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Full text of "La Nature 1874 S 2 N 53a 78"

LA NATURE 



REVUE DES SCIENCES 



ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE 



LA NATURE 

REYTE DES SCIEÏCES 

ET DE LFXRS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE 

JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ 



ABONNEMENTS 



Paris. Un an 20 fr. » 

— Six mois 10 fr. » 



Départements. Un an 2ïi fr. » 

— Six mois 12 fr. 50 



Étranger : le port en sus. 
Les abonnements d'Alsace-Lorrainc sont reçus au prix do 2ô fr. 



Prix du numéro : 50 centimes 



Corbbil. — ■ Typ. el stér. Crétb. 



-, o fa aj- 




REVUE DES SCIENCES 

ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE 

JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ 

HONOIlï PAR M. LI MINISTRE DE L'jJiSTIlUCTIOD PUBLIQUE DUJdJ SOUSCRIPTION POUR LES BIBLIOTHÈQUES POPULAIRES ET SCOLAIRES 



RÉDACTEUR EN CHEF 

GASTON TISSANDIER 



ILLUSTRATIONS 



DESSINATEURS 

MM. BONNAFOCX, FÉRAT, GELBERT, E. JUILLERAT 

A. TISSANDIER. t\t. 



GRAVEURS 
MM. BLAKADET, DIETRICH, MORIETJ, SMEETON-TILLY 
PÉROT, etc. 




DEUXIÈME ANNÉE 
1874 

DEUXIÈME SEMESTRE 



PARIS 

G. MASSON, ÉDITEUR 

LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE 

120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN 



2* ANNÉE. - N 9 53. 



JUIN 1874. 



LÀ NATURE 



REVUE DES SCIENCES 



ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE 



LES DISTANCES DES ÉTOILES 

L'idée de l'univers a aubi depuis le commencement 
de ce siècle la plus complète des métamorphoses, mé- 
tamorphose dont peu d'hommes paraissent encore se 
douter. H y a moins d'un siècle, les savants qui ad- 
mettaient le mouvement de la terre (il y en avait en- 
core qui s'y refusaient 1 ), se représentaient le système 
du monde comme un édifice borné par la frontière 
de l'orbite de Saturne à une distance du soleil central 
égale à 109,000 fois le diamètre de la terre, ou à 
327 millions de lieues environ. Les étoiles étaient 
fixes, distribuées sphériquoment, à une distance peu 
supérieure à celle de Saturne. Au delà on admettait 
volontiers un espace vide, entourant l'univers. 

La découverte d'Uranus, en 1785, fît voler en 
éclat cette ceinture formée par l'orbite de Saturne 
depuis l'antiquité. D'un seul coup elle recula les 
frontières de la domination solaire à la distance de 
752 millions de lieues du centre du système, c'est- 
à-dire au delà de l'espace où l'on supposait vague- 
ment les étoiles. La découverte de Neptune, en 1846, 
transporta de nouveau ces limites à une distance de- 
vant laquelle nos pères auraient frémi : l'orbite dé- 
crite par cette dernière planète connue du système 
est tracée à plus de un milliard de lieues du Soleil. 

Mais la puissance attractive de cet astre immeiise 
s'étend plus loin encore. Au-delà de l'orbite d'Uranus, 
au-delà de la route ténébreuse lentement parcourue 
par Neptune, les déserts glacés de l'espace sont sillon- 
nés par les comètes, ces vagabondes du ciel, légères et 
échevelées, qui, eu véritables chauves-souris de la nuit 
éternelle, se jettent à corps perdu dans un vol obli- 
que et sans fin, rebroussant chemin lorsqu'une autre 
attraction les appelle, et, poussées par une excentricité 
sans égale, tombent dans la parabole et dans l'hy- 

1 Mercier, membre de l'Institut, écrivait encore en 1815 : 
c Les savants auront beau faire, ils ne me feront jamais croire 
que je tourne comme un chapon i la broche. » Hélas! le spi- 
rituel littérateur tournait ainsi pendant sa vie, et il tourne 
encore depuis sa. mort. 

î' «HUM. — 2' wmesln. 



perbolc. Il en est toutefois qui, soumises à l'attrac- 
tion solaire, restent sujettes à son empire, ne volti- 
gent point de systèmes en systèmes, suivent des 
courbes fermées, mais néanmoins s'éloignent à des 
distances qui dépassent de loin celles d'Uranus et de 
Neptune. Telle est la comète de Ilalley.qui s'enfonce 
dans l'espace jusqu'à un milliard trois cents millions 
de lieues du Soleil. Telle est la comète de 1 84 1, qui 
s'éloigne jusqu'à quinze milliards de lieues. Telle est 
encore celle de 1680, dont l'aphélie gît à 52 mil- 
liards de lieues du Soleil, lequel yu de là ne brille 
plus que comme une simple étoile, et qui cependant 
a encore le pouvoir de rappeler à lui la comète vapo- 
reuse. Dans ces ténèbres silencieuses et glacées, la 
comète entend sa voix! elle se retourne vers lui, et 
reprend son cours pour venir se réchauffer à ses 
feux, après une route immense qu'elle n'emploie pas 
moins de 44? siècles à parcourir, son orbite entière 
embrassant 88 siècles. 

Ces nombres peuvent cependant à peine être com- 
parés à ceux qui expriment les distances des étoiles. 
Quel moyen avons-nous de mesurer ces distances? Ici, 
ce n'est plus la dimension du globe terrestre qui 
peut servir de hase au triangle, comme dans la me- 
sure de la distance de la Lune, et la difficulté ne peut 
pas être tournée non plus, comme dans le cas du So- 
leil, par l'auxiliaire d'une autre planète. Mais, heu- 
reusement pour notre jugement sur les dimensions 
de l'univers, la construction du système du monde 
offre un moyen d'arpentage pour ces lointaines per- 
spectives, et ce moyen, eu même temps qu'il démon- 
tre une fois de plus le mouvement de translation de 
la terre autour du Soleil, il l'utilise pour la solution 
du plus grand des problèmes astronomiques. 

En effet, la terre, en tournant autour du Soleil à la 
distance de 37 millions de lieues, décrit par an une 
circonférence (en réalité c'est une ellipse) de 24J 
millions de lieues. Le diamètre de cette orbite est 
donc de 74 millions de lieues. Puisque la révolution 
de la terre est d'une année, la terre se trouve, en 
quelque moment que ce soit, à l'opposé du point où 

i 



LA NATURE. 



elle se trouvait six mois auparavant et du point où 
elle se trouvera six mois plus tard. Autrement dit la 
distance d'un point quelconque de l'orbite terrestre 
au point où elle se trouve à six mois de différence est 
de 74 mil lions de lieues. C'est là une longueur res- 
pectable et qui peut servir de base à un triangle 
dont le sommet serait une étoile. 

Le procédé pour mesurer la distance d'une étoile 
à la Terre consiste donc à o! server minutieusement 
cette étoile à six moisd'intervalle,ou plutôt pendant 
une année entière, et à voir si cette étoile re&te fixe, 
ou bien si elle subit un petit déplacement apparent 
de perspective, en raison du déplacement annuel de 
la terre autour du Soleil. Si elle reste fixe, c'est 
qu'elle est à une distance intime de nous, û l'hori- 
zon du ciel pour ainsi dire, et que 74 millions de 
lieues sont comme zéro devant cet éloignemeut. Si 
elle se déplace, on constate qu'elle décrit pendant 
l'aimée une petite ellipse, relkt de la translation 
annuelle de la Terre. Chacun a pu remarquer, en 
voyageant en chemin de fer, que les arbres, les 
objets les plus proches, courent en sens contraire 
de nous, et d'autant plus vite qu'ils sont plus pro- 
ches, tandis que les objets lointains situés à l'hori- 
zon restent fixes. C'est absolument le même effet 
qui se produit dans l'espace, par suite de notre mou- 
vement annuel autour du Soleil. Seulement, quoi- 
que nous marchions incomparablement plus vite 
qu'un train express (onze cents fois plus!), et que 
nous fassions 050,1100 lieues par jour, 27 ,500 lieues 
par heure, les élodes sont toutes si éloignées, que 
c'est à peine si elles bougent. Nos 74 millions de 
lieues de déplacement ne sont presque rien, pour 
les plus proi lies même. Quel malheur- de ne pas habi- 
ter Jupiter, Saturne, Urauus ou Neptune! Avec leurs 
orbites cinq, neuf, dix-neuf et trente fois plus larsje 
que la nôtre, les habitants de ces planètes ont dû 
pouvoir déterminer la distance d'un bien plus grand 
nombre d'étoiles que nous n'avons encore pu le faire. 

