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Full text of "De la physionomie et des mouvements d'expression."

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ET DES 



MOUVEMENTS D'EXPRESSION 



suivib'unk notice sur sa vie et ses travaux , et T)K la nomenclature 



DE SES OUVRAGES 



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PAR LOUIS GRANDE AU 





PARIS 

'BîBLIOTHÈ(lUE 7)' É D U C A T l U^ 

ET DE RÉCRÉATION 



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HETZEL, 



RUE JACOB 






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PIERRE GRATIOLET 



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DE LA 



PHYSIONOMIE 



ET DES 



MOUVEMENTS D'EXPRESSION 



SUIVI d'une notice sur sa vie et ses travaux, et de la nomenclature 



DE ses ouvrages 



PAR LOUIS GRANDE AU 




PARIS 

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'Bl'BLIQTHÈQ^UE D' É D V C zA T l 7^ 



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ET De récréation 



J. HETZEL, 18, RUE JACOB 



f Tous droit; réservés. 



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àùxrnf Soaïtejaee. 



Cambridge Univershy Library, 

On permanent deposit from 

the Botany School 



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PRÉFACE 



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de 



L'étude de la physionomie, c'est-à-dire u.s 

modifications que les sentiments, les sensations 
et les idées impriment à la forme d'un être viv 
a fixé dès les temps anciens l'attention des artis 



poètes et des philo 



plus, l'in- 



térêt pratique qu'elle présente dans les relations 
sociales, a fait que nul homme, même parmi les 
plus humbles, n'a pu lui rester étranger. Qui donc, 
en effet, n'a analysé, pour son propre usage, les 



de 



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a terreur? qui n'a cherché la vérité derrière 



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PREFACE 



le sourire d'un flatteur ou dans le re2:ard d'un 



envieux.^ 



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Mais pour la science physionomique comme 
pour la médecine, le désir, ou mieux, l'impérieuse 
nécessité d'une application immédiate a pendant 
longtemps donné une fausse direction à l'étude 
des mouvements d'exjjressîon. Les observateurs 
ont déserté les voies difficiles de la science pa- 
tiente pour se jeter dans un empirisme plus ou 
moins heureux et plus ou moins honnête. 

Ainsi, l'antiquité, le moyen âge et les temps 
us récents nous ont légué une quantité presque 
innombrable d'écrits sur la physionomie; mais 
que sont- ils pour la plupart? Ou des séries de 
descriptions isolées sur les mouvements qui expri- 

■ r 

ment telle ou telle passion ; ou le plus souvent, 
hélas! de fallacieux procédés de divination, l'art 

trompeur de reconnaître le vrai du faux sur la 
figure humaine, ou de prédire à l'inspection des 
lignes du visage d'un enfant, les idées et les pas- 
sions qui l'agiteront un jour : règles mensongères, 
auxquelles l'assurance des affirmations, l'étran- 
geté des preuves, parfois l'éclat du style, mais 
surtout l'attrait du merveilleux et cette sorte de 
vertige que donnent aux esprits faibles les ques- 




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PREFACE. 



iii 



t^ons insondables, ont pu permettre d'acquérii' 

^ne douteuse popularité, mais qui sont à la vraie 

physiognomonique ce qu'est à l'astronomie la 
science des almanachs. 

■t 

Lorsque, quelques jours avant cette mort sou- 
dame qui allait nous consterner tous et dont la 
science portera éternellement le deuil , notre élo- 
quent ami nous parlait avec enthousiasme de ces 
théories du langage mimique universel tant mé- 
ditées par lui, il ne dissimulait point sa crainte 
de voir son livre confondu avec les productions 

s bas imitateurs de Lavater dont l'exploita- 
tion fructueuse a, de nos jours, déserté le champ 
^- " ire pour les salons. Mais le nom de l'auteur 
ne protége-t-il pas suffisamment l'cBuvre contr 



de ce 



de foi 



une par 



assimilation, et l'en défendre 



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ne 



point 



Cependant, les 



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qui servent de 



au 



que 



publions 



été si étrangement 



détournés de leur véritable sens, qu'il serait utile 
de donner, dans cette préface, une explication 
succincte du but que s'est proposé l'auteur et du 



de 



que 



d'accomplir, nous incombait; mais nous en avons 



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IV 



PREFACE. 



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pu décliner, au grand bénéfice de tous, la 
ponsabilité et l'honneur. Dans 



res- 



une conférence 



en- 



publiqae, accueillie par des acclamations 
thousiastes dont les échos de la vieille Sorbonne 

Gratiolet avait lui- 



gardent encore le souvenir, 



même résumé, de cette large manière qui n'ap- 
partient qu'aux maîtres, les traits principaux de 
cette œuvre, fruit des observations et des médi- 
tations de plus de vingt années. La dépouillant de 



ce qa une exposition dogmatique peut offrir de 
pénible à des esprits un peu impatients, il" avait 
su, sans rien lui enlever de sa précision scienti- 
fique, en orner la sévère philosophie par de gra- 
cieux et vivants tableaux, décrits avec une verve 

r 

pleine de charme et de poésie. 

■ 

INous avons placé en tête de notre volume cette 

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conférence, véritable chef-d'œuvre de science 
aimable et solide, où se peint tout entier cet 
esprit éminent, chez qui la grâce s'alliait à la 
grandeur, pour qui les moindres détails deve- 
naient un thème à de hautes pensées, et qui, 
jusque dans les plus subtiles analyses, était 
échauffé par cette flamme généreuse qui fait les 
orateurs. 

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La lecture de cette conférence, entraînante 



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PREFACE: 



comme celle d'un roman, expliquera mieux que 
tout commentaire la difficulté des problèmes que 
s était posés Gratiolet, et sa manière élevée de 



les résoudre. Nous 



ne croyons cependant pas 



mutile d'emprunter à une page inédite de notre 

I ^ 

savant et malheureux ami quelques lignes, qui 
précisent d'une façon bien nette le but et la 
méthode : 

« L'étude générale des mouvements d'expres- 
« sion dans l'homme et dans les animaux n'a 
« conduit à aucune théorie applicable à l'ensemble 
«des faits. Une multitude d'observations très- 
« justes en elles-mêmes ont été publiées, mais 
« peu de naturalistes se sont occupés de les 
. coordonner d'après des principes expérimenta- 

« lement établis. Cette étude 



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mérite cependant 

haut degré l'attention des physiolo- 



expr 



sont en 



«effet les éléments du langage spontané de 
« l'homme et des animaux. Il ne peut donc être 
« indifférent de rechercher quel lien secret unit 
« les signes spontanément employés aux choses 
« signifiées, c'est-à-dire à l'idée ou au sentiment 
« qu'ils manifestent; de montrer comment ces 
^^ signes s'engendrent et comment Us s'associent; 



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VI 



PUEFACE 



a de rechercher enfin s'ils résultent d'une manière 
« nécessaire des conditions intimes de l'organi- 
« sation des animaux, ou s'ils dépendent d'une 
«sorte de convention tacite entre tous les ani- 
« maux d'une même espèce. » 

Un mot encore : notre volume se termine par la 
notice pleine d'élévation et de cœur que M. Gran- 
deau a consacrée à la mémoire de Graliolet. 



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CONFÉRENCE 



SUR 



La physionomie en général 



ET EN PARTICULIER 



SUR 



. LA THÉORIE DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION 



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Messieurs, 

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J'ai eu l'honneur de traiter l'année dernière, 
devant yous, de la dignité de la forme humaine. 

A cette occasion, j'affirmais que l'homme seul 
a le privilège de cette parole libre et créatrice 
qui, donnant un corps à ses pensées les plus abs- 
traites, les fait agir et vivre au-delà de lui-même 
dans le monde extérieur ; mais je faisais en même 
temps remarquer qu'il parle encore un autre 
langage, qui lui est commun avec tous les ani- 
niaux. Ce langage commun, universel, est celui 



de la physionomie et du geste. Il est parlé dès 



le commencement des choses; et tant qu'un être 



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CONFEKENCE 



vivant foulera la surface de la terre, il se mani- 
festera, il retentira dans l'espace, il étincellera 
comme un rayonnement nécessaire de la vie unie 
à la sensibilité. 

Le hasard, Messieurs, n'a rien fait dans ce 
monde. Ce langage a donc ses lois, et c'est de 
ces lois que j'aurai Thonneur de vous entretenir 
aujourd'hui. Ces lois sont grandes ; elles sont sim- 
ples, et comme elles sont écrites en vous, je n'au- 
rai besoin, pour vous les rendre sensibles, ni du 
secours de la physique, ni de celui de la peinture. 
Il me suffira de faire appel à la connaissance que 

vous avez de vous-mêmes. C'est en vous, c'est 
dans vos souvenirs et dans vos sentiments intimes 
que je trouverai mes preuves; c'est dans votre 
raison seule que j'espère trouver la justification 
de mes paroles. 

L'étude de la physionomie est aussi vieille que 
l'histoire; mais elle n'a jamais pris chez les an- 
ciens le caractère d'une science. A leurs veux 



c'était un art empirique de se mettre à l'abri de 
l'erreur dans les jugements immédiats qu'on porte 
sur les hommes, en devinant les caractères d'a- 



près certains signes fournis par la forme exté- 



rieure. Aristote nous apprend que, de son temps, 




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SUK'LA PHYSIONOMIE. 



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on croyait parvenir à ce résultat, en mettant en 
nsage trois méthodes peu différentes l'une de 
l'autre, et qui avaient pour point de départ com- 
niun le principe des ressemblances. 

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Dans un premier cas, on jugeait du caractère 
des hommes d'après leur ressemblance plus ou 
nioins prochaine avec certains animaux. Le lion, 
roi de la force , était le symbole accepté du cou- 
ï'age, de la générosité, du désintéressement ma- 
gnanime, et toutes ces qualités devaient être 
attribuées à l'homme dont la physionomie rappe- 
lait celle du lion; ressembler à une guenon ou à 
un macaque, était un signe irrécusable d'étourde- 
rie, d'impertinence et de malice ; la sordidité était 
le partage de ceux dont les traits rappelaient 
ceux des pourceaux. Mais on ne s'arrêta pas à ces 

ressemblances générales, et bientôt on osa con- 
clure d'après les similitudes partielles les plus 
futiles, et j'ajouterai les moins certaines. 

Dans un second cas , on réduisait davantage le 
champ de la comparaison. On sait que les gran- 
des nations, celles surtout dont la race est homo- 



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reconnaître, et, le plus souvent, avec ces phvsio- 



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CONFEKENCE 



nomies diverses, coïncident des aptitudes et des 
tendances morales très-différentes. Quelques phy- 
sionomistes anciens attribuaient, en conséquence, 
à ceux qui, dans une nation, rappellent les traits 
d'une race étrangère, les caractères intellectuels 

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et moraux de cette race. 



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Dans un troisième cas, la théorie des ressem- 

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blances s'appliquait à un champ plus circonscrit 
encore, et par conséquent elle offrait peut-être 
moins de chances d'erreur. On examinait avec at- 
tention les formes, les mouvements, les tics, les 
attitudes de ceux que distinguaient exceptionnel- 
lement certaines vertus, certains "talents ou cer- 
tains vices; et l'on attribuait aux personnes qui 
leur ressemblaient en quelque chose , les mêmes 

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vertus, les mêmes talents, les mêmes vices. 

w 

Aristote et tous les physionomistes anciens ont 

employé simultanément ces trois méthodes, dont le 

L 

moyen âge s'empara en y mêlant des billevesées 
astrologiques. Il en résulta une foule de petits 
ouvrages, qui se répètent les uns les autres avec 
une désolante monotonie. Ajoutons que, de tout 
temps, les médecins s'en mêlèrent, et firent inter- 
venir l'étude des tempéraments. Parmi les auteurs 

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qui ont écrit sous l'inspiration d'Aristote, le plus 





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SUR LA PHYSIONOMIE. 



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célèbre, à juste titre, est le Napolitain Porta ; son 



liv 



re est encore aujourd'hui recherché par le 
curieux. A chaque page de cet ouvrage, le' por- 
trait d'un homme est mis en paraUèle avec celui 
de quelque animal, et des indices de 



ressem- 



blances physiques sont pour Porta des signes à 
peu près certains de ressemblance morale. 

"^ous apercevez, Messieurs, dès l'abord, le vice 
de ces méthodes anciennes ; Porta lui-même en 
reconnaît l'incertitude : « Ma science, dit-il, est 



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se propose. » Nous pourrions aller plus loin, et 
Pmuver que toute sa théorie est fondée sur des 

!r!!'!!^!"' ^^! ''' ^^-rvations incertaines, 

à des conséquences 



et ne pouvait conduire 
ridicules 



qu 



demie 



lement ici. 



le a produit des œuv 
de Lavater se présent 



de 



avec un charme naïf, accompagné de dessins choi- 
sis avec un tact exquis, et publié d'ailleurs avec 
'^ -'us grand luxe, acquit dès ses débuts une 
célébrité européenne. Il est encore aujourd'hui 
populaire; mais c'est bien à tort que l'on dit et 



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CONFERENCE 



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que l'on écrit à tout propos le système de Lava- 
ter. La vérité est que Lavater n'a jamais eu de 
système. Doué d'une finesse et d'une "sensibilité 
prodigieuse, une sorte de divination naturelle 
dicte ses jugements. Les moindres modifications 
de la forme ont pour lui une signification qui 



pose 



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découvertes de son instinct, il les admire, il les 
chante; mais des phénomènes qu'il observe, il ne 
sait point la théorie; il ne s'en inquiète point: une 
physionomie le charme, une autre le repousse et 
produit en lui un certain malaise; il n'en sait pas 
davantage. En un mot, nous pourrions fort juste- 
ment le comparer à un homme qui entend et parle 
facilement une langue, sans en connaître la gram- 
maire et la genèse philologique. 

Le jugement que je porte ici sur Lavater a été 
déjà formulé en termes peut-être trop sévères par 
deux célèbres naturalistes allemands, MM. Spix et 
HuscHKE. iNous parlerons peu de M. Spix; il est 
moins un physionomiste qu'un crâniologiste à la 
manière de Gall et de Garus. Quant à M. Huschke, 
il s'imagine trouver la clef du mystère dans ce 
que les naturalistes allemands ont adoré si long- 
temps sous le nom de loi de polarité. Les senti- 



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SUR LA PHYSIONOMIE. 



ments agréables sont expamifs:^ les sentiments 
opposés contractîfs^ si je puis ainsi dire. Telle est 
en bref la théorie de M. Huschke; elle me semble 

w 

réduire à des termes bien simples une question au 
premier abord très-compliquée. Je doute d'ailleurs 
que les acteurs et les peintres pussent appliquer 

avec un bien grand succès le principe qu'il in- 
voque. 

É 

Je ne ferai qu'indiquer ici des essais dus à des 
physiologistes célèbres. Charles Bell, l'auteur 
fameux de la distinction des nerfs moteurs et sen- 
sitifs, avait cru pouvoir ranger dans une classe 
distincte tous les nerfs qui concourent aux actions 
respiratoires. Or, suivant lui, tous les mouvements 
de l'expression faciale ^dépendent de ces nerfs, 

Charles Bell en conclut que le principe qui déter- 
mme les mouvements respiratoires est le principe 
même de la physionomie. 

Il faut pardonner à l'auteur d'une grande dé- 
couverte si, justement pénétré de l'importance de 
ses travaux, il se fait quelque illusion sur l'étendue 

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réelle de leurs conséquences. La face n'est pas le 
seul organe expressif des passions; loin de là , la 
main, le pied de l'homme et des animaux, la 
queue de certains carnassiers, tels que les chiens 



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CO^NFÉRENCE 



et les chats, ont des expressions qu'on ne saurait 

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méconnaître. Nous pourrions ajouter qu'il n'est 

point de mouvement qui n'ait sa physionomie, et, 

dès lors, à moins d'admettre que tous les organes 

sont animés par des nerfs respiratoires , il faut 

reconnaître que la théorie de Bell est insuffisante 

et n'explique ni l'ensemble des phénomènes dont 

la physionomie se compose, ni leur véritable ori- 
gine. 

Un médecin, très-justement renommé, a cru 
récemment résoudre le mystère de la langue phy- 
sionomique en produisant artificiellement des 
mouvements, à l'aide de certains courants élec- 
triques très-habilement dirigés. Ces mouvements 
peuvent, à la vérité, simuler des expressions; 
mais sont-ce là des expressions véritables? L'es- 
sence de la physionomie est de raconter les senti- 
ments et les passions qui modifient l'être vivant. 
Or, comment des mouvements communiqués à mes 
muscles par une volonté étrangère pourraient-ils 
raconter mes sentiments et mes volontés ? Ils ne 

r 

feraient qu'exprimer une idée de l'expérimenta- 
teur, me façonnant comme un statuaire façonne 
l'argile; produire une expression, déterminer avec 
plus de précision les muscles dont la contraciion 





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SUR LA PHYSIONOAIIE. 



9 



modifie alors la forme du visage , est-ce connaître 

le rvnnnî.^r. ,,„„: -.1 



de 



vements ? N'est-ce point oublier trop que la phy- 
sionomie est un langage, et qu'à la raison seule il 
appartient d'en découvrir les lois ? 

Seuls, trois hommes me semblent avoir eu le 
sentiment des vraies méthodes : dans le xviii« siè- 
cle, Diderot et Engel, et de nos jours M. Ghe- 
VREDL. J'aurai occasion de les citer plus loin ; 
"^ais il serait injuste de ne pas rappeler à leur 
s^ite les grands poètes , les grands artistes , les 
grands acteurs, dont l'instinct a, dès l'origine, 

devancé la théorie des savants et des philosophes. 
J aurais a ajouter beaucoup à ce que je viens de 

:::::r ^"^7^^^-- - p- être e^dusï 

vement consacrée à la critique : vous attendez, 



Mess 



quelque chose de pi 



J'entre donc 



immédiatement en matière. Je n'aurai besoin , je 

le renètP ri';v...^^„„„ . . . ' J 



invoquer que 



que vous avez de vous-mêmes , pour justifier la 
uieone que je viens essayer de défendre auiour- 




que 



vous mterprétez tous , aussi bien , sinon mieux , 
que moi-mAiTiP 





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CONFÉRENCE 



Aristote, dont le petit traité sur la physionomie 
a servi de base à la plupart des essais publiés de- 
puis l'antiquité jusqu'aux temps modernes, a eu 
l'honneur d'exprimer le premier un principe dont 
les conséquences méritaient d'être mieux déve- 

loppées. 




dit ce erand 



philosophe, exprime ce qui est immuable clans la 
nature de l'être; ce qui est mobile et fugace dans 
cette forme exprime ce qui, dans cette nature, est 
contingent et variable. Remarque simple, grande 
dans ses résultats, et qui aurait dû l'obliger à di- 
viser, dès l'abord, la physic 

■ ¥ 

deux sciences distinctes. 

La première de ces sciences a reçu de mon il- 
lustre maître Henri de Blatnville, le nom de mor- 
phologie. Mq étudie dans le monde vivant l'ordre 
sériai des formes ; elle révèle au naturaliste philo- 
sophe la véritable nature des êtres qu'il considère; 
elle permet au paléontologiste qui découvre dans 
les entrailles de la terre les ossements ou les restes 
d'animaux que les yeux de l'homme n'ont jamais 
vus, de dire, avec certitude, quel rôle chacun 
d'eux jouait dans l'harmonie des faunes disparues; 
et en effet, conçue dans un rapport immédiat et 




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SUR LA PHYSIONOMIE. 



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parfait avec le but spécial que tout être créé doit, 
par la volonté divine, accomplir en ce monde, la 
forme absolue de l'être vivant raconte éloquem- 



ï^ent sa nature ; elle révèle sa place dans le con- 
cert de la création. 

r 

La seconde de ces sciences, à laquelle je don- 
ïierai le nom de cînéséologîe ^ a pour objet ces 
iiiouvements fugaces par lesquels les volontés, les 
passions, les instincts actuels de l'animal sont 
traduits dans leurs modifications infinies; ces ex- 
pressions sont très-distinctes, et les anciens ne 
l'avaient pas suffisamment reconnu, de celles que 
l'œil du naturaliste lit dans les traits immuables 
de la forme spécifique ; et, en effet, quel que soit 
Un animal et quelle que soit la nature des fonc- 
tions qui lui sont imposées, il peut, vous le savez 
tous, éprouver les passions les plus diverses. Une 
bête de guerre, un tigre, un lion, se montre 
^ certains moments aimante et caressante ; les 
plus inoffensifs des animaux , les plus doux dans 
l'opinion du vulgaire, un mouton, une colombe, 
peuvent éprouver la haine et manifester la colère : 

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toutes les passions liées à l'essence même de la 
^^ie, peuvent à différents degrés, se manifester 
chez tous les animaux. Ces passions, en effet, sont 



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12 



CONFERENCE 



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les formes de la sensibilité ; et, pour parler comme 
Aristote, c'est en réalité par la sensibilité seule 
que tout animal est constitué. 

Ce langage universel d'expression, si spontané, 
si multiple, si variable qu'il soit en apparence , a 
ses règles simples et intelligibles. Ces règles, bien 

il 

qu'à chaque instant appliquées , sont cependant 
peu connues. Le plus souvent on n'étudie la phy- 
sionomie qu'au point de vue d'une divination 
égoïste, excusable peut-être quand l'esclavage 



était dans les mœurs et quand l'homme, acheté 
comme on achète un cheval, pouvait avoir, comme 
lui, des vices rédhibitoires. Aujourd'hui, elle ne 

peut être étudiée au point de vue d'un pareil diag- 
nostic : la physionomie est une partie de la science ; 
or, le but de la science n'est point de satisfaire 
l'égoïsme et la malice, mais d'expliquer les mani- 
festations naturelles et, par conséquent, les des- 

seins mêmes de Dieu. 

Vous m'accorderez. Messieurs, un premier fait. 

C'est qu'il n'y a pas un seul muscle, un seul or- 
gane créé uniquement pour les besoins de l'ex- 
pression. Tout organe, en effet, a en principe un 
but extérieur, un but déterminé. Ce but, il le 
raconte par sa forme et par son activité propre ; 



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SUE LA PHYSIONOMIE. 



13 





01% VOUS reconnaîtrez aisément que le degré d'é- 

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nergie d'un mouvement quelconque fournit des 



mdications immédiates. Ainsi, l'absence de mou- 
vement dans un appareil extérieur, la flaccidité 
de ses muscles, indiquent le repos et, mieux en- 
core, un état absolu d'indifférence ; un mouve- 

r 

nient faible exprime une volonté nonchalante, un 
mouvement énergique correspond à une volonté 
forte; mais un mouvement contrarié, contenu, 

ndiquera avec plus d'évidenCb encore la volonté 



1 



commandant à l'instinct et se dominant elle- 
même. 

Les causes qui déterminent ces mouvements 
appartiennent toutes à l'ordre de la sensibilité. Ils 
ont la sensibilité pour principe ; mais en retour, 
serviteurs fidèles, ils favorisent l'action des or- 
ganes sensitifs; ils règlent automatiquement et 
niaintiennent dans ses limites naturelles le degré 
de leur action spéciale et, dans certains cas, les 
protègent et même les défendent. Une analyse 
l'ipide des principaux mouvements du visage ren- 
^ra, je l'espère, évidente la vérité de cette pro- 



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position. 



L'œil considère un objet et, créé pour la lumière, 
il se réjouit quand il peut la contempler 



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effort pénible. Dans cette condition, il se dirige, 
il s'ouvre doucement, et aucune contraction yio- 

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lente ne trouble alors la pureté des lignes du vi- 
sage : telle est l'attitude de la vision facile ; cette 
attitude de l'œil est naturellement accompagnée 
d'un sentiment de bien-être. On sait combien, 
après une longue nuit, la lumière réjouit à la fois 
la vie et la pensée. 

Mais souvent l'objet que l'œil regarde est peu 
distinct, et ce n'est^as sans difficulté qu'on peut 
en reconnaître les formes'. Une vision nette de ces 
formes exige une attention plus ou moins vive, et, 

h 

modifiées par cette attention même , les lignes 
expressives de ces parties du visage qui entourent 
l'œil, font deviner un effort plus ou moins grand 
et parfois excessif. 

M. Chevreul a montré dans un travail récent 

j ■ 

que, pour distinguer aisément un objet mêlé à 
une foule d'objets différents, mais visibles au 

r 

même degré, il est bon de l'isoler, de le circon- 
scrire et d'écarter ainsi l'inconvénient qui résulte 
de la confusion d'une foule d'impressions égales 

r 

et simultanées sur la rétine. On y parvient aisé- 
ment en dirigeant son regard dans l'axe d'un tube 
étroit dont l'intérieur a été noirci à la lampe. Un 



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SUR LA PHYSIONOMIE. 



15 






semblable tube n'est pas à la disposition de 
rhomme réduit à ses organes naturels, mais des 
mouvements déterminés ont pour but d'en com- 
penser l'absence. 

Et, en effet, considérez un homme qui cherche 
à reconnaître un objet qu'une grande distance 
rend pour ainsi dire imperceptible; voyez-vous 
ses sourcils se froncer et s'abaisser, ses joues se 
soulever, les angles des yeux se plisser et les pau- 
•pières se rapprocher de manière à circonscrire 
autant que possible la pupille elle-même ? A mon 
sens, ces mouvements ont un but évident, celui 
de rétrécir autant que possible l'étendue du champ 
visuel. 

Ce sont là des attitudes de vision difficile ; elles 
se produisent également toutes les fois que l'on 
veut distinguer les objets sous l'impression d'une 
lumière trop vive qui éblouit et fatigue l'œil, et 
VOUS n'ignorez pas qu'elles sont, en tout cas, ac- 
compagnées par un sentiment d'effort et souvent 
de gêne douloureuse. Je n'ai pas besoin d'ajouter 
que l'œil se dirige en haut pour considérer- les 
objets élevés; en bas pour voir les objets infé- 
rieurs ; qu'il se dirige à droite et à gauche pour 
voir les objets situés sur les côtés du corps, qu'en- 




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CONFERENCE 



fm les axes des yeux convergent légèrement quand 
il s'agit d'examiner quelque objet très-rapproché. 
Mais, Messieurs, les yeux ont parfois une ten- 
dance marquée à regarder en arrière ; ce regard 

+ 

est très-facile chez certains animaux timides, 
chez les lièvres et les lapins, par exemple, dont 
les yeux situés aux deux extrémités d'un diamètre 
transversal de la tête ont une égale facilité à voir 
en avant et en arrière du corps ; cette facilité 
leur est fort précieuse : car, sans cesse exposés aux 
attaques des animaux carnassiers, ils peuvent 
ainsi, dans leur fuite éperdue, échapper plus aisé- 
ment au danger qui les menace, en mesurant 



du loup 



qui les sép 



les poursuit, 



1 



sans avoir besoin pour cela de retourner la tête; 
mais vous conviendrez, Messieurs, que lorsqu'ils 
-egardent ainsi, ils doivent naturellement éprou- 
ver un sentiment de préoccupation fort désa- 
gréable. 

Le parallélisme des axes oculaires rend chez 
l'homme ce regard en arrière absolument impos- 

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sible. Il est cependant certains cas , et ces cas 
sont fréquemment réalisés dans le monde, où les 
yeux ont une tendance évidente, bien qu'inutile, 





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SUR LA PHYSIONOMIE. 



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a regarder ainsi ; on les voit alors se porter simul- 
tanément d'un côté ou de l'autre, jusqu'aux limites 
extrêmes de ce mouvement, et l'on dirait, passez- 
moi cette expression, qu'ils veulent faire le tour /i^v^ 
de la tête. Chez les animaux où cette manière de 
regarder est facile, elle est un symptôme de timi- 
dité, de frayeur ou du moins d'inquiétude ; chez 
l'homme, elle est un signe de soupçon, de curio- - 

F 

site dissimulée, et parfois elle indique une préoc- 
cupation jalouse qu'on n'ose avouer. 

En général, les yeux fixés sur un même objet 
déterminent automatiquement des attitudes symé- 
triques du corps. Regarder devant soi un point 
hxe est une condition d'équilibre plus facile; 
ce point, perdant sa fixité, venait à osciller, ce 

r 

mouvement de l'objet, dérangeant la direction des 
yeux, troublerait les conditions intimes de l'équi- 
libre primitif et serait une occasion de chute. En 

j 

F 

un mot, les tendances précises des yeux déter- 
minent surtout des attitudes symétriques et des 
mouvements en ligne droite. 

Des attitudes également symétriques se mani- 
festent également à l'occasion des sensations au- 
ditives, surtout quand ces sensations sont atten- 
tives, chez tous les animaux dont l'oreille est 









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CONFKRENCE 



munie d'un pavillon mobile; qui de vous n'a vu 
chez les chiens à oreille droite , chez les chevaux, 
ce pavillon se dresser, s'étaler, s'agrandir et se 
disposer de la manière la plus favorable pour re- 
cueillir les impressions sonores? Souvent alors les 

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deux pavillons sont dirigés dans le même sens 
que les yeux; chez les animaux chasseurs, ils 
s'ouvrent en avant; chez les animaux timides 
qu'un ennemi poursuit, ils se dirigent simultané- 
ment en arrière : toutes ces attitudes sont symé- 
triques. Mais une inquiétude quelconque s'est- 
elle emparée de l'animal, on voit ces pavillons se 

mouvoir en sens inverse l'un de l'autre, comme 
pour interroger tous les points deThorizon. Enfin, 
les oreilles s'abaissent, se couchent, s'affaissent 

■ 

avec le corps tout entier quand le danger vient 
d'en haut, quand les serres du vainqueur ont 

déjà saisi la victime, ou quand un bruit terrible, 
inconnu, a déterminé l'épouvante. 

Or, dans.l'homme, les oreilles, je n'ai pas be- 
soin d'insister là-dessus, sont presque absolument 
immobiles. Leurs pavillons ont à la vérité quel- 
ques muscles , mais la volonté semble , surtout 

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dans les races civilisées, les avoir à peu près ou- 
bliés. Symétriques et immobiles, ces pavillons 



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SUR LA PHYSIONOMIE. 



19 



s'ouvrent en sens opposé ; l'un surveille à droite, 

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l'autre surveille à gauche, et dès lors, quand l'au- 
dition est attentive, il y a nécessairement prédo- 

L 

Tïiinance d'action dans l'une ou l'autre oreille. Le 
COU s'incline alors dans le sens de l'oreille direc- 

L 

trice; de ce côté, le coin de la bouche est légè- 
î'ement soulevé et tiré en dehors, et le plus 
souvent alors les yeux dirigés en sens opposés se 

L 

cachent à demi sous la paupière supérieure. Bien 
que ces mouvements troublent à certains égards 
la symétrie de la face, ils n'altèrent point d'une 
Manière sensible l'harmonie des formes quand 
l'attention n'exige aucun effort marqué. Telles 
sont les expressions ordinaires d'une audition à la 
fois attentive et facile. 

Mais quand les sons trop faibles sont difficile- 
ï^ent perçus, et surtout, quand les nerfs auditifs 

r 

sont peu sensibles , le cou se tend avec effort dans 
le sens de l'oreille employée ; tous les muscles de 
ce côté de la face expriment cet effort: l'œil se 
ferme et se crispe, la narine est tirée en dehors, 
le coin de la bouche s'ouvre en une sorte de rictus 

L 

qui découvre les canines et même les molaires ; 
des rides longitudinales sillonnent la joue; on 
dirait, en un mot, que tous les muscles de la face 





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CONFEKENCE 



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s'efforcent de suppléer à l'insuffisance des muscles 
du pavillon, et de cet effort résulte une fort laide 

+ 

grima.ce. Cette grimace est fort habituelle aux 
vieillards impatients et quinteux, qui ont l'oreille 
un peu dure, surtout si le discours qu'ils écoutent 

■ 

leur est importun; on les voit se produire éga- 
lement quand l& discours leur plaît, mais alors 
l'œil du côté intéressé s'ouvre un peu davantage, 
celui du côté opposé beaucoup plus; la narine, du 
premier côté est froncée, mais l'autre se dilate; 
en un mot, le côté non intéressé sourit. Ces ex- 

h 

pressions sont fort connues des mimes habiles, des 
grands acteurs comiques. Elles indiquent à la fois 

que l'ouïe est difficile et pénible, mais que somme 

toute l'impression qui a frappé l'oreille est 
agréable. Ajoutons qu'elles sont parfois accompa- 
gnées par un petit cri, je dirais presque par un 
point d'interrogation de la voix, qui porte au plus 
haut point d'évidence la signification de ces mou- 
vements. On pourrait aisément expliquer pour- 
quoi, quand l'audition est à la fois difficile et 

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désagréable, le cou est violemment étendu sur 
des épaules très-abaissées et légèrement reculées 
en sens opposé, tandis que si l'impression est 
agréable, elles sont légèrement voûtées, légère- 




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SUR LA PHYSIONOMIE. 



nient soulevées et se meuvent dans le même sens 
que l'oreille qui écouté, c'est-à-dire dans le même 
sens que le cou. 

Ces expressions sont, pour ainsi dire, infinies; 
on pourrait parler plusieurs heures sur les modi- 
fications que peut éprouver un même mouvement 
de Toreille ou des yeux ; mais le temps me man- 

L 

queraitj et je dois me souvenir d'ailleurs que je 
parle à un public athénien, je veux dire à un pu- 
blic français, sur la divination duquel je puis 
compter en toute sécurité. 

Les organes des sens inférieurs ont des expres- 
sions non moins intelligibles. Voyez comme les 
narines se dilatent pour appeler un air pur et 
i^éjouissant; comme elles se froncent sur les côtés, 
comme elles se relèvent et se rétractent en souf- 
flant brusquement, pour repousser une odeur 

niauvaise ; comme elles flairent avec délicatesse , 
appelant à petits coups les effluves odorantes 
qu'elles veulent à loisir examiner ! Ces derniers 
nioùvements sont un indice très-significatif d'une 
attention de l'esprit analysant une odeur. Ils sont 
faciles et francs, si l'odeur est agréable; si, au 
contraire, elle est mauvaise, ils sont plus contenus. 
Le nez se recourbe alors plus fortement; la lèvre 



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CONFERENCE 



supérieure, légèrement soulevée et gonflée à sa 
base, s'apprête à s'appliquer aux ouvertures des 
narines comme un véritable opercule ; les côtés 
du nez sont légèrement plissés. Ces mouvements 
sont accompagnés de défiance, d'un sentiment de 
doute sur un aliment qu'on a intérêt à connaître, 
mais à l'égard duquel on se tient en garde. 

De même que l'œil et l'oreille, le nez est à son 
tour un directeur du corps tout entier. Ceux de 

vous qui ont observé les carnassiers chasseurs, 
tels que le chien, n'en peuvent douter. Ces mou- 
vements sont , à la vérité , moins prononcés dans 

l'homme; mais n'est-il pas certain qu'une odeur 
agréable attire la tête, et qu'une odeur mauvaise 

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la repousse ? Le corps se porte en avant dans le 
premier cas; il se rejette en arrière et se détourne 
dans le second. Mais je m'étends mal à propos sur 

des mouvements que chacun de vous a pu obser- 
ver sar lui-même. 

La bouche, celle de l'homme surtout, a des 
mouvements plus variés encore. Elle est un organe 
de respiration, de toucher, de gustation et de 

trituration; ajoutons que les dents qui triturent 
peuvent devenir, dans certains cas, des armes de 
guerre, des armes furieuses. La bouche est enfin 



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SUR LA PHYSIONOMIE. 



23 



un organe de déglutition, et nous devrions ajou- 
ter encore un organe modificateur des sons engen- 
drés dans le larynx; en sorte qu'elle est naturelle- 
ment chez l'homme l'organe privilégié du langage. 
Considérons, en premier lieu, la bouche, en 
tant qu'elle est un organe respiratoire. Quand 
l'homme respire facilement un air pur, frais, et 
qne n'altère aucune souillure, la bouche se dilate 
légèrement; la lèvre supérieure découvre plus ou 
moms les incisives supérieures, et les coins de la 

4 

bouche se relèvent alors avec grâce; les muscles 
qiii détei-minent ce mouvement agissent en même 
temps sur les pommettes des joues et, les relevant, 
soulèvent légèrement l'angle externe des yeux, 



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Ce mouvement 



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d'une respiration agréable' s'appelle le sourire, et 
l'on distingue dans le langage le sourire des lèvres 
et le sourire des yeux ; mais ce sourire des yeux 
est dans l'homme consécutif au sourire de la 



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bouche. 



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et ne dépend d'aucun muscle spécial. 



un animal mammifère n'a le sourire de la 



bouche; mais le 
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sourire des yeux existe dans 
anmiaux carnassiers, et, ne pouvant dé- 
pendre du sourire buccal, il a pour cause dé- 
terminante un petit muscle qui agit sur l'angle 



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CONFERENCE 





externe de l'œil. Les chiens, on le sait, ont ce sou- 

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rire des yeux au suprême degré. 

Le sourire, je le répète, est la forme de la res- 

r 

piration libre et heureuse ; mais il est des circon- 
stances où la respiration est pénible et pleine 
d'efforts, soit que Tair manque au poumon, soit 
que le poumon manque à Tair; les mouvements 
que la bouche exécute alors sont précisément 
opposés à ceux du sourire. Dans le sourire, les 
coins de la bouche étaient relevés en même temps 
que la lèvre supérieure ; dans le cas que nous 
examinons ici, ces coins sont, au contraire, forte- 

4 

■ 

ment tirés vers le cou, et la lèvre inférieure, 
entraînée dans ce mouvement, laisse à découvert 
les dents inférieures; en même temps, la lèvre 
/■j supérieure cache complètement les dents supé- 
rieures, contre lesquelles elle s'applique. Ces mou- 
vements ont pour cause immédiate les contractions 
de ce muscle peaussier du cou, dont la partie fa- 
ciale a reçu de l'anatomiste Santorini le nom de 
muscle rieur, risorius^ sans doute par antiphrase, 
car ce prétendu risorius est le muscle de la dys- 
pnée mortelle, de l'angoîsse et de l'épouvante. 

Les lèvres font une petite moue pour toucher 
ou pour saisir ; elles se pressent contre les dents 



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SUR LA PHYSIONOMIE. 




25 



• • 



incisives pour faire cheminer les liquides sapides; 
elles exécutent en même temps de petits mouve- 
ments pour les agiter et favoriser leur contact 
avec la pointe si sensible de la langue; elles font 
cheminer à peu près de la même façon les ali- 



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s^ite, si l'aliment a été jugé bon, des mouvements 



de 



«e la gorge s'arrondit et se gonfle légèrement. 



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cherche 



est fort agréable, on 



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"tion est alors plus lente. Aussi, la respiration ne 
pouvant, en général, s'effectuer pendant qu'on 
a^ale, à la suite de ces mouvements voit-on la bou- 
che s' entr' ouvrir et exécuter un petit mouvement 

ri" • 

^ inspiration , qui varie et complète le tableau. 

Si l'aliment a peu flatté le goût, alors même 

^l^'il n'a point encore dépassé le vestibule de la 

cavité buccale, onvoit les lèvres se préparer d'a- 

Jance à le rejeter. La lèvre inférieure, tirée en 

as , s'allonge en forme de bec d'aiguière pour 

aisser s'échapper librement la chose dédaignée; 

^^ l'impression a été plus vive, il se produit des 



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crire en détail. 



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CONFERENCE 




Ici, permettez-moi d'indiquer en passant une 
distinction physiologique très simple, mais impor- 
tante à notre point de vue. Il est certain que le 

^ 

goût est double, et le langage usuel distingue fort 
à propos l'avant-goùt qui est plus analytique, 
plus intelligent, de l'arrière-goût, qui s'adresse 
surtout à l'instinct. Cet arrière -goût s'exerce 
quand les mouvements de déglutition ont déjà 
commencé. Il juge en dernier ressort de la nature 

J 

des aliments, et surtout du degré de leur conve- 
nance avec notre propre nature. Si ce dernier 
juge est satisfait, comme le mouvement de déglu- 
tition est à la fois doux et franc ! Si l'aliment, au 
contraire, a déplu à rarrière-goût, s'il l'a révolté, 
l'organisme entier le rejette. -Yous connaissez, 

■ 

Messieurs, les attitudes du vomissement : le larynx 
se soulève; la bouche s'ouvre largement; les 
r lèvres se rétractent, comme si toutes les parties 
de l'appareil buccal s'efforçaient d'éviter le con- 
tact d'une matière que le sens intime rejette. C'est 
là l'expression immédiate d'un suprême dégoût, 
d'une horreur profonde; cette expression est 
claire pour tous; elle est immédiatement intelli- 
gible. 

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Les organes du toucher ont aussi des mouve- 












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SUR LA PHYSIONOMIE. 



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"^ents divers, et ces mouvements ont leur physio- 
nomie. Ils caressent les objets d'où leur viennent 
fies impressions douces; ils repoussent les sensa- 
"ons désagréables, ou s'en éloignent avec effort. 



Ces 



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mouvements sont si connus qu'il serait super- 



Y msister. 



A eut-être trouverez-vous, Messieurs, que je 

^ étends outre mesure sur des choses connues de 

^'Q^s tous ? Mais j'ai eu besoin de vous les r^ippe- 

^^ et mon but sera atteint si je suis parvenu à 

convaincre que ces mouvements automati- 



vous 

lUes ou volontaires, qui se produisent dans l'exer- 

^^^- de nos sensations, sont des expressions natu- 

^'^^s, qui racontent avec une absolue évidence 

Jusqu'à quel point ces sensations concordent avec 

otre propre nature. Je donne aces mouvements 

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^c»m de mouvements directs ou prosboUqucs, 

arrive maintenant à un point plus délicat. On 



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^'^lond, en général, dans le langage usuel, ces 



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eux 



expressions verbales sensation et senti- 



^^^^^l elles sont cependant bien distinctes. L'objet 
^ ^^ sensation est extérieur; le sentiment, sens 
^^Unie, a pour objet les profondeurs du corps 
ivant; le plaisir et la douleur nous sont propres; 



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eurs modes sont en nous. Ces propositions 



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CONFKKENCE 



sont démontrées par les découvertes les plus cer- 
taines delapathologie moderne. Dans certaines ma- 

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ladies nerveuses, les sensations de contact peuvent 
se conserver dans un organe devenu complète- 
ment insensible à la douleur et au plaisir ; la réci- 






proque est également vraie. En principe donc, la 
sensation est indépendante du sentiment, et réci- 
proquement. Ils peuvent exister l'un sans l'autre, 

r 

quand l'harmonie des fonctions nerveuses a été 

r 

troublée ou détruite. 

Dans l'état normal, au contraire, il n'est pas de 
sensation qui ne réveille un certain sentiment; 
dans l'ordre naturel, le plaisir accompagne les 

sensations dont le développement favorise ou 

m 

exalte le rayonnement de la vie; en revanche, 
toute action nuisible éveille un sentiment de dou- 
leur. On loue, on chante le plaisir; on maudit , 
on blasphème la douleur; et sans elle, cependant, 
qui protégerait le corps ? Le plaisir ? on sait trop 
qu'il ouvre toutes les portes! Mais, surveillante 

w 

r 

toujours éveillée, la douleur crie; elle appelle au 
secours, elle tourmente, elle sonne le tocsin 




qu 



ce 



bien suprême de tous les animaux. Est-il juste 

r 

d'amnistier ainsi le mal, et de n'accuser que sa 



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SUR LA PHYSIONOMIE. 



29 



révélatrice ? En sa qualité de gardienne fidèle , la 



doul 



titre que le plaisir dans l'harmonie du monde; 
comme lui, elle joue son rôle dans le concert des 
actions conservatrices, comme lui elle est fille de 



bonté 



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Ainsi, dans l'ordre naturel, toute sensation, 



être mesurée et jugée, est nécessaire- 



Le 



d'un pi 



pas 



sensa- 



sister là- dessus, sont aisément acceptées; les 
causes de douleur sont, au contraire, rejetées 
avec une énergie, une intensité de fureur qui 
n'est pas moins apparente dans l'homme que 
dans les animaux carnassiers. 

■ 

Dès lors, Messieurs, vous distinguerez aisément 
ce qui, dans l'ordre philosophique, distingue une 
sensation d'un sentiment; la nature des 
tions est d'être essentiellement localisées, et abso- 
lument spécialisées dans des organes distincts. 
Il y a, en effet, des qualités distinctes dans un 
ïnême objet; en tant qu'il est lumineux, nous 

percevons par foeil; sonore, par l'oreille; 
odorant, par le nez; sapide, parle goût, tan- 
gible, par les organes du toucher. Le corps ne 

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pouvait obéir que par des organes spéciaux aux 

exigences multiples de l'intelligence. 

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En sera-t-il de même des sentiments? en au- 

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cune façon* Messieurs. Si la nature de la sensa- 

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tion est d'être spécialisée, car les organes des 
sens sont essentiellement des organes d'abstrac- 
tion et d'analyse, la nature du sentiment, au con- 
traire, est de se généraliser. Quand un plaisir 
s'éveille à propos d'une sensation quelconque, 
l'organisme entier chante sur divers tons un 
hymne de satisfaction et de joie ; si la douleur en 
résulte, au contraire, quel concert de tous les 
organes dans la lutte ! quelle unité dans les ten- 
dances du corps entier ! Gomme tous les organes 
protestent! comme ils repoussent l'ennemi! De 
ces faits, que l'habitude de la vie vous a rendus 
familiers, nous déduirons les conséquences sui- 
vantes : 

1° Quand un sentiment de plaisir s'éveille à 
l'occasion de l'action d'un organe sensitif quel- 
conque, tous les organes à leur manière l'accep- 
tent, le déclarent bon. Je rendrai la vérité de 
cette proposition sensible par un exemple. 

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Donnez à un petit carnassier, à un petit chat, 

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par exemple, quelque liquide savoureux et sucré; 



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SUR LA PHYSIONOMIE. 



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Voyez-le s'avancer lentement et flairer avec atten- 
tion; ses oreilles se dressent; ses yeux, largement 
ouverts, expriment le désir; sa langue, impatiente, 
léchant les lèvres, caresse et déguste d'avance 
J^ objet désiré. Il marche avec précaution, le cou 
tendu. Mais, il s'est emparé du liquide embaumé; 
ses lèvres le touchent, il le savoure; l'objet n'est 
plus désiré, il est possédé; le sentiment que cet' 
objet éveille s'empare de l'organisme entier; le 
petit chat ferme alors les yeux, se considérant 
lui-même tout pénétré de plaisir. Il se ramasse 
sur lui-même, il fait le gros dos, il frémit volup- 
tueusement, il semble envelopper de ses mem- 
bres, son corps, source de jouissances adorées, 
comme pom^ le mieux posséder; sa tête se retire 
doucement entre ses deux épaules, on sent qu'il 
cherche à oublier le monde, désormais indifférent 

m 

pour lui; il s'est fait odeur, il s'est fait saveur, et 
il se renferme en lui-même avec une componction 

toute significative. 

2° Ce que je viens de dire du plaisir et des sen- 
sations agréables peut être dit de la douleur. 

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Un seul organe est directement lésé; cepen^ 
dant l'organisme entier lutte avec un effort 
suprême, effort tantôt concentré et muet, tantôt 




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expansif et manifesté par des cris. Les cris, Mes- 
sieurs, sont la voix de l'effort, ils sont la voix de 

* 

la lutte contre la douleur. 
. Si la douleur est sourde et profonde, on voit se 
produire des expressions un peu différentes : 
l'attention se concentrant sur un point intérieur, 

4 

les yeux se ferment parfois; s'ils demeurent ou- 
verts, ne se dirigeant plus au dehors, ils devien- 
nent divergents et hagards. L'animal qu'une dou- 

h 

leur profonde pénètre se retire dans quelque 
endroit écarté; il recherche les ténèbres et le 
silence. Cependant les douleurs profondes ont 

+ 

souvent, chez l'homme, une forme expansive. Un 
instinct irrésistible de fuite saisit alors le malade, 
qui semble vouloir s'échapper de lui-même; des 
efforts terribles d'expulsion se produisent, ses 
mains crispées voudraient, pour ainsi dire, arra- 
cher du corps ces viscères auxquels la douleur 
s'est attachée ; sa bouche, rétractée dans l'attitude 
du vomissement, exprime l'horreur; ses yeux se 
ferment avec effort; mais, d'autres fois, largement 

r 
■ 

ouverts, ils semblent chercher quelque porte ou- 
verte à la fuite. Ces expressions diverses disent 
clairement que le corps tout entier fuit et rejette 
la douleur; parfois le membre malade la secoue 





SUR LA PHYSIONOMIE. 



comme pour la détacher de lui; considérez un 
chat qui s'est brûlé la patte, un enfant qui s'est 
pincé le doigt. Mais, Messieurs, je n'en finirais 

\ ■ 

pas si je voulais multiplier les exemples. 

Je me résumerai sur ce point en deux mots : La 
société des organes dans le corps vivant est conmie 
tine république parfaite ; tous les organes gémis- 
sent à l'occasion de la douleur d'un seul, tous se 
réjouissent quand un seul est dans la joie. Je 
donne à ces mouvements homologues qui se pro- 
duisent automatiquement dans tous les organes à 

r 

l'occasion du plaisir ou de la douleur d'un seul, le 
nom de mouvements sympathiques. 

' ^ à 

Abordons maintenant, Messieurs, une troisième 
classe de mouvements expressifs. ' . 

Nous avons, jusqu'à présent, considéré l'animal 
comme vivant au milieu du monde extérieur et des 
objets réels. Mais il est un autre monde où il est 
également agissant et passif, monde où l'homme 
passe peut-être la plus grande partie de sa vie. 

^ 

Je veux parler du monde individuel, du monde de 
l'imagination. 

Ce monde est aussi bien que le monde exté- 



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définie de sensations, de 



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ce point? les rêves n'en sont-ils pas une preuve 
frappante et familière? Mais, dans l'état de veille 

■ 

même, cette vérité n'est-elle pas évidente? un 
peintre habile voit et parfait en lui-même ces 
chefs-d'œuvre dont la réalisation extérieure ne 
sera souvent qu'une image affaiblie ; le musicien 
écoute dans ce monde imaginaire des chants in- 
connus; le voluptueux s'y enivre de jouissances 
idéales; le gourmand y compose les festins les 
plus délicats. Plus belles que la réalité, les formes 

de ce monde intérieur ont un charme sans pareil, 
une fraîcheur sans 



égale. La beauté y est plus 



apparente et plus parfaite, le bonheur plus com- 
plet. Ce n'est point du monde extérieur, c'est de 
rimagînation qu'est née la poésie. 

Si l'imagination est une source intarissable de 
sensations et d'images agréables, elle est égale- 
ment féconde en épouvantes et en douleurs; elle 
a ses haines, ses lattes, ses fareurs. L'homme, 
mystère incompréhensible, vit et se meut ainsi 

dans l'idée qu'il a du monde. Il se voit lui-même 

agissant au milieu de ses rêves, jouissant, espé- 

- rant, souffrant, et, comme les dieux d'Homère, 

aimant ou combattant ses propres créations. 

-Que dis-je ? pour rhom.me ce monde imaginaire 






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SUR LA PHYSIONOMIE. 



35 



est le monde immédiat. Quand la nuit a voilé le 
le monde réel, il s'illumine d'une lumière plus 
vive. C'est le monde des songes, des fantômes, de 
l'hallucination et de la folie. C'est aussi le monde 
de la méditation, des conceptions poétiques et du 



génie. 

Si les idées imaginaires sont objectives, ainsi 
que nous venons de l'indiquer; si l'homme en 
réalité les voit, les écoute, les flaire, les goûte, 
les touche en lui-même, vous concevrez aisément 
comment de ces sentiments imaginaires peuvent 
naître des sentiments réels; que de craintes dans 

L 

les rêves! que d'épouvantes! mais aussi que de 
conceptions faciles et charmantes, que de correc- 
tifs aux chagrins réels î à coup sûr il est des som- 
meils dont les rêves sont oubliés avec joie, mais 
qui, dans sa vie, n'a parfois regretté de s'éveil- 
ler? 

■ 4 

Or, entre le corps et l'âme, l'union est si in- 
time, que les organes extérieurs eux-mêmes sont 

F 

loin d'être indifférents à ces sentiments gui nais- 
sent de Timaj^rination;- Quand l'attention est fixée 



sur quelque image intérieure, l'œil regarde dans 
le vide et s'associe automatiquement à la contem- 
plation de l'esprit. Le musicien qui compose sem- 



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ble écouter. Quel est TApicius songeant à quelque 

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mets préféré qui n'exécute involontairement des 
mouvements de dégustation ou d'olfaction satis- 
faites? Enfin les amours, les colères imaginaires 
sont traduits dans toutes leurs modifications par 
les expressions de l'amour apparent et des colères 
qui s'adressent à quelque but extérieur. Je me ré- 
sume en disant qu'il est à peu près impossible d'agir 

i 

en imagination , sans trahir en un certain degré 

par des mouvements extérieurs les actions que 
l'esprit exécute en lui-même. 

Ces mouvements, que j'appellerai symboliques^ 
se distinguent cependant de ceux qui ont pour but 

un objet extérieur par certains caractères suiïi- 

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samment tranchés. En premier lieu, leur énergie 
est habituellement plus faible; en second lieu, le 
corps les accomplit automatiquement à l'insu de 
celui qui imagine; cette proposition a été rendue 

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certaine par les expériences de M. Ghevreul sur 
le pendule oscillateur. Il m'est impossible d'entrer 

L 

ici dans l'analyse de ce travail si remarquable; 
mais je choisirai, parmi les exemples qui ont été 
apportés en preuve par cet auteur célèbre , le fait 
suivant que vous avez tous observé. 

Cet exemple nous est donné par les joueurs de 



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SUK LA PHYSIONOMIE. 



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billard. Si une bille dévie légèrement de la direc 

tion que le joueur prétend lui imprimer, ne l'avez- 
vous pas vu cent fois la pousser du regard, de la 
tête et même des épaules, comme si ces mouve- 
^ents, purement symboliques, pouvaient rectifier 
son trajet? Des mouvements non moins significa- 
tifs se produisent quand la bille manque d'une 
inipulsion suffisante. Et, chez les îouenrs novirpc-. 




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ils sont 



point 



Sourire sur les lèvres des spectateurs. 

Le célèbre philosophe leibnitzien, Christian 
*^olf, reconnaissait, avec Hippocrate, qu'une sen- 
sation forte éteint et masque en général une sen- 
sation plus faible ; et il comparait les sensations 
imaginaires, ou comme le disent assez obscuré- 
ment certains philosophes, les sensations subjec- 
tives, à ces sensations de cause extérieure, dont 

ergie est si faible qu'en les entendant, on 



l'en 



dir 



pourrait croire n'avoir fait que les imaginer; c'est 
e assez que des impressions fortes venues du 
'^ende extérieur masquent ou obscurcissent fré- 
quemment les impressions qui nous viennent de 
1 imagination. Ainsi des bruits extérieurs nuisent 
^ la liberté de la pensée; on imagine bien plus 
facilement des formes dans une obscurité profonde 



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qu'au milieu d'une vive lumière, vous imposant, 
pour ainsi dire, les formes des objets extérieurs; 

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de là des expressions diverses dont le souvenir 
peut être aisément évoqué dans votre mémoire. 

Le plus souvent l'homme qui veut alors imagi- 
ner librement tient ses paupières abaissées. L'œil 
regarde cependant et se dirige; mais regardant 
dans l'obscurité, il peut satisfaire à sa tendance 
symbolique sans nuire à la vivacité des images 
intérieures; Texpression est parfois plus accusée 
encore; non-seulement le's paupières s'abaissent, 
mais la tète s'incline et la main s'applique au 
front, moins peut-être pour le soutenir que pour 
voiler les yeux. Les anciens considéraient avec 
raison cette attitude comme la forme naturelle de 

la méditation. 

Je ne puis passer S(5us silence certaines expres- 
sions un peu différentes d'une attention portée 

F 

aux choses extérieures. Un homme parle devant 
vous, il sollicite votre attention personnelle : s'il 
réussit à la captiver, vos yeux franchement ouverts 
demeurent fixés sur lui; s'il n'y réussit point, la 
politesse tiendra à la vérité vos yeux ouverts, mais 
ce ne sera pas sans quelque effort, votre pensée 
étant ailleurs, et l'attention de votre regard se 



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^u delà de lui ; le plus souvent les yeux 



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C'est aussi de cette façon qu'on regarde dans 



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S^^i'd est largement ouvert; mais il ne voit rien, et 



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^"len à la netteté des images intérieures dont l'es- 



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Quelle de la préoccupatmi. N'admirez-vous pas, 



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lière? Les mouvements de l'oreille, étant moins 
distincts que ceux des yeux, sont moins immédia- 
tement apparents. Toutefois les mouvements re- 
latifs au sens de l'ouïe peuvent se manifester dans 
^n sens symbolique. Par exemple un homme qui 
cberche à se rappeler un air oublié et qui n'y par- 
vient qu'avec peine semble écouter, mais il écoute 
a la manière des gens qui ont l'oreille dure, ma- 
ïiière que j'ai décrite plus liant. 
Il est enfin, Messieurs, un quatrième ordre de 




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mouvements. Ceux-ci n'expriment ni la nature 
des sensations, ni celle des images dont la fantai- 
sie est occupée, ils sont déterminés dans les hau- 
teurs de l'esprit par la raison elle-même; ils ac- 
compagnent les actions les plas intimes de la 
pensée, qu'ils révèlent sur une face intelligente; 
ils racontent dans leurs symboles les jugements 
et les sentiments les plus élevés de Tâme. 

L'expérience, Messieurs , vous a appris depuis 
longtemps qu'une physionomie mobile est un 
signe d'intelligence. Yous dites tous les jours un 
regard spirituel, une bouche spirituelle, et si l'on 

r 

allait jusqu'à dire une main spirituelle, je crois 
que cette expression ne vous révolterait pas. Et 
en effet, Messieurs, tout mouvement est un lan- 
âge dans les animaux, et tel est le rapport intime 
de l'esprit avec le corps, que dans l'homme nor- 
mal le verbe de l'intelligence se marie incessam- 
ment avec la parole de la vie. En effet, de même 
qu'il y a des jouissances et des douleurs physiques, 

F 

il y a des jouissances et des douleurs morales, et 




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naissent de la vérité, et des douleurs que l'erreur 
entendre. Au-dessus des sentiments qui naissent 



du corps, nous placerons naturellement ceux qui 



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SUR LA PHYSIONOMIE, 



41 



Pi'oviennent des états et des mouvements de l'âme, 
»iais leurs expressions visibles seront analogues. 
Wles étaient directes, immédiates dans un pre- 
"^ler cas, sympathiques dans le second, symboli- 
^ues dans le troisième, elles mériteront, dans ce 
dernier cas le nom d'expressions métaphoriques. 

Diderot a dit, dans un de ces petits traités ^ qui 
sont peut-être ses plus beaux ouvrages : « Re- 
^larqaez en passant combien le langage du geste 
est métaphorique. » Il n'a donné aucun dévelop- 
pement à cette idée, mais nous allons essayer d'en 
démontrer la justesse, 

Oui, le geste de l'homme est plein de métapho- 
l'es, et instinctivement les animaux en font aussi 
Quelques-unes. Ces métaphores s'engendrent na- 
turellement, et j'ajouterai ici une remarque im- 
portante, c'est que ces métaphores spontanées du 



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abstraites naissent des sentiments icoio. i^o gcu- 
"^ètre le plus élevé a le sentiment du vrai et le 
Sentiment de l'erreur. La vérité convient à la na- 
ture de l'âme; elle est une joie, un motif d'adora- 

'• Lettres sur les sourds et muets. 



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tion pour elle ; et pour elle encore l'erreur est un 
mal, un sujet d'impatience, de douleur et même 
de colère. Elle accepte avec joie le vrai, elle re- 
jette avec horreur l'erreur et le mensonge; or, ces 
sentiments sont racontés dans un double langage, 
dans le lanQ;a^e du verbe et dans celui de la forme 



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visible. Une proposition philosophique qui agrée 
est acceptée, une proposition fausse est rejetée par 
les yeux qui se ferment ou se détournent , par le 
nez et les lèvres, qui semblent rejeter des odeurs 

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ou des saveurs mauvaises ; par les épaules qui 
s'agitent comme pour secouer un joug importun ; 
par les bras qui repoussent ; par le corps tout en- 
tier qui se rejette en arrière, se détourne ou s'é- 
loigne comme il s'éloignerait d'uD spectacle indi- 
gne d'être vu. On écoute de plus près un homme 
dont la conversation vous intéresse, on se rappro- 
che de lui, et s'il fait simplement une lecture, on 
en vient à placer sa tête à côté de la sienne pour 



lire en même temps que lui. Engel a merveilleu 



sèment développé ce point ; on lui doit une autre 
remarque non moins fine que juste. 

Examinez avec attention un philosophe, un ma- 
thématicien, un poëte, qui, tout en se promenant, 
poursuit dans sa pensée quelque trace lumineuse 



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SUR LA PHYSIONOMIE. 



43 



et s élève de degrés en degrés à des vérités, à des 
conceptions sublimes. Voyez comme son œil est 
'ardemment fixé sous des paupières tantôt joyeu- 
sement ouvertes, tantôt à demi abaissées, comme 
f'ans la contemplation imaginaire. Voyez ses na- 
ï"ines respirer ou flairer alternativement, ses lèvres 
goûter avec amour les vérités qu'il découvre. Si le 
Mouvement des idées est rapide, notre promeneur 

r 

Marche plus vite; s'il devient plus vif encore, la 
Marche s'accélère; mais si tout à coup quelque 
obstacle, quelque difficulté suspend ce mouvement 
cle la pensée, le corps s'arrête pour reprendre sa 
ïïiarche, à l'image de la pensée, aussitôt que l'obs- 
tacle a été vaincu; aussi dites-vous naturellement 
^u'un raisonnement marche, ou qu'il ne marche 
pas. 

Passons à d'autres mouvements et à des meta- 
plîores plus visibles encore, métaphores commu- 
^es au langage oral et au geste. 

On écoute un homme, et quand on l'a compris, 
^n dit très-naturellement : J'entends cela. Dans 
1^ cas contraire, tous les mouvements caractéris- 
tiques d'une audition pénible se produisent, et 
l'on affirme qu'on n'entend point. Si une descrip- 
tion vous paraît claire, vous dites pareillement : Je 



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vois cela. Si elle est obcure, vous dites ne la voir 
que difficilement, et vos yeux offrent alors toutes 
les attitudes d'une vision inquiète et difficile. 
Avez -vous l'instinct -d'une solution, vous dites 
très-bien : Je sens cela. Je n'ai pas besoin de rap- 
peler les gestes de ceux qui cherchent pour ainsi 
dire leur route à l'aveugle, au milieu de raison- 

■ 

r 

nements et de souvenirs confus ; leurs yeux se fer- 

V 

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ment, ils relèvent la tête, et les doigts, étendus et 
agités d'un mouvejnent léger, semblent chercher "*| 
à toucher. C'est ainsi que J.-B. Rousseau fait dire 
à une vieille incrédule : 



Oui , je voudrais connaître , 

Toucher au doigt , sentir la vérité 



Toucher au doigt ! Mais ne dites-vous pas tous 
les jours une vérité tangible, une vérité palpable? 

Un mot encore. Si quelque proposition vous 
charme, vous dites la goûter ; vous la rejetez au 
contraire des yeux, du nez, de la bouche, des 
épaules et de la main, si elle vous est importune; 
mais si elle attente à l'ordre moral, les expressions 
de la lutte violente sont plus énergiques encore; 
ce sont alors les expressions du dégoût physique, 
du vomissement, de la dyspnée mortelle; elles 




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SUR LA PHYSIONOMIE. 



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prennent 



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portons sur les choses d'art et de style sont accom- 



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iples que 



donner, je choisirai plus spécialement le suivant, 

^ue la plupart d'entre vous connaissent à coup 
sûr : 

On rencontrait souvent autrefois, et l'on trouve 
encore aujourd'hui quelques-uns de ces lecteurs 
délicats dont l'espèce était très-commune au com- 
Jïiencement de ce siècle. J'en ai vu lire quelques- 
^ns, il me semble les voir encore. Ils se recueil- 
laient doucement, rapprochant autant que possible 
leur livre de leurs yeux à demi fermés par un lé- 
§er sourire. Cependant, leurs narines semblaient, 
par leurs mouvements, à la lecture de certains 
passages, s'enivrer d'un parfum céleste; mais 
combien plus éloquents encore étaient les mouve- 
ments de leur bouche! Les lèvres, amoureusement 

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souriantes, dégustaient avec délices; de petites 
fossettes se dessinaient alors sur les joues, expri 



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suite de ces mouvements, survenait une déglu- 
tition satisfaite; on voyait alors notre lecteur se 



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rengorger légèrement, et la scène se terminait par 
un soupir qu'accompagnait parfois un petit appel 
de langue tout à fait significatif; tout cela ne vous 
dit-il pas que le lecteur charmé, s'enivrait à la fois 
de la saveur du style, des ingrédients de la phrasé. 



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lit ainsi, vous diriez naturellement : C'est un 

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homme de goût; n'est-ce pas une preuve entre 
mille que les métaphores du geste sont parallèles 



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aux métaphores du langage '^ 

Des expressions du même ordre se produisent 
dans l'ordre moral et dans l'ordre social ; d'un 
homme qui plaît dans le monde on dit métaphori- 
quement qu'il est goûté. La bienveillance n'a pas 
une autre forme : l'œil doucement dirigé, les na- 
rines exécutant de petits mouvements d'olfaction 
satisfaite, la boucbe exprimant par un sourire 
l'éveil d'une vie plus heureuse ; les lèvres agitées 
par de petits mouvements de dégustation agréable, 
les mains toujours prêtes à recevoir, à serrer dou- 
cement, à caresser, et, enfin, le baiser, cette ca- 
resse des lèvres qui semble attirer symboliquement 

L 

l'âme de l'être aimé. Toutes ces expressions ne 
sont-elles pas simples, intelligibles? en est-il de 
plus claires? ne voit-on pas que, dans cette har- 



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SUR LA PHYSIONOMIE. 



47 



monie vivante de toute notre matière avec notre 

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prit, tous les organes racontent, chacun à sa 



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manière , le sentiment dont l'âme est péné- 



trée ? 



La joie, qui se mêle facilement à la bienveil 



lance. 



est l'expression d'une vie complètement 



épanouie ; le sang, circulant plus aisément, colore 
^6s joues; la respiration, plus active, s'accélère 
jusqu'à devenir convujsive, éclatante, et prend le 

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ï^om de rire; mais cette convulsion, loin de nuire 

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^ux actions respiratoires, les favorise, et mon spi- 
Rituel maître, Etienne Pariset, pouvait la définir : 
Une promenade joyeuse à l'intérieur de soi-même. 



Le 



corps tout entier s'associe à ces mouvements : 



^u besoin indicible de marcher, de courir, de sau- 
^^î% de tourner sur soi-même, agite alors les jeunes 
infants; toutes ces expressions disent clairement 
combien la vie leur est facile et douce, combien 
lis sont heureux d'en célébrer la fête. 

Les expressions de la joie, mêlées à celle de la 
i>ienveillance, composent la physionomie de ce 

contentement aimable des bons cœurs, qui vou- 
di^aient associer à leur bonheur tout ce qui les 

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entoure. 

Parmi les animaux, les chiens seuls sont capa- 



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bles d'exprimer avec une évidente clarté l'amour 
et la bienveillance. Ils lèchent en agitant la queue 
ceux qu'ils aiment ^ ils les contemplent de leurs 
yeux ardemment fixés, ils aboient pour solliciter le 

r 

regard; ils éveillent par de petits coups de leurs 
pattes antérieures l'attention de ceux qu'ils 
aiment : rien n'est plus éloquent. 

Les carnassiers de la grande famille des chats 



ont 



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mais elles sont douteuses et pour le moins obs- 
cures. D'ailleurs , le chat est souverainement 

* 

égoïste. Le chat caressant ferme les yeux; mais, 
que dis-je? il ne vous caresse point : la vérité est 
qu'il se caresse lui-même en ondulant sous la 

main qui le flatte ; tout indique la supériorité du 
chien. 

L'amour , dont les expressions mériteraient 
d'être attentivement examinées, a des formes très- 
diverses : dans quelques-unes de ses formes, il 

r 

s'adresse surtout à des perfections idéales. Dans 



1. C'est là une expression analogue au baiser de rhomme; 
mais le baiser est un mouvement de la bouche considérée com.me 
organe respiratoire. Le chien lèche; et cette forme, empruntée à 
la bouche en tant qu'elle est un organe de la vie nutritive, est 
évidemment inférieure. 



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SUK LA PHYSIONOMIE. 



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quelquas autres, il a pour objet quelque satisfac- 
tion égoïste. 

