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Full text of "Histoire naturelle des poissons"

ES POISSONS. 



TOME TROISIEME. 



HISTOIRE NATURELLE 



Division al ^«' 
U, S . Hationa» «Use*» 



DES POISSON S, 



■ 



PAR LE CITOYEN LA CEPÈDE, 

Membre du Sénat , et de l'Institut national de France ; l'un des 
Professeurs du Muséum d'Histoire naturelle; membre de l'Institut 
national de la République Cisalpine; de la société d'Arragon; de 
celle des Curieux de la Nature, de Berlin; des sociétés d'Histoire 
naturelle, des Pharmaciens, Philotechnique, Phiîomatique, et des 
Observateurs de l'homme, de Paris; de celle d'Agriculture d'Agen ; 
de la société des Sciences et Arts de Montauban; du Lycée 
d'Alençon ; de l'Athénée de Lyon , etc. 



TOME TROISIÈME. 



/ #'0* 




A PARIS, 
CHEZ PL A S SA N, IMPRIME U Îl-L I BRAIR 

Rue de Vaugirard, N° 1195. 



L'AN X DE LA RÉPUBLIQUE. 



yyoaL 



• ' HS 0(V/^^ 




Bft 



T AELE 

DES ARTICLES 



CONTENUS DANS CE VOLUME. 



Avertissement, page 8. 

Suite du Tableau des genres des poissons osseux, page 9. 

Des effets de l'art de l'homme sur la nature des poissons, 
page j. 



L E scombre germon , yage 1. 
Le scombre thazard, g. 
Le scombre bonite , 14. 
Le scombre alatunga , 21. 
Le scombre chinois , 28. 



Le scombre maquereau, 24. 
Le scombre japonois , 45. 
Le scombre doré, 46. 
Le scombre albacore , 48. 



Tableau des espèces du genre des scombéroïdes, 5o. 

Le scombéroïde noël , 5r. Le scombéroïde sauteur, 55. 

Le scombér. commersonnien , 53. 

Tableau des espèces du genre des caranx, ôj. 



Le caranx trachure, 60. 

Le caranx amie , et le caranx 

queue-jaune, 64. 
Le caranx glauque, 66. 
Le caranx blanc , et le caranx 

queue-rouge , 68. 
Le caranx filamenteux , 70. 

Tableau des espèces du genre des trachinotes, 78. 
Le trachinote faucheur, 79. 

TOME III. a 



Le caranx daubenton, ji. 

Le caranx très-beau , 72. 

Le caranx carangue , 74. 

Le caranx ferdau , le caranx gsess, 

le caranx sansun , et le caranx 

korab , j5. 



s TABLE 

Tableau des espèces du genre des caranxomores, 82. 

Le caranxomore pélagique, 83. Le caranxomore plumiérièn, 84, 

Tableau des espèces du genre des caesio, 85. 

Le cœsio azuror, 86. Le cœsio poulain , 90. 

Tableau des espèces du genre des csesiomores, 92. 

Le csesiomore bâillon , ç3. Le caesiomore bloch, q5. 

Tableau des espèces du genre des coris, 96. 

Le coris aigrette, 97. Le coris anguleux, 99. 

Tableau des espèces du genre des gomphoses, 100» 

Le gomphose bleu , ior. Le gomphose varié, 104. 

Tableau des espèces du genre des nasons, io5. 

Le nason lieornet, 106. Le nason loupe, 11 1. 

Tableau des espèces du genre des kyphoses, 114, 

Le kyphose double- bosse, n 5. 
Tableau des espèces du genre des osphronèmes, 116. 

L'osphronème goramy, 117. L'osphronème gai , 122. 

Tableau des espèces du genre des trichopodes, is.5. 

Le trïchopocîe mentonnier, 126. Le trichopode triehoptère, 129, 

Tableau des espèces du genre des monodaetyles , i3i. 

Le monodactyle falciforme, 132, 
Tableau des espèces du genre des plectorfoinques, 184. 

Le plectorhinque cliétodonoïde , i35. 

Tableau des espèces du genre des pogonias,, 1^7» 
Le pogonias fascé, i38» 



'DES ARTICLES. 3 

Tableau des espèces du genre des bostryehes, T40. 

Lebostryche chinois, 141. Le bostryche tacheté, 143. 

Tableau des espèces du genre des bostrjchoïdes , 144. 

Le bostrychoïde ceillé, 145. 

Tableau des espèces du genre des échénéis, 146. 

L'échénéis rémora , 147. L'échénéis rayé, 167. 

L'écliénéis naucrate , 162. 

Tableau des espèces du genre des macroures, 169. 

Le macroure berglax , 170. 
Tableau des espèces du genre des coryphènes, ijS. 

Le coryphène Iiippnrus , 178. Le coryphène rasoir, 2o3. 

Le coryphène d or ad on , 184. Le coryphène perroquet, 2o5. 

Le coryphène chrysurus, 186. Le coryphène camus, 207. 
Le coryphène scombéroïde , 192. Le coryphène rayé, 208. 

Le coryphène onde, 196. Le coryphène chinois, 209. 

Le coryphène pompile , 198. Le coryphène pointu, 211. 

Le coryphène bleu , 200. Le coryphène verd , et le cory- 
Le coryphène plumier , 201. phène casqué, 212. 

Tableau des espèces du genre des hémiptéronotes, 2,14. 
L'hémiptéronote cinq-taches, 2i5. L'hémiptéronote gmelin, 218. 
Tableau des espèces du genre des coryphénoïdes, 219. 

Le coryphénoïde hottuynien, 220. 

Tableau des espèces du genre des aspidophores, 221. 

L'aspidophore armé, 222. L'aspidophore lisiza, 225. 

Tableau dès espèces du genre des aspidophoroïdes, 227. 

L'aspidophoroïde tranquebar, 228. 



4 TABLE 

Tableau des espèces du genre des cottes, z3o. 

Le cotte grognant , 232. Le cotte insidiateur, 247. 

Le cotte scorpion, 236. Le cotte rnadégasse, 248» 

Le cotte quatre-cornes , 241. Le cotte noir, 25o. 

Le cotte raboteux, 244, . Le cotte chabot , 252. 
Le cotte austral , 246. 

Tableau des espèces du genre des scorpènes, s58. 

La scorpène horrible, 261. La scorpène rascasse , 27^. 

La scorpène africaine, 266. La scorpène mahé, 278. 

La scorpène épineuse , 267. La scorpène truie, 280.. 

La scorpène aiguillonnée, 268. La scorpène plumier, 282. 

La scorpène marseilloise , 26g. La scorpène américaine , 284. 

La scorpène double-filament, 270. La scorpène didactyle, 285. 

La scorpène brachion, 272. La scorpène antenuée, 287. 

La scorpène barbue, 274. La scorpène volante, 289. 

Tableau des espèces du genre des scombéromores , 292. 

Le scombéromore plumier, 293. 

Tableau des. espèces du genre des gastérostées , 2g5. 

Le gastérostée épinoche, le gastérostée épinocbette, et le gastérostée 
spinacMe , 296. 

Tableau des espèces du genre des centropodes , 3o3. 

Le centropode rhomboïdal , 304. 
Tableau des espèces du genre des centrogastères, 3o<5. 

Le centrogastère brunâtre, et le centrogastère argenté, 307. 

Ta b le a u des espèces du genre des centronotes , 309. 

;.; Le centronote pilote , 3n.. lyzan , 3i6. 

Le centronote acanlhias , et le Le centronote carolinin , le cen- 

centronote glaycos, 3i5. tronote gardénien, et le centro*- 

Le centronote argenté, le centro- note vadigo, 3x8- 
note ovale r et le centronote 



DES À R T I CLES. 5 

Tableau des espèces du genre des lépisacanthes, 3.20. 

Le lépisacanthe japonois, 32i. 
Tableau des espèces du genre des céphalacanthes, 3s 1 

Le céphalacanthe spinarelle , 324. 
Table au des espèces du genre des dact^yloptères, 32,5. 

Le dactyloptère pirapède, 326. Le dactyloptère japonois, 335. 

Ta b l e a u des espèces du genre des prionotes , 336. 

Le prionote volant , 33y. 

Tableau des espèces du genre des trigles, 33o. 

La trig'le asiatique , 342. La trigle gurnau , et la trigle gron- 

La trigle lyre , 345. clin , 358. 

La trigle Caroline, la trigle ponc- La trigle milan , 362. 

tuée, et la trigle lastoviza, 34g. La trigle menue , 365. 

La trigle hirondelle, 353. La trigle cavillone , 366. 
La trigle pin , 356. 

Tableau des espèces du genre des peristédions, 368. 
Le péristédion maîarmat, 36g. Le péristédion chabrontère., 373» 

Tableau des espèces du genre des istiophores, 374, 

L'istiophore porte-glaive , 375. 
Tableau des espèces du genre des gymnètres, 379. 

Le gymnètre hawken, 38o. 

Tableau des espèces du genre des mulles, 38.2» 

Le mulle rouget, 385. cyclostome, le mulle trois-ban- 

Le mulle surmulet, 3g4- des, et le mulle macronème.. 

Le mulle japonois, 3gg. 404. 

Le mulle auriflamme, 400. Le mulle barberin , le mulle rou- 

Le mulle rayé, 401. geâtre, le mulle rougeor, et le 

Le mulle tacheté, 402. mulle cordon-jaune , 406. 
Le mulle deux-bandes, le mulle 



6 TABLE 

Tableau des espèces du genre des apogons, 411. 

L'apogon rouge, 412. 
Ta b l e a u des espèces du genre des lonchures, 4.1 3. 

Le lonchure dianème, 414. 

Table a u des espèces du genre des macropocles, 416. 

Le macropode verd-doré, 417. 

Nomenclature des labres , cheilines , cbeilodiptères , 
opbicépbales, bologyrrmoses , scares, ostorhinques, spares, 
diptérodons , lutjans, centropomes, bodians, tsenianotes, 
sciènes, microptères, boîocentres, etpersèques, 419. 

Tableau des espèces du genre des labres, 424. 



Le labre hépate , 456. 

Le labre operculé , le labre aurite, 
le labre faucheur, le labre oyène, 
le labre sagittaire, le labre cap- 
pa, le labre lépisme, le labre 
unimaculé, le labre bohar, et le 
labre bossu , 463. 

Le labre noir, le labre argenté, le 
labre nébuleux, le labre grisâtre, 
le labre armé , le labre chapelet, 
le labre long-museau, le labre 
tliunberg , le labre grison , et le 
labre croissant , 467. 

Le labre fauve , le labre ceylan , le 
labre deux-bandes, le labre mé- 
lagastre , le labre malaptère, le 
labre à demi rouge , le labre té- 
tracantiie, le labre demi-disque, 
le labre cerclé, et le labre hé- 
rissé, 472. 

Le labre fourche, le labre six- 



bandes, le labre macrogastère, 
le labre filamenteux , le labre 
anguleux, le labre huit-raies , 
le labre moucheté, le labre 
commersonnien , le labre lisse, 
et le labre macroptère , 477. 

Le labre quinze-épines , le labre 
macrocéphale , le labre plurnié- 
rien , le labre gouan , le labre 
ennéacanthe , et le labre rouges- 
raies-, 480. 

Le labre kasmira, 483. 

Le labre paon , 484. 

Le labre bordé , le labre rouillé, le 
labre ceillé, le labre mélops, le 
labre ni! , le labre louche, le 
labre triple-tache , le labre cen- 
dré, le labre cornubien. le labre 
mêlé, et le labre jaunâtre, 487. 

Le labre merle , le labre rône , le 
labre fuligineux , le labre brun , 



DES ARTICLES. 



le labre échiquier, le labre mar- 
bré, le labre large -queue, le 
labre girelîe , le labre parotique, 
et le labre bergsnyltre, 492. 

Le labre guaze, le labre tancoïde, 
le labre double- tache , le labre 
ponctué, le labre ossifage , le 
Jabre onite , le labre perroquet, 
le labre tourd , le labre cinq- 
épines , le labre cbinois , et le 
labre japonois, 5oi. 

Le labre linéaire , le labre lunule , 
le labre varié, le labre maillé, 
le labre tachelé, le labre cock, 
le labre canude, le labre blan- 
ches-raies, le labre bleu, et le 
labre rayé, 5o8. 

Le labre ballan, le labre bergylte, 
le labre hassek , le labre aristé, 
le labre birayé, le labre grandes- 
écailles, le labre tête- bleue , le 



7 

labre à gouttes , le labre boisé, 
et le labre cinq -taches , Si 3. 

Le labre microlépidote , le labre 
vieille , le labre karut , le labre 
anéi , le labre ceinture , le labre 
digramme, le labre hoioîépi- 
dote, le labre tsenioure, le labre 
parterre , le labre sparoïde , le 
labre léopard, et le labre ma- 
laptéronote , 5 17. 

Le Jabre diane, le labre macro- 
donte, le labre neustrien , le 
labre calops, le labre ensanglan- 
té , le labre perruche , le labre 
keslik , et le labre combre, 522. 

Le labre brasilien , le labre verd , 
le labre trilobé , le labre deux- 
croissans , -le labre hébraïque , 
le labre large-raie, et le labre 
annelé, 526. 



Tableau des espèces du genre des cheilines, 529. 

Le cbeiline scare , 53o. Le cbeiline trilobé, 53j. 

Tableau des espèces du genre des cheiiodiptères, 53g. 



Le cheilodiptère heptacanthe, Je 
cheilodiptère ehrysoptère , et le 
cbeilodiptère rayé-, 542. 

Le cheilodiptère maurice, 545. 

Xe cheilodiptère cyanoptère , le 



cheilodiptère boops , et Je chei- 
lodiptère acoupa , 546. 
Le cheilodiptère macrolépidote, 
et le cheilodiptère tacheté , 
5 49- 



Tableau des espèces du genre des ophicéphales, 55 1. 

L'ophicéphale karruwey, et l'ophicéphaîe wrahl , 552. 
Tableau des espèces du genre des hologymnoses , 556. 

L'hologymnose fascé, 55j. 



AVERTIS SEMENT. 



{je troisième volume de l'Histoire des poissons renferme la 
description de deux cent quatre-vingt-dix-huit espèces , dont 
cent sont encore inconnues. Elles sont réparties dans quarante- 
huit genres, parmi lesquels on devra en compter trente-quatre 
qu'aucun naturaliste n'avoit encore établis. 

Les trois premiers volumes de l'Histoire des poissons com- 
prennent donc des articles relatifs à six cent dix espèces, dont 
cent cinquante-quatre n'avoient été décrites par aucun auteur, 
avant notre travail sur ces animaux, et que nous avons distri- 
buées dans quarante -neuf genres connus depuis long-temps, 
et dans soixante autres genres que nous avons formés. 

Le nombre des planches du troisième volume est moindre 
que nous ne l'avions cru , parce que l'histoire de plusieurs 
espèces de poisson auxquelles ces planches sont relatives , ne 
paroîtra que dans le quatrième , ou dans le cinquième et der- 
nier volume. Elle a été ainsi reculée pour faire place à celle 
d'un grand nombre d'espèces qui dévoient la précéder d'après 
l'ordre méthodique suivi dans cet ouvrage, et au sujet desquelles 
nous avons reçu de nos correspondans des notes très-muitipliées 
et très-étendues, depuis l'impression du second volume. 

Ce second volume renferme la figure d'une espèce décrite 
clans le troisième ; c'est celle du labre télracanthe, représenté 
pLXllUfg. 3. 

On trouvera dans le quatrième, dont l'impression est presque 
terminée, l'article relatif au lui j an trilobé, dont on peut voir 
la figure au rf 3 de la planche XVI du second volume. 



SUITE DU TABLEAU 

DU DIX-NEUVIÈME ORDRE 

DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS, 

ou DU TROISIÈME ORDRE 

DE LA PREMIÈRE DIVISION DES OSSEUX*. 



Genres. 

{Une plaque très-grande, ovale, composée 
de lames transversales, et placée sur la 
tête, qui est déprimée. 

79 , m A'c H u H e. / DeuX na g eoires sur le dos 5 Ia q^ue deux 

1 fois plus longue que le corps. 

Le sommet de la tête très - comprimé et 
comme tranchant par le haut, ou très- 
élevé et finissant sur le devant par un 
plan presque vertical, ou terminé anté- 

80. CORYPHENE. • rieurement par un quart de cercle, ou 

garni d'écaillés semblables à celles du dos ; 
une seule nageoire dorsale , et cette na- 
geoire du dos presque aussi longue que le 
corps et la queue. 

)Le sommet de la tête très-comprimé, et 
comme tranchant par le haut, ou très- 
élevé et finissant sur le devant par un plan 



* Voyez le tableau qui est à la tête du premier volume , et celui qui est à la tête du second. 

TOME III. h 



*<3 TABLEAU 

Genres» / . 

presque vertical , ou terminé antérieure- 
ment par un quart de cercle , ou garni 
d'écaillés semblables à celles du dûs; une 

81.HÉMIPTÉRONOTE./ SCUle nage ° h 6 d ° rSale ' et k lon S Ueur de 

cette nageoire du dos ne surpassant pas 

ou surpassant à peine la moitié de la lon- 
gueur du corps et de la queue pris en- 
semble. 

(Le sommet de la tête très-comprimé , et 
comme tranchant par le haut , ou très- 
élevé et finissant sur le devant par un 
plan presque vertical , ou terminé anté- 
82. CORYPHÉNOÏDE, / rieurement par un quart de cercle, ou 

garni d'écaillés semblables cà celles du dos; 
une seule nageoire dorsale ; l'ouverture 
des branchies ne consistant que dans une 
fente transversale. 



83. ASPIDOPHORE. 



A SPIDOPHOROlDE. 



85. C T T E. 



SCORPEUEi 



f*Le corps et la queue couverts d'une sorte 
de cuirasse écailleuse; deux nageoires sur 
le dos ; moins de quatre rayons aux na- 
geoires thoracines. 

["Le corps et la queue couverts d'une sorte 
de cuirasse écailleuse ; une seule nageoire 
sur le dos 5 moins de quatre rayons aux 
nageoires thoracines. 

/La tête plus large que le corps; la forme 
générale un peu conique ; deux nageoires 
sur le dos ; des aiguillons ou des tuber- 
cules sur la tête ou sur les opercules des 
branchies; plus de trois rayons aux na- 
geoires thoracines. 

("La tête garnie d'aiguillons , ou de protubé- 
rances , ou de barbillons , et dépourvue de 
petites écailles ; une seule nageoire dor- 
sale» 



DES GENRES. 



I ï 



Genres. 

87. SCOMBÉROMORE. 



GASTEROSTEE. 






89. CENTROPODE. 



[Une seule nageoire dorsale ; de petites na- 
geoires au - dessus et au - dessous de la 
queue; point d'aiguillons isolés au-devant 
de la nageoire du dos. 

Une seule nageoire dorsale ; des aiguillons 
isolés , ou presque isolés , au-devant de la 
nageoire du dos ; une carène longitudi- 

- nale de chaque côté de la queue ; un ou 
deux rayons au plus à chaque nageoire 
tlioracine ; ces rayons aiguillonnés. 

'Deux nageoires dorsales; un aiguillon et 
cinq ou six rayons articulés très -petits à 
chaque nageoire tlioracine ; point de pî- 
quans isolés au-devant des nageoires du 
dos , mais les rayons de la première dor- 
sale à peine réunis par une membrane; 
point de carène latérale à la queue. 

(Quatre aiguillons et six rayons articulés à 

90. CENTROGASTÈRE. V , & . , . J 

l chaque nageoire thoracine. 

Une seule nageoire dorsale; quatre rayons 
au moins à chaque thoracine ; des pi- 
quans isolés au-devant de la nageoire du 
dos ; une saillie longitudinale sur chaque 
côté de la queue, ou deux aiguillons au- 
devant de la nageoire de l'anus. 

Les écailles du dos, grandes, ciliées et ter- 
minées par un aiguillon ; les opercules den- 
telés dans leur partie postérieure, et dé- 
nués de petites écailles ; des aiguillons 
isolés au-devant de la nageoire dorsale. 

["Le derrière de la tête garni , de chaque côté, 
de deux piquans dentelés et très -longs; 
point d'aiguillons isolés au-devant de la 
nageoire du dos. 



CI. CENTRONOTE. 



92. LÉPISACANTHE. 



g3. CÉPH AL AC A NT HE. 



ta, 

Genres; 
94. DACTYLOPTÈEE. 



g5. PRIONOTE. 



96. 



TRIGLE. 



9.7. PÉRISTÉDION. 



ISTIOPHORE. 



99. G Y M N E T R E. 



A P O G O N. 



TABLEAU 

(Une petite nageoire composée de rayon© 
soutenus par une membrane , auprès de'la 
base de chaque nageoire pectorale. 
'Des aiguillons dentelés, entre les deux na- 
geoires dorsales ; des rayons articulés et 
non réunis par une membrane , auprès de 
chacune des nageoires pectorales. 

[Point d'aiguillons dentelés entre les deux 
nageoires dorsales; des rayons articulés et 
non réunis par une membrane , auprès de 
chacune des nageoires pectorales. 

! Des rayons articulés et non réunis par une 
membrane, auprès des nageoires pecto- 
rales; une seule nageoire dorsale; point 
d'aiguillons dentelés sur le dos ; une ou 
plusieurs plaques osseuses au-dessous du 
corps. 

[Point de rayons articulés et libres auprès 
des nageoires pectorales , ni de plaques 
osseuses au-dessous du corps ; la première 
nageoire du dos, arrondie ,. très-longue, et 
d'une hauteur supérieure à celle du corps; 
deux rayons à chaque thoracine. 

(Point de nageoire de l'anus ; une seule na- 
geoire dorsale ; les rayons des nageoires 
thoracines très-alongés. 

Le corps couvert de grandes écailles qui se 
détachent aisément ; deux nageoires dor- 
sales; plus d'un barbillon à la mâchoire 
inférieure. 

Les écailles grandes et faciles à détacher ; le 
sommet de la tête élevé ; deux nageoires 
dorsales; point de barbillons au-dessous 
de la mâchoire inférieure* 






Genres-' 



102. I0SCHURE. 



Io3. MACROPODE. 



104. 



LABRE. 



ïo5. 



CHEILINE; 



I06. CHEI LODI PT È RE. 



DES GENRES. l3 

La nageoire de la queue lancéolée ; cette na-v 
geoire et les pectorales aussi longues, au 
moins , que le quart de la longueur totale 
de ranimai ; la nageoire dorsale longue , et 
profondément échancrée; deux barbillons 
à la mâchoire inférieure. 

Les thoracines au moins de la longueur da 
corps proprement dit ; la nageoire caudale 
très-fourchue , et à peu près aussi longue 
que le tiers de la longueur totale de l'ani-' 
mal; la tête proprement dite et' les oper- 
cules revêtus d'écaillés semblables à celles 
du dos ; l'ouverture de la bouche très- 
petite. 

La lèvre supérieure extensible ; point de 
dents incisives ou molaires ; les opercules 
des branchies , dénués de piquans et de 
dentelure; une seule nageoire dorsale; cette 
nageoire du dos très-séparée dé celle de la 
queue , ou très-éloignée de la nuque, ou 
composée de rayons terminés par un fila- 
ment. 

La lèvre supérieure extensible; les opercules 
des branchies dénués de piquans et de 
dentelure; une seule nageoire dorsale; 
cette nageoire du dos très - séparée de 
celle de la queue, ou très-éloignée de 
la nuque, ou composée de rayons termi- 
nés par un filament; de grandes écailles 
ou des appendices placés sur la base de la 
nageoire caudale, ou sur les côtés de la 
queue. 

La lèvre supérieure extensible; point de 
dents incisives ni molaires; les opercules 
des bran.chies dénués de piquans et de den- 
telure ; deux nageoires dorsales* 



n 

Genres; 



I07. OPHICEPHALE. 



108. HOLOGYMNOSE. 



S C A E E. 



IIO. OS TO R HIN QV E. 



SP A R E. 



TABLEAU 

r Point de dents incisives ni molaires ; les oper- 
cules des branchies dénués de piquans et de 
dentelure; une seule nageoire dorsale; la 
tête aplatie , arrondie par-devant , sem- 
blant à celle d'un serpent , et couverte 
d'écaillés polygones, plus grandes que 
celles du dos , et disposées à peu près 
comme celles que l'on voit sur la tête de 
la plupart des couleuvres ; tous les rayons 
des nageoires articulés. 

Toute la surface de l'animal dénuée d'é- 
cailles facilement visibles; la queue re- 
présentant deux cônes tronqués , appliqués 
le sommet de l'un contre le sommet de 
l'autre , et inégaux en longueur; la cau- 
dale très-courte; chaque thoracine compo- 
sée d'un ou plusieurs rayons mous et réu- 
nis ou enveloppés de manière à imiter un 
barbillon charnu. 

Les mâchoires osseuses, très-avancées, et 
tenant lieu de véritables' dents ; une seule 
nageoire dorsale. 

Les mâchoires osseuses , très-avancées , et 
tenant lieu de véritables dents ; deux na- 
geoires dorsales. 

^Les lèvres supérieures peu extensibles, ou 
non extensibles ; ou des dents incisives , ou 
des dents molaires disposées sur un ou 
plusieurs rangs; point de piquans ni de 
dentelure aux opercules; une seule na- 
geoire dorsale ; cette nageoire éloignée de 
celle de la queue, ou la plus grande hau- 
teur du corps proprement dit, supérieure, 
ou égale , ou presque égale à la longueur 
de ce même corps. 



Genres. 



112. DIPTÉRODON. 



?l3. 



L U T J A N. 



114. CENTROPOME. 



Il5. 



BODIAN. 



Il6. TjEN I A N O TE. 



II 7 . 



S C IEN E. 



DES GENRES. jo 

Les lèvres supérieures peu extensibles , ou 
non extensibles; ou des dents incisives, 
ou des dents molaires disposées sur un ou 
plusieurs rangs; point de piquans ni de 
dentelure aux opercules; deux nageoires 
dorsales; la seconde nageoire du dos éloi- 
gnée de celle de la queue, ou la plus 
grande hauteur du corps proprement dit, 
supérieure, ou égale, ou presque égale à 
la longueur de ce même corps. 

'Une dentelure à une ou à plusieurs pièces 
de chaque opercule; point de piquans à 
ces pièces; une seule nageoire dorsale; 
un seul barbillon ou point de barbillons 
aux mâchoires. 

Une dentelure à une ou à plusieurs pièces de 
chaque opercule; point d'aiguillons à ces 
pièces ; un seul barbillon ou point de bar- 
billons aux mâchoires ; deux nageoires 
dorsales. 

fUn ou plusieurs aiguillons et point de den- 
telure aux opercules; un seul barbillon 
ou point de barbillons aux mâchoires; 
une seule nageoire dorsale. 

Un ou plusieurs aiguillons et point de den- 
telure aux opercules; un seul barbillon ou 
point de barbillons aux mâchoires; une 
nageoire dorsale étendue depuis l'entre- 
deux des yeux jusqu'à la nageoire de la 
queue, ou très-longue et composée de plus 
de quarante rayons. 

'Un ou plusieurs aiguillons et point de den- 
telure aux opercules; un seul barbillon ou 
point de barbillons .aux mâchoires ; deux 
nageoires dorsales. 



ï6 

Genres. 



110. MICROPTERE. 



IIQ. HOLOCEN TRE. 



120. PERSE QUE. 



TABLEAU DES GENRES. 

'Un ou plusieurs aiguillons et point de den- 
telure aux opercules; un barbillon ou point 
de barbillons aux mâchoires ; deux na- 
geoires dorsales; la seconde très-basse, 
très-courte, et comprenant au plus cinq 
rayons. 

'Un ou plusieurs aiguillons et une dentelure 
aux opercules ; un barbillon ou point de 
barbillons aux mâchoires ; une seule na- 
geoire dorsale. 

T^n ou plusieurs aiguillons et une dentelure 
aux opercules; un barbillon ou point de 
barbillons aux mâchoires; deux nageoires 
dorsales. 




HISTOIRE NATURELLE 



DES POISSONS. 



DES EFFETS DE L'ART DE L'HOMME 



SUR LA NATURE DES POISSONS. 



C'est un beau spectacle que celui de l'intelligence 
humaine, disposant des forces de la Nature, les divi- 
sant, les réunissant, les combinant, les dirigeant à son 
gré, et, par l'usage habile que l'expérience et l'obser- 
vation lui en ont appris, modifiant les substances, 
TOME III. A 



i j EFFETS DE L'ART DE ÙOMME 

transformant les êtres , et rivalisant, pour ainsi dire; 
avec la puissance créatrice. 

L'amour propre, l'intérêt, le sentiment et la raison 
applaudissent sur-tout à ce noble spectacle , lorsqu'il 
nous montre le génie de l'homme exerçant son empire, 
non seulement sur la matière brute qui ne lui résiste 
que par sa masse, ou ne lui oppose que ce pouvoir 
des affinités qu'il lui suffit de connoître pour le maî- 
triser , mais encore sur la matière organisée et vive , 
sur les corps animés, sur les êtres sensibles, sur les 
propriétés des espèces, sur ces attributs intérieurs, ces 
facultés secrètes, ces qualités profondes qu'il domine, 
sans même parvenir à dévoiler leur essence. 

De quelques êtres organisés et vivans que l'on veuille 
dessiner l'image , on voit presque toujours sur quel- 
ques uns de leurs traits l'empreinte de l'art de l'homme. 

Sans doute l'histoire de son industrie n'est pas celle 
de la Nature : mais comment ne pas en écrire quelques 
pages , lorsque le récit de ses procédés nous montre 
jusqu'à quel point la Nature peut être contrainte à 
agir sur elle-même, et que cette puissance admi- 
rable de l'homme s'applique à des objets d'une haute 
importance pour le bonheur public et pour la félicité 
privée? 

Parmi ces objets si dignes de l'attention de l'économe 
privé et de l'économe public , comptons , avec les 
sages de l'antiquité, ou, pour mieux dire, avec ceux 
de tous les siècles qui ont le plus réuni l'amour de 



SUR LA NATURE DES POISSONS. ilj 

l'humanité à la connoissance des productions de la 
Nature, la possession des poissons les plus analogues 
aux besoins de l'homme. 

Deux grands mojens peuvent procurer ces poissons 
que Ton a toujours recherchés, mais auxquels, dans 
certains siècles et dans certaines contrées, on a attaché 
un si grand prix. 

Le premier de ces mojens , résultat remarquable 
du perfectionnement de la navigation, multipliant 
chaque jour le nombre des marins audacieux , et 
accroissant les progrès de l'admirable industrie sans 
laquelle il n'auroit pas existé , obtiendra toujours les 
plus grands encouragemens des chefs des nations 
■éclairées : il consiste dans ces grandes pêches auxquelles 
des hommes entreprenans et expérimentés vont se li- 
vrer sur des mers lointaines et orageuses. 

Mais l'usage de ce mojen, limité par les vents, les 
courans et les frimas, et troublé fréquemment par 
les innombrables accidens de l'atmosphère et des mers, 
exige sans cesse une association constante, prévojante 
et puissante, une réunion difficile d'instrumens variés, 
une sorte d'alliance entre un grand nombre d'hommes 
que Ton ne peut rencontrer que très-rarement et 
rapprocher qu'avec peine. 11 ne donne à nos ateliers 
qu'une partie des produits que l'on pourroit retirer 
des animaux poursuivis dans ces pêches éloignées et 
fameuses , et ne procure pour la nourriture de l'homme 
que des préparations peu substantielles, peu agréables, 
ou peu salubres. 



h EFFETS DE ÙRT DE L'HOMME 

Le second moyen convient à tous les temps, à tous* 
les lieux , à tous les hommes. Il ne demande que peu 
de précautions, que peu d'efforts, que peu d'instans, 
que peu de dépenses. Il ne commande aucune absence 
du séjour que Ton affectionne , aucune interruption 
de ses habitudes, aucune suspension de ses affaires; 
il se montre avec l'apparence d'un amusement varié, 
d'une distraction agréable, d'un jeu plutôt que d'un 
travail; et cette apparence n'est pas trompeuse. Il doit 
plaire à tous les âges; il ne peut être étranger à aucune 
condition. Il se compose des soins par lesquels on par- 
vient aisément à transporter dans les eaux que l'on veut 
rendre fertiles , les poissons que nos goûts ou nos 
besoins réclament , à les y acclimater , à les y conserver, 
à les y multiplier, à les y améliorer. 

Nous traiterons des grandes pêches dans un discours 
particulier. 

Occupons -nous dans celui-ci de cet ensemble de 
soins qui nous rappelle ceux que les Xénophon , les 
Oppien, les Varron , les Ovide, les Columelle, les 
Ausone, se plaisoient à proposer aux deux peuples les 
plus illustres de l'antiquité , que la sagesse de leurs 
préceptes , le charme de leur éloquence, la beauté de 
leur poésie et l'autorité de leur renommée inspiroient 
avec tant de facilité aux Grecs et aux Romains, et qui 
étoient en très-grand honneur chez ces vainqueurs de 
l'Asie et de l'Europe, que la gloire avoit couronnés de 
tant de lauriers. 



SUR LA NATURE DES POISSONS; V 

L'homme d'état doit les encourager, comme une 
seconde agriculture : l'homme des champs doit les 
adopter, comme une nouvelle source de richesses et 
de plaisirs. 

En rendant en effet les eaux plus productives que la 
terre, en répandant les semences d'une abondante et 
utile récolte , dans tous les lacs , dans les rivières, dans 
les ruisseaux, dans tous les endroits que la plus foible 
source arrose , ou qui conservent sur leur surface le 
produit des rosées et des pluies, ces soins que nous 
allons tâcher d'indiquer, n'augmenteront-ils pas beau- 
coup cette surface fertile et nourricière du globe , de 
laquelle nous tirons nos véritables trésors? et l'accrois- 
sement que nous devrons à ces procédés simples et 
peu nombreux , ne sera-t-il pas d'autant plus considé- 
rable , que ces eaux dans lesquelles on portera , en- 
tretiendra et multipliera le mouvement et la vie , 
offriront une profondeur bien plus grande que la 
couche sèche fécondée par la charrue , et à laquelle 
nous confions les graines des végétaux précieux? 

Et, dans ses momens de loisir, lorsque l'ami de la 
Nature et des champs portera ses espérances , ses sou- 
venirs, ses douces rêveries , sa mélancolie même, sur 
les rives des lacs, des ruisseaux ou des fontaines , et 
que, mollement étendu sur une herbe fleurie, à l'ombre 
d'arbres élevés et touffus, il goûtera cette sorte d'ex- 
tase, cette quiétude touchante, cette volupté du repos, 
cet abandon de toute idée trop forte, cette absence 



VJ EFFETS DE l'a RT DE L'HOMME 

de toute affection trop vive, dont le charme est si 
grand pour une ame sensible, n'éprouvera -t- il pas 
une jouissance d'autant plus douce qu'il aura sous ses 
jeux, au lieu d'une onde stérile, déserte, inanimée, 
des eaux vivifiées, pour ainsi dire, et embellies par la 
légèreté des formes, la vivacité des couleurs, la variété 
des jeux, la rapidité des évolutions? 

Voyons donc comment on peut transporter, accli- 
mater, multiplier et perfectionner les poissons ; ou, 
ce qui est la même chose , montrons comment Fart 
modifie leur nature. 

Tâchons d ec|airer la route élevée du physiologiste 
par les lumières de l'expérience , et de diriger l'expé- 
rience par les vues du physiologiste. 

Disons d'abord comment on transporte les poissons 
d'une eau dans une autre. 

De toutes les saisons, la plus favorable au transport 
de ces animaux est l'hiver, à moins que le froid ne 
soit très-rigoureux. Le printemps et l'automne le sont 
beaucoup moins que la saison des frimas; mais il faut 
toujours les préférer à l'été. La chaleur auroit bientôt 
fait périr des individus accoutumés à une température 
assez douce ; et d'ailleurs ils ne résisteroient pas à 
l'influence funeste des orages qui régnent si fréquem- 
ment pendant l'été. 

C'est en effet un beau sujet d'observation pour le 
physicien, que l'action de l'électricité de l'atmosphère 
sur les-habitans des eaux, action h laquelle ils sont 



SUR LA NATURE DES POISSONS." Vlj 

soumis non seulement lorsqu'on les force à changer de 
séjour, mais encore lorsqu'ils vivent indépendans dans 
de larges fleuves, ou dans des lacs immenses, dont la 
profondeur ne peut les dérober à la puissance de ce 
feu électrique. 

Il ne faut exposer aux dangers du transport que des 
poissons assez forts pour résister à la fatigue , à la 
contrainte , et aux autres inconvéniens de leur voyage. 
A un an, ces animaux seroient encore trop jeunes; l'âge 
le plus convenable pour les faire passer d'une eau dans 
une autre, est celui de (rois ou quatre ans. 

On ne remplira pas entièrement d'eau les tonneaux 
dans lesquels on les renfermera. Sans cette précaution , 
les poissons, montant avec rapidité vers la surface de 
l'eau , blesseroient leur tète contre la partie supérieure 
du vaisseau dans lequel ils seront placés. Ces tonneaux 
devront d'ailleurs présenter un assez grand espace. 
Bloch, qui a écrit des observations très-utiles sur l'art 
d'élever les animaux dont nous nous occupons, demande 
qu'un tonneau destiné à transporter des poissons du 
poids de cinquante kilogrammes (cent livres, ou à peu 
près) contienne trois cent vingt litres ou pintes d'eau. 

Il est même nécessaire que vers la fin du printemps 
ou au commencement de l'automne, c'est-à-dire, lors- 
que la chaleur est vive au moins pendant plusieurs 
heures du jour, cette quantité d'eau soit plus grande, , 
et souvent double; et quelle que soit la température de 
l'air, il faut qu'il y ait toujours une communication 



viij EFFETS DE LART DE l' HOMME 

libre entre l'atmosphère et l'intérieur du tonneau, soit 
pour procurer aux poissons , suivant l'opinion de quel- 
ques physiciens , l'air qui peut leur être nécessaire , 
soit pour laisser échapper les miasmes malfaisans et 
les gaz funestes qui , ainsi que nous l'avons déjà dit 
dans cette histoire , se forment en abondance dans 
tous les endroits où les habitans des eaux sont réunis 
en très-grand nombre, même lorsque la chaleur n'est 
pas très-forte , et leur donnent la mort souvent dans 
nn espace de temps extrêmement court. 

Mais comme ces soupiraux si nécessaires aux pois- 
sons que l'on fait vojager , pourr oient , s'ils étoient 
faits sans attention, laisser à l'eau des mouvemena 
trop libres et trop violens qui la feroient jaillir, pous- 
seroient les poissons les uns contre les autres, les frois» 
seroient et les blesseroient mortellement , il sera bon 
de suivre , à cet égard , les conseils de Bloch , qui 
recommande de prévenir la trop grande agitation de 
l'eau par une couronne de paille ou de petites planches 
minces introduites dans le tonneau, ou en adaptant 
à l'orifice qu'on laisse ouvert, un tuyau un peu long, 
terminé en pointe , et percé vers le haut de plusieurs 
trous qui établissent une communication suffisante 
entre l'air extérieur et l'intérieur du vaisseau *. 

Toutes les fois que la distance le permettra , on 
emploiera aussi des bêtes de somme tranquilles, ou 
^ . . ■ ■ ' ' _ , ■ _— 

* introduction à Vhistoire naturelle des poissons^ par Bloch, 



SUR LA NATURE DES POISSONS. IX 

même des porteurs attentifs , plutôt que des voitures 
exposées à des cahots rudes et à des secousses brusques 
et fréquentes. 

On prendra encore d'autres précautions, suivant les 
circonstances dans lesquelles on se trouvera , et les 
espèces dont on voudra porter des individus vivans à 
un assez grand éloignement de leur premier séjour. 

Si Ton veut, par exemple, conserver en vie, malgré 
un long trajet, des truites, des loches, ou d'autres 
poissons qui périssent facilement, et qui se plaisent au 
milieu d'une eau courante , on change souvent celle 
du tonneau dans lequel on les renferme, et on ne cesse) 
de communiquer à celle dans laquelle on les tient 
plongés , un mouvement doux, mais sensible, qui sub- 
siste lors même que la voiture qui les porte s'arrête , 
et qui, bien inférieur à une agitation dangereuse, 
représente les courans naturels des rivières ou des 
ruisseaux. 

Pour peu que l'on craigne les effets de la chaleur r 
on voyagera la nuit ; et l'on évitera avec le plus grand 
soin, en maniant les poissons, de les presser, de les 
froisser , de les heurter. 

On x ne les laissera hors de Feau que pendant le temps 
le plus court possible, sur-tout lorsqu'un soleil sans 
nuages pourroit , en desséchant promptement leurs 
organes et particulièrement leurs branchies , les faire 
périr très-promptement. Cependant, lorsque le temps 
sera froid , on pourra transporter des anguilles, des 
Tome m, b 



X EFFETS DE l' ART DE l' HOMME 

carpes, des brèmes, et d'autres poissons qui vivent assez 
long-temps hors de l'eau, sans employer ni tonneau 
ni voiture, en les enveloppant dans de la neige et dans 
des feuilles grandes, épaisses et fraîches, telles que 
celles du chou ou de la laitue. Un moyen presque sem- 
blable a réussi sur des brèmes que l'on a portées vi- 
vantes à plus de dix myriamètres (vingt lieues). On les 
a voit entourées de neige , et on a voit mis dans leur 
bouche un morceau de pain trempé dans de l'eau-de- 
vie. 

C'est avec des précautions analogues que dès le 
seizième siècle on a répandu dans plusieurs contrées 
de l'Europe, des espèces précieuses de poisson, dont 
on y étoit privé. C'est en les employant, qu'il paroit 
cjue Maschal a introduit la carpe en Angleterre en 
i5i4; que Pierre Oxe l'a donnée au Danemarck en i55o; 
qu'à une époque plus rapprochée on a naturalisé 
l'acipensère strelet en Suède , ainsi qu'en Poméranie , 
et qu'on a peuplé de cyprins dorés de la Chine les eaux 
non seulement de France, mais encore d'Angleterre ? 
de Hollande et dAllemagne. 

Mais il est un procédé par le moyen duquel on par- 
vient à son but avec bien plus de sûreté , de facilité 
et d'économie, quoique beaucoup plus lentement. 

Il consiste à transporter le poisson, non pas déve- 
loppé et parvenu à une taille plus ou moins grande, 
mais encore dans l'état d'embryon et renfermé dans 
son œuf. Pour réussir plus aisément , on prend les 



SUR LA NATURE DES BOISSONS. ;XJ 

îierbes ou les pierres sur lesquels les femelles ont 
déposé leurs œufs , et les mâles leur laite , et ou les 
porte dans un vase plein d'eau, jusqu'au lac, à l'étang, 
à la rivière , ou au bassin que l'on désire de peupler. 
On apprend facilement à distinguer les œufs fécondés, 
^.d'avec ceux qui n'ont pas été arrosés de la liqueur pro- 
lifique du mâle, et que l'on doit rejeter : les premiers 
paroissent toujours plus jaunes, plus clairs, plus dia- 
phanes. On remarque cette différence dès le premier 
jour de leur fécondation, si l'on se sert d'une loupe; 
et dès le troisième ou le quatrième jour on n'a plus 
besoin de cet instrument, pour voir que ceux qui 
n'ont pas été fécondés par le mâle , deviennent à 
chaque instant plus troubles, plus opaques, plus ternes : 
ils perdent tout leur éclat, s'altèrent, se décomposent; 
et dans cet état de demi-putréfaction , ils ont été com- 
parés à de petits grains de grêle qui commencent à 
-se fondre *. 

Pour pouvoir employer ce transport des œufs fécon- 
dés , d'une eau dans une autre , il faudra s'attacher à 
connoître dans chaque pays le véritable temps de la 
ponte de chaque espèce , et du passage des mâles au- 
dessus des œufs; et comme dans presque toutes les 
espèces depoissons on compte trois ou quatre époques 
du frai, les jeunes individus pondant leurs œufs plus 
tard que les femelles plus avancées en âge, et celles-ci 



r Bloch , Introduction à l'histoire naturelle des poissons. 



XÎj EFFETS DE L'ART DE l'hOMMË 

plus tard que d'au&rès femelles plus âgées encore, que 
ces époques sont ordinairement séparées par un inter- 
valle de neuf ou dix jours, et que d'ailleurs il s'écoule 
toujours au moins près de neuf jours entre l'instant 
de la fécondation et celui où le fœtus brise sa coque et 
vient à la lumière , on pourra chaque année, pendant 
un mois ou environ, chercher avec succès des œufs 
fécondés de l'espèce qu'on voudra introduire dans une 
eau qui ne l'aura pas encore nourrie. 

Si le trajet est long, on change souvent l'eau du 
vase dans lequel les œufs sont transportés. Cette pré- 
caution a paru nécessaire même dans les premiers 
jours de la ponte, où l'embryon contenu dans l'œuf 
ne peut être supposé respirer en aucune manière, 
puisque, dans ces premiers jours, non seulement le 
petit animal est renfermé dans ses enveloppes et dans 
la membrane qui entoure l'œuf, mais encore montre 
©u microscope le cours de son sang , dirigé de manière 
à circuler sans passer par des branchies qui ne sont ni 
développées ni visibles. Elle ne sert donc dans ce pre- 
mier temps qu'à préserver les œufs et les embryons, de 
l'action des gaz ou miasmes qui se produiroient dans 
une eau que l'on ne renouvelleroit pas, et qui, péné- 
trant au travers de la membrane de l'œuf, agiroient 
d'une manière funeste sur les nerfs ou sur d'autres 
organes encore extrêmement délicats des jeunes pois^ 
sons. La nécessité de ce changement d'eau est donc une 
nouvelle preuve de ce que nous avons dit dans ce 



SUR LA NATURE DES POISSONS? xii] 

Discours , et dans celui que nous avons publié sur la 
nature des poissons, au sujet du besoin que l'on a 
pour conserver ces animaux en vie , d'entretenir une 
communication très-libre entre l'atmosphère et le fluide 
dans lequel ils sont plongés. 

On favorise le développement de l'œuf et la sortie 
du foetus, en les plaçant après le transport dans un 
endroit éclairé par le soleil. On les hâte même par cette 
attention; et Bloch nous apprend dans l'introduction, 
que nous avons déjà citée, qu'ayant fait quatre paquets 
d'herbes chargées d'œufs de la même espèce, ayant 
exposé le premier au soleil du midi , le second au soleil 
levant, le troisième au couchant, et ayant fait mettre 
le quatrième à l'abri du soleil, les oeufs du premier 
paquet furent ouverts par le fœtus deux jours avant 
ceux du quatrième, et les œufs du second et du troi- 
sième un jour plutôt que ceux du quatrième paquet, 
que la chaleur du soleil n'avoit pas pénétrés. 

Cependant les eaux dans lesquelles vivent les pois- 
sons, peuvent être salées ou douces, troubles pu lim- 
pides, chaudes ou froides , tranquilles ou agitées par 
des courans plus ou moins rapides. Elles doivent tou- 
jours présenter ces qualités combinées quatre à quatre, 
la même eau devant être nécessairement courante ou 
tranquille , froide ou chaude , claire ou limoneuse , 
douce ou salée. Mais ces huit modifications réunies 
quatre à quatre peuvent produire seize combinaisons: 
l'eau qui nourrit les poissons peut donc offrir seize 



XÎV EFFETS DE L'ART DE L'HOMME 

manières d'être très-différentes Tune de l'autre, et 
très-faciles à distinguer. Nous en trouverions un nombre 
immense si nous voulions faire attention à toutes les 
nuances que chacune de ces modifications peut mon- 
trer, et à toutes les combinaisons qui peuvent résulter 
du mélange de tous ces degrés. Néanmoins ne tenons 
compte que des seize caractères bien distincts qui 
peuvent appartenir à l'eau ; et vojons l'influence de 
la nature des différentes eaux sur la conservation des 
poissons que l'on veut acclimater. 

Il est évident que si l'on jette les jeux au hasard sur 
une des seize combinaisons que nous venons d'indi- 
quer, on ne la verra pas séparée des quinze autres par 
un égal nombre de différences. 

Que l'on dépose donc les poissons que l'on viendra 
de transporter, dans les eaux les plus analogues à celles 
dans lesquelles ils auront, vécu - y et lorsqu'on sera 
embarrassé pour trouver de ces eaux adaptées aux in- 
dividus que l'on voudra conserver, que l'on préfère 
de les placer dans des lacs , où ils jouiront à leur vo- 
lonté des eaux courantes qui s'j jettent ou en sortent, 
et des eaux paisibles qui y séjournent, où ils ren- 
contreront des touffes de végétaux aquatiques et des 
rochers nuds , des fonds de sable et des terrains 
vaseux, où ils jouiront d'une température douce en 
s'enfonçant dans les endroits les plus profonds , et où 
ils pourront se réchauffer aux rajons du soleil en 
s'élevant vers la surface. 



SUR LA NATURE DES POISSONS. XV 

Que Ton choisisse néanmoins les lacs dont les rives 
sont unies, plutôt que ceux dont les rivages sont très- 
hauts; et si l'on est obligé de se servir de ces lacs à 
bords très-exhaussés , et où par conséquent les œufs 
déposés sur des fonds trop éloignés de l'atmosphère 
ne peuvent pas recevoir l'heureuse influence de la 
lumière et de la chaleur, qu'on supplée aux côtes 
basses et aux pentes douces , en faisant construire dans 
ces lacs et auprès de leurs bords des espèces de parcs 
ou de viviers en bois, qui présenteront des plans incli- 
nés très-voisins de la surface de l'eau , et que l'on gar- 
nira, dans la saison convenable, de branches et de 
rameaux sur lesquels les femelles puissent frotter leur 
ventre et se débarrasser de leurs œufs. 

Aura-t-on à sa disposition des eaux thermales assez 
abondantes pour remplir de vastes réservoirs , et y 
couler constamment en si grand volume, que dans 
toutes les saisons la chaleur y soit très -sensible? On 
en profitera pour acclimater des espèces étrangères, 
utiles par la bonté de leur chair, ou agréables aux 
yeux par la vivacité de leurs couleurs , la beauté de 
leurs formes et l'agilité de leurs mouvemens , et qui 
n'auront vécu jusqu'à ce moment que dans les contrées 
renfermées clans la zone torride ou très-voisines des 
tropiques. 

Lorsque les poissons ne sont pas délicats, ils peuvent 
néanmoins supporter très-facilement le passage d'une 
eau à une eau très-différente de la première. On l'a 



Xvj EFFETS DE L'ART DE L'HOMME 

remarqué particulièrement sur l'anguille; et le citoyen 
De Septfontaines , observateur très-éclairé , que nous 
avons eu le plaisir de citer très-souvent dans nos ou- 
vrages , nous a écrit dans le temps , qu'il avoit fait 
transporter des anguilles d'une eau bourbeuse dans 
le vivier le plus limpide, d'une eau froide dans une 
eau tempérée , d'une eau tempérée dans une eau froide, 
d'un vivier très-limpide dans une eau limoneuse, etc.; 
qu'il avoit fait supporter^ces transmigrations à plus de 
trois cents individus ; qu'il les y avoit soumis dans, 
différentes saisons; qu'il n'en étoit pas mort la ving- 
tième partie; et que ceux qui a voient péri, n'avoienfc 
succombé qu'à la fatigue et à la gêne que leur avoit 
fait éprouver un séjour très -long dans des vaisseaux 
très-étroits. 

On pourroit croire, au premier coup d'oeil, qu'une 
des habitudes les plus difficiles à donner aux poissons 
seroit celle de vivre dans l'eau douce après avoir vécu 
dans l'eau salée , ou celle de n'être entourés que d'eau 
salée après avoir été continuellement plongés dans de 
l'eau douce. 

Cependant on ne conservera pas longtemps cette 
opinion , si l'on considère qu'à la vérité l'eau salée, 
comme plus pesante , soutient davantage le poisson qui 
nage, et dès-lors lui donne, tout égal d'ailleurs, plus 
d'agilité et de vitesse dans ses mouvemens , mais que 
lorsqu'elle se décompose dans les branchies pour en- 
tretenir par son oxygène la circulation du sang , ou 



SUR LA NATURE DES POISSONS. XVlj 

seulement dans le canal intestinal pour servir par 
son hydrogène à la nourriture de l'animal, le sel dont 
elle est imprégnée, n'altère ni l'un ni l'autre produit 
de cette décomposition. L'oxygène et l'hydrogène reti- 
rés de l'eau salée, ou obtenus par le moyen de l'eau 
douce, offrent les mêmes propriétés, produisent les 
mêmes effets. Si le poisson est plus gêné dans ses mou- 
vemens au milieu d'un lac d'eau douce que dans le 
sein de l'océan, il tire de l'eau de la mer et de celle du 
lac la même nourriture; et il peut, au milieu de l'eau 
douce, n'être privé que de cette sorte de modification 
qu'impriment la substance saline et peut-être une 
matière particulière bitumineuse ou de toute autre 
nature , contenues dans l'eau de l'océan , et qui l'envi- 
ronnant sans cesse , lorsqu'il vit dans la mer, peuvent 
traverser ses tégumens , pénétrer sa masse, et s'iden- 
tifier avec ses organes. 

De plus, un très -grand nombre de poissons ne 
passent- ils pas la moitié de l'année dans l'océan , et 
l'autre moitié dans les rivières ainsi que dans les 
fleuves? et ces poissons voyageurs ne paroissent-ils pas 
avoir absolument la même organisation que ceux qui , 
plus sédentaires , n'abandonnent dans aucune saison 
les rivières ou la mer? 

Quant à la température , les eaux , au moins les 
eaux profondes, présentent presque la même, dans 
quelque contrée qu'on les examine. D'ailleurs les ani- 
maux s'accoutument beaucoup plus aisément qu'on ne 
TOME m. c 



Xviij EFFETS DE L'ART DE L* HOMME 

3e croit, à des températures très-différentes de celle à 
laquelle la Nature les avoit soumis. Ils s'y habituent 
même lorsque, vivant dans une très-grande indépen- 
dance, ils pourroient trouver dans des contrées plus 
chaudes ou plus froides que leur nouveau séjour, une 
sûreté aussi grande, un espace aussi libre, une habita- 
tion aussi adaptée à leur organisation, une nourriture 
aussi abondante. Nous en avons un exemple frappant 
dans l'espèce du cheval. Lors de la découverte de 
l'Amérique méridionale, plusieurs individus de cette 
espèce , amenés dans cette partie du nouveau conti- 
nent, furent abandonnés, ou s'échappèrent dans des 
contrées inhabitées voisines du rivage sur lequel on 
les avoit débarqués : ils s'y multiplièrent; et de leur 
postérité sont descendues des troupes très-nombreuses 
de chevaux sauvages, qui se sont répandus à des dis*- 
tances très-considérables de la mer, se sont très-éloignés 
de la ligne équinoxiale, sont parvenus très-près de 
l'extrémité australe de l'Amérique, j occupent de vastes 
déserts, n'y ont perdu aucun de leurs attributs, ont été 
plutôt améliorés qu'altérés par leur nouvelle manière 
de vivre, y sont exposés à un froid assez rigoureux 
pour qu'ils soient souvent obligés de chercher leur 
nourriture sous la neige qu'ils écartent avec leurs pieds; 
et néanmoins on ne peut guère disconvenir que le 
cheval ne soit originaire du climat brûlant de l'Arabie. 
Il n'y a que les animaux nés dans les environs des 
cercles polaires, qui ont dès leurs premières années 



SUR LA NATURE DES POISSONS. XÏX 

supporté le poids des hivers les plus rigoureux , et 
dont la nature, modifiée par les frimas, non seule- 
ment dans eux, mais encore dans plusieurs des géné- 
rations qui les ont précédés, est devenue, pour ainsi 
dire, analogue à tous les effets d'un froid extrême, 
qui ne paroissent pas pouvoir résister à une tempéra- 
ture très-différente de celle à laquelle ils ont toujours 
été exposés. Il semble que la raréfaction produite dans 
les solides et dans les liquides par une grande éléva- 
tion dans la température, est pour les animaux un 
changement bien plus dangereux que l'accroissement 
de ton, d'irritabilité et de force, que les solides peuvent 
recevoir de l'augmentation du froid; et voilà pourquoi 
on n'a pas encore pu parvenir à faire vivre pendant 
long - temps dans le climat tempéré de la France les 
rennes qu'on y avoit amenés des contrées boréales de 
l'Europe. 

On doit donc , tout égal d'ailleurs, essayer de trans- 
porter les poissons du midi dans les lacs ou les rivières 
du nord, plutôt que ceux des contrées septentrionales 
dans les eaux du midi. Lors même que les rivières ou 
les lacs dans lesquels on aura transporté les poissons 
méridionaux, seront situés de manière à avoir leur sur- 
face glacée pendant une partie plus ou moins longue-' 
de l'année , ces animaux pourront y vivre. Ils se tien- 
dront dans le fond de leurs habitations pendant que 
l'hiver régnera; et si dans cette retraite profonde Hs 
manquent d'une communication suffisante avec Fair 



XX EFFETS DE l' ART DE l' HOMME 

de l'atmosphère, ou si la gelée, pénétrant trop avant; 
leur fait subir son influence , descend jusqu'à eux et 
les saisit, ils tomberont dans cette torpeur plus ou 
moins prolongée, qui conservera leur existence en en 
ralentissant les principaux ressorts \ Combien d'indi- 
vidus et même combien d'espèces cet engourdisse- 
ment remarquable ne préserve-t-il pas de la destruc- 
tion en concentrant la vie dans l'intérieur de l'animal, 
en l'éloignant de la surface où elle seroit trop forte- 
ment attaquée , en la renfermant , pour ainsi dire , 
dans une enveloppe qui ne conserve de la vitalité que 
ce qu'il faut pour ne pas éprouver de grandes décom- 
positions, et en la réduisant, en quelque sorte , à une 
circulation si lente et si limitée , qu'elle peut être in- 
dépendante des objets extérieurs 2 ! S'il ne répare pas, 
comme le sommeil journalier, des organes usés par 
la fatigue , il maintient ces organes ; s'il ne donne 
pas de nouvelles forces , il garantit de l'anéantisse- 
ment ; s'il ne ranime pas le souffle de la vie , il brise 
les traits de la mort. Quelles que soient la cause, la 
force ou la durée du sommeil, il est donc toujours 
un grand bienfait de la Nature ; et pendant qu'il charme 
les ennuis de l'être pensant et sensible, non seulement 
il guérit ou suspend les douleurs, mais il prévient et 
écarte les maux de l'animal , qui , réduit à un instinct 



1 Voyez l'article du scombre maquereau. 

a Vovez le Discours sur la nature des quadrupèdes ovipares* 



SUR LA NATURE DES POISSONS. 1 XXJ 

borné, n'existe que dans le présent, ne rappelle aucun 
souvenir, et ne conçoit aucun espoir. 

La qualité et l'abondance de la nourriture , ces 
grandes causes des migrations volontaires de tous les 
animaux qui quittent leur pajs , sont aussi les objets 
auxquels on doit faire le plus d'attention , lorsqu'on 
cherche à conserver des animaux en vie dans un autre 
séjour que leur pajs natal, et par conséquent lorsqu'on 
veut acclimater des espèces de poisson. 

L'aliment auquel le poisson que l'on vient de dé- 
passer est le plus habitué, est celui qu'il faudra lui 
procurer ; il retrouvera sa patrie par-tout où il aura sa 
nourriture familière. Parle moyen d'herbes, de feuilles, 
d'amas de végétaux, de fumiers de toute sorte, on 
donnera un aliment très - convenable aux espèces qui 
se nourrissent de débris de corps organisés; on cher- 
chera , on rassemblera des larves et des vers pour celles 
qui les préfèrent ; et lorsqu'on aura transporté des bro- 
chets ou d'autres poissons voraces , il faudra mettre 
dans les eaux qui les auront reçus , ceux dont ils aiment 
à. faire leur proie, qui se plaisent dans les mêmes 
habitations que ces animaux carnassiers, ou qui sont 
peu recherchés par les pêcheurs, comme des éperlans, 
des cyprins goujons, des cyprins gibèles , des cyprins 
bordelières, etc. 

On trouvera, en parcourant les différens articles de 
cette histoire, un grand nombre d'espèces remarquables 
par leur beauté, par leur grandeur et par le goût exquis 



XXl'j EFFETS DE L'ART DE LHOMME 

de leur chair, qui mauquent aux eaux douces de notre 
patrie, et qu'on pourroit aisément acclimater en France , 
avec les précautions ou par les mojens que nous venons 
d'indiquer, ou en employant des procédés analogues à 
ceux que nous venons de décrire, et qu'on préféreroit 
d'après la longueur du trajet , la nature du vojage , le 
climat que les poissons auroient quitté , la saison que 
l'on auroit été obligé de choisir , et plusieurs autres 
circonstances. De ce nombre seraient, par exemple, 
le centropome sandat de la Prusse, i'holocentre post 
des contrées septentrionales de l'Allemagne ; et on ne 
devroit même pas être effrayé par la grandeur de la 
distance, sur-tout lorsque le transport pourroit avoir 
lieu par mer, ou par des rivières, ou des canaux. On peut 
en effet, lorsqu'on navigue sur l'océan, sur des canaux 
ou sur des fleuves, attacher à l'arrière du bâtiment 
une sorte de vaisseau, ou, pour mieux dire, de grande 
caisse, que l'on rend assez pesante pour qu'elle soit 
presque entièrement plongée dans l'eau , et dont les 
parois sont percées de manière que les poissons qui y 
sont renfermés reçoivent tout le fluide qui leur est 
nécessaire, et communiquent avec l'atmosphère de la 
manière la plus avantageuse, sans pouvoir s'échapper 
et sans avoir rien à craindre de la dent des squales ou 
des autres animaux aquatiques et féroces. Nous indi- 
quons donc à la suite du post et du sandat , et entre 
plusieurs autres que les bornes de ce discours ne nous 
permettent pas de rappeler ici, l'osphronème goranry, 



SUR LA NATURE DES POISSONS. XXÎij 

déjà apporté de la Chine à l'ïsle de France, le bodian 
aja des lacs du Brésil , et l'holocentre sogo des grandes 
Indes , de l'Afrique et des Antilles. 

Quand on n'aura pas une eau courante à donner à 
ces poissons arrivés d'une terre étrangère, et princi- 
palement lorsque ces nouveaux hôtes auront vécu , jus- 
qu'à leur migration , dans des fleuves ou des rivières , 
on compensera le renouvellement perpétuel du fluide 
environnant que le courant procure , par une grande 
étendue donnée à l'habitation. Ici, comme dans plu- 
sieurs autres phénomènes, un grand volume en repos 
tiendra lieu d'un petit volume eu mouvement ; et dans 
un espace de temps déterminé, l'animal jouira de la 
même quantité de molécules de fluide, différentes de 
celles dont il aura déjà reçu l'influence. 

Sans cette précaution , les poissons que l'on voudroit 
acclimater éprouveroient les mêmes accidens que ceux 
de nos contrées que l'on enlève aux petites rivières, et 
particulièrement à la partie de ces rivières la plus voi- 
sine de la source , et qu'on veut conserver dans des 
vaisseaux ou même dans des bassins très-étroits. On est 
obligé de renouveler très-souvent l'eau qui les entoure 5 
sans cela , les diverses émanations de leur corps, et l'ef- 
fet nécessaire du rapprochement d'une grande quan- 
tité de substances animales , vicient l'eau, la corrompent 
par la production de gaz que l'on voit s'élever en 
petites bulles, et la rendent si funeste pour eux, qu'ils 
périssent s'ils ne viennent pas à la surface chercher 



XXÎV EFFETS DE L'ART DE L* HO M ME 

le voisinage de l'atmosphère, et respirer, pour ainsi 
dire, des couches de fluide plus pures. 

Ces faits sont conformes à de belles expériences 
faites par mon confrère le citojen Silvestre le fils , et 
à celles qui furent dans le temps communiquées à 
BufFon par une note que ce grand naturaliste me remit 
quelques années après, et qui avoient été tentées sur 
des gades lotes , des cottes chabots , des cyprins gou- 
jons, et d'autres cyprins , tels que des gardons, des, 
vérons et des vaudoises. 

Les poissons que l'on veut acclimater sont plus ex- 
posés que les anciens habitans des eaux dans lesquelles 
on les a placés , non seulement aux altérations dont 
nous venons de parler, mais encore à toutes les ma- 
ladies auxquelles leurs diverses tribus sont sujettes. 

Ces maladies assaillent ces tribus aquatiques , même 
lorsque les individus sont encore renfermés dans l'œuf. 
On a observé que des embryons de saumon, de truite 
et de beaucoup d'autres espèces , périssoient lorsque 
des substances grasses, onctueuses, et celles que l'on 
désigne par le nom de saletés et bordures, s'attaehoient 
à l'enveloppe qui les contenoit, et qu'une eau courante 
ne nettoyoit pas promptement cette membrane. 

On suppléera facilement à cette eau courante par une 
attention soutenue et divers petits moyens que les cir- 
constances suggéreront. 

Lorsque les poissons sont vieux , ils éprouvent sou- 
vent une altération particulière qui se manifeste à la, 



SUR LA NATURE DES POISSONS. XXV" 

■surface de l'animal ; les canaux destinés à entretenir ou 
renouveler les écailles s'obstruent ou se déforment; les 
organes qui filtrent la substance nourricière et répa- 
ratrice de ces lames, s'oblitèrent ou se dérangent; les 
écailles changent dans leurs dimensions; la matière qui 
les compose n'a plus les mêmes propriétés ; elles ne 
sont plus ni aussi luisantes, ni aussi transparentes, ni 
aussi colorées ; elles sont clair-semées sur la peau de 
l'animal vieilli ; elles se détachent avec facilité ; elles ne 
sont pas remplacées par de nouvelles lames , ou elles 
cèdent la place , en tombant , à des excroissances dif- 
formes , produites par une matière écailleuse de mau- 
vaise qualité, mélangée avec des élémens hétérogènes, 
et mal élaborée dans des parties sans force, et dans des 
tuyaux qui ont perdu leur première figure. Cette alté- 
ration est sans remède ; il n'y a rien à opposer aux effets 
nécessaires d'un âge très-avancé. Si dans les poissons, 
comme dans les autres animaux, Fart peut reculer l'é- 
poque de la décomposition des fluides, de l'afïbi basse- 
ment des solides , de la diminution de la vitalité , il ne 
peut pas détruire l'influence de ces grands change- 
mens , lorsqu'ils ont été opérés. S'il peut retarder la 
rapidité du cours de la vie , il ne peut pas la faire remon- 
ter vers sa source. 

Mais les maux irréparables de la vieillesse ne sont pas 
à craindre pour les poissons que l'on cherche à acclima- 
ter : dans la plupart des espèces de ces animaux, ils ne 
se font sentir qu'après des siècles , et l'éducation des 
T M E 1 1 1. D 



XXV] EFFETS DE L'ART DE L'HOMME 

individus que Ton transporte d'un pajs dans un autre, 
est terminée long-temps avant la fin de ces nombreuses 
années. Leurs habitudes sont d'autant plus modifiées, 
leur nature est d'autant plus changée avant qu'ils ap- 
prochent du terme de leur existence , qu'on a com- 
mencé d'agir sur eux pendant qu'ils étoient encore très- 
jeunes. 

C'est d'autres maladies que celles de la décrépitude 
qu'il faut chercher à préserver ou à guérir les poissons 
que l'on élève. Et maintenant nous agrandissons le sujet 
de nos pensées ; et tout ce que nous allons dire doit 
s'appliquer non seulement aux poissons que l'on veut 
acclimater dans telle ou telle contrée, mais encore à 
tous ceux que la Nature fait naître sans le secours de 
l'art. 

Ces maladies qui rendent les poissons languissans et 
les conduisent à la mort, proviennent quelquefois de 
la mauvaise qualité des plantes aquatiques ou des 
autres végétaux qui croissent près des bords des fleuves 
ou des lacs, et dont les feuilles, les fleurs ou les fruits 
sont saisis par l'animal qui se dresse, pour ainsi 
dire, sur la rive, ou tombent dans l'eau , y flottent ^ 
et vont ensuite former au fond du lac ou de la rivière 
un sédiment de débris de corps organisés. Ces plantes 
peuvent être, dans certaines saisons de l'année, viciées 
au point de ne fournir qu'une substance mal-saine , non 
seulement aux poissons qui en mangent, mais encore 
à ceux qui dévorent les petits animaux dont elles ont 



SUR LA NATURE DES POISSONS. XXVlj 

composé la nourriture. On prévient ou on arrête les 
suites funestes de la décomposition de ces végétaux en 
détruisant ces plantes auprès des rives de l'habitation 
des poissons , et en les remplaçant par des herbes ou 
des fruits choisis que Ton jette dans l'eau peuplée de 
ces animaux. 

La plus terrible des maladies des poissons est celle 
qu'il faut rapporter aux miasmes produits dans le 
fluide qui les environne. 

C'est à ces miasmes qu ? il faut attribuer la morta- 
lité qui régna parmi ces animaux dans les grands et 
nombreux étangs des environs de Bourg, chef-lieu du 
département de l'Ain, lors de l'hiver rigoureux de la 
fin de 1788 et du commencement de 1789, et dont 
l'estimable Varenne de Fenille donna une notice très- 
bien faite dans le Journal de physique de novembre 
1789. Dès le 26 novembre 1788, suivant ce très -bon 
observateur, la surface des étangs fut profondément 
gelée ' } la glace ne fondit que vers la fin de janvier. 
Dans le moment du dégel, les rives des étangs furent 
couvertes d'une quantité prodigieuse de cadavres de 
poissons, rejetés par les eaux. Parmi ces animaux 
morts , on compta beaucoup plus de carpes que de 
perches , de brochets et de tanches. Les étangs blancs, 
c'est-à-dire ceux dont les eaux reposoient sur un sol 
dur, ferme et argilleux, n'offrirent qu'un petit nombre 
de signes de cette mortalité ; ceux qu'on avoit récem- 
ment réparés et nettoyés , montrèrent aussi sur leurs 



XXVÎÎj EFFETS DE ÙRT DE L*IIOMME 

bords très-peu de victimes : mais presque tous les 
poissons renfermés dans des étangs vaseux, encombrés 
de joncs ou de roseaux , et surchargés de débris de 
végétaux, périrent pendant la gelée. Ce qui prouve 
évidemment que la mort de ces derniers animaux n'a 
pas été l'effet du défaut de l'air de l'atmosphère , 
comme le penseroient plusieurs physiciens , et qu'elle 
ne doit être rapportée qu'à la production de gaz délé- 
tères qui n'ont ^pas pu s'échapper au travers de la 
croûte de glace , c'est que la gelée a été aussi forte à 
la superficie des étangs blancs et des étangs nouvelle- 
ment nettoyés, qu'à celle des étangs vaseux. L'air de 
l'atmosphère n'a pas pu pénétrer plus aisément dans 
les premiers que dans les derniers; et cependant les 
poissons de ces étangs blancs ou récemment réparés 
ont vécu, parce que le fond de leur séjour, n'étanè 
pas couvert de substances végétales, n'a pas pu pro- 
duire les gaz funestes qui se sont développés dans les 
étangs vaseux. Et ce qui achève, d'un autre côté, de 
prouver l'opinion que nous exposons à ce sujet, et qui 
est importante pour la physique des poissons, c'est 
que des oiseaux de proie, des loups, des chiens et 
des cochons mangèrent les restes des animaux rejetés 
après le dégel sur les rivages des étangs remplis de 
joncs, sans éprouver les inconvéniens auxquels ils 
auroient été exposés s'ils s'étoient nourris d'animaux 
morts d'une maladie véritablement pestilentielle. 
Ce sont encore ces gaz maliàisans que nous devons 



S U II LA NATURE DES POISSONS. *XÎX 

regarder comme la véritable origine d'une maladie 
épizootique qui fît de grands ravages, en 1757, dans 
les environs de la, forêt de Crécy. M. de Chaignebrun, 
qui a donné dans le temps un très-bon traité sur cette 
épizootie, rapporte qu'elle se manifesta sur tous les ani- 
maux; qu'elle atteignit les chiens, les poules, et s'éten- 
dit jusqu'aux poissons de plusieurs étangs. Il nomme 
cette maladie fièvre épidémujue contagieuse , inflamma- 
toire , putride et gangreneuse. Un médecin d'un excel-* 
lent esprit, dont les connoissances sont très-variées , et 
qui sera bientôt célèbre par des ouvrages importans, le 
citojen Chavassieu-Daudebert, lui donne, dans sa No- 
sologie comparée, le nom de charbon symptomatique. Je 
pense que cette épizootie ne seroit pas parvenue jus- 
qu'aux poissons, si elle n'avoit pas tiré son origine, de 
gaz délétères. Je crois, avec Aristote, que les poissons 
revêtus d écailles, se nourrissant presque toujours de 
substances lavées par de grands volumes d'eau, res- 
pirant par un organe particulier, se servant, pour cet 
acte de la respiration, de l'oxjgène de l'eau bien plus 
fréquemment que de celui de l'air, et toujours envi- 
ronnés du fluide le plus propre à arrêter la plupart 
des contagions , ne peuvent pas recevoir de maladie 
pestilentielle des animaux, qui vivent dans l'atmo- 
sphère. Mais les poissons des environs de Crécy n'ont 
pas été à l'abri de l'épizootie, au-dessous des couches 
d'eau qui les recouvroient , parce qu'en même temps 
que les marais voisins de la forêt exhaloient les 



XXX EFFETS DE l'âRTDE L'HOMME 

miasmes qui donnoient la mort aux chiens, aux poules, 
et à d'autres espèces terrestres, le fond des étangs 
produisoit des gaz aussi funestes que ces miasmes. Il 
n'y a pas eu de communication de maladie ; mais deux 
causes analogues, agissant en même temps, l'une sous 
l'eau , et l'autre dans l'atmosphère , ont produit des 
effets semblables. 

On peut prévenir presque toutes ces mortalités que 
causent des gaz destructeurs, en ne laissant pas dans 
le fond des étangs ou des rivières , des tas de corps 
organisés qui puissent, en se décomposant, produire 
des émanations pestilentielles , en les entraînant par 
de l'eau courante que l'on introduit dans ces étangs, 
et par de l'eau très-pure et très-rapide que l'on con- 
duit dans ces rivières pour en renouveler le fluide, 
de la même manière que l'on renouvelle celui des 
temples, des salles de spectacle et d'autres grands 
édifices par les courans d'air que l'on y dirige, et 
enfin en brisant pendant l'hiver les glaces qui se 
forment sur la surface des étangs et des rivières , et 
qui retiendroient les gaz pernicieux dans l'habitation 
des poissons. 

11 paroît que lorsque la chaleur est très-grande, 
elle agit sur les poissons indépendamment des fer- 
mentations , des décompositions et des exhalaisons 
qu'elle peut faire naître. Elle influe directement sur 
ces animaux , sur-tout lorsqu'ils sont renfermés dans 
des réservoirs qui ne contiennent qu'un petit volume 



SUR LA NATURE DES POISSONS. XXX) 

d'eau. Elle parvient alors jusqu'au fond du -réservoir, 
qu'elle pénètre, ainsi que les parois- et réfléchie en- 
suite par ce fond et ces parois très - échauffés , elle 
attaque de toutes parts les poissons , qui se trouvent 
dès-lors placés comme dans un foyer , et elle leur nuit 
au point de leur donner des maladies graves. C'est 
ainsi qu'on a vu des anguilles mises pendant l'été dans 
des bassins trop peu étendus, gagner une maladie 
qu'elles se communiquoient, et qui se manifestoit par 
des taches blanches. On dit qu'on les a guéries par le 
moyen du sel, et de la plante nommée .slratioïdes 
aloïdes. Mais quoi qu'il en soit, il vaut mieux empêcher 
cette maladie de naître, en préservant les poissons de 
l'excès de la chaleur , en pratiquant dans leur habita- 
tion des endroits profonds où ils puissent trouver un 
abri contre les feux de l'astre du jour, en plantant 
sur une partie du rivage des arbres touffus qui leur 
donnent une ombre salutaire. 

Et comme il est très -rare que tous les extrêmes ne 
soient pas nuisibles, parce qu'ils sont le plus éloignés 
possible de la combinaison la plus commune et par 
conséquent la plus naturelle des forces et des résis- 
tances ; pendant que les eaux trop échauffées ou tron 
impures donnent la mort à leurs habitans, celles qui 
sont trop froides et trop vives les font aussi périr, ou 
du moins les soumettent à diverses incommodités, et 
particulièrement les rendent aveugles. Nous trouvons h 
ce sujet, dans les Mémoires dç V Académie des sciences 



XXXÎj EFFETS DE L'ART DE l' HOMME 

pour 1748, des observations curieuses du général 
Montalembert , faites sur des brochets ; et le comte 
d'Achard en adressa d'analogues à Buffon, en 1779» 
dans une lettre, dont mon illustre ami m'a remis dans 
le temps un extrait. « Dans une terre que j'ai en Nor- 
» mandie, dit le comte d'Achard, il existe une fon- 
» taine abondante dans les plus grandes sécheresses. 
» Je suis parvenu, au moyen de canaux de terre cuite, 
» à amener l'eau de cette source dans trois bassins que 
» j'ai dans mon parterre. Ces bassins sont murés et 
» pavés à chaux et à sable; mais on n'y a mis l'eau 
» qu'après qu'ils ont été parfaitement secs. Après les 
» avoir bien nettojés et fait écouler la première eau, 
» on y a laissé séjourner celle qui y est venue depuis, 
» et qui coule continuellement. Dans les deux premiers 
» bassins, j'ai mis des carpes de la pins grande beauté, 
» avec des tanches. 5 dans le troisième, des poissons de 
» la Chine (des cyprins dorés) : tout cela existe depuis 
» trois ans. Aujourd'hui les carpes , précieuses par leur 
» beauté et leur. grandeur vraiment prodigieuse, sont 
» attaquées d'une maladie cruelle et dont elles meurent 
» journellement. Elles se couvrent peu à peu d'un 
» limon sur tout le corps, et sur-tout sur les jeux, où 
» il y a en sus une espèce de taie blanche qui se forme 
» peu à peu, comme le limon, jusqu'à l'épaisseur de 
» deux .ou trois lignes. Elles perdent d'abord un œil, 

» puis l'autre, et ensuite crèvent Les tanches et 

» les poissons chinois ne sont pas attaqués de cette 






SUR LA NATURE DES POISSO N S. XXXÎij 

» maladie. Est- elle particulière aux carpes? quel en 
» est le remède? d'où cela peut-il venir? de la vivacité 
» de l'eau ? etc. etc. etc. » 

Cette dernière conjecture nous paroît très-fondée ; 
et ce que nous venons de dire devra faire trouver aisé- 
ment le moyen de garantir ces poissons de cette cécité 
que la mort suit souvent. 

Ces poissons sont aussi quelquefois menacés de 
périr, parce qu'un de leurs organes les plus essentiels 
est attaqué. Les branchies par lesquelles ils respirent , 
et que composent des membranes si délicates et des 
vaisseaux sanguins si nombreux et si déliés , peuvent 
être déchirées par des insectes ou -des vers aquatiques 
qui s'y attachent, et dont ils ne peuvent pas se débar- 
rasser. Peut-être, après avoir bien reconnu l'espèce de 
ces vers ou de ces insectes , parviendra-t-on à trouver 
mi moyen d'en empêcher la multiplication dans les 
étangs, et dans plusieurs autres habitations des pois- 
sons que l'on voudra préserver de ce fléau. 

Les poissons étant presque tous revêtus d'écaillés 
dures et placées en partie les unes au-dessus des 
autres, ou couverts d'une peau épaisse et visqueuse, 
ne sont sensibles que dans une très-petite étendue de 
leur surface. Mais lorsque quelque insecte, ou quelque 
ver, s'acharne contre la portion de cette surface qui 
n'est pas défendue , et qu'il s'y place et s j accroche 
de manière que le poisson ne peut y en se frottant 
contre des végétaux, des pierres, du sable, ou de la 

TOME III. E 



XXXl'v EFFETS DE L'ART DE L'flOMME 

vase, l'écraser , ou le détacher et le faire tomber, îa 
grandeur, la force, l'agilité, les dents du poisson , ne 
sont plus qu'un secours inutile. En vain il s'agite 
se secoue, se contourne, va, revient, s'échappe, s'en- 
fuit avec la rapidité de l'éclair; il porte toujours avec 
lui l'ennemi attaché à ses organes; tous ses efforts 
sont impuissans ; et le ver ou l'insecte est pour lui 
au milieu des flots ce que la mouche du désert est 
dans les sables brûlans de l'Afrique, non seulement 
pour la timide gazelle, mais encore pour le tigre 
sanguinaire et pour le fier lion, qu'elle perce, tour- 
mente et poursuit de son dard acéré, malgré leurs 
bonds violens, leurs mouvemens impétueux et leur 
rugissement terrible. 

Mais ce n'est pas assez pour l'intelligence humaine 
de conserver ce que la Nature produit: que, rivale de 
cette puissance admirable, elle ajoute à la fécondité 
ordinaire des espèces; qu'elle multiplie les ouvrages 
de la Nature. - , 

On a remarqué que, dans presque toutes les espèces 
de poissons, le* nombre des mâles étoit plus grand et 
même quelquefois double de celui des femelles; et 
comme cependant un seul mâle peut féconder des 
millions d'œufs, et par conséquent le produit de la 
ponte de plusieurs femelles, il est évident que l'on 
favorisera beaucoup la multiplication des individus, si 
on a le soin, lorsqu'on péchera, de ne garder que les 
mâles, et de rendre à l'eau les femelles. On distinguera 



SUR LA NATURE DES POISSONS. XXXV 

facilement , dans plusieurs espèces , les femelles des 
mâles, sans risquer de les blesser, ou de nuire à la 
reproduction, et sans chercher, par exemple, dans le 
temps voisin du frai, à faire sortir de leur corps quel- 
ques œufs plus ou moins avancés. En effet, dans ces 
espèces, les femelles sont plus grandes que les mâles; 
et d'ailleurs elles offrent dans les proportions de leurs 
parties, dans la disposition de leurs couleurs, ou dans 
la nuance de leurs teintes , des signes distinctifs qu'il 
faudra tâcher de bien connoître , et que nous ne né- 
gligerons jamais d'indiquer en écrivant l'histoire dé 
ces espèces particulières. 

Lorsqu'on ne voudra pas rendre à leur séjour natal 
toutes les femelles que l'on péchera, on préférera de 
conserver pour la reproduction les plus longues et les 
plus grosses, comme pondant une plus grande quan- 
tité d'œufs. 

De plus, et si des circonstances impérieuses ne s'y 
opposent pas, que l'on entoure hs étangs et les viviers 
de claies ou de filets, qui, dans le temps du frai, 
retiennent les herbes ou les branches chargées d'ceufs, 
et les empêchent d'être entraînées hors de ces réservoirs 
par les débordemens fréquens à l'époque de la ponte. 

Que Ton éloigne, autant qu'on le pourra, les fri- 
ganes , et les autres insectes aquatiques voraces qui 
détruisent les œufs et les poissons qui viennent d'éclore. 

Que l'on construise quelquefois dans les viviers dif- 
férentes enceintes, l'une pour les œufs, et les autres 



XXXVJ EFFETS DE l' ART DE l' HOMME 

pour les jeunes poissons, que l'on séparera en plusieurs 
bandes, formées d'après la diversité de leurs âges, et 
renfermées chacune dans un réservoir particulier. 

Il est des viviers et des étangs dans lesquels des 
poissons très-recherchés , et, par exemple, des truites , 
vivroient très-bien, et parviendroient à une grosseur 
considérable : mais le fond de ces étangs étant très- 
vaseux, c'est en vain que les femelles le frottent avec 
leur ventre avant d'v déposer leurs œufs ; la vase repa- 
raît bientôt, salit les œufs, les altère, les corrompt, et 
les fœtus périssent avant d'éclore. 

Cet inconvénient a fait imaginer une manière de 
faire venir à la lumière ces poissons , et particulière- 
ment les saumons et les truites , qui d'ailleurs ne ser- 
vira pas peu , dans beaucoup de circonstances, à multi- 
plier les individus des espèces les plus utiles ou les 
plus agréables. M. de Marolle, capitaine dans le régi- 
ment de la Marine, tempérant les austérités des camps 
par le charme de l'étude des sciences utiles à l'huma- 
nité, écrivit la description de ce procédé à Hameln eii 
Allemagne , pendant la guerre de sept ans. Il rédigea 
cette description sur les mémoires de M. J. L. Jacobi, 
lieutenant des miliciens du comté de Lippe -Detmold , 
et l'envoya à Buffon, qui me la remit lorsqu'il voulut 
bien m'engager à continuer l'Histoire naturelle. 

On construit une grande caisse à laquelle on donne 
ordinairement quatre mètres de longueur, un demi» 
mètre de largeur, et seize centimètres de hauteur. 



SUR LA NATURE DES POISSONS. XXXVJ'j 

A un bout de cette longue caisse, on pratique un 
trou carré, que l'on ferme avec un treillis de fer dont 
les fiîs sont éloignés les uns des autres de cinq ou six 
millimètres. 

On ménage un trou à peu près semblable dans la 
planche du bout opposé, et vers le fond de la caisse. 

Et enfin on en perce un troisième dans le couvercle 
de la caisse; et on le garnit, ainsi que le second, d'un 
treillis pareil à celui du premier. 

Ces trous servent et à soumettre les fœtus ou les 
jeunes poissons à l'influence des rayons du soleil, et 
à les préserver de gros insectes et de campagnols 
aquatiques, qui mangeroient et les œufs et les poissons 
éclos. 

Un petit tuyau fait entrer l'eau d'un ruisseau ou d'une 
source par le premier treillis ; et cette eau courante 
s'échappe par la seconde ouverture. 

On couvre tout le fond de la caisse d'un gravier bien 
lavé de la hauteur de deux ou trois centimètres , et on 
étend sur ce gravier de petits cailloux bien serrés, de 
dimensions semblables à celles d'une noisette , et 
parmi lesquels on place d'autres cailloux de la grosseur 
d'une noix. 

A l'époque du frai de l'espèce dont on veut multi- 
plier les individus, on se procure un mâle et une femelle 
de cette espèce, et, par exemple, de celle du saumon. 

On prend un vase bien net, dans lequel on met deux 
ou trois litres d'eau bien claire. On tient le saumoo 



XXXviij EFFETS DE L'ART DE L'HOMME 

femelle dans une situation verticale , et la tète en haut 
au-dessus du vase. Si les œufs sont déjà bien dévelop- 
pés, ou bien mûrs, ils coulent d'eux-mêmes; sinon, on 
facilite leur chute en frottant le ventre de la femelle 
doucement de haut en bas , et avec la paume de la main. 
Dans plusieurs espèces de poissons , on peut voir un 
organe particulier que nous avons remarqué avec soin , 
qui n'a été observé que par un petit nombre de natu- 
ralistes , dont très-peu de zoologues ont connu le véri- 
table usage , et que le savant Bloch a nommé nombril* 
Cet organe est une sorte d'appendice d'une forme alon- 
gée et un peu conique , et dont la place la plus ordinaire 
est auprès et au-delà de l'anus. Cet appendice creux et 
percé par les deux bouts, communique avec les réser- 
voirs de la laite dans les mâles, et les ovaires dans les 
femelles. Ce petit tuyau est le conduit par lequel les 
œuls sortent et la liqueur séminale s'échappe : nous le 
nommons en conséquence appendice génital. L'urine du 
poisson sort aussi par cet appendice; ce qui donne à cet 
organe une analogie de plus avec les parties sexuelles 
et extérieures des mammifères. Il ne peut pas servir à 
distinguer les sexes, puisqu'il appartient au mâle aussi- 
bien qu'à la femelle : mais sa présence ou son absence, 
et ensuite ses proportions et sa figure particulière, 
peuvent être employées avec beaucoup d'avantage pour 
établir une ligne de démarcation exacte et constante 
entre des espèces voisines , ainsi que nous le montre- 
rons dans la suite de l'histoire que nous écrivons. 



SUR LA NATURE DES POISSONS." XXXIX: 

C'est par cet appendice génital que, dans la méthode 
de reproduction, en quelque sorte artificielle, que nous 
décrivons, les femelles qui sont pourvues de cet organe 
extérieur, laissent couler leurs œufs. 

Lorsque les œufs sont tombés dans l'eau, on prend 
le mâle , on le tient verticalement au-dessus de ces 
œufs; et pour peu que cela soit nécessaire, on aide par 
un léger frottement répanchement de la liqueur pro- 
lifique , dont on peut arrêter l'écoulement au moment 
où l'eau est devenue blanchâtre par son mélange avec 
cette liqueur spermatique. 

Il est des espèces de poissons, et notamment de 
cyprins , comme le nase , le roethens , dans lesquelles 
on peut choisir avec facilité un mâle pour la fécondation 
des œufs que Ton a obtenus. Dans ces espèces, les mâles, 
sur-tout lorsqu'ils sont jeunes, présentent des taches, 
de petites protubérances , ou d'autres signes extérieurs 
qui annoncent qu'ils sont déjà surchargés d'une laite 
abondante. 

On met dans la grande caisse les œufs fécondés ; ou, 
les y distribue de manière qu'ils soient toujours cou- 
verts par l'eau courante ; on empêche que le mouve- 
ment de cette eau ne soit trop rapide , afin qu'il ne 
puisse pas entraîner les œufs. On écarte soigneusement 
avec des plumes, ou par tout autre moyen, les saletés 
qui pourroient s'introduire dans la caisse; et au bout 
d'un temps qui varie suivant les espèces, la tempéra- 
ture de l'eau, et la chaleur de l'atmosphère, on voit 
éclore les poissons que l'on desiroit. 



Xl EFFETS DE L'ART DE l' HOMME 

Au reste , la sorte de fécondation artificielle opérée 
avec succès par M. Jacobi, peut avoir lieu sans la pré- 
sence de la femelle : il suffit de ramasser les œufs qu'elle 
dépose dans son séjour naturel; il seroit même possible 
de connoître, à l'instant où on les, recueilleroit , s'ils 
auroient été déjà fécondés par le mâle , ou s'ils n'au- 
roient pas reçu sa liqueur prolifique. M. Jacobi assure 
en effet que lorsqu'on observe avec un bon microscope 
des œufs de poisson arrosés de la liqueur séminale du 
mâle, on peut appercevoir très-distinctement dans ces 
œufs une petite ouverture qui ne paroissoit presque 
pas , ou étoit presque insensible avant la fécondation \ et 
dont il rapporte l'extension à l'introduction dans l'œuf 
d'une portion du fluide de la laite. 

Quoi qu'il en soit, on peut aussi, en suivant le pro- 
cédé de M. Jacobi, se passer de la présence du mâle. On 
peut n'emplojer la liqueur prolifique que quelque 
temps après sa sortie du corps de l'animal , pourvu 
qu'un froid excessif ou une chaleur violente ne des- 
sèchent pas promptement ce fluide vivifiant; et même 
la mort du mâle , pourvu qu'elle soit récente , n'em- 
pêche pas de se servir de sa laite pour la fécondation des 
œufs. 

On a écrit que les digues par le moyen desquelles on 
retient les eaux des petites rivières, diminuoient la 
multiplication des poissons dans les contrées arrosées 
par ces eaux. Cela n'est vrai cependant que pour les 
poissons qui ont besoin , à certaines époques , de 



SUR LA NATURE DES POISSONS, xlj 

remonter dans les eaux courantes jusqu'à une distance 
très-grande des lacs ou de la mer, et qui ne peuvent 
pas, comme les saumons, s'élancer facilement à de 
grandes hauteurs, et franchir l'obstacle que les digues 
opposent à leur voyage périodique. Les chaussées trans- 
versales doivent, au contraire, être très-favorables à la 
multiplication des poissons sédentaires , qui se plaisent 
dans des eaux peu agitées. Au-dessus de chaque digue, 
Ja rivière forme naturellement une sorte de vivier ou de 
grand réservoir, dont l'eau tranquille, quoique suffi- 
samment renouvelée , pourra donner à un grand 
nombre d'individus d'espèces très-utiles le volume de 
fluide, l'abri, l'aliment et la température le plus con- 
venables. 

Quelle est, en effet, la pièce d'eau que l'art ne puisse 
pas féconder et vivifier ? 

On a vu quelquefois des poissons remarquables par 
leur grosseur vivre dans de petites mares. Nous avons 
déjà dit dans cet ouvrage * , que le citoyen De Sept- 
fontaines s'étoit assuré qu'une grande anguille avoit 
passé un temps asse2T long , sans perdre non seulement 
la vie , mais même une partie de sa graisse , dans une 
fosse qui ne contenoit pas une moitié de mètre cube 
d'eau ; et il est des contrées où des cyprins , et par- 
ticulièrement des carassins , réussissent assez bien 
dans de petits amas d'eau dormante, pour y donner 



* Article de V anguille. 
TOME III. 



Xll) EFFETS DE L'ART DE l' HOMME 

une nourriture abondante aux habitans de la cam- 
pagne. 

On a bien senti les avantages de cette grande multi- 
plication des poissons utiles , dans presque tous les 
pajs où le progrès des lumières a mis l'économie 
publique en honneur, et où les gouvernemens, profi- 
tant avec soin de tous les secours des sciences perfec- 
tionnées , ont cherché à faire fleurir toutes les bran- 
ches de l'industrie humaine. C'est principalement dans 
quelques états du nord de l'Europe , et notamment en 
Prusse et en Suède , qu'on s'est attaché à augmenter 
le nombre des individus dans ces espèces précieuses ; 
et comme un gouvernement paternel ne néglige rien 
de ce qui peut accroître la subsistance du peuple dont 
le bonheur lui est confié , et que les soins en apparence 
les plus minutieux prennent un grand caractère dès 
le moment où ils sont dirigés vers l'utilité publique 9 
on a porté en Suède l'attention pour l'accroissement 
du nombre des poissons jusqu'à ne pas sonner les clo- 
ches pendant le temps du frai des cyprins brèmes , qui 
y sont très-recherchés , parce qu'on avoit cru s'apper- 
cevoir que ces animaux, effrayés par le son de ces clo- 
ches, ne se livroient pas d'une manière convenable aux 
opérations nécessaires à la reproduction de leur espèce» 
Aussi y a-t-on souvent recueilli de .grands fruits de 
cette vigilance étendue aux plus petits détails, et, 
par exemple , en 1749 , a-t-on pris d'un seul coup de 
filet, dans un lac voisin de Nordkiaeping , cinquante 



SUR LA NATURE DES POISSONS. xliîj 

mille brèmes, qui pesoient plus de neuf mille kilo- 
grammes. 

Et comment n'auroit-on pas cherché, dans presque 
tous les temps et dans presque tous les pajs civilisés , 
à multiplier des animaux si nécessaires aux jouissances 
du riche et aux besoins du pauvre , qu'il seroit plus 
aisé à l'homme de se passer de la classe entière des 
oiseaux , et d'une grande partie de celle des mammi- 
fères , que de la classe des poissons ? 

En effet , il n'est , pour ainsi dire , aucune espèce de 
ces habitans des eaux douces ou salées , dont la chair 
ne soit une nourriture saine et très-souvent copieuse. 

Délicate et savoureuse lorsqu'elle est fraîche , cette 
chair, recherchée avec tant de raison, devientjorsqu'elle 
est transformée engarum, un assaisonnement piquant; 
fait les délices des tables somptueuses, même très-loin 
du rivage où le poisson a été péché , quand elle a été 
marinée ; peut être transportée à de plus grandes 
distances , si on a eu le soin de l'imbiber d'une grande 
quantité de sel ; se conserve pendant un temps très- 
long, après qu'elle a été séchée, et, ainsi préparée , est 
la nourriture d'un très-grand nombre d'hommes peu 
fortunés , qui ne soutiennent leur existence que par 
cet aliment abondant et très-peu cher. 

Les œufs de ces mêmes habitans des eaux servent 
à faire ce caviar qui convient au goût de tant de 
nations; et les nageoires des espèces que l'on croiroit 
les moins propres à satisfaire un goût délicat, sont 



Xliv EFFETS DE L'ART DE l' HOMME 

regardées à la Chine et dans d'autres contrées de l'Asie 
comme un mets des plus exquis \ 

Sur plusieurs rivages peu fertiles , on ne peut com- 
pléter la nourriture de plusieurs animaux utiles, et, 
par exemple, celle des chiens du Kamtschatka que la 
nécessité force d'atteler à des traîneaux , ou des vaches 
de Norvège, destinées à fournir une grande quantité 
de lait, que par le mojen des vertèbres et des arêtes 
de plusieurs espèces de poissons. 

Avec les écailles des animaux dont nous nous occu- 
pons , on donne le brillant de la nacre au ciment 
destiné à couvrir les murs des palais les plus magni- 
fiques , et on revêt des boules légères de verre , de 
l'éclat argentin des perles les plus belles de l'Orient. 

La peau des grandes espèces se métamorphose dans 
les ateliers en fortes lanières , en couvertures solides 
et presque imperméables à l'humidité , en garnitures 
agréables de bijoux donnés au luxe par le goût \ 

Les vessies natatoires et toutes les membranes des 
poussons peuvent être facilement converties, dans toutes 
les contrées , en cette colle précieuse sans laquelle les 
arts cesseroient de produire le plus grand nombre de 
leurs ouvrages les plus délicats. 

L'huile qu'on retire de ces animaux , assouplit , amé- 

1 Ilelttion de V ambassade de lord Macartney à la Chine. ( 

* Voyez les articles de la raie sephen, du squale requin > du squale rous-- 
sttte } des acipensères ^ etc» 



SUR LA NATURE DES POISSONS. xlv 

liore , et conserve dans presque tontes les manufac- 
tures , les substances les plus nécessaires aux produits 
qu'elles doivent fournir ; et dans ces contrées boréales 
où régnent de si longues nuits , entretenant seule la 
lampe du pauvre , prolongeant son travail au-delà de 
ces tristes jours qui fuient avec tant de rapidité, et lui 
donnant tout le temps que peuvent exiger les soins 
nécessaires à sa subsistance et à celle de sa famille , 
elle tempère pour lui l'horreur de ces climats téné- 
breux et gelés, et l'affranchit lui et ceux qui lui sont 
chers des horreurs plus grandes encore d'une extrême 
misère. 

Que l'on ne soit donc pas étonné que Bell on , parta- 
geant l'opinion de plusieurs auteurs recommandables , 
tant anciens que modernes , ait écrit que la Propontide 
étoit plus utile par ses poissons , que des champs fer- 
tiles et de gras pâturages d'une égale étendue ne pour- 
roient l'être par leurs fourrages et par leurs moissons. 

Et douteroit-on maintenant de l'influence pro- 
digieuse d'une immense multiplication des poissons 
sur la population des empires ? On doit voir avec 
facilité comment cette merveilleuse multiplication 
soutient, par exemple, sur le territoire de la Chine ? 
l'innombrable quantité d'habitans qui y sont, pour ainsi 
dire, entassés. Et si des temps présens on remonte aux 
temps anciens, on peut résoudre un grand problême 
historique; on explique comment l'antique Égjpte 
nourrissoit la grande population sans laquelle les 



XÎvj EFFETS DE l'âRT DE L'HOMME 

admirables et immenses monumens qui ont résisté au 
ravage de tant de siècles , et subsistent encore sur cette 
terre célèbre , n'auroient pas pu être élevés , et sans 
laquelle Sésostris n'auroit conquis ni les bords de 
l'Euphrate, du Tigre, de l'Indus et du Gange , ni les 
rives du Pont-Euxin, ni les monts de la Tlirace. Nous 
connoissons rétendue de l'Egypte : lorsque ses pyra- 
mides ont été construites , lorsque ses armées ont 
soumis une grande partie de l'Asie, elle étoit bornée 
presque autant qu'à présent, parles déserts stériles qui 
la circonscrivent à l'orient et à l'occident ; et néanmoins 
nous apprenons de Diodore que dix-sept cents Egyp- 
tiens étoient nés le même jour que Sésostris : on doit 
donc admettre en Egypte , à l'époque de la naissance 
de ce conquérant fameux, au moins trente-quatre mil- 
lions d nabitans. Mais quel grand nombre de poissons 
ne renfermoient pas alors et le fleuve et les canaux et 
les lacs d'une contrée où l'art de multiplier ces ani- 
maux étoit un des principaux objets de la sollicitude 
du gouvernement, et des soins de chaque famille? Il est 
aisé de calculer que le seul lac Myris ou Mceris pouvoit 
nourrir plus de dix-huit cent mille millions de poissons 
de plus d'un demi-mètre de longueur. 

Cependant, que l'homme ne se contente pas de trans- 
porter à son gré , d'acclimater, de conserver , de multi- 
plier les poissons qu'il préfère; que l'art prétende à de 
nouveaux succès ; qu'il se livre à de nouveaux efforts; 
qu'il tente de remporter sur la Nature des victoires 



SUR LA NATURE DES POISSONS/ xlvij 

plus brillantes encore; qu'il perfectionne son ouvrage; 
qu'il améliore les individus qu'il se sera soumis. 

On sait depuis long- temps que des poissons de 
la même espèce ne donnent pas dans toutes les eaux 
une chair également délicate. Plusieurs observations 
prouvent que, par exemple, dans les mêmes rivières , 
leur chair est très-saine et très-bonne au-dessus des 
villes ou des torrens fangeux, et au contraire insa- 
lubre et très-mauvaise au-dessous de ces torrens vaseux 
et des amas d'immondices, souvent inséparables des 
villes populeuses. Ces faits ont été remarqués par plu- 
sieurs auteurs, notamment par Rondelet. Qu'on pro- 
fite de ces résultats ; qu'on recherche les qualités de 
l'eau les plus propres à donner un goût agréable ou des 
propriétés salutaires aux différentes espèces de pois- 
sons que l'on sera parvenu à multiplier ou à conserver. 

Qu'on n'oublie pas qu'il est des moyens faciles et 
peu dispendieux d'engraisser promptement plusieurs 
poissons , et particulièrement plusieurs cyprins. On 
augmente en très-peu de temps leur graisse , en leur 
donnant souvent du pain de chènevis , ou des fèves et 
des pois bouillis, ou du fumier , et notamment de celui 
de brebis. D'ailleurs une nourriture convenable et 
abondante développe les poissons avec rapidité, fait 
jouir beaucoup plutôt du fruit des soins que Ton a. pris 
de ces animaux, et leur donne la faculté de pondre et 
de féconder une très-grançle quantité d'oeufs pendant 
un très-grand nombre d'années. 



Xlviij EFFETS DE L'ART DE L'HOMME 

On a observé dans tous les temps que le repos et un ali- 
ment très-copieux engraissoient beaucoup les animaux. 
Ou s'est servi de ce moyen pour quelques poissons; et on 
l'a employé d'une manière remarquable pour les carpes: 
on les a suspendues hors de l'eau , de manière à leur 
interdire le plus foible mouvement de nageoires; et elles 
ont été enveloppées dans de la mousse épaisse qu'on a 
fréquemment arrosée. Par ce procédé , ces cyprins ont 
été non seulement réduits à un repos absolu , mais 
plongés perpétuellement dans une sorte d'humidité ou 
de fluide aqueux qui, parvenant très-divisé a leur sur- 
face , a été facilement pompé , absorbé , décomposé , 
combiné dans l'intérieur de l'animal , assimilé à sa 
substance , et métamorphosé par conséquent en nour- 
riture très-abondante. Aussi ces carpes maintenues en 
l'air, mais retenues au milieu dune mousse humectée 
presque continuellement, ont-elles bientôt acquis une 
graisse copieuse , et de plus un goût très-agréable. 

Dès le temps de Willughby , et même de celui de 
Gesner , on savoit que l'on pouvoit ouvrir le ventre à 
certains poissons, et sur-tout au brochet et à quelques 
autres ésoces , sans qu'ils en périssent , et même sans 
qu'ils en parussent long-temps incommodés. Il suffit 
de séparer les muscles avec dextérité , de rapprocher 
les chairs et les tégumens avec adresse, et de les 
recoudre avec précaution, pour qu'ils puissent plus 
facilement se réunir. Cette facilité a donné l'idée d'em- 
ployer, pour engraisser ces poissons, le même moyen 



SUR LA NATURE DES POISSONS. xlix 

dont on se sert pour donner un très-grand surcroît de 
graisse aux bœufs, aux moutons, aux chapons, aux 
poulardes, etc. On a essayé, avec beaucoup de succès , 
d'enlever aux femelles leurs ovaires, et aux mâles leurs 
laites. La soustraction de ces organes , faite avec habi- 
leté et avec beaucoup d attention, n'a dérangé que pen- 
dant un temps très-court la santé des poissons qui l'ont 
éprouvée; et toute la partie de leur substance qui se 
portoit vers leurs laites ou vers leurs ovaires , et qui y 
donnoit naissance ou à des centaines de milliers d'œufs, 
ou à une quantité très-considérable de liqueur fécon- 
dante , ne trouvant plus d'organe particulier pour l'éla- 
borer ni même pour la recevoir , a reflué vers les 
autres portions du corps , s'est jetée principalement 
dans le tissu cellulaire , et y a produit une graisse non 
seulement d'un goût exquis , mais encore d'un volume 
extraordinaire. 

Mais que l'on ait s.ur-tout recours, pour l'amélioration 
des poissons , a ce moyen dont on a retiré de si grands 
avantages pour accroître les bonnes qualités et les 
belles formes de tant d'autres animaux utiles , et qui 
produit des phénomènes physiologiques dignes de 
toute l'attention du naturaliste : c'est le croisement des 
races , que nous recommandons. On sait que c'est par 
ce croisement que l'on est parvenu à perfectionner le 
bélier, le bœuf, l'âne et le cheval. Les espèces de 
poisson , et principalement celles qui vivent très-près 
de nous , qui préfèrent à la haute mer les rivages de 
TOME III, G 



1 EFFETS DE L'ART DE L' HOMME 

l'océan , les fleuves , les rivières et les lacs , et qui , par 
la nature de leur séjour , sont plus soumises à l'in- 
fluence de ]a nourriture , du climat, de la saison , ou 
de la qualité des eaux, présentent des races très-dis- 
tinctes, -et séparées l'une de l'autre, par leur grandeur, 
leur force , leurs propriétés ou la nature de leurs or- 
ganes. Qu'on les croise; c'est-à-dire, qu'on féconde les 
œufs de Tune avec la laite d'une autre. 

Les individus qui proviennent du mélange de deux 
races , non seulement valent mieux que la race la moins 
bonne des deux qui ont concouru à les former, mais 
encore sont préférables à la meilleure de ces deux races 
qui se sont réunies. C'est un fait très-remarquable , très- 
constaté, et dont on n'a donné jusqu'à présent aucune 
explication véritablement satisfaisante , parce qu'on ne 
l'avoit pas considéré dans la classe des poissons , dont 
l'acte de la génération est beaucoup plus soumis à 
l'examen dans quelques unes de ses circonstances , que 
celui des mammifères et des oiseaux qui avoient été 
les objets de l'étude et de la recherche des zoologues. 

Rapprochons donc ce qu'on peut dire de ce curieux 
phénomène. , . 

Premièrement , une race qui se réunit à une seconde, 
éprouve, relativement à l'influence qu'elle tend à exer- 
cer, une sorte deresistance que produisent les disparités 
et les disconvenances de ces deux races : cette résistance 
est cependant vaincue, parce qu'elle est très-limitée. 
Et l'on ne peut plus ignorer en physiologie, qu'il n'en 



SURLA NATURE DES POISSONS. lj 

est pas des corps organisés et vîvans comme de la 
matière brute et des substances mortes. Un obstacle 
tend les ressorts du corps organisé , de manière que 
son énergie vitale en est augmentée , an point que lors- 
que cet obstacle est écarté, non seulement la puis- 
sance du corps vivant est égale à ce qu'elle étoit avant 
la résistance , mais même qu'elle est supérieure à la 
force dont il jouissoit. Les disconvenances de deux 
races qui se rapprochent, font donc naître un accrois- 
sement de vitalité, d'action et de développement, dans 
le produit de leur réunion. 

