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Full text of "Jouin - Proces contre les Jesuites, 1761"

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Google 



t 



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yzy. 



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P ROC ES 

CONTRE LES 

J E S U I TES 

POUR SERVIR DE SUITE' 

^ AUX "'/"■' 

CAUSES CELEBRES, 



NOUVELLE EDITION. ^ 

ffiêlâ ~~o J • 
A UGMENT É E., A . _. «,C\ 



A DOUAI. 

MDCCLXL 



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MôenbM, 






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L' '.) 



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P. RE F ACE. 

SI un Corps Religieux , recom- 
mrandable par fa régularité, vient 
à fè relâcher de fa première ferveur; 
ii'il s'y introduit des abus, des défor- 
dres & des fcandalesj on doit fans 
doute s'en affliger & gémir devant 
Dieu de ces triftes fuites de la fragili- 
té humaine^ mais ce feroit une grande 
injufticc d'en prendre occafion de pu- 
blier des écrits, pour rendre odieuk 
POrdre entier & pour lui faire perdre 
Peftimc publique qu'il s'eft légitime- 
ment acquife. La Sainteté de l'Infti- 
tut, la vertu éminente des premiers 
Religieux, lès grands fervices que 
POrdre a rendu à PEglifc , l'édifica- 
tion qtie les fidèles en ont reçue tic 
àoitclût jamais être oubliée. D'ailleurs 
ïï cft rare que le trial fe cohfomtàe 
entièrement,; Ôt qu'il devienne fi ge'- 
iWrâl, qtt'ôrt î dôiVe le regarder com- 
ôié fans remède. Dieu s'y referve 
; prefqftc toujours tu) certain nombre 
de fervitéiits animés de l'efprit de 
Plftftitut & fidèles obfcrvatéurs delà 
Iftldgïe, dont lés ftiAts exemples peu^ 
ytnt toucher îétsifr Frères > & faire 
* % ren- 



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iy P RE FA OE.y r - 

rentrer dans le devoir ceux qui s*eti 
font écartés. Enfin TEglife peut >pa* 
fon autorité , établir une bonne, ré^ 
forme , ramener les .Religieux, àljji 
pratique de leur Règle $c rctabliç 
TOrdre dans fon ancien luftre. } 

Nous voudrions de : tout notrç 
cœur pouvoir faire le même raifqn* 
jiemcnt en faveur des jéfuitesy Mais 
Tes traits qui les caraéjtçrifent 6c qui 
les diftinguent de tous les autre ( s f Rç«? 
JigieuXy nous obligent malgré nous 
d'en faire un- tout contraire. >; -; 

Eft- il bien vrai que leur Inftit;#ç 
fôit faint? L'artifice en eft l'ame^jSç 
il eft aifé de s'en convaincre par Ja 
le&ure de leurs Conftitutions. llsqnç 
caufe plus de maux à l'Eglife que nç 
lui en ont jamais fait les anciens 3ç 
les nouveaux hérétiques ,& ils ne. lui 
ont rendu aucun ieryice 5 à moins 

2u'on ne veuille .Içjjr, tenir compte 
'un grand: nombre de Coajfefleurs & 
de Martyrs qu'ils ont fait, par leurs 
perfecutions. Enfin l'autorité de PËr 
glife eft invpuiflante pour les refpi> 
mer 5 pluficurs Papes l'ayant entre- 
pris n'ont pu y réuffir, & les trift^s 



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PREF A C E. *? 

fçcncs qu'ils viennent de donner dans 
le Portugal ne prouvent que trop 
que de fait ils font irreformables. 

Nous ofons même aflurer, fi Ton 
peut s'exprimer ainfi, qu'ils le (ont 
de droit $ &c que, fi on prend ici le 
mot de reforme dans le fensjju'il dpit 
avoir Se non dans celui que lui don- 
nent les Militaires , la reforme des 
Jéfuites dft aufli impoflîble qu'un 
cercle quarré, & que l'idée de les 
reformer eft une pure chimère. 
c En effet rçformer un Ordre , n'eft 
autre chofe que corriger les abus qui 
s'y font introduits parle laps de tems> 
qu'y rétablir l'ancienne difeiplinç 
qui étoit bonne-, qu'en rappeller les 
Religieux à la vertu & à la Sainte- 
teté de leurs Pères, Or tout cela ne' 
peut avoir lféu à l'égard des Jéfuites* 
Les abus qui régnent chez eux ne 
font pas des accidens (urvenus à leur 
Société, ils en font Vejfence & font 
nés avec elle. La Difcipline n'a 
tooint varié chez eux 6c les premiers 
Jéfuites n'étôient pas meilleurs que 
ceux d'à prefént. 

Leur Société ^ K lorfqu'elle parut 
*• } * 5 dans 



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M PREFACE, 

dans le monde , fut un Phénomène 
quijctta la frayeur dans tout l'Uni-» 
vers Chrétien. MelchiorCanus, cé«* 
lebre Dominicain , Evêque des Ca- 
naries & Tune des plqs grandes lu- 
mières dé l'Eglife d'Efpagne , 1^ 
voyant naître, en fut fi allarmé qu'il 
crut que la fin du monde appror 
choit, & que l'Antechrift viendroiç 
bientôt, puifque {es Précurfeurs & fes 
Çmiffaires (c'eft ainfi qu'il appelloit 
les Jéfuites) commençoient déjà à 
paroître. Il ne ceflbit de publier, 
non feulement dans fes conven- 
tions, mais encore dans (es fermons 
& dans fes leçons publiques, qu'il 
voyoit en eux tous les caraéteres que 
l'Apôtre attribue aux Sectateurs di 
VAntechrift-j &que cette Société cau- 
feroit à PEglife des maux fans nom- 
bre. Turrien un de fes amis s'étanç 
fait Jefuite, le conjura inftammenç 
de ne plus s'élever de «la forte con- 
tre fa Société , lui repréfentanç que, 
fi elle étoit telle qu'il la croyoit, le 
Souverain Pontife ne l'auroit pas ap- 
prouvée Se ne lui aurpit pas accordé 
tant de Privilèges j mais uhç telle 

con- 



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PREFAC E.* vit 

confîdcration ne fat pas capable de 
faire changer de fermaient fie de 
conduite à ce grand, homme * de U 
ne repondit autre chofe à foft ami^ 
dont il deploroît rengagement* li- 
non qu'il fe mymt' obligé en Cônfciene* 
if avertir Us peuples^ comme il faifoit % 
afin qu'ils ne fe hiffaffent pas fetfafrè. ; 

Georges Brown, Archevêque de 
Dublin en Irlande, eut à la naitfance 
de la Société les mêmes allarmes 8c 
il en porta le même Jugement. lien 
parlait fouvent à fon Peuple v pour 
le precautionner contre la fédtt#i<m 
de ces faux Prophètes; f < k c 

Nous croyons devoir ^ pour l'utilité 
de nos leâeurs, rapporter mot à mot, 
ce qu'il en dit dans un Sermon qu'il 
prononça en iff8. & que Warœus 
nous a confervé dans fort Hiftouse 
d'Irlande. „ Il y à une nouvelle Fret* 
y) ternité qui s'eft formée depuis peu*: 
„ lane Société d'hommes qui fontap- 
3, pelles Je fuites r <jui fedu iront la mu^ 
^ titudeSc qui' feront animés de l ? ef- 
„ prit dea Scribes & des Phariôcn*: 
„ iU tâcheront d'abolir la vérité en 
„ viendront pre&fue à bout. Gés fortes 
# 4 » dc 



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wm PRET AXE." 

'*> de gens fe tournent ei* plu fieûrs for* 
„ mes i Car avec les Paycns ils feront 
5 , Payent, Juifs avec les Juifs , Athées 
^, avec les Athées , réformateurs avec 
,, les réformateuf s y & cela dans la vite 
3, de connoître vos intentions, vos 
j, defleins, vos coeurs, vos inclina^ 
5 , tions , & de vous engager enfin à 
„ devenir ferabl^bles à l'infcnfé,qui 
3, dit dans fon ccçur: // n'y a point de 
3, Dieu. Ces gens feront répandus 
3, dans toute la terre. Us feront ad* 
„ mis dans les Confiais des Princes 
„ qui n'en feront pas plus fages. 

„ Ils les enchanteront jufqu'au 
,, point de les engager à leur revdcr 
3, Jeyrs çceurs & leurs fecrets les plus 
3, cachés, fans cependant s'en apper* 
3, cevoir. C'eft ce qui leur arrivera 
3, pour avoir abandonné la loi de 
3, Dieu & fon Evangile, par leur 
3, négligence à l'accomplir, & par 
3, leur connivence aux péchés des 
5 , Peuples. ; ,. 

„ Néanmoins Dieu, à la fin , poijr 
„ juftifier fa loi, retranchera prom* 
3, tement cette Société, même par 
i, les niains de ceux qui l'auront lç 



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P.îtEF Â.C E. T ix* 

,$ plus favori fé &qui fé feront fervis 
,, d'elle. Ce fera airifi qu'à la fin* 
„ ils deviendront odieux à toutes 
,, les Nations. Ils feront de pire con- 
,y dition que les Juifs ; ils n'auront 
3, point de place fixe fur la terre ; . 
33 £s? alors un Juif [aura plus de crédit 
„ qu'un Jéfuite. 

Quatre ans auparavant cette pre* 
di&ion de Georges Brown , la Facul- 
té de Théologie de Paris, alors fl y 
célèbre & que l'on regardoît comme 
le Concile perpétuel de PEglife Gal- 
licane 3 en avoit fait une qui ne mérite 
pas moins que la précédente de pas* 
fer pour une vraie Prophétie. Con- 
fultée par le Parlement fur les Bulles 
d'établiflement que la Société avoit 
obtenues, après avoir mûrement exa- 
miné pendant plufieurs mois cette 
importante affaire, & s'être affem- 
blée par quatre différentes fois, elle 
donna fon avis le premier jour du 
ipois de Décembre l'an iff4- dans^ 
lequel elle déclare que cette Société, 
qui recevoit fi licentieufement &f indiffe* 
remment dans (on fe\n toutes fortes de 
fujets 9 quelque Criminels , Illégitimes , 
* f & 



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* PR E F À C E. 

l§ Infâmes qu'ils fujfent . . . lui pa*. 
rçiffbit danger eufe en ce qui regarde la 
fpii propre à troubler la Paix de TE" 
glife) à renverfer îétat monaftique & 
née pour détruire plutôt que pour édi- 
fier {a). 

Six ans après ce celcbrc Jugement 
de la Faculté de Théologie de Paris, 
c'eft-à-dire en if<So« on découvrit à 
Vcnifc que ces Religieux abufoient 
du Confcflional , Se qu'ils y appre- 
noient par les femmes des principaux 
Sénateurs ce qui Ce paflbit de plus 
fecret dans le Confeil de la Republi- 
que. Jean Trevifani, qui en ctoit Pa- 
triarche , ayant vérifié ce fait par lui- 
même, 6c en ayant découvert beau- 
coup d'autres d'une conféquence en- 
core plus dangereufe, prédit que les 
Vénitiens fe repentiroient de les a- 
voir reçus dans leurs Etats j que ces 

Reli- 

(a) Haec nova Socictas . . . tam licenter & 
fine deleélu quaslibet perfonas quantumlibet fa- 
anorofas Illégitimes w infâmes admittens . . . 
videtur in negotio fideî periculofa , paris Eccle- 
fiae perturbativa , Monafticae Religionis $verfi- 
va & magis m deftrttftiMtm quam in aedifica- 
tiontm. ■ . 



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ÎREFACfi. *t 

Religieux «n feroient un jour chaf- 
fés* & nouant la main fur les faims 
Evangiles , il jura iblemnellement 
qu'il arriveroit de grands malheurs à 
la République , fi l'on n'ajoutoit 
pas fqi à çc qu'il difoit. 

En if 64, la cupidité de ces Re- 
ligieux lçur faifant employer toutes 
fortes d'intrigues , pour obtenir de 
Pic IV. par Pcntremifc du Cardi- 
nal Sabelli, la conduite du Scmi- 
minaire de Rome; un Saint Evé- 
quç fç mit à la tête du Clergé Ro- 
main, pour s'y oppofer; & repan- 
dit parmi les Cardinaux & dans tou- 
te la Ville de Rome deux Mémoi- 
res, dans lefquels , après un long 
détail des maux que ces Religieux 
avoient déjà fait à l'Eglife^des trou- 
bles 8c des divifions qui regnoient 
parmi eux, furtout en Efpagne, & 
des differens crimes qu'ils avoient 
commis, il ne craignit pas do con- 
clure, malgré les Bulles approba* 
tives de cette Société ^ que ecttç 
Compagnie était une $efte imaginé* 
6? fwméà>p*r h Dem$n pour achever 
de ftodro FEgtife* £c que çc mal- 
heur 



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mi- PRÉFACÉ., , 

heur ctoit inévitable, fi on leur laif- 
foit l'éducation de ceux mêmes que 
Ton deftinoit à en être la lumière 
& le foutien. 

Dans. le même tems que ce Saint 
Evêque caraderifoit ainfi la Socié- 
té à Rome , les Curés de Paris, 
animes du même zèle, s'oppofoient 
à l'établiflement de leurs Collèges 
en France., Le motif fur lequel ils 
fondoient leur oppofition , étoit j 
que rinftitut des Jêfuites tendant à U 
ruine &? au boukverfement de l'Ordre 
hiérarchique , & ces Pères ayant été 
rejettes comme Religieux $ on dc- 
voit encore, à plus forte raifon, 
ne^pas fouffrir qu'ils euflent des Col- 
lèges, parce qu'on ne doit point en- 
tretenir de Pépinières d'une chofe 
qu'on a rejettée comme mauvaife. 

La même année Etienne Pafquier, 
célèbre Avocat au Parlement de 
Paris, & depuis Avocat Général de 
la Chambre des Comptes, dans fon 
plaidoyé pour PUniverfité contre 
les Jéfuites, démontra le vice de 
leur Inftitut, les aceufa de feduire 
la Jeunefe % de mpditer. des fiditjons 



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PREFACE xm 

y des remîtes , & clç faire de leur 
Collège une pépinière d'Ennemis du 
Roi) tout prêts à fe rçvolter lorf* 
que Toccafion s'en prefenteroit , fiç 
concluant que la Société non feule- 
lement ne de voit point être aggre* 
gée à rUnivcrfité, mais qu'elle de* 
voit être bannie 5c exterminée de 
la France : il termina fan platdoyé 
par ces paroles remarquables. 
v „ Vous voyez y Meflîeûrs, tout 
„ çelajt $c le voyant, vous le tôle* 
5 , rcz. Vous, ferez auffi quelque 
yy jour les premiers }ugcs de, votre 
f , condamnation quand parle moyen 
„ de votre connivence 5 vous verrez 
„ le$ malheurs qui en adviendront 
„ non feulement à h* France * mais 
„ à toute la Chrétientés *. ; 

» QP e fi toutes ces remontrant 
„ ces nç vous émeuvent ^nous appeU 
3, lon$ 9 ponr conclusion de notre pkri* 
„ doyei;, Dieu à témoin* que nous 
„ n'avons failli à notre dévoir , afin 
yy que fi les • choies prennent autre 
5 , trait qu'à point,- pour le moins la 
» Pofterité connoiflè , que ce ficelé 



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Kir PREfAC E. 

\ y tt $ a été depourvtt d'hommes $ Icù 
ir quel» ont de longue main & comme 
$, d'une échaugudtte , preVti la ttni* 
n phe future. 

* Les bornes d'afte Préfacé ne rtdui 
permettent pas de rapporter tous les 
m o nu mens qui dépofettt contre les 
premiers Jéfuitês* Il faudroit pour 
cela des Volumes entier* , quand faê- 
me nous nous bortteriortt à n'en don* 
mer que de fi m pie* extraits. Il nous 
foffit de dire qae de toutes les Vil* 
les, foit celles où ils fé font intro* 
doits, foit celles où ils ont tenté 
inutilement de s'intrèduird , ert Piton* 
ce, en Efpagne, en Italie, & dans 
tout TU ni vers ^ il n'éri eft prefqiïc 
aucune qui ne feifr ait marqué ht 
plus grande cppofîtion, qui ri'ait al* 
lègue les motife te* pHs graves pour 
les refufer, àc qtri iT*it pféVvt les 
malheurs àôrtr'éUééfoit tftenâcée fi 
elle les recevoîc. S*H eàtëtë que* 
ftion d'admettre la C<ïtnp$gt\ic de 
Cartouche, & ftori uta Goflegc ou 
une matfbn de J éfàftefc , oW rf'auf oit 
pas témoigné plus* drivétGàit. 
; Ce n'etoit pas l'effet d'une ter- 
reur 



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PREFACE. r jfc. 

rcar panique qui fc fut emparé des 
cfprits. Les évenemens n'ont que 
trop juftifié combien les craintes 
qu'on avbit , étoient fondées. Toutes 
les finiftres prédi&îons auxquelles 
les premiers Jéfuites donnèrent Heu, 
fe font accomplies à la Lettre & 
arec tant d'cxa&itude , qu'on eft 
tenté de croire que la Société elle- 
même s'eft étudiée à les vérifier 5 Ôc 
<ju*àmefure quelles fe prononçoient, 
elles les écrivoit dans fes tablettes 
pour en faire fan Agenda. 

Par tout où les } efoites fe répan- 
dirent (& où n'ont ris par pénétré?) 
on n*entendit que des murmures & dey 
plaintes contre eux. Les Ordres Mo- 
naftiqués & les Religieux gémirent 
de ce que ces Pères leur enlcvoieat 
leurs Monoftéres 7 feurs Prieurés, 
leurs Abbayes : les Eglifes Cate* 
drales, de ce qu'ils îes privaient àA 
leurs Dîxmes & dcïéirrs revenus .i 
fes Umverihésy^csfctro^ 
formoient contre feurs droits Scieurs 
Privilèges : les Théologiens , du ren- 
terfement qu'ils feifoient du J>ogme, 
de la Morale SC âc ht Diïcipline: tes 

Mis- 



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^î ;PREFA C Ë. 

,^ifîïonaires, les Vicaires & les L4- 
jjats Apoftoliques, de leur trafic in- 
fâme, de leurs Idolâtries* 4cs ou- 
vrages qu'ils leurs faifoient 6c des peç- 
Jfecutions qu'ils leur fufeitoient: les 
Evêques, du mépris qu'ils iaifoient 
'de leur autorité, de leur cara&ere 
jSç de leur jurifdidionr, lesEglifes 
Rentières & nationales, telles que cel- 
les, d'Angleterre & des Provinces Ci- 
mes, des ravages qu'ils y faifoient, 
!des diflenfions 8c des fchismes, qu'il? 
y fufeitoient : les Papes , de leyr t dçs- 
pbéiflance aux Conftiiutions ^ppfto- 
liques, Se de leur mépris pour les 
deçifîons du St. Siège : les Familles, 
jdes Teftamçns, qu'ils, çjxtqrquoient 
& des fucceffions dont iisfrjiftroieat 
les héritiers légitimes: ,les Villes* 
du trouble & de la difearefe qu'ils re* 
j>andoient parmi les Citoyens ; les 
Republiques & les Royaume* , dç 
leurs trahifons, de- Jeurs confpira^ 
fions* & de leurs attentats .çoptre. U 
yie cies Souverains: les Iférétiquesi 
âe leurs rapines, de leur cruauré 
& de leur fureur : les Idolâtres, dç 
leurs ufures, de leurs ex çcp^-dç^ 



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P RE FACE, xvn 

Jeurs abominations ; l'Univers en- 
tier r . de leur orgueil, de leur ava- 
rice, de leur ambition, de leur auit- 
.çifme j de leurs intrigues , de leurs 
: monopoles , . de leurs banqueroutes 
-de leurs larcins , de leurs fraudes , 
*Jç leurs fourberies * de leurs calom- 
joies & de leurs? vengeances. 

Tant de crimes ne furent pas tou- 
jours impunis > mais les châcimcns 
que les Jéfuites éprouvèrent, loin de 
les rendre meilleurs, ne contribuèrent 
qu'à les endurcir. En plufieûrs lifeux 
ils furent excommuniés par les Evé- 
ques j en d'autres, comme eh Fran- 
ce & en Angleterre , le crime de Le- 
fce-Majcftc en conduifit plufîeurs au 
Gibet &; fur i'EchafFaut* dans un 
-grand nombre -d'autres ils forent 
ionteufement expulfés & bannis. 
• -.En if 88. ils forent chartes de 
^Tranfiivanie & . de Hongrie , pour 
Jy avoir. voulu introduire l'Inquifition 
& pour leur conduite turbulente & 

m .En if9f f te-Paitemènt de Paris lès 
-hanjik à perpctmté-du Royaume;, 

; /.; • ** COm- 



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mm rREFACK 

iomme corrupteurs di la Jeuneffe <> pffc 
Suriateurs du refus puUic & ennemiï du 
Moi fc? de rEtat. r 

• En I601. ils forent chaiTés d'Aflh 
glctcrrc^ pour avoir confpiré contre 
la Reine Elifabeth, pour avoir des- 
bauebé fes Sujets & Ici avoir portés 
par leurs écrits & par leurs cabales 

* fe révolter contre elle. 

' En irfofé la République de Venf- 
fe les expulfade tes Etats, pur tant 
de démérites ^ ainfi qu'elle le déclara 
à l'Ambafladeur d'Henry IV. que s'il 
tut 'été queflioes finftruire le précis de 
tentés Ut plaintes qui avment été pré/en- 
tées neutre eux au Sénat: il y auroit m 
de quoi employer tous les Tribunaux de 
Fentfeunm entier^ & comme cet Ant- 
bafladeur follicitoit leur rétablifie- 
ment de la part dtjr Roi fon maître 5 
il reçut du Sénat cette reponfe , que 
la République aimoit mieux la pierre * la 
pefte è? tous les autrts fléaux de Tire de 
Dieu, que les J4fid$4Sv ~ 

En 1606. ils furent chaffés <te 

■ Daàt*% & de Théonî 5 pour leur 

ambition^ kur atttfiçt % leur pea^- 

chant 



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PR E/FjVC E.: x« 

dbant à l'emparer 4u bien d'autftrî 
ce pour avoir ôaufé les plut graadr 
troubles. 

Ea itfi&r Ils furent çbaffés du 
Royaume de Bohême , & l'année fut- 
vante du Marquifat de Moravie & 
de la Duché de SiUûe r comme &'en- 
richiflant aux dépens de la Républi- 
que, comme ne voulant porter au- 
cune charge & contribution , com- 
me perturbateurs de la paix 6c fol- 
licitcurs d'Aflaffins pour tuer lct 
Rors. 

En iSxt. les Etats Génitaux dea 
Provinces Unies les bannirent à per~ 
pétuité dc$ ItyVbas, fote peine de; 
cent livres de Gros pour la première* 
fpis, fous peine d'&tre fouettés .pu- 
bliquement pour la féconde 9 6c pour 
la troificme, d'être févérement efcâr 
tiéa par corps comme perturbateur 
du repos public * pm avoir commis 
tm&firtte M twbifins , peur mmr firfj 
le; $*fam du drvok qiïik dtivmt à lm?$ > 
j£*cfyriSi ($ le* ftmm* du ievm qtitl* 
les dmm* à km ntmis, 

. Ea t44$- U» Chevaliers de M*\r 

tbe ta çJWTcrem & feu* Uk* wm 

* # z feu- 



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{fetiiMflétit à caufe dfe l'abomtoatroi? 
driâfôïe de leur Père Caffiaïta^mais* 
encore plus à caufe de leur avarice* 
inhumaine. Dans le tèms d'àné : af% 
freufe famine v non feulement ils ïc- 
fuferent d'àffifter 'tarit de mHejjabler 
viétimes de la fa$nr$ mais cheorey* 
pour vendre leiïr Méd : plus cher,* 
lorfqûe l'extrémité férbit plus gràrr* ; 
de, ils le cachèrent Se* firent enten- ; 
dre *aû Grand Maître 'que ^ faute de 
pain, ils avoicit paffle un jour en- 
tier fans manger, quoiqu'ils euflent 
du bled en fi grrittde (fuantîté, 1 qu'a-, 
près leur exptflfion on en nourrie 
tous ks habitans de Tlfle pendant - 
plu fleurs mois. ; -' 

- En vbilà fans doute plus qu'il n'en 
faut pour connbîtrfc le caraâ:ere i des 
anttetil Jéfuitei. Sèroit-ii fâ&e de 
les donner pôu*^ modèles ^lifxijé- 
fuites d'à prcfëïit, [en fe propoferit ' 
de le# réformer* éc de rétablir l'an- 
cienne^ difciplitVe dé la Société ?* 
D'ailleurs peut-ôn les aceufer d'a- 
voir dçgéneré^- & de ne pas -mar- 
cher ' fitfelctaent fur les tràde* de 
leurs Anciens? Il n'y a que trente' 

*' - ;i - '" ans* 



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F R E F A Ç 3. )xxi 

^os, que dans leurs infelente^ rer 
morurances à M. de Caylq$ Evêqué 
d'Auxerrç, ils^ifp^nt à çe r Prélat 
fans équivoque & Tans reftijî&ipnf 
mentalçs \ J Efprit iqvi anima : Uspr&r 
tniers x Je fuit es vit } encore cbe& pous* 
Rendons leur juftiee , croyons-ijes 
quand ils parlent fincerement v & dir 
ions leur : Jicut patres vejki ita & ms* 
k &k> , jquand ils fce fe rendroient 
pas çjLi;x-mcmes ce témoignage,, reci 
ppup-iqns nou$ douter en voy^iat ce 
quhfç' pafle de nos jours? Les Jé- 
fùitcs ne Tont>il$^ pas la guerre à 1^ 
Religiçii Chrçtiennp dans )e$ I^ivrgs 
de iwf s P^res tf^pym & ^erruyef 
quUijR .défendent, qut'its pr^^gent 
^ qu'ils mettenç à couvert f agfapi 
qu'il* peuvent , 3 dç$ Centres é 7 
pifpç^ales par l^ujs^ intrigues?. Lq 
fGhi^Pe affreux qui a defolç i'Eglife 
de Francç & que/ la fagefle & 1 jau- 
jorité du Roi jointe à celle de jleux 
Papes ont à peine pu éteindre y ji'efb- 
il pa$ leur ouvrage-? Et pour ne rjea 
dire de l'attentat exécrable du Scç* 
Jerat Damiens , n?9nt ils pajjétçjes 
Principaux Chefs ^ de la Conspiration 
-. u ** 3 "con* 



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ttti IRÊgACl. 

raiwe la petfortfte ïacrée da Roi <fê 
Portugal? N'ont~iU pus été fm>- 
lerits , denattrttïliœs «c fchfefles de 
*0tts les Royaumes & Domines dé 
SâMajeftcTrès-Rdele, comme trd± 
fres, vrais ennemis &? aggrtffèars . '. ; 
•ak fa royale Per forme ^ de fis Eiots^ de 
la paix* pubtique de fes Royaumes i3 
Seigneuries^ & du Uen commun de fâ 
fidèes Sujets? Enfin plusieurs des plus 
coupables de cette horrible confpi* 
ration ne font-ils pas encore dans le* 
priions où ils n'attendent que lcfop* 
plfce qu'ils ont mérité. 

La Société eft donc éffemtreîlement 
ïnauvaîfc & lès constitutions vitieu- 
fes 5 elle eft irréformafole parce qu'on 
ne réforme pas ce qui n f a jamais eu 
de forme ou ce qui n'en a point 
changé. Elle èft à preFent ce qu'elle 
étoit en 1574. ati jugement dti Sfrînt 
Evéque Italien dont nous aVoni £ar- 
lé 5 Vite pefte imaginée £? formée par fè 
DwÉmfour acheva de perdre PEgftfe 5 
fi rEgliïe elle-métae ne la perd . O 
porftntum in terras nltmas drpvrtandum f 
Après tout ce Jjiie nous venons de 
dite, on doit être convaincu que ce 

n'eft 



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PlEf A :ci,i xror 

fTcft biclTcr ni U jufticc ni la cbaii* 
té que de publier des Ecrits pouf» 
fitirc çotmoître ks Jéfuitcs: maisquer 
c'eft au contraire un devoir, quand 
étv le peut*- paifque c'eft une maxi- 
me généralement avouée, même par 
fete Jéfuites , qu'il cft~ de i'interér 
public que les mechans foient coo-' 
nus s intwcfi Reipublic* tagmfci tnakj. 
Depuis letemsquon écrit contre eux 
ils devraient l'être i et fi «ai peut di- 
te efl un. fans -qu'ils le font trtf^ on 
peut «lire en tin autre fcns. qu'il ne le 
font p*s *jpfr*. L'cffîaiticl eifc de ne 
rien «dire à leur charge qui ne foit 
Vrai : <5àr à Dieu ne pU3fc : que nous 
obfcrvions la maxime de leurs Cafui^ 
ftes , qù**étt peut «oU^tir ion ennemi 
par -des calomnies, & «ju'oo peut im* 
pofer dfe firax crimes aux Hérétiques 
pour les perdre. Nousjavons cette; 
maxime^ horreur. D'ailleurs les Jé- 
faites f^ 'font point -nos^ ennemis? 
nous chériffdns€ttcéreiûcnt leurs per-* 
formes " mais nous déteiloM leur mion 
qui en fiiit imî Corps & tine Société j 
8c nous ne croyons pus pouvoir leur 
rien foubaiter de plus avantageux 
** 4 que 



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xxiv: P1EFAC E.J 

2ùc leur 'féparatiori Se k diflblutipttr 
e leur Sociétés C'eft la feule refor-? 
me qui leur convienne & qui puifle 
lfcur être falutairc. * ■.< ■ 

G'efl: dans la vue d'y contribuer, çfi, 
les faifant : connaître , quenous pu- 
blions ce Recueil de Pr^èr pour la: 
troifiéme fois?, on s'y eft; boroé à \m ; 
petit nombre de faits dont, les Tri-, 
banaux ont retenti , & choi fis entre 
une infini*© d'autres. Il nteft pas, 
pofliblc de tout dire. Nou* nou% 
propofons de foire CQH&oîtr$ v ]* So-r 
cicté, & non de faire f% çonfqjjîw gé-\ 
virale. Elle ne pourroîp $He*tipêmc : 
la faire, fi Dieu lui faifoitiagrftC^ 
de fe convertir. ., .? • , 

i Ce Recueil de caufes parut pour la : 
première fois à Brefl: U y a dix ans* 
L'accueirquelui fit le public. cpç- r 
puifa fur le champ l'éditio^. ,. . 

Il en parut une féconde .JédifioB à 
Çaris il y a un an, qui fut f#reille-t 
ment enlevée. Soit empreflemeflt pourî 
connoîtrd les Jéfiiites, foie défît de lc^ 
joindre aux Volumes des /*###$ cék; 
bres de M:, Pjtaval ; on en dç(nand« 
encore de tous côtés/ £,eL Public* 
^ aura 



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# tC Ê $ Â G E. xx* 

Hùra de quoi fe f&ti* faire par cem 
troifiéme édition dont il ne nou* 
refte plus qu'à rièQdrecbhîpte. > 

Nous tié nous étfoirs- d'abord pro- 
pofé que de donner ce* Recueil tel 
qu'il avoit paru. > J;-3 
; Quelques peifofifte&P fuyant foup- 
çonaé qû'iiy avoir datte l'affaire de 
la Dame de Vianen Contre les Jéfui- 
tes de Bruxelles, quelques défauts 
d'exa&itude dans leinarrè descircon- 
ftances, nous avions pris le pafçidc 
la retrancher, & nous avions fini l'im- 
preffion de ce Volume par l'affaire 
des Jéfuites de Brcft , ainfi qu'on 
peut le voir à la page *<So. où on 
trouvera ce mot, Fin, Néanmoins 
d'autres perfonnes fômeojïntque tout 
cft exaéfc dans le narre > nous nous 
fommes informés auprès des perfon- 
nes qui font au fait dcitoiute cette af- 
faire, & elles nous ont certifié que 
tout y êft exactement -çrai 5 C'eft ce 
qui noçs % engagé k l'ajouter* 
* Plufiqurs perfonnes défirant de fc 
procurer la Relation de l'affaire de 
de Monfieur l'Evéque de Luçon 
avec les Jéfuites de fon Séminai- 
re * 



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«**t PREPAQK 

ce i nous avons cru pouvoir la joîodiMt 
& la fuite des caufes cdêbret. L'affaire 
de Saint Dominguc nous a paru 
mériter d'y avoir fa place* Enfin 
feau* y avons joint une Relation aa** 
cienne qui eft extrêmement rare* 
Ceft celle des mouvemens inutiles 
que les Jéfuitci fe font donnés jpour 
s'introduire à Bayonnc maigre les 
habitans de cette Ville * avec la fuite 
de cette même Relation qui n'avoit 
point encore été imprimée, Qn trou* 
vera dans la première Relation beau- 
coup de fautes contre la pureté de 1* 
langue s mais nous n'avons ofé les 
corriger par égard à fon *utemici- 
té. La iWondc étant plus moderne 
eft beaucoup mieux écrite^ Ces deux 
dernières pièces auraient dû commen- 
cer le Recueil , comme les plus an- 
ciennes* mais nous* ne les avons re- 
çues qu'après rimpreffion de la> Re- 
lation de Luçon. C'eft un petit in- 
convénient que nous n f avons pu évi- 
ter, Se auquel les leâeurs peuvent 
tifément remédier* 



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HI S TOT RE 

DVAMBROÎSE GUYS. 

^^^^Mbroift Gùys étoit d'Apt en 
4* a *# Provence^ Son père Vappell oit 
4» p •& Pierre Guys i & fa mère Delphi- 
*<**•* ne Efcoffier. U étoit né le 13; 
Novembre 1613; Ses parens Renvoyèrent 
à Marfeille, où il fe ,fit recevoir Maître 
Patiffier, & s'y mark le 16, Avril 1640. 
avec Anne Roux. Il en.eût deux.fiBes, 
l'une nommée Theîèfe, née & Baptifée 
en la Earoifie des Accoules le 30. Décem- 
bre }6+i. & l'autre nommée Catherine née 
(k Baptifée le u. Janvier 1647. ~ 
« Celle-ci eft inforte fille dans l^Hôpital 
générai dû St. Efprit de Marfeille le 29/ 
Oélôbre 1712. ■' .*-j :'. .; 

' Therèfe a été mariée à Jeam- Baptifte 
Jourdan, maitre Corroyeur à Marfcille en 
l'année 1661. De ce mariage font nés 
François Jourdan le 3 t. Juillet. 1662. & 
Françoife Jourdan le 2. Février 1667. Jean-! 
Baptifle Jourdatl leur père eft mort le 23; 
Septembre 1698. & Therèfe Guys leur me-, 
re* le 2. Décembre 1706. 
-Françoife Jourdan leur fille, & petite 
fille d'AmbroifeGuys, a été mariée à Es- 
prit Bérengef le 4. Juin 1 714. lequel eft mort 
à Rennes en Bretagne d'une fluxion de poi- 
trine dans le mois de Novembre à la pouf- 
faite 4u gr#nd procès dont il va être parlé. 
A On 



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S H I S T O î HL É 

On a cru pour la fatisfaétion du public * 
devoir rapporter ici cet état généalogique 
d'une famille affez obfcure par elle-mê* 
ine, mais que les Jéluites ont rendue à ja- 
mais célèbre. 

Ambroife Guys qui étoit demeuré veuf * 
quitta en 1661. après le mariage de fa fil- 
le Tberèfe, Ton pays pour aller avec ce 
Î|ui lui reiloit d'effets , négocier dans les 
fies Françoifes; mais il fixa fon établiffe- 
ment dans le Brefil , où il s'attacha pen- 
dant quarante ans à la recherche de la 
poudre d'or & y amafla des ricbeffes im* 
menfes. 

Après ce tems, comme il fe trouvoit 
riche 9 infirme , & âgé de 89. ans, il eut 
envie de revoir fa patrie .& la famille. U 
s'embarqua fur le vaiffeau le Phelippeaux* 
commandé par Mr. Beauchêne, fur le* 

Ïuel il fit charger tous fes effet qui con* 
ftoient *n plus de dix -neuf cens mille 
livres en or, une fomme confidérable en 
argent , huit coffres pleins de pierreries , 
. & quantité d'autres marchandées précieu- 
fes aVec lefquelles il aborda le 6. Août 
1701. à la rade de la Rochelle. 

Comme fon deffein étoit d'aller à Pa- 
ris , pour y négocier fes effets , & delà 
s'en retourner en Provence, il s'embar- 
qua fur un petit bâtiment qui alloit au Ha- 
vre de Grâce; mais les vents contraires 
obligèrent le Maitre de ce bâtiment de re- 
lâcher à Breft. 
Ambroife Guys étoit malade , & com- 
me 



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îyAtfônotsfc G il* s. % 

me il avoit de la peine à fe foutënir* il 
fut conduit 9 appuyé fur deux perfonnes 
du vaiffeau, chez le nommé Guimar, au- 
bergifte fur le quai 4e Recouvrante* où 
fes effets furent auffl tranfpoités. 

U n'y fut pas plutôt arrivé , qu'il fentit 
tout fon mal, & fe voyant en danger 9 
H crut devoir mettre ordre aux affaires de 
ia confcience. Comme depuis 4a ans 
qu'il étoit dans les Mes, il ne cdnnoHToit 
plus d'autre forte de Prêtres que les Jéfui» 
tes , il envoya chez ceux de Breft, pout 
Recevoir d'eux les fecours fpirituels dont 
il avoit befoin. D'ailleurs il avoit des let- 
tres à leur remettre de la part de lettfB 
Confrères du pays d'où il venoifc 

On lui dépêcha le P. Chauvel, Proeu* 
teur de la maifon, homme ailette & ex* 
ipert. Celui-ci n'eut pas plutôt connu ce 
que valoit Ambroife Guys * tant par faxon* 
•fefiion , que par les lettres qu'il avoit ap- 
pâtées des Iîles, qu'il jugeaxju'ii y avoit 
là un excellent coup à faire. Il en forma 
le deffein, introwit in tum Satanas, & fon- 
gea à l'exécuter. 

Cependant Ambroîfe Guys voulut faire 
fon teftament, flcpria le P. Chauvel de lui 
faire venir un Notaire avec Le jibmbre de 
témoins requis pour la validité de Paéte. 
Ce Père dont une pareille propofltion dé- 
rangeoit un peu les projets, parut d'a- 
bord embarraffé } mais revenu à lui 9 il dit 
au malade qu'il louoit fon deffein, & qu'il 
alloit être ûtitfait. 

A * II 



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$ H i s t a ;i R fe 

! Il vient conter fon avanture à fes Con- 
frères. On tient confeil. & l'affaire mi- 
fe eu délibération, il ell décidé qu'on ne 
çeut fagement , dans la fituation où font 
encore les chofes, s'oppofer aux defirs 
du malade. On vit donc arriver le P. Chau- 
vi avec fon Notaire & quatre témoins. 
Àmbroife Guys di<9:e fon teilament, & 

C>là découvre tout le prix de fes effets, 
teftament figné & revêtu en apparen- 
ce c|e toutes fes formalités, eft emporté 
chez les; Jéfuites mêmes ; car ce prétendu 
Notaire étoit leur Jardinier déguifé en No- 
taire, & les témoins, quatre de ces Pcrcs 
traveftis en Bourgeois. 

Après cette expédition le P. Chauvel ne 
•fongéia , plus qu'à confommer fon œuvre 
d'iniquité. Il aborde, fon péniteht , & 
lui ouvre fon cœur en lui difant, qu'il 
reffent une peine très-vive de voir un-hom- 
me de fa forte dans une raiférable Auber- 
ge i confondu avec des çhartiers, des ma* 
telots & des gens de rien. Pour le dégoû- 
ter encore davantage d'un pareil féjour , & 
lui faire même naître le de#r d'en fortir 
ail plutôt , il lui fait envifager que, s'il 
plaifoît à JQieu de le retirer de ce mon- 
de, le fermier du Domaine ne manque- 
roit pas dé faifir & de confisquer fes ef- 
féts par droit d'aubaine, comme étant ré- 
puté étranger à caufe de fa longue ab* 
fence. Pour remédier à de tels inconvé* 
î}iens-,il lui offre obligeamment leur mai- 
fon 9 où il l'affure que lui & fes tréfors fe- 
; ront 



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D' A! m b b o i s e Gru y; s; s 

font les bien reçus : que ceux- ci^ feroient 
à Fabri de toute infulte, & que pour f* 
perfonne ils en prendroient foin commç 
de la chofe du monde qui leurétoit la plus 
€here: que tous les fecours fpirituels & 
corporels lui feroient abondamment admi- 
niftrés, puisque c'étoit chez eux qu'étoit 
la fource des uns & des autres. 

11 n'en falloit pas tant pour perfuader 
un homme qui arrivoitd'un pays oùlesjé- 
fiiitès font adorés. Le troifieme jour après 
fon arrivée fur le foir, on le vit fortir dç 
chez Guimar foutenu par deux hommes , 
& accompagné du P. Chauvel & d'un au- 
tre Jéfuite qui le conduifirpnt dans une 
chaloupe à Aa cale du paffage qui eft vis- 
à-vis la maifon où demeuroit cet aubergis- 
te. On vit fortir avec lui un grand cof- 
fre qrçi paroiffoit d'une p£fanteur extraor- 
dinaire, porté par-fix portefaix, auffi bien 
?[ue plufieurs autre? coffres & coffrets qui 
urent mis dans la même chaloupe pour 
être conduits à la cale de la Corderie 
neuve qui eft vis-à-vis la Maifon des Jé^ 
fuites. 

La chaloupe arrivée en cet endroit, on 
fait mettre pied à terre au malade, on de- 
barque fes coffres. Le P. Chauvel tire de 
fa poche une pièce de 18. fols qu'il don- 
na au Batelier pour le paffage de toutes 
ces perfonnes & de tous ces coffres, & 
delà tout fut tranfporté par terre chez les 
kons Pères; Ça) Le 

"■ (<0 **c Sieur Guçrin dont on y* pailct «-après', 

A3* da ** 



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Le lendemain toutes les perfonnes dir 
♦oifinage vinrent demander à la femme 
de Gnimar qui étoit donc cet homme qui 
paroiffoit être fi riche par le coffre fi pe- 
fant. & tous les autres coffres qu on a- 
voit vu arriver avec lui , & transférer auffi 
avec lui chez les P. P. Jéfmtes. Elle ré, 
«ondit que c'étoitun Provençal , quis ap- 
ïelloit Ambroife Guys; qu'il n'étoit pas 
Sonnant qu'il fût fi riche , IWj T 
avoit 30. ou 40. ans qu'il demeuroit dan» 

ïeS Gefparticularités font tirées de queU 
ques pièces qui nous ont été commun* 

a*ns une lettte qu'a écrit a un de fe* amis de Paris « 
«date du ,1. Juiltar i 7 t7- marque qu-.l vent da. 
toit une wnfeience avec un Cletc de proeureur; qu* 
« cSc lui » dit que le P. Chauvel , après arotr at- 
îLé 'héritage d'imbroife Guys à Btei , fe tendu 
-fcle tenu aptes à Nantes où il fut fart une efpe. 
ÏTd'inven»ire ? des dits Effets desquels les Jefuite*. 
' &NantesT chargèrent; que lui Cletc v avou «a- 
veillé a écrite pendant quinre jours pendant lesquels 

W ^J^^ATi^'^ «ois, il lui 

à,?. S? Bereetet Ancien Avocat au Parlement vins 

 e , %ri'»>antWet 8e me dit qu'il avoit été long, 

" EL Tcot du *.oi a Bteft, qu'il m'y avoitvûran, 

" iluS le confuJte.de quelle manière 'llespout- 
,, à lut P°.%^ Ildre . <]u > e ii e î i u i avoieat confeffé tout 
" Kft^l^U >eltavoi,confeillédedire fimple- 
** me^lef choVes comme elles «toient , ne voulant 
" ™, Et fdetenfeur d'un feit fi noii. ll|me dit e». 
" ?ui«e qu'« avoit comw.ifi.nce de plufieu.. petfo^ 
• " nés V. favoient tout le myftere, & que fi m» 
" vouloit le faite dépolei hù-meme , fa depofitio.* 
", fwoittt*s-bpn«e, ?tc." 



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D'Ambroise Gutfs. 

quées , & entr'autres de la déclaration 
ibus fignature privée d'Alexis Hanneton 
de St. Hubert Sculpteur àBreft, gui der 
meuroit à côté de Guimar, & qui avoit 
tout vu de fes yeux , & de celle parde- 
vant Notaire , d'Alain le Roy , Batelier à 
Breft qui avec le nommé Jan Golias fou 
compagnon avoit tranfporté dans fa cha- 
loupe Ambroife Guys & fes effets de la 
cale de Recouvrance à celle de la Corde? 
rie neuve. , 

Après que les Téfuites fe virent en pos* 
feffion de la perfonne d 9 Ambroife Guys 
& de fes richeffes , il leur vint un feru- 
pule. Ils penferent que le Teftateur 9 
quoique malade & fort âgé 9 pouvoit né- 
anmoins fans miracle revenir en fanté 9 do-» 
mander des nouvelles de fon Teftament, 
s'informer du nom & de la demeure du 
Notaire qui en avoit la minute} enfin tou* 
loir fortir, & continuer fa route avec fes 
effets. Tout cela pouvoit & devoit ar- 
river, en cas de convalefcence. Ces peu* 
fées n'étoient point à méprifer. Adieu 
donc les fecours fpirituels & temporels 
promis. On ne fongea plus qu'aux mo- 
yens de fe mettre l'efpnt en repos de ce 
côté -là. Je ne fai lequel on choifit, je 
le lailTe à deviner au ledteur j mais ce qui 
arriva , c'eft que quelles jours après fon 
entrée chez les bons Pères 9 le bruit fe 
fépandit par la ville que ? Etranger fi riebt 
qu'on avoit vu tranfporter dans la maifon 
4cs Jéfuites , y étoit mort. 

A4 La 



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} .H x s T o r £ £ ' 

Le Sieur Roignant r Reâeur, c'efl-à* 
dire , Curé de la Paroiffe de St. Louis 9 
qui apprit cette nouvelle & qui ne regar* 
doit pas déjà de boa œil les P. J?. Jéfui- 
tes à caufe de l'union qu'ils vouloient fai* 
re alors de cette Eglife au teminaire 
Royal de la marine dont ils étoient Di- 
recteurs, leur fit demander le corps pour 
l'inhumer j mais ces bons Pères qui crair 
gnoient peut-être qu'on n'en fit l'ouvet* 
ture , & qu'on n'y trouvât quelques tra- 
ces peu édifiantes de leur hofpitalité, re- 
fuferent d'abord de le remettre : mai* 
après une fommatioft à eux faite de la part 
du Curé, ils fe rendirent & expoferentle 
cadavre à leur porte , lequel fut enlevé 
par le Curé & fon Clergé , & inhumé à 
l'hôpital de St. Louis. Heureufement il 
ne fut point ouvert. Car qui l'auroit fait 
ouvrir? 11 n'avoit ni parens ni ami$ dans 
la ville } il n'y étoit pas même connu.: 
Ainfi tout fe paffa tranquillement à cet é- 
gafd , & les allâmes des bons Pères fu- 
rent vaines. - 

U eft d^ufage dans les villes maritimes , 
quand un étranger vient à y décéder ,7 
d'envoyer dans tous les ports de mer des 
affiches, pour avertir ceux qui ont droit 
à fa fucceffion, & ces affichés fe réitèrent 
ordinairement trois fois. Les Maires & 
Echevins de la ville de Breft envoyèrent 
donc en trois différens téms de pareilles: 
affiches d^ns tous les ports de France ; 
mais celle* qui furent . envoyées, à Marr. 
• l v :. - feitte, 



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fiille , où étoit la famille d'Ambroife 
Guys, furent toutes les fois enlevées par 
les foins dès Jéfuites de cette ville , quel- 
ques moméns après qu'elles furent appo- 
sées ; & par cet artifice ceux de Breft réus-. 
firent à cacher pendant près de quinze 
ans le fort d'Ambroife Guys à fa famille. " 

Enfin Françoife Jourdan que fa mère 
TberèfeGuys avoit instituée fon unique* 
héritière à l'exclufion de fon fils François" 
Jourdan (0), & Wi pour cette raifon' 
compofoit alors en quelque forte toute fa> 
famille, l'apprit premièrement par quel-; 
ques perfpnnes qui étoient revenues des: 
lfles , & en fuite par ceux mêmes qui en» 
étoient revenus avec lui fur le vaiifcau de: 
Mr. Beauchêne. t 

Une Damé qui alloit un jour faire tri- 
fite à Madame TAbbeffe de St. SauveuK 
(&), lui ayant dit de venir avec elle^ 
voir Madame l'Abbeffe, elle y alla 9 & 
fa préfence ayant donné occafion de par- 
ler de fon affaire. Madame l'Abbeffe fur- 1 
prife d'entendre de fi étranges chofes, 
envoya chercher par une fœur Tourne-' 
re le P. Rigor qui n'étoient point incon-< 
nu à Françoife Jourdan, parce qu'il avoif- 
été le Directeur de fa tante Catherine 
Guys. f 

Après 

(a) Tar fon dernier Teftament reçu par Lue Bouit 
Notaire?. Marfeille le 13. O&obre 1700. 

(b) Cette AbbefiTe s'appelJoit Madame de Véneron. 
Elle étoit de Carpe nt ras, feeur de Mr. le D«c deCt- 
littouflè. 

A 5 



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1$ . H x « # o r m: « 

i Après dTaumilians reproches qu'il eut £ 
cffuyer de la part de Madame TAbbefle * 
mais qui ne l'humilièrent pas, il avoua le 
fait, & dit entr'autres chofes à Françoife 
Jourdan que fi elle & fou mari vouloient 
retirer & lui remettre les pièces qui é- 
toient entre les mains du Sieur Guéria 
Prêtre , à qui ils avoient donné charge de 
s'en informer à Breft , il (e faifoit fort de 
leur taire donner cent cinquante mille li- 
vres; que fi tu contraire ils perfiftoient 
dans cette pourfuite , ils y échoueraient 
indubitablement , parce qu'il étoit de ma- 
xime chez eux de nier un dépôt jufqu'à ce 
ju'il fût prouvé, par la raifon, ajouta- 1- 
iî , qu'il eft contre la nature de fe détrui- 
re foi-même. 

Cette propofition fit ouvrir les yeux à 
Françoife Jourdan ; mais elle ne fut point 
tentée de l'accepter. Elle lui dit au con- 
traire que fi elle étoit afieg fote pour lui 
remettre fes papiers , il fe tropberoit , 
(c'eft à-dire , fe moqueroit) d'elle après, 
EUe alla trouver ehfuite Mr. Nérac,Com- 
imlTaire de la marine, à qui elle raconta 
J'aventure du parloir des Religieufes de 
St. Sauveur. Je crois bien , lui dit-U, qu'il 
pourroit y avoir quelque chofe de ce que 
vous dites. J'en ai entendu parler. Reve- 
nez un tel jour , à ijne telle heure , & nç 
dites mot. J'enverrai chercher le P. Rigor, 
nous verrons ce qu'il nous dira. 

Françoife Jourdan fe trouva au jauf (<0 

(«j Cirait le 15, DéCt^bxe 1715, 

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îd'Ambb/o isè Boy* Yf 

i 

êc à l'heure marqués chezMr. Nérac avec 
ftra Mari & le Sieur Guérin. Le P, Rigor 
qui n'étoit point prévenu de te que lui 
vouloit Mr. Nérac, arriva un moment aprè*, 
& fe trouva un peu furpris de voir cette 
compagpie. On mit l'affaire fur le tapis. 
Le Père, après avoir beaucoup varié fur 
les faits, en découvrit un qui jufqu'alors 
avoit été ignoré. Il dit „ que c'étoit lu| 
„ qui étoit la caufe du retour d'Ambrorfé 
„ Guys ; que fur l'ouverture que lui avojt 
„ faite Catherine Guys fa pénitente queî 
5 , fa famille étoit fort en peine de ce qu'il 
„ pouvoit être devenu , n'ayant aucunes 
;, de fes nouvelles, & ayant au contraire 
„ été affurée qu'il n'étoit dans aucune Iflé, 
„ ni dans aucun Continent du gouverne- 
„ ment de France , il avoit entrepris , par 
„ la correfpondance qu'en la qualité de 
5 , fupérieur des Millions des Mes il avoit 
„ avec les P. P. Jéfuites Efpagnols&Por- 
, 9 tugais , d'avoir de fes nouvelles , &; 
39 qu'ayant appris qu'il étoit dansleBrcfil j 
„ il lui avoit- écrit pour lui donner des 
„ nouvelles de l'état de fa famille ; que 
,, pour l'engager davantage fc revenir , il 
,) lui avoit mandé que ft fille- Catherine! 
3 < étoit à l'aumône ". Il ajouta de plus * , : 
*> que s'il étoit befoin , il «©uveroit enco- 
3j re le brouillon de fa lettre ; que quant 
9} à fes biens , on ne devpit point tant s'en 
** Canner ; qu'on en trouveroit un inven- 
v taire à Breft, & qu'on pourroit en «ef- 
„ pérer une entière fttisfaâion , pourvu 

«t qu'on 



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59 qu'op, n'en fit aucun bruit à la Cour t 
„ parce que ce bruit eqgageroit néceffai- 
j*. rferaen]t (a) •(* compagnie à nier le dépOt 
a> lion prouvé. 

Mr. Nérac fut fi étonné; d'entendre cet 
horrible diicôurs, qu'il ne. put s'empêcher, 
4e dire au Je fuite : Fous Êtes tous de grands 
voleurs , & vous tout h premier, , mon Père l 
Si vous aviez, affaire à moi ^je vous ferais voir 
(rien du Pays. 

On voit bipn que le bon P. Rigor ne 
s'étoit pas concerté avec fes confrères a-: 
Vant de venir chez Mr. Nérac. Ces aveux 
partoient de l'abondance du cœur, mais 
ils n'étoient pas dirigés par la prudence. 
11 comprenoit que fa Compagnie devoit; 
en bonne régie avoir la plus grofl'e part de 
la fucceflion d'Ambrpife Guys , mais il ne 
îavoit pas qu'elle vouloit fe l'approprier 
toute entière, & que pour y réuffir, i^ 
falloit commencer, continuer ,& finir par 
la dénégation. Il eft vrai qu'il n'qfFroit plus 
les cinquante mille écus , mais ce qu'il dit 
en préfence dç tyf j:.' Nérac étoit du moins 
équivallent. Cet officier confeillaàBéren- 
ger de fe trapfporter à Breft & lui promit 
de l'aider de tout fon crédit ; mais il mou- 
rut malbeureufement quatre mois après 
dans un voyage qu'il £t £ Pari$ (£). 

•■•■;. s.- Bé- 

(*) %\ faut que le roi foit de l'eflence d'un Jéfuite^ 
puifque ces Pères doivent le commettre néçefïàiremenr. 

(b, Quelques peifonnes ontpenfé que cette mort 
f voit été une fuit; tfe la pro^efle faitç à ^cïçngeç. 



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* Bërengèr partit donc pour Breft, & y 
arriva vers le milieu de Tannée 1716. avét 
le Sieur Guérirt Prêtre-Prieur de la So»- 
cie lez-Maffeitte , homme intelligent & qui 
ivoit une parfaite iconndiffance de ^toutt 
l'affaire, H- y apprit par là vo& publique 
L'arrivée dfAàtorôife' Guys & Ton tratifparè 
chez les^jéftiter, a*ee «lie iparfle deiFdiV 
conftance s. Rapportées plus hatft. H ail* 
trouver le P. le Blanc valons RfeAeurde^l 
Maifomits jét&itfcs ilè B*eft^Uiki4fca*ec 
beaucoup' -de douceur & tt^e- feinte cor** 
dialité ,que cet tie affaire ffifcite 4uAi vraies 
n'étant >pomt>du tems de fi)fli*eâorat , il 
n'en avoit! aucune 30tftioiif$&cè & te con- 
gédia. Il allia enfuite - <?t*fc 4* aomiaë, li 
Vigne f BeauJpem de Guimar Àiïbergiftej 
qui lui dit eri bomme fifflë p& loi» Jéfùîws>4 
que l'on s^toitatcoffifeôflé^ de cette lu» 
Ceffion *vec k f ertnieF du Dmnàifte , à C*uî 
fc du difcik depdeshêrotioé *&(uis au Rofc 'j 
faute d'héritiers d'Ambroife Guys. • ' -> 
Béfétfgcr q[tfi vit -bien par ces deux ré- 
ponfes qu^îl tfvoit frappera de^ porte s de 
fer , prit îé puai dfe f^'lnftenrer^ iod 
pas contre -les jéfuitèr âéfôes , à cauft 
de la terreur que des perfonnes plus au 
fait que lui, des noirceurs Jéiùitiques lui 
àvoient fait concevoir dé ce Corps redôur 
table, mais contre Guimar & ion Beau* 
père. ; ? 

Ilpréfënte fa Requête lé n. Août au£ 
juges de Breil , pour avoir permiffion d'in- 
former & de faire public des rçofcitoirés 

darit 



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dans les Eglifes de St. Louis & des Sept* 
Saints de la ville de Breft. £n conféquen- 
-ce de cette requête, il y eut deux infor 1 - 
ïnations, la première, le 14. Août, là fer 
conde le 19* du, même mois., Bérengef 
tpprit par les déportions des témoins tout 
it détail du débarquement : d'Arabroife 
Çitf£s chez Guimar ,de fou teftament reçu 
par le Jardinier des Jéfuites & de fon trauf* 
|K*rt chez c#s Pères. '_ 

-j .Ceua^ci, qui -virent bieû que l'orage qui 
fe formoit , 4eyoit & alloit retomber fur 
p&x 9 6>n©ferefttf^ Je conjurer^ Ils firent 
difparoître un grand nombre dès témoins 
i force d'argent » intimidèrent les autres $ 
«gaeçent les Juges (^),& firent menacer 
Bérenger & j&Sieur Guérin qu'ils appel» 
Joient reftes ^ gtûere$» d^ les faire poi-5 
$o*rder , agatfegagge^ du tem3^ en at* 
tendant que kvirs machines fulTent prêtes 
pour fmp^endre à la Cour des Lettres de 
cachet. 

JSérenger qui vit un fi grand changement 
itns fçs affaires v pria le Sieur Guérin d'al- 
1er à la Cour porter fes plaintes à Mr. la 
Chancelier (é) contre des Parties fous qui 

!".«. -'! • . tOUt 

(a) Le Juge » par exemple , ne voulut point enten- 
dre les témoins, il 7 commit an nommé Sence Clerc 
«la Greffe qui jectrypir île contraire de ce que les té* 
moins dépofoienr. C'eft ce que la Dame Salande, une 
${es témoins, aafluté aux Sieurs Guérin & Bécenger. 
--■'(*) Mr. Dagufeflèktt^Ci-devant Procureur Général du 
Parlement de £axis f raie Chancelier le 2. Février 1717» 



nuit 



à la place de Mr.. yoifîn mort fubitement en loupant, 
le Cuiiïnier de Mr. Voifta. s'abfema pendant toute lai 

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tout fléchiflbît, & qui fe croyaient tout 
permis £oùr Pécrafer. Ce Magiftrat dont 
la réputation alors étoit encore tout entia. . 
*e, fuipris du moins en Carence d'en- 
tendre de$ faits ii inouïs, & néanmoins fi 
bien circonftaneiés , écrivit aux officiers de 
fireft,potoen être informé par toi-même* 
& par. tfer^ùyes auxlffceites Bérenger , 
Partie plaignante^ n'eut aucune part. Les 
jéftûtes qui forent âuffi-tôt Informés des 
ordres envoyés par M* . le dhMieelier for 
les lieux $& qui en ctaignoîetft lès fuites, 
lui éerivfrefft itrôis àiflfcrentfcfc lettres dont 
Ja fubfterce étoft, que véritablement Am* 
broift Guysmoitété chez eux; que c'étoïtk 
JP. Cbamclfeia* bommttèS-dêrëgU 9 qui ?â* 
'voit introduit àans leur idàifon contre leur 
fèntimni , & fUerf ayant tu aucune part Ô 
xttte mùuvaifc cùùduitè de leur Procureur, 
leur condition étant telle par leur inftitot + 
qu'ils doivent une obiiffcincè aveugle à leur 
fupirieur & à toutes perfonnes pripofétipaï 

s -*'■' ■■• leur 

«tuit qqi fumt ce foupér , & dht tfè lendemain qall 
l'avoic paflee à courir le bal» n&ha/ppaà Air, dcFrcae.i 
eh appréciant <îette rhort t de dUe en préfence de Mlle. 
d'Allé ville , Gouvernante #irne ï>Me. de condition ♦, 
amie de Jtlle^Daguiflèau , de tfttroa tient cette .anec- 
dote ; Mon ftre a été bUnJtrvi. Ceux qui partiront 
di-là , ne feront plus furpris.de rëribrme diiFérejiçf 
qu'on a démarquée entre Mr. Dffg^etièfra Procureur- Gé** 
aérai f «&^r. : fcjgueflèau Chancelier: ri n'a .pas chô». 
j:c, mais il a cefle de fe déguifer. C'eft ce qui fit dire 
de îui dans une certaine occafion,à Mr. le Régent qui 
connoiûoit bien fou monde ; *fe viens <li démafautr 
un Tartufe * > 



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kar Général y fans pouvoir leur tn demwt* 
jder raifon 9 topt, ce qu'ils avoient pu faire 9 
.mxdt été de tranfiger avec P héritier d*Anh 
. iroife Guys peut une bonne fomme t dont il étcdt 
\ç<mfmt>s â? qtàh lut 'avoient payé partie e» 
argent comptante. partie enfamùilkts (a). 
t y&o; fcfc feit fi Mr. le Cbanceliei; ajouta 
Jbi intérieurement; â ces lettres * cas il faft 
tiiïùi ? bien qji£. perfï>nn£ V é^guo^ Xts Jft. 
édites font capotes * mais il dû; au.Sieux 
1© T....* -qui foHâçitoit.iLuffi auprès de lut 
jjKH» tB&i^»4fc'il n'éto&pfcis .^ueftioâ 
:àft*ette affaÀ*e*;qijefdes peïfonnes; refped- 
. tabler & dignes ^e.|oi 9 im, *v$k»t Hiiandé 
dW**lie, étQijf açç(èmmo<^e;>parune tranf- 
.*#ipn faite eqtrMe$ Jéftiites &^Bér éngec» 
-3 e * »« j&f »' Mwftigm r + ïui dit, te/£ieur 
C, > • . . >##i fqntJei$erfopnes ftjpeftablei qui 
„o*t , donpé t egjpfc à ffcflœ. Gtmdeur; maïi 
fefk vous -affnr^fur ma tétkqiiiieft faux:* 
de plus je m^r^vmpft,^pprterlapfeur 
•mpçrécrit. x ^re{le que fc fait fût vrai 
<M;pon 9 Votre Grandeur peut toujours don- 
ner fes ordres pour la pourfuite de cette af- 
faire ; car fi lu ïranfaëïion efi rêele 9 ce fera 
•aux Jéfuités à la produire 9 & par-là ils fe- 
ront tomber toute là procédure* " 

Le raifpnncraent étoit feiifé* & je n'y 
^ois aucune Réplique. Mr. le Chancelier 
n'y en trouva. .point non plus. Cepen- 
dant le Sieur C écrivit en Breta- 
gne 

(*) Ces trois lertres font entre les mains de-Air. le 
Chancelier» 



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D' Â M B 11 î SE Guï S: 1% 

|jne à Bérenger pour lui demander une 
proteftation de fa part contre ce préten- 
du accommodement. Lorsque le Sieur 
C. • • . . eût cette pièce en main ? il Tal- 
la porter à Mr. le Chancelier qui ne fût 
lui dire autre chofe , fi non j Nous ver- 
rons cela. 

Cependant Bérenger fe morfondant de^ 
puis près de deux ansen Bretagne > & s'y 
confumant en frais, fut obligé par im- 
puiflance d'abandonner la pourfuite ôcl'in^ 
itrudtion de fon aceufation, laquelle fe 
trouvant par- là convertie en dénoncia- 
tion à Mr. le Procureur Général du Par- 
lement de la province, Mr. le Chancelier 
donna fes ordres (a) à ce Magiftrat de la 
continuer à fa requête. En conféqueno* 
Mr. le Procureur Général qui étoit déjà 
bieù inftruit de cette affaire tant parles 
informations particulières & fecrettes qu'U 
en avoit fait faire, que par celles qui avoient 

été 

(a) Ce ne fut pas fans peine que Mr. le Chance- 
lier fe r détermina à donner ces ordres. Il fallut y- 
employer le crédit & les follicitations de nombre de 
perfônnes de confidérations & de mérite, pour qui 
ACr. le Chancelier affe&oic alors d'avoir de la défé- 
rence. Le P. d'Albizzi iur-tout fe donna de grands 
inouremens auprès, de lui pour cela. Les Sollicita- 
ûonscommencerent dès la fin de Juin 1717- 5 e ^^ 
Procureur Général ne fut en état de donner fon Re- 
quifitoire que le 7- Mara 1718. tant Mr. le Chance- 
lier awit ae peine à donner les mains à cette affai- 
re qui ne pouvoit manquer de couvrir de confufiofl 
tout le Corps Jéfuitique. Inconvénient terrible au* 
ejuel dévoient céder l'honneur t la probité, la juftK* 
& l'intérêt du public. -, . 
B 



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l8 H t S T O' I tf S 

été faites par ks Juges de Bréft, dcrant 
fon Requiutoire le 7. Mars 1718. fur le- 
quel intervint Arrêt du Parlement qui com- 
mit lié premier des Confeillers de . cette 
Cour trouvé furètes Ifeai ,pout defoeadre 
à la ville de Breft,i lîeflfet d'informer à la 
requête du Procureur Général desfaitaré- 
fultans de fon Requiutoire y même par 
publication de Momtoires par • tout où re- 
quis feroit * pour ladite information rap- 
portée à la Cour, y être ordonné ce qu'rl 
appartiendrait. Ce Requiutoire eft trop 
important , pour n'en pas faire part au 
miblic , aufli bien que de farrêt. fendu en 
c3nféquence. Voici l'un & raUtte* : 1: ■■.:•■■« 

Extrait des Regiftrts du Parlement. 

99 Le Procureur Général étant entré en 
„ la Cour, a remontré qu'ît/a^été infanné 
„ par des voyes non fafpeéles d'unepaffai» 
„ re férieufe, importante & digne d'une 
„ extrême attention & des recherches les 
9) plus fcrupuleufes. 

„ Un homme appelle Ajnbroife Guys , 
3% originaire de Marfeille , après avoir né- 
„ gocié trente à quarante années au-delà 
„ des mers , forma le deffein de revenir 
„ en France. Il y arriva en effet au mois 
„ d'Août 1701. & aborda à Breft malade 
„ & d'ailleurs avancé en âge. L'auberge 
„ qu'il choifit à Breft , fut celle du nom* 
„ Ole Guimar. 

„ Mais les Jéfnites de ce pays, ayant. 

» appris 



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d'à m i r'o is b G ut s; 19 

,, appris par les lettres de leur Confrères 
„ des Mes, qùerce Marchand leur avoit 
„ fait tenir, qu'il avoit apporté ^des effets 
„ confidérablés , & valant deux à trois 
„ Millions, ces per es fe fendirent auprès 
„ de lui 4 & d'intelligence aved*l r Aubér* 
„ gifle, firent mettre le malade dan? une 
„ chanlbre écartée ,.' fôûs prétexte qijfU 
„ étoît étranger j&gu'eti ci$tfè mort,' 
„ le Fermier du Côm'aihe auroît pu i*epi- 
„ parer de tous fés Iriensi. / 

,,- Cependant Ambiôffe Gùysl vôiiiânf 
„ faire fon tenamenti ; jg f rikfes Miitfcs de 
ff lui vouloir faire venit un Notaire, & 
„ quatre à cinq habitant dé la ville pour 
„ ^etoir de témoins ; niaiisr fce* gthk ,çjui 
„ ne. font pa$ kccuÇésTde nianquèr de, fi-. 
„ nèfle, craigtfanj de fendre la cjroiepu- 
„ blîque , firent- déguifer en Notaire leur 
3 , Jardinier & quatre ou : cinq Jéfuitçsl en 
„ Bourgeois ^pendant qu'trn autre nommé 
w Je P. t Chauvel étoit auprès du malade , 
^ & rempiiflbit lëçiiniftere : d£ Confeffeur. 

Aïnfi AînîBroifé Ouysr cïoyant faire un 
99 tfèftatnetit n'en fît M>iïit,& les Jéfuitea 
„ venoieût ai bquf de leur deirein 2 & r de^ 
„ tout ce qu'ils voulaient;' -qui étbit de 
„ «cher la ûtuatidn âè cet homme & l'é* 
£ w o* il étbit; . J ; n ' 
. ? ,;C0s perces portifretit^plus loin leur 
„ pfécâ^tion, car cfâW la /crainte due jce 
,; mâtcbandner découvrit l'état de fa for- 
,, ttine & fa véritâ\)le J difpôÛtït)n au? Vrê- 
»txc$ de la parolffëV^ibétoient venus 
B* „le 



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30 H î S ? 6 î K B 

„ le voir, ni l'Aubergifte ni les JéfuiteS 
3, ne les firent venir. Ils n' appelèrent pas 
„ non plus le Médecin , & Ambroife Guys 
„ lariguiffoït fans recevoir aucun fecours 
33 ni fpirituel ni temporel; ç'eft-à-dire, 
3, qu'on le laiffoit fans facremens & fans 
,3 remèdes. 

„ Telle étoit la trifte extrémité d'un 
» homme oui n'étoit malheureux , que 
>, parce quil étoit riche, lorfque les Jé- 
99 fuites penferent à conformer le deffein 
»% qu'ils avoient conçu d'envahir tout ce 
93 qui lui appartenoit. Pour cela ils voulu- 
59 rent fe rendre Maîtres de fa perfohne & 
3 j. le faire tranfporter chez eux ; c'eft ce 
„ qui fut exécuté par le moyen du P. 
,3 Chauve! qui fe préfenta dans une cba- 
3, loupe à la côte de Recouvrance , & etn- 
„ porta à l'aide de fes Confrères , de Gui- 
,3 mar & de fa famille , tous les biens 
„ d'Ambroife Guys , & Ambroife Guys 
„ lui-même. 

w Ce malade ainfi négligé & en proye 
„ à fes douleurs, ne fut pas long-tems 
39 fans mourir. Il mourut en effet d'une 
„ mort précipitée , où il eft impoffible de 
39 ne pas fentir les traits de la paffion , de 
39 la violence , & àe Ja fureur dont font 
„ partis ces mauvais traitemens. 

99 Le Sieur Roignant , Reéteùr de la 
„ pâroiffe de St. Louis , apprit, comtûe 
„ le refte de la ville de Brelt , la nouvelle 
„ de cette mort. Sailî d'horreur & rempli 
„ dela^ufte indignation que méritôit cet 
. / "'" iy excèr 



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d'à Mfiioiss Guys, .ai 

,, excès d'inhumanité , il pria les Jéfuites 
„ de lui reqdre le cadavre , mais les prie- 
,, res ne purent rien opérer : il fallut en 
„ venir à une fommation qui réduifit ces 
9 9 pères à Fexpofer enfin à leur porte 9 où 
„ le Curé & le relie du Clergé Tallerent 
,, prendre pour le faire porter à l'hôpital 
», & l'y faire inhumer. 

99 Cette affaire fit grand bruit. Les Jé- 
i 5 fuites de Breft ont fait depuis tant de 
» prêts & tant d'aquifitions j on a vu mê* 
» me entre leurs mains tant de bijoux & 
y> de pierreries, (a) que l'on en a été in- 
» formé à la Cour. 9 , On 

(a) On a fu du Sieur Mpttet Banquier à Lyon que 
les jéfuites avoient njis fur la place de cette ville Dou- 
ze cens mille livres provenant de la fucccffion û*Atn- 
broifé Guys. ' v 

Du Siéur Gilles, Orfèvre- Jouailier à Marfeille, que 
le P. delà Fare-Lopis Jéfuite lui a voit a p porté un va- 
fe.de topafe enrichi de diamants pour Tertimer, qu'il 
•n'avoit pu l'eftimer , n'en ayant jamais vu un fem- 
blable. , ; ; 

Du nommé la Joye archer de la marine à Breft , 
qu'il avoir conduit à Port- Louis un Cheval chargé d'or 
tjui provenoit de la vente, dé quantité de pierreries 
que les Jéfuites avoient fait faire en divers lieux. ; 

Du Sieur Mefle, habitant de Breft , qu'il à voit vu 
entre les mains du P. Chauyel un chapelet dé diamants 
dont celui-ci fit prélènt à une Grifette de Rennes , 
laquelle alla le préfentex à un Lapidaire poui le ven- 
dre. Il lui en offrit 4000. mille livres. Comme elle 
prête n doit en avoir davantage , il foupçonna qu'il f>our 
voit avoir été volé. Il le porta à Mr. le premier Pré* 
fident aui ût venir la fille. Elle lui die qu'elle le tenoit 
du P. Cnauvel. Ce Magiftrat manda le P. Chauvel qui fe 
trou voit alors à Rennes. Ce père avoua qu'il l'avoir 
donné à cette fille, & pout cela fat'chaûe de la ville. 

Mr. le Procureur Général étoit informé de tous cet 
Uïu & âc bien d'autres. 

B 3 



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ga H X S T T | t R B r 

i, Qay ^ifll que les Juges 4e cptte yfli 
„ le, qui aybieut commencé ijne piqcë- 
,, (jure pour parvepïrâla punition dç tous 
3 , les crimes raffçfnblés dans , une même 
,, affaire, s 1 yétoiént comportés avec né- 
si glïgetjc^ & n'ayoient nujjenjcnt rem- 
,, pli lçurs devoirs ? & Ton *,y crû qu'un 
3> juge choifi pa'rmi ceux qui composent 
3 , ceçte Ççux Souveraine fejxjit plus pro- 
f i prje fl^'^uçun autre à découvrir Jes ru* 
„ fcs multipliées & les nouveaux artifices 
,, de ceux qui font les Auteurs de la plus 
,» étrange a&ion £oi)t pp ait entendu par- 
t, lef. depuis loogteins. : , ; , ï 

„ C'eft donc en vertu de Tordre de la 
3, Cour , & pour maintenir d'ailleurs la 
„ paix $ la fureté publique intereffée à la 
„ vengeance de crimes fi graves , que lé 
3, Procureur Général requiert qu'il plaife 
3, à la Cour y pourvoir fur les conclurions 
33 qu'il â données par écrit , & fur ce de- 
„ libéré. 

: „ La'Côur fâifant dçoit fur la Rçmon- 
„ trance & Conclufion du Procureur Gîé- 
59 nérat du Roi , a commis le premier des 
„ Confeiïlejrà du Parièrent trouvé fur les 
j> lieux, avec tout effet & connoiffance de 
„ caufe, nortobftatft oppofitiorioù appel- 
fï lotion, & prifes à parti quelconques , 
5 , & fans y préjudkier , pour defcendre à 
3, la ville de Breft , en préfence du Pro-* 
3, cureur Général du Roi, où de i'uq : de 
„ fes Subftituts ,' informer à fa requête 
„ des faits ci- deffus en réfultaus, même 

^ par 



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D f A M3$loise Guys. *j 

» par publication,^ Monitoires f>ar- tout 
>, où requis fera., poyr la dite înforma- 
3 j ,tion être communiquée au Procureur 
» du Roi 9 Rapportée à la Cour, y être 
„ ordonné ce qu'il appartiendra. Fait en 
; 9 Parlement àllçnn^s le 7. Mars 1718. 
„ iïgni$ , h Cforjcr. ( , 
: tes Jéfuites- accpïrtumés de tout teras à 
oe recevoir de la £ourque de$ faveurs de 
tpute nature» furent, un peu étourdis de 
ee preipier trait de Juftice lancé contre 
eux. .mais comme tout lëiir vient à point, 
çe^t beureuteraent pour eux dans le 
^ms-mèroe q\j§ Mr< le Chancelier yènoit 
<Tltre pour la ipreii^e fcis e^i^é à Frê- 
nes.; Ils faiiirent Açw^çç premier mo- 
ment* pour faire rapporter au Conté 1 de 
JUgpn$ç par Mr. dîArg^fon leur bon araï 
&£o9$$ 4e 1a Commiflîon 4s Garde des 
Se^ux, (à) un nouveau MémQire 4e leur 
iUU çmiet^m^ntfQppQfé à ce qu'ils ayaie^t 
avancé 4?ns kur^lauresà Mr, lç Cha^cer 
Jttç^;fls y prétendoientpremi^ômentque 
çsjtç affaire avoit .été > ninvçyée wutjre 
tQptçs,l# règles au Partjemem 4e Wtta*, 
gijf i çn fécond \m ,que: ler&itqui don* 
n$it lieu à cette accufation étoit tellement 
fuppofé, qu'il n'y avoit jamais eu d'Am- 
htoîft Guys dans le monde; & enfin que 

Tin- 

♦ • . 

(s) Les Seaux lurent 6'ié*% Mi. Dagudleau Chan- 
celier, 8e dontiéf à Mr. d* Argenfon , Lieutenant de 
potieè, le il* Jaimct 171*- 

B 4 



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ft4 H 1 S ? O 1 R B 

rindispofition perfonnefle de Mr. leÇhâri- 
çeliçf contre leur Compagnie étoit il no- 
toire , (» qu'il ne falloit point attribuer 
à d'autre caufe la facilité qu'il avoit eu de 
donner au Procureur Général du Parlement 
de Bretagne des ordres fi contraires aux rè- 
gles de la jurisprudence & de l'équité. 

Mr. d'Argenfon habile Magiftrat, qui 
connut tout le danger que ccuroient fes 
bons amis , fe hâta de venir à leur fe- 
cours. 11 manda au Procureur Général 
de Tinftruire des motifs du Parlement qui 
avoit ordonné cette information, & ce- 

Sendant de furfeoir fon exécution. Ce 
îagittràt lui envoya non feulement les 
inotift^màii encore les procédures, & les 
aâeHhitsfur les lieux par Efprit Béren- 
ger Partie civile , & lui marqua qty'il t&* 
péroît recevoir d'autant plus prômteWèrit 
fes brdres pour lever cette furféance, qu'il 
étoit important qu'un tel crime ne reftlt 
point impuni; que comme Partie publique* 
il lui dewafodoit cet ordre pour Pin téfêtj 
du Rpi & de l'Etat, pour en faire im 
exemple dan$ la Province , où pareille *F* 
foire étoit arrivée de la part des Jéfuitèa 

(s) Mn Dagueifcau paflbit alors pout être ennemi 
de la Constitution 8c par confe'quent des Je fui tes au-* 
teurs de cette fatale pièce % delà % [félon les bons Pè- 
res] fa facilité à donner des ordres contraires à leurs 
intérêts , c'eft-à-dire % à prévariquer dans ks fondions, 
de fa charge. Car qui dit Anti - Çonftitutionaire dit- 
Janfénifte, ou ennemi des léfuites,. $ç par coa(eqi#fU, 
m harame capable de *W ouL 



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b'ÀMBROfSE Guys. 2$ 

de Nantes, (*) lesquels mieux confeil- 
lés que ceux de Breft, Tavoient étouffée 
par un promt accommodement avec les hé- 
ritiers. 

Mr.d'Argenfon récrivit en réponfe à ce 
Magiftrat , & lui marqua que dans les 
procédures qu'il lui avoit envoyée? , il 
manquoit une formalité effentielle , c'efh 
a-dire, uneéleétion de domictfe dé la Par- 
tie civile, & que dans une affaire de cet- 
te importance quitendoit à fcandalifer 
toute FEglife^par le décri d'une Com- 
pagnie d'une fi grande réputation, il f a l- 
loit pouffer les formalités jusqu'au fcru- 
pule, quç ïbr-tout il falloitbien examiner 
les qualités dés témoins, & n'en admet- 
tre aucun qui ne fût d'une probité & cfu* 
ne réputation feus tâçhç. - 

^^VY^;\K/- ; '•' .'**.. 

(a) C'eft l'afl&ire du Sieur GiSiJct, originaire d'Or^ 
léans, Porbai*de profeflîoni,,4u^aprè* avoir fait fut 
jnér une fortune aflcs confidéranle , avoit fixé fonfë* 
jour a Nantes. I«e ?, Dequer, it Voleur des loi ta- 
bleaux, qui étoit alors Directeur en cette ville delà 
Retraite, ayant fûque le, Sieur Grilletavoît *o. mille 
livres dans un coffre, le jugea digne de devenir 
membre d<fa Société, & profitant de la foibleflè de 
ion efpm, fl le fit venir dans leur Maifon avec fa 
petite fortune; mais il y mouruc en i^rj» avant que 
d'y fne incorporé", sa fille induite de tout ce qui 
sétoit paffe, fe préfenta pour recueiUer fafuccetfcV 
Elle procéda criminellement contre la Société. Plu* 
fieurs témoins avoient déjàdépofé en fa faveur, lors- 
que le P. Guimont Vifiteur fut députa pour lui pro- 
pofer un accommodement. Cette fille qui étoit dans' 
une indigence extrême , tranfigea avec lès P. P, je, 
fuites, moyennant dix mille livres d'argent, $c 390^ 
en effets. 

B5 

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ift6 H I S X O I RE 

Mr. le Procureur Général - çn,lui en- 
voyant ea réponfe à cette féconde lettre , 
l'éleéiion de domicile par lui demandée , 
lui marqua qu'il avoit pris les mefures les 
plus exadles, que les témoins qu'on lui 
avoit produits , étoierit tous gens non 
fjuspeéis & dignes de foi ; qu'ils rappor- 
toiènf des faits précis qu'ils avoient vus 
de leprs ViMix, qu'$ntr'«.utre$, le Cheva- 
lier de la pédoyerefQfl propre frère lui avoit 
cqtté plufieurs fyïts te}j#pnènt çfrqonitan- 
ciés, qu'jl étoît ipipp^ibje 4? ? 7 refyfer, 

Mr f d^r^nfOT/écr jipt jçp $rpifiemelet? 
trg ^ Mr r de la^ëdpp^ V:l?af ^quelle il 
lui mârqiioit qjjs l^àfe 4'êl^<3îon de dp. 
tnicïie,qu'on Ini aypj^îPJ? KÇre le?,pwns, 
q$$i$ sœft^Ap»«Hrwçivfe t . f 5 *étoît 
point YuMant \ ûqj^ epf:f»î*je^qnd0r 
irççjit d'une accusation li importante, 6c 
contre une Compagnie dont les fervices 
étoient fi nécôffaires A TEglife & à l Etat ; 
qu'il lopeit fes bonnes intentions & les 
précautions qu'il difoit avoir prifea ; qu'il 
entrevoyoit même que de l'inflniétion il 
fuivrpit nne évidence de fait $ mais atten- 
du le'ifctqàale.qui deypit en réfulter, qu'il 
fklloit encore furfeoîri - 
' On ne pouvoir pas mieux affûrément 
fervir fçs afais^ que faffoit Mr. d'Argenfon 
en cette rencontre. Il voyoit par la pro* 
cédure & les inftruétions que Mr. dç la 
Bé4oyere hit avoit envoyées i que les faits 
approchoiént de l'évidence. Les Jéfuites 
avoieût fourni eux - mêmes la- plus grande 

preu- 



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ï>- A M B R I 8 E G Û Y S. HJf 

freuvede lçur crime qu'on pût délirer, 
çn égayant d'une mit à Mx. le Chancelier 
qu'ils avoient tranfigé avec l'héritier d'Am- 
broife Guys, de l'autre en foutenant dans 
le mémoire qu'ils avoient remis à Mr. d'Ar- 
genfoii, qu'il n'y avoit jamais eu d'Am- 
broife Guys dans le monde. Nonobftant 
cette contrariété qui étoit une vraie dé- 
monftration contre eux, ce grand Magi- 
ftrat ordonnpit de furfeoir. (a) Il fit plus t 

afin 

' (a) 'froid la, copie d'une lettre du Sieur Gucrm 
écrite 4e kepes le 24. Avril 171*. au Sieur C... 
qui demeuroit à Paris. Je la tranferis fur l'original 
même. ° 

,, Je vous dirai que Mr. l'Evcque de Vanne* Ut 
*• Caum«»n qui fut nommé l'année fuivante.* 1% 
„ veché de Biois] beau ftere de Mt. le Garde des- 

— Seiux rd'Arirenfnnl a vahI» «•«•»..<).. j. t _^< 




»> tpA&K*- &**&"** Vf? &** *** Jéfmtv. S'il 
„ 4u affaires dont on ait tncêrc êuunda. «*li.~ as-:. 



trde jesSeau** 4fr* /««* Cf ^ «« jlfr. "i Procureur 

'****} M? * **'*' $ e nè dhut * P*' nt fu'ilnt lut 
„ „,ine, ordre de pourfuivr* En cas qu'il wf écrive î 
>9 ma repente ejt toute prête ■" ** 

>» 5ffr u «wmder eu furaris comment on a pu 

» ÎS fp * n i r ? c ^* > r °# ddre fur <**, tels prétextes 

-, [des affaires £e TEçhfe.J Va crime commis fi bar.' 

tems ayant la constitution ne peut, dit- 00 '/avoir 



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% ft H I s ? o ire' 

afin de donner plus de poids au Mémoi- 
re des Jéfuites, il fit femblant de chercher 

par 

„ celui de Bretagne, prenne, connoiflance des crimes 
y9 commis dans ion reffbrt I Craindre que le Parle* 
_, ment ne nous fade pas pendre, fi nous fommes 
des impofteursJ Ofer penfer que Berenger homme 



i9 fans biens, fans génie,. fans connoilTance , fans a- 
„ mis, corrompra les Juges & t tous les Membres du 
99 parlement de Bretagne, c'eft avoir perdu tout ju- 
9 gement ! Qui ne voit au -contraire que malgié 



if des Juges , ils font aflèz puiflànts & aflèz habiles , 

„ pour le couvrir, pour le faire évaneutr. Il n'y a 

„ pas 20. Mois que le P. le Blanc, Re&eur à Breft 

>f difoit fur les toi&s , qu'Ambroife Guys &• Jes ef- 

fets ayent été chez nous ou non , nous nous en mo- 

quons , (y nous ne craignons point la pour fuite de Jet 

héritiers qui font des échappés de galères, aujourd'hui 

, ils mettent tout en ufage, "pour furprendre la re- 

, ligion des Prince* mêmes par leurs lmpofturcs or* 

• dinaires, pour fufpendre une procédure il jufte 6c 

* fi tort réclamée du public Ils veulent que l'on 

, croye qu'un aflaflinat & une énorme expoliation 

, commis en la perfonne d'un particulier longtems 

, avant la conftitution , a un rapport abfolu avec 

„ cette conftitution, & avec les troubles de l'Eglife 

., dont il ne faut pas, comme ils le font entendre, 

,, augmenter le fcandale. Ils tâchent de répandre que 

„ nous fommes des impofteurs, dans l'efpe'rance que 

„ cela rendra leur crime impuni. Ils empêchent le 

„ cours des procédures , pat ce que c'eft le feul mo- 

„ yen qui leur refte. Us font en poflèflion d'écrafer 

., quiconque ofe -fé récrier contre leurs defordres ; 

„ mais le Prince jufte & éclairé qui gouverne, faura 

„ pénétrer leurs manœuvres ténébreufes , & daignera 

., nous rendre juftiçe 11 faut lui préfenter des pla- 

,, cets, fi Mr. le Garde des Seaux ne veut pas agir, ôt 

, , les lui donner en main propre. Car à quoi bon les 

„ perquilltions qu'ils veulent faire de nous? Qu'ont- 

„ ils a craindre de 'la Partie qui eft Un miferable qui 

„ vit des tumônes des gens de bien ? Qui ne Voit 



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d'Ambroîse G u y s7 $$ 

par lui même de nouvelles lumières, main 
comme il craignoit kfcandak, il s'y prit 
de façon à ne le point trouver. Il écri- 
vit fecretement à Mr. le Bret premier Pré- 
fident du Parlement de Provence & Inten- 
dant de cette Province , de s'informer de 
la famille, & de l'exiftence d'un nommé 
Ambroife Guys , fans autre explication. 
Mr. le Bret fit (es recherches conformé- 
ment aux inftru&ioïis qui lui avoient été 
données ; mais comme il y avoit près de 
foixante ans qu' Ambroife Guys étoft hors 
du pays , & qu'il n'y avoit perfonne 
dans toute la Province qui portât ce 
nom y puifqu'il n'avoit laîffé que deux fil- 
les qui étoient toutes deux mortes, & dont 
l'une avoit changé de nom , la réponfe de 
Mr. le Bret fut telle que Mç. d'Argenfon 
& les Jéfuites la defiroient. Il manda 
qu' Ambroife Guys étoit un être de raifon. 
Les Jéfuites qui avoient dirigé cette in- 
formation en étoient très conténs, & s'ap- 
plaudiffoient , mais leur joye fût courte. 
Le Secrétaire de Mr. d'Argenfon qui n'y. 
entendoit point de finefle, gâta tout. Il 
s'avifa d'envoyer d'office à Mr. le Bret les 
Extraits baptiftaires & mortuaires & con* 
traéts de mariages d' Ambroife Guys & de 

fa 

9 \ qu'ils n'ont recours à tous ces moyens, que pour 
» g a g ncr du teins. Il faut repréfenter tout cela an 
„ Grince qu'ils ont voulu furprendre. Mes compli- 
„ mens à toute la choie famille. Je fuis , Sec. ligné % 
„ Guérin Piêtie, 



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$6 H I S T I R Ê 

fa famille qui étoient au nombre des pie* 
ces fournies par B&engër à Mr. le Procu- 
reur Général du Piirïeiheht' de Bretagne , 
& jiar Mr. lfe Procureur Général à Mr* 
d r Argfenfon. Mr. le Bret fit vérifier tou- 
tes ces pièces fur les originaux , d'où, il 
i'eï&lta une convi&iôn complette du mén- 
fbnge avancé par les Jéfuites dans leu'r 
Mémoire. '' 

Il n'y avoîtdonc plus moyen d'empê- 
cher l'inftrùdion & la pourfuite de cette 
affaire , & de fauver aux Jéfuites ce qu'il 
plaifoit à Mr. d'Àrgenfon d'appellër fcàn- 
dale. C'en étoit un bien grand eh effet, 
niais c*en eft un* fans compàrâifon biéfl 
plus grand encore qu'un crime fi connu, 
fi atroce, & qui en renferme tant d'au- 
tres, foitefacore aujourd'hui impuni; 

Auffi ce MagHtrat n'eut -il plus rien à 
faire pour le fervice de fes bons anys,que 
de retarder, autant qu'il lui feroit pôffi- 
bfe, là levée de la fiirféance; c'eft ce 
qu'il fit. Tant qu'il a eu les féaux, il a 
toujours eu foin dé tenir cette affaire en 
fufoens. 