L'amour qui s'adresse aux choses de l'intelli- 
gence, à la beauté idéale, à la perfection céleste, 
ïïiôle les expressions du désir à celle de l'admira- 
tion. Toute Factivité de Tâme se concentre dans 
les organes supérieurs des sens, et surtout dans 
les yeux, qui semblent vivre seuls; les autres or- 



ganes du visage s'épanouissent dans une sorte de 
dilatation extatique; les narines sont ouvertes, 
ïï^ais la respiration est parfois suspendue. La bou- 
che ne goûte plus, elle demeure entr' ouverte et 
comme figée dans l'attitude de l'inspiration; ce 
inouvement est mêlé de joie, et un indice de sou- 

m 

ï'ii'e est ébauché sur les joues, qui soulèvent et 
plissent l'angle externe des yeux; parfois, les bras 
6t le cou sont tendus vers l'objet adoré; mais au 
terme d'une admiration souveraine, l'œil vivant 
seul, tous les organes sont oubliés; le corps fié- 

ri ■- 

chit, les bras retombent ; la mâchoire inférieure, 
abandonnée à son propre poids, s'abaisse, et le 
tronc semble n'être maintenu dans l'extension que 
par une sorte de contraction involontaire et cata- 

ri 

lep tique des muscles. L'admiration est alors mê- 
lée aux expressions de l'étonnement; l'attention 



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excessive conduit à peu près aux mêmes exprès- 
sionSj et, comme Haller l'a si bien vu, elle peut 
également conduire à T extase. 

La seconde forme de l'amour ne produit point 

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l'extase, et modifie surtout la bouche et les na- 
rines considérées comme organes d'olfaction et de 
dégustation avides. Ces mouvements sont surtout 
apparents dans les ruminants, et les anciens en 
avaient composé la physionomie de leurs sa- 
tyres. 

L'admiration est un mouvement et une passion 
de l'âme : elle ne peut s'exprimer que dans les 
organes de l'esprit, je veux dire dans les yeux, et 

^ 

par les mouvements qui concourent à une audi- 
tion attentive. Née de l'intelligence, elle se mani- 
feste surtout dans la sphère de ces organes 
privilégiés qui fournissent à la pensée ses aliments 
immédiats. Les odeurs et les saveurs s' adressant 
surtout à la partie matérielle de l'homme, c'est 

r 

dans leurs organes que s'expriment surtout les 
passions et les appétits d'un ordre inférieur; mais 
je ne saurais ici m' arrêter plus longtemps sur ce 
point. J'insisterai seulement sur un fait qui fera 
suffisamment comprendre ma pensée. On ne dit 
point : une odeur admirablOj une saveur admira- 



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SUR LA PHYSIONOMIE. 



51 



We; mais vous admirez les harmonies musicales, 
VOUS admirez les manifestations lumineuses ; en 
un mot, née de l'intelligence, l'admiration ne 
s'adresse qu'à l'intelligence. 

J'ai parlé de l'étonnement. L'étonnement peut 
être mêlé de joie; je viens d'en signaler les carac- 

j ■ 

tères. Il peut être mêlé d'épouvante; dans ce cas, 

p 

aux attitudes de l'étonnement s'unissent les 
expressions suivantes. Les sourcils se froncent 
Sur un œil largement ouvert, l'angoisse est expri- 
mée par les coins de la bouche abaissés et rétractés 
comme dans ces cas de dyspnée où Fair manque . 
à la respiration convulsive. Les pupilles, énormé- 
ment dilatées, semblent regarder dans des ténè- 
bres épaisses; enfin, les narines s'affaissent au 
moment de l'inspiration, signe funèbre d'agonie et 

de mort imminente. 

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En parlant des expressions de la bienveillance, 
J aurais pu dire qu'elle exerce sur les cœurs une 
attraction irrésistible. Nous pourrions ajouter que 
ses contraires, le dédain, le mépris, la haine, re- 

^ 

poussent. Tous les mouvements qui accompagnent 

4 

ces passions affirment la justesse de cette remar- 
que. Eh! ne voyez-vous pas que dans le mépris 
les métaphores du geste expriment une répulsion 



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universelle? Voyez comme les yeux da méprisant 



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Le nez se 



plisse sur les côtés, les narines se relèvent comme 
pour repousser une odeur importune; la bouche 

rejette, crache, vomit, et dans certains cas se 



pour 



mettre en 



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ferme expressément comme 
défense ; le corps se détourne, les mains s'opposent 
à l'objet ou à l'idée méprisés avec une énergie 
contenue par une sorte de dégoût, tout le corps, 
en un mot, rejette métaphoriquement ce que 
l'esprit a rejeté. 

La haine est une fureur contenue- Les sourcils 
se mettent en défense et s'abaissent sur un œil 
ardent, les narines froncées se dilatent, les dents 

A sont serrées, la respiration profonde est cependant 
oppressée par un effort caché. La colère est la 
fureur expansive mordant, brisant, déchirant. 
Tous les muscles en mouvement font frissonner la 
peau, la chevelure se hérisse, bientôt l'excitation 
se propage aux viscères eux-mêmes. La voix 
elle-même vibre et rugit. Qui de vous ne connaît 
ces expressions terribles qui annoncent la fohe, la 

* destruction et la mort? 

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Il y a des colères directes, des colères symboli- 
ques, des colères de l'esprit, et celles-ci se tra- 





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SUR LA PHYSIONOMIE. 



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duisent par les mouvements qui signalaient les 
premières. 

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La tristesse est le contraire de la joie. La joie 
est l'expression d'une expansion libre de la vie ; 
la tristesse, au contraire, correspond à un senti- 
ment de dépression générale, d'indifférence, de 
dégoût et d'affaissement; la face et le corps expri- 
ïnent ce dégoût et cet affaissement; les yeux. 



prescrué sans reeard 





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gret de leur atonie ; les mouvements respiratoires 
sont à p ^ine se nsibles; la lèvre inférieure passi- 
vement entraînée retombe ; la tête inclinée s'af- 
faisse sur une épaule ; et les chairs du visage sont 
si flasques, que dans cette attitude oblique de la 
tête, -la joue inférieure abandonnée à son poids 
pend en quelque sorte, tandis que la joue supé- 
rieure s'aplatit sur le squelette de la face, et de 
ce côté paraît singulièrement amaigrie. Je citerai 
en exemple une de ces têtes antiques que les ar- 

r 

listes connaissent sous le nom de fille de INiobé; le 

^ 

génie de l'artiste avait deviné cette attitude passive 
des chairs dont l'expression est surtout frappante 
dans la période d'anéantissement du désespoir. 

Une analyse des expressions de la prière, dans 
leur évolution successive, ferait mieux sentir en- 






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CONFERENCE 



core cette valeur métaphorique des mouvements 
du corps vivant; l'homme qui prie éprouve une 
tristesse qu accompagne un désir. Il a l'idée de la 
puissance de celui qu'il implore et en même temps 
le sentiment de sa faiblesse relative ; instinctive- 



ment, pour rendre plus sensibles cette grandeur et 



cette faiblesse, il se fait plus petit, il se prosterne, 
il s'anéantit; dans cet état d'abaissement, ses yeux, 
tournés vers celui qu'il implore, semblent regarder 
le ciel même. Remarquez, en effet, Messieurs, que 
nous associons naturellement l'idée de puissance, 
de courage, de générosité et de noblesse à l'idée 
de grandeur ; quand nous parlons de belles choses, 

nous levons métaphoriquement les yeux. Ce qui 
enferme une perfection souveraine, vous le nom- 
mez sublime; or, le sublime est considéré d'en 
bas, le sublime moral aussi bien que le sublime 
visible, et les yeux se tournent alors vers le ciel, 
source par excellence de la lumière physique et 
svmbole éclatant de la lumière éternelle. 

Ce regard qui s'élève, c'est l'adoration. Or, on 
peut adorer Dieu debout, comme on peut debout 

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considérer le ciel. Mais on ne peut adorer l'homme 
qu'en s' abaissant. Voilà pourquoi instinctivement 
le suppliant, admirez en passant, Messieurs, l'ad- 



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■ SUR LA PHYSIONOMIE. 



55 



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mirable justesse de cette expression, le suppliant 



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grâce implorée ; bientôt la prière devenant plus 
ardente, il les joint comme pour la saisir; est-elle 



refusée aux 



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le suppliant, 



semblable à un homme qui se noie et s'accroche, 
le mot existe métaphoriquement dans la langue, 
à quelque branche de salut, crispe avec effort ses 
niains jointes; il les rapproche de sa poitrine 

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comme un homme qui se soulève à la force des 
as, et ce mouvement si énergique se passant 
dans le vide les fait trembler. Ne voyez-vous pas, 

ce mouvement, la lutte 



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dans l'excès même de 
souveraine de l'homme qui défend son dernier 
espoir? Ajoutez à cela des yeux ardents, la bouche 
contractée par l'angoisse, la poitrine haletante, et 
vous concevrez aisément jusqu'à quel degré 
d'énergie terrible peuvent atteindre ces meta- 

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phores visibles. . ' 

Si ces derniers efforts sont vains, ce drame de 
la prière se termine par une quatrième scène, 
celle du désespoir. Le désespoir qui s'empare de 
1 âme après une lutte inutile paralyse les mouve- 
lïients du corps ou du moins ne laisse plus sub- 
sister que les mouvements convulsifs de l'agonie ; 



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dans le premier cas, les bras retombent, le corps 
s'affaisse, la tête s'incline sur la poitrine, passive 
comme dans la mort; dans le second, le corps 
lutte encore, la poitrine étouffe, les bras semblent 
déchirer des liens invisibles. Qui de vous dans sa 
vie n'a vu et compris Thorreur de ces expressions? 
Borné par le temps qui m'est accordé, je ne 
saurais, Messieurs, multiplier ici les exemples de 
ces métaphores du geste; mais jusqu'ici nous 
n'avons parlé que des expressions franches; or, 
pour toucher autant que possible à tous les points 
principaux, je dois dire quelques mots de cer- 
taines expressions mixtes où les contraires sont 
associés ; ces expressions sont fréquentes et pres- 
que toutes ont une signification mauvaise. Parmi 
ces expressions mixtes je signalerai en premier 
lieu celle de l'incertitude; état oscillant de l'âme 
qui hésite entre deux partis opposés ou seulement 
différents l'un de l'autre. Cette hésitation est tra- 
duite très-naturellement par des mouvements 

alternatifs du corps. 

Supposez un chien affamé auquel on présente 
quelque pâtée savoureuse. Il se précipite sur elle; 
mais elle est trop chaude, elle est bouillante ; à 
peine y a-t-il touché, qu'il recule subitement; 



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SUR LA PHYSIONOMIE. 



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niais a mesure qu il s éloigne, 1 impression et la 

crainte s'effaçant, le désir se réveille. Le chien 
s'approche de nouveau, bien qu avec plus de pré- 
cautions; mais la pâtée n'est pas encore refroidie. 

Il recule donc une seconde fois pour se rapprocher 
encore, le regard toujours fixé sur l'objet désiré; 
ainsi alternativement poussé par son désir et 
ï^etenu par la crainte, il oscille entre deux senti- 

^ 

lïients opposés. Ces mouvements d'incertitude 
prosbolique traduisent dans un sens métaphorique 
les incertitudes de l'esprit dans des circonstances 
toutes morales ; mais ces incertitudes sont surtout 

propres à certains caractères, rappelant l'apologue 

philosophique de l'âne de Buridan. mi-parti entre 
deux prés et se laissant mourir de faim, ne pou- 
vant se décider à brouter l'un plutôt que l'autre. 
Ils laissent passer cette occasion rapide, occasio 

prœcepsy qu'il faut savoir, d'une main légère et 
décidée, saisir aux cheveux. 

Rien n'est plus intéressant pour le physiono- 
ïïiiste que de considérer un homme qu'un désir 
sollicite, en même temps qu'il est retenu par quel- 
que raison cachée. Tantôt le désir est plus fort, 
notre homme se décide ; en un instant son parti 
est pris, il part. Mais tout à coup les remontrances 





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de la raison deviennent plus vives; il s'arrête 
alors et revient sur ses pas. Au bout de quelques 
moments il ne tient plus en place, un lutin capri- 
cieux le tourmente. Était-il couché, il se lève; 
levé , il se recouche ; il se tourne sans cesse de 
gauche à droite et réciproquement. Tantôt il étend 
ses jambes, tantôt il les replie. Il ouvre les yeux 
et, l'instant d'après, les referme pour les ouvrir 
encore. Il regardait d'un côté en se fixant à un 
avis, soudain son avis change et il se retourne 
du côté opposé : de là une inquiétude générale 
qui semble retentir dans les nerfs du système cu- 
tané. Il se gratte spécialement au-dessus des 



bien 



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aucune déman- 



geaison. Il se ronge les ongles ; il piétine, il tourne 

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sur lui-même, ne pouvant ni agir ni trouver le 
repos. Que de gens, hélas! ont été perdus par 
cette affreuse folie de l'incertitude!... Mais les 

j 

expressions en sont frappantes ; elles intéressent 

4 

à la fois le physionomiste philosophe et l'acteur 
comique. La peinture et la sculpture, dont les 
créations sont immobiles, éprouvent à les rendre 
des difficultés qui ne sauraient être vaincues que 
par ces artifices que seul peut inventer le génie. 
Les expressions mixtes et contradictoires sont 



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SUR LA PHYSIONOMIE. 



59 



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US souvent désagréables et parfois repous- 
santes : telles sont les formes de l'orgueil et de 
l'envie. Elles n'ont, à coup sûr, rien d'aimable et 
nuisent à la beauté du visage en troublant l'homo- 
généité de ses mouvements. 
Qa'est-ce que l'orgueil ? Vous m'accorderez. 

Messieurs, que c'est un extrême contentement de 
soi-même. L'œil, dédaignant ce qui l'entoure, se 
<^ache comme dans un rêve ; les narines flairent 

^ 

r 

quelque parfum idéal ; la bouche exécute des 

r 

ïïiouvements de déglutition satisfaite : aussi est-il 
connu de vous tous, que les orgueilleux se ren- 
gorgent; ils se redressent avec dignité, et parfois 
îeur sourcil contracté légèrement exprime une 
sorte de menace à l'adresse de ceux qui pourraient 
^méconnaître cette dignité. Ces attitudes sontquel- 



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seaux étalant fièrement leurs grâces, et l'on a pu 



dire, sans exagération, que les orgueilleux font la 
ï'oue, remarque que les caricaturistes ont fort 



habilement 



L'orgueil fait en général 



sourire la bouche; mais ce sourire, dépourvu 
d'homogénéité, est légèrement répulsif, les coins 

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des lèvres sont insensiblement abaissés, et tous 
ces mouvements nous disent clairement qu'au 



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moment même où se produit cette expression de 
dégustation satisfaite dont nous avons parlé, un 
sentiment de dédain des choses extérieures accom- 
pagne ce contentement intime ; en un mot^ l'or- 
gueilleux se déguste lui-même, mais il goûte peu 
les autres, et, quand ces mouvements se produi- 
sent sur une tête peu intelligente, ils apparaissent 
comme la forme naturelle d'une suprême sottise. 
Quand, au contraire, le visage est intelligent et 
beauje tableau peut se modifier en quelques points; 
le sourire de la bouche est plus apparent que le 
dédain; si alors Tœil consent à se diriger, à s'ar- 
rêter sur autrui, et si en même temps la tête s'in- 
cline un peu, ces modifications légères changeront 

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les formes de l'orgueil simple en une expression 
de condescendance, et cette expression deviendra 

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pour quelques personnes l'indice de la noblesse et 
de la dignité. Je pourrais retrouver aisément le 
dessin que j'ai essayé de tracer ici dans une foule 
de portraits du temps de Louis XIV. 

Mais si, au lieu de cette attention, qui exprime 
un commencement de bienveillance, des mouve- 
ments de légèreté sautillante et étourdie se mêlent 
aux mouvements qui racontent métaphoriquement 
une satisfaction intime de soi-même, il en résul- 



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SUR LA PHYSIONOMIE. 



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tera une expression insupportable à tout homme 



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pressions puissent exercer sur l'opinion des pau- 
vres d'esprit qui abondent sur la terre-, elles ne 



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quelle que 



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modes attachent à ces formes de 



l'orgueil dans l'opinion du vulgaire, ce fantôme 
s'évanouira devant une physionomie forte, franche 
6t bienveillante à la fois, exprimant, suivant le 
principe chrétien, une estime des autres égale à 
celle qu'on fait de soi-même. Forme visible d'une 

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^nie parfaite , cette physionomie est belle , au- 
dessus de toutes les autres; car la vraie, l'immor- 
telle beauté sur la terre n'est rien autre chose que 

^^ perfection de l'âme rendue sensible par la 
form 



e vivante. 



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les expressions mixtes, il en est de plus tristes en- 
core, telles sont celles de l'envie. L'envie est le 
désir furieux d'une chose qu'on ne possède pas, 
uesir mêlé de haine, eu égard à celui qui la pos- 
sède. Haine et désir, y eût-il j amais d'association 
pius discordante ? Mais, comme cette discorde m- 
tiîîie est éloquemment exprimée ! Cet œil ouvert, 



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ardemment et symboliquement fixé sur l'idée de 
chose désirée, mais regardant de côté sous un 
sourcil contracté, foudroyant, pour ainsi dire, 
celui qui la possède ; ce sourire, ébauché dans les 

joues, mais que démentent énergiquement ces 

mâchoires qui se contractent, ces narines et ces 
lèvres qui répudient ; cette respiration agitée, 

symbole d'une souffrance, parfois horrible, qui 
dessècheles chairs, jaunit le teint et fait rétracter 
les mains crispées : tout cela ne raconte-t-il pas 
clairement ces tendances incompatibles de l'âme, 
troublant l'être dans ses profondeurs les plus in- 
times? 

N'admirez-vous pas, Messieurs, cette harmonie 
qui. lie naturellement le bonheur à la vertu et la 

souffrance aux passions mauvaises? 

Je n'insisterai pas sur les expressions du rire 

faux : l'ironie est la gaieté de la haine; la moque- 
rie est celle du mépris. 

Signalons encore un autre exemple d'expres- 
sions mixtes , et décrivons la physionomie du 

trompeur. 

Le trompeur agit évidemment sous la double 

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influence d'un intérêt et d'un calcul. Il éprouve 
un sentiment et veut paraître en ressentir un autre 






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SUR LA PÏÏYSIONOAIIK. 



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tout contraire. Un sentiment vrai, quel qu'il soit, 
a des expressions homogènes et franches; tous les 
mouvements n'expriment alors qu'un même ins- 
tmct commun et tout spontané. Or, la simulation 
n'étant point instinctive, exige un certain degré 
d'attention. Mais Tattention est exclusive dans son 
^bjet ; elle peut, à la vérité, modifier les mouve- 
ïi^ents d'un organe, mais ce que cet organe volon- 
tairement modifié indique alors est démenti par 
des expressions spontanées de tous les autres. 

Le trompeur regarde très- rarement en face; son 
l'égard est oblique, ou du moins voilé; s'il désire 
^me chose, il feint de s'en éloigner ; mais s'il s'é- 
loigne, en effet, une courbe savamment calculée 
l'y ramène. On dit fort bien un caractère droit , 
Un caractère tortueux; et, en effet, les détermina- 
tions franches vont droit devant elles; le trompeur, 
^u contraire, comme un renard qui s'approche 
d'un poulailler, ondule; il cherche à détourner 
1 attention de sa victime pour agir sans être vu, 
ni même soupçonné; il caresse d'une main, et 

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pendant qu'on croit à la caresse, il poignarde de 

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^ autre. Boileau dit avec une noble indépendance : 



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CONFERENCE 



Le langage du trompeur a d'autres allures, 11 



flatte celui qu'il veut dépouiller ; il parle d'abord 
le langage que , dans la fable du Renard et du 
Corbeau^ La Fontaine attribue au renard, et quand 
sa ruse a réussi, il se moque de sa victime. Quand 
l'homme du peuple est l'objet de sollicitations 

doucereuses, sous lesquelles il croit trouver quel- 
que intérêt égoïste, il dit très-énergiquement : 
« Yous voulez m' entortiller ! » comme s'il devinait 
le serpent sous ces caresses ; et, en effet, les re- 
gards, la voix et le corps du trompeur ont des on- 
dulations félines : il est caressant, son regard vous 
endort, ses paroles vous flattent; il exerce sur vous 

cette fascination que l'opinion commune attribue 
au regard des reptiles. Mais, comédien maître en 

tout cela, il n'éblouira point un œil clairvoyant. 
En efFet, son attention, je le répète, ne peut com- 
mander à la fois à tous les traits du corps et du 
visage. Ses mouvements sont lents, calculés. Il 

r 

vous regarde de côté; de ce côté, la face vous 
sourit, l'œil à demi fermé. C'est l'œil du côté op- 
posé qui vous regarde, et, de ce côté, la narine 
soulevée se moque de vous. Parfois, les deux yeux 
vous considèrent; mais la bouche souriante man- 
que de symétrie; les ailes du nez vous dédai- 



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SUR LA PHYSIONOMIE. 



65 



gnent. Tout cela ne vous dit-il pas clairement le 
ïïiépris du fripon pour l'homme qu'il veut trom- 
per? Expression double de la physionomie : ca- 
resse volontaire, calculée, et mépris' instinctif et 
^éel, voilà ce que vous appelez du nom de duplicité. 
Je ne puis, Messieurs, multiplier ici les exem- 
pies. Je dépasserais, avec la limite de votre atten- 
tion et de mes forces, les bornes d'une conférence. 
Mais j'en aurai assez dit, si j'ai pu vous faire com- 
prendre que tous ces mouvements de la physiono- 
^^ie, qu'ils soient employés dans un sens direct, 
symbolique ou métaphorique, expriment de la fa- 
Çon la plus simple et la plus naturelle les senti- 
ments qui naissent des sensations, de l'imagina- 
tion et de l'intelligence. 



Permettez-moi de 



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1° En premier lieu, |1 résulte, de tous les faits 

^I^e j'ai rappelés, que les sens, rimagination et la 
pensée elle-même, si élevée, si abstraite qu'on la 
^^ppose, ne peuvent s'exercer sans éveiller un 
Sentiment corrélatif, et que ce sentiment se tra- 
duit directement , sympathiquement , symboli- 
quement ou métaphoriquement, dans toutes les 
sphères des organes extérieurs, qui le racontent 



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CONFERENCE 



tous, suivant leur mode d'action propre, comme 
si chacun d'eux avait été directement affecté. ' 
2"* Cette proposition est incontestable ; mais sa 

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réciproque n'est pas moins vraie. En effet, les 

mouvements et les attitudes du corps, lors même 

, ri 

qu'ils résulteraient de certaines causes fortuites, 
éveillent des sentiments corrélatifs, et, par leur 
intermédiaire, influent sur les mouvements de 
l'imagination et sur les tendances de l'âme elle- 
même. Je ne m'arrêterai point à démontrer cette 

{ 

^ 

vérité, que l'étude des phénomènes du sommeil 
et du somnambulisme a depuis longtemps mise 
hors de doute; mais j'en déduirai une conséquence 
utile : si de nos attitudes naissent des instincts, 
on comprendra combien la physiologie elle-même 
justifie l'importance que, chez les gens honnêtes, 
on attache aux bonnes manières ; les bonnes ma- 
nières sont les formes de la vertu, et celui qui, 
dès l'enfance, a contracté l'accent du bien, ne 
parlera jamais facilement le langage du maL 

L 

3" De ce que nous venons d'indiquer, il résulte 
clairement que ces formes sont actives sur l'être 
qu elles manifestent. Ajoutons qu elles sont actives 
hors de lui. La vue de la joie inspire l'idée de la 
joie, et cette idée, s'emparant de l'âme, rend 



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SUR LA PHYSIONOMIE. 



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joyeux; la vue des expressions de la douleur im- 
pose une souffrance; elle opprime le cœur, qu'elle 
fait palpiter. Fait-on devant vous quelque effort 
prolongé, eomme ceux que la toux détermine, 
vous vous associez sympathiquement à cet effort. 
Les philosophes et les physiologistes ont, à Tenvi 
les uns des autres, apporté des preuves merveil- 
leuses de ces sympathies. Malebranche raconte 

r 

qu'une jeune servante, assistant un chirurgien 
qui pratiquait une saignée au pied de son maître, 
ï'essentit au moment où la lancette piquait la peau 

^ r 

Une douleur si aiguë à son propre pied, qu'elle ne 

w 

r 

l'eût pas été davantage si on eût opéré sur elle- 
niême. J'ai, moi-même, été témoin d'un cas pa- 
ï^eil. Un jeune élève en droit, assistant pour la 

première fois de sa vie à une opération légère (le 
chirurgien excisait une petite tumeur à l'oreille 
d'un malade), ressentit au même instant une dou- 
leur si vive à l'oreille, qu'il y porta involontaire- 
uient la main en poussant un cri. Ajoutez que l'in- 
justice que subit un autre homme vous révolte; et 
l'emarquez la perfection des langues : ces senti- 
nients, ces douleurs communiquées, je dirais 
presque contagieuses, s'appellent sympathie, com- 
passion, souffrance avec^ ou misère du cœur y mi- 





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CONFEKENCE 



séricorcle ! Et; en effet, ces expressions de la dou- 
leur mordent le cœur; elles troublent les viscères, 
et c'est avec raison que, pour exprimer l' insensi- 
bilité morale d'un homme, on dit de lui qu'il n'a 

pas de cœur, qu'il n'a pas d'entrailles. Cette com- 
passion, cette charité s'adresse à tout ce qui souf- 
fre; elle s'éveille partout où la douleur crie; elle 
se manifeste par le succès toujours croissant de 
ces sociétés protectrices qui, à l'honneur de la ci- 
vilisation, font une guerre sainte à tous les arti- 
sans de la douleur. 

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Grâce à ces expressions, grâce aces sympathies 
divines, le sentiment de l'humanité s'éveille et 
protège le monde. L'animal n'est ému que parles 
choses présentes; mais l'intelligence n'a pas de 
limites, et les sympathies de l'homme embrassent 
l'univers; et voilà comment, du nord au midi, de 

L 

l'orient au couchant, du commencement à la fm 
de l'histoire, la force qui opprime, la force bru- 
taie est maudite, quand elle ne s'est pas faite la 

servante de l'éternelle justice. 



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SUR LA PHYSIONOMIE. 



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Messieurs , 



En terminant cette conférence, trop longue sans 

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^^ute, je devrais m' excuser d'avoir tenu si long- 
temps votre attention captive ; mais votre bien- 
veillance m'a encouragé. Grâce à elle, en vous 
^^ittant, je pourrai peut-être, sans trop de pré- 
somption, emporter et caresser l'idée que les pro- 
positions qui vous ont été soumises ont été goûtées 
P^^^r votre intelligence. 






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AVERTISSEMENT 



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Les mouveraenls dont la mimique de riiomme 
et des animaux se compose, ne réclament l'emploi 
d'aucun muscle spécial, d'aucun appareil particu- 
lier. Ils se produisent comme les mouvements 
directs, et cela par les mêmes muscles, par les 
mêmes nerfs, par les mêmes vaisseaux. Ils ne 
diiTèrent donc point d'avec ces mouvements d'une 
façon essentielle ; mais ils se manifestent dans des 
circonstances un peu différentes. Or, 'il m'a paru 
utile d'examiner de près cette classe de mouve- 
nients si intéressante et cependant si négligée,' et 
de déterminer par des observations précises les 
l'ègles qui président à leur enchaînement. J'ose 
espérer qu'après avoir exposé ce résumé succinct 



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AVERTISSEMENT 



de mes recherches, je ne paraîtrai pas avoir perdu 
mon temps en études oiseuses. Il m'a semblé, en 
effet, qu'en examinant avec soin ces questions 
difficiles, je touchais à l'une des sources premières 

r 

du langage et par conséquent à l'un des sujets les 
plus importants que l'histoire naturelle, lapsycho- 

■m 

logîe et la philosophie esthétique aient à consi- 
dérer. Ces raisons seules m'auraient encouragé à 
publier le résultat de "mes observations. Mais un 
autre motif puissant m'y décide. Je ne pense point, 
en effet, qu'on puisse complètement refuser son 
attention à un sujet que les Lebrun, les Parson, 

les Buffon, les Engel, les Camper, les Spix, les 
Gh. Bel], n'ont point dédaigné d'examiner, et 
auquel un des plus illustres physiciens de notre 



siècle, M. 



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donné une importance 



scientifique toute nouvelle en montrant comment 
on le peut soumettre au critérium de la méthode 
expérimentale. 



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DE LA PHYSIONOMIE 




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DES MOUVEMEiNTS D'EXPRESSION 



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DES MOUVEiMENTS PÉRIPHKr,]Q UES CONSIDÉRÉS 



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D UNE MANlEP.fi GÉNÉRALE. 



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oblige de 



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1° Des mouvements organiques. Ces mouve- 
ments liés en général aux mouvements intérieurs 
^es viscères, ont essentiellement pour siège les 
^î"ames celluleuses et vasculaires ; telles sont les 
rougeurs et les pâleurs subites; telles sont ces 

* 

constrictions du derme d'où naît le phénomène 
^onnu sous le nom de chair de poule. 
2° Des mouvements miiseulaires. Ces mouve- 



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DE LjV physionomie 



raents, essentiellement actifs, ne sont pas tous 
éf^alement soumis à l'empire de la volonté. Ils 
modifient la surface du corps vivant en deux ma- 
nières : premièrement en changeant les attitudes 
des muscles et des parties mobiles ; secondement, 
en déterminant dans les parties contractées des 
dépressions et des saillies plus ou moins considé- 
rables, dues au jeu des faisceaux musculaires. 

Des mouvements consécutifs. Ces mouve- 
ments se produisent dans certaines parties, à 
l'occasion d'une contraction qui a lieu dans lès 
parties voisines. Ces mouvements sont surtout 
manifestes dans les parties de la peau soumises 



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des attitudes passives. C'est ainsi qu'un muscle 



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sont point dus à une action vitale, ils dépendent 
de causes extérieures agissant sur des parties 

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inertes. 

Tous ces mouvements ont des caractères bien 

tranchés qu'il importe de distinguer avec soin, et 
que les peintres qui visent à l'expression ne sau- 
raient trop étudier. 



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ET DES MOUVEMKNTS D'EXPRESSTON 



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DES MOUVEMENTS OUGANIQUES. 



II. 



Les mouvements organiques qui ont pour 



Siège les trames superficielles comprennent tous 
les changements qui ont lieu : 



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dans la coloration de la peau; 
dans son état d'expansion ou de con- 
stiïction. 

dans sa température ; 

dans celles de ses fonctions qui sont 

■ 

relatives à l'absorption et à l'exhala- 

^ 

tion. 



Plusieurs causes peuvent influer puissamment 
'^nr la production de ces mouvements. Parmi ces 
^^^ûses'j les unes se rapportent à l'action du 
cœur et des organes respiratoires; d'autres aux 
i^^odifications que les viscères abdominaux éprou- 
Vent. D'autres enfin se rattachent aux influences 
^ue le système nerveux exerce directement sur 
lous les organes. Ces choses se produisent avec 
^inelque confusion. Je m'efforcerai de les exposer 
^vec toute la clarté dont le sujet est susceptible. 



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DR LA PHYSIONOMIE 



Des changements qui surviennenl dans la 



III. 



coloraiioii de la , peau, 

— Ces changements sont trop connus dans 
l'espèce humaine pour qu'il soit nécessaire d'y 

r 
w 

insister beaucoup. Les plus habituels amènent de 
simples alternatives de rougeur et de pâleur. La 
rougeur peut présenter des teintes variées. Tantôt 
elle est pure et rutilante : c'est la rongeur arté- 
rielle-^ tantôt elle est mélangée d'une certaine 
quantité de noir ou de bleu, et peut passer au 
pourpre, au violet, et même au bleu obscur : c'est 
la rougeur veineuse. Il y a aussi plusieurs sortes 

de pâleur. C'est ainsi que 

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pâleur simple, la pâleur livide, la pâleur ver- 

4 

dâtre, etc. 

r 

On observe aussi quelquefois la teinte ictérique ; 
l'ictère peut se produire d'une façon subite, sous 
l'influence de certaines passions ; sous ce point 

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r 

de vue, on peut le compter au nombre des mani- 
festations physionomiques. . 

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De la rougeur et de la pâleur en tant qu'elles sont liées 
au mouvement du cœur, du thorax et des poumons. 



nous distinguons la 



IV. 



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— Toutes les causes qui, sans altérer le 
hythme et l'harmonie des mouvements du cœur, 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



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en accélèrent la marche, favorisent la circulation 
du sang. Des courants plus riches parcourent alors 
les réseaux capillaires, et font prédominera la 

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r 

superficie de la peau la couleur vive du sang ar- 

■ j 

tériel. Cette rougeur légère ne se répand point 
uniformément sur toute la surface du corps. Dans 
l'homme blanc, elle colore surtout le visage, où 
elle peint plus particulièrement les lèvres, les 
joues, et jusqu'à un certain point les conjonctives 
palpébrales. Rien de semblable ne se produit chez 
les animaux mammifères, même les plus élevés, 
et pour retrouver quelque chose d'analogue, il faut 






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arriver aux oiseaux dont la tête est ornée de ca- 
roncules. Mais si la cause de la rougeur est la 
lïiême, quelle différence dans les effets ! qu'il y 
a loin de ces tuméfactions presque variqueuses à Vm.*'^ 
cette expansion douce, à ces teintes harmonieuses 
qui sont à juste titre pour les peintres et les 

poètes le symbole de l'épanouissement et de la 
vie ! . ■ 

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V. — L'apparition des teintes violettes sur la 
face tient à un obstacle quelconque apporté à la 
Circulation veineuse. C'est ainsi que, dans le cas 
d'un rétrécissement des orifices auriculo-ventri- 
culaires, les veines se déchargeant difficilement 



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80 



DE LA PHYSIONOMIE 



de leur contenu, le sang veineux s'accumule dans 
' les réseaux cutanés, et donne à la peau une teinte 

r 

violacée, souvent accompagnée d'une turgescence 
presque effrayante. Le même effet pourrait évi- 

derament résulter d'un rétrécissement de l'orifice 

artériel du cœur droit. 



m. 



Cette congestion veineuse est moins im 



minente lorsque les lésions pathologiques, occu- 
pant l'orifice aortique, diminuent l'effet général 
qui résulte sur la masse du sang de la force im- 
pulsive du cœur. La pâleur est la conséquence 
ordinaire des rétrécissements qui ont pour siège 
l'orifice aortique. Une hypertrophie concentrique 
du cœur gauche, en oblitérant en partie la cavité 
du ventricule, aurait évidemment un effet ana- 

* 

logue. iMais cette lésion, si elle existe, est fort rare, 
et d'habiles médecins se refusent à l'admettre. 

La pâleur qui accompagne les états asthéni- 
ques du cœur est un phénomène facile à expli- 
quer. Je crois inutile d'y insister, car les faits 
pathologiques ne sont point mon objet essentiel. 



Toutefois je ne pouvais absolument les négliger. 



Ils nous fournissent, en effet, les seules bases réelles 
sur lesquelles peut être appuyée la démonstration 

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de la proposition suivante : 



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ET DES MOUVEiMKNTS D'EXPRESSION 



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Les symptômes généraux qu amène une lésion 
du cœur peuvent résulter aussi d'une afj'ection 
'"^pasmodîfjue, quiy exagérant^ affaiblissant^ trou- 
blant les mouvements du cœur^ précipite ou ralen- 
tit les mouvements du sang^ et par les convulsions 
quelle détermine crée^ dans certains cas^ des ob- 
^"^tacles réels à la circulation artérielle et veineuse. 



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Cette proposition, presque évidente par 



4 ^ 

elle-même, peut être décomposée en quelques 

propositions secondaires. . 

1'* Une excitation légère, éveillant plus vivement 
les mouvements du cœur, rend la circulation plus 



l'apide et colore le visage d'une 
rielle. 



rougeur arté 



2*^ Une modification nerveuse, qui détermine; 
l^aflTaiblissement ou la paralysie momentanée du 

r 

cœur, ralentit ou suspend le mouvement général 
du sang, et amène une pâleur nécessaire. 

3° Un spasme du cœur, qui, n'empêchant point 
es mouvements du ventricule gauche, fait néan- 
niolns obstacle au retour du sang veineux, amène 
la. rougeur violette de la peau et particulièrement 
du visage. 

h"" Si une contraction tétanique rend le cœur 

•mmobile; si le rhvllime de ses mouvements se 



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DE LA PHYSIONOMIE 



ralentit par excès d'énergie convulsive, les mou- 
vements du sang deviennent plus lents dans toute 
l'étendue du système vasculaire, et la surface en- 
tière du corps pâlit. • 

Les mouvements du thorax ont sur le 



YlII. 

phénomène de la circulation une influence directe 

* 

que l'expérience peut aisément constater. 

j 

A. Une inspiration longtemps prolongée amène 
une congestion veineuse qui colore j^lus particuliè- 
rement la face et le cou. 

En effet, l'inspiration favorise l'entrée du sang 

clans le cœur, mais par cela même elle porte en 
un certain degré obstacle h sa sortie. Si doncl'in- 
spii-ation se prolonge, il vient, en somme, aux 
oreillettes plus de sang qu'il n'en sort des ventri- 
cules. Le sang s'accumule en conséquence dans 
les cavités veineuses, et donne aux parties les 
plus voisines des troncs veineux principaux et du 
cœur une teinte plus ou moins violette. 

B. Un moiivcmenl d'expiraliontrop longtemjjs 
prolongé amène rapidement, avec la congestion 
veineuse., une cyanose plus ou moins générale. 

En effet, l'expiration favorise l'émission du rang 
artériel ; mais en cela même qu'elle favorise les 

mouvements centrifuges, elle doit porter obstacle 






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BT DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



83 



aux mouvements centripètes. Le sang noir s' accu- 
mule donc dans le système veineux et le distend 
plus ou moins. 

G. Sî le mouvement (T expiration est anormale- 
ment combiné avec le mouvement d inspiration^ 
Ici congestion sanguine est portée à son comble y 
ct*les hémorrhagies sont imminentes. 

Cette proposition générale comprend deux cîr- 
constances distinctes. 

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■ 

1"* Le thorax étant maintenu dans l'attitude de 

r ' 

V inspiration^ les muscles font effort pour expirer. 

Ce mouvement est Veffort {nisus). Il se produit 

toutes les fois que, dans le but de résister, le corps 

se dispose à produire des mouvements énergiques 
et durables. 

2'' Le thorax étant maintenu dans l'attitude de 
l'expiration par une contraction spasmodique ou 
par une paralysie de la glotte, les muscles font 
eflb L't pour insjnrer. Cet état est Y angoisse [an- 
gor). Il se produit dans un grand nombre d'affec- 
tions convulsives, lorsqu'à la suite d'une expira- 
tion poussée à l'extrême, la constriction ou l'af- 
faisseraent du larynx portent obstacle à l'intro- 
duction de l'air appelé par le thorax. 

La face devient pourpre et même violf^tte dans 



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81 



DE LA PHY>SIONOMIE 



l'effort et dans l'angoisse. Cette congestion s'étend, 
dans certains cas, aux veines du cou, de la poi- 
trine et des bras. L'habitude de l'effort amène, à 
la longue, la dilatation des veines des membres 

f 

inférieurs. Je n'insisterai pas davantage sur cette 
proposition que T observation et Fexpérience dé- 



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montrent également. v • 

D. Si les mouvements d' iminralion et cV expi- 

4 
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ration se succèdent avec rapidité y en telle sorte 

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que la resijiration soit simplement accélérée^ le 
mouvement delà circulation devient alors actif) et 

■ r 

la peau se couvre de teintes plus vives dues à Va- 
bondance du sang artériel. 

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Cette proposition est évidente par elle-même. 
En effet, l'inspiration appelle le sang vers le cœur; 
l'expiration favorise, au contraire, son émission. 

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Cette double action, 'venant en aide aux mouve- 
ments du cœm% doit rendre la circulation plus 
active, ce que l'observation démontre. 

Lorsque l'alternative des mouvements respira- 
toires est seulement accélérée, comme cela a lieu 
après une course rapide, elle prend le nom à^es- 

- 

soufflement [anhelitus). Ce mot est impropre : je 

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propose de lui substituer celui à'ocypnée, L'ocy- 
pnée n'est point ressoufllement, mais elle lui suc- 





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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



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cède en général, et son but est de rétablir la circu- 
lation embarrassée après une suite d'efforts avec 
■ lesquels les mouvements respiratoires n'ont pas 
été habilement combinés. 



IX. 



Dans certains cas, l'accélération des 



îTiouvements respiratoires prend une foi'me con- 
vulsive. La poitrine et le diaphragme, étant alors 
maintenus dans l'attitude de l'inspiration, rôa- 
gissent par une sorte d'élasticité active contre de 

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petits mouvements expirateurs se succédant en 
saccades précipitées; en sorte qu'à une inspiration 
perpétuelle sont opposées de petites expirations 
très-rapprochées l'une de l'autre, mais dont aucune 
ïi'est complète. 

Cet état est le nr^ [cachinnus). Il se compose 
une suite de petits chocs qui agissent brusque- 
'iient, ont sur l'ensemble de la circulation un effet 
excitant que ne produisent point au même degré 
les mouvements respiratoires uniformes, et re- 
médient la circulation paresseuse. Les heureux 
effets du rire sont assez connus surtout dans les 
aÛections par obstruction, où la congestion vei- 

j 

ïieuse est innninente. Aussi dit-on fort exactement 

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que le riie dhopilc. Je parle ici du rire normal : 
^■^ eiïet, lorsque les expirations saccadées du rire 



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DE LA PHYSIONOMIE 



se succèdent sans interruption, en sorte qu'il n'y 
a plus de place pour les mouvements antagonistes, 
le rire aboutit aux mêmes effets qu'une expiration 
excessive, et, loin de favoriser la circulation, 

r 

il peut, au contraire, amener une congestion dan- 
gereuse. 

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X. ;— Le contact, et si j'ose le clim ainsi, le 
mélange de l'air et du sang étant le but de la cir- 



I. 



1 



culation, // 'peut arriver que eertaim troubles 
arrivent dans la circulation^ non de quelque ob- 
stacle apporte au jeu du thorax ou du cœur^ 
mais de la constitution du poumon lui-même. 
Vinsi la respiration est incomplète et difficile : 

* 

1" Toutes les fois que V étendue des surfaces 

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espiratoires est insuffisante^ eu égard à la masse 
et à la vitesse du sang qui les parcourt y 

r 

2" Dans tous les cas où, la rétractilité /les vési- 
cules pidmonaires étant affaiblie ^ elles ne se vident 
2? as complètement à cluique inspiration de Vair 
fdtéré qu'elles contiennent. 

Le premier cas est souvent un résultat de la 
pléthore. C'est ainsi qu'il arrive aux hommes très- 



sanguins d'éprouver des essoufflements qu'une 



saignée fait cesser aussitôt. 11 se produit par une 
raison opposée dans remphysème pulmonaire et 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



87 



dans l'anomalie assez fréquente qui consiste dans 
une insuffisance naturelle du poumon. 

Le second cas, d'après des expériences très- 
précises de M. Longet, a lieu toutes les fois qu'une 
lésion des pneumogastriques détruit ou diminue 

l'influence nécessaire de ces nerfs sur la respira- 
tion. 

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Or, quelle que soit la raison anatomique de 
cette insuffisance, elle ne peut porter aucun 
obstacle aux mouvements du thorax. L'inspiration 
et l'expiration peuvent se succéder en toute li- 
berté. De plus, dans l'hypothèse d'une lésion 
bornée au poumon, aucune raison directe ne s'op- 
Pose aux mouvements du sang veineux dans le 
■; ainsi les causes de congestion veineuse que 
«ous avons signalées plus' haut, ne se retrouvent 
point ici. 

Mais dans l'emphysème pulmonaire, et même 
dans le cas d'insuffisance naturelle du poumon, le 
système capillaire de cet organe n'ayant pomt une 
étendue proportionnée à la force du cœur, le sang 
que le cœur chasse au travers des réseaux pulmo- 
nau-es, tend à les distendre et à les traverser avec 

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une trop grande vitesse. Et ces conditions sont 

^défavorables s en effet, Toxygénation complète du 



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88 



DE LA PHYSIONOMIE 



sang dans le poumon suppose une division poas- 
sée aussi loin que possible des courants sanguins 
qui se répandent sur les surfaces respirantes, et, 
en second lieu, un contact de l'air et du sang as- 
sez prolongé pour que la saturation soit parfaite. 

Or, ces deux conditions fondamentales ne peu- 
vent être ici remplies : en eflet, les réseaux pul- 
monaires ofirant au sang chassé par le cœur une 
étendue trop restreinte, il n'y perd point l'excès 
de sa vitesse acquise, et en môme temps qu'il les 
pcircourt trop rapidement, il tend à les distendre 
et les dilate quelquefois jusqu'à la rupture. 

Dans le second cas, les circonstances sont plus 
défavorables encore, puisque, la quantité d'air pur 
introduit dans le poumon diminuant à chaque in- 
splration nouvelle, la* transformation du sang 



veineux en sang artériel devient de plus en plus 
incomplète, si bien que de part et d'autre des 
phénomènes généraux d'asphyxie se développent 

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lentement. 

Dès lors, le sang du cœur gauche, moins oxygé- 
né, moins excitant, ne porte plus dans les tissus 
la vivacité de ses couleurs rutilantes. ïl 



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nulle part de congestion marquée, mais laproduc- 
tion de la chaleur animale devient moliis active^ 




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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



89 



l'expansion vitale s'affaisse, et, le sang laissant 
percer au travers de la peau sa teinte violette, les 

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tissus superficiels prennent une couleur livide et 
grisâtre. En même temps, les inspirations précipi- 
tées et profondes auxquelles l'état général du sang 
sollicite, faisant fréqueQiment le vide dans les 
veines, la pâleur de la face en est augmentée. 



Tous ces phénomènes sont surtout marqués 
dans Tespèce humaine et plus particulièrement 

h 

dans la race blanche. Chez les animaux mammi- 
fères, les causes que nous avons mentionnées n'a- 
gissent d'une manière sensible que sur les con- 
jonctives ou la muqueuse orale. 



De la rougeur et de la pâleur en tant qu'elles dépendent 
de l'influence des nerfs sur les éléments de la peau.. 



XL 



— Le cœur est, à coup sûr, le moteur prin- 
cipal du sang. Mais à son action s'unissent beau- 
coup d'actions accessoires, dont les unes aident à 
la circulation, tandis que les autres lui nuisent plus 
ou moais. Parmi ces causes, nous avons déjà parlé 
des mouvements respiratoires. Mais ces mouve- 
inents sont-ils les seuls qui puissent influer sur la 

coloration de la peau par le sang? Je ne le pense 
pas. 



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90 



DE Ï.A PHYSlONOxMIE 



Et en effet, il est des gens qui ne rougissent ja 



mais; on peut rougir d'un seul côté seulement; en 
outre, tous les tissus ne se prêtent pas également 
à la turgescence. En un mot, s'il y a dans ces 
effets une part qu'on peut rapporter au cœur et 
au thorax, il en est une autre qu'on ne saurait 
refuser à l'action des tissus où le sang s'épanche. 
XII. — C'est ainsi qu'il faut tenir compte des 
tissus cutanés et de l'élasticité qui leur est propre. 
Cette élasticité, qu'on peut considérer comme une 

L 

force antagoniste à la force expulsive du cœur, 
influe singulièrement sur la circulation. Dans le 
cas où r action du cœiu^ languit, elle repousse le 
sang, le chasse des réseaux capillaires et concourt 

^ 

singulièrement à la production de la pâleur. Dans 
les circonstances normales, elle est aux réseaux 

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capillaires ce qu'est aux artères l'élasticité de leur 
tunique fibreuse, et ses réactions salutaires favo- 
risent la circulation dans les tissus cutanés. 

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Nous ne pouvons considérer cette force comme 
une propriété invariable du tissu dermoïde. Elle 
peut agir, en eifet, d'une façon très-différente, la 
force impulsive du cœur demeurant d'ailleurs la 
même. C'est ainsi qu'une douce chaleur semble 



affaiblir la rétractllité du derme vivant. L'élasticité 






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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



91 



des tissus lutte alors d'une façon moins énergique 
contre les mouvements expansifs du sang, et ils 
se laissent pénétrer par les courants artériels. 
L'application du froid rend, au contraire, cette ré- 
tractilité plus manifeste et détermine la corruga- 
tion des tissus. Cette observation bien simple, et 
tirée d'actions extérieures, nous donne la clef de 
certains phénomènes produits par une action toute 
nerveuse en apparence. 
XIII. — 



- La chaleur qui pénètre un membre 
vivant ne dépend pas seulement du degré delà 
température ambiante, loin de là; cette chaleur 
résulte surtout d'une cause intérieure qui se ma- 
nifeste partout où le mouvement de la vie com- 
pose et décompose les matières sur lesquelles son 
activité s'exerce. 

Cette activité est sous la dépendance nécessaire 

et immédiate du système nerveux. Ainsi, quand 

l'action des nerfs favorise le mouvement de la vie, 

une chaleur douce s'engendre dans les parties, 

surgit de leurs profondeurs les plus intimes, et 

rayonne en quelque sorte de toutes leurs molé- 
cules. 

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supposons que l'action des nerfs languisse, 
le 



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mouvement vital se ralentit ou s'arrête, la pro- 



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02 



DE LA PHYSIONOMTE 



duclion de la chaleur immédiate est diminuée et 
même suspendue, et les parties subissent un 
refroidissement d'autant plus général, que les 

causes qui le produisent agissent sur les troncs 



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nerveux eux-mêmes. 



4 

Cette chaleur et ce froid de cause interne ont 
des effets pareils à ceux que détermine la tempe- 

r J 

rature ambiante. La chaleur vitale dilate les tis- 
sus, le refroidissement intérieur les resserre, et 
cette corrugation adynamique que la force répul- 
sive des vaisseaux ne peut plus combattre, s'op- 
posant à la pénétration du sang dans les tissus, 
toute circulation peut finir par s'y arrêter; comme 
cela arrive quelquefois aux extrémités digitales 
des sujets affaiblis, et comme on le voit pendant 
l'hiver dans les membranes 
nouilles engourdies par le froid. Le froid de cause 
interne a donc sur l'organisme entier les mêmes 



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natatoires des gre- 



effets que le froid de cause extérieure. 

Dès lors, si les causes morales modifient pro- 
fondément le sysLème nerveux, si les unes excitent 
au plus haut point sa force intérieure, tandis que 
d'autres la paralysent, pourquoi s' étonnerait-on 

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de l'influence que les passions exercent sur les tis- 

cutanés dont elles font palpiter la surface? 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



03 



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Mais à quels nerfs attribuer plus particulièrement 
cette influence? C'est là une question ardue et à 
peu près insoluble dans l'état actuel de la physio- 
logie. Les hypothèses de Dugès sur ce point, quel- 
que ingénieuses qu'elles paraissent, ne résolvent 
point cette grande difficulté. 



XIV. 



Les mouvements du cœur, du thorax 



') 



du poumon, la qualité du sang, la rétractilité des 
tissus, rexcitabilité des nerfs, ne sont pas les seules 
causes qui puissent influer sur la coloration de la 

peau; les mouvements des viscères abdominaux 

r 

L 

ont aussi sur cette coloration une Q;rande influence. 
On connaît la couleur jaune des ictériques; en 
général, les affections abdominales amènent dans 

9 

la coloration de la peau des modifications sen- 
sibles. Ces modifications surviennent le plus sou- 
vent d'une manière leiite. Mais dans certains cas, 
elles se manifestent subitement. INous reviendrons 
dans un moment sur ces choses. 

Ainsi l'organisme entier tient les réseaux san- 
guins et les trames de la peau sous sa dépen- 
dance. Ces systèmes différents en apparence, mais 
liés irrévocablement l'un à l'autre sous l'empire 
d'une harmonie nécessaire, font retentir ainsi à 
la surface du corps un écho de leurs plus secrètes 



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94 



DE LA PHYSIONOMIE 




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commotions. Or, comme il est dans l'ordre de la 




nature que l'être social le plus intelligent soit 

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aussi le plus intelligible, cette faculté de rougeur 
et de pâleur qui distingue riionime, est un signe 
naturel de sa haute perfectionjj et sous ce point 
de vue, l'homme blanc nous paraîtra réaliser une 
beauté plus grande que l'homme nègre, chez lequel 
ces rayonnements de rintelligence et de la vie 
sont, si je l'ose dire ainsi, voilés et obscurcis. 



Des rnowùements d' Gxpaïuion et de conslrlciion. 






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XV. — Après ce que nous venons de dire sur 
les causes des mouvements du sang, nous aurions 

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peu de chose à ajouter : en effet, ces mouvements 
de constriction ou d'expansion reconnaissent les 
mêmes causes, ou déterminent des effets ana- 
logues. Ainsi^ l'expansion de la peau se lie en gé-- 
néral à une coloration sanguine plus vive; sa 
constriction à la pâleur, La première est accom- 
pagQée d'une véritable turgescence, la seconde 

amaigrit les traits, qui se rétractent en quelque 
sorte. Ce que nous avons dit (art. XI), nous dis- 
pense d'insister sur ce points 



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KT DiiS MOUVKMLINTS D'KXPUESSION 



05 



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Des varialions qui modifient la lempéralure 



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des organes. 

Ces variations se présentent sous l'in- 
fluence combinée de la rétractilité des tissus, du 
mouvement nerveux et du mouvement circula- 
toire. Partout où la vie languit, la température 
s'abaisse. Toutes les causes qui exaltent la vie 
^déterminent, au contraire, une production de cha- 
leur plus rapide. Ainsi ces trois choses : rougeur, 
expansion, chaleur, sont-elles cà tel point paral- 
lèles qu'elles sont presque synonymes. 



Des changements qui modifient ou altèrent 



les S('crétions. 



XYH. 



— Ces changements à chaque instant 
constatés sont néanmoins mal connus. Mille causes 
concourent à les produire. Je me bornerai à l'ap- 
Peler ici les plus générales. Je crois utile de dis- 
tinguer cet article en deux parties. Dans l'une, je 
traiterai des sécrétions proprement dites, et dans 
autre, des transsudations. 
1" Les sécrétions. L'histoire des modifications 
^''e les sécrétions peuvent subir se résume, au 



Poait de vue des recherches que nouspoursuivonSj 




'^^ quelques propositions très-générales. 



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96 



DE LA PHYSIONOMIE 



A. Une irop grande rapidité dans le mouve- 
ment du sang nuit à raccomplissement de la se- 

crêlion. 

Cette proposition est vendue probable : 1^ par 

■ 

l'induction anatomique; puisque la nature, en 
donnant aux glandes les plus importantes des ar- 
tères très-flexueuses, semble indiquer que le sang 

y doit ralentir son cours ; 

2« Par les faits pathologiques : en effet, dans 
les vives ardeurs de la fièvre, quand le sang, solli- 
cité par les contractions accélérées du cœur, court 

une rapidité furieuse, les sécrétions sont 
pour quelque temps supprimées. 



avec 



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cîrade néanmoins avec lenteur dans un organe de 
sécrétion par suite de quelque obstacle apporté à 
la circulation veineuse, les réseaux capillaires se 
gonflent, et la partie congestionnée devient le siège 
d'une sécrétion très-active. 

C'est ainsi que, suivant une belle remarque de 
Fodera, la sécrétion de la salive devient plus ac- 
tive après la ligature de la veine jugulaire. Une 
simple pression exercée autour du cou fait couler 
en plus grande abondance la sueur- du front et 
des joues. De même l'effort, en congestionnant le 



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I 



ET DES MOUVEMENTS D'EXPKESSIO N. 



97 



système veineux tout entier, détermine une trans- 
piration abondante. 

G. Les sécrétions sont appauvries quand le 

m 

seing arrive aux organes (Viin mouvement trop 
lent et sous une pression trop faible. 

Cette proposition est démontrée par les phéno- 
niènés qui surviennent dans les cas de débilité du 
cœur et dans l'anémie. 

D. Une clouée ehaleur favorise les sécrétions^ 
un froid trop intense les supprime. 

Il semble superflu d'insister sur cette proposi- 

tion. Elle est vraie, quelle que soit la source de la 

chaleur et la cause du refroidissement. (Vovez 
art. 




E. Si^ au moment oit une sécrétion s'opère^ une 
(■ause quelconque s oppose à V excrétion des choses 
sécrétées i si y de plus^ un spasme des conduits ex- 
fréteurs comprime les lir^fuidcs coiilemis, le mou- 
l'ement de la sécrétion est suspendu, et les élé- 

, 4 

^nents déjà séparés du sang tendent à rentrer 

4- 

d(nis le torrent de la circidation. 

+ 

Nous rappellerons à ce sujet : l*' les métastases; 

^'^ les suffiisions 5 telles que celle.de bile ou 
d'uri 



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F. Si des excitations directes sont j^ortées sur 



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DE LA PHYSIONOMIE 




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un orgdiic sécréteur ou sur ses conduits, en telle 
sorte cpie la sensation clc cet organe devienne 2^1^'-^ 
distincte, la sécrétion est déterminée, et si elle avait 
déjà comîîîcncé, elle est sensiblement augmentée. 
C'est ainsi que la mulsion détermine les ma- 
melles des animaux à sécréter davantage. Lorsque 

^ 

la source du lait paraît s'épuiser, les jeunes ru- 
minants excitent à coups de tête la mamelle avare. 
De même des frictions légères sur la peau favori- 
sent son activité et déterminent des transpirations 

F 

abondantes. 

G. Si l'âme devient attentive à un organe sécrê^ 

m 

leur de manière à le distinguer plus particulier 

milieu des sensations générales cpii 



rement au 



naissent de l'organisme entier, cette attention de 
l'âme détermine une sécrétion plus active. 

Cette proposition est la conséquence d'une 
autre proposition beaucoup plus générale sur la- 
quelle nous aurons à revenir plus tard, et ne 
s'applique d'une manière évidente qu'à un 
deux organes sécréteurs. 

H. Les sécrétions s'opèrent sous F influence dit 
système nerveux tout entier et dépendent de toutes 
les causes qui peuvent exalter, affaiblir ou per- 
venir l'action nerveuse. 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



99 



Une multitLide d'observations que tout le monde 

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a pu faire et des expériences nombreuses dé- 
montrent cette proposition. On sait en particulier 
l'influence singulière que les troubles apportés 

+ 

dans le système nerveux exercent sur la sécrétion 

des mamelles, des glandes salivaires, etc. 

. Les phénomènes qui surviennent alors du côté 

L 

des glandes ne sont point une conséquence des 
modifications que les actions nerveuses déter- 
minent dans l'état des gros vaisseaux et du cœur. 
Ils paraissent, au contraire, résulter d'une action 
directe et locale. Un homme, dont la moelle épi- 
nière avait été tranchée. par un coup de feu au-des- 
sus de la sixième vertèbre dorsale, ne transpirait 
plus que parles parties supérieures au point lésé. 
Dans un autre cas, le malade, soumis aux consé- 

L 

r 

quences d'une commotion cérébrale, ne transpirait 

r 

plus que d'mi seul côté de la tête, en sorte que 
cette transpiration était exactement limitée par 
la ligne médiane. 

La sécrétion de la salive est l'une de celles qui 
subissent le plus évidemment cette influence. Les 
larmes sont dans le môme cas. On sait, en eflet, 
avec quelle abondance elles coulent dans la réso- 
lution des accès hystériques. 11 ne serait pas sans 






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DK LA PHYSIONOMIE 








intérêt d'examiner avec soin les sensations locales 
qui précèdent et accompagnent le moment de leur 
production. Malheureusement, cet examen est dif- 
fjcile dans beaucoup de cas. On ne peut faire de 
pareilles observations que sur soi-même, et dans 
le cas où les larmes coulent spontanément; qu'elles 
soient déterminées par la tristesse ou par la joie, 
on a rarement assez de puissance sur soi-même 
pour analyser les circonstances fort délicates où 
elles se produisent. Si ma mémoire, en me rappe- 
lant l'époque de ma vie où je pleurais, ne me 
{rompe pas, les larmes sont toujours précédées 

r 

d'une sensation analogue à celle que l'éblouisse- 
ment détermine. Aussi suis-je fort porté à penser 
que ces larmes delà tristesse et de la joie résultent 
des irradiations réflexes qui parcourent la cin- 
quièuie paire, dont les connexions avec le système 
viscéral sont si étendues. Je ferai remarquer, au 
surplus, que les mêmes causes qui déterminent 
l'éruption des larmes augmentent en même temps 
l'énergie de la sécrétion salivaire, et j'ajouterais 



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des 



sécrétions nasales, si leur augmentation 



ne 



pouvait être attribuée à l'action directe des larmes 
que versent les voies lacrymales sur la muqueuse 
olfactive. 



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ET DKS MOUVKMKNTS D* EXP RES SI ON. 



101 



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Oa peut résumer ainsi ces choses : (a) une exci- 
laiton Irop grande^ une faiblesse poussée jiisqu à 
la paralysie des organes de la circulation^ ta- 
^^issent les sécrétions. De même une douce chaleur 
les favorise^ un froid trop intense les supprime. 

(b) Dans tous les cas oit le mouvement centri- 
f^ige des artères prédomine sur le mouvement 

w 

centripète des veines^ les sécrétions sont à la fois 
plus rapides et plus abondantes. 

c) Une excitation locale portée sur un organe 
sécréteur rend la sécrétion plus active. Une exci- 
tation directe ou sympathique amène des résultats 

* 

analogues. 

2"* Des transsudations. Il est nécessaire de dis- 
tinguer avec soin les transsudations d'avec les 

r 

Sécrétions vraies. 

(a). Les sécrétions sont essentiellement acLivcs; 
elles exigent pour se produire rintevvention de la 
puissance nerveuse. De plus, chaque organe, clans 
l'état normal, a ses affinités électives; autre, en 
effet, est la matière de la sueur et de Turine, autre 
est celle des larmes, de la salive, du sucpancréa- 
tique ou de la bile; les glandes ne sont point de 
simples fdtres retenant certahis éléments du sang 
et laissant passer les autres : ce sont des filtres ac- 






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103 



DE LA PHYSIONOMIE 



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'tifs qui séparent, il est vrai, certains éléments du 

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sang, mais modifient en même temps les substances 
séparées pour en faire des composés ou du moins 
des mélanges nouveaux. Or, il n'y a rien de sem- 
blable dans les transsudations. 

(b). En effet, les transsudations se produisent 
quand la vie nerveuse s'éteint, quand les vraies 
sécrétions sont taries. Elles ne mpdifient point les 
matériaux du sang, dont les principes les plus 
ténus s'échappent alors au travers des trames cel- 
luleuses, et qu'on voit s'écouler parfois avec une 
rapidité effrayante soit de l'intestin, soit de la 
peau. C'est ce qu'on observe en particulier chez 

les malheureux atteints du choléra asiatique. La 
sueur froide des mourants ne paraît pas être 

autre chose. 

Les transsudations se produisant quand les sé- 
crétions sont taries, elles ne paraîtront pas dé- 
pendre des mêmes causes. Les sécrétions sont, chez 
les animaux mammifères, accompagnées de cha- 
leur; la matière des transsudations périphériques 
est glacée. Les sécrétions sont liées d'une manière 
intime au phénomène de la circulation et au mou- 

ri ' 

■ vement général de la vie; les transsudations appa- 

raissentj au contraire, quand les mouvements du 



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cœur semblent près de s'éteindre, quand le froid 
de la mort envahit les membres devenus insen- 
sibles. 

(c). Cependant les transsadations ne peuvent 
être considérées comme un phénomène absolu- 
ment passif résultant de l'extinction absolue de la 
vie; après la mort absolue, la transsudation s'ar- 
rête : un reste de vie ou du moins un leste de 
tonicité est donc une condition indispensable à sa 

production. 

L 

Essayons d'expliquer ces phénomènes. Quand 
la force vitale se dissipe, le cœur cessant de 
battre, la tunique élastique des artères réagit sans 

L 

obstacles; le derme se rétracte et les réseaux 
capillaires se vident dans les veines du sang qu'ils 
contenaient; les veines s'enflent alors. Elles s'élar- 
gissent à mesure que le sang se refroidit, et la 
séparation du caillot et du sérum commence. 

+ 

Cette expression vulgaire, que le sang se fige dans 
les veines, n'est donc point une simple métaphore. 
Lorsque, pendant l'hiver, j'essayais d'observer la 
circulation sur des grenouilles engourdies par le 

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li^oid, je trouvais les globules déformés et le sang 



coagulé dans les réseaux des membranes interdl- 

gitalea. 



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DK LA PHYSIONOMIE 



Or, quand ces phénomènes se produisent, la 
transsudation commence. Elle vient, en un mot, 
quand la circulation s'arrête, quand le froid de la 
mort envahit les parties, quand les tissus der- 
moïdes se resserrent. Dès lors, ne pourrait-on pas 
la considérer comme un dernier effort des tissus 
expulsant les parties les plus ténues d'un sang 
refroidi et rendu immobile par l'angoisse, la syri- 

i 

cope et la mort? 

' Je ne me dissimule pas toutes les difficultés que 
cette question soulève, et combien ces explica- 
tions laissent de lacunes dans l'histoire de ces 
phénomènes compliqués. Quoi qu'il en soit, il est 
certain qu'ils se rattachent aux derniers mouve- 
ments d'une vie qui s'éteint, de vaisseaux qui 
meurent : aussi les sueiirs fi'oides sont-elles, dans 
les maladies, du plus mauvais augure. Sudores 

frigidi, cum acuia febrc, vwrlem; cum mitiori, 




longitiidincm morbi significant. [k])\\. Hipp., 

■ n 

L 

sect. IV, 35.) 

Or, je n'hésite point à croire que, pareilles aux 
sueurs de l'agonie, les sueurs froides qui glacent 
dans l'épouvante, dans l'horreur portée à son 
comble, dépendent d'une suspension de la circu- 
lation, càlaquelle s'ajoutent d'autres effets résultant 



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d'un anéantissement momentané de l'influence 
nerveuse. Et en effet, elles accompagnent fré- 
quemment la syncope, qui est une mort apparente, 
et qui précède toujours la mort réelle. 

3° De la nutrition. Une analogie remarquable 

r 

rapproche les phénomènes de nutrition des se- 
crétions proprement dites : aussi convient-il d'en, 
dire ici quelques mots. 

Plusieurs causes, au jugement de tous les phy- 
siologistes, influent sur rensem}3le des mouve 
ments nutritifs. Les unes dépendent du jeu de 
l'appareil circidatoire, d'autres se rattachent aux 

■ r 

actes préliminaires et aux phénomènes intimes 
de la respiration, l'état légitime du poumon, du 

J 
J 

système vasculaire et du sang étant la condition 
nécessaire d'une nutrition normale. 

Je n'insisterai point sur ces choses. Elles trou- 
yent plus naturellement leur place dans un traité 
de physiologie générale. Mais il paraît indispen- 
sable de dire ici quelques mots de l'influence que 
le svstème nerveux exerce sur l'ensemble des 
actes nutritifs, ce point ayant avec notre objet uu 

rapport immédiat. 

A. Le syslème nerveux influe sur Vçmemhle des 



onctions intestinales^ 



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106 



DE LA PHYSIONOMIE 



Cette influence s'exerce d'une double manière, 
h savoir : en supprimant, diminuant, exagérant 
ou altérant les sécrétions intestinales ; et en second 

^ 

lieu, en modifiant la contractilité des couches mus- 
culaires de l'intestin ou même en les supprimant 

r 

tout à fait. 

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* - 

C'est ainsi qu'une émotion nerveuse supprime 
la digestion, tarit ou sollicite avec excès les sécré- 

V 

tions intestinales et souvent détermine dans l'in- 
testin tout entier des spasmes convulsifs. 

Nous croyons inutile d'insister sur ces faits, que 
nous avons suffisamment exposés tout à l'heure 
et qu'une observation vulgaire oblige à admettre. 

B. Le système nerveux n influe pas seulement 

m 

sur les actes digestifs, mais il tient sous sa dé- 
pendance le mouvement de nutrition qui renou- 
velle incessamment les parties vivantes. 

Tous les auteurs ne sont pas d'accord touchant 
la part d'influence qu'ils attribuent au système 
nerveux sur les phénomènes intimes de la nutri- 
tion, c'est-à-dire sur ce mouvement qui, rempla- 
çant cà chaque instant les éléments organiques 
anciens par des éléments organiques nouveaux, 
semble réaliser au sein de nos tissus une création 
perpétuelle. 



ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION 



107 



Une première question se présente ici : la sec- 
tion des nerfs dhtn membre influe-t-elle sur la 
niUrition de ce membre? Il y a, à cette question, 

_ • 

des réponses contradictoires. Dans un premier 
camp se rangent avec quelques physiologistes la 

■ 

plupart des médecins. Atrophia jyresso pede siib- 
sequilur memhra paralytica^ dit Kœnig. Dans 
rautre camp semblent devoir être rangés d'habiles 
expérimentateurs pour lesquels cette influence est 

r 

douteuse. 

C'est ainsi qu'on a coupé les nerfs cruraux sur 
des grenouilles sans que la nutrition du membre 
abdominal parût troublée. D'autre part, la .même 
opération, pratiquée sur un mammifère, n a amené 



qu un amaigrissement momentané du membre 

■ r 

paralysé. La conséquence de ces observations 
semble être que les nerfs et la moelle épinière 
n'ont sur le phénomène local de la nutrition 
qu\me action presque insignifiante. 