Ce moyen de mesurer la distance des étoiles par 
l'effet de perspective dû au déplacement annuel de la 
terre, avait déjà été deviné par les astronomes du siè- 
cle dernier et en particulier par Bradley, qui en es- 
sayant de mesurer la distance des étoiles par des ob- 
servations combinées à six mois d'intervalle, trouva... 
autre chose. Au lieu de découvrir la distance des 
étoiles sur lesquelles s'étaient portées ses observa- 
tions, il découvrit un phénomène d'optique fort im- 
portant: Y aberration de la lumière, effet produit 
par la composition de la vitesse dp la lumière avpc 
le mouvement de la terre dans l'espace. C'est comme 
William Ilerschel, qui, en cherchant la parallaxe des 
étoiles par des comparaisons entre des étoiles bril- 
lai » tes avec leurs pi us voisines, trouva les systèmes des 
étoiles doubles. C'est comme Fraunhofer qui, en 
cherchant les limites des couleurs du spectre solaire, 
trouva les raies d'absorption dont l'étude a fondé 
l'analyse spectrale. L'histoire des sciences nous mon- 
tre que bien souvent les découvertes ont été faites 
par des recherches qui ne les concernaient qu'indi- 



rectement. En prétendant atteindre pur l'ouest les 
frontières orientales de l'Asie, Christophe Colomb 
découvrit le nouveau monde. Il ne l'eût point décou- 
vert, et ne l'eût point cherché, s'il eût connu la vé- 
ritable distance qui sépare le Portugal du Kamt- 
chatka. 

On ne connaît la distance de quelques étoiles que 
depuis l'année 1840. C'est dire combien cette décou- 
verte est récente, et c'est à peine si l'on commence 
maintenant à se former une idée approchée des dis- 
lances réelles qui séparent les étoiles entre elles. La 
parallaxe de la 61 e du Cygne, la première qui ait été 
connue, a été déterminée par Bessclet résulte d'obser- 
vations faites à Kmnisberg, de 1837 à 1840. Déjà, eu 
4812, Arago et .M. Mathieu, le doyen actuel du Bureau 
des longitudes, avaient fait des observations sur cette 
étoile, maïs sans arriver à des résultats certains 1 . 
Le premier résultat relatif à la distance des étoiles 
est celui de Besscl, et date de 1840. La parallaxe de 
l'étoile Alpha delà Lyre a été trouvée par Struve, à 
la suite d'observations faites à Dorpat, de 1835 à 
1838 , et a été publiée après 1 840. Il en est de même 
de celle de l'étoile Alpha du Centaure, observée en 
1832 et 1839 au cap de Bonne-Espérance, parlïcn- 
derson et Maclear, et qui se trouve être l'étoile la plus 
rapprochée de nous. 

Deux méthodes se présentent pour déterminer ces 
parallaxes. La première consisteà comparer entre elles 
les positions observées à six mois d'intervalle ; la 
seconde, à découvrir un mouvemeut a j -parent dans 
une étoile (comparée à une étoile immobile située 
beaucoup plus loin que celle qu'on étudie), mouve- 
ment apparent dû à la perspective causée par la 
translation annuelle de Ja Terre sur son orbite. Cette 
dernière méthode est maintenant la plus employée. 
Le résultat du l'une et de l'autre est démontrer sous 
quel angle on verrait de l'étoile le demi-diamètre de 
l'orbite terrestre. 

Galilée, dans ses dialogues (Giornata terza); Gre- 
gory, en 1675, à la Société royale de Londres ; Huy- 
ghens, dans son Cosmotheros, publié en 1695 ; Con- 
dorcet, dans son éloge de lïoemer, en 1773; William 
Ilerschel, en 1781, ont décrit l'une et l'autre de ces 
méthodes. Hooke, Flamsteed, Cassini, Bradley, Ro- 
bert Long, Ilerschel, Piazzi, Brinkley ont essayé, de 
1674 à 1820 , de déterminer la faible quantité 
du mouvement apparent des étoiles les plus bril- 
lantes, que l'on considérait comme les plus proches; 
mais leurs efforts furent infructueux, à cause de 
l'exiguïté de ce mouvement. H fallait des instruments 
d'une précision extrême, un esprit d'observation ri- 
goureux, et une patience à toute épreuve pour obte- 
nir des résultats dignes de confiance. 

Depuis l'année 1840, l'attention des astronomes 
s'est souvent portée vers cette même recherche, et 
des milliers de calculs ont été faits. On e*t parvenu à 
grand'peine à déterminer la parallaxe de quelques 
étoiles. Et encore les erreurs d'observation inévita- 

1 Voy. Àrago, Mémoires scientifiques, t. II, p. 201, et 
Astronomie populaire, t. I, p. 444. 



LA N AT LUE. 



blfis masquent-elles souvent les résultats. Que l'on 
songe, en effet, que nulle étoile n'est assez proche 
pour offrir une parallaxe d'une seconde ! Une seconde 
c'est la dimension à laquelle se réduirait un cercle 
d'un mètre de diamètre transporté à 20b' kilomètres, 
ou à plus de 50 lieues de distance de l'œil. Cela pa- 
raît moins que rien. C'est l'épaisseur d'un cheveu 
d'un dixième de millimètre, tendu à 20 mètres de 



distance de notre œil. Le mouvement annuel appa- 
rent d'une étoile qui révèle sa distance s'accomplit 
tout entier dans cette épaisseur! Pour un observateur 
transporté dans l'étoile la plus rapprochée de nous, 
ce cheveu cacherait toute la distance qui sépare la 
Terre du Soleil. 

Aucune étoile n'offrant, une parallaxe égale à une 
seconde, il en résulte qu'aucune n'est à moins de 



Tableau des distances mesurées dans l'univers. 



Diamètre 

Hauteur 
Distance: 
Distance 



Di si; ii tec 
Distance 



Distance 
Di.-tancu 
Distance 



Astre» appartenant nu Soleil. 

: île la Terre 

de l'iitmnsphère aérienne 

moyenne «te la Lune 

minimum île Vénus 

— île Mars 

- «te Mercure 

moyenne du Soleil 

minimum «te Jupiter , 

- de Saturne 

— il'ilinnus ........ 

di; Neptune 

de la comète de H.illey à son avilie. h'. 

de. la comète de 1811 à son aphélie 

de la comète de 1080 à son aphélie 



3183 liiMics «le 
12 — 



PO 109 

10200000 

1030('00() 

22600:100 

370O00OO 

155000000 

31501:0000 

6G00 )OoO'.> 

1073000000 

lDODOtlOJOO 

15587800000 

32000000000 



NOJf> 



ILtoiU-s. 



Alpha du Centaure. . . 

01° du Cvgne 

21185 I.ah.nile 

34 Groombridgc . . . 

21258 Lalande 

7415 Œil zen 

Sirius. ........ 

01* du Dragon . . . . , 

1830 Groonibridgo. . . . 

lîèta du Centaure. . . . 

Yéga 

70 p Opliiucus 

loin de la grande Ourse. 

Arcturiis 

Gamma du Dragon. . . 

Etoile polaire 

3077 Bradley 

a Hercule 

85 Pégase 

Capclla ou la Chèvre. . 



l'AL.H.I.AXKS 



1 

5ê 

ïi 

8 " 
8i 
8 ' 
1 

5 
7 
1 
1 



DISTANCES EN 
P.AYONS MK l.'oLl!lTE 

Tt'IinESTIlB 



0,91 

0,51 

0,51 

0.507 

0,20 

0,2-47 

0,23 

0,22 

0,22 

0,21 

0,17 

0,168 

0,17,3 

0,127 

0,002 

0,070 

0,00 I 

0.0GO 

0,050 

0,046 



220400 

403000 

404000 

071000 

795300 

835100 

897000 

910000 

912700 

95Gf'0O 

1300000 

1 400000 

1550900 

1024 00 

2292000 

2714000 

3551000 

3351C0O 

4125000 

448401);) 



IHSTAJICES ES 
M1LMOKS DE I.IKt'I'iS 



8370 '00 

14053200 

1494800O 

24800'. 00 

2. '352 100 

5U89K7U0 

331891 

33070000 

337G99;)0 

34ti52000 

50.S30000 

54000000 

59000000 

01000000 

90000000 

117000000 

125510000 

12350H00O 

15*400000 

170392000 



TEMPS QUE LA LUUIÈHF. 

