Arno, et cet Eléphant n'a pu fournir tous les osse- 
ments qu'on trouve dans cette localité. On y rencontre aussi de^ 
débris ossseux de Rhinocéros, et il n'est pas vraisemblable que ces 
Pachydermes aient été aussi les compagnons de guerre du gêner 
carthaginois. Enfin il est certain que les ossements d'EléphaD » 
trouvés dans le Val de l'Arno, appartiennent à VElephas pri«"9 e 
nius, et non pas à l'Eléphant d'Afrique. 






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e* 



MAMMIFÈRES FOSSILES DE LA PÉRIODE QUATERNAIRE. 281 

verra Genetta L.; Canis Lupus L. et Vulpes L.; Felis 
Ccttus férus L., Serval L. et Pardus L.; Cervus Taran- 
du$ L., Elaphus L., Alces L. et Capreolus L.; Bos Bo- 



Scroft 



M. Owen (1) cite 37 



es peces de Mammifères qui ont été découvertes dans les 
cavernes des Iles Britanniques ; sur ce nombre, 1 6 sont 
Peintes, les autres subsistent en Europe. 

Ces faits soulèvent des observations importantes, rela- 
tivement à la question qui est l'objet de ce travail. Parmi 
les espèces qui ont encore des représentants vivants sur 
la terre, il en est, dont la présence dans le dépôt dilu- 
v *en des cavernes pourrait être considérée comme bien 
plus récente que celle des espèces éteintes, qui confon- 
dent, avec les premières, leurs débris osseux. Tels sont, 
par exemple, les Vespertilio murinus, auritus et Pipis- 



dans 



ca- 



vernes, où l'on retrouve leurs ossements dans le sol 
diluvien, cela n'a rien d'improbable, et d'autant moins 
que le dépôt de certaines cavernes parait avoir été re- 
manié, et qu'on y rencontre même quelquefois les pro- 
duits de l'industrie humaine, qui datent de l'époque cel- 
toque et, qui plus est, de l'époque romaine. Mais, dans 
les brèches osseuses compactes, cela est plus difficile à 
comprendre, et cependant les ossements fossiles de l'une 
des trois espèces de Vespertilio, que nous venons de 
ttortimer, ont été rencontrés dans celles d'Antibes, et 
leur présence y est certainement contemporaine de la 
formation de ces brèches. 
On pourrait aussi révoquer en doute que le Chat sau- 



0) Owen, Brilish fossil. Mammals, p. 26 












































< 



4 i 
























































■ 



282 MAMMIFÈRES FOSSILES DE LA PÉRIODE QUATERNAIRE. 

vage, la Genette, le Renard, le Loup, la Fouine, le 

Putois, le Lapin, les Arvicola amphibius et terrestrts, 
etc., qui vivent encore dans les mêmes lieux, existassent 
déjà à l'époque de la dispersion du diluvium; on pour- 
rait croire que leurs débris sont plus récents dans les 
cavernes, d'autant mieux que plusieurs de ces animaux 
sont fouisseurs. 

s. 

Mais nous avons énuméré d'autres espèces qui ne 
vivent pas dans les lieux où l'on rencontre aujourd'hui 



leurs dépouilles. 



(* 



) 



qu'il ne faut pas confondre avec Y Urus, dont il est ques- 
tion dans les Commentaires de César (1), comme d'une 
espèce habitant la forêt d'Hercynie. L'Aurochs vit encore 
dans les forêts de la Lithuanie, de la Moldavie et du 
Caucase, et ses ossements se trouvent dans les terrains 
diluviens d'Abbeville et des environs de Paris, pêle-mêle 
avec ceux du Mammouth et du Rhinocéros cloisonné. On 
les a aussi découverts dans le riche dépôt ossifère d'Is- 
soire en Auvergne, dans la colline diluvienne de Riège 
près de Pézénas , et dans la caverne de Brengues (Lot). 
Or, rien n'indique que, depuis les temps historiques, ce 

Bœuf ait vécu dans les localités françaises où, de nos 
jours, on a observé ses restes fossiles. Il y a tout lieu de 
croire, du reste, par l'examen des dépôts où ils sont 
renfermés, qu'ils datent réellement de l'époque glaciaire, 
et que, par conséquent, cette espèce n'a pas varié, dans 
la conformation de son squelette, depuis ces temps si 

reculés. 

Le Hamster (Cricetus vulgaris Desm.) n'habite en 









(1) Caesar, De Bello Gallico, lib. VI, cap. 28. 



■ 









^ 





















1 



MAMMIFÈRES FOSSILES DE LA PÉRIODE QUATERNAIRE. 283 

France que l'Alsace ; il se retrouve dans le nord de l'Al- 
lemagne et s'étend de là jusqu'en Sibérie. On rencontre 
son squelette à l'état fossile dans les brèches à ossements 
de Montmorency, et M. Desnoyers (1), qui a étudié plu- 
sieurs crânes provenant de cette localité, a constaté qu'ils 



n e diffèrent pas spécifiquement de ceux du Cricetus 
vulgaris d'Alsace et d'Allemagne. 

Le Glouton (Gulo arcticus Desm.) existe aujourd'hui 
exclusivement dans les contrées froides qu'entoure le 
cercle polaire boréal. Ses ossements se rencontrent dans 



les 



(2) 



de latitude et la longue période de temps qui séparent 
les individus vivants de ceux dont les débris gisent dans 
le sol des cavernes, ce Carnassier n'a pas plus varié que 
les espèces précédentes. 

Le Felis Serval L., qui vit aujourd'hui en Afrique, a 
été découvert à l'état fossile dans les cavernes de Lunel- 
Viel (3), et M. Marcel de Serres (4) l'inscrit également 
parmi les animaux diluviens de la caverne de Bize 
(Aude). 

Enfin le Renne (Cervus Tarandus Z/.), qui, de nos 
jours, habite les régions froides de l'Europe et de l'Ame- 
ri que septentrionale, et ne s'éloigne pas du cercle po- 






(1) Desnoyers, Bulletin de la Société géologique de France, 

T - XIII, 1842, p. 29S. 

(2) De Blainville, Ostéographie, G. Mustela, tab. XIV. 

(3) Marcel de Serres, Dubreuil et Jeanjean, Caverne de Lunel- 
*H p. 118, tab. IX, f. 7 à 11. 

{£) Marcel de Serres, Notice sur les cavernes à ossements fos- 
ses du département de l'Aude, 1859, in-£°, p. 57. 












































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* 




i 















284 MAMMIFÈRES FOSSILES DE LA PÉRIODE QUATERNAIRE. 

laire arctique, existait en France, en Allemagne et en 
Angleterre, pendant la période diluvienne. En effet, ses 
ossements, parfaitement semblables à ceux du Renne 
actuellement vivant, se rencontrent dans les brèches de 
Montmorency et des environs d'Etampes (Seine-et- 
Oise)(l); dans le dépôt ossifère d'Issoire en Auver- 
gne (2) ; dans les cavernes de Balot près de Châtillon- 
sur-Seine (3), et de Bringues, dans le département du 
Lot (4); dans celle de Bize (Aude) (5). On les trouve 
aussi en Allemagne dans la caverne de Rabenstein, près 
de Muggendorf, en Franconie (6) ; en Belgique, dans 
les cavernes du pays de Liège (7). On les a découverts 
aussi en Angleterre, dans les anciens dépôts d'alluvion 
de la vallée de la Tamise, notamment à Brentford, où 
ils sont mêlés avec ceux du Mammouth de Sibérie, du 
Rhinocéros tichorinus, de l'Aurochs, d'une espèce d'Hip- 
popotame éteinte, du Daim rouge et du grand Tigre ou 
Lion des cavernes (8) ; on observe une association sem~ 







(1) C. Prévost et J. Desnoyers, Bulletin de la Société géologi- 
que de France, T. XIII, 1842, p. 290. 

(2) Pomel, Ibidem, T. iV, p. 212. 

(5) J. Baudouin, Notice sur une caverne à ossements, 1843. 
(4) Delphon, Statistique du département du Lot, T. I, p. 413* 

(3) Marcel de Serres, Notice sur les cavernes à ossements fos- 
siles du département de l'Aude. 

(6) Braun, Beyreuth Petrefacten, 1840, p. 86. 

(7) Schmerling, Recherches sur les ossements des cavernes de l& 
province de Liège, in-4°, et atlas in-f°, 1855-54. 

(8) Morris, Proceedings of the geological Society of London, 

1849. 



I 






_ 







i 






MAMMIFÈRES FOSSILES DE LA PÉRIODE QUATERNAIRE. 285 

blable à Maidstone dans le Kent, et sur d'autres points 
du même pays (1). 

On trouve donc, dans les dépôts diluviens, un mé- 
lange d'ossements d'animaux propres aux régions po- 
laires, aux régions tempérées et aux régions équato- 
riales. Il faut que ces espèces aient eu une grande 
extension géographique, peut-être des habitudes de 
migration, comme nous l'observons aujourd'hui pour le 
Tigre du Bengale, pour le Bison d'Amérique, pour le 
Bœuf musqué du même pays, etc., et que la limite nord 
des espèces du sud ait rencontré la limite sud des es- 
pèces du nord. D'une autre part, il faut bien admettre 
aussi de grandes variations dans la température, ce 
qu'attestent du reste les phénomènes de la période gla- 
ciaire; le climat de l'Europe et de l'Asie doit avoir été 
singulièrement refroidi, pour que les Eléphants et les 

Rhinocéros, à peau couverte d'une épaisse fourrure, qui 
vivaient sur le sol de la Sibérie, aient été ensevelis dans 
les glaces, où leurs cadavres se sont quelquefois con- 
servés, jusqu'à nos jours, dans leur parfaite intégrité. 
On sait, en effet, que plusieurs individus de ces deux 
espèces de la Faune pleistocène, dégagés des montagnes 
de glace, qui les emprisonnaient depuis tant de siècles, 
sont venus s'échouer sur les côtes de la mer glaciale et 
présenter aux regards étonnés du naturaliste des animaux 
antédiluviens conservés avec leurs os, leur peau, leurs 
poils et leurs chairs encore fraîches. VElephas primi- 
genius est même si abondant dans les dépôts glaciaires 



(1) Gh. Lyell, Manuel de géologie élémentaire, Irad. franc., T.I, 

p. 247. 










































■ 












286 MAMMIFÈRES FOSSILES DE LA PÉRIODE QUATERNAIRE. 

de la Sibérie,, que ses défenses sont devenues l'objet 
d'un commerce important. La présence, dans les ter- 
rains de transport de la France, même méridionale, des 
débris osseux du Renne, vient à l'appui des considéra- 
lions précédentes, puisque cette espèce ne peut pas vivre 
sous le climat actuel de ce pays, et qu'on a même essayé, 
en vain, son acclimatation en Angleterre. 

m 

Ainsi donc, si l'époque glaciaire et les inondations 
qui en ont été la conséquence, ont fait périr un certain 
nombre d'espèces de Mammifères, il en est cependant 



g 



ilysme et qui 



f 



sentent à nous avec les mêmes caractères ostéologi- 

ques qui distinguent les individus de même espèce qui 
vivent encore aujourd'hui. Ces espèces, communes aux 
deux époques, n'ont donc pas varié malgré les influences 
climatériques qui en ont fait disparaître d'autres de la 
surface de la terre. Nous pouvons donc encore ici véri- 
fier la réalité de cette loi, que nous avons cherché à 
établir, savoir que les changements de climat peuvent 
tuer les animaux, mais ne les modifient pas. 

Cependant, parmi les espèces qui vivent aujourd'hui, 
il en est dont jusqu'ici aucun débris n'est venu indiquer 

la présence dans le monde ancien. Les espèces perdues 
n'auraient-elles pas, en se modifiant, sous l'influence de 
conditions nouvelles d'existence, donné naissance aux 
espèces nouvelles de même genre, que nous comptons 
au nombre des représentants de la Faune actuelle? Les 
deux espèces d'Eléphants, qui habitent de nos jours, 
Tune les Indes, l'autre l'Afrique, ne seraient - elles 
pas descendues de YElephas primigenius Blum., dont 
nous retrouvons les nombreux ossements dispersés, non- 





















MAMMIFÈRES FOSSILES DE LA PÉRIODE QUATERNAIRE. 287 

seulement dans toute l'Europe, mais aussi dans le nord 



de l'Asie et de l'Amérique? G. 



a) 






cette question à plusieurs reprises et avec le plus grand 
soin, se prononce pour la négative. Si l'on compare, en 
effet, l'Eléphant diluvien à l'espèce encore vivante, qui 
en est la plus voisine, c'est-à-dire, à l'Eléphant des Indes, 
de nombreuses différences ostéologiques les séparent. 
Notre Eléphant d'Afrique s'éloigne bien plus encore de 
l'espèce primitive, et cela par des caractères d'une plus 
grande valeur, par la structure même de ses dents mo- 
laires. Or, comment admettre que les influences exté- 
rieures aient pu modifier à ce point VElephas primige- 
nius pour le transformer dans nos espèces actuelles? Ces 
influences eussent agi pareillement sur tous les autres 
Mammifères dont nous trouvons les restes enfouis avec 
les siens et dont l'espèce s'est propagée intacte jusqu'à 
nos jours. Les mêmes causes auraient dû nécessairement 

déterminer des effets analogues. Du reste, ces influences, 
auxquelles on fait jouer un si grand rôle dans les créa- 
tions anciennes, quelles étaient-elles alors? La tempe- 
rature vers les pôles fut peut-être autrefois plus chaude 
qu'aujourd'hui; mais, nous l'avons vu, les espèces ani- 
males qui, de nos jours, et sans doute depuis un grand 
nombre de siècles, sont répandues de la zone des tro- 
piques jusque dans le voisinage de la Mer glaciale, n'ont 
éprouvé, sous des climats si divers, aucune modification 



L 



re 



pendan 



(1) G. Cuvier, Mémoires de V Académie des sciences de Paris, 
T. II, p. 16 et Annales du Muséum, T. VIII, p. 269. 




































■ 






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g- *> 












h 



. 





























288 



EXISTE-T-1L DES HOMMES FOSSILES? 



du 



jompatible avec l'existence de l'Eléphant 

primitif, malgré les longs poils et la laine qui le proté- 
geaient. Et c'est là vraisemblablement la cause qui a fait 
disparaître de la surface de la terre cette espèce 
monde ancien, ainsi que beaucoup d'autres. La compo- 
sition chimique de l'air et son état hygrométrique 
étaient-ils alors différents de ce qu'ils sont de nos jours? 
S'il en fut ainsi, ces changements ne furent pas de na- 
ture à rendre impossible la fonction respiratoire, puis- 
qu'un assez grand nombre d'espèces à respiration pul- 
monaire ont pu continuer à vivre. Comment, du reste, 



prendre que 



nfluences extérieures aient pu 



changer le système dentaire de YElephas primigenhis, 
de manière à produire celui de l'Eléphant d'Afrique? La 
domesticité, l'agent modificateur le plus puissant qui 
nous soit connu, a bien pu produire chez les animaux 
asservis à l'homme des variations innombrables ; mais 
sur aucune de nos espèces domestiques, même les plus 

les dents et surtout les molaires n'ont été 
altérées dans leur conformation. Nous pouvons donc 
conclure que les Eléphants actuels ne sont pas les des- 
cendants modifiés de YElephas primigenius, comme 

* 

l'avait cru Buffon (1). 
Mais un fait remarquable pour l'histoire naturelle du 

genre humain 



anciennes , 



débris de toutes 



les espèces, qui peuplaient l'Europe, au début de la 
période glaciaire, on a rencontré, dans des localités di- 
verses, des ossements humains confondus avec les restes 



(1) Buffon, Histoire naturelle générale et particulière, e 

l'imp. roy., \u-&°, supplément, T. V, p. 26. 



îd. de 







v£ 



• 









• 

EXISTE-T-IL DES HOMMES FOSSILES? 



289 



de Mammifères d'espèces perdues. Ce n'est pas de nos 
jours seulement que les savants ont cru reconnaître de 
semblables témoins de l'existence de l'homme sur la 
terre, à des époques très-reculées. Ainsi Scheuchzer (1) 
prit un squelette, trouvé à OEningen, en Suisse, pour 
celui d'un homme, et le décrivit sous le nom de Homo 
diluvii testis. Cuvier, qui a étudié cette même pièce, a 

constaté qu'elle appartient à un grand Batracien voisin 
des Salamandres, et plus particulièrement de la grande 
Salamandre à vertèbres biconcaves, qui a été découverte 
au Japon. On sait aussi qu'autrefois on a considéré 



comme des ossements d'hommes gigantesques, ceux des 



grands Mammifères de la période diluvienne. Mais nous 
nevoulons parler ici que des Anthropolithes véritables et 
reconnus tels par les anatomistes modernes. Les caver- 
nes, dans lesquelles on a ainsi trouvé, à la fois, des os- 
sements d'Hommes et des produits de son industrie, 
mêlés aux restes de Mammifères perdus, sont aujourd'hui 
assez nombreuses. 

En Allemagne, J.-F. Esper (2) en a signalé, dès 1774, 
dans la célèbre caverne de Gayleureuth, en Franconie, 
et, plus récemment, Rosenmuller constata l'existence 
dans la même caverne et dans celle de Zahnloch, de 
plusieurs squelettes humains entiers, en contact avec 
des restes d'Ours et d'autres Mammifères. Mais ces ves- 
tiges de l'Homme lui parurent y avoir été déposés comme 

dans un sépulcre. 



v 



(1) Scheuchzer, Homo diluvii testis et theoskopos. Tiguri,1726, 



in-£<\ 






(2) J.-F. Esper, Description des zoolithes nouvellement décou- 
vertes. Nuremberg, 1774, in-f°. 



I. 



19 









'Il 

















I 






























J 




( 









































290 



EX1STE-T-IL DES HOMMES FOSSILES? 

ilotheim (1) a observé égalemei 




cavernes de la vallée de l'Elster, non loin d'Iéna en Saxe, 
des crânes humains, placés au milieu de débris osseux 
d'Hyènes et de Rhinocéros diluviens. M. Oken, qui 
examina ces crânes humains, crut reconnaître qu'ils 
appartenaient à la race des Goths. 

M. Jseger (2) a fait connaître également l'existence de 
débris de notre espèce dans les cavernes ossifères d'Erp- 
;n et de Witlengen en Wurtemberg. 

En Belgique, M. Schmerling (5) a rencontré é 
des ossements humains dans les cavernes de Chokier, 
d'Engis et de Fond-de-Forêt, pêle-mêle avec des osse- 
ments d'Eléphants, de Rhinocéros et d'Hyènes. 

En Angleterre, Buckland (4-) a reconnu des débris 
humains dans six cavernes de ce pays ; ils étaient même 
en très-grand nombre dans celle de Burringdon, dans la 

chaîne des Mendips. 

Mais c'est en France surtout que les cavernes ont été 
explorées avec le plus de soin ; c'est dans notre pays 
qu'on a trouvé le plus grand nombre d'exemples de 
vestiges de l'Homme et de son industrie, mêlés à des 
ossements de Mammifères, dont l'espèce est anéantie. 



Telles sont les 




Quercy, du Viva 



* 

(1) De Schlotheim, Nachiràge zar Pctrefactenkunde. Golha, 



1820, in-8°, T. I. 



Wurtemberg 



(3) Schmerling, Recherches sur les ossements fossiles de la 
province de Liège, in-4 , et atlas, in-f°, 1 853-3£, T. H, p. S2 et 

476. 

(4) Buckland, Reliquiœ diluvianœ, 1825, in-4 , p. iU et suiv. 













EXISTE-T-IL DES HOMMES FOSSILES? 



291 



rais et surtout celles du Languedoc. Ces dernières ont 
été étudiées aussi complètement que possible, sous le 
rapport paléontologique, notamment celles de Nabrigas 
(Lozère) , de Mialet, de Jobertas, de Pondres et de Sau- 

(Gard), de Bize (Aude), de Fausan (Hérault), 



(Ariège) 



(1) 



rencontré aussi, dans les cavernes à ossements, des dents 
d'Homme. 

Mais ce mélange, dans les cavernes, d'ossements hu- 
mains avec ceux des animaux diluviens prouve-t-il que 
l'Homme ait été contemporain des grands Mammifères 
des cavernes? C'est l'opinion émise par MM. Marcel de 
Serres (2), de Christol (3) et Tournai (£), ces infati- 
gables et habiles explorateurs des cavernes du midi de 
la France. Cuvier (5) se prononce, au contraire, pour la 
négative : m Tous les os de notre espèce, dit-il, que l'on 



d 



nombre 



h leurs 



pas 



« si les Hommes eussent fait alors des établissements sur 



(1) Renou, Exploration scientifique de l'Algérie. Géologie. 
Paris, 1848, in-4°, p. 83. II y a trouvé également des fragments de 
poterie grossière. 

(2) Marcel de Serres, Essai sur les cavernes à ossements, éd. 3, 

p. 196. 

(3) De Christol, Notice sur les ossements humains fossiles des 
cavernes du Gard. Montpellier, 1829, 

(4) Tourna], Annales des sciences naturelles, sér. 1, 1829, T. 

XVIII, p. 244. 

(5) G. Cuvier, Discours sur les révolutions de la surface du 
9fobe, éd. S. Paris, 1828, in-8°, p. 381. 

















































i 













I 














292 



EXISTE-T-IL DES HOMMES FOSSILES? 









n les pays qu'habitaient ces animaux. n Buckland (1) 
émet une opinion semblable à celle de Cuvier et la for- 
mule d'une manière encore plus catégorique. Teis- 
sier (2), se fondant principalement sur la ressemblance 
des produits de l'industrie humaine, trouvés dans les 
cavernes de la France et de l'Angleterre, avec ceux qu'on 
rencontre dans les tumulus des anciens Gaulois et Bre- 
tons, ainsi que sous les autels du culte druidique, consi- 
dère les ossements humains et les objets travaillés de 
main d'homme comme bien plus modernes que les os- 
sements de ces Hyènes de forte taille et de ces Ours 
grands comme des Chevaux, qui sont ensevelis avec eux 
dans le sol des cavernes. 
De plus, il est certain que, depuis les temps histori- 

I 

ques, et même à des époques relativement modernes, il 
est des cavernes qui ont servi à l'Homme d'habitation, 
de refuge ou de défense; enfin, que quelques-unes d'entre 
elles ont été même un lieu de sépulture. 

La plupart des cavernes de la France, de l'Allemagne 
et de l'Angleterre, dans lesquelles on a trouvé des osse- 
ments appartenant à notre espèce, renferment aussi des 
produits de son industrie, mêlés, comme eux, avec les 
restes d'animaux. A côté des objets les plus grossiers de 
l'époque celtique, tels que des haches de pierre, des 
pointes de flèches en silex, des aiguilles en os, des col- 



(1) Buckland, La Géologie et la Minéralogie dans leurs rapports 
avec la Théologie naturelle, trad. franc. Paris, 1858, in-8°, T. I, 

I 

p. 90 et suiv. 

(2) Teissier, Bulletin de la Société géologique de France, T. II, 
p. 56 à M. 





















* 









EXISTE-T-IL DES HOMMES FOSSILES? 



293 



liers de coquilles et de dents d'animaux, on y a trouvé 

aussi des objets d'origine incontestablement romaine, par 
exemple, des statuettes et des lampes en bronze et en 
terre fine, des vases en poterie rouge à! reliefs, des 
iragments de tuiles à rebord, des verres recouverts de- 

mail Y Pnlnrmc A™ U™ 1*1 • * 



\ 



industrie 



On y 



moderne. Ces cavernes ont donc été fréquentées par 
1 Homme à diverses époques. 

Les cavernes du Quercy et du PérigordVportent les 
traces les plus évidentes du travail et du séjour des an- 
ciennes tribus des Petrocorii et des Cadurci, qui habi- 
taient cette partie de la Gaule, et l'on retrouve souvent 
a rentrée des grottes des traces de fortifications en pierres 



(1). On a obser 



I KJ 



Vivarais (2) 



dehors de l'ouverture des 



frottes 



(3) 



(Ariège) 



(4) 



«n poignard en fer et deux médailles romaines, dont 
1 une à l'effigie de Gordien. 

L'histoire elle-même nous fournit des documents à 
appui du séjour des hommes dans les cavernes du Pé- 

r, ff nrW FI™,, ^ rappone que Cégar ordonna , ^ 

(t) Desnoyers, Dictionnaire d'histoire naturelle de d'Orbiçnv 
*• VI, p. 598. " :> 

* 

(2) De Malbos, Bulletin de la Société géologique de France 
*• X, 1839. ' 

(3) Alfr. Fontan, dans les Comptes rendus de l'Académie des 
Pences de Paris, 1888, T. XLVI, p. 901. 

(*) L. Anaœus Florus, Rerum Romanarum epitome, lib. III 
v «p. 11, * 









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294 



EXISTE-T-1L DES HOMMES FOSSILES? 



lieutenant Crassus d'enfermer les rusés habitants de 



l'Aquitaine dans les 




Aq 



ipieb 



jussit includi. 



0) 



? 



après une lutte prolongée contre les Aquitains et les 



Wascons 



roches et cavernes, dans lesquels se défendaient les sujets 
de Waïfre, dernier duc d'Aquitaine. 

Les grottes ont aussi quelquefois servi de lieux de sé- 
pulture. C'est ainsi que Rosenmuller (2) constata l'exi- 
stence, dans la grotte de Gaylenreuth, en Franconie, au 
milieu d'ossements d' Ursus spelœus et d'autres Mammi- 
fères diluviens, de squelettes humains entiers, dont les 
ossements n'étaient pas dispersés, comme cela a toujours 
lieu pour ceux des plus anciens habitants de ces repaires 



y 



Les 



c ; 



grotte de Pavyland, en Angleterre, on a trouvé un sque- 
lette de femme presque entier, avec des objets de parure 
assez grossiers et tout à fait semblables à ceux qu'on 

découvre dans les anciens tombeaux bretons ; Buck- 
land (4) a reconnu que la présence de ce squelette dans 
cette caverne offrait tous les caractères d'une sépulture 
ancienne creusée dans le limon ossifère. La caverne de 



(1) Eginhartus, Annales Francorum. Pippinus, % 768. 

(2) Rosenmuller, Description de FOurs des Cavernes, p. 2. 

(3) Desnoyers, Dictionnaire d'histoire naturelle de d'Orbigny 

T. VI, p. 397. 

(4) Buckland, Reliquiœ diluvianœ, p. 87. 



EXISTE-T-IL DES HOMMES FOSSILES? 



295 



Burringdon, également dans les Iles britanniques, con- 
tenait un si grand nombre de squelettes humains, rangés 
d'une manière régulière, qu'elle a dû être considérée 



(Gard) ; 
sier (2) 



Lilture (1). La grotte 
une grande sagacité 



entassés comme dans une véritable fosse creusée au mi- 
lieu des graviers farcis d'ossements d'Ours. Ces faits 
paraissent démontrer, ce nous semble, que les squelettes 
de notre espèce, trouvés dans un certain nombre de 

cavernes, y ont été enfouis postérieurement à l'époque 
où les restes de Mammifères d'espèces éteintes, qui leur 
sont aujourd'hui associés, y ont été déposés. 

D'une autre part, les ossements humains des cavernes 
se trouvent aussi, assez souvent, tellement dispersés et 
confondus dans le gravier diluvien, qu'ils paraissent y 

ime temps. C'est ce qu'a ob- 



Chokier 



(3) 



cavernes du midi de la France ont paru également favo- 
rables à cette manière de voir, et expliquent l'opinion de 
quelques-uns des savants naturalistes qui les ont explo- 
rées. Les ossements humains de la caverne de Bize ont 
paru, en outre, à M. Tournai (4), présenter le même 



. 























(1) Buckland, Reliquiœ diluvianœ, p. 165. 

(2) Teissier, Bulletin de la Société géologique de France, T. U, 

P. 56 à M. 

(3) Schmerling, Recherches sur les ossements fossiles de la pro- 
vince de Liège, T. H, p. 82 et 176. 

W Tournai, Annales des sciences naturelles, sèv. I, T. XVIII, 

*829, p. 2U. 


















I 








































296 OISEAUX FOSSILES DE LA PÉRIODE QUATERNAIRE. 

état et la même altération que les os des Mammifères 
anciens, qui s'y trouvent mêlés. S'il est parfaitement 
établi que, dans certaines cavernes, l'introduction de 
restes humains est moderne, nous n'avons pas la même 
certitude à l'égard des faits que nous venons de rappor- 
ter mais nous n'oserions pas en conclure que l'Homme 
fut contemporain des espèces animales de la période di- 
luvienne; cette opinion est même peu probable, puisque 
jusqu'ici on n'a rencontré nulle part de débris humains 
dans le diluvium régulièrement déposé, et que, dans les 
cavernes, le sol a été évidemment remanié, et même, 
dans certaines d'entre elles, pendant la période actuelle, 
comme le démontrent, assez clairement, les objets de 
l'industrie romaine et même des produits de fabrication 
plus moderne, qu'on trouve mélangés confusément avec 
les ossements de l'Ours des cavernes. 

Quelle que soit la divergence d'opinions qui existe 
encore aujourd'hui sur cette question, il est un fait sur 
lequel tous les naturalistes sont d'accord, c'est qu'aucun 
vestige de l'espèce humaine n'a été jusqu'ici rencontré 
dans les formations qui ont précédé immédiatement la 
dispersion du diluvium, et encore moins dans les couches 



géologiques plus anciennes. L'Homme a donc 







gine géologiquement récente. 

Mais les Mammifères ne sont pas les seules espèces 
animales, dont les débris' aient été ensevelis dans les 
dépôts diluviens. Les Oiseaux y ont aussi leurs représen- 
tants ; mais leurs ossements y sont plus rares et jusqu'ici 
ont moins fixé l'attention. Ceux qui ont été étudiés se 
rapportent tous à des genres existant encore dans le 
pays. C'est ainsi que, dans les cavernes de la province 



K 













I 



OISEAUX FOSSILES DE LA PÉRIODE QUATERNAIRE. 297 

de Liège, M. Schmerling (1) a trouvé des débris assez 
semblables aux os du Canard, de l'Oie, du Coq, du 
Martinet, du Corbeau. Dans celles de Kirkdale, en An- 
gleterre, Buckland (2) signale aussi des représentants 
des genres Corbeau, Pigeon, Allouette, Canard. En 



France, M. Marcel de 



(3) 



r 



Carcassonne 



Caille 



MM. 



i 



cavités, creusées dans le gypse de Montmorency, 
Prévost et Desnoyers (4) ont signalé des ossement 
se rapprochent de ceux du Râle d'eau commun. Dans 
les cavernes de Lunel-Viel (Gard) (p), on a trouvé un 
fémur indiquant un oiseau de proie voisin de l'Epervier 
commun, mais plus grand ; un canon analogue à celui 
de la Cigogne, et l'extrémité inférieure d'un autre canon, 
qui paraît avoir appartenu à un Palmipède intermédiaire 
à l'Oie et au Cygne. M. Puel (6) a trouvé, dans la ca- 
verne de Brengues (Lot), des os semblables à ceux du 
Corvus Pica L. et du Perdix cinerea Mey. M. P. Ger- 



(1) Schmerling, Recherches sur les ossements fossiles de la pro- 
vince de Liège, etc. 

(2) Buckland, Reliquiœ diluvianœ. 

(5) Marcel de Serres, Sur de nouvelles cavernes de l'Aude, dans 
Y Institut du 5 novembre 1842. 

(4) Prévost et Desnoyers, dans le Bulletin de la Société géolo- 
gique de France, 1842, T. XIII, p. 290. 

' (5) Marcel de Serres, Dubreuil et Jeanjean, Recherches sur les 

ossements humatiles de Lunel-Viel, 1859, in-£°. 

(6) Puel, dans le Bulletin de la Société géologique de France, 
1839, p. 78. 
















* I 
























I 


































1 






298 



REPTILES ET POISSONS DE LA PÉRIODE QUATERNAIRE. 

(1) a découvert, dans la caverne de la Tou 



(Hérault) 






la 







avec les ossements de Mammifères fossiles du diluvium, 
et nous conduisent encore aux mêmes conclusions que 
les faits exposés précédemment. 

Les Reptiles sont aussi représentés dans les mêmes 
terrains par des espèces analogues ou très-voisines de 
celles qui vivent actuellement. Ainsi, on a rencontré, 
dans les grottes de Lunel-Viel (2) des débris de tortue, 
qu'on a pu rapporter au Testudo grœca L. Les Crocodi- 
liens de l'époque diluvienne sont très-rares, et ceux 
qu'on y a observés appartiennent au genre Crocodilus. 
Les Sauriens nous offrent des représentants du genre 



(3) 



dans la 



caverne de Bize, ceux du Lacer ta ocellataDaud., espèce 
encore vivante dans le pays. Les Ophidiens ont fourni 
quelques vestiges du genre Coluber, et les Batraciens 
quelques ossements du genre Rana. 

Les Poissons sont bien plus rares encore dans le ter- 
rain diluvien, et jusqu'ici ne nous fournissent aucune 
donnée relative à la question qui nous occupe. 

Ainsi donc la Faune des Vertébrés diluviens était ana- 
logue à la nôtre ; elle se composait exclusivement de 












(1) P. Gervais, Zoologie et Paléontologie françaises. Paris, 

in-*>, T. I, p. 240. 

(2) Marcel de Serres, Dubreuil et Jeanjean, Recherches sur les 

ossements humatiles de Lunel-Viel, p. 216, tab. XX, f. 1-19. 

(3) Tournai, dans Gervais, Zoologie et Paléontologie françaises, 
T. I, p. 2S8. ' - 
























MOLLUSQUES DE LA PÉRIODE QUATERNAIRE 



299 



genres, qui ont encore des représentants sur la terre. 
Enfin, un certain nombre d'espèces sont identiques avec 
celles d'aujourd'hui, ce qui permet de conclure que, 
depuis l'époque diluvienne, ces espèces n'ont pas varié. 
L'étude des Mollusques fossiles va nous offrir des faits 
bien plus saillants encore. Si un certain nombre d'es- 
pèces de Mammifères se sont éteintes, pendant la période 
pîeistocène, il ne parait pas qu'il en ait été ainsi des 
animaux qui appartiennent au grand embranchement 
des Mollusques. Ceux-ci paraissent doués d'une rési- 
stance plus marquée à l'action des changements de cli- 
mat, et des dernières révolutions qui sont venues boule- 
verser le monde organique. Ainsi on trouve dans les 
cavernes, mêlées aux ossements des grands Mammifères 
diluviens, des coquilles terrestres et fluviatiles, telles que 
celles des Hélices, des Cyclostomes, des Bulimes, des 
Maillots, plus rarement des Lymnées et des Planorbes ; 
et, chose remarquable, toutes ces espèces qu'on y ren- 
contre sont exactement identiques avec celles qui vivent 
encore dans les contrées avoisinantes. Ce n'est pas là un 
fait accidentel , qu'on pourrait attribuer à l'introduction 
récente de ces Mollusques à travers les fissures du sol 
des cavernes. Car les espèces actuelles ne s'introduisent 
pas dans les parties un peu reculées de ces excavations 
naturelles et ce n'est guère qu'à leur entrée qu'on les ren- 



C 



I 

dans tous les pays (1 ) 



(i) Ce fait a été constaté dans beaucoup de cavernes de l'Europe, 
de l'Amérique, et récemment en Algérie par M. Renou {Exploration 
scientifique de l'Algérie, Géologie. Paris, 18*8, in-* , p. 81, 83, 






etc. 



{ 













































































1 






î 










I 









500 



CONFIRMATION DES FAITS PRÉCÉDENTS. 



les naturalistes qui les ont explorées. Ces espèces ont 
donc été contemporaines des Ours et des Hyènes des 
cavernes, et leurs tests calcaires y ont été vraisemblable- 
ment introduits en même temps. 

Ce n'est que bien rarement qu'on trouve dans les 
cavernes des coquilles marines, et toujours c'est dans 
les grottes situées sur les rivages des mers actuelles, 
circonstance qui explique naturellement leur présence 
exceptionnelle dans ces excavations du sol. Ces Mollus- 



ques marins, de même 






quilles terrestres et 



fluviatiles dont nous avons parlé, appartiennent toutes 
aussi aux espèces qui vivent dans la mer voisine. 

Que faut-il conclure de ces faits? C'est que les eaux 
de la mer sont restées étrangères à la masse immense 
d'eau, qui a dispersé le diluvium ; c'est que la configu- 
ration physique du relief de notre planète, ses montagnes 
et ses vallées, le bassin des mers, enfin, étaient alors ce 
qu'ils sont actuellement ; c'est, en dernier lieu, que les 
Mollusques terrestres et fluviatiles ne se sont pas modi- 
fiés depuis l'époque diluvienne jusqu'aujourd'hui. 

Nous n'avons parlé jusqu'ici que des animaux dont on 

retrouve les restes dans les terrains pleistocènes de l'Eu- 
rope ; mais les choses se sont-elles passées de 
dans les autres parties du monde ? Les terrains diluviens, 
qu'ils aient été déposés dans les plaines, dans les cavernes 
ou dans les brèches osseuses, nous offrent partout les 
mêmes caractères. Mais la parité existe-t-elle aussi en 
ce qui concerne la Faune diluvienne? C'est ce qu'il con- 
vient d'examiner. 

En Afrique, nous ne connaissons guère que l'Algérie 
sous le rapport paléontologique. Or, les cavernes si 



même 



j 



1 



t 



a 






11 
s 

1 



p 

















CONFIRMATION DES FAITS PRÉCÉDENTS. 



301 



nombreuses de la chaîne de l'Atlas, renferment, suivant 



(*) 



qui se rapportent à 



sur 



des genres qui ont encore des représentants vivants 
le continent africain ; mais il a également rencontré des 
ossements, qui ont été reconnus par de Blainville pour 
appartenir à des espèces qui se propagent encore au- 



jourd'hui en Afrique, telles que 



espèces de 



Felis, le Rhinocéros, le Phacochère et plusieurs espèces 
d'Antilopes. 

H résulte aussi des observations faites dans les grottes 
naturelles des deux Amériques, et spécialement dans 
celles du Brésil, que M. Lund a explorées en si grand 
nombre, que les types de Mammifères particuliers à cet 
immense empire y existaient déjà à l'époque diluvienne. 
Ainsi l'habile explorateur, que je viens de nommer, y a 
trouvé des Fourmilliers, des Tatous, des Paresseux, des 
Pécaris, des Coatis, des Sarigues, des Agoutis, des Pacas, 
e n partie différents des espèces actuellement vivantes, 
et en général d'une plus grande taille. Il y a rencontré 

f " 

également plusieurs espèces de Singes, qui appartiennent 
a ux mêmes genres, qui sont particuliers à cette partie du 
^onde. Chose remarquable, une espèce de Cheval 
(Equus curvidens Lund.) et une Hyène confondent leurs 



avec 



^ous ajouterons enfin que, dans le nouveau comme dans 
1 ancien continent, les Mollusques testacés des cavernes 
sont terrestres et fluviatiles, et tous sont spécifiquement 
'dentiques avec ceux qui vivent aujourd'hui dans la 

































P. 85. 



scientifiq 





































502 



CONFIRMATION DES FAITS PRÉCÉDENTS. 



contrée. Enfin, M. Lund a aussi rencontré des débris 
humains dans les srottes du Brésil, mais ses observa- 



tions n'ajoutent rien à celles qui ont été faites en Eu- 
rope, et ne tranchent pas non plus la question de la 
contemporanéité de l'Homme et des animaux dilu- 
viens (1). 
Des faits analogues ont été constatés à la Nouvelle- 



Hollande : 



Wellin 



plorées par T. Mittchell, renferment aussi une population 
de Mammifères, dont les types génériques se retrouvent 
dans la contrée. Ainsi il y a observé des Sarigues, des 
Dasyures, des Wombats, des Kanguroos, des Phalan- 
gistes (2). 

A la Nouvelle-Zélande, on n'a trouvé, dans les ter- 
rains diluviens, aucune trace de Mammifères terrestres, 
si ce n'est un humérus de Chien, probablement récent. 
Mais, au moment de la découverte de ce pays, il n'y 
existait aucun représentant terrestre vivant de cette 
classe de Vertébrés. On y a rencontré toutefois les dents 
molaires de trois espèces de Phoques, qui vivent encore 
aujourd'hui dans les mers australes. On y trouve aussi des 
ossements d'Oiseaux, par exemple ceux d'un Echassier, 

le Notornis, considéré d'abord comme une espèce éteinte, 
mais qu'on a depuis rencontrée vivante dans les mêmes 

îles. Plusieurs espèces de Dinornis, dont l'une de taille 
presque aussi haute que celle de la Giraffe, ont existé 



(1) Lund, Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris, 
T. XX (184S), p. 1368 et 1369. 

(2) Owen, dâ e report of the British association for the adoan- 
cernent of science, 184^k 












/ 










f 



MAMMIFÈRES DE LA PÉRIODE TERTIAIRE 



505 



autrefois dans ces contrées, où l'ordre des Brévipennes 
n'est plus représenté aujourd'hui que par YApterix aus- 
tralis Shaw. La destruction des Dinornis paraît, du 
reste, s'être opérée à une époque assez récente, comme 
celle du Dronte (Dipus ineptus L.) aux îles de France et 
de la Réunion, et peut-être aussi celle de YEpiornis 
maximus L Geoffr. Saint-Hil. de Madagascar. 
On voit donc que toutes les contrées étrangères à 

l'Europe, dont les dépôts ossifères ont été suffisamment 
étudiés, nous présentent aussi un certain nombre d'es- 
peces animales, qui sont communes à la Faune diluvienne 
et à la Faune actuelle des mêmes pays, et que, par con- 
séquent, ces espèces n'ont pas varié depuis la période 
laciaire. Les mêmes faits et les mêmes conclusions se 
reproduisent donc partout les mêmes. 




Terrains tertiaires. 



Si nous étudions les animaux 



Mammifères qui ont vécu, pendant la longue période 
qu'à duré la formation des couches terrestres, désignées 
sous le nom de tertiaires, on n'y rencontre aucune espèce 
de cette classe, dont l'existence se soit prolongée jus- 
qu'aujourd'hui, ou qui même ait vécu pendant l'époque 
diluvienne. Il y a donc, sous ce rapport, une limite 
tranchée, absolue, qui sépare cette période géologique 
des temps plus modernes. Mais, il y a plus, cette Faune 
toammalogique n'est pas même identique à tous les 
e[ ages de la formation tertiaire ; elle s'est évidemment 
r enouvelée plusieurs fois, et la division des couches ter- 



adm 



qui 



Vr aie considérée au point de vue paléontologique. 






















































































<\ 












* 



* 



304 



MAMMIFÈRES DE LA PERIODE TERTIAIRE. 



Les couches supérieures ou pliocènes nous offrent 
encore beaucoup de types génériques qui existent au- 
jourd'hui, bien qu'ils y soient représentés par des espèces 
différentes des nôtres. Ainsi, on y trouve un Singe, le 
Semnopithecus monspessulanus Gerv., découvert dans 
les sables marins de Montpellier; on y observe également 
des représentants des genres Castor, Lepus, Mustela, 
Ursus, Luira, Canis, Hyœna, Felis, Cervus, Antilope, 
Rhinoceros,Tapirus, Sus, et, parmi les Thalassothériens, 

une espèce de Phoque, une espèce de Cachalot et une 
Baleine (Balœna emarginata Oweri). Mais on rencontre 
déjà dans ces terrains des genres complètement étrangers 
à la Faune diluvienne et à la Faune actuelle ; nous pou- 
vons citer les suivants : Issiodoromys, Theridomys, Ar- 
chœomys, Mastodon, genre déjà représenté par deux 
espèces (M. arvemensis Croiz. et Job. et M. brevirostre 
Gerv.) ; enfin les Halitherium et Hyplocetus, qu'on ne 
voit plus parmi les habitants des mers actuelles. 

La Faune mammalogique miocène s'éloigne plus en- 
core de celle d'aujourd'hui. Elle est surtout caractérisée 
par la présence des espèces de Mastodontes les plus ré- 
pandues, et par celle des Dinotherium, ces énormes 



observe 



nombre d'autres g 



quels deux types génériques de la famille des Pithèques, 
le Pliopithecus antiquus Gerv., un Dryopithecus Lart., 
tous deux Singes anthropomorphes; et, de plus, les 
Cricetodon, Listriodon, Anchiterium, Dremotherium, 
Micromeryx, Chalicotherium, Cainotherium, Palœo- 
chœrus, Amphicyon, Trachytherium, Squalodon, etc. 
Mais, à côté de ces formes animales, qui ont disparu de 




1 ; 













otto 



OISEAUX DE LA PÉRIODE TERTIAIRE. 

la surface de notre globe, nous trouvons encore une 
assez forte proportion de genres représentés dans la 
Faune actuelle, par exemple, des Vespertilio; Erina- 
ceus, Mygale, Sorex ; Talpa, Sciurus, Castor, Mus- 
tela ; Lutra, Viverra; Cervus, Antilope ; Sus, Rhino- 
céros, Elephas; Delphinus. Mais aucune des espèces, 



denliq 



qui forment ces genres, n'est 

époques pliocène, diluvienne et moderne. 