Secondement, dans un mâle et une femelle d'une 
race, il n'y a que certaines portions analogues les unes 
aux autres, qui agissent directement ou indirectement 
pour la reproduction de l'espèce. Lorsqu'une nouvelle 
race s'en approche, elle met en mouvement d'autres 
portions qui, à cause de leur repos antérieur, doivent 
produire de plus grands effets que les premières. 

Troisièmement, les deux races mêlées l'une avec 
l'autre ont entre elles des rapports desquels résulte un 
grand développement dans les fruits de leur union, 
parce que ce développement ne doit pas être considéré 
comme la somme de l'addition des qualités de l'une 
et de l'autre des deux races, mais comme le produit 
d'une multiplication, et, ce qui est la même chose, 
comme l'effet d'une sorte d'iutus-susception et de com- 
binaison intime, au lieu d'une simple juxta-positïon 
et d'une jonction superficielle. 



lij EFFETS DE L'ART DE LHOMME 

C'est un fait semblable à celui qu'observent les chi- 
mistes, lorsque, par une suite d'une pénétration plus 
ou moins grande, le poids de deux substances qu'ils 
ont combinées l'une avec l'autre, est plus grand que 
la somme des poids de ces deux substances avant leur 
combinaison. 

Le résultat du croisement de deux races n'est cepen- 
dant pas nécessairement , et dans toutes les circons- 
tances, le perfectionnement des espèces : il peut arriver 
et il arrive quelquefois que ce croisement les dété- 
riore au lieu de les améliorer. En effet, et indépen- 
damment d'autre raison , chacun des deux individus 
qui se rapprochent dans l'acte de la génération , peut 
être regardé comme imprimant la forme à l'être qui 
provient de leur union, ou comme fournissant la ma- 
tière qui doit être façonnée , ou comme influant à la 
fois sur le fond et sur la forme : mais nous ne pouvons 
avoir aucune raison de supposer qu'après la réunion 
de deux races, il j ait nécessairement entre la matière 
qui doit servir au développement et le moule dans 
lequel elle doit être figurée , plus de convenance qu'il n'y 
en avoit avant cette même réunion, dans les individus 
de chacune de ces deux races considérées séparément. 

Il y a donc dans l'éloignement des races l'une de 
l'autre, c'est-à-dire, dans le nombre des différences qui 
les séparent, une limite en deçà et au-delà de laquelle 
le croisement est par lui-même plus nuisible qu'avan- 
tageux. 



SUR LA NATURE DES POISSONS. Itîj 

L'expérience seule peut faire connoître cette limite : 
mais on sera toujours sûr d'éviter tous les ioconvéniens 
qui peuvent résulter du croisement considéré en lui- 
même , si dans cette opération on n'emploie jamais 
que les meilleures races, et si, par exemple, en mêlant 
les races des poissons , on ne cesse de rechercher celles 
qui offrent le plus de propriétés utiles, soit pour obte- 
nir les œufs que l'on voudra féconder, soit pour se 
procurer la liqueur active par le mojen de laquelle on 
désirera de vivifier ces œufs. 

Voilà à quoi se réduit ce que nous pouvons dire du 
croisement des races, après avoir réuni dans notre 
pensée les vérités déjà publiées sur cette partie de la 
physiologie, les avoir dégagées de tout appareil scien- 
tifique, les avoir débarrassées de toute idée étrangère, 
les avoir comparées, et y avoir ajouté le résultat de 
quelques réflexions et de quelques observations nou- 
velles. 

Considérons maintenant de plus haut ce que peut 
l'homme pour l'amélioration des poissons. Tâchons de 
voir dans toute son étendue l'influence qu'il peut exer- 
cer sur ces animaux par l'emploi des quatre grands 
mojens dont il s'est servi, toutes les fois qu'il a voulu 
modifier la Nature vivante. Ces quatre mojens si puis- 
sans sont, la nourriture abondante et convenable qu'il 
a donnée, l'abri qu'il a procuré, la contrainte qu'il a 
imposée, le choix qu'il a fait des mâles et des femelles 
pour la propagation de l'espèce. 



llV EFFETS DE L'ART DE L'HOMME 

En réunissant ou en employant séparément ces 
quatre instrumens de sou pouvoir, l'homme a modifié 
les poissons d'une manière bien plus profonde qu'on 
ne le croiroit au premier coup d'œil. En rapprochant 
un grand nombre de germes, il a resserré dans un 
espace assez étroit les œufs de ces animaux, pour que 
plusieurs de ces œufs se soient collés l'un à l'autre , 
comprimés, pénétrés, entièrement réunis, et, pour 
ainsi dire, identifiés - } et de cette introduction d'un 
œuf dans un autre, si je puis parler ainsi, il est résulté 
une confusion si grande de deux fœtus, que Ton a vu 
éciore des poissons monstrueux , dont les uns avoient 
deux têtes et deux avant-corps, pendant que d'autres 
présentoient deux têtes, deux corps et deux queues iiés 
ensemble par le ventre ou par un côté qui appartenoit 
aux deux corps, et attachés même quelquefois par cet 
organe commun, de manière à représenter une croix. 
Mais laissons ces écarts que la Nature contrainte 
d'obéir à l'art de l'homme peut présenter, comme 
lorsqu'indépendante de cet art elle n'est soumise 
qu'aux hasards des accidens : les produits de cette 
sorte d'accouplement, extraordinaire ne constituent 
aucune amélioration ni de l'espèce, ni même de l'indi- 
vidu; ils ne se perpétuent pas par la génération; ils 
n'ont en général qu'une courte existence; ils sont 
étrangers à notre suj. t. 

.-Examinons des effets bien difierens de ces phéno- 
mènes, et par leur durée, et par leur essence. 



SUR LA NATURE DES POISSONS. lv 

Voici' tous les attributs des poissons que la domesti- 
cité a déjà pu changer: 

Les couleurs ; elles ont été variées et dans leurs 
nuances et dans leur distribution. 

Les écailles; elles ont acquis ou perdu de leur épais- 
seur et de leur opacité; leur figure a été altérée ; leur 
surface étendue ou rétreeie; leur adhésion à la peau 
alFoiblie ou fortifiée 5 -leur nombre diminué ou aug- 
menté. 

Les dimensions générales; elles ont été agrandies ou 
rapetissées. 

Les proportions des principales parties de la tète, du 
corps, ou de la queue; elles ont montré de nouveaux 
rapports. 

La nageoire dorsale; elle a disparu. 

La nageoire de la queue; elle a offert une nouvelle 
forme , et de plus elle a été ou doublée ou triplée , 
comme on a pu le voir, par exemple , en examinant 
les modifications que le cyprin doré a subies dans les 
bassins d'Europe, et sur-tout dans ceux de la Chine, 
où il est élevé avec soin depuis un grand nombre de 
siècles. 

L'art a donc déjà remanié, pour ainsi dire, non seu- 
lement les tégumens des poissons, et même un des 
plus puissans iustrùmens de leur natation, mais encore 
presque tous leurs organes, puisqu'il en a changé les 
proportions ainsi que l'étendue. 

C'est par ces grandes modifications qu'il a produit 



lvj EFFETS DE ÙRÏDE L'HOMME 

des variétés remarquables. A mesure que l'influence 
a été forte, que l'impression a été vive, qu'elle a pé- 
nétré plus avant, le changement a été plus profond 
et par conséquent plus durable. La nouvelle manière 
d'être, produite par l'empire de l'homme, a été assez 
intérieure, assez empreinte dans tous les organes qui 
concourent à la génération , assez liée avec toutes les 
forces qui contribuent à cet acte, pour qu'elle ait été 
transmise, au moins en grande partie, aux indivi- 
dus provenus de mâles et de femelles déjà modifiés. 
Les variétés sont devenues des races plus ou moins 
durables; et lorsque, parla constance des soins de 
l'homme, elles auront acquis tous les caractères delà 
stabilité, c'est-à-dire, lorsque toutes les parties de 
l'animal qui , par une suite de leur dépendance mu- 
tuelle , peuvent agir les unes sur les autres, auront 
reçu une modification proportionnelle, et que par 
conséquent il n'existera plus de cause intérieure qui 
tende à ramener les variétés vers leur état primitif, 
ces mêmes variétés , au moins si elles sont séparées 
par d'assez grandes différences , de la souche dont ' 
elles auront été détachées, constitueront de véritables 
espèces permanentes et distinctes. 

C'est alors que l'homme aura réellement exercé une 
puissance rivale de celle de la Nature, et qu'il aura 
conquis l'usage d'un mode nouveau et bien important 
d'améliorer les poissons. 

Mais il peut déjà avoir recours à ce mode, d'une 



SUR LA NATURE DES POISSONS. Ivij 

manière qui marquera moins la puissance de son art, 
mais qui sera bien plus courte et bien plus facile. 

Qu'il fasse pour les espèces ce que nous avons dit 
qu'il devoit faire pour les races : qu'il mêle une espèce 
avec une autre; qu'il emploie la laite de l'une à fécon- 
der les œufs de l'autre. Il ne craindra dans ses tenta- 
tives aucun des obstacles que Fou a dû vaincre, toutes 
les fois qu'on a voulu tenter l'accouplement d'un mâle 
ou d'une femelle avec une femelle ou un mâle d'une 
espèce étrangère, et que l'on a choisi les objets de ses 
essais parmi les mammifères, ou parmi les oiseaux. On 
dispose avec tant de facilité de la laite et des œufs ! 

En renouvelant ses efforts , non seulement on 
obtiendra des mulets , mais des mulets féconds , et qui 
transmettront leurs qualités aux générations qui leur 
devront le jour. On aura des espèces métives, mais 
durables, distinctes, et existantes par elles-mêmes. 

On sait que la carpe produit facilement des métis 
avec la gibèle, ou avec d'autres cyprins. Qu'on suive 
cette indication. 

Pour éprouver moins de difficultés , qu'on cherche 
d'abord à réunir deux espèces qui fraient dans le même 
temps, ou dont les époques du frai arrivent de manière 
que le commencement de l'une de ces deux époques 
se rencontre avec la fin de l'autre. 

Si l'on ne peut pas se procurer facilement de la 
liqueur séminale de l'une des deux espèces , et l'ob- 
tenir avant qu'elle n'ait perdu, en se desséchant ou en 
TOME m. h 



Ivîîj EFFETS DE L'ART DE L'HOMME 

s'altérant, sa qualité vivifiante, qu'on place des œufs 
de la seconde à une profondeur convenable , et à une 
exposition favorable , dans les eaux fréquentées par les 
mâles de la première. Qu'on les j arrange de manière 
que leur odeur attire facilement ces mâles , et que 
leur position les invite, pour ainsi dire, à les arroser 
de leur fluide fécondant. Dans quelques circonstances , 
on pourroit les y contraindre, en quelque sorte, en 
détruisant autour de leur habitation ordinaire , et à 
une distance assez grande, les œufs de leurs propres 
femelles. Dans d'autres circonstances , on pourroit 
essajer de les faire arriver en grand nombre au-dessus 
de ces œufs étrangers que Ton voudroit les voir vivi- 
fier, en mêlant à ces œufs une substance composée, 
factice et odorante, que plusieurs tentatives feroient 
découvrir, et qui , agissant sur leur odorat comme les 
œufs de leur espèce, les détermineront aussi effica- 
cement que ces derniers à se débarrasser de leur laite, 
et à la répandre abondamment. 

Voudra-t-on se livrer à des essais plus hasardeux r 
et réunir deux espèces de poissons dont les époques du 
frai sont séparées par un intervalle de quelqiies jours? 
Que l'on garde des œufs de l'espèce qui fraie le plutôt; 
que l'on se souvienne que l'on peut les préserver du 
degré de décomposition qui s'opposeroit à leur fécon- 
dation ; et qu'on les répande, avec les précautions né- 
cessaires , à la portée des mâles de la seconde espèce, 
lorsque ces derniers sont arrivés au terme de la matu- 
rité de leur laite. 



SUR LA N A TU RE D" E S | P O jl S S Q $T S. ÎÉtt 

Au reste , les soins multipliés que l'on est obligé de 
se donner pour faire réussir ces unions que l'on pour- 
voit nommer artificielles, expliquent pourquoi des 
réunions analogues sont très-peu fréquentes dans la 
Nature, et par conséquent pourquoi cette Nature -, 
quelque puissante qu'elle soit, ne produit cependant 
que très-rarement des -espèces nouvelles par le mé- 
lange des -espèces anciennes. Cependant, depuis qu£ 
Ton observe avec plus d'attention les poissons , on 
remarque dans plusieurs genres de ces animaux, des 
individus qui , présentant des caractères de deux espèces 
différentes et plus ou moins voisines, paroissent ap- 
partenir à une race intermédiaire que lion . devra 
regarder comme une espèce métive et distincte , lors- 
qu'on l'aura vue se maintenir pendant un temps très- 
long avec toutes ses propriétés particulières , et du 
moins avec ses attributs essentiels. Nous avons com- 
mencé de recueillir des faits curieux au sujet de ces 
espèces, pour ainsi dire, mi-parties, dans les lettres 
de plusieurs de nos savans correspondais, et notant 
ment du citojen Noël de Rouen. Ce dernier naturaliste 
pense, par exemple, que les nombreuses espèces de 
raies qui se rencontrent sur les rives françoises de la 
Manche, lors du temps.de la fécondation des œufs, 
doivent , en se mêlant ensemble , avoir donné ou 
donner le jour à des espèces ou races nouvelles. Cette 
opinion du citojen Noël rappelle celle des anciens 
au sujet des monstres de l'Afrique. Ils crojoient que 



IX EFFETS DE L'ART DE L'HOMME 

les grands mammifères de cette partie du monde, qui 
habitent les environs des déserts , et que la chaleur 
et la soif dévorantes contraignent de se rassembler 
fréquemment en troupes très -nombreuses autour des 
amas d'eau qui résistent aux rajons ardens du soleil 
dans ces régions voisines des tropiques , doivent sou- 
vent s'accoupler les uns avec les autres ; et que de 
leur union résultent des mulets féconds ou inféconds, 
qui, par le mélange extraordinaire de diverses formes 
remarquables et de différens attributs singuliers , mé- 
ritent ce nom imposant de monstres africains. 

Cependant ne cessons pas de nous occuper de ces 
poissons mulets que l'art peut produire ou que la 
Nature fait naître chaque jour par l'union de la carpe 
avec la gibèle, ou par celle de plusieurs autres espèces, 
sans faire une réflexion importante relativement à la 
génération des animaux dont nous écrivons l'histoire, 
et même à celle de presque tous les animaux. 

Des auteurs d'une grande autorité ont écrit que, dans 
la reproduction des poissons, la femelle exerçoit une 
si grande influence, que le fœtus étoit entièrement 
formé dans l'œuf avant l'émission de la laite du mâle y 
et que la liqueur séminale dont l'œuf étoit arrosé y 
imbibé et pénétré , ne dévoit être considérée que 
comme une sorte de stimulus propre à donner le mou- 
vement et la vie à l'embryon préexistant. 

Cette opinion a été étendue et généralisée au point 
de devenir une théorie sur la génération des animaux , 



SUR LA NATURE DES POISSONS. lxj 

et même sur celle de l'homme. Mais l'existence des 
métis ne détruit-elle pas cette hypothèse? Ne doit-on 
pas voir que si la liqueur fécondante du mâle n'étoit 
qu'un fluide excitateur, n'iufluoit en rien sur la forme 
du fœtus , ne donnoit aucune partie à l'embryon, les 
œufs de la même femelle , de quelque laite qu'ils 
fussent arrosés, feroient toujours naître des individus 
semblables ? le stimulus pourroit être plus ou moins 
actif; l'embryon seroit plus fort ou plus foible ; le 
foetus écloroit plutôt ou plus tard; l'animal jouirait 
d'une vitalité plus ou moins grande ; mais ses formes 
seroient toujours les mêmes ; le nombre de ses organes 
ne varieroit pas ; les dimensions pourraient être agran- 
dies ou diminuées; mais les proportions, les attributs, 
les signes distinctifs , ne montreraient aucun change- 
ment, aucune modification; aucun individu ne présen- 
terait en même temps et des traits du mâle et des 
traits de la femelle; il ne pourroit, dans aucune cir- 
constance, exister un véritable métis. 

Quoi qu'il en soit, les espèces que l'homme produira, 
soit par l'influence qu'il exercera sur les individus 
soumis à son empire, soit par les alliances qu'il établira 
entre des espèces voisines ou éloignées, seront un 
grand moyen de comparaison pour juger de celles 
que la Nature a pu ou pourra faire naître dans le 
cours des siècles. Les modifications que l'homme im- 
prime, serviront à déterminer celles que la Nature 
impose. La connoissance que l'on aura du point où 



îxij EFFETS DE l' ART DE L' HOMME 

aura commencé le développement des premières, et 
de celui où il se sera arrêté , dévoilera l'origine et 
Tétendue des secondes. Les espèces artificielles seront 
la mesure des espèces naturelles. On sait* par exemple, 
que le cyprin doré de la Chine perd dans la domes- 
ticité , non seulement des traits de son espèce par 
l'altération de la forme de sa nageoire caudale, mais 
encore des signes distinctifs du groupe principal ou du 
genre auquel il appartient, puisque la nageoire du dos 
lui est ôtée par l'art, et même des caractères de la grande 
famille ou de l'ordre dans lequel il doit être compris, 
puisque la main de l'homme le prive de ces nageoires 
inférieures dont la position ou l'absence indiquent les 
ordres des poissons. 

A la vérité, l'action de l'homme n'a pas encore pé- 
nétré assez avant dans l'intérieur de ce cyprin doré, 
pour y changer ces proportions générales de l'estomac, 
des intestins, du foie, des reins, des ovaires, etc., 
qui constituent véritablement la diversité des ordres, 
pendant que l'absence ou la position des nageoires 
inférieures n'est qu'un signe extérieur qui , par ses 
relations avec la forme et les dimensions des organes 
internes , annonce ces ordres sans en produire la 
diversité. 

Mais que sont quelques milliers d'années , pendant 
lesquels les Chinois ont manié , pour ainsi dire , leur 
cyprin doré , lorsqu'on les compare au temps dont la 
Nature dispose ? C'est cette lenteur dans le travail , c'est 



SUR LA NATURE DES POISSONS. lxiij 

cette série infinie d'actions successives, c'est cette accu- 
ululation perpétuelle d'efforts dirigés dans le même 
sens , c'est cette constance et dans l'intensité et dans la 
tendance de la force, c'est cet emploi de tous les instans 
dans une durée non interrompue de milliers de siècles , 
qui , survivant à tous les obstacles qu'elle n'a pu ni 
dissoudre ni écarter , est le véritable principe de la 
puissance irrésistible de la Nature. En ce sens, la Nature 
est le temps , qui règne sans contrainte sur la matière 
qu'elle façonne et sur l'espace dans lequel elle distribue 
les ouvrages de ses mains immortelles. 

Ce sera donc toujours bien au-delà de la limite du 
pouvoir de l'homme, qu'il faudra placer celle de la force 
victorieuse qui appartient à la Nature. Mais les juge- 
mens que nous porterons de cette force d'après 
l'étendue de l'art, n'en seront que plus fondés; nous 
n'aurons que plus de raison de dire que les espèces 
artificielles , excellentes mesures des espèces naturelles 
produites dans la suite des âges, sont aussi le mètre 
d'après lequel nous pourrons évaluer avec précision 
le nombre des espèces perdues , le nombre de celles 
qui ont disparu avec les siècles. 

Deux grandes manières de considérer l'univers 
animé sont dignes de toute l'attention du véritable 
naturaliste. 

D'un côté , on peut voir , dans les temps très-anciens , 
tous les animaux n'existant encore que dans quelques 
espèces primitives, qui, par des mojens analogues à ceux 



IxÎV EFFETS DE L'ART DE l' HOMME 

que l'art de l'homme peut employer, ont produit, par 
la force de la nature , des espèces secondaires , les- 
quelles par elles-mêmes , ou par leur union avec les 
primitives , ont fait naître des espèces tertiaires , etc. 
Chaque degré de cet accroissement successif offrant un 
plus grand nombre d'objets que le degré précédent, 
les a montrés séparés les uns des autres par des inter- 
valles plus petits , et distingués par des caractères moins 
sensibles; et c'est ainsi que les produits animés de la 
création sont parvenus à cette multitude innombrable 
et à cette admirable variété qui étonnent et enchantent 
l'observateur. 

D'un autre côté , on peut supposer que , dans les pre- 
miers âges , toutes les manières d'être ont été employées 
parla Nature , qu'elle a réalisé toutes les formes , déve- 
loppé tous les organes , mis en jeu toutes les facultés, 
donné le jour à tous les êtres vivans que l'imagination 
la plus bizarre peut concevoir ; que dans ce nombre 
infini d'espèces, celles qui n'avoientreçu que des moyens 
imparfaits de pourvoir à leur nourriture , à leur con- 
servation , à leur reproduction , sont tombées succes- 
sivement dans le néant ; et que tout s'est réduit enfin 
à ces espèces majeures , à ces êtres mieux partagés , qui 
figurent encore sur le globe. 

Quelque opinion qu'il faille préférer sur le point du 
départ de la Nature créatrice, sur cette multiplication 
croissante , ou sur cette réduction graduelle , l'état 
actuel des choses ne nous permet pas de ne pas consi- 



SUR LA NATURE DES POISSONS. kv 

dérer la Nature vivante comme se balançant entre les 
deux grandes limites que lui opposeroient à une extré- 
mité un petit nombre d'espèces primitives, et à l'autre 
extrémité l'infinité de toutes les espèces que l'on peut 
imaginer. Elle tend continuellement vers l'une ou vers 
l'autre de ces deux limites , sans pouvoir maintenant eu 
approcher, parce qu'elle obéit à des causes qui agissent 
en sens contraire les unes des autres, et qui, tour-à- 
tour victorieuses et vaincues, ne cèdent lors de quel- 
ques époques, que pour reparoître ensuite avec leur 
première supériorité. 

Quel spectacle que celui de ces alternatives ! quelle 
étude que celle de ces phénomènes ! quelle recherche 
que celle de ces causes ! quelle histoire que celle de 
ces époques ! 

Et pour les bien décrire, ou plutôt pour les con- 
noître dans toute leur étendue , il faut les contempler 
sous les différens points de vue que donnent trois 
suppositions, parmi lesquelles le naturaliste doit choi- 
sir, lorsqu'il examine l'état passé, présent et futur du 
globe sur lequel s'opère ce balancement merveilleux. 

La température de la terre est-elle constante , comme 
on l'a cru pendant long-temps? ou la chaleur dont 
elle est pénétrée, va-t-elle en croissant, ainsi que quel- 
ques physiciens l'ont pensé? ou cette chaleur décroît- 
elle chaque jour, comme l'ont écrit de grands natu- 
ralistes et de grands géomètres , les Leibnitz , les 
BufFon, les Laplace ? 

TOM e 1 1 1. i 



kvj EFFETS DE L'ART DE L' HOMME, et C. 

Présentons la question sous un aspect plus direct 
iLa Nature vivante est -elle toujours animée par la 
même température? ou la chaleur, ce grand principe 
de son énergie , diminue-t-elle ou s'accroît-elle à me- 
sure que les siècles augmentent? 

Quels sujets sublimes pour la méditation du géo- 
logue et du zoologiste! quelle immensité d'objets! 
quelle noble fierté l'homme devra ressentir , lorsqua- 
près les avoir contemplés , son génie les verra sans 
nuage, les peindra sans erreur, et, mettant chaque 
événement à sa place , fera la part et des temps écoulés 
et des temps qui s'avancent! 



HISTOIRE 



HISTOIRE NATURELLE 

DES POISSONS. 
LE SCOMBRE GERMON*. 



Cette espèce de scombre a été jusqu'à présent con- 
fondue par les naturalistes , ainsi que par les marins , 
avec les autres espèces de son genre. Elle mérite 
cependant à beaucoup d^égards une attention particu- 
lière , et nous allons tâcher delà faire connoître sous 
ses véritables traits , en présentant avec soin les belles 
observations manuscrites que Commerson nous a lais- 
sées au sujet de cet animal. 

Le germon , dont la grandeur approche de celle des 
thons , a communément plus d'un mètre de longueur ° 7 
et son poids presque toujours au-dessus d'un mjria- 
gramme , s'étend quelquefois jusqu'à trois. Sa couleur 

*'Scômber germo. 

Scomber (germo) pinms pectoraîibns ultra anura productis, pinnulis 
dor-salibus novera , ventralibusque totidem. Manuscrits de Commerson^ 
déjà cités. 

Germon , par plusieurs navigateurs français, 

sLongue oreille , par d'autres navigateurs* 

TOME ÏJI. 1 



S HISTOIRE NATURELLE 

est d'un bleu noirâtre sur le dos , d'un bleu très-pur et 
très-beau sur le haut des côtés , d'un bleu argenté sur 
le bas de ces mêmes côtés , et d'une teinte argentée 
sans mélange sur sa partie inférieure. On voit, sur le 
ventre de quelques individus , des bandes transversales; 
mais elles sont si/ugitives , qu'elles disparoissent avec 
rapidité lorsque le scombre expire , et même lorsqu'il 
est hors de l'eau depuis quelques instans. L'animal 
est alongé et un peu conique à ses deux extrémités j 
la tête revêtue de lames écailleuses, grandes et bril- 
lantes ; le corps recouvert ? ainsi que la queue , d'é- 
cailles petites , pentagones , ou plutôt presque arron- 
dies. 

Un seul rang de dents garnit chacune des deux 
mâchoires, dont l'inférieure est d'ailleurs plus avancée 
que la supérieure. 

L'intérieur de la bouche est noirâtre dans son con- 
tour ; la langue courte, , un peu large , arrondie 
par-devant , cartilagineuse et rude ; le palais raboteux 
comme la langue ; l'ouverture de chaque narine 
réduite à une sorte de fente ; chaque commissure 
marquée par une prolongation triangulaire de la 
mâchoire supérieure ; l'œil grand et un peu convexe ; 
l'opercule branchial ? composé de deux pièces dénuées 
d'écaillés semblables à celles du dos , resplendissantes 
de l'éclat de l'argent , et dont la seconde s'étend en 
croissant autour de la première ? et en borde le contour 
postérieur» 



DES POISSONS. 3 

On peut voir au-dessous de cet opercule une mem- 
brane branchiale blanchâtre dans sa circonférence , et 
noirâtre dans le reste de sa surface ; un double rang 
de franges compose chacune des quatre branchies : 
l'os demi-circulaire du premier de ces organes respi- 
ratoires présente des dents longues et fortes , arran- 
gées comme celles d'un peigne ; l'os du second n'en 
offre que de moins grandes ; et l'arc du troisième ainsi 
que celui du quatrième , ne sont que raboteux *. 

Les nageoires pectorales ont une largeur égale au 
douzième , ou à peu près , de la largeur totale du 
scombre j leur longueur est telle , qu'elles dépassent 
l'ouverture de l'anus , et parviennent jusqu'aux pre- 
mières petites nageoires du dessous de la queue. Elles 
sont de plus en forme de faux , fortes , roides , et , ce 
qu'il faut sur-tout ne pas négliger d'observer , placées 
chacune au-dessus d'une fossette , ou d'une petite cavité 
imprimée sur le côté du poisson, de la même grandeur 
et de la même ligure que cet instrument de natation, 
et dans laquelle cette nageoire est reçue en partie 
lorsqu'elle est en repos. Un appendice charnu occupe 



* A la membrane des branchies 7 rayons, 

à la première nageoire du dos 14 

à la seconde iz 

h. chacune des pectorales 35 

à chacune des thoracines 7 

à celle de l'anus 12 

.à celle de la queue 3© 



4 HISTOIRE NATURELLE 

«Tailleurs , si je puis employer ce mot , Faisselle supé- 
rieure de chaque pectorale. 

Une fossette analogue est , pour ainsi dire , gravée 
au-dessous du corps , pour loger les nageoires thora- 
cines, qui sont situées au-dessous des pectorales, et qui, 
presque brunes à l'intérieur, réfléchissent à l'extérieur 
une belle couleur d'argent. 

La première nageoire dorsale s'élève au-dessus d'un 
sillon longitudinal dans lequel l'animal peut la cou- 
cher ; et elle s'avance comme une Faux vers la queue. 

La seconde , presque entièrement semblable à celle 
de l'anus , au-dessus de laquelle on, la voit ,, par sa 
rigidité, ses dimensions , sa figure et sa couleur, est 
petite et souvent rougeâtre ou dorée. 

Les petites nageoires du dessus et du dessous de la 
queue sont triangulaires, et au nombre de huit ou de 
neuf dans le haut , ainsi que dans le bas. Ce nombre 
paroît être très-constant dans les individus de l'espèce 
que je décris, puisque Commerson assure l'avoir tou- 
jours trouvé , et cependant avoir examiné plus de vingÇ 
germons. 

La nageoire de la queue , découpée comme un crois- 
sant , est assez grande pour que la distance, en ligne 
droite , d'une extrémité du croissant a l'autre , soit 
quelquefois égale au tiers de la longueur totale de 
l'animaL Le- thon a également et de même que presque 
tous les scombres , une nageoire caudale très-étendue; 
et nous avons vu, dans Farticle précédent, les effets très^ 



DES POISSONS. S 

curieux qui résultent de ee développement peu ordi- 
naire du principal instrument de natation. 

La ligne latérale , fléchie en divers sens jusqu'au-des- 
sous de la seconde nageoire du dos , tend ensuite direc- 
tement vers le milieu de la nageoire caudale. 

On voit enfin , de chaque côté de la queue , la 
peau s'élever en forme de carène longitudinale ; et 
cette forme est donnée à ce tégument par un carti- 
lage qu'il recouvre , et qui ne contribue pas peu à la 
rapidité avec laquelle le germon s'élance au milieu 
ou à la surface des eaux. 

Jetons maintenant un coup d'œil sur la conforma- 
tion intérieure de ce scombre. 

Le cœur est triangulaire , rougeâtre , assez grand, à 
lin seul mais très-petit ventricule ; ; l'oreillette grande 
et très-rouge ; le commencement de l'aorte blanchâtre, 
et en forme de bulbe y le foie d'un rouge pâle , tra- 
pézoïde ,. convexe sur une de ses surfaces , hérissé de 
pointes vers une extrémité , garni de lobules à l'extré- 
mité opposée, creusé à l'extérieur par plusieurs cise- 
lures, et composé à l'intérieur de tubes vermiculaires , 
droits , parallèles les uns aux autres , et exhalant une 
humeur jaunâtre par des conduits communs ) la rate 
alongée comme une languette , noirâtre, et suspendue 
sous le côté droit du foie ; la vésicule du fiel conformée 
presque comme un lombric , plus grosse par un bout 
que par l'autre ,. égale en longueur au tiers de la 
longueur totale du poisson 9 appliquée contre la rate r 



t> HISTOIRE NATURELLE 

et remplie d'un suc très-verd ; l'estomac sillonné par 
des rides longitudinales ; le canal intestinal deux fois 
replié ; le péritoine brunâtre ; et la vessie natatoire 
longue, large , attachée au dos et argentée. 

Commerson a observé le germon dans le grand 
Océan austral , improprement appelé mer Pacifique , 
vers le vingt-septième degré de latitude méridionale , 
et le cent troisième de longitude. 

Il vit pour la première fois cette espèce de scombre 
dans le voyage qu'il fit sur cet océan , avec notre 
célèbre navigateur et mon savant confrère Bougain- 
ville. Une troupe très-nombreuse d'individus de cette 
espèce de scombre entoura le vaisseau que montoit 
Commerson ; et leur vue ne fut pas peu agréable à 
des matelots et à des passagers fatigués par l'ennui 
et les privations inséparables d'une longue naviga- 
tion. On tendit tout de suite des cordes garnies 
d'hameçons ; et on prit très-promptement un grand 
nombre de ces poissons , dont le plus petit pesoit plus 
d'un myriagramme , et le plus gros plus de trois. A 
peine ces thoracins étoient-ils hors de l'eau^ qu'ils 
mouroient au milieu des tremblemens et des soubre- 
sauts. Les marins , rassasiés de l'aliment que ces ani- 
maux leur fournirent, cessèrent d'en prendre : mais 
les troupes de germons , accompagnant toujours le 
vaisseau, furent, pendant les jours suivans, l'objet de 
nouvelles pêches, jusqu'à ce que, les matelots se dégoû- 
tant de cette sorte de nourriture , les pêcheurs man- 



DES POISSONS. *f 

quèrent aux poissons , dit le voyageur naturaliste , mais 
non pas les poissons aux pêcheurs. Le goût de la chair 
des germons étoit très-agréable , et comparable à celui 
des thons et des bonites ; et quoique les matelots en 
mangeassent jusqu'à satiété , aucun d'eux n'en éprouva 
l'incommodité la plus légère. 

Commerson ajoute à ce qu'il dit des germons , une 
observation générale que nous croyons utile de rap- 
porter ici. Il pense que tous les navires ne sont pas 
également suivis par des colonnes de scombres ou 
d'autres poissons analogues à ces légions de germons 
dont nous venons de parler ; il assure même qu'on a vu , 
lorsque deux ou plusieurs vaisseaux voguoient de con- 
serve, les poissons ne s'attacher qu'à un seul de ces bâti- 
mens , ne le jamais quitter pour aller vers les autres , et 
donner ainsi à ce bâtiment favorisé une sorte de privi- 
lège exclusif pour la pêche. Il croit que cette préférence 
des troupes de poissons pour un navire dépend du plus 
ou moins de subsistance qu'ils trouvent à la suite de 
ce vaisseau , et sur-tout de la saleté ou de l'état exté- 
rieur du bâtiment au-dessous de sa ligne de flottaison. 
Il lui a semblé que les navires préférés étoient ceux 
dont la carène a voit été réparée le plus anciennement, 
ou qui venoient de servir à de plus longues navigations : 
dans les voyages de long cours , il s'attache sous les 
vaisseaux, des fucus', des goémons, des corallioes , 
des pinceaux de mer, et d'autres plantes ou animaux 
marins qui peuvent servir à nourrir les poissons et 



/- 



8 HISTOIRE NATURELLE, 

doivent les attirer avec force. Au reste , Commerson 
remarque , ainsi que nous l'avons observé à l'article du 
thon, que parmi les eauses qui entraînent les poissons 
auprès d'un vaisseau, il faut compter l'ombre que le 
corps du bâtiment et sa voilure répandent sur la mer 5 
et dans les climats très-chauds , on voit , dit-il , pen- 
dant la plus grande chaleur du jour , ces animaux se 
ranger dans la place plus ou moins étendue que Le 
navire couvre de son ombre. 



LE SCOMBRE THAZARD*. 



Ce nom de thazard a été donné à des ésoces , à 
des clupées , et à d'autres scombres que celui dont 
nous allons parler : mais nous avons cru devoir , avec 
Commerson , ôter cette dénomination à toute espèce 
de scombre , excepté à celle que nous allons faire con- 
noître. La description de ce poisson n'a encore été 
publiée par aucun naturaliste. Nous avons trouvé dans 
les papiers du célèbre compagnon de Bougainville , 
Une figure de ce thazard, que nous avons fait graver, 
et une notice des formes et des habitudes de ce tho- 
racin ., de laquelle nous nous sommes servis pour com- 
poser l'article que nous écrivons. 

La grandeur du thazard tient le milieu entre celle 
de la bonite et celle du maquereau ; mais son corps , 
quoique très-musculeux , est plus comprimé que celui 
du maquereau , ou celui de la bonite. 

Sa couleur est d'un beau bleu sur la tête , le dos; 
et la portion supérieure des parties latérales ; elle se 
change en nuances argentées et dorées, mêlées de tons 

* Scoœber thazard. 

Tazo, 

Tazard. 

Scomber immaculatus, pînnulis dorsalibus octo , ventralibus septem , 
pinnis pectoralibus ventrales yix excedentibus. Commerson f manuscrits 
déjà cités. 

TOME III. % 



ÎO HISTOIRE NATURELLE 

fugitifs d'acier poli , sur les bas côtés et le dessous 
de ranimai. 

Au-dessous de chaque œil , on voit une tache ovale r 
petite , mais remarquable , et d'un noir bleuâtre. 

Les nageoires pectorales et les thoracines sont noi- 
râtres dans leur partie supérieure , et argentées dans 
l'inférieure ; la première nageoire du dos est d'un bleu 
brunâtre . et la seconde est presque brune*. 

Au reste , on ne voit sur les côtés du thazard , ni 
bandes transversales , ni raies longitudinales. 

La tête , un peu conique , se termine insensiblement: 
en un museau presque aigu. 

La mâchoire supérieure , solide et non extensible r 
est plus courte que l'inférieure , et paroît sur -tout 
moins alongée , lorsque la bouche est ouverte. Les 
dents qui garnissent l'une et l'autre de ces deux mâ- 
choires , sont si petites , que le tact seul peut en 
quelque sorte les distinguer-. L'ouverture de la bouche 
est communément assez étroite pour ne pouvoir pas 
admettre de proie plus volumineuse que de petits 
poissons volans , ou jeunes exocets. 

* 6 rayons a la membrane des branchies, 
q à la première dorsale.. 

la à la seconde dorsale. 

1 ou 2 aiguillons et 22. ou 28 rayons articules à chacune des pecto- 
rales. 
1 aiguillon et 5 rayons articulés à chacune des thoracines. 
1.2 rayons à la nageoire de l'anus. 
3o à la nageoire de la queue.. 



DES POISSON S. î ï 

Les commissures sont noirâtres; l'intérieur de la 
gueule est d'un brun argenté ; la langue , assez large , 
presque cartilagineuse , très-lisse , et arrondie par- 
devant , présente , dans la partie de sa circonférence qui 
est libre , deux bords dont l'un est relevé , et dont 
l'autre s'étend horizontalement ; deux faces qui se 
réunissent en formant un angle aigu , composent la 
voûte du palais , qui , d'ailleurs , est sans aucune aspé- 
rité. Chaque narine a deux orifices : l'antérieur est 
petit , et arrondi ; le postérieur plus visible et alongé. 
Les jeux sont très-grands et sans voile. 

L'opercule, composé de deux lames , recouvre quatre 
branchies , dont chacune comprend deux rangs de 
franges , et est soutenue par un os circulaire dont la 
|3artie concave offre des dents semblables à celles d'un 
peigne , très-longues dans le premier de ces organes , 
moins longues dans le second et le troisième , très- 
courtes dans le quatrième. 

La tête ni les opercules ne sont revêtus d'aucune 
écaille proprement dite : on ne voit de ces écailles 
que sur la partie antérieure du dos et autour des 
nageoires pectorales ; et celles qui sont placées sur ces 
portions du scombre , sont petites et recouvertes par 
répiderme. La partie postérieure du dos , les côtés , 
€t la partie inférieure de Fanimal , sont donc dénués 
d'écaillés , au moins de celles que l'on peut apperce- 
voir facilement pendant la vie du poisson. 

Les pectorales , dont la longueur excède à peine celle 



1SL HISTOIRE NATURELLE 

des thoracines , sont reçues chacune, à la volonté du 
thazard , dans une sorte de cavité imprimée sur le 
côté du scombre. 

Nous devons faire remarquer avec soin qu'entre les 
nageoires thoracines se montre un cartilage xiphoïde , 
ou en forme de lame , aussi long que ces nageoires , 
et sous lequel l'animal peut les plier et les cacher en 
partie. 

La première dorsale peut être couchée et comme 
renfermée dans une fossette longitudinale; la caudale, 
ferme et roide , présente la forme d'un croissant très- 
alongé. 

Huit ou neuf petites nageoires triangulaires et peu 
flexibles sont placées entre cette caudale et la seconde 
dorsale ; on en compte sept entre cette même caudale 
et la nageoire de l'anus. 

De chaque côté de la queue , la peau s'élève en carène 
demi-transparente, renfermée par-derrière entre deux 
lignes presque parallèles; et la vigueur des muscles de 
cette portion du thazard, réunie avec la rigidité de la 
nageoire caudale, indique bien clairement la force de 
la natation et la rapidité de la course de ce scombre. 

On ne commence à distinguer la ligne latérale qu'à 
l'endroit où les côtés cessent d'être garnis d'écaillés 
proprement dites : composée vers son origine depetites 
écailles qui deviennent de plus en plus clairsemées, 
à mesure que son cours se prolonge, elle tend par de 
faibles ondulations , et toujours plus voisine du dos 






DES POISSONS. lô 

que de la partie inférieure du poisson, jusqu'à l'appen- 
dice cutané de la queue. 

L'individu de l'espèce du thazard, observé par Com- 
merson , avoit été pris, le 3o juin 1768 , vers le septième 
degré de latitude australe , auprès des rivages de la 
Nouvelle-Guinée, pendant que plusieurs autres scom- 
bres de la même espèce s'élançoient , à plusieurs re- 
prises , à la surface des eaux , et derrière le navire , 
pour y saisir les petits poissons qui suivoient ce bâ- 
timent. 

Le goût de cet individu parut à Commerson aussi 
agréable que celui de la bonite ; mais la chair de la 
bonite est très-biauche , et celle de ce thazard étoit 
jaunâtre. Nous allons voir, dans l'article suivant, les 
grandes différences qui séparent ces deux espèces l'une 
de l'autre. 



LE SCOMBRE BONITE*. 



La bonite a été aussi appelée pélamide; mais nous 
avons dû préférer la première dénomination. Plusieurs 
siècles avant Pline, les jeunes thons qui n'avoient pas 
encore atteint l'âge d'un an, -étaient déjà nommés pé- 
lamides; et il faut éviter tout ce qui peut faire con- 
fondre une espèce avec une autre. D'ailleurs , ce mot 
pélamide emplojé par plusieurs des auteurs qui ont 
écrit sur l'histoire naturelle , est à peine connu des 
marins, tandis qu'il n'est presque aucun récit de 



* Scomber pelamides. 

Bonnet. 

Pélamide. 

Scomber pelamis. Linné, édition de Gmelin. 

Scombre pélamide. Baubenton, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre 3 -planches de V Encyclopédie méthodique. 

Scomber... lineis utrinque quatuor nigris. Lœfl. It. 102. 

Bonite. Valmont-Bomare 3 Dictionnaire d'histoire naturelle. 

Scomber pelamis , pinnulis superioribus octo, inferioribus septem , tse- 
niis ventralibus longitudinaUbus quatuor nigris. Commerson^ manuscrits 
tdéja cités. 

Scomber , 2 , variet. @. Artedi, gen. 3i , syn. 49. 

;Scomber pulcher, seu bonite. OsbecJtj It. 67. 

Pelamis Plinii. Belon. 

pelamis Bellonii. TVillughby t p. 180. 

Raj. 9, p. 58 , n. 2. 

Pelamis cœrulea. Aldrov. lié. 3, cap. 18 , p. 3i,5. 

Jonstofij iab. 3 , fi g. 3. 



HISTOIRE NATURELLE. l5> 

navigation lointaine dans lequel le nom de bonite De 
se retrouve fréquemment. Avec combien de sensations 
agréables ou fortes cette expression n'est-elle donc pas 
liée! Combien de fois n'a-t-elle pas frappé l'imagination' 
du jeune homme avide de travaux , de découvertes et 
de gloire , assis sur un promontoire escarpé, dominant 
sur la vaste étendue des mers , parcourant l'immensité' 
de l'Océan par sa pensée , et suivant autour du globe, 
par ses désirs enflammés, nos immortels navigateurs! 
Combien de fois la mémoire fidèle ne l'a -t- elle pas 
retracée au marin intrépide et fortuné, qui, forcé par 
l ? âge de ne plus chercher la renommée sur les eaux, 
rentré dans le port paré de ses trophées , contemplant 
d'un rivage paisible l'empire des orages qu'il a si sou- 
vent affrontés, rappelle à son ame satisfaite le charme 
des espaces franchis, des fatigues supportées, des obs- 
tacles écartés, des périls surmontés, des plages décou- 
vertes , des vents enchaînés , des tempêtes domptées ! 
Combien de fois n'a-t-elle pas ému , dans le silence 
d'une retraite champêtre , le lecteur paisible , mais 
sensible , que le besoin heureux de s'instruire , ou 
l'envie de répandre les plaisirs variés de l'occupation 
de l'esprit sur la monotonie de la solitude , sur le calme 
du repos, sur l'ennui du désœuvrement, attachent, pour 
ainsi dire , et par une sorte d'enchantement irrésistible , 
sur les pas des hardis vojageurs ! Que de douces et 
de vives jouissances ! Et pourquoi laisser échapper un 
seul des mojens de les reproduire , de hs multiplier, 



j6 histoire naturelle 

de les étendre , d'en embellir l'étude de la science que 
nous cultivons ? 

Cette bonite dont le nom est si connu, est cependant 
encore assez mal connue elle-même : heureusement 
Commersoii , qui l'a observée en habile naturaliste 
dans ses formes et dans ses habitudes , nous a laissé 
dans ses manuscrits de quoi compléter l'image de ce 
scombre. 

L'ensemble formé par le corps et la queue de l'a- 
nimal , musculeux, épais et pesant, finit par-derrière 
en cône. Le dessus de la tête , le dos , les nageoires 
supérieures , sont d'un bleu noirâtre ; les côtés sont 
bleus; la partie inférieure est d'un blanc argentin: 
quatre raies longitudinales un peu larges , et d'un 
brun noirâtre, s'étendent de chaque côté au-dessous 
de la ligne latérale , et sur ce fond que nous venons 
d'indiquer comme argenté, et que Commerson a vu 
cependant brunâtre dans quelques individus ; les na- 
geoires thoracines sont brunes ; celle de l'anus est ar- 
gentée ; l'intérieur de la gueule est noirâtre ; et ce qui 
est assez remarquable, c'est que l'iris, le dessous de la 
tête, et même la langue, paroissent, suivant Com- 
merson , revêtus de l'éclat de l'or. 

Parlons maintenant des formes de la bonite, 

La tête , ajant un peu celle d'un cône , est d'ailleurs 
lisse , et dénuée d écailles proprement dites. Un simple 
rang de dents très-petites garnit la mâchoire supérieure, 
qui n'est point extensible, et l'inférieure, qui est plus 



DES POISSONS. ï'7 

avancée que celle d'en-haut. L'ouverture de la bouche 
a la grandeur nécessaire pour que la bonite puisse avaler 
facilement un exocet. v 

La langue est, petite, étroite, /courte, maigre, demi- 
cartilagineuse, relevée dans ses bords; la voûte du pa- 
lais très-lisse; l'orifice de chaque narine voisin de l'œil, 
unique, et fait en forme de ligne longue très-étroite et 
verticale ; l'œil très -grand, ovale, peu convexe, sans 
voile ; l'opercule branchial composé de deux lames . 
arrondies par- derrière , dénuées de petites écailles, 
et dont la postérieure embrasse celle de devant. 

Des dents arrangées comme celles d'un peigne gar- 
nissent l'intérieur des arcs osseux qui soutiennent les 
branchies ; elles sont très-longues dans les arcs anté- 
rieurs. 

Les écailles qui recouvrent le corps et la queue, sont 
petites, presque pentagones , et fortement attachées les 
unes au-dessus des autres. 

Chacune des nageoires pectorales, dont la longueur 
est à peine égale à la moitié de l'espace compris entre 
leur base et l'ouverture de l'anus, peut être reçue dans 
une cavité gravée, pour ainsi dire , sur la poitrine de 
l'animal, et dont la forme ainsi que la grandeur sont 
semblables à celles de la nageoire. 

On voit une fossette analogue propre à recevoir 

chacune des thoracines., au-dessous desquelles on peut 

reconnoître l'existence d'Un cartilage caché par la peau. 

La nageoire de l'anus est la plus petite de toutes. La 

tome m. 3 



,!8 HISTOIRE NATURELLE 

première du dos, faite en forme de faux, et composée 
uniquement de rajons non articulés, peufcêtre couchée à 
la volonté de la bonite , et, pour ainsi dire , entièrement 
cachée dans un sillon longitudinal; la seconde dorsale, 
placée presque au-dessus de celle de l'anus, est à -peine- 
plus -avancée et plus grande que cette dernière. La 
nageoire de la queue paroît très-forte , et représente 
un croissant dont les deux cornes sont égales et très- 
écartées *. 

Entre cette nageoire et la seconde du dos, on voit 
huit petites nageoires; on n'en trouve que sept au- 
dessous de la queue : mais il faut observer que , dans 
quelques individus , le dernier lobe de la seconde 
dorsale , et celui de la nageoire de l'anus , ont pu être 
conformés de manière à ressembler beaucoup à une 
petite nageoire ^ et voilà pourquoi on a cru devoir 
compter neuf petites nageoires au-dessus et huit au- 
dessous de la queue de la bonite. 

Les deux cotés de cette même queue présentent un; 
appendice cartilagineux , un peu diaphane , élevé en 



* 7 rayons à : la membrane branchiale. 
i5 rayons non articulés à la première nageoire du dos. 
12 rayons à la seconde dorsale, 
i ou 2.aiguillons et 26 ou 27 rayons articulés à chacune des pecto- 
rales. 
1 aiguillon et 5 rayons articulés à chacune des thôracines*.. 
ia rayons à celle de l'anus. 
3p rayous à celle de la queue» 



DES POISSONS. 19 

carène, et suivi de deux stries longitudinales qui tendent 
à se rapprocher vers la nageoire caudale, 

La ligne latérale, à peine sensible dans son origine* 
fléchie ensuite plus d'une fois, devient droite, et s'a- 
vance vers l'extrémité de la queue. 

La bonite a presque toujours plus de six décimètres 
de longueur : elle se nourrit quelquefois de plantes 
marines et d'animaux à coquille , dont Commerson a 
trouvé des fragmens dans l'intérieur de plusieurs indi- 
vidus de cette espèce qu'il a disséqués 3 le plus souvent 
néanmoins elle préfère des exocets ou des triures. On 
la rencontre dans le grand Océan , aussi-bien que dans 
l'Océan atlantique; mais on ne la voit corn munément que 
dans les environs de la zone torride : elle y est la victime 
de plusieurs grands animaux marins; elle y périt aussi 
très -fréquemment dans les rets des navigateurs, qui 
trouvent le goût de sa chair d'autant plus agréable, que, y 
lorsqu'ils prennent ce seombre , ils ont été communé- 
ment privés depuis plusieurs jours de nourriture 
fraîche ; et , poisson misérable, pour employer l'expres- 
sion de Commerson, elle porte dans ses entrailles des 
ennemis très-nombreux ; ses intestins sont remplis de 
petits tœnia et d'ascarides ; jusque sous sa plèvre et sous 
Son péritoine, sont logés des vers cucurbitains très- 
blancs, très-petits et très-mous; et son estomac ren- 
ferme d'autres animaux sans vertèbres, que Commerson 
a cru devoir comprendre dans le genre des sangsues. 
Avant de terminer cet article , nous croyons utile 



SO HISTOIRE NATURELLE. 

de bien faire connoître quelques-unes des principales- 
différences qui séparent la bonite du thazard, avec, 
lequel on pourroit la confondre. Premièrement,, la bo- 
nite a sur le ventre des raies noirâtres et longitudinales 
qui manquent sur le thazard. Deuxièmement, son corps- 
est plus épais et moins arrondi. Troisièmement, elle 
n'a pas, comme le thazard, une tache bleue sous chaque 
œil. Quatrièmement, elle est couverte, sur tout le corps^ 
et la queue, d'écaillés placées les unes au-dessus des> 
autres : le thazard n'en montre d'analogues que sur le 
dos et quelques autres-parties de sa surface. Cinquiè- 
mement, sa membrane branchiale est soutenue par 
sept rajons \ celle du thazard n'en comprend que six. 
Sixièmement, le nombre des rajons est différent dans, 
les pectorales ainsi que dans la première dorsale de !a^ 
bonite, et dans les pectorales ainsi que la première 
dorsale du thazard. Septièmement, le cartilage situé 
au-dessous des thoracines est caché par la peau dans 
le thazard; il est à découvert dans la bonite. Huitième- 
ment, la queue est plus profondément échancrée dans 
la bonite que dans le thazard. Neuvièmement, la ligne 
latérale diffère dans ces deux scombres , et parle lieu 
de son origine, et par ses sinuosités. Dixièmement ,. 
enfin la couleur de la chair du thazard est jaunâtre. 

Que l'on considère avec Commerson qu'aucun de ces • 
caractères ne dépend de l'âge ni du sexe , et l'on sera= 
convaincu avec ce naturaliste que la bonite est une- 
espèce de scombre très-différente de celle du thazard 
décrite pour la première fois par ce savant voyageur». 



LE SCOMBRE ALATUNGA 



Ce scornbre, dont les naturalistes doivent la première 1 
description au savant Cetti ,. auteur de Y Histoire des 
poissons et des amphibies de la Sardaigne, vit dans la 
Méditerranée comme le thon. On Fy voit, de même 
que ce dernier poisson, paroître régulièrement à cer- 
taines époques; et cette espèce se montre également 
en troupes nombreuses et bruyantes. Sa chair est 
blanche et agréable au goût. L'alatunga a d'ailleurs 
beaucoup de rapports dans sa conformation avec le 
thon; mais il ne parvient ordinairement qu'au poids 
de sept ou huit kilogrammes. IP n'a que sept petites 
nageoires au-dessus et au-dessous de la queue 3 et ses 
nageoires pectorales sont si alongées, qu'elles atteignent 
jusqu'à la seconde nageoire dorsale. Au reste, il est 
aisé de voir que presque tous ses traits , et particu- 
lièrement le dernier, le séparent de la bonite et du 
thazard , aussi-bien que du thon 5 et la longueur de ses 
pectorales ne peut le faire confondre dans aucune cir- 
constance avec le germon, puisque le germon a huit 
ou neuf petites nageoires au-dessus ainsi qu'au-dessous 

* Scomber aîatunga. 

Ici. Linné j édition de Gmelin, 

Cettij Pesc. e anf. di Sard. p. 198. 

Scombre ajatunga. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 



Sa H IST01RE NATURELLE. 

de la queue, pendant que Falatunga n'en a que sept 
au-dessous et au-dessus de cette même partie. Il est 
figuré dans les peintures sur vélin que l'on possède 
au Muséum national d'histoire naturelle, et qui ont été 
faites d'après les dessins de Plumier, sous le nom de 
thon de l! Océan [thynnus océaniens), vulgairement gei~ 
mon. 

Sa mâchoire inférieure est plus avancée que la supé^ 
rieure, et sa ligne latérale tortueuse. 



E E S C M B R E C H I N OIS *. 



Ce scombre n'a encore été décrit par aucun natura~~ 
liste européen. Nous en avons trouvé une image très- 
bien peinte dans le recueil chinois dont nous avons 
déjà parlé plusieurs fois : il est d'un violet argenté 
dans sa partie supérieure, et rougeâtre dans sa partie 
inférieure. Sept petites nageoires sont placées entre la 
caudale et la seconde du dos ron en voit sept autres 
au-dessous de la queue.. Les pectorales sont courtes; 
la caudale est très - échanerée. La ligne latérale est 
saillante, sinueuse dans tout son^ours; et indépen- 
damment de son ondulation générale , elle descend 
assez bas après avoir dépassé les pectorales, et se relève 
un peu ensuite. On n'apperçoit pas de raies longitudi- 
nales sur les côtés de l'animal. 



* Scomber sinensis. 



LE SCOMBRE MAQUEREAU 



Lorsque nous avons voulu parcourir, pour ainsi dire-," 
-toutes les mers habitées par les légions nombreuses et 
-rapides de thons, de germons,. de thazards, de bonites, 
et des au très scombres que nous venons d'examiner, nous 
n'avons eu besoin de nous élever, par la force de la 
pensée , qu'au-dessus des portions de l'Océan qu'envi- 



* Scomber scoinbrus. 

Auriol , sur plusieurs côtes méridienales de France. 

Y errât , ibid. 

Makrill, en Suède* 

Ici. en IDaiiemarcTi. 

Makrel, en Allemagne, 

Macarel, en Angleterre* 

Macarello, à Rome. 

Scombro , à Venise. 

Xacerto , à Naples. 

Cavallo, en Espagne. 

Horreau , dans quelques contrées européennes» 

Scomber scomber. Linné, édition de Gmelin. 

Scombre maquereau. Daubenton, Encyclopédie méthodique* 

Id. Bonnaterre , planches de V Encyclopédie méthodique. 

Maquereau. Duhamelj Traité des pêches i; part. z 1 sect. r ]^ chap. i 9 pl.i,, 
fig. i. 

Bloch, pi. 54. 

Scomber pinnulis quinque. Faun. Suecic.23q. 

Miill. Prodrom. Zoolog. Danic. p. 47, 71. 3q5. 

Scomber pinnulis quinque in extremo dorso ., spinâ brevi ad anum. 
Artedi, gen. 3o , spec. 68 , syn, 48. 



HISTOIRE NATURELLE. 2 5 

ronnent les zones torride et tempérées. Pour connoître 
maintenant, observer et comparer tous les climats 
sous lesquels la Nature a placé lescombre maquereau, 
nous devons porter nos regards bien plus loin encore. 
Que notre vue s étende jusqu'au pôle du globe , jusqu'à 
celui autour duquel scintillent les deux ourses. Quel 
spectacle nouveau , majestueux , terrible , va paroître 
à nos jeux I Des rivages couverts de frimas amoncelés 
et de glaces éternelles, unissent, sans les distinguer f 



O' o-xopÇpoç. Arist. lib. 6, cap. 175 lib. 8, cap. 12, 

JElian. lib. 14 , cap. 1 , p. 798. s 

Aihen. lib. 3,, p. 121. 

Oppian. Halieut. lib. 1 ,/bZ. 108 et 109 ; et lib. 3. 
Scomber. Qvid. Halieut. v. 94. 
Scomber. Columell. lib. 8, cap. 17. 

Scomber. Plin. lib. 9 , cap. i5 ; lib. 3i , cap. 8,5 et lib. 32 , cap. 11. 
Maquereau. Rondelet 3 part. 1 , lie. '8, chap. 7. 
Scombrus. Id. ibid. 

Scomber. Gesner, ,841 , 1012} et (gerin.) fol. 5j» 
Scombrus. Id, 
Schonev. p. 66. 

Aldrov. lib. 2, cap. 53, p. 270. 

Jonston, lib. 1 , tit. 3 , cap. 3 , a. I , punct. 6 , p. 92 , tab.2l ,fg. g 7 h* 
Willughby, p. 181. 
Mackrell. Raj. p. 58. 
Scomber, scorrïbrus. Charlet. p. 147. 
Wotton, lib. 8 , cap. 188 , p. 166 , £. 
Salvian.fol. 23g , #, 241 , 242. 

Pelamis corpore castigato , etc. Klein, Miss. pisc. 5, p. iz , «, £ ? 
*a£. 4,yîg. 1. 

Gronov. Mus. 1 , p. 34, 7*. 81 ; <?/ Zooph. p. g3, ?z. 3©4« 
i>n'/. Zoolog. 3 , p. 221 , 7î, 1. 

TOME III. a 



2.6 HISTOIRE NATURELLE 

une terre qui disparoit sous des couches épaisses de 
neiges endurcies, à une mer immobile, froide, gelée, 
solide dans sa surface, et surchargée au loin d'énormes 
glaçons entassés en montagnes sinueuses , ou élevés en 
pics sourcilleux. Sur cet Océan endurci par le froid ,. 
chaque année ne voit régner qu'un seul jour; et pen- 
dant ce jour unique, dont la durée s'étend au-delà de 
six mois, le soleil, peu exhaussé au-dessus de la surface 
des mers, mais paroissant tourner sans cesse autour de' 
l'axe du monde , élevant ou abaissant perpétuellement 
ses orbes, mais enchaînant toujours ses circonvolutions, 
commençant, toutes les fois qu'il répond au même 
méridien, un nouveau tour de son immense spirale, ne 
lançant que des rayons presque horizontaux et faci- 
lement réfléchis par les plans verticaux des éminences 
de glace , illuminant de sa clarté mille fois répétée les 
sommets de ces monts en quelque sorte erystallins ,. 
resplendissant sur leurs innombrables faces , et ne 
pénétrant qu'à peine dans les cavités qui les séparent, 
rend plus sensible par le contraste frappant d'une lu- 
mière éclatante et des ombres épaisses, cet étonnant 
assemblage de sommités escarpées et de profondes 
anfractuosités. 

Cependant la même année voit succéder une nuit 
presque égale à ce jour. Une clarté nouvelle en dissipe 
les trop noires ténèbres : les ondes congelées ren- 
voient , dispersent et multiplient dans l'atmosphère r 
la lueur argentée de la lune, qui a pris la place du- 



DES P I S S O K S. ^7 

soleil; et la lumière boréale étalant, au plus haut des 
airs , des feux variés que n'efface ou ne ternit plus 
l'éclat radieux de l'astre du jour , répand au loin 
ses gerbes , ses faisceaux , ses flots enflammés , ses 
tourbillons rapides , et , dans une sorte de renverse- 
ment remarquable , montre dans un ciel sans nuages 
toute l'agitation du mouvement , pendant que la mer 
présente toute l'inertie du repos. Une teinte extraor- 
dinaire paroît et dans Fair , et sur les eaux , et sur de 
lointains rivages ; un demi-jour, pour ainsi dire mjs- 
térieux et magique , règne sur un vaste espace immo- 
bile et glacé. Quelle solitude profonde ! tout se tait dans 
ce désert horrible. A peine , du moins , quelques échos 
funèbres et sourds répètent-ils foiblement et dans le 
fond de l'étendue., les gémissemens rauques et sau- 
vages des oiseaux d'eau égarés dans la nuit , affoiblis 
par le froid , tourmentés par la faim. Ce théâtre du 
néant se resserre tout d'un coup ; des brumes épaisses 
se reposent sur l'Océan ; et la vue est arrêtée par de 
lugubres ténèbres. Cependant la scène va changer en- 
core. Une tempête d'un nouveau genre se prépare. Une 
agitation intestine commence ; un mouvement violent 
vient de très-loin , se communique avec vitesse de 
proche en proche, s'accroît en s'étendant, soulève avec 
force les eaux des mers contre les voûtes qui les com- 
priment ; un craquement affreux se fait entendre; 
c'est l'épouvantable tonnerre de ces lieux funestes ; 
les efforts des ondes bouleversées redoublent 3 les monts 



â8 HISTOIRE NATURELLE 

de glace se séparent , et , flottant sur l'Océan qui les 
repousse , errent, se choquent , s'entrouvrent, s écrou- 
lent en ruines, ou se dispersent en débris. 

C'est dans le sein même de cet Océan polaire , dont la 
surface vient de nous présenter l'effrayante image de la 
destruction et du chaos , que vivent , au moins pendant 
une saison assez longue , les troupes innombrables des 
scombres que nous allons décrire. Les diverses cohortes 
que forment leurs réunions , renferment dans ces mers 
arctiques d'autant plus d'individus, que, moins grandâ 
que les thons et d'autres poissons de leur genre , n'at- 
teignant guère qu'à une longueur de sept décimètres , 
et doués par conséquent d'une force moins considé- 
rable , ils sont moins excités à se livrer les uns aux 
autres des combats meurtriers. Et ce n'est pas seule- 
ment dans ces mers hjperboréennes que leurs légions 
comprennent des milliers d'individus. 

On les trouve également et même plus nombreuses 
dans presque toutes les mers chaudes ou tempérées 
des quatre parties du monde, dans le grand Océan, 
auprès du pôle antarctique , dans l'Atlantique , dans la 
Méditerranée , où leurs rassemblemens sont d'autant 
plus étendus , et leurs agrégations d'autant plus dura^- 
bles , qu'ils paroissent obéir avec plus de constance que 
plusieurs autres poissons , aux diverses causes qui 
dirigent ou modifient les mouvemens des habitans des 
eaux. 
Les évolutions de ces tribus marines sont rapides- ?) 



n E S POISSONS. 2' 9 

et leur natation est très -prompte , comme celle de 
presque tons les autres scombres. 

La grande vitesse qu'elles présentent lorsqu'elles se 
transportent d'une plage vers une autre , n'a pas peu 
contribué à l'opinion adoptée presque universellement 
jusqu'à nos jours , au sujet de leurs changeniens pério- 
diques d'habitation. On a cru presque généralement 
d'après des relations de pêcheurs rapportées par 
Ànderson dans son Histoire naturelle de l'Islande , que 
le maquereau étoit soumis à des migrations régulières; 
on a pensé que les individus de cette espèce qui pas- 
soient l'hiver dans un asjle plus ou moins sûr auprès 
dés glaces polaires , voyageoient pendant le printemps 
ou l'été jusque dans la Méditerranée. Tirant de fausses 
conséquences de faits mal vus et mal comparés , on 
a supposé la plus grande précision et pour les temps 
et pour les lieux , dans l'exécution de ce transport 
successif et périodique de nryriades de maquereaux 
depuis le cercle polaire jusqu'aux environs du tro* 
pique. On a indiqué l'ordre de leur vojage y on a tracé 
leur route sur les cartes ; et voici comment la plupart 
des naturalistes qui se sont occupés de ces animaux , 
les ont fait s'avancer de la zone glaciale vers la zone 
torride , et revenir ensuite auprès du pôle , à leur habi- 
tation d'hiver. 

On a dit que, vers le printemps , là grande armée 
des maquereaux côtoie l'Islande , le Hittland , l'Ecosse 
et l'Irlande. Parvenue auprès de cette dernière isîe y 



3o HISTOIRE NATURELLE 

^lle se divise en deux colonnes : l'une passe devant 
l'Espagne et le Portugal , pour se rendre dans la Médi- 
terranée , où il paroît qu'on crojoit qu'elle terminoit 
ses migrations ; l'autre paroissoit, vers le mois de 
floréal , auprès des rivages de France et d'Angleterre , 
s^enfoneoit dans la Manche , se montroit en prairial 
devant la Hollande et la Frise , et arrivoit en messidor 
vers les côtes de Jutland. C'étoit dans cette dernière 
portion de l'Océan atlantique boréal que cette colonne 
se séparoit pour former deux grandes troupes voya- 
geuses : la première se jetoit dans la Baltique, d'où on 
ii'avoit pas beaucoup songé à la faire sortir ; la seconde , 
moins déviée du grand cercle tracé pour la natation 
de l'espèce, voguoit devant la Norvège , et retournoit 
jusque dans les profondeurs ou près des rivages des 
mers polaires , chercher contre les rigueurs de l'hiver 
un abri qui lui étoit connu. 

Bloch et le citoyen Noël ont très-bien prouvé qu'une 
route décrite avec tant de soin ne devoit cependant 
pas être considérée comme réellement parcourue; 
qu'elle étoit inconciliable avec des observations sûres , 
précises , rigoureuses et très-multïpliées , avec les épo- 
ques auxquelles les maquereaux se montrent sur les 
divers rivages de l'Europe, avec les dimensions que 
présentent ces scombres auprès de ces mêmes rivages, 
avec les rapports qui lient quelques traits de la con- 
formation de ces animaux à la température qu'ils 
éprouvent , à la nourriture qu'ils trouvent, à la qualité 
ûe l'eau dans laquelle ils sont plongés. 



DES POISSONS. Si 

On doit être convaincu , ainsi que nous l'avons 
annoncé dans le Discours sur la nature des poissons,- 
que les maquereaux ( et nous en dirons autant, dans la 
suite de cet ouvrage , des harengs , et des autres osseux* 
que l'on a considérés comme contraints de faire pério- 
diquement des voyages de long cours), que les maque- 
reaux , dis- je , passent l'hiver dans des fonds de la 
mer plus ou moins éloignés des côtes dont ils s'ap- 
prochent vers- le printemps 5 qu'au commencement de 
la belle saison , ils s'avancent vers le rivage qui leur 
convient le mieux , se montrent souvent , comme les 
thons , à la surface de la mer , parcourent des chemins 
plus ou moins directs , ou plus ou moins sinueux , 
mais ne suivent point le cercle périodique auquel on 
a voulu les attacher , ne montrent point ce concert 
régulier qu'on leur a attribué , n'obéissent pas à cet 
ordre de lieux et de temps auquel on. les a dits assu- 
jettis. 

On navoit que des idées vagues sur la manière dont 
les maquereaux étoiènt renfermes dans leur asjle sou- 
marin pendant la saison la plus rigoureuse , et parti- 
culièrement auprès des contrées polaires. Nous allons 
remplacer ces conjectures par des notions précises. 
Nous devons cette connoissance certaine à l'observation 
suivante qui m'a été communiquée par mon respec- 
table collègue , le brave et habile marin, le sénateur et 
vice-amiral Pléville-le-Pelej. Le fait qu'il a remarqué, 
est d'autant plus curieux , qu'il peut jeter un grand 



3^ HISTOIRE NATURELLE 

four «ur l'engourdissement que les poissons peuvent 
-éprouver pendant le froid , et dont nous avons parlé 
dans notre premier Discours. Ce général nous apprend , 
dans une note manuscrite qu'il a bien voulu me 
remettre , qu'il a vérifié avec soin les faits qu'elle con- 
tient , le long des côtes du Groenland , dans la baie 
d'Hudson , auprès des rivages de Terre-Neuve , à l'épo- 
que où les mers commencent à y être navigables , 
c'est-à-dire , vers le tiers du printemps. On voit dans 
ces contrées boréales , nous écrit le vice-amiral Plé- 
ville , des enfoncemeos de la mer dans les terres , 
nommés barachouas , et tellement coupés par de petites 
pointes qui se croisent , que , dans tous les temps , les 
eaux y sont aussi calmes que dans le plus petit bassin. 
La profondeur de ces asjles diminue à raison de la 
proximité du rivage , et le fond en est généralement 
d=e vase molle et de plantes marines. C'est dans ce fond 
vaseux que les maquereaux cherchent à se cacher pen- 
dant l'hiver , et qu'ils enfoncent leur tête et la partie 
antérieure de leur corps jusqu'à la longueur d'un 
décimètre ou environ , tenant leurs queues élevées 
verticalement au-dessus du limon. On en trouve des 
milliers enterrés ainsi à demi dans chaque harachoua , 
hérissant , pour ainsi dire , de leurs queues redressées 
le fond de ces bassins , au point que des marins les 
appercevant pour la première fois auprès de la côte., 
ont craint d'approcher du rivage dans leur chaloupe, 
de peur de la briser contre une sorte particulière à% 



DES POISSONS. 83 

banc ou cTécueil. Le citoyen Pléville ne doute pas que 
la surface des eaux de ces barachouas ne soit gelée 
pendant l'hiver , et que l'épaisseur de cette croûte de 
glace, ainsi que celle de la couche de neige qui s'amon- 
celle au-dessus , ne tempèrent beaucoup les effets de la 
rigueur de la saison sur les maquereaux enfouis à 
demi au-dessous de cette double couverture , et ne 
contribuent à conserver la vie de ces animaux. Ce n'est 
que vers messidor que ces poissons reprennent une 
partie de leur activité , sortent de leurs trous , s'élan- 
cent dans les flots , et parcourent les grands rivages. Il 
semble même que la stupeur .ou l'engourdissement dans 
lequel ils doivent avoir été plongés pendant les très- 
grands froids , ne se dissipe que par degrés : leurs 
sens paroissent très-affoiblis pendant une vingtaine 
de jours ; leur vue est alors si débile , qu'on les croit 
aveugles , et qu'on les prend facilement au filet. Après 
ce temps de foiblesse , on est souvent forcé de renon- 
cer à cette dernière manière de les pécher ; lès maque- 
reaux recouvrant entièrement l'usage de leurs jeux , 
11e peuvent plus en quelque sorte être pris qu'à l'hame- 
çon : mais comme ils sont encore très-maigres , et qu'ils 
se ressentent beaucoup de la longue diète qu'ils ont 
éprouvée-, ils sont très-avides d'appâts, et on eu fait 
une pêche très-abondante. 

C'est à peu près à la même époque qu'on recherche 
ces poissons sur un grand nombre de côtes plus ou 
moins tempérées de l'Europe occidentale. Ceux qui 

TU ME III. S 



34 HISTOIRE NATURELLE 

paroissent sur les rivages de France , sont communé- 
ment parvenus à leur point de perfection en floréal 
et prairial ; ils portent le nom de chevillés , et sont 
moins estimés en thermidor et fructidor, lorsqu'ils ont 
jeté leur laite ou leurs œufs. 

Les pêcheurs des côtes nord-ouest et ouest de la 
France sont de tous les marins de l'Europe ceux qui 
s'occupent le plus de la recherche des maquereaux , et 
qui en prennent le plus grand nombre. Ils se servent, 
pour pêcher ces animaux, de haims , de libourets ' ., de 
manets 2 faits d'un fil très-délié , et que l'on réunit 
quelquefois de manière à former avec ces filets une 
iessure de près de mille brasses ( deux mille cinq cents 
mètres ) de longueur. Les temps orageux sont très- 
souvent ceux pendant lesquels on prend avec le plus 
de facilité les scombres maquereaux , qui , agités par la 
tempête , s'approchent beaucoup de la surface de la 
mer , et se jettent dans les filets tendus à une très-petite 
profondeur ; mais lorsque le ciel est serein et que 
l'océan est calme , il faut les chercher entre deux 
eaux , et la pèche en est beaucoup moins heureuse. 

C'est parmi les rochers que les femelles aiment à 
déposer leurs œufs 5 et comme chacun de ces individus 
en renferme plusieurs centaines de mille , il n'est pas 
surprenant que les maquereaux forment des légions 

2 Voyez l'explication du mot libouret, à l'article du scombre thon. 

% L'article de la irachine vice renferme une courte description du manets 



DES POISSONS. 

frës-nombreuses. Lorsqu'on en prend une trop grande 
quantité pour la consommation des pajs voisins du lieu 
de la pêche , on prépare, ceux que l'on veut conserver 
long-temps et envoyer à de grandes distances , en les 
vidant, en. les mettant dans du sel , et en les entassant 
ensuite,, comme des harengs, dans des barils. 

La chair des maquereaux étant grasse et fondante , 
les anciens Fexprimoient, pour ainsi dire, de manière 
à former une sorte de substance liquide ou de prépa- 
ration particulière, à laquelle on donnoit le nom de 
garum, Pline dit '■ combien ce garum étoit recherché 
non seulement comme un assaisonnement agréable de 
plusieurs mets, mais encore comme un remède efficace 
contre plusieurs maladies. On obtenoit du garum, dans 
le temps de Bellon et dans plusieurs endroits voisins 
des côtes de la Méditerranée, en se servant des intestins 
des maquereaux 3 et on en faisoit une grande consom- 
mation à Constantinople ainsi qu'à Rome , où ceux qui 
en vendoient, étoient nommés piscigaroles. 

C'est par une suite de cette nature de leur chair grasse 
et huileuse, que les maquereaux sont comptés parmi les 
poissons qui jouissent le plus de la faculté de répandre 
de la lumière dans les ténèbres \ Ils luisent dans l'obscu- 
rité, lors même qu'ils sont tirés de l'eau depuis très-peu 

* Hist. mundi, lib. 3i , cap. 8. 

2 Voyez la partie du Discours préliminaire relative k la phosphores- 
cence des poissons. 



HISTOIRE NATURELLE 

de temps; et on lit dans les Transactions philosophiques* 
de Londres ( an. 1 666 , pag. 116), qu'un cuisinier, en re- 
muant de l'eau dans laquelle il.avoit fait cuire quelques- 
uns de ces seomhres , vit que ces poissons rayonnoient 
vivement, et que l'eau devenoit très -lumineuse. On 
appercevoit une lueur phosphorique par- tout où on 
laissoit tomber des gouttes de cette eau , après l'avoir 
agitée. Des enfans s'amusèrent à transporter de ces- 
gouttes qui ressembloient à autant de petits disques 
lumineux. On observa encore le lendemain , que r 
lorsqu'on imprimoit à l'eau un mouvement circulaire 
rapide, elle jetoit une lumière comparable à la clarté 
de la lune : cette lumière égaloit l'éclat de la flamme, 
lorsque la vitesse du mouvement de l'eau étoit très- 
accélérée • et des jets lumineux très-brillans sortoient 
alors du gosier et de plusieurs autres parties des ma- 
quereaux. 

Mais avant de terminer cet article , montrons avec 
précision les formes du poisson dont nous venons d'in- 
diquer les principales habitudes. 

Eh général, le maquereau a la tête alongée , l'ou.- 
verture de la bouche assez grande, la langue lisse, 
pointue, et un peu libre dans ses mouvemens ;le palais 
garni dans son contour die dents petites , aiguës , et 
semblables à celles dont les deux mâchoires sont héris- 
sées ; la mâchoire inférieure un peu plus longue que 
la supérieure , la nuque large , l'ouverture dj?s .bran- 
chies étendue , un opercule composé de trois pièces.,. 



DES POISSON S. 3>J 

le tronc comprimé; la ligne latérale voisine du dos 9 
dont elle suit la courbure; l'anus, plus rapproché de la 
tète que de la queue; les nageoires petites, et celle de 
la queue fourchue *.. 

Telles sont les formes principales du scombre dont 
mous écrivons l'histoire : ses couleurs ne sont pas tout- 
à-fait aussi constantes. 

Le plus fréquemment , lorsqu'on voit ce poisson 
nager entre deux eaux , et présenter au travers de la 
couche fluide qui le vernit, pour ainsi dire, toutes 
les nuances qu'il peut devoir à la rapidité de ses inou- 
vemens et à la prompte et entière circulation des 
liquides qu'il recèle, il paroît d'une couleur de soufre, 
ou plutôt on le crôiroit plus ou moins doré sur le dos i 
mais lorsqu'il est hors de l'eau , sa partie supérieure 
n'offre qu'une couleur noirâtre ondulée de bleu ; de 
grandes taches transversales, et d'une nuance bleuâtre 
sujette à varier, s'étendent de chaque côté du corps et 
de la queue, dont la partie inférieure est argentée, 
ainsi que l'iris et les opercules des branchies : presque 
toutes les nageoires sont grises ou blanchâtres. 

Plusieurs individus ne présentent pas de grandes 



* A la première nageoire dorsale 12 rayons, 
à la seconde 12. 

à chacune des pectorales 20 

à chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus i3 

à celle de la queue 30- 



HISTOIRE NATURELLE 

taches latérales ; ils forment une variété à laquelle on 

a donné le nom de marchais dans plusieurs pêcheries 

.françoises, et qui est communément moins estimée 

pour la table que les maquereaux ordinaires. 

Au reste , toutes ces couleurs ou nuances sont pro- 
duites ou modifiées par des écailles petites, minces 
et molles. 

Ajoutons que les vertèbres des scombres que nous 
décrivons , sont grandes , et au nombre de trente ou 
trente-une, et que l'on compte dans chacun des côtés 
de l'épine dorsale onze ou douze côtes attachées aux 
vertèbres par des cartilages. 

On peut voir par les détails dans lesquels nous venons 
d'entrer, que les formes ni les armes des maquereaux 
ne les rendent pas plus dangereux que leur (aille, pour 
les autres habitans des mers. Cependant, comme leurs 
appétits sont très - violens , et que leur nombre leur 
inspire peut-être une sorte de confiance, ils sont 
voraces et même hardis : ils attaquent souvent des 
poissons plus gros et plus forts qu'eux ; et on les a 
même vus quelquefois se jeter avec une audace aveugle 
sur des pêcheurs qui vouloient les saisir, ou qui se 
baignoient dans les eaux de la mer. 

Mais s'ils cherchent à faire beaucoup de victimes, ils 
sont perpétuellement entourés de nombreux ennemis. 
Les grands habitans des mers les dévorent ; et des 
poissons en apparence assez foibles , tels que les 
murènes et les murénophis , les combattent avec 



DES poissons, 3g 

avantage. Nous ne pouvons donc écrire presque aucune 
page de cette Histoire sans parler d'attaques et de 
défenses , de proie et de dévastateurs , d'actions et de 
réactions redoutables, d'armes, de sang y de carnage 
et de mort. Triste et horrible condition de tant de 
milliers d'espèces condamnées à ne subsister que par 
la destruction, à ne vivre que pour être immolées ou 
prévenir leurs tyrans , à n'exister qu'au milieu des 
angoisses du foible, des agitations du plus fort, des 
embarras de la fuite, des fatigues de la recherche, du 
trouble des combats, de la douleur des blessures, des 
inquiétudes de la victoire, des tourmens de la défaite! 
Combien tous ces affreux malheurs se seroient sur-tout 
accumules sur la foible espèce humaine, si la sensibilité 
éclairée par l'intelligence, et l'intelligence animée par 
la sensibilité, n'avoient pas, par un heureux accord, 
fait naître la société, la civilisation, la science, la vertu ! 
Et combien ils pèseront encore sur sa tête infortunée, 
jusqu'au moment où la lumière du génie, plus géné- 
ralement répandue , éclairera un plus grand nombre 
d'hommes sur leurs véritables intérêts, et dissipera les 
illusions de leurs passions aveugles et funestes î 

C'est au maquereau que nous croyons devoir rap- 
porter le scombre qu'Aristote, Athénée, Aldrovande, 
Gesner et Willughbj, ont désigné par le nom de collas *,. 

* Scomber colias. Linné, édition de Gmelin. 

KoXtus. Jristot. Hist. anim. V, 9 ; VIII, i3 ; et IX , z. 

îd. Alhenœus, Deipnosoplu III, 118, 120 ; VII, 32I-. 



4-0 HISTOIRE NATURELLE 

que l'on pêche près des côtes de la Sardaîgne , qui est 
souvent plus petit que le maquereau , qui en diffère 
quelquefois par les nuances qu'il offre, puisque, sui- 
vant le naturaliste Cetti, il présente un verd gai mêlé à 
de l'azur, mais qui d'ailleurs a les plus grands rapports 
avec le poisson que nous venons de décrire. Le profes- 
seur Gmelin lui-même, en l'inscrivant à la suite du 
•maquereau , demande s'il ne faut pas le considérer 
.comme ce dernier scombre encore jeune. 

Au reste , quelques auteurs , et particulièrement 
Rondelet *, ont appliqué cette dénomination de collas 
h d'autres scombres que l'on nomme coguolls auprès de 
Marseille, qui habitent dans la Méditerranée, qui .s'y 
plaisent sur-tout, dans le voisinage des côtes d'Espagne , 
qui sont plus grands et plus épais que le maquereau 
ordinaire, et que néanmoins Rondelet regarde comme 
n'étant qu'une variété de ce dernier poisson , avec 
lequel on le confond en effet très-souvent. 

Peut-être est-ce plutôt aux coguolls qu'aux maque- 
reaux verds et bleus de Cetti, qu'il faut rapporter les 
passages des anciens naturalistes , et principalement 
celui d'Athénée que nous venons de citer. 

.Quoi qu'il en soit, les coguolls ont la chair plus gluante 

Colias. Aldrov. Vise. p. 274. 

Gesn. Aquat. p. 256. 

TVillughby, Ichthyol. p. 182. 

Lacertus. Klein, Miss. fisc. 5 , p. 122. 

.vScomber lœtè viridis et azureus. Cetti, Pesce e anf. di Sard. p. 196. 

* Rondelet , première partie, lip. S , chap. 8. 



* 



DES POISSON S. 4f 

et moins agréable que le maquereau ordinaire. Ils sont 
couverts d'écaillés petites et tendres : une partie de leur 
tête est si transparente , qu'on distingue , comme au 
travers d'un verre, les nerfs qui , du cerveau, abou- 
tissent aux deux organes de la vue. Rondelet ajoute 
que, vers le printemps, ils jettent du sang aussi res- 
plendissant que la liqueur de la pourpre. 

Ce fait nous rappelle un phénomène analogue, qui 
nous a été attesté par un vojageur digne d'estime , et 
sur lequel nous croyons utile d'appeler l'attention des 
observateurs. 

Le citoyen Charvet m'a instruit , par deux lettres , 
datées de Serrières , département de l'Ardèche , l'une 
le 19 vendémiaire, l'autre le 16 brumaire, de l'an IV 
de l'ère françoise , qu'en 1776 il étoit occupé dans 
l'isle de la Guadeloupe , non seulement à faire une 
collection de dessins coloriés de plantes, qu'il destinoit 
pour le jardin et le cabinet d'histoire naturelle de Paris , 
et qui furent entièrement détruits par le fameux oura- 
gan de septembre de cette même année 1776, mais 
encore à terminer avec beaucoup de soin des dessins de 
différentes espèces de poissons pour M. Barbotteau, ha- 
bitant du Port-Louis , connu par un ouvrage intéressant 
sur les fourmis , et correspondant de Duhamel, qui 
publia plusieurs de ces dessins iehthyologiques dans 
le Traité général des pèches. 

Les liaisons du citoyen Charvet avec les Caraïbes , 
chez lesquels il trouvoit de l'ombrage et du repos 
tome m. 6 



4â HISTOIRE NATURELLE 

lorsqu'il étoit fatigué de parcourir les rochers et îe§ 
profondeurs des anses , lui procurèrent, de la part de 
ces insulaires , des poissons assez rares. Ces Caraïbes 
le dirigèrent, dans une de ses courses , vers une partie 
des rivages de l'isle , sauvage, pittoresque et mélanco- 
lique, appelée Porte d'enfer. Ce fut auprès de cette 
côte qu'il trouva un poisson dont il m'a envoyé un 
dessin colorié. Cet animal avoit l'air si familier et si 
peu effrayé des mouvemens du citoyen Charvet, qui se 
baignoit , que cet artiste fut tenté de le saisir. A peine 
le tenoit-il, qu'une fente placée sur le dos du poisson 
s'entrouvrit, et qu'il en sortit une liqueur d'un pourpre, 
vif, assez abondante pour teindre l'eau environnante, 
en troubler la transparence , et donner à l'animal la 
facilité de s'échapper, au moment où rétonnement du 
citoyen Charvet l'empêcha de retenir le poisson qu'il 
avoit dans les mains. Cet artiste cependant prit de 
nouveau le poisson,, qui répandit une seconde fois sa 
liqueur; mais ce fluide étoit bien moins coloré et bien 
moins abondant qu'au premier jet, et cessa de couler,, 
quoique l'animal continuât d'ouvrir et de fermer la 
fente dorsale , comme pour obéir à une grande irrita- 
tion. Le poisson , rendu à la liberté, ne parut pas très- 
affoibli. Un second individu de la même espèce ', placé 
promptement sur une feuille de papier, la teignit de 
la même manière qu'une eau fortement colorée avec 
de la laque; néanmoins après trois jours, la tache 
rouge étoit devenue jaune. Des affaires imprévues, une 



DES POISSONS. 

maladie grave , les suites funestes du terrible ouragan 
de septembre \jy6 , et l'obligation soudaine de repar- 
tir pour FEurope , empêchèrent le citoyen Charvet de 
dessiner et même de décrire, pendant qu'il étoit encore 
à la Guadeloupe , le poisson à liqueur pourprée : mais 
sa mémoire, fortement frappée des traits , de l'allure et 
de la propriété de cet animal, lui a donné la facilité 
de faire en France une description et un dessin colorié 
de ce poisson, qu'il a eu la bonté de me faire parvenir. 

Les individus vus par ce voyageur avoient un peu 
plus de deux décimètres de longueur. Leurs nageoires 
pectorales étoient assez grandes. La nageoire dorsale 
étoit composee.de deux portions longitudinales, char- 
nues à leur base , terminées dans le haut par des fila mens 
qui les faisoient paroître frangées, et appliquées l'une 
contre l'autre de manière à ne former qu'un seul tout, 
lorsque l'animal vouloit tenir fermée la fente propre 
à laisser échapper la liqueur rouge ou violette. Cette > 
fente, située à l'origine et au milieu de ces deux por- 
tions longitudinales de la nageoire dorsale, ne parois- 
soit pas s'étendre vers la queue aussi loin que cette 
même nageoire ; mais le fluide coloré, en sortant par 
cette ouverture , suivoit toute la longueur de la nageoire 
du dos, et obéissoit à ses ondulations. 

La peau étoit visqueuse , couverte d'écaillés petites et 
fortement adhérentes. La couleur d'un gris blanc plus 
ou moins clair faisoit ressortir un grand nombre cle 
petits points jaunes, bleus, bruns, ou d'autres nuances. 



44 histoire naturelle; 

L'ensemble des formes de ces poissons, et les teintes 
qu'ils présentoient, étoient agréables à la vue. Ils se 
nourrissoient de petits mollusques et de vers marins, 
qu'ils cherchoient avec beaucoup de soin parmi les 
pierres du fond de l'eau, sans se détourner ni dis- 
continuer leurs petites manœuvres avant l'instant où on 
vouloit les saisir; et la contraction qu'ils éprouvoient 
lorsqu'ils fais oient jaillir leur liqueur pourprée , étoit 
apparente dans toute la longueur de leur corps , mais 
principalement vers l'insertion des nageoires pecto- 
rales. 

Ces teinturiers &q la Guadeloupe, car c r est ainsi que 
les nomme le citoyen Charvet , cherchent un asyle 
lorsque la tempête commence à bouleverser les flots r 
sans cette précaution , ils résisteroient d'autant moins 
aux agitations de la mer et aux secousses des vagues 
impétueuses qui les briseroient contre les rochers, que 
leurs écailles sont fort tendres , leurs muscles très- 
délicats, et leurs tégumens de nature à se rider bien- 
tôt après leur mort. 

Ces faits ne suffisent pas pour déterminer l'espèce 
ni le genre, ni même l'ordre de ces poissons. Plusieurs 
motifs doivent donc engager les naturalistes qui par- 
courent les rivages de la Guadeloupe , à chercher des 
individus de l'espèce observée par le citoyen Charvet r 
à reconnoître leur conformation , à examiner leurs 
Ixabitudes, à constater leurs propriétés. 



LE SC OMBRE JAPONOIS'. 



Ce scombre n'est peut-être qu'une variété du maque- 
reau , ainsi que la soupçonné le professeur Gmelin. 
Nous ne l'en séparons que pour nous conformer à 
l'opinion de plusieurs naturalistes , en annonçant aux 
voyageurs notre doute à cet égard , et en les invitant 
à le résoudre par des observations. 

Ce poisson vit dans la mer du Japon. Sa longueur 
n'est quelquefois que de deux décimètres; ses mâchoires 1 
sont hérissées de petites dents ; sa couleur générale est 
d'un bleu clair y sa tête brille de la couleur de l'argent ; 
ses écailles sont très-petites -, et l'on a comparé l'en- 
semble de sa conformation à celle du hareng 2 . 

Houttujn l'a fait connoître. 

1 Scomber japonieus. 
Id. Linné j édition de Gmelin, 

Scomber cserulescens , pinnulis quinquê spuriïs. ■ Kouttuyn, Act. Hqart 
20 , 2 , p. 33i , n. 18. 

Scombre du Ja^on. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique a- 

* A chacune des deux nageoires dorsales 8 rayons, 
à chacune des pectorales 18 

à chacune des thoracines ; 6 

à celle de l'anus iï 

à. celle de la queue z&* 



LE SCOMBRE DORÉ*. 



Le nom de ce poisson annonce la riche parure que 
la Nature lui a accordée , et la couleur éclatante dont 
il est revêtu. Il est en effet resplendissant d'or sur une 
très-grande partie de sa surface , et particulièrement 
sur son dos. Peut-être n'est-il qu'une variété du maque- 
reau. Le professeur Gmelin a témoigné de l'incer- 
titude au sujet de l'espèce de ce scombre , aussi-bien 
qu'à l'égard de celle du japonois. Le doré s'éloigne 
cependant du maquereau beaucoup plus que ce japo- 
nois , non seulement par ses nuances , mais encore par 
quelques détails de sa conformation , et notamment 
par le nombre des rayons de ses nageoires. „ 

Quoi qu'il en soit , on trouve le doré dans les mers 
voisines du Japon , ainsi qu'on y voit le scombre 
précédent ; et il a été également découvert par Hout- 
tuyn. 

Il n'a au-dessus et au-dessous de la queue que cinq 
petites nageoires comme le japonois et le maquereau ; 



*;Scoraber aureus,. 

ici. Houltuyn, Acl. Haarï. 20 — 2 , p. 33i , n. 19. 

Scomber auratus. Linné ', édition de Gmelin. 

;Scoiïibire àoxé. Bonnaterre j planches de V Encyclopédie méthodique. 



HISTOIRE NATURELLE. 4J 

et on ne compte que six rajons à sa nageoire de 
l'anus *. 

Nous avons trouvé dans un des manuscrits de Plu- 
mier , déposés à la Bibliothèque nationale , la figure 
d'un scombre nommé, par ce naturaliste, très-petit 
scombre d'Amérique (scomber niinimus americamis), et" 
qui tient, à beaucoup d'égards , le milieu entre le doré 
et le maquereau. Des raies ondulent en divers sens sur 
le dos de ce poisson. Il n'a que cinq petites nageoires 
au-dessus et au-dessous de la queue, onze rajons à la 
première dorsale, neuf à la seconde, et cinq à la nageoire 
de l'anus. 



* À Ja première nageoire dorsale 9 rayons, 

à chacune des pectorales 18 
à chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus 6 



LE SCOMBRE ALBACORE*. 



Le nom d'albacore ou d'albicore a été donné , ainsi 
que ceux de germon , de thazard , et de bonite ou pela- 
mide „ à plusieurs espèces de seombres ; ce qui n'a pas 
jeté peu de confusion dans l'histoire de ces animaux. 
Nous L'appliquons exclusivement , pour éviter toute 
équivoque, à un poisson de la famille dont nous trai- 
tons , et dont Sloane a fait mention dans son Histoire 
de la Jamaïque. r 

Ce scombre , qui habite dans le bassin des Antilles ," 
est couvert de petites écailles. L'individu décrit par 
Sloane avoit seize décimètres de longueur, et un mètre 
de circonférence à l'endroit le plus gros du corps. Ses 
mâchoires, longues de deux décimètres, ou environ, 
étoient garnies chacune d'une rangée de dents courtes 
et aiguës. On pouvoit voir , au-dessus des opercules , 
deux arêtes cachées en partie sous une peau luisante. On 
comptoit , au-dessus et au-dessous de la queue , plu- 
sieurs petites nageoires séparées l'une de l'autre par un 
intervalle de cinq centimètres ou à peu près. La na- 
geoire de l'anus se terminoit en pointe , et avoit trente- 

* Scomber albacorus. 

Sloane, Hist. ofJamaïc. vol. 2, p. II. 

Scombre albacore. Eonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique, 

Scomber albacares. Id. ibid. 



HISTOIRE NATURELLE: 49 

deux centimètres de long et huit centimètres de haut; 
Celle de l'anus étoit en croissant. Les deux saillies laté- 
rales et longitudinales de la queue avoient plus de deux 
centimètres d'élévation. Plusieurs parties de la surface 
de l'animal étoient blanches , les autres d'une couleur 
foncée. 



TOME lïî, 



SOIXANTE-UNIÈME GENRE. 

LES SCOMBÉROÏDES. 

-De petites nageoires au-dessus et au-dessous de la queue p 
une seule nageoire dorsale; plusieurs aiguillons au- 
devant de la nageoire du dos* 



ESPÈCES, 

I. Le SCOMBÉROÏDE NOËL. 
{Scomberoïdes Noelii.) 

3. LE SC. GOMMERSONNIEN. 
(Scomb, commersonnianus,) 

3. Le scombéb. sauteur. 
{Scomberoïdes saltalor.) 



C AR A G TÈRE S. 

(Dix petites nageoires au-dessus et quatorze 
au-dessous de la queue ; sept aiguillons 
recourbés au-devant de la nageoire du dos. 

("Douze petites nageoires au-dessus et au- 
[ dessous de la queue ; six aiguillons au- 
devant de la nageoire du dos. 

(Sept petites nageoires au-dessus et huit au- 
dessous de la queue ; quatre aiguillons au-- 
devant de la nageoire du dos-. 



LE SCOiUBÊROÎDE NOËL*. 



Aucune des espèces que nous avons cru devoir com- 
prendre dans le genre dont nous allons nous occuper , 
n'est encore connue des naturalistes. Nous avons donné 
à la famille qu'elles composent , le nom de sconibc- 
roïde , pour désigner les rapports qui la lient avec les 
scombres. Elle tient , à quelques égards , le milieu entre 
ces scombres , auxquels elle ressemble par les petites 
nageoires qu'elle montre au-dessus et au-dessous de la 
queue , et entre les gastérostées, dont elle se rapproche 
par la série d'aiguillons qui tiennent lieu d'une pre- 
mière nageoire dorsale. 

Nous nommons scombéroïde noel la première des 
treis espèces que nous avons inscrites dans ce genre , 
pour donner Une marque solemnelle de reconnoissance 
et d'estime au citoyen Noël , de Rouen , qui mérite si 
bien chaque jour les remercîmens des naturalistes par 
ses travaux, et dont les observations exactes ont enrichi 
tant de pages de l'histoire que nous écrivons. 

Nous l'avons décrite d'après un individu desséché et 
bien conservé qui faisoit partie de la collection cédée 
à la France par la Hollande , et envoyée au Muséum 
d'histoire naturelle. 



* Scombetoïdes Noelii. 



5% HISTOIRE NATURELLE; 

Ce poisson avoit dix petites nageoires au-dessus de 
la queue , et quatorze au-dessous de cette même partie; 
Sept aiguillons recourbés en arrière et placés longitu- 
dinalement au-delà de la nuque , tenoient lieu de pre- 
mière nageoire du dos; deux aiguillons paroissoient au 
devant de la nageoire de l'anus. Six taches ou petites 
bandes transversales s'étendoient de chaque côté de 
l'animal , et lui dbnnoient , ainsi que l'ensemble de sa 
conformation , beaucoup de ressemblance avec le 
maquereau. La nageoire de la queue étoit fourchue *. 

* A la nageoire du dos g rayons* 

à chacune des pectorales 18 

à chacune des thoracines i rayon aiguillonné et 5 rayons articulés* 
à la nageoire de l'anus 26 
à celle de la queue 26 



LE SCOMBÉR. COMMERSONNÏEN '. 



Ce scombéroïde , que nous avons décrit et fait graver 
d'après Commerson, est un poisson d'un grand volume- 
Sa hauteur et son épaisseur , assez grandes relativement 
à sa longueur , doivent lui donner un poids considé- 
rable. On voit à la place d'une première nageoire 
dorsale , six aiguillons recourbés , pointus , et très- 
séparés l'un de l'autre. On compte douze petites na- 
geoires au-dessus et au-dessous de la queue 2 . La 
nageoire caudale est très -fourchue. Deux aiguillons 
très-distincts sont placés au-devant de la nageoire de 
l'anus ; chaque opercule est composé de deux pièces» 
Les deux mâchoires sont garnies de dents égales et 
aiguës : l'inférieure est plus avancée que la supérieure. 
De chaque côté du dos , paroissent des taches d'une 

1 Scomberoïdes commersonnianus. 

Scomber pinnulis dorsi et ani duodecim circiter vix distinctis, spinis 
în anteriore dorso sex discretis 7 ponè anum duabus ; — vel maculis 
©bicularibus supra lineam lateralem utrinque sex ad oeto , cseruleis. Com- 
merson, manuscrits déjà cités, 

s Ce nombre douze est expressément indiqué dans la description ma- 
nuscrite de Commerson, à laquelle nous avons dû conformer notre texte 9 
plutôt qu'au dessin que ce naturaliste a laissé dans ses papiers , que nous 
avons fait graver, et d'après lequel on attribueroit au scombéroïde que 
nous faisons connoître, dix petites nageoires supérieures et treize petites 
mageoires inférieures, 



54 HISTOIRE NATURELLE. 

nuance très^foncée , rondes , ordinairement au nombre 
de huit , et inégales en surface ; la plus grande est le 
P^is souvent située au-dessous de la nageoire dorsale, 
et le diamètre des autres est d'autant plus petit 
qu'elles sont plus rapprochées de la tête ou de la 
queue. Les nageoires pectorales ne sont guère plus 
étendues que les thoracines. On trouve le commer- 
sonnien dans la mer voisine du fort Dauphin de Fisle 
de Madagascar. 



LE SCOMBÉROIDE SAUTEUR*. 

■ ■i i i m ii ii- mi , m — i i i m - , 

Nous avons trouvé dans les manuscrits de Plumier ', 
que l'on conserve à la Bibliothèque nationale, un 
dessin de ce poisson , que nous avons fait graver. Ce 
naturaliste le nommait petite pélamide ou petite bonite , 
vulgairement le sauteur. Nous avons conservé au scom- 
béroïde que nous décrivons , ce nom *listinctif ou spé- 
cifique de sauteur , parce qu'il indique la faculté de 
s'élancer au-dessus de la~ surface des eaux , et par 
conséquent une partie intéressante de ses habitudes. 

Cet animal a sept petites nageoires au-dessus de la 
queue ; et huit autres nageoires analogues sont placées 
au-dessous. La dernière de ces petites nageoires , tant 
des supérieures que des inférieures , est très-longue , 
et faite en forme de faux. 

La ligne latérale est un peu ondulée dans tout son 
cours : elle descend d'ailleurs vers le ventre , lorsqu'elle 
est parvenue à peu près au-dessus des nageoires pec- 
torales. Deux aiguillons réunis par une membrane 
sont situés au-devant de la nageoire de 1 anus. Deux 
lames composent chaque opercule. La mâchoire infé- 
rieure s'avance au-delà de la supérieure. On compte 

* Scomberoïdes saltator. 

Pelamis minima , vulgà sauteur. Plumier r mcmuscrits déposés à la Bi- 
bliothèque nationale, 



56 HISTOIRE NATURELLE, 

neuf rajons à la nageoire du dos et à chacune des 
pectorales *. Cette nageoire dorsale et celle de Fanus 
sont conformées de manière à représenter une faux. 
Au lieu d'une première nageoire du dos, on voit quatre 
aiguillons forts et recourbés qui ne sont pas réunis 
par une membrane commune de manière à composer 
une véritable nageoire, mais qui étant garnis chacun 
d'une petite membrane triangulaire qui les retient et 
les empêche d'être inclinés vers la tête , donnent à 
l'animal un nouveau rapport avec les scombres pro^ 
pre nient dits,. 

* A chacune des thoracînes 7 rayons. 
£ la nageoire de l'anus i3 



SOIXANTE-DEUXIÈME GENRE. 

LES CARANI 

Deux nageoires dorsales- point de petites nageoires au- 
dessus ni au-dessous de la. queue; les côtés de la queue 
relevés longitudinale ment en carène, ou une petite 
nageoire composée de deux aiguillons et dunermem- 
brane, au-devant de la nageoire de Vanus, 



PREMIER SOUS-GENRE. 



Point d aiguillon isolé entre les deux nageoires dorsales. 



ESPÈCES. 

Le caranx trachure. 
{Caranx trachurus.) 



2,. Le caranx amie. 
{Caranx amia.) 



3. Le car. queue-jaune. 
{Caranx chrjsnrus.) 

TOME III. 



caractères. 
/Trente-quatre rayons à la seconde nageoire 
du dos ; trente rayons à Ja nageoire de 
l'anus ; la ligne latérale garnie de petites 
plaques dont chacune est armée d'un ai- 
guillon. 

(Trente-quatre rayons à la seconde nageoire 
du dos; le dernier rayon de cette nageoire, 
très-long; vingt-quatre rayons à la na- 
geoire de l'anus. 

["Vingt-six rayons à la seconde nageoire dor- 
sale ; trente rayons à celle de l'anus; de 
très-petites dents, ou point de dents, aux 
mâchoires. 

8 



58 



HISTOIRE NATURELLE 



ESPECES. 



4. Le caranx glauque. 
(Caranx glaucus.). 



5. Le caranx blanc. 
[Car a?i ce albus.) 



6. Le car. queue-rouce. 
( Caranx ëfythrurus.) 



7» Le car. filamenteux. 
( Ca ranx filamentosus.) 



8. Le caranx daubenton. 
- j [Caranx Daubentonii.) 



9, Le caranx très-beau. 
{Caranx s-pecîosùs.) 



caractères. 
Vingt-six rayons à la seconde nageoire dor- 
sale ; le second rayon de cette nageoire, 
très-long; vingt-cinq rayons à la nageoire 
de l'anus. 

[Vingt-cinq rayons à la seconde nageoire du 
dos; vingt rayons à celle de l'anus; la 
queue non carénée latéralement; la cou- 
leur générale blanche ; les côtés de la 
queue et la nageoire caudale jaunes. 

Vingt-deux rayons à la seconde nageoire du 
dos; quarante rayons à celle de l'anus; 
une tache noire sur la partie postérieure 
de chaque opercule. 

'Vingt-deux rayons à la seconde nageoire du 
dos; dix-huit à celle de l'anus; des fila- 
mens à la seconde nageoire du dos et à 
celle de l'anus. 

Vingt-deux rayons à la seconde nageoire du 
dos; quatorze à celle de l'anus; les deux 
mâchoires également avancées ; la ligne 
latérale rude , tortueuse , et dorée. 

Vingt rayons à la seconde nageoire dorsale* 
dix-sept rayons à celle de l'anus; un 
grand nombre de bandes transversales et 
noires sur un fond couleur d'or< 



DES POISSONS. 



59 



SECOND SOUS-GENRE. 

Un ou plusieurs aiguillons isolés entre les deux nageoires 

dorsales. 



ESPÈCES. 

10. Le caranx carangue, 
{Car aux carangua.) 



ii. Le caranx ferdau. 

( Caranx ferdau.") 



12. Le caranx GjEzz. 
(Caranx gcezz.) 



i3. Le caranx sansun. 
(Caranx sansun.) 



14. Le caranx korab. 
(Caranx korab.) 



C A R A C TÈRES. 

Trois aiguillons garnis chacun d'une petite 
membrane , et placés entre les deux na- 
geoires dorsales; les pectorales alongées 
jusqu'à la seconde nageoire du dos. 

Vingt -neuf rayons à la seconde nageoire 
dorsale; vingt-quatre à celle de l'anus; la 
couleur générale argentée; des taches do- 
rées ; cinq bandes transversales brunes ; 
un seul aiguillon isolé entre les deux na- 
geoires du dos. 

'Vingt-huit rayons à la seconde nageoire dor- 
sale; vingt -cinq à celle de l'anus; une 
membrane luisante sur la nuque; la cou- 
leur générale bleuâtre ; des taches dorées; 
un seul aiguillon isolé entre les deux na- 
geoires dorsales. 

Vingt-deux rayons à la seconde nageoire dii 
dos ; seize à celle de l'anus ; les carènes 
latérales de la queue, très-relevées; la 
couleur générale argentée, éclatante, et 
sans taches ; un seul aiguillon isolé entre 
les deux nageoires-du dos. 

Vingt rayons à la seconde nageoire dorsale ; 
dix-sept à celle de l'anus; la couleur gé- 
nérale argentée ; le dos bleuâtre ; un seul 
aiguillon isolé entre les deux nageoires 
du dos. 



LE CARANX TRACHURE*. 



IjES caranx sont très-voisins des scombres ; ils leur 
ressemblent par beaucoup de traits ; ils présentent 
presque toutes leurs habitudes : ils ont été confondus 



* Caranx trachurus. 

Saurel, dans plusieurs départemens méridionaux de France,, 

Sieurel , ihid. 

Sicurel , ibid. 

Gascon, sur plusieurs rivages de France. 

Gascanet , ibid. 

Chicharou , sur plusieurs côtes voisines de V embouchure de la Garonne-;,, 
et de celle de la Charente.* , 

Maquereau bâlard, dans plusieurs départemens de France» 

Sauro , cuv environs de Rome. 

Pesce di Spagna , dans la Ligurie*. 

Paramîa , ibid. 

Strombolo , ibid. 

Scad , en Angleterre, 

Horse mackrell, ibid. 

Miiseken , en Allemagne. 

Stocker, dans quelques contrées du Norâ. 

Scomber, trachurus. Linné, édition de Gmelin. 

Scombre gascon. Daubenton, Encyclopédie méthodique.. 

Id* Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 

Bloch, pi. 56. 

Sieurel, ou sicurel. Valmont-Bomare 9 Dictionnaire d'histoire na£œ~ 
relie. 

Mus. Ad. Frid. r , p. 89 j et 2 , p. 90. 

JJasselquistj It. 363 et 407, n. 84. 