EMPLOIE l'OUJl VE.Nin 

A LA TELLE 



A ans 
6 

fi 

10 
12 

13 
14 

14 
14 
15 
21 
22 
24 
25 
35 
50 
5i 
54 
60 
71 



8 mois 
5 
G 
11 
2 
5 
2 
5 
7 
5 
3 
1 
5 
8 
9 


2 



206/205 fois 57 millions de lieues. L'espace qui en- 
vironne le système planétaire, dans toutes les direc- 
tions, est dépourvu d'étoiles jusqu'à cette distance 
au moins. 

L'étoile la plus rapprochée de nous, Alpha du 
Centaure, offre une parallaxe de 0",9f . Sa distance 
à la terre est de 226,400 fois le rayon de l'orbite ter- 
restre, c'est-à-dire de 8,57(5,800 millions de lieues. 
C'est notre voisine, et telle est probablement la dis- 



tance minimum qui sépare les étoiles les unes des 
autres; huit tril lions de lieues. Gomme on le sait, 
chaque étoile brille par sa propre lumière, est un 
soleil analogue au nôtre, entouré sans doute d'un 
système de planètes habitées. 

La deuxième étoile, dans l ordre des distances, est 
la 61 e du Cygne. Sa parallaxe est de 0",51 et son 
éloignement est de 15 trîllions de lieues. 

On est arrivé à déterminer ainsi la distance de vingt 



LA NATURE. 



étoiles seulement sur les milliers qu'on a étudiées 
dons ce but. Parmi les plus remarquables signa' ons 
surtout Sirius, soleil 2,tj88 fois plus volumineux que 
le nôtre, entoure d'un système de corps célestes dont 
on connaît déjà plusieurs membres, et éloigné de 
nous à la distance de 55 tril lions de lieues; citons 
l'étoile polaire, étoile double, dont la distance égale 
117 tri liions de lieues ; citons Capella, qui plane à 
170 trillions de lieues d'ici, distance que la lumière, 
qui vole en raison de 77,000 lieues par seconde, n'em- 
ploie pas inoins de 71 ans et 8 mois à traverser, de 
telle sorte que le rayon lumineux que nous recevons 
actuellement, en 1874, de celte belle étoile, est parti 
de son sein en 1803. Elle pourrait être éteinte de- 
puis 1804, et nous la verrions encore. Elle pourrait 
s'éteindre aujourd'hui et les habitants de la terre 
l'admireraient encore dans leur ciel jusqu'en l'année 
1940. llcdproqnemenl s'il y avait, sur les planètes 
qui gravitent autour de Capella, des esprits dont la 
vue transcendante fût assez parfaite pour découvrir 
de là-haut notre petite terre perdue dans les rayons 
de notre soleil, ils verraient actuellement, de cette 
distance, la terre de l'année 1805, et seraient en re- 
tard de 71 ans et 8 mois sur notre histoire. 

Ce sont là les étoiles tes plus proches de nous. 
Toutes les autres sont incomparablement plus éloi- 
gnées. 

Il y a des étoiles dont la lumière ne peut nous ar- 
river qu'après cent ans, mille ans, dix mille ans de 
marche incessante de 77,000 lieues par seconde. 
Que l'on essaye de suivre par la pensée le trajet d'une 
pareille flèche ! 

Pour traverser l'univers sidéral dont nous faisons 
partie (la voie lactée), la lumière n'emploie pas 
moins de 15,000 ans. 

Pour venir de certaines nébuleuses, elle doit mar- 
cher pendant plus dû trois cents fois ce temps; pen- 
dant cinq millions d'années 

Que l'imagination qui n'est pas effrayée par de 
telles grandeurs essaye de les concevoir. Si elle n'a 
pas ressenti encore le vertige de l'infini, qu'elle con- 
temple froidement ces profondeurs, et qu'elle sente 
la position de la terre et de l'homme devant, ces abî- 
mes. Elle commencera ainsi à apprécier les specta- 
cles découverts par l'astronomie sidérale. 

Le tableau ci-contre renferme toutes les dislances 
mesurées jusqu'à ce jour dans l'Univers sidéral ; nous 
avons fait précéder les lointaines distances des étoiles 
par les mesures relatives à notre propre système pla- 
nétaire. Les chiffres que nous avons réunis, permet- 
tent d'apprécier l'extrême petitesse de la Terre au 
sein de l'immensité; ils nous montrent encore que 
toutes les planètes de notre système solaire ne for- 
ment qu'un groupe infime dans l'espace. 

Telles sont les dimensions actuellement mesurées 
dans la construction générale de l'Univers. Nous ne 
sommes encore — et nous ne serons jamais — qu'au 
vestibule de l'édifice, au bord de l'abîme de Fin- 
fini, 

Camille Flasijiajuos. 



LES PANSEMENTS A LA OUATE 

ET L'HYGIÈNE DES HOPITAUX. 

M. Alphonse Guérin, l'émînent chirurgien de 
l'Hôtel-Dieu, a lu récemment à l'Académie des scien- 
ces un remarquable mémoire sur « l'influence des 
ferments sur les maladies chirurgicales. » Ce travail 
est la suite de ses remarques sur « l'efficacité des 
pansements à la ouate. » M. Alphonse Guérin a 
démontré que lorsque l'on place de la ouate sur une 
plaie, le pus est complètement préservé de la fer- 
mentation putride. — Celte observation a une im- 
portance pratique d'une grande importance, mais 
elle offre aussi, au point de vue philosophique, un 
intérêt particulier. 

D'après M. Alphonse Guérin, si, dans le cas du 
pansement à la ouate, la plaie est mise à l'abri des 
conditions de la fermentation, « cela n'est pas dû à 
l'absence du contact de l'air, » mais bien à l'arrêt, 
parla ouate, des ferments atmosphériques. — L'air 
ambiant circule évidemment à travers le corps po- 
reux, mais les germes qu'il renferme sont retenus 
par la ouate, qui agit à la façon d'un filtre. 

« Je soutiens, dit M. Guérin, qu'il ne se produit 
pas de fermentation dans le pus qui n'est en contact 
qu'avec de l'air filtré; je le démontre expérimentale- 
ment, et mes expériences sont la confirmation de 
l'idée qui m'a guidé dans mes recherches. Je neveux 
examiner que l'influence des ferments sur les plaies, 
mais si la thèse que je soutiens est. vraie, n'est-il pas 
évident que l'hygiène des hôpitaux reste tout entière 
à l'étude? Jusqu'ici, on a mesuré la salubrité d'un 
établissement sanitaire, d'après le nombre de mètres 
cubes qu'il renferme; on a calculé la quantité d'acide 
carbonique produit, et l'on a cru qu'avec !a venti- 
lation on devait diminuer la mortalité d'une manière 
notable. Je ne nie pas que la ventilation et une 
grande masse d'air ne soient des conditions favora- 
bles; mais, quand on a construit à grands frais un 
établissement comme l'hôpital Lariboisière, où la 
ventilation atteint la plus grande perfection, on n'est 
pas peu surpris d'apprendre que nulle part la mor- 
talité n'est plus grande. Si l'on admet avec moi que 
ce sont des ferments contenus dans l'air qui empoi- 
sonnent les blessés, on comprendra que si les pous- 
sières qui couvrent les poutres et remplissent les 
interstices des parquets et des cloisons contiennent 
des ferments qui n'attendent que des conditions fa- 
vorables pour devenir actifs, la ventilation qui ap- 
porte, sans doute, de l'air pur dans les salles, ne 
peut manquer de les souffler et de mettre les fer- 
ments en suspension dans l'air de manière qu'aucun 
blessé n'échappe à leur action. » 

Il semble résulter, du beau travail de M. Alphonse 
Guérin, que le pansement â la ouate préserve les 
plaies du contact des poussières et des ferments 
atmosphériques; les conséquences qui se dégagent 
de cette conclusion sont considérables au point de 
vue de l'hygiène et de la pathologie, D r Z. 



LA NATURE. 



GRAND APPAREIL 

DU CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS 
POUR LA FUSION DO PLÀTlNË. 