Le retour de Mr. le Chancelier donna 
lieu d'efpérer qu'il mettroit 1 au plutôt la 
dernière main à ce* grand procès, mais fe 
trouvant , dans la conjoncture de fon rap- 
pel, furchargé d'affaires plus urgentes, 
il crut pouvoir différer f cèlle d'Ambroife 
Guys. Lorfqu'il alloit y donner une nou- 
velle attention, il mérita pour la deuxiè- 
me, mais dernière fois, d'Être renvoyé à 

Frô- 



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D'A MBîto isE Guy»; $t 

Frênes, fonte la France fait par quelles 
œuvïes fàtisfa#oires il a expié députe* 
les fautes qui lui àvpient attfré ces dis- 
grâce*. 

La Commiffion de Gafde des Seaux Fut 
donnée à Mr.' d*Afmédonville. O) autte 
ami des Jèfuites Qi). Son Frédéceffeur 4- 
voit épuifé toutes lès reffoufcés. Il ne sV 
giffoit plus de leur faire remporter une é- 
clatante vi&oire, mais de leur épargner la 
honte d'une défaite. C'effi âùffi à quoi on 
fe borna. Les délais n'étoiçnt plus prati- 
cables. Il y avoit cinq ais que l'arrêt da 
Parlement dé Bretagne ûùLdrdonnoit Pirt- 
fortnation 7 étbit fendu.r II étoit tems qu'il 
fût exécuté. Auffi le fût il, mais eu lemo* 
difiant de tèîte fotte , qùfe lés bons $età 
n'en enflent #ty's rieir à crairidrel* i 

Le nouveau Garde des ; Seaux fit rendra 
au Cônfeîltin arrêt le 16 .'Février 1723. 

?ai ordonrîbit fpéciéufement'qup celui dû 
arlement de Rentiefrferoit exécuté , mate 
qui Panéantiffôit en effet. Au lieu qu'aux 
tenues de éelur-ti/1'infbrfnatioti devoit ê- 
tre faite par tirt Confeillerdù Parlement 9 
celui du Confeil ordonna qu'elle ferbit 
faite par l'Alloué (c'eft à-dire le Prëfident .> 
& par le Pfctàiretir du Roi au Préfidial dé 

;' : Quim- 

(a) Le 24, PeVrier 172». jl sjen démit le 14. Août 
I727. ■ ' 

(*) Qui leur étoit damant plus dévoué qu'il avoir 
dans ce corps un frète nommé le £. Fleuriau Procu. 
reur Général des tëiifionj demeurant à Par» dajis la 
fltoifoà fftfefic, 



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$L -H I S T 6 I VL, B 

Quimper , afin (difoit charitablement ct% 
arrêt du Confeil) d éviter les frais d'une 
procédure à faire par un Cpmmijfaire du Par* 
lement dont le tranfport feroit trop difpen* 
dieux pour les Parties. 

Or la raifon pour laquelle on fit choix 
de ces deux officiers, c'eft que le premier 
àvoit alors un neveu dans la Société des 
Jéfuites, & le fécond un frere,&un cour 
fin iffu de germain; ce dernier étoit dans 
ce tems là même Procureur de la Maifon 
des Jéfuites de Breft. C'en étoit trop ; 
Paffeétation de ce choix étoit trop palpa- 
ble pour ne pas donner une jufte méfiance 
à Bérenger. C'eft pourquoi il préfenta une 
Requête au Confeil par laquelle il deman- 
da à être reçu oppofant à cet arrêt pour 
les raifpns qu'on vient de voir , & qu'il 
déduifit dans fa Requête. Pour faire cefler 
le motif apparent qui avoit donné lieu à 
cet arrêt du Confeil , il offrit par la même 
Requête de payer, & même de configner 
d'avance la tomme qui feroit ordonnée par 
le Parlement de Bretagne , pour les frais 
du tranfport d'un Conseiller de cette Cour. 

Cette Requête de Bérenger, comme on 
le peut bien penfer, ne fût point: admife. 
Les Jéfuites qui vouloient lui épargner des 
frais malgré lui, folliciterent & obtinrent 
un autre arrêt du Confeil qui fût rendu 
le premier May 1723. lequel déclarant h- 
dit Bérenger non recevable en /on oppofition 9 
ordonna que celui du 16. Février feroit exé- 
cuté félon fa forme , & teneur , nonobftant 

toutes 



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b*A ta b k/ô'i s e G u V* s. 3| 

ïouhs oppofitiom faites & à faite , & autres 
tmpêchetnens quelconques 9 pour kfqùelsfye fe- 
rait différé. ^ 

Bérenger fi mal traité de la part du Corn 
feil, eût retour ku Parlement de Breta- 
gne. Il y préfenta ft Requête , aux fin* 
d'y être reçu Partie intervenante * en re- 
prenant fa première aceufatibn en quali- 
té de Partie Civile. Sa Requête fut ad- 
mife, & lui reçu Partie Intervenante & 
Civile par arrêt contradictoire de ce Pat-^ 
lement du 8. Juillet 1723. la Grand Cham- 
bre & iWrnelle atfemblées, & en confé* 
qiience il fut ordonné qu'il auroit cora- 
niunicatidn des interrogatoires fubis par 
la Communauté des Jéfuites (a). 

C'étoit trop de faveur pour Bétenger ; 
avec; les Jéfuites il n'eft pas même permis 
de fe mettre fur la défenfive. Ces Pered 
crurent qu'il étoit important de prévenir 
les preuves par titres & par témoins que 
Bérenger étoit en pouvoir* & etl droit 
par cet arrêt de joindre à Tinftance ex- 
traordinaire. Ils recoururent donc au 
Confeil, où ils optinreftt un arrêt le 7* 
Août, par lequel il fut ordonné que le 

Pro- 

(a) Béreriëér étoit à faris. M t. de la Bédoyere 
procureur Général ayant appris qu'il avoir été dé- 
bouté de ion oppofîtion à l'arrêt du Confeil, écri- 
vit au P. de la Rue Benediftin, de l'avertir de venir 
à Rennes préfeiitcr fa Requête" aux fins d'être . ieçà 
Partie Intervenante & Civile avec ia femme , & de ve- 
nir en demandant l'aumône, s'il n'àvoienf point d'à** 
£ent pour faire le voyage» 

c 



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54 H !■ i « 5 ï i r 

Procureur Général enverroit les motifs de 
celui 4u Parlement pour iceux vus & rap- 
portés , être par Sa Majefté ordonné cp 
qu'il appwrtiendrqit. j . % 

Cç$ njoti& furent envoyées le 6.. Ocfto- 
bre. Je crois qufil eftbon 4e les rapppf- 
ter ici , afin que le Leétçur puiffe juger 
de leur mérite, combien il a fallu violer 
les règles , pour foulï^ire Jes Jéfuites à 
la jufte condamnation! qu'il? n'auroientpû 
éviter fans cela. . / l. .., , 

Motifs de V Arrêt du parlement de Breta- 
gne du 8. Juillet , 172.3, '-qui reçoit Es- 
prit Bérenger Partie intervenante & çivi* 
le au Procès des Jéfuites de Brefi. . 

^Les.Jéftutes prétendent que Bérenget 
»'a pas dû être reçu Partie intervenante & 
civile, dan* ce procès, i. plarceqi}e l'Arrêt 
du Premier May 1723. le déboute deiW 
politioûpar lui formée, comme Partie à 
celui du 16. Février précédent. , 
j - 

Réponfe. . 

L'Arrêt du Confeil du premier ftfay 
1723, déboute Bérenger de fon oppofi- 
tion à celui du 16. Février , fur ce qu'il 
n'étoit pas Partie au procès pendant en* 
tre Mr. le Procureur Général & les Jéfui- 
tes. Quelle eft la conféquence? s'il eut 
été Partie, il n'eut pas étédébouté. 

Mais après avoir jugé enpoint de fait 

qu'il 



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d'à MBRO r ts*t G v t à; ££ 

Çn'il n'étôit point Partie ', ce ifeft : pQint 
avoir jugé en point de droit qu'il ne pou- 
vait lé devenir ? il faut avoir recours' à; la 
Loi V&Térâminfetf ft «lie lui permet de 
fe'- tendre' Partie , dans- l'état où. font Te* 

Or ft préftoâtlofl ëft'-ïbhdéé frir^ÀN 
tîètejs. de VôtdénMufpè :d'é i .;6?d fi J9ffl fiftT- 
tfc que les Plâigîtëtfè iie feroftt rébtité^Paf- 
««*-%*»? te Cef'd^dlarentfôni^^îtfefitl 
txi- ,pir là' ^àitité^fcu par adè f ifflb%îl88t 
qui fe pçurra fairç en tout état de 'ëâufe. 
IT <&' «eftafti en ffifif que'Bérenger çft rtai- 
Tenant. Ce fut luf qui donna fa pîrfinte 'de* 
^ànt lé' Juge-dé Bfeft 4e ii. Août 17*6. 'fit 
qui fit procéder au premières informations: 

Ce fut lui qui dénonça à Mr. le Pro- 
cureur Général ëtt ï£i8.' qu'il étoit hors 
d'état de continuer cette ipftruâion ,- 6e 
qui ëH teifcit la pourfuïtë à la Partie ï?a- 
Wi\uë\ fous les rèférves de jfrenfrfe'fës 
côndUflons civiles 'en tems & lieu; & '$$ 
demander telles répirations qu'il fêr'oït vu 
appartenir. : ; • i -.-- ; ;: . \\ 

lï -\z donc pû étiaiifc Plaignant y J fb/itier 
fon intervention 9 &' demander à' êtrfc/Vfc* 
çu Partie intervenante & civffç., puSfcjjie 
1 ordonnance le luf permet en tout; 4t# 
de caufe , c'eft-à-diïè l , comme le; reitfaf- 

Jue Lange fur cet article ou avant l'în- 
ruftion ou au milifeu de lMhftriKftipij ou 
après Finftruétîoh parfaite du procès cri- 
minel à la Requête du Procureur du Roi , 
C a ou 



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r ijfi H I ; 3 * O I R B v 

ou du Procureur Fifcal , pourvu que ce 
foit avant fon jugement. 

Bérenger , en demandant à être reçu 
Partie intervenante , & civile ayant le ju- 
gement du procès , n'a donc fait qu'exé- 
cuter l'Article 5. du Tit. 3. de l'ordon- 
nance de 1670. & que remplir la réserva- 
tion formelle qu'il en avoit faite par fa dé- 
nonciation à Mr. le Procureur Général 9 $c 
par conféquent la Cour n'a pjis crû pou- 
voir fe difpenfor de faire droit fur fa Re- 
quête. 

Les Jéfuites prétendent que la plainte 
préfentée le 11. Août 1716. par lîéren* 
ger , n'étoit pas dirigée contre eux , mais 
feulement contre Guimar. 

Réponfe. 

" Le fait n'eft pas véritable. Les conclu- 
lions de cette plainte tendent à ce que 
ceux qui fe trouveront chargés par les in- 
formations y foient décrétés. Ces con- 
clurions regardent aufli bien les Jéfuites 
que Guimar; s'ils fe trouvent chargés par 
les témoins ; or ils fe font trouvés chargés 
par l'information 4e 1716. donc Bérenger 
eft Plaintif contre eux , aufli bien que con- 
tre Guimar, puis qu'il fe plaint générale- 
ment contre tous ceux qui fe trouvent 
chargés du crime commis en la perfonne 
& fur les biens d'Ambroife Guys. 
Les Jéfuites prétendent que la procédu- 
re 



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re faite en 1716. contre Guimar prouve 
qu'Ambroife Guys n'a jamais paruàBreftj 
d'où ils tirent cette conséquence , que 
Bérénger ne doit pas être écouté, 

Riponfe. 

1. L'allégation n'eft pas vraye. Lin* 
foitnation eft très-forte. 

a. En recevant Efprit Bérénger Partie 
intervenante , on ne juge pas le fond > on 
ne déclare pas les Jéfuites coupables ; on, 
admet feulement cet héritier à diriger con«" 
tre eux , fes conclufions pour fon intérêt 
civil, fauf à l'en débouter, fi elles le 
trouvent mal fondées , & à le condamner 
aux dépens dommages & intérêts, en cas 
qu'il fe trouve calomniateur. Il femble 
que les Jéfuites , loin de s'en plaindre, 
auroient dû le fouhaiter * 

Les Jéfuites prétendent que l'Arrêt du 
Parlement de Bretagne eft contraire à l'Ar- 
ticle a88. de la Coutume de Bretagne qui 
porte que toute aélion criminelle eft ê- 
teinte par cinq ans. 

Riponfe. 

j. L,es Jéfuites ont fait ordonner eux- 
piêmes par les Arrêts du Confeil des 16, 
Février & premier May 17*3. qu'il feroit 
procédé à Finform#jon ordonnée par l'ar- 
rêt du Paiement de Bretagne du 7. Mars 
1718. donc ils ont fait juger eux-mêmes 
fur leur propre Requête que ce crime 
C j n'e> 



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3# H 1 S T , 1 K g 

p'étoit pas prefcrit , & *iu'il falloit l'ap- 
profondir. 

a, C*eft : une queftion de favoirfi l'ac* 
tion at>peljée en droit reiperfecutoria^ tom- 
be fous l'article a88. de la Coûtumç de 
Bretagne. La Cour , en recevant l'inter^ 
vention de Bérenger , a laiffé cette quef- 
tion, Elle n'a point jugé le fond, .au- 
çôntraire , elle a joint la fin de non rece- 
voir propofée par les Jefuites. Ainfl .çlle 
fejra'en état d'y faire droit après un exa- 
men, aufli férieuk que le demande cette af • 
faire! Mais Bérenger ayant été Plaintif, 
l'ordonnance lui permet de fe rendre Par- 
tie en tout état de caufe, Voilà ce que la 
Cour n'a pu lui refufer dans la forme, fauf 
| v e^aminer dans la fuite s'il eft recevable * 
qu non dans fes conclurions, 
'Les Jefuites objeâent que ce Bérenger 
né peut être régardé comme Plaintif , par- 
çêque tous les feuillets de fa Requête 
(L'intervention n'pnt point été paraphéapar 
le juge &par le Complsignant ou par fou 
tjropureur fondé, de procuration fpéciale. 

RJponJ[e. 

L'Article 4.. du Tit; 3. de ^ordonnan- 
ce de 1670. qui prefcrit cette formalité , 
ne s'entend que des pfentietes plaintes, 
& non pas des Requêtes incidentes que le 
plaintif peut mettre dans le cours du pro- 
cès. L'Article 5. du même Tit. qui peï- 
toet au Plaignant de fe déclarer Partie Ci- 
vile 



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i>* A m bir o i s e G u y: s: 39 

*ile par* a&e fubféquent , n ? ofdortne pas 
qu'il fera fignédans tous les feuillets par 
le Juge & par 'la Partie ou par fom Pro- 
cureur. » Or la Requête d'intervention de 
Bérerçgef eft cet aéte fubféquent. Donc il 
n'a pas été obligé d'y obferver des formali- 
tés que l'ordonnance n'a point prescrites. 
Les Jéfuites fe plaignent de ce que le 
Procureur de Bérenger n'a point repréfen^ 
té fa procuration. 

Rtponfi. 

i. Il n'y à point eu de Requête ai hoc 
de la part des Jéfuites. 

a. Quand ils auroient donné leur Re- 
quête à cet effet , la Cour n'eût pas dû y 
avoir égard, parceqù'il eft de maxime que 
le Procureur n'eft point obligé de repré- 
senter fa procuration , qu'en cas de défaveuJ 

Les Jéfuites prétendent que l'on devoit 
obliger Bérenger à donner caution. 

Rfponfc. 

i. Us ne l'ont pas demandé, & c'eut 
été un ultra petite. 

a. Il eft de maxime qu'on ne peut obli- 
ger un François de donner caution. Cette 
formalité ne regarde. que les Etrangers du 

Royaume. > 

Ftn des motifs. 

-Tout cela eft excellent ,- & en vérité un 
• C 4 Arrêt 



Dgitizedby G00gle 



fë H ï s T ô ï SI< 

Arrêt de Cour Souveraine -appuyé de pt« 
reils motifs me paroit un Arrêt bien ren« 
du: Mais il étoit préjudiciable aux Jéfui- 
tes. ïl ne péchoit que par cet endroit , 
mais ce feul endroit n'étoit que trop fuft 
fifant pour le rendre vicieux & pour l'em* 
pêcher de fubfifter. Auffi fut-il caffé par 
Arrêt du Confeil du 13 Novembre 17*3. 
lequel, fans s'arrêter audit Arrêt du Parle* 
ment de Bretagne qui eft demeuré nul, & 
comme non avenu , ordonna que ceux du 
Confeil des 16. Février & premier May pré* 
cédens feroient exécutés félon leur forme {$ 
teneur 9 & en conféquence quil feroit pojfi 
outre au jugement du procès 9 comme aupa- 
ravant ^ le dit Arrêt du Parlement , en Pé- 
tât oit il étoit fur tinfhruBion faite par VAU 
hué de Qpbnper , faufau dit Bérenger &fa 
femme , après que P Arrêt définitif feroit in- 
tervenu , à fe pourvoir , s* il y avoit lieu + 
four leurs intérêts civils contre qui 9 & ain- 
fi quils aviferoient bon être^ & par devant 
Jes juges à qui la connoiffance en appartiens 
liroit. Voici l'Arrêt tout au long. 

Extrait des Regiftres du Confeil S Etat. 

Vu au Confeil d'Etat du Roi, Sa Ma* 
îefté y étant , l'arrêt rendu en icelui. lç 
feize Eévriet dernier , par lequel il auroit 
été ordonné que l'arrêt du Parjement de 
Bretagne rendu fur le Requifitoire du Pro* 
çureur Général le feptieme Mars 1718. 
fëroit exécuté felon (a forme & teneur, 

& 



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b' ftM'Bfcbi'si OuyS %% 

& en conféquence qu'à lt Requête dudit 
Procureur Général , il feroit inceffamment 
procédé à l'information ordonnée par le-» 
dit arrêt j & afin d'éviter au frais d'une 

Procédure à faire par un CommiiTaire du 
ârlement, dont le tranfport feroit trop 
difpendieux aux Parties, S. Mté. auroit 
ordonné que par le Sieur Kuafegan AU 
loué du Préfidial de Quimper , que S. Mté. 
auroit pour ce , commis , il feroit procé- 
dé à la Requête du Procureur du Roi au 
dit fiege , en exécution dudit arrêt du 
Parlement, à l'information & autres pro- 
cédures ^néceflaires pour rinftruétion du 
procès intenté par le dit Requifitoire con- 
tre les Révérends Pères Jéfuites de Breft , 
pour raifon de la prétendue fouftraétion 
de la peribnne & des effets du nomirçé 
Ambroifc Guys jufqu'à jugement définitif 
exclufivement , pour le tout vu & rapport 
té audit Parlement, y être procédé au jur 
rament définitif, la Grand'Chambre & la 
Tournelle AiFemblées. Autre arrêt du 
Confeil d'Etat du premier May fuivant , 
par -lequel, fans s'arrêter à Poppofitiou 
formée par le nommé Efprit Bérenger & 
Fronçoife Jourdan fa femme , fe difant pe- 
tite tille héritière du dit Ambroife Guys 
s*u dit arrêt du feize Février précèdent, 
dont ils avoient été déboutés, S. Mté. au- 
rait ordonné que le dit Arrêt feroit exécu- 
té félon fa forme &* teneur, nanobftant 
toutes oppofitions faites ou à faire , & 
autres çmpêchemens quelconques , pouç 
C 5 lef- 



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3&t Hifc » * a <ï K * ? 

lefquels ne ferortdïfferé f arrêt du Parie* 
ment de Bretagne du 8. Juillet "dernier , 
par lequel letlit Bérenger & fa femme au* 
roient été reçus Parties intervenantes ôç 
civiles audit procès. Autre Arrêt du Con- 
feil d'Etat du feptieme Août fuivant, par 
lequel il auroit été ordonné que le Procu- 
reur Général dudit Parlement de Breta- 
gne enverroit inceffamment les motifs du- 
dk Arrêt du 8. Juillet précédent , pour 
ièeux vus & l'apportés, être par S. Mté. 
ordonné ce qu'il appartiendrait; les mo- 
tifs dudit arrêt envoyés en conféquence 
le 6. Odobre dernier , & autres pièces. 
Oui le rapport & tout confidéré. 

V LeRoi étant en fon Confeil , fans 
s'arrêter audit Arrêt dix Parlement de Bre- 
tagne du 8. Juillet dernier qui demeurera 
nul, & comme non avenu, a ordonné & 
ordonne que les Arrêts de fon Confeil des 
16. Février . & premier Mai précédens 
feront exécutés , félon leur forme & te- 
neur, & en conféquence qu'il fera pàfTé 
outre au jugement du procès au dit Par- 
lement, comme auparavant ledit Arrêt du 
8. Juillet dernier, en l'état où il eft fur 
Pinftru&ion faite par l' Alloué de Quim* 
per, fauf au dit Bérenger & fa femme , 
après que l'Arrêt définitif fera intervenu 
à fe pouvoir , s'il y à lieu , pour leur in- 
térêt civil , contre qui & ainfi qu'ils avi- 
feront bon être, & pardevant les Juges à 
qui la cortnoiffance en appartiendra. Fait 

au 



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î>'À MTftui o îsÉ Guy s: fë 

i\x Confeii d'Etat du Roi, Sa Mté. y é- 
tant , teftu à Verfailles le 13. Novem- 
bre 1723^3. ligné Phelyppeaux. 

Louis par la Grâce de Dieu Roi dé 
France & de Navarre au premier notre 
huiffier, ou fergent fur ce Requis, Nous 
commandons par ces préfentes fignées dé 
notre main 5 de fignifier à tous ceux qu'il 
appartiendra; à ce qu'ils n'en ignorent, 
l'arrêt ci attaché fous le eôfttre-fel de no- 
tre Chancellerie , ce jourd'huï donné en 
notre Confeii d'Etat, Nous y étant ? qui 
ordonne qu'il fera paffé outre au juge- 
ment du procès pendant en notre Cour 
de Parlemenr de Bretagne concernant les 
Pères Jéfuites de Breit , comme aupara- 
vant l'arrêt du 8. Juillet dernier , en l'é- 
tat où il eft fur Tinftruélion du Sieur Kua- 
fegan Alloué au Prélidal de Quimperj de 
ce faire Donnons pouvoir commiffion & 
mandement fpécial fans qu'il foit befoia 
d'autre permiffion; car tel eft notre plai- 
fir. Donné à Verfailles le 13. Novem- 
bre 1723 ; & de notre Règne le neuviè- 
me. Signé Louis , & par le Roi , Phe- 
lyppeaux. 

Les Jéfuites nïunis de cet Arrêt du Con- 
feii & fûrs d'ailleurs de leur fait du côté- 
de- l'Alloué de Quimper qui Vétoit tranf- 
portë à Breft dès le 18; May précédent 
pout y faire les informations dans le goût 
ordonné par le Confeii furent les premiers 
à folliciter un jugement défioitif au Parle- 

ment 



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Sft H I . $ T O I fL 15 

ment de Bretagne. Ils y préfenterent leur 
Requête à cet effet , dans la quelle ils 
eurent la modeftie de demander (attend 
du , y difoient-ils , l'atrocité des crimes 
à eux injuftement imputés) qu'il leur fût 
adjugé en nature de réparation, domma- 
ges & intérêts la fomme de cent cinquante 
mil livres 7 envers qui il appartiendroit a-* 
veç dépens. 

Le Parlement à qui il avoit été défen- 
du, comme oa a dû le remarquer, de 
voir dans toute cette affaire que ce qu'il 
convenoit aux Pères Jéfuites qu'il vît, 
rendit enfin fon arrêt définitif le 30. Dé«* 
cembre 1723. par lequel ils furent renvo- 
yés hors d'acçufation. . Je crois qu'il eft 
bon de le rapporter ici tout au long. 

\ jlrrêt Rendu aufujet d*un Vol deplufieurx 

Millions , attribué aux Pères Jèfuitet 

de Breft. 

Vu par la Cour, Grand'Chambre ôc 
Tournelle aflemblées, le Procès criminel 
fait, pourfuivi d'autorité du Préfidial dç. 
Quimper à la Requête de Monfieur le 
Procureur Général du Roi, demandeur & 
açcufateur , contre les Révérends Pères 
Jéfuites de la Communauté &ç Ville de Breft, 
défendeurs & açcufésj trois brefs Inven- 
taires contenant ladite Procédure criminel- 
le , mis & dépofés au Greffe Garde facs 
civil de la Cour, le quatorzième Juin mil 
fept cens vingt-trois j Inventées des Pç- 

m 



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ïes Jéfùites mis & auffi dépofés au Greffe 
Garde facs civil de la dite Cour le vingt- 
cinq Juin mil fept cens vingt- trois j l'Ar- 
rêt du Confeil d'Etat du Roi , & Com- 
miffion y attachée du treizième Novem- 
bre dernier, par lequel fans s'arrêter à 
l'Arrêt du Parlement du huitième Juillet 
auffi dernier» ordonne qu'il fera paifé ou- 
tre au Jugement au dit Parlement; com- 
me auparavant; le dit Arrêt du huit Juil- 
let dernier, en l'état où il eft fur inftruc- 
tion faite par le dit Billoard Lieutenant 
de Quimpert ; écrit & plaidé des dits J^fui- 
tes de Breft du vingt-trois Juin mil fept 
cens vingt-trois } la Requête des dits Jé- 
fuites mife au fac de charges par Ordon- 
nance de la Cour du dit jour vingt-deux 
.Décembre ûiil fept cens vingt- trois, ten- 
dante à ce qu'il plût à la Cour en con- 
féquence de ce qui s'apprend des Pièces 
dépofées au Greffe de la Cour par les Sup- 
pliants, le &$. Juin 1723. fans toutefois 
aucunement préjudicier à leurs Droits & 
à toutes autres exemptions péremptoires 
de droit & de fait , ils feront renvoyés 
hors de toutes accufation vers & contre 
tous: & attendu l'atrocité des tiitùès in- 
juftement imputez auxSupplians non prou- 
vés , & de ce qui réfulte de l'état du Pro- 
cès & des Pièces y jointes, leur ajuger en 
nature de dommages & intérêts , répara- 
tion , la fomme de cent cinquante milte 
livres vers qui il appartiendra , avec dé- 
pens y & ordonner que l'Arrêt qui inter- 

vien- 



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viendra , fera lu , publié & enregiftré par 
tout qù requis fera j auffi aux frais de qui 
il appartiendra , fauf autres droits, aélioiis 
& conclufiôns.; là dite Requête dépoféé 
au Greffe G^rde facs J>ar Inventaire du 2,4*. 
Décembre 1723. Conclufions du Procu- 
reur Général du Roi , prifes fur Fêtât du 
Procès le 7. Novembre 1723. Sur ce* oui 
le Rapport du Maiftre Kerfauzon Confeil- 
ler en (Jrand'Ohambre, Tout soflfideré 

LA COUR ftifant droit fur tes Char^ 

Î;es & Informations & Requêtes des Pères 
éfuites de Breit du sta. Décembre 1723. 
a renvoyé lés dits > Pères Jéfujtes hora 
d'accufation % fauf à eux à fe pourvoir leurs 
réparations » dépens , dommages & inté- 
rets, ainfi &vers qui il appartiendra j or- 
donne que le préfent Arrêt ferai lu & 
publié où requis fera. Fait en Parlement 
le trente Décembre mil fep£ cens vingt- 
trois. Signé J. M., Le Cjj.AV>î$ft 5 & 
dûment controllé le dix- neuf Février mil 
fept cens vingt -quatre. Fourni Copie à 
Moniteur le Procureur Général' fous fon 
plaifir, frns préjudice de fe pourvoir con- 
tre tout ce qui pourroit préjudicieriux Ré- 
vérends Pères Jéfuites, en parlant â fon 
Secrétaire en fon Hôtel à Rennes, 

- Signé, Pasqueïu 

Tel eft le fameux Arrêt qui a enfin ren- 
du le calme aux bons Pères au bout de huit 

ans 



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î> 5 AMB3io ise Gvfls; Hf . 

ans d'agitations & d'allarmes, Arrêt qu'ils 
ont tant prôné,. qu ? ils ont fait imprimer 
& diftribuer avec emphafc dans le tems 
qu'il a été rendu & encore treize ans. a* 
près,-. pour itatL-raifan qu'on verra par la 
fuite j Arrêt qui, félon l'idée qu'ils vou* 
droient bien nous en donner ,/ les rend 
blancsx:omme"la neige, maîsr-qjui félon la 
vérité &)la ! ''juflre idée 4 u ' on dwts'énïfbct. 
mer, lés laifleiiuffiinoirs, qu'ils. étoienc *\£- 
paravanto \Lse\leéteur en ya; décider, s?il 
ne l'a pajs encore fait fur lé)récitque nous 
venons d^expoferibus fes.yeuxi . , 

Nous ;avon§) dit que $ètf te commence*- 
ment du procès, lors qu'ils eurent appris 
que Mr. Je Chancelier avoit envoyé fèfc 
ordres à Breft pour y faire des informa- 
tions fecretes 4 ils lui écrivirent qu'ils^ a* 
voient .tranfigé. avec l'héritier d'Amhroift 
Guys. 11 yavoit donc eu de leur propre 
aveu un Ambrcfife Guys, Cet Affibroife 
Guys étoitiianc mort chez eux à Breft $ 
ils s'éteient donc emparé de fes biens. 
Cela efi: clair; Lorsque Mr*4e^€haâcelié* 
fut exilé àiErênesla première fois , ils re* 
mirent à Mr. d'Argenfon un Mémoire que 
celui-ci eût la lâcheté de rapporter au 
Confeil de Régence , & dans ce Mémoire 
ils articuloient qu'il n'y avoit jamais eu 1 
d'Ambroife Guys dans le monde. Paffé 
encore pour cela. Ils difoient le oui & Je 
non à la vérité % mais ils le difoient à deux 
perfonnes différente?. Cela peut être to- 
léré dans un menteur du premier ordre ; 

Mais 



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%9 H î S T 1 R É 

Mais ce que nous n'avons point dit en fera 
Heu, pour ne point interrompre la fuite 
des faits effentiels , c'eft qu'en 1721. ils 
préfenterent à Mr. le Chancelier lui-même 
au même Mr. Dagueffeau à qui ils avoient 
écrit qu'ils avoient xranfigé avec l'héritier* 
Oui audaciam incredibileml ils préfente- 
rent à ce même Magiftrat un prétendu 
Extrait mortuaire (a) , daté du 6. Juillet 
1719. qu'ils avoient fait venir d'Alicant, 
par le quel il paroiffoit qu'Àmbroife Guys 
étoit mort lé 6. Novembre 1665* c'eft-à- 
dire, 36. ans avant que de cefler de vi- 
vre , & mort fi pauvre , qu'il avoit été 
enterré pour l'amour de Dieu. Ce font 
les termes de l'Extrait mortuaire. 

C'eft ici dire le oui & h non^ & le dire 
à la même perfonne. Or je demande quel 
nom l'on peut donner à cela. Je deman* 
de fi' aucun Arrêt* quel qu'il foit, peut 
blanchir des gens qui dans une même 
caufe ont fourni de telles défenfes. 

Ce prétendu Extrait mortuaire eft pour- 
tant la, pièce triomphante des Jéfuites. Ils 
ont fait imprimer un grand Mémoire O) 

fans 

(a) Petidailt <jue lés Jéfuites de Paris préfentoient 
ce prétendu Extrait mortuaire à Mr. le Chancelier , 
ceux de Provence faifoient courir le bruit qu'Ambroife 
Guys étoit Coriaire; c'eft ce que jaylu dans une let- 
tre du Sieur la Croix Précepteur des enfans du Gré- 
fier du Parlement d'Aix en date du î. May 1718. 

(b) Il eft intitulé, Mémoire des P. P. de la Campa* 
gnie de Je fus, Directeurs defeminaire royal de la Ma* 
tint, &* iit Aumânuti du ditfminain étêkli à Brejl . 

Pouf 



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D'À m bb oise Gurs. ty 

fans nom ni d'Advocat , ni d'Imprimeur , 
ni de ville. On ne fait pourquoi, eux qui 
peuvent tout ofer , & qui difpofent de 
tout à leur gré, fi ce n'eft pour pouvoir 
le défavouer un jour , fi leur intérêt le 
demande. Ils y font valoir , félon leur 
méthode ordinaire , quantité de fourbe- 
ries , mais ils en reviennent toujours à ceU 
le ci. C'eft, difent-ils, un Alibi Contre 
lequel vont échouer toutes les preuves 
temmoniales & par écrit qu'on pourroit 
jamais produire contre eux. Delà , difent- 
ils , il eft faux , quelque chofe qu'on puis- 
fe dire , qu'Ambroife Guys foit mort en 
1701 9 parcequ'on ne meurt pas deux fois 2 
il eft faux qu'il foit mort à Breft, parce- 
qu'on ne meurt pas dans deux endroits ; il 
eft faux qu'il foit mort chez eux , faux 
qu'ils poffédent les tréfors d'un hommç 
mort fi gueux , qu'il a été enterré pour 
l'amour de Dieu. 

Oui tout cela eft faux, fi t Alibi eft vrai 
Mais étoient- ils fûrs eux - mêmes de la vé- 
rité de cet alibi ? s'ils en étoient fftrs , 
ils n'avoient donc rien à craindre delà part 
du Parlement de Bretagne. Pourquoi donc 
n'ont-ils pas voulu que Pinftruétion fût 
faite par un Gommiflaire tiré de cette 
Cour? Pourquoi ont- ils toujours eu re- 
cours au Confeil? Pourquoi y ont-ils fol- 

lici- 

Pour fervir dé riponfe au Requ'Ji'oiré de Mr. le Pro- 
cureur Général du Parlement ie Bretagne du 7. Mars 
171g. touchant r affaire £ Ambroife Guy*. 

D 



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go H ï s ï 8 ï S g 

licite , & obtenu une comimîïion extraor- 
dinaire pour l'Alloué & le Procureur du 
Roi de Quimper? Pourquoi n'ont- ils pas 
voulu que Bérenger fût reçu oppofant à 
l'Arrêt du Confeil qui notnmoit ces deux 
Officiers Subalternes , malgré fes griefe 
contre eux & fes motifs de récufattoû 9 
Pourquoi n'ont-ils pu fouffrir qu'il fût re- 
çu Partie intervenante & civile , de crain- 
te qu'il ne joignît fes preuves à l'inftance 
extraordinaire ? Qui agit mali 9 odit lucem. 
Quand on eft innocent 9 & qu'on eft fiftr 
des preuves de fon innocence , on ne 
craint point les yeux de la Juftiee, fur 
quelque tribunal qu'elle foit affife. 

Mais comment auroient-ils pu êtrefûrJ 
de l'Extrait mortuaire d'Alicant , eux qui 
en connôiffdient la fauffeté, eiixquiF^ 
voient fait faire? 

Mais 9 difent-ils dans leur Méthoire, cet 
Extrait mortuaire eft délivré, & figné par 
le Dodeur & Archivifte Jofeph Pavia , & 
fellé du feau de FEglife Paroiffiaïe deStç. 
Marie. Cette fignature eft certifiée vérir 
table par Pafchal Buéno Notaire ordinai- 
re & Eccléiiaftique , & écrivain fubftitut 
de la Vicairie foraine de la ville d'AIièniit 
& de fa Banlieue. Celle de Pafchal Buéno 
eft certifiée véritable non feulement pat 
trois Notaires Apoftoliques d'Alicant , 
mais encore par le Député de la Nation 
Françoife à Alicant, & autres marchands 
François négotians dans la même ville. 
Que manque-t-il, ajoutent-ils, à un Aéte 

xevê- 

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D'À MB*. OISE GtJYS. gt 

revêtu de toutes ces formalités ? Ce qu'il 
y manque V La vérité , mes Pères. On 
n'éft point la duppede toutes ces légaïifa- 
tions. Toutes ces fignatures, fans en ex± 
cepter celle de Jbfeph Pavia , ' peuvçnt ê- 
tre véritables, fans que Tafte le Toit. Patf 
chalBuéno a certifié la fignature de Jo«* 
feph Pavia: lé Député de la Nation Fran^ 
Çoife & les Négotians François onti cér* 
tiffié celle de Pafchal Buéno. Tout cela 
cit à merveille ; maïs fi Joftgh Pafàa eft 
un homme que vos Confrères de delà ont 
corrompu, & qifil ait figné tine faùffcté, 
que deviennent toutes» ces certifications? 
Or le fait eft inconteftatye > parœque 
Âmbroîfe Guys' eft mort à Breft , & non 
à Alicant, en 1701 , & non ént i66$. r U\ir> 
fant des richçflçs immenfes, & non 1 pau- 
vre à être enterré pour Pamotir de Dièm 
& cela eft prouvé par Poffre de cinquante . 
TOiMe écus faite à Marfeille au paripir des 
Reîigieufes de St. Sauveur par lç 1\ Rigot 
à Françoife Jourdan; par la confeffion i&t t 
genué que ce même Père fit à Mr. Néted; 

Sue c'étoit lui qufi avoh proctffë le letout 
'Àmbyoife Guys des Mes Portugaises; 
par lès affiches envoyées & fi piomtçment 
déchirées à Marfeille j Ça) par l'aveu des 
-Jéfuites mêmes de Bréft qui ont mandé à 
Mr. le Chancelier qu'ils avoient tranfigé 
J avec 

(*) On ttouveroit encore quelques exemplaires de 
ces affiches dans les archives de l'Hôtel de ville de 
Marfeille, fi on vouloit fincérement découvrir la vé« 
xi té dans cette affaire» 

D a 

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5* Histoire 

avec Fbéritier ; par les déclarations cty, 
fculpteur , & du batellier ; par celle de 
Mr. Beauchêne \ par les premières dépofi» 
tions de tous les témoins de Breft que vos 
Pères ont fu écarter , ou faire retraiter, 
lors du recollement; enfin par la frayeur 
qu'ils ont eue du Parlement de Bretagne 
pendant tout le cours de la procédure ? & 
qui les a fait perpétuellement recourir à 
la protection du Confeil. Voilà, mes Pè- 
res , ce qui prouve la fauffeté de l'Extrait 
mortuaire d'Alicant, (a) votre fourberie f 
pour l'avoir fait fabriquer & votre effroi*-' 
terie, pour l'avoir ofé produire. 

Veut-on encore une preuve de la fauffô- 
té de l'aéie du Doéteur Pavia? En voici 
une qui fera comme une piec0 brochante 
fur le tout. 

Le r Sieur C . . . bien informé que les 
Jéfuites avoient préfenté cet Extrait mor- 
tuaire à Mr. le Chancelier, écrivit à l'Ali- 
cant à un de fes Correfpondans , pour le 
prier de fe faire repréfenter les regiftres 9 
d'où on prétendoit que cet aéte avoit été 
extrait. Son ami lui fit réponfe qu'il avoit 
fait des inftances réitérées, mais toujours 
vaines , pour avoir communication des 
regiftres , & que Mr. l'Archivifte le lui 
avoit opiniâtrement refufé. Pourquoi , 
Mes Pères > ce refus obftiné de montrer 

les 

(a) Après la fable exéciable de Bourg- Fontaine 9 
la foutberie de Douay & tant d'autres , qui fera fut- 
pris ûc la fuppofition de cette pièce if 



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D' À mbroise Guys. 



53 



les regiftres de l'Eglife de Ste. Marie , 
ce n'efi: pareequ'il n'y étoit fait aucune 
mention de la fepulture d'Ambroife Guys ? 
Ça) Cette lettre a été remife à Mr. le 
Chancelier qui n'eut pas le tems d'en fai- 
re ufage alors , parce qu'il fût peu de 
tems après relégué pour la féconde fois 
à Frênes. 

Le Parlement de Bretagne a donc mal 
jugé , me dira quelqu'un ? Point du tout. 
Il a bien jugé , & ne pouvoit juger autre- 
ment. On lui a fouftrait toutes les preu- 
ves qui pouvoient être favorables à Bé- 
renger; il a été aftraint à juger fur l'in- 
ftruétion de l'Alloué .de Quimper : cette 
inttruétion a été faite telle que les Jéfuites 
l'a voient defirée, ou peut- être même diri- 
gée. Ils n'y étoient pas chargés affûré- 
ment. Le Parlement ne pouvoit donc 
moins faire , que de les renvoyer hors 
d'aceufation. Les a-t-il abfous pour cela? 
Point du tout.. Les a-t-il condamnés ? On 
ne le peut pas dire. Il ne les a ni con- 
damnés , ni abfous ; pareequ'il n'y avoit 
matière ni pour l'un 9 ni pour l'autre. 
Il les" a Amplement renvoyés. 

Le vol des effets d'Ambroife Guys plus 
déteilable à tous égards que ceux des Car* 

tou- 

(a) Si j'avois été à la place de quelqu'un que j'ai 
en vue, j'aurais été homme à envoyer à Alicant a- 
vec de bonnes lettres et créance, une perfonne d'u- 
ne probité éprouvée à l'effet de vérimer fur les re- 
giftres de l'Eglife. de Ste Marie ce prétendu Extrait 
mortuaire , afia d'en avoir le cœur net. 

03 



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g4 Histoiîé» 

touches (a) & des Raffiats, (b) n'a donc 

Î>as été commis par tes Jéfuites de Breft? 
1s ne l'ont donc pas attiré chez eux? Ses 
jours n'y otit donc pas été abrégés? Tout 
cela à été fait : cependant le Parlement 
n'a j>û condamner les Jéfuites à être pen- 
dus, ou 'brûlés, foit parceque les preu- 
ves de ces crimes ne lui ont pas été four- 
nies (ce q*i très* certain) foit parceque 
lors du procès, il ne fe trouvoit plus 
dans leur Maifon aucun de ceux qui y é* 
toient lors que Faff aire s'y paffa , ce qui eft 
très-vraifemblable. Ils avoient eu foin de 
les difperfer , pour les fouftraire à la main 
du Bourreau. 

Toute l'acftiôn de Mr. le Procureur Gé- 
néral rouloit uniquement fur le criminel * 
& nullement fur le civil. Le Parlement 
ne pouvoit donc prononcer que fur le cri- 
minel. Voilà pourquoi les bons Pères a- 
voient tant d'intérêt (Jue Bérenger & fa 
femme ne fuffent point admis Parties ci- 
viles & Intervenantes au procès; voilà 
pourquoi ils ont fait ceffer l'Arrêt qui les 
y recevoit. S'ils l'avoient été le Parle- 
ment auroit jugé le civil, & le criminel 
en même tems ; Aucun des Jéfuites n'au- 

roit 

(*) Louis Dominique Cartouche , fameux voleur & 
affadi* rompu vif en place de Grève le 26.. Novem- 
bre 172 1. 

(b) Pierre Louis Raffiat , autre célèbre voleur & af- 
fafïïn, aufiî rompu vif en place de Grève le 5. Dé» 
cembre 1742. 



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D'A BlBROISE G U t S. $g 

roït peut-être été pendu, à caufe de la 
difperfion de ceux qui avoient fait le 
coup ; mais la Communauté auroit été 
condamnée à retrouver & à reftituerle vol. 

Ceci n'eft point une interprétation for- 
cée du dernier Arrêt du Parlement de Bre- 
tagne. Pour s'en convaincre, il ne faut 
que fe rappeller celui du Confeil du 13. 
Novembre qui ordonna quUI feroit payé 
outre au jugement du procès en F état où il 
était fur PmftruSthn faite par P Alloué de 
Quimper , fauf à Bérenger 9 & fa femme , 
(a) aprèt P Arrêt définitif à fe pourvoir s* il y 
iwoit lieu , pour leurs intérêts civils contre 
qui , & ainfi qu'ils avifet -oient bon être. 

L'Arrêt du Parlement de Bretagne é- 
tant relatif à celui du Confeil qui faifoit 
loi, & celui du Confeil laiiTant le civil à 
part 9 celui du Parlement n'a donc pro- 
noncé que fur le criminel de la manière 
qu'il vient d'être dit. 

Les Jéfuites peuvent donc, cet Arrêt 
du Parlement de Bretagne à la main, pa- 
yer d'effronterie tant qu'il leur plaira ; en- 
dormir les fots & infulter aux gens de 
bien, il n'en eft pas moins confiant qu'aux 
yeux de ceux qui ont le cœur droit, & le 

juge- 

(a) $i PAtrct du Confeil laiflbit à Bérenger Ôc fa 
femme la foible reflburce de le pourvoir, s il y a- 
▼oit heu, pour leurs intérêts civi's après le juge- 
ment ; définitif, c'eft que les Solliciteurs & le Fabxi* 
careur de cet Arrêt Mr. d'ArmenonTÎlle favoit bien 
qu'ils feroient hois d'état de le faire. Ce qui eft 
ainrc. 

D 4 



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g6 H i s T o î K £ 

jugement fain , ils font des Voleurs , des Bri4 
gands , des Aflafins , des Sacrilèges dans le 
fait d'Ambroife Guys 9 ainû que dans bien 
d'autres. 

Oh comprend aifément que la Veuve. 
Bérenger (car fon mari étoit mort, comme 
on la dit au mois de Novembre 1723) n'a 
pas été en état de fe pourvoir pour Tes in- 
térêts civils après PArrêt du Parlement de 
Bretagne , c'eft-à-dire, de recommencer 
une nouvelle procédure. Après avoir 
long-tems délibéré, elle s'avifa un joiir 
(& elle crut que cette penfée lui venoit 
du Ciel) d'aller implorer Paffiftance de 
Mr. le Cardinal de Fleury, mais cette 
Eminence à qui les grâces manquent pour 
confoler la Veuve & l'Orphelin , lui dit 
de s'adrefler au P. Vifiteur des Jéfuites 
nouvellement arrivé de Rome, & qui é- 
toit alors à Paris. Elle alla le voir ac- 
compagnée de la Dame Lourda femme 
d'un Garde de la Barrière de St. Laurent, 
& lui préfenta un Placet dans lequel 
elle lui expofa d'une manière fuccinte , 
mais pathétique '& touchante tout ce qui 
s'étoit patte dans le procès contre les Jé- 
fuites de Breft, ôcconcluoit à ce qu'il plût 
à fa Révérence interpofer fon autorité , 
pour lui faire faire la reftitution qu'elle é- 
toit dans l'impqiflançe de fe p^ocurçr par 
les voyes juridiques. Le Révérend lui ré- 
pondit poliment , mais indifcrétement 
qu'il étoit yrai qu'Ambroife Guys étoit 
fliqrt chez les P. P. Jéfuites de Breft, mais 
~ ' que 



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ï>' A là b k o i s è G t; * s: ^ 

<}ue ne faifant que paffer, il ne pouvoit 
nen pour fon fervice dans cette affaire* 
& qu'il falloit qu'elle s'adreffît au Père 
Principal. 

Elle n'alla pas elle-même trduver ce* 
lui - ci , mate le Sieur Lourda y alla pour 
«lie. Il répondit qu'il ne fe mêloit point 
de cette affaire , mais que pourtant il ver- 
rou cela. On ne fait ce que le bon Père 
a vu depuis ce tems-J&j mais ce qu'il y a 
de certain , c'eft qu'il n'eç a rien trans- 
piré qui foit venu à la connoiffance de la 
Veuve Bérenger. On a crû qu'il n'étoit 
pas inutile de rapporter ce fait, à caufe 
de l'aveu ingénu du bon Père Vifiteur. 

A propos d'aveu, en voici encore un 
qu'il eft bien important dé né pas omet- 
tre. Il eft de Mr. d'Argenfon môme. Il lui 
échappa un jour en préfence de quatre ou 
cinq Jéfuites , & d'une foule de personnes 
qui étoient à fon audience. 

Le Sieur C * . .. le preffoit vivement de 
donner fes ordres pour l'exécution de 
l'Arrêt du Parlement du 7. Mars 171 8. Ce 
Magiftrat raflemblant les rides de fon 
front, & hériffant fes fourcils lui dit j 
Vous êtes bien hardi de vous mêler de cette 
affaire ! Etes -vous folliciteur de procès'? Je 
Vous ferai mettre dans un cul de baffe foffe 9 
(a)fifapprensque vous vous en mêliez eqcore* 

& 

(a) Langage familier à Meffieurs les Lieutenants 
fie police de Taris. Il y a encore d'autres fleurs de 

rhç- 

-D5 



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& fi vous m'en ^parlez davantage. Vous le 
pouvez^ Monfeigneur , fi vous le voulez* 
répondit le Sieur Ç . . . . mais je ne h 
craind point , parce que votre juftice ne vous 
h permettra pas 9 & quand vous n? empêche- 
riez de vous en parler , ces pierres vops en 
par 1er osent. Si F objet de cette aceufation efi 
faux , puniffez les calomniateurs en commen- 
çant par moi; mais s 1 il eft^rai^ rendez ju- 
ftice. He! reprit Mr. d'Argenfon, en lui 
ferrant le poignet , il n'efi malheureufement 
que trop vrai > mais il faut s'en taire àcau- 
Je des affaires préfentes de FEglife Qu'ont 
de commun, Monfeigneur y répliqua le Sieur 
C. . . . jfey affaires de FEglife avec celles 
dent il s'agit? Les affaires de FEglife font 
d'une nature bien étrange 9 fi leur intérêt 
demande qu'on laiffe de tels crimes impunis! 
Cela fait bien voir que ceux qui oppriment 
^aujourd'hui les pauvres héritiers éFAmbroifè 
Guys , font les mêmes qui font gémir FEglife* 
Qffos donc/ ces Meffieurs^ en regardant les 
jéfuites, volèrent, affajfineront les particu- 
liers impunément par la raifon qu'ils font 
Auteurs dt crimes encore plus grands 9 c'efi* 
à-dire , de la déflation de FEglife & de FE- 
taty Mr» d'Argenfon ne lui répliqua pas; 

rhétorique dont ils ornent leurs difeours en parlant 
aux personnes les plus refpe&ables qu'ils tiennent 
dans les chaînes ; comme ; Tu es un caquin , tu es un 
gueux, un fripon, un faquin , &c. En quoi on dit 
que Mr. de Marville ne dégénère point de fes illus- 
tres Devanciers. Voyez l'interrogatoire de Mx. Guys 
Non. Eccl. du *i. Février 1743, 



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D*Amsroîss Cûys $5 

il lui tourna le dos pour donner audience 
à d'autre perfonnes. 

Voilà en abrégé ce qui s'eft pa(Té au 
fujet de cette grande affaire pendant les 
fept ans &4emi qu'il en a été queftion en 
Bretagne. C'eft quelque chofe de grand, 
que d'empêcher qu'un Arrêt ne foit pro- 
noncé, mais- c'eft encore, à mon avis , 
quelque chofe de beaucoup plus grand, 
que d'empêcher qu'un Arrêt rendu par 
le Roi même, n'ait fon exécution & ne 
voye même le jour. C'eft julqu'où va le 
crédit & le pouvoir des Jéfuites. / 

Le public peut fe reffouvenir qu'au 
commencement de l'année 1736. il le ré- 
pandit dans Paris un bruit confus à la 
vérité * mais violent que la grande affaire 
des Jéfuites de Breft étoit jugée , & qu'ils 
avoient perdu leu* procès au Confeil. On 
ne parloit d'autre chofe dans les Caffés, 
& dans tous les autres lieux d'affemblées. 
Chacun attettdoit avec impatience la pu- 
blication de l'Arrêt , lorfque les Jéfuites 
ayant fait promptement réimprimer celui 
du Parlement de Bretagne du 30. Décem- 
bre 1723. qui les renvoyé hors d'accufa- 
tion * le firent colporter par les rues. Ce 
ftratagême eût tout le fuccès qu'ils s'en 
étoient promis. Le public s'abufa, en 
croyant fe défabufer. Il fe mit dans l'ef- 
prit que l'Arrêt du Confeil étoit un Ar- 
rêt imaginaire , & que c'étoit celui du 
Parlement de Bretague qui avoit donné 
lieu au bruit qui s'en étoit répandu. Cha- 
cun 



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cun s'accufa xlè facilité à croire , & dtf 
précipitation dans fes jugemens. On ne 
ht point attention alors que cet Arrêt fu- 
jfnné que les Colporteurs diftribuoîent 
fans bruit & fous le manteau, devoit ca- 
cher quelque myftere , & on ceifa bonne- 
ment de croire qu il y eut un Arrêt du 
jConfeil contre les Jéfuites. Il y avoit 
„en effet du myftere , & même un grand 
myftere que le teras a dévoilé à ceux qui 
ont été attentifs aux fuites de cette affaire. 
La vérité eft que le famedi n. Février , 
veille du dimanche de la Quinauagéfimç 
1736. le Roy bien informé du vol des ef- 
fets d'Ambroife Guys commis par les 
R. R. P. P. Jéfuites du Séminaire Raya/ 
de la Marine de Breft, rendit proprio mottt 
en fon Confeil privé un Arrêt par lequel 
Sa Majefté condamne tous les Jéfuites de 
4bn Royaume folidairement à reftituer aux 
héritiers dudit Ambroife Guys tous les 
effets en nature de la fuçceflion Gnon 
de leur payer la fomme de huit millions 
par forme de reftitution. Ceux de ce 
Confeil qui n'en furent pas cofltens, é- 
toient en petit nombre , mais ceux qui 
furent fenfibles (0) à cet aéle éclattant de 
juftice 9 en firent part à tous ceux de leur 
connoiffance qu'ils rencontrèrent çn iortant 

(a) Mr. le GJuerchoys, Confeil 1er d'Etat Ordinai* 
le publia hautement dans la famille & même en 
préfence de Tes domeftiques pendant deux jours* 
mais le troifieme jour il dit à une perfonne de ma 
connoiifaqce qu'il ne lai ccoir plus peiaus de parler* 



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D* À MB R OI * £ . G \f^t s. fit 

du Confeil. On conçoit aifément que dès 
le jour même toute la Cour en fût inftrui- 
te , & que ce bruit paffa promtement de 
la Cour à la ville. La Veuve Bérengeç 
elle - même en fût complimentée dès le len- 
demain par tous ceux qui la connoiffoient. 
Les Jéfuites qui depuis treize ans jovusr 
f oient a cet égard d'une douce tranquilité- 
Semblables à un Cerf qui eft relancé dan* 
fon fort par le fon du cor & le cri des 
chiens , furent faifis d'effroi à cette nour 
velle, mais bientôt rappellant leur ant 
cienne vigueur, ils fe mettent en campa- 
gne, & firent fi bien auprès de qui il ap^ 
partenoit, qu'il leur fût promis que, £e$ 
Arrêt demeureroit comme non-avenu , fiç 
qu'il ne verroit jamais le jour. \^ 

. Après s'être fait donnjeç.de bonnçspjtf 
rôles, & s'être bien affùrés qu'ïlerç ijeroUj. 
àinfi, ils firent aufli tôt imprimer , comme 
nous vçnons de dire* leur Arrêt du Parle-y 
ment de Bretagne ? & le^rent courir pai[ 
les rues (0). J'en achetai un. moi méj^ 

(s) Outre cet~ Arrêt , ifs* firent aufo re'impu^» 
dans ce înênle-cenià & diftribUerent eux- mérites lH5P 
grand MtoQ«ei;contte Mr._le Procureur Géft^iât^àlg 
rête du quel ils mirent cet avertiflèment. Le bruit 
'répandu depuis un mois dans Paris avec tant <T ajjur on- 
ce , d'un grand procès que les P. P. Jifuita ont perd* 
au Confeiï du Roi y qu'on dit les avoir condamné à re? 
fiituir flujieurs millions , eft une fable qui n'a pas le. 
moindre fcndtment ; mais cette fable a fans doute rap+ 
fort à F affaire dont il s'agit dans le mémoire fuiv ont , 
& que le Parlement de Bretagne jugea par Arrêt dm 

3* &+S 



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alors fur le Pont St. 'Michel fîir 4a brune J 
que le Colporteur ne me' livra qu'après 
m'avoir attiré dans, une t allée & que j'ai 
'encore. Par la ils ^ donnèrent le ' change 
au public qui fût leur duppë en 1 cette ôç- 
cafton , comme il l'eft eb bifen d'autfes p 
Ce comme il le fera probablement toujours., 
par la confiance infenfée qu'on a en ces 
tnéchans Prêtres ^ en ces hommes pervers , 
comme les appelle feu Mr. de Montpe- 
lier lettre i$$. malgré Pévitfencë de leurà 
forfaits journaliers. 

Entre ceux qui font bien décidés fur le 
compte des Jéfuite3 , & qui étoient bien 
informés de Pëxifténce de T Arrêt, il y 
cutuh Guré de Parte & un Conseiller du 
Parlement qui dans la crainte que les bons 
Fét^ti'til^ff^t?; de leur fovoir faire con- 
tre Tàf VèuVé'Bérenger , crûïént qu'il étoit 
de la prudence '& de la cfràrité de ne la 

Çs laiffer exjtàféè' à leur fureur: Comme 
danget étôit prëffatit : ils lu^ firent quit- 
ter promptémeôt' 4e lieu où ^etie' étoit t 
êelâr firent d'abord entrer dans une Com- 
munauté, où elle refta trpis jours ,. puis 
dans ùnè ; maïfon particulière; , où elle de* 
meura cachée pendant fix femaines. 

' Ces 

30 Décembre 1723. Cette affaire eft de nature à inte- 
fejjèr la curioftté & ià probité. L+ le&ure du mémoi. 
re , de P Arrêt du Parlement de Bretagne & des Pièce; 
justificatives qui y Jbnt jointes, en donneront une exa&e 
cênnoiffance. Cette remarque eft faite fur un Exem- 
plaire qu'on tient du ?, Luffiteau, fcere de l'Evêquc 
de Sifteion. 



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D'A M B R t) I SB* G U Y S. 6j 

Ces deux Meffieurs firent tfùetyues ten- 
tatives pour obtenir l'expédition de cetf 
Arrêt, mafc Voyant que les Jéfbites y *• 
voient trop bien pourvu , ils abandonne-^ 
rent la partie ? & la Veuve Bérenger qiâ 
s'enrçûyoit 4è fa ietràite, <n fôrtît iç Jeu* 
demain dés/fëtea de Pâques y & slla éè* 
metirer çixèz ùtie de fes (tthîé&T f Mars cet* 
te^mié v qpi J tvpit déjà auparavant :î be^ 
coup -fait pour elle ^ n'ayant j>bint et* eg 
état de là garder longtems^ illç rêtoitfi 
na dans la mailo» d v où le : Curé \&,Û 
ConfeillVr^aVdîem tirée. / r - • ' 

Elle ^ était tous le? %&ri dbfédéè.të 
gens ^ui jtii i&foiént $hëndré les pis ' 
|ue <fes ^eirrdrtiifes dfe CôtlfidéfàtftHi s*eitë 
^ImenrWli tour ïPou^ ôfaenii; fçtj À# 
rôt^ le^ttëres qu'ils lé lui appi>jt«oï^ft 
au prei&jW jput. 0» i^ormlj:, pcndaiit 

?' uélcjttcrTettis f défcè$ chhnëttqâe* efpéfcii- 
es ', mais elle prit enfin la réfolution d'al- 
ler elle- mççaç le .foUteiter, y r x 

Elle partit pour Verfailles fur la fin dç 
la même année 1756. & detteura Jw- 
qu'au mois de Novembre de Tannée fut 
yanie. Pendant ce tenu»- là elle eût l'hoit? 
neur de-piëfetater jufqu'à hait Ptetçets *à 
Roi en 'différons tems, & èû diffèrent 
lieux, comme àVerfailks-même, à Ram* 
bouillet, à St. Germain é aux rendez-voUi 
de chàCfe &c. Elle & la juftiçe qu'elle 
demandent, y étoknt fi connues de tous 
les Seigneurs de la Cour * qu'il tCy c# 
avoit pas un qui ne lui facilitât les mo- 
yens 

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t4 H ï ?■ * 6 t vl » - 

yens d'approcher de Sa Majefté pour ft 
jetter à les pieds, & pour lui demander 
inexécution de fbn jugement. Plufieur? 
fe fouviennent encore que le Roi forçant 
un jour du Château de Rambouillet ac- 
compagné de toute la Cour, pour afler 
au falut à TEglife de la paroiffe , ellefe 
jetta à genoux & lui cria en fbn patois* 
en lui présentant un Placet : Gioufiice r 
Sire 9 gioufiice pour la pauvre Vive , con- 
tre les îfèjuites qui ont affaffigna fin grand, 
père 9 & enktoa fin bien (*}. . . 

Le Roi recevoit fes Placets avec bontés 
mais ceux à qui ils étoicnt renvoyés, a- 
Voient ou des ordres (upérieurs , ou des 
îaifons perfonnelles pour n'en faire aucuti 
ufage. Il m'en eft tombé unïpar exem- 
ple fur lequel Sa Majeftë ayqîl; eu la 
bonté de faire elle - même avec uh x crayon , 
le renvoy à Mr. de Maurepas , & au dos 

étoit 

(m) Xe Placet eft le premier! dé ceux qu'elle a 
préfehté à S. M. Ce fut Mr. le Comte de Monteflbrt 
lieutenant des Gardes , qui le reçût. Elle l'alla voit 
le lendemain. Il lui dit de ne fe point inquiéter , 
qu'elle auroit 1 bonne juftice, & que le koi avoit ré* 
pondu favorablement à fon Placet. Ce que lui dit Afo 
de Monteflbn étoit très véritable. La preuve en eft 
que quelques perquifitions qu'elle ait faite de ce Pla- 
cet chez Mr. le Chancelier & ailleurs, elle n*a jamais 
pu le revoir. Xe Su Neveu alors premier Secrétaire 
de Mr. le Chancelier, eût l'impudence de lui dire, 
* fu'il /avoit bien que la réponfe à ce. Placet lui feroit 
plaifir , mais que ce r? étoit point la coutume de rendre 
tes Placets , & que quand tout le ^ Parlement en corps 
viendrait le forcer* il n'y gagntroit rien. Tel Maître» 
tel Valet. 



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Itf A M b r^o t s m <î CTy s; -6$ 

rétoit écrit dé la main de Mr. de Maure- 
pas^ ou d'un de fes Secrétaires, Juflioe, 
ordinaire. 

:: Je laifle à ceux qui connoiflent le ftile 
des Bureaux * à expliquer le fens de cette 
réponfe laconique, fi elle en a un, La 
Veuve Bérenger ne deraandoit point dans 
cePlacet que lq Roi prît connoiflance de 
:fon affaire, ni qu'il jugeât entre elle, & 
les Jéfuites; cela étoit fait* Elle deman- 
doit la délivrance d'un jugement rendu , & 
on lui répond 5 jufticç ordinaire. 

On ne rapporte ce fait * que. pour don- 
ner une idée de i'efpece d'enforcellement 
qui a toujours accompagné cette affaire 
depuis fon commencement jufqu'au point, 
où elle eft maifitenatit , puis que Mr. de . 
Maurepas ce Miniftre fi éclairé & .fi équi- 
table fe trouve comme forcé de faire certs 
réponfe qui eft aulfi ambiguë , que cel^e 
d'un Oracle. ; z % 

Pendant l'année de féjourqrçe la Veuve 
Bérenger fit à la Cour, elle fepréfenta k 
toutes les audiences de Mr> le Chancelier 
qui lui répondit toujours (autre énigme) 
que V affaire étoit jugée. L'entendoit-il de 
l'Arrêt du Parlement de Bretagne du 30* 
Décembre 1723 ? Elle ne l'étoit point au 
fens de la fuppliante, & il le fa voit bien; 
ou de celui du Confeil du 1 1. Février 1736. 
qu'elle demandoit? Il falloit donc ouïe 
lui délivrer, ouïe lui refufer, ou lui dire 
qu'il n'y en a voit point. Enfin perfiftatjt 
Un jour à lui demander l'expédition de ce 
E der- 



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$6 H * « t o 1 r * 

dernier, il toi dit un peu ptos clairement 
cette fois mais arec moins de vérité, ^tf* 
/s étoit une imaginaire 

A l'audience fiavaijteellelttipréfent&un 
«more Placet par lequel eile prouvait par 
de bonnes raiions qu'elle n'étoit rien moins 
4w'une imaginaire. Ce Chef de la Jullice 
françoife rayant lu , «n parût ebagnn , & 
tans lui faire aucune répoafe, lui ferma 
brufquement la porte de fou cabinet au nez* 
Sa mauvaife huweur veoott fans doute de 
ce que fentant la Juftice de la demande 
qu'on lai/falfoit, il ^toit obligé de céder 
au charme qui lui tioit la langue , & les 
mains, (a) 

A Tégard dm Grand Enchanteur, elle 
me lui préfentci qu'an ftul Placet, parce 
qu'il ta congédia dès la premiarc ibis pour 
toujours, en lui difant, mfU m fi mêlait 
fointJt eau affaire (V) Je cannois bien 
des gens qui ont la témérité de touter de 
ta ftncérité de cette riponfe. Le moyen * 
*dMfettt41s, de fe perfuader qu'an hoswnefi 
^UûW^rfel, qui ne dédaigne pas de ddeen- 

dre 

, (a) Bien àes Seigneurs (Je la Cour font encore per* 
fiwdés aujourd'hui que le charme qui lioit la lanue 
4c les terris de Mr. le Cnancetier étoit Toc dei JeTtti- 
ae*, autant ope les ordres .de Mr, le Cardinal. 

(J) il fe fct faire deux fois la Je&urc de ce Placet 
par Bargeaç , puis ri ft cette réponfe. Je/si -par- 
Jaittmmt Qiên 4ttte ajfain, msisje ne peux m* en mêUr. 
jShéritUr* peut m ffi*te jjfiêrantt lp pturfuivr? , Mfse 
lui arrivera rien (quelle henté!) mais encore uni /ois je 
ne peux m'en mêler, il omit donc fait %mme Mer- 
Un * 41 Jttok Mntkonti tim - mémt. 



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& À li i r 6 i « e ti u y s; $£ 

<îre dans le plus menus détails, eût nié- 
priCé d'entrer ou pour, du contre dans 
une affaire où il ne s'agit de rien moins, 
que de la perte, bu dp la confervation de 
l'honneur d'un Corps qui joue un fi grand 
toile dans l'Etat, dans PEglife, dans te 
monde entier? Eh l plût à Djeu I ajoutent 
ils,U fwiuvr*. bérkiere se (croit pas , com- 
me elle l'eft aujourd'hui, à Page de 76. 
ans, réduite à Faumône d'Un petit nom- 
bre de peribnnes pçuaiftes elles - mêmes ^ 
i|ui ne peuvent lui 4ûnner que de très foi- 
blés fecours , c'efl>J^dire, ce qui iuffit pré- 
£îf$nenc pour l'empêcher de mourir. 

Au reftc ce (ont les Jéfuites eux-mê- 
mes qui par leur trop de prévoyance, ont 
-été, fens le vouloir, Promoteurs de l ? Af- 
iêt dont il s'agit. Quelque fiere conte- 
nance qu'ils affe&afePt avec celui du Par- 
lement de Bretagne, ils en fentoient Vin* 
• fuffiftnce , & comprenoitttt que (l leurs 
friee écoient à couvert pat c^t Arrêt, leur 
honneur qu'ils ettiment & qu'ils en feignent 
être préférable 4 la vie, & leurs biens qui 
font les feula Dieux qu'ils adorent, n'y é- 
toieatpas. IL foraeeent donc 4 y pour- 
voir. Pour cet effet ils préfertterent une! 
Kequêteau Confeil tendante à ce qu'il plût 
Il Sa Majefté Confirmer, entant que befoin 
ferojt, l'Arrêt du Parlement de Bretagne^ 
.& en outre les décharger de toutes pour- 
fuites & recherches tant pour le prêtent * 
<Jtf e pour Tavenir , fuf le Civjl. 
Avant que de f^ire droit fur leqt Re- 
E 2 quête 4 



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168 H i s t o i r'e 

quête , & de rendre l'Arrêt qu'ils vofc 
loient lurprendre , on jugea fagement au 
Confeil qu'il étoit à propos de revoir les 
pièces du procès qui étoiént & font en- 
core entre les mains de Mr. le Chancelier. 
Peut-être que fur l'Extrait de ces pièces 
qui fut fait par une bonne main , & qui 
n'étoit point ennemie des Jéfuites , ces 
JbonsPerçs auroient obtenu l'Arrêt qu'ils 
demandoient,mais il s'en trouva une fin- 
guliere ignorée des Jétuites & qui étoît 
en d'autres mains que celles de Mr. le 
Chancelier. Elle fut exhibée par celui qui 
en étoit dépofitaire. C'étoit une efpece 
de teftament du Père Chauvel contenant 
un Etat , ou Inventaire des Effets d'Am- 
broife Guys avec une eftimation de cha- 
que Article. Ceux qui auroient été. les 
plus, difpofés à favorifer les Jéfuites ne 
-purent tenir contre cette pièce. Quelques- 
unsi néanmoins voulurent 3 dit-on, parler 
pour eux , mais le Rtfî frappé par l'éviden- 
ce de la vérité , ne voulut rien entendre 9 
& prononça l'Arrêt. On affûre même 
que. Sa Majefté leur fit grâce au moins 
de J a moitié du montant de l'Inventai- 
re; (a) 

On 

(a)fOn fera peut-être furpris qu'un homme tel 
qu'Ambroife Guys ait pu a m aile r une fomme qui pa- 
ioir exorbitante, mais on ceflara de l'être il on con- 
liciere quôc'etoit ddpuis 1660. jufqu'en 1700. & qu'il 
fut conduit dans fes opérations par des Nègres donc 
il avoir fait Tachât, Ieiquels l'ont élevés dès leur jeu- 
neflè a la recherche de la poudre d'or. D'ailleurs ce 
n'eiï. y*s la le foui miracle qu'ait fait la Fortune. 



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D'A mb rois e Guys. 6£ 

f On pouvoit bien en effet s'en rapporter 
à Peftimation du P. Chauve}. C'étoit un 
homme qui par le grand , & long uiagç 
qu'il avoit dans les affaires de commerce.* 
le connoiffôit à tout. Ceux qui Pont; 
pratiqué difent que pour fon goût fes 
talens dans ce qui s'appelle induftrie, in- 
trigue , tours de foupleffes , filouteries, &c^ 
on n'a encore trouvé perfonne qui lui 
fpit comparable (encore jufqu'à un certain 
point.) Si ce n'eft \ Mr. Languet de Ger~ 
gy, Ça) Curé de S. Sulpice de Paris, 
Dans toute la Province on ne Fappelloit 
que le Chevalier Chauvel. • Il étoit de 
Lamballe , fils d'un riche Corroyeur. Il 
avoit dans la ville & dans lç portdeBrelt 
des marchandifes de toute nature, & de 
toute efpece fous le nom de différens par- 
ticuliers. On n'ignoroit pourtant pas que 
toutes ces marchandifes lui appartenoient* 
& quand il s'agiffoit d'un marché de quel- 
que conféquence on s'adreflbit le plus fou- 
vent au Chevalier <?bauvel, & non à fes 
Prête-noms. 

Il n'y avoit fortes de marchandifes dont 
il ne fe fhêlàt, & qu'il ne fût en état de 
fournir à cçux qui lui çn demandoient, 
jufqu'à des corps de navires entiers. Corn* 
me il en avoit dç toutes jauges dans io 
port, on n'avqit qu'à lui dire pour com- 
bien 

(a) Ceux qui favcnt les petits tours du Curé de 
St t Siilpice , eqrr'autres , l'affaire <le Madé. Câvois, 
ne" feront point choqués de la comparaiùm. 

E 3 



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fyù H I s t p î VL | 

bien de canons on vdûlôit que celui qu*ojj 
lui marchandoit fût peteé , fit de Combien 
de tonneaux on x le Iduhaitoit, le marché 
j8c les conditions feites, ce navîte en môih* 
de huit, où Ait jours étoitfcrêti mettre 
à la voile avec tous fes agrès il en étplt 
de même àprojtottion de {bute autre eipe- 
çc de marchandée». 

Après avoir Été péfldafit 30. pu 4e. ans 
Procureur de cette Maifort * & lui avoir 
valu, on ne jteut d#é combien de millions, 

1>ar des voyes connues de Dieu feul & cte 
ui, il Croyait, comtne de râifon, y aVoi* 
acquis un droit que les attires n'y avoient 
pas, & ppuVoit dire à juftè titre yjtjtm 
chez moi, H àvoit arrangé ceqte Mailon, 
comme devant y paffer le refte de 9ti 
jours. Il Paimoh comme l'ouvrage de ft$ 
mains & de fon îndufttie, & difpit coto- 
me Horace , en la couridetaût} 

SU meœ/èdçs utinàm fene&& ? 
SU modus lajjb mttris & viartm % 
Militiœque. Od. 6. lib. a. (a) 

Ou Comme David $ iac requies Ma it% 
ffculum faculi: bîc bahUaho , quoniam ekgi 
eam. Pf. 131. Mais le bon Père avoit plus 
£tydi£ le commerce, que le génie dp fa So* 

r ciét^ 

(a) FaHè le Ciel que j'y p*fl*e ma vieilleflè , & que 
je puifîè m'y déïafler des fatigues de la guerre , ô* 
des voyages que j'ai fait par terre & par mer . ode é\ 

Jiv. ii. • '•• ■'•* ■ ^ 



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D f À M B R O I S B G U Y È. * ft 

riété (*>. Eu efïee, c*eflr bien peu cou* 

noitre tes Jéfrâtes , que de le* croire cap* 
Mes de quelque recornioiflatnce. Que ceux 
jui leur font la, courue sty trompentpw: 
ils fctft de tous les hommes tes ptos îft* 
grats, 3f s*ite rendent cpjekjteo& fervicei 
(comme à uni Âbfcé Teneur qtfiis ont ttr& 
d'un infâme Bureau d'Agio, pom l'élever 
au Cardiiïatat) ce n'eflf qu'à ceux , de qui 
ils en atteadene de pli» grands ; ôt mal* 
heur à qui leur etof a rendu , & en qui U 
volonté? cdfe de leur en rendre/ 

Le Père Chstfvel davenu vieux, &hors 
d'état d*êtte utile à la Maifon comme pas 
lepiffé, vouloit donc jotïïr, cornrtenou* 
venons de dke, du fruit cte fes traveatix* 
& en Jouir avec une forte de diilraftioat 
Cela déplût aux ancres qui commencèrent 
alors à s'appercevoir qoe leur Confrère 
prenoit goût aux chofes de la terre, & 
perdoit fur ces vieux jours cet efprit de 
pauvreté, & d 'abnégation qui leur cft fi 
étroitement recommandé par le Père Igna- 
ce leur Patriarche. Pour y remédier , ils 
jujjerent qu'il étoit à propos de lui ôter 
l'objet de fa concupffcence. Pour cet ef- 
fet ils Sollicitèrent un ordre de leur Géné- 
ral qui l'envoya à la Flèche, fous prétex» 
te que l'air y étoit meilleur , & la Maifon 4 
plus belle. 
Ce Père ne prit point le change, & ner 

re- 
fit} Voyez la ftfatf atçbte des Soliptes , p#r le ]i* 
fuite Melch, Incfcofer. 

E 4 



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jtr Histoire 

regarda point cette transmigration cotrnnô 
une faveur r & beaucoup moins encore une 
récompenfe. Il fentit bien d'où le coup 
partoit. A Dieu ne plaife que je veuille être 
ici le ferutateur des penfées, & du motifs 
des regrets du Père Chauvel dans une conr 
jon&urefi délicate. Mais enfin, pour ré- 
parer, autant qu'il étoit en lui,fes injus-- 
tices paffées, il fit le teftament olographe 
dont il vient d'être parlé; en fit un paquet 
qu'il cacheta, & étant au lit de la mort, 
(a) il le confia à un de fes Amis, pour le 
remettre à fon adreffe , en cas qu'il vint 
à mourir de cette maladie, & pour le lui 
rendre* fuppofé qu'il en revint. Il en mou- 
rut le Bonhomme, & le Paquet fut remis à 
fa deftination , d'où il pafla entre les mains 
de feu Mr. le Maréchal d'Eftrées qui en 
fit l'ufage que l'on vient de voir , & qui 
procura l'Arrêt en queiiion. (b) 

Telles font les circonftances principales 
qui ont précédé, & fuivi le plus grand vol 
dont on ait encqre entendu parler. Vol 

com^ 

(<i) Les JeTuires difent dans leur Mémoire que le 
1ère Chauvcl eft mort à la Flèche le 20. Mars 171 3. 
mais comme ces Pères font mourir les gens quand 
il leur plaie, on ne doit faire aucun fond fur cette 
époque. 

{b) On eft en état d'aflùrer que cet Arrêt eft en- 
tre les mains de Mr. le Chancelier, avec toutes les 
pièces du procès. Un très honnête homme que je 
connois particulièrement, & cjui eft connu pour tel , 
ma juré qu'un de Cc% amis lui «voit aufli juré l'avoir. 
\*t teni* & lu depuis peu , c'eft-à-<iire vers le mois 
fdaoL>re de l'année 1 74+. ■***..-. 



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d'Ambroise Guys.* $73 

commis non par une troupe de Huffars ou de 
Pandours , mais par, une Société de Prêtres 
qui fe difent de la Compagnie du Sauveur 
du Monde. Vol que n'a point commis le 
Père Chauvèl, feul, ni la poignée, de Jé- 
fuites qui étoit à Breft alors , mais les Jé- 
fuites, pour ainji dire, de toute la terre, 
par la part qu'ils y ont tous eue chacun 
en leur manière. Ceux des Indes par l'a- 
vis qu'ils ont donné à leur Confrères de 
deçà du départ d'Ambroife Guys & des ri- 
chefles qu'il emportoit; ceux de Marfeil- 
le , parla précaution qu'ils ont eu de fai«» 
re arracher les affiches appoféesdans les» 
carrefours , & places publiques de cette 
ville, à l'effet d'informer les héritiers d'Am- 
broife Guys de fon arrivée &.de fa mort; 
ceux d'Efpagne, par le faux Extrait mor^ 
tuaire qu'ils ont préfenté à ceux de ce pays- 
ci; Ceux de Rome, par l'indifférence af* 
fedée que leur Viûteur a témoignée pour 
une fi grande affaire , en répondant à la 
Veuve Bérenger que, n'étant quepaffa» 
ger, il nepouvoiten prendre connoiflan- 
ee. Que venoit donc faire en France ce 
prétendu Vifiteur? qu'y venoit il vifiter, 
s'il dédaignoit de connoître d'un fait de 
cette nature qui touchoit de fi près l'hon- 
neur de fon Corps, & qui intereflbit 1} 
effentiellement les fujets du Roi? Enfin 
les Jéfuites de Paris ont aufli commis cç 
fameux vol , en prêtant leur minjitere à 
toutes les pratiques, à toutes fourberies 
<jui ont été mifes ep œuvre, en un mot, 
\ E 5 * nç 



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74 Histoire d'Ambrotse Gats; 

en déployant tout le crédit, & tout le 
favoir-faire de la Société , pour en empê- 
cher la reftitotiof*. 

&n de TîUftoirt tdmbraifi Cigrv. 

ADDITION, 

Il y a déjà quelques années que cette 
Hiftoire d'Ambroife Guys eft écrite * &*i$ 
elle n'a pu être plutôt rendue pubUque* 
pour des raifons qu'il n'eft pas difficile de 
deviner. Pour la rendre complète, on* 
crû qu'il étoit bon d'ajtwter ici que Fran- 
çoife Jourdan, veuve d'Efprît Bérenger pe- 
tite fille d'Ambroife Guys , après avoitf 
paffé trente ans à Paris cachée , & à Tau* 
*iône de différentes perfonnes qui Font 
Aicceffivement affiftée, y eft décédée fu* 
la paroiffe de feint Euftàcbe le vendredi} 
l6. Février de cette année 1748. âgée do 
0i. ans & 15 jours, étant née comme on 
l'a rapporté dans cette Hiftoire le a. F£* 
vrier 1667. Elle a été inhumée le Diman- 
che fuivant par la charité dans le cimetiçrç 
des Saints Innoçens. 



AF r 

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AFFAIRÉ 

P E $ 

JÉSUITES 

P S 

L I E G E. 

.^^JOrfqpe je finïfloislTûffoîre d'An*-? 
j # broife Guys , il m'eft tombé en- 
*- )ft tre lès mains un écrit latin , in- 
,— . C$S tkule } Extrait du 'procès de Mr> 
jbevi/Z, Cùn/ul de la ville de Liège , contre 
tes P. P. Jéfuites de la même ville. Comme 
il eft bon de ne rien laiffer perdre, tant 
qu'on le peut > de ce gui vient à no- 
tre connoiflance des faite de ces bons 
Pères (car on n'en perd encore que trop) 
& qu'on en doit même raniaffer jufqu'au* 
çaiettes , j'ai cfU que je ne ferois pas mal 
de recueillir ici au moins ce qu'il y a de 
plus intéreflant dans cette nouvelle affaire. 
En lifant cet Ecrit, j'ai eu leplaifir de 
retrouver le R. P. Golenvaux qui en 1729. 
fit conftruire une prifon & des cachots 
dans la maifon de leur Prieuré de Mu- 
neau , où il n'y en avoit jamais eu , & qui 
l'année fuivante fit mettre dans cette pri- 
fon, & pendre enfuite comme on le ver- 
ra ci-après fans aucune forme de procès , 
deux frères ipnocens nommés Thomas , & 
Philippe Seigneurel, habitans du lieu, 
uniquement pour prouver par cet ade é- 
çlatant, l'indépendance de la petite ville 

dç 



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j6 Les Jésuites 

de Mimeau , & leur Souveraineté dans 
cette ville & fes dépendances. J'ai été 
d'autant plus contant de retrouver à Liè- 
ge ce bon Père , qu'il avoit été obligé en 
1734. de prendre la fuite , ou du moins 
de s'éclipfer, pour fe fouftraire à la pour- 
fuite extraordinaire de la Cour Souveraine 
de Bouillon , & que je le croyois ou pen- 
du , ou en pénitence pour le refte de fes 
jours , ne me reffouvenant çlus que les 
Membres de cette Société qui fe font ren- 
dus les plus fameux par leurs déborde- 
mens x ou par quelques briganflage de con- 
féquence y font les plus confidérés , ôç 
élevés aux emplois de confiance. 