Les Mammifères, dont les restes se rencontrent dans 
les terrains éoeènes , divergent bien plus encore de 
ceux de l'époque actuelle. On y trouve, il est vrai, un 
Quadrumane, le Macacus eoccnus Owen, et quelques 



genres Vespertilio, Sciurus, 



rares représentants des 
Myoxus, Mus, Canis, Viverra, Didelphis, etc.; mais des 
genres bien plus nombreux s'y montrent pour la pre- 
mière et la dernière fois dans les couches du globe; 
ceux-ci n'y sont pas distribués confusément ; ils caracté- 
risent des couches spéciales 



format 



eocene. 



Ainsi les supérieures renferment la Faune des Paleothc- 

* 

Hum et des Anoplotherium, dont Cuvier nous a révélé 
l'existence ; ils sont associés aux Paloplotherium, aux 
Xiphodon, Chœropolamus, Enteledon, Adapis, Tylodon, 
Cynodictis, Hyœnodon, Zeaglodon, Galethylax, etc. 
Les couches moyennes ont, pour habitants spéciaux, des 
Lophiodon. Enfin, les couches inférieures recèlent les 
restes des Coryphodon, Palœocyon, Paleonictis, Man- 
gusta, etc. 

Les Oiseaux ont laissé des traces de leur existence 
dans les terrains tertiaires. On a recueilli déjà un assez 
grand nombre de leurs ossements et des œufs fossiles. 



i. 



dans 
20 



























1 





















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l 



506 REPTILES ET POISSONS DE LA PÉRIODE TERTIAIRE. 

n a ir P à indusies de Saint-Gerand-le-Puy (Allier) 



cl 



dans les marnes calcaires de Ronzon au Puy-en-Velay, 
et surtout dans les platrières des environs de Paris. 
Mais ces débris sont le plus souvent d'une détermination 
difficile ; on a pu cependant s'assurer que quelques-uns 
appartiennent à des genres actuellement existants, tels que 
les genres Flamant, Chevalier, Harle, Courlis, etc.; mais 
Iac Psnppps sont différentes de celles d'aujourd'hui (1). 



de 



d'abord des Chélon 



' 



représentés par les genres 



Trionyx, Tesludo, Ptychogaster, Emys, Emysaurus, 
Spargis, Apholidemys. Nous y trouvons aussi des Cro- 
codiles assez nombreux. Les Sauriens y existaient égale- 
ment : on y a reconnu des débris des genres Lacerta, 
Dracœnosaurus et Placosaurus. On y a observé aussi 
des Ophidiens, par exemple, les Palophis typhœus Owen 

et gigcmteus Pom. 

Enfin, les Poissons nous offrent, comme toutes les 
autres classes de Vertébrés, à la fois des représentants 
de genres vivants et de genres éteints. G' est ainsi que 
les couches tertiaires du mont Bolca, renferment trente- 
neuf genres qui font partie de la création moderne et 
trente-huit genres perdus (2). Mais les genres et les 
espèces se rapprochent d'autant plus de la Faune ich- 
thyologique actuelle, qu'on les rencontre dans des cou- 



♦ 















/ 



GXK 



(1) Cuvier, Recherches sur les ossements fossiles, T. III, p. ZàO. 

(2) Agassiz, Notice sur la succession des Poissons fossiles dans 
la série des formations géologiques. Neufchatel, 1845, !»-*>, 



p. xx. 








♦ 



MOLLUSQUES DE LA PÉRIODE TEtlTÏAIRl? 



307 



cbes tertiaires plus récentes, et ils s'en éloignent davan- 
tage à mesure que l'on descend clans des couches d'une 
antiquité plus reculée. Il ne paraît pas que, parmi les 
genres communs avec la Faune actuelle, il y ait des 
espèces qui aient existé à la fois a l'époque tertiaire et à 
l'époque actuelle (1)* 

Il n'en est pas ainsi des Mollusques, la plupart marins, 
si nombreux, et si variés dans les terrains tertiaires. Un 
certain nombre d'espèces n'ont pas péri, depuis cette 
époque reculée, et se sont propagées jusqu'à nos jours. 



Mais, au fur et à mesure qu'on se rapproche de l'origine 
de cette période géologique, la proportion des espèces 
encore vivantes diminue considérablement. M. Lyell (2), 
s'aidant des notes des professeurs italiens Bonelii, Gui- 
dotti et Costa, mais surtout de la collaboration de 
M. Deshayes, qui s'est lui-même très-sérieusement oc- 
cupé de la question, est arrivé au résultat suivant : dans 
la formation pliocène, le nombre des coquilles identiques 
avec celles des espèces actuelles a été de 55 à 40 pour 
cent (3); dans les couches miocènes de 17 pour cent; 
dans les strates éocènes de 3 1/2 pour cent. Il est même 



(1) Buckïand, La Géologie et la Minéralogie dans leurs rapports 
avec la Théologie naturelle, trad. franc., T. I, p. 257, en note. 

(2) Lyell, Manuel de géologie élémentaire, T. I, p. iS6. 

(3) M. Searles Wood (Monograph on the Crag Mollusca) a trouvé 
dans le Crag rouge de Suffolk, la proportion de 70 pour cent d'es- 
Peccs encore vivantes et celle de GO pour cent dans le Crag corallin. 
Mais ce sont les plus récentes des formations tertiaires. Dans les 
p aluns de la Touraine, M. Lyell {Manuel de géologie élémentaire, 
T - I, p. 285) a recueilli 290 espèces de coquilles, sur lesquelles 
*» pour cent ont été identifiées par lui avec les espèces récentes. 









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308 



MOLLUSQUES DE LA PÉRIODE TERTIAIRE. 






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une espèce, le Pholas crispala L., encore vivante au- 
jourd'hui dans nos mers, qui, sous le Crag de Norwich, 
en Angleterre, a perforé la surface de la craie, y a 
produit des cavités de plusieurs centimètres de profon- 
deur, et dont chaque coquille se retrouve encore au fond 
de la cavité qu'elle a creusée (1). Ainsi donc, à l'époque 
même où les premiers sédiments des terrains tertiaires 
se déposaient sur la craie, ce Mollusque existait déjà, se 
livrait à ses habitudes actuelles, et sa coquille présentait 
les caractères qui la distinguent aujourd'hui. Ainsi, 
est des espèces de Mollusques marins qui, vivant à l'épo- 
que où se sont déposées les couches les plus anciennes 
delà période tertiaire, ont traversé les siècles sans pré- 
senter de modification dans la conformation de leur test 
calcaire, la partie de leur être qu'on pouvait croire ce- 
pendant la plus variable, vu son importance physiologi- 
que secondaire ; ces animaux ont néanmoins continué à 
vivre, malgré les causes de destruction qui ont frappé 
tous les Vertébrés. Mais, comme le fait observer M. Ad. 

u leur organisation moins développée, 
n leur sensibilité plus obtuse, leur vie dans un milieu 

moins sujet aux variations que les circonstances exté- 
térieures impriment à l'atmosphère, peuvent expliquer 



(2) 



11 



11 



U 



des influences 

traire les animaux et les végétaux des classes supé- 



11 neures 



11 



se développant les uns et les autres au milieu 
de l'atmosphère et soumis à toutes ces variations des 



(1) Lyell, Manuel de géologie élémentaire, T. I, p. 250. 

(2) Adolpli. Brongniart, dans les Comptes rendus de V Académie 
des sciences de Paris, 1857, T. XLIV, p. 227. 









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MOLLUSQUES DE LA PÉRIODE TERTIAIRE. 



309 






» climats qui limitent encore aujourd'hui la plupart de 
h leurs espèces dans des régions assez circonscrites. » 

Mais, un fait que nous ne pouvons pas passer sous 
silence, c'est que, parmi ces Mollusques, il en est quel- 
ques-uns, dont nous ne retrouvons les descendants en- 
core vivants que dans les mers des régions les plus 
chaudes du globe. Parmi les faits de ce genre que nous 
pourrions citer, nous emprunterons les suivants à La- 
marek, et nous croyons même devoir reproduire tex- 
tuellement le passage dans lequel ce célèbre naturaliste 
nous les a fait connaître : h IVest-il pas remarquable, 
n dit-il (1), de trouver parmi les fossiles de la France le 
» Naiitilus Pompilius L., qui ne vit actuellement que 
n dans la mer des Indes et dans celle qui baigne les 
n Moluques ? De rencontrer en abondance aux environs 
« de Bordeaux, parmi les fossiles, le Murex spirillus L., 
« qui vit maintenant sur la côte de Tranquebar? D'ob- 
n server aux environs de Paris, dans l'état fossile, le 
il Cerilhium hexagonum Brug. et le Cerithium serra- 
ii tum Brug., les mêmes espèces que le capitaine Cook, 
n dans ses voyages, a rencontrées dans la mer du Sud, 
h à nie des Amis? De trouver très-abondant, parmi les 
n fossiles de Bordeaux, le Trochus conchyliophorus, 
m qu'on nous apporte vivant ou dans l'état frais, des 
n mers de l'Amérique australe? De voir le Murex trip- 
ii terus, fossile si commun à Grignon près Paris, et qui 
» nous arrive dans l'état frais de la mer des Indes, n 
D'une autre part, on a retrouvé dans les mers Arctiques 



(1) Lamarck, Considérations sur quatre faits applicables à la 
théorie du globe, etc., dans les Annales du Muséum , T. VI, p. 46. 




























I 












I 






















510 



FAUNE DE LA PERIODE SECONDAIRE 



S 



ou dans celles qui baignent la Scandinavie et aussi dans 
la Méditerranée, des espèces qui n'avaient d'abord été 
connues que comme fossiles du Crag de Suffolk, en An- 
gleterre (1). Un fait semblable a été observé, dans des 
terrains de même âge que les précédents, qui existent 
aux environs d'Anvers (2). Ces espèces n'ont donc pu 
continuer à vivre, qu'en se transportant dans des pay 
plus chauds, ce qui tend à démontrer la réalité d'une 
époque de refroidissement de notre globe, pendant la 
période tertiaire. 

Ainsi, nous pouvons donc encore conclure de tous ces 
faits que les espèces animales périssent souvent, lors- 
qu'elles sont soumises à de nouvelles conditions d'exis- 
tence, et n'échappent quelquefois, qu'en émigrant, à la 
destruction ; mais, lorsqu'elles y résistent, sans changer 
de pays, elles ne se modifient pas et parcourent la suite 
des âges sans perdre aucun des caractères qui les distin- 
guaient à leur origine. 



Terrains secondaires. 



La vie ne fut pas moins 

active durant la période secondaire que pendant celle 

dont nous venons d'esquisser la Faune fossile, du moins 
si nous en jugeons par la quantité prodigieuse de débris 



animaux qui se sont conserves jusqu a nous ; ses mani- 
festations ne furent pas moins variées; non-seulement 
on y observe un grand nombre d'animaux rayonnes et 
de Mollusques, mais des Annélidcs, des Crustacés, des 



(1) L\cll, Manuel de géologie élémentaire, T. I, p. 271, et 

suppl., p. 5. 

(2) Lyellj Ibidem, T. I, p. 277, 














MAMMIFÈRES DE LA PÉRIODE SECONDAIRE. 



3H 






Poissons et des Reptiles souvent aussi remarquables par 
leur taille que par leur organisation. Existait-il déjà, 
à cette époque reculée , des Mammifères et des Oi- 



seaux 



9 



F. 



Quant à la présence des premiers dans les formations 
secondaires, on a pu en douter longtemps ; mais au- 
jourd'hui on en connaît quelques exemples parfaitement 
authentiques. Ainsi le docteur Leidy de Philadelphie a 
découvert, dans un lit inférieur à la série crétacée près 
de New- Jersey, dans l'Amérique du Nord, un Mammi- 
fère de la tribu des Veaux marins, qu'il a nommé Ste- 
norhynchus vêtus (1). De plus, on a trouvé, en 1854 
clans les couches oolithiques moyennes du Purbeck, à 
Durlestone-Bay, près de Swanage, un Mammifère insec- 
tivore, décrit par Owen (2) sous le nom de Spalaco- 
therium. Mais des fouilles toutes récentes, entreprises 
dans la même localité, par MM. Brodie et Beckles, ont 
fait découvrir bien d'autres richesses paléontologiques, 
savoir 13 nouvelles espèces, appartenant h 8 ou 9 gen- 
res de Mammifères carnassiers, insectivores et herbivores, 
dont une partie doit être rangée dans l'ordre des Marsu- 
piaux (3). Antérieurement à ces découvertes, quatre 
espèces de celte classe avaient déjà été rencontrées dans 
le schiste de Stonesfield, près d'Oxford, qui constitue la 
couche la plus inférieure du groupe oolithique ; ce sont 
les Amphitherium Prevoslii Cm. et Broderipii Owen, 



(1) Lyell, Manuel de géologie élémentaire, T. I, p, 396. 

(2) Owen, Qualerly Journal geological Society of Lçndon, 

T. X, p. £51. 

(3) Lyell, Ibidem, supplément, p. 25 et suiv. 











































































ff- 


































312 



MAMMIFÈRES DE LA PÉRIODE SECONDAIRE 



0) 



(2) 



a rencontré, tout récemment, à Chatam, dans la Caroline 
du Nord, un Mammifère insectivore qu'il a nommé Droma- 
therium sylvestre, et qui était enfoui dans un terrain que 
M. Lyeli (5) croit appartenir à la partie inférieure de la 
série jurassique, et qu'il considère comme plus ancienne 
que le schiste deStonesfield. Enfin un autre Mammifère, 
le Microlestes antiquus Plien., a été trouvé, en 1847, 
dans le trias du Wurtemberg, h Diegerîoch, près de 
Stuttgard, par le professeur Plieninger (4), et plus ré- 

■ 

cemment des ossements, reconnus par Owen comme 
appartenant au môme genre de Mammifères, ont été 



observés 



Dund 



o>) 



per, ou peut-être à la jonction de celte formation avec 

celle du lias, que ces fossiles doivent être rapportés, et 

ils constituent par conséquent les Mammifères les plus 

anciens que nous connaissions jusqu'ici. 

Cependant on a observé, dans des couches géologi- 
ques encore plus anciennes, sur le grès bigarré, par 

exemple, près de Hildburghausen, en Saxe, des cm- 



(1) Owen, Brilish foss. Mammals, p. 62. 

(2) Lyeli, Manuel de géologie élémentaire, T. II, p. 215, en 

note. 

(5) Lyeli, Ibidem, suppl., p. 43. 

(4) Plieninger, Wûrtembergische nalurwissen. Jahrcsheftc, 3 
Jahr. Stutlgard, 1847, et Nova Acta Academiœ Cœsar. Leopold. 
naturœ curiosorum, 1850, p. 902. 

(5) Comptes rendus de V Académie des sciences de Paria, 

1888, T. XLV1I, p. 988. 















MAMMIFÈRES DE LA PÉRIODE SECOiNDAlRE. 



313 



preîntes de pieds d'animaux, que M. Kaup a rapportées à 
un genre de Mammifères, qu'il a nommé Cheirotherium, 
et ces empreintes ont aussi été étudiées par M. Alex, de 



(0 



a rencontré de semblables dans 



les grès quartzeux de Stortonhill, près de Liverpool, sut 



(2). Enfin, mon savant col 

Slrasbour 



(3) 



Valber 



:, entre Plombières et Luxeuil, 
des empreintes de pieds qui rappellent exactement ceux 
du Cheirotherium de Kaup. Ces traces, imprimées sur 
le sol arénacé, présentent un pouce court et écarté des 
autres doigts, et les pieds de devant sont beaucoup plus 
petits que ceux de derrière, ce qui a conduit M. Kaup à 
rapprocher les animaux, qui les ont produites, des Kan- 
guroos et de les classer parmi les Marsupiaux. Mais ces 
empreintes de pas appartiennent-elles réellement à des 
Mammifères ? Tous les naturalistes qui les ont examinées 
sont loin d'accepter cette détermination. Les observa- 
lions de M. Owen tendent à assimiler les Cheirotherium 
et les Lahyrinthodon, dont les ossements se rencontrent 
aussi dans le Trias, et qui ne paraissent pas être autre 



Q 



« 



qui sont enfouis 













































(1) Comptes rendus de V Académie des sciences de Paris, 1858, 

T. I, p. 45. 

(2) Lyell, Manuel de géologie élémentaire, T. II, p. 51. 

(5) Daubrce, dans les Comptes rendus de V Académie des 
sciences de Paris, 1857, T. XLV, p. 640, 

(4) Lycll, Ibidem, T. H, p. 55. 













































14 



OISEAUX DE LA PÉRIODE SECONDAIRE. 






dans les formations secondaires, ils se rapportent tous, 
non-seulement à des espèces, mais à des genres bien 
différents de ceux qui habitaient la terre aux époques 
«éologiques qui ont suivi leur anéantissement. 

On a rencontré, assure-t-on, des ossements d'Oiseaux 
dans les formations crétacées, wéaldiennes et jurassiques. 
Mais, parmi les exemples cités par les auteurs, il en est 
qui se sont trouvés entachés d'erreur, les ossements 
d'après lesquels on les avait signalés ayant été reconnus 
depuis pour des restes de Reptiles volants appartenant 
à 1 ordre des Ptérodactyles, Mais rien ne prouve encore 
qu'il en soit de même de tous les débris fossiles attribués 
à des Oiseaux, et que l'on se soit constamment trompé 
sur leur détermination. Nous devons toutefois ajouter que 
l'on a observé, dans la formation triasique de la vallée 
du Connecticut en Amérique, des Ornitichnites ou em- 
preintes de pieds d'Oiseaux, analogues à celles que for- 
ment sur les bords fangeux de nos étangs les Echassiers 
qui les habitent aujourd'hui. Ces empreintes ont été dé- 
couvertes par le professeur Hitchcock (1), et Buck- 
land (2) en a donné de bonnes figures. Elles sont bien 
mieux caractérisées que celles qu'a laissées le Cheiro- 
therium, dont nous venons de parler, et paraissent en 
réalité avoir été imprimées sur le sol par des Oiseaux 

gigantesques. 

La Faune herpétologique des formations secondaires 



(1) Hitchcock, American Journal of science and arts,T. XXIX, 
janvier 1856, et Mem. of Amer. Acad., nom. sér., T. III, p. 129. 

(2) Buckland, La Géologie et la Minéralogie dans leurs rapports 
avec la Théologie naturelle, T. II, lab. 26a cl 26 b . 



I 













REPTILES DE LA PÉRIODE SECONDAIRE. 



315 



est extrêmement riche, si on la compare à celle des ter- 
rains tertiaires et diluviens, et même à la Faune actuelle. 
Aussi l'époque géologique, à laquelle ces animaux ap- 
partiennent, mérite-t-elle, à juste titre, le nom de pé- 
riode des Reptiles. C'est moins peut-être par le nombre 
des espèces que par la variété des formes organiques 
que ces Reptiles se distinguent. Si l'on y trouve encore 
des représentants d'un très-petit nombre de genres, qui 
se montrent aussi dans les périodes plus modernes, ce 
sont là de rares exceptions ; les types génériques sont 
presque tous particuliers à cette époque géologique. Il y 
a plus, c'est que ces genres ne peuvent pas tous prendre 
place dans les ordres où se trouvent groupés les genres 
des créations animales qui ont suivi celles dont il est ici 
question. On y trouve bien, il est vrai, quelques Chélo- 
niens, des Crocodiliens, des Sauriens et même un 
énorme Batracien, le Labyrinthodon, dont nous avons 
déjà parlé. Mais les naturalistes se sont vus contraints 
d'agrandir le cadre de nos classifications et d'y créer de 
nouveaux ordres, pour donner asile à ceux de ces ani- 
maux qui ne trouvaient pas place dans les divisions ad- 
mises, avant que les recherches paléontologiques n'aient 
révélé leur existence. Tels sont : 1° l'ordre des Ptéro- 
dacty liens, ces curieux Reptiles, pourvus 
ailes, qu'on trouve à la fois dans les séries 
jurassique; 2° l'ordre des Simosauriens, Reptiles marins 
carnassiers, spéciaux au musclielkalk, et dont on a ren- 
contré de si intéressants vestiges aux environs de Luné- 
v ilîe; 3° l'ordre des Plésiosauriens, remarquables par 
kur cou très-allongé, par leur museau étroit et proé- 
minent, par leurs membres disposés en forme de na 



de grandes 
crétacée et 



M 



















































&■ 






























516 



POISSONS DE LA PÉRIODE SECONDAIRE. 



geoires ; Reptiles qui ont été signalés dans plusieurs de 
nos gisements jurassiques ; 4° enfin l'ordre des Ichthyo- 



saurkns, qui, comme les Plésiosaures, vivaient dans les 
mers jurassiques, et qui s'en distinguent par la brièveté 
de leur cou, par leur, tronc allongé et protégé par des 
côtes extrêmement nombreuses. 

Les Reptiles des terrains secondaires constituent donc 
une Faune à part ; plusieurs ordres particuliers, le nom- 
bre presque entier des genres, la totalité des espèces lui 

appartiennent exclusivement. 

Quant aux Poissons, il faut disti 
rains crétacés de ceux des autres formations secondaires ; 
car ils constituent deux Faunes absolument distinctes. 
Ainsi, dans les dernières, on n'observe que des repré- 
sentants de l'ordre des Placoïdiens et de l'ordre des 
Ganoïdiens. Les Clénoïdiens et les Cycloïdiens, qui sont 
Irès-nombreux clans le monde actuel, se montrent pour 
la première fois dans les couches crétacées, et là dispa- 
raissent tous les genres fossiles des deux premiers or- 
dres, qui avaient existé précédemment. 11 n'y a dans la 
formation crétacée elle-même, et encore dans ses couches 
les plus récentes, que cinq à six genres, qui se rencon- 
trent clans les créations de la période de l'homme (1). 
La Faune testacée des terrains 



secondaires ne nous 



offt 



jusqu'à nos jours, ni même ayant vécu pendant la pé- 
riode tertiaire ; mais elle ne nous montre pas une cîivcr- 



Ver 



S S U ï 



(1) Agassiz, Recherche 

cbalel, 1855-1845, u\-fc\ T. 1.2 et 3 pasSifla 



les Poissons fossiles, etc. Neuf 



I 












a 







MOLLUSQUES DE LA PFJUODE SECONDAIRE. 



al/ 



celles des époques qui lui ont succédé. On y trouve, en 
effet, un certain nombre de genres qui ont encore des 
représentants vivants sur la terre ; mais aussi il en est 
d'autres, et en grand nombre, qui sont complètement 
étrangers aux périodes moins anciennes, et qui, par 
conséquent, ont été anéantis pendant sa durée. Parmi 
ces dernières, il est une famille de Gastéropodes à co- 
quille cloisonnée et pourvue d'un siphon, qui est abon- 
damment représentée dans les strates secondaires, y 
compte un certain nombre de genres intéressants, tels 
que les Bélemnites, les Baculites, les Ammonites, les 
Cératites, etc., qui sont exclusifs à ces terrains, et ne 
sont plus représentés dans la Faune actuelle que par 
une seule espèce connue de Spirule (Nautilus spirula 
L.) et par deux espèces de Nautiles (Nautilus Pompi- 
lias L. et umbilicedus Schmn.). Mais ce qu'il y a surtout 
de bien remarquable, c'est que chacun des étages de 
formations secondaires renferme des Mollusques qui lui 
sont propres et qui, par ce motif, servent .merveilleuse- 
ment le géologue dans la détermination de l'âge relatif 



s 



des terrains. 

I 

Les Echinodermes et les Coraux, communs et très- 
variés, pendant l'époque secondaire, fournissent des faits 
semblables. 



Ainsi donc, cette grande période géologique n'a trans- 



mis aux âges suivants aucune des espèces qu'on y ren- 
contre en si grand nombre. 11 y a plus, c'est qu'elle nous 
offre plusieurs Faunes spécifiquement distinctes, qui se 
sont succédées sur les mêmes points de notre planète. 
Nous pouvons ajouter qu'aucune des espèces qui la ca- 
ractérisent ne lui a été léguée par la période précédente, 
qui va maintenant nous occuper. 


















V 























318 



FAUNE DE LÀ PÉRIODE PRIMAIRE 



tt- 

























Terrains primaires ou de transition. — La Faune 
de ces formations n'est pas moins variée que celles dont 
il a été jusqu'ici question ; il semble même qu'au fur et 

i 

à mesure qu'on étudie des créations de plus en plus 
anciennes, les formes animales se spécialisent davantage 
et se séparent plus nettement de celles qui leur ont 
succédé. 

A cette époque reculée, les Mammifères et les Oiseaux 
n'existaient pas ; du moins, on n'a jusqu'ici rencontré, 
malgré de nombreuses recherches, aucun vestige de leur 
présence. 

Les Reptiles, au contraire, s'y montrent déjà. On 
en trouve les ossements dans le Zechstein et dans les 
autres couches supérieures à la formation carbonifère; 
tels sont ceux du Protosaurus Speneri de Mey. y ou 
Monitor fossile de Thuringe, des Palœosaarus, Theco- 
dontosauras et Archegosaitrus. Ces Sauriens étaient les 
plus anciens fossiles de cette classe, avant la découverte, 
dans le terrain houiller, de trois espèces d'Ârehegosau- 
ras, décrits par Goldfus, du Dendrerpelon acadianum 
Owen et de YApaleon pecfàslris Mey. Enfin, en 1851, 
M. Mantell a rencontré, dans un terrain plus ancien en- 
core, le vieux grès rouge d'Elgin en Ecosse, le premier 
Reptile connu, qui ait paru à cette époque, et il lui a 
imposé le nom cle Telerpeton elginense. Tous ces types 
^'éloignent complètement des genres qui ont paru pen- 
dant les périodes suivantes, et sont même spécifiquement 
distincts dans les terrains supérieurs à la houille, dans 
la formation carbonifère et dans le vieux grès rouge. 

La Faune ichthyologique est aussi nombreuse que re- 
marquable par les types qui la constituent, et la période 






ï 







■ 



y 









FAUNE DE LA PÉRIODE PRIMAIRE. 



319 



géologique qui nous occupe mérite réellement le nom 
d'âge des Poissons. Les genres y sont, en outre, très- 
différents de tous ceux qui se sont montrés dans les 
mers des périodes qui l'ont suivie ; il en est même qui 
s'éloignent beaucoup des formes actuelles, et qui, par 
leurs caractères ostéologiques, semblent indiquer quelque 

i 

analogie avec les Sauriens, bien qu'ils ne soient pas ce- 
pendant intermédiaires aux deux classes et qu'ils doivent 

êtres considérés comme de véritables Poissons ; nous 

- - 

voulons parler de ceux que M. Agassiz a nommé Sau- 



Holoplych 



(i) 



exclusivement au terrain houiller, et, sur ce nombre, 
94 se rapportent à la famille des Requins et à celle des 
Raies ; les autres font partie de l'ordre des Ganoïdes. 
Les Poissons se retrouvent assez nombreux clans le ter- 
rain dévonien et dans les couches supérieures de la for- 
mation silurienne ; il y a plus, M. Pander (2) vient de 
découvrir, dans les couches inférieures de ce dernier 
système géologique, un nombre considérable de dents 
de Poissons fossiles, les Conodonies. Mais les genres 
sont particuliers à chacune de ces trois séries géologi- 
ques, et diffèrent également de ceux des strates carbo- 
nifères. 

Les Mollusques nous présentent, comme d'habitude, 






i 

(1) Agassiz, Recherches sur les Poissons fossiles, etc. Neuf- 
chàtel, 1853-43, in4°. 

(2) Chr. Hé Pander, Monographie des Poissons fossiles du sys- 
tème silurien, dans les gouvernements de la Russie qui touchent 
à la Baltique, publiée en allemand. Saint-Pétersbourg, 1886. 







































___. 

















«• 





















320 FAUNE DE LA PÉRIODE PRIMAIRE. 

des formes génériques qui se sont conservées clans les 
périodes plus modernes, et qui même se retrouvent dans 
la Faune actuelle ; ainsi on y constate la présence des 
Avicula, Nucula, Lithodomus, Solemya, etc., mais dont 
les espèces sont bien différentes de celles qui vivent dans 
nos eaux actuelles. On y observe très- fréquemment des 
Produclus et des Spirifer, types génériques déjà repré- 
sentes par quelques espèces spéciales dans les strates les 
plus anciennes de la période secondaire. Toutefois les 
genres qui dominent dans les formations primaires se 



par 



d 



e 



ceux qui les ont remplacés dans les créations suivantes. 
Des Brachyopodes des genres Calceola, Orthis, hep- 
tœna, Chonetes, Stringoccphalus, Lingula, Orbicula, 
Peut amer us, Atrypa, Strophonema, etc., y sont com- 
muns. Mais, ce qui est plus remarquable, on y a décou- 
vert des Mollusques dont l'organisation est très-élevée, 
des Céphalopodes à coquille cloisonnée et le plus souvent 
pourvue d'un siphon ; ici se placent les Gonialites, qui 
ont été remplacés dans les formations secondaires par 
de nombreuses légions d'Ammonites, les Cyrtoceras, 
les Gyroceras, les Enomphalus, les Bellerophon, les 

Orthoceras. 

Les Crustacées se montrent dans les couches fossili- 
fères les plus anciennes ; ils y sont représentés par les 
genres nombreux de la famille des Trilobites, qui est 
exclusive aux époques dévonienne, silurienne et cam- 

brienne. 

Les Coraux, les Bryozoaires, les Crinoïdes y fourmillent, 
et leurs espèces sont spéciales, les unes au calcaire 
carbonifère, les autres aux terrains sédimentaires plus 
anciens. 












i 










; 









VÉGÉTAUX FOSSILES. 



321 



Ce qui frappe surtout, dans l'étude de la Faune de 
l'époque primaire, c'est son uniformité dans toutes les 
parties de la terre, qui, jusqu'ici, ont été explorées, sous 
le rapport paléontologique ; la température devait être 
alors plus égale sur toute l'étendue de la surface du 
globe et plus indépendante de l'influence solaire qu'elle 
ne l'est aujourd'hui. Mais plus on se rapproche de l'épo- 



del 



(1) 



Nous 



les animaux, ils ont laissé dans toutes les formations se- 
dimentaires des témoins irrécusables de leur existence, 
et il nous semble utile d'esquisser ici rapidement leur 

de ces plantes offre d'assez grandes 



étude 



fleurs 



tants, n'ont pu se conserver, et cet élément précieux de 
détermination manque presque toujours ; les fruits eux- 
mêmes sont très-rares,; mais les feuilles et les tiges pré- 



de 



de 



raliste peut étudier parfaitement leur structure, ce qui 
lui permet de reconnaître avec certitude, non-seulement 
l'embranchement et la famille, mais quelquefois aussi le 
genre auquel un végétal appartient, l.a configuration 
extérieure de la plante donne les moyens de distinguer 

les espèces les unes des autres. 



(1) Ad. Brongniart, Rapport sur un mémoire de M. Bronn, dans 
les Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris, 1887, 

T. LXIV, p. 226. 



I. 



21 









I 



^ 
































•» 















. 
























322 



• 



VEGETAUX FOSSILES. 



Les recherches de Schlotheim (1), du Comte de Stern- 
berg (2), et surtout l'ouvrage fondamental de M. Ad. 



Brongniart (3) ont jeté un grand jour sur la connais- 



sance de ces plantes et ont donné l'impulsion aux tra- 
vaux qui se sont produits depuis cette époque. Nous 
nous contenterons d'en faire connaître les résultats gêné- 
raux, au point de vue de la question qui nous occupe, 
et nous constaterons, chez les végétaux, des faits pour 
ainsi dire parallèles à ceux que nous ont présentés les 
animaux fossiles ; nous ne pouvons, du reste, nous en 
étonner, puisque l'analogie qui existe entre ces deux 
grandes divisions des êtres organisés se soutient quel que 
soit le rapport sous lequel on les considère. 

Les végétaux, dont on a trouvé les restes dans les 
couches des terrains tertiaires, constituent une Flore 

remarquable par la prépondérance des Dicotylédonées à 
graines renfermées dans un ovaire. La période tertiaire, 
de même que la période actuelle dont elle semble être 
la continuation plus ou moins directe, a été nommée 
Y âge des Angiospermes ; mais on y rencontre également, 
comme aujourd'hui, des représentants des autres grandes 

divisions du règne végétal. La ressemblance des formes 






(1) Freib. de Schlotheim, Die Petrefactenkunde auf ihren jet* 
zigen Standpuncte dure h die Beschreibung seiner Sammlung 

J 

versteinerter und fossiler Ueberresle des Thier-und Pflanzen* 
reiches der Vorwelt erlâutert. Gotha, 1820-23, in-8°. 

(2) C. de Sternberg, Versuch eines geognostich-botanischen 

Darstellung der Flora der Vorwelt. Leipsig, 1821, in-f°. 

(5) Ad. Brongniart, Histoire des végétaux fossiles, ou Recherches 
botaniques et géologiques sur les végétaux, dans les diverses 

couches du globe. Paris, 1828-1 84-4, in-4° et atlas. 






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Pi 



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f 









VÉGÉTAUX FOSSILES. 



323 



de ces anciens végétaux avec ceux que nous voyons 
fleurir et fructifier est d'autant plus frappante, qu'on les 
rencontre dans les strates tertiaires les plus modernes. 
Ainsi la Flore de l'époque pliocène est, en grande partie, 
composée de genres qui ont encore des représentants 
dans le monde actuel ; tels sont les genres Salisburia, 



Q 



Castanea, Carpinus, Ficus, 



Cor 







tiq 



(i) 



des Palmiers, appartenant à des genres éteints, par 
exemple des Flabellaria, Palmacites et Fasciculites, 

ce qui semble démontrer que nos pays tempérés, où l'on 



débris 



jourd'hui. 



La série des terrains miocènes nous présente aussi un 
assez grand nombre de genres, qui figurent encore dans 
la Flore actuelle, mais sont associés à des types généri- 
ques aujourd'hui inconnus, et qui néanmoins prennent 
r ang dans nos familles naturelles du monde moderne. 
On y rencontre un plus grand nombre de Palmiers que 
dans la série précédente. La proportion des genres éteints 
devient plus forte encore dans les dépôts éocènes, et 
ttous voyons ainsi la végétation s'éloigner peu à peu des 



qu 



étudie 



Pi 



anciens. 



Les formations secondaires viennent mettre ce fait 



(1) Viviani, Mémoires de la Société géologique de France, T. I, 

M29, et T. IX, p. il. 


















. 



v 











































< 




























324 



VÉGÉTAUX FOSSILES. 



bien plus en évidence encore. Les couches supérieures, 
c'est-à-dire, les terrains crétacés, présentent aussi quel- 
ques genres de végétaux angiospermes ; mais ils font 
complètement défaut pendant les époques jurassique 
triasique, qui sont Yâge des Gymnospermes. On y trouve, 
en effet, comme végétaux dominants, des Cycadées, des 
Cupressinées, des Abiétinées et des Taxinées ; mais ils 



et 



une 



1 



cun des membres de la série secondaire. Les Cycadées 
par exemple", atteignent leur maximum clans le Lias e 
dans le Keuper, et manquent presque entièrement dan 
les grès bigarrés ; mais, par une sorte de compensation 
les Conifères des genres Voltzia, Haidingera et Alberto 

y abondent. 

La période primaire ou de transition a reçu le nom 

d'âge des Acrogènes. Cette division du règne végétal y 
prédomine, et s'y trouve représentée par de nombreuses 
Fougères, la plupart arborescentes, des Equisétacées gi' 
gantesques, des Lycopodiacées et aussi par des famille 
qui ont paru et se sont éteintes pendant la durée de cette 



Lép 



dr 



(1), des Si 



des St 



appartiennent exclusivement à cette Flore du monde 



Les Acro 



supérieures des terrains primaires, à quelques espèces 



des 



des 



Conifères des genres Elate, Peuce, Pissadendron, P 



(1) D'après MM. Lindley et Hutton {The fossil Flora of Gréa 
Britain, etc. London, 1831, in-8«, T. II, p. 83), lesLépidodendréeS 
sont intermédiaires entre les Conifères et les Lycopodiacées. 



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VÉGÉTAUX FOSSILES. 



523 



netes, Araucariles, etc., et à des Cycadées des genres 
Zamites, Cycadites, Pterophyllum, Cycadeoidea, Cala- 
moxylon, etc. (1). Ainsi, dans ces couches si anciennes, 
où l'on trouve déjà des animaux Vertébrés, on rencontre 
également des plantes Dicotylédonées. Dans ces mêmes 
couches se voient aussi des restes de Liîiacées arbores- 



centes analogues aux Yucca, et de plus des Palmiers ; 
toutes les divisions du règne végétal y sont représentées. 
La végétation, aux formes si étranges, des terrains 
houillers constitue, comme l'a démontré M. Ad. Bron- 
gniart (f), une Flore insulaire ; elle présente, en outre, 
sur tous les points de la terre, en Europe comme au 
Canada, au Groenland, à l'île Melville, et même à la 
Nouvelle-Hollande, une uniformité frappante dans les 
genres, sinon dans les espèces (3), et ce fait vient con- 



glob 



l'étude des animaux fossile 
qu'alors la température de 



a 



latitudes 



(4) 



Enfin les couches fossilifères les plus inférieures des 



P 



marines purement cellulaires. 

Il résulte des faits que nous venons d'exposer que tous 



(1) Fr. Unger, Synopsis plantarum fossilium. Lipsiee, 1843, 

iu-12, p. 278. 

(2) Ad. Brongniart, Annales des sciences naturelles, sér. 1, T. 

XV, p. 245 et suiv. 

(3) Alex, de Humbold, Cosmos, essai d'une description physique 
** monde, trad. franc, Paris, 1846, in-8°, T. I, p. 323. 

(4) Ad. Brongniart, Histoire des végétaux fossiles, etc. 















































« 







■ 




























526 THÉORIE DE l/ÉVOLUTION PROGRESSIVE DES ESPÈCES. 

les animaux et tous les végétaux n'ont pas été créés d'un 
seul jet, que leur apparition sur la terre a été suc- 
cessive, que, non-seulement des espèces, mais des gen- 
res, et, qui plus est, des familles entières d'animaux et 
de végétaux ont disparu aux diverses époques géologi^ 
ques, pour être remplacés par d'autres. Il ne reste plus 
dès lors que deux opinions en présence relativement à 
leur origine. Ou bien il faut admettre, avec Lamarck (1), 
que les premières ébauches de l'organisation et de la vie 
ont été produites par génération spontanée (c'est-à-dire, 

selon nous, par un effet sans cause), et que ces êtres, 
d'abord rudimentaires, se sont, à la suite de beaucoup 
de temps, peu à peu modifiés ; que leur organisation est 
devenue croissante, et qu'ils ont successivement donné 
naissance à tous les autres êtres vivants que nous observons 
aujourd'hui. Ou bien on est contraint d'accepter cette 
idée, que tous les êtres organisés ont été créés dans leur 

* 

état relatif de perfection actuelle, que les espèces ne se 
sont pas modifiées, sous l'influence des milieux ambiants, 

pendant les temps géologiques, pour engendrer des types 
nouveaux ; en un mot, qu'elles sont restées absolument 
ce qu'elles étaient en sortant des mains du Créateur. 

L'analogie suffirait déjà pour infirmer l'opinion de 
Lamarck, puisque nous avons constaté que, dans le 
monde actuel et depuis des milliers d'années, les espèces 
sauvages, végétales et animales, n'ont pas varié, quelles 
que soient les conditions auxquelles elles ont été sou- 
mises. On pourrait dès lors considérer la doctrine de la 
variabilité des espèces et de leur perfectionnement suc- 









(1) Lamarck, Philosophie zoologique, T. II, p. 61 à 67. 



I 



i 












S 



-?* 






I 



I 



THÉORIE DE L'ÉVOLUTION PROGRESSIVE DES ESPÈCES. 327 

cessif, comme une hypothèse qui ne s'appuie que sur le 

vide. 
Mais l'étude que nous avons faite des animaux et des 

végétaux, dont on retrouve les restes dans les couches 
du globe terrestre, nous a permis, en outre, de constater 
des faits, qui sont bien loin d'être en harmonie avec la 
théorie de Lamarek. 

L'idée du perfectionnement graduel des espèces sem- 
ble, au premier abord, trouver un appui dans ce fait, 
révélé par les recherches paléontologiques, que les pre- 
miers animaux créés furent des Invertébrés, que les 
Poissons sont venus presque immédiatement après, puis 
les Reptiles ont apparu à la surface du globe, les Oi- 
seaux, les Mammifères se sont montrés plus tard, et 



enfn 



pla 



cession analogue : des végétaux cellulaires ont existé 
d'abord, puis bientôt des Cryptogames vasculaires ou 
Acrogènes, et successivement des Monocotylédonées, des 
Dicotylédonées gymnospermes, et enfin, dans la forma- 
tion crayeuse, ont surgi, pour la première fois, des 
plantes Dicotylédonées angiospermes. Les végétaux se 
sont donc montrés dans le même ordre progressif que 

les animaux. 

Mais est-on en droit de conclure de ces faits que les 
êtres, dont l'organisation est plus complexe, doivent leur 
origine aux êtres les plus simples; que les uns procèdent 
nécessairement des autres, et qu'il existe entre eux une 



qu 



sition. 



des 


































/ 
















te 





















328 THÉORIE DE L'ÉVOLUTION PROGRESSIVE DES ESPÈCES. 

qui ont vécu pendant les différentes périodes géologi- 
ques, on se convaincra que ce ne sont pas les plus 
simples de chaque grand embranchement qui ont les 
premiers foulé le sol émergé, ou sillonné le sein des 

mers. 

C'est ainsi que dans les couches fossilifères les plus 

anciennes, dans les terrains cambriens et siluriens infé- 
rieurs, on trouve des Orthoceras , des Lituiles, des 
Phragmoceras, des Bellerophon, c'est-à-dire, des Cépha- 
lopodes à coquille croisonnée et la plupart à siphon, dont 
l'organisation surpasse celle de tous les autres ordres de 
Mollusques : d'une autre part, quels sont les Poissons 
qui ont apparu les premiers dans les eaux de notre pla- 
nète, et ont été presque contemporains des premiers 
représentants de la vie animale? Appartiennent-ils aux 
anneaux les plus inférieurs de la série ichthyologique? 
Ce sont des espèces du genre Onchus, qui abondent 
dans les couches supérieures des dépôts siluriens, et qui 
font partie du même groupe naturel que les Squales, 
que personne ne songera certainement à placer parmi 
les Poissons les plus simples quant à leur structure 



organique. Nous pourrions faire les mêmes observa 







de 



en contradiction avec les faits, en ce qui concerne les 



animaux. 
En se 



vé 



miers représentants de la vie végétale ont été des Algues, 
et il ne pouvait guère en être autrement lorsque les 
eaux de la mer recouvraient les continents, nous voyons 
bientôt et brusquement paraître des Fougères, des Equi- 












; 



•* 




THÉORIE DE L'ÉVOLUTION PROGRESSIVE DES ESPÈCES. 329 

sétacées, des Lycopodiacées, etc., qui, par leur déve- 
loppement, devaient donner alors à la végétation de cette 
époque un air de grandeur dont la Flore actuelle des 
tropiques nous montre vraisemblablement une image 
très-imparfaite. Il n'est pas douteux que, parmi les 
plantes Cryptogames, les familles que nous venons de 
nommer ne soient les plus élevées en organisation. Nous 
n'en conclurons pas cependant que les Cryptogames 

vasculaires ont dégénéré depuis l'époque primaire, mais 
nous constatons du moins qu'alors ces plantes étaient 

aussi parfaites qu'aujourd'hui. 

Les Liliacées, qui se montrèrent pour la première fois 
dans la formation carbonifère, étaient arborescentes et 
non sans quelque analogie avec nos Yucca; c'étaient des 
Rabdotus, des Arlisia, des Cromyodendron, etc., d'une 
organisation moins simple que celle de beaucoup de 
Liliacées vivantes, que nous observons aujourd'hui. 

Nous pourrions en dire autant des Palmiers de la 
même formation, et des premières Dicotylédonées gym- 
nospermes qui ont surgi à la surface du sol. Les Dicoty- 
lédonées angiospermes ont paru plus tardivement, mais 
leurs premiers représentants ne le cèdent sous aucun 
rapport, si ce n'est celui du nombre des espèces, aux 
plantes du même embranchement qui peuplent la terre 
du monde actuel. Les végétaux fossiles confirment donc 
ce que les animaux des époques géologiques les plus 
anciennes nous ont appris. 