MulL Prodrom. Zoolog. Banic, p. 47, n, 3$ .j* 



HISTOIRE NATURELLE. 6 I 

avec ces osseux, par le plus grand nombre des natu- 
ralistes ; et il est cependant très-aisé de les distinguer 
des poissons dont nous venons de nous occuper. Tous 
les scombres ont en effet de petites nageoires au-dessus 
et au-dessous de la queue : les caranx en sont entiè- 
rement privés. Nous leur avons conservé le nom géné- 
rique de caranx, qui leur a été donné par Commerson, 
et qui vient du mot grec nupa, lequel signifie fête. Ce 

Amœnit '. academ. 4, p> 24g. 

Scomber lineâ laterali acuminatâ, etc. Artedi > gen. 3i , syn, Bo, 

Tpa^apoç. Athen. lib. 7, p. 32 6. 

Id. Oppian. Hal. lib. I , p. S. 

Galen. class. 2, fol. 3o > b. 

Saurus. P. Jov. c. 19, p. 86. 

Salvian.fol. 79, a. b.adiconem. 

Lacertus, sive trachurus. Bellon. 

Lacertorum genus , quod trachurum Grœci vocant , etc. Gesner, p. 467 
et 552. 

Trachurus, aut lacertus privatim. Id. (germ.) fol. 56 , b. 

Sieurel. Rondelet 3 première partie, liu. 8 > chap. 6. 

Trachurus. Schonev. p. j5. 

Id. Aldrov. lib. 2 , cap. 02 , p. 268. 

Id. Jonston, lib. 1 , tit. 3, c. 3, art. 1 , punct. 5 , tab. 21 7 fg. 8» 

Charte t. p. 143. 

Trachurus. TVillughby , p. 2go, tab. S, iz t S, 22. 

Id. Raj. p. 92 , n. 8. 

Scomber lîneâ laterali... omnino loricatâ, etc. Gronov. Mus.i,p. 3^ f 
n. §0 ; et Zooph. p. 94 , 77. 3o8. 

Ara. Kœmpfèr, Jap. 1 , tab. 11 , fig. 5» 

Marcgrav. Brasil. p. i5o. 

Pis. Ind. p. 5ï. 

Brït. Zoolog. 3,y0. 225, n. 3. 

Scomber,.. lineâ laterali... loricatâ, etc. Act. BeU'st. IV ? p. 264 f n. i56» 



6:2 HISTOIRE NATURELLE 

voyageur les a nommés ainsi à cause de l'espèce de 
proéminence que présente leur iète, de la force de cette 
partie, de l'éclat dont elle brille, et d'ailleurs pour 
annoncer la sorte de puissance et de domination que 
plusieurs osseux de ce genre exercent sur un grand 
nombre de poissons qui fréquentent les rivages. 

Parmi ces animaux voraces et dangereux pour ceux 
des habitans de la mer qui sont trop jeunes ou mal 
armés, on doit sur-tout remarquer le traehure. Sa 
dénomination, qui signifie queue aiguillonnée, vient 
du grand nombre de piquans dont sa ligne latérale est 
hérissée sur sa queue, aussi-bien que sur son corps : 
chacun de ces dards est recourbé en arrière , et attaché 
h une petite plaque écailleuse , que l'on a comparée y 
pour la forme , à une sorte de bouclier; et la série 
longitudinale de ces plaques recouvre et indique la 
ligne latérale. 

Lorsque l'animal agite vivement sa queue , et en 
frappe violemment sa proie , non seulement il peut 
l'étourdir, l'assommer, l'écraser sous ses coups redou- 
blés , mais encore la blesser avec ses pointes latérales , 
la déchirer profondément , lui faire perdre tout son 
sang. D'ailleurs ce caranx parvient à une grandeur 
assez considérable , quoiqu'il ne présente jamais une 
longueur égale à celle du thon: il n'est pas rare de le 
voir long d'un mètre. 

On le trouve dans l'Océan atlantique , dans le grand 
Océan ou mer Pacifique , dans la Méditerranée : par- 



DES POISSONS. 63 

tout il s'avance par grandes troupes, lorsqu'il s ap- 
proche des rivages pour déposer ses œufs ou sa liqueur 
fécondante. Sa chair est bonne à manger, quoique moins 
tendre et moins agréable que celle du maquereau. Du 
temps de Beîlon , les habilans de Constantinople recher- 
choient beaucoup le garum fait avec les intestins de ce 
poisson. 

Les écailles qui couvrent le trachure, sont petites t 
rondes et molles. Sa couleur générale est argentée. 
Un bleu verdâtre règne sur sa partie supérieure. L'iris 
brille d'un blanc rougeâtre. Une tache noire est placée 
sur chaque opercule. Les nageoires sont blanches ; et 
une teinte noire distingue les premiers rayons de la 
seconde dorsale *. 

La caudale est en croissant ; l'ensemble de ranima! 
comprimé * la tête grande ; la mâchoire inférieure 
recourbée vers le haut, plus longue que la supérieure f 
et garnie, ainsi que cette dernière, de dents aiguës* 
le palais rude 3 la langue lisse* chaque opercule com- 
posé de deux lames* et la nageoire de l'anus précédée 
d'une petite nageoire composée de deux rayons et d'une 
membrane. 



* A la première nageoire du dos 8 rayons-. 
à la seconde 34 

à chacune des pectorales 20 

à chacune des thoraeines 6 

à celle de l'anus 3o 

à celle de la queue 20 



LE CARANX AMIE 1 , 

E T 
LE CARANX QUEUE-JAUNE». 



Le nombre des rayons que présentent les nageoires 
du caranx amie, peut servir à le distinguer des autres 
poissons de ce genre, indépendamment des caractères 

1 Caranx amia. 

Scomber amia. Linné , édition de Gnielin. 

Scomber dorso dipterygio , ossiculo ultimo pinnse dorsalis secundae 
prseîongo. Artédi, gen. 3i, syn. 5i. 

S.combre amie. Daubenton, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre, -planches de l'Encyclopédie méthodique. 

Nota. Il est utile d'observer que les passages des auteurs et les figures 
des dessinateurs , rapportés par Artédi , et d'après lui par Daubenton , à 
leur scombre amie , sont relatifs , non pas à ce poisson , mais au caranx 
glauque , ou au centronote lyzan , ainsi que nous l'indiquerons en détail 
dans la synonymie des articles dans lesquels nous traiterons du glauque et 
du lyzan. Cette fausse application faite par Artédi, a trompé aussi le pro- 
fesseur Bonnaterre, qui a fait graver, pour son scombre amie, une figure 
que Salvian a publiée pour un poisson nommé amia, mais qui cependant 
ne peut appartenir qu'à un centronote lyzan. 

* Caranx chrysurus. 

Scomber chrysurus. Linné, édition de Gmelin, 

Yellow tail (queue jaune). Garden, 

Scombre queue jaune. Daubenton, Encyclopédie méthodique. 

là. Bonnaterre, pLwches de l'Encyclopédie méthodique. 



HISTOIRE NATURE LL E. 65 

particuliers à cette espèce que nous venons d'exposer 
dans le tableau des caranx \ 

La queue-jaune habite dans la Caroline; elle y a été 
observée par Garden. Son nom vient de la couleur de 
sa queue, qui est d'un jaune plus ou moins doré, ainsi 
que quelques unes de ses nageoires. Ses dents sont très- 
petites, très-difficiles à voir. On a même écrit que ses 
mâchoires étoient entièrement dénuées de dents. Une 
petite nageoire à deux rayons est placée au-devant de 
celle de l'anus \ 

1 A la première nageoire du dos du caranx amie , 5 rayons. 

à la seconde ^4 

à cliacune des pectorales 20 

à chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus 24. 

2 A la première nageoire dorsale du caranx queue-jaune , 9 rayons. 

à la seconde 29 

à chacune des pectorales 19 

à chacune des thoracineç - 6 

à celle de l'anus 3o 

à £elle de la «jueue -zz 



TOME l\U 



LE CARANX GLAUQUE 



Ce poisson, qu'Osbeck a vu dans l'Océan atlantique; 
auprès de ïïsle de l'Ascension , a été observé par Corn- 
merson dans le grand Océan, vers les rivages de Mada- 
gascar, et particulièrement dans les environs du fort 
Dauphin élevé dans cette dernière isle. Il habite aussi 
dans la Méditerranée, où il étoit très-connu du temps 
de Pline, et même de celui d'Aristofe, qui avoit entendu 
dire que ce caranx se tenoit caché dans les profondeurs 

* Caranx glaucusv 

Leceia , sur les côtes de la Ligurie. 

Polanda , en esclavon, 

TXxvxcs , en grec. 

Derbio , dans plusieurs déparlemens méridionaux de France* 

Biche, ibid. 

Cabrole , ibid* 

Darao , ibid* 

Scomber glaucus. Linné, édition de Gmelin* 

Scombre glauque. Daubent on 3 Encyclopédie méthodique, 

ïd. Bonnaterre, planches de l' Encyclopédie méthodique. 

Scomber dorso dipferygio ? ossiculo secundo pinnse dorsaîis altissimo» 
Arledij gen. 32, syn, 5i. 

Mus. Ad. Frid. 2 , p. 89. 

Scomber Ascensionis. Osbeck, II. 296. 

Derbio. Rondelet , première partie 3 liv. 8, chap. i5. 

Glaucus. Plin. lib. 9 , cap. 16. 

Caranx lineâ lalerali inermi, maculisque signatâ quatuor nigris, anle- 
ïioribus duabus majoribus. Commerson, manuscrits déjà cités. 

Glaucus (derbio.) Valmont-Bomare , Dictionnaire d'histoire naturelle. 



HISTOIRE NATURELLE. 6j 

de la mer pendant les très-grandes chaleurs de l'été. 
La couleur générale de cet osseux est indiquée par le 
nom qu'il porte : elle est en effet d'un bleu clair mêlé 
d'une teinte verdâtre; quelquefois cependant elle paroît 
d'un bleu foncé et semblable à celai que présente la 
mer agitée par un vent impétueux. La partie inférieure 
de l'animal est blanche. On voit souvent une tache noire 
a l'origine delà seconde nageoire dorsale et à celle de 
la nageoire de l'anus; et quatre autres taches noires, 
dont les deux premières sont les plus grandes, sont 
aussi placées ordinairement sur chaque ligne latérale. 

Le second raymi de la seconde nageoire du dos est 
très-haut, et le premier aiguillon de la première na- 
geoire dorsale est tourné , incliné , et même couché 
vers la tête. Une petite nageoire à deux rayons précède 
celle de l'anus *. 

La chair du glauque est blanche, grasse, et commu- 
nément de bon goût. 



* A la nageoire du dos 


7 rayons. 


à la seconde 


26 


à chacune des pectorales 


20 


à chacune des thoracines 


5 


à celle de l'anus 


25 


a celle de la queue , qui est très-fourchue 3 


20 



LE CARANX BLANC 1 , 

E T 

LE CARANX QUEUE-ROUGE 2 . 



La mer Rouge nourrît le caranx blanc, que Forskael a 
décrit le premier, et dont la couleur générale blanche 
ou argentée est relevée par le jaune qui règne sur les 
côtés de l'animal et sur la nageoire caudale. Un rang 
de petites dents garnit chaque mâchoire. Chaque ligne 
latérale est revêtue , vers la queue, de petites pièces 
écailleuses. Les écailles proprement dites qui recou- 
vrent le caranx, sont fortement attachées. La pre- 
mière nageoire du dos forme un triangle équilatéral*. 

1 Caranx albus. 

S'cotnbçr albus. Linné, édition de Gmetîn* 

Forskael, Faun. ;4rab. p. 56 , n. y 5. 

Scombre sufnok. Bonnaterrej planches de V Encyclopédie méthodique* 

2 Caranx erithrurus. 

Scomber hippos. Linné, édition de Gmclin, 

Scombre queue-rouge. Baubenion, Encyclopédie méthodique. 

Id. Honnalerre, planches de V Encyclopédie méthodique. 

3 A la membrane des- branchies du caranx blanc , 8 rayons* 

à la première nageoire dorsale 8 

à la seconde z5. 

à chacune des pectorales 22 

à chacune des thoracines 5 

à celle de l'anus 20 

à celle de la queue 17 



HISTOIRE NATURELLE. 
On voit une petite nageoire composée de deux rayons 
au-devant de l'anus du blanc, aussi-bien qu'au-devant 
de l'anus du carânx queue -rouge. Ce dernier a été 
observe dans la Caroline par Garden , et à l'isle de 
Tahiti par Forster. Il montre une tache noire sur 
chacun de ses opercules. Sa seconde nageoire du dos 
est rouge, comme celle de la queue;, les thoracines 
et l'anale sont jaunes. La partie postérieure de chaque 
ligne latérale est comme hérissée de petites pointes. 
Les deux dents de devant sont, clans chaque mâchoire, 
plus grandes que les autres *. 



* A la première nageoire dorsale du caranx queue-rouge, 7 rayons. 

à la seconde 2Z 

à chacune des pectorales 22 

à chacune des thoracines 6 

à. celle de l'anus A ~ 

40 

à celle de la queue 3 



LE CARANX FILAMENTEUX'. 



C'est au célèbre Anglois MuDgo Park que l'on doit 
la description de ce caranx , que l'on trouve en Asie , 
auprès des rivages de Sumatra. Le nom de filamenteux 
que Mungo Park lui a donné , vient des filamens qui 
garnissent la seconde nageoire dorsale , ainsi que celle 
de l'anus. La couleur générale de ce poisson est 
argentée , et son dos est bleuâtre ; ses écailles sont 
petites , mais fortement attachées. Le museau est 
arrondi ; l'œil grand ; l'iris jaune ; chaque mâchoire 
hérissée de dents courtes et serrées ; chaque opercule 
formé de trois lames dénuées d'écaillés semblables à 
celles du dos ; la nageoire caudale fourchue ; la petite 
nageoire qui précède celle de l'anus , composée de 
deux rajons , dont l'antérieur est le moins grand. Les 
pectorales sont en forme de faux ; la première du dos 
peut être reçue dans une fossette longitudinale \ 

1 -Caranx filamentosus. 

Scomber filamentosus. Mungo Park 3 Transact. de la société llnnéenne 
de Londres _, vol. 3.. 

8 A la membrane des branchies 7 rayons,. 

à la première nageoire dorsale 6 rayons aiguillonnés* 

à la seconde nageoire du dos 22 rayons. 

à chacune des pectorales 19 

à chacune des thoraeines 5 

à celle de l'anus 18 

à celle de la queue &£ 



LE CARANX DAUBENTON'. 



IS ous consacrons à la mémoire de notre illustre amr 
Daubenfon , ce beau caranx représenté d'après Plumier 
dans les peintures sur vélin du Muséum d'histoire 
naturelle. 

Ce caranx a ses deux nageoires dorsales trés-rap- 
prochées r la première est triangulaire y et soutenue 
par six rayons aiguillonnés ; la seconde est très^alongée 
et un peu en forme de faux \ Deux aiguillons sont 
placés au-devant de ta nageoire de L'anus. Les deux 
mâchoires sont également avancées. On voit , à chaque 
opercule branchial , au moins trois pièces \ dont les 
deux dernières sont découpées en poinée du côté de 
la queue. La ligne latérale est tortueuse , rude et 
dorée. Des taches couleur d'or sont répandues sur les 
nageoires. La partie supérieure du corps est bleue , et 
l'inférieure argentée. 



1 Caranx Daubentonii. 

Trachurus argento-cœruleus * aureis macuïïs notaîus. Manuscrits de 
Plumier. 

3 3 rayons aiguillonnas et 19 rayons articulés à la seconde nageoire du dos, 
1 rayon aiguillonné et i3 rayons articulés à celle de l'anus, 
La nageoire de la queue est fourchue.- 



LE CARANX TRÈS-BEAU 



Ce poisson mérite son nom. Ses écailles, petites et 
foiblement attachées , brillent de l'éclat de l'or sur le 
dos ? et de celui de l'argent sur sa partie inférieure. 
Ces deux riches nuances sont variées par des bandes 
transversales , ordinairement au nombre de sept , d'un 
beau noir, et dont chacune est communément suivie 
d'une autre bande également d'un beau noir et trans- 
versale , mais beaucoup plus étroite. Les nageoires du 
dos sont bleues , et les autres jaunes. 

Trois lames composent chaque opercule. Les na- 
geoires pectorales , beaucoup plus longues que les 
thoracines , sont en forme de faux. Celle de la queue 
est fourchue, 

Forskael a vu ce caranx dans la mer Rouge. Com- 
merson , qui l'a observé dans la partie du grand Océan 
qui baigne Fisle de France et la côte orientale d'Afri- 
que , rapporte dans ses manuscrits , que les deux indi- 
vidus de cette espèce qu'il a examinés , n'avoient pas 



* Caranx speciosus. 

Scomber speeiosus. Linné, édition de Omelin, 
TForsTiael, Fawi. Arab. p> 54,-72.70. 

Seombre rira. Bonnaterre } planches de V 'Encyclopédie méthodique. 
Caranx fasciis (ransversis nigris allernatîm anguslioribus, caudae apici- 
Jbus atratis* Commersoiij inamiscrits déjà cités. 



T 






l*Ji». filu^ d,i 



■ eTccrc/ t cu \f c 



HISTOIRE NATURELLE. j3 

plus de six ou sept pouces ( deux décimètres ) de lon- 
gueur, que les deux pointes de la nageoire caudale 
étoient très-noires , que les deux mâchoires étoient à 
peu près également avancées , et qu'on ne sentoifc 
aucune dent le long de ces mâchoires. 

Indépendamment de ces particularités , dont les deux 
dernières ont été aussi indiquées parForskael, Com- 
merson dit que la membrane branchiale étoit soutenue 
par sept rayons ; que la partie concave de l'arc osseux 
de la première branchie étoit dentée en forme de 
peigne ; que la partie analogue des autres trois arcs ne 
présentoit que deux rangs de tubercules assez courts; 
et que la ligne latérale étoit , vers la queue , hérissée de 
petits aiguillons , et bordée , pour ainsi dire, d'écaillés 
plus grandes que celles du dos *. 

* A la première nageoire dorsale 7 rayons aiguillonnés, 

à la seconde nageoire dorsale 21 rayonsr 

à chacune des pectorales 22 

à chacune des thoracines 5 ou 6 
à celle de l'anus , qui est précédée d'une 

petite nageoire à 2 rayons , 21 

à celle de la queue 17 
i 



TOME Ht. 10 



LE CARANX CARANGUE* 



Nous avons conservé à ce caranx le nom spécifique 
de carangue , qu'il a porté à la Martinique , suivant 
Plumier. La première nageoire du dos est soutenue' 
par sept ou huit aiguillons. Deux aiguillons paroissent 
au-devant de celle de l'anus. La ligne latérale est 
courbe et rude ; la partie supérieure du poisson bleue; 
l'inférieure argentée ; et presque toutes les nageoires 
resplendissent de l'éclat de l'or. 

* Caranx earangua. 

Carangue. Peintures sur vélin j faites diaprés les dessins de Plumier \ 
9.1 déjà citées* 



LE CARANX FERDAU; 

LE CARANX G AE S S *, 
L £ CARANX S A N S U N % 

ET LE CARANX KORAB 4 . 



L<es quatre caranx composent un sous-genre parti* 
culier et distingué du premier sous-genre par la pré- 
sence d'un aiguillon isolé placé entre les deux nageoires 
dorsales. On les trouve tous les quatre dans la mer 
Rouge ou mer d'Arabie : ils y ont été observés par 

' Caranx ferdau. 

Scomber ferdau. Linné, édition de 'Gmelin. 

Forskael, Faun. Arabie, p. 55 , n. Jï. 

Scombre ferdau. Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique. 

* Caranx gsess. 

Scomber fulvo guttatu3. Linné, édition de Gmelin. 

ForsJcael, Faim. Arabie, p. 56 , n. j3. 

Scombre gaesa. Bonnaterre, planches de V Encyclopédie méthodique* 

3 Caranx sansun. 

Scomber sansun. Linné , édition de Gmelin. 

ForsJcael, Faun. Arab.p. 56, n. 74. 

Scombre bockos. Bonnaterre , planches de V Encyclopédie méthodique* 

4 Caranx korab. 

Scomber ignobilis. Linné, édition de Gmelin. 

Forshiel, Faun. Arabie, p. 55 , n. 72. 

Scombre korab. Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique. 



76 HISTOIRE NATURELLE 

Forskael. Le tableau méthodique du genre caranx 
4 expose les différences qui les séparent l'un de l'autre ; 
il nous suffira maintenant d'ajouter quelques traits à 
ceux que présente ce tableau. 

Le ferdau montre un grand nombre de dents petites ; 
déliées et flexibles ; le sommet de la tête est dénué 
d'écaillés proprement dites , et osseux dans son milieu * y 
l'opercule est écailleux ; la ligue latérale presque 
droite ; la nageoire caudale fourchue et glauque. Les 
pectorales, dont la forme ressemble à celle d'une faux, 
sont blanchâtres ; et une variété de l'espèce que nous 
décrivons , les a transparentes. On voit au-devant des 
narines un petit barbillon conique \ 

Le ga?ss , qui ressemble beaucoup au ferdau , a une 
petite cavité sur la tête ; il peut baisser et renfermer 
clans une fossette longitudinale sa première nageoire 
dorsale ; sa nageoire caudale est très-fourchue ; et sa 
ligne latérale est courbe vers la tête et droite vers la 
queue 3 . 

Le sansun , qui a beaucoup de rapports avec le ga?ss 
et avec le ferdau , présente des ramifications sur le 

* A la première nageoire dorsale 6 rayons aiguillonnés. 

à chacune des pectorales 21 rayons. 

à chacune des thoracines 1 rayon aiguillonné et 5 ray. articulés» 

à celle de la queue i5 ou 16 rayons. 

s A la première nageoire dorsale 7 rayons aiguillonnés. 

à chacune des pectorales 1 rayon aiguillonné et 20 ray. articulés, 

à chacune des thoracines 1 rayon aiguillonné et 5 ray. articulés, 

à celle de la queue 18 ou 19 rayons. 



des poissons. 77 

sommet de la tête ; une rangée de dents arme chaque 
mâchoire ; la mâchoire supérieure est d'ailleurs garnie 
dune grande quantité de dents petites 'et flexibles ? 
placées en seconde ligne. Les nageoires pectorales et 
les thoracines sont blanches j celle de l'anus et le lobe 
inférieur de la caudale sont jaunes ; le lobe supérieur 
de cette même caudale est brun comme les dorsales , 
qui , d'ailleurs , sont bordées de noir \ 

Le korab a chaque mâchoire hérissée d'une rangée 
de dents courtes , et comme renflées ; la ligne latérale 
est ondulée vers la nuque, et droite ainsi que marquée 
par des écailles particulières auprès de la queue. Les 
nageoires pectorales et les thoracines sont roussâtres ; 
les dorsales glauques ; l'anale transparente et comme 
bordée de )auoe ; le lobe inférieur de la caudale jaune, 
et le supérieur d'un bleu verdâtre \ 

? A ]a première nageoire dorsale du sansun , 7 rayons aiguillonnés, 
à chacune des pectorales 1 rayon aiguillonné et 20 

rayons articulés, 
à chacune des thoracines î rayon aiguillonné et & 

rayons articulés. 
à celle de la queue 17 ou 18 rayons. 

3 A la membrane branchiale du korab , 8 rayons. 

à la première nageoire dorsale 7 rayons aiguillonnés. 

à chacune des pectorales- 1 rayon aiguillonné et 20 

rayons articulés. 
à chacune des thoracines 1 rayon aiguillonné et B 

rayons articulés, 
à. celle de la queue 17 ou 18 rayons- 



SOIXANTE-TROISIÈME GENRE. 

LES TRACHINOTES. 

Deux nageoires dorsales ; point de petites nageoires au* 
dessus ni au-dessous de la queue-, les cotés de la queue 
relevés longitudinal ement en carène, ou une petite 
nageoire composée de deux aiguillons et d'une mem- 
brane , au-devant de la nageoire de l'anus; des aiguil- 
lons cachés sous la peau, au - devant des nageoires 
dorsales. 



ESPÈCE, CARACTÈRES. 

celle de 
âne faujfo 



|Le TRACHiN. faucheur. fLa seconde nageoire du dos, et 
( Trachinoius falcaïus.) l'anus , représentant la forme d'un 



LE TRACHINOTE FAUCHEUR 



C'est clans la mer d'Arabie qu'habite ce poisson, que 
Forskael , en le découvrant , crut devoir comprendre 
parmi les scombres, mais que l'état actuel de la science 
ichthjologique et nos principes de distribution métho- 
dique et régulière nous obligent à séparer de ces 
mêmes scombres , et à inscrire dans un genre parti- 
culier. Nous donnons à cet osseux le nom générique de 
trachinote , qui veut dire aiguillons sur le dos , pour 
désigner l'un des traits les plus distinctifs de sa con- 
formation. Cet animal a toujours en effet auprès de la 
nuque, des aiguillons-taches sous la peau, et au-devant 
desquels un piquant très-fort, couché horizontalement, 
est tourné vers le museau , et quelquefois recouvert 
par le tégument le plus extérieur du poisson. La pre- 
mière nageoire dojsale, dont la membrane n'est sou- 
tenue que par des rayons aiguillonnés , et dont la 
peau recouvre quelquefois le premier rayon , peut se 
baisser et se coucher dans une fossette. 



* Trachinotus falcatus. 

Scomber falcatus. Linné, édition de Gmelin. 

Scotnber rhomboïdaîig, pinnâ secundâ dorai efcani, falcatis. 'Forskael, 
Fauna Arabie, p. 5y , n. 76. 

Scombre hogeh Bonnaterre, planches de l 'Encyclopédie méliodique , 



So HISTOIRE NATURELLE 

La seconde nageoire dorsale et celle de l'anus * ont 
la forme d'une sorte de faux ; et voilà d'où vient le 
nom spécifique que nous avons conservé au trachinote 
que nous décrivons. 

Ce faucheur, dont la hauteur égale souvent la moitié 
de la longueur, est revêtu , sur le corps et sur la queue, 
d'écaillés minces et fortement attachées ; on ne voit 
pas d'écaillés proprement dites sur les opercules ; on 
n'apperçoit pas de dents aux mâchoires , mais on 
remarque des aspérités à la mâchoire inférieure ; la 
lèvre supérieure est extensible^ la ligne latérale est un 
peu ondulée ; les thoracines, plus longues que les pec- 
torales , sont comme tronquées obliquement ; il y 
a au - devant de l'anus une petite nageoire à deux 
rajons. 

La couleur générale de ce trachinote est argentée 
avec une teinte brune sur le dos. Une nuance jaunâtre 
paroît sur le front. La nageoire caudale est peinte de 
trois couleurs ; elle montre du brun , du glauque et 
du jaune : les thoracines sont blanchâtres en dedans , 
et dorées ou jaunâtres en dehors, ce qui s'accorde avec 
les principes que nous avons exposés au sujet des 
— ■ ■ — ~ - ""—"" 

* A la première nageoire dorsale ,5 rayons aiguillonnés, 

à la seconde i rayon aiguillonné et 19 ray. articulés. 

à chacune des pectorales 18 rayons, 

à chacune des thoracines 6 rayons. 

à celle de l'anus ï rayon aiguillonné et 17 ray. articulés. 
|i .celle de la queue, qui est 

fourchue , 6 rayons. 



DES POISSONS. 8ï 

couleurs des poissons et même du plus grand nombre 
d'animaux ; et les pectorales ne ' présentent qu'une 
nuance brune. 

Il paroît par une note très-courte que j'ai trouvée 
dans les papiers de Commerson , que ce naturaliste 
avoit vu auprès du fort Dauphin de Madagascar, notre 
trachinote faucheur , qu'il regardoit comme un caranx* 
et auquel il attribuoit une longueur d'un demi-mètre, 



TOME III^ it 



SOIXANTE-QUATRIÈME GENRE. 

LE S C A R A N X O M O R E S. 

Vue seule nageoire dorsale; point de petites nageoires 
au-dessus ni au-dessous de la queue; les cotés de la 
queue relevés longitudinalement en carène, ou une 
petite nageoire composée de deux aiguillons et d'une 
membrane au-devant de la nageoire de l'anus* ou la 
nageoire dorsale très-prolongée vers celle de la queue; 
la lèvre supérieure très-peu extensible, ou non exten- 
sible; point d'aiguillons isolés au-devant de la nageoire- 
du dos, 

espèces. caractères. 

3. Le ca 



ARANX. PÉLAGIQUE. (q u 
xomorus -pelagicusS] \ 



uaranîe rayons à la nageoire du do?.- 
ICatanxc 

/Les pectorales une fois plus longues nue les 
:2. Le car. plumierieît. ï x , . . . . • ' ,, . _ 

... ,{ tJioracjnes^ la dorsale et J anale en larme 

lCaranxom..j)himîerîanus.] \ , r 
v r M de taux.. 



LE CARANXOMORE PÉLAGIQUE', 



Les caranxomores diffèrent des caranx , en ce qu'ils 
n'ont qu'une seule nageoire dorsale ; ils leur ressem- 
blent d'ailleurs par un très-grand nombre de traits ? 
ainsi que leur nom l'indique. 

Le nombre des rayons de la nageoire du dos dis- 
tingue le pélagique, auquel on ne doit avoir donné le 
nom qu'il porte , que pour désigner l'habitude de s@ 
tenir fréquemment en pleine mer \ 

1 Caranxomorus pelagicus. 

Scomber pelagicus. Linné, édition de Gmelin. 

Mus. -Ad. Frid. i , p. 72, tab. 3o ,Jîg. 3- 

Scombre monoptère. Daubenton, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre , planches de V Encyclopédie méthodique. 

* A la nageoire dorsale du pélagique, 40 rayons, 

à chacune des pectorales 19 

à chacune des thoracines 5 

à celle de l'anus 22 

à celle de la queue, qui est très-fourchue, 20 



LE CARANXOMORE PLUMIÉRIEN *. 



Parmi les peintures sur vélin du Muséum d'histoire 
naturelle , se trouve Fimage de ce poisson , dont on 
doit le dessin au vojageur Plumier. Ce caranxomore s 
parvient à une grandeur considérable, et n'est cou- 
vert que d'écaillés très-petites. La nageoire dorsale ne 
commence que vers le milieu de la longueur totale de 
l'animal; elle ressemble presque en tout à celle de 
l'anus, au-dessus de laquelle elle est située. La nuque 
présente un enfoncement qui rend le crâne convexe; 
la ligne latérale est courbe et rude ; trois lames com- 
posent chaque opercule; les mâchoires sont aussi avan- 
cées l'une que l'autre ; le dessus du poisson est bleu , 
et le dessous d'un blanc argenté et mêlé de rougeâtre. 



* Caranxornorus plumierianus. 

Trachurus maximus , squamîs minutïssirais, Manuscrite de Plumier* 



3. 




SOIXANTE-CINQUIÈME GENRE. 

LES C JE S I a 

Une seule nageoire dorsale- point de petites nageoires au* 
dessus ni au-dessous de la queue; les cotés de la queue 
relevés longitudinale ment en carène, ou une petite na- 
geoire composée de deux aiguillons et d'une membrane 
au - devant de la nageoire de l'anus, ou la nageoire 
dorsale très-prolongée vers celle de la queue; la lèvre 
supérieure très- extensible; point d'aiguillons isolés au- 
devant de la nageoire du dos. 

espèces. caractères; 

i. Le cesio azurôr. f L '°P e rcule branchial recouvert d'écailler 
(Ccesio cœrulaureus.) \ semblables à celles du dos, et placées les- 



unes au-dessus des autres. 

Jne fossette calleuse et un< 
(Cœsio eqmtlus.) \ au-devant des nageoires thoracines* 



2, Le C/ESio poulain. /Une fossette calleuse et une bosse osseuse 
ulus.) \ 



LE CESIO AZUROR*. 



iC jEsio est le nom générique donné par Commerson 
au poisson que nous désignons par la dénomination 
spécifique d'azuror , laquelle annonce l'éclat de For et 
-de l'azur dont il est revêtu. Le naturaliste vojageur a 
tiré ce nom de cœsio , de la couleur bleuâtre , en latin 
.cœsins , de l'animal qui! avoit sous ses jeux. En recon- 
noissant les grands rapports qui lient les cœsio avec les 
scombres , il a cru cependant devoir les en séparer. Et 
c'est en adoptant son opinion que nous avons établi 
le genre particulier dont nous nous occupons, que 
nous avons cherché à circonscrire dans des limites 
précises , et auquel nous avons cru devoir rapporter 
non seulement le cœsio azuror décrit par Commerson , 
mais encore le poulain placé par Forskael, et d'après 
lui par Bonnaterre , au milieu des scombres, et inscrit 
par Gmelin parmi les eentrogastères. 

L'azuror est très-beau. Le dessus de ce poisson est 
cT-un bleu céleste des plus agréables à la vue , et qui , 
s'étendant sur les côtés de l'animal , j encadre , pour 
ainsi dire , une bande longitudinale d'un jaune doré 

* Csesîo cserulaureus. 

•Csesio dorso cseruleo, taenia lineœ laterali supercluctâ , flavescente deau- 
ratâ , corpore subteriore argenteo , caudse marginibus undique lubentibus. 
jOomjnerson, manuscrits déjà cités, 



HISTOIRE NATURELLE, Sf 

qui règne au-dessus de la ligne latérale, suit sa 
courbure , et en parcourt toute l'étendue. La partie- 
inférieure du cœsio est d'un blanc brillant et argenté* 

Une tache d'un noir très-pur est placée à la base 
de chaque nageoire pectorale , qui la cache en partie r 
mais en laisse paroître une portion , laquelle pré- 
sente la forme que l'on désigne par le nom de chevron 
brisé. 

La nageoire de la queue est brune , et bordée dans 
presque toute sa circonférence d'un rouge élégant. 
L'anale est peinte de la même nuance que cette bor- 
dure. On retrouve la même teinte au milieu du brun 
des pectorales ; la dorsale est brune , et les thoracines- 
sont blanchâtres. 

L'or , l'argent , le rouge , le bleu céleste , le noir , sont 
donc répandus avec variété et magnificence sur le 
cœsio que nous considérons ; et des nuances brunes 
sont distribuées au milieu de ces couleurs brillantes, 
comme pour les faire ressortir , et terminer l'effet du 
tableau par des ombresi 

Cette parure frappe d'autant plus les jeux de l'ob- 
servateur , qu'elle est réunie avec un volume un peu 
considérable , l'azuror étant à peu près de la grandeur 
du maquereau , avec lequel il a d'ailleurs plusieurs 
rapports. 

Au reste , n'oublions pas de remarquer que cet éclat 
et cette diversité de couleurs que nous admirons en* 



88 HISTOIRE NATURELLE 

tâchant de les peindre, appartiennent à un poisson 
qui vit dans l'archipel des grandes Indes , particuliè- 
rement dans le voisinage des Moluques , et par consé- 
quent dans ces contrées où une heureuse combi- 
naison de la lumière , de la chaleur , de l'air , et des 
autres élémens de la coloration , donne aux perro- 
quets, aux oiseaux de paradis, aux quadrupèdes ovi- 
pares , aux serpens , aux fleurs des grands arbres , et 
à celles des humbles végétaux , l'or resplendissant du 
soleil des tropiques , et les tons animés des sept cou- 
leurs de l'are céleste. 

L'azuror brilloit parmi les poissons que les naturels 
des Moluques apportoient au vaisseau de Commerson; 
et le goût de sa chair étoit agréable. 

Le museau de ce cœsio est pointu ; la lèvre supé- 
rieure très - extensible ; la mâchoire inférieure plus 
avancée que celle de dessus , lorsque la bouche est 
ouverte; chaque mâchoire garnie de dents si petites, 
que le tact seul les fait distinguer ; la langue très-petite, 
cartilagineuse., lisse, et peu mobile ; le palais aussi lisse 
que la langue ; l'œil ovale et très-grand ; chaque oper- 
cule composé de deux lames , recouvert de petites 
écailles , excepté sur ses bords , et comme ciselé par 
des rayons ou lignes convergentes ; la lame postérieure 
de cet opercule conformée en triangle ; cet opercule 
branchial placé au - dessus du rudiment d'une cin- 
quième branchie \ la concavité des arcs osseux qui sou~ 



DES POISSONS. 89 

tiennent les branchies , dentée comme un peigne ; la 
nageoire dorsale très-longue 5 et celle de la queue pro- 
fondément échancrée *. 



r A la membrane branchiale 7 rayons, 
à la nageoire du dos 9 rayons aiguillonnés et i5 ray. articulés;, 

à -chacune des pectorales 24 rayons, 
à chacune des thoracines 6 rayons. 

à celle de l'anus 2 rayons aiguillonnés et i3 ray. articulés.- 

à celle de la queue 17 rayons. 



TOME lift Î2 



LE CM S 10 POULAIN*. 



Ce poisson a une conformation peu commune. 

Sa tête est relevée par deux petites saillies alongées 
qui convergent et se réunissent sur le front ; un ou deux 
aiguillons tournés vers la queue sont placés au-dessus 
de chaque œil; les dents sont menues, flexibles, et , 
pour ainsi dire , capillaires ou sétacées ; l'opercule est 
comme collé à la membrane branchiale j on voit une 
dentelure à la pièce antérieure de ce même opercule ; 
une membrane lancéolée est attachée à la partie supé- 
rieure de chaque nageoire thoracine ; la dorsale et la 
nageoire de l'anus s'étendent jusqu'à celle de la queue , 
qui est divisée et présente deux lobes distincts ; et 
enfin , au-devant des nageoires thoracines , paroît une 
sorte de bosse ou de tubercule osseux, aigu, et suivi 
d'une petite cavité linéaire , et également osseuse ou 
calleuse. Ces deux callosités réunies, cette éminence, 
et cet enfoncement, ont été comparés à une selle de 
cheval ; on a cru qu'ils en rappeloient vaguement la 
forme ; et voilà d'où viennent les noms de petit cheval, 



* Csesio equulus. 

iCentrogaster equula. Linné, édition de Gmelin. 

ForsJcael; Faim, drabie, p. 58 , n. 77. 

Scombre petite jument. Bon/iaterre t planches de l'Encyclopédie mêtho- 

làjjue. 



HISTOIRE NATURELLE. gt 

de petite jument , de poulain et de pouline , donnés au 
poisson que nous examinons \ 

Au reste , ce cœsio est revêtu d'écaillés très-petites , 
mais brillantes de l'éclat de l'argent. Il parvient à la 
longueur de deux décimètres. Forskael l'a vu dans la 
mer d'Arabie , où il a observé aussi d'autres poissons * 
presque entièrement semblables au poulain, qui n en 
diffèrent d'une manière très-sensible que par un ou 
deux rajons de moins aux nageoires dorsale , pecto- 
rales et caudale , ainsi que par la couleur glauque et 
la bordure jaune de ces mêmes nageoires , des thora- 
cines > et de celle de l'anus , et que nous considérerons , 
quant à présent et de même que les naturalistes Gmeliii 
et Bonnaterre , comme une simple variété de l'espèce 
que nous venons de décrire. 

1 A la membrane des branchies 4 rayons . 

à la nageoire du dos 8 rayons aiguillonnés et 16 ray. articulés, 

à chacune des pectorales 18 rayons. 

à chacune des thoracines 1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés* 

à celle de l'anus 3 rayons aiguillonnés et i5 ray. articulés» 

à celle de la queue 17 rayons. 

3 Scomber pinnis glaucis, margine flavis. Fors&ael ' , Faim. Arabie. p. 58* 
Scombre meiJlet. Bonnaterre 3 planches de V encyclopédie méthodique,' 



SOIXANTE-SIXIÈME GENRE. 

LES C^SIOMORES. 

Une seule nageoire dorsale; point de petites nageoires 
au-dessus ni au-dessous de la queue; point de carène 
latérale à la queue, ni de petite nageoire au-devant 
de celle de l'anus; des aiguillons isolés au-devant de la 
nageoire du dos. 



ESPECES,. CARACTERES. 

_ (Deux aiguillons isolés au-devant de la na- 

I. LE CiESIOMORERAILLGN.Ï „ ° 

, „ „ .„ ... < geoire dorsale ; le corps et la queue revêtus 

(Cœsiomorus Baulomi.) \ & ' r L 

{ d'écaillés assez grandes. 

(Cinq aiguillons isolés au-devant de la na- 
a. Le c^siomore bloch. 1 " , & - . . , ,, , 

„,,.., < aeoire dorsale ; le corps et la queue dénués 
(Cœsiomorus blochu.) J ° ' . ., , 

d écanles facilement visibles. 



3 






LE CESIOMORE BAILLON*. 



Nous allons faire connoître deux csesiomores; aucune 
de ces deux espèces n'a encore été décrite. Nous en 
avons trouvé la figure dans les manuscrits de Com- 
merson ; et elle a été gravée avec soin sous nos jeux. 
Nous dédions Tune de ces espèces au citojen Bâillon , 
l'un des plus zélés et des plus habiles correspondant 
du Muséum, national d'histoire naturelle , qui rend 
chaque jour de nouveaux services à la science que 
nous cultivons , par ses recherches , ses observations , 
et les nombreux objets dont il enrichit les collections 
de la république , et dont Buffon a consigné le juste 
éloge dans tant de pages de cette Histoire naturelle. 

Nous consacrons l'autre espèce à la mémoire du 
savant et célèbre ichthyologiste le docteur Bloch de 
Berlin , comme un nouvel hommage de l'estime et de 
l'amitié qu'il nous avoit inspirées. 

Le csesiomore bâillon a le corps et la queue couverts 
d'écaillés assez grandes , arrondies, et placées les unes 
au-dessus des autres. On n'en voit pas de semblables 
sur fa tête ni sur les opercules, qui ne sont revêtus 
que de grandes lames. Des dents pointues et un peu 
séparées les unes des autres garnissent les deux 

* Csesiomorus Baillonii. 



HISTOIRE NATURELLE. 

mâchoires , dont l'inférieure est plus avancée que la 
supérieure. On voit le long delà ligne latérale, qui est 
courbe jusque vers le milieu de la longueur totale de 
l'animal, quatre taches presque rondes et d'une cou- 
leur très-foncée. Deux aiguillons forts, isolés, et tournés 
en arrière , paroissent au-devant de la nageoire du dos , 
laquelle ne commence qu'au-delà de l'endroit où le 
poisson montre la plus grande hauteur, et qui, con- 
formée comme une faux , s'étend presque jusqu'à la 
nageoire caudale. 

La nageoire de l'anus , placée au-dessous de la dor- 
sale , est à peu près de la même étendue et de la même 
forme que cette dernière , et précédée , de même , de 
deux aiguillons assez grands et tournés vers la queue. 

La nageoire caudale est très-fourchue ; les thora- 
cines sont beaucoup plus petites que les pectorales. 



LE C/ESIOMORE BLOCH*. 



C e poisson a beaucoup cte ressemblance avec le bâillon: 
la nageoire dorsale et celle de l'anus sont en forme de 
faux dans cette espèce , comme dans le csesiomore dont 
nous venons de parler; deux aiguillons isolés hérissent 
le devant de la nageoire de l'anus 3 la nageoire caudale 
est fourchue , et les thoracines sont moins grandes que 
les pectorales dans les deux espèces : mais les deux 
lobes de la nageoire caudale du bloch sont beau- 
coup plus écartés que ceux de la nageoire de la queue 
du bâillon ; la nageoire dorsale du bloch s'étend vers 
la tête jusqu'au-delà du plus grand diamètre vertical 
de l'animal ; cinq aiguillons isolés et très-forts sont 
placés au-devant de cette même nageoire du dos. La 
nuque est arrondie ; la tète grosse et relevée ; la 
mâchoire supérieure terminée en avant , comme l'infé- 
rieure , par une portion très-haute , très-peu courbée , 
et presque verticale ; deux lames au moins composent 
chaque opercule ; on ne voit pas de tache sur la ligne 
latérale , qui de plus est tortueuse; et enfin, les tégu- 
mens les plus extérieurs du bloch ne sont recouverts 
d'aucune écaille facilement visible. 



* Csesiomorus, Bloch.ii. 



SOIXANTE-SEPTIÈME GENRE. 

LES C O R I S. 

La tête grosse et plus élevée que le corps; le corps com- 
primé et très-alongé; le premier ou le second rayon de 
chacune des nageoires thoracines, une ou deux fois 
plus alongé que les autres; point tf écailles semblables 
à celles du dos sur les opercules ni sur la tête, dont la 
couverture lamelleuse et d'une seule pièce représente 
une sorte de casque. 



ESPÈCES. 

i. Le coris aigrette. 
(Coris aygula) 



2. Le coris angulév 
[Coris angulatus.) 



CARACTÈRES. 

'Le premier rayon de la nageoire du dos, 
une ou deux fois plus long que les autres; 
l'opercule terminé par une ligne courbe j 
une bosse au-dessus des yeux. 

Le premier rayon de la nageoire du dos un 
peu plus court que les autres , ou ne les 
surpassant pas en longueur ; l'opercule ter- 
miné par une ligne anguleuse j point d« 
bosse au-dessus des yeux. 



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LE CORIS AIGRETTE 



Quelles obligations les naturalistes n'ont - ils pas 
au célèbre Commerson! Combien de genres de pois*- 
sons dont ses manuscrits nous ont présenté la des- 
cription ou la figure , et qui , sans les recherches 
multipliées auxquelles son zèle n'a cessé de se livrer, 
seroient inconnus des amis des sciences naturelles! 11 
a donné à celui dont nous allons parler, le nom de 
corïs, qui, en grec, signifie sommet, tête, etc., à cause 
de l'espèce de casque qui enveloppe et surmonte la tête 
des animaux compris dans cette famille. Cette sorte 
de casque, qui embrasse le haut , les côtés et le dessous 
ciu crâne, des jeux et des mâchoires, est formée d'une 
substance écailleuse, d'une grande lame, d'une seule 
pièce , qui même est réunie aux opercules , de manière 
à ne faire qu'un tout avec ces couvercles des organes 
respiratoires. L'ensemble que ce casque renferme , 
ou la tête proprement dite, s'élève plus haut que 
le dos de l'animal, dans tous les coris ; mais dan& 
l'espèce qui fait le sujet de cet article , il est un peu 
plus exhaussé encore : le sommet du crâne s'arrondit 
de manière à produire une bosse ou grosse loupe au- 
dessus des jeux; et le premier rajon de la nageoire 



* Coris aygula. 

TOME III. î3 



f8 H I STO I R E N A T DRELL E.- 

dorsale, une ou deux fois plus grand que les autres,. 
étant placé précisément derrière cette loupe, paroîfc 
comme une aigrette destinée à orner le casque dur: 
poisson. 

Chaque opercule est terminé du côté de la queue* 
par une ligne courbe. La lèvre supérieure est double; 
la mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure; 
chacune des deux mâchoires , garnie d'un rang de 
dents fortes, pointues, triangulaires et inclinées. La 
ligne latérale suit de très-près la courbure du dos. 
Le premier rayon de chaque thoracine, qui en ren- 
ferme sept, est une fois plus alongé que les autres.. 
La nageoire dorsale est très -longue, très - basse , et; 
de la même hauteur, dans presque toute son étendue. 
Gelle de l'anus présente des dimensions bien diffé- 
rentes; elle est beaucoup plus courte que la dorsale:: 
ses rayons, plus longs que ceux de cette dernière, lui 
donnent plus de largeur; sa figure se rapproche de 
celle d'un trapèze. Et enfin la nageoire caudale est 
rectiligne, et ses rayons dépassent de beaucoup la. ; 
membrane qui les réunit *. 

* A la nageoire du dos 2,1 rayons, 

à chacune des pectorales 11 
à chacune des thoracines 7 
à celle de l'anus 14, 

à-celle de la queue iûj 



LE CORIS ANGULEUX'. 



^Le coris diffère du précédent par six traits princi- 
paux : son corps est beaucoup plus alongé que celui 
de l'aigrette ; le premier ravoii de la nageoire dorsale 
ne dépasse pas les autres ; la ligne latérale ne suit pas 
dans toute son étendue la courbure du dos , elle se 
fléchit en en-bas, à une assez petite distance de la 
nageoire caudale, et tend ensuite directement vers 
cette nageoire ; le sommet du crâne ne présente pas 
de loupe ou de bosse 3 chaque opercule se prolonge 
vers la queue, de manière à former un angle saillant, 
au lieu de n'offrir qu'un contour arrondi ; et les deux 
mâchoires sont également avancées *, 

1 Coris angulatus. 

s A la nageoire du dos 20 rayons, 

à chacune des pectorales i5 

à la nageoire de l'anus i5 

à celle de la queue 10 



SOIXANTE-HUITIEME GENRE. 

LES GOMPHOSES. 

Le museau: alongé en forme de clou ou de masse, la tête 
et les opercules , déhués ,d! écailles semblables à celles du, 
dos. 

ESPÈCES. C A R A C T È R E S. 

i. Le gomphose bleu. /Toute la surface du poisson, d'une couleur 
(Gomphosus cceruleus.) \. bleue foncée. 

Si. Le gomphose varié. JLa couleur générale mêlée de rouge , de; 
(Gomphpsus; varias.) \ jaune et de bleu. 



c 






--Oen/êVe^ cUL 



,. Vtttetey, SctM 



L E GO MPHOSE BLE 



Commerson a laissé dans ses manuscrits la descrip- 
tion de ce poisson qu'il a observé dans ses voyages r 
que nous avons cru , ainsi que lui , devoir inscrire 
dans un genre- particulier, mais auquel nous avons 
donné le nom générique de gomphos, plutôt que celui 
iïelops, qui lui a été assigné par ce naturaliste. Le mot 
gomphos désigne , aussi-bien que celui à'elops, la forme 
du museau de ce poisson, qui représente une sorte 
de clou ; et en employant la dénomination qUe nous 
avons préférée , on évite toute confusion du genre 
que nous décrivons, avec une petite famille d'abdo- 
minaux connue depuis long -temps sous le nom 
d'élops. 

Le gomphose bleu- est , suivant Commerson , de la 
grandeur du cyprin tanche. Toute sa surface présente 
une couleur bleue sans tache , un peu foncée ou noi- 
râtre sur les nageoires pectorales , et très-claire sur les 
autres nageoires. L'œil seul montre des nuances diffé- 
rentes du bleu; la prunelle est bordée d'un cercle 
blanc, autour duquel l'iris présente une belle couleur 
d'émeraude ou d'aigue-marine. 

* Gomphosus cœruleus. 

Elops, totus intense caeruîeus; rostro subulato , capîte et opercnlk- 1 
liranchiostegis, alepidotis. Commerson^ manuscrits déjà cités» 



fl'02 HîSTOUE NATURE L 'L E 

Le corps est un peu arqué sur le clos , et beaucoup 
plus au-dessous du ventre. La tête, d'une grosseur 
médiocre, se termine en devant par une prolongation 
du museau, que Commerson a comparée à un clou, 
dont la longueur est égale au septième de la longueur 
-totale de l'animal, et qui a quelques rapports avec le 
boutoir du sanglier. La mâchoire supérieure est un 
peu extensible , et quelquefois un peu plus avancée 
que l'inférieure ; ce qui n'empêche pas que l'avant- 
abouche , dont l'ouverture est étroite, ne forme une 
sorte de tuyau. Chaque mâchoire est composée d'un 
os garni d'un seul rang de dents très-petites et très- 
serrées l'une contre l'autre ; et les deux dents les plus 
-avancées de la mâchoire d'en -haut sont aussi plus 
grandes que Celles qui les suivent. 

Tout l'intérieur de la bouche est d'ailleurs lisse, et 
d'une couleur bleuâtre. 

Les yeux sont petits et très-proches des orifices des 
narines, qui sont doubles de chaque côté. 

On ne voit aucune écaille proprement dite , ou sem- 
blable à celles du dos , sur la tête ni sur les opercules 
du gomphose bleu. Ces opercules ne sont hérissés d'au- 
cun piquant. Deux lames les composent : la seconde 
de ces pièces s'avance vers la queue , en forme de 
pointe ; et une partie de sa circonférence est bordée 
d'une membrane. 

On voit quelques dentelures sur la partie concave 
des arcs osseux qui soutiennent les branchies. 



DES POISSONS. ï o3? 

La portion- de la nageoire dorsale qui comprend des 
rayons aiguillonnés , est plus basse que îa partie de 
cette nageoire dans laquelle on observe des rayons; 
articulés. La nageoire caudale forme un croissant dont 
les deux pointes sont très-aloogées *. 

La ligne latérale, qui suit la courbure du dos jusqu'à 
la fin de la nageoire dorsale, où elle se fléchit vers le 
bas pour tendre ensuite directement vers la nageoire 
caudale, a son cours marqué par une suite de petites- 
paies disposées de manière à imiter des caractères chi- 
nois» 

Les écailles qui recouvrent le corps et la queue du- 
gomphose bleu , sont assez larges ; et les petites lignes 
qu'elles montrent , les font paroître comme ciselées. 

*■ 6 rayons à la membrane des branchies. 

8 rayons aiguillonnés et 14 rayons articulés à la nageoire du dos. 
14 rayons à chacune des pectorales. 
6 rayons à chacune des thoracines. .( Le second se prolonge en un fila- 
ment.) ■> 
2 rayons aiguillonnés et 12 rayons articulés à la nageoire de l'anus.. 
14 rayons à celle de la queue.. 



LE GOMPHOSE VARIÉ*. 



Sur les bords eharmans de la fameuse Isle de Taïtï ; 
Commerson a observé une seconde espèce de gom- 
phose , bien digne, par la beauté ainsi que par l'éclat 
de ses couleurs, d'habiter ces rivages embellis avec 
tant de soin par la Nature. Elle est principalement 
distinguée de la première par ces riches nuances qui 
la décorent; elle montre un brillant et agréable mé- 
lange de rouge, de jaune et de bleu. Le jaune domine 
dans cette réunion de tons resplendissans ; mais l'azur 
y est assez marqué pour être un nouvel indice de la 
parenté du varié avec le gomphose bleu. 

* Gompliosus varius. 
JElops rubro , CEeruleo et flavo variegatus. Commerson, manuscrits déjà 

•ciLés. 



è 



\',«^ 






f.£.deSeue/i7ïuJ Je? 



SOIXANTE-NEUVIÈME GENRE, 

LES NASONS. 

Une protubérance en forme de corne ou de grosse loupe 
sur le nez ; deux plaques ou boucliers de chaque côté 
de T extrémité de la queue; le corps et la queue recou- 
verts cïune peau rude et comme chagrinée. 



ESPECES. 

1. Le.nason licornet. 
( Naso fro ntico ni is .) 

;2. Le NAS ON LOTJPE. 
(Naso tuberosus.) 



CARACTÈRES. 

[Une protubérance cylindrique, horizontale, 
et en forme de corne au-devant des yeux; 

[ une ligne latérale très-sensible. 

f Une proéminence en forme de grosse loupe, 
au-dessus de la mâchoire supérieure ; point 

[ de ligne latérale visible. 



TOME HT. 



H 



LE N A SON. LICORNET*. 



S ans les observations de l'infatigable Commerson, 
nous ne connoîtrions pas tous les traits de l'espèce du; 
licornet, et nous ignorerions l'existence du poisson 
loupe, que nous avons cru , avec cet habile vojageur, 
devoir renfermer, ainsi que le licornet, dans un genre 
particulier, distingué par le nom de nason*. 

Là première de ces deux espèces frappe aisément 
les regards par la singularité de la forme de sa tête ; 
elle attire l'attention de ceux même qui s'occupent le 
moins des sciences naturelles. Aussi avoit-elle été très- 
remarquée par les matelots de l'expédition dont Com- 
merson faisait partie : ils l'avoient examinée assez sou- 
vent pour lui donner un nom ; et comme ils avoient 
facilement saisi un rapport très-marqué que présente 
son museau avec le front des animaux fabuleux aux- 
quels l'amour du merveilleux a depuis long-temps 
attaché la dénomination de licorne, ils l'avoient appelée 



* Naso fronticomis. 

Naseus fronticomis fuscus. Comrnerson, manuscrits déjà cités. 
Licornet des matelots. Id. ibid. 
Ghœtodon unicornis. Linné, édition de Gmelin. 
ForsTcael; Faun., Arabie, p. 63, n. 88. 

Chétodon unicorne, Bonnaierre, -planches de l'Encyclopédie métho- 
dique. 



7 




mm.*. 



ÉÊÊ - - ! ^^B 




HISTOIRE NATURELLE. 1 07 

la petite licorne, ou le Hconiet, appellation que j'ai cru. 
devoir conserver. 

En effet, de l'entre - deux des jeux de ce poisson 
part une protubérance presque cylindrique, renflée 
à son extrémité, dirigée horizontalement vers le bout 
du museau, et attachée à la tête proprement dite par 
une base assez large. 

C'est sur cette même base que l'on voit de chaque 
côté deux orifices de narines, dont l'antérieur est le 
plus grand. 

Les jeux sont assez gros. 

Le museau proprement dit est un peu pointu; l'ou- 
verture de la bouche étroite ; la lèvre supérieure foi- 
blement extensible ; la mâchoire d'en-haut un peu 
plus courte que celle d'en-bas , et garnie, comme cette 
dernière, de dents très-petites , aiguës, et peu serrées 
les unes contre les autres. 

Des lames osseuses composent les opercules , au- 
dessous desquels des arcs dentelés dans leur partie con- 
cave soutiennent de chaque côté les quatre branchies*. 

Le corps et la queue sont très-comprimés, carénés 
en haut, ainsi qu'en bas, et recouverts d'une peau 



4 rayons à la membrane des branchies. 
6 aiguillons et 3o rayons articulés à la nageoire du dos. 
17 rayons à chaque nageoire pectorale. 

1 aiguillon et 3 rayons articulés à chacune des thoracines. 

2 aiguillons et 3o rayons articulés à la nageoire de l'anus. 
20 rayons à la nageoire de la queue. 



îo8 H 1ST0IRE NATURELLE 

rude, que Ton peut comparer à celle de plusieurs car- 
tilagineux, et notamment de la plupart des Iquaîes. 

La -couleur que présente la surface presque entière 
de l'animal, est 'd'un gris brun ; mais la nageoire du 
dos, ainsi que celle de l'anus, sont agréablement 
variées par des raies courbes, jaunes ou dorées. 

Cette même nageoire dorsale s'étend depuis la nuque 
jusqu'à une assez petite distance de la nageoire. cau- 
dale. 

La ligne latérale est voisine du dos, dont elle suit 
la courbure ; l'anus est situé très-prés de la base des 
thoracines , et par conséquent plus éloigné de la 
nageoire caudale que de la gorge. 

La nageoire de l'anus est un peu plus basse et 
presque aussi longue que celle du dos. 

La caudale est échancrée en forme de croissant, et 
les deux cornes qui la terminent sont composées de 
rayons si aiongés , que lorsqu'ils se rapprochent, ils 
représentent presque un cercle parfait , au lieu de ne 
montrer qu'un demi-cercle. 

De plus, on voit auprès de la base de cette nageoire, 
et de chaque côté de la queue, deux plaques osseuses } 
que Commerson nomme de petits- boucliers , dont cha- 
cune est grande , dit ce voyageur, comme l'ongle du 
petit doigt de l'homme, et composée d'une lame un 
peu relevée en carène et échancrée par-devant. 

On doit appercevoir d'autant plus aisément ces deux: 
pièces qui forment un caractère remarquable, que la. 



DES POISSON S. IG9 

longueur totale de ranimai n'excède pas quelquefois 
trente-cinq centimètres. Alors le plus grand diamètre 
vertical du corps proprement dit, celui que l'on peut 
mesurer au-dessus de l'anus, est de dix ou onze cen- 
timètres; la plus grande épaisseur du poisson est de 
quatre centimètres; et la partie de la corne frontale 
et horizontale, qui est entièrement dégagée du front, 
a un centimètre de longueur. 

Commerson a vu le licornet auprès des rivages de 
l'isle de France; et si les dimensions que nous venons 
d'indiquer d'après le manuscrit de ce naturaliste, 
sont celles que ce nason présente Je plus souvent dans; 
les parages que ce vovageur a fréquentés, il faut que 
cette espèce soit bien plus favorisée pour son dévelop- 
pement dans la mer Rouge ou mer d'Arabie. En effet, 
Forskael, qui l'a décrite, et qui a cru devoir la placer 
parmi celles de la famille des chétodons , au milieu 
desquels elle a été laissée par le savant Gmelin et 
par le- citoyen Bonnaterre , dit qu'elle parvient à la 
longueur de cent dix-huit centimètres (une aune ou 
environ). Les licornets vont par troupes nombreuses 
dans cette même nier d'Arabie; on en voit depuis deux 
cents jusqnà quatre cents ensemble ;■ et l'on doit en- 
être d'autant moins surpris, que l'on assure qu'ils ne 
se nourrissent que des plantes qu'ils peuvent rencon- 
trer sous les eaux. Quoiqu'ils n'aient le besoin ni l'ha- 
bitude d'attaquer une proie, ils usent avec courage 
des avantages que leur donnent leur grandeur et hi> 






I I O HISTOIRE NATURELLE. 

conformation de leur tète j ils se défendent avec suc- 
cès contre des ennemis dangereux; des pêcheurs arabes 
ont même dit avoir vu une troupe de ces thoraeins 
entourer avec audaee un aigle qui s'étoit précipité sur 
ces poissons comme sur des animaux faciles à vaincre, 
opposer le nombre à la force, assaillir l'oiseau carnas- 
sier avec une sorte de concert, et le combattre avec 
assez die constance pour lui donner la mort 



LE NASON LOUPE*. 



Cette espèce de nason, observée, décrite et dessi- 
née corn ne la première, par Commerson, qui l'a vue 
dans les mêmes contrées, ressemble au licornet par l'a 
compression de son corps et de sa queue , et par la 
nature de sa peau rude et chagrinée ainsi que celle des 
squales. Sa couleur générale est d'un gris plus ou moins 
mêlé de brun, et par conséquent très-voisine de celle 
du licornet; mais on distingue sur la partie supérieure 
de ranimai, sur sa nageoire dorsale et sur la nageoire 
de la queue , un grand nombre de taches petites , len- 
ticulaires et noires. Celles de ces taches que Ion 
remarque auprès des nageoires pectorales, sont un 
peu plus larges que les autres ; et entre ces mêmes 
nageoires et les orifices des branchies , on voit une 
place noirâtre et très-rude au toucher. 

La tête est plus grosse, à proportion du reste du 
corps, que celle du licornet. La protubérance nasale 
ne se détache pas du museau autant que la corne de 
ce dernier nason : elle s'étend vers le haut ainsi que 
vers les côtés ; elle représente une loupe ou véritable 



* Naso tuberosus. 

Licorne à loupe. Commerson, manuscrits déjà cil es. 

Naseus , naso ad rostrum connaio y tuberiformi. Id, ibid,. 



112, HISTOIRE NATURELLE 

bosse. Un sillon particulier, dont la couleur est très- 
obscure, qui part de l'angle antérieur de l'œil, et qui 
règne jusqu'à l'extrémité du museau , circonscrit cette 
grosse tubérosité; et c'est au-dessus de l'origine de ce 
sillon, et par conséquent très-près de l'œil, que sont 
situés, de chaque côté, deux orifices de narineè, dont 
l'antérieur est le plus sensible. 

Les jeux sont grands et assez rapprochés du sommet 
de la tête; les lèvres sont coriaces; la mâchoire supé- 
rieure est plus avancée que l'inférieure, la déborde, 
l'embrasse , n'est point du tout extensible, et montre, 
comme la mâchoire d'en -bas., un contour arrondi, et 
un seul rang de dents incisives. 

Le palais et le gosier présentent des plaques héris- 
sées de petites dents. 

Chaque opercule est composé de deux lames. 

Les arcs des branchies sont tuberculeux et dentelés 
dans leur concavité. 

Les aiguillons de la nageoire du dos et des thora- 
pipes sont très -rudes*; le premier aiguillon de la 
nageoire dorsale est d'ailleurs très-large à sa base j 
la nageoire caudale est en forme de croissant , mais 
peu échancrée. On napperçoit pas de ligne latérale ; 

* 4 rayons à la membrane des branchies. 

5 rayons aiguillonnés et 3o rayons articulés à la nageoire du dosu 
17 rayons à chacune des pectorales. 

2 aiguillons et 28 rayons articulés à la nageoire de l'anus 
; j-6 rayons à s !a nageoire de la queue. 



DES POISSONS. I ï'3 

mais on trouve, de chaque coté de la queue, deux 
-plaques ou boucliers analogues à ceux du licornet. 

Le nason loupe devient plus grand que le licornet; 
il parvient jusqu'à la longueur de cinquante centi- 
mètres. 



'TOME III. 1$ 






SOIXANTE-DIXIÈME GENRE; 

LES KYPHOSES. 

Le dos très-élevé au-dessus d'une ligne tirée depuis le 
bout du museau jusqu'au milieu de la nageoire cau- 
dale; une bosse sur la nuque; des écailles semblables 
à celles du dos, sur la totalité ou une grande partie 
des opercules qui ne sont pas dentelés. 



ESPÈCE. CAEiCTEEESi 

: kyphose double-bosse. JUne bosse sur la nuque ; une bosse entre le 
[Kjphosïis bigibbus.) \ yeux ; la nageoire de la queue fourchue,. 











' J-:,u,-t.Jh-J\;n- /ÏL,- ,/rl 



J>L,r,j jV.vu.uJh/ 



LE KYPHOSE DOUBLE-BOSSE'. 



VjOMMerson nous a transmis la figure de cet animal: 
La bosse que ce poisson a sur la nuque, est grosse, 
arrondie, et placée sur une partie du corps tellement 
élevée, que si on tire une ligne droite du museau au 
milieu de la nageoire caudale , la hauteur du sommet 
de la bosse au-dessus de cette ligne horizontale est 
au moins égale au quart de la longueur totale de ce 
thoracin. La seconde bosse, qui nous a suggéré son 
nom spécifique, est conformée à peu près comme 
la première , mais moins grande , et située entre les 
jeux. La ligne latérale suit la courbure du dos , dont 
elle est très -voisine. Les nageoires pectorales sont 
alongées et terminées en pointe. La longueur de la 
nageoire de l'anus n'égale que la moitié, ou environ, 
de celle de la nageoire dorsale. La nageoire de la queue 
est très-fourchue. Des écailles semblables à celles du 
dos recouvrent au moins une grande partie des oper- 
culés \ 



1 Kyphosus bigibbus. 

Nota Le nom générique ky-phose , kyphosus, que nous avons donné à 
ce poisson , vient du mot kyphos , qui en grec signifie bossç 3 aussi-bien que 
kyrtos, expression dont Bloch a fait dériver le nom d'un genre de jugu- 
laires, ainsi que nous l'avons vu. 

a i3 aiguillons et 12 rayons articulés à la nageoire dorsale. 
i3 ou 14 rayons à chacune des pectorales. 
5 ou 6 rayons à chacune des thoracines. 
14 ou i5 à celle de l'anus. 

TOME 111. t£* * 



SOIXANTE-ONZIÈME GENRE. 

LES OSPHRONÈMES. 

Cinq ou six rayons à chaque nageoire tho racine ; le 
premier de ces rayons aiguillonné , et le second terminé 
par un filament très-long. 

ESPÈCES. CARACTÈRES. 

i. L'0SPHR0NÈ]VîEG0RAMY.( La P* 1 ^ postérieure du dos très-élevée ; la 

{Osphronemus goramy.) \ lf « ae latéraïe droite 5 la na S eoîre de ,a 
( queue, arrondie. 

T , , (La lèvre inférieure plissée de chaque côté; 

>. L'OSPHRONEME GAI. - v , ,, 

,-. » 17 v /les nageoires du dos et de 1 anus très- 

(Osphrouemus gallus.) } ? " 

{ basses ; celle delà queue ,tourchue. 



L'OSPHRONÈME GORAMY". 



Nous conservons à ce poisson. le nom générique qui 
lui a été donné par Comuierson, dans les manuscrits 
duquel nous avons trouvé la description et la figure 
de ce thoracin. 

Cet osphronème est remarquable par sa forme, par 
sa grandeur , et par la bonté de sa chair. Il peut par- 
venir jusqu'à la longueur de deux mètres; et comme 
sa hauteur est très-grande à proportion de ses autres 
dimensions , il fournit un aliment aussi copieux qu'a- 
gréable. Commerson l'a observé dans l'Isle de France , 
en février 1770, par les soins de Seré , commandant 
des troupes nationales. Ce poisson y avoit été apporté 
de la Chine, où il est indigène, et de Batavia, où 011 
le trouve aussi, selon l'estimable citojen Cossigny*.: 
On l'avoit d'abord élevé dans des viviers; et il s'étoit 

1 Osphronemus goramy. 

Osphronemus olfax. Commerson a manuscrits déjà cités. 
Poisson gouramie , ou gouramy. (Il faut observer que ce nom de poisson 

gouramie, ou gouramy, ou goramy, a été aussi donné , dans le grand Océan ,, 

au trichopode mentonnier.) 

a Devectus ë Sina , educatus primùm in piscinis , etc. Manuscrits de 
Commerson. 

ce Le poisson n'est pas extrêmement commun dans le Bengale. Il y a- 
» beaucoup d'étangs dans le pays; on pourroit en former des viviers» Iî< 
» serait à propos d'y transplanter le goramy , cet excellent poisson aue; 



iï8 HISTOIRE NATURELLE 

ensuite répandu dans les rivières, où il s'étoit multi- 
plié avec une grande facilité , et où il avoit assez 
conservé toutes ses qualités , pour être , dit Commer- 
son , le plus recherché des poissons d'eau douce. Il 
seroit bien à désirer que quelque ami des sciences na- 
turelles, jaloux de favoriser l'accroissement des objets 
véritablement utiles, se donnât le peu de soins néces- 
saires pour le faire arriver en vie en France, l'y accli- 
mater dans nos rivières , et procurer ainsi à notre 
patrie une nourriture peu chère, exquise, salubre , 
et très-abondante. 

Voyons quelle est la conformation de cet osphro- 
nème goraniy *. 

Le corps est très-comprimé et très-haut. Le dessous 
du ventre et de la queue et la partie postérieure du 
dos présentent une carène aiguë. Cette même extrémité 
postérieure du dos montre une sorte dechancrure, 
qui diminue beaucoup la hauteur de l'animal, à une 
petite distance de la nageoire caudale ; et lorsqu'on 
n'a sous les jeux qu'un des côtés de cet osphronème , 

«nous avons transporté de Batavia à l'isle de France , et qui s'y est 
» naturalisé ». Voyage au Bengale , etc. par le citoyen Charpentier Cos- 
sîgny , tome /, p a ge 181. 

* 6 rayons à la membrane des branchies. 

i3 aiguillons et 12 rayons articulés à la nageoire du dos. 
14 rayons à chacune des pectorales. 

1 aiguillon et 5 rayons articulés à chacune des thoracines. 
ro aiguillons et 20 rayons articulés à la nageoire de l'anus. 
16 rayons à celle de la queue. 



DES POISSONS. I 19 

on voit facilement que sa partie inférieure est plus 
arrondie, et s'étend au-dessous du diamètre longitu- 
dinal qui va du bout du museau à la fin de la queue, 
beaucoup plus que sa partie supérieure ne s'élève au- 
dessus de ce même diamètre. 

De larges écailles couvrent le corps, la queue, les 
opercules et la tête ; et d'autres écailles plus petites 
revêtent une portion assez considérable des nageoires 
du dos et de l'anus. Le dessus de la tête, incliné vers 
le museau > offre d'ailleurs deux légers enfoncemens. 
La mâchoire supérieure est extensible; l'inférieure plus 
avancée que celle d'en-haut : toutes les deux sont gar- 
nies d'une double rangée de dents; le rang extérieur 
est composé de dents courtes et un peu recourbées en 
dedans; l'intérieur n'est formé que de dents plus petites 
et plus serrées. 

On apperçoit une callosité au palais; la langue est 
blanchâtre, retirée, pour ainsi dire, clans le fond de 
la gueule, auquel elle est attachée; les orifices des 
narines sont doubles; chaque opercule est formé de 
deux lames, dont la première est excavée vers le bas 
par deux ou trois petites fossettes , et dont la seconde 
•s'avance en pointe vers les nageoires pectorales , et de 
plus est bordée d'une membrane.. 

On apperçoit dans l'intérieur de la bouche , et au- 
dessus des branchies, une sorte d'os ethinoïcle, laby- 
ïinthijonne, pour employer l'expression de Commersoir,. 
et placé dans une cavité particulière. L'usage de cet o& 



120 H I S T I R E N À TURELIE 

a paru au vojageur que nous venons de citer , très- 
digne d'être recherché , et nous nous en occuperons 
de nouveau dans notre Discours sur les parties solides 
des poissons. 

La nageoire du dos commence loin de la nuque, et 
s'élève ensuite à mesure qu'elle s'approche de la cau- 
dale , auprès de laquelle elle est très-arrondie. 

Chaque nageoire thoracine renferme six rayons. Le 
premier est un aiguillon très-fort; le second se termine 
par un filament qui s'étend jusqu'à l'extrémité de la 
nageoire de la queue , ce qui donne à l'osphronème 
im rapport très-marqué avec les trichopodes : mais 
dans ces derniers ce filament est la continuation d'un, 
rayon unique , au lieu que, dans l'osphronème, chaque 
thoracine présente au moins cinq rayons. 

L'anus est deux fois plus près de la gorge que de 
d'extrémité de la queue : la nageoire qui le suit a une 
•forme très -analogue à celle de la dorsale ; mais, ce qui 
est particulièrement à remarquer , elle est beaucoup 
plus étendue. 

On ne compte au-dessus ni au-dessous de la cau- 
dale, qui est arrondie, aucun de ces rayons articulés, 
4rès-courts et inégaux, qu'on a nommés faux rayons-, 
ou rayons bâtards, et qui accompagnent la nageoire 
de la queue d'un si grand nombre de poissons. 

Enfin la ligne latérale , plus voisine du dos que du 
ventre , n'offre pas de courbure très-sensible. 

Au reste, le goramy est brun avec des teintes 



13 Ê S POISSONS. 12 1 

rougeâtres plus claires sur les nageoires que sur le 
dos ) et les écailles de ses côtés et de sa partie infé- 
rieure, qui sont argentées et bordées de brun, font 
paroître ces mêmes portions comme couvertes de 
mailles, 



T o M E 1 1 1. 3 g 



L'OSPHRONÈME GAL 



Forskael a vu sur les côtes d'Arabie cet osphro- 
nème , qu'il a inscrit parmi les scares , et que le pro- 
fesseur Gmelin a ensuite transporté parmi les labres , 
mais dont la véritable place nous paroît être à côté 
du goramj. Ce poisson est regardé comme très-veni- 
meux par les habitans des rivages qu'il fréquente ; et 
dès-lors on peut présumer qu'il se nourrit de mol- 
lusques, de vers, et d'autres animaux marins, impré- 
gnés de sucs malfaisans ou même délétères pour 
l'homme. Mais s'il est dangereux de manger de la chair 
du gai, il doit être très -agréable de voir cet osphro- 
nème : il offre des nuances gracieuses , variées et bril- 
lantes j et ces humeurs funestes, dérobées aux regards 
par des écailles qui resplendissent des couleurs qui 
émaillent nos parterres , offrent une nouvelle image 
du poison que la Nature a si souvent placé sous des 
fleurs. 

Le gai est d'un verd foncé; et chacune de ses écailles 
étant marquée d'une petite ligne transversale violette 



* Osphronemus gallus. 

Scarus gallus. Forskael, Faun, Arab. p. 26, n, 11. 

Labrus gallus. Linné, édition de Gmelin, 



HISTOIRE NATURELLE. 1^3 

ou pourpre, l'osphronème paroît rajé de pourpre ou 
de violet sur presque toute sa surface. Deux bandes 
bleues régnent de plus sur son abdomen. Les nageoires 
du dos et de l'anus sont violettes à leur base , et bleues 
dans leur bord extérieur; les pectorales bleues et vio- 
lettes dans leur centre; les thoracines bleues ; la cau- 
dale est jaune et aurore dans le milieu, violette sur 
les côtés, bleue dans sa circonférence; et l'iris est 
rouge autour de la prunelle, et verd dans le reste de 
son disque. 

Le rouge, l'orangé, le jaune, le verd, le bleu, le 
pourpre et le violet, c'est-à-dire, les sept couleurs 
que donne le prisme solaire, et que nous voyons briller 
dans l'arc -en -ciel, sont donc distribuées sur le gai, 
qui les montre d'ailleurs disposées avec goût, et 
fondues les unes dans les autres par des nuances très- 
douces *. 

Ajoutons , pour achever de donner une idée de cet 
osphronème , que sa lèvre inférieure est plissée de 
chaque coté; que ses dents ne forment qu'une rangée; 
que celles de devant sont plus grandes que celles qui 



* 5 rayons à la membrane des branchies. 

8 aiguillons et 14 rayons articulés à la nageoire du dos. 
14 rayons à chacune des pectorales. 
1 aiguillon et 5 rayons articulés à chacune des thoracines. 
3 aiguillons et 12 rayons articulés à celle de l'anus. 
i5 rayons à celle de la queue. 



124 HISTOIRE NATURELLE, 

les suivent, et .un peu écartées l'une de l'autre; que 
la ligne latérale se courbe vers le bas , auprès de la 
fin de la nageoire dorsale ; et que les écailles sont 
striées, foiblement attachées à l'animal, et membra- 
neuses dans une grande partie de leur contour. 



SOIXANTE-DOUZIEME GENRE. 

LES TRI CHOP ODES. 

[Un seul rayon beaucoup plus long que le corps 9 à chacune 
des nageoires thoracines; une seule nageoire dorsale. 

ESPÈCES. CARACTÈRES. 

t„„,...„„~ (La bouche dans la partie supérieure de la 

i. Letrichopode I v l 

MENT ON nier. \ tête ' la niâchoire inférieure avancée de 

^Trichopodus mcntùm.) j maniè *e à représenter une sorte de men- 

l ton. 

2. Le TRichopode /La tête couverte de petites écailles; les 

TRICHOptère, } rayons des nageoires pectorales prolongés 

ÇTrichopodus trichopterus.) [ en très-longs filamens. 



LE TRICHOPODE MENTONNIER 



C'est encore le savant Commerson qui a observé ce 
poisson, dont nous avons trouvé un dessin fait avec 
beaucoup de soin et d'exactitude dans ses précieux 
manuscrits. 

La tête de cet animal est extrêmement remarquable; 
elle est le produit bien plutôt singulier que bizarre 
d'une de ces combinaisons de formes plus rares qu'ex- 
traordinaires, que l'on est surpris de rencontrer, mais 
que l'on devroit être bien plus étonné de ne pas avoir 
fréquemment sous les jeux , et qui n'étant que de 
nouvelles preuves de ce grand principe que nous ne 
cessons de chercher à établir, tout ce qui peut être, existe, 
méritent néanmoins notre examen le plus attentif 
et nos réflexions les plus profondes. Elle présente 
d'une manière frappante les principaux caractères de 
la plus noble des espèces, les traits les plus recon- 
noissables de la face auguste du suprême dominateur 
des êtres; elle rappelle le chef-d'œuvre de la création ; 
elle montre en quelque sorte un exemplaire de la 
figure humaine. La conformation de la mâchoire in- 
férieure , qui s'avance, s'arrondit, se relève et se 
recourbe, pour représenter une sorte de menton; le 

""• 1 — — " ■■■ ■ " ' ■ " ■ > «Mi i ■ i i . i . . 

* Trichopoflus raentura. 
Gouramy, ou gouramie. 






HISTOIRE NATURELLE. IS7 

léger enfoncement qui suit cette saillie ; la position 
de la bouche, et ses dimensions ; la forme des lèvres 3 la 
place des jeux , et leur diamètre ; des opercules à deux 
lames , que Ton est tenté de comparer à des joues ; la 
convexité du front ; l'absence de toute écaille propre- 
ment dite de dessus l'ensemble de la face, qui, revêtue 
uniquement de grandes lames, paroît comme couverte 
d'une peau; toutes les parties de la tête du menton- 
nier se réunissent pour produire cette image du visage 
de l'homme, aux jeux de ceux sur-tout qui regardent 
ce trichopode de profil. Mais cette image n'est pas 
complète. Les principaux linéamens sont tracés : mais 
leur ensemble n'a pas reçu de la justesse des propor- 
tions une véritable ressemblance ; ils ne produisent 
qu'une copie grotesque , qu'un portrait chargé de 
détails exagérés. Ce n'est donc pas une tête humaine 
que l'imagination place au bout du corps du poisson 
mentonnier; elle j suppose plutôt une tète de singe ou 
de paresseux; et ce n'est même qu'un instant qu'elle 
peut être séduite par un commencement d'illusion. Le 
défaut de jeu dans cette tête qui la frappe, l'absence de 
toute phjsionomie, la privation de toute expression 
sensible d'un mouvement intérieur, font bientôt dispa- 
roître toute idée d'être privilégié , et ne laissent voir 
qu'un animal dont quelques portions de la face ont 
dans leurs dimensions les rapports peu communs que 
nous venons d'indiquer. C'est le plus saillant de ces 
rapports que j'ai cru devoir désigner par le nom 



Î28 HISTOIRE NATURELLE. 

spécifique de mentonnier, de même que j'ai fait allusion, 
par le mot trichopode (pieds en forme de filamens) au 
caractère de la famille particulière dans laquelle j'ai 
pensé qu'il falloit l'inscrire. 

Chacune des nageoires thoracines des poissons de 
cette famille , et par conséquent du mentonnier, n'est 
composée en effet que d'un rajon ou filament très- 
délié. Mais cette prolongation très-molle, au lieu d'être 
très-courte et à peine visible, comme dans les mono- 
dactyles, est si étendue , qu'elle surpasse ou du moins 
égale en longueur le corps et la queue réunis. 

Le mentonnier a d'ailleurs ce corps et cette queue 
très-comprimés, assez hauts vers le milieu de la lon- 
gueur totale de l'animal; la nageoire dorsale et celle 
de l'anus, basses , et presque égales l'une à l'autre \ la 
caudale rectiligne ; et les pectorales courtes , larges et 
arrondies *. 



* A la nageoire du dos 18 rayons, 

à chacune des thoracines i 
h la nageoire de l'anus 18 



LE TRICHOPODE TRICHOPTÈRE *. 



Ce trichopode est distingué du précédent par plu- 
sieurs traits que l'on saisira avec facilité en lisant la 
description suivante. Il en diffère sur-tout par la forme 
de sa tête, qui ne présente pas cette sorte de masque 
que nous avons vu sur le mentonnier. Cette partie 
de l'animal est petite et couverte d'écaillés semblables 
à celles du dos. L'ouverture de la bouche est étroite, 
et située vers la portion supérieure du museau pro- 
prement dit. Les lèvres sont extensibles. La nageoire 
du dos est courte , pointue , ne commence qu'à l'en- 
droit où le corps a le plus de hauteur , et se termine 
à une grande distance de la nageoire de la queue. Il 
est à remarquer que celle de l'anus est, au contraire, 
très-longue- qu'elle renferme, à très-peu près, quatre 
fois plus de rajons que la dorsale ; qu'elle touche pres- 
que la caudale; qu'elle s'étend beaucoup vers la tête, 
et que, par une suite de cette disposition , l'orifice de 
l'anus, qui la précède, est très-près de la base des tho- 
racines. 

* Trichopodus triehopterus. 
Labrus triehopterus. Linné 3 édition de Grnelin. 
Pallasy Spicil. zoolog. 8 , p. ^5. v 

Spams , etc. Koelreuter, Nov. Comm. Petrop. IX , p. ^5z , n. 7, tab. 10. 
Labre crin. Bonnaterre 3 planches de V Encyclopédie méthodique. 
TOME III. \j 



1 3û HISTOIRE NATURELLE. 

Ces dernières nageoires ne consistent chacune que 
dans un rayon ou' filament plus long que le corps et 
la queue considérés ensemble *; et de plus, chaque 
pectorale, qui est très-étroite, se termine par un autre 
filament très-alongé, ce qui a fait donner au poisson 
dont nous parlons le nom de trichoptère , ou à' aile à 
filament. Nous lui avons conservé ce nom spécifique; 
mais au lieu de le laisser dans le genre des labres ou 
des spares , nous avons cru , d'après les principes qui 
nous dirigent dans nos distributions méthodiques y 
devoir le comprendre dans une petite famille parti- 
culière, et le placer dans le même genre que le men- 
tonnier. 

Le trichoptère est onde de diverses nuances de brun. 
On voit de chaque côté sur le corps et sur la queue , 
une tache ronde, noire y et bordée d'une couleur plus 
claire. Des taches brunes sont répandues sur la tête 
dont la teinte est, pour ainsi dire, livide ; et la nageoire 
de la queue, ainsi que celle de l'anus, sont pointillées 
de blanc. 

Ce trichopode ne parvient guère qu'à un décimètre 
de longueur. On le trouve dans la mer qui baigne les 
grandes Indes. 



* 4 aiguillons et 7 rayons articulés à la nageoire du dos. 
9 rayons à chacune des pectorales. 
1 rayon à chacune des thoracines. 
4 rayons et 38 rayons articulés à la nageoire de l'anus. 
16 rayons à celle de la queue, qui est fourchue, 



SOIXANTE-TREIZIÈME GENRE. 

LES MONODACTYLES. 

Un seul rayon très-court et à peine visible à chaque 
nageoire thoracine ; une seule nageoire dorsale. 

KSPÈCE - CARACTÈRES. 

Le MONOD. falciforme. f^ a " a g e °ii*e du dos, et celle de l'anus, en 
{Monodactylus falciformis.) J ^ orme de faux j celle de la queue en crois- 

( san t. 



LE MONODACTYLE FALCIFORME*. 



Nous donnons ce nom à une espèce de poisson dont 
nous avons trouvé la description et la figure dans les 
manuscrits de Commerson. Nous l'avons placé dans un 
genre particulier que nous avons appelé mono dactyle, 
c'est-à-dire, à un seul doigt, parce que chacune de ses 
nageoires thoracines , qui représentent en quelque 
sorte ses pieds, n'a qu'un rajon très-court et aiguil- 
lonné, ou, pour parler le langage de plusieurs natu- 
ralistes , n'a qu'un doigt très-petit. Le nom spécifique 
par lequel nous avons cru devoir d'ailleurs distinguer 
cet animal , nous a été indiqué par la forme de ses 
nageoires du dos et de l'anus, dont la figure ressemble 
un peu à celle d^iiie faux. Ces deux nageoires sont de 
plus assez égales en étendue , et touchent presque la 
nageoire de la queue, qui est en croissant. L'anus est 
presque au-dessous des nageoires pectorales , qui sont 
pointues. La ligne latérale suit la courbure du dos, 
dont elle est peu éloignée. L'opercule des branchies est 
composé de deux lames, dont la postérieure paroîfc 
irrégulièrement festonnée. Les jeux sont gros. L'ou- 
verture de la bouche est petite : la mâchoire supérieure 

* Monodaetylus falciformis. 

Psettus spinis pinnarum ventralium loco duabus. Commerson , manus- 
crits déjà cités. 



HISTOIRE NATURELLE. 1 33 

présente une forme demi - circulaire , et des dents 
courtes, aiguës et serrées; elle est d'ailleurs exten- 
sible et embrasse l'inférieure. La langue est large , 
arrondie à son extrémité, amincie dans ses bords, 
rude sur presque toute sa surface. On voit, de chaque 
côté du museau, deux orifices de narines, dont l'anté- 
rieur est le plus petit et quelquefois le plus élevé. La 
concavité des arcs osseux qui soutiennent les bran- 
chies , présente des protubérances semblables à des 
dents, et plus sensibles dans les trois antérieurs. Le 
corps et la queue sqnt très - comprimés , couverts 
d'écaillés petites, arrondies et lisses, que l'on retrouve 
avec des dimensions plus petites encore sur une par- 
tie des nageoires du dos et de l'anus , et resplendis- 
sans d'une couleur d'argent , mêlée sur le dos avec 
des teintes brunes. Ces mêmes nuances obscures se 
montrent aussi sur la portion antérieure de la nageoire 
de l'anus et de celle du dos, ainsi que sur les pecto- 
rales, qui néanmoins offrent souvent une couleur incar- 
nate. Le monodactyle falciforme ne parvient ordinai- 
rement qu'à une longueur de vingt-six centimètres *. 

* 7 rayons à la membrane des branchies. 
33 rayons à Ja nageoire du dos. 
17 rayons à chacune des pectorales. 

1 rayon aiguillonné à chacune des tlioraeines, 

3 aiguillons et 3o rayons à celle de l'anus* 



SOIXANTE-QUATORZIÈME GENRE. 

LES PLECTORHINQUES. 

Une seule nageoire dorsale ; point d'aiguillons isolés au-- 
devant de la nageoire du dos, de carène latérale, ni de 
petite nageoire au-devant de celle de l'anus; les lèvres 
plissées et contournées ; une ou plusieurs lames de ïoper* 
cule branchial, dentelées, 



ESPECE. CARACTERES, 

(Treize aiguillons à la nageoire „ 
grandes taches irrégulières chargées de 
taches beaucoup 
presque rondes. 



(Treize aiguillons à la nageoire du dos ; de 
grandes taches irrégulières chargées de 
[Plectorhin. chœtodonoïdes.) J taches beaucoup plus foncées , inégales , ejfc 



LE PLECTORH. CHKTODONOIDE *. 



Le mot plectorhincjue désigne les plis extraordinaires 
que présente le museau de ce poisson, et qui forment, 
avec la dentelure de ses opercules, un de ses principaux 
caractères génériques. Nous avons employé de plus, 
pour cet osseux , le nom spécifique de chètodonoïde ; 
parce que l'ensemble de sa conformation lui donne de 
très-grands rapports avec les chétodons, dont l'histoire 
ne sera pas très-éloignée de la description du plecto- 
rhinque. Ce dernier animal leur ressemble d'ailleurs 
par la beauté de sa parure. Sur un fond d'une cou- 
leur très-foncée, paroissent, en effet, de chaque côté, 
sept ou huit taches très-étendues , inégales , irrégu- 
lières, mais d'une nuance claire et très -éclatante , 
variées par leur contour, agréables par leur disposi- 
tion , relevées par des taches plus petites , foncées , 
et presque toutes arrondies, qu'elles renferment en 
nombre plus ou moins grand. On peut voir aisément, 
par le moyen du dessin que nous avons fait graver, le 
bel effet qui résulte de leur figure, de leur ton, de 
leur distribution, d'autant plus qu'on apperçoit des 
taches qui ont beaucoup d'analogie avec ces pre- 
mières, à l'extrémité de toutes les nageoires, et sur- 



* Plectorliinchus chsetodonoïdes. 



I 36 HISTOIRE NATURELLE. 

tout de la partie postérieure de la nageoire du dos. 

Cette nageoire dorsale montre une sorte d eehancrure 
arrondie qui la divise en deux portions très - conti- 
guës, mais faciles à distinguer, dont l'une est soutenue 
par i3 rayons- aiguillonnés, et l'autre par 20 rayons 
articulés *. Les thoracines et la nageoire de l'anus pré- 
sentent à peu près la même forme et la même surface 
l'une que l'autre : les deux premiers rayons qu'elles 
comprennent, sont aiguillonnés; et le second de ces 
deux piquans est très-long et très-fort. 

La nageoire caudale est rectiligne ou arrondie. Il 
n'y a pas de ligne latérale sensible. La tête est grosse, 
comprimée comme le corps et la queue , et revêtue , 
ainsi que ces dernières parties , d'écaillés petites et 
placées les unes au-dessus des autres. Des écailles 
semblables recouvrent des appendices charnus aux- 
quels sont attachées les nageoires thoracines , les pec- 
torales, et celle de l'anus. 

L'œil est grand ; l'ouverture de la bouche petite ; le 
museau un peu avancé, et comme caché dans les plis 
et les contours charnus ou membraneux des deux 
mâchoires. 

Nous avons décrit cette espèce encore inconnue des 
naturalistes, d'après un individu de la collection hol- 
landoise donnée à la France. 

* i5 rayons à chacune des nageoires pectorales. 

2 rayons aiguillonnés et i3 rayons articulés à celle de l'anus. 
j8 rayons à celle de la queue. 



SOIXANTE-QUINZIÈME GENRE. 

LES POGONIAS. 

Une seule nageoire dorsale; point d'aiguillons isolés au- 
devant de la nageoire du dos, de carène latérale, ni de 
petite nageoire au-devant de celle de Tanus; un très- 
grand nombre de petits barbillons à la mâchoire infé- 
rieure. 



ESPECE. 



LE POGONIAS FASCÉ. 
{Vogonias fasciatus.) 



CARACTÈRES. 

[Les opercules recouverts d'e'cailles sem- 
blables à celles du dos; quatre bandes 
transversales , et d'une couleur très-fon- 
cée ou très-vive. 



TOME ÏIÏ. 



LE P G GO NI AS FASCÈ*. 



Nous donnons ce nom de pogonias à un genre dont 
aucun individu n'a encore été connu des naturalistes. 
Cette dénomination signifie barbu, et désigne le grand 
nombre de barbillons qui garnissent la mâchoire infé- 
rieure, et, pour ainsi dire, le menton de l'animal. 
Nous avons décrit et fait figurer l'espèce que nous 
distinguons par l'épitliète defascé, d'après un poisson 
très-bien conservé, qui faisoit partie de la collection 
du stathouder à la Haje, et qui se trouve maintenant 
dans celle du Muséum national d'histoire naturelle. 

Ce pogonias a la tête grosse ; les jeux grands ; la 
bouche large ; les lèvres doubles ; les dents des deux, 
mâchoires aiguës, égaies, et peu serrées; la mâchoire 
supérieure plus avancée que l'inférieure ; l'opercule 
composé de deux lames et recouvert d'écaillés arron- 
dies comme celles du dos , auxquelles elles ressemblent 
d'ailleurs en tout; la seconde lame de cet opercule 
branchial terminée en pointe ; la nageoire du dos, 
étendue depuis l'endroit le plus haut du corps jusqu'à 
une distance assez petite de l'extrémité de la queue,,, 
et presque partagée en deux portions inégales par 
une sorte d'échancrure cependant peu profonde; uni 

* Pogonias fasciatus.. 



HISTOIRE-NATURELLE. I 09 

"aiguillon presque détaché au-devant de cette nageoire 
dorsale et de celle de l'anus ; cette dernière nageoire 
très-petite et inférieure même eu surface aux thora- 
cines, qui néanmoins sont moins grandes que les pec- 
torales j la caudale rectiligne ou arrondie; les côtés 
dénués de ligne latérale; la mâchoire inférieure gar- 
nie de plus de vingt fila mens déliés, assez courts, 
rapprochés deux à deux, ou trois à trois, et représen- 
tant assez bien une barbe naissante *. 

Quatre bandes foncées ou vives ; étroites, mais très- 
distinctes, régnent de haut en bas de chaque côté du 
pogonias fascé; de petits points sont disséminés sur 
une grande partie de la surface de ranimai. 



* A la nageoire dorsale 33 rayons. 

à chacune des pectorales i3 
à chacune des thoracines 6 
à celle de l'anus 8 

.à celle de la queue 19 



SOIXANTE-SEIZIEME GENRE..- 

LES BOSTR YCHES. 

Le corps alongé et serpentiforme; deux nageoires dor- 
sales; la seconde séparée de celle de la queue; deux 
barbillons à la mâchoire supérieure; les yeux assez, 
grands et sans voile. 



ESPÈCES, CARACTÈRES. 

i. Le eos 

[Boslrychiis sinensis.) 

2.Le eostryche tacheté. jDe très- petites taclies vertes sur tout la- 
{JBostrjchus maculatus.) \ corps. 



DSTRYCHE CHINOIS. j La codeur brune< 
fvchiês sinensis.) (. 



LE BOSTRYCHE CHINOIS-. 



L'est dans les dessins chinois dont nous avons déjà 
parlé , que nous avons trouvé la figure de ce bos-~ 
trjche , ainsi que celle du bostryehe tacheté. Les bar- 
billons que ces poissons ont à la mâchoire supérieure, 
et qui nous ont indiqué leur nom générique 2 , les 
distingueroient seuls des gobies , des gobioïdes, des 
gobiomores et des gobiomoroïdes , avec lesquels ils 
ont cependant beaucoup de rapports par leur confor- 
mation générale. Nous ne doutons pas que ces osseux* 
n'aient des nageoires au-dessous du corps, et ne 
doivent être compris parmi les thoracins, quoique la 
position dans laquelle ils sont représentés, ne permette* 
pas de distinguer ces nageoires. Au reste , si de nou- 
velles observations apprenoient que les bostrjches 
n'ont pas de nageoires inférieures, ils n ? en devroient 1 
pas moins former un genre séparé des autres genres- 
déjà connus} il suffiroit de les retrancher de la colonne* 
des thoracins, et de les porter sur celle des apodes. On 
les j rapprocheroit des murènes, dont il seroit néan- 
moins facile de les distinguer par la forme de leurs- 
jeux et les dimensions ainsi que la position de leurs-- 

1 Bostrychus sïnemisi 

*■- Bostrychos en grec veut dire filament; larbillon, été, 



S 42 H I STOI R E NATURE L L E. 

nageoires. Ajoutons que cette remarque relative à 
l'absence de nageoires inférieures et au déplacement 
qui en seroît le seul résultat, s'applique au genre des 
bostrychoïcies dont nous allons parler. 

Le bostryche chinois est d'une couleur brune. On 
voit de chaque côté de la queue, et auprès de la 
nageoire qui termine cette partie, une belle tache 
bleue, entourée d'un cercle jaune vers le corps et 
rouge vers la nageoire. L'animal ne paroît revêtu 
d'aucune écaille facile à voir. Sa tète est grosse; l'ou- 
verture de sa bouche arrondie; l'opercule branchial 
d'une seule pièce ; la première nageoire dorsale très- 
courte relativement à la seconde; celle de l'anus, 
'semblable et presque égale à la première dorsale , se 
montre au-dessous .de la seconde nageoire du dos; 
celle de la queue est lancéolée. Les mouvemens et 
les habitudes du bostryche chinois doivent ressembler 
^beaucoup à ceux des murènes. 



LE BOSTRYCHE TACHETE*.- 



v^E bostryche diffère du chinois par quelques unes de 
ses proportions , par plusieurs de ces traits vagues de 
conformation que l'œil saisit et que la parole rend 
difficilement , et par les nuances ainsi que la disposi- 
tion de ses couleurs. Il est , en effet , parsemé de très- 
petites taches vertes. 

1 " ' M ■ ±!t ~ 

* Bostrychus maculatus. 



SOIXANTE-DIX-SEPTIÈME GENRE. 

LES BOSTRYCHOÏDES. 

Le corps alongé et serpentiforme; une seule nageoire 
dorsale; celle de la queue séparée de celle du dos; deux 
barbillons à la mâchoire supérieure; les yeux assez 
grands et sans voile» 



ESPÈCE. CARACTÈRES. 

'La nageoire de l'anus basse et longue ; celle 
du dos, basse et très-longue; une tache 
verte entourée d'un cercle rouge, de chaque 
côté de l'extrémité de la queue. 



3Le rostrychoïde œillé. 
[Bo&lrychoïdes oculalus.) 



LE BOSTRYCHOÏDE ŒILLÉ*. 



Ce poisson est figuré clans les dessins chinois arrivés 
par la Hollande au Muséum d'histoire naturelle de 
France. Sa tête, son corps et sa queue sont couverts 
de petites écailles ; sa tête est moins grosse que la 
partie antérieure du corps. Les nageoires pectorales 
sont petites. et arrondies ; celle de la queue est lan- 
céolée. La couleur de l'animal est brune , avec des 
bandes transversales plus foncées, et un très -grand 
nombre de petites taches vertes. Une tache yerte plus 
grande, placée dans un cercle rouge, et semblable à 
une prunelle entourée de son iris, paroît de chaque 
côté de l'extrémité de la queue. La conformation 
générale de ce poisson doit faire présumer que sa 
manière de vivre, ainsi que celle des bostryches , a 
beaucoup de rapports avec les habitudes des murènes. 

* Bostrychoïdes oculatus. 



TOME IH. 19 



SOIXANTE-DIX-HUITIÈME GENRE. 

LES ÉCHÉNÉIS. 

Une plaque très-grande, ovale, composée de lames trans- 
versales, et placée sur la tête, qui est déprimée. 



I. L'ÉCHÉNEIS rémora. (Moins de vmgt et plus 
(Echeneis rémora.) \_ laines, à la plaque d« 



ESPÈCES. CARACTÈRES. 

us de seize paires de 
de la tête. 

2. L'échénéis NAUCRATE. f Plus de vingt- deux paires de laines à Ta» 

(Echeneis naucrates.) (_ plaque de îa tête. 

3. L'échénéis rayé. (Moins de douzé'paires de lames à la plaque- 

{Echeneis lineata.) \ de la tête. 






UimBÊ 



à 



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te 






•m. '• 



%'. ^ 







; 



I 'Ïilllilli 











I/ÉCHÉNÉIS RÉMORA*. 



L'histoire de ce poisson présente un phénomène 
relatif à l'espèce humaine , et que la philosophie ne 
dédaignera pas. 

* Echeneis rémora. 
Rémore. 
Sucet. 
Arrête-ne£ 
Pilote. 
Remeligo. 

Sucking fish, en Angleterre. 

Sugger, dans plusieurs endroits de la Belgique et de la Hollande, 
Piexe pogador , en Portugal. 
Piexe pioltho , ibid. 

Echeneis rémora. Linné , édition de Gmelin. 
Echène rémore. Daubenlon, Encyclopédie méthodique. 
Id. Bonnaterre.j planches de V Encyclopédie méthodique, 
Eclieneis rémora. Commerson, manuscrits déjà cités.. 
Id. Forskael, Faun. Arabie, p. 19. / 

Bloch, pi. 172. 
Artedi, gen. i5 , syn. 28. 

Sucet ou rémore. Duhamel, Traité des pêches t seconde partie t quatrième 
section } chap . 4 , art. h ,/?. 56 , pi. \ifig. 5. 

Rémore ou rémora. Falmont-Bomare > Dictionnaire d'histoire naturelle, 

'Ep^wç. Arist. lib. 2, cap. 14. 

Id. Mlian. lib. 2 , cap. 17, p. g5. 

Id. Oppian. Hal. lib. I , p. g. 

Echeneis. Plin. lib. g , cap. z5 ; et lib. 32 ? cap. ï« 

Id. Wotton, lib. 8 , cap. 166 >fol. 149, a. 

EchineLs. Cuba, lib. 3, cap. 24. 



148 HISTOIRE NATURELLE 

Depuis le temps d'Aristote jusqu'à nos jours , cet 
animal a été l'objet d'une attention constante ; on l'a 
examiné dans ses formes, observé dans ses habitudes, 
considéré dans ses effets : on ne s'est pas contenté de 
lui attribuer des propriétés merveilleuses, des facultés 
absurdes, des forces ridicules; on l'a regardé comme 
un exemple frappant des qualités occultes départies 
par la Nature à ses diverses productions ; il a paru 
une preuve convaincante de l'existence de ces qualités 
secrètes dans leur origine et inconnues- dans leur 
essence. Il a figuré avec honneur dans les tableaux 
des poètes , dans les comparaisons des orateurs , dans 



Achandes. Id. lib. 3-, cap. 1 ,fol. 71 , a. 

Echeneis. Gesner, Aquat. p. 440. 

Rémora. Aldrovand. lib. 3, cap. 22 , p. 336. 

Id. Raj.p. 71. 

Id. Rondelet, Ilist. des poissons, part. 1, lib. i5, chap. 17. 

Echeneis rémora. Appert dix du Voyage à la Nouvelle-Galles méridionale 3 . 
par Jean White, premier chirurgien de l'expédition commandée par le- 
capitaine Philipp, p. 296, pi. 6^,^g.3. 

Willughby , Ichthjol. append.p. 5;, tab. %fig. 2. 

Echeneis. Amœnit.. académie. 1 , p. 6o3. 

Gronov. Mus. ï , p. 12 , n. 33 ; et Zooph.p. y5., n. 256. 

Echeneis cserulescens , ore retuso. Klein, Miss.pisc. 4, p. Sx , n. i„. 

Rémora corpore tereti. Vétiver, Gazoph. I. 44, tab. 12. 

Adam Olearii, Gottorfische Tainsikammer , p. 42 y tab. 2JL 

Bellon, Aquat. p. 440. 

Sloan. Jamaïc. 1 , p. 8* 

Catesb. Carolin. 2 , tab. 26. 

Du Tertre, Antill. 2, p. 209, 222. 

Rémora. Edwards, tab. zxo^fig. infer*. 



DES POISSONS. 149 

les récits des voyageurs , dans les descriptions des 
naturalistes ; et cependant à peine , dans le moment 
où nous écrivons, l'image de ses traits, de ses mœurs, 
de ses effets, a-t-elle été tracée avec quelque fidélité. 
Écoutons, par exemple, au sujet de ce rémora, l'un 
des plus beaux génies de l'antiquité. « L'échénéis , dit 
Pline, est un petit poisson accoutumé à vivre au milieu, 
des rochers : on croit que lorsqu'il s'attache à la carène 
des vaisseaux, il en retarde la marche; et de là vient le 
nom qu'il porte, et qui est formé de deux mots grecs , 
dont l'un signifie je retiens, et l'autre navire. Il sert à 
composer des poisons capables d'amortir et d'éteindre 
les feux de l'amour. Doué d'une puissance bien plus 
étonnante, agissant par une faculté morale, il arrête 
l'action de la justice et la marche des tribunaux : 
compensant cependant ces qualités funestes par de& 
propriétés utiles , il délivre les femmes enceintes des 
accidens qui pourroient trop hâter la naissance de 
leurs enfans ; et lorsqu'on le conserve dans du sel ,-. 
son approche seule suffit pour retirer du fond des 
puits les plus profonds l'or qui peutj être tombé * », 
Mais le naturaliste romain ajoute , avant la lin de la 
célèbre histoire qu'il a écrite , une peinture bien plus 
étonnante des attributs du rémora; et vojons comment 
il s'exprime au commencement de son trente-deuxième- 
livre. 

* Pline , liç. 9., chap. 25... 



î50 HISTOIRE NATURELLE 

« Nous voici parvenus au plus haut des forces de 
la Nature , au sommet de tous les exemples de son 
pouvoir. Une immense manifestation de sa puissance 
occulte se présente d'elle-même; ne cherchons rien 
au-delà , n'en espérons pas d'égale ni de semblable : 
ici la Nature se surmonte elle-même, et le déclare 
par des effets nombreux. Qu'j a-t-il de plus violent 
que la mer, les vents, les tourbillons et les tempêtes? 
Quels plus grands auxiliaires le génie de l'homme 
s'est-il donnés que les voiles et les rames? Ajoutez 
la force inexprimable des flux alternatifs qui font un 
fleuve de tout l'Océan. Toutes ces puissances et toutes 
celles qui pourraient se réunir à leurs efforts , sont 
enchaînées par un seul et très -petit poisson qu'on 
nomme échénéis. Que les vents se précipitent , que 
les tempêtes bouleversent les flots , il commande à 
leurs fureurs, il brise leurs efforts, il contraint de 
rester immobiles des vaisseaux que n'auroit pu retenir 
aucune chaîne, aucune ancre précipitée dans la mer, 
et assez pesante pour ne pouvoir pas en être retirée. 
Il donne ainsi un frein à la violence, il dompte la rage 
des élémens, sans travail ,- sans peine , sans chercher 
à retenir, et seulement en adhérant: il lui suiEt, pour 
surmonter tant d'impétuosité, de défendre aux navires 
d'avancer. Cependant les flottes armées pour la guerre 
se chargent de tours et de remparts qui s'élèvent pour 
que l'on combatte au milieu des mers comme du haut 
iles murs, O vanité humaine! un poisson très -petit 



DES POISSON S. l5l 

cod tient leurs éperons armés de fer et de bronze , et 
l'es tient enchaînées ! On rapporte que , lors de la bataille 
d'Actium , ee fut un éehénéis qui, arrêtant le navire 
d'Antoine au moment où il allait parcourir les rangs 
de ses vaisseaux et exhorter les siens , donna à la flotte 
de César la supériorité de la vitesse et l'avantage d'une 
attaque impétueuse. Plus récemment 9 le bâtiment 
monté par Caïus lors de son retour d'Andura à Antium, 
s'arrêta sous l'effort d'un éehénéis : et alors le rémora 
fut un augure -, car à peine cet empereur fut-il rentré 
dans Rome, qu'il périt sous les traits de ses propres 
soldats. Au reste, son étonnement ne fut pas long, 
lorsqu'il vit que, de toute sa flotte, son quinquérème 
seul n'avançoit pas i ceux qui s'élancèrent du vaisseau 
pour en rechercher la cause , trouvèrent l'éehénéis- 
adhérent au gouvernail,, et le montrèrent au prince 
indigné qu'un tel animal eût pu l'emporter sur quatre 
cents rameurs, et très-surpris que ce poisson , qui dans- 
la mer avoit pu retenir son navire , n'eût plus de puis- 
sance jeté dans le vaisseau. Nous avons déjà rapporté 
plusieurs opinions, continue Pline, au sujet du pouvoir 
de cet éehénéis que quelques Latins ont nommé rémora. 
Quant à nous, nous ne doutons pas que tous les genres 
des habitans de la mer n'aient une faculté semblable. 
L'exemple célèbre et consacré dans le temple de Guide 
ne permet pas de refuser la même puissance à des 
conques marines*. Et de quelque manière que tous ces 

* Voyez, au sujet de ces coquilles, le chap. 2.5 du liv. 9 de Pline.. 