L'Ecrit dont il s'agit contient , entr'au- 
tres chofes , l'interrogatoire fubi par ce 
Père comme Procureur de la Maifon dç 
Liège, par le P. Jofeph Defcamps, Rec- 
teur de la même Maifon, & parlePerei 
Adrien Lochtemberg Confeffeur de la dé- 
funte Dlle. Marie Devifé, tante de Mr. De- 
vifé qui leur avoit intenté ce procès. 

Je penfe qu'il eft bon de ne pas laifler 
ignorer au Leéleur que cet Interrogatoire 
n'a point été fubi devant le Juge ordinai- 
re de Liège, mais devant un Commiffairç 
député par le St. Siège, en venu d'un 
Refcrit Apoftolique que Mr. Devifé fût 
obligé de faire venir de Rome, fans quoi 
toute la procédure auroit été nulle, atten- 
du que ces Pères prétendent , chofe re* 
marquable, être dans ce pays-là exemts 
de la juridi&ion ordinaire 7 & a'être fou- 
rnis 



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b e L i a g »; 77 

iris qu'au St. Siège , même pour le tem- 
porel. 

Les Jéfuites par une calomnie digne 
d'eux feuls , , ne ceffent de décrier auprès 
des Princes, & des Grands qui ont la foi- 
bleffe de les écouter, ceux qui n'épou-, 
fent pas leurs intérêts , & de leur infinuer 

Ïue ce font des gens dangereux dans un 
rtat ; ennemis des Puiffances , & qui ne 
tendent qu'à fecouer le joug. On les a 
fommé mille fois d'en donner la plus lé- 
gère preuve, fans qu'ils fe foient même 
mis en devoir de le faire ) au lieu que ce 
font eux qui font ennemis de toutes les 
Puiffances qui font fur la terre, excepté 
de celle de leur Général, comme il eft 
démontré , & parce qu'ils font, & parce 
qu'ils enfeignent. C/erici, difent-ils, verè ma 
funt fubditt Principibus. Les Clercs (parles 
Clercs il faut entendre principalement les 
Jéfuites) car ils n'ont garde de fe dire Reli- . 
gieux , & de le mettre au rang des autres 
ordres; quand ils parlent d'eux-mêmes,, 
ils s'appellent DoSeurs en Théologie de lu 
Compagnie de Jéfus 9 Prêtres de la Compagnie 
de Jéjus , âfa) ne font point, à propre- 
ment parler, fournis aux Princes. Les 
Jéfuites ne fe croyentdonc pas fujets des 
Souverains dans les Etats defquels ils fe 
trouvent, & aux dépens defquels ils vi- 
vent. S'ils. fe loumettent à leurs loix, ce 
n'eft dope que parcequ'ils n'ont pas le 
pouvoir de s'en difpenfer; tous les Sou- 
verains font donc des Tirana à leur égard, 

& 



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f8 LBàjfisuitEs 

^c ils fecoueroient leur joug, s'ils fe ftri- 
toiênt affez de force pour le faite; 
■ En voici un exemple bien fenûble , bien 
récent & bien voifin de nous» L'Evêqué 
de Liège eft Prince temporel r & perfon- 
nt ne lui contefte fa Souveraineté ; mais 
par éequ'il n'eft pas aufli puiffant que 
les autres, ils fe font fouftraits à fa do- 
mination , quoiqu'ils vivent chei lui. Eft- 
ce parce qu'elle n'eft pas légitime ? Non 5 
mais parce qu'elle eft foible. Que les 
autres Souverains jugent pair -là du fond 
& du earaétere des jéfuites * & de ce 
qu'ils feraient dan6 leute Etats, s'ils eil 
avotem Le pouvoir & la torce. Mais qu'ils 
ouvrent du moins les yeux , & qu'ils re- 
marquent que s'ils leur paroiifent fournis* 
ils travaillent tous les jours affidûment* 
unanimement, & employant toutes forâ- 
tes de moyens pour ceffer de l'être. Pour- 
quoi tous ces tréfors qu'ils amaffent par 
ieur commerce dans tous les pays , par 
les donations qu'ils fe font faire , pat 
ièuts ufurpationé, par leurs vols? 

 quoi boa tous cos Jjéfufces appelles 
Jéfuitts de robbe courte^ c'eft-à-dire, ces 
féculiers de l'un & de l'autre fexe, Gen- 
tilhomme*, {Bourgeois, riches Marchands* 
riches Veuves $ &c. aggrégés à la Com- 
pagnie , & à qui ils font faire fccrétè- 
me#t comme le difoit il y a 150 ans Mr. 
Amauld dans fou Plaidoyer pour l'Ùni- 
^verfité de Paris, les plus dangereux dé 
Jmrs vttux;qpi fe couduifeat dans toutes 

leurs 



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leurs délions par Je confeU de ces Pères* 
& qui. font toujours prêts à èxéctotetf 
leurs comraandemeus? A quoi tendent 
toutes ces Congrégations -de perfbnnes de 
tous (états, & de toutes conditions, fi ce 
ti'eft pour fe faire des créatures , des 1U- 
jets, dt des foldats même» dont ils fe fervi- 
tout, quandila jugeront que te tems fera ve- 
nu de finre quelque entreprife? Alors ta* 
Chef dira&ux Princes comme la chienne de 
Il fable : Si mibi ô? turhztneapareffepotucris* 
ttdam hi(k Si vous êtes uffer forts raaitt- 
tenant pour me combattre moi & toute 
ma troupe, je tous céderai la place. En 
vérité ou n'y penfe pas, de laifier tes Je- 
fuites fe fortifier comme ils font. Ou 
devroit, tandis qu'il ett encore tems 4 
profiter dis cet avis d'un ancien. Onmem 
*dttm tmlU prtckidUoi ne donne aucune 
entrée au* méchaus. Cara»e cela me me- 
«roït trop loin, Je reviens à Mlle. Devîœ, 

H paroît par l'Interrogatoire 4ts trois 
Pères dont > viens de parler, qu'elle 
«vote prêté en diïféreos tems de groffes 
fomme* aux jëftrites de Liège. Il paroit 
encore qu'elle «voit eu-k bonne foi de 
•'en point retirer deiéeépiOë, & qu'eMe 
«'en 4é toit rapportée aux Regftres de ces 
Pères tenus par le Père Golenvaux. 

fille avoit outre cela remis la veille de 
& «mort au Pece Adrien Loditemberg 
fon Confieffeur, une Bourfe & une Boëte! 
ou Oaffette (Wfivkm) pleine de piftolel 
* «u&esdif&eiites «fpeee* d'or {d*plio- 



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86 Le S J « S V HT E s 

nés , & aurûm divtrft gêner is & ffeciei coiï 
tinentem) pour les rendre à Mr. Devifé 
fon Neveu , & héritier univerfel , après 
qu'elle feroit décédée. Mr. Devifé étoit 
allé voir fa tante le jour même qu'elle 
.mourut , & c'étoit de fa propre bouche 
qu'il favoit ce qu'elle avoit fait pour lui 
le jour d'auparavant. Elle lui avoit dit 
auffi qu'elle avoit pris cette précaution, 
dans la crainte qu'elle avoit que fes au- 
tres Neveux & Niecea n'entraflent dans 
fa chambre après fa mort par violence , ou 
autrement j, & ne s'emparaffent des effets 
mobiliers d3 fa fucceffion* Ne pofi fuam 
mortem fui Ncpotes , aut Neptesfuum cubi- 
culum per vïw &*$ aliquam violentiam inva* 

m derent ,- parsquefuœ baredipatii expilaretur. 

r . Mr. Devifé ainli prévenu,, alla voir le 
Père Lochtemberg quelque tems après la 
mort de fa tante , ne doutabt point qu'il 
ne lui remit à l'heure même le dépôt qi^i 
lui avoit été confié. Voyant. qu'il ne lui 
parloit de rien, & qu'après plulieurs vifl- 
tes, il gardoit toujours un morne fttence 
fur cet article , il s'imagina bonnement 
que ce pouvoir être par oubli à caufe 

: d'une maladie qu'il avoit eue depuis la 
mort de fa-tànte, ôc s'avifa de lui en 
parler un jour. Mais quelle fut fa fur- 
prife, quand il entendit l'homme de Dieu 
protefter en termes énergiques qu'il ne 
favoit ce qu'il lui vouloit dire, qu'il le 

Î>renoit pour un autre , & que fa tante ne 
ui avoit jamais rien confié, ni la veille 

de 



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. . .i ni :L i e g:é, ' 8l 

de fa mort, ni dans un autre tems? 

Mr. Devifé qui de fon côté favoit que 
fa tante étoit une Demoifelle d'utie con- 
fidence timorée, incapable défaire unfetn- 
blable m enfongç, fur-tout à L'article de la 
mort , & fans aucun -fiijet , ouvrit enfin 
les yeux , & reconnut ce que c'eft qu'un 
Jéfuite. Il comprit qu'il fallait en venir 
aux extrémités, & prit le parti que nous 
venons dédire. ; 

, Les deux autres furent interrogés devant 
Mr. le Commiffaire Apoftolàfue fur les 
fommes prêtées antérieurement au Collè- 
ge, & celui- ci îfpécialementfiir le dépôt 
de la Bourfe & de la Caflette- C*eft f mer- 
veille que d'entendre des Jéfuftes répon* 
dre fur les faits lés plus précis & les 
mieux circonftanciés. Cela peut-être, df. 
fcnt-ils d'un aiç dévot, & fans fe déferrer, 
mais cela ne me regarde en aucune forte. . . . 
cçla n'efi pas venu jufqu'à moi ... . ma mé- 
moire ne me fournit 'pas cela. . . . , . je n'en ai 
jamais entendu parler. ... ab 9 ab, ab ! je 
m'en fouviens à prifent . . . oui , • oui , oui.. . . 
je. faite que vous voulez dire. . . . en effet c'é* 
$oit ttne petite Caffet te garnie défaille. . . je. 
ne fat ce que fîen ai fait. .. . mais je me fou- 
viens qu'il n'y avait dedans que îles béatiU 
les m . k .. hélas t la pauvre défunte ! Dieu 
ycviik, avoir fort qme ! Elle étoit d'une gran- 
de {implicite! .... oui, je me fouviens qu'elle 
"meremit lpveille.de fa mort une petite Caffèf- 
te ronde garnie de paille (forma rot*ndam , 
paleâ oroatam & coopertam) oui garnie 
.Fa. de 



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8* Les Jesuiteîs de Liège; 

dt pàtlkïrtmpU6.&\biatiïlè$« ... dt pttiti 
horhbons peur nos eâfaris. : ; -„ .:i . 

Voilà tout ce qu'il t paroît avoir avoué 
fur le fait de la Caffefcte;;; A l'égard de là 
Boûrfe, il tft convenu .quelle lui avoit 
auffi été remife par la Défunte , mais non 
pas pour la rendre à fon< Neveu; qu'elle 
contenoit autour de; goo* pamgdns (ioôo, 
ou noailivres de France v) que la D& 
funte lui avoit promis depuis longtems 
qu'elle lui remetttoit libe- certaine tomme, 
tant pour; >çbbetiir la faveur d'*tre l enterrée 
dans leur iEglife ^ que pour avoir deux 
meffes decllaquei|éfaifcei[Rrêtre de la pro* 
vincfrs. & deux Rdfoires de ceux qui ne 
font pas Prêtrfes, , - 

Au-rçftece procès n*a pas 'été jugé* 
Les bons Betes qiîi oafc vd qjtae Mr. Bevfc 
fé étoit 'trop bien irtftrùiti & qu'il étoif 
en état de les mener loin, ont juçé à pro* 
pos de tranfiger. Le procès a été intén* 
té le 7. Mai 173$% Ce a été fcontinné jus* 
tyiNiU 18. Décembre de H même année* 
jour de .raQcommod*nfent qui .' «^Htuftit 
devant l'Abbé de St. Laurent Commiffair 
iç Apoftoliqùe Députtëpâr N.5. P< leFàpe* 

On coimprend.fans Qoutc combien il^fab- 
loit que cette affaire ^f fit odteufe^ & -difir- 
cile à fournir, puis qa* Je s bons Pères 
ont eftimé qu'il étolt de h prudence de 
l'étouffer par un accommodentetit, plutôt 
que d'en attendre le jugement , eux qui 
font fi accoutumés à n'en éprouver que 
de favorables. Fatetur facktus h , qU- jU~ 
dkium fugit. Pub. Syr. PRO- 



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Les Jésuites de FoHTENaY^ &c. 8$ 

PROCES des héritiers de JalOamtTtirr 

~ fault ^ Veuve du Sieur Coutard ' p Secre r 

' taire -du Roi contre les JéfuiUi Au Ctflçge 

7 de. Fontenay -le - Comte 9 *&/« le bas\ 

Poitou. • 

ï A Dame Couurd motte à Fon^qay- 
*- le-Cotnte le £&. Décembre i?37. &oit 
foeur du Pcre Tarpault 4e la Brittonniere 
Je fuite qui^d^vint dans la fuite Rêveur 
du Collège de cette même Viile, -Elle. 
♦volt choifi dçpuis longtems pour foti 
tfonfeffeur le Père Ferrand Jéfuke du mt-, 
j»e Collège. 

.Cette Dame étoit d'un elprit (impie i 
crédule & à ce qu'il paroît, affez cbance- 
iatou Elle avoit fait pendant fa vie plu- 
fleurs telhmens & codiciles différent La 
Damé Laudriere une de fes meilleures 
amies & comme elle 4évote du Père Eeç- 
**nd, en avoit ellefeulc dix ou douze en 
fe.poffeffion. 

: Tous Ces teftanjen* & xsodiciles <wite-~ 
soient entr'autres difpofitions, une fou- 
dation en faveur de la Chapelle du facré 
Coeur de Jéfus ; une quantité prodigieufe 
4e méfies fondées dans toutes les çarois- 
fes &da*is tous lescouvens de la ville de 
Fontenayj le; projet d'une Miffionde Jé- 
fultes^ans la Ville de Niort ; des legs en 
faveur dés Reljgîeufes de Notre-Dame , 
feus la condition abfohie de deux corn- 
jmmions par femaii>e , &c. 

w Fa La 



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g4 .vLjE s Jésuites p e.I 

La Daine Coutard.ne^ fut pas plût&t 
ïnohe, que le P. Reétètif, le P. Fefrând 
^& h Dame de Laudriere s'enfermèrent 
après avoir mis hoife.de la maifon la Dame 
Marie- Anne Turpaùlt femme duSieut 
René Guerry Ancien Receveur des Fer- 
mes du Roi , unique héritière de la dé- 
funte. Ils fe mirent à viftter les ^fîets 
mobiliers & de facile traiifport, ils trou- 
vèrent entr'autres un paquet de papiers au 
nombre desquels étoiënt'dix ou douze 
teftamens & codiciles de la défunte qui 
furent remis au Perë Reéieur & au Père 
Ferrand pour les examktef ? & pour voir 
«'il ne s'en trouyeroit point quelqu'un 
dont il^ pùffent faire ufage à leur profit. 

Lorfque l'héritier^ 'Voulut fe mettre e'ft 
poffeffion de la fuccéffièn de fa tante , elle 
& foii tnari trouvèrent qu'il y manquoit 
bien des chofes qu'ils avoient vus dw vi- 
vant de la défunte. • ; . . , 
En èiïet la Dame Tttrpault avoit conft- 
dérablement augmenté (a fortune par fou 
•mànàgè avec le Siettr Gôûtard. Elle avoit 
vécu jufqu'à l'âge dé plus de quatrè-viûts 
ans avec la plus grande œconomïey& elle 
tvoit jouï pendant un très longtetns d'un 
douaire confidérable. Cependant fa fuc- 
ceffion, après que lés Jéfuites en eurent 
laiffé là libre infpe&ion aux héritiers, ne 
formoit pas en tout un objet de dix mille 
livres, dont il ne devoit pas refter quatre 
milite livres , les dettes & les legs aequi- 
%Çs. Auffi le Sieur & la Dame Caerry 

f c 



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ÏONTETITAY-Le-CoMTEC 85 

fe déterminèrent- ils à prendre la voie ex* 
traordinaire & à faire publier des Moni- 
toires, pour acquérir les preuves de la dé- 
prédation de cette hérédité. 

Les R. R. Pérès fe donnèrent des mou- 
vemens "incroyables* pour arrêter lléïïct 
de l'Information. En voici une preuvepeu 
équivoque. Le Père Reéteur envoya cher- 
cher plufieurs fois le Sieur Ramier huiffier 
pour lui faire des reproches de ce que fa 
femme avoitété à révélation. Cet huiffier 
croyant la difculper 9 allégua la crainte 
qu'elle avoit eue d'encourir l'excommu- 
nication ; ce Père lui répondit, qu]il ni 
falloit point qu'elle s'inquiétât là-deflus^ 
qu'elle pouvoit Je rètra&er 9 & nenir à con- 
feffe à lui, qu'il la releveroit bien dû fan ex» 
communication* On fait ce feitpàr.la.dé- 
pofition de l'hûiffier même. 
, Par l'Information on apprit jentr'atitres 
chofes, que dans les derniers momensda 
la vie de la Dame Goutard , une Iteli- 
gieufe du Couvent de Notre -D^me con- 
fidente du Père Ferrand , s'empara, des 
clefs des armoires de la défunte , quoique 
celle-ci eût pris la précaution demies met- 
tre fous le chevet defon lie Oaeût con- 
noiffance d'un dépôt de çf . louis d'or fait 
entre les mains de la Dame de Laudriere; 
<du dépôt d'un billet de jcx^ piftqles, & 
d'un autre billet de 300. livres dues par 
Jes Jéfuites de Fontenay, d'un paquet de 
^papiers & d'un couvert de vermeil remU 
eatré les mains du P*xe Ferrandj on ap. 
F 3 prit/ 



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t6 Les J e s vt îi* es© & 

prit la fouftraâion d'un billet de 8ooo. îh 
vres qui ne s ? eft point trouvé après le dé- 
cès quoique le douzième témoin çn ait affu- 
iél'exiftence j d'une cuvette d'Argent, &c ? 

Parmi les papiers dont le Père Reéfceur 
& tei Père Ferrand s^étoknt faifis, ii fe 
trouva un projet de lettre de la défunte , 
daté du «fc Décembre ^33. &adrefféau 
Peré Twrpiult fou frère, conçu en ces 
ternx&s j J*vcux& pAeuà^ mon chex frêne, 
que k côtkpaà qut voux>avez entre Ut mains 
& qui *$ appartient^ qui efiijur Madame 
Mate G? /on fils cadet, tourne après rwtrt 
mort* çurpwfit des P. P. ffluites de Borne* 
nelle*h*Comte , à condition qu'ils feront tous 
les trois ans une retraitre de dix jours à 
Mort; une première année pour les Mepcurs % 
& trois ans après pour lès Dames. Si ces 
Pères n'en veulent pas, H faudra le donne* 
à d'autre*. Telle ejb mon intention , mon 
eber frère, dent je vous charge. 

Cessons Pères faifirent ce papier avec 
avidité, beaucoup moins pour la fommç 
qui ltu* y étoit affignée, que parce qu'il 
leur cteanoit un droit fur la Ville de Niort, 
©to ils ne poffedent encore rieni (0) Ils le 
qualifièrent Codkiit de la Dum'Cêuwrddu 
£&. Décembre *7$3* Comme ils étoient 
déjà munis dn Cahtiadt, il ne Viagiffoit 
pli» que de s'en faise ailùrerla propriété* 

; ■ '/ . .'. ; G * 

(m) 'Qu'on leur donne quelque part dti terrein fcù* 
ritwent, taunin$ quantum pa/fat tinmmdjur* (Kg* , cela 
leur fofEt. ç'etf un £<tfat 4'ajtifc bm&ltfi^ 
«bianltt tout le payt. ", 



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'i?oNTÊNÀtf-L£- Comte; S? 

*o faifant valoir le prétendu codicile* 
Pour cet effet Hs. le remirent entre les 
taains du Procureur du Roi du Siège Royal 
de Fonteftâyrfc-Corate , pofcr en pouriui- 
vre l'exécution , comme d'un legs pieux , 
n'étant point partie sl capables de le faire 
en leui> nom, aux termes dé leur& Confii- 
tutiqns, qui leur défendant dé recetoir 
rien de temporel pour leachôfes Spiritué- 
les; Nullum temporale prœmium pffi/pirir 
tuatibm mnijitriis) à moins qtie leur Gé- 
néral,' ufa^t de fon autorité fùpiême, ne 
le leur commande* car alors non -feule- 
ment ils le peuvent, maïs ils le doivent 
en vertu de-Eobéïffaacè awengle. 

Cet expédient né leur réuffit pas* Le 
Sieur & la Dame Guarry obtinrent fen- 
teiice le J4-' Avril 1741- par laquelle te 
prétendu teftainent tut déclaré nul. En 
conféquencëil futjordonné que lecôntract 
dont il y eft fait mention, leur feroit ren- 
du, &fur le furphjs des demandas, fa- 
Voie de 1* part dés héritiers;, à ce q»e les 
Jéfuites fuffent condamnés en leurs dom* 
niàges& intérêts réfaltans de la fpohagon 
de ^hérédité & de la p*rt dn Pc je Vn- 
rand, à ce qu'il fût an contre déchargé 
de Tacc ufation, il fiit ordonné que 1^$l 
Parties contefteroient plus amplement. 

Appel de la part des Jéfuites au Grand 
Confcil. La manière dont ils s y font 
défendus fur l'appel qu'ils y avoicnt eus- 
CiAmes p orté , a été de dire qu'ils n étoient 
point Parties dan*. la conteflatian., « Q«* 



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88 Le s J fe s "uite s c £ - 

ce n'étoit point contre eux que les Jugés 
de Fontenay- le -Comte avoient dû pro- 
noncer la nullité du teftament & de la 
Fondation, déclarant néanmoins modefte- 
ment qu'ils ne refufoient pas de l'accep- 
ter, mais contre le Procureur du Roi en 
la Sénéchauffée de Fontenay-le-Comte. 

Dans la Requête donnée fur l'appel , 
-ils ont conclu à ce que la fcntence du 14. 
Avril fût infirmée; que les héritiers fuflent 
déclarés non recevaWes en leurs deman- 
des, & qu'à leur égard (voyez la modes- 
tie!) il leur fut donné aâe de ce que, 
quant à Ja fondation 9 ils s'en rapportaient 
à la prudence du Confeii, & de ce qu'ils 
.ne refufoient pas de l'accepter. 

Pour conclufion, comme le legs dont 
il s'agiffoit, ne pouvoit avoir fon exécu- 
tion. 

i. Parce qu'il étoit contraire aux Con* 
ftitutions des Jéfuites. 

a. Parce que le projet de lettre qui 
contenoit ce prétendu teftament , étoit nul 
dans fa forme. 

3. Parce que, quand l'aéte auroit été 
valable , & les Jéfuites capables de recueil- 
lir le legs, il fe trouvoit révoqué par le 
dernier Codicile de la Dame Coutard, 
paffé par devant Notaire le 17. Juillet 
1737. Le Grand Confeïl n'a pu faire au- 
trement par fon Arrêt du 25., Septembre 
1742. que de confirmer la ientence delà 
Sénéchauffée de Fontenay • le - Comte , 
quanta la nullité du prétendu teftament $ 

mais 



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mais pour le furplus , les Jéfuites y ont 
gagné leur caufe en plein: Nulle con- 
damnation pour raifon de la fpoliation de 
rhirêdité & de la fouttraétion des efFets 
de la Dame Çoutgrd ; au contraire le 
Sieur Coèriy au ndin & comme tuteur 
-de fes etifans minéui-s , car fa femme 
étoit dëcëdée pendant le cours àt la pro- 
cédure, a été Condamné aux dépens tant 
àt caufe principale, que d'appel, en 
vers les* jéfuites de Fontenay, mêmé'en 
ceux faits par les dits Jéfuites contre le 
Procureur du .Roi , & en cfcux faits par 
Je dit Procureur du Roi contre les Jé- 
fuites. 

- Belle leçon encore pour quiconque fe- 
roit tenté de^demander juftice contre ces 
Pères ! Pourquoi faut-il que le vic« triom* 
pke , & qu* la Vertu foit oprimée ? 



t 



F $ A F t 

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90 Le s Jésuites 

A F FAIB.È des Jffujtes de, Codions contre 
les Doyen » Chanoines & Chapitre de la 
même Ville* 

ENtrs plufif Urç , Hôpital qui et oient 
autre fois àpn? la Ville, de Ciblons, 
il y en ayoit un conçu fous le nom <teS|. 
Lazare. Le Chapitre de la Cathédrale qui 
a toujours été regardé comme le Fonda- 
teur de c$t HôpîWl prenoit foin tant du 
fpitftuei que du temporel. Ses officiers y 
exier&ownfc la jufiiee, Les a&PHiiûrateurs 
qu'il noroît, l»i rçndpient UQ compta 
exaâ: & annuel des revenus. 

En 1558 ou environ, on conçut le def* 
fein de fonder un Collège. Cens qui com- 
pofoient le Confeil de Ville présentèrent 
au nom des- Habitans une RequjÈtp au 
Chapitre , pour l'engager à leur accorder 
T Hôpital de St. Lazare & fes revenus , pour 
les employer à Tére&ion & entretenement du 
Collège. 

Le Chapitre confentit aux propofitions 
qui lui furent faites, pourvu (jporte Taâe 
Capitulaire, ) que les revenus abandonnés 
fujjent employés à F entretenement du fervice 
divin 9 aux réparations des édifices , & le ref- 
te avec V augmentation future à Ventretene* 
ment & gages du Principal & des Régens , 
Procureur & Receveur qui y /croient mis* 
On ajouta que lajurifdidtionfpirituele&tem- 
forele de ce Collège feroit & d cm sur croit au 
Chapitre P comme auparavant. 
•-- ■ ~ • - c e g 



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1> É C irALO K s. çî 

G es conditions furent acceptées avec* 
Joye. On fti^ula que la Ville préfenteroit 
le Princroal & les Régens, mais que Fjn- 
ftkutibriNK dfeftitotkm appartiendroieçt aii 
Chap^Cé - 

L*H&plta* jouïflofc dç 700. livres de rer 
venu, çk a»mm* cela ne fefflfoit pat /pouir 
la fctëfiftaaée dé plûfiêùrt maîtres, le Coto^ 
de Vflte dbnna atrflï quelques revenuspar- 
tfculiers, H y eût un a&e paffé en con- 
formité le 14* Août X560. Il en refulte 
que le Chapitre étojt regardé comme te 
Fondateur de FHôpitai, & qu'il cotrfer- 
voit la Brème qualité t l'égard dt* Collège; 

Peu de tems après les Habitans vQuïan t 
fe décharger, d'une partie de ce qi^ifs 
payaient pur Peritfetien des Profeffèuî s , 
le prévalurent de la diQ>ofition dePOrddp- 
nancé d*Orfeans de 1560. qui affrète lé re- 
venu d'ûïte Prébende pour l'entretien cTiin 
Précepteur qui iuftruir* gratuitement Ix 
Jeunette. On excita le Minifterè public à 
conclure d'office que Je oremie? Canoni- 
eat vacafttffût fupprimé, & le revenu em- 
ployé jà ty deftmatftm prdcrite par l'Or- 
donnfance. 

Deux ans après le Sieur Godet Chanoi- 
ne étant décédé, le Confeil de Ville de- 
manda au Chapitre de ne point pourvoir 
au bénéfice | & d'efl appliquer les revenus 
au Collège. > 

Le Chapitre n'était point dans le casd* 
l'Ordonnance d'Orléans , puis qu'on avoït 
Pourvu à la fiMftance des Régens j ce- 

Çen. 

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Yp. Les Je s u i t e~« 

pendant par un afle autentique du 18. Jan- 
vier 1592. il fût arrêté que la Prébende du 
Sieur Godet leroit fupprimée , & que le 
Chapitre payeroit à l'avenir au Collège de 
St. Lazare, une rente annuelle de 160. li- 
vres , fans que -les habitant , eft-il-dit dans 
l'&âe , puijjent à F avenir prétendre pour le* 
dits fruits plus grande femme , ni que les dits 
Chanoines puijjent prétendre diminution, ni 
rabais de la dite forme, pour caufe de dimi- 
nution du revenu temporel dç la dite Eglife^ 
pu autrement. 

En 1603. le$ Jéfuites rappelles de leur 
exil , jetterent leurs premières vijes fur la 
Ville de Châlons. Ils s'emparèrent de la 
confiance de Côme Claufe qui en étoit E- 
vêque. Ce bon Prélat qui crût ces Pères 
" auffi innocensdufait de Jean Châtel, qu'ils 
\ le publioient eux-mêmes , s'imagina faire 
une œuvre fainte, de les appeller. Il dé- 
termina fon Chapitre & le Corps de Ville 
à leur confier le Collège de St. Lazare. 
Le 17. Février 1617. le Provincial, après 
avoir vifité les bâtimens du Collège, fe 

Îiréfenta au Confeil de Ville, pour régler 
es^ conditions. -' 11 expofa qu'on lui avoit 

parlé de lui donner^ le revenu du Collège ; 

mais qu'il n" étoit pas certain s'il étoit le m£- 
. me que celui qui fe payoit au Principal & 

aux Régens \ qu'il prioit que pour le prifent 
^on en ufât dé mime à /on égard , du mains 
Jusqu'à lace. >livrt£+}& que s'il arrivait par 
. la fuite qu'il Ce retranchât quelque cho/e des 
' effrois de ty Vilk\par le moyen de quoi on ne 



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D B„ C H A L O N S. 



93 



.put continuer ladite rente entière , oh bien (ce- 
ci eftiCèmarquable) ^«V/r euffent eux-mêmes 
quelque autre plus grand revenu par quelque 
putredopàtim , il fe retrancher oient au revenu 
ancien du Collège. Quand iis'agit de prendre 
racine qiielqtte part, les promeffes ne cou» 
tent rien «up Jéfuites;urais fe croyent-ils une 
fois bien é^ablis,leur fauxdé(intére(Tement & 
leur feinte douceur s'évanouïflent bientôt. 
Il y eut Un contraéfc paffé le 24. du mê- 
me juoisjentfe l'Evêque * le Chapitrante 
Corps de Ville & ce Provincial. Il con- 
tient^ lia fpari de TEvêque une donation 
de 6000, fepiiers de graitiâ moitié froment 
& moitié Càg^e^dont il fut dit que le pri* 
feroit employé en aqaifttion de fonds. 
C'étoitjdéjà jfc S- livres te feptier, un % obr 
jet au moins de 30009. livres* Outre ce- 
la, il leur .a$gna! des rentes jufqu v à con- 
currence <fe, iooppy livrea de capital. L* 
Ville r:3 ? <ib]îgea de payer 750. liyres de 
renie. ?. Déplia elle jk encore augmenté 
cette pefl&osx* & elle ^Actuellement de 
io8cx livres^ - ,/: -j ji« -\;-. .1 

A ^égârÀ rdu Chapitre^ 11, abandonna i 
comme, il avait fait ,. en t$6o. à la prière 
des Habitans, les bâtitaens & revenus de 
l?Hôpital dp St. Lazare! r à la charge que 
les dits Jéfuites ne pour r oient prétendre plus 
grande forwtU 9 pour le revenu de la Prében- 
de accordée qu Collège )de St. Lazare,. que 
celle ilè j6ç> s livres à la quelle le dit revenu 
avoit été litimé par Je Contrat fait avec les 
gens dit Gmfeil de IqVHhXe. l'a. Janvier 



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0$ Le s J © s u t T3»ra 

155^. l>es jéfaites n'y furent dbtic re- 
çus ^qu'autant qu'ils fe ftmmemofent aux 
ïtàités frits avec ceux dottf on leur «ton- 
nobla place. L'aéfce de\*57&. &t tarifa 
_ 3Le Roi voulut bien confirmer *!« Otfft* 
trwft q»t des Lettrefe des, 1*; O&obrfe £t 
aB^ ffiéfcembrç 1617V etrfbtfte qufc'ie £oui 
ifetata ïétla dei ton auïomë <&&< TOigàgfe- 
rtrèîrs ^eciprbquea qui (miette -Jéi^'i con* 
tfiflftisi Matsï <|ttfc'f<5tt wjottrd'httid'&ttto- 
ritéc du Sou\teï*ia «c [des Lois (tnê i»es com 
treille dbs^értricèfs? -j 'JiiV r f » ; 

* ottfét&t de^biens ^enaatosileU^lôpital 
fifciïnfcrè à te ftiite du i Qoxim& éte'tàxj. 
JfcqptbAuiïcferit'M moihs^sb; fivfce*,; fc 

. «^fcard'bui ces fonds fapp^tteflïpplits de 
Ktoa» livres. !>• Chapitre remft>ttms léfc 
ïttr^qWl «vôtiienCa^oflfeffiottr ' • 

• PfciftïSftt qiffelqus të)tisJte$ ^dfaite^ ftaru* 
r&ît ornitens dè> Tmvtiott^ & aeirderent te 
fifeiteô; iléwîfjqueftid* de sMennit. 
^&tt 1643. Ils p*étfendiretfli >qm les- rêve* 
ftùs*dë la Pfé&eifti* ^tant ati£wentés-, ils 
étoienten droit de répeter l'excédent, lis 
efl , ^fc'è!^ôtUe^4içmààde^qtoftit portée 
dfcVâfft llîntawteiit* , : ; & ôhlUkë i envoyée 
ftte'&tqtïêtès ;r dtt ; ï&riats, ^0ti f bbtirit 
Sentence centre tes Jélïiitfe* qkren inter* 

^Sctfapkfe , ^irf ne^tas^mit contre 
Wi> C&rps dontle **édït encore toe fe fai- 
fôît^tféjt que ttoprfetitir titotà ,<rôututbien 
eârtfémîr à payer 300. livi?» iùtieu de 
^livres dont il étok 'teta».' Nouvel 
■"*; 1 adle 



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t D £ C H À L O N V yg 

léle en date du a*. Août 1644. ^ porte 
que les P ê P> féfuties toc pourront à l'avenir 
pritmdnphtt^rknd tmàu^ Ht ebofe quel* 
ùonqtfc .m Cùnféqutnùe 4e la dite Prébende % 
que la àiw firme de $M. ftvï& 9 Quand bien 
même les ^etfëmtl^ & droits appartenant aux 
hiéris dit ht dite Eglife viendraient par ci a- 
pris à au&ftenter par ïptélque moyen que ce 
fitïi cequë les dits Pères promirent de leur 
pan SuflJlLfetfks Saints Ordres, degar* 
tkf irrololabkmcnt ^ &c. 

Ofl-eft pétfùadé , je penïe, que les Je- 
fuites de Châlons ne fe fbbt jpais plus ou- 
bliés que léufs Confréries dés aritrës Vil- 
lés* que «députe 1617. ils 6ht 'trouvé fans 
doute de bonnes âmes qui les ont aidé à 
augmenter leurs fonds & leurs revenus 
par dotinations, traditions , où autrement. 
Ce qui efl; évident, c'eft qu'ils Ont fait 
bâtir, une foyt belle Eglife fur le moidele 
de celle de la rue St. Antoine de Paris; 
qu'ite ont fait èmbélir un grand & vafte 
Jardin ; qu'ils ont acquis la Terre & Sei- 
gneurie de St. Lièvre, affermée 0775. li- 
tres. : Eu Un mot on leur cortnoît plus 
de 750a livjss de rente , fans compter 
les produits fecrets de leur favoir - faire , 
dont eux fèuls cbnnoiflféftt tout le ipérite ; 
car il y aura toujours & partout des Du- 
pes (a) de cette infatiabte Société. 

Qui 

(a) Nous «vans en Lorraine un exempte hîtn illus- 
tre de ces Dupes de la Société. Le Roi $e Pologne. 
Suntflas fere de i'Epovife de Louu JiY. Roi de Fiant 

ce 



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£$ ;Lr.B Sv J E S.tiLl X E S 

i Qui croirait qu'après un' Siècle entier 
de tranquilité, & dans ; la pafition où fe 
trouvent aujourd'hui ces Loyoliftes 9 ilsfe 
feroîent avjfés de violer le • ferment fait 
Sur. LrursSaints Ordres? Ce- 
pendant Jls ont fait aflisner au Grand 
.ÇorçfeU le Chapitre de Châlops le 27. Oc- 
tçbre 174*. pour être condamné à leurdé» 
livrer unJofcpaTeil à celui d'an Chanoine^ 
Jant en gro§ .fruits è , qu'en difl&ibutions 
manuelles, pour la Prébende Préçeptoril-, 
le- affeétéft au, Çç$e£e^ Ils Qflt demandé 
qu'on lçuï communiquât tous les givres & 
R.egiftres (1 &;qu'à l'avenir : lçs lots ne 
fuffent faites qu'avec le Collège* ÏU ont 
j -^:;-; - auffi 

te a eu la bpste' défaire préTent fcux JéTuites de 1700a. 
mille livres de rente qu'il avoir fur rHôteide Ville de* 
Pans, pour 'fbWqir aux frais des Miflïons dont cçs Pe-~ 
res infectait cène infortunée ! Province. Ce Prince 
leur a fait cflnftrujre dans Je Paubaurglde iBoni-Sceourk 
de la Ville <ïp Sïancy une Maijfon fupcrbe qui a puis, 
l'air d'un Pal ai; # . que d un bâtiment dcftiné pour lo-- 
get des Prêtres.! Aiiflïont-ils fait mettra àu-déffus de. 
& j porte en êtes çara&eres d'or for un marbre noir* 
cette 'ftftueulç $c profane infcription,; HÔTEL des) 
.Mi$3i otfis Roïâl ks. *' J " 

1 £* iupérieifcc dé c#* AUJions Rayâtes, qui eft enmé*i. J 
me tems Je^avofi ^e Confeil fc< comme l'ame de t«t*-^ 
tfes les démarches duJ^Qi,eft le ,JJ. Menou, qu'on ap. 
pe'le dans ce pays par analogie, lé Comte de Menou. 
\\ ed le premier» que je fâche, qni en Europe ait ofé J 
jusqu'à •prejent-francairletloix de Ke^rjeur jéfui tiquer 
H ell pmare "ocfrifé avec le'toupet relevé 7 fur le front ;"* 
£J p^rte des bas ds fdye , il n'eft chaude qu'en efcarpins, 
avec des boucles de cailloux du Rhin , &c. En un mot 
il eft accoutré *te ftçon - f que fans fort eolct, on le 
prendront pour un £rêque de Cour, 



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-3D -Jt : CBALONi Qf 

Jiufli conclu à la xeftitution de vint -neuf 
panées d'arrérages & aux dépens* 

Quelque puiuans qu'ils (oient , ils tro- 
^oient eux-mêmes Leurcaufe û mauvaife # 
•qu'ils fe font tpéfiés de leurs propres fot- 
les, & çle leur c^dit dans cette occa- 
sion. Il n'y a forte de machines qu'ils 
n'ayent fait jouer y ayant que d'entre- 
prendre ce procès 9 pour engager le Corps 
de Ville à prendre leur parti j mais Fin- 
•jtervejmoa leur .a été J^tufée^ )&>de 36. 
voix , ÎI3 nVn ont -eu que trois. Au rèlte 
ils n'en ^voient pas besoin. ÎI3 '. Qnt gagné 
Jeur procès dans tous fcs points,, non au^c 
.Requêtes ,du P^l^s^non au <ParlemenU 
jnais an Grand Cwrfeiile feul zTribtfnal o{l 
ils trouent, quelque, re!FQWC,e. 

Qpe n'en peut on ,pas préfuiyret? IU 
.demanderont bientôt, & ^ar confêquent 
4V teur fera *çco*dé r d'avoir par la fuite 
«dans le Chapitre un Contrôleur pour tenir 
.un Regiftre exact & çn bon .ordre 4u re- 
venu des Prébendes de Cbàlpns, pour em- 
.pêcbçr qu'il ne leur foit fait aucun paffe- 1 
adroit, & par -ta prévenir toute difpute» 
rixe & conteftation 9 car les bons Pères 
aiment la paix. 

Les Téïuites de Montpélier animés par 
le fucces de leurs confrères de Chàlons, 
viennent d'attaquer le Chapitre de la Ca- 
thédrale de cette Ville pour un pareil fu- 
jet; le Chapitre s'eft adreffé à un célè- 
bre Avocat du Parlement de Paris de ma 
conqoiffance , pour défendre fa caufe j 
G mai* 



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rv 



9& Les )es u i t fe S 

toais celai - ci s*en eft excufé dans la pêi* 
fuafion où il efl: qu'un procès de cette na- 
ture ne peut plus fe foutenir. Vorlà une 
loi. émanée du Grand Confeil. Tous lès 
Chapitres du Royaume qui fe trouvent 
"dans le même cas doivent donc attendre 
le même lort. Plus de traités , plus 
de conventions à faire avec les Jéfuites, 
& malheur à quiconque eil fera doréna- 
vant. 

Ils fe font défendus & ont gagné leur 
procès contre le Chapitre de Châlons , 
en difant qu'ils font Mineurs; mais, cbtn- 
ine a fort bieii dit le Défenfeur du Cha- 
pitre 5 les Mineurs ne peuvent efter d'eux- 
mêmes en jugement. Il faut qu'ils foieilt 
accompagnés de leurs Tuteurs/ouCufa^ 
teurs , s'ils font émancipés. Les Jéfùîtçs 
ne pouvaient donc, pyis qu'ils font Mi- 
neurs, demander là caffation de TAdle de 
1644. (a) Mais qu'on fâche une bonne 
fois pour toutes , & qu'on ne l'oublie ja- 
mais, que les Jéfuites font Mineurs, pour 
' ne point tenir leurs engagemens, & Ma- 
V jeurs 

(a) Surcroît de mauraife foi delà part des Jéfuites. 
^ Les a&es de 1617. & 1644* ont été ratifiés par icui Ge- 
neral. Quoad cmnia Çy Jingula in di&is Lut tri s centen- 
*ta 9 dit ce Monarque dcfpotique fub tamen limUtipnc 
*• treeentarum librarum Turonenfium pro fru&ikus & redi~ 
,. tibus Frâhend*. Prdceptorialis £y quant km in, nobis efl Çy 
f.ojjumut , laudamns y ratifie amus t ûpprobamus , Çyc. 
Si ces deux Traités ont été ratifiés par leur Général 
x qui a en même tems ratifié leur feiment SUR Lrurs 
Saints ordres, ils n'ont donc pu faire valoix leuc 
; incapacité , prorenant de ce qu'Us tout Mineurs. 



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1BE tHAtONs: ' H 

jetirs quand il eft queftion de demander t 
& de fe faire délivrer ce qu'on leur a 
promis. .. t m 

Mais, aira-t-oB, ils ont fait ferlaient 
Sur Leurs Saints ORDRBs:"que 
deviendra ce Serment? A cela il faut ré- 

Îondre que des Mineurs d'une Minorité 
éfuitiqUe , peuvent jurer & violer les fer- 
mens les plus folenmels & les pïusôtçrés* 
fans pour cela» être parjures 9 JSf par con- 
séquent fans pécher. Mais <&-# permis 
d'employer le Serment dans lesçhofcs de 
fi peu de conséquence $ Parum : pïum ^ & : 
rtligiofum videtur efc 9 répond un pâyen ^ 
fivinum Numen advocàre ob rtthumanqs 9 
quarum plurimœ parva viltsqut funU Ça) 
Fccunia caufâ > dit un autre payen , per nul- 
lum ï)tum jurabisj ttiam fi id vert fuctrt 
poffis. (é) Mais ces gens-là étoient desïli- 
gotfftes, dont la Morale n'auroit'pas fait 
fortune , s'il y aVoiteu des Jéfuitcs de leur 
tems. it - , 

{à) Simplic. in Epie. 
"(*; libcut, ad Dcra. - -. 






&» ' Ali 

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A FF A IRE 

DES 

J E S Uï T E S 

£>■•£ 

fyV N E k ■%: ; 

TOnt 'te- ttôncte a fû l'affaire de Mo^ 
■m&Artiïéc en 'l^o. Bile 4 «ait 
fcea^bubde/bfuit'aans^lé^teins'i eHe* iefc 
aes 'luttes qui ■ «e ' font pas finies , & *$h 
ne fihifdôt probablement pas encore fiiSt* 
cepWndatft'dtt to'ett parle £his , fi 6e tfeft 
chez Mr. ïe Duc dVBouinbn. Voîcî^te 
tauoi il Vagit. " * 

■Ea Tefre & Seigneurie de Muriez ** 
eompofôe'de trois Villages & de quatte 
Fermes^ Elle fut dobnée au commettCer 
inentdu oniiemè fiedle par Hetmàn fSfti 
de Gôtiéftoy-Artwfc» ; dit ft-fc***»* 1 »» 
de Bouillon, à l'Abbaïe de St. Vannfctfe 
Verdun, qui en a toujours jouï à titre de 
Prieuré. Comme le démembrement de cet- 
te portion du Duché de Bouillon fut bor- 
né au Domaine utile & aux fi mples Droits- 
Seigneuriaux , tes Prieurs de St. Vanne le 
pofiederent toujours dans une dépendance 
abfolue de ce Duché , tant pour la Souve- 
raineté , que pour le reflbrt de la juftice j 
& cette dépendance n'a été ni interrompue 
ni troublée jufqu'à la fin du XVI. Siècle. 
Depuis ce tems les Officiers de Luxem- 
bourg ont fait diverfes entreprifes fur cette 

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Le* JiRtviTnznjLlIbûûxAQ; ta% 

Souveraineté ; mais elk^s ont toutes été 
.inutiles , & n'ont fervi qu'à mettre dans 
une plus grande évidence le Etaota incoi*- 
teftable des Ducs de Bouillon. 

Ce fut vers ce tems-là quePEvêque de 
Liège, qui étoit Doc de Bouillon, paur 
faire ceffer le litige entre deux Compéti- 
teurs du Prieuré de Muntau , follicita & 
obtint la réunion de ce Prieuré pour la Fon- 
dation du Collège des Jéfuites de Liège* 
Dans ces commencement les Révérends 
Pères paroiffant faire peu de cas des Droits 
de la Jwftice même ordinaire, ces Droits 
demeurèrent démembré&du Prieuré de Mut 
seau Qii faveur de TÈvêque de Liège Duc 
de Bouillon , qui en écrivit à fes Officiecf 
de Bouillon le 13. Juin 1575. pour leur or- 
donner de laitier les P. P. Jéfuites jotui 
Ans empêchement des fruits & revenus 4? 
friture de Muneau. 

Ces bons Religieux, qui n'avoient pat 
encore goûté combien l'honneur eft doux , 
étoient bien convaincus alors de la mou- 
vance de ce Prieuré- Ils en firent larecon* 
noiflance en ht Cour Souveraine de Bouil- 
lon le 15. Juillet 1578. , & en furent mût 
tu poflefëon de F Autorité de cette Cour, 
aux réfcrves contenues dans les Bulles 
d'union. 

Quoique par ces Bulles les Droits ordi- 
naires de Haute - Jufticeleur fuffent accor- 
dés', ils étoient fi novices dans ces premiers 
terns , qu'ils fe contentèrent de$ fruits; mais 
ils no tardèrent pas à fe dégourdir. Ils p* 
Gj fe 

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$o% Les J e s u i t é S • 

Se contentèrent pas de la qualité de Haut* 
Jufticiers qu'on ne leur contefta jamais y 
ils afpkerent à celle de Souverains. 

Il eft vrai qu'ils ne firent pas d'abord con- 
noître ouvertement ce deffein. Comme ils 
favoient que les Officiers de Luxembourg 
ne demandoient pas mieux que d'exercer 
des a&es de Juridiélion fur Muneau, ils 
s'adreflbient à eux , quand l'occafion s'en 
préfentoit , pour leur demander Juftice con* 
tre ceux qui voûloient les troubler dans la 
pofleffion de ce Prieuré, voulant par ce 
conflit entre les Officiers des Ducs de Bouil- 
lon & ceux de l'Empereur , jouïr d'une 
forte d'Indépendance, & fe frayer par -là 
peu à peu le chemin à la Souveraineté. 

Dans cette vue , tous leurs foins étoient 
de fomenter ce conflit &.de le perpétuer 9 
en s'adreffant tantôt aux uns, & tantôt aux 
autres. Mais leur deffein ne demeura pas 
long tems caché. 

En 1604. deux habitans de Muneau 
ayant perdu un procès pardevant la Juftice 
du lieu , portèrent , comme ils l'avoient 
toujours vu pratiquer , à la Cour-Souve- 
raine de Bouillon l'Appel du jugement de 
Muneau. Les Jéfuites excitèrent contre 
ces Habitans le Confeil de Luxembourg 9 
qui fe porta à des violences extraordinaires* 
pour les empêcher de fuivre leur Appel. 

En 1609. les Jéfuites furent traduits au 
Confeil *de Liège par les Habitans de Mu- 
neau à l'occafion des violences & des vexa-» 
tions intolérables que ceux-ci avoient à es- 

fuyer 

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piç M u N E a y. r Iô£ ? 

ÏUyer tous le jours de la part des Compa- 
gnons de Jefus. Ces bons Pères ne man- 
quèrent pas de faire reflbuvenir leConfeil 
de Luxembourg que cette procédure étoft 
p^éjudicable: à leur prétention à la Souve- 
raineté* Us fe firent donner des ordres 
rigoureux pour réprimer dans Içs Habitans 
de Muneau un attentat fi téméraire. 

Les Officiers du Duc de Bouillon ne jcé-' 
clerent pas à ces premiers coups; ce qui 
détermina nos Révérends, çnxédant eux- 
mêmes aux circonftances, de s'adrçffer à 
e^. Cette conteftation n'eut pas d'autres 
fuites. Les parties préférèrent de la faire 
régler par des arbitres. 

11 y eut une tranfaétion en 1611. parlai 
quelle les Jéfuites voulurent bien encore 
reconnoître qu'ils n'étoient point Souve- 
rains à Muneau , par la referve exprefle qui 
y fut inférée du Droit des Princes & de la! 
foummiffion de leur part à, l'amende, ea 
cas de contravention. 

Les Qfl&ciers de Bouillon ne perdoient 
«jeune cixconltance pour exercer la Juftice 
$c la Souveraineté à Muueau , mais ils 
étoient arrêtés à chaque pas parle Confeil 
de Luxembourg auquel les Jéluites nç 
manquoient pas de recourir. 
: En 1614. les Maïeurs & Habitant de 
Muneau furent commandés parle Gouver- 
neur de Bouillon, pour comparoir eu armes 
à, Bouillon à l'exécution, d'une femme cou*, 
damnée à mort, &; y prêter le ferment, 
conformément aux Chartres, k ce qui s'é- 
: G 4 toi» _ 



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toit toujours pratiqué. Le Confeit d& 
Luxembourg, averti par les bons Pères, 
fit déferifes aux Habîtans d'obéir à ces or- 
dres, & manda au Capitaine d'Herbumo** ' 
de s'y opofer , & d'employer la force , s'il 
étoit néceffaire. X,e Duc de Bouillon , qtiî 
étoit plus foible que l'Enàpereur , fut con* 
traint de céder. 

En 1625. les Jéfuites furent pourfuivis 
pour rendre leur Foi & Hommage. Ils* 
changèrent alors r de batteries. Ils fe pré- 
valurent du crédit qu'ils avoient auprès dé 
TEvêque de Liège , pour furprendre une 
ffarféance. 

Animés par cet heureux fiiccès , ils firent 
élever en 1634. un figne patibulaire; mais 
le Gouverneur de Bouillon le fit abbatre» 
Nos Révérends s'en plaignirent à Luxem- 
bourg, & firent valoir cette aélion comïfte? 
attentatoire à laqueftion de Souveraineté, 
tes Officiers de Luxembourg agirent e» 
conséquence ; mais malgré les mouvement 
qu'ils fe donnèrent lâffés de réclamer un 
droit , qui n'étoit Çuo fôtrs le chameau 1 de* 
Feres Jéfuhés, & dont ils reconnoifféfent 
dans le fotfd toute Piiqùfticè, ils aîtos-' 
*eùt miétrô confiderer Mufcéau cotante uflé? 
terre indépendante. 

. En 1638. ils accordèrent aux Jéftiites des 
Lettres de Sauvegarde * dans lesquelles 
éette terre eft qualifiée Térrertetitre: Cet* 
té Sauvegarde fut renoùVelléé eri 1657. & 
1658. Si cette reconnoiffance dofcfle fbf^ 
meUement l'exclufioû à h Souveraineté- 

que 



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l^ue l'Empereur prétend aùfcurdTïui fur 
MuneàU* elle préparoit leajéfuites à tout 
entreprendre pour s'affranchir dfe la dépen- 
dance d& Duché de Bouillon, & pour en- 
vahir eux-mêmes la Souveraineté. Aufli 
en 1670. ils entreprirent de faire faire par 
leur Juftice le procès à un nommé Cardon, 

Îui tut condamné à mort par contumace, 
le Cardon avoit été Procureur d'Office à 
Muneau. Il connoiffoit toute la dépendan- 
te de cette Terre. Il crut pouvoir ailé ment 
fc juftifier en recourant à l'Autorité Sou- 
veraine de Bouillon. HydônnafaRequête 
pour être reçu Appelant, & le 28. Août 
de la même année il obtint un Décret qui , 
en recevait fàn appel , fit défenfe à la Jufti- 
ce de Mttnfctfu de rien attenter au préjudice 
(Picelui, avec inien&ion d'envoyer dans la 
huitaine au Greffe de la dite Cour, lafen- 
tence &la procédure fur laquelle elle é toit 
intervenue. 

Les Officiers de Muneau furent empê- 
chés par lto& Révérends de déférer à ce Dé- 
cret. Le Pircfcureer Général de Bouillon 
procéda eofttreeux, & étoit prêt d'obtenir 
un jugement , lorsque le R. P. Reéteur 
du Collège de Liège qui en prévit & fentit 
toutes les conséquences , recourut à la per- 
fore du Souverain de Bouillon dont il 
Obtint un Décret portant ordre à fon Pro- 
cureur Général de furfeoir les ponrfuites , 
€t aux Jéfuites de produire inceffamment les 
accords 1 qu'As avoient allégués dans leur 
Requête avoit été faits entre le» deux Prin- 
G 5 ces 

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^*; L * S\ J 3 S tf ! T £ 3 

ces Prétendais à la Souveraineté de M%v 
nçau , favoir l'Evêque dç, Liège , commç- 
Duc de Bouillon , & l'Archi-Duc Albert. 

Comme leur deflein n'avoit été que de 
furprendre un furfis , on peut croire qu'ils, 
fc mirent peu en peine de produire ces pré- 
tendus accords; ils n'avoient garde de lç 
faire puisqu'il n'y en avoit point. 
■ Cependant pour avancer peu à peu dans 
leur deffein , il falloit travailler 4e tête, & 
inventer quelque nouveau moyen. Celui 
qui leur parut le plus convenable , fat dç 
donner à Muneau des Coutumes qui con-i 
tinffent des preuves de leur Autorité. En les 
biffant fans date , ils ont tâché de répan- 
dre de Fobfcurité fur l'Epoque de leur ré- 
daction. Quoique la date du Certificat 
qui eft au bas, ne foit que du 6. Avril, 
1698., elles n'ont cependant paru que pla- 
ceurs années après. Les degrés de Juris: 
diction y font réglés, & il y eft expreff£ r . 
ment déclaré que la Terre & Seigneurie 
de Muneau eft indépendante de tout Royau- 
me , Province , Terre , & Seigneurie , ôç 
que le Reéteur du Collège de Lfege en eft 
le Seigneur légitime & abfolu,c'eft-à«dire, 
le Souverain. 

Lçs Habit ans de Muneau n'ont pourtant 
Jamais reconnu ce nouveau Code. Ils onjt 
toujours porté leur Appel à la Cour Sou- 
veraine de Bouillon. 

En 1719. la date n'eft pas vieille, un 
pommé Grand Jean obtint en la mêmç 
Cour \p Relief 4'Appel dans unç affaire 0$. 

nos 



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4 * ï) E M U 1$ E A V: ÏOjt 

îios Révérends étoient intéreffés. Pour en- 
prévenir les fuites, ils excitèrent le Procu- 
reur Général de Luxembourg contre ce par- 
ticulier qui fut pourfuivi avec vivacité pouc 
s'être pourvu à Bouillon ? & quand, pourfe 
fouftraire aux* procédures faites contre lui , 
il eut reconnu la Jurisdiâion de Luxem- 
bourg^ le traduifirentau Confeil-Privé de 
l'Evêque de Leige , où fous prétexte de la 
prétention de ce Prélat fur le Duché de 
Bouillon, ils l'accuferent de Félonie , pour 
s'être pourvu tant à Bouillon , qu'à Luxem- 
bourg. LaRéfiden'cequefaifoitGf^^^w 
à Lige , quoiqu'originaîre de Muneau, 
avoit donné ouverture à cette intrigue & 
en avoit facilité l'exécution. Aufli ne put 
il s'y fouftraire. Il en fut la vidlime par 
l'impoffibilité où elle le réduifit de pouvoir 
fe faire rendre Juftice. Cela s'appelle l'en- 
tendre. Qu'on me trouve ailleurs des gens 
qui en fâchent faire autant, & cela pour 
l'honneur? Nous ne fommespas encore au 
bout. 

Malgré tant de manœuvres de la part de 
nos Révérends, leur Sbuveraineté ne s'af- 
fermiflbit point encore comme ils le défi- 
roient. Ils crurent donc qu'il leur étoit 
important de faire quelque coup d'éclat. 

Il étoit furtoutnéceffaire d'une néceffité 
de moyen, de contenir les Habitans. Ils 
imaginèrent donc en 1729. défaire conr 
ftruire dans la Maifon du Prieuré des pri- 
ions & des cachots , quoiqu'il n'y en eut 
jamais eu, & firent dans le même tems 

1 élc 



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•oH Le* J m 5 û îf«"| 

élever des fourchue patibulaires fia troii 
piliers. Thomas Seigneurel maçon de pro* 
ieifion ^ à qui- ils faifoient l'honneur deflors 
ifp petto, de Je ehoific pour en avoir Pétren* 
ne auffitôt qu'elles feroient achevées , fut 
employé par eux pour les conftruûse. A 
peine lefurent - eUeseftefiFèt, (tfeft^dire,) 
dès le mois de Janvier 1730. qu'ils le firent 
arrêter avec un de fes frères , & cous deux 
furent conflitués prifonniers es nouvelles 
prifons. La nouvelle n'en fut pas plutôt 
répandue, que quelques-uns dirent, en 
parlant da premier : Lacum aptnuk & effv*. 
diteum , & inciditiBfwcam, quam fait. P&. 3. 

La Juftiee de Muneau compofée de ma>- 
nans illettrés , mais bons ferviteur s des 
Compagnons de Jéfes, les condamna bien- 
tôt à mort , fans qu'il parut aucun crime 
Capital à leur charge , fi ce n'eft qu'ite 
avoient été définies par ces bons Pères , 
pour fervir comme de première pierre à 
l'édMice de leur foaverain été. Eneffetdans 
les informations faites depuis en la Couc 
Souveraine de Bouillon , on trouve bien 
une multitude de témoins tant de Mu- 
neau que (tes Villages circoovqiflns ; mais 
que dëpofent-ils ? Les «tins qu'ils ne favent 
pas que tes Seigneur eb qu'ils connoiffent 
parfaitement aient jamais commis de cri- 
mes qui méritent la mort; d'autres qu'ils 
n'ont pas connoiffance qu'ils aient commis 
aucun crime. 

Les Gens de Juftiee répondent dans leur 
interrogatoire, qu'ite ne peuvent fc jeffour 

venir, 

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4) e M u rt e av: tof 

Venir ^ ni rendre compte des crimes pour 
les quels ils ont -condamné ces deux frères 
à mort* faire revoir la procédure Philippe 
Scjgneureiâtant fiir l?éohafaut jprtt k pa- 
raître ifcîvtnt le Souye«wti-Juge^ pioîefU 
<^'U meurt innocent. 

Auffi s^ft-M biert donné de;garde d'ob- 
ferver ûucune des formel itjé^iïeq.uifes dans 
rinltnidtkm de fces fluocès criminels. On 
voulok rdes coUpaMw*; il n'y en ayoit 
points il a fallu en faite. Les deux frères 
domiciliés»iMun eau -depuis J®Qftem§, ont 
été artêlés iîc ecfnftit«és:prifonniers fans 
aiifiunrDéj2retrdô3>rife de^corpsêc fans ia- 
foimatloa $rép*raâoirç * & Sieur kaporte 
ProcureuriFifaal de <&as bous Pères « ? é tant 
contante de dooncr fa Requête au*0JS* 
der^d&.la JuHioe tejMttoeAU,, à TçfF^t de 
las faitfe attê*er fbus k nom de certains 
quidams,, uns les dénommer. Leuis meu- 
bles ojrt été^fensf>icrôtiteJttlHce, ven- 
dus & enlevés avant les Jugemens de leurs 
Pièces*? &ïtes^deniej»^itîpDowoans remis 
au ditidaPPJ^àJ dUesjp^rftcôs x>nt i^ié in- 
ilruits &(jug^SreajlajïB»ifo» du Prieuré* 
bien 4tte>4e.<iie:£iit)pa* île Heu où.fe rend 
ordinairement Ja Juftice. ;Auliçu que les 
Procès jautoient dû âtre remis «dans les 
dépôts du Greffe , le Sieur Malraedi leur 
lieutenant - Seigneur s'en eft emparé , & 
après fon décès les bons Pères Jéfuites les 
ont' enlevés nuitamment & envoyés à Lu- 
«ettibottïîfo de peur, d'être forcés par la fuite 
jti^n^dûtttttf jcaamuaicatioc, & qu'on ne 
L - , ■ . * recoa* 



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itb L e s J e s u i T te s 

recoonût la maneuvre. La Procédure cri- 
minelle fe trouve fana corps de délit. L'in- 
ftruélion eft inftrumentée par le dit La- 
porte Partie requérante, qui s'approprie 
les fonétions de Juge, en diékantles Infor- 
mations, recollemens & confrontations. 
Les fentences de mort ont été redteées par 
ce Procureur -Fifcal fur l'avis, rune de 
deux Gradués & l'autre d'un feul qui eft 
l'Avocat de nos Révérends. Ces avis ont 
été donnés fané avoir vu ni entendu les ac- 
cufés. Les fentences de mort ont été li- 
gnées par feptpayfans affemblés au Prieuré 
de Muneau auxquels elles ont été préfeû- 
tées toutes dreflées, fans leur faire leéiure 
d'aucun Aétedes Procès. Les jugemensde 
mort ont été rendus & exécutés auffitôt 
qu'ils furent prononcés fans Appel à mi* 
nima, au mépris des Juges Supérieurs. 
Voilà en effet comme il falloit procéder 
dans une affaire de cette nature, pour ne 
pas manquer fon c^up. 

11 furvint pourtant un petit incident 
qui penfa déconcerter les Juges & renver- 
fer toutes les mefures de nos bons Pères. 
U ne falloit pas une tête moins bonne que 
celle du R. P.Golenvaux, Réfutent à Mu- 
neau pour le R; P. Reéteur de Liège , & qui 
a prélidé à toiïte cette affaire félon fon ef- 
prit & les inft mêlions qu'il enavôitreçues* 
pour conduire toutes chofes à bien , com- 
me il a fait. C'eft cequi fe paffa le jour du 
jugement & de l'exécution de Philippe Sei- 
gneurel. U a'v eut rien d'extraordinaire à 
~ ~~ l'égard 



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fi i M ufr e X «; v %n- 

I^gard de Thomas qui avoit conftruit les 
t>rifons & les fourches patibulaires. Il fut* 
jugé & exécuté le 17. Février 1730. 
_ Auffitot que fa Sentence fut prononcée 4 
on le tira: du cachot pour lui en faire la lec- 
ture. Comme il neiefentoit coupable de 
rien; qu'on né lui avoit confronté aucuns 
témoins; qu'il ne fe figuroit pas même 
qu'il y en eut, ni qu'il put y en avoir 
contre lu?-; -qu'il n'avoit été ni vu ni ouï 
par fes Juge», il fe trouva ,- il faut l'avouer, 
un peu étourdiî oti le feroit à moins, 11 
dut bien fe dire ; Nibil mibi confçimfum , ftâ 
non in hoc juftificatusfum. Le pauvre hom- 
me - voyant -dotte qu'A n'y avoit point à 
en revenir, 'demanda qu'on lui accordât 
«umoins un peu de tem» pour fonger au» 
affaires de' fa confeienee* fce'JPere<RécoM 
tet qu'oit lui avoit donné pour l'aider à 
paffer de ce monde en l'autre, demanda 
aufli du teins & un endroit pour le con- 
feffer; mais le Procureur-Fifcal pouflé pair 
une infpiration Jéfuitique , le lui ref ufa , en 
. luidifant; à' l Ja charrette^ mon Père* à la 
charrette, de manière qu'il n'eu* pour l'en* 
tendre , & lejpauvre patientpourfe reffou* 
venir de fes péchés ± les confefler & en de- 
mander pardon à Dieu, que le court inter- 
valle de tems qu'il falloit pour faire le che- 
min de la prifon au gibet. Aufli c'en étoit 
bien affez pour un homme qui mouroit in- 
nocent , ou qui n'étoit coupable tout plus, 
que pour avoir féqueftré aux Révérends 
une gerbe de bled qui lui avoit paru trop 

belle 



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ttf C»* Jbs tri ? « « 

belie pour eux, & qu'il avoit rempfcr* 
ce par une plus petite. , Ç'eft ce qu'on 
conudéra fans doute dans cette occafioq. 
Et puis, quefait-on? 11 pouvoit furvenir 
quelque contreferas qui auroit peut-être 
empêché cette importante exécution. Il 
eft des cas où il faut ,de la célérité ; ft~ 
riculum in mora. En effet qu'eft-ce que 
l'ame d'un maçon en compacaifon de hon- 
neur de la r glorieuse Société ï jpériffent 
pille fois celles de tws les. maçon s & de 
tous les manoùvï^s flu'il y a daos le mon* 
de, plutôt que .rien puiffe efrrrôttcder l'ac* 
croiffement. 

11 n'en fin pas de même à l'égard de 
PJiilippe Seigneurel qui -f utfjugé & expé- 
dié le 39. du^îB^me mots»; Qn, eut dit 
que Dieu dé%>prouv<>it les Jouables in- 
tentions des cbers Compagnon^ de faa 
fils. Le bourreau après l'avoir .bien fe- 
coué, & le croyant mort, s'avifade cou- 
per la corde.; & comme. il Jfe trouva pat 
jtazard un us dp ipierr.es au bas du gibet^ 
le pauvre Supplicié. tomba juttement det 
fus. Quelques perfoanes d'un ion natu- 
rel, oomme U s'en tçouve par tout, s'u- 
percevans qu'il jdonnojt encore quelques 
lignes ide vie, fe mirent en devoir de lui 
donner du fecours. En effet elles le firent 
revenir totalement. 

Sa femme & fes enfans k qui ont vint 
dire cette nouvelle, coururent avec con- 
fiance fe jeuer aux pieds du.R. P. Golea- 
vaux,.pour le fijpplier.de ne pas dédira 

le 



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fc b Mu n « A. u; - *t| 

îe bon Dieu qui fembloit vouloir leur 
rendre une tête fi chère., Ils lui. repré- 
sentèrent que juftice étant faite , il dé- 
voit être content. Ces bonnes gens s % 
inaginoient qu'un Compagnon de Jéfus 
étoit un homme fait comme un autre. Ce 
R. Père digne Membre de fa Société , fit 
reprendre mon homme ; lit mettre de 
nouveau la Bourgeoiûe fous les armes p 
depeur de quelque interruption dans tes 
fonctions de la purt de la populace , & 
ordonner au Bourreau parMalmedi, de 
le billonner & de le pendre une féconde 
fois. Le Bourreau qui croyoit qu'avec les 
téfuites on pouvoit , comme avec les 
Bourreaux, ne, pas ceffer d'être homme, 
& en conséquence fe tentant ému d'une 
forte de compaiiion, refu fa , d'abord iba 
miniflere , en diiant qu'il avpit rempli fou 
office ; qu'il n'avoit plus que faire-là , & 
qu'il ne vouloir point ôter la vie à un 
homme à qui Dieu venoit de la conferver j 
mais le brave Père Golenvaux incapable 
de foibleife en de telles occaiipns, le me- 
naça de le faire fuilller, s'il përfiftQitdans 
fon refus } enforte qu'il fut obligé de vain- 
cre fa répugnance & d'obéïr. Je crois au 
fond que le bon Père ne fit faire cette mena* 
.ce au Bourreau que pour lui faire peur èc 
pour l'éprouver, car de l'humeur dont il 
^toit & dont il. elt" .encore, s'il n'efl: pas 
.mort; je n'ai pas de peine à croire qu*à 
'fon défaut il eut pris fa place fans fa- 
çon, & qu'il l'eut fort bien remplie- Le 



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% \% t B i J É é Û I * E s 

èâùvrè patient ti*é*ph i â l point ertcoVé 
dâtts cette fécondé expédition , malgré les 
cffbrtls dû BdurtaitL Plttfieurs s'en àpfcr- 
fcurërit aptes qu'il ftt détaché* de la pb- 
tetide, mais le R. Pete qui s'en apfcrçut 
cdnraïe lt$ autrfes, le fitprbmtemetft porter 
*U cimetière oit il fut enterré tout en vie. 

Nos Révérends apfèscetA&fc écktatit 
^de Souveraineté doht ft ftrdit diftefte de 
itouvef un feûl eiempié dans THHtotte 
Âème des Scythes & des fiecies leà plus 
&cullé$, pafferént auffltôt 1 à un autte ï$i 
fot de publier un Edit pferpétùel , par lè- 

3Uel ils établiflfem un* droit d'aubaine & 
è main -morte, & plùfteùrs'^ùtres cho- 
fek infiniment préjudiciables'- dux HaW* 
tatts:, qui en porteront lëufs trtrfitftes acu 
Duc de Bouillon , aitofi t^è d*urté riruM- 
ïtidé d'autréà nouveautés qu'iïs a£Êëtobiçtit 
stoffi vé*ationà, & qù'H* effuytf iéntr i la 
Vérité de lai p^rt de bos bons Perélé ,' mais 
^uï étdîënt itfdi(£etffables ponr les fira- 
tfiéttre; & les accoutumet ~aii jôûg Jéftri- 
ti^irè. \'On fait que lés conratètitèiîneiîs 
Ibrittbti jours rudes. 

îi a Cour Souveraine de Bbuiîlon s*éft 
$otkttt mêler de ïéptimfer cette aëfron de^ibs 
* lions Pères. Sut* FÀppeï interjeté pafrdê- 
Vatft elle bar ièè Vei&e* & héritier -de 
icels patfvrës défirtirt^ dès fèbtènces 3e 
ihort tkti&ûes 'contre ta»; il futinfttùît 
■ tm procès ^xttetfcdîfrafré tontre les Gétts 
( tte Juftice de MuirtaU , dbnt céttfrri con- 
çurent fctea q£è rêVértettetft ùc- pouVoit 



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îi b MuniAA ttj 

ttér Irê» abfohimeiw: fittfonbta Ils fon~ 
gèrent donc i faire; valoir contre nos' nott- 
ïïéiwc Souverains qui retenoient; teipiects 
de« Procès çriraioeis itiftruits à Mtwesu^ 
les affutedos qu'ils leur avoiettt fait don* 
Éfef par --le SleUr<Mahnediv qàfiter ne ftu 
iëietit 1 «ti-tucune façon? ifiqmtéainvwcbetu 
chés poiir rstifbn de; ces Jttgemens de 
ôaort^ & qu'aa pis aller , ils le* imtem- 
iiiferdieafc des condemmtions qui pour* 
«mut; êwe> prononcées* contr* eoàu Là 
Gour- Souveraine de Bouillon jendît donc 
tin Arrêt-te'&i Septembre* 1734* par le* 
quel 4 après avoir, déclaré la contumace 
bien iirftruitei parle* Révère nd Père Reo 
tfci*r*i» Collège deLiege , il eft dit qu'il 
m été *> mil^ nullement^ irrégulièrement , 
iflflompatemmttit & par attenta* inftfctiit à 
M Requête* da Sieur Lapone Procureur- 
frifical* &jugé paç Semence* cte la* Jufti* 
ce (te Muqe*u des 17. & a$. Février 
^730, en conféquqnce cafle r amiulle & 
feprime les» dites procédures & ! fenten- 
Ces; orddnae ^qu'elles ferooe rapportées 
joour être brûlées, & rétablit la mémoire 
de Thomas & d# Philippe: Seigneuttl ; 
éondamne le Révérend Pere Re&eur & 
fôii I^ocutfett&crefUtwec à leurs Veuves le 
piw de? effets mobiliers enlevés' & ven- 
dus ,, » léimôtitej BrocureurwFifcri folidai* 
itàmm avec léà autres Gens de Juftlce J 
à <de$i réparations & intérêts civils, & à 
fournir une femme pour fonder des Meffes 
pour torejio* de^ames-dje* ditfcSeigneu- 
H a rels* 



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liô Les JeSùitès 

rels. Ce même Arrêt bannit à perpétuité lé 
dit. Procureur- Fifcal; déclare les Gens^d* 
Juftice incapables de pofTéder aucunes char- 
ges de Juftice & de police , & les con- 
damne à des amendes. A l'égard du billet 
d'indemnité dont les Gens de Juftice 4 toient 
munis , les Révérends, Pères Jéfuites de 
Liège ont été condamnés à Tacquiter. 

Bien des gens qui font les connoifleurs 
ont voulu glofer fur cet Arrêta & ont dit 
que c'étoit fe moquer que d'avoir p£0* 
nonce des peines fi légeres*;furtout con- 
tre nos bons Pères qui avoientété l'ame de 
toute cette maneuvre $ & à qui les Offi- 
ciers de Muneau n'avoient fervi que d'in» 
ftrumens paffifs , comme une Vrille entre 
les mains de celui qui fait le trou * ôç que 
Je moins que la Cour Souveraine de Bouil- 
lon devoit faire, étoit . de condamner ta 
Père Reéteur de Liège $ & le Père Gotettr 
vaux fon réfident, à être rompus vifs* . 

Si ces gens • là ont parlé ainfi, tout le 
monde a penfé de même ; mais ce qui eft 
aifé à dire n'eft pas aifé à faire. Toute 
réflexion feite , il faut .convenir que cet 
Arrêt ne demandoit pas une moindre 
fageffe & une moindre retenu* de la part 
de ceux qui l'ont prohoncé. O cela eft 
comme je le dis ! Il faut y penfer plus 
d'une fois r quand on veut féVir contre les 
Compagnons de* Jé^fuss. Quoi 1 un petit 
Prince ^ tel que Mr. le Duc de Bouillon , 
auroitfait ce que des Têfces couronnées qui 
ont des trois, à quatre cens > mille hommes 

fut 



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de M u n e à y; ity 

fUr pied n'ofent faire ! y pe.nfe r t-on ? 

Au refte de quoi auroic fervi que çer 
Arrêt eut prononcé des peines plus gran- 
des & proportionnées au délit , puis que 
depuis qu'il a été rendu il n'a çncore pu 
être exécuté dans la moindre de fes par- 
ties ? Qu'ont fait nos bons Pères pour l'é- 
luder? Ils ont reclamé la puiflançe du 
Confeil de Luxembourg , où ils ont re- 
connu la Souveraineté de l'Empereur fu* 
Muneau , pour fe mettre à couvert de cel- 
le du Duc de Bouillon. Ce Confeil a cafié 
& annullé l'Arrêt de la Cour Souveraine 
de Bouillon , a établi un bureau à Mu- 
neau , a pourfuivi les Veuves & héritiers 
Seigneurel , jufqu'à les faire mettre en 
prifon, pour s'être pourvus à Bouillon; il 
n'a pas même épargné Mr. le Duc de 
Bouillon qu'il a condamné en des domma- 
ges & intérêts, & en des amendes , coin* 
me s'il eut été jufticiable de ce Confeil. 

Les Veuves Seigneurel étant ainli peur- 
fuivies par le Confeil de Luxembourg, Sç 
la Cour Souveraine de Bouillon étant 
dans rimpûilfancè de venir à leur fecours, 
une de ceà Veuves crut devoir recourir à 
l'Autorité du Parlement de Metz, pour 
faire mettre à exécution dans fon reflbrt, 
l'Arrêt de la Cour de Bouillon. Elle en 
obtint deux pareatis les 13. Oéiobre 1735. 
& 14. Janvier X736I. L'effet qu'elle efpe- 
roit, étoit qu'en faififfant quelques dîmes 
qui apartiennent à nos Révérends dans le 
Ôuché de Carignan , le prix qui en pro- 
Tiendroit lui feroit remis. Mais qui 
H 3 couv-, 

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compte fons fon hôte , compte tfeux fafcï 
Nos Révérends fe font adceflés eux mft. 
lues au I&fletnentde Metz, pour y *tre 
reçus oppdfans aux parmis fous deux 
prétextes. Ils ont fait connaître le pre- 
mier dans un recours qu'ils -ont fuppofé 
Ça) que ces Veuves avoient eu au €on* 
ieii de Luxembourg? le fecond-en ce que 
l'Arrêt de la Cour de Bouillon avoït été 
iendu par un Tribunal incompétent, fMu- 
neau ont : ils dit • iétairt fitué dans? le rea- 
fort du Confeil 4e Luxemboufg. 

La Veuve Séigneurel , s^eft fcit enten- 
dre à ce Parlement. Eue y % prouvé 3* 
fatffleté & la iiippofrtion du prétendu re- 
cours à Luxembourg & en -démontrant 
que ce Confeil eft fans droit fur Muneau j 
elle a mis la compétence delà Cour Sou- 
veraine de Bouillon dans un degré dVvi- 
dence au quel véritablement il eft afTes 
diftcile de fe réfuter; de forte qu'il inter- 
vint un Arrêt de ce Parlement le 9. Sep- 
tembre 1737. > qui en déboutant nos; Ré- 
vérends de leur oppofition aux pareatis , 
fait deffenfe fur les concluions <êà Procu* 
reur Général , aux Seigneurs & Habiomç 
de Muneau , 4t reconnaître la Jurifdic- 
tîon du Confeil de Luxembourg, & d'o* 
béir à fes Arrêta & Maudemens. 

En vertu de cet Arrêt, les Commis -ré- 
tablis à Muneau pour la perception dés 
droits d'entrée & de fortie 9 ont été enle- 
vés 

(m) Ceft ainlî que nor tous Petet fout tes *pr«- 
toâtiirs.fe la Vu»» * dt Vattein. * 



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^ vés & conduits jdaç s 1$$ priions de'Mçtz, 
'D'Ain auu?e côté les Qfljciers diiÛuché 4$ 
Bougon fe voyant $infi appuyés, (ont foi* 
fis de l'ina$iqn au lçs voiesde .fait 4q 
ConfeiJ de Luxembourg les ffîo\t$t r£* 
duits. Nos ex-$puve*£in$ <jje JVI ; up.eau 
ont éfcé ponrftiivis à l'effet de çeudçe te/rç? 
Iwnmage f & frute ; par eux dîa-yoir rfatis* 
fait à l'A&èt^qui <.tes y *voit çonda^i^é. 
K Tew; $c Seigneurie de Museau V 4 t£ 
(gifle rféodaLement le i$. Qélobre 1737. , 

Nos ? bons Pères ont fait ce qu'Us ont 
pu (ils *>*it donc fait beauçpup) ppur <enr 
gager la £our de Bruxelles £ f^ire feire 
par le Coafejl de Lj^etabourg -quelque 
léctomations en leur faveur , t^nt contre 
jl'Arrtt) du Parlement de .Met?, que çqtir 
tre cette feifie féodale faite par la Çquj: 
4e Bouillon j mais, (qui le croiront?-) iÙ 
a*ont pu y rien obtenir, malgré la pro* 
teftion du R. P. Amiot leur Confrère & 
jtrès digne auditeur des péchés de FArchi- 
Ducheue Gouvernante. 

Ils fe font donc cru abandonnés faqs 
feflburGe <ie FEropçreur. Que devenir 
;dans ,u«e telle extrémité? On a vu que 
jufqu'kû ils ont eu recours tantôt à la 
Cour Souveraine de Bouillon , tantôt au 
Confeii- privé du Duc de Bouillon , & 
^tantôt à l'Empereur. A la vérité en 
vs'adreffaot à Ce dernier ? ils n'ont pas au- 
trement ménagé les bienféançes , & fe 
ifont aflez peu mis en peine fi une telle 
Hiém^robe étoit contraire ou non jbux in- 
-tértts i du &oi. ,Ç'eft qu'ils ttj^voient 

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f 2<jt L E $ jESUITti 

que faire de lui alors; & de plus en re$ 
èonnoiflant l'Empereur pour leur Souve* 
rain; ils ne lé faifoient que parcequ'il ne 
Pétoit pas, & qu'ils favoierit bien qu'il 
ne pouvait l'être. 

Mais enfin fe trouvant abandonnés au^ 
jourdliui de tous côtés' 9 & par conséquent 
à la veille d'être forcés de fubir ce vilain 
Arrêt de la Cour Souveraine de Bouillon 
dix 6. Odtobre 1734.* au grand préjudice 
de leur gloire & de leur honneur, auquel 
ils ont immolé tant de fois depuis fi long- 
tèms tant de foins , de veilles, de fatigues \ 
d'allées, de venues, la tranquilité de 
leurs propres fujets , leà biens & la li- 
berté de deux pauvres Veuves & la vie de 
deux hommes innocèns, enfin , dis -je, 
pour ne pas relier courts , ils le font a- 
Vifés (ne pouvant faire mieux) de fe tour- 
ner du côté du Roi, & d'implorer fa pro- 
tection pour être maintenus dans la pof- 
feflîon de leur chère Souveraineté , à qui 
quelques-uns ont déjà donné le nom de 
ffaceldama. 

Il y a des gens dans le monde qui ne 
feignent point de dire (mais les croira qui 
voudra) que cette prudente démarche de 
la part de nos hons Pères eft un trait 
d'effronterie & d'impudence plus qu'hu- 
main. Quoi! difent-ils, (mais éiïcore un 
coup les croira qui voudra) quoi ! ces 
fcelerats (le terme eft un peu fort , mais 
il faut le paffer à des gens qui font dé 
mauvaife humeur) ces ennemis du genre 
humain (ah bellement Meilleurs les Jau- 
.'•'•. fénis* 

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a s Muneau; ïax r 

ftniftes ! nos bons Percs ne font pas fi 
ennemis du genre humain que vous le 
penfez -, ils Jeroient bien fâchés d'être 
feuls dans le monde) Quoi ! au lieu de fe 
repentir d'une aétion aùffidéteftablequ'eft 
celle "d'avoir ôté la vie à deux hommes', 
uniquement pour avoir le plaifir barbarç 
d'exercer un Aéie de Souveraineté ; au 
lieu de fe mettre en devoir de la réparer , 
en affiliant du moins leurs Veuves & lepr$ 
enfans , & en fe défiftant d'une préten- 
tion auffi chimérique que fcandaleufe , ils 
ofent implorer l'augufte protection dii 
Roi , pour fé maintenir dans l'impunité 
d'un double homicide qui a effrayé tout 
le pays , & dans l'ufurpatibn d'un droit 
qui lie leur appartient & né leur convient 
pas pour en dépouiller Mr. le Duc de 
Bouillon à qui il n'auroit jamais été con- 
tefté , fi d'autres que des Jéluites euflent 
été Seigneurs de Muneau 1 Quoi! Ils ont 
l'audace de recourir maihtenaut au Roi 
qu'ils ont outragé jusqu'à faire établie à 
Muneau un bureau qui a été jugé fi pré- 
judiciable aux intérêts de l'Etat , que les 
commis qui y perçoivent les droits pour 
•l'Empereur , ont été enlevés par un dé- 
tachement des troupes du Roi. Ils implo- 
rent la proteélion du Roi immédiatement 
après avoir foùtenu à la face de lbn Par- 
lement de Metz que Muneau étoit fitué 
dans le reffort du Confeil de Luxembourg! 
après avoir fait enlever nuitamment par 
leur Père Golènvaux le coffre ou eit ren- 
fermée la plus grande partie des Titrés 
v H 5 qui 

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tao.~ Les Jesuitçs ©e Munj&attî 

?ti étoieut dans les dépôts publics de 1& 
omraunauté 4e Muneau , & k$ avoic 
fait tranfporter A Luxembourg même au 
ils les retiennent encore, afin d'Oser, au- 
tant qu'il eft en eux , la connoiffance de? 
droits de Mr. le Pue dç Bouillon , & ,p*r? 
Jà de furprendre , s'il leur eft poffiWe , la 
Religion de S> M.' Veulent-ils 4oiic rea- 
dre le Roi complice de toutes leurs fri- 
ponneries & de tous leurs crimes? Cette 
feule démarche , de quelque côtéjju'oa 
la conlîdere , ne mériteront - elle pas pat 
ellefoême, une punition exemplaire ? 