Dans une question aussi difficile, nous ne pouvons 
passer sous silence l'opinion à laquelle de savantes et 
infatigables recherches ont conduit G. Cuvier et M. Agas- 
siz ; on ne contestera la haute autorité, ni de l'un ni de 
























I 









S 













ff' 









* 



























330 THÉORIE DE L'ÉVOLUTION PROGRESSIVE DES ESPÈCES. 

l'autre, en pareille matière. Cuvier (1) s'exprime ainsi : 
u Parmi les divers systèmes sur l'origine des êtres orga- 
n nisés, il n'en est pas de moins vraisemblable que celui 



h qui en fait naître successivement les différents genres 



« par des développements et des métamorphoses gra- 

n duelles. n 

ii En considérant, dit de son côté M. Agassiz (2), 
h l'ensemble des êtres organisés que l'on trouve dans la 
n série des formations géologiques, on reconnaît dans 
n leur succession une marche bien différente de celle 
n que faisaient entrevoir les premiers aperçus publiés 

* 

n par les auteurs du commencement de ce siècle. On 
n est surtout surpris de remarquer que l'idée d'un dé- 
fi veloppement progressif du règne animal tout entier, 
il tel qu'il avait d'abord été posé en fait et d'après lequel 
w les classes se seraient succédées dans un ordre con- 
n forme au rang que leur assigne leur organisation, ne 
u s'accorde nullement avec les résultats des recherches 
1? paléontologiques les plus récentes. En effet, l'observa- 
is tion n'a pas confirmé que les animaux rayonnes aient 
n précédé les Mollusques et les Articulés dans les forma- 
it tions les plus anciennes, ni que les animaux vertébrés 
n soient apparus plus tard. On trouve, au contraire, que, 
n dès la première apparition des animaux à la surface 
n du globe, il y a eu simultanément des Rayonnes, des 



(1) G. Cuvier, Recherches sur les ossements fossiles, éd. 5, 

T. III, p. 297. 

(2) Agassiz, Notice sur la succession des Poissons fossiles dans 

la série des formations géologiques. Neufchâtel, 184-5, in-4°, 
p-xvij. 



* 













s 








^* 






THÉORIE DE i/ÉVOLUTION PROGRESSIVE DES ESPÈCES. 551 

n Mollusques, des Articulés et même des Vertébrés (des 

i 

m Poissons). Il y a plus, nous savons que les trois em- 
n branchements des Invertébrés sont représentés dès les 
n temps les plus anciens par des types de toutes les 
u classes, autant que la nature de leur organisation leur 
n a permis de laisser des traces de leur présence. Parmi 
n les Rayonnes, nous avons, dès l'origine, des Polypiers 
u et des Echinodermes en très-grand nombre ; les Cri- 
n noïdes surtout sont très-variées; quant aux Acalèphes, 
u il n'est pas surprenant qu'on n'en trouve pas de dé- 

■ 

n bris, puisque leur corps est trop mou pour avoir pu 
n laisser l'empreinte de leurs formes dans des roches 
u aussi altérées que le sont ordinairement les terrains de 

i 

u transition, n Et il ajoute plus loin (1) : u Les trois 
n classes de Mollusques sont représentées dans tous les 
n terrains paléozoïques ; les Acéphales en particulier 

\ 

u nous offrent un type prépondérant dans le groupe des 
u Brachyopodes ; les Gastéropodes, quoique moins con- 
n nus, sont aussi assez nombreux; les Céphalopodes 
n enfin comptent de prime abord des genres très-divers, 

n tels que les Goniatites et les Orthocères. On peut 
u presque en dire autant des Articulés, car la classe des 
n Vers est représentée par les Serpules; et les Triiobites, 
n qui appartiennent incontestablement à la classe des 
ii Crustacés, sont très-nombreux dans les terrains de 
n transition. Il n'y a que les Insectes, dont la présence 
n n'a pas été constatée dans des formations plus an- 
ii ciennes que la houille. Cet aperçu suffit pour nous 
» convaincre de l'existence simultanée de toutes les 












i 
















(1) Agassiz, op. cit. y p. xviij 






H 






















■ 









; 





















\ 












352 THÉORIE DE i/ÉVOLUTION PROGRESSIVE DES ESPÈCES. 

11 classes d'animaux sans vertèbres jusqu'aux époques 
u les plus anciennes du développement de la vie sur la 
ti terre. Il n'est' dès lors pas conforme aux résultats de 
u l'observation, de représenter l'ensemble du règne ani- 

, /y» _ l • ___• 1 .. 



h 



11 



mal comme offrant une série progressive dans l'ordre 
des temps géologiques. Loin de là, toutes les classes 
d'animaux sans vertèbres continuent d'exister sous 
ii des formes diverses, à travers toutes les époques géo- 
11 logiques postérieures, et nous les retrouvons également 

11 tous jusque dans la création actuelle. Parmi les ani- 



des Poissons 



diverses classes d 



h de la première manifestation de la vie à la surface du 
ii globe, tandis que les Reptiles, les Oiseaux et les Mam- 
ii mifères se succèdent dans la série des formations géo- 

■ 

ii giques dans l'ordre de leur gradation organique, et 
ii nous présentent, au terme de leur développement, le 
ii genre humain, dont l'existence ne remonte pas au delà 
11 de la création des êtres organisés qui peuplent mam- 
11 tenant avec lui la surface de la terre, h 



0) 



analogue. 



)uterons enfin que si cette transformation pro- 

gressive des êtres était un fait réel, si les animaux et les 
végétaux les plus simples avaient, en se perfectionnant, 
donné naissance à des êtres plus complexes, si les In- 



vertébrés 



s'étaient 



métamorphosés 



Vertébré 



les 



Poissons et les Reptiles en Oiseaux et en Mammifères, 
ou bien des plantes Acotylédonées en Monocotylédonées, 



- 

(1) Alex, de Humbold, Cosmos, trad. franc., T. I, p. 514 



, 









A 










CONCLUSIONS. 



533 



puis en Dicotylédonées, des mutations aussi complètes 
n'auraient pu s'opérer que pendant une longue suite de 
siècles, comme l'admet, du reste, positivement La- 
marck (1), ainsi que les hommes éminents, qui ont 
accepté et propagé ses doctrines, et dès lors la paléonto- 
logie en découvrirait des traces. En passant d'une pé 



que 



on trouverait des êtres en 



voie de transformation, de véritables intermédiaires, qui 
représenteraient toutes les phases de ces métamorphoses, 
et le règne animal, comme le règne végétal, montrerait 
une série continue d'êtres se nuançant de manière à ce 
qu'on ne puisse plus trouver entre les espèces de ligne 
de démarcation, de caractères spécifiques ; on ne trou- 
verait plus que confusion là où tout nous révèle un 

ordre admirable. Mais, loin de là, nous observons, au 
contraire, en comparant les êtres organisés de deux pé- 
riodes géologiques successives, une interruption brusque 
entre les formes animales ou végétales ; nous constatons 
des Faunes et des Flores distinctes se remplacent 
dans la série régulière des formations, et tous ces faits 
viennent nous démontrer la pluralité et la succession de 
créations organiques spéciales aux divers âges de notre 

planète. 

L'espèce n'a donc pas plus varié pendant les temps 



que 



g 



qui 



aux différentes époques géologiques, dans l'action des 
agents physiques ; les révolutions, enfin, que notre globe 
a subies et dont il porte dans son écorce les stigmates 



(1) Lamarck, Philosophie zoologique, T. II, p. 61 à 67. 



* 



S 






































































334 



CONCLUSIONS. 



indélébiles, n'ont pu altérer les types originairement 
créés ; les espèces ont conservé, au contraire, leur sta- 
bilité jusqu'à ce que des conditions nouvelles aient rendu 

* 

leur existence impossible; alors elles ont péri, mais elles 
ne se sont pas modifiées. 



























LIYRE DEUXIÈME 






DES ANIMAUX DOMESTIQUES ET DES PLANTES 

CULTIVÉES . 



\ 





















CHAPITRE PREMIER. 



r 

EXAMEN DES VARIATIONS QU'ONT SUBIES LES ANIMAUX SOUMIS 

A LA DOMESTICITÉ. 



Si dans les animaux sauvages on n'observe pas de 
modifications importantes, en est-il ainsi des animaux 
que l'Homme a soumis à son empire, qu'il a réduits à 
l'état de domesticité ? En soustrayant ces êtres aux con- 
ditions d'existence que leur présentait l'état de nature, 
en les soumettant à des influences nouvelles et extrême- 
ment variées de régime et d'habitation, en changeant 
souvent complètement leurs habitudes et en s'opposant 
à leurs instincts naturels, l'Homme a-t-il déterminé chez 

les animaux des changements importants, et vaincu cette 
stabilité qui caractérise les espèces sauvages ? Quelles 

;ments ? Ont-ils été assez 

profonds pour détruire les caractères de l'espèce et pour 






Telles 



questions que 


















\ 











s 
















w 






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■*r. 



















356 



LE CHIEN. 



Si nous connaissions tous les types sauvages d'où sont 
descendus nos animaux domestiques, une simple com- 
paraison suffirait pour reconnaître jusqu'à quel point 
l'action de l'Homme s'est fait sentir sur ces êtres. Il en 
est un certain nombre, dont nous ne connaissons plus 
la souche primitive, l'espèce entière ayant été, de temps 
immémorial, réduite en servitude. Mais il en est quel- 
ques-uns dont l'origine n'est pas douteuse, et que nous 
pouvons encore observer dans leur état de nature. Cel- 
les-ci nous permettront d'apprécier avec certitude l'é- 
tendue des changements que la domesticité a produits 

dans les animaux soumis au pouvoir de l'Homme. 

Si nous procédons à cet examen en suivant l'ordre de 
la classification zoologique, nous nous trouvons d'abord 
conduits à l'étude du Chien. 




Le Chien. — Les naturalistes sont presque unanimes 
pour reconnaître que les nombreuses variétés de Chiens 
domestiques appartiennent à une seule et même espèce; et, 
si cette opinion est vrai, ce que nous examinerons plus 
loin, l'étude de cet animal, fidèle compagnon de l'Homme, 
nous fournira la preuve la plus évidente de l'action puis- 
sante de la domesticité comme agent modificateur. Il 



espèce animale qu 



des 



ait été, pour ainsi dire, façonnée de tant de manières, 
tant au moral qu'au physique. Mais aussi il n'en est au- 
cune autre dont l'Homme ait fait plus complètement la 
conquête ; il n'en est pas qui nous soit plus dévouée, 
à ce point que les individus semblent nous avoir sacrifié 
four mm four intérêt, leur sentiment: le Chien, enfin, 









LE CHIEN. 



357 




est, de tous les animaux domestiques, celui qui s'est 
attaché à l'Homme de plus près, celui qui, vivant comme 
lui et l'ayant suivi sous tous les climats, vit aussi le plus 
irrégulièrement; il n'est pas étonnant dès lors qu'il ait 
beaucoup varié. 

Le Chien, dans son état de nature, ne nous est pas 
connu; tout porte à croire que l'espèce entière a été sou- 
mise à l'empire de l'Homme. Suivant Guldenstaedt (1), 
le Chien est originaire de r Asie-Mineure, et quelques 
naturalistes pensent qu'il a été le premier animal domes- 
tique et qu'il a aidé l'homme à soumettre quelques-unes 
des espèces animales qui lui sont asservies. Ce n'est pas 
cependant l'opinion de Varron (2), qui considère, et 
peut-être avec plus de vraisemblance, la Brebis comme 
la première conquête que l'Homme ait faite en ce 
genre. Quoi qu'il en soit, il paraît certain que le Chien 
n'existait pas chez les premiers Hébreux (3). En Perse, 
l'antique Zend-Avesta, en Chine le Chou-Ring, d'une 
date plus ancienne encore, nous montrent déjà le Chien 
domestique et même modifié dans sa taille et dans ses 
formes. Dans les scènes de chasse , peintes sur les mo- 



numents de l'antique Egypte, figurent des Chiens lévriers 
a oreilles dressées et à queue tournée en trompette, et 
des Chiens à oreilles tombantes et assez semblables à nos 



(1) Guldenstœdt , Novi Commentarii Academiœ scientiarum 
imperialis petropolitanœ, 1775, T. XX, p. ^55. 

(2) M. T. Varro, Rerum rusticarum de agriculture, lib. II, 
cap. 1. 

(3) Il en est question pour la première fois dans la Bible, (Exode, 
cap. H, vers. 7, et cap. 22, vers. 31). 



I. 



22 


























i 























































358 



LE CHIEN. 



(1). Enfin Aristote (2) 



de Chiens : Canis laconicus, moloticus et pecuarius. 
Depuis le célèbre philosophe de Stagyre, le nombre des 



races 



de Chien s'est multiplié à l'infini. 



Après cet aperçu historique, étudions les modifications 
que nous présentent les diverses variétés ou races de 
Chien, répandues sur presque tous les points du globe. 

La taille du Chien est une des circonstances qui varie 



(3) 



porti 






De son côté, M. I. Geoffroy-Saint-Hilaire (4) donne 
pour limite absolue delà longueur du corps, mesurée du 
bout du museau à l'origine de la queue, 4p 1° 3 f et 11° 
4', et pour la hauteur du train de devant 2? 4° 6 r et 6°. 
L'extrême accroissement de quelques variétés, comme 
la petitesse de quelques autres, ne tiennent point à des 
vices de conformation. Le plus petit roquet est, en gé- 
néral, aussi exactement conformé que le Mâtin, et il en 
est de même du Lévrier et du Dogue de forte race (S) ; 
mais ce qui n'est pas moins curieux, c'est, comme le 
fait remarquer M. I. Geoffroy-Saint-Hilaire, la différence 



(1) Champollion le jeune, Monuments de l'Egypte et de la Nubie. 
Paris, 1855, in-f°, T. IV, lab. 428; Rosellini, / .monument H dell' 
Egitto e délia Nubia. Pisa, 4832, in-f°, tav. 18, 16 et 17. 

(2) Aristoteles, Historiœ animalium lib. VI, cap. 20, lit». VIH, 

cap. 28, et lib. IX, cap. 1. 

(3) G. Cuvier, Discours sur les révolutions de la surface du 

globe, 8 e éd., p. 124. 

(4) I. Geoffroy-Saint-Hilaire, Histoire générale et particulière 

des anomalies de l'organisation, etc., T. I, p. 219 et 220. 
(8) F. Cuvier, Annales du Muséum, T. XVIII, p. 338. 







r 















LE CHIEN. 



339 




de taille souvent considérable qui existe entre des races 
extrêmement voisines par leur organisation; nous pouvons 
citer comme exemples le grand et Je petit Lévrier, le 



0) 




rand et le petit Chien 



r 



de la Nouvelle-Hollande (2), le grand et le petit Barbet, 
le grand et le petit Dogue, le grand et le petit Epagneul, 
etc. Ces variations de la taille sont d'autant plus éton- 
nantes que, clans les animaux sauvages, la taille ne varie 
que dans des limites fort étroites; chez eux il n'y a pas 
de nains, chez eux on n'observe pas de géants. 

Le pelage nous offre aussi des variations non moins 
saillantes, ce qui n'a rien d'étonnant, puisque, chez les 
Mammifères, même sauvages, les poils sont les parties 
du corps qui se modifient le plus facilement. Aussi, chez 
les Chiens domestiques, les poils diffèrent-ils à l'infini 
par leur couleur, par leur finesse, par leur longueur, 
par leur abondance, parleur direction, parleur disposi- 
tion. Le Dogue, le Doguin, le Lévrier, le Carlin ont le 
poil court et ras ; le Chien de berger, celui x de la Nou- 
velle-Hollande ou Dingo, le Mâtin, le Chien d'Islande 
ont le pelage plus long que les races précédentes, mais 
plus court que le Chien-Loup, l'Epagneul, le Barbet et 
surtout le Bichon, dont les poils tombent presque jusqu'à 
terre. Le poil est dur dans le Chien de berger, soyeux 
dans le Bichon; il est le plus souvent droit et lisse, et,, 
dans quelques races, il est bouclé et comme laineux. Il 
est même des Chiens qui ont la peau complètement nue 
et huileuse et qui forment une race permanente ; tels 



(1) I. Geoffroy-Saint-Hilaire, Hist. des Anomalies, l, p. 221. 

(2) Barringlon, Voyage à Botany-Bay. Paris, an VI, p. 75. 



























340 



LE GHIEN. 





























■ 

sont ceux que l'on nomme improprement Chiens turcs 
et auxquels Linné a imposé la dénomination tout aussi 
peu exacte de Canis œgijptîus. Ceux-ci sont originaires 
de la côte de Guinée ; les Chiens de Payta au Pérou ap- 
partiennent à la même race (1) ; ils ne paraissent pas 
rares, du reste, dans l'Amérique espagnole (2). En un 
mot, les Chiens offrent presque toutes les modifications 
que présentent les poils dans la classe entière des Mam- 
mifères (5) .H 



ice de couleur de la fourrure est le plus 
souvent liée à des variations correspondantes dans la 
couleur de la peau. Aussi cette enveloppe du corps offre- 
t-elle des nuances très-différentes dans les diverses 
races de l'espèce canine; elle devient même complète- 
ment noire ou ardoisée dans quelques-unes, et notam- 
ment dans le Canis œgijptius. Les parties de la peaxi qui 
restent toujours dénudées de poils, telles que le nez et 
la face inférieure des pattes peuvent être rosées, brunes 
ou d'un noir plus ou moins foncé. Il en est de même de 
la muqueuse des lèvres, des gencives, de quelques por- 
tions du palais et, qui plus est, de la muqueuse tout 

entière de la bouche qui peut être brune ou noire ; ce 
dernier fait est attesté par M. I. Geoffroy Saint-Hilaire ; 
il l'a observé sur un Chien de boucherie de la Chine 
qui a existé au Muséum (4). 






(1) Lesson, Considérations générales sur les Mammifères dans 
l'édition de Buffon, publié par Baudoin ; Complément, T. III, p. 206* 

(2) Alex, de Humboldt, Tableaux de la nature, T. I, p. 121* 

(3) F. Cuvier, 4nnalçs dit Muséum, T. XVIII, p. 518* 

(i) I. Geoffroy^Sai^Hilaire, lettres sur les substances alimen- 



























LE CHIEN. 341 

Les variations que les Chiens éprouvent ne se bornent 
pas aux changements peu importants que nous venons 
de signaler, et dont on retrouve les analogues, quoique 
moins saillants, chez les animaux sauvages. Il en est qui 
ont une importance beaucoup plus grande. 

Les Chiens n'ont généralement que quatre doigts aux 
pieds postérieurs, mais avec le rudiment d'un cinquième 



Q 



0) 



moins allongés, épais ou grêles ; ils sont courts chez les 
Bassets, et parmi eux on dislingue ceux qui ont les 
jambes droites de ceux qui les ont torses. 

* 

Le nombre des vertèbres de la queue varie de 16 à 



(2) 



(3) 



marquable travail sur la dégénération des animaux, af- 
firme même avoir vu des Chiens nés sans queue. Ce 
fait n'est pas impossible, et nous en citerons plus loin 
un second complètement analogue, mais observé sur 
une autre espèce animale; toutefois les Chiens sans 

queue ne paraissent pas avoir été revus par les natura- 

listes actuels. Mais, ce qu'affirme positivement M. Flou- 
rens (4), c'est qu'on voit quelquefois des Chiens à très- 
courte queue naître de Chiens à queue longue. 

Dans le Dingo, comme chez presque tous les Chiens 

p 

des peuples sauvages, le pavillon de l'oreille est de 
















































(1) F. Cuvier, Annales du Muséum, T. XVIII, p. 533. 

(2) F. Cuvier, Ibidem. 

(3) Buffon, Histoire naturelle, T. XIV, p. 523. 

(4) Flourens, De l'Instinct et de l'Intelligence des animaux, 
éd. 3. Paris, 4851, in-18, p. 12?. 


























' 





























34*2 LE CHIEN. 

■ 

grandeur médiocre, dressé et mobile. Mais, dans la plu- 
part des Chiens civilisés, l'oreille externe s'allonge et 
s'élargît, prend une grande étendue par le développe- 
ment de ses cartilages, ses muscles s'oblitèrent en par- 
tie, elles ne se soutiennent plus, elles deviennent pen- 



dantes; c'est là, suivant Bufïbn (1) 



signe le plus 



général et le plus certain de la servitude domestique. 

Les dents ont la même forme chez tous les Chiens ; 
mais quelquefois on observe une molaire ou une tuber- 
culeuse de plus que le nombre normal, et ces dents 

surnuméraires se développent à l'une ou à l'autre mâ- 
choire, mais jamais des deux côtés et, cette modification 
ne se perpétuant point, n'est pas particulière à une race 
spéciale, c'est un fait purement accidentel (2). 

Quelques Dogues offrent un sillon profond, qui sépare 
en deux lobes la lèvre supérieure et les narines (3). 

Si l'on examine la conformation de la tête osseuse, 
les variations sont plus étonnantes encore ; non-seulement 
le museau est plus ou moins allongé, plus ou moins 
élargi ou atténué ; mais on voit encore que la mâchoire 
inférieure a ses branches droites ou courbées ; l'arcade 
zygomatique est plus ou moins arquée ; la fosse tempo- 



rale plus ou moins prolongée en arrière, et le muscle 

crotaphite plus ou moins oblique ; les os pariétaux sont 

tantôt bombés, tantôt presque plans ; les crêtes du crâné 

sont saillantes ou presque nulles ; enfin le front est plus 
ou moins proéminent, et l'on observe même des difïéren- 









(1) Buffon, Histoire naturelle, T. XIV, p. 523. 

(2) F. Cuvier, Annales du Muséum, T. XVIII, p. Zii 
(5) F, Cuvier, Ibidem. 











y 












LE CHIEN. 



343 



ces assez grandes dans les proportions du crâne et par 
conséquent du cerveau, avec l'ensemble de la tête. F. Cu- 
vier fait en outre observer que les variétés de Chiens, 
dont le cerveau présente le plus de développement relatif, 
sont celles qui sont douées de plus d'intelligence ; ce 
sont celles aussi dont le museau s'est raccourci. 

On constate aussi des modifications saillantes dans le 
•é de finesse du sens de l'odorat ; très-développé 
dans les races à museau un peu saillant, il l'est bien 
moins dans celles à face courte et obtuse et aussi dans 
celles à museau très-allongé, comme chez le Lévrier. 

Tous les Chiens sont loin de se ressembler sous le 
rapport de la rapidité de la course, et cette faculté, tou- 
jours en rapport avec l'organisation, est plus ou moins 



D 



Chien de la Nouvelle 
(1 ) ; le Chien 



naturellement nager, a de la répugnance à se mouiller, 



éduca 



(2) 



Le Chien-Loup et le Chien de berger vivant commu- 
nément au milieu des champs, en société avec des Hom- 
mes simples et grossiers,. sont ceux de nos Chiens do- 
mestiques qui se rapprochent le plus de l'état sauvage. 
Ils ressemblent au Chien-Marron par les formes géné- 
rales et par la délicatesse des sens. Ils ont très-peu de 
voix comparativement aux autres races, et leur activité 
est extrême. Ils conservent l'habitude de cacher les restes 



* 
















(1) F. Cuvier, Annales du Muséum, T. XI. p. £72 

(2) F. Cuvier, Ibidem, T. XI, p. £61.. 






Il 




















































r 






344 



LE CHIEN. 



de leurs repas en les enfouissant, ce qui ferait supposer 
que ce penchant doit être très-développé chez le Chien 

sauvage (1). 

Le Chien, carnassier par nature, semble porté par ses 

instincts naturels à se précipiter sur la proie qui le tente, 
comme le font, du reste, le Chien courant et le Lévrier. 
Néanmoins, dans certaines races, les Epagneuls et les 
Braques, par exemple, l'habitude d'arrêter le gibier, im- 
posée d'abord par la contrainte et par les châtiments, 

est devenue héréditaire* Le talent de rapporter est-il de 
même transmissible par la génération ? Les naturalistes 
n'en connaissaient pas jusqu'ici d'exemples bien eons- 

tatés, lorsque Magendie apprit qu'il y avait en Angleterre 
une race de Chiens d'arrêt {Pointers) qui rapportait 
naturellement. Il s'en est procuré un couple, duquel est 
né un Chien qui, sans avoir jamais rien appris, a arrêté 
et rapporté le gibier, dès le premier jour qu'on Ta mené 
à la chasse, avec autant de fermeté et d'assurance que 
les Chiens stylés à cette manœuvre à l'aide du fouet et 

du collier de force (2). 

Mais ce n'est pas là le seul fait connu d'habitudes 
acquises et devenues permanentes dans certaines races 
de Chiens. On sait que cet animal a été, pour les Espa- 
gnols, un vaillant auxiliaire dans la conquête du Nou- 

■ 

stophe Colomb s'en servit le premier 
avec grand avantage, et, à sa première bataille avec les 



Monde: Chr 



(1) F. Cuvier, Annales du Muséum, T. XI, p. 469 et 4-70. 

i 

(2) Dureau de la Malle, Considérations générales sur la domes- 
tication des animaux, dans les Annales des sciences naturelles, 
sér. 1, T. XXVII, p. S. 








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LE CHIEN. 



345 









Indiens, sa petite armée, comme son fils nous l'ap- 
prend (1), se composait de 200 fantassins, de 20 cava- 
liers et de 20 limiers. L'exemple donné par Colomb fut 
suivi dans la conquête des différentes parties de l'Amé- 
rique méridionale et surtout au Mexique, où la résistance 
des indigènes fut prolongée. La race de ces Chiens de 
guerre s'est conservée, sans altération apparente, sur le 
plateau de Santa-Fé, où on les emploie à la chasse du 
Cerf. Ils y déploient une ardeur extrême et usent encore 
du même mode d'attaque qui les rendait jadis si redou- 
tables aux Américains. Ce mode consiste à saisir l'ani- 
mal au bas-ventre et à le renverser par une secousse 
brusque, en profitant du moment où le corps porte seu- 
lement sur les jambes de devant ; le poids de l'animal 
renversé est souvent sextuple de celui du Chien. Sans 
avoir reçu aucune éducation, mais obéissant à un in- 
stinct devenu héréditaire, ils attaquent toujours en flanc 
et non pas de front, comme le font les meilleurs Chiens 
courants importés d'Europe, et qui, ne prenant pas les 
mêmes précautions, sont souvent victimes de leur agres- 
sion (2). 

Une race de Chiens analogue à la précédente possède 






* 

(1) Historia del Fernando Colomb, nelle quali s' ha particolare 
e vera relatione délia vita e dé* fatti delV amiraglio D. Christo- 

phoro Columbo, suo padre, etc., trad. ital. par Alf. Ulloa. Venetia, 
1871, in-8°. 

(2) Roulin, Recherches sur quelques changements observés dans 
les animaux domestiques transportés de l'Ancien dans le Nou- 
veau Continent, dans les Mémoires de V Académie des sciences de 
Pa?ns. Savants étrangers, T. VI, p. 558 et 559. 






































n 







































546 LE CHIEN. 

aussi un nouvel instinct, qui se transmet par génération. 
La chasse à laquelle on les applique depuis longtemps 
est celle des Pécaris (Dicotyles torquatus F. Cuv.), qui 
vivent en troupe sur les bords de la Magdeleine. L'a- 
dresse du Chien consiste à modérer son ardeur, à ne 
s'attacher à aucun animal en particulier, mais à les tenir 
tous en échec. Or, parmi ces Chiens, on en voit qui, la 
première fois qu'on les mène au bois, savent déjà com- 
ment attaquer. Un Chien d'une autre race se lance tout 

d'abord, est environné, et, quelle que soit sa force, est 

dévoré en un instant (1). 

Mais, si les Chiens peuvent acquérir et conserver hé- 
réditairement des habitudes et des instincts qu'ils ne 
possédaient pas, il arrive aussi que, placés dans des con- 
ditions nouvelles, ils perdent une faculté qu'ils possé- 
daient de temps immémorial, par exemple, celle d'a- 
boyer. On sait, en effet, que des Chiens abandonnés par 

jiols, vers le milieu du XVII e siècle, dans l'île 
déserte de Juan Fernandez, y reprirent la vie sauvage et 
perdirent cette faculté, comme l'a constaté plus tard 
Don Antonio Ulloa (2) à son débarquement dans cette 
île. Ayant pris et transporté à bord plusieurs de ces 
Chiens, ils n'aboyèrent pas davantage, jusqu'à ce que, 
réunis à des Chiens domestiques, ils commencèrent à le 
faire à l'imitation de ceux-ci ; mais ils s'y prenaient mal- 
adroitement et comme s'ils apprenaient, pour se con- 
former à l'usage, une chose à laquelle ils étaient restes 




i 



(1) Roulin, Mémoires de V Académie des sciences. Savants 

étrangers, T. VI, p. 338. 

(2) Don Antonio Ulloa, Voyage historique de l'Amérique méri- 
dionale. Vms, 1752, in>, T. II, p. 25. 




• 






r 



mm. 








LE CHIEN. 



347 



jusque-là tout à fait étrangers. Ces Chiens, dont les 
pères avaient su aboyer, apprirent donc à le faire, quand 
ils se trouvèrent en compagnie de Chiens domestiques (1). 



s 



L'éducation eût été plus difficile et plus longue pour de 
animaux appartenant à une race habituellement muette : 
ainsi, deux Chiens de la rivière Mackensie, amenés en 
Angleterre, n'eurent jamais que leur hurlement ordi- 
naire, mais un petit qui leur naquit en Europe, apprit à 
aboyer (2). Cependant des Chiens domestiques, com- 
plètement soustraits à leurs parents, aboient naturelle- 
ment. Il faut conclure de ces faits, ou bien que ces 
Chiens, redevenus sauvages en Amérique, ont perdu une 
faculté qui chez eux était originelle, ou, ce qui est infi- 
ment plus probable, que le mutisme est naturel chez 
eux et que l'habitude d'aboyer est un produit de l'édu- 
cation. Cette dernière opinion est celle de Buffon, qui 
s'exprime ainsi : u H semble que le Chien soit devenu 
n criard avec l'Homme, qui, de tous les êtres qui ont 
ii une langue, est celui qui en use et en abuse le plus ; 
ti car, dans l'état de nature, le Chien est presque muet, 
ii il n'a qu'un hurlement de besoin par accès assez 
11 rares ; il a pris son aboiement de son commerce avec 

ii l'Homme, et surtout avec l'Homme policé; car, lors- 
ii qu'on le transporte dans des climats extrêmes et chez 
« des peuples grossiers, tels que les Lapons ou les Nè- 
n grès, il perd son aboiement, reprend sa voix naturelle, 






(1) Roulin, Mémoires de l'Académie des' sciences de Paris. 

Savants étrangers, T. VI, p. 345. 

(2) Prichard, Histoire naturelle de l'Homme, trad. franc. Paris, 

1843, in-8°, T. I, p. 48. 



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348 



LE CHIEN. 



y qui est le hurlement, et devient même quelquefois 

11 absolument muet (1). n 

Il paraît que le Chien domestique a perdu aussi l'habi- 
tude de se creuser des terriers, et c'est à peine si quel- 
quefois on le voit gratter légèrement la terre pour y 
enfouir les restes de son repas (2); mais les Chiens 
d'origine espagnole, redevenus sauvages dans les pam- 
pas de Buénos-Àyres, où ils se sont considérablement 
multipliés, ont cette habitude et cachent leurs petits dans 

leurs trous (3). Le Chien du nord de la Sibérie et celui 
des Esquimaux, bien que domestiques, se creusent aussi, 
pendant l'été, des trous en terre, pour échapper aux 












(1) Buffon, De la dégénération des animaux, dans son Histoire 
naturelle générale et particulière. Paris, Impr. roy., in-i°, T. 

XIV, p. 523. Les faits sur lesquels s'appyuie Buffon sont confirmés 
par les observations faites sur les Chiens des îles Pomotou par 
Schuten (cité parD. d'Urville, Voy. au pôle Sud. Hist. du voy., 
T. IV, p. 303); sur ceux des îles de la Société, par Forster (Second 
voyage de Cook. Paris, 1777, in-£°, T. I, p. 404, T. II, p. U, et 
T. V, p. 172); sur ceux de la Thébaïde, par Sonnini (Voyage dans 
la haute et dans la basse Egypte. Paris, an VII, in-8°, T. III, p. 

166); sur celui de la Nouvelle-Hollande par F. Cuvier (Annales du 
Muséum, T. II, p. 4t7&), et sur ceux de la Nouvelle-Irlande et de la 
Nouvelle-Guinée, par Lesson (OEuvres de Buffon, éd. publiée par 
Baudoin, Compl. T. III, p. 218); sur ceux du nord de la Sibérie 
(De Wrangell, Le Nord de la Sibérie, Voyage parmi les peu- 
plades de la Russie asiatique, trad. franc. Paris, 184-3, in-8°, T. I, 

p. 157). 

t 

(2) Flourens, De l'Instinct et de l'Intelligence des animaux, 
éd. 3, p. 128. 

(3) Don Félix de Azara, Voyage dans l'Amérique méridionale, 
T. ï, p. 381 ; de Humboldt, Tableaux de la nature, T. ï, p. 10. 









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LE CHIEN. 349 

piqûres des Mosquites, et pendant l'hiver ils en creusent 
dans la neige (1). 

Chacun sait la merveilleuse aptitude du Chien de ber- 
ger pour la garde des troupeaux, et, dans cette race, elle 
se transmet par hérédité ; il en est de même de plusieurs 
des races de Chiens d'Europe qui ont l'idée de la pro- 
priété de l'Homme et savent parfaitement la défendre. 

Un naturel ardent, colère, même féroce et sanguinaire, 
rend le Chien, redevenu sauvage, aussi redoutable que 
le Loup aux animaux et*à l'Homme (2) ; mais ces dispo- 
sitions naturelles font place, dans le Chien domestique, 
aux sentiments les plus doux, u II vient en rampant, dit 
il Buffon, mettre aux pieds de son maître son courage, 
n sa force, ses talents ; il attend ses ordres pour en faire 
n usage, il le consulte, il l'interroge, il le supplie, un 
« coup d'oeil suffit, il entend les signes de sa volonté (3) . n 
a Le naturel du Chien, dit ailleurs le même auteur, ne 
n diffère des autres animaux de proie que par ce point 
n sensible, qui le rend susceptible d'affection et capable 
» d'attachement. C'est de la nature qu'il tient le germe 
n de ce sentiment, que l'Homme ensuite a cultivé, 
11 nourri, développé par une ancienne et constante so- 
» ciété avec cet animal qui seul en était digne ; qui, plus 



(1) De Wrangel, Le nord de la Sibérie, Voyage parmi les peu- 
plades de la Russie asiatique, trad. franc. Paris, 1843, in-8°,T. I, 
p. 187; Bellot, Journal d'un voyage aux mers polaires. Paris, 
18S4, in-8°, p. 178. 

(2) Garcilasso de la Vega, Histoire des Incas rois du Pérou, 

trad. franc. Amsterdam, 1737, in-4<>, T. I, p. 504. 

(3) Buffon, Histoire naturelle, etc., T. V, p. 186. 













* 







































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B 












350 



LE CHIEN. 



11 susceptible, plus capable qu'un autre des impressions 
11 étrangères, a perfectionné dans le commerce de 
11 l'Homme toutes ses facultés relatives. Sa sensibilité, 
ii sa docilité, son courage, ses talents, tout jusqu'à ses 
ii manières s'est modifié par l'exemple et modelé sur les 
11 qualités de son maître (1). n 

Toutes les races de Chiens, et même tous les indi- 
vidus d'une même race sont loin de se ressembler sous 
le rapport du développement de l'intelligence, et, chose 

bien remarquable, cette faculté est ordinairement chez 
eux en rapport avec le degré de civilisation des peuples, 
au milieu desquels ils vivent, de telle sorte qu'on pourrait 
presque apprécier l'état de culture d'une nation par les 
Chiens qu'elle élève. Ainsi les Chiens de la Nouvelle- 
Zélande et des îles de la Mer du Sud sont stupides, sui- 



(2) 



(3) 



de sagacité que nos Moutons. Il en est tout autrement de 
nos Epagneuls, de nos Barbets et de nos Braques, qui 
se distinguent d'une manière si saillante sous le rapport 



de leur intelligence. 



Les aptitudes, les penchants, les habitudes deviennent 

■ 

donc, dans l'espèce canine, comme les modifications 
physiques, des caractères de races. 

Mais ces faits soulèvent deux questions importantes : 
1° les diverses races de Chiens proviennent-elles d'une 















r ï 



























(1) Buffon, Histoire naturelle, T. XI, p. 2. 

(2) Forster, Second voyage de CWA. Paris, 1777, in4°, T. I, p 
275, et T. V, p. 172. 

(5) Belloi, Journal d'un voyage aux mers polaires, p. 64. 























LE CHIEN. 



551 



seule et même espèce? 2° Ces races ne constituent- elles 
pas de nouveaux types organiques, de nouvelles espèces, 
en un mot? Les observations qui suivent répondent, ce 
nous semble, à l'une et à l'autre question. 

Si l'on compare entre eux le Chien de la Nouvelle- 
Hollande et l'Epagneul,le Lévrier et le Dogue, on trouve 
entre ces races des différences bien plus saillantes que 
celles qui distinguent beaucoup d'espèces voisines appar- 
tenant à un même genre de Mammifères ; cela est incon- 
testable, et G. Cuvier lui-même, cependant grand par- 
tisan de la fixité des espèces, ne le conteste pas. Or, ici, 
il faut de toute nécessité admettre, ou que les principales 

races de Chiens forment autant d'espèces distinctes, ou 
que la domesticité peut modifier les animaux, même 
dans des caractères d'une certaine valeur. 

Si l'on admet, avec quelques naturalistes, que les dif- 
férentes races de Chiens forment des espèces d.st.nctes, 
soit primitives, soit produites dans la suite des temps 
par l'action de la domesticité, il faudra signaler les diffé- 
rences tranchées qui doivent caractériser ces espèces. Si 
l'on se borne à comparer entre elles les races les plus 
disparates, il sera facile de trouver les caractères qui les 
séparent; mais, en dehors de ces types principaux, on 
rencontrera une foule de Chiens qui ne pourront plus 
exactement s'adapter aux espèces admises. Si on multi- 
plie au contraire, le nombre des espèces, de manière à 
y comprendre toutes les variétés, on arrive à ce résultat 
inévitable, c'est qu'il n'est plus possible d'établir ces 
espèces que sur des caractères peu importants et essen- 
tiellement variables. C'est que toutes les races de Chiens 
se nuancent et se confondent par des intermédiaires ; il 

















i 
















1 




































II 







































. 






352 



LE CHIEN. 



n'y a point entre elles de ligne de démarcation tranchée; 
or, c'est là précisément, comme nous l'avons établi, le 
caractère des variétés. Les diverses races de Chiens ne 
constituent donc qu'une seule espèce, modifiée de mille 
manières sous l'influence de la domesticité . 

Nous trouvons encore une nouvelle preuve à l'appui 
de cette opinion : il est reconnu de tous que les diffé- 
rentes races de Chiens peuvent s'accoupler et donner 
naissance à des individus, non-seulement susceptibles de 



que 



qu 



nent de deux individus appartenant à une même variété. 
C'est là un résultat qui n'est pas particulier à l'espèce 
canine, mais c'est un fait, généralement vrai, que la 
fécondité augmente par le croisement des races. Il n'en 
est pas ainsi, nous l'avons vu, des produits du croisement 
de deux espèces distinctes. Nous reconnaissons donc, à 
ces deux signes importants, que les Chiens n'ont qu'une 

seule origine. 

Mais quelle est cette origine? Le type sauvage du 
Chien existe-t-il encore? G. Cuvier pense que l'espèce 
tout entière est devenue la propriété de l'Homme et lui 

a été asservie. Les seuls Chiens sauvages qu'on observe 
aujourd'hui, dans quelques contrées du globe, ne sont 
que les descendants de Chiens domestiques, qui ont re- 
conquis leur liberté. Ainsi les Chiens, introduits en 
Amérique, y sont redevenus sauvages, et ils s'étaient 
déjà tellement multipliés dans plusieurs de ses régions, 
un siècle après la conquête, qu'il fallut mettre leur tête 
à prix (1). C'est ce qui eut lieu à Saint-Domingue, à 






(1) Joseph Àcosta, Histoire naturelle et morale des Indes tant 




























* 



LE CHIEN. 



353 



Cuba et dans presque toutes les grandes Antilles ; les 
Chiens sauvages fourmillent dans les pampas de Buenos- 



(1), au Paraguay (2) 



(3), à l'île de 




Tierra de Juan Fernandez (4). Par suite des derniers 
événements de la Plata, les Chiens sont redevenus sau- 
vages dans beaucoup de fermes abandonnées des envi- 
rons de Monte- Video ; ils se réunissent en grand nombre 
et attaquent, dit-on, les voyageurs isolés. Par l'effet 

naturel de leur nouvelle manière de vivre, bien qu'ils 
descendent de variétés très-différentes les unes des autres, 
leur pelage est redevenu uniforme (S). On en rencontre 
aussi dans quelques contrées de l'Afrique (6), et il en 



existe également dans l'Inde (7). 






orientales qu'occidentales, trad. franc. Paris, 1616, in-12, p. 191; 
Oxmelin, Histoire des Aventuriers. Paris, 1688 et 171 3, in*18,p. 81. 

(1) Garcilasso de la Vega, Histoire des Incas, rois du Pérou, 
trad. franc. Amsterdam, 1737, în-4°, T. I, p. 504; Bougainville, 
Voyage autour du monde. Paris, 1772, in-8°, T. I, p. M ; de 
Humboldt, Tableaux de la nature, T. I, p. 10. 

(2) Don Félix de Azara, Voyage dans l'Amérique méridionale, 
T. I, p. 381. 

(3) A. de Saint-Hilaire, Mémoires du Muséum, T. IX, p. 366. 
(4-) Don Antonio Ulloa, Voyage historique de V Amérique méri- 
dionale. Paris, 17S2, in-* , T. II, p. 21. 

(5) F. de Castelnau, Expédition dans les parties centrales de 
l'Amérique du Sud. Histoire du voyage. Paris, 1850, in-8°, T. 

III, p. 587. 

(6) Antoine Zuchel, Voyage au Congo et en Ethiopie, p. 293; 
Kolbe, Description du cap de Bonne-Espérance. Amsterdam, 

17H, in-12,T. III, p. 48. 

(7) F. Cuvier, Dictionnaire des sciences naturelles de Le- 

vrault, T. VIII, p. S35. 



I. 



23 




























































I, 






























5S4 



LE CHIEN. 



Plusieurs naturalistes ont pensé que le Chien dômes- 



pour 



plusi 



aujourd'hui, telles que le Renard, l'Hyène, le Loup et le 



Chien 



origine unique 



nous l'avons 



démontré ; il ne nous reste donc que la première opinion 
à discuter, et à rechercher quelle serait celle des quatre 
espèces, que nous venons de nommer, qui aurait donne 
naissance au Chien domestique. 
Serait-ce le Renard? Mais il appartient à un genre 



Chien 




enres sont net- 



tement caractérisés et très-distincts; le Renard a, en 
outre, des habitudes nocturnes qui sont étrangères a 
l'espèce canine; son système dentaire offre des diffe- 



rences, 



m 



rendes, auiwm v*«»- .- — 

jamais on n'a pu obtenir d'alliance et encore moins de 
produits hybrides des deux espèces. 

L'Hyène est encore plus éloignée du Chien par sa con- 
formation, et constitue le type d'une famille animale 

distincte. Aussi personne ne soutient plus cette opinion, 

/•rvx J ' *^A mi'alla cet 



depuis que 

erronée. 



(2) a démontré qu'elle est 



rapproche 



du Chien 



de 



)inion de Pline (5), 
du moyen âge, et, 



(1) Guldenslœdt, Novi commentant Académie scientiarun 
perialis petropolitanœ, 1775, T. XX, p. 487. 

(2) Guldcnstœdt, Ibidem, T. XX, p. 455. 

(3) Plinius, Historiœ naturalis lit). VIU, cap. 61. 



i un- 



I 



. 









t 


















X 



LE CHIEN. 555 

dans les temps modernes, celle de Zimmermann. La- 
marck (1) et Bell (2) n'étaient pas éloignés de l'adopter. 
Mais le Loup est solitaire, les Chiens sont essentiellement 
sociables, ils ont une disposition à se réunir en famille, 
et ils suivent constamment cet instinct, lorsqu'ils sont 
en situation de le faire. La Louve porte 90 jours et la 
Chienne seulement 60 à 62. Les Chiens rendus à la vie 
sauvage vivent par troupes, et les villes de l'Orient nous 
montrent le même phénomène dans ces Chiens sans 
maître qui se réunissent et qui, après avoir adopté un 
quartier, n'y souffrent la présence d'aucun Chien étran- 
ger (3). Guldenstœdt (4-) fait également remarquer qu'il 
est probable que l'animal, dont provient le Chien do- 
mestique, a une taille intermédiaire entre les races de 
Chiens les plus grandes et les plus petites ; or le Loup a 
une taille presque égale à celle des plus grands Chiens. 
Le Chien redevenu sauvage se creuse des terriers, le 
Loupjamais. Ces deuxanimauxontentreeuxuae antipathie 
extrême ; ce n'est qu'avec difficulté qu'on est parvenu à 
les unir en captivité, et, comme nous l'avons vu, leurs 
métis sont devenus stériles au bout de 3 ou 4- générations. 