Mais les faits sur lesquels cette conséquence est 
basée et sur la véracité desquels le respect du au 
nom des expérimentateurs ne permet d'élever au- 

r 

cun doute, ces faits, dls-je, méritent d'être sou-^ 
mis à une discussion rigoureuse. 

Les membres postérieurs d'une grenouille ne 



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108 



DE LA PHYSIONOMIE 



sont point amaigris après la section des nerfs 
cruraux : donc, nous dira-t-on, l'influence de la 
moelle épinière sur la nutrition est insignifiante. 
Cette conséquence me paraîtrait éminemment 
hasardée. En effet : (a) chez les animaux inférieurs, 
et en particulier chez les reptiles, la dépendance 
réciproque oii sont entre elles les différentes par- 
ties du système nerveux est loin d'être aussi abso- 



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de la moelle épinière conserve son excitabilité et 



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Dans le courant d'avril 18/i 3, j'amputai les 
deux membres abdominaux d'une tortue grecque. 
Hait jours après, quand on irritait leurs nerfs, 
les muscles de ces membres se contractaient en- 
core. Cette expérience démontre que la propriété 
locomotive persiste dans les nerfs indépendam- 
ment de leurs connexions avec la moelle épinière. 

■ r 

Or, les expériences de M. Magendie sur la cin- 
quième paire font voir également que les nerfs 
ont par eux-mêmes, indépendamment de l'axe 
nerveux, une influence réelle sur la nutrition. 

Ainsi un nerf peut vivre, bien que ses rapports 
avec la moelle épinière aient été détruits. L'in- 



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flaence de sa masse propre peut donc suffire à la 
vie du membre lésé, surtout dans un reptile. 

Il y a chez les animaux inférieurs une ten- 
dance à la régénération des parties perdues que 
toutes les expériences constatent. Et cette ten- 
dance bien connue permet d'élever des doutes 

/ ■ 

nombreux sur le sens d'un grand nombre d'ex- 
périences faites dans le but de mesurer la part 
d'influence que les nerfs ont sur la nutrition des 
parties. 

Les expériences faites sur les mammifères 
semblent au premier abord plus concluantes. Tou-- 
tefois, en y regardant de plus près, loin d'appuyer 
la thèse de la non-influence des nerfs, elles la 

r 
^ j 

combattent. Dans ces expériences, il y a *eu d'à- 
bord un amaigrissement notable. La section des 
nerfs n'a donc pas été sans influence. Maïs, dira- 
t-on, cet amaigrissement n'a été que momentané. 
Je le veux concéder. Mais qui m'assurera que le 
l'établissement de la nutrition n'a pas tenu à quel- 
que phénomène de régénération des nerfs, phé-. 
nomène vulgaire et si habituel qu'à peine est-il 
permis de supposer qu'on puisse absolument le 
pi'évenir? D'ailleurs, si la moelle épinière n'a pas 
été détruite et dans une assez grande étendue, 



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110 



DE LA PHYSIONOMIE 



quel anatomiste serait assez hardi pour assurer 
qu'aucun nerf n'a échappé au scalpel de l'expé- 
rimentateur ? et qui pourrait dire jusqu'à quel 
point l'influence de ces nerfs n'a pas suffi pour 
entretenir un reste de vie et de force assimila- 
trice ? 

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Ces réflexions ne sont point -de pures hypo- 
tlièses. Au surplus, l'observation clinique ne 
parle-t-elle pas assez haut ? Sans doute toutes 
les paralysies n'altèrent pas la nutrition des 
membres; mais qui n'a vu dans certains cas des 
muscles paralysés par la section de leurs nerfs 

J 

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pâlir, s'atrophier et disparaître? qui ne connaît 
l'atrophie qu'amène la phthisie dorsale, si bien 
que, suivant une expérience commune, les mem- 
bres se dessèchent alors? et ne sait-on pas qu'un 
pareil effet se produit souvent dans ces affections 
rhumatismales qui paraissent avoir pour siège 
certaines parties de la moelle épinière ? 

Mais un tableau plus triste se présente à notre 

L 
L 

souvenir. N'a-t-on pas vu souvent à la suite de 
ces affections comprises sous le nom générique de 
myélites, la gangrène s'emparer de membres 
morts sur un corps encore vivant ? ^^e voit-on 

r 

pas alors avec effroi les téguments sphacélés se 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION 



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détacher, et les chairs entraînées par un ichor 
fétide tomber en pourriture? Les eschares ne 
sont-ils pas le cortège terrible des apoplexies, des 
vésanies chroniques, et de cette affection insi- 
dieuse que notre célèbre M. Esquirol a décrite 
sous le nom de paralysie générale? 

Tels sont les effets ordinaires des lésions qui 
anéantissent la puissance nerveuse. Les affections 

-• -m 

r 

morales déprimantes ont des résultats analogues ; 
la tristesse modifie profondément les sécrétions 
épidermiques. Rivale de la vieillesse et de la mort, 

r ' , 

elle dépouille les fronts qu'elle a touchés. L'hor- 
reur et l'épouvante font parfois en quelques heures 
blanchir les cheveux. Les lypémanies altèrent la 
crâse des humeurs, dessèchent la peau, détor- 



des 



et font naître une 



foule d'affections herpétiques. Souvent alors un 
Cancer caché se développe lentement et consume 

L 

les viscères, symbole terrible du mal dont l'âme 
est dévorée. 

De ces résultats mortels de la tristesse, rappro- 

r 

chons les heureux effets de la joie, des excitations 
'Vives, de l'espérance qu'amène une foi sans limite. 
Leur action vivifiante explique ces prodiges, ces 
guérisons obtenues par des formules et des amu-^ 



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11-2 



DE LA PHYSIONOMIE 



lettes, ces atrophies combattues par des moyens 
puérils, résultats étranges, et réels cependant, 
qui entretiennent dans le peuple ces croyances 
superstitieuses que la religion elle-même peut à 
peine déraciner. Elle explique aussi les heureux 
effets des distractions dans la chlorose et dans la 
plupart des états anémiques si fréquents chez 

les jeunes fdles. 

Nous pouvons donc conclure avec une véritable 
certitude, que le système nerveux tient sous sa 

_ n ■ 

dépendance toutes les actions vitales. Cette asser- 
tion n'est point neuve, sans doute, mais son im- 
portance nous imposait le devoir de la discuter. 



DES MOUVEMENTS MUSCULAIRES, DES MOUVEMENTS 
CONSÉCUTIFS ET DES MOUVEMENTS PASSIFS. 



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r 

Nous traiterons dans cette partie de 

notre travail des mouvements qu'exécutent les 
appareils locomoteurs, que ces mouvements soient 



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générales si évidentes par elles-mêmes que nous 
les donnerons ici comme des axiomes, 

Toute contraction musculaire suppose une ac- 

+ 

tion qui la détermine; 






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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



113 



En conséquence : 

l"* Une contraction musculaire faible indique 
une action nerveuse peu énergique ; 

2^ Une contraction paissante et rapide est l'ef- 
fet d'une excitation forte et instantanée; 

3^ Une action musculaire qui dure et aboutit à 
l'état de situation fixe, indique une excitation qui 

persiste; 

A° Le repos absolu d'un muscle est le signe 
d'un repos absolu dans les nerfs qui lui sont 
propres. 

En ce qui touche l'intelligence, ces propositions 
peuvent être ainsi transformées. 

l*" Une contraction musculaire faible indique 
une volonté faible et nonchalante ; 

T 

2*^ Une contraction musculaire puissante et ra- 
pide est Teffet d'une volonté forte et instantanée; 

4 

3^ Une action musculaire qui dure et aboutit à 
l'état de situation fixe, indique une volonté qui 

persiste ; 

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à"" Le repos absolu d'un muscle est le signe 
d'un repos absolu de la volonté. 



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Du souffle et de la voir. 

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114 



DE LA PHYSIONOMIE 



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duire : i" pendant un mouvement d'inspiration ; 
2° pendant le mouvement d'expiration. 

1° Le souffle qui se fait entendre pendant 
une longue inspiration, est V aspiration. Le son 
qui se produit dans l'angoisse quand l'inspi- 
ration a vaincu la résistance du larynx est le 

sanglot. 

2° Le souffle qui.se fait entendre dans une ex- 
piration prolongée est le soupir. Le son qui se 
produit au terme de l'effort (Y. art. \ II, G.) est le 
ri. Le son bref et saccadé qui se produit dans le 
rire, reçoit plusieurs sens différents. En effet, il 
passe tantôt par la bouche ouverte et tantôt par 

les fosses nasales. 

Il y a donc un rire nasal. Cette manière de 
rire n'est pas propre à l'espèce humaine. On la 
retrouve ainsi dans les espèces du genre equus. 
C'est en effet à proprement parler le hennissement 
[hinnitus). Il se produit dans un grand nombre 

d'affections opposées. 

Si le rire nasal retentit dans les fosses ethmoï- 
dales, c'est le ricanement [cachinnalio , canchas- 
mos). S'il passe à l'ouverture des narines, il a le 
caractère particulier du souffle nasal. Mais si les 
fosses nasales sont remplies de larmes, le souffle 



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ET DES MOUVEAIENTS D'EXPRESSION. 



115 



devient humide et son accentuation est plus na- 
sonnante encore, 

Haller et avec lui la plupart des physiologistes 
remarquent que la voix du rire emprunte chez 
l'homme adulte les voyelles O et ^, tandis que 
chez les enfants le rire émet les voyelles E et /. 
Or, comme le rire est plus habituel aux femmes 
et aux enfants qu'aux hommes, il est plus naturel 
que le nom onomatopique du rire soit ///. Si 
donc nous donnons à cette syllabe l'accentuation 

É 

nasonnante, le nom du rire nasal qui se mêle aux 
larmes sera km. Aussi la syllabe répétée ht ki In 
par laquelle les acteurs comiques français indi- 
quent le commencement des larmes me paraît- 
elle insuffisante. C'est hùi^ hùiy hin^ qu'il faudrait 
écrire. Pour s'en convaincre, il suffit d'observer 
les petits enfants lorsqu'ils commencent à pleurer. 

La langue grecque, plus musicale et surtout plus 

I 

imitative que la nôtre, a un mot admirable /^m- 
nuomai {pleurer). L'analogie de ce mot avec le 
hinnire des Latins est frappante. Ce même radi- 

cal onomatopique ^m^ se retrouve dans le mot 
('achinnus qu'on peut écrire cac-hinnus. 

Le radical Jd qui exprime essentiellement le 
Hre oral se retrouve dans beaucoup de mots 



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116 



DE LA PHYSIONOMIE 



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erecs et latins. Le mot hians le contient, en effet, 
bien qu'il soit évidemment détourné de son accep- 
tion primitive, car il signifie essentiellement en- 
tr' ouvrir la bouche pour respirer. Cette expression 
a plus d'une analogie avec le mot ridere, rire. 
Pour s'en convaincre, il suffira de faire prononcer 

L 

ces mots à un enfant créole. 11 ne dira point 

■ * 

?idere, mais hidere. Il ne prononcera point nmt, 

mais hîant. 

De même, si nous ne nous en tenons pas exclu- 



4 

sivement à la prononciation de notre langue, si 



nous donnons au g un son guttural et 'doux, si 
nous rappelons en même temps combien peu dans 
la prononciation des Grecs modernes l'e diffère de 
1'/, on sera obligé de reconnaître le radical hi 
jusque dans le verbe gêlaô bien que cette étymo- 
logie soit dissimulée par la différence de l'ortho- 
graphe. Mais nous le retrouvons avec une évidence 
nouvelle dans ces mots hilaris [hilarilé), et sur- 
tout dans le mot hilaros qu'on pourrait, en le 
décomposant, traduire par ces mots : hi doux 

[hi-laros). 

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Ce n'est point sans dessein que j'insiste sur ces 
choses. Elles démontrent, en effet, entre la parole 
humaine et rexpression primitive du geste, une 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. ■ 117 



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analogie qu'on a trop dédaignée peut-être. C'est 

là une mine féconde qu'on pourra un jour exploi- 
ter avec succès. , 

4 

Quand le rire passe librement par ]a bouche, on 
dit qu il éclate. S'il est contenu, il entraîne toutes 
les conséquences de l'effort immodéré; la tête se 
gonfle à l'excès, on étouffe de rire, 

Le 7i?^e convidsîf (V. art. IX) est douloureux. On 

cherche donc à le contenir en fermant la bouche, 
et ses éclats passent alors par les fosses nasales. 
Souvent alors les glandes lacrymales sont en 
même temps excitées et des larmes jaillissent des 
yeux; aussi cette expression rire aux larmes est- 
elle l'expression superlative du rire. Quoi qu'il en 

r 

soit, le caractèie nasal du rire excessif fait que 
dans les langues anciennes. on le confond avec le 
ricanement [cachlmialio^ canclumnos). 

Le rire excessif, conduisant à la congestion et 
à l'asphyxie, produit l'angoisse et alterne avec le 
sanglot. Aussi est-il dans beaucoup de cas difficile 

expressions de la joie 
d'avec celles de la douleur. 

Le rire oral est propre à l'espèce humaine et 
semble surtout particulier à l'enfance. Il se déve- 
îoppe alors en roulades et en cadences brillantes. 



de distinguer certaines 



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DR LA PHYSIONOMIE 



Ce lire franc, spontané, pur, produit un son qui 
s'éloigne de M pour se rapprocher de ha. Dans 
l'homme adulte, le rire se mêlant à des expres- 
sions étrangères cadence souvent l'interjection ho. 
Le rire de la femme se rapproche beaucoup de 
celui de Tenfant. 

r 

XX. — Disons maintenant quelques mots de 
V effort. L'effort absolu (V. art.YIII, C, 1) est muet. 
11 presse sans résultat sur la poitrine gonflée, et par 
là il détermine une congestion parfois mortelle. 

à 

Au premier abord on peut difficilement expliquer 



en quoi cette congestion dangereuse peut être 



utile à la locomotion. 
Essayons de résoud 



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n'est point utile à la locomotion proprement dite, 
mais, au contraire, à V immobilité active. Il ne peut 
être longtemps continué et conduit irrévocable- 
ment à un état d'engourdissement et de roideur, 
qu'explique aisément la congestion veineuse qui 

l'accompagne. 

On suppose, en général, que le mouvement de 
l'effort a pour but de préparer aux muscles un 
point fixe. Cette opinion ne peut être soutenue, 
et en effet, l'eflort se produit dans certains cas où 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



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une jambe seule est engagée. Or les muscles des 
membres inférieurs sont complètement indépen- 
dants du thorax et de la respiration. La théorie 
de Teffort est basée sur des faits d'un ordre tout 
différent. 

^ 

a. Tous les animaux à sang froid parmi ceux 
dont les globules du sang sont très-grands, c'est- 
à-dire les amphibiens et les reptiles, ont la faculté 
des moiiveraents très-longtemps prolongés. En un 
mot, pour parler le langage de Barthez, ils pos- 

sèdent la force de situation fixe. Leur circulation 

— ^ 

w 

est d'ailleurs très-lente, les mouvements de leur 

w 

cœur sont par moments suspendus. Ils semblent 

même avoir la faculté de ralentir ou d'accélérer à 
leur gré les pulsations de cet organe. 

■ 

h. Parmi les animaux à sang chaude ceux dont 
les artères sont longues et grêles ont des mouve- 
ments très-lents ^ ils 2^ eurent garder longtemps la. 

même attitude . Je citerai en particulier les singes 
du genre Atèles. 

c. Tous les animaux à sang chaud dont les ar~ 
tères sont grandes et dont le cœur est puissant^ ont 
la faculté de produire des mouvements énergiques 
et rapides. Mais il leur est impossible de garder 

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longtemps la même attitude active. Leur nature 



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DE L4 PHYSIONOMIE 



n'est point de continuer longtemps un mouvement, 
mais de le répéter souvent. Tels sont les mammi- 
fères coureurs et les oiseaux de haut vol. 

r 

d. Toutes les fois que, dans un animal à sang 
chaud, certaines parties doivent se mouvoir avec 

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lenteur ou conserver longtemps la même attitude, 
la nature ralentit la circulation artérielle dans ces 

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parties, en divisant dès leur origine les troncs ar.- 

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tériels en longs faisceaux d'artères capillaires. 
Cette curieuse disposition a été observée dans les 

hradypes, les fourmiliers et certains lémuriens, 
tels que le lori tardigrade , le stenojjs grêle, le 
tarsier. M. Vrolick l'a vue également aux mem- 
bres postérieurs de quelques oiseaux. J'en ai moi- 
même constaté l'existence dans la patte de Y écu- 
reuil et du rat, qui demeurent longtemps perchés 
sur leurs membres postérieurs. 

Si nous rapprochons ces faits, nous en tirerons 

r 

cette conséquence naturelle que la faculté de pro- 
duire des mouvements lents et de garder une atti- 
tude fixe est liée à un ralentissement de la circu- 
lation artérielle, et que la faculté d'exécuter des 
mouvements rapides et souvent répétés est liée, au 
contraire, à une accélération du mouvement arté- 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



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Or, ainsi que nous l'avons dit plus haut (V. art. 
VIII), quand la respiration s'exerce librement, la 
circulation s'accélère. La circulation languit, au 
contraire, quand la respiration est suspendue, et 



les réseaux capillaires s'engorgent d'un sang noir 
et veineux. 

Si donc il s'agit de produire des mouvements 
vifs et rapides, s'il faut les répéter souvent, on 

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devra essayer de respirer à pleins poumons. Sa- 
voir respirer, c'est savoir courir, nager longtemps. 

Et les professeurs d'escrime attachent avec raison 
une grande importance à donner aux mouvements 

^ 
+ 

respiratoires une indépendance complète. 

Faut-il, au contraire, soutenir un grand fardeau, 
garder longtemps la même attitude, lutter en ré- 



sistant, nous faisons un grand mouvement d'ins- 
piration, puis nous cessons de respirer; c'est là 
la vraie théorie de l'effort continu. 

Ainsi donc, en nous résumant, Veffort^ en ralen- 
tissant les mouvements du sang^ est une des condi- 

r 

tlons jjremières de la résistance. 



XXI. 



Mais si Feffort était continué au-delà 



de certaines limites, il amènerait rapidement la 
ïi^ort. Quand donc il s^agit de produire une suite 
c^e mouvements prolongés destinés à vaincre suc- 








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DE LA PHYSIONOMIE 



cessivement une résistance, il est nécessaire de 
régler le mouvement de l'effort et de le combiner 
d'une certaine manière avec la respiration. 

r 

Le mécanisme de cet effort mitigé est bien 
connu des marins et des artisans qui l'emploient 
à chaque instant d'une façon toute naturelle. 

Au moment de produire l'effort, on fait une 
grande inspiration qu'on maintient une ou deux 
secondes, en attendant le signal du mouvement. 
Puis le mouvement commence , et pendant toute 
sa durée, on pousse un cri prolongé très-semblable 
à un gémissement, mais toutefois plus ferme et 
plus accentué. 



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compose de deux parties ou de deux sons qu'on 
peut écrire ainsi : oôh, heê-ehn. La double syllabe 
oôh se produit pendant l'inspiration préparatoire, 
la diphthongue soufflée heê-ehn, est émise et pro- 



longée pendant toute la durée de 1 expiration. 

Ce cri appuyé et prolongé produit des effets 
analogues à ceux de l'effort, comme le prouve la 
congestion des veines du cou. Mais il limite ces 
effets en leur donnant une durée déterminée. Je 
prie de remarquer qu'il ne se produit jamais quand 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



123 



il s'agit seulement de lancer un coup rapide qu'on 

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retire aussitôt. Le coup de poing du boxeur n'est 
accompagné d'aucun cri. Il en est de môme de la 
riposte du spadassin. Mais le cri heê-chn accom- 
pagne toujours le cri appuyé ou poussé. Le mot 
hisser est tiré d'un cri analogue que les gens qui 
enlèvent des fardeaux poussent fréquemment. De 
même un bûcheron inexpérimenté appuie sur le 
coup de sa cognée , et fait entendre chaque fois 
le cri heê-ehn, ou plutôt sa contraction hêh ou 
hâh. Je ne puis m' empêcher de faire remarquer 
ici l'analogie frappante qui existe entre ce cri 
hâh et ces mots hache, hacher, les seuls mots 
peut-être auxquels la langue française ait con- 



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serve une véritable aspiration. Les mots aav/i , 
ascia, bien qu'adoucis, ont évidemment une source 

analogue. 

Ces remarques ne paraîtront point être (je 

l'espère du moins) un simple jeu de l'esprit. En 
effet, avant d'arriver à leur état abstrait, je dirai 
presque algébrique, les paroles de l'homme sont 
essentiellement des gestes de la voix. Dans la vie 
de l'humanité comme dans celle des individus, 
les sentiments ont dû précéder les idées. 

— Si j'ai eu le bonheur d'exposer ces 



XXII. 



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DK LA PHYSIONOMIE 



choses avec clarté, peut-être me parclonnera-t-on 
de considérer comme démontrées les propositions 

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suivantes : 

1^ 1/ effort se produit essentiellement quand on 
se irrêpare à la résistance-^ cet effort est immobile 
et muet, 

■ 

2^ Le cri de V effort se produit quand ^ d'ime 
façon quelconque ^ on mêle dans la lutte V action 
ou Vattaque à la résistance. 



De quelques autres mouvements respiratoires 



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XXIIL — Nous devons parler maintenant du 
gémissement qui ne diffère du cri poussé que par 
sa lenteur et sa faiblesse. Les cris d'un lutteur 

■ r 

blessé dont les forces s'épuisent se changent en 

w 

gémissements. Un grand nombre d'interjections 
imitent ce mouvement spontané de la voix. En 
thèse générale, le gémissement est Veffort de la 
faiblesse. C'est un dernier indice d'effort quand, 
au moment de la syncope et de la mort, le senti- 
ment des choses extérieures s'épuise par degrés. 

Quelques autres mouvements très- 
caractéristiques sont une modification du simple 
mouvement d'inspiration. Ainsi quand la circula- 








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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



125 



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tion languit, quand un sentiment de torpeur ou 
d'engourdissement opprime, comme aux appro- 
ches du sommeil ou sous l'influence de l'ennui, 
un instinct caché sollicite à de grandes inspira- 
fions. Ces inspirations appellent un air excitant, 

j 

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et de peur que cet air ne s'échauffe au contact 
des sinus olfactifs , ce qui rendrait son action 

r ' 

moins Stimulante , l'inspiration s'effectue alors par 
la bouche énormément ouverte. Une des choses 
qui soulagent et excitent le plus dans ce mouve- 

r 

ment , est l'impression que Voir froid détermine 
en touchant le j^harynx. Je ne doute point que 
ces nombreuses sympathies de l'arrière -gorge, 

sur lesquelles on a , dans ces derniers temps , 
essayé de fonder un système nouveau de théra- 
peutique, ne jouent dans renchaînement de ces 

4 

phénomènes un rôle important. 

r 

Cette grande inspiration diffère du soupir par 
sa profondeur et par l'excessive dilatation de la 
bouche ; on lui a donné un nom particulier, celui 
de hâillement. Ce mouvement est l'un de ceux 
auxquels la théorie de M. Iluschke sur l'homo- 
logie de l'expansion avec l'extension, s'applique 

* 

le plus directement. Les animaux-, en effet, s' al- 
longent en bâillant, ils s'étendent, on peut dire 



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DE LA PHYSIONOMIE 



même avec quelque apparence de vérité qu'ils 

s'élirent. 

Tous les animaux ne bâillent pas^ ou du moins 
quelques-uns bâillent rarement. Après l'homme, 
les singes et les animaux carnassiers bâillent le 

plus souvent. J'ai vu bâiller très-caractéristi- 
queraent des lapins. Je ne crois pas qu'on ait 
observé rien de semblable chez les vertébrés 

ovipares. 

De même qu'un sentiment d'engourdissement 

r 

et de stupeur commençante produit le bâillement, 
l'angoisse détermine le sanglot. Le sanglot se fait 
entendre au moment où , l'inspiration triomphant 
de la résistance de la glotte, l'air se précipite dans 
le thorax. Souvent alors la tension subite du dia- 
phragme, amenant un choc brusque sur l'estomac, 
détermine une éructation. Cette combinaison du 
sanglot avec le bruit de l'éructation produit le 
hoquet ; cette simultanéité fait que les Latins con- 
fondent le sanglot et le hoquet sous un mêm^e 
nom , singultus. De même en grec lygmos est à 
la fois sanglot et hoquet. 

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Pendant le hoquet le diaphragme agit seul, et, 
les muscles abdominaux cédant à son action, le 

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ventre est poussé en avant à chaque hoquet. Si, 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



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au contraire, les muscles abdominaux résistent ou 

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se contractent, Testomac est comprimé entre deux 



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il est frappé de deux côtés 



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opposés, et le vomissement se produit. 

Le sanglot ^ le hoquet et le vomissement sont 
ainsi des mouvements du même ordre. Ils for- 

quelque sorte, une même famille de 
mouvements^ et concourent ensemble à la produc- 
tion de phénomènes nombreux. Ils influent, en 
efFet, d'une manière directe sur la circulation et 
sur la production de la chaleur animale. Ce que 
nous avons dit de ces choses nous dispensera d'y 
revenir ici. . 

XXV. — Il y a encore quelques mouvements 

liés au phénomène de la respiration , tels que 
Véternûment, la toux et quelques autres sembla- 
bles. Le mécanisme de ces mouvements est bien 
connu ; et comme ils sont d'un emploi fort rare 
dans la mimique naturelle, nous croyons inutile 
d'y insister. Ainsi nous renvoyons sur ce point 
aux traités de physiologie générale. 

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Des mouvements spasmodiqiteSj, du lrembleme?it 

et de la raideur. 

XXVI. — On donne le nom de spasmes aux 

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effets qui se produisent dans certains systèmes, 



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DE LA PHYSIONOMIE 



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et plus particulièrement dans les muscles, quand 
riiarmonie de la puissance est troublée. 

Souvent alors des contractions, des tremble- 
ments, des paralysies, des convulsions se pro- 
duisent et passent. Tantôt un froid mortel court 
sur le corps ; d'autres fois la peau semble brûler. 
Il semble alors que le corps soit étranger à Tâme; 

r. 

elle ne le connaît plus, et, pareille à un aveugle, 
elle semble errer çà et là dans les viscères. 

C'est ainsi qu'une jeune fille hystérique devient 
tout à coup sourde, muette, aveugle et retrouve 

L 

un instant après toutes ses facultés. Tantôt elle 
bondit avec une force prodigieuse, et tantôt elle 
retombe paralysée. Parfois le moindre contact 

+ 

éveille en elle des douleurs terribles, d'autres 

L 

fois elle demeurerait insensible aux plus atroces 
lésions ou s'en ferait une volupté; elle love éveil- 
lée, agit, parle, écrit, raisonne en dormant, se 
précipite, s'affaisse, s'oublie, se retrouve, rit, 
pleure, vit et meurt cent fois en un jour, passant 
alternativement des excitations les plus vives aux 
syncopes les plus complètes. 

r 

Les spasmes se. produisent naturellement quand 
les limites normales du plaisir et de la douleur 
ont été dépassées. Aussi comme, dans le détail de 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



129 



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ces phénomènes, la nature semble ne suivre au- 
cune règle, les réactions extrêmes de toutes les 
passions se confondent, ce qu'il ne faut point ou- 
blier. 



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XXVII. 



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La roideur et le tremblement étant 



souvent l'eifet d'un spasme, l'analyse des circon- 
stances où ils se produisent n'est pas toujours 



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qui agitent certains hommes dès le début de leur j 

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vie. Toutefois, dans beaucoup de cas, on peut 
atteindre à une explication suffisante de ces phé- 
nomènes. 

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Le tremblement consiste soit dans la contrac- 
tion involontaire et répétée d'un muscle ou d'un 
système de muscles, les autres restant en repos, 
soit dans la contraction involontaire, répétée et 
alternative de muscles antagonistes. U peut être 
localisé dans un membre, dans le cou, dans la mâ- 
choire inférieure, ou agiter le corps tout entier. 
Dans ce dernier cas, il est évidemment sous l'in- 

r , 

fluence du système nerveux central et dépend 
d'incitations irrégulières dues à des excitations 
morales, à l'action du froid, à des douleurs vives, 



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DE LA PHYSIONOMIE 



trouve son explication dans une modification locale. 
Il est souvent, par exemple, l'une des consé- 
quences de la roideur. Or, celle-ci se produit, 
entre autres circonstances, toutes les fois que les 
muscles antagonistes agissent ensemble, si bien 
que les extenseurs et les fléchisseurs sont simul- 

L 

tanément contractés. Une trop brusque énergie, 
un effort maladroit ou excessif produisent la 
roideur, et comme il faut une longue étude pour 
apprendre son corps et rendre ses divers mou- 
vements indépendants les uns des autres, les pre- 
miers mouvements d'un homme qu'on élève à une 
gymnastique quelconque sont roides et contrariés. 

j 

Le tremblement est, avons-nous dit, dans beau- 
coup de cas, l'une des conséquences de la roi- 
deur. Si je fléchis mon bras, si les muscles 
extenseurs cèdent naturellement à l'action des 
fléchisseurs , le mouvement est homogène , il se 

w 

développe graduellement, le bras ne tremble pas. 

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Si, au contraire, en même temps que le bras se 
fléchit, les muscles extenseurs font effort pouf 
l*étendre , le tremblement se produit ^ et il est 
d'autant plus fort que les contractions sont plus 
étiergiques. 

La raison de ce tremblement peut être donnée 






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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION 



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d'une manière suffisante ; je dis suffisante, car les 
explications de la science ne sont jamais absolues 
et sont toujours basées sur quelque fait que l'ob- 
servation et Texpérience démontrent, mais qu'on 

r 

ne peut expliquer. 

Tout muscle a, dans l'état normal, une puissance 

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moyenne de contraction qui se produit, si j'ose le 

w 

dire ainsi, spontanément et sans effort senti. Cette 

puissance est mesurée au poids du corps en gêné- 

w 

ra] et de chacune de ses parties en particulier. 
Aussi, dans Tordre habituel, le corps est-il mu 
sans effort, sans fatigue. Nous marchons, nous 

+ 

parlons, nous nous tenons debout sans qu'une 
intervention distincte et ressentie de la volonté 

w 

paraisse nécessaire. Si, par exemple, je tends le 
bras pour indiquer, je n*ai dans ce moment la 
sensation immédiate d'aucun poids. 

Mais si j'ajoute au poids habituel du bras un 
fardeau exceptionnel, la résistance que ce nouveau 

poids oppose rend nécessaire l'intervention d'une 
Nouvelle quantité de mouvement, quantité va- 
l'iable suivant le degré de force moyenne qu'on 
l^ossède actuellement. Or, le plus souvent, ce 
^^^ouvement est tremblé. 
Un mouvement peut n'être pas tremblé d'abord 



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DE LA PHYSIONOMIE 



et le devenir au bout de quelques instants ; en 

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effet, à mesure que ce mouvement se prolonge, la 

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fatigue survient et le niveau de la force moyenne 
s' abaissant ainsi, l'intervention d'une volonté ac- 
tive devient de plus en plus nécessaire. 

Ainsi, d'une manière générale, le tremblement 

r 

se produit toutes les fois que, une résistance quel- 
conque étant opposée à un mouvement, il faut, 
pour vaincre cette résistance, faire intervenir avec 
une intention exceptionnelle la puissance motrice. 
Donnons, par exemple, une masse équivalente 
à enlever à bras tendu à deux hommes de force 
inégale. Le plus faible des deux sera obligé de 
faire un plus grand effort, et plus cet effort sera 
grand , plus les oscillations de son bras tremblant 

r 

seront étendues. Par la même raison, un homme 
vigoureux et sain a des mouvements fermes et so- 
lides, si je puis ainsi dire. Mais pour un homme 
malade et dont la force est épuisée, son corps lui- 
même est un fardeau. Il ne soulève son bras qu'a- 
vec peine. Par la même raison, un membre que la 
volonté maintient dans une attitude quelconque 
tremble quand la force de contraction commence 

à diminuer. 

Aussi est-il impossible de maintenir longtemps 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



133 



son bras étendu sans que le tremblement l'enva- 
hisse. Deux hommes de force égale, le coude ap- 
puyé sur une table, essayent la puissance de leur 
poignet; au bout de quelques instants d'efforts 
inutiles, leurs bras tremblent convulsivement et 
tremblent de plus en plus jusqu'au moment où 
toute contraction devient impossible. Ainsi, je le 
i^^pète, le tremblement survient dans les muscles 
^iii font un efFort excessif et prolongé pour vaincre 
^ne résistance , et cette résistance sera d'autant 
plus ressentie que l'énergie moyenne de l'être qui 
^git est plus faible. 
Quand la faiblesse est grande, elle se traduit 

+ 

^ussi par des tremblements de la voix. Ces trem- 
l^lenients expriment de même la grandeur de l'ef- 
^^rt que fait l'homme aflaibli pour mettre l'air en 
Vibration dans l'organe vocal. 

Ces faits nous donnent l'explication immédiate 
^^s tremblements qui accompagnent la roideur. 



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effet, la résistance à un mouvement amène 



^® tremblement. Or, dans la roideur, les muscles 
*échisseurs et les muscles extenseurs se contrac- 

r 

t^nt à la fois, se résistent réciproquement; il y a 
^^^c là une double résistance et par conséquent 
^"^ double cause de tremblement. Ce tremblement 



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134 



DE LA PHYSIONOMIE 



est parfois si rapide qu'il donne Tidée d'uii^ 

vibration véritable. 

XXYIII. — Le tremblement n'arrive dans l'effort 

qu'on produit contre une chose résistante que 

dans les conditions suivantes : 

1° La chose qui résiste est libre et ne fournit 
point un point d'appui extérieur; tel est un poids 
que le bras tient suspendu dans l'espace. Dans ce 
cas, l'effort est plus ou moins tremblé. 

2° La chose qui résiste est immobile et fixe; 
mais les muscles qui s'efforcent sur elle se décom- 
posent en plusieurs parties mobiles, les unes par 
rapport aux auties. Dans ce cas encore, le mouve- 
ment est tremblé. C'est ainsi qu'un athlète, pous- 

contre un rocher, tremble 
et vibre pour ainsi dire. Toutefois, on doit remar- 
quer que ses mains, s' appuyant immédiatement 
sur la base immobile du rocher, sont immobiles 
rnmme elle. Si donc ses bras étaient composés de 



étendus 



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moins par 



de 



XXIX. — Ces remarques expliquent pourquoi 
la roideur qui saisit les muscles maxillaires aU 
moment où la bouche est entr' ouverte, fait trem- 
bler les mâchoires et claquer les dents les unes 









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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



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vient dans la constriclion dominante des mâchoi- 
res ne le fait point trembler, les dents inférieures 
étant alors fixées contre les dents supérieures. 
Toutefois, certains mouvements latéraux sont quel- 
quefois possibles et font grincer les dents, ce qui est 
une expression puissante d'énergie spasmodique. 
Ce mouvement de roideur très-marqué dans les 
mâchoires elles-mêmes peut s'étendre à la langue 
qui s'élève alors contre le palais à la manière 
d'une lame élastique et plus ou moins rigide. Si, 
àans le moment ou la langue est ainsi roidie, le 
souffle d'une expiration passe sur elle, certains 
phénomènes se produisent dont l'examen présente 

Q;uelque intérêt. 

XXX. — Parmi ces phénomènes, le plus immé- 
diat est l'émission d'un bruit vibrant qu'on peut 
écrire ainsi : Rrrr. Ce bruit peut subir naturelle- 

r 

ttient plusieurs modifications qu'il est utile d'ex- 
pliquer. 

1° Si, au moment où le bruit Ihw est produit, la 
lèvre inférieure, légèrement tendue, s'applique 
contre les dents inférieures et affleure de son bord 
le tranchant des incisives supérieures, le souffle 
ï"eçoit alors le caractère labial, et son écoulement 



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136 



DE LA PHYSIONOAIIE 



contre la lèvre inférieure produit le bruit Fff. T)n 
mélange contenu de ces deux bruits résulte un 

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bruit composé qu on peut écrire ainsi : Frn\ 

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2" Si la rétraction du peaussier cervical décou- 
vre les dents inférieures, la lèvre n'affleure plus 
le tranchant des incisives. Dans ce cas le bruit F 
ne se fait plus entendre, et de nouvelles modifica- 
tiens apparaissent; ainsi {a) tantôt la pointe de 
la langue touche aux dents supérieures; le souffle 
prend alors la valeur d'une dentale, et l'on entend 
un bruit particulier : T?^i'r. 

r 

{b) Tantôt la pointe de la langue touche aux 



du palais 



homoG;ène Rrrr. 




Ou bien la langue rétractée touche aux par- 
ties postérieures du palais ; dans ce cas, le souffle 

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prend un caractère guttural, et le bruit qui se 
produit alors peut s'écrire ainsi : Gii^7\ Remar- 
quons qu'on passe naturellement du premier au 
dernier de ces bruits, à mesure que la langue se 
rétracte et se retire vers l'arrière-gorge. 

Ces quatre bruits : Frn^, Trrr, Brrr, 
Grrr, sont les racines primitives et éminemment 
naturelles d'une multitude d'expressions ou d'ono- 
matopées directes et dérivées. Ainsi : 




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De Frrr découlent naturellement les mots 

9pl^, çp^Gcto, (ppif^aGaoïxau Frîgiis^ et en français 
les mots frimas^ froid^ frémir^ frayeur^ en pro- 
cèdent également. Ce même radical se retrouve, 

L 

quoique d'une façon moins directe, dans ces mots 
fragor^ fracas ^ etc. 

De 7>rr viennent non moins directement ces 
mots Tpsp.w, tremor [tremblement ^ terreur). 

viennent pîyoç [froid)^ qu'il faut pro- 
noncer ainsi rrhigos à cause de l'esprit rude, et 
par suite les mots rîgor^ rîgidus [roîdeur). Ce 

mot admirable, horror^ vient de la même source, 
et comme la corrugation accompagne le frisson, 

+ ■ 

horridiis signifiera en même temps horrible et 

r 

hérissé. Les mots rhonchiis^ PT/.*^? {ronflejnent) 

r 

ont la même origine ; nous ajouterons encore le 
mot rugir, et nous pourrions en citer beaucoup 

d'autres. 

Du radical Grrr, vient le mot gronder, qu'on 

applique fort poétiquement au tonnerre. 

L'orthographe adoucit la plupart de ces expres- 
sions; mais elles ont dans le langage oral une 
accentuation qui en rappelle l'origine première. 

à ' 

C'est ainsi que le double R se prononce très-diffé- 

^ 

remment dans terre et dans terreur. De même 

8. 



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138 



DE LA PHYSIONOMIE 



la syllabe ru, dans rugir et dans ruban. Je ferai 
même remarquer que dans les mots analogues les 
mêmes lettres sont dites de façon à mettre l'ex- 
pression à l'unisson de l'idée ; c'est ainsi que VR 



pi 



f^ 



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^ 



dans fraîcheur; que dis-je? le même mot peut re- 
cevoir, suivant les occasions, une prononciation 

r 

très-différente. Dans ces deux phrases : Cette 
mère gronde son enfant, le tonnerre gronde, VB 
du mot gronder est dit de deux manières qu'un 
orateur ne confondra jamais. 

L 

Un grammairien peut se passer de dire ces cho- 
ses, mais un physiologiste les devait au moins 
signaler. Homère parle de certaines choses que 
les dieux nomment d'une façon et les hommes 
d'une autre. Or, les noms donnés parles dieux ne 
sont-ils pas ces expressions mêmes de la nature? 
Le moment où elles furent oubliées ne fut-il pas 



celui de la i 
des langues? 



plutôt de la dispersion 



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XXXII. — Les expressions dont je viens parler 
ne sont pas exclusivement propres à l'espèce hu- 
maine. Nous les retrouvons également dans quel- 
ques animaux. 

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Mammalîa pilom in terra gradiunlur loqnen- 






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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



139 



tîa, dit admirablement Linnœus. 11 ne serait pas 
sans intérêt de rechercher où s'arrête ce langage. 
Quoi qu'il en soit, cette consonne R en est un des 
principaux éléments. C'est ainsi qu'un chien qui 
menace n'aboie point, il gronde. Le chat qui fré- 
mit sous les caresses fait entendre un ronflement. 

j 

Dans sa fureur terrible le lion rugit, et le cheval 
qui l'entend, vibrant d'épouvante, fait entendre 
un souffle rude et saccadé où le bruit Brrr se pro- 
duit avec une énergie proportionnée à son effroi. 

Ce bruit remarquable se retrouve encore dans 
le grincement du singe, dans le petit cri en trilles 
des sajous, et dans celui de quelques rongeurs. 

Je ne doute pas que la faculté d'émettre cette 

w 

articulation ne puisse être observée dans la plu- 
part des animaux mammifères, soit comme expres- 
sion de fureur, soit comme résultat de crainte et 
d'épouvante. 

De quelques bruits qui résuUent du tremblement 

des peaussiers. 

XXXIII. — Le tremblement qui agite si fré- 
quemment les grands peaussiers des animaux, est 
quelquefois volontaire, et plus souvent automati- 
que; à l'aide de ce mouvement rapide, quelques- 
uns agitent, je dirais presque secouent leur peau 



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140 



DE LA PHYSIONOMIE 



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comme un manteau. C'est ainsi qu'on voit frémir 
la peau des chevaux sous la piqûre d'une mouche 
ou sous l'atteinte du fouet. Ils repoussent ainsi 

■ 

certains diptères, leurs ennemis perpétuels. 

Lorsque le mouvement des peaussiers ne suffit 
pas, le corps entier leur vient en aide. C'est ainsi 
qu'un cheval vicieux s'agite pour se dérober à son 
fardeau. Ces mouvements sont toujours accompa- 
gnés d'un certain bruit. Mais ce bruit est surtout 
marqué chez certains animaux dont les poils, mé- 
tamorphosés en piquants, forment une armure 
défensive. On doit distinguer le mouvement qui 

redresse et hérisse les piquants d'avec celui qui 

L 

les agite; les piquants du hérisson, par exemple, 
se redressent, mais demeurent ensuite immobiles. 

Ceux du porc-épic, plus faibles à cause de leur 
longueur et moins favorablement disposés, se re- 
dressent à la fois et s'agitent rapidement. Cette 
agitation produit un bruit hétérogène et subit 
semblable à un grand frémissement, et ce bruit, 
né du choc de leurs armes, défend mieux ces ani- 
maux que leurs piqûres ne le pourraient faire. On 
peut rapprocher ces bruits de ceux que les din- 
dons et les paons produisent lorsqu'ils font vibrer 
les plumes de leur queue étalée en roue. 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



141 



On n'observe rien de semblable dans les rep- 
tiles, les amphibiens et les poissons. Ces animaux 

r 

ne tremblent pas. Je ne terminerai point sans faire 
remarquer la grande analogie qui existe entre les 
bruits qui résultent de cette cause et la stridula- 

r 

tion des insectes. 



DE l'action et de LA SENSATION, 



De l'application des sens en général. 



XXXIV. 



Les sens révèlent à l'animal l'exis- 



tence des choses extérieures. Sans les indications 
qu'ils fournissent, il demeurerait isolé du monde, 
végétant à peine et s'ignorant lui-même. Lorsque 
l'être sensible aime, désire, poursuit une chose, il 
poursuit bien moins cette chose que les sensations* 

qu'elle détermine. 

Ainsi les sensations sont, dans l'homme du 

n - 

moins, les causes déterminantes de l'action. Si la 
sensation est nulle ou faible, si elle ne correspond 
à aucun besoin présent elle sera à peine aperçue. 

+ 

Le corps demeurera impassible. Si la sensation est 
vive et distincte, elle sollicite des mouvements au- 
tomatiques très-apparents. Si elle est faible, mais 
intéressante, tous les mouvements du corps sont 




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142 



DE LA PHYSIONOMIE 



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en quelque sorte attirés par elle. Si elle convient 
en même temps à la nature de l'être qui sent, si, 
en un mot, elle éveille le sentiment du plaisir, le 
corps tout entier semble appeler cette sensation; 
si elle est au contraire douloureuse, le corps la 

* 

repousse et s'en éloigne. Si l'objet qui excite l'at- 
tention de l'être sensible réveille des sentiments 
agréables par certaines de ses qualités et des sen- 
timents désagréables par quelques autres, les 
mouvements du corps se décomposent en quelque 
sorte en deux directions opposées. Enfin, si la sen- 
sation éprouvée est à la fois intéressante et dou- 
loureuse, le corps se dirige vers son objet, mais 
avec des précautions préliminaires dont l'analyse 
est du plus haut intérêt. 

On me pardonnera d'entrer à cet égard dans 
quelques détails. Je voudrais être bref, mais il ne 
faut rien omettre d'essentiel. 

XXXV. — D'une manière générale, le mouve- 
ment de l'être sensible vers un objet qui le solli- 
cite s'appelle Attention ; si la sollicitation est plus 
vive, il reçoit le nom di Attraction. La douleur 
qu'éveille une sensation mauvaise sollicite deux 

mouvements divers, l'un de ces deux mouvements 
porte à refuser^ l'autre porte à s'éloigner. 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



143 




Ceci posé, parlons en premier lieu 



de VAjjpUcation de Vœil. 



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Si une douce lumière vient 



à frapper l'œil, l'instinct de voir est éveillé. L'œil 
se dirige vers l'objet lumineux, il devient attentif. 
Dans cet état, l'œil est bien ouvert, la pupille est 
visible dans toute son étendue, et la ligne du 
sourcil est ferme et développée. Les deux yeux 

r 

sont alors, quand toutefois la chose est possible, à 
la fois dirigés vers l'objet, en sorte qu'ils conver- 
gent si l'objet est rapproché; s'il s'éloigne, ils de- 
viennent de plus en plus parallèles, et s'il vient 
tout à coup à disparaître, ils divergent légèrement, 
comme s'ils voulaient le retrouver en embrassant 

r 

à la fois un plus grand espace. 

2° Vision difficile. — Si l'objet est fort petit ou 
faiblement éclairé, le moyen le plus direct d'en 
favoriser la perception est de soustraire la rétine 
à toute autre influence, en ne laissant autant que 
possible arriver sur elle que les rayons lumineux 
qui partent de l'objet. On obtient ce résultat, du 
moins d'une manière suffisante, en regardant au 
travers d'un tube qui soustrait l'œil à l'action des 
rayons lumineux qui viennent dans des directions 
différentes. C'est aussi dans ce but que nous fer-- 



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144 



DE LA PHYSIONOMIE 



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mons à demi les yeux, tandis que la joue, devenue 
plus saillante, forme avec le sourcil contracté une 
sorte de rempart infundibuliforme autour de l'œil. 
Dans ce moment, la contraction de l'orbiculaire 
attire en quelque sorte vers l'œil toutes les parties 
de la face. La commissure externe des yeux se 
ride, le sourcil se fronce et s'abaisse, les côtés du 
nez se couvrent de plis, la narine est tirée consé- 
cutivement en haut, et la lèvre supérieure tout 
entière étant entraînée dans ce mouvement, les 
dents supérieures sont laissées à découvert. En 
même temps, les muscles zygomatiques venant en 
aide à l'action de Torbiculaire, les commissures 
buccales sont tirées en dehors, et cet ensemble. 

donne lieu à une grimace où domine un sourire 
désagréable. 

3** Vision contrariée. Il peut arriver que, lors- 



qu'on regarde un objet, l'œil soit ébloui par une 



lumière étrangère venant dans une direction dé- 
terminée. 

. Si cette lumière vient d'en haut, comme cela a 
lieu le plus ordinairement, on détruit son in- 
fluence nuisible à la netteté de la vision, en plaçant 
au-dessus de l'œil une sorte d'écran. Les visières 
qu'on met aux coiffures des chasseurs ont surtout 






!v 



ET DES MOUVEMENTS D'EXPKES SION. 



145 



cette utilité. C'est dans le même but que les sour- 

r 

cils s'abaissent vigoureusement au devant de l'œil 

w 

i 

et qu'on aide souvent à cette action en étendant 
la main au-dessus du visage. 

Si la lumière inopportune vient d'un côté seu- 

r 

L 

lement, l'œil de ce côté se ferme, et la saillie du 
nez protégeant l'autre œil, c'est avec celui-ci 

qu'on regarde. 

Si la lumière étrangère vient d'en bas, des rai- 

sons semblables veulent que les deux joues s'é- 

\ m 

lèvent comme un rempart, tandis que le sourcil 
s'élève ; ce mouvement, dû surtout à l'action des 

L 

J 

zygomatiques, amène des mouvements consécutifs 

qu'il est aisé de prévoir. 

11 peut arriver que l'impression d'une lumière 
vive détermine une sécrétion trop active de larmes. 
Ces larmes, coulant en nappes ondulées au devant 
de l'œil, rendent la vision moins distincte. De là la 
nécessité de les chasser en essuyant fréquemment 
le globe oculaire. Le mouvement des paupières 
dans l'action de cligner n'a point d'autre but. De 
même on se frotte, on s'essuie les yeux au mo- 
ment du réveil , afin de rendre la vision plus dis- 



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embarras de la vision. 



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146 



DE LA PHYSIONOMIE 



/i'^ Vision douloureuse. Si l'objet que l'œil re- 
garde est trop lumineux ou entouré de trop de 
lumière, il produit une sensation douloureuse, 

h 

celle de l'éblouissement. L'ouverture oculaire se 
plisse et se contracte, les larmes coulent en abon- 
dance ; beaucoup de mouvements accessoires se 
produisent enfin, qui ressemblent tous à ceux de 

r 

la vision difficile et de la vision contrariée. 



5" Vision nulle. Si l'œil cherche et regarde dans 



les ténèbres, l'œil s'ouvre démesurément. La pru- 
nelle nage dans le blanc de l'œil, la pupille est 
alors énormément dilatée. 

L 

Tous les mouvements dont nous venons de par- 
ler se produisent lorsque les organes de la vue 



-^ 



sont appliqués à un objet unique. Mais il peut 
arriver qu'on regarde plusieurs objets à la fois 
afin de découvrir s'il existe entre eux certains 



rapports géométriques. 



4 

6° Vision simultanée. 11 peut arriver, par exem- 
ple, qu'on cherche à déterminer si trois points 
pris dans l'espace sont en ligne droite. Dans ce 
cas , on ferme un des deux yeux et on regarde 
exclusivement avec l'autre. C'est ce qu'on appelle 
viser. Ce mouvement se produit en général quand 

w 

on embrasse plusieurs points à la fois dans une 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



147 



-I B 

certaine étendue. Mais il se produit aussi, dans le 
cas où l'on cherche à découvrir un objet si petit, 

qu'on se trouve, pour le regarder d'assez près, 
dans la nécessité de n'y appliquer qu'un seul œil 
à la fois. 

7*^ Repos de VϔL Lorsque le sommeil, l'extase 
ou la mort éteignent par degrés l'activité senso- 
rîale , les yeux entraînés par les muscles obhques 
s'élèvent et convergent et se cachent ainsi sous la 
paupière supérieure. Sous ce point de vue, le 
nerf pathétique peut être considéré parmi les nerfs 

de l'œil comme YuUimum moriens. Ce mouve- 
ment est l'un de ceux dont l'expression est la plus 

puissante. * 



XXXVII. 



Dans l'homme et dans les animaux 



dont les orbites sont dirigés en avant, la face tout 
entière se. tourne en général vers l'objet. Mais 
dans les animaux où les orbites sont divergents , 
les yeux ne peuvent s'appliquer commodément à 

w 

un même objet ; aussi ces animaux regardent-ils 
le plus souvent avec un seul œil. Cette disposition 
est fort habituelle aux animaux timides , auxquels 
il importe de surveiller l'ennemi pendant la fuite 
^fin de mieux éviter ses atteintes. Cette tendance 
à. regarder en arrière sans tourner la tête n'est 



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148 



DE LA PHYSIONOMIE 



cependant point l'apanage exclusif de ces ani- 
maux. Ceux-là même dont les orbites ont leurs 
axes à peu près parallèles , la présentent aussi 
dans quelques cas. Ces axes tendent alors à s'é- 
carter, et dans l'impossibilité où la plupart des 
animaux se trouvent d'exécuter ce mouvement 
d'une façon suffisante, les deux yeux se portent 
alternativement à droite et à gauche , et oscillent 
entre deux limites infranchissables. 

Je ferai voir, dans les paragraphes suivants, 
l'importance de ces remarques. Pour le moment, 
j'ai dû me contenter de les énoncer. 



DE l'application DE l'OREILLE. 



XXXVIII. — Nous distinguerons naturellement 
les animaux qui ont une oreille externe figurée en 
pavillon mobile, d'avec ceux qui sont privés de 
cet organe, ou chez lesquels il est presque abso- 
lument immobile. 

A. Animaux doiil V oreille externe est mo- 
bile. 



i° Si l'animal écoute un son qui résonne en 
avant , les pavillons se dressent et porten de ce 






ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



149 



côté leur ouverture. Si les sons résonnent derrière 
l'animal, les deux pavillons se dirigent en arrière. 
Si l'animal cherche à distinguer un bruit ou à re- 
connaître sa direction , tandis qu'une des oreilles 
se porte en avant, l'autre se tourne en arrière, et 

w 

chaque oreille se portant alternativement dans 
des directions opposées, elles explorent ainsi l'ho- 
rizon. 

2^ Audition difficile. Les mouvements dont 

r 

nous venons de parler se dessinent de plus en 
plus quand l'audition est difficile. Les oreilles 
sont non-seulement dressées mais tendues dans 

L 

la direction d'où vient le bruit. 

3** Audition douloureuse. Si le bruit éveille des 
vibrations douloureuses, les deux oreilles se cou- 
chent et se replient en quelque sorte vers le cou ; 

L 

dans ce cas, la transmission des sons jusqu'à l'o- 
reille est rendue moins facile. 

h"" Audition contrariée. Certaines causes qui 
portent obstacle à la netteté de la perception des 
sons, peuvent tenir à certains états anormaux de 
Toreille^ tels qu'une oblitération de la trompe 
d'Eustache par des mucosités attachées à son 

4 

orifice interne , ou bien l'obstruction 



du 



externe par une cause quelconque. De ces deux 



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150 



DE LA PHYSIONOMIE 



causes 



d'embarras résultent deux mouvements 
très-habituels à l'homme. L'un consiste à se pré- 
parer à mieux entendre en toussant et en se ra- 
clant à plusieurs reprises le gosier. L'autre mou- 
vement a pour but de dégager les orifices externes 
de l'oreille, soit en secouant la tète pour écarter 
les cheveux, soit en les rangeant avec la main, 
soit enfin eu allant plus profondément chercher 
l'obstacle à l'aide d'un doigt introduit dans le con- 
duit auditif externe. Remarquons que ce mouve- 
ment qui n'appartient qu'à l'homme a, si j'ose le 
dire ainsi, plus de profondeur que les autres. 11 

ne d'une sêne très-grande apportée à l'au- 




dition.. 



B. Ammaiix dont l'oreille externe est immo- 
bile. 

Les animaux qui n'ont point d'oreille externe 
mobile et ceux qui n'ont qu'un pavillon rudimen- 
talre ne peuvent diriger leurs oreilles elles-mêmes 
vers le lieu d'où viennent le bruit ou le son. Dans 
ce cas, c'est la surface externe du crâne et de la 
face qui fait office de pavillon. Et dans l'impossi- 
bilité où l'animal se trouve de rapprocher à la 
fois du même point les deux côtés de la tête, il 



■_- V- 







ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



151 



n'écoute que d'une seule oreille à la fois, mais il 
les emploie alternativement Tune et l'autre 5 soit 



pour prévenir la fatigue d'une seule oreille, soit 



pour les faire participer toutes les deux à de 
douces impressions. Ce mouvement est bien mar- 
qué chez l'homme et chez certains animaux que 



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la musique charme, tels que beaucoup d'oiseaux 
et de sauriens et peut-être -même quelques ophi- 

diens. 



Dans quelques genres où l'influence de l'homme 



r 

a créé des races distinctes, l'oreille subit des mo- 

W _ 

difications très-étendues. C'est ainsi que, tandis 
que les chiens à demi-sauvages ont l'oreille droite 
et pleine de mouvement , les chiens que la civili- 
sation a modifiés ont au contraire l'oreille flasque 

n m ^ 

et pendante. Ils ne peuvent la dresser, mais tout 



^ 

au plus la soulever en érigeant sa base. Aussi 



essaient-ils de compenser cette imperfection en 

écoutant de côté, ce qui arrive souvent aux chiens 
les plus intelligents. Tout le monde a pu faire ces 
remarques, qui, pour être vulgaires, n'en sont pas 

moins d'importance. 



DE l'emploi du NEZ. 



XXXIX. — Le nez peut être considéré comme 






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152 



DE LA PHYSIONOMIE 



organe respiratoire et comme appareil d'olfac- 
tion. Les deux ordres de mouvements correspon- 
dant à ces deux fonctions sont d'ailleurs inces- 
samment combinés. 

Chez l'homme les narines sont actives pendant 
Yinspîration. Elles se dilatent et s'élèvent légère- 
ment chez quelques hommes; la pointe du nez 
s'abaisse alors, mais d'une manière insensible. 

Pendant Y expiration, les narines sont flasques 
et molles, et, repoussées par le souffle, elles se 
gonflent légèrement. 

Les singes n'ont point les narines mobiles et 

r 

ces mouvements n'y sont jamais apparents. Ils le 
sont au contraire à l'excès chez quelques mammi- 
fères, tels que les chevaux. Chez d'autres animaux, 
les narines elles-mêmes sont peu mobiles ; mais, 

r r 

en revanche , le nez , dans sa totalité , a beaucoup 
de mouvement, et souvent il devient alors un 
organe de toucher. Les mouvements des narines 

+ 

sont nuls dans les oiseaux et dans la plupart des 



ovipares 



qu 



habituels 



barrassée par un obstacle, l'animal cherche à re- 
jeter cet obstacle par une expiration brusque 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



153 



XL. 



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Pendant cette expiration l'homme soulève ses na- 
nnes, et les côtés du nez se froncent comme pour 
laisser un libre passage aux choses expulsées. Ce 
mouvement témoigne d'un embarras local. 

Plusieurs de ces mouvements se repro- 
duisent dans le cas oii le nez agit comme organe 
d'olfaction. 

j 

1° La simple attention du nez en tant qu'organe 
olfactif s'exprime par une légère dilatation des 
narines ; mais lorsque l'attention se prête aux exi- 

r 

gences d'une analyse délicate et subtile, ce mou- 
vement reçoit quelques modifications intéressantes 
dont l'ensemble caractérise l'action du plaisir. 

_ * 

Dans le flair, le nez se couche légèrement, il se 
dilate et une inspiration saccadée fait entrer à 

petits coups les effluves odorantes. Dans l'homme, 
l'action de flairer a toujours la forme de l'inspi- 
ration. Mais il n'en est pas de même dans les ani- 
maux. 

En effet, chez un grand nombre de mammi- 
fères existe un appareil olfactif supplémentaire 
qu'a découvert, le premier, le célèbre Jacobson. 
Cet appareil est fort développé dans les herbi- 
vores, où il paraît jouer un rôle important ; et il 



degré, d 



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9. 



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154 



DE LA PHYSIONOMIE 



animaux carnassiers. On s'assure, par l'expé- 
rience, que rien ne peut pénétrer dans cet organe 
accessoire que pendant un brusque mouvement 
d'expiration. Aussi, certains animaux mêlent-ils 



fl 



souffle 



aux mouvements ordinaires du 
nasal assez rude qui n'a, dans l'homme, aucun 
analogue. L'organe de Jacobson juge de la nature 
des choses odorantes , mais non de la direction 
des effluves. 11 contribue à la finesse des percep- 
tions, mais il ne concourt point à leur étendue. 

2° Olfaction difficile. L'insistance avec laquelle 
flaire un animal, indique la difficulté de la per- 



ption 



dissipant 



de 



Certains animaux emploient à sa solution une 
finesse singulière. Leur tête se portant en avant, 
ils interrogent toutes les directions, toutes les 
voies. L'homme n'a qu'un diminutif de ces mou- 

h 

vements. 

30 Olfaction contrariée. Les causes qui appor- 
tent un obstacle à l'exercice de l'olfaction étant 
identiques à celles qui empêchent la respiration 
nasale, sont combattues de la même façon par des 
expirations brusques et expulsives. 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION.. 



153 





r 

h° Olfaction douloureuse. Si la chose qui a 
sur les fosses nasales détermine des impressions 
désagréables ou douloureuses, plusieurs mouve- 
ments très-difficiles peuvent se produire. Or, il 
faut distinguer trois cas : 

Les exhalaisons odorantes ont été introduites 
dans les fosses nasales; on s'efforce alors de les 
rejeter par une expiration brusque. La lèvre supé- 
rieure est presque toujours entraînée dans ce 
mouvement qui ressemble à celui de l'olfaction 
contrariée , bien qu'il soit en général plus pro- 
longé. C'est là une expression de rêpidsion. 

Les matières qui blessaient le sens de l'ol- 
faction ayant été rejetées, on s'efforce d'en pré- 
venir l'introduction nouvelle. Dans ce cas, le nez 
se recourbe 5 les narines s'appliquent contre la 
cloison , et la lèvre supérieure , relevée par son 

■ 

releveur propre et refoulée par la lèvre inférieure, 
s'applique comme un appareil contre les ouver- 
tures nasales. Ce mouvement exprijne un refus 
formeL 



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Une odeur étant mauvaise, on veut néan- 
moins l'analyser. Dans ce cas, on obture à demi 
son nez, ainsi que nous venons de le dire , et on 
ne laisse passer les inspirations du flair que par 



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156 



DE LA PHYSIONOMIE 




une ouverture fort étroite. Ce raouvemeiit résulte 
de cet instinct naturel qui porte les êtres à se 
protéger; il exprime à la fois le doute, le soupçon, 

a répugnance et le dé " 

XLl. — Tous ces mouvements sont à peu près 
l'apanage exclusif de l'homme, la lèvre supérieure 
ne se distinguant d'avec le nez comme appareil 
nettement limité que dans l'homme et dans les 
vrais primates. Je veux parler ici des singes ex- 
clusivement. " 

Ces observations sont simples et vulgaires ; 

aussi l'insistance avec laquelle je les signale 

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pourra-t-elle paraître au premier abord superflue. 
Mais les mouvements habituels sont les princi- 
paux éléments de la mimique naturelle, et la ri- 
gueur de la méthode expérimentale ne permet 

j 

d'en négliger aucun. 



DE l'application DE LA BOUCHE. 



XLII. 

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pect multiple. 



bouche 



1° De la bouche considérée comme organe de 



préhension. 



Les lèvres et les dents étant, chez 



la plupart des animaux, les agents principaux de 
cette fonction, l'homme lui-même, dans certaines 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION." 



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occasions accessoires, saisit avec les dents et les 
lèvres, et, sous ce point de vue, le type animal 
se dessine encore chez lui.- 

Les mouvements des lèvres comme organes de 
préhension sont bien connus. L'homme les pré- 
sente à un haut degré, et parmi les primates, ils / 
sont surtout marqués chez les singes anthropo- 
morphes. Les carnassiers ne saisissent point avec 
leurs lèvres ; mais ces organes ont dans ce but un 



mouvement très-prononcé dans les herbivores , et 
plus particuhèrement dans les chevaux. 

L 

Les mouvements préhensiles des lèvres sont 

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très-significatifs; on les voit alors s'avancer en 
pointe en s' écartant légèrement. Dans ce mouve- 
ment, la muqueuse se renverse légèrement àl'ex- 

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tériear. Puis, quand l'animal a saisi l'objet qu'il 

■ 

désire, il les ramène vers la bouche par un mou- 
vement inverse qui fait rentrer en quelque façon 
dans cette cavité la face cutanée des lèvres. 
Chez un grand nombre d'animaux la langue 

r 

aide et supplée à leur action en tant qu'organes 
préliensibles; c'est ainsi que les animaux carnas- 
siers et les ruminants, parmi lesquels je citerai 
plus particulièrement la girafe, en font un fréquent 
usage. On retrouve dans l'homme enfant des mou- 



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158 



DE LA PHYSIONOMIE 



vements analogues. Mais comme ils rappellent la 
voracité brutale des bêtes, les hommes chez les- 

r 

quels le sentiment de la moralité s'élève, en pros- 
crivent l'emploi. 

Les lèvres et la langue étant en général des or- 

r 

ganes fort délicats et d'une faible énergie motrice, 
on conçoit qu'instinctivement elles ne seront 
Jamais employées à la préhension des objets trop 
résistants, ou de ceux qui affectent péniblement la 
sensibilité de l'animal ; ainsi l'emploi de la langue 
et des lèvres, dans la préhension d'une chose, 



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fois que cette chose fl 



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pour saisir avec plus de force. Si elle résiste 
passivement comme le font les herbes que broute 
le ruminant, les dents et les lèvres agissent à là 
fois ; mais si la proie est vivante , si elle lutte, les 
lèvres s'écartent, et les dents, mises à découvert, 
deviennent les agents exclusifs du rapt violent et 
de la préhension furieuse. 

C'est aussi avec les dents exclusivement que 
les carnassiers saisissent et mettent à mort cer- 
tains ennemis objet de leur haine, mais dont 
l'odeur les révolte, de peur sans doute que cecon- 



t. 






ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION 



159 



t 



tact impur ne blesse les parties sensibles. Des 
mouvements analogues sont quelquefois obser- 
vés dans l'espèce humaine. 

Ea nous résumant, l'action de saisir avec les 
dents exclusivement correspond à un sentiment de 

fureur et de dégoût. 

F 

2** De la bouche en tant que ses mouvements re- 
fusent ou rejettent. 

Lorsque l'introduction d'une substance qui ré- 

ri 

pugne menace l'animal, les lèvres se pincent par 
un effet de la contraction de leur orbiculaire; 
en outre, les dents se serrent, en sorte que la 

■ 4 

bouche est hermétiquement fermée. Cet ensemble 
de mouvements se développe chez les enfants 
avec une extrême évidence, lorsqu'on essaye de 
leur faire prendre un médicament dont la saveur 
les révolte. 

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Si une substance capable de fatiguer ou de 
blesser l'un des modes de la sensibilité dont la 
bouche est le siège , a été introduite , elle est 
aussitôt rejetée. Il importe de ne rien omettre 
dans l'analyse de ce mouvement. 

Si l'impression reçue déplaît simplement, ou 
pour dire plus naturellement ne plaît pas; en un ' 
mot, s'il s'agit d'une sensation fade ou ennuyeuse, 




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160 



DE LA PHYSIONOMIE 



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ejette la chose qui la fait naître; mais, dans 
l'ordre physiologique, Faction dans un système or- 
ganique étantproportionnelle àTimpression reçue, 



on rejette cette chose indifférente avec indiffé- 
rence. Ce mot de rejeter peut donc paraître trop 

fort; il enferme l'idée d'une action trop énergique. 
Il vaudrait mieux dire que la bouche ne retient 
plus cette chose, qu'elle la laisse s'écouler et se 

perdre. Dans ce mouvement empreint d'une su- 
prême indifférence, la lèvre inférieure et la ma- 

L 

choire elle-même retombent abandonnées à leur 

poids. C'est là un exemple entre mille du mouve- 
ment passif. 

Si la sensation dont il s'agit détermine plus 




\ d'impatience, on rejette avec plus de force. La 
lèvre inférieure fait alors saillie comme un bec 
d'aiguière, et dans ce mouvement les coins de la 
bouche s'abaissent. Ce mouvement est complété 

par une respiration soufflée qui chasse sur la lan- 
gue ainsi avancée en gouttière la substance qui 

éveille le dégoût. 

6') Si l'impression reçue détermine une sorte 

de douleur mêlée d'angoisse, si elle se répand sur 

r 

tonte la muqueuse orale, la salive coule en abon- 
dance pour laver en quelque sorte les parties 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. " 



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souillées de la cavité buccale, et une expiration 
brusque, raclante, déblayant l'arrière-gorge, ra- 
mène tous les liquides vers la partie antérieure de 
la bouche dont l'expuition les chasse. Le mot ex- 
puîtîon exprime dans son sens général ce double 
mouvement ; mais, dans son sens onomatopique, il 
imite plus particulièrement le second, tandis que 
le mot cracher imite plus particulièrement le 
brait qui se fait entendre dans la gorge pendant 
le mouvement préparatoire. 

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En effet, le bruit qui se fait entendre quand \ 
nous rejetons des lèvres est naturellement Fit ou 
Plt^ ces bruits, dans la langue familière, deviennent 
des gestes habituels, ils sont, à n'en point douter, 
les racines premières des mots Fetidus, Putîdus, 
Plusisy etc. Quant au mot français cracher^ il dé- 
rive bien évidemment du son guttural qui se pro- 
duit dans le temps préparatoire de l'expuition j et 
qu'on peut écrire ainsi : Krrrh. Il correspond au 

verbe Krahen des Allemands. 