ï 5 52 HISTOIRE NATURELLE 

effets aient lieu, ajoute plus bas leloquent naturaliste 
que nous citons , quel est celui qui, après cet exemple 
de la faculté de retenir des navires, pourra douter du 
pouvoir qu'exerce la Nature par tant d'effets spontanées 
et de phénomènes extraordinaires? » 

Combien de fables et d'erreurs accumulées dans ces 
passages, qui d'ailleurs sont des chefs-d'œuvre de 
style ! Accréditées par un des Romains dont on a le 
plus admiré la supériorité de l'esprit, la variété des 
connoissances et la beauté du talent, elles ont été 
presque universellement accueillies pendant un grand 
•nombre de siècles. Mais l'on n'attend pas de nous 
une mythologie ; c'est l'histoire de la Nature que nous 
devons tâcher d'écrire. Cherchons donc uniquement 
à faire connoître les véritables formes et les habitudes 
du rémora. Nous allons réunir, pour j parvenir, les 
observations que nous avons faites sur un grand 
nombre d'individus conservés dans des collections , 
avec celles dont des individus vivans avoient été l'objet, 
et que Commerson a consignées dans les manuscrits 
qui nous ont été confiés dans le temps par Buffbn. 

La longueur totale de ranimai égale très-rarement 
-trois décimètres. Sa couleur est brune et sans tache; 
•et ce qu'il faut remarquer avec soin , la teinte en est 
la même sur la partie inférieure et sur la partie supé- 
rieure de ranimai. Ce fait est une nouvelle preuve 
de ce que nous avons dit au sujet des couleurs des 
poissons , dans notre Discours sur la nature de ces 



DES POISSONS. l53 

animaux : en effet, nous allons voir, vers la fin de cet 
article, que, par une suite des habitudes du rémora, 
et de la manière dont cet échénéis s'attache aux rochers , 
aux vaisseaux ou aux grands poissons, son ventre doit 
être aussi souvent exposé que son dos aux rayons de 
la lumière. 

Les nageoires présentent quelques nuances de 
bleuâtre. L'iris est brun , et montre d'ailleurs un 
cercle doré. 

Une variété que l'on rencontre assez fréquemment , 
suivant Commerson , et que l'on voit souvent attachée 
au même poisson , et , par exemple , au même squale 
que les individus bruns , est distinguée par sa couleur 
blanchâtre. 

Le corps et la queue sont couverts d'une peau molle 
et visqueuse , sur laquelle on ne peut appercevoîr 
aucune parcelle écailleuse qu'après la mort de l'animal, 
et lorsque les tégu mens sont desséchés; et l'ensemble 
formé par la queue et le corps proprement dit , est 
d'ailleurs très-alongé et presque conique. 

La tête est très-volumineuse, très-aplatie, et chargée 
dans sa partie supérieure d'une sorte de bouclier ou 
de grande plaque. 

Cette plaque est alongée , ovale, amincie et mem- 
braneuse dans ses bords. Son disque est garni ou plutôt 
armé de petites lames placées transversalement et atta- 
chées des deux côtés d'une arête ou saillie longitudinale 
qui partage le disque en deux. Ces lames transversales 
TOME m. 20 



l54 HISTOIRE NATURELLE 

et arrangées ainsi par paires, sont ordinairement an 
nombre de trente-six, ou de dix-huit, paires : leur lon- 
gueur diminue d'autant plus qu'elles sont situées plus 
près de l'une ou de l'autre des deux extrémités du bou- 
clier ovale. De plus, ces lames sont solides, osseuses, 
presque parallèles les unes aux autres, très-aplalies , 
couchées obliquement, susceptibles d'être un peu rele- 
vées, hérissées, comme une scie, de très-petites dents, 
et retenues par une sorte de clou articulé. 

Le museau est très -arrondi , et la mâchoire infé- 
rieure beaucoup plus avancée que celle d'en- haut r 
qui d'ailleurs est simple, et ne peut pas s'alonger à la 
volonté de l'animal : l'une et l'autre ressemblent à une 
lime, à cause d'un grand nombre de rangs de dents 
très-petites qui j sont attachées. 

D'autres dents également très-petites sont placées 
autour du gosier, sur une éminence osseuse faite en 
forme de fer à cheval et attachée au palais, et sur la 
langue, qui est courte , large, arrondie par-devant , 
dure , à demi cartilagineuse , et retenue en dessous 
par un frein assez court* 

Au reste, l'intérieur de la bouche est d'un incarnat 
communément très-vif, et l'ouverture de cet organe a 
beaucoup de rapports, par sa forme et par sa grandeur 
proportionnelle , avec l'ouverture de la bouche de la 
lopliie baudroie. 

L'orifice des narines est double de chaque côté. 

Les jeux, placés sur les côtés de la tête,, et séparés 



DES POISSONS. l55 

par toute la largeur du bouclier, ne sont ni voilés ni 
très-saillans. 

Deux lames composent chaque opercule des bran- 
chies s et une peau légère le recouvre. 

La membrane branchiale est soutenue par neuf 
rayons *. 

Les branchies sont au nombre de quatre de chaque 
côté, et la partie concave de leurs arcs est denticulée. 
Les nageoires thoracines offrent la même longueur, 
mais non pas la même largeur, que les pectorales : 
elles comprennent chacune six rajons ; le plus extérieur 
cependant touche de si près le rajon voisin, qu'il est 
très-difficile de l'appereevoir. 

La nageoire du dos et celle de l'anus présentent à 
peu près la même figure, la même étendue et le même 
décroissement en hauteur, à mesure qu'elles sont plus 
près de celle de la queue, qui est fourchue. 

L'orifice de l'anus consiste dans une fente dont les 
bords sont blanchâtres. 

La ligne latérale est composée d'une série de points 
saillans; elle part de la base des nageoires pectorales , 
s'élève vers le dos, descend auprès du milieu du corps, 

* A la nageoire du dos 22 rayons, 

à chacune des pectorales 25 

à chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus 22 

à celle de la queue . 17 s, 

Vertèbres dorsales, 12. 
Vertèbres caudales, i5. : . .-..- ■■( 



I 56 HISTOIRE NATURELLE 

et tend ensuite directement vers la nageoire de la 
quene. 

Telle est la figure du rémora , tracée d'après le 
vivant par Commerson , et dont j'ai pu vérifier les 
traits principaux , en examinant un grand nombre 
d'individus de cette espèce conservés avec soin dans» 
diverses collections» 

Ce poisson présente les mêmes formes dans les- 
diverses parties , non seulement de la Méditerranée r 
mais encore de l'Océan , soit qu'on l'observe à des 
latitudes élevées , ou dans les portions de cet Océan 
comprises entre les deux tropiques. 

Il s'attache souvent aux eétacées et aux poissons 
d'une très-grande taille , tels que les squales , et par- 
ticulièrement le squale requin. Il y adhère, très- forte- 
ment par le .moyen des lames de son bouclier, dont 
les petites dents lui servent, comme autant dé cro- 
chets, à se tenir cramponné. Ces dents, qui hérissent 
le bord de toutes les lames, sont si nombreuses , et 
multiplient à un tel degré les points de contact et 
d'adhésion' du rémora , que toute la force d'un homme 
très -vigoureux ne peut pas suffire pour arracher ce 
petit poisson du côté du squale sur lequel il s'est 
accroché, tant qu'on veut l'en séparer dans un sens 
opposé à la direction des lames. Ce n'est que lorsqu'on 
cherche à suivre cette direction et à s'aïdér de l'incli- 
naison de ces mêmes lames, qu'on parvient aisément 
à détacher l'échénéis du squale, ou plutôt à le faire 






DES POISSONS. IÔ7 

glisser sur la surface du requin , et à l'en écarter 
ensuite. 

Commerson rapporte * qu'avant voulu approcher 
son pouce du bouclier d'un rémora vivant qu'il obser- 
voit , il éprouva une force de cohésion si grande , 
qu'une stupeur remarquable et même une sorte de 
paralysie saisit son doigt, et ne se dissipa que long- 
temps après qu'il eut cessé de toucher l'échénéis. 

Le même naturaliste ajoute, avec raison, que, dans 
cette adhésion du rémora au squale , le premier de 
ces deux poissons n'opère aucune succion , comme on 
i'avoit pensé ; et la cohérence de l'échénéis ne lui sert 
pas immédiatement à se nourrir, puisqu'il n'y a aucune- 
communication proprement dite entre les lames de la 
plaque ovale et l'intérieur de la -bouche ou du canal 
alimentaire, ainsi que )e m'en suis assuré, après Com- 
merson, par la dissection attentive de plusieurs indi- 
vidus. Le rémora ne s'attache , par le moven des nom- 
breux crochets qui hérissent son bouclier, que pour 
naviguer sans peine, profiter, dans ses déplace mens, de 
mouvemens étrangers, et se nourrir des restes de la 
proie du requin , comme presque tous les marins le 
disent , et comme Commerson lui-même l'a cru vrai- 
semblable. Au reste, il demeure collé avec tant de 
constance à son conducteur, que lorsque le requin est 
pris, et que ce squale, avant d'être jeté sur le pont r 

* Manuscrits déjà cité;., 



ï 58 HISTOIRE NATURELLE 

éprouve des frottemens violens contre les bords du 
vaisseau, il arrive très -souvent que le rémora ne 
cherche pas à s'échapper, mais qu'il demeure cramponné 
au corps de sou terrible compagnon jusqu'à la mort de 
ce dernier et redoutable animal. 

Commerson dit aussi que lorsqu'on met un rémora 
dans un récipient rempli d'eau de mer plusieurs fois 
renouvelée en très-peu de temps, on peut le conserver 
en vie pendant quelques heures, et que l'on voit pres- 
que toujours cet échénéis privé de soutien et de corps 
étranger auquel il puisse adhérer, se tenir renversé sur 
le dos , et ne nager que dans cette position très-extraor- 
dinaire. On doit conclure de ce fait très- curieux , et 
qui a été observé par un naturaliste des plus habiles 
et des plus dignes de foi , que lorsque le rémora change 
de place au milieu de l'Océan par le seul effet de ses 
propres forces, qu'il se meut sans appui , qu'il n'est pas 
transporté par un squale, par un cétacée ou par tout 
autre moteur analogue, et qu'il nage véritablement, 
il s'avance le plus souvent couché sur son dos, et par 
conséquent dans une position contraire à celle que 
presque tous les poissons présentent dans leurs mou- 
vement. L'inspection de la ligure générale des rémora, 
et particulièrement la considération de la grandeur, 
de la forme , de la nature et de la situation de leur 
bouclier, doivent faire présumer que leur centre de 
gravité est placé de telle sorte qu'il les détermine à 
yoguer sur le dos plutôt que sur le ventre; et c'est ainsi 



DES POISSONS. 1S9 

que leur partie inférieure étant très -fréquemment 
exposée, pendant leur natation , à une quantité de 
lumière plus considérable que leur partie supérieure, 
et d'ailleurs recevant également un très-grand nombre 
de rayons lumineux, lorsque" l'animal est attaché par 
son bouclier à un squale ou à un cétacée, il n'est pas 
surprenant que le dessous du corps de ces échénéis 
présente une nuance aussi foncée que le dessus de ces 
poissons. 

Lorsque les rémora ne sont pas à portée de se coller 
contre quelque grand habitant des eaux , ils s'accrochent 
à la carène des vaisseaux ; et c'est de cette habitude 
que sont nés tous les contes que l'antiquité a imaginés 
sur ces animaux, et qui ont été transmis avec beaucoup 
de soin, ainsi que tant d'autres absurdités, au travers 
des siècles d'ignorance. 

Du milieu de ces suppositions ridicules , il jaillit 
cependant une vérité : c'est que dans les instans où la 
carène d'un vaisseau est hérissée, pour ainsi dire, d'un 
très-grand nombre d'échénéis, elle éprouve, en cinglant 
au milieu des eaux, une résistance semblable à celle 
que feroient naître des animaux à coquille très-nom- 
breux et attachés également à sa surface , qu'elle 
glisse avec moins de facilité au travers d'un fluide que 
choquent des aspérités, et qu'elle ne présente plus la 
même vitesse. Et il ne faut pas croire que les circons- 
tances où les échénéis se trouvent ainsi accumulés 
contre la charpente extérieure d'un navire ,, soieafe 



i 
ï6o HISTOIRE NATURELLE 

extrêmement rares dans tous les parages : il est des 
mers où l'on a vu ces poissons nager en grand nombre 
autour des vaisseaux, et les suivre ainsi en troupes 
pour saisir les matières animales que l'on jette hors 
du bâtiment, pour se nourrir des substances corrom- 
pues dont on se débarrasse, et même pour recueillir 
jusqu'aux excrémens. C'est ce qu'on a observé particu- 
lièrement dans le golfe de Guinée ; et voilà pourquoi, 
suivant Barbot V les Hollandois qui fréquentent la côte 
occidentale d'Afrique, ont nommé les rémora poissons 
doniures. Des rassembîemens semblables de ces éché- 
néis ont été apperçus quelquefois autour des grands 
squales, et sur-tout des requins, qu'ils paraissent suivre, 
environner et précéder sans crainte, et dont on dit 
qu'ils sont alors les pilotes; soit que ces poissons redou- 
tables aient, ainsi qu'on l'a écrit, une sorte d'antipathie 
contre le goût ou l'odeur de leur chair, et dès-lors ne 
cherchent pas à les dévorer; soit que les rémora aient 
assez d'agilité, d'adresse ou de ruse, pour échapper 
aux dents meurtrières des squales, en cherchant, par 
exemple , un asyîe sur la surface même de ces grands 
animaux, à laquelle ils peuvent se coller dans les instans 
de leur plus grand danger, aussi -bien que dans les 
momens de leur plus grande fatigue. Ce sont encore 
des réunions analogues et par conséquent nombreuses 
de ces échénéis , que l'on a remarquées sur des rochers 

* ïiii t. générale des voyages > lis{, 3, p. 242. 



DES POISSONS. l6l 

auxquels ils adhéroient comme sur la carène d'un 
vaisseau , ou le corps d'un requin , sur-tout lorsque 
Forage avoit bouleversé la mer, qu'ils craignoient de 
délivrer à la fureur des ondes , et que d'ailleurs la 
tempête avoit déjà brisé leurs forces. 



TON! EUT. 21 



L'ÉCHÉNÉIS NAUCRATE 



On trouve, clans presque toutes les mers,. et particu- 
lièrement dans celles qui sont comprises entre les 
deux tropiques, cette espèce d echénéis, qui ressemble 
beaucoup au rémora,, et qui en diffère cependant non» 
seulement par sa grandeur, mais encore par le nombre 
des paires de lames que son bouclier comprend, et par 
quelques autres traits de sa conformation. On lui a 
donné le nom de naucrate, ou de naucrates , qui en 
grec signifie pilote , ou conducteur de vaisseau^ Les 

* Echeneis naucrates. 

Id. Linné, édition de G me lin. - 

Échène succet. Daubenton 3 Encyclopédie méthodique* 

Id. Bon;naterre t 'planches de l'Encyclopédie méthodique.. 

Bloch,pl. 171. 

Echeneis caudâ intégra , striis capitis viginti-quatuor. Hasselquist. II. 
Palest. 324, 7;. 68. 

Gronov. Zooplu p. j5 ,. n. z5z ' r et Mus. I , p. x3 , n. 84. 

Echeneis fuseus , pinnis posterioribus albo marginatis. Bro-wn. Jamaïc, 
p. 443. 

Echeneis, capite striis viginti quinque, etc. Commerson, manuscrits 
déjà cités. 

Echeneis in extremo subrotunda. Seba, Mus. 3, tab 33, fig. z. 

Echeneis vel rémora. Aldrovand. de Piscib. p. 335. 

Jojzsl. de Piscibusj p. 16, tab. 4, fig. 3. 

ïperuquiba , et piraquiba. Marcgrav. Brasil.p. 180- 

TVillughby, Ichthyol. p. 119, tab. G 3 &,fig. z. 

Hemora imperati. Raj. Pisc. p. 7, n. 12. 

Rémora, Petiv, Gazoph. tab. 44,, fig. 12. 



HISTOIRE NATURELLE. I 63 

individus qui la composent, parviennent quelquefois 
jusqu'à la longueur de vingt-trois décimètres , suivant 
des mémoires manuscrits cités par le professeur Bîoch, 
«et rédigés par le prince Maurice de Nassau, qui avoit 
fait quelque séjour dans plusieurs contrées maritimes 
de l'Amérique méridionale. Le bouclier placé au-dessus 
de leur tête présente toujours plus de vingt -deux et 
quelquefois vingt -six paires de lames transversales et 
dentelées. D'ailleurs la nageoire de la queue du nau- 
crate, au lieu d'être fourchue comme celle du rémora, 
est arrondie ou rectiligne. De plus, les nageoires du 
dos et de l'anus, plus longues à proportion que sur le 
rémora, montrent un peu la forme d'une faux \ 

La figure de l'une de ces deux nageoires est sem- 
blable à celle d'e l'autre. L'ouverture de l'anus est 
alongée , et située, à peu près, vers le milieu de la 
longueur totale de l'échénéis; et la ligne latérale, com- 
posée de points très-peu sensibles, s'approche d'abord 
du dos, change ensuite de direction, et tend vers la 
queue, à l'extrémité de laquelle elle parvient. 

Le naucrate offre des habitudes très- analogues à 
celles du rémora; on le rencontre de même en assez 



* A la membrane des branchies 9 rayons, 
à la nageoire du dos 40 

à chacune des pectorales 20 

à chacune des thoracities 4 ou 5 

à celle de l'anus 40 

à celle de la queue 16 



1 64 HISTOIRE NATURELLE 

grand nombre autour des requins. Ses mouvemens ne 
sont pas toujours faciles : mais comme il est plus grand 
et plus fort que le rémora , il se nourrit quelquefois 
d'animaux à coquille et de crabes; et lorsqu'il adhère 
à un corps vivant ou inanimé, il faut des efforts bien 
plus grands pour l'en détacher que pour séparer un 
rémora de son appui. 

Commerson, qui l'a observé sur les rivages de l'isle 
de France, a écrit que ce poisson fréquentoit très- 
souvent la côte de Mozambique , et qu'auprès de cette 
côte on emplojoit pour la pêche des tortues marines, 
et d'une manière bien remarquable, la facilité de se 
cramponner , dont jouit cet échénéis. Nous croyons 
devoir rapporter ici ce que Commerson a recueilli au 
sujet de ce fait très-curieux, le seul du même genre 
que l'on ait encore observé. 

On attache à la queue d'un naucrate vivant, un 
anneau d'un diamètre assez large pour ne pas incom- 
moder le poisson, et assez étroit pour être retenu par 
la nageoire caudale. Une corde très-longue tient à cet 
anneau. Lorsque Féchénéis est ainsi préparé , on le 
renferme dans un vase plein d'eau salée, qu'on renou- 
velle très - souvent ; et les pêcheurs mettent le vase, 
dans leur barque. Ils voguent ensuite vers les parages 
fréquentés par les tortues marines. Ces tortues ont 
l'habitude de dormir souvent à la surface de l'eau sur 
laquelle elles' flottent; et leur sommeil est alors si 
léger , que l'approche la moins bruyante d'un bateau 



DES POISSONS. ï6S 

pêcheur suffîroit pour les réveiller et les faire fuir à 
de grandes distances, ou plonger à de grandes pro- 
fondeurs. Mais voici le piège que l'on tend de loin à 
la première tortue que l'on apperçoit endormie. On 
remet dans la mer le naucrate garni de sa longue 
corde: l'animal, délivré en partie de sa captivité, 
cherche à s'échapper en nageant de tous les côtés. On 
lui lâche une longueur de corde égale à la distance 
qui sépare la tortue marine , de la barque des pêcheurs. 
Le naucrate, retenu par ce lien, fait d'abord de nou- 
veaux efforts pour se soustraire à la main qui le maî- 
trise ; sentant bientôt cependant qu'il s'agite en vain , 
et qu'il ne peut se dégager, il parcourt tout le cercle 
dont la corde est en quelque sorte le rayon , pour 
rencontrer un point d'adhésion, et par conséquent un 
peu de repos. Il trouve cette sorte d'asyle sons le plas- 
tron de la tortue flottante, s'j attache fortement par 
le moyen de son bouclier, et donne ainsi aux pêcheurs, 
auxquels il sert de crampon , le moyen de tirer à eux 
la tortue , en retirant la corde. 

On voit tout de suite la différence remarquable qui 
sépare cet emploi du naucrate, de l'usage analogue 
auquel on fait servir plusieurs oiseaux d'eau ou de 
rivage , et particulièrement des cormorans , des hérons 
et des butors. Dans la pêche des tortues faite par le 
moyen d'un échénéis , on n'a sous les yeux qu'un 
poisson contraint dans ses mouvemens , mais conser- 
vant la même tendance , faisant les mômes efforts ,, 



i66 HISTOIRE NATURELLE. 

répétant les mêmes actes que lorsqu'il nage en liberté , 
et n'étant qu'un prisonnier qui cherche & briser ses 
chaînes , tandis que les oiseaux élevés pour la pêche 
sont altérés dans leurs habitudes, et modifiés par 
l'art de l'homme , au point de servir en esclaves vo- 
lontaires ses caprices et ses besoins. On a pu entrevoir 
dans deux de nos Discours généraux *, la cause de 
cette différence, qui mérite toute l'attention des phy- 
siciens. 

* Discours sur la nature des poissons^ et Discours sur la durée des 

espèces.. 



L' É C H É N É I S RAYÉ 



Le naturaliste anglois Archibald Menzies a donné, 
dans le premier volume des Transactions de la société' 
linnéenne de Londres, la description de ce poisson , qui 
diffère des deux échénéis dont nous venons de parler, 
par le nombre des lames qui composent sa plaque 
ovale. En effet, cet osseux n'a que dix paires de stries 
transversales,, dans l'espèce de bouclier dont sa tête 
est couverte. D'ailleurs sa nageoire caudale , au lieu 
d'être fourchue comme celle du rémora, ou rectiligne, 
ou arrondie comme celle du naucrate, se termine en 
pointe. Sa mâchoire inférieure est plus longue que la 
supérieure. Les dents des deux mâchoires sont petites, 
ainsi que les écailles qui revêtent l'animal. La cou- 
leur générale est d'un brun foncé , et relevée de 
chaque côté par deux raies blanches qui s'étendent 
depuis les jeux jusque vers le bout de la queue. 
L'échénéis rayé se trouve dans le grand Océan , connu 
sous le nom de mer Facïfïque :, on l'y a vu adhérer à 



* Echeneis lineata. 

Id. archibald Menzies } Transact. de là société linnéenne de- Londres.». 
vol. r. 



1 68 HISTOIRE NATURELLE. 

des tortues. L'individu décrit par Fauteur anglois 
avoit treize centimètres de long *. 



* A la membrane branchiale 


IO 


rayons 


à la nageoire dorsale 


33 




à chacune des pectorales 


18 




à chacune des thoracines 


5 




à celle de l'anus 


33 




à celle de la queue 


M 





SOIXANTE-DIX-NEUVIÈME GENRE. 

LES MACROURES. 

Deux nageoires sur le dos; la queue deux fois plus longue 

que le corps, 

ESPÈCE. CARACTÈRES. 

Le macrol-re berglax. ( Le P remîer ra X on de la P remî ^'e nageoire 
{Macrourus bcrglaœ.) \ dorsale > dentelé pav-devant ; les écailles 
V aiguillonnées , et relevées en carène. 



TOME III. 2 2 



LE MACROURE BERGLAX*. 



Auprès des rivages du Groenland et de l'Islande > 
habite ce macroure que Bloch et Gunner ont cru, avec 
raison , devoir placer dans un genre particulier. La 
longueur de sa queue sépare sa forme de celle des 
autres poissons thoracins , et donne un caractère 
particulier à ses habitudes , en accroissant l'étendue 
de son principal instrument de natation, et en douant 
cet osseux d'une force particulière pour se mouvoir 
avec vitesse au milieu des mers hjperboréennes. Long 
d'un mètre, ou environ, il fournit un aliment utile 
et quelquefois même abondant aux peuplades de ces» 
côtes groenîandoises et islandaises, si peu favorisées 
par la Nature, et condamnées pendant une si grande 
partie de Tannée à tous les effets funestes d'un froid 
excessif. Son nom de berglax vient des rapports qu'il 
% paru présenter avec le saumon que l'on nomme 

* Macrourus berglax. 

Macrourus rupestris. Bloch 3 pi. 177. 

Coryphœnoïdes rupestris. Gunner > Act.~Nia.ros. 3, p. 40, tab. 3,j%^ï. 

Millier j Prodrom. Zcolog. Danic. p. 43, n. 363. 

Coryphaena rupestris. Linné , édition de Gmelin. 

ïd. Ot, Fabric. Faun. Groenland.p. 1S4, ?^, 11 1, 

Ingmingoak. J.d. ibid. 

Fiskligen brosme. 

Ingminniset. Cranz, Groenland, p. 140» 

Berglax. Sirom. Sondm. 1 , p. zè-jL 



fû 











*- OQUiSOhè Jzà'nl' 



HISTOIRE NATURELLE. î 7 ï 

laclis, ou Jax, dans plusieurs langues du Nord, et des 
rochers an milieu desquels il séjourne fréquemment. 
Sa tète est grande et large ; ses jeux sont ronds et 
saillans; les ouvertures des narines doubles de chaque 
côté; et les deux mâchoires proprement dites, à peu 
près égales. Cependant le museau est très-avancé au- 
dessus ïie la mâchoire supérieure, qui est armée ordi- 
nairement de cinq rangées de dents ; et la mâchoire 
inférieure, qui n'en montre que trois rangées, est gar- 
nie d'un filament ou barbillon semblable , par sa 
forme, sa nature et sa longueur, à celui de plusieurs 
gades. La langue est courte, épaisse, cartilagineuse, 
blanche, et lisse comme le palais. Un opercule d'une 
seule pièce couvre une grande ouverture branchiale, 
Lanus est plus près de la tête que de l'extrémité de la 
queue. La ligne latérale se rapproche du haut du corps, 
dans une grande partie de sa direction. Deux nageoires 
s'élèvent sur le dos; la seconde est réunie avec celle 
de la queue, qui touche aussi celle de l'anus*; et les 
écailles qui recouvrent ce macroure^ ou , ce qui est la 
même chose, ce poisson à longue queue, sont relevées 
par une arête qui se termine en pointe ou en aiguillon. 



* A la membrane des branchies 6 rayons. 
à la première nageoire du dos 11 
à la seconde 124 

à chacune des pectorales 19 

à chacune des thoracines 7 

à celle de l'anus 148 



I72 HISTOIRE NATURELLE. 

Présentant d'ailleurs un éclat argentin, ces écailles 
donnent une teinte très-brillante au berglax, dont la 
partie supérieure montre néanmoins une couleur plus 
foncée ou plus bleuâtre que l'inférieure; et les na- 
geoires ajoutent quelquefois à la parure de l'animal, 
en offrant une nuance d'un assez beau Jaune, et une 
bordure bleue qui fait ressortir ce fond presque doré. 

Le berglax frave assez tard. On le pêche avec des 
lignes de fond * : lorsqu'il est pris, il se débat violem- 
ment, agite avec force sa longue queue, anime ses 
gros jeux, et se gonfle d'une manière assez analogue 
à celle que nous avons observée en parlant des tétro- 
dons. * 

* Voyez ce que nous ayons dit des lignes de fond , dans l'histoire ds 
■murène congre. 



QUATRE-VINGTIÈME GENRE. 

LES CORYPHÈNES. 

Le sommet de la tête très-comprimé et comme tranchant 
par le haut, ou très-élevé et finissant sur Je devant par 
un plan presque vertical, ou terminé antérieurement par 
un quart de cercle, ou garni d'écaillés semblables à 
celles du dos; une seule nageoire dorsale, et cette 
nageoire du dos presque aussi longue que le corps et 
la queue. 



PREMIER SOUS-GENR El 
La nageoire de la queue , fourchue. 

ESPÈCES. caractères; 

! Soixante rayons, ou environ , à la nageoire du ; 
dos ; plus de six rayons à la membrane des 
branchies ; plus d'un rang de dents h 
chaque mâchoire ; une seule lame à chaque 
opercule 5 des taches sur la plus grande* 
partie du corps et de la queue. 

(Cinquante rayons, ou environ, à la nageoire* 
du dos ; six rayons à la membrane bran- 
chiale ; des taches sur la partie supérieure* 
. du corps et de la queue, 



i 7 4 



HISTOIRE NATURELLE 



ESPÈCES. CARACTÈRES. 

'Cinquante-huit rayons à la nageoire du dos; 
six rayons à la membrane des branchies ; 
la langue osseuse dans le milieu , et car- 
3. Le CORYPH. CHRYSURtîS./ tilagineuse dans les bords; un seul rang 
(Corjphœna chrysurus.) | de dents à chaque mâchoire; deux lames 

à chaque opercule; des taches sur la 
plus grande partie du corps et de la 
queue. 



4. Le cor. scombéroïde. 
( Coryphœiia scornberoïdes.) 



5, Le coryphène onde. 
( Côrvphœna undulata.) 



6. Le cor^ph. pompile. 

( Coryp h œil a p onipilust. ) 



Cinquante-cinq rayons , ou environ , à la na. 
geoire du dos ; cette nageoire dorsale très- 
festonnée au-dessus de la queue; la langue 
bisanguleuse par-devant , osseuse dans son. 
milieu, et cartilagineuse dans ses bord« ; 
point de dents sur le devant du palais ; 
point de taches sur le corps ni sur la queue. 

Cinquante-quatre rayons, ou environ, à la 
nageoire du dos ; la ligne latérale droite ; 
des bandes transversales placées sur la 
nageoire dorsale, et s'étendant sur le dos 
et les côtés , où elles ondulent et se réu- 
nissent les unes aux autres. 

Trente-cinq rayons, ou environ, à la nageoire 
du dos; la mâchoire inférieure plus avan- 
cée que la supérieure ; la ligne latérale 
courbe.; desbanclestiausversajes et étroites. 



DES POISSONS. 



i 7 5 



ECOND SOUS-GENRE. 



La nageoire de la queue en croissant. 



ESPÈCES. 

7. Le coryphène eletj. 
[Coryphœna cœrulea.) 

8. Le corYph. plumier. 
[Coryphœna Plumieri.) 



CARACTÈRES. 

iDîx-neuf rayons, ou environ , à la nageoire 
du dos ; les écailles grandes; toute la sur-- 
face du poisson , d'une couleur bleue. 

{Quatre-vingts rayons, ou environ, à la na- 
geoire du dos ; un grand nombre de raies 
étroites , courbes et bleues , situées sur le 
doa. 



TROISIÈME SOUS-GENRE, 



La nageoire de la queue rect'dïgne*. 



E SPE C ES. 



9. LE CORYPHÈNE RASOIR. 
' [Coryphœna nopacula.) 



ÎO. Le CORYPH. PERROQUET, 
[Coryphœna psitlacus.) 



ix. Le coryphène camus. 
[Coryphœna sima.) 



CARACTÈRES-. 

fLa partie supérieure terminée par une arête 
aiguë; des raies bleuâtres , et croisées sur 

\^ la tête et sur les nageoires. 

{La nageoire dorsale commençant à l'occi- 
put , composée de trente rayons, ou en- 
viron, et très-basse, ainsi que celle de 
l'anus; la ligne latérale interrompue; des 
raies longitudinales et vivement colorées 
sur les nageoires.- 

/Trente-deux rayons à la nageoire du dos y 
l la lèvre inférieure plus avancée cjue la 
( supérieure.- 



îj6 



HISTOIRE NATURELLE. 



QUATRIÈME SOU S-G ENRE, 



La nageoire de la queue arrondie. 



ESPECES. 



12. Le coryphène rayé. 

( Coryjihœna lineata.) 



%%. Le coryph. chinois. 
[Coryphœna sinençis.) 



CARACTÈRES. 

/L'extrémité antérieure de chaque mâchoire 
garnie de deux dents aiguës, três-Iongues, 
et écartées L'une- de l'autre ; les écailles 
grandes; la tête dénuée d'écaillés sem- 
blables à celles du dos , et présentant plu- 
sieurs bandes transversales. 

["La nageoire du dos très-longue; celle de 
l'anus assez courte; la mâchoire inférieure 
plus avancée que la supérieure, et relevée; 
de grandes écailles sur le corps et sur les 
opercules ; la couleur générale d'un verd 
argentin. 



CINQUIÈME 5 US-GENRE. 
La nageoire de la queue lancéolée» 



ESPECE. 



CARACTERES'. 



jf/i. Le coryph. pointu. 
[Coryphœna acula.) 



Quarante-cinq rayons à la nageoire du dos \ 
la ligne latérale courbe. 



DES POISSONS. Ï77 

Espèces dont la forme de la nageoire de la queue ncst 
pas encore connue. 



ESPÈCES. CARACTÈRES, 

La nageoire du dos , celle de l'anus , et les 
thcracines, garnies chacune d'un long fila- 
ment. 



j5. Le coryphène verd. 

( Co ryp hœna viridis ■ ) 



a 5 6. Le coryph. casqué. ("Tr.ent€-deux rayons à la nageoire du dos; 
z.) ^ une lame osseuse sur le sommet de la tête... 



[Coryphœna galeala.] 



TOME m. 
/ 



î3 



LE CORYPHÈNE HIPPURUS 



De tous les poissons qui habitent la haute mer, aucun- 
ne paroît avoir reçu de parure plus magnifique que 
les coryphènes. Revêtus d'écaillés grandes et polies , 
réfléchissant avec vivacité les rayons du soleil, bril- 
lant des couleurs les plus variées , couverts d'or, pour 
ainsi dire, et resplendissant de tous les feux du dia- 
mant et des pierres orientales les plus précieuses, 
ils ajoutent d'autant plus, ces coryphènes privilégiés, 
à la beauté du spectacle de l'Océan, lorsque, sous un 
ciel sans nuages, de légers zéphyrs commandent seuls 
aux ondes , qu'ils nagent fréquemment à la surface 



* Coryphœna hippurus. 

Dorade. 

Rondanîno, sur la côte de Gênes,. 

I^ampugo, en Espagne. 

Dolphin , en Angleterre. 

Dorado , dans -plusieurs autres endroits de VEuropei- 

Coryphsena hippurus. Linné 3 . édition ds Gmelin. 

Blochj pi. 174. 

Goryphène dofin. Daube n ton j Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre } planches de V Encyclopédie méthodique.- 

OsbecJtj It. 307. 

Goryphœna caudâ bifurcâ , etc. Artedi 3 gen. i5, syn. 28. 

iVro-sg®-. Arist.lib. 8, cap. i5. 

Id. Oppian. lib. I, p. 8; 

Id. Alhen. lib. 7, p. 304. 



HISTOIRE NATURELLE. I 79 

des eaux , qu'on les voit , en quelque sorte , sur le som- 
met des vagues, que leurs mouvemens très-agiles et 
très-répétés multiplient sans cesse les aspects sous 
lesquels on les considère , ainsi que les reflets éclatans 
qui les décorent, et que, voraces et audacieux, ils en- 
tourent en grandes troupes les vaisseaux qu'ils ren- 
contrent, et s'en approchent d'assez près pour ne rien 
dérober à l'œil du spectateur, de la variété ni de la 
richesse des nuances qu'ils étalent. C'est pour indiquer 
cette prééminence des coryphènes dans l'éclat et dans 
la diversité de leurs couleurs, ainsi que dans la vélocité 
de leur course et la rapidité de leurs évolutions, et 
pour faire allusion d'ailleurs à la hauteur à laquelle 
ils se plaisent à nager, que, suivant plusieurs écri^ 
vains, ils ont reçu le nom générique qu'ils portent, et 
qui vient de deux mots grecs, dont l'un, Kopuçy , veut 

Hippurus. Ovid. v. q5. 

Id. Plin. Ub. 9, cap. 16 ; et Ub. Z2 , cap. ir. 

Latnpugo. Rondelet > première partie >liv % 8, chap, 18, édition de Lyon t 
3 558. 

Hippurus. Id. ibid. 

Id. Gesner-j p. 5oi et 423. — (Germ) fol. 44 , a. — Icon, animal, p. r/B* 

Aldrov. Ub. 3, cap. 17, p. 3o6. 

Jonston. lib. 1 , lit. 1 , cap. 1 , a. 6 , tab. 1. 

Charlet, p. 124. 

Willugnby, IcJithyol. p. 21J , tab. O , x , fig. 5. 

Raj.p. 100, 77. r. 

Equisele. Gaz. Arist. Ub. 4, cap. 10 ; et Ub. 8 , cap. i5~ 

Equiselis. Id. ibid. 

Hippurus pinnis brauchialibus deauratis, etc. Klein^ Miss. pisc. 5$ 
/j. .55., n* 1,2. 



1 8o HISTOIRE NATURELLE 

dire sommet, et l'autre , veu , signifie je nage. On a éga- 
lement prétendu que la dénomination de coryphène, 
employée dès le temps des anciens naturalistes , dési- 
gnoit une des formes les plus remarquables des pois- 
sons dont nous parlons, c'est-à-dire, la position de leur 
nageoire dorsale, qui commence très-près du haut de 
3a tête. Quelque opinion que l'on adopte à cet égard r 
on ne peut pas douter que le nom particulier iïhip- 
purus, ou de queue de cheval, donné à l'une des plus- 
belles espèces de coryphène, ne vienne de la confor- 
mation de cette même nageoire dorsale , dont les 
rayons très-nombreux ont quelques rapports avec les 
crins du cheval. Cet hippurus , qui est l'objet de cet 
article, parvient quelquefois jusqu'à une longueur 
d'un mètre et demi. Son corps est comprimé aussi-bien 
que sa tête; l'ouverture de sa bouche très-grande; sa 
langue courte; ses lèvres sont épaisses; ses mâchoires 
garnies de quatre rangs de dents aiguës et recourbées 
en arrière. Un opercule composé d'une seule pièce 
couvre une large ouverture branchiale; la ligne laté- 
rale est fléchie vers la poitrine, et droite ensuite jus- 
qu'à la nageoire caudale, qui est fourchue *; les écailles 
sont minces, mais fortement attachées. 

* A la membrane des branchies ia rayons» 
à la nageoire du dos 60 

à chacune dçs pectorales 20 
à chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus 26 

à celle de la queue 2®- 



DES POISSONS. I O I 

A l'indication des formes ajoutons l'exposition des 
nuances , pour achever de donner une idée de ce 
superbe eoryphène. Lorsqu'il est vivant, dans l'eau , et 
en mouvement, il brille sur le dos d'une couleur d'or 
très-éclatante, mêlée à une belle teinte de bleu où de 
verd de mer, que relèvent des taches dorées et le 
jaune doré de la ligne latérale. Le dessous du corps 
est argenté. Les nageoires pectorales et thoracines 
présentent un Jaune très-vif, à la splendeur duquel 
ajoute la teinte brune de leur base; la nageoire cau- 
dale, qui offre la même nuance de jaune, est d'ailleurs 
bordée de verd ; celle de l'anus est dorée ; et une 
dorure des plus riches fait remarquer les nombreux 
rayons de la nageoire dorsale, au milieu de la mem- 
brane d'un bleu céleste qui les réunit. 

C'est ce magnifique assortiment de couleurs d'or et 
d'azur qui trahit de loin le eoryphène hippurus, lors- 
que , cédant à sa voracité naturelle , il poursuit sans 
relâche les trigles et les exocets , dont il aime à se 
nourrir, contraint ces poissons volans à s'élancer hors 
de l'eau, les suit d'un regard, assuré , pendant que ces 
animaux effrayés parcourent dans l'air leur demi-cercle, 
et les reçoit, pour ainsi dire, dans sa gueule , à l'ins- 
tant où, fatigués d'agiter leurs nageoires pectorales, et 
ne pouvant plus soutenir dans l'atmosphère leur corps 
trop pesant, ils retombent au milieu de leur fluide 
natal sans pouvoir y trouver un asyle. 

Non seulement les hippurus cherchent ainsi à satis- 



î 82 HISTOIRE NATURELLE 

faire le besoin impérieux de la faim qui les presse ; 
au milieu des bandes nombreuses de poissons moins 
grands et plus foibles qu'eux; mais encore, peu diffi- 
ciles dans le choix de leurs alimens , ils voguent en 
grandes troupes autour des vaisseaux , les accom- 
pagnent avec constance , et saisissent avec tant d'avi- 
dité tout ce que les passagers jettent dans la mer, 
qu'on a trouvé dans l'estomac d'un de ces poissons 
jusqu'à quatre clous de fer, dont un avoit plus de 
quinze centimètres de longueur. 

On profite d'autant plus de leur gloutonnerie pour 
les prendre, que leur chair est ferme , et très-agréable 
au goût. Pendant le temps- de leur frai, c'est-à-dire, 
dans le printemps et dans l'automne, on les pêche avec 
des filets auprès des rivages , vers lesquels ils vont 
déposer ou féconder leurs œufs ; et dans les autres 
saisons, où ils préfèrent la haute mer, on se sert de 
lignes de fond * que la voracité de ces coryphènes 
rend très-dangereuses pour ces animaux. Ce qui fait 
d'ailleurs que leur recherche est facile et avantageuse, 
c'est qu'ils sont en très-grand nombre dans les parties 
de la mer qui leur conviennent, parce qu'indépendam- 
ment de leur fécondité, ils croissent si vite , qu'on les 
voit grandir d'une manière très -prompte dans les 
nasses où on les renferme après les avoir pris en vie. 



* Voyez , sur les lignes de fond., l'article de la raie bouclée } et celui 4e 
la. murène congre. 



DES POISSONS/ î83 

Ils vivent dans presque toutes les mers chaudes et 
même tempérées. On les trouve non seulement dans 
le grand Océan équatorîal, improprement appelé mer 
Pacifique, mais encore dans une grande portion de. 
l'Océan atlantique, et jusque dans la Méditerranée. 



LE CORYPHÈNE DORADON 



Nous conservons ce nom de doradon à un coryphène 
qui a plusieurs traits communs avec l'hippurus , mais 
qui en diffère par plusieurs autres. Il en est séparé par 
le nombre des rayons de la nageoire dorsale , qui n'en 
renferme que cinquante ou environ, par celui des 
rayons de la membrane des branchies, qui n'en eo mé- 
prend que six, pendant que la membrane branchiale 
,âe l'hippurus en présente sept et quelquefois dix , et de 
plus par la disposition des taches couleur d'or qui ne 
sont disséminée^ que sur la partie supérieure du corps 
et de la queue. D'ailleurs , en jetant les yeux sur une 
peinture exécutée d'après les dessins coloriés et origi- 
naux du célèbre Plumier, laquelle fait partie de la 
belle collection de peintures sur vélin déposées dans 
le Muséum d'histoire naturelle, et qui représente avec 
autant d'exactitude que de vivacité les brillantes 

* Coryphsena aura ta. 

Corypha?na equisells. Linné, édition ,de Gmelin. 

Coryphène doradon. Daubenlon, Encyclopédie méthodique* 

Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie jnélhodiquc. 

Dorado. Osbeck, 11. 3q8. 

Guaracapema. Marcgrav. Erasil. p. i6ç>. 

Id. PisOj Ind.p. 160. 

Willughhy , Ichihyol. p. 214. 

Raj. Pisc. p, 10.0, n. 2. 



HISTOIRE NATURELLE. 1 85 

nuances du doradcm, on ne peut pas douter que ce 
dernier corjphène n'ait chacun des opercules de ses 
branchies composé de deux lames, pendant que l'oper- 
cule de l'hippurus est formé d'une seule pièce. On 
pourra s'en assurer , en examinant la copie de cette 
peinture, que nous avons cru devoir faire graver*. Au 
reste, l'agilité, la voracité et les autres qualités du 
doradon , ainsi que les diverses habitudes de ce pois- 
son , sont à peu près les mêmes que celles de fhip- 
purus ; et on le trouve également: dans un grand 
nombre de mers chaudes ou tempérées. 

* A la membrane des branchies 6 rayons, 

à la nageoire dorsale 53 

à chacune des pectorales 19 

à chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus 2,3 

à celle de la cjueue 20 



tome m. 24 



LE CORYPHÈ.NE CHRYSURUS 



C'est dans la mer Pacifique, ou plutôt dans le 
grand Océan équatorial , que ce superbe coryphène a 
été vu par Commerson, qui accompagnoit alors notre 
célèbre navigateur Bougainville. Il l'a observé sur la 
fin d'avril de 1768, vers le 16 e degré de latitude aus- 
trale, et le 170 e de longitude. Au premier coup d'œil, 
on croiroit devoir le rapporter à la même espèce que 
l'hippurus; mais en le décrivant d'après Commerson ,, 
nous allons montrer aisément qu'il en diffère par mi 
grand nombre de caractères. 

Toute la surface de ce coryphène et particulière- 
ment sa queue brillent d'une couleur d'or très-écla- 
tante. Quelques nuances d'argent sont seulement 
répandues sur la gorge et la poitrine; et quelques 
teintes d'un bleu céleste jouent, pour ainsi dire, au 
milieu des reflets dorés du sommet du dos. Une belle 
couleur d'azur paroît aussi sur les nageoires , princi- 
palement sur celle du dos et sur les pectorales : elle^ 
est relevée sur les thoracines par le jaune d'une partie 



* Coryphsena chrysurus. 

Coryphus chrysurus. — Undique deauratus ; dorso, pinnis, gtittulisque 
Jateralibus , cœruleis , caudâ ex auro flayescente, Commerson > manuscrits* 
déjà cités. 

Dorât de la mer du Sud. Id. ibid. 



HISTOIRE NATURELLE. I 87 

des rayons , et sur celle de l'anus , par les teintes 
dorées avec lesquelles elle y est mêlée; mais elle ne 
se montre sur la nageoire de la queue que pour y 
former un léger liséré, et pour y encadrer, en quelque 
sorte, l'or resplendissant qui la recouvre, et qui a 
indiqué le nom du coryphène *. 

Ajoutons, pour achever de peindre la magnifique 
parure du chrysurus , que des taches bleues et lenti- 
culaires sont répandues sans ordre sur le dos, les 
côtés et la partie inférieure du poisson, et scintillent 
au milieu de For, comme autant de saphirs enchâssés 
dans le plus riche des métaux. 

L'admirable vêtement que la Nature a donné au 
chrysurus , est donc assez différent de celui de l'hip- 
purus , pour qu'on ne se presse pas de les confondre 
dans la même espèce. Nous allons les voir séparés par 
des caractères encore plus constans et plus remar- 
quables. 

Le corps du chrysurus , très-alongé et très-compri- 
mé,, est terminé dans le haut par une sorte de carène 
aiguë qui s'étend depuis la tête jusqu'à la nageoire de 
la queue ; et une semblable carène règne en-dessous, 
depuis cette même nageoire caudale jusqu'à l'anus. 

La partie antérieure et supérieure de la tête repré- 
sente assez exactement un quart de cercle , et se 
termine dans le haut par une sorte d'arête aiguë. 

* Chrysurus signifie queue d'or. 



1 88 HISTOIRE NATURELLE 

La mâchoire inférieure, qui se relève vers la supé- 
rieure, est un peu plus longue que cette dernière, 
Toutes les deux sont composées d'un os qu'hérissent 
des dents très-petites, très-courtes, très-aiguës, assez 
écartées l'une de l'autre, placées comme celles d'un 
peigne , et très-différentes, par leur forme, leur nombre 
et leur disposition, de celles de l'hippurus. 

On voit d'ailleurs deux tubercules garnis de dents 
très -menues et très -serrées auprès de l'angle inté- 
rieur de la mâchoire supérieure , trois autres tuber- 
cules presque semblables vers le milieu du palais , et 
un sixième tubercule très-analogue presque au-dessus 
du gosier. 

La langue est large, courte, arrondie par-devant, 
osseuse dans son milieu, et cartilagineuse dans ses 
bords. L'ouverture de la bouche est peu étendue : on 
compte de chaque côté deux orifices des narines; une 
sorte d'anneau membraneux entoure l'antérieur. Les 
opercules des branchies sont , comme la tète, dénués 
de petites écailles; ils sont de plus assez grands, et 
composés chacun de deux pièces, dont celle de devant 
est arrondie vers la queue , et dont celle de derrière 
se prolonge également vers la queue , en appendice 
quelquefois un peu recourbé. 

Six ravons aplatis soutiennent de chaque côté une 
membrane branchiale, au-dessous de laquelle sont 
placées quatre branchies très-rouges, formées chacune 
de deux rangées de filamens alongés : la partie concave 



DES POISSONS» 1 8g 

de l'arc de cercle osseux de la première et de la 
seconde est garnie de longues dents arrangées comme 
celles d'un peigne; la concavité de l'arc de la troisième 
et de la quatrième ne présente que des aspérités. 

La nageoire du dos ? qui commence au-dessus des 
jeux, et s'étend presque jusqu'à celle de la queue, 
comprend cinquante-huit rayons *: les huit premiers 
sont d'autant plus longs qu'ils sont situés plus loin de 
la tête; et la longueur des autres est au contraire d'au- 
tant moindre, quoiqu'avec des différences peu sen- 
sibles, qu'ils sont plus près de la nageoire caudale. 

L'anus est placé vers le milieu de la longueur totale 
de l'animal ; et l'on voit entre cet orifice et la base des 
nageoires thoracines , un petit sillon longitudinal. 

La nageoire de la queue est fourchue, comme celle 
de tous les coryphènes du premier sons-genre ; la ligne 
latérale serpente depuis le haut de l'ouverture bran- 
chiale, où elle prend son origine, jusqu'auprès de l'ex- 
trémité des nageoires pectorales, et atteint ensuite la 
nageoire de la queue en ne se fléchissant que par de 
légères ondulations; et enfin les écailles qui recouvrent 
le poisson, sont alongées , arrondies à leur sommet s 
lisses, et fortement attachées'. 

* A la membrane des branchies 6 rayons, 
à la nageoire dn dos 58' 

à chacune des pectorales 20- 

à chacune des thoracines 5 

à la nageoire de l'anus 2.S 

à-celle de la queue iS 



I G)û HISTOIRE NATURELLE 

On a donc pu remarquer sept traits principaux par 
'lesquels le chrysurus diffère de l'hippurus: première- 
ment, le nombre des rayons n'est pas le même dans la 
plupart des nageoires de ces deux corjphènes ; secon- 
dement, la membrane branchiale du chrysurus ne ren- 
ferme que six rayons, il y en a toujours depuis sept jus- 
qu'à dix à celle de l'hippurus; troisièmement, le dos du 
premier est caréné, celui du second est convexe; qua- 
trièmement, l'ouverture de la bouche est peu étendue 
dans le chrysurus, elle est très-grande dans l'hippurus; 
cinquièmement, les dents du chrysurus sont confor- 
mées et placées bien différemment que celles de l'hip- 
purus; sixièmement, l'opercule branchial du chrysu- 
rus comprend deux lames , on ne voit qu'une pièce 
dans celui de l'hippurus; et septièmement, nous avons 
déjà montré une distribution de couleurs bien peu 
semblable sur l'un et sur l'autre de ces deux cory- 
phènes. Ils doivent donc constituer deux espèces dif- 
férentes , dont une, c'est-à-dire , celle que nous décri- 
vons, est encore inconnue des naturalistes; car elle 
est aussi très- distincte du coryphène doradon, ainsi 
qu'on peut facilement s'en conyaincre , en comparant 
les formes du doradon et celles du chrysurus. 

Au reste, les habitudes du coryphène qui fait le 
sujet de cet article, doivent se rapprocher beaucoup 
de celles de l'hippurus. En effet, Commerson ayant 
ouvert un chrysurus qui avoit plus de sept décimètres 
de longueur, il trouva son estomac , qui étoit alongé 



DES POISSONS. ÏOI 

et membraneux, rempli de petits poissons volans,et 
d'autres poissons très-peu volumineux. 

Il vit aussi s'agiter au milieu de cet estomac, et 
dans une sorte de piite ou de chyme,, plusieurs vers 
filiformes, et de la longueur de deux ou trois centi- 
mètres. 

Ce voyageur rapporte d'ailleurs dans les manuscrits 
qui m'ont été confiés dans le temps par Bufïbn , que 
lorsque les matelots exercés à la pêche ont pris un 
chrysurus, ils l'attachent à une corde, et le suspendent 
à la proue du vaisseau , de manière que l'animal paroit 
être encore en vie et nager à la surface de la mer. Ils 
attirent et réunissent,- par ce procédé, un assez grand 
nombre d'autres chrysurus , qu'ils peuvent alors percer 
facilement avec une fouine *'. 

Commerson ajoute que les chrysurus 1 emportent 
sur presque tous les poissons de mer par le bon goût 
de leur chair, que l'on prépare de plusieurs manières r 
et particulièrement avec du beurre et des câpres. 



* "La fouine est un peigne de fer attache' à un long manche. On donne 
aussi ce nom, ainsi que celui de foène. et :• de foi, an ne, à une broche 
terminée par un dard. Quelquefois on ajuste ensemble deux, trois ou 
un plus grand nombre de lames, pour former ime fou aune, ou foène, 
où fouine. D'autres fois on emploie ces noms pour désigner une simple- 
fourche. On attache l'instrument au bout d'une perche, et l'on s'en sert* 
pour percer les poissons que l'on apperçoït au fond de l'eau,. ou qui sont» 
cachés dans la vase, les enfiler et les retirer. 



LE CORYPHÈNE SCOMBÉROIDE *. 



Nous avons trouvé dans les manuscrits de Com mer- 
son la description de cette espèce de coryphène, que 
ce savant vojageur avoit vue, au mois de mars 1768, 
dans la mer du Sud , ou , pour mieux dire , dans* le 
grand Océan équatorial, vers le 18 e degré de latitude 
australe, et le 184 e degré de longitude, et par consé- 
quent à une distance de la ligne très-peu différente 
de celle où il observa , un ou deux mois après , le 
coryphène- chrvsurus. 

Le scombéroïde est d'une longueur intermédiaire 
entre celle du scombre maquereau et celle du hareng. 
Sa couleur totale est argentée et brillante; mais elle 
n'est pure que sur les côtés et sur le ventre. Une 
teinte brune mêlée de bleu céleste est répandue sur 
le dos ; cette teinte s étend aussi sur le sommet de la 
tête, où elle est plus foncée, plus noirâtre, et mêlée 
avec des reflets dorés que l'on voit également autour 
des jeux et sur les lames des opercules. 

* Corypliœna scomberoïdes. 

Coryphus argenteus. — Coryphus pinnâ dorsali Jongissima radiorura 
quinquaginta quinque, osse quadratulo in média lingua. — Et coryphus 
argenteus , immaculatus , pinnis fuscis , dorsali radiorum quinquaginta 
quinque , anali viginti quinque, caudâ bifurcâ fuscescente. Commerson f 
manuscrits déjà cités. 

Osteoglossus, ostéogîosse, ou languosséu? de la mer du Sud. Id. ibidf 

Petite dorade. Id, ibid. 



HISTOIRE NATURELLE. I ç3 

Toutes les nageoires sont entièrement brunes , ex- 
cepté les thoracines , dont la partie extérieure est 
blanche, et les pectorales, qui sont un peu dorées. 

La mâchoire supérieure est plus courte que l'infé- 
rieure. Les os qui composent l'une et l'autre , sont 
hérissés d'un si grand nombre de petites dents tour- 
nées en arrière, qu'ils montrent la surface d'une lime, 
et qu'ils tiennent l'animal facilement suspendu à un 
doigt, par exemple , que l'on introduit dans la cavité 
de la bouche. 

La langue a une ligure remarquable ; elle ressemble 
en quelque sorte à un ongle humain : elle est large , 
un peu arrondie par-devant , et néanmoins terminée 
par un angle à chaque bout de son arc antérieur; de 
plus, elle présente dans son milieu un os presque 
carré , et couvert de petites aspérités dirigées vers le 
gosier; sa circonférence est formée par un cartilage 
qui s'amincit vers le bord ; et un frein large et épais 
la retient par-dessous. 

La voûte du palais est entièrement lisse,, excepté 
l'endroit le plus voisin du gosier, où l'on voit de 
petites élévations osseuses et denticulées. 

Deux lames arrondies par-derrière, grandes et lisses, 
composent chaque opercule ; six rajons soutiennent 
la membrane branchiale ; et les branchies sont assez 
semblables, par leur nombre et par leur conformation, 
à celles du chrvsurus. 

La ligne latérale offre plusieurs sinuosités qui 
TOME Ml. 2S 



HISTOIRE NATURELLE 

décroissent à mesure qu'elles sont plus voisines de la 
nageoire caudale. 

Les nageoires thoracines sont réunies à leur base 
par une membrane qui tient aussi à un sillon longi- 
tudinal placé sous le ventre , et dans lequel le poisson 
peut coucher à volonté ces mêmes nageoires. Elles» 
renferment chacune cinq ou six rayons. 

Le dessous de la queue est terminé par une carène 
très-aiguë. 

La nageoire dorsale règne depuis Foccipnt jusque 
vers l'extrémité de la queue; elle est festonnée dans 
sa partie postérieure, de manière à imiter les très- 
petites nageoires que l'on voit sur la queue des 
scombres : la nageoire de l'anus offre une conforma- 
tion analogue ; et ces traits particuliers au poisson 
que nous décrivons , ne servant pas peu à le rappro- 
cher des scombres r avec lesquels d'ailleurs on peut 
voir, dans cette histoire , que les coryphènes ont beau- 
coup de rapports , y ah cru devoir nommer scombéroïde, 
l'espèce que nous cherchons , dans cet article , à faire 
connoître des naturalistes *'. 

Commerson vit des milliers de ces scombéroïdes 



* A la membrane des branchies 6 rayons, 

à la nageoire du dos 55 

à chacune des pectorales 18 

à chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus 25; 

à celle de la queue , qui est fourchue 7 , i£ 



DES POISSONS. Ï95 

suivre les vaisseaux françois avec assiduité, et pendant 
plusieurs jours. Ils vivoient de très-jeunes ou très- 
petits poissons volans , qui, pendant ce temps , volti- 
geoient autour des navires comme des nuées de pa- 
pillons qu'ils ne surpassoient guère en grosseur ; et 
c'est à cause de la petitesse de leurs dimensions, qu'ils 
pouvoient servir de proie aux scombéroïdes , dont la 
bouche étroite n'auroit pas pu admettre des animaux 
plus gros. En effet, l'un des plus grands de ces cory- 
phènes observés par Commerson n'avoit qu'environ 
trois décimètres de longueur. Cet individu étoit cepen- 
dant adulte et femelle. 

Au reste , les ovaires de cette femelle , qui avoient 
une forme alongée , oecupoient la plus grande partie 
de l'intérieur du ventre, comme dans les cyprins, et 
contenoient une quantité innombrable d'œufs; ce qui 
prouve ce que nous avons déjà dit au sujet de la 
.grande fécondité des coryphènes. 



LE CORYPHÈNE ONDE 



Pallas a décrit le premier cette espèce de cory- 
phène. L'individu qu'il a observé et qui avoit été péché 
dans les eaux de l'isle d'Amboine, n'étoit long que de 
cinq centimètres ou environ. Les formes et les cou- 
leurs de cet animal étoient élégantes : très-alongé et 
un peu comprimé, il montroit sur la plus grande 
partie de sa surface une teinte agréable qui réunissoit 
la blancheur du lait à l'éclat de l'argent; une nuance 
grise varioit son dos ; la nageoire dorsale et celle de 
l'anus étoient distinguées par de petites bandes trans- 
versales brunes; les -bandelettes de la première de ces 
deux nageoires s'étendoient sur la partie supérieure 
de l'animal, j onduloient, pour ainsi dire, s'y réu- 
nissoient les unes aux autres , disparoissoient vers la 
partie inférieure du poisson ; et la nageoire de la 
queue, qui étoit fourchue, présentoit un croissant 
très-brun. 

D'ailleurs ce corjphène avoit des yeux assez grands; 
l'ouverture de sa bouche, étant très-large, laibsoit voir 

* Cûryphsena uncliilata» 

Coryphœna fasciolata. Linné, édition de Gmelin. 
Pallas } Spicil. zoolog. 8 , p. s3 , tab. 3 , fig. z. 

Coryphène ondoyant, Bonnaterre > planches de V encyclopédie mêlhc* 
dique* 



HISTOIRE NATURELLE. I 97 

facilement une langue lisse, et arrondie par-devant; 
un opercule composé de deux lames non découpées 
couvroit de chaque côté un grand orifice branchial 5 
la ligne latérale étoit droite et peu proéminente *. 

* A la membrane des branchies 6 rayons, 
à la nageoire du dos 54 

à chacune des pectorales 19 

à chacune des thoracines 5 

à celle de l'anus 27 

à celle de la çpeue 17 ,- .1. 



LE CORYPHÈNE POMPILE*. 



D E tous les eoryphènes du premier sous-genre , le 
pompiîe est celui dont la nageoire caudale est la moins 
fourchue; et voilà pourquoi quelques naturalistes, et 
particulièrement Artedi, le comparant sans doute à 
l'hippurus, ont écrit que cette nageoire de la queue 
n'étoit pas échancrée. Cependant, lorsqu'on a sous les 
veux un individu de cette espèce, non altéré , on s'ap»- 
perçoit aisément que sa nageoire caudale présente à 
son extrémité un angle rentrant. Les anciens ont 
nommé pompile^ le corvphène dont nous traitons dans 

■* Coryphsena pompilus. 

Id. Linné , édition de Gmelin. 

Corypliène Iampuge, Daubenlon, Encyclopédie méthodique. 

ïd. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 

jCoryph8ena....4ineâ laterali curvâ. Artedi,, gen. 16 , syn. 29. 

nof*«7»^oç. JElian. lih. 2 , cap. i5 ; et lib. i5 , cap. 23. 

Jd. Athen. lib. 7, p. .282 , a83 et 284. 

Id. Oppian. Bal. lib. 1 , p. 8. 

jPompilus. Oyid. 

Pompilus. Vlin. Hist. mundi, lib. 3.2, cap. ir. 

Compile. Rondelet j première partie, liv. 8 , chap. i3- 

Xpvtrotpovi , par plusieurs anciens auteurs. 

Gesner, p. .88.1 -, y53 ; et {germ.) fol. 60. a, b. 

Aldrovand. lib. 3, cap. 19 , p. 32,5. 

Jonston, lib. 1 -, tit. I , cap. 2, a. Z 9 lab. 3 , fig, .$. 

Charlet.p. 124. 

TVillughby, p. 21 5. 

ft.aj. p. 101. 



HISTOIRE NATURELLE. 199 

cet article , parce que se rapprochant beaucoup par 
ses habitudes de l'hippurus et du doradon, on diroit 
qu'il se plaît à accompagner les vaisseaux , et que 
pompe signifie en grec pompe, ou cortège. Au reste , il 
ne faut pas être étonné qu'ils aient assez bien connu 
3a manière de vivre de ce poisson osseux , puisqu'il 
habite dans la Méditerranée, aussi-bien que dans plu- 
sieurs portions chaudes ou tempérées de l'Océan atlan- 
tique et du grand Océan. 

L'ouverture de la bouche du pompile est très-grande - r 
sa mâchoire inférieure plus avancée que la supé- 
rieure , et un peu relevée ; les côtés de la tête pré- 
sentent des dentelures et des enfoncemens ; la ligne 
latérale est courbe ; les nageoires pectorales sont poin- 
tues*; des bandes transversales, étroites, et commu- 
nément jaunes, régnent sur les côtés. La dorure qui 
distingue un si grand nombre de coryphènes , se ma- 
nifeste sur le pompile, au-dessus de chaque œil; et 
voilà pourquoi on l'a nommé sourcil d'or, en grec 

* A la nageoire dorsale 35 rayons, 

à chacune des pectorales 14 
à chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus 24 

à celle de la queue 16 



LE CORYPHÈNE BLEU 



L'or, l'argent et l'azur brillent sur les coryphènes 
que nous venons d'examiner; la parure de celui que 
nous décrivons est plus simple , mais élégante. Il ne 
présente ni argent ni or; mais toute sa surface est 
d'un bleu nuancé par des teintes agréablement diver- 
sifiées , et fondues par de douces dégradations de clarté. 
On le trouve dans les mers tempérées ou chaudes qui 
baignent les rivages orientaux de l'Amérique. Ses 
écailles sont grandes ; celles qui revêtent le dessus et 
les côtés de sa tête, sont assez semblables aux écailles 
du dos. Une seule lame compose l'opercule des bran- 
chies , dont l'ouverture est très-large ; la ligne latérale 
est plus proche du dos que de la partie inférieure de 
l'animal ; les jeux sont ronds et grands ; et une rangée 
de dents fortes et pointues garnit chaque mâchoire \ 
— — — — ■ ■ ■ — — — » 

1 Coryphœna cseruk a. 

Id. Linné , édition de G me lin. 

Bloch, -pi 176. 

Novacula caerulea. Catesby, Carol. lab. 18. 

iCoryphène rasoir bleu. 

? A la membrane des branchies 4 ray.ons. 

à la nageoire du dos 19 

à chacune des pectorales 14 

£ chacune des thoracines 5 

à celle de l'anus II 

à celle de la queue 19 



LE CORYPHÈNE PLUMIER*. 



Ce coryphène, que le docteur Bloch a fait connoître, 
et qu'il a décrit d'après un manuscrit de Plumier, 
habite à peu près dans les mêmes mers que le bleu : 
on le trouve particulièrement, ainsi que le bleu , dans 
le bassin des Antilles. Mais combien il diffère de ce 
dernier poisson par la magnificence et la variété des 
couleurs dont il est revêtu ! C'est un des plus beaux 
habitans de l'Océan. Tâchons de peindre son portrait 
avec fidélité. 

Son dos est brun ; et sur ce fond que la Nature 
semble avoir préparé pour faire mieux ressortir les 
nuances qu'elle y a distribuées , on voit un grand 
nombre de petites raies bleues serpenter, s'éloigner 
les unes des autres, et se réunir dans quelques points/ 
Cette espèce de dessin est comme encadré dans For qui 
resplendit sur les côtés du poisson, et qui se change en 
argent éclatant sur la partie inférieure du coryphène» 
La tête est brune ; mais chaque oeil est situé au-dessous 
d'une sorte de tache jaune, au-dessus d'une plaque 



* Coryphaena Plumieri. 
Id. Linné, édition de Grnelin. 
E loch , pi. iy5. 

Coryphène paon de mer. Bonnaterrej planches de l'Encyclopédie mé 
thodique. 

TOME ni. 26 



202 HISTOIRE NATURELLE. 

argentée, et au centre de petits rayons d'azur. Une 
bordure grise fait ressortir le jaune des nageoires 
pectorales et thoracines. La nageoire de la queue, qui 
est jaune comme celle de l'anus , présente de plus des 
teintes rouges et un liséré bleu ; et enfin une longue 
nageoire violette règne sur la partie supérieure du 
corps et de la queue *. Le coryphène plumier est 
d'ailleurs couvert de petites écailles; il n'a qu'une lame 
h chacun de ses opercules; il parvient ordinairement à 
l'a longueur d'un demi-mètre; et sa nageoire caudale 
est en croissant , comme celle du bleu. 

* A la membrane des branchies 4 rayons, 
à la nageoire du dos 77 

à chacune des pectorales 11 

à chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus 55 

à celle de la queue 16 



LE CORYPHÈNE RASOIR*. 



Ce poisson a sa partie supérieure terminée par une 
arête assez aiguë , pour qu'on n'ait pas balancé à lui 
donner le nom que nous avons cru devoir lui con- 
server. Il habite dans la Méditerranée ; et voilà pour- 
quoi il a été connu des anciens , et particulièrement 
de Pline. Il est très-beau; on voit sur sa tête et sur 
plusieurs de ses nageoires , des raies qui se croisent 
en différens sens , et qui montrent cette couleur bleue 
que nous avons déjà observée sur les coryphènes : mais 
il est le premier poisson de son genre qui nous pré- 
sente des nuances rouges éclatantes , et relevées par 
- ■ ' - " ' . ' ' ' ' ' ' 

* CGryphsena novacula. 

Pesce pettine, sûr les côtes de la Ligurie. 

Rason , sur -plusieurs côtes d'Espagne. 

Coryphaena novacula. Linné 3 édition de Gmelin. 

Coryphène rason. Daubenton 3 Encyclopédie méthodique, 

Id. Eonnaterre , planches de V Encyclopédie méthodique. 

Coryphsena pal maris puîchrè varia , dorso acuto. Artedi 3 gen* i5, syn. 29, 

Novacula piscis. Plin. Hist. mundi 3 lib. 3a , cap. 2. 

Rason. Rondelet 3 première partie 3 liv. 5 , chap. 17. 

Novacula. Gesner 3 p. 628 , 629 et 721; et (germ.) fol. 32, <r„ 

Pesce pettine. Sahdan. fol. 217. 

Pecten Romae , novacula Rondeletii. Aldrovand. lib. 2 , cap. 27, p. 20S» 

Pecten Romanorum. Jonston, lib. 1 , fit. 3, cap. 1, a. i5. 

Pesce pettine Salviani, novacula Rondelet. Gesjier 3 Paralipom.p-, 24* 

Willughby 3 Ichihyol. p. 214. 

JRaj.p. 101. 



S04 HISTOIRE NATURELLE. 

des teintes dorées. Ce rouge resplendissant est répandu; 
sur la plus grande partie de la surface de ranimai; et 
il y est réfléchi parades écailles très-grandes. La chair 
du rasoir est tendre , délicate , et assez recherchée sur 
plusieurs rivages de la Méditerranée. Sa ligne latérale 
suit à peu- près la courbure du- dos, dont elle est très- 
voisine ; chacun de ses opercules est composé de deux 
lames 5 et sa nageoire caudale étant rectiligne , nous 
l'avons placé dans le second sous-genre des eoryphènes. 
Au reste, l'histoire de ce poisson nous fournit un 
exemple remarquable de l'influence des mots. On l'a 
nommé rasoir long-temps avant le siècle de Pline : à 
cette époque, où les sciences physiques étoient extrê- 
mement peu avancées, cette dénomination a suffi pour 
faire attribuer à cet animal plusieurs des propriétés 
d'un véritable rasoir,, et même pour faire croire , ainsi 
que le rapporte le naturaliste romain, que ce cory- 
phène donnoit un goût métallique et particulièrement 
un goût de fer à tout ce qu'il touchoit. 



LE CORYPHÈNE PERROQUET 1 . 



La forme rectiligne que présente la nageoire caudale 
de ce poisson, détermine sa place dans le troisième 
sous-genre des corjphènes. Sa ligne latérale est inter- 
rompue ; et sa nageoire dorsale , assez basse et com- 
posée de trente rayons 9 ou environ , commence à 
l'occiput 2 . 

Il a été observé par le docteur Garden dans les 
^aux de la Caroline. La beauté des couleurs dont il 
brille , lorsqu'il est animé par la chaleur de la vie , 
ainsi que par les feux du soleil, a mérité qu'on le 
comparât aux oiseaux les plus distingués par la variété 
de leurs teintes , la vivacité de leurs nuances , la ma- 
gnificence de leur parure, et particulièrement aux 
perroquets. Les lames qui recouvrent sa tête, montrent 
la diversité des reflets des métaux polis et des pierres 
précieuses ; son iris, couleur de feu, est bordé d'azur; 

1 Goryphaena psittacus. 

ïd. Linné) édition de Gmelin. 

Coryphène perroquet. Baubenton, Encyclopédie méthodique»- 

ïd. Bonnaterre, -planches de l'Encyclopédie méthodique, 

t A la nageoire du dos 3o rayons, 

à chacune des pectorales n 
à chacune des thoracïnes 6 

à celle de l'anus 16 

à celle de la queue 14 



2o6 HISTOIRE NATURELLE. 

des raies longitudinales relèvent le fond des nageoires ; 
et l'on apperçoit vers le dos , au milieu du tronc , 
une tache remarquable par ses couleurs aussi - bien 
que par sa forme, faite en losange, et présentant, en 
quelque sorte, toutes les teintes de Farc-en-ciel , puis- 
qu'elle offre du rouge, du jaune, du verd , du bleu et 
du pourpre. 



LE CORYPHÈNE CAMUS'. 



Le nombre des rajons de la nageoire dorsale, et la 
prolongation de la mâchoire inférieure plus avancée 
que la supérieure, servent à distinguer ce coryphène, 
qui habite dans les mers de l'Asie, et qui, par la forme 
rectiligne de sa nageoire caudale, appartient au troi- 
sième sous-genre des poissons que nous considérons \ 

x Coryphœna sima. 
Ici. Linné; édition de Gmelin. 

Coryphène rechigné. Bonnaterre, -planches de V Encyclopédie rnétho* 
crique. 

a A la nageoire dorsale 3z rayons, 

à chacune des pectorales 16 
à chacune des thoracines 6 
à celle de l'anus 9 

à celle de la queue 1 6 



LE CORYPHÈNE RAYÉ'. 



Le docteur Garden a fait connoître ce poisson, qui 
habite dans les eaux de la Caroline. Ce coryphène a 
la tête rajée transversalement de couleurs assez vives: 
d'autres raies très -petites paroissent sur la nageoire 
du dos, ainsi que sur celle de l'an-us 2 . Les écailles qui 
revêtent le corps et la queue , sont très-grandes. La 
tête n'en présente pas de semblables ; elle n'est cou- 
verte que de grandes lames. L'extrémité antérieure de 
chaque mâchoire est garnie de deux dents aiguës, très- 
longues, et écartées l'une de l'autre; et la forme de la 
nageoire caudale, qui est arrondie, place le rajé dans 
le quatrième sous-genre des coryphènes. 

V ' nu il ■ ■ . 1 '■ , '■ ■ ' I l , i ., ).... I , ' I . h j n i / 

1 Coryphaena ^ineata. 

Ici. Linné j édition de Gmelin. 

Coryphène rayé. Bonnalerre , -planches de l'Encyclopédie méthodique, 

2 A la nageoire du dos * 21 rayons. 

à chacune des pectorales jï 

à chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus i5 

à celle de la queue i£ 



LE CORYPHÈNE CHINOIS*. 



Ce coryphène n'a pas encore été décrit. Nous en 
avons trouvé une figure coloriée et faite avec beaucoup 
de soin , dans ce recueil de peintures chinoises qui 
fait partie des collections du Muséum d'histoire natu- 
relle , et que nous avons déjà cité plusieurs fois. Nous 
lui avons donné le nom de coryphène chinois, pour 
désigner les rivages auprès desquels on le trouve, et 
l'ouvrage précieux auquel nous en devons la connois- 
sance. Sa parure est riche, et en même temps simple, 
élégante et gracieuse. Sa couleur est d'un verd plus 
ou moins clair, suivant les parties du corps sur les- 
quelles il paroît ; mais ces nuances agréables et douces 
sont mêlées avec des reflets éclatans et argentins. 

An reste, il n'est pas inutile de remarquer qu'en 
rapprochant par la pensée les diverses peintures chi- 
noises que l'on peut connoître en Europe, de ce qu'on 
a appris au sujet des soins que les Chinois se donnent 
pour l'éducation des animaux, on se convaincra aisé- 
ment que ce peuple n'a accordé une certaine atten- 
tion, soit dans ses occupations économiques, soit dans 
les productions de ses beaux arts , qu'aux animaux 
utiles à la nourriture de l'homme, ou propres à 

* Coryphsena sinens-is. 

TOME 111. 2J 



£ IO HISTOIRE NATURELLE. 

charmer ses jeux par la beauté de leurs couleurs. Ce 
trait de caractère d'une nation si digne de l'observa- 
tion du philosophe, ne devoit-il pas être indiqué, 
même aux naturalistes? 

Le beau corjphène chinois montre une très-longue 
nageoire dorsale; mais celle de l'anus est assez courte. 
La nageoire caudale est arrondie. De grandes écailles 1 
couvrent le corps, la queue et les opercules. La mâ- 
choire inférieure est relevée et plus avancée que la 
supérieure ; ce qui ajoute aux rapports du chinois 
avec le corjphène camus. 



LE CORYPHÈNE POINTU'. 



Le nom de pointu, que Linné a donné à ce corypnène, 
vient de la forme lancéolée de la nageoire caudale de 
ce poisson ; et c'est à cause de cette même forme , que 
nous avons placé cet osseux dans un cinquième sous- 
genre. Cet animal, qui habite dans les mers de l'Asie, 
a quarante-cinq rayons à la nageoire du dos, et sa 
ligne latérale est courbe \ 

1 Coryphœna acuta. 

Id. Linnéj édition de Gmelin. 

Coryphene pointue. Bonnaterre , -planches de V Encyclopédie métho- 
dique. 

2 A la nageoire du dos 45 rayons. 

à chacune des pectorales 16 
à chacune des thoracines 6 
à celle de l'anus 16 

à celle de la queue 14 



LE CORYPHENE VERD' 5 

E T 

LE CORYPHENE CASQUÉ 3 . 



Nous avons divisé le genre que nous examinons, en 
cinq sous-genres; et nous avons placé les corjphènes 
dans l'un ou l'autre de ces groupes , suivant le degré 
détendue relative, et par conséquent de force pro- 
portionnelle, donnée à leur nageoire caudale, ou, ce 
qui est la même chose, à un de leurs principaux ins- 
trumens de natation, par la forme de cette même 
nageoire, ou fourchue, ou eu croissant, ou rectiligne, 
ou arrondie , ou pointue. Nous n'avons vu aucun indi- 
vidu de l'espèce du coryphène verd , ni de celle du 
coryphène casqué; aucun naturaliste n'a décrit ou 
figuré la forme de la nageoire caudale de Tun ni 
de l'autre de ces deux poissons : nous avons donc été 
obligés de les présenter séparés des cinq sous-genres 

1 Coryphœna viridis. 

Coryphaena virens. Linné j édition de Gmelln. 

Coryphène verte. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique» 

*Cnryphaena galeata. 

Corvphsena clypeata. Linné, édition de Gmelin. 

Coryphène à, bouclier. JBonnaterre 3 planches de l'Encyclopédie métho-. 
clique. 



HISTOIRE NATURELLE. 2 I 3 

que nous avons établis ; et de nouvelles observations 
pourront seules les faire rapporter à celle de ces 
petites sections à laquelle ils doivent appartenir. Tous 
les deux vivent dans les mers de l'Asie ; et tous les 
deux sont faciles à distinguer des autres coryphènes: 
le premier, par un long filament que présente chacune 
des nageoires du dos et de l'anus , ainsi que des tho- 
racines 1 ; et le second, par une lame osseuse située 
au-dessus des jeux, et que F©n< a comparée à une 
sorte de bouclier, ou plutôt de casque. On ignore la 
couleur du casqué ; celle du verd est indiquée par le 
nom de ce coryphène\ 

! A la nageoire du dos 26 rayons, 

à chacune des pectorales i3 
a chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus i3 

à celle de la queue 16 

3 A la nageoire du dos 3z 

à chacune des pectorales 14 

à chacune des thoracines £ 

a celle de l'anus iz 



QUATRE-VINGT-UNIÈME GENRE, 

LES HÉMIPTÉRONOTES. 

Le sommet de la tête très-comprimé, et comme tranchant 
par le haut, ou très-élevé et finissant sur le devant 
par un plan presque vertical, ou terminé antérieure- 
ment par un quart de cercle, ou garni d'écaillés sem- 
blables à celles du dos; une seule nageoire dorsale; et 
la longueur de cette nageoire du dos ne surpassant pas, 
ou surpassant à peine, la moitié de la longueur du corps 
et de la queue pris ensemble. 



ESPÈCES. CARACTÈRES. 

5 Vingt rayons, ou environ,, à la nageoire 
A J 1' ' IL i • ! , . 

du dos; 1 opercule branchial compose de 
deux James ; cinq taches de chaque coté. 

2, L'hémittéron. GMELiN-rQuatorze rayons à la nageoire du dos j huit 
( llemiplexonotus Gmelini.) (, rayons à chacune des thoracines. 



L'HÉMIPTÉRONOTE CINQ-TACHES \ 



-La brièveté de la nageoire dorsale et sa position à 
une assez grande distance de l'occiput, distinguent le 
einq-taches , et les autres poissons qui appartiennent 
au genre que nous décrivons, des coryphènes propre- 
ment dits. Le nom générique àliémiptéronote* désigne 
ee peu de longueur de la nageoire dorsale , et son 
rapport avec la nageoire du dos des coryphènes, qui 



1 Hemipteronotus quinque-maculatus. 

CoTyphœna pentadactyla. Linné, édition de' Gmelin. 

Coiyphène cinq-taches. Daubenton, Encyclopédie méthodique. 

Id. Ronnaterre, -planches de V Encyclopédie méthodique. 

Goryphaena caurlâ a?quali, pinnâ dorsi, radiis uno et viginù, Bloch_, pi. 173. 

B'ennius, macuhs qninqne utrinque versus caput nigris. Act. SlocJch.. 
2740-, p. 460 , tab. 3 , fig. 2. 

Ikan bandan jang swangi. Valent. Amboin. 5, p. 3o^ 1 fig. 67. 

Bandasche cacaloeha. Id. ibid. p. 388 , fig. \%6. 

Hicvier dolfyn. Id. ibid. p. q.35 -, fig. 292. 

Oianje visch met vier vlakken. Renard, Fisc. 1 , p. 23. 

Banda. Jd. 1 , tab. 14 ,/?<<?■. 84. 

Ican banda. Id. 2, tab. 2 , fig, 6„ 

Ican pQtôu'baflda» Id. tab. 2% ,fig. 112; 

Ican banda. Ruysch, Theal. animal, p. 40 , 7?. 8, tab. 20, fig. 8. 

Viif venger v\sch r id es &> phcis pentadactylos. fVilluguby, Append.- 
p. 7 , tab. 8 , fis;. 2. 

Raj. PisC i5o , n. z% 

* hémiptéronote vient de trois mots grecs qui signifient moitié, na- 
geoire , et dos. 



2 I 6 HISTOIRE NATURELLE 

est presque toujours une fois plus étendue. Les osseux 
que nous examinons maintenant , ressemblent d'ail- 
leurs , par beaucoup de formes et d'habitudes , à ces 
mêmes coryphènes avec lesquels on les a confondus 
jusqu'à présent. Le cinq -taches, le poisson le plus 
connu des hémi ptéronotes , habite dans les fleuves de 
la Chine , des Moluques et de quelques autres isles de 
l'archipel indien. Il y parvient communément à la 
longueur de six décimètres ; sa tête est grande ; ses 
jeux sont rapprochés l'un de l'autre, et par consé- 
quent placés sur le sommet de la tête; l'ouverture de 
la bouche est médiocre ; les deux mâchoires sont gar- 
nies d'une rangée de dents aigués, et présentent deux 
dents crochues plus longues que les autres ; l'orifice 
branchial, qui est très-grand, est couvert par un oper- 
cule composé de deux lames ; la ligne latérale s'éloigne 
moins du dos que du ventre ; l'anus est plus près de 
la gorge que de la nageoire caudale , qui est fourchue *; 
des écailles très-petites couvrent les joues, et d'autres 
écailles assez grandes revêtent presque tout le reste 
de la surface du cinq- taches. 

Voici maintenant les couleurs dont la Nature a peint 
ces diverses formes. 

* A la membrane des branchies 4 rayons, 

à la nageoire du dos 21 

à chacune des pectorales i,3 . 
à chacune des thùracines . 6 

à. celle de l'anus i5 

à, celle de la quene if 



DES POISSONS. 217 

La partie supérieure de ranimai est brune; les côtés 
sont blancs ainsi que la partie inférieure ; une raie 
bleue règne sur la tête; l'iris est jaune : des cinq taches 
qui paroissent de chaque côté du corps , la première 
est noire, bordée de jaune, et ronde ; la seconde est 
noire , bordée de jaune , et ovale ; les trois autres 
sont bleues et plus petites. Une belle couleur d'azur 
distingue la nageoire caudale et celle du dos , qui 
d'ailleurs montre un liseré orangé; et deux taches 
blanches sont situées à la base des nageoires thoraeines, 
lesquelles sont , comme les pectorales et comme celle 
jde l'anus, orangées , et bordées de violet ou de pourpre. 

Du brun, du blanc, du bleu, du jaune, du noir, 
de l'orangé, et du pourpre ou du violet, composent 
donc l'assortiment de nuances qui caractérise le cinq- 
taches, et qui est d'autant plus brillant qu'il est ani- 
mé par le poli et le luisant argentin des écailles. Mais 
cette espèce est aussi féconde que belle; aussi va-t-elle 
par très-grandes troupes ; et comme d'ailleurs sa chair 
est agréable au goût , on la pêche avec soin ; on en 
prend même un si grand nombre d'individus, qu'on 
ne peut pas les consommer tous auprès des eaux qu'ils 
habitent. On prépare de diverses manières ces indi- 
vidus surabondans ; on les fait sécher ou saler ; 011 
les emporte au loin ; et ils forment , dans plusieurs 
contrées orientales , une branche de commerce assez* 
analogue à celle que fournit le gade morue dans les 
régions septentrionales de l'Europe et de l'Amérique. 

TOME III. 28 



L'HÉMIPTÉRONOTE GMELIN 



9 



^et hémiptéronote a la nageoire dorsale encore plus 
courte que le cinq-taches; ses mâchoires sont d'ailleurs 
à peu près également avancées. On le pêche dans les 
mers d'Asie; et nous avons cru devoir lui donner un 
nom qui rappelât la recxmnoissance des naturalistes 
envers le savant Gmelin, auquel ils ont obligation de la 
treizième édition du Système de la Nature par Linné. 

* Hemipteronofus Gmelini. 

Coryphsena hemiptera. Linné, édition de Gmelin. 

Coryphène à demi-nageoire. Bonnalerre, planches de l'Encyclopédie- 
méthodique. 



QUATRE-VINGT-DEUXIÈME GENRE. 

LES CORYPHÉNOÏDES. 

JLe sommet de la tête très-comprimé, et comme tranchant 

par le haut, ou très-élevé et finissant sur le devant par 

un plan presque vertical, ou terminé antérieurement 

par un quart de cercle, ou garni a" écailles semblables 

à celles du dos; une seule nageoire dorsale; V ouverture 

des branchies ne consistant que dans une fente trans- 
versale. 

ESPÈCE. CARACTÈRE. 

"Le coryph. hottuynien. f T7 . . ■ . . ■ , , 

{Cor^henoïdes HoUuynii. (V.ngt-quatre rayons à la nageo.re du do*. 



LE CORYPHÉN. HOTTUYNIEN'. 



On trouve dans la mer du Japon, et dans d'autres 
mers de l'Asie, ce poisson que l'on a inscrit parmi les 
coryphènes , mais qu'il faut en séparer, à cause de 
plusieurs différences essentielles , et particulièrement 
à cause de la forme de ses ouvertures branchiales, qui 
ne consistent chacune que dans une fente transver- 
sale. Nous le nommons cory phéno'ide pour désigner les 
rapports de conformation qui cependant le lient avec 
les coryphènes proprement dits; et nous lui donnons 
le nom spécifique àliotliiynien, parce que le natura- 
liste Hottuyn n'a -pas peu contribué à le faire connoître*. 
Il n'a communément que deux décimètres de lon<- 
gueur; les écailles qui le revêtent sont minces; sa 
couleur tire sur le jaune 2 .- 

* Coryphsenoïdes Hottuynii. 

Goryphsena brancliiostega. Linné, édition de Gmelim 
Coryphaena japonica. Ibid.. 
Hottuyn. Act, Haurl. 20, 2 , p. 3i5. 

Coryphène braneliioslege. Bonnaterre, -planches de V Encyclopédie mê<*~ 
ihodicjue. 

? A la nageoire du dos 24 rayons, 

à chacune des pectorales 14 
a. chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus 10 

à. celle de la queue lite 



QUATRE-VINGT-TROISIÈME GENRE. 
LES ASP IDOPH ORES. 

Le corps et la queue couverts d'une sorte de cuirasse' 
écailleuse ; deux nageoires sur le dos; moins de quatre' 
rayons aux nageoires thoracines. 



PREMIER SOUS-GENRE. 

JJn ou plusieurs barbillons à la mâchoire inférieure.- 

ESPÈCE. CARACTÈRES. 

T , , (Plusieurs barbillons à la mâchoire inférieure ;î 

x. L'aspidophore arme. I , .',';. -t , ' 

/ . '.-. 7 , v { la cuirasse a huit pans ; deux verrues* 

{As-pidophorus armât us.) 1 ' 

( écliancrées sur le museau. 

SECOND SOUS-GENRÉ. 
'Point de barbillons à la mâchoire inférieure. 

ES P È CE. C A R A C T Ê R E S. 

sa E'aspidophore lisiza. CLa cuirasse à huit ou plusieurs pans , et*gaï-" 
{Aspidophoms lisiza.) \ nie d'aiguillons. 



L'ASPIDOPHORE ARMÉ 



Nous avons séparé des cottes, les poissons osseux et 
«thoracins dout.le corps et la queue sont couverts de 
plaques ou boucliers très-durs disposés de manière à 
former un grand nombre d'anneaux solides, et dont 
â ensemble compose une sorte de cuirasse, ou de 

* Aspidophorus armatus. 

A pogge , dans le nord de l'Angleterre. 

Cottus cataphractus. Linné, édition de Gmelin. 

■Cotte armé. Daubenton, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique., 

Bloch, pi. 38 , fig. 3 et 4. 

Cottus cirris plurimis, corpore octogone. Artedij gen. 49, spec. 87, 
:syn. 77. 

Cottus cataphractus. Schonev. p, 3o. 

Jonslon, lib. 2, lit. 1 , cap. 9 , tab. 46 ,fig. 5 et 6. 

iCharlet, Onom. p. l52. 

Willughby , Ichthyolog. p. 21.1. 

Raj. p. m- 

JEanii. Suecic. 3,24. 

Briinn. Pisc, Massil. p. 3i , n. 48. 

Miill. Prodrom. Zoolog. Danic. p. 44, n. 48. 

G. Fabric. Faun. Groenland, p. i55, n. 112. 

Mus. Adol. Fr. I , p. 70. 

Gronov. Mus. 1 , p. 46, n. io5 ; et Zooph. p. 79 , n. 2J1. 

Act. ïlelv. 4,/?. 262, n. 140. 

Cottus cataphractus, rostro resimo, etc. Klein, Miss, pisc, 4, p. 42, 
n. 1,. 

Cottus cataphractus. Seba, Mus. 3 , p. 8x , tab. 28 y fig. 6. 

Pogge. Pennantj Bril. Zoolog. 3 7 p. 178, n. 2 , tab, 11, 



HISTOIRE NÂTURELL E. 223 

fourreau à plusieurs faces longitudinales. Nous leur 
avons donné le nom générique à'aspidophore, qui veut 
dire porte-bouclier, et qui désigne leur conformation, 
extérieure. Ils ont beaucoup de rapports, par les traits 
extérieurs qui les distinguent, avec les syngnathes et 
les pégases. Nous ne connaissons encore que deux 
espèces dans le genre qu'ils forment ; et la plus an- 
ciennement ainsi que la plus généralement connue 
des deux, est celle à laquelle nous conservons le nom 
spécifique cYarmé, et qui se trouve dans l'Océan atlan- 
tique. Elle j habite au milieu des rochers voisins des 
sables du rivage ; elle y dépose ou féconde ses œufs 
vers le printemps ; et c'est le plus souvent d'insectes 
marins, de mollusques ou de vers, et particulière- 
ment de crabes , qu'elle cherche à faire sa nourriture. 
La couleur générale de l'armé est brune par -dessus 
et blanche par-dessous. On voit plusieurs taches noi- 
râtres sur le dos ou sur les côtés • d'autres taches 
noires et presque carrées sont répandues sur les deux 
nageoires du dos, dont le fond est gris ; les nageoires 
pectorales sont blanchâtres et tachetées de noir; et 
cette même teinte noire occupe la base de la nageoire 
de l'anus. 

Une sorte de bouclier ou de casque très -solide,, 
écailleux, et même presque osseux, creusé en petites 
cavités irrégulières et relevé par des pointes ou des 
tubercules , garantit le dessus de la tête. Les deux 
mâchoires et le palais sont hérissés de plusieurs rangs 



S 24 HISTOIRE NATURELLE. 

de dents petites et aiguës; un grand nombre de bar- 
billons garnissent le contour arrondi de la mâchoire 
inférieure, qui est plus courte que la supérieure ; 
l'opercule branchial n'est composé que d'une seule 
lame; un piquant recourbé termine chaque pièce des 
anneaux solides dont se forme la cuirasse générale de 
l'animal 3 cette même cuirasse présente huit pans lon- 
gitudinaux , qui se réduisent à six autour de la partie 
postérieure de la queue; la ligne latérale est droite; 
l'auus situé à peu près au-dessous de la première 
nageoire du dos ; la nageoire caudale arrondie ; les 
pectorales sont grandes, et les thoracines longues et 
étroites \ 

L'aspidophore armé parvient communément à une 
longueur de deux ou trois décimètres. 

Nous pensons que l'on doit rapporter à cette espèce 
ïe poisson auquel Olaffe-n et Mii-ller ont donné le nom 
de cotte l?rodame%et qui ne paroît différer par aucun 
trait important, du thoracin qui fait le sujet de cet 
article. 



1 5 rayons non articulés. à la première nageoire du dos. 
7 rayons articulés à la seconde. 

a 5 rayons à chacune des pectorales. 

3 . à chacune des thoracines. 

6 à celle de l'anus. 

IO -à celle de la queue. 

2 -Cottus brodamus. Olaffen, Isl. tom. I , p. S89. 
Id. Mail. Zoolog. Danic. Prodrom. 

£qtte brodame. Bon,naterre , planchés de l'E/icjelopédie méthodique,, 



L'ASPIDOPHORE LISIZA*. 



Pallas a fait connoître ce poisson, qui vit auprès du 
Japon et des isles Kuriles, et qui a beaucoup de rap- 
ports avec larme» 

La tête de cet aspidophore est alongée , comprimée, 
et aplatie dans sa partie supérieure, qui présente d'ail- 
leurs une sorte de gouttière longitudinale. De chaque 
côté du museau, qui est obtus, et partagé en deux 
lobes, on voit une lame à deux ou trois échanerures, 
et garnie surle devant d'un petit barbillon. Les bords 
des mâchoires sont hérisses d'un grand nombre de 
dents j les jeux situés assez près de l'extrémité du. 
museau, et surmontés chacun par une sorte de petite 
corne ou de protubérance osseuse ; et les opercules 
-dentelés ou découpés. 

Une pointe ou épine relève presque toutes les pièces 
dont se composent les anneaux et par conséquent 
l'ensemble de la cuirasse, dans lesquels le corps et la 
queue sont renfermés. Ces pièces offrent d'ailleurs des 
stries disposées comme des rajons autour d'un centre; 

* Aspidophorus lisiza. 

Cottus japonicas. Pallas, Spicileg. zoo'log. 7, p. 3o. 
Ici. Linné, édition de Grnelin. 

Cotte lisiza. Daubenton, Encyclopédie méthodique, 
Id. Bonnaterre j planches de l'Encyclopédie méthodique. 
TOME III. 29 



226 HISTOIRE NATURELLE. 

et les anneaux sont conformés de manière à donner h 
la cuirasse ou à Fétui général une très-grande ressem- 
blance avec une pyramide à huit faces, ou à un plus 
grand nombre de côtés, qui se réduisent à cinq, six, 
ou sept, vers le sommet de la pyramide. 

La première nageoire du dos correspond , à peu 
près , aux pectorales et aux thoracines, et la seconde 
à celle de Fanus. Chacune des thoracines ne comprend 
que deux rayons; ceux de toutes les nageoires sont, 
en général, forts et non articulés ; et l'orifice de Fanus 
est un peu plus près de la gorge que de la nageoire 
caudale *. 

Le fond de la couleur de Faspidophbre que nous 
décrivons, est d'un blanc jaunâtre ; mais le dos, plu- 
sieurs petites raies placées sur les nageoires, une 
grande tache rayonnante située auprès de la nuque ,. 
et des bandes distribuées transversalement ou dans 
d'autres directions sur le corps ou sur la queue , offrent 
une teinte brunâtre. 

La longueur ordinaire du lisiza est de trois ou 
quatre décimètres. 

* A la membrane des branchies 6 rayons^ 

à-la première nageoire du dos 6 

à la seconde nageoire dorsale 7 
à chacune des nageoires pectorales 12 

à chacune des thoracines 2 

à celle de l'anus 8 

à celle^ de la queue 1,2. 



QUATRE-VINGT-QUATRIÈME GENRE. 

LES ASPIDOPHOROÏDES. 

Le corps et la queue couverts dune sorte de cuirasse 
écail/euse; une seule nageoire sur le dos ; moins de 
quatre rayons aux nageoires thoracines. 



espèce. Caractères. 

L'aspidoph.tranquebar. f Quatre rayons à chacune des nageoires pec- 
{Aspidophor. tranquehar.) I torales , et deux à chacune des thoracines. 



L'ASPIDOPHOROÏDE TRANQUEBAR *. 



Les aspidophoroïdes sont séparés des aspidophores 
par plusieurs caractères , et particulièrement par 
l'unité de la nageoire dorsale. Ils ont cependant beau- 
coup de rapports avec ces derniers ; et ce sont ces 
ressemblances que leur nom générique indique. Le 
tranquebar est d'ailleurs remarquable par le très-petit 
nombre de rayons que renferment ses diverses na- 
geoires ; et ce trait de la conformation de ce poisson 
est si sensible, que tous les rayons de la nageoire du, 
dos, de celle de l'anus , de celle de la queue, des deux 
pectorales, et des deux tnoracines , ne montent en- 
semble qu'à trente-deux 2 . 

Cet aspidoplioroïde vit dans les eaux de Tranquebar, 
ainsi que l'annonce son nom spécifique. Sa nourriture 

1 Aspïdophoroïdes tranquebar* 
Bloch, pi. 178,^%". 1 et 2. 

Cottus monopterygius. Linné, édition de Gmelin. 

Cotte, chabot de l'Inde. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthor*- 
dicjiie. 

3 A la membrane des branchies 6 rayons. 
à la nageoire du dos 5 

à chacune des pectorales 14 

à chacune des thoracines » 

à celle de l'anus &> 

à celle de la queue 6 



HISTOIRE NATURELLE. 22g 

ordinaire est composée de jeunes cancres, et de petits 
mollusques, ou vers aquatiques. Il est brun par-dessus, 
gris sur les côtés y et l'on voit sur ces mêmes cotés 
des bandes transversales et des points bruns, ainsi que 
des taches blanches sur la partie inférieure de l'ani- 
mal, et des taches brunes sur la nageoire de la queue 
et sur les pectorales. 

Sa cuirasse est à huit pans longitudinaux > qui se 
réunissent de manière à n'en former que six vers la 
nageoire caudale ; les jeux sont rapprochés du som- 
met de la tête ; la mâchoire supérieure, plus longue 
que l'inférieure, présente deux piquans recourbés en 
arrière ; une seule lame compose l'opercule des bran- 
chies, dont l'ouverture est très-grande; on apperçoit 
sur le dos une sorte de petite excavation longitudi- 
nale ; la nageoire dorsale est au-dessus de celle de 
l'anus, et celle de la queue est arrondie. 



QUATRE-VINGT-CINQUIÈME' GENRE. 

LES COTTES. 

La tête plus large que le corps ; la forme générale un peu 
conique; deux nageoires sur le dos; des aiguillons ou 
des tubercules sur la tête ou sur les opercules des bran- 
cliies; plus de trois rayons aux nageoires thoracines* 



PREMIER SOU S-G ENRE. 
Des barbillons à la mâchoire inférieure, 

ESPÈCE. CARACTÈRES, 

* „ „_ „ „„„„„ .„,„, (Plusieurs barbillons à la mâchoire inférieure; 

J.LE COTTE GROGNANT, I ~ > 

,_ ■ \ \ cette mâchoire plus avancée que la supé^ 

(Cottus grunniens.) \ r x r 

\ rieure. 

SECOND SOUS-GENR E. 
Point de barbillons à la mâchoire inférieure, 

ESPÈCES. CARACTÈRES. 

%. Le cotte scorpion. /"Plusieurs aiguillons sur la tête; le corps par- 
(Cottus scorpius.) I semé de petites verrues épineuses. 



,3. Le cot. quatre-cornss. /-Quatre protubérances osseuses sur le sora- 
(Cotlus quadricornis.) I met de la tête. 

4. Le COTTE RABOTEUX. r_ .. . „„ •', . ,, . ... 

~ i La ligne latérale garnie cl aiguillons. 

[Cottus scaber.) I 



HISTOIRE NATURELLE. 



a3i 



ESPECES. 

5. Le cotte austral. 

{Collus aus traits J) 

6. Le cotte insidiateur, 

[Cottus insidiator.) 

7. Le cotte madégasse. 

[ (Cottus madagascariensis.) 



Le cotte noir. 
[Cottus niger.) 



Le cotte chabot. 
(Cottus go bio.) 



CARACTÈRES. 

/Des aiguillons sur îa tête j des bandes (rans- 
*■ versales , et des raies longitudinales. 

/Deux aiguillons de chaque côté de la tête; 
l des stries sur cette même partie de l'animal. 

Deux aiguillons recourbés de chaque côté de 
la tête; un sillon longitudinal, large et 
profond , entre les yeux j des écailles assez 
grandes sur le corps et sur la queue. 

Un aiguillon de chaque côté de la tête ; la- 
mâchoire inférieure plus avancée que la 
supérieure ; le corps couvert d'écailles- 
rudes j la couleur générale noire ? ou noi- 
râtre. 

S Deux aiguillons recourbés sur chaque oper- 
cule ; le corps couvert d'écaillés à peine- 
visibles. 



LE COTTE GROGNANT 



Presque tons les cottes ne présentent que des cou- 
leurs ternes , des nuances obscures \ des teintes mono- 
tones. Enduits d'une liqueur onctueuse qui retient sur 
leur surface le sable et le limon, couverts le plus 
souvent de vase et de boue, défigurés par cette couche- 
sale et irrégulière, aussi peu agréables par leurs pro- 
portions apparentes que par leurs tégumens , qu'ils dif- 
fèrent, dans leurs attributs extérieurs, de ces magni- 
fiques coryphènes sur lesquels les feux des diamans , 
de l'or, des rubis et des saphirs , scintillent de toutes 
parts , et auprès desquels on dirait que la Nature les 
a placés , pour qu'ils fissent mieux ressortir l'éclatante 
parure de ces poissons privilégiés ! On pourroit être 

r» " ■ . ■. .. . , ». , ii .1 , « i i J t . . j . . m . 1 1 i . m» 

* Cottus grunniens. 
3W. Linné, édition de Ginelin. 
Bloch, pi. 179. 

Cotte grognard. Daubenton, Encyclopédie méthodique» 
-Id. Bonnaterre , planches de V Encyclopédie méthodique. 
Mus. Adolph. Frid. 2 , p.. 6£. 

Gronov. Mus. 1 , p. 46 , n. 106; et Zooph. p. 79 , n. 2.69. 
Seba, Mus. 3 , p. 80 , n. 4 , tab. zS^fig. 4. 

Corystion capite crasso, ore ranse amplo, etc. Klein, Miss,, pisc. 4, 
p. 46, n. 8. 

Marcgr. Brasil. p. 78. 

Willughby, Ichthyol. p. 289, lab. S, 1,1 t fig. ig Append.p. 3 9 tab. 4, 

jDîiguL Raj. Pisc. p. 92 j rc. 7 j et p. i5p , n.. f. 



HISTOIRE NATURELLE. ^33 

tenté de croire que s'ils ont été si peu favorisés lors- 
que leur vêtement leur a été départi, ils en sont, 
pour ainsi dire, dédommagés par une faculté remar- 
quable et qui n'a été accordée qu'à un petit nombre 
d'habitans des eaux , par celle de proférer des sons. 
Et en effet, plusieurs cottes, comme quelques balistes , 
des zées, des trigles et des cobites , font entendre, 
au milieu de certains de leurs mouvemens, une sorte 
de bruit particulier. Qu'il y a loin cependant d'un 
simple bruissement assez foible , très-monotone , très- 
court, et fréquemment involontaire, non seulement 
à ces sons articulés dont les nuances variées et légères 
ne peuvent être produites que par un organe vocal 
très-composé , ni saisies que par une oreille très- 
délicate , mais encore à ces accens expressifs et si 
diversifiés qui appartiennent à un si grand nombre 
d'oiseaux, et même à quelques mammifères! Ce n'est, 
qu'un frôlement que les cottes, les cobites, les trigles, 
les zées, les balistes, font naître. Ce n'est que lorsque, 
saisis de crainte, ou agités par quelque autre affection 
vive , ils se contractent avec force , resserrent subite- 
ment leurs cavités intérieures, chassent avec violence 
les différens gaz renfermés dans ces cavités , que ces 
vapeurs sortant avec vitesse, et s'échappant principa- 
lement par les ouvertures branchiales , en froissent 
les opercules élastiques , et., par ce frottement toujours 
peu soutenu, font naître des sons, dont le degré 
.d'élévation est inappréciable , et qui par conséquent, 
TOME I1J. 3o 



^34 HISTOIRE NATURELLE 

n'étant pas une voix, et ne formant qu'un véritable 
bruit, sont même au-dessous du sifflement des reptiles*.. 

Parmi les cottes, l'un de ceux qui jouissent le plus 
de cette faculté de frôler et de bruire , a été nommé 
grognant, parce que l'envie de rapprocher les êtres 
sans discernement et d'après les rapports les plus 
vagues, qui l'a si souvent emporté sur l'utilité de 
comparer leurs propriétés avec convenance, a fait 
dire qu'il v avoit quelque analogie entre le grogne- 
ment du cochon et le bruissement un peu grave du 
cotte. Ce poisson est celui que nous allons décrire 
dans cet article. 

On le trouve dans les eaux de l'Amérique méridio- 
nale, ainsi que dans celles des Indes orientales. Il est 
brun sur le dos, et mêlé de brun et de blanc sur les* 
côtés. Des taches brunes sont répandues sur ses na- 
geoires, qui sont grises, excepté les pectorales et les 
thoracines, sur lesquelles on apperçoit une teinte 
rougeâtre 2 . 

La surface du grognant est parsemée de pores d'où 
découle cette humeur visqueuse et abondante dont iî 
est enduit , comme presque tous les autres cottes. 



1 Voyez le Discours sur lu nature des poissons. 

X A la première nageoire du dos 3 rayons, 

à la seconde ~r.. 20 

à chacune des nageoires pectorales 22 
à chacune des thoracines 4 

à celle de l'anus iê> 



DES POISSONS. 235 

Malgré la quantité de celte matière gluante dont il 
est imprégné , sa chair est agréable au goût; on ne la 
dédaigne pas: on ne redoute que le foie, qui est regardé 
comme très- malfaisant , que Ton considère même 
comme une espèce de poison; et n'est-il pas à remar- 
quer que, dans tous les poissons, ce viscère est la por- 
tion de l'animal dans laquelle les substances huileuses 
abondent le plus? 