Chacal 



Ch 



(3) 



(1) Lamarck, Philosophie zoologique,!!. I, p. 229. 

(2) Bell, History of British Quadrupeds, 1837, p. 200. 

(3) F. Cuvier, Dictionnaire des sciences naturelles de Le- 

vrault, T. VIII, p. 2U. 

{£) Guldenstœdt, Novi comment arii Academiœ scientiarum im~ 
perialis petropolitanœ, 1775, T. XX, p. 4So. 

(5) Guldenslœdt, Ibidem, T. XX, p. 487 et 462. 








' I 



























r 















f 




























LE CHIEN. 






deux 



vement. Il fait remarquer, à l'appui de son opinion, que 
le Chacal ne fuit pas l'Homme comme le Loup, qu'il le 
suit, au contraire, dans ses courses; que sa taille ne 
s'oppose pas à cette idée, puisqu'elle est intermédiaire à 
celles que présentent les plus grandes et les plus petites 
races de Chiens ; que ses habitudes sont analogues, et 
qu'apprivoisé, il se comporte comme le Chien vis-à-vis 
de son maître. Mais le Chacal a une odeur si particulière 
et si forte, qu'il ne semble guère possible que le Chien 
venu du Chacal n'en conserve pas au moins quelques 
traces. M. Flourens (1) s'est assuré, du reste, p; 
expériences positives, que les hybrides de ces 
espèces ne jouissent pas de la fécondité continue. 

Nous ferons observer que le Chien présente un carac- 
tère psychologique qui lui est propre : c'est cette incli- 
nation qui porte tous les individus, à quelque race qu'ils 
appartiennent, à s'associer à l'Homme, d'où il est résulté 
que, dans tous les temps et dans presque toutes les 
parties du globe, ils ont été ses compagnons et ses 
esclaves dévoués. Sous ce rapport, le Chien contraste 
singulièrement avec le Renard, l'Hyène, le Loup et le 

Chacal. 
Enfin G. Cuvier (2) et M. Flourens (3) font observer 

que le Chien, rendu à l'état sauvage en Amérique, n'est 

devenu ni Loup, ni Chacal, comme cela se produirait si 



(1) Flourens, Cours de physiologie comparée, 18S6, in-8°, 



p. 17. \ 

(2) G. Cuvier, Règne animal, I, p. 149. 
(5) Flourens, Buffon, histoire de ses idées 

éd, 2, p. 88. 



et de ses travaux, 















mam 








V 



\ 






LE CHAT. 



357 



l'une de ces deux espèces était l'origine du Chien, 
comme le démontrent plusieurs exemples que nous pro- 
duirons plus loin. 



ces faits 



Nous sommes conduit à conclure de tous 
que, malgré les différences considérables que présentent 
entre elles les diverses races de Chiens, elles appartien- 



nent toutes à un même 



tout entière a été réduite en servitude. 



amque, et que l'espèce 






.•':. 






Le Chat. 



Le Chat domestique nous montre des 

races assez nombreuses ; mais les modifications que cette 
espèce a subies sont généralement d'une importance 
moindre que celles que nous offre le Chien. Cela lient 



que I 
Chie 



Cepend 



l'Homme; il était domestique en Egypte du temps des 
Pharaons; dans l'Asie-Mineure, dans la Babylonie, dans 
la Chine et dans l'Inde dès la plus haute antiquité (1) ; 
mais il n'a jamais été qu'à demi domestique. 

Toutefois, sous le rapport de la couleur, de la lon- 
gueur, de l'abondance et de la finesse du poil, les diffé- 
rences sont multipliées , et c'est surtout par le pelage 
qu'on dislingue ses différentes races. 

Le Chat d'Espagne a le poil roux ou mélangé de roux, 
de blanc et de noir, et, transporté en Amérique, il y a 
conservé, en domesticité du moins, les caractères qui le 















. 





















(1) Dureau de la Malle, Annales des sciences naturelles, sér 1 
T. XVII, p. 165 et 167. 



























il 
























II 






558 



LE CHAT. 



(l) 



apportés sur la côte occidentale d'Afrique par les Hol- 
landais, et qui se sont conservés sous ce climat nouveau 



sans v 



ariations appréciables (2). Le Chat d'Angora se 
fait admirer par ses poils longs, abondants, soyeux, 
mais de couleurs variées. Le Chat des Chartreux en dif- 
fère peu sous le rapport de la finesse du pelage, mais sa 
couleur est constamment d'un gris d'ardoise. Il y a aussi 
en Perse, dans la province du Khorassan, des Chats à 



poil 



gris, fin, lustré, délicat comme la 



soie, très-long et bouclé particulièrement sous la gorge ; 
ils sont aux autres Chats Ce que les Barbets sont entre 

On cite également, parmi les Chats à 



(3) 



poils 



et ondulés, ceux de Boukhtarma, dans la 

le (4). 

La peau de la plante des pieds, du nez et la mu- 
queuse des lèvres varient aussi : celles-ci sont rosées dans 
les Chats d'Angora, dans celui d'Espagne, etc.; elles 
sont noires, au contraire, dans le Chat des Chartreux, 
dans le Chat sauvage; et, dans nos Chats domestiques 
ordinaires, elles sont tantôt rosées, tantôt noires. 

Le Chat de nos foyers a les oreilles dressées, mais, en 
Chine, dans la province de Pé-tchi-li, on en trouve à 
oreilles pendantes (5), caractère qui semble démontrer 



(1) F. Cuvier, Dictionnaire des sciences naturelles de Le- 

vrault, T. VIII, p. 210. 

(2) Bosman, Voyage en Guinée, trad. franc. Utrecht, 1705, in-12, 
p. 243. 

(3) Pielro detla Valle, Voyages, T. V, p. 98. 

(&) Bulletin de la Société d'acclimatation, T. II, p. 428. 

(S) Histoire générale des Voyages, par l'abbé Prévôt, T. VI, 

p. 10. 












* 













LE CHAT. 



559 



que ces animaux sont plus éloignés de leur type originel 



qu 



Une modification très-remarquable et très-importante, 



Chat 



son canal digestif est proportionnément plus long que 
celui du Chat sauvage ; dans ce dernier, il est relative- 
ment à la longueur du corps, calculée du nez à l'origine 



1 



Ch 



queue 
8(1) 



1 



3, et dans le Chat domest 



nos habitations, rend raison de cette diffé - 



(2) 



Enfin le Chat domestique, transporté en Amérique, y 
a perdu l'habitude, lorsqu'il est en amour, de faire en- 
tendre ces miaulements incommodes, par lesquels, dans 

nos pays, il annonce ses désirs et témoigne de sa jalou- 
sie (3). Cette curieuse modification s'est opérée, bien 
peu de temps après son introduction sur le Nouveau- 
Continent, nuisau'elle avait déià été constatée, en 1554, 



" 



:• 






(4) 



Chats 



tiques, sous le rapport de leurs instincts, de leurs habi- 
tudes et même de leurs qualités affectives, h Si les uns, 
ii dit F. Cuvier (5), sont des fripons incorrigibles, d'au- 



(1) G. Cuvier, Anatomie comparée, éd. 2, T. IV, part. 2, p. 



186. 

(2) L Geoffroy-Saint-Hilaire, Essais de zoolo gie générale, p. 298. 

(3) Roulin, Mémoires de V Académie des sciences de Paris. 

Savants étrangers, T. VI, p. 5^6. 

(&) Lopez de Gomara, Historia gênerai des las Indias. Anvers, 
18S2,in-8o. 

p 

(5) F. Cuvier, Dictionnaire des sciences naturelles de Lc- 

vrault, T. .VIII, p. 209. 























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360 



LE CHAT. 



11 



11 



11 



11 



11 



11 



11 



11 



11 



très vivent au'milieu des offices et des basses-cours, 
sans être jamais tentés de rien dérober, et l'on en voit 
qui suivent leurs maîtres comme le ferait un Chien. 
Ce haut degré de domesticité de certains Chats est, 
sans contredit, l'exemple le plus remarquable de la 
puissance de l'Homme sur les animaux, de la flexibilité 
de leur nature, des ressources nombreuses qui leur 
ont été données, pour se ployer aux circonstances et 
pour se modifier suivant les causes qui agissent sur 

n eux. « 
Ces faits sont d'autant plus remarquables que les 

Chats sont, par nature, poussés à vivre seuls ; une pro- 
fonde défiance les éloignait de notre espèce, et l'on 
n'apercevait en eux aucun germe de sentiments affec- 
tueux, et cependant quelques races de ces animaux ont 
été si bien asservies, qu'elles ont aujourd'hui un besoin 
extrême de la société de l'Homme. 

Le Chat sauvage de nos forêts est-il la souche de notre 
Chat domestique? C'est l'opinion de G. et de F. Cu- 
vier (1). Il est plus fort et plus gros que le Chat domes- 
tique ; son cou est plus long ; son front est plus convexe ; 

son poil est rude, long et d'une couleur constante, mêlée 
de fauve, de noir et de gris-blanchàtre et forme des 
bandes noires parallèles sur différentes parties du corps ; 
sa queue est pendante, au lieu que le Chat domestique 
la porte relevée ; ses oreilles sont plus droites ; il a tou- 
jours les lèvres et les pattes noires. Mais il n'y a là aucun 
caractère distinctif qui puisse être considéré comme spé- 
























(1) G. Cuvier, Règne animal, T. I, p. 465; F. Cuvier, Diction- 
naire des sciences naturelles de Levrault, T. VIII, p. 206. 






















LE CHAT. 



361 



cifique, et, d'une autre part, le Chat sauvage et notre 
Chat domestique s'allient sans aucune répugnance et 
donnent ensemble des produits indéfiniment féconds. 
D'où Ton doit conclure que ces deux formes animales 
appartiennent à une seule et même espèce. Selon quel- 
ques auteurs, le Chat de nos forêts ne serait qu'un Chat 



edeven 



echercher son type primitif 



une espèce asiatique ou africaine, notamment dans 



les Felis Manul 



Temm.. ou 



même Felis caligata Temm. Il est possible aussi que les 
Chats de l'Ancien-Continent, qui sont aujourd'hui do- 
mestiques, aient, dans certaines contrées de l'Asie et de 
l'Afrique, une origine différente de ceux des Chats euro- 
péens. Ce auî semble confirmer cette manière de voir. 



Chat des anciens E 



? 



qu'on retrouve 



embaumé dans leurs hypogées, serait, suivant Temming 
et de Blainville, le Felis maniculata Temm. Quelle que 



soit la solution 



de 



■ 

nouvelles recherches, au sujet de cette question aujour- 
d'hui controversée, il n'en résulte pas moins que notre 
Chat domestique s'est singulièrement modifié, surtout 
en ce qui concerne son pelage ; et si le Chat de nos forêts 
n'est qu'un Cliat domestique, revenu à la vie sauvage, 
on ne peut trop s'étonner de l'uniformité que présentent 
les différents individus, bien que provenant de Chats 
extrêmement variés dans leurs caractères extérieurs. 
Mais aussi, à l'état d'indépendance, tous les individus 
reprennent leur genre de vie primitif et ne diffèrent au- 
cunement entre eux sous ce rapport, preuve évidente 
que la domesticité détermine les variations, et que la 






, 




























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■1 



562 



LE LAPIN. 



vie sauvage qui lui succède ramène à l'unité de carac- 
tères les animaux qui, après avoir été asservis, se sont 
soustraits à l'empire de l'Homme. 



Le Lapin. — Le Lapin sauvage parait être originaire 
de l'Europe méridionale, où, suivant M. P. Gervais (1), 
on retrouve ses ossements enfouis dans le sol, et dont 
l'ancienneté paraît dater d'une époque non éloignée 
de l'origine de la période géologique actuelle. Sa do- 



delà du 



que 



— — 

blement varié, mais principalement dans ses caractères 

superficiels. 

Il y a des Lapins gris, blancs, noirs, rougeàtres ou 
pies. Les Lapins albinos aux yeux rouges ne sont pas 
rares, se propagent très-bien entre eux, sont très-rusti- 
ques et résistent mieux que les autres à une température 

froide. 

On en distingue trois races principales, caractérisées 
par leurs poils : 1° le Lapin de clapier ou Lapin ordi- 
naire ; 2° le Lapin riche, à poils abondants, longs, fer- 
mes, gris ou ardoisés ; 5° le Lapin d'Angora, dont la 
fourrure est beaucoup plus longue encore, soyeuse, on- 
doyante, et en partie frisée comme la laine. 

La taille du Lapin domestique est en général bien plus 
élevée que celle du Lapin sauvage ; il est même une race 
qui atteint jusqu'à 60 centimètres de l'extrémité du mu- 
seau à l'origine de la queue, qui pèse 5 à 6 kilog. et 


















\ 









(1) P. Gervais, Histoire naturelle des Mammifères, T. I,p.289. 



















LE LAPIN. 



363 




même davantage, et qui produit beaucoup, c'est le Lapin 
bélier, ainsi nommé par les éleveurs, parce que sa tête 
est grosse et son front bombé (1). Mais il existe aussi de 



m* 



petites races : telle est la variété désignée sous le nom 
de Nicard, très-répandue en Provence, et qui ne pèse 
qu'un à deuxkilog. Onrencontn 
entre ces deux extrêmes (2). 

On observe aussi, dans la loi 

intestinal, une différence entre le Lapin sauvage et le 
Lapin domestique, mais elle est moins prononcée que 
dans le Chat (3). 

H'existe des Lapins complètement privés d'oreilles, et, 
chose remarquable, cette anomalie se perpétue par voie 



\ 



» 



ges se creusent des 
logés pendant plus 



dans des 
bilité d'o 



par 



(S) 



s l'impossi 
perdent pli 



Les Européens ont transporté le Lapin domestique 
dans la plupart des pays, où ils ont fondé des colonies, 
et, dans quelques contrées, ces animaux ayant été aban- 
donnés à eux-mêmes, sont redevenus sauvages. Ainsi 



(1) Bulletin de la Société d'acclimatation, T. I, p. 252. 

(2) Mariot-Didieux, Guide de l'éducateur de Lapins. Paris, 18M, 
in-18, p. 43. 

(3) G. Cmier, Anatomie comparée, éd. 2, T. IV, part. 2, p. 176. 
(&) P. Gervais, Histoire naturelle des Mammifères, T. I, p. 288. 
(S) G. Leroy, Lettres philosophiques sur l'intelligence et la 

perfectibilité des animaux. Paris, 1802, p. 231. 













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364 

l'Inca Garcilasso 



LE COBAYE. 



Vega (1) affirme 



temps déjà, il en existait au Pérou qui avaient recouvré 
leur liberté, mais il ne dit rien des modifications que 
l'état de nature leur a imprimées. Spallanzani est plus 
explicite sous ce rapport. » Les Lapins de l'île de Lipari, 
« dit-il, sont plus petits que ceux qu'on élève en domes- 
i» ticité ; ils ont le poil gris comme tous les Lapins sau- 
» vages. Ce n'est pas qu'ils aient une origine libre, car 
n on se rappelle encore l'époque où les premiers furent 
11 apportés par un paysan et abandonnés dans l'île, où 
» ils multiplièrent prodigieusement (2). n Ce fait, rap- 
porté par un observateur aussi habile et aussi conscien- 
cieux, ne permet pas de douter que le Lapin domestique 
ne perde promptement les caractères de la servitude, 
lorsqu'il est rendu à ses habitudes et à ses instincts na- 
turels, et ne revienne bientôt à son type primitif, c'est-à- 
dire, au Lapin de garenne. 























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• 



** 



Le Cobaye ou Cochon d'Inde. — Ce Rongeur a pour 

type sauvage le Cavia aperça des auteurs, qui est indi- 
gène au Brésil, au Paraguay et à la Guyane. Ce qui con- 
firme l'identité d'espèce, mise en doute par quelques na- 

turalistes, c'est que, chez l'Apéréa comme chez le Cobaye, 
l'organisation, celle du crâne en particulier, présente 
une conformité remarquable ; ils ont le même cri, le 
même grognement par lequel ils témoignent leur satis- 



(1) Garcilasso de la Vega, Histoire des Incas, rois du Pérou, 
trad. franc. Amsterdam, 1737, in-4°, T. I, p. 507. 

m 

(2) Spallanzani, Noyage dans les deux Siciles, trad. franc., an 

VIII, T. IV, p. 76. 










































LE COCHON. 



365 



faction, les mêmes habitudes nocturnes ; l'un et l'autre 
se réunissent en société, et dans la marche ils se suivent 
à la file, trottant l'un à la suite de l'autre derrière le chef 
de leur petite colonne. 

Mais ils diffèrent par la taille ; la domesticité a eu sur 
le Cobaye la même influence que sur le Lapin, sa taille 
s'est élevée. Les variations de couleur ne sont pas moins 
saillantes et paraissent s'être produites assez rapidement ; 
car Aldrovancle (1), qui écrivait au milieu du XVI e siè- 
cle, c'est-à-dire, cinquante ans après la découverte du 
Nouveau-Monde, nous apprend que, de son temps, le 
Cobaye avait déjà les couleurs blanche, noire et rousse 
que nous lui voyons aujourd'hui. Des peintures, qui da- 
tent de François I er , nous le montrent également avec 
les caractères extérieurs qu'il nous offre actuellement, 
tandis que le type sauvage, l'Apéréa, a le pelage gris- 
roussàtre en dessus et blanchâtre en dessous. 

Mais une autre modification remarquable qu'il a subie, 
c'est son extrême fécondité à l'état domestique. L'Apéréa 
ne donne, à chaque portée, qu'un ou deux petits, et il 
n'en fait qu'une par an (2). Le Cobaye domestique, au 
contraire, bien qu'il n'ait, comme son type primitif, que 
deux mamelles, met bas chaque fois 5 ou 6 petits, et 
quelquefois même jusqu'à dix, et donne plusieurs portées 
dans le cours d'une année. 



■ 



Le Cochon. — La domestication de cette espèce parait 



(1) Ulysses Aldrovandus, De Quadrupedibus digitatis, lib. II, 

cap. 28. 

(2) Don Félix de Azara, Voyage dans l'Amérique méridionale, 

T. I, p. 315. 



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586 le COCHON. 

être très-ancienne. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle 
servait à l'alimentation des habitants de l'Europe et 
d'autres parties de l' Ancien-Continent, longtemps avant 
les époques mentionnées dans l'histoire. Très-estimée de 
quelques-uns des peuples de l'antiquité, sa chair était 
chez d'autres un objet d'horreur. Non-seulement les 
Egyptiens du temps des Pharaons s'abstenaient de la 
viande de Porc, mais ils regardaient même l'attouche- 
ment de ces animaux vivants comme une souillure. Ils 

en élevaient cependant, comme le prouvent les scènes 



peintes sur leurs monuments (1) 



S 



considéraient les personnes, chargées de les se 
comme dégradées et comme infâmes. Le même senti 



de 



nos jours, chez les Mahométans. Toutes les nations les 
plus anciennes de l'Europe faisaient, au contraire, un 
grand usage de la chair de cet animal ; les Grecs en 
mangeaient habituellement, et, chez les Romains,. elle 
constituait en grande partie la nourriture du peuple. 

Le Porc a dû varier beaucoup sous l'influence d'une 
domesticité aussi ancienne, et d'autant plus, que cet 

animal est l'une des espèces qu'on peut citer comme 
très-élastiaues nar leur nature ; c'est aussi une de celles 

se nourrissent 



pportent 



les climats 



qui 



d'aliments de toutes sortes. Le Porc est, en effet, à la 
fois omnivore et ubiquiste. L'observation confirme plei- 
nement ces appréciations et nous montre un grand nom- 
bre de variations dans cette espèce. 












I 






(1) Ippolilo Rosellini, / monumenti delV Egitto e delta Nubia 
Pisa, 1832, ia-foi., T. II, tav. 50, f. 5. 


















LE COCHON. 



367 



Le pelage est blanc, ou noir, ou rougeâtre, ou brun, 
ou bigarré de deux de ces couleurs ; les soies sont plus 
ou moins épaisses, plus ou moins raides, elles sont plus 
ou moins abondantes, droites ou rarement un peu cré- 
pues. Les teintes de la peau varient également, mais ces 
modifications de couleur se manifestent surtout au groin, 
dont la partie nue passe du noir au rosé, ainsi que les 
lèvres. 

Chez la plupart des Cochons domestiques, les oreilles 
sont larges, très-grandes, peu mobiles et pendantes. 
Mais ce fait n'est pas général, et il existe aussi des variétés 
de cette espèce qui ont les oreilles pointues, dressées et 
mobiles. Les petites races d'Angleterre nous en fournis- 
sent des exemples : telles sont celles des Highlands, des 
îles d'Ecosse (1), le Cochon turc ou de Mongoltz (2), celui 
des Ardennes, etc. Les Porcs des anciens Egyptiens n'a- 
vaient pas non plus les oreilles élargies et pendantes ; 
ces animaux n'étaient pas encore, à cette époque reculée, 

marqués de ce stigmate de la servitude (3). 

Leurs sabots nous offrent aussi, dans certaines races, 
des particularités remarquables. Des Porcs domestiques, 
originaires de Castille, importés, en 1509, par les Espa- 
gnols, dans l'île de Cubagua, découverte par Christophe 
Colomb, et célèbre alors par sa pêcherie de perles, ont 



(1) David Low, Histoire naturelle agricole des animaux do- 
mestiques de l'Europe. Le Cochon, trad. franc. Paris, 1842, in-4°, 
p. 27. 

(2) F. Cuvier, Dictionnaire des sciences naturelles de Levrault, 
T. IX, p. 5U. 

(3) Ippolito Rosellini, op. cit., T. II, tav. 30, f. 3. 






\ 










































































/ 



368 



LE COCHON, 



dégénérés en une race monstrueuse, qui a des pinces 
d'une demi-palme de longueur (1). D'une autre part, il 
existe des Porcs solipèdes, ou plutôt pourvus de trois 
doigts réunis par le développement d'un doigt intermé- 
diaire (2) ; ils étaient connus des anciens ; Aristote en 
parle et les signale en Illyrie et en Pœonie (3) ; Linné (4) 
les dit communs aux environs d'Upsal ; Pallas (5) les 
indique en Pologne, et Prichard (6) dans quelques par- 
ties de l'Angleterre. 

La taille ne nous présente pas des différences aussi 
saillantes que dans les autres espèces très-anciennement 

domestiquées, notamment que dans le Chien ; cependant 
il y a de petites et de grandes races. On peut citer 
comme modifications extrêmes, sous ce rapport, le Co- 
chon des Highlands et celui de Normandie. La disposition 
à engraisser est générale dans les races domestiques, 
mais elle existe à un degré plus ou moins développé, et, 
lorsqu'elle coïncide avec une taille élevée, les animaux 

j 

peuvent atteindre une grosseur et un poids considérables. 

C'est ainsi que des individus de la race anglaise de Che- 
shire ont atteint jusqu'à 2 m 94 de longueur du bout du 



(1) Herrera, Description de las Indias orientales. Madrid,1601, 



in-R 

(2) F. Cuvier, Dictionnaire des sciences naturelles de Levrault, 
T. IX, p. 514. Voir aussi YOstéographie de de Blainville ; Mono- 
graphie du genre Sus. 

(3) Aristoteles, Historiée animalium lib. II, cap. 1. 

(4) Linnseus, Fauna suecica, éd. ait. Stockolmiœ, 1761, p. 8. 
(8) Pallas, Spicilegia zoologica, fasc. I, p. 19. 

(6) Prichard, Histoire naturelle de l'Homme, T. I, p. 43. 







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LE COCHON. 



369 



museau à l'extrémité cle la queue, et pesaient plus de 
600 kilog. (1). 

Le squelette lui-même s'est modifié : la tête osseuse 
est plus ou moins raccourcie ou saillante, plus ou moins 
large et plus ou moins bombée ; les membres peuvent 
être courts ou allongés, et, dans certaines races, par exem- 
ple, dans celle de Normandie (2), les membres pelviens 
sont proportionnément plus longs que les membres pec- 
toraux, d'où le train de derrière se trouve plus élevé que 
l'épaule. Mais il y a plus : suivant Eyton (5), le nombre 
des vertèbres varie de 13 à 15 pour les dorsales, de k à 



6 pour les lombaires et pour les sacrées, de 13 à 23 pour 
les caudales, et, ce qui nous semble douteux, le même 
auteur considère ces différences comme constantes clans 
les diverses races de Porcs. Les faits eux-mêmes sur 



lesquels il s'appuie mériteraient d'être vérifiés avec soin. 



On 



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dents incisives; mais, comme de Blainville l'a démon 
tré (4), ces variations ne sont qu'apparentes, les incisivf 
latérales étant petites et se détruisant facilement. 

Ce qu'il y a de bien remarquable dans le Porc, et cela 
en raison de sa taille et du degré élevé d'organisation 
auquel il appartient, c'est son extrême fécondité. La 










\ 













i 



(1) Bibliothèque rurale. Du traitement des Porcs. Paris, 1853 

M8, p. 2&. 

(-) Blumenbach, De generis humant varietate nativa. Goltingœ 

*79B, in-12, p. 78. 

(3) Transactions ofthe zoological Society, februar, 1857. 

(4) De Blainville, Ostéographie. Monographie du genre Sus 
P- 146. 



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LE COCHON. 




















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femelle peut mettre bas, à chaque portée, jusqu'à 16 et 
17 petits, c'est-à-dire, un nombre plus considérable 
au'elle n'a de mamelles, ce qui indique rigoureusement 
que cette puissance génératrice s'est accrue par la do- 
mesticité. 

Quelle est l'origine du Cochon domestique? La ques- 
tion est controversée ; cependant la plupart des natura- 
listes pensent que son type sauvage est le Sanglier de 
nos forêts, et si cette opinion est vraie, ce que nous 
discuterons plus loin, cette espèce animale nous fournira 
un nouvel exemple de la puissance modificatrice de la 

domesticité. 

Le Sanglier semble, au premier abord, bien différent 

du Cochon domestique. Il s'en distingue par sa taille en 
général plus élevée, par l'abondance, la longueur, la 
raideur de ses soies, qui sont, en outre, mélangées d'une 
laine douce, molle, frisée, déjà signalée par Buffon (1), 
et qui existe seule derrière les oreilles. Sa couleur est 
constante; elle est presque noire; seulement, clans le 
jeune âge, le Sanglier a une livrée bien connue. Ses 
oreilles sont constamment dressées et mobiles ; sa dispo- 
sition à engraisser est beaucoup moindre ; sa chair est 
de couleur plus foncée, plus ferme et d'une saveur bien 
différente. La forme générale du corps est plus trappue, 
les membres plus fortement musclés, le cou plus court 
et plus épais, la tête moins fléchie. Ses défenses, par 
leur grand développement et leur forme tranchante, de- 
viennent dans le mâle des armes très-redoutables. Son 
tube digestif est plus court et moins ample. Enfin» 



(1) Buffon, Histoire naturelle, T. V, p. 128. 




i 













* 






LE COCHON. 



571 



(3) et Gh. Hall (4) 



(1), Blumenbach (2) 



plus large que celui du Porc, son chanfrein est droit et 
non concave, et ces différences seraient même, suivant 
ces auteurs, qui me semblent être ici un peu trop abso- 
lus, bien autrement considérables que celles qui séparent 
le crâne d'un Nègre de celui d'un Européen. Le Sanglier 
ne diffère pas moins du Porc par ses instincts,' par ses 
habitudes nocturnes, par son activité, par sa force, par 
son courage, par sa férocité. Le Cochon domestique, au 
contraire, est paresseux, sans énergie, et l'amour de la 
liberté semble être éteint en lui ; il se plaît dans son 
élable et paraît content d'y rentrer après une courte 
absence ; il veille le jour et dort la nuit ; il est inoffensif 
et obéit à la voix d'un enfant. 

4 

Mais ces différences que nous venons de signaler ne 
sont pas aussi tranchées, si l'on compare au Sanglier 
certaines races de Porcs domestiques. Il en est qui, plus 
près de la vie sauvage ou soumis à une servitude moins 
rigoureuse, s'éloignent bien moins du Sanglier par leurs 
caractères physiques, par leurs mœurs et par leurs ins- 
tincts. Dans les Highlands du nord de l'Ecosse, en Hon- 
grie et en Turquie, la plupart des Porcs ont les oreilles 

r 






(1) Buffon, Histoire naturelle, T. V, p. 161, tah. 24, f. 1 et 5. 

(2) Blumenbach, De generisJiumani varietate nativâ. Gotlingse, 
1795, in-12, p. 80. 

(5) Lawrence, Lectures on comparative analomy, physiology, 
zoology and the natural history of Man, London, 1848, p. 2S0. 

{&) Ch. Hall, Ânalytical synopsis ofthe natural history ofMan, 
iû Pickering's Races ofMan, p. S5. 









1 






























t 












m^H 





















I 





























572 LE COCHON. 

dressées ; ils ont un air sauvage et bourru, mais aussi, 
pendant la saison d'été, ils pâturent en toute liberté clans 
les montagnes. Il en est de même des Porcs élevés par les 
habitants des Paramos, c'est-à-dire, sur des montagnes 
froides, qui ne mesurent pas moins de 2500 mètres au- 
dessus du niveau de la mer ; ils présentent, en outre, 
comme le Sanglier, une laine douce enchevêtrée avec la 
base des soies (1). Le Cochon turc présente à sa nais- 
sance la livrée du Sanglier. Enfin, les Porcs de la Nor- 
wège, du nord de la Russie, de la Suède, qui jouissent 
d'une plus grande indépendance, se rapprochent bien 
plus encore du Pachyderme de nos forêts (2). J'ajou- 
terai enfin que certaines races domestiques, celle du Poi- 
tou, par exemple, ne diffère pas du Sanglier par la forme 

du chanfrein. 

Nous pouvons citer des faits bien plus concluants en- 
core. Les Porcs n'existaient pas en Amérique au moment 
de sa découverte. Ils furent introduits à Saint-Domingue 
par Christophe Colomb lui-même, en novembre 1493, 
lors de son second voyage, et les conquérants Espagnol 



imitèrent cet exemple et en transportèrent à Cuba, à la 

Jamaïque, clans presque toutes les Antilles, et enfin sur 



que 



pandi 



(1) Roulin, Recherches sur quelques changements observés dans 
les animaux domestiques transportés de l'Ancien dans le Nou- 
veau-Continent, dans les Mémoires de V institut. Savants étran- 

g ers, T. VI, p. 527. 

(2) David Low, Histoire naturelle agricole des animaux domes- 
tiques de l'Europe. Le Cochon, p. 19. 
















LE COCHON. 



573 



latitude nord jusqu'au 40 e de latitude sud ; ils pénétrè- 
rent même jusque sur le plateau de Bogota, à la suite 
des soldats de Banalcazar, l'un des lieutenants de Pizarre. 
Mais, mal gardés presque partout, errant en liberté 
autour des habitations, quelques-uns s'égarèrent dans 
les bois, y reprirent forcément la vie sauvage, et se re- 
produisirent avec une incroyable fécondité. Nous savons 
par Oviédo (1) que, moins de trente ans après la décou- 
verte du Nouveau-Monde, il existait des Cochons marrons 
à Cuba, à Porto-Rico, à la Jamaïque; il en fut de même 
à Saint-Domingue, où, vers la fin du XVII e siècle, ils 
ravageaient les plantations, à ce point qu'il fallut pro- 
céder à leur destruction. Ils se rencontrent encore au- 
jourd'hui à l'état sauvage dans plusieurs des Antilles ; ils 
sont communs aux environs de Cayenne ; M. Roulin (2) 
en a observé dans les grandes plaines des Llanos, qui s'é- 
tendent à l'est de la Cordilière des Andes, et notamment 



les forêts de la Louisiane. 



Warden (3) 



En revenant à leur genre de vie primitif, ces Cochons 
se sont considérablement modifiés en Amérique. Déjà, à 
l'époque où le père Dutertre (4) visita les Antilles, il était 



la 

















(1) Oviedo, Relation sumaria de la historia natural de Indias, 

collect. Barcia. 

(2) Roulin, dans les Mémoires de V Académie des sciences. Sa- 
vants étrangers, T. VI, p. 524 

(3) Warden, Description des Etats-Unis d'Amérique, trad. 
franc. Paris, 1820, T. IV, p. 301. # 

{&) Le père Dutertre, Histoire générale des Antilles. Paris, 
^667, T. II, p. 29S. 


























m 






































LE COCHON. 



374 

facile de constater ces changements. Ces Cochons mar- 
rons, de race espagnole, sont, d'après l'observateur que 
je viens de nommer, courts et ramassés ; ils ont la tète 
plus grosse, le groin plus court, et la peau plus épaisse 
que les Porcs domestiques ; leur poil est noir, long et 
rude ; leurs défenses sont devenues fort longues ; ils se 
défendent vigoureusement et avec fureur contre les 
chasseurs et les Chiens, et ils sont extrêmement dange- 

* 

reux quand ils sont blessés. M. Roulin (1) a confirmé 
l'exactitude de ces observations, et il en ajoute qui les 
complètent. Selon lui, ces animaux, redevenus sauvages, 
ont perdu presque toutes les marques de la servitude ; 
leurs oreilles se sont redressées, la tète s'est élargie et 
relevée à la partie supérieure ; la couleur est redevenue 
constante, elle est entièrement noire, et le jeune Porc 
sauvage porte la livrée du Marcassin. De Blainville (2), 
qui a examiné les dépouilles des Cochons marrons de la 
Guyane et de l'Amérique du Nord, n'hésite pas à recon- 
naître qu'ils sont presque identiques au Sanglier de nos 

forêts. 

Ainsi, ces animaux , errant en liberté dans les bois 

du Nouveau -Monde, ne se nourrissant que de fruits 
sauvages, ont repris le genre de vie de leurs premiers 
parents, et en ont recouvré les caractères; dans l'es- 
pace de moins de trois siècles, ils sont redevenus San- 
liers. 




/ 



(1) Roulin, dans les Mémoires de V Académie des sciences de 
Paris. Savants étrangers, T. VI, p. 526. 

(2) De Blainville, Ostéographie. Monographie du genre Sus, 

p. 132. 































LE COCHON. 



575 






D'une autre part, en Angleterre (1) et en France, on 
a tenté plusieurs fois de domestiquer le Sanglier, et sous 
l'influence clu genre de vie tout nouveau qui lui était 
imposé, il a subi des changements aussi rapides que 
profonds dans ses habitudes, sa force, son courage, ses 
instincts et ses caractères physiques, u Les jeunes Mar- 
m cassins, dit David Low (2), qu'on prend dans les forêts, 
n deviennent presque aussi dociles que les Cochons ap- 
« privoisés, et en une seule génération ils perdent toute 
u la férocité qui distingue leur type sauvage. Les formes 
u elles-mêmes subissent d'incrovables modifications, et, 
n dans les circonstances nouvelles où ils se trouvent, ils 
11 perdent tout naturellement les caractères qui les ap- 
ii propriaient à la vie sauvage, ii" u Un autre fait qui lui 
u est propre (au Sanglier), dit de Blainville (3), c'est 
n que, sauvage dans nos forêts, il devient très-aisément 
u domestique, et que, domestique, il redevient aussi 
ii aisément sauvage, prenant ou perdant avec la même 

u facilité la livrée, signe de sa domesticité, n 

Enfin, il est un fait positivement constaté et qui vient 
servir de contrôle aux observations précédentes, c'est 
que le Sanglier et la Truie domestique s'unissent et don- 
nent naissance à des individus indéfiniment féconds (4). 
















































(1) Les Sangliers sur lesquels l'expérience a été faite, en Angle- 
terre, venaient sans doute du continent ; car cet animal est depuis 
longtemps détruit dans la Grande-Brelagne. 

(2) David Low, Histoire naturelle agricole des animaux dômes- 

tiques. Le Cochon, p. 18. 

(3) De Blainville, Ostéographie. Monographie du genre Sas, 

p. 108. 

{&) Burdach, Traité de Physiologie, trad. franc. Paris, 1838, 

in-8*, T. H, p. 182. 























^ 



fi 













* 






























1 
















- ■ 



376 



LE COCHON. 



Non-seulement l'expérience en a été faite, mais elle a 
lieu d'elle-même dans les pays où on abandonne les 
Porcs en liberté dans les bois, au moment de la maturité 
des glands. En Algérie, où cette pratique existe, les 
Truies y sont souvent fécondées par les Sangliers, et les 
jeunes sujets qui en résultent ressemblent beaucoup aux 



Sangliers et sont très-rustiques (1). Ces animaux ne- 
prouvent donc aucune répugnance à s'unir. Nous croyons 
dès lors pouvoir conclure que le Sanglier est le type 

primitif de notre Cochon domestique, et que les diffé- 
rences qui les séparent sont l'effet de la domesticité. 
Je n'ai rien dit jusqu'ici du Cochon de Siam ou Porc 



(Sus sinensis L.) 



est domestique dans le 



sud-est du continent de l'Asie, et se retrouve dans les 
îles Malaises, notamment à Java, aux Célèbes, à Am- 
boine, à Bornéo et dans les îles du grand Océan, à la 
Nouvelle-Zélande, à Samoa, à Nouka-Hiva, etc. Il est 
beaucoup plus petit que la plupart de nos races euro- 
péennes ; il a le corps épais, compact, cylindrique ; les 
jambes courtes et fines ; le ventre pendant près de terre ; 
la queue non tortillée, pendante et terminée par une 
touffe de poils ; les oreilles petites et rabattues ; la peau 
plus fine; la tête tantôt plus courte, tantôt effilée. Enfin 
il est plus précoce et se distingue en outre par un ins- 
tinct de propreté qui fait contraste avec la saleté des 
Porcs de notre pays. 

Il n'a pas moins varié, du reste, dans ses caractères 
extérieurs que son représentant domestique en Europe. 
Les modifications de couleur semblent même plus nom- 













(1) Bulletin de la Société d } 'acclimatation, T. IV, p. 589. 















le cochon. 377 

breuses et plus profondes ; elles atteignent la peau et il y 
a des variétés blanches, noires, rousses, cuivrées, ardoi- 
sées. Les soies sont douces et ressemblent à du poil ; 
elles sont ordinairement clair-semées et quelquefois 
manquent complètement, par exemple, dans la race de 
Java. La taille se rapetisse dans quelques variétés, au 
point que ces animaux ne mesurent que m ,61 de Ion- 
gueur du museau à l'origine de la queue, et qu'ils n'ont 
que m ,50 de hauteur. 

Le Cochon de Siam appartient-il à la même espèce 
que notre Porc domestique? Pallas (1) le considère 
comme différent, et les observations de de Blainville "(2) 
rendent cette opinion vraisemblable. Mais ce qui vient à 
l'appui de l'opinion que nous hasardons ici, c'est que le 
type sauvage du Cochon chinois paraît être le Sus in- 
diens, qui habite la côte de Malabar, le Bengale, se re- 
trouve aux Célèbes et à l'île d' Arrow. Enfin le Cochon 
domestique des côtes du Malabar, transporté à la Nou- 
velle-Guinée, y est redevenu sauvage et a repris les ca- 
ractères du Sus indicus et non pas ceux du Sanglier de 
nos forêts (3). 

Cependant on est parvenu à croiser notre Pachyderme 
domestique avec le Porc chinois, et ils ont donné des 
produits. Ces hybrides ont bien pu se reproduire avec 



(1) Pallas, Zoographia Rosso-Asiatica, T. I, p. 268. 

(2) De Blainville, Osléographie. Monographie du genre Sus, 
p. 430 et 131. 

(3) C'est donc à tort que Lesson a décrit le Sanglier de la Nou- 
velle-Guinée comme une espèce nouvelle, sous le nom de Sus pa- 

puensis. 















( 



+ 


























' 
























■ 

















578 



LE CHEVAL. 






l'un des deux types originaires, mais jusqu'ici aucun fait 
bien observé ne prouve qu'ils soient doués entre eux 
d'une fécondité continue. 












Le Cheval. — La domestication des Chevaux paraît 
remonter à une très-haute antiquité ; cependant les Hé- 
breux, avant leur séjour en Egypte, ne paraissent pas les 
avoir connus, et c'est des Egyptiens, sans doute, qu'ils 
.^prirent à s'en servir. E 





Cheval 



d 



mestiques qu'élevaient les premiers Israélites, et parmi 
lesquels se trouvent la Brebis, le Bœuf, l'Ane et le Cha- 
meau (1). H ne figure même pas parmi les animaux 
domestiques que Pharaon donna à Abraham, pendant le 
voyage de ce patriarche en Egypte (2). Mais dans le 47 e 
et dans le 49 e chapitres de la Genèse, c'est-à-dire, à l'é- 
poque où Joseph était gouverneur en Egypte, il est, 
pour la première fois, question des Chevaux que nour- 
rissaient les Egyptiens. D'une autre part, les monuments 
de cet ancien peuple attestent déjà l'asservissement de 
ces animaux, et nous les montrent attelés aux chars dans 
les batailles. Ils existaient aussi en 



A 



Chou-Ki 



ployé en Chine aux travaux de la- guerre et de la paix. 

Chez les anciens, les races de Chevaux étaient bien 
moins nombreuses qu'à notre époque, où des situations 
bien plus variées, le croisement des races plus fréquent 



(1) Gène sis, cap 



. xxiv, vers. 55, et cap. xxxij, vers. S et 7. 



(2) Gène sis, cap. xij, vers. 16. 




















LE CHEVAL. 



379 



et vingt siècles de plus de domesticité ont modifié cette 
espèce de mille manières. On reconnaissait toutefois chez 
les Grecs et même chez les Romains deux races princi- 
pales, la thessalienne et l'africaine, très-bien décrites par 
Xenophon (1) et par Varron(2) ; très-bien figurées aussi 
sur les monuments de l'antiquité, notamment sur le 
Parthenon, les statues équestres et les bas-reliefs grecs 
et aussi sur les sculptures romaines, spécialement sur la 

colonne trajane (3). 

Aujourd'hui chaque pays, et l'on pourrait presque dire 

chaque province, a ses races de Chevaux, qui ont été 
formées suivant la nature de ces pays et les différents 
services que l'Homme doit attendre d'elles. Aussi l'espèce 
que nous étudions nous présente-t-elle les modifications 
les plus nombreuses et les plus profondes. 

Le pelage nous offre toutes les teintes qui résultent du 
fauve, du noir et du blanc mélangés dans toutes les pro- 
portions ; tantôt il est ras, tantôt les poils sont longs et 



de 



No 



(4) 



dans les mines de la Belgique ont le poil fin et lustré 
comme celui de la Taupe. Enfin il existe aussi des Che- 
vaux complètement privés de poils : MM. Fitzinger et 















(1) Xenophon, De re eqaestri lib. I, cap. I. 

(2) M. T. Varro, Rcrum rusticarum de agriculturâ lib. II et se- 
quenles. 

(3) Bureau de la Malle, Annales des sciences naturelles, sér. 1, 

T. XXVII, p. 27 et 28. 

(4) Dureau de la Malle, Ibidem, sér. 1, T. XXVII, p. 19. 


























- 

































380 



LE CHEVAL, 



(1) 



particularité remarquable. 

La couleur de la peau est ordinairement d'un gris 
cendré ; plus rarement, et spécialement dans le cas 
d'albinisme, elle est entièrement blanche. Mais les lèvres 

- 

elles paupières, habituellement brunes ou noires, sont 

quelquefois rosées. 

Les sabots varient aussi quant à leur couleur ; mais ils 
se modifient, en outre, relativement à leur forme, à leur 

ampleur, à leur dureté, et ils résistent plus ou moins à 
Faction destructive du sol. Les Chevaux des Kalmoucks 
n'ont pas besoin d'être ferrés (2) ; il en est de même de 
ceux des Philippines (3), et cette particularité se retrouve 
généralement sur les Chevaux sauvages dont nous par- 
lerons plus loin. Enfin les Chevaux des Tscherkesses ont 
le sabot parfaitement/plein et sans fourchette (4). 

Il y a, suivant Buffon (5), des Chevaux qui ont les 
oreilles épaisses et pendantes ; on les nomme Oreillards. 

La taille la plus ordinaire, et que l'on doit peut-être 
pour ce motif considérer comme la taille primitive de 
l'espèce, est de l m ,45 à l m ,S6 (6) ; mais, dans certaines 








(1) V Institut du 11 mars 1887. Patrie scientifique, p. 81. 

(2) Pallas, Tribus mongoles, trad. franc., insérée dans les Mé- 
moires du Muséum, T. XVII, p. 238. 