Notre gravure représente le magnifique appareil 
qui a été construit au Conservatoire des Arts et Mé- 
tiers, et qui a servi le 13 mai dernier à la fusion de 
2« r )0 kilogrammes de platine iridié, destiné à la con- 
fection des mètres étalons internationaux. Ce vaste 
fourneau, disposé d'après le principe déjà mis en 
œuvre par MM. II. Sainte-Claire Deville et Debray, 



dépasse par ses dimensions tout ce qui avait été 
construit jusqu'ici dans un but analogue. L'expé- 
rience exécutée par MM. H. Sainte-Claire Deville et 
Tresca a réussi au-delà de toute espérance; elle a 
démontré que la liquéfaction par la chaleur de 
grandes masses de platine n'était plus un obstacle 
pour la science. Le lingot de platine que l'on a en 
effet retire de l'intérieur de l'appareil, a un volume 
de 12 litres environ, sa longueur est de l m ,lo, sa 
largeur de m ,17 et son épaisseur de m ,08 ; sa valeur 
est environ de 250,000 francs 1 . Jamais pareille 
masse de ce mêlai n'avait été fondue jusque-là. 
Le fourneau du Conservatoire a une longueur de 




Grand fourneau à gaz oxhydrique où s'est opérée la fusion de 2j0 kilogrammes de plaliuc pour la confection des mètres 

internationaux. 



P",40; il est formé de pierre de Saint-Waast, dont 
la substance est un calcaire à gros grains, contenant 
environ 5 p. 100 de silice. — Quand on veut fondre 
dans les laboratoires une petite quantité de platine, 
à l'aide du chalumeau à gaz oxhydrique, on emploie 
généralement des creusets en chaux vive, qui résis- 
tent à l'action de la haute température produite. 
Mais cette substance ne pourrait se prêter à la con- 
fection d'un creuset d'une grande dimension. MM. II. 
Sainte-Claire Deville et Tresca ont eu recours à la 
pierre calcaire (carbonate de chaux). Sous l'influence 
de la chaleur, la surface du creuset calcaire se dé- 
compose, l'acide carbonique se dégage et abandonne 
la chaux avec laquelle il se trouvait uni. Avec le 
calcaire ordinaire ce dégagement gazeux offre de 



graves inconvénients ; les huiles d'acide carbonique 
traversent le bain de métal en fusion et déterminent 
des boursouflures à sa surface; en outre le lingot 
après refroidissement adhère solidement à la chaux 
avec laquelle il se trouve en contact. Il fallut cher- 
cher une qualité de pierre spéciale; la pierre de 
Saint-Waast, poreuse, légèrement pulvérulente, 
donne de très-bons résultats. Quand le platine e?t 
fondu dans lu cavité creusée dans cette pierre, l'acide 
carbonique ne se dégage que sur les bords de la 
masse liquide, sans la traverser : la décomposition 
du calcaire s'effectue jusqu'à une profondeur de 
tn ,02 environ, de sorte que le métal repose en 

4 Voy. Table des matières de la 2' année, l ,r semestre : /'"a-. 
siott du lingot de la Commission du mètre. 



LA NATURE. 



réalité sur un lit de chaux, d'une, épaisseur assez 
considérable. 

Aux doux extrémités du fourneau, sont deux ouver- 
tures, cylindriques, à travers lesquelles on passait 
successivement les barreaux de platine iridié destinés 
à la fusion. — Quand les sept chalumeaux, repré- 
sentés à la partie supérieure du couvercle qu'ils tra- 
versent, étaient allumés, le platine iridié entrait en 
fusion avec une grande rapidité; de petites ouver- 
tures permettaient de voir intérieurement l'aspect du 
métal fondu. Il était d'un blanc d'urgent éblouis- 
sant, aussi fluide que du mercure, et formait une 
surface réfléchissante comme celle d'un miroir. Par 
les ouvertures latérales, on voyait jaillir de grandes 
flammes très-lumineuses. La température devait 
alors s'élever environ à 2500° centésimaux; c'est à 
peu près le point de fusion du platine 1 . 

Les sept chalumeaux communiquent par des tubes 
du caoutchouc à des réservoirs de gaz de l'éclairage, 
et d'oxygène. — Ces tubes soutenus dans des man- 
chons sont fixés à des robinets réunis sur une sphère 
decuivre comme le repiésente notre ligure. — La con- 
sommation de l'oxygène dans l'expérience du 13 mai 
a été environ de 120 litres par kilogramme de pla- 
tine ; dans des opérations précédentes, on avait été 
généralement obligé d'atteindre le volume de 150 li- 
tres, le résultat récemment obtenu est donc en faveur 
de l'heureuse disposition du bel appareil du Conser- 
vatoire des Arts et Métiers. Gaston Tissaîjdier. 



LÀ TRAITE DES ESCLAVES 

DANS l'aFIUQUE MODERNE. 

On se rappelle sans doute en quels ternies indignés 
Lamennais flétrit l'esclavage dans une allégorie rem- 
plie d'amertume de ses Paroles d'un croyant : « 11 y 
eut autrefois, dit le grand écrivain, un homme méchant 
et maudit du ciel. Et cet homme était fort, et il 
haïssait le travail, de sorte qu'il se dit: Comment 
ferai-je ? si je ne travaille point, je mourrai ; et le 
travail m'est insupportable. Alors il lui entra une 
pensée dans le cœur. 11 s'en alla de nuit, et saisit 
quelques-uns de ses frères pendant qu'ils dormaient 
et les chargea de chaînes. Car, disait-il, je les force- 
rai avec les verges et le fouet à travailler pour moi, et 
je mangerai le fruit de leur travail. Et il fit ce qu'il 
avait pensé, et d'autres, voyant cela, en firent autant, 
et il n'y eut plus de frères; il y eut des maîtres et 
des esclaves. » 

Croirait-on que ce crime épouvantable de la traite 
des hommes, que ce commerce monstrueux, dont 
l'idée seule soulève le cœur d'indignation et de 
dégoût, loin de disparaître dans certaines régions du 
continent africain, s'y étale sans honte, et y prend 

1 L'or fond à 1250°, la fonte de fer â 1250°, le cuivre à 
il(H>% l'argent à 10JO", le plomb à 555°, l'étain à 228°, etc. 



chaque jour une épouvantable proportion. Un Fran- 
çais, M. Bcrlioux, membre de la Société aboli lion- 
nisle anglaise, a récemment publié de l'autre côté du 
détroit un opuscule qui a pour titre : The slave 
tradein Africa m 1872 ; il met en lumière des faits 
révoltants et des tableaux horribles. Il n'est pas inu- 
tile de les envisager, pour montrer l'étendue du mal 
qui s'accomplit à la face des nations civilisées, et que 
celles-ci ne seraient pas impuissantes à détruire si 
elles en prenaient la ferme résolution. 

Ce sont des Européens, de prétendus marchands 
d'ivoire, des aventuriers, véritables bêtes féroces, qui 
sont les principaux entrepreneurs de la traite, et le 
croirait-on ? plusieurs consuls européens ferment les 
yeux sur ce trafic. — D'après M. Berlioux, la traite 
existe actuellement en Afrique sur une superficie de 
pays qui dépasse celle de l'Europe entière. Les nè- 
gres sont pris dans des razzias, soit dans l'Afrique 
centrale, soit dans les vallées du Nil, soit sur les 
côtes de Zanzibar ; ces infortunés, surpris à l'impro- 
yiste, sont enlevés de la patrie, arrachés à leur 
famille, et dirigés sur Tripoli par le Fezzan. Comme 
la traite es-t officiellement prohibée en Turquie, les 
transports se font de nuit; les traitants achètent la 
complicité des autorités ottomanes. Pendant le voyage 
la mortalité dans les caravanes d'esclaves est si terrible, 
« qu'un étranger peut aller du Fezzan au Uournou 
rien qu'en suivant la route indiquée par les sque- 
lettes des malheureux, morts de misère et de froid 1 . » 

Qui pourrait soupçonner l'importance numérique 
de cette hideuse exportation humaine? M. Berlioux 
évalue à 70,000 le nombre des captifs enlevés tous 
les ans de l'Afrique par les enl repreneurs de la traite. 
Pour s'emparer de ces 70,000 hommes, il a fallu en 
tuer, d'après le même auteur, de 350, 000 à 600,000 ï 
Ajoutons que les pays dévastés, les habitations in- 
cendiées, la ruine et la misère sont le funeste com- 
plément de la chasse à l'homme! 