La tête est grande, et les jeux sont petits. L'ouver- 
ture de la bouche est très-large ; la langue lisse, ainsi 
que le palais; la mâchoire inférieure plus avancée que 
3a supérieure, et hérissée d'un grand nombre de bar- 
billons , de même que les côtés de la tête ; les lèvres 
sont fortes ; les dents aiguës, recourbées , éloignées 
Tune de l'autre, et disposées sur plusieurs rangs. Les 
opercules, composés d'une seule lame, et garnis chacun 
de quatre aiguillons, recouvrent des orifices très- 
étendus. L'anus est à une distance presque égale de la 
gorge et de la nageoire caudale, qui est arrondie. 



LE COTTE SCORPION 



C'est dans l'Océan atlantique, et à des distances plus* 
on moins grandes du cercle polaire, que l'on trouve ce 
cotte remarquable par ses armes, par sa force , . par 
son agilité. Il poursuit avec une grande rapidité, et 



* Cottus scorpius. 

Garamassou , à l'embouchure de la Seine. 

Scorpion de mer , dans -plusieurs départemens de France*. 

Hotsimpa , en Suède. 

Skrabba, ibid. 

Skjalryta , ibid* 

Skialryta , ibid. 

Skiolrista, ibid. 

Pinulka , ibid. 

Fisksymp , en "Norvège* 

Vid-kieft, ibid. 

Soë scorpion , ibid. 

Kaniok kanininak, dans le Groenland* 

Kurhahn , dans la Poméranie. 

Donner krote, dans la Livonie.. 

Kamtscha , dans la Sibérie. 

Ulk, en DanemarcK 

Ulka , ibid. 

Wulk, dans quelques contrées dît nord de l'Europe,. 

Donderpad, en Hollande. 

Posthoest y dans la Belgique.- 

Posthoofdt , ibid. 

Father-lasher, sur plusieurs cotes d'Angleterre.. 

Scolping, à Terre-Neuve. 

Cottus scorpius. Linné > édition de Gmelin,- 






HISTOIRE NATURELLE. £07 

par conséquent avec un grand avantage, la proie qui 
fuit devant lui à la surface de la mer. Doué d'une 
vigueur très-digne d'attention dans ses muscles cau- 
daux, pourvu par cet attribut d'un excellent instru- 
ment de natation, s'élançant comme un trait, très- 
vorace , hardi , audacieux même , il attaque avec 
promptitude des blennies , des gades, des clupées, des 
saumons ; il les combat avec acharnement , les frappe 



Cotte scorpion de mer. Dauhenton, Encyclopédie méthodique. 
■ Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 

Autre espèce de scorpion marin. Valinont-Bomare, Dictionnaire ^his- 
toire naturelle. 

Faim. Suecic. 323. 

Ulka. //. Scan. 325. 

Cottus alepidotus, capite polyacantho, etc. Mus. Adolph. Frid. 1 , p. 70. 

Cottus alepidotus, capite polyacantho, etc. Artedij gen. 49, spec. 86 y 
sjn. 77. 

Scorpio marin us , vel scorpius nostras. Schonev. p. 67. 

Scorpius marinus. Jonston, lab. 47, fig. 4 et 5. 

Cottus scorpsenae Bellonii similis. Willughby , p. i38 j et Append. p. z5 y 
lab.X, i5. 

Id. et scorpius virginius. Raj. p. 145, n. 12 ; et 142, n. 3. 

Aldrovand. lib. % , cap. 27 (pro 25), p. 202. 

Gronov. Mus. 1 , p. 46,72. 1045 Act. Helvetic. 4 , p. 262-, n. i3q.j eu 
Zooph- p. 78 , n. 268. 

Blochj pi. 3g. 

Corystion capite maximo , et aculeis valde horrido. Klein, Miss, pisc 
4, p. 47,.". 11, tab. i3, fig. 2 et 3. 

Eisk sympen. Act. Nidros. 2 , p. 3^5, tab. i3 , 14, 

Sea-scorpion. Edw. Glean. tab. 284. 

Seba, Mus. 3, p. 81 , tab. 28, fig. 5. 
Father-lasher, Brit. Zoolog. 3 r p. 179 , n r 3* 



238 HISTOIRE NATURELLE 

vivement avec les piquans de sa tête , les aiguillons 
de ses ^nageoires , les tubercules aigus répandus sur 
son corps, et en triomphe le plus souvent avec d'autant 
plus de facilité, qu'il joint une assez grande taille à l'im- 
pétuosité de ses mouvemens , au nombre de ses dards 
et à la supériorité de sa hardiesse. En effet, nous 
devons croire, en comparant tous les témoignages, 
et malgré l'opinion de plusieurs habiles naturalistes, 
que dans les mers où il est le plus à l'abri de ses 
ennemis, le' cotte scorpion peut parvenir à une lon- 
gueur de plus de deux mètres : ce n'est qu'auprès des 
côtes fréquentées par des animaux marins dangereux 
pour ce poisson, qu'il ne montre presque jamais des 
dimensions très-considérables. L'homme ne nuit guère 
à son entier développement, en le faisant périr avant 
le terme naturel de sa vie. La chair de ce cotte, peu 
agréable au goût et à l'odorat, n'est pas recherchée par 
les pêcheurs; ce ne sont que les habitans peu délicats 
du Groenland, ainsi que de quelques autres froides 
et sauvages contrées du Nord , qui en font quelquefois 
leur nourriture ; et tout au plus tire-t-on parti de son 
foie pour en faire de l'huile, dans les endroits où, 
comme en Norvège, par exemple , il est très-répandu. 

Si d'ailleurs ce poisson est jeté par quelque accident 
sur la grève, et que le retour des vagues , le reflux 
de la marée, ou ses propres efforts, ne le ramènent 
pas promptement au milieu du fluide nécessaire à son 
existence, ji peut résister pendant assez long- temps 



DES POISSONS.. S 

an défaut d'eau , la nature et la conformation de ses- 
opercules et de ses membranes branchiales lui don- 
nant la faculté de clore presque entièrement les orifices 
de ses organes respiratoires , d'en interdire le contact 
à l'air de l'atmosphère, et de garantir ainsi ces organe» 
essentiels et délicats de l'influence trop active , trop 
desséchante, et par conséquent trop dangereuse, de ce 
même fluide atmosphérique. 

C'est pendant l'été que la plupart des cottes scor- 
pions commencent à s'approcher des rivages de la mer;: 
mais communément l'hiver est déjà avancé, lorsqu'ils 
déposent leurs œufs, dont la couleur est rougeâtre. 

Tout leur corps est parsemé de petites verrues en 
quelque sorte épineuses , et beaucoup moins sensibles 
dans les femelles que dans les mâles. 

La couleur de leur partie supérieure varie; elle est 
ordinairement brune avec des raies et des points 
blancs: leur partie inférieure est aussi très-fréquem- 
ment mêlée de blanc et de brun. Les nageoires sont 
rouges avec des taches blanches ; on distingue quel- 
quefois les femelles par les nuances de ces mêrne^ 
nageoires , qui sont alors blanches et rayées de noir,, 
et par le blanc assez pur du dessous de leur corps. 

La tête du scorpion est garnie de tubercules et d ai- 
guillons ; les yeux sont grands, alongés , rapprochée 
l'un de l'autre, et placés sur le sommet de la tête; les 
mâchoires sont extensibles , et hérissées , comme le 
palais y de dents aiguës; la langue est épaisse, courte,, 



^4° HISTOIRE NATURELLE, 

et dure; l'ouverture branchiale très-large; l'opercule 
composé de deux lames; la ligne latérale droite, for- 
mée communément d'une suite de petits corps écail- 
leux faciles à distinguer malgré la peau qui les 
recouvre , et placée le plus souvent au-dessous d'une 
seconde ligne produite par les pointes de petites arêtes : 
la nageoire caudale est arrondie , et chacune des tho- 

racines assez longue*. 

i . .- • i j . . « ... , , _ 

* A la première nageoire du dos 10 rayons. 



à la seconde 


16 


à chacune des pectorales 


17 


à chacune des thoracines 


4 


à celle de l'anus 


12 


à celle de la queue 


18 


Vertèbres dorsales, &V 




Vertèbres lombaires , 2, 




Vertèbres caudales , i5. 





LE COTTE QUATRE-CORNES*. 



Quatre tubercules osseux, rudes , poreux , s'élèvent 
et forment un carré sur le sommet de la tête de ce 
cotte ; ils y représentent , en quelque sorte , quatre 
cornes, dont les deux situées le plus près du museau 
sont plus hautes et plus arrondies que les deux pos- 
térieures. 

Plus de vingt apophyses osseuses et piquantes, mais 
recouvertes par une légère pellicule , se font aussi 
remarquer sur différentes portions de la tête ou du 
corps: on en distingue sur-tout deux au-dessus de la 
membrane des branchies , trois de chaque côté du 
carré formé par les cornes , deux auprès des narines , 
deux sur la nuque, et une au-dessus de chaque na- 
geoire pectorale. 

Le quatre-cornes ressemble d'ailleurs par un très* 



* Cottus quadricornis. 
Horn simpa , en Suède. 

Cottus quadricornis. Linné; édition de Gmelin. 

Cottus scaber tuberculis quatuor corniformibus, etc. Arledij gen. 4§ ? 
spec. 84. 

Cotte quatre-cornes. Daubenlon, Encyclopédie méthodique. 
Ici. Bom7aterre 3 planches de ^Encyclopédie méthodique. 
Faim. Suecic. 321. 

Mus. Adolph. Frid. 1 , p. 7©, tab. 32, fig. 4. 
Cottus scorpioïdes. Ot. Fabric. Faim, Groenland, p. i5y, n. 114. 
TOME 111. 3l 



S 4'2 HISTOIRE NATURELLE 

grand nombre de traits au cotte scorpion : il présente 
presque toutes les habitudes de ce dernier ; il habite 
de même dans l'Océan atlantique septentrional , et 
particulièrement dans la Baltique et auprès du Groen- 
land ; également armé , fort, vorace , audacieux , impru- 
dent , il nage avec d'autant plus de rapidité, qu'il a 
de très-grandes nageoires pectorales *, et qu'il les remue 
très-vivement r il se tient quelquefois en embuscade au 
milieu des fucus et des autres plantes marines , où iï 
dépose des œufs d'une couleur assez pâle; et dans cer- 
taines saisons il remonte les fleuves pour j trouver avec 
plus de facilité les vers, les insectes aquatiques et les 
jeunes poissons dont il aime à se nourrir. 

On dit, au reste , que sa chair est plus agréable à 
manger que celle du scorpion ; il ne parvient pas à une 
grandeur aussi considérable que ce dernier cotte ; et 
les couleurs brunes et nuageuses que présente le do& 
du quatre-cornes , sont plus foncées, sur-tout lorsque 
l'animal est femelle, que les nuances distribuées sur 
la partie supérieure du scorpion. Le dessous du corps 
du cotte que nous décrivons , est d'un brun jaunâtre. 

Lorsqu'on ouvre un individu de cette espèce, on 



* A la première nageoire dorsale 9 rayons, 

à la seconde 14 

à chacune des pectorales 17 

à chacune des thoracines 4 

à celle de l'anus 14^ 

à celle de la queue,. qui est arrondie ,^i.& 



DES POISSONS. 243 

voit sept appendices ou cœcum auprès du pylore ; 
quarante vertèbres à l'épine dorsale; un foie grand» 
jaunâtre, non divisé en lobes , situé du côté gauche 
plus que du côté droit , et adhérent à la vésicule du 
fiel qu'il recouvre ) un canal intestinal recourbé deux 
fois ; un péritoine noirâtre ; et les poches membra- 
neuses des œufs sont de la même couleur. 



LE COTTE RABOTEUX 



Ce poisson habite dans le grand Océan, et particu- 
lièrement auprès des rivages des Indes orientales , où 
il vit de mollusques et de crabes. C'est- un des cottes 
dont les couleurs sont le moins obscures et le moins 
monotones: du bleuâtre règne sur son dos; ses côtés 
sont argentés ; six ou sept bandes rougeâtres forment 
comme autant de ceintures autour de son corps ; ses 
nageoires sont bleues ; on voit trois bandes jaunes sur 
les thoracines 2 ; et les pectorales présentent à leur 
base la même nuance jaune. 

Les écailles sont petites , mais fortement attachées t 
dures et dentelées ; la ligue latérale offre une rangée 
longitudinale d'aiguillons recourbés en arrière; quatre 
piquans également recourbés paroissent sur la tête y 

1 Cottus scaber» 

Ici. Linné, édition de Gmelin. 

Cotte raboteux. Daubenton, Encyclopédie méthodique.. 

Id. Bonnaterre } -planches de l'Encyclopédie méthodique, 

Blochj pi. 180. 

3 A la membrane des branchies 6 rayons, 

à la première nageoire du dos 8 

à la seconde 12 

à chacune des pectorales 18 

à chacune des thoracines 6 

à cejle de l'anus 12 

à celle de la queue 16. 



HISTOIRE NATURELLE. 2,^5 

et indépendamment des rayons aiguillonnés ou non 
articulés qui soutiennent la première nageoire dorsale, 
voilà de quoi justifier l'épithète de raboteux donnée au 
cotte qui fait le sujet de cet article. 

D'ailleurs la tète est alongée , la mâchoire inférieure 
plus avancée que la supérieure , la langue mince, l'ou- 
verture de la bouche très-grande , et l'orifice branchial 
très-large. 



LE COTTE AUSTRAL*. 



Nous plaçons ici la notice d'un cotte observé dans le 
grand Océan équinoxial , et auquel nous conservons 
le nom spécifique d'austral , qui lui a été donné dans 
l'Appendix du Voyage de FAnglois JeanWhite à la Nou- 
velle-Galles méridionale. Ce poisson est blanchâtre \ il 
présente des bandes transversales dune couleur livide, 
et des raies longitudinales jaunâtres; sa tête est armée 
d'aiguillons. L'individu de cette espèce dont on a donné 
la figure dans le Vojage que nous venons de citer, 
n'avoit guère qu'un décimètre de longueur. 

* Cottus australis. 

Id. Appendix du Voyage à la Nouvelle-Galles méridionale > par Jean 
White, -premier chirurgien de l'expédition commandée par le capitaine 
Philipp, p. 265 , pi. 5z , fig. i. 



LE COTTE INSIDIATEUR-. 



Ce cotte se couche dans le sable; il s'y tient en embus- 
cade pour saisir avec plus de facilité les poissons 
dont il veut faire sa proie ; et de là vient le nom qu'il 
porte. On le trouve en Arabie ; il j a été observé par 
Forskael , et ilj parvient quelquefois jusqu'à la longueur 
de six ou sept décimètres. Sa tète présente des stries 
relevées -, et deux aiguillons de chaque côté. Il est gris 
par-dessus et blanc par-dessous ; la queue est blanche : 
l'on voit d'ailleurs sur cette même portion de l'animal 
uue tache jaune et échancrée , ainsi que deux raies iné- 
gales, obliques et noires; et de plus le dos est parsemé 
de taches et de points bruns \ 



1 Coltus insidiator. 

Id. Linné, édition de Gmelin. 

Forskael; Faun. Arab.p. 25, n. 8. 

Cotte rakc d. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique, 

? A la membrane des branchies 8 rayons, 
à ]a première nageoire dorsale 8 
à la seconde i3 

à chacune des pectorales ig 

à chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus 14 

& celle de la queue iS 



LE COTTE MADÉGASSE 



La description de ce cotte n'a point encore été 
publiée; nous en avons trouvé une courte notice dans 
les manuscrits de Commerson , qui l'a observé auprès 
du fort Dauphin de l'isle de Madagascar, et qui nous 
en a laissé deux dessins très-exacts , l'un représentant 
Tanimal vu par-dessus, et l'autre le montrant vu par- 
dessous. 

Ce poisson, qui parvient à quatre décimètres ou 
environ de longueur , a la tête armée , de chaque côté , 
de deux aiguillons recourbés. De plus , cette tête , qui 
est aplatie de haut en bas , présente dans sa partie 
supérieure un sillon profond et très-large , qui s'étend 
longitudinalement entre les jeux , et continue de 
s'avancer entre les deux opercules , en s'y rétrécissant 
cependant. Ce trait seul sufKroit pour séparer le ma- 
dégasse des autres cottes. 

D'ailleurs son corps est couvert d'écaillés assez 
grandes ; son museau arrondi , et la mâchoire infé- 
rieure plus avancée que la supérieure. Les yeux , très- 
rapprochés l'un de l'autre, sont situés dans la partie 
supérieure de la tête ; les opercules sont pointillés ; 



* Cottus spinis quatuor lateralibus retrovevsis , caudâ variegalâ; Tel 
capite retrorsum tetracantho , suico inter oculos longitudinal! lato et pro» 
funclo. Commerson } manuscrits déjà cités» 



//' 







Ve <Sel-'^^^^ 



l/i'U^tey JojJ 



HISTOIRE NATURELLE; 249 

la première nageoire du dos est triangulaire * ; l'anus 
plus proche de la gorge que de la nageoire caudale ; 
et cette dernière nageoire paroît, dans les deux figures 
du madégasse réunies aux manuscrits de Commerson, 
et que nous avons fait graver , paroît, dis-je, dou- 
blement échancrée, c'est-à-dire, divisée en trois lobes 
arrondis ; ce qui donneroit une conformation extrê- 
mement rare parmi celles des poissons non élevés en 
domesticité. 



* 8 rayons aiguillonnés à la première nageoire du dos. 
ï3 rayons articulés à la seconde. 
12 à chacune des pectorales. 

5 ou 6 à chacune des thoracines. 

JLa nageoire de l'anus est très-étroite. 



TOME HT. , 32 



LE COTTE NOIR*. 



Voici le précis de ce que nous avons trouvé dans les 
manuscrits de Commerson au sujet de ce cotte, qu'il 
a observé , et qu'il ne faut confondre avec aucune des 
espèces déjà connues des naturalistes. 

La grandeur et le port de ce poisson sont assez 
semblables à ceux du gobie noir; sa longueur ne va 
pas à deux décimètres. La couleur générale est noire, 
ou d'un brun noirâtre : la seconde nageoire du dos ,. 
celle de l'anus et celle de la queue sont bordées d'un 
liséré plus foncé, ou pointillées de noir ; la première 
nageoire dorsale présente plusieurs nuances de jaune, 
et deux bandes longitudinales noirâtres ; et le noir 
ou le noirâtre se retrouve encore sur l'iris. 

La tête épaisse, plus large par-derrière que la partie 
antérieure du corps , et armée d'un petit aiguillon de 
chaque côté , paroît comme gonflée à cause des dimen- 
sions et de la figure des muscles situés sur les joues , 
c'est-à-dire, au-dessus de la région des branchies. Le 
museau est arrondi ; l'ouverture de la bouche très- 
grande; la mâchoire inférieure pins avancée que la 

* Cottus niger. 
Le peut cabot noir. 

Cottus nigricans , squamosus , scaber, aculeo obscuro in capite utrin^ 
que. Commersorif manuscrits déjà cités,. 



HISTOIRE NATURELLE. â5 1 

supérieure; celle-ci facilement extensible ; chacune de 
ces deux mâchoires garnie de dents courtes, serrées, et 
semblables à celles que l'on voit sur deux éminences 
osseuses placées auprès du gosier ; le palais très- 
lisse , et tout le corps revêtu, de même que la queue, 
d'écaillés très-rudes au toucher. 



LE COTTE CHABOT 



On trouve ce cotte dans presque tous les fleuves et 
tous les ruisseaux de l'Europe et de l'Asie septentrionale 
dont le fond est pierreux ou sablonneux. Il j parvient 

* Cottus gobio. 

Sten simpa, en Suéde. 

Sien lake , ibid. 

Bull-head , en Angleterre. 

Millers thumb , ibid. 

Messôre , dans plusieurs contrées de l'Italie. 

Capo grosso , ibid. 

Tête d'âne , dans plusieurs déparlemens méridionaux de France.. 

Ane, ibid. 

Cottus gobio. Linné, édition de Gmelin. 

Cotte chabot. Duubenton , Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique, 

Bloch, pi. 2>2>)fig. i et 2. 

Miill. Prodrom. Zoolog. Danic.p. 44, n. 368. 

Ot. Fabric. Faim. Groenland, p. 15c, n. H 5. 

Cottus alepidotus, glaber, capite diacantho. Artedi, gen. 48, spec. &, 
syn. 76. 

Eoitoç, et xoiroç. Arist. lib. 4, cap. 8. 

Cottus. Gaza, Arist. 

Chabot. Rondelet, des poissons de rivière, chap. 2%. 

Cottus, seu gobio fluviatilis capitatus. Gesn. p. 400, 401, et 477* ef 
(germ.) fol. 162, a. 

Capitatus auctorum, Cuba, lib. 3, cap. 38, fol. 79, b. 

Citus. Salvian.. Aqual. fol. 216. 

Willughby , p. 137, tab. H, 3-,fîg. 3. 

Gofcius ûuviatilis , sïve capitatus, Aldrovand, lib* 5, cap, 2.8, p. 61 3» 



HISTOIRE NÀT U R ELLE. â53 

jusqu'à la longueur de deux décimètres *. Il s j tient 
souvent caché parmi les pierres , ou dans une espèce 
de petit terrier ; et lorsqu'il sort de cet asyle ou de 
cette embuscade , c'est avec une très-grande rapidité 
qu'il nage , soit pour atteindre la petite proie qu'il pré- 
fère , soit pour échapper à ses nombreux ennemis. Il 
aime à se nourrir de très-jeunes poissons , ainsi que de 
vers et d'insectes aquatiques ; et lorsque cet aliment 
lui manque , il se jette sur les œufs des diverses espèces 
d'animaux qui habitent dans les eaux qu'il fréquente. 
Il est très-vorace ; mais la vivacité de ses appétits est 
trop éloignée de pouvoir compenser les effets de la 
petitesse de sa taille , de ses mauvaises armes et de 

Gobius fluvîatilis Gesneri. Raj. p. 76 , n. A. 

Gobius capitatus. Jonston, lib. 3 , lit. 1 , cap. 10 , a. 2 , tab. 29,^. 11. 
Gobio capitatus. Char l. p. i5j. 

Chabot. Falmont-Bnmare, Dictionnaire d'histoire naturelle. 
Cottus alepidofus , capite plagioplateo , lato , obtuso , etc. Gronov. Mus, 
s. , p. 14 , 77. 166. 

Percis capite Isevi, et brevis , etc. Klein, Miss. Fisc. p. 43, n. 17. 

Gobius fluviatilis alter. Bellon, Aquat. p. 32i. 

Gobio fluviatilis capitatus. Marsigli , Danub. 4, p. j3 r tab. 24 r fig. 2,. 

Bull-head. Brit. Zoolog. 3, p. 177, t. 11. 

Rotz kolbe. Mejetj Thierb. 2, /), 4, tab. 12. 



t 



* A la membrane des branchies 4 rayons. 
à la première nageoire dorsale 7 

à la seconde 17 

à chacune des pectorales 14 

à chacune des thoracines 4 

à celle de l'anus- 12- 

à celle de la queue i& 



^54 HISTOIRE NATURELLE 

son peu de force ; et il succombe fréquemment sous 
la dent des perches, des saumons, et sur -tout des 
brochets. La bonté et la salubrité de sa chair , qui 
devient rouge par la cuisson comme celle du saumon 
et de plusieurs autres poissons délicats ou agréables 
au goût, lui donnent aussi l'homme pour ennemi. Dès 
le temps d'Aristote , on savoit que pour le prendre 
avec plus de facilité , il falloit frapper sur les pierres 
qui lui servoient d'abri , qu'à l'instant il sortoit de sa 
retraite , et que souvent il venoit, tout étourdi par le 
coup , se livrer lui-même à la main ou au filet du 
pêcheur. Le plus souvent ce dernier emploie la nasse*, 
pour être plus sûr d'empêcher le chabot de s'échapper. 
Il faut saisir ce cotte avec précaution lorsqu'on veut 
le retenir avec la main: sa peau très -visqueuse lui 
donne en effet la faculté de glisser rapidement entre 
les doigts. Cependant, malgré tous les pièges qu'on lui 
tend , et le grand nombre d'ennemis qui le pour- 
suivent , on le trouve fréquemment dans plusieurs 
rivières. Cette espèce est très-féconde. La femelle, plus 
grosse que le mâle, ainsi que celles de tant d'autres 
espèces de poissons, paroît comme gonflée dans le temps 
,où ses œufs sont près d'être pondus. Les protubérances 
formées par les deux ovaires, qui se tuméfient, pour 
ainsi dire , à cette époque , en se remplissant d'un 



* Voyez la description de la nasse dans l'article du péiromyzon lam- 
proie . 



D £ S F O I S S O N s. $55 

très-grand nombre d'œufs , sont assez élevées et assez 
arrondies pour qu'on les ait comparées à des ma- 
melles; et comme une comparaison peu exacte conduit 
souvent à une idée exagérée, et une idée exagérée à 
une erreur , de célèbres naturalistes ont écrit que la 
femelle du chabot avoit non seulement un rapport â& 
forme , mais encore un rapport d'habitude, avec les 
animaux à mamelles , qu'elle cou voit ses œufs , et 
qu'elle perdoit plutôt la vie que de les abandonner. 
Pour peu qu'on veuille rappeler ce que nous avons* 
écrit* sur la manière dont les poissons se reproduisent,., 
on verra aisément combien on s'est mépris sur le but 
de quelques actes accidentels d'un petit nombre d'in- 
dividus soumis à l'influence de circonstances pas- 
sagères et très - particulières. On a pu observer des 
chabots femelles et même des chabots mâles se retirer^ 
se presser , se cacher dans le même endroit où des 
œufs de leur espèce avoient été pondus , les couvrir 
dans cette attitude, et conserver leur position malgré 
un grand nombre d'efforts pour la leur faire quitter. 
Mais ces manœuvres n'ont point été des soins attentifs 
pour les embryons qu'ils avoient pu produire ; elies 
se réduisent à des signes de crainte, à des précautions 
pour leur sûreté; et peut-être même ces individus 
auxquels on a cru devoir attribuer une tendresse 
constante et courageuse, n'ont-ils été surpris que prêts 



* "Voyez le Discours sur lu nature des poissons.. 



256 HISTOIRE NATURELLE 

à dévorer ces mêmes œufs qu'ils paroissoient vouloir 
réchauffer , garantir et défendre. 

Au reste , les écailles dont la peau muqueuse du 
chabot est revêtue , ne sont un peu sensibles que par 
le moyen de quelques procédés ou dans certaines 
circonstances : mais si la matière écailleuse ne s'étend 
pas sur son corps en lames brillantes et facilement 
visibles , elle s'y réunit en petits tubercules ou verrues 
arrondies. Le dessous de son corps est blanc : le mâle 
est, dans sa partie supérieure, gris avec des taches 
brunes ; et la femelle brune avec des taches noires. Les 
nageoires sont le plus souvent bleuâtres et tachetées de 
noir ; les thoracines de la femelle sont communément 
variées de jaune et de brun. 

r Les yeux sont très - rapprochés l'un de l'autre. Des 
dents aiguës hérissent les mâchoires , le palais et le 
gosier ; mais la langue est lisse. Chaque opercule ne 
présente qu'une seule pièce et deux aiguillons recour- 
bés. La nageoire caudale est arrondie. 

On voit de chaque côté les deux branchies intermé- 
diaires garnies , dans leur partie concave , de deux rangs 
de tubercules. Le foie est grand , non divisé , jau- 
nâtre , et situé en grande partie du coté gauche de 
l'animal; l'estomac est vaste. Auprès du pylore sont 
attachés quatre cœcum ou appendices intestinaux ; le 
canal intestinal n'est plié que deux fois ; les deux laites 
des mâles et les deux ovaires des femelles se réunissent 
^ers l'anus , et sont contenus dans une membrane 



DES POISSONS. %5j 

dont îa couleur est très-noire , ainsi que celle du péri- 
toine ; les reins et la vessie urinaire sont très -étendus 
et situés dans le fond de l'abdomen. 

On compte dans la charpente osseuse du chabot 
trente-une vertèbres; et il y a environ dix côtes de 
chaque côté. 



TOME II T. 33 



QUATRE-VINGT-SIXIÈME GENRE. 
LES SCORPÈNE S. 

La tête garnie d'aiguillons, ou de protubérances, ou de 
barbillons, et dépourvue de petites écailles ; une seule 
nageoire dorsale* 



PREMIER SOUS-GENRE. 
Point de barbillons. 

ESPÈCES. CARACTÈRES. 

i. La scorpène horrible. f_ . . ... 

..„ , . ., "\ ) Le corps garni de tubercules gros et calleux* 

[Scorpœna horrida.) I s ° 

2. La SCORPÈNE africaine. j-Quatre aiguillons auprès de chaque œil; la 

{Scorpœna africana.) \ nageoire de la queue presque rectiligne. 

3. La scorpène épineuse. r_ .... . , ,,■■,. , , 

. . . < Des aiguillons le long de la hsne latérale. 

[Scorpœna spinosa.) (. 

{ Quatre aiguillons recourbés et très-forts au- 

4.LASC0RP. AIGUILLONNÉE.! -, , 111 1 1 

' J dessous des yeux ; les deux James de chaque 

(Scorpœna acuUaia.\ \ 1 , 

v r l opercule garnies de ptquans. 

5. La SCORP. MARSEILLOISE. (Plusieurs aiguillons sur la tête; un sillon ou 
[Scorpœna massiliensis.) I enfoncement entre les yeux. 

La mâchoire inférieure repliée sur la mâ- 
choire supérieure; un filament double et 
très long, à l'origine de la nageoire dor- 
sale. 



6. LA S. DOUBLE-FILAMENT. 

{Scorpœna bicirrata.) 



HISTOIRE 

ESPÈCE. 



NATURELLE. 



25c 



7. La scorpène erachiqn. 
(Scorpœna brachion.) 



CARACTERES. 

La mâchoire inférieure repliée sur la supé- 
rieure 5 point de filament ; les nageoires 
pectorales basses , mais très-larges , atta- 
chées à une grande prolongation charnue, 
et composées de vingt-deux rayons. 



SECOND SOUS-GENRE. 



Des barbillons. 



ESPÈCES. 

. LA SCORPENE BARBUE, 
(Scorpœna barbata.) 

. La scorpène rascasse 

{Scorpœna rascassa.) 

. La scorpène mahé.) 
{Scorpœna mahe.) 

. La scorpène truie. 
[Scorpœna scrofa.) 



12. La scorpène plumier. 

-v - 
(Scorpœna Plumieri.) 



•ï3. La scorp. américaine 

(Scorpœna americana.) 



14. La scorp. didactyle 
(Scorpœna didaclyla.) 



CARACTÈRES. 

Deux barbillons à la mâchoire inférieure; 
des élévations et des enfoncemens sur la 
tête. 
. f Des barbillons auprès des narines et des yeux ; 
l la langue lisse. 

[Cinq ou six barbillons à la mâchoire supé- 
1 rieure ;- deux barbillons à chaque opercule. 

{Des barbillons à la mâchoire inférieure, et 
Je long de chaque ligne latérale ; la langue 
hérissée de petites dents. 

Quatre barbillons frangés à la mâchoire su- 
périeure ; quatre autres entre les yeux ; 
d'autres encore le long de chaque ligne 
latérale ; des piquans triangulaires sur la 
tête et les opercules. 

Deux barbillons à la mâchoire supérieure ; 
cinq ou six à l'inférieure ; la partie pos- 
térieure de la nageoire du dos, la nageoire 
de l'anus, celle de la queue, et les pec- 
torales, très-arrondies. 

("Deux rayons séparés l'un de l'autre, auprès 

l de chaque nageoire pectorale. 



2ÔO HISTOIRE NATURELLE. 

ESPÈCES. CARACTÈRES. 

(Des appendices articulés , placés auprès des 

i5. La scorp. antennée. I i ' , • i 

yeux j les rayons des nageoires pectorales , 



(Scorvcena antennata.) s j i i i L j 1 

v ' ' I de la longueur du corps et de la queue. 

■{' 



i6. La scorpène volante. [Les nageoires pectorales plus longues que le 
(Scorpœna volitans.) \ corps. 




— ^ - - ^ 




" 



LA SCORPÈNE HORRIBLE*- 



On diroit que c'est dans les formes très-composées , 
singulières, bizarres en apparence, monstrueuses V 
horribles, et, pour ainsi dire, menaçantes, de la plu- 
part des scorpènes, que les poètes , les romanciers, les 
mythologues et les peintres ont cherché les modèles 
des êtres fantastiques, des larves, des ombres évoquées 
et des démons , dont ils ont environné leurs sages 
enchanteurs , leurs magiciens redoutables et leurs 
sorciers ridicules ; ce n'est même qu'avec une sorte de 
peine que l'imagination paroît être parvenue à sur- 
passer ces modèles, à placer ses productions menson- 
gères au-dessus de ces réalités, et à s'étonner encore 
plus des résultats de ses jeux que des combinaisons 
par lesquelles la Nature a donné naissance au genre 
que nous examinons. Mais si en façonnant les scorpènes 
la Nature a donné un exemple remarquable de l'infinie 



* Scorpsena horsrida. 

Scorpaena horrida. Linné 3 édition de Gnieïîn- 
B loch s pi. i83. 

Scorpène crapaud. Danbenton 3 Encyclopédie méthodique. 
Id. Bonnaterre 3 planches de P Encyclopédie méthodique. 
Perça alepidota , dorso monopterygio , capite cavernato tuberculato, etci 
Gronov. Zooph. p. 88, n. 2.0)2. , lab. n , 12 , i3, fig. 1. 

Ifcan swangi bezar, de groote to* erviscli. Valent. Ihd. 3 , p, "iyy-,fig. 170; 
Ikan swangi touwa. Kenard y Poisa. 1 , pi. ?>%fig<. 199,. 



2Ô2 HISTOIRE NATURELLE 

variété que ses ouvrages peuvent présenter, elle a 
montré d'une manière bien plus frappante combien 
sa manière de procéder est toujours supérieure à celle 
de Fart; elle a imprimé d'une manière éclatante sur 
ces scorpènes, comme sur tant d'autres produits de sa 
puissance créatrice , le sceau de sa prééminence sur 
l'intelligence humaine : et cette considération n'est-elle 
pas d'une haute importance pour le philosophe? Le 
génie de l'homme rapproche ou sépare, réunit ou 
divise, anéantit, pour ainsi dire, ou reproduit tout ce 
qu'il conçoit : mais de quelque manière qu'il place à 
côté les uns des autres ces êtres qu'il transporte à son 
gré, il ne peut pas les lier complètement par cette 
série infinie de nuances insensibles, analogues et inter- 
médiaires, qui ne dépendent que de la Nature; le grand 
art des transitions appartient par excellence à cette na- 
ture féconde et merveilleuse. Lors même qu'elle associe 
les formes que la première vue considère comme les 
plus disparates , soit qu'elle en revête. ces monstruosités 
passagères auxquelles elle refuse le droit de se repro- 
duire, soit qu'elle les applique à des sujets constans qui 
se multiplient et se perpétuent sans manifester de 
changement sensible, elle les coordonne, les grouppe 
et les modifie d'une telle manière , qu'elles montrent 
facilement à une attention un peu soutenue une sorte 
d'air général de famille, et que d'habiles dégrada- 
tions ne laissent que des rapports qui s'attirent, à la 
place de nombreuses disconvenauces qui se repousse- 
roi eut. 



DES POISSONS. 263 

La scorpène horrible offre une preuve de cette ma" 
nière d'opérer , qui est un des grands secrets de la 
Nature. On s'en convaincra aisément, en examinant 
la description et la figure de cet animal remarquable. 

Sa tête est très-grande et très-inégale dans sa sur- 
face : creusée par de profonds sinus, relevée en d'autres 
endroits par des protubérances très-saillantes, hérissée 
d'aiguillons, elle est d'ailleurs parsemée, sur les côtés, 
de tubercules ou de callosités un peu arrondies , et 
cependant irréguîières et très -inégales en grosseur. 
Deux des plus grands enfoncemens qu'elle présente, 
sont séparés, par une cloison très-incîinée, en deux creux 
inégaux et irréguliers, et sont placés au-dessous des 
Veux, qui d'ailleurs sont très-petits, et situés chacun 
dans une proéminence très-relevée et un peu arrondie 
par le haut; sur la nuque s'élèvent deux autres protu- 
bérances comprimées dans leur partie supérieure , an- 
guleuses , et qui montrent sur leur côté extérieur une 
cavité assez profonde ; et ces deux éminences réunies 
avec celles des jeux, forment, sur la grande tête de 
l'horrible, quatre sortes de cornes très -irréguîières ,, 
très-frappantes, et, pour ainsi dire, hideuses. 

Les deux mâchoires sont articulées de manière que 
lorsque la bouche est fermée, elles s'élèvent presque 
verticalement, au heu de s'étendre horizontalement: 
la mâchoire inférieure ne peut clore la bouche qu'en 
se relevant comme un battant ou comme une sorte 
de pont-levis, et en dépassant même quelquefois en 



SÔ4 HISTOIRE NATURELLE 

arrière la ligne verticale, afin de s'appliquer plus exac- 
tement contre la mâchoire supérieure ; et quand elle 
est dans cette position, et qu'on la regarde par-devant, 
elle ressemble assez à un fer-à-cheval : ces deux mâ- 
choires sont garnies d'un grand nombre de très-petites 
dents, ainsi que le gosier. Le palais et la langue sont 
lisses; cette dernière est, de plus, large, arrondie, et 
assez libre. On la découvre aisément, pour peu que 
la scorpène rabatte sa mâchoire inférieure et ouvre 
•sa grande gueule; l'orifice branchial est aussi très-large. 

Les trois ou quatre premiers rayons de la nageoire 
du dos y très-gros-, très-difformes, très-séparés l'un de 
l'autre, très -inégaux , très - irréguliers , très-dénués 
d'une véritable membrane , ressemblent moins à des 
piquans de nageoire qu'à des tubérosités branchues, 
dont le sommet néanmoins laisse dépasser la pointe de 
l'aiguillon *; la ligne latérale suit la courbure du dos. 

Le corps et la queue sont garnis de tubercules calleux 
semblables à ceux qui sont répandus sur la tête ; et 
l'on en voit d'analogues, mais plus petits, non seule- 
ment sur les nageoires pectorales, qui sont très-longues, 
mais encore sur la membrane qui réunit les rayons 
•de la nageoire dorsale. 

* 5 rayons à la membrane des branchies. 
i3 rayons non articulés et sept rayons articulés à la nageoire du dos, 
i6 rayons à chacune des pectorales. 
6 rayons à chacune des thoracines. 
3 rayons non articulés et 6 articulés à celle de l'anus. 
£2 rayons à celle de la -queue. 



DES POISSONS. 2Ô5 

La nageoire de la queue est arrondie et rayée; la 
couleur générale de ranimai est variée de brun et de 
blanc ; et c'est dans les Indes orientales que l'on ren- 
contre cette espèce, qui se nourrit de crabes et de 
mollusques, sur laquelle, au milieu de rapprochemens 
bizarres en apparence et cependant merveilleusement 
concertés, des formes très-disparates au premier coup 
d'œil se liant par des dégradations intermédiaires et 
bien ménagées, montrant des parties semblables où 
l'on n'avoit d'abord soupçonné que des portions très- 
différentes, paroissent avoir été bien plutôt préparées 
les unes pour les autres que placées de manière à se 
heurter, pour ainsi dire, avec violence , mais dont l'en- 
semble, malgré ces sortes de précautions, repousse 
tellement le premier regard , qu'on n'a pas cru la 
dégrader en la nommant horrible , en l'appelant de plus 
crapaud de mer, et en lui donnant ainsi le nom d'un 
des animaux les plus hideux. 



T.O.ME II r. 



LA SCORPÈNE AFRICAINE'. 



On rencontre auprès du cap de Bonne-Espérance et 
de quelques autres contrées de l'Afrique, cette scorpène 
dont la longueur ordinaire est de quatre décimètres; 
elie est revêtue d écailles petites, rudes, et placées les 
unes au-dessus des autres comme les ardoises des toits» 
Les jeux sont situés sur les côtés de la tête , qui est 
grande et convexe; une prolongation de l'épidémie les 
couvre comme un voile transparent; l'ouverture de 
la bouche est très-large; les deux mâchoires sont 
également avancées ; deux lames composent chaque 
opercule ; quatre pointes garnissent la supérieure ;, 
l'inférieure se termine en pointe du côté de la queuej 
et le dos est arqué ainsi que caréné \ 



1 Scorpœna africana. 

Seorpeena capensis, Linné, édition de Gmelin». 

Gronov. Zooph. p. 88 , n. 2g3. 

* 6 rayons à la membrane des branchies. 
J4 rayons non articulés et 12 rayons articulés à la nageoire du dos. 
18 rayons à chacune des pectorales. 

I rayon non articulé et 5 rayons articulés à chacune des tlioracines*. 

3 rayons non articulés et 6 rayons articulés à celle de l'anus* 
1.2 rayons à celle de la queue. 



LA SCORPÈNE ÉPINEUSE*. 



.Le corps de ce poisson est comprimé; des aiguillons 
paroissent sur sa tête; sa ligne latérale est d'ailleurs 
hérissée de pointes, et sa nageoire dorsale, plus étendue 
encore que celle de la plupart des seorpènes, règne 
depuis l'entre-deux des jeux jusqu'à la nageoire cau- 
dale. 



* Scorpaena spinosa. 

ïd. Linné, édition de Gmelin. 

Ind. Mus. Linck. i , p. 4t. 



LA SCORPÈNE AIGUILLONNÉE'. 



La description de cette espèce n'a encore été publiée 
par aucun auteur; nous en avons vu des individus 
dans la collection de poissons secs que renferme le 
Muséum national d'histoire naturelle. Quatre aiguil- 
lons recourbés vers le bas et en arrière paroissent au- 
dessous des jeux; ces pointes sont d'ailleurs très-fortes, 
sur-tout la première et la troisième ; des piquans 
garnissent les deux lames de chaque opercule : la 
partie des nageoires du dos et de l'anus, que des rayons 
articulés soutiennent, est plus élevée que l'autre por- 
tion ; elle est de plus arrondie comme les pectorales r 
et comme la nageoire de la queue \ 



1 Scorpseua aculeata. 

1 10 rayons non articulés et 18 rayons articulés à l'a nageoire dorsale. 
17 rayons à chacune des pectorales. 

1 rayon non articulé et 5 rayons articulés à chacune des thoraciues.. 

2 rayons non articulés et 14 rayons articulés à celle de l'anus.. 
16 rayons à celle de la queue. 



LA SCORPÈNE MARSEILLOISE ". 



Ce poisson a beaucoup de rapports avec les cottes y 
parmi lesquels il a même été inscrit, quoiqu'il n'offre 
pas tous les caractères essentiels de ces derniers , et 
qu'il présente tous ceux qui servent à distinguer les 
scorpènes. Il ressemble particulièrement au cotte scor- 
pion, dont il diffère néanmoins par plusieurs traits, 
et notamment par l'unité de la nageoire dorsale, qui 
est double au contraire sur le scorpion. 

La tête du marseillois est armée de plusieurs piquans ; 
un sillon est creusé entre ses deux jeux, et son nom 
indique la contrée arrosée par la mer dans laquelle 
on le trouve \ 



' Scorpsena massiliensis. 

Cottus massiliensis. Linné, édition de Gmelin, 

* 12 rayons non articulés et xo rayons articulés à. la nageoire dorsale. 
17 rayons à cliacune des nageoires pectorales. 
1 rayon non articulé et 5 rayons articulés à chacune des nageoires 

thoracines. 
3 rayons non articulés et 6 rayons articulés à celle de l'anus* 
•&Z, rayons à la nageoire de la queue. 



LA SCORPÈNE DOUBLE-FILAMENT*. 



jNous devons la comioissance de ce poisson au voya- 
geur Comraerson, qui nous en a laissé une figure 
très-exacte que nous avons cru devoir faire graver. 
Cet animal est couvert d'écaillés si petites, que l'on 
ne peut les voir que très -difficilement. La tête est 
grosse, un peu aplatie par-dessus, garnie de protubé- 
rances; et la mâchoire inférieure est tellement relevée, 
repliée et appliquée contre la supérieure , qu'elle 
dépasse beaucoup la ligne verticale , et s'avance du^ 
côté de la queue au-delà de cette ligne, lorsque la 
bouche est fermée. Au reste , ces deux mâchoires sont 
arrondies dans leur contour. Les jeux sont extrême- 
ment petits et très-rapprochés; les nageoires pectorales 
très -larges , et assez longues pour atteindre jusque 
vers le milieu de la longueur totale de la scorpène. 
La nageoire de la queue est arrondie; celle de l'anus 
l'est aussi, et d'ailleurs elle est à peu près semblable 
à la portion de la nageoire du dos au-dessous de 
laquelle elle est située , et qui est composée de rayons 
articulés. Les autres rayons de la nageoire dorsale sont 
au nombre de treize, et comme très-séparés les uns 
des autres, parce cjue la membrane qui les réunit est 



* jS-Corpœna bicirrata,. 



HISTOIRE NATURELLE. SL? I 

profondément éehancrée entre chacun de ces aiguil- 
lons,, qui, par une suite de cette conformation, pa- 
roissent lobés ou lancéolés. Au-dessus de la nuque 
on voit s'élever et partir du même point deux filamens 
très-déliés, d'une si grande longueur qu'ils dépassent 
la nageoire caudale , et c'est de ce trait particulier 
que j'ai cru devoir tirer le nom spécifique de la scor- 
pène que je viens de décrire *. 

* i3 rayons aiguillonnés et 7 rayons articulés à la nageoire du dos. 
17 rayons à chacune des pectorales. 
7 à celle de l'anus, 

14 à celle de la queue.. 



LA SCORPÈNE BRACHION*. 



Nous allons décrire cette scorpène d'après un dessin 
très-exact trouvé dans les papiers de Commerson ; et 
que nous avons fait graver; elle ressemble beaucoup 
à la scorpène double -filament par la forme générale 
de la tête , la petitesse et la position des jeux , la 
conformation des mâchoires , la place de l'ouverture 
de la bouche, la situation de la mâchoire inférieure 
qui se relève et s'applique contre la supérieure de 
manière à dépasser du côté de la queue la ligne ver- 
ticale, la nature des tégumens qui ne présentent pas 
d'écaillés facilement visibles , et l'arrondissement de 
la nageoire caudale. Mais elle en diffère par plusieurs 
caractères, et notamment par les traits suivans : pre- 
mièrement, elle n'a sur la nuque aucune sorte de fila- 
ment ; secondement, l'échancrure que montre la mem- 
brane de la nageoire du dos, à côté de chacun des 
rayons aiguillonnés qui composent cette nageoire, est 
très-peu sensible relativement aux échancrures ana*- 
logues que l'on voit sur la scorpène à laquelle nous 
.comparons le brachion ; troisièmement, chacune des 
nageoires pectorales forme comme une bande qui 
s'étend depuis le dessous de la partie antérieure de 



* Scorpaeiia bracliion.» 



HISTOIRE NATURELLE. 2y3 
l'opercule branchial jusqu'auprès de l'anus, et qui, de 
plus, est attachée à une prolongation charnue et lon- 
gitudinale , assez semblable à la prolongation qui 
soutient les nageoires pectorales de plusieurs gobiesj 
et c'est de cette sorte de bras que nous avons tiré le 
nom spécifique du poisson qui fait le sujet de cet 
article \ 



12 rayons aiguillonnés et 7 rayons articulés à la nageoire du dos. 
22 rayons à chaque nageoire pectorale. 
9 rayons à la nageoire de l'anus. 



TOME Uï. 35 



LA SCORPÈNE BARBUE'. 



Là tête de ce poisson est relevée par des protubé- 
rances, et creusée dans d'autres endroits, de manière 
à présenter des cavités assez grandes. Deux barbillons 
garnissent la mâchoire inférieure ; les nageoires thora- 
cines sont réunies l'une à l'autre par une petite mem- 
brane ; la nageoire caudale est presque rectiligne 2 . 

1 Scorpaena barbata. 

Scorpène barbue. Bonnaterre , planches de V Encyclopédie méthodique. 
Scorpaena capite cavernoso T cirris geminis in maxilla inferiore. Gronov* 
Mus. ichlhyolog. i , p. 46. 

3 12 rayons aiguillonnés et 10 rayons articulés à la nageoire du dos. 
j5 rayons à chacune des pectorales. 

6 rayons à celle de l'anus. 
i3 rayons à celle de la queue. 



LA SCORPÈNE RASCASSE*. 



La rascasse habite dans la Méditerranée et dans 
plusieurs autres mers. On Yy trouve auprès des rivages, 
où elle se met en embuscade sous les fucus et les antres 
plantes marines , pour saisir avec plus de facilité les 
poissons plus foi blés ou moins armés qu'elle ; et lors- 
que sa ruse est inutile, que son attente est trompée, 
et que les poissons se dérobent à ses coups, elle se 
jette sur les cancres, qui ont bien moins de force, 

* Scorpaena raseassa. 

Scrofanello, dans plusieurs- contrées de l'Italie. 
Scorpaena porcus. Linné, édition de Gmelin. 
Scorpène rascasse. Daubenton, Encyclopédie méthodique. 
Ici. Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique. 
Bloch, pi. 181. 

Zeus cirris supra oculos et nares. Mus. Adolph. Frid. i , p. 68. 
Scorpaena pinnulis ad oculos et nares. Artedi, gen. 47, syn. 76. 
o' crxopTi-i©^ Aristo t. lib. 2 , cap . 1 7 ; et lié, 5 , cap .9,103 et lié . 8 , cap. 1 3 <. 
Id. Athen. lib. 7, p. 320. 

Scorpeno. Rondelet, , première partie, Us>. 6 , chap. 19, éd. de Lyo7i, i558« 
Scorpius Rondeletii. Aldropand. lib. 2, cap. 24, p. 196. 
Scorpius minor. Jonston, De piscibus, p. 74 , tab. iq^/lg. 10. 
Scorpius minor. Willughby , Ichthyolog. p. 33i , tab. Xj i3 f jjg- 1. 
i Scorpaena. Id. 
Raj. p. 142 , tj. 1. 
Scorpaena. P. Jov, p. 28, p. 9t. 
Salvian. fol. 201 ad icône m, et fol. zo%. 
Scorpaena. Plin. lib. 32, cap. ir. 
Scorpio. Cuba, lib.3 f cap. 85, fol. 90, a. 



£76 HISTOIRE NATURELLE 

d'agilité et de vitesse pour échapper à sa poursuite. 
Si dans ses attaques elle trouve de la résistance , si 
elle est obligée de se défendre contre un ennemi supé- 
rieur , si elle veut empêcher la main du pêcheur de la 
retenir, elle se contracte, déploie et étend vivement ses 
nageoires, que de nombreux aiguillons rendent des 
armes un peu dangereuses, ajoute par ses efforts à l'é- 
nergie de ses muscles, présente ses dards, s'en hérisse, 
pour ainsi dire., et frappant avec rapidité, fait péné- 
trer ses piquans assez avant pour produire quelque- 
fois des blessures fâcheuses, et du moins faire éprouver 
une douleur aiguë. Sa chair est agréable au goût, mais 
ordinairement un peu dure. Sa longueur ne dépasse 
guère quatre décimètres. Les écailles qui la recouvrent 
sont rudes et petites. 

La couleur de sa partie supérieure est brune, avec 
quelques taches noires; du blanc mêlé de rougeâtre 
est répandu sur sa partie inférieure. Les nageoires sont 
d'un rouge ou d'un jaune foible et tacheté de brun r 



Wotton, lib. 8 , cap. 178 ,fol. i58, b. 

Scorpio , vel scorpis , vel scorpœna ,. ici est } . scorpïus minor. Gesner 3 , 
77. 847, 1018, et (germ.) fol. 45. 

Scorpicles , seu scorpœna. Charlet. p. 142. 

Scorpène, ou scorpion de mer, ou rascasse. Valmont-Bomare , Dic- 
tionnaire d'histoire naturelle. 

Hasselquist. It. 33o. 

Scorpsena... cirris ad oeulos naresque. Briinn. Pisc. Massil.p. 32 , n. 44.. 

Corystîon sordide flavescens , etc. Klein 3 Miss, pisc, 4, p. 47 , «.. i3„ 

Scorpseua. Bellon, Aquat.p, 148. 



DES POISSONS. 277 

excepté les thoracines, qui ne présentent pas de tache, 
et les pectorales, qui sont grises. 

La tête est grosse ; les jeux sont grands et très- 
rapprochés ; l'iris est doré et rouge; l'ouverture de la 
bouche très-large; chaque mâchoire hérissée, ainsi que 
le palais, de plusieurs rangs de dents petites et aiguës; 
la langue courte et lisse; l'opercule branchial garni 
d'aiguillons et de filamens; et la partie antérieure de 
la nageoire dorsale, soutenue par douze piquans très- 
forts et courbés en arrière *. 

Huit appendices intestinaux sont placés auprès du 
pylore; l'estomac est vaste j le foie blanc; la vésicule 
du fiel, verte; le tube intestinal large. 

Du temps de Rondelet, on crojoit encore , avec plu- 
sieurs auteurs anciens , à la grande vertu médicinale 
du vin dans lequel on avoit fait mourir une rascasse ; 
et l'on ne paroissoit pas douter que ce vin ne produisît 
des effets très-salutaires contre les douleurs du foie et 
la pierre de la vessie. 

* 12 aiguillons et 9 rayons articulés à la nageoire du dos. 
16 rayons à chacune des pectorales. 
1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacune des thoracines 
3 rayons aiguillonnés et 5 rayons articulés à celle de l'anus. 
18 rayons à la nageoire de la queue. 



LA SCORPÈNE MAHÉ*. 



Commerson a laissé dans ses manuscrits une des- 
cription de ce poisson. Toutes les nageoires de cette 
scorpène sont variées de plusieurs nuances; et le corps 
ainsi que la queue présentent des bandes transver- 
sales , qui ont paru à Commerson jaunes et brunes , 
sur l'individu que ce vojageur a observé. Mais cet 
individu étoit mort depuis trop long- temps pour que 
Commerson ait cru pouvoir déterminer avec précision 
les couleurs de ces bandes transversales. 

Le mahé est revêtu d'écaillés petites , finement den- 
telées du coté de la nageoire caudale , serrées et 
placées les unes au-dessus des autres, comme les 
ardoises qui recouvrent les toits. La tête est grande 
et garnie d'un grand nombre d'aiguillons. Les orbites 
relevées et dentelées forment comme deux crêtes au 
milieu desquelles s'étend un sillon longitudinal assez 
profond. 

Les deux mâchoires ne sont pas parfaitement égales ; 
l'inférieure est plus avancée que la supérieure, qui est 
extensible à la volonté de l'animal, et de chaque côté 
&e laquelle on voit pendre trois ou quatre barbillons 

* Scorpsena mahe. 

Scorpsenacirris pluribusori circumpositis, corpore transversim fasciato, 
puinis oranibws yarïegatis, Commerson f manuscrits déjà cités. 



HISTOIRE NATURELLE. £>y C) 

©u iilamens mollasses. Des dents très-petifes ci (rès- 
rapprochées les unes des autres donnent d'ailleurs 
aux deux mâchoires la forme d'une lime. Un filament 
marque, pour ainsi dire, la place de chaque narine. 

L'opercule branchial est compose de deux lames : la 
première de ces deux pièces montre vers sa partie 
inférieure deux barbillons, et dans son bord posté- 
rieur, deux ou trois piquans ; la seconde lame est 
triangulaire, et son angle postérieur est très-prolongé. 

Le dos est arqué et caréné; la ligne latérale se 
courbe vers le bas. 

La nageoire dorsale présente des largeurs très-iné- 
gales dans les diverses parties de sa longueur. Les 
pectorales sont assez longues pour atteindre jusqu'à 
l'extrémité de cette nageoire dorsale. Celle de la queue 
est arrondie *. 

Commerson a vu cette scorpène dans les environs 
des isles JMahé, dont nous avons cru devoir donner le 
nom à ce poisson 3 et c'est vers la un de 1768 qu'il la 
observée. 



* 7 rayons à la membrane des branchies. 
3 3 rayons aiguillonnés et n rayons articulés à la nageoire du dos» 
37 rayons à chacune des pectorales. 
1 aiguillon et 5 rayons articulés à chacune des thoracines» 
3 aiguillons et 9 rayons articulés à celle de l'anus, 
î2 rayons à celle de la queue. 



LA SCORPÈNE TRUIE*. 



Cette scorpène est beaucoup plus grande que la 
rascasse 5 elle parvient quelquefois jusqu'à une lon*- 
gueur de plus de quatre mètres : aussi attaque-t-elle 
avec avantage non seulement des poissons assez forts, 



4 Scorpœna scrofa. 
Crabe de Biaritz. 
Bezugo , dans la Ligurie. 
Pesce cappone , ibid. 
' Scrofano , dans d'autres contrées de l'Italie. 
Seorpœna scrofa. Linné , édition de Gmelin. 
Scorpène truie. Daubenton 3 Encyclopédie méthodique. 
Ici. Bonnaterre, -planches de VEncyclopédie méthodique. 
Scorpœna tota rubens , cirris plurimis ad os. Artedi 3 gen. 47 , syn, 76. 
Scorpio , et scorpio marinus. Salvian.fol. 197, a. ad iconem, et fol 199, 

£00. 

Scorpius major. Gesner, {germ.)fol. 44 b. 

Id. JVillugUy, p. 33i. 

Id. Raj. p- 142, n. 2. 

Scorpio. Char le t. p. 142. 

B loch , pi 182. 

Autre scorpion de mer, etc. Valmont-Bomare , Dictionnaire d'histoire 

naturelle. 

Perça dorsp monopterygio , capite subeavernoso , aculeato , alepidoto , 

etc. Qronov. Zooph. }u 87, n. 297. 

Scorpœna corpore rubro , etc. Briinn. Pisc. Massil.p. 32, n. 4 5. 

Trigla subfusca nebulata, etc. Brown, Jamaïc. p. 454 , ». 3. 

Cottus squampsus, yarius , etc. Seba, Mus. 3 , p. 79, n. 2, lab. 28, 

ûg. 2. 
Scorpius major, Jonston, De piscibus, p. 74 , tab. ig 7 /ig- 9. 



HISTOIRE NATURELLE. 28 I 

mais des oiseaux d'eau foibles et jeunes, qu'elle saisit 
avec facilité par leurs pieds palmés, dans les momens 
où ils nagent au-dessus delà surface des eaux qu'elle 
habite. On la trouve dans l'Océan atlantique et dans 
d'autres mers , particulièrement dans la Méditerranée, 
sur les bords de laquelle elle est assez recherchée. Les 
écailles qui la couvrent sont assezgrandes ; elle présente 
une couleur d'un rouge blanchâtre, plus foncée et 
même presque brune sur le dos, et relevée d'ailleurs 
par des bandes brunes et transversales. La membrane 
des nageoires est bleue, et soutenue par des rajons 
jaunes et bruns. 

La tête est grande; les jeux sont gros; l'ouverture 
de la bouche est très-large; des dents petites, aiguës 
et recourbées , hérissent la langue , le palais , le gosier, 
et les deux mâchoires, qui sont également avancées* 
âes barbillons garnissent les environs des jeux , les 
joues, la mâchoire inférieure , et la ligne latérale, qui 
suit la courbure du dos- deux grands aiguillons et 
plusieurs petits piquans arment , pour ainsi dire , 
chaque opercule; et l'anus est plus près de la nageoire 
caudale que de la gorge *. 



r 6 rayons à la membrane des branchies. 
12 aiguillons et 10 rayons articulés à la nageoire du dos.. 
19 rayons à chacune des pectorales. 
1 aiguillon et 5 rayons articulés à chacune des thoracines. 
3 aiguillons et 5 rayons articulés à la nageoire de l'anus. 
12, rayons à celle de la queue. 

TOME III. 36 



LA SCORPÈNE PLUMIER'. 



Le s^ manuscrits de Plumier, que l'on conserve dans la 
Bibliothèque nationale de France , renferment un dessin 
fait avec soin de cette scorpène y à laquelle j'ai cru 
devoir donner un nom spécifique qui rappelât celui 
du savant vojageur auquel on en devra la connois- 
sance. Le dessus et les côtés de la tête sont garnis , 
ainsi que les opercules , de piquans triangulaires , 
plats et aigus. Quatre barbillons ou appendices frangés 
s'élèvent entre les jeux ; quatre autres barbillons d'une 
forme semblable , mais un peu plus petits , paroissent 
au-dessus de la lèvre supérieure : un grand nombre 
d'appendices également frangés sont placés le long; 
de la ligne latérale y les écailles ne présentent qu'une 
grandeur médiocre. La première partie de la nageoire 
dorsale 2 est soutenue par des rajons non articulés , et 
un peu arrondie dans son contour supérieur; celle de 



1 Scorpaena Plumicri. 

Scorpius niger cornutus. Manuscrits de Plumier^ déposés à la Bibliot- 
hèque nationale. 

* 12 rayons aiguillonnés et 7 rayons articulés à la nageoire du dos... 
g rayons à chacune des pectorales. 
5 ou 6 rayons à chacune des thoracines. 
2 aiguillons et 5 rayons articulés à la nageoire de l'anus.. 
1,0 rayons à celle de la queue,. 



HISTOIRE NÀTUR EL L E. 283 

la queue est aussi arrondie ; on voit quelques taches 
petites et rondes sur les thoracines. La couleur générale 
est d'un brun presque noir , et dont la nuance est à 
peu près la même sur tout l'animal. 



LA SCORPÈNE AMÉRICAINE". 



La tête de ce poisson présente des protubérances et 
des piquans ; d'ailleurs on voit deux barbillons à la 
mâchoire supérieure , et cinq ou six à la mâchoire 
inférieure. Les quinze derniers rayons de la na- 
geoire dorsale forment une portion plus élevée que 
la partie antérieure de cette même nageoire ; cette 
portion est, de plus, très-arrondie, semblable par la 
figure ainsi qu'égale par l'étendue à la nageoire de 
l'anus , et située précisément au-dessus de ce dernier 
instrument de natation. Les nageoires pectorales et la 
caudale sont aussi très-arrondies. Lorsque la femelle 
est pleine, son ventre paroît très -gros; et c'est une 
suite du grand nombre d'œufs que l'on compte dans 
eette espèce, qui est très-féconde, ainsi que presque 
toutes les autres scorpènes \ 

1 Scorpsena amertcana. 

I>iable de mer, Duhamel, Traité des -pêches, t» 3 , part. 2 , p. oq, n. n- 

pi. 2, fig. 5. 

2 A la nageoire dorsale 33 rayons. 

à chacune des pectorales i3 
à celle de l'anus 16 

à celle de la queue i3 



LA SCORPÈNE DIDACTYLE*. 



La tête de cet animal, que Pallas a très-bien décrit, 
présente les formes les plus singulières que l'on ait 
encore observées dans les poissons ; elle ressemble bien 
plus à celle de ces animaux fantastiques dont l'image 
fait partie des décorations bizarres auxquelles on a 
donné le nom dï arabesques , qu'à un ouvrage régulier 
delà sage Nature. Les veux gros, ovales et saillans , 
sont placés au sommet de deux protubérances très- 
rapprochées ; on voit deux fossettes creusées entre ces 
éminences et le bout du museau ; des rugosités an- 
guleuses paroissent auprès de ce museau et de la base 
des opercules. 

Des barbillons charnus, découpés, aplatis et assez 
larges , sont dispersés sur plusieurs points de la surface 
de cette tête , que l'on est tenté de considérer comme 
un produit de l'art • deux.de ces fllamens, beaucoup 
plus grands que les autres , pendent , l'un à la droite , 
et l'autre à la gauche de la mâchoire inférieure : cette 
mâchoire est plus avancée que celle d'en-haut ; l'une 

* Scorpaena didactyla, | 

TPallas, Spicileg. zoolog. 'J^p. 26, tab. 4, fig, 1,3. 
Scorpaena didactyla. Linné 3 édition de Gmelin. 

Scorpène à deux doigts. Bonnaterre, -planches de l'Encyclopédie m&r 
thodiqiie^ 



<a86 HISTOIRE NATURELLE. 

et l'autre sontgarnies de dents, ainsi que le devant du 
palais et le fond du gosier ; la langue montre des raies 
noires et de petits grains jaunes : on apperçoit de 
plus , auprès de chaque nageoire pectorale , c'est-à- 
dire , de chacune de ces nageoires que l'on a com- 
parées à des bras, deux rayons articulés, très-longs, 
dénués de membranes , dans lesquels on a trouvé 
quelque analogie avec des doigts ; et voilà pourquoi 
la scorpène dont nous parlons , a été nommée à deux 
doigts, ou didactjle. La nageoire de la queue est arrondie; 
toutes les autres sont grandes ; celle du dos règne le 
long d'une ligne très-étendue 5 plusieurs de ses rayons 
dépassent la membrane proprement dite, et sont garnis 
de lambeaux membraneux et déchirés ou découpés. 

La peau de ce poisson, dénuée d écailles facilement 
visibles , est enduite d'une humeur visqueuse. Cette 
scorpène parvient d'ailleurs à une longueur de trois 
ou quatre décimètres. Elle est brune avec des raies 
jaunes sur le dos , et des taches de la même couleur sur 
les côtés , ainsi que sur sa partie inférieure. Des bandes 
noires sont distribuées sur la nageoire àe la queue , 
ainsi que sur les pectorales. Cet animal remarquable 
habite dans la mer des Indes *. 



* 16 rayons aiguillonnés et 8 rayons articulés à la nageoire du dos, 
io rayons à chacune des pectorales. c~ 

6 rayons à chacune des thoracines. 
12 rayons à celle de l'anus. 
£.2 rayons à celle de la queue. 



LA SCORPÈNE ANTENNÊE*. 



On pêche dans les eaux douces de l'île d'Àmboine , 
une scorpène dont Bloch a publié la description , et 
dont voici les principaux caractères. 

La tête est hérissée de niamens et de piquans de 
diverses grandeurs 5 au-dessus des jeux, ..qui sont grands- 
et rapprochés , s'élèvent deux barbillons cylindriques,, 
renflés dans quatre portions de leur longueur par une 
sorte de bourrelet très-sensible , et qui, paroissant 
articulés et ayant beaucoup de rapports avec les an- 
tennes de plusieurs insectes , ont fait donner à l'animal 
dont nous parlons , le nom de scorpène anlcnnée. Au- 
dessous de chacun des organes de la vue , on compte 
communément deux rangées de petits aiguillons. 
Chaque narine a deux ouvertures situées très-près des 
yeux. Les mâchoires, avancées l'une autant que l'autre, 
sont garnies de dents petites et aiguës. Des écailles 
semblables à celles du dos revêtent les opercules. Les 
onze ou douze premiers rayons de la nageoire du dos- 
sont aiguillonnés , très -longs, et réunis uniquement 



* Scorpsena antennata. 

Bloch, pi. r85. 

Scorpaena antennata. Linné, édition de Gmelin. 

Scorpène à antennes.. Bonnaterre ^planches de l'Encyclopédie média*- 



2 88 HISTOIRE NATURELLE. 

près de leur base , par une membrane très-basse , qui 
s'étend obliquement de l'un à l'autre , s'élève un peu 
contre la partie postérieure de ces grands aiguillons , 
et s'abaisse auprès de leur partie antérieure. La mem- 
brane des nageoires pectorales ne s'étend pas jusqu'au 
bord antérieur de la nageoire de l'anus ; mais les rajons 
qui la soutiennent, la dépassent, et se prolongent la 
plupart jusqu'à l'extrémité de la nageoire caudale , qui 
est arrondie. 

Une raie très -foncée traverse obliquement le globe 
de l'œil. On voit d'ailleurs des taches assez grandes 
et îrrégulières sur la tête , de petites taches sur les 
rayons des nageoires, et des bandes transversales sur 
le corps , ainsi que sur la queue. 

La scorpène antennée vit communément de poissons 
Jeunes ou foibles. Le goût de sa chair est exquis *. 

* 6 rayons à la membrane des branchies. 

12 aiguillons et 12 rayons articulés à la nageoire du dos. 
t 7 rayons à chacune des pectorales. 

6 rayons à chacune des thoracines. 

3 aiguillons et 7 rayons articulés à la nageoire de l'anus, 
sa rayons à la nageoire de la queue. 



LA SCORPÈNE VOLANTE*. 



Cette scorpène est presque le seul poisson d'eau 
douce qui ait des nageoires pectorales étendues ou 
conformées de manière à lui donner la faculté de 
s'élever à quelques mètres dans l'atmosphère , à s'y 
soutenir pendant quelques instans , et à ne retomber 
dans son fluide natal qu'en parcourant une courbe très- 
longue. Ces nageoires pectorales sont assez grandes 
dans la scorpène volante pour dépasser la longueur 
du corps ; et d'ailleurs la membrane qui en réunit 
les rajons , est assez large et assez souple entre chacun 
de ces longs cylindres , pour qu'ils puissent être écartés 
et rapprochés l'un de l'autre très-sensiblement; que 



* Scorpsena voîitans. 

Id. Linné, édition de Gmelin. ~. 

Scorpène volante. Bonnaterre , planches de V Encyclopédie méthodique, 
Gasterosteus voîitans. Linn. System, naturœ, XII, i , p. 491 , n. 9. 
S loch, pi. 184. 

Gronov. Mus. 2, p. 33 , n. 191 ; et Zooph. 1 , p. 89, n. 294. 
Pseudopterus , etc. Klein, Miss. pisc. 5, p. 76, n, 1. 
Cottus squamosus rostro bifido. Seba, Mus. 3, p. j<), tab. 28 , fig. r. 
Ikan svangi. Ruysch, Theatr. anatomic. 1 , p. 4 , n. 1 , tab* 3, fig. 1. 
Louw. Renard, Poissons, 1 , pi. 6 7 fig. 41 , p. 12 ', ph 43 , 72. 21 5. 
Kalkoeven visch. Valent. Ind. 3, p. 4i5 , fig. 2i3. 
Amboynsche visch. Nieuh. Ind. 2 , p. 268, fig. 4. 
WUlughby, Ichthyolog. appènd. p. 1 , tab. 2, fig. 3. 
Perça amboinensis. Raj. Pisc. p. 98, n. 26. 

TOME 1 1.1. 3j 



îàtyO HISTOIRE NATURELLE 

l'ensemble de la nageoire qu'ils composent, s'étende eut 
se rétrécisse à la volonté de l'animal; que ie poisson, 
puisse agir sur l'air par une surface très-ample ou très- 
resserrée; qu'indépendamment de l'inégalité des efforts 
de ses muscles , la scorpène emploie une sorte d'aile 
plus développée , lorsqu'elle frappe en arrière contre 
les couches atmosphériques , que lorsque, ramenant en 
avant sa nageoire pour donner un nouveau coup d'aile 
ou de rame , elle comprime également en avant une 
partie des couches qu'elle traverse ; qu'il y ait une su- 
périorité très-marquée du point d'appui qu'elle trouve 
dans la première de ces deux manœuvres, à la résis- 
tance qu'elle éprouve dans la seconde ; et qu'ainsi elle 
jouisse d'une des conditions les plus nécessaires au vol 
des animaux. Mais si la facilité de voltiger dont est 
douée la scorpène que nous décrivons , lui fait éviter- 
quelquefois la dent meurtrière des gros poissons qui 
la poursuivent , elle ne peut pas la mettre à l'abri des. 
pêcheurs qui la recherchent , et qui s'efforcent d'autant 
plus de la saisir, que sa chair est délicieuse ; elle la 
livre même quelquefois entre leurs mains , en la faisant 
donner dans leurs pièges , ou tomber dans leurs filets 9 
lorsqu'attaquée avec trop d'avantage , ou menacée de 
trop grands dangers au milieu de Feau , elle s'élance 
du sein de ce fluide clans celui de Fatmosphère. 

C'est dans les rivières du Japon et dans celles d'Anr- 
boine que l'on a particulièrement observé ses précau- 
tions heureuses o.u funestes , et ses- autres habitudes.. 



DES poissons. sigt 

II paroît qu'elle ne se nourrit communément que de 
poissons très-jeunes, ou peu redoutables pour elle. 

Sa peau est revêtue de petites écailles placées avec 
ordre les unes au-dessus des autres. Elle présente, 
d'ailleurs , des bandes transversales alternativement 
orangées et blanches , et dont les unes sont larges et les 
autres étroites. Les rayons aiguillonnés de la nageoire 
dorsale sont variés de jaune et de brun ; les autres 
rayons de la même nageoire, noirs et tachés de jaune *; 
et les pectorales et les thoracines, violettes et tachetées 
de blanc. Des points blancs marquent le cours de la 
ligne latérale. L'iris présente des rayons bleus et des 
rayons noirs. Et quant aux formes de la scorpène vo- 
lante, il suffira de remarquer que la tête, très-large par- 
devant , est garnie de barbillons et d'aiguillons ; que 
les deux mâchoires, également avancées, sont armées de 
dents petites et aiguës ; que les lèvres sont extensibles ; 
que la langue est petite , pointue , et un peu libre dans 
ses mouvemens; que de petites écailles sont placées sur 
les opercules ; et que la membrane qui réunit les 
rayons aiguillonnés de 3a nageoire du dos, est très- 
basse , comme la membrane analogue de la scorpène 
antennée. 



* 6 rayons à la membrane des branchies. 
12 aiguillons et 12 rayons articulés à la nageoire dorsale. 
14 rayons à chacune des pectorales. 

6 rayons à chacune des thoracines. 

3 rayons aiguillonnés et 7 rayons articulés à la nageoire de l'anus. 
ï2 rayons à la nageoire de la queue , qui est arrondie. 



QUATRE-VINGT-SEPTIÈME GENRE. 

LES SCOMBÉROMORES. 

Une seule nageoire dorsale; de petites nageoires au- 
dessus et au-dessous de la queue; point d 'aiguillons 
isolés au-devant de la nageoire du dos. 

ESPÈCE. CARACTÈRES. 

/Huit petites nageoires au-dessus et au des- 
Le scomberom. plumier, i Y , ; , A , . 

. ■ „, . .. N { sous de la queue: les deux mâchoires ega- 

IScomberomôrus Jflumieru.) \ . , 

y lement avancées. 



LE SCOMBÉROMORE PLUMIER*. 



Les peintures sur vélin qui font partie de la collec- 
tion du Muséum d'histoire naturelle , renferment la 
figure d'un poisson représenté d'après un dessin de 
Plumier, et qui paroît avoir beaucoup de rapports avec 
]a bonite. Le savant vovageur que nous venons de citer, 
l'avoit même appelé bonite ou pélamis, petite et tachetée, 
vulgairement tézarcL Mais les caractères génériques 
que montrent les vrais scombres, et particulièrement 
la bonite, ne se retrouvant pas sur le poisson plumier, 
nous avons dû le séparer de cette famille. Les principes 
de distribution méthodique que nous suivons , nous 
ont même engagés à l'inscrire dans un genre particulier 
que nous avons nommé scombéroniore , pour désigner 
les ressemblances qui le lient avec celui des scombres, 
et dont nous aurions placé la notice à la suite de l'his- 
toire de ces derniers , si quelques circonstances ne s j 
étoient opposées. 

Le scombéromore plumier vit dans les eaux de la 
Martinique. Sa nageoire dorsale présente deux portions 
si distinctes par leurs figures , que l'on croiroit avoir 
sous les jeux deux nageoires dorsales très -rappro- 
chées. La première de ces portions est triangulaire , et 



* Seomberomorus Plunaiet'iL 



^94 HISTOIRE NATURELLE. 

composée de vingt rayons aiguillonnés ; la seconde 
est placée au-dessus de celle de l'anus, à laquelle elle 
ressemble par son étendue, ainsi que par sa forme 
comparable à celle d'une faux. Huit petites nageoires 
paroissent au-dessus et au-dessous de la queue. Les 
couleurs de l'animal sont d'ailleurs magnifiques : l'azur 
de son dos, et l'argenté de sa partie inférieure, sont 
relevés par les teintes brillantes de ses nageoires , et 
par l'éclat d'une bande dorée qui s'étend le long de la 
ligne latérale , et règne entre deux rangées longitudi- 
nales de taches irrégulières et d'un jaune doré. 



QUATRE-VINGT-HUITIÈME GENRE. 

LES GASTÉROSTÉES. 

Une seule nageoire dorsale; des aiguillons isolés, ou presque 
isolés, au-devant de la nageoire du dos; une carène lon- 
gitudinale de chaque coté de la queue; un ou deux 
rayons au plus à cliaque nageoire tlwracine; ces rayons 
aiguillonnés. 

ESPÈCES. CARACTÈRES. 

i. Le gastér. épinoche. f Trois aiguillons au-devant de la nageoire du< 
{Gasierosteus leraculeatus.) l dos.. 

a. Le ga'st. épinochette. fDix aiguillons au-devant de îa nageoire du 
(Gasterosteus pinigiiitis.) t dos. 

3. Le gastér. spinachie. fQuinze aiguillons au-devant de la nageoire- 
{Gasierosieus spinachia.) <■ du dos. 



LE GASTÉROSTÉE ÉPINOCHE-, 

LE GASTÉROSTÉE ÉPINOCHETTE 1 , 
t E T . h E G A S T É R O S T É E S P I N A C H I E ». 



C'est; dans les eaux douces de l'Europe que vit Fépi- 
iioehe. Ce gastérostée est un des plus petits poissons 

1 Gasterosteus teracuîeatus» , - 
Skittspigg , en Suède. 
Skittbâr den stôrre , ibid. 
Steckle back , en Angleterre* 
Banslickle , ibid. 
Sharpling, ibid. 

Epinarde, dans quelques départemens méridionaux de France. 
Gastré trois épines. Daubenton, Encyclopédie méthodique. 
Id. Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique. 
Bloch, pi. 53, ^g- 3. 

Gasterosteus aculeatus.ZzVme, édition de Gmelin. 
Faim. Suecic. 336. 

Gasterosteus in dorso tribus. Artedi, gen. 52 , spec. 26 , syn. 8o. 
Miiller, Prodrom. Zoolog. Danic. p. 47, n. 3. 
Gronov. Mus. 1 , p. 49, n. 11 ij Zooph. p. i34, n. 4p5. 
Centriscus duobus in dorso armato aculeis , totidem in ventre. Klein, 
Mi$s. pisc. 4 , p. 48 , n. 2 , tab. \^,fig. 4 et 5. 
Spinarella,- Bellon, Aquat.p.'àzq. 
Brit. Zoolog. 3, p. 217, n. 1. 
Willughby, Ichthyol.'à\l. 
Raj. Pisc. ij.5. 

Épinoche. Rondelet, JCes poissons de rivière, clxap. 27. 
Slichling et stachelfisch. TVulff, Ichthyolog. 
ppinoche. Valmont-Bomare ? Dictionnaire d'histoire naturell? f 



HISTOIRE NATURELLE. 297 

que l'on connoisse ; à peine parvient-il à la longueur 
d'un décimètre : aussi a-t-on voulu qu'il occupât dans 

2 Gasterosteus pungitius. 
Skittspigg den mindre , en Suède. 
The lesser stickleback, en Angleterre. 
The lesser sharpling, ibid. 

Gasterosteus pungitius. Linné, édition de Gmelin. 

Gastré épinoche. Daubenton, Encyclopédie méthodique» 

Id. Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique. 

Bloch, pi. 53,fîg. 4. 

Faim. Suecic. 33y. 

Gasterosteus aculeis in dorso tribus. Artedi, gen. S2 , spec. 97, syn. 80. 

Cronov. Mus. i, p. 5o, n. 112; Zoqph. p. i34, n. 406. 

Centriscus spinis decem vel undecim, etc. Klein, Miss. pisc. 4,^.48, n. 4. 

Spinarella pusillus. Bellon, Aquat.p. 227. 

Gesner, Aquat. p. 8; Icon. anim. p. 284 ; Thierb. p. 160 , a% 

Pungitius, alterum genus. Aldrov. Pise.p. 628. 

Raj. Pisc. p. 145 , n. 4. 

Lessler stickleback. Willughby , Ichthyolog. p. 342. 

Ten spined stickleback. Brit. Zoolog. 3, p. 21g, n. 2. 

3 Gasterosteus spinachia. 

Steinbicker, dans plusieurs contrées de V Allemagne. 
Ersskraper, dans plusieurs pays du Nord. 

Gastré quinze-épines. Daubenton , Encyclopédie méthodique. 
Id. Bonnaterre, planches de V Encyclopédie méthodique. 
Gasterosteus spinachia. Linné , édition de Gmelin. 
Faun. Suecic. 338. 

Gronov. Mus. 1 , p. 5o , n, n3 ; Zooph. p. i34, n. 407. 
Bloch, pi. 53 , fig. 1. 

Gasterosteus pentagonus. Mus. Ad. Frid. p. 34. 

Centriscus aculeis quindeeim in dorso. Klein, Miss. pisc. 4, p. 48, n. 1. 
Aculeatus vel pungitius marinus longus. Willughby, Ichthyol. p. 340, 
tab. X, ï3 1 fig. 2 ; Appénd. p. z'â. 
Raj. Pise.p. 145 , n. i5. 
Fifteen spined stickleback. Brit. Zoolog. 3 , p. 220, n. 3. 

TOM£ UJ, 38 



298 HISTOIRE NATURELLE 

l'échelle de la durée une place aussi éloignée des pois- 
sons les plus favorisés , que sur celle des grandeurs. 
On a écrit qu'il ne vivoit tout au plus que trois ans. 
Quelque sûres qu'aient pu paroître les observations 
sur lesquelles on a fondé cette assertion, nous croyons 
qu'elles ont porté sur des accidens individuels plutôt 
que sur des faits généraux; et nous regardons comme 
bien peu vraisemblable une aussi grande brièveté dans 
la vie d'un animal qui , dans ses formes , dans ses qua- 
lités, dans son séjour, dans ses mouvemens, dans ses 
autres actes , dans sa nourriture , ne présente aucune 
différence très-marquée avec des poissons qui vivent 
pendant un très-grand nombre d'années. Et d'ailleurs 
ne reconnoît-on pas dans l'épinoche la présence ou 
l'influence de toutes les causes que nous avons assignées 
à la longueur très-remarquable de la vie des habitans 
des eaux, et particulièrement des poissons considérés 
en général ? 

C'est dans le printemps que ce petit osseux dépose 
ses œufs sur les plantes aquatiques , qui les main- 
tiennent à une assez grande proximité de la surface 
des lacs ou des rivières, pour que la chaleur du soleil 
favorise leur développement. Il se nourrit de vers, de 
chrysalides , d'insectes que les bords des eaux peuvent 
lui présenter, d'oeufs de poissons; et, malgré sa foi- 
blesse, il attaque quelquefois des poissons, à la vérité, 
extrêmement jeunes, et venant, pour ainsi dire, d'éclore. 
Les aiguillons dont son dos est armé , et le bouclier 



DES POISSONS. 299 

ainsi que les lamesdont son corps est revêtu , le dé- 
fendent mieux qu'on ne le croiroit au premier coup 
d'oeil, de l'attaque de plusieurs des animaux qui vivent 
dans les mêmes eaux que lui : mais ils ne le garantissent 
pas de vers intestinaux dont il est fréquemment la vic- 
time ; ils ne le préservent pas non plus de la recherche 
des pêcheurs. On ne le prend pas cependant, au moins 
le plus souvent, pour la nourriture de l'homme, parce 
que son goût est rarement très-agréable : mais comme 
cette espèce est grasse et féconde en individus, il est 
plusieurs contrées où l'on répand les épinoches par 
milliers dans les champs, sur lesquels elles forment 
en se corrompant un excellent fumier; ou bien on les 
emploie à engraisser dans les basses-cours voisines des 
lacs qui leur ont servi d'habitation, des canards, des 
cochons, et d'autres animaux utiles dans l'économie 
domestique. 

On peut aussi exprimer de milliers d'épinoches une 
assez grande quantité d'huile bonne à brûler; et nous 
ne devons pas oublier de faire remarquer qu'il est un 
grand nombre d'espèces de poissons, dédaignées à cause 
du goût peu agréable de leur chair, dont on pourroit 
tirer, comme de l'épinoche , un aliment convenable à 
plusieurs animaux, un engrais très-propre à fertiliser 
nos campagnes , ou une huile très-utile à plusieurs 
arts. 

Les jeux de l'épinoche sont saillans , et ses mâ- 
choires presque aussi avancées l'une que l'autre: 



dOO HISTOIRE NATURELLE 

chaque ligne latérale est marquée ou recouverte par 
des plaques osseuses placées transversalement, plus 
petites vers la tête ainsi que vers la queue , et qui , 
au nombre de vingt-cinq, de vingt-six ou de vingt-sept, 
forment une sorte de cuirasse assez solide. Deux os alon- 
gés, durs, et affermis antérieurement par un troisième, 
couvrent le ventre comme un bouclier; et de là vient 
le nom générique de gastérostée que porte l'épinoche. 
Chaque thoracine est composée de deux rayons : le 
premier, grand, pointu, et presque toujours dentelé, 
frappe aisément la vue; le second, blanc, très-court, 
très-mou, est difficilement apperçu; 

Trois aiguillons alongés , et séparés l'un de l'autre, 
s'élèvent au-devant de la nageoire du dos : les deux 
premiers sont dentelés des deux côtés ; le troisième 
l'est quelquefois, mais il est presque toujours moins 
haut que les deux premiers. 

On compte trois lobes au foie, qui est très-étendu , 
et dont le lobe droit est particulièrement très -long. 
On ne voit pas de cœcum auprès du pjdore 3 et le 
canal intestinal se recourbe à peine vers la tête, avant 
de s'avancer en ligne droite vers l'anus , ce qui doit 
faire présumer que les sucs digestifs de l'épinoche 
sont très-actifs. 

La vésicule natatoire est épaisse , simple , grande , et 
attachée à l'épine du dos , dont cependant on peut la 
séparer avec facilité. 

Au reste , l'iris , l'opercule branchial et les côtés de 



DES POISSONS. 3oi 

l'épinoche brillent de l'éclat de l'argent; ses nageoires 
de celui de l'or; et sa gorge, ainsi que sa poitrine, 
montrent souvent celui du rubis \ 

Lepinochette vit en troupes nombreuses dans les 
lacs et dans les mers de l'Europe ; on la voit pendant 
le printemps auprès des embouchures des fleuves - y 
et suivant le citojen Noël , on la pêche dans la Seine , 
jusqu'au-dessus de Quilfebœuf. La spinachie ne se 
trouve ordinairement que dans la, mer. Elle est plus 
grande du double , ou environ , que l'épinoche , pen- 
dant que Fépinochette ne parvient communément qu'à 
la longueur d'un demi-décimètre. Cette épinochette 
est d'ailleurs dénuée de lames osseuses et même d'é- 
cailles facilement visibles ; sa couleur est jaune sur 
son dos, et blanche ou argentée sur sa partie infé- 
rieure \ 

La spinachie offre à peu près le même ton et la même 



1 A la membrane des branchies de l'épinoche. 


, 3 rayons. 


à la nageoire du dos 




12 


à chacune des pectorales 




10 


à chacune des thoracines 




2 


à celle de l'anus 




9 


à celle de la queue , qui est rectiligne , 


12 


9 A la nageoire du dos de Fépinochette , 


il rayons. 


à chacune des pectorales 




IO 


à chacune des thoracines, 


dont la mem- 




brane est très-blanche , 




2 


à celle de l'anus 




il 


à celle de la queue , 




i3 



3o2 HISTOIRE NATURELLE. 

disposition dans ses nuances que lepinochette ; mais 
ses côtés sont garnis de lames dures. Elle a de plus le 
museau avancé en forme de tube, l'ouverture de la 
bouche petite , et l'opercule ciselé en rayons *. 

* A la nageoire du dos de la spinachie, 6 ou 7 rayons, 
à chacune des pectorales 10 

à chacune des thoracines 2 

à celle de l'anus 6 ou 7 

à celle de la queue, qui est arrondie, ia 



QUATRE-VINGT-NEUVIÈME GENRE. 

LES CENTROPODES. 

Deux nageoires dorsales; un aiguillon et cinq ou six rayons 
articulés très-petits à chaque nageoire tho racine ; point 
de piquans isolés au-devant des nageoires du dos, mais 
les rayons de la première dorsale à peine réunis par 
une membrane; point de carène latérale à la queue, 

ESPÈCE.. CARACTÈRE. 

Le CENTROP. RHOMBOÏDAL.f T . . ... 

, n 1 ■» Le corps revêtu de petites écailles. 

{Lenlropodiis rhombeus.) I 



LE CENTROPODE RHOMBOÏDAL '. 



La conformation de ce poisson nous oblige à le placer 
dans un genre particulier. Il a été observé par Fors- 
kael dans la mer Rouge. Les petites écailles [dont il 
est revêtu , brillent comme des lames d'argent. Les 
nageoires sont blanches, excepté celle de la queue, qui 
est d'un verd bleuâtre; et la seconde dorsale est noire 
dans sa partie la plus élevée. Cette seconde nageoire 
du dos est d'ailleurs triangulaire et écailleuse dans sa 
partie antérieure, comme celle de l'anus, et basse, ainsi 
que transparente, dans le reste de son étendue. Les cinq 
rajons articulés qui, réunis avec un aiguillon, com- 
posent chacune des nageoires thoracines , sont à peine 
visibles 2 . Une membrane assez peu large soutient les 
quatre ou cinq piquans qui forment la première dor- 



1 Centropodus rhombeus. 

Fnrskael, Faua. Arab. p. 58, n. 78. 

Cehirogaster. Linné, édition de Ginelin. 

Scombre tabak. Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique, 

z À la membrane des branchies 6 rayons, 

à la première nageoire du dos 4 ou 5 

à la seconde 32 

achacune des pectorales ïS 
à chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus 34 
à celle de la queue, qui est un peu arrondie, 16 



HISTOIRE NATURELLE. 3oS 

sale. Les dents sont déliées et nombreuses; et au-dessus 
du bout de la langue, on voit une callosité ovale et 
rude. La queue proprement dite est très-courte ; ce 
qui donne à chaque côté de l'animal une figure 
rbomboïdale. 



tome in: %9 



QUATRE-VINGT-DIXIÈME GENRE, 

LES CENTROGASTÈRES. 

Quatre aiguillons et six rayons articulés à chaque nageoire 

thoracine, 

ESPÈCES. CARACTÈRES. 

{Lar nageoire dorsale très-longue; celle de ïa 
queue très- peu fourchue; la couleur du 
dessus du corps, brune. 
2. Le CENTROG. argenté. fLa nageoire de la queue, fourchue ; la cou- 
{Centrogaster argentatus.) <■ leur du dessus du corps, argentée. 



5SS£S3S£Ï3335>KS^^ 



LE CENTROGASTËRE BRUNATRE ', 

E T 

LE CENTROGASTËRE ARGENTÉ 8 . 



Les mers qui arrosent le Japon , nourrissent ces deux 
centrogastères , dont on doit la connoissanee au savant 
Houttujn , et dont le nom générique vient des aiguil- 
lons que l'on voit au-dessous de leur corps, et qui com- 
posent une partie de leurs nageoires inférieures. Ces 
poissons ne parviennent qu'à une longueur très -peu 
considérable : le brunâtre n'a pas ordinairement deux 
décimètres de long , et l'argenté n'en a qu'un. La 
mâchoire supérieure du premier est garnie de dents 
aiguës ; le second a sur la nuque une grande tache 
brune, et communément arrondie. Les notes suivantes 3 



1 Centrogaster fuscescens. 

Id. Linné j édition de Gmelin. 

Houttujn, Act. Haarl. XX j 2, p. 333 , n, ai. 

* Centrogaster argentatus. 

Id. Linné , édition de 'Gmelin. 

Houttujn, Act. Haarl. XX } 2, p. 334, n ' 22 ' 

3 i3 aiguillons et n rayons articulés à la nageoire du dos du brunâtre. 
16 rayons à chacune des pectorales. 

7 aiguillons et 9 rayons articulés à la nageoire de l'anus. 
20 rayons à la nageoire de la trueue. 



3o8 HISTOIRE NATURELLE. 

et \ et le tableau de leur genre, indiquent leurs autres 
traits principaux. 



4 8 aiguillons a la partie antérieure de la nageoire dorsale de l'argenté» 
2 aiguillons et tz rayons à la nageoire de l'anus. 



QUATRE-VINGT-ONZIÈME GENRE. 

LES CENTRONOTES. 

Une seule nageoire dorsale • quatre rayons au moins à 
chaque thoracine ; des piquans isolés au-devant de la 
nageoire du dos; une saillie longitudinale sur chaque 
côté de la queue, ou deux aiguillons au-devant de la 
nageoire de l'anus, 

ESPÈCES. CARACTÈRES. 

'Quatre aiguillons au-devant de la nageoire 

i. Le CENTRONOTE pilote, du dos; sept rayons à la membrane des 

{Centronotus conductor.) branchies; vingt-sept rayons au moins à 

la nageoire dorsale. 

2. Le CES**. ACANTHiAS.fQ Uatre % ui "<™ au-devant de la nageoire 

{Centronotus acanthias.) ) d ° rSalf ? tr ° 1S ra y 0ns à Ia me ^rane des 
(. branchies. 

ICinq aiguillons au-devant de la nageoire du 
dos; le premier tourné vers le museau, et 
les autres inclinés vers la queue ; la ligne 
latérale ondulée par petits traits. 

4. Le CENTRON. ARGENTÉ. fSept aiguillons au-devant de la nageoire du 
{Centronotus argenteus.) \ dos; onze rayons à cette nageoire. 

î Sept aiguillons au-devant de la nageoire du 

5. LE CENTRONOTE OVALE. \ - , . 

. { dos; vingt rayons a cette nageoire; six 
(Centronotus ovalis.) 1 , . . ,. 

v ^ rayons a la membrane des branchies. 

(Sept aiguillons au-devant de la nageoire du 

6. Le CENTRONOTE LYZAN.j dos ; vingt - un rayons à cette nageoire; 

{Centronoius lyzan.) j j^-f. ravons à la membrane des branchies, 



3io 



HISTOI 



NATURELLE. 



ESPÈCES. 

7. Le centr. carounist. 
{Centronotus carolinus) 



8. Le centr. gardénien. 
[Centronotus Gardenii.) 



9. Le centronote vadigo. 
[Centronotus vadigo.) 



CARACTÈRES, 

(Huit aiguillons au-devant de la nageoire du 
dos ; vingt-six rayons à cette nageoire dor- 
sale; la ligne latérale droite. 

/Huit aiguillons au-devant de la nageoire du 
dos ; trente-trois rayons à cette nageoire 
dorsale; point d'aiguillons au-devant de 
celle de l'anus; deux rayons seulement à 
chacune des pectorales. 

S Huit aiguillons au-devant de la nageoire du 
dos ; plus de deux rayons à chacune des 
pectorales ; la ligne latérale tortueuse. 



LE CENTRONOTE PILOTE*. 



Presque toutes les espèces du genre des centronotes , . 
ainsi que celui des gâstèrosîéès et celui des centro- 
podes, ne renferment que d'assez petits individus. Le 
centronote dont nous traitons dans cet article, parvient 
très-rarement à la longueur de deux décimètres. Mal- 
gré les dards dont quelques parties de son corps sont 
hérissées, il ne pourroit donc se défendre avec succès 
que contre des ennemis bien peu redoutables , ni 
attaquer avec avantage qu'une proie presque invisible. 
Son espèce n'existeroit donc plus depuis long-temps, 



* Centronotus conductor. 

Gasterosteus conductor. Linné, édition de Gmelin. 

Gastré pilote. Daubenion, encyclopédie méthodique, 

Id. Bonndterre 3 -planches de V Encyclopédie méthodique. 

Mus. Ad. Frid. 2 , p. 88, *. 

Pilot fish. FTillughby } Ichthyol. tab. append. 8 ,j%*. 2. 

Glaucus aculeatus , fasciatus , etc. Klein , Miss. pisc. 5 , p. 3i , 72. 5. 

Le pilote. Duhamel, Traité des pêches 3 part. 2 , sec/. 4, chap. 4, art. 5 ^ 
p. 55, pl.^fig. 4, et pi. tyfig. 3. 

Scomber ductor. Hasselquist, It. 336. 

Osbeck, II. 73, tab. 12 ,fig. 2 ; et Act. StocJch. iy55 , p. 71. 

Scomber fasciis quatuor caeruleo-argenteis, aculeis quatuor ante pinnam 
dorsalem. Lœfl. It. 

Scomber dorso noonopterygio , pinnulis nullis , etc. Gronov. Zooph. 309, 

Pilote piscis. Raj. Pisc. i56. 

Lootsmannekenô. Brumi, It. 325 , tab. 190. 



3 1 '2 HISTOIRE NATURELLE 

s'il n'avoit reçu l'agilité en partage : il se soustrait par 
des mouveniens rapides aux dangers qui peuvent le 
menacer. D'ailleurs sa petitesse fait sa sûreté, et com- 
pense sa foiblesse. Il n'est recherché ni par les pêcheurs, 
ni par les grands habitans des mers; l'exiguïté de ses 
membres le dérobe souvent à leur vue; le peu de 
nourriture qu'il peut fournir, empêche qu'il ne soit 
l'objet des désirs des marins , ou des appétits des 
squales. Il en est résulté pour cette espèce, cette sorte 
de sécurité qui dédommage le foible de tant de pri- 
vations. Pressée par la faim , ne trouvant pas facile- 
ment à certaines distances des rivages les œufs , les 
vers, les insectes, les mollusques qu'elle pourroit saisir, 
elle ne fuit ni le voisinage des vaisseaux, ni même la 
présence des squales, ou des autres tyrans des mers; 
elle s'en approche sans défiance et sans crainte ; elle 
joue au-devant des bâtimens, ou au milieu des ter- 
ribles poissons qui la dédaignent; elle trouve dans 
les alimens corrompus que l'on rejette des navires, 
ou dans les restes des victimes immolées par le féroce 
requin, des fragmens appropriés par leur ténuité à 
la petitesse de ses organes ; elle précède ou suit avec 
constance la proue qui fend les ondes , ou des troupes 
carnassières de grands squales ; et frappant vivement 
l'imagination par la tranquillité avec laquelle elle 
habite son singulier asvle , elle a été bientôt douée , 
par les amis du merveilleux, d'une intelligence parti- 
culière ; on lui a attribué un instinct éclairé , une 






DES POISSONS, 8ï3 

prévoyance remarquable, mi attachement courageux; 
on l'a revêtue de fonctions très-extraordinaires 3 et on 
ne s'est arrêté qu'après avoir voulu qu'elle partageât 
avec les échénéis , le titre de conducteur du requin, de 
pilote des vaisseaux. Nous avons été bien aises de rap- 
peler cette opinion bizarre par le nom spécifique que 
nous avons conservé à ce centronote avec le plus grand 
nombre des auteurs modernes. Celui qui écrit l'his- 
toire de la Nature , doit marquer les écueils de la 
raison, comme l'hydrographe trace sur ses cartes ceux 
où ont péri les navigateurs. 

On voit sur le dos de ce petit animal , dont on a 
voulu faire le directeur de la route des énormes 
requins, ces aiguillons qui appartiennent à tous les 
poissons compris dans le quatre-vingt-onzième genre , 
et dont la présence et la position sont indiquées par 
le nom de centronote* que nous avons cru devoir leur 
donner : mais on n'en compte que quatre au-devant de 
la nageoire dorsale du pilote. Les côtés de la queue de 
ce poisson sont relevés longitudinal ement en carène. 
La ligne latérale est droite. Plusieurs bandes transver- 
sales et noires font ressortir la couleur de sa partie 
supérieure , qui présente des teintes brunes et des 
reflets dorés. Il paroît que le nombre de ces bandes 
varie depuis quatre jusqu'à sept. Les mâchoires , la 

^KEn-poe, .en grec,, siguifie aiguillon ; et wtc ; -, signifie clos. 
TOME lit, 4Q 



3 14 HISTOIRE NATURELLE. 

langue , et la partie antérieure du palais , sont garnies 
de très-petites dents *. 



* A la nageoire du dos 28 rayons. 

à chacune des pectorales 20 
à chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus 17 



LE CENTRONOTE ACANTHIAS \ 

ET 

LE CENTRONOTE GLAYCOS*. 



Les mers qui arrosent le Danemarck, nourrissent; 
selon Pontoppidan, l'acanthias; et la Méditerranée est 
îa patrie du glaycos. Nous avons conservé ce nom grec 
glaycos , qui veut dire glauque (d'un bleu de mer), à 
un centronote décrit et figuré par Rondelet, et auquel, 
suivant ce naturaliste , les anciens avoient donné cette 
dénomination. Cette espèce a le corps alongé , les 
dents très-pointues , la ligne latérale ondée à petits 
traits ; la partie supérieure du corps d'un bleu obscur, 
l'inférieure très - blanche ; la chair grasse, ferme, et 
de bon goût. 

1 Centronotus acanthias. 

Pontoppid. Naturg. Danaem. p. 188 , 7?. 3. 

Gasterosteus acanthias* Linné, édition de Gmelin, 

1 Centronotus glaycos. 

Troisième espèce de glaucus. Rondelet,, Despoissons; Uv. 8, chap, 17, 



LE CENTRONOTE ARGENTE-, 

LE CENTRONOTE. OVALE 2 , 
ET LE CESTRON OT E LYZAN 3 .. 



On pêche auprès des côtes de- l'Amérique équinoxiale , 
l'argenté , dont la couleur est désignée par le nom 
spécifique que nous avons cru devoir lui donner 4 ? 

1 Centronotus argenteus. 

Gasterosteus occidentalis. Linné, édition de Gmelin.. 

Gastré saure. Daubent on, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre, -planches de l'Encyclopédie méthodique. 

Sauvus argenteus caudâ longitudinaliter striatâ. Br.own, Jam. 4.5a, lah*. 

2 Centronotus ovalis. 

Gasterosleus ovatus. Linné, édition de Gmelin. 
Gastré ovale. Daiibenlon, Encyclopédie méthodique,. 
Id. Bonnalerre, planches de V Encyclopédie méthodique* 

3 Centronotus lyzan.. 

Gasterosteus lyzan. Linné, édition de Gmelin. 

Scoinbre lyzan. Bonnat erre, planches de l'Encyclopédie méthodique, 

Amia. Salvian. fol. 121 , 122'. 

Torskael, Faun. Arabie, p. 54, n. 69. 

4 7 rayons a chacune des nageoires pectorales dé l'argentée 
6 rayons à chacune des fhoracines. 

2 aiguillons au-devant de la nageoire de l'anus. 
1 aiguillon et 6 rayons articules à la nageoire anales 
3.6 rayons à la nageoire de ] a queue, 



HISTOIRE NATURELLE. 3 1 7 

pendant que c'est dans les mers de l'Asie que vit 
l'ovale, dont l'aiguillon dorsal le plus antérieur est 
couché vers la tête, dont les mâchoires sont hérissées 
de petites dents, et dont le corps très - comprimé , 
comme celui des chétodons, a indiqué par sa figure 
la dénomination spécifique de ce centronote \ 

Forskael a vu le Ijzan sur les côtes de l'Arabie. Ce 
poisson est couvert d'écaillés petites, lancéolées, et 
resplendissantes comme des lames d'argent; ses lignes: 
latérales sont ondées vers l'opercule et droites auprès 
delà queue; son dos est d'un brun mêlé de bleu 2 . 

I 16 rayons à chacune des nageoires pectorales de l'ovale. 
6 rayons à chacune des thoracînes. 
2 aiguillons au-devant de la nageoire anale. 
1 aiguillon et 16 rayons à la nageoire de l'anus. 
20 rayons à la nageoire caudale. 

? 17 rayons à chacune des pectorales du îyzan. 

1 aiguillon et 5 rayons à chacune des thoracînes, 

2 aiguillons au devant de la nageoire de l'anus. 

ï aiguillon et 18 rayons à cette même nageoire de l'anus. 



LE CENTRONOTE CAROLININ', 

LE CENTRONOTE GARDENIEN 2 , 
ET LE CENTRONOTE VADIGO 3 . 



Lie carolinin et le gardénîen habitent la Caroline : le 
nom du premier indique leur pajs; celui du second, 
l'observateur qui les a fait eonnoître. C'est en effet le 
docteur Garden qui en envoja , dans le temps, la 
description à Linné. Ces deux poissons, et le vadigo, 
qui se trouve dans la Méditerranée , se ressemblent 
par la forme de leurs nageoires du dos et de l'anus , 
qui présentent la figure d'une faux , et par celle de 
la nageoire de la queue, qui est fourchue: mais, 



1 Centronotus caroîinus. 

Gasterosteus caroîinus. Linné, édition de Gmelin. 
Gastré crevalle. Daube nton, Encyclopédie méthodique. 
Id, Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique* 

? Centronotus Gardenii. 

Gasterosteus canadus. Linné, édition de Gmelin, 
Gastré canade. Daubenton, Encyclopédie méthodique. 
Je). Bonnaterre, planches de V Encyclopédie méthodique, 

3 Centronotus vadigo. 

Liche, dans plusieurs départemens méridionaux de France, 
Pélamide , ibid. 

Liche , ou seconde espèce de gîaucus. Rondelet, Des poissons, part, j 7 
liu; 8 , chajpj. tff, 



HISTOIRE NATURELLE.' 3 I 9 

indépendamment des dissemblances que nous n'avons 
pas besoin d'énumérer, le carolinin n'a que vingt-six 
rajons à la nageoire du dos *, et le gardénien j en a 
trente-trois 2 ; celui-ci n'a que deux rajons à chacune 
des pectorales , et le vadîgo y en présente un nombre 
bien plus grand, pendant que ses lignes latérales sont 
tortueuses et courbées vers le bas, au lieu d'être droites 
comme celles du carolinin. Au reste, l'aiguillon dorsal 
le plus antérieur du vadigo est incliné vers le museau. 

1 18 rayons à chacune des pectorales du carolinin. 
5 rayons à chacune des ihoracines. 

3 aiguillons et 24 rayons articulés à la nageoire de l'anus, 
27 rayons à celle de la queue. 

a 7 rayons à la membrane des branchies du gar dénie n^ 
2 à chacune des nageoires pectorales. 

7 à chacune des thoracines. 

26 à îa nageoire de l'anus. 

20 à celle de la queue. 



QUATRE-VINGT-DOUZIÈME GENRE, . 

LES LÉPISACANTHES. 

JLes écailles du dos, grandes, ciliées, et terminées par un 
aiguillon; les opercules dentelés dans leur partie posté- 
rieure , et dénués de petites écailles; des aiguillons 
isolés au-devant de la nageoire dorsale. 



ESPÈCE. CARACTÈRE. 

lCANTHE JAPOMOis./Quatre aiguillon 
{Lepisacanthus japonicus.) I geoire du clos. 



3L.E lépisacanthe japonois. /Quatre aiguillons au-devant de la n$* 
liens.) \ 



rgw^ 



LE LÉPISACANTHE JAPONOIS'. 



Le nom générique de cet animal désigne la forme 
particulière de ses écailles 2 ; et sa dénomination spé- 
cifique , les mers dans lesquelles on l'a vu. Houttuyn 
l'a fait connoître , et nous avons cru devoir le séparer 
des centronotes, et des autres poissons avec lesquels 
on Favoit placé dans le genre des centrogastères , afin 
d'être fidèles aux principes de distribution métho- 
dique que nous avons préférés. Le museau de cet 
osseux est arrondi; ses mâchoires sont hérissées de 
petites aspérités, plutôt que garnies de dents propre- 
ment dites. Une fossette longitudinale reçoit et cache, 
à la volonté de l'animal , les piquans épais , forts, iné- 
gaux et isolés , que l'on voit au-devant de la nageoire 
du dos. Les rajons de chacune des thoracïnes sont 
réunis et alongés de manière à former un aiguillon peu 
mobile, rude, et égal en longueur aux trois dixièmes, 
ou à peu près, de la longueur totale du poisson. Le 
Japonais ne parvient d'ailleurs qu'à de très -petites 



* Lepisacanthus japonicus. 

Gasterosteus japonicus. Linné j édition de Gmelin. 