(3) Mallat, Les Philippines, histoire, géographie, mœurs, elc. 

Paris, 1846, in-8°, T. I, p. \M. 

(■i) Pallas, Voyages entrepris dans les gouvernements méridio- 
naux de V Empire de Russie, Irad. franc. Paris, 1808, in-4- . T. I, 
p. &&7. 

(S) Buffon, Histoire naturelle, T. IV, p. 281. 

{&) I, Geoffroy-Saint-Hilaire, Histoire générale et particulière 
des anomalies de V organisation, etc., T. I, p. 222. 



























LE CHEVAL. 381 

races, nous voyons le Cheval se rapetisser jusqu'à une 
stature inférieure à celle du Daim, tandis que dans d'au- 
tres il s'accroît jusqu'à celle du Dromadaire. Le Cheval 
boulonnais, dont l'organisation est si bien en rapport 
avec ses qualités comme bête de trait, mesure l m ,62, et 
ce n'est pas la limite supérieure de la taille de cette 
espèce : en Angleterre, en Belgique, en Allemagne, on 
trouve des races encore plus grandes et plus étoffées. 
D'une autre part, dans les Hébrides, et surtout en Islande, 
il est réduit à la taille d'un nain (1); sur les côtes du 
Zetland, au nord de l'Ecosse, il n'atteint que 56 et même 
50 pouces anglais (0 m ,76), et ce dernier fait est d'autant 
plus remarquable, que ces poneys, qui, à part leur pe- 
titesse, offrent les caractères principaux de la race anda- 
louse, sont vraisemblablement les descendants de ces 
Chevaux embarqués sur la fameuse Armada de Phi- 
lippe II; car plus d'un vaisseau de cette malheureuse 
escadre échoua sur les côtes du Zetland (2). 

La corpulence ne varie pas moins que la taille, et, si 

l'on compare la race boulonnaise avec le Cheval de 

course anglais, on trouve, sous ce rapport, la conforma- 
tion la plus disparate. Ce qui frappe tout d'abord, ce sont 
les caractères de force et d'ampleur qui dominent dans 
le premier de ces types, et ceux de légèreté qui distin- 
guent le second. Mais, si l'on pénètre plus avant, ces ca- 
ractères se reflètent dans la charpente osseuse de ces 
animaux. Les os du type boulonnais sont plus volumi- 



i 



























(1) David Low, Histoire naturelle agricole des animaux domes- 
tiques. Le Cheval, trad. franc., p. 96. 

(2) David Low, Ibidem, p. 95. 









m 













i 



















I 






■'■ 









% 















582 



LE CHEVAL. 



neux, moins denses et plus poreux 



et donnent aux 
muscles de plus larges implantations ; le tissu musculaire, 
beaucoup plus développé, est néanmoins plus flasque. 
Chez les Chevaux anglais de pur sang, les os sont beau- 
coup plus grêles, mais plus durs; les muscles, bien 
moins volumineux, sont plus fermes, plus énergiques. 
Mais, entre ces deux types extrêmes, on trouve tous les 



intermédiaires. 

La conformation de la tête osseuse et la physionomie 

des diverses races de Chevaux nous étonnent bien plus 
encore. Les uns ont la tête petite et effilée, offrent, en outre, 
des yeux vifs, des oreilles fines et dirigées en avant, des 

* 

naseaux larges et mobiles. Les autres ont la tête rac- 
courcie et lourde, les yeux ternes, les oreilles grandes et 
plus ou moins dirigées en arrière, les naseaux étroits et 
peu ouverts. Tantôt le chanfrein est droit ou même un 
peu concave, comme dans le Cheval arabe, tantôt il se 
présente fortement busqué, comme on le voit souvent 
dans le Cheval barbe (1). La largeur du crâne, un front 
saillant et une tête petite caractérisent ordinairement les 
Chevaux fins et leur donnent un air d'intelligence que 
l'expérience ne dément pas ; les caractères opposés sont 



Les 



des Chev 



Blumenbach, qu'il n'hésite pas à s'exprimer ainsi : 

opis cranium non magis ab Europaeo abhorret, 



JEl h 



n quam equi neapolitani caput quod à similitudine arie- 
îi tinum vocant ab eo equi 



hungarici quod 



singulari 



(1) F. Cuvier, Dictionnaire des sciences naturelles de Levrault, 

t. vin, p. m. 







































LE CHEVAL. 




\) brevitate et maxillae inferioris ampîitudine conspicuum 
» esse periti norunt (1). h 

Les principaux traits de l'organisation se transmettent 
avec assez de fidélité par voie de génération, et il en est 
le plus souvent de même des qualités comme des défauts 
qui en dépendent. Aussi les diverses aptitudes du Cheval 
sont-elles aussi nombreuses que les races elles-mêmes. 
Elles sont toujours adaptées au climat sous lequel elles 
prospèrent, mais surtout au genre de services que 
l'Homme en attend. Le Cheval boulonnais et les races 
analogues constituent le véritable type du Cheval de trait ; 
la race arabe, par son ardeur, par sa frugalité, par sa 
résistance à la fatigue, est le type du Cheval de guerre, 



de même que le Cheval anglais, véritable lévrier de 



l'espèce chevaline, est celui du Cheval de course. Et ces 
races, comme toutes celles qu'on élève sans mélange et 

modifications dans leurs conditions extérieures 



sans 



d'existence, perpétuent dans leur descendance les qualités 

qui leur sont propres. 

Il y a plus : nombre d'exemples nous apprennent que 
les habitudes que l'art a fait prendre aux animaux pour 
l'utilité ou le plaisir de l'Homme, deviennent quelquefois 
héréditaires. Chez nous les jeunes Chevaux s'habituent 
très-facilement à la bride, et se laissent promptement 
diriger par ce moyen. Les Poneys norwégiens ne sup- 
portent pas cet instrument ; ils obéissent à la voix du 
cavalier, et les jeunes poulains se montrent dociles dès 
qu'ils comprennent le commandement de leur maître (2). 



























* 

(1) Blumenbach, De generis humani varietate nativâ, p. 80. 

(2) Knigt, cité par Prichard, Histoire naturelle de l'Homme, 
T. I, p. 98. 











4 
























I 






384 



LE CHEVAL. 



Suivant quelques auteurs, le trot, si commun parmi nos 
Chevaux qu'on le considère comme un pas naturel, ne 
proviendrait que de l'éducation ; depuis l'usage des voi- 
tores, qui remonte à la plus haute antiquité, on a con- 
traint les Chevaux à trotter, et cette allure serait, selon 
ces mêmes auteurs, devenue chez eux héréditaire (1). 
Mais si cette manière de voir peut laisser quelque doute 
dans l'esprit, il n'en est pas ainsi d'autres allures que 
l'éducation a données au Cheval, pour obtenir à la fois 
la vitesse dans la marche et des mouvements plus doux 
pour le cavalier; tels sont l'amble, Tentrepas ou pas 
relevé etl'aubin. Ces qualités acquises peuvent se trans- 
mettre par la génération (2). C'est ce qu'on observe 
dans diverses parties de l'Amérique espagnole, où les 
Chevaux, habitués généralement à marcher l'amble, 
donnent souvent naissance à des poulains qui prennent 
cette allure, même avant d'être dressés (5). Enfin, 
parmi les Chevaux sauvages, qui vivent en troupe dans 
les pampas de l'Amérique méridionale, on observe quel- 
quefois des individus qui ont conservé ce mode de pro- 
gression (4). 

Le Cheval domestique a plus d'intelligence que ne le 
comporte son angle facial, u Nous ne doutons pas, dît 



(1) Magne, Traité d'hygiène vétérinaire appliquée. Paris, 18££, 

in-8°, T. I, p. 196. 

(2) Durcau de la Malle, Annales des sciences naturelles, sér. 1, 
T. XXVII, p. 24J. 

(3) Hartmann, Traité des Haras, Irad. franc. Paris, 1788, in-8°, 

p. 7S. 

(■&) Roulin, Mémoires de V Académie des sciences. Savants 
étrangers, T. VI, p. 337. 

















s 















LE CHEVAL. 



583 



(0 






n mission héréditaire des dispositions produites par l'é- 
n ducation. » Il est également certain que toutes les 
races de l'espèce chevaline ne sont pas intelligentes au 
même degré, y Les qualités morales, dit F. Cuvier (2), 
n n'offrent pas moins de diversité que les qualités phy- 
» siques; les uns sont d'une intrépidité que rien n'ar- 
ii rète, les autres d'une timidité que tout effraie ; il en 
n est qui sont aussi remarquables par leur mémoire, 
ii leur prudence, la facilité avec laquelle on les instruit, 
n que d'autres le sont par leur étourderie, la faiblesse de 
il leur conception, leur entêtement, etc. Toutes ces dif- 
ii férences pourraient former les caractères d'autant de 
n races, et elles doivent être considérées ainsi par les 
n naturalistes, car elles sont constantes et se propagent, n 
Cette dernière proposition est peut-être trop absolue; 
on n'y tient pas assez compte des variations individuelles, 
et, d'une autre part, les facultés qui distinguent ces ani- 
maux ne se conservent que par les soins de l'Homme ; 
abandonnés à eux-mêmes et à la nature sauvage, ils 



de nous. 



qualités précieuses qu 



Nous ne connaissons pas le type primitif du Cheval, 
et les individus sauvages que nous pouvons observer 
proviennent d'anciens Chevaux domestiques qui ont 
recouvré l'indépendance. Leur étude est importante, en 
ce que la vie sauvage, changeant leurs conditions anté- 























(1) Dugès, Physiologie comparée, T. I, p. SOI. 

(2) Dictionnaire des sciences naturelles de Levrault, T. VIII, 



p. 460. 



I. 



25 













































386 LÇ CHEVAL. 

Heures d'existence, est de nature à les modifier, et, 



comme elle les contraint tous à un genre de vie entiè 



rement semblable, elle a dû agir en sens inverse de 
la domesticité; produire chez eux des changements 
qui les rapprochent d'un type uniforme et vraisembla- 
blement de leur type originel. Examinons ce que l'ob- 

servation enseigne sous ce rapport. 

Les anciens connaissaient ces Chevaux sauvages d'ori- 
gine domestique : Hérodote (1) les signale sur les bords 

de l'Hypanis (Dniester) ; Strabon (2) dans les Alpes et 
en Ibérie ; Varron (3) dans l'Espagne citérieure. Ils ont 
disparu de presque toutes les contrées où les auteurs, 
que je viens de citer, les avaient observés ; mais, dans 
les temps modernes, on les retrouve en un grand 
nombre de régions de l'Ancien et du Nouveau-Conti- 
nent. 

Ils existent dans diverses parties de l'Afrique, par 
exemple, aux environs du cap de Bonne-Espérance (4) ; 
Marmol (5) en a vu en Lybie ; Mungo-Park (6) près de 

Simbing, ville frontière du royaume de Ludamar. Mais 
nous manquons de détails sur leur conformation ; Mun- 















m\ 



(1) Hérodote, Historiarum lib. IV, cap. 52. 

(2) Strabo, Rerum g eo graphie arum lib. III et lib. IV. 

(5) M. T. Varro, Rerum rusticarum de agriculturâ lib. II, 

cap. 1. 

(4) Kolbe, Description du cap de Bonne Espérance. Amsterdam, 
1741, in-12, T. III, p. 19. 

(5) Marmol, Descripcion gênerai de Africa y éd. Granada, 1575, 

in-f .. 

(6) Mungo-Park, Premier voya.ge dans l'intérieur de V Afrique, 

trad. franc., 1800, in-8°, T. I, p. 166. 


















. 












LE CHEVAL. 






387 



■ 

go-Park nous apprend seulement que ceux qu'il a ob- 
servés étaient tous de la même couleur, et cette obser- 
vation a de l'importance. 

En Asie, et surtout dans la partie tempérée de cette 
vaste contrée, ces Chevaux, que l'on nomme Tarpans, 
ne sont pas rares, et Pallas les a rencontrés sur une 
foule de points, dans les déserts de la Tartarie et de la 
Mongolie, depuis le Borysthène jusqu'à l'Altaï. Jls sont 
d'une taille inférieure à celle des Chevaux domestiques 
qui habitent les mêmes contrées ; mais la tète est plus 
forte et plus large ; le front plus convexe (1) ; les oreilles 
plus grandes et un peu courbées au sommet ; les mem- 
bres plus robustes ; les sabots plus étroits et plus durs ; 
la crinière très-fournie et descendant depuis l'intervalle 
qui sépare les yeux jusque sur les épaules ; le pelage est 
grossier, long, abondant, onduleux ou même frisé sur le 
dos et vers la croupe; la plupart sont de couleur fauve- 
claire ou isabelle et seraient, sans doute, plus uniformes 
encore, s'il n'entrait souvent dans leur troupe des ju- 
ments domestiques de couleurs variées (2). Le même 
auteur peint à peu près des mêmes traits d'autres Che- 
vaux redevenus sauvages et qui habitent entre le Don, 
l'Ukraine et la Crimée; l'origine de ceux-ci est positive- 
ment connue ; leurs ancêtres appartenaient à l'armée de 
Pierre-le-Grand, et se sont échappés de son camp, lors- 







(1) Ces caractères de la tête avaient, avant Pallas, été déjà très- 



Q 



(2) Pallas, Zoographia Rosso-Asiatica, T. I, p. 260, et Voyages 
en différentes provinces de l'Empire de Russie et dans l'Asie 
septentrionale, trad. franc. Paris, 1788, in-£o, T. I, p. 524. 



• 





































I 













I 









; 












388 



LE CHEVAL. 



que, en 1697, il assiégeait la ville d'Azow. Dans l'espace 
de moins d'un siècle et demi, ils se sont transformés et 
sont revenus à l'uniformité des caractères (l). 

En Amérique, les Chevaux redevenus sauvages sont 
bien plus communs encore et ils y existent sur un grand 
nombre de points, depuis le détroit de Magellan jus- 
qu'aux Montagnes rocheuses. C'est surtout au sud de la 
Plata et au Paraguay qu'ils se sont prodigieusement mul- 
tipliés; on les y rencontre quelquefois par troupe de 
10 000 individus, sous la conduite d'un chef, et chacune 

w 

de ces troupes habite un canton particulier, qu'elle défend 
comme sa propriété contre toute invasion étrangère. Ces 
Chevaux marrons ont, comme ceux de Tartarie, l'habi- 
tude de se former en colonne non interrompue, pour 
investir au galop les Chevaux domestiques, aussitôt qu'ils 
en aperçoivent ; ils les caressent en hennissant douce- 
ment, et ils finissent par les emmener définitivement 

» 41 # 



(2) 



soin 



ceux de l'Amérique méridionale, qui proviennent 

originairement de race andalouse, fait remarquer qu'ils 
n'ont plus ni la taille, ni l'élégance, ni la force, ni l'agi- 
lité de leurs ancêtres domestiques ; tous ont 4e poil chà- 



brun, et, enfin 



donne 
Dar Pc 



Ce 



(1) Forster, dans une lettre à Buffon, Histoire naturelle générale 
et ■particulière, supplément, T. VI, p. 

(2) Dom Félix de Azara, Voyage dans l'Amérique méridionale, 

T. I, p. 375. 









/ 




* MM 









L ANE. 



589 









cette opinion, que nous avons cherchée à établir, que le 
climat fait peu varier les animaux ; il en résulte également 



que le genre de vie est un modificateur bien plus puis 
sant, puisque l'état sauvage détermine des modifications 
semblables chez des races de Chevaux très-distinctes et 
sous des latitudes bien différentes. 






> 






: 



L'Ane. 



Sol 



remonte aux temps les plus» reculés et qu'elle ait vrai- 
semblablement précédé celle du Cheval, il offre des va- 
riations moins nombreuses que son congénère. Mais il 
s'attache peu à l'Homme, et il a laissé par là moins d'in- 
fluence à son action. L'Ane semble le servir avec répu- 
gnance, mais néanmoins il se résigne patiemment à son 
sort; il paraît même avoir perdu le sentiment de son 
indépendance, à ce point qu'on ne l'a vu que rarement (1) 
tenter de reconquérir sa liberté et de briser les liens qui 
l'attachent forcément à notre espèce. C'est un esclave 
qui accepte définitivement les dures conditions d'exis- 
tence qui lui sont faites, mais non un serviteur dévoué 
qui met toutes ses facultés au service de son maître. 

Les modifications qu'il a subies sont instructives, en 
ce qu'on peut suivre sur lui, mieux que sur toute autre 
espèce domestique, les effets de la vie misérable à la- 
quelle il est généralement- condamné. Il n'en est pas, en 
effet, qui soit, presque partout, plus méprisé que lui, 
par suite plus négligé et exposé à d'aussi mauvais trai- 











fcj 






, 





































(1) Bureau de la Malle {Economie politique des Romains, T. II, 
p. iW) assure cependant que l'Ane est redevenu sauvage au Chili, 
et qu'il ressemble beaucoup à sa souche primilive. 





















































590 t ANE. 

tements. La nourriture que les autres bêles de somme 
rejettent est réservée pour lui ; elle est souvent insuffi- 
sante et, de plus, on l'accable de fatigues et de coups; 
il est ordinairement le compagnon du pauvre, dont il 
partage la misère et les laborieux travaux. Aussi cet ani- 
mal domestique est-il profondément dégradé, du moins 
dans les pays où l'Homme n'a pas su apprécier ses qua- 
lités naturelles et l'importance de ses services. 






(*) 



pe 



son œil est terne, sa démarche lourde, ses allures lentes 
et sans élégance. Dans l'Inde, où il est considéré comme 
immonde, il a dégénéré bien plus encore, et souvent sa 
taille y atteint à peine celle d'un Chien de Terre-Neuve. 
Il n'en est pas ainsi des Ânes de l'Arabie, de la Syrie, 
de l'Egypte et de la Perse. Ceux-ci sont généralement 
d'une stature qui approche de celle du Cheval ; leur pas 
est assuré, leur démarche légère, leurs manières douces 
et vives; ils disputent au meilleur coursier la rapidité de 
l'allure, et, mieux que lui, ils supportent la fatigue des 
longues marches. Ils ont de la grâce dans les attitudes, 

de la noblesse et je dirais presque de la fierté dans le 
maintien (2). Mais aussi, très-estimes des Orientaux, ils 



(i) Nous faisons ici abstraction de la belle race du Poitou. Ces 
Baudets, importés en Espagne par les Maures, ont été pendant long- 
temps la propriété exclusive de ce pays; l'exportation en était sévè- 
rement interdite jusqu'à Philippe V, qui leva la prohibition en faveur 

de la France. 

(2) Pietro délia Valle, Voyages, T. I, p. \4â\ Sonnini, Voyage 

dans la haute et dans la basse Egypte. Paris, an VII, in-8°, T. 
II, p. 355 ; D'Abbadie, dans le Bulletin de la Société d'acclima- 
tation, T. I, p. 470. 























L AN 



E. 



591 



sont traités avec douceur, convenablement nourris, soi- 
gnés avec autant de sollicitude que le Cheval arabe; 
j'ajouterai enfin que leur généalogie est conservée avec 
un soin minutieux, et qu'aucune mésalliance ne vient 
altérer la pureté de leur sang. 

Il est encore en Orient une autre race aussi remar- 
quable par sa taille que la précédente, mais plus étoffée 
et très-apte à porter et à traîner des fardeaux. Dans les 
déserts arides de la Perse et de l'Arabie, cette variété 
robuste de l'Ane partage avec le Chameau la tâche de 
transporter les tentes et les marchandises des tribus 
voyageuses. 

Ces belles races étaient connues de l'antiquité, et les 
princes ne dédaignaient, pas plus qu'aujourd'hui en 
Perse, de se faire porter par cet animal. Sous les Empe- 
reurs romains, les Baudets les plus fins et les plus beaux 
coûtaient des sommes énormes. 

Si la taille des Anes et leurs qualités comme montures 
ou comme bétes de somme varient beaucoup, nous ne 
trouvons pas, ce que la théorie indique, moins de modi- 
fications dans leur pelage. Leur couleur naturelle, comme 
nous le démontrerons plus loin, est le gris brunâtre avec 
une croix sur les épaules, et les Anes peints sur les mo- 
numents égyptiens (1), plus près de leur origine que les 
nôtres, conservaient encore ces teintes originelles. Mais 



Anes 



^ 



la croix dorsale a disparu; il en existe de blancs, de 
gris, de bruns, de roux, d'isabelles et d'autres qui sont 














































(i) Champollion le jeune, Monuments de l'Egypte et de la Nubie, 
T. IV, lab. 5£5 et 562. 















I 



I 




















\ 












L'ANE. 



592 

tachetés de ces différentes couleurs. 11 n'est pas non plus 
extrêmement rare d'en rencontrer qui, outre les bandes 
noires du dos et des épaules, en ont de plus sur les 
cuisses et sur les jambes. 

Tantôt le poil est court et ras, tantôt il est long, plat 
et soyeux, ou bien il est crépu et comme laineux ; en- 
fin, dans les Anes du Poitou, le poil a quelquefois un 
pied de longueur (1). L'épaisseur de la peau wie aussi 
dans les diverses races, et la couleur de la partie nue du 
museau est tantôt noire, tantôt rosée. 

Le type sauvage de l'Ane nous est connu, c'est YO- 
nager des anciens et le Koulan des Orientaux, qui 



habite encore de nos jours les déserts de la grande Tar- 



tarie, les montagnes de la Perse et l'Himalaya; il erre 
en troupes nombreuses dans les solitudes de cette im- 
mense région, émigrant vers le sud aux approches de 
l'hiver et revenant au printemps dans les lieux d'où il 
était parti (2). 

L'Ane sauvage a été observé de temps immémorial, et 
l'antiquité nous a transmis des renseignements sur ses 

mœurs et sur ses habitudes. Il en est fréquemment 
question dans la Bible (5). Il préférait, à cette époque 



(1) De Morogues, Traité complet d'agriculture. Paris, 1854, 

in-8°, T. II, p. 214. 

(2) Pallas, sida Academiœ scientiarum impériales petropoli- 
tanœ, T. I, part. 2, p. 261. 

(3) Biblia sacra : Job, cap. 6, vers. 5; cap. 11, vers. 12; cap. 
34, vers. 5; cap. 59, vers. 8; Psalm. cap. 105, vers. 11 ; Eccles. 
cap. 15, vers. 23; haïœ, cap. 52, vers. 14; Jerem. cap. 2, vers. 
24; cap. 14, vers. 6; Daniel, cap. S, vers. 21. 















^_ 










L ANE. 



393 



reculée, comme aujourd'hui, les plantes arriéres et salées 
du désert aux herbages des plaines plus riches. 

Il était aussi plus répandu autrefois qu'à l'époque ac- 
tuelle; il existait en Syrie, comme la Bible nous l'ap- 
prend; les Dix-Mille, dans leur immortelle retraite, 
mangeaient des Onagres, en traversant les déserts de 

l'Arménie (1); Varron (2) l'a observé en troupes innom- 
brables dans la Lycaonie, dans la Phrygie et dans la 
Cilicie; Strabon (3) chez les Scythes et les Sarmates; 
Ammien Marcellin (4) dans la Haute-Assyrie, pays que 
l'Ecclésiaste (5) lui assignait déjàseptcentsansauparavant. 
Les Romains étaient très-friands de la chair des Ona- 
gres (6) et les employaient comme étalons dans leurs 
haras ; de nos jours, en Perse, on s'en sert également 
pour conserver ou régénérer la noble race du pays (7). 

Les Anes sauvages sont encore très-communs dans les 
déserts de la Tartarie, et se répandent par grands trou- 
peaux, pendant l'été, à l'est et au nord du lac Aral, puis 
retournent vers la Perse en automne. Les Tartares les 
nomment Daghaiskàki et les chassent pour les man- 



























' 






f 







urâ 



lib. H, 



\ 



(4) Xenophon, Historiarum de Cyri expedilione lib. I, et De 
Cyri institutione lib, II. 

(2) M. T. Varro, Rerum rus tic arum de agricult 

cap. 4 et 5. 

(3) Strabo, Rerum geographicarum lib. VII. 

(&) Ammianus Marcellinus, Rerum gestarum lib. XXIV, cap. 8. 

(5) Ecclesiastici cap. 13, vers. 23, 

(6) Plinius, Historiée naturalis lib. VIII, cap. 69. 

(7) Pallas, Acta Jtcademiœ scientiarum imperialis petropoli- 
tanœ, T. I, part. 2, p. 262. 















• 











r 














. 



594 



LES CHAMEAUX. 



(1). Ils ont été bien décrits par Pallas (2) 



attribue les caractères suivants : taille d'un Cheval de 
moyenne grandeur (3); tête lourde; oreilles un peu 
moins longues que celles de F Ane commun; couleur 
d'un gris brunâtre avec une raie dorsale brune et une 
ou deux bandes en croix sur les épaules. Il est donc bien 
plus voisin des belles races d'Orient que nos petits Anes 
européens, et c'est avec raison que nous avons considéré 
ceux-ci comme une race dégénérée. 



Chameaux 



de 



sines l'une de l'autre, à ce point que Buffon les considé- 
rait comme appartenant à un seul et même type, appré- 
ciation complètement erronée, puisque, comme nous 
l'avons vu, leurs métis sont inféconds. L'une est parti- 

- 

culière à l'Asie et a pu s'étendre vers le nord jusque 
sous les climats rigoureux de la Songarie, de la Mon- 
golie et de la Mantehourie ; c'est le Chameau à deux 
bosses (Camelus bactrianus L.). L'autre, qui parait être 

originaire d'Arabie, est aujourd'hui plus spéciale mais 
non exclusive à F Afrique, dont elle habite la moitié sep- 
tentrionale, depuis les côtes de la Méditerranée jusque 



























{ï)\?&\\$s,Acta Academiœ scienliarum imperialispetropolitanœ, 

4777, T. I, part. 2, p. 261. 

(2) Pallas, Voyages entrepris dans les gouvernements méridio- 
naux de V Empire de Russie, trad. franc. Paris, 1805, m-&°. 

(3) Le célèbre voyageur Marco-Paulo, qui, au XIII siècle, a vu 
en Perse l'Ane sauvage, lui attribue aussi une grande taille {Les 

Voyages très-curieux et fort remarquables, achevés par toute 
l'Asie, Tartarie, Mangi, Japon, etc., par Marc Pau!, Vénitien, 

* 

dans la collection Bergeron, T. I, p. 19). 
































LES CHAMEAUX. 



395 



\ 



sous le tropique du Capricorne ; c'est le Chameau à une 
bosse ou Dromadaire (Camelus Dromedarius L.). Les 
deux espèces, réduites en domesticité depuis un temps 
immémorial, rendent à l'homme les mêmes services, et 
ont subi l'une et l'autre, par l'effet de l'esclavage, des 
modifications analogues, on pourrait même dire parai- 



No us 



LeCh 



m 



de somme ordinaire ; il n'a pas seulement pour office de 
transporter des fardeaux et de permettre des relations 
entre des pays plus ou moins éloignés. Il est de plus la 

condition essentielle de la vie nomade chez des peuples 
où régnent encore, à peu près dans toute leur pureté, 
des habitudes patriarcales, et dans des régions brûlantes 
que les pluies viennent bien rarement rafraîchir, u II n'y 
h a pas un autre animal, dit Ritter (2), dont la vie se 
u rattache par des liens aussi naturels et aussi étroits à 
D une phase déterminée du développement de la vie 



n humaine 



? 



toriquement 



u des miliers d'années que le Chameau, dans l'état de 
n civilisation où sont retenus les Bédouins, n 

Le Chameau était non-seulement très-connu des pre- 
miers Hébreux, mais il constituait chez eux l'une des 
principales richesses des patriarches, comme Moïse nous 
l'apprend (3). Job, avant ses malheurs, possédait 3000 



(1) Chardin, Voyage en Perse et autres lieux de V Orient 

Amsterdam, 1755, in-4°, T. III, p. 56. 

(2) Riiter, Asien, T. VIII, pari. 1, p. 738. 

(5) Genesis cap. 12, v. 16; cap. 50, v. 45; cap. 52, y. 7, elc 



• 







































y 
















596 



LES CHAMEAUX. 



de ces animaux (1), et à la fin de sa vie il en comptait 
un nombre double dans ses troupeaux (2). Les Chameaux 
servaient déjà comme montures et comme bêtes de 
somme; ils furent même, dès cette époque, employés 
clans les combats (3). Dans l'armée de Xercès, les Arabes 
combattaient montés sur des Chameaux (4) ; c'était aussi 



la coutume des Bactriens (5), et cet exemple fut imite, 
à une époque encore récente, dans l'armée française 
pendant l'expédition d'Egypte. 

Une domesticité aussi ancienne a dû produire chez les 
Chameaux de nombreuses variations, et c'est, en effet, 
ce qui existe. Quant à leur couleur, ils présentent des 
teintes très-diverses, depuis le blanc jusqu'au noir en 
passant par le gris, le fauve et le brun plus ou moins 
foncé. Le poil est plus ou moins fin, plus ou moins long, 
plus ou moins doux, plus ou moins abondant et quelque- 
fois frisé. Le pelage est ras chez les Chameaux de Ka- 
chena, dans le royaume de Haoussa (Soudan) (6), et il 
existe aussi dans le même pays des Chameaux complè- 
tement dépourvus de poils (7), variété déjà observée en 
Arabie, au rapport de Diodore de Sicile (8). 


















' 






(1) Job, cap. 1, v. 3. 

(2) Job, cap. 42, v. 12. 

(5) Judices, cap. 6, v. S; cap. 7, v. 12. 

(4) Hérodote, Historiarum lib. VII, cap. 86. 
• (S) J. Pollux, Onomasticon lib. X, cap. 8. 

(6) Gcn. Danmas, Le grand désert, oultinéraire d'une caravane 
au pays des Nègres. Paris, 18S0, in-8°, p. 215. 

(7) Gen. Daumas, Ibidem, p. 240. 

(8) Diodorus Siculus, Bibliothecœ hisioricœ lib. II. 

























LES CHAMEAUX. 



397 



On distingue dans le Dromadaire deux races princi- 
pales, déjà signalées par Marmol (1) et par Léon l'Afri- 
cain (2). La première est le Chameau arabe (I)jemmel\ 
dont la taille est élevée, le corps trapu, les jambes gros- 
ses, la force prodigieuse et la marche pesante; c'est le 

i 

Chameau de somme. La seconde est le Méhari ou Cha- 
meau coureur; sa tête est sèche; ses yeux sont vifs, 
noirs et saillants; sa bosse est petite; ses membres, 

grêles et très-secs dans leur partie inférieure, sont bien 
nourris de muscles à partir du jarret et du genou ; il a le 
pied étroit et moins empâté ; il a le corps plus svelte et 
plus élancé que le Dromadaire ordinaire; il l'emporte 
aussi sur lui par sa légèreté, par sa sobriété et par son 
courage qui le rend propre aux expéditions militaires ; il 
peut parcourir en un jour de 30 à 40 lieues (3). Le 
Mahari est, en un mot, au Chameau de somme ce que 
le Cheval de course est au Cheval de trait (4). 



Buckingham (5) dit avoir rencontré, dans son voyage 

































■ j 






(1) Marmol, Description gênerai de Africa, éd. Grenada,17§5, 
in-f°. 

(2) Léon l'Africain, De l'Afrique, trad. franc. Paris, 1850, in-8°, 
T. H, p. 285. 

(5) C'est à cette race qu'appartenaient sans doute les Chameaux 
de l'armée de Xercès, dont Hérodote {Historiarum Ilb. VII, cap. 
76) dit : Equis pernicitate noninferiores, et auxquels Diodore de 
Sicile (Bibliothecœ historicœ lib. XIX, cap. 57) accorde îa faculté 
de faire d'un seul trait une marche de 1500 stades, c'est-à-dire, plus 

de 60 lieues. 

(I) Gen. Marey, Expédition de Laghouat, 18&&, in-8° ; Gen. 

Daumas, Mœurs et coutumes de V Algérie. Sahara, p. 560. 

(S) J.-S. Buckingham, Travels in Assyria, Media and Persia, 

éd. 2. London, 1850, T. I, p. 2*1. 















A 





( 








I 

I 

I 
I 















398 LES CHAMEAUX. 

à travers l'Assyrie, la Médie et la Perse, des Chameaux 
d'une race qui, sous le rapport des formes et des pro- 
portions, est aussi différente du Chameau d'Arabie que 
le Matin de la Levrette ; ils ont la tète grosse, le cou 
large, fourni d'un poil brun foncé, long, rude et pen- 
dant ; jambes courtes, articulations épaisses, hanches et 
corps arrondis et charnus. 

Le Chameau de la Bactriane, ou à deux bosses, nous 
offre aussi une race qui présente, comme animal de 
course, toutes les qualités des Mehara ; elle existe en 



(2) 



Careh({), et dans 



Les types sauvages des deux espèces de Chameaux 
existent-ils encore ? Diodore de Sicile (3) mentionne en 
Arabie des Chameaux sauvages. L'auteur de la grande 
compilation chinoise intitulée Si-yu-wen-Kien-lo, as- 
sure qu'au milieu du XVIII e siècle on voyait errer encore 
des Chameaux sauvages dans le Turkestan oriental. Pal- 
las, de son côté, sur la foi des Bouchares et des Tartares, 
rapporte qu'on en rencontre dans la grande Tartarie et 
au Thibet. Suivant l'infatigable missionnaire Hue (4), il 
s'en trouve encore en Mongolie, qui vivent dans un état 

complet de liberté. Cuvier (5), à la vérité, élève des 






















(1) Voyages d'Edrisi, trad. par A. Jaubert, T. I, p. 169. 

(2) V. Jacquemont, Voyage dans l'Inde. Journal, T. III, 
409, clT. IV, p. 71. 



P 



(5) Diodorus Siculus, Bibliothecœ hisloricœ \ib. III. 

{&) Hue, Souvenirs d'un voyage dans la Tartarie, le Thibet et 
la Chine, éd. 2, T. I, p. 428. 

(S) G. Cuvier, Règne animal, T. I, p. 257. 








l 



v 



















LE LAMA. 



399 



doutes sur l'existence actuelle de Chameaux sauvages 
dans l'Asie centrale ; il pense que ce sont des Chameaux 
domestiques que les Kalmoucks, suivant en cela les 
préceptes de la religion de Buddha, ont rendus à la li- 
berté. Quoi qu'il en soit de l'origine de ces Chameaux 
sauvages, nous possédons trop peu de renseignements 
sur leur conformation pour qu'il soit possible d'en dé- 
duire l'étendue des modifications que la domesticité a 
fait subir au type primitif; nous pouvons seulement, 
dans l'état actuel de nos connaissances, apprécier, par 
la comparaison des diverses races, leurs changements 
relatifs, et cette étude suffit pour juger qu'elles sont pro- 
fondes et multipliées. 



' 














Le Lama. — Cette espèce animale était déjà domesti- 
que, et vraisemblablement depuis plusieurs siècles, au 
moment de la conquête du Pérou par les Espagnols. 
Très-utile aujourd'hui dans un pays d'immenses mon- 
tagnes, où il rend possible les communications, il avait 
bien plus de prix encore pour les anciens Péruviens, 
dont il était la seule bète de somme (1), Les services 
qu'il leur rendait ont été énumérés par le Père Joseph 
Acosta dans les termes suivants : u C'est l'animal du 
n plus grand profit et de la moindre despense de tous 
u ceux qu'on cognoisse. Ils tirent de ce bestial la viande 

et le vestement, comme ils font des Brebis en Espagne. 
Dauantage ils en tirent la commodité de la charge et 
de la voiture de tout ce qu'ils ont besoin, attendu qu'il 



!1 



11 



» 



I 












I 


















(i) Zarale, Historia del descubrimiento y conquisla de las 
provincias del Peru, etc., lib. I, cap 14. Sevilla, 1577, in-f°. 















r 





















400 



LE LAMA. 



leur sert à porter les charges, et d'autre costé il n'est 

point de besoin de despendre à les ferrer, ny en selles 

ou en bats et non plus en avoine ; mais il sert maistres 

gratuitement, se contentant de l'herbe qu'il trouue 

parmy les champs ; de manière que Dieu les a pou- 

rueues de brebis et de iuments en vn mesme animal. 

n Et comme c'est une nation pauure, il a voulu aussi les 

n exempter en ce poinct de coust et de despence (1). ù 

Les Lamas existaient encore à l'état sauvage dans la 



ii 



ii 



n 



n 



11 



ii 



époque 



Vé 



5 



étaient 



(2) 



stique (3), et ils sont 
répandus dans les Andes du Pérou et du Chili à une 
hauteur moyenne de 5000 à 3500 mètres d'élévation 
au-dessus du niveau de la mer. 

A l'époque où le Lama domestique fut observé pour 
la première fois par les Espagnols, il offrait déjà d'aussi 
nombreuses variétés de couleur que nous en constatons 
aujourd'hui. Sa robe, habituellement brune ou noire, 
passe souvent au brun clair, au jaune roux, au gris et 
même au blanc, et sa laine varie aussi par sa finesse et 
par sa longueur. Mais là ne se bornaient pas les modifi- 



v 






















(1) Joseph Acosta, Histoire naturelle et morale des Indes tant 
orientales qu'occidentales, trad. franc. Paris, 1616, in-12, p. 203. 

(2) Garcilasso de la Vega, Histoire des Incas, rois du Pérou, 
trad. franc. Amsterdam, 1737, in-£°, T. I, p. U6. 

(5) Francis de Castelnau, Expédition dans les parties centrales 
de V Amérique du Sud. Histoire du voyage. Paris, 1850, in-8°, 

T. IV, p. 104. 
































V 




LE RENNE. 40 j 

cations qu'il avait subies entre les mains des anciens 
Péruviens. Ils en possédaient déjà une race inappréciable 
et nettement caractérisée, savoir le Paco de Garcilasso 
de la Véga, que nous nommons Alpaca. Bien moins ro- 
buste et moins fort que le Lama ordinaire, il lui est infé- 
rieur comme bête de somme; mais sa toison, plus fine, 
plus longue et plus soyeuse, donne au commerce une 
matière précieuse. Il est plus petit détaille; 
oreilles plus courtes et la tête moins allongée. 
^ Ainsi, au fur et à mesure que nous avançons dans 
l'étude des animaux domestiques, nous constatons inva- 
riablement, par de nouveaux faits, l'influence puissante 
de la domesticité sur leur organisation. Ce qui nous reste 



il a les 



pas 



encore tracé l'histoire, va mettre dans tout son jour cette 
vérité importante et lui donner le caractère d'une dé- 
monstration rigoureuse. 



Le Renne. — Nous ne possédons que peu de ren- 
seignements sur le Renne domestique (Cervus Ta- 
rcmdus L.). Ne pouvant, sans périr, quitter les régions 
glacées qui l'ont vu naître, vivant toute l'année en plein air, 
comme ses congénères sauvages, se nourrissant à peu 
près des mêmes aliments, la domesticité paraît avoir eu 
sur lui peu de prise. Sa taille toutefois s'est rapetissée; 
sa couleur a un peu varié et généralement elle est moins 
foncée que chez le type originel ; la grandeur et la gros- 
seur de son bois ont diminué. A l'existence de ce pré- 
cieux animal est attachée celle de tous les peuples hy- 
perboréens, qui, sans lui, périraient dans les régions 
désolées qu'ils habitent. 



i. 



26 



















! 









































I 






























402 



LA CHEVRE. 



La Chèvre. 



Parmi nos Mammifères domestiques, 
la Chèvre est une des espèces qui ont subi le plus pro- 
fondément l'action de l'Homme, et ce fait est d'autant 
plus remarquable que l'esclavage n'a pas anéanti com- 
plètement chez elle le sentiment de son indépendance, 
ni le caractère décidé et capricieux de l'animal sauvage. 
Sa domestication remonte aux temps les plus reculés : 
nous la voyons déjà, à l'époque d'Abraham, figurer 
parmi les troupeaux des Israélites (1), et les monuments 
de l'ancienne Assyrie nous la montrent déjà asservie. 
D'une autre part, elle s'est répandue, avec l'Homme, sur 
presque toute la surface du globe, depuis les contrées 







q 



êll 



nombreuses et extrêmement différentes les unes des 
autres, à ce point que plusieurs naturalistes ont attribué 
aux Chèvres domestiques plusieurs origines distinctes. 
Mais celte opinion est singulièrement infirmée, lorsqu'on 
tente d'allier entre elles les races les plus éloignées. Nous 
avons pu notamment nous assurer par nous-mème que 
le Bouc commun et le Bouc d'Angora s'unissent à la 

Chèvre de Syrie ou Mambrine, non-seulement sans 
aucun signe de répugnance, mais avec l'ardeur la plus 
significative. Il en est de même du Bouc d'Aï 
la Chèvre commune. C'est, en outre, un fait non con- 
testé que toutes les races de Chèvres donnent ensemble 
des produits éminemment féconds. 

Ce qui varie le plus, chez tous les Mammifères do- 
mestiques, c'est le pelage; mais» dans l'espèce de la 


















(i) Genesis cap. 8, vers. 8 el 9. 



















LA CHÈVRE. 



4-05 



Chèvre, les variations sont portées plus loin encore, et 
cela tient à ce qu'il existe normalement chez elle d'eux 
espèces de poils plus ou moins développées dans chaque 
race. L'une est le poil primaire ou la jarre, plus ou 
moins raide ou flexible, et qui, généralement le plus 
long, s offre le premier à la vue, lorsque l'on considère ces 
animaux ; il couvre le plus souvent le poil secondaire, 
qui n'est autre chose qu'un duvet extrêmement délié' 
fort délicat, tenant à peine à la peau et ne paraissant 
qu en automne pour tomber au printemps. C'est cette 
seconde espèce de poils qui, très-fine, longue et abon- 
dante dans la Chèvre de Cachemire, constitue le paschm 



que 



si recherchés sous le nom de cachemires. 



dans 



commune de notre pays ; plus rarement il est tout noir 
ou tout blanc. Mais, dans les Chèvres communes des 
montagnes d'Appenzell et du Tyrol (1), dans celles de 
la Nouvelle-Grenade (2) et du Brésil (3), le fauve plus 
ou moins mêlé de brun foncé sont les couleurs les plus 
ordinaires. Dans la Chèvre de Nubie et dans celle de 
Syrie, le brun et le noir sont les teintes habituelles. 
En Crimée, les Chèvres sont pour la plupart petites et 
d une couleur singulière : on. en voit beaucoup de noires 

avec les pieds, le ventre et les joues d'un jaune roux 



(1) Sacc, Bulletin de la Société d'acclimatation, T IV p 8 

(2) Roulia, Mémoires de l'Académie des sciences de' Paris 
Savants étrangers, T. VI, p. 348. 



Wiecl 



in-8o, T. I, p. in. 



/ 












? 



4 



F 





















































































I 









404 



LA CHEVRE. 



fait 



d'autres entièrement jaunes foncées ou rougeàtres (1). 
La longueur du poil n'est pas moins variable, et quel- 
quefois, dans une seule et même race, par exemple, 
dans la Chèvre commune, tantôt le pelage est ras, 
déjà connu de Varron (2), tantôt il est plus ou moins 
allongé. Dans la Chèvre d'Angora le poil primaire est 
court et peu abondant ; le poil secondaire s'allonge en 
boucles ondoyantes soyeuses, qui pendent jusqu'à terre, 

et sont du plus beau blanc et plus rarement tout à fait 
noires. Cette toison se détache d'elle-même au com- 
mencement de Fêté, si le ciseau du berger ne l'enlève 
pas plus tôt (3). C'est le contraire qui a lieu dans les 



(1) Pallas, Voyages entrepris dans les gouvernements méridio- 
naux de l'Empire de Russie, trad. franc., 1805, in-fr, T. II, 

p. 59. 

(2) M. T. Varro, Rerum rusticarum de agriculture lib. II, 

cap. 3. 

(3) Cette belle race paraît assez peu ancienne. Aristote (flistoriœ 
animalium lib. VIII) rapporte, il est vrai, que, de son temps, on 
tondait les Chèvres de ces contrées comme les Brebis et qu'on tissait 
leur poil chez les Perses. Mais Strabon, qui est né en Asie-Mi- 
neure et non loin des montagnes que cette race habite, n'en fait pas 

mention, bien qu'il signale des Moutons à laine fine dans cette même 

région. Pierre Belon, du Mans (Les Observations de plvsievrs sin- 
gvlaritezet choses mémorables, etc. Anvers, 1555, T. II, p. 229) 
est vraisemblablement celui qui en parle pour la première fois. 
Tournefort (Relation d'un voyage du Levant. Paris, 1717, in-4", 
T. II, p. 463) l'a observée depuis avec soin et en a donné une 
figure. Ta\hs(Spicilegiazoologica, fasc. II, p. 49) soupçonne que 
celte Chèvre est un métis du Bouc et de laBrebis; mais les croise- 
ments de ce genre, faits au Chili par Vicuua Mackenna, n'ont pas 
produit de Chèvres d'Angora (Rulletin de la Société d'acclimata- 
tion, T. II, p. 381). 