Nous ne suivrons pas M. Berlioux dans les parties 
de son travail où il envisage les origines et les cau- 
ses de la traite des noirs ; nous ne parlerons pas non 
plus des accusations qu'il porte à ce sujet à l'isla- 
misme; nous nous bornons à signaler les faits qu'il 
révèle, et que nous voudrions voir reproduits par 
la presse tout entière. Faisons des vœux pour que 
l'ouvrage de M. Berlioux soit traduit en français, 
pour qu'il soit répandu dans l'Europe entière; c'est 
là un de ces livres qui devraient exercer une grande 
influence sur l'opinion publique, et déterminer même 
une pression efficace sur les gouvernements. On ne 
saurait trop faire pour propager des vérités sembla- 
bles à celles que M. Berlioux étale à nos yeux, et pour 
montrer dans leur horreur ces tristes plaies de l'hu- 
manité. Elles inspirent trop de pitié pour qu'elles 
ne suscitent pas des remèdes ! L. Lhéritier. 

» Compta rendu de l'ouvrage- de M. Berlioux, lu par M. Ilend 
de Scmallé., à 3a séance de la Suciéttî de géographie du 18 juil- 

Ic-t lS7û. 



IA NATURE. 



LES MÉLANGES RÉFRIGÉRANTS 

LEURS EFFETS PHYSIOLOGIQUES. 

Tout corps solide qui devient liquide, tout liquide 
qui devient gazeux absorbe de la chaleur : les mé- 
langes réfrigérants sont tous basés sur un de ces 
deux changements d'efat. Qu'on dissolve dans l'acide 
chlorhydrique du sulfate de soude hydraté, on aura 
un abaissement de température considérable ; en 
effet, l'eau solide contenue dans le sulfate passe 
à l'état liquide au moment où le sulfale, décomposé 
par l'acide chlorhydrique, se métamorphose en chlo- 
rure de sodium qui cristallise sans prendre d'eau de 
cristallisation ; or, l'eau ne peut passer de l'état so- 
lide à l'état liquide sans absorber de la chaleur; elle 
l'emprunte aux corps environnants qui se trouvent 
ainsi singulièrement refroidis. 

L'appareil Carré, qui a joui pendant quelques an- 
nées d'une véritable importance industrielle, est 
basé sur la liquéfaction du gaz ammoniac, puis sur 
le retour de celui-ci à l'état gazeux, et c'est précisé- 
ment au moment de la vaporisation du liquide qu'a 
lieu un refroidissement suffisant pour déterminer la 
formation d'une masse de glace considérable. Au- 
jourd'hui on fait particulièrement usage, dans les 
appareils réfrigérants, de mélanges de glace et 
d'acide sulfurique ; une communication toute ré- 
cente de M. Berthelot à l'Académie des sciences 
(séance du 27 avril 1874) est venue de nouveau 
attirer l'attention sur le refroidissement possible à 
l'aide de ces deux substances. 

On sait qu'on obtient très-aisément dans les labo- 
ratoires, en hiver, des cristaux d'acide sulfurique bi- 
hydratê (S0 5 IIO ■+- 110) , ce sont ces cristaux que 
M. Berthelot emploie, il les mélange avec de la glace 
et il calcule le refroidissement obtenu qui résulte de 
la différence entre la chaleur absorbée : 1° par la 
glace liquéfiée par sa combinaison avec l'acide sul- 
furique; 2° par l'acide sulfurique se liquéfiant égale- 
ment et la chaleur dégagée par la combinaison de 
l'acide sulfurique avec l'eau. En employant 58 gram- 
mes d'acide sulfurique et 155 grammes d'eau , 
M. Berthelot calcule que le refroidissement sera 
de 52'»,6. Si, au lieu de prendre le mélange à la 
température ordinaire, on l'employait déjà refroidi, 
à 20° par exemple, on trouverait un abaissement de 
température de 60° environ, et, par suite, le mé- 
lange atteindrait, à la fin de l'expérience, une tem- 
pérature inférieure à — 80°. — Tels sont au moins 
les nombres que le calcul fournit, mais, en général, 
les résultats d'expérience sont inférieurs à ceux 
qu'il permit de prévoir, et bien que M. Berthelot 
espère que par un emploi plus judicieux des res- 
sources qu'indique la théorie, on doive aller plus 
bas que 100° et. approcher davantage de ce zéro ab- 
solu, que les doctrines actuelles semblent fixer vers 
273°; nous n'y sommes pas encore. 

On sait que ces basses températures agissent très- 



énergiquement sur l'organisme ; s'il est possible de 
conserver dans la main quelques flocons d'acide car- 
bonique solide, qui n'apparaissent qu'autant que la 
température s'abaisse à — 78°, on est sérieuse- 
ment brûlé quand on comprime ces flocons entre les 
doigts; la peau est désorganisée à leur contact 
comme elle le serait par un fer rouge. Toutefois 
l'effet frigorifique produit sur l'organisme varie sin- 
gulièrement, suivant la nature de la substance froide 
qui arrive au contact de la peau ou des muqueuses, 
et un savant chimiste belge, M. Melsens, a l'ait dans 
ces derniers temps de curieuses expériences sur ce 
sujet. 11 les a communiquées, l'été 1 dernier, à l'Aca- 
démie de Belgique, et nous croyons intéressant de 
les résumer ici. — M. Mclsens a remarqué que 1" eau- 
de-vie refroidie à — 20°,6 présente un goût très- 
agréable ; les personnes à qui il en avait fait goûter, 
abaissée ii une température de — 30 à 55° par un 
mélange déglace et de chlorure de calcium, la trou- 
vaient plus douce, plus moelleuse, plus fine que 
l'eati-de-vie prise à la température ordinaire. On 
peut même abaisser davantage encore la température 
des liquides alcooliques, sans qu'ils exercent sur la 
langue aucune action fâcheuse; refroidis à l'iùde 
d'acide carbonique solide, le rhum, le cognac se 
congèlent partiellement, prennent l'aspect de sor- 
bets, et il faut les déguster, comme des glaces, en 
se servant de cuillers en bois, une cuiller en mêlai 
produirait une sensation Irès-désagréable qui pour- 
rait aller jusqu'à la brûlure. 

Quand on laisse ignorer aux personnes à qui on 
fait prendre ces sorbets alcooliques la température 
à laquelle ils se trouvent, il leur est imposible.de 
croire qu'ils viennent de supporter sans inconvénient 
le contact d'une substance portée à une tempéra- 
ture assez basse pour produire l'effet d'une vérita- 
ble brûlure. 

Quand on abaisse la température des liquides 
alcooliques jusqu'à — 60°, les dégustateurs com- 
mencent à éprouver la sensation du froid ; M. Mel- 
sens a expérimenté jusqu'à — 71°; beaucoup de 
ses auditeurs ont pris avec plaisir de gros glaçons de 
rhum amenés h cette température; mais, en général, 
quand la quantité était considérable, l'effet a été 
analogue à celui d'une cuillerée de soupe prise un 
peu chaude. 11 est remarquable que de l'eau-de-vie, 
refroidie à — 71° c, mise sur l' avant-bras, le cau- 
térise légèrement, mais ne brûle pas comme le fait 
la pâte d'éther et d'acide carbonique solide. 

Comment expliquer ces effets curieux? sont-ils 
dus à un phénomène analogue à ceux qu'on observe 
dans la calélàction, et les alcools refroidis restent-ils 
enveloppés d'une certaine quantité de vapeur qui 
empêche leur contact avec les organes, comme une 
goutte d'eau jetée sur un métal porté au rouge ce- 
rise reste suspendue au-dessus de lui sans arriver jus- 
qu'au contact et, par suite, sans se volatiliser immé- 
diatement? cela est probable, mais des études plus 
prolongées que celles qu'a fuites le savant belge sont 
nécessaires pour le démontrer. M. Melsens n'a si- 



s 



LA NATURE. 



gualé, an reste, ces faits qu'à titre de curiosité, et 
l'importance du sujet qu'il traite dans le mémoire 



dont nous avons extrjit les résultats précédents , froidies. 



l'empêche de s'arrêter davantage sur les effets phy- 
siologiques des boissons alcooliques fortement re« 




Observatoire naval des Etats Dnis, à Washington. 