Gastré du Japon. Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodiqu 

Houltuyn, Acl. IlaarL XX, 2 , p. 329. 

* Aethç signifie écaille, et «xai^ Çj aiguillon. 

TOME Jll. ai 



322 HISTOIRE NATURELLE. 

dimensions; il n'a pas un double décimètre de long; 
et sa couleur est jaune*. 

* A la membrane des branchies 5 rayons. 
à ]a nageoire du dos 10 

à chacune des pectorales 12 

à celle de l'anus 9 

à celle de la queue 22 



QUATRE-VINGT-TREIZIÈME GENRE. 

LES CÉPHALACANTHES. 

Le derrière de la tête garni, de chaque côté, de deux 
piquans dentelés et très-longs ; point d'aiguillons isolés 
au-devant de la nageoire du dos* 

ESPÈCE. CARACTÈRE. 

Le céphalac. spinarelle. r . 

ICephalacanthus S pinarella.){^ atre ra y° nS à chacune des thoracaes. 



LE CÉPHALACANTHË SPINARELLE '. 



Ce céphalacanthe ne présente qu'une petite longueur.; 
Sa tête , plus large que le corps , est striée sur toute sa 
surface, et garnie par derrière de quatre grands aiguil- 
lons. Les deux supérieurs sont plus dentelés , plus 
larges et plus courts que les deux inférieurs. La spi- 
narelle, qui vît dans l'Inde, a été placée dans le même 
genre que les gastérostées et les centronotes : mais elle- 
en diffère par trop de traits pour que nous n'ajons 
pas dû l'en séparer. L'absence d'aiguillons isolés au- 
devant de la nageoire dorsale auroit suffi pour l'éloi- 
gner de ces osseux. Nous l'avons donc inscrite dans un 
genre particulier qui précède immédiatement celui des 
dactyloptères, parmi lesquels on compte la pirapède- 
dont la tête ressemble beaucoup à celle de la spina- 
relle \ 

1 Cephalacanthus spinarella. (Nota. KtÇtâoç veut dire tête 3 et «««rSos^ 
aiguillon ou -piquant.) 

Gasterosteus spinarella. Linné , édition de G-melin. 
Pungitius pusillus. Mus. Adolplu Frid. i y p. 74, tab. ?>z,fîg. 5L 
Gastré spinarelie. Daubentoiij Encyclopédie méthodique. 
~là.Bonnaterrej planches de P Encyclopédie méthodique,. 
* A la membrane des branchies 3 rayons. 

à la nageoire du dos 16 

à chacune des pectorales 20 

à chacune des thoracines 4 

à celle de l'anus & 



QUATRE-VINGT-QUATORZIÈME GENRE. 

LES DACTYLOPTÈRES. 

JJne petite nageoire composée de rayons soutenus par 
une membrane, auprès de la base de chaque nageoire 
pectorale. 

ESPÈCES. CARACTÈRES, 

i. Le dactylop. pirapÈde./SÎx rayons réunis par une membrane auprès 

{Dactylopterus pirapeda.) \ de chaque nageoire pectorale. 
2. Le-DACTSTlop. JAPONOiS.jOnze rayons réunis par une membrane ait- 

{Dactylopterus japonicus.) \ près de chaque nageoire pectorale- 



LE DACTYLOPTÈRE PIRAPÈDE*. 



Parmi les traits remarquables qui distinguent ce 
grand poisson volant et les autres osseux qui doivent 
appartenir au même genre, il faut compter particu- 
lièrement les dimensions de ses nageoires pectorales. 
Elles sont assez étendues pour qu'on ait dû les dési- 
gner par le nom d' 'ailes ; et ces instrumens de nata- 
tion, et principalement de vol, étant composés d'une 

* Dactylopterus pirapeda. 
Volodor, en Espagne. 
Hondire, aux environs de Rome. 

Hondola, ou rondela , sur les bords de_ V Adriatique. 
Falcone, à Malte et en Sicile. 
Flygande fisk , en Suède. 
Swallow fîsh, en Angleterre. 
Kite fîsh , ibid. 

Aron délie, dans plusieurs déparlemens méridionaux de France. 
Rond oie, ibid. 
Chauve-souris, ibid. 
Ratepenade , ibid. 

Trigla volitans. Linné, édition de Gmelin. 

Trigle pirapède. Daubenton et Haiiy, Encyclopédie méthodique. 
Id. Bojinaterre } planches de l'Encyclopédie méthodique. 
Blochj pi. 35 1. 

Trigla capite parùm aculeato , pinnuîâ singulari ad pinnas ventrales; 
Arledi, gen. 44 , syn. j3. 
Gronov, Mus, 1 , n. 102, 

Trigla capite quatuor spondylis armato, Brown, Jam, 453. 
&;£«> Mus, 3, lab. zB^/îg. 7. 



HISTOIRE NATURELLE. 

large membrane soutenue par de longs rayons arti- 
culés que Ton a comparés à des doigts comme les 
rayons des pectorales de tous les poissons , les ailes 
de la pirapècîe ont beaucoup de rapports dans leur 
conformation avec celles des, chauve -souris', dont on 
leur a donné le nom dans plusieurs contrées; et nous 
avons cru devoir leur appliquer ia dénomination géné- 
rique de daciyloptère, qui a été souvent employée pour 
ces chauve-souris, aussi-bien que celle de cheiropïère , 
et qui Signifie aile attachée aux doigts, ou formée par 
les doigts* i 



Milïyipira, et pirabelle. Marcgr. Hist. Brasil. lib. 4? cap. u,p. 162. 

Hirundo. Plin* Hist. mundi, lib. 9., cap. 43, édit. de Deux-Ponts. 

Milvus çirratus. Sloaii. Jamaïc. vol. 2 , p. 288. 

Mugil alatus Rondeletii. Jacob. Mus. reg. p. j , fig. 3 ? De piscib. parag» 
39, tab. 2, 72. 3o. 

Uh'gende vise. Valent. Amboin. pisc. loin. 3, tab. Sz^ E. 

Omopferos. Klein, Miss. pisc. 4, p. 44, n. 11. 

Hirundo aquatica. Bout. Ind. orient, p. 78. 

Hirundo Plinii. FForni. Mus. 1 , p. 266. 

Gesner, p. 434, 5i4 ; {germ.) fol. 17, b. 

Bellon, Aquat. 192. 

Sah'ian. fol. 187. 

Aldrovand. lib. z , cap. 5, p. 141» 

JonstOTiflib. 1 , rit. 3, cap. 1 , a. 3, tab. iy y fg. 12. 

TVillughbj, p. 283, tabiS,fig. 6. 

Raj. p. 89. 

XsTu^W. A ris t. lib. 4, cap. 9. 

Arondelle de mer. Rondelet, première partie, ïîv. 10, chap. 1, 

Hirondelle de mer, ou rondole. Valmont-Bomare, Dictionnaire £?&&*- 
foire naturelle. 

* AkxtoAoç veut dire doigt > et nt[%^ 9 aile,. 



3â8 HISTOIRE NATURELLE 

La pectorale des pirapèdes est d'ailleurs double, et 
présente par conséquent un caractère que nous n'avons 
encore vu que dans le lépadogastère gouan. A la base 
de cette aile, on voit en effet un assemblage de six 
rayons articulés réunis par une membrane, et compo- 
sant par conséquent une véritable nageoire qu'il est 
impossible de ne pas considérer comme pectorale. 

De plus , l'aile des poissons que nous examinons 
offre une grande surface; elle montre, lorsqu'elle est 
déployée, une figure assez semblable à celle d'un 
disque , et elle atteint le plus souvent au-delà de la 
nageoire de l'anus et très-près de celle de la queue; 
Les rayons qu'elle renferme étant assez écartés l'un de 
l'autre lorsqu'elle est étendue, et n'étant liés ensemble 
que par une membrane souple qui permet facilement 
leur rapprochement, il n'est pas surprenant que l'ani- 
mal puisse donner aisément et rapidement à la surface 
de ces ailes, cette alternative d'épanouissement et de 
contraction, ces inégalités successives, qui, produisant 
des efforts alternativement inégaux contre l'air de 
l'atmosphère, et le frappant dans un sens plus violem- 
ment que dans un autre, font changer de place à 
l'animal lancé et suspendu, pour ainsi dire, dans cq 
fluide , et le douent véritablement de la faculté de 
voler*. 

Voilà pourquoi la pirapède peut s'élever au-dessus 

* Voyez le Discours sur la nature des poissons, 



DES P O I S S O N S. 3i>9 

de la mer, à une assez grande hauteur, pour que la 
courbe qu'elle décrit dans l'air ne la ramène dans les 
flots que lorsqu'elle a franchi un intervalle égal , sui- 
vant quelques observateurs, au moins à une trentaine 
de mètres ; et voilà pourquoi encore , depuis Aris.tote 
jusqu'à nous , elle a porté le nom de faucon de la mer,. 
et sur-tout d'hirondelle marine. 

Elle traverseroit au milieu de l'atmosphère des 
espaces bien plus grands encore , si la membrane de 
ses ailes pouvait conserver sa souplesse au milieu de 
l'air chaud et quelquefois même brûlant des contrées 
où on la trouve : mais le fluide qu'elle frappe avec ses 
grandes nageoires, les a bientôt desséchées, au point 
de rendre très-difficiles le rapprochement et Fécarte- 
meht alternatifs des rayons ; et alors le poisson que 
nous décrivons , perdant rapidement sa faculté dis- 
tinctive , retombe vers les ondes au-dessus desquelles 
il s'étoit soutenu , et ne peut plus s'élancer de nouveau 
dans l'atmosphère que lorsqu'il a plongé ses ailes 
dans une eau réparatrice , et que, retrouvant ses attri- 
buts par son immersion dans son fluide natal, il offre 
une sorte de petite image de cet Antée que la mytho- 
logie grecque nous représente comme perdant ses 
forces dans l'air, et ne les retrouvant qu'en touchant 
de nouveau la terre qui 1 avoit nourri. 

Les pirapèdes usent d'autant plus souyent du pou- 
voir de voler qui leur a été départi, qu'elles sont 
poursuivies dans le sein des eaux par un grand nombre 

TOME 111. 42 



33o HISTOIRE NATURELLE * 

d'ennemis. Plusieurs gros poissons , et particulière» 
ment les dorades et les scombres , cherchent à les 
dévorer; et telle est la malheureuse destinée de ces 
animaux qui , poissons et oiseaux, serableroient avoir 
un double asyle , qu'ils ne trouvent de sûreté nulle 
part, qu'ils n'échappent aux périls de . la mer que 
pour être exposés à ceux de l'atmosphère , et qu'ils 
n'évitent la dent des habitans des eaux que pour 
être saisis par le redoutable bec des frégates , des 
phaétons, des mauves, et de plusieurs autres oiseaux, 
marins. 

Lorsque des circonstances Favorables éloignent de la 
partie de l'atmosphère qu'elles traversent, des ennemis 
dangereux, on les voit offrir au-dessus delà mer un 
spectacle assez agréable. Ayant quelquefois un demi- 
mètre de longueur > agitant vivement dans l'air de 
larges et longues nageoires , elles attirent d'ailleurs 
l'attention- par leur nombre , qui souvent est de plus 
de mille. Mues par la même crainte -, cédant au même 
besoin de se soustraire à une mort inévitable dans 
l'Océan , elles s'envolent en grandes troupes ; et lors- 
qu'elles se sont confiées ainsi à leurs ailes au milieu 
d'une nuit obscure , on les a vues briller d'une lumière 
phosphorique , semblable à celle dont resplendissent 
plusieurs autres poissons , et à l'éclat que jettent, pen- 
dant les belles nuits des pavs méridionaux, les insectes 
auxquels le vulgaire a donné le nom de vers luisans. 
Si la mer est alors calme et silencieuse, on entend le 



DES POISSONS. 33ï 

petit bruit que font naître le mouvement rapide de 
leurs ailes et le choc de ces iustrumens contre les 
couches de l'air; et on distingue aussi quelquefois un 
bruissement d'une autre nature , produit au travers 
des ouvertures branchiales par la sortie accélérée 
du gaz que l'animal exprime, pour ainsi dire, de 
diverses cavités intérieures de son corps , en rappro- 
chant vivement leurs parois. Ce bruissement a lieu, 
d'autant plus facilement , que ces ouvertures bran- 
chiales étant très-étroites, donnent lieu à un frôlement 
plus considérable ; et c'est parce que ces orifices sont 
très-petits , que les pirapèdes , moins exposées à un 
dessèchement subit de leurs organes respiratoires , 
peuvent vivre assez long-temps hors de l'eau *. 

On rencontre ces poissons dans la Méditerranée 
et dans presque toutes les mers des climats tempérés; 
mais c'est principalement auprès des tropiques qu'ils 
habitent. C'est sur-tout auprès de ces tropiques qu'on 
a pu contempler leurs manœuvres et observer leurs 
évolutions. Aussi leur nom et leur histoire ne sont- 
ils jamais entendus avec indifférence par ces vova- 
geurs courageux qui, loin de l'Europe, ont affronté 
les tempêtes de l'Océan , et ses calmes souvent plus 
funestes encore. Ils retracent à leur souvenir leurs 
peines, leurs plaisirs, leurs dangers, leurs succès. Ils 
nous ramènent, nous qui tâchons de dessiner leurs 

* Discours sur la nature des poissvns. 



33.2 HISTOIRE NATURELLE 

traits , vers ces compagnons de nos travaux , qui ,' 
dévoués à la gloire de leur pajs, animés par un ardent 
amour de la science, dirigés par un chef habile, con- 
duits par le brave navigateur Bauclin , et réunis par 
les liens d'une amitié touchante ainsi que d'une 
estime mutuelle, quittent, dans le moment même où 
mon cœur s'épanche vers eux, les rivages de leur 
patrie, se séparent de tout ce qu'ils ont de plus cher, 
et vont braver sur des mers lointaines la rigueur des 
climats et la fureur des ondes, pour ajouter à la pros- 
périté publique par l'accroissement des connaissances 
humaines. Noble dévouement, généreux sacrifices! la 
reconnoissance des hommes éclairés , les applaudisse- 
mens.de l'Europe, les lauriers de la gloire, les em- 
brassemens de l'amitié, seront leur douce et brillante 
récompense. 

Cependant quelles sont les formes de ces poissons 
ailés dont l'image rappelle des objets si chers, des 
entreprises si utiles , des efforts si dignes d'éloges? 

La tête de la pirapède ressemble un peu à celle du 
céphalaçanthe spinareile. Elle est arrondie par-devant, 
et comme renfermée dans une sorte de casque ou d'en- 
veloppe osseuse à quatre faces, terminée par quatre 
aiguillons larges et alongés, et chargée de petits points 
arrondis et disposés en rajons. La mâchoire supé- 
rieure est plus avancée que l'inférieure. Plusieurs 
rangs de dents très - petites garnissent Tune et l'autre 
de ces deux mâchoires; et l'ouverture de la bouche 



DES POISSONS. 333 

est très-large, ce qui donne à la pîrapède un rapport 
de plus avec une hirondelle. La langue est courte, 
épaisse , et lisse comme le palais. Le dessous du corps 
présente une surface presque plate. Les écailles qui 
couvrent le dos et les côtés , sont relevées par une 
arête longitudinale *. 

Le rougeâtre domine sur la partie supérieure de 
l'animal , le violet sur la tête , le bleu céleste sur la 
première nageoire du dos et sur celle de la queue , le 
verd sur la seconde nageoire dorsale; et pour ajoutée 
à cet élégant assortiment de bleu très-clair, de violet, 
de verd et de rouge, les grandes ailes ou nageoires 
pectorales de la pîrapède sont couleur d'olive , et par- 
semées détaches rondes et bleues, qui brillent, pour 
ainsi dire , comme autant de saphirs , lorsque les 
rajons du soleil des tropiques sont vivement réfléchis 
par ces larges ailes étendues avec force et agitées avec 
vitesse. 

On compte plusieurs appendices ou cœcums auprès 
du pylore; et les ceufs que renferment les doubles 



* A la membrane branchiale n rayons, 

à la première nageoire du dos 6 

à la seconde 8 
à chacune des grandes nageoires pectorales 20 

à chacune des petites 6 

à chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus n 

à celle de la queue ia 



334 histoire naturelle; 

ovaires" des femelles, sont ordinairement très-rouges; 
La chair des pirapèdes est maigre; elle est aussi un 
peu dure , à moins qu'on ne puisse la conserver pen- 
dant quelques jours. 



LE DACTYLOPTÈRE JAPONOIS 



On trouve dans les mers du Japon ce dactyïoptère r 
qui , de même que la pirapède , a été inscrit jusqu'à 
présent dans le genre, des trigles. Il a été décrit par 
Houttuvn. II ne. parvient guère qu'à la longueur d'un 
décimètre et demi. On voit deux aiguillons longs et 
aigus à sa mâchoire inférieure et au bord postérieur 
de ses opercules. On compte onze rajons à chacune de 
ses petites nageoires pectorales \ 

1 Dactjlopterus japonicus. 

Houttuyii, Act. BaarU XX , 2 , p. 336 , n. z5. 

Trigla alata. Linné j édition de Gmelin. 

? A la première nageoire du dos 7 rayons. 

à chacune des petites nageoires pectorales 11 
à chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus 14. 

à celle de l'a queue 14 



.QUATRE-VINGT-QUINZIÈME GENRE. 

LES PRIONOTES. 

Des aiguillons dentelés, entre les deux nageoires dorsales; 
des rayons articulés et non réunis par une membrane, 
auprès de chacune des nageoires pectorales. 



^ESPÈCE. CARACTÈRE. 

{Trois rayons articulés et non réunis par une 
membrane, auprès de chacune des ncy 
georjres pectorales. 



LE PRIONOTE VOLANT'. 



En comparant les caractères génériques des dacty- 
loptères et des prionotes, on voit qu'ils diffèrent assez 
les uns des autres pour que nous ayons dû les séparer; 
et cependant ils se ressemblent assez pour qu'on ait 
placé les prionotes, ainsi que les dactyloptères , parmi 
les trigles dont nous allons nous occuper. Ils sont liés 
particulièrement par la forme de leur tête et par une 
habitude remarquable. Le prionote que nous décri- 
vons, a la surface de sa tête ciselée de manière à repré- 
senter des rayons ; et de plus il a la faculté de s'élever 
dans l'atmosphère, et de s'y soutenir pendant quelque 
temps, comme les dactyloptères. C'est cette dernière 
faculté qui lui a fait donner le nom spécifique de 
volant; et nous avons cru d'autant plus devoir le dési- 
gner par le nom générique de prionote*, qu'indépen- 
damment de trois aiguillons dentelés qui. s'élèvent 
«ntre les deux nageoires de son dos , le premier rayon 
de la seconde dorsale et les deux premiers de la pre- 

1 Prionotus evolans. 

Trigla volitans minor. Brovm 3 Jamaïc. 4-53, tab. àfj^fig. 3. 

Trigla evolans. Linné, édition de Gmelin. 

Trigle le volant. Daubenton, Encyclopédie méthodique. 

ïd. Bonnaterre , -planches de l'Encyclopédie méthodique. 

? Hpuv signifie scie, et vuroç veut dire dos. 

T G M E 1 1 1. 43 



338 HISTOIRE NATURELLE. 

mière sont un peu dentelés par-devant. Les pectorales 
sont assez longues pour atteindre à la moitié de la 
longueur du corps ; et étant d'ailleurs très-larges , elles 
forment des ailes un peu étendues, que leur couleur 
noire fait souvent distinguer à une grande distance. 
La nageoire de la queue est fourchue *. 

* A la membrane des branchies 8 rayons, 
à la première nageoire du dos 8 
à la seconde ir 

à chacune des pectorales i3 

à chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus n 

à celle de la queue iB 



QUATRE-VINGT-SEIZIÈME GENRE. 

LES TRIGLES. 

Point d'aiguillons dentelés entre les deux nageoires dor- 
sales; des rayons articulés et non réunis par une me'm- 
brane, auprès de chacune des nageoires pectorales. 



PREMIER SOU S-G E N R E. 

Plus de trois rayons articulés, auprès de chaque nageoire 

pectorale. 

ESPÈCE. CARACTÈRE. 

i. La trigle asiatique. fQuatre rayons articulés, auprès de chaque 
[Trigla asiatica.) I nageoire pectorale. 

SECOND SOUS-GENRE. 

Trois rayons articulés , auprès de chaque nageoire 

pectorale, 

ESPÈCES. caractères. 

{Les nageoires pectorales longues ; la mâ- 
choire supérieure prolongée en deux lobes 
dentelés ; les orifices des narines tubuleux; 
la nageoire de la queue un peu en crois- 
sant. 



3 4 



O 



HISTOIRE NATURELLE 



ESPECES. 



3. La trigle Caroline. 
( Trigla car o lin a.) 



4. La trigle ponctuée. 

( Trigla punctata.) 

5. La trigle lastoviza. 

( Trigla lastoviza.) 



6. La trigle hirondelle 
{Trigla hirundo.) 



7. La trigle pin. 
[Trigla pini.) 



8.. La trigle gdkn.au. 
( Trigla gurnardus*) 



9. La trigle grondin. 

[Trigla grunniens.) 

10. La trigle milan. 
{Trigla milvus.) 



ïi. La trigle menue. 

{/Trigla minuta.) 



CARACTÈRES. 

(Les nageoires pectorales longues ; onze 
rayons à celle de l'anus ; celle de la queue 
arrondie; six rayons à la membrane des 
branchies. 

(Les nageoires pectorales longues ; celle de 
j la queue arrondie; la tête alongce ; 1® 
| corps parsemé de petites taches rouges. 
[Les nageoires pectorales longues ; les écailles 
qui garnissent le corps, disposées en ran- 
gées transversales; la ligne latérale garnie 
d'aiguillons à deux pointes. 

(Les nageoires pectorales larges ; quatorze 
rayons à la nageoire de l'anus ; celle de la. 
| queue fourchue, ou en croissant; la ligne 
(_ latérale garnie d'aiguillons. 

{Des lames ou feuilles minces et étroites atta- 
chées le long de la ligne latérale; la na- 
geoire de la queue en croissant. 

rLes nageoires pectorales courtes; celle delà 
queue fourchue; la ligne latérale large, et 
garnie d'aiguillons ; des taches noires , et 
des taches rouges sur le dos. 

(Les nageoires pectorales courtes; celle de la 
; queue fourchue; la ligne latérale dénuée 
I de larges écailles. 

(Les nageoires pectorales courtes ;■ celle de la 
< queue fourchue; la ligne latérale divisée 
( en deux vers la nageoire caudale. 

fLa nageoire de la queue,, arrondie ; deux 
arêtes ou saillies longitudinales sur le dos ; 
les nageoires pectorales et thoracines très- 
pointues ; huit rayons à chacune de ces 
nageoires pectorales; vingt- quatre à 1&. 
seconde nageoire du dos. 



DES FOI S S O N S. 84.! 

TROISIÈME sous-genre: 

Moins de trois rayons articulés , auprès de chaque 
nageoire pectorale. 

ESPÈCE. CARACTÈRE. 

13. LA TRIGLE CAVILLONE.f 

, ' . , .„ > 1 La nageoire de la queue lancéolée^ 

\Tngla cavillone.) I •? ^ 



LA TRIGLE ASIATIQUE'. 



Les tableaux génériques montrent les différences qui 
-séparent les trigles des prionotes et des dactyloptères. 
Mais si leurs formes extérieures ressemblent assez peu 
h celles de ces deux derniers genres, pour que nous 
ajons dû les en séparer, elles s'en rapprochent beau- 
coup par leurs habitudes; et presque toutes ont, 
comme la pirapède, le pouvoir de voler dans l'atmo- 
sphère , lorsque la mer ne leur offre pas un asjle assez 
sûr. Elles sont d'ailleurs, comme les dactyloptères et 
les prionotes , extrêmement fécondes : elles pondent 
souvent jusqu'à trois fois dans la même année; et c'est 
cette reproduction remarquable que plusieurs anciens 
Grecs ont voulu désigner par le nom de rpiyXy, rpiyXa, 
rpiyXiç s rpiyXcg , corrompu de rpiyovoç., en latin ter pariens 
(qui produit trois fois) 2 . De même que les pirapèdes, 
elles volent et nagent en troupes nombreuses; elles 
montrent une réunion constante; et quoique la simul- 
tanéité des mouvemens et des manœuvres de milliers 
d'individus ne soit pour ces animaux que le produit 
d'un danger redouté à la fois par tous, ou d'un besoin 



1 Trigla asiatica. 

Ici. Linné, édition de Gmelin. 

* Voyez Oppietij i , 0*90; et Élien, X , chap. 1. 



H ï S T O i R E N A T U II E L L E. 040 

agissant sur tous dans les mêmes moinens , elles oeu 
présentent pas moins l'apparence de cette société tou- 
chante et fidèle, qu'un sentiment mutuel fait naître et 
conserve. Peintes d'ailleurs de couleurs très-vives , très- 
variées, très-agréables.,, elles répandent souvent l'éclat 
du phosphore. Resplendissantes dans leurs téguinens, 
brillantes dans leur parure, rapides dans leur natation , 
agiles dans leur vol , vivant ensemble sans se combattre, 
pouvant s'aider sans se nuire, on croiroit devoir les 
comprendre parmi les êtres sur lesquels la Nature a 
répandu le plus de faveurs. Mais les dons qu'elles ont 
reçus ne sont presque tous que des dons funestes; 
et comme si elles avoierrt été destinées à donner à 
l'homme des leçons de sagesse et de modération, leur 
éclat les trahit et les perd ; la magnificence de leur 
parure les empêche de se dérober à la recherche active 
de leurs ennemis; leur grand nombre les décèle lors- 
qu'elles fendent en troupes le sein des eaux salées; 
leur vol les livre plus facilement à l'oiseau de proie ; 
et leurs attributs, les plus frappans auroient bientôt 
amené la destruction de leurs espèces, si une fécon- 
dité extraordinaire ne réparoit sans cesse, par la pro- 
duction de nouveaux individus, la perte de ceux qui 
périssent victimes des tyrans des mers , ou de ceux de 
l'atmosphère. 

La première de ces trigles condamnées par la Nature 
à tant de périls, à tant d'agitations ,#tant de traverses, 
est, dans l'ordre que nous nous sommes prescrit, celle 



344 HISTOIRE NATURELLE. 

à laquelle j'ai donné avec Linné le nom d'asiatique. 
On la trouve en général clans l'Océan, mais particu- 
lièrement dans les mers de l'Asie. Son corps est mince 5 
sa couleur argentée; son museau proéminent; l'inté- 
rieur de sa bouche hérissé d'aspérités ; la première 
pièce de l'opercule branchial, dentelée; et chaque na- 
geoire pectorale conformée comme une sorte de faux*. 



* A la première nageoire du 


dos 7 i 


rayons. 


à la seconde 


16 




à chacune des pectorales 


18 




à chacune des thoracines 


6 




à celle de l'anus 


*7 




ji celle de la queue 


18 





LA TRIGLE LYRE*. 



Heureux nom que celui qui rappelle et le beau ciel 
et les beaux jours de la Grèce, et sa riante mythologie, 
et sa poésie enchanteresse , et l'instrument favori du 
dieu du génie, et cet Homère à qui le dieu avoit remis 
sa lyre pour chanter la Nature! Non, je ne supprime- 
rai pas ce nom magique, qui fait naître tant d'idées 



* i 



k Trigla lyra. 
Gron-au , dans -plusieurs déparlemens de France. 
Rouget, ibid. 

Boureau , sur les rivages voisins des Pyrénées occidentales. 
Organie, à Gènes. 

Pesce organo , à Naples, F . 

Piper , en Angleterre. 
Meer Jeyer, ou see leyer, en Allemagne. 
Trigla lyra. Linné, édition de Gmelin. 
Trigle gronau. Daubenton, 'Encyclopédie méthodique. 
Id. Bonnaterre y planches de l'Encyclopédie méthodique* 
Trigla rostrolongodiacantho,naribus tubulosis. Artedi, gen. 46, *>*«.• ^4. 
Gronau et lyre. Rondelet, première partie, liv. 10 , chap. 8. 
Gesner, p. 5i6; et {germ.) fol. 20, h. 
Jonston, lih. 1 , tit. 3 , cap, 1 , a. 3. 
Lyra prior Rondelet. Aldrovand. lib. 2 , cap. 7 , p. 146. 
Piper. Raj.p. 8gr 
JBloch, pi. 35o. 
Willughby, Ichthyol. p. 282. 
Br.it, Zoolog. 3 , p. 234, n. 3, tab. 14. 

Gronau , ou grognaut. Valmont-Bomare , Dictionnaire d'histoire natu- 
relle. 

TOME III. 44 



S46 HISTOIRE NATURELLE 

élevées, qui retrace. tant de doux souvenirs, pour le 
remplacer par un nom barbare. Le dieu qui inspire 
le poète est aussi celui des amans de la Nature* et 
son emblème ne peut jamais leur être étranger. Une 
ressemblance bien foible , je le sais, a déterminé les 
naturalistes grées à décorer de ce nom l'être que nous 
allons décrire ; mais toutes les fois que la sévérité de 
l'histoire le permet, ne nous refusons pas au charme 
de leur imagination agréable et féconde. Et d'ailleurs 
le poisson que nous voulons continuer d'appeler lyre, 
a été revêtu de nuances assez belles pour mériter de 
paroître à jamais consacré, par sa dénomination, pour 
ainsi dire , mythologique, au dispensateur de la lu- 
mière qui colore en même temps qu'elle éclaire et 
vivifie. 

Un rouge assez vif règne en effet sur tout le corps 
de la trigle que nous desirons de faire connoître • il 
se diversifie dans la partie inférieure de l'animal, en 
se mêlant à des teintes blanches ou argentées; la sorte 
de dorure qui distingue les rayons par lesquels la 
membrane des nageoires est soutenue , ajoute à l'éclat 
de ce rouge que font ressortir d'ailleurs quelques 
nuances de verd ou de noir répandues sur ces mêmes 
nageoires ; et ainsi les couleurs les plus brillantes , 
celles dont la poésie a orné le char radieux du dieu 
des arts et de la lumière , resplendissent sur le poisson 
que l'ingénieuse Grèce appela du nom de l'instrument 
qui fut cher à ce dieu> 



DES POISSONS. S47 

Au bout du museau de la trigle que nous examinons, 
s'avancent deux lames osseuses, triangulaires et den- 
telées ou plutôt découpées, de manière à montrer une 
image vague de cordes tendues sur une Ijre antique. 1 

La tête proprement dite est d'ailleurs arrondie et 
comme emboîtée dans une enveloppe lamelieuse, qui 
se termine par-derrière par quatre ou six aiguillons 
longs , pointus et très - forts , qui présente d'autres 
piquans au-dessus des jeux , ainsi qu'à la pièce anté- 
rieure de chaque opercule , et dont presque toute la 
surface est ciselée et agréablement rajonnée. 

De petites dents hérissent le devant du palais, et les 
deux mâchoires , dont l'inférieure est la plus courte. Le 
corps et la queue sont couverts de petites écailles ; 
et des aiguillons courts et courbés vers l'arrière gar- 
nissent les deux côtés de la fossette longitudinale dans 
laquelle l'animal peut coucher ses nageoires dorsales*. 

La trigle lyre habite dans l'Océan atlantique, aussi- 
bien que dans la Méditerranée. Elle j parvient quel- 
quefois à la longueur de six ou sept décimètres. Sa 
chair est trop dure et trop maigre pour qu'elle soit 
très-recherchée. On la pêche cependant de temps eu 

* A la membrane des branchies 7 rayons, 

à la première dorsale 9 

à la seconde . 16 

à chacune des pectorales 12 

à chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus 16 

à celle de la queue i.g 



<^ 



848 HISTOIRE NATURELLE. 

temps; et lorsqu'elle est prise, elle fait entendre, par 
un mécanisme semblable à celui que nous avons exposé 
en traitant de plusieurs poissons , une sorte de bruis- 
sement que l'on a comparé a un sifflement proprement 
dit, et qui Fa fait nommer dans plusieurs pays , et par- 
ticulièrement sur quelques côtes d'Angleterre, poisson 
slffleur Çthe piper, îhejish piper) *. 

* La vessie natatoire est longue et simple. 



LA TRIGLE CAROLINE 1 , 

LA TRIGLE PONCTUÉE 2 , 
ET LA TRIGLE LASTOVIZA 3 . 



Ces trois trigles ont les nageoires pectorales très- 
longues et assez grandes pour s'élever au-dessus de la; 
surface des eaux. Nous devons donc les inscrire parmi 

1 Trigla carolina. 

The smaller flying fish , dans quelques contrées anglaises. 

Trigla carolina. Linné, édition de Gmelin. 

Trigle caroiine. Bonnaterre, planches de V Encyclopédie méthodique, 

Trigle carolin , ou Caroline. Bloch, pi, 352, 

2 Trigla j3unc(ata. 

Rubio volador, en espagnol. 
Trigle ponctuée. Bloch, pi. 353. 

Lyra alata. Plumier, peintures sur vélin du Muséum d'histoire natw-> 
relie. 

3 Trigla Iastoviza. 

Trigla adriatica. Linné, édition de Gmelin, 
Trigla lineata. Td, 
Briinn, Pisc. Massil. p. 99. 

Trigle Iastoviza. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique.- 
Brit. Zoolog. 3 , p. 236 , n. 5, 
Raj. Pisc. p. i65,/ 11. 
Imbriago. Bloch , pi. 354- 

Autre espèce de surmuîet-imbriaco. Rondelet, première partie, liv. 10 r 
chap. 4. 



35o HISTOIRE NATURELLE 

les véritables poissons volans. Voyons rapidement leurs 
traits principaux. 

Dans ces trois espèces , la tête est comme ciselée , 
et parsemée de figures étoilées ou rayonnantes qui 
ont un peu de relief. L'enveloppe lamelleuse qui la 
recouvre, montre , dans la Caroline, deux petits pi- 
quans dentelés au-dessus de chaque œil , deux plus 
grands à la nuque, trois ou quatre à chaque opercule, 
et un à chaque os claviculaire. Les écailles qui revêtent 
le dos, sont petites et dentelées. La ligne latérale est 
droite et lisse ; et le sillon longitudinal dans lequel 
l'animal peut coucher ses nageoires dorsales, est bprdé ? 
de chaque côté, d'aiguillons recourbés. 

Une tache noirâtre qui occupe la moitié supérieure 
de Fosil , donne à cet organe une apparence singu- 
lière. Une autre tache noirâtre paroît vers le haut delà 
première nageoire dorsale. Le corps et la queue sont 
jaunâtres avec de petites taches violettes, et les na- 
geoires pectorales sont violettes avec quatre bandes 
transversales brunes et arquées *. 

On trouve cette trigle , dont la chair est dure et 
maigre, et la longueur d'un ou deux décimètres, aux 

, ■ ■ ■ — , . i i . . . i . ». ..,. i . r 

* A la membrane branchiale de la Caroline., 6 rayons, 

à. la première nageoire du dos 9 

à la seconde * 2 

.à chacune des pectorales ï3 

à chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus Jî 

à ceile de la queue *5 



DES POISSONS. 35 | 

environs de la Caroline et des Antilles. C'est dans les 
mêmes mers qu'habite la ponctuée, dont les couleurs 
sont plus vives , plus variées et plus gaies. Nous décri- 
vons ces nuances d'après une peinture qui fait partie 
de celles du Muséum d'histoire naturelle, et dont ou 
a dû à Plumier le dessin original. La partie supérieure 
de l'animal est d'un rouge clair, et la partie inférieure 
d'un beau jaune. Les côtés et le dos sont parsemés de 
taches rondes, petites, et d'un rouge foncé. Ces mêmes 
taches rouges se montrent sur les nageoires du dos et 
de l'anus, qui sont lilasj sur celle de la queue, qui est 
bleue à sa base et jaune à son extrémité j et sur les 
ailes, qui sont également jaunes à leur extrémité et 
bleues à leur base. 

La tête de la ponctuée est plus aîongée que celle de 
la Caroline *. 

Quant à la trigîe lastoviza, elle est rouge par- dessus 
et blanchâtre par-dessous, avec des taches et des bandes 
couleur de sang, ou noirâtres, placées sur le dos. Les 
ailes offrent souvent par-dessus quelques taches brunes, 
et par-dessous une bordure et des points bleus sur un 
fond noir. Les tlioracines et l'anale sont blanches , et 
quelquefois noires à leur sommet. Au reste, la ligne 
latérale de ce poisson est hérissée de piquans à deux 
pointes ; la mâchoire supérieure presque aussi avancée 



A chacune des nageoires pectorales delà ponctuée, i3 rayons. 
à chacune des thoracines 5 

à celle de la queue — 



352 HISTOIRE NATURELLE. 

que l'inférieure ; le dessus des jeux garni de petites 
pointes; la nuque hérissée de deux aiguillons dente- 
lés ; chaque opercule armé de deux aiguillons sem- 
blables ; l'os claviculaire étendu, pour ainsi dire, en 
épine également dentelée, et , de plus, longue , aiguë à 
son sommet et large à sa base ; et la fossette dorsale 
bordée , de chaque côté, de piquans à trois ou quatre, 
pointes. 

Ce beau poisson parvient quelquefois à la longueur 
d'un demi -mètre, et habite dans la Méditerranée et 
dans l'Océan atlantique *. 

* 10 rayons aiguillonnés à la première nageoire dorsale de la trigta 
lastoviza. 
in rayons à la seconde. 
10 rayons à chacune des pectorales. 

1 aiguillon et 5 rayons articulés à chacune des thoracines, 
36 rayons à celle de l'anus. 
j3 rayons à celle de la ijueiie. 



LA TRIGLE HIRONDELLE*. 



La partie supérieure de ce poisson est d'un violet 
mêlé de brun, et l'inférieure d'uu blanc plus ou moins 
pur et argentin. Il vit dans la Méditerranée , et dans 



* Trigla hirundo. 
Cabote , en France. 
G ail i ne , ibid. 
Gallinette, ibid. 
Linette 7 ibid. 
Perl on , ibid. 
Grondin , ibid. 
Tigiega , à Malte. 

Corsano , et corsavo , dans la Ligurie. 
Capone , à Rome. 
Tub fish, en Angleterre. 
Sapphirine gurnard , ibid. 
Knurr-hahn , en Allemagne. 
Soe-hane , ou knurr-hane , en Danemarcfc* 
Hiot, ouskarriot, knorrsoehane, soekok, en JZorvëgei 
Knorrhane , knoding , knot, ou schmed , en Suède. 
Trigla liirundo. Linné 3 édition de Gmelin. 

Trigle hirondelle de mer. Daubenton, 'Encyclopédie métfioâigtic. 
;Id. Bonnalerre 3 planches de l'Encyclopédie méthodique^ 
Mus. Ad. Frid. 2 , p. g 3 *. 

Miill. Prodrom. Zoolog. Danic. p. 47, n. 400. 
Faun. Suecic. 340 *. 
It. s Wgoih. p. 176. 

Trigla capite aculeato, appendicibus utrinque tribus, et?. Artedij ge'in 
44, syn. 7 3. 

TOME III. 45 



354 HISTOIRE NATURELLE 

les eaux de l'Océan. Il y devient assez grand, puisque 
sa longueur surpasse quelquefois deux tiers de mètre. 
Il nage avec une grande rapidité , ses pectorales pou- 
vant lui servir de rames puissantes. Comme il habite 
les fonds de la pleine mer pendant une grande partie 
de l'année, on le prend ordinairement avec des lignes 
de fond ; et quoique sa chair soit dure , il est assez 
recherché dans plusieurs pays du Nord , et particu- 
lièrement sur les rivages du Danemarck , où on le 
sale et le sèche à l'air pour l'approvisionnement des 



vaisseaux* 



Le bruissement qu'il fait entendre lorsqu'on le 



Kop«|. Athen, lib. i , fol. 177. 

Hirundo prior. Aldrovand. lib. 2 , cap. 3, p. l35. 

Hirundo. TVillughby , p. 280. 

Raj. Pisc. p. 88. 

Corvus. Plin. lib. 32 , cap. 11. 

Sahian. fol. 194, 19 5. 

Perlon. Bloch, pi. 60. 

Corystion ventricosus. Klein, Miss. pisc. 4 , p. 45, n. 3. 

Corax. Gesner, Aquat. p. 299; Thierb.p. 21. 

Brit. Zeolog, 3 , p. 235 , n. 4. 

Corbeau de mer. Rondelet a première partie 3 liy, 10 r chap. €.• 

* A la membrane des branchies 7 rayons. 
à la première nageoire du dos 8 

à la seconde i5 

à chacune des pectorales 12 
à chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus 14, 

à celle de la (peue 15 



DES POISSONS. 355 

touche , a paru aux anciens naturalistes grecs et ro- 
mains avoir quelque rapport avec le croassement des 
corbeaux ; et voilà pourquoi ils l'ont nommé corbeau 
de mer. 



LA TRIGLE PIN'. 



Les lames ou feuilles minces, étroites, et semblables- 
à des feuilles de pin, qui garnissent les deux côtés 
de chaque ligne latérale , ont suggéré à Bloch le nom. 
spécifique qu'il a donné à cette trigle , lorsqu'il l'a fait 
connoître. Le museau de ce poisson est un peu éciian- 
cré et terminé par plusieurs aiguillons ordinairement 
au nombre de six ou de huit. De petites dents hérissent 
les mâchoires. On apperçoit un os transversal et rude 
sur le devant du palais , et quatre os rudes et ovales 
auprès du gosier. On voit un piquant au-dessus de 
chaque œil, ou à la pièce antérieure de chaque oper- 
cule , deux à la pièce postérieure , et un aiguillon 
presque triangulaire et dentelé à chaque os clavicu- 
laire. La fossette longitudinale du dos est bordée 
d'épines inclinées vers la queue \ Les écailles sont très- 



■ Trigla pi ni. 

Id. Bloch, pL 355. 

2 A la membrane des branchies 7 rayons, 

à ]a première nageoire dorsale 9 

à la seconde ig 

à chaque nageoire pectorale 10 

à chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus 16 

à celle de la queue xB; 



HISTOIRE NATUR1LL ê, 3.5-7 

petites ; et toute la surface de l'animal réfléchit un 
rouge un peu foncé., excepté le dessous du corps et de 
la queue, qui est jaunâtre, et les nageoires du dos r 
de la poitrine, de la queue et de l'anus, qui sont 
d'un verd tirant sur le bleu. 



LA TRIGLE GURNA U' 5 

ET 
LA TRIGLE GRONDIN 3 . 



La première de ces trigles présente une faculté sem- 
blable à celle que nous avons remarquée dans la lyre. 
Elle peut faire entendre un bruissement très-sensible 

1 Trigla gurnardus. 

Bellicant , dans plusieurs contrées de France. 
Gourneau , ibid. 

Schrniedknecht , ] dans le Holsiein. 
See-hahn , ou kurre , ou kurre-fish, n Heiligeland. 
Knorhaan, en Hollande. 
Tigiega , à Malle. 
Kirlanidsi-baliick, en Turquie. 
Trigla gurnardus. Linné, édition de Gmelin, 
Trigle grondin. Daubenlon, Encyclopédie méthodique. 
Trîgle grondeur. Bonnalerre, planches de V Encyclopédie méthodique» 
Trigla varia , rostro diacantho , aculeis geminis ad utrumque oculum. 
A.rtedi t gen. 46, syn. 74. 

Gronov, Mus. 1 , p. 44 , 11. loi ; Zooph. p. 84, n. ^83. 

Briinn. Pisc. Massil.p. 74, 72.90. 

Gurneau. Bloch, pi. 58. 

Charlel. Onom. p. i3g. 

Corystïon gracilis griseus , etc. Klein, Miss. pisc. 4 , p. 40 , n. 6 , tab. 

Coccyx alter. Bellon, Aquat. p. 204. ' 
Grey gurnard. Brit. Zoolog. 3, p. 23r , n. T. 
Willughby , Ichlhyol. p. 27g, tab. S, i^fig- r. 
fLaj. Pisc. 7?. 86. 



HISTOIRE NATURELLE. 35<} 

par le frôlement de ses opercules, que les gaz de l'in- 
térieur de son corps font, pour ainsi dire, vibrer, en 
s'échappant avec violence lorsque l'animal comprime 



a Trigla grunniens. 

Morrude, dans plusieurs départemens de France. 

Rouget , ibid. 

Rouget grondin, îbiâ. 

Perl on , ibid. 

Galline, iùid. 

Rondela , ibid. 

Hunchetn , dans le nord de la France. 

Sehe-hanen , dans plusieurs contrées du nord de l'Europe» 

The red gurnard , en Angleterre. 

Rot chet , ibid. 

Cocchou , aux environs de Naples. 

Cabriggia, dans la Ligurie. 

Organt, sur plusieurs côtes de V Adriatique. 

Trigla cuculus. Linné, édition de Gmelin. 

Trigle perlon. Daubenlon, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 

Mus. ddolph. Frid. 2 , p. 93 *. 

Trigla tota rubens , rostro parùm bicorni , operculis branchiarum strialis.. 
r ArteJï,gen. 45, syn, 74. 

Rouget , et rouget grondin. Bloch, pi. 5g. 

O c »xxf|. Arist. lib. 4 , cap. 9; et lib. 8 , cap. i3. 

ALlian. lib. 10, cap. 11. 

Oppian. lib. 1 \ p. 5. 

Athen. lib. 7, p. 3og. 

Cuculus. Gaz. Aristot. 

Morrude , ou rouget. Rondelet, première partie, tiV, 10, chap 2 

Gesner, p. 3o5 et 3o6, et (germ.) fol. 17, h, 

Aldrovand. lib. 2, cap. 4, p. i3 Q# 

Jonston, Fisc. p. 64, tab. 17 \,fig. n.. 

JVillughby, V .zU. 

Raj. p. 89, 



36o HISTOIRE NATURELLE 

ses organes internes 3 et voilà d'où Ini vient le .nom de 
gurnau qu'elle porte. Ce gnrnau a d'ailleurs plusieurs 
rapports de conformation avec la Ijre , et, de plus, il 
ressemble beaucoup au grondin, qui est doué, comme 
la lyre, de la faculté de siffler ou de bruire. Mais, indé- 
pendamment des différences indiquées sur le tableau 
du genre des trigles , et qui séparent le grondin du 
gurnau , le grondin a la tête et l'ouverture de la bouche 
plus petites que celles du gurnau : celui-ci peut parvenir 
à la longueur d'un mètre * ; celui-là n'atteint ordinai- 
rement qu'à celle de trois ou quatre décimètres 2 . Les 
écailles qui revêtent le gurnau , sont blanches ou grises t 
et bordées de noir; des taches rouges et noires sont 

Cuculus niinor. Bellon, Aquat. p. 104. 

Cuculuslyree species. Schoneç.p. 3z. 

Lyra. Charlet. p, 1 3g. 

Corystion capite conico, etc. Klein 3 Miss. pisc. 4, p. 46 , n. 6, lab.<{ 9 

Red gurnard. Brit. Zoolog. 3 ,p. 233 , n. 2. 

1 A la première nageoire dorsale du gurnau , 7 rayons, 
à la seconde 19 

à chacune des pectorales 10 

à chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus 17 

à celle de la queue 9 

i*A la première nageoire dorsale du grondin, 10 rayons, 
à la seconde 18 

à chacune des pectorales 10 

à chacune des thoracines , 6 

à ceîle de l'anus 12 

jï celle de la queue ï$ 



DES POISSONS. 36 1 

souvent répandues sur son dos ; ses nageoires de la 
poitrine et de la queue offrent une teinte noirâtre; 
celles de l'anus et du dos sont d'un gris rougeâtre ; la 
première dorsale est parsemée de taches blanches ; les 
lames épaisses et larges qui recouvrent la ligne laté- 
rale, sont noires et bordées de blanc. Le grondin a les 
lames de ses lignes latérales blanches et bordées de 
noir ; la partie supérieure de son corps et de sa queue, 
rouge et pointillée de blanc ; la partie inférieure 
argentée ; les nageoires caudale et pectorales , rou- 
geâtres ; celle de l'anus, blanche; et les deux dorsales, 
blanches et pointillées d'orangé. 

Au reste, le gurnau et le grondin ont tous les deux 
les thoracines blanches. Leur chair est très-agréable au 
goût : celle du grondin est même quelquefois exquise. 
Ils habitent dans Ja Méditerranée ; on les trouve aussi 
dans l'Océan atlantique , particulièrement auprès de 
l'Angleterre ; et c'est vers le commencement ou la 
fin du printemps que l'un et l'autre s'avancent et se 
pressent, pour ainsi dire , près des rivages, pour y 
déposer leurs œufs , ou les arroser de la liqueur, fécon- 
dante que la laite renferme % 

* Qa yoit deux aiguillons auprès de chaque œil du grondin, 



TOME 11 ï. 46 



LATRIGLE MILAN 



Plusieurs trigles ont reçu des noms d'oiseaux; on 
les a appelées hirondelle, coucou, milan, etc. Il étoit 
en effet assez naturel de donner à des poissons ailés 
qui s'élèvent dans l'atmosphère, des dénominations 
qui rappelassent les rapports ,de conformation , de 
facultés et d'habitudes, qui les lient avec les habitans 
de l'air. Aussi ces noms spécifiques ont-ils été imposés 
par des observateurs et adoptés assez généralement, 
même dès le temps des anciens naturalistes; et voilà 



* Trigla milvus. 

Belugo, c'est-à-dire 3 étincelle, dans plusieurs départemens méridionaux 
de France. 

Galline , ibid. 

Organo , dans la Ligurie. 

Cocco , dans les deux Siciles. 

Trigla lucerna. Linné, édition de Gmelin. 

Trigle milan. Daubenton, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre , -planches de V Encyclopédie méthodique. 

Trigla rostro parùm bifido, lineâ laterali, ad caudam. bifurcâ. Artedi ? 
gen. 45 , syn. j3. 

Milan marin. Rondelet, première partie, Uv. 10 , chap. 7. 

Aldrov.lib. 2 , cap. 58 , p. 276. 

Lucerna, milvus, et milvago. Gesner, p. 497 j et (germ.) fol. 17, a- 

Lucerna Yenetorum. Willughby, p. 281. 

Raj. p. 88. 

Cuculus. Saltûan. fol. 190, 191. 

Gronov. Mus. 1, n. 1005 Zooph, p, 84, n, 284, 



HISTOIRE NATURELLE. 363 

pourquoi nous avons cru devoir en conserver deux, 
La trigle milan a été aussi appelée , et même par plu- 
sieurs célèbres naturalistes, lanterne, ou fanal, parc© 
qu'elle offre d'une manière assez remarquable la pro- 
priété de luire dans les ténèbres, qui appartient non 
seulement aux poissons morts dont les chairs com- 
mencent à s'altérer et à se décomposer, mais encore à 
un nombre assez grand d'osseux et de cartilagineux, 
vivans \ C'est principalement la tête du milan , et par- 
ticulièrement l'intérieur de sa bouche, et sur-tout son 
palais, qui brillent dans l'obscurité, de l'éclat doux et 
tranquille que répandent, pendant les belles nuits de 
l'été des contrées méridionales , tant de substances 
phosphoriques vivantes ou inanimées. Lorsque dans 
un temps calme , et après le coucher du soleil , plu- 
sieurs centaines de trigles milans, exposées au même 
danger , saisies du même effroi , emportées hors de 
leur fluide par la même nécessité d'échapper à un 
ennemi redoutable , s'élancent dans les couches les 
plus basses de l'air et s'y maintiennent pendant quel- 
ques instans , en agitant leurs ailes membraneuses, 
courtes à la vérité , mais mues par des muscles puis- 
sans, c'est un spectacle assez curieux que celui de ces 
lumières paisibles qui montant avec vitesse au-dessus 
des ondes , s avançant , retombant dans les flots , des- 
sinant dans l'atmosphère des routes de feu qui se 



Voyez Je Discours sur la nature despoissons. 



364 HISTOIRE NATURELLE. 

croisent, se séparent , se réunissent , ajoutent une illu- 
mination aérienne , mobile, et perpétuellement variée, 
à celle qui repose, pour ainsi dire , sur la surface phos- 
phorique de la mer. Au reste, les milans volant ou 
nageant en troupes , offrent pendant le jour un coup 
d'oeil moins singulier, mais cependant agréable par 
la vivacité, la disposition et l'harmonie de leurs cou- 
leurs. Le rouge domine fréquemment sur leur partie 
supérieure; et l'on voit souvent de belles taches noires-, 
bleues ou jaunes, sur leurs grandes nageoires pecto- 
rales. Leur ligne latérale est garnie d'aiguillons, et 
divisée en deux vers la queue. On les trouve dans 
l'Océan atlantique , aussi-bien que dans la Méditerra- 
née. Leur chair est presque toujours dure et sèche *; 
et il se pourroit que ces milans ne fussent qu'une 
variété des trigles hirondelles. 

*Ala première nageoire du dos 10 rayons, 

à la seconde ij 

à chacune des pectorales 10 , 
à chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus iS 



LA TRIGLE MENUE'. 



Le nom de cette trigle désigne sa petitesse : sa lon- 
gueur n'égale ordinairement que celle du doigt. Les 
deux saillies longitudinales qui forment la fossette 
propre à recevoir les nageoires du dos lorsque l'ani- 
mal les incline et les plie, sont composées de petites 
lames un peu redressées et piquantes. Le museau est 
échancré et dentelé. On compte deux aiguillons au- 
dessus des jeux ; deux autres aiguillons , et deux 
piquans plus forts que ces quatre premiers , auprès 
de l'occiput ; et une épine assez grande à proportion 
des dimensions de l'animal, garnit la partie postérieure 
de chaque opercule 2 . 

On trouve la trigle menue dans les mers de l'Inde: 



1 Trigla minuta. 

Id. Linné } édition de Gmelin. 

La petite trigle. Bonnaterre , -planches de l'Encyclopédie méthodique* 

a 5 rayons aiguillonnés à la première nageoire du dos. 
24 rayons à la seconde. 

8 à chacune des pectorales. 

6 à chacune des thovacines. 

34 à celle de l'anus. 

10 à celle de la queue. 



LA TRIGLE CAVILLONE'. 



Rondelet a décrit cette trigle, dont il a aussi publié 
une figure gravée. N'ajant que deux rajons articulés 
et isolés à chaque nageoire pectorale, non seulement 
elle est séparée des espèces que nous venons de décrire, 
mais elle appartient même à un sous-genre particulier. 
On l'a appelée cavillone dans plusieurs départemens 
françois voisins de la Méditerranée , à cause de sa 
ressemblance avec une cheville , que l'on y nomme ca- 
vîlle. L'animal est en effet beaucoup plus gros vers la 
tête que vers la nageoire de la queue. Il est couvert 
d'écaillés petites , mais dentelées , âpres et dures. La 
ligne latérale est très-droite et très-voisine du dos. On 
voit un piquant au-dessus de chaque œil , et six aiguil- 
lons très -grands et un peu aplatis à la partie posté- 
rieure de cette sorte de casque ou d'enveloppe lamel- 
leuse et ciselée, qui défend la tête. 

La cavillone est d'un très-beau rouge, lequel fait 
ressortir la couleur de ses ailes , qui sont blanches 
par-dessus, et d'un verd noirâtre par-dessous 2 . Ses 



1 Trigla cavillone. 

Autre espèce de surmulet, dite cavillone. Rondelet, -première partie 3 
Up- io , chap. 5. 

Mullus asperus. Id. ibid. 

* y rayons aiguillonnés à la première nageoire du dos, qui est triangulaire. 



HISTOIRE NATURELLE. 867 

dimensions sont ordinairement aussi petites que celles 
de la menue. Son foie est très-long ; mais son estomac 
est peu étendu , et son pylore garni d'un petit nombre 
dappendices ou ccecums. La chair de cette trigle es! 
dure , et peu agréable au goût. 



QUATRE-VINGT-DIX-SEPTIÈME GENRE. 

LES PÉRISTÉDÎONS. 

Des rayons articulés et non réunis par une membrane , 
auprès des nageoires pectorales; une seule nageoire 
dorsale; point d'aiguillon dentelé sur le dos; une ou 
plusieurs plaques osseuses au-dessous du corps. 

ESPÈCES. CARACTÈRES. 

jr. Le périst. malarmat. r m , . 

. . { Tout le corps cuirasse. 

(Peristeaion malarma t.) I 

2. Le pér. chabrontère. (Deux plaques osseuses garnissant le dessous 
^Peri^iedJQn chabro niera.) I du corps. 



LE PÉRISTÉDION MALARMAT *. 



Les plaques osseuses qui garnissent le dessous du 
corps des péristédions, et y forment une sorte de 

* Peristedion malarmat. 
Pesce capone, en Italie* 
Pesce furca , ibid. 
Forchato , ibid. 
Pesce forcha , ibid. 
Scala feno , dans la Ligvrie. 
Gabel fisch , en Allemagne. 
Panzerhalm , ibid. 
Roocle duyvel visch, en Hollande. 
Hochet , en Angleterre. 

Ikan seytan mera, et ikan paring, dans les Indes orientales. 
''Oàos-eoi', en grec. 

Trigla cataphracta. Linné, édition de Gmelin. 
Bloch, pi. 349. 

Trigle malarmat. Daubenlon 3 'Encyclopédie méthodique. 
Id. Bonnaterre , planches de V Encyclopédie méthodique. 
Mus. Adolp. Fr. 2 , p. L)Z *. 

Trigla . . . corpore octogono. Artedi, gen. 46 , syn. 7S. 
Lyra altéra Rondeletii. Aldrov. lib. 2 , cap. 7, p. 147. 
Id. TYillughby, p. 283. 
Id. Raj. p. 89. 

3L,yra. Salvian. fol. 192, b, ad iconem, et ig3. 
Malarmat. Rondelet, première partie, liv. 10 , chap. g. 
Gesner,p.B\ r ]^(iiOj et [germ.)fol. 20, b. 
Gronov. Mus. 1 , n. 98. 

Malarmat. Duhamel, Traité des pèches, part. 2 , Seci. 5 , chap. 5 , 
p. ïl3, pi. ç-tfig- 1 et 2. 

Id. Valmont-Bomare , Dictionnaire d'histoire naturelle. 

TOME III. 47 



870 HISTOIRE NATURELLE 

plastron, séparent ces poissons des trigles proprement 
dites , et nous ont suggéré le nom générique que nous 
leur donnons*. Cette cuirasse est très-étendue sur 
la partie inférieure du malarmat ; elle la couvre en 
entier; elle se réunit avec celle qui défend la partie 
supérieure; on, pour mieux dire, la totalité du corps 
et de la queue de cet osseux est renfermée dans une 
sorte de gaine composée de huit rangs de lames, qui la 
font paroître octogone. Chacune de ces lames est plus, 
large que longue, irrégulièrement hexagone, et relevée 
dans son milieu par un piquant recourbé vers l'arrière. 
Ces plaques ou lames dures sont d'autant moins grandes 
qu'elles sont placées plus près de la queue, et l'on 
compte quelquefois plus de quarante pièces à chacune 
des rangées longitudinales de ces lames aiguillonnées. 

La tête est renfermée, comme celle de presque toutes 
les trigles, dans une enveloppe à quatre faces, dure, 
un peu osseuse, relevée par des arêtes longitudinales, 
et parsemée de piquans dans sa partie supérieure. Le 
museau se termine en deux os longs et plats, dont 
l'ensemble ressemble assez à celui d'une fourche. 

Les mâchoires sont dépourvues de dents proprement 
dites ; le palais et la langue sont lisses. On voit à la 
mâchoire inférieure plusieurs barbillons très -courts* 
et deux autres barbillons longs et ramifiés. 

Chaque opercule est composé d'une seule lame, et 

* ncprr>§Hiy 9 en grec, signifie pcctoralj plastron» 



DES POISSONS. 37 î 

terminé en pointe. L'anus est plus près du museau que 
de la nageoire caudale, qui est en croissant; et on ne 
compte auprès de chaque nageoire pectorale que deux 
rayons articulés et libres, ce qui donne au malarmat 
un rapport de plus avec la trigle caviilone *. 

Presque tout l'animal est d'un rouge pâle , comme 
plusieurs trigles; les thoracinessont grises, et les pec- 
torales noirâtres. 

Le malarmat habite non seulement dans la mer 
Méditerranée, mais encore dans celle qui baigne les 
Moluques. Il ne parvient guère qu'à la longueur de six 
ou sept décimètres. Et l'on doit croire que si le pois- 
son nommé cornuta par Pline est le malarmat, il faut 
lire dans cet auteur, et avec Rondelet, que les cornes 
ou appendices du museau de cet osseux ont un demi- 
pied {cormia semipedalia) , et non pas un pied et demi 
(sescjidpedalia). Nous devons même ajouter qu'il y 
auroit encore de l'exagération dans cette évaluation 
des appendices du malarmat, et que des cornes de deux 
décimètres de longueur supposeroient, dans les di- 
mensions générales de ce poisson, une grandeur bien 
au-dessus de la réalité. 

* 7 rayons à la membrane branchiale. 

7 à la première partie de la nageoire du dos , dont la mem- 

brane est plus basse que ces mêmes rayons. 
26 à la seconde partie de cette même nageoire. 

12 à chaque pectorale. 

20 à celle de l'anus. 

i3 à celle de la queue. 



SjQ, HISTOIRE NATURELLE. 

Le péristédion que nous décrivons, se nourrit de mol- 
lusques , de vers marins et de plantes marines. Il se 
tient souvent au fond de la mer; et quoique sa chair 
soit dure et maigre, on le pêche dans beaucoup d'en- 
droits pendant toute l'année, particulièrement pen- 
dant le printemps. On le prend communément avec 
des filets. Il nage avec beaucoup de rapidité ; et comme 
il est très-vif dans ses mouvemens , il brise fréquem- 
ment ses appendices contre les rochers ou d'autres 
corps durs. 

La vessie natatoire est grande ; ce qui ajoute à la 
facilité avec laquelle le malarmat peut se soutenir daus 
l'eau, malgré la pesanteur de sa cuirasse. Le pylore est 
entouré de six petits cœcums. 



LE PÉRISTÉDION CHABRONTÈRE '. 



L»A chabrontère n'a, comme le malarmafc, que deux 
rajons libres et articulés, auprès de chaque nageoire 
pectorale. Son museau est fourchu , comme celui du 
malarma t; niais elle n'est pas renfermée dans une gaine 
octogone. Deux plaques osseuses défendent cependant 
la partie inférieure de son corps : elles s'étendent depuis 
la poitrine jusqu'à l'anus. On compte plusieurs aiguil- 
lons droits ou recourbés au-dessus du museau; et on 
en voit trois au-dessus et trois autres au-dessous de la 
queue. Toutes les nageoires, excepté la caudale, sont 
très-longues, et d'un rouge éclatant \ 

On trouve la chabrontère dans la Méditerranée: 

1 Perisfeclion chabrontera. 

0;-becJi, Fiagm. ichthyol. Bispan, 

Trigle chabrontère, Bonnaterre, planches de V Encyclopédie méthodique* 

9 A la membrane des branchies 7 rayons^ 
à la nageoire du dos 26 

à chacune des thoracines 6 

à celle de l'anus 20 



QUATRE-VINGT-DIX-HUITIÈME GENRE. 
LES ISTIOPHORES. 

Point de rayons articulés et libres, auprès des nageoires 
pectorales, ni de plaques osseuses au-dessous du corps; 
la première nageoire du dos, arrondie, très-longue, et 
d'une Hauteur supérieure à celle du corps; deux rayons 
à chaque thoracine. 

ESPÈCE. CARACTÈRES. 

L'iSTiOPH. porte-glaive. rLa mâchoire supérieure prolongée en forme 



-GLAIVE. r 

Merl) l 



Istiophorns gladifer,) l de lame d'épée ; deux nageoires de l'anus. 



I/ISTIOPHORE PORTE-GLAIVE*. 



Marcgrave, Pison, Willughby, Ray, Jonston, Ruysch, 
mon savant confrère Broussonnet , et feu le célèbre 
Bloch, ont parlé de ce poisson très-remarquable par 
sa forme , sa grandeur et ses habitudes. En effet, sa 
tête ressemble beaucoup à celle des xiphias; il par- 
vient, comme ces derniers , à une longueur de plus de 
trois mètres : comme ces derniers encore, il jouit d'une 
grande force , d'une grande agilité , d'une grande 
audace; il attaque avec courage, et souvent avec 
avantage, des ennemis très-dangereux. Cependant les 
xiphias appartiennent à l'ordre des apodes de la cin- 
quième division; et le porte-glaive doit être inscrit 
dans la même division , à la vérité, mais dans l'ordre 
des thoracins. 

La mâchoire supérieure de l'istiophore que nous 



* Isliopiioius gladifer. 

Y oïï'ier, par plusieurs auteurs ou voyageurs fran cois. 

Brochet volant, id '. 

Bécasse de mer, id. 

Schwerdt-inakrebe , par les allemands. 

Ola , et sword-fish , par les Anglois. 

Zeyl-visch , par les Hollandois des Indes orientales. 

Layer, id. 

Zee-snipp , id. 

Ikan tsjabelang jatig tcrbang , aux Indes orientales, 

Voilier, scomber gîadius. Blochjjih 3^5, 



376 HISTOIRE NATURELLE 

décrivons, est trois fois plus avancée que l'inférieure: 
très-étroite , très-longue , convexe par-dessus , et poin- 
tue, elle ressemble à une épée , et a indiqué le nom 
spécifique de l'animal. Elle est garnie , ainsi que le 
palais et la mâchoire inférieure, de dents très-petites 
dont on ne trouve aucun vestige sur la langue. La tête 
est menue ; chaque opercule composé de deux lames; 
le corps alongé, épais, et garni, ainsi que la queue, 
d écailles difficiles à voir au-dessous de la membrane 
qui les couvre ; la ligne latérale courbe , et terminée 
par une saillie longue et dure; le dos noir ; chaque 
côté bleu ; le dessous du corps et de la queue , argent 
tin; la couleur des pectorales et de l'anale, noire; et 
celle de la première nageoire dorsale, d'un bleu céleste 
parsemé de taches petites et d'un ronge brun*. 

Les pectorales sont pointues ; la caudale est four- 
chue; chaque nageoire thoracine ne présente que deux 
rajons longs, larges et un peu courbés : on compte 
deux nageoires de l'anus ; elles sont toutes les deux 
triangulaires , et à peu près de la même surface que 



* A la membrane branchiale 7 rayons. 

à la première nageoire dorsale 45 



à la seconde 


7 


à cliaque pectorale 


x9 


à cliaque thoracine 


2 


à la première de l'anus 


9 


à la seconde de l'anus 


5 


à celle de la queue 


2P 



DES POISSONS. 87/ 

la seconde dorsale, au-dessous de laquelle la seconde 
nageoire de l'anus se trouve placée. 

Quant à la première dorsale, sa forme et ses dimen- 
sions sont très-dignes d'attention. Elle s'étend depuis 
la nuque jusqu'à une petite distance de l'extrémité de 
la queue : elle est donc très-longue. Elle est aussi très- 
liaute, sa hauteur surpassant la moitié de sa longueur. 
Son contour est arrondi; et elle s'élève comme un 
demi-disque , ou plutôt comme une voile , qui a fait 
nommer l'animal, voilier, et d'après laquelle nous lui 
avons donné le nom générique de porte-voile ( istio- 
phorus, istiophore *). 

Le porte -glaive nage souvent à la surface de 
l'eau, au-dessus de laquelle sa nageoire dorsale paroîfc 
d'assez loin, et présente une surface de quinze ou 
seize décimètres de long, sur huit ou neuf de haut. 
Il habite les mers chaudes des Indes orientales aussi- 
bien que des occidentales. Le célèbre chevalier Banks 
l'a vu à Madagascar et à l'Isle de France. Il a pris à 
Surate un individu de cette espèce, qui avoit plus de 
trois mètres de longueur, dont le plus grand diamètre 
du corps étoit d'un quart de mètre , et qui pesoit dix 
myriagrammes. 

Dans sa natation rapide, l'istiophore porte -glaive 
s'avance sans crainte, se jette sur de très-gros pois- 
sons , ne recule pas devant l'homme , et se précipite 

* Is-kv., en grec , signifie voile de navire* 

TOME 111. aB 



S78 HISTOIRE NATURELLE. 

contre les vaisseaux , dans le bordage desquels il 
laisse quelquefois des tronçons de son arme brisée 
par la violence du choc. Il lutte avec facilité contre 
les ondes agitées , ne se cache pas à l'approche des 
orages , paroît même rechercher les tempêtes , pour 
saisir plus promptement une proie troublée, fatiguée * 
et, pour ainsi dire , à demi vaincue par le boulever- 
sement des flots ; et voilà pourquoi son apparition sur 
l'Océan a été regardée par des navigateurs comme le 
présage d'un ouragan. 

Il avale tout entiers des poissons longs de trois ou 
quatre décimètres. Lorsqu'encore jeune il ne pré- 
sente qu'une longueur d'un mètre, ou environ, sa 
chair n'est pas assez imbibée de graisse pour être 
indigeste ; et de plus elle est très-agréable au goût.. 



QUATRE-VINGT-DIX-NEUVIÈME GENRE. 

LES GYMNÈTRES. 

Point de nageoire de Tanus; une seule nageoire dorsale; 
les rayons des nageoires thoracines très-alongés. 

ESPÈCE. CARACTERE. 

Le cymnètre hawken. r^ 



LE GYMNËTRE HAWKEN*. 



Les poissons renfermés dans ce genre n'ayant pas 
de nageoire de l'anus, nous aurions inscrit les gym- 
nètres à la tête des thoracins de la cinquième divi- 
sion, si l'espérance de recueillir de nouveaux rensei- 
gnemens au sujet de ces animaux ne m'avoit fait dif- 
férer jusqu'à ce moment l'impression de cet article. 

Les gymnètres ont beaucoup de rapports avec les 
régalées ; mais indépendamment de plusieurs diffé- 
rences qu'il est aisé cl'appercevoir, et sans considérer, 
par exemple , que les régalées ont deux nageoires 
dorsales, et que les gymnètres n'en ont qu'une, ces 
derniers appartiennent à l'ordre des thoracins, et les 
régalées à celui des apodes. 

Le hawken a été ainsi nommé par reconnoissance 
pour l'ami des sciences naturelles (M. Hawken) qui a 
envoyé dans le temps un individu de cette espèce à 
Bloch de Berlin. 

Chaque nageoire thoracine de ce poisson est com- 
posée de deux rayons séparés l'un de l'autre , et pro- 
longés en forme de filament jusque vers le milieu de 
la longueur totale de l'animal. A son extrémité, chacun. 



* Gymnetrus Hawkenii. 
ïd. Bloch _, P/..433... 



HISTOIRE NATURELLE. 38 1 

de ces rayons s'épanouit, s'élargit, se divise en six ou 
sept petits rayons réunis par une membrane , et forme 
comme une petite palette arrondie. 

L'ensemble du hawken est d'ailleurs serpentiforme, 
mais un peu comprimé ; la mâchoire inférieure dépasse 
la supérieure ; l'ouverture branchiale est grande ; on 
voit un petit enfoncement au-devant des jeux • la 
nageoire dorsale commence au-dessus de ces derniers 
organes , et s'étend jusqu'à la caudale , comme une 
bande à peu près également élevée dans tous ses points ; 
la caudale est en croissant; toutes les nageoires sont 
couleur de sang 5 le corps et la queue sont d'un gris 
bleu avec des taches et de petites bandes brunes, 
disposées assez régulièrement. 

L'individu décrit par Bloch avoit été pris auprès 
de Goa. Il avoit plus de huit décimètres de long, et 
pesoit près de cinq kilogrammes. 



CENTIÈME GENRE. 

LES MULLES. 

Le corps couvert de grandes écailles qui se détachent 
aisément; deux nageoires dorsales; plus d'un barbillon 
à la mâchoire inférieure* 



ESPÈCES. 

i. Le mtjlle rouget. 

[Mullus ruber.) 

2. Le mulle surmulet. 

[Mullus surmule tus.) 

3. Le mulle japonois. 

[Mullus japonicus.) 



4. Le mulle auriflamme. 
[Mullus auriflamma.) 



5. Le mulle rayé. 
[Mullus vittatus.) 



CARACTÈRES. 

f Le corps et la queue rouges , même lorsqu'ils 
sont dénués d'écaillés; point de raies lon- 
gitudinales ; les deux mâchoires également 
avancées. 

JLe corps et la queue rouges ; des raies lon- 
gitudinales jaunes; la mâchoire supérieure 
un peu plus avancée que l'inférieure. 

(Le corps et la queue jaunes ; point de raies 
l longitudinales. 

Le dos comme bronzé; une raie longitudi- 
nale large et rousse, de chaque coté de 
l'animal ; une tache noire vers l'extrémité 
de la ligne latérale ; la nageoire de la 
queue, jaune et sans tache; les barbillons 
blancs; des dents petites et nombreuses. 

i Blanchâtre; cinq raies longitudinales de 
chaque côté, deux brunes et trois jaunes; 
la nageoire de la queue rayée obliquement 
de brun ; les barbillons de la longueur des 
opercules 5 les écailles légèrement dentées. 



HISTOIRE NATURELLE. 383 

ESPÈCES. 



6. Le mulle tacheté. 
[Mullus maculatus.) 



7. Le mulle deux- 
bandes. 
[Mullus bifasciaius.) 



!. Le mulle cyglostome. 

[Mullus cjclostomus.) 



Le mulle t r-o i s- 

B AN DE S. 
[Mullus trifasciatus,) 



10. Le mulle macronéme. 
[Mullus macro ne ma,) 



21. Le mulle barberin. 
{Mullus harberinus.) 



CARACTERES. 
La tête, le corps, la queue et les nageoires- 
rouges ; trois taches grandes , presque 
rondes , et noires , de chaque côté du- 
corps; huit rayons à la première nageoire- 
du dos ; dix à celle de l'anus. 

'Une bande très-foncée, transversale, et ter- 
minée en pointe , à l'origine de la pre- 
mière nageoire du dos ; une bande presque 
semblable vers l'origine de la queue ; la 
nageoire caudale divisée en deux lobes 
très-distincts ; la tête couverte d'écaillés 
semblables à celles du dos ; les barbillons 
épais à leur base , et déliés à leur extrémité. 

'Point de raies , de bandes ni de taches ; l'ex- 
trémité des barbillons atteignant à l'origine 
des thoracines; l'ouverture de la bouche 
représentant une très-grande portion de 
cercle; la ligne latérale , parallèle au dos; 
huit rayons à la première dorsale. 

[Trois bandes transversales, larges, très-Fon»- 
cées , et finissant en pointe ; la tête cou- 
verte d'écaillés semblables à celles du dos; 
l'extrémité des barbillons atteignant à l'ex- 
trémité des nageoires thoracines.. 

[Une raie longitudinale de chaque côté du 
corps; une tache noire vers l'extrémité de 
la ligne latérale ; sept rayons à la première- 
dorsale ; l'extrémité des barbillons attei- 
gnant à l'extrémité des nageoires thora- 
cines. 

Une raie longitudinale de chaque côté du 
corps; une tache noire vers l'extrémité de 
la ligne latérale ; huit rayons à la première 
dorsale y l'extrémité des barbillons n'atteï* 



384 



H I STOIRE NATURELLE. 



ESPÈCES. 



ii. Le mulle barberin. 
( Mu Uns barber in us . ) 



tz. Le mulle rougeatre. 
{Mullus rubescens.) 



%Z. LE MULLE ROUGEOR. 

(Mullus chrjserydros.) 



?4. LE MULLE CORDON- 
JAUNE. 

{Mullus Jlayolineatus.) 



CA R A C TERES. 

gnant que jusqu'à la seconde pièce des 
opercules ; cette seconde pièce garnie d'un 
piquant recourbé. 

[Le corps et la queue rougeâtres ; une tache 
noire vers l'extrémité de la ligne latérale ; 
la seconde dorsale parsemée , ainsi que 
la nageoire de l'anus et celle de la queue, 
de taches brunes et faites en forme de" 
lentilles. 

Le corps et la queue rouges; une grande 
tache dorée entre les nageoires dorsales 
et celle de la queue ; des rayons dorés 
aboutissant à l'œil comme à un centre ; les 
opercules dénués de piquans , et non d'é- 
cailles semblables à celles du dos 5 les bar- 
billons atteignant jusqu'à la base des tho- 
racines , et se recourbant ensuite ; quatre 
rayons à la membrane des branchies. 

Le dos bleuâtre ; une raie latérale et lon- 
gitudinale, dorée; la nageoire de la queue 
et le sommet de celles du dos , jaunâtres; 
trois pièces à chaque opercule ; un petit 
piquant à la seconde pièce operculaire ; les 
opercules dénués d'écaillés semblables à 
celles du dos ; quatre rayons à la mem- 
brane des branchies ; les barbillons recour- 
bés , et n'atteignant pas tout-à-fait jusqu'à 
la base des nageoires thoracines. 



LE MULLE ROUGET*. 



Avec quelle magnificence la Nature na-t-elle pas 
décoré ce poisson ! Quels souvenirs ne réveille pas ce 
mulle dont le nom se trouve dans les écrits de tant. 



* Mulîus ruber. 

Barbet, dans -plusieurs contrées de France. 

Petit surmulet , ibid. 

Red surmulet, en Angleterre. 

Smaller red-beard, ibid. 

Der kleine roth-bart , en Allemagne. 

Die rothe see barbe , ibid. 

Nagarey, par les Tamules. 

Tekir, par les Turcs. 

Triglia , en Italie. 

Triglia verace , sur les rivages de la Ligurîe. 

Barboni, à Venise. 

Barbarin, en Portugal. 

Mullus barbatus. Linné, édition de Gmelin. 

Mus. Adolph. Frid. 2 , p. gi *. 

JBlochj pi. 348, fig. 2. 

Mulet rouget. Daubenton et Haity, Encyclopédie méthodique, 

ïd. Bonnalerre , planches de l'Encyclopédie méthodique. 

Trigla capite glabro , cirris geminis in maxilla inferiore. Artedij gen. 43, 
syn. 73. 

H c rpiyAa. Aristot. lib. 2, cap. 17 ; lié. 4 , cap. 11 ; lié, 5 , cap, 9 ; lié. 6 , 
cap. 17 ; lib. 8 , cap. 2 , i3 ; et lié. 9 , cap. 2 , 3j. 

TpyTwj. Mlian. lib. 2 , cap. 41, p. 118 j lib. 9, cap, Si , 65 , p. 55^', et lib. 
10 , cap. 2. 

Athen. lié. 7, p. 324, 325. 

Oppian. lib. ï , p. 5, 6. 

TOME III, 49 



386 HISTOIRE NATURELLE 

d'auteurs célèbres de la Grèce et de Rome ! De quelles 
réflexions, de quels mouvemens , de quelles images 
son histoire n'a-t-elle pas enrichi la morale, l'éloquence 
et la poésie ! C'est à sa brillante parure qu'il a dû sa 
célébrité. Et en effet, non seulement un rouge éclatant 
le colore en se mêlant à des teintes argentines sur ses 
côtés et sur son ventre , non seulement ses nageoires 
resplendissent des divers reflets de l'or, mais encore le 
rouge dont il est peint, appartenant au corps propre- 
ment dit du poisson, et paroissantau travers des écailles 
très-transparentes qui revêtent l'animal , reçoit par sa 
transmission et le passage que lui livre une substance 
diaphane , polie et luisante, toute la vivacité que l'art 
peut donner aux nuances qu'il emploie , par le moyen 
d'un vernis habilement préparé. Voilà pourquoi le rou- 

Plin. lib* 9, cap. 17, 18 , 5i ; et lib. 3z , cap. io ? 11. 
Wolloiij lib. 8, cap. 169 y fol. i5f, b. 
P. Jov. cap. 18, y». 83. 
Mullus minor. Salvian. 
Schonev. p. 47. 
Willughby, p. 285. 
Mullus. Raj. p. 90. 

Mulus , vel mullus. Cuba, lib. 3, cap. 60 , fol. 84, h, 
Mullus barbatus. Varron, Rustic. lih. 3, cap. 17. 
Rondelet , première partie s liu. 10, chap. 3. 
Mullus barbatus. Gesner, Jlquat. p. 565. 

Mullus Gesneri , qui rainor Salviani dicitur. Aldrovanà. lib. 2 , cap*-j^ 
p. i3r. 

Bellon, Pisc.p. 170. 

Red surmulet. Bril. Zoolog. 3, p. 227, n. 1. 

Surmulet. Valmont-Bomare j, Dictionnaire d'histoire naturelle* 



DES POISSONS. 887 

get "montre encore la teinte qui le distingue lorsqu'il est 
dépouillé de ses écailles ; et voilà pourquoi encore les 
Romains du temps de Varron , gardoient les rougets 
dans leurs viviers, comme un ornement qui devint 
bientôt si recherché , que Cicéron reproche à ses com- 
patriotes l'orgueil insensé auquel ils se lîvroient, lors- 
qu'ils pouvoient montrer de beaux mulles dans les eaux 
de leurs habitations favorites. 

La beauté a donc été l'origine de la captivité de 
ces mulles ; elle a donc été pour eux , comme pour 
tant d'autres êtres dignes d'un intérêt bien plus vif, 
une cause de contrainte , de gêne et de malheur. Mais 
elle leur a été bien plus funeste encore par un effet 
bien éloigné de ceux qu'elle fait naître le plus souvent; 
elle les a condamnés à toutes les angoisses d'une mort 
lente et douloureuse ; elle a produit dans lame de 
leurs possesseurs une cruauté d'autant plus révoltante 
qu'elle étoit froide et Vaine. Sénèque et Pline rapportent 
que les Romains fameux par leurs richesses , et abrutis 
par leurs débauches , mêloient à leurs dégoûtantes 
orgies le barbare plaisir de faire expirer entre leurs 
mains un des mulles rougets, afin de jouir de la variété 
des nuances pourpres, violettes ou bleues, qui se suc- 
cédoient depuis le rouge du cinabre jusqu'au blanc 
le plus pâle, à mesure que l'animal passant par tous 
les degrés de la diminution de la vie , et perdant peu 
à peu les forces nécessaires pour faire circuler dans 
les ramifications les plus extérieures de ses vaisseaux 



388 HISTOIRE NATURELLE 
le fluide auquel il avoit dû ses couleurs en même 
temps que son existence \ parvenoit enfin au terme 
de ses souffrances longuement prolongées. Des mou- 
vemens convuîsifs marquoient seuls , avec les dégra- 
dations des teintes , l'approche de la fin des tourmens 
du rouget. Aucun son , aucun cri plaintif, aucune 
sorte d'accent touchant, n'annonçoient ni la vivacité 
des douleurs, ni la mort qui alloit les faire cesser. Les 
niulles sont muets comme les autres poissons ; et nous 
aimons à croire pour l'honneur de l'espèce humaine, 
que ces Romains , malgré leur avidité pour de nouvelles 
jouissances qui échappoient sans cesse à leurs sens 
émoussés par l'excès des plaisirs , n'auroient pu résister 
à la plainte la plus foible de leur malheureuse victime: 
mais ses tourmens n'en étoient pas moins réels ; ils n'en 
étoient pas moins les précurseurs de la mort. Et cepen- 
dant le goût de ce spectacle cruel ajouta une telle 
fureur pour la possession des niulles au désir rai- 
sonnable , s'il eût été modéré , de voir ces animaux 
animer par letirs mouvemens et embellir par leur 
éclat les étangs et les viviers , que leur prix devint 
bientôt excessif: on donnoit quelquefois de ces osseux 
leur poids en argent \ Le Calîiodore , objet d'une des 
satires de Juvénal , dépensa quatre cents sesterces pour 

1 Voyez le Discours sur la nature des -poissons. 

* Des rougets ont pesé deux kilogrammes. Le kilogramme d'argent vaut 
à peu près aoo francs» 



DÈS POISSONS. 089 

quatre de ces mulles. L'empereur Tibère vendit 4000 
sesterces un rouget du poids de deux kilogrammes \ 
dont on lui avoit fait présent. Un ancien consul 
nommé Célère en paya un 8000 sesterces ; et selon 
Suétone , trois mulles furent vendus 3o,ooo sesterces, 
Les Apicius épuisèrent les ressources de leur art pour 
parvenir à trouver la meilleure manière d'assaisonner 
les mulles rougets ; et c'est au sujet de ces animaux 
que Pline s'écrie : « On s'est plaint de voir des cuisiniers 
» évalués à des sommes excessives. Maintenant c'est 
» au prix des triomphes qu'on achète et les cuisiniers et 
» les poissons qu'ils doivent préparer ». Et que ce luxe 
absurde , ces plaisirs féroces , cette prodigalité folie f 
ces abus sans reproduction , cette ostentation sans 
goût, ces jouissances sans délicatesse , cette vile dé- 
bauche , cette plate recherche, ces appétits de brute, 
qui se sont engendrés mutuellement , qui n'existent 
presque jamais l'un sans l'autre , et que nous rap- 
pellent les traits que nous venons de citer , ne nous 
étonnent point. De Rome républicaine il ne restoit que 
le nom ; toute idée libérale avoit disparu • la servitude 
avoit brisé tous les ressorts de l'anie ; les senti mens 
généreux s'étoient éteints ; la vertu , qui n'est que la 
force de Famé , n'existoit plus ; le goût, qui ne consiste 
que dans la perception délicate de convenances que 
la tyrannie abhorre , chaque jour se dépravoit ; les arts ? 
qui ne prospèrent que par l'élévation de la pensée r 
la. pureté du goût, la chaleur du sentiment,. éteignaient 



3go HISTOIRE NATURELLE 

ïeurs flambeaux ; la science ne convenoit plus à des 
esclaves dont elle ne pouvoit éclairer que les fers ; 
des joies fausses , mais bruyantes et qui étourdissent , 
des plaisirs grossiers qui enivrent, des jouissances sen- 
suelles qui amènent tout oubli du passé , toute con- 
sidération du présent, toute crainte de l'avenir, des 
représentations vaines de ces trésors trompeurs en- 
tassés à la place des vrais biens que l'on avoit perdus, 
plusieurs recherches barbares , tristes sjmptômes de la 
férocité, dernier terme d'un courage abâtardi, dévoient 
donc convenir à des Romains avilis , à des citoyens 
dégradés, à des hommes abrutis. Quelques philosophes 
dignes des respects de la postérité s'élevoient encore 
au milieu de cette tourbe asservie : mais plusieurs 
furent immolés par le despotisme; et dans leur lutte 
trop inégale contre une corruption trop générale , ils 
éternisèrent par leurs écrits la honte de leurs contem- 
porains, sans pouvoir corriger leurs vices funestes et 
contagieux. 

Les poissons dont le nom se trouve lié avec l'histoire 
de ces Romains dégénérés, ont fixé l'attention de plu- 
sieurs écrivains : mais comme la plupart de ces auteurs 
étoientpeu versés dans les sciences naturelles, comme 
d'ailleurs le surmulet a été , ainsi que le rouget , l'objet 
de la recherche prodigue et de la curiosité cruelle que 
nous venons de retracer , et comme ces deux osseux ont 
les mêmes habitudes, et assez de formes et de qualités 
communes pour qu'on ait souvent appliqué les mêmes 



DES POISSONS. 89 î 

dénominations à l'un et à l'autre, on est tombé dans 
une telle confusion d'idées au sujet de ces deux mulles , 
que d'illustres naturalistes très-récensles ont rapportés 
à la même espèce, sans supposer même qu'ils formassent 
deux variétés distinctes. 

En comparant néanmoins cet article avec celui qui 
suit , il sera aisé de voir que le rouget et le mulet sont 
différens l'un de l'autre. 

Le devant de la tête du rouget paroît comme tronqué, 
ou , pour mieux dire, le sommet de la tête de cet osseux 
est très-élevé. Les deux mâchoires, également avancées, 
sont, de plus, garnies d'une grande quantité de petites 
dents. De très-petites aspérités hérissent le devant du 
palais, et quatre os placés auprès du gosier. Deux bar- 
billons assez longs pour atteindre à l'extrémité des 
opercules , pendent au- dessous du museau. Chaque 
narine n'a qu'une ouverture. Deux pièces composent 
chaque opercule, au-dessous duquel la membrane 
branchiale peut être cachée presque en entier*. La 
ligue latérale est voisine du dos ; l'anus plus éloigné de 
la tête que de la nageoire de la queue , qui est fourchue ; 



* A la membrane branchiale 




3 rayons. 


à la première nageoire du 


dos 


7 


à la seconde 




9 


à chacune des pectorales 




i5 


à chacune des thoracines 




6 


à celle de l'anus 




7 


à celle de la queue 




27. 



Sgâ HISTOIRE NATURELLE 

et tous les rayons de la première dorsale , ainsi, que le 
premier des pectorales , de l'anale et des thoracines , 
sont aiguillonnés. 

Les écailles qui recouvrent la tête , le corps et la 
queue , se détachent facilement \ 

Le rouget vit souvent de crustacées. Il n'entre que 
rarement dans les rivières ; et il est des contrées où on 
le prend dans toutes les saisons. On le pêche non seu- 
lement à la ligne , mais encore au filet. On ne devine 
pas pourquoi un des plus célèbres interprètes d'Aris- 
tote , Alexandre d'Aphrodisée , a écrit que ceux qui 
tenoient ce mulle dans la main , étoient à l'abri de 
la secousse violente que la raie torpille peut faire 
éprouver a . 

On trouve le rouget dans plusieurs mers , dans le 
canal de la Manche , dans la Baltique près du Dane- 
marck , dans la mer d'Allemagne, vers la Hollande, 
dans l'Océan atlantique auprès des côtes du Portugal, 
de l'Espagne , de la France , et particulièrement à une 
petite distance de l'embouchure de la Gironde , dans 
la Méditerranée aux environs de la Sardaigne, de 
Malte , du Tibre et de l'Hellespont, et dans les eaux qui 
baignent les rivages des isles Moluques. 

1 L'estomac est composé cPune membrane mince ; vingt-six cœcums sont 
placés auprès du pylore ; le foie est divisé en deux lobes, et la vésicule 
du fiel petite. 

3 Voyez l'Histoire naturelle et littéraire des poissons, par le savane 
professeur Schneider, page in, 



DES POISSONS. 898 

Quoique nous ayons vu que l'empereur Tibère ven- 
dit un rouget du poids de deux kilogrammes , ce mulle 
ne parvient ordinairement qu'à la longueur de trois 
décimètres. Il a la chair blanche , ferme , et de très- 
bon goût , particulièrement lorsqu'il vit dans la partie 
de l'Océan qui reçoit les eaux réunies de la Garonne 
et de la Dordogne. 



tome in; 5q 



LE MULLE SURMULET*. 



Des raies dorées et longitudinales servent à distin- 
guer ce poisson du rouget. Elles s'étendent non seu- 
lement sur le corps et sur la queue, mais encore sur la 
tête, où elles se marient, d'une manière très-agréable 
à l'œil, avec le rouge argentin qui fait le' fond de la 

* Mullus surmuktus. 

Barbarin , dans plusieurs contrées de France. 
Rouget barbé, ibid. 
Mulet barbé , ibid. 
Tekyr, en Turquie. 
Rothbàrt, en Allemagne* 
Peter msennehen , dans le Holstein. 
GoMecken , ibid. 

Schmerbutten , et baguntken , -près d'Eckemfœrde,- 
Konig van de haaring, en Hollande. 

Byenaneque, et baart-maunetje, dans les Moluquss hollandaises* 
Ikan tamar, à la Chine. 

Mullus surmuletus. Linné, édition de Gmelin. 

Mulet surmulet. Bonnaterre 3 planches de F Encyclopédie méthodique., 
Bloch, pi. S7. 

Trigla capite glabro, lineis utrinque quatuor luteis , etc. Artedi 3 geiu 
43 , syn. 72. 

Mullus major. Salvian. 

Mullus major ex Hispania missus. Aldrot: lib. 2 , cap. 1 , p. 123. 

Mullus major noster et Salviani. Willughby, p. 285, tab. S, 7,^. t.- 

Raj.p* 91 , n. 2. 

Bfitnn. Fisc. Massif, p. 71 , n. 88. 

Surmulet. Bellon, Aquat.p. 176. 

Striped surmulet. Brit, Zoolog^^p. 229, n. 2 , iab t i3« 



HISTOIRE NATURELLE. 3g5 

couleur de cette partie. Il paroît que ces nuances dis- 
posées en raies appartiennent aux écailles , et par 
conséquent s'évanouissent par la chute de ces lames, 
tandis que le rouge sur lequel elles sont dessinées , 
provenant de la distribution des vaisseaux sanguins 
près de la surface de ranimai , subsiste dans tout son 
éclat, lors même que le poisson est entièrement dé- 
pouillé de son tégument écailleux. Le brillant de l'or 
resplendit d'ailleurs sur les nageoires ] et c'est ainsi que 
les teintes les plus riches se réunissent sur le surmulet, 
comme sur le rouget, mais combinées dans d'autres 
proportions, et disposées d'après un dessin différent. 

L'ouverture de la bouche est petite ; la mâchoire 
supérieure un peu plus avancée que l'inférieure ; et la 
ligne latérale parallèle au dos, excepté vers la nageoire 
caudale. Les deux barbillons sont un peu plus longs à 
proportion que ceux du rouget *. 

Le surmulet vit non seulement dans, la Méditerra- 
née et dans l'Océan atlantique boréal , mais encore 
dans la Baltique, auprès des rivages des Antilles, et 
dans les eaux de la Chine. Il j varie dans sa longueur 



* 3 rayons à la membrane des branchies. 

7 rayons aiguillonnés à la première nageoire dorsale» 
9 rayons à la seconde. 
i5 à chacune des pectorales. 

6 à chacune des thoracines, 

7 à celle de l'anus. . 
23 à celle de la queue 



896 HISTOIRE NATURELLE 

depuis deux jusqu'à cinq décimètres ; et quoique 
Juvénal ait écrit qu'un mulle qui paroît devoir être 
rapporté à la même espèce que notre surmulet, a pesé 
trois kilogrammes, on ne peut pas attribuer à un sur- 
mulet, ni à aucun autre mulle, le poids de quarante 
kilogrammes, assigné par Pline à un poisson de la mer 
Rouge , que ce grand écrivain regarde comme un 
mulle , mais qu'il faut plutôt inscrire parmi ces silures 
si communs dans les eaux de l'Egypte, dont plusieurs 
deviennent très -grands , et qui, de même que les 
mulles , ont leur museau garni de très -longs bar- 
billons. 

Le mulle surmulet a la chair blanche , un peu feuil- 
letée , ferme, très-agréable au goût, et, malgré l'au- 
torité de Gaiien, facile à digérer, quand elle n'est pas 
très-grasse. Nous avons vu dans l'article précédent, 
qu'il étoit, comme le rouget , pour les Romains qui 
vivoient sous les premiers empereurs , un objet de 
recherche et de jouissance insensées. Aussi ce poisson 
avoit-il donné lieu au proverbe, iVe Je mange pas qui 
le prend. Les morceaux que l'on en estimoit le plus-, 
étoient la tête et le foie. 

Il se nourrit ordinairement de poissons très-jeuues, 
de cancres, et d'animaux à coquille. Gaiien a écrit 
que l'odeur de ce poisson étoit désagréable , quand il 
avoit mangé des cancres ; et suivant Pline , il répand 
cette mauvaise odeur, quand il a préféré des animaux 
à coquille. Au reste, comme le surmulet est vorace, il 



DES POISSONS. 897 

se jette souvent sur des cadavres , soit d'hommes , soit 
d'animaux. Les Grecs crovoient même qu'il poursuivoit 
et parvenoit à tuer des poissons dangereux; et le 
regardant comme une sorte de chasseur utile , ils 
l'avoient consacré à Diane. 

Les surmulets vont par troupes , sortent , vers le 
commencement du printemps , des profondeurs de la 
mer, font alors leur première ponte auprès des em- 
bouchures des rivières , et , selon Aristote , pondent 
trois fois dans la même année, comme d'autres mulles ? 
et de même que plusieurs trigles. 

On les pêche avec des filets, des louves *, des nasses, 
_et sur-tout à l'hameçon; et dans plusieurs contrées r 
lorsqu'on veut pouvoir les envojer au loin sans qu'ils 
se gâtent, on les fait bouillir dans de l'eau de mer 
aussitôt après qu'ils ont été pris, on les saupoudre de 
farine, et on les entoure d'une pâte qui les garantit de 
tout contact de l'air. 

Nous ne rapporterons pas le conte adopté par 
Athénée, au sujet de la prétendue stérilité des sur- 
mulets femelles, causée par de petits vers qui s'en- 
gendrent dans leur corps lorsqu'elles ont produit 
trois fois. Nous ne réfuterons pas l'opinion de quel- 
ques auteurs anciens qui ont écrit que du vin dans 
lequel on avoit fait mourir des surmulets, rendoit 
incapable d'engendrer , et que ces animaux attachés- 



* Voyez, relativement à la louve , l'article du -pétromjzon lamproie. 



398 HISTOIRE NATURELLE. 

cruds sur une partie du corps , guérissoient de la jau- 
nisse ; et nous terminerons cet article en disant que 
ces poissons ont le canal intestinal assez court , et 
vingt-six cœcurns auprès du pylore. 



LE MULLE JAPON 01 S'. 



Ce poisson qu'Houttujm a fait connoître, ressemble 
beaucoup au rouget et au surmulet; mais il en diffère 
par la petitesse des dents dont ses mâchoires sont gar- 
nies, si même elles n'en sont pas entièrement dénuées : 
et d'ailieurs il ne présente pas de raies longitudi- 
nales- et sa couleur est jaune, au lieu d être rouge. Il 
habite dans les eaux du Japon, ainsi que l'indique son 
nom spécifique \ 

1 Mullus japonicus. 

Ici. Linné, édition de Gmelin. 

Hoalhtyn, Act. Haarl. XX } 2,/?. 334, n * 2 ^' 

2 A la première nageoire du dos 7 rayons. 

à la seconde 9 



LE MULLE AURIFLAMME'. 



Forskael a vu ce poisson dans la mer d'Arabie." 
Ajoutons à ce que nous en avons dit dans lé tableau 
de son genre, que les côtés de sa tête sont tachés de 
Jaune ; que deux raies jaunes ou couleur d'or sont 
placées au-dessous de sa queue ; que la même nuance 
distingue ses dorsales; que ses pectorales, son anale 
et ses thoracines sont blanchâtres ; et enfin que les 
écailles dont il est revêtu , sont membraneuses dans 
une partie de leur circonférence 3 . 

Un des dessins de Commerson, que nous avons fait 
graver, présente une variété de l'auriflamme. 

1 Mullus auriflamma, 

Id. Linné, édition de Gmelin, 

Forskael, Faun. Arab*p. 3o, n. 19. 

Mulet ambir. Bonnalerre , planches de V Encyclopédie méthodique. 

* 3 rayons à la membrane des branchies. 

rj rayons aiguillonnés à la première nageoire du dos. 

1 rayon aiguillonné et 9 rayons articulés à la seconde dorsale. 
.3:7 rayons à chaque pectorale. 

6 rayons à chaque thoracine. 

2 rayons aiguillonnés et 7 rayons articulés à celle de l'anus» 
ï 5 rayons à celle de la queue. 



/? 



; 






De Jeve del. 



May ,£.enowJcul F , 



y 




LE MULLE RAYÉ'. 



Les petites dents qui garnissent les mâchoires de ce 
muile, sont serrées les unes contre les autres. Ses 
nageoires pectorales, thoracines , et anale, sont blan- 
châtres; les dorsales présentent des raies noires sur un 
fond blanc. On peut voir les autres traits du rayé , dans 
le tableau de son genre. Ce poisson habite la mer 
d'Arabie \ 

1 Mullus vittatus. 

Id. Linné , édition de Gmelin. 

Forskael, Faun. Arabie. p. 3i , n. 20. 

Mulet rayé. Bonnalerre 3 -planches de l'Encyclopédie méthodique» 

t 3 rayons à la membrane des branchies. 

7 rayons aiguillonnés à la première nageoire du dos. 
ï rayon aiguillonné et 9 rayons articulés à la seconde. 



TOME ni; £l 



LE MULLE TACHETÉ 1 . 



Marcgrave, Pison , Ruysch , Klein, et le prince 
Maurice de Nassau , cité par BLoch , ont parlé de ce 
mulle, que le professeur Gmelin ne regarde que comme 
une variété du surmulet. On trouve le tacheté dans la 
mer des Antilles ; et on le pêche aussi dans les lacs 
que le Brésil renferme. Ce poisson a dans certaines 
eaux , et particulièrement dans celles qui sont peu 
agitées, la chair tendre, grasse et succulente. Les 
deux mâchoires sont également avancées ; l'ouverture 
de l'anus 2 est placée vers le milieu de la longueur 
totale ; une belle couleur rouge répandue sur pres- 
que tout l'animal est relevée par la teinte dorée ou 



1 Mullus maculatus. 

Salmoneta , en Espagne et en Portugal. 

Pirametara, au Brésil. 

Bloch 3 pl. 348,7%. 1. 

Mullus surmuleîus, var. j3. Linné } édition de Gmelin, 

Marcgr. Brasil. 181. 

Piso. Ind. p. 60. 

a A la première nageoire du dos 8 rayons, 
à la seconde 10 

à chaque pectorale i5 

à chaque thoracîne 6 

à celle de l'anus 10 

à celle de la queue 19 



HISTOIRE NATURELLE. 408 

Jaune des barbillons, ainsi que du bord de la nageoire 
caudale, et par trois taches noires, presque rondes 
et assez grandes, que Ton voit de chaque côté sur la 
ligne latérale. 



LE MULLE DEUX-BANDES 1 , 

LE MULLE CYCLOSTOME 2 , 
LE MULLE TROIS-B'AND E S* ' 
ET LE MULLE MACRONEME*. 



C'est d'après les observations manuscrites de Coni- 
merson, qui m'ont été remises dans le temps par 
Buffon, que j'ai inscrit parmi les mulles ces quatre 
espèces encore inconnues des naturalistes , et dont j'ai 
fait graver les dessins exécutés sous les jeux de ce 
célèbre voyageur. 

Le tableau des mulles présente les traits principaux 
de ces quatre poissons : disons uniquement dans cet 
article , que le deux-bandes a les écailles de sa partie 
supérieure tachées vers leur base , et ses mâchoires 
garnies de petites dents 5 ; que le cyclostoiue 6 a sa 

1 Mullus bifasciatus. 

2 Mullus cyclostomus. 
s Mullus trifasciatus. 

V .■ 

4 Mullus macronemus. 

5 7 rayons aiguillonnés à la première dorsale du mulle deux-bandes^ 
i rayon aiguillonné et 9 rayons articulés à la seconde. 

6 ou y rayons à celle de l'anus. 

6 La dénomination de cyclostome désigne la forme de la bouche :-»vnhoi- 
signifie cercle; et <rtopa, , bouche*. 



(5~ 




Eë Ci.frMcklilJJ Jet 



Vilteceu ; Jcuù) 



HISTOIRE NATURELLE, 4<37> 

nageoire caudale non seulement fourchue comme celle 
de presque tous les mulles , mais encore très-grande, 
et de petites dents à ses deux mâchoires 1 ; que les 
opercules du trois -bandes sont composés chacun de 
deux pièces, et ses deux nageoires dorsales très-rap- 
prochées 2 ; que le macronème 3 a les thoracines beau- 
coup plus petites que les pectorales, et une bande 
longitudinale et très-foncée sur la base de la seconde 
dorsale 4 ; et enfin que de petites dents arment les 
mâchoires du macronème et du trois-bandes, qui l'un 
et l'autre ont , comme le ejelostome , la mâchoire 
inférieure plus avancée que la supérieure. 

1 8 rayons aiguillonnés à la première dorsale du cyclostome. 
i rayon aiguillonné et 8 rayons articulés à la seconde. 

7 ou 8 rayons à celle de l'anus. 

2 7 rayons aiguillonnés à la première dorsale du trois-bandes. 
9 rayons à la seconde. 

6 ou 7 rayons à celle de l'anus. 

3 M/zx[oç veut dire long; et c/ik« , fil, filament, barbillon. 

4 7 rayons aiguillonnés à la première dorsale du macronème. 

8 ou 9 rayons à la seconde. 

h ou 8 rayons à celle de l'anus. 



LE MULLE BARBERINV 

LE MULLE ROUGEATRE", 

LE MULLE RQUGEOR 3 , 

ET LE MULLE CORDON-JAUNE 4 . 



Voici quatre autres espèces de mulles, encore incon- 
nues des naturalistes, et dont nous devons la descrip- 
tion à CommersoB. 

Le barberin parvient Jusqu'à la longueur de quatre 
ou cinq décimètres. Sa partie supérieure est d'un verd 



1 Mullus barberinus. 

Mullus binis in mentocîrris, tseniâ longitudinal! nîgrâ , oceJloque caucUe 
Utrinque nigitcante , etc. Commerson a manuscrits déjà cités. 

* Mullus rubeseens. 

Surmulet. Commerson, manuscrits déjà cités. 

Mullus rubeseens, macula supra eaudae basin nigrâ, pinnâ dorsi secundâ, 
anâli ,'e.t caudà fuscâ , lenticulatis, Id. ibid, 

3 Mullus ebryserydros, - » 

Mullus rubens, dorso inter pinnara cognoininem et caudœ basin flaves- 
cente , lin.eis aureis circa o.cujos radiatis. Cotnmerson, manuscrits déjà 
cités. 

4 Mullus fiavo lineatusr 

Mullus lineâ laterali fîayo deaurafâ , caudâ apicibusque pinnarum 
superloruii) sublutescentibus. Commerson, manuscrits déjà cités. 



HISTOIRE NATURELLE. 407 

foncé, mêlé de quelques feintes jaunes; du rougeâtre 
et du brun régnent sur la portion la plus élevée de 
la tête et du dos 5 une raie longitudinale et noire s'étend 
de choque côté de ranimai , dont la partie inférieure 
est blanchâtre; une tache noire, presque ronde, et 
assez grande , paroît vers l'extrémité de chaque ligne 
latérale ; et une couleur incarnate distingue les 
nageoires *. 

La mâchoire supérieure extensible, et un peu plus 
avancée que l'inférieure, est garnie, comme celle-ci, 
de dents aiguës, très- courtes et clair - semées ; la 
langue est cartilagineuse et dure; quelques écailles 
semblables à celles du dos sont répandues sur les 
opercules, au-dessous de chacun desquels Commersoii 
a vu le rudiment d'une cinquième branchie ; la ligne 
latérale qui suit la courbure du dos, dont elle est voi- 
sine , est composée , comme celle de plusieurs mu lies, 
d'une série de petits traits ramifiés du côté du dos , et 
semblables aux rais d'une demi-étoile ; et enfin , les 
écailles qui revêtent le corps et la queue, sont striées 
en rayons vers leur base, et finement dentelées à leur 
extrémité , de manière à donner la même sensation 

* 3 rayons à la membrane des branchies. 

y à la première nageoire du dos. 

9 à la seconde (le dernier est beaucoup plus long que les autres), 

17 à chacune des pectorales. 

6 à chacune des thoracines. 

y à celle de l'anus, 

i5 à celle de la cp .*e , qui est très-fourchue. 



408 HISTOIRE NATURELLE 

qu'une substance assez rude, à ceux qui frottent le 
poisson avec la main , en la conduisant de la queue 
Ters la tête. 

Le barberin habite la mer voisine des Moluques , 
dont les habitans apportoicnt dans leurs barques un 
grand nombre d'individus de cette espèce au vaisseau 
sur lequel Commerson naviguoit en septembre 1768. 

Le rougeâtre, dont les principaux caractères sont 
exposes dans le tableau générique des mulles, parvient 
communément , selon Commerson ., à la longueur de 
trois décimètres ou environ. 