{d) Si l'impression douloureuse ou dégoûtante 
a agi sur les nerfs de l'arrière-gorge et de l'isthme 
du gosier, les sympathies habituelles de ces nerfs 
déterminent le vomissement. ■ Dans le vomisse- 
ment, les arcades dentaires s'écartent, les lèvres 



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DE LA PHYSIONOMIE 



se rétractent en tout sens de peur d'être souillées 
par le contact des matières expulsives, et l'effort 
seul de l'estomac chasse par un jet subit les sub- 



stances qui révoltent la sensibilité générale. 



Ces quatre mouvements ont une signification 



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évidente. Le premier indique Ven?mi, le second et 
le troisième le dédain et le dégoiit; le quatrième 
exprime Yhorreur, et, si je puis le dire ainsi, la 
révolte de l'organisation tout entière contre une 

sensation mauvaise. 

Z"" De la bouche considérée comme organe du 

goût et des saveurs agréables. 

Si la substance introduite dans la cavité buccale 
flatte le sens du goût, les sucs salivaires abondent; 



de légers mouvements de mastication se produi- 
sent ; la langue cherche instinctivement le corps 
sapide jusque sur les lèvres et le promène sur le 
palais, et alors surviennent deux ordres de mou- 
vements très-curieux que nous allons étudier. 
4° Be la bouche considérée comme organe de 

L 

déglutition. 

Si l'impression reçue est caressante et agréable, 
elle peut se mêler à un sentiment de faim avide ; 

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la substance est à peine goûtée qu'elle est aussitôt 
avalée et redemandée de nouveau. C'est là le 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION 



163 



mouvement animal qui prédomine chez les en- 
fants et chez les hommes afïamés. Quelquefois la 
langue est portée hors de la bouche avide et vi- 
brante, elle caresse les lèvres : ces mouvements 

r 

expriment le désir impatient. Mais à ce premier 
mode de déglutition, l'intelligence en substitue un 
autre plus savant que j'opposerai à la déglutition 

de l'homme affamé, comme formant avec celle-ci 

le plus étonnant contraste. 

Examinons un habile dégustateur; après avoir 

r 

flairé une coupe remplie d'un vin précieux, il la 
porte légèrement à ses lèvres qui en saisissent le 
bord sans trop anticiper sur lui. Puis il aspire 

r 

avec lenteur une petite quantité du liquide par- 
fumé : je dis petite, et en effet une quantité trop 
grande s'opposerait à Texécution des mouvements 
que je vais décrire. 

* 

Cette petite quantité de vin n'est point immé- 
diatement avalée. Loin de là, elle est reçue dans 
le vestibule oral, je veux dire dans l'espace qui 
sépare les lèvres d'avec' les incisives. Puis les 
lèvres se pincent et chassent doucement et par 
une pression mesurée, le liquide qui passe au tra- 
vers des interstices des dents et tombe goutte à 
goutte sur la pointe de la langue ; celle-ci est abais- 






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164 



DE LA PHYSIONOMIE 



sée contre les incisives inférieures, en même temps 
que sa partie convexe touche au palais, de ma- 
nière à intercepter derrière les arcades dentaires 
un esoace médiocre. De cette façon chaque goutte 
tombant dans ce petit espace est à son tour ana- 
lysée, appréciée, savourée, et de légères oscilla- 
tions de la langue agitant le liquide introduit 
contre le palais , multiplient les contacts et aug- 
mentent ainsi l'intensité de l'impression primitive. 
•A mesure que ces mouvements s'exécutent, les 
lèvres de plus en plus tirées en arrière se pressent 
doucement contre les arcades alvéolaires , et leurs 
coins s'élèvent un peu; deux petites fossettes, ou 
du moins deux plis légers se dessinent alors à la 
partie moyenne des joues; c'est là le prototype du 
sourire précieux. 

Quand tout ce que les parties antériem^es peuvent 
percevoir de saveur a été épuisé, le liquide savouré 
est porté doucement vers les parties postérieures 
de la bouche entre le voile du palais et la base de 
la langue. La pointe de la langue est surtout le 
juge des saveurs excitantes; mais c'est surtout à 
la partie postérieure de la bouche que sont per- 
eues les saveurs chatouillantes et suaves. Pendant 
ce mouvement qui s'exécute avec d'autant plus de 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



165 



lenteur que le gourmet est plus délicat et plus fin, 

à 

le plancher de la bouche se relève et se tend légè- 

r ■ 

rement; mais, l'instant d'après, commence une 
déglutition très-lente, que l'on exécute en tendant 

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légèrement le cou. A mesure que la déglutition 

L 

s'achève , la tête s'incline légèrement etla mâchoire 
inférieure se rapproche de l'os hyoïde. Ce mouve- 
ment n'est point différent de celui par lequel on 
se rengorge; et lorsqu'il est continu il produit 
une attitude qui a été fort à la mode chez les 
femmes à une certaine époque, si on se fie aux 
portraits qui nous restent du temps de Louis XIII 

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et de Louis XIY. 

A ces mouvements en succède un autre qui en 

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est comme le couronnement. Les lèvres s'entr'ou- 
vrent et la bouche se remplit d'air par une aspi- 
ration lente. Cet air se répand, se dilate ; il dissout 
les dernières molécules volatiles du liquide qui 
mouille encore la cavité buccale , et les fait goûter 
sous une forme nouvelle. Il se peut que la sen- 

h 

sation de l'air frais, se mêlant alors aux impressions 
rapides , les réveille et leur donne plus de vivacité. 
Quoi qu'il en soit, remarquons que ces mouvements 
propres à.l'espèce humaine et pârticuhèrement 



aux races civilisées, accompagnent des sensations 






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166 



DE LA PHYSIONOMIE 



fines ^ voluptueuses y et aux caresses desquelles V or- 
ganisme entier se délecte. Je dirai en parlant des 
mouvements sympathiques quelles expressions se 
mêlent à celles-ci; mais n' anticipons point sur ces 

choses. 

j 

5" De la bouche en tant qu'organe de respi- 
ration. 



La bouche est encore un organe habituel de 



respiration. Toutes les fois que la respiration 

nasale est insuffisante aux besoins de l'organisme, 

l'homme et les animaux respirent par la bouche. 

"Mais c'est à l'homme surtout que s'appliquent les 

.choses que je vais dire. Nous verrons en quoi les 
propositions que je vais énoncer devront être mo- 
difiées en ce qui concerne les animaux, 

Nous distinguerons dans l'homme deux modes 
de respiration buccale : le mode facile et le mode 
difficile. Il y a donc deux manières de respirer 
par la bouche ; et ces deux respirations sont dues 

musculaires complètement 



au jeu 



de faisceaux 



différents. 



[a) Respiration facile. La respiration facile a 
pour agents principaux les muscles zygomatiques ; 
ces muscles élèvent la lèvre supérieure , et attirent 
légèrement en haut les commissures de la bouche. 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



167 



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•Dans ce mouvement, la lèvre supérieure vient le 
plus souvent affleurer le bord des incisives supé- 
rieures. Cela n'arrive cependant pas toujours, la 
boache pouvant s'entr'ouvrîr par un écartement 
léger des arcades alvéolaires. Ce mouvement est 
le sourire. Il se produit toutes les fois quun sen- 
timent de plénitude ^ d'activité et de vie éveille 
■ l'instinct de respirer davantage^ non par nécessité 
'^nais par plaisir. 



Mon but n'est point de distinguer ici entre les 
différentes espèces de sourire; nous y reviendrons 
ailleurs. Je parle du sourire simple, qui est essen- 

L 

tiellement un mouvement de respiration facile. 

[b] Respiration difficile. La respiration difficile 
a pour agents les muscles abaîsseurs des lèvres , 
tels que le triangulaire et surtout cette terminai- 

n ■ 

son faciale du peaussier cervical, à laquelle on 
donne si improprement le nom de risorhis. C'est 

^ est-il pas le muscle de la dyspnée, de l'horripi- 
lation et de l'angoisse ? Ces muscles agissent toutes 
^es fois que l'air manque , que les poumons sont 
insuffisants, qu'un spasme trouble l'harmonie des 
fonctions intérieures/Ils abaissent les andes de 



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la bouche et rétractent la lèvre inférieure. Remar- 



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168 



DE LA PHYSIONOMIE 



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qiions que ce mouvement accompagne toitjour 
sanglot et coïncide avec des impressions doulou- 
reuses. 

L'opposition des mouvements dont nous venons 



de 



n'est bien marquée que 



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de la tête avec l'axe du rachis. Dans les animaux 

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quadrupèdes où la tête se place de plus en plus^ 
dans la direction générale de la colonne vertébrale, ■ 
les fibres des zygomatiques deviennent parallèles 
à celles du peaussier cervical, et les résultantes de 
leurs contractions se confondent. 

Il est une remarque que je ne puis omettre ici; 
c'est que le zygomatîque n'est pas seulement un 

muscle de respiration. Chez quelques animaux 
éminemment carnassiers, tels que les felis, il ne 
s'insère plus aux commissures des lèvres ; mais il 
soulève la lèvre au niveau des canines et agit 
surtout dans les cas où il s'agit de découvrir ces 
armes terribles. Il a donc ici une acception un 

ri 

peu différente. 

Dans ce cas comme dans celui ou le muscle 
canin mêle son action à celle des zygomatiques, il 

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n'y a plus sourire véritable, mais ricîus; et si à ce 
mouvement produit par une grande inspiration se 



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ET DES MOUVEMENTS D' EXPRESSION. 



169 



mêle un o;rand abaissement de la lèvre inférieure 



et du maxillaire, ce mouvement s'appellera bâille- 

* 

ment. Nous avons dit plus haut dans quelles cir- - 

à — 

+ 

constances le bâillement se produit. 

Le sourire réel et simple, c'est-à-dire ce mou- 

■ j 

vement qui élève l'angle de la bouche, est exclu- 

■ 

sivement propre à l'espèce humaine. Il n'y a rien 
de semblable même dans les singes les plus élevés. 
Parmi les carnassiers, les animaux des genres 
ursus J canis et liyama ont certains mouvements 
qui rappellent le sourire, mais d'une façon éloi- 
gnée et douteuse qui ne permet point la compa- 

+ 

raison. Au-dessous des animaux mammifères, il 
n'y a plus de mobilité dans la face , et partant plus 
de sourire possible. Dans ce cas tous les mouve- 
ments aboutissent à deux actes opposés, ouvrir et 

fermer les mâchoires. Or, il est facile de produire 
ces mouvements sur le cadavre ; mais les peaussiers 
qui agitent la face des animaux mammifères ne 
peuvent être imités après la mort absolue par au- 
cun moyen mécanique. Rien ne peut réveiller ou 
même feindre cette lumière de la vie. 

La variété de ces mouvements de la bouche, 
presque toujours combinés à ceux du nez, est 

+ 

telle que je ne puis songer à les décrire tous. Ce 



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DE LA PHYSIONOMIE 



que j'en ai dit suffira du moins pour faire com- 
prendre combien ils sont variés, combien leurs 
transitions sont délicates et subtiles. J'aurais voulu 
n'en omettre aucune, mais ce serait en quelque 
sorte me perdre dans l'infmi, et les détails dans 
lesquels je suis entré paraîtront peut-être déjà 
trop étendus. 



DE l'application DU TOUCHER, 



XLIII. 



La bouche peut être encore consi- 




dérée comme organe du toucher. Les lèvres sont, 

L 

chez la plupart des animaux, les agens d'un tou- 
cher subtil. Souvent, le nez parta 
prérogative avec la lèvre supérieure qui se confond 
alors avec la marge de l'orifice nasal. 

Dans l'homme lui-même, les lèvres sont le 
siège d'un toucher fort délicat, mais moins fait 
pour apprécier la forme des corps que pour 
éprouver certaines impressions subtiles. Les sym- 
pathies de la cinquième paire, qui fournit aux 
lèvres de riches expansions nerveuses, permettent 
d'expliquer les effets singuliers .que ce toucher 
excite parfois dans tout le système viscéral. Mais 
nous expliquerons plus au long ces choses dans la 
suite de ce livre. 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



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Du corps tout entier en tant qnJorgane du toucher 



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XLIY. - — Afin de mieux établir les propositions 

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qui font le sujet de ce paragraphe, il importe de 
bien expliquer ici quelles sont les fonctions de la 
peau en tant qu'organe de sensation, et comment 
ces sensations peuvent influer sur l'ensemble des 
mouvements du corps. 

1^ En tant qu'organe de sensation^ la peau est 

F 

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essentiellement V organe de la perception de la 
température. 

En effet, toute action, toute pression, toute 
blessure, produisent au summum de la douleur 
qu'elles déterminent, une sensation de chaud ou 
de froid; or, ces sensations elles-mêmes à leurs 
extrêmes limites se confondent; en sorte qu'un 

r 

froid intense amène une sensation fort semblable 
à celle de la brûlure. 

2*^ La faculté d'apprécier la résistance et la 
forme des corps na point son siège dans la peau^ 
'^ais dans les muscles. 

En effet: («) je suppose que mon doigt soit pris 
entre deux masses dont l'une est immobile et 
l'autre en mouvement, entre les deux mâchoires 
d'un étau, par exemple. J'éprouve sans doute une 



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172 



DE LA PHYSIONOMIE 



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douleur plus ou moins grande; mais quelle que 
soit cette douleur, elle ne me donne directement 

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ridée d'aucune résistance « 



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sensation est uniforme, et de cette uniformité naît, 
comme conséquence , l'idée d'un corps plus ou 
moins poli, mais cette idée n'a jamais la certitude 
qu'on lui suppose; elle naît d'un jugement , elle 
n'est point primitive; de même si quelques points 
de mon doigt sont plus vivement affectés, je juge 
par habitude qu'il y a en ces points une saillie plus 
grande. Mais ce jugement peut être égaré dans 
beaucoup de cas; en effet, un point saillant peut 
être remplacé par unpoint en mouvement ou même 
par un point plus échauffé. Et, dans ces deux cas, 
l'idée de saillie se produira également K L'idée de 



en 



effet, 



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'autres voies. Qu'est-ce, 
une résistance? C'est, 



comme ce nom le fait entendre, mesurer la quan- 
tité du mouvement nécessaire pour la vaincre. 
Dès lorS; le sens de la résistance n'est point dans 



la peau, mais 



dans les nerfs musculaires. Un 



1. On peut faire à ce sujet l'expérience suivante : AB est une 
lame de cristal très - régulièrement percée à son centre d'un 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION 



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homme dont les muscles sont paralysés n'appré- 
cie point les résistances, bien que la sensibilité 
soit complète. 

{c) Il y a encore dans le sens complet du toucher 
■un troisième élément par lequel nous apprécions 
dans les corps non plus leur température et leurré- 

m 

sistance, mais la forme sous laquelle ils sont limités 
dans l'espace. C'est là encore une de ces questions 
de psychologie desquelles on peut heureusement 

trou C dont le diamètre ne doit pas excéder un millimètre. Une 
tige métallique cylindrique est adaptée à frottement dans cette 
ouverture, et son extrémité est rigoureusement coupée par le 



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plan FH qui limite supérieurement la lame de cristal. Une pe- 
tite virole E empêche la tige DC de s'engager au 'delà dans l'ou- 
verture C. 

Les choses étant ainsi disposées, si le doigt est appliqué en C, 
^^s pressions seront uniformes et donneront l'idée d'un corps 

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174 



DE LA PHYSIONOMIE 



faire des questions de physique expérimentale. 
La proposition principale que nous nous propo- 
sons de démontrer ici peut être ainsi formulée : 
• La forme des corps n'est point directement per- 
le sens du toucher en tant qu'il a pour 

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siège les couches cutanées. 

Soit AB un disque de bois ou de métal parfaite- 



par 



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ment tourné et poli ; ce disque peut tournerhorizon- 
talement autour d'un axe de métal CD. L'appa- 

r 

plan. Mais si l'on porte à 60« environ la température de la tige 
métallique et qu'on recommence l'expérience, l'équilibre de tem- 
pérature étant détruit entre la lame de cristal et l'extrémité de 
la tige ainsi échauffée, il y aura en C un point plus excitant. 
Dès lors, l'uniformité de l'excitation étant détruite, le doigt ap- 
pliqué de nouveau ne sentira plus une surface plane, mais une 
pointe saillante dans le point qu'occupe Textrémité de la tige 



échauffée. 



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On obtient le même résultat et d'une manière encore plus évi 
dente lorsqn^on imprime à la tige DG un rapide mouvement de 

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rotation sur son axe. 

Les mômes faits peuvent être démontrés en cent nianières- 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION 



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reil étant ainsi disposé , supposons qu'un homme 
aveugle ou les yeux bandés vienne toucher du 
bout d'un de ses doigts le bord poli du disque ; il 

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recevra de ce contact une certaine impression, et, 
après que le contact aura cessé, il en conservera 
quelque temps le retentissement, ou, si l'on aime 

mieux, le souvenir. 

Or, supposons que notre aveugle applique de 
nouveau le bout de son doigt sur le bord de la 
table, je veux dire sur le point qu'il avait primi- 
tivement touché ; il est clair qu'il recevra de ce 
contact une nouvelle impression en tout semblable 

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à la première. 

Cette proposition n'exige aucune démonstration 
pour le cas où le disque est demeuré immobile. 
Mais admettons qu'il ait silencieusement tourné 

j 

Ainsi si, le doigt étant couché sur une table, on pose verticale- 
ment une toupie sur sa pulpe, on pourta augmenter à son gré 

L 

l'impression que ce contact détermine en faisant tourner plus ou 
moins rapidement la toupie sur son axe. On aura- dans ce cas 
l'idée d'une pression plus grande. 

Ces expériences permettent de démontrer avec certitude que 
certaines idées que nous considérons comme le résultat direct 
d'une impression tactile, naissent de nos jugements plutôt que 
de nos sensations; que la peau n'apprécie en réalité que le plus 
ou moins de chaleur, le plus ou moins de douleur que les nerfs 
ressentent, qu'en un mot elles n'apprécient point réellement les 
pressions et les résistances. 



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176 



DE LA PHYSIONOMIE. 



sur son axe pendant l'intervalle de deux contacts, 
il est évident qu'alors le point que le doigt ren- 
contre n'est point nécessairement celui qu'il avait 
primitivement touché. Mais si ce point est en tout 

L 

semblable au précédent, s'il est à la même 

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distance du corps et dans un même rapport avec 
lui, les impressions reçues devront être sem- 
blables, et l'intelligence devra conclure à l'iden- 
tité de ces points. Ainsi, dans cette sensation nou- 
velle, tout sera semblable à la première, et si 
souvent que l'expérience soit répétée, elle donnera 
toujours et irrévocablement le même résultat, 
c'est-à-dire après une sensation une autre sensa- 

^ 

tion pareille. Uidée de cercle ne sera nulle part. 



On peut 



appar 



expérience non moins concluante. Le doigt étant 
appliqué sur le bord de la table, et la main étant 

^ 

maintenue dans une situation fixe, on fait tourner 
le disque sous le doigt qui le touche. Le frotte- 
ment que le bord du disque exerce, mettant en 

quelque sorte les nerfs cutanés en vibration, fait 
naître l'idée d'un mouvement. Mais quelle est la 

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forme du corps en mouvement? Yoilà ce que notre 

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aveugle ne peut dire. Cette succession uniforme 
d'impressions semblables réveille aussi bien en 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



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lui l'idée d'une ligne droite que celle d'une ligne 
courbe. Il serait même impossible de distinguer, 
dans ce cas, une convexité d'avec une concavité , 

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pour peu que la courbe du disque ou du cercle fût 
étendue. L'expérience démontre aisément tous ces 
faits. 

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Maintenant, rendons la liberté à notre 
aveugle, et demandons-lui quelle figure limite le 
corps qu'il a toucbé. Le procédé qu'il mettra en 
usage est simple : il tournera autour de la table , 
il décrira, soit avec la main, soit avec le corps 
tout entier, des cercles autour d'elle, et par la 
comparaiscy^ des mouvements qu'il aura décrits 
avec certaines idées abstraites dont son esprit 
garde le type et la formule, il dira que cette table 
est circulaire. 



dans 



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Une faculté nouvelle ? Non , sans doute ; mais une 
faculté admirable que nous employons à chaque 
instant, sans daigner lui rendre dans les rangs de 
nos facultés principales le haut rang qu'elle oc- 
cupe; je veux dire la faculté de sentir nos mou- 
vements , de sentir nos attitudes et de percevoir 
nos parties non-seulement en elles-mêmes , mais 
encore dans leurs rapports accidentels avec les 



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178 



DE LA PHYSIONOMIE 



autres parties de notre corps; en sorte que par 
elle nous sentons nos membres, ces membres que 

la volonté déplace à chaque instant, au lieu où ils 
sont réellement dans l'espace. G'estlà, sans doute, 
une faculté admirable, et cependant peu de phy- 
Sïologistes en ont parlé. Un habile naturaliste, 
M. Ilollard, discutant quelques-unes des proposi- 
tions fondamentales de la théorie de Ch. Bell, à 
fait observer que dans les raies les racines posté- 
rieures ou sensitives des nerfs rachidiens étaient 

L 

égales en volume à leurs racines antérieures ou 
motrices, bien que chez ces animaux la peau, sauf 

r 

les parties qui dépendent de la cinquième paire, 
soit presque absolument dépourvue de nerfs, ceux- 
ci se répandant presque en totalité dans les 
muscles dont la masse de l'animal se compose. 
Cette observation très-juste ne détruit point la 
théorie de Bell, mais elle oblige peut-être de ne 

■ L 

■point considérer comme absolument synonyme 

1- 

ces expressions, nerfs cutanés et nerfs sensitifs, 
nerfs musculaires et nerfs moteurs. N'y aurait-il 

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pas ici quelque nouveau mystère à dévoiler, quel- 

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que nouveau problème qui semble soulever à 
l'envi tous les faits dont la science s'est enrichie 
pendant ces dernières années. 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



179 



1. 

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Cette recherche a, dès à présent, des bases pré- , 
cieuses. En effet, les expériences de M. le pro- 
fesseur Flourens ont appris aux physiologistes, 
que le cervelet n'est point le foyer générateur de 
la puissance motrice, mais qu'il en est l'ordonna- 
teur, si je puis ainsi dire. D'autre part, M. Fovilîe, 
admirant à bon droit les connexions étendues que 
les faisceaux postérieurs de la. moelle ont avec le 
cervelet, fait de cet organe un centre de sensa- 

r 

tions; or, ces deux théories , ou plutôt ces expé- 
riences d'une part et ces inductions de l'autre, 
ttie paraissent conduire an même résultat général, 

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^t que je vais essayer d'expliquer. 

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i^ Le cervelet ne peut être considéré comme 
organe de sensation cutanée. En effet , dans tous 

les animaux auxquels M. Flourens a enlevé cet 

I 

organe, la sensibilité cutanée est demeurée in- 
tacte. 

2° On ne peut supposer davantage que le cer- 
velet soit la source de l'excitation motrice. Après 
la section du cervelet les mouvements ont encore 

L 

une grande énergie , mais ils ne sont plus coor- 
donnés. 

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3° La faculté de coordonner les mouvements 
est donc la seule qui reste en propre au cervelet: 



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380 



DE LA PHYSIONOMIE 



mais coordonner c'est mesurer, et mesm^er c'est 
sentir. Le cervelet 5 organe coordinateur, est donc 
aussi un organe de sensation. 
■ li° Or, quel nom donnerons-nous à ces sensa- 

F 

lions dont le cervelet est le centre? A priori nous 



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les liomm^vo'ns sensations musculaires. 
^ 5° Nous supposons, en effet, qu'il part des muscles 
certains nerfs qui portent au cervelet des impres- 
sions qu'il mesure, et suivant lesquelles il règle 
rémission de la puissance motrice. Ce serait donc 
par lui surtout que nous sentons nos membres où 
ils sont réellement. C'est là une hypothèse sans 
doute, mais une hypothèse infiniment probable. 

Malheureusement elle ne peut être démontrée que 
par des recherches faites sur l'homme lui-même. 
Or, il serait curieux de constater si, dans ces cas 

j 

très-rares où des lésions du cervelet détruisent 

L 

son influence sur les mouvements, l'homme a 



conscience de la position de ses membres dans 
l'espace. On conçoit, en effet, qu'à une pareille 
question l'homme seul pourrait répondre, et 
l'homme échappant en grande partie au domaine 



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de la physiologie expérimentale, il ne m'est pas 



permis pour le moment de rien décider sur ce 
point. 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



181 



Quoi qu'il en soit, l'action générale du toucher 
se compose de trois actions distinctes : 

Par la première y nous percevons nos sensations 

cutanées. 

Par la seconde ^ nous jugeons de r énergie de 



^os mouvements. 



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Par la troisième , nous apprécions leur direc^ 



tion. 



Nous allons essayer de dire quelles modifications 
amène dans le corps vivant l'exercice de chacune 



de ces facultés. 



Du sens cutané. 



XLV. 



Le sens cutané peut être envisagé en 



premier lieu comme nous faisant percevoir des 
impressions simples , telles que celles du froid et 
de la chaleur. Ces impressions peuvent être plus 
ou moins profondes, plus ou moins vives; et quand 
elles dépassent certaines limites elles se changent 
^n douleur. Les mouvements qui succèdent natu- 
rellement à ces impressions sont faciles à inter- 
prêter. Si la main touche un corps brûlant, elle 
s'en éloigne avec précipitation ; si la chaleur qui 
émane du corps touché éveille au contraire des 
sensations agréables , on cherche en quelque sorte 



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182 



DE LA PHYSIONOMIE 




à les généraliser en appliquant les mains étendues 
sur ce corps et en les promenant sur lui ; souvent 
on oppose alternativement à sa douce influence les 

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deux faces opposées de la main. Ces mouvements 

r 

ont en général an caractère tout particulier d'on- 
dulation. Toutefois, s'ils ont pour Jout de faire 
cesser une douleur, ils auront plus de roideur, de 
tension, d'insistance. On peut comparer à ce sujet 
des enfants lorsque, revenant d'une promenade 

r 

d'hiver, ils se jettent en entrant sur un poêle, et 
lorsque, déjà réchauffés, ils continuent cependant 
à se presser autour de lui, retenus par les douces 
sensations que sa chaleur détermine. Leurs mou- 
vements prennent dans ce cas le caractère d'une 
caresse véritable. C'est là, en effet, le prototype de 

L 

toute caresse, Vinstinct de caresser étant clans son 
principe essentiellement égoïste. 

Lorsque, au contraire, le contact a produit dans 
les organes une douleur très-vive , cette douleur 

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porte avec elle un certain caractère cVétrangeté^ 
elle s'attache en quelque sorte au membre lésé, et 
c'est alors un mouvement naturel de secouer ce 

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membre pour en détacher cette chose étrangère et 
ennemie. Ce mouvement n'est pas propre à l'espèce 

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humaine; on le retrouve aussi chez les animaux 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



183 



dont les membres ont une certaine liberté de mou- 
'ements. J'ai vu un caracal qui s'était blessé à la 



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1 

patte en lançant inconsidérément un coup de griffe 
au travers des barreaux do sa cage, se retirer 
précipitamment sur trois pattes, en agitant ou 
plutôt en secouant la patte endolorie. 
Quelques personnes, donnant à la théorie des 

L 

causes finales une importance exagérée, seront 
tentées de supposer que ce mouvement a pour but 
d'amortir le sentiment de la douleur en amenant 
Une congestion sanguine. Ce résultat peut être 



^^ai en lui-même , sans être pour cela le but du 
uiouvement que je décris; d'ailleurs le mouvement 
de circumduction serait à cet égard bien mieux 
choisi; et dans l'hypothèse où se placent les parti- 
sans trop exclusifs des causes finales, il n'est pas 
permis de penser que la nature se proposant un 
^ut, ait pu choisir pour l'atteindre le moyen qui 
y conduit le moins sûrement. 

j ■ 

Quoi qu'il en soit, et nous pourrions entasser 
^l'infini des observations analogues, nous con- 

e'uons de ces remarques : 

i° Que des sensations de contact capables de 
faire cesser une sensation douloureuse sont pour- 
^^ivies ou du moins recherchées avec msistance; 



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184 



DE LA PHYSIONOMIE 



2^ Que des sensations de contact douces et 

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agréables sont recherchées pour le plaisir qu'elles 
donnent , et sollicitent des caresses ; 

3** Que des sensations de contact douloureuses 
déterminent un sentiment d'aversion instantané, 

et, si la douleur persiste, un mouvement de ré- 
volte qui porte à s'agiter comme pour détacher 
de soi là douleur, ou même à fuir à toute vitesse 

^ 

comme pour s en éloigner. 

Ces propositions peuvent être ainsi transfor- 
mées : 

l*' Un mouvement tendu des appareils du tou- 

■ 4 

cher est relatif à une sensation quon désire. 

2*^ Un mouvement ondulatoire et caressant des 
organes du touclier ^ est relatif à une sensation 
dont on jouit et quon savoure. 

3^ Un mouvement de révolte dans les membres 
vivement agités et secoués y ou un mouvement de 
fuite rapide^ peuvent répondre à une doidei 



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qu on 



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veut automatiquement détacher de soi, ou dont on 
voudrait s'éloigner. 



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— On peut encore considérer le sens 
cutané sous un autre point de vue : afin de mieux 
faire comprendre les phénomènes sur lesquels je 

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vais appeler l'attention , je demanderai la permis- 








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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



185 



sien de rappeler une observation que tout le monde 
a pu faire. 

On sait que si l'on frappe avec un petit marteau 
sur une lame sonore, ce coup peut avoir deux effets 

très-différents. 

1° Le coup est appuyé; il frappe et pèse. Dans 
ce cas , le son produit est lourd et bref. 

2° Le coup jest enlevé; il ne touche qu'un seul 

instant la lame sonore. Dans ce cas , le son produit 
est large et vibre longtemps. 

Quelque chose d'analogue se produit dans les 
organes du toucher, surtout dans leurs parties 
les plus sensibles, celles qui sont le moins exposées 
^-ux contacts habituels. 

Si ces parties sont touchées, même légèrement, 
et que le contact dure un certain temps, l'impres- 
sion est plus ou moins vive, mais sa durée est 

bornée. 

Si les parties sont touchées ou plutôt légère- 
ïïient effleurées et que le contact dure à peine, 
tous les nerfs touchés entrent pour ainsi dire en 

^'ibration. 

L'impression reçue semble d'abord pénétrer 
comme un point ; puis elle s'élargit et s'étend au- 

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tour de ce point en zones plus ou moins étendues. 



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385 



DE LA PHYSIONOMIE 



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Cette sensation est singulière; on ne saurait 
dire si c'est un plaisir trop grand ou une sorte de 
douleur; elle excite au plus haut point le système 
nerveux tout entier. Cette excitation est telle que 
si elle est répétée plusieurs fois de suite, elle 

jette l'organisme dans un état hystérique accom- 
pagné de convulsions utiles parfois , le plus sou- 
vent dangereuses et quelquefois mortelles. 

La répétition de ces petits contacts sur des parties 

très-sensibles constitue le chatouillement. L'être 
dans lequel surviennent des réactions hystériques, 
est un être chatouillé. Or, le chatouillement peut 
accompagner des sensations agréables et des sen- 

sations douloureuses ; et aiix unes et aux autres il 

r 

donne plus de vivacité et d'étendue, on peut dire 
qu'il les porte à un degré suprême. 

Tous les nerfs du corps ne sont pas à un égal 
degré susceptibles d'être chatouillés. Parmi ceux 
qui ressentent surtout cette impression, je citerai 
plus particulièrement les expansions terminales de 
la cinquième paire et les branches moyennes des 
paires rachidiennes, celles qui animent les lianes 
de l'animal. Nous ajouterons à ces nerfs ceux des 

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faces palmaires des mains et des pieds, qu'on peut 
considérer en anatomie philosophique comme leurs 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



187 



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analogues. Dans la cavité buccale certaines parties 
peuvent ressentir à un haut degré l'impression 
du chatouillement. Telles sont les rugosités pala- 
tines et la face antérieure du voile du palais. Ces 

L 

régions méritent d'être attentivement considérées. 
Nous venons de dire que certaines impres- 
sions agréables peuvent recevoir du chatouillement 
plus de force pénétrante et plus de vivacité ; de 
cette combinaison résulte la volupté, qui associe 
en quelque sorte tous les viscères au plaisir res- 
senti par un seul organe , et attire à elle toutes 

les forces, tous les instincts de l'animal. Delà 
la passion singulière avec laquelle il recherche 
certains contacts. Toutes les espèces de feli's sont 
avides de caresses. Les hyènes les appellent avec 
fureur, les chiens les invoquent avec une égale 
ardeur, quoique avec un peu moins d'égoïsme; 
et en général, les animaux sont d'autant plus 
caressants que leur sensibilité cutanée est plus 

exquise. 

C'est toujours la partie la plus sensible de leurs 

corps qui recherche les caresses ou les donne. 

Lorsque toute la longueur des flancs et du corps 

est sensible, l'animal serpente et rampe sous les 



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DE LA PHYSIONOMIE 



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segments jusqu'aux 



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extrémités de Ic^ colonne vertébrale , la queue se 

i le corps caressant est immobile, 
notre animal se courbant et se développant, amène 
successivement à son contact toutes les parties de 
son corps. Ces mouvements sont d'autant plus 

rapides qu'il s'y joint plus d'impatience et moins 
de volupté. 

A défaut d'objet caressant, à défaut d'objet à 
caresser, l'animal peut arriver à se caresser lui- 
même. C'est ainsi que dans l'homme que tour- 
mente le besoin de sensations cutanées, le .cou 
légèrement contracté s'incline sur l'épaule et 
glisse .en se développant ondulairement sur elle. 
Le corps tout entier, courbé d'abord, suit le mou- 
vement ondulatoire et se redresse mollement , 
tandis que les bras ramenés vers lui pressent les 
flancs que leur contact fait frissonner. Ce besoin de 
volupté ramène aussi les membres inférieurs contre 
le tronc et les fléchit doucement. Ces mouvements 
qui accompagnent certaines formes du plaisir 
sont trop connus pour qu'il soit nécessaire d'y 
insister; on conviendra qu'ils n'ont rien de com- 
mun avec l'expansion que M. Huschkef considère 
comme la forme typique de toutes les passions 





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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



189 



agréables. Nous aurons plus tard cent occasions 
de montrer combien d'exagérations renferme son 

système. 
Nous avons dit plus haut que les sensations 



qui 



points 



lïiême par des transitions insensibles aux plus ex- 
trêmes douleurs. Le chatouillement si limité que 
produit la piqûre d'une mouche peut amener une 




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picotements de l'éperon que sous l'impression 



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Le moyen le plus simple de faire cesser ces im- 



pressions chatouillantes est de les étendre ou de 
leur substituer des douleurs d'un autre genre. Ce 
dernier moyen est le plus fréquemment employé. 
On éteint la douleur qui résulte du chatouille- 
ment à l'aide d'une pression énergique, large et 
continue. On lui substitue une autre douleur en 
grattant les parties où vibrent en quelque sorte les 
nerfs chatouillés. Ces moyens sont très-naturelle- 
nient et instinctivement employés. On se gratte 
plus particulièrement la tête où les contacts cha- 
touillants aboutissent presque toujours à une vive 
«démangeaison. Mais c'est surtout par de grandes 



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190 



DE LA PHYSIONOMIE 



pressions exercées sur les flancs avec les coudes 
que sont combattus les chatouillements qui por- 
tent sur les lombes ou sur le thorax. 

Le caractère essenliellement irritant des der- 
malgies est bien connu. Il faut plus d'énergie 
pour demeurer calme sous l'empire d'une déman- 
geaison que pendant la durée d'une douleur aiguë. 
J'ai déjà cité la piqûre* des mouches. Dans les 

r 

grandes chaleurs de l'été, leur retour obstiné 

éveille une impatience générale qui touche à la 
colère. Le moindre mouvement d'un cheveu dé- 
termine , dans certains cas , des démangeaisons 
insupportables, surtout vers la région temporo- 
mastoïdienne, et la facilité avec laquelle ces im- 
pressions se produisent fait qu'il suffit de songer 
à une cause de démangeaison pour l'éprouver 



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aussitôt. 

Si l'impatience que la démangeaison sollicite 
est contenue ou modérée, l'un des doigts de la 
main se porte vers la partie affectée et presse plus 
ou moins énergiquement sur elle. Cette action 
amortit la douleur et peut procurer un calme né- 

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cessaire à l'exercice de la pensée. C'est ainsi que 
dans les névralgies frontales et dans les odontàl- 

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gies nous exerçons des pressions sur le front ou 




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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION 



191 



sur les dents douloureuses. En un mot , de même 
qu'on arrête en la touchant les vibrations d'une 
cloche, de même une pression intense suspend un 

r 

instant la douleur. 

Mais si l'impatience que la démangeaison amène 
n'a pas de frein, l'animal abandonné à son instinct 
se gratte avec fureur, il s'excorie, il se déchire. 
L'homme fait de même, il imprime jusqu'au sang 
ses ondes dans les chairs, se guérissant ainsi 



pplice. C'est là Ceffi 



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'gne d'une impatience poussée jusq 



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fureur. 

Mais, que dis-je , dans certains cas les ongles 
ne suffisent plus , les dents se portent alors vers 
la partie affectée, et leurs morsures suppléent à 
cette insuffisance. Dans un cas de panaris, on voit 
bien souvent le malade chercher à calmer sa dou- 

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leur en mordant sa main au-dessus du point lésé. 
Ce mouvement est habituel, je dirais même con- 
stant, chez les personnes dont les doigts ont été 
comprimés jusqu'à l'écrasement. Le premier mou- 
vement est alors de secouer sa main, le second est 
de la comprimer au poignet avec la main opposée, 
le troisième est de la mordre. Souvent alors, tout 

en car^A,i^i-,+ 1q lYinni Ipsée. on mord l'autre main. 






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193 



DE LA PHYSIONOMIE 



C'est là un exemple entre mille de ces mouvements 
de sympathie latérale qui nous occuperont dans 
le chapitre suivant. On peut penser que deux im- 
pressions égales agissant sur le même nerf, l'une 
à son extrémité périphérique, l'autre entre cette 
extrémité et le cerveau^ celle-ci peut arrêter la 
première au passage. Cette hypothèse paraît 
prouvée par l'heureux emploi des , ligatures dans 
les névralgies, par le ralentissement qu'elles amè- 
nent dans la marche de l'aura epileptica. Ces ob- 
servations peuvent jeter un grand jour sur la 
théorie des mouvements que je viens d'indiquer. 
Quoi qu'il en soit , ces 7nouvemcnls répondent à 

V existence de quelque irrilation doidoureuse qu'il 
s'agit d'arrêter. . 



Du toucher en tant que sens de la résistance. 

XLYII. — Cet élément de la sensation complexe 
du toucherpar lequel nous mesurons la résistance 
que les corps apportent, est mis enjeu d'une ma- 
nière fort simple. 

Le membre qui touche est tenu aux trois quarts 
fléchi et dans un état de situation fixe. La main 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



193 



étendus et reliés à rexception d'un seul, le plus 
souvent le médius, qui s'applique légèrement à 
l'objet qu il touche, suspensâ manu. La partie qui 
touche est fort à remarquer; on peut la déterminer 
à l'aide d'une ligne partant du point central de la 
pulpe de la dernière phalange, et coupant le som- 
met de toutes les courbes que décrivent entre ce 

w 

point et le sillon unguéal les rangées papillaires. 
Ce point une fois appliqué, le doigt fait un effort 
lent pour s'abaisser; il presse avec mesure; et 

j 

cédant ou pressant ainsi alternativement, oscillant 

r ^ 

par un mouvement latéral, il nous fait porter un 
double jugement sur la résistance des corps et sur 

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leur immobilité. 

Il est d'une extrême importance, lorsqu'on veut 
toucher avec délicatesse, de toucher autant que 
possible avec un seul doigt. En effet, plus l'instru- 
ment est simple et plus les résultats de son action 

seront immédiatement acceptables , moins , en un 
mot, ils exigeront de corrections. Or, on touche 
plus particulièrement avec le médius y à cause de 
son caractère dominateur, de sa force relative et 
de sa sensibilité. 

En général, le jugement qu'on forme sur le 
degré de dureté et de résistance d'un corps n'est 





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194 



DE LA PHYSIONOMIE 



point porté aussitôt après une première expérience* 
Cette expérience est le plus souvent répétée plu- 
sieurs fois et parfois dans un espace de temps 
très-court. C'est cette répétition qu'exprime plus 
particulièrement le mot tâler. D'ailleurs, cette ré- 
pétition d'un acte est la preuve certaine que le 



premier n'a pas suffi, que les bases du jugement 



deux doigts , 



trois 



sont incomplètes encore, en un mot, qu'il y a 
Jusqu'à un certain point perplexité clans V esprit. 
Lorsque la force d'un seul doigt n'est pas suffi- 
santé pour apprécier la résistance d'un corps très- 
lourd, on peut y employer 

r 

doigts, la main , et enfin le corps tout entier. Ces 

L 

efforts peuvent être quelquefois nécessaires. Mais 
je ferai remarquer qu'il en est de ces mouvements 

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comme de ceux des balances : la puissance et la 
grandeur des résultats nuisent toujours à leur 
exécution. 



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Du toucher en tant que sens appréciateur 

de la forme. 



XLYIII. 



Le toucher détermine encore et me- 



sure deux choses dans les corps ; à savoir : 1° leurs 
dimensions, et 2° leur figure. 
1° Nous jugeons immédiatement des dimensions 




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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



195 



des corps, en les comparant à nos propres dimen- 
sions. Ces mots : {ithm) aune^ coudée^ pied^pouce^ 
brasse^ empan^paSy etc., le font voir assez claire- 

- 

ment. La faculté^que nous avons de sentir le degré 
d^écartement qui existe entre deux parties définies 
de notre corps, nous permettant d'apprécier assez 
exactement la valeur des angles qu elles forment 
entre elles, les rend en quelque sorte semblables 
à des compas. Aussi M. de Blainville comparait-il 
très-heureusement la main à un compas à cinq 
branches^ à Taide duquel on pourrait mesurer 
plusieurs épaisseurs à la fois. De même les deux 
niains figurent assez bien un grand compas 

d'épaisseur lorsque leurs pointes fléchies en dedans 
sont opposées Tune à l'autre. 

L 

2° Mais la figure des corps est surtout reconnue 
à l'aide d'un mouvement de circumduction cir- 
conscrivant tous les contours d'un objet. La con- 
science que nous avons du mouvement décrit per- 
met de concevoir la forme de l'objet avec une 
suffisante exactitude. Les aveugles-nés donnent à 
cet égard des preuves d'une extrême habileté; et 

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sans parler du célèbre Ganibasîus de Vollerre ^ 
elle peut aller quelquefois jusqu'au prodige. PJen 
ne prouve mieux peut-être l'existence des idées 




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196 



DE LA PHYSIONOMIE 



innées que cette faculté merveilleuse. Mais je ne 
veux point discuter sur un point de psychologie 
pure qui m'entraînerait trop loin de mon sujet. 
Les procédés dont nous venons de parler ne 



sont applicables qu'aux objets dont la grandeur 



eu égard à celle de nos organes , est assez consi- 
dérable. Mais la figure des corps très-petits est 
appréciée par un autre artifice sur lequel je de- 
mande la permission de m' arrêter un instant. 

XLIX. — Nos doigts ayant une certaine gran- 
deur, une grandeur considérable relativement à 
certains objets que notre sensation doit atteindre, 
l'application d'un organe aussi grossier ne pour- 
rait nous donner qu'une idée générale, une es- 
quisse de la figure des corps ; elle nous laisserait 
ignorer l'existence des différences ou des inéga- 
lités minimes qui peuvent accidenter leur surface, 

r 

elle nous les révélerait tout au plus d'une façon 
inadéquate et confuse. 



Cette nécessité de distinguer nettement de fort 



petites parties a déterminé , sans aucun doute, la 
subdivision des troncs nerveux en une multitude 
de petits" nerfs élémentaires indépendants les uns 
des autres, et capables de distinguer par cela 
même qu'ils sont distincts. 




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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. ^ 19^ 



En efFet, la superficie de la peau n'est point 
semblable à un plan régulier et continu ; mais sa 
surface est subdivisée en une multitude de petits 
compartiments de chacun desquels s'élève une 
petite saillie semblable à une sorte de petit doigt 
microscopique; et ces petits doigts se multiplient 
en foule, dans tous les points où le toucher est le 
plus délicat et le plus subtil. 

Leur disposition est fort remarquable, et méri- 
terait d'être scrupuleusement comparée dans les 
différents animaux , au double point de vue de la 
psychologie comparée et de la philosophie zoolo- 
gique. 

Dans certains points où la sensibilité est vive , 
mais confuse , ils sont en général semés d'une 
façon fort irrégulière. Mais quand la sensation du 

5e perfectionne, ils se disposent en plates- 



Parfois 



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toucher se perfectionne, ils se 

handes d'une grande régulari 

bandes sont rectilignes et parallèles entre elles. Il 

n'y a point alors de point dominateur sur la 

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Surface sensible. 

Lorsque, au contraire, un point dominateur 
existe, je veux dire un point plus saillant, les ran- 
gées de ces petits doigts décrivent autour de ce 
point des courbes plus ou moins spiroïdes. 



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198 



DE LA PHYSIONOMIK 



Parfois le point dominateur est fixe et inva- 
riable. Par exemple, à l'extrémité de la dernière 
phalange. Dans d'autres cas, le point dominateur 
n'est que virtuel ; il n'existe que clans une certaine 
attitude. Dans ce cas, les arcs fort irréguliers que 

décrivent les papilles sont disposés de telle façon 

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que le sommet de leurs courbes répond à ce point 
virtuel. Ces choses sont faciles à constater quand 
on compare la face palmaire delà main de l'homme 
à la face palmaire de la main des singes. 

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Chacun des petits doigts sensibles qui forment 
ces arcs est contenu dans un étui épidermiquequi. 

r 

le protège et le soutient, de telle sorte que l'axe 
de chaque papille conservant une direction inva- 
riable, aucune d'elles ne peut anticiper sur le do- 
maine de l'autre. Ainsi, chaque papille forme un 
appareil distinct, et sur la surface tactile des doigts 

r 

se trouvent, de cette façon, une mullitude de 
points déterminés régulièrement espacés , dont 
chacun peut recevoir et communiquer des impres- 
sions distinctes. 

L. _ Ceci posé, afin de faire mieux comprendre 

le rôle et l'utilité des papilles, il ne sera point inu- 
tile de recourir à un exemple dont l'analyse peut 
être faite aisément. 



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ET DES MOUVEMENTS D' EXPRES SION. 



199 



On sait avec quelle merveilleuse finesse les 
aveugles apj)récient à l'aide de leurs doigts de 
fort petits caractères, au point de pouvoir, dans 
certains cas , déchiffrer des écritures imprimées 
à l'aide des dépressions légères que les carac- 
tères ont laissées dans le papier. Il est facile de 
démontrer que cette faculté ne pourrait s'exercer 
si la peau était complètement lisse et unie. 



Soit en effet 




la courbe de la 



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pulpe digitale ; si le point G de cette courbe est ap- 
pliqué à un petit corps quelconque D, il y aura 
évidemment une sensation produite. Ma's celte 
sensation ne sera pas rigoureusement définie par 
les limites du corps J). L'expérience et le raison- 
nement démontrent, en effet, que cette courbe sera 
ainsi modifiée : 



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en sorte que le petit corps D touchant seulement 
le point G, ce contact déterminera cependant 
dans la pulpe digitale une dépression infundibuli- 
forme dont le diamètre FE sera beaucoup plus 



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200 



DE LA PHYSIONOMIE 



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considérable que celui du petit corps D. Ainsi, 
l'impression sera jusqu'à un certain point diffuse, 
si bien que si l'on touchait à la fois plusieurs 

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points très-rapprochés , leur distinction devien- 
drait impossible , comme on peut le comprendre 
par la figure suivante : 




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les points noirs D représentant les points réelle- 
ment touchés et les courbes ponctuées N les zones 
d'impression diffuse qui les circonscrivent. 

Li._ Ceci posé, admettons maintenant les faits 
tels qu'ils existent dans la réalité. Divisons la sur- 
face de la pulpe digitale, et hérissons cette pulpe 
d'une multitude de petits cônes espacés et con- 
tenus dans des tubes épidermiques. 




Il est clair que si le point C est légèrement appli- 



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ET DES MOUVEMENTS D*EXPRESSI0N. 



201 



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que sur un très-petit corps, une ou deux papilles 

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seulement seront affectées par la pression perpen- 
diculaire ; or, les papilles voisines étant protégées 
contre les pressions latérales par les tubes épider- 
miques fort épais qui les enveloppent, l'impression 
sera très-rigoureusement limitée aux points qui 
seront directement touchés. Je parle ici dans l'hy- 
pothèse où les papilles seraient considérées comme 
très-nerveuses ou très-sensibles. 

Mais ces choses seraient bien plus évidentes 
encore si, comme beaucoup d'observateurs tendent 
à le démontrer, les papilles étaient presque abso- 

r- 

lument dépourvues de nerfs. On pourrait, en effet, 
les comparer très-justement à de petites touches 
pressant légèrement sur une surface très-sensi- 



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que des mipressions h 
pressions peuvent être comparées 



bout des doigts à de fort petites distances , à une 



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une demi-hgne d'après Dugès. Mais je puis assu- 
rer que chez des personnes fort délicates le pou- 
voir de distinguer va beaucoup au delà. En effet, 
des expériences souvent répétées m'ont appris 
qu'en touchant deux points d'une même rangée 
papillaire, séparés seulement par l'orifice d'un 



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OE LA PHYSIONOMIE 



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conduit SLidoripare, les deux contacts sont évi- 

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demment distingués; cette distance égale 0™'". 50 à 
la pulpe digitale de la dernière phalange du 
médius. 



LU. — Il suffit d'avoir sommairement indiqué 
ces choses pom^ montrer combien il importe, quand 
il s'agit d'apprécier avec justesse la dimension de 
corps très-petits, de les t.âter légèrement, ^w^jyf;^^^/ 
mami, de manière à ne point altérer la courbure 
de la pulpe digitale par des dépressions trop éten- 
dues. C'est là, en effet, ce qu'on peut appeler la 
perfectioïi dans l'exercice du toucher. Toucher 
avec lourdeur, c'est combiner deux contraires, 
c'est à la fois exciter une sensation et l'éteindre. 
Aussi la finesse du toucher étant un des éléments 

+ 

principaux de l'adresse, trouve -t- on rarement 



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cette qualité dans l'esprit de celles qui touchent 



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sans délicatesse. 

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Ces faits sur lesquels j'ai insisté à dessein, mon- 
trent combien de modifications peut amener dans 
les mouvements des bras et des mains l'exercice 
du toucher. Ces fines applications de ce sens sem- 
blent propres à l'espèce humaine, et, en effet, elles 
répondent bien plus aux besoins de l'intelligence 
qu'aux mouvements de l'instinct. 



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ET DES MOUVEMENTS D*EXPRE SSI ON. 



203 



LUI. 



Nous résumons ainsi ces faits : 



1" En ce qui touche nos sensations cutanées^ 
elles sont agréables ou désagréables. Les sensa- 
tions agréables éveillent l'instinct des caresses ; 

les sensations désagréables Inspirent l'éloigné- 
ment. Elles ont un caractère d'étrangeté, et l'on 
exécute des mouvements divers, — soit pour les 
repousser, les chasser, les essuyer par le frotte- 
ment, si je puis ainsi dire; — soit pour les arrêter 
ou les éteindre par des pressions plus ou moins 
énergiques; — soit pour leur substituer quelque 

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autre douleur» 

J 

2° En ce qui touche nos jugements sur la ré- 
sistance et la solidité des corps ^ nous les pesons, 
nous les pressons en sens divers et nous intéressons 
à ce mouvement un nombre d'organes d'autant 
plus grand que nous voulons apprécier de plus 
gî'andes résistances. 

F 

3" Enfin, en ce qui touche la figure des corps, 
nous arpentons avec nos mains, semblables à des 
compas; nous exécutons des mouvements de cir- 

r 

cumduction, nous mesurons en tout sens les dia- 
Piètres. Les accidents les plus délicats des surfaces 
tangibles sont perçus par une subtile application 
^lu toucher papillaire. 




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204 



DE LA PHYSIONOMIE 



LIV. — Les mouvements de la première classe 
correspondent, les uns, à des sensations intérieures, 
à des sentiments de volupté ^ les autres, àdes senti- 
ments d'embarras^ d'inquiétude et de douleur fa- 

tigante. 

Les mouvemenls de la seconde classe répondent 
à des sentiments généraux d'examen^ de doute 
et d'analyse. 

Enfin, les mouvements de la troisième classe 
ont avec ceux de la seconde des rapports évidents ; 
mais leur emploi implique l'idée d'une réflexion 
plus élevée, d'une intelligence plus grande, d'une 
faculté d'observation plus parfaite. Ceux que dé- 
terminent Tapplication du toucher papillaire, 
coïncident surtout avec la recherche de choses 
très-petites, très-difficiles à limiter, et ne se pro- 
duisent jamais que dans le cas d'une attention 

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profonde et soutenue. 



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DEUXIÈME PARTIE 



DES MOUVEMENTS SYMPATHIQUES. 



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LV. 



Je dontie le nom de mouvements sym- 



pathiques ou associés, à une classe de mouvements 
îui se produisent dans le corps , non point relati- 
Vement à un but extérieur , mais à T occasion des 
ïï^oavements d'un organe dont l'action est seule 

r •- 

objective ou proshoUque. 

C'est ainsi que lorsque je regarde avec attention, 
tout mon corps s'associe au mouvement de mon 

j 
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^il ; que ma bouche et mon nez exécutent des 
Mouvements involontaires, mais naturels, puis- 



îu ils se reproduisent invariablement chez tous 
les animaux d'une même espèce. L'histoire de ces 
mouvements peut être aisément formulée sous 
plusieurs propositions simples, mais générales. 

L^I. — Lorsqu'un organe des sens est affecté et 
^is en mouvement d'un seul côté du corps, l'or- 

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DE LA PHYSIONOMIE 



gane symétrique est le plus souvent entraîné dans 
le sens de ces mouvements, et les répète en quelcpte 

sorte-, toutefois, ces ynouvements sont, en général, 
moins énergiqiœment exprimés que les mouvements 

directs. 

Nui organe ne montre ces choses à un plus haut 
degré que l'œil. Si un rayon de lumière vient à 
tomber obliquement sur un des yeux , de manière 
à ne point affecter directement celui du côté op- 
posé, l'œil affecté regarde d'un regard direct, et 
l'œil opposé regarde d'un regard sympathique- 

r 

Mais le regard sympathique n'a point l'énergie 



du regard direct; son mouvement est incomplet, 



il semble attiré plutôt que dirigé , et sa marche 
inégale amène une divergence oculaire souvent 
assez sensible. Il est en même temps un peu 
moins ouvert que l'œil actif, et sa pupille toujours 
un peu moins contractée. En un mot, tous les 
mouvements qu'exécute un seul œil appliqué à la 
vision sont imités par l'autre œ/d, mais avec une 
sorte de paresse relative. On peut penser, à priori, 
que l'habitude n'est point sans influence sur ce 
phénomène. Ainsi la tendance naturelle qu'on a à 
regarder des deux yeux à la fois les objets qui les 
affectent simultanément, pourrait donner aux yeux 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



207 



l'habitude des mouvements simultanés. En sorte 
que dans le cas où un seul œil serait excité, l'autre 
œil exécuterait par habitude des mouvements 
semblables. Mais l'observation des nouveaux nés 
montre que dès le début de la vie les mouvements 
des yeux se correspondent, et par conséquent 
l'habitude ne paraît pas avoir dans ce phénomène 

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une part nécessaire. 



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dente entre les deux oreilles ; elles sont, en effet, à 
peu près immobiles dans l'espèce humaine, et 
chez les animaux qui ont de grands pavillons au- 
ditifs, la faculté de les mouvoir indépendamment 
l'un de l'autre est à peu près universelle. Il est 
d'autant plus important de ne pas formuler ici de 
règle trop précise, que les deux oreilles, même 
dans des positions très-différentes, peuvent être 
cependant appliquées à l'audition d'un même son. 
En sorte que dans beaucoup de cas leurs mouve- 
ments pourraient paraître sympathiques plutôt 
par simultanéité que par symétrie. 

Les mouvements des oreilles ne laissent donc 
point au premier abord apercevoir leurs sympa- 
thies; mais, peut-être, pourrait-on rendre ces 
sympathies apparentes par quelques expériences 



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•208 



DE LA PHYSIONOMIE 



décisives. Ces expériences consisteraient à dé- 



truire par un moyen quelconque la sensibilité 
d'une seule oreille, en ayant soin de ne léser en 
aucune façon les nerfs moteurs. Dans ce cas, une 
oreille seule étant sensible à l'action des sons, tous 
les mouvements que l'oreille sourde exécuterait 

r 

pendant l'attention seraient des mouvements sym- 
pathiques. Pour que Texpérience fût concluante, 
il faudrait choisir de très-jeunes animaux et les ob- 
server ensuite à l'état adulte, on préviendrait ainsi 

r 

l'habitude du souvenir, et les résultats seraient 
plus évidents. A priori ^ il est probable que les 
mouvements exécutés par l'oreille sourde seraient, 
dans ce cas, une imitation plus ou moins exacte 
de ceux que l'oreille saine exécuterait d'une ma- 
nière directe. 

. Les mouvements de sympathie latérale sont 
assez marqués dans le nez, mais souvent avec une 
telle différence d'intensité dans la narine du côté 
qui est seul affecté, que l'autre semble au premier 
abord immobile. Mais un peu d'attention suffit 



pour 



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cute, quoique à un moindre degré, un mouvement 
analogue. 

Les mouvements dont nous nous occupons ici 



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sont encore moins marqués dans la bouche, dont 
^es deux moitiés se meuvent avec une grande indé- 
pendance. 

Les organes du toucher , et les mains en parti- 
culier, présentent souvent des exemples de sym- 
Pathie latérale. Nous en avons cité un cas remar- 
quable (V. art. xLVi), mais ces mouvements sont 
cl' autant plus difficiles à apprécier qu'ils se déve- 

■ 

loppent avec une grande liberté, et n'ont en quel- 

r 

que sorte rien de nécessaire. 11 est cependant des 

r 

^^^ OÙ ces sympathies apparaissent nettement. 
^6 citerai en particulier les débuts des commen- 
tants qui s'exercent sur le piano. On sait la diffi- 
culté qu'ils éprouvent à donner aux mouvements 
^es deux mains une complète indépendance. Et ce 

h 

^'est pas sans peine qu'en exécutant une gamme 
^îs font coïncider le mouvement du petit doigt de 
^a main gauche avec celui du pouce de la main 
^l'oite, de l'index d'une main av^ec celui de l'an- 
gulaire de l'autre main. Toutes ces choses sont 

* I 

^^^Igaires, si je puis ainsi dire. 

Or, il ne paraît pas moins difficile de mouvoir 
les bras avec une complète indépendance, comme 
^6 prouve l'exemi^le des personnes inexpérimentées 
qui essayent de décrire avec leurs mains deux 

12. 



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DE LA PHYSIONOMIE 



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cercles parallèles dans des plans verticaux , mais 
par des mouvements inverses, de telle sorte qu'une 
main se meut dans un sens et l'autre main en un 
sens opposé. La chose n'est point impossible sans 
doute, mais elle n'est point naturelle, c'est-à-dire 
instinctive. Elle est le fruit de la réflexion , de 
l'exercice et de l'habitude. 

LYIII. — Lorsqu'un sentiment de volupté^ d'im- 
patience ou d'activité intérieure met en jeu une 
OU jjliisieurs régions de la colonne vertébrale^ cette 
excitation se propage sympathiquement de segment 
en segment homologues jusqu'aux extrémités du 

à 

racliis. 

Cette sympathie des muscles homologues que 

■ 

j'oppose à la précédente sous le nom de sympathie 
longitudinale y est telle que les mouvements qui 
résultent d'un sentiment un peu vif, agitent en 

r r 

général toute l'étendue d'un même système de 
muscles. Or, il est naturel que ce mouvement soit 
surtout apparent dans les parties les plus mobiles- 
Voilà pourquoi chez certains quadrupèdes à longue 
queue, les mouvements ondulatoires de cet organe 
sont toujours plus visibles, plus étendus que ceux 
du tronc. Ils peuvent même se développer seuls, 
trahissant l'énergie d'un sentiment caché, alors 




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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



qii'Line volonté contraire luttant contre ses impul- 
sions, maintient le corps dans une immobilité 

apparente. 

 côté de cette sympathie entre organes liorao- 

logues, se rangent naturellement celles qui se 
développent entre des organes analogues, tels que 
le peuvent être la jambe et le bras. Ces sympa- 
thies sont naturellement beaucoup plus évidentes 
dans les animaux que dans T homme dont les mou- 
vements acquièrent en général le summum de 
l'indépendance. 




LIX. 



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les organes annexes iJeuv eut se mouvoir sympathi- 
quement, et répéter des mouvements analogues, 
chacun dans la sphère de son activité propre. 

C'est ainsi par exemple que les oreilles feignent 
d'écouter, quand les yeux seuls sont réellement en 



que 



mouve- 



ments, quand le goût savoure quelque impression 
délicate. Cette proposition mérite d'être attenti- 

vement examinée. 

[a) Les sympathies dont nous nous occupons 

ici s'exercent surtout entre les organes capables 
d'éprouver des impressions d'une nature analogue. 



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Nous remarquerons en effet, afin de fixer les 
idées, que nos impressions se groupent naturelle- 

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ment en deux catégories. Les unes déterminent 
à la fois des sentiments et des idées claires, les 
autres aboutissent surtout à des sentiments et tout 
au plus à des idées confuses. Parmi les premières 
se rangent les sensations de la vision et de l'ouïe, 
parmi les secondes celles de l'olfaction et du goût. 
Aussi l'observation nous fait-elle apercevoir un 
rapport de sympathie plus intime entre l'œil et 

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l'oreille 5 tandis que Tolfaction et le goût ont entre 
eux une relation immédiate; Taction simple de 
l'œil détermine dans l'oreille des mouvements 
sympathiques, tandis qu'elle n'amène dans les 
autres organes que quelques mouvements con- 
sécutifs. De même les mouvements de l'oreille 
influent plus particulièrement sur ceux de l'œil. 

Quant aux mouvements des narines et de la bouche, 
ils ont entre eux des rapports si intimes, qu'il 
serait difficile de mouvoir isolément un de ces 
deux appareils; dans l'ordre naturel, leurs mou- 
vements sont toujours homologues. 

Il est facile de démontrer ces faits par quelques 

exemples très-précis; un jeune chien à oreilles 

l(jdroites , auquel son maître présente de loin quel- 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



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que viande appétissante, fixe avec ardeur ses yeux 
sur cet objet dont il suit tous les mouvements, et 
pendant que les yeux regardent, les deux oreilles 



objet pouvait 



^^ entendu. ^J 



L'attention des oreilles sollicite aussi des mou- 
vements dans les yeux. Ces mouvements sont 
surtout remarquables dans l'espèce humaine; l'œil 
regarde alors en l'air ou de côté : en l'air, si le 



faible 



venir de loin; de 



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■ 

Si l'audition du bruit écouté est facile, l'œil est 
modérément ouvert; si elle est difficile, il se place 
sympathiquement dans l'attitude de la vision 

pénible. . • 

On trouve un exemple très-curieux de ces sym- j 

patines dans la tendance irrésistible qui porte en 
énéral à regarder un orateur, alors qu on l' écoute. 




bien qu'on l'entende parfaitement. Cette tendance 
est si impérieuse, que toutes les causes qui la 
contrarient embarrassent en même temps le mou- 
vement de la pensée. Aussi, devrait-on proscrire 
absolument l'interposition des objets opaques entre 
le maître et les élèves, dans toutes les salles de 
cours. Un seul tuyau de poêle qui s'élève au mi- 



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lieu d'un amphithéâtre suffit pour jeter dans l'es- 
prit de quelques élèves une sorte d'inquiétude 
qui nuit singulièrement à l'intelligence des choses 

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énoncées par le professeur. 

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Dans l'ordre des faits ordinaires, la simple 
attention de l'œil et de l'oreille ne sollicite dans 

^ 

les narines et dans les lèvres que des mouvements 
insensibles. Mais il n'en est pas ainsi quand l'œil 
ou l'oreille, attentifs aux éléments les plus subtils 
de la sensation, cherchent aies distinguer; aussi, 
LX. — Toutes les fois que Vœil ou Vorellle sont 
employés comme instruments cV analyse subtile^ le 

* 

nez^ la bouche et les mains elles-mêmes ^ en tant 
qu instruments d'analyse^ exécutent sympathique- 
ment des mouvements analogues. 

C'est ainsi que la recherche par les yeux d'un 
fort petit objet qu'on s'efforce de distinguer entre 
beaucoup d'objets analogues, est souvent accom- 
pagnée de certains mouvements des narines et des 

ri 

lèvres, dont les uns sont des mouvements de flair 
et les autres des mouvements de dégustation pré- 
paratoire, qui se passent entre les lèvres, les dents 
et la pointe de la langue. Des mouvements ana- 
logues se produisent lorsque l'attention de l'oreille 

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est en jeu. 




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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION 



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bouche sont employés en tant qu organes d'analyse 
^ubtile^ Vœîl et V oreille exécutent des mouvements 
sympathiques analogues. 

■ Cette proposition a à peine besoin de démons- 
tration. Je suppose qu'il s'agisse ici de saveurs 
qui n'aient point d'influence appréciable sur les 

■ b 

mouvements viscéraux; qu'il s'agisse par exemple 

j 

de découvrir dans un mélange des traces d'alcool ; 
l'œil exécute dans ce cas des mouvements pareils 
à ceux qui se produisent lorsqu'il s'agit de décou- 
vrir de forts petits objets. La tête fait en même 
temps mine d'écouter finement et il faut remar- 

^ - ■ 

quer que c'est du côté qui semble écouter que les 
mouvements sympathiques de l'œil sont en gêné- 

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rai plus prononcés. 

On peut résumer ainsi ces choses : 

Toutes les fois qu'un organe des sens est attentif 
à un objet, tous les autres organes donnent sym- 
pathiciuement des signes d'attention, et ces sympa- 
thies sont en général plus marquées entre les or- 
ganes de même espèce qu'entre des organes de 
catégorie différente. 

LXII. — Dans tous les cas qui nous ont jus- 
qu'à présent occupés, il s'agissait de mouve- 



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216 



DE LA. PHYSIONOMIE 



ments d'attention simple, concentrés sur des choses 
extérieures. Or, il peut arriver que l'attention ait 
au contraire pour objet certaines sensations inté- 
rieures, certaines modifications organiques succé- 

L 

dant à une sensation de cause externe, en un mot 

certains sentiments. 

C'est ainsi que certaines odeurs éveillent en nous 

+ 

des sentiments de dégoût ou de volupté. Il en est 
de même de certaines saveurs, et, plus particu- 
lièrement de celles que perçoivent le palais et 

r arrière-bouche. 

Ces sentiments, lorsqu'ils sont agréables, sont 

caressés et assimilés, si j'ose le dire ainsi. Autant 

l'organisme rejette et secoue la douleur, autant 

il appelle à lui le plaisir; il le savoure, il le 

médite. La douleur est une étrangère qu'on re-. 

L 

pousse, mais le sentiment du plaisir s'identifie 
avec le sentiment même de la vie ; aussi les mou- 
vements de la douleur ont-ils quelque chose d'érup- 

! se manifeste dans un 



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que la volupt 
inel et réfléchi 



et s'enveloppe avec des joies intimes. 

La volupté est comme un écho , un retentisse- 
ment sucessif dans tous les viscères de certaines 

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impressions agréables , enivrantes, analogues au 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



217 



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chatouillement Ces impressions résultent plus 
naturellement du toucher, de l'olfaction et du goût. 



que de toute autre sensation. L'œil et Toreille 
peuvent, il est vrai, donner lieu à des impressions 
voluptueuses, mais d'une façon moins directe et 
moins habituelle; ils sont, si je puis le dire, plus 
près de l'intelligence et moins delà vie organique. 
Or, les mouvements sympathiques étant d'autant 
plus fréquents dans un organe qu'il est plus natu- 
l'ellement porté à des mouvements directs d'un 

F 

ordre analogue, il sera facile d'accepter «/r? on 
les propositions suivantes, que l'observation dé- 
montre ensuite d'une façon évidente. 

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* 

— 1° Toutes les fois qu'une sensation 



LXIII. 



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'^lée du toucher^ du goût ou de V odorat éveille un 

r 

Sentiment de volupté^ Vêtre vivant ^absorbé par la 
("ontemplation exclusive de ce sentiment repousse 
toute autre espèce de sensations^ et condamne à 
l'inaction tous les organes qui j^our raient jeter à 
Ici traverse de ces douces impressions ^ des im- 
pressions étrangères. 

C'est ainsi que Faction de savourer une odeur 
ou une saveur porte à fermer les yeux. Je pourrais 
même dire qu'elle oblige de fermer les oreilles; 
et, en effet, dans le mouvement de déglutition qui 

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DE LA PHYSIONOMIE 



accompagne presque toujours la dégustation des 



saveurs agréables ^ certaines modifications de 

■ 

r arrière-gorge rendent l'audition à pea près im- 
possible. 