LES OBSERVATOIRES AIX ÉTATS-UNIS 

Les nations jeunes se montrent volontiers géné- 
reuses envers la science et les savants. La Russie se 



vante avec raison de son observatoire de Poulkova ; 
l'Australie en a déjà un, celui de Melbourne, dont 
on commence à parler. Les États-Unis en possèdent 
plusieurs qui sont pourvus des meilleurs appareils 




Observatoire naval dus Etats-Unis. — Coupe du hâtiment principal. 



mode» nés. L'observatoire naval de Washington est une 
création bien récente. Vers 1832, les Américains 
commencèrent à s'occuper du levé hydrographique de 
leurs côtes. Ils sentirent la nécessité d'avoir un dépôt 
central pour les cartes et les instruments. L'officier 



qui en eut la garde fut chargé en outre d'éprouver 
et de régler les chronomètres de la marine. On lui 
permit de faire quelques observations astronomiques. 
En 1842, le lieutenant Gilliss, qui était à la tète du 
dépôt, publia un travail remarquable sur la comète 



LA NATURE. 



d'Enckc. Ceci attira l' attention du Congrès qui se 
décida, sans plus attendre, à fournir les fonds néces- 
saires pour créer un observatoire digne de l'Union 
américaine. Ou 
construisit alors 
l'édifice qui est 
représenté dans 
nos gravures. Le 
lieutenant Gilliss 
put y placer tout 
de suite quelques 
beaux instru- 
ments, et de plus 
une bibliothèque 
astro 110 inique 
due presque en 
entier aux libé- 
rables gracieuses 
«des observatoires 
i!eParis,deGreen- 
wicb, de Vienne 
et de Berlin. 

En 1845, le cé- 
lèbre Maury prit 
la direction de cet 
établissement. 
Quel que soit le 
mérite des études 
météorologiques 
auquel son nom 
reste attaché, l'on 

ne peut s'empêcher de convenir que l'observation 
fies astres fut bien négl ; gée pur lui. 11 y resta seize 




Observatoire naval des Étals-Unis. — Lunette des passages 



ans et n'en sortit, en 1861, que par scrupule de 
conscience, parce qu'il était dévoué de cœur à la 
cause des sécessionistes. Après lui, l'astronomie pro- 
prement dite re- 
■ prit la place qui 
... ' j /, i " I, lui est due. Les 

Américains ont 
fait de rapides 
progrès dans 
cette science; ils 
font de grands 
préparatifs poul- 
ie prochain pas- 
sage de Vénus sur 
le soleil. Le Con- 
grès a déjà volé 
un crédit spécial 
de 150 mille dol- 
lars applicable 
aux dépenses de- 
cette solennité 
scientifique. 

L'observatoire 
de Washington 
est situé sur une 
hauteur qui do- 
mine la ville. La 
coupe du bâti- 
ment principal 
fait voir quelle est 
la disposition in- 
térieure des établissements de ce genre Au centre, un 
immense pilier en maçonnerie supporte l'équatorial- 




Obscrvatoire de Wcst-Point. 



De chaque côté, des piliers semblables supportent les 
cercles muraux et les lunettes des passages. Les 
instruments, bien isolés du plancher sur lequel mar- 



che l'observateur, sont ainsi soustraits aux vibra- 
tions qui nuiraient à l'exactitude des résultats. Une 
autre gravure représente une lunette de passage 



10 



LA NATURE. 



avec tous les engins qui l'accompagnent. Cet appa- 
reil sert, on le sait, à déterminer l'instant précis du 
passage d'un astre au méridien. 

]i existe plusieurs autres observatoires Lien orga- 
nises aux Etats-Unis. Celui de Cincinnati, fondé en 
1843 par l'initiative d'une société savante locale, 
vient d'être reconstruit en 1870 avec tous les per- 
fectionnements de la science actuelle. Celui de Wost- 
Point. qui date de 1839, est une dépendance de l'A- 
cadémie militaire. C'est là que les futurs officiers et 
ingénieurs de l'Union se forment aux opérations dé- 
licates de la géodésie. Un grave danger menace cet 
établissement : une compagnie de chemin de fer a 
obtenu l'autorisation de percer un tunnel à traders 
la colline dont il occupe le sommet. Si ce projet se 
réalise, la locomotive passera juste au-dessous du 
cercle mural. 11 ne !ui restera plus alors qu'à démé- 
nager, car les trépidations du sol ne permettraient 
plus d'y faire des observations exactes. 

Ces détails que nous empruntons au Harper's 
magazine de New-York, montrent que les Améri- 
cains s'occupent séi icu.'cment des recherches scien- 
tifiques. L'astronomie, la météorologie, la physique 
céleste, ne peuvent plus faire de progrès qu'à con- 
dition d'avoir des observateurs habiles et de bons 
instruments en différents pays du globe. Il s'élève 
aussi par cela même une féconde émulation entre les 
savants de diverses contrées. H. Bi.f.rzy. 



LES AXUbDS 

OISEAUX DES ILES ÏÏASCABEIGNES' 

l.Ë MONTE DE L*ILF. M AU MCE 

Le Dronte a acquis depuis plusieurs années une 
réelle célébrité ; la liste des travaux dont il a été 
l'objet occupait déjà, en 1848, près de six pages 
dans l'ouvrage de MM. Strickland et Melville sur 
les oiseaux anciens des îles Mascareignes*. Depuis 
cette époque plusieurs savants et principalement 
MM. Brandt, Newton et Al ph. Mi hic-Edwards, se sont 
occupés du même sujet, et grâce à leurs recherches 
nous connaissons maintenant les principaux points 
de l'ostéologie du Dronte et les affinités de cet oiseau 
bizarre. 

D'après les compilateurs, l'île Maurice aurait été 
découverte en même temps que l'île Bourbon, vers 
1502 ou 1542, par un navigateur portugais nommé 
Pedro Mascaregnas, et aurait été appelée primitive- 
ment Cerne, soit parce qu'on la confondit avec une 
île mentionnée par Pline, soit parce qu'on y trouva 
de gros oiseaux plus Ou moins analogues à des 
Cygnes 5 ; mais ce fait n'est pas suffisamment établi. 

1 Yoy. l 6r semestre 1874, p. 1 13. 

* Strit-kL'iiU et Melville, '[hc Dodo and ils kindred. — 
Londres. 1848.- — Appendix. 

* (U'iimiis, Erolica, p. 101. 



Nous savons en revanche, d'une manière positive, 
qu'en 1598, les Hollandais, sous la conduite de Jacob 
Cornélius Neck ou Van Neck, abordèrent dans cette 
île; que, la trouvant inhabitée, ils en prirent posses- 
sion, et qu'ils changèrent son nom de Cerne en celui 
de Maurice. La relation de ce voyage parut pour la 
première fois à Amsterdam, en 1601, et, la même 
année, De Bry en donna une traduction latine dans 
la cinquième partie de son India orientalis 1 . L'édi- 
tion primitive est accompagnée d'une planche, que 
nous reproduisons à cause de son adorable naïveté, 
et qui représente comment les Hollandais ont tenu 
mesnageen l'isle Maurice; on y voit le minisire Pierre 
Delphois , homme syncere et candide, faisant un 
jiresche fort sévère (u° 11 delà p huche), tandis que 
le maréchal panclie la fei aille et travaille certain 
fer qui fust au navire (n° 9). Quelques hommes 
réparent une barque, tandis que d'autres se livrent 
à la pèche (u° 1"2), et prennent des écrivisses de la 
grandeur d'un pied, qu'Us mengent. Les huttes 
dressées par les matelots (n° 10) sont abritées par 
un Daclier dont les feuilles sont si grandes qu'un 
homme s en pcult garantir contre la pluie sans se 
mouiller (n° 5), et par un arbre sauvage sur lequel 
on a mis un aisselet t orné des armoiries d Hol- 
lande, Zélande et d'Amsterdam, à fin qu'autres 
arrivants audit lieu pour royent veoir que les Hol- 
landais y avoyent esté (u° ti). Dans les airs volent 
une chauve-souris teslue en forme de Marmclot 
(n° 8), et un oiseau nommé Rabot Forcados à cause 
de sa queue en forme d'une force* (n° 4); sur une 
branche est perché un corbeau indien, de triple 
couleur*; sur le sol rampent péniblement des tor- 
tues frustes d'aisles pour nager, de telle grandeur 
qu'elles chargent un g homme (u° 1), et tout à 
côté marche gravement un de ces oiseaux de formes 
massives (u° 2), que les Hollandais nommaient 
oiseaux de nausée, ainsi que l'auteur nous l'apprend 
lui-même dans le texte explicatif ou déclaration de 
ce qui a été veu et trouvé sur l'isle Maurice. « Ces 
oiseaux, dit-il, à l'instar d'une Cigne, ont le cul rond 
couvert de deux ou trois plumettes crespues, carent 
des aisles, mais en lieu d'icelles ont ilz trois ou quatre 
plumettes noires; des susdicts oiseaux avons nous 
prins une certaine quantité, accompagné d'aucunes 
tourterelles et d'autres oiseaux... ; avons cuit cet 
oiseau, estoit si coriace que ne le pouvions assez 
bouillir, mais Tarons mengé à demy cru. » De Bry 
qui traduit presque sans altérations le texte original, 
ajoute que les Hollandais ramenèrent avec eux un de 
ces oiseau de nausée ou Walckvogel, et il en donne 
une figure. Mais ce dessin est évidemment exécuté 

1 L'édilioi> primitive est inliluli'c : Le second Livre, joui- 
nal ou comptoir constituant la vrai discours et narration 
du voyage, faict par les huict navires d' Amsterdam au mois 
de mars l'an 1 51)8, sous la conduiltc de l'admirai Jean Coi" 
neUlï- iW'<7 et du vice- admirai Wihrant dp- Wnrivicq. — 
Amsterdam, 1001. 