Voilà ce que la vivacité: fait dire à bieg 
des gens; mais pour moi qui ne p*end 
pas feu avec, tant de facilité „ je di$ feule- 
ment que voilà où en font les choies au- 
jourd'hui ai. Mars 1739. N° us verrons 
qui l'emportera de Mr. le» Duc de Bouil- 
lon , ou de la glorieufe Société. Mr le Duc 
de Bouillon <i pardevers lui fa naif&nce 9 
les fervices que fes ancêtres ont rendu 4 
l'Etat, & le bon 4roit. Nos Révérends 
ont à faire valoir le meurtre de deux hom- 
mes innocens qu'ils ont fait pendre & de 
deux ancêtres du Roi qu'ils ont feu poi* 

fnarder; le mépris qu'ils ont feits de S # 
Ité. dans l'affaire même dont il eft «qpeition 9 
& Finjuftice de leur prétention. N'im- 
porte, nous verrons qui aura le deffus. 
Ce feroit bien le chiendent , s'ils alloient 
pourtant avoir le démenti daps une af- 
faire toute d'honneur, Je ne yeux pas y 
penfer, pourvue £ie pas f w» de iapev- 
#e 4^avaûce t 

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A FF AI R E 

JïiUIT E S 

^ • P E > 

B R E S T. 

$ujufa de rE0e¥arofflale de 
£t. Louis de la même yiUe. 

flr .JE récit des faits fuivans n*a pas hcfoin 
4 * f°ur fefaire lire, de. tours ingénieux , 
MJexprcfjians recherchées. Leur fimpk 
C^po/ttion Juffit four attirer P attention du 
l*c8cur le plus indifférent. On me dira pas 
que ces faits font fuppojcs. Le monument 
gui y r a Jânné lieu , fulfijie encore , non à la 
Chine „ ni aux Indes, ni dans le Paraguay, 
mais en France. Il s'agit d'une grande & 
belle Eglife, qui a coûté plus de 500000. li- 
vres, à canfiryirt, & dont les Jéfuites fe font 
emparés par furprife 9 par des rufes multi* 
pSécs, par violence, & enfin par la fore» 
des armes. Ceux qui volent les ornemens & 
les va/es facrés des Eglifes,font brûlés corn* 
me Sacrilèges. Les yé/uites font plus ; ils 
volent les JLglifes mimes , Q? tout ce qu'elle; 
contiennent ; que l'an invente un ûipplice 
$gne d'eux ? 

LES JESUITE^ n'eurent ,pas .plutôt 

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ï*4 L E 3 JlÇSU I TIS' 

tfppris en t686. que le Roi avoït fortfté 
le deffein d'aggrandir la Ville de Breft, 
qu'ils fongerent à venir s"y établir. Il y 
avoit cinq ans (en 1681.) que le Séminai- 
re des Aumôniers de la Marine avoit 
été -érigé par Lettres Patentes dans FEgli- 
fe Collégiale du Fplcouet Ça) ( à quatre 
lieues de Breft) en faveur des Prêtres fé- 
culiers qui s'acquitoient rçligieufement de 
leurs devoirs. Les Jéfuites commencèrent 
par fe faire doijner la direction de ce Sé- 
minaire. Ils en congédièrent les Prêtres, 
& mirent à leur place des Récolets aux 

§uels ils laifferent l'Eglife. , les Loge- 
iens y cinq cens livres , & gardèrent 
pour eux fept mille livres de rente que 
cette Fondation Royale' avoit en terres ou 
domaines ? & transférèrent le Séminaire 
dans la Ville. 

On leur donna en y arrivant , des mai- 
sons, un grand terrein, un jardin magni- 
fique 10000. livres pour des meubles, & 
10500. livres de rente pour entretenir 
douze Jéfuites r ~& vint Aumôniers tou- 
jours prêts à monter fur les Vaiffeaux. 

Outre ces avantages , ils reçurent des 
Etats de Bretagne plus de 1 20000. livres 
pour bâtir une Eglife & deux Corps de 
logis. Ils tirèrent de l'Arien al presque 
tout le bois de charpente, le fer , le plomb 
& les autres matériaux qui pouvoient les 
accommoder j de manière qu'en commen- 
çant 

Ç« ) Çeft-à*dirc , le bois du fo.% 

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% * B H E ^S :*î - ïtf 

fcant à s'établir * ils fe, trouvèrent beaur 
coup, mieux, -fon4és rqu'aucuna Religieux 
<U la, Province. 




^its. 

de St. Àuguûpi^^ trois "lieues de/Brefl;* 
Dloceze de Quimper, fur fe faux expo(4 
.qu'elle n'étoitj que de 6906. ; livres àe 
revenu,; qupîqifc'çjïe en eut .aaqpo. livrer 
$cqu'outrç eeUij* il^y çut pour : pîus4^ 
£5000. livres d'autres bénéfice qui eu 
dépendoient. ^ ^ <■'■'. 

I Tant de; biens & trois Chapelles qu'ils 
avoient dan^s leur Séminaire , n'étaient 
qu'une goûte d'eau pour fatisfkirè la lbi£ 
fîpnt ils étaient f touçme«tés.w Dès la î& 
çonde ^quée de leur entrée dans la VillQ 
dp Breft, jls. entreprirent de s'en appro* 
jM?}er la Cure. 

Avant raggrandiffement.de cette Ville, 
les Habitant : n'avoient que l'Eglifé dé 
Notre-Dame leur ancienne & unique 
Earoiffe , Ifc quelle ayatrt iét;é comprife 
£aps Jes Fortifications du Château, fans 
qu'ils ayept. jamais eu. aucun dédommage- 
juent;^e cette perte ni- d^ Ces fuites, ils 
jurent obHgévjdefe réduire, à 1'Ëgli.fe Suc* 
curfale des SçptrSaints ; mais comme cet* 
te dernière étfoit trop petite pour le nom^ 
fendes Habitant, il fut arrêté que ceux; 
' ,:j\/;\ • .. .: , et 

(a) Cette Abbajrë avoit été fondée? ptï les- Duci 
& frifeecs d» Kohaii, , . , 



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|S6 L é-s • j * su tî'i # 

ci contribueroient 75000. livres, & le 
Roi $5000. livres pour 'être ces deux fea* 
mes employées à la conftroftion d'urt 
nouvelle Eglife. 

Les befoins de l'Etat etnpêdhetent que 
tes 25000. promifes' par le Rot ne fuflfent 
fournies alors , & elles ne l'ont' -mêm'e jâf 
mais été depuis. Pour les remplacer, il 
fut permis au* Habit ans par Lettres Pat- 
ientes dt*~ à6. J Février 168& de* lever un 
Droit d'entrée de 8. : livres fttr claqué 
tonneau de bierre & de cidre y avec 1 eettfc 
claufe expreffe , que perfonne n'enfemit 
exempt* quelque privilège qu'il eut. Les 
Jéfuites le furent cependant par Arrêt dû 
Confeil du 2: Février 1687. On ne fait 
pourqupiV fi tf n'èft afin que le vol qu'Us 
inéditoient défaire un jour de cette belle 
Eglife à' la 1 cenffruétion de laquelle Bs 
û'auroient contribué en rien^fut plut 
grand & plus complet. 

L^emplacemetit dé cette: nouvelle Eglife 
fttt pris par Mr. de Vauban dan» la place 
Guéravel/ôu Eravel , comme le lieu le 
plus commode & le plus conveftaWe tant 
pou* la commodité des Habitent * que 
pour Tornetnent de la Ville: Les fonder 
mens furent jettes,' & le bâtiment fut é* 
levé jusqu'à la hauteur de fix à fept 
pieds. Alors les Jéftmes s**vifere0t dr$ 
trouver à redire * & répféfanterént que 
èet édifice nuiroit à la vue de leur Jar- 
din 5 où ila firent; accroire qu'ils voii- 
loient avoir un Obfervatoixe poux iaftrui- 



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< %-« t fe ê s *: ^f^ 

te Ies"Âmn6iriers. Ils firent fi bfcn par 
leur crédit & leurs intrigues à la Cour , 
qu'après avoir càfcfé une dëpenfe de 9000t. 
ïmes ptror détfrolîr ce* qui a voit été tott* 
jflruit f il Mut recommencer le Mtittetït 
dans trn kufre endroit y Qi) tel qu'il kvt 
* $ùt de le choiflr & de l'indiquer. On fut 
Xfcîigé 'd'atigmefïterde agooov ,$vf e$ le 
prix du premier marché fait avecleSieùt 
Térrot Etttte^erteur idè ce bâtiment, à 
^srufe dtr transport des' tnatérfaux* Outre x 
&]& 3 ctftnm le fond'étoit m'aidais & i*- x 
'irêétiliét , il fallut prendre : fort T bas les 
ftpweausrfôttdedïfcîiS' fcequi coûta encore 
au* Haftltans près' dé ' 25000. livres dfc 
^fàuk - frais V& ife tottt'teift revint, de 
^éyùtptè f^ à plus *• de 500000. livres. 

Lors que toute la dépenfe futfait£y& 
^ouvrage i: preîque achevé, les jéfuites 
"ibn^eifent àr faire reliait le deffein qu'As 
: £vQfeiït~fàrttré de s^approptiër cette Cure. 
"fis firent enterrée d^unepatt au Roi par 
^ Sïéur ftefclufeaux Ihtendtm de la Ma- 
linéique te& Habitans fouhaitoient que 
lia Ôûté tut unie au Séminaire des Àum&- 
.fciérs j '^ de l'autre, perfuaderent à quel- 
les; particuliers de' là Ville que c'étent 
'tomate â$ k Cour que cette uaion fut 
feîte. La preuve de cette Bianéuvre 
tKftiitîque H tire d'une Lettre de Mr, de 

/.'•/* ' '" è Stf- 

^J £çt endfoît était plus près 8c presque conrigu 

%u tëtte'm de leur Séminaire,, afin d.-6afe an droic 

-«te «*^ljwo 4 pjjcj cette Egjifç , !©rs qu'élu f*|oi$;b|f&s 

«vaime VtftBt c^iïftruite fiir. fcw fond. 



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4B* Le s J e # tr m* 3 

Seignelay, écrite le 19. Septembre 16872 
à Mr. Defcluféaus ? conçue en cey ter- 
mes., £0 Majeflê trouve bon , Moniteur , g*rç 
vous vous entendiez . avec Mr. fJÉyëque de 
Xeon fur V union de la Cuire de Bréft au 
Séminaire des Jifuites ; mais il ne convient 
pas que vous en fàJjUz la réquifitw. Il ejl 
plus à propos que ce fait le Procureur dé lit 

vtiky &c \ ; 

Cette Lettre n'a pas befoin de com- 
mentaire, il eft évident que û cetTnterir 
dant n'ayoit. pas écrit auparavant i la 
Sollicitation des jéfuites & contre; toute 
vérité, que les Habitans foùhaitôient cet- 
te uhipp^ Mïv de Seignelay ne lui au- 
ioit pas répondu , qifil itoit plus a propos 
que* la demande s'en fit par le Procureur, 
delà Pille, . \ . >'.V " ,7.\; .;..!,'" 

Mais comme il n'était pas ;àïfé ^aë taire 
entrer cet Officier de Ville darçs.;îip,e in- 
trigue fi' préjudiciable ^ux idtéïSts. de la 
Ville, & fi contraire aux ititènUonscorir 
nues dé tous les^ Habitans , prt. trouva 
l'expédient de faire agir à , fâ place le 
Sieur de la Tour- Cajiou qui étolt alors 
au lit de la mort. On lui fit prendre le 
Titre de Subfticut du Procûreut du Roi 
de Breft , comme s'il eut été de là Ville, 
quoiqu'il ne le fut que de la Jufttee ordi- 
naire. Il n'âvoit ,, coiiime on voit , ëji 
«cette qualité ni Droit, m Caraélëre , ni 
Pouvoir pour former une pareille deman- 
de. N'importe j les Jéfuites profitant de 
fen état , & de l'équivoque de Subftitift 

/ ■ 



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& S B HI J Tr 11} 

Sù Procureur au Roi, firent ligner à ce 
înoribond une Requête le 3. Décembre 
1687. tendante à ce que fuivtffft tes ordres 
du Roi qui lui fai(oit-on dire, lui avôient 
été adreffés, il fût procédé à tfuàionj 

Sur cette Requête on obtint de l'Evo- 
que de Léon un/oit Communiqué M fon Pro- 
moteur , lequel conclut à ce qu'il fut 
informé fur la commodité 9 ou incôinrmditi 
-de l'union. On y procédai, mais frpeu 
régulièrement , quoiqu'à cri public & au 
fon du tambour * qu'après la mort du 
Sieur Cariou qui arriva le 30. du même 
mois de Décembre, on ne hifli pas de 
continuer les pourfuites pendant près de 
deux mois & demi au nom & à la dili- 
gence de ce défunt. 

Le huit Mars de l'année fuivante 1688. 
la Procédure fut reprife par Je «Sieur Tail- 
lard autre Subftitut du Prpcureuftdu Roi 
au Siège de Breft , '& qui pat conséquent 
avoit auffi peu Caraétere quelle précédent. 
Il donna fa Requête * & fit faire le mftne 
jour & le lendemain 9. une .Information 
de commodoy aut incommoda , cômpofée de 
a 8. témoins également incapables de dé* 
pdfer fur le fait dont il s'agiifoit* n'étant 
ni notables Bourgeois * niEccléfiaftiques, 
mais feulement, Officiers de Marine & de 
guerre, qui déclaterent tous ^n bons Mi- 
litaires que puisque c'étoit la volonté du 
Roi que l'union de la Cure fut faite ail 
Séminaire des jéfuites * ils le trouvoient 
très-bon 7 & jugeoient cette union très- 
I aira*t 



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*30 Lés Jes'u.Iti* 

àvantageufe aux Aumôniers. Il ne leur 
vint pas même dans Fefprit qu'elle put 
caufer aucun préjudice ni à l'Eglife* ni à 
Ja Ville de Brefh 

ïl eft important d'obferver que ni les 
Religieux BenediéKns de St. Matthieu 
Patrons-Préfentateurs de la Cure , ni les 
jMarguilliers t ni lé Procureur de la Ville 
(tous Parties in tereffées & néceffaires pour 
contefter ou confentir à l'union, & qui 
avoient formé leur oppofition) ne furent 
appelles: & ce qu'il eft encore bon de ne 
pas omettre dans ce récit c'eft que le 
Sieur Lizac Procureur du Roi au Siège 
de Breft avant appris ce qu' avoient fait à 
fon infu les deux Subftituts , ou plutôt 
ce qu'on leur avoit fait faire * déclara ex- 
preffément par un Aéle, qu'il n'avoitreçu* 
ni vu aucun ordre de la Cour, pour re- 
quérir l'union r &que ne leur ayant don- 
né aucune charge 9 il défavouoit tout ce 
qu?ils avoient fait à ce fujet. 

Une fi monftrueufe Procédure fut néan- 
moins fuivie d'une Sentence de l'Evêque 
de Léon du $5. Juin 1688. qui fupprima 
le Tître delà Cure,& Férigea en Vicariat 
amovible, pour être deffervi par un Au- 
mônier des vaifTeaux qui feroit préfenté 
par le Relieur des Jéfuites de Breft & fe 
Succefleurs , avec faculté de le changera 
&* deitituer , quand bon leur femblcroit. 
La même Sentence porteit que les reve- 
nus tant fixes que cafuels de la Cure fe* 
roient unis au Séminaire des Jéfuites. 



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H s Ê n È é *. tH 

Ce n'étoit pourtant point par avidité 
pour les biens de ce Monde , que ce* 
bons Pères étoient fi acharnés à la pour* 
fuite dé cette union. Pour détromper le* 
Efprits qui autoient pu avoir ces idée* 

Sroffieres 9 leur Père Redteur publia une 
éclaration fort dévote , par laquelle il 
protettoit Jesuitiqjjbment , tant en fort 
kom , que Comme autorifé de fes Confrè- 
res 9 qu'Us n^avoient d* autre envie , que dé 
fervir le public 4 & qu'ils ne priundotint 
nuire à perfonne. 

Cependant ils furptirent , par la feuh 
tnvit de fervir le public 9 au mois de Sep- 
tembre 1688. des Lettres Patentes de con- 
firmation qu'ils tinrent cachées $ auffi bied 
Îue le Décret d'union de l'Evêque dé 
,éon. lis jugèrent à propos d'en diffé- 
rer la manifeftàtion à Un autre teins f & 
cependant d'agir toujours en conféquence* 
En effet peu de tems après on 6'apper* 
çut qu'en bâtiflant l'Eglife* on avoit pra* 
tiqué une pièce derrière le chœur du CÔ* 
té de leur Séminaire , dont au tftoyeh d!a- 
ne fimple ouverture ? ces Pères auroiéûÉ 
pu fe faire Une Sacrittie pour leur ufagé 
particulier 4 dans laquelle ils feroiejtt tû- 
très de plein-pied de nuit comme de jour 4 
& quand ils l'auroient voulu. Mais ort 
fit rapporterles plans* l'Ëntrepréiieut fut 
blâmé devoir paiTé fes ordres ; la SâctK 
ftie poitiche fut fupprimée * & lé MtJU 
ment fut continué & achevé fur uû noUi 
Veau deffein approuvé par le R#i* . : .. ; 
ï * 14 



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%$% Les J e s u i t j* s 

La conduite qu'avoient tenue les Jéftii* 
tes jusqu'alors , certains bruits fourds qui 
a'étoient répandus dans la Ville , avoient 
jette des foupçons dans les efprits. On 
fe doutoit bien que les bons Pères avoient 
quelque deffein * mais l'objet n'en étoit 
pas clair, & on rejettoit tout ce qui ve- 
noit dans Pefprit contre eux , comme de 
mauvaifes penfées. Le moyen en effet 
de fe perfuader que des Prêtres çortans de 
grands chapeaux , de grands foulîers plats, 
fuffent des gens dévorés par l'Ambition 
& par l'amour des richeffes? 

Il fallut pourtant fe le perfuader. La 
découverte de la Sacriftie hors d'œuvre 
ouvrit les yeux. On ne douta plus que 
le deffein des Jéfuites ne fut de s'appro* 
prier une Eglile grande, belle, bien bâ- 
tie, qui avoit coûté des fommes immen- 
fes aux Habitans , & aux frais de la quel- 
le les bons Pères feùls n'avoient rien con- 
tribué. Après plufieurs recherches , on 
découvrit qu'ils avoient obtenu de l'Eve- 
iiue de Léon un Décret d'union, & des 
Lettres Patentes qui le confirmoient/ On 
les fomma plufieurs fois de produire ces 
Tîtres 5 mais ils ne crurent pas qu'il fut 
de leur prudence de le faire: ils gardèrent 
le filencc. Cependant pour prévenir tou- 
tes furprifes, on prit le parti d'en inter- 
jetter Appel comme d'abus * & de le re- 
lever au Parlement de Bretagne 9 Juge 
- naturel des Parties , ce qui fut exécuté 
au mois de Juillet 1699. 

L* 



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5 S B *; e 9 -*: 133 

Les Jéfuites qui ne reconnoiffent poînt 
la Juftice ordinaire , & qui font de conti^ 
nuel$ efforts pour n'être fournis à aucu- 
ne, mais pourtant bien réfolus de foute- 
pir le deffein qu'ils avoient formé de fai- 
re valoir cette union , fe découvrirent erç* 
fin, & fe pourvurent au Grand Confeii, 
où ils prétendoient dès ce tems«là avoir 
uiie évocation Générale de leurs caufes. 
Cet incident donna lieu à une contefta- 
tion en règlement de Juges , fur le quel 
il plût au Roi par fon Arrêt du 4. May 
1700. évoquer à foi & à fon Cqnfeil , le 
différent principal & fes dépendances. 

Cette inllance dura plijs de quatre an$ 
au grand préjudice de la Ville de Breft* 
& au grand fcandale des Habitans. Au 
préjudice de la Ville , parce qu'elle fut 
obligée d'avoir toujours un Député à la 
fuite du Confeil, ce qui la jetta dans de 
très -grandes dépenfes , au grand fcanda- 
le des Habitans ; parce que les Jéfuites , 
pour les éloigner de la Paroîffe , & les 
détourner de leur légitime Pafteur , ne 
ceffoient par leurs difcours violens & leurs 
fermons féditieux 9 de jetter le trouble 
4ans les confidences. 

Sur ces entrefaites l'E^vêque de Léop 
qui s^voit rendis le Décret d'union , mou- 
rut. L'Abbé de la Bourdonnaye fut nom- 
mé à fa place. Les jéfuites n'omirent 
rien pour fêle rendre favorable ôtpour 
Je mettre dans leurs intérêts. Lors qu'il? 
I 3 cru- 



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134 Î/ES ï«8tJlf El 

crurent y avoir réuffi , ils obtinrent un 
Anêt du Confeil le 15. Oéiobre 1702. par 
lequel il fut permis au nouvel Evêque de 
commettre celle des Parties qu'il jugeroit 
à propos de choifir, pour deffervir la Cu- 
%e jusqu'à la décifion du Procès. 

L'Abbé de la Bourdonnaye ayant été 
Sacré le 23. Avril, manda qu'il fe trans- 
portent , à Breft, pour bénir la nouvel- 
le Eglife , & pour exécuter l'Arrêt. Tout 
fut dlfpofé pour cette cérémonie , qui fut 

Îàite a la Touflaiut de la même année, 
^es Jéfuites qui n'avoient fait rendre l'Ar- 
jêt, qu'afin qu'il fut çxéçuté en leur fa- 
veur , ne furent pas peu furpris & cho- 
qués; lorfque le Sieur Roigriant Reéteur- 
Curé depuis trente ans , fut nommé , ou 
pour mieux dire , maintenu & continué 
dans la nouvelle Paroiffe qui fut dédiée 
fous l'invocation de St. Louis. Il y fut 
en même tems installé avec di* Prêtre* 
Habitués pour faire le fervice divin. 

Un choix fi jufte & fi conforme i 
l'Efprit de la Religion & aux Règles de 
TEglife , fut fuivi des acclamations du 
Peuple qui ne pouvoit affez témoigner f$ 
joye de ce qu'on lui confervoit fon véri- 
table & légitime Pafteur. 11 n'y eut quç 
les Jéfuites qui ep furent mécpntens, & 
qui ne prirent aucune part à la fête. 

Ils préfenterent une Requête d'oppofl 
tion au Confeil le a3< Janvier fuivant, 
tant en leur nom , qu'eu celui du Curé de 

Lam- 



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> 



s B e < i t: t 3 | 

&atnbézéleç (*) (qui n'y tvoit aucune 
part, & qui la défavoua même auffitôt 
qu'il en eut connoiffance par laquelle auffi 
bien que par divers mémoires fecrets , ils 
cenfuroient en termes vifs & peu décens 
la conduite de l'Evêque 9 & oferént con- 
clure à ce que les chofes fuflent remifes 
dans Tétat où elles étoient avant la no- 
mination du Sieur Roignant 9 c'eft-à-dire * 
que la nouvelle Paroiffe fut fermée & que 
l'Office divin fut discontinué. Les Hs- 
bitans donnèrent leur Requête contraire* 
pour les faire déclarer non redevables, & 
demandèrent au Roi qu'il lui plût termi- 
ner le différent des Parties. 

Ces Pères privés de l'appui de l'Evê- 
que , & fentant bien qu'ils ne pouvoient 
plus faire valoir leur prétendue union , 
s'en defifterentpar a<âe paffé devant Notai* 
res le 19. Novembre ijroa. qu'ils fignifie- 
rent avec une Requête du $3, Janvier fuir 
vaut, laquelle ils renonçoient à l'union. 

Quelque mécontens qu'ils fuflent de 
l'Evêque , & quelque fiere contenance 
qu'ils affeéUffent de tenir à ion égard; 
comme ils s'apperçurent qu'ils ne pou- 
voient fe pafler de lui, ils firent céder 
leur orgueil à leurs intérêts. Us jugèrent 
à propos quelque tems après de recher- 
cher les bonnes grâces, oc de fe récon- 
cilier 

(a) Paroiflc dans un Fauxbourg de Breû qui 
s'étend jusque dans la Ville, à peu pies w«nc celle 
4e Si, Laurent à JPaiJ*. • 

u 

. Digitizedby VjOOQIC 



cilicr avec lui. Ils tâchèrent même cW 
faire revivre leur prétention finon en en- 
tier, du moins en partie , c'eft-à dire , 
pour le bâtiment de l'Eglife , à quoi ili 
femblereàt fe réduire alors. 

Ils obtinrent de lui par importunité , ou 
par furprife un Mandement le 15. May 
1703. par lequel, fur la fuppofition que 
le nombre des Prêtres Habitués n'étoitpas 
fuffifant, il leur fut permis de Prêcher, 
confeffer & dire la Mèffe dans la nouvelle 
Eglife Paroiffiale, où il n'y avoit encore 
que le grand autel où Ton pût célébrer. 

Il femble qu'il auroit été dans la Règle 
qu'une telle permiffion eut été agrée pat 
le Guré; mais les Jéfuites qui fc regar- 
dent au deffus de toutes les Règles, & 
qui ne reconnoiffent que celles qu'ils éta- 
bliffent, firent lignifier cette permiffion le 
*6. du même mois par un Huiffier, tant 
pour eux , que pour leurs Succeffeurs , & 
fommerent le» Paroiffiens d'y déférer , à 
peint de tous dépens 9 dommages & intérêts: 
C'étoîent les propres termes de l'Exploit. 

Je ne fai fi depuis la Prédication des 
Apôtres jusqu'à nous , on a jamais vu des 
fignifications dé cette nature , & fi on * 
jamais entendu parler de dépens 9 domma- 

fes & intérêts , en matière de confciençe. 
lais il s'agit ici de procédés Jéfuitiques ; 
rien ne doit furprendre. 

La néceflité , comme on dit , fait faire 
quelque fois bien des chofes, mais parla 
grâce de Dieu, les boni Perei n'étoienç 

point 



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» s b s t « *r i^ 

yoïnt à beaucoup pris dans ce cas. Ils 
avoient trouvé le fecret, comme on vient 
de voir, de fe faire près de 65000. livret 
de rente, fans autres charges, que cellei 
d'avoir dans Breft douze de leurs Pères , 
& d'entretenir vint Aumôniers dans le. 
Séminaire ; encore, pour ménager leurs 
revenus, n'avoient ils été jusqu'alors que 
fept ou huit au plus, & au lieu de vint 
Aumôniers , ils n'en avoient jamais eu 
que trois ou quatre , & le plus fouvent 
qu'un feul logé dans une foûpente , au- 
deflus d'un bûcher qui étoit dans la baffe* 
Cour, fous prétexte qu'ils tnanquoient de 
logement, quoiqu'ils euffent, comme la 
preuve en fut produite alors au procès, 
plus de trente chambres vacantes dans 
leur Maifon , mais ces chambres n'étoient 
pas faites pour des Aumôniers. Avec 
tout cela il leur falloit encore la Cure , 
ou tout au moins l'Eglife, s'ils ne pou- 
voient faire mieux. C'étoit pour fe pro- 
curer l'entrée d'abord, enfuite la poffes- 
fion , puis la propriété de cette Eglife , 
qu'ils avoient extorqué de lEvêque la 
permiffion d'y Prêcher , d'y Confefler & 
d'y dire la Meffe. LesHabitans qui en- 
trevoyoieqt ces perniçicqies fuites, cru- 
rent devoir les prévenir, & y oppofer un 
promt remède ; principiis obfta , &c. eft-ii 
quelque préfervatif contre les maux que 
préparent les Jéfuites ? 

Quoiqu'il ep foit,le Dimanche 27. May 

jour dç la Pentecôte qui étoit le lende- 

1 5 main 



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main de cette Impudente lignification , let 
J?aroiffiens au nombre de plus de deux mil* 
le, s'aflemblerent à l'iffue de la Grand' 
Méfie , & arrêtèrent dans une délibéra* 
tion que , quelque refpeél qu'ils euffent 
pour leur Evêque, ils ne pouvoient ac- 
quiefcer à la permiffion de lui extorquée 
par les P. P. Jéfuites, dont ils fe déclarè- 
rent Appellans comme d'abus. 

Cet Appel qui étoit fufpenfif , fut juri- 
diquement dénoncé aux Jéfuites. Cepen- 
dant ces Pères pafferent outre, & quatre 
jours après, c'eft-à-dire, le premier jour 
Juin de cette année 1703. Us s'ache- 
minèrent vers l'Eglife Paroifliale fur les 
xo. heures du matin , efcortés par trente 
Soldats de la garnifon du Château armés 
de leurs fofils , fabres & bayomettes , & 
commandés par leur principal Officier , 
dans le tems que le Curé & le Vicaire 
étoient l'un à l'autel, & l'autre aux fonts 
Baptismaux. 

Ils firent apporter de chez eux une 
table & des ornemens. Cette table fut 
dreffée dans la nef entre les deux croi- 
fées, & ayant ainfi élevé autel contre 
autel , ils célébrèrent la Meffe , pour ain* 
fi dire à main armée, une partie de cette 
troupe de Soldats étant autour de l'autel , 
& l'autre aux portes de l'Eglife , pour 
empêcher les Paroiffiens d'y entrer. Le 
Sieur h Berre , l'un des Chantres , ayant 
eu la témérité de témoigner qu'il falloit 
former oppofition à un procédé fi étran- 
ge» 



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gé ; fut arrêté far le champ , & traîné 
prifonnier dans un cachot. 

Le lendemain les Jéfuites revinrent de 
grand matin avec des ouvriers pour dres- 
ier encore un autel comme le jour pré- 
cédent. Les Maire & Echevins & quel* 
ques Paroiffiens en ayant eu avis , fe ren- 
dirent à l'Églife avec deux Notaires & 
deux Officiers de juftice , pour empêcher 
Je défordre, & pour recevoir les oppofi- 
tiqns ôc proteftations qui feroient néces- 
saires. 

Pendant qu'on verbalifoit avec affez 
d'honnêteté en apparence de la part des 
Jéfuites, on vit arriver trente Soldats 3- 
vec deux Lieutenans , ayant à leur tête 
un Jéfuite qui étoit allé les prendre au 
Château, & qui les conduifoit. Il eut 
même la précaution de leur demander pu* 
Wiquement en chemin & d'examiner par 
lui-même , fi leurs armes étoient en état. 

Un procédé fi étrange attira une afflu* 
ence de Peuple qui voulut entrer ; mais 
les Soldats qui avoient de bons ordres , 
commencèrent à frapper fans diftinétion 
d'âge ni de fexe , ni de condition , & à 
donner des bourrades avec leurs fufils dans 
PEglife, comme hors de TEglife, ce qui 
excita des gémiflemens , des pleurs & des 
cris lamentables , & caufa des irrévéren- 
ces de toute efpece & fans nombre. 

Les Prêtres de la Paroifle s'avancèrent 
le plus qu'il leur fut poffible, pour tâcher 
d'appaifer le déforme, mais ils ne furent 

pas 

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5S* C s t J s * v * t e * 

pas plus refpeâés que le refte des Fidèles; 
& ils furent repouffés & traités avec un 
tel excès & avec des paroles fi obfcênes 9 
que la bienféance ne permet pas de les 
rapporter. 

La violence fut portée fi loin , & les 
Jéfuites avoient allumé une telle fureur 
dans le cœur des Soldats , qu'il a été jus- 
tiffié' par Procès verbaux que l'un d'eux 
coucha en joue le Prêtre qui difoit la 
Méfie au grand Autel, & qu'il Taurpit 
tué du coup qu'il tira, fi dans ce moment 
le Sieur de Queranmoal Marguillier n'eut 
heureufément relevé le bout du fufil qui 
étoit chargé à balles , fiç dont le coup 
perça la voûte de l'Eglife qui n'étoit alors 
qu'un lambris. 

Sur les dix heures il vint d'autres Offir 
ciers du Château. On fit fortir à coups 
de cannes & de bourrades ceux desPa- 
yoiffiens qui étoient reliés dans PEglifç. 
On dreffa un Autel fur deux tréteaux, 
comme le jour précédent , & fur cet Au- 
tel, au milieu d'un tumulte fi affreux, on 
fit dire la Mefle par un Jéfuite auquel on 
donna deux Soldats pour affiftans, ayant 
le fufil fur l'épaule , avec ordre , comme 
il eft conftaté par les Procès Verbaux qui 
en furent dreffés , de tirer fur le Curé 
même, s'il approchoit* 

Ce Pafïeur , pour marquer l'autorité 
•qu'il avoit dans fon Eglife, parut en éto- 
le & en furplis , pendant que le Jéfuite 
éçoit à l'Autel. Il n'eut pas plutôt été 

apper: 



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«pperçu, qu'un des Capitaines de la Gar* 
nifon du Chlteau fe jetta fur lui, le prît 
au collet 9 déchira fon furplis , & le trai* 
sa par fon étole, en le menaçant de la 
prifon , & en proférant contre lui des in- 
jures telles qu'on peut les imaginer , mais 
qu'il n'ert pas permis d'écrire. 

Un outrage de cette nature fait à un 
Curé dans ton Eglife 9 qui avoit fervi fa 
Paroiffe avec édification depuis plus de 
trente ans qu'il en é toit Titulaire , arra- 
cha à ce vieillard prefque oétogenaue, ce 
jufte reproche contre l'Officier .principal 
qui avoit été de la Religion, Votre con- 
duite ^ Monfieur ri*eft pas d'un homme bien 
converti; fi vous F étiez véritablement* vous 
auriez eu plus de refpedt pour la Mai/on du 
Seigneur 9 & quelque égard pour fes Mi* 
niftres. 

Ces paroles 9 aulieu de faire {entrer 
cet Officier en lui-même 9 ne firent que 
l'irriter d'avantage. Sa colère fe ralluma, 
& il s'avança avec un air & avec une 
contenance à faire connoître qu'il alloit 
fe porter aux dernières extrémités. Le 
Sieur Allais le Kargour Prêtre Sacriftain 
de l'Eglife qui s'en apperçut, accourut, 
fe jetta entre deuï, & en retenant avec 
fes mains le bras menaçant de cet Offi- 
cier, l'empêcha d'exécuter fon deffein 
facrilege. Celui-ci le traita à fon tour de 
féduâeur du peuple, & le menaça, en 
levant la canne fur lui* de le faire chaffer 
de la Ville .,',.... 

... . Le 



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14* Lut J K S U t T E S2 

Le Sieur Lalouer Vicaire voyant fou 
Pafteur expofé à tant d'outrages , vint fe 
ranger auprès de lui , pour le confoler * 
& comme il lui donnoit le bras pour le 
foutenir & l'aider à marcher, il en fut 
brutalement arraché par un Soldat de la 
fuite de cet Officier qui l'accula d'être 
un flduBeur de femmes débauchées , & de 
mettre k divorce parmi elles; & ce fut 
au milieu de toutes ces horreurs dont 
les Jéfuites étoient les fpeétateùrs & ou- 
vriers, que l'un d'eux ofa monter à l'Au» 
tel, y célébrer la fainte Meffe , & fai- 
re cette prière impie , en relevant le 
Corps de Jefus- Chrifl , Non mibi provà» 
niât in judicium & condemnationem; car fé- 
lon la Bulle , Prop. 59. une telle priera 
n'éfoit pas un nouveau péché , & l'état de 
ce Jéfuite n'empêchoit pas qu'il ne corn* 
muniât dignement, car félon la même Bul- 
le Prop. 66. on peut s'approcher de Dieu 
avec des paffions brutales , &d 

Quoiqu'il en foit, le 4. du même mois, 
ces Pères revinrent avec la même efeorte , 
recommencèrent les mêmes Violences * 
dirent la Meffe fur le même Autel porta- 
tif , & avec les mêmes cérémonies ; fit 
notifièrent aux Habitans par un Officier 
à la tête de pluûeurs Soldats que fi par 
la fuite une Compagnie de Soldats né 
fuffifoit pas pour leur faire dire la Meffe , 
ils fe feroient efeorter par la Gataifori 
entière pout les foutenir. Mais ils n'en 
turent pas befoin. £,e$ ParoUfie&t aimè- 
rent 



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i> e B k b s 1\ 143 

xttat mieux céder pour un tetns , comme 
ils le cioyoieot «lors le champ de bataille 
aux Jéfuites, que d'expofer le Sanâuaire 
du Seigneur à de nouvelles, & peut-être 
encore à de plus grandes profanations de 
la part de ces Pères abominables. 

Cependant la menace faite au Stettr le 
Kargour pour avoir fauve la vie à fou 
Curé , fut bien tôt fmvîe de ton effet. 
Il reçut peu de jour après un billet de 
Mr. l'Evêque, par lequel, fans avoir é» 
té ni appelle ni entendu dans fea défen* 
fes 9 il fut interdit de la Méfie, & ensui- 
te relégué à Luçon par Lettre de cachet 
en date du 11. Juillet fuivant, dont Tor- 
dre fut exécuté d'une manière fi ignomi* 
neufe , qu'il fut conduit par deux Ar* 
chers* comme on conduit les fcélérats) 
Ça) & le Sieur dcQueranmoalMarguiJlier, 
pour avoir empêché que le Célébrant ne 
fut tué à l'Autel du coup de fufil que les 
Jéfuites avoient fait tira: fur lui, fut en 
vertu d'une autre Lettre de cachet , obli- 
gé de quitter fa Patrie, fa Maifbn , & fes 
emplois de Procureur & de Notaire au 

moyen 

t>) Par autre Lettre de cachet du 7. Janvier 17*5- 
il Jui fut permis de foitir de Luçon & de fe retiret 
où bon lui fembleroit» pourvu que ce fut à 30. lieues 
- de Breft. 

Par une rroinenoe Lettre de cachet du 24. Décem- 
bre de la même année il jui fut permis de retourner 
en la Ville de Breft , mais il n'a jamais ofé faire ufa- 
ge de cette permiffion 11 s'eft toujours tenu caché* 
« l'eft encore actuellement, au je. Juin 1744. âgé 
au moins de 17; * si, ans* 



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$44 t E S JESUITE»^ 

moyen des quels il fubfiftoit avec fa famiU 
le, pour fe retirer à Àvrauches, & y dfr> 
meurer jufqu'à nouvel ordre. On croit 
qu'il y eft mort de chagrin & de miferé. 

Les Jéfuites encouragés par de fi heu- 
reux fuccès, fignifierent aux Habitans que 
tous ceux qui île feroient pas dans leurs 
intérêts, dévoient s'attendre à de pareils 
traitemens , & pour faire voir au mépris 
du Curé , des Paroiffiens & de Dieu 
même , leur defpotifme dans cette Eglife 
dont ils s'étoient rendus Maîtres par les 
voies qu'on vient de rapporter, ils affec- 
tèrent toujours depuis d'y troubler lé 
fervice Divin , tantôt en difant la Méfie 
dans le tems précisément que le Prédica- 
teur (non Jéfuite) montoit en chaire , afin 
d'en détourner les Auditeurs ; tantôt ea 
empêchant les Prêtres Habitués de fe re- 
vêtir des Habits Sacerdotaux pour aller à 
l'Autel. 

Mr. l'Evêque informé de tant de maux i 
reconnoiffant , mais trop tard , la faute 
qu'il avoit faite , en accordant cette per- 
million à des Religieux qui fouloient aux 
pieds la Religion d'une manière fi indi- 
gne & fi fcandaleufe, envoya aux Habi- 
tant un Mandament (a) par lequel il té- 

moi- 

(a) $i Mr. de la Bourdonnaye qui eft encore eu* 
place, lÊcôniibifToit fa faute alors» rie pouroit-il la? 
reparer? Ne pouvoit-il rttra&er la permiflîon qu'il 
avoit damnée à ces malheureux Prêtres, s'ils ne s'é- 
toient pas fournis , & qu'Us euflcnt employé les ar- 



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■ d è B fc * e $ ¥: m 

îttigdbit qu'il navoit pas entendu leur per- 
mettre de dift la Meffe dans la ParoiJ/e^fi 
ïe tfeft aux heures qui leur feroient preferi^ 
tes par le Pafteur, fans déroger j ni donner 
ntuinte vux Droits des Paroijjiens, hi qu'il* 
en pujjent tirer aucun avantage au préjudi* 
ce du Curé & de [es Prêtres Habitués; mai*' 
le mal étoit fait, & continua malgré 
FEvêque* pareeque les Jéfuites qui a-a 
voient reconnu pat tfné expérience plu* 
fleurs fois réitérée combien ils k avoient 
Heu de compter fur les armes de h Gar- 
nifon du Château , pour fe fôumettre âc 
le troupeau & le Pâftéur , faifoient peti 
de cas de l'Autorité Epifeopale , lors qu'el-i 
le ne s'accordoit pas avec leurs vues. 

Cependant les cris des Habitans~de Bref! 
percèrent jufqu'au Trône , & y furent 
entendus. Le Roi rendit un Arrêt le 23Ï 
Août de la même année. Je le tranferi» 
ici mot à mot , pareequ'il fert de preuve 
aux faits que je viens de rapporter. 
ExtraiB des Regiftres du Confeil d'Etat: 
Sur la Requête préfentée au Roi è* 
fon Gohfeil par les Maire , Echevins &£ 
Habitans de la Ville dé Breft * les Rec- 
teur-Curé* Prêtres & Marguilliers de là 
Paroifle de la même Ville de Bref! Conte- 
nant qu'au Procès qu'ils ont depuis plù* 

de 

jnes de It Garnifon du Château (contre les quelles 
un Evêque ne peut rien) pour faire valoir fa permis- 
fcon » il auroit du moins fait fon devoir ? Cet Écrit 
adreile aux Habitans cond^mnoit bien ce qu'il avoit 
faifj mais ne le détruifoit pas. Que peut-on atten- 
tire aUrclte d'un Evêque qui interdit un Ittirt* pool 
aroir tmpi «hé foh. C\iié fc'êrrc aflohimc î 

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I4 6 Lis Iisuîtis 

de quatre ans pardevant Sa Majesté' coq* 
tre les Jéfuites du Séminaire de la Mari- 
bç , ail fujet de la Paroifie nouvellement 
bâtie aux dépens des Habitans , pour fa* 
voir fi les Jéfuites peuvent s'en emparer 
fans aucun valable prétexte , que celui 
d'une prétendue bienîéance, les Supplians 
fe font rendus Appellans comme d'abus, 
de la Sentence nulle 9 informe, & tout- 
* fait infoutenable que le défunt Sieur 
Evêque de Léon avoit rendue le 9,5. Juin 
1688. qui a été confirmée par Lettres 
Patentes du mois de Septembre fuivant, 
gar la quelle Sentence ce Prélat fupprima 
la feule Cure qui étoit dans Breft , pour 
l'ériger en Vicariat amovible , & Tu- 
sir au Séminaire des Jéfuites , avec facul- 
té d'y nommer tel des Aumôniers des 
vaifleaux qu'ils voudroient choifir, & les 
deftituer de même quand bon leur femble- 
ta. Sur quoi en exécution de l'Arrêt du 
Confeîl d'Etat du 15. Odlobre 170a. le 
Sieur Evêque de Léon d'aujourd'hui ayant 
été commis par Sa Majesté 1 pour 
nommer celle des Parties qui defferviroit 
la Cure , en attendant la décifion du 
Procès , ce Prélat nomma à la Touffaint 
iderniere le Sieur Roignant, Refteur-Curé 
qu'il établit avec dix Prêtres Habitués 
pour deffervir la Paroiffe , fous le titre 
de St. Louis* Les Jéfuites fe font de- 
puis déliftés de leur prétendue Sentence 
d'union par Aâe par devant Notaires 
du 19. Novembre 170a. & par Requête 
lignifiée de leur pjjrt : depuis quoi néan- 
moins 



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a * B i é j t;\ ï4^ 

ifeoïns ces Pères ayant furpris du Sieur 
nouvel Evêque un Mandement du 15. May 
de là prérente année qui leur permet dé 
prêcher* confèffer & dire la Mefle dans 
k Paroiffe lequel ils firent lignifier le 064 
du même mois de May; les Suppliant» 
déclarèrent p*r Délibération Générale du 
lendemain qu'ils ëtoient Oppofans à cette 
Permiffion , & qu'avec tout le reipeél 
qu'ils avoient pour le Sieur Eyêqùe * il» 
en appelaient comme d'abus; & bied 
Qu'une telle Déclaration d'Appel dut fuf* 
pendre l'effet de la Permiffion accordée 
aux Jéfuites , ils n'ont pas lafflTé cepen-! 
dant les quatre premiers jours du mois 
<de Juin dernier & fuivans de venir accomp- 
agnés de trente Soldats & plufieurs Offi- 
ciers du Château , pour dire la Mefle 
dans la Paroiffe contre le gré des Sup^; 
Jditfls, & s'il faut ainfi dire , à main ar- 
mée, puifque les Jéfuites ont élevé fur 
une table Autel contre Autel; qu'il y * 
*u un coup de fùfll tiré à balles dans TB- 
glife , plufieurs perfonnes excédées ,; utt 
Chantre emprifonné , le Curé , : quoique 
igé de plus de foixante quinze ans, mal- 
traité avec la dernière indécence ; le Sa- : 
triftàin interdit ^ enfuite envoyé àLuçon >$ 

Îour s'être Tellement rais audevant de fott 
afteur, afin d'empêcher l'rafulte facrilé- 
ge qu'un Officier menaçant lui vouloit 
-Uire 4 & enfuite un des Marguilliefs # 
encore été obligé de fortir de la Ville jus- 
qu'à nouvel ordre , cequi a càufé un grand 
tumulte & fcandale public 1 qu'il eft de 
K * M 

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ïjfi Las Jésuite* 

la Juftice de S* Mté. de faire ceffer au pk£ 
tôt , en jugeant définitivement la contes-; 
tation des Parties ; & d'autant que lo 
Sieur Evêque de Léon qui a nommé le 
Curé , pour deffervir la Paroiffe en exé- 
cution de l'Arrêt du 15. Oétobre dernier * 
avoit confommé fon pouvoir » & que 
la Permiflion qu'il a depuis donnée aux 
Jéfuites eft abufive , contraire aux Règles 
de l'Eglife, & tout à- fait préjudiciable aux 
Supplians, par les fuites déplorables qu'el- 
le a eues; c'eft cequi les oblige de don- 
ner la préfente Requête , pour prendre 
des Conclufions définitives en Tlndance 
dont il s'agit, tant au fond & principal, 
que fur les incidens furvenus , & leur ê«i 
tre fur ce pourvu. Requeroient à ces 
caufes les Supplians qu'il plût à S. Mté. 
foifant Droit dans PInftance, leur donner 
Aéle de ceque par diverfes Requêtes par 
ci-devant préfentées & fignifiées , ayant 
établi leurs moyens d'abus contre la pré- 
tendue Sentence d'union de la Cure de 
Breft au Séminaire des jéfuites de la mê-; 
me Ville du 25. Juin 1688. ils s'en font 
portés Appellans par Relief de la Chan- 
cellerie près le Parlement de Bretagne du 
9. Juillet 1699. tenir ce même Appel corn-» 
me d'abus bien & dûment relevé au Con-. 
feil en exécution de l'Arrêt du 4. May 
1700. par lequel il a plû à S. Mté. évo- 
quer à elle le Procès & différent des Par- 
ties f avec fes circonftances & dépendan- 
ces j permettre aux Supplians de deman-» 
der le Rapport des Lettres Patentes con- 

fir- 



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Se B a « s t} T49 

firmatives de l'union , furprifes fur faits 
fuppofés au mois de Septembre 1688. a- 
vec défenfe aux P. P. Jéfuites de s'en ai- 
der ni fervir , non plus que de l'Arrêt 
d'Enregiilrement qui en a été fait auPar- 
Jement de Rennes le 16. May 1689. qui 
fera ennuie & révoqué comme rendu fans 
entendre les Parties intereffées ; donner 
pareillement Aéle aux Supplians du défif- 
tement que les P. P, Provincial & Procu- 
reur - Général de la Province de France , 
faifant tant pour eux , que pour ceux du 
Séminaire de Breft f ont formellement dé- 
claré & donné par Aéte pardevaut No- 
taires à Paris le 19. Novembre 1702. qu'ils 
ont fait fignifier avec leur Requête dç dé- 
partement de la Sentence d'union le 25. 
Janvier de la préfente année 1703. recevoir 
encore les Supplians Appellans commç 
d'abus, tant de la Permiffion donnée par 
le Sieur Evêque de Léon aux Jéfuites de 
Breit le 15. May dernier, de prêcher, 
confeffer & dire la Mefle dans la Paroiffe , 
que des violentes & fcandaleufes exécu- 
tions qui s'en font enfuivies; tenir cette 
nouvelle Appellation incidente pour bien 
& dûment relevçe ; déclarer qu'il y a abus 
fur le tout. Ce faifant fans avoir égard à 
la réferve portée par le défilement des Jé- 
fuites, ni à la demande par eux faite en 
conséquence , d'être maintenus en VE,- 
glife Paroiffiale de Breft qu'ils ont fuppofé 
contre vérité , être bâtie pour eux fur le 
fond du Séminaire; les déclare non rece- 
yables 9 & fubordinément mal fondas à 
Kj. pré- 

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Î59 Les Jesuit il 

prétendre aucun Droit fur la Paroiffe tn 
queftion bâtie aux frais des Habitans, 
fuivant les Ordres & Arrêt de S. Mté. 
maintenir & garder au contraire les Sup- 

Îdians dans la poffeffion & jouiffance de 
eur nouvelle Egli(e Paroiffiale de St. 
Louis, avec défenfe aux Jéfuites du Sé- 
minaire de Breft & tous autres de les y 
troubler , à peine de tous dépens , dom* 
filages & intérêts des Supplians foufterts 
<5c à fouffrir : condamner en outre les Jé^ 
fuites en tous les dépens de Plnftance. 

Vue ladite Requête lignée t Coutt MonV 
layeux , du Vtrgtr Bigot Député de 
Breft; Lauthi&r ancien, & Cbaponel; la 
Sentence d'union dû 25. Juin 1688. les 
Lettres Patentes du mois de Septembre 
pn fuivant , l'Arrêt d'Enregiftrement du 
Parlement de Rennes du 16. May 1689. 
la Permiifion de Sieur Evêque de Léon 
du 15. May dernier ; la Déclaration d'Ap- 
pel des Habitans du 27. du même mois t 
& autres pièces attachées à ladite Requê- 
te Juftificatives d'icelle; Ouï le rapport 
du Sieur Trudaine, Confeiller du Roi en 
fes Confeils, Maitre de Requêtes ordinai- 
re de fon Hôtel : & après en- avoir com- 
muniqué aux Sieurs Dagueffeau , de Ri- 
beire de Pontchartrain , Voilin, & Ame? 
lot, Confeillers d'Etat r Gommiffaires à 
ce Députés fuivant l'Arrêt du Confeil d'E- 
tat du 17. Juillet de la préfente Année 
*7°3? le tout confidéré : le Roi étant 
bn soif Consexl, a reçu & reçoit 

le§ 

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i> * B * s * t: v 'ig* 

les Habitans , Maire & Echevins , }t% 
Reâeur-Curé, Prêtres & Marguilliers de 
la Paroiffe de la Ville de Breft , Appellan* 
comme d'abus des Ordonnances du Sieut 
Evêque de Léon des 25. Juin 1688. & 
15. May dernier, pour leur être fait Droit 
fur ledit Appel & fur le furplus des I)e# 
mandes des Parties par la préfente Re^ 
quête, Sa Majesté' a ordonné & 
ordonne que les Parties écriront & produi* 
font dans le tems de l'Ordonnance , & 
joint à l'Inftance d'entre les Parties, fauf 
à disjoindre , s'il y échoit, fait au Con-» 
feil d'Etat du Roi, Sa Majesté' y e- 
tamt , tenu à Marly le 23. Août 1703* 
ligné , rbélipeaux. 

En conféquence de cet Arrêt , les Ha? 
Vitans de la Ville de Breft lignifièrent le 
6. Septembre fuivant une nouvelle Re- 
quête , à laquelle les P. P. Jéfuites ne 
Jugèrent à propos de répondre , que le 
30. May 1704. par une Requête & un 
long Mémoire y attaché de 5a. pages t 
in-fol. d'Impreffion très ferrée. Dès les 
premières pages de ce Mémoire ils ren- 
dent raifon de leur inaétion & difent , 
que c*eft par modération qu'ils ont gardé le 
filence fi longtems 9 & que s'ils ont été Ça) 
forcés de le rompre, ce n'a été que par la 
néceffiti d'une difenfe légitime , & pour ré- 

di~ 



{ *) Ce a'toit pas par modciatien , mais p«* 
«totitiu le tenu à rindignatio» f ubU«|«c de U <«i- 

Digitizedby VjO 



(4 



i$% Les Jésuites 

Hjicalion du Public : (0) qu'on les fatique 
depuis fort longtems par dés Procès conti- 
nuels (£) dont la multitude les accable; au a 
les Emplois dont S. Mti. les a chargés 9 Ç<f) 
ne leur permettent pas de paffer leur vie à 
des Procès ; que leurs revenus très modiques 
£d) doivent être employés à de meilleurs ufar 
ges* qu'à plaider. 

Après ce modefte préambule, ils difenfc 
qu'ils honorent beaucoup les Habitans de. 
Breft , auxquels ils offrent obligeamment 
leurs fervices , &c. A peine ce court 
compliment eft il achevé , qu'ils traitent 
ces mêmes Habitans de désobèïffans 9 dt 
mutins , de fédit'teux & de rebelles. Ils 
donnent à leur Requête .le nom de Libelle 
diffamatoire & de Roman fatirique. Ils 
traitent leur Avocat & leur Député de 
Prévaricateurs & de Calomniateurs Publics* 
Le Curé , le Vicairç & les Prêtre.s de 1* 
Paroifle font, félon eux, des Bouillons , 
des Infolens , dei ItQpofteurs, dçs Sacril*-. 

(a) Nouvelle, façon d'édifier Iç. Public! Elle n'ap- 
partient qu'aux Entons de Loyola. 

(b) On a toit; il faut fe laitfer voler par les Jéfui? 
tes, fans fe défendre. 

* (e) Ces emplois confîftoient à former de jeunes 
Ecclefiaftiques Séculiers, pour fervii d'AumônierS fur. 
les vaifleaux. , & ils n'en avaient que trois ou quatre 
jfc le plus fouvent qu'un., au lieu de vint. 

(d) L'union de PEglife Collégiale du Folcouet Se 
de l'Abbaye de Daoulàs; cequHls avoient reçu »du 
I^oi & des Etats de Bretagne ; le fameux vol qu ils 
avaient fait il n'y avoir que deux ou trois ans des 
Iréfbrs imrnenfes d'Ambroife Guys l tput cela ne 
produifoit encore qu'un revenu tre* modique pour 
ges Jéfuices. Les pauvres jens î 



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B e B u fe s t: tJj 

£a$ i jfer Barbares 9 des Hérétiques , Ça) 
&c. A quoi ils ajoutent pag. 35. en 
faifant le récit à leur façon , de la jour- 
née du *. Juin 1703. que par leur condui- 
te facrilege ils donnoient lieu d'appréhender 
que la prifence même de leur Dieu (qui ap- 
paremment n'eft pas celui des Jéfuites) 
dans le St. Sacrement , ne fut pas un frein 
capable d'arrêter leur violence. Ceft alors , 
continuent-ils en termes empoulés, qu'on 
vit un Curé à la tête de fes Prêtres & de 
quelques Paroijjlens mutinés 9 donner le bran* 
te à la /édition & à la révolte 9 & au lieu 
des leçons tTobéïffance & de fiumiffion 9 
leur apprendre par fin exemple à fouler 
aux pieds les Ordres (b) de leur Evêque & 
V autorité du Roi même , en la perfonne de 
ceux qui le reprêfentent (c) ; & enfin entre* 
prendre de foutenir un Siège dans fin Eglifel 
Cejl un feandak que les Jéfuites auroieni 
voulu cacher au Public (d) , quelque avan- 
tage qu'ils en pujfent tirer. Us 

(4) L'imputation d'héréfie eft le refrein ordinaire 
des calomnies des Jéfuites non feulement contre 
ceux qui les attaquent, mais même contre tous ceux 
qui ne leur font pas fervilément dévoués. 

(b) Ce n'étoit point un ordre , mais une iimple 
permilfîon de l'Evêoue. 

(e) Le Sieur de la Reinterie Lieutenant du Châ- 
teau & Citadelle , payé par les Jéfuites pour aller 
aflleger avec fa Garnifon un Curé & des Prêtres dans 
leur £glife & pendant l'Office divin , faifoit-il les 
fondions de fa Charge, & réprélentoit-il le Roi en 
cette - occafion ? N'auroit-il pas mérité au contraire 
(l'être puni rigoureufement pour en avoir fait un û 
^norme abus? 

id) Il n'eu pas douteux les Jéfuites n'euilènt bien 



? f $$ L e s J r S tr f f »"''* 

1rs avoient déjà fait le même reproche 
îl la page 33. quelques bien fondés , y di- 
ient-ils , que les Habitans de Breft puffent 
. #r* <fa/w &//r oppofition , PEglife n* étoit 
pas faite pour foutenir un Siège, c*efi con- 
tinuent-ils , leur honte , fc«r confufion y & 
leur crime. 

Ce court échantillon fuffit pour donner 
une jufte idéedu Mémoire des bons Pe» 
xes. Il faut être Jefnite , pour avoir ofd 
préfenter un telle pièce au Confeil d'Etat 
du Roi , & pour la rendre publique pat 
rimpreffion dans la Ville jde Breft, lieu 
de la Scène. C'étoit un crime pour les 
Habitans , d'avoir foutenu un Siège dans 
l'Eglife , & ce n'en étoit pas un pour les 
Jéfuites d'avoir formé ce Siège ! C'étoit 
un crime pour les Habitans d'avoir dér 
tourné le coup qui alloit tuer un Prêtre 
au milieu de la célébration des faints My- 
fteres , & ce n'en étoit pas un pour les 
Jéfuites , d'avoir fait tirer ce coup l C'ér 
toit un crime pour les Habitans de s'être 
oppofés par de fimples Procès Verbaux à 
l'ufurpation de leur l'Eglife, & ce n'ené- 
toit pas un pour les Jéfuites, d'être venus 
à la tête d'une Compagnie de Soldats ar- 
més , pour prendre poffeffion de cette E- 
glife , & pour s'en rendre Maîtres! C'eft un 
paradoxe dont je crois qu'on trouvera peu 
d'exemples hors la Société Ignacienne. 

Les 

Voulu cacher ce fcandale au public , à caufe de U 
honte éternelle qui devoit nécefTairement en rejail- 
Jir fut eux ; mais leur infatiable avidité prévalut en 
cette occafion > comme, en uuc infinité d'aunes. 



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* * B fc B * */* ïfâ 

Les Habitans de Breft fournirent bientôt 
leur réplique à ce Mémoire. Cette pièce 
étoit triomphante ; auffi les Jéfuites qui en 
craignoient Feffet , & qui ne comptaient 
pas encore affez fur toutes les fourberies 
qu'ils avoient mifes en ufage jusqu'alors, 
voyant que le moment de la déçifion ap- 
prochoit ? en ourdirent promtement uni 
autre qu'ils mirent en œuvre , & qui leur 
réuffit. Cette fourberie fut l'ouvrage de 
leur Père van-Rhin , qui avoit été Reéteur 
à Breft, & (jui l'étoit alors à Blois. C.'é- 
toit lui qui par l'appui du Sieur de'lt 
Reinterie Lieutenant du Château & Ci- 
tadelle, homme vendu à la Société , avoit 
(caufé tout le défordre de Tannée précé- 
dente/ Voici la fourberie. 

Ce Jéfuite fuborna une nommée Marie 
Villeneuve ? & lui fit révéler à une vieille 
femme avoir connoiffance que la moitié des 
Habitans de Breft avoit des intelligences fi- 
çretes avec V Angleterre 9 qu'on devoit livrer 
la Ville aux Ennemis, & qu'il fè tenoitpour 
cet effet des Affemblées à une Mai/on dt 
Campagne appartenante à un de Jts parens. 

La vieille femme dénonça auflitôt cette 
prétendue découverte à Blois au Subdélé- 
gué de FIntendint. Celui-ci en écrivit 
en Cour, & l'Extrait de fa Lettre fut en- 
voyé par Mr. le Comte de Pont-cbartrain 
à Mr. de Château-Renaud Lieutenant de 
Roi en Bretagne. 

. Lei Habitans de Bréft allarmés d'une 
fi horrible & fi affligeante calomnie , fi- 
rent préfetiter au j^çi par leur Député le 
p kÇ?t fiÛYinta " Sis 



£5<S L-» s J e « ui t e $ 

Sire. 

Les Maire , Echevins & Habitans de 
Breft , remontrent très humblement à Vo- 
,îke Majesté' que dans le tems 
qu'ils implorent la Juftide de fon Confeil 
JRoyal, pour faire finir, 4e procès qu'ils 
pourfuivent depuis fept ans au fujet de leur 
JEglife Paroifliale , ils ont la fenfible dou- 
leur d'apprendre que par la plus noire de 
toutes les impoftures on le$ accule d'une 
confpiration atroce. 

Le foupçon jette fur eux d'une per- 
fidie li énorme , vient par une femme 
qui étoit dans l'Hôpital de Blois. Elle a 
dit s'appeller Marie Villeneuve , être nati- 
ve de Breft, y avoir été batifée il y a vint 
huit ans en l'Eglife des Sept-Saints. Elle 
a révélé à une vieille femme , avoir con- 
ïioiflance , que la moitié des Habitans de 
Brefl avoit des intelligences fecr êtes avec P An- 
gleterre ; qu'on devoit livrer leur Ville aux 
Ennemis , £? qu'il fe tenoit four cet effet 
des Affemblées à une maifon de Campagne ap- 
partenante à un de fes parens. Ce qui ayant 
été dénoncé à Blois au fubdélégué du Sieur 
de Bouville Intendant en la Généralité 
d^Orleans, il en a écri en Cour, & l'ex- 
trait de la lettre a été envoyé par le Sieur 
Comte de Pont-chartrain au Sieur Maré- 
chal de Château -Renaud Lieutenant de 
iVoTRE Majesté' en Bretagne. 

Dès qu'une nouvelle fi terrible & fi af- 
fligeante fyç arrivée à Jteft, lçs Supplias 

m- 

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» e B r È s t; Ï5f 

niirent tous leurs foins pour s'éclaircif 
d'un fait de cette importance. Ils ont 
feuilleté les Regîtres de la Paroiffe des 
Sept-Saints 9 & ceux des Paroiffes voifi- 
nes ; l'Extrait batiftere de Marie Villeneu- 
ve ne s'y eft point trouvé; ils ignorent 
même que dans-tout le pays il y ait eu 
aucune famille de ce nom là. Us n'ont 
lâen oublié d'ailleurs pour connoître d'où 
pouvoit venir ,un fi mauvais office qu'oit 
leur rendoit; ils ont requis qu'on arrêtât 
ces deux femmes , afin de pouvoir par el- 
les déveloper ce myftere d'iniquité; mais 
plus leurs perquifitions & leurs diligences 
ont été preffantes , plus elles font deve- 
nues inutiles. Ces femmes font difparues 
tout d'un coup, & l'on n'a pu favoir de 5 
puis ce qu'elles étoient devenueSé 
- Il n'eft pas jufte cependant qu'une af- 
faire fi eiTentielle & fi capitale pour tout 
le Royaume demeure impunie. Les Sup- 
plians ont été publiquement traités de 
Séditieux & de Rebelles dans l'Inftance qu'ils 
ont pardevant VotreMajeste', pour 
être maintenus dans leur Cure. Us ne s'é-; 
toient pas beaucoup arrêtés à des injures 
vagues qui avoient été ainfi témérairement 
hasardées contr'eux ; mais l'accufation 
qu'on leur fufcite préfentement étant fé- 
xieufe , plus circonftanciée ? & d'une con- 
féquence infinie ? elle mérite fans doute 
d'être approfondie à la dernière rigueur. 

C'eft la Grâce que la Ville de Breft 
prolternée aux pieds de Votre Ma- 
te s t s V lui demande très inftamment* 

E- 



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fjB L * i Je s tfi lui 

Elle eft prête de faerifier fans aucune infc 
fericorde à la Jufticela plus fevere ceux dé 
fes enfans & de fes Citoyens qui auroient 
eu la penfée de rompre le lien de l'amour 
& de la fidélité qu'ils doivent tous à leur 
Roi, & qu'ils ont inviolablemént gardée * 
en veillant exaâetnent 9 & à leurs propres 
frais, pour la fureté de leurs côtes. 

Mais*, Sire, s'il n'y a ni preuve, ni 
apparence de l'abominable confpiration 
dont on voudroit les noircir j fi même il 
y a lieu de croire qu'elle n'a pu être ima- 
ginée que par des perfonnes dévouées à 
des Ennemis fecrets , votre peuple de 
Breft qui a toujours été zélé pour la gloi- 
re , pour le fervice , & pour l'intérêt de 
l'Etat, eft bien fondé à recourir à Vo- 
tre Majesté', pour implorer la mê-j 
tne juitice qui fut faite il y a quelques an- 
nées à des Chanoines de Beauvais faufle- 
ment aceufés d'un crime approchant par 
un de leur Confrères, lequel fut puni fui-, 
▼ant la peine qu'il avoit méritée. 

Les Supplians ofent dire que le Subdé- 
légué de Blôis qui a donné l'avis d'une in- 
fidélité fi qualifiée, étoit obligé au moins 
de faire mettre en lieu de fureté , i'Ac^ 
eufatrice , auffi bien que celle qui l'avoit 
dénoncée , afin de tirer d'elles tous les 
éclairciffetnens néceflaires pour découvrir 
la vérité fur une matière fi grave & fi dé- 
licate , faute par lui d'avoir pris cette pré- 
caution que la lagefie & l'obfervance des 
Loix exigeoient de fon Miniftere, il doit 
être tenu de faire retrouver & reprefenter 

ces 



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& Ë B R É St. I$9 

ces deux femmes, ou bien répondre dé 
faffreufe calomnie ainfi faite par des voye» 
indirectes contre une Ville confidérable iur 
l'Océan, pour rendre, s'il étoit poffible 9 
le nom de fes Habitans odieux , dans le 
tèms que l'affaire de leur Paroifle eft prête 
d'être définitivement jugée au Confeil. 

C'eft pourquoi ils efperent que nonob- 
ftant la trahifon chimérique dont ils ont 
été fauflement aceufés , Votre Ma- 
jesté' leur accordera la juftice qu'elle 
rend tous les jours à fes fidèles fujets j 
& ils continueront leurs vœux & prières 
pour la profpérité & fanté de Votre 
M a j e s t e' , & de fa famille Royale. Signé 
Segalen, Député de Breft. 

Ce Placet fut lu au Roi; Sa Mté. en 
parut touchée j le Subdélégué fut mandé ' 
en Cour 5 mais le Père de la Chaife y étoit 
auffi. Le Placet fut fans effet, & le Sub- 
délégué fut renvoyé abfous. 

Enfin l'Arrêt définitif fut rendu. Je ne 
puis en rapporter le difpofitif , ni la date * 
pareeque , quelques diligences que j'aye 
faites, je n'ay pu le recouvrer. Je trouve 
dans quelques Mémoires qui m'ont été 
fournis , que par cet Arrêt , FEglife fut 
donnée aux Jéfuites , & que le Roi s'en- 

fagea à en faire bâtir une autre pour le» 
labitans , dès que fes affaires le lui per- 
mettroient* 

Ces Mémoires ne paroiflent pas tout- à* 
fait exaéts. Il y a lieu de croire que le 
prononcé de cet Arrêt éioit un peu dif- 
férent. On doit cq juger par cequi s'eft 

paffé 

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\6o Les Jésuites de BaEsf; 

paffé depuis. Jusqu'en 1740. les JéfuiteS 
ont jouï de lEglife depuis le matin jus- 
qu'à 10. heures, c'eft-à dire * du grand 
Autel feulement; &le Re&eur & les Prê- 
tres des autres Autels toute la journée, & 
du grand Autel depuis 10. heures, penJ 
dant le refte de la journée. 

En 1740. la Ville ennuyée d'une fi lon^ 
gue &.fi pénible fervitude, pfopofa aux 
Jéfuites de fe deûfter entièrement de FE-r 
glife de St. Louis j moyennant une fom-, 
me qui leur feroit donnée pour bâtir une 
Eglife. On convint départ & d'autre de 
celle de 50000. livres. Les Jéfuites. *uf«5 
fitôt commencèrent à faire bâtir une nou- 
velle Eglife dont toute la careaffe étoit déjj 
v jà faite en 1743. 

Les Habitans furent délivrés des Jéfuites 
& eurent la jouïffance pleine & paifible 
de toute leur Eglife dès Tannée 174°- 
parcequ'il fut ftipulé que du jour que la 
moitié de la fomme promife leur feroit 
comptée, ils déguerpiroient , & fe reti* 
reroient dans leur Chapelle des Congre* 
ganilles, pour y faire leur Office, c'eft- 
à-dire , pour y prêcher , confeffer , dire 
des Meffes , & y donner le fpeélacle de 
leurs Saluts; car ils .ne connoiffent point 
l'Office Canonial , c'eft-à-dire* le chant 
ou la récitation des Pfeaumes, des Hy- 
mes , & des Cantiques , en un mot les 
louanges de Dieu. 

Ê 1 N, 



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RELATION 

2)* V affaire de M. l'Eve que de 

Luçon avec les Je fuit es ^ au 

jujet de fin Séminaire. 

LEs démêles de M. l'Evêque de Luçon 
avec les Jéfuites touchent de trop près 
les plus vift intérêts de l'Egiife univerfelle, 
pour confondre avec les procès ordinaires 
cette importante conteftation. Un Evêque 
qui depuis vingt ans fait tous fes efforts pour 
bannir de fon Diocèfe l'ignorance de la Re- 
ligion, Ter rcur & les abus les plus crians fans 
pouvoir y réufïir, & qui pendant longtems 
n'a pu avoir d'autres fuccès que de s'attirer 
les plus pénibles & les plus humiliantes per- 
fécutions, mérite que tous les enfans de l'E- 
glife s'intérefTent à fa caufe & prennent part 
à fes combats. 

Nous aurions fort defiré de* pouvoir être 
en état d'en faire connoîcre tout le détail; 
mais pour apprendre de M. de Luçon tout 
ce qu'il a eu à foufirjr de ces hommes, con- 
tre qui il a combattu durant tant d'années, & 
qu'il a trouvés dans ion Diocèfe auffi enne- 
mis que partout ailleurs, de tout bien, dç 
toute autorité & de toute fubordination légi- 
time, il auroit fallu vaincre la modération 
d'un Prélat auffi rempli de charité pour fes 
ennemis, que de zélé concre leurs erreurs. 

L Ccft 1 



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i6i Affaire 

Ceft ce qui n'a pas été poffible. Mais lés 
intérêts de toute FEglife méritent la préfé- 
rence fur les ^ntimens, peut-être trop déli- 
cats, de fon coeur j nous ne croyons pas dé- 
voir imiter fon filence, & nous y fupplée- 
jons par }a conjmumcariçn qnp npqs. avons 
ëtie de tout ce qu'il lui a çtp indifppqfrilç de 
donner pour fe défendre, dans le procès qu'il 
a été o^jgé ât fputenir. §i nous ne jâvons 
pas tout; les pièces de ce procès, & les mé- 
fpojref très-fideles qu$ nops avons ou nous 
procurer cfyilleurs, nou$ aatprifent du moins 
à aflufer que nous ne dirons rien que de très* 
çxaâ. 

M. Samuel -Guillaume de Verth^mon fut 
(acre Evêqùe t\e Luçpn lç 2. Février 17? 8. 
Il fucççd^à M. de Buffi-Rabutin. Ce Pré- 
lat avoir iuivi le plan de M. de Lefcure ion 
pj-çqéceflpur, qui totalement dçvpué aux Je- 
fuitç$ t leur avoit livré fon Séminaire, & le 
gpjuiçejnçpent de fon Diocèfc. Gcss Pères 
^yoient préfqùe entièrement étçint la feience 
ecdjefijiftique, l'çfpQt <ie b relkion, h vraie 
pieté, que MM. Colbert & de carillon, pré- 
dçjpeiïçujs i.n^m^ts de M> del-efcure; a- 
voiçjât pri^ tant de fcin d'y ét^lir. 

*Ççs 4eq^ Piélats, fi recomn^dablcs par 
tpuççk le; verni* qui font les faims Evêques, 
«'éwïôqt fur-tout appliqués à remplir leur Se- 
xiupair c ç cl'çxcellens Ecclçfiaftiques, qui avec 
l'û^r^ion la plus folide, répandoteot dans 
tout lf 'Ôfoçèfc la bpnne odeur de Jefus- 
CÇnfL M. le Çardiijal. de Richelieu fut le 
prçrgîet inftitutçur de cç Séminaire II en 



con- 



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J>ES JESUITES J>E LUÇON. tt$ 

confit la dirtaioû au* Pères de rOratoite, 
qui y demeurèrent tant qu'il garda cet Eve- 
çhé; mats après & déraiffion, ili fiircnt obli- 
gés de fe retirer faute de fubfiftante, les W- 
ïiéficiers du Diocèfe ayant refiifë de Continuer 
le payement de la taxe qui leuf avoit été im* 
pofëe pour l'entretien des Direâeurs du Se* 
roinaire. M. Colbert le rétablit, &y fit com- 
mencer de nouvelles cohftruâions, que M. 
Barillon fon fùcceffeur fit achever, Cfe Pré- 
lat y fit ajouter uft nouveau bâtiment pour 
fervir de collège ,& «Ju'il appdla fon petit 15- 
minaire, parce qu'en effet fa principale dé- 
ftination étoit de former de bonne hérité* 
fous les yeux de ce faint Evêqtie, de* fiijefc 
propres à entrer dans le Clergé. PtfUr félon*» 
der ces vues, il établit dans le gfaftd et pét 
tit Séminaire de pieux & faVads Ecdéfiaftî- 
ques, à qui il en donna la dirèftion. 

M. de Lefcure, qui fuccéda à. M. de Fa- , 
rillon, ne tarda pas à travailler èla deftruûxôrt 
de tout le bien que fes deux ptédécéfTeurs 
avoient fait dans le Diocèft. Le* Jéfuites Ta- 
voient élevé à Fépifcopat; il devint leur c& 
clave, & leur donna fon Séminaire?. Les Ec- 
cléfiaftiques que M. de Barrllon y aVéit pla* 
ces, en furent chafles avec ignôtafttie. 

Le Diocéfc ne carda pas à fe fefl&ntir <Tii^ 
ne révolution fi funëfte. Tout lé moridô 
fait de quoi les Jéfiahres font Capables: màtf 
leur zéte pour 1* deftrcAâioft <te toiit bien, 
dlans les Diocèfcs qu'ils gotf/erÉdWt^ n'eft ja- 
mais (i vif que dans ceux &à la tonfiére & h 
vraie piété ©ae etf le plu* d'edar. L^n vie 
-■ ■ La • biéni 



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1*4- Affaire 

bien-tôt difparoître de celui de Luçoh tes 
conférences Eccléfiaftiques , l'étude des Saints 
Pérès, de la bonne Théologie & de la faine 
morale. Les humanités mêmes que les jeu- 
nes gens dévoient apprendre dans le petit fé- 
minaire , ne furent pas plus ménagées. L'on 
a vu fouvent, au grand fcandale de tout le 
Diocèfe, élever au fâcerdoce & dans les 
places de l'Eglife, des Eccléfiaftiques qui fa- 
voient à peine les premiers élémens des feien- 
ces les plus néceflàires. Pour comble de mal- 
heur , ce n'étoit pas là leur plus grand défaut. 
On les a vu porter dans les poftes où on les 
a placés, un cœur infeâé de la morale & du 
faux xéle dont les nouveaux directeurs du Sé- 
minaire ne ceffoient de leur faire des leçons. 
En peu d'années ce Diocèfe, d'où fortoit, 
du tems de M. de Barillon , une lumière qui 
fe répandoic dans tout le Royaume, comme 
le prouvent les doues conférences dont on 
confervera toujours précieufement les recueils; 
s'eft vu couvrir des plus épaiflès ténèbres, & 
inonder de (caudales de tout genre. 

M. de Verthamon le trouva dans cet état. 
Il ne tarda pas à fe convaincre par lui-même, 
que dans le grand & le petit Séminaire, il n'y 
avok aucun proreffeur qui fut capable de (on 
emploi, & que parmi les écoliers de Philofo- 
phie, à peine y en avok-il un feul qui fut di- 
gne d'être mis au nombre des médiocres hu~ 
manilles. Plufieurs étudians en Théologie , 
n'entendoient pas même le latin de leurs ca~ 
hif rs. On ne leur enfeignok pas une feule 
des matières qu'il importe ie plus à des Ec- 

clc- 



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des Jésuites de Luçon. i6f 

clçGaitiaues de lavoir. Les leçons qu'on 
leur fatfoit duroienc à peine une heure, & 
pendant tout le refte du jour abandonnés à 
eijXrmêmes, il ne recévoient pas d'autre in- 
ftru&ion , que celle d'une morale corrompue, 
& de déclamations calomnieufe* contre les 
prétendus Janféniftes. Quand ils fortoient 
d\i Séminaire , on leur donnoit les livres 
favoris de la Société, pour leur fervir de 
guides dans Finftruûion & la conduite des 
aines. 

Dans les claflès inférieures , les écoliers 
n'étoient pas nrieux inftruits pour les Belles- 
Lettres & pour la Religion. Au Catéchif- 
me deM.deBarillon,enfeigné pendant long* 
tems avec le plus grand fruit dans le Diocè- 
fç, les Jéfuites en avoîent fait fubftituer un 
de leur compofitionj Ton peut juger par-là 
de fon mérite. Lc§ autres inftrudions y é- 
toienc parfaitement aflbrties , des fujets.pué* 
xiles & frivoles, des contes miférables& ca- 
lomnieux , & le plus fouvent une morale 
pernicieufe, en faifoient tout le fond. L'on 
conçoit facilement quels, pouvoient être les 
Ecciéûaftiques formés dans une telle école. 
Pour être mis au nombre des plus favans f il 
ne s'agiflbit que de déclamer à tort & à 
travers contre les Àppellans , montrer un grand 
zile pour la Bulle, fans la connoître, affurer 
hardiment que les Janféniftes ne croient pas 
Le réalité de la préfence de Jefus-Chrift fur 
qos autels, qu'ils ne prient ni la fainte Vier- 
ge , ni les Saints ;fpurenir que la p^ix de Clé- 
ment IX. n'a jamais exifté, débiter la fable 
L 3 de 



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i£6 - -A i F a i a e 

de Bourg^Foatakie, & autres fembkbîes im- 

Ç>ftures, Cétoit-là Peflèmîel de l'érudition 
héologique que Ton apprenoit chez les Ré- 
vérends Pères; & qui la poflcdok bien, & 
f^voic en faire un grand ufage, étoit fur de 
leur crédit, fur- tout auprès des Grands-Vi- 
caires que M de Verthamon trouva en pla- 
ce loxfau'il vint prendre pofleffion de fon 
évêché. 

L'on a va do ces rares fujets poflëder les 
meilleures Cures du Diocèfe, y porter, avec 
ime vie toute mondaine, une ignorance maf- 
five, & un xélç furieux contre les bonsMif* 
fionnaires & Prédicateurs envoyés par M. 
de Verthamon, foulevwv contre eux les peu- 
ples, leur roprocher qu'il ne prêchoient que 
des héréfies. Vous êtes un hérétique ,crioitun 
jour X un pieux & favant Dominicain le do- 
ue Jouffemet, alors Curé de rifle-Dieu, Tu- 
ne df& principales paroifles du Diocèfe, ôc 
autre fois valet d'un Chanoine de la Cathé- 
drale, fou* le nom de Chariot; vous êtes un 
hérétique, vous avez prêché que F Evangile 
e/i la règle des Chrétiens; vous avez parle? 
de la Grâce y vous avez dit que Dieu donne- 
la Grâce- a ceux qu'il aime ifavez-vpus bien y 
mon Père, que je ne veux pas qu'on parle 
Je grâce à mon peuple. Et s'adreffant une 
autrefois à fesparoifijens: Quel jour croyez- 
vous, mes en/ans, que je voudrais mourir* 
h jour de la mort de votre Prédicateur hé^ 
rétique: pourquoi celai c*eft que le diable 
fera fi occupé a emporter cet hérétique dans* 
l'enfer* qu'il ne- penftroit pas à moi. Ehï 

dans 



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des Jésuites de Luçok. 167 

dans quelle catégorie tfAriftote , difott atl 
mênie Prédicateur le doâeur Egucrti Hiber- 
âôis, digne coopérâtes de Chariot ^ dans 
quelle catégorie nTAriftùte avec -vous .dont 
trouvé ju* il faut rapporter fes aétiçns àDièui 
Des femmes animées par ces fanatiques, criè- 
rent un jour de divers coins de J'Églifc a cd 
même IVédicateur: je ne voulons pas c[ue 
4)ous Prieriez, Leç ggns de bien gétoiflbient^ 
& Chariot triom'phoit. 

D'autres Âiiffionnaires de la Congrégation 
de S. Ltazâre t éprouvèrent de, femblables fu- 
reurs à Soulans, autre p^rpiflp du-.Diocèfe f * 
de la part du Curq, ïe Sieur Jpli deS.Picq. 
Impatient d'entendre prêcher des vérités que 
les Jéfuirés dû Séminaire ne. lui avoient jamais* 
apprifes, il montqit en chaire pour les com- 
battre, auffitot après que les Millionnaires 
en étaient defeendus; à* lçur tour ils avoienc 
beau le convaincre de l'ignorance la plus" 
crafle , il n'en etoït que plus furieux, & it 
vint à bout d'ihterrpnlpre la miffion, &^e 
faire foitîr lés J^ffipqnaires de fa paroifle r: 
Dans la fuite il, fie éclater fes fureurs pontre 
le dateçhiîmë de fil; de Vérthamon , jk con- 
tre M. Môuraih, fon Vicaire, qui l^enfei^ 
grioic par ordre de'l'Ëvêflue. Il le^ vgobic 
iritefrompre. il chaflbit les, enfans du Caté- 
cliifmë^ il rarrachoit de leurs maihb & le 
méttoit en pièces. ,. On pourroit rapporter 
mille traits fèmbkrbles d'une infinité d'aur/es 
Cures oc autres Prêtres ignorans, & deftru* 
âeors ; du bien dès âmes ; mais l'on ne fini- 
roit pas. Le" crédit dés Jefuices , dW nbrri- 
L 4 bre 



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i(58 Affaire 

. " i. j .....,_ . 

bre de Chanoines leurs amis , & de M. \'*ty> 
cien Evêquede Mirepoîx, qui fut toujours 
le prote&eur déclaré de tous ces forcenés t 
les mettoit à couvert de l'autorité épifcopale , 
& les affuroit non feulement de l'impunité , 
mais encore de grandes récompenfes. Le vrai 
moyen de les mériter étoit de fe déchaîner 
fans ménagement contre M. de Verthamon. 
Dès le commencement de fon epifeopat, 
il ne tarda -pas à devenir fufpcâ: aux Jéfuites 
de fon Séminaire. Ils innonderent le Dio- 
cèfe de Lettres contre lui. L'on en renvoya 
quelques-unes à l'Evêque f une entre autres 
du Père Bonnain, Profefieur de Théologie , 
qui mandok naïvement au Curé des Sables, 
fa penfée & celle de fts cpnfreres fur le Pré- 
lat. 11 y marquoit , qu'après avoir douté 
d'abord de quelle religion il étoit , on favoit 
enfin démafqué \ & que l'onfavoit, n'en 
point douter, qu y il étoit Janfénifle. M. de 
Verthamon apprit en même tems, que ce 
Profeflèur de Théologie employok fouvenc 
une partie dt fon tems dans fa clafTe à fon- 
ner le toefin contre lui, & à faire contré 
tout ce qu'il appelloit Janfénifte les plus 
fougeufes déclamations. La corde à ces gens? 
la, difoir-il , la corde , ceft le feùl moyen d'en " 
purger PEglife & VEtat. M. de Verthamon 
ne crut pas devoir fouffirir dans fon Séminai- 
re ce furieux prédicant. Ses fupérieurs l'en 
dédommagèrent en l'envoyant profeflèr la 
Théologie à Bordeaux. Tout le monde a 
fû que le Curé de S. Hilaire de Talmont, 
dans le Diocèfe de Luçon , étant allé à Bor- 
deaux, 



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ï>es Jesujtes.de Ltjîçok. rf$r 

deaux, y fit une vifite à ce Père BonnaMB, 
qin avoit écé Ton profefleur dans le féœkiaà- 
rë de M. de Verchamon : Vous pouvez, lui 
dit ce jéfuite, ajfurer de ma part votre E~ 
vêque que nous te poursuivrons jusqu'aux *n» 
fers. A fon retour, ce Curé étant au l&de 
la mort, en fit donner avis au Prélat, « 
le conjurant de bien prendre garde à lui* 
parce que les fefuites étoient capables de 
tout, & qu'ils étoient entièrement animés £ 
le perdre. 

11 s'étpit d'abord attiré leur haine , par J* 
précaution qu'il voulut prendre d'affiftcr I 
l'examen des Eccléfiaftiques qui fe prépa- 
roient à recevoir lés ordres facrés. Il fe coiv. 
vainquit par lui-même que leur ignorance 
cioit extrême. Ayant un jour demandé £ 
Pun de ces Eccléfiaftiques,^ l'on /toit objigj 
d'aimer Dieu toujours & en tout tems; le 
jeune homme répondit , que c* étoit ajfez A 
l'heure de la mort. L'Ëvêque convainquît 
lés Jéfuites qu'une femblable réponfe, ficoo» 
traire aux fentîmens naturels de tout homme 
raifonnable , n'avoit pu être prife que dam 
leurs cahiers. Il tanfa vivement les profef* 
feurg fur l'ignorance & les faux principes de 
leurs élèves. * Il en demanda aux Supérieur* 
de plus habiles , & les menaça même de met» 
tre fes jeunes Eccléfiaftiques en de meilleures 
mains. > 

Il n'en falloit pas tant pour feandalifer c«> 

te fiére Société. Les Jéfuites jurèrent que 

puifqu'il ne dévoient pas être les maîtres de 

Cet È vêque, ils feroient jufqu'à la fin fçs per» » 

L 5 iécu- 



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y 



Ï70 Affaire 

teurs. Leur haine s'accrut à i'erfcës à Fctca- 
fion de l'affiûre du P. Pichon. M. de Ver- 
tfeamon ne jugea pas à propos de faire une 
cenfure en forme du pernicieux livre de ce 
Jéfaite^ il fe contenta d'en défendre la levu- 
re dans fon Diocëfe, par trois avis ittipfi mes , 
qui ne fervirent qu'à redoubler là fureur des 
Jéfiiîres Au mépris de l'autorifé épifcopale, 
ito ne ceflerent de diftribuér ce mauvais li- 
"vre, de le répandre dans leis Cotàifruriâutés^ 
& d'en recommander par-tout la le&ufè. Ils 
pouffèrent leur infolence jùfqu'à en faire une 
toiture publique au réfeâoite en (fréféhcédes: 
Séminal iftes, qu'ils empoifonnbient ainfi tous 
les jours de plus en plus. 