LA CHÈVRE. , 4-05 

Chèvres du Thibet : la jarre forme le poil long, le duvet 
est plus court et ne se détache pas de lui-même ; on 
l'arrache et on le recueille avec un peigne. 

Beaucoup de Chèvres et quelques Boucs présentent 
sous le cou deux petits appendices cutanés, connus sous 
le nom de glands. 

La forme des cornes varie peu, mais leur longueur, 
leur direction, leur courbure offrent des modifications : 
arquées en arrière dans le Bouc commun, elles sont 
très-longues, tordues en tire-bouchon et dirigées en 
dehors chez le Bouc d'Angora. Mais il y a des variétés 
chez lesquelles ces appendices cornés disparaissent com- 
plètement, tandis que, dans d'autres, ils se multiplient 
au contraire; une seconde paire supplémentaire est alors 
placée plus en arrière que les cornes ordinaires ; elles 
sont plus courtes, plus grêles et plus droites. Cette par- 
ticularité se montre assez souvent dans la Chèvre des 






(2) 



(Suisse) (1) 



blanc 
La 



modifie beauco 



dans une 



seule et même race principale. Les Chèvres domesti- 
ques, dont la stature est la plus élevée, sont, parmi les 
Chèvres communes, celles des montagnes fertiles de 
l'Arragon et des Hautes-Alpes de la Suisse, celles de 

Moscovie et de la Péninsule Scandinave. Les Chèvres 
d'Angora sont généralement de grandeur moyenne, mais 



(1) Sacc, Bulletin de la Société d' acclimatation, T. IV, p. 5. 

(2) Roulia, Dictionnaire d'histoire naturelle de d'Orbigny, T. 

IV, p. 586. 















I 






il 

il 















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11 

m 














































■i 






406 



LA CHEVRE. 



on en voit aussi de petite et de grande taille. La Chèvre 
nubienne de race pure est plus grande que la Chèvre 
commune, et il en est de même de celle du Thibet. Les 
Chèvres naines d'Egypte, celles de Juida, de Guinée, de 
Madagascar et des îles Comores ne dépassent pas de 
beaucoup la stature d'un Chat de forte taille, mais le 
Bouc de ces races est plus élevé. 

Les oreilles sont tantôt dressées, étroites et pointues, 
tantôt elles sont, au contraire, élargies, très-longues 

et pendantes. Cette dernière disposition se fait surtout 
remarquer dans la Chèvre mambrine ou Chèvre de 
Syrie et parait être ancienne, si c'est réellement à elle 
que s'applique, ce qui est très-probable, ce passage 
d'Aristote : Caprœ auriculis mensurâ palmari et do- 
drantali, ac nonnullœ demissis, ità ut spectent ad ter- 
rant (1); on retrouve la même particularité sur la Chèvre 
de Nubie et sur plusieurs autres. La Chèvre mambrine 
et celle de Nubie nous offrent encore d'autres modifica- 
tions qui leur sont propres : elles n'ont pas l'odeur ca- 
ractéristique du Bouc, même à l'époque du rut ; le chan- 
frein est chez elles extrêmement busqué, et la mâchoire 
inférieure fait saillie au delà de la supérieure, ce qui leur 
donne un museau plus allongé ; elles sont en outre bien 
plus fécondes que les autres races, elles mettent bas 
deux fois 

* 

portée. 

La forme des mamelles varie également. Elles sont 

accouplées et longues dans la Chèvre commune ; hémi- 
sphériques dans la Chèvre d'Angora ; bilobées et à ma- 



dans l'année, et ont deux petits à chaque 



















(1) Arisloteles, Historiée animalium lib. VIII, cap. 28. 












I 














LA CHÈVRE. 



407 



Chèvres domest 






melons divergents dans les Chèvres de Syrie et de Nubie. 
L'ampleur des mamelles est plus ou moins grande et 
disparait presque complètement sur les Chèvres à demi- 
sauvages de la Nouvelle-Grenade (1) et sur celles qui 
ont été abandonnées à elles-mêmes dans des îles inha- 
bitées. Le scrotum est aussi divisé en deux lobes chez les 
Boucs de Syrie et de Nubie, et cette conformation n'existe 

* 

pas chez les autres races de Chèvres. 

L'intelligence et les qualités affectives sont développées 
dans la Chèvre domestique et surtout dans certaines 
races. Elle sait même se plier au caractère et aux habi- 
tudes des personnes au milieu desquelles elle vit. Ainsi 
on la voit suivre à pas lents sa vieille et débile maîtresse, 
tandis qu'avec les enfants elle semble, par sa gaîté, sa 
pétulance, ses manières folâtres, s'associer à leurs jeux. 

Les Chèvres sont redevenues sauvages dans plusieurs 
îles montagneuses, où elles ont repris leur genre de vie 
primitif. C'est ainsi qu'à l'île de la Tierra de Juan Fer- 
nandez, située à quelque distance des côtes du Chili, des 

ques, abandonnées par les Espagnols 
vers 1660, s'y multiplièrent rapidement. C'est dans cette 
île inhabitée que vécut, pendant quatre années, du produit 
de la chasse qu'il faisait aux Chèvres, le matelot anglais 
Selkirk, qui, sous le nom de Robinson Crusoë, devint 
le héros d'un roman célèbre, et fut, en 1709, arraché 
à son exil et ramené en Europe par le capitaine Wood 
Rogers. En 1741, lorsque l'amiral Anson aborda à Juan 
Fernandez, il y observa encore près de deux cents Chè- 




i 









r 
























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(1) Roulin, Mémoires de V Académie des sciences de Paris. 
Savants étrangers, T. VI, p. 548. 

















. 



































408 



LA CHEVRE. 



vres sauvages qui avaient échappé à la dent meurtrière 
des Chiens déposés dans cette île pour les détruire, et 
enlever ainsi une ressource précieuse aux flibustiers qui 
venaient s'y ravitailler et désolaient alors les côtes du 
Chili (1). Malheureusement les voyageurs ne nous ont 
laissé aucuns renseignements sur les caractères zoologi- 
ques de ces Chèvres. Alex, de Humboldt affirme qu'il 
existe, de temps immémorial, des Chèvres sauvages au 
Pic de Ténériffe, et qu'elles ont toutes le poil d'un brun 

très-foncé (2). Il en a observé depuis près de Cumana (3), 



des îles Car 



les côtes du 



Venezuela Œ) 



ces Chèvres, redevenues sauvages 



sont d'une taille très-élevée, rapides à la course et uni- 
formément brunes. Il n'y avait cependant, à l'époque où 
le célèbre voyageur visitait ces côtes, que trente années 
écoulées, depuis le moment où ces animaux y étaient 
devenus libres par la mort du seul habitant de cet îlot, 
et déjà ils avaient éprouvé les changements importants 
que nous avons indiqués. Des détails plus complets au- 
raient pu mettre sur la voie dans la recherche du type 
primitif de la Chèvre, question très-controversée depuis 
Guldenstœdt et Pallas. 

Deux opinions ont été émisés relativement à la souche 
originelle de la Chèvre domestique : les uns l'ont aitri- 










Mé 







(1) Don Antonio Ulloa, Voyage historique de l'Amérique méri- 
dionale, T. II, p. 21. 

(2) De Humboldt, Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau- 
Continent. Paris, 1816, in-8°, T. I, p. 260. 

(3) De Humboldt, Ibidem, T. II, p. 350. 

(4) De Humboldt, Ibidem, T. IV, p. 69. 






























LA CHÈVRE. 409 

i 

buée à une ou à plusieurs espèces de Bouquetins ; les 
autres à l'^Egagre (Capra jEgragus Pall). 

La première opinion était celle des anciens, et, chez 
les modernes, plusieurs naturalistes, à l'exemple de Pen- 
nant (1), notamment Berthout van Berchem (2), et, de 
nos jours, M. Roulin (3) l'ont adoptée. Girtanner (4), 
qui a observé les Bouquetins en Savoie, combat cette 
manière de voir. 



(6), d'A. Wa 



(S) 



(7) 



Cuvier (8). Les recherches récentes de M. Brandt, di 



recteur du 



(9) 



la comparaison qu'il a faite du squelette et de plusieurs 

du crâne étudié par 



JE 



S<*r> 



Pallas, ainsi que de plusieurs dépouilles decet animal avec 
la Chèvre domestique, viennent de mettre hors de doute 
que cette dernière a pour souche sauvage le Capra 
tâgragus. Comme les Chèvres domestiaues redevenu^ 



(1) Pennant, Synopsis of Quadrupeds, p. 13. 

(2) Mémoires de la Société de Lausanne, 1788, T. II, p. 195'. 

(o) Dictionnaire d'histoire naturelle de d'Orbignv, T. IV 
p. 580. 

(i) Journal de Physique de l'abbé Rozier, mars 1786, p. 224. 

(5) Guldenstœdt, Novi commentarii Academiœ scientiarum im- 
périales petropolilanœ, 1775, T. XX, p. 452. 

(6) Pallas, Spicilegia zoologica, fasc. XII, p. 45. 

(7) À. Wagner, Continuation de la Zoographia de Schreber 
T. IV, p. 502. 

(8) Cuvier, Règne animal, T. I, p. 275. 

(9) Brandt, Bulletin de la Société d 9 acclimatation, T. II, p. 

566 et suivantes. 


















I 
























i 



















■ \ 



* 












/ 










































i L 
















MO 



LA BREBIS. 



M 



ou brun avec des 



bandes plus foncées ; sa tête est plus forte et sa taille 
plus élevée que dans nos Chèvres domestiques ; ses for- 
mes et les proportions des différentes parties du corps 
sont semblables dans les types sauvage et domestique. 



'JE 



(1) 



(2) 



(3) 



deM.Brandt 



qu'il est possible 



matériaux nécessaires et qu'on sait s'en servir, d'arriver, 
par l'examen des caractères zoologiques, à constater 
l'origine primitive et par conséquent l'identité d'espèce 
d'un animal, sur lequel l'action puissante de la domesti- 
cité s'est exercée pendant une longue suite de siècles et 
a laissé des empreintes aussi profondes que celles que 
nous observons sur les Chèvres de nos étables. 

La Brebis. — La domesticité a généralement augmenté 
les facultés intellectuelles des animaux et développé leurs 
qualités affectives. Mais il n'en a pas été ainsi de la 

Brebis, que le contact de l'Homme n'a aucunement mo- 
difiée sous ce double rapport. Elle doit avoir perdu aussi 
quelques-uns de ses attributs physiques. Délicate, faible 
et slupide, comme elle l'est à notre époque ; lourde dans 



(1) Tchialchef, clans le Bulletin de la Société d'acclimatation, 

T. II, p. S6S. 

(2) Hohenacker, dans le Bulletin des naturalistes de Moscou 9 

1837, p. 137. 

(3) S.-G. Gmelin, Reise dure h Russland, T. III, p. 493. 


















v 






























I 



LA BREBIS. 411 

sa démarche et sans moyen d'échapper par la fuite à de 
nombreux ennemis ; sans armes ni défensives ni offensives 
pour les combattre, elle semble même avoir perdu l'in- 
stinct de sa conservation, si tenace cependant chez tous 
les animaux, et c'est à peine si elle sait, dans le danger, 
appeler, par ses bêlements, le berger qui doit la proté- 
ger. Dans de semblables conditions, l'espèce tout entière 

aurait été détruite. Aussi Buffon (1) pense-t-il que, dès 
l'origine, elle fut confiée aux soins de l'Homme, qu'elle 
eut toujours besoin de sa protection pour subsister et 
de ses soins pour multiplier. Mais, en présence des mo- 
difications si importantes qu'ont éprouvées, dans leur 
organisation, tous les animaux anciennement domesti- 
ques, il est plus vraisemblable que, dans son état pri- 
mitif, la Brebis avait un caractère sauvage, déployait une 
plus grande activité, était plus svelte, plus rapide à la 
course. Ce qui nous porte à le penser, c'est que les 
Moutons, à peu près abandonnés à eux-mêmes dans les 
îles situées au nord de l'Ecosse, par exemple, dans les 
Orcades et les Schetland, cherchent, lorsqu'on les réunit 
dans des parcs, à s'en échapper pour regagner les mon- 
tagnes; ils ont acquis ou plutôt retrouvé l'énergie, les 
mouvements vifs et l'aspect qui caractérisent les espèces 
sauvages; les Moutons de Dartmoor et d'Exmoor, en 
Angleterre, qui vivent aussi dans un état de liberté 






absolue 



i 



(2).Varron(3) 












I 






k 






i 



S 









i 









(1) Buffon, Histoire naturelle, T. V, p. i. 

(2) David Low, Histoire naturelle agricole des animaux domes- 
tiques. Le Mouton, p. 18 et suiv. 

(3) M. T. Varro, Rerum rusticarum de agriculture lib. II, cap. 1. 









, 












1~ 











I 












t 















412 LA BREBIS. 

nous apprend, du reste, que des Brebis sauvages exis- 
taient de son temps en Phrygie, et, s'il y a réellement 
ici identité d'espèce, il n'est pas douteux que le type 
sauvage possédait les moyens d'échapper aux dangers qui 
devaient le menacer dans les montagnes de l' Asie-Mi- 

S 

neure. La question serait résolue, s'il était démontré, 
comme l'ont pensé quelques naturalistes, que le Mouflon 
(Ovis Musimon Goldf.)soit la souche primitive du Mou- 
ton. 11 est donc vraisemblable que l'état de faiblesse et 

de dégradation qui, sans la protection tutélaire de 
l'Homme, livrerait sans défense nos Brebis domestiques 
à la dent des Carnassiers, est le résultat de la vie peu 
active qu'elles mènent dans nos étables et dans nos parcs. 
C'est une vérité physiologique bien établie, que le défaut 
d'exercice des organes les frappe d'engourdissement et 

d'atonie. 

Ces causes débilitantes ont dû agir d'autant plus pro- 
fondément sur la Brebis, qu'elle est vraisemblablement 
l'animal qui, le premier, fut soumis à l'empire de 
l'Homme. Il en est déjà question, comme d'un animal 
domestique, dans les premiers chapitres de la Genèse (1), 

et une peinture égyptienne, antérieure, suivant Cham- 



pollion, de mille années à 



dote, représente des 



Béliers employés aux travaux de l'agriculture. Aussi cette 
espèce a-t-elle éprouvé des changements aussi variés 
qu'importants, u II y a tant de races de Moutons, disait 
h déjà Daubenton, en 1777, qu'il ne serait pas possible 
\\ de les nombrer (2). « Aussi ne pouvons-nous signaler 










k 



(1) Genesis cap. &, vers. 2; cap. 12, vers/16; cap. 13, vers. 5. 

(2) Daubenton, Mémoire sur l'amélioration des bêtes à laine, 
clans les Mémoires de V Académie des sciences pour 1777, p. 80. 










LA BREBIS. 



Mo 



toutes les variations ; nous n'exposerons que les princi- 

pales. 

Le pelage est blanc, gris, fauve, roux, brun ou noir, 
et quelquefois ces différentes couleurs se marient deux à 
deux. La toison est, comme chez les Chèvres, formée de 
deux sortes de poils, l'une la jarre, et l'autre la laine, 
qui en diffère par les petites aspérités dont les poils sont 
pourvus et qui facilitent le feutrage. La jarre disparaît 
entièrement ou presque totalement dans les Moutons à 
laine fine, tels que les Mérinos, les Disley, etc. La laine 
est tantôt lisse, tantôt frisée ; elle varie beaucoup par sa 
finesse, par son abondance, par sa longueur. Dans les 
Moutons de Caramanie, elle tombe jusqu'à terre et cache 
les jambes de l'animal (1). Dans les plaines du Meta 



(A 



nale), la laine des Agneaux croît 



comme chez nous, mais, si on ne la coupe pas en temps 
ordinaire, elle s'épaissit, se feutre et finit par se détacher 
par plaques pour ne plus revenir (2). Dans les Schetland 
et les Orcades, la laine tombe aussi d'elle-même au 
commencement de l'été, et la jarre reste (3). La jarre 
peut aussi exister seule ou presque seule, comme dans 
les Moutons du Sénégal (4-), du Congo et de Loango(5), 












f 






à 



(A) De Morogues, Cours complet d'agriculture, ou Nouveau 
Dictionnaire d'agriculture. Paris, 1851, in-8°, T. III, p. 327. 

(2) Roulin, Mémoires de V Académie des sciences. Savants 
étrangers, T. VI, p« 34-8. 

(5) David Low, Histoire naturelle agricole des animaux do- 
mestiques. Le Mouton, p. 47. 

(6) Adanson, Voyageait Sénégal. Paris, 1787, in-£°, p. 57. 

(8) J. Ovinglon, Voyage à Surate et autres lieux de l'Asie et de 
l'Afrique, trad. franc. Paris, 1728, iu-12, T. I, p. 60. 
















I 
































4U 



LA BREBIS. 






dans une race de l'Himalaya (1), etc. Le pelage, formé 
ainsi de poils jarreux, peut être très-court et ras, comme 
on l'observe dans les Moutons de Guinée (2), dans ceux 
des Touarengs (3) et du Fàzogl (4), etc. Du temps de 
Varron (5), il se produisait assez souvent dans les trou- 



complétement dégarni 



de 



peaux des Brebis à ventre 
poils et de laine; elles étaient très-peu estimées. Dans 
d'autres races, ce poil s'allonge et quelquefois il se déve- 
loppe tellement sur le cou qu'il forme à l'animal une 
véritable crinière (6). Enfin les Béliers de la race 

d'Exmoor ont, comme les Chèvres, de la barbe au men- 
ton (7). 

Il y a, sur les côtes d'Afrique, des Moutons qui, comme 
le Cerf, ont un fanon pendant et plissé (8). 

Les cornes qui, généralement, se contournent en 
hélice sur les côtés de la tète, peuvent prendre une autre 
direction. Il est en Espagne une race à laine fine, dont 



























(1) V. Jacquemont, Voyage dans l'Inde. Journal, T. II, p. 204. 

(2) Smith, New voyage of Guinea. London, 1745, p. 147; Bos- 
man, Voyage de Gainée, trad. franc. Utrecht, 1705, in-12, p. 237 

et 258. 

(5) Bulletin de la Société d y acclimatation, T. II, p. 599. 

(4) F. Caillaud, Voyage à Meroë et au fleuve Blanc. Paris, 
1826, in-8°, T. II, p. 563. 

(5) M. T. Varro, Rerum rus tic arum de agriculture lib. II, 
cap. 2. 

(6} De Morogues, Cours complet d'agriculture, ou Nouveau 
Dictionnaire d'agriculture, T. III, p. 527. 

(7) David Low, Histoire naturelle agricole des animaux dômes- 
tiques. Le Mouton, p. 36. 

(8) De Morogues, Ibidem, T. III, p. 527. 


























LA BREBIS. 



415 



0) 



(2) 



existe dans les Schetland des Béliers qui ont les cornes 
presque droites (3) ; ceux de Crète ont aussi ces appen- 
dices cornés droits, mais ils sont entourés d'une gout- 
tière en spirale (4). Chez les Moutons des Tauarengs, 
les cornes disparaissent ou ne sont que rudimentaires (o); 

la race Cheviot est entièrement privée de ces organes (6), 
et il en est de même de celle de Ryeland en Angleterre 
et d'autres variétés européennes. Par contre, il est des 
Moutons qui ont quatre et même six cornes, et cela n'est 
pas très-rare parmi ceux des Kirghuis (7), dans quel- 
ques variétés de l'Inde (8), de l'Algérie (9), en Islande (10) 



(1) Prichard, Histoire naturelle de l'Homme, trad. franc. Paris, 
1845, in-8°, T. I, p. 57. 

(2) V. Jacquemont, Vogage dans l'Inde. Journal, T. III, p. 

409, et T. IV, p. 72. 

(5) David Low, Histoire naturelle agricole des animaux do- 
mestiques. Le Mouton, p. 15. 

(4) De Morogues, Cours complet d'Agriculture, etc., T. III, 
p. 528. 

(5) Bulletin de la Société d' acclimatation, T. II, p. 899. 

(6) David Low, Ibidem, p. 46. 

(7) Pallas, Voyages en différentes provinces de l'Empire de 
Russie et dans l'Asie septentrionale, trad. franc. Paris, 1788, in-4°, 

T. I, p. 426. 

(8) Lefèbre, dans la Maison rustique du XIX e siècle. Paris, 
1857, in-8°, T. II, p. 501. 

(9) Bulletin de la Société d" acclimatation, T. IV, p. 417. 

(10) David Low, Ibidem, p. 14. 















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416 



LA BREBIS. 















et en Suède; c'est YOvis polycerata è Gollandiâ de 

Linné (1). 

Les oreilles sont tantôt petites, dressées et mobiles, 

tantôt grandes et pendantes. 

La queue varie beaucoup plus dans cette espèce que 
dans tous les autres animaux domestiques. Elle est habi- 
tuellement de moyenne taille. Elle est courte, au con- 
traire, dans les Moutons de Norwège et des îles au nord 
de l'Ecosse (2). Il en est d'autres chez lesquels cet or- 
ane disparaît à peu près complètement; mais deux 
masses graisseuses, plus ou moins volumineuses, se dé- 
veloppent sur la croupe, comme on le voit dans quelques 
cantons de la Perse, de l'Inde et de la Chine (3), en 
Tartarie, dans les contrées voisines de la Caspienne, de 
la Mer Noire, de la Mer Rouge et enAbyssinie (4). Il est 
remarquable que cette particularité n'existe chez aucune 
espèce animale sauvage. Dans d'autres pays, la queue 
s'est allongée, et quelquefois à ce point qu'elle traîne 
à terre (Ovis longicauda) ; on en observe en Ukraine 




et en Podolie 



) 



dans la vallée du Danube et 
(6). Mais cette queue plus ou 






(1) Linnœus, Systema nalurœ, éd. 15. Vindobonœ, 1767, T. I, 
p. 97. 

(2) David Low, Histoire naturelle agricole des animaux do- 
mestiques. Le Mouton, p. 12 et 15. 

(5)Pallas, Acta Academiœ scientiarumimperialispetropolitanœ, 

1777, T. I, part. 2, p. 255. 
.(S) David Low, Ibidem, p. 11 et 12. 

(5) De Morogucs, Cours complet d'Agriculture, etc. T. II, p. 

23£. 

(6) David Low, Ibidem, p. 12 et 22. 












..I 










LA BREBIS. 



U7 



moins allongée peut aussi se charger d'une masse de 
graisse plus ou moins considérable, qui occupe tantôt 
toute la longueur de cet organe appendiculaire ou seu- 
lement sa partie supérieure. Les races qui nous offrent 
cette conformation sont les plus répandues à la surface 
du globe, et se trouvent spécialement en Caramanie, où 



Hérodote (1) 

F Asie-Mineure, en Perse (2) 



observées, et dans toute 
, chez les Kalmouks (3), 



(6) 



(4), chez les Kirghuis (S) 



8 



en Egypte et en Algérie où ils sont plus rares (9), au cap 
de Bonne-Espérance (10). Cette queue peut peser jusqu'à 

33 livres de France (11). » C'est un grand fardeau, dit 



(1) Hérodote, Historiarum lib. III, cap. 113. 

(2) Les six voyages de J.-B. Tavernier en Turquie, en Perse 
et aux Indes. Paris, 1678, in-12, T. II, p. 579. 

(3) Bergman, Voyage chez les Kalmouks, trad. dans les Me- 
moires du, Muséum, T. XVI, p. 459. 

(4) Pallas, Voyages en différentes provinces de l'Empire de 
Russie, etc., T. IV, p. 254. 

(5) Pallas, Ibidem, T, I, p. 426. 



(G) Hue, Souvenirs d'un voyage dans la Tartarie, le Thibet et 
la Chine, éd. 2, T. I, p. 101. 

(7) David Low, Histoire naturelle agricole des animaux do- 
mes tiques. Le Mouton, p. 11. 

(8) Pyrard de Laval, Voyage contenant sa navigation aux Indes 
orientales, etc. Paris, 161 S et 1616, in-8°, T. I, p. 57. 

(9) Bulletin de la Société d'acclimatation, T. III, p. 87. 

(10) Thunberg, Voyage au Japon par le cap de Bonne-Espé- 
rance, trad. franc. Paris, 1796, in-4°, T. I, p. 95. 

(11) Pallas, Voyages en différentes provinces de V Empire de 
Russie, tic, T. I, p. 361. 

i. 27 













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/ 











































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I 












418 



LA BREBIS. 






,i Chardin (1), que cette queue à ces pauvres animaux, 
n d'autant plus qu'elle est étroite en haut et large en 
11 bas ; vous en voyez souvent qui ne la sauraient traîner, 
» et à ceux-là on leur met la queue sur une machine à 
n deux roues, à laquelle on les attache par unharnois. n 
La taille se modifie beaucoup aussi. Les races de la 
plus haute stature sont celle du Morvan et celle des Kir- 
huis- cette dernière atteint la hauteur d'un petit Ane (2), 

et le célèbre voyageur vénitien, Marco Polo, affirme le 
même fait pour les Moutons de Perse (3). Les races les 
plus petites existent dans les montagnes du pays de 
Galles, dans celles de Dartmoor et d'Exmoor en Angle- 
terre (4). La taille, mesurée depuis la terre jusqu'au gar- 
rot, varie, suivant Daubenton (S), de un pied à trois 

pieds huit pouces. 

Les proportions des membres avec le corps ne sont 
pas toujours les mêmes : les Moutons des Kirghuis, ceux 
des Touarengs ont les membres bien plus longs que nos 
Moutons ordinaires. D'une autre part, il existe dans le 









(1) Chardin, Voyage en Perse et autres lieux de l'Orient. 
Amsterdam, 1753, in-4°, T. II, p. 28. 

(2) Guill. Mùller, Description de toutes les nations de V Empire 

de Russie, Irad. franc. Saint-Pétersbourg, 1776, in-4°, coll. 2, 
p. 181. 

(3) Les Voyages très-curieux et fort remarquables achevés 
*>ar toute l'Asie, Tartarie, Mongie, etc., par Marc Paul, collée. 
Bergeron. Lahaie, 1755, in-4°, T. I, p. 19. 

(&) David Low, Histoire naturelle agricole des animaux do- 

mestiques. Le Mouton, p. 20 et 38. 

(S) Daubenton, Instructions pour les bergers et pour les pro- 
priétaires de troupeaux. Paris, 1782, in-8°, p. kk. 



. 


























I 



• 







• 



LA BREBIS. 



419 



Mouton 



loutres (Ancon Sheep), dont les jambes sont courtes et 
torses, comme celles d'un Chien-Basset, et dont le corps 
est plus allongé que dans les autres races (1). 

La conformation de la tète offre aussi, dans les di- 



busq 



quelq 



par exemple, dans les Moutons des Touarengs ; la tête 
est, au contraire, petite et non busquée dans les races 
fines d'Espagne et d'Angleterre. 

Quelle est l'origine du Mouton domestique? Suivant 
Buffon (2) et Guldenstœdt (3), sa souche primitive est le 
Mouflon (Oui* Musimon Goldf.), qui habite la Corse, la 
Sardaigne, l'île de Chypre, les montagnes de la Grèce et 
de l'Asie-Mineure. Plus ressemblant à nos Brebis qu'au- 
cun autre animal sauvage, il en a la tête, les yeux, à 
peu près les cornes, la face et l'habitude extérieure du 
corps ; son squelette en diffère à peine. II est vrai que 



Bi 



dessous ; il y a, du reste, des 



• - rr—> - -" «luv-icul pus, ei sem- 

blent présenter ainsi un retour à leur type originel. Le 
chanfrein busqué du Mouflon et sa queue courte se re- 
trouvent dans certaines variétés de Moutons, et il ne leur 
















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. 



I 






i 



y*) transactions philosophiques, 1813, p. 58 ; Warden, Des- 
cription des Etats-Unis de l'Amérique septentrionale, trad.'franc 
^ns, -1820, in-8-, T. I, p. 50. 

(-) Buffon, Histoire naturelle, supplément, T. III, p. 72. 
(5) Guldenslœdt, JVovi commentarii Académies scientiarum im- 
Periali s petropolitanœ, 177S, T. XX, p. 4SI. 





























I 



à 


























420 



LE BOEUF. 






est pas supérieur par sou iutelligeuee. Il est vrat que e 

naturalistes modernes ont placé le Mouflon et la Breb.s 

dans deux genres différents ; mais, paran les caractères 
qu'ils assignent au genre Mouflon, la plupart se retrou- 
vent, comme nous venons de le voir, dans quelques 

races de l'espèce ovine; le seul qui reste jusqu .c, de- 
bout, tiré de la présence ou de l'absence des cellules 
dans l'axe osseux des cornes, perd une grande parue de 

son importance devant ce fait que les cornes et leur axe 
osseux manquent souvent chez les femelles de ces deux 

prétendus genres. Un caractère zoologique, que 1 ammal 
adulte ne porte pas toujours avec lui, n'est pas même 

un caractère spécifique. ,"'„'.. , 

Ces faits tendent donc à rendre probable 1 opinion de 
Buffon, mais ne constituent pas une démonstration com- 
plète. Il faudrait s'assurer si le Mouflon engendre avec 
la Brebis, comme Pline l'affirme (1), et surtout si les 
produits sont doués d'une fécondité continue. 

M ulTO/ _ Domestiqué, comme la Brebis, depuis un 
temps immémorial, le Bœuf offre des modifications aussi 
nombreuses et non moins importantes. Nous ne pouvons 
plus aujourd'hui, comme à l'époque de Varron (2), en 
distinguer les races par de grandes circonscriptions géo- 
graphiques, mais on peut dire, non-seulement que cha- 
que pays, mais chaque province, possède des race, 
spéciales, différentes, à la fois, par leurs caractères phy- 



Bœuf 



(1) Plinius 



Historiœ naturalis lib. VIII, cap. 49. 



llf t I1U1VWJ -e- . . A 

(2) M. T. Varro, Rerum rusticarwn de -agricultura 



lib. VI, 



car». 1. 

















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les 

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LE BOEUF. 



421 



siques et par le genre de services qu'elles rendent à 
l'Homme, les unes étant remarquables par l'abondance 
de la sécrétion du lait, les autres comme animaux de 
boucherie ou comme bêtes de somme. Cela est surtout 
vrai dans les pays les plus civilisés, en France, en An 



jléterre, en Allemagne, où l'on compte un grand nombre 




de variétés. 

■ 

La couleur du poil, comme dans toutes les espèces 
domestiques, présente les nuances les plus variées entre 
le blanc, le brun et le noir, ou plusieurs de ces couleurs 
se distribuent par régions ou par plaques limitées sur le 
corps de l'animal. La peau elle-même est atteinte par 
ces différences de coloration ; elle est jaune foncé et 
teintée de noir dans la race de Pembroke ; jaune orangée 
dans celles de Devon et d'Hereford ; elle est blanche 
dans la plupart des autres races. Les teintes sont bien 
plus tranchées encore sur le mufle, qui est tantôt rosé, 
tantôt tout à fait noir. La peau est mince dans certaines 
races, par exemple, dans celle du Nivernais ; elle est 
tellement épaisse, au contraire, dans celle de la Camar- 
ne que l'animal est insensible aux piqûres des cousins 




qui se développent par myriades dans la région maré- 
cageuse qu'il habite (1), et il en est de même des Bœufs 
des pampas de Buenos-Ayres. Il résulte de cette dispo- 
sition une différence assez grande dans la valeur com- 

■ 

merciale des cuirs que fournissent les différentes races 
de Bœufs. 

Les poils sont habituellement courts et ras, mais ils 



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(1) F. Villeroy, L'Eleveur des bêles à cornes, éd. 2, in-18, 



p. 61. 































] 






























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) 



422 



LE BOEUF. 



s'allongent dans certaines variétés de l'Abyssinie ; ils sont 
plus abondants dans les races du Nord ; mais, dans les 
pays intertropicaux, ils deviennent quelquefois extrême- 
ment rares et fins, comme M. Roulin (1) l'a observé sur 

* 

les Bœufs des provinces de Mariquita et de Neyba dans le 



Venezuela, et il ajoute que 
voie de reproduction. Il a 

(2) 



observé également dans les 

i 

îufs entièrement dépourvus 
de poils, et qui portent, dans le pays, le nom de Calon- 



lequel on désig 




de Chiens 
de Guinée. 



Les 



courbure 



vent s'incliner en avant, en arrière, être descendantes 
ou divergentes en dehors. Quelquefois petites, comme 
elles le sont souvent dans les races du Cotentin, de Sa- 
lers, de Devon, etc., elles acquièrent un grand dévelop- 
pement dans la race podolienne ou hongroise, dans 
celles de la Romagne, de Sicile, mais surtout dans les 
Bœufs Galla ou Songa, célèbres dans toute l'Abyssinie 
et qui portent des cornes d'une longueur et d'un volume 
prodigieux (3). Elles ont quelquefois deux mètres d'en- 
vergure ; Sait (4) en a mesuré une qui avait près de 4 



(\) Roulin, Mémoires de l'Académie des sciences. Savants 
étrangers, T. VI, p. 352. 

(2) Roulin, Ibidem, p. 353. 

(3) Bruce, Voyage en Nubie et en Abyssinie, trad. franc. Paris, 
1790 et 1791, in-4°, T. V, p. 101. 

(i) Sait, Voyage en Abyssinie, trad. franc. Paris, 1816, in-8°, 
T. I, p. 552 et 554. 













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LE BOEUF. 



425 

pieds anglais de longueur et 21 pouces de circonférence 
à la base, n Les cornes des Bœufs d'Abyssinie, dit à son 
» tour le Père Lobo (1), sont si grandes qu'elles tien- 
n nent plus de vingt pintes ; aussi les Abyssins en font 
n leurs cruches et leurs bouteilles, n Les anciens Egyp- 
tiens possédaient une race à cornes bifides au sommet, 
à en juger du moins par les peintures de leurs monu- 
ments (2). Il y a aussi des races, du reste assez variées, 
qui sont dépourvues de cornes : telle est, dans l'anti- 
quité, une race de l'ancienne Egypte (3) ; telles sont 
encore, de nos jours, celles d'Angus,,de Galloway, de 
Suffolk, d'Islande, de la Beauce ; on en trouve aussi aux 
Philippines et aux Antilles. On a vu, en 1770, dans 
l'Amérique méridionale, et au milieu d'un troupeau ap- 
partenant à la race cornue, se produire un Taureau sans 
cornes. Ce caractère s'est propagé dans la descendance 
de cet animal, et une race nouvelle pour le pays, celle 
du Bœuf Mocho, s'est établie et a envahi des provinces 
entières (4-). 

■ 

Le fanon peut être court ou pendre jusqu'aux genoux. 
La queue est plus longue ou plus courte ; elle s'attache 






peu plus bas 



ables 









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■ 









. 


















(1) Voyage d'Abyssinie du Père Lobo. Amsterdam, 1728, T. I 
p. 87. 

(2) Champollion le jeune, Monuments de l'Egypte et de la Nubie, 
T. I, tab. 70. 

(3) Ippolito Rosellini, I monumenti delV Egitto e délia Nubia. 
Pisa, 1832, T. I, tav. 41, f. 3. 

(4) Don Félix de Azara, Voyage dans V Amérique méridionale. 
Paris, 1809, in-8°, T. I, p. 378. 



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LE BOEUF. 



les petites races, il faut compter les Bœufs des Highlands 



de l'Ecosse, qui ne sont pas plus 




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Veaux 



d 



Tartarie 



au Sénégal, une race, dont la taille est à peine supérieure 
à celle d'un sanglier. Les races les plus grandes sont 
celles de Durham, de l'Ukraine, de la riche vallée du 
Danube, de la Hollande et d'une portion du Danemark ; 
on en trouve aussi de très-grandes en Abyssinie et dans 

verrons plus loin à quelles 



Afriq 



Nous 



faut rapporter les différences considérables que 



nous observons, sous le rapport de la taille, entre les 
différentes races de nos animaux domestiques. 

Les formes extérieures et les proportions du corps et 
des membres contrastent singulièrement, si l'on com- 
pare nos races françaises avec cette race anglaise, créée 
par Backewel, et si remarquable par le grand dévelop- 
pement des chairs, par la rondeur du corps en forme de 
baril, par la petitesse de la tête et du cou, par la briè- 
veté et la ténuité des jambes, enfin par le volume des os 
du squelette réduit à peu près de moitié. Si les autres 
races sont mises en présence les unes des autres, on 
observe des modifications innombrables dans toutes les 
parties de l'animal, sous le double rapport de la forme 
et des proportions relatives des organes. La tête varie 
surtout : tantôt très-développée, tantôt extrêmement 
réduite, elle est, en outre, courte ou allongée, large ou 
étroite ; le chanfrein est droit ou même déprimé sur la 
ligne médiane, ou, ce qui est plus rare, il est busqué, 
comme on l'observe dans la race hongroise ou podo- 
lienne ; le front est large ou étroit, et son bord supérieur 

























LE BOEUF. 423 

est plus ou moins élevé au-dessus de l'origine des cor- 
nes ; le cercle osseux des orbites est tantôt fortement, 
tantôt à peine proéminent au dehors. Si l'on examine 
comparativement la collection de tètes osseuses des 
principales races de Bœufs de France, qui existe au 
Muséum d'histoire naturelle, on sera immédiatement 
frappé des différences importantes qui les distinguent, et 
cependant elles sont bien loin d'être les plus disparates. 
Sturm (1) a publié un livre ex professo sur cette ma- 
tière, qui démontre bien mieux encore combien sont 
étendues et profondes les modifications que la tête et le 
crâne peuvent présenter dans l'espèce bovine. 

Les races de Bœufs se distinguent les unes des autres 
par l'abondance plus ou moins grande de la sécrétion 
laiteuse. Cette fonction est permanente chez la plupart 
d'entre elles. Mais lorsque les troupeaux sont trop nom- 
breux relativement aux habitants; lorsqu'ils sont, en 
outre, dispersés dans des pâturages d'une trop vaste 
étendue, on interrompt forcément l'habitude de traire 
le bétail, et il ne faut alors qu'un petit nombre de géné- 
rations pour faire disparaître la fonction lactifère, dès 
que le Veau peut se passer de son premier aliment. C'est 
ce qu'on observe sur les Bœufs domestiques de la Co- 



(2) 



des Kalmouks (3). Ces faits 



(1) Sturm, Ueber Racen Kreuzung und Veredlung der land- 
wirthschaftlichen Hausthiere. Elberfeld, 1823. 

(2) Roulin, Mémoires de V Académie des Sciences de Paris. 

* 

Savants étrangers, T. VI, p. 334>. 

(3) Bergman, Voyage chez les Kalmouks, trad. dans les Mé- 
moires du Muséum, T. XVI, p. 4S8. 






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11 




I 





















■ I 















426 



LE BOEUF. 



prouvent d'une manière évidente que la sécrétion per- 
manente du lait n'est pas un phénomène naturel à 
l'espèce bovine, mais bien un produit des soins et de 

l'industrie de l'Homme. 

Les Vaches domestiques, lorsqu'elles mettent bas, ne 
cherchent en aucune façon à cacher leur petit et ne té- 
moignent aucune inquiétude de la présence d'individus 
de leur espèce, ni même de la présence de l'Homme. Il 
n'en est pas ainsi des Vaches à demi sauvages des mon- 
tagnes de l'Ecosse (1), ni de celles de la Camargue (2); 
elles prennent beaucoup de précautions pour soustraire 
aux regards leur progéniture ; d'où l'on peut conclure 



que 



qu'il 



a complètement disparu dans presque toutes nos races 
domestiques par l'effet de l'éducation. 

Les deux faits curieux que nous venons de signaler 
sont pleinement confirmés par les observations recueillies 
sur les Boeufs redevenus sauvages dans diverses parties 
de l'Amérique ; les femelles ont le pis peu* développé et 
ne donnent pas beaucoup de lait ; elles ont aussi repris 
l'habitude originelle de s'isoler pendant le part et pen- 
dant les premiers temps delà lactation. 

Les Bœufs sauvages de l'Amérique ont pour origine 
des Bœufs domestiques de l'Andalousie et des environs 
de Salamanque, transportés aux Antilles et sur le conti- 
nent voisin, dès l'époque de la conquête, n Les Espa- 



(1) David Low, Histoire naturelle agricole des animaux domes- 
tiques. Le Bœuf, p. 2£. 

(2) P. Gervais, Histoire naturelle des Mammifères, T. II, p. 

181. 









■■■ 






LE BOEUF. 



(i) 



427 
se furent rendus 



h maîtres de Saint-Domingue, peuplèrent l'île de Tau- 



Vaches 



» fort multipliés, et les Français, quand ils y vinrent, en 
n tuaient tant qu'ils voulaient. Les Taureaux sont fort 
n puissants, ont des jambes courtes et menues et courent 
» très-vite. Us vivent le jour dans les bois et la nuit 



défendent 



Véga (2) 



vit arriver, en 1S50, les premiers Bœufs dans la vallée 
du Cuzco au Pérou, rapporte que, déjà de son temps, 
les Bœufs sauvages s'étaient tellement propagés aux An- 
tilles et sur le Continent, qu'en 1587, on exporta 



de 



animaux de 



64,350 de la Nouvelle-Espagne. Joseph Acosta (3) con- 
firme les mêmes faits, et il en est de même d'Oviédo (4). 
Comme on donnait, dès l'origine de leur introduction 
en Amérique, peu de soins à ces animaux, on les laissa 
courir à l'aventure, et bientôt, s'étendant sur une vaste 
contrée couverte de riches pâturages et sous un climat 
favorable, leur nombre devint immense. C'est surtout 
dans les parties tempérées du Paraguay et dans les con- 



(1) Oexmelin, Histoire des Aventuriers. Paris, 1688, in-18,T.I, 
p. 79. 

(2) Garcilasso de la Véga, Histoire des Incas, rois du Pérou, 
trad. franc. Amsterdam, 1757, in-4°, T. I, p. S0£. 

(3) Joseph Acosta, Histoire naturelle et morale des Indes tant 
orientales qu'occidentales, trad. franc. Paris, 1616, in-12, p. 190, 
verso. 

(£) Oviedo, Historia générale e naturale delV Indie occiden- 
tale, apud Ramusio, T. III, p. 101. 








































■ — *- 













































\ 






LE BOEUF. 



qui 



428 

trées occidentales du Rio de la Plata, depuis Buénos- 
Àyres jusqu'au pied des Andes, que se rencontrent en- 
core aujourd'hui ces troupes miraculeuses de 20 et de 
40,000 individus, qui ont échappé complètement à la 
domination de l'Homme et qui fuient sa présence comme 
des bêles fauves (1). Il paraîtrait, d'après les écrivains 
espagnols, que ce bétail sauvage est provenu originaire- 
ment de sept Vaches et d'un Taureau d'Andalousie, 
furent envoyés, en 1556, à la ville de l'Assomption, au 

Paraguay, par le chemin du Brésil. On rencontre éga- 
lement de ces Bœufs entièrement sauvages au centre du 
Pérou; les habitants les nomment Vaccas del Monte (2). 
Malheureusement, les auteurs ne nous ont pas trans- 
mis de détails suffisants sur les caractères zoologiques 
de ces animaux; Félix de Azara (3), toutefois, nous fournit, 
à cet égard , une observation d'un grand intérêt, c'est 
que les Bœufs restés à l'état de domesticité présentent, 
en Amérique, comme dans tous les pays du monde, des 
couleurs extrêmement variées, tandis que les Bœufs 

* 

sauvages des mêmes régions offrent, au contraire, une 
couleur uniforme et constante, c'est-à-dire, le brun-rou- 

geàtre sur le dessus du corps et le noir sur le reste, ce 
qui rend très-vraisemblable que ces teintes constituent 
les couleurs naturelles et primitives de l'espèce (4). 







(1) Joseph Acosta, Histoire naturelle et morale des Indes tant 
orientales qu'occidentales, p. 190. 

(2) Tschudi, Fauna peruana, p. 286. 

(5) Don Félix de Azara, Voyage dans l'Amérique méridionale. 