4 C'est la ['régala aiptda (Linii.). . . . 

3 Un fitiecros. 



LA NATURE, 



11 



d'après un Casoar, et peut-être même d'après le 
spécimen vivant de celle dernière espèce qui fut 
apporté en Hollande en 1597, aussi nous ne pouvons 
accepter que sous toutes réserves le renseignement 
qui nous est fourni par De Dry, et qui n'est point 
confirmé par le lémoignagne des auteurs contempo- 
rains. Clusius, dans ses Exolica, publiés en lGOo, 
fait également mention du vovage de Van Neck, et 
reproduit une figure du Walckvogel (ou du DoJo) 
extrait, dit-il, d'une édition hollandaise et meilleure à 
tous égards que celle qui accompagne l'édition fran- 
rai-c de 16(11 ; il nous apprend aussi que le Droute 
avait le bec épais et allongé, jaunâtre à lu base, et 
non à la points, avec une bande bleuâtre sur le milieu 
de la mandibule supérieure terminée par un crochet, 
que le corps gros et charnu dans sa partie posté- 
rieure, était couvert de plumes courtes et serrées, 
que les cuisses, fort robustes, étaient garnies jusqu'au 
penou de plumes noires, que les pieds, de couleur 
jaunâtre, avaient trois doigts dirigés en avant et un 
doigt en arrière; il ajoute que ces oiseaux ont dans 
le gésier des pierres qui ont parfois un pouce de ïûrt- 
geur et dont il a pu voir en Hollande plusieurs échan- 
tillons. L'année même où parut la première édition 
du voyage de Van Neck, deux flottes hollandaises, 
commandées l'une par Wolphart llarmansen ou Har- 
mansz, l'autre par Jacob \;m Heemskerk, partirent 
ensemble pour les Indes Orientales, mais ne tardèrent 
pas à se séparer. Les vaisseaux de llarmansen touchè- 
rent à Maurice, mais dans la relation de leur voyage il 
n'est nullement question du Dronte. Au contraire 
Keyer Cornelisz, rjui fit paraître en 1646 un récit 
du voyage de Heemskerk, cite formellement les Wal- 
lichvôgel parmi les oiseaux que Heemskerk et ses 
compagnons purent observer à Maurice, lorsqu'ils s'y 
arrêtèrent quelques semaines en revenant en Hol- 
lande, en 1002. Une mention encore plus expli- 
cite du Dodo se trouve dans les notes recueillies 
par un capitaine de la même expédition, "Willem 
van West Zanen, qui fit à l'île Maurice un séjour 
beaucoup [dus prolongé. « Chaque jour, dit ce 
voyageur, les marins descendaient à terre pour chas- 
ser des oiseaux et d'autre gibier... Ils ne rencon- 
traient pas d'autres quadrupèdes que des chats, 
mais plus tard nos compatriotes introduisirent dans 
cette ile des chèvres et des porcs. Les hérons étaient 
plus farouches que les autres oiseaux et plus diffi- 
ciles à atteindre parce qu'ils cherchaient un refuge 
au milieu des branches serrées des arbres du voisi- 
nage. Les matelots prenaient aussi de ces oiseaux que 
l'on appelle Dod-arrsen ou Dronten, et qui, lorsque 
Jacob van Neck était ici, portaient le nom Wallick- 
Vôgel, parce que, même après avoir subi une longue 
cuisson, leur chair, à l'exception de la poitrine 
et du croupion qui étaient fort bous à manger, 
lestait très-dure et très-coriace, et aussi parce que les 
hommes de l'équipage, se procurant en abondance 
des Cburterelles, s'étaient dégoûtés de la viande de 
Dodo... Ces oiseaux ont une grosse tète, ornée d'une 
sorte de chaperon, ils n'ont ni ailes ni queue et 



portent seulement de petits ailerons sur les côtés 
du corps et quatre ou cinq plumes plus élevées que 
les autres, au-de>sus du croupion. Ils ont un bec et 
des pieds, et leur estomac renferme ordinairement une 
pierre de la grosseur du poing... Le 'J5 juillet, Wil- 
lem et ses matelots rapportèrent quelques Dodos qui 
étaient fort gros ; trois ou quatre de ces oiseaux suffi- 
rent amplement au refias de l'équipage; il y eut même 
des restes. » La planche grossière qui accompagne 
cette relation et qui est destinée à représenter une 
chasse aux Dodos n'offre pour nous aucun intérêt, 
car Parlote, n'ayant pas de Dodos sous les yeux, a 
pris des Pingouins pour modèles; mais il importe de 
remarquer que dans ce récit nous trouvons au lieu 
du nom de Wallick- Vôgel (oiseaux de nausée) ceux 
de Dodaarsen et de Dronlen employés comme syno- 
nymes. Ces noms se remontrent également dans le 
voyage de Matelief qui a été écrit en 1UQ6 et dans 
celui de Van derllageu, daté de 1607; mais comme 
ces deux ouvrages n'ontpiiu qu'en 1 640, c'est-à-dire 
presque à la même époque que la relation de Willem 
van West Zunen, il est assez difficile de dire à quelle 
date précise ces nouvelles appellations sont entrées 
dans l'usage, H est vrai qu'en 1015, dans le voyage 
de Yerhul'fen, les oiseaux dont nous nous occupons 
sont déjà désignés sous le nom de Tolerslen, qui est 
sans doute une forme corrompue de Dodars. Ce der- 
nier mot parait lui-même dérivé du hollandais Do- 
door (fainéant) et no vient probablement pas, comme 
le cr»yait sir Thomas Herbert, du portugais Doudo 
(idiot), car les navigateurs portugais n'ont jamais 
fait mention du Dronte, et après avoir découvert l'île 
Maurice sont restés fort longtemps sans revenir dans 
les mêmes parages. 

En 1005, Chisius vit dans la maison de Pauwius, 
professeur à Leydc, une patte de Dodo dont il nous 
a laissé la description; le tarse avait, dit-il, un peu 
plus de quatre pouces de long et près de quatre pou- 
ces de circonférence; il était couvert d'écaillés jau- 
nâtres, serrées et larges en avant, plus petites et de 
couleur plus foncée sur la région postérieure; le 
doigt médian mesurait jusqu'à l'ongle un peu [dus 
de deux pouces, les deux doigts littéraux étaient plus 
courts et le doigt postérieur n'avait qu'un pouce et 
demi; les ongles étaient épais, de couleur noire, et 
celui du doigt postérieur atteignait plus d'un pouce. 
Malheureusement on n'a pas retrouvé la moindre 
trace de ce spécimen; M. deBlainville l'a vainement 
cherché dans les musées de Leyde et d'Amsterdam, 
et il ne figure même pas dans les anciens catalogues 
des objets curieux conservés dans ces deux villes. 

Un an plus tard, Cornélius Matelief, cet amiral 
hollandais auquel nous avons déjà fait allusion, arriva 
dans l'île Maurice et y trouva une grande abondance 
d'oiseaux de toute espèce et entre autres des Drontes 
ou Dodarses, dont il donne une description presque 
identique à celle de van West Zanen 1 . lin 1607 deux 
autres navires visitèrent la même contrée, et « pen- 

1 Recueil des voiages de la Comp. des Indes or., I. Ht, 
p. 21*. • • 



12 



LA NAITRE. 



dant tout le temps qu'on fut là on vécut de tortues, 
dedodarses, de pigeons, de tourterelles, de perroquets 
gris et d'autre chasses qu'on alloit prendre avec les 
mains dans les bois... La chair des tortues terres- 
tres étoit d'un fort bon goût, on en sala et l'on en fît 
fumer, dont on se trouva fort bien, de même que des 
dodarses qu'on sala 1 . » Les Dodos servirent égale- 
ment à. nourrir l'équipage de P.-W. Verltuffen, qui 
toucha à l'île Maurice en 16 H, et d'après le témoi- 
gnage de ce voyageur, firent plusieurs fois, avec leur 
bec robuste, de graves blessures aux matelots qui 
cherchaient à s'en emparer 2 . Le journal de Pieler 
van dvii Brocke 3 ne parle pas du Dronte, mais il ren- 
ferme une figure de cet oiseau qui a dû être exécutée 
d'après nature, sans doute pendant le séjour que ce 
navigateur fit à l'île Maurice, du 19 aviil au 25 mai 
1017. 