De fi grarids fcandales détérthitiéi'erit énfio 
M. de Luçtan à dôtiher une IrtftruÛfon pu- 
blique & folèmnelle fut* les vraies dïfpofîtîons 
avec lesquelles on doit s'approeher des facrè- 
înens de Pénitence & d'Euchariftiè. Le Ju- 
bilé de 1750. reçu en France eh 1751, en 
fut i'occafion. Le Prélat fans y nommer le 
P. Pichon, ni fon livre, en colhbâttît les 
erreurs, & y établit les vérités contraires d'u- 
ne manière fi belle, fi lumirtfeufè & fi' tou- 
chante, que tout ce qui n'eft pas fedùit & 
'corrompu par les Jéfuites, l^diùira ôc y ap- 
plaudit. Les Chanoines mêmes de' la caté- 
«feale de Luçbn trouvèrent cette Inttrii6tion 
fi admirable, qu*ils députèrent à l'Evêque 
pour lui en feirè leurs cômplimens, & pour 
le prier d'eti donne* uh exemplaire à chacun. 
Mais plufieur* de ces c Meflîeurs ne perfévé- 
xent pas long-tems dahs ces Heûfetifes diipo- 

fitions. 



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des Jésuites de Ltjçow. 17* 

(kk>ns. Dès qu'ils eurent apptis le déchaîne* 
ment des Jéfuites , leurs maîtres > contre cet- 
te Inftru&icn paftorale , elle leur parut au© 
mauvaife qu'ils l'avoient trouvée belle. Un 
autre grand motif les détermina encore à 
chanter ainfi la palinodie. M. l'ancien Evê- 
que de Mirepoit avoit, comme à (on ordi- 
naire, aveuglément foufcrit au jugement que 
les Jéfiiites avoient porté de TlnftrudHon , 
qu'il avouoir n'avoir point lue. Depuis long- 
tems M. l'Evêque de Luçon étoit l'un der 
principaux objets de Ion zélé fanatique. L'In- 
ftruûion paftorale en avoit redoublé les ac- 
cès. Ils le portèrent à perfëcuter M, de Lu- 
çon par toutes fortes de violences , & à re- 
commander au Chapitre de fa catédrale de 
le pouffer à bout, ce que pluficurs des Cha- 
noines mêmes ont fouvenr aflliré à des per- 
fonnes refpeâables, qui leur reprochoient la' 
fcandaleufc perfécution qu'ils fkifoient à leur 
Evêque, qui ne leur avoit jamais finit que du 
bien & des honnêtetés. 

Quant aux Jéfuites , auteurs de tout le 
trouble, quoiqu'ils n'aient jamais oferienht* 
farder par écrit contre PInftru&ton paftorale* 
dfe 175 î. ils ne céfftientf de fe répandre en 
inveâives Se en déclamations de toute cfpé- 
ce contre leur Evêque ôtfon ouvrage. Cette 
Ihftrudïonétoit ,difoient-ils t impie& blafphê- 
matoire, elle étoit pleine dTiéréûes ; l'Evêque' 
cicoit-un novateur, un hérétique , un méchant. 
Ils refuferent obftinément de faire lire publi- 

Ïuement l'Inftru&ion dans le Séminaire, & 
i. de Vcrthamon s'y étant tranfporté ltri*< 

me- 



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'$?* Affaire 

même, pour la faire lire en fa préfence, au* 
<on Jéfuite ne voulut affilier à cette le&urc. 
JL»e Prélat les ayant fommé de déclarer ks 
wfcns de leur refus, ils répondirent, quV/* 
pe pouvoient condamner leur P. Pic bon y ni 
fa doctrine , £5f jt*'/7 »* convenoit pas qu'ils 
fjffent ufage des verges qu'on leur avoit en- 
voyées pour les fouetter. Tant il eft vrai que 
le Pichonifme eft la doctrine de tous ces Pé- 
&». Elle a été condamnée en France, elle 
TeH à Rome ; mais que font toutes ces con- 
damnations à des hommes pour qui rien n'eft 
facré <}ue ce qui leur plaît, & qui, plus 
obftines que tous les hérétiques que PEglife 
a jufqu'ici condamnés, ont aflez de crédit 
pour en impofer aux Puiflànces mêmes, & 
*'en faire redouter. 

M. dé Verthamon éprouva lui-même, 
dans cette crife , tout ce dont ils font capa- 
bles. Non contens de décrier fa doctrine, 
ils oferent le calomnier outrageufement fur 
fes mœurs. Ils répandirent contre lui, à Poi-? 
tiers & ailleurs, des lettres pleines d'infamies, 
4ont ils étoient les inventeurs. Ils remplirent 
le diocèfe de Luçon de vers 8ç de chanfons 

Sfolentes contre fa perfonne & fan honneur, 
n les cornpofoit dans le Séminaire j on les 
faifbic copier & chanter par les Séminariftes, 
& de-là ces infamies paflbient dans les mains 
des dévots & des dévotes, qui croy oient ga- 
gner des indulgences en déshonorant ainfi 
leur Evêcjuc. 

D2UX jeunes Eccléliaftiques du Séminaire, 
nommés Arnauld & Gueftay, fe portèrent 

avec 



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des Jésuites de Luc o m. 173 

arec plus d'ardetir que tous les autres à ren- 
dre cet indigne fervice à leurs Direâeuts. Lé 
Prélat qui en fut inftruit par la voix publi- 
que, les fit châtier du Séminaire. Pour kâ 
en dédommager, leurs Profcflèurs eurent Tau- 
dace de leur donner des atteftations où l'E- 
voque étoit ouvertement acculé d'héréfie, 
& ces jeunes Eccléfiaftiques comblés d'élo- 
ges, pour leur attachement prétendu à la foi 
Catholique, qui étoit, difoient ces impuden- 
tes atteftations, Tunique caufe pour laquelle 
on les avoit renvoyés du Séminaire *. 

Ces (candales parurent, au Juge du Iieu # 
raériter toute Ton attention. Le miniftére pu- 
blic rendit plainte contre les auteurs & les 
diftributeurs des chanfons , des vers & est 
libelles diffamatoires. Les informations ordon- 
nées en conféquence, prouvèrent que des Je- 
fuites en étoient les auteurs, & qu'ils fàifoicnc 
venir la nuit les écoliers dans leurs chambres, 
pour les leur faire copier & leur apprendre 
rair des chanfons. Plufieurs décrets furent 
donnés en conféquence; mais les Jéfuites fi» 

rêne 

* E& infrdfiriptw Tbiohgiét frêftjfor in fttmnmU Lmck» 
ttenfi , tefior deminmn Remttnm Gmfiay. . ^ . omnes , pU, 
diligent h , & iugeniofi audit oris partes implevijfe $ nec ait* d$ 
tamjk i SenànarU nefiro â Snperimbns majoritms fmffe S» 
•ndffnm % qnam ftud avits & Cathtlica fidel & Relipouis im» 
fapidt tenax, profanas novitatts fmerjt escofns. 

Le feminarifte Arnauld reçût des atteftations fero- 
blablcs. Infmper illnm plurima pietatis fpecimina dediffe , n*c 
i Strmnario à fitpcrioriïHS Eulefiaflids fttijfe dimijjum , nijf 
•mi harctica frsvitati , ut faveret , adduci fe non faflîts tjf. 
Ces belles atteftations etoient (ignées des l'eres La- 
toxdc & LaiuHiidicfC» piefcficucs de théoiogic. 



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174 Affaire 

jtnt évader les accules, & entre-autres les 
Pérès Langat 9 dire&eur du Séminaire, & 
Labaoie, régeqt de troifiéme, qui a voient 
été décrétés d'ajournement perfonnel. M. 
de Mirepoix vint en cette occafion aufecours 
de Tes bons amis: il employa le crédit de M. 
le Chancelier , qui fit enlever du Grefle de 
Luçon toutes les minutes de cette procédure; 
ce qui empêcha qu'elle ne fut fuivie. 

Ces perfécutions n'abattoient point M. de 
Vertbamon. L'on en vint aux menaces les 
plus attroces. On fait, d'un Eccléûaftique 
actuellement Vicaire dans une des Paroiflès 
du Diocèie, & qui étoit alors dans le Sémi- 
naire, qu'un Jéfuite lui ayant arraché des 
mains un exemplaire de l'Inftruâion paftora- 
le de 1751 . qu'il ne lui rendit que fur Ja me- 
nace que le jeune homme lui fit de s'en plain- 
dre au Prélat, ce Jéfuite lui dit que c* étoit 
un mauvais ouvrage , plein d'erreurs, & 
que M. l'Evêque verrott ce qui lui en arri- 
veroit ; q h* il autoit dû fe fouvenir de la ma- 
nière dont M. de AaJlignaCj Archevêque de 
atours , étoit mort *. 

Peu de tems après cette menace le feu prit 
tout-à-coup au palais cpifcopal de Luçon, 
le 15. janvier 175*3. de fa manière la plus 
étrange. L'incendie commença par les, gne* 
nkrs & les toits , qui parurent tons embraies 
en même tems. Cétoit la veille de ta fête de 

S. 

# Tout le monde fait que ce Prélat cft mon empoi* 
fbapé» peu de tems après Ion (ècocai Mandement con- 
tre la dgâùns de* Jxûutcs.fc 4n B. Eisà«fc. - 



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Des Jésuites de Luçok; 177 

S. Guillaume, patron de M* TEvêque 4e 
Luçon. La nuit étoit déjà fermée, & jl 
vcnoit de fe mettre en robe-de-chambre, & 
de Te retirer dans fon cabinet, après avoir 
pris congé de la compagnie qui etoit venue 
lui faire compriment fur la fête du lende- 
main. Une heure ou deux après Ton vint en 
grande hâte lui crier de s'enfuir au plus vite , 
que tout le haut de fon palais étoit en fcu f 
& qu'il n'avoit pas un moment à perdre pour 
fauver fa vie. L^vis n'étoit que trop vrai; à 
peine fut-il hors de {bn appartement que les 
planchers fondirent , & que toute la maifon 
fut en feu. Les mefures avoienç été & bien 
prifes, que tout à la fois fut réduit en cen- 
dres, à l'exception d'un petit bâtiment qui 
étoit féparé du corps de logis,. M. l'Evêque 
y devoit périr; un moment feul le iepara de t 
la plus cruelle more 5 mais il y perdit tous 
fes meubles, fes effets, fa bibliothèque & 
tous fes papiers. Il ne lui refta de tout ce 
qu'il pofledoit que la robe-de-chatnbre avec la- 
quelle il s'étoit fauve. 

Ce malheur lui avoit été annoncé Tannée 
d'auparavant, par deux lettres anonymes plei- 
nes d'injures, & dans lesquelles après l'avoir 
acculé de perfécuter les gens de bien & de 
faine détrtne\ on lui difoit, vous Jerez bri- 
lé tout vif dans votre lit. H ne s'en fallut 

3ue d'un moment que cette affreufe prédi- 
ieftion ne fut accomplie. Quelques jours 
après ftneendie, le Prélat reçut une troifié- 
me lettre, de la même main que les deux 
précédentes i on lui prou voit, par des paflà- 

gcg 



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f]6 Affaire 

ges de l'Ecriture Sainte , que ce malhçur étoitT 
tut punition de Dieu fur lui & une prote- 
Ôion fur fon Eglife, 

Dès que l'incendie parut, toute la Ville 
fr'emprefla d'apporter du fecours. Les écoliers 
jnêrw du Séminaire , dont les portes étoienc 
déjà fermées , voulurent fe les faire ouvrir 
-pour acourrir à l'aide. Les Jéfuites les repouf- 
ferent avec chaleur , en leur difant qu'ils n'y 
avoient que faire , & qu'ils euffenc à retour- 
ner dans leurs chambres. Ils les menacèrent 
Ifaême de les chaflèr s'ils perfiftoient à vou-. 
Soir donner du fecours. I^es écoliers indig- 
nés de l'inhumanité de leurs, maîtres , fe moc- 
querent de leurs menaces, & forcèrent le 
portier de leur ouvrir. 

Un Jéfuîte parut auffi dans la cour de FE- 
^éché, mais ce fut uniquement pour y faire 
de cruelles plaifantericsj il s'attacha à une 
froupe de femmes qui faifoienr de grandes 
lamentations. Vous êtes donc bien fâchées , 
leur dit-il , de voir ainfi brûler la mai fon de 
Qotre bon Evêque. Ec voyant qu'elles ne lui 
tfépondoierït rien , il continua fes railleries 
jxifqu'à un tel excès, que ces femmes indi- 
gnées le mirent en fuite , en lui criant qu'il 
eut à fe retirer au plûrôt, & qu'il faifoit-là 
on perfonnage indigne d ? un Chrétien. 

M de Verthamon n'eut pas plus de fe- 
cours d'un nombre de fes Chanoines que des 
Je fuites ; il y avoit entre eux apparemment 
un complot pour taire boire au Prélat le 
ealice jufqu'à la lie. Voyant que tout le 
ttAonde allok lui faire des compiimens de 

con- 



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des Jésuites i>e Luçon. 177 

condoléance, ils y envoyèrent auffi ; mais 
ce fut pour lui dire qu'il eut à faire incefr 
famfflent réparer une partie de leur cloître, 
que l'incendie avoit endommagé. Ces braves 
Chanoines , animés par les Jéfuites, pouffè- 
rent encore plus loin la malice & la fureur. 
Ils préfenterent , aux Juges de Fontenai-le- 
Comte , une requête aux fins de le faire con- 
damner en leurs dommages & intérêts caufés 
par l'incendie. Ils eurent l'indignité d'y ex- 
pofer que le Prélat avoit mis le feu lui-même^ 
6c qu'il avoit empêché qu ? on ne Téteignit en 
faifont fermer les portes. Cette requête étoic 
conçue en termes fi indécens , qu'aucun A- 
vocat ne voulut plaider pour eux : & que la 
fentence qui intervint en ordonna la fup* 
preffion, comme contenant des chofes étran- 
gères, inju.rieufes & offenfantes, & fit injon- 
âion à fes auteurs de ne plus ufer de fem* 
blables expreflions. Cependant ils obtinrent 
contre M. de Luçon une condamnation de 
douze cens livres, qu'ils lui firent auffi-tôt 
payer, avec la dernière rigueur. 

Mais enfiiv une proteâion vifible de la Di- 
vine Providence avoit fauve ce Prélat des 
flammes & de la fureur de {es ennemis, Il 
vivoit: il fallut donc encore lui fufeiter de 
nouvelles perfécutions. L'on envoya cortre 
lui des Mémoires à la Cour, & Ton y écri- 
vit dés lettres très-preffantes pour empêcher 
qu'il n'y obtint aucune grâce pour le dé- 
dommager. Ils faifoient copier &r figner leurs 
Mémoires par les Chanoines & les Curés qui 
leur écoient dévoués. Ces dignes valets des 
M ' J*- 



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17? A P F A I * * 

Jéfuites ofoient dire que leur Evêque mettoi^ 
tout en combuftion dans Ton Diocèfe, .qu'à 
ne ceflbit d'y caufer desdifputes & des trou- 
bles, qu'il s'y portoit à des vexations inou- 
ies. Les Jéfukes qui , félon leur ufage ordi* 
paire, ne vouloient point paroître les pre- 
miers auteurs de ces impoftures , ne man* 
quoient pas de les appuyer de leur témoigna- 
ge. La proteâion déclarée de M. de Mire- 
poix les rendoit fûrs d'être écoutés, & ils ne 
l'étoient que trop. 

Mais le plus grand fujet de leur perfécu- 
tion étoit le Catéchifme dont il vouloit qu'on 
fit ufage dans tout fon Diocèfe. L'un des 
principaux moyens qu'il avoit pris , dès le 
commencement de fon épifeopat, pour y ra- 
mener la vraie piété, & la connoiflànce de» 
principales vérités de la Religion, avoit été 
de lui reftituer le catéchifme de M. de Ba- 
rilion, appelle communément des trois H en* 
ris , parce qu'il avoit eu pour auteurs M, 
Henri de Barillon lui-même, M. Henri Ar- 
nauld , Evêque d'Angers, & M. Henri de La* 
val, Evêque de la Rochelle, qui le firent 
toujours enfeigner dans leurs Diocèfes. Cet 
excellent Catéchifme avoit eu l'approbation 
des Evêques les plus éclairés de l'Eglife de 
France. M. le Tellier, archevêque de Reims y 
.& d'autres Prélats l'avoient même adopté 5 il 
vient enfin de recevoir à Rome un fignalé 
témoignage de fon ortodoxie , malgré tous 
les efforts que la cabale Jéfuitique a faits pour 
en obtenir une condamnation de notre S. 
Père le Pape dément XUJL Mais il cil tout 

na- 



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DES jE$*Jtf£S D£ UUÇON. Vfj 

owurel que les Jéfuites, qui malgré les cen- 
fures du S. Siége&des Evêques, & l'irapro- 
bacion de toute FEglife , foutiennent les li- 
yres & la doârine de leurs Pichon, Ber- 
ruier , Bufetnbaiim , & autres Cafuiftcs per- 
nicieux, condamnent un Catéchifme ap- 
prouvé fi généralement dans l'Eglife. M. de 
Lefcure lui-même Ta voit laiffé enfeignerdans 
le Diocèfe de Luçon pendant plufieurs an- 
nées ; & quand les Jéfuites l'engagèrent à en 
donner un autre, il ne fupprima point celui 
de Monfieur de Bar il Ion. Audi le peu de 
Pafteurs qui dans le Diocèfe de Luçon ré- 
itèrent fidèles à l'ancienne doârine , conti- 
nuerent-ils toujours d'enfeigner le catéchifme 
de M. de Barillon. A fon avènement, M. de 
Verthamon le fit réimprimer ; 6c ce qu'il y 
a de fingulier, c'eft que les Jéfuites ïie paru- 
rent pas s'en plaindre. Pendant douze ans 
ils gardèrent le plus profond filence; ils ne 
commencèrent à crier contre ce Catéchifme, 
^ue pour fe venger de l'inftruâion paftorale 
de ijf i. & 1* véhémence avec laquelle ils 
le firent, comparée avec leur filence précé- 
dent, faifoit voir clairement qu'il n'y avoir 
que l'identité de do&rine de ces deux excel- 
lera ouvrages qui animoit leurs clameurs. 

Il les pouflerent à l'excès le plus violent . 
quand ils apprirent en 17J2. que M. de Ver- 
tnamon faifoit faire à Niort une nouvelle é- 
ctftion de ce Catéchifme , parce que la pré- 
cédente étoit entièrement épuiiée. Leur pre- 
mier coup d'éclat fut d'obtenir, par le cré- 
ait de M. Mirepoix, toujours prêt à les fer- 
.... Mi vir^ 



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jgcy Afiaieï 

vir un ordre à l'Intendant de Poitiers, de 
faire enlever chez l'Imprimeur de Niort tous 
les exemplaires de cette nouvelle édition. 
Heureufement que ces ordres arrivèrent un 
peu trop tard. 

Irrités d'avoir manque leur coup, ils fe li- 
vrèrent aux plus furieufes déclamations con- 
tre le catéchifme & contre M. de Vertha- 
mon Ils inondèrent le Diocèfe de Mémoi- 
res & de Libelles: ils y foutenoient que TE- 
venue étoit hérétique, & fon catéchifme plein- 
d'héréfies. Ils decidoient que c*étoit un pé- 
ché mortel de l'enf&guer, de le lire & de le 
garder. Ils refufoient Tabfolution aux Clercs: 
du Séminaire coupables de ces crimes ^ &r 
pouflànt leur furie jufqu'aux voies de fait, ikr 
alloient dans les maifons de la ville & de la 
campagne, ou ils avoient accès, pour fe fai- 
fir de tous les exemplaires qu'ils y trouvoient; 
& les mettant auffi-tôt en pièces, ou les jet- 
tant au feu, ils accompagnoient ces aâions 
féditieufes de difeours emportés^ contre M. 
de Luçon. Ces clameurs n'étoient mal- 
heureufcment que trop écoutées , tant ils 
avoient profondément infinue leur venin dans 
le cœur de la plupart des habitansdè cet in- 
fortuné Diocéfe. Plufieurs Curés & autre* 
Eccléfiaftiques formés par les Jefuites, les fc- 
condoient. Mais aucun de leurs difciples,, 
ou plutôt de leurs valets , ne pouffoit le ze- 
ie aiûïi loin que certains Chanoines de la Ca- 
tédrale,' qui leur étoient entièrement affer- 
yis Ces habiles Chanoines avoient autant 
approuve le Guéchifaç que i'Inftruâion pa- 



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des Jésuites de Lvçon, iSi 

ftorale de 17*1* tant que leurs Maîtres é- 
toienc demeurés dans le filence. Mais ayant 
reçu l'ordre de crier, ils le firent encore plus 
haut que tous les autres; & pour fuppléer à 
leur fcience théologique, ils portoient dans 
leurs poches des liftes, que les Jéfuites leur 
avoient fournies, des héréfies du Catéchifme 
& de l'Inftru&ion, & ils alloient les débiter 
doâement dans les maifons. 

L'un de ceux qui fe déchaînèrent le plus, 
«toit un Sieur Defdorides, qu'il eft à propos 
de faire connoître , parce qu'il a été l'un des 
principaux perfécuteurs de foi) Evêque. Dans 
les premières années de l'Epifcopaç de M. de 
Verthamon, ce Prélat, pour le récompenfer 
<ki grand zélé qu'il témoignoit pour fa per- 
fonne, lui donna des Lettres de Grand Vi- 
caire, & l'un des meilleurs bénéfices de fâ 
catédrale* Il voulut même lui procurer la 
dignité de Doyen du Chapitre; mais les au* 
très Chanoines, qui le connoiflbient mieux 
alors que M. de Luçon , s'y oppoferent. Peu 
après les Jéfuites ayant connu fon ambition , 
lui firent fentir avec un Evêque voifin qui vint 
alors à Luçon , que tant qu'il feroit attaché 
à fon Evôqhe, il ne pourroit faire fon che- 
min. Cette haute confidération en fit un 
traître* Le premier de fes exploits fut d'é- 
crire à la plupart des Curés , qu'il étoit char- 
gé par M de Mirepoix de leur demander les 
noms des Janfeniftes de leurs cantons. 11 fe 
lia intimement aux Jéfuites, & leur fitpart 
de tout ce qu'il pouvoit favoir des defleins 
de M. de Verthamon fon bieorai&cur. Pour 
M } faire 



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|$2 À'r PATRES 

fcire de plus en plus parade de fon grand xe? 
le, il pouffa la perfidie julqu'à charger de jeu- 
nes ordinans d'une lettre pour MJ'Ëvêquede 
Poitiers, où ils alloient recevoir les ordres $ 
& il les y repréfentoit comme de parfaits Jan- 
féniftes . qui avoient embraffé ce parti pour 
complaire à leur Evêque, & de fort mauvais 
fujets. Ces jeunes gens eurent beau protefter 
à M. de Poitiers qu'ils étoient prêrs à tout 
ligner, ils ne furent point écoutés, & ne re* 
curant point les ordres. Tant de zèle fut ré* 
compenfé par M. de Mirepoix d'un petit Pri- 
euré de nomination royale. Mais enfin M. 
de Luçon inftruit de fc& trahifons, lui retira 
fes Lettres de Grand- Vicaire. Ce qui l'y dé- 
termina principalement, c'eft l'infolence avec 
laquelle il apprit que le fieur Defdorides in- 
fultoit les Pàrlemens, difant qu'il falloit les 
faire pendre , ou leur couper la tête , qu'ils 
étoient tous des rébelles Ôc des Janféniites t 
puifqu'ik ofoient fe foulever contre la Bulle 
Unigenitus , que les Papes , les Evêques 8c 
toute l'Eglifé , difoit il , recevoient , & avoient 
confirmé depuis quatre cens ans. On l'enten- 
dit dans une autre occafion rejetter avec mé- 
pris une citation du Concile de Trente, en 
difant gravement, qu'on devoit fa voir, qu'/7 
y avoit long-temps que le Parlement avoit 
caffé ce Concile. Il n'eft pas étonnant que 
cet habile homme, qui eft auffi devenu de- 
. ,>un des agens des Jéfuites à Paris Se à la 
P U1S ait été l'un des principaux déclamateurs 
Cour> nnftrudion Paftorale & le Catéchifme 
contre de Luçon. 
de M* Les 



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des Jésuites ï>r Luçon. -i'ïj 

> Lès Religieufes même s'en mêlèrent. Les 
Filles de l'Union Chrétienne, chères 6c bien* 
aimées Philotées de ces Pères , ailoient ré- 
péter de tous côtés leurs clameurs d'un ton 
dévotement aigre. Elles en farciflbient les 
oreilles des jeunes Filles qu'elles inftruifoient, 6ç 
difoient fans façon , qu'il valoit autant apo- 
ftafier que d'enfèigner & d apprendre le Ca- 
léchifme rétabli. La Supérieure des Urfuii- 
nes , féduire aufli par les Jéfuites avec une 
partie de fa Communauté, s'épuifoir, com- 
me les Filles de l'Union Chrétienne, en calom- 
nies contre l'Evêque, & refufoit , comme 
elles , d'enfèigner fon Catéchifmc. Leurs 
'chers Dire&eurs les animoient de plus en 
plus dans leur defobéiffance. Ils les confo- 
loient & plaignoîent , comme de faintes Fil- 
les cruclkanent perfécutées pour la Foi. Les 
Urfulines eurent la hardieffè d'écrire à la 
Reine , fans doute que les Filles de l'Union 
Chrétienne en firent autant, pour fe plaindre 
«le leur, Evêque , comme d'un perfécureur de 
la foi & de leur Communauté , parce qu'il 
vouloir les obliger d'enfèigner fon Catéchif- 
tne. Le P. Fort, Préfet du petit Séminaire, 
fe chargea d'envoyer leurs lettres au P. Ra- 
do.tiiifiski , Confeffeur de la Reine; & dans 
la lettre qu'il écrivit lui-même, & dont des 
copies fe répandirent dans la Ville, il mar- 
«juoit qu'on ne marqueroit pas de moyens 
pour arrêter la perfécution qu'il l'accufoit dç 
faire à ces Reiigieufes. „ Une lettre bien 
^ ferrqd, difoit-il, de quelque Miniftre la fe- 
- M ^ „ roiç 



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984. Affaire 

„ roiç bien finir. M. de Luçon a befoin de 
„ Ja Cour, & depuis que fon palais épifeo- 
„ pal a été brûlé, il y a apparence qu'il follw 
„ cite quelque grâce qui le mette en état de 
„ le faire rebâtir. Ne peut-on pas profiter de 
„ cette circonftance pour lui faire la loi, du 
5 , moins en cas que la Cour vueille lui ac- 
v corder quelque chofe ^ ce feroit .un coup 
„ bien important pour ce Diocéfe, où il fait 
„ tous fes efforts pour répandre fon Caté- 
„ chifme " L'on redonnoît-là parfaitement 
refprit de la Société : jamais dans aucune oc* 
cafion il ne s'eft démenti. 

Une autre forte de perfécution que les Je-» 
fuites & leurs adhérens firent fouffrir à M. de 
Vertharaon , ce fut la guerre qu'ils déclarè- 
rent aux Prédicateurs qu'il employoit. Ils é«> 
envoient à la Cour contre eux; ils les dé* 
crioient publiquement comme hérétiques, & 
faifoient à tous leurs dévots & dévotes un 
crime de les aller entendre, Ils alloient même 
jufqu'à les faire infulter dans la chaire, où ils 
annonçoient la parole de Dieu avec autant 
de fagefle que d'édification. Les Chanoines 
de la catédrale fe portèrent, le jour du mar- 
di gras de l'année 1754 contre un de ces 
Prédicateurs, à un excès qui ne feroit pas 
croyable , s'il n'avoit donné lieu à un procès 
qui a fait beaucoup de bruit au Parlement. 
Nous avons fous les yeux les Mémoires im- 
primés fur cette affaire. 

Un Chanoine régulier de Tordre de Chan- 
ççlade, Curé dans Iç Diocéfe, dit un de ces 

Me- 



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des Jésuites de Luc on, i8j 

Mémoires * , devoit prêcher dans h caté- 
drale de Luçon le 26* Février 1754.. Les 
Chanoines discoles en font inftruits: ils fe 
rappellent que le Curé eft dans l'ufage de 
porter un aumuflè. La réfolution étoit prife 
de l'infulter en préfence même de TEvêque^ 
qui devoit affilier au fermon : Ton amuflè en 
fervit de prétexte. Une heure avant le fermon 
on lui fit défenfes de la part du Chapitre, ou 
pour mieux dire des Chanoines difcoles, qui 
en prenoient le nom , de parpître en chaire 
avec Ton aumuflè. Tout le monde fait que 
c'eft l'ufage des Chanoines réguliers de por- 
ter cet ornement dans toutes les cérémonies 
publiques. Le Curé de Chancelade avoit dé* 
jà prêché dans cette Catédrale avec l'au- 
muflè f , (ans aucune contradiâion. Plufieurs 
de fes Confrères l'avoient fait comme lqi, 
& perfonne n'en avoit été fcandalifé. Les 
défenfes qu'on venoit <le lui fignifier ne loi 
paroiffant pas férieufes, il parolt en chaire 
avec fon aumuflè , & demande la bénédiâioa 
à PEvêque. j 

A l'inftant plufieurs Chanoines élèvent tu- 
multueufement leurs voix. Leur attitude & 
leurs geftes annoncent leur furie. „ Quelle 
to indécence , s'écrient-ils en apoftrophant 
„ infolemraent le Prélat , qu'elle indécence 
w de laiflèr prêcher un Moine avec un au- 
w muflè! ce n'eft point là l'ufage. C'eft avi- 
M 5 „ lir 

• Mémoire pour M. l'Evêqne de Luçon , contre le* 
Sieurs Gaborit & Angibaud , fcc. /♦ 3. & fmv. 
t Bit t . a. 



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%ÎS Affaire 

f , lïr les droits des Chanoines. Vous ne ve* 
$, nez , Monfeigneur, dans votre TEglife , 
^, que pour vilipender le Chapitre, & y cau- 
„ 1er du trouble." 

D'autres attaquant le Prédicateur, Itïi 
crioient : bas faumujfe : Paumujfe a uH 
Moine ! Nous ne le f ou ff rirons pas. Il fa Ht 
fe retirer , faire fonner les cloches , Çjr* com- 
mencer l'Office. 

I/Evêque s'efforce inutilement de calmer 
ces furieux: les infultes & les cris redou- 
blent au grand fcandale de tout le peuple. 
Enfin tous les féditieux fe retirent en tumul- 
te , 8c continuant de jetter de hauts cris con- 
tre Taumuffè. Il ne demeure auprès de l'E- 
vêque que quelques Chanoines pacifiques, & 
on petit nombre d'Hebdomadicrs & Offr- 
ciers. , 

Le Prédicateur commence fori Sermon. 
Un Muficien , envoyé par les féditieux , 
vient l'interrompre, & crier aux Chanoines 
& Officiers du Choeur, qui éroient reftés, 
de fe rendre à la facriftie. Au même mo • 
ment un valet d'Eglife fe gliflè le long de 
Tefcalier de la Chaire pour dérober l'aumufr 
fe, & troubler le Prédicateur. 

A la tête dé ces féditieux étoieftt un Sieur 
XSaborit & le Sieur Angibaud fon neveu & 
•fon réGgnataire. Ce Gàborit s'éft élevé, par 
le crédit des Jéfuites, du moulin où il a pris 
fîaiflance, jufqu'atfx dignités de Chanoine de 
h Catédrale, & de Syndic delà Chambre 
feccléfiaftique du Olocéfeé II ne fait que 
ce qu'il "a appris au Séminaire, & c'eft plus 

qu'il 



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des Jésuites de Huçon. tif 

qu'il ne lui en faut pour être un des plus ar- 
dens perfécuteurs de fon Evêque. M. de 
Mirepoix l'en a récompenfé, en lui don- 
nant l'Abbaye de Trîzai. Devenu Abbé 
Çommandataire , il a réfigné fon canonicat à 
fon neveu Angibaud auffi (avant que lui. Leur 
fcele contre l'aumuffe du Chanoine régulier j 
& le fcandale dont ils avoient écé les princi* 
paux auteurs, leur attirèrent de la part delà 
Juftice,des décrets d'affignés pour être ouïs, 
que leur contumace fit convertir en ajourne- 
neraent perfonnel , au mépris duquel ils ofe* 
rent continuer publiquement leurs fondions 
Èccléfiaftiques dans le Choeur de la Caté- 
drale. Mais la fuite de ce procès n'eft pas 
de notre objet. Ce nous venons d'en dire, 
fuffit pour faire connoîcre quel efprit les Jé- 
fuites avoient répandu dans le Diocèfe. 

M. de Verthamon fe contenta , pendant 
quatre ou cinq ans après fon Jnftruftion Pa- 
ilorale de 1751. d'y oppofer encore une pa- 
tience , qu'on pourroit peut-être appelier ex- 
çeffive. Enfin voyant que la rébellion con-* 
tre fon autorité n'en devenoit que plus ani- 
mée, il fentit qu'il n'étoit plus pofîîble de 
demeurer dans le filence. Le 8. Juillet I75î* 
il fit publier une Ordonnance , par laquelle 
il enjoignoit à tous les Curés , Vicaires & 
autres Prêtres chargés défaire les inftruftions 
aux enfans, enfemble aux Régens, Régen- 
tes 6c autres chargés de l'inftf uâion de la 
jeuneflè , d'enfeigner fon Catéchifroe exclufi- 
vement & privativement à tous les autres. 
, On penfe bien que cette Ordonnance dût 

trou- 



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l£8 A FF AIRE 

trouver des rébelles. Le Promoteur du Dîo- 
céfe en rendit plainte le 20. Janvier 1756. 
& fur fon requifitoire l'Official ordonna 
qu'il feroit procédé contre tous les contreve- 
«ans. 

En exécution de cette Ordonnance de 
POfficial , les Jéfuites du Séminaire furent af- 
fignés devant lui les 20. & 23. Janvier 1756. 

Le Père Michelin Supérieur du Séminaire 
comparut au greffe de l'Officialité , mais feule- 
ment pour faire la déclaration fuivante: „ le- 
,, quel déclare tant en fon nom , qu'en ce- 
„ lui des autres Jéfuites Dire&eurs, Profef- 
„ feflèurs & Régens dans ledit Séminaire , 
f , que pleins de refpeét pour la peribnne , le 
„ caradere & l'autorité de mondit Seigneur 
n Evcque de Luçon , ils fouhaiteroient ar- 
„ demment pouvoir lui donner en cette oc- 
„ cation comme en toutes autres , des preu- 
„ ves de leur foumiflion ; mais qu'étant char- 
„ gés par le Prélat même t & fous l'autorité 
„ du Roi, de l'inftru<âion de lajeunefle, 
n particulièrement des Eccléfiaftiquesdans ce 
„ Séminaire, ils ne croient pas pouvoir fa- 
„ gement, ni même en confeience, leur 
„ enfeigner , tel qu'il eft , le Catéchifme dont 
n eft queftion , feul & exclufivement à tous 
* autres, comme porre l'Ordonnance; foit 
y> parce que ledit Catéchifme, tel qu'il eft, 
3> ne fuffic pas pour Tinftruâion de la jeu- 
„ nèfle Chrétienne, multitude de chofes à 
„ ce néceffaircs y étant omifes; foit parce 
„ que la plupart des leçons du dit Catécb'tf- 
„ me , entre autres les leçons 6*. , 1 } e . , 1 9 e - * 



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des Jésuites de Luçom: i?^ 

„ 24 e ., 30 e . & 33 e . contiennent des ré- ( 
„ ponfes qui demanderoient des explications, 
„ modifications & corrections du fens peu 
, y Catholique qu'elles préfentent , explications 
„ non données encore , quoique promifes , fur 
„ les repréfentations du pfufieurs Curés dm 
n Diocéfe y & a la prière du comparant ; 
„ foit enfin parce qu'ayant eux-mêmes d'au* 
„ très fupérieurs , a qui ils font refponfables 
„ de leur conduite , ils ne croient pas devoir 
„ prendre fur eux de répondre définitive- 
„ ment , fans les avoir préablemetit confuU 
„ tés , & fans s'être fait autorifer , dans 
„ une affaire qui peut avoir des fuites de phis 
j, d'une efpèce ; d'autant plus que ce font ces 
„ mêmes Supérieurs qui ont contraâé pour 
„ pour eux avec ies prédécefTeurs de mon- 
„ dit Seigneur Evêque. Dans ces circonftan* 
yy ces , le comparant s'eft trouvé obligé de les 
n informer de tout ; ce qu'il a fait en leur en- 
yy voyant copies des pièces fignifiées. C*effc 
yy pourquoi ledit Supérieur, tant pour lui 
yy que pour les autres Jéfuites Direâeurs du 
,, Séminaire, fans être vu approuver la requê- 
yy te dudit Promoteur, l'ordonnance del'Of^ 
,, ficial & ce qui s'en eft enfuivi , & fous 
yy les réferves de droit, déclare • . . qu'il 
„ emploie pour réponfe le contenu en ces 
w préfentes. 

L'efprit Jéfuitique eft toujours le même 
dans tout ce qui émane de ces Pères. Ce 
Jéfuite, qui parle ici tant pour lui que pour 
fes confrerds, dit i°. qu ils font pleins de 
refpeâ pour la perfonne ^Ucaraéiere & Pavt- 

toritê. 



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J9$ À t F A I; R K 

^or/V/ <& iW: l'Eve que du Luçpn. Les effets 
de ce refpeâ: étoient, depuis plufieurs années, 
d'infuiter ce Prélat, de Foutrâger, de le ca- 
lomnier , de le décrier comme un novateur f 
un hérétique, un Pafteur aveugle, qui con- 
«luifoit fes brebis dans le précipice. Ceft ain- 
f\ que les Jéfuites ont dans tous les tems re- 
Jpedté les Evêques , les Papes & les Rois qui 
ont voulu réprimer leurs excès. Sans parler 
des Cardinaux, Archevêques , Evêques, Lé- 
gats du S. Siège, Nonces & Vicaires- Apo- 
stoliques , qu'ils ont cruellement perfécutés en 
Europe, en Afie, en Amérique, l'exemple 
àcs Papes Clément VIII, Innocenr XI, Be- 
noît XIII & Benoît XIV, apprend de quoi 
ils font capables en fait de refpeâ: pour les 
.puilïances Eccléliaftiques. Les Rois d'Efpa- 
4gne & de Portugal, les Parlemens de Fran- 
ce, le Roi même, favent en combien dé 
^manières ils peuvent fe louer du refpcdfc de 
ces Religieux. 

a°. Qui n'adrainera pas la modération ref- 
peâueufe de ces Révérends Pères, qui en 
déclarant qu'ils ne peuvent fagement , & en 
fonfeience , enseigner le Catéchifme de M. dé 
Luf on , tel qu'il eft, aceufent indireâemenc 
de folie & même d'héréfie, d'auffi faims E-' 
vêques que M* de Barillon , M. Laval & !Vf . 
Arnauld, auteurs de ce Catéchifme, & les 
autres grands Prélats de l'Eglife de France % 
qui l'approuvèrent dans le dernier fiecle avec 
les plus grands éloges ? Admirable confeien- 
ce! Ils mettent, fans fcrupule, entre les 7 
.mains des EccleûaAiques, des Religieufes & 

de* 



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des Jésuites* dl I/vçon. i^i* 

des Fidèles , leur Pichon , leur Berruyer, 
leur Bufembaiim, leur Lacroix & les autres 
livres pernicieux de la Société, malgré les 
cenfures des Papes & des Evêques, & les ar- 
rêts fletriflàns de la puiflance temporelle; Se 
leur confeience fe fcahdalife d'un Catéchifme. 
dans lequel le S. Siège , après un rigoureux 
examen, n'a pas trouvé un feut mot de con- 
damnable! quelle confeience que celle de 
ces Religieux! 

3°. La Sagefiè divine permet qu'en tou* 
tes les occauons les Jéfuites fe trahiffent eux- 
mêmes. En aceufant d'unfens peu catolique 
les réponfes du Catéchifme qu'ils citent, ils 
lèvent ouvertement le mafque , & donnent 
aûe à toute l'Eglife qu'ils font eux- même des 
ennemis très-déclarés de fa dodtrine & des 
plus importantes vérités de la Religion. C'efl: 
un fait efTentiel , dont tout Catolique inftruic 
demeurera convaincu pan la ledture , même 
de ces leçons du Catéchifme, qu'ils ofenc 
aceufer d'erreur. 

4°« Le Père Michelin en impofe, quand 
il dit que M. de Luçon avoir promis de* 
explicatious fur ces articles du Catéchifme. 
U n'en avoit point promis, parce qu'ils n'em 
avoient pas befoin : leur feule leâurc le prouve 
évidemment. Eh ! comment ces explication* 
auroienc-elles été plus neceflàires fous foa 
gouvernement que fous celui de M. de Ba« 
rillon , qui avoit fait enfeigner cç Catéchifme 
avec l'applaudiflement de tout fon Diocefe? 
11 en avoit été de même a la Rochelle , à 

Au- 



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192 Affaire 

Angers Se à Reims , fous Meffieurs de La- 
val, Arnauld & le Tellier. Sous l'Epifcopat 
mérite de M. de Lefcure , Evêque de Luçon 
fi 'dévoué aux Jéfuites, ce Catechifme avoic 
été enfeigné feulpendant quatorze ans fans ré- 
clamation; & perfonne ne croyoit alors qu'il 
eût befoin de ces explications, fuppofées fi 
neceflàires par le Père Michelin. L'idée de 
cette neceffité prétendue, & du fens peuCa* 
tolique du Catechifme , n'a été imaginée 
qu'après rinftruftion Paftorale de 1751 , pour 
en prendre fujet de perfëcuter fon auteur. 

5 . Qu'on le remarque bien, dans la ré* 
ponfe du Père Michelin ; les Jéfuites du fé- 
minaire de Luçon n'ont rien fait , dans les 
ametes tribulations qu'ils ont fait fouffrir à 
leur Evêque, que de concert avec les fupé* 
rieurs de la Société. Les Jé&ites leur ren- 
dent compte de tout. Ils ne font rien que 
par leur ordre , ou de leur aveu. Qpand un 
Jéfuite agit , quand il parle , quand il écrit, 
quand il calomnie, quand il per/écute, il n'eft 
qu'un inftrument de la Société toute entière* 
C*eft elle qui le fait agir," & qui agit par 
lui , parce qu'il ne lui eft pas permis de rien 
faire fans en avoir demandé l'ordre aux fu- 
périeurs, à qui il eft refponfable de toutes fes 
a&ions. C'eft donc toute la Société qui at 
perfécuté M. l'Evêque de Luçon : c'eft tou- 
te la Société qui la aceufé d'héréfie: c'eft 
toute la Société qui a proferit le Catechifme' 
des trois Henris, parce que la doârine très- 
Catolique de ce Catechifme eft toute con-* 
traire à celle de cette redoutable Compagnie. 

Il 



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bis jES^ITiî DE Luçow. îçj 

B en eft aînfi par-tout. Tout le mal , à la tc- 
tc duquel les jéfuites fe trouvent toujours, 
cft l'ouvrage de toute leur Société; c'eft elle 

Sui fait la guerre aux Souverains , qui en- 
ligne à affaffiner les Rois, qui fait révolter 
leurs Sujets, quiinfulte les Papes, qui fait pé- 
rir leurs Légats , qui outrage les Evêques, 
qui défoie leurs Diocèfes, qui ravage toute 
la Religion par fes livres impies; rien ne s'y 
« fait d'important par les Particuliers que de 
Tavettdes Supérieurs. 

Le P. Michelin , Supérieur du Séminaire 
.de Luçon, étoit un digne fuCceffeur du P. 
Veâoux , zélé Jéfuite % qui étoit un dés pre- 
miers qui avoient levé retendait de la révolte 
contre M. FEvêque de Luçon, chaffé de ce 
Diocèfe à caufe de fes emportement; fes Su- 
périeurs avec qui f comme le P. Michelin $ 
il n'avoit rien fait que de concert , l'en 
avoient récompenfi en le faifimt Reâeur de 
leur grand Collège de Poitiers : de-là il ne 
perdoit pas de vue le Diocèfe de Luçon, il 
y écrivoit fans ceflè, pour entretenir le {briè- 
vement qu'il y avoit excité contre FEvêque 
& fon Catéchifme: Ton jugera aifément de 
ion ftyle & de fon zèle par cette Lettre qu'il 
écrivit le 26. Janvier 1756. au P. Biroteau, 
Procureur du Séminaire de Luçon. C'étoit 
une réponfe à l'avis qu'on lui avoit demandé 
fur les lignifications faites à la reouête du 
Promoteur les 20. & 23. janvier: N*nc à- 
nimis opus eft: nunc peélore firmo. „ C'eft à 
„ préfent qu'il faut avoir du courage & de , 
9y la fermeté dans le eccur : k tems du me* 



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» 



1> 



194 Af FÂI&Ï 

„ nagcmcnt eft pafle * les procédures doi- 
vent être refpeâueufes , mais fermes, mais 
vives; Tout ce que les loix, la religion f 
l'équité permettent, il le fout hardiment $ 
je dis, il faut, c'eft un devoir de rem- 
ployer dans les circotiftances préfentes. Le 
filence a été de faifon; mais il cette de 
l'être : Être interdit? , bannis, c'eû ce 
qu'on ne doit pas craindre. Ce qu'on doit 
craindre, c'eft de demeurer dans un lieu 
dont on veut bannir la foi , & de ne pas 
faire tout ce que l'on peut pour la conier- 
ver , cette foi , dans un Diocèfe qui s'eft 
toujours attendu que nous nous Sacrifie- 
rions nous-mêmes pour la lui conferver. Il 
fout donc aujourdhui fe défendre jufqu'à 
l'extrémité: Perfonne en France , ni dans tout 
l'univers, ne deiàpprouvera que vous tour- 
niez face. Les tempéramens, les hommes 
les blâmeraient, Dieu les punirait., On dit de- 
puis longtems de tontes parts, la foi eft 
perdue dans ce Diocèfe, û le Catéchifme 
enfeigne. Eh quoi] le danger de la foi 
nous permettra de tout perdre, (àcrifier, 
d« moins hafârdcr. Dieu aide ceux qui o- 
fent tout pour fon amour: ofons tout, & 
tout nous fera donné pour nous foutenir 
dans cette vie. On ne répond aux éclats 
que par des éclats. En toute autre choie 

Il que la foi, fouf&ir & fe taire. En matic- 

w re de foi , parler & mourir." 

Quel zèle pour le martyre dans des gens 

û accoutumés à le faire fouffrir aux autres? 

L'on entend bien que cette Lettre fanatique, , 



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•» 



fcû k ,dodWne de la Société eft toujours 
«ornrnee /*/«, ifétoit pas pour le P. Biro- 
teau feul; 1 on avoir grand foin de répandre 
des_copies de ces fortes de tocfins dans tout 
le : Diocèfe, pour y fonner l'allarnie de tous 
cotés contre rEyéque & fon Catéchifme, 
L on raffembloit les Curés, les dévots, les 
dévotes 5 on leur enfeifoit laleâure; on leur 
échauffait 1 imagination, en même tems que 
I on fe donnoit l'ait & le tonde Saints &aé.- 
«creux défenfeurs de là foi. 

Les Soeurs de l'Union Chrétienne, établie» 
«c fondées à Luçon par M. de Barillon , fe fi- 
gnalèrent, comme leurs bien aimés Dire- 
ôeurs, contre le Catéchifme de ce Saint E- 
veque, & contre l'Ordonnance tle l'Official 
de M. de Verthamon. C&fe Ordonnance 
leur ayant été^gmfiee elles &mparurent au 
2 K 3 ^,/Offic.alué le même jour que le 
*. Michelin; ce fut pour y faire, à fonimi- 
tation , une déclaration que l'on peut regar- 
der comme le chef d'œuvre de l'impertmen- 
ce._EUes y motivèrent leur refus d'enfeigner 
le Catechifmej fur le très-faux prétexte qu'*7 
Hétoit point a la portée des jeunes Filles 
au elles inftrMtfoient < qu'il n'y avait dans ce 
Catéchifme aucun a#e de Religion n/cefaire 
■a la réception des Sacremens; que d'ailleurs 1 
ne pouvant comprendre elles-mêmes la plu- 
part des lepons de ce Catéchifme ,, // ne leur 
étott pas pofjible de l'expliquer. N'eft-il pas 
bien fingulier que ces lavantes JéfuitefTes ne 
puffent bas comprendre ce que, du tems de 
M. de Bânllen leur fondateur & l'Auteur dtf 
N a G*, 



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Mç6 À F F A I E ! 

Catéchifrae, les plus jeunes enfans compfé* 
notent faûs peine à Luçon -, à la Rochelle* 
à Angers, & ce que les plus jeunes Filles que 
Ton inftruic depuis plufieurs années à la ra- 
roiflè, & cbex les Urfulines , depuis que 
l'on en a changé les Maîtreffes, compren- 
nent à merveille? tant il f ft vrai que l'intel- 
ligence de l'Evangile & des faintes vérités 
de la Religion, ne fut jamais le don des Jo- 
intes & des aveugles qu'ils conduifenr. 

Chez les Urfulines il n'y avoit de vérita- 
blement oppofântes au Catéchifme , que la 
Supérieure & quelques Reiiçieufes à qui elle 
avoit confié Hnftruûion des jeunes filles. M 
de Luçon ayant mis à leur place de nouvelles 
Régentes, celles-ci fe fournirent (ans peine à 
fan Ordonnance; mais la Supérieure & k$ 
adhérentes touç^urs animées par lesjéfukes, 
continuèrent de caufer des troubles qui obli- 
gèrent FEvêque à y feire une vifïte Epifco» 
pale ; il mit en pénitence pour trois mois cet 
filles révoltées >& les priva, pendant ce terns, 
de Voix aâive 2c paflive, pour fautes graves 
& étrangères au Catéchifme. Dans cet in- 
tervalle, arriva le lems-de i'éleâion d'une 
nouvelle Supérieure, à laquelle elles ne pu- 
rent prendre part. l'Evêque y préfida, & 
l'ancienne Supérieure n'y voulut pas affifter. 
Pendant Péledtion, la maifon retentit des cla- 
meurs de fes bonnes amies; elles pouffèrent 
même la frénéûe jufqu'à monter au clocher, 
y fonner le toefin f & crier de toutes leurs 
forces, au meurtre, au feu , à la violence* 

Auffi-tôt le Couvent fut invefti d'une popu- 
lace 



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»Ef JlStflTlS DE L^jçon. tgf 

lace ameutée, à la tête de laquelle une Da~ 
ipe de Lacoudraie , zélée dévote des Jéfuites/ 
eut la bafleffe de fe mettre. Ces pauvres fil- 
les féduites ont toujours refufé de recônrioître 
la nouvelle Supérieure, fans autre raifon que 
celles qui étoient en pénitence, privées de 
voix a&ive, g'avoient pas contribué & l'éle- 
âion. L'ancienne Supérieure a elle-même, 
au mépris de fon Ev&Juç, prétendu fe main- 
tenir dans ce titre malgré lui, ce qui a don* 
ne lieu à un procès' qui eft encore indécis au 
Parlement, èc donc le fieur de Lacoudraie 
eft le folliriteur* < 

Ce fieur de Lacoudraie eft un Gentilhom- 
me du Pais, auffi dévoué que fa femme aux 
Jéfuites. Jamais l'on n'a pouffé le fanatifme 
&ia fureur plus loin que cette femme hau- 
taine Pa porté & le porte encore , avec fon 
mari, en faveur des Jéfuites & de leur ré- 
volte. C'eft elle qui dirige toutes les menées 
des Urfulines dtfcoles, Se des filles de i'U~ 
mon Chrétienne. Gà chez eux que fe te- 
Boientiesconfeife^queièprenoient les réfo* 
tarions, qu'on dreflbit les exploits ^ & cet 
confdls çtoiént cbmpofés de Jéfuites, de Cha- 
noines, de filles de: l'Union Chrétienne, d'A- 
vocats , Procureurs & Huifliers qu'on firffoit 
venir de Fontenay : on voyoit toutes ces per- 
ibnnes aller & venir fans cefle dans cette 
roaifon, & fouvent n'en fortir qu'à minuir* 
C'eft pour récompenfer le fieur de Lacou- 
draie de fon zèle, que les Jéfuites de Paris i 
où il eft depuis un an, le logent chez eux i 
leur Noviciat , fans doute gratuitement^ Se 
N } pour 



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Ij8; A F-f! A, t 11;» ' •' f , 

pouf le défrayer de la peine quîii prend toirf 
te jours, ^d'aller en Marquas domine il fedit, 
{emer dans toutes les maifoos où il eft reçu, 
toutes les calomnies de «es Pères & les fien- 
nés, contre M. de Luçon, & lire un mifé- 
rable Mémçire, dans lequel il a compilé 
toutes les extravagances que les Jéfuites, donc 
ijeft i'organe, ont imaginées contre ce Prélat. 

La deiobéiflànce opiniâtre des Jéfuites & 
celles qu'ils infpiroient à tous leurs adhérais, fit 
enfin prendre* à M de Luçon le parti que 
fes propres intérêts & ceux de tout fon Dio- 
çèfe, auroient exigé dès le commencemenc 
de fon Eptfcopat. Par fon Ordonnance du 5. 
Février 1756- fignifiée aux Jéfuites le même 
jour, qu'il motiva des révoltes des jéfuite* 
contre fon autorité , & de .tous leurs autres 
fcandales, il ôta aux Supérieur, Directeur, 
Préfet & autres Religieux de fon Séminaire 
tous fes pouvoirs. Il leur défendît d entendre 
en confefïîon lesSétnipariftesôr Ecoliers, tant 
penfîonnajres qu'externes, & tous autres Fi-? 
délesde fon Diocèfe: & après avoir nom-* 
mé d'autres Prêtres pour entendre les. con* 
fellions des Seminariftes &. Ecoliers, &leur 
faire lç$inftru<5c.ions f il fait défcnfes aux Je-* 
fuites d'enfejgner la Théologie , fe réiërvant 
d'y pourvoir : au furpkas il leur laiffe l'exer* 
cice des autres clafles, jufcju'à ce qu'il y eût 
autrement pourvu. 

Voilà un Interdit prononcé dans toutes les 
règles & fuivantles Saints Canons. IJn'cft 
point arbitraire. Les, caufes en font nette* 
fnept exprimées , & xk< nature à être appku-» 

dies 



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iftBs JittriTif Bi Luçon; iff 

iiierde toute l'Eglife. C'eft de cette maniè- 
re que nous venons de voir tous les Jéfuit* 
interdits $ Lisbonne par M. le Cardinal Pa- 
triarche. Il n'eft perionne de bon fens quint 
dife qu'ils l'avoient bien pleinement mérité. 

M. de Verthamon ne s'en tint pas à certc 
Ordonnance. En même tems qu'il puniffoit 
fi jufteraent, il voulut inftruire. Depiiis du 
tems il préparoit une Inftruâions paftorale, 
pour vanger fon Catéchifme de toutes les in- 
fuites & calomnies des Révérends Pères. El- 
je parut en Eté dattée du 29. Juin 175$. 

Cette Inftru&ion eft un chef d'oeuvre d'é- 
loquence, de lumière & d'onffion. La feu* 
lç hiftQire qui y eft faite du Catéchiftne^ é* 
toit capable de couvrir de confufion fes ca~ 
Jornniatours. L'on y faifôk voir que ce Ca- 
téehrfme, compofé avec le plus grand foin 
.par trois des plus faints Evêques de France, 
approuvé par leurs plus illuftres Collègues, 
ce adopté même par quelques-uns, a voit été 
pendant long tems enfeigné dans leurs Dio» 
cèfes, avec un applaudi (Terrien t univerfd, 
avant que les Jéfuitcsy enflent établi lcurem- 
pirc- qu'à Luçon il n'y a voit pas étéenfetgné 
leuleipent pendant la vie de M. de Barillon 
l'un de fes auteurs, mais encore pendant les 
.14. premières années de 1 • Epifcopat de M. de 
Lefcure; que le célèbre M. de Raftignac, 
rflors Grand- Vieaire de Luçon, A. depuis 
Archevêque de Tours, l'avoit vu eûfeîgner 
feul fous fes yeux, fans fe plaindre, & qu'il 
Favoit même hautement approuvé," que c'é- 
tait une impofture du fameux v Capucin Ti- 
N 4 mof 



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*0* A F I k ÏH s 

xnothéc de Lafleche, atteftée par M. de Raî 
ftignac lui-même, & le crédit du Père Tek 
lier Jéfuite Gonfeffeur de Louis XIV. qui 
avoient engagé M. de Lefcure à en donner 
un autre, Tans néanmoins condamner ni reti* 
rer celui de M. de Barillon, qui continus! 
toujours d'être enfcigné par qui le voulut; 
que M. de Buffi Rabutin, en donnant auflt 
yn nouveau Catéchifme , avoit exprefïëtnenc 
déclaré qu'il n'entendait pas fupprimer Usant 
tiennes tnfiruHioHs , au nombre defqueftes lç 
Catéchifme de M. de Barilion était com# 
pris*; gu'en conféquence ce Catéchiftnç 
âvoit toujours été d'ufage dans le Diocèfe, 
& enfcigné par plufieurs des Curés qui tf6* 
toient point élevés des Jéfuites. 

De tout cela M. de Verthamon concluoit 
avec raifon , qu'il étoit évident qu'il n'avfcit 
point innové en faifant réimprimer ce Caré* 
chifme, dont' les premières éditions étoienc 
épuifées, & fur la repréfentation que les Curés 
qui l'enfeignoient lui firent qu'il n'y en avoiç 
plus d'exemplaires ,& qui le luidemandoient, 
comme le plus clair & le plus précis pour la 
mémoire des petits enferis. 

Après ce récit hiftoriqùe, M. de Luçon 
vapgeoit ce précieux Catéchifme de toutes 

les 

* M. de Bufly dit e*preffément dans (on Mande- 
ment, à la tête de ion Catéchifme: „ Nous foinmei 
» bien éloignés de la préfomption de croire que nous 
„ puiffions vous annoncer rien de meilleur» que ce qui 
,, vous a été enfeigné par les grands hommes oui nousf 
„ ont précédés." On laiffe à penfer fur lcçjuçj de fc* 
prédécefleura tomboit le plus cet éloge. 



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«s Jésuites bi Luçow; xof 

les aceufations & calomnies des Jéfuites. Il 
démontroit l'exaétitude & l'ortodoxic de fil 
doctrine fur tous les points, & faifoit voir 
évidemment qu'il n'étoit combattu & déte- 
&é par les Jéfuites, que parce au'il étoit par- 
tout contraire à leurs erreurs Pélagiennesôc à 
leur morale corrompue. 11 eft par contéquent 
très-remarquable que ce n'eft point Ton pro- 
pre ouvrage que M. de Lnçon défend dans 
cette Inft«*6rJon paftoralc ; c eft celui de trois 
grands £vêques,dont la mémoire fera toujours 
en vénération ^c'eft leur do<ârine,& celle de 
tous lesilluftrerPrélats qui l'ont approuvée^ ou 
pour mieux dire, c'eft celle de toute l'Lglife, 
flu'il défendoit contre fes ennemis les plus 
eangereux. 

L'Ordonnancfi du 5. Février 1756. &l'In- 
ftruétion paftorafc qui Ta fui vie , mit le com- 
ble à la colère des jéfuites. L'erreur confondue 
fc tourne toujours en furie. Elle devint enfin 
fi violente à Luçon, qu'il n'y eût plus moyen 
de la fupporter. Il fallut absolument prendre 
le partie de chaffer les Prédicans du Sémi- 
naire. * 

Les Lettres patentes obtenues par k Cardi- 
nal de Richelieu, le 27. Août 161 1. &enrc-, 
gîtrées au Parlement le 7. Septembre 16 12. 
avoient expreffément ordonné que la nomi- 
nation , inftiîution , ou deftitution des Supé* 
rieurs, Directeurs fcj 5 Régens du Séminaire 
de Luçon 7 ensemble, tous les réglemens pour 
la conduite % gouvernement & exercices d'i- 
ne lui , appartiendront à M. de Richelieu , 
fondateur , £5* à fes Succejf'eurs Evéaues , pour ' 
N 5 ttr$ 



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XQX. A * B A X B B 

être ledit Séminaire régi & gouverné \ fui- 
vant ce qui feroit par eux ordonne. 

M. de Colbert en • obtint depuis? de fcm- 
blables, lorfqu'il rétablit ion Séminaire. Les 
Evêquesde Luçon, après lui , avqient tou- 
jours joui de tous les droits portés dans ces 
JUttres patentes. Ce fut en s'appuyant fur leurs 
difpoûtions, qu'en 170 1. M. de Lefcure a- 
voit chafie du Séminaire les dignes Eccléfia- 
ftiques que M. de Barillon y avoit établis, Se 
leur avoit , pour le grand malheur du Diocè- 
fc, fubftitué les Jéfuites. Dans le concordat 
même qu'il avoit fait avec ces Pères, il s'é- 
toit réfervé à fa perfonne & à fes Succef- 
feurs f toute infpeétion & difpofition dudit 
Séminaire y comme Protecteur & premier Su~ 
férieur d'icelui^ ainfi que le Pouvoir dïoter 
U direction Ç53? adminijlration audit Séminai- 
re aux Révérende Pères Jéfuites. Par le 
même concordat il avoit été réglé que PE* 
vêque ferait le maître des matières & de la 
doctrine qui devoit s'enfeigner dans ledit Sé- 
minaire ; qu'il y feroit lire les, livres qu'il 
wudroity qu 9 il feroit le maître abfolu desrè^ 
glemens de la maifon. 

M. de Verthamon , qui fans doute * au- 
tant de pouvoir & d'autorité que M. de Let 
, Cure & fes autres prédeceffcurs, avoit donc 
le droit incontestable d'empêcher les Jéfuites 
d'enfeigner leurs erreurs dans fon Séminaire; 
de leur défendre d'y lire leur Rufambaum, 
leur Pichon , & leurs autres mauvais livres ; 
de leur ordonner de faire apprendre fon Ca- 
téchifme , & delirefcslnftru&ions paftorales; 

& 



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»S$ JCSVITES DE L*7ÇON. 10$ 

16c en x:âs de défobéiflance fur tous ces chef», 
il avoit le même droit de leur défendre d'en* 
feigner la Théologie, de tenir les autres clafi 
[es & de les congédier, s'ils perféveroient 
dans leur révolte & dans les fcandales qu'ils 
ne ceflbiçnt de caufer dans tout fon Diocèfe* 
Tout cela eft contenu dans les Lettres patentes 
obtenues par Meflieurs de Richelieu & de 
Colbert, & dans le concordat de 1701. il 
faudrait s'aveugler exprès pour ne l'y pas voir* 
M. l'Evêque de Luçon pouvoit d'autant 
plus facilement renvoyer les Jéfuites de foa 
Séminaire, que la Maifon ni les bâtimensne 
leur appartenoient pas. Dans le concerrdat de 
1701. ils font affimilés à de (impies Loca* 
taures, & n'y font obligés qu'aux réparations 
locatives. Cette maifon & ces bâtimens ap- 
partiennent à l'Evêque Se à la Chambre ce* 
eléfiaftique du Diocèfe; les Jéfuites n'y pofTe* 
dent rien; ils n'avoient que des penfions de 
300. livres; par. tête, qui leur étoient payé» 
par la Chambre eccléfiaflâque. Ils étoient 
dans le Diocèfe des étrangers qui y étoient 
logés précairement, & gages pour y faire le 
fervice du Séminaire, précifement furie me* 
me pied que Pétoient avant eux les Eccléûa* 
ftiques xhiafles par M. de Lefcure; ils n'y 
avoient pas plus de droit, & nç pouvoient jjr 
demeurer qu autant qu'il plairok à M. l'Eve* 
que de leur laiflèr le foin du grand Séminai- 
re & du petit où fe forme la jeuneffe pour 
l'état EcCléûaftique, & qui n'a porté le nom 
de Collège que par ce qu'il a plû aux Jefui- 
fukes de le lui donner; ainfi, ce que nous 

allons 



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i04 Affaire 

flUons raconter fera lTiiftoire du combat 6c dé 
la rébellion la plut opiniâtre contre l'autorité 
légitime. 

Le 12. Oâobrc 1756. M. PEvêquede Luçon 
fetranfponaà Ton Séminaire avec le Senecbal 
de Luçon & le Greffier de ce Juge. Après a- 
voir tait a&mbler les Jéfuites avec le P. 
Michelin leur Supérieur, il leur déclara au'il 
venoit prendre lui-même la conduite & 1 ad- 
miflxation de fon grand & petit Séminaire ; 
qu'il avok choifi d'autres Sujets pour enfeig- 
ner dans l'un & dans l'autre; qu'à remercioit 
ces Pères de leurs fervices, & qu'ils euffenc 
à prendre leurs arrangemens pour céder la 
place aux nouveaux Directeurs 8c ProfeA- 
îèurs. Le P. Michelin, qui dès ce moment 
ceflbit d'être Supérieur du Séminaire, demanda 
du tems pour répondre. Le Sénechaldrefla fur 
le champion Procès- Verbal des dires refpeâiff. 

Le même jour M. du Luçon fit fignifier 
par exploit au P. Michelin, tant pour lui 
que pour Tes Confrères, qu'il leur accordoit 
un délai de quinzaine pour Te retirer, avec 
affignation devant les juges de Fontenay-le- 
Comte, pour voir déclarer le congé bon Se 
valable. 

Dès ce moment le P. Michelin , qui n'é- 
toit plus Supérieur, s'empara de toutes les 
clefs du Séminaire & des clafles , 6c fe ren- 
dit le maître abfolu de tous les appartemens, 
à Pexceptionr de celui que l'Evêque vouloit 
habiter en perfonne, & que le P. Michelin 
rédiiifit à l'étroit le plus qu'il lui fut poffible. 
11 lui refiifa les chambres & les autres appar* 

te* 



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• ES JlfUXTBS Dl LUC ON. ItfJ* 

i&mens donc il lui étoit bien difficile de Ce 
paflèrj la cuifinc, le réfedfcoire, les cham- 
bres des Séminariftes, couc fut fermé. 

Les Jéfiiites fe préparèrent de cette miniè- 
re à foutenir un fiege; ils tentèrent néan- 
moins de furprcndie le Prélat par une vojd 
<Je conciliation, qui dépeint fenCWernent leur 
cara&ere. Leur Provincial vint avec le P. 
Michelin faire viûœ à M. de Luçon- il le 
iupplia de rendre fes bonnes grâces à fes 
Confrères en lui promettant qu'ils enfeigne- 
roient fon Catéchifine. Qu'il leur foit per- 
mis , difoit-il , d y ajouter feulement pour la 
forme quelques petits mots d'explication, dt* 
moins dans les commencemens ; après cela 
ils iront leur train. M. de Luçon vit le 
piège, & n'eut garde d'y donner * il répon- 
dit au Provincial qu'il ignoroit apparemment 
que Ces Confrères avoient publié par-tout que 
cétoit un péché mortel d'enfeigner , de lire 
& de retenir ce Catéchifine, & qu'ils s'é- 
toient fait un devoir de refufer l'aMblution 
à toutes les personnes oui ne youloient pas 
fe conformer à cette decifion f que par une 
fuite de leur zèle contre ce Catéchifine , qu'ils 
promettent aujourdbui d'enfcigner, ilsétoient 
allés dans toutes les maiibns l'arracher des 
mains du peuple , en le décriant comme un 
ouvrage pfeirç d'erreurs & d*iropiétés. Quel- 
le apparence, ajouta-t-il, de concilier avec 
une pareille conduite la parole qu'ils donnent 
de l'enfeigner ! Veulent-ils que l'ondife que, 
pour leurs intérêts, ils font toujours prêts à 
jfe jouer de U Religion, 

Des 



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%o6 Affaire 

Des repréfefttations fi frappante* n'empé* 
cherent pas le P. Michelin lui-même , ce 
fougueux Jefuite, qui s'étoit violemment dé* 
chaîné contre le Catéchifme, de répéter le 
difcours & la promefle de ion Provincial en 
préfence de M PEvêquc & de plufieurs per- 
fonnes , un jour que ron dreflbit un Procès- 
verbal dont on parlera ci -après: il offrit à 
M. de Luçon que s'il vouloit mettre fin à 
tout & oublier le pafle, tes Confrères enfei- 
gneroient le Catéchifme, moyennant quel* 
ques petits mots qu'ils y ajouteraient pendant 
vin tems feulement. Mais le Prélat perfirta 
dans la réponfe qu'il avoit faite au P. Pro- 
vincial. 

Le délai donné aux Jéfuites pour fe retirer; 
n'empêchoit pas qu'ils neduffent laiffer libre» 
les claflès & les chambres deftinées au loge- 
ment des Séminariftes & des Penfionnaires. Le 
tems prcflbit, parce que les exercices ordinal 
res alloient recommencer. 11 étoit d'ailleurs 
néceflaire de conftater, avant la fortie des Jé- 
fuites, l'état dçs lieux, & de faire l'inventai- 
re des meubles & effets qui appartenoient au 
Séminaire, & que les Jéfuites y dévoient lait- 
fer, en exécution du concordat de 1701. 

Mais le Père Michelin & {es Confrères a- 
voient bien d'autres vues : leur parti étoit prit 
de ne pas fortir du Séminaire, & d'y conti- 
nuer leurs fondions malgré l'Evêque^ôc pour 
s'y maintenir, ils étoient réfolus de fe porter 
aux dernières extrémités. 

M. de Luçon fut donc obligé de recourir 
& l'autorité de la Jufticfc II rcquk, le *tf* 



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»bs Jb suites de Luc on; 16$ 

Oâobre, le tranfport du Juge au Séminaire," 
pour s'en faire mettre en poffeffion, en con* 
ftater l'état fie feirç dreflër l'inventaire. Le* 
Jéfuites s'oppoferent à tout, & le Juge eu 
dreflà fon Procès-verbal. 

Le même jour ils firent fignifier au Prélat 
une évocation au Grand-Confeil, du congé 
qu'il leur avôit donné, avec affignation en ce 
Tribunal; 6c en même tems ils firent faiûr 
entre les mains du Receveur de la Chambre 
eccléfiaftique & de tous les Fermiers, toutes 
les penfions quidevoieut être payées auxnou* 
veaux Profeffeurs. 

Leur évocation , qui n'avoit que le congé 
pour objet, n'ayant aucun rapport aux exer- 
cices du grand & petit Séminaire , le Prélat 
obtint du Lieutenant-Général de Fontenay-le- 
Comte une Ordonnance portant permiffiou 
de faire ouvrir les portes des chambres fie des 
claffes , que les Jéfuites tenoient fermées. 
Mais cette Ordonnance n'eut d'autre effet de 
leur part, qu'une rébellion à Juftice, dont 
THuiffier dreflà fon Procès-verbal le 20 O- 
âobre. 

Cet Huiffier avoit amené avec lui le Ser- 
rurier nommé par le Juge, pour faire l'ou^ 
verture des portes. Le P. Michelin défendit 
à cet Ouvrier d'approcher. Il étôic à la tête 
d'un bataillon de Jéfuites, qu'il avoit fait ve- 
nir de divers endroits , au nombre de plus 
de vingt, grands 6c robuftes, qui lui fer- 
yoient d'efeorte, ôc aui étoient préparés aux 
voies de. fait, s'il en etoit befoin. Entre Ceà 
braves Pères, il y en avoit un d'une taille 

gigan-r 



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loX A FF A I * S 

gigamefque & d'une mine afTreufè, qui s*e- 
tantadoffé aune porte, défia le Serrurier 
d'approcher , & lui cria, d'qne voix terrible, 
que s'il l'ofoit, il te ferait pendre. Le pau- 
vre Serrurier, faifi d'effroi , prit la fuite; 
& l'Ordonnance du Juge demeura fans exécu- 
tion. 

Cette révolte, dont le fcandale augmentoit 
tous les jours, obligea M. de Luçon à faire 
détente aux Jéfuites de s'immifcer dans fa 
conduite & direction du Séminaire, enfem- 
bie de dire la Meflè, & de faire aucunes 
fondions Eccléfiaftiqucs dans fou Diocèfe. 
Ce fut par une Ordonnance datée du ai 
Oûobre 1756. Les Chanoines de la Cate- 
drale, toujours tendrement couchés de ht 
difgracc de leurs chers Maîtres, les en dé- 
dommagcrent , autant qu'il étoit en leur pou- 
voir, en les invitant à venir entendre la Meflè 
dans leur Eglife. Ils ordonnèrent même à 
leur Sacriftain de donner des écoles à ces bons 
Pères, qui, pour émouvoir le peuple, defi- 
joient d'y communier avec oftentation. Ce 
même Chapitre avoit accueilli avec une 
affeâion auffi touchante les Filles (dePUnion- 
Chrétienne, dont M. de Luçon avoit auffi 
interdit la ÇLrodle, pour les punir de leur 
révolte. Le Jubé de la Catédrak leur foc 
affigné , aân d'y entendre les feints Offices. 
Cependant les Seminariftes & les Ecoliers 
arrivoient chaque jour. Le teins étoit venu de 
rouvrir les clafles, & de recommencer les 
exercices. Le Séminaire fe rempliflbit auffi 
tous les jours de Jeïuites les plus vcriés dans hi 

cbi- 



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©esJes-uites i>e Lu ç o n: aop, 

chicané, que le P. .Michelin faiibit venir de 
tous côtés pour lui fervir de renfort. Il y oc-, 
cupoit des troupes de Serruriers & autres Ou- 
vriers à faire de nouvelles ferrures ^ à changer 
les anciennes 9 à barricader les portes ; enfin 
*1 y attroupoit le jour & la nuit dès Manans 
de toute efpece, pour donner de la terreur 
& l'Evêque , aux Écoliers & à leurs nouveaux 
Maîtres. L'on remarque dans ce teras une 
menace bien finguliere qu'ils firent aux Ecor 
îicrs, vers le milieu de Décembre 1756*. 
Trois ou quatre Jéfuites s'étoient maintenus 
dans le dortoir des Ecoliers, malgré eut: les 
Ecoliers voulurent les eh déloger, & lesobli- 
-ger d'aller avec leurs autres Confrères logés à 
part. Ces Jéfuites leur, dirent; Mejfieurs , 
-Mejfîeurs, dans trois fsmaines mus nous 
laijjerez paffer - .librement , & vous aurez 
fins de refpeéi pour nous. Huit jours après 
•ils fixèrent leur prophétie à quinxe jours, & 
ils ajoutèrent qu'alors les Ecolier* feraient 
, bien heureux, files Pères vouloient les fouf- 
.frir dans le Séminaire. Les Ur(bHne$, diri- 
-gées par les Jéfuites, tenoient les mêmes pro- 
-pos, & faifoient les mçmes menaces à leurs 
•Soeurs fbumifes à M. de Luçon. On crut a- 
lors que ces menaces avoient pour objet un 
, Arrêt d'évocation au Confeil. Quoiqu'il en ; 
. foit des vues particulières qu'ils pouvpieot a- 

- voir, les trois femaines.expirées, ces Pères, n'en 

- devinrent pas plus tranquilles. Depuis qçe AI. 

de 

* E dit orh, Cèioït tnviron 3. ftmaîncV avant lr f M 
Janvier. ■ i. . 

O 



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*i<r ArriUi 

de Luçon les eut remerciés, il ne fe pafla 
prefquc aucun jour qu'il n'arriva quelque fee* 
ne tamukueufe.Nous nous contenterons d'en 
rapporter deux, qui ont été juridiquement 
£onftatées,&qùi iuffiront pour faire voirl'é* 
tac où lesjéfutees ont réduit cette nation pen» 
dant plus de iî . mois. 

• 1* a,. Novembre 1756. M. de faucon ci- 
tant dans fon appartenant au Séminaire, ap- 
prit qu'on Serrurier , nommé Richer, charth 
geoit la ferrure de la porte d'une gallerie baf- 
fe, qui conduifoit à la claflè de Théologie :' 
Je Prélat defcendfc, & demanda au Serrurier: 

3ui lui avoit donné l'ordre de travailler ainfi 
ans fon Séminaire (ans fa permiffion? L'in* 
folent ouvrier, fins fe découvrir, répondit 
fièrement : qu'il avoit des ordres. Le P. Mi- 
chelin parut dans le moment, & dit au Pré- 
lat: que c'étoit par fon ordre que IcSerruricr 
travaitloit ; % l'il écoit le Supérieur , & le mai- 
are de faire dans le Séminaire tout ce qu'il 
lui plaifoic. Le Prélat, fans M répondre, 
voulut encrer dans la gallerie: dans liftant 
le jéfaitefe met fur la porte ^ la face tour- 
née contre r£vêque r & lui appuie vivement 
les deux poings fur tfèftômach, en lui criant: 
Vous, ti entrerez, fas. A ces cris accourent 
grand nombre de Jéfafces & de Manant 
Cette indigne cohue ne déçoit pas attroupée 
pour refpeâer la dignité cpifcopale. Le Jés- 
uite Mkfoclin, fier de fe voir fi bien efeor- 
té, prend PEvêque par le bras, le fecoue, 
le repouflfc & relpiMèj Sç le Frerç Viole- 
seau, voyant le Prctôt qui fe rctiroit* pour 



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dis Jestu;m tt* Lvçoh. *** 

lie plus ft comptofiiettre, lui cria par éerrie- 
10: AUçz 5 w** A« un ittfilcHt & ** #*f* 
pruneau Tous ces faits font confiâtes par 
une information qu'ordonna le Lieutenant-» 
eriminei de Fontcnay-le-Comre , ft*r 1$ plainte 
4eM. dcLuçàn. Le Juge décréta MteWid* 
Yioleteau & Ricber; les deux premiers , le* 
plus^ coupables y mais tes plu? cr^ts, d'af» 
Ugnés poqr être oqis, & te Serrurier ,dV» 
JQurnemeru per(pnnel Sur l'Appel, que les 
Jéfuites ont fait interjeter à celui-ci, le procès 
eft à la Tournelle, pu il eft encore Indécis. 
La féconde (cène ferqfe cfcyfnqa bien plut 
(érieufe, fans la fageflç M. de Luçoti, de* 
nouveaux Profeflbyrs & des Ecoliers; voici 
ce qui y donna lîe^. 

Les Jéfuites p'ayaaç pas, wmIu cé<ter à l'au- 
torité de l'Ev&we & de la Juftkœ, pour 
?tetcre $n poffciîîpn des çlaflès les nouveaux 
rofeflieur* & tes Ecoliers, M. deLuçon fut 
obtfpté ^e Je? retirer dans fou appaFtewnt,, 
§c oan* quelques chambres qui en dépendent* 
Qn était réduit à y faire ^ avec beaucoup 
^iôqoxppaodîtéa, te* édifices du Séuaiflaire 
$ç 4es enfles. 

Dans ces circonftanccs, quelques Ecoliers 
4frRheW<we sq^ntt|Q^fv4 mqiyeni dç s'intro- 
duire daos fetir c}aÛe ordinaire, il? en àver* 
rirçot leu/ Profeffeur , qyiy vint faire facfof» 
fc. LfilejMeipain ils en trouveront la por<^ 
fetmée, Iqi Jéfvtftcp i'^voient barricadés pa* 
derrierç ^vec 4*gto(ï«s pierre§$c des bûches* 
Cette jeyoçiTe irritée ajipit tout çpfpnœr &. 
forcée fc jfrriil&tj» les no^x^ux fôfg&Ws 



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ne leur avoient rapèllé les défenfes faitâ 
par M. de Luçon, d'ufer d'aucune voie de 
fait, ni d'inquiéter en rfen les Jéfuites, fous 
peine d'être chafles du Séminaire. 

Ces Pères, qui favent tirer parti de rôtit, 
iàifireht cette occafion pour faire naître quel- 
que nouvel incident. IÎ leur plût d'imaginer 
que les Ecoliers -, qui ne penfoienr à rieiï 
moins, avoient complotté de les infulter & 
de les attaquer eux-mêmes la nuit fuivante. 
Cette fable miférable court auffi-tôt toute la 
Ville. Ils y débitent , avec une frayeur aflfe- 
ôée, le prétendu complot, & font accroire 
qu'ils font dans le plus grand danger. Leurs 
amis prennent feu , les exhortent à fe précau^ 
tionner , & leur offrent même leurs domefti* 
quespour les garder. Leurs dévotes, encore 
plus émues, follicitent & engagent des Ma- 
mns à venir paffer la nuit au Séminaire, pour 
défendre les bons Pères contre la violence de 
ces miférabies Ecoliers , qui dévoient, difoient- 
clles, cette nuit même les égorger* On- pro- 
met à chacun de ces Manans tm écii de fix 
livres pour fa nuit, & ôh leur fait bien va- 
loir à tous le mérite de combattre pour la 
Religion. 

M. l'Evêque informé , Gif fes dix heure* 
du foir, que tout étoic en confufion dans la 
xnaîfon, Ôc qu'elle étoit remplie d'une foule 
de gens armés de bâtons ferrés, 4e fourches 
Se de fu(ils, fentit bien que le but des JT&- 
fuites étoit de faire un éclat , & d'enga- 
ger un combar entre les Manans fie les Se- 
minariftcjt Pour le prévenir, il donna à 

ceux-» 



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des Jésuites de Luçon. 215 

çeuTt-çi des ordres bien exprès de Te retirer 
chacun dans fa chambre & de fe coucher* 
Il en chargeât néanmoins quelques-uns des 
plus fages de veiller en filence & de prendre 
garde à tout , pour être en état d'avertir en 
cas de quelque entreprife. Il leur recoov- 
manda aufli de faire en forte le matin d'en 
faifir quelques-uns; mais ils ne purent en aff- 
réter qu'un feul , que le Juge fit conduire en 
prifon , où il avoua tout ce qu'on vient de 
raconter. Plainte en conféquence de la parc 
du Miniftere public, information, defeente 
au Séminaire par les Officiers de ia Juftice ? 
procédures qui opt mis dans le plus grand 
jour, que les Jçfuites étoient les feuls Au* 
teurs de ce tumulte. 

C'eft encore à i'inftigation de ces Pere$ 
que quelques Chanoines fe font avifés d'écri- 
re le 18 Mars de cettç année 1758 , fous le 
nom du Chapitre dont ils font membres, à 
tous les Chapitres des Eglifes Catéd raies du; 
Royaume, une Lettre circulaire pleine dç 
menfbpgés 8ç de calomnies contre M. de Lu* 
çon , ibu* prétexte de leur demander confdl 
ôc fecours contre les prétendues perfécutions 
de ce Prélat. Le Chapitre n'eut aucune con- 
noiflànce de cette Lettre , & il n'y en a mê- 
me aucun veftige fur les regiftres. Eh ! quel 
fujet cette Compagnie pourroit-elle avoir de 
fe plaindre de M. TEvçque, qui ne lui de- 
mande rien, & qui n'a rien plus à cœur 
que de vivre en f paix avec elle? Mais inter- 
dire les Jéluites & les congédier , t*eft arra- 
cher Tame à Meffieurs Gaborit, Apgibauît t 
O3 Def* 



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*!* AtfktAt 

Drfcteridrt, <k à tctë* tel Éftfes Shaffipfc» 
de li Société. 

M, 4e h Corée Evêque de Saintes a eu k 
complaifcficc d f cn augmenter le nombre. Ce 
Prélat plein de fcèlfc pour les Jéfiiitesfes Idoles* 
«'efforça dé fkire entrer M. de Jarente pouf 
lors Evêque de Digne, dans la confpiration. 
Nous rapprenons d'une Lettre du a Odobré 
tppareimnent de Tannée dernière 1757, écri* 
te par le Jéfuite Lacombe, du Collège de 
Fontcnay, au Père Bifoteau Procureur de 
ceux de Luçon , & qui ayant été égarée, fut 
retnife ï M. de Verthanaon, après qu'on en 
eût tiré des copies, dont il en eft venu une 
jufqu'à nous, exactement tranferite fur Tori* 
pinal Voici ce que le Père Lacombe y di* 
Oit à fon Confrère: 

' „ Mon cher Collègue, fur ce que j'avoi* 
>, appris que M. de Digne avoif écrit à i'E- 
*> vêque de Saintes/ pour lui demander des 
j, moyens d'attaquer efficacement î'Evcque 
,, de Luçon , fans biçflfcr fa dignité , il ajou- 
i, toit : je n'ai rien trouvé danis les Mémoires 
^ de M. le Çardinalde la Rochefoucauld, 
j, contre M. l'Evcque de Luçon, qui meri- 
,1 tât une exécution militaire ^ flétrijfattte. 

„ Après avoir conferç de ce que deflùs a- 
v vec M. de la Coudraie (a) , 4 m'engagea 
iy d'écrire au Révérend Père Moûbet , afin 
3> qu'il propofât à l'Evêque de Saintes les 

„ moyens 

(*) Ce M. de la Coudraie et mari de cette femme 
fanatique, comme lui, dont il cft parlé ci- deflùs , à 
l'ecçihon de la révolte de» UtfiiUnes difcole*. 



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Des JsspiTiKft de Luçoh. B15 

£ moyen* fuivans .... que M» de Dtene e- 
„ criroit à TE vaque de Lucon, pour lui dé- 
*, fendre d'empêcher les Jefoites d'errfcigner 
9f k Philofophie & les Humanités dans foa 
t , Séminaire , jutqu'à ce que Sa Majefté fut 
*, plus amplement inftruitc. Lettre de ca+ 
py chet pour Meflieurs Coutin & Aliénée (£) f 
„ pour les envoyer le premier à Fpntenay, 
^ & le fécond à S. Jean d'Angely, leur pa- 
\$ trie. Voilà tout* 

„ Ma Lettre arriva à Saintes en même tem* 
„ que le P. Moubet, qui à fa première vifice 
p } la communiqua à M.rEvêque, qui lui dit: 
f > jf' ai tue la mime idée, & je l'ai écrit 
l, mot potyr mot à l'Eviquc de Digne ? je 
yy ne fais point encore itl profitera de mon 

» Jp reçus hier réponfc du P. Moubec ., 
^ qui m'écrit tout ce que deffus», J'ai cru de- 
» vpir vous en foire part, par une vpiefûre. 