Paris, 1809, in-8°, T. I, p. 578. 
(£) L'Australie possède aussi aujourd'hui des troupeaux de Bœufs 




























LE BOEUF. 



m) 



Les naturalistes, curieux de connaître l'origine des 
différents animaux soumis au pouvoir de l'Homme, ont 
recherché aussi celle du Bœuf domestique. Linné (1) et 



(2) ont considéré l'Aurochs (B 



) 



comme leur souche sauvage. Mais cette opinion ne peut 
se soutenir devant les observations si précises faites par 



Daubenton (5 

de l'Aurochs comparée à celle du 



(4) 



aujourd'hui que la souche primitive du Bœuf domestique 
n'existe plus. Il est d'autant plus regrettable que nous 
ne possédions que des données fort incomplètes sur la 
conformation des Bœufs redevenus sauvages en Améri- 
que ; soumis depuis trois siècles au genre de vie de leurs 
premiers parents, ils ont dû, au moins en partie, en 
recouvrer les caractères; mais nous les connaissons 
assez, cependant, pour être certains qu'ils ne se sont pas 
rapprochés de l'Aurochs et encore moins confondus avec 

lui. 




r 



\ 


















sauvages ; deux Taureaux et cinq Vaches, échappés de Sydney, en 

1788,° furent retrouvés, en 4795, sur les bords du Népeau. Ils 
s'étaient multipliés et formaient un troupeau de 60 bêtes à cornes ; 
en 1796, ils étaient au nombre de 94; enfin, en 1797, il existait 
deux troupeaux, l'un de 67, l'autre de 170 individus (Dumont-d'Ur- 
ville, Voyage de l'Astrolabe. Histoire du voyage, T. I, p. 251, 

254et 256). 11 en existe aussi aux Philippines (J. Mailat, Les Phi- 
lippines, histoire, géographie, mœurs, agriculture, etc. Paris 
4846, in-8°, T. I, p. 454). 



> 



(1) Linnœus, Systema naturœ, éd. 13, p. 98. 

(2) Buffon, Histoire naturelle, T. XII, p. 507. 
(5) Buffon, Ibidem, T. XI, p. M8. 

(4) G. Cuvier, Annales du Muséum, T. XII, p. 375. 
































%à 











, 





) 












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430 



LE BOEUF. 



Il n'est pas douteux que nos races européennes, celles 
de l'Asie occidentale et aussi celles d'Amérique provien- 
nent d'une même souche. Mais en est-il de même du 
Zébu, dont nous n'avons pas encore parlé, et qui se 
trouve à peu près seul aux Indes, en Chine, au Japon, 
dans toute l'Afrique au sud de l'Atlas et à Madagascar? 

Le Zébu était connu déjà des anciens Egyptiens (1) ; 
il était chez eux et il est encore aujourd'hui chez les 

* 

Indous l'objet d'un véritable culte. Il se distingue de 
notre Bœuf européen par la présence d'une et quelque- 
fois de deux loupes graisseuses sur le garrot, par ses 
cornes plus droites, par ses oreilles longues et pen- 
dantes, par ses jambes plus longues, sveltes et gracieuses, 
par quelques différences dans la conformation du crâne, 
notamment par le front plus plat et plus oblique ; il est 
plus agile, il a plus d'intelligence et de docilité, mais, 



au lieu de mugir, il fait entendre une sorte de grogne 



ment. Ces caractères distinctifs semblent indiquer que 
ce Bœuf de l'Inde constitue une espèce particulière. Ce- 
pendant la question n'est pas complètement élucidée, 
elle reste indécise, et des observations nouvelles sont 

nécessaires pour la trancher. Les zoologistes ont mal- 
heureusement trop négligé, jusqu'à ces derniers temps, 
l'étude des espèces domestiques, et, chose presque 
incroyable! nous connaissons mieux, sous le rapport 
zoologique, les bêtes fauves des forêts que les animaux 
les plus utiles à l'Homme, ceux au milieu desquels il 



\ 



(1) Champollion le jeune, Monuments de VEgypie et de la Nubie, 

T. IV, tab. 427; Burkhardt, Travels in Nubia, p. 234, 573 c 't 
390. 










r 


















L YACK. 



431 



passe sa vie. Nous aurons plus tard à présenter la même 
observation au sujet des plantes cultivées, de ces pré- 
tendus monstres, les uns si jolis cependant, les autres si 
nécessaires à notre espèce, dont les botanistes, nos de- 
vanciers d'une autre époque, dédaignaient de s'occuper. 
Aujourd'hui on comprend mieux l'importance des re- 
cherches relatives aux changements que l'action de 
l'Homme a imprimés aux êtres qu'il a soustraits à leurs 
conditions naturelles d'existence. 



Q 



Zébu appartienne ou n'appartienne pas au 



même type originaire que le Bœuf européen, il n'en reste 
pas moins évident, par tous les renseignements que nous 
possédons sur lui qu'il est plus complètement asservi 
que son représentant dans nos climats, qu'il a tout au- 
tant varié, si ce n'est plus, et les modifications que nous 
offrent ses différentes variétés sont, pour ainsi dire, pa- 
rallèles à celles que nous a montrées le Bœuf ordinaire. 
Nous ne croyons pas dès lors nécessaire de nous étendre, 

relativement à l'histoire des races et des variétés nom- 
breuses que renferme le type du Zébu. 



L Yack. 



(Bos grunniens L.) 



que dans les montagnes les plus élevées du Thibet, du 
revers méridional de l'Himalaya et du nord de la Chine; 
il rend les plus grands services aux Thibétains et aux 
Mongols, dont il compose principalement le bétail ; il 
leur est précieux par son lait, par son poil long et 
soveux, mais surtout comme monture et comme bête de 
somme dans des contrées froides et d'un accès difficile, 
où le Cheval et le Mulet ne peuvent plus se nourrir (1). 



(1) Asiatic Journal, New séries, T. V, p. 91. 


















i 


























I 







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. 
















452 



LE BUFFLE. 



Les Yacks domestiques ont éprouvé des variations 
assez nombreuses dans la couleur de leur poil ; il y en a 
de blancs, de noirs, de gris et de tachetés. Comme chez 
le Bœuf ordinaire et le Zébu, il y a des races avec ou 



(1). Enfin, sa taille a éprouvé aussi 



des 



modifications saillantes, surtout si on le compare à sa 
souche originelle, qui vit encore à l'état de nature dans 
les montagnes du Thibet. 






I 



■i 










Le Buffle. — On ne connaît pas d'une manière précise 

l'époque de la domestication du Buffle (Bos Bubalus 
Briss.) ; il n'était pas connu des anciens Egyptiens, 
malgré les communications qu'ils avaient avec les In- 
clous. Les Grecs n'en avaient jamais entendu parler 
avant l'époque des conquêtes d'Alexandre, comme Aris- 
tote (2) nous l'apprend, et ce ne fut qu'au VII e siècle de 
notre ère qu'il fut transporté en Grèce et en Sicile. 

Le Buffle, ce véritable Chameau des pays marécageux, 
est aujourd'hui à l'état domestique, non-seulement aux 
Indes, à la Chine, à Siam et dans les contrées les plus 
chaudes de l'extrême Orient, mais il s'est étendu vers 

l'ouest, à travers la Perse, jusqu'en Arabie, en Egypte, 
en Grèce, dans les îles de l'Archipel, en Hongrie, en 












(1) Pallas (Acta Académies scientiarum imperialis petropoli- 
tanœ, pro anno 1777, part. 2, p. 556) avait déjà signalé la variété 

* 

sans cornes et depuis d'autres observateurs sont venus confirmer 
l'assertion du célèbre naturaliste Russe. 

(2) Aristoteles, Historiœ animalium lib. III, cap. 6, elDe par- 
tibus animalium lib. III, cap. 2. 















LE BUFFLE. 



433 



Crimée et dans une partie de la Turquie d'Europe ; il se 
trouve même dans quelques parties de l'Italie et de 
l'Espagne. 

Plus près, sans doute, de la vie sauvage que nos 
Bœufs domestiques, et peut-être moins .flexible dans son 
organisation, il nous montre plus de constance dans ses 
caractères; mais il a conservé partout les habitudes 
principales de son type sauvage. 

Sa couleur est restée généralement noirâtre, et plus 
rarement elle se mêle au blanc. Ses poils ont subi quel- 
que modification relativement à leur abondance; ainsi 
les Buffles d'Italie ont un pelage plus fourni et plus long 
que ceux d'Egypte et ceux-ci que ceux de l'Inde. 

La tète osseuse cependant paraît avoir éprouvé des 
variations; le chanfrein est quelquefois droit, mais il 
peut être déprimé transversalement au-dessous de la 
saillie du front. Cette dernière partie du crâne est tantôt 
sphérique, tantôt oblongue dans le sens horizontal. C'est 
du moins ce que j'ai observé sur des crânes de cette 
espèce, déposés dans les galeries du Muséum et dans les 
collections de la Faculté des sciences de Paris. 

L'origine du Buffle domestique ne peut être mise en 
doute. Le peu d'altération que cet animal a subie par 
l'effet de la domesticité permet de reconnaître facilement 
sa souche originelle dans le Buffle sauvage, qui existe 
encore dans l'Inde et dans les Iles asiatiques. 

La classe des Oiseaux va nous offrir des faits anale 
à ceux dont les Mammifères nous ont rendus témoins et 
confirmer, ce que nous cherchons à établir, l'action 
puissante de la domesticité comme agent modificateur. 
La classification zoologique nons impose l'obligation de 




i. 



28 



















1 
























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I 

I 









I 












454 



LE SERIN DES CANARIES. 



commencer 



cette seconde partie de notre tâche par 



l'étude du Serin domestique. 



Le Serin des Canaries. — Ce petit Oiseau est l'une 
des rares conquêtes que la domesticité ait faite sur la 
nature sauvage, depuis l'époque romaine, et, il faut bien 
l'avouer, si elle n'est pas la plus précieuse, elle nous 
montre au moins avec quelle facilité la domestication 
peut s'accomplir dans la classe des Oiseaux, et cet 

exemple doit être pour nous un encouragement à tenter 
de nouveaux essais pour augmenter la variété et la ri- 
chesse de nos basses-cours. 
Le Serin des Canaries {Fringilla Canaria L.) est 



connu en Europe 



XV e siècle, c'est-à-dire, 



depuis l'époque de la conquête des Iles Fortunées par 
les Béthancourt. On le retouve encore aujourd'hui très- 
commun, à l'état sauvage, à Ténériffe et à Madère, mais 
il est bien différent de celui que nous élevons en cage. 
Adanson (1), déjà, avait remarqué que, dans son pays 
natal, cet Oiseau est uniformément d'un gris-verdâtre 
avec des taches brunes, et que son plumage est presque 

aussi foncé que celui de la Linotte. Cette observation a 
été confirmée par Labillardière (2), par Alex, de Hum- 
boldt (3), par Francis de Castelnau (4), par le docteur 






1 













(1) Adanson, Voyage au Sénégal. Paris, 17S7, in-4°, p. 15. 

(2) Labillardière, Relation d'un voyage à la recherche de La- 
peyrouse. Paris, an VIII, in-4°, T. I, p. 26. 

(3) Alex, de Humboldt, Voyage aux régions êquinoxiales du 
Nouveau- Continent. Paris, 1816, in-8°, T. I, p. 31 S. 

(£) F. de Castelnau, Expédition dans les parties centrales de 


















P^V 






LE SERIN DES CANARIES. 



435 






Yvan (1), etc. Notre Serin domestique, au contraire, est 
ordinairement d'un jaune-jonquille uniforme, quelque- 
fois d'un jaune très-pâle ou presque blanc, mais il y en 
a aussi de panachés, et c'est alors le gris-verdâlre, le 
brun ou même le noir qui forment des taches plus ou 
moins nombreuses. Il y a des variétés .huppées, qui se 
propagent très-bien par génération. Il y en a qui ont les 

yeux rouges, et ce sont généralement les races à couleurs 

les plus pâles, qui présentent cette particularité (2). 
D'autres se distinguent par leur taille plus élevée et par 
leurs pattes proportionnément plus longues. Buffon (3) 
comptait déjà, de son temps, 29 variétés assez recon- 
naissables pour être distinguées* Le chant de ce petit 
musicien de nos appartements, comme l'appelle Buf- 
fon (4), s'est lui-même un peu modifié suivant les races ; 
c'est toujours au fond le même chant que celui de l'es- 
pèce sauvage, mais avec des intonations, des reprises et 
des roulades plus ou moins variées et plus ou moins 
savantes. 

L'intérêt que l'Homme a pris à la conservation et au 























V Amérique du Sud. Histoire du voyage. Paris, 1880, in-8°, T. I, 
p. 37. 

(1) Le docteur Yvan, De France en Chine. Paris, 1885, in-18, 

(2) Ce sont là de véritables albinos. M. I. Geoffroy -Saint-Hilaire 
va même plus loin, et considère tous les Serins jaunes comme at- 
teints de cette anomalie, le flavisme étant l'albinisme des Oiseaux 
verts {Histoire générale et particulière des anomalies. Paris, 

1832, T. I, p. 317). 

(3) Buffon, Histoire naturelle des Oiseaux, T. IV, p. 9. 

{&) Buffon, Ibidem. 















! 







• 










J 






















L 






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LE DINDON. 



436 

perfectionnement des raees de cet Oiseau est tel qu'on a 
écrit, tout exprès pour lui, des traités d'éducation, d'hy- 
giène et de médecine. De graves personnages n'ont pas 
dédaigné de s'occuper sérieusement des procédés les 
meilleurs pour l'élever. Nous pourrions citer, entre au- 
tres, le R. Père Bourgot et notre célèbre Buffon lui- 
même, qui ont fait à ce sujet un grand nombre d'expé- 
riences. J'ajouterai que le Pérou à peine conquis, c'était 
en 1556, les Espagnols y importaient déjà le Serin do- 

mestique, comme nous l'apprend l'Inca Garcilasso de la 
Véga (1). Enfin aux Canar 
type sauvage de l'espèce, on accueille avec la plus 
grande estime les Serins civilisés venus des ports d'Eu- 
rope. 



t>"& 



Le Dindon. — Il est aujourd'hui parfaitement établi 
que le Dindon (Meleagris Gallo-pavo L.) est un Oiseau 
propre au continent de l'Amérique, et son type sauvage 
parait avoir eu une extension géographique plus étendue 
qu'aujourd'hui. Il était autrefois répandu depuis l'isthme 



de Panama jusqu'à la nouvelle 



(2), et, de 



nos jours, il occupe encore les parties incultes des Etats 



de 



par le Mississip 



souri (3). 












(1) Garcilasso de la Vega, Histoire des Incas, rois du Pérou, 
trad. franc. Amsterdam, 1737, ta-**, T. I, p. 512. 

(2) Alex, de Humboldt, Essai politique sur le royaume de la 
Nouvelle-Espagne, éd. 2. Paris, 1825, in-8°, T. III, p. 65. 

(3) Warden, Description des Etats-Unis de l'Amérique sep- 

















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LE DINDON. 



437 



La domestication de ces animaux avait été commencée 



par les anciens 



o) 



15S0 ils 



plusieurs miliers de ces Oiseaux étaient nourris dans les 
basses-cours des châteaux de Montezuma. Les Espagnols 
les apportèrent les premiers en Europe ; c'est en 1 524, 
sous le règne de Henri VIII, qu'ils parurent en Angle- 
terre (2), et Belôn (3) nous apprend qu'en 
étaient déjà assez répandus en France. 

Il est facile dès lors de constater les modifications que 
cet Oiseau a subies, depuis trois siècles qu'il est soumis 
au pouvoir de l'Homme. Il suffit pour cela de le com- 
parer à son type primitif. A l'état sauvage, il est con- 
stamment plus grand et plus robuste que toutes nos va- 
riétés domestiques, et celles-ci varient même beaucoup 
entre elles sous le rapport de la taille. La couleur naturelle 
du Dindon sauvage est d'un brun uniforme, avec des 
reflets métalliques très-brillants ; mais, en servitude, il a 
complètement perdu cet éclat; les teintes de son plumage 
sont mattes et ternes, elles sont surtout très-'s 



il 



des Dindons domestiq 



de noir et de blanc, et enfin tout à fait blancs. L'appen- 
dice pectoral a aussi, chez eux, diminué de longueur. 

Le mode ordinaire de progression des Dindons sau- 
vages est la marche ; ils courent avec une rapidité qui 




. 





















tentrionale, trad. franc. Paris, 1820, in«8°, T. III, p. 143 et T. IV 
p. 29, 257, U\, 584, S44, etc. 

(1) Herrera, Decas % lib. VII, cap. 12. 

(2) British zoology, p. 213. 

(3) Belon, L'Histoire de la natvre des Oiseavx avec levrs des- 
criptions et naïfs poriraicts retirez du natvrel. Paris, 1SSS, in-f°, 
p. 248. 






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438 



LE PAON. 



égale celle du meilleur Chien ; mais ils ne sont pas, 
malgré leur poids considérable et qui peut atteindre 
jusqu'à 12 kilog., dépourvus de la faculté de s'élever 
dans les airs; leur vol est même rapide et soutenu, et 
c'est ainsi qu'ils traversent les grands fleuves de l'Amé- 
rique septentrionale. Les Dindons de nos basses-cours 
n'ont plus une marche aussi rapide, et ils ont perdu, à 
peu près complètement, la faculté de voler. 



Le Paon, 



Paon (Pavo cristatas L.) est orig 



Inde 



paraît remonter à la plus haute antiquité. Les Israélites 
le connurent, mais seulement sous le règne de Salomon; 
les flottes de ce grand roi lui en rapportèrent du pays 
de Tharsis, ce qui permet de supposer qu'il existait alors 
<1p« relations commerciales entre l'Inde et la Judée (1). 



Les Grecs le virent dans l'Inde, à l'époque des conquêtes 
d'Alexandre, et c'est vraisemblement alors qu'il fut in- 
troduit en Grèce. Ce qui est certain, c'est qu'Aristote (2) 
le connaissait, et donne même des indications sur la 
manière dont il faut faire couver ses œufs. Les Romains, 

moins admirateurs que les Grecs, ne se contentèrent 
pas d'élever des Paons comme objets de curiosité, mais 
voulurent connaître le goût de sa chair. L'orateur Hor- 
tensius, suivant Varron (3), fut le premier qui imagina 

d'en faire servir sur sa table, et son exemple ayant été 



« 






(1) Biblia sacra. Paralipomenon lib. II, cap. 9, vers. 21. 

(2) Aristoteles, Historiœ animalium lib. VI, cap. 9. 

(5) M. T. Varro, Rerum rusticarum de agriculture lib. III, 
cap. 6. 


























***. 












LA PINTADE. 



439 



suivi, cet Oiseau devint très-cher à Rome. Nos pères, à 
la fin du XVI e siècle, n'en étaient pas moins friands, et 
le considéraient, dit Olivier de Serres (1), comme u le 
t§ roi de la volaille terrestre, en ce qu'on ne pouvait voir 
iî rien de plus agréable que le manteau de cet Oiseau, 
« ni manger une chair plus exquise que la sienne, tt Les 
goûts ont changé ; aujourd'hui on n'a plus pour lui la 
même estime. 

Le Paon est peut-être celui de tous nos animaux do- 
mestiques qui a le moins subi de modifications, et cette 
résistance à toutes les causes qui ont agi sur les autres 
volatiles de nos basses-cours est un fait digne d'être 



noté. 



bon 



à aucune époque un objet de consommation générale, 
qu'il est toujours resté un Oiseau de luxe et que jamais 
on n'a cherché à le propager sur une grande échelle. 

Néanmoins sa comparaison avec son type sauvage, 
qui nous est connu, prouve qu'une longue servitude n'a 
pas été complètement sans influence sur lui. Sa taille 

est devenue inférieure à celle de sa souche primitive. 
Son plumage, bien que brillant, a perdu une partie de 
son éclat ; il s'est, en outre, modifié en ce qui concerne 
la coloration des ailes. Enfin, il y a aussi des Paons gris, 
il y en a de noirs, de verts, de bleus, de panachés et 
d'entièrement blancs. 



La Pintade. — La Pintade (Numida Meleagris L.) 
est originaire d'Afrique et y existe abondamment à l'état 



(1) Olivier de Serres, Le Théâtre d'agriculture et Mesnage des 
champs. Paris, an XII, in-4- , T. II, p. 2^. 























































I 













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LE COQ ET LA POULE ORDINAIRES. 



sauvage. Elle donne lieu à peu près aux mêmes obser- 
vations que le Paon, relativement aux modifications peu 
nombreuses quelle doit à la domesticité. Elle varie tou- 
tefois quant à la taille et à la couleur du plumage. Elle 
est devenue aussi plus féconde. Cet Oiseau a reconquis 
sa liberté à Saint-Domingue, où il vit dans les bois ; 
il Y a repris tous les caractères de son type africain (1). 



Le Coq et la Poule ordinaires. — Le Coq fait contraste 

avec les deux espèces domestiques qui viennent de nous 
occuper ; il est, de tous nos Oiseaux de basse-cour, celui 
qui a été le plus profondément modifié sous l'influence 
de l'action de l'Homme, et il nous présente les variétés 
les plus nombreuses et les plus remarquables. Mais il 
est le plus anciennement réduit en servitude; le plus 
utile à notre espèce, il l'a suivie sous tous les climats. 
Aussi le Coq est-il l'Oiseau dont l'Homme s'est le plus 
occupé, et les différences saillantes que nous offrent ses 
diverses races sont le résultat de soins assidus, continués 
pendant une longue suite de siècles. Du temps de Colu- 
melle (2), on connaissait déjà à Rome plusieurs races 

de Poules bien différentes pour la taille, la fécondité, 

l'humeur pacifique ou querelleuse ; les Poules naines 

existaient aussi à cette époque. 

Cette espèce présente des variétés de couleur infinies ; 
il y a des Coqs blancs, gris, isabelles, jaunes, verdâtres, 
bruns, noirs, et toutes les nuances intermédiaires sont 



• 












(1) Charlevoix, Histoire de l'île espagnole de Saint-Domingue. 

Amsterdam, 1735, in-12, T. I, p. 39. 

(1) L.-J.-M. Columella, De re rusticâlib. VIII, cap. 2. 






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LE COQ ET LA POULE ORDINAIRES 



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* 

également représentées, et, le plus souvent, ces animaux 
sont panachés de plusieurs de ces couleurs. Mais les 
plumes elles-mêmes subissent des déformations ; il y a 
des Poules chez lesquelles ces organes protecteurs, au 
lieu de s'appliquer les uns sur les autres par leur face 
interne, sont renversés et se courbent en dehors ; c'est 

! 

ce qu'on observe dans la race crépue ou frisée, qui 

n'est pas rare dans l'Inde, en Chine, au Japon et à 
Java (1). 

Nos Poulets ordinaires viennent au monde couverts 

d'un duvet abondant ; mais il n'en est pas ainsi dans 
l'Amérique méridionale, où les Poussins provenant de 

races depuis longtemps acclimatées, restent à peu près 
nus jusqu'à l'époque du développement des plumes de 

■ 

l'aile, tandis que le Poulet de race anglaise, importé de- 
puis peu d'années, y naît, au contraire, couvert d'un 
duvet serré (2). Dans la race Bramapoutra, introduite 
en France depuis quelques années, on observe le même 
phénomène que dans la Poule américaine. Il y a des 

Poules chez lesquelles le duvet est permanent et rem- 

place les plumes qui ne se développent pas. Cela n'est 

pas très-rare dans la race Cochinchinoise, et, en 1852, 
Madame Passy a vu naître dans sa basse-cour, aux en- 
virons de Paris, une vingtaine de Poulets de cette der- 
nière race, qui ont conservé le fin duvet qui les couvrait 
à leur naissance ; il était si épais et si fin, qu'il res- 
semblait pour l'aspect à du poil de Chat, et qu'on pou- 
































(1) Buffon, Histoire naturelle des Oiseaux, T. II, p. 121. 

(2) Roulin, Mémoires de V Académie des sciences. Savants 
étrangers, T. VI, p. 350. 










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442 



LE COQ ET LÀ POULE ORDINAIRES. 



vait facilement y passer un peigne très-fin ; ces Poulets 
ne différaient de leurs parents que par ce seul carac- 
tère (1). La Poule de soie du Japon, qui forme une race 

permanente, conserve également son duvet pendant 
toute sa vie. ■ 4 

* 

Il est des races bien distinctes les unes des autres, 
dont les pattes et même les pieds sont empjumés ; telles 
sont celles du Japon, de la Gochinchine, les petites Poules 
anglaises, etc., tandis qu'habituellement ces organes 

sont complètement nus. 

Le bec et la peau éeailleuse qui recouvre les pattes 
sont jaunes dans le Coq de Cochinchine, noirs dans le 
Crèvecœur, brun-olivâtre dans le Coq de combat ; notre 
Poule commune a les pattes un peu ardoisées, le bec 
tantôt jaune, tantôt noir. 

Mais la peau du corps peut être elle-même affectée 
par la variation : blanche dans nos races européennes, 
légèrement jaune chez les Cochinchinoises, elle est noi- 
râtre dans la Poule nègre. Cette espèce nous offrirait 
donc les trois couleurs principales qu'on observe dans 
les races humaines. Il est à noter que, dans la Poule 



pas à la peau 



bar 



billons : elle affecte 



(2) 



sont communes à Bogota, et cependant elles proviennent 
de Poules espagnoles, et peut-être de celles qui furent 



; 



(1) Bulletin de la Société oV acclimatation, T. L, p. 175. 

(2) Roulin , Mémoires de V Académie des sciences. Savants 
étrangers, T. VI, p. 581. 



r i 












- - 












LE COQ ET LA POULE ORDINAIRES. 



443 



introduites dans le pays à l'époque de la conquête. On 
sait, en effet, que les compagnons de Federman, après 
avoir, pendant cinq ans, souffert les plus cruelles misères 

dans les plaines situées à l'orient de la Cordillière, arri- 
vèrent sur le plateau de Bogota presque nus, exténués 
de faim et de fatigue et y apportèrent néanmoins des 
Coqs et des Poules, dont ils s'étaient chargés à leur dé- 
part du Venezuela (1). Mais ce n'est pas seulement à la 
Nouvelle-Grenade que ces Poules nègres se sont pro- 
duites ; elles existent dans d'autres contrées du globe ; 
on en trouve aux Philippines, à Java, à Dehli, aux îles 
du Cap-Vert, et cependant toutes celles-ci n'ont de com- 
mun avec la Poule de Bogota que leur état de mélanisme; 
elles appartiennent à des races différentes les unes des 
autres. La Poule nègre s'est également développée en 
Europe; elle n'est pas rare en Suisse dans le canton 

* 

d'Argovie, en Allemagne et en Belgique; elle s'est pro- 
duite aussi en France dans les basses-cours, où il n'en 
avait jamais existé. Elle a une grande tendance à se re- 
produire, même dans ses croisements avec la race blan- 
che; mais on ne cherche pas à la propager ; car la cou- 
leur noire rend les Poulets moins propres à être présentés 

sur la table, et leur donne après la cuisson un aspect qui 
est loin de flatter l'œil. 

La crête varie beaucoup. Ordinairement simple et 
dressée sur la tête, elle est souvent élargie et lobulée. 
Dans la race de Crèvecœur, elle est petite, bifurquée, 
implantée à la base du bec et paraît transversale. Enfin 
il y a des Coqs qui sont entièrement ou presque totale- 





















▼ 






\ 










( 









i 










(i) Rouliû, Ibidem, p. 323. 










: 







\ 



























444 



LE COQ ET LA POULE ORDINAIRES. 



ment dépourvus de crête, mais cet organe est alors rem- 
placé par une épaisse huppe de plumes. 

L'éperon, chez les mâles, est très-développé et très- 
aigu dans la race de combat; il Test moins et paraît 
presque obtus dans les Coqs Cochinchinois et Brama- 
poutras. 

Sous le rapport de la taille, on observe des différences 

considérables. Les petits Coqs d'Angleterre, de Java, de 
Madagascar, ont à peine le volume d'un Pigeon de vo- 



Crèvecœur et celui de 



esque 



naires sont de moyenne taille, comparés aux précédents. 
Les proportions des membres ne varient pas moins ; il y 
a des races à jambes robustes et élevées, telles que la Co- 
chinchinoise et la Bramapoutra, mais, par une sorte de 
compensation, les ailes et les muscles pectoraux ont un 
moindre développement. D'une autre part, il y a des 
races basses sur jambes et dont l'extrémité des ailes 
traîne à terre ; tels sont les petits Coqs d'Angleterre et de 
Java, celui de Camboge, etc. 

Il existe des variétés de Poules qui ont cinq doigts, 

dont deux sont dirigés en arrière. Elles étaient déjà con- 
nues de Columelle, qui dit d'elles : Generosissimœ cre- 
dunlur qnœquinos habent digitos (1). Ce phénomène, 
constant chez elles, se montre accidentellement dans 
toutes les autres races ; c'est un retour à l'unité de plan. 
Les Poules peuvent perdre leur croupion et leur queue, 
et cette variété singulière n'est pas rare dans plusieurs 









* 

(I) L.-J.-M. Columella, Dere rustica lib. VIII, cap. 2. 









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V 



LE COQ ET LA POULE ORDINAIRES. 



445 



parties de l'Angleterre ; elle existe encore en Virginie (1). 
La conformation du crâne offre aussi de nombreuses 
modifications, principalement chez les Coqs qui ont une 
huppe ou une crête très-développée. Il est quelquefois 
percé d'un trou ou même d'une large ouverture. Dans 



rique, et il est divisé intérieurement par des lames os- 
seuses, qui pénètrent entre les lobes du cerveau (2). 
La fécondité des Poules domestiques est plus ou moins 

grande : il est des races qui pondent presque toute 
l'année, sans autre interruption que celle de la durée de 
l'incubation et de l'éducation des petits. Le volume des 
œufs varie beaucoup ; il est des variétés qui pondent des 
œufs aussi gros que ceux d'une Dinde, et d'autres d'aussi 
[races européennes 

donnent des œufs parfaitement blancs ; les Cochinchi- 
noises et les Bramapoutras produisent des œufs d'un 
jaune chamois. 

La Poule d'Egypte semble avoir perdu l'instinct si na- 
turel et si impérieux qui porte les autres Poules à couver 
leurs œufs. Elle n'en a plus l'habitude, par suite de la 
coutume, existant dans ce pays depuis la plus haute an- 
tiquité, de faire éclore les œufs par des moyens artifi- 
ciels (3). 



> 



petits que ceux des Pigeons. Nos 

























(1) Transactions philosophiques, 1693, p. 992. 

(2) Pallas, Spicilegia zoologica. Berolini, 1769, ia-4°, fasc. 4, 
p. 20, et Sandifort, Muséum anatomicum Academiœ Lugduni* 
Batavorum, T. I, p. 306. 

(3) Clot-Bey, Aperçu général sur l'Egypte. Paris, 1840, in-8°, 

T. I, p. Ul, et T. II, p. 304. 





















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446 



LE COQ ET LA POULE ORDINAIRES 



Les Poules domestiques n'ont pas, pour la plupart, la 
faculté de fournir un vol soutenu. Cependant notre Poule 
ordinaire, lorsqu'on lui laisse une certaine liberté, peut 
s'élever et parcourir ainsi des distances qui toutefois ne 
sont jamais très-considérables. D'une autre part, il est 
des races qui, comme nous l'avons vu, ont les ailes 
courtes et les muscles pectoraux peu développés ; celles- 
ci sont à peu près impuissantes à se livrer à la lo- 
comotion aérienne. 

Comme presque toutes les Gallinacées, les Poules ont 
l'habitude de gratter la terre; les Cochinchinoises se li 
vrent peu à cette pratique. 

Le caractère lui-même semble s'être modifié. Il est des 
races douces et pacifiques ; il en est, au contraire, qui se 
distinguent par leur humeur querelleuse et par leurs 

* 

instincts belliqueux. 

On n'est pas d'accord sur l'origine de nos Poules do- 
mestiques, surtout depuis que les naturalistes ont dé- 
couvert qu'il existe, dans l'Inde et dans les îles de la 
Sonde, non pas une, mais quatre ou cinq espèces de 
Coqs sauvages. Quelques auteurs pensent même que les 
races variées aujourd'hui connues procèdent de plusieurs 

souches distinctes. Mais il semble, tout d'abord, qu'il 
ne faut pas, dans cette recherche, s'arrêter au Coq de 
Sonnerat (Gallus Sonneratii Temm.), pas plus au Coq 
Alas (Gallus furcatus Temm.), ni même au Coq bronzé 
(Gallus œneus Cuv.), qui se séparent de nos races do- 
mestiques par des caractères tranchés. Il paraît à peine 



(Gallus 



) 



ne soit l'origine de nos Poules européennes; il en a la 
conformation, le chant, souvent le plumage, et une taille 

























M^M 



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LES FAISANS. 447 

* 

intermédiaire à celle de leurs diverses variétés. Il se 
trouve, du reste, encore aujourd'hui à l'état sauvage sur 
le continent de l'Inde (1). Mais en est-il de même des 
races asiatiques, à ailes courtes et à stature élevée? 
N'ont-elles pas pour souche primitive le Coq Jago (Gai- 
lus giganteus Temm.), comme on l'a avancé? Mais cette 
espèce, qui vit dans les forêts de la partie méridionale 
de Sumatra, nous est à peine connue, et Temminck (2), 
qui a discuté cette question d'origine, ne possédait des 
dépouilles de cet Oiseau qu'une seule patte, qu'il a fait 
graver avec soin. De nouvelles recherches sont indis- 
pensables pour résoudre cette question : des croisements 
fréquents entre nos races d'Europe et celles d'Asie ont 
déjà démontré qu'elles produisent ensemble ; mais les 



de 



indéfiniment féconds? C'est ce que, à notre connaissance 
du moins, une expérimentation rigoureuse n'a pas encore 
démontré. On pourrait arriver par là à reconnaître si 
toutes nos variétés de Poules proviennent d'une souche 
unique ou d'une origine multiple. Quoi qu'il en soit, 
nous n'en sommes pas moins assuré que les Poules ont 
été modifiées de mille manières par l'action de la domes- 
ticité, et c'est là ce qu'il nous importait d'établir sur des 
faits positifs. 



Les Faisans. — Le Faisan ordinaire (Phasianus col 



















■ 










(1) I. Geoffroy-Saint-Hilaire, Bulletin de la Société d'acclima- 
tation, 1859, T. VI, p. 13. 

(2) Temminck, Histoire naturelle générale des Pigeons et des 
Gallinacées. Amsterdam, 1813. 




















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448 



LE PIGEON 



chiens //.), originaire de la chaîne du Caucase et des 
contrées qui bordent la Mer Caspienne, paraît avoir été 
introduit en Grèce par la fameuse expédition des Argo- 
nautes, qui gratifièrent ainsi leur patrie d'un présent plus 
précieux que celui de la Toison-d'Or. Il s'est répandu 
depuis dans l'Europe occidentale, en Asie, sur les côtes 
occidentales d'Afrique et au cap de Bonne-Espérance. Il 
a été également importé aux Antilles. 

Elevés le plus souvent dans des parcs étendus, ou 

même abandonnés dans les bois, les Faisans ont eon- 



serve généralement partout une vie indépendante et peu 



différente de la vie sauvage. Aussi ne présentent-ils que 
des modifications accidentelles dans leur plumage, et ce 
fait, bien que négatif, vient à l'appui de nos idées sur 
Finfluence de la domesticité. 

Plusieurs autres espèces, telles que le Faisan à collier 
(Phasianus torquatas GmeL), le Faisan argenté (Pha- 



) et le Faisan doré (Ph 



) 



dans les 



temps modernes, ne donnent lieu à aucune observation. 



Le Pigeon. — Le Pigeon est une des espèces qui nous 
permet le mieux d'apprécier les effets de la domestica- 
tion ; car les changements observés nous montrent un 
rapport étroit avec le degré d'asservissement que les 
différentes races ont subi. 

On sépare ordinairement les Pigeons domestiques en 
Pigeons de colombier et en Pigeons de volière, et cette 
division s'adapte parfaitement au plan que nous avons 
suivi dans l'étude des animaux soumis à la domesticité. 

































LE PIGEON. 



449 



Les Pigeons de colombier acceptent la demeure que 
l'Homme leur a préparée ; mais ils ont conservé, du 
reste, les allures de l'état sauvage ; ils vont en troupe 
chercher au loin leur nourriture dans la campagne, et, 
conservant ainsi une grande indépendance, ils n'ont 
presque rien perdu de leurs instincts naturels, à ce point 



quelq 



reprend 



genre de vie de leurs premiers parents. Aussi, c'est à 

m _ 



peine s'ils diffèrent du 



(G 



livia 



Briss.), souche originelle, d'où ils sont évidemment 
descendus. Les Pigeons de colombier varient cependant 
un peu dans la couleur de leur plumage, qui toujours 
est plus terne que celui du Biset sauvage. Mais le Pigeon 
de colombier est à peine à demirdomestique. 

II en est tout autrement des Pigeons de volière, dont 
les races et les variétés sont aujourd'hui presque innom- 
brables. Mais, depuis un temps immémorial, ils sont 
complètement asservis à l'Homme ; il les a soignés de 



plus près, il a pris le plus grand intérêt à s'occuper de 



leur éducation et du succès de leurs nombreux produits; 
en perfectionnant leurs formes extérieures, en augmen- 
tant de beaucoup leur fécondité, il a aussi transformé 
leurs habitudes, modifié leurs instincts et détruit entiè- 
rement en eux le sentiment de la liberté. En effet, la 
plupart d'entre eux ne quittent jamais les alentours de 
leur volière ; il faut les y nourrir en tous temps ; la faim 
la plus pressante ne les détermine pas à aller la chercher 
ailleurs; ils se laissent mourir d'inanition plutôt que de quê- 
ter leur subsistance, accoutumés qu'ils sont delà recevoir 



de 



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LE PIGEON. 



430 

toujours dans le même lieu ; et, comme le dit Buffon (1), 
u ils ne savent vivre que pour manger et n'ont aucune 
» des ressources, aucuns des petits talents que le besoin 

h inspire à tous les animaux, n 

La couleur de leur plumage varie à l'infini; elle est 
tantôt presque uniforme, blanche, chamois, grise, ar- 
doisée, bleue-cendrée, bleue-rougeàlre, noire; tantôt 

plusieurs de ces différentes teintes se mêlent, et il peut 

s'y joindre du rouge, du jaune, du violet et du brun. 
Les plumes se modifient elles-mêmes : dans plusieurs 
races, on trouve des variétés chez lesquelles elles se re- 
lèvent sur la tète en forme de huppe ; ou bien elles sor- 
tent à rebours, et forment derrière la tête un capuchon 
qui descend sur les côtés de la poitrine, comme dans le 
Pigeon nonnain ; leurs barbes peuvent être séparées et 
tortillées sur elles-mêmes, comme on l'observe dans le 

» ■ 

Pigeon mondain frisé ; ou bien ces barbes sont sans con- 
sistance, sans adhérence entre elles, longues, soyeuses 
et pendantes, le Pigeon-Soie nous en offre un exemple. 
Les pennes de la queue sont du double plus nombreuses 
dans le Pigeon-Paon, elles sont mobiles, peuvent s'élever 

verticalement et s'étaler comme dans l'Oiseau du Phase. 
Le tour des yeux est nu ou emplumé, et, dans le pre- 
mier cas, il est souvent de couleur rouge. La membrane 
qui recouvre la base du bec est plus ou moins développée, 

e ou bleuâtre, lisse, ridée ou tuberculeuse et 
se relève quelquefois, notamment dans le Pigeon romain 
et dans le Pigeon turc en une caroncule en forme de 
morille. 





















(1) Buffoa, Hisloire naturelle des Oiseaux, T. II, p. 496. 




















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LE PIGEON 



451 



e 



La couleur de la peau des pattes varie également; elle 

1 — 



n 



de plumes qui s'étendent souvent sur les doigts. Ces 
ariélés pattues se rencontrent dans plusieurs races dis- 



tinctes. 



blanc-per 



pas 



dans un seule et même race. 

Le bec varie pour sa longueur. Il est court dans le 
Pigeon nonnain, le Pigeon à cravatte et surtout dans le 
Pigeon polonais, ce qui rend chez lui très-difficile l'ali- 
mentation des petits, preuve évidente que cette disposi- 



% 



geon romain et dans le Bagad 



s 



La taille offre aussi des différences notables. Elle est 
petite dans le Pigeon à cravatte, qui n'est guère plus 
gros qu'une Tourterelle. Au contraire, la taille s'élève 
dans le Pigeon Gros-Mondain et dans le Bagadais batave, 
au point d'égaler celle d'une petite Poule. Le Pigeon de 
colombier est, par sa stature, intermédiaire entre ces 
extrêmes. La proportion des membres n'est pas non plus 

constante ; il y a des races à jambes courtes et à jambes 
longues. 

La tête osseuse est plus ou moins volumineuse • sa 
forme est arrondie, ovoïde ou oblongue ; elle est tantôt 
égale à sa surface, tantôt elle est renflée au-dessus de 
chaque orbite et à l'occiput, de manière à présenter trois 
protubérances arrondies ; elle en offre même quelquefois 
une quatrième au-dessus du bec. 

Des instincts, des habitudes nouvelles se sont déve- 
loppées et sont devenues permanentes dans certaines 
races ; nous allons en citer des exemples. 












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452 LE PIGEON. 

Les Pigeons Grosses-Gorges ont la faculté d'avaler de 
l'air et d'en distendre leur jabot, et cette habitude sin- 
gulière est devenue chez eux héréditaire. Elle est quel- 
quefois exagérée au point que le jabot finit par céder à 
l'action de l'air comprimé, et sa rupture entraine la mort 

de quelques individus. 

Le Pigeon messager est connu depuis fort longtemps 

par l'instinct qui lui apprend, lorsqu'on le transporte 

dans des pays plus ou moins éloignés, à diriger sûrement 
sa marche et à retourner avec empressement au colom- 
bier qui l'a vu naitre. Déjà, du temps de Belon (1), ces 
Pigeons étaient employés par les mariniers d'Egypte et 
de l'Archipel grec, pour annoncer à leurs familles qu'ils 
venaient d'aborder heureusement au port, but de leur 
voyage. Les Orientaux s'en servent encore pour trans- 
mettre des messages ; et, de nos jours, en France et en 
Belgique, ils étaient devenus les courriers aériens des 
jeux de bourse, avant que la télégraphie électrique n'ait 
laissé sans emploi l'industrie de ces intéressants vola- 
tiles . 

Le Pigeon culbutant a le vol très-rapide, très-élevé, 

inégalement saccadé, et cette variété a la singulière ha- 
bitude d'exécuter, en plein vol, de deux à cinq culbutes 



• * 



successives en arrière. 



Le Pigeon mondain plongeur s'élève très-haut et plane 
assez longtemps dans les airs sans battre des ailes, à la 
manière des Oiseaux de proie. Cette habitude, devenue 



















(1) Belon, L'histoire de la natvre des Oyseavx avec levrs des- 
criptions et naïfs portraicts retirez dv natvrel. Paris, 1585, m-fS 

p. 3U. 



























LE PIGEON. 4-55 

permanente dans cette race, serait-elle le résultat de 
l'instinct, qui, dans les troupes de Pigeons sauvages, 
porte quelques individus à exécuter ce genre de vol, 
pour veiller ainsi à la sûreté de tous ? Cela nous paraît 
très-probable. 

Les variations sont tellement nombreuses et tellement 
profondes chez les Pigeons, qu'on se demande s'ils peuvent 
avoir réellement une origine commune. Il n'estpas douteux, 
comme nous l'avons vu, que le Pigeon de colombier ne 
soit descendu du Biset ; mais en est- il de même des Pi- 

■ 

geons de volière ? En nous bornant à nos races euro- 
péennes, qui ont été l'objet d'observations suivies, nous 

pouvons répondre affirmativement. M. I. Geoffroy-Sain t- 
Hilaire (1) fait remarquer, en faveur de cette opinion, 
qu'on rencontre parfois jusque dans les races les plus 
modifiées une partie des caractères du Biset sauvage, et 
jamais ceux d'une autre espèce. D'une autre part, l'ori- 
gine de plusieurs d'entre elles est connue ; ce sont des 
races intermédiaires provenant du mélange de deux 

races plus anciennes et plus ou moins éloignées l'une de 
l'autre; cependant ces races nouvelles, obtenues par 
croisement, se maintiennent, lorsqu'elles évitent toute 

alliance étrangère, et se perpétuent ainsi par elles-mêmes 
d'une manière continue, comme cela a lieu pour les métis 
de deux races d'une même espèce. Ce n'est pas, du reste, 
de nos jours seulement, que ces mélanges ont été produits. 

Notre célèbre agronome, Olivier de Serres (2), les em- 






(1) I. Geoiïroy-Saint-Hilaire, Bulletin de là Société d'acclima- 
tation, 1859, T. VI, p. U. 

(2) Olivier de Serres, Le théâtre d'agriculture et mesnage des 
champs, T. II, p. 49. 