F 

Dans ce mouvement, l'œil va chercher les ténè- 
bres sous la paupière ; le muscle pathétique agit 
comme dans la défaillance ou dans la mort. Dans 
certains cas moins tranchés, les yeux se ferment à 
demi et la prunelle se noie sous la paupière supé- 
rieure comme si le sommeil arrivait. Ce mouve- 
ment est très -marqué pendant l'inspiration qui 
suit la déglutition voluptueuse. 

Ces choses sont si vraies qu'il serait impossible 
peut-être de trouver un homme qui se délectât 
sous l'impression d'une odeur ou d'une saveur 
sans fermer les yeux au moins à demi , ce que ne 
doivent point oublier les peintres. Ces mouvements 
des yeux sont les mêmes lorsque la peau est le 
siège de chatouillements agréables. C'est ainsi que 
les chiens et les chats ferment les yeux sous les 
caresses, en même temps qu'ils couchent leurs 

j 

oreilles; on sent qu'il ne s'agit point ici de voir ou 
d'entendre, mais de savourer. 

LXIV. — 2° Si l'œil ou l'oreille est le point de 

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départ de sensations voluptueuses ^ celui des deux 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



219 



organes qui n- est point actifs loin d'éprouver des 
'Mouvements sympathiques^ demeure immohile^ et^ 

r 

SI je puis ainsi dire, complètement indifférent. 

Cette proposition peut être aisément démontrée 
en ce qui touche les sensations auditives. Ceux 
que l'attrait du spectacle tient éveillés à la repré- 
sentation d'un opéra, plus curieux que véritable- 
ment musiciens, ne peuvent passer que pour des 

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^ r 

amateurs vulgaires, Les vrais dilettanti, les cZé- 
lectants, comme , les appelle admirablement la 

■ 

langue italienne, ferment habituellement les yeux 
dans ces moments où l'ivresse est plus .délicieuse- 
ment chatouillante, n'ouvrant les paupières qu'à 

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la dérobée et retombant aussitôt dans leur rêve. 

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Car, il faut le remarquer ici , le vrai musicien 
écoute moins les sons qui le charment, qu'il ne les 
pense. C'est en lui-môme qu'il entend ces chants 



qu 



intérieures traduisent en une 



langue passionnée et vivante. Tout entier au sen- 
timent qui l'absorbe, il ne vit plus que par un 
s^ul sens. 

Mais cette proposition, en ce qui touche l'œil ^ 
est d'une démonstration moins facile. En effet, 

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bien que certaines impressions suaves et chatouil- 
lantes de l'œil soient jusqu'à un certain point 



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DE LA PHYSIONOMIE 



aÎ3Sorbantes, elles le sont beaucoup moins que les 

sensations auditives; quoi qu'il en soit, Thomme 

que la couleur cliarme, arrivé à ce point où la 
préoccupation se change en contemplation, de- 
viendra sourd à tous les bruits médiocres ; mais 



de 



duit point ces modifications. 



LXV. 




3" Lorsque l'un des deux organes de la 
vision ou de l'ouïe est le point de départ d'impres- 
sions chatouillantes et voluptueuses, il associe à son 
action tous les organes dont le Jeu sympathique 
ne peut contrarier l'action principale. 

C'est ainsi que l'attention voluptueuse de l'œil 

née de mouvements sympathiques de 
flair et de dégustation, parmi lesquels les mouve- 
ments de déglutition dominent. Rien de plus fré- 
quent que de voir une femme savourant les 
reflets chatoyants d'une étoffe se rengorger et 
exécuter une déglutition véritable, mais ce der- 
nier mouvement ne se produit jamais dans l'at- 
tention voluptueuse de l'ouïe, car il contrarie 

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l'audition; les actions sympathiques de la bou- 
che se résument alors dans un mouvement d'as- 

piration. 

Les mouvements sympathiques de l'organe eré- 






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KT DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



221 



îiéral du toucher sont très-marqués dans les deux 
^as que nous venons d'examiner. Tout le corps 
î'eçoit alors une sorte d'impulsion ondulatoire et 
semble éprouver de délicieuses caresses; j'énonce 
ï'apidement ces faits dont l'analyse m'entraînerait 
à des détails infinis. 

ri 

— Les règles particulières que je viens de 



LXVI. 



formuler ici s'appliquent uniquement aux cas où 
d^s sensations agréables sont éprouvées. Néan- 
moins , les sensations désagréables déterminent 
^iissi des mouvements sympathiques. C'est ainsi, 
pour ne citer qu'un exemple, qu'un son aigre 
oblige de fermer les yeux et détermine dans l'ap- 
pareil buccal tous les mouvements de la répulsion 
^t de l'horreur. Il suffit de signaler ici ces 
choses. 

LXVII. — Mais il n'est pas inutile de nous arrêter 
Un instant, et dé dire quelques mots des moiive- 

^^^ents du corps^ en tant quils succèdent sympa- 
^hiqiiement à des sensations ou viennent en aide 

r 

^u mouverïient principcd. 
Lorsque nous examinons un objet intéressant, il 

r 

^st dans la nature de tendre vers cet objet ou de 

^en rapprocher autant que possible; c'est là un 
^cte instinctif auquel le corps tout entier se prête, 



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DE L\ PHYSIONOMIE 




et qu'on exprime par un mot admirable : attention 

[tendere ad). 

Il y a une très-grande différence entre les mou- 
vements que le corps exécute lorsque l'animal re- 
arde, suivant que l'objet regardé est immobile ou 

mobile. 

Je suppose V objet immobile : l'œil se dirige 

vers lui, puis tout le corps s'avance dans la direc- 
tion du regard, on pourrait dire qu'il s'allonge et 
qu'il est attiré. Dans ce mouvement, le corps 
s'étend en avant jusqu'où peuvent le permettre 
les lois de l'équilibre, en sorte que l'animal, après 

établi d'une manière ferme sa base de 
sustentation, s'élance autant qu'il le peut au delà 

de cette limite. 

Mais l'attitude de l'homme est surtout remar- 
quable. Le mouvement d'attention étant inconci- 
liable avec la station bipède, on le voit alors porter 
les mains en avant et s'appuyer sur tous les corps 
qu'il trouve à sa portée, substituant à son attitude 
habituelle une véritable station quadrupède obli- 
que. Cette tendance à se porter en avant, entraî- 
nant comme conséquence nécessaire le besoin 
d'un appui, explique le danger qu'il y a à regar- 
der attentivement un objet éloigné, du bord d'un 

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ET DES MOUVEMENTS D' EXPRESSION. 



223 



toit ou de toute autre plate-forme sans balustrade. 
Souvent, quand on ne trouve à sa portée aucun 
objet dont on puisse faire un point d'appui, les 
^ams se posent sur les genoux symétriquement 

fléchis, comme j'essaye de l'indiquer dans la figure 
suivante : 




Mais r objet peut être mobile: dans ce cas, l'œil 
fixé vers l'objet le suit, et le corps s' allongeant, 
^'inclinant , suit tous les mouvements de l'œil. 
J'en donnerai pour exemple les spectateurs d'une 





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224 



DE LA PHYSIONOMIE 



partie de boules. Ces mouvements peuvent s'exé- 
cuter en quelque sorte autour d'un centre, les 
pieds demeurant immobiles. Mais il peut arriver, 
si l'objet qui sollicite l'attention s'éloigne, qu'on 
le suive à son insu. 

C'est ainsi qu'on raconte d'un mathématicien 

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fameux, qu'ayant écrit quelques formules dont 
l'idée le préoccupait, sur la paroi postérieure 
d'une voiture, on le vit, lorsqu'elle eut repris sa 
marche, suivre son calcul qui fuyait devant lui, 

L 

sans s'éveiller de sa méditation. Je ne puis assurer 
que cette histoire soit absolument vraie, mais à 

coup sûr elle est absolument selon la raison et 
selon la nature. 

Les jeunes chiens donnent un exemple assez 
évident de mouvements de ce genre lorsqu'ils 

r 

guettent les petits oiseaux, courant après eux lors 
même que les oiseaux envolés sont hors de leur 
portée. Je crois inutile d'insister plus longtemps 
sur ces choses. 

Ainsi, l'œil suivant le mouvement d'un objet 
qui s'éloigne ou se détourne, le corps tout entier 
suit le mouvement de Fœil, mais cela d'une ma- 
nière bien remarquable : c'est d'abord la tête qui 
est attirée, puis le tronc et enfin les jambes, en 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



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sorte que l'impression paraît se propager succès- 
sivement et de segments en segments jusqu'à 
l'extrémité de la moelle épinière. C'est là, s'il en 
fut jamais, un exemple de sympathie longitudi- 
ïiale. Or, ce mode de propagation du mouvement 
9- pour conséquence nécessaire de détruire gra- 

L 

F 

duellement les conditions de l'équilibre du corps, 
et une chute deviendrait inévitable si une jambe 

île la prévenait en se portant tout à coup en 
avant. 
On comprend alors qu'il y ait danger naturel 

■ 

et imminent à considérer d'nne grande hauteur 

L 

Un objet en mouvement, quelle que soit d'ail- 
leurs sa position dans l'espace. Mais ce danger 

r 

est d'autant plus grand que cet objet se meut au- 
dessous de l'observateur, parce qu'il s'y joint 
^lors les effets particuliers au vertige. Il y a à cet 

+ 

égard entre l'œil et le corps de telles sympathies, 
^iue les illusions les plus singulières en résultent. 
L'une des plus frappantes est celle qui s'empare 
de nous lorsque, penchés sur la rampe d'un pont 
Suspendu, par exemple, nous regardons l'eau 
feuler au-dessous de nos pieds. On sait que dans 
^ne certaine condition de notre esprit et de nos 
ysux , l'eau paraît réellement couler, tandis que 

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DE LA PHYSIONOMIE 



le pont reste immobile; mais cette apparence n'a 
rien de nécessaire, et l'instant d'après l'eau 
pourra paraître immobile, tandis que le pont sem- 
blera courir au-dessus d'elle , et nous nous senti- 
rons alors entraînés par un mouvement plus ou 
moins rapide. On peut à volonté produire en soi 
la conscience de l'une ou l'autre de ces deux im- 
pressions; celui des deux objets sur lequel le re- 
gard se fixe plus particulièrement prenant toujours 
l'apparence du point immobile, à l'égard duquel 
tous les autres semblent se mouvoir. 

Ceci posé, supposons que, penchés sur la 
rampe du pont, nous regardons en amont couler 



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nous regardons en aval nous croirons marcher à 
reculons. Or, chose remarquable, l'illusion n'égare 
pas seulement les mouvements de l'esprit, elle 
trompe en môme temps ce ministre subordonné, 
ce demîoiirgos qui règle à tous les moments de 
la vie l'harmonie de nos mouvements, et nous 
oscillons alors , pareils à un passager inexpéri- 
menté qu'emporte une embarcation rapide. Ainsi, 
l'illusion qui fait voir. aux yeux le pont en mouve- 
ment détermine des effets semblables à ceux 
qu'amènerait un mouvement réel; Ton a con- 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION 



227 



science d'une chute imminente, contre laquelle on 
essaye cle réagir par des mouvements involontaires, 

souvent assez marqués pour être sensibles aux 
yeux d'un observateur étranger ^ 

Il est probable que la sensation de tournoie- 
nient qu'on éprouve après un mouvement pro- 
longé de rotation sur soi-même, entraîne la chute 
par des raisons analogues. En effet, dans ce mo~ 

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ment, tous les objets semblent tourner. Toutefois, 
je ne m'exprimerai qu'avec réserve sur ce phéno- 

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mène qui n'a point été l'objet d'expériences assez 

précises ^ 

L'influence des yeux sur les mouvements du 



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1. Ces faits s'expliquent aisément si l'on a égard à ces harmo- 
ïiies intérieures qui nous portent instinctivement à maintenir 
notre corps, et que M. Chevreul considère comme la conséquence 
d'un principe général qui les domine, j'entends parler du p?'m- 
cipe de stabilité. Ce savant en a fait dernièrement une applica- 
tion heureuse à l'explication du phénomène nerveux connu sous 
le nom de mal de mer, considéré dans ses rapports avec les causes 
qui le produisent. Ses observations nous seraient ici d'un grand 
secours ; mais comme il se propose de les exposer lui-même, une 
prudence respectueuse m'impose l'obligation d'attendre qu'il les 
^it publiées, mon premier devoir étant de profiter de ses ensei- 
gnements, et non de les devancer en m'exposant à les affaiblir. 

2. L'analyse de ce phénomène pourrait conduire à des obser- 
vations du plus haut intérêt. Un homme tourne sur lui-même les 

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yeux ouverts. Au moment où il s'arrête, il lui semble que tous 
les objets continuent à tourner devant lui; bien qu'en réalhé 



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corps est prouvée par un grand nombre d'autres 
considérations. La science est redevable sur ce 
point à M. Ghevreul de plusieurs belles expé- 
riences que nous exposerons dans le chapitre sui- 
vant, où nous ne ferons réellement que le suivre, 
en tirant des principes qu'il a posés les consé- 
quences naturelles qui en dérivent. 

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LXYIII. — Si le corps est mis sympathiquement 
en mouvement par l'action de la lumière sur l'œil, 
en revanche il est arrêté par la sensation des 



aucun d'eux ne soit déplacé. Cette remarque m'a fait supposer 
qu'il pourrait bien y avoir quelque analogie entre ce phénomène 
et l'illusion qui a fait assimiler le mouvement des cils vibra- 
tiles dans les Systolides et les Mélicertiens à un nriouvement rota- 
toîre. Une illusion toute pareille se produit lorsqu'on regarde 

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d'une certaine distance ces cercles de flammes dont certains mar- 

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chands décorent le soir l'arcade de leurs portiques. C'est un pe- 
tit mouvement de détail qui n'amène jamais un grand déplace- 

L 

ment, et qui se compose d'un mouvement simultané de contrac- 
tions et de dilatations alternatives dans tous les éléments de la 
courbe lumineuse. Toutes les fois que ces conditions sont rem- 
plieS; l'apparence d'une rotation plus ou moins rapide se produit, 
et avec une telle intensité qu'elle trompe les yeux, alors môme 
que la raison prévenue met l'esprit en garde contre cette illusion. 

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Ainsi, il me semble probable que dans le cas particulier qui 
nous occupe, la sensation de tournoiement- dépend de certaines 
oscillations insensibles qui déplacent dans des limites très-étroites, 
^1 est vrai, les axes oculaires. 

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Or, de cette oscillation de l'œil, résulte nécessairement, dans 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION, 



229 



ténèbres. En effet, en posant des limites à Faction 
àe l'œil, les ténèbres sont une limite aux niouve- 
nients du corps- On s'arrête, on recule même, et 
la sensation d'un obstacle qui se crée autour de 
vous est telle qu'on porte sympathiquement les 
mains en avant comme pour se protégera 

LXIX. — Telles sont, en général, les sympathies 
de Toeil et du corps tout entier; il existe entre le 
corps et l'organe auditif des sympathies analogues. 
Ainsi, 



tous les éléments des images formées sur la rétine, une oscilla- 
tion de détail tout à fait pareille à celle qui se produit dans les 

î'oues des Systolides; il y aura donc là une vague apparence de 
l'otation. Et, en effet, un peu d'attention suiïit pour se convaincre 
que rien ne tourne, mais que les éléments de l'image se meuvent 
dans un fort petit espace sans changer de lieu. Cette observation 
sera surtout facile si on la répète devant un mur rayé longitudi- 

r 

nalemcnt. 

Si l'on tourne en tenant les yeux fermés et qu'on les ouvre 
subitement au moment où Ton s'arrête, les objets paraissent éga- 
lement tournoyer et toujours dans un sens opposé à celai de la 
rotation. L'explication de ce fait repose évidemment ici sur le 
ïiiéme phénomène, je veux dire l'oscillation insensible des 
yeux. 
■ Il reste à démontrer pourquoi les yeux oscillent. C'est là un 
sujet de recherches fort délicates sur lesquelles je me propose de 
revenir un jour. Mais ce n'est point ici le lieu d'insister sur ces 
choses. . 

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1. J'emprunte au beau mémoire de M. Arago sur Téclipse totale 



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Lorsque nous écoutons ^ le coiys tout entier se 
porte vers le corps sonore^ dans la direction de 

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r oreille qui écoute. 

Cette remarque est aisée à vérifier. Lorsque 
nous regardons avec attention, nous regardons en 

général des deux yeux à la fois, et le corps est 
tendu vers l'objet d'une manière symétrique. 
Lorsque, au contraire, nous écoutons, nous écou- 
tons de côté, le cou étant tendu vers l'objet, et 
l'un des pariétaux étant porté parallèlement aux 

surfaces vibrantes. 

Dans cette position, le corps tout entier se porte 

sur un seul genou, celui du côté qui écoute, tandis 

que la jambe opposée, plus ou moins tendue, 

pousse le corps dans la direction du son. En même 

temps, une tendance naturelle à se mettre en garde 



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du 8 juillet 1842, les faits suivants qui sont du même ordre que 
celui que je signale ici : « Quatre à cinq pages, «dit M. Arago, » 
« ne me suffiraient pas si je voulais reproduire ici tout ce qui 
<( m'a été raconté concernant des chevaux, des bœufs et des ânes 
<( qui, attelés à des fardeaux, s'arrêtèrent tout court quand l'é- 
« clipse totale arriva, se couchèrent et résistèrent obstinément a 
« l'action du fouet ou de Taiguillon (p. 309), à l'instant où le soleil 
(( disparut entièrement. » 

M. Fraisse de Perpignan remarque : « Que les fourmis s'arré- 
(c tèrent, mais sans abandonner le fardeau qu'elles traînaient. » 
(Voy. Akago, Annuaire du bureau des longitudes^ p. 311, 184G.) 




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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



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contre toute impression étrangère fait qu'une main ' 
s'écarte du corps en faisant le geste de repousser. 

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Quelquefois, le corps tout entier se maintient dans 




cette position pénible sans l'aide de la main du côté 
dont on écoute, et cette main portée vers l'oreille 
fait alors l'usage d'un véritable cornet acoustique. 
Nous distinguerons à ces signes l'attention de 
l'oreille d'avec celle de l'œil. On sent combien 

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toute cette mimique est simple et naturelle, et en 



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efifet toutes ces observations générales pourraient 
être résumées en une seule proposition que nous 
formulerons ainsi : 

Le corps entier est dirigé vers l'objet senti ^ et 
tendu dans la direction de Vorgane du sens qui 
révèle V existence de cet objet. 

LXX. — Je ne puis m'empêcher de faire ici 
une remarque. C/est que raltention est fixante de 
sa nature, et que pour cette raison elle n'est 
jamais sans quelque mélange d'effort. Cet effort 
suspend pour un instant la respiration. De là ce 
besoin urgent de respirer et de bâiller après quel- 
ques moments d'une attention soutenue. Cet état 
est souvent très-pénible, et comme il est instinctif, la 
volonté ne le gouverne pas, et les personnes de tra- 
vail en sont souvent singulièrement incommodées. 

Cette incommodité que chacun a pu ressentir 
explique rimpossibllité où certaines personnes, fort 
intelligentes d'ailleurs, se trouvent d'étudier des 
choses dont l'analyse réclame beaucoup d'atten- 
tion et de subtile délicatesse; elles n'ont point 
d'haleine au travail et elles l'abandonnent bientôt 

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parce qu'il est à la fois pour elles une souffrance 
et une cause de paralysie. C'est ici le cas de remar- 

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quer combien les règles d'éducation sont grossières 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



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encore; souvent, en effet, considérant la paresse 
comme une sorte d'entité abstraite, comme un 
vice moral , on la punit au lieu de chercher à 
la guérir. Cependant , la plupart du temps, 
cette paresse que les châtiments ne peuvent 
vaincre tient, lorsqu'elle n'est pas liée à un défaut 
d'intelligence ou à une passion dominante, à ce 
qu'en s' efforçant de travailler, les enfants oublient 
de respirer. J'ai moi-même beaucoup soûl 
cet oubli qui croît en général avec la préoccupa- 
tion dont on est saisi. Il ne serait pas impossible 
d'instituer à cet égard quelques exercices gymnas- 
tiques qui préviendraient de tristes résultats. Mais 
qu'il me suffise d'énoncer ces choses en passant, 
leur analyse me conduirait beaucoup trop loin. 

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Il est cependant utile d'indiquer à ce propos 
combien ces expressions s'efforcer de voir, s'effor- 
cer d'entendre, sont justes en elles-mêmes; en 
effet, l'attention est toujours mêlée de quelques 
mouvements d'effort qui se traduisent dans quel- 
ques mouvements plus ou moins marqués du visage 
ou du corps. Mais cet effort se développe sous des 
formes un peu différentes dans l'attention de l'œil 
et dans celle de l'oreille. 

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LXXL — Quand nous cherchons à découvrir un 




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DE LA PHYSIONOMIE 



objet fort petit, l'effort est complet dans sa forme. 
Nous fermons la bouche avec insistance, la glotte 
s'élève et se contracte ; et comme les conséquences 
de cet effort trop prolongé pourraient altérer la 
vision, on s'y reprend à plusiem^s fois, cessant de 
respirer quand on regarde , et respirant pendant 
les intervalles. 

La plupart de ces mouvements étant, nous 
l'avons dit tout à l'heure, inconciliables avec l'au- 
dition , l'effort qui se produit dans l'audition 
attentive se borne à une simple suspension des 
mouvements respiratoires, en sorte que la bou- 

che demeure entr' ouverte, hiante, attitude très- 
expressive qui, se mêlant souvent à des signes ca- 
ractéristiques d'impatience, est un des éléments 
les plus habituels de la mimique théâtrale. 

LXXII. — Mais il n'est pas hors de propos de 
revenir pour un instant sur nos pas et d'étudier 
avec plus de détails l'influence que les sensations 
auditives ont sur les mouvements du corps. 

On sait par expérience vulgaire que les sons les 
plus purs ne prennent le caractère musical qu'à 
la condition d'être soumis à une certaine mesure 
et rangés en un certain ordre. Ils reçoivent de cet 
arrangement une puissance nouvelle ; puissance 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



235 



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telle, qu'à peine est-il possible de se soustraire 
alors à leur influence. L'habitude seule nous ern- 
pêche d'admirer cette harmonie merveilleuse qui 
enchaîne des milliers d'hommes, leur inspire une 
volonté commune, les anime d'an même moiive- 
lîient quand les sons d'une marche guerrière se 
font entendre. Chez tous les peuples du monde, 
les sons cadencés règlent le mouvement de la 
danse et les évolutions des troupes armées. Ces 
sons éveillent à la fois l'action et la règlent victo- 
rieusement, et leur puissance est telle que des 
gens d'intelligence qui se piquent d'être maîtres 
d'eux-mêmes, s'appliquent vainement à ne point 
céder à leurs impulsions dominatrices. 

Ce prodige , cette merveille que la philosophie 
et la poésie ont tour à tour célébrée, n'échappe 
point à l'analyse de la physiologie rationnelle; 
nous partirons dans nos explications d'un fait 
simple et facile à constater. Supposons un homme 
plongé dans une préoccupation profonde, et dans 
ce moment étranger aux choses extérieures. Qu'un 
son éclatant et subit se fasse entendre ; éveillé 
soudainement, il se dresse et demeure fixé dans 

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nn état plus ou moins marqué d'extension et de 
roideur. 



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De ce fait que démontrent robservation et l'ex- 

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périence, résultent deux conséquences immédiates : 

i*" Le son est une cause d'excitation; il arraclie 

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subitement l'organisme au repos. 



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termine une sorte d'extension générale. Or, dans 
ce mouvement, en même temps que la tête s'élève, 
la jambe s'allonge; de là, une tendance naturelle 
à frapper du pied la terre. 

Ces choses étant posées, supposons que des 
sons se succèdent à intervalles égaux. A chaque 
émission nouvelle du son, la tendance au mouve- 
ment sera de nouveau excitée, le corps se dressera, 

le pied pressera sur la terre. 

Or, ce qui a lieu dans un homme se produira 

r 

également dans un autre homme ; ainsi dix 
hommes, cent hommes, mille hommes, réunis en 
un même lieu, ressentiront Texcitation au même 
instant ; ils se redresseront à la fois , tous à la fois 
frapperont du pied la terre. Si donc ces bruits 
cadencés se produisent pendant le mouvement de 
la marche, la marche sera réglée, toute cette foule 
semblera n'avoir plus qu'un seul corps et qu'une 
âme, et c'est dans ce sens qu'on a pu dire avec 
beaucoup de justesse : un corps de troupe, un 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION 



237 



corps d'armée. Ainsi, toute une armée sous l'in- 
fluence de ces sons , ou de ces bruits , s'avance 
d'un même pas. Le rhythme des bruits est-il ra- 
pide , la tendance au mouvement se reproduit 
souvent, la marche s'accélère. Le rhythme est-il 
plus lent, la marche se ralentit d'une façon cor- 
respondante. 

Ces effets sont relatifs à la marche du son , au 
mouvement du rhythme; quelques autres effets 
très-remarquables dépendent de la nature et de 

la qualité des sons. 

Ainsi, d'une manière générale, un son aigu dé- 
termine une excitation plus vive qu'un son moins 
élevé, et cette qualité des sons aigus s'explique 
aisément si l'on considère les conditions physi- 

qaes de l'acuité du son. 

Cette excitation qu'un son élevé détermine est 
si vive, qu'on ne peut guère écouter une gamme 
ascendante sans élever en même temps le corps, 
tandis qu'on s'affaisse par l'effet d'une transition 
graduelle d'un son aigu à un son bas. Le premier 
éveille , le second déprime ou endort ; aussi toute 
marche est-elle essentiellement composée de pé- 
riodes ascendantes, tandis que le chant des nour- 
rices qui endorment les petits enfants se dé- 




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veloppera surtout en périodes descendantes ^ 

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Cette influence des sons élevés produit des effets 
singuliers dont l'étude serait d'un haut intérêt. 
C'est ainsi que dans ces périodes musicales, où les 

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pas, qu'on me permette cette expression, sont 
composés d'un double son, l'un aiga, l'autre plus 
bas, la tête s'élève constamment au son aigu et 
s'abaisse au son plus bas, en sorte qu'elle exécute 
des oscillations obliques de haut en bas, et de 
l'oreille qui écoute plus particulièrement vers 
l'autre, et cela plus ou moins rapidement, avec 
plus ou moins de mollesse suivant que le rhythme 
est plus rapide ou plus lent. Si les chants chro- 

r 

matiquement prolongés descendent en mourant, 
les mouvements du corps sont traînés comme les 
sons eux-mêmes, et l'organisme tout entier s' as- 
sociant à ces sympathies, les mouvements des 
viscères eux-mêmes sont ralentis et le système 
nerveux sollicité au sommeil. Ainsi s'expliquent 
les singuliers effets de la musique, ces effets op- 



posés par lesquels, excitant tour à tour et calmant 



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1. On peut, à cet égard, comparer deux chants célèbres. Je veux 
parler de la Marseillaise et du Chant du Départ, La supériorité 
du premier sur le second comme musique guerrière sera sentie 
de tout le inonde. 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



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les 



passions, elle s'empare victorieusement de 



l'âme elle-même et anéantit toute liberté. Voilà 
pourquoi , sans doute , dans son utopie de répu- 
blique parfaite, Platon proscrivait certains modes 
îîiusicaux comme indignes d'être enseignés à des 
hommes libres ^ 

Nous venons de voir qu'il y a, entre les sons en- 
tendus et les excitations qu'ils amènent, un cer- 
tain rapport déterminé par le plus ou moins^ d'a- 
cuité» Ce 'même' rapport existe entre le degré 
d'excitation qu'on éprouve et le son qu'on émet. 
C'est ainsi que la voix de la joie est haute, celle 
de la colère est suraiguë ; de même , la douleur 
qui lutte jette des cris perçants, cris dont le ton 

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s'affaiblit et s'abaisse à mesure que la force s'é- 
puise. De même, c'est sur un ton très-haut qu'on 

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excite la lenteur et la nonchalance; tandis que la 
menace, ayant pour but d'affaiblir et de terrifier 




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1. Je voudrais qu'il me fût permis d'en appeler à ce sujet au 
grand ouvrage que M. Chevreul prépare sur la philosophie des 
Sciences, et qui du point de vue élevé où l'auteur s'est placé, 
pourrait ajuste titre être intitulé : V Histoire naturelle de Vesprit 
humain. Ces questions y sont traitées de cette manière large qui 
^'appartient qu'aux maîtres. Plus j'avance dans cette exposition 
^t plus je regrette de ne pouvoir à chaque instant invoquer cette 
grande autorité. 



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à la fois, émet des sons graves et vibrants dont le 
timbre retentit et détermine le frisson. Il est évi- 
dent que la lenteur apparente de ces sons n'ac- 
cuse point alors un défaut d'énergie, mais indique, 
au contraire, l'effort d'une puissance qui se maî- 
trise, d'une force contenue ^ 

Ces remarques donnent immédiatement l'expli- 

r 

cation d'un grand nombre de phénomènes; elles 
permettent de concevoir comment chaque passion, 
parlant une langue spontanée dont l'énergie est 
relative à la sienne, produit des intonations capa- 
blés d'exciter, dans la mesure même de l'excita- 

r 

tion qui les a produites. Ainsi, des cris suraigus, 
effets d'une excitation exubérante, éveillent dans 

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l'être qui les entend une stimulation équivalente, 
et sollicitent à la colère. Ils irritent l'homme le 
plus grave; au contraire , des sons bas, faibles, 



traînants, attristent, tandis que les sons graves et 



vibrants éveillent un instinct de contention et de 



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iEstiferse Lybies, vîso leo comînus hoste 

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Luc. Pharsaliœ, lib. J 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



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retraite que toute l'attitude du c 
dans les animaux qui se menacent. 



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LXXIII. 



choses p 



1° Une sensation vive détermine l'émission de 

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sons très-aigus. Pareillement des sons aigus éveil- 

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^ent et déterminent une excitation générale pro- 
portionnée à leur acuité. Ce que je dis ici de 
l'acuité du son peut se dire également de la rapi- 
dite du rhvthme. 

2° Des sons lents, faibles et bas, une voix traî- 
nante, sont l'effet d'une puissance affaiblie et 
d'une volonté qui s'éteint. Réciproquement, des 

accents faibles, lents, traînants, ralentissent une 
action trop vive, calment par degrés les grandes 
excitations et sollicitent au sommeil. 

3° Des sons bas et vibrants sont l'expression 
d'une volonté luttant contre l'éruption imminente 
de la voix, ils ont le caractère d'une action rétro- 
grade. L'énergie de leurs vibrations sollicite à 
action, mais leur gravité impose une sorte d'im- 
n^obilité. Or, Vimmohilité dam Vaction, c'est la 
^^^deu7\ Aussi produisent-ils la rigidité du corps, 
^ l^orripilatîon , le tremblement; leur effet immé- 



Ainsi 



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DE LA PHYSIONOMIE 



ton le timbre, les animaux entrent dans la com- 
munication d'une vie commune, une harmonie 
nécessaire s'établit entre eux, et ils vibrent à 
l'unisson les uns des autres. Sous ce point de vue, 
l'oreille est surtout le sens social, tandis que l'œil 
est le sens de la pensée intérieure et de VintelU- 
gencepure. Aussi les intelligences créées sont-elles 
•tout entendement, tandis que l'être infini s'ap- 



sui 



Le ieu des organes de l'olfaction, du 



pelle lumière 
LXXIY. 

goût et du toucher, amène également dans le corps 
tout entier des mouvements sympathiques. 

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Or, ces mouvements diffèrent singulièrement , 
suivant qu'ils répondent à la recherche extérieure 
de l'objet, ou à la contemjjlation intérieure de 
l'impression qu'il a produite. 

Dans le premier cas, les mouvements se rappro- 
chent de ceux de V attention, leur caractère est 



/. 



ces mouvements ont 



une grande analogie avec ceux de \ intention^ si je 
puis me servir dans ce sens de cette expression 
remarquable, leur caractère est essentiellement 

réfléchi ou intuitifs 

i. Si les néologismes n'étaient pas à redouter dans notre lan- 
gue, je serais tenté de proposer ici le mot mknli[ ({m s'opposerait 






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KT DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION 



243 



n y a5 àcet égard, entre les mouvements que les 
Qi'ganes des sens sollicitent, une différence très- 

r 

gi'ande , et cette différence trouve sa raison dans 
1^ mode de leur action, dans leur essence même, 

r 

Si je puis ainsi dire. 

r 

C'est ainsi que, Vœil^ Voreille^ et dans certains 
^^^ le toucher^ nous donnant des sensations , la 

r 

i^ature ou l'habitude de notre intelligence nous 
porte immédiatement à les considérer comme ex- 
térieures. En sorte que, par une illusion singu- 



liè 



re, nous nous sentons, nous nous voyons au 



îîiilieu des objets que cette sensation nous repré- 

r 

Sente, bien qu'en réalité nous les contemplions en 
ï^ous-mêmes , comme la plus simple observation 

le démontre. 

Ainsi , nous nous imaginons voir bien loin de 
nous, et dans une perspective infinie, les diifé- 
l'entes choses visibles , les eaux , les forêts , les 
niontagnes, le ciel, tandis qu'en réalité nous ne 
contemplons qu'un tableau microscopique peint 
Sur notre rétine. 

De même, nous entendons bien loin de nous les 

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^ons d'un cor que l'écho nous renvoie, tandis 

^vec tant d'évidence au mot attentif. Mais il ne m'est pas permis 
^G l'employer. 



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DE LA PHYSIONOMIE 



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qu'en fait nous n'entendons directement que les 

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vibrcations intérieures de notre bulbe auditif. 

Cette illusion, qu'elle résulte d'une disposition 
première de la nature ou de l'habitude, a sur nos 
mouvements une influence remarquable et néces- 
saire ; elle nous porte à sortir en quelque façon de 
nous-mêmes ; si bien que l'attention de l'œil et de 
l'oreille a, dans sa forme générale, un caractère 
évident d'expansion. 

Or, il n'en est pas tout à fait ainsi des mouve- 
ments d'attention qui accompagnent les sensa- 
tions de l'odorat, du goût et certaines sensations 
cutanées. 

Si le besoin que l'animal ressent éveille le dé- 
sir ou ridée de l'objet qui le doit satisfaire, l'être 

exécute des mouvements de recherche dont la 
forme est évidemment et nécessairement expansive. 

Mais, l'objet une fois trouvé, une fois possédé, 
l'animal s'en empare; il l'amène à lui, l'embrasse, 

l'enveloppe, le cache, et tout son corps prend 

alors une attitude contractée, égoïste, avare. U 
ferme les yeux, ses oreilles se couchent; il s'ac- 
croupit en voûte, et ces mouvements sont d'autant 
plus marqués qu'il s'y mêle un nîbuvement de 
crainte de voir sa proie lui échapper. Puis, ces pre- 




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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



niiers mouvements passés, l'animal, maître de sa 



proie 



son attention, toutes ses forces/ 

Alors, ainsi que nous l'avons vu plus haut, 
c est moins l'objet lui-même qu'il savoure, que les 
sensations que cet objet détermine. C'est là une 
Volupté immédiate qu'il considère en lui-même; 
il ne revêt point de ces sensations l'idée d'une 



eh 



que 



mipressions 



Ces mouvements ne peuvent donc avoir la forme 
d'une expansion vers le monde; mais ils expri- 
lï^ent un retour vers soi et se rapprochent singu- 
lièrement de ceux qui accompagnent la réflexion, 

r 

Ou pour m'exprimer plus justement la contempla- 
tion intérieure. 

r 

C'est ainsi que tout homme qui déguste ramène 
Ses bras contre son corps; sa tète se fléchit, ses 

■ 

y^ux se ferment à demi, si bien que le mouvement 
attention se réduit à une extension partielle et à 
P^me apparente du corps. Ce que je dis ici du 
Sout peut se dire également du sens des odeurs, 
^t à, certains égards du sens cutané lui-même. 
L'analogie singulière qui rapproche de la, ré- 



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216 



DE LÀ PHYSIONOMIli 



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plus vulgaires observateurs, comme le prouvent 
les expressions naturelles du langage familier. 
C'est ainsi qu'en ayant égard au mouvement d'ab- 



sorption qui les caractérise, le mot ruminer ex- 
prime à la fois et d'une manière aussi vraie que 
pittoresque la réflexion stupide des brutes et 
l'idiotisme majestueux de la pensée intérieure. 

LXXV. — Ces observations nous révèlent des 
analogies nouvelles entre le sens de l'olfaction, 
celui du goût et même celui du toucher, ils se ré- 
pondent sympathiquement et leurs actions sont 

4 

en quelque sorte inséparables. Aussi voit-on les 
enfants qui se régalent d'un mets savoureux, se 
a^rf^^fr l'abdomen, et réciproquement les caresses 
cutanées amener un mouvement de déglutition 
très-marqué. Les yeux et les oreilles, au contraire, 



se ferment alors, 



ffisant en quelque 



sorte à lui-même et s' isolant du momie extérieur. 
Les sensations génitales donnent lieu à des re- 
marques analogues ; semblables, en effet, au cha- 
touillement, leurs sympathies s'exercent surtout 
sur les organes des sens inférieurs. Je citerai, à cet 
égard, ces mouvements des narines, des lèvres et 
de la langue si habituels aux ruminants et aux 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION 



247 



boiics^ ces animaux lubriques auxquels les anciens 
avaient emprunté la forme idéale de leurs pans et 

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de leurs satyres. Ces remarques pourraient nous 
conduire à des développements infinis; mais je 
dois me borner ici aux choses essentielles. 

L 

LXXVL — Les propositions que nous venons de 

L 

développer s'appliquent avec une grande évidence 
aux sensations agréables, et elles semblent égale- 
ment convenir aux sensations pénibles, à quelques 
exceptions près que nous allons examiner. 

En général, toute sensation douloureuse dont le 

Siège est à la périphérie du corps, possède au plus 
haut degré le caractère excitant. L'animal, ainsi 
que nous l'avons dit plus haut, se révolte contre 
cette douleur, il fait effort contre elle et les mu- 

L 

gissements ou les clameurs qu'il pousse sont la 
marque évidente de cet effort. De môme, l'homme 
qu'une douleur excessive tourmente s'agite avec 
fureur; il essaye par tous les moyens possibles 
d'échapper à ses étreintes ^ de briser ses liens in- 
visibles^ et tous les mouvements de son corps 
l'appelant ceux d'un combat suprême, le langage 
le moins figuré peut employer avec la plus grande 
justesse ces expressions : lutter contre la douleur, 
la vaincre^ s en délivrer. 




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218 



DE LA PHYSIONOMIE 



Ainsi voit-on les malheureux qu'une grande 
douleur possède, se roidir de toutes leurs forces, 
serrer les poings et les dents, et pousser avec une 
insistance furieuse ; leurs muscles tremblent, leur 
corps se couvre de sueur, et les organes des sens 
expriment dans la sphère de leur activité une 
douleur sympathique. D'autres fois, au terme de 
l'impatience et du désespoir, l'homme essaye de se 
dépouiller', il déchire ses vêtements comme pour 
détacher de soi cette robe de Nessus; il veut s'en- 
fuir, il s'élance, il veut en quelque façon sortir 
de lui-même, son cou s'étend et se détache des 
épaules comme si l'âme voulait s'envoler en 
emportant,, avec elle la tête, son organe es- 
sentiel. 

r 

Ceux qui ont éprouvé de grandes et longues 
douleurs, telles que les douleurs néphrétiques, 
savent bien que je n'imagine rien dans cette ex- 
position des sympathies de la douleur et que mes 
expressions traduisent la réalité. Ainsi les dou- 
leurs extrêmes ont, comme la joie, un caractère 
essentiellement éruptif; et ce que je dis ici des 
douleurs extérieures s'applique également aux 
douleurs intimes. De là cette inquiétude, ce be- 
soin incessant de changer de lieu, dont sont tour- 




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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



249 



ïïientés la plupart des malades. Dans l'angoisse 
qui accompagne l'invasion des maladies pestilen- 
tielles, le premier mouvement est de s'enfuir. 
Toutefois ces faits, bien que vulgaires, ne se pro- 
duisent pas toujours. 
Et, en effet, certaines douleurs intimes, loin de 

r 

solliciter des mouvements d'éruption, semblent, au 
contraire, isoler l'être vivant du monde parunre- 
tour complet vers lui-même. Cette absorption 
peut-être portée si loin qu'il devient alors insen- 
sible aux excitations extérieures. Cette forme de la 
douleur a donc avec celle de la volupté une sorte 
d'analogie. Mais les expressions sympathiques qui 
se développent alors ne permettent pas de les 
confondre; en effet, tous les signes de l'indiffé- 
rence et du dégoût se développent alors vers le vi- 
sage, et rabandon du corps est tel qu'il donne 
l'idée d'une paralysie générale. Cette forme con- 
(^entrée de la douleur parait surtout se produire 
lorsque des lésions profondes^ troublant ou arrê- 
^^nt V action des principaux viscères^ ébranlent 

r 

^^s bases et les fondements de la vie. 

LXXYIl. — Telles sont les sympathies qui modi- 
fient la surface du corps. Disons maintenant un 

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^ot de celles qui agissent sur les viscères. Il 



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250 



DE LA PHYSIONOMIE 



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suffira d'énoncer quelques propositions très-gé- 
nérales. 

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l*' Toute cause capable d'exciter le système 
nerveux cérébro- spinal sollicite au mouvement^ 
non-seulement dans le système entier des muscles 

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périphériques^ mais encore dans toute V étendue 
du système viscéral. 

Ainsi une excitation modérée détermine, en 

ri 

même temps qu'une tendance au mouvement ex- 
térieur, une accélération dans le rhythme des 
mouvements du cœur, et dans la succession des 
mouvements respiratoires; des observations nom- 
breuses permettent d'admettre que les viscères 

hypogastriques ressentent en même temps les 
effets de cette excitation. 

Une excitation excessive capable de solliciter 
outre mesure la contraction des muscles périphé- 
riques et d'amener la roideur, peut déterminer 
dans les muscles viscéraux des contractions spas- 
modiques capables de suspendre les fonctions des 
organes. C'est ainsi qu'un excès de contraction 

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tétanique peut arrêter les mouvements du cœur- 
Cet effet se produit fréquemment dans le pa- 
roxysme de la colère, et détermine une pâleur su- 
bite du visage. 






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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



251 



Des effets analogues peuvent se produire dans 
le système des organes respiratoires, et dans ce 
^cas la dyspnée et l'angoisse surviennent, soit à 
l'occasion d'un spasme du poumon ou d'une con- 

L 
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traction de la glotte, soit à la suite d'une roideur 
tétanique des muscles du thorax. Nous avons parlé 
plus haut des congestions périphériques que ces 
différents états déterminent. 

L 

Enfin, des effets semblables sont ressentis dans 
les viscères hypogastriques, mais l'excitation ex- 
cessive de la colère peut-elle amener un spasme 

■ ^ 

tétanique des conduits biliaires d'où résulterait 
une suffusion de bile? Ces choses ne peuvent être 

qu'indiquées ici, mais nous en avons dit assez, 
j'ose du moins l'espérer, pour en faire comprendre 
l'importance. 



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^€77268 de la vie animale et sur le système viscéral. 
Ainsi, les causes qui ralentissent la production 
du mouvement dans les muscles périphériques, 
Se propagent dans la profondeur des viscères. 
Elles ralentissent les mouvements du cœur, para- 
lysent l'appareil respiratoire et relâchent les ca- 
vités hypogastriques. C'est ainsi que les grandes 



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commotions, en même temps qu'elles suspendent 
l'innervation dans les muscles volontaires, déter- 
minent une sorte de diffluence, d'où résultent des 

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effets presque subits chez les natures faibles et 
impressionnables. Aussi dans beaucoup d'expé- 
riences physiologiques, voit-on les animaux ré- 
pandre leurs excréments. La plupart des grandes 
douleurs sont sympathiquement ressenties dans 
les viscères : elles portent au cœur; elles suffo- 
quent. Ces choses n'ont pas besoin de commen- 

■ ^ 

taires. 

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j 

LXXVIII. — Mais puisque j'ai parlé de commo- 
tions, il ne sera pas inutile, je pense, de dire ici 
quelques mots d'une de leurs conséquences les 
plus habituelles. Je veux parler de Yéionnement, 
dont l'analyse trouve ici sa place naturelle. 

• L'étonnement est la suite ordinaire d'une 
grande impression subite. Nous n'essayerons point 
d'expliquer à la manière des cartésiens les mou- 
vements du fluide nerveux d'où l'étonnement ré- 
sulte, mais nous essayerons de déterminer expéri- 



que 



ror2;anisation. 



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Formulons en premier lieu deux règles fonda- 
mentales : 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION 






A. Toutes les fois quiine impression d'une cer- 
taine vivacité frappe subitement Vorganisme^ 
la conscience des impressions concomitantes saf- 

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faiblit et peut même s'éteindre cVune manière 
complète. 



Cette règle répond à 



cet aphorisme célèbre 
d'Hippocrate ; « Duohus cloloribus simul obortis 
^lon in eodeni loco y veJtementior obscurat alte- 
nim. )) (/Vph. Sect. 2. 49.) Elle domine en patho- 
logie toute la théorie des révulsions. On dirait que 
l'âme tout entière se concentre alors dans la con- 
templation de l'impression dominatrice et qu'elle 
^st attirée vers un seul organe. C'est ainsi qu'un 
^011 terrible et soudain venant à frapper înopîné- 
ï^ent i'oreilîe, l'œil cesse de regarder et de voir. 



Voici la seconde règle expérimentale : 

B, Une tendance particuh^TC au mouvement 

^ éveille clans les organes dont on a la conscience 

^^ciuelle^ c'est-à-dire sur lesquels V attention de 

l'ehne est dirigée. Elle s éteint au contraire dans 

■ j 

(^eux oit ne s'élèvent point des sensations dis- 
tinctes. 

C'est ainsi qu'il suffit d'écouter les battements 
^^ son cœur pour les sentir bientôt s'accélérer ; 
ï^ous avons vu plus haut que lorsqu'un organe des 

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254 



DE LA PHYî^IONOMIE 




sens est seul attentif, il dirige et diminue sympa- 
thîquement Taction de tous les autres organes. 
Toutefois au terme d'une attention absolue, 
V lorsqu'elle est exclusive , absorbante, ces sympa- 
thies cessent de se produire; les autres organes 
semblent oubliés. Dès lors, des phénomènes de 
résolution paralytique se développent de toutes 
parts : la bouche, abandonnée à son propre poids, 
s'entr'ouvre; les bras retombent, les jambes flé- 
chissent, les mouvements du cœur lui-même sont 
ralentis, et ce ralentissement peut aller jusqu'à la 

syncope. 

LXXIX. ™ Sm^ ces remarques est basée toute Ut 

théorie de V étonnement . Je suppose qu'une grande 
lumière vienne tout à coup à luire aux yeux 
d'un homme et le surprenne au milieu d'une nuit 
■profonde; cette grande impression anéantit la 
conscience de toutes les sensations étrangères; 



son œil s'ouvre démesurément; mais, en vertu de 
la deuxième règle (§ LXXYIl. B), tout le reste re- 
tombe; la mâchoire inférieure s'affaisse, les joues 
pendent, et cela d'une manière passive, sans au- 
cune apparence de contraction; les lèvres sem- 



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blent paralysées, la voix s'éteint; en même temp 
les bras se détendent et le corps tout entier s'af- 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION 



faisse. Ces choses sont grossièrement indiquées 
f^ans la figure suivante. 

Dans ce mouvement, toute l'activité de la vie 
semble s'être concentrée dans l'organe oculaire. 



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^^u s'ouvre d'une manière démesurée; la pru- 



^elle, découverte de tous côtés, semble 



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25(5 



DE I,A PHYSIONOMIE 



supérieure et le sourcil, énormément élevés, sont 
entraînés par la corrugation du front. Il peut 

arriver que ces mouvements se produisent au 
milieu d'une stupéfaction telle, que le mouvement 
intérieur de la pensée est suspendu. L'étonne- 
ment reçoit alors le nom caractéristique de stii" 
peur. 

Cette résolution subite du mouvement muscu- 
laire, cette paralysie ou plutôt cet abandon instan- 

r 
4 
j 

tané du corps, ont fait comparer à juste titre 
l'étonnement à l'état d'un homme frappé d'un 
coup de tonnerre; de là le mot étonne [attonilus), 
c'est-à-dire foudroyé. 

L'étonnement que produit uîie sensation audi- 
tive subite donne lieu à des mouvements analo- 
gues, sauf quelques modifications légères; c'est 
ainsi que dans ce cas la tête se porte légèrement 
de côté, les yeux sont également très-ouverts, 
mais leurs axes s'abaissent et convergent. La pu- 
pille est le plus souvent énormément dilatée. Le 
mouvement de l'œil est alors absolument sjy^pa- 
thique, et la dilatation de la pupille incUqxie quH 
est dirigé sans eonscience ^ sans motif qui lui soit 
propre. Dans tout le reste du corps, les mouve- 
ments passifs de paralysie dominent. 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION 



257 



Cette 2^aralysie ou plutôt cette suspension du 
i^ouvement vital ne s'étend pas seulement aux 

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i^iuscles qui accomplissent ies actions volontaires, 
elle envahit successivement tous les organes de 
vie végétative. Les mouvements respiratoires 
s arrêtent, le cœur cesse de battre, les actions in- 
testinales sont suspendues. De ces 



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causes résulte la pâleur ; louteh 



diffi 
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"^êle aucun sentiment cV angoisse. 11 n'y a dans 

l'étonnement ni dyspnée, ni rigidité, ni douleur. 

Ces choses distinguent l'étonnement simple d'avec 
l'épouvante. 

J'insiste à dessein sur ces observations; j'y re- 
viendrai ailleurs. Quoi qu'il en soit, je dirai par 
anticipation qu'il y a orthopnée dans l'épouvante 
6t affaissement dans la stupeur. Celle-ci est carac- 
térisée par une résolution complète, par une sorte 
^e syncope des muscles ; la 
Spasmes tétaniques sont au contraire les signes 
liabituels de l'effroi; en un mot, l'un est une con- 
'^ulsion, l'autre une j^aralysie. Ce que les peintres 
île devraient jamais oublier. 

LXXX. — Nous résumerons en quelques mots 
l^s propositions générales émises dans ce cha- 
pitre. 



rigidité et les 



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258 



DE LA PHYSIONOMIE 



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1° Les mouvements directs qu'exécutent les or- 

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ganes des sens sont accompagnés de mouvements 
sympathiques dans tous les organes capables de 
ressentir des impressions d'une nature analogue. 

L 

'2° Les sensations réfléchies ne sont accompa- 
gnées de mouvements sympathiques que dans les 
organes dont l'action ne peut se substituer à l'ac- 
tion principale. 

3" Les mouvements sympathiques qui pour- 
raient empêcher ou contrarier l'action principale 
ne se produisent jamais à l'occasion d'une sensa- 
tion directe ou prosbolique. 

h"" Lorsqu'un objet éveille douloureusement la 
sensibilité de l'animal, les mouvements sympa- 
thiques se développent tels qu'ils se produiraient 
si les organes des sens étaient le siège d'impres- 

+ 

sions analogues. La même remarque se reproduit 
à l'égard des impressions qui ne sont que gê- 
nantes. 

5'' Lorsqu'un mouvement se produit directe- 
ment ou idiopathiquement dans un organe, des 
mouvements sympathiques se développent, d'un 
côté à l'autre, dans les organes symétriques et, 
le long de l'animal, dans toutes les parties homo- 
logues des segments vertébraux. 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



259 



6° Dans ce cas , le mouvement sympathique ou 
imitateur a toujours une énergie inférieure à celle 
du mouvement icliopatliique. 

ri 

7° Si des sympathies générales se produisent, 
elles sont en général plus marquées du côté du 
corps qui est primitivement affecté. 

8° Toute sensation vive a dans les viscères des 
l'etentissements sympathiques. Ces mouvements, 
le plus souvent spasmodiques, se développent chez 



les div 



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formes très-variées. Toutefois, il est possible d'y 
découvrir certaines règles qui, d'une manière gé- 
i^érale, dominent ce développement. 

^° Téute sensation douce est attirante de sa 
ïiature, mais dans une direction variable; cette 



direction diffère 



en effet suivant que l'objet 



est extérieur, ou intime et personnel. C'est ainsi 
l^e la joie dont l'objet est extérieur se déve- 
loppe au dehors et rayonne en quelque sorte, 
tandis que la volupté dont l'objet est intérieur, 
détermine des mouvements dont la forme est 
l'éfléchie. 

iO" Toute sensation mauvaise est le plus sou- 
^^ïit repoussée. Elle détermine en conséquence 
^^^-"^ mouvements expulsifs, des mouvements de 



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DE LA PHYSIONOMIE 



révolte. Le corps la chasse comme une ennemie 
ou comme une étrangère. 

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11° Toutefois, quand l'attention se porte sur 
quelque douleur sourde et profonde, des mouve- 
ments de réflexion ou d'absorption peuvent se 

mêler à certaines formes expalsives de la douleur 

■ 

et produisent ainsi une expression mixte qui est 
celle de la tristesse, 

L 

12"^ D'une manière générale, l'attention peut être 
définie l'application de la volonté à l'examen 
d'une chose sensible. Cette application produit 
des attitudes fixes et n'est jamais sans quelque 
mélange d'effort sympathique. 

T 

IS'^ L'attention qu'attire un objet visible porle 



à se diriger vers cet objet et à se mouvoir comme 
lui. L'attention de l'oreille donne lieu à des re- 

L 

marques analogues. 

14^ L'attention de l'odorat, du goût et du ton- 
cher incline le plus souvent à la forme réfléchie 
et déterminée, en conséquence des expressions 
mixtes où l'expansion et la réflexion dominent 

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alternativement. 

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15° Certaines sensations, telles que les sensa- 
tions auditives, sont éminemment excitantes et dé- 

terminent au mouvement; et suivant qu'elles sont 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



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plus ou moins excitantes, elles y déterminent plus 
ou moins. De là des variations continuelles dans 
la rapidité du mouvement général, dans son in- 
tensité, et par conséquent dans le degré de l'ex- 
pansion corporelle qui répond à l'impression res- 
sentie, 

16° Lorsqu'une impression excessive saisit tout 
d'un coup l'organisme, les actions vitales sont sus- 
pendues dans les organes sympathiques, et l'on 
Voit se développer dans le corps entier des symp- 
tômes d'affaissement et de paralysie. 



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DES MOUVEMENTS SYMBOLIQUES 



LXXXL — Les mouvements idiopathiques, les 
mouvements consécutifs et les mouvements svm- 
pathiques se produisent à Toccasion d'une sensa- 
tion venue d'une chose extérieure ou du moins 

ê 

d'une sensation localisée. 

r 

Mais des mouvements analogues peuvent se 
produire par des causes un peu différentes, je 
veux dire à l'occasion d'un mouvement de Tima- 
gination et de la pensée. 

C'est là une conséquence naturelle d'un fait 
Irès-remarquable que Wolf a fort habilement dé- 
veloppé dans sa psychologie. 

Phantasmatis respondent icleœ materiales va 

cerebro ^ 

Or, ces images matérielles [jdeœ materiales)^ 

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1. PsychoL ratwn. Sext. I, ch. iii, § 200« 



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DE LA PHYSIONOMIE 



sont des représentations des choses extérieures, 

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ou, pour m'exprimer plus clairement encore, elles 
sont en tout semblables aux idées immédiates 

L 

qu'éveillent en nous des sensations actuelles. H 
est donc naturel qu'elles soient imaginées dans 
les conditions mêmes où ces sensations se produi- 
sent le plus habituellement, et par conséquent 

■ ■ ^ 

rapportées à quelque chose d'extérieur. C'est ainsi 

que nous concevons comme extérieures les choses 

visibles que nous imaginons; que nous entendons 

hors de nous les sons dont l'idée occiqie notre 

pensée. 

Il est donc naturel qu'en écoutant en nous, nous 

fassions mine d'écouter au dehors, qu'en contem- 
plant dans notre pensée une image idéale, nous 
dirigions nos yeux vers le lieu de l'espace où cette 
chose est imaginée; en un mot que nos idées dé- 
terminent des effets à peu de chose près sembla- 
blés à ceux que détermine un objet réel, capa- 
ble de déterminer des sensations pareilles. 

Ainsi, par une illusion irrésistible, l'instinct et 
la volonté recherchent au dehors ces objets inté- 
rieurs de la pensée, le désir s'y laisse attirer, la 
volupté les caresse, la haine les attaque ou les 

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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



265 



Nous développerons ces faits en quelques pro- 
positions très-générales : 

1" Il est impossible de voir, d'écouter, de 
flairer, de goûter, de toucher une chose en 
imagination sans exécuter en même temps les 
mouvements qui, dans la sphère des actions exté- 
rieures, répondent idiopathiquement ou sympa- 
thiquement à ces actions diverses. 

2° Il est impossible de vouloir, de désirer, 

■ d'agir en un mot par la pensée sur ces images 

extérieures, sans exécuter les mouvements ou du 

moins un indice de ces mouvements qui, dans 

l'ordre de la vie extérieure, répondent à 



ces 



actions. 



Ces propositions sont sommairement démontrées 
par l'observation des hommes qui rêvent, des 
somnambules et des hallucinés. Or, nous donne- 
l'ons à ces mouvements qui résultent du jeu de 
l'imagination et de la pensée créatrice, le nom de' 

s 

'Mouvements symboliques. 

Ces mouvements symboliques sont une image 
^es mouvements directs, image adéquate dans 
certains cas, mais le plus souvent incomplète, 
ébauchée. Ils en diffèrent d'ailleurs par certains 

traits caractéristiques dans la plupart des cas, ef 



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DE LA PHYSIONOMIE 



pour des raisons qu'il n'est pas inutile de déve- 

lopper ici. 

. — 11 V a deux sources de sensations 




et de pensées ; le monde extérieur et rimagi 



nation. 



De ces deux mondes naissent incessamment, 



dans l'état de veille, des impressions simultanées, 
quelquefois harmoniques, d'autres fois contraires, 
et ces impressions sont dans la vie de l'homme 
alternativement dominatrices. . 

Ainsi, parfois l'imagination l'emporte, ce que 
l'on voit surtout dans les hallucinations et daïis 
l'extase. Mais le plus souvent et dans l'ordre 
habituel des choses, les impressions venues du 

monde extérieur dominent, leurs teintes sont plus 
accentuées et plus vives et elles obscurcissent jus- 
qu'à un certain point les sensations venues du 

monde idéal. 

Ideœ materiales in motu minusceleri consistinU, 

si phanlasmati quam si ideœ sensuali respondent, 

dit Wolf avec une grande justesse? Plobbes recon- 

r 

naît également cette vérité : « Ces, images, dit-il, 
sont jjIus confuses epiand on est éveillé, parce 
qu'alors quelque objet j^résent remue ou sollicile 
witirmellement les yeux ou les oreilles ^ et, en 



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tenant Vesprit dans 




ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



mouvement plus fort y 



l'empêche de s apercevoir d'un mouvement jjIus 
faible. )> 

Dès lors, la liberté que Thomme possède d'ap- 
pliquer à son gré son attention aux choses du 
îîionde et aux choses de T imagination implique 
en lui Texistence d'une faculté nécessaire, le pou- 
voir de faire prédominer à son gré l'une ou l'autre 

V 

de ces deux catégories d'impressions. 

Cette faculté met en usage des procédés fort 

simples que nous n'aurons aucune peine à ana- 
lyser ici. 

LXXXIII. — Je suppose que deux images for- 
iiiées au foyer de deux lentilles, l'une faiblement 
éclairée, l'autre pleine de lumière, soient reçues 
en un même point sur un écran. De ces deux 

r 

images, la plus forte éteindra la plus faible; 
celle-ci disparaîtra comme la clarté d'une lampe 
à- la lumière du jour. Or, il est évident que le 
i^^oyen le plus simple de faire apparaître Timage 
la plus faible est d'alFaiblir rîntensité de la plus 
forte ou même de l'intercepter tout à fait. 

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Deux bruits viennent simultanément frapper 
^'oreille. L'impression du bruit le plus fort affai- 
'^lira le sentiment du bruit le plus faible. Ainsi, 



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DE LA PHYSIONOAIIE 



dans les quartiers populeux, les bruits de la rue 
rendent sourd aux conversations particulières. 
Que fait-on dans ce cas? on éteint ces bruits im- 

+ 

portuns, on les intercepte en fermant les fenêtres 
et les rideaux des appartements, et le bruit le 
plus faible devenant à son tour dominateur, peut 
être distingué et clairement entendu. 

Ce cas d'une double impression, l'une forte et 
l'autre faible, est à chaque instant réalisé dans 
l'état de veille. 




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L'impression forte vient le plus souvent du 
monde extérieur; l'impression faible de l'imagi- 
nation. Ces deux impressions existent et agissent 



simultanément; toutefois, ainsi que nous venons 
de le dire, l'impression imaginaire est dissimulée, 
ce qui arrive pour plusieurs raisons fort nécessaires 
à bien apprécier, à savoir : 

r 

1*^ Par V effet d'une impression de même ordre 
vernie du monde extérieur. C'est ainsi qu'il est à 
peu près impossible d'imaginer une odeur quand 
on en sent une autre. De même peu de gens ont 

r 

la faculté de s'abstraire assez pour imaginer ou 
simplement retrouver quelque chant familier, au 
milieu de l'exécution d'un concert, 

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2" Par r effet d'une impression renne du monde 







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C'est 



ainsi qu une 




ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



extérieur^ bien quelle soit d'un ordre différent. 



douleur, 




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tumulte, s'emparant de toutes les forces de l'être 
sensible, rendent fort difficile l'application de 
l'esprit aux sensations intuitives. 

H*' Par reffet d'une attention trop vive^ portée 
à certaines actions que le corps exécute. C'est 
ciinsi qu'en s'appliquant à quelque travail manuel 
fort délicat ou à quelque exercice de gymnastique 
difficile, on ne peut diriger à son gré les mouve- 
ments de Timagination, si bien que la pensée n'a 

w 

plus aucune liberté réelle. 

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. — Il résulte de ces remarques que 
la liberté de s'appliquer aux impressions intuitives 
suppose : 

à 

l*" U absence de toute impression extérieure 

à 

distincte^ demêjne ordre cpie Vimpresssion intui- 
tive. C'est ainsi qu'en général on imagine mieux 
dans les ténèbres des objets visibles; de même 

r 

tin musicien, quand il se livre à la composition, 
i^echerche en général le silence, 

2*^ JJ absence de toute iînjjression étrangère trop 

r 

'^ive et surtout de toute impression gênante. Des 

liens serrés autour du corps, des vêtements trop 
justes, nuisent au mouvement de l'imagination: 



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970 



DE LA PHYSIONOMIE 



aussi la plupart des écrivains et des artistes adop- 
tent-ils pour le travail une grande liberté de cos- 



tume, 

o^ Labsence de toute espèce d'effort distbict^ 
exigeant V intervention si^éciale de la volonté. Et 
voilà pourquoi, en général du moins, les sensa- 
tions intuitives sont plus distinctes pendant le 
sommeil et dans certaines attitudes du repos. 

Ces remarques permettent d'expliquer très-na- 
turellementpourquoi, dans l'application de Tesprit 
aux choses intérieures, l'homme recherche ces 
positions où l'équilibre du corps est en quelque 
sorte passif, s'asseyant et laissant parfois retom- 
ber sa tête sur sa main, le coude étant mollement 

appuyé. Dans Faction automatique elle-même, 
dans la marche par exemple, rhomme qui imagine 
laisse retomber sa tête sur sa poitrine ou la sou- 
tient avec sa main. Aussi, dans ce repos du corps, 
dans cette absence presque absolue d'impressions 
extérieures, passe-t-on par des degrés insensibles 
de l'état de veille à celui de sommeil somnambule 
et de la pensée ordinaire aux songes et à l'extase. 

* 

Dans cet état, le mouvement de la pensée con- 
tinue souvent l'œuvre commencée pendant la 
veille, et c'est ainsi qu'on peut jusqu'à un certain 



s 

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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



21] 



point expliquer cette élaboj-ation singulière qui 
développe pendant le sommeil les idées qui occu- 
paient l'imagination au moment où l'on s'endort 
Q'Près des études nocturnes. 

LXXXV. — Lorsque les idées ou les images 
dont l'imagination est occupée sollicitent l'atten- 
tion, mais sans éveiller aucun sentiment de con- 

r 

venance ou de volupté, on voit se développer en 
premier lieu quelques indices généraux de mou- 
vements attentifs. Ainsi, le nez se courbe légère- 
ment et flaire, la bouche exécute de petits mouve- 
ments de gustation préparatoire ; souvent alors les 
doigts, pressés les uns contre les autres, se meu- 

h 

Vent comme dans Tactlon du toucher. Si l'atten- 
tion aux choses intérieures est plus vive, à ces 

r 

mouvements se joignent des mouvements symbo- 
ues d'effort. La respiration est suspendue et 
des contractions plus ou moins énergiques se des- 
sinent sous la peau de la face. 

L'attitude générale du corps dans le mouve- 
îïient symbolique est semblable à celle qui se pro- 
duit dans le mouvement direct. Ainsi, de même 
qu'on regarde avec les deux: yeux, on imagine, si 
]^ puis ainsi dire, des deux j^eux à la ibis; la tête 

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se dirige alors en avant et dans une attitude sy- 




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272 



DK LA PHYSIONOMIE 



métrique. Pareillement, quand on imagine des 
sons, le corps semble écouter : une oreille se 
porte en avant et la tête se penche. Ces mouve- 

r 

ments sont accompagnés de tous les mouvements 
sympathic[ues qui s'y associent, lorsqu'ils sont 
exécutés dans un sens direct et réel. 

Toutefois, ces mouvements symboliques d'at- 
tention par lesquels l'homme se cherche en 
quelque sorte hors de lui-même, faisant interve- 
nir des causes d'excitation nouvelle , sembleraient, 

en raison des choses qui ont été plus haut expli- 
quées, devoir apporter quelque trouble dans le 

■ L 

développement des sensations imaginaires, en 
substituant à des impressions légères et fugaces 
des impressions fortes et constantes. 

+ 

Et il en serait réellement ainsi si la nature, en 
donnant satisfaction à ce mouvement d'attention 
expansive qui entraîne le corps, n'avait en même 
temps prévu ces obstacles et institué, dans les 
préordinations harmoniques de l'instinct, la solu- 
tion du paradoxe. 

Elle a en effet instruit l'animal à regarder sans 

X ■ 

voir, à écouter sans entendre. Ces choses me pa- 
raissent devoir être scrupuleusement examinées. 
LXXXYL — Si, deux imao;es, l'une forte l'autre 






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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



273 



faible, tombant à la fois sur un tableau, nous vou- 
^ons faire apparaître la plus faible, nous înter- 
ceptons la première au moyen d'un écran. Telle 
Gst la solution que l'homme invente, telle est la 
solution qu'a instituée la nature. 



J'imagine en effet et je regarde. Qu'en résulte 



t-il dans mon esprit? deux impressions simulta- 
nées, l'une forte qui vient du monde, l'autre faible 
qui vient de l'imagination. Que feral-je pour rendre 
celle-ci apparente? J'intercepterai au moyen d'un 

r 

écran l'image qui vient du monde extérieur, 



. j abaisserai mes paupières au-devant des globes 

oculaires. 

Or, que fait l'œil dans ces ténèbres? Il con- 
temple symboliquement l'objet dont l'imagination 
est occupée, il voit surgir dans pet horizon vide 
les créations que l'imagination y fait successive- 
ment apparaître. Si l'objet de l'imagination est 
immobile, l'œil paraîtra fixé sous la paupière. Un 
artiste qui ne sent pas ces choses n'atteindra ja- 
mais aux secrets les plus élevés de son art. 

r 

Tels sont les mouvements les plus habituels 
des yeux pendant que l'âme imagine; toutefois, 

il n'est pas mdispensa}3le que les yeux soient 
fermés pour que l'imagiDation puisse s'appliquer 




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27-1 



DE LA PHYSIONOMIE 



à l'idée d'une chose visible; loin de là, on pense 
et on imagine souvent les yeux ouverts. 

— Cette circonstance fait apparaître 



LXXXVII. 



des faits nouveaux et du plus haut'intérêt. 

C'est ainsi qu'on peut constater expérimentale- 
ment qu'il est impossible d'imaginer un objet 
fort éloigné du corps, sans accommoder svmboli- 

4 

qaement l'œil à cette distance. De même lors- 
qu'on imagine un objet très-rapproché , l'œil se 
place dans l'attitude de la vision myope. 

Un autre fait non moins important est celui-ci. 

Lorsque Jious imaginons une chose visible, les 

r 

yeux étant ouverts, l'image intérieure est toujours 
supposée dans V espace en deçà ou au delà de tout 
objet visible, et les deux yeux s'accommodent sur 
ce point. 