„ M. <k la Goudraje me dit t en partant 
» pour les Moulieres > qu'il iroit àLuçoncec- 
)f te femabe. Il tn'a demandé le Frère Vio- 
^, leteau, qui ira vous voir mercredi pro- 
„ chain* Tout à vous, fans autre compli- 
^, ment. (Signé) Lacombe. Jéfuite." 

I>s demandes de Monfieur l'Evêque de 
Saintes auprès de Monfieur de Jarente, qui 
.a trouvé dans fon équité les plus juftes mo- 
tifs de ne pas profiter des avis de ce Prélat, 
n'ont eu aautre effet que d'augmenter le re- 
grec 

(h) Le premier eft Grand «Vicaire» Bêle fécond Se* 
etettite 4c A! 4* Urçon. " ';■*'. 

o 4 



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gret qu'ont les Jéfuites & leurs amis de la 
riiort de M. de Mirépoix. Un mot leurfai- 
(bit alors obtenir (ans peipe des exécution* 
militaires &~fl/trijfantes. C'étoit depuis 
lông-tems le fort qu'ils a voient deftiné à M, 
l'Evêque de Luçon. Mais ne pouvant plus 
fê les procurer par la voie d'une autorité fu-.. 
périeuïe , ils Ce voient réduits à les tenter par. 
eux-mêmes , ainfi qu*on la vu dans le fcan«5 
daleux tumulte de la nuit du id.-aîi 17. Fé- 
vrier. 

Cette fcene ne fut, pour ainfi dire;, quels 
prélude d'une infinité d'autres infuites quo 
M. de Liuçon a eu à fouflFrir de la part des 
Jéfuites , qui au moyen du congé évoqué au 
G and-Confeil , fe font maintenus dans ce 
Séminaire malgré le Prélat , jufqu'au mois dç 
.mai de bette année. Obligé de demeurer avec 
eux dans fon propre Séminaire, combien de 
fois a-t-il ei| fujet de dire : habitavi cum har 
biiantibUs Cedar, cum his qui oderunt pacem! 
11$ lui ont toujours refufe Pufagedela cuifine, 
& des endroits les plus néceflaires de la mal- 
ton. Ils ont écrit de tous côtés , pour em«? 
pêcher qu'on envoyât des Penfionnaires & 
des Ecoliers à fon petit Séminaire. Ils ont dé- 
couragé les Profefleurs; & ont même été 
jufqu'à débaucher Çqs domeftiques. Ils fefonc 
toujours dits feuls Supérieurs, Direâeurs ôç 
Adminiftrateurs de fon Séminaire. 

Irrités enfin de ce que les Officiers de la 
Juftice de Luçon avoient fait ouvrir le 3. No- 
veriibre toutes Jes ; claffrs du grand &du pe- 
tit Séminaire, & en avojein remis M* TEvi- 

que 



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des Jésuites pe Luçon. i\f 

que fm^Q fftff\on , ils (eurent le front de fài# 
rç figniher au principal Juge de la Ville, Jç 
7. Novembre fuivant, un a£te dans lequel 
ils traitoient à? attentat ion Ordonnance j ils 
s?y difoient chargés, privativement à tous au? 
très, de l'exercice des claffe?; ilsavoient 1? 
folie de dire qu'/7 était indifférent au bien 
publient cet exercice fût fait par eux 09 
par des étrangers à leur e^clufion j ils trou- 
yoient d'autant plus mauvais l'attentat dajur 
ge d'avoir fait ouvrir les portes des claflès, 
qu'ils avoient tenues barricadées pendant Tan- 
née toute entière, qu'/7 n'y avoit point de 
refus de leur part d'ouvrir lefdites claffes 
& d'y faire l'exercice public ; çrç çonfé- 
ouence ils jugeoient cette ^çoqduite des 
Officiers de Juftice blâmable en tous points 3 
& proteftoient de fe pourvoir au Grand Con* 
feil contre eux , même par voie de prife 9 
partie, & à fin de dommages ^ intérêts,. 
Enfin ils déclaraient qu'ils étoient prêts, 
comme autrefois , de faire & continuer l'exer- 
cice des claffes dudit Collège, comme dp 
fait , ajoutoient-ils , ils continuer oient la pr{- 
fente année ^ jufqu'à ce qu'il en fût autre* 
ment ordonné par Njjjeignçurs du Grand 
Confeil. ■ 

En exécution de ce beau deflein , qui étoit 
pne révolte formelle contre l'autorité de la 
juftice & celle de M. l'Evêque de Luçon, 
malgré lequel ils vouloient continuer de cor- 
rompre , par leurs enfeignemens , la foi §c 
les îêntimens des jeunes Eccléfiaftiques Se 
autres ' Ecpliers de fop Séminaire, leur Peçe 
O î Mi. 



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%tt A F * A I R * 

fAidhtlin fit te tendettoato S. Novembre un 
fcouvel àâe plus extravagant encore que ce* 
toi de te veille. 

Lt R. P. Michelin y Prêtre y Religieux 
lie la Compagnie de Jefus (ce font les titre» 
*ju'il le donne au mépris de l'EVéque quiPa'- 
iroit deftitué) amede avec lui un Huiffier au 
Séminaire, où étant, dit cetHuiffiet, foto 

R. P. Michelin nous à requis de Vaecompa* 
gnet dans toutes les claffes du Collège audit 
djuçon, peur lui donner aéte de PinltallatioU 
qu'il y veut faire de Profefeurs Çf? Régews 
hour le maintien de fes droits* Gette inftal- 
lasion ridicule 8c imaginaire ft é% efle&ive- 
tnent, mais feulement à la porte des claflès 
*âuellement tenues par les nouveaux Profe*» 
leurs & Régens, contre lefquels die fot fui- 
vie de proreftations auffi dépourvues de fera 
& de raifon. 

Ges Pères ftifoient fefvir à leur deflein de 
fe maintenir dans le Séminaire de Luçon , 
toutes les rufes & les fiibtilités de lachicartne. 
^us le nom du Serrurier Richer, ils obtin- 
rent? au commencement de cette année, un 
Arrêt qui les reçut Appellans du décret d'ajour- 
nement perfonnel , prbnqncé par le Juge ^e 
Luçon, quoique M. de Vetïhamon n'eut pis 
deflein de fuivre cette procédure. Get Arrêt 
leur donna lieu d'introduire au Gonfeil d'Etat 
une inftance en règlement de Juges, fous 
prétexte que l'affaire de Richer,dont la Tour- 
nellc étoic faifie par fon Appel étoit éorinexe 
avec cd'c qu'ils avoienr évoquée ait Grand 
-iJonieii. Ils d'péroienc que, parle moyen de 

cette 



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*e$ jisgfvcsx* Lûço»; aty 

tottê iftftmce en règlement déjuges, qulla 
éptfrptbient faire diiftr auffi longtcim qu'il! 
fc voudraient, le Grand Confeil ne pourrait 
juger l'inftance en Congé f & qu'ainfi ita au- 
ipient la fctisftûioù de pcrf&uter encote 
gejidant des années M, de Lugoft dam foi* 
Sémiotir^ en y demeurant logés avec 1m! SC 
toalgrélui. 

L'incident auquel ils avôiem donné lieu ert 
foutenant que le Grand Confeil ne pouvoir 
rien décider fur l'inftanct en congé, tafttqa* 
dureroit l'inftance en règlement déjuges, dot* 
na lieu I une plaidoirie comradhâoire fie fo* 
Iemnelk, fur laquelle intervint au milieu des 
acclamations fie des applaudiffemens de toute 
l'audience, l'Arrêt du aa Avril de la préfente 
innée, par kquellt il fut ordonné aux Jéfuites 
de plaider à la huitaine fur l'audience en congé. 

Cet Arrêt fi jufte 5c fi digne du Tribunal 
qui la rendu , à tellement déconcerté ces Pe* 
Us, ou'ils n'ont ofé stapofer à Tairont d'un 
fécond , qui auroit confommé leur honte 6c 
féur défaite, en déclarant folêmnellcment bon 
& valable le congé que M. de Luçon leur a 
dbnpé. Ils favoient parfaitement qu'ils ne 
pouvoient éviter cette condamnation. Us ont 
mieux aimé la laitier prononcer par défaut. 

Le Père Michelin vint auffi-tot après, dé- 
clarer à M. de Luçon qu'il n'y voûtait point 
former dVtopofition, mais en même temps H 
ajoute quV/ n* avait point repu d'trdre defes 
Supérieurs à cet égard y Çfj 5 q ifit frémit fur 
Ikt cette démarche. L'on entend ce que fi' 
gnifie ce langage dans la bouche d'un Jéfuite* 

Lq 



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txo A r F a i M 

Le P, Michelin vouloir ne pas commettre fea 
Supérieurs, & leur laiflèr toute liberté delç 
défavouer. C'éft ce qui a obligé M. de Lu- 
cou de faire fignifier cer Arrêt. Cette formar 
lité étoit indifpenfabie. Ce qui n'a laiffé au- 
cun lieu d'en douter , c'eft qu'il n'a pas été 
poffible à M. de L^çon de faire conftater. 
juridiquement avec ces Pères & la Chambn^ 
Ec.cléûaitique l'état des lieux, &c de faire 
l'inventaire en règle des meubles & effets. lis. 
éroient bien éloignés de fev prêter à ces for- 
mes, puifqu'il eft certain qu'ils ont' emporté! 
furtivement & de nuit tous les meubles & ef? 
fcts qu ? il leur a plu, fans avoir voulu rien é- 
crirc ni figner. Gaborit ce Syndic de Ja 
Chambre Eccléfiaftiquequi leur eft fi dévoue. 
avec tous (es Confrères , leur a laiffé faire, 
tout ce qu'ils ont voulu, Ans vouloir, en^ 
aucune manière, ieconder M. de Luçondans 
les mefures qu'il étoit néceffaire % de prendre, 
pour le bien du Séminaire. Si l'on eut fuivi 
les règles, les Jéfuites n'en au» oient pas été 
quittes pour dix mille livres % mais Gaborit 
leur a laiffé emporter pour plus de 7000 liv. 
d'effets qui appartenoient au Séminaire. IL a . 
de tout fon pouvoir favorifé leur fortie fans 
état en forme, fans Procès-verbal, fans in- 
ventaire légitime , ni recolement d'effets. Il 
ne s'eft nullement rois en peine de ce qu'ils , 
l^iffoient le Séminaire dans un défordre affreux. 
Mais enfin ils n'y font plus, & les peines 
qu'ils ont fait à M. de Luçon avant leur for- 
tie, les ravages qu'ils ont caufé dans fan 
Diocèfe pendant ^ous le çems qu'ils y ont 



re> 



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des Jesûitïs de Lùçon. ait 

régné, les combats enfin qu'il a fallu cfluyer 
pour l'en délivrée , doivent * apprendre pour 
toujoutsaux Evêques le caraôere decesbom- 
tries terribles, & à quoi l'on Vexpofe quand 
: on leur laide établir leur domination. 
; Ce oui fe paflè a&ueliement dans PAtoéri- 
que méridionnale de la part de ces Religieux 
eti eft une preuve notoire, que tout PUni- 
Vers connoîc. Â force de calomnies qui fonc 
horreur, & de déclamations hypocrites, ils 
font venus à bout d ? infpirer aux habitans de 
ces Païs, une haine furieufe contre les Efpt- 
gnols & les Portugais, & de les foulever con- 
tre leurs Souverains, à qui-, Vêtant mis à la 
tête de Ces rébelles, ils font une guerre dé- 
clarée/ C*eft par de femblabies calomnies 
qu'ils ont ruiné les Miflîons de la Chine; 
exciré de cruelles perfécutions contre les bons 
Millionnaires & Vicaires Àpoftoliaues, & 
qu'ils ont empêché l'exécution des Bulles des 
Papes qni Condamnaient leur connivence 
aux pratiques idolâtres de leurs nouveaux 
Chrétiens. Mais fan» aller fi loin , à quel é- 
tat n'ônt-ils pas réduit PEglife de France par 
les calomnies & les menfoftges de toutes eP» 
peces, qu'ils ne ceflent depuis plus de cent 
ans de débiter contre les plus honnêtes gens 
de tout état. Ils rfont épargnés ni Evêques, 
ni Magiftrats, ni Dofteurs. L'impudeme 
fable de Bourg-Fontaine & tant d'autres im- 
poftures, dont ils font les auteurs & qu'ils ne 
ceflènt de renouveller tous les jours, font 
voir de quoi ils font capables. 
» Votre Société , leur difoit en 1644. ru* 

nii 



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9?t AtFUH 

v nfcerfité 4e Paris, votre Société femhle 
^ avoir entrepris de remplir TEgifc & L'Etat 
^ 4e confufion & de trouble. Il ftuç que 
* vous aye* oflfenfé toutes fortes de perfaa- 
„ nés, puifque des perfonnes de toutes fortç* 
^ de conditions fe plaignent de vous ,, & 
*, qu'une averfion G pubhûue (bit fondée fur 
,* une caqfe univerfelie, En effet ce ne font 
„ pas des horimes chimériques gui déclarent 
„ la guerre à la Hiérarchie, qui perfécutent 
^ les Ev&jues, qui écrivent des libelles fc- 
^ dàtieux contre les Rois>qui traitent d'héréri- 
^ ques les plus religieux Parlements qui veulent 
^ £tre les arbitres fouverains des doutes & de 
.,, la doftrine, oui veulent anéantir toutes les 
u Univerfités chrétiennes f qui entjeticnneqc 
f> les Grands par des Batteries baffes,, 8ç ou- 
», tragpnt le^ petits par de hautes violence^ 
t> oui haïflenc gratuitement les gens de bien, 
u & ne mettent des bornes i leur haine 9 que 
.,, par la ruine erïtiere de ceux qu'Us orjtper- 
^ fécutés. Ceux, disje, qui çerfécyjeot 1er 
^ inonde par ces indignes a&ions, ne font 
m pas des hommes chimériques, & des&n- 
^ tomes irjwçaaires, c $ fi*t de véritables 
zn Jésuites; creft une Compagnie de trente 
„ mille hommes ^qui veut te jtifar de* biens, 
, w de la. vie, de la liberté Se dé l'efprit cTaq- 
^ tant d'hommes qui l^ppofertf à kur* entre- 
nt prifea» 9t qui perjéfcittant tout le monde, 
o,, veut demeurer toute &inte, toute, facrée 
:* après des eflfets û vfàlens/ 

f? Vétendue de? votre grand Cqfps, leur 



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des jEsqirts, HE LyçoN. «*£ 

; r qu'à rendre votre maladie plus vafte Sç 
„ plus universelle* vous avez fait plut d*o« 
^ fnrpatiops que de conquêtes , & il nouç 
„ vient tous les jours de très-fideles témoin^ 
„ de* me** les plus reculées r qui fe plaignent 
5> de ws invaûon* , & prQtcfteni; contre vo* 
t* *«*$£% violences. Vous flattez & outrai 
„ gez en m«fpe teœs toutes le* PuiOanccs; 
i7 vous méprife^ les cenfures des Souverain* 
„ Pomifes^irautorité des Prélafs& tout l^Or* 
„ dre Ec^çfiiftique; votre doârine parrick 
, > de a tâjpwcm funefte à la; facr£e per^ 
,j forme de nos Rofc, &, yous ne faites que 
„ trop parofare l'aflèûation d'une fouverai- 
„ neté criminelle. " 

Ces ReUgieux n'ont donc fai< contre MU 
l'Evêque de Luçon & dan* ion Di*cèff> 
que ce qu'ils, ont fait partout, ailleurs, * ce 
cm'Us font çoujpurs prêts à faire partout où 
ron voudra ne les plus reçonnpîçrç pouÊ 
Maîtres. Etoit-il permis à ce Prélat, qui le* 
a tant de fois convaincus de menfongesâc 
de calomnies contre fa perfonne & fa doc- 
trine, de révoltes contre fon autorité, d'er- 
reurs contre là foi catholique & d'excès de 
tout genre, de leur kiflèr la direâion de fon 
Séminaire, & le pouvoir d'exercer les fon» 
étions eccléfiaftique* dans fon Diocèfc? On 
n'aceufera pas certainement ce Prélat de pré- 
cipitation, il a fouflèrt pendant dix-huit ans 
leurs infiiltes Se leurs fcandales (ans lés pu- 
nir; s'il avoir befoin d'apologie , ce feroic 
plutôt à caufe de fon long filence & de fk 
patience, qui feroit inconcevable, fi l'on ne 



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Î24 A F * A I R *- 

ftvoït quey fous le gouvernement de deft* 
Miniftres Eccléfiaftiqtics aMblument dévoues 
à<:es Pères, toutes les démarches que M, 
4e Verthamon aûroit rju faire, feroient de- 
meurées fans fuccès, & n'auréient pas eu 
àiême d'autre effet que d'empirer le mal & 
de le rendre irrémédiable. Ce n'eft qu'avec 
dés peines infinies que, dans dh teros plus 
heureux, ce Prélat eft venu à bduc de fai- 
re triornpher l'autorité épifcopale & les 
droits qui étoient acquis aux Evêques de Lu- 
çon par les Lettres patentes de îèii.ôc par 
le doncordat de 170*1. de l'ambition & du 
Crédit de ces dangereux ennemis, qui s'é^ 
toient faits de fon Séminaire un fort d'où 
ils ravageoierit impunément tout le Diocèfe. 
Ils y feroient encore , fi M. de Luçon n'eût 
pas été fi patient. Quand le fignalé ièrvicd 
qu'il a rendu à fon Diocèfe en les expul&nc j 
trouvera-t-il des imitateurs ? 



SUITE 



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Ses Jésuites de Luçon. 217 

SÛlfE DE LA RELATION 

DE L'AFFAIRE DE M. DE LUCON> 

&c, 

Contenant un récit abrégé de la mala* 

die fc? de la mort de ce Prélat , 1$ 

des maux qui Vont fuivi. 

LA riouvelle de la mort de M. l'Evêque de 
Luçon ne s'eft pas plutôt répandue^ 
qu'elle a fait fur refus les efprits la plus vive 
impreflion. Les circonftances dans lefquel- 
les cette mdft eft arrivée, les fyroptômes de 
la maladie qui l'a précédée , ont excité Fat- . 
tention du Public. Les pluj gens de bien né 
pouvant d'un côté fe délivrer de certains 
(bupçons qui s'élèvent malgré eux dans leur» 
efprits, & appréhendant de l'autre de porter 
un faux jugement dans une matière fi grave + 
ont témoigné un ardent défir d'être pleine* 
suent informés de tout ce qui concerne la 
maladie & la mort d'un Préfet fi cher à l'E- 
glife, & par fbn amour conftant pour la fai- 
ne dodkrine, & par la longue perlecurioir 
qu'il a foufrerte, pour avoir voulu la main* 
tenir dans fon Diocèfc. 

Nous n'aurions pas différé un feul inftant 
de fatisfatre un défir ti légitime , fi nous ne nous 
étions d'abord propofe de donner quelque 
ohofe de plus détaillé. Mais pour nous ren- 
dre à ce que les gens de bien exigent de nous* 
P avec 



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avec l'impatience la plus marquée, nousdotw 
serons unréçitfidcledeçc quia précédé, -ao* 
compagne & fuivi la more du Prélat que 
nous reerettoia6. 

M. rÈvéque de Luçon ayant heureufement 
réuffi à cxpulfer les Jéfuites de fon Diocèfe , 
comme on l'a vu.dans la Rdationde l'afiàire 4p 
M.de Luçon avec les Jéfuites , au fujet de fon 
Séminaire y publiée dans les premiers jours du 
mois de Novembre dernier, penfà d'abord 
à y établir un nouveau Supérieur ,& des Pro- 
fcfièars capables d'en bannir l'ignorance que 
ces Pères y entretenoient. Il s'étoit flatté de 
trouver dans la Congrégation de l'Oratoire, 
ou dans celle de la Dôdrine Chrétienne , u- 
ae reflburce affurée, qui lui fourniroit tous 
les Sujets néceffaires au gouvernement de fon 
Séminaire : mais quelle eft aujourdhui la Con- 
grégation qui veuille s'e*poier au reflentiment 
des Jéftutes, quv ne fouffrent pas impuné- 
aaent qu'on leur fuccéde , fit qui ne trouvent 
toujours que trop les moyens ks plus effica- 
ces de fe vanger ? 

Le PrélaG fut donc obligé de s'adrefler à 
des Particuliers , & ayaot été aflez heureux 
pour en t couver, il avoir totft lieu d'efpérer 
que le Sémdpaiic de Luçqn allait devenir ce 
qu'il étoit fous lEpifcopat de M. de BariUon; 
& le Public s'en réjouififoit d'avaaace avec lui. 

Les personnes choHies par k Prélat parti- 
mx. le 2^. Oâobre, & dévoient arriver à 
Luçon le 4- Novembre. Mais quel fur 4eur 
étonnement d'apprendre à Nantes, le 3.N0- 
yecûtore» pat h voie dfes ai^te24iUKoifes$ 



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BBS lEStTlT^I ÇB &UÇON. *IJ 

U mort de M. l'Evoque «|c Luçon! Cétoir 
iM. l'£ vécue de Nantes, qui avait fait met- 
xre lt Nouvelle dans ces arches $ ce qui pa- 
jut d'autant plus furprenant, que ces feuilles 
n'avôient encore annoncé la mort de qui que 
jee foit. On prétend que le Doyen de Luçon, 
qui foupire depuis longtems après i'Epifcopat, 
Vétoit hâté d'inftruire le Prélat de la nouvel- 
le fatale, dans Tefpérance qu'il voudrait bien 
le recommander à M. l'Evêque d'Orléans. 

On affure que M- l'Evêque de Nantes 
n'eut pas plutôt lu la Lettre du Doyen, qu'il 
dit ; je parie qu'on ne manquera Pas de met- 
tre cette mort fur le compte des J^fuifes. 
S'il eft vrai que le Prélat ait fait çeice ga- 
geure , nous pouvons l'affurer qu'il a gagné. 
Les peifonnes chpiftes par feu M. de Çuçon 
pour remplacer les JèTuites, ont rendu té- 
moignage à leur retour, que dans tous les 
îieux oùf elles ont pafle, on en parloit fur ce 
ion ; & qu'on demandoit i\ une telle roc- 
Chancelé demeurerait impunie. Tout Paris 
le penfe & le dit. A Luçon , les g$ ns ien- 
fés paroiffent n'en pas douter. Piufteurs mê- 
me de ceux qui étoient auparavant tfidifpofés 
contre le Prélat, ont été confternés, & ont 
dit affez, hautement qu'il y a de Vextrawdi- 
jtaire & du myfte'r* dans cette morf. On a 
vu, dans la relation que nous venons de ci- 
ter , le récit de l'incçûdie qui manqua de fai- 
.re périr ce Prélat en 1753. & dept il avoit 
été WQaçé par une Lettre anonyme, qù on 
Jui dif^ic : vous ferez brunie tout vif dans \vo~ 
Jre lit: G8t;e t parpl£ d!un -Jé^ûc à un jeune 
" P 2 Se- 



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iiS Amiitt 

Séminarifte: ilf. VEvtque verra ce qui lui 
** arrivera , ^il s'agiffotc de fon Inftru&ton 
paftorale de 1751 ) & il aurois dâfe fouvc- 
nir de la manière dont M. de Rajlignac , Ar- 
chevêque de Tours , eft mort. Enfin on fe 
rappelle Phiftoire certaine d'un bouillon cttt- 
poifonné, que M. de Luçon ne prit pas, 
parce que le Valet de Chambre qui le lui \>té* 
fentoit , fut faifi d'un tremblement & que lui a- 
vouant fon crime, il fe jetta à fes pieds pour 
lui en demander le pardon. Un jeune Ec- 
cléfiaftique du Séminaire d'Angers, maifoh 
qui certainement n'eft pas fufpede, ayant c* 
crit depuis peu à un de fes amis, lui dît (ans 
détour : M. de Luçon a e*ti empoifonné dans 
fin Diocèfe. Pluiieurs. Jéfuites même ont 
affedé de prédire ce que le Public penferoit 
de cette mort. . Un de leurs Pères d'Orléans 
a dit dans plufieurs Maifons de cette Ville: 
qu'/7 ne doutoit pas qu'on ne les accufat d'a- 
voir cmpoifonné cet Evêque. Un autre Je- 
fuite de Rouen , dans une Lettre qu'il a é- 
crit à Paris, fe plaint amèrement de Pioju- 
fticedu Public y qui, félon lui, ne manque- 
ra Pas de les rendre refponfables de cette mort. 

Comme nous ne forames point chargés de 
juger le Public, nous n'entreprenons point de 
prononcer fur la juftice ou l'injuftice de l'at- 
tribution qu'il fait à ces Pères. Il nous fuf- 
fit de donner le récit de la maladie & dé la 
mort du Prélat , arec la plus fcrupuleufe ex- 
a&itude, & c'eft ce Que nous allons foire. 

Le Prélat jouiflbic d'une fanté parfaite de- 
puis plus de £x feœaincs, & dtfbit à tous 

ceux 



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des Jésuites de Luçon. 229 

çeu* qui l'approchoient , <que depuis vingt 
ans il ne s'écoit pas li bien portç. Il attri- 
buent le récablilïeme&t de fa fanté, foie à la 
}pip qu'il reffencoit de ce qu'il auroit bien- 
tôt des coopérateurs dignes de lui j toit au 
«égime qu'il pbfervoit depuis peu, & qui 
çonfiftoit à ne prendre gbfolument rien le 
loir. C'eft Je langage qu'il tint peu de jours 
ayant fà maiadie , à un Religieux Bénédictin 
dont il reçut la vifite. 

Le jeudi 26. O&obre , jour auquel les per- 
sonnes deitinées au Séminaire de Luçon ç- 
toient parties de Paris , le Prélat dîna avec 
appétit y mais il mangea peu, fuiv?nt fa cou- 
tume. Il mangea, entre autres chofes, trois 
pu quatre petites raves, & Quatre à cinq bou- 
chées d'une croûte de pâte. Les personnes 
qui étoient à fa table mangèrent de tous les 
mêmes mets que lui ; mais perfonne ne but 
4u vin qui lui fut fervi. Le foir , il ne prit 
absolument rien, & ne fe mit pas même \ 
table. A neuf heures & demie il fe féiick- 
toit de fe porter mieux que jamais, & pa- 
Yoiiïbit fort gai. 

Si;r les dix hçures il fe mit au lit, & y de? 
çneura fans pouvoir dormir jufqu*â onze heu- 
res ôc demie, où fe fentant incommodé de 
Teftomach & de !a poitrine , il fe leva pour 
fe promener dans fa Chambre. A peine fut* 
il lçvé, qu'il fe trouva réduit à l'état le plus 
yiolent. Il eut cependant la liberté de ibn* 
ner fes Domeftiquesj mais ils n'entendirent 
pas, excepté le Valet de Chambre, qui ac- 
courut, & qui pcn{à s'çvanouir aux bayle* 
P 3 mens 



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*i6 A tt A fi e 

mens que faifoit le Prélat. Sa frayeur aug- 
menta, lorfqu'ayant allumé la chandelle, il 
jetta les yeux fur lui. M. de Luçon reffem- 
bloit à un homme qu'on étrangle. 11 érôit 
debout contre le chambranle de fa chemir 
née, qu'il tenoit avec force; ayant les yen* 
tournés y la langue noire & pendante jufqn'an 
dejfous du menton , & n'ayant prefque point 
de refpiration , fi ce n'eft par de violens efr 
forts. L'huile d'amande douce que le Va- 
let de Chambre luf donna à plufieurs repri- 
fes, n'eut d'autre effet que celui de faire ren- 
trer la langue. Les Laquais ayant été réveil- 
lés, vinrent, & le trouvèrent tellement fans 
refpiration & fans mouvement, qu'ils le cru- 
rent mort. 11 lui découla une fueur froide 
& fi abondante, qu'elle perça une camifole 
qu'il avoit fur la chair , fa chemife , la vefte 
de fa robe de Chambre , & la robe de 
Chambre même, en forte que la place où il 
étoit en fut arrofée. Après qu'on l'eut placé 
dans fon fauteuil, la refpiration lui revint, 
accompagnée de viùlens hocquets* Alors on 
envoya chercher le Médecin , qui ne tard* 
pas avenir, & qui, après avoir confidéré 
attentivement le malade , parut très-embar- 
raffé. Le Prélat le reconnut, & ne put d'a- 
bord lui dire que ces deutf mots: / étouffe , 
/étrangle. Le Médecin déclara aux Do.me- 
ftiques qu'il étoit err très-grand danger, mais 
que s'il pouvoir vomir , on le tireroit peut- 
être d'affaire. Il fit prendre au malade quel- 
ques grains de kermès, qui n'eut fon effet 
gu'au bout de huit heures. Pendanft plus de 
1 • quatre 



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ces Jesvmtes dï Luc on. agit 

quatre heures codécotives, le Prélat ne put 
changer de ficuaiion, II a voit la tête fur 
fes genoux, 6c on la lut foutenoit, fans qu'il 
put fe hauffer , ni iè baiffer, à caufe desdou* 
leurs excefiives qu'il enduroir. Lej hocquetf 
ctoient fréquens & violens. Il fe plaignoic 
fur tout de leftotnich & delà poitrine ,dan* 
lefquejs il fentoit un grand feu qui le bru* 
loit. Trois ou quatre fois, il fe trouva noyé 
dans une fucur froide qui fe defféchoit auf- 
fi-tôt. 

, Sur les cinq heures du matin il fe trouva 
un peu plus tranquille , & on eut la liberté , 
quoique très difficilement, de le mettre au 
lit; ce qui le fbuiagea un peu. Sur les neuf 
heures le kermès opéra & le fit vomir. Le 
.Médecin qui fe trouva lors du vomifïèment f 
crut appercevoir des raclures de rave*. Tout 
infuffifant que fut ce vomiflèment, le roa^ 
lâde en fut beaucoup foulage, ôf il pafla le 
refte du jour aflez tranquillement. Mais fiit 
ies cinq heures du foir il lui prit une oppre£ 
fion , à une fi grande difficulté de refoirer» 
qu'on crut à tout inftant qu'il étoufteroit. 
Le Médecin fut rappelé, tant l'état du ma- 
lade parut fâcheux. On lui fit une kignéeda 
bvi$y mais elle fut inutile. 

Le mal empirait fenfiblement , M. de La- 
çon defirales Sacremens. Un Chanoirtepfé- 
fent les lui adminlftra* apîès en avoir été 
parler au Doyen & à tout le Chapitre en fe 
..perfonne, félon le voeu du Prélat, qui rie 
voulut recevoir le Saint Viatique qu après a- 
voir fait cette démarche* Il le reçut le lebde- 
P 4 main 



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»3» .* •■ . A f f a rri - 

main à cinq heures du matin,avec de grands fcn^ 
tintons de piété. Il les a fait paraître pen- 
dant toute ùl maladie; s'occupant continuel- 
lement de Dieu, témoignant fa peine quand 
on l'en détournoit, fe fouçiant peu de là 
vie, ne paroiffant fenfible qu'aux triftes fui- 
tes de fa mort pour fan peuple , & of&ant 
à Dieu fon facrifice de la manière la plus 
édifiante. 

L'oppreffiou ne fit que s'opiniâtrer pen? 
dant vingt-quatre heures ) ainû que l'embar- 
ras dans l'eftomach. Le malade n'a ceflEe, 
durant toute fa maladie, d'y fentir un feu 
dévorant, & de s'en plaindre. Il a pris une 
quantité de breuvages de toute efpèce, pour 
en modérer l'ardeur , fans y réuffir. On fit 
appeller deux autres Médecins de Fontenai , 
& un quatrième de Luçon. Celui-ci ordonna 
un- lavement qui , après une demi-heure , 
foulagea un peu le nualade, & facilita la res- 
piration. 

Le Dimanche les Médecins ordonnèrent 
une purgafion, dont l'effet fut fatisfaifanç ; 
mais le malade fouffroit toujours beaucoup. 
•Sur le foir le mal diminua un peu , à la fa- 
veur d'une espcâoration qui fit ceflèr un ra- 
ie qui duroit depuis deux jours, & qui rev 
.çotntfieOça le mardi. On fut très-attentif aux 
crachats, qui varioient, étant fart coloris en 
certains terns , très noirs Ç3 3 très-épais dans 
d 'autres. Cela dura jufqu'à fe mort} le feu de 
feftomach & de la poitrine ne f ai fant qu y aug- 
menter , aujfi-bien que P altération. 
' Le Lundi 30. on le crut hors de danger, 

& 



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DESjESTyiTESDEt»UÇON 2}} 

ifc on profita de ce mieux pour le changer 
de lit. Toute la journée il fut dans un état 
qui faifoit beaucoup efpérer ; fans cependant 
que le feu de l'ejlomaeb & l'altération cefi 
fafent.- 

Mais la nuit àm 30. au 31. fis augmente* 
rent beaucoup, & à chague inftant il falloic 
quelque chofe pour le rafraîchir. Cela tfem- 
pêcha pas lès Médecins d'ordonner une au- 
tre pùrgation, pour détourner l'humeur, 6ç 
Îrocurer une expectoration plus abondante, 
.'évacuation fut grande, mais la poitrine ne 
fe déchargeoit point. Le raie augmenta y le 
crachement cefla tout-à~fait, & le grand 
feu dans l'ejlomach ne permît pas au malade 
d'être trois minutes fans demander des ra- 
fraichijfemens. 

Cette trifte fituation dura jufiju'à quatre 
heures du matin, premier de Novembre, où 
après avoir reçu le Sacrement l'Extrême-on- 
âion, il s'endormit dans le Seigneur , fans 
le moindre mouvement , & avec une tran- 
quillité parfaite, n'ayant pas été une feule mi- 
nute fans fe connoître. 

A peiné lui a-tron trouve* de fièvre peur 
dant toute jfa maladie , fi ce n'efUe Mardi , où 
fon poulx fe dérangeoic fouvent. On eût dit 
qu'il avoit eu les extrémités des doigts trem- 
pés dans de l 9 encre ; mais (on vifageetoit beau 
& ferein , &c à peine y apperçut-on le moin* 
dre changemeut. 

On a remarqué' d^ns fa maladie, une fuc- 

çefïion de fueurs froides, qui rendoient fà 

peau glacée ; mais il ne s'en appercevoit point» 

P 5 & 



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134 A F PAIRE 

& ne fe plaignoit au contraire que d'avoir 
un feu dévorant dans Peftomaeh hf dans la 
poitrine. Un des Médecins a die à Fonte- 
nai y qu'il avoir Ycftomach brûlé. 

Comme nous nous bornons à narrer , nous 
nous abftiendrons de toutes réflexions fur la 
caufe de cette maladie Se de cette mort, les 
abandonnant à la fîgeffê de nos le&eurs. Mais 
avant de paffer à ce qui a fuivi la mort du 
Prélat, nous ne pouvons nous difpenfer de 
rendre compte de plufieurs faits qui doivent 
trouver ici leur place 

Plus d'un mois avant que le Prélat mourut, 
fes ennemis éenvoient au loin qu'il changeoit 
de couleur, qu'il avoit les yeux abattus & la 
langue embarraflee, qu'il s'affoibliffbit de jour 
en jour , qu il menaçoit vifiblement ruine, & 
que, félon toute apparence, on apprendrait 
bientôt fa mort. C'efl: ce qui fut dit à quel- 
ques-unes des perfonnes qui alloient à Luçon, 
pour gouverner le Séminaire , lorfqu'ils payè- 
rent à Orléans, à Blois & à Saumur. Et ce- 
pendant ni M. de Luçon, ni ceux qui Pap* 
prochoient , ne s'appercevoient point de ces 
prérendus affoibliflèmens ; il fe felicitoit au 
contraire de fa bonne fanté,& environ quin- 
ze jours avant fa maladie, il avoit écrit fur ce 
ton à un ami, & au nouveau Supérieur de 
fon Séminaire. 

Environ quinze jours avant fa maladie, 
on n'écrivoit plus qu'il s'affoiblifïbk , mais 
on annonçoit fa mort. A Tours, lorfque ces 
perfonnes y repayèrent à leur retour, le jour 
de S. Martin, on leur die que li on les avoit 

vu 



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i>es Jésuites i>* tuçon. xff 

▼ta à leur premier paffîtge, dn les aùroit em- 
pêché de continuer leur route, parce que 1© 
bruit dé la mort du Prélat y avoir couru quin- 
ze jours avant fit maladie» Un BénédidHn dé 
Paris a reçu une Lettre du Mans , en date du 
lyO&obre, dans laquelle on lui annonçoit 
cette mort. 

A Limoges , lorfqu'on en apprit la nouvel-' 
le, on envoya chez lesjéfuites de cette Ville 
pour s'informer fi elle êcoit vraie: ces Pères 
répondirent qu'ils avoient appris feulement la 
maladie du Prélat, par un exprès qu'on leur a- 
roit envoyé, & qu'/7 devoit être mort du 
Mercredi jour de laTottffatnt au plus tard. 

Lorique M. de Luçon étoit encore dans 
le Séminaire avec les Jéfuires , un ami lui 
témoigna fes craintes pour fa vie : „ Vou* 
„ vous trompez , lui die le Prélat , tant que 
„ je fuis avec eux , ils font eux-mêmes ma 
„ fauve-garde , & ils fe garderont bien d'at- 
„ tenter à ma vie, car on mettroit le doigt 
,, deffss; mais lorfqu'ib fe feront retirés, et 
„ fera alors que j'aurai tout à craindre." 

Deux thofeavant fâ maladie , M. de Luçott 
écrivant à une perfonne d'un rang très-diftin- 
giié, lûtdifott; „ Mes ennemis excitent tous 
„ les jours Tefprit de divmon qu'ils ontfetné 
„ dans mon Lriocèfe , ils encouragent ceux 
„ qui mtë (ont oppofés , ert leur difant qua 
„ Foppefitiôn qu'iis éprouvent de ma part ne 
„ durera pas long-rems, & qu'ils me tiennent 
„ bien-tôt» Ce que j'ai' l'honneur de voui 
„ écrire eft vrai , Monfeigneur , & j'ai 

„pié- 



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%tf Affaire 

„ pièces en main pour en fournir le* preu* 

jy VCS* * • • • • 

Peu de tcms après, écrivant à uneperfon-* 
ne qui lui a voit offert de lui faire prêter une 
fompae pour aider à rétablir le Séminaire , ce 
Prélat lui marquoit , d'avertir ceux qui avoienc 
cette bonne volonté pour lui , qu'ils couroienc 
rifque de perdre leur fonds; parce qu'il avoir 
tout à craindre de (es ennemis , & qu'il s'at* 
"tendoit chaque jour à une mort précipitée; 
auquel cas, f* fucceffion ne feroit pas fuffi* 
ûnte pour les payer. 

Le Dimanche qui précéda fa mort , c'efl> 
à-dire le 29 Oâobre, il y eut de grands mour 
vemens en Ville. Le bruit eft qu'on v dréfïa 
des requêtes pour demander TEvêche en fa- 
veur du Doyen , & qu'on y répandoic que 
M.deVenhamoa n'en reviendroit pas. (Dom- 
ine on le trouva mieux le Lundi , on apper- 
çut de la confternation fur le vifage àes per- 
ionnes difcoles , & on préoendit que les figna- 
ttires données au bas des requêtes, embarraf- 
feient bien du monde. Il eft toujours cer- 
tain que l'abattement de beaucoup de per- 
sonnes > fut très-fenfible, 

La mort fut annoncée au Doyen par deux 
Chanoines t immédiatement $vant Matines. 
Il la reçut avec un fentiment de fatisfaâion 
qui fe manifefta fur fon viiàge , & fe contenu 
ta, dans TAflèmblée capitulaire qui fe tint 
après Matines, de dire en trois mots, que 
M. FEvêjyie étoit mort. On y nomma des 
Cqtnmiflkires pour ordonner le cérémonial 

des 



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DU JESUÏTIS BÈ LUÇON. *ff t 

îtfef obfeques & y préfidcr. L'inhumation fat 
fixée au lendemain à neuf heures du taatin, 
malgré les repréfentations de plufieurs Cha- 
noines, qui demandoienc qu'on différât. 

Cependant le Valet de Chambre ayant fait 
tenir les Médecins & les Chirurgiens , leur 
propofa d'ouvrir le corps & de l'embautaér* 
Après avoir conféré Quelque teins en fecret % 
ils lui dirent que le corps appartenant au 
Chapitre, c'étoitau Chapitre à les mettre en 
oeuvre : qu'ils ne le feroient pas qu'ils n'ett 
fulTenc requis , & qu'on ne les payât fur le 
champ. Le Valet de Chambre comprit ce 
langage, & voyant qu'il n'avançeroit rieù y 
il n'infifta pas. 

L'appareil & le convoi furent auffi dé- 
cens qu'il fut poffible, eu égard au peu de 
tems qu'on avoit eu pour les régler. 11 y 
eut un grand concours. Le peuple parut 
touché;, ainû que les perfonnes les plus di- 
stinguées de la Nobleffe. Les pauvres fur- 
tout témoignèrent leurs regrets, de la perte 
qu'ils faifoient d'un fi tendre Pcre. Mais a 
y eut des Chanoines, fur-tout les Sieurs Cou- 
touli Sous-chantre, Dubois, faifant l'office 
de Chantre, & Dufrefne, ainfi que des Fil* 
les de l'Union Chrétienne , qui s'y compor • 
terent de la manière la plus révoltante, ic 
s'abandonnèrent à des ris immodérés, quiex* 
citèrent l'indignation des affiftans. 

Il étoir midi & demi lorfque la cérémd* 
nié fut finie. 

On avoit fait l'ouverture de la foflè dans 
le Sanituakc, du côté de l'Epitre, où il f 

a 



Dgitizedby GoOgle 



a une efpéce de caveau. Aprçc avoir creufé, 
on ne trouva pas fuâ»farp*a€#ç de terre, Ôc 
Yon en fit apporter. Le corps fat dépoté 
dans la fofïb avec Tes habits pontificaux, 
après que le cercueil eut été couvert & 
cloué. Enfuite tout le Clergé fc retira, & 
le Chapitre n'eut point l'attention qu'il de- 
vpit, défaire combler Ja foffe. 

Cependant le Doyen & autres Chanoi- 
nes, après cette lugubre cérémonie* allèrent 
en grand comité , au fortir de l'Eglife , di- 
ner chez Madame de la Coudraie, dont il 
cft aflez parlé dans la Relation déjà citée, 
pour y régler les affaires du Diocéfe, dont 
elle eft a&uellement regardée comme la Ré- 
gente. Pendant ce diner, un Bedeau de la 
Catédraîe nommé Perrot, avec quelques-au- 
tres Manans, ôterent la couverture du cer- 
cueil, foulèrent le corps, & firent tomber 
de grofles pierres fur la tête & fur le corps, 
ce qui fit couler du lang des oreilles «Se des 
narines. Un nommé Clerjeau* journalier, 
prit des cizeaux de la main du Bedeau y & en 
coupa la croix paftorale qui étoit jaune , Se 
qu'il s'imagina être d'or. Le Bedeau l'ayant 
fait voir au Sieur Baron , Médecin , qui é- 
toit pour lors dans l'Eglife, celui ci en té^ 
moigna une fainte indignation , prh la croix, 
Ja jetta dans le cercueil, fit couvrir la tête 
du défunt, avec fa chafuble , après avoir trai- 
té ces miférables comme ils le méritoient. 
On prétend qu'ils ont enlevé fes bas de foie, 
fes brodequins & autres ornemens. Une 
dévote des Jé£uires (Màdcû^iicUc Chignon) 

ea 



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Des Jésuites ©e Luçon. ajj 

en fkifânr k réck de ces horreurs, dit que 
c'étoit un fpe&acle qui auroit fait mourir de 
rire. On ajoute encore que l'on a couvert 
le corps de chaux vive , contre l'arrêté du 
Chapitre, qui l'avoit défendu. A qui doit-on 
attribuer ce changement ? Si les valets de 
l'Eglife l'avoient fait de leur chef, ne les au- 
roit-on pas punis ? On fe rappelle à cette oc- 
casion , ce qui arriva à l'enterrement du Car- 
dinal le Camus, Evêque de Grenoble. A- 
près qu'on eut inhumé fon corps , le Sou*- 
fàcriftain du Chapitre , fe faiiant aider par 
un Frerc Cordelier , le dépouilla de fes orne- 
mens, non dans le deflein de fe les appro- 
prier, mais par un efprit d'intérêt mal enten- 
du qu'il avoit pour la Sacriftié. Cette adtiort 
fit grand bruit dans la Ville. Le Parlement 
en prit connoiffance. Le corps fut exhumé t 
revêtu de (es ornemens pontificaux , & mis 
décemment dans un cercueil de plomb. Ec 
le Chapitre, pour témoigner combien la fau- 
te de fon Sous-facriftatn lui avoit déplu , le 
punit en l'excluant du choeur pour pluûcurs 
mois. A Luçon , ce font des horreurs ôc 
des indignités "qui ont été commifes, & il 
n'en a paru aucune punition, ni de la part 
du Chapitré , ni de la part du Miniftere pu- 
blic. Le 'Procureur fifcal a eu la foiblefle 
de refufer d'en rendre plainte. Il n'a pas 
même voulu, à ce qu'on aflure, en écrire 
à M. le Procureur Général, 

Le Doyen fait à la vérité beaucoup de 
lamentations fur tout cela, voyant qu'on lui 
reproche d'avoir été précipitamment diner 

chez 



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&4* AFFAIRE 

chez Madame la Régente, plutôt que d'avoir 
pourvu à ce que de telles horreurs ne fê fut» 
lent pas commîtes. Mais s'ilétoit réellement 
indigné, n'auroit-il pas puni le Bedeau? 

On ne s'eft pas borne à ces horreurs à l'é- 
gard du corps du Prélat) on a encore inful- 
té à fa Mémoire, qui fera à jamais en béné- 
diction dans l'Eglife. Pendant que fe célé- 
brait le fameux repas chez Ja bruïante Da- 
me de la Coudraic, où fe trou voient trois 
Jéfuices, dont deux étoient le P. Biroteaiï , 
ancien Procureur du Séminaire, & le Frère 
Violeceau (voyez là Relation ; . . pages 5-4, 
$7. & 59.) [on les avoit vu dès le Samedi, 
fécond jour de la maladie 5 d'autres préten- 
dent qu'ils y éroient dès le Mercredi,] on 
fie répandre dans la Ville plufieurs copies d'u- 
ne chanfon abominable contre Pilluftrc dé- 
funt. Nous ne ferons pas difficulté de don- 
ner ici cette pièce infernale^ rien n'eft: plus 
propre à faire connoître l'horrible cara&erc 
des ennemis de feu M. de Luçon. 



Sur l'air: fiHi & fili*. 

Apprenez, peuples de Luçon, 
Pour votre cpnfolatlon, 
La mort du Seigneur Ver thamôn. Atteintes 

Ceft vous, ô Filles de Sion, 
Trop dignes de compaflion, 
À qui j'adreffe ma chanfon. Atteint** 



Guéries 



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DES jESOlTlS/ftE LUÇON. 2+1' 

Guéries de Poppreffion 
Où vous gériiiffiez lkns raifon , 
Chantons enfemble ce jour-là. Atteints. 

. . Ce fut le jour de tous les Saints, * 
; Que Dieu nous délivra des mains ' 
D'un Tyran mal nommé Prélat. Aile l > 

S'il fut Evéque de Luçon, 
S'il en a fait la foûéiion, 
Vaille que vaille, il n'cft plus-là. Àttéh : 

Revetiex donc , mes bons atnis 9 : 
II n'eit plus pour vous d'ennemis , » 

Les chers amis de Loyola. Alléluia. 

Vous les verrefc tous confternés, 
Avec chacun un pied de nés, ' 

Coutin, l'Etrange* ,& cœur*. Atteli 

- * " * 

Prions dont DleU pour fon repos $ * 
En répétant fort à propos 
Bentaicsmus Domino , Alletuià. 

x Mettons auffi fur fon tombeau 

Cç que nous favons de plus beau ; 
Il ne manque plus que cela. Atteints. 

Ci-gît qui trop tard y fut mis, 
Et qui ne pouvoit être pis; 
Ceft Verthamon notre Prelât.' Âlleluta< 

Un Chanoine n'a pas eu honte de dire de 

M. de Luçonî „ '* a Vc( ^ u cn «We^ il ctf 

Q „ mors 



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24Ac A t frAsI H;Br 

„ mort en athor;- puiffirû mémoflU être a** 
„ fevelie yreC fin* cadavre^ 

Les anémia les plus envenimés: ceflebt de 
feire éclater leur reffentiment contre ceux 
qu'ils,ha*lfe&t,. larfquHb 6m morts. 11 n'en 
eft pas.de meroe de ceux de M. deliitaon $ 
ce (0nt.de* enneiïû*. éecrods^ donc: la .naine 
n'a point de fin* Ils lui avoient fait dire 
qu'ils le poi{ifeivrdieitt ptfiuiàux enfers (a)+ 
Autant qu'if eft en ewt^ik Jui tiennent pa- 
role,^* .i* :/ .: .1 ,- : - 

Cc fut au dirier de Madame de laCoudraie^ 
auquel lw Jéfoites de, Fomenai préfiderenc, 
que fc fit; d'abord le choix des: Grande Vicai- 
res. II. fut-enfuite adopté jfc ratifié dans un 
Chapitre extraordinaire , qui fe tint après Vê- 
pres, &^ù>tes voix,6î$WlvadjUgées/à ceux 
que Madame de la Cqttdraie avoit nolmtnés. 

GesAÇra^ids- Vicaires ft>86> M.de.làJCor- 
diniere, Doyen, qui pendant tout le tems 
qu'il a été théologal* rfz faesmomé' une feu- 
le fois' en chaire, 6ç d^ fe: platitude Ipaflè 
tout ce .qtfon en peu&^iÛra».. M. Gaborit, 
Abbé du Trizai &) , fameux par le procès 
de l'au^A^Sc mwbtâw . le -Portement , 
pour ffs manquemens .envers fon E v êqufc. M . 
Covjto^y^Sous-.cb^ntre^n^pnt rien de fà- 
cerdotal que le cara&ere.' M. Ganeau, Do* 

i âeur 

t * " i 

fs\ F. fc R&i* de t*gMtt.âi M. ds L*fin f &c*$. 9. 

\lj Ori 1 * , efl*tronipé dans la Relation, f^ 28. en di- 
fant que M. de Mirepoix avoit récompenfé M. Gabo- 
iit>pat le Piicurc dt Tr^ai. Ce ptatâce lui % ct£ 
CPflfâé par <M* le Cardinal de Fleuri. 



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Ses jE$§r'¥fcsf de Luçon. 243 
ëtefcr Cârcaiflien , extrêmement mondain , 

Si n'a pas honte de ië mettre du rouge M, 
ïrdôrides, âneienf Grand- Vicaire de M de 
Luçon, & deftitué pour fes-trahifbris faites 
à fon Evêque; & enfin M. Gandouard, qui 
s'elt pas gradué. Tel eft le goût & le choi* 
dé Madame de la Coiidraie, & des trois Je- 
fwres fcs aflîftans, qui a été pon<auellement 
fuïvi. 

Il y eôt cependant une grande difficulté 
touchant/ le Sieur Côutooly. 11 n'eut, en 
Chapitre, que ffept ou huit voix, contre 
treize ou quatorze. Cependant le Doyen,, 
qui avoit reçu Ici ordres de Madame dé la 
Coudraie, rédigea la délibération en fa fo-^ 
wur. Un Chanoine (lé Sieur Dubois) Ven* 
pfaignk amèrement 1 , fît rénumération des fuF- 
fiagw> dônVainquir le Doyen d'avoir frau- 
dtrieiifèmerit? fefndu le vœu du Chapitre^bb-' 
fervu qufr le choit du Sieur Coutouly dés- 
honbrerôit la Compagnie, & que foute la 
VÎIIq m fèroit l'objet de fes railleries. Il a-' 
jootd <#W h délibération n'étant pas fignée * 
& n'étant! encore que fur le plumitif, il s'op- 
pofoir à ce qu'elle f&t mtft fur le régître, 
& ctemanda pour cela un Chapitre extraor- 
dinaire?. Mais le Dfcyen le refufa, fous pré- 
te&G<ét£AHvofc (tes -occupations. AinfL in- 
dépcn&tïKrient dé W pluralité, là délibéra* 
tion a ett foh «BW; & à été lignée fané que 
perfqnne^it riefr dit tte phjsr. L'érohnehierit 
fk le* murrnurès fur* cette éleftion font infi- 
nis >ç 6c Ton a pu juger, par tout ce qui s'èft 
dit à cette-occafion, combien le Prêtât étbft 
Qz* fott- 



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244 AFFAIRE 

foncièrement refpeâé dans & Ville épi/ccv 
pale , & combien fon mérite avoir de parti- 
ons fecrets, malgré les calomnies par les- 
quelles fes perfécuteurs s'étoient efforcés éc 
le noircir. 

Les Grands- Vicaires commis pour faire, 
au nom du Chapitre, un Mandement fur la 
mort du Prélat, fe donnèrent la peine de co- 
pier celui qui fut fait lors de la mort de M. 
de Bufly ; à l'exception que dans le premier, 
les pouvoirs étoient continués aux Vicaires, 
& que par celui-ci , on les déclare nuls & ré- 
voqués au bout d'un mois , après lequel ils 
font tenus de fe préfentef , pour en obtenir le 
renouvellement. 

Une révocation fi générale , faite par un 
Chapitre qui n'a le gouvernement que par un 
intérim qui peut être très-court , n'eft-elle 
pas en elle-même un abus, une infuke faite 
a la Mémoire de l'Evêque défunt, & une 
fource de troublé pour le Diocèfe; étant fai- 
re fur- tout pour le faint tems de l'Avent, & 
dans une faifbn où les chemins du pays font 
impratiquables? 

Jl eft dit dans ce Mandement: Les quali- 
tés de rilluftre Prélat que nous regrettons 
doivent ranimer nos fentimens de religion. 
C'eft tout l'éloge & toute l'apologie qu'on en 
Ait. Le Doyen cependant fe félicite d'en a- 
voir tant dit , & a doûement obfervé que 
les cir confiances étant critiques, elle ne per- 
mettent rien de plus* Mais le Curé de la 
Ville y fuppléa le Dimanche 12. Novembre. 
Faifànc à fon peuple la k&ure du Mande- 
ment, 



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des Jésuites de Luçon. 24c 

inent , lorfqufil en fur en cet endroit , les qua- 
lités de Piïluftre Prélat, «jV,. il en fit l'éloftC 
avec dignité, & infiftâ fortement fur {çri 
Catéchifme Se fur fon Inftrudtion Paftorale. 
Ce qu'il dit fut extrêmement goûté du peu- 
ple, & indifpofà contre lui le pouveau gou- 
vernement, qui vouloit lui ôrer fon Vicaire: 
mais les paroifliens ayant témoigné leur in- 
dignation de cette conduite, ils ont £onfenri 
à le lui laiflèr , en avertiffàntle Vicaire de ne 
point enfeigner le Catéchifme. 

Le x Séminaire a été vacant pendant un 
xnois déduis la mort du Prélat. L'ouverture 
«'en eft faite le 4. Décembre. Les Jèfuites s'é- 
toient flattés d'y rentrer de plein pied. On les 
a vu aller de maifon en maifbn, & principa- 
lement chez ceux qui leur fonr. dévoués , a- 
vec un air de fetisfadtion qui a difparu. Lç 
Doyen a avoué qu'il avoit écrit en Cour ea 
leur faveur, & que ia réponfe a été que cet- 
te affaire regardoit le fucceffeur de M. de 
Verthamon En attendant, ils ont çhoifi f 
pour occuper les places du Séminaire, des 
fujets qui ne font guère propres à le rendre 
célébré : on en peut juger par celui qu'ils 
ont nommé pour enfeigner la Théologie , & 
qui eft un jeune homme que feu M . de Ver» 
thampn en avoit expulfé , comme un brouil- 
lon Se un faifcur de chanfons. 

Les bornes que nous nous propofons ne 
nous permettent pas d'enrrer dans le détail 
de tout ce qui s'eft pafle depuis je nouveau 
gouvernement. La conduite des Grands Vi- 
caires a été des plus odteufes. Sans aucun 
Q^j refpedk 



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1^6 A F F A I R ç 

jefpeâ: pour la Mémoire de M. de LuçoaJ 

ils ont affecté de vouloir renverfer tout ce; 
que cet illuftre Prélat avoit établi & réglé pour 
le maintien du bon ordre <fe de la faine den 
ârine. Us ont voulu interdire le Catéchifme. 
des trois Evêques,"que M. de Verthamon a- 
voit ordonné qu'on enfeignât , & à cette oo 
cafion, ils excitoient déjà un fchifme dans lu 
paroiflè de la Ville, que le Curé a arrêté par 
fa fageffe. Ils ont entretenu , autan; qu'ils 
Font pu , la divifion dans les Communautés 
des Urfulines, foutenu de leur efprit de ré- 
volte les Filles de l'Union. Mais un mur- 
mure univerfel a arrêté l'a&ivité de Meffieurs 
les Grans- Vicaires, qui, abandonnant cet air 
de defporifme qu'ils a voient d'abord pris, di- 
fent actuellement qu'ils ne veulent rien chan- 
ger; & il eft 'à préfumer oue tout reftera dé- 
formais au même état pendant la vacance du 
fiége. 

Le Prélat eft de jour en jour plus regretté 
dans fa Ville épifcopale, &c dans le refte du 
Diocèfè, On s'y eft épuifé en réflexions fur 
la vraie caufe de la maladie & de fa mort , 
fur les infultes qui lui ont été faites dans fon 
tombeau , & fur l'étonnante conduite qu'ont 
d'abord tenue Meilleurs ks Grands- Vicaires. 
Les gens fenfés défirent de voir ceffer au plu- 
tôt la vacance du fiége, & les perfonnes 
pieufes prient Dieu , que je nouvel Evêquc 
faflè tout le bien que M. de Verthamon a» 
avoit en vue , & qu'une mort fi extraordi- 
naire l'a empêché d'exécuter. 11 a préparé 
les voies à fon fucceficur, en appliquant le 

rc- 



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des Jésuites de Luçon. 247 

remède même à la racine du mal, & en éloi- 
gnant de fon Diocèfe des hommes perni- 
cieux, qui y ont été, qui y étoient & qui 
y feraient toujours un perpétuel obftacle. 

Feu M. de Luçon eft mort dans fon Séi 
minaire, après avoir toujours été fidèle au 
devoir de la réfidence, & n'ayant point d'au- 
tre bénéfice que fon Evêché, qui étoit char* 
gé d'une double penfion. C'eft par où nom 
croyons devoir finir ce récit* 



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RELATION 

De l'Affaire des Jéfuites de 
Bruxelles, 

jlu fujet éTun vol de plus de 300000, 
florin* fait far ces Pères à la ! 

Dame de Viane. 

EN 173 S. la Dame Marie-Anne Jtf- 
stidavis femme du Sieur Rombaot 
*DE Viane étant venue s'établir à Bruxelles , 
& fe trouvant une fomme de trois cens mil- 
le florins tant en or monnoyé que non mon* 
noyé, en diamans bruts, & bijoux, elle eue 
aflèx de bonne foi pour les dépofer entre les 
pains du P. Lutoer Janssens Jéfuitc, 
dans l'efpérance qu'il lui avoit donnée qu'il 
pourrait trouver occafion de les lui placer a- 
Vantageufement. Cette fomme fuivant le 
cours d'alors pouvoit monter à celle d'envi- 
ron fix cens trente mille livres argent de 
France. Le Mari inftruit dç cette affaire, 
& de la double faute qu'avoit fait fa femme 
de n'avoir pas pris de reconnoiflance du dé- 
pôt confié, eut la prudence de ne fe point 
abandonner à tout ce que fon reffentiment 
lui diâoit. Un Avocat de la Ville confulté 
fur cette épineufe affaire, confeilla à la Da- 
me de Viaaè de . contrefaire la malade , Ôç 
ji'cwoyer chercher l'îlluftrc P. Janffem fout 
0,5 pre- 



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àfo Affaire des Jésuites 

prétexte de vo.ulo.ir fe cqnfeffer^ tandis qu'el* 
Te aurait foin de faire cacher dans fa Chaïu* 
, bre deux Notaires & "quatre témoins , 'qui 
fuflènt à portée de ne pas perdre une fillabe 
delà converÉuion qu'elle aurokavec liri fur 
cette matière. 

La chofe ainfi refolue & la Dame ayant 
gardé le lit pendant quelques jours, le Dé- 
pofitaire fut mandé. Comme il ne fe dou- 
toit point du ftratagême , il fe rendit en di- 
ligence dans l'appartement de la malade qui, 
plus impatiente de lui arracher un aveu fin* 
cere de ion dépôt que de lui faire celai 4e 
fes péchés, lui dit ingénument que puifqu'il 
n'avoit encore pu hypotéquer fes trois cens 
mille florins, il voulut du moins lui en don- 
ner un Récépifle. Le P. Janflèns qui & 
croyoit fcul avec fa pénitente convient de 
touc, promet toute fatisfaûion, aux condi- 
ditions qu'elle feroit difcxete , lui deffendant 
fur toutes chofes dédire au Sieur Van-Dor- 
mael marchand de vin de la Ville, que lui 
P, JanfTens avoit fes facs & ion argent, lui 
jurant que fi elle avôit l'indifcretion 4e lui eo 
parler, il nieroit le fait, & ne j'avoueroit 
jamais quand il devroit être grillé tout vif. 
La Confeffion fut remife à un autre jour. 
Le Révérend Père fe retira , & les deux No» 
taires drefferent leur Aâe qu'Us firent ûgncr 
aux quatre témoins qui étoieot avec eux. 

La Dame de Viane charmée d'avoir ûhcu- 
reufemenc réuffi , fe rendit dès le lendemain au 
Couvent des Jéfuitcs. Elle s'adreflà d'abord ** 
P.Rc&eur qui lui pioroit de lui fetfrçjeodf c jufti- 

c«. 



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93 B*UX£J.*,*$: 2f% 

tel Elle fe flawoit déjà Air la parole de ce- 
lui-ci d'un fuccès favorable, loriqvr'à foa 
trand étonnement elle vie fon propre Con* 
îflèur fe rerrancher fur la négative, & la 
payer d'un vous êtes folle , fl/Ladame. „ Il 
n fe peut aurefte,ajouta-t-il, que je vous aie 
„ promis la reconnoiflànce dont 11 eft fait 
M mention dans cet Adte ( voulant parler de 
celui fait par le? deux Notaires que ia Dame 
fenoit alors entre fes mains; ,, triais que ne fak- 
y , on , &c que ne dit-on point par prudence 
*, & par fagefTe , quand au lieu d'une peni- 
„ tente feniée, on ne trouve qu'une folle à 
„ qui l'Ambition , & la Cupidité ont boule- 
„ verfé la cervelle". 

Quique cette af&ire fût d'une nature à ne 
devoir ibuffrir aucune difficulté quant à la re- 
ftitùtion ; eilc rie devint pas plutôt publique , 
que tous ceux qui connoiflènt le crédit de la 
Société , craignirent dès-lors pour les intérêt? 
de la Dame de Viane. 

Cependant la procédure fut entamée de la 
part de la Dame dès le commencement du 
mois d'Août 1739. Cette affaire étant tom- 
bée au Rapport de M. le Confeiiler Du 
Chesne, huit jours furent accordés au P # 
Janffens pour répondre à la Requête de ladite 
Dame» Toute la Société s'intéreflà à parer 
k coup; £ç fi les Jéfuites ne purent dès-lors 
agir auffi effçace.meiu qu'Us le defiroient, ils 
eurent du moins la confection de puifer dans 
leurs reflburces tous les moyens convenables 
pour prolpnger los procédures. Ils perfifte* 
fent toujours dans la négative, 6c quelques 

preu- 



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ici Affaire des Jésuites 

preuves qn'on leur alléguât du dépôt confié, 
ils fe defendoicnt en publiant que M» & Ma- 
dame de Viane avoient été gagnés par les en- 
nemis de la Société. L'Avocat Cor deys 
s'uniffant à eux , foutint d'abord l'incompé- 
tence du Confeil Souverain de Brabant , de- 
manda des Commiflàires & mit tout en œu- 
vres pour faire débouter la Dame de Viane 
de la procédure qu'elle avoit intentée contre 
le P. Janffens; mais tous Tes foins & tous 
fes efforts ne fervirent qu'à faire ouvrir le9 
yeux au Public qui ne prit pas le change , & 
comprit que fi les Révérends Pères n'euflent 
pas été coupables ,11s auroient agi plus ronde- 
ment. 

Par Arrêt du Confeil du 24. Août, il fut 
ordonné que la Dame de Viane feroit gardée 
à vue par trois Huiffiers, & en vertu du mê- 
me Arrêt huit autres Huiffiers furent envoyés 
au Couvent des Jéfuites, pour s'aflurer de la 
perfonne du P. Janffens $ Mais les Jéfuites 
ayant répondu corps pour corps de leur très 
digne Confrère, & ayant en même-tems fait 
mouvoir (bus main differens reflbrts, ils ob- 
tinrent qu'on fe contenteroit de leur caution y 
& que les Huiffiers fe retireroient. 

Trois jours après ils obtinrent qu'on s*a£ 
fureroit des perfonnes des Sieur & Dame de 
\ Viane, & qu'en coniSquence ils feroienc 
conduits en prifon. Ce qui fat exécuté le 
même jour. Cet emprifonnemçnt donna lieu 
a un conflit de Jurisdiûion entre le Confeil 
Souverain de Brabant ôç le Confeil privé de 

S, A. S. 

Mon 



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de Bruxelles. ajj 

Monfieur Dcfwart Advocat des Sieur & 
Dame de Viane, ayant reprefenté que lacon- 
noiffance de cette affaire .appartenoit au Con- 
feil de Brabant & nullement au Confeil pri- 
vé, qui au fond n'eft qu'un Confeil de Grâ- 
ces, il fut décidé que lesdics Sieur & Dame 
de Viane avoient été mal arrêtés, & en con- 
fluence ils furent élargi» & remis en li- 
berté. 

Cette petite mortification ne fut pas la 
feule qu J efluyer*nt les Jéfuites décriés dans le 
Public , ils fe trouvèrent bientôt dans la du- 
re néceffité de rerabourfer au tiers & au 
quart, les fommes immenfes qu'ils avoient 
empruntées à deux & deux & demi pokr^ 
cent, & qu'ils avoient placées enfuite en leur 
propre & privé nom jufqu'à dix & douze 1 
pour cent fur les meilleurs Hypotèques: Mais 
ce qu'il y a voit encore de plus affligeant pour 
eux, c'eft que le Procès alloit toujours fon > 
train, & que tous leurs efforts auprès de la 
Princeflè Gouvernante pour obtenir de S. 
A. S. qu'elle voulut impofer un filence per- 
petuel à la Dame de Vianne, reftoient tou- 
jours infructueux , l'e^uité du Comte de Ha- 
rach fon premier Minlftre y ayant toujours 
mis un obftacle invincible. Enfin ils furent 
forcés de répondre à la Requête prefentéc 
contre eux, & n'ayant aucunes bonnes raû 
fons à y oppofer , ils perfifterent dans la néga- 
tive , & attaquèrent ouvertement la reputa* 
tion des témoins irréprochables qui leur écotent 
contraires. 

Le dernier du mois d'Août , on interdit 

tou- 



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^jr* Affaire 3>e:s Jésuites 

toutes fbtîâibns Sacerdotales au P. Jànfiëbsl 
Quelques jours après la Daine de V iarie ayant 
heureufement trouvé dans fes papiers le boiw 
deteau des efpèces, diamans <5c rubis.qu'elle- 
avoit confiés au P. JànfiTens, & œborderçai* 
fe trouvant écrit de la propre main de ce Pc-* 
TQy cette nouvelle preuve qui parut inconte- 
ftable aux yeux» même des Jéîukes T rut uri 
coup de foudre pour eux. Auffi après avoir 
répondu corps- pour cdrjœ du Père Janflens^ 
ils eurent la rpiblefle de répliquer qu'il ne fai- 
foit point partie; dé leur Communauté >& que 
cette afiàire ne devoit être regardée cjue com- 
me une affaîr© perfbnnelle k ce Pere^ & nul- 
lement relative à loir Société*. 

Cette refhiftion eut pcutêtre'-pù opérer 
quelque chofe eût leur, faveur y . s'ils avaient u- 
ié de la fage Se ptfudente précaution de ne 
pas autoriiér leur Avocat 6s leur . Procureur 
d'occuper en kùr riom J nfrais le pouvoir 
qu'ils leur avoierjt ; donné , ayant été jadi- 
clairement exhibé* il fallut de>toûJte néceffi- 
tè foutenir ia gageure, & répondre catégori- 
quement fur toupies points à peine defbrclu- 
fiqn. Ces boritf Pfcrçs fe trouvèrent alors fort 
à plaindre. En bute à laplus. piquanoe rail- 
lerie , à peine? bfctènr-ils Itivef les yeux 
dans les rues & pfcjroître à l'Autel, ceux mê- 
mes dont ils autoient pu attendre le phis de 
confolation, ne dftjgrioient faire aucune at- 
tention à leurs plaintes l>e I*ere Pierre 
Pons l'un d'eux' s'ésmt émancipé un jonr 
d'aller recommander le bon droit de la So- 
ciété à M, \c JR,a£$orteu;r du Chefoe , ce 

Juge 

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Juge lui tourna le dos après lui avoit die 
brufquement, „i Retirez- Vous mon Be-- 
5 , re. L'adbion du P. Janflèns eft épouvahta- 
„ Me. Vos Compagnons devroienc rougit : 
^ de bonté de protéger fon brigandage, Re- 
^, TiïtE^-VoWi II n'eft pas tems de vou$^ 
apparier* Réception qui acheva de mettra 
la(€onfternatipn»daps le Couvent, & le def-. 
efgpir dans ,le cœur du P.. Janflèns qui *rv 
tpînba malade. 

A cette occafion il fe forma une Diécç. 
des Cordons bleux de la Province dans la-* 
quelle il fut refolu unanimement d'abandon-^ 
ner le P. Janflèns > qui n'ayant rien de com- 
mun avec kj généralité, devoit être mis feul 
en caufe nonobftant la Procuration fpeciale 
du P« Redfceur. Il étoit bien vrai que celui- 
ci en avoit répondu corps pour corps; mais* 
dans la fuppofition cjue le Pi Janflèns aaroôt 
été fauflement aceufe ■> le plus fur $c Funiqiicf 
moyen dç juftifier fon innocence était iang) 
contredit celui de l'engager jCum Stns de; 
le repréfenter toutes fois & quantes, fan* que> 
pourtant, un pareil engagement put être fut- 
capable d'aucune autre garantie. Sur le rc-( 
fus qjne fil vers ce tems là le Reâeur desjé-i 
fuites de, payer les Huiffiers commis à (kl 
Requête pour la garde de la Dame de Viane,/ 
la Cour le prit fur un ton fi haut, qu'il ne* 
put fe difpenfer de leur donnera compte lai 
ibromede 300. florins; S. A, S. avoit dé-> 
ja ordonné la consignation de la fommeprin* 
cipale, en réponfe à la Requête que les Je-' 
fuites lui avoient prefemée, par un Décret 
dont voici la copie, 1, Ayant 



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» 



3> 



fcjfi Affaire Dis Jésuite* 

» Ayant appris que le Nommé RômbaOI? 

'„ PE Viane & fort Epoufefont iur le point 

« de quitter les Païs-Bas Autrichiens pour fe 

j retirer chez l'Etranger, Nous Ordonnons 

, aux Officiers FiiCaux de les foire garder à 

vue, & au Reâeur du Couvent des Jéfui- 

tes de cette Ville de Bruxelles de répondre 

» de la perfonne du P. Janffens, & de don* 

, ner par provifipn tant en fon nom qu'au 

" nom de toute la Communauté , bonne & 

L fuffifante caution pour les trois cens mille 

„ florins que la nommée de Viane prétend lui 

^ avoir confiés. Fait &c. 

Signé Marje- Elisabeth. 

La vérité eft que ni la Dame de Viane ni 
fon Mari n'avoient jamais eu deffein de quit- 
ter le Pais ; & que tout ce que les Jéfuites en 
publioiertt, n'écoit que pour jetter de la pou- 
dre aux yeux des esprits foibles, & foire croi- 
re aux dupes que Façcufation intentée contre 
eux n'étoit qu'une pure calomnie. 

Cependant tous ces difeours frivoles n'em* 
péchèrent pas la procédure de recommencer 
de plus belle, & les preuves contre le Père 
Janffens de s'éciaircir dételle forte, qu*oiîne 
pouvoit plus s'attendre qu'à voir bientôt la 
Société démafquée & couverte de confufion. 
Les Jéfuites eux feuls accoutumés aux gran- 
des affaires & à fe tirer des pas les plus épi- 
neux, ne perdirent point efperance. Ils fi- 
rent naître incidens fur incidens par rapport 
à la Caution ou à la Confignation des troi» 

cens 



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'cens mille florins qu'on exigeoic d'eux. Il* 
tentèrent de pouvoir trouver dans TE oit 
Perpétuel des moyens pour fe difpenfer 
de l'une & de l'autre ; &' fi toutes leurs de^ 
marches paroiflbient inutiles par le mauvais 
fuccès dont elles étoient fui vies, elles avoient 
au moins ces avantage pour eux qu'elles trai- 
noient l'affaire en longueur & leur donnoienc 
le tems d'employer leurs amis les plus éloi- 
gnés. L'Avocat Cordess vendu à ces bons 
Pères, n'épargnoit de ton côté aucun tout 
de chicane pour les défendre. Peu en peine 
de fa réputation , il bornoit tous Tes defirs à 
trouver dans les Loix mêmes qui font faites 
pour réprimer Finjafttce, les prétextes qui fe 
prefentoient pour foutenir celle de la Société. 
Il compofa une Duplique que le Père Jans- 
fens fournit en foh propre oc privé nom , & 
qui avoit pour but principal de retirer fes 
Confrères du mauvais pas au'ils avoient fait 
& de les dîfpenfer de répondre. 

La Cour, heureufement pour la Dame de 
Viane, ne prit point le change. La Socié- 
té ayant déjà comefté en corps , elle ne vou- 
lut point admettre alors les raifons d'un (im- 
pie particulier, qui n'a voit déjà que trop 
donné de preuves du péché mignon dont oix 
raceufoit. Il fallut donc de la pan des Je- 
fuites drefler de nouvelles bateries. 

Les Gros Coliers de l'Ordre furent déta- 
chés les uns après lés autres, & revinrent 
plufieurs fois à la charge pour obtenir de S. 
A. S. que cette affaire fut évoquée à fort 
Confeil privé. .Le brait courut même qu'ils^ 
. j R avoienr 



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ftf$ A77AIRB BB&jEStMTES 

tvoicHt rôuffi i & l'alterne ne c'efià qu'âpre* 
qu'on çutenBnreçu la nouvelle agréable & 
certaine, qye l'équité & la prudence du pre* 
inier Mioiftre y avoit tellement pourvu , 
qu'il n'y avoit plus à craindre qu'aucun au- 
tre Tribunal en put çonnoître que leConfcil 
Souverain de Brabant. 

Le deux Odtobre le» Révérends Pérès s*a^ 
viferen* de faire chanter (pletnnellcroent un 
Te DsuM dons leur Eglifc en aâiôri degra* 
ces d'une apparition miractileufe qu'avoit eu 
leur digne Confrère le P. Janflèns. Comme 
ce pieax Jéfuite étoit en prières pour iroplo- 
VaflSft^cc du grand St. Ighagb contre fes 
ennemis; ce Saint (fi pareille fatuité peut 
trouver quelque créance) lui apparut & après 
l'avoir falué en ces termes : Pax Tecum , 
Evang&listà Meus, il lui dit; confiiez- 
ijêMSy mon fils, vous triompherez de tous 
vos malheurs, ; vous venez de rendre un fer~ 
vice trop ejfentiel à votre Société , pour être> 
dilmjfé ''Jte votre Général qui efi obligé par 
&a de J obtenir & protéger les bons filets 
qui vow rtfftptblcnt. CvtwattGZ donc gène- 
rxufenvttt & affurez-vous que quelques efi- 
forfy que>fdfftnt vos ennemis pour vous per- 
éfre , , vous-, en demeurerez victorieux. 
. Çe/J3piw6te tout comique qu'il Miflfe pa* 
roître, mais'&tt à propos dais un: Fais peu- 
ple $frgtt& auxquels on ne reproche jamais 
tfêtfo incrédules, aflfeâ» bientôt l'efprk du 
menu' peuple. Les dévote des Révérends 
P<res pe manquèrent pas de le prôner &-de 
crier à Kqjufticc. Tous le* amis de la So- 
,. ciétc 



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Vàté ^retendant fur la parole deMBicmoR» 
iÎkcbqfer que ces bons Peresne fbméotpp» 
tables de leurs aâions ni auxMagiftratst,niaa 
Roi , ni à Dieu même , mais feulement à leur 
Général qûieft-fe feùl NfenarqueSc léDieu de 
la Société. Mais les deux Chambres A (rem- 
uées: ne raiforinotertt : pas tout à fait fur te 
beau principe., Elles travaiUoient comme el- 
les le dévoient à mettre fin à cette affaire, 
fur laquelle eHetf e&ffeob dès fe 20. Oâdbre 
prononcé un Jugement définitif , file Procifr 
jreur des Jéfuites n'eut erarore tenté tf^n j>ro* 
longer la décifion p%r une Reqaêtx qu'il prêt» 
ïentaàS. A» S. aux fhis d'être dir^çnfé, des 
frais de la féconde Chambre. La pièce n'é* 
toit pas moins curkitfc quforigintld D y alf 
leguoit entre autres raifons^ quTi\ rVéeoit pat 
poÛSble que des Religieux auffi pauvres que 
le font les bons Pères de la Compagnie de 
Jjefas^ puffent trouver, une fominc de trois 
mille florins qu il en coûterait pour le rapr 
port* 

On pefct Web 1 jUgfcr que cftttéj Rckj^te 
eut le même fort que celles qui l'avoient pré- 
cédé* .\ & A,- S. p*ut nîy; sryoir aucun é&tà ; 
& malgré le* ratfgro du Pcre Resûeur pour 
ne pas intervenir en la Caufe, comme re- 
préfemdm to^¥ UuCototiunauté-» le Coilfeil 
de Brabant lui donna, ordre defe joindre* 

Tâjnttk ma«Vais)fu(Ççès> coup fur coup qui 
ayrôienrabbaruî>t4>utrauci*eqjae lsf Société, ne 
-firent qufonèiiefl Jos* bons Pères qui remue- 
Bdét enàq fibremqw'aulku du Jugement dé- 
-femuif qur k. Pijb^c ^toniloH avec/ autant 
- : * k x d W 



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%6o ArrAint des Jésuites 

d'impatience peut-être que la Dame de V» 
ne, il ne parut que les deux Sentences dont 
on joint ici le difpofitif. 

SENTE N C E 
Rombaut de Via ne & Marie- An he 

JUSTJDAVIS SUPPLIANS. 

Le P. Reûeur de la Société de Jésus 
dans cette Ville de Bruxelles, & Père Lut- 
ger Janssens Prêtre de h même Société 
Rescribens. - 

Vu, &c. La Cour admet les» Supplians i 
preuve fur les faits par eux pofés an Procès: 
les Refcribens entidrs dans leurs preuves au 
contraire: Réservât» Expbnsis, hormis 

Sue les vacations de la féconde Chambre & 
es Maîtres aux Requêtes de ce mois, re- 
steront à charge des Refcribcns. Actum 
a?, Oékobre 1739* 

AUTRE SENTENCE. 
Rombaut de Viane & Marie-Anne 

JUSTIDAVIS SUPPLIAIS. 

Le P. Redeur de la Société de Jésus de 
Bruxelles, Rescribent. 

Vu &c. La Cour ordonne aux Parties 
de comparoître pardevant les Commiflàir», 
pour pardevant eux ouïr ce qui leur ferapro- 
pcfé* touchant la conclufion pnfe par la Re- 
quête venue en Cour, & touchant celle p»- 



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de Bruxelles i6i 

fe à la fin de l'Ecrit de perfiftance avec con* 
clufion pertinente incident elle des Supplians, 
de joindre le débat à la Caufe principale com- 
mencée par Requête du 18. Août dernier, 
Reservatis expensis , hormis que les 
vacations de la féconde Chambre & des 
Maîtres aux Requêtes de ce mois refteront 
à charge du Refcribent. Aûum 31. O&o- 
bré 1739. 

Si ces deux Sentences n'annonçoient pas 
•bien clairement un favorable fuccès à nos 
bons Pères, ils en auguraient défi bons pour 
•la fuite qu'ils fe crurent obligés dès lors d'ac- 
corder des marques de leur gratitude à l'A- 
vocat Corde y s. Du Janfenifme dont cet 
Avocat avoit fait parade autrefois, il étoic 
pafTé au Moliniftne, & s'étoit entièrement 
donné à la Société pour la quelle il n'epar- 
gnoit ni fon corps .ni fon âme. Diverfes 
démarches qu'il avoit faites pour être admis 
au Confeil Souverain du Brabant, & qui 
avoient toujours été infruâueufes par l'oppo- 
sition confiante des Jéfuices , lui avoient fait 
comprendre la neceffité de gagner ces Po- 
res, qui recompenferent fon zélé en lui pro- 
curant la Patente de Greffier-Conseil- 
l&r-Commis des finances de Sa Majefté 
Impériale. 

Il n'en étoit pas de même de l'Avocat 
Defwart qui avoir pris en mains la Caufe de 
la Dame de Viane. Il n'ignoroit ni le cré- 
dit de la Société ni le droit qu'elle s'arro- 
geoit de commettre impunément les plus 
grand* crimes. Il connoiflbic tout le péril 
R 3 où 



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ifa Affaire ms ]% suites 

où il éexpofoit en leur tenant tête; mais Fa? 
mour de la vérité & delà juftiee l'emportoit 
en lui fur toute autre confédération. En con- 
séquence des Arrêts du 29* &f 31. d'Oétaf 
bre, il fe prépara à ifournir fes preuves, en 
attendant lesquelles le Confeil Souverain de 
Brabant le 4. Novembre , ordonna aux Huif- 
fiers cornais à -la garde du Sieur Rombaut 
4c Viane & de ùl femme de fe retirer & des 
les lâiffer libres. 

Le 2 t, du même mois la dame de Viane a- 
voit déjà fait entendre cinq témoins irrépro- 
chables, & fe préparoit à fournir les derniè- 
res preuves , lorsque les Révérends Pères plu* 
interefles à traîner en longueur une affaire fi 
odieufe,qu'à en pourfiuvre le Jugement, trou- 
vèrent encore un moyen digne d'eux pour 
Faccrocher. 