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LE PIGEON. 



ployait avec avantage, comme on peut en juger par le 
passage suivant de son ouvrage, que nous copions tex- 
tuellement : ii Quelle différence y a-t-il de Pigeons à 
h Pigeons ! Il ne faut que jetter l'œil sur les colombiers 
h en général et treuverés ces oiseaux-ci se surpasser 
h d'autant en valeur les uns les autres, qu'il y a de di- 
h versités des vins et d'autres fruicts. Les pattes sont à 

m préférer à tous autres Pigeons, pour leur grand corps, 
n pour la délicatesse de leur chair, pour leur fertilité : 

n estant certain qu'ils font des petits par chacun mois 

u de Tannée, peu exceptés. Mais aussi sont-ils de grande 

u despense, à cause de leur paresse qui les tient au logis, 
ii où de nécessité convient les nourrir. Ce qui est con- 
h traire à ce que l'on cherche au colombier, qui est de 
ii la viande à bon marché ; laquelle telle on y treuve, par 
ii la dextérité des autres Pigeons, s'allans pourchasser 

ii leur nourriture en la campagne la plupart du temps. 
11 Du divers naturel de ces deux espèces de Pigeons par 
ii le meslinge de leurs semences, s'en forme une tierce, 

ii très-recommandable, parce qu'elle tient du naturel de 
11 l'un et de l'autre ; qui rend les Pigeons et plus gros et 
« de plus délicate chair et plus fertiles que les communs : 
ii dont ils les surpassent d'autant plus en bonté, que plus 
11 il y a de différence des fruicts légitimes aux bastards. 
11 Perdent leur naturelle paresse, par nouvelle habitude 
ii apprenans de compagnie à s'aller cercher leur vie- 
il tuaille en la campagne. En laquelle ne s'éloignent du 
h tout tant que les autres, d'où procède ce profit, qu'ainsi 
ii voyageans, retenus, ne sont tant exposés au danger de 

h se perdre, que ceux qui sans limite mettent la voile au 
n vent, h 














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1 



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LES CANARDS. 



455 



Le Canard ordinaire. — La domestication de cette 
espèce ne paraît pas remonter à une haute antiquité. Du 
temps de César et de Néron, on ne conservait ces Oi- 
seaux dans les basses-cours des Romains qu'avec des 
précautions extraordinaires ; on les tenait dans des viviers 
clos de murs et couverts de filets, sans quoi ces animaux, 
trop près encore de la vie sauvage, prenaient leur volée 



postérité 



u Intento 



Varron (1) 



(2) 



ainsi : w Clausœ pascunlur œnates. n 

Cependant ils nous offrent des variétés remarquables. 
Le plumage est devenu plus terne et présente souvent 
des couleurs nouvelles, telles que le blanc, le brun et le 
noir, plus ou moins répandus sur la surface du corps ; 
on en trouve aussi d'entièrement blancs. D'autres ont 

i 

pris des ornements étrangers à l'espèce sauvage ; telle 
est la variété qui porte une huppe. 

Mais là ne s'est pas bornée la variation : le bec s'est 
tordu et courbé dans une race particulière. De plus, ces 



Oiseaux si actifs, si énergiques à l'état sauvage, sont 
devenus lourds et faibles, se sont chargés d'une graisse 
excessive, et, s'ils n'ont pas perdu complètement la fa- 
culté de voler, ils ne peuvent du moins fournir un vol 

puissant et soutenu. 

Au lieu de cette prudence et de cette prévoyance qui 
caractérisent l'espèce sauvage, ils ne semblent plus con- 
naître les dangers qui les menacent, comme s'ils se re- 



(1) M. T. Varro, De Villaticis paslionibus lib. III, cap, 11. 
(2)L.-J.-M. Columclla, De re rustica lib. VIII, cap. 15. 












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LES OIES. 



posaient du soin de leur conservation sur la protection 
de l'Homme. Enfin, de monogames qu'ils étaient, ils sont 
devenus polygames. 

Ils s'allient quelquefois sur les étangs avec le Canard 
sauvage (Anas Boschas L.), qui est leur souche primitive, 
et les petits retiennent quelque chose du caractère et des 
habitudes de leur type sauvage. 



Le Canard musqué. 



(A 



) est originaire de la Guyane et du 



où il habite les savanes inondées. C'est à tort, par eon- 
séquent, qu'on le désigne ordinairement sous le nom de 
Canard de Barbarie. Sa domestication est plus récente 
encore que celle du Canard ordinaire, et c'est du temps 
de Belon qu'il fut importé en France, et déjà, à celte 



inférieure à celle de son type sauvage. 



(i) 



{A 



L'Oie ordinaire. 
Anser L.) paraît pli 
dinaire, et paraît être une conquête des Grecs ; les Oies 
étaient domestiques à Rome du temps de la République, 

et chacun sait qu'elles sauvèrent le Capitole après la prise 
de la ville éternelle par les Gaulois de Brennus. Les cou- 
leurs naturelles de cet Oiseau se sont modifiées, et il 
ne conserve rien ou presque rien de sa livrée primitive. 
Le volume de son corps s'est accru ; les ailes sont deve- 



(1) P. Belon, L'histoire de la naivre des Oyseavx, avec levrs 

descriptions et naïfs portraicts retirez dv naivrcL Paris, 15S5\ 
in-f°, p. 17G. 












■ 







LA CARPE. 



457 



nues moins fortes ; il parait enfin avoir perdu le sou- 
venir de son ancienne liberté et ne cherche jamais à la 



t • 



reconquérir 



(A 



) a été, depu 



1839, l'objet d'une expérience suivie de domestication 
au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Mais un ob- 
stacle semblait devoir rendre ces tentatives infructueuses: 
la ponte eut d'abord lieu, à Paris comme en Egypte, en 
janvier, ou même à la fin de décembre, c'est-à-dire, 
dans une saison rigoureuse et bien peu favorable à l'é- 
ducation des petits. Mais, en 1844, la ponte fut retardée 
jusqu'en février; en 1846, elle eut lieu en mars, et de- 



Oiseau 



cond 



0) 



Les Poissons ne présentent aucune espèce qui puisse 
être considérée comme positivement domestiquée ; mais il 
en existe deux que l'Homme a maintenues depuis long- 
temps dans un état de captivité plus ou moins étroite. Telles 

sont la Carpe (Cyprinus Carpio L.) et le Poisson doré 
de la Chine (Cyprinus aivratus L.) ; ces espèces sous- 
traites , en partie du moins , aux habitudes de la vie 

indépendante, et, gênées dans l'exercice de leurs instincts 
naturels, ont ressenti l'influence des agents modificateurs. 











Carp 



Ce Poisson est considéré comme oriaii 



naire de la Perse et des contrées chaudes de l'Asie, d'où 
il s'est répandu dans l'Europe occidentale. On sait qu'a- 



(1) I. Geoffroy-Saiot-Hilairc, Animaux utiles, cd. F 5. Paris, 185^, 

in- 18, p. 85. 













































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;: 



















458 



LE CYPRIN DOUÉ. 



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ce n'est qu'en 1 514 qu'elle fut transportée en Angleterre, 
et quelques années après en Hollande, en Danemarck et 

en Suède. 

Les couleurs de cette espèce varient entre le vert très- 
foncé et le vert doré plus ou moins clair. Les écailles, 
dans certaines races, disparaissent, si ce n'est sur le 
dos, sur le ventre et le long des deux lignes latérales, et 
forment ainsi quatre séries longitudinales ; elles peuvent 

même disparaître totalement. 

La variation peut atteindre les proportions du corps : 
il existe encore aujourd'hui, dans quelques anciens étangs 
de la Lorraine, une race de Carpes, qui fut autrefois im- 
portée de Pologne par ordre de Stanislas, et qui se dis- 
tingue surtout en ce que sa longueur est seulement 
double de sa hauteur. 



/ 
















Le Cyprin doré de la Chine. — H est originaire, 
comme son nom l'indique, du Céleste-Empire; il y 
existe, à l'état de captivité, depuis un temps immémorial. 
Ce n'est que depuis le XVII e siècle que nous le connais- 
sons en Europe, et il se trouve déjà en Amérique. Il a 



éprouvé des changements bien plus importants que la 
Carpe, surtout dans ses couleurs. En faisant abstraction 
des différences produites par l'âge, on trouve de ces 
Poissons qui fixent l'attention par leur teinte d'un rouge 
doré des plus vifs ; d'autres sont de couleur blanchâtre, 
ou même d'un brun sale. Il en est qui n'ont qu'une na- 
geoire dorsale fort petite ; d'aulres en sont entièrement 
privés ; enfin il y en a dont la nageoire caudale est trifide. 
Les Insectes nous offrent aussi quelques exemples de 

















r 



■ 








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/ 









• 



LES ABEILLES. 459 

domestication plus ou moins complète ; mais leur étude 
n'en est pas moins instructive, au point de vue qui nous 
occupe. 



Les Abeilles. 



(Apis mellifera L.) 



même que le Pigeon de colombier, acceptent facilement 
la demeure que l'Homme leur prépare et les soins par 
lesquels il assure leur conservation. Mais elles n'ont pas re- 
noncé pour cela aux instincts industrieux qui perpétuent 



nement 



républiques. L'amour de l'indépendance n'est pas non 
plus complètement éteint chez elles ; car, dans les pays 
boisés, où elles peuvent trouver facilement de vieux 



arbres 



quelquefoi 



veillance, abandonnent un protectorat qui les dépouille 
et vont fonder dans les bois de nouvelles colonies. 

Ces Hyménoptères ne sont donc qu'à demi-domesti- 
ques; et, néanmoins, si nous étudions nos Abeilles eu- 
ropéennes, on constate chez elles des variations. Celles 
du midi sont, en général, plus grosses, et, en comparant 
entre eux les différents essaims, on reconnaît une autre 
modification, je veux parler de la couleur de leurs poils, 

qui présentent des teintes diverses. 

L'Abeille a été importée aux Etats-Unis d'Amérique, 
où elle s'est étendue vers l'ouest au fur et à mesure que 
la colonisation a pénétré dans l'intérieur des terres : elle 
s'y est naturalisée dans les forêts ; elle semble y suivre 
les Européens, et les indigènes lui ont pour cela donné 
le nom de Mouche de l'Homme blanc (1). 













* 










(I) Warden, Description des Etats-Unis de l'Amérique septen- 
















f 




i 














































1 



460 



LE VER A SOIE. 



II existe dans l'Inde, en Egypte, à Madagascar, d'au- 
tres espèces d'Abeilles domestiques ; telles sont les Apis 
indica Fabr., Apis fasciata Latr. et Apis unicolor Lalr. 
Mais nous n'avons sur elles que des renseignements in- 
complets, et nous ne savons pas jusqu'à quel point elles 
ont pu varier. 



Le Ver à soie ordinaire. 



(B 



) 



pays 
que 



possession 



(i) 



a 



Ver 



l'art de dévider les cocons et d'en fabriquer des tissus. 
Ce ne fut que vers le milieu du VI e siècle, sous le règne de 
Justinien, que deux moines apportèrent à Constantinople 
le Mûrier blanc et le Ver qui vit de ses feuilles. Il fut intro- 
duit longtemps après en Grèce et en Sicile, et c'est en 
U94, lors de l'expédition de Charles VIII en Italie que 
la France fut dotée du merveilleux animal qui produit la 

soie, et ce résultat des exploits de nos aïeux fut plus 

avantageux à la prospérité de notre pays, et surtout plus 

solide que la conquête éphémère du royaume de Naples. 

Le Ver à soie est donc un des animaux domestiques 



trionale, trad. franc., T. III, p. U6, et IV, p. 600; et Latreille, 
Annales du Muséum, T. IV, p. 591. 

(1) Chou-King, part. 2,chap. I, § &, traduit par Pauthier. Paris, 
4 846, in-8°, p. 61. Voyez aussi Stanislas Julien, Comptes rendus 
de l'Académie des sciences de Paris, T. XXIV, p. 1071. 







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LE VER A SOIR. 



401 



les plus anciennement asservis, et .nous devons nous 
attendre à constater chez lui de nombreuses modifica- 
tions ; c'est, en effet, ce que l'observation démontre, et 
la distinction des races dans cette espèce est même un 
fait connu de tous. 

Les modifications de couleur ne sont pas rares chez 
les Vers à soie. Au moment de leur naissance, ils sont 
ordinairement bruns ou noirs, mais parfois ils sont rou- 
ges, sans que cependant on puisse considérer ces derniers 
comme malades. La coloration apparente n'est pas alors 
celle de la peau elle-même, mais dépend des petits poils 
dont elle est couverte. Après les premières mues, la peau 
se montre le plus souvent d'un blanc pur, ou d'un blanc 
sale, mais il y a des Vers à soie gris et même il en est 
d'entièrement noirs. D'autres sont panachés de noir et de 
gris sur un fond blanc ; enfin on connaît une race tigrée 
dans laquelle la peau blanche est marquée de bandes 
noires transversales. Mais généralement ces variations 
de couleur ne sont pas particulières à une race, mais 
peuvent se produire dans toutes. Les pattes abdominales 
sont, en outre, tantôt blanches, tantôt jaunes, et ce carac- 
tère de races a beaucoup plus de constance et présente 

un rapport certain avec la couleur des cocons. On connaît 
aussi une race qui se distingue par des protubérances 
brunes sur la peau du dos. 

La taille de la Chenille présente aussi des différences 













saillantes : celle des Vers à soie dits Milanais est toujours 
des deux cinquièmes plus petite que dans les Vers à 
soie ordinaires. Il y a aussi des races qui leur sont supé- 
rieures sous ce rapport, telle est celle de Saint- Jean-du- 
Gard. 






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462 



LE VER A SOIE. 



Les œufs sont plus ou moins gros ; ils sont blancs, 

mais présentent aussi très-souvent une légère teinte ver- 
dàtre. , 

Les cocons varient, non-seulement par leur grosseur, 
par la quantité et la qualité de la soie, mais aussi par 
leur forme et par leur couleur, et ces caractères sont 
assez bien établis pour fournir des signes distinctifs de 
races. Les cocons sont, en effet, plus ou moins arrondis 
ou allongés, ou étranglés au milieu. Il y en a de blancs 



plus ou moins marquées 



pales 



Les caractères physiologiques sont eux-mêmes atteints 
par la variation. Ainsi il y a des races à trois et d'autres 
à quatre mues. Habituellement il n'y a qu'une ponte par 
année ; mais on a obtenu une race, que les Italiens nom- 
ment Trevoltini, qui fournit deux éducations dans le 
cours d'un été. M. Perrottet, directeur du jardin botani- 
que de Pondichéry a constaté que, dans l'Inde, plusieurs 
générations de Vers se succèdent dans une même année : 
le docteur Chavannes a fait une observation semblable 



0) 



(2) ayant placé des Vers 



peu 



sième mue, sur un jeune Mûrier enveloppé d'une cou- 

sinière, ceux-ci se montrèrent maladroits et incapables 
de passer d'une feuille à l'autre pour trouver leur nour- 
riture. Un grand nombre d'entre eux tombèrent, mais, 














* 









"-* \ 



(1) Bulletin de la Société d'acclimatation, T. I, p. 334. 

(2) Comptes rendus de V Académie des sciences de Paris, T 

XLIV, p. SU, 






















« 






CONCLURIONS DU CHAPITRE. 



4-C5 



retenus par l'enveloppe qui les protégeait contre la vo- 
racité des Oiseaux, ils ne purent remonter et moururent 
de faim. Il est évident qu'à l'état sauvage ils doivent 
montrer plus d'instinct et plus d'activité. Le Papillon 
lui-même a tellement subi l'action de la domesticité qu'il 
a perdu la faculté de voler. 

Ainsi donc, si les espèces animales sauvages ne varient 
pas, si depuis leur création elles sont restées fixes, il n'en 
est pas de même des espèces domestiques. Celles-ci, 
soumises depuis un temps plus ou moins long, et quel- 
quefois depuis bien des siècles, à des conditions d'exis- 
tence exceptionnelles et extrêmement variées, ont subi 
des modifications plus ou moins nombreuses et impor- 
tantes dans leurs caractères physiques, dans leurs 
mœurs, dans leurs habitudes et même dans leurs in- 
stincts ; enfin la domesticité est un modificateur d'autant 
plus puissant que son action a été plus complète et 
s'est prolongée pendant une plus longue période de 
temps. 

























FIN DU PREMIER VOLUME 






















- 



»^^^^^ 


















i 
































TABLE DES MATIÈRES 



DU TOME PREMIER. 




PROLÉGOMÈNES, 



0e l'espèce en général. 



Doctrine de la fixité des espèces, pages 5 à 7. 
Doctrine de la variabilité des espèces, pages 8 à 12. 
Divisions de Pouvrage, page 13. 









îiIVRE I. 



Des animaux et des végétaux considérés 
à l'état sauvage. 

Des animaux sauvages, qui vivent actuel- 



l 



Ghap. 1. 
Hlement, page 15. 

Gomment il faut étudier les animaux sauvages qui vivent 
actuellement, 15. 

Les animaux sauvages ne se modifient pas, si ce n'est dans 
des caractères très-superficiels, tels que la taille, l'abon- 
dance ou la pénurie de la fourrure, la couleur des poils, 
des plumes, des écailles et de la peau elle-même, 16 à 23^ 

De l'albinisme, 24 à 31 . 

Du mélanisme, 32 à 34. 
De l'érythrisme, 34. 

Examen des causes auxquelles on a attribué les modifications 
qui viennent d'être indiquées, 35 : — La nourriture 35 
à 38; - la différence du milieu, 39; — la nature' du 
sol, 40; — le climat, 42 à 50. 

Conclusions du premier chapitre : Les espèces animales sau- 
vages qui vivent actuellement ne se modifient pas dans 



i. 



30 
















I 
















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? 












466 



TABLE DES MATIERES. 



leurs caractères spécifiques sous l'influence des agent? 
physiques, 51. 



Chap. IT. 



Des végétaux sauvages, qui vivent actuel- 



lement, page 52. 

Les végétaux sauvages offrent des variations peu importantes 
et purement accidentelles, 53. — Variations de la couleur 
des fleurs, 54. — Variations de la couleur des feuilles, 
56. Variations de la couleur des fruits, 57. — Variations 

dans le nombre des divisions florales, 58. — Variations 
dans la direction des tiges et des rameaux, 59. 

Les caractères spécifiques sont constants, et il faut considérer 
comme tels, non-seulement les caractères organiques, mais 
aussi les caractères physiologiques, qui n'ont pas moins 
d'importance, 60 à 64. 

La stabilité des caractères spécifiques, chez les végétaux sau- 
vages, résiste à l'influence des agents physiques, tels que : 
le climat, 66 à 70; — les migrations, 71 à 79; — les 
variations météorologiques locales, 80 et 81 ; — l'altitude 
au-dessus du niveau de la mer, 82 à 86; — l'air et la 
lumière, 87 et 88; — les stations, 89 et 90 ; — la nature 
du sol, 91 à 1 1 ; — la nature des eaux, 1 i 1 à 119. 

Réponse aux objections, 1 20 à 1 24. 

Conclusions du second chapitre : Les espèces végétales sau- 
vages ne se modifient pas dans leurs caractères spécifiques 
sous Tinfluence des agents physiques, 125. 



Chap. III. 



Des animaux sauvages de la période géo 



/ 



LOGIQUE ACTUELLE, QUI ONT VÉCU DANS LES SIÈCLES 
ANTÉRIEURS AU NÔTRE, page 126. 

Les animaux sauvages, qui ont vécu dans les siècles anté- 
rieurs au nôtre, nous sont connus par : les anciennes col- 
lections zoologiques, 126; — les ouvrages anatomiques 
de Galien et d'Aristote, 127 et 128; — les statues, bas- 






























mww 











TABLE DES MATIÈRES. 



467 



reliefs et peintures représentant des animaux sur les mo- 
numents de l'antiquité, 129 à 131 ; — les animaux mo- 
mifiés des hypogées égyptiens, 1 32 à 1 34 ; — les débris 
solides d'espèces animales enfouies dans le sol depuis un 
temps antérieur aux époques historiques, 133 à 144. 
Conclusions du troisième chapitre : Les animaux sauvages 
n'ont pas varié dans leurs caractères spécifiques, en remon- 
tant aussi haut que possible vers l'origine de la période 
géologique actuelle, 143. 



Chap. IV. 



Des végétaux sauvages de la période 



GÉOLOGIQUE ACTUELLE, QUI ONT VÉCU DANS LES SIÈCLES 
ANTÉRIEURS AU NÔTRE, page 146. 

Les végétaux sauvages, qui ont vécu dans les siècles antérieurs 
au nôtre, nous sont connus par : les anciens herbiers, 1 46 • 
les graines anciennes enfouies dans le sol ou dans des 
tombeaux anciens et reproduisant nos plantes actuelles, 
147 à 151; — les fruits elles graines trouvés dans les 
ruines d'Herculanum, 452; —les végétaux des hypogées 
égyptiens, 1 53 et 1 5 i ; — les gyrogonites des lacs d'Ecosse, 
155; — les arbres extrêmement anciens et encore vivants, 
qui présentent les mêmes caractères spécifiques que les 

individus qui naissent aujourd'hui de leurs graines, 156 
et 1 57. 

Prétendus exemples de transformations d'espèces végétales, 



158 à 164; 
165 à 174. 



jEgil 



Discussion de la doctrine de Lamarck, sur la variabilité des 
espèces et sur la prétendue impossibilité de limiter les es- 
pèces actuelles par des caractères spécifiques rigoureux, 

• Vil % a mm a 



175 à 178. 



Conclusions du quatrième chapitre ; Les végétaux sauvages 
n'ont pas varié dans leurs caractères spécifiques, en re- 
montant aussi haut que possible vers l'origine de la période 
géologique actuelle, 179. 


































I 
























} 



























468 TABLE DES MATIÈRES. 

Chap. V. — De i/hybridité dans le règne animal, 
page 180. 

I/hybridité entre animaux sauvages libres ne se produit que 
très-rarement, et dans des circonstances exceptionnelles, 
180 à 184. 

I/hybridité entre animaux sauvages captifs est moins rare, 
185 à 187, 

I/hybridité entre espèces sauvages et domestiques se voit 
plus souvent, 188 à 19t. 

I/hybridité entre espèces domestiques est plus fréquente en- 
core, 192 à 196. 

Caractères des animaux hybrides, nés de deux espèces dis- 
tinctes, 197. — Ils sont intermédiaires aux parents, 198 
à 200. — Ils sont stériles entre eux; ou, s'ils sont féconds, 
soit par eux-mêmes, soit par l'intervention réitérée de l'un 
des types générateurs, leur postérité rentre dans l'un de 
ces types, et se confond avec lui, 201 à 209. 

I/hybridité dans le règne animal n'est possible qu'entre es- 
pèces d'un même genre naturel, 210. — Prétendus exem- 
ples d'hybrides provenant d'espèces de genres différents, 

211. 

Hybrides ou plutôt métis, entre variétés ou races d'une même 
espèce animale, 212. — Leurs caractères ne sont pas in- 
termédiaires à ceux des parents, 213. — Us sont doués de 
la fécondité continue, 217. 

Conclusions du cinquième chapitre : I/hybridité ne confond 
pas les espèces animales; elle fournit au contraire un 
moyen de les distinguer, 217. 




















Chap. VI. — De l'hybiudiïé dans le règne végétal. 
page 218. 

Historique de la question, 219 à 222. 

Conditions dans lesquelles l'hybridité peut réussir chez les 
végétaux, 225 et 224. 



























J 
















TABLE DES MATIÈRES. 



469 



L'hybridité dans le règne végétal n'a pas lieu entre espèces 
végétales appartenant à deux genres naturels différents, 
225 à 236. 

Caractères des hybrides nés de deux espèces distinctes, 236. 

Ils sont intermédiaires aux parents, 237 à 242. — - Us 
sont stériles entre eux ; ou, s'ils sont féconds, soit par eux- 
mêmes, soit par l'intervention réitérée du pollen de l'une 
des deux espèces génératrices, leur descendance rentre dans 
l'une de ces deux espèces et se confond avec elle,243 à 250. 

Hybrides ou plutôt métis, entre variétés ou races d'une même 
espèce végétale, 251. — Leurs caractères ne sont pas in- 
termédiaires à ceux des parents, 251 à 253. -— Ils sont 
éminemment féconds, 254. 

Hybrides végétaux produits spontanément à l'état sauvage ou 
dans les jardins entre espèces différentes, 255 à 264. 

Conclusions du sixième chapitre : L'hybridité ne confond pas 
les espèces végétales, elle fournit au contraire un moyen 
de les distinguer, 265. 

Conclusions générales des six chapitres précédents : Les carac- 
tères spécifiques sont constants et permettent toujours de 
séparer les espèces sauvages les unes des autres, 265. 



Chap. VII. 



Des animaux et des végétaux des pé- 



riodes GÉOLOGIQUES QUI ONT PRÉCÉDÉ CELLE DANS LA- 
QUELLE nous viyons, page 266. 

Plusieurs faunes distinctes se sont succédées sur notre Globe 
aux diverses époques géologiques, 268. 

I. Epoque quaternaire, 269. 

Origine des terrains quaternaires due vraisemblablement aux 
phénomènes de la période glaciaire, 270 à 272. 

Animaux fossiles de l'époque quaternaire renfermés dans le 
diluvium des plaines, dans les cavernes à ossements et 
dans les brèches osseuses, 273 à 278. 



■* 
























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11 



470 



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TABLE DES MATIÈRES. 



Les Mammifères fossiles observés dans les terrains quater- 
naires constituent une faune analogue à la nôtre, dont les 
espèces ont été lés unes anéanties et les autres ont continué 
à vivre jusqu'aujourd'hui, sans avoir éprouvé de change- 
ments dans leurs caractères ostéologiques, 279 à 287. 

Discussion de l'opinion qui admet l'existence de l'Homme 
pendant l'époque quaternaire, 288 à 295. 

Oiseaux, Reptiles et Poissons fossiles observés dans les terrains 

quaternaires, 296 à 298. 

Les Mollusques fossiles terrestres, fluviatiles ou marins, dont 
on trouve les coquilles dans le sol diluvien des cavernes, 
ne diffèrent pas spécifiquement de ceux d'aujourd'hui, 299. 

Confirmation des faits précédents par suite d'observations 
faites dans des pays autres que l'Europe, 300 à 302. 

II. Epoque tertiaire, 303. 

Les Mammifères, les Oiseaux, les Reptiles et les Poissons 
fossiles des terrains tertiaires appartiennent, les uns à des 
genres qui ont encore des représentants, mais d'espèces 
différentes, à la surface de la terre, les autres à des genres 

éteints. Ces derniers prédominent d'autant plus qu'on s'é- 
loigne de l'origine de la période actuelle, 303 à 306. 

Les Mollusques des mêmes terrains présentent des espèces 
anéanties et des espèces encore vivantes d'autant plus 

nombreuses qu'elles appartiennent à des couches plus 
récentes. Ces espèces encore vivantes ont donc passé d'une 
période géologique à l'autre sans que leur test se soit mo- 
difié, 307. 

III. Epoque secondaire, 310. 

Les Mammifères existaient déjà pendant cette période géolo- 
gique, mais ils appartiennent tous à des genres qui n'ont 






plus reparus, 311 à 31 



3 



Des empreintes de pieds d'Oiseaux révèlent seules l'existence 
de représentants de cette classe, 314. m 



























; 














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i 









TABLE DES MATIÈRES. 



471 



Les Reptiles fossiles des terrains secondaires sont nombreux 
et appartiennent tous à des genres ou à des ordres perdus. 
315. 

Les Poissons de cette époque, à l'exception d'un très-petit 
nombre, se rapportent à des genres et à des ordres qui 
n'ont plus de représentants vivants, 316. 

Les Invertébrés offrent des faits semblables, 317. 

IV. E poque primaire ou de transition, 318. 

On n'a rencontré aucune trace de Mammifères ni d'Oiseaux 

dans cette formation, 318. 

Les Reptiles s'y montrent, mais sont très-différents de ceux 
qui leur ont succédé sur la terre, 318. 

La faune ichthyologique des terrains primaires est très-nom- 
breuse en espèces et ne ressemble pas aux faunes subsé- 
quentes, 319. 

Les Invertébrés sont moins spéciaux à ces formations, 320. 

Uniformité de la faune primaire dans toutes les contrées du 
Globe, 321. 

Végétaux fossiles, 32 1 . 

La flore fossile des terrains tertiaires se rapproche beaucoup 
de celle d'aujourd'hui, 322. 

La flore fossile des terrains secondaires s'éloigne davantage 
de la flore actuelle, 523. 

La flore fossile des terrains primaires présente des formes 
étranges, mais plus uniformes entre elles et semble con- 
stituer une flore insulaire, 524. 

Des formes animales et végétales distinctes ont apparu suc- 
cessivement à la surface de la terre, 326. 

Examen de la théorie de révolution successive des espèces, 

327 à 532. 

Conclusions du septième chapitre : l'espèce n'a pas plus varié 
pendant les temps géologiques que durant la période de 
l'Homme, 335. 

































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472 



TABLE DES MATIÈRES. 



LIVRE II. ©es animaux domestiques et des plantes 



cultivées. 



Chap. I. 



Examen des variations qu'ont subies les 



ANIMAUX SOUMIS A LA DOMESTICITÉ, page 535. 



Le Chien, 336. 



Le Chat, 357. — Le Lapin, 362. 



Le Cobaye, 364. — Le Cochon, 365. Le Cheval, 378. 
L'Ane, 389. — Les Chameaux, 594. — Le Lama, 399. 
Le Renne, 401. 



MO. 
432. 



La Chèvre, 402. — La Brebis, 

L'Yack, 451. - Le Butle, 
Le Serin des Canaries, 454. — Le Dindon, 436. 



Le Bœuf, 420. 



Le Paon, 458. — La Pintade, 459. 



Coq 



Poule ordinaires, 440. 



Les Faisans, 447. 



Le Pi- 



geon, 448. — Le Canard ordinaire, 455. — Le Canard 
musqué, 456, — L'Oie ordinaire, 456. —La Carpe, 457. 

Le Cyprin doré de la Chine, 458. — Les Abeilles,459. 

Le Ver à soie ordinaire, 460. 

Conclusions du premier chapitre : Les animaux domestiques 
varient dans leurs caractères physiques, 465. 











FIN DE LA TABLE DU TOME PREMIER. 



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PROFESSEUR DE CLINIQUE OPHTHALMOLOGIQUE, 

Poc'cur en médecine et en chirurgie des Facultés de Berlin el de Paris 

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L'ouvrage que vient de terminer M. le docteur Siebel, sous le titre d'Iconogra- 
phie ophtalmologique, est le résultat de près de trente années de pratique. L'auteur 
M'a voulu commencer cette publication qu'après avoir rassemblé un assez grand 
nombre d'observations et de dessins originaux pour pouvoir choisir les faits et les 



figures caractéristiques, servant de types, et en même temps s'être assuré les 
moyens d'arriver, sous le rapport de la bonne exécution des planches, à un degré 
de perfection qui n'a pas été encore atteint. 

Le texte, à part une explication sommaire des figures, se compose de deux par- 
ties, l'une pratique, l'autre théorique. 

La première partie est formée par les observations qui servent de description aux 
dessins. Ces observations remontent, pour la plupart, à dix, quinze et vingt ans : 
nouvelle garantie pour la valeur des idées, déduites de faits aussi anciens, et que 
l'expérience, depuis lors, a si fréquemment ramenés sous les yeux de M. Sichel. 
C'est là une partie essentielle dans laquelle il faudra chercher tous les exemples, 
tous les préceptes de la thérapeutique. Ici, comme dans son enseignement clinique, 
l'auteur a cru devoir toujours rattacher ces préceptes aux observations particulières 
dont ils découlent, afin de les présenter comme des conséquences logiques de faits 
bien avérés, et non comme des théories préconçues. 

La seconde partie a pour but de relier les observations par une exposition métho- 
dique et concise, destinée à unir les planches et leurs descriptions en un tout plus 
homogène, à les présenter dans un ordre plus logique, à les coordonner en une 
série systématique et non interrompue, enfin, à en faire en quelque sorte un Traité 
clinique des maladies dçs yeur } commenté et rendu pratique par une série de 
figures, 




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CHIRURGIE 

Par le docteur JOBERT (de IjainfciiIIe), 

Professeur à la Faculté de médecine de Paris, membre de L'Institut de Frange, 

Chirurgien de l'Ilôtel-Dieu, rtiirurgun de Sa Majesté l'Empereur, 
Membre de 1 Académie de médecine, cornu andeur de la Légion d'honneur, etc. 

2 beaux volumes in-8, avec allas in-folio de 18 planches dessinées 

d'après nature, gravées et coloriées avec soin. 50 fr. 



M. Jobcrt expose d'abord brièvement l'histoire de la chirurgie plasti- 
que; puis il donne un aperçu sur l'ensemble de l'auloplaslic, et éclaire le 
lecteur sur les méthodes, avant de l'occuper des procédés qui découlent 
de chacune d'elles, et qui doivent varier dans leur application, suivant 
la nature de l'altération , sa forme, son étendue et son siège. 

Pour faire comprendre la haute portée chirurgicale de l'ouvrage de 
M. Joberl, il suffit d'indiquer les sujets qui y sont traités, savoir : Des 
cas qui réclament l'autopiastie, des préparations auxquelles il convient de 
soumettre les parties intéressées dans l'opération. — Des parties qui doi- 
vent entrer dans la composition du lambeau et des tissus propres à le for- 
mer. — Des méthodes autoplastiques. —Application pratique, autoplastic 
crânienne , faciale , et de l'appareil de la vision. — De la rhinoplastic ou 
réparation du nez, de la réparation des joues, de la bouche (stomato- 
plastie). — De la trachéoplastie, de la thoracoplastie. — Autoplastie des 
membres supérieurs. — Autoplastie du canal intestinal et dans les hernies. 

Auloplaslie des organes génitaux de l'homme (testicules, fistule urinaire, 
périnée). — Autoplastie des organes génito-urinaires de la femme, vice 
de conformation des grandes et petites lèvres , oblitération de la vulve et 
du vagin.— Autoplastie de l'urèlhre et de la vessie chez la femme ; fistules 
vésico-vaginales, chapitre important qui occupe plus de 400 pages. 

Les dix-huit planches du bel atlas qui accompagne cet ouvrage com- 
prennent : pi. l re , Méthode autoplasliquc par renversement; pi. 2 et 3, 
Sourcil de' nouvelle formation et réparation de la paupière; [ 1, 4, Répara- 
tion de la joue, autoplastie delà jambe; pi. 5, Thoracoplastie; pi. 6, Anus 
contre nature guéri par la méthode par renversement; pi. 7, 8 et 9, Fis- 
tules uréthrales etscrolalcs; pi. 10,11 et 12, Dispositions anatomiques des 



parties intéressées dans l'opération des fistules vésico-vaginales; pi. 13, 




TRAITE DES FISTULES 

VÉSICO-UTÉR1NES, VÉSICO-UTÉRO-VAG1NÀLES, ENTÉRO -VAGINALES 



PAR 



ET RECTO-VAGINALES 



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In-8 de 420 pages 



50 c. 



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Ouvrage servant de complément au Traité de chirurgie plastique. 






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TRAITÉ PRATIQUE 



DES 



MALADIES 



DE 



L'OREILLE 



Par le docteur E.-H. TRIQUET 



Chirurgien du Dispensaire pour les maladies de l'oieille, ancien interne en médecine 
cl en chirurgie des hôpitaux de Paris, lauréat, médaille d'argent ( 18i8); médaille d'or ( 1 84i9). 

1 vol. in-8, avec figures intercalées dans le texle. — Prix : 7 fr. 50 c. 

Le livre que M. Triquet publie est la reproduction des leçons qu'il fait chaque 
année à l'École pratique de médecine. Ces leçons théoriques reçoivent tous les jours 
leur sanction à la Clinique de son dispensaire, en présence des élèves et des jeunes 
médecins qui désirent se familiariser avec l'élude des maladies de l'oreille. 

Parmi les faits rapportés dans cet ouvrage, quelques-uns ont été recueillis par 
l'auteur pendant son internat dans les hôpùaux de Paris; d'autres lui ont élé 
communiqués; mais c'est surtout dans les dernières années, à sa clinique et dans 
sa propre pratique, que l'auteur a rassemblé le plus de matériaux, ce qui donne à 
cet ouvrage un véritable caractère pratique. 



DE LA SYPHILISATION 

ET DE LA C0KTAGI0N DES ACOIDESTS SECONDAIRES DE LA SYPHILIS 

COMMUNICATIONS A l' ACADÉMIE DE MEDECINE 

PAR MM. RICORD, BÉGIN, MALGAIGNE , VELPEAU, DEPAUL , G1BERT, 

LAGNEAU, LARREY, MICHEL LÉVY, GERDY, ROUX, 

Avec les communications de MM. Auzias-Turenne et C. Sierino, à l'Académie 

des sciences de Paris et à l'Académie de médecine de Turin. 

Paris, 1853, in-8 de 384 pages. — Prix : 5 fr. 



EXPOSITION CRITIQUE ET PRATIQUE 



DES 



NOUVELLES DOCTRINES 



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SUIVIE D UNE 



Étude sur les nouveaux moyens préservatifs des Maladies vénériennes 

Par le docteur P. Ï>IÏ>A"V 

Ex- médecin en chef de l'hospice de l'Antiquaille de Lyon. 

1857, 1 vol. in-12, de 450 pages. —Prix : 3 fr. 50 c. 



TRAITÉ THÉORIQUE ET PRATIQUE 



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APPLIQUÉE 













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A LA CHIRURGIE ET AUX DIFFERENTES BRANCHES DE L ART DE GUERIR 

Par le docteur E.-F. BOUISSON, 

Professeur de clinique chirurgicale à la Faculté' de me'decine de Montpellier, 

Chirurgien de l'hôpital Saint-Eloi, elc. 

Un vol. in-8 de 560 pages, avec figures. — 7 fr. 50 c. 



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DRULENTE 0» PYOEHIE 



Chirurgien en chef de l'hôpital militaire de Strasbourg, Professeur 
de clinique chirurgicale à la Faculté de médecine, etc. 

1849. Un vol. in-8° de 520 pag. avec 3 pi. coloriées. 7 fr. 50 c. 



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CAMBRIDGE UNIVERSITY LIBRARY 



DARWIN'S LIBRARY PROJECT 




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CAMBRIDGE UNIVERSITY LIBRARY 



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ÉLOGES DES MEMBRES DE L'ACADÉMIE 

ROYALE DE CHIRURGIE 

Lus dans les séances publiques, de 1750 à 1792, 

* 

Par A. L0UIS, 

Secrétaire perpétuel -de l'Académie. 

Recueillis et publiés pour la première fois, au nom de l'Académie impériale de 
médecine, et d'après les manuscrits originaux, avec une introduction, des notes 
et des éclaircissements, 

Par Fréd. DUBOIS (d'Amiens), 

Secrétaire perpétuel de l'Académie impériale de médecine. 



4 859, \ volume in-8 de 548 pages. 



Prix, 7 fr. 50 c. 



Cet ouvrage contient : Introduction historique par M. Dubois, 76 pages; Éloges de J.-L. Petit, 
M-.laval \erdicr Uœdei er, Molinclli, Bertrandi, Fotifcert. Lecat, Ledian, Pibrac, Bet.omont f Wo- 
ï t Vin S. taQucsnny, Huiler, Elurent, Willius, Lamartinière Houstet, de la taye, Bor- 

enaVe, David, Faùre, C.qué, Fagner, Camper, Heviti Piolet et l'éloge de Lou.s par Sue 

Embrassant tout un demi-siècle et renfermant, outi e les détails historiques et biographiques. 

dès appréciations et des jugements sur les faits, cette collection forme une véritable histoire de 



la chiruigie française au XVIII e siècle. 



LEÇONS CLINIQUES 



SUR LES 



■ALAD1ES 




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L'APPAREIL LOCOMOTEUR 



FAITES A L'HOPITAL DES ENFANTS EN 1855, 1856, 1857, 

Far le docteur lï. BOUVIER 

Médecin de l'hôpital des Enfants, membre de l'Académie impériale de médecine, 



etc 



Paris, 1858 



1 vol. in -S de 500 pages, 7 fr. 50 c. 



ATLAS comprenant les maladies de la colonne vertébrale, 1 volume 
in-folio de 20 planches, 18 fr - 



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CHIRURGICALE 



DE L'HOPITAL MILITAIRE DE STRASBOURG, 



Par le «îocleur P. M.VLLE, 

Professeur de l'hôpiial militaire de Strasbourg. 

1 volume in-8 de 756 pages. 



Prix : 6 fr. 



Collection importante d'observation sur les plaies en général, Térysipèle, les 
abcè< les brûlures, les maladies des appareils nerveux, de la circulation, lympha- 
tique' respiratoire, digestif, des organes génito-urinaires, de s articulations, etc. 



DES 



PLAIES 



D'À 




MES 




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. COMMUNICATIONS FAITES A L'ACADÉMIE DE MÉDECINE 



PAR MM. LES DOCTEURS 



EgftlBftleH 



JBlsmsain, Piorry, ^eîfineaea, M«ag«aier, «Bobert (de LamDa 

HégâsB, Roelioux» lîevergie. 

Paris, 1840. Un volume in-8 de 250 pages. 3 fr. 5 0_c. 

TRâITÉ^DU BANDAGE PLÂTRÉ, par A. Matuysen, docteur en 
médecine et en chirurgie, officier de santé de première classe dans 
l'armée néerlandaise. In-8 de 32 pages, accompagné de figuras in- 
tercalées dans le te xte. LiL — 

Paris, — Imprimerie Je L. MègTPfTi F« Q Mignon, ?. 








































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* » . m 4 smd uo« 19 ranbi'nioiBUB Sîuanrçi? sap aou E ss. e «uoo q ans aaptioj 

Jlfa a„aAnou oun p *£«£ £ U ^ ^ ^ yoddw u9 w , nu 

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«w^k— ou 1 de la génération spontané . ba sur de 

nouvelle i« par F.-A, 1 cchst, professeur Je zoologie au 
Muséum d'histoire Uurelle de Rouen. Paris, 1889, tn-S de 650 pages 
avec 3 planches av s . . 

»e la pluralité' des races humaines. sai anlhropolo que, 
par Georges Pot iet. Paris, "1858, n-8 de 200 pages. . 5 lr. 50 

Histoire naturelle «le l'homme, comprenant des Recherches su 
l'influence des agents physiques et moraux, considérés comme caust 
des variétés qui distinguent entre elles les différentes Races bon 
par J.-G. Puauu, membre de la Société royale de Londres ; Ira 
de l'anglais, par F.-D. Roulin, bibliothécaire de l'Institut. Pai 
18». 2 vol. in-8 accompagnés de 40 planches gravées et coloriée; 
et de 90 figures intercalées dans le texte • • -° '''"• 

Cet ouvrage s'adresse «on- seulement aux savants, mais à tou'es les personnes qui 
veulent étudier l'anthropologie. C'est dans ce but que l'auteur a indiqué avec soin . i les 
caractères physique,, c ! est à- dire, les variétés de conteurs de pbys.on ne, de propor- 
tions èo poretL. etc , d différentes races humaines; a» les partie»!*, s .«orales et 
mëtUctrtcUes qn servant b.linguer c«s races les unes des autres; 3- les cause le ce 
ÏÎSdt variété. ur accomplir un aussi vaate plan, il fallait, comme 1, : docteur 
J T f richard êtreiniti » la connaissance des langue! Je co, ,1er les relations de 

™va'Jors et do pouvoir décrire les déférentes nations dispersées sur la surface du glob, 



Traiti «1 



dégénérescences physiques, intellectuelles et 
morales fie l'espèce humaine et des c uses 
variétés maladives, par le d- ur B.-À. Morel, méd 
PAsile des aliénés de i nt-Yon Seine-Inférieure), an Q en 

chef de l'Asile de Mare- le (Meurlhe), lauréat de l'Institut (A 
des scî ices). Paris, 1887, 1 I. in-8 de 700 pages avec un allas d 
planches Uthographiées m-i \~ fl 



Zooloffic médicale. Exposé méthodique du Reg animal, 1) e r 
l'anaïomie, l'embry, e et la paléonl :ie, comprenant !a 
tion des espèces employ n médecine, de cel 5 qui sont vent «si 
et de celles qui sont parasites de l'homme et des animaux, par MM. 
Pa-l Gervais et P.-J. Va* Benedeîï, professeurs de zool et d 
tomie comparée à la Faculté des sciences de Montpellier à l'I 
versité de Louvain. Paris, 1859, 2 vol. in-8, av 200 I lei 
dans le texte 

Traité «e géographie et de statistique médicales, 

maladies endémiques. miprenant la et 

icdi'cah les lois slaiisliqucs de la population et la 
distribua graphie ! des maladies et la ) np 

races hum nés, par h cleur J.-Ch M. Boum* in. 

l'hôpital militaire Vinct s. Paris, 1857, 2 î grand 
9 cartes t tabh • " 



»es rapports conjugaux, c tsidérés sous le tnpl , nt ci 

de la population, de la té e la mon s pnbl 

\lex. Mayer, médecin de l'ins] etion rai d. ialubn 

l'hospice impérial des Quinze-Vingts. .Troisième di n, ent ut 

refondue. Paris, 1857, in-18 Jésus de 38ipa§ i. . . 



SAJ1CÏ, GKIJ1 ï, V8UVI ET >*' 



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