Il paroît que le rougeor ne présente pas ordinaire- 
ment des dimensions aussi étendues que celles du 
rougeâtre, et que sa longueur ne dépasse guère deux 
décimètres. On le trouve pendant presque toutes les 
saisons, mais cependant assez rarement, auprès des 
rivages de l'Isle de France, où Commerson l'a observé 
en février 1770. Ses couleurs brillantes sont indiquées 
par son nom. Il resplendit de l'éclat de l'or, et de 
celui du rubis ou de l'améthyste. Un rouge foncé et 
assez semblable à celui de la lie du vin paroît sur 
presque toute sa surface. Une tache très -grande, 
très-remarquable, très-dorée , s'étend entre les na- 
geoires dorsales et celle de la queue, descend des deux 
cotés du mulie , et représente une sorte de selle ma- 
gnifique placée sur la queue de. l'animal. Les jeux 
sont d'ailleurs entourés de rajons dorés et assez longs; 
pt des raies jaunes pu dorées sont situées obliquement 



DES POISSONS. 409 

sur la seconde dorsale et sur la nageoire de l'anus*. 

La mâchoire supérieure est extensible , et un peu 
plus longue que l'inférieure; les deux mâchoires sont 
garnies de dents courtes, mousses, disposées sur un 
seul rang, et séparées l'une de l'autre; la langue est 
attachée à la bouche dans tout son contour; des dents 
semblables à celles d'un peigne ^garnissent le côté 
concave de l'arc osseux de la première branchie ; à la 
place de ces dents, on voit des stries dans la concavité 
des arcs osseux des autres trois organes respiratoires. 

Sa chair est d'un goût agréable ; mais celle du cordon- 
jaune est sur-tout très-recherchée. 

Ce dernier mulle paroît dans différentes saisons de 
Tannée. Sa grandeur est à peu près égale à celle du 
rougeor. Sa partie supérieure est d'un bleu mêlé de 
brun, sa partie inférieure d'un blanc argentin; et ces 
nuances sont animées par un cordon ou raie longitu- 
dinale d'un jaune doré, qui règne de chaque côté de 
l'animal. 

Ajoutons que le sommet des deux nageoires dorsales 
présente des teintes jaunâtres; qu'on voit quelquefois 

* 4 rayons à la membrane des branchies du rougeor (le quatrième 
est très-éloigné des autres). 

7 -à la première nageoire dorsale. 
10 à la seconde. 

16 à chacune des pectorales. 

6 à chacune des thoracines. 

8 à celle de l'anus. 

i5 à celle de la queue, qui est très-fourchue. 

TOME 111. S 2 



4lO HISTOIRE NATURELLE, 

au-devant des jeux une ou deux raies obliques jaunes 
ou dorées; et que lorsque les écailles ont été 'détachées 
du poisson par quelque accident, les muscles montrent 
un rouge plus ou moins vif. 

Les formes du cordon-jaune ont beaucoup de rap- 
ports avec celles du rougeor; mais ses dents sont beau- 
coup plus petites, et même à peine visibles *. 

* A la membrane des branchies du cordon-jaune, 4 rayons, 

à la première nageoire dorsale 7 

à la seconde 8 

à chaque pectorale 16 

à chaque tlioracine 6 

à celle de l'anus 8 

à celle de la queue, qui est fourchue, i5 



CENT UNIÈME GENRE. 

LES APOGONS; 

,es écailles grandes et faciles à détacher; le sommet de 
la tête élevé; deux nageoires dorsales; point de bar- 
billons au-dessous de la mâchoire inférieure» 



ESPECE. CARACTÈRE. 

POGON rouge. /Six rayons aiguil 
(Jpogon ruber.) I geoire dorsale.- 



L'apog-on rouge. fSix rayons aiguillonnés à la première na- 



L' A P O G O N ROUGE'. 



Ce poisson vit dans les eaux qui baignent les rochers 
de Malte. Il est remarquable par sa belle couleur rouge. 
L'ouverture de sa bouche est grande; son palais et ses 
deux mâchoires sont hérissés d'aspérités 2 . On ignore 
pourquoi on Fa nommé roi des midles , des trigles 3 ou 



des rougets 3 . 



1 Apogon ruber. 
Ee à'i triglia, à Malte. 

Muîlus imbevbis. Linné 3 édition de Gmelin. 
Mulet, roi des rougets. Daubenton > Encyclopédie méthodique^ 
Id. Bonnaterre, -planches de l'Encyclopédie méthodique. 
Trigla capite glabro , tota rubens, cirais carens. Artedi, gen. 43 r 
syn. 72. 

Mullus imberbis, siye rex mulloruni. TVillughby, p. 286. 
Raj. p. 91. 

z 6 rayons à la première dorsale. 

2 rayons aiguillon ne's et 8 rayons articulés à la seconde. 
12 rayons à chaque pectorale. 
6 rayons à chaque thoracine. 

2 rayons aiguillonnés et 8 rayons articulés à la nageoire de l'anus». 
20 rayons à celle de la queue , qui est ëchancrée. 

z 'A7Tùjyuv signifie imberbe 3 sans barbe _, sans barbillons* 



CENT DEUXIÈME GENRE. 

LES LONG HURES. 

La nageoire de la queue lancéolée; cette nageoire et les 
pectorales aussi longues , au foioïns, que le quart de la 
longueur totale de l animal; la nageoire dorsale longue, 
et profondément écliancrée ; deux barbillons à la mâ- 
choire inférieure. 

ESPÈCE. CARACTERE. 

Le lonchure dianème. rLe premier rayon de chaque thoracine ler~ 
[Lonchurus dianema.) \ miné par un long filament, 



LE LONCHURE DIANÈME 



C'est Blocb qui a fait conuoître ce genre de poisson, 
auquel nous n'avons eu besoin que d'assigner des 
caractères précis , véritablement distinctifs , et ana- 
logues à nos principes de distribution méthodique. 
La seule espèce que l'on ait encore inscrite parmi ces 
lonchures, ou poissons à longue queue, est remarquable 
par la longueur du filament qui termine le premier 
rayon de chaque thoracine 2 ; et voilà pourquoi nous 
l'avons nommée dianème, qui veut dire deux jils ou 
deux Jilamens. L'individu que Bloch a vu, lui avoit été 
envoyé de Surinam. Le museau étoit avancé au-dessus 
de la mâchoire d'eu-haut ; la tête comprimée et cou- 
verte en entier d'écaillés semblables à celles du dos; 
la mâchoire supérieure égale à l'inférieure, et garnie, 
comme cette dernière, de dents petites et pointues; 



1 Lonchurus dianema. 

XiOnchurus barbatus. Bloch, pi. 36o. 

s A la membrane branchiale 5 rayons. 

à la nageoire dorsale 46 

à chacune des pectorales i5 
à chacune des thoracines 6 
à celle de l'anus 9 

\ celle de la queue 18 



HISTOIRE NATURELLE. 4 I 5 

l'os de chaque côté des lèvres, assez large; la pièce 
antérieure des opercules, comme dentelée 3 la ligne 
latérale, voisine du dos; et presque toute la surface de 
l'animal, d'une couleur brune mêlée de rougeâtre. 



CENT TROISIÈME GENRE. 

LES MACROPODES. 

Les thoracines au moins de la longueur du corps propre- 
ment dit; la nageoire caudale très-fourchue , et à peu 
près aussi longue que le tiers dé la longueur totale de 
ranimai; la tête proprement dite et les opercules revêtus 
d'écaillés semblables à celles du dos; l'ouverture de la 
bouche très-petite. 

ESPÈCE. CARACTERES. 

( Ees écailles variées d'or et de verd : toutes les 

liE MACROPODE VERD-DORE.I • . J , 

,„_ _ ,, .< nageoires ronges; une petite tache noire 

IMaciopaaus viridi-auralus.) s , , 

* r J i sur chaque opercule. 



JL 




■,ÏH 





LE MACROPODE VERD-DORÉ 



Le verd-doré ne parvient qu'à de petites dimensions; 
il n'a ordinairement qu'un ou deux décimètres de long : 
mais il est très -agréable à voir; ses couleurs sont 
magnifiques , ses mouvemens légers , ses évolutions 
variées ; il anime et pare d'une manière charmante 
Feau limpide des lacs; et il n'est pas surprenant que 
les Chinois , qui cultivent les beaux poissons comme 
les belles fleurs, et qui aiment, pour ainsi dire, à faire 
de leurs pièces d'eau , éclairées par un soleil brillant, 
autant de parterres vivans , mobiles , et émaillés de 
toutes les nuances de l'iris , se plaisent à le nourrir, à 
le multiplier, et à multiplier aussi son image par une 
peinture fidèle. 

Les petits tableaux ou peintures sur papier, exécutés 
à la Chine avec beaucoup de soin , qui représentent 
la Nature avec vérité , qui ont été cédés à la France 
par la république batave , et que l'on conserve dans 
le Muséum national d'histoire naturelle , renferment 
l'image du verd-doré vu dans quatre positions, ou plutôt 
dans quatre mouvemens difîerens. Le nom spécifique 
de ce poisson indique l'or et le verd fondus sur sa 
surface et relevés par le rouge des nageoires. Ce 

* Macropodus viridi-auratus. 

TOME 111. 53 



4 ï 3 HISTOIRE NATURELLE. 

ronge ajoute d'autant plus à la parure de ranimai ; 
que ses instrumens de natation présentent de grandes 
dimensions , particulièrement la nageoire caudale et 
les thoracines ; et la longueur de ces thoracines, qui 
sont comme les pieds du poisson, est le trait qui nous 
a suggéré le nom générique de macropode , lequel 
signifie long pied. 

Au reste, le verd-doré n'a pas de dents, ou n'a que 
des dents très-petites. Chaque opercule n'est composé 
que d'une pièce; et sur la surface de cette pièce on voit 
une tache petite, ronde, très-foncée, faisant de loin 
l'effet d'un vide ou d'un trou, et imitant l'orifice de 
l'organe de l'ouïe d'un grand nombre de quadrupèdes 
ovipares. 



NOMENCLATURE 

Des LABRES, CHEILINES, CHEILODIPTÈRES, 
OPHICÉPHALES, HQLGGYMNOSES, SCARES, 
OSTORHINQUES, SPARES, DIPTÉRODONS, 
LUTJANS, CENTROPOMES, BODIANS, 
T^ENIANOTES, SCIÈNES, MICROPTÈRES, 
HOLOCENTRES, et PERSÈQUES. 



Les poissons renfermés dans les dix-sept genres que 
nous venons de nommer, forment bien plus de deux 
cents espèces , et composent par leur réunion une 
tribu , à l'examen , à la description , à l'histoire de 
laquelle nous avons dû apporter une attention toute 
particulière. En effet , les caractères généraux par les- 
quels on pourroit chercher à la distinguer, se rap- 
prochent beaucoup de ceux des tribus ou des genres 
voisins. De plus, les espèces qu'elle comprend, ne sont 
séparées l'une de l'autre que par des traits peu pro- 
noncés , de manière que depuis le genre qui précéde- 
roit cette grande et nombreuse tribu en la touchant 
immédiatement dans l'ordre le plus naturel, jusqu'à 
celui qui la suivroit dans ce même ordre en lui étant 
aussi immédiatement contigu , on peut aller d'espèce 
en espèce en ne parcourant que des nuances très* 
rapprochées. Et comment ne s'avanceroit-on pas ainsi, 



'^O HISTOIRE NATURELLE 

en ne rencontrant que des différences très -peu sen- 
sibles , puisque les deux extrêmes de cette série se 
ressemblent beaucoup , sont placés, par conséquent, 
à une petite élévation l'un au-dessus de l'autre, et 
cependant communiquent ensemble , si je puis em^ 
ployer cette expression, par plus de deux cents degrés? 

Les. divisions que l'on peut former dans cette longue 
série, ne peuvent donc être déterminées qu'après beau- 
coup de soins, de recherches et de comparaisons; et 
voilà pourquoi presque tous les naturalistes, même les 
plus habiles, n'ayant pas eu à leur disposition assez 
de temps, ou des collections assez nombreuses, ont 
établi pour cette tribu, des genres caractérisés d'une 
manière si foible , si vague, si peu constante, ou si 
erronée , que , malgré des efforts pénibles et une 
patience soutenue, il étoit quelquefois impossible, en 
adoptant leur méthode distributive, d'inscrire un indi- 
vidu de cette tribu, que l'on avoit sous les yeux, dans 
un genre plutôt que dans un autre, de le rapporter à 
sa véritable espèce, ou, ce qui est la même chose, d'en 
reconnoître la nature. 

Bloch avoit senti une partie des difficultés que je 
viens d'exposer; il a proposé, en conséquence, pour les 
espèces de cette grande famille , plusieurs nouveaux 
genres, dont j'ai adopté quelques uns : mais son tra- 
vail à l'égard de ces animaux m'a paru d'autant plus 
insuffisant , qu'il n'a pas traité de toutes les espèces de 
cette tribu connues de son temps ; qu'il n'avoit pas à 



DES POISSONS. 42 ï 

classer les espèces dont je vais publier, le premier, 
la description; que les caractères génériques qu'il a 
choisis , ne sont pas tous aussi importans qu'ils doivent 
l'être pour produire de bonnes associations- géné- 
riques ; et enfin , qu'ajant composé plusieurs genres 
pour la tribu qui nous occupe, long-temps après avoir 
formé pour cette même famille un assez grand nombre 
d'autres genres, sans prévoir, en quelque sorte, le 
besoin d'un supplément de grouppes , il avoit déjà 
placé dans ses anciens genres, des espèces qu'il devoit 
rapporter aux nouveaux genres qu'il vouloit fonder. 

Profitant donc des travaux de mes prédécesseurs, 
de l'avantage de pouvoir examiner d'immenses collec- 
tions , des observations nombreuses que plusieurs 
naturalistes ont bien voulu me communiquer, et de' 
l'expérience que j'ai acquise par plusieurs années 
d'étude et par les différens cours que j'ai donnés, 
j'ai considéré dans leur ensemble toutes les espèces 
de la tribu que nous avons dans ce moment sous les 
jeux ; je l'ai distribuée en nouveaux grouppes ; et 
recevant certains genres de Linné et de Blocli, mo- 
difiant les autres ou les rejetant, y ajoutant de nou- 
veaux genres , dont quelques uns avoient été indiqués 
par moi dans mes cours et adoptés par mon savant 
ami et confrère le citojen Cuvier dans ses Élémens 
d'histoire naturelle, donnant enfin à toutes ces sections, 
des caractères précis, constans et distincts, j'ai terminé 
l'arrangement méthodique dont on va voir le résultat- 



422 HISTOIRE NATURELLE 

J'ai employé et circonscrit d'une manière nouvelle 
et rigoureuse les genres des labres, des scares , des 
spares, des lutjans , des bodians , des holocentres , et 
des persèques. J'ai introduit parmi ces associations 
particulières le genre des ophicéphales, proposé récem- 
ment par Bloch. Séparant dans chaque réunion les 
poissons à deux nageoires dorsales , de ceux qui n'en 
offrent qu'une, j'ai fait naître le genre des cbeilodip- 
tères dans le voisinage des labres, celui des diptéro- 
dons auprès des spares , celui des centropomes à la 
suite des lutjans, celui des véritables sciènes, que l'on 
a eu jusqu'ici tant de peine à reconnoître, à une petite 
distance des bodians. J'ai placé entre ces sciènes et les 
bodians, le nouveau genre des tœnianotes, qui forme 
un passage naturel des unes aux autres ; j'ai inscrit le 
nouveau grouppe des cheilines entre les labres et les 
cheilodiptères, celui des hologymnoses entre les ophicé- 
phales et les scares , celui des ostorhinques entre les 
scares et les spares , celui des microptères entre les 
sciènes et les holocentres; et j'ai distribué parmi les 
labres, parmi les lutjans, ou parmi les holocentres, 
les espèces appliquées par Bloch à ses genres des 
johnius, des anthias, des épinéphèles, et des gymnocé- 
phales, qui m'ont paru caractérisés par des traits spé- 
cifiques plutôt que par des caractères génériques, et 
que, par conséquent , je n'ai pas cru devoir admettre 
sur mon tableau général des poissons. 

Toutes ces opérations ont produit les dix-sept genres 



DES POISSONS. 4^3 

des labres, des cheilincs, des cheihdiptères, des ophicé- 
phales, des hologymnosës, des scares, des ostorhinques, 
des spares, des diplérodons, des lutjans, des centropomes r 
des bodians, des tœnianotes, des sciènes, des microptères, 
des holocejitres , et des persèques , dont nous allons 
tâcher de présenter les formes et les habitudes. 



CENT QUATRIÈME GENRE. 

LES LABRES. 

La lèvre supérieure extensible ; point de dents incisives ni 
molaires; les opercules des branchies, dénués de piquons 
et de dentelure; une seule nageoire dorsale; cette na- 
geoire du dos très-séparée de celle de la queue, ou très- 
éloignée de la nuque, ou composée de rayons terminés 
par un filament. 



PREMIER SOUS-GENRE. 

La nageoire de la queue , fourchue , ou en croissant. 



ESPE CES. 



Le labrehépate. 
[Labrus h palus.') 



Le labre operculé. 
(Labrus operculctus.) 



3. Le labre atjrite. 
(Labrus auritus.} 



CARACTERES. 

("Dix aiguillons et onze rayons articulés à la 
nageoire du dos; la mâchoire inférieure 
plus avancée que la supérieure; une tache 
noire vers le milieu de la longueur de la 
nageoire dorsale; des bandes transversales 
noires. 

[Treize aiguillons et sept rayons articulés à 
la nageoire du dos ; une tache sur chaque 
opercule, et neuf ou dix bandes transver- 
sales brunes. 

[Chaque opercule prolongé par une membrane 
alongée ? arrondie à son extrémité et noi- 
râtre. 



HISTOIRE NATURELLE. 



4â5 



ESPECES. 



4. Le labre faucheur. 
(Labrus falcatus.) 



5. Le labre oyène. 
(Labrus ojena.) 



%. Le labre sagittaire. 
( Labrus jaculalrix.) 



CARACTERES. 

f Sept aiguillons à la nageoire dorsale ; les 
premiers rayons articulés de cette nageoire, 
et de celle de l'anus , prolongés de manière 
à leur donner la forme d'une faux. 

rNeuf aiguillons et dix rayons articulés à la 
nageoire du dos; les deux lobes de la na- 
geoire caudale, lancéolés; les deux mâ- 
choires égales; la couleur argentée. 

[La nageoire du dos éloignée de la nuque; les 
thoracines réunies l'une à l'autre par une 
membrane; la mâchoire inférieure plus 
avancée que la supérieure ; cinq bandes 
transversales. 



7. Le labre cappa. 
(Labrus cappa.) 



8. Le labre lépjsme. 
(Labrus lepisma.) 



9. Le labre unimaculé 
(Labrus unimaculatus.) 



r®j Le labre bohar. 
(Labrus bohar.) 



(Onze aiguillons et, douze rayons articulés à. 
I la nageoire du dos; un double rang d'é- 
\ cailles sur les côtés de la tête. 

["Dix aiguillons et neuf rayons articulés à la 
nageoire du dos ; une pièce ou feuille 
écaiilense , de chaque côté du sillon lon- 
gitudinal, dans lequel cette nageoire peut 
être couchée. 

(Onze aiguillons et dix rayons articulés à la 
nageoire du dos ; une tache brune sur 
chaque côté de l'animal. 

r Dîx aiguillons et quinze rayons articulés à la 
nageoire dorsale ; les thoracines réunies 
l'une à l'autre par une membrane ; deux 
dents de la mâchoire supérieure asse^ 
longues pour dépasser l'inférieure ; la cou- 
leur rougeàtre , avec des raies et des 
taches irrégulières blanchâtres. 



TOME ÏIJ. 



4^6 H I S T O I 

ESPÈCE S. 

11. Le labre bossu. 
[Labrus gibbus.) 



12. L E LABR E NOIR. 

[Labrus higef.) 



i3. Le labre argenté. 
[Labrus argentalus.) 



34. Le labre nébuleux. 
[Labrus nebulosus.) 



i5. Le labre grisâtre. 
[Labrus cincrascens») 



16, Le labre armé. 
[Labrus armants.) 



17. Le labre chapelet. 
[Labrus catemila.) 



RE NATURELLE 

CARACTÈR ES. 

Le dos élevé en bosse ; les écailles rouges à 
leur base, et blanches à leur sommet ; 
deux dents de la mâchoire supérieure une 
fois plus longues que les autres. 

Dix rayons aiguillonnés et point de rayons 
articulés à la nageoire du dos; les pecto- 
rales falciformes, et plus longues que les 
thoracines; la pièce antérieure de chaque 
opercule profondément échancrée. 

Dix rayons aiguillonnés et quatorze rayons 
articulés à la nageoire dorsale ; la lèvre 
inférieure plus longue que la supérieure ; la 
pièce postérieure de chaque opercule an- 
guleuse du côté de la queue. 

Dix rayons aiguillonnés et dix rayons arti- 
culés à la nageoire dorsale; trois rayons 
aiguillonnés et sept rayons articulés à celle 
de l'anus ; les rayons des nageoires terminés 
par des filamens. 

Onze rayons aiguillonnés et douze rayons 

• articulés à la nageoire du dos; cette na- 
geoire et celle de l'anus, prolongées et 
anguleuses vers la caudale ; une seule 
rangée de dents très-menues. 
(Un aiguillon couché horizontalement vers la 
\ tête, au-devant de la nageoire du dos; la 
\ ligne latérale droite; la couleur argentée. 

Onze rayons aiguillonnés et treize rayons 
articulés à la .nageoire du dos; la mâ- 
choire inférieure plus avancée que la su- 
périeure ; huit séries de taches très-petites, 
rondes et égales , sur chaque côté de l'ani- 
mal ; deux bandes transversales sur la tête 
ou la nuque; le dos élevé. 



DES POISSONS. 



427 



ESPECES. 

18. Le labre long- 
museau. 
(Labrus longirostris.) 



CARACTÈRES. 



19. Le labre thunberg. 
(Labrus Thunberg.) 



*o. Le labre grison. 
(Labrus griseus.) 



21. Le labre croissant. 
(Labrus lunaris,) 



22. Le labre fauve. 
(Labrus rufus.) 



23. Le labre ceylan. 
( Labrus zejlanicus.) 



i Neuf rayons aiguillonnés et dix rayons arti- 
culés à la nageoire dorsale ; le museau 
très-avancé ; chaque opercule composé de 
deux pièces dénuées d'écaillés semblables 
à celles du dos. 

Douze rayons aiguillonnés et onze rayons 
articulés à la nageoire dorsale 5 tous ces 
rayons plus hauts que la membrane ; la 
mâchoire inférieure un peu plus avancée 
que la supérieure; la courbure du dos , et 
celle de la partie inférieure de l'animal , 
diminuant à la fin de la nageoire dorsale 
et de celle de l'anus. 

fOnze rayons aiguillonnés et douze rayons 
articulés à la nageoire du dos ; celle de la 
queue en croissant très-peu échancré; deux 
grandes dents à chaque mâchoire; la cou- 
leur grisâtre. 

Huit rayons aiguillonnés et quinze rayons 
articulés à la nageoire du dos; celle de la 
queue en croissant ; une teinte violette sur 
plusieurs parties de l'animal. 

Vingt-trois rayons à la nageoire du dos; 
douze à celle de l'anus; celle de la queue 
en croissant ; tout le poisson d'une Cou- 
leur fauve ou jaune. 

rNeuf rayons aiguillonnés et treize rayons ar- 
ticulés à la nageoire dorsale ; celle de la 
queue en croissant; la couleur générale de 
l'animal verte par-dessus , et d'un pourpre 
blanchâtre par-dessous ; des raies pourpres 
sur chaque opercule. 



4^8 HISTOIRE 

ESPÈCES. «. 



NATURELLE 



24. Le labre deux- 
bandes. 
( Labrus bifasciatus . ) 



25. Le labre mélagastre., 
{Labrus inelagaster.) 



z6. Le labre malaptère., 
{Labrus malapterus.) 



CARACTÈRES. 

Neuf rayons aiguillonnés et douze rayons 
articulés à la dorsale; trois rayons aiguil- 
lonnés et onze rayons rlîcioés à celle de 
l'anus; la caudale en croissant: dfu\ bandes 
brunes et transversales sur le corps pro- 
prement dit. 

Quinze rayons aiguillonnés et dix rayons 
articulés à la nageoire du dos ; les thora- 
cines alongées ; la pièce antérieure de 
l'opercule seule garnie d'écaillés semblables 
à celles du dos. 

Vingt rayons articulés et point de rayons 
aiguillonnés à la nageoire dorsale 5 douze 
rayons articulés à celle de l'anus; la tête 
dénuée d'écaillés semblables à celles du 



27. Le labre A DEMI 

ROLi G E. 
[Labrus semiruber.) 



I. Lï LABRE 

TÉTRACANTHE. 

(Labrus tetracanthus.) 



Douze rayons aiguillonnés et onze rayons 
articulés à la nageoire du dos ; le sixième 
rayon articulé de la dorsale , beaucoup 
plus long, que les autres; la base de la 
partie postérieure de la dorsale, garnie 
d'écaillés; quatre dents plus grandes que 
les autres à la mâchoire supérieure ; la 
partie antérieure de l'animal, rouge, et 
la postérieure jaune. 
Quatre rayons aiguillonnés et. vingt-un rayons 
articulés à la nageoire dorsale ; la lèvre 
supérieure large, épaisse et plissée ; dix- 
huit rayons articulés à celle de l'anus; ces 
derniers rayons , et les rayons articulés 
de la dorsale , terminés par des filamens ; 
trois rangées longitudinales de points 
no'* sur la dorsale ; une rangée de points 
semblables sui la partie postérieure de 
la nageoire de l'anus j la caudale en crois- 
sant. 



DES POISSONS. 



429 



ESPECES. 



29. Le labre demi-disque. 
(Luùrus semidiscus.) 



3o. Le labre cerclé. 
{Labrus doUatus.) 



3i. Le labre hérissé. 
{Lubrus hirsutus.) 



Sa. Le labre fourche. 
{Labrus furca.) 



CARACTERES". 

Vingt-un rayons à la nageoire dorsale j cette 
nageoire festonnée , ainsi que celle de l'a- 
nus ; la tête et les opercules dénués 
d'écaillés semblables à celles du dos ; la 
seconde pièce de chaque opercule , angu- 
leuse ; dix-neuf bandes transversales de 
chaque côté de l'animal ; une tache d'une 
nuance très-claire, et en forme de demi- 
disque y à l'extrémité de la nageoire cau- 
dale , qui est en croissant. 

'Neuf rayons aiguillonnés et treize rayons- 
articulés à la nageoire du dos ; la tête et 
les opercules dénués d'écaillés semblables 
à celles du dos ; la seconde pièce de chaque 
opercule , anguleuse ; la caudale en crois- 
sant; vingt trois bandes transversales } de 
chaque coté de l'animal. 

^Onze rayons aiguillonnés et douze rayons 
articulés à la dorsale; la nageoire en crois- 
sant; six grandes dents à la mâchoire 
supérieure; la ligne latérale hérissée de 
petits piquans; douze raies longitudinales 
de chaque côté du poisson ; quatre autres 
raies longitudinales sur la nuque; le dos 
parsemé de points. 

Neuf rayons aiguillonnés et dix rayons arti- 
culés à fa nageoire du dos ; le dernier rayon- 
de la dorsak- et le dernier rayon de l'anale , 
très longs ; les deux lobes de la caudale 
pointus et très prolongés ;.la mâchoire in- 
férieure plus avancée que la supérieure 5. 
de très-petites dents à chaque mâchoire» 



43 o 



HISTOIRE NATURELLE 

ESPÈCES. CARACTÈRES. 



33. Le labre six-bandes, 1 
{Labrus eexfascialus.) 



3d.. Le LABRE MACROGASTÈRE, 

[Labrus macrogaster.) 



Treize rayons aiguillonnés et dix rayons 
articulés à la dorsale ; le museau avancé ; 
l'ouverture de la bouche très-petite; la 
mâchoire inférieure plus longue que la 
supérieure ; six bandes transversales ; la 
cauda'e fourchue. 

(Treize rayons aiguillonnés et quinze rayons 
articulés à la dorsale 5 le ventre très-gros; 
des écailles semblables à celles du dos , sur 
la tête et les opercules; la caudale en 
croissant ; six bandes transversales. 



[Quinze rayons aiguillonnés et garnis chacun 

S d'un filament, et neuf rayons articulés, à 
35. Le labre filamenteux. I ' J ' 

, T , r , v < la dorsale; l'ouverture de la bouche , en 

[La brus jiianientosus.) 1 , , 

forme de demi- cercle vertical ; quatre ou 

cinq bandes transversales sur le dos. 



Pouze rayons aiguillonnés et neuf rayons 
articulés à la dorsale ; les rayons articulés 
de cette dorsale beaucoup plus longs que 
les aiguillonnés de cette même nageoire; 
les lèvres larges et épaisses ; des lignes et 
des points représentant un réseau sur la 
première pièce de l'opercule ; la seconde 
pièce échancrée et anguleuse; cinq ou six 
rangées longitudinales de petits points de 
chaque côté de l'animal. 

Onze rayons aiguillonnés et douze rayons ar- 
ticulés à la dorsale ; trois rayons aiguillon- 
nés et sept rayons articulés à la nageoire 
de l'anus ; la caudale en croissant ; les 
dents delà mâchoire supérieure beaucoup 



Le labre anguleux. 
(Labrus angulosus.) 



3y. Le labre huit-raies. 
[Labrus oclo-vittaius.) 



DES 

ESPÈCES. 



Sy, Le labre huit-raies. 
{Labrus octo-viltatus.) 



38. Le labre moucheté. 
[Labrus -punclulalus.) 



3g. Le labre 

C O M M E R S O N N I E K. 

( Labrus Commersoiuiii.) 



40. Le labre lisse.. 
[Labrus lœvis.) 



POISSONS. 43- f 

CARACTÈRES. 

plus longues que celles fie l'inférieure ; la 
pièce postérieure de l'opercule , angu- 
leuse ; la tête et les opercules dénués 
^l 'écailles -semblables à celles du dos ^ 
quatre rares un peu obliques , de chaque 
côté du poisson. 

Treize rayons aiguillonnés à la dorsale , qui 
est très-longue; cette dorsale, l'anale e£ 
les thoracines , pointues; la caudale en 
croissant ; la mâchoire inférieure plus 
avancée que la supérieure ; l'ouverture de 
la bouche , très-grande ; cinq ou six 
grandes dents à la mâchoire d'en-bas, et 
deux dents également grandes à celle d'en- 
haut ; toute la surface du poisson parsemée 
de petites taches rondes. 

Neuf rayons aiguillonnés et seize rayons arti- 
culés à la nageoire du dos; les dents des 
deux mâchoires presque égales; un rayon 
aiguillonné et dix-sept rayons articulés à 
la nageoire de l'anus; le dos et une grande 
partie des côtés du poisson , parsemés de 
taches égales, rondes et petites. 

Quinze rayons aiguillonnés et treize rayons 
articulés à la dorsale; les rayons articulés 
de cette nageoire , plus longs que les 
aiguillonnés ; la mâchoire inférieure un 
peu plus avancée que la supérieure ; les 
dents grandes, recourbées et égales; la 
ligne latérale presque droite ; la caudale 
un peu en croissant ; les écailles très-diffi- 
cilement visibles; cinq grandes taches. oit 
bandes transversales.. 



.s 



HISTOIRE NATURELLE 



ESPECES. 



^r. Le EABK.E MACROPTàBE. 

[Labrus maeropterus.) 



A.2.. Le labre quinze-épines 

[Labrus quindecim-aculea-, 

tus.) 



C AR ACTER ES. 

'Vingt-huit rayons à la dorsale ; vingt-un â 
l'anale; presque tous les rayons de ces 
deux nageoires , longs ? et garnis de fîla- 
mens; la caudale en croissant; une tache 
noire sur l'angle postérieur des opercules , 
qui sont couverts , ainsi que la tête , d'é- 
cailles semblables à celles du dos. 

"Quinze rayons aiguillonnés et neuf rayons 
articulés à la nageoire dorsale; trois rayons 
aiguillonnés et neuf rayons articulés à celle 
de l'auus; la mâchoire supérieure plus 
avancée que l'inférieure ; les dents petites 
et égales; l'opercule anguleux; six bandes 
transversales sur le dos et la nuque. 



Onze rayons aiguillonnés et neuf rayons arti- 
culés à la dorsale; trois rayons aiguillon- 
nés et neuf rayons articulés à l'anale; la 
tête grosse ; la nuque et l'entre-deux des 
4.3. Le labre macuocéphai.e. J yeux, très-élevés; la mâchoire inférieure 
[Labj-us macrocephakis.) \ plus avancée que ta supérieure; les dents 

crochues, égales, et très-séparées l'une de 
l'autre ; la nageoire de la queue divisée en 
deux lobes un peu arrondis ; les pectorales 
ayant la forme d'un trapèze. 

Dix rayons aiguillonnés et onze rayons arti- 
culés à la dorsale; un crayon aiguillonné et 
neuf rayons articulés à la nageoire de 
^4. Le eabue plu/miérien. ) l'anus ; des raies-bleues sur la tête ; le 
(Labrus Plumieriii) \ corps argenté et parsemé de taches bleues 

et de fâches couleur d'or ; les nageoires 
dorées ; une bande transversale et çourbég 
sur la caudale. 



DES POISSONS. 



433 



ESPECES. 



^.S. Le IAîEE GOUAN. 

[Labrus Gouanii.) 



CARACTERES. 

Huit rayons aiguillonnés et onze rayons arti- 
culés à la dorsale; trois rayons aiguillon- 
nés et treize rayons articulés à la nageoire 
de l'anus; chaque opercule composé de 
trois pièces dénuées d'écaillés semblables 
à celles du dos, et terminé par une 
prolongation large et arrondie; la ligne 
latérale insensible; un appendice pointu 
entre les thoracines ; la caudale en crois- 
sant. 



46. Le labre ennéacanthe. 
[Labrus enneacanlJius.) 



Neuf rayons aiguillonnés et dix rayons arti- 
culés à la dorsale; la ligne latérale inter- 
rompue; six bandes transversales; deux 
autres bandes transversales sur la caudale, 
qui est en croissant; deux ou quatre dents 
grande*, fortes et crochues, à l'extré- 
mité de chaque mâchoire ; les écailles 
grandes. 



4.7. Le labre rouges-raies. 
{Labrus rubro lineatus.) 



TOME III. 



Douze rayons aiguillonnés et onze rayons 
articulés à la nageoire du dos; trois rayons 
aiguillonnés et douze rayons articulés à 
celle de l'anus ; les dents du bord de chaque 
mâchoire, alongées , séparées l'une de 
l'autre , et seulement au nombre de quatre j 
la mâchoire supérieure un peu plus avan- 
cée que l'inférieure; onze' ou douze raies 
rouges et longitudinales de chaque côté 
du poisson ; une tache ceillée à l'origine 
de la dorsale ; une autre tache très-grande 
à la base de la caudale qui est un peu ea 
croissant. 

56 



484 HISTOIRE NATURELLE 

ESPÈCES. CARACTÈRES. 

Dix rayons aiguillonnés et quinze rayons 
articulés à la dorsale ; trois rayons aiguil- 
lonnés et neuf rayons articulés à l'anale; 
la lèvre inférieure plus courte que la 
!. Le labre k a saura./ supérieure; les dents coniques; la pièce 
{Labruslasinira.) \ antérieure des opercules, échancrée; la 

caudale en croissant ; sept raies petites et 
bleues sur chaque côté de la tête; quatre 
raies plus grandes et bleues, le long de 
chaque côté du corps. 

SECOND SOU S -GENRE. 

La nageoire de la queue rectiligne , ou arrondie , ou 

lancéolée. 

ESPÈCES. CARACTÈRES. 

f Quinze rayons aiguillonnés et dix-sept rayons 
articulés à la dorsale; le corps et la queue 
d'un verd mêlé de jaune, et parsemé, 
49. Le labre paon. J ainsi que les opercules et la nageoire cau- 
[Labrus -pavo.) \ dale, de taches rouges et de taches bleues; 

une grande tache brune auprès de chaque 
pectorale , et une tache presque semblable 
de chaque côté de la queue. 

IDeux rayons aiguillonnés et vingt - deux 
rayons articulés à la nageoire du dos; k 
couleur générale brune; la dorsale et l'a- 
nale bordées de roux. 

IDeux rayons aiguillonnés et vingt-six rayons 
articulés à la nageoire du dos; trois aiguil- 
lons et quatorze rayons articulés à celle 
de l'anus ; le corps et la queue couleur 
de rouille et sans tache. 



DES 

ESPÈCES. 



52. Le labre oeil lé. 
( Labrus ocellaris.) 



53. Le labre mélops. 
[Labrus melops.) 



54. Le LABRE NIL. 

[Labrus niloticus.) 



55. L E L A B R E L O V C H F. 

(labrus lu se ut.) 



1. Le labre triple-tache, 
(Làbrus trimaculalus.) 



L E L AME CENDRÉ. 

(Labrus cinereus.) 



POISSONS. 4-35 

CARACTÈRES. 

Quatorze rayons aiguillonnés et dix rayons 
articulés à la dorsale; trois rayons aiguil- 
lonnés et dix rayons articulés à l'anale ; 
les dents égales ; les rayons de la nageoire 
du dos, terminés par un filament; une 
tache bordée 7 auprès de la nageoire cau- 
dale. 

[Seize rayons aiguillonnés et neuf rayons 
articulés à la nageoire du dos ; les oper- 
cules ciliés ; l'anale panachée de différentes 
couleurs ; un croissant brun derrière les 
yeux; des filamens aux rayons de la na- 
geoire du dos. 

/Dix-sept rayons aiguillonnés et treize rayons 
articulés à la dorsale; les dents très-petites 
et échancrées; la couleur générale blan- 
châtre ; la dorsale, l'anale et la caudale, 
nuageuses. 

('Dix-huit rayons aiguillonnés et treize rayons 
articulés à la dorsale ; trois rayons aiguil- 
lonnés et onze rayons articulés à l'anale; 
le dessus de l'œil , noir ; toutes les na- 
geoires jaunes ou dorées. 

" Dix-sept rayons aiguillonnés et treize rayons 
articulés à la nageoire du dos ; trois aiguil- 
lons et neuf rayons articulés à celle de 
l'anus ; le corps et la queue rouges et 
couverts de grandes écailles ; trois grandes 
taches. 

["Quatorze rayons aiguillonnés et onze rayons 
articulés à la dorsale; trois rayons aiguil- 
lonnés et dix rayons articulés à la nageoire 
de l'anus ; l'ouverture de la bouche étroite; 



436 



HISTOIRE NATURELLE 



ESPECES. 



57. Le labre cesd.ké. 
(Labrus cinereus.) 



£8. Le labre cornubien. 
(Labrus cornubius.) 



59. Le labre mêlé. 
( Labrus mixlus.) 



60. Le LABRE JAUNATRE. 

(Labrus fulvus.) 



61. Le labre merl 
(Labrus merula.) 



iz. Le labre rône. 
(Labrus rone.) 



CARACTERES, 

les dents petites; celles de devant plus 
longues; des raies bleues sur les côtés de 
la tête; une tache noire auprès de la cau- 
dale. 

Seize rayons aiguillonnés et neuf rayons arti- 
culés à la nageoire du dos; trois rayons 
aiguillonnés et huit rayons articulés à celle 
de l'anus ; le museau en forme de boutoir; 
les premiers rayons de la dorsale tachetés 
de noir; une tache noire sur la queue, 
dont la nageoire est rectiligne. 
"La partie inférieure de l'animal , jaune ; la 
supérieure bleue , avec des nuances brunes 
ou jaunes ; les dents antérieures plus- 
grandes que les autres. 

L'ouverture de la bouche large; trois ou 
quatre grosses dents à l'extrémité de îa 
mâchoire supérieure ; de petites dents au 
palais; la mâchoire inférieure plus avan- 
cée que la supérieure , et garnie d'une 
double rangée de petites dents ; un fort 
aiguillon à la caudale ; les écailles minces; 
la couleur fauve ou orangée. 

Dix rayons aiguillonnés et garnis d'un fila- 
ment, et quinze rayons articulés à la 
dorsale; la caudale rectiligne; l'ouver- 
ture de la bouche médiocre ; les dents 
grandes et recourbées; les mâchoires éga- 
lement avancées; les écailles grandes; la 
couleur générale d'un bleu tirant sur le 
noir. 

["Seize rayons aiguillonnés et neuf rayons arti- 
culés à la nageoire du dos ; trois rayons 
aiguillonnés et six rayons articulés à celle 
de l'anus ; la caudale rectiligne ; la 11a- 



DES 

ESPÈCES. 



62. Le LABRE R Ô N E. 
(Labrus rone.) 



63. Le labre fuligineux. 
( Labr.us fuïiginosus.) 



64. Le labre brun. 
( Labrus fusçus .) 



65. Le labre échiquier. 
(Labrus centiquadrus .) 



POISSONS. 487 

CARACTÈRES. 

geoire du dos s'étendant depuis la nuque 
jusqu'à une petite distance de la caudale; 
les rayons de cette nageoire garnis d'un 
ou deux filamens; la partie supérieure du 
poisson, d'un rouge foncé, avec des taches 
et des raies vertes ; la partie inférieure 
d'un rouge mêlé de jaune. 

Neuf rayons aiguillonnés et onze rayons ar- 
ticulés à la dorsale; deux rayons aiguil- 
lonnés et neuf rayons articulés à l'anale; 
la mâchoire supérieure un peu plus courte 
que l'inférieure ; les deux premières dents 
de chaque mâchoire, plus alongées que 
les autres ; la tête variée de verd , de rouge 
et de jaune; quatre ou cinq bandes trans- 
versales. 

Sept rayons aiguillonnés et filamenteux et 
treize rayons articulés à la dorsale; deux 
rayons aiguillonnés et onze rayons arti- 
culés à l'anale ; les deux dents de devant 
de chaque mâchoire, plus longues que les 
autres; des rugosités disposées en rayons, 
auprès des yeux ; deux raies vertes , larges 
et longitudinales de chaque côté du corps; 
des écailles sur une partie de la caudale , 
qui est rectiligne ; des traits colorés et 
semblables à des lettres chinoises , le long 
de la ligne latérale. 

fNeuf rayons aiguillonnés et filamenteux et 
treize rayons articulés à la dorsale ; deux 
rayons aiguillonnés et douze rayons arti- 
culés à la nageoire de l'anus ; les quatre 
dents antérieures de la mâchoire supé- 
rieure et les deux de devant de la mâ- 
choire inférieure , plus alongées que les. 



H I S T O I 

ESPÈCES. 



65. Le iabre échiquier. 
[Labrus centiquadrus.) 



66. Le labre marbré. 
(Labrus marmoratus.) 



Le labre large-queue, 
[Labrus macrourus.) 



Le labre girelle. 
[Labrus julis.) 



RE NATURELLE 

CARACTÈRES. 

autres; la tê(e variée de rouge; toute ïa 
surface du corps et de la queue , peinte 
en petits espaces alternativement blau- 
châtres et d'un noir pourpré. 

Dix rayons aiguillonnés, et treize rayons arti- 
culés plus longs que les aiguillonnés, à la 
dorsale ; deux rayons aiguillonnés et six 
rayons articulés à l'anale ;-les dents égales 
et écartées l'une de l'autre ; la nageoire 
caudale rectiligne; la tête et les opercules 
dénués d'écaillés semblables à celles du 
dos; presque toute la surface de l'animal 
parsemée de petites taches foncées, et de 
taches moins petites et blanchâtres, de 
manière à paroître marbrée. 

'Vingt-six rayons à la nageoire du dos; dix- 
neuf à celle de l'anus; le museau petit 
et avancé ; les dents grandes , fortes et 
triangulaires ; dix rayons divisés chacun 
en quatre ou cinq ramifications, à la cau- 
dale , qui est rectiligne et très-large , ainsi 
que très-longue , relativement aux autres 
nageoires ; un grand nombre de petites 
raies longitudinales sur le dos; une tache 
sur la dorsale , à son origine; presque 
toute la queue, l'anale, et l'extrémité de 

• la nageoire du dos, d'une couleur foncée. 

Neuf rayons aiguillonnés et douze rayons 
articulés à la dorsale ; les deux dents de 
devant de la mâchoire supérieure , plus 
grandes que les autres; une large raie lon- 
gitudinale , dentelée, et d'un blanc jau- 
nâtre , de chaque côté du corps; le plus 
souvent, une raie bleue, étroite et lon- 
gitudinale, au-dessous de la raie dentelée^ 
la caudale arrondie. 



DES POISSONS. 



4 3 9 



ESPECES. 



69. Le labre parotique. 
[Labrus parolicus.) 



CARACTERES. 

/'Neuf rayons aiguillonnés et douze rayons^ 
articulés à la dorsale ; les dents de devant 
plus grandes que les autres ; les nageoires 
rousses ; une tache d'un beau bleu sur 
chaque opercule. 



f Neuf rayons aiguillonnés et huit rayons arti- 
I cuîés à la nageoire du dos; trois rayons 

( Labrus bergsnyhms.) \ ai ^ lllonnés et «*t rayon, articulés à celle 

de l'anus; les rayons de la dorsale garnis 
de filamens; une tache noire sur la queue. 



71. Le labre gtjaze. 
( Labrus guazxi.) 



Onze rayons aiguillonnés et seize rayons; 
articulés à la dorsale; la caudale arron- 
die, et composée de rayons plus longs 
que la membrane qui les réunit; la couleur- 
brune. 



72. Le labre tancoïde. 
{Labrus tàncoïdes,) 



y3. Le labre double-tache. 
{Labrus bimaculatus.) 



Quinze rayons aiguillonnés et onze rayons 
articulés à la dorsale ; trois rayons aiguil- 
lonnés et dix rayons articulés à l'anale ; le 
museau recourbé vers le haut; la caudale 
arrondie ; la couleur générale d'un rouge 
nuageux , ou des raies nombreuses , rouges , 
bleues et jaunes. 

; Quinze .rayons aiguillonnés et onze rayons 
articulés à la dorsale ; quatre rayons ai- 
guillonnés et huit rayons articulés à l'anale- 
des filamens aux rayons de la nageoire du 
dos, et aux deux premiers rayons de chaque 
thoracine; l'anale lancéolée; l'extrémité 
de la dorsale en forme de faux ; une grande 
tache sur chaque côté du corps et sur> 
chaque côté de la queue de l'animal* 



44° 



HISTOIRE NATURELLE 



ESPECES. 



(Q 



74. Le labre ponctué. 
(Labrus pimctatus.) 



yS. Le labre ossifa.ce. 
(Labrus Oèsifagus.) 



7j6. Le labre onite. 
(Labrus onitis.) 



7, Le labre perroquet. 
[Labrus psittacus.) 



CARACTERES. 

uinze rayons aiguillonnés et dix rayon» 
articulés à la nageoire du dos ; quatre 
rayons aiguillonnés et huit rayons articu- 
lés à celle de l'anus; toutes les nageoires 
pointues, excepté la caudale, qui est arron- 
die; la pièce postérieure de chaque oper- 
cule couverte d'écaillés semblables par 
leur forme, et égales par leur grandeur, 
à celles du dos ; la ligne latérale interrom- 
pue; de petites écailles sur une partie de 
la dorsale et de l'anale ; plusieurs rayons 
articulés de la dorsale beaucoup plus 
alongés que les aiguillons de cette na- 
geoire; un grand nombre de points, neuf 
raies longitudinales, et trois taches rondes, 
sur chaque côté du poisson. 

(Dix -sept rayons aiguillonnés et quatorze 
rayons articulés à la dorsale ; trois rayons 
aiguillonnés et dix rayons articulés à la 
nageoire de l'anus. 

fDix-sept rayons aiguillonnés et dix rayons 
articulés à la dorsale; trois rayons aiguil- 
lonnés et huit rayons articulés à l'anale; 
la caudale arrondie et jaune; la couleur 
générale brune ; la partie inférieure de 
l'animal tachetée de gris et de brun; des 
fi'lamens aux rayons de la nageoire dorsale. 

fDix-huit rayons aiguillonnés et douze rayons 
articulés à la dorsale; trois rayons aiguil- 
lonnés et dix rayons articulés à la nageoire 
de l'anus; la couleur générale verte; le 
dessous du corps jaune ; une raie longitu- 
dinale bleue, de chaque côté du corps; 
quelquefois des taches bleues sur le ventre. 



DES POISSONS. 



441 



ESPECES. 



78. LE tABRE TOURD. 

(La brus, turdus.) 



g. Le T. AERE CINQ-ÉPINES. 

{Labrus penlàeanlhus.) 



80. Le labre chinois. 
(I.alrus chineiisis.) 



Si. Le labre japonoi; 
(Labrus japonicus.) 



82. Le labre linéaire. 
(Labius lineaiis.) 

TOME III. 



CARACTERES. 

'Dix-huit rayons aiguillonnés et quinze rayons 
articulés à la nageoire du dos; trois rayons 
aiguillonnés et douze rayons articulés à 
l'anale; le corps et la queue alongés ; la 
partie supérieure de l'animal jaune-, avec 
des taches blanches ou vertes , et quel- 
quefois avec des taches blanches et bor- 
dées d'or au-dessous du museau. 

Dix-neuf rayons aiguillonnés et six rayons arti* 
culés à la dorsale ; cinq rayons aiguillonnés 
et huit rayons articulés à l'anale ; des fila- 
mens aux rayons cle la nageoire du dos; le 
corps et la queue bleus, ou rayés de bleu. 

/"Dix-neuf rayons aiguillonnés et cinq rayons 
articulés à la dorsale; cinq rayons aiguil- 
lonnés et sept rayons articulés à l'anale; 
des filamens aux rayons de la nageoire du 
dos; le sommet de la tête très-obtus; la 
couleur livide. 

Dix rayons aiguillonnés et onze rayons arti- 
culés à la dorsale ; trois rayons aiguillonnés 
et cinq rayons articulés à la nageoire de 
1 anus ; des filamens aux rayons de la 
nageoire du dos ; les opercules couverts 
d'écaillés semblables à celles du corps ; 
des dents petites et aiguës aux mâchoires; 
la couleur jaune. 

f Vingt rayons aiguillonnés et un rayon arti- 
i cuîé à la nageoire du dos; quinze rayons 

à celle de l'anus; la dorsale très-longue; 

le corps alongé; la tête comprimée ; la 
^ couleur blanche ou blanchâtre. 

56 



44^ HISTOIRE NATURELLE 

ESPÈCES. CARACTÈRES. 

•Neuf rayons aiguillonnés et onze rayons arti- 
culés à la dorsale; trois rayons aiguillon- 
nés et neuf rayons articulés à la nageoire 
de l'anus ; les écailles larges et striées en 
creux; les pectorales et la caudale arron- 
dies; la ligne latérale interrompue ; la cou- 
leur générale d'un brun verdâtre , avec des 
bandes transversales plus foncées; le plus 
souvent un croissant jaune et bordé de 
noir, sur le bord postérieur de chaque 
opercule; deux taches jaunes sur la mem^ 
brane branchiale, qui est verte.. 



83. Le labre lunule. 
[Labrus lumtlalus.) 



|, Le labre varié. 
( Labrus varlegatus.) 



\ 



Dix-sept rayons aiguillonnés et treize rayons 
articulés à la dorsale; trois rayons aiguil- 
lonnés et douze rayons articulés à l'anale; 
les lèvres larges et doubles; la caudale un 
peu arrondie; le corps et la queue alongés; 
la couleur générale rouge; quatre raies 
longitudinales olivâtres , et quatre autres 
bleues, de chaque côté du poisson; la 
dorsale bleue à son origine , ensuite 
blanche, ensuite rouge; la caudale bleue 
en haut , et jaune en bas.. 



85. Le labre maillé. 
{Labrus reiiculatus.) 



^Quinze rayons aiguillonnés et dix rayons- 
articulés à la nageoire du dos; trois rayons 
aiguillonnés et neuf rayons articulés à celle 
de l'anus; l'ensemble du poisson compri- 
mé et ovale ; la couleur verte avec un 
réseau rouge ; une tache noire sur chaque 
opercule et sur la dorsale; des bandes 
et des filamens rouges, à la nageoire du. 



DES 

ESPÈCES. 



S. Le labre tacheté. 
{La brus guttatus.) 



87. Le labre cock,, 
[Labrus coquus.) 



3. Le labre c a nu de, 
(T.. a brus cinœdus.) 



POISSONS. 



CARACTERES. 



443 



89. Le LABRE BLANCHES-RAIES 

(Iabrus -albo rit lalus.) 



no. Le labre bleu. 
[Labrus cœruleus.) 



Quinze rayons aiguillonnés et douze rayons 
articulés à la dorsale ; trois rayons aiguil- 
lonnés et onze rayons articulés à l'anale ; 
la couleur générale rougeâtre; un grand 
nombre de points blancs disposés avec 
ordre ; des taches noires ; une tache au 
milieu de la base de la caudale. 

ÎLa caudale arrondie; la partie supérieure 
nuancée de pourpre et de bleu foncé ; 
l'inférieure d'un beau jaune. 

(Des rayons aiguillonnés à la dorsale , qui 
s'étend depuis la nuque jusqu'à la caudale ; 
la gueule petite ; les dents crénelées , ou 
lobées; la couleur générale jaune; le dos 
d'un rouge pourpre. 

'Neuf rayons aiguillonnés et onze rayons arti- 
culés à la dorsale; trois rayons aiguillon- 
nés et dix rayons articulés à l'anale; une 
seule rangée de dents petites et aiguës à 
chaque mâchoire; les lèvres très-épaisses; 
le corps alongé; la couleur générale jau- 
nâtre ; deux raies longitudinales blanches 
et très - longues , et une troisième raie 
supérieure semblable aux deux premières, 
mais plus courte , de chaque côté de l'a- 
nimal; la caudale arrondie. 

'Dix-sept rayons aiguillonnés et douze rayons 
articulés à la nageoire du dos; deux rayons 
aiguillonnés et douze rayons articulés à la 
nageoire de l'anus; la couleur générale 
bleue, avec des taches jaunes et des raies 
bleuâtres ; une grande tache bleue sur 
le devant de la dorsale ; les thoracines , 



444 h i s t o i 

ESPÈCES. 

90. Le labre bleu. 
[T abrus cœruleus.) 



CI. Le 1AUE RAÏÉ, 

[Labrus lineatus.) 



Q 2 . Le 1AE11E EAII.AI 

[Labrus ballaii.) 



f}3. Le LABRE EERGYITi 

{Labrus bergylia.) 



94. Le labre hassek. 
[Labrus hassek.) 



RE NATURELLE 

CARACTÈRES. 

! l'anale et la caudale, bordées de la même 
couleur ; les dents de devant plus longues 
que les autres. 

Dix-sept rayons aiguillonnés et treize rayons 
articulés à la dorsale; trois rayons aiguil- 
lonnés et douze rayons articulés à l'anale; 
les dents de devant plus longues que les 
autres 5 le museau long; la nuque un peu 
relevée et convexe ; le corps alongé ; la 
caudale arrondie; le dos rougeâtre ; les 
côtés bleus; la poitrine jaune; le ventre 
d'un bleu pâle; quatre raies vertes et lon- 
gitudinales de chaque côté du poisson. 

Vingt rayons aiguillonnés et onze rayons 
articulés à la dorsale ; trois rayons aiguil- 
lonnés et neuf rayons articulés à l'anale; 
la caudale arrondie ; un sillon sur la tête; 
une petite cavité rayonnée sur chaque 
opercule ; la couleur jaune , avec des taches 
couleur d'orange. 

/Vingt rayons aiguillonnés et douze rayons 
articulés à la dorsale; trois rayons aiguil- 
lonnés et six rayons articulés à l'anale; la 
caudale arrondie ; la tête alongée ; les 
écailles grandes; les derniers rayons de la 
dorsale et de l'anale , beaucoup plus longs 
que les autres ; des taches sur les nageoires; 
des raies brunes et bleues, disposées alter- 
nativement sur la poitrine. 
Point de rayons aiguillonnés aux nageoires; 
le corps très - alongé ; la ligne latérale 
droite ou presque droite; une raie lon- 
gitudinale et mouchetée de noir, de 
chaque côté de l'animal. 



DES 

ESPÈCES. 



ç)5- Le labre a ris té.' 
(Labms aristatus.) 



POIS SONS. 



CARACTERES. 



445 



96. Le labre birayé. 
[Labrus buïtiatuf.) 



97. Le labre grandes- 

écailles. 

[Labrus macrolepidotus.) 



08. Le labre tête-eleue. 
{Labrus cyanocephalus.) 



[Trente-deux rayons à ]a dorsale; vingt-cinq 
à l'anale ; le corps comprimé et ovale ; les 
écailles courtes, et relevées chacune par 
deux arêtes; les dents éloignées l'une de 
l'autre; les deux de devant de la mâchoire 
inférieure , plus avancées que les autres. 

[Neuf rayons aiguillonnés et douze rayons 
articulés à la dorsale; trois rayons aiguil- 
lonnés et onze rayons articulés à l'anale ; 
toutes les nageoires pointues , excepté 
celle de la queue, qui est arrondie; le dos 
rouge ; les côtés jaunes; deux raies longi- 
tudinales et brunes , de chaque côté du 
poisson ; la supérieure placée sur l'œil ; 
des taches jaunes sur la caudale , qui est 
violette ; le ventre rougeâtre. 

^Ncuf rayons aiguillonnés et treize rayons 
articulés à la nageoire du dos; trois rayons 
aiguillonnés et treize rayons articulés à 
celle de l'anus ; les écailles grandes eè 
lisses; les mâchoires aussi avancées l'une 
que l'autre ; la tête courte et comprimée;. 
deux demi-cercles de pores muqueux au- 
dessous des yeux; la caudale arrondie; 
la couleur générale jaune. 

/Neuf rayons aiguillonnés et onze rayons- 
articulés à la nageoire du dos ; deux rayons 
aiguillonnés et douze rayons articulés à 
celle de l'anus; la caudale arrondie; la 
ligne latérale interrompue ; les écailk's 
grandes, rondes et minces; les opercules 
terminés en pointe du côté de la queue j 
le dos bleu ; les côtés argentés j la tête 
bleue, 



446 



HISTOIRE NATURELLE 



ESPECES. 



•gg. Le xabre a gouttes, 
( Labrus guUulatus . ) 



CARACTÈRES. 

''Point de rayons aiguillonnés; dix -neuf 
rayons à la dorsale, neuf à l'anale; la 
caudale arrondie ; les écailles dures et 
couvertes d'une membrane; le dos brun; 
les côtés bleus; le dessous blanchâtre; la. 
tête bleue ; des taches argentées sur la 
tête, les côtés et l'anale ; des taches jaunes 
sur la nageoire du dos. 



loo. Le labre boisé. 
[Labrus tesscllatus.) 



Dix-sept rayons aiguillonnés et onze rayons 
articulés à la dorsale; trois rayons aiguil- 
lonnés et neuf rayons articulés à la nageoire 
de l'anus; la tête et les opercules presque 
entièrement dénués d'écaillés semblables 
à celles du dos, excepté dans une petite 
place auprès des yeux; les deux mâchoires 
également avancées; plusieurs pores mu- 
queux au-dessous des narines; quatre 
rayons à la membrane branchiale, qui est 
étroite; les écailles petites et molles; le 
corps aîongé; la caudale arrondie ; le dos 
violet ; les côtés argentés ; des taches 
imitant des compartimens de boiserie. 



■loi» Le labre cinq-taches. 
{ Labrus quiiique-maculatus. ) 



Quinze rayons aiguillonnés et dix rayons 
articulés à la dorsale ; trois rayons aiguil- 
lonnés et neuf rayons articulés à l'anale; 
la tête garnie d'écaillés semblables à celles 
du dos; un demi-cercle de pores mu- 
queux au-dessous de chaque narine; la 
couleur générale d'un jaune mêlé de vio- 
let; une tache sur le nez ; une tache sur 
l'opercule; deux taches sur la dorsale, et 
une cinquième sur la nageoire de l'anus. 



DES POISSONS. 



447 



ESPECES. 



302. Le labre 

microlepidote. 
[Labrus micro lepido lus.) 



io3. Le labre vieille. 
(Labrus vetula.) 



104.. Le labre k a r u t . 
(Labrus carulta.) 



io5. Le labre ANÉr, 
{JL abrus aneus.) 



CARACTÈRES. 



f Dix-sept rayons aiguillonnés et treize rayons 
articulés à la nageoire du dos; trois rayons 
aiguillonnés et dix rayons articulés à la 
nageoire de l'anus; les opercules garnis 
d'écaillés semblables à celles du dos; les 
écailles très-petites 5 la partie supérieure 
de l'animal v d'un jaune brun et sans 
tacbe ; l'inférieure argentée ; la caudale 
arrondie. 

[ Seize rayons aiguillonnés et treize rayons 
articulés à la dorsale; trois rayons aiguil- 
lonnés et onze rayons articulés à l'anale;; 
six rayons à la membrane branchiale ; le 
museau dénué d'écaillés semblables à celles 
du dos; de petites écailles sur la caudale, 
qui est arrondie ; la tête rougeâtre ; le dos 
couleur de plomb ; les côtés jaunes et ta- 
chés; les thoracines , l'anale et la caudale 
bleuâtres et bordées de noir; des taches 
arrondies et petites sur l'anale, la cau- 
dale et la dorsale. 

/Onze rayons a'guilîonnés et vingt - neuf 
rayons articulés à la dorsale, qui pré- 
sente deux parties très-distincfes ; toute 
la tête couverte d'écaillés semblables à 
celles du dos; la caudale arrondie; la 
partie supérieure du museau plus avancée 
que l'inférieure. 

/Neuf rayons aiguillonnés et vingt -quatre 
rayons articulés à la dorsale , qui présente- 
deux parties très-distinctes; toute la tête 
couverte d'écaillés semblables à celles du 
dos ; la caudale arrondie ; la mâchoire 
inférieure plus avancée que la supérieur©.*. 



44 8 



HISTOIRE NATURELLE 



ESPECES. 



I06. Le LABRE CEINTURE. 

(Labrus cingulum.) 



)Ç<J, Le r,A)!RE DlGRAMlir, 

ILahfus çligjamma.} 



jp8. Lela-brehololépidote, 
(Labrus hololepidotus.) 



ïog. Le labre taenioure. 
(Tabrustœniourus.) 



CARACTÈRES. 

Neuf rayons aiguillonnés et treize rayons 
articulés à la nageoire du dos ; seize rayons 
à celle de l'anus ; les deux dents de devant 
de chaque mâchoire , plus grandes que les 
autres; le museau pointu; la partie anté- 
rieure de l'animal livide, la postérieure 
brune ; ces deux portions séparées par une 
bande ou ceinture blanchâtre; des taches 
petites, lenticulaires, et d'un noir pour- 
pré, sur la fête, la dorsale, l'anale , et la 
caudale , qui est arrondie. 

' Onze rayons aiguillonnés et huit rayons arti- 
culés à la nageoire du dos; un rayon, 
aiguillonné et dix rayons articulés à celle 
de l'anus; la mâchoire inférieure un peu 
plus avancée que la supérieure; les deux 
dents de devant plus grandes que les 
autres ; deux lignes latérales; la supérieure 
se terminant un peu au-delà de la dorsale, 
et s'y réunissant à la latérale opposée; 
l'inférieure commençant à peu près au- 
dessous du milieu de la dorsale, et allant 
jusqu'à la caudale, qui est arrondie. 
Onze rayons aiguillonnés et vingt-sept rayons 

i articulés à la dorsale; deux rayons aiguil- 

| lonnés et dix rayons articulés à l'anale; 

/ les dents de la mâchoire inférieure à peu 
près égales; la tête et les opercules garnis 
d'écaillés semblables à celles du dos ; 
chaque opercule terminé en pointe; la 
caudale très -arrondie, 

(Vingt rayons à la nageoire du dos; trois 
1 rayons aiguillonnés et onze rayons articulés 
(_ à la nageoire de l'anus; les dents des deux 



DES POISSONS: 



449 



:s P E C ES. 



CARACTERES. 



Ï09. Le labre taenioure. 
(Labrus tœ niourus.) 



"ÇIO. Le LABB.E PARTERRE. 

[Labrus hortulanus.) 






mâchoires, grandes et séparées; la tête et 
les opercules dénués d'écaillés semblables 
à celles du dos; les écailles grandes et 
bordées d'une couleur foncée; point de 
ligne latérale facilement visible ; une bande 
transversale à la base de la caudale, qui 
est arrondie. 

Cinq rayons aiguillonnés et quinze rayons 
articulés à la dorsale, qui est basse; deui 
rayons aiguillonnés et onze rayons articulés 
à l'anale; le museau avancé; les dents de 
la mâchoire supérieure, presque horizon- 
tales; deux lignes latérales se réunissant en 
une vers le milieu de la nageoire du dos; 
la caudale arrondie; des taches sur la tête 
et les opercules, qui sont dénués d'écaillés 
semblables à celles du dos; une ou deux 
taches à côté de chaque rayon de la dorsale 
et de l'anale; la surface du corps et de la 
queue, divisée par des raies obliques, en 
losanges dont le milieu présente une tache. 



£11. Le LABRE SPAR.OÏDE. 

(Labrus sparoïdes.) 



TOME 



III. 



''Dix rayons aiguillonnés et douze rayons arti- 
culés à la dorsale; dix rayons aiguillonnés 
et seize rayons articulés à l'anale, qui est 
très-grande; la hauteur du corps égale, 
ou à peu près , à la longueur du corps et 
de la queue pris ensemble ; une concavité 
au-dessus des yeux ; la mâchoire inférieure 
plus avancée que la supérieure ; la tête et 
les opercules garnis d'écaillés semblables 
\ celles du dos ; la caudale arrondie; des 
taches irrégulières , ou en croissant, ou en 
larmes, répandues sans ordre, sur chaque 
côté de l'animal, 

57 



4<5o HISTOIRE NATURELLE 



ESPECES. 



ÏI2. Le LABRE LÉOPARD. 

(Labrus leopardus).. 



ii3. Le labre 

MAIAPIÉHONOTE. 

(Labrus malapterono.tus.) 



IIVj.. Le LABRE DIANE, 

'{Laèrus diana.) 



CARACTÈRES. 

Neuf rayons aiguillonnés et quatorze rayons- 
articulés à la nageoire du dos ; deux rayons 
aiguillonnés et dix rayons articulés à la 
nageoire de l'anus ; l'ouverture de la 
bouche assez grande; les deux dents de 
devant de chaque mâchoire, plus grandes 
que les autres ; deux pièces à chaque oper- 
cule ; la caudale et les pectorales arron- 
dies; les rayons aiguillonnés de la dor- 
sale plus hauts que la membrane ; poinè 
d'écaillés facilement visibles ; une raie 
noire s'étendant depuis l'œil jusqu'à la 
pointe postérieure de l'opercule ; une 
bande très-foncée placée sur la caudale ; 
des taches composées détaches plus petites, 
et répandues sur la tête, le corps, la 
queue, la dorsale et l'anale, de manière 
à imiter les couleurs du léopard. 
/Vingt-un rayons articulés à la nageoire du 
dos ; treize rayons à celle de l'anus ; la 
mâchoire inférieure un peu plus avancée 
que la supérieure; les dents de devant de 
la mâchoire inférieure inclinées en avant ; 
la tête et les opercules dénués d'écailles- 
semblables à celles du dos; une tache fon- 
cée sur la pointe postérieure de l'opercule; 
la ligne latérale fléchie en en-bas, et for- 
mant ensuite un angle, pour se diriger 
vers la caudale , qui est arrondie ; trois 
bandes blanchâtres de chaque côté du> 
poisson. 

["Douze rayons aiguillonnés et dix rayons 
articulés à la dorsale ; deux rayons aiguil- 
lonnés et treize rayons articulés à la na- 
geoire de l'anus j la nageoire dorsale pré- 



D E 

ESPÈCES. 



POISSONS. 



45 î 



II4. LE LABRE DIANE. 

(Labrus diana.) 



ji5. Le labre 

macrodonte, 
[Labrus macrodontus.') 



116. Le labre neustrien. 
[Labrus Neustriœ.) 



Il 7. Le labre calots. 
~ (Labrus calops.) 



CARACTÈRES. 

sentant trois portions distinctes ; la caudale 
arrondie; la tête et les opercules dénués 
d'écaillés semblables à celles du dos ; 
quatre grandes dents au bout de la mâ- 
choire supérieure; deux grandes dents au 
bout de la mâchoire inférieure ; une dent 
grande et tournée en avant, à chaque coin 
de l'ouverture de la bouche ; un petit 
croissant d'une couleur foncée sur chaque 
écaille. 

''Treize rayons aiguillonnés et huit rayons 
articulés à la nageoire du dos ; trois rayons 
aiguillonnés et neuf rayons articulés à la 
nageoire de l'anus; la caudale arrondie; 
les derniers rayons de la dorsale et de 
l'anale , plus longs que les premiers ; les 
écailles assez grandes ; la partie postérieure 
de la tête relevée ; quatre dents fortes et 
crochues , à l'extrémité de chaque mâ- 
choire; une dent forte, crochue, et tour- 
née en avant, auprès de chaque coin de 
l'ouverture de la bouche. 

Vingt rayons aiguillonnés et onze rayons 
articulés à la nageoire du dos ; trois rayons 
aiguillonnés et sept rayons articulés à celle 
de l'anus ; sept rayons à la membrane 
branchiale ; la caudale arrondie ; les dents 
égales , fortes et séparées l'une de l'autre ; 
le dos marbré d'aurore , de brun et de 
verdâtre ; les côtés marbrés d'aurore , de 
brun et de blanc. 

(Douze rayons aiguillonnés et huit rayons 
I articulés à la dorsale ; treize rayons à 
{ l'anale ; le premier et le demie* des rayoes 



45s 



HISTOIRE NATURELLE 



ESPÈCfES. 



ÎI7. Le LABRE CALOPS. 

[Labnis calops.) 



118. Le labre ensanglanté. 
[Labruscrueiitatus.) 



îig. Le labre perruche. 
[Labrus -psittacalus.) 



CARACTERES. 

de la nageoire de l'anus articulés ; l'œil 
très-grand et très-brillant ; la ligne laté- 
rale droite ; les écailles fortes et larges; la 
tête dénuée d'écaillés semblables à celles 
du dos ; une tache grande et brune au-- 
delà mais aupi'ès de chaque nageoire pec- 
torale. 

Neuf rayons aiguillonnés et quinze rayons 
articulés à la nageoire du dos ; les dents 
courtes , égales et séparées l'une de l'autre ;, 
la mâchoire inférieure plus avancée que la 
supérieure; l'œil très-grand; la ligne laté- 
rale très-voisine du dos ; la hauteur de 
l'extrémité de la queue, très-inférieure à 
celle de sa partie antérieure ; la caudale 
arrondie ; la couleur générale argentée , 
avec des taches très-grandes , irrégulières, 
et couleur de sang. 

Dix-huit rayons à la dorsale, qui est très- 
basse , et à peu près de la même hauteur 
dans toute sa longueur; l'ouverture de la 
bouche très-petite; les deux mâchoires 
presque égales ; le corps alongé ; la caudale 
arrondie ; la couleur générale verte ; trois 
raies longitudinales et rouges de chaque 
côté de l'animal ; une raie rouge et longi- 
tudinale sur la dorsale, qui est jaune; une 
bande noire sur chaque œil ; une bande 
rouge et bordée de bleu , de l'œil à l'ori- 
gine de la dorsale, et sur le bord posté- 
rieur de chacune des deux pièces de l'oper-»- 
cule» 



D E 

.ESPÈCES. 



P O I S - S O N S. 



120. Le LABRE KESLIK. 

[Labrus JcesliJc.) 



453 



121. Le LABRE COM3 

(Labrus comber.) 



CARACTERES. 

Huit rayons aiguillonnés et treize rayons arti- 
culés à la nageoire du dos ; trois rayons 
aiguillonnés et douze rayons articulés à la 
nageoire de l'anus ; la caudale rectiligne ; 
l'opercule terminé par une prolongation 
arrondie à son extrémité ; la ligne longi- 
tudinale qui termine le dos, droite, ou 
presque droite ; des raies longitudinales 
jaunâtres , et souvent festonnées ; une 
tache bleue auprès de la base de chaque 
pectorale. 

Vingt rayons aiguillonnés et onze rayons 
articulés à là dorsale ; trois rayons aiguil- 
lonnés et quatre rayons articulés à l'anale 5 
la caudale lancéolée; l'opercule terminé 
par une prolongation arrondie à son extré- 
mité ; le dos rouge ; une raie longitudinale 
et argentée de chaque côté de l'animal. 



TROISIEME SOUS-GENRE. 
La nageoire de la queue divisée en trois lobes. 



ESPECES. 



322î Le LA.BR.E EUASILIEN. 

[habrus brasiliensis .) 



CARACTERES. 

Neuf rayons aiguillonnés et quatorze rayons 
articulés à la nageoire du dos ; trois rayons 
aiguillonnés et vingt-deux rayons articulés 
à la nageoire de l'anus; le premier et le 
dernier rayon de la caudale, prolongés en 
arrière ; deux dents recourbées et plus 
longues que les autres, à la mâchoire 
supérieure; quatre dents semblables fet là 
mâchoire inférieure; deux ou trois ligne© 
longitudinales à la dorsale et à l'anale.. 



HISTOIRE NATURELLE 



i*3. 



ESPÈCES. 



Le labre veed. 
[Lai rus v iridis . ) 



124- 



Le eabke trteobé. 
(Labrus, trUobalus.) 



120. Le l a bk e 
beux-ckoissaks. 
( La brus h Hun ula lus.) 



CARACTÈRES. 

/Huit rayons aiguillonnés et douze rayons 
articulés à la dorsale ; treize rayons à 
l'anale; le premier et le dernier rayon de 
la caudale très-prolongés en arrière ; les 
deux dents de devant de chaque mâchoire 
plus longues que les autres ; les écailles 
vertes et bordées de jaune; presque toutes 
les nageoires jaunes, et le plus souvent 
^bordées ou rayées de verd. 

Vingt -neuf rayons à la nageoire du dos; 
dix-sept à celle de l'anus ;la dorsale longue 
et basse ; les dents grandes , fortes , et 
presque égales les unes aux autres ; la tête 
et les opercules dénués d'écaillés sem- 
blables à celles du dos; la ligne latérale 
ramifiée , droite, fléchie ensuite vers le 
bas, et enfin droite jusqu'à la caudale; 
des taches nuageuses. 

Treize rayons aiguillonnés et treize rayons 
articulés à la dorsale, qui présente deux 
portions distinctes ; la tête dénuée d'é- 
cailles semblables à celles du dos; quatre 
grandes dents à chaque mâchoire ; la mâ- 
choire inférieure un peu plus avancée que 
la supérieure; une petite tache sur un 
grand nombre d'écaillés ; une grande tache 
de chaque côté de l'animal, auprès de 
l'extrémité de la dorsale. 



126. Le labre héekaïque. 
[Laènts Jtebraïcus .) 



Vingt-un rayons articulés à la nageoire du 
dos ; treize rayons à la nageoire de l'anus; 
des raies imitant des caractères hébraï- 
ques ou orientaux , sur la tête et les oper- 
cules , qui sont dénués d'écaillés sem- 



DES 

ESPÈCES. 



Ï2Ô. Le labre HÉBRAÏQUE.J 

[Labrus hebraïcus .) 



327. Le labre large-raie. 
{Labrus lalovittains.) 



128. Le labre an ne lé. 
[Labrus annulatus.) 



POISSONS. 455 

CARACTÈRES. 

blables à celles du dos ; une petite tache 
à la base d'un très-grand nombre d'é- 
cailles ; les pectorales d'une couleur très- 
claire ou très-vive , ainsi qu'une bande 
transversale située auprès de chaque oper- 
cule. 

| Quarante-deux rayons presque tous articu- 
lés à la dorsale ; quarante-un rayons arti- 
culés cà l'anale ; la dorsale et l'anale très- 
longues ; le corps alongé; la tête très- 
alongée , et dénuée , ainsi que les oper- 
cules , d'écaillés semblables à celles du- 

\ dos; un grand nombre de dents très- 
petites et égales; une raie longitudinale 
sur la base de la nageoire du dos; une raie 
longitudinale , large et droite , depuis la 
base de chaque pectorale jusqu'à la cau- 
dale. 

Vingt - un rayons à la nageoire du dos; 
quinze rayons à celle de l'anus; les dents 
petites et égales; l'opercule terminé un 
peu en pointe; les écailles très- difficiles 
à voir; dix - neuf bandes transversales,, 
étroites , régulières , semblables, et placées 
de chaque côté du poisson, de manière à; 
se réunir avec les bandes analogues, dm 
côté opposé. 



LE LABRE HÉPATE*. 



La Nature n'a accordé aux labres ni la grandeur, ni 
la force , ni la puissance. Ils ne régnent pas au milieu 
des ondes en tyrans redoutables. Des formes singu- 
lières, des habitudes extraordinaires, des facultés ter- 
ribles, ou, pour ainsi dire, merveilleuses, un goût 
exquis, une qualité particulière dans leur chair, n'ont 
point lié leur histoire avec celle des navigations loin- 
taines, des expéditions hardies, des pêches fameuses, 
du commerce des peuples , des usages et des mœurs 
des différens siècles. Ils n'ont point eu de fastueuse 
célébrité. Mais ils ont reçu des proportions agréables, 
des mouvemens agiles, des rames rapides. Mais toutes 
les couleurs de l'arc céleste leur ont été données 
pour leur parure. Les nuances les plus variées , les 
tons les plus vifs , leur ont été prodigués. Le feu du 
diamant , du rubis , de la topaze , de l'émeraude , du 
saphir, de l'améthyste, du grenat, scintille sur leurs 
écailles polies ; il brille sur leur surface en gouttes , en 



* Labrus hepatus. 

Ici. Linné 3 édition de Gmelin- 

Labre hépate. Daubenton et Haiiy 3 Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre , planches de V Encyclopédie méthodique. 

Labrus maxillâ inferiore longiore, çaiidâ bifurpâ , etc ? Artedi 3 gen. 35, 



HISTOIRE NATURELLE, 4<5/ 

croissans, en raies, en bandes, en anneaux, en cein- 
tures , en zones , en ondes ; il se mêle à l'éclat de For 
et de l'argent qui y resplendit sur de grandes places , 
ou il relève les reflets plus doux, les teintes obscures , 
les aires pâles, et, pour ainsi dire, décolorées. Quel 
spectacle enchanteur ne présenteroient -ils pas, si 
appelés, de toutes les mers qu'ils habitent, et réunis 
dans une de ces vastes plages équatoriales , où un 
océan de lumière tombe de l'atmosphère qu'il inonde, 
sur les flots qu'il pénètre, illumine, dore et rougit, 
ils pressoient, mêloient, confondoient leurs grouppes 
nombreux, émaillés et éclatans , faisoîent jaillir au 
travers du crystal des eaux et de dessus les facettes 
si multipliées de leur surface luisante , les rayons 
abondans d'un soleil sans nuages , et présentoient 
dans toute la vivacité de leurs couleurs , avec toute la 
magie d'une variété presque infinie , et par le pouvoir 
le plus étendu des contrastes , la richesse de leurs 
vêtemens, la magnificence de leurs décorations , et le 
charme de leur parure ! > . 

C'est en les voyant ainsi rassemblés, que l'ami de 
la Nature, que le chantre des êtres créés, rappelant 
dans son ame émue toutes les jouissances que peut 
faire naître la contemplation des superbes habitans des 
-eaux, et environné, par les prestiges d'une imagination 
animée, de toutes les images riantes que la mythologie 
répandit sur les bords fortunés de l'antique Grèce , 
youdroit entonner de nouveau un hymne à la beauté. 
TOME III. 58 



458 HISTOIRE NATURELLE 

Une philosophie plus calme et plus touchante suspend * 
droit cependant son essor poétique. Un présent bien 
plus précieux, cîiroit-elle à son cœur, a été fait par la 
bienfaisante Nature à ces animaux dont la splendeur 
et l'élégance plaisent a vos jeux. Ils ont plus que de 
l'éclat, ils ont le repos; l'homme du moins ne leur 
déclare presque jamais la guerre 3 et si leur- as vie, où 
ils ont si peu souvent à craindre les filets ou les lignes 
des pêcheurs, est quelquefois troublé par la tempête, 
ils peuvent facilement échapper à l'agitation des vagues .,. 
et aller chercher dans d'autres plages, des eaux plus 
tranquilles et un séjour plus paisible. Tous les climats 
peuvent en effet leur convenir. Il n'est aucune partie 
du globe où on ne trouve une ou plusieurs espèces de 
labres; ils vivent dans les eaux douces des rivières du 
Nord, et dans les fleuves voisins de lequateur et des tro- 
piques. On les rencontre auprès des glaces amoncelées 
de la Norvège ou du Groenland, et auprès des rivages 
brûlans de Surinam ou des Indes orientales; dans la 
haute mer, et à une petite distance des embouchures 
des rivières; non loin de la Caroline, et dans les eaux 
qui baignent la Chine et le Japon; dans le grand Océan,, 
et dans les mers intérieures , la Méditerranée , le 
golfe de Syrie, l'Adriatique, la Propontide , le Pont- 
Euxin, l'Arabique; dans la mer si souvent courroucée 
d'Ecosse, et dans celle que les ouragans soulèvent 
contre les promontoires austraux de l'Asie et de. 
^Afrique.. 



DES POISSONS. 459 

De cette dissémination de ces animaux sur le globe, 
de cette diversité de leurs séjours -, de cette analogie de 
tant de climats différens avec leur bien-être, il résulte 
une vérité très-importante pour le naturaliste, et que 
nous avons déjà plusieurs fois indiquée : c'est que les 
oppositions d'un climat à un autre sont presque nulles 
pour les habitans des eaux; que l'influence de l'atmo- 
sphère s'arrête, pour ainsi dire, à la surface des mers; 
qu'à une très-petite distance de cette même surface 
et des rivages qui contiennent les ondes, l'intérieur 
de l'océan présente à peu près dans toutes les saisons 
et sous tous les degrés d'élévation du pôle, une tem- 
pérature presque uniforme, dans laquelle les poissons 
plongent à volonté et vont chercher, toutes les fois 
qu'ils le désirent, ce qu'on pourroit appeler leur prin- 
temps éternel; qu'ils peuvent, dans cet abri plus ou 
moins écarté et séparé de l'inconstante atmosphère, 
braver et les ardeurs du soleil des tropiques, et le froid 
rigoureux qui règne autour des montagnes congelées 
et entassées sur les océans polaires; qu'il est possible 
que les animaux marins aient des retraites tempérées 
au-dessous même de ces amas énormes de monts de 
glace flottans ou immobiles; et que les grandes diver- 
sités que les mers et les fleuves présentent relativement 
aux besoins des poissons , consistent principalement 
dans le défaut ou l'abondance d'une nourriture néces- 
saire, dans la convenance du fond, et dans les qualités 
de l'eau salée ou douce, trouble ou limpide, pesante 



460 HISTOIRE NATURELLE 

ou légère, privée de mouvement ou courante, presque 
toujours paisible ou fréquemment bouleversée par 
d'horribles tempêtes. 

Il ne faut pas conclure néanmoins de ce que nous 
venons de dire, que toutes les espèces de labres aient 
absolument la même organisation : les unes ont le dos 
élevé, et une hauteur remarquable relativement à leur 
longueur , pendant que d'autres , dont le corps et la 
queue sont très-alongés, présentent dans cette même 
queue une rame plus longue, plus étendue en surface, 
plus susceptible de mouvemens alternatifs et préci- 
pités. La longueur, la largeur et la figure des nageoires 
offrent aussi de grandes différences, lorsqu'on les con- 
sidère dans diverses espèces de labres. D'ailleurs 
plusieurs de ces poissons ont les jeux beaucoup plus 
gros que ceux de leurs congénères, et conformés de 
manière à leur donner une vue plus fine, ou plus 
forte, ou plus délicate, et plus exposée à être altérée 
par la vive lumière des régions polaires, ou par les 
rayons, plus éblouissans encore qu@ le soleil répand 
dans les contrées voisines des tropiques. De plus, la 
forme, les dimensions, le nombre et la disposition des 
dents varient beaucoup dans les labres, suivant leurs 
différentes espèces. Ceux-ci ont des dents très-grandes, 
et ceux-là des dents très-pçtites ; dans quelques espèces 
ces armes sont égales entre elles , et dans d'autres 
très-inégales j et enfin, lorsqu'on examine successive-^ 
ment tous les labres déjà connus , on voit ces mêmes 



DES POISSONS. 46 t 

dents tantôt presque droites et tantôt très-crochues, 
souvent implantées perpendiculairement dans les os 
des mâchoires, et souvent inclinées dans un sens très- 
oblique. Il n'est donc pas surprenant qu'il y ait aussi 
de la diversité dans les alimens des différentes espèces 
que nous allons décrire rapidement ; et voilà pourquoi, 
tandis que la plupart des labres se nourrissent d'ceufs, 
de vers, de mollusques, d'insectes marins, de poissons 
très-jeunes ou très-petits, quelques uns de ces osseux, 
et particulièrement le tancoïde , qui vit dans la mer 
Britannique , préfèrent des crustacées ou des animaux 
à coquille, dont ils peuvent briser la croûte, ou con- 
casser l'écaillé. 

Au reste , si les naturalistes qui nous ont précédés , 
ont bien observé les couleurs et les formes d'un assez 
grand nombre de véritables labres, ils se sont peu 
attachés à connoître leurs habitudes générales , qui ne 
présentant rien de différent de la manière de vivre de 
plusieurs genres de thoracins osseux, n'ont piqué leur 
curiosité par aucun phénomène particulier et remar- 
quable. Nous n'avons donc pu tirer de la diversité des 
mœurs de ces poissons , qu'un petit nombre d'indica- 
tions pour parvenir à distinguer les espèces auxquelles, 
ils appartiennent. Mais en combinant les traits de la 
conformation extérieure avec les tons et les distri- 
butions des couleurs , nous avons obtenu des carac- 
tères spécifiques d'autant plus propres à faire éviter 
toute équivoque , que la nuance et sur-tout les dis- 



462 HISTOIRE NATURELLE, 

positions de ces mêmes couleurs m'ont paru cons- 
tantes dans les diverses espèces de labres, malgré les 
différences d'âge , de sexe et de pays natal , que les 
individus m'ont présentées dans les nombreux exa- 
mens que j'ai été à portée d'en faire; et c'est ainsi que 
nous avons pu composer un tableau sur lequel on dis- 
tinguera sans peine les signes caractéristiques des cent 
vingt-huit espèces de véritables labres que l'on devra 
compter d'après les recherches que j'ai eu le bonheur 
de faire. 

La première de ces cent vingt-huit espèces qui se 
présente sur le tableau méthodique de leur genre, est 
Thépate. Ajoutons à ce que nous en avons dit dans ce 
tableau, que l'on trouve ce poisson dans la Méditer- 
ranée, et dans quelques rivières qui portent leurs eaux 
.au fond de l'Adriatique, que son museau est pointu, 
que son palais montre un espace triangulaire hérissé 
d'aspérités, et que ses mâchoires sont garnies de petites 
dents *. 



* i3 rayous à chaque pectorale. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 

3 rayons aiguillonnés et 6 rayons articulés à la nageoire de l'anus. 



/ 






j,£fitJ<ti'^(di->u %e& , 



LE LABRE OPERCULÉ 1 , 

LE LABRE ÀURITE 2 , 

LE LABRE FAUCHEUR 3 ," LE LABRE OYÈNE 4 r 
LE LABRE SAGITTAIRE 5 , LE LABRE CAPPA 6 , 
LE LABRE LÉPISME 7 , LE LABRE UNIMACULÉV 
LE LABRE BOHAR 9 , et LE LABRE BOSSU 10 . 



L'operculé et le sagittaire habitent les mers qui 
baignent l'Asie ,., et particulièrement le grand golfe 
de l'Inde; la mer d'Arabie nourrit Fovène, le bohar 

1 Labrus operculatus. 

Ici. Linné ,- édition de Gmelin. 

Amœnit. académie. 4, p. 248. 

Labre mouche. Daubenton et Haiiy , Encyclopédie méthodique. 

Ici. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 

- Labrus auritus. 

ïd. Linné, édition de Gmelin. 

Labre aurite. Daubenton et Haiiy, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre , planches de V Encyclopédie méthodique. 

3 Labrus faîcatus. 

Id. Linné, édition de Gmelin. 

Labre faucheur. Daubenton et Haiiy, Encyclopédie méthodique,. 

Id. Bonnaterre , planches de V Encyclopédie méthodique. 

4 Labrus oyena^ 

Id. Linné , édition de Gmelin. 

Forslcael, Faun. Arab.p. 35, n. 29. 

Labre oyène. Bonnaterre 3 planches de l'Encyclopédie méthodique'^. 



464 HISTOIRE NATURELLE 

et le bossu ; la Méditerranée est le séjour du cappa 
et de l'unîmaculé ; et c'est dans les eaux douces ou 
dans les eaux salées de l'Amérique septentrionale 
que vivent l'aurite et le faucheur. Les dents du fau- 
cheur sont aiguës ; celles de l'ovène nombreuses et 
très-courtes; i'unimaculé a quatre dents à la mâchoire 



5 Labrus jaculatrix. 

Sciène sagittaire. Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique. 
Transact. philosoph. vol. 56 , p. 187. 

6 Labrus cappa. 

Seiaena cappa. Linné, édition de Gmelin. 

Mus. Ad. Frid. 2, p. 81, *. 

Sciène daine. Bonnaterre, planches de V Encyclopédie méthodique. 

Ici. Daubenton et Haiiy , Encyclopédie méthodique. 

7 Labrus lepisma. 

Seiaena lepisma. Linné, édition de Gmelin. 

Sciène lépisme. Bonnaterre , planches de V Encyclopédie méthodique. 

Id. Daubenton et Ilqiiy, Encyclopédie méthodique» 

8 Labrus unimaculatus. 

Sciœna unimaculata. Linné, édition de Gmelin. 

Sciène mouche. Bonnaterre, planches de V Encyclopédie méthodique, 

Id. Daubenton et Haiiy , Encyclopédie méthodique. 

9 Labrus bohar. 

Scisena bohar. Linné, édition de Gmelin. 
Forslcael, Faun. Arab. p. 46, n. 47. 

Sciène bohar. Bonnaterre, planches de V Encyclopédie méthodique. 

\ 

10 Labrus gibbus. 

Scisena gibba. Linné, édition de Gmelin. 

Forshael, Faun. Arab. p. 46, n. 48. 

Sciène nagiL Bonnaperre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 



DES POISSONS. 465 

d'en^haut, et six dents un peu grandes, ainsi que 
quelques autres plus petites, à la mâchoire d'en-bas. 
D'ailleurs l'operculé* présente de petites taches noires 
sur le derrière de la tête; le faucheur, une couleur 
argentée; l'ojène, des nageoires d'un verd de mer, et 



* 16 rayons à chaque nageoire pectorale de l'operculé. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 
i5 rayons aiguillonnés et i3 rayons articulés à la nageoire de l'anus. 

16 rayons à celle de la queue. 

10 rayons aiguillonnés et n rayons articulés à la nageoire dorsale de 
l'aurite. 

î5 rayons à chacune des pectorales. ; 
6 rayons à chacune des thoracines» 
3 rayons aiguillonnés et 10 rayons articulés à l'anale. 

17 rayons à la caudale. 

20 rayons articulés à la nageoire dorsale du faucheur. 
17 rayons à chacune des pectorales. 

5 rayons à chacune des thoracines. 

3 rayons aiguillonnés et 17 rayons articulés à l'anale. 
20 rayons à la caudale. 

i5 rayons à chacune des pectorales de Poyène. 
1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacune des thoracines. 

3 rayons aiguillonnés et 7 rayons articulés à l'anale. 

16 rayons à la caudale. 

4 rayons aiguillonnés et onze rayons articulés à la nageoire dorsale 

du sagittaire. 
12 rayons à chacune des pectorales. 
1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacune dés thoracines. 
3 rayons aiguillonnés et i5 rayons articulés à l'anale. 

17 rayons à la caudale. 

TOME II!. 59 



466 HISTOIRE NATURELLE. 

quelquefois des raies rouges- et ]e sagittaire, des 
nuances d'un jaune doré *. 



* 16 rayons à chacune des pectorales du cappaT 

ï rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacune des thoracines. 
3 rayons aiguillonnés et io rayons articulés à l'anale. 
17 rayons à la caudale. 

11 rayons à chaque nageoire pectorale du lépisme. 
1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacune des thoracines» 
3 rayons aiguillonnés et 8 rayons articulés à l'anale. 

i3 rayons à la caudale. 

i5 rayons à chacune des nageoires pectorales de l'unimaculé. 

1 rayon aîguiilonné et. 5 rayons articulés à chacune des thoracines. 

3 rayons aiguillonnés et 9 rayons articulés à l'anale. 
17 rayons à la caudale. 

7 rayons à la membrane branchiale du bohar. 

16 rayons à chacune des pectorales. 
1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacune des thoracines, 
3 rayons aiguillonnés et 9 rayons articulés à l'anale. 

27 rayons à la caudale. 

6 rayons à la membrane branchiale du bossu. 

io rayons aiguillonnés et 5 rayons articulés à la nageoire du dos. 

36 rayons à chacune des pectorales. 
1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacune des thoracines», 
3 rayons aiguillonnés et 9 rayons articulés à l'anale. 

.17 rayons à la caudale. 










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57, /\ ïc 



LE LABRE NOIR 1 , 

LE LABRE ARGENTÉ 1 , 

LE LABRE NÉBULEUX 3 , LE LABRE GRISATRE 4 , 
LE LABRE ARMÉ 5 , LE LABRE CHAPELET 6 , 
LE LABRE LONG-MUSEAU 7 , LE LABRE 
THUNBERG 8 , LE LABRE GRISON», et LE 
LABRE CROISSANT 10 ., 



On peut remarquer aisément que l'extrémité de 
chaque mâchoire du labre noir est dépourvue de 
dents, et que* son gosier est garni d'un très-grand 

1 Labrus niger. 

Sc'ccna nigra. Linné, édition de Gm; lin. 

ForsJiael, Faun. Arab p. 47, n. 49. 

Sciène gatie. Bonnaterre, planches de V Encyclopédie méthodique. 

2 Labrus argentatus. 

Sciaena argentata. Linné, édition de Gmelin. 

Forskael, Faun. Arab. p. 47, n. 5o, 

Sciène s.chaafen. Bonnaiarre , planches de V Encyclopédie méthodique. 

3 Labrus nebulosus. 

Sciaena nebujosa. Linné, édition de Gmelin. 

Forskael, Faun. Arab. p. 02 , r, 6r. 

Sciène bonkose. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie /néthodicjue. 

4 Labrus cinerascens. 

Sciaena cinerascens. Linné , édition de Gmelin. 

Forskael, Faun. Arab. p. 53, n. 66. 

.Sciène talnne', Bonnaterre } planches de l'Encyclopédie méthodique. 



468 HISTOIRE NATURELLE 

nombre de dents petites et effilées ; dans l'argenté , 
les dents sont d'autant plus grandes qu'elles sont 
plus éloignées du bout du museau ; six grandes dents 
arment la mâchoire supérieure du chapelet; et les 
deux mâchoires du thunberg en présentent chacune 
quatre plus grandes que les autres. La ligne latérale 
du croissant n'est courbe que jusqu'à la fin de la 
nageoire du dos. L'armé montre un aiguillon presque 
horizontal, tourné en avant, et situé entre la tête et 
la dorsale ; ce qui lui donne un rapport assez grand 
avec les cœsiomores , dont il diffère néanmoins par 



5 Labrus armatus. 

Sciœna armata. Linné, édition de Gmelin. 

ForsJcael, Faim. Arab.p. 53, n. 68. . H 

Sciène galenfish. Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique. 

6 Labrus catenula. 

7 Labrus longirostris. 

8 Labrus Thunberg. 

Sciœna fusca. Thunberg, Voyage au Japon. 

9 Labrus griseus. 

Id. 5, Linné, édition de Gmelin. 

Catesb. Carolin. 2 , p. 9, tab. 9. 

Labre grison. Daubenton et Haiiy , Encyclopédie méthodique* 

Id. Bonnalerre , planches de F Encyclopédie méthodique. 

10 Labrus lunaris. 

Id. Linné, édition de Gmelin. 

Gronov. Mus. 2 , 7?. 180 , tab. 6 , fig. 2. 

Labre croissant. Daubenton et Haiiy, Encyclopédie méthodique* 

Id. Bonnalerre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 



DES POISSONS. 469 

plusieurs traits, et avec lesquels il seroit impossible 
de le confondre, par cela seul que les cœsiomores 
ont au moins deux piquans entre la dorsale et le 
derrière de la tête *. 

* 7 rayons à la membrane branchiale du labre noir. 

16 rayons à chaque nageoire pectorale. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacune des thoracines. 
3 rayons aiguillonnés et 9 rayons articulés à l'anale» 

17 rayons à la caudale. 

7 rayons à la membrane branchiale de l'argenté. , 
37 rayons à chaque nageoire pectorale. 
1 rayon aiguillonné et S rayons articulés à chacune des thoracines, 
3 rayons aiguillonnés et g rayons articulés à l'anale. 

18 rayons à la caudale. 

i3 rayons k chaque nageoire pectorale du nébuleux. 
1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacune des thoracines. 

17 rayons à la caudale. 

7 rayons à la membrane branchiale du grisâtre. 

18 rayons à chaque nageoire pectorale. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacune des thoracines. 
3 rayons aiguillonnés et 11 rayons articulés à l'anale. 
i5 rayons à la caudale. 

3 rayons aiguillonnés et 7 rayons articulés à la nageoire de l'anus db 
long-museau. 

6 rayons à la membrane branchiale du thunberg. 
i5 rayons à chaque nageoire pectorale. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacune des thoracines» 
3 rayons aiguillonnés et 8 rayons articulés à l'anale. 

19 rayons à la caudale. 

17 rayons à chaque nageoire pectorale du croissant. 

6 rayons à chacune des thoracines. 

3 rayons aiguillonnés et 14 rayons articulés à l'anale; 
16 rayons à la caudale.. - 



470 HISTOIRE NATURE* 

Au reste, complétons ce que nous ayons à fane 
cormoitre relativement aux couleurs des dix labres 
nommés dans cet article , en disant que le noir tire 
son nom d'un noir ordinairement foncé qui règne 
sur sa partie supérieure , et dont on voit des teintes 
au milieu des nuances blanchâtres et brunes de son 
ventre ; que les écailles de l'argenté sont brunâtres 
et bordées d'argent, et qu'une bandelette bleue paroît 
au-dessous de chaque œil de ce poisson; que le 
nébuleux offre des taches nuageuses bleues et jau- 
nâtres, et quelquefois des raies longitudinales inégales 
en largeur, et de diverses nuances de rouge ou de 
violet; que le grisâtre est d'un gris tirant sur le verd, 
avec des raies longitudinales jaunes, et un liséré blanc 
autour des pectorales; que la dorsale et l'anale de 
l'armé sont blanches et bordées de noir, pendant que 
sa caudale est brune et lisérée de blanc; que l'on peut 
compter, sur chaque côté du long-museau , quatre ou 
cinq petites raies longitudinales , et trois ou quatre 
séries de taches très -petites et éloignées l'une de 
l'autre; et enfin, qu'une couleur brune, ainsi qu'une 
bordure blanche, distinguent les écailles du thunberg. 

De ces dix labres, il en est deux, le chapelet et le 
long-museau, qui ne sont pas encore connus des natu- 
ralistes , et dont nous avons fait graver la figure 
d'après des dessins de Commerson. On les trouve dans 
le grand golfe de l'Inde et dans les mers voisines de 
ce golfe- C'est aussi dans ces mêmes mers, et partiel** 



DES POISSONS. 47Ï 

librement -dans celle d'Arabie, qu'habitent le noir, 
l'argenté, le nébuleux, le grisâtre et l'armé; les eaux 
salées qui mugissent si souvent autour des rivages 
orageux du Japon , nourrissent le thunberg, auquel 
nous avons cru devoir , par reconnoissance , donner 
le nom de l'habile vojageur qui l'a observé et décrit ; 
le grison vit dans l'Amérique septentrionale; et le 
croissant préfère les eaux de l'Amérique méridionale ? 
ainsi que celles des grandes Indes. 



LE LABRE FAUVE 1 , 

LE LABRE CEYLAN 2 , 

LE LABRE DEUX-BANDES 3 , LE LABRE 
MÉLAGASTRE 4 , LE LABRE MALAPTÈRE 5 , 
LE LABRE A DEMI ROUGE 6 , LE LABRE 
TÉTRACANTHE 7 , LE LABRE DEMI-DISQUE 8 , 
LE LABRE CERCLÉ 9 , et LE LABRE HÉRISSÉ IO , 



Le fauve, qui parvient communément à la longueur 
de trois ou quatre décimètres, est, sur toute sa surface, 
d'un roux plus ou moins mêlé de jaune ou d'orangé. 



1 Labrus rufus. 

Id. Linné; édition de Gmelin. 

Catesby 3 Carol. 2, p. 11 , tab. il. 

Labre fauve. Daubenton et Haiiy, Encyclopédie méthodique, 

Id. Bonnaterre, -planches de l'Encyclopédie méthodique. 

8 Labrus zeylamcus. 

Dschirau-mahl , par les Chingulais. 

Papegaay-visch, à Batavia. 

Id. Linné;, édition de Gmelin. 

J. R. Forster 3 Ind. zoolog. tab. i3,J?g. $. 

'■> /_.:■■'!/., . b'f'ïsciatus. 

Labre à deux bandes. Bloch 3 pi. 283. 

4 Labrus meîagaster. 

Labre mélagastre. Bloch* pi. 296 ,/"$•. 1» 



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HISTOIRE NATURELLE. - 4y3 

Le ceylan , dont les dimensions sont ordinairement 
plus grandes que celles du fauve, a la tête bleue, la 
dorsale et l'anale violettes et bordées de verd , et la 
caudale jaune , rayée de rouge , et bleue à la base. La 
partie supérieure du labre deux-bandes est grise ; sa 
têle violette; sa poitrine blanche; sa dorsale rougeâtre 
et bordée de bleu , ainsi que son anale ; chacune de 
ses pectorales jaune, de même que les thoracines ; et 
îa caudale- brune avec une grande tache bleue. Les 
écailles qui recouvrent le mélagastre, sont variées de 
brun et de noir, excepté celles qui revêtent le ventre, 
et qui sont noires comme les nageoires. La couleur 
générale du malaptère est d'un blanc bleuâtre , avec 
cinq taches noirâtres de chaque côté , et les nageoires 
nuancées de jaune et de bleu. Quatre rangées de taches 
presque rondes, à peu près égaies, et très-rapprochées 
l'une de l'autre, paroissent sur chaque côté du tétra— 
canthe, qui d'ailleurs a des points noirs répandus sur 

5 Labrus malapterus. 

Labre à nageoires moîies. Bloch, pi, 3.^6, fig, z. 

6 Labrus semiruber. 

Labrus semiruber , semiflavus. Commerson 3 manuscrits déjà cilés„ 
Labrus hemichrysus. Id. ibid. 

7 Labrus tetracanthus. 

8 Labrus semidiscus, 

9 Labrus doliatus. 
c o Labrus hirsutus. 

TOME III. . 6q 



474 HISTOIRE NATURELLE 

sa caudale. Le hérissé montre sur sa queue une lai 
bande transversale. 

Voilà ce que nous devions ajouter au tableau géné- 
rique, pour bien faire connoître les couleurs des dis 
labres que nous considérons maintenant. 

Les trois derniers de ces labres, c'est-à-dire, le 
hérissé, le cerclé et le demi-disque, dont nous avons 
fait graver la figure d'après les dessins de Commerson, 
et dont la description n'avoit pas encore été publiée, 
habitent dans le grand golfe de l'Inde ou dans les mers 
qui communiquent avec ce golfe. Nous ignorons la 
patrie du tétracanthe, que nous avons fait dessiner 
d'après un individu conservé dans de l'alcool, et qui 
faisoit partie de la collection cédée par la Hollande à 
la France. Le demi-rouge, dont nous avons trouvé une 
description étendue dans les manuscrits de Commer- 
son, fut vu par ce voyageur, en juin 1767, dans le 
marché au poisson de la capitale du Brésil. Surinam 
.est la patrie du mélagastre; la Caroline, et en général 
l'Amérique septentrionale, celle du fauve; Cejlan, celle 
du labre qui porte le nom de cette grande isîe , et 
que l'on dit bon à manger; les eaux des grandes Indes 
nourrissent le labre deux-bandes, et celles du Japon 
le malaptère *. 



* 17 rayons à chaque nageoire pectorale du labre fauve. 
6 rayons à chaque thoracine. 
16 rayons à la caudale. 



DES POISSONS. 475 

Finissons cet article en parlant de quelques traits 
de la conformation de ces animaux, que nous n'avons 
pas encore indiqués. 

La mâchoire inférieure du fauve est plus longue que 
ïa supérieure; les dents antérieures de la mâchoire d'en 
haut sont plus longues que les autres, dans ce même 
poisson, dans le deux -bandes*, dans le/ malaptère; 

* S rayons à la membrane branchiale du labre deux-bandes-. 
12 rayons à chaque nageoire pectorale. 
1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine,, 
ï3 rayons à la caudale. 

5 rayons à la membrane branchiale du mélaoastre. 
X2 rayons à chaque nageoire pectorale. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 
3 rayons aiguillonnés et 7 rayons articulés à l'anale. 
i(.) rayons à la caudale. 

12 rayons à chaque nageoire pectorale du malaptère. 

6 rayons à chaque thoracine, 
16 rayons à la caudale. 

5 rayons à la membrane branchiale du labre à demi rouge. 
16 rayons à chaque nageoire pectorale. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 

3 rayons aiguillonnés et i3 rayons articulés à l'anale. 
14 rayons à la caudale. 

18 rayons articulés à la nageoire de l'anus du tétracanthe. 
14 rayons à la nageoire de l'anus du demi-disque. 
i3 ravons à la caudale. 

24 rayons à la nageoire de l'anus du cerclé. 
11 rayons à la caudale. 

4 rayons aiguillonnés et 9 rayons articulés à la nageoire de l'anus du 

hérissé. 
i3 rayons à la caudale. 



476 HISTOIRE NATURELLE. 

les dents des deux mâchoires sont presque égales les 
unes aux autres en longueur et en grosseur, dans 
le niélagastre, dans le demi-disque, dans le cerclé. La 
ligne latérale du mélagastre est interrompue; celle du 
tétracanthe est peu sensible; celle du cerclé très-droite 
pendant ]a plus grande partie de sa longueur; et la 
base de la nageoire de l'anus du labre à demi rouge 
est revêtue d'écaillés, comme une partie de la base de 
la nageoire du dos de ce même poisson *. 

* Commerson , dans la description manuscrite et latine que nous avons 
sous les yeux , dit que l'opercule du demi-rouge est composé de deux 
pièces, et que le bord de la pièce antérieure est très légèrement dentelé. 
Les différentes comparaisons que nous avons été à même de faire des 
expressions employées parce voyageur dans son manuscrit latin, avec les 
dessins exécutés sous sa direction, ou avec des individus des espèces qu'il 
avoit décrites, nous ont portés à croire que ce naturaliste n'avoit pas 
voulu indiquer autour de la lame antérieure de l'opercule du demi-rouge, 
une dentelure proprement dite et telle que celle qui caractérise le genre 
de nos lutjans. Si cependant des observations ultérieures faisoient recon- 
noîlre dans ce poisson mi-parti de rouge et de jaune une véritable den- 
telure operculaire, il seroit facile de le retrancher du genre de nos labres, 
et de le transporter dans celui des lutjans , dont nous nous occuperons 
bientôt. 



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LE LABRE FOURCHE >, 

LE LABRE 8IX-BANDES 2 , 

LE LABRE M ACROG AS TER E 3 , LE LABRE 
FILAMENTEUX 4 , LE LABRE ANGULEUX 5 , 
LE LABRE HUIT-RAIES 6 , LE LABRE 
MOUCHETÉ 7 , LE LABRE COMMERSONNIEN \ 
LE LABRE LISSE 9 , et LE LABRE MACRO- 
PTÈRE 10 . 



Aucun de ces dix labres n'est encore connu des 
naturalistes ; nous en avons fait graver la figure 
d'après des dessins trouvés parmi les manuscrits de 
Commerson , que BufFon nous remit lorsqu'il nous 

1 Labrus furca. 

a Labrus sexfasciatus. 