Ils s'aviferent de propofer au Cocher dont 
le P. Janflèns s'étoit fervi pour faire tranf- 

guter dans (on Couvent les cinq Êtes de la 
ame de Viane, de leur donner une Décla- 
mation relative à celle qu'il avoit donnée à 
cette Dame dès le commencement du Pro- 
cès. Par la première il declaroit avoir trans- 
porté xjinfa >*facs de chez la Dame de Viane, 
.& par c0Ne qu'il avoir donnée aux Jéfuites 
il paroiflbit dire precifément l'oppofé. Ce 
n'eft pourtant pas qu'il l'ait effè&ivemenc 
dit, mais c'eft que le Notaire que ces bons 
Religieux avoient choiû ne s'étoit pas fait un 
fcrupule décrire tout le contraire de ce 
qu'on lui avoit di&é: ce qui pou voit fe faine 
4'aytant plus impunément que ie pauvre Cq- 
•*? cher 



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de Bruxelles* atfj 

cher ne fichant ni lire ni écrire, né poovoic 
s'appercevoir de la fupercherie* 

Heureufement que ce Cocher ne Te crut 
point obligé au fecret que lut avoientfait 
promettre Tes Jéfuites, au fujet de la Décla- 
ration qu'il venoit de faire. A peine fut-il 
hors de chez eux qu'il conta (on aventure à 
qui la voulut entendre. Le bruit s'en étant 
bientôt répandu dans toute la Ville, la Dame 
de Viane préfcnta Requête tendante à ce que 
les Jéfuites fuflènt tenus de configner cette 
même Déclaration ap Greffe du Confeil. 
Mais cette demande n'étant pas du goût 
4c ces judicieux Pères, ils s'y opposèrent 
formellement & il en rdiilta qu'aVant la dé<* 
cifion de ce nouveau débat , il ne fut plut 
poffîble de pioceëef à l'examen des faits .po« 
fiip. &,fc PPfer par la Dame de Viane. 
.Jlmefemble voir ici le leâeur s'arrêter 
tout court & demander quel ufage ces bon* 
Pères prctendoient donc faire de cer Aûe & 
pourquoi ils fc l'étoierit fait donner puifqû'ils 
ne youloknt pas le produire dans le Procès? 
jç jfui-.fln effet la queftion qu'on fe faifoic 
alors les uns aux autres. Cependant ceux 
$ui jCroyoient coonoîcre les Jéfuites, <lifoient 
que cet A£te n'étqit pas fait pour fervir dans 
ce Procès dans lequel ils fentoient bien au'ila 
dévoient fucçomber, mais à dcflein de le 
çrioritrer par la fuite à leurs dévotes pour leur 
f^irc voir par une preuve fi autemique qu'on 
les avpit condamnés injustement, & qu'ils 
*ie font dans ce monde que pour fouffrir £c 
pour être en butte à la calomnie & à l'în- 
R + jufti- 



Dgitizedby GoOgle 



*6+ affaire des Jésuites 

juftice, à l'exemple de celui dont ils ofênt 
& directes Compagnons. 
- Ge fentimenc qu'on prétoic auxjéiuitesn'é- 
toic peut-être pas exa&ement vrai. Èfu moins 
leurs allée» & venues donnoient-elles à pen- 
fer que quelque grande qne fut l'intégri- 
té des Juges , ils ne perdoient point l'efpoir 
de les corrompre. Perfonne ne fait mieux 
qu'eux s'en remettre au tems, qui tôt ou tard 
les fevorife. Il ne p'agiflpir pour lors que d'em- 
pêcher un Jugement définitif, d'arrêter le 
corps des procédures, de rallentir l'ardeur 
des Juges, & de faire traîner l'ttfl&ire en Ion* 
gueur; & c'eft à qupi ils réuffiflbient au 
mieux. L'année s'écoula de la forte & le 
commencement de la fuivante les débaràflà 
d'un ennemi redoutable. Le 4 Janvier 1740. 
mourut un des Notaires qui avoit drefle l'A- 
été & Procès-verbal dès aveux du Perejanf- 
fcns, lorsqu'il fut mandé par la Dame de Via- 
ne. Il eft vrai que ce Notaire , étant au lit 
de la mort) M. le ConfeillerDu Chefne Rap- 
porteur de cette affaire, s'étoit tranfporté 
chez lui pour lui demander s'il? perfiftoit dans 
fon dire, & fi l ? A<2e par lui figné Conjointe- 
ment avec fon Confrère conteftoit Vérité ; 
?ue ce Moribond lui avoit repondu , qu'étant 
îhretien & p et à paroître devant le Tribu- 
bunal du Souverain juge dés vivans & des 
morts, il ne pouvoir que rendre Juftice à la 
vérité, en confirmant par forme de Teftament 
in extremis la Déclaration par lui donnée dans 
un tems où il jouïfToit d'une famé parfaite. 
Mais cette Déclaration ne pouyoit fervit tout 

au 



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2>x Bruxelles. %&% 

au plu*qu'à modérer la joï'e des bons Pères, donc 
Faffiùrc paroifîoit toujours aller de ma| en pi- 
re. Cependant quoique le Public s'attendit 
de jour à autre à voir juger ce Procès , ils nç 
Jaifferent pas de trouver le fecret de le pro- 
longer de telle forte que toute l'année fe paf- 
fa en Ecrits de part & d'autre. Il ferait de 
trop ici de rapporter toutes les calomnies donc 
ces fàints Religieux fortifioienr leurs Ecrits. 
Pans la crainte néanmoins qu'on ne ies crut 
pas fur leur parole, ils gagnèrent le Gazeticr 
de Cologne qui infera dam fa Gazette que 
la Dame de v iâne avoit été condamnée à £- 
tre flétrie d'up fer chaud , & à être fouettée 
par les carefburs de la Ville. Il eft vrai que 
ce Gazettieren fut puni^ que fa feuille pé- 
riodique fut brûlée par le main du Boureau , 
qu'il lui en coûta de l'argent, & qu'obligé à 
produire au Gréfie, la pièce originale fur la 
quelle il avoit inféré dans fa Gazette une ca- 
lomnie fi groffiere la Lettre fe trouva d'un Jé- 
fuite de Manheim , ^c qu'en approfondifTant 
plus loin on reconnut l'ouvrage des Jéfuites 
de Bruxelles; mais tout cela ne leur étoit 
nuifible que fur les lieux mêmes. Leurs Con- 
frères là voient faire valoir au loin une nouvelle fi 
favorable à la Société , & foutenoient l'honneur 
du Corps entier, pendant que ceux de Bruxelles 
veilloient de leur coté à reparer leur réputa- 
tion. Le commencement de la nouvelle an- 
née fembloit ; être en même tems celui *de 
leur triomphe. Soixante témoins gagnés par 
argent déposèrent en faveur des Pères contre 
la Dame de Vianej mais par un effet parti- 
R 5 culicr 



Dgitizedby GoOgle 



$66 Affaire des Jésuites 

culicr de la Providence, tous ces témoins, 
à l'exception de deux, ne pouvant tenir long- 
unis contre les remords de leur cpnfcience , 
vinrent d'eux-mêmes prefque auffitôt fe re- 
traiter l'un après l'autre , & déclarer au Gref- 
fe qu'ils avoient reçu de l'argent pour dépo- 
ser contre la Dame de Viane. Plufieurs fu- 
rent arrêtés en vertu d'un Décret du Souve- 
rain Confeil de Brabant , & enfin après di- 
Verfcs interrogatoires dans les. formes, les 
nommés Konifloë & Vanden Brand Chefs 
de ces faux témoins, avouèrent que les Je- 
fuites leur avoient fait compter deux -mille 
fept cens florins, qui font environ cirtq mil- 
le fix cens livres monnoie de France , pour 
payer ceux qui avoient eu la charité de .prê- 
ter leur fumage pour la juftification du P. 
Janfièns. Qui ne fe feroit imaginé pour lors 
que ces faux témoins allpicnt fybjr le châti- 
ment dû à leur impofture, & que tous les 
Jéfaites de la Province alloient être couverts 
d'opprobre & punis fuivant lcprs mérites? 
Cependant rien de ce qu'on auendoit n'arri- 
va. Le tems continua à s'écouler jufques au 
p. cFO&obre 174t. que mourut la Dame de 
Viane d'une frayeur caufée par un gros rat 
^ui fe coula fous elle fans qu'elle py t s'en dé- 
baraflèr. Sans m'arrêter à ce que la Croni- 
que fcandaleufe publioitdes Révérends Pères 
à cette occafion , il fuffit d'avertir; que ladite 
Dame fe fentant près de fa fin au bout de 
quelques jours de maladie , fit venir quatre 
Cures de la Ville , un Notaire & quatre au- 
tre? témoins irréprochables: dçvarit lesquels 

pre- 



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DE BRUXEtfcïS. * fttfjf 

(prête à recevoir le Viatique , elle proteftt 
que rien n'étoit plus vrai qu'elle avoit confié 
*u P. Janfïèns fon Confeffeur t la fomme de 
trois cens mille florins , qu'il Jîioit avoir re- 
çu & qu'il refufoic de lui rendre „ prenant 
^, à témoin fon Dieu & fon Juge, difbit-cl- 
^ le, qui écok prefent^qu-eUcalloit rece- 
„ voir & devant qui elle alloit paraître dans 
„ quelques momens; ajourant, qu'elle em- 
„ portoit cette e/pérance *Ji 'inéflurant , qu'il 
„ ne permettroit pas que fes Juges refufaf* 
*, fentà fon mari & à kur Fille, lajuftièe 
„ qui leur étoit due, & que les Jéfuices fe- 
j, roient également condamnés aptes fa more 
„ à la reftitution de cette fomme qu'ils leur 
79 retenoient fi injuftemenc. ,> 

Cependant la fuite ne vérifia . pas J'efperan- 
ce de cette Dame infortunée. Après fa mort 
Taffeire parut tongtems CQttme éteinte, & 
ce ne fut qu'après des peines & des foins in- 
f finis de la part du Sieur Rombaut de Viaae 
_& de fon Avocat , quelle: fut continuée, 
.quoique de manierç à faire tout appréhender 
pour la bonne caufe. Enfin l'an 174*. le 24, 
Septembre au foir, fut jugée cette malheu- 
heureufe affaire au grand ét&on:emem ^du Pu- 
blic. Rombaut de Vian^ fut eon4amné aujt 
dépens, frais, dommages Sf ipterêts; & en 
outre il fujt ordonné au Bfosrçrèur Général 
d'agir exttjaordinairetnent contre, ce pauvre 
infortuné, *uffi bien quevçomreje Cocher 
qui avcjt tranfpprté les, facs, & les autres 
témoin*; qijii, Içs avoient vus çpjtfer dans ic 
-Couvent! il ne faut que. faire k#urc de cet- 
te 



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x6î Affaire des Jésuites 

ce Sentence inique dont nous donnons ici I* 
traduction pour faire connoîcrc à toute la ter- 
re, que les Compagnons de Loyola (ont en 
droit maintenant de faire tout cç qui leur 
plaît, que les I*>ix ne font point faites pour 
eux, fie que le tems eft venu où l'on ne 
peut pas même en demander Juftice impu- 
nément. 

SENTENCE. 

Dm Confeil Souverain de Brabant , dans la 
caufe de Rombaud de Viane , Suppliant : 
contre le P. ReSteur de la Compagnit de 
Je fus à Bruxelles, £«f le P. jLudgerm 
Janjfens % Prêtre de la même Compagnie , 
Refcribens. 

Rombaud de Viane Suppliant. 

Le J\ ReSeur de la Société de Jefus en 
cette Ville de Bruxelles, & le P. L*d- 
gerus Janjfens Prêtre , de la même So* 
fi/t/ y Refcribens. 

Vu£ au Conftil Souverain de Sa Majefté 
Royale ordonné en Brabant , la Requête y 
présentée le dix-huitiême Août mil fept cens^ 
trente-neuf par le Suppliant & feue Marie* 
Anne Jujli-Davis fon Epoufe, contenante: 
qu'étant arrivés le ij. Septembre 1738. avec 
tous leurs effets, dans un Jagt d'Hollande 
en cette Ville de Bruxelles, dans l'intention 
d'y axer leur Domicile, TEpoufe du Sup- 
pliai* 



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de Bruxelles. 26$ 

pliant aurait mis de bonne foi en dépôt an 
Collège des Reicribens, quatre facs de toile 
grife, remplis d'efpéces d'or monnoyé & 
non monnoyé, comme auffi de Joyaux brut» 
& non taillés. Que le fécond Kefcribenc 
(choifi pour Confeffeurpaf l'Epoufe du Sup- 
pliant) auroit transporte ce dépôt dans im 
Caroflè de louage de la Maifon des Supplians 
au Collège des Rdcribens, vers la Touflàiiw 
de la même année 1738» Que le Cocher de 
ce Carofle de louage auroit aidé à tranfporter 
ces auatre facs à la porte du Parloir dudit 
Collège depuis le Caroflè jufques au même 
Parloir, en préfence du Portier ou autre 
Frère de la Société qui leur auroit ouvert la 
porte 9 comme confierait par la Déclaration 
originale dudit Cocher jr jointe fub n. 1. & 
ultérieurement par la Déclaration notariale & 
originale de Barbe Van de Sande femme de 
Pierre Van Uylenbroecb demeurante vis-à- 
vis de la Maifon des Supplians, y jointe)** 
n. a. & comme le premier Refcribentôc au- 
tres de la même Société, auraient, ce non* 
obftant, pour lors rcfufé de reftituer ce dé-, 
pôt aux Supplians, ceux-ci auraient étécoo- 
trains de prendre leur recours vers cette 
COUR Souveraine, la fuppliant très hum- 
blement d'être fervie, d'ordonner aux Re- 
ferions, au Portier dudit Collège ou autre 
Frère de la Société, qui aurait ouvert le Par* 
loir au tems du tranfport & tradition dudk 
dépôt, & à tous autres à qui il appartient, 
de reproduire protmement le même dépôt en 
entier & en eipèce & de le reftituer aux Sup- 
plians 



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f?o A f jtaire dis Jésuites 

pliarw, comme auffi de condamner en ce Iê 
premier Referibent & tous atitr# qu'il ap- 
partiendra t de même qu'aux frais, domina* 
ges & intérêts IbuflEèrts & à fouffrir, avec 
permiffion de les pouvoir libeller avec dépens. 
Vu l'Ecrit de Refcription y refervé de la 
part des Refcribens, par lequel (fous çmploi 
des raifons y alléguées) il fut conclu, à ce 
que les SuppHans pour avoir demandé , agi fit 
conclu, ainfi qu'ils avoient fait par leurdite 
Requête, feroient déclarée non fondés ni re^ 
cevables avec dépens ; l'Ecrit de Relique des 
Supplians, & celui de perfiftance aulieu de 
Duplique des Referibenc. Vue auffi fai Re* 
quête civile du Suppliant du 29; Oâobfede 
ladite année 1739* par laquelle éclairciffant, 
pour autant que de befoin, k Conehifiort 
prife par la Requête venue efi COUR, & 
amplianc la même Conchifion^ in qu&ntuin 
ofus , il contendoit à ce qu'il fht dédale pour 
droit, Que les quatre facs fcfifierttionnés au*- 
r oient été emporté» indûment STtëns droit 
delà Maifon du Suppliant, qu'indûti^nt & 
i tore ils auraient été transportés* au Collège 
des Refcribens, &> partant qu'il fetoit ofcfaft- 
né au» Refcribens de reproduire promtemenr, 
ctïentier & en efpècfesy lefdits quatre faesren*» 
plis d'or monnoié & non monnoié &t de joyaui* 
bruts non taillés, & de les restituer au Sup- 
pKant,d'y condamner les Refefibens,ctenlÔ- 
me qu'aux frais, dommages- & intérêts foùf 5 - 
ferts & à( ibuffrir,avec permiffibw dé les'pou*- 
voir libeller avec dépens. Vu l'Ecrit dfes Rak 
fôns d'impemnencc y pefervêipài* le^Rièfei^ 

bens 



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beris avec la Sentence interlocutoire y fijivie 
le 31. dudit mois d'Oâobre, par laquelle lft 
Cour avoir admis les Supplians à preuve fur 
les faits par e»x pofés au Procès, les Refcri- 
bens entiers en -leurs preuves contraires, le* 
dépens réferves, excepté que les vacations 
de la feconde Chambre & des Maître» 
aux Requêtes reftèroient à la charge des 
Refcriberis. Vu auffi le Débat mû par la 
Requête des Supplians du 18. Août 1739J 
les avis ( en Conformité de l'Appoftille y 
margée) donnés féparément- par les Refcri- 
bens. L'Ecrit dé Perfiftence avec Çonclu- 
fion pertinente incidentelledes Supplians, U 
Réponfè fur Conclufion pertinente du pre- 
mier Refcribent, & la Réplique fur Conclu- 
fion pertinente des Supplians, fur la fin delà- 
quelle il Ait encore bien expreflèment perfi- 
fté comme devant, à ce qu'il fut déclaré pour 
droit, que les Pères du Collège de la Com- 
pagnie de Jefus en cette Ville de Bruxelles, 
feraient obligés à demeurer garans pour la 
perfanae de prénommé Père fanjfsns Reli- 
gieux de la même Compagie , & confé- 
qucmment pour la demande entière des Sup- 
plians, & pour tout ce qui s'en fùivroit, & 
que parmi ce, il fèroit permis aux Suppliant, 
en cas de gain en la matière principale, de 
mettre a exécution la Sentence à rendre en 
leur faveur à charge dudit Collège jufques à 
la fatisfaâion réelle inclufivement , v avec dél 
pens. Vu l'Ectit de Perfiftence au lieu de 
buplique du premier Refcribent -j & la Sen- 
tence rendue audit Débatte 31 O&obre 1739, 

par 



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iyi Affaire des Jésuites 

par laquelle le même Débat fut joint à M 
caufe principale commencée par Requête du 
18. Août lors dernier, les dépens réfervés 4 
excepté que les vacations de la féconde Cham- 
bre & des Maîtres aux Requêtes refteroient 
à la charge des Refcribens, Vues de fuite les 
Preuves vocales & littérales produites & ex- 
hibées de la part des Supplians, les Preuves 
vocales & littérales contraires des Refcribens 
faites & produites refpe&ivemeut tant à Leu- 
warde en Frife, dans la Ville d'Utrecht, que 
dans cette Ville de Bruxelles, comme aufli 
les verbeaux ultérieurs en matière de Preuve 
tenus pardevant les Commiflàires duditCon- 
feil, & les Débats y mus entre Parties, avec 
les Sentences y fuives, de même que le Ver- 
bai du 2. Juin 1741. où les Refcribens (par 
leur Procureur Louwarts) ayant examiné les; 
Preuves vocales & littérales des Supplians,, 
avoient employé pour reproches, & gêner a- 
lia Jur'ts contra. L'Ecrit de Reproches de» 
Supplians fervi par leur Procureur van den 
Eede le 27 fuivant. L'Ecrit de Salvation? 
des Refcribens, & les autres Verbaux tenus 
en caufe, nommément celui du iç.Oâobre 
de ladite année 1 741. par lequel conitoit,que 
les Parties avoient conclu en caufe & requis 
Droit. Vue aufli la Requête Civile des Re- 
fcribens du 11. Janvier de cette année 1742. 
par laquelle fut conclu à ce que l'aâion in- 
tentée par les Supplians contre les Refcribens* 
feroit déclarée être intentée fauflëment & ca- 
lomnieufement, & que les Supplians feroiens 
condamnés à faire & donner à ce fujet aux 



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i>k Bruxelles* ±7$ 

Refcribens, telle réparation d'honnedr qu'en 
juilice feroit'trouvée appartenir. L'Office Fïfcal 
de fon côté entier d'agir tant contre lesSup- 
plians, que contre tous ceux qui avoient dé- 
•pofé en ladite caufè calomnieufement & de 
mauvaife Foi, du qui autrement s'en feroienc 
indûment mêlés. L'Ecrit de Raifons d'Im- 
pertinence y refervi de la part du Suppliant f 

1>ar lequel concluant il coritendoit à ce que 
es Refcribens , pour avoir agi & conclu 
Contre lé Suppliant & feue fon Epoufe,ain- 
fi qu'ils avoient fait par cette Requête Civi- 
le, feroient déclarés non fondés ni receva- 
blés, avec dépens. Vue auflî la Requête 
Civile du Suppliant du 13. dudit mois dé 
Janvier, avec l'Ecrit des Raifons d'Imperti- 
toence y refervi par les Refcribens, le Dé- 
cret du 10. Avril 1742. par lequel la COUR 
ordonna de faire comparoître le Suppliant 
pardevant Commiflaires dudit Confeil pour 
ouïr & examiner le même Suppliant, à l'ef- 
fet de difpdfer fur la matière d'imbécilité 
mentionnée au Procès. Vue la Sentence du 
16. du même mois ffer laquelle la COUR, 
eu égard aux faits pofés de la part des Re- 
fcribens par le 76. Article & fuivans de leur 
Ecrit de féconds faits, & à ce qui étoit à 
Ce fujet ultérieurement allégué au Procès, & 
"ouï le Rapport desdits Commiflaires tou- 
chant les devoirs faits félon ledit Décret du 
10. Avril, refpe&ivement le 10 ia. & 14.. 
du même mois, déclara d'avoir trouvé le 
Suppliant jouiflant entièrement de fes fens & 
entendement , ordonna de fuite aux Parties 
S de 



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274 Affaire de» Jssûitbs 

de s'expliquer devant Commiflàires en dedans 
deux fois 14. heures, s'ils entendoient que la 
caufe feroit décidée fur les Procurations du 
Suppliant exhibées au Procès : Vu le Verbal 
du 17. du même mois, ou le Procureur des 
Refcribens, ayant hit examiner ladite Sen* 
tence cju 16. Avril, avoit déclaré d'être con- 
tent & dé consentir à ce que la caufe feroit 
'vuicév' 'iur les Procurations données par le 
Suppliant, & exhibées au Procès: Vue auffi 
le Verbal du même jour , où le Procureur 
<Vémden Eede , ayant fait ledture au Suppliant 
de ladite Sentence , avoit pareillement dé* 
claré que ledit Suppliant emendoit que la 
caufe feroit vuidée fur fes Procurations ex* 
hibés, parmi quoi les deux Parties a voient 
foutfcnu d'avoir fat isf ait à la même Sentence* 
Va lç Décret ultérieur du 10. Maifuivant, 
par lequel la COUR avoit ordonné d'office 
de foire comparoître devant Commiflàires 
dudit Conféil Barbe van de Sande époufe de 
Pierre van Uylenbrooik> pour être recolée 
fur fa dépofitien donnée à la réquifition du 
Suppliant le ;i. Novembre 1739. & pour 
être examinée fur d'autfes circonftances avi» 
fées par la COUR , comme auffi de faire re- 
coler le Confeiller & Maître des Comptes 
Servati fur fa Déclaration manuelle duj. Juin 
1741. jointe à la Requête Civile des Refcri- 
î>ens du 11. Janvier de cette année 1742. & 
iiir d\.u res points auffi avxfés par la COUR. 
Vus RecollemensSc examens feits enfuite du- 
dit Décret le 11. 19 & 23. dudit moi* de 
Mai & le 1. Juin fuivant. Le Décret ulté- 
rieure- 



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rfcuisraent denrç £ ffl. de MM prémeonôn* 
nç , par lequel il àyoit été ordooaé au Sup. 
pliàQc 4e cpnfigner fous due expurgation de 
feraient au Grcflfe dudit ConfeiJ la nonces, 
récitées par le 1 1 $8. Article de & dédu- 
$ion. l/Aûe tenu enfuite au Greffe le io. 
dudit mois de Mai, où. le Procureur van 
den Eede avec le Suppliant en perfoone pour 
cflè&uër la configngiion lui ordonnée par le-, 
dit Décret, déclara d'y CQnfignçr certain Bil- 
let de notice original du contenu ipécifiqi» 
dans les refpeûifs quatre fkcé contentieux en- 
tre Parties, & ainfi Ôç de la mainte que 
le Suppliant auroil ft#mé ce Billet de it. 
main , tç qu'il Fauroit retenu au tems qu'il 
deipsttrojt encore en Hpllgnde, déclarant cri 
outre d'être prêt à s'en expurger protmement 
fous {erjnent avec RequifiripH qu'il ferait pro- 
cédé inçeflammeip à cette expurgation. Vu 
encore le pècret du a*, dudit mofe de Mai 
p*r lequel la COUR ordonna d'office de 
faire comparaître devant ledits Commiffii- 
res MuM de Velder à l'effet d'être récolé 
fur là Dçpofîtion donnée par lui à la Réqui- 
fitiott du Suppliant le a6. Avril 1740. & 
pour être interrogé fut les circonftances avi- 
fées par la COU R> le Recollement & exa- 
■^■W%fP®**i» *^roe Décret le ai Mai 
f# Vu auffi Jk Pécret di* 0. Juin lui- 
vant, ayep les devoir* f^ics d'office le tnè- 
nic jour :fc l'égard fo Jacqueline IS*me Pil- 
le du Sqçpfynt, l'esftfpcn ultérieur du Sup- 
Chant & 4es Rçiponles personnelles aux In- 
terrogarpiçes lui faits p*r Comraiflaires le 
11. ditwj autre Décret 4tt 13. du même 
*> z moisj 



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*l6 Affaire des Jésuites 

mois , avec le Recollement de Jean Cauwe 
fait le lendemain fur fa Dépoficion faite de- 
vant Commiflaires dudit Confeil le 12. No- 
vembre 1739- & fon Examen fur d'autres 
circonftances avifées par là COUR; de mê- 
me que le Recollement & Examen du No- 
taire Markens fur la Défkrfition du ïj. Fé- 
vrier 1741. le i}. du même mois de Fé- 
vrier de judocus Roofeu fur la Dépofïtionju- 
didelie fait devant Gommiiïaires le 9, Jan- 
vier 1740. avec fon Examen ultérieur fur 
d'autres faits & circonftances avifées parla 
GQUR; le Recollement & Examen de Ni* 
colas Mommens fur la Dépbfition faite de- 
vant Commiflaires le. 12 /Janvier ÏT+r. là 
Dépoficion de fon Epoufe ouïe d'office le 
16. & 19. dudit mois. Le Recolerôem & 
Examen de Henri van Dormael du 18. fui- 
vis- fur la réfolution du Cènfeil du jour pré- 
cédent. Vu enfuite le Décret du 4.» Juil- 
let de cette année 1742. par lequel il fut 
ordonné aux Refcribens de remettre ' z\i 
ConfeillerJRapporteur l'Ecrit fi^né dans leur 
Collège par Jean Cauwe £ & mentionnés aux 
Articles 59, 6o, 6i-,6%, 6j, 64^5, 8c 6% dé 
l'Ecrit & le Décret du ç. dudit mois dé Juil- 
let, par laquel la COUR ordonna de faire en- 
core les devoirs ultérieurs par elle avif£s d'offi- 
ce : l'Examen ultérieur du Suppfiant du tf.; 
& 7. ditto , & les devoirs faits darts là 
Ville d'Utrecht en conformité des refpeâives 
réfolutions dudit 5. de Juillet & 9. Août. Vu 
encore les Décrets du 27 ,& 28. dudit mois 
d'Août marges fur la Requête du Confeiller 
& Procureur-Général de Brabant, par le£ 
i ~ > quels 



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tjd^s.la COUR à l'intervention de l'Office 
Fiical avoit permis audit Coniefllcr & Pro- 
cureur-Général de faire fcqueftrer dans la Pri- 
foQ de la Treurcnbergh le Suppliant, Muhel 
de Velder , Jndocus Roofen , & Jean Caur 
yje ? & accordé prife de corps à charge de 
Guillaume IViHems , Antoine Pulz , Fran~ 
pis Vlafch , Corneille de Tri & Jean Ry- 
nart. Vu l'Examen ultérieur du Suppliant 
fait fur la Treurenbergh le 30 dudit moif 
d'Août, avec les autres autres devoirs y faits 
par commiflàires dudit Confeil à f égard des 
.trois autres fequeftrés. Le Requête Civile du 
Suppliant du 3. de ce mois de Septembre avec 
T£crit de raifon d'Impertinence y refervi par 
les Reicribens , le Décret du 7. du même 
jnois, par lequel la COUR avoit ordonné 
au fécond Refcribent de comparoître devanc 
les-dits CoramifiTaires pour y être interrogé 
fur les 'points aviïes d Office, les devoirs ce 
enfuivant faits le io. & 1 1. ditto, ôc la Sen- 
tence interlocutoire du 18. du même mois, 
par laquelle la COUR fans interruption du 
^Rapport accorda au Suppliant Copie de fes 
Réponfes aux Interrogatoires lui faits d*offiee 
le 1.1. Juin, 6..& 7. Juillet, & 30, d'Août 
dernier , à l'effet de s'y expliquer en préfence 
(Je Ion Confeil devant Commiffajres le »2. de 
ce mois à buit heures avant midi, Vus les 
devoirs faits enfuite de la même Sentence au 
jour & heures préfigés en préfence dg Con- 
feil du Suppliant j à tout eu égard, la COUR 
à, i'interven:ion de l'Office Fifcal joint au 
PxQcès la Requête Civile des Rçfcribcas du 
S 3 xi* 



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*78 Affaire bfefc Jésuites 

ji. Janvier 1742. rejette les trois Requête* 
Civiles du Suppliant du 29. Oâobre 1739. 
13. Janvier 1742. & 3; du mois courant. 
'Déclare le Suppliant non fondé ni recevable 
tant en la Conclufion prife par k Requtte 
introduâive, qu'en celles prifes par la Re- 
quête Civile du 29. Oûobr^i7î9. & fur la fin 
de fon Ecrit de Relique fur Conclufion perti- 
rrente du 3 1 . Octobre 1 73 9 les Refcribens en- 
tiers en matière de Calomnie de répéter par in- 
stance opérée devant Comiffiires leur Conclu- 
iion prife par ladite Requête Civile du 6. Janvier 
dernier ; accorde aux Refcribens à cet effet 
Copie des Réponfes du Suppliant aux inter- 
rogatoires lui faits d'office rcfpediveraent !e 
j 1 Juin. 6. & 7, Juillet 30. Août dernier f 
& le »2. du mois courant. Ordonne néan- 
moins, que les Pièces du Procès feront mifes 
es mains du Conseiller & Procureur-Géné- 
ral pour faire les devoirs de fon Office, con- 
damne le Suppliant aux dépens à due taxa- 
tion & modération de la COUR , & aux 
amendes des Requêtes Civiles rejettées. Fait 
à Bruxelles le 24. Septembre 1742. 

Signé P. van CUTSHEM. 

Cette Sentence, comme on le fut après 
fut rendue fur un tas CQiifus de points crof- 
fice qu'il plut aux Juges d'imaginer non pour 
eclaircir des faits déjà trop clairs ; mais pour 
furprendre , & faire couper tant l'Àccufateur 
que fes Témoins par la multiplicité des in- 
terrogatoires captieux qu'on leur a fait fubir 

en 



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ds Bruxelles. 17$ 

différons teins , même après un double 8c 
triple recollement. Auffi n'y eut-il qu'une 
voix fur l'intégrité du Jugement rendu cou- 
rre le Sieur Rombaud de Viane, & lies mo- 
tifs qui portèrent le Confeil à fe deshonorer 
par un pardi Jugement font encore une cho- 
ie que les honnêtes gens n'ont pu compren- 
dre jufqu'à ce jour. Ce qu'il y a de cer- 
tain , c'elt que celui qui fe préfenta le pre* 
roier devant le Comte d'Harrac pour lui an- 
noncer la nouvelle du gain du Procès des 
jéfukes, fut payé de la même réponfe que fit 
autrefois le Cardinal de Richelieu à celui 
qui vint lui dire que ie Maréchal dé Maril- 
lac venoit d'être condamné à mort, c'eft à 
dire d'un Retirez-vous. 

Peu de tems avant ce Jugement fut rom- 
pu yif un Malfaiteur qui refulâ de fe confef- 
fer à un Jéfuite , difai* pour raifon qu'ils 
étoienttous de plus grands voleurs que lui; 
Si ce fupplicié avoit furvêcu à ce Jugement ^ 
qu'elles plaintes n'auroit-il pas été en droit de 
faire contre le Privilège accordé aux dignes 
Pères de piller 6c de voleil impunément! 11 
eft vrai que ce ne fut pasrfâns peine ni fans 
depenfes , qu'ils parvinrent^ à leurs fins dans 
cette affaire. Le Jugement rendu en leur fa- 
veur fut hautement improuvé par les person- 
nes du plus haut rang de la Ville & entre 
autres par le Comte de (PHarrac & par le 
Comte de Konigfek. Vers la fin de mois de 
. Mai de Tannée fuivante l'af&irc fe réveilla ; 
Vandeûbrand fut repris & Konifloë Chef 
des témoins ayant été appliquée U qqeftion, 
S 4 dé- 



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}3o Affaire pf$ Jésuites 

dévoila tout le myftere d'iniquité. Ivf . â& 
Viane & fes témoins qui avoicnc tant fbuf- 
fert pour Ja ; vérité & pour la juftice, furent 
mis fur le preau de la prifon &feur Caufc 
étant devenue Civile, pn difoit que s'ils n'é- 
pient pas encore élargis , c'était ppur le$ 
avoir à la main pour pouvoir confondre d'au* 
tant plus promtement l'impofture & les im* 
pofteurs. + " ■ 

Ce qui confirma cette opinion fut la Sen- 
tence du Confeil Souverain du Brabant dit 
premier Juin 1743. en vcrtu de, laquelle fix 
des principaux témoins delà très digne Socié- 
té , reçurent le même jour la récompense 
due au iignalé fervice qu'il* lui ont rendu; 
en déposant fauffement contre Rombaud de 
Viane & feue fon Epoufe. Konifloë & 
Vandenbrand la coide au col furent pubtt- 

3uement fouettés & marqués, puis recon- 
uis en prifon pour y refter pendant dix ans 
& enfuite être bannis à perpétuité ; van Hel- 
fchen, & de Haes furenjc aufli fouettés & 
bannis, & deux autres moins criminels fu- 
rent feulement expofés à la honte. Tout de 
fuite on commença à inftruire le Procès du 
Secrétaire du Procureur Général , le nommé 
Verfin , qui étoit du nombre de ceux qui s'é- 
toient laifles corrompre par.. l'argent des Jé- 
fuites & qui fe voyant découvert & aceufé 
avoir pris la fuite avec plufieurs de la même 
trempe & fes Complices?. 

Cependant commeon çroyoit toucher au 
moment heureux de l'entière decifion de cet- 
te importante affaire, on vit tout à coup tes 

, * P ro r, 



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procédures ceflèr Êms qu'il fut pbffiWe de con- 
cevoir les motifs d'une pareille ina&ion qui 
dura 18. njois. Toute la bonne volonté du 
Comte de K>onigfeck ? & les- vœux <ie tous 
ksgens de bien du pais né purent remporte* 
fur l'or & le crédit des Jéfuites. Au mois de 
Juin de l'année 1745. la Cour rendit quatre 
jugemens qui mirenr fin à toutes chofes 6c les 
Jéfuites eh paifible pofleffion de leur vol. 

Par le premier de ces Jugemens qui eft du 
23. Juillet, la Cour déclare Rombaud de 
Viane prifonnier, convaincu de fauffeté & 
d'avoir contre vérité foutenu qu'il x poffedoiç 
un créfor d'or monnoyé & non monnoyé , de 
diamans bruts , de la valeur de deux cens foi-? 
xânte fix mille florins argent d'Hollande ; & 
pour raifon de " quoi > il a calomnieufement 
intenté & foutenn jufqu'à la fin un Procès 
contre le Père Janffens & le Collège des Pè- 
res Jéfuites. Néanmoins, dit-elle, ayant é- 
gard à fa longue détention & à fa ci-devant 
démence d'efprit & autres cirçonftances, elle 
ordonne fon élargiffemenc & le condamna 
aux frais de Juftice. 

Par le fécond & le quatrième qui eft du 
50. du même mois, elle déclare le prifon- 
nïer Michel de Velder Peintre, & Judocus 
Roofen ancien Officier d'infanterie, convain- 
cus d'avoir faufTement dépofé Tous ferment 
contre le P. Janffens, & les condamne à ê- 
tre fouettés fur un échaffaut, bannis & leurs 
biens confifqués au profit de Sa Majefté, fur 
iceux préalablement pris les frais de Juftice. 

Enfin par le troifieme du même jour , elle 
• : ' , S. 5 de- 



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*ti Affaire des Jesuit. de Bruxell: 

deckre le prifonnier Jean Cauwe fafpcd d*a- 
voir suffi dépofé fauffement fous ferment coi*» 
ire ledit Père Janflens; toutefois qu'ayant é- 
gard à ft longue détention, clic. l'élargit de û 
prifixi & le condamne aux frais & mifes 
de Juftice, 



RE- 



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RELATION. 

D'une confpiration tramée par les Nc- 

fres, dans rifle de S. Domingue* 
éfenfe que fait le Jéfuite Confef- 
(eur, aux Nègres qu'on fupplicie, 
de révéler leurs fauteurs 6c com- 
plices. 

AVIS DE L'EDITEUR. 

On nous a remis deux Lettres. L'une vient i$$ 
Cap François, I(le S. Demingue , v l'autre de Im 
perfonne s qui cette Lettre étoit adreffée. Comme 
cette perfonne connoit parfaitement bien par elle-, 
même l'état actuel de cette Ifle , nous donnerons fa 
Lettre la première, pour fervir d' introduction à la 
/vivante. Ce que contiennent ces Lettres efi trop 
important , dans les cir confiances pré fentes , pour 
ne les pas donner au Public. On y verra que In 
Nègres cherchent à fe rendre maîtres du Pais , en 
fuyant périr ceux qui le font; que les Je fuites feuls 
fine épargnés , er qu'ils protègent ouvertement cèi 
Nègres , en défendant « ceux qu'on fait mourir dé 
révéler leurs fauteurs fjr complices. N*eft ce pas fe 
déclarer foi- même complice , que d'ôter le feul 
moyen £ extirper cette détefiable confpiration r 

LETTRE de la perfonne a gui la 
Lettre du 24. Juin efi adtefjée. 

Voici, M., une pièce qui mérite bien de 
voir le jour , elle eft de bonne main 
fle fure. Vos fensen feronc iroublés. Eft il 

donc 



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a?4 Affaire 

donc poffible qu'il ne fe commettre plus de 
crunè fur,laïterre odiles JfcfuitesVaiént que!» 
que part. Potir cônferVcr ldufColoîbie cferts 
le Maragnan^ ils ço.nfeilleqc à leurs Sujet* 
dWaffiner tous les Blancs, & de leur cou- 
f>er la tête, & ils leur en donnent l'abfolu- 
tion. Pour fe rendre maîtres de celle du Cap, 
ils protègent les empoisonneurs , & menacent 
içs coupables de la damnation éternelle s'ils 
révèlent leurs complices. On les ménage 
parce qu'on craint' qu'ils n'excitent une ré- 
volte. On les feupçorme d'autant plus , que 
dans cette multitude effroyable de Nègres 
qui ont péri parle poifon,od remarque qu'ils 
n'en ont pas perdu un fcul. Eux & leurs Nè- 
gres font feuls en fureté. La conféquenco 
n'cft pas difficile à tirer # 

Extrait d*une Lettre écrite du Cap 
Franc ois , U i^.jfuin 175*8. 

Nous femmes ici, Monfieur, dans une 
confternation générale , perpétuelle- 
ment entre la vie & la mort. Le récit de 
notre fituation vous fera horreur. Au mois 
de Janvier dernier on a arrêté au quartier de 
Limbe, qui eft à cinq lieues d'ici, Fran- 
çois Macandal, nègre, efdavedeM. leTel- 
lier, habitant de cette Colonie , qui étoit 
marron (fugitif; depuis dixhuit ans. Le jour 
il fe retirait dans les montagnes, & la nuit 
il venoitdans les habitations voifines, où il 
avoit correfpondance avec les Nègres. Ils 
çompofoient enfemble dtfFérens ppijfons, qnç 

ceux- 



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De $ ( î)ortiN<itfÊ. it{ 

ceux-ci vendoient à leurs camarades. On lui 
a fait Ton procès ira été condamné à faire 
amande honorable devant la principale porte 
de cette Eglife, & à être brûlé vif; préala- 
blement appliqué à la queftion ordinaire & 
extraordinaire. La fentence a été confirmée 
jiar le Confeîl Supérieur du Cap. Ce fcélé- 
rat a révélé à la queiliori un nombre prodi-l 
gieux de fes complices, qui font des Nègres 
efclaves, appartenant à diflérens Maîtres, 
que Ton a arrêté. Le nombre de ceux qu'il a 
fait mourir pendant les dix-huit ans de foii 
• marronage eft innombrable. Enfin il a été 
exécuté le virtgt Janvier, à cinq heures après 
midi. * 

On Favoit attaché , avec des chaînes de 
fer , à un poteau qui étôit planté au milieu 
du bûcher. Auffitot qu'il a fenti le feu,i| 
â f ait des hurlemens effroyables ; mais ili 
fait des ; efforçs ii prodigieux & fi fupérieurs au* 
forces de l'homme, que le collier & la chain 
fie fe font détaches du poteau % en forte qu'il 
s'eft fauvç du feu le Corps en partie bf aie 
La Maréchauflee & lcj habitans ont eue li 
prudence de faire auffitot retirer les Negrip^ 
qui environnoient la place. Tous ces triai-, 
heureux, enfe retiranr, crioient à haute voit* 
que François Macandal étoit forcier & îrii 
combuftiblej qu'il avoit eu raifon de leurdi-» 
re que perfonne n'étoit capable de l'arrêter x 
êc qu'auflitôt qu'on mettroit la main fur lui > 
il fe changeroit en Maringuoin. Le boureai* 
lui-même ne pouvoit croire ce qu'il voyoit: 
Il fe jetta cependant fur le criminel j on lut 

lia 



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$16 A tffili 

Jiaîespieds & les; raaiqs 6ç on le rejetta <J?n$ le 
brager,Tous les habitans firent revenir leurs Ne- 

Sres, qui, en le voyant brûler Remirent le feu; 
c cç qu'il leur avoir fait croire. Depuis cette 
exécution , on en brûle quatre ou cinq tous 
tes mois : il y a déjà eu vingt-quatre Nègre* 
ou Negreflès efçlaves, & trois Nègre* libre*, 
qui ppt fubi le mçme fort. Mais à mefure 
qu'on les met à la queftion, la Maréctiauflec 
en arrête neuf à dix autres qu'ils déclarent ê- 
trç leur complices, Àinfi lé nombre des pri- 
sonniers augmente à mefure qu'on qt&iKeun 
criminel, Jugez quand finira cette terrible 
affaire: il y a actuellement 140 açcufés en 
prifon. 

Des Neçrçsqui ont été exécutés, les um 
ont déclare avoir (ait périr par la poifon 30 
& 40 blancs, thème kurs Maîtres, leurs fem- 
mes & leurs en tans; d'au très iqo & } 00 Nègres 
appartenans à diffërens maîtres 

Il y a des habltans qui a voient fur leur ha- 
bitation 50 & 60 Nègres travaillant à la pla- 
ce« En moins de 15 jours il ne leur en reftok 
que quatre ou cinç f & quelquefois pas un. 
yen connois beaucoup qui ont eu ce malheur. 
On ne favoit à quoi atribuer cette mortalité) 
& on né pou voit lçur donner de fecours con- 
venables , parce qu'on ne foupçonnoit pas le 
poifon. 

Plufieurs ont avoué qu'ils ,avoient eaipoi- 
fbnné des Nègres à qui ils avoient offert du 
poifon, mais qui leur paroiffoient être trop 
affèâionnés à leur Maître & qui auroieotfû 
les découvrir. 

' ' Fran- 



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François Maacadal a découvert trois e& 
pèces de poiibos, dont il y en a de fi dangé* 
reux & de û violens , que des chiens à qu* 
les Médecins & Chirurgiens en ont fait pren* 
dre, ont crevé. fur le champ. Il y en a d'au-* 
très dont l'effet eu plus lent , qui font laa* 
gair cinq & foc mois, mais dont il faut tou-* 
jours néceflkirement périr* 

Nous (brames effrayés de voir que prefque 
tous les coupables, font ceux qui travaillent 
à la grande caze, & en qui l'on a le plus de 
confiance, le cocher, le cuifinier , & les 
autres domeftiques dont nous nous fervons. 

Us prenoient précifément le tems où leurs 
Maîtres avoient 15. ou ao. Blancs à table &, 
donnoient des feûins. Ils mettoient le poi- 
fon dans le thé, dans la foupe ou d'autre* 
mets; fins s'embarraflèr de faire périr des 
habitans à qui ils n'en vouloient pas , pour- 
vu que ceux à qui ils en vouloient pénflènt. 

Nous tremblons d'aller les uns chez les 
autres, & nous ne favons à qui nous fier» 
étant impoffible de fe paffer du iervice de ces 
miférables. > 

On a obtenu de quelques-uns la compo* 
fition d'un remède, qui eft un fur contrepot* 
Ion, & c'eft un très-grand bien. 

Ce qui nous allarme d'avantage, eft de 
voir combien peu ces malheureux (ont tout 
chés du fort de ceux que l'on exécute, & 
combien peu leur fiipplice fait d'impreffion 
fur eux. En voici un exempie: entre les Nè- 
gres exécutés, il s'en eft trouvé du Limbe ^ 
le maitre à qui ils appartenaient a obtenu du 

M* 



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iJ8 Art à i ' k >i 

Juge que l'exécution fe fit fur le -lien pour 
contenir les autres. Trois jours après l'exé- 
cution, M. de Gondy, commandant com- 
me Officier la garde que les Bourgeois au 
nombre de quinze Blancs , montent audit 
lieu , trois Nègres de M. de Gond y trouvè- 
rent le fecret de les empoifonner tous. Com- 
me les vomiflfement fe déclaraient, on re- 
courut promtement au contre-poifon & on 
lésa fauves: ces trois Nègres ont été arrêté* 
& fuppliciés. 

. 11 fout maintenant vous dire «comment M 
Providence eft venue au fecoùrs de la Co^ 
lonie, qui étoit menacée d'une deltru&ion 
totale. 

Au mois de Décembre dernier le Confeil 
éroit affemblé pour juger le procès de fix ou 
fcpt Nègres qui étoient arrêrés comme em- 
poifonneurs. On en condamna quatre au feu, 
&dcce nombre étoit une jeune Negreflè.qui 
apparrenoit à un habitant delà Souffriere, nom- 
mé M. Vatellet onla réferva pour être exé^ 
cutée la dernière. ; Comme on alloit rappli- 
quer à la queftion , & qu'on approchoit les 
mèches, elle dit qu'elle ne vouloit pas fouf- 
frir deux fois le feu , & qu'elle alloit tout di- 
re. On ne fauroit trop louer la prudence dé 
M. Courtin, Sénéchal du Cap. Il a pafle 
deux jours & deux nuits avec le Procureur 
du Roi & le Greffier, à recevoir les décla- 
rations qu'elle a faites. Elle a nommé jo. tant 
Nègres queNégreffes comme complices, qui 
ont été pris tant dans la Ville du Cap qu'à 1* 
pleine* £lle- a donné les moyens d'arrêter 
- , . Fran-i 



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Dfc S. DoMlNCUE. 289 

François Macandal qui étoit leur chef: elle 
« avoué quelle avoit erapoifonné trois en- 
fans de Ton Maître, qui les lui avoit donné 
à allaiter , & quantité de Ces Nègres. Elle 
a déclaré que le Père Jéfuite, qui étoit ve- 
nu quelque tems auparavant la confeflèr en 
prifon , lui avoit défendu , fous peine de dam- 
nation éternelle, de rivéler Jes complices, 4 
& de fouffrir plutôt tous les tourmensqu*on 
fouroit lui faire endurer ; mais que comme 
les Blancs ne lui avoient fait aucun mal '> elle 
vouloir bien contribuer à leur fureté* 

Meffieurs du Confeil touchés des aveux de 
cette petite Negreflè, ont fufpendu fon exé* 
cution. Elle eft toujours dans lagéole, les 
fers aux pieds: mais malgré fes crimes, elle 
montre tant fincérité , donne des avis fi ju- 
fies , qu'on lui doit le falut de la Colonie , 
& qu'on penfe que la peine fera commuée eo 
une prifon perpétuelle. 

M. le Gouverneur averti de la conduite 
du P. y /fuite y lui a fait interdire l'entrée dc& 
priions» On l'a également interdit à tous les 
autres Révérends Pères (Jéfuites), & on 
veille de fort près fur cet article. Mais la 
Colonie murmure de ce qu'on les en quitte 
pour cela : car on ne dit pas tout. 

Voilà , M. , l'état de notre Colonie. Les 
empoifonneurs au refte demeurent beaucoup 
plus dans la plaine que dans la Ville; parce 
que François Macandal n'y eft venu que trois 
fois, au lieu qu'il paflbit toutes les nuits dans 
les habitations de la plaine. Mais un des 
.malheureux qu'il a inftruit peut en inftruire 

7 T cent, 



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290 Ai FAIRE UBS'Jffif. de. S. DomJ 
fCBt, & -vous ne Voyex tyle trop le progrîi 
que ce mal a fait* 

Notex que tous ces coupables font det 
Hegres de prix, & de 4 à 5000 livres^ On ne 
les épargne pas pour cela* Mais leurs Mai* 
très font d'autant plus malheureux, que le 
Roi ne leur accorde que 6ôo livres par tête 
de Nègre fupplicié. 

Nota. Par une autre Lettre écrite dumê* 
me lieu r le% Novembre 175-8, on apprend 
„ que les Nègres cherchent a fi rendre mai* 
Sy très du Pats, en faifant périr tous les 
„ Blancs; qu 'on à bmlè ' le s principaux Chefs 
4, de ces féditieux , fâ que huit ont été ar+ 
„ rites depuis peu* la four ce fui % fournit 
„ Veau aux cazerne^leur defftin était <£m* 
„ traduire duporfon\ dans le canal qui cm** 
„ duit Vem à la fontaine , & par-là , faite 
„ périr les Troupes qui feules les retiennent* 
M Vf le* empêchent de faire périr tons les 
„ Blancs." 



RE- 



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•Aff 

RELATION 

Véritable de ce qui s'eft paffé fur 
Tétabliflejnent prétendu des 
Pères Jéfuites dans Bayonne. 

Laquelle 'Relation eft dépof/e, fous ce même 

titre i dans ies Archives de la Matfon 

de Ville. 

T E deflfeinjquc ks.Jéfitfcèsont pu <kpw» 
M 4 fi loqgccms de .s'établir dans Bayan- 
te, comèicnça de, paroître.cn Tannée xtoi. 
Car ators .le Pare Bayle un de leurs plus fer 
îfTîcux Prédicateurs , y prêchant .durait l'A*. 
mm.Sc >le< Carême, fit tous fes, efforts pour 
imprimer cet Etabliflèroentdafw Fefpric.da 
Peuple , .comme Ifc plus g«and bien qui pût 
arriver , àila Ville ^màis il n'y gagna q«e Je cié- 
plaifir de n'être point écouté: ce .qui. ne I141 
^ ptsrîiéatHnoins'p^rdj-e rcfpérarçce d?y trou- 
er ^pitfs de difpofltion Mne autrefois* 
- iCetotef première tçnwtivç fut fiuyie en l'an- 
née fc613.de celle que. le Père Boort fit avec 
beaucoup plus/d'adrefife* car comme il ex- 
<jelloit (fans cet efprit artificieux qui eft pro- 
pre à> à Compagnie , il s'avife , pour mieux 
réoffit , de. pratiquer quelques-unç des Magi- 
jftrûts. Mais les Bourgeois qm font le princi- 
pal Membre de ce Corps, ayant. été avertis 
jdeecs ftereco oioo^s^sWembtefi^t Aufli- 
. .. T2 tôt, 



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ici ArFAiRE dès Jésuites 
tôt* & enfuit* de leur délibération „ députè- 
rent vers feu Mgr. de Grammont, que ce Pè- 
re s'étoit rendu favorable en lui faifant en- 
tendre que prcfque toute la Ville agréoit cet 
Et*liflèment. Six des plus confidérablescTen- 
tre les Magiftrats fe joignirent auffi aux Bour- 
geois, & tous enfemble ayant repréfente au- 
dit Seigneur, combien un tel EtabhfTenaent 
leroit préjudiciable à toute la Ville, il con- 
nut, la fourbe que ce Jéfuite lui avoir faite i & 
les Magiftrats même confidérerent, après a- 
voir entendu les raifons defdics Bourgeois, 
quelle étoit l'importance de cette affaire, tel- 
lement que la Sentence d'un banniffement 
perpétuel fut prononcé à toute la Société en 
h perfonnede ce Pere f lui ayant été enjoint 
de iortirdeBayonnedans trois jours. Mais ion 
orgueil le rendant rebelle aux ordres déroute 
la Ville, elle fut obligée de députer vers lui 
deux perfonnes fort confidérables pour lui en- 
joindre une féconde fois de fortir, ce quere- 
fufant abfolument de faire, il en fallut venir 
à la force. . 

Ce rude, mais très-jufte traitement, ne 
refroidit pas la paffion des^ Jéfuites. Ils coi*. 




Bayonne, y prêcha ôedans fes viiites particu- 
lières fonda les coeurs des principaux d'entre les 
Bourgeois ; mais les ayant trouves entière- 
ment oppofés à fon défir, il fe retira tout 
doucement, , % 

Le deffein de ces Pères, qui après ceU 
i - x avoit 



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V E B'ATOHHl 29} 

«voit paru comme affoupi durant un an, fc 
réveilla en Tannée fui vante itfif. à Poccafion 
du paflàge des Reines par la Ville de Bayon- 
ne. Car Monfieur le Duc de Guife, ami des 
Jéfuites , étant venu conduire fur la frontière 
Madame Ehfabeth de France , depuis Reine 
d'Efpagne , ils crurent que la Ville de Bayon» 
ne ne pourroit refufer leur établiffement à 
un fi puiflànt InrercelTeur -> Se de fait, il s'y 
employa avec beaucoup de chaleur. Sur quoi 
les habitans ayant député ver* lui pour lui re- 
présenter les raisons qui les «mpêchoient de fc 
pouvoir réloudre à cela: ce Prince les trou* 
va fi juftes, qu'après les avoir traités avec 
beaucoup de civilité, il confeilla à ces Pères 
de ne plus penfer à cette affaire. Maisaulieu 
de fuivre cet avis d'une perfonne à qui ils 
^oieqt fi obligés , ils s'adrefferent fans lui en 
parler à Madame même , &, fans dire auffi à 
S. A. R, que Mr. de Guife fe fut employé 
pour eux. Ils la preûèrent fi fort d'acquérir 
upe obligation éternelle fur toute leur Société, 
en leur procurant cet etabliflemènt, pour 
lequel ils ne demandoient qu'un petit loge- 
ment d'une Chapelle de St. Thomas toute 
ruinée & voifine du Collège ; que cette Erin- 
cefle, qui étoit naturellement bienfaifaitfe , cri 
parla avec beaucoup d'affc&ion aux Magi- 
ilrats & à grand nombre de Bourgeois, et* 
préfence de Meffieurs de Vicq & de Bellebaç, 
Confeiilers d'Etat, qui Paccompagnoientdans 
fou voyage; mais lesdits habitans lui ayant ré- 
préfenté ce qui s'étoit pafle jufqu'alors dans 
cetic affaire, comme auffi les puifTantes con- 
Tj ûdé. 



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29$ A r *A t HE D t $']Z S \3 I T E S 

fidcrations qui les empêchoient d'y cofiferttir; 
tk Tayanc très4nimblement fûppliée de ne 
point ufcr de fon autorité pour les contrains 
are de faire une choie qui leur feroit fi pré- 
judiciable, elle fe rendit d'une manière très- 
obligeante à leurs prières , tant par fon pro- 
pre mouvement que par l'aria defdfcs Sieurs 
de Vicq & de Beltebat : & la Ville ayant rerai* 
ladite Chapelle à la difpofirion de Son Akeflfe 
Royale/ elle y établit de fa main les bons Pè- 
res Capucins. 

Nuls autres que les Jéfuites n f auroient pu 
penfer après cela à tenter encore de établir 
dans Bayonne malgré la volonté des habitai*?. 
Mais comme il fufÇt qu'ils aient unefofecon* 
çu un deflèin pour ne s'etf départir jamais, 
les Pères Dufrefoe & Chatoflè, pour remet- 
tre fur pie celui-ci difcontittué depufe tant 
d'années, vinrent aux environs de Ba/onné 
en i<&n. fous préteite d*one Miffion-mar*- 
diée ; & le Père Dufrefoe ayant prêché dans 
h Paroiflfe de St. Etienne, ils fe gjfôflferent 
eufoitejafipr'aii BoCfrgSti Jïiprit, qei efttcwt 
auprès de la V'ûfc. Là , ils comtttencercitt à 
cabaler, à s r infir*iaer dans les eiprits de quet- 
cjùes femmes, puis en ceux de quelques Bout»- 
geofe, & enfin fis gagnèrent 7 la plupart du 
Corps (tas Mtffiftrats-: ce qui caufa imc <fivt- 
fion dans la Ville, qm la tait chrerfe fois en 
ét*t d'en reflfemir des effets JQàéfttit. 

Ce premier faccès ayant enflé te cceur ck| 
Père Daffefne, & le Cottége de ISâyoïïne & 
trouvant alors dépourvu de Régens 8c àt 
Principal, il fofltoa te dd&ia de s'çH empa- 



rer. 



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DE B A Y O N M E» *9f 

m. Enfuite de quoi ayant conféré avec ceux 
qu'il a voit attiré* à Ton parti, il* réfolurent 
de faire faire une AflèmMécdc la Bourgeoiûd 
fjbulement, (ans y appeller le Peuple fui vant la 
coutame. Cet artifice leur réuffic, mais à 
leur confufion ; car ayant pafie à la pluralité 
des voix en ladite Auerablée, que pour ré- 
tablir ce Collège on y mettrait une Corn- 
muaauté , fans fpéciner quelle €lle feroit, 

3uoique le defiein caché fut d'y mettre celle 
es Jéfuites, un des Conseillers Populaires 
s'oppofa formellement à cette Délibération , 
difaot: Que des Etabliflfemens de cette na- 
ture, & qui avaient toujours été vigoureux 
(èmenc rejettes comme fufpcéfcs & dangereux 
à cette Ville, ne pourvoient être réfokis que 
par le contentement général de tous les habi- 
(ans, éc prorefta, en cas que l'on paflltou* 
tre, d'y réfifter vivement. 

Le Père Dufrefne & ceux de fi &&09 

le voyant ainû à recommencer, xéfotoienc 

avec (a) le Sieur premier Echevin, chez qui 

T 4 ils 

; (4) O» voit ici un premier Ecbevin » qui fâr* 
tant des borms de Vaufomi que lui donne fa pUr 
te , entreprend avec quelques Collègues fktajAit l# 
Jefuitts fans convocatien d y Affembïie geçir+le? 
farce qutl en craint le faces. Qbligé enfuite d'ef 
convoquer une, il fe munit d'ordres fuperteprs po*r 
$n gêner la liberté. Il femble que ce foi* fur cç 
modèle quon commence à procéder aujourdhqi 
pour conduire à la même fin. Mais il n } y A fat 
d'apparence que les B*yonrtois foient mririsjatou? 
M lenrs droit* en 1748, qu'Ut tu Vitomt e» 
* 6 H\ 



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*96 Affaire des Jésuites 

ils s'aflemblerent, que pour donner Heu à une 
Aflèmblée générale qui ne pouvoit s'é virer, 
il falloit fccrerement obtenir une Lettre dé 
Cachet du Roi en faveur des Pères Jéfuites f 
& le Père Dufrefne ne manqua pas de la fai- 
re venir peu de jours après. 

Enfuite de cette Lettre, ils firent convo- 
quer une Aflèmblée générale le il. jour de 
Mars 1654.. pour en entendre feulement la 
leéfcure, & non pas pour opiner & pour re- 
cueillir les voix , s'iraaginant que cette Let- 
tre feule fuffifoit pour leur faire obtenir ce 
qu'ils défiroient. Là, le premier Echevin & 
ceux oui étoient infe&és comme lui du venin 
répandu dans les efprits par les Jéfuites, n'ou- 
blièrent rien pour tâcher de faire croire qu'il 
n'y avoit pas lieu de délibérer, après que l'on 
avoit vu par cette Lettre de Cachet quelle 
étoit la volonté du Roi, & fon affedtion 
pour ces Pères. Et enfuite ayant fait lire la 
Lettre de Cachet, lui & les Magiftrats qui 
étoient de fa cabale , fe levoient pour s'en 
aller: mais le Peuple irrite d'un procédé fi 
ihoni commença à murmurer d'une étran- 

Se forte ;& quelqu'un des plus conlidérables 
es Bourgeois contre-tenanrs, ayant remar- 
qué qu'il y avoit des termes dans cette Lettre 
à quoi perfonne n'avoit pris garde, il repré- 
ienta avec vigueur que tant s'en faut que les 
paroles aufquellcs elle éroit conçue, fuflenc 
Favorables aux Jéfuites, qu'au contraire' elles 
étoient tout- à- fait contre eux, puifque Sa Ma- 
jeftç difbit n'avoir écrit cette Lettre, que 
parce qu'on lui avoit donné à entendre que 

la 



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'DE B A Y O » K E. 297 

h plus grande partie des habitans confentoic* 
à cet Etabliffement ; ce qui étant notoire-' 
ment feux, il s'enfuivoit par une conféquen- 
ce néceflàire que Sa Majefté ne vouloit point 
contraindre ni violenter les fentimens des ha- 
birans d'une Ville qu'elle honoroit d'une af- 
feâion particulière. 

Il n'eut pas plutôt achevé cç$ paroles que 
tout le Peuple commença à crier par diver- 1 
fes fois: Vive le Roi fans Jéfuites , & te-' 
moigna tant d'indignation contre les Magi- 
firaw & leurs Adhérans, que cela alloit à 
caufer un étrange défordre, fi les principaux 
d'entre les plus oppôfés aux Jéfuites ne fe fuf- 
fent employés pour l'empêcher , & n'euffent 
appaifé ce tumulte: ce qu'ils ne_ purent faire 
néanmoins de telle forte que le Peuple ne de- 
mandât qu'on délibérât pour la dernière fois 
fur ce prétendu Àc dangereux Etabliffement.' 
Sur quoi, les Adhérans aux complots fu- 
neftes de ces Pères , ayant encore recours à : 
la rufe, dirent: Qu'en l'état où étoient v les 
chofes, cela ne fe pouvoit taire fans une 
très-grande confufion , & qu'ainfi ils prioienc 
qu'on remit l'ADTemblée jufqu'au Mercredi 
fuivant: A quoi le Peuple, qui n'étoit pas 
moins ému* qu'aigri de la fourbe qu'on lui a» 
voit faite, n'auroit jamais confenti, fi quel- 
ques-uns de, ceux qu'il connoiffoit n'être pas 
moins fages que zélés pour l'utilité publique ,' 
& par conféquent très contraires aux Jéfuites, 
n'euffent obtenu cela de lui par leurs prières, 
dans la crainte qu'ils avoient de quelque évé- ; 
T ? ne* 



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498 Affaire des Jésuites 

neraent tragique, fi Ton eût délibéré durant 
une telle chaleur. 

Ce mauvais fuccès mit les Jéfiiites Se leurs 
Adhérans dans une merveillcufr confterna- 
tion ; mais ils fe confoloient par l'cfpérance 
de fi bien cabaler durant le tems de cette 
remife , qu'ils pourroient ronapre FAffem- 
blée* Pour cet effet, ils donnèrent ordre à 
tous leurs Partifans de fç trouver le Mercre- 
di fuivant devant la Maifon dç Ville, com- 
me pour terminer l'affaire : ce qu'ayant exé- 
cuté fans faire fonner la cloche que deux ou 
trois fois, quoique ce fut un jour de Poli- 
ce f le Peuple qui s'y étoit auffi trouvé, 
ayant demandé de monter, on lui envoya 
dire qu'il n'y avoit point d'Affernbléc: ce 
qui lui ayant fait connoître leurs mauvais def- 
feins , l'anima de telleforte qu'il leur mandat qu'il 
étoit abfolument réfolu de moncer pour délibé- 
rer fur l'affaire qui avoit été remife. Cela les 
ayant furpris, & ne pouvant plus efqnivcr,ifa 
envoyèrent leur Greffier pour les prier de mon* 
ter. Ce fut alors qu'on opina paisiblement 
fiir cette importante affaire, à la réfcrve <ks 
Partifans de ces Pères, dont pas u» ne vou- 
lut demeurer: Et ce fut aufli alors (le 18. 
Mars 1654») que la Sentence formelle dt 
leur excluûon fut prononcée par un confco- 
tement fi gé aérai, que julquaux Magiftrats 
qui leb avoient ju{ques-là ouvertement favori- 
tes f il n'y en eut pas un fcul pour eux , tout 
le monde ayant conclu à leur exctufion pour 
le préfent & pour l'avenir , tant de la Ville 
Que de là Banlieue. 

Oa 



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i> b- Bat o h n Ri &9f 

. On ne fâurok exprimer jufqu'à quel point 
cette réfolution qui devpit renverfer pour ja* 
mais routes les efpérapcês des Jéfuites, pont 
la fureur du Père Dufrefné, qui s'étoit van# 
té plufieurs fiais dç faire réuflir leur cntrepri- 
fe. Mais fes aâions en feront connoîcre quel- 
que cfaofe. Il commença par preflçr avec 
violence les Magiftrats d'établir d'autorité 
abfolue en vertu de cette Lettre de Cacher*, 
ceux de A Compagnie dans ce Collège , non*- 
obftant la réfolution contraire & générale dfc 
toute la Ville , offrant de ie mettre à leur tê- 
te pour l'exécution de ce deflein , fans con- 
fidércr, tant (k paffion était aveugle, qu'on 
ne pouvoir tenter de l'exécuter, qu'il n'e» 
.coûtât la- vie à ceux qui eotreprendrôient de 
faire une telle violence à tout un Peuple, 

Cette propofitkm ayant été rejcttée comme 
jextravagàme, il monta en Chaire, non pas 
pour y prêcher les vérités de l'Evangile, 
mais pour y pabiier miHe fanflètés & mitte 
calomnies contre les plu* gens de bien de b 
Ville j & ne fe contentant pas die déchirer les 
Vivans^ pa#ce qu'ils s'opofoient généreufo- 
ment à l'exécution d'un deflein qui allok à 
ia ruine de leur Patrie, fe cage le portai ju& 
gu'à vouloir noircir la Mémoiiîe des Morts:, 
eu traiwfit comme un Hérétique feu Mu 
l'Abbé <lç Saint Cyrao* (ifetn Duvergier de 
Hauramej dont ht faânteté de vie jointe i 
J'émineatoe de fit docSbrine eft révérée de tour- 
tes les perfettnes de vqptu ôc de pieté , & fait 
un des plus grands ornemens de la Ville de 
Bayowe j h^icllc, quoique ttès-Catboliq^ 



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jod Affaire uesJesuites 

cctinfolcnt Déclamateur traita comme une fé- 
conde Conftantioople. Ce qui caufa un tel 
fcandale & donna une telle indignation à tout 
le monde, que même (es plus Familiers , no 
purent s'empêcher de témoigner qu'ils eh 
croient fort mai fatisfaits. Mais ce Père au 
lieu de concevoir du repentir d'avoir profané 
de telle forte la Chaire de vérité, & abufi 
d'une manière fi étrange & .fi odieufe de la 
fainteté de fon Miniftére, il employa le Père 
Bergoinj* , l'un de fes Compagnons , & non 
moins feditieux que lui, pour prêcher diver- 
fes fois les mêmes chofes dans la Chapelle 
d'une Métairie d'un <le leurs plus Confi- 
dens. 

Après cela , ces bons Pires , par une cha- 
rité non pas évangelique, mais digne de cet- 
«% Morale toute particulière à cette Compa- 
gnie, qui autorife les plus grands crimes 
pourvu qu'ils leur fbient avantageux, au lieu 
de travailler à cette union fi recommandée 
par la propre bouche du Sauveur du Monde^ 
& qui eft la marque du Chriftianifine , ils 
travaillèrent avec tant de foin à divifer les ma- 
ris d'avec les femmes, les pères d'avec les 
enfans & les frères d'avec les frères , & ils 
réuffirent fi heureufement, ou pour mieux 
dire fi malheureufement dans cette entrepri- 
fe, que les plus gens de bien n'ont pu voir 
dans notre Ville , fans une extrême douleur, 
les effets de cette déplorable oppofition entre 
ceux qui font doublement obliges, tant par 
les Loix de la nature que par celles de la 
Grâce, à n'être qu'un cœur & qu'une aine; 

& 



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DE lî A Y O N N E. 3OI 

éc ce malheur auroit pafle encore plus avant 
fi Dieu n'en avoir arrêté le cours. 

Monfieur le Maréchal de Grammont , notre 
Gouverneur, étant arrivé à Bayonne, le Pè- 
re Dufrefne, qui dévoie avoir perdu toute 
élperance de pouvoir réuffir dans Ton defïcùr, 
reprit courage , & prelTa de telle forte ledit 
Seigneur par lès importunités continuelles qu'il 
le fit réfoudre à propofer de nouveau l'Éta- 
bliffement de ceux de ùl Compagnie. Ainfi le 
6. Juillet idf(f. on convoqua une quatrième 
Aflèmbléc générale, où, à la réferve d'onze 
perfonnes , differens même entr'eux d'opi- 
nions, tous unanimement conclurent à l'ex* 
clufion , & que ledit Seigneur feroit iupplié 
de faire fortir delà Ville ces Perturbateurs du 
repos public. Ce /entiment général de l'Ak 
femblée ayant été rapporté audit Seigneur 
Maréchal par douze Députés des plus remar- v 
qiutbles d'entre toutes les conditions, il ne 
parla plus de cet Etabliflement , & fe confir- 
ma dans la fatisfaâion qu'il avoit témoignée 
le jour précédent de la réfolution que le Pè- 
re Dufrefiie , qui prévoioit bien quelle feroit 
l'iffuë de ladite Affcmblée, lui avoit écrit 6c 
confirmé de vive voix, avoir prife de fe re- 
tirer. 

Mais cette prétendue retraite n'étoit qu'une 
nouvelle fupercheric dudit Père Dufrefne qui, 
ne pouvant s'établir dans la Ville, voulut s'é- 
tablir au moins au -dehors, comme pourTaf- 
fiéger , & être en état de continuer la pointe 
de fon deifèin. Ainfi ayant obtenu dudit Sei- 
gneur Maréchal lapermiflion de bâtir une pe- 
tite 



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$02 Affaire m s Je soit es 

titc CbapeHe & un petit corps de logis dam 
le Bourg du ScEfprit, qui efthors de l'éten* 
^be de la Juftice de Bayonne, il fe mit à y 
-travailler puiffamment. Un Bourgeois de Tes 
sconfidens lui demandant comment il prétend 
.doit fournira cette dépenfe&à la fûb&ftance 
lies Pères qu'il vouloic établir en ce lieu-là , il lui 
répondit, que leur intention, et oit d'obtenir 
du Roi fur ce fujet un revenu confidérable 
fur la portion que la Ville de Bayonne a en la 
Coutume: Sur quoi 1 autre ayant reparti que 
c'étoit une dangereufe penfée, & capabie, 
•'ils reotreprenoîent, de mettre toute la Ville 
en combuftion, il lui échapa de répliquer 
çu'il voyoit bien qu'il ignoroic leurs maximes, 
felon lesquelles, pourvu qu'ils- réuffifiènt dan» 
leurs entreprîtes, tout ce qui en pouvoir arri- 
ver, leur étoit indiflferenu 

Les Portugais qui demeurent dans e* 
Bourg du Saint Efprit, ne pouvant fouflfnr 
cet Etabliflbment de leurs mortels enne* 
sais , & qu'ils confidéroiént comme defc 
efjnons perpétuels qui travailloienc faite cefr 
fe à les perdre , eurent reçois audk Sêi* 
gneur Maréchal pour l'empêcher, & dféda* 
*erent que fi les jéfuites ne tbr toiem dé et 
lieu-là , ils aimoient mieux s'en bannir eux* 
mêmes: Sur quoi ledit Seigneur nfcvoOtertt pas 
défefpéner des perfonnes qui ne dévoient pafr 
lui être indifférentes, obligea ces terres à ft 
Tetirer, & leur^permit de bâtir çn 1 un *utirè 
lieu plus écarté, rnsis qui *e leur poùwoît 
•être défagréabte , farce qu'on voir de là dans 
-le milieu* de la. Vilte pour Jaquette- ils ontfrant 

d'amour. 



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DÉ B A Y O N H E. 305 

d'amour. Auffi en témoi^nerent-ils tant de 
joie, qu'ils en donnèrent avis en très grande 
diligence, comme d'une très- bonne nouvel- 
le , à leurs Confrères de Saint Sebaftien eq 
Efpagne, oui , à ce qu'en a rapporté l'Ex- 
près, en témoignèrent un contentement in-^ 
croyable. 

Les bons Pères voulant donc en diligent 
Ce mettTt la main à l'œuvre pour ce nouvel 
Etabliffemcnt, & ayant befoin de bois à bâ? 
tir, ils envoyèrent vers Labour les Pères Ga- 
fteloufar & Bergoing pour en demander aux* 
Bifques, qui renvoyèrent fi rudement ces ri- 
ches & hardis Mendians, qu'il ne leur prie 
plus d'envie d'y retourner. 

Mais voici une autre difgrace encore plus 
grande : c'eft que le fonds dé cette Chapelle 
& de ce Bâtiment dont ils jettoient ainfi le* 
fondemens, fe trouvant mouvoir de la di- 
redite d'un Bourgeois contraire à leur fa- 
âion , il leur fit fignifier qu'en qualité de 
Seigneur Foncier, il s'opofbit à leur Etablïf- 
fement en ce lieu-là : Sur quoi ces Pères 
ayant eu recours audit Seigneur Maréchal pour 
le conjurer de les maintenir par fon autorité, 
ils trouvèrent qu'il aimoit trop la juftice 
pour vouloir faire cette injuftice, & ainfi ils 
furent contraints de céder* 

Perfonne ne doutoit qu'après cela ils ne fe 
retiraflènt tout-à-fait j mais au lieu de s'y ré* 
foudre , ils demeurèrent dans un petit logis 
d'emprunt, & continuoient quelquefois à foi* 
rt des Prédications. Cette opiniâtreté invin- 
cible de gens qui ont tant d'intelligences err 

Ef- 



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$04 Affaire des Je suites 

Efpagne, ayant augmenté les (pupçons que 
la Ville a toujours eu de ces ennemis de fon 
repos, qui, au lieu de s'introduire comme 
les autres Communautés avec l'amour &c l'a- 
grément univerfel , ne s'établiffènt que psr 
cabale & par violence; on affembla fur ce 
fujet le Confeil des Douze , ordonné pour 
les affaires les plus importantes, le 18 de 
Septembre de ladite année 1656. lequel après 
une mûre délibération , conclut de députer 
vers ces Pères deux Magiftrats pour leur en- 
joindre, de leur part, de fe retirer; à quoi 
ils repondirent nettement qu'ils ne lçpouvoient 
fans un ordre de leur Provincial: Sur quoi, 
le Confeil , pour continuer fuivant fa pru- 
dence . à procéder par les voies de, la dou- 
ceur, écrivit une Lettre fort civile au Pro- 
vincial, le priant, pour les raifons qu'ils lui 
ïepréfentoient , d'envoyer ordre aux Percs de 
fe retiter. Voici copie de ladite Lettre. 

Pour le Très-Rêv/rend Père Provincial 
de l'Ordre des Pères Jtfuites* 

Du 17. Juillet 16*56. 

> „ Monfieur & Très-Révérend Perè, 
j, quoique la première Lettre que nous avons 
a, écrite ci-devant à celui qui tenoic le même 
v rang que vous occupez aujourdhui dans 
3 , votre Ordre , n'ait rien pu opérer fur l'ef- 
„ prit de votre Communauté, qui s'efforce 
,*, de s'établir en cette Ville ou au Bourg 
« Saint Efprit , contre la volonté de tout. 

■ ' ■ M notre 



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$ ootré* peuple , • qu* * témoigné piiMiqtierf 

i, ment, 6c dans nos Aflèmblées générales^ 

*, y vouloir porter tous les obftaçles & em- 

j, pêchemens poffibles, Nous avons voulu 

„ néantooins vous faire encore celle-ci , 

«i'.pdur vous prier très-irtftammefit de Vouloir 

^ tappeller les Pères de votre Compagnie, 

i, qui travaillent ici pour arriver contre veot 

^ôc marée, comme on dit, à l'exécutiori 

ù de vdtre entreprife* Nous ne doutorjs pas 

„ que vous n'ayez, été informé des délibéra- 

}, fions qui ont été prHes dans ces Affe»bléc« 

i> bien pieu favorables à leur deffein, & qu'or* 

\, né vous ait appris que le monde ne veuç 

%> point ouir parler de votre Etabliflèmcnt, 

r ^, ni dans la Ville, ni au S. Efprit. Voilà 

vi pdUrquoi, reconnoiflant cette averGon gér 

^, hérale de nos babitans , qui peut avoir des 

~>, luites fàcheufes, nous vous demandons cet- 

^, te grâce de les vouloir éviter par votre 

iy prudence ordinaire j & faire fi bien que 

Si ces Pères , un peu trop aheurtés , fe défi- 

„ ftent de leur prétention, qui trouble véri- 

ix taMemertt le iepos& la tranquillité publique 

% Ce faifant, vous nous obligerez; d'autant 

-V, plus à être, Modfieur & Très-Révéifcnd 

Y, Përé^ Vos très-bumbles , &c.* Signés , 

• Les Echevins, Jarats & Confeil de k Ville 
de Bayorine, Mais ce Père, par un mépris 

• adroit & infupportable , & qui marque bien 
. refprit de cette orgueilleufe Société, au lieu 
-de fëtîr rendre réponfe avec la mêtae civilité 

Qu'ils lui avaient écrit, il fe codtema d'écri- 



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306 àf faire des Jésuite} 

se foûikmenfc à leur Greffier. Voici la cogié. 
4e 6 Lct#e. 

,4 Limoges se ZO. Août. l6f6. 

n MofïGeur, U paix de Notre^Seigneur 
n foie à jamais en votre cœur. J'ai reçu bien 
yy tard celle que vous, m^vez fait l'honneur 
^, de décrire, puifqu'étant dattée 4u 17. 
^ Juillet, elle ne m'a été rendue; que le 19. 
5> cMftàtr. Le fojctm'a fore furpris,, conte- 
n rnutt une plainte de nos Pères, qui s'effor- 
„ cent de s'établir dans Bayonne contre la 
. n v.oleate du peuple, & contre les décifions 
„, dksj ACfemWées de ypty-e Maifon de Ville, 
^ qui ne le permettra jamais, ainfi que vous 
5 , me le mandez. Il eft aifé de contenter 
„ vos Meffieurs & de les mettre en paix., 
„ les affurant que le deffein de ces bons Pe- 
„ res n'eft point de s'établir dans Bayonne, 
„ nmî$. jdq travailler aux; Miflions pour lef- 
yy quelles Monfeigneur l'Eveque de Dax à 
yy Monfeigneur le Maréchal les ont appelle?. 
„ Que s'il* vous font importuns, je vous 
,,. dj&nnç parole qu'ils ne. mettront jamais îe$ 
9> pieds dans votre Ville, St jufqu'^ mainte^ 
,, nom ils. n'y ont été que pour fervir lesma- 
„, lade*, qui leur opt fait l'honneur de les 
„ appeller pour leur cqnfolation. Leur logjs 
,,, eft f û retiré, qu'on peut dire qu'ils font 
t „ : éloignés, de Bayonne & du Fauxbpurg 
„ Saint ^fpriÇ- J'efpére que Meffieurs de 
>» Bayows les laifleront en paùc dans, leur 

M foli- 



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* ft B a r on » i; ^f 

£ foMtocjc, où Hf fetff iront à l'inftruûipridu 
» peuple de la campagne, putfque kurfer- 
n vice eft fi déftgréable à votre peuple, l/t- 
,j vçrûp» que Meflfcurs de Bayonne ont pour 
,* notre Compagnie n'empêchera pas qud J 
,. nous ne gardions pour eux un grand a- 
yj roour dans le cœur, & qu'A* ne nous 
# trouvent toujours prêts à les fcrvîr en tou^ 
„ tesocçaûons: cecjuéje vous prie de leur 
, y témoigner 5 & pour votre perfoanc en vo* 
„ tre particulier f j'aurai les refpeéh que vtxtf 
9> pouvez attendre de celui qui eft, Monfeur 
„ votre très-humble, &c. Sig*é^ Jean-B* 
,> Bagon: AwdeJJfa: A Monfieur M. D6xl 
7i doy, Secrétaire de ht Maifon de Ville cfc 
, t Bayejnne, à Bayonrt^ 
: Cet iofolent procédé, & fi indigne dW 
Religieux, (a) donfta lieu le 27. du mbis & 
an à une fect>i>4e- AflfemWée des Douze, 
dont on ne fauroit ici trop admirer la pru* 
cfcace , puiiqu'au .Mêu. d'agir par les voiw 
«ju-itaavoicm en main enfuite d'une telle in* 
jure, ils fe contentèrent dévoyer une féconde 
faille* mêtpes Mtgiftrats vers les Perçs 
pour les prier encore de- fe retirer dans- quinze 
j*t#r> fctfs les obliger d'en venir aux extrêw 



> 



-'.(«>:€» r<pkotkè>*i*pUxt$ tmtbt fi» 'foflifa 
iim de. et Pmiuàalp d> ne fa s adreftr fd ri+* 
fl#tfê tièxMcbevim mêmes: f»r lui avaient km* * 
cr-furMefpi* dTmMffêlenc* d*nt il f t p*r e ^ 
up M4ablij[t^tru ne fa Çwfnres , dê-fin m>to, 
fan* 4*ï*te i pQitrfHWMM avec tant de viofe'ncê* 

, /- ~~ti ' ' - ' 



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3?>8 Affaire des Jehjtei 

mités; à quoi le Père Bergoing, qui ne cé~ 
doit point en témérité au Père Dtrfrefney 
prenant la parole pour les autres, répondit , 
non avec une humilité réligieufe, mais avec 
«ne infolence martiale , que n'ayant point 
jufqif alors reçu d'ordre de leur Provincial r 
leurs bons amis de Bayonne leur promettant 
de ne les point abandonner , ils étoient fort 
réfolus de demeurer ; & fi on leur faifoit 
violence , de mourir avec cu*x en la repouf- 
ftntî &-*ue le Corps de Kille et oit trop im- 
puijjant pour les faire fortir , comme n y étant 
pas en fa Jurifdiétion. 

Le 10. du mois de Février 1657. ce* 
Députés ayant fait leur rapport en préferice 
duConfeil des Douze, il fut derechef délibé- 
ré ledit jour , que ces Pères feroient fotnmés 
pour la troifié-fne & dernière fois de fe reti- 
rer; & deux des Magiftrats & deux des Bour- 
geois, qui compofent ce Confeil furent nom- 
més pour le leur fignifier. Ces Pères en 
ayant été avertis trouvèrent moyen par leurs 
artifices de gagner deux defdits quatre Dépu- 
tés, iefquels différant enfiike de s r acqufctcrde 
leur Commiffion , ils furent fommés par deux 
diveriès fèis de le faire, & tous prêts d'être 
interdits & traités comme déserteurs des in- 
térêts de leur patrie: ce qui les ayant con- 
traints de faire leur charge avec les. deux au- 
tres Délégués , ces Pères demeurèrent fer- 
mes dans leur première réponfe, comme il 
fut rapporté par lefdits Députés le 26. Fé- 
vrier; Employant enfuitc plus que jamais 
tout leur eiprit à jeteer de nouveau iadirfâbn 

cUn* 



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de Batokm e. y>9 

dans la Ville, il n'y eue point d'artifices donc 
ils ne fe ferviflent pour cela. Ils y réu (fi- 
rent fi bien dans quelques familles , Que Ton 
n'en vit que trop les triftes effets. Mais le 
nombre de ceux qui demeurèrent fermes dans 
le defïèin de foutenir généreufement l'inté- 
rêt public , fut fi grand & prévalut de telle 
ibrte , que cette œuvre de ténèbres fut diffi- 
fét par leur fermeté & leur confiance. Ain- 
û toute la Ville réfolut, avec non moins de. 
modération que de prudence & de courage, 
que le Mercredi lu du mois de Mars, il ie- 
roit tenu une Afiemblée générale , pour avi- 
aux moyens de faire fortir ces Pères, après 
les 15. jours expirés, d'un lieu où tant de 
raifons rendoient leur féjour fi fufpeû à rou- 
le la Ville de Bayonne.Et d'autant que l'un de 
leurs prétexter, pour y demeurer, étoit Qu'ils y 
avoient été envoyés en Million par Monfei- 
gneurçl'Evêquede Dax , dans le biocéfe du- 
quel il eft fitué,ils députèrent le 12. Mars un 
-des Echevins, pour lui repréfenter l'état -des 
chofcs, & le fupplier très-humblement, par 
tant de grandes çonfidérations quiobligeoient 
toute la Ville à lui demander cette grâce, 
de faire fortir les Jéiuites de ce lieu-là, & 
^de révoquer pour ce fujet la Miffion qu'ils 
avoient obtenue de lui. 

Ces Pères ayant été avertis par leurs confi- 
ons de ce qui avoir été réfolu , ils envoyè- 
rent en très-grande diligence, toute la nuit, 
le Père Boiflonade vers le Seigneur Evêque, 
auprès duquel étant arrivé avant l'Echevin , 
rPépuic de la Ville, il n'oublia ni artifices, 
^ * V 3 ni 



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«i ménfonges, oi prières, ni conjurations, 
ni protcftttions de fervice de fa Compa- 
gnie , tu nom de laquelle il lui offrit douze 
mille livres: ce qui ayant irrite k générofité 
de ce Préfet, il le renvoya avec indignation 
de ce qu'il avoit ofé lui faire une propofition 
fi oflfenfante. Ce Pefre ne perdant pas cou- 
rage par ce refus, «'en alk trouver en Cha- 
loffe le Lieutenant du Métropolitain pour fui 
demander la même chofe; mais comme 
c'eft un fort homme d'honneur, il le refufa 
suffi nettement. Sur quoi ne fe rendant pas 
encore, il retourna vers ledit Seigneur Evê- 
<ïuc pour tacher de nouveau à le gagner en lui 
difaut mille fauflètés. Mais l'Echevin étant 
arrivé, & y ayant informé très-particulière- 
ment ce Prélat de la vérité des chofes, U 
n'eut point peine d'obtenir de fon équité 
& de fa bonté une réponfe fort favorable ; 
& àinfi le Père Bc«flbnnade fut contraint 
de s'en revenir fans pouvoir rien faire , mais 
non pas fans avoir eu l'infolence d'uiêr de 
menaces envers cet Evêque, en lui difant de 
prendre garde à ce qu'il feroh en cette rencon- 
tre, & à ne s'attirer pas le reflentiment <fune 
Compagnie auffi puiflànte qu'étok la ftenne. 
Cependant les Magtftrats auroient reçu un« 
Lettre de M. Brun, Procureur au Parktnent, la- 
quelle portok que lefdits Jéfuites demandoient 
àiaCouri'enregiftrement de certaines Lettrés 
Patentes qu'ils difoient avoir reçues du Roi, 
concernant leur demeure au Bourg St. Efprk, 
. Ce Procureur demandcMt^uffi au Magiftrat s'il 
fouhakok yatû y fîcoppofirioa: Sur -quoi ds 

lui 



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DE B A * O N M Éf. 3<rr 

lui mandèrent de tie point s'oppofer \ l'enré» 
gîtrement, & de fe contenter de remercier 
Mr. de Sabourin , Confeillerdudit Parlement, 
qui avoit eu la bonté d'offrir fcs fcrviccs à la 
Ville dans cette occafion. 

Le Député de la Ville de Bayonne étant de 
retour, les Magiftrats& les uouze s'affem- 
blerent , & là P Aiïèmblée généralepour le jour 
ci-deflùs nommé fut confirmée. Mgr. l'Evê- 
que de Dax l'ayant fçu , fa charité le porta à 
envoyer vers le Corps de Ville, avec une Let- 
tre de créance , Mr. Darbo , fon Théologal 
& hocxxne de (avoir & de mérite, lequel re* 
préfenra aux Magiftrats que l'Aflëmblée ré'fo- 
luë fe devant tenir dans un tems où le Srfinc 
Jubilé écoit ouvert dans fon Diocéfe, & cela 
pouvant beaucoup troubler la dévotion de* 
fidèles, il prioit k Ville de, remettre cette 
-A&mbiée après les Fèces de Pâques que le- 
dit Jubilé fcroit fini; far la parole qu'il leur 
jdonnok que fi les jifirites durant ce tems ne 
pouvoient obtenir le confentement de ladite 
Afitte pour s f établir pàiûblemeut»& uns trou- 
ble dans le lieu où ils étoient, il révoquerait 
leur Miffion,ôc les envoyeroic en quelqu'au- 
tre lieu de fon Diocèie. 