Il résulte de ce fait que les objets qui pourraient 
détourner l'esprit de la contemplation intérieure^ 
ne laissent sur la rétine que des impressions con- 
fuses incapables d'occuper l'attention et de laisser 
des traces dans la mémoire. On s'explique ainsi 
comment un homme qui imagine voit sans les 
reconnaître passer ses meilleurs amis, comment 
il se laisse surprendre, comment, lorsque l'imagi- 
nation s'applique vivement au sujet d'une lec- 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 2";ô 



ture, les caractères du livre se confondent par 
moments sous les yeux, si bien que pour arriver 
à les distinguer de nouveau il faut un effort sou- 

r 

vent assez pénible surtout lorsque l'œil est fa- 
tigué; on s'aperçoit alors que la plupart des ca- 
ractères étaient vus doubles, et cette diplopie 
montre évidemment que le point d'accommoda- 
tion était changé. 



LXXXVÎII. — Les mouvements de l'œil, lorsque 
les sensations intuitives ont une certaine vivacité, 
peuvent sympathiquement entraîner tout le corps. 
C'est ainsi qu'on se penche en avant, qu'on tend 
les bras vers la chose qu'on imagine ; et à son 
insu on exéciit(î une foule de mouvements qui ne 
sont qu'un indice de certaines actions relatives à 
la chose imaginée. 

Ces mouvements sont des mouvements d'attrac- 
tion ou de répulsion semblables à peu de chose 
près aux mouvements directs; ils sont accompa- 
gnés des mêmes actions sympathiques et modi- 
nent le corps d'une façon analogue. 

— L'imagination, en tant qu'elle se 
développe sous la forme des sensations auditives, 
produit des mouvements pareils à ceux de l'audi- 
tion extérieure; or, ces mouvements donnent lieu 




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210 



DE LA PHYSIONOAIIE 



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à quelques remarques analogues à celles que 
nous venons de formuler. 

En effet, lorsque nous imaginons des sons, 
la tête écoute et se dirige avec une insistance 

* ■ 

us ou moins vive, le cou étant plus ou moins 




tendu et les phénomènes de vision difficile qui 
accompagnent l'action d'écouter étant d'autant 
plus marqués que l'objet est plus éloigné. Mais 
rien ne traduit à l'extérieur ces modifications in- 
times de l'organe auditif par lesquelles il s'ac- 
commode réellement aux distances, comme on 
peut s'en convaincre en s' observant attentivement 
soi-même, bien que les procédés de cette accom- 
modation nous soient, dans l'état actuel de la 
physiologie, absolument inconnus. 

D'ailleurs, les règles que nous venons de déve- 
lopper au sujet de l'œil se retrouvent ici. Vou- 
lons-nous imaginer des sons, nous recherchons 
en général le silence , de manière à faire prédo- 
rainer l'intensité des bruits ireiaginaires sur l'inten- 
sité des bruits réels. Et si nous sommes au milieu 
d'un grand bruit, nous fermons nos oreilles enenve- 

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loppant notre tête de nos mains; d'ailleurs, le mou- 
vement symbolique d'audition se produit sous ces 
apparences dont le vrai sens ne saurait être douteux. 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



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résoudre 



ICI quelques objections naturelles et qui reposent 
sur des exceptions qui ne sont pas absolument 

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^■ares. Ainsi, certaines personnes d'imagination 
recherchent le tumulte, et c'est au milieu d'une 
sorte de fracas que leurs idées se développent 
avec plus de force. Mais remarquons à cet ésard 
qu'un certain degré d'excitation moyenne est in- 
dispensable au mouvement de la pensée, et qu'a- 
vant d'imaginer vivement, tout homme doit être 

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ramené à ce degré d'excitation. C'est ainsi que 
ivresse exalte quelquefois l'intelligence, tandis 



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que le plus souvent elle abrutit. Je 

point (me l'excitatinn rTn'pvp;i1ûr,+ ir>c k 



ne doute 



rieurs ne puisse produire des effets analogues; 
elle amènera les uns au point d'activité nécessaire, 
^ais chez les autres ce point sera dépassé et le 
"Mouvement de l'âme en sera plus ou moins em- 



pêché 
que le 



remarquons que ces musiciens 



point des concerts harmonieux où les chants se 
développent d'une façon plus ou moins distincte, 
*^"'ais au contraire, les bruits confus et tumul- 



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ux des foules, bruits monotones pareils à ceux 
^^ ïa mer, qui affectent, il est vrai, l'organisation 

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d'une manière générale, mais dans lesquels rien 



ne se distingue assez pour préoccuper nécessaire- 
ment et dominer le mouvement de la pensée. 

Toutefois, il est un cas où l'impression imagi- 
naire peut se distinguer et s'accroître au milieu 
d'impressions extérieures distinctes, à savoir : 
quand elle est de même ordre, et peut se déve- 
lopper harmoniquement avec elles. Loin d'en être 
alors empêchée, elle s'y développe avec plus de 
puissance, et c^est en s'accompagnant d'instru- 

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iTjents divers que les compositeurs éveillent leur 
génie, la muse descendant, pour ainsi dire, 
charmée par ces accords et mêlant ses accents à 
ces chants extérieurs; mais ces chants dominent 
alors le mouvement de la pensée; elle se meut 
avec eux , portée en quelque sorte sur leur ailes, 
et ne crée rien au delà des limites que tracent 
autour d'elle les lois souveraines de l'harmonie^ 
XGL — Ces remarques tirées d'observations vul- 

suffisent pour démontrer d'une manière 



gaires 



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ments du corps à ceux de la pensée. Mais on s'en 
ferait une idée trop incomplète si l'on se bornait 
à ces seules remarques; en effet, l'intimité de ces 
relations va beaucoup au delà et a été mise dans 



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HT DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



279 



tout son jour par de belles expériences de M. Ghe- 
vreul, dont je dois résumer ici les principaux ré- 
sultats. 

Ces expériences ont eu pour but d'examiner et 
de discuter la vérité de la proposition suivante ; 

« Un pendule formé d'un corps lourd et d'un 
fd flexible oscille lorsqu'on le tient à la main 
fiu-dessus de certains corps^ bien que le bras soit 

r 

immobile. » 

• Au premier abord, cette proposition fut vérifiée 
par l'expérience. Un pendule tenu à la main au- 

r 

dessus d'une cuve à mercure, décrivit des oscil- 
ris faibles d'abord, mais dont l'amplitude 
augmenta de plus en plus. Ce premier fait une fois 
observé, M. Ghevreul se demanda si en interpo- 
sant certains corps entre la surface du mercure et 
le pendule en mouvement, ces oscillations s'arrê- 
teraient. Or, lorsqu'on interposait une plaque de 
verre ou de résine entre le mercure et le pendule 
Oscillant, on voyait ses mouvements diminuer 
d'amplitude et s'arrêter tout à fait. 

Ces résultats plusieurs fois obtenus et avec une 
*^onstance singulière, auraient pu induire en erreur 
^ïi esprit peu sévère. Dans les observations précé-- 
dentés, le pendule avait été terni suspense manu; 



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DE LA PHYSIOiNOMIG 



l'influence cfue cette circonstance pouvait avoir 
sur les résultats de ses expériences n'échappa 
point à M. Ghevreul. 11 crut dès lors devoir com- 
mencer une nouvelle série d'observations, en 
ayant soin de donner à la main un point d'appui 
immobile et fixe. Or, dans ce cas, le pendule ne se 
mit point en mouvement ou du moins ses oscilla- 
tions ne tardèrent pas à s'arrêter. 

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(( D'après cela, dit M. Ghevreul, je devais con- 
clure qu'un mouvement musculaire, qui avaitlieu 
à mon insu, déterminait le phénomène; et, ajoute- 
t-il, je devais d'autant plus prendre cette opinion 
en considération, que j'avais un souvenir, vague à 
la vérité, d'avoir été dans un état tout particulier 

4 , 

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lorsque mes yeux suivaient les oscillations du pen- 

r 

dule, que je tenais à la main. )> 

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Or, de nouvelles expériences' lui donnèrent la 
conviction qu il y avait alors en lui une tendance 
au mouvement, et, tout involontaire qu'elle lui 
semblait être, cette tendance était d'autant plus 

satisfaite que le pendule décrivait de plus grands 
axes. 

Toutes ces observations avaient été faites en 

plein jour, les yeux suivant les oscillations du 

pendule. L'influence que ces mouvements des 









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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION 



281 



yeux pouvait avoir sur les résultats généraux des 



expériences, n'échappa point à M. Ghevreul; il 
emt en conséquence devoir les répéter encore, 
lï^ais cette fois les yeux exactement bandés; et 
chose remarquable, le pendule n'entra point en 

■ 

inouvement ou du moins ses oscillations ne tar- 

h 

dèrent pas à s'arrêter. Or, en rapprochant les unes 
des autres ces différentes expériences, elles don- 
^^ent des résultats précis. 

1*" Un pendule que Ton tient [mspensâ manu), 
^u-dessus de certains corps, se met en mouvement 

w 

et exécute des oscillations dont Tamplitude aug- 
i^^ente de plus en plus. 

2*^ Ce mouvement diminue et s'arrête si l'on 
interpose, avec la jiensée quil s arrêtera^ certains 

corps entre le pendule en mouvement et le corps 
^'^u-dessus duquel il oscille. 

> Il s'arrête nécessairement si l'on donne à la 
ïi^ain qui tient le pendule un point d'appui solide. 

4"* 11 s'arrête également si l'observateur a la 

F 

précaution préalable de bander les yeux de 
l'homme qui tient le pendule. 

Si l'on rapproche le premier fait du 
troisième, on demeure convaincu qu'un mouve- 
^^ient, insensible, il est vi'ai, du bras qui porte le 



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DE LA PHYSIONOMIE 



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Le deuxième fait montre que ce mouvement 
peut s'arrêter, je ne dis pas sous l'empire de la 
volonté, mais lorsqu'on a simplement la pensée 
d'essayer si telle chose l'arrêtera. 

Le quatrième fait montre l'influence que les mou- 
vements oculaires ont sur la production du phé- 
nomène et sur l'amplitude des oscillations. Ainsi : 

1° Penser qu'un pendule tenu à la main peut 
se mouvoir, lui imprime un mouvement, sans 

qu'on ait conscience d'un mouvement produit dans 
les organes musculaires. 

2*^ Le pendule une fois mis en oscillation, ses 

m 

mouvements deviennent de plus en plus étendus 
par Finfluence que la vue exerce sur les organes 
musculaires. , 

La seconde de ces propositions a été, dans le. 
chapitre précédent où nous l'avons commentée 
par anticipation, le point de départ d'une multi- 
tude d'observations particulières que nous croyons 
d'une grande importance; mais nous pensons 
devoir insister d'une manière toute particulière 



sur le premier fait dont M. Ghevreul résume 
ainsi les conséquences. , 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



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11 y a une liaison intime établie entre T exécu- 
tion de certains mouvements et l'acte de la pensée 
qui y est relative^ quoique cette pensée ne soit 
point encore la volonté qui commande aux organes 
ûiusculaires. 

r 

A. Influence de la pensée sur les mouvements 
organiques et sur les mouvements des viscères. 

L 

XGIIL On sait en particulier l'influence que 

l'imagination exerce sur les mouvements du cœur. 

L 

Un médecin préoccupé de certaines sensations 
^essenties du côté du cœur, examinait fréquem- 
ment son pouls. Au bout de quelque temps appa- 
^urent tous les symptômes de la cardiopathie la 



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;rave. On lui prescrivit, entre autres choses. 



plus 

■ 

de ne plus examiner son pouls, et cette seule pré- 
caution amena sa guérison rapide. 

J'ai eu occasion d*observer un fait analogue. 
Un médecin connu par la vivacité de son imagi- 
nation, éprouva après le dîner un léger malaise; 
d examina son pouls et crut trouver une ou deux 

intermittences; cette circonstance l'inquiéta^ il 
devint attentif, et plus son attention fut excitée, 
plus il constata d'intermittences. Gela vint au 
point que de six pulsations il en manquait au moins 
Uiïe. Tout à coup, il aperçut dans son gilet un 



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284 



DE LA PHYSIONOMIE 




bouquet de violettes à moitié desséchées. L'idée 
lui vint que l'odeur des violettes avait causé tout 
ce désordre, il les jeta loin de lui, et le rliytlime 
des battements du cœur reprit comme par enchan- 
tement sa marclie habituelle. 

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XGIV. On pourrait multiplier les exemples de 
ce genre; l'efFet de l'imagination sur les mou- 
vements intestinaux n'est pas moins remar- 
quable. 

Qu'après un repas pris avec appétit, quelque 
mauvais plaisant fasse naître en le spécifiant l'idée 
de quelque aliment révoltant, comme peuvent 
l'être pour certaines personnes un chat substitué 
à un lapin , ou des crapauds servis en place de 
grenouilles, cette simple supposition suffira pour 
jeter le trouble dans la digestion des personnes 
présentes, et ce trouble pourra aller jusqu'à pré- 
senter les symptômes d'une indigestion grave ou 
môme d'un véritable empoisonnement. 

N'a-t-on pas vu de même dans les hôpitaux, où 
l'a plusieurs fois constaté mon ami M. Cloez, des 

w 

pilules inertes ou absolument innocentes, telles 
que des pilules de mie de pain, amener, l'imagi- 
nation aidant, des superpurgations véritables. H 
est à peine nécessaire d'insister sur ces fixits, qiù 






ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



285 



se reproduisent à chaque instant sous toutes les 
formes possibles. 

— L'imagination influe à un égal degré 



XGV. 



sur toutes les formes du mouvement organique, 
A une époque où certaines idées d'association 
îï^al entendue fermentaient chez les jeunes gens 
de nos écoles, un étudiant fut admis à subir les 
. ' épreuves de l'initiation maçonique. L'épreuve im- 
posée fut la suivante : on lui banda les yeux, puis 
on se mit en devoir de le saigner. En conséquence, 

Une ligature fut serrée autour du bras; on fit mine 
d'ouvrir la veine et un filet d'eau reçu dans une 

r 

euvette imita le bruit du sang qui s'échappe d'une 

■ 

veine ouverte. Or l'opération, ou plutôt ce simu- 
lacre d'opération se prolongeant, on vit au bout 
de quelques instants notre homme pâlir, il s'af- 
faissa peu à peu et finit par tomber en syncope, 
l'idée d'une hémorrhagie amenant ainsi l'effet 

' d'une hémorrhagie réelle. 

Raconterai-je ici ces sécrétions exagérées ou 
taries, ces constrictions spontanées du derme, ces 
pâleurs subites et tous ces phénomènes si variés 
^lue le mouvement de l'imagination fait apparaî-- 
ti*e ? Ne sait-on pas que les larmes se tarissent aux 



yfîux de l'hypocrite qui 




ne pas pleurer 



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assez, tandis que la crainte de trop pleurer le 
fait couler en plus grande abondance? Chacune 
des propositions que j'énonce ici sommairement 
pourrait être l'objet d'un long mémoire. 

n'influe pas moins 



XGVI. 



B, L'imagination 



directement sur les mouvements et sur les sensa- 



tions extérieures. 



Ainsi, l'idée d'une cause de démangeaison 
éveille des démangeaisons véritables, l'idée vive 
d'une douleur la fait réellement éprouver. Au 
milieu d'une de nos dernières émeutes, un groupe 



de soldats et de gardes nationaux engagé dans la 



rue Planche-Mibray demeure pendant quelques 
instants exposé à un ieu_meurtrier et plongeant 
de tous les côtés. L'un des combattants reçoit à 
l'épaule un coup léger d'une balle réfléchie par 
quelque corps environnant et n'y fait d'abord au- 
cune attention. Mais le combat fini, un peu de 
douleur se faisant ressentir dans le lieu contus, il 
a l'idée d'une blessure plus grave, et au même 
instant il sent sur le côté de la poitrine comme le 
passage d'une lame de sang coulant d'une bles- 
sure; il le sent manifestement, et cependant hi 
peau n'avait pas été entamée. 

Voici un autre fait analogue à celui-ci : deux 





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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



287 



étudiants s'aidaient réciproquement dans une dis- 
section. Pendant que l'un d'eux, attentif à ses re- 
cherches, étend le doigt, son compagnon promène 
en plaisantant sur ce doigt le dos d'un scapel. 

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Notre anatomiste recule aussitôt et pousse un cri 

^ 

terrible, puis, riant de sa méprise, il avoue avoir 
Senti le tranchant du fer et une douleur cuisante 
pénétrer jusqu'à l'os. 
■ Âjouterai-je que l'idée du froid fait frissonner, 

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que la vue d'un citron fait éprouver comme un 

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r 

avant-goût de son acidité et couler abondamment 
la salive? ^ Ces faits se reproduisent à chaque ins- 
tant et sous toutes les formes possibles; ils mon- 
trent quelle grande influence peuvent avoir sur 
nos sensations les mouvements de notre iraagi- 
nation et combien la médecine, lorsqu'elle se 
borne à l'emploi des moyens naturels, est, en ce 
qui touche l'homme, incomplète et grossière. 

XGYII. — L'imagination n'a pas sur nos mou- 
vements une moindre influence : imaginer qu'on 

L 

tremble fait trembler; imaginer qu'on ne peut se 
n^ouvoir paralyse. Montaigne, à son habitude, a 



1. Ou sait qae^ le physiologiste Ebcrle se procurait abondam^ 
^^iGrit la salive dont il avait besoin pour ses expériences en occu- 

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Paut ^on imagination de ridée d'un fruit très-acide. 



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DE LA PHYSIONOMIE 



très-judicieusement parlé de cette sorte d'im- 
puissance qui vient de rimagination. En un mot, 



vie. 



à chaque instant, à tous les moments de la 
l'imagination modifie le corps. Gomment ces pro- 
diges . n'auraient-ils pas excité l'admiration de 
philosophes tels que Malebranche et Boerhaave? 
Mais il importe d'étudier de plus près cette ques- 
tion et d'insister sur cette influence singulière 
que l'imagination exerce sur nos mouvements. 

A. Pour se mouvoir, il n'est pas nécessaire de 
vouloir; il suffit de penser d'une manière géné- 
rale à un mouvement possible. 

Cetf,e proposition est rigoureusement démontrée 
par les expériences de M. Chevreul. 

B. 11 y a dans toute action volontaire l'efiet de 
deux volontés distinctes ; l'une subjective et in- 
time pousse à l'acte , l'autre immédiate et active 
le détermine. Ainsi, je veux marcher d'une ma- 

r 

nière générale, et cependant, un motif me rete- 
nant, je ne marche pas; et si dans ce moment je 
viens à marcher, je sens que ma volonté, en dé- 
terminant ce mouvement, intervient d'une façon 
directe et plus distincte. Toutefois, bien que la 
volonté efficiente puisse seule produire des mou- 
vements adéquats, on ne peut dire que la volonté 






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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



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intime , la volonté pensée, soit sans influence sur 
les mouvements du corps. Ainsi : 

Vouloir en idée éveille, dans celui qui veut, 
nne tendance irrésistible à l'action; 

Il suffit de penser qu'on exécute une action 
quelconque pour ébaucher à son insu tous les mou- 
vements extérieurs qui ont rapport à cette action; 

Il suffit d'agir par la pensée sur une chose 
réelle que suit le regard, pour exécuter automati- 

* 

quement un indice de tous les mouvements qui 
ont rapport à cette action. 

XGYIII. — Cette dernière proposition estprouvée 
par des exemples qui pour être vulgaires n'en sont 
pas moins concluants. Assistons avec M. Ghe- 
vreul à une partie de boule ou de billard , 
dans ses remarques ce grand observateur; voyez 
avec quelle insistance le joueur qui suit du re- 
gard sa bille appuie du geste sur elle pour la 
î^amener dans la direction d'où elle s'écarte, avec 
quelle intensité d'effort il lui trace de l'œil et de 
la main un sillon idéal. C'est là à coup sûr un des 
plus beaux exemples du mouvement symbolique. 

XGIX. — Les mêmes principes dominent toute 

une catégorie de gestes qui occupent dans le lan- 



portant, je veux parler 



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290 



DE LA PHYSIONOMIE 



indicateurs et des gestes advocateiirs , si je puis 
ainsi dire. 

Je suppose qu'un homme me demande son 
chemin. Instinctivement mon regard et mon bras, 
se dirigeant dans le sens de la voie, tracent la 
route qu'il doit parcourir. Mais je n'indique plus 
seulement, j'envoie; que dis-je? j'ordonne. Dès 
lors, la violence de ma volonté assimile le mes- 
sager à un mobile , mon geste le lance en quelque 
sorte. Tarde-t-il au gré de mes désirs? Je fais 
effort de loin comme pour le pousser. L'orgueil ou 
le sentiment de ma dignité enchaînent-ils mon 

action dans les limites d'une indication simple, 
mon bras est retenu dans une attitude moyenne ; 
mais l'effort de la contraction musculaire, le trem- 
blement des membres trahissent la volonté in- 
flexible et violente cachée sous la forme simple 
de l'indication. 

G. — S'agit-il au contraire de ramener, d'ap- 
peler à moi un homme éloigné? mon bras tendu 
vers lui comme pour l'atteindre, se fléchit et se 
rapproche de mon corps comme pour l'attirer à 
moi. Plus l'intensité de mon désir est grand, et 

us je répète ce mouvement. Il se modifie d'ail- 
leurs d'une manière très-sigoificative suivant que 




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. ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



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la personne appelée m'est agréable ou désagréable. 
I^ans le premier cas, j'attire vers mes yeux, vers 
ïna bouche, vers les organes les plus délicats de 
la sensation. Dans le second cas, j'attire en tenant 

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ce que j'attire éloigné de moi; et le geste amène 
l'appelé aux pieds de celui qui commande. 

Le bras n'est pas seul intéressé dans ce mouve- 
ment; le bras et le corps tout entier y participent 

L 

souvent. Les mouvements de la tête surtout sont 
remarquables; elle se tend alors vers l'homme ou 
l'animal qu'on appelle, et, par un mouvement 
oblique, le ramène avec effort vers l'épaule op- 
posée. Dans ce mouvement on ferme à demi les 

r 

yeux et on serre les mâchoires en poussant le cri 
de l'effort. Ne dirait-on pas qu'on traîne pénible- 
ment avec les dents l'individu tardif dont on 
excite la lenteur? 

CI. — La seconde proposition n'est pas moins 
facile à démontrer par l'observation. Il suffit de 
penser qu'on parle ou qu'on discute vivement 
pour parler réellement très-haut. Cette tendance 
^st fort apparente dans les rêves. Le somnambu- 
lisme n'est qu'un rêve d'action. Lady Macbeth, 
^ans le drame effi^ayant de Shakespeare, erre la 
^uit essuyant ses mains où sa conscience bour- 



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292 



DE LA PHYSIONOMIE 



relée voit une tache sanglante; Diderot admire 
avec raison ce jeu muet plus éloquent cent fois 
que toutes les amplifications possibles. Que sont 
les fureurs d'Oreste? Eh! ne devinons-nous pas à 
chaque instant, à des traits analogues, les pensées 
qui animent nos interlocuteurs? ces choses ne 
sont-elles point tous les jours visibles au plus 
haut point dans les hallucinés? 

Cil. — L'application des principes qu'à formulés 
notre illustre guide, M. Chevreul, ne s'étend 
pas seulement à ces phénomènes; elle permet 
d'expliquer en outre les sympathies natui'elles 

qui naissent, entre les hommes, des sens et de 
l'imagination. 

C'est ainsi, pour commencer par les exemples 
les plus simples, qu'en assistant à une lutte quel- 
conque on s'y mêle symboliquement et presque 
à son insu. Il suffit même d'en entendre un récit 

^ 

animé; alors l'imagination suivant toutes les péri- 
péties du combat, l'automate vivant se meut au 

r 

gré des fils cachés qu'elle dirige, et l'on voit se 
succéder tour à tour sur le visage du spectateur, 
la fureur, l'effroi, la tendresse, la haine, l'effort, 
l'abattement, la douleur et la joie. 

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Ces mouvements intérieurs n'étant point satis- 






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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



293 



laits, et complètement neutralisés par l'expansion 
^^ l'action corporelle et du mouvement extérieur, 



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peut arriver que ces différentes impressions 



soientplus vivement ressenties par les spectateurs 
d'une scène émouvante que par les acteurs eux- 
iBêmes. (( Les spectateurs étaient plus inondés de 
sueur que les combattants eux-mêmes, )> dit Euri- 
picle dans ses Phéniciennes en parlant du combat 

<i'Étéocle et de Polynice. Ainsi, l'effroi est bien 
plus naturel à ceux qui assistent simplement à un 
Combat qu'à ceux qui combattent ; et ne voit-on 
pas certains hommes qui ont maintes fois prouvé 
dans des combats sin 

impassible courage, pâlir et se troubler lorsqu'un 
de leurs amis étant engagé dans la lutte, ils en 
sont seulement les témoins? 

— Ne se produit-il pas quelque chose 



guliers Icm^ sangfroid et leur 



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d'analogue dans l'angoisse réelle que fait éprouver 
^ quelques hommes l'embarras d'un ami ou même 
d'un indifférent engagé dans une entreprise hasar- 
deuse? Yoyezj par exemple, un père assister à un 
examen subi par son fils. Le corps en suspens, la 
^êle tendue, comme il le suit du regard! Pendant 

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^^e son fils parle, il est immobile, sa respiration 
^st suspendue; les questions faites au candidat 



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DE LA PHYSIONOMIE 



sont-elles suivies de réponses faciles, le mouve- 
ment d'anxieuse attention se résout peu à peu; les 
réponses, au contraire, sont-elles pénibles, embar- 
rassées, le pauvre père s'associe à cet embarras; 
à cet effet, il pousse de la tête et de l'épaule, serre 
les dents, serre les poings et agit métaphorique- 
ment comme pour aidera quelque action difficile ^ 
Les examinateurs eux-mêmes, malgré leur Ion- 

* 

gue habitude, n'échappent point à cette nécessité. 
Ne les voit-on pas aussi manifester par tous les 
mouvements de leur visage un effort caché, ces- 
ser de respirer, et quand enfin le récipiendaire, 
ramené à la question , est parvenu quoique avec 

peine à une réponse suffisante, mettre un terme à 

j 

cet effort par ces mots poussés avec une ^insistance 
caractéristique : « Eh! allons donc.'I » et expri- 
mer ensuite par toute leur attitude qu'ils se sen- 
tent soulagés d'un grand effort et d'un grand 
poids? 

Cette influence singulière qui s'établit par l'ima- 

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gination entre les hommes, est une des bases pre- 

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mières de la société humaine. Par elle tout homme 



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\. Tussis violenta si fit in aliquo homine, nullus est quin nixu 
quodam conabitur juvare suum amicum. (Boerrh. de morb. ner^' 
de sympathia. T. II, p. 519.) 






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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



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rence : 



(c Homo sum; huraani nihil a me alienum puto. » 

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On peut même dire qu'elle est la base de la 

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société qui s'établit naturellement entre nous et 
les animaux ; société d'autant plus parfaite qu'ils 
nous sont, si j'ose le dire ainsi, plus semblables 
par la forme, plus semblables par les tendances 
de leur activité physiologique. 

Ainsi la vue d'un être joyeux éveillant en nous 
l'idée de la joie, nous anime d'une joie symbo- 
lique. La vue d'un être soulfrant nous fait souffiir; 
en un mot, nous éprouvons plus ou moins vive- 
ment le contre-coup des passions qui se développent 
à nos yeux, en y participant plus ou moins sui- 

ri 

Vant que notre nature est plus ou moins délicate. 

GIY. — Malebranche n'a en quelque sorte posé 
^^ucune limite à cette puissance de l'imagination. 

(( L'expérience, dit-il, nous apprend que, lors- 
*îue nous considérons avec beaucoup d'attention 
quelqu'un que Ton frappe rudement ou qui a 

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quelque grande plaie, les esprits se transportent 
^vec effort dans les parties de notre corps qui 
correspondent à celles que l'on voit blesser dans 
'm autre. » 



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A ce sujet, il cite l'observation suivante qui lui 



a été communiquée : 

« Un homme d'âge étant malade, une jeune 
servante de la maison tenait la chandelle comme 
on le saignait au pied. Quand elle lui vit donner 
le coup de lancette, elle fut saisie d'une telle 
appréhension, qu'elle sentit trois ou "quatre jours 
ensuite une douleur si vive au même endroit du 
pied, qu'elle fut obligée de garder le lit pendant 
ce temps. » 

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Il explique ainsi ces influences mystérieuses 
que l'imagination d'une mère peut avoir sur la 
conformation extérieure ou sur le moral de l'en- 
fant. qu'elle porte dans son sein. 

Nous ne prétendons pas affirmer la réalité de 
toutes les hypothèses et de toutes les explications 
de Malebranche. Toutefois, elles ne sont pas con- 
traires au sens génçral des faits que nous avons 
signalés plus haut ; si la vue d'un homme qui se 
gratte éveille une démangeaison, si voir ou 
entendre bâiller sollicite au bâillement d'une 
manière irrésistible, sera-t-il impossible que 
l'imagination frappée de la vue de quelque grande 
blessure, ne puisse éveiller en nous le sentiment 
d'une blessure analogue? Je ne l'ai jamais observé 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



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sur moi-même S mais mi de' mes parents, alors 
élève en droit, ayant vu pour la première fois pra- 
tiquer une opération (il s'agissait d'exciser une 
tumeur au pavillon de l'oreille) , m'a assuré avoir 
i^essenti au même instant une douleur très-vive à 
l'oreille; et cette observation est d'autant plus 
concluante que l'observateur n'était préoccupé 
d'aucun système, d'aucune idée préconçue. 




1. J'éprouve toutefois avec une grande évidence une sensation 
symbolique qu'on peut rapprocher de celle-ci. Étant encore en- 

■ 

fant, comme ma vue avait subi un affaiblissement notable, on 
conseilla remploi des conserves. Or, la pression que le poids des 
lunettes exerçait sur la partie dorsale da nez m'était à tel point 
insupportable qu'il me fût impossible de continuer à en faire 
^sage, n y a vingt ans de cela, eh bien! encore aujourdhui, je 
i^e puis remarquer des lunettes sur le nez de quelqu'un, sans 
éprouver aussitôt et d'une façon désagréable cette sensation qui 
ni'inquiétait si fort autrefois. 

Je rapprocherai de ces faits l'angoisse terrible qu'on éprouve 
lorsqu'on voit un homme suspendu à une grande hauteur, dans 
^ne position qu'on suppose dangereuse. On participe alors au 
danger, on est saisi d'une crainte terrible. Lorsque dans l'exer- 
cice de la corde volante, le voltigeur abandonne tout d'un coup sa 
Corde et demeure suspendu par les pieds, la foule des assistants 
pousse un cri simultané, et il n'est pas un homme qui n'éprouve 
en soi quelque chose du sentiment d'angoisse qui accompagne 
^ne chute. Quand l'intrépide gymnaste Thévelin suspendu dans 
l'espace à la nacelle d'un aérostat y exécute ses tours de gymnas- 
tique, l'impression est si terrible qu'un grand nombre de femmes, 
^^ la pouvant supporter, ferment les yeux et les couvrent instinc- 
tivement de leurs mains. 

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DE LA PHYSIONOMIE 



CV. — Mais la réalité de l'impression symbo- 
liquement ressentie demeurât-elle un fait douteux, 
il n'en serait pas de même des mouvements qui 
suivent, je ne dis pas l'impression reçue, mais 
même la simple idée de cette impression. C'est 
ainsi que lorsque nous voyons quelqu'un frappé 
d'un grand coup à la tête par exemple, nous por- 
tons symboliquement la main à la tête en faisant 
un geste de douleur. De même, si nous voyons 
quelqu'un se faire quelque brûlure, nous exécu- 
tons à peu de chose près les mêmes gestes que 
si nous nous étions brûlés nous-mêmes. Les faits 
de ce genre sont trop évidents, ils se présentent 
trop souvent à l'observation de tous 



les hommes 



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Ces remarques obligent de reconnaître 
avec M. Chevreui que la plupart des faits qu'on 
rapporte en général à une faculté particulière, je 
veux dire à l'imitation, ne sont, en dernière ana- 
lyse, qu'un résultat nécessaire des mouvements 

à 

intimes de l'imagination et de la liaison mys- 
térieuse qui unit dans une minutieuse harmonie 
le jeu intérieur de la pensée au jeu des organes 
corporels. 

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Or, s'il est impossible, et la chose paraîtra, je 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



299 



l'espère, suffisamment prouvée^ d'être saisi d'une 

idée vive sans que le corps se mette à l'unisson de 
l'idée, on concevra aisément comment la vue ha- 
bituelle de certains hommes pousse nécessaire- 

4 

ment à reproduire leurs attitudes et leurs gestes; 
comment les tits sont contagieux; comment enfm 

r 

les accents se communiquent par des voies lentes 
mais sûres, à tel point qu'on peut assurer que le 

j 

commerce habituel de chanteurs habiles doit 
avoir à la longue sur la qualité de la voix la plus 
heureuse influence. Mais que sert d'insister sur 
ces choses? n'est-ce pas sur elles que sont basées 
ces ressemblances qui s'établissent entre gens 
d'une même sorte, ressemblance générale d'où 
résulte la physionomie des professions ? Ne dis- 
tin gue-t-on pas sous un costume analogue le 
militaire d'avec le prêtre, le médecin d'avec 
l'avocat, le grand seigneur d'avec le plus hautain 

financier. Les Français qui ont vécu quelque temps 
avec des étrangers ne reçoivent-ils pas à leur 
insu une marque durable de cette fréquentation? 
Ces choses ne sont-elles pas prouvées par l'obser- 

vation de tous les temps? 

Ces remarques permettent aussi de jeter beau- 

coup de jour sur cette 



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DE LA PHYSIONOMIE 



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fondée sur la puissance de l'exemple. De même 
que la vue du grand monde porte aux belles ma- 
nières, de même la fréquentation des hommes de 
bien, des hommes de probité et de courage, con- 
duit bien mieux que des préceptes les jeunes gens 
à la vertu. Que de choses cachées s'ous ces simples 
observations ! 



GVII. 



Je me résume en disant : 



1" Tous les mouvements qui dans le corps 
résultent directement de l'action des causes occa- 
sionnelles extérieures, peuvent résulter également 
des mouvements de l'imagination. 

2° Toutefois, dans ces cas où les mouvements 



difier 



ques des organes des sens pourraient 



pensée, ces organes sont mus de façon à obéir à 

cette tendance au mouvement, sans toutefois 

faire intervenir quelque sensation de cause exté- 
rieure. 



8 



Vouloir simiDlement, dispose à se mouvoir; 
penser à une action, dispose à l'exécuter; avoir la 
simple idée d'un mouvement possible, dispose 
d'une manière générale au mouvement. 




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QUATRIÈME PARTIE 



DES MOUVEMENTS TROPIQUES OU METAPHORIQUES. 



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G VIII. — Saint Thomas a dit avec une grande 

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profondeur : 

<( Intellectus nostcr secundum stalum prœsentemy 

^ihil intelli gît sine phantasmale. » 

r 

Il n'est en effet aucune notion, si haut qu'elle 
s'élève dans la sphère de l'abstraction, qui puisse 

être absolument conçue en soi et indépendam- 
nient d'une idée sensuelle à laquelle elle est 

r 

pour ainsi dire- attachée et qui est en réalité 
comme son corps. 

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De cette nécessité générale qui porte l'homme 
à incarner, si je puis ainsi dire, ses pensées, ré- 
suite le langage, cet art ingénieux qui sait donner 



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proque résulte ce que nous appelons une lan- 
gue. 

CIX. — Les signes que l'intelligence fait inter- 
venir dans la formation de ce discours intérieur 

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que l'âme se parle à elle-même dans l'acte de la 
pensée, sont essentiellement empruntés à l'ordre 
des sensations visuelles et auditives. Quand 

r 

l'homme pense sa parole , cette parole est tantôt 
visible et tantôt elle est écoutée. Ces choses 
qu'une expérience continue nous dit assez claire- 
ment, n'ont pas besoin d'être démontrées. 

Toutefois, bien que ces deux ordres de sensa- 
tions intuitives soient les sources habituelles où 



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gnes où nos pensées 



nent, ces sources ne sont pas les seules, et le 
toucher peut, dans certains cas, donner à nos pen- 
sées un corps et une base, comme le prouve efl 
particulier l'exemple du fameux aveugle Saun- 
derson. Il raisonnait en effet sur certaines pro- 
priétés des figures géométriques avec une pro- 
fondeur à laquelle ne pouvaient contribuer les 
sensations visuelles qu'il avait toujours ignorées. 
Quant aux signes que pourraient fournir le sens 
de l'odorat et celui du goût, ils seraient plus dif- 
ficilement employés , les notions qui résultent de 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



303 



leur activité naturelle étant le plus souvent bor- 
nées, incertaines ou confuses. 

ex. — Quoi qu'il en soit, si nous considérons 
surtout ces deux sens dont l'action vient plus 
particulièrement en aide à Tintelligence, il sera 
évident pour nous que les analyses ontologiques 
des philosophes, et surtout cette distinction pre- 
mière des idées de temps et d'espace, ont été 
écrites d'avance dans les préordinations de l'or- 
ganisation animale. Ainsi les modes et les acci- 

dents de l'espace, la forme, l'étendue, le mouve- 
ment, sont essentiellement distingués par l'œil, 

tandis que l'oreille nous révèle surtout l'existence 
des choses, en tant qu'elles sont dans le temps, 
et soumises au courant perpétuel de ces flots qui 

viennent et passent^ Or, bien que ces deux sens 



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1. M, Chevreul a victorieusement démontré le rôle élevé de 
l'abstraction considérée comme principe fondamental de la science 
6t de l'art. Or, elle n'est pas seulement le principe de ces sciences 
qui se développent dans l'humanité. Elle est encore la source de 
ïa science individuelle, de cette science élémentaire que le mou- 
vement de la vie fait éclore chez tout homme convenablement 
oi'ganisé. Considérés comme source de nos connaissances, nos 
^ens sont de véritables machines à abstraction , et ridée la plus 
^îniple qu'on puisse se former d'un corps, n'est qu'un ensemble 
*i' abstractions coordonnées dans la conscience par l'instinct, Tha- 
fcitude et la raison. 







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nous donnent simultanément des éléments qu'un 
acte spontané de la pensée associe et combine en 
une seule idée , nous pouvons néanmoins affirmer 
que l'idée que nous avons de l'existence des 
choses extérieures et de leur mouvement, nous 
vient surtout par les yeux, tandis que l'oreille 
paraît au fond moins nous instruire que nous 
avertir. Aussi les idées qui nous viennent par le 
sens de la vue sont-elles plus réelles, plus immé- 
diates; mais si le sens de l'ouïe a, sous ce point de 
vue, une infériorité relative, en revanche il 
exerce sur le développement des sentiments en 
>-énéral une influence singulière, en telle sorte 
qu'en éveillant indirectement une idée, il rend 
l'esprit plus attentif à cette idée par le sentiment 
corrélatif qu'il existe; et cette infériorité se trouve 
à bien des égards compensée. Aussi, devient-il 
par cela même le sens habituel du langage; or, 



l'habitude devenant, comme le dit fort justement 
le vulgaire, une seconde nature, nous paraissons 

r 

souvent écouter les choses que nous pensons, 
l'idée du signe se substituant. alors d'une manière 
suffisante à la chose signifiée. C'est ainsi qu'en 
écoutant la marche et le développement d'un 
discours, nous paraissons surtout attentifs aux 










ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION 



305 



sons dont ce discours se compose. Aussi disons- 
ï^ous fort naturellement au sujet de certaines 

propositions dont le sens est saisi par l'esprit : 
J'entends cela^ cette expression j'entends étant 
^lors synonyme de celle-ci : Je comprends, ce 
que notre belle langue a merveilleusement ex- 
primé par ce mot entendement, qu'elle fait syno- 
nyme d'intelligence. 

Mais si un certain enchaînement de signes 
suffit au déveloi^pement de certaines choses ou de 
certains principes dont l'idée est très-familière à 
l'esprit, il n'en est plus ainsi lorsqu'il s'agit de 
pénétrer profondément dans l'analyse de certaines 
notions plus ou moins compliquées dont l'objet 
est de l'ordre de ceux que la géométrie considère. 

C'est ainsi qu'en raisonnant sur les propriétés 



d'un triangle, un géomètre qui n'est point, 



comme Saunderson, un aveugle né, attachera son 
attention beaucoup moins aux termes du dis- 
cours qu'à la considération de quelque triangle 
idéal : aussi les expressions du langage ont-elles 

r 

ici pour rôle exclusif d'avertir, l'objet essentiel 

cle l'esprit étant alors une idée revêtue d'une 
forme visible ^ 

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1. Cela est si vrai qu'il n'est pas un seul professeur de géomé- 




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DE LA PHYSIONOMIE 



Or, dans ce cas , comment s'exprimera le géo- 
mètre lorsqu arrivé au terme de ces conceptions 
abstraites, il touchera au but où l'ont conduit des 
raisonnements exclusifs ?Dira-t-il : J'entends cela? 
Non sans doute, mais : Je vois cela. Et cette 
remarque fait clairement voir, je pense, comment 
ces deux expressions j'entends et je vois, fort 
analogues d'ailleurs, ne sont cependant pas abso- 
lument synonymes. 

CXI. —L'exemple de Saunderson montre com- 
ment les sensations visuelles faisant défaut à 
l'esprit, un exercice plus intelligent du toucher 
peut suppléer à cette pauvreté. En effet, ce sens 
nous révèle non-seulement la 'figure sous laquelle 
les corps sont circonscrits, mais encore leur 



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sistance, et de la sorte il nous donne l'idée la plus 
prochaine que nous puissions avoir de l'existence 
des corps. Dès lors, en acceptant la vérité de 
quelque proposition géométrique , Saunderson 
n'eût point dit : J'entends cela , nous avons vu 
que dans ce cas cette expression ne serait point 

r 

exacte; il n'eût point dit non plus : Je vois cela; 



trie qui s'avisât d'essayer la démonstration du théorème le plus 
simple, tel que celui de la mesure du carré de Thypoténuse, sans 
s'aider d'un crayon et d'une image visible. 





X -> 






ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



307 



roais il eut dit : Je touche cela. Or, Jean-Baptiste 
Rousseau comparant implicitement à un aveugle 
Une vieille femme incrédule, lui fait très-fine- 
nient dire dans une de ses épigrammes : 



(( Oui, je voudrais connaître, 

c( Sentir au doi2;t, toucher la vérité, w 



Mais quand, plus attirés que convaincus, nous 
sommes plutôt disposés à la foi que dominés par 
l'évidence, nous ne disons plus : J'entends, je vois 
ou je touche, ces expressions ayant un sens trop 
absolu; nous disons naturellement : Je sens cehiyet 
il est aisé de voir combien cette expression est 
juste et naturelle. Or, nous parlons ici surtout de 
ces choses abstraites ^que le langage présente 
aux considérations de l'esprit. Mais il peut arriver 
en outre que ces choses nous affectent par quel- 
que rapport nouveau d'où naît un sentiment plus 
ou moins vif de convenance, et dans ce cas nous 
disons très-naturellement : Je goûte cela, manière 
de parler éminemment heureuse et fine qui est 
passée dans l'habitude du langage. 

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— Ainsi, en nous tenant aux expressions 
ip-fi- nous vovons, nous entendons, nous 



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308 



DE LA PHYSIONOMIE 



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comprend. Nous sentons celles dont il a la prévi- 
sion; enfin, si elles nous apparaissent non-seule- 
ment comme vraies, mais comme bonnes, nous les 
goûtons. S'agit-il au contraire d'une proposition 
fausse, l'esprit s'y refuse, nous en détournons 
nos regards, nous y demeurons sourds, nous y 
répugnons. La proposition est-elle à la fois fausse 
et mauvaise, elle excite l'faorreur; nous la cra- 
chons et nous la vomissons. Or, ces métonymies 
et ces métaphores ne sont pas seulement dans le 
langage, elles sont aussi dans le geste. 

Ainsi, le simple assentiment se manifeste essen- 
tiellement par de légers indices de flair agréable, 
de gustation satisfaite. On indiquera par tous les 

r 

mouvements de son corps qu'on est caressé par 
l'idée. On inclinera la tête en signe de repos ou 
de confiance; la négation au contraire est ex- 
primée par tous les signes du refus matériel. 
Nous refusons de voir et nous fermons métaphori- 

r 

quement les yeux. Nous refusons d'entendre et 
nous bouchons nos oreilles; nous détournons en 
même temps la tête, le nez et la bouche exécutent 
tous les mouvements de la répugnance et du 
refus. Les mains repoussent ou rejettent, la tête 
et les épaules s'agitent comme pour secouer un 







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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



309 



joug pesant; enfin tous les signes de l'horreur et 
du dégoût physique, tous les signes d'une impa- 



tience poussée à son comble, peuvent se mêler à 
ces expressions et sont employés alors dans un 
sens figuré. 

Quoi de plus simple, quoi de plus naturel que 
ce langage? Gomment Buffon qui avait eu le pres- 
sentiment de ces choses, n'a -t- il vu dans ces 
tropes du geste que des conventions variables 
comme le caprice des hommes? Il les connaît en 
ciïet, mais il les considère comme un résultat de 
la réflexion et de l'habitude j^andis qu'elles sont 
Une conséquence naturelle des lois qui régissent 
ce que Leibnitz appelle avec tant de profondeur 
l'automate vivant. (Voy. Buffon, Histoire natu- 
relle^ t. 2, p. 53Zi, m-h\) 

Diderot semble à cet égcud s'être rapproché 
davantage de la vérité; malheureusement il n'a 
pas développé toutes ses idées sur ce point» Mais 
il est évident que son esprit était préparé aux 
plus subtiles, aux plus délicates analyses. C'est 
^insi que dans sa curieuse lettre sur les sourds et 

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lîiuets, il fait remarquer en passant combien la 
langue des gestes est métaphorique. Il a même 
connu la signification et la source de ces expres- 




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DE LA PHYSIONOMIE 



sions métonymiques qui dérivent des sympathies 



des organes entre eux. 



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pressions heureuses?... Je vous répondrai que ce 
sont celles qui sont propres à un sens, au toucher 
par exemple, et qui sont métaphoriques en même 
temps à un autre sens, comme aux yeux. D'où il 

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résulte une double lumière pour celui à qui l'on 
parle, la lumière vraie et directe de l'expression 
et la lumière réfléchie de la métaphore. (/Lf/^r^ 

sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient.) » 
Mais nul n'a mieux connu que Engei cette 

classe de mouvements, nul n'en a mieux%précié 
l'importance. La théorie de Engel repose tout 
entière sur un fait incontestable duquel il a tiré 
d'admirables conséquences. Ce fait consiste dans 
une tendance innée de l'âme à rapporter ses idées 
intellectuelles aux matérielles, et à imiter par des 
modifications matérielles les modifications intel- 
lectuelles. Toute l'histoire des mouvements tropi- 
ques est en germe dans cette simple observation. 
Le travail de Engel a pour titre : Lettres sur le 
geste et sur l'action théâtrale. Ce travail presque 
oublié aujourd'hui, serait lu avec un grand profit 
par les comédiens et les artistes philosophes. Il a 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



311 



^Le iraaait en Irançais, et cette traduction occupe 
Une place honorable dans une collection fort 
curieuse qui a été publiée vers la fin du dernier 
Siècle et au commencement de celui-ci 



sous ce 



^itre : Recueil de inèces intéressantes concernant 
''^s antiquités, les beaux-arts, les belles-lettres et la 
philosophie. (Paris, chez Barrois l'aîné, 1787.) 

J'aurais eu à peine quelques remarques à ajou- 
ter à ces belles recherches si l'auteur n'avait eu 
en vue surtout le jeu des comédiens, et n'avait par 
conséquent donné à ses travaux une couleur spé- 
ciale; ajoutons que l'auteur, ayant choisi la forme 
épistolaire, ne s'est point cru obligé à cette préci- 
Sion qu'an sujet vraiment philosophique exige; 
ïnais, tel qu'il est, son ouvrage n'en a pas moins 
Une haute valeur, et l'on pourrait s'étonner qu'on 
^it pu lui préférer le livre de Lavater, si l'emphase 
^icle du style, le verbiage et la malice n'étaient le 
plus souvent estimés dans le monde au dessus de 
^9- raison et même du génie. 

CXIII. — J'ai dit en ce qui touche les mouve- 

r 

Uients métaphoriques les choses les plus essen- 
tielles. Mais nous ferons sentir encore plus 

Vivement ces choses par quelques exemples im- 
portants. 




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312 



DE LA PHYSIONOMIE 



C'est une tendance invincible de l'homme de 
considérer comme choses inséparables la cause 
efficiente et le résultat de son activité. Dès lors, la 
manière dont une chose nous impressionne nous 
fait porter un jugement instinctif sur le degré de 
l'effet qu'elle est capable de produh^e, et récipro- 
quement la manière dont un effet nous frappe dé- 
termine souvent et domine le jugement que nous 
portons sur sa cause; 



c'est 



de 



puissance et celle de grandeur se développent dans 



l'esprit avec une telle analogie qu'elles nous sem- 
blent au premier abord identiques. 



qui est grand en effet ayant 



nos sens 



une plus grande influence, nous sommes naturel- 

j 

lement portés à attribuer à ce qui nous affecte par 
sa grandeur, plus d'activité et de puissance, et 
nous avons une certaine tendance à figurer la force 
sous des proportions colossales. Ne dit-on pas, d'un 
homme qui a fait de belles et fortes actions, qu'il 
est un grand homme? Si l'on ne racontait de 
Pépin le Bref que l'exemple qu'il donna de sa 
force prodigieuse, quel peintre, quel historien s'a- 
viserait de le supposer petit? N'est-ce pas une dif- 
ficulté réelle que de représenter le grand Alexan- 
dre, le grand Napoléon avec leur taille historique, 





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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



313 



et n'a-t-on pas à les grandir une extrême ten- 
dance? Aussi, les héros des temps fabuleux se pré- 



sentent-ils à notre imagination avec 



une taille 



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pieds 



Quand je lis Homère, disait le célè- 
Bouchardon, les hommes ont dix 



combats prodigieux les guerriers du Tasse et de 



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effet, 



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tendance? Il faut un acte de la réflexion ou l'idée 
^ive de quelque qualité exceptionnelle occulte 
pour faire acception des petites choses. Concevoir 
^ne grande puissance dans une petite chose, c'est 



dist 
de 



tant que notion pure 



tion véritable. Aussi les gens du peuple ont-ils une 
^îiclination naturelle à mépriser les petits hommes, 



la 



petitesse et la médiocrité de la taille n'imp 



^^^t point à l'imagination. L'une des qualités 



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les plus importantes d'un chef de 



Groupe, c'est d'être grand et large, c'est de domi- 
ner par sa taille les hommes qu'il commande. De 
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^s- encore cette tendance qui pousse les généraux 
^^ cavalerie à choisir des chevaux grands et fou- 
§^ieux qui, se dressant sur leurs jarrets, élèvent 



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314 



DE LA PHYSIONOMIE 



leurs cavaliers comme un étendart. C'est sur des 
coursiers prenant cette belle attitude, dit Xéno- 

phon, que l'on nous représente les héros et les 
dieux. 

A côté de la grandeur considérée comme condi- 
tion de force, se placent naturellement les signes 
immédiats de la force. Tels sont un vaste thorax, 

I 

des muscles grands, mobiles et saillants. D'ail- 
leurs, cette puissance nous frappera d'autant plus 
qu'elle se développera avec moins d'effort. Il est 
aisé de voir en effet que l'efîbit naît d'un senti- 
ment d'infériorité, et l'instinct saisit spontanément 
cette vérité. On sent qu'alors les limites de la 

+ 

puissance sont proches et qu'elle touche 
terme. 



à son 



Aussi cette apparence d'effort déshonore-t-elle 
en quelque sorte l'expression de la dignité hu- 
maine. La roideur du corps, des muscles trop 
apparents nous frappent beaucoup moins dans 
un homme fort que des allures grandes et libres; 
une puissance naturelle et spontanée quia le sen- 
timent d'elle-même se dévelej^pe avec aisance; et 
la bonne grâce, cette parure de l'homme qu'ont 
anobli l'intelligence et l'éducation, résulte sur- 
tout de l'art avec lequel, proportionnant ses mou- 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



315 



vements à l'effet qu'on veut produire, on y em- 
ploie le minimum des organes et des efforts mus- 
culaires que la nature de l'action exige. 

Le sentiment de ces rapports est, dans une autre 
Sphère, l'un des guides les plus suis de l'orateur 
etdupoëte. 



Annuit, et totum nutu tremefecit olympum. 



dit Virgile en parlant de Jupiter. Or, ce dieu 
qui d'un signe de sa tête ébranle le monde, 

r 

ne donne-t-il pas l'idée d'une irrésistible puis- 
sance? C'est bien là la force sans limites qui con- 
vient au maître absolu de toutes choses, au père 
des dieux et des hommes. Les dieux inférieurs 
auront moins de puissance et déjà tin certain 

r 

effort se trahit dans les expressions de leur cour- 
roux, dans l'emphase des discours que leur prête 
le poëte : 





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Tantane vos generis tenuit fiducia vestrî? 

Jam cœlum terramque, meo sine numine, venti 

Miscere, et tantas audetis tollere moles? 

Quos egoî... Sed motos prsestat componere fluctus 

' (iEN., lib. I, V. 132). 



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en ces termes que Nept 



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DE LA PHYSIONOMIE 



les vents révoltés. La puissance souveraine de 



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des termes plus simples : « Alors Jésus parle aux 
vents, et dit à la mer : Tais-toi, et aussitôt il se fit 

majesté, quelle puis- 



profond. » Quelle 



sance ! On voit bien que rien ne pouvant résister, 
l'effort serait ici superflu. 

La peinture ne peut toujours s'élever autant 
que la parole à ce degré du sublime ; certains 
sujets dépassent la sphère de cet art, et ce serait 
un acte de génie de ne les point aborder. Cette 
admiration inintelligente dont on entoure les 
œuvres les plus médiocres de Raphaël ne m'em- 
pêchera point, quelle que soit d'ailleurs la per- 
fection du dessin, de considérer comme une œuvre 
déplorable cette composition célèbre où il a re- 
présenté Dieu séparant la lumière des ténèbres. 



pied 



pour séparer deux ép 



donne 



point l'idée d'une puissance régulatrice et encore 
moins d'une puissance infinie. Mais quand j'en- 
tends ce passage de la Genèse : Fiat lux, et ha 
facta est, l'admiration me ravit et j'ai comme une 
révélation de cette puissance infinie qui crée 



comme nous pensons ! 



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ET DES MOUVEMENTS D*EXPRES SION. 



317 



GXIV. 



Ainsi les idées de grandeur, de force 



6t d'aisance, se développent comme choses corré- 
latives; Tune suppose l'autre, et elles sont en 
Quelque façon inséparables. De là cette tendance 
ïiaturelle qui nous porte à nous croire plus grands 
quand nous nous croyons plus forts. Ce sentiment 
fait que tous nos organes se redressent, et nous 
grandissons comme l'idée que nous avons de nous- 
ïïiêmes. 

D'ailleurs, ce sentiment de puissance 



cxv. 



intmie étant le résultat d'une proportion quis'éta- 
blit naturellement entre l'idée générale que nous 

avons de notre force et l'idée que nous nous 
faisons des obstacles qu'elle peut rencontrer, cette 
tendance à se redresser peut encore être conçue 
dans un autre sens : l'être intelligent qu'un désir 
indéfini agite, ne sent qu'avec peine des limites 
posées à son action, et comme la vue est, si je 

l'ose ainsi dire, la lumière de l'action, un obstacle 
apporté au regard éveille le sentiment d'un pénible 
esclavage. On ressent au plus haut point cet effet 
dans les pays des montagnes ; si bien qu'en géné- 
ï'alle site le plus beau estcelui d'où Ton embrasse 

* 

^^n plus grand espace, surtout si l'œil errant sur 
^es ceintures de montagnes, des horizons succès 

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DE LA PHYSIONOMIE 



sifs apparaissent aux regards charmés, comme 
les premières zones d'une auréole infinie ! Cette 
raison explique Tattrait singulier qui pousse 
l'homme à monter toujours, à rechercher les cimes 
les plus élevées; or, à mesure qu'il s'élève, son 

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cette sympathie du mouvement avec la sensation 
oculaire que M. Chevreul a démontrée dans ses 
expériences, fait qu'en sentant grandir autour de 
soi l'espace, on pense grandir et se dilater soi- 
même. Si bien que de la simple idée d'espace, 
quand toutefois il ne s'y mêle aucun mouvement 

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de crainte, résulte nécessairement dans nos 

r 

organes une expansion consécutive. 

Or, ces mouvements dont le sens direct ou 
symbolique apparaît au premier coup d'œil, se 
développent dans un sens métaphorique toutes les 



fois que l'âme occupée de grandes idées ou de 



grandes choses ouvre ses ailes, pour parler le 
magnifique langage de Platon, et s'élève dans la 

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sphère lumineuse des idées. Le poète lyrique que 
l'inspiration ravit gagne en imagination les hau- 
teurs du ciel. Il se sent emporté au-dessus des 
horizons visibles et nage dans l'espace comme 
l'aigle de Pathmos, et son regard Dlontre dans 






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ET DES MOUVEMENTS D'EXPKESSION. 



319 



l'infini. Alors, car ce sentiment est réel, il pense 
se détacher de la terre; son corps se dresse, sa 
tête s'élève et respire au-dessus des foules, et 
cette tendance conduit par des degrés insensibles 
à cet état extatique, à ces hallucinations si fré- 
quentes dans l'histoire des mystiques. « Scio ho- 

à 

^inem in Chrislo ante annos quatuor dexim [sive in 

L 

corpore nescîo ^ sive extra corpus nesciOy Beus 
^cii)^ raptum hujiismodi usque ad tertium cϔum. 
(Ép. II aux Gorinth., ch. xii, v. 2.) 

C'est encore dans le même sens et par suite des 
mêmes lois que nous disons : des pensées éle- 
vées, des pensées basses, une âme sublime, une 
âme dégradée. Pensons-nous à quelque chose de 
grand, que dis-je? à quelques-unes de ces idées 
auxquelles nous attachons métaphoriquement 



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pensée 



les mouvements du corps et ceux 
nous porte à notre insu à nous grandir et à nous 
gonfler. Un panégyriste racontant les exploits d'un 
héros, se dresse de toute sa hauteur, et l'empha- 

L 

tique lenteur de ses paroles, un je ne sais quoi de 

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redondant et de vaste dans le geste, traduisent 
métaphoriquement l'étendue d'une puissance ma- 

jestueuse. 



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DE LA PHYSIONOMIE 



CXYI. — Ces propositions ne sont pas vraies 
seulement quand on les envisage" d'une manière 
directe, leurs réciproques elles-mêmes sont évi- 
dentes. Ainsi : 

Instinctivement nous unissons l'idée de fai- 
blesse à celle de petitesse. Si nous nous sentons 
faibles, nous nous sentons petits ou plutôt nous 
nous sentons rapetisser. Le mouvement du corps 
suit ce mouvement de la pensée, toutes nos atti- 
tudes s'amoindrissent alors et l'organisme entier 
se rétracte. 

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Or, le sentiment de faiblesse n'est pas toujours 



dans un être par 



puissance supé 



Yoilà pourquoi si deux hommes de condition 
très-différente, un prince, par exemple, et un 
pauvre bourgeois, se trouvent en présence, le sen- 
timent de cette différence fait que l'un se redresse 



tandis que 



moindrit. 



• Ce mouvement se développe très -naturellement 
lorsque l'être qui s'enorgueillit est le plus grand 
par la taille, tous les faits étant alors harmoni- 
ques et de même signification. 
Mais quand l'être qui s'enorgueillit est petit et 






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ET DES MOUVEMENTS D' EXPRESSION. 



321 



que Têtre qui s'humilie est plus grand, Forgueil 
^'eçoit de cette contradiction un caractère ridicule, 

j 

tandis que riiumilité devient, dans ces conditions, 
plus vile ou du moins plus pénible. 

GXYII. — Les faits sur lesquels je viens d'in- 
sister méritaient d'être examinés à part; leur ana- 
lyse, rendant nécessaire l'emploi de procédés un 
peu subtils, a embarrassé notre marche. Main- 

tenant il deviendra plus facile de développer et de 
faire admettre les propositions suivantes : 
1° L'attention de l'esprit à des idées abstraites 

j 

r 

est nécessairement accompagnée* de signes exté- 

rieurs d'attention. Ces signes sont modifiés dans 

le même sens que ceux de l'attention symbolique. 

Il serait superflu d'insister sur cette propo 

dont l'évidence est immédiate. 

2° Si l'idée est claire, présente, et, si j'ose le 
dire ainsi, en la puissance de l'esprit, le corps est 
fixé dans l'attitude de l'attention facile. 

3° Si l'idée est mal définie, si elle échappe et 
fuit comme une ombre, l'esprit semble la suivre 
et le corps imite ce mouvement. 

Or, il se produit à cet égard des modifications 
d'un sens admirable. C'est ainsi (|ue dans l'ana- 
lyse d'un problème un peu compliqué, l'œil semble 



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DE LA PHYSIONOMIE 



regarder avec insistance et exécute automatique- 
ment tous les moLiveraents qui correspondent à la 
vision diffiùlo. Au monient'où l'attention cherche 
à se fixer, l'œil paraît chercher en même temps 
quelque objet fort éloigné du corps. A mesure que 
les choses deviennent plus distinctes, cet objet 
semble se rapprocher de plus en plus; si bien 
qu'au moment où la pensée est arrivée au point 
de décomposer l'idée première en ses éléments 
les plus subtils, les yeux passent à l'attitude de la 
vision myope et convergent avec une intensité 
plus ou moins grande. 

De même un homme attentif à un raisonnement 



d'écouter et d 



avec une 



puleuse 



bien que le discours soit 



haut et intelligible. Tous les signes de l'audition 
difficile se développent alors sur la face, dont 



1 expression rappelle celle d'un homme sourd qui 

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s'efforce d'entendre. 

â' Si ridée est fort compliquée, en même temps 
que l'esprit en sent tous les détours, le regard et 
le doigt élevé semblent suivre le fil conducteur de 
quelque méandre très-compliqué. 

En effet, il arrive souvent que dans une démons- 
tration la solution ne soit point immédiate et ne 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



323 



soit aperçue qu'au terme d'une longue série de 
propositions et de démonstrations successives. Le 
sentiment d'un mouvement ou d'une progression 
s'éveille alors dans l'esprit. « Suivez bien ce rai- 
sonnement, je vous prie, dit Molière. » On le suit 
en effet, et lorsque, arrivé au terme du raisonne- 

h 

lïîent, l'esprit en saisit la conséquence, nous disons 
communément : J'y suis, m'y voilà, et tout le 

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corps prend en même temps une attitude "de 

epos. 
5" « Lorsque l'homme développe ses idées sans 

obstacle, dit Engel, sa marche est plus libre; 
quand la série des objets se présente difficile- 
ment à son esprit, son pas est plus lent. Lors- 
qu'un doute important s'élève soudain, il s'ar- 
rête tout court. De même, des idées disparates 
amènent une marche irrégulière. Quand on 



change d'idée, on change d'attitude. Si, par 



r 




exemple, cherchant quelques faits intellectuels, 
un homme regarde en bas et ne trouve point, 
ses yeux changeront de direction, il regardera 
en haut, etc. » Ces remarques sont pleines de 

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génie. 
6- Si la marche de la pensée est embarrassée et 

pénible, un mouvement général d'embarras retentit 



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DE LA PHYSIONOMIE 



dans tous les organes du corps, et des signes d'im- 
patience se développent de toutes parts. 

C'est ainsi qu'on se gratte la tête ou le corps, 
on se frotte les yeux ou on cligne fréquemment, 
on se mouche sans besoin, on crache, on secoue 



la teie ; on se débarrasse d habits qui ne gênent 
en aucune façon. 

Ces mouvements se produisent avec plus d'évi- 
dence encore quand, au mouvement intérieur de 

r 

la pensée, se mêle un travail simultané d'expres- 
sions, comme cela a ]ieu dans une improvisation. 
Rien de plus fréquent que de voir alors des per- 
sonnes vives, mais dont l'éloquence est moins 
rapide que la pensée, se frotter à chaque instant 
les yeux, s'essuyer la tête, se moucher, cracher 



sans nécessité, signes d'embarras extéj;ieur qui 
répondent toujours cà ces moments où se produit 
dans l'esprit un certain embarras. Un de mes 
amis, homme fort intelligent d'ailleurs, a quel- 
que peine à développer ses idées dans la conver- 

L 

sation. Sitôt que l'expression fait défaut, on le 



bruyamment de 



par le nez, bien que ses i 
leurs absolument libres. 



7« L'esprit fait-il un premier effort infructueux, 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



325 



on s'apprête à le recommencer. Le corps imite ce 
Mouvement. On s'arrête, on respire, puis on sem- 
ble reprendre son action. 

Les habitudes de la vie donnent quelquefois au 



geste une forme particulière. Ainsi, les gens qui 



ont riiabitude du dessin font mine d'effacer quel- 

r 

que chose comme pour tracer un nouveau con- 
tour. Un musicien, au contraire, frappe du doigt 
comme pour commander le silence, puis il recom- 
nience son raisonnement. 

CXYIIL — Tels sont d'une manière générale les 
mouvements qui accompagnent l'action de l'esprit. 
Mais ces mouvements sont remarquables surtout 
quand l'idée dont l'intelligence est occupée éveille 
en nous des sentiments d'une nature toute par- 

ticiilière : 

1° Si l'évidence d'une idée lumineuse charme 
l'esprit etle ravit dans une contemplation joyeuse, 
tous les signes de l'admiration se développent sur 
le visage et dans le corps tout entier. 

2° Si une solution inattendue se présente à 
l'esprit, le corps peut éprouver tous les effets de 

l'étonnement. 

3" Une idée se développe-t-eîle en harmonie 

avec le sens du bien ? est-elle bonne ? cette idée. 

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DE LA PHYSIONOMIE 



nous charme, elle nous caresse et nous applau- 
dissons. Que dis-je, nous la respirons, nous la 
goûtons, nous l'assimilons, et à tous les signes de 
l'assentiment extérieur se mêlent ceux de la dé- 
glutition satisfaite. 

4° La forme sous laquelle l'idée est présentée 
éveille-t-elle dans l'esprit ce sentiment de conve- 
nance et d'harmonie qui est l'une des conditions 
premières du beau? le charme de l'expression 
peut éveiller des idées parallèles ou analogues à 
celles que l'idée sollicite. Souvent même, le sens 
abstrait de la pensée n'excitant qu'un sentiment 
médiocre, le corps de cette pensée, je veux dire 
l'enchaînement des mots, lerhythme de la phrase, 
le choix des expressions, pourront affecter très- 
vivement et éveiller des impressions très-distinctes 
de plaisir et de volupté, de douleur ou de dégoût, 

Y' 

Dans ce cas, ces sentiments sont exprimés par les 
mouvements extérieurs qui leur sont relatifs, et 
cela dans un détail si fin qu'analyser ces choses 
c'est au premier abord tomber dans la subtilité. 

Je prendrai pour exemple un de ces fins con- 
naisseurs, un de ces littérateurs délectants, dont 
l'espèce qui se perd chaque jour a été si commune 
en France au commencement de ce siècle. Suppo- 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



327 



sons notre homme attentif à la lecture d'un pas- 
sage où le charme de l'expression, la vivacité du 
Mouvement, la suave harmonie du stvle lui font 
apercevoir des perfections merveilleuses; le sen- 
timent de ces perfections l'occupe tout entier; et, 
de peur d'en laisser échapper une seule, il lit 
^vec une lenteur jirécîeuse, relit sa phrase, s'ar- 

ri 

î^êtant à chaque mot et faisant dui'er par mille ar- 
tifices l'impression de ces choses sur Tesprit, Ces 

ri 

actions, propres aux délicats, ont avec la friandise 
du gourmet plus d'analogie; et chose remar- 
quable ! ils en produisent sur le visage toutes les 
expressions, tous les mouvements principaux. 
Voyez en effet ces mouvements de dégustation 
dans les lèvres, ce nez qui flaire, ces yeux à 
demi fermés, ces petites fossettes dessinées sur 
^^s joues par un mouvement de déglutition vo- 
^'Jptueuse! et vous demeurerez convaincu que cet 
homme ne voit pas, n'entend pas seulement l'idée 
^^nfermée sous les formes du langage, mais en 
^'éalité la goûte et la savoure, et, pareil en cela au 
gourmet, semble moins attentif à l'idée elle- 
^ême, à la base nutritive de la pensée qu'à la 
faveur du style, aux ingrédients de la phrase, 
^^x parfums de l'expression. 



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Or, d'un homme qui lit ainsi, nous disons na- 
turellement : c'est un homme de goût. Ainsi cette 
figure n'est pas seulement dans le langage, elle 
est aussi dans le geste. 