3 Labrus macrogaster. 

4 Labrus filamentosus. 

5 Labrus angulosus. 

6 Labrus octovittatus. 

7 Labrus punctulatus. 

8 Labrus Commersonniu 

9 Labrus lœvis. 

10 Labrus macropterus» 



47'8 HISTOIRE NATURELLE 

engagea à continuer Y Histoire naturelle; et voilà pour- 
quoi nous avons donné à l'un de ces poissons le nom 
de labre commersonnien. La patrie de ces dix espèces est 
Je grand golfe de l'Inde ; et on peut aussi les trouver 
dans la partie du grand Océan qui est comprise entre 
la Nouvelle-Hollande et le continent de l'Amérique, 
ainsi que dans cette mer si souvent bouleversée par 
les tempêtes, et qui bat la côte sud -est de l'Afrique 
et les rives de Madagascar. Leur forme et leurs carac- 
tères distinctifs sont trop bien représentés dans les 
planches que nous joignons à cette Histoire, pour que 
nous ayons besoin d'ajouter beaucoup de détails à ceux 
que renferme le tableau générique. On peut voir 
aisément que le macroptère, qui tire son nom de la 
grandeur de ses nageoires du dos et de l'anus 1 , a la 
mâchoire inférieure un peu plus avancée que la supé- 
rieure, et vraisemblablement garnie , ainsi que cette 
dernière, de dents très-petites; que l'anguleux et le 
six-bandes doivent avoir des dents très -fines; que 
celles du filamenteux et du macrogastère sont très- 
courtes et presque égales les unes aux autres ; que la 
ligne latérale de ce même macrogastère 2 est inter- 
rompue ; qu'une tache irrégulière et foncée, et cinq 
ou six petits points blancs , sont placés sur chaque 
» ■ ' ' ...-.- . i i — ' 

f Majpfot veut dire long ou grand ; et ifi^ov 3 aile ou nageoire* 

* T,otcrjHs signifie rentre. On peut voir sur le tableau générique, que le 
Pïâcrogastère a en effet le ventre très -gros. 



des poissons. 479 

coté de la nageoire dorsale de l'anguleux; et que la 
dorsale du huit-raies est bordée de noir ou de brun *. 

* 2 rayons aiguillonnés et lo rayons articulés à la nageoire fie l'anus 
du labre fourche. 

12 rayons à chaque pectorale du six-bandes. 
io rayons à l'anale. 

io rayons à chaque nageoire pectorale du macrogastère. 
14 rayons à l'anale. 

11 rayons à la caudale. 

j5 rayons à la nageoire caudale du filamenteux. 

6 ou 7 rayons un peu éloignés l'un de l'autre à chaque nageoire 
pectorale de l'anguleux. 

3 rayons aiguillonnés et 6 rayons articulés à l'anale. 
14 rayons à la caudale. 

16 rayons à la nageoire caudale du huit-raies. 

12 ou i3 rayons à la nageoire caudale du moucheté, 

12 rayons à chaque nageoire pectorale du lisse. 

11 rayons à l'anale. 

16 ou 17 rayons à la caudale. 



LE LABRE QUINZE-ÊPINES', 

LE LABRE M A CR OCÉPH A LE 2 , 

LE LABRE PLUMTÉRIEN 3 , LE LABRE GOUAN 4 , 
LE LABRE ENNÉ ACANTHE \ kt: LE LABRE 
ROUGES-RAIES 6 . 
V 



Ces six labres sont encore inconnus des naturalistes 5 
le premier sous -genre de la famille des véritables 
labres en renferme donc, sur quarante-huit espèces, 
vingt -trois dont la description n'a pas encore été 
publiée. C'est une nouvelle preuve de ce que nous 
avons dit dans l'article intitulé, De la nomenclature des 
labres, des cheilines 9 des clieilodiptères , etc. 

h' ' ' ■ " ■ ' " ■» . ' ■ ■' " 

1 Labrus quindeeim-aculeatus. 

2 Labrus macrocephalus. 

3 Labrus Plumierii, 

Turdus aureo-eœruleus. Tlumier, -peintures sur vélin, conservées dans 
le Muséum d'histoire naturelle. 

4 Labrus Gotianii. (Un individu de cette espèce , conservé dans de 
j'alcool , faisoit partie de la collection hollandoise donnée à la France.) 

5 Labrus etineacanthus. 

6 Labrus rubro lineatus. 

Labrus lineis lateralibus plurimis rubris variegafus , oceîio pinnse dor- 
saîis, latissimoque ad basirn caudse , cingulo , nigris. Commerson, manus- 
crits déjà cités. 




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HISTOIRE NATURELLE. 

Le rouges-raies, que Commerson a décrit avec beau- 
coup de soin dans son recueil latin et manuscrit , 
habite au milieu des sjrtes et des rochers de corail 
qui environnent les isles de Madagascar et de la Réu^ 
nion. Nous ignorons la patrie de l'ennéacanthe ' et du 
gouan , que nous faisons connoître d'après des indivi- 
dus de la collection hollandoise cédée h la France. Le 
plumiérien vit en Amérique; et le macrocéphale*, ainsi 
que le quinze-épines, représentés dans nos planches 
d'après les dessins de Commerson , se trouvent vrai- 
semblablement dans le grand golfe de l'Inde, et auprès 
des isles dites de la mer du Sud. 

Les dents du labre gouan sont crochues, et d'autant 
moins longues que leur place est plus éloignée du bout 
du museau. 

La ligne latérale est interrompue dans le quinze- 
épines 3 , dorée dans le plumiérien , et garnie, vers la 

1 Ennéacanthe désigne les neuf aiguillons de la dorsale. e"ws* veut dire 
jieiif. 

2 Maxpos signifie long- ou grand, et xscpaAiî veut dire tête. 

3 12 rayons à la nageoire caudale du labre quinze-épines. 
8 rayons à chaque nageoire pectorale du rnacrocéphalc. 
6 ou 7 rayons à la membrane branchiale du plumiérien. 

5 rayons à la membrane branchiale du gouan. 
12 rayons à chaque nageoire pectorale. 

i rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacune des thoracines. 
ï4 rayons à la caudale. 

tome ia 6l 



482 HISTOIRE NATURELLE. 

tête, de petites ramifications dans le rouges- raies. Ce 
dernier labre a le fond de ses couleurs d'un brun plus 
ou moins foncé, et ses nageoires pectorales d'un rouge 
incarnat; et la caudale du macrocépliale est bordée, à 
son extrémité, d'un liséré d'une nuance vive ou très- 
claire *. 



* i3 rayons à chaque nageoire pectorale du labre ennéacanthe. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacune des thoracinesu 
3 rayons aiguillonnés et 9 rayons articulés à l'anale. 
i5 rayons à la caudale. 

6 rayons à chacune des thoracines du rouges-raies. 



LE LABRE KASMIRA 



L e beau poisson a le sommet de la tête blanc , et la 
couleur générale jaune. Quelquefois sa queue montre 
de chaque côté une tache grande et brune. Il vit dans 
la mer Rouge , auprès des rivages de l'Arabie 3 . 

1 Labrus kasmira. 

Sciaena kasmira. Linné , édition de Gmelin. 

ForsJcaelj Faim. Arab. p. 46 , n. 46» 

Sciéne tyrki. Bonnalerre , planches de l'Encyclopédie méthodique* 

t 7 rayons à la membrane branchiale. 

16 rayons à chaque nageoire pectorale. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacune des thoracines. 

17 rayons à la caudale. 



LE LABRE PAON 



v-»e labre habite dans la Méditerranée, et particulière- 
ment auprès des côtes de Syrie. A l'époque où on 
commença à l'examiner, à le distinguer, à le désigner 
par un nom particulier, l'histoire naturelle avoit fait 
peu de progrès; le nombre des animaux déjà connus 
n'étoit pas encore très-grand; on n avoit pas décou- 
vert la plupart de ces poissons richement colorés 
qui vivent dans les mers de l'Asie ou de l'Amérique 
méridionale : le labre paon dut par conséquent frapper 
les observateurs par la magnificence de sa parure; et 
il n'est pas surprenant qu'on lui ait donné le nom de 

* Labrus pava. 

Papagallo , dans plusieurs contrées de V Italie. 
Labrus pavo. Linné 3 édition de Gmeliii. 

Labre paon. Daubenton et Haiij ', Encyclopédie méthodique. 
Id. Bonnaterre } planches ds l'Encyclopédie méthodique. 
Labrus pulchrè varius, etc. Artedi, gen.3^, syn, 55. 
Pavo. Sahian.fol. 223, a. ad iconem, et fol. 94 et 284. 
Id. Aldrovand. lib. 1 , cap. 4, p. 29, 
Id. Jonston. lib.ï , tit. 2, cap. 1 , a. 3 , t. i3, n. 12. 
Charlet. p. i3b. 

Seconde espèce de tourd, nommée paon. Rondelet > première pariie } , 
liv. 6 , chap. 6. 

Turdus secundus pavo , etc. Gesner 3 p. 1016. 

Turdus peibeïla dictus, etc. Willughb<y 3 Ichlhyol. p.. 3zz, 

Raj.p. 137. 

Labrus pavo, Easselquistj #.344, n. 77, 



HISTOIRE NATURELLE. 48^ 

l'oiseau que l'on regardoit comme émaillé des nuances 
les plus vives et les plus variées. Ce labre présente en 
effet presque toutes les couleurs de l'arc-en-ciel , que 
l'on se plaît à retrouver étalées avec tant de pompe 
sur la belle queue de l'oiseau paon ; et d'ailleurs le 
poli de ses écailles, le contraste éclatant de plusieurs» 
des tons dont il brille, et les dégradations multipliées 
par lesquelles ses autres nuances s'éteignent les unes 
dans les autres , ou s'animent pour se séparer et res- 
plendir plus vivement , imitent les reflets rapides qui 
se jouent, pour ainsi dire, sur les plumes chatojantes 
du paon , et les feux que l'on croiroit en voir 
jaillir. Lorsque le soleil éclaire et dore la surface de 
la Méditerranée , que les vents se taisent , que les 
ondes sont paisibles, et que le labre paon nage sans 
s'agiter au-dessous d'une couche d'eau mince et lim- 
pide , qui le revêt , pour ainsi dire , d'un vernis 
transparent, on admire le verd mêlé de jaune que 
montre sa surface supérieure , et au milieu duquel 
des taches rouges et des taches bleues scintillent ,. 
en quelque sorte , comme les rubis et les saphirs de 
l'oiseau de Junon. Des taches plus petites, mais éo-ale- 
ment bleues ou rouges, sont répandues sur les oper- 
cules, sur la nageoire de la queue, et sur celle de 
l'anus, qui est violette ou indigo; et un bleu mêlé de 
pourpre distingue Je devant de la nageoire dorsale r 
pendant que deux belles taches brunes sont placées, 
sur chaque côté du poisson , que les thoracines offrent 



486 HISTOIRE NATURELLE. 

nn rouge très-vif - et. que des teintes d'or, d'argent» 
rouges , orangées et jaunes , éblouissantes ou gra- 
cieuses , constantes ou fugitives , étendues sur de 
grandes places, ou disséminées en traits légers, com- 
plètent un des assortiment de couleurs les plus splen- 
dîdes et les plus agréables. 

Au reste, ces beaux reflets se déploient sur un corps 
et sur une queue alongés et comprimés ; il nj a qu'un 
seul rang de dents aux mâchoires ; les nageoires pec- 
torales sont arrondies ; les rayons de la dorsale et de 
ia nageoire de l'anus ont une longueur plus considé- 
rable, à mesure qu'ils sont placés plus loin de la tête y 
et communément le labre paon a trois ou quatre déci- 
mètres de longueur totale *. 

* 5 rayons à la membrane branchiale du labre paon. 
14 rayons à chaque nageoire pectorale. 

I rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacune clés thoracines. 

3 rayons aiguillonnés et 11 rayons articulés à l'anale. 
ï3 rayons à la caudale. 



/ 



LE LABRE BORDÉ', 

LE LABRE ROUILLÉ 3 , 

LE LABRE ŒILLÉ 3 , LE LABRE MÉLOPS 4 , 
LE LABRE NIL 5 , LE LABRE LOUCHE 6 , LE 
LABRE TRIPLE-TACHE 7 , LE LABRE CENDRÉ 8 , 
LE LABRE CORNUBIEN 9 , LE LABRE MÊLÉ 10 , 
et LE LABRE JAUNATRE". 



La couleur générale du louche est jaunâtre; la dor- 
sale, l'anale et la caudale du triple-tache sont quel- 
quefois lisérées de bleu. La nourriture ordinaire de 



1 Labrus marginali-s. 

Id. Linné, édition de Gmelin. 

Labre bordé. Dauhenlon et Haiiy x Encyclopédie méthodique.. 

Id. Bonnalerre , planches de V Encyclopédie méthodique. 

Lœfl. It. io3. 

* Labrus ferrugineus. 

Id. Linné, édition de Gmelin _ 

Labre rouillé. Daubenton et Haiiy, Encyclopédie méthodique^ 

Id. Bonnalerre, planches de l' Encyclopédie méthodique. 

3 Labrus ocellaris. 

Id. Linné, édition de Gmelin. 

Mus. Ad. Frid. 2 , p. 78 *. 

Labi-e œillé. Daubenton et Haiiy, Encyclopédie méthodique^ 

ïd. Bonnalerre, planches de l'Encyclopédie méthodique,. 



HISTOIRE NATURELLE. 

ce dernier labre, dont les écailles réfléchissent diffé- 
rentes nuances d'un beau rouge , consiste dans des 
animaux à coquille, dont il brise l'enveloppe calcaire 
par le moyen de ses dents antérieures, plus longues 
et plus fortes que les autres ; nouvel exemple de ces 
rapports de la qualité des alimens avec la vivacité des 
couleurs , que nous avons fait remarquer dans notre 



4 Labrus melops. 

Id. Linnê : édition de Gnielin. 

Mus. Ad» Frid, 2 , p. 78 *. 

Labre mélope. Daubenton et Hauy, 'Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre , planches de V Encyclopédie méthodique» 

* Labrus pilotions. 

Id. Linné, édition de Gnielin,, 

Mus. Ad. Frid. 2 , p. 79 *. 

Labrus niloticus. Hasselquist, II. p. 346, n. 78. 

Labre nébuleux. Daubenton et Ha'ùy, Encyclopédie méthodique, 

Id. Bonnaterre, planches de V Encyclopédie méthodique. 

6 Labrus luscus. 

Id. Linné , édition de Gmeîin. 

Mus. Ad. Frid. 2 , p. 80 *. 

Labre louche. Daubenton et Haiiy, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre, planches de V Encyclopédie méthodique» 

7 Labrus trimaculatus. 
Sudernaal , en Norvège. 
Red wrasse, en Angleterre. 
Id. Linné, édition de Gnielin. 

Labre triple-tache. Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique. 
Paon rouge , labrus carneus. Bloch, pi. 28g. 
Labrus ruber , vel carneus. Ascagne, 2 cah. p. 6, pi. i3. 
Trimacuîated wrasse. Pennant, Briu Zoolog, 3, p. 206 , n. 3. 



DES POISSONS. 489 

Discours sur la nature des poissons, qu'il ne faut jamais 
négliger d'observer, et qui ont été très-bien saisis par 
le naturaliste Àscagne. Le cendré a sa partie supérieure 
grise et pointillée d'un gris plus foncé, et les nageoires 
rougeâtres avec des taches d'un jaune obscur. La tête 
du mêlé et la partie supérieure de sa caudale sont 
d'un beau bleu. Ce labre mêlé habite dans la Médi- 
terranée , ainsi que le cendré ; le jaunâtre vit dans 

8 Labrus cinereus. 
Labrus griseus. 

Id. 64. Linné, édition de Gmelin. ( Nota. Le nom spécifique de griseus a 
été employé par Gmelin pour son cinquième et pour son soixante-quatrième 
labre.) 

Briinn. Pisc. Massil.p. 58 , n. j5. 

Labre cendré. Bonnaterre , -planches de l'Encyclopédie méthodique. 

9 Labrus cornubius. 

Id. Linné, édition de Gmelin. 

Labre goldsinny. Bonnaterre, -planches de V Encyclopédie méthodique. 
GoJdsinny Cornubiensium. Pennant, Brit. Zoolog. 3 , p. 20g, n. 6. 
Haj. Pisc. p. ifâjfig. 3. 

10 Labrus mixtus. 

Id. J^inné, édition de Gmelin. 

Labrus ex flavo et cseruleo varîus , dentibus anterioribus majoribus. 
Artedi, gen. 04, syn. 5j. 

Turdus major varîus prœcedenti similis. Willughby , p. 322. 

Baj.p. 137. 

Labre mélangé. Bonnaterre^ planches de l'Encyclopédie méthodique. 

11 Labrus fui vus. 

ïd. Linné , édition de Gmelin. 

Catesby , Carol. 2 , p. 10 , tab. 10 , fig. 2. 

Labre jaunâtre. Daubenlon et Eaiïy, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre, planches de V Encyclopédie méthodique. 

TOME 111. 62 



49O HISTOIRE NATURELLE 

l'Amérique septentrionale; le rouillé, dans les Indes; 
le mélops, dans l'Europe australe; le nil, en 'Egypte; 
le triple-tache , en Norvège ; le cornubien , dans la 
mer Britannique : on ignore la véritable patrie du 
bordé, de Tœillé, et du louche*. 

* 17 rayons à chaque nageoire pectorale du labre bordé. 
6 rayons à chaque thoracine. 

3 rayons aiguillonnés et 9 rayons articulés à l'anale, 
17 rayons à la caudale. 

16 rayons à chaque nageoire pectorale du rouillé. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 

17 rayons à la caudale. 

5 rayons à la membrane branchiale de l'œillé. 
i5 rayons à chaque nageoire pectorale. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 
i3 rayons à la caudale. 

6 rayons à la membrane branchiale du mélops. 
i3 rayons à chaque nageoire pectorale. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracin e. 
3 rayons aiguillonnés et 10 rayons articulés à l'anale. 
12 rayons à la' caudale. 

i5 rayons à chaque nageoire pectorale du nil. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 

3 rayons aiguillonnés et g rayons articulés à l'anale. 
20 rayons à la caudale. 

14 rayons à chaque nageoire pectorale du louche. 
1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 

14 rayons à la caudale. 

6 rayons à la membrane branchiale du triple-tache. 

15 rayons à chaque nageoire pectorale. " 

i rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine.. 



DES POISSONS. 4gï 

Que devrions-nous ajouter maintenant à ce que nous 
disons dans les notes ou dans le tableau générique, 
au sujet des onze labres renfermés dans cet article*? 

* 5 rayons à la membrane branchiale du cendré. 
i3 rayons à chaque nageoire pectorale. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracïne. 
i3 rayons à la caudale. , 

14 rayons à chaque nageoire pectorale du cornubien. 
6 rayons à chaque thoracine. 



LE LABRE ME RLE', 

LE LABRE R O N E % 

LE LABRE FULIGINEUX 3 , LE LABRE BRUN 4 , 
LE LABRE ÉCHIQUIER 5 , LE LABRE MARBRÉ 6 , 
LE LABRE LARGE-QUEUE 7 , LE LABRE 
GIRELLE 8 , LE LABRE PAROTIQUE 9 , et LE 
LABRE BERGSNYLTRE 10 . 



Le noir bleuâtre que présente le labre merle, lui a 
fait donner, dès le temps d'Aristote, le nom spécifique 
qu'il porte. Il offre en effet les mêmes nuances et les 

1 Labrus merula. 

Torcîo d'Alga, dans la Ligwrie* 

Labrus merula. Linné , édition de Gmelin. 

Labre merle. Dauben/on et Havy, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre ,. planches de l'Encyclopédie méthodique. 

Labrus cœruleo-nigricans. Artedi. 

*0 aorrvtpos. Arist. Ub. 8 , cap. i5 et 3o. 

Id. Athen. Ub. J,fol. i52, 35. 

Id. Oppian. Ub. i , p. ig , et Ub. 4. 

Mlian. Ub. 1 , cap. 14. 

Merula. Ctlumell. Ub. 8, cap. 16. 

îd. Plin. Ub. 9 , cap. i5 ; et Ub. 32 , cap. ir. 

Id. Jov. cap. 20, p. 87, 88. 

Merle. Rondelet, première partie, Uv. 6 , chap. 5. 

Merula. Salvian.fol. 220- b. ad iconem, 87; et 223 , h. 224 a>. 

Id, Gesner, p. 643, et [germ.) fol, 8 h. 



HISTOIRE NATURELLE. 

mêmes reflets que l'oiseau si commun en Europe et 
connu sous le nom de merle ; et il n'est pas indifférent 
de faire remarquer que les premiers observateurs-, 

Id. Jonston, lïb. i , lit. 2 , cap. i , a. 4, t. 14, n. 2. 

Id. Char le t. p. i33, 

Aldrovand. lib. 1 , cep 6 . p. 35. 

Turdus niger, merula Salvianï et Rondeletii. Willughby 3 p. 320. 

jRi/7. 77. 137. 

Merle ou merlot. Valmoni-Bomare , Dictionnaire d'histoire naturelle, - 

* Labrus rone. 

Strand karasse, en Danemarck.. 

Ascagne, cah. 2 , p. 6, pi. 14. 

Mit II. Zoolog. D ai lie. Prodrom. p. 46. 

JLabre rône. Bonnaterre , planches de V Encyclopédie méthodique* 

3 Labrus fuliginôsus. 

Id. capite ex viridi , rubro , luieoque , vaviegato ; fasciis transversis qua- 
tuor vel quïnq-ue , è fuseo decoloribus. Commerson, manuscrits déjà cités.- 

4 labrus fuscus, 

Id. taeniis utrinque duabus , longitudinalibus , pinnarumque margini- 
feus extimis vhidibus. Commerson, manuscrits déjà cités. 

5 Labrus centiquadrus. 

Id. capite et pinnis posterioribus rubro variegatis, toto corpore areolis 
atro-purpureis et exaîbidis tessellato. Commerson, manuscrits déjà cités.- 

6 Labrus marmoratus. AJL{ h/, *Ç À « I ù \ 

7 Labrus macrourus, 

8 Labrus julis. 

Donzella , dans la Ligurie. 

Zigorella , ibid. 

Jurella ou jula , dans plusieurs contrées d?Italie,. 

Donzellina , ibid.. 

Menchina dire r ibid,. ' 



494 HISTOIRE NATURELLE 

frappés des grands rapports qu'ils trouvoient entre les 
écailles et les plumes, la parure des oiseaux et le vête- 
ment des poissons, les ailes des premiers et les nageoires 
des seconds, le vol des habitans de l'atmosphère et la 
natation des habitans des eaux, aimoient à indiquer 

Zillo, dans Vislede Rhodes. 
Afdelles, dans V-isl'è. de Candie. 

Dovella , dans quelques départemens méridionaux de France* 
Haruza, à Malte. 
A rusa, en Arabie. 

See fraulein, meerjunker, et regenbogenfisch, en Allemagne. 
Sea junkerlin et rainbow fish , en Angleterre. 
Jonkervisch, en Hollande. 
Labrus julis. Linné, édition de Gmelin, 
Mus. Ad. Frid. 2 , p. j5 *. 
Bloch, pi. 287, fig. 1. 

Labre girelle, Daubenton et H au y , Encyclopédie méthodique. 
Id. Bonnaterre , planches de V Encyclopédie méthodique. 
Labrus palmaris varius, dentibus duobus majoribus maxillse superioris, 
Art. gen. 34 , syn. 35. 

'H '1ov?kk. Arisf. lib. 9 , cap. 2. . 

Id. Athen. lib. 7, cap. 304. 

'ïebis. AElian. lib. 2 , cap. 44^ p. 123. 

Id. Oppian. lib. 1 , p. 6; et. lib. 2 , fol. 127, 36. 

Id. Galen. class- 2 ,fol. 29, B, E. 

Julia ou julis. Salvian. fol. 217, adiconem y et fol. 219. 

Julis. VUn. lib. 32, cap. 9. 

Girelîa. Rondelet y seconde partie , liv. 6, chap. 7. 

Julis. Gesner, p. 464 et $^_\ et (germ.)fol. 14, a. 

Aldrov. lib. I , cap. 7; p. 39. 

Jonston, lib. 1 , fit. 2 , cap. 1 , a. 5, t. 14, n. 3. 

Willughby , Ichthyolog. p. 324. 

Éàj/p. i38. 

Girelle. Valmont-Bomcire 3 Dictionnaire d'histoire naturelle. 



DES POISSONS. 495 

ces ressemblances curieuses par des noms d'oiseaux 
donnés à des poissons. Cette intention adoptée par 
plusieurs naturalistes modernes, leur a fait employer 
les noms de merle et de lourd ou de grive, pour le 
genre des labres, dont cependant ils connoissoient à 
peine quelques espèces; et comme, lorsqu'on a fait 
valoir une ressemblance, on aime à l'étendre de même 
que si elle étoit devenue son propre ouvrage , on a 
voulu trouver des individus blancs parmi les merles 
labres, comme on en voit quelquefois parmi les merles 
oiseaux. On est ensuite allé plus loin, On a prétendu 
que ce passage du noir au blanc étoit régulier, pério- 
dique, annuel, et commun à toute l'espèce pour le 
labre qui nous occupe -, tandis que , pour le merle 
oiseau, il est irrégulier, fortuit, très-peu fréquent, 
et propre à quelques individus de la couvée dans 
laquelle on compte d'autres individus qui ne présen- 
tent en rien celte sorte de métamorphose. Aristote a 



9 Labrus parotîcus. 

Ici. Linné, édition de Gmelin. 

Mus. Ad. Frid. 2 , p. 76 *. 

Labre parot. Daubenlnn, Encyclopédie méthodique. 

Ici. Bonnaterre, jilan&hes de l'Encyclopédie méthodique., 

r ° Labrus bérgsnyltrùs. 

Labrus suillus. Linné, édition de Gmelin. 

Labre bergsnyltre. Daubenton et H a ùy, Encyclopédie méthodique. 

Ici. Bonnaterre, planches de V Encyclopédie méthodique.. 

Faun. Suecic. 33o. 

Spams bergsnyltra. //. TV go th. 179.. 



HISTOIRE NATURELLE 

écrit que les merles, ainsi que les tourds, se montroient 
au printemps, après avoir passé l'hiver clans les pro- 
fondeurs des rochers des rivages marins, qu'ils étoient 
alors revêtus de leur beau noir chatojant en bleu, 
et que pendant le reste de l'année ils étoient blancs. 
Il faut tout au plus croire que , dans certaines contrées , 
le défaut d'aliment, la qualité de la nourriture, la 
nature de l'eau, la température de ce fluide, ou toute 
autre cause semblable , affoiblissent l'éclat des écailles 
du labre merle, en ternissent les nuances, en altèrent 
les tons, au point de les rendre plutôt pâles et un peu 
blanchâtres que d'un bleu foncé et presque noir. Quoi 
qu'il en soit, il ne faut pas passer sous silence une autre 
assertion d'Aristote , analogue à des idées que nous 
exposerons dans un des discours que doit offrir encore 
l'histoire que nous écrivons. Ce philosophe a dit que les 
merles poissons féconckuent les œufs d'autres espèces 
de labres , et que ces autres labres rendoient féconds 
les œufs des poissons merles. Ce fait n'est pas impos- 
sible : mais il en a été de cette remarque comme de 
beaucoup d'apperçus d'homme de génie; l'idée d'Aris- 
tote a été dénaturée , et Oppien , par exemple , l'a 
altérée jusqu'à écrire que les merles n'étoient que les 
mâles des tourds. Au reste , l'iris du merle labre est 
d'un beau rouge , comme celui de plusieurs oiseaux 
dont le plumage est d'un noir plus ou moins foncé. 

L'iris n'est pas rouge dans le labre fuligineux, mais 
d'un jaune doré. Ce fuligineux a d'ailleurs la dorsale 



des poissons. 497 

d'un pourpre noir avec quelques points bleuâtres ; les 
pectorales rougeâtres avec une tache noire à leur base; 
les thoracines variées de bleu , de pourpre, de noir 
et de verdàtre; l'anale, d'un noir tirant sur le bleu; 
la caudale , d'un verd mêlé de brun ; et une petite 
tache noire à l'extrémité de chaque ligne latérale. 

Le nom du labre brun vient de la teinte de son dos 
et de sa tète, qui est brune; sa dorsale, son anale et 
sa caudale sont bordées de verd , ses thoracines légè- 
rement verdâtres, et ses pectorales jaunes à leur base, 
et brunes à leur extrémité. 

Nous n'avons besoin d'ajouter à ce que nous avons 
dit, dans le tableau générique, des couleurs du labre 
échiquier, que quelques mots relatifs aux nuances de 
ses nageoires. On voit des points et des lignes rouges 
sur la dorsale et sur l'anale; une tache noire paroît 
sur chacune des pectorales ; et la caudale est jaunâtre. 

Une couleur bleuâtre ou d'un verd foncé, répandue 
sur la partie supérieure de la girelle, relève avec tant 
de grâce les raies larges et longitudinales que le tableau 
générique nous montre sur chacun des côtés de ce 
labre, qu'il n'est pas surprenant qu'on le regarde comme 
un des poissons de l'Europe dont la parure est la plus 
belle et la plus agréable. La dorsale et l'anale offrent 
une bande jaune, une bande rouge et une bande bleue 
placées l'une au-dessus de l'autre, et Ton croit que les 
mâles sont distingués par deux taches, dont la supé- 
rieure est rouge et l'inférieure noire, et que l'on voit 

TOME 111. 63 



498 HISTOIRE NATURELLE 

en effet ainsi disposées sur les premiers rajons de la 
nageoire du dos de plusieurs individus. Une variété de 
cette espèce a sa partie supérieure ronge, l'inférieure 
blanche, la caudale verte, et le bout des opercules 
bleu. Des couleurs vives, gracieuses , brillantes , va- 
riées , et distribuées de manière à se faire ressortir 
sans aucune dureté dans les tons, appartiennent donc 
à tous les individus que l'on peut compter dans cette 
espèce de la girelie. 

Ce labre vit souvent par troupes , et se plaît parmi les 
rochers. Elien a écrit que ces troupes nombreuses atta- 
quoient quelquefois les hommes qui nageoiént auprès 
d'elles, et les mordoient avec plus ou moins de force. 
Il est possible que quelques accidens particuliers aient 
donné lieu à cette opinion, que Rondelet a confirmée 
par un témoignage formel; mais lorsqu'Elien ajoute 
que leur bouche , pleine de venin , infecte toutes les 
substances alimentaires qu'elles rencontrent dans la 
mer, et les rend nuisibles à l'homme , il faut relé- 
guer son assertion parmi les erreurs de son siècle; et 
tout au plus, doit-on croire que, dans quelques cir- 
constances de temps ou de lieu, des girelles auront pu 
avaler des mollusques ou des vers marins vénéneux, 
et avoir été ensuite funestes à ceux qui s'en seront 
nourris sans précaution *, et peut-être sans les avoir 



* Voyez le savant ouvrage de J. G. Schneider, intitulé , Pétri Arlcdi 
Synonjmia pi$cium } etc. p. 80., 



des poissons. 499 

vidées avec soin. Passons aux couleurs du parotique. 
Ce labre a le dos gris et le ventre blanchâtre. 

Le violet paroît être la couleur dominante du berg- 
snyltre , dont la mâchoire inférieure et les pectorales 
sont quelquefois d'un beau jaune. 

Quant aux formes principales des dix labres nommés 
dans cet article, nous ne pouvons que renvoyer au 
tableau générique. Le merle % le premier de ces dix 
labres , habite dans les mers de l'Europe ; le rône 
se trouve particulièrement dans celle de Norvège; le 
fuligineux , le brun et l'échiquier vivent parmi les 
rochers qui environnent les isles de Madagascar, de 

* i rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine du labre 
merle. 

3 rayons à la membrane branchiale du rône. 
14 rayons à chaque nageoire pectorale. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 
14 rayons à la caudale. 

14 rayons à chaque nageoire pectorale du fuligineux. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 
14 rayons à la caudale. 

16 rayons à chaque nageoire pectorale du brun. 

6 rayons à chaque thoracine. 
12 ou 14 rayons à la caudale. 

14 rayons à chaque nageoire pectorale de l'échiquier. 
6 rayons à chaque thoracine. 

12 rayons à la caudale. 

-* 
ï3 rayons à chaque nageoire pectorale du marbré. 

6 rayons à chaque thoracine. 
ï5 rayons à la caudale. 



SOO HISTOIRE NATURELLE. 

France et de la Réunion; le marbré et le large-queue 
appartiennent au grand Océan équatorial : ces cinq der- 
niers labres ont été observés par Commerson, auquel 
nous devons les descriptions et les figures de ces ani- 
maux, que nous publions aujourd'hui, et qui sont 
encore inconnues des naturalistes. On pêche ia girelle 
dans la Méditerranée, ainsi que dans la mer Rouge; 
les Indes sont la patrie du parotique; et le bergsn vitre 
paroît préférer l'Océan atlantique boréal *. 

* 14 rayons à chaque nageoire pectorale du large-queue. 

6 rayons à îa membrane branchiale du girelle. 
l3 rayons à chaque nageoire pectorale. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à l'anale. 
, i3 rayons à l'anale. 
12 rayons à la caudale. 

12 rayons à chaque nageoire pectorale du parotique. 
6 rayons à chaque thoracine. 
14 rayons à l'anale. 
14 rayons à la caudale*. 

i3 rayons à chaque nageoire pectorale du bergsnyltre. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque nageoire thoracine, 
14 yayons à la caudale, 



LE LABRE GUAZE 1 , 

LE LABRE TANCOÏDE 2 , 

LE LABRE DOUBLE-TACHE 3 , LE LABRE 
PONCTUÉ 4 , LE LABRE OSSIFAGE 5 , LE 
LABRE ONITE 6 , LE LABRE PERROQUET 7 , 
LE LABRE TOURD 8 , LE LABRE CINQ-ÉPINES 9 , 
LE LABRE CHINOIS 10 , et LE LABRE JAPO- 
NOIS". 



Le guaze et l'onite vivent dans les hautes mers; l'ossi- 
fage et le tourd, dans l'Océan atlantique ou dans la 
Méditerranée ; le perroquet se trouve dans cette même 



1 Labrus guaza. 

Id. Linné j édition de Gmelin. 

Lœfl. It. 104. 

Labre guaze. Daubenton et Haiiy, Encyclopédie méthodique, .> \ 

Id. Bonnaterre 3 planches de l'Encyclopédie méthodique. 

3 Labrus tancoïdes. 

Wrasse, old wife, et gwrach , en Angleterre* 
Labrus tinca. Linné, édition de Gmelin. 

Labre tanche de mer. Daubenton et Haiiy, Encyclopédie méthodique* 
Id. Bonnaterre 3 planches de l'Encyclopédie méthodique. 
Labrus rostro sursum refîexo , caudâ in extrême- cireulari, Artedi 3 gen v 
33 , syn. 56. 

Turdus vulgktissimus ; tinca marina Venetis* Willughby, p.3i 9 , 

The wrasse. Pennant 3 Brit. Zoolog. t. 3, p. 2o3. 

Tanche de mer, Valmont-Bomare^ Dictionnaire d'histoire naturelle v 



5o2 HISTOIRE NATURELLE 

Méditerranée, où l'on pêche également le labre double- 
tache, qu'on a observé aussi clans les eaux saiées qui 

3 Labrus bimaculatus. 

Id. Linné , édition de Gmelin. 

Labre double-tache. Daubenton et Haïiy, Encyclopédie méthodique. 
Id. Bomiaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 
Scisena macula fuscâ in medio corporis et supra basim caudae. Mus. Ad. 
Frid. i , p. 66. 

Brit. Zoolog. 3, p. 2o5, n. 2. 

4 Labrus punctatus. 
Prick snylta , en Suède. 

Labrus punctatus. Linné, édition de Gmelin. 
Labre ponctué. Daubenton et Ha'ùy, Encyclopédie méthodique. 
Id. Bonnaterre, planches de V Encyclopédie méthodique. 
Scisena lineis longitudinalibus plurimis fusco punctatis. Mus. Ad. Frid. i, 
p. 66. 

Gronov. Mus. i , n. 87. 
Blochj pi. 2q5,fïg. 1. 

6 Labrus ossipbagus. 

Id. Linné , édition de Gmelin. 

Labre ossifage. Daubenton et Ha'ùy, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bomiaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique. 

6 Labrus ohitis. 

Id. Linné, édition de Gmelin. 

Mus. Ad. Frid. z , p. 79. 

Labre onile. Daubenton et Hauy, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bomiaterre, planches de V Encyclopédie méthodique. 

7 Labrus psittacus. 

Labrus viridis. Linné, édition de Gmelin. 

Labrus viridis, lineâ utrinque caeruîeâ. Artedi, gèn. 84. 

Dixième espèce de tourd. Rondelet, première partie, liv. 6 , cliap. 6. 

Turdus viridis, seu decimus Rondeletii. TViilughby, Ichthyol. p. 320. 

Labre perroquet. Daubenton et Baïïy , Encyclopédie méthodique. 

Id. Bomiaterre 3 planches de l'Encyclopédie méthodique, 



DES poissons. 5o5 

entourent la Grande-Bretagne; le tancoïde habite pen- 
dant une grande partie de l'année dans les profondes 
anfractuosités des rochers qui ceignent les rivages bri- 
tanniques, ou qui sont peu éloignés de ces rivages ; 
le cinq-épines a été rencontré dans cette mer si sou- 
vent hérissée de montagnes de glace, et qui sépare la 

8 Labrus turdus. 

Ici. Linné, édition de Gmelin. 

Labrus oblongus viridis , iride luteâ, Ârtedi, gen. 34 , syn. Bj. 

Turdus viridis major. Willughby , p. 322. 

Turdus oblongus , fuscus , maculosus. Id. p. 323. 

Raj. p. 187. 

Labre tourd. Daubenton et Hai'i y ,. Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre , planches de V Encyclopédie méthodique. 

Labrus oblongus, viridescens , maculatus, etc. Briinn. Pisc. Massil, 

p. 5l , 72. 67. 

9 Labrus pentaeantlius. 

Labrus exoîetus. Linné , édition de Gmelin, 

Faim.. Suecic. 33 1. 

Miill. Prodrom. Zoolog. Danic. 386. 

Ot. Fabric. Faim. Groenland, p. 166, 72. 120. 

Strom: Sondm. 267, n. 3. 

Labre cinq-épines. Daubenton et Haïïy, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre , planches de V Encyclopédie méthodique. 

10 Labrus chinensis. 

Id. Linné, édition de Gm?lin. 

Labre livide. Daubenton et Hauy , Encyclopédie méthodique* 

\à. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 

11 Labrus japonicus. 

Id. Linné, édition de Gmelin. 

Houttuyn, A et. Haarl. XX, 2 , p. 324. 

Labre du Japon. Bonnaterre, planches de ^'Encyclopédie méthodique,, 



5o4 HISTOIRE NATURELLE 

Norvège du Groenland; les eaux de la mer équatoriale 
qui baigne Surinam, paroissent au contraire préférées 
par le ponctué; le chinois a été vu près des côtes de la 
Chine; et Houttuyn a découvert le japonois auprès de 
celles çlu Japon. 

Nous croyons que quelques naturalistes ont été induits 
en erreur par des accidens ou des altérations que leur 
ont présentés des individus de l'espèce du tancoïde , 
lorsqu'ils ont écrit que la lame supérieure de l'opercule 
de ce labre étoit dentelée; nous pensons que la confor- 
mation qu'ils ont apperçue dans l'opercule de ces indi- 
vidus, étoit une sorte d'érosion plus ou moins irrégu- 
lière, et bien différente de la véritable dentelure, que 
nous regardons comme un des principaux caractères du 
genre des lutjans : mais si notre opinion se trou voit 
détruite par des observations constantes et nombreuses, 
il seroit bien aisé de transporter le tancoïde dans ce 
genre des lutjans, et de Y y inscrire dans le second sous- 
genre. 

Les dents antérieures du tourd sont plus grandes que 
les autres. Il est facile de voir, en parcourant le tableau 
générique, que ce labre tourd peut présenter, relati- 
vement à ses couleurs, trois yariétés plus ou moins 
permanentes. Lorsqu'il est jaune avec des taches blan- 
ches, sa tête montre communément, et indépendam- 
ment des taches blanches, quelques taches noires vers 
son sommet, et quelques filets rouges sur ses côtés; 
son ventre est alors argenté avec des veines rouges f 



DES poissons. 5o5 

et ses nageoires dorsale, thoracines, anale et caudale, 
sont rouges et tachées de blanc. Si ce même tourd a 
sa couleur générale verte , ses pectorales sont d'un 
jaune pâle, ses thoracines bleuâtres, et sa longueur 
est un peu moins grande que lorsqu'il offre une autre 
variété de nuances. Et enfin , quand il a des taches 
dorées ou bordées d'or au-dessous du museau, avec la 
partie supérieure verte , il parvient aux dimensions 
ordinaires de son espèce, il est long de trois décimètres 
ou environ • il a le ventre jaunâtre et parsemé de taches 
blanches, irrégulières, bordées de rouge; une raie 
formée de points blancs et rougeâtres règne avec la 
ligne latérale, et est placée au-dessus de plusieurs 
autres raies longitudinales, composées de petites taches 
blanches et vertes *. 

* 16 rayons à chaque nageoire pectorale du labre guaze. 
6 rayons à chaque thoracine. 
' i3 rayons à l'anale. 
i5 rayons à la caudale» 

5 rayons à la memhrane branchiale du tancoïcîc. 

14 rayons à chaque nageoire pectorale. 

6 rayons à chaque thoracine» 
i3 rayons à la caudale. 

6 rayons à la membrane branchiale du double-tache. 

15 rayons à chaque nageoire pectorale» 

1 rayon aiguillonné et cinq rayons articulés à chaque thoracine. 

6 rayons à la membrane branchiale du ponctué. 
i5 rayons à chaque nageoire pectorale. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 
iS rayons à la caudale. 

TOME 111. 64 



5o6 HISTOIRE NATURELLE 

Quelle différence de ces couleurs variées et vives 
qui grwèlenl, pour ainsi dire, le tourd, et lui ont fait 
donner le nom spécifique qu'il porte, avec les nuances 
sombres et peu nombreuses du ponctué! Ce dernier 
labre est brun, et cette teinte obscure n'est relevée 
que par des points d'un gris très-foncé ou noirâtres, 
qui composent les raies longitudinales indiquées dans 
le tableau générique, et par d'autres taches, ou points, 

ï5 rayons à chaque nageoire pectorale de l'ossifage. 

i rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine.- 
i3 rayons à la caudale. 

i5 rayons à chaque nageoire pectorale de l'onite. 

i rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 
14 rayons à la caudale. 

14 rayons à chaque nageoire pectorale du perroquet. 

6 rayons à chaque thoracine. 
14 rayons à la caudale. 

5 rayons à la membrane branchiale du tourd. 
14 rayons à chaque nageoire pectorale. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 
i3 rayons à la caudale. 
i3 rayons à chaque nageoire pectorale du cinq-épines. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 
18 rayons à la caudale. 
i3 rayons à chaque nageoire pectorale du chinois. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine.. 
12 rayons à la caudale. 

6 rayons à la membrane branchiale du japonois. 
16 rayons à chaque pectorale. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracjne^ 
28 rayons a. la caudale. 



DES POISSONS. ÔOJ 

ou petites raies transversales ou longitudinales , du 
même ton ou à peu près, et épars sur la queue ainsi 
que sur une partie de la dorsale et de la nageoire de 
l'anus. 



LE LABRE LINÉAIRE 1 , 

LE LABRE LUNULE 2 , 

LE LABRE VARIÉ 3 , LE LABRE MAILLÉ 4 , LE 
LABRE TACHETÉ 5 , LE LABRE COCR 6 , LE 
LABRE CANUDE 7 , LE LABRE BLANCHES- 
RAIES 8 , LE LABRE BLEU 9 , et LE LABRE 
RAYÉ 10 . 



Le linéaire a , comme plusieurs autres labres , et 
particulièrement comme le bleu et le rajé,les dents 
de devant plus grandes que les autres ) le lunule a la 

1 Labrus linearis. 

Id. Linné, édition de Gmelin. 

Jlmœn. accident, i, p. 3l5. 

Labre linéaire. Daubenton et Haiiy, Encyclopédie méthodique, 

\<\. Bc.nnalerre ., planches de l'Encyclopédie méthodique. 

a Labrus lunulatus. 

Id. Linné , édition de Gmelin. 

EorsTiael, Faun, Arab.p. 87, n. 34. 

Labre lunule. Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique,. 

3 Labrus variegatus. 

Id. Linné j édition de Gmelin. 

Striped wrasse. Brit. Zoolog. 3 , p. 207 , n. 4. 

4 Labrus retieulatus. 

Labrus venosus. Linné, édition de Gmelin. 

Briinn. Pisc. Massil.p. 58, n. 74. 

Labre maillé. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique, 



HISTOIRE NATURELLE. §Ù€f 

tète et la poitrine parsemées de taches ronges, les pec- 
torales jaunes , les autres nageoires vertes avec des 



5 Labrus guttatus. 

Ici. Linné, édition de Gmelin. 

Briinn, Fisc. Massif, p. 5ç , n. 76. 

Labre tacheté. Bonnaterre, -planches de l'Encyclopédie mélhodique r 

6 Labrus eoquus. 

Ici. Linné, édition de Gmelin. 

Cock Cornubiensium. Brit. Zoolog. 3 , p. 210 , n. 8. 

Raj. Pise. p. i63 , f. 4. 

7 Labrus cinsedus. 

Rochau, dans plusieurs départemens méridionaux de France, 
Canus , ibid. 
Canudo , ibid. 
Pvosa , dans la Ligurie. 

Labrus cinœdus. Linné, édition de Gmelin. 

Labrus luteus , dorso purpureo , pinnâ à capite ad caudam continuai 
Arledij syn. 56. 

'axç.scc). Alhen. lib. 7 , cap. 281. 

Cinsedus. Pli/z. 

Canus. Rondelet, première partie, Uv. 6 , chap. 4. 

Cinaedus Rondeletii. Aldrovand. lib. 1 , cap. 14 , 7?. 67. 

Jonslon, lib. 1, fit. 2, cap. 1 , a. 10 , tab. i5 , n. 1. 

Alpbestes , vel cinœdus. Gesner, p. 36, 40, et (germ.)fol.i5k 

Alphestes. Charlet. p. i35. 

Aiphestes, siçe cinœdus. JVillughby , p. 3a3. 

Raj. p. i37- 

Labre eanude, Daubenton et Haiiy, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 

8 Labrus albo vittatus. 

Labre rayé de blanc. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie métho- 
dique. 

Koelreuter, Nop. Com. Petrop. tom.<) 7 p. 4^8. 



5 1 HISTOIRE NATURELLE 

taches rouges ou rougeâtres, et quelquefois des rayons 
rouges autour des jeux. Les opercules du varié sont 
gris et rayés de jaune; ses pectorales tachées d'olivâtre 
à leur base; et ses thoracines, ainsi que son anale, 
bleues à leur sommet. Le rayé présente un liséré bleu 
au. bout des thoracines, de l'anale et de la caudale; 
les rayons de cette dernière nageoire sont jaunes à 
leur base, et une tache bleue est placée sur la partie 
antérieure de la dorsale. 

Ce labre rayé vit dans les mers de la Grande-Bre- 
tagne, ainsi que le bleu, qui fréquente aussi les rives 
de la Norvège et du Danemarck , le cock et le varié, 
que l'on rencontre particulièrement près des isles 
Skerry • le linéaire se trouve dans les Indes et près des 
rivages de l'Amérique méridionale ; le lunule , près 
des côtes de l'Arabie ; et le maillé , le tacheté et le 
canude sont péchés dans la Méditerranée, où ce canude 
étoit connu dès le temps d'Athénée et même de celui 
d'Aristote, et où on l'avoit nommé alpheslas et cinœdus, 
parce qu'on voyoit presque toujours les individus de 
cette espèce nager deux à deux à la queue l'un de 



9 Labrus cseruleus. 

Blaastaal et blaustak, en Danemarck. 

Paon bleu. Ascagne, cah. 2 , p. 5 j pi. 12. 

Labre bleu. Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique. 

10 Labrus "lineatus. 

Pennanlj Btit. Zoolog. 3, p. 24g. 

Labre rayé. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique, 



DES POISSONS. 5l ï 

l'autre *. La chair de ces canudes présente les nièmes 1 
qualités que celle de la plupart des autres poissons 
qui vivent au milieu des rochers, et qu'on a nommés 
saxati/es; elle est, suivant Rondelet, molle, tendre, 



* 6 rayons à la membrane branchiale du labre linéaire. 
12 rayons à chaque nageoire pectorale. 
6 rayons à chaque thoracine. 
12 rayons à la caudale. 

5 rayons à la membrane branchiale du lunule. 

12 rayons à chaque nageoire pectorale. 

ï rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 

13 rayons à la caudale. 

5 rayons à la membrane branchiale du varié. 
i5 rayons à chaque nageoire pectorale, 
ï rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine, 

5 rayons à la membrane branchiale du maillé. 
i3 rayons à chaque nageoire pectorale. 

ï rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 
i3 rayons à la caudale. 

5 rayons à la membrane branchiale du tacheté. 

14 rayons à chaque nageoire pectorale. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine, 
17 rayons à la caudale. 

i5 rayons à chaque nageoire pectorale du blanches-raies. 

6 rayons à chaque thoracine. 
12 rayons à la caudale. 

5 rayons à la membrane branchiale du bleu. 
14 rayons à chaque nageoire pectorale. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracrne, 
14 rayons à la caudale» 



S 1 2 HISTOIRE NATURELLE, 

friable , facile à digérer , et fournit une nourriture 
convenable aux malades ou aux convalescens. 

5 rayons à la membrane branchiale du rayé. 
j5 rayons à chaque nageoire pectorale. 
i rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 



LE LABRE. 'BALLAN', 

LE LABRE BERGYLTE 8 , 

LE LABRE HASSEK 3 , LE LABRE ARISTÉ 4 , 
LE LABRE BIRAYÉ 5 , LE LABRE GRANDES- 
ÉCAILLES 6 , LE LABRE TÊTE-BLEUE 7 , 
LE LABRE A GOUTTES 8 , LE LABRE BOISÉ 9 , 
et LE LABRE CINQ-TACHES 10 . 



Quelles nuances devons-nous décrire encore, pour 
compléter l'idée que nous donne le tableau générique 
des couleurs de ces labres ? La teinte générale du 



1 Labrus ballan. 

Pennant, Brit. Zoolog. 3, p. 246. 

Labre ballan. Bonnaterre, -planches de V Encyclopédie méthodique* 

2 Labrus bergylta. 
Berg-galt, en Norvège. 
Berg-gylte, ibid. 

Sea-aborne, ibid. ■- 

See carpe (carpe de mer) , en Danemarcli. 

Labrus bergylta. dscagne, pi. x. 

Labre tacheté. Bloch, pi. 294. 

Labre bergylte. Bonnaterre , planches de V Encyclopédie méthodique, 

3 Labrus hassek. 

Labre hassek. Bonnaterre , planches de V Encyclopédie méthodique. 
Labrus inermis. Id. ibid. 
Forskael 3 Descript. animal, p. 34. 

TOME III. 65 



5 14 HISTOIRE NATURELLE 

bergjlte est brune, et ce brun est mêlé de jaune sur les 
opercules; le hassek est verd, avec le dos brun, et des 
taches blanchâtres sur les côtés • presque toutes les 
nageoires du birayé sont d'un violet mêlé de jaune* 
le labre grandes -écailles présente des nageoires colo- 
rées de même, des taches violettes sur ses opercules, 
et quelques taches bleues à l'origine de la dorsale ; un 
gris tirant sur le verd distingue les nageoires du labre 
tête-bleue ; presque toutes les taches que l'on voit sur 
le labre à gouttes, sont ordinairement rondes comme 
des gouttes de pluie; le boisé aies thoracines noires, 
les pectorales et la caudale bleues, la dorsale et l'anale 
variées de bleu, de jaune et de brun; et le cinq-taches 

4 Labrus aristatus. 

Labre aristé. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique* 
Sparmann , Amœn. academ. voL 7, p. 5o5. 

5 Labrus bivittalus. 
Blochj pi. 284 , fig. 1. 

6 Labrus macrolepidotus» 
Bloch, pi. 284, fig. 2. 

7 Labrus cyanocephakis, 
Bloch 3 pi. 286. 

8 Labrus guttulatus. 
Blochj pi. zB'jyfig. 2. 

9 Labrus tesse)latus. 
Blochj pi. 291, fig. 2. 

10 Labrus quinçjue-macuîatus, 
Blochj pi. 291 j fig. 1. 



DES POISSONS. SlS 

a les nageoires jaunes, bordées de violet. Nous devons 
àBloch la connoissance des six derniers labres que nous 
venons de nommer, et nous savons parce naturaliste 
que le cinq-taches vit, ainsi que le boisé, dans la mer 
de Norvège, d'où M. Spengler, de Stockholm, avoit reçu 
des individus de ces deux espèces. C'est dans les mers 
de la Grande-Bretagne, ou à une distance assez peu 
considérable de la Norvège, que l'on trouve le bergjlte 
et le ballan*. On pêche le hassek dans la mer d'Arabie; 



* 4 rayons à la membrane branchiale du labre ballan. 
14 rayons à chaque nageoire pectorale. 
1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 

5 rayons à la membrane branchiale du bergylte. 
14 rayons à chaque nageoire pectorale. 

1 l'ayon aiguillonné et 4 rayons articulés à chaque thoracine, 

18 rayons à la caudale. 

12 rayons à chaque nageoire pectorale de l'aristé. 

6 rayons à chaque thoracine. 

5 rayons à la membrane branchiale du birayé. 
14 rayons à chaque nageoire pectorale. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 
i3 rayons à la caudale. 

rayons à la membrane branchiale du graudes-écailles. 
12 rayons à chaque nageoire pectorale. 

- 6 rayons à chaque thoracine. 

19 rayons à la caudale. 

5 rayons' à la membrane branchiale du tête-bleue. 
12 rayons à chaque nageoire pectorale. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine, 
12 rayons à la caudale. 



5 I 6 HISTOIRE NATURELLE. 

et M. Sparmann dit que le labre aristé a pour patrie 
les eaux de la Chine. 

Les mâchoires du labre grandes-écailles n'offrent 
qu'un seul rang de dents, dont les antérieures sont 
les plus longues ; la ligne latérale de ce poisson est 
interrompue ; une seule rangée de dents petites et 
aiguës garnit les deux mâchoires du labre" boisé. 

i3 rayons à chaque nageoire pectorale du labre à gouttes. 

6 rayons à chaque thoracine. 
16 rayons à la caudale. 

4 rayons à la membrane branchiale du boisé. 
16 rayons à chaque nageoire pectorale. 

i rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 
26 rayons à la caudale. 

5 rayons à la membrane branchiale du cinq-taches. 
i5 rayons à chaque nageoire pectorale. 

i rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine* 
1 6 rayons à la caudale. 



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LE LABRE MICROLÉPIDOTE; 

LE LABRE VIEILLE 2 , 

LE LABRE KARUT, LE LABRE ANÉI 4 , LE 
LABRE CEINTURE 5 , LE LABRE DIGRAMME*, 
LE LAB.RE H O LOLÉP IDO TE \ LE LABRE 
TtENIOURE 8 , LE LABRE PARTERRE 9 , LE 
LABRE SPAROIDE 10 , LE LABRE LÉOPARD", 
et LE LABRE MAL APTE IlONOTE 12 . 



Blocii, qui le premier a publié la description du 
microlépidote, du labre vieille, du karut et de Fanéi, 
ignorait quelle est la patrie du microlépidote. Le labre 
•vieille est péché près des côtes de Norvège, d'où on 



1 Labrus microlepidotus. 
Bloch, pi. 29 2. 

2 Labrus vetula. 

Carpe de mer, sur quelques côtes occidentales de France:- 
Blochj pi. 2g3. 

3 Labrus karut. 

Johnius carut. Block, pi. 356. 

4 Labrus aneus. 

Ànéi kattalei , par les. Malais, 
Johnius aneus. Bloch 3 pi, 357. 

5 Labrus cingulum. 

Labrus saturnio anticâ medietate lividus , postieâ fuscus , cîngulo ïnler- 
medio exalbido, punctis atro-purpureis capiti inspersis. Gommerson, ma- 
nuscrits déjà cités. 



J- 



Sl8 HISTOIRE NATURELLE 

avoit fait parvenir des individus de cette espèce à 
M. Spengler ; on le trouve aussi auprès des rivages 
occidentaux de France. Le karut et Fanéi, que Bloch 
avoit cru pouvoir comprendre dans un genre parti- 
culier, qu'il avoit consacré à son ami John, voyageur 
et missionnaire dans les Indes, en donnant à ce grouppe 
le nom de jolmius , nous ont paru # devoir être inscrits 
avec les véritables labres, d'après les principes de dis- 
tribution méthodique que nous suivons; et, en effet, 
ils n'offrent aucun caractère qu'on ne retrouve dans 
une ou plusieurs espèces, considérées, par presque 
tous les naturalistes et par Bloch lui-même, comme 
des labres proprement dits. Ce karut et cet anéi vivent 
dans les eaux salées des Indes orientales, et particu- 
lièrement dans celles qui baignent la grande presqu'isle 
de l'Inde , tant au levant qu'au couchant de cette 
immense péninsule. 

Quant aux autres huit labres nommés dans cet ar- 
ticle, nous en donnons les premiers la description, 

- ' < *r « ' ■ ' ■ i - i "» 

6 Labrus digramma. 

7 Labrus hololepidotus, 

8 Labrus taenîourus./^ \i H / * ' 

9 Labrus hortulanus, h\ i <<J 7 

10 Labrus sparoïdes. v 
*' Labrus leopardus. 

1 1 Labrus malapleronotus. 



DES POISSONS. 5 1 9 

d'après les manuscrits de Commerson ou les dessins 
qui faisoient partie de ces manuscrits , et que nous 
avons fait graver. Ces huit labres habitent le grand 
Océan équatorial , ou les mers qui en sont voisines ; 
et le labre ceinture a été observé particulièrement 
auprès de l'isle de France. 

Les deux mâchoires du microlépidote et du labre 
vieille sont aussi longues l'une que l'autre ; elles sont 
de plus garnies de dents pointues et peu serrées ; et 
le karut et l'anéi n'offrent que des dents petites et 
pointues. 

Disons encore quelques mots des couleurs des douze 
labres que nous examinons. 

La dorsale du microlépidote * est presque entière- 
ment brune ; ses autres nageoires sont blanchâtres. 
Le dos et les flancs du karut réfléchissent un bleu 
d'acier- une nuance d'un beau jaune distingue son 
ventre et ses lignes latérales; ses nageoires offrent un 
brun rougeâtre, excepté la dorsale et la caudale, qui 
sont bleues. L'anéi a le dos noirâtre , les côtés blancs, 
les pectorales et les thoracines rougeâtres; la partie 
postérieure de la dorsale, l'anale et la caudale rouges 



* Microlépidote désigne les petites écailles , digramme la double ligne 
latérale, hololépidote les écaillés placées sur toute la surface de l'animal, 
tœnioure le ruban ou la bande que l'on voit sur la nageoire caudale , et 
malaptéronote les rayons mous qui composent seuls la nageoire dorsale. 
Mixpos signifie petit, Amis écaille, fis deux fois, ^pa^us ligne, oAos entier s 
rama ruban ou bande 3 èup queue, ^ao-kh mou, irltpoi nageoire, et vwt« dos* 



52 O HISTOIRE NATURELLE 

à leur base et bleuâtres à leur sommet. Le bord de la 
dorsale et de l'anale du labre ceinture est souvent 
blanchâtre *, et l'on voit ordinairement sur l'angle 
postérieur de l'opercule de ce poisson une tache noire, 

* 12 rayons à chaque nageoire pectorale du labre microlépidotë. 
i rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 
18 rayons à la caudale. 

14 rayons à chaque nageoire pectorale de la vieille. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 
16 rayons à la caudale. 

5 rayons à la membrane branchiale du karut. 
ï6 rayons à chaque nageoire pectorale. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 

2 rayons aiguillonnés et 7 rayons articulés à l'anale. 
18 rayons à la caudale. 

5 rayons à la membrane branchiale de l'anéi. 
14 rayons à chaque nageoire pectorale. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 

2 rayons aiguillonnés et 7 rayons articulés à l'anale. 
38 rayons à la caudale. 

j3 rayons à chaque nageoire pectorale de la ceinture. 

6 rayons à chaque thoracine; 

14 rayons à la caudale. , 

ïi rayons à chaque nageoire pectorale du digramme, 

6 rayons à chaque thoracine. 
12 rayons à la caudale. 

20 rayons à la caudale du labre hololépidote. 

ï3 rayons à la caudale du taenioure. 

12 rayons à chaque nageoire pectorale du pai ferre, 
t6 rayons à la caudale. 



DES POISSONS. 52Ï 

remarquable par un point blanc ou blanchâtre, qui 
lui donne l'apparence d'un iris avec sa prunelle. 



17 rayons à la caudale du sparoïde. 

12 rayons à la caudale du léopard. 

ïi ravons à la caudale du maîaptéronote. 



î M F. il ï. 



66 



LE L A B RE DIANE 1 , 

LE LABRE MACRODONTE 2 , 

,E LABRE NEUSTRIEN 3 , LE LABRE CALOPS 4 , 
LE LABRE ENSANGLANTÉ 5 , LE LABRE 
PERRUCHE 6 , LE LABRE KESLIK 7 , et LE. 
LABRE COMBRE 8 . 



La description comparée des six premiers de ces huit 
labres n'a encore été publiée par aucun naturaliste. 
Suivant le citojen Noël, qui nous a fait parvenir des 
notes manuscrites au sujet du labre neustrien et du 



* Labrus diana. 

, a Labrus maerodontus. 

3 Labrus Neustrise. 

Grande vieille, auprès de Fécamp. 

Bandoulière marbrée. ( Note manuscrite communiquée par le choyen 
Mo'ël dé Rouen.) 

4 Labrus calops. 

La brune , par les pécheurs de Dieppe. 

Bandoulière brune. ( Note manuscrite communiquée par le citoyenr 
Jloël de Rouen. ) 

6 Labrus cruentatus. 

Lupus minimus , argenteus , maculis pmvpureis tesseîîatus. Peintures sur 
vélin fait es d'après les dessins de Plumier, et déposées dans la biblio^- 
ihèque du Muséum national d'histoire naturelle.. 



'm 




HISTOIRE NATURELLE. 5^3 

calops, ce dernier poisson a les deux mâchoires gar- 
nies d'une rangée de dents doubles et pointues. La 
dorsale du neustrien présente des nuances et une 
disposition de couleurs assez semblables à celles que 
l'on voit sur les côtés de cet animal, et les pectorales, 
les thoracines, l'anale et la caudale, offrent des tons 
et une distribution de teintes pareils à ceux que montre 
le dos. L'iris du calops, qui est très-grand, ainsi que 
l'œil considéré dans son ensemble , est d'un noir si 
éclatant, que j'ai cru devoir tirer de ce trait de la 
physionomie de ce labre le nom spécifique de calops 
que j'ai donné à ce poisson, et qui signifie bel œil \ Le 
dos du labre calops est brunâtre; mais cet osseux est 
revêtu sur toute sa surface, excepté celle de sa tête \ 
d'écaillés fortes, larges et très-brillantes 2 . L'éclat des 

6 Labrus psîttaculus. 

Turdus marinus varius , vulgô petit perroquet. Peintures sur vélin faites 
d'après les dessins de Plumier , et déjà citées. 

7 Labrus keslik. 

Labrus perdica. Linné, édition de, Gmelin. 

Forskael, Descript. anim. p. 34 , n. 26. 

Labre keslik. Bonnaterre , planches de V Encyclopédie méthodique, 

8 Labrus cornber. 

Id. Linné , édition de Gmelin, 

Labre combre. Bonnaterre, planches de V Encyclopédie méthodique. 

Comber. Brit. Zoolog. 3 , p. 210, n. 7. 

Raj. Pisc. p. i63,fig. 5. 

1 KaAos'veut d'u-e beau, et «4 œil. 

% Le citoyen Noël ? qui a disséqué le calops , jdous écrit que ce poisson 



5^4 HISTOIRE NATURELLE 

diamans et des rubis, qui charme les jeux des obser- 
vateurs sur l'ensanglanté , est relevé par les nuances 
des nageoires, qui sont toutes dorées. L'anale du labre 
perruche est jaune avec une bordure rouge, et sa cau- 
dale est également jaune, avec quatre ou cinq bandes 
courbes, concentriques, inégales en largeur, et alter- 
nativement rouges et bleues. Le keslik a la tête -brmie y 
et la dorsale , ainsi que l'anale , rouges. Le combre a 
souvent le ventre d'un jaune clair, et les nageoires 
rougeâtres : il habite dans les mers britanniques ; le 
keslik, dans celle qui baigne les murs de Constauti- 
nople; les beaux labres ensanglanté et perruche vivent 
dans l'Amérique, où ils ont été dessinés et observés 
avec soin par Plumier; le neustrien et le calops, près 
des rives de l'ancienne Neustrie ; et le labre diane % 
dont nous devons la figure à Cornmerson, se trouve 

n'a point d'appendices ou cœcums auprès du pylore; que Ja vessie nata- 
toire est d'une grande capacité; qu'elle est située au-dessous de l'épine 
dorsale ; que cette épine est composée de vingt-deux vertèbres, dont dix 
répondent à la capacité du ventre, et que la chair de cet animal est 
blanche, et ferme comme celle d'une jeune morue. 

* 12 rayons à la caudale du labre diane. 

5 rayons à la membrane branchiale du labre macrodonfe.- 
i5 rayons à chacune des pectorales. 

i rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacune des tboracine&» 
34 rayons à la caudale. 

7 rayons à la membrane branchiale du neustrien. 
i5 rayons à chacune des pectorales. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacupe des thoracines, 
i5 rayons à la caudale,. 



D E S F O I S S G N S. 5:2 5 

dans le grand Océan équatorial : quant au macroddnte,. 
que nous avons décrit d'après des individus de la col- 
lection cédée à la France par la Hollande, nous ignorons 
sa patrie. 



4 rayons à la membrane branchiale du ealops, 
ij rayons à chacune des pectorales. 

i rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacune des-thoracines^ 
22 rayons à la caudale. 

12 rayons à la nageoire de l'anus de la perruche. 
12 rayons à la caudale. 

14 rayons à chacune des pectorales du keslik. 

I rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacune des t ho racines;- 
14 rayons à la caudale. 



14 rayons à chacune des pectorales du corabre. 
5 rayons à chacune des thoracines. 



LE LABRE BRASILIEN; 

LE LABRE V E R D % 

,E LABRE TRILOBÉ 3 , LE LABRE DEUX- 
CROISSANS 4 , LE LABRE HÉBRAÏQUE 5 , 
LE LABRE LARGE-RAIE^, et LE LABRE 

ANNELÉ 7 . 



Bloc h a publié la description et la figure des deux 
premiers de ces labres 8 ; nous allons faire connoître 
les cinq autres , dont nous avons trouvé des dessins 

1 Labrus brasiliensis. 
Tetimixîra, au Brésil. 
Bloch, -pi. 280. 

a Labrus viridis. 
Bloch, -pi. 282. 

3 Labrus tiilobatus, 

4 Labrus bilunulatus. 

5 Labrus bebraïeus, 

6 Labrus latovittatus. 

7 Labrus annulatus. 

8 La belle gravure enluminée du brasilien , que l'on trouve dans l'ou- 
vraoe de Bioch , me parok donner une fausse idée de la caudale de ce 
poisson, en ne la représentant pas comme trilobée. Si mon opinion à cet 
égard n'étoit pas fondée, il faudroit ôter le brasilien du troisième sous- 
genre des labres, et le placer dans le premier. 



HISTOIRE NATURELLE. &2.J 

parmi les manuscrits de Commerson. La ligne latérale 
des deux derniers de ces cinq labres, c'est-à-dire, du 
labre large-raie et de l'annelé, est courbe à son origine 7 
et droite vers la nageoire caudale : une grande tache, 
ajant à peu près la forme d'un croissant, est d'ailleurs 
placée sur la base de la caudale de ce labre annelé, 
et occupe presque toute la surface de cette nageoire; 
on voit de plus une ou deux raies longitudinales sur 
l'anale de ce même poisson, et une raie oblique passe 
au-dessus de chacun de ses jeux. La dorsale et l'anale 
du trilobé sont bordées d'une couleur vive ou foncée. 
Le brasilien brille*, sur presque toute sa surface, de 
l'éclat de l'or, et cette dorure est relevée par quelques 

* ii rayons à chacune des nageoires pectorales du labre brasilien. 
i rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacune des tlioracines» 
18 rayons à la caudale. 

12 rayons à chacune des pectorales du labre verd. 

6 rayons à chacune des thoracines. 
14 rayons à la caudale. 

i3 rayons à chacune des pectorales du trilobé. 
i3 rayons à- la caudale. 

x3 rayons à chacune des pectorales du labre deux-croissans* 
1.5 rayons à l'anale. 
9 rayons à la caudale. 

10 rayons à chacune des pectorales du labre hébraïque; 
16 rayons à ra caudale. 

11 rayons à la caudale du large -raie. 

7 rayons à chacune des pectorales de l'annelé» 
i:3 rayons à la caudale,. 



5s3 HISTOIRE NATURELLE. 

traits bleus, par le bleu des raies longitudinales qui 
s'étendent sur la dorsale et sur l'anale, et par la cou- 
leur également bleue des pectorales , des thoraciues 
et de la caudale : ce beau poisson vit dans les eaux 
du Brésil; il est recherché à cause de la bonté de sa 
chair, et sa longueur excède quelquefois ira tiers de 
mètre. Le verd habite dans les eaux du Japon ; le 
trilobé, le deux- croissant, l'hébraïque, le large-raie 
et l'annelé ont été vus dans le grand Océan équa- 
torial. 



CENT CINQUIÈME GENRE. 

LES CHEI LINES. 

JLa lèvre supérieure extensible ; les opercules des bran- 
chies dénués de piquans et de dentelure ; une seule 
nageoire dorsale; cette nageoire du doè très-séparée de 
celle de la queue, ou très -éloignée de la nuque, ou 
composée de rayons terminés par un filament ; de 
grandes écailles ou des appendices placées sur la base 
de la nageoire caudale, ou sur les cotés de la queue. 

ESPÈCES. CARACTÈRES. 

i. Le cheiline scare. ç^ ,. . v . 

< Des appendices sur les cotes de la queue. 



[Cheilinus scarus.) 
-E CHEILINE TRILOI 

(Cheilinus trilo bat us.) i trilobée. 



2. Le cheiline trilobé. fDeux lignes latérales; la nageoire caudale 



TOME III.- 6j 



LE CHEILINE SCARE". 



Il est peu de poissons, et même d'animaux, qui aient 
été, pour les premiers peuples civilisés de l'Europe, 
l'objet de plus de recherches , d'attention et d'éloges , 
que le scare dont nous allons parler. Nous avons cru 
devoir le séparer des labres proprement dits, et le 
mettre à la tête d'un genre particulier dont le nom 
cheiline z indique la conformation des lèvres , qui 

* CUeilinus scarus. 

Sargo , dans le midi de l'Europe. 

Cantheno , ihid. 

Denté , dans quelques départemens méridionaux de France. 

Labrus scarus. Linné , édition de Gmelin. 

Labre scare. Daubenton et Haiiy, Encyclopédie méthodique, 

Id. Bonnaterre , planches de V Encyclopédie méthodique, 

Scarus aulorum. Artedi, syn. 54. 

O e c-Kapsç. Aristot. lib. 2, cap. 17; lib. 8 7 cap. 2 ; et lib. 9, cap. 3ji 

là.JElian. lib. 1 , cap. 2, p. 5; et lib. 2 , cap. £4. 

Oppian. lib. 1 , p. 5, 6 ; et lib.- 2 , p. 53, 

Athen. lib. 7, p. 3ig. 

Scarus. Plin. lib. 9 , cap. 17. 

Aldrovand. lib. I , cap. 2 , p. 7. 

Scare. Rondelet, première partie, liv. 6 , chap. 2. 

Jonslon, lib. 1 , lit. 2 , cap. 1 , a. 1 , t. l3. 

Scarus piscis. .Top. cap. 1 , p. J- 

Willughby , p. 3o6. 

JRaj. p. 12g. 

Scarus. Pétri Artedi Syn. piscium, auctore J. G. Sclmeider, p. 85 et 3zB. 

Scare. Valmont-Bomare , Dictionnaire d'histoire naturelle, 

* X^oi signifie lèvre. 






HISTOIRE NATURELLE. 53 1 

rapproche des labres cette petite famille , pendant 
qu'elle s'en éloigne par d'autres caractères. Mais il ne 
faut pas sur-tout le confondre avec les osseux connus 
des naturalistes modernes sous le nom de scares, qui 
forment un genre très-distinct de tous les autres, et 
qui diffèrent de notre cheiline par des traits très- 
remarquables , quoique plusieurs de ces animaux 
habitent dans la Méditerranée , comme le poisson dont 
nous écrivons l'histoire. La dénomination de scare est 
générique pour tous ces osseux qui composent une 
famille particulière ; il est spécifique pour celui que 
nous décrivons. Nous aurions cependant, pour éviter 
toute équivoque , supprimé ou ce nom générique ou 
ce nom spécifique , si le premier n'avoit été générale^ 
ment adopté par tous les naturalistes récens , et si le 
second n'avoit été consacré et par tous les écrivains 
anciens, et par tous les auteurs modernes qui ont 
traité du cheiline que nous examinons. 

Ce poisson non seulement habite dans la Méditerra-^ 
née, ainsi que nous venons de le dire, mais encore vit 
dans les eaux qui baignent et la Sicile , et la Grèce , et 
les isles répandues auprès des rivages fortunés de 
cette Grèce si fameuse. Il n'est donc pas surprenant 
que les premiers naturalistes grecs aient pu observer 
cet osseux avec facilité. Ce cheiline est d'une couleur 
blanchâtre ou livide mêlée de rouge. Il ne parvient 
guère qu'à la longueur de deux ou trois décimètres. 
Les écailles qui le recouvrent sont grandes et très- 



53S HISTOIRE NATURELLE 

transparentes. Il montre, sur les côtés de sa queue, des 
appendices transversales , dont la forme et la position 
ont frappé les observateurs. La conformation de ses 
dents n'a pas été moins remarquée : elles sont émous- 
sées, au lieu d'être pointues, et par conséquent très- 
propres à couper ou arracher les algues et les autres 
plantes marines que le scare trouve sur les rochers 
qu'il fréquente. Ces végétaux marins paroissent être 
l'aliment préféré par ce cheiline , et cette singularité 
n'a- pas échappé aux naturalistes d'Europe les plus 
anciens. Mais ils ne se sont pas contentés de rechercher 
les rapports que présente le scare entre la forme de 
ses dents , les dimensions de son canal intestinal , la 
qualité de ses sucs digestifs , et la nature de sa nour- 
riture très-différente de celle qui convient au plus 
grand nombre de poissons : ils ont considéré le scare 
comme occupant parmi ces poissons carnassiers la 
même place que les animaux ruminans qui ne vivent 
que de plantes, parmi les mammifères qui ne se nour- 
rissent que de proie ; exagérant ce parallèle, étendant 
les ressemblances, et tombant dans une erreur qu'il 
auroit été cependant facile d'éviter , ils sont allés 
jusqu'à dire que le scare ruminoit ; et voilà pourquoi, 
suivant Aristote , plusieurs Grecs l'ont appelé ^pvKoiv. 

Les individus de cette espèce vivent en troupes ; et 
le poète grec Oppien, qui a cru devoir chanter leur 
affection mutuelle ., dit que lorsqu'un scare a été pris 
à l'hameçon , un de ses compagnons accourt, et coupe 



DES POISSONS. S33 

la corde qui retient le crochet et l'animal, avec ces 
dents obtuses dont il est accoutumé à se servir pour 
arracher ou scier l'herbe qui tapisse le fond des mer-; 
il ajoute que si un scare enfermé dans une nasse 
cherche à en sortir la queue la première , ces mêmes 
compagnons l'aident dans ses efforts eu le saisissant 
avec leur gueule par cette queue qui se présente à 
eux, et en la tirant avec force et constance ; et enfin, 
pour ne refuser à l'espèce dont nous nous occupons , 
aucune nuance d'attachement, il nous montre les 
mâles accourant vers une femelle retenue dans une 
nasse ou par un hameçon, et s'exposant , pour l'amour 
d'elle -, à tous les dangers dont les pêcheurs les me- 
nacent. Mais je n'ai pas besoin de faire remarquer que 
c'est un poète qui parle ; et combien le naturaliste , 
plus sévère que le poète, n'est-il pas forcé de réduire 
à quelques faits peu extraordinaires, des habitudes si 
touchantes, et que la sensibilité voudroit conserver 
comme autant d'exemples utiles et d'heureux souve- 
nirs ! 

Le scare s'avançoit, lors des premiers siècles de l'ère 
vulgaire, dans l'Archipel et dans la mer dite alors de 
Carpathie, jusqu'au premier promontoire de la Troade. 
C'est de ces parages que , sous l'empire de Tibère 
Claude, le commandant d'une flotte romaine, nommé 
Optalus FJipertius ou JEUpartius , apporta plusieurs 
scares vivans qu'il répandit le long du rivage d'Ostie 
et de la Campanie. Pendant cinq ans ? on eut le som 



534 HISTOIRE NATURELLE 

de rendre à la mer ceux de ces poissons que les 
pêcheurs prerioient avec leurs lignes ou dans leurs 
filets } et par cette attention bien facile et bien simple, 
mais soutenue, les scares multiplièrent promptement 
et devinrent très-communs auprès des côtes italiques, 
dans le voisinage desquelles on n'en avoit jamais vu 
auparavant. Ce fait est plus important qu'on ne le croit, 
et pourroit nous servir à prouver ce que nous dirons , 
avant de terminer cette histoire, au sujet de l'accli- 
matation des poissons , à ceux qui s'intéressent à la 
prospérité des peuples. 

Le commentateur d'Aristote, l'Égyptien Philoponus. 
a écrit vers la fin du sixième siècle, ou au commen- 
cement du septième, que les scares p'roduisoient quel- 
que son, lorsque, placés à la surface de la mer, et 
élevant la tête au-dessus des ondes, ils faisoient jaillir 
l'eau de leur bouche avec rapidité. Peut- être en effet 
faudra-t-il attribuer à ces cheilines la faculté de faire 
entendre quelque bruissement analogue , et par sa 
nature, et par sa cause, à celui que font naître plu- 
sieurs trigles et d'autres espèces de poissons cartilagi- 
neux ou osseux, dont nous avons déjà parlé *. 

Dans le temps du grand luxe des Romains, le scare 
étoit très -recherché. Le poète latin Martial nous 
apprend que ce poisson faisoit les délices des tables 
les plus délicates et les plus somptueuses; que son foie 

* Voyez le Discours sur la nature des poissons. 



DES POISSONS, 535 

étoit la partie de ce poisson que l'on préféroit ; et que 
même l'on mangeoit ses intestins sans les vider, ce qui 
doit moins étonner lorsqu'on pense que cet osseux ne 
vit que de végétaux , que de voir nos gourmets mo- 
dernes manger également sans les vider, des oiseaux- 
dont l'aliment composé de substances animales est 
sujet à une véritable corruption. Dans le siècle de 
Rondelet, ce goût pour le scare, et même pour ses 
intestins, étoit encore très-vif: ce naturaliste a écrit 
que cet osseux devoit être regardé comme le premier 
entre les poissons qui vivent au milieu des rochers ,- 
que sa chair étoit légère, friable, facile à digérer, 
très-agréable , et que ses bojaux , qu'il ne falloit pas 
jeter, sentoient la violette. Mais le prix que l'on don- 
noit du scare , à l'époque où Rondelet a publié son 
Histoire des poissons, étoit bien inférieur à celui qu'on 
en offroit à Rome quelque temps avant que Pline ne 
mît au jour son immortel ouvrage. Ce poisson entroit 
dans la composition de ces mets fameux pour lesquels 
on réunissoit les objets les plus rares , et que l'on 
servoit à Vitellius dans un plat qui, à cause de sa 
grandeur y avoit été appelé le bouclier de Minerve. Les 
entrailles du scare paroissoient dans ce plat avec des 
cervelles de faisans et de paons , des langues de phé- 
nicoptères, et des laites du poisson que les anciens 
appeloient murène, et que nous nommons murénopliis. 
Au reste, ce ne sont pas seulement les plantes ma- 
rines qui conviennent au scare :il se nourrit aussi de- 



536 HISTOIRE NATURELLE, 

végétaux terrestres; et voilà pourquoi , lorsqu'on a 
voulu le pêcher, on a souvent employé avec succès, 
pour amorce , des feuilles de pois, de fèves, ou d'autres 
plantes analogues à ces dernières *. 

* Le scave a le cœur anguleux, le foie divisé en trois lobes, l'estomac 
petit , le pylore entouré de quatre ou cinq ccecums , et le caaal intestinal 
courbé plus d'une fois- 



LE CHEILINE TRILOBÉ*. 



Suivant Commerson, dans les papiers duquel nous 
avons trouvé une note très-étendue sur ce cheiline 
encore inconnu des naturalistes , le trilobé a la gran- 
deur, et une partie des proportions d'une carpe ordi- 
naire. La couleur générale de ce poisson est d'un brun 
bleuâtre relevé sur la tête , la nuque et les operéules, 
par des traits , des taches ou des points rouges , 
blancs et jaunes. Ses pectorales sont jaunes , particuliè- 
rement à leur base ; et ses thoracines variées de rouge. 
La tête et le corps du trilobé sont d'ailleurs hauts et 
épais. Presque toute sa surface est revêtue d'écaillés 
arrondies, grandes et lisses. Les deux dents antérieures 
de chaque mâchoire sont plus longues que les autres. 
Deux lames composent chaque opercule. Indépendam- 
ment de la forme trilobée et de la surface très-étendue 
de la caudale, cette nageoire est recouverte à sa base 
et de chaque côté par trois ou quatre appendices 
presque membraneuses, semblables par leur forme à 
des écailles longues , larges et pointues, et qui flottent, 
pour ainsi dire, sur cette même base, à laquelle elles 



* Cheiliruis trilobatus. 

Labrus capîte gultato, caudâ trieuspidatâ, squamis membranaceis ad 
basiin imbricatis. Commerson, manuscrits déjà cités. 

T O M E I 1 ï. 68 



538 HISTOIRE NATUR EL L E; 

ne tiennent que par une petite portion de leur con- 
tour. La dorsale et l'anale se prolongent en pointe 
vers la caudale. Les deux lignes latérales sont très- 
droites : la supérieure règne depuis l'opercule jusque 
vers la fin de la dorsale; la seconde va depuis le point 
correspondant au milieu de la longueur de l'anale, 
jusqu'aux appendices de la nageoire de la queue; et 
chacune paroît composée de petites raies qui, par leur 
figure et leur position, imitent une suite de caractères 
chinois. Commerson a observé le trilobé, en 1769, dans 
la mer qui baigne les côtes de l'Isle de la Réunion, de 
celle de France, et de celle de Madagascar*. 

* g rayons aiguillonnés et 10 rayons articulés à la nageoire du dos. 
12 rayons à chacune des pectorales. 

6 rayons à chacune des thoracines. 

3 rayons aiguillonnés et 9 rayons articulés à l'anale. 
12 rayons à la nageoire de la queue. 



CENT SIXIÈME GENRE. 

LES CHEILQDIPTÈRES. 

la lèvre supérieure extensible; point de dents incisives, 
ni molaires; les opercules des branchies, dénués de 
piquons et de dentelure; deux nageoires dorsales. 



PREMIER SOUS-GENRE. 

La nageoire de la queue, fourchue, ou en croissant. 

ESPÈCES. CARACTÈRES. 

ISept rayons aiguillonnés et plus longs que la 
membrane , à la première nageoire du clos ; 
la caudale fourchue ; la mâchoire infé- 
rieure plus avancée que la supérieure; les 
opercules couverts d'écaillés semblables à 
v celles du dos. 

!Neuf rayons aiguillonnés à la première dor- 
sale, qui est arrondie; la caudale en crois- 
sant ; les deux mâchoires à peu près aussi 
longues l'une que l'autre; la seconde dor- 
sale, l'anale, la caudale et les thoracines 
dorées. 

3 Le cheilgdiptÈre ("Neuf rayons aiguillonnés à la première dor- 

RAY g J sale ; la caudale en croissant ; la mâchoire 

{Cheilodiplerus lincaius.) ) Prieure un peu plus avancée que la su- 

V. périeure ; les dents longues , crochues , et 



54< 



HISTOIRE 

ESPÈCES. 



3. Le cheilodiptère 

RAYÉ. 
( Cheilodipterus linealus.) 



4. Le cheilodiptère 

MAURICE. 

( Cheilodipterus Mauriiii.) 



NATURELLE 

CARACTÈRES. 

séparées l'une de l'autre; une bande trans- 
versale j large et courbe , auprès de la 
caudale ; huit raies longitudinales de 
chaque côté du corps. 
Neuf rayons aiguillonnés à la première na- 
geoire du dos; quatorze rayons à celle de 
l'anus; la caudale en croissant; la tête et 
les opercules dénués d'écaillés semblables 
à celles du dos ; la couleur générale argen- 
tée , sans bandes , sans raies et sans taches.. 



SECOND SOUS-GENRE. 



La nageoire de la queue, rectiligne, ou arrondie. 



ESPECES. 

5. Le CHEILODIPTÈRE 

CYANOPTÈRE. 

( Cheilodipterus cyanopte- 

rus.) 

6. LE CHEILODIPTÈRE 

BOOPS. 

(Cheilodipterus boops.) 

7. LE CHEILODIPTÈRE 

ACOUPA. 
( Cheilo dipterus a coupa . ) 



S. LE CHEILODIPTÈRE 

MACROLÉPIDOTE. 

( Cheilodipterus macrolepi- 

dolus.) 



CARACTERES. 
Neuf rayons aiguillonnés à la première na^ 
geoire du dos; les deux dorsales et la cau- 
dale bleues; la caudale rectiligne; la mâ- 
choire supérieure plus avancée que l'infé- 
rieure, qui est garnie d'un barbillon. 

Cinq rayons aiguillonnés à la première dor- 
sale ; les yeux très-gros ; la mâchoire infé- 
rieure plus avancée que la supérieure. 

/'Dix rayons aiguillonnés à la première dor- 
sale ; la caudale arrondie; la mâchoire in- 
férieure plus avancée que la supérieure ; 
plusieurs rangs de dents crochues et iné- 
gales ; plusieurs rayons de la seconde dor- 
sale terminés par des filamens. 

(Sept rayons aiguillonnés à la première na- 
geoire du dos ; la caudale arrondie ; la 
mâchoire inférieure un peu plus avancée 
que la supérieure 5 l'entre-deux des yeux. 



DES POISSONS. 



541 



ESPÈCES. CARACTERES. 

8. Le CHEilodiptÈre ( très-relevé; les opercules et la tête garnis 

MACROLÉpidote. d'écaillés de même figure que celles du, 

( ClwiLodipterus macrolepi- dos ; le corps et la queue revêtus de grandes 

doius.) v écailles. 

/Sept rayons aiguillonnés à la première na- 

9. Le CHEILODIPTERE S geoire du dos-; la caudale lancéolée ; les 

TACHETE. / mâchoires égales; de petites taches sur les 

{Cheiladipterus macidatus.)\ deux dorsales , la caudale, et la nageoire 

[ de l'anus. 



LE CHEILODIPTÈRE HEPTACANTHE ", 

LE CHEILODIPTÈRE CHRYSOPTÈRE% 

ET LE CHEILODIPTÈRE RAYÉ 3 . 



Le premier de ces trois cheilodîptères a été dessiné 
sous les jeux de Commerson, qui l'a vu dans le grand 
Océan équatorial. Nous lui avons donné le nom àliep- 
lacanthe\ pour indiquer les sept rajons aiguillonnés, 
forts et longs, que présente la première nageoire du 
dos, et à la suite desquels on apperçoit un huitième 
rayon très-petit. La seconde dorsale est un peu en 
forme de faux 5 . Nous n'avons pas besoin de faire 
observer que le nom générique cheilodiptère désigne 
la forme des lèvres, semblable à celle que présentent 



1 Cheilodipterus beptacanthus. 

2 Cheilodipterus chrysopterus. 

Cheloniger ex auro et avgenleo vîrgatus. Peintures sur vélin, d'après les 
dessins de Plumier. 

3 Chelodipterus liueatus. 

\ 'E7tt« signifie sept, et S.y.a.tâx piquant, épine, aiguillon. 

5 24 voyons à la seconde dorsale de l'hepiacanthe. 
3 3 rayons à l'anale. 
3 S rayons à la caudale. 



HISTOIRE NATURELLE. 

les lèvres des labres , et les deux nageoires que l'on 
voit sur le dos de l'heptacanthe et des autres poissons 
compris dans le genre que nous examinons. 

La seconde espèce de ce genre, celle que nous appe- 
lons le chrysoptère \ est encore inconnue des natura- 
listes, de même que l'heptacanthe, le rayé , le cva- 
noptère et l'acoupa. Cet osseux chrysoptère vit dans 
les eaux de l'Amérique méridionale, où Plumier Fa 
xlessiné. Ses couleurs sont très-belles. Indépendamment 
de celle qu'indique le tableau générique , il présente 
le ton et l'éclat de l'argent sur une très-grande partie 
de sa surface. Une nuance d'un noir rougeâtre ou 
violet est répandue sur le dos, sur les côtés, où elle 
forme, à la droite ainsi qu'à la gauche de l'animal, neuf 
grandes taches ou bandes transversales , un peu trian- 
gulaires et inégales, sur le premier rayon de l'anale, 
et sur le premier et le dernier rayon de la nageoire de 
la queue. Quatre raies longitudinales et dorées régnent 
d'ailleurs de chaque côté du chrysoptère , dont Fins 
brille comme une topaze 2 . 

Le rayé 3 , dont nous avons fait graver la figure 



1 xçvaoç veut dire or } et vrviyw nageoire. 

? 10 rayons à la seconde dorsale du chrysoptère» 



ii rayons à l'anale. 

3 10 rayons à la seconde dorsale dn rayé, 
8 rayons à chaque pectorale. 
12 rayons à l'anale. 
i5 rayons à la caudale. 



544 HISTOIRE NATURELLE. 

d'après un dessin trouvé dans les papiers de Com- 
merson , habite , comme Fheptacanthe, dans le grand 
Océan équatorial. Ses yeux sont gros, très-brillans , et 
entourés d'un cercle dont la nuance est très-éclatante. 






LE CHEILODIPTÈRE MAURICE' 



Nous rapportons au premier sous-genre des eheilo- 
diptères ce poisson, que Bloch a compris parmi les 
thoracins auxquels il a donné le nom de sciènes. Mais 
nous avons déjà vu les raisons d'après lesquelles nous 
avons dû adopter une distribution méthodique diffé- 
rente de celle de ce célèbre ichthyoîogiste. Cet habile 
naturaliste a décrit cette espèce d'après un dessin et 
un manuscrit du prince J. Maurice de Nassau -Siegen, 
qui, dans le commencement du dix-septième siècle, 
gouverna une partie du Brésil, et dont il a donné le 
nom à ce thoracia , pour rendre durable le témoi- 
gnage de la reconnoissance des hommes instruits 
envers un ami éclairé des sciences et des arts. Le chei- 
îodiptère maurice vit dans les eaux du Brésil, où il 
parvient à la grandeur de la perche. Sa ligne laté- 
rale est dorée^ ses nageoires présentent des teintes 
couleur d'or mêlées à des nuances bleuâtres ; et ce 
même bleu règne sur le dos du poisson \ 

s Cheilodipterus Mauritii. 

Guaru, au Brésil. 

Sciaena Mauritii. Bloch, pi. c,oj,fig. i. 

3 2 rayons aiguillonnés et i5 rayons articulés à la seconde dorsale. 
10 rayons à chacune des pectorales. 
I rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacune des tho'racines» 
3 rayons aiguillonnés et n rayons articulés à la nageoire de l'anus. 
17 rayons à celle de la queue. 

TOME 111. 69 



LE CHEltODIPTÈRE CYANOPTÈRE ", 

LE CHEILODIPTÈRE BOOPS% 

ET LE CHEILODIPTÈRE ACOUPA 3 . 



Le cyanoptère et l'acoupa n'ont pas encore été dé- 
crits. Nous faisons connoître le premier d'après un 
dessin de Plumier, et le second d'après un individu 
femelle qui m'a été adressé des environs de Cayemie 
par le citojen le Blond, que j'ai déjà eu occasion 
de citer avec gratitude dans cet ouvrage. Ces deux 
espèces vivent dans l'Amérique méridionale, ou dans 
la partie de l'Amérique comprise entre les tropiques. 
Quant au boops , il se trouve dans les eaux du Japon. Le 
nom spécifique de ce dernier, qui veut dire œil de h œuf, 



1 Cheilodipterus cyanopterus. 
Gry-gry. 

Gro-gro. 

Chromis, seu tembra aureo-cœrulea, linuris fuscis variegata. Peintures 
sur vélin d'après les dessins de Plumier. 

2 Cheilodipterus boops. \> 
Labrus boops. Linné, édition de Gmelin. 

Houttuyn, Mém. de Haarl. vol. XX, p. 3z6. 

Labre grand-œil. Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique, 

3 Cheilodipterus acoupa» 



HISTOIRE NATURELLE. 547 

désigne la grandeur du diamètre de ses jeux, qui , par 
une suite de leurs dimensions, sont très-rapprochés 
l'un de l'autre , et occupent presque la totalité de la 
partie supérieure de la tête. Ses opercules sont garnis 
d'écaillés semblables à celles du dos. Ceux de l'acoupa 
sont composés chacun de deux pièces. On compte une 
pièce de plus dans l'opercule du cyanoptère; et cette 
troisième pièce est échancrée du côté de la queue, 
assez profondément pour y présenter deux saillies ou 
prolongations, dont la supérieure a le bout un peu 
arrondi, et l'inférieure l'extrémité très-aiguë. L'acoupa 
montre une ligne latérale prolongée jusqu'à la fin de 
la nageoire caudale. La ligne latérale du cyanoptère 1 
divise d'une manière très -tranchée les couleurs de la 
partie supérieure de l'animal et celles de la partie 
inférieure 2 . Au-dessus de cette ligne, le cyanoptère est 



1 Ktiamoç signifie bleu, et cyanoptère désigne la couleur bleue des dorsales 
et de la caudale du poisson auquel nous avons cru devoir donner ce nom 
spécifique. 

3 i rayon aiguillonné et 18 rayons articulés à la seconde dorsale du 
cyanoptère. 
il ou 12 rayons à chacune des pectorales. 

i rayon aiguillonné et 6 rayons articulés à chacune des thoracsnes. 
12 rayons à la caudale. 

12 rayons à la seconde dorsale du boops. 
14 rayons à chacune des pectorales. 
1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacune des thoraciuea, 
11 rayons à l'anale. 
22 rayons à la caudale. 



548 HISTOIRE NATURELLE. 

varié de nuances dorées, vertes et ronges, disposées 
par bandes étroites, inégales, ondulées, et inclinées 
vers la caudale, tandis qu'au-dessous de cette même 
latérale on voit des bandes plus irrégulières, plus 
sinueuses , plus inclinées , et qui n'offrent guère que 
des teintes vertes et brunes. Au reste , les pectorales , 
les thoraçines et l'anale du cyanoptère réfléchissent 
l'éclat .de l'or. 



6 rayons à la membrane des branchies de l'acoupa. 

1 rayon aiguillonné et 18 rayons articulés à la seconde nageoire du 
dos. 
17 rayons à chacune des pectorales. 

1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacune des thoraçines, 

1 rayon aiguillonné et 7 rayons articulés à l'asale. 
20 rayons à la caudale. 



9*/ 






w- 



7>e ^e 2W , 



Marq ^d. Jle, 



ifcMfyj-ïi . 



LE CHEILODIPTËRE MACROLÉPIDOTE *, 

E T 
LE CHEILODIPTËRE TACHETÉ 1 . 



Le macrolépidote et le tacheté ont été décrits par 
Bioch. Le premier vit dans les Indes , suivant cet 
ichthyologiste. Les deux mâchoires de ce cheilodlptère 
sont hérissées de dents petites, aiguës et égales. Ses 
écailles sont grandes, mais unies et tendres. Sa couleur 
générale est d'un jaune doré avec six ou sept bandes 
transversales violettes. Les pectorales sont d'un jaune 
clair; les thoracines d'un rouge couleur de brique; les 
dorsales, l'anale, et la nageoire de la queue, jaunes 
dans la plus grande partie de leur surface, bleuâtres à 
leur base, et marquées de plusieurs rangs de taches 
petites, arrondies et brunes 3 . 
ii , ■ i i i ■ m i. . ,1,1 n i 

1 Cheiîodipterus macrolepidotus. 
Sciène à grandes écailles. Bloch, pi. 298. 

3 Cheiîodipterus maculatus. 

Sciesna maculata, umbre tachetée. Blochj pi. 299 -,fig. 2. 

3 10 rayons à la seconde dorsale du macrolépidote. 
i3 à chaque pectorale. 
6 à chaque thoracine. 

1 rayon aiguillonné et 10 rayons articulés à la nageoire, de l'anus^ 
18 rayons à la caudale.. 



5ûO HISTOIRE NATURELLE. 

Les taches que l'on voit sur la caudale , l'anale el- 
les . dorsales du cheilodiptère tacheté , sont d'une 
nuance plus foncée, mais d'ailleurs presque sem- 
blables à celles du macrolépidote , et disposées de 
même. Les nageoires du tacheté présentent aussi des 
couleurs générales de la même teinte que celles de ce 
dernier cheilodiptère : mais ses thoracines sont jaunes, 
et non pas rouges 3. et de plus, au lieu de bandes vio- 
lettes sur un fond d'un jaune doré , le corps et la queue 
offrent des taches brunes , grandes et irrégulières , 
placées sur un fond jaune. Le devant de la tête est, 
en outre, dénué d'écaillés semblables à celles du dos; 
la langue lisse et un peu libre ; et chaque mâchoire 
garnie de dents courtes, pointues, et séparées les unes 
des autres *. 



* 4 rayons à la membrane branchiale du tacheté. 
g rayons à la seconde nageoire du dos. 
12 rayons à chaque pectorale. 
1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine. 
i rayon aiguillonné et 7 rayons articulés à la nageoire de l'anus. 
i5 rayons à celle de la queue. 



CENT SEPTIÈME GENRE. 

LES OPHIGÉPHALES. 

Point de dents incisives ni molaires; les opercules des 
branchies dénués de piquans et de dentelure; une seule 
nageoire dorsale; la tête aplatie, arrondie par-devant, 
semblable à celle d'un serpent, et couverte cV écailles 
polygones, plus grandes que celles du dos, et disposées 
à peu près comme celles que Ton voit sur la tête de la 
plupart des couleuvres; tous les rayons des nageoires 
articulés, 

ESPÈCES. CARACTERES. 

1. L'OPHICEPH AIE (_ _ " . i- , 

S 1 rente-un rayons a la nageoire du dos: tout 

XARRXJWEY. <.. J P. ? 

," 7 . 7 7 7 ■> I le corps parsemé de points noirs. 

[Ophicepnalus karrwwey.) \ l *■ * 

2, L'ophicÉphale wrahl. )Q aarante - trois ra y ons à Ia nageoîre dorsale j 

{Ophicephalus -wrahl ) \ Un § rand n ? mbre de bandes étroites > trans ' 
l versales et irrégulières. 



L'OPHICÉPHALE KARRUWEY 1 , 



E T 



L'OPHICEPHALE WRAHL\ 



Le naturaliste Bloch a fait connoître le premier ce 
genre de poissons , qui mérite l'attention des physi- 
ciens et par ses formes et par ses habitudes. Indépen- 
damment de la conformation particulière de leur tête, 
que nous venons de décrire dans le tableau générique, 
et qui leur a fait donner par Bloch le nom tfophicé- 
phale, lequel veut dire tête de serpent 3 , les osseux 
compris dans cette petite famille sont remarquables 
par la forme des écailles qui recouvrent leurs oper- 
cules, leur corps et leur queue. Ces écailles , au lieu 
d'être ou lisses , ou rayonnées , ou relevées par une 
arête, sont parsemées , dans la portion de leur surface 
qui est. découverte, de petits grains ou de petites élé- 
vations arrondies qui les rendent rudes au toucher. 



1 Ophicephalus karruwey. 
Qphicephalus punctatus. Bloch, pi. 358. 

a Ophicephaîus strialus. Bloch, pi. 809. 

3 "of*s signifie serpent; et xsjfaM, tête. 



HISTOIRE NATURELLE. 553 

Les eaux des rivières et des îacs de la côte de Coro- 
mandel, et particulièrement du Tranquebar, nour- 
rissent ces animaux ; ils s'y tiennent dans la vase , et 
ils peuvent même s'enfoncer dans le limon d'autant 
plus profondément, que la pièce postérieure de cha- 
cun de leurs opercules est garnie intérieurement 
d'une sorte de lame osseuse , perpendiculaire à ce 
même opercule , et qui , en se rapprochant de la lame 
opposée, ne laisse pas de passage à la bourbe ou terre 
délayée , et ne s'oppose pas cependant à l'entrée de 
l'eau nécessaire à la respiration de l'ophicéphale. Le 
côté concave des arcs des branchies est d'ailleurs garni 
d'un grand nombre de petites élévations hérissées de 
pointes, et qui contribuent à arrêter le limon que 
l'eau entraîneroit dans la cavité branchiale , lorsque 
l'animal soulève ses opercules pour faire arriver au- 
près de ses organes respiratoires le fluide sans lequel 
il cesseroit de vivre. 

On ne compte encore que deux espèces d'ophicé- 
phalesile kàrruwey, auquel nous avons conservé le nom 
que lui donnent les Tamules; et le wrahl, auquel nous 
avons cru devoir laisser la dénomination employée par 
les Malais pour le désigner. Le premier de ces ophicé- 
phales a l'ouverture de la bouche médiocre , les deux 
mâchoires aussi longues lune que l'autre et garnies de 
dents petites et pointues, le palais rude, la gangue 
lisse , l'orifice branchial assez large , la membrane 
branchiale cachée sous l'opercule, le ventre court, la 

TOME 111. 70 



554 HISTOIRE NATURELLE 

ligne latérale droite, le corps et la queue alongés, la 
caudale arrondie, la couleur générale d'un blanc sale , 
l'extrémité des nageoires noire, et presque toute la 
surface parsemée de points noirs *. C'est un de ces 
poissons que l'on trouve dans les rivières de la partie 
orientale de la presqu'isle de l'Inde, et particulière- 
ment du Kaiveri , lorsque, vers le commencement de 
l'été et dans la saison des pluies, les eaux découlant 
abondamment des montagnes de Gâte , les fleuves 
et les lacs sont gonflés , et les campagnes arrosées 
ou inondées. Il présente communément une longueur 
de deux ou trois décimètres, est recherché à cause de 
la salubrité et du bon goût de sa chair, se nourrit de 
racines d'algue , et fraie dans les lacs vers la fin du 
printemps , ou le milieu de l'été. Le missionnaire John 
avoit envojé des renseignemens sur cette espèce à son 
ami Bloch , en lui faisant parvenir aussi un individu 
de l'espèce du wrahi. 

Ce second ophïcéphale a sa partie supérieure d'un 
verd noirâtre, sa partie inférieure d'un jaune blan- 
châtre, et ses bandes transversales jaunes et brunes. Il 
parvient quelquefois à la longueur de douze ou treize 
décimètres. Sa chair est agréable et saine; et comme 

* A la membrane branchiale du karruwey, 5 rayons, 
à chacune de ses pectorales 16 

à chaque thoracine 6 

à i'anale 22 

à la nageoire de la queue 14 



DES POISSONS. 555 

il se tient le plus souvent dans la vase , on ne cherche 
pas à le prendre avec des filets, mais avec des bires 
ou paniers d'osier , ronds , hauts de six ou sept déci- 
mètres, larges vers le bas de quarante-cinq ou cin- 
quante centimètres, plus étroits vers le haut, et ouverts 
dans leur partie supérieure. On enfonce ces paniers 
en différens endroits plus ou moins limoneux j on 
sonde, pour ainsi dire; et le mouvement du poisson 
avertit de sa présence dans la bire le pêcheur atten- 
tif, qui s'empresse de passer son bras par l'orifice su- 
périeur du panier, et de saisir l'ophicéphale *. 

* A la membrane branchiale du wrahl, S rayons» 
à chaque pectorale 17 

à chaque thoracine 6 

à la nageoire de l'anus 26 

à la caudale, qui est arrondie , 17 



CENT HUITIÈME GENRE. 

LES HOLOGYMNOSES. 

Toute la surface de T animal dénuée d'écaillés facile- 
ment visibles ; la queue représentant deux cônes tron- 
qués, appliqués le sommet de Tun contre le sommet de 
Vautre, et inégaux en longueur; la caudale très-courte ; 
chaque tho racine composée d'un ou plusieurs rayons 
mous et réunis ou enveloppés de manière à imiter un 
barbillon charnu. 



ESPECE. 



L'hologymnose fascé. 
( Jîologymnosus fasciatus .) 



CARACTERES. 

i Dix-huit rayons à la nageoire du dos , qui est 
longue et basse 5 quatorze bandes trans- 
versales , étroites, régulières et inégales, 
et trois raies très-courtes et longitudinales, 
de chaque côté de la queue. 



L'HOLOGYMNOSE FASCÉ'. 



Aucun auteur n'a encore parlé de ce genre dont le 
nom hologymnose ( entièrement nucT) désigne l'un de 
ses principaux caractères distinctifs, son dénuement de 
toute écaille facilement visible. Nous ne comptons 
encore dans ce genre particulier qu'une espèce , dont 
nous avons fait graver la figure d'après un dessin de 
Commerson , et que nous avons nommée ïhologymnose 
fascé, à cause du grand nombre de ses bandes trans- 
versales. La forme de sa queue , qui va en s élargissant 
à une certaine distance de la nageoire caudale, est 
très-remarquable , ainsi que la brièveté de cette cau- 
dale ; qui est presque reetiligne. Les deux mâchoires 
sont à peu près égales et garnies de dents petites et 
aiguës. La dernière pièce de chaque opercule se ter- 
mine par une prolongation un peu arrondie à son 
extrémité. L'anale est moins longue, mais aussi étroite 
que la dorsale. Cette dernière offre, avam chacun des 
dix derniers rajons qui la composent, une tache sin- 
gulière qui, en imitant un petit segment de cercle dont 
la corde s'appuieroit sur le dos du poisson, présente une 
couleur vive ou très-claire , et montre dans sa partie 



1 Hologyranosus fasciatus. 

t (5Vî veut dire entier y et yvpw; signifie nud,> 



558 HISTOIRE NATURELLE. 

supérieure une première bordure foncée , et une 
seconde bordure plus foncée encore. Les quatorze 
bandes que l'on voit sur chaque côté de la queue, 
n'aboutissent ni au bord supérieur ni au bord infé- 
rieur du poisson. Les trois raies qui les suivent ne 
touchent pas non plus à la caudale. On distingue une 
raie étroite et quelques taches irréguliëres sur l'anale, 
et d'autres taches nuageuses paroissent sur la tête et 
sur les opercules *. L'hologjmnose fascé vit dans le 
grand Océan équatorial. Nous ignorons quelles sont les 
qualités de sa chair. 



* 16 rayons à l'anale. 
10 à la caudale. 



IN DU TOME TROISIEME, 



DE L'IMPRIMERIE DE PLASSAN, 



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SMITHSONIAN INSTITUTION LIBRARIES 



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v. 3 Histoire naturelle des poissons / 



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