Cette proposition produifit une Affemblée 
le 17. dudit mois de Mars dont le réfultat 
lue que l'on feroic favoir audit Sr. Darboque 
PAfietnblée générale ne pouvoit être remife; 
mais que, pour témoigner audit Seigneur E- 
véqoe combien la Ville fe fentoit obligée de 
fes civilités & avoit de refeeâ: pour fa per- 
sonne, on (ufpendfoic jusqu'au tem* qu'il dé* 
V 4 firoiç 



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$ir* Affaire D*«.fESUiTii 

Croit l'exécution de ce qui feroit réfolu. 

Ledit Sieur Darbo étant très fatisfait do 
cette réponfe, il voulut aller voir ces Pères 
avant que de s'en retourner > fuivant l'ordre 
qu'il^ en avoit reçu de fon Evêque, afin de 
les porter à fe retirer volontairement. Mais 
il fut furpris , lorfqu'ils lui déclarèrent par la 
bouche du Père Horfagaing 1 bernois de 
Nation, qu'ils n'abandonneraient ce pofte 
qu'avec /* vie , étant tûus fort refolus , plu-r 
tôt que de le quitter d'y périr & d'y fouffrir 
le martyre. Ce furent les propres termes 
.dont il ufa. Mais la fuite fera voir qu'ils ne 
furent pas fi vaillans dans l'exécution , qu'ils 
Pavoicnt promis par ces paroles fi indignes de 
leur caraâ;ére. Ledit Sieur Darbo ayant hor- 
reur de cette réponfe, leur repréfenta ce qu'il 
put pour les faire rentrer en eux-mêmes, mais 
.fort inutilement; & ainfi il s'en retourna auf- 
fi mal fatisfait de leur infolente opiniâtreté, 
que content de la modération fi louable qu'il 
avoit trouvée dans ceux de Bayonne» 

Cependant ces Pères qui n'apprehendoient 
rien tant que cette Affemblée générale qu'ils 
confidéroient, avec raifon, comme la crife 
d'une affaire qu'ils avoient entreprife avec tant 
de chaleur, pourfuivie avec tant d'opiniatre- 
té v & qu'ils ne pouvoient abandonner fans 
défefpoir, n'oublièrent rien pour tâcher à dé- 
tourner ce coup par leurs intrigues, parleurs 

- cabales & par leurs fejeretes menées dans Ba- 
yonne, & employèrent même ,un Prédica- 
teur de leurs Confidens qui n eut point de 

- konfcdç.ferçadrde Miaiftre de leur j*fiSon» 



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Se de quitter fon Evangile pour parler en plei- 
ne Chaire félon les inftruâions qu'il recevoic 
d'eux. Mais , par une jufte punition de Dieu, 
fes prédications fcandaleufes , au lieu de pro- 
duire l'effet qu'ils pretendoient, firent une 
impreffion toute contraire dans les efprits,en 
donnant une jufte horreur de cette profana- 
tion de la parole de Dieu, qui devant être 
employée à inftuire les Peuples dans la pieté, 
ne ftifoit au contraire que fervir de prétexte 
pour fomenter une cabale fi pernicieufe , ôe 
d'où s'enfiiivroit la ruine d'une des Villes du 
Monde dont la Foi pour fon Dieu eft la plus pu* 
re,& la fidélité pour fon Roi la plus inviolable; 
Comme le tems de l'Affemblée du 2u 
Mars 1657. s'approchoit & qu'en s'appro- 
chant elle redoubloit Pappréhenfion de ces 
Pères, il n'eft pas poffible de rapporter ici 
toutes les menées & toutes les intrigues dont 
ils fe fervirent pour tâcher à détourner cet 
orage prêt à fondre fur leur tête. Mais il ne 
faut point chercher de plus grande preuve de 
leur fureur, que les agitations & les violcn- 
ces tle leurs Partifans à qui ils l'avoicnt in- 
fpirée. Car ils ne connoiflbie&t plus ni pères, 
ni frères, ni proches, ni amis, tant le ve- 
nin dont ils étoient infe&és, leur avoit fait 
oublier & le* fentimens de la nature, & les 
liens de la Société civile , & les intérêts de 
leur Patrie. Mais comme ils n'étoient pas 
plus de quarante, lorfque ce jour fi redouta- 
ble à leurs faux Apôtres fut arrivé, ce petit 
nombre fe trouva fi peu confidérable dans 
ync auffi grapde multitude de fufirages que 
. V 5 * fut- 



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$ 14 Affair* Dtê Jeiwites 

fat celle de cette A&triblée générale, qu'on 
peut dire en quelque manière qu'il paflà tout 
d'une voix que les précédentes d&fcérotkms 
fortiroient leur pleto effet; que Inexécution 
en ferait reraife, tant aux Sieurs Magiftrats, 
Wau confeil des Douxe, & qu'ils y rien- 
droient la main inceflamment, auffifôt que 
le terns accorde à la prière de Mgr. TEvêque 
lie Dax feroit expiré. 

Le 21. Mars il il fit député un Corn* 
miflaire vers Mgr. l'Evêque de Dax pour 
le remercier de fe$ attentions , ic lui faire 
part des réfolutions de l'Aflemblée. Il retourna 
le 26. èc rapporta que M. de Dax lui «voit 
Ait un fort bon accueil , & lui avok témoigné 
que, perfithnt dans tes bons fentimens à l'en- 
droit de la Ville, il écriroit de nouveau fur 
cette affaire au Père Provincial des Jéiûitea. 
Sur quoi, le Dépoté ayant remercié M. i'£- 
vêque de Dax, fon compliment étoit à peine 
iini.queM. Louis de Irlande, Chanoine 
du Saint Efprit s'a vifa de donner à entendre 
-audit Seigneur Evêque que le report que lui 
«voit fait le Député, n'étoit pas véritable, 
.& que la Ville n'avoît eu aucun égard aux 
Lettres dudit Seigneur Evoque. A quoi le 
Député lut auroit reparti qu'il étoit plus digne 
de foi que ce Chanoine . puiïqu'il étoit re- 
vêtu du cara&ére de Deputation de la part 
jd'une Ville qui n'a point coutume de s'écar- 
ter de la vérité. Ledit Sieur de Laknde con- 
tinua néanmoins de témoigner fe paflSon , 8c 
Remporta de telle forte que ledit Seigneur E- 
wêqaç en fiic- extrêmement terpris , & kà 

fit 



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* e B à t o ir*r*; 51^ 

fit fcntîr le peu de cas qu'à fûfok <k fa pa- 
roles , en témoignant combien il étok aflWé 
de l'afleftion & bonne volonté du Corps <k 
Ville de Bayonne. 

il eft plusfacilede $Mmagmerque non pas de 
représenter quelle fut la douleur de ces Pères. 
Mais rien n'étant capable de leur faire quit* 
ter prife, & voyant qu'ils n'avoient plut 
quoi que ce (bit à efpérer du côté des habi- 
tans, ils eurent recours pour la féconde fois 
à la puiflance du Prince , & fous de faux- 
donnés à entendre , firent venir une féconde 
Lettre de Cachet dont ils avoient eux-mê- 
mes fait la minute dans leur makbn du Saint' 
£<Jprit. Cette Lettre étant arrivée , ils la fi- 
rent voir en particulier à leurs PartHans, a- 
vant que de la préfentcr aux Magiftrats à qui 
«lie croit adreflee ; & ce rayon d'efpérance 
qu'elle leur ftifoit concevoir ayant réveillé 
& fortifié leur audace, ils remplirent la Ville 
àc menaces contre les principaux de ceux 
qui s'opofoient à leur deflèin , & vantoiene 
partout leur crédit & leur faveur à la Cour. 
Enfin cette Lettre fut rendue, & donna lieu 
le 9. Avril 1657. à une Affemblée de ceun 
\ qui on avoit commis l'exécution des réfo* 
lutions prifes en TAffemblée générale du 21. 
Mars précèdent. Et là il fut réfolu que le 
terme demandé par M. TEvêque de Dax 
«étant expiré , on verrofc ce quril y auroit à 
faire touchant ladite Lettre de Cachet. 

Auffi-tôt que ledit tems accordé audit 
Seigneur Eveque fut pafle , la Ville dansl'im- 
patience qu'elte gvoit de fe voir délivrée de 

feaj 



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||£ AFFAIRE DES JESUITES 

("es plus redoutables ennemis , en Te délivrant 
des Jéfuites, s'affembia le zo. Avril avec le 
Confeil des Douze , & écrivit par un de Tes 
Echcvins .audit Seigneut Evêque , pour le 
prier d'exécuter fa parole: ce que délirant de 
faire, il fe trouva que le Père Dufrefne, par 
unefurprife digne de lui, lui avoic faitfigncr 
un Etablifiemcnt formel audit lieu du Saint 
Efprit , & qu'ainû ce n'écoit plus une ûra- 

Ele million qu'il put révoquer fans aucune 
>rmaliré j mais que t pour fonder la révoca- 
tion de cet établi ffement, il falloit toujours 
informer des déporcemens de ces Pères, & 
recevoir pour cela les plaintes publiques & 

Î>articulieres qui lui feroient faites contre eux. 
1 fera bon de mettre en ce lieu la copie âc$ 
Lettres dudic Seigneur Evêque , touchant 
l'établi ffement de ces Pères au Saint Efprit, 
afin que l'on voye de quelle forte les ayant 
dreflees eux-mêmes, ils ont étendu une fim- 

Ele miflSon qu'il avoit feulement deflein de 
sur accorder jufqu'à un ecabliflfement fixe Se 
durable. 

Jacobus DefclauXj Dei & Sanéi* Se dis 
Apoftolicœ gratta , Epifioùus Aquenfis , Boua 
fpiritalia aux in variis bujus Provinci* la- 
cis ex mijjionibus Patrum Societatis jfefu 
exëriri videmus , ardens jampridem in nabis 
defiderium exitarunt eos *# nôfira Diœcefi 
obtinendi, certamque fedem eis conflit uendJ^ 
qui poffent prœdiai Patres^ ad majorent Dei 
gloriam, falupi animarum quas follicitudini 
nojlne Deus commifit incumbere. Quant oif 
rtm çitm diéii Patres nobis expofiurtnt velU 



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* 1>E B AtÔ tf n t: Jlf 

fê in Oppido Sanfli Spiritâs propè Bayonat* 
mîjfionem feu refidentiam Jiabtlire , atque 
ad hoc facultatem & confinfum nojirum ha- 
ltère poftularint , ut ovium nofirarum bono y 
Jîcut in aliis Regni Provinciis , ntilius in* 
toigilare poffint , nés eorum piis vous annuen* 
tes & eos quant o pojfumus favore profequeuf* 
•tes j volumus ut in diéto> Oppido Èanétt Spi* 
rit us fixum fibi domicilium ponant , EccU» 
Jiam tn commodiori loco adificandam curent , 
-& intérim ad facrum Miffœ officium pera» 
gendum Saccellum erigant & benedscant % 
Sacramenta Pœnitenti<e& facra Euchàriftûe 
Chrifti FideUbus impertiantur , verbi Domi~ 
ni ac Catechifmi pabulo mentes reficiant^ 
demum ut ibi & tn fota noftra Diœcefi eç 
omnia obire valeant qu<e Societas Jefu juxtd 
fuum inftitutum pie ac laudabiliter exercere 
fxftefi ac folet ; in quorum fidem bas prœfen^ 
tes Lifteras figno figill&aue noftra munit as 
fer Secretarium noftrum tnfra Scriptum ex* 
pediri mandavimus. Datum A qui s in Par 
Utio noftpo Epifcopaliy die 12. Sept. 16 j 4. 
Ainfi figné f Jaçobus , Epifcopus Aquenfis* 
De mandato Illujirijjimi ac Rêver endiffimi 
Domini noflri Epifcopi. Mallet , Secré- 
taire. Et fccllé de cire verte & le cachet 
deffiw, '■'* - 

Voilà ce qu'ils firent figner audit Seigneur 
Evêque comme une fimple Miffion, laquelle 
fls amplifièrent à leur* mode: Ayant apri* 
qu'il voulôtt envoyer fur les lieux fon Offi- 
ciai, accompagné de fon Promoteur & au*- 
tte* Prtcrc* pour informer de leurs déportç- 

OlQQêL 



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<$t8 Affaire d»s Jësuites 

jnens; te Père Orfigaing, pour l'Mipëcfie*, 
écrivit au Sieur de Saine Martin, Chanoine 
4eDax, une Lettre que l'on a cru devoir 
^apporter ici , afin que l'on juge du refpcû 
que ces bons Pères rendent aux E vécues par 
Je* jafolemes menaces de leur crédk à U 
Cour. 

-' „ Monfieur, j'ai penfé que poffiWe Mon* 
„ fieur de Dax ne fe fouvenok pas de l'aâe 
*, de fon confenternent pour notre etabliffe- 
^ ment au Saint Efprit r & que s'il s'en fou* 
^ vcnoit> il ne prêteroit pas l'oreille à nos 
fr ennemis. Ceit pourquoi j'ai jugé à pro- 
^ pos de vou£ en envoyer cette copie. Le 
f , Révérend Pare Bergoing en a dépêche 
r une fetnblableà fon neveu avec ordre de 
f> vous la faire communiquer. Les procéda» 
„ rer de Sa Grandeur fembleront rudes à la 
sr Cour ; & il fe peut affurer -que pbus nous 
^ défendrons par la jùftice contre toutes for* 
„ tes de violenCei'ôe de nullité. Nous fe* 
^ rions marris d'êtte ïéduit* i côtte eKtrémi* 
n té & néceffité de \t choquer; mal» nous 
.^ ferions auffi bteft aifes qu il voulût prer> 
^ dre la peine de comprendre, que fa pro- 
^ çédure n'eft Ms juridique. Vous pouvez 
& beaucoup, Monfitur: c^ft pourquoi nous 
„ vous fupplions de vouloir empêcher de 
f ^ votrfc part que raft ennanfe*iifay$fltrp*$ cet 
9ii avantage dfc faire venir Monfietir l'Offî* 
^ mal contre nous;. La forme en ôft odieux 
.„ fe t quoique nO us n'a pré h end ions rien (fans 
^ Jaûianicre, & que foutes nos avions foienu 
«£ &i ayenc toqjours été tdi» (jtfejjq^doi* 

» venc 



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t : f>. * Bat on p ml jïf 

J, ycnt être» Ce qu'attendant de votre bon? 
n te, je vpus affurerai que nous fora mes, & 
- moi en particulier, Votre, &c." M. Or- 



fegai; 
Mar 



, nç. Le defiùs, y/, ikf. ikf. #fc &***/•» 
[art in, Chanoiue à Dax> Sans datte. 
; Ges folUcitations des Pères Jéfuites n'ayant 

£u empêcher que ledit Seigneur Evequc de 
>ay n'envoyât au Saint Eiprit Monfieur l'Ab- 
bé de Cagnote, Officiai, jqui eft une perfon- 
ne de &v,otr & de probité;. H n'y fut pa$ 
jfeôt arrivé le 6. Mai 1657. pour informer 
du procédé de xcs Pères,, que la Ville de 
gbyonne lui députa fix nerfonnes de marque^ 
lavoir 4. du Corps des Magiftrats & deux du 
£onfeildèi? Douze, pour fa voir dp lui s'il ne 
yenoit pas pour congédier ces Pères: à quoi 
il leur répondit que cela ne pouvoit pas fe 
faire d'abord pour les raifons déjà alléguées , 
paais quç k Ville fe pouvoit affurer de rece- 
voir toute {qrte de fatisfa&ion dudit Seigneur 
Evêque qui s'intéreflbit en Çon repos. En- 
fiaitc ayaipt reçu les plaintes de pluûeur* Par- 
ticuliers, & inferé dans fon procès-verbal lç 
fujet de la Dépuration de la Ville, il fe retira 
fins que ce* Pères daignafièjui feulement le 
vifiter. , -• t .. . > 

Voici r Article- qui regarde tadke Dépu- 
talion* 

: „ Et avenant le 8. du moïç <teMai 1657: 
„ environ les fix heures, de, relevée, vinrent 

M vers, nous fix Dépurés de l^Vilk de Bayon- 
,i, ne, lefquelsaprès nou* avoir Mués & fait 

, y les complimens de. ladite Vill$> nous di- 

n reût,qu/Us,ûp douwieûc p*s que, Monieig- 

>» neur 



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ÎJÎÔ AFf A'illE^DBS jÊSÙlt ES 

- 9% neur l'Evêque ne nous eût envoyés "pour 
j, exécuter la promeffe réiccrée qu'il avoir 
5, fait à ladite Ville de rappellet la Million 
ç, qu'il avoit accordée aux Pères Jéfuités , s'ils 
yi ne fe retirôiem pas volontairement audit 
V, Heu du S. Efprit auffi-tôt que le Jubilé fe- 
* 5> roit fini- à quoi ils nous fupplierent de ne 
•„ vouloir pas perdre de teras d'autant que 
y$ la dilaticin qui y avoit été portée jufquî 
^ cette heure , ne fcifoit qu'augmenter les 
},- haines entfc Its Concitoyens , en façon 
^ que Dieu n'y pou voit être que très-grié- 
s , vetaent bffenfé, le fervice du Roi aflbî* 
^ bli j Ja' paix publique altérée, & enfin ces 
3, chofeS fuivies de funeftes & irréparable* 
„ aeddens. Et bien que la Ville ayant en- 
j, voyé depuis un an par trois diverfes fois 
5, des Députés vers lefdits Pères, afin de les 
„ prier de la regarder avec charité & com* 
y> paillon pour le mauvais état auquel elle 
;, étoit réduite à leur occafion , & pour leur 
*, dire qu'ils vouluflènt fe fôuvénir que le 
ày Père Dufrefne avoit donné de fon propre 
» mouvement un Ecrit vu & loué par Mon- 
'5, feigneuf le Maréchal deGramtfaont, qu'ils 
,, fortiroient du lieu du Saint Efprit, dès que 
jy les Malades' de fa troupe it porteraient 
„ mieux, ce qu'ils ne pouvoient s'empêcher 
£ d'accomplir; s'ils ne voulaient pas qu'on 
;, doutât à l'avenir de leur foi en toutes for- 
$, tes-de chôfesj Ces déférences extraordinan 
î, fer, readues aufdits Pères n'ont fervi qu'à 
„ les plus, échauffer , à cabaler les efprits, 
» & à leur fiixe dire en plufifeùrsrçncontrea 

„ qu'il 



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n Df« B'AYONN *; Jlf 

0' qu'il leur importent peu qu'on s'égorgeât 
î> dans la Ville, pourvu qu'ils vinflènt à bouc 
„ du deflein qu'ils avoient de s'y établir. Le 
„ difeours par eux tait ^ puis ûx femaines, à 
h M. Darbo, Théologal de la VilledcDax, 
,, envoyé par mondit Seigneur pour leurpar- 
^ 1er & les difpofer à fe retirer , ainfi qu'il 
jy a voit été réfolu par trois diverfes Aflem- 
„ blées générales, iert d'une preuve irrépro- 
>f chable de ce fait avancé; & il n'eft pas 
„ que mondit Seigneur n'ait fçu par d'autres 
yy voyesque femblables paroles ooe^p dites 
„ dans la Ville de Dax par queiqucMms def- 
,*, ditJ Pères, auxquels 'des perfotocs de pieté 
9> & de vertu qui compatiflbient aux défor- 
„ dres naiflàrtts dans la Ville de Bayonne, les 
,, ont oiii dire : enforte qu'après ces inhu- 
„ manités , quand ladite Ville n'auroit pat 
„ d'autres puiflàntes coniidérations pour l'e- 
„ loignement defdits Pcres, ils ne peuvent 
99 pas fe promettre, fi ce n'eft d'être un fu- 
„ jet de trouble continuel dans le public & 
,, des fujets de fâ haine , tandis que la Mc- 
9J moire fera récente de leur mauvaife coh- 
5) duite très-éloignée de celle des véritables 
,, Millionnaires , qui enfeignent la. vérité en 
9y pratiquant l'humilité, & apportent la pair 
, t avec l'Evangile, à l'imitation des Apô* 
, f très. 

Le 13. duditimois de Mai ledit Seigneui 
Evêque, voulant terminer cette afl&ire, en- 
voya pour ce fujet au St. Efprit le Sr. T^tret, 
ion Aumônier, homme de mérite, lequel.crai- 
gnant quelefdks Pères ut déniaflènt, . corn- 
c. / X me 



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j*> Affaire dis JésûkTes 

me ils feent , ce qu'il avoit à leur dire de fi 
part, ainfi qu'ils a voient oté auparavant c» 
que leur' avoit die te Sieur Darbo, il pria la 
Ville de Rayonne de le vouloir foire accom- 
pagner par qoelques perfonnes qui pùflèntétrc 
témoins de ce qui fe paffcroitf ce qu'elle fit, 
dn lui donnant pour cela trois honnêtes Prê- 
tres r quatre des Magiftrats & deux des piu* 
notules Bourgeois ; eft< la préfence defqoels 
te de 0«fieurs d'entre le Peuple que la ùmplt 
curiofîté^ on plutôt le déâr de voir congé- 
dier ceux qui lui donnoienc tant d'ombrage, 
y conduifit j ledit Sieur Taret, dès le lende- 
main 14. déclara aufdits Pères , avec toute 
la civilité imaginable, que ledit Seigneur E- 
vêque l'envdyoic vers eux pour les exhorter 
& leur enjoindre de & part de rendre par 
leur retraite la paix à une Ville, qui à leur 
©ccafion , s'en vôyoit privée depuis long- 
temps. Enfuite le premier defdiu Magiftrats 
qui iaccompagnoient, les en pria auffi de la 
parc de la Ville, & ajouwr même qa'dle kur 
en auroit une particulière obïïga&ioa. A quoi 
le Père Orfagaing fortifié, ce hit iembloit, 
par quelques- uns de fa fiaÛion qui Faccom- 
pagnotent, répondit avec une infckace in- 
concevable ^qu'ils ne rélevoieiït point dudit 
Seigôeur Eveque; qu'il n'étoit point e* fon 
pouvoir de les faire fbrtir d'un lieu où ils c- 
tCTicm établis par k volonté du Roi, & qu'ils 
n'en fortiroient jamais fans l'ordre de Sa M*- 
jefté; que lui qui parloit, n'étoit pas motus 
Prieur: de Begoigne , que ledit Evêque étoit E- 
v rtque dç Jfka, & que jamais Evoque ni Arcbe- 

que 



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»* Batouhè.: m 

#éque. ne les avoir «««repris Qu'avec repentir ; 
que. quant à te.VlledeBayonne, elle les menas- 
çoit depuis deux an& r niais qu'as a'avoient 
.point fojet de la. craindre, v& que ces me- 
naces ayant été fans effet , il paroifloit bien 
que ce n'étoit que des» paroles. 

Cette audacieufe réponfe ayant fait con- 
fioitre audit Sr. Taret que les prières étotent 
inutiles, il leur commanda, de la part dudk 
Seigneur Evêque, de fortir dans huk jours 
çiudic lieu du Saint Efprit , à faute de quoi 
il défendroit à tous fes Diocéfairi* d**voir au- 
cune communicaràon avec eux , et toettroéc 
dans l'interdit leur Chapeite. Su* cela?, lies 
Pères témoignèrent que cet interdit ne leur 
f croit pas grande peine , & quetotices les me* 
naces n'écoient nultemenc capables- de lesobli* 
ger à fortir. 

Le Peuple les entendant parler ainfi, s'émut 
d'une teUe forte , qu'en moin* de quatre heu- 
res ayant fait fcnner le toefin, ils vinrent 
xtambour battant, fie les ebafferem honteufe- 
jraent de cepofte, qu'ils avoient protefté tant 
de fok de n'abandonner qu'avec la vie^Àmft 
H fk feul en moins de quatre heures ce que la 
Ville n'avoir pu exécuter en quatre ans , 82 
les circorrftances particulières de cette a&ioit 
firent voir que Dieu l'a voit pou* agréa We^ 
car de quatre Jéfuit» qui compofoient cette 
troupe, trois, encre fciquel* était ce Père 
Qrfagaing, qui diibic vouloir fouflfHr W mar- 
tyre, s'étact enfuis T 6c le quatrième s*atta* 
cham opûmtnaaaoïrau Saint Gloire, eom- 
me pour employai la S*hk drô Smesit èè- 
- . . X z t CQr 



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.01 



3^4 AFFAIRE DES JESUITES 

fendre l'ambition fi opiniâtre de là Compa* 
jgnie, & difanc des ebofes fi indignes^ non 
pas feulement d'un Religieux , mais d'un 
nomme raifonnable, que la modeftie chrê» 
tienne ne permet pas de les écrire^ & 
dont Monfieur rOfficial de Dax pour» 
ra. informer. Ce Peuple, après lui avoir fait 
Acer le Saint Ciboire d'entre les mains par 
un Prêtre fort vertueux , l'accompagpa avec 
tout le rcfpeâ imaginable jufqucs dans la 
principale Eglife, & plufieurs remarquèrent 
avec une confolatipn particulière, que quoi- 
[ue le vent fût aflèx violent, il ne pue etein- 
re nul des flambeaux qui le précédoient. 
Ainfi après une auffi grande perfécution & 
une auffi longue guerre que celle que ces en- 
nemis publics avoient faite à toute la Villç de 
Bayonne,elie s'en vit heureufement délivrée; 
& d'affiégée qu'elle étgfe auparavant par cel- 
le furieufe cabale & cette dangéreufe fadlion, 
qui lui faifoit fans cefTe appréhender quelque 
jaccident funelte, elle fe trouva libre & en 
état de pouvoir déformais s'acquitter tanquil- 
ment de ce qu'elle doit à Dieu & au Roi. 

Or, comme a moins que de voir par une 
rélatipp li fincére , & où les circonftaqces 
£c les dattes font très -fidèlement rapportées, 
tout ce qui s'eft paûe daips cette afraine*lï, 
il fecoit impoffible de croire que de$ Prêtres, 
des Réligl^ix fe fuflènt opiniâtres durant plui 
de cinquante ans à s'établir dans une Ville 
çialgre ello, & que, cette Société eût em- 
ployé pour cela coures lçs puiflànces, formé 
çotuinuellcmenc de* cabales , ufé 4c toutes 



foc- 



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9 S B A T O N N E; JIJ 

Jbrtes d'artifices pour s'acquérir des pârrifans, 
mis la «iivifion & la guerre dans les familles, 
foulé aux pieds l'autorité des Magiftrats , ré- 
fifté à tant d'Affemblées publiques, & mé- 
prifé même la puifiànce fàcrée d'un Evêque 
dans l'exercice de (à charge $ il étoit non- 
feulement à propos, mais néceflàire, de re- 
Îréfentcr tant d'excès dans ^cet Ecrit , et de 
: conferver même dans les Archives de la 
Ville, afin que fi les Jéfuites font affez bâr«i 
dis pouT ofer encore à l'avenir tenter le mê- 
me deiïèin, la poftérité y puiflè voir, com- 
me dans un tableau, l'image de l'efprit de ces 
perturbateurs- du repos des familles, laquelle 
pourroit demeurer comme effacée de la Mé- 
moire des hommes, fi elle n'avoit été écrite 
du vivant de ceux qui en ont été témoins , 
& qui à peine ont pu- croire ce qu'ils ont va 
de leurs propres yeux. Tant* molis erat cu~ 
pidam depeuerc gemtemi 

La fuite de cette grande affaire n'a pas été 
moins merveilleufe, ni moins digne de l'ef- 
prit de ces Pères; car indignés d'un fi rude, 
mais très- juftd, traitement, ils réfolurent d'en 
faire leur plainte au Roi, comme ils firent, 
mais d'une manière fi contraire à la vérité 
& û remplie de déguifement & de fourberie, 
qu'il ne faut plus douter qu'ils ne forent ca- 
pables de tout entreprendre & de tout exé- 
cuter* De fait, fur le rapport que le mêmç 
Père Orfàgaing fit au Roi, à la Reine & à 
coûte la Cour qui étoit à Compiegne, qui 
rendoit la Ville de Baronne , quoique la 
moins irréligieufe de l'Etat, une Gcoçve Se 



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$*6 Affa-irk oss Jesuices 

le entre du Janfemfme, & dans lequel 3 
eut la hardiefle d'aflurer que le Peuple avoir 
blefle de fepe grands coups d'épée le Pete 
d'encre eux qui s'étotc mut» du Saint Ciboire 
pour le repouffer , ce qui' était une impoftu- 
re intolérable; Sa Majefté, que cette Com- 
pagnie a voit prévenue, envoya ordre aux 
premier i& fecond Echevins d'aller à Paris , 
ou la part où £ile feroit, lui rendre compte 
de cette aâion. Ce qui fit que la Ville, qui 
n'a jamais branlé dans l'obéJiïànce qu'elle doit 
àfon Prince, lui envoyâmes Députés, ledit 
Sieur premier Echevin ayant fait le voyage. 
Une partie même , quoique la moindre , de la 
Bourgeoiûe fufeitée par les Jéfaites ayam pris 
parti , fc pourvut au Conferl par deux Députés 
£c trois Particuliers, qui s'étant plaints d'avoir 
été excédés & makraités dans la dernière émo- 
tion , plaidèrent la eau fc des jéfuites avec bien 
plus de feu que la leur, & avec tant de cha- 
leur que Sa Majefté nomma quatre Confeillerg 
d'Etat fie M. de la Vrilliere, Secrétaire defes 
Çommandemens,pour ouïr toutes les Parues, 
& M. Poncet , Maître des Requêtes , pour faire 
le rapport des pièces qu'on lui mit en main. 
Si bien qu'après quatre féances, dans lefquel- 
ks lefdites Parties furent amplement ouies, 
l'affaire des Jiéfiiites fut terminée par une am- 
niftie envens le Peuple, fie par un Comman- 
dement que Sa Majeité faifoit à tous les Par- 
ticuliers , ans nommer ni faire mention defdire 
Pères , de vivre ea paix & tranquillité pour la 
conservation delà Place à fon fervtce & pour 
k propre Wça <les hatytaos. 



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Il «ft très remarquable, pour ftti* toucher 
mu doigt les fourberies dcfdif s Jéfuites,qui pu«- 
-blioient partout en ladite Ville de Paris qu*ik 
ne fe mêloient pas de cette affaire & la laiflbient 
abfolumcDt à la juftioe du Roi; il eft néan- 
moins vrai que les Députés du Corps derBayoo- 
ne ayant trouvé un jour te Père du Vernili, 
. Procureur de la Province de Guienne, diee 
mondit Sieur Poncct,un moment aprps avoir 
fait fa déclaration aux fufdits Députés de ne 
prendre aucune part à ladite aflàire,&den*iê- 
tre pas là à deffetn 4e parler ledit Sieur, ils le 
ftrcprirent donnant des Mémoires & pièces fo- 
C r ettes à Madame Ponoet; &les Députas 
Tayant rejoint & lui ayant fait connoîtrequfts 
a voient reconnu ce au'il venoit de pratiquer f 
ledit Père uû de ce oéguifement de leur diie 
cçs mêmes paroles: „ Je vous ai dit, Mc*~ 
„ ûeurs, que mon deflfein n'étoit pas depar- 
y, 1er M. Ponces, mais bien M. l'Abbé, ion 
„ Frère, auquel je wétendois bailler \eQtics 
„ papiers» pour aflifter nos^misdeBayotmp, 

après quoi, qui dit jamais cru qiie :cette 
Société eut pu non-feulement perfecuter 4c 
ttouyeau les habitans de fiayonne , mais en- 
core fonger à /y vouloir établir après les dé- 
sordres qu'ils, y ont caufés & par leur 'impru- 
dence & par leur opiniâtreté , ce qui marque 
certainement des.deffeiqs décrets de leur parc 
.qui ne peuvent pas lui être ni avantageux,^ 
favorables? Us Font ocaomo^rj8iifait& temé 
veçs le mois d'Oâobre de l'année 1679. -que 
le Reine d'Efpagne , EiUc Ae France, paflant 
à Bayonne pour alto JPiodrc ,k i<pijjui Je- 
X 4 yeiî 



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"3*8 Affair. bes Jesuit. de Bayonn. 

voie la recevoir dans la "Ville de Burgues, Se 
étant au lieu de S. Jean-de-Luz ; le Confef- 
feur de cette Princeffe, qui étoit Jéfuite , l'o- 
bligea de parler en faveur de leur Etabliiïe- 
ment le premier Echevin , qui s'y rendit avec 
un Bourgeois; ce qu'elle fit, mais dans des 
termes qui marauoient bien qu'elle n'y prê- 
noit d'autre intérêt que celui d'obliger ces 
Pères; enforte que ledit Sieur en ayant fait 
la propoûtion à fon retour à fes Collègues & 
enfuiteaux Norabîes qui furent aflèmblez à 
ce fujet 3 il fut réfolu qu'on ne parleroit plus de 
cette afiàire , la mémoire en étant encore fan* 
glante 3 & les maux pâlies qu'elle a voit produits 
ttop préfens dans le fouvenir des habitans. 

Cela fe çaffale 3. de Novembre. Le 13. 
il fut délibéré que quand la Reine s'adrefle- 
roit au Corps, il feroit répondu que la Ville 
n^avoit pas trouvé de difpofition à un fembla* 
ble Etabliflement* Le 11. Décembre fui-. 
vant,les Princeffes revenues de la Gour d'Ef» 
pagne demandèrent une réponfe fur cette af- 
faire: & le 11 Janvier 1680. il fut délibéré 
qu'a ne feroit rien écrit ni répondu, attendu 
ce qui s'étoit pafle depuis peu de tems. Enfin 
le 17. Mars 1683. M - de Priellé,Evrêque de 
Bayonne, continuant à demander PEtahlifft- 
ment des Jéfuites, il fut dit, qu'attendu le 
Règlement de Sa Majefté , de Décembre 
1666. qui ne permet pas que les Maire , Eche^ 
vins, &c. puiffent s'afiêmbler pour donner 
leur avis en pareil cas fans la permiffion du 
r Koi, on reroit cette réponfe audit Seigneur 
Evéque; ce Qui fuc exécuté. 

, SE- 



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SECONDE 

REL AT I O N. 

De ce qui s'eft paiTé à Bayonne 

pour empêcher tout Etablif- 

fement des Jéfuites dans 

cette. Ville. 

DEpuis PexpuHîon des Jéfuites en 1657. 
rapportée dans la Relarion précédente, 
ces Percs ne renoncèrent jamais au projet de 
s'établir à Bayonne, mais ils changèrent de 
moyens pour y réuflir. La politique dans la- 
quelle ils excellent ^ leur fit fèntir qu'ils ne dé- 
voient plus fe montrer eux-mêmes; que leur* 
efforts perfonnels irricoient la contradi&ion 
au lieu de la diflîper,* qu'ils devoienr donc 
fe borner à profiter des occafions fortuites ; à 
ménager les amis qu'ils avoient à Bayonne ; 
à attirer dans leurs PertGons de la Flèche, de 
Touloufé ou de .Paris les Enfans des princi- 
paux Bourgeois pour y trouver dans la fuite 
des protecteurs; à mettre furtout dans leurs 
intérêts les Evêques de Bayonne, & à for- 
mer ainfi un parti dans cette Ville qui les y 
appellât & aux defirs duquel ils parurent céder 
en acceptant un Etabliffement qu'ils ne feen- 
bleroient point avoir mandié, fle qui étoit 
néanmoins l'objet de leur ambition. C'eft 
iiir ce plan qu'ils fe font conduits depuis 
X 5 i*57* 



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Ç3* Affaire des Jésuites 

1657. & c'eft par ccetc raifon qu'on ne la 
voit gueres faire eux-mêmes aucun perfonna* 
ge diras ks*eni»tiv«s poiterieures qui tescac' 
cernaient , & dont on va rendre compte. 

Il n'y a rien à ajouter à ce qu'on lie dam 
k première Relation i^r h den&atxhe ^juc <fc 
rent les Pririceffcs lors de leur pafTage vers là 
fin de 1679. à ; k (bllichation de leur Cpn- 
fcflèur Jé&ice* fi*r la deltoemticîîî 4p j» Ville 
à ce fujet. Ce fut là une entreprife fans fui- 
te où ces Pères voulurent effayer fi le refpeâ 
des habitans pour les Princeffes , fie la crainte de 
l.G6*offe&fer?par uq fefos, poui^it obtenir âe 
la Ville dans ce moment de furjwife un eqgï- 
. ment qu'ils auroieat bîçn 4çu faire -rewplir. . 

La tentative de Manfieur de PrioUé qui 
termine la première Relation fut plus ferieo- 
fe, & mérite qu'on k reprenne ici 4ans -fou 
origine. 

Monfieur de Priellé , dit-on , croit redeva- 
ble aux Jéfuites de fa nomination à l'Etfêché 
de EUyonne. U voulut leur en $em©igt*er & 
reconnoiffance. Le 10. Mars 1^83, il -vint à 
l'Hôtel de Ville , comme pour (faire vifue au 
Corps. Mais on vit sbienrôt que ce rfécbk 
point un fimple a&e de polkefife. Il dit 
donc qu'en parcourant Son Diocèfe, il n'y 
avoit trouvé que v des Eccléfiaftiques ignorais; 
q j'il feroit aifé de remédier à me mal fi k 
Ville vouloit confier l'inftrudtipn de la Jeu- 
nefle aux Jéfuito* , qui font, difotf-ii, bien 
plus propres^ cette fonâûon que me le font, 
ni les Pères de l'Oratoire , J>i t e«wc fde la 
Paârinc Chraknne , ni terj^auliftcs, jii les 



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D « S a r o h k e; 3?ï v 

Jsnfeniites. Par Pamliftes nous entendons 
les Barnabitcs qui portent le titre de Clercs 
Réguliers de la Congrégation de S. Paul. On 
ne devine pas qui cft ce que le Prekt vou- 
loir defigner par le titte de Jmfcnïftts. H 
n'y avoic point en i6%$. non plus qu'au* 
jourdhui, aucun Corps diftingaépar ce nom. 
Peut-être le Prélat vouloit-M dire que les Pè- 
res de l'Oratoire, ceux de la Dodrine Chré- 
tienne , & les Pauliftes étoient tous Janfeni- 
niftes, & par confequent des maîtres dange- 
reux pour la jeuneffe* Les Jéfuites étoient 
à fes yeux les fculs vraiment ortodoxes. Ce 
trait ne donne pas une grande idée des lu- 
mières de M. de Priellé. 

Cet Evêque «voit cru vraifemblablement 
obtenir par fa préfence une délibération con- 
forme à fes defirs. Il y fut trompé. On lui 
repondit qu'attendu l'importance de la ma- 
tière, il en feroit délibéré en A flcmblce gé- 
nérale de la Communauté. 

Mais le 17, du même mois te Sieur Mi- 
miague Coçlfcîller de la Ville remontra aux 
Echevins & Jurats Affemblées en Pietté^ 
„ qu'aux termes du Règlement de Sa Maje- 
, t fté rendu au mois de Décembre 1666. les 
„ Maire, Echevins, Jurats ôcCapitouts des 
w Villes ne peuvent s'affembier pour donner 
„ leur avis touchant fëcabliffernent d'aucuns 
yy Collèges, Couvents, ou œaifons de Reli- 
ai gfeux ou Religietffes, Clercs Séculiers ou 
f , Réguliers, qu'au préalable il ne leur appa- 
» tut d'an ordre exprès de Sa Majefté & ce f 
„ fous ks peines j portées. " II ajoura* 

a, ^'» 



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5}a Affaire d*s Jésuites 

„ qu'en confequcnce de ce Règlement il fe- 
9 , roic dangereux de convoquer une Aflèm- 
„ blée au Sujet de rétabtiffement propofé par 
„ M. l'Evêque :" Sur quoi la chofe mife 
en délibération ,' il fut arrête qu'on feroit 
HP po f t au Prélat de cet obftacle afin qu'il le 
reconnut lui-même. Cette expreflion eft re- 
marquable. On ne vouloir point du tout que 
le Prélat ufat de ton crédit pour faire lever 
Tobftacle, mais uniquement qu'il. le reconnut 
& par confequent qu'il y cedat. 

Cette délibération arrêta d'abord M. de 
Pricllé, mais elle n'affoiblic pas fon zèle pour 
les Jéfuites. Il eut. recours à la voye de Tin- 
finuation , 6c ce ne fut pas fans fuccès , puit 
qu'il parvint à former lin parti dans la Ville 
en faveur de ces Pères. 

Le 7. Avril 16*34. le Sieur Lalande Jurât 
représenta au Corps de Ville avoir appris pkr 
bruit public que Darmore Procureur Syn- 
dic avoit fait quelque A£te de concert avec 
KEvêque poirr lequel • ils avoient follicité & 
obtenu pluûeurs fignatures. Ade dont l'ob- 
jet étoic de demander l'établiffemenr, des Jé- 
fuices. Divers Magillrats prefens attefterenr, 
Tavoir ouï dire également. Darmore qui é* 
toit auffi prefent à cette efpece de denoncia* 
tion requit que le Regître rut chargé de fon 
déni, & de fa rcfervaiiou en réparation de 
cette calomnie. 

Le Sieur Darmore pouvoit être innocent* 
Cpendant il falloit que la partie fut bien liée, 
puifque cet incident qui , en éventant la mi~ 
uç^femblçit devoir eu empêcher l'effet, ne 

fer* 



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DE B À Y O tf N *; 33! 

ïfcnrit néanmoins qu'à lafaireeclarrerdelâpart 
des partifans des Jéfuites. En effet le pre- 
mier Echevin profita de cette occafion pour 
dire que M. rfevêque l'avoit prié de repre- 
fenter au Corps qu'il defireroic que là con- 
duire & direétion du Collège fut donnée au* 
Jéfuites qui étoient plus propres que les Rfr. 
gens aûuels à élever la Jeunefle. La délibé- 
ration fut renvoyée à l'après-midi. Elle au- 
roit dû régulièrement être renvoyée à une 
Affemblée générale , comme il avoit été die 
au même Prélat le 10. Mars de Tannée pré- 
cédente; ou plutôt, toute propofition de de- 
libération nouvelle fur ce fujet auroh du 
erre rejettée en vertu du Règlement de Sa 
Majefté de 1666. ainfi qu'on l'avoit reconnu 
dans la Diette du 17. Mai. Ce n'étoient plus 
les mêmes Echevins & Jurats. Plufieursde ceux 
gui compofoient le Corps de Ville en 1684. 
etoient favorables *ux jéfuites, & fkvoienc 
d'ailleurs que la Cofnmunauté ne Pécoit pas f 
C'eft pour cela qu'ils furent d'avis qu'on dé- 
libérât de nouveau fur la propofition du Pré- 
lat, & qu'ils opinèrent pour fe referver à 
euï^mêmes cette délibération. Les autres ac- 
cédèrent à cet avis quoiqu'ils fuffent dans des 
«iifpofitions différentes par rapport à l'objet 
fur lequel il s'agiflbit de délibérer. 

L'aflèmblé étant formée dans l'après-midi 
M. FEvêque envoya fon Gentil-homme pour 
annoncer qu'il venoit à l'Hôtel de Ville. Il y 
vint en effet, & fit un grand difeours dans' 
lequel il fè'plaignit amèrement de l'ignorance 
«te Prêtres de lbn Diocèfc, & de la mau- 
vais 



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|34 Affaire dis Jtesvites 

vaifc éducation que recevoient les Enfcms <k 
ta. Ville. H inûfta fur la neceflké de remédier 
à ce de(brdre,& conclut par demander Pad- 
naiflîoa des jefukes* Ce difeours fut piai 
{becieux que iblide; Les Ecclefiaitiqucs du 
piocèfe prefque tous Basques ne faifoient 
point leuxs premières études au Collège delt 
Ville. Leur ignorance ne pouvoir donc être 
imputée à rimperfeâion de ce Collège. C'é- 
toiila faute des Predeceflèurs de M. de Prid- 
lc de les avoir admis {ans feience au Sacer- 
doce. Lui même ne fut pas plus délicat dans 
Je. choix de ceux à qui il impofoit les mains. 
Quant aux Enfans de la Ville , leur éducation 
ne le cedoit en rien à celle de la Jeunette de 
ï>au, ou de Bourdeaux , qui étudioit chez des 
Jéfuites, Les plaintes du Prélat r* ctoienc donc 
qu'un prétexte pour attirer ces, Pères & s'ac- 
quitter envers eux. 

M. de Priellc fbrtit de la Diètte après dm 
difcours. Lui retiré, on fie kdhirc de la dé- 
libération du 17. Mars r68$. & la chofe 
mifede nouveau en délibération, le Corp» 
fc trouva partagé j la moitié des Opinans foc 
pour demander l'établi flement des Jcfuico. 
L'autre moitié fut d'avis de s'en tenir à la n> 
folution prife en 1^83. & fondée fur ua 
Règlement du Coafeil d'Erat. 

Trois jours après, M. l'Evêque fe deman- 
der copie de cette délibération. Cetoirle 
10. Avril. Ce même jour le premier Echê- 
nin remit à fa Compagnie un Aâe fek p^r 
les Confeiller-sMagiftrats auftijetde û dek- 
bmtion du 7. coccenum ki)ékkeu Cet 

Con- 



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DI 9 A TOU» C jjf 

ConfeUlcts-Magiftrats étaient de* Officiers do 
Bolicc pris dans les Corps des Arts & Métiers* 
Ils influoient fur les amures publiques de la 
Communauté. L'Aâe que le premier Eche- 
vin prefenta en leur nomanaonçoit fans doo* 
te de la part > foie de ces ConfeiHeri etuc-enc* 
pies , Jbk du corps dont ils étoieut l'org** 
ne, une oppofirion ferme à l'établiffemeut 
de ces Religieux y puifqjnc les Echevins & 
Jurais entre lefquds U y avoit eu partage dans 
l'ÀflèmWée du 7. arrêtera* , à la leâure do 
cet A<3e, que conformément à la délibéra* 
tion du 17, Mars 1683. on ne feroit plus 
d'AlTemblét pour délibérer fur l'admiffiondea 
Jéfiiitesfans unepexmifSonexpreffedeSaMa- 
jefté , ainfi qu'il étoit prefcrit par le Règle- 
ment de 1666. 

Cette résolution de voit, ce femWe, ôter à 
M. de Pricllé toute efperançe de fuccès, & 
confequemmentlui faire abandonner ion pro» 
jet ÉUe n'eut d'autre effet que de le faire 
changer de batterie. Ne pouvant faire don- 
ner le Collège aux Jéfuites, il le propofa d'é- 
riger un Séminaire , & de leur en confier la 
dire&ion. La propoûtion en fut portée de 
fa part au Corp» de Ville, & il demanda le 
contentement des bahitans. Mais avant que 
Ton convoquât l'Aflèmblée, il ne négligea 
rien pour ^aflurer des fuffrages. Il alloit les 
mandier lui-même dé maifon en maifon , & 
ne craignit point d'uftr de menaces pour in-, 
tinter ceux qu'il ne pouvoit gagner par fes. 
mfinuations. Peu s'en fallut qu'il ne reuflit* 
JP luûeurs de cçui qui ctoknt oppofés à l'ad* 

miûio0 



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|gtf Affaire des Jésuites 

miflîon des Jéfuites n'ofoient le témoigner dé 
peur de déplaire à leur Evêque ou d'éprou- 
yer les effets de fon meconrenremenr. 
• Alors un certain nombre des prinCipaui 
citoyens appréhendant que le parti du Prélat 
*ie fe trouvât le dominant dans une Aflèm* 
blée de la Communauté , prirent les devants 
par un PJacet qu'ils adrefferent à M le Mar- 
quis de Chateau-neuf Secrétaire d'Etat. Us y 
inftruifoient ce Miniftre de Toppoiîtion an- 
cienne & confiante de la Ville à rétabliffe- 
mentjdes Pères Jéfu 1res, des rriorifs de cette 
oppoiïtion , des efforts que faifoit M # de 
Priellc pour la vaincre 3 & de la terreur qu'il 
avoit répandue dans les efprits. Ils le prioient 
enfuite d'en faire le rapport à Sa Majefté & 
de lui reprefenter que rétabliffèmëhr. dont il 
ffagiffoit étoit non feulement inutile, mais 
encore très dommageable ainfi qu'il l'a ton* 
jours paru , difent-ils à nos Pères. Ils con- 
cluoient par ces paroles remarquables ; „ Quand 
,-, les habitans fçrpient aflez aveugles pour 
j, demander eux-mêmes cet établiflèment, 
„ c'eft à-dire , pour demander à devenir c- 
„ ternelkmenc taiferabies, où aiïèz foibles 
n pour fe laiflèr aller contrg leur intérêt & 
j, celui de leurs Enrans aux violentes fotii- 
^ citations de ces Pères, il y auroit lieu 
„ d'efperer de la bonté toute paternelle de 
„ Sa Majefté que compatiffant à leur foi- 
,-, bleffe, ou leur aveuglement, elle nevou- 
3> droit pas permettre cette nouveauté , & 
„ leur defendroic même d'en parler jamais." 
On voie dans ce texte que les Jéfuites ne 
„ . bii- 



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de Ba*yonke; ' *■ 337 

laiflbient pas tellement agir pour eux M. de 
Priellé, qu'Us ne joigniflènt leurs follicita- 
tions à celles de ce Prélat. 

Il eft porté par l'étiquete du Placet que 
M # de Chateau-neuf en fit le rapport au. 
Roi. Quoiqu'on ne trouve point la Repon- 
fe de ce Minittre, on ne peut douter que le 
Placet n'ait été favorablement accueilli , 6e 
n'ait été fuivi d'ordres relatifs $ puifque les 
inftances de M. de Priellé cédèrent bien vi- 
te, & qu'il ne fut plus queftion des Jéfuites 
pendant le refte de fon Epifeopat. Auroit-il 
abandonné iubitement fon projet dans letems 
où il avoit réuffi, (bit par infinuation, foit 
par terreur, à former un parti aflèz fort pour 
e/perer de l'emporter dans une Aflèmblée 
générale, s'il n'a voit reçu au moins quelque 
ordre fecret de s'en defilter ? 

Son Succefleur dans TEvêché de Bayonne 
fut M* de Lalanne qui n'avoit pas le même 
fcèle pour les Jéfuites II paffa les dix pre- 
mières années de fon Epifeopat fans agir en 
leur faveur. Le 4. de Novembre 1699. le 
Corps de Ville apprit que ce Prélat vouloir 
ériger un Séminaire -& en donner la dire- 
ction aux Jéfuites. Il fut délibéré qu'on de- 
puteroit vers lui pour le prier de choifir des 
jDireâeurs jlans d'autres Corps , attendu l'an- 
tipatie de la Ville pour les Pères de la Com- 
pagnie de Jefus. Cette délibération eft re- 
marquable , & donne lieu dfobfervcr que 
2uoiqu'en plufieurs' rencontres, pour mieux 
carter les Jéfuites, la Ville ait montré de 
Poppoûtion à tout établiflèment nouveau de 



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33* Affaire des Jes vîtes 

quelque Ordre ou Congrégation que ce fat | 
cependant elle n'a jamais eu contre les aife 
très Corps Religieux ou de Clercs Séculiers, 
une oppofnioh aufli àbfolue que contre les 
Jéfiikcs* 

La deputation vers M. de Lalanne ayant 
été faite, ce Prélat céda fans effort à la re- 
pugnadce de Tes Dioceftins , ce qui fait juger 
que ce ti'étoit point par aflfeâton personnelle 
qu'il vofcloit appeller les Jéfuites à Bayonne» 
mais pfcrceque ces Pères l'en avoienc follici* 
té eux-taêmes. 

On eut bien-tôt lieu de s'en convaincre. 
Les Jéfuites fe voyant abandonnes par M* 
de Bayonne > fe tournèrent suffit ôt vers l'E- 
véque deDax»& lui persuadèrent d ériger un 
Séminaire dam le Bourg-Saint Efprit qui cft 
de foh Diocèfe, mais qui eft en même 
temps un des Fauibourgs de Bayonne dont 
il n'eft feparé que pat- un pont fur l'Adour. 
C'cft preclféttient de ce Fauxbourg que les 
Jéfuites avoiept été Chaffés en 1657. C'eut 
îété pour eu* un triomphe de pouvoir s'y ré- 
tablir. 

L'idéede fonder uu Séminaire au Saint Efprk 
pour le Diocèfcdc Dàx $ ne pouvoit être qu'- 
un prétexte fuggeré par ces Pères , & leur 
vue unique étott d'avoir un çtablifîement .aux 
portes de. Bayonne, Car c'étoit en foi un pro- 
jet ridicule & Mal cohçu que de placer Je 
Séminaire dé «Dax à une journée de chemin 
de la Ville Catedralc* & l'extrémité duDio- 
Cèfe, pour lequel on pretendoit le fonder dans 
Tendrait où les vivres écoicot les plus ckers , 



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deBayonne. 559 

ic où la fondation devoit neceflairement être 
là plus couteufe. Il éroit égalemcat peu décent 
de vouloir Pérablir dans un Bourg dont plus 
de la moitié eft habité par des Juifs , & qui 
eft en même tems comme l'égoilc de la Vil- 
le, & la retraite des gens qui ont befoin dfe 
fe ibuftraire à une Police vigiiante. Des Re- 
ligieux animés d'un faint zèle pour former de' 
dignes Ecctefiaftiques , n'auroient pas choift 
un pareil fol pour la fondation d'un Sémi* 
mire. 

Le Clergé de Dax qui fentoit les inconve* 
mens de ce projet, «Se qui ne fe fehtoit peut* 
êcre pas affez fort pour le faire échouer , Et 
avertir le Corps de Ville de ce qu'on medi» 
toit. Sur cet avis il fut délibéré le 27. du mê-» 
me mois de Novembre, qu'on feroit tout es 
qu'on pourrait pour empêcher cet étabhffc» 
ment. Les moyens dont on ufa furent eflS* 
caces. Le projec avorta prefqueauffitôt qu'il 
a voit été conçu. 

Avant que d'aller plus loin , il ne fera pas 
inutile d'expofer ici les motifs qui animoient 
les habitai* de Bayonne dans leur cyppofrtior* 
confiante à l'égard des Jefuites. O&left trou- 
ve déduits avec franchife dans une fuppliqae 
prefentée en 1654. à M. le Maréchal de ' 
Grammont par un grand nombre des prin- 
cipaux Bourgeois. Ce Maréchal qui étoit 
en même tems Gouverneur de la Ville , avoic 
éré gagné par les fefuites & les appuypit 
puiffamment. Quelques Bourgeois devouéj 
à ces Religieux Ife Revinrent tellement en 
leur feveut qu'il refafoit d écouter ceux qui 
Y a km 



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34<> Affaire i>e s Jésuites 

leur étoient contraires, & de recevoir les de- 

£utés qu'ils avoient refolu d'envoyer vers lut 
)ans cette fitution ces derniers prirent le 
parti de faire remettre à M. le Maréchal im 
Placet contenant leurs exeufes & la jùftifi- 
cation de leur conduite , Les Le&eurs ne fe« 
ront pas fâchés de trouver ici ce Placet en 
entier. La naïveté de ceux t)ui y parlent 
corapenfe les défauts de leur vieux ftile & de 
leurs Gasconifmes. 

„ Monfeigneur. La Lettre que Votre 
M Excellence a écrite à M. Dartaignan qui 
„ a été lue en Aflcmbléede VîHe,a fait con- 
„ noître que vous ne vouliez pas être im- 
„ portuné de deputations fur le fujet de Té* 
n tabliflement des PP. Jefuites en cette Vil- 
le, pour lequel vous vous êtes ttès fouvenc 
w expliqué en leur faveur > & principalement 
„ par la dernière Lettre. 

n Monfeigneur. Quelques-uns de nous 
qui avoient été nommés par plufieurs Bour- 
3> geois, confiderables par leur expérience & 
y par les grands fervices qu'ils ont rendu an 
3 Public , afin de fuivre de près les députés 
0> qu'on difoit avoir été nommés par quel- 
*' ques uns du Corps de Ville y pour vous al- 
ler informer non de l'état préfent des cho- 
** fes, mais pour vous témoigner le defir parti- 
" culierde ceux qui avoient prévalu en ladite 
" deputation fur d'autres de leurs Collègues 
" qui opinoient au contraire ; nous nouspro- 
*' pofions qu'ayant l'honneur de nous trou- 
w ver devant vous avec eu*, ils auroient 
!! bien de la peine à foutenir uo procédé fi. 



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DE B A Y O M M £. 34.C 

„ « traordmaire. 

„ Mais, Monfeigneur, pui(que cette voie 

y, nous eft interdite , nous olbns efperer de 

„ la juftice de Votre Excellence qui veut 

3 , pleinement être informée plutôt que de de- 

„ cider, qu'elle ne desapprouvera pas la li- 

„ berté que nous prenons de vous écrire, 

„ de la parc de quatre-vingt Bourgeois, une 

„ vérité qui vous a été cachée , après la 

„ connoiffance de laquelle vous êtes tropju- 

„ ftc , Monfeigneur , pour ne condamner 

9> pas la manière dont on s'eft efforcé de vous 

„ farprendre. 

" f> Monfeigneur, Cette vérité n'eft autre, 

,, fi ce a'eft qu'avant votre venue dans vos 

„ Gouvernemens, Tétabliflèment desjéfui- 

„ tes ayant été propofé dans une Affernblée 

„ générale de toute la Ville, convoquée en 

„ la plus autentique forme qu'il en ait été 

5 , feii par le paflé, tous les Magiftrats &au- 

„ très aflîftans parlant & donnant leur avis 

„ l'un après l'autre, refolurent Texclufionde 

„ toute Communauté Religieufe & par ex- 

„ près celle des' Jéfuites. Après cela, Mon- 

„ tëigncur, ceux qui parlent au contraire 

„ peuvent-ils mériter aucune créance auprès 

„ de vous, & fe promettre que tout le re- 

„ fte de la Ville demeurera fans une jufte 

„ jaloufie de fe voir fi fort meprifée, que 

„ de faire paffer fa refolution pour une chi- 

„ mère? 

„ Permettez-nous, Monfeigneur, de vous 

„ dire que quand cette refolution aurok été 

„ reconnue depuis préjudiciable au public % 

Y 3 ) „dle 



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34* Affaire ive $ J[e $$j i t e s 

yy elle ne fauroic être détruire, que par les 
,> mêmes formes qu'elle a &é faite , qui eft 
„ par une femblable convocation générale 
„ de tous les Ordres , qui témoigneroient 
„ poflîble trop aigrement leur reffentiment à 
9Y ceux qui l'ont voulu éluder, 

£ Monfeigneur. Vous ne relieriez, peut- 
„ être pas pleinement fatisfait fi nous deirieu- 
9> rions à la fimple allégation du préjugé, 
„ fans vous donner quelqu'un des motifs d'i- 
f , celui, Monfeigneur. Après avoir fait no- 
91 tre déclaration que nous ne prétendons pas 
,, manquer en tout ce que deffus à Thon- 
„ neur qae nous devons à la Magiftrature, 
„ puisqu'elle? a prefidé & prononcé la der- 
9} niere délibération , ce feroit à elle d'en 
„ foutenir la dignité, & de tenir la main à 
„ l'exécution, à l'exemple de nos Predeces- 
M leurs. 

„ Nous ne manquons non plus d'avoir 
9 , l'eftime que nous fommes obligés pour le 
f , faint Inftitut des Pères Jéfujces. Mais il 
„ n'eft ni fcontre notre confeience, ni con- 
„ tre les bonnes mœurs, ni contre le fcrvi- 
, 9 ce du Roi ni le bien public de remarquer 
f , qu'unfe petite Ville frontière, enviée plus 
,, qu'aucune de France, qui eft remplie 
n de Monafteres qui l'occupent quaû toute, 
9 y qui ne peut fublîfter que par le négoce, 
f , & par lé grand nombre de particuliers qui 
„ le faflèntjn'a pas grand befoin d'une Com- 
, rounaitfé à qui toute 1$ terre & les biens 
M d'icelle ne fuffifent pas» Elle a beau dire 
» qu'elje ne veut rien, On ne bâtit pas àcs 



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99 

*3 



3 m B a y o n k i. 34Î 

f , Palais ni de fuperbes EgKfes, ni on rfenr 
% tretient pas quinze ou vingr mille perionne* 
" avec de teUes paroles. Il faut trouver pour 
' tout cela àcs femmes immenfes, ôc iao$ 
,, fiuttir, fur le Public, & aux dépens d# 
., familles particulières. . 

% , Monfeigneur. Le talent des Jefuitee 
qu'on teurattribue, & qu'ils aoffrent d$ 
„ communiquer £ntf/>, ne doit pas être i*a 
. grand attrait pour notre Ville, pmfque par 
cette commodité d'étudier chez, eux , on 
verroit en peu de tems les taeilkures ma*- 
m ions dans le defefpoir de fe voir chargées 
d'Enfans, auxquels on ne pourroit donner 
des emplois tortabks à leur édition, 
n'y ayant que très peu de places à FEglife 
& au Barreau, bkn moins de commodJr 
tés pour les entretenir fuivemt leur dondi* 
?! tion, là où s Os «oient mis au négoce |ea 
quelque part, qui font les plus infaillibles 
" moyens pour taire fleurir & enrichir cet- 
*' te Ville , une médiocre légitime que les 
*' Pères leur donneroient fervirxût de levain 

* pourfeire valoir leur induftrie. L'cxpç; 
** rience nous fait toucher au doigt la verue 

* de ce rationnement en la perfonne de nos 
Z principaux Bourgeois, & de ceui memes 

' qui paffioanent le plus cet ctabhflfement,- 
qui fe font élevés xk cette forte; H W 

" contraire les Enfans de ceux que la fortu- 

V ne «voit rehaufles t pour *voir icc poaflÈs 
, trop airant dans les EMcs, n'en font p*s 

** reftés fort accommodés. 
f , Mûrieienqur , Pardoonpi-ttwa û.pous 



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97 



344 Affaire des Jésuites 

w ofons dire à Votre Excellence que ces bons 
„ Pères fe fervent très mal de la charité, & 
„ du zèle qu'ils difent avoir pour le faJut des 
p âmes, nous tenant depuis fix mois dans 
3 , une quafi fanglante guerre civile , qui leur 
„ fera peut-être quelque jour plus de rort 
„ qu'ils ne s'imaginent dans refprit du Roi. 
„ La piété & la juftice de Sa Majefté & la 
„ fage conduite de fon Confeil , veulent bien 
3I que les peuples reçoivent les bonnes 6c 
„ pieufes inftruâions. Mais ils ne fe por- 
„ tent jamais à violenter leur confeience, ni 
„ à leur donner des Prédicateurs & desCon- 
„ feffeurs de force. 

,, Quoique nous n'aiyons pas eu jufqu'au- 
„ jourdhui, Monfeigneur, ce tant vanté fe* 
„ cours de cette Compagnie, nous en avons 
„ eu un plus puiffant, auquel nous fotnmes 
„ entièrement reftgnés & fournis, qui eft cer 
„ lui de la Providence , qui nous a empêchés 
■ n d'être empeftés d'aucune mauvaife doétri- 
„ ne, & nous à confervés dans une piété 
„ auffi pure qu'il y en aye en Ville de Fran- 
f> ce; & qui plus eft dans une fidélité & 
„ un tranfport d'amour pour les perfonnesôc 
„ le fervice de nos Rois , qui eft tout ce 
„ que nous délirons favoir. 

„ Monfeigneur. Votre Excellence nous 
;, permettra encore de lui dire, que nous de- 
„ vons appréhender qu'une nouvelle Morale 
„ & Scholaftique ne brouille nos cervelles 
„ & ne nous enfeignent ce qui eft meilleur 
„ que nous ne fâchions pas. Il nous fuffit 
,. que ceux qui viennent après nous foient 

„ eleves 



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DE B À Y O N N E.' 34$ 

„ élevés comme nos Pères & nous ♦ qui tous 
„ n'avons eu qu'un Collège re^i par des Se* 
„ culiers , après l'inftruâion defquels nos pa» 
9y rens nous ayanç envoyés en bonnes Villes * 
„ chacun a tâché d'y apprendre ce à quoi il 
„ étoic deftiné , & cette manière d'educa-» 
„ tion, ne nous a jamais fait paffer pour des 
„ idiots &c des ftupides. 

„ Monfeigneur, Il n'a pas été en notre 
„ pouvoir de parler plus fuccin&ement ni plus 
*„ modérément d'un établiflement que nous 
w tenons tous très ruineux pour cette Com- 
„ munauté, bien qu'il nous refte à dire des 
^ chofes plus importantes. Mais il ne fe- 
5 , roit pas jufte de laffer d'une mauvaife le» 
„ dure la bonté & la patience de Votre Lx- 
» cellence , laquelle nous affurons de la parc 
„ de ceux qui nous ont commis, que gens 
f> au monde n'ont pas tant de vénération 
„ pour votre perfonne $ & qu'eux & nous nous 
„ femmes avec tous les refpeâs imaginables , 
„ Monfeigneur , Vos très humbles &c." 

On voit par ce Placet que l'établiffement 
des Jéfuites à Bayonneétoit «rejette par les ha- 
bitans comme inutile & pernicieux. Ils le 
jugeoient inutile, parce que la Ville ne manr 
quoit d'aucun fecours neceflaire pour donner 
aux jeunes citoyens une bonne éducation & 
dans Tordre civil & dans l'ordre de la Reli- 
gion. Ils le jugeoient pernicieux foit^ à rai* 
fon du grand nombre de Communautés Rer 
ligieufes établies chez eux , & dont une 
Ville auffi petite que la leur étoit déjà fur- 
ebargée, fpit par rapport au danger d'intror 
; Y j ' duirc 



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$4* Affaîre ds» JesUïTes 

doiredans la Ville un goût d*étu(te capable de 
prcjudicier à celui du négoce qui eft Tunique 
refiburce des babitans; foie à caufe du cara- 
ctère particulier des Jéfuites, dé leur ambition 
demeurée, de cette cupidité infatiable , àjlf 
quelle, felofi rexpreflfion du Placet , toute la 
terre & les biens d'iceile ne fuffifeftt pas , de 
leur obftination à vouloir s'introduire où on 
ne les veut pas, de leur talent à répandre le 
trouble & la diff nfion, enfin de leurs er- 
reurs en matière de Théologie & de Mo*' 
raie. - • 

Il faut obferver que c'eft en itff+. 6c par 
confisquent avant h publication des Lettres 
Provinciales que les Bayonnois diibient dm 
Jéfuites: Nous devons appréhender qu'uot 
nouvelle Morale & Scholaftique ne brouille 
nos cervelles , & ne nous enfeigrtent ce qui 
eft meilleur que nous ne fâchions pas. On 
fent tout ce que renferment ces eirpreffioas 
fur tout dans la bouche de Laïques, qui par- 
lant à un Gouverneur militaire, étoient fans 
doute difpenfés de s'expliquer davantage. 

Tels font lés «juftes & (blides motifs qui 
ont toujours animé les habitans de Bàyonne, 
& qui ont dirigé leurs démarches pour b*n* 
nir ou écarter de leur Ville les Pères Je- 
fuites. 

Ces Religieux rebutés par l'inutilité de leurs 
efforts, étoient demeurés en paix pendant près 
de cinquante ans , & on en Concluoit qtfils 
ne penfoient plus à s'établir à Bayorme. La 
conféquence était feufTe. Ils attertdoient une 
©ccafion Se ils crurent l'avoir trouvée en 
- «747* 



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> J>jB B A TOR H.-.». * f47 

1747, La Ville avoic pour Maire le Siçur 
JLcon Brethous , homme affez propre à con« 
1 duire une intrigue. Ils connoiffoit les Jefui- 
1 tes, & confequemraent il ne les eftimoic 
. pas. Malgré* des follicitations doroeftiques, il 
. Qt voulue point pendant longtems leur con- 
fier l'éducation de iès EnFans. Des motifs 
. d'intérêt l'emportèrent fur fon difeernemenr. 
, Il contraâa avec les Jéfuites Efpagnols des 
: liaifons de commercé. Leur Procureur Gé- 
', néral des. Indes vint de Madrid à Bayonne, 
& eut avec le Sieur Léon Brethous plusieurs 
,, conférences très longues & très mifterieufes , 
, dont l'objet étoit, dit-on, de. faire pafler de 
j l'Amérique en Europe les fonds des Pères de 
,1a Compagnie, fur tout pendant la guerre 
, entre l'Efpagne & l'Angleterre. Letrahé qui 
| en réfulca étoit fans doute avantageux à tou~ 
jtes les Parties, C'en fut affez pour lier le 
j Sieur Léon Brethous avec les Jéfcrttes Fran- 
çois. Il ne pouvoit leur donner de preuve 
'' plus touchante de fon devoiiment , que de 
les établir à Bayonne. 11 l'entreprit, & fe 
• flatta d'y réuffir. 

I Les premières démarches du Sieur Léon 
{ Brethous furent fourdes & (ècretes, & ce 
qui en tranfpira n'attira gueres l'attention des 
babitans. La chofe parut plus ferieufe au 
commencement de 1748. Le P. Mafloulié 
Jéfuite, nommé pouf remplir k Station da 
Carême, parut vouloir préparer tes efprits à 
Tintrpdu<9fciort de fa Société dans la Ville. l\ 
témpignoit hautement fes défi» à cet égard. 

II conféra fur ce projet avec quelles Eçclé* 

fiafti» 



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34* Affaire des Jésuites 

fiaftiques & un certain nombre de Bour- 
geois. Les avances du P. Maflbulté firent 
fcupçonner qu'il étoic appuyé. Les foup- 
çons donnèrent lieu à des recherches f & le 
fruit des recherches fut de découvrir que le 
Jéfuite étoit appuyé par le Maire. L'un & 
l'aurre avoient cru les chofes difpofees félon 
leurs fouhaits , parce que la plupart de ceux 
à qui le Jéfuite avoit parlé, prennant ce qu'il 
diloic pour des difcours en l'air, n'y avoient 
repondu que d'une manière vague iâns té- 
moigner d'oppofition décidée à l'exécution 
de fes defirs. 

Ces efperances étoient conçues légèrement. 
Les Jéfuites néanmoins s'y fioient, dit-on, 
à tel point qu'ils nommèrent les fujets qui 
dévoient remplir les différentes places de leur 
Collège de Bayonne; & le P. Cavallery Jé- 
fuite Baypnnois Profeflcur à Touloufe , dit 
avec fatisfaâion à un compatriote qui s'y 
trouvoit : Pour le coup , nous allons être éta- 
blis à Bayonne. Leur confiance étoit un peu 
prématurée. 

Le Sieur Léon Brethous qui favoit qu'u- 
ne affaire de cette importance ne pouvoit 
être réglée fans quelque Affembîée de Vil- 
le , imagina qu'il fuffiroit de convoquer les 
Notables. On appelle ainfi les anciens 
Maires & Echevins, qui font en pofïellîon 
de décider arec le Corps de Ville la plupart 
des affaires de la Communau.é. L'introdu- 
âion des Jéfuites exigeoit cependant une Af- 
fembîée générale de tous les Ordres de la 
Ville. Mais le Sieur Léon Brethous vouloit 

s'en 



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de B a y o n h e; 34J 

s'en pafler, ou crut que fi la chofe étoit a- 
gréée par la pluralité des Notables , il entrai* 
neroit enfuite aifement par leur fecours, la 
pluralité des fuflrages dans une Affembléc 
générale. Il avoit d'ailleurs déjà fondé par lui- 
même plufieurs membres des Corps des Arts 
& métiers ; & quoiqu'il y eut trouvé de la 
répugnance à Ton deffein , il comptoit bien 
la vaincre ou la rendre inutile, lorfque le 
fuccès ne dépendrait plus que de là. 

11 s'agiflbit donc de gagner les anciens Mai- 
rcs & Echevins. L'entreprife n'étoit pas 
difficile à l'égard de plufieurs, qui étoient 
eux-mêmes dévoués aux Jéfuites par le pré- 
jugé d'une première éducation qu'ils avoient 
reçue chez ces Pères. Mais le plus grand 
nombre avoit confervé l'efprit de leurs 
ancêtres. Le Sieur Léon Brethous, en leur 
communiquant Ton deffein, comme pour les 
confulter, quoique ce fut plutôt pour s'afiurer 
de leurs voix, ou pour pénétrer au moins leurs 
difpofitions, trouva dans les uns plus de re- 
ferve qu'il ne vouloit. Les autres s'expli- 
quant plus nettement, lui dirent avec franchi- 
se qu'ils ne goutoient pas fon deflein, & que 
bien loin d'y concourir 9 ils y mettraient ob«- 
ftacle. Ils Taifurerent en même-tems qu'il 
trouverait dans les habitans une oppofition 
invincible. Le Maire crut les ramener en 
leur apprennant que ce projet étoit appuyé 
par de puiffans protecteurs, & notamment 
par M. de Beaumont qui d'Evêque de Bayon- 
ne étoit devenu Archevêque de la Capitale ; 
que M. d'Arche fon Succeffcur à Bayonne 

en 



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§ya Affairs des Jésuites 

en fouhaitoit le fuccès. On ne fut gueres ttm* 
chéde cette conftderation. On ie deffioit 
même un peu de la finecrité de celui qui la 
propofoit. 

Jufijueslà le Sieur Léon Brethous «voit 
caché fon deflèin au Corps de Ville dont il 
fe trouvoit le Chef, & dont il fe croyait te 
maître. Il le lui communiqua enfin , mais 
d'une manière ûnguliere. Il dit à fes Collè- 
gues que depuis quelque rems le Public par- 
loir fouvent de l'établiflèment des Jéfuitesà 
Bayonne , que pour lui , il regardoit cet éta- 
bliiTemenc comme avantageux à la Commu- 
nauté, & qu'il ferpit charmé de le voir réus* 
fir. En parlant ainfi , il comptoir donner 
lieu aux autres Echevins de montrer leurs 
difpofitions. Mais les uns gardèrent le filen- 
ce, les autres dirent que la chofe demandoit 
de ferjeuies teflexions. 

Une féconde tentative ne lui ayant pat 
mieux réuflî, il eut recours au bout de quel* 
ques jours à Un autre moyen. Il prefenta au 
Corps uneLettrc que lui écrivoit M. le Premier 
Preiident du Parlement de Bourdeaux: Let* 
tre mandiéc fans doute t ou par lui-même f 
ou par les Jéfuires. Ce Magiftrat y témoi* 
gnoïc une vive (àtfefeâion de ce qu'il appren* 
«oit qu'il éroit queftion d'établir les Jéfuites à 
Bayonne. Il exhortoit M. le Maire à fuivre cette 
emreprife , & le prioit de t informer des difpofi- 
tions des autres Echevins fur cet objet. Le Sieur 
Léon Brethous voulut faire regarder cette Let* 
tre comme adreflée au Corps en la perfonne dti 
Chef, & engager & Collègues \ confeotjr 
•> que 



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£ B. B- A T O N. N B< $f# 

que la Reponfe fut faitte au nom du Corps.' 
]l dreffe dans le moment un projet de re- 
ponfe par laquelle , fen remerciant M. le Premier 
Preûdent de l'intérêt qu'il prennoit à la cho* 
fç y il lWuroit de fon ^èle pour en procu- 
rer lefuocès, & de l'inclination de Ces Col- 
lègues à le favorifer. Mais^ les Echevins, à 
qui il vouloit faire prendre ainû dçs engage* 
mens qui les liaffent , ne donnèrent point 
dans ce piège. Quelqu'un d'entre eux lui 
avoit dqja dit que la Lettre n'étant écrite qu'à 
1-ii feul, c'étoit auffi à lui feul à y repondre. 
Mais quand ils entendirent le projet de re- 
ponfe, ils lui déclarèrent uniformément qu'ils 
ne vouloient point la figner , & fon ftrata^ 
gême demeura ainû inutile. Il en fut d'autant 
plus honteux qu'il n'étoit pas accoutumé à 
trouver de la refiftance dans ks Collègues. 
\ Cependant quelques Notables attentifs à 
la conduite dp Maire, &c voulant prévenir 
la fuite de fon intrigue , fe communiquèrent 
leurs vues réciproques fur ce fujet. Ils pc^ 
ferent d'abord les motifs qui avoient autrefois 
infpïré aux Bayonnpis l'oppofition qu'avoiçnt 
éprouvé de leur part les Jéfuites, & fe con* 
vainquirent que ces motifs ïubfiftoient les 
mêmes & confervoient toute leur force. II# 
obfèrverent enfujte qu'il étoit plus fege & 
plus prudent d'arrêter un projet dans fes corn* 
* menceorçns, que de vouloir le faire échouer 
i lorfquil auroit fait de plus grands progrès. 
i Ils rappelloi^nt l'émotion qu'une pareille en* 
; trepriie avoit caufee dans la Ville au milieu 
i du (îecle pMTé,, ,& les deibrdre* dont elle fus 
i ^ /' ' ae» 



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3jx Affaire des Jésuites 

accompagnée, & ils fentirent qu'il ne falloir 
pas courir le rifque d'un femblable fcan- 
dale. 

Comme le Sieur Léon Brethous s*étoit 
prévalu du nom & de l'autoriré , foit de M« 
d'Arche Evêque de Bayonne , foit de M de 
Beaumont fon Predecefleur & actuellement 
Archevêque de Ja Capitale , on fat bien aile 
de s'informer exa&ement des difpofitions de 
ces deux Prélats , & de les inftruire en méme- 
rems de celles de la Ville par rapport à Tm- 
uodudtion des Jéfuites. 

Une perfonne fut chargée de voir fur cela 
M, de Beaumont. Cet Archevêque repon* 
dit qu'il ne prenoit aucun intérêt à l'établif-/ 
fement des Jéfuites à Bayonne , qu'il n'en( 
avoit pas eu l'idée, qu'il n'en avoit écrit à/ 
perfonne, que perfonne ne lui en avoit écrk 
di parlé, qu'il étoit même bleiTé qu'on k 
citât fi fauflèment dans cette affirife fur la* 
quelle il n'a voit point éré confulté, & qui 

- ne lui avoit jamais été préfentée ni à Bayon- 
ne, ni à Vienne, ni depuis qu'il étoit à Pa- 
ris. H termina fa reponie en confentant qu'on 

/ fit ufàge de foivdefaveu. 

M. d'Arche de fon côté, inftruit par un 
Ancien Echevin de ce qui fe paflbit , avoua 
que M # le Maire lui avoit communiqué fon 
projet. „Je lui ai repondu, ajouta en iùbftan- 
„ ce le Prélat, que je n'y concourrons par 
„ mon approbation qu'autant <}ue j'y ferois 
„ invité par tous. M. lé Maire m'a afiuré 
„ fur cela *jue fans me compromettre, il con- 
„ duiroit û bien cette affaire qu'etfe .réuffiroit; 

»J C 



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DE B & T 6 N H S. 3*£ 

^ |c lut aï exprefl&aent recommandé d'y 
M prendre garde. Depuis ce moment je n'en 
f , ai plus entendu parier , de façon que j'ai 
99 cru cette entreprife abandonnée.*' 

La perfonne à qui M. d'Arche fit cettf 
reponfe,reprefenta au Prélat que peut-être le 
Sieur Léon Brethous réufljroit par fes intri- 
gues & Tes foilicitations à s'affûter* d'un aflex 
jirand nombre de fuffrages pour risquer 1$ 
convocation d'une aflemblée générale, dan» 
Fcfperance d'y faire parler la pluralité feloif 
fes vues , ce qui ferott revivre a Bayonne Jet 
diiTenliops du Siècle dernier. M. d'Arche 
parut frappé de cette confideration & repli* 
€jua quîl lui fudBrok de (çavoir qu'un certain 
nombre confiderable de Notables & d'habi- 
tant fuffent oppofés à l'introduâion des Je* 
(fuites, pourquoi s'abftim d'y prendre part; 
qu'il ne vouloit accorder fon concours qu'aux 
vxxux unanimes de la Ville , pareequ'ii met- 
toit au deffus de tout le maintien de la paix, 
iju'ainû fur ce qu'il apprennoit dans ce mo- 
ment des difpofitions d'un grand nombre des 
principaux Bourgeois, il cofifeilleroit au Mai* 
*eik première vifite qu'il en recevroit, 4e 
«noncer absolument à fon projet. 

Ce n'étoit pas aflèz, d'avoir été au Sieur 
Xeon Brethous l'appui qu'il aroit cru trou* 
ver dans les deux Prélats, dont ilfaifoit fer- 
vir Je nom. à obtenir de* fuftrages. Il était 
jeccore à craindre qu'il ne s'adreffat à la Cour 
Jk «qu'il n'y follirirat des ordres par le canal 
tes Jifuites qui étoient aflez, accrédités pour 
l& obcctùr. Un 4e fes predtfceflfeut* en avofc 
Z ufé 



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554 Affaire &m Jésuites 

uïë aitifi dans la querelle de 1654 & il fallut, 
faire voir que l'ordre du Roi qu'il avoir ob- 
tenu, étoit l'ouvrage de la furprife, & jufti- 
fier ainfi une refiftance toujours désagréable, 
que les mal intentionnés ne manquent jamais 
de qualifier de révolte. Le Sieur Leon.Bre- 
thous étoit très capable d'employer le même 
moyen. Plufieurs Notables crurent donc 
qu'il éroit de la prudence de prévenir toute 
iurprilë auprès des Miniftres , & jugèrent 
qu'il étoit plus aiÊ d'empêcher qu'il ne fut 
expédié des ordres fur un faux expofé , qu'a 
ne le feroit de les feire révoquer quand ils 
feraient lâchés. 

Pleins de cette idée -, ils écrivirent à M. le 
Chancelier pour l'informer du projet conçu 
par le Maire, & des démarches qu'il avoît 
déjà faites pour en procurer le fucçès. H* 
mettoient fuccinâemeût fous les yeux de ce 

Premier Magiftrat les diverfes tentatives des 
éfuites depuis près de 150. ans pour obte* 
nir un établiiïèment à Bayonne, l'oppofirioii 
conftante que ces Pères avoient éprouvée de 
la part des habicans , les troubles & les defbrdre? 
jqui ayoient accompagné ce combat récipro- 
que , la jufte crainte qu'on ayoit de les voir 
renaître , & la vive impreffion qu'avait tait 
déjà fur les efprits l'entreprifc du Maire* Ils 
terminoient leur Lettre en demandant à M. 
le Chancelier fa protection , afin qu'il ne fut 
furpris ni expédié aucun ordre de ki Cour en 
faveur de l'établiflèment projette , £c qu'a ne 
fut rien ftatué à cet égard dans le (Jonfeil 
de Sa Majeûé , qu'au préalable la chofe n'eut 

été 



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éci examinée félon les règles dans des AtSjtm^ 
Wées générales de la Gommùnafuré où '4rpJ 
femblablement le projet feroic hautcmeût re* 
jette, non feulement comme! inutile, matt 
encore comme tués préjudiciable à la Ville; 
Cette Lettre datée du 3, Avril 1748. éroi* 
ûgnée de douze anciens Echevins. Le nom* 
bre en eut été plus grand s'ils avoknt cher< 
ché à multiplier les fignaturesv ils écrivirent 
à peu près dans les mêmes termes à M. d& 
Saint Florentin Secrétaire d'Etat chargé ckr 
département de la Province. > 

- Ces deux Lettres furent favorablement ac* 
cueillies par .les deux . Miniftres» Ils afliire* 
rent les personnes de donfiancie qui les leur 
remirent que le projet donc: il sfagiflbit n'a* 
voit point été prefenté au Confeil , que $31 
rétoit;, on pouvoit compter .« que le Con* 
feil le rc^etteroit , ou au moins le ren-J 
verroir pour être communiqué à la ConW 
rounauté Affembléc, & qû'&ne.fe déterrai 
neroit jatoais à l'autorifer queutant qu'il ât 
feroit foUicité par les vueux nnantmes de la 
Ville., ; :\ : : ••:;• : 

, M. Carexie la fiove à quilles douze Nô^ 
tables écrivirent enfuite, leur: répondit -d'une 
manière affez yague qu'il rfavoit pas étécon* 
fuite fiir le;projet, qu'il defiroic autant qu'eut 
tout ce qui pouvoit être agréable à la Ville i 
& que ce qui pourrait y prejudicier feroit 
toujours élcqgné de fes feorimeitaj 

La reponie de M. le Duc de Grammént 
fut plus tranchante. Les douze Notables 
Crurent devoir également le faire inftruire de 

ce 



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$tf À*r*f RciDfcS JttSUIT. DE BatoNH. 

ce qii fc paflbit dans une des principale* 
Viltas de fon Gouvernement 6c f tnterelfcr 
ats fiiccès de leurs démarches en le priant de 
les appuyer de Ton crédit. M. le Duc fie re« 
mercier ces Meffieurs de ce témoignage de 
leur confiance , & ajouta que bien loin de f*» 
vorifer i'érabiiflcment des Jâfukes à Bayonne, 
y s'y oppoferoit formellement. Plus d'une 
fois , comme on le voit dans la première Re- 
lation, les illuftrîs Ancêtres de ce Duc pre* 
Tenus d'abord par ces Religieux , les ai' oient 
enfuite abandonnés , Jorfqu'il «voient été in- 
ftruits de la répugnance de la Ville à les rece- 
voir & des juftes raifons de cette oppofition. 
•• Le Sieur Léon Brethous eut fiins doute 
quelque connôiffance des âges précautions 
qu'on avoit prifes contre Ces dedans. Il dôt 
en apprendre au moins une partie de M. l'E- 
vêque qui vraisemblablement lui doMa , com- 
me il l'avait promis, le confeil d'abandonner 
«tte affaire. Si les bonnes raifons ne le dé- 
terminèrent pas y il céda aux obftacles, 8c la 
yiUe fut délivrée encore une fois des alar- 
mes que lui avoit caufées le nouveau darder 
de voir introduire dans Ton Hein une Société, 
qu'elle en avoit toujours exclue par £es délibé- 
rations» qu'elle en avoit honteufemem chaf- 
0C, il y avoit près de cent ans ; & contre 
gui elle confervo* une averûon héréditaire 
d'autant plus forte qu'cHe écoit jufte, légitime, 
& fondée fur les cottûderatioos les plus putf* 
&ttes* 

F I N.. 



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CARI SCHLEICHER 6 SCHULL 

DUREN, Rheinland. 



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No 173 150 cm breit, 30 m lang, 

M 9 50 die RÔlte 

No. 0, 110 cm breit, 20 m lang, 

M. 4.S0 die Roik 



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