On sent bien que des impressions opposées à 

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celles que je viens de décrire amèneront des mou- 
vements inverses, en sorte que des mouvements 
d'impatience et de dégoût , seront la conséquence 
naturelle de certaines lectures. De môme l'indif- 
férence de l'esprit se traduira par des mouve- 
ments d'indifférence dans les organes du corps, 
le mépris par des signes de rejet, le dégoût et 
l'horreur par des mouvements d'expulsion dans 
tout l'appareil buccal. Enfm, la négation de l'es- 
prit sera traduite dans le corps par des mouve- 
meots de refus ou de révolte. 

Afm de montrer dans quel détail 
merveilleux le mouvement du corps se plie à 
toutes les exigences de la pensée, je rapprocherai 
de ces faits certains faits analogues, relatifs aux 
idées que l'homme se fait de sa personne, à la 
manière dont il s'affecte lui-même. 

L'homme en effet est souvent son objet à loi- 
même, et dans ce retour vers soi, il éprouve dans 

des sentiments de satisfaction et 



CXIX. 



certains 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION 



329 



d'orgueil, et, dans d'autres cas, de tristesse, de 

dégoût de soi-même, d'abandon et d'humilité- 

Or, chose remarquable, dans le premier cas, il 
se o-oûte lui-même. Tantôt il se rengorge et exé- 




cute le mouvement de la gustation satisfaite. 
D'autrefois, c'est le mouvement d'inspiration vo- 
luptueùse dont la déglutition du gourmet est 
suivie. Des mouvements sympathiques de caresse 
individuelle accompagnent souvent ces méta- 
phores, et je ne puis m'empêcher de faire remar- 
quer ici combien les expressions du contentem.ent 
intérieur et de la suffisance ont avec ces mouve- 
ments de frappante analogie. 

Quand à ces signes du contentement se mêlent 



ceux de l'orgueil, on voit le corps se redresser et 



se gonfler. Ces choses se développent dans un 

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ordre simple et intelligible. 

La tristesse a des signes diamétralement oppo- 
sés ; elle prend la figure du dégoût le plus pro- 
fond. Elle laisse par un mouvement naturel la sa- 
live s'écouler; les lèvres retombent, le gosier se 
ferme. Tous ces mouvements sont dans le langage : 
ne dit-on pas à chaque instant que la tristesse 
amène le dégoût de la vie? De même le sentiment 
de l'humilité amoindrit. 



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DK LA PHYSIONOMIE 



GXX. 



— Dans la série des. faits innombrables 
que produit le déveIoi3pement de l'activité hu- 
maine, pourrais-je tout embrasser et tout dire? 
Qa'il me suffise d'avoir fait entendre le sens des 
propositions que je résume ici : 



1 







Les mouvements de l'esprit qui sont relatifs 
aux idées abstraites, 'sont toujours accompagnés 

de mouvements analogues dans les organes du 
corps. 

^ 2° Les sentiments de plaisir ou de douleur, 
d'amour ou d'aversion qui sont éveillés à l'occa- 
sion d'une idée abstraite, sont accompagnés de 
tous les mouvements analogues qu'amène un sen- 
timent de même ordre qui se développe dans 
l'occasion d'une impression physique directe. 

''" Les mouvements analogues se développent 



3 







dans le corps, à l'occasion des impressions qu'ex- 
cite dans l'âme la propriété 
auxquels l'idée est attachée dans le langage. 

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môme des signes 



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sentiments qu'éveille dans l'être vivant 
ridée de sa propre existence, sont accompagnés 
de mouvements physiques analogues à la nature 
de ces sentiments. 

^ 50 Ces expressions du corps sont toujours iden- 
tiques ou du moins parallèles à celles du langage; 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION 



331 



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en sorte que, dans beaucoup de cas, pour tra- 

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cUiire une passion dans le dessin d'un visage, il 

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suffirait d'imiter directement les figures du lan- 
âge et les expressions naturelles par lesquelles 
la parole peint métaphoriquement cette passion. 



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APPLICATION DES PRINCIPES PRECEDEMMENT EXPOSES. 
DE l'expression DES PASSIONS d'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 



GXXI. 



Des mouvements directs et sympa- • 



thiques , des mouvements symboliques , des mou- 
vements métaphoriques, apparaissent, se succè- 
dent, se mêlent, se combinent en cent manières 
et composent la physionomie des passions. 

Mon intention n'est point de donner ici une ana- 
lyse complète des passions; cette question, d'un 
grand intérêt d'ailleurs, m'entraînerait pour le 



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passions je prendrai les plus apparentes, et en 
montrant de quels mouvements elles sont natu- 
rellement accompagnées, je ferai une application 
facile des principes qui ont été établis dans 
courant de ce travail. 



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Nous distinguerons dans cette exposition deux 



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334 



DE LA PHYSIONOMIE 



ordres de passions : l» des passions homogènes 
dont tous les éléments sont harmoniques et de 
même signification; 2« des passions hétérogènes 
dont les éléments sont de signification contraire. 



GXXII. 



sions homogènes : 



-1° Des passions homogènes. 

Nous rangerons au nombre des pas- 



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Le plaisir ../... La cl 

^^J^^'^ La tristesse. 

La volupté L' 



Le contentement 



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ang-oisse. 



L'ennui. 



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La confiance ..... Le doute. 

L^ calme La colère. 

L'énergie. ...... La moll 

La fierté L'humilité. 

L'orgueil La bassesse. ' 

L'impudence. ." . . . La honte et la timidité. 

L'amour La haine. 

L'estime 



L'admiration 



■ • 



Le mépris. 
L'horreur, 



La fconté La méchanceté. 

La générosité. .... L'avarice. 

Le courage La peur et l'épouvante 



Nout 



pourrionspoasser beaucoup plus loin cette 
énumération; elle diffère beaucoup de celle qui a 




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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



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été proposée par Descartes, et bien que j'aie dû 
profiter du travail de ce grand philosophe, il m'a 



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u pour obéir aux exigences de ihon 



sujet, 



accepter une classification un peu diff^é rente. Je 
vais essayer de définir tour à tour ces différentes 
passions et je démontrerai le rapport naturel qui 
existe entre la définition de chacune d'elles et les 
mouvements corporels qui l'expriment. 



Du Plaisir et de la Douleur. 



GXXIII. — Le;:'/«/^/rnaît d'une excitation douce 
qui éveille le sentiment de la vie et sousl'impres- 
sion de laquelle on s'épanouit. Cet épanouissement 
se manifeste par des efforts sensibles. C'est ainsi 
que le plaisir augmente la force impulsive du 
cœur, excite le système nerveux et détermine 
ainsi de la chaleur et de la routeur artérielle. Un 



besoin plus actif de respiration s'éveille. La ten- 

r 

dance à l'action s'exprime dans tous les muscles, 
dans tous les appareils de la sensation ; aussi le 
plaisir fait-il sourire^ ouvrir les yeux, dilater les 
narines. Chez beaucoup d'animaux les oreilles se 
dressent. La voix devient aussi plus rapide et plus 
aiguë. En même temps, la tendance au mouve- 
Tnent que le plaisir excite, porte i 



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336 



DE LA PHYSIONOMIE 



efFort, à courir, à bondir, à agiter ses bras comme 
un oiseau ses ailes, lorsqu'il veut s'envoler. Cet 
état que leplaisir amène, cette surexcitation douce 
delà vie, est la joie. 

Quand la joie est très-vive, très-distincte, et 
cela arrive plus particulièrement dans l'enfance, 
elle détermine dans les viscères des effets sem- 
blables à ceux d'un chatouillement agréable et 
produit ainsi ces éclats de rire accélérés qui sont 
particuliers à cet âge. Ce phénomène est en géné- 
ral moins apparent dans l'âge adulte. 

La douleur naît d'une sensation anomale qui 
éveille le sentiment de la vie, mais sous une forme 



étrangère et pénible. Aussi l'organisme repousse- 
t-il la douleur avec une énergie souvent déses- 
pérée. Cette action, considérée de près, a tous les 
caractères de l'effort. La douleur lutte en effet 
avec une violence proportionnée à la force du pa- 
tient. Considérez un homme qui subit quelque 
grande opération. Il produit tous les mouvements 
d'une lutte désespérée et pousse des cris affreux 
et prolongés; ses veines se congestionnent, sa 
peau se couvre de sueur. Cette tendance aux mou- 
vements de l'effort est si marquée qu'il cherche 
instinctivement des points d'appui, saisissant la 



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ET DES MOUVEMENTS D^EXPRESSION. 



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main des personnes qui l'entourent et la serrant 
convulsivement. Il est bien à remarquer que les 
personnes de courage se contiennent et ne crient 
point; maïs leur attitude est alors celle d'une 
résistance obstinée, elles serrent les mâchoires et 
les lèvres et cessent absolument de respirer. Aussi 
les chirurgiens habiles recommandent-ils alors à 
leurs malades de ne point se retenir et de n'avoir 

r 

point honte de crier, les cris étant dans ce cas un 
moyen d'entretenir un reste de respiration. 

Il est d'ailleurs aisé de prévoir que des efforts 

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de cette nature épuisent s'ils sont trop souvent 

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répétés. Ils anéantissent les forces jpar la con- 
gestion veineuse qu'ils amènent et tarissent les 
sources de l'activité nerveuse. Aussi, à ces con- 

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succède le plus souvent un sentiment 
pénible d'épuisement et de faiblesse. Cette fatigue 
intérieure, cet abandon qui suit l'excès de la dou- 
leur, est la. tristesse. Aussi les caractères de la 
tristesse sont-ils généralement ceux d'un affaîsse- 
nient général. La face pâlit, les mouvements du 
cœur et du thorax se ralentissent, la vue s'affai- 

r 

blit et devient traînante, la peau se refroidit et se 
clessèclie, le corps se courbe, s'affaisse ; enfin 
toutes les chairs de la face, entraînées par un mou- 



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338 



DE LA PPIYSIONOMIE 



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vement passif, semblent abandonnées à la pesan- 
teur, comme l'artiste l'a merveilleusement exprimé 
dans les têtes penchées des filles de^Niobé. Dans 
ce mouvement, la respiration s' arrêtant, les ailes 
du nez s'affaissent et le poids des joues entraine 
la paupière inférieure, si bien que celle-ci agis- 
santpar continuité sur la paupière supérieure, le 
globe de l'œil est découvert au-dessus de la pru- 
nelle, tandis que la pupille est recouverte et à 
demi voilée. Cet effet est rendu plus sensible par 
ce mouvement d'élévation de l'œil que détermine 

dans les défaillances la prédominance des muscles 

obliques supérieurs. Ces choses sont très-faciles à 
constater. 

GXXIV. — Lorsque la joie ou la douleur sont 
subites, elles peuvent exciter au point de détermi- 
ner un spasme tétanique du cœur, d'où résulte 

4 

une grande et subite pâleur. La rougeur succède 
en général à cette pâleur aussitôt que le spasme a 
cessé. D'autres fois elles produisent l'étonnement 
et peuvent dans certains cas amener la défail- 
lance et la syncope. 



GXXV. 



De la Volupté et de VAngoisse. 

— La volupté est une sorte de plaisir 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



339 



chatouillant dont Vdïet court dans les viscères et 
i^end insensible aux excitations extérieures. Elle 
6st donc essentiellement caractérisée par un re- 
tour vers soi-même. Nous en avons décrit ailleurs 
les principaux effets. 

Il n'est pas besoin de rappeler ici que les mou- 
vements de la volupté peuvent accompagner une 
action directe, se développer dans un sens svm- 



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lorique, et se montrent dans 



ces différentes circonstances sous la même forme. 

4 

Cette simple remarque nous épargnera des répé- 
titions et des longueurs. 

L'angoisse résulte d'une douleur qui retentit 
clans les nerfs viscéraux et trouble plus ou moins 
^e jeu des intestins, des poumons et du cœur. Cet 
état est toujours accompagné d'une dyspnée 
intense et d'une extension convulsivedu corps. Il 
Semble qu alors les mouvements des viscères étant 
Suspendus, l'organisme entier cherche à y sup- 
Pléer par des mouvements accessoires des mus- 
cles périphériques. C'est ainsi qu'en général l'an- 
goisse précède la mort. Dans cet état, un senti- 
^i^ent profond de gêne douloureuse éveille l'idée 
^e l'esclavage. Ainsi, selon le principe que nous 



avons 



développé en plusieurs lieux, l'angoisse 



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340 



DE LA PHYSIONOMIE 



pousse les moribonds à se dépouiller de leurs vê- 
tements, bien qu'alors la peau soit le plus souvent 



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lacée. Souvent, presque au moment de mourir 



ils veulent se lever et changer délit : que de fois, 
hélas! n'ai-je pas vu ces choses dont l'idée iii6 




saisit douloureusement! 

Si l'angoisse est subite, elle se change en épou^ 
vante; on essaye de fuir, de s'arracher à soi-même, 
et cette tendance sans but et sans regard constitue 
Végarement, C'est ainsi que dans les grandes dou- 
leurs on se précipite, on s'échappe, on court au 
hasard. Les empoisonnements amènent des effets 



analogues; au début d'une invasion, un désir 



immodéré de fuir saisit souvent les pestiférés et 
les cholériques, et ces effets ne s'observent pa^ 
uniquement dans l'espèce humaine, les animaux 
les présentent souvent à un haut degré. 

On peut voir ici jusqu'à quel point ces effets 
sont opposés à ceux de la volupté. Dans la volupté? 
les yeux se ferment à demi, les oreilles s'incli-' 

+ 

nentj le corps est ramené vers lui-même par une 
sorte d'enveloppement ondulatoire. Dans Tan- 
goisse, au contraire, les yeux s'ouvrent démesu^ 

rément, les oreilles se dressent et le corps tout 
entier s'érige. D'ailleurs, l'animal n'a alors la seu-- 



^so. 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



341 



sation d'aucun objet extérieur, il regarde dans les 
ténèbres et ne voit i3as. Dans ce cas, les yeux di- 
vergent légèrement et la pupille est alors énorme- 
wient dilatée. Nous reviendrons tout à l'heure sur 
ces choses en parlant de l'épouvante. 



Du Contentement et de l'Emiui. 



CXXYI. 



Le contentement est une sorte de 



joie tranquille, mêlée d'un sentiment de force in- 
térieure et de liberté. Aussi, dans le contentement, 
le corps semble grandir; tous les mouvements se 
développent avec aisance, la vue se promène sans 
effort sur les objets extérieurs, et le léger sourire 
de la bouche entr'ouverte indique la liberté des 
îïiouvements respiratoires. On voit alors la face se 



Colorer d'une rougeur légère et les joues gonflées 



parle-sourire élever jusqu'à la prunelle la pau- 
pière inférieure. En général, ce mouvement n'est 
pas sans quelque mélange de volupté. Aussi, dans 
la plupart des cas, l'homme content se rengorge- 
t-il un peu. 

V ennui ^si m\^ tristesse mêlée d'un sentiment 
plus vif de répulsion et de dégoût. Aussi les rnou- 
vements d'effort et de révolte sont-ils plus pro- 



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312 



DE LA PHYSIONOMIE 



nonces dans l'ennui proprement dit que dans la 
tristesse. De là cette congestion pénible, cette 
oppression qui amène à chaque instant le besoin 
de bâiller. Il est fort à remarquer qu'on s'ennuie 
plus facilement dans les lieux où l'air n'est pas 
renouvelé, tandis qu'il se produit difficilement 
sur les montagnes et sur les bords de la mer, 
dans tous les lieux enfin où de grandes masses 
d'air circulent; de là ce besoin de prendre l'air 
qui s'empare de tous ceux que l'ennui a saisis. 
L'ennui est donc en soi un commencement de con- 
gestion et d'asphyxie. On conçoit dès lors com- 
ment toutes les causes qui peuvent directement 

ou par sympathie ralentir les mouvements respi- 
rateurs, un chant lent et monotone par exemple, 
sollicitent irrésistiblement à l'ennui, tandis qu'il 
est le plus souvent vaincu par l'influence d'une 
musique d'un rhythme rapide et entraînant. 



De la Confiance et du Doute. 



CXXYII. 



La confiance xidlX d'un contente 



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ment intérieur mêlé d'un sentiment de liberté 
indéfinie. L'homme qui marche au grand jour 
dans une plaine découverte et sur un terrain uni, 
nous donne directement l'expression de la con- 




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ET DES, MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



.343 




fiance; la tête haute mais sans roideur, la respi- 
î^ation grande et facile, le regard assuré, les na- 
rines ouvertes, la bouche souriante, les épaules 
dégagées, la marche aisée et libre, tels sont les 
signes les plus habituels de la confiance. 11 n'est 
pas nécessaire de rappeler que ces expressions 
peuvent avoir un sens tantôt symbolique tantôt 
métaphorique, et dans tous les cas elles seront 
îes mêmes, sauf les modifications que nous avons 
indiquées au chapitre des mouvements symbo- 
ues. 

La vue, l'apparence, l'idée d'un obstacle dans 
îa marche du corps ou de l'esprit produit le doiile. 
Le doute s'arrête à la vue ou h la simple idée de 
l'obstacle. Parfois il recule devant cet obstacle 
lorsqu'il apparaît comme chose douée d'une acti- 
vité mauvaise. Mais le plus souvent le corps est 
seulement dévié de sa direction première. 

L'obstacle étant nuisible en soi, on a direc- 
tement, symboHquement ou métaphoriquement 
tendance à se mettre en garde contre lui. Les 
lïiains se portent en avant et l'œil se met en dé- 
tense par certains mouvements du sourcil. Des 
lignes de refus ou même de dégoût se dessinent 
dans les contractions du nez et des lèvres. Toute- 



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DK I..V PHYSIONO-MIE 



fois, les yeux demeurant ouverts et attentifs, cette 
circonstance permet de distinguer le doute d'avec 
le simple refus. 

Quand le doute est mêlé de quelque inquiétude 
on essaye de tourner l'obstacle et les yeux cher- 
client à droite et à gauche une issue. De là, ces 
oscillations furtives de la tête et du corps qui se 
porte tantôt sur la jambe droite, tantôt sur la 
jambe gauche, mouvements que les mîmes popu- 
laires emploient avec d'autant plus de succès que 
leurs grimaces ne sont au fond que des exagéra- 
tions, plus ou moins heureuses, de signes naturels 
dont chaque spectateur a en lui le type et 
l'instinct. 



Du Calme et de la Colère, 



GXXYIIL 



Le calme difïere du contentement 






et de l'énergie dont nous parlerons tout à l'heure 
par des caractères qui ne permettent point de les 
confondre. C'est le repos dans l'action. Une cer- 
taine lenteur dans les mouvements, la bouche un 

4 

peu pendante, la paupière supérieure haute, 1^ 

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corps droit, mais sans aucune espèce de roideur? 
la circulation grande mais lente, la peau plutôt 
pâle que colorée, tels sont les signes qui caracté- 









ET DBS MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



345 



risent en général la physionomie des gens calmes. 
Ils en ont en général le front uni et peu de rides 
sur le visage. Leurs muscles sont en général peu 
apparents; toutefois, le plus souvent, ils ont 
l'aspect de la force. La faiblesse rend en effet 
nécessaires des efforts habituels, et ces efforts 
incompatibles avec un calme réel ne peuvent se 
concilier avec les signes généraux qui l'expriment. 
Si le calme est le repos dans l'action, la colère 
pourrait être à certains égards définie l'action dans 
l'action, c'est à la fois une révolte et une poursuite 
furieuse; elle court, se précipite, bondit, lutte 

r 

avec une rapidité foudroyante, brise et anéantit. 
De là une tendance invincible à battre, à casser, à 
déchirer, à mordre, à fouler aux pieds, tendance 
qui s'épuise sur toutes choses, même sur les 
innocents, que dis-je, sur des êtres inanimés. 

La colère, étant le résultat d'une excitation * 
extrême, accélère en général les mouvements du 
cœur et fait rougir la face. Mais souvent cette exci- 
tation poussée trop loin détermine un spasme du 
cœur qui cesse un instant de battre. Dans ce cas, 
la colère fait pâlir. Ainsi la pâleur est le signe 
d'une colère poussée à ses limites extrêmes. 

T,a pnlprp, amène dans certains cas des spasmes 



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316 



DE LA PHYSIONOAIIE 



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dans les viscères, spasmes d'où résultent tous les 
symptômes de l'hystérie et de l'angoisse : c'est 
ainsi qu'elle fait tantôt couler les larmes et tantôt 
éclater un rire terrible. Souvent l'angoisse est alors 
poussée si loin, que la colère paraît au premier 
abord ressembler à l'épouvante ; mais, en y regar- 
dant de plus près, elle s'en distingue aisément, 
en ce que (comme nous le dirons tout à l'heure 
dans l'épouvante le corps se retire 
tandis que dansla colère il se porte le plus souvent 
en avant. En outre, les pupilles sont toujours 
énormément dilatées dans l'épouvante, tandis 
qu'elles sont toujours contractées dans la colère. 
^ Cette passion se développe sous une forme essen- 
tiellement éruptive. En conséquence elle ne peut, 
en aucun cas, être contenue sans un effort de la 

L 

volonté qui Intervient avec plus ou moins d'éner- 
gie. De là, deux mouvements opposés, l'un qui 
pousse, l'autre qui retient. Les muscles antago- 
nistes entrant ainsi simultanément en action, un 
tremblement plus ou moins énergique en résulte, 
et la voix prend plus ou moins la forme du rugis- 
sement. 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. • 



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De VÉnergie et de la Mollesse, 



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CXXIX. 



N'écrivant point ici pour les 
peintres, je n'insisterai point sur la forme de ces 
Sentiments. Essentiellement, V énergie résulte d'un 
sentiment très-distinct de sa force, et se traduit 
par des symptômes de tonicité dans les muscles. 
Ce sentiment peut se développer quelquefois chez 
des personnes qui n'ont, il est vrai, qu'une force 
î^^usculaire très-bornée , mais chez lesquelles 
l'habiUide du commandement a fait naître artifi- 
ciellement un sentiment de puissance. D'ailleurs, 
l'énergie n'a point le caractère éruptifde la colère. 
Son attitude est celle de Taction^ mais d'une action 
calme et qui se possède; d'une action dominante 
qui n'a pas besoin d'effort pour se produire. A ussi 
est-elle accompagnée d'une grande liberté, d'une 
grande aisance de mouvement. Toutefois, la con- 
traction apparente de certains muscles, tels que 
^c sourcilier et le masséter, la netteté ferme du 
^^^ouvement, indiquent la persistance vivace d'une 
Volonté toujours prête à se manifester. 

Lorsque l'énergie n'est point éclairée par Tin- 
t^lligence et qu'elle est unie à un caractère 
Soupçonneux,, elle prend la forme de l'entêtement. 



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DE LA PHYSIONOMIE 



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On découvre chez l'homme entêté les indices d'un 

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effort perpétuel. Les yeux sont contractés, la 
bouche est pincée, la mâchoire habituellement 
serrée; les épaules sont en même temps élevées 
et contractées, la tête est enfoncée dans le 
thorax, le dos se courbe dans l'attitude de la ré- 
sistance , et les poings ont, à se fermer, une ten- 
dance habituelle. C'est ainsi que l'entêtement, qui 
est une disposition à la résistance intellectuellSî 

se traduit par des symptômes de résistance cor- 
porelle. 

Il y a un caractère opposé à l'énergie et sur- 
tout à l'entêtement, caractère toujours prêt à 
céder. Les signes de celui-ci sont ceux d'un aban- 
don qui laisse tout aller, tout tomber; ce qu'ex- 
priment métaphoriquement certains mouvements 
des yeux, de la bouche et surtout des mains; 
mouvements passifs, altitudes pesantes, affaisse- 

r 

.ment partiel du corps , tout dénote une noncha- 
lance habituelle, une paresse de l'âme qui sembla 
à regret intervenir et gouverner son empire. 



De la Fierté et de VHumililé 



CXXX. — La fierté diffère de l'énergie par un 
sentiment plus élevé de force relative, elle se ré- 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



349 



sume dans un instinct de domination virtuelle, et 
s'exprime essentiellement dans la hauteur de 
l'attitude. Ce sentiment, plus intellectuel que sen- 
suel, influe peu sur les mouvements de la bouche; 
mais il rend la circulation plus active et détermine 
Une légère dilatation des narines qui frémissent 
aisément. L'attitude de l'œil est ferme et calme, 
seulement un léger mouvement du sourcil et du 
front trahit cet excès d'énergie intérieure, cette 
conscience de volonté et de force indomptable 
qui contracte le sourcil du Jupiter antique. 

Il n'est pas hors de propos de rappeler ici ce 
que nous avons dit plus haut sur l'association qui 
Se forme naturellement dans l'esprit entre l'idée 
de puissance et celle de grandeur. L'homme fier 
Se sent grand, il se dresse de toute sa hauteur, et 
Ce sentiment de sa hauteur se combinant avec un 
Pi'essentiment de petitesse relative dans autrui, il 
l'egearde de haut en bas. Nous avons vu qu'un 
lî^ouvement semblable se produit dans ces mo- 
*ï*entsdesarexcitation intellectuelle, où la pensée, 
Prisant en quelque sorte ses chaînes, s'élève et 
PÎane au-dessus du monde; riiomme inspiré se 
^'^dresse alors dans l'attitude d'une fierté sublinif 



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^^ son regard, embrassant l'horizon, semble do- 



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DE LA PHYSIONOMIE 



miner d'une incommensurable hauteur la terre 
qu'il voit à ses pieds. 

Ce mouvement, ce vol de la pensée dominant 
tout dans l'organisme, les métaphores dont le 
langage est rempli s'expliquent naturellement. On 
comprend comment l'aigle et l'épervier sont che2 
les anciens le signe symbolique de la divinité; et 
ces objets accessoires entraînant la pensée vers 
ces hauteurs où l'imagination les figure , ils exal- 
tent l'homme le plus froid et le pénètrent d'une 
joie sublime ou d'une terreur mystérieuse. 

A la fierté, opposons Y humilité. Être humble 
c'est se sentir faible et petit. Ce sentiment de pe- 
titesse porte à s'amoindrir. Se sentir faible oblige 
de se mouvoir avec lenteur. Ainsi l'humilité 

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marche la tête baissée, sa marche est peu assurée, 
sa parole est douce et lente; mais cette expression, 
semblable en ces choses à la tristesse, en diOere 
par une expression plus tranquille des traits et 
plus particulièrement de la bouche et des yeux. 



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De V Orgueil el de la Bassesse, 



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V orgueil est la fierté ravalée aux 



formes de la sottise et du brutal égoïsme. Absorbé 



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l'orgueilleux n'a point dans l'attitude cette liberté 
noble de l'homme fier. Il ne se redresse pas, il 
se roidit; il ne se dilate point, il se gonfle. L'œil 
de l'homme fier plane au loin ; l'orgaeilleux tient 
es paupières baissées par une indifférence gêné- 
raie à tout ce qui n'est pas lai. Il se flaire, se 

r 

goûte, se savoure lui-même, et, tous ses mouve- 
ments se mêlant, il se dresse comme l'homme 
fier et se rengorge comme le voluptueux. Ce mou- 
vement est si caractéristique qu'on prend habi- 
tuellement pour symbole de l'orgueil les animaux 
qui en oflfrent habituellement l'apparence, tels 
que les dindons et les paons. 

La bassesse, qui est l'opposé de l'orgueil, est 
une sorte d'humilité calculée, un volontaire abais- 
sement de soi-même, un esclavage sollicité et 
dont on prend son parti. Elle n'est point un hom- 

h 

niage rendu à des qualités sublimes, c'est, si 

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J ose le dire ainsi, l'abaissement volontaire d'un 

r 

homme aii-clossous de ce qui est bas. Je me sers 
de ces métaphores du langage parce qu'elles in- 
diquent par avance les métaphores du geste. 
L'homme bas exprime en effet la bassesse dans 
^oute son attitude; il rampe, il s'aplatit, et l'ef- 
\Qï"t qui se traduit alors dans les muscles^montreà 



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quel point la bassesse diffère de l'humilité na- 

turelle. 

La crainte produisant, comme nous le verrons 
tout à l'heure , des effets analogues à ceux de la- 
bassesse, un peintre de caractères dont le but 
serait de peindre une image de la servilité, devra 
bien se garder de donner à l'idole quelque qualité 

sublime ou terrible; c'est ainsi qu'il n'y a point 
de bassesse devant Dieu. Un petit enfant qui 
rampe aux pieds d'un maître courroucé, n'ex- 
prime point la bassesse et n'excitera point 1^ 
mépris. Un caricaturiste fort spirituel a bien 

senti cette vérité; aussi, voulant peindre la bas- 
sesse d'un solliciteur, l'a-t-il représenté se cour- 

r 

bant devant un homme à tête de paon. Remplacer 
cette tête de paon par une tête d'aigle ou de lion, 
eût été manquer absolument le but. 

Le peintre fera donc sagement de distinguer 
par quelque signe ridicule, par une expression de 
sottise et de faiblesse, l'être aux pieds duquel se 
traîne la bassesse. Il le rapetissera; et en gran- 



dissant l'homme vil qui l'adore, il fera mieu^ 
encore sentir son abaissement. 

On ne peut à cet égard trop remarquer l'iui-^ 
pression pénible qu'on éprouve en voyant des 




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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



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igantesques, couverts des ii] signes d'un 



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général ou d'un grand seigneur, se traîner et 



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aniper pour complaire aux caprices d'un enfant 
ïïiaussade, comme un sauvage devant son fétiche, 
^e sentiment n'est-il pas la condamnation éter- 
ïielle de ces modes honteuses, qui, sans grandir 
^e maître, abaissent davantage le serviteur, qui les 
avilissent tous les deux par un égal oubli de 
la dignité humaine? Mais ce n'est pas ici le lieu 
'l'insister sur ces choses. 



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De l'Mpudence, de la Timidité et de la Honte. 



GXXXII. 



Vùnpiidence est une sorte d'orgueil 



stupide compliqué d'entêtement et de mépris- Des 
épaules élevées, la tête au vent, la lèvre dédai- 
gneuse, le regard porté ça et là avec fermeté, mais 
^^ns attention, tels sont les mouvements habituels 
^^ l'impudence. L'impudent a l'œil ouvert et sec, 
^^ ne rougît point, ses sourcils sont rapprochés, ce 
^ni donne aux sourcils naturellement peu écartés 
^^ physionomie de l'impudence. Tout le monde a 
^^ns les souvenirs quelque physionomie de ce 
genre 1. 



^' Inverecundi signa oculus apertus et splendidus. Palpebree 



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DE LA PHYSIONOMIE 



La nmîdîlé, que nous opposons ici à l'impu^ 
dence, a avec l'iiarailité quelques analogies qi" 
sont loin toutefois d'établir leur identité; il Y 

r 

a en effet entre elles cette différence essen- 
tielle : l'humilité accepte le sentiment de sa 
faiblesse relative et n'y trouve aucune douleur; 
la timidité ne fait que le subir, et il en résulte 
une sorte d'esclavage pesant et d'embarras pé- 
nible qui s'explique métaphoriquement dans toute 
l'attitude. 

L'analyse des formes de la timidité peut êîi'e 
ramenée à des expressions assez simples; toute- 
fois, cette analyse exige une assez grande attention 
et une certaine méthode. 

Nous avons vu plus haut qu'il suffit de se croire 
faible pour s'affaibhr en effet, de craindre ViïQ^ 
puissance pour être impuissant. Ce sentiment, s'il 
se mêle à un instinct de fierté, fait souffrir, et, 1^ 
volonté luttant contre cet affaiblissement involon- 

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taire, l'effort qui en résulte ajoute aux phéno- 
mènes généraux de la faiblesse les effets de l^ 
roideur : ainsi la timidité fait trembler. 

Cette roideur n'est pas localisée dans les inen^^ 



sangnJncDS et crassœ; et parum curvus; musculi scapularum sur- 

suiii oicvati... (Arlst. physiogn,, $ 3, p. 3G2, lig. 29. Ed. Bckkcr J 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION 



355 



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bres seulement, elle s'étend à tous les muscles 
respiratoires et particulièrement à ceux du larynx. 
Aussi, elle éteint la voix en même temps que la 

■ h 

faculté d'articulation. La timidité produit donc 

r 

le bégayement et détermine l'aphonie. 

L'effort étant d'ailleurs suivi de ses effets ordi- 
naires, un certain embarras se produit dans la 
circulation; la face se congestionne, et le cœur 

luttant contre un obstacle, ses battements s'accé- 
lèrent. 

Cet état est donc à la fois un malaise et une dou- 
leur qui peut se rapprocher de l'angoisse. Or, 
dans le cas d'angoisse, un des mouvements les 
plus naturels est l'aversion qui nous éloigne de la 
cause de la douleur. 

Or, quand cette douleur nous vient surtout par 
la vue d'une chose présente, on se soustrait en 
partie à son influence, en baissant les yeux et la 
tête ou en les détournant; on diminue la vivacité 
de l'impression qu'on éprouve, en se tenant éloigné 
Ou en s' éloignant par degrés. 

La timidité, sous ce point de vue, diffère loto 
cccîo d^avec la bassesse. En effet, la bassesse se 
traîne aux pieds de son idole et s'en rapproche de 



plus en plus comme pour rendre son néant plus 



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256 



DE LA PHYSIONOMIE 



visible. La timidité, au contraire, recule et s'éloigne 
comme pour retrouver dans cet éloignement le 
sentiment d'une grandeur perdue. 

La bassesse se courbe, s'aplatit, ondule et 

■ r 

rampe. Dans la timidité, au contraire, le corps 
tout entier se redresse et la tête seule se penche 
pour soustraire les yeux à l'influence de l'im- 
pression déprimante. 

En un mot, la timidité est l'expression d'une 
fierté que la nécessité domine. C'est le sentiment 
d'une infériorité relative, contre laquelle se révolte 
un mouvement d'orgueil. 



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comment l'homme le plus fier, le plus grand dans 
,un milieu où s'épanouissent librement son génie 

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et ses aptitudes spéciales, peut être ailleurs d'une 
excessive timidité ; comment un héros indomptable 

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dans les batailles, peut trembler dans un salon; 
comment enfin le plus sublime orateur peut se 
troubler au milieu des futilités d'une conversation 
spirituelle : je veux dire de tout ce qu'il y a de 
plus vain dans le monde. 

On confond en général dans le langage la timi- 
dite et la honte. Toutefois, ces deux passions dif- 




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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSJON 



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fèrent sous plusieurs points de vue qu'il est utile 



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examiner ici : 



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1° L'homme qu'on surprend dans une position 



coupable éprouve de la honte. La honte résulte- 
aussi d'un sentiment très-vif d'infériorité relative. 

2^ Ce sentiment est vif surtout quand on est 
surpris au grand jour dans une position humi- 
liante. 

3° L'homme honteux essaye de se soustraire à 
la vue de tous. Il se cache, il s'enveloppe. La lu- 
iiiière le blesse; aussi détourne-t-il la tête en 
niême temps qu'il se voile les yeux. 

h'' L'homme honteux cesse de respirer; son 
cœur bat avec violence; il rougit, il tremble, il se 
couvre de sueur. 

5° L'idée seule d'une action honteuse racontée 
au grand jour peut amener chez les personnes 

r à 

présentes l'embarras de la honte. 

6^ Penser à une action honteuse, s'y complaire 
et être en même temps regardé, détermine la 

honte. 

7^ Voir commettre une action honteuse et dé- 
gradante fait naître naturellement une impression 
de honte. 



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358 



DE LA PHYSIONOMIE 



Ces derniers faits se rcat tachent de la raanière 
la plus facile à la théorie da geste telle que M. Ghe- 
vreiil l'a conçue. 

+ 

En effet, en vertu des règles établies plus haut, 
•voir exécuter une action, y penser, c'est avoir une 
tendance réelle à l'exécuter, et cette tendance 
nous fait malgré nous participer à cette action. 

Cette tendance et cette participation seront 
d'autant plus vives que l'action qu'on imagine, 
quoique humiliante et condamnée, sera cependant 
selon la nature, selon certains instincts primitifs 
réduits au silence par l'éducation. Ces faits sur 
lesquels je ne puis ici m'étendre, sont hors de 
doute pour ceux qui savent observer. 

Nous avons dit dans quelles circonstances la 
honte se produit. Expliquons maintenant plus au 
long les effets directs de la honte : 

A 

Etre vu ou s'imaginer vu commettant une 
action dégradante, conduit h la honte. 

Or, la lumière extérieure étant la condition 
nécessaire de l'exercice de la vue, la honte déter- 



mine en premier lieu l'aversion de la lumière. 
Cette aversion morale ou plutôt imaginaire dé- 
termine dans les organes visuels toutes les consé- 
quences, toutes les modifications d'un embarras 





'*- 









ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



359 



direct. L'œil ressent véritablement dans ce cas la 
haine de la lumière. Il est douloureusement ébloui. 
De là une tendance irrésistible à couvrir ses yeux 
de ses mains, à détourner la tête, à la courber, à 
retirer entre les épaules par un mouvement 



la 



analogue à celui qui ramène la tête des tortues 
sous leur carapace. 

Or, un jugement habituel nous apprenant que 
naturellement nous pouvons être vus de ceux que 
nous voyons, fait que l'homme honteux, pareil à 
certains oiseaux timides, pense, en voyant, être vu 
davantage. De là, cette impossibilité de regarder 
et de fixer les yeux d'aulrui dans la honte. Il suit 
aussi très-naturellement de là que l'homme hon- 
teux fait la moue. 

Au mouvement qui porte l'homme honteux à se 
soustrah'e à l'action de la lumière, succède un au- 
tre mouvement qui le porte à fuir, à se cacher, à 
s'envelopper, à se soustraire à tous les yeux. 

Ecce ejicis me hodie à facîe terrœ et à facie 
luâ ahscondar. [Gen., chap. iv, v. l/i.) 

Les peintres connaissent bien ces mouvements. 
^î^ se produisent, chez les petits enfants surtout, 
^vec une extrême évidence. On les voit alors re- 
•^i-der, se détourner tout en cachant leurs yeux de 



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360 



DE LA PHYSIONOMIE 



leurs bras, puis se plonger en quelque sorte entre 
les bras de leur mère ou de leur nourrice. Or, 



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à fuir, 
quelque 



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animus, ditfort énergiquement M. Huschke, rece- 
dit ab externis in se ipsum, et lubenlissîme, si 
posset, correperet usque ad punctum mathemati- 



cum. )) {Mimice et phyg. frag., % 16.) De là une 



contraction générale du corps, un retrait carac- 
téristique d'où résulte un amoindrissement gé- 
néral. 

Or, en elle-même, la tendance à fuir porte au 
mouvement, c'est-à-dire à l'expansion. La ten- 
dance à s'amoindrir produit au contraire la cons- 
triction et par conséquent l'immobilité. Mouve- 
ments opposés, contradiction réelle qui se résout 
de la manière suivante. 

■ b 

Les viscères, moins directement .mis à l'em- 
pire de la volonté, moins extériei. v subissent 
l'impression primitive; le mouvemei xpansif les 
domine, ils sont agités avec force, les contrac- 
tions du cœur s'accélèrent et leur aptitude aug- 
mente. 







ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



361 



liais en même temps le mouvement de constric- 
tion saisit les muscles extérieurs, les muscles 
expirateurs se contractent avec effort, et ces effets 
se combinent d'une manière anomale avec ceux 
qui résultent des mouvements da cœur. De là 

7 

Une rougeur subite toujours un peu violette; en 
même temps, le corps se couvre de sueur. Ces pbé- 

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nomènes sont surtout apparents dans l'enfance : 

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« Videte 2Jueros verccundos quîbus factœ 

'^ninœ facîunt iit, demissis ocidis, stent ferè qidcti 

et impediatur respîratio. Tune enim slatim color 

niher effunditur supra faciem, et 7nens ita tur- 
hcit 



ur ut confuse tantum respondeant, îmb la- 
crymœ excutiantur oa</?>.... (Herm. Boerrh. prœ- 

lect. acad. de morb. nerv. Ed. Van-Eems, 1761, 
T. I, p. 1^5.) » 

Cette tendance à deux mouvements opposés 
produit en même temps dans tout le corps un 
sentiment de . 'radiction profonde et d'embarras. 
es membres^ vollicités dans deux directions op- 
posées dev' • 



.^ - r 



s évanouir te uie sa force, toute son énergie, toute 
^on intelligence, et son imagination fuyant en 
qi-ielque sorte et l'emportant loin de lui-même, il 
perd toute présence d'esprit. 

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362 



DE LA PHYSIONOMIE 



Dès lors, toute faculté de discuter et de raison- 
ner l'abandonne; ses réponses s'embarrassent et 
se confondent, ses paroles balbutient et meurent 
sur ses lèvres, il n'aperçoit plus rien, n'entend 

plus lîen, son regard se trouble, il tombe dans la 

m 

confusion. 

La confusion est donc le suprême degré de la 
honte. Ce n'est donc pas absolument un pléonasme 

que de dire avec notre La Fontaine : 

Le corbeau, honteux et confus, 
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus. 

Les critiques de J.-J. Rousseau sur ce point me 
paraissent plus pédantes que fondées. 

Tels sont, d'une manière générale, les effets de 

r 

la honte^ l'un des mouvements les plus difficiles à 
expliquer d'une manière complète- 



De VAmoitr et de la Haine. 



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Vamour est un mouvement qui 



nous attire vers un être moral semblable à nous 
par certaines qualités harmoniques avec les 
nôtres. Ce rapprochement aboutit à une sorte de 
combinaison ou de composé moral d'autant plus 
stable que ses éléments ont entre eux une plus 
grande affinité. 



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ET DBS MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



363 



Cette affinité peut avoir sa raison dans certaines 



qualités très-différentes. 



Les unes, en effet, sont du corps; elles répon- 
dent à certains besoins physiques; les autres sont 
de l'intelligence et répondent aux modes les plus 
élevés de l'activité humaine. -■ 

Or, l'amour revêt des formes très -différentes 



qualités 



de 



de 



c'est la 



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admi 



ration détermine. L'amour revêt alors les formes 
de l'admiration et se révèle surtout dans le visage 
par des mouvements expressifs des yeux. 
Nous avons parlé plus haut de l'admiration; 



de 



de 



l'admiration suprême emprunte de plus quelques 
traits à celle de l'étonnement. Et tandis que le plaisir 
dilate encore les yeux, les narines et fait sourixe 

1 * . 



de 



qui 



tombe mollement abandonnée à son propre poid 
Le contraste qui résulte de la combinaison de c( 



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364 



DE LA PHYSIONOMIE 



deux mouvements est da plus grand effet. Un peu 
niais chez l'adulte, il donne à l'admiration des 
enfants l'expression d'une simplicité charmante. 
Notre adorable peintre Priid'lion a rendu ces 
choses d'une façon merveilleuse dans cette com- 
position pleine de sentiment, où une petite fille, 

L 

recevant ^dans sa jupe relevée un nid de petits 
chiens que>lui apporte son frère, laisse éclater sa 
naïve admiration. 

Or, dans l'admiration simple, l'effet principal 
de l'impression perçue est une excitation intime 

F 

qui fait en quelque sorte rayonner Tàme hors du 
corps. Mais dans l'amour admiratif, l'âme est en 
même temps retenue par le lien d'un plaisir inté- 
rieur.. De là, deux expressions opposées ou plutôt 

r 

une expression mixte qui mérite d'être analysée. 
Dans ce cas, l'œil dirigé vers l'objet aimé se 
cache à demi sous la paupière comme dans la 
forme méditative de l'amour. En outre, la pau- 
pière supérieure coupe la pupille qui se noie sous 
l'ombre des cils, et ce mouvement donne aux re- 
gards une expression de douce langueur. Souvent 
alors les impressions chatouillantes qui parcourent 
les viscères montent vers les yeux et font couler 
les larmes; de là ces regards humides, ce brillant 




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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



865 



cristallin de l'œil que les anciens considéraient 
comme le signe certain d'une tendance naturelle 

à la compassion et à l'amour. Êls^/fp.ovsç oVot 

yXaoupol /.al Xsuzo^^pooi xal li7:apoVp.aToi xal Ta ^ma 



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3, p. 808 



î'-al çdoyuvaioii. (Aristot. Physiognom. 

lig. 33. Ed. Bekker.) 
D'ailleurs, cette expression n'est point immo- 



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centratioD propre à la volupté. Cette dernière 
forme prédomine surtout chez les femmes 

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et si 



elle s'unit à certains mouvements ondulatoires de 
la tête, elle donne lieu à cette physionomie cares- 
sante qui plaît souvent et séduit par la magie 
propre k ce genre d'expressions. 

Quand le mouvement d'admiration domine dans 
l'amour, le nez et la bouche se dilatent comme 
pour respirer; le visage entier sourit, le corps et 
mains se portent en avant; quand l'impression 
de volupté l'emporte , à ces mouvements se mê- 



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1. Oculi diluti et inundantcs se ipsos, venereum et affectibus 

significaiit... neque dico abjectum taie signum. [Ex 



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Polemon. jphtjsiogn. e grœc. in lat. versa, par Em. Carol. Mon- 
tecucollum, p. 31. Mut. 1612.) 



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DE LA PHYSIONOMIE 



'lent certains mouvements symboliques de l'appa- 
reil buccal semblables à ceux que déterminent 
les saveurs suaves. L'attitude du corps exprime 
dans toutes les parties des choses analogues. Les 
mêmes formes de mouvements se reproduiront, 
soit que l'amour s'adresse à un objet extérieur, 
soit qu'il poursuive un objet imaginaire; mais 
dans ce dernier cas avec toutes les modifications 
propres à la forme symbolique que nous avons 
expliquée plus haut. 

B. L'amour que l'admiration dirige, né de cette 
union sublime de l'intelligence et de la vie, laisse 
à l'homme sa grandeur et ne ravale point sa 

beauté naturelle. Il n'en est pas de même de cet 
amour qu'un appétit brutal aiguillonne; amour 
stupide qui se laisse conduire par des émanations 
odorantes, par des indices matériels. Aussi, reçoit- 
il la forme d'un appétit sordide; des regards 
ardents, un besoin furieux d'impressions maté- 
rielles qui fait alternativement mouvoir les na- 
rines, les lèvres et la langue, tous les indices du 
désir matériel composent la physionomie des sa- 
tyres. C'est ainsi que Prud'hon, dans cette allé- 
gorie où il a peint la Vertu aux prises avec le Vice, 
a peint avec raison celui-ci sous la forme d'un 



; 6 



ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



367 



lîomme affamé qui se lèche les lèvres comme à la 
vue d'un mets savoureux. De même, des mouve- 



ments convulsifs de la langue, des appels répétés 



des lèvres, des frémissements saccadés du corps, 
des aspirations furieuses cherchées dans des di- 
rections alternativement opposées, expriment chez 
certains ruminants l'invasion de l'amour. Rappe- 



lons ici ce besoin de mordre, de manger, de goû- 



ter avec passion, de s'enivrer d'émanations odo- 
rantes qui semble tourmenter ceux dont s'empare 
la fureur erotique. 

Ces mouvements sympathiques qui dominent et 
éteignent tous les autres dans les formes brutales 
de Tamour, ne sont pas complètement étrangers 
aux formes plus élevées sous lesquelles cette 
passion se développe dans les êtres intelligents. 

4 

Mais alors, réduits à leurs indices les plus subtils, 
ils semblent en quelque sorte effleurer l'objet 
du désir. Cet état se trahit par des expresssions 
délicates, légères, voltigeantes; tel, dans sa 
lorme la plus pure, le baiser, qui semble respirer 

dans son contact léger, l'âme, la vie de l'être 
aimé. 

Toutefois, si pur que soit l'instinct d'un pareil 
mouvement, sa source n'est point dans l'intelli- 



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368 



DE LA PHYSIONOMIE 



gence. Le baiser des mystiques n'est plus qii'un 
signe mort, un contact symbolique, une expres- 
sion artificielle. Mais le baiser naturel est toujours 
plus ou moins selon la chair. Aussi se concilie-t-il 
rarement avec les formes du sublime. 

r 

D'ailleurs, il est si difficile de séparer complè- 
tement les mouvements de Fintelligence d'avec 
ceux du corps, que ces mouvements de la chair se 
mêlant aux plus pures aspirations de l'esprit, 
altèrent chez certains hommes l'expression' de la 
dévotion la plus sincère- Toutefois, ces choses ne 
sont pas de la piété, elles accompagnent seule- 

ment la piété des natures voluptueuses, et ces re- 
tentissements des viscères, se mêlant aux chants 
de l'esprit, en déparent la céleste harmonie. Si 
ce livre était un livre de critique, en examinant 

■ 

les attitudes préférées des personnes d'église et 
leur tendance aux expressions voluptueuses, que 
de choses n'aurais-je pas à reprendre? Ne sait-on 
pas les raisons cachées qui font, qu'en ceci du 
moins, la physionomie des prêtres est en général 
moins digne que celle des guerriers ? 

V estime est une sorte de contentement relatif 
à certaines 'qualités qu'on apprécie dans une 
chose extérieure. L'estime n'est point accompagnée 



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ET DES MOUVEMENTS D 'EXPRESSION. 



369 



de volupté, mais de satisfaction, et se traduit par 
les expressions de l'attention auxquelles se mêlent 
certains mouvements de gustation et même de 
déglutition employés dans un sens métaphorique. 
On dit fort bien d'un homme qu'on estime qu'il 
est goûté. C'est là un exemple nouveau de l'ho- 
mologie des figures du geste avec celles du lan- 
gage. 

Les contraires.de l'amour, de l'estime et de 
l'admiration, sont la haine, le mépris et l'horreur. 
Le sens dans lequel se développe l'expression de 
ces passions peut être indiqué en deux mots : 

La haïne est une colère contenue mêlée à un 
sentiment prononcé d'aversion. En même temps 
que la tête se détourne, l'œil ardent, fixé de côté, 
se fronce et menace!\es dents se découvrent, et 
imitent symboliqueijient l'action de déchirer et de 
mordre. *Tous ces mouvements, d'après les règles 
que nous avons indiquées plus haut, seront plus 
marqués du côté de l'œil qui regarde l'objet de la 
haine, et les modifications du visao-e 



ne seront 



point symétriques. Pendant que ces choses se pas- 

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sent, le corps se roidit, les poings se ferment, la 
tête se retire entre les épaules, et la voix incline 
au rugissement. 

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370 



DE LA PHYSIONOMIE 



L'expression du inépris s'éloigne de celle de la 
colère pour se rapprocher davantage du dégoût. 
Le mouvement d'aversion fait que la tête se dé- 
tourne en partie et se rejette en arrière; l'œil, les 
narines, la bouche, les bras, les jambes même 
font mine de rejeter : ces mouvements ne sont 
point symétriques, un seul œil étant plus parti- 
culièrement intéressé dans ce mouvement d'aver- 

r 

sion du corps. 

C'est ainsi que, dans le mépris, l'œil qui est le 
plus voisin de l'objet, se contracte, si bien qu'on 
ne regarde plus qu'avec l'œil opposé défendu par 
la saillie du nez. En même temps le dégoût s'ex- 
prime parle mouvement des narines, par l'exprès- 
sion des lèvres, par certains mouvements expulsifs 

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de la gorge. De là, cette tendance générale à cra- 
cher sur l'objet du mépris, où plutôt à cracher 
l'objet lui-même. En un mot, le mépris est 1^ 

r 

+ 

forme métaphorique du dégoût. 

V horreur morale s'exprime par tous les mou- 
vements de l'horreur physique. Elle se hérisse et 
vomit. C'est la révolte des viscères contre l'effet 
de quelque poison. Nous avons plus haut indiqué 
ces mouvements : il suffit, pour rendre l'horreur 

■ * 

morale, de les employer dans un sens métaphorique. 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



371 






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De la Bonté, de la Générosité et du Courage. 

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La honte est une sorte de disposition à l'amour, 
disposition sans violence, estime générale plutôt 
qu'amour, d'où résulte une satisfaction douce et 

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continue. C'est un mouvement doux et calme 

^ 

dont l'expression se rapproche de celle de l'estime, 
mais dans un degré tel que le repos des traits en 
est à peine altéré. Aussi, la physionomie de la 

r 

simple bonté a-t-elle toujours un certain caractère 
de mollesse. Un sourire permanent des lèvres 
toujours un peu saillantes comme pour caresser 
ou goûter, une certaine tendance du corps à s'in- 
cliner, à condescendre, une abnégation conti- 
nuelle de sa hauteur naturelle, tels sont les traits 
principaux de la bonté, traits qui nous rappellent 
involontairement le calme et bienveillant visage 
du malheureux roi Louis XYL 

Je ne dirai que quelques mots de la générosité 
et du courage. Les premiers indices de la puis- 
sance ont nécessairement une forme expansive. La 
générosité, quoi qu'en ait dit Descartes, n est point 
identique avec l'orgueil. C'est plutôt une sorte de 
fierté tempérée par une expression de bienveil- 
lance et de confiance joyeuse. Le courage est à 



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peine différent de la générosité. Leurs signes pre- 

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miers sont ceux de l'expansion et de la puissance 
vitale. Le corps dressé sans effart, le regard haut 
et vaste, les narines larges, les lèvres entr' ouvertes 



par 



un léger sourire, l'allure aisée 



la marche 



grande et libre, la respiration vaste et calme, une' 

r 

sorte de tonicité générale, tels sont leurs princi- 
paux symptômes. Empreint d'un€ énergie actuelle 
plus grande, le courage contracte légèrement les 
muscles sourciliers et les masséters. Mais cette 
contraction est d'autant plus faible que le courage 
est d'un ordre plus élevé. Tel est le courage serein 
des héros; ce courage sans colère qui sourit au 

milieu des batailles, et brave joyeusement les tour- 
ments. 



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De la Méchanceté^ de V Avarice et de la Peur. 

A ces passions qui honorent l'homme, opposons 
des sentiments qui le dégradent et disons quel- 
ques mots de la méchanceté, de l'avarice et de la 
peur. La méchanceté est une sorte de haine gêné- 
raie et contenue qui stéréotype sur les traits les 
stigmates de la fureur et du mépris. Ce mépris 
indéfini, cette attitude perpétuelle de dégoût et de 

les caractères 



révolte, enfante à la longue 



tous 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



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que la bonté 



épanouit le visage, la méchanceté le contracte et 
le ride. Ainsi la mimique de la méchanceté est un 
diminutif de celle de la haine. 

La même analogie qui rapproche le courage de 



la générosité; rapproche la ^eurdeV ava?ice. Sem- 
blables en ceci, du moins, ces deux passions 
comme la honte rapetissent le corps, l'amoin- 
drissent, rétractent les membres et poussent au 
silence, aux ténèbres, à la solitude. Le lâche qui 



fuit, 
Ma 



iporte 



comme l'avare son trésor. 

oisse, d'une angoisse 




qui fait pâlir et essouffle, tandis que du milieu de 
son anéantissement, l'avarice laisse échapper les 
éclairs d'une volupté sordide. C'est une joie mêlée 
de peur pareille à celle d'un animal faible qui 
emporte sa proie. Aussi, l'expression de l'avarice. 



des 



son 



difficiles à saisir. Toutefois Hobbein, dans 
Judas, l'a merveilleusement rendue. Une exprès- 
sion générale de souffrance et de frayeur trem- 
blante, un regard furtif, un sourire maigre et 
ïûisérable, mais toutefois emj)reint d'une certaine 
Volupté par un mouvement d'attraction qui ramène 
vers le corps tous les organes de la préhension et 



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DE LA PHYSIONOMIE 



en particulier les lèvres qui se pincent et s'amin- 
cissent, tels sont les signes les plus habituels de 

l'avarice. 

Mais la jf?^i;?" mérite d'être plus attentivement 

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considérée. Nous avons expliqué plus hautTaver- 
sion naturelle des êtres animés pour la douleur, 
aversion qui s'étend à toutes les causes apparentes 

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de douleur et de destruction. 

Or, ce mouvement d'aversion peut se manifester 
en trois manières. 

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1° On éloigne de soi, on repousse la cause 

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de la douleur, on lutte énergîquement contre 
elle. ■ 

2"" On s'éloigne de la cause de la douleur. 

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3° On s'amoindrit, on se réduit, on se réfugia 

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en soi, on s'enveloppe, on se contracte de toutes 
parts comme le font si manifestement les hérissons, 

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les tortues, les mollusques et un grand nombre 
d'animaux articulés. 

Le premier cas est haine plutôt que peur, i^ 
peur est plus particulièrement réalisée dans 1^ 
second et le troisième. 

A. On s'éloigne de la cause de la douleur dans 
deux circonstances très-diflerentes, à savoir : on 
s'éloigne à reculons, les yeux étant fixés sui' 





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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



375 



l'objet de la peur. Cette manière de se comporter 
vis-à-vis l'objet de la peur est particulière aux 
animaux dont les yeux peuvent regarder en face 
et qui ont en avant leurs moyens de défense. Elle 
répond en général à un danger imminente 

Mais le plus souvent, la cause de la douleur est 
à tergo, et dans ce cas, Tanimal, sans retourner 
la tête, s'élance loin d'elle de toute sa vitesse, 
préoccupé de l'idée de la mort qu'il sent attachée 
à ses pas. Excité par l'aiguillon de la peur, il fuit 
sans retourner la tête. Toutefois, ses yeux ne 
voient rien devant lui, il se précipite en aveugle, 

et en effet, son imagination regardant (qu'on me 
permette cette expression), regardant en arrière, 
ses yeux suivent symboliquement ce mouvement; 
ils divergent, et cette tendance universelle, bien 

qu'inutile dans la plupart des animaux, détruit 
chez tous ceux dont les axes optiques sont à peu 
près parallèles, les conditions de la vision divS- 

L 

tincte. 

B. La constriction et l'amoindrissement du 

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corps, le retrait de toutes les parties sont encore 
un des effets de la peur. Il semble que l'animal 
essaye d'échapper dans tous les sens à la fois au 
contact de la douleur. Ce mouvement est tout à 




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376 



DE LA PHYSIONOMIE 



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fait indépendant de celui par lequel certains ani- 

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maux hérissent leurs piquants, bien qu'il puisse 
dans certains cas coïncider avec lui. Il ne répond 
point essentiellement à un instinct de défense, 
mais, si j'ose le dire ainsi, à un instinct de fuite 
centripète. Or, bien que les muscles fléchisseurs 
aient dans ce mouvement une action prépon- 
dérante, on peut dire qu'à certains égards tous 
les muscles se contractent à la fois, les muscles 

^ 

fléchisseurs déterminant la coarctation générale 
du corps, mais chaque muscle en particulier y 
contribuant dans chaque partie du corps par des 
pressions exercées sur les tissus interstitiels réduc- 
tibles. 

Cette simultanéité de contraction de tous les 
muscles dans la peur explique pourquoi cette pas- 

r sion fait trembler. Or, la crainte éveillant comme 
un avant-goût de la douleur, à ces effets s'^ajou- 
tent ceux d'une lutte symbolique, lutte anxieuse 

\ qui trouble les mouvements du cœur, entre- 
coupe la respiration, éteint les actions organiques 

r 

et couvre le corps d'une transsudation glacée. Ce 
froid, ajoutant à la roideur générale, la rend plus 
intense encore, et aux frémissements profonds 
des organes s'ajoutent les horripilations qui cou- 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 3-77 



rent sur le corps comme des flots chassés par la 
tempête. 

Dans beaucoup de cas, cette rigidité et cette 
angoisse sont poussées si loin qu'au terme de cette 
convulsion les forces de l'animal se résolvent et 
s'affaissent, les sphincters se relâchent et laissent 
échapper la matière des transsudations intestinales, 
et la peur livre ainsi à la mort sa victime. Mais le 
plus souvent ces mouvements se combinent d'une 
façon très-remarquable avec le mouvement de la 
fuite; en sorte que, l'expansion se développant 
dans les organes essentiels d'une progression 
rapide, ceux qui y concourent moins directement 
expriment au contraire cette tendance à la con- 
striction et à l'enveloppement que j'ai essayé 
d'expliquer il n'y a qu'un instant. 

Les chiens qu'on menace nous donnent un fort 
bel exemple de cette harmonie contraire, quand 
on les voit fuir en ramenant avec effort leur 
queue entre leurs membres postérieurs, bien qu'ils 
courent à toute vitesse et qu'une extension com- 
plète se développe dans tous -les organes essentip.ls 



de la progression. De même un homme 
peur saisit, ramène sa tête entre ses 



que la 

épaules 



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378 



DE LA PHYSIONOMIE 



mouvements peuvent subir un grand nombre de 
modifications, mais je dois me borner à énoncer ici 
les faits principaux. 

h' épouvante se rapproche à certains égards de 
la peur. Mais c'est une peur convulsive, à la fois 
niêlée d'étonnement et d'angoisse. Ainsi- l'épou- 
vante paralyse comme l'étonneiîient et roîdit 



comme l'angoisse. Les principaux symptômes sont 



ceux d'une roideur tétanique dans le corps et 
d'une dyspnée mortelle sur le visage. Tous les 
muscles peaussiers se rétractent , le système 
pileux s'érige. Le front se ride transversalement, 

les sourcils se rapprochent et s'élèvent, l'œil 
s'ouvre d'une façon démesurée, et le muscle 
transverse du nez aplatissant les narines, celles-ci 
ferment tout passage à la respiration qui s'effectue 
alors parla bouche, comme celle des asthmatiques, 
respiration saccadée, singultueuse, entrecoupée, 
incomplète à tel point que l'émission de la voix 
devient tout à fait impossible. 

4 

Mais un des symptômes les plus effrayants de 
l'épouvante, c'est une dilatation si grande de \^ 
pupille que son disque noir semble quelquefois 

avoir envahi le cercle entier de l'iris. C'est là son 
signe pathognomonique, l'œil semble regarder alors 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



379 



dans des ténèbres profondes. Une pupille con- 
tractée ne convient pas à cette passion. M. Steu- 

ben, dans sa Czarine, me paraît avoir parfaite- 
îûent saisi ces caractères. 

Ce serait peut-être ici le lieu de montrer, comme 
Descartes, l'utilité de la peur, et comment elle met 
enjeu les instincts défenslfs de l'animal; mais ce 

L 

serait aborder un sujet presque sans limites. Qui 
pourrait dire, en effet, toutes les ressources dont 
la nature a armé ses créatures contre la mort? 

Combats acharnés, faite rapide, stratagèmes 
multipliés, quels moyens ne met-elle pas en usage? 
Celui-ci menace de la corne ou du pied, de la dent 
ou des ongles, celui-là prépare sourdement ses 
poisons; d'autres fois il répand des humeurs infectes 
et sème autour de lui le dégoût et l'horreur. Tel 
s'enveloppe d'une armure impénétrable, tel autre 
fait rayonner autour de son corps une forêt de 
dards. Guerre infinie, lutte acharnée où chacun 
apporte ses armes, ses stratagèmes et, si j'ose le 
dire ainsi, son génie particulier; aussi, ne peut-on 
songer à découvrir ici quelque loi particulière 
dominant tous les faits; ici tout est possible, et 
l'inépuisable fécondité de la nature ne semble 
point s'être imposée de règles. 









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380 



DE LA PHYSIONOMIE 




• Nous avons déjà rappelé les opinions cle 
M. Huschke qui, prenant pour type et pour point 
de départ les animaux inférieurs, pense que la 
flexion et la concentration sont choses homolo- 

lies, et considère l'expansion comme synonyme 
d'extension : d'où il a été amené à supposer que 
l'extension du corps répond aux affections agréa- 

r 

bles ou expansîvesj tandis que les mouvements 
de flexion expriment les aflections tristes, dépri- 
mantes ou douloureuses. 

Nous avons vu, en parlant de la volupté, coni- 
bien cette théorie , prise dans un sens trop général, 

est erronée. Elle ne le serait pas moins si, regar- 
dant avec M. Huschke la flexion et la constriction 
comme des actions homologues, on essayait d'ex- 




iquer 



à l'aide d'un mouvement général de 



flexion, le jeu de tous les organes que les ani- 
maux font concourir à leur défense. 

Si cette théorie s'applique aisément à certains 
cas, elle est incompatible avec beaucoup d'autres, 
comme il est facile de s'en convaincre par une 

+ 

observation immédiate. 

La nature a donné à certains animaux une ar- 
mure formée d'écaillés imbriquées; tels sont les 

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gloméris, les cloportes, et, parmi les mammî- 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



381 




fères, les pangolins et les phatagins. Or, si le mou- 
vement de flexion qui recourbe ces animaux dans 
la peur était leur seul moyen de protection et de 
défense, il est évident que ce moyen serait plus 

r 

nuisible qu'utile, la courbure du corps devant né- 
cessairement amener la divergence des écailles, 
et mettre à nu de la sorte une multitude d'inter- 
valles vulnérables. 



Ainsi, outre le mouvement général de flexion 



du corps, nous devons admettre à priori un 

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mouvement antagoniste qui abaisse les écailles et 
les rapproche les unes des autres. 

L'animal ne se protège donc pas parce qu'il se 
fléchit, mais parce qu'en même temps il se 
fléchit; tous les muscles peaussiers homologues 
et antagonistes entrent simultanément en con- 
traction sous l'influence de la peur. Ainsi, la loi 
de polarité et d'antagonisme que M. Haschke pré- 
conise , ne se concilie point rigoureusement avec 
les faits. En un mot, flexion et enveloppement ne 
sont point synonymes de constriction. 

Mais admettons un instant le système de mi- 
mique de M. Huschke. Le côté dorsal de l'animal 
sera nécessairement le côté de l'extension, et le 
côté vpritrfi.l c.phù de la flexion. Or, dans cette hv- 



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DE LA PHYSIONOMIE 



pothèse, comment expliquera-t-on que la peur qui 

cle s'envelopper, fasse en même 



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temps contracter tous les peaussiers dorsaux? 

Comment expliquera-t-on ces différences sin- 
gulières qu'on observe ciiez les animaux dont les 
uns couchent leurs poils dans la peur, tandis que 
d'autres les hérissent? Le porc -épie et le héris- 
son érigent, il est vrai, leurs piquants dans la 
peur, mais comment se fait-il que le mécanisme 

■ r 

de cette érection diffère au point d'employer des 
moyens absolument contraires? 

le concluons-nous de ces remarques? C'est 
qu'il faut simplifier la science par l'observation de 
la nature et non par des procédés arbitraires. Or, 
l'observation et la simple raison nous apprennent 
que le mouvement par lequel nous nous rétrac- 
tons, nous nous anéantissons dans la peur, est 
différent du. mouvement qui nous porte à la résis- 
tance et à la lutte. 

La nature, dans ses combinaisons merveilleuses, 
peut unir ces deux choses, mais elle ne s'est point 
imposé ces règles étroites que certains hommes 
ont imaginées, et elle n'a posé à ses créations 
d'autres limites que celles du possible. 

Les mouvements dont nous avons parlé peuvent 



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ET DBS MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



383 



se développer chez l'homme dans un sens direct, 

dans un sens symbolique et dans un sens méta- 
phorique. C'est ainsi qu'une proposition coupable 
nous efTraye ; l'annonce ou la menace d'un malheur 
nous épouvante, et cette frayeur, cette épouvante, 
sont accompagnées de tous les symptômes de 
deur, de frisson, d'angoisse, de tous les mouve- 
ments d'aversion ou de défense qui caractérisent 
ces passions dans l'ordre des passions directes. 



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DES PASSIONS MIXTES OU HÉTÉROGÈNES. 

Nous mettons au nombre des passions hétéro- 
gène celles qui résultent de deux passions con- 
traires qui se développent simultanément dans 

i' esprit. Telles sont : 



La compassion 
La vénération. 



Le dédain. 

L'hypocrisie. 

L'hésitation. 

La jalousie et J'envie 

La moquerie. 

La ruse. 



, De la Compassion et de la Vénération. 

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Nous ne dirons qu'un mot de la compassion. 



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384 



DE LA PHYSIONOMIE 



qui est un mélange de tristesse et d'amour, et qui 
mêle aux expressions' d'une douleur symbolique 
celle d'une bonté caressante. La vénération est un 
composé d'admiration et d'humilité; enfm l'ado- 



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ration qui s'annihile devant l'objet, mêle aux ex- 
pressions passionnées de l'admiration et de l'a- 
mour, celle d'une humilité sans limite qui s'oublie 
et s'anéantit. Cette tendance à l'amoindrissement 
domine toute la théorie des prosternations, des 
génuflexions. Quant à l'acte par lequel nous joi- 
gnons les mains dans la prière, il se rattache na- 
turellement à la série des formes métaphoriques 
de la demande et de la supplication. L'analyse 
des formes visibles de la prière pourj-ait donner 
lieu à de curieuses remarques. 

Le contraste qui résulte de ces combinaisons 

w 

hétérogènes apparaît surtout dans les passions 
mauvaises. 

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C'est ainsi que le dédain^ composé de F amour 
de soi-même et du mépris d'autrui, détermine 
tous les mouvements de l'orgueil et du contente- 
ment, mais y mêle certaines expressions de dé- 
goût. Ainsi, tandis que le dédaigneux se rengorge 
et se déguste , les lèvres semblent se préparer à 
l'expuition, l'œil et le nez indiquent l'indifférence 



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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



385 




ou le mépris d'une chose extérieure; mouvements 
contradictoires, dissonances odieuses qui révol- 
tent et sollicitent l'impatience et la colère. 

La moquerie est toute voisine du dédain. C'est 
un mélange de joie rieuse et de mépris. C'est si 
j'ose le dire ainsi, la joie et l'admiration du dé- 
dain. Aussi , son rire éclate-t-il au milieu des ex- 
pressions du dégoût ou du moins de l'indifférence'. 

V ironie est dans le lansage une figure 



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loue pour avilir davantage. De même, tandis que 
certaines expressions du geste semblent exalter 
l'objet de l'ironie, d'autres gestes le couvrent de 



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ïiépris ou de colère. Je ne puis qu'indiquer ici 
ces choses dont l'importance exigerait d'autres 
développements. C'est aussi un acte d'ironie que 
d'élever sur un char triomphal et de couvrir de 

* 

insignes d'un héros ceux qu'on expose à la risée 
populaire. 

Mélange d'amour et de haine, la Jalousie et 
^'e?îvie expriment à la fois l'amour et la colère ou • 
l'aversion. L'envie est un mélange de haine directe 
et d'amour symbolique. Le jaloux, voyant dans 
^m même objet le but de son amour et l'obstac 
^ cet amour, aime et déteste à la fois. Le ni 
Souvent, ces deux mouvements se partagent 



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DE LA PHYSIONOMIE 



quelque sorte les organes de la face et du corps, 
les deux contraires s' associant ou plutôt se dispu- 



où leur mélange ne 



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tant cet empire 

qu'une expression tumultueuse. 

Uhésitatîon est une sorte d'oscillation entre le 
désir et la crainte. Les jeunes chiens nous en 

w 

donnent un exemple curieux, lorsqu'on leur pré- 
sente un mets dont l'odeur les allèche mais dont 
la chaleur les blesse. Au moment où ils touchent 
à l'objet ils sont brûlés et reculent. Puis l'impres^ 
sion de brûlure cessant, l'odeur les sollicite et ils 
sont attirés de nouveau. Ils oscillent ainsi ^ et des 
mouvements d'impatience se mêlant à ces oscilla- 
tions, il en résulte l'une des expressions les plus 
puissantes. Ces phénomènes ne sont pas moins 
apparents dans l'espèce humaine. Mais alors l'os^ 
cillation peut se produire non -seulement entre 
deux sensations, mais encore, si je puis ainsi dire, 
entre deux idées. 

La ruse est une volonté cachée et réelle, qu'on 



dissimule sous les apparences d' une vo 



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trompeuse. Voulant aller en un certain lieu, on 
feint d'aller ailleurs et l'on y revient par un dé- 
tour. De même un assassin caresse celui qu'il va 
frapper. 




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ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. 



88- 



En vertu des règles que nous avons discutées 
plus haut, l'intention principale ne peut jamais 
être complètement dissimulée. Quelque savant 
que soit l'art du fripon, il ne peut complètement 
éteindre les rayonnements de l'intention réelle, 
et tandis qu'il est attentif à modifier certains or- 
ganes, celle-ci se fait jour par d'autres voies. 
C'est ainsi qu'à des degrés différents, tout trom- 
peur témoigne contre lui-même. • 

Yoilà comment la duplicité de la volonté se 
traduit par l'ambiguïté d'une expression double 
combinant ou plutôt associant deux éléments con- 
tradictoires. Aussi, les gens qui savent observer 

r 

éprouvent-ils pour ceux qui La présentent une 
irrésistible aversion. Un regard caressant que des 
Oscillations soudaines rendent par moments médi- 
tatif, un sourire qui ne meut que les lèvres avec 
tine expression de mépris dans les narines, des 
mouvements d'orgueil dans le visage et d'humi- 
lité dans le corps accompagnent la fausseté et la 
tïassesse. Je ferai remarquer ici cette irrésistible 
tendance que les fourbes, au nombre desquels se 
ï'a.ngent les hypocrites, ont à fermer à demi les yeux, 

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comme si en dissimulant la direction de leurs re- 
gards ils pouvaient cacher celle de leurs pensées. 




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DE LA PIÏYSIONOMTE 



En nous résumant : de riiomogénéité des exprès- 
SÎ071S dans les gestes du corps et du visage^ résulte 
la physionomie de la franchise^ de leur hétérogé- 
néité^ celle de la duplicité. 

Je pourrais pousser beaucoup plus loin ces re- 
marques, mais ce serait se perdre dans l'infini. 
Mon but n'est point de décrire ici toutes les com- 
binaisons que peut réaliser la physionomie de 
l'homme et des animaux; j'ai voulu seulement 
établir par l'observation et par le langage les 
bases de ce langage admirable. Les remarques 
dont la coordination forme le sujet de ce mémoire 

ne donnent, en effet, si je puis ainsi dire, que des 

r 

caractères élémentaires qui, se combinant, se 
mêlant en cent manières, en mots, en phrases, en 
périodes, racontent les mouvements de l'âme, et 
la rendent visible en un certain degré. M'étendre 
davantage et poursuivre plus longtemps l'applica- 
tion de ces principes, ce serait m' écarter des li- 
mites de la physiologie proprement dite, pour 
pénétrer dans le domaine de l'art et de la ph^^ 
subtile philosophie. 



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SUR LA VIE ET LES TRAVAUX 



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L'homme est visiblement fait pour 
penser; c'est toute sa dignité et tout 
son mérite. 

{Pensées de Pascal.) 



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Ce mot célèbre de Pascal se présente à mon 
esprit au moment où je me propose d'esquisser à 
grands traits la vie et les travaux de l'éminent 
anatomiste dont la science et l'amitié déplorent la 
mort prématurée. Quelle autre épigraphe en effet 
pourrait caractériser avec plus de précision l'œu- 
vre dont Gratiolet poursuivait encore, il y a quel- 

r 

ques jours à peine, la réalisation? Tous ses tra- 
Vaux, marqués au coin de la philosophie la plus 

élevée, décèlent une préoccupation constante ; 



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PIERRE GRATIOLET 



asseoir les doctrines spiritualistes sur les données 
positives de la science. Le but sans cesse présent 
à sa vue, dans ses belles recherches sur l'encé- 
phale, c'est l'étude des rapports de la fonction 
avec l'organe, de la pensée avec la forme, le vo- 
lume et la structure du cerveau : la conclusion de 
ses méditations profondes, de ses investigations 
patientes, de ses délicates dissections, c'est que la 



pensée 



quelque nom qu'on 



lui donne — est une essence, l'être par excellence, 
et non point un pur phénomène. 
Enfin, de ses magnifiques observations sur l'ana- 

tomie comparée de l'homme et des singes anthro- 
pomorphes, il déduit une nouvelle confirmation 
de ses conceptions philosophiques; il nous fait me- 
surer la profondeur de l'abîme qui sépare l'homnie 
de la brute la plus voisine de lui par sa confor- 
mation et par son aspect extérieur : il nous mon- 
tre l'homme, seul doué de la faculté de faire des 
abstractions et de les réaliser par la création de 
formes, seul capable de représenter des idées par 
des signes matériels. Pour lui, comme pour Pas- 
cal, (c Phomme est visiblement fait pour penser. ^> 
Des voix plus autorisées que la mienne rappelle- 
ront les services éminents que Gratiolet a rendus 



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SA VIE ET SES TRAVAUX. 



391 



à l'histoire et à la philosophie naturelles. En écri- 
vant cette notice bien imparfaite, je le sens, je 
viens payer mon faible tribut d'admiration et de 
respect à la mémoire de l'ami que la mort nous a 
si brusquement ravi; je cède au désir de raconter 

r 

cette vie si noble, si pure, si bien remplie; de re- 
tracer l'existence de cet homme de bien, qui n'a 
connu ni la vanité, ni l'envie, ni l'ambition, et 
qu'une excessive modestie, jointe aune rare abné- 
gation, ont seules empêché d'occuper dans le 
monde le rang élevé que ses travaux lui assignent 

r 

dans le domaine de la science. 

Louis-Pierre Gratiolet est né le 6 juillet 1815, 
à Sainte-Foy-la-Grande, petite ville du départe- 
ment de la Gironde, où son père exerçait la méde- 
cine. Le docteur Gratiolet, allié par son mariao-e 
à l'une des plus anciennes familles nobles du Pé- 
rigord, était un homme d'une grande austérité; il 



parlait peu; l'exaltation de ses "sentiments reli- 
gieux n'était égalée que par l'ardeur de ses con- 

m 

victions politiques. Catholique fervent et royaliste 
passionné, il dut, vers 1820, quitter Sainte-Foy- 
la-Grande à la suite de tracasseries politiques qui 
lui rendaient insupportable le séjour de cette 
petite ville. 




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PIEKKE GRATIOLET 



Il s'établit à Bordeaux, où s écoulèrent les pre- 
ïnières années du jeune Pierre. Madame Gratiolet 
était une femme intelligente, de mœurs douces et 
douée d'une grande affabilité; sa conversation, 
empreinte d'une légère teinte de mélancolie, offrait 
un charme tout particulier; son fils se plaisait fré- 
quemment à rappeler l'heureuse influence qu'elle 
avait exercée sur la direction de son esprit, à cet 
âge où les impressions, en apparence fugitives, 
laissent cependant dans l'âme de l'enfant des 

r 

traces ineffaçables. 

A son arrivée à Bordeaux, Pierre fut placé dans 

une école primaire, tenue par les jésuites; il y 
resta quatre ans. En 182Zi, il entra dans une ins- 
titution particulière, dirigée par un homme d'une 
vaste érudition, unie à des sentiments rehgieux 
très-prononcés. Ce maître, nommé Laborde, savait 
inspirer à ses élèves le goût des fortes études; il 

m 

se plaisait à leur donner des compositions en vers 
français ou latins, genre dans lequel excellait le 
jeune Pierre ^ 



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. 1. M. le docteur Labourdette, condisciple do Gratiolet, a bien 
voulu me donner des détails intéressants sur les premières 
années d'étude de son camarade; je lui en exprime ma recon- 
naissance. 




SA VIE ET SES TRAVAUX. 



S9S 



Déjà se révélaient chez l'enfant les facultés 
puissantes que nous rencontrerons plus tard chez 
l'éloquent professeur de la Sorbonne et dans l'é- 
légant et correct auteur de YAnatomie comparée 
du Système nerveux. A l'âge de quatorze ans, 
Pierre improvisait des discours spirituels et bien 
tournés; il écrivait avec goût et témoignait, par 
les illustrations dont il couvrait ses cahiers 
d'étude, d'une rare aptitude pour le dessin. Tout 
en cultivant les lettres, il se sentait déjà entraîné, 
par la vocation, vers les sciences naturelles; il 
consacrait les jours de congé à parcourir les bois 
et les marécages des environs de Bordeaux, pour 
recueillir des plantes et collectionner des insectes 



qu'il rangeait au retour avec beaucoup de soin 



dans des boîtes et dans de petits flacons patiem- 
ment étiquetés. Une chose surtout frappait vive- 
ment les camarades de Gratiolet : c'était la tour- 
nure chevaleresque de son esprit. L'injustice qu'il 
a su, durant toute sa vie, supporter avec tant de 
calme alors qu'elle n'atteignait que lui, le révoî- 
tait profondément lorsqu'il s'agissait des autres. 
Brave jusqu'à la témérité, il prit, dès son enfance, 
le parti du faible contre le fort; n'écoutant que le 
sentiment de la justice et du droit, il oubliait sou- 




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394 



PIERRE GRATIOLET 



vent que la force physique n'égalait pas en lui la 
vigueur de Tesprlt et la générosité du cœur. Il 
succombait fréquemment dans ces petites luttes 
inséparables delà vie de collège; mais le bon droit 



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était de son côté, et, vainqueur ou vaincu, il voyait 
chaque jour s'accroître l'affection et l'estime qu'il 
inspirait à ses camarades. Cette droiture de carac- 
tère, cette haine pour tout ce qui ne lui paraissait 
pas juste et honnête, Gratiolet les a conservées 
toute sa vie : d'une bonté et d'une bienveillance à 

toute épreuve lorsqu'il était seul en jeu, il prenait 
avec une ardeur extrême la défense de ses amis 

L 

injustement attaqués. 

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Qu'il me soit permis d'invoquer ici un souvenir 
personnel, et de transcrire quelques lignes d'une 
lettre qu'il m'écrivait au mois de janvier dernier, 
dans ce style aimable, moitié sérieux, moitié en- 
joué, dont personne mieux que lui ne possédait le 
secret. Après m' avoir exposé l'état d'un débat 
scientifique sur lequel il appelait mon attention, 

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il ajoutait : « Vous jugerez, mon cher ami, de la 
« justice des prétentions de X... cj[ui a poUr sou- 
« tiens et trompettes MM... Mais le public peut 
« s'y tromper. Nous sommes de race pure; 
« vous avez une lance, je me servirais au be- 



i 




SA VIE ET SES TRAVAUX. 



395 



« soin de ma courte épée. Transperçons, je vous 
« prie, ces coquins, ces Sarrasins de bas étage, 
(( ces mécréants qui prétendent voler les travail- 
(( leurs consciencieux et empoisonner, de leurs 
« mensonges, la croyance publique. » Cen'estpas 
sans dessein que j'insiste sur ce trait saillant du 
caractère de Gratiolet, car cet amour de la vérité 
et de la justice, que nul n'a poussé plus loin que 
lui, n'a pas été l'un des moindres obstacles à son 

♦ 

avancement dans la carrière par lui parcourue avec 
tant de profit pour la science. 

r 

Mais n'anticipons pas sur les événements. En 
1829, Pierre partit pour Paris avec sa mère, et 
entra au collège Stanislas où il devait terminer ses 
études classiques. 

Effrayée par les événements de 1830, madame 



Bordeaux peu de temps apr 



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son 



jeune fds, dont les études furent suspendues jus- 
qu'à la fin des vacances. Revenu au collège Sta- 
nislas au mois d'octobre de la même année, Gra- 
tiolet y suivit régulièrement les cours jusqu'en 
1833, époque à laquelle il se présenta au bacca- 
lauréat. 
C'est durant ces trois années qu'il noua, avec 



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PIERRE GRATIOLET 



quelques hommes, aujourd'hui haut placés dans 
les lettres, les sciences et les arts, des relations 
d'amitié que la mort seule pouvait rompre*. En 
183/i, M. Gratiolet, que les devou^s de sa profes- 
sion et plus encore les soins réclamés par la santé 
de sa fille avaient retenu jusque-là à Bordeaux, 
vint s'établir à Paris pour y suivre les études de 

droit de son fils. 

Le jeune homme eut, en effet, la pensée d'em- 
brasser la carrière du droit; le chagrin que lui 
causa la mort de sa sœur, enlevée à l'âge de dix- 
huit ans, amena en lui im moment de décourage- 
ment profond, et le détourna pour quelques mois 
de la voie où sa vocation, mieux comprise, ne 
devait pas tarder à le fau^e rentrer. Il ne prit à 
l'École de droit que deux inscriptions et, dès 
l'hiver de 183/i, il s'adonnait avec ardeur à l'étude 
des sciences médicales, et spécialement à l'anato- 
mie qui fera l'objet des méditations de toute sa 

vie. 

Deux hommes éminents, M. Etienne Pariset, 



1. Au collège Stanislas, Grutiolot eut pour concliscii)les M. 1^' 
docteur Th. Roussel, M. le conseiller Daucliez, M. Hetzel , 
M. Henri Sainte- Glaire Deville, M. John Lemoinne, M. Ulysse 
Ladet, M. Jean Macé, etc. 





SA VIE ET SES TRAVAUX. 



397 



avec 



secrétaire perpétuel de l'Académie de médecine, 
et M. de Blainville, professeur au Muséum, de- 
vaient, par leurs conseils, par leurs leçons et par 
leur amitié, exercer sur Gratiolet une influence 
décisive dans la vie d'un savant ; c'est sous le pa- 
tronage du premier qu'il entra dans la carrière 
médicale et qu'il se prépara, par de fortes études, 
au concours de l'internat, dont il subit, 
succès, les épreuves en 1839. 

M. Pariset développa, par son enseignement et 
par ses conversations, les tendances philoso- 

r 

phiques de l'esprit de son jeune ami. Je ne saurais 
mieux mettre en lumière la profonde influence de 
l'illustre secrétaire perpétuel sur la direction des 
idées de Gratiolet, qu'en reproduisant ici la lettr 
que le futur professeur de la Sorbonne écrivait 
son maître, en lui envoyant sa thèse de doctorat. 
Voici cette dédicace : 

« Un pareil hommage est peu digne de vous, je 
« le sais : un essai, écrit en quelques jours d'après 
« des matériaux incomplets, mériterait peu le pâ- 
te tronage de votre nom ; aussi ne l'ai-je point offert 
« à mon maître, mais, oserai-je le dire? à cet ami 
« si bon, si éclairé, si bienveillant, qu'on aime 
« avec l'esprit et qu'on respecte avec le cœur. Vous 

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PIERRE GRATIOLET 



« m'avez appris à reconnaître, dans la succession 
« des phénomènes naturels, la tracs d'une intelH- 
« gence qui ne se repose jamais. Occupé sans cesse 
(( de la lecture de ses œuvres, je n'ai point oublié 
« les principes que j'ai reçus de vous. 

« La hardiesse dans les vues, la délicatesse dans 
« l'analyse, la sagesse dans les conclusions, et, si 
u j'envisage le style, l'élégance, la force, la préci- 
(( sion, la netteté : tels sont les modèles que vous 
« me présentez toujours. Si Dieu me donnait d'ac- 
(( quérir enfin ces qualités précieuses, si je pouvais 
« être un jour de quelque utilité aux lettres et aux 
« sciences^ ma gloire la plus chère serait de penser 
« que je continue votre œuvre et que votre élève 
« est devenu digne de vous, 



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« Paris, 23 mai 1845*. » 



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Le vœu de Gratiolet s'est accompli : ces qualités 
qu'il énumère avec tant de charme, en s'aclressant 
à M. Pariset, il les possédait toutes. Qui ne recon- 
naîtra, en effet, qu'on ne pourrait louer avec plus 
de vérité et d'exactitude les œuvres de l'élève qu'en 



1. Cette lettre m'a été communiquée par M. le docteur Lemer- 
cier, sou3-bibIiothécaire au Muséum, ami intime de Gratiolet. 



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SA VIE ET SES TRAVAUX. 



399 



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lui appliquant ce qu'il dit lui-même des écrits de 



son maître? 



M. Pariset, avec cette promptitude de jugement 
et cette sûreté de coup d'œil que donnent l'expé- 
rience et la connaissance des hommes, avait, dès 
l'abord, apprécié comme il le méritait le jeune 
interne des hôpitaux de Paris; il avait entrevu le 
brillant avenir qui pouvait s'ouvrir devant lui, si 



une main intelligente lui offrait 



son ajîpui; il 



avait pressenti les services qu'il rendrait à la 



science. 



A partir du jour où le naturaliste Laurent pré- 
senta Gratiolet au savant médecin de la Salpê- 
trière, une amitié toujours croissante unit ces deux 
hommes, si bien faits pour se comprendre et pour 
s'aimer. Un des premiers témoignages d'estime 
que M. Pariset voulut donner à son protégé fut de 
le présenter à M. de Blainville, successeur de 
Cuvier dans la chaire d'anatomie comparée au 
Muséum. Les trois premiers travaux de Gratiolet 
furent ainsi publiés dans un recueil que venait de 

du Jardin des Plantes i. Dès 

8A2. l'iljustrp, anatoTTiicïtp Tot+o^iw.;^ a. ^ i 



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1. Annales françaises et étrangères d'anatomie et de physio- 



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ratoire avec le titre de préparateur (aux appoin- 
tements de 900 fr.); il devait conserver ce titre 
jusqu'en 1853, époque à laquelle il fut nommé 
aide-naturaliste, ce qui portait son traitement 
à 1,800 fr. C'est dans ces modestes fonctions qu6 
Gratioîet, livré tout entier au culte le plus désinté- 
ressé de la science, devait attendre, jusqu'en 1861, 
c'est"à-dire pendant dix-neuf années, une chaire 
du haut enseignement qu'aucun naturaliste parmi 

ri 

ses contemporains n'eût remplie avec plus d'é- 
clat que lui; M. de Blainville, heureusement pour 
l'honneur de la science française, avait compris 

quel concours précieux la parole éloquente et 
élevée de Gratiolet pouvait prêter au haut ensei- 



gnement. 



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suppléer dans sa chaire du Muséum, il jeta tout 

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naturellement les yeux sur le jeune anatomiste, 

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dont il avait pour ainsi dire deviné le talent ora- 
toire. Plus d'un professeur, en pareille occurrence, 
aurait choisi un suppléant dont le succès fût aU 

r 

moins douteux , un homme auquel une sup^ 

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pléance, se prolongeât-elle dix ans, ne pût créer 
de titres sérieux pour l'avenir. Gela ne se voit que 
trop souvent. 



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SA VIE ET SES TRAVAUX. 



401 




M. de Blainville, profondément attaché à son 
préparateur, et que la nature élevée de son esprit 
mettait d'ailleurs à l'abri de ces mesquines ré- 
flexions, pensa sans doute que l'intérêt de la science 
était seul en jeu, et que son devoir, comme titu- 
laire, était de désigner un remplaçant digne de 
lui. 11 fit nommer Gratiolet. J'ai sous les yeux une 
lettre datée du 10 juin mil, qui témoigne assez 
quels sentiments divers agitaient, au moment de 
cette nomination, l'esprit du futur suppléant. Je 
ne résiste pas au plaisir de publier cette aimable 
et spirituelle correspondance ^ 

« Je suis si accablé de travail et d'inquiétudes 
« que je ne sais plus où trouver un moment pour 
« aller te voir, m'excuser de toutes mes impar- 
« donnables négligences, et me confesser encore 
« de fautes que je commets toujours de nouveau. 

«ta 

«Ricard 2 a commis une indiscrétion. Je 
« réservais le plaisir d'aller moi-même t' apprendre 
« les bonnes intentions de M. de Blainville à mon 

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M 

i. Je dois la communication de cette lettre à roWigeance de 
M. le conseiller Dauchez, l'un des amis d'études de Gratiolet, 
auquel elle était adressée et qui a bien voulu m'autoriser à il 
publier. 

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2. M. le docteur Ricard, compagnon d'études et ami de Gra- 
tiolet. 



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égard, mais il n'en fait jamais d'autres. Je pen- 
sais trouver un moment aujourd'hui pour aller 
te dire bonjour à la Cour des comptes; mai?i 

c pris entre trente bouquins au moins, je ne puis 

( parvenir à me débarrasser. 

ri 

(( Tu as oublié, sans doute, ce que c'est qu'un 

( examen; j'en ai trois à passer dans deux mois S 

( et par-dessus le marché. un cours à faire, nn 

< cours à grand orchestre, mon Dieu! avec 

( claqueurs et des sifïleurs tout prêts- Malgré tout 

( mon courage, j'ai peur parfois, et la tête me 

( tourne; en songeant à ce que je devrai dire; 

j'oublie même par où je dois commencer. Mes 

matériaux presque achevés se mêlent dans ma 

tête, et j'ai peine à dégager mon plan enfoui 

sous tant de décombres. C'est vraiment une 

chose terrible que d'être pris à l'improviste. 

Puis , mêler l'histoire des cautères et des vési- 

catoires^ à des considérations de philosophie 

naturelle, poursuivre à grand'peine ce que 

l'anatomie a de plus délicat, systématiser tous 

4. n préparait ses examens de doctorat; les internes des hôpi- 
taux ne peuvent, on le sait, se faire recevoir docteurs avant 
l'expiration de leurs fonctions, sous peine d'être considéras 
comme démissionnaires. 

2. Allusion à l'examen de pathologie qu'il préparait. 




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SA VIE ET SES TRAVAUX. 



403 



« ces détails et travailler en même temps à dé- 
« brouiller le fatras oLscur des livres de méde- 
« cine que je suis obligé de dévorer; voilà ce 



cer- 



« qui, certainement, me démantibulera la 

r 

« velle, si mes amis ne font pas une neuvaine à 
« saint Jean pour qu'il me fasse retrouver, comme 
« à Astolphe ou à Roland, ma raison perdue. 

« Enfin, je vais avoir un public! Je lui parlerai 
« gravement de ce que je ne sais pas, de ce qu'on 
« ne saura jamais peut-être. Voilà une afihire Inea 
« importante. C'est cependant sur cet 
« futilités que je vais peut-être fonder mon avenir! 
«Allons! d'autres lancent leur citadelle dans les 
(( eaux de la mer, moi, je vais élever la 
« sur les nuages. Nous sommes dans le siècle des 
« grands aéronautes. Je prie Dieu de me tenir en 



amas de 



mienne 



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« me casse pas le cou. 



« Adieu, mon ami. » 



On voit dans quelle situation d'esprit la pro- 
position de M. de Blainviile trouva Gratiolet et 
avec quel plaisir, au fond, il acceptait la perspec- 
tive d'un enseignement pour lequel, malgré son 



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extrême modestie et sa grande jeunesse, il 

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tait bien préparé. 

Sa première leçon au Muséum fut un véritable 
triomphe, dont les journaux du temps nous ont 
gardé le souvenir-. Son maître, le digne M, Pari- 
set, caché dans un coin de ramphithéâtre, avait 
voulu assister à ce brillant début. Après la leçon, 
en face de ce nombreux auditoire enthousiasmé 
par les vues élevées et l'éloquente diction du 

r 

jeune professeur, il pressa sur son cœur celui au- 

quel il avait ouvert la carrière. Des larmes d'at- 
tendrissement s'échappaient des yeux du vieil- 
lard, qui répondit à son élève surpris et ému de 
le voir là : « Je viens écouter mon maître. » 
Longtemps après cette journée, M. Pariset ne 
pouvait rappeler le premier succès de Gratiolet 
sans une profonde émotion. Les applaudissements 
chaleureux qui avaient accueilli le suppléant de 
M. de Blainville l'attendaient à chaque nouvelle 
leçon ; le succès du cours d'anatomie comparée 
allait croissant, et loin d'en prendre ombrage, le 
respectable titulaire s'en réjouissait, et ne son- 
geait qu'aux moyens d'assurer d'une façon défi- 
nitive, à celui qui la remplissait avec tant d'éclat, 
la chaire illustrée autrefois par Guvier. C'est ainsi 




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SA VIE ET SES TRAVAUX. 



405 



que de iShh à 1850, Gratiolet suppléa constam- 
ment M. de Blainville, émerveillant les auditeurs 
par le charme de sa parole, non moins qu'il 
les surprenait par l'étendue de ses connaissances 
et la profondeur de ses vues. C'est dans le cours 

^ 

de cette suppléance, au mois de mai iShS, que 
Gratiolet perdit sa mère, devenue veuve depuis 

quelques années Ml chercha dans r étude , cette con- 
solatrice par excellence, et dans l'amitié de quel- 

■ ques cœurs dévoués, un adoucissement à ce cruel 
chagrin. Grâce aux soins empressés de ses, amis, 
grâce à ses livres et à son enseignement, il sur- 
monta peu à peu la douleur poignante que lui 
avait causée cette séparation. Sa croyance iné- 

r 

branlable à l'immortalité de l'âme, croyance qui 

a seule adouci les dernières heures de" son exis- 
tence , l'aida aussi puissamment à traverser cette 
phase douloureuse de sa vie. 

Deux ans après, un nouveau malheur devait 
fondre sur lui. Son maître, M. de Blainville, su- 
bitement frappé par une attaque d'apoplexie , 

expirait le 1^'' mai 1850. M. Béclard a retracé en 
ces termes, devant l'Académie de médecine, les 

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derniers moments de l'illustre anatomiste : 

r 

1. M. le docteur Gratiolet est mort à Paris le 30 mai 1840. 

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PIERRE GRATIOLET 



« Les luttes qu'avait soutenues M. de Blain- 
ville, le chagrin qu'il ressentit de la perte d'un 
petit-neveu qu il adorait, avaient altéré sa santé. 
En 1850, il demanda à être remplacé à la Sor- 
bonne. Le suppléant qu'il avait désigné n'ayant 
pas été agréé, il déclara qu'il refusait celui qu'on 
prétendait lui imposer, et il remonta dans cette 

r 

chaire qu'il honorait depuis près de quarante ans. 
Mais il ressentit vivement cette blessure. Il avait 
à peine terminé les premières leçons, qu'il voulut 
profiter d'un congé de quelques jours pour aller 
visiter une de ses nièces dans les environs de 
Dieppe, 

(( Le 1^^ mai, à dix heures da soir, il quittait la 
modeste maison dans laquelle il ne devait pas 
rentrer. Au moment où il montait dans un wagon 

r ■ 

du chemin de fer, il fut frappé d'une attaque 

* 

d'apoplexie foudroyante. Transporté dans une 
salle d'attente, il rendit le dernier soupir sans 
avoir repris connaissance*. » 



1. Éloge de M. de Blainville, prononcé à r Académie de méde- 
cine, le 15 décembre 18G3, par J. Boclavd, secrétaire annuel de 

# 

rAcadémie. — Le suppléant qui fut refusé à de Blainville, pour 
son cours de la Faculté en 1850, était M. ITollard, professeur à la 
Faculté de Poitiers, et, comme Gratiolet, l'élève de Tillustre ana- 
tomiste. Le voeu de Blainville était que sa chaire du Muséum ap- 



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SA YIE ET SES TKAVAUX. 



407 



En perdant son maître, Graliolet perdait son 
pins ferme appui; s'il avait pu en douter un in- 

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stant, les événements n'eussent pas tardé à dis- 
siper ses illusions à cet égard. La mort de M. de 
Blainville laissait deux chaires vacantes, l'une au 
Muséum, l'autre à la Faculté des sciences. 

Le successeur naturel de l'éminent anatomiste 
est désigné d'une commune voix par le monde 
savant. Qui mieux que Gratiolet pouvait continuer 
l'œuvre du maître avec lequel, durant Iruit an- 
nées, il avait vécu dans une communauté parfaite 
d'idées philosophiques et scientifiques? Qui, mieux 
que lui, pouvait -développer et féconder les doc- 
trines du rude et vaillant adversaire de Cuvier? 



partînt à Gratiolet et celle de la Sorbonne à M. Hollard. U avait 
fait agréer ce savant en 1849 pour son suppléant dans cette der- 
nière chaire, malgré la vive opposition de ses collègues qui pré- 
sentaient un candidat, drjà titulaire de deux chaires du haut en- 
seignement. En 1850, M. Hollard ayant eu un véiitable succès 
dans cette suppléance, de Blainville le pj'ésenta de nouveau. Nou- 
velle lutte à la Sorbonne contre la proposition de de Blainville, 
qui cette fois saccombe, et, ne pouvant faire agréer le candidat de 
son chois, se décide à remonter dans sa chaire. A la mort inat- 
tendue de de Blainville, M. lîollard fut chargé de termir.er le 
cours de l'année 1850. Le double vœu de M. de Blainville est 
resté stérile; Gratiolet est mort sans que le Muséum ait eu l'hon- 
neur' de le compter au nombre de ses professeurs, et M, Hollard 
attend encore la chaire de la Sorbonne. 



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L'immense succès des cinq années précédentes ne 
devaît-il pas d'ailleurs assurer à l'éloquent sup- 
pléant la chaire devenue vacante par la mort du 
titulaire? Personne, parmi les auditeurs de Gra- 
tiolet, ne pouvait douter un instant de l'issue de 
la lutte qui allait s'engager au Muséum et à la 

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Sorbonne; mais les esprits clairvoyants, les gens 

9 

avisés qui, connaissant les petites passions hu- 
maines, savent quel obstacle le talent reconnu de 

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tous, l'indépendance morale, la dignité du carac- 
tère peuvent, à un jour donné, mettre à Tavan- 
cement d'un homme, ceux-là avaient peu d'espoir. 
Seuls ils ne furent pas déçus. De Blainville fut 
remplacé au Jardin des Plantes par Duvernoy, et 
à la Sorbonne par I. Geoffroy Saint-Hilaire; Gra- 

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tiolet demeura préparateur au Muséum aux ap- 

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pointements de 1,800 francs. 

Dans les académies, comme dans les chaires du 
haut enseignement, comme partout peut-être, les 
gens médiocres redoutent toujours de voir s'asseoir 
à leurs côtés les hommes supérieurs, comme s'ils 
ne tenaient pas de ces derniers, et de ces derniers 
seulement, l'éclat passager qui les environne ! L'il- 

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lustre directeur du Muséum, dans le dernier adieu 
qu'il adressa à l'ami que nous pleurons , déchire 



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SA VIE ET SES TRAVAUX. 



409 



un coin du voile et cherche à expliquer à tous 

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comment Gratiolet avait attendu dix- sept ans une 
chaire du haut enseignement : 

«Aujourd'hui, dit M. Chevreul, que les faits 
sont si fatalement accompMs, répondons à cette 
question : comment M. Gratiolet, avec les qualités 
brillantes de l'orateur et de l'écrivain, ayant pour 
amis dévoués tous ceux qui l'ont connu ; comment 
cet homme, si heureusement doué pour capter 
tous les suffrages en les méritant, a-t-il si long- 



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chons-en la véritable cause et nous la trouverons. 

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« Sans doute M. Gratiolet avait la conscience de 
sa force, mais sa conviction des limites étroites de 
l'esprit et de la science de l'homme lui dopnait 
une modestie qui ne fut pas toujours un titre de 
recommandation près de plusieurs de ses juges; 

car il n'existe que trop de gens pour lesquels 



l'assurance est la mesure de mérite! Convenons 
encore que la conscience de ses forces, alliée à la 
dignité du caractère, est souvent un obstacle à 
l'avancement. Or, la dignité du caractère, Gra- 



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renient, il n'obtînt que tardivement ce que beau- 
coup plus tôt il aurait dû avoir Mais, messieurs, 
une cause a contribué sans cloute encore à la len- 
teur de l'avancement de M. Gratiolet dans le 
monde, c'est son extrême bonté. Et certes aucune 
voix ne me démentira quand je dirai que jamais 
l'intérêt personnel ne l'a guidé; que l'amour de 

4 

la gloire, et, le dirai-je, l'avancement même de la 
science, ont toujours été subordonnés à deux 
penchants : obliger le pauvre et donner son temps 
àramitié qui réclamait sa personne et ses soins. 

Voilà ce qu'il a fait durant toute sa vie. o 

Je m'associe de grand cœur à cet éloge, et je 
pense, avec M. Chevreul, que, chose triste à con- 
fesser, les rares qualités et la noblesse de cœur de 
Gratiolet ont jeté dans sa laborieuse carrière des 
entraves qu'il eût évitées avec ce qu'on nomme 

L 

dans le monde de l'habileté, terme dont le syno- 
nyme n'est pas toujours indépendance et probité. 
Mais je ne puis oublier et je ne veux pas omettre 
de rappeler ici que l'un de ses plus grands défauts 
aux veux de la coterie qui l'a si longtemps op- 
primé, c'était précisément l'honneur dont il était 
le plus jaloux, le titré d'élève et d'ami de M. de 
Blainville. La jalousie, et pourquoi le taire, la 












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SA VIE ET SES TRAVAUX. 



411 



malveillance qu'avaient excitées dans certaines 
âmes le talent supérieur, l'âpre nature du maître, 
on les concentra sur l'élève. 

Gratiolet, simple et doux, mais ferme et recon- 
naissant, continua, sans se plaindre comme sans 

r 

fléchir, à remplir ses modestes fonctions de pré- 
parateur. L'estime des honnêtes gens et le senti- 
ment du devoir accompli le consolaient aisément 
de l'injustice des hommes et de la rigueur des évé- 
nements. 

En 1852, il fut de nouveau chargé d'une sup- 
pléance; il remplaça Duvernoy au Collège de 
France. Nouvel enseignement, nouveau 
Cette fois encore se pressent autour de sa chaire 
les auditeurs avides d'entendre sa magnifique pa- 
role : le public voit dans cette seconde suppléance, 
non moins brillante que la première , un heureux 
présage; il espère que Gratiolet s'assoira bientôt 
enfin dans l'une des chaires d'anatomie comparée 
de Paris. Vain espoir! M. Duvernoy meurt, sa suc- 
cession est vivement disputée au Muséum. Des 
questions de convenance personnelle, des arran- 
gements de famille se mêlent à cette lutte, dont il 

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sembla que toute considération extra-scientifique 
devrait être bannie. Bien plus, on va jusqu'à 



succès. 






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invoquer des raisons politiques et religieuses 
pour combattre la candidature du suppléant de 
Duvernoy. Parmi ceux qfii ont intérêt à le voir 
succomber dans cette lutte inégale, les uns le re- 
présentent comme un révolutionnaire dangereux ; 
les autres en font un ultramontain déclaré. Ses 
amis, confidents de sa pensée intime, savent com- 

+ 

bien ces imputations étaient calomnieuses. Comme 
tous les esprits à la fois honnêtes et éclairés, Gra- 
tiolet chérissait la liberté et ne s'en cachait pas; de 
plus, il était spirîtualiste et chrétien; maïs la 
vérité est que sa nature élevée et généreuse repu- 

diait avec une égale énergie l'autorité absolue, sous 
quelque forme qu'elle se présentât. Son esprit in- 
dépendant et droit ne pouvait s'accommoder à 
aucun despotisme; l'amour de la justice et de la 
vérité, tel fut le guide souverain de sa vie. Ceux 
qui, au lendemain du coup d'État, s'eiforçaient de 
le faire passer pour un révolutionnaire , ceux-là 
oubliaient son attitude courageuse et énergique 
lors des événements de juin I8/18 ; ils ne se souve- 
naient pas davantage du désintéressement dont il 

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fit preuve en ces jours difficiles, comme dans 
tout le cours de sa carrière ^ Quoi qu'il en soit, 

1. Capitaine d'artillerie dans la garde nationale, en juin 1848, 



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SA VIE ET SES TRAVAUX. 



413 





les habiles triomphèrent, des mutations eurent 
lieu dans le personnel du haut enseignement, et 
définitivement Gratiolet ne fut pas nommé. 

L'année suivante, à titre sans doute de dédom- 
magement, il fut promu au rang cV aide-naturaliste 
au Muséum, avec un traitement de 2,A00 francs. 

En 185/1, un grand bonheur l'attendait; cédant 

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à un attachement qui n'a fini qu'avec sa vie et qui 

r 

a rendu si terrible la dernière séparation, Gra- 
tiolet se mariait selon son cœur. De cette union, 
dans laquelle il ne cherchait que les douceurs de la 
vie de famille, sans lui demander la fortune, date 
la phase la plus heureuse de son existence, phase 
trop courte, hélas! à cette époque aussi com- 
mence la. période la plus active de sa vie scienti- 
fique. Son grand mémoire sur les Plis cérébraux 
du cerveau des Primates y mémoire justement ad- 
miré par tous les naturalistes, a été publié dans 
cette même année 185Zi. 

à 

Trois ans plus tard parut l'œuvre capitale de sa 
vie, son Anatomie comparée du Système nerveux, 

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livre admirable où Gratiolet a révélé à la fois les 
qualités de l'écrivain, du philosophe et de l'ana- 

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iGratiolet refusa la décoration pour laquelle 11 avait été propos * 
après l'affaire du petit pont de THôtel-Dieu. 



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tomiste à un degré qu'il sera donné à peu 
d'hommes d'égaler, à aucun peut-être de ja- 
mais surpasser! Cet ouvrage est l'un des plus 
considérables de la littérature scientifique con- 
temporaine, par le nombre et l'exactitude des 
observations qu'il renferme, par l'étendue des 
horizons qu'il ouvre à la physiologie et à la psy- 
chologie, par la manière supérieure dont le sujet 
est traité; il suffirait à lui seul pour perpétuer le 
nom de son auteur. 

De 1857 à 1860, Graliolet a publié quelques 
importants mémoires, parmi lesquels je me bor- 
nerai à citer son travail sur le Sysllme vasculaire 
des Ilirudinées. Les circonstances de la publica- 
tion de cette étude me ramènent à parler encore de 
la carrière officielle de Gratiolet. A la mort de 
I. Geoffroy Saint-IIilaire, Theure de la justice pa- 
raît enfin venue. Ses travaux, connus de tout le 
monde savant, le font depuis longtemps déjà con- 
sidérer comme l'autorité la plus compétente dans 
la branche de l'anatomie à l'étude de laquelle il 
avait voué sa vie, la connaissance de l'encéphale : 
il a pris rang, par ses recherches sur le système 
nerveux et sur les fonctions du cerveau, au nombre 
des anatomistes les plus distingués de la France et 




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SA VIE ET SES TRAVAUX. 



415 



de l'étranger, il semble désormais impossible de 
lui fermer la porte du haut enseignement. Grâce 

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au zèle de quelques amis dont je tairai les noms, 
malgré moi, pour ne pas blesser leur modestie, 
Gratiolet est enfin présenté en ordre utile par la 
Faculté des sciences de Paris, au ministre de l'In- 
struction publique, pour succéder à Geoffroy 
Saint-Hilaire. 

C'est alors qu'il publie, sous la forme d'une 
thèse de doctorat, son mémoire sur les Hirudinées. 
M. Rouland qui, cinq ans auparavant, lui avait 

L 

donné une première marque de sympathie en lai 

j 

remettant au Muséum la croix de la Légion d'hon- 
neur, s'empresse de le charger du cours de zooïo- 
gie à la Faculté des sciences de Paris. A la fin de 

r 

1863, ce minisire le nomme titulaire de la chaire 
qu'il devait occuper deux années à peine. 

Les portes de l'Académie des sciences, si long- 
temps fermées à Gratiolet , au grand étonnement 
des savants étrangers, ne pouvaient tarder à s'ou- 
vrir aussi, en dépit des intrigues des coteries, de- 
vant l'auteur de VAnatomie du Système nerveux. 

Tout paraissait sourire enfin à notre excellent 
ami, bien résolu à suivre, comme par le passé, le 
droit chemin, sans se laisser détourner par des 



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PIERKE GRAXIOLET 



ne devait pas être de longue 



sentiments qui n'ont jamais trouve place dans son 
âme, la vanité^ Tambition et la haine; à user de 
l'influence que lui donnait sa nouvelle position 
pour aider, comme il l'avait fait jusque-là, ceux 
qu'il rencontrait sur sa route. Partageant sa vie 
entre les affections de la famille, les épanchements 
de Tamitié et le culte de la science, il jouissait 
pleinement de la douceur de la vie après n'en 
avoir trop longtemps connu que l'amertume. Ce 
bonheur, hélas ! 
durée! Les veilles, l'excès du travail, les préoccu- 

^ 

pations inséparables d'une existence si pénible 
parfois, l'injustice des hommes n'avaient rien fait 
perdre à Gratiolet de la sérénité de son âme ni de 
l'enjouement de son esprit. Son cœur droit et 
noble avait pris le dessus, il avait pardonné beau- 
coup et toujours rendu le bien pour le mal, esti- 
mant, comme il nous le disait souvent, que le 
souverain bien est le contentement de soi-même, 

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et que presque toujours les hommes sont plus 
aveugles que coupables. Mais si cette nature ar- 
dente et enthousiaste, généreuse et vibrante, avait 
su trouver. dans la paix intérieure, dans le culte 
de la famille, de l'amitié et de la science, un 
remède souverain à tous les maux de l'âme, il n'en 





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SA VIE ET SES TRAVAUX. 



417 



était pas de même du corps qu'animait ce puis- 
sant esprit. 

Il y a trois ans , à la suite de recherches qui 

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nécessitaient de longues veilles après des journées 

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entièrement consacrées aux travaux de dissection, 
Gratiolet ressentit les premières atteintes du mal 

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terrible qui devait l'arracher brusquement à la vie. 
Au mépris de ce que la prudence lui commandait, 
il ne put se résoudre à suspendre ses travaux, es- 
pérant que ses forces ne le trahiraient pas, et qu'il 

mènerait à bien l'œuvre commencée et poursui- 
vie avec trop d'ardeur. Il semblait en effet ré- 
tabli. 

Jamais sa parole n'avait été plus précise et plus 

entraînante que dans cette soirée de la Sorbonne 
qui fat pour lui un véritable triomphe. Jamais, 

comme l'a si bien dit M. de Ghevreul, « tant de 
qualités brillantes et profondes n'ont été réunies 
par la philosophie pour faire d'un sujet, ancien- 
nement vulgaire (l'étude de la physionomie), 
traité souvent par des gens du monde et des ar- 

tistes, une œuvre précise, profonde et originale. 
C'était le champ du cygne. » La Sorbonne ne de- 
vait plus retentir des accents de cette mâle parole, 
et l'yVcadémie des sciences ne devait pas avoir 



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PIERRE GRATIOLET 



l'honnearde compter parmi ses membres l'homme 
éminent que nous pleurons.. 

Le jeudi 16 février, une lugubre nouvelle se ré- 
pandit dans Paris. Gratiolet venait d'expirer après 
quelques heures d'agonie. Celui que la veille en- 
core nous avions quitté plein de santé et de vi- 
gueur, n'était plus. Une mort aussi cruelle qu'im- 
prévue venait de trancher ces jours si précieux, 
d'enlever à une famille éplorée son plus ferme sou- 
tien, à la science l'un de ses plus vaillants soldats. 

Le mercredi 15 février, à une heure de l'après- 
midi, au milieu de ses occupations favorites, dans 
ce laboratoire témoin de tant d'admirables re- 
cherches, Gratiolet fut pris subitement de vertiges 
et d'éblouissements. Chancelant, et déjà frappé 
de paralysie, il put àgrand'peine regagner sa de- 
meure. 

Il n'eut pas un seul instant d'illusion sur la gra- 
vité de son état; sans espoir de salut, mais coura- 
geux et ferme comme toujours, il fit lui-même les 
premières prescriptions, pressa contre son cœur 
sa femme et ses enfants, qui bientôt n'allaient plus 
entendre sa voix chérie, et les recommanda à 
quelques amis accourus à son chevet en apprenant 
la fatale nouvelle. 



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SA VIE ET SES TRAVAUX. 



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Quelques heures plus tard sa langue s'embar- 
rassa, son intelligence s'obscurcit; le soir il avait 
perdu connaissance, la paralysie marchait à grands 



l'église Saint- 



pas. Le 16, à cinq heures du matin, il rendait le 
dernier soupir. 

Deux jours après, une foule immense, atterrée 
par la douleur, accompagnait Gratiolet à sa der- 
nière demeure. M. le ministre de l'Instruction pu- 
blique voulut rendre à la mémoire de cet homme 
éminent un hommage digne de lui : il décida que 
ses funérailles seraient faites aux frais de l'État. 

M. Duruy témoigna de sa sympathie pour l'élo- 

1 

quent professeur de la Sorbonne, en se joignant k 
la foule émue qui encombrait 
Étienne-du-Mont, trop petite pour contenir les 
amis de l'homme de bien et les admirateurs du 
savant. Jamais douleur plus vraie n'éclata sur le 
bord d'une tombe. C'est que la perte que nous 
avons faite est immense : la science pleure une de 
ses illustrations les plus pures, la jeunesse l'un 
de ses maîtres les plus justement aimés, l'amitié 
un cœur qu'on ne remplace pas. 

Plus heureux encore que bien d'autres, Gra- 
tiolet vivra par ses œuvres, il vivra aussi par les 
tendres souvenirs qu'il laisse à tous ceux qui l'ont 




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420 PIEKRE GRATIOLET, SA VIE ET SES TRAVAUX. 



connu. Il revivra enfin dans ses enfants auxquels 

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il lègue le plus bel héritage qu'il soit donné à 

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l'homme de transmettre à ses descendants, 

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Fexemple d'une existence qui se résume en trois 
mots : honneur, abnégation et science ! 









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15 avril 1865 



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1839-/1865 



Une analyse détaillée des découvertes dont Gra- 
tiolet a enrichi la science m'entraînerait hors du 
cadre que je me suis tracé en écrivant cette notice. 
Je me bornerais donc à joindre, sous forme d'ap- 
pendice, au pieux hommage que j'ai voulu rendre 
à la mémoire d'un ami, la liste de ses principaux 
travaux , si je ne trouvais résumés en quelques 
pages, avec un talent que le lecteur appréciera 
j'en suis certain, l'idée dominante de l'œuvre et 
les principaux résultats des recherches de Gra- 
tiolet. 

Je demande donc à celui qui fut l'élève et l'ami 
du savant anatomiste, la permission d'emprunter 
quelques pages à la Notice qu'il a publiée dans les 
Archives générales de médecine. Je ne saurai 



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TRAVAUX SCIENTIFIQUES 



coup sûr dire aussi bien en si peu de mots ce que 
les sciences biologiques doivent à Gratiolet. 

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« Ce qui signale toutes ses œuvres, dit M. le 
docteur BertS c'est un singulier carac;ère de gran- 
deur. Profondément versé dans les sciences meta- 
physiques, jouant pour ainsi dire avec les plus 
hautes questions de la psychologie, Gratiolet 
n'oubliait jamais que la science biologique n'est 
qu'une partie de la philosophie. Son puissant 
esprit, loin de dédaigner les détails, les cherchait, 
maïs pour les féconder. Des considérations élevées 
lui servaient comme de flambeau dans ses minu- 
tieuses recherches, et à la fin de chacun de ses 
travaux, on les voit éclater en riches consé- 



quences 



en lumineux et souvent poétiques 



aperçus. Ses études ont toujours été dirigées vers 
deux buts philosophiques : d'abord la synthèse 
des faits naturels, leur formule statique: aussi la 
recherche des types zoologiques était sa préoccu- 
pation favorite, et il y excellait; — puis, Thar- 
monie de ces faits, leur expression dynamique, 
les rapports de l'organe avec l'acte, qu'il inter- 
prétait toujours au point de vue d'un fmalisme 

élevé. 

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1. Archives générales de médecine, mars 1865. 




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DE PIERRE GRATIOLET. 



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« Avec d'aussi grandes qualités d'esprit, de si 
hautes visées, on ne doit pas s'étonner que Gra- 
tiolet, nature artiste et prime-saatière, mais qui 
travaillait à ses heures et méditait longtemps, 
n'ait pas manifesté cette activité vulgaire qui en- 
combre journaux et comptes rendus de notes sans 
valeur et sans liaison. Aussi ses travaux, malgré 
leur importance, peuvent être assez facilement 
résumés en se plaçant au point de vue des idées 
■qui les relient. 

« Gratiolet croyait profondément à la réalité de 
l'esiDèce, qu'il considérait comme l'expression in- 

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carnée d'une volonté créatrice, expression suscep- 
tible de varier seulement entre des limites d'élas- 
ticité peu étendues. Il s'est élevé toute 
contre ces tendances issues des doctrines d'Etienne 



sa vie 



Geoiïroy-Saint-Hilaire, qui s'efforcent aujourd'hui 
de faire considérer les êtres supérieurs comme le 
résultat de la progression continue, indéfinie des 
êtres inférieurs. Un des arguments employés par 
cette école philosophique est tiré de la simplicité 
des animaux qui ont peuplé les couches les plus 
anciennes du globe. Quelques-uns de ces types, 
témoins des premiers âges du monde, ont encore 
aujourd'hui des représentants dans notre faune 



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vivante : telles sont les lingules et les térébra- 
tules. Gratiolet étudia à fond leur anatomie, et, 
dans des travaux qui ont acquis en Angleterre 

une juste célébrité, il découvrit ou précisa plu- 
sieurs points importants de cette organisation, 

dont la complexité et la perfection semblent pro- 
tester contre la théorie du progrès spécifique. 
C'est à côté de ces recherches sur les brachio- 
podes qu'il faut placer son anatomie du système 
vasculaîre des hirudinées, si remarquable par la 

richesse et l'intérêt des détails. 

<( Des travaux remarquables sur le système vei- 
neux des oiseaux, conçus au point de vue d'un 
rapprochement en apparence étrange, mais bien 
réel, entre ce type et le type des reptiles, l'ont 
amené à démontrer l'exactitude de l'hypothèse de 
Jacobson sur l'existence d'une veine porte rénale 
chez les oiseaux ; il a tiré de ce fait, et de quelques 
observations sur la distribution des vaisseaux san- 

L 

guins des batraciens à respiration cutanée, des 
conséquences physiologiques extrêmement impor- 
tantes sur le rôle des poumons, du foie et des 
reins. Il a encore découvert l'existence d'une veine 

F 

porte propre aux capsules surrénales chez tous les 
vertébrés allantoïdiens ovipares. Enfin, relative- 




m 









DE PIERRE GRATIOLET. 



425 



ment à ces corps surrénaux, c'est à son initiative 
que l'on doit le renversement des hypotlièses 
mises en avant sur le prétendu rôle fondamental 
de ces organes singuliers. 

« Citons encore quelques recherches intéres- 
santés sur le système vasculaire des mollusques, 

^ 

OÙ Gratiolet se refusait à voir le signe d'une dé- 
gradation sériale; sur le système vasculaire des 
bradypes, de l'hippopotame; sur l'organe de Ja- 
cobson, l'os intermaxillaire, la reproduction des 
hélices, le développement du crâne en l'absence 
du cerveau, etc., et arrivons immédiatement aux 
beaux travaux qui ont fait et assureront sa gloire, 
à ses travaux sur l^i système nerveux. 

« Des études sur un ensemble d'organes qui 

jouent dans les corps animés un rôle primordial 
et si merveilleux convenaient admirablement à son 
esprit philosophique. Aussi a-t-il étudié le sys- 
tème nerveux à tous les points de vue : zoologi- 
que, anatomique, physiologique et psychologique. 



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Au 



point de vue zoologique, Gratiolet a appliqué à la 
recherche des types mammifères les considérations 
tirées de la composition de l'encéphale et de la 
disposition des circonvolutions cérébrales, dont 

24. 



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l'un des premiers il a démontré l'importance. Il a 
été ainsi conduit à formuler les lois qui président 
à la complication de ces sinuosités dans la série 
mammalogique, etTétade des empreintes qu'elles 
laissent sur la voûte osseuse du crâne lui a permis 
de déterminer la place zoologique de certains anî- 
maux fossiles, ou même d'en découvrir de nou- 
veaux. 

(( Au point de vue anatoraique il a, en même 
temps que R. Wagner, découvert la communica- 
tion qu'ont entre elles les cellules de la moelle 

épinière; il a démontré l'épuisement d'arrière 
en avant, et la renaissance continuelle des fais- 
ceaux postérieurs de cet organe, fait capital en 
physiologie. Suivant dans l'encéphale l'épanouis- 
sement de la moelle épinière, il y a étudié la 
transformation de ses dlfférenles parties, et a 
^ montré qu'à cette moelle épinière, qui constitue le 
noyau encéphalique, se superposent trois organes 
de centralisation : cervelet, tubercules optiques, 
cerveau. Celui-ci fut surtout l'objet de ses médi- 
tations. Il décrivit dans la composition de ses hé- 
misphères six systèmes de fibres nerveuses, dont 
un, propre à l'homme et aux singes, provient du 
nerf optique. Enfin, dans son magnifique travail 



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DE PIERRE GRATIOLET. 



42"^ 



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sur les plis cérébraux de l'homme et des primates, 
il établit entre eux une identité typique complète, 
mais avec un ordre de développement embryolo- 
gique totalement différent. 

. « Dans ce mémoire encore, il est amené à la 
conception d'un système nouveau de localisation 



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que 



le cerveau, un par rapport à l'âme, est multiple 
eu égard aux différents appareils du corps. Par 
les considérations vers lesquelles Gratiolet aimait 
dans cette voie à se sentir attiré, la psychologie 
se confond avec la physiologie. Aussi toute une 
partie de son livre célèbre surl'anatomie comparée 
du système nerveux dans ses rapports avec l'in- 
telligence est consacrée à une analyse comparée 
des fonctions de l'intelligence humaine; analyse 
nouvelle, où les plus ardus problèmes de la méta- 
physique et de la psychologie sont abordés avec 
une aisance pleine de grandeur, exposés dans un 
style toujours clair et tour à tour concis ou bril- 
lant des plus riches couleurs, où l'observation dé- 
licate du naturaliste se mêle à la puissante analyse 
du philosophe et aux aspirations poétiques d'un 
esprit profondément religieux. 
« Cet amour pour tout ce qui se rattache à 






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42<S TRAVAUX SCIENTIFIQUES DE PIERRE GRATIOLET. 



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r étude de l'homme en tant qu'être sensible et in- 
telligent fit de Gratiolet l'un.des membres les plus 
actifs.de la Société d'anthropologie, qu'il contri- 
bua à fonder. Il enrichit ses Bulletins de mémoires 

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d'une importance capitale sur la manière dont 
s'oblitèrent les sutures crâniennes chez les diffé- 
rentes races humaines, sur la microcéphalie con- 
sidérée dans ses rapports avec la question des ca- 
ractères du genre humain, sur les circonvolutions 
crâniennes des races inférieures , sur les rapports 
dii^volume du cerveau avec le développement de 
l'intelligence, etc. ; grandes, immenses questions, 
à la hauteur desquelles il s'élevait sans efforts, 
car il était semblable à ces oiseaux de haut vol 
qui, nés pour planer, nagent dans l'atmosphère 
lumineuse, sans qu'on voie même remuer leurs 
ailes. » 



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INDEX BIBLIOGRAPHIQUE 



DES 



TRAVAUX DE GRATIOLET 



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1839-1865 



I 



1. — Observations sur un cas d'absence pres- 
que complet des hémisphères cérébraux, coïn- 
cidant avec une conformation régulière du crâne. 
[Ann, franc, et. élrang. d'Anat. et de Physiol.^ 
t. III, p. 180, 1839.) 

1 

2. — Mémoires sur les scissures anomales de 
la bouche, et sur le bec de lièvre en particulier. 



(Ami. 




3. 



Ymç. et étrang, d'Anat. et de PhysioL, 
193, 18ZiO.) • 
Note sur l'existence et la composition de 



l'os intermaxillaire dans l'homme. 

w 

et étrang,, t. 111, p. 207, 18^0.) 



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Recherches sur l'organe de Jacobson. 



[Thèse pour 



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18A5 



5. 



Sur les zoospermes des hélices et sur les 



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métamorphoses qu'ils subissent clans la vésicule 
cojiulaLi'lce, oa ïs ont été Cié.josé::^ pendant Tac- 
couple m en t. [Journal de coiidtyllologîc^ t. l'^S 

p. 116 et 236, 1850.) 

6. — Mémoire sur les plis cérébraux de 
l'homme et des primates, in-A, avec un atlas de 
treize planches in-folio, 185/i, 



7. 



Mémoire sur l'organisation du système 



vasculaire de la sangsue médicinale et de l'aulas- 
tome vorace, pour servir à l'histoire de la circu- 
lation du sang dans les hirudinées bdelliennes. 

[Comptes rendus deVAcad. des Seienees^ t, XXXI, 
1850.) Thèse pour le doctorat ès-sciences, 1862, 
in-4, avec planche. 



8. — Observations sur la végétation des plantes 
submergées (en commun avec M. Cloez). [Comptes 
rendus^ t. XXXI, 1850, et Annales de Chimie et 
de Physique^ troisième série, t. XXXI, 1850.) 

9. — Observations sur les propriétés vénéneuses 
que présente l'humeur lactescente sécrétée par 
les pustules cutanées des batraciens (en commun 
avec M. Gloëz). [Comples rendus de VAcad., 

et t. XXXIV, 1851-1852.) 

système veineux des 




10. 



Recherches sur le 



reptiles, et sur quelques points de leur système 
artériel. {Jowvial V Institut , t. XXI, p. 60, 

1853.) 







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DES TRAVAUX I)E GRATIOLET. 



431 



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11. — Note sur la veine porte rénale des oi- 
seaux, et sur la découverte d'une veine porte 
dans leurs capsules surrénales. {Journal V In- 
stitut), t. XXI, p. 386, J853.) 

12. — Note sur l'existence de réseaux admira- 
bles analogues h ceux que présentent les artères 
des membres des bradypes et de certains lému- 
riens, dans la région palmaire de l'aile des 

h 

chauves -souris et dans le pied de quelques 
rongeurs. [Journal Vlnstiiut.X XXI, p./i33, 1853.) 

Sar la structure intime de la moelle épi- 



13. 



P 



1/4. 




Comparaison du noyau de l'encéphale 

et de la moelle épinière. {Journal l' Institut, t. XX, 
p. 373, 1852.) 

15. — Mémoire sur l'anatomie de la térébratale 
australe. [Comptes rendus de l'Acad., t.- XXXVII, 

1853. — Journal de conchyliologie, huitième nu- 
méro, 1857.) 



16. 



Observations sur un travail de M. Da- 



reste ayant pour titre : 



(( 




émoire sur les circon- 



volutions du cerveau.» [Comptes rendus de F Acad., 

— Revue zoologique, \ 852.) 

Note sur la disposition des plans fibreux 



t. XXXIV. 
17. 



de différents ordres qui entrent dans la composition 
de l'hémisphère cérébral. [Bull, de la Société phi- 
lomatiepie, 185A. 



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18. — Note sur la découverte d'un plan fibreux 
résultant des expansions cérébrales du nerf op- 

r 

tique. [Comptes rendus de l'Acad., t. XXXIX, 

p. 27Zi, 185Zi.) 

19. — Notice sur les travaux deSouleyet. {Jour- 

?îal de conchyliologie, t. IV, 1853.) Cette notice 
contient des observations inédites de Gratiolet sur 
l'anatomie des mollusques. 

20. — Compte rendu des séances de la Société 
des sciences médicales pour l'année 1853. [Moni- 
teur des hôpilaux, 1856.) 

Dans ce compte rendu, Gratiolet résume deux 

r 

travaux encore inédits. L'un relatif au sens de la 




des 




lans ses rapports avec l'organi- 
es onguéales; l'autre relatif à 
l'histoire physiologique des mouvements d'ex- 
pression. (Yoir pour ce dernier travail le n° 51 de 

à 

cette liste.) 

21. — . Mémoire sur l'encéphale des éléphants. 

[Comptes rendus de l'Académie, t. XL, 1853, 1855.) 

Mémoire sur la structure du cervelet. 

'^Journal l'Institut, vol. XXIII, p. 18Zi.) 



22. 



23. 



Sur quelques particularités de la myolo- 
gie des singes supérieurs, et sur l'organisation de 
la main considérée comme organe du toucher dans 
ces animaux. [Bidl. de la Société philomathique^ 
p. 68, 1855.) 




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DES TRAVAUX DE GRATIOLET. 



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25. 



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Sur la composition du faisceau posté- 
rieur de la moelle épinière et sur la signification 
des petits cordons accessoires connus sous le nom 
de cordons médians postérieurs. [BulL de la So- 
ciété 2:)hilomath{que, p. 80, 1855.) 

Note sur les effets que détermine l'abla- 
tion des corps surrénaux. [Comptes rendus de 
l'Acad., t. XLIII, 1856.) 

Note sur le développement de la forme 
du crâne humain et sur quelques différences qu'on 
observe dans la marche de l'ossification des su- 
tures. {Comptes rendus de l'Acad., vol. XLIII, 

p. ^28, 1857.) 

Sur quelques différences que présente 
l'organisation intime du cerveau dans les animaux 
mammifères. [Bidl. de la Société pJiilomathique, 
p. 95, 1855.) 



26. 



27. 



28. 



Anatomie compar 



du 



cerveau de 



l'homme et des singes, un vol. in-8, avec atlas de 
dix planches in-folio, 1857, Paris. 

29.— Mémoire sur la microcéphalie considérée 
dans ses rapports avec la question des caractères 
du genre humain. {Mémoires delà Société cV an- 
thropologie .^X A, 1%^^ .) 

30. — Description de Tencéphale d'un animal 
fossile, le camolherhim commun. {.Tournai rinst. 
t. XXVI, p. 95, 1858.) 



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INDEX BIBLIOG R.VPHIQUE 



31, 



Note sur l'encéphale de Voreodon gra- 



cilis. {^Tournai V Institut, t. XXVIl, 1859. 



32. 



INote sur un fragment de crâne trouvé à 



Montrouge, près Paris. [BulL de la Société géoL 
de France^ t. XV, p. 620, 1859.) 

— Études anatomiques sur la lingule ana- 



33. 



tine. [Journal de conchyliologie y 1860. 



U. 



Note sur l'encéphale du gorille. [Comptes 

rendus de l'Acad.^ t. L, 1860.) 

35. — Mémoire sur le système vasculaire de 
l'hippopotame. [Comptes rendus de V Acad., t. Ll, 

1860.) 

36. — Mémoire sur l'encéphale de l'hippopo- 

# 

tame. ( Comptes rendus de VAcad, , t. XLI , 
1860. 



37. 



Recherches relatives aux mouvements 



de rotation sur l'axe du corps que déterminent 
certaines lésions du cervelet. [Comptes rendus de 

VAcad., t. LI, 1860.) 

38. — ]3e la génération spontanée depuis 1858. 
( Mon iteur scientifique du docteur QuesnevUle, n° 80 , 

15 avril 1860. 

-Sur un crâne d'idiot. [Bull, de la Société 



39. 



d- anthropologie, t. IV, p. 194, 1863. 



m. 



Sur un crâne de Totonaque. [Bull, de la 



Société d'anthropologie, i. V\ p. 562, 1860.) 



/il. 



Description d'un crâne de Mexicain Toto- 



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DES TRAVAUX DE GRATIOLET 



13.- 



naque. [Mém.de la Société (TanthrojJologiey t. P'', 
p. 300, 1863.) 



i2. 



Mémoire sur la structure des hémis- 



phères cérébraux dans l'homme et dans les pri- 
mates. [Comptes rendus de VAcad., t. XLI. 

1855.) 

Note sur la structure du système ner- 



43. 



veux. [Comptes rendus de VAcad., t. XLI, 1855.) 
hh. — Comparaison du bras et de la main de 

ri 

j 

l'homme avec l'avant-bras et la main des grand 
singes. [Comptes rendus del'Acad., t. LIX, 186/i. 

Observations sur un jeune rorqual. 



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hh. 



[Coynptes rendus de VAcad. , t. LU, 1861.) 



46. 



— Notice historique sur Félix Dujardin, lue 
le 5 avril 1864, à la séance annuelle de la Société 
des Amis des sciences. 

De l'homme et de sa place dans la créa- 
tion. Conférence de la Sorbonne. [Revue des cours 



h 



scientifiques du 19 mai 
nique ^ n" d'avril 1864.) 



Revue germa- 



48. 



— Observations sur le poids et la forme du 
cerveau. [Bull, de la Société cV anthropologie^ 
l^Qi' p assim .) 



49. 



— Sur la région du front chez l'homme et 
les singes anthropomorphes. [Bidl. de la Société 
d'anthrop., t. V, p. 653, 1864.) 



50. 



Lettre au rédacteur du 




iteur scien- 



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INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. * 



lifiquesm- la théorie de M. Thury, relative à la loi 
de création des sexes. {Moniteur scientifique du 

docteur Quesneville, vol. VI, p. 39, iSQIi.) 

51. — Sur la physionomie en général et en 
particulier sur la théorie des mouvements d'ex- 
pression. Conférence de la Sorbonne. {Revue des 

cours scientifiques, n" du 11 février 1865.) 

Cette leçon est l'introduction d'un livre que 

H 

Gratioiet était sur le point de publier. L'avant- 
veille de sa mort, il entretenait son ami Hetzel de 
cette publication qu'il projetait depuis plusieurs 
années déjà. C'est le manuscrit de cette œuvre 
importante qui, retrouvé complet dans ses pa- 
piers, constitue le présent livre. 

— Mémoire sur l'anatomie d'une nouvelle 
espèce de singe anthropomorphe, de chimpanzé. 
En collaboration avec M. le D-^ Alix. Ce travail, 
complètement terminé au moment de la mort de 

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Gratioiet, est en cours de publication dans les 

nouvelles Archives du Muséum. 



52. 



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Préface des Éditeurs 



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C0NFÉRE1\CE SUR LA PhYSIOXOMIK EN GÉAFRAT 



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De la Physionomie et des mouvements d'expression 

1'" PARTIE. Des mouvements périphériquf's ronsklén's d'une 



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manière générale .75 

Des changements dans la coloration de la pean. 

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Des mouvements d'expansion et de sécrétion. 
Des variations qui modifient la température des 



78 
91 



organes 



92 



Des changements qui modifient ou altèrent les 
sécrétions , , 99 

Des mouvements musculaires, des mouvements 

consécutils et des mouvements passifs. ... 112 
Du souffle et de la voix 113 

De quelques autres mouvements respiratoires. . 124 
Des mouvements spasmodiques 127 

w * 

De quelques bruits résultant du tremhlomont 
des peaussiers ]o(j 



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TABLE. 



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Pages. 

De l'action et de la sensation en général. ... 141 

De l'application de Toreille 148 

De remploi du nez ^'^1 

De l'application de la bouche . . 156 

De l'application du toucher ■ - l'^O 

Du corps tout entier en tant qu organe du tou- 

171 



cher 



Du sens cutané • ^^^ 

Du toucher en tant que sens de résistance . . . 
Du toucher en tant que sens appréciateur de la 



192 



forme 



IP PARTIE. Des mouvements sympathiques 
IIP PARTIE. Des mouvements symboliques. 



Notice sur la vie et les travaux de Pierre Gratiolet • 
Travaux sciEîNTiFiQUES DE Pierre Gratiolet . ...'... 



-194 
205 
203 
389 
421 



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