Le Uronlc, d'après sir l'crliert. (t'ac-simile.) 

Comme on le voit, lis Hollandais vouaient pour 
ainsi dire chaque année dans ces parages ; néanmoins 
ils n'y avaient point établi de colonie, car en 1(>'27, 
sir Thomas Herbert trouva l'île encore sans habitants. 
Cet auteur a publié plusieurs relations de ses voyages, 
avec de légères variantes, et il nous a donné du Dodo, 
outre un dessin naïf que nous reproduirons ici, une 




La Poule rouge, d'après su Herbert. (Fac-similé ) 

description assez longue mais qui n'ajoute pas grand 
chose aux renseignements fournis par van Neck et 
les premiers voyageurs hollandais. Il figure égale- 

1 lbid.,\>. 195 et 199, et Prévost, Recueil des voiages. — 
Houeo, 1725, t. V, p. 24(5. 

8 Voy. aussi De Dry, Ind. orient., t. IX, suppl , p. 22. 

8 XXV jaarige Rcyse -Beschryving naer Africa en Osl 
Indien. — Lewardcn, 1711. 



ment un oiseau au bec allongé qui paraît être la 
poule rouge au bec de bécasse qui a été vue par Fran- 
çois Cauche et sur laquelle nous aurons à revenir 
dans un prochain article. Mais puisque nous parlons 
de François Cauche nous ne devons pas oublier de 
rappeler que ce voyageur dans ses Relations véritables 
et curieuses de l'île de Madagascar, fait évidemment 
allusion au Dodo lorsqu'il dit : 

k J'ai veu dans l'isle Maurice des oiseaux pins gros 
qu'un cygne 1 , sans plumes par le corps, qui est cou- 
vert d'un duvet noir, il aie cul tout rond, le croupion 
orné de plumes crespucs, autant en nombre que 
chaque oiseau a d'années, au lieu d'aisles ils ont pa- 
reilles plumes que ces dernières, noires et recourbées, 
ils sont sans langues, le bec gros, se courbant un 
peu par dessous, hauts de jambes, qui sont escaillées, 
n'ayant que trois ergots à chaque pied. Il a un crv 
comme l'oison, il n'est pas du tout si savoureux à 
manger que les fouques et feignes*, desquelles nous 
vous venons de parler. Ils ne font qu'un œuf, blanc, 
gros comme un pain d'un sol, contre lequel ils met- 
tent une pierre blanche de la grosseur d'un œuf de 
poule. Ils pondent sur de l'herbe qu'ils amassent, et 
font leurs nids dans les forests; si ou tue le petit, ou 
trouve une pierre grise dans son gésier. Nous les 
appelions oiseaux de Nazaret. La graisse est excellente 
pour adoucir les muscles et les nerfs s . » Comme le fait 
remarquer avec raison M. Slriekland, dans son excel- 
lent mémoire sur les anciens oiseaux des îles Masca- 
roignes, François Cauche, ainsi que plusieurs de ses 
prédécesseurs, a introduit dans le portait du Dronte 
certains traits qui appartiennent en réalité au Cnsoar ; 
il donne par exemple à son oiseau de Nazareth des 
pattes allongées terminées par trois ergots seulement, 
c'est-à-dire par trois doigts, et il suppose qu'il est 
privé de langue, caractère que la superstition popu- 
laire assignait alors au Casoar; mais le passage que 
nous venons de citer n'en est pas moins précieux, 
car il nous donne d'une manière très-approchée les 
dimensions des œufs du Dodo. En effet dans un autre 
endroit de son livre, François Cauche compare égale- 
ment, pour la grosseur, à un pain d'un sol, les œufs 
du Pélican onocrotalc. 

Un autre témoignage, bien plus important encore 
que celui de Cauche, se trouve relaté dans l'ouvrage 
de M. Strickland. Dans un manuscrit conservé au 
Britsh Muséum, sir Hamon Lestrange, en parlant de 
l'Autruche, raconte le fait suivant : 

« En 1638, me promenant avec quelques amis 

dans les rues de Londres, je vis sur la toile * la 

peinture d'un oiseau de forme étrange. Poussé par 
la curiosité j'entrai dans la chambre avec deux ou 
trois de mes compagnons, et nous vîmes un oiseau 
un peu plus fort qu'un gros Dindon, avec les pattes 

1 On lit en noie : a La figure de cet oiseau est dans la 
Deuxième navigation des Hollandois aux Indes orientales, 
en la 2!) c diéede l'an 1593. Ils l'appellent de nausée. * 

* Flamants et canards. 

5 Relations véritables et curieuses, p. 130. 

* Il y a ici une lacune dans le manuscrit. 



14 



LA NATURE. 



et ics doigts conformes tic la mémo façon» mais plus 
vigoureux, plus robuste, et plus droit; la partie an- 
térieure de son corps ressemblait, par la coloration, 
à la poitrine d'un jeune faisan, et le dos était d'une 
teinte plus foncée. Le gardien appelait cet oiseau 
un Dodo, et, en notre présence il lui donna à manger 
plusieurs cailloux, aussi gros que des noix de mus- 
cade, dont il y avait un grand tas dans un coin delà 
cheminée; l'oiseau, nous dit-il, avalait ces pierres 
pour aider à sa digestion, mais il est probable qu'il 
les rejetait ensuite, quoique je ne me rappelle pas si 
nous avons suffisamment interrogé le gardien à cet 
égard. » La présent e d'un oiseau aussi bizarre devait 
évidemment attirer l'attention, au*si M. Stricklnnd 
espérait retrouver dans les auteurs contemporains 
quelque passage confirmant le témoignage de sir Ila- 
mon Lestrange, qui semble d'ailleurs fort explicite; 
mais les ouvrages de cette époque traitent plutôt de 
questions politiques que de sujets d'histoire natu- 
relle, et M. Slrickland, malgré tous ses efforts, n'a 
pu y découvrir une seule ligne relative au Dodo. 

E. Oustali:t. 
— La suite prochainement. — 



CHRONIQUE 

Le -vent et les orties. — M. G. Nandina eu l'orcaeion 
de faire une très-curieuse observation que nous nous empres- 
sons de communiquer à nos lecteurs. Il existe près fie la 
petite ville de llioure une vigoureuse végétation d'orties 
griècbes (Urtica urens), qui occasionnent de vives brûlu- 
res aux mains imprudentes qui les touchent. Le 12 février 
dernier, un violent vent sud souffla dans le pays pendant 
vingt-quatre heures, et abattit par milliers des oranges qui 
pendaient aux arbres du voisinage. Un grand nombre de 
ces fruits étaient lombes pèle-mclc dans le champ d'orties, 
où l'on se mit en devoir de les ramasser. Quelle ne l'ut la 
surprise des travailleurs quand ils s'aperçurent que les or- 
ties qui, la veille encore, produisaient d'intolérables piqûres, 
pouvaient être aussi impunément touchées et maniées que 
de simples laitues. Elles ne laissaient pas la moindre cuis- 
son, même sur le dos de la main, oîi la peau est plus fine 
et plus sensible qu'à l'autre; face. Cependant filles avaient 
conservé tous leurs aiguillons et leur aspect était le même 
que les jours précédents. Les aiguillons examinés à une 
forte loupe ne présentaient, non plus, aucun changement 
appréciable. Comrmnt lèvent aura-t-il pu déterminer dans 
les propriétés des orties une métamorphose si extraordi- 
naire? M. Kaudin hasarde une explication. Le venin de 
l'ortie grièche et peut-être des autres espèces serait doué, 
d'après ce savant botaniste, d'une certaine volatilité. Par 
un air calme ou peu agité sa transsudation à travers l'épi— 
derme et les cellules des poils serait lente et compensée 
au fur et à mesure par une nouvelle production de venin. 
Par un grand vent au contraire, l'exhalation du venin se- 
rait très-activêe et elle pourrait aller jusqu'à épuisement 
total de la quantité emmagasinée dans la plante. Ce qui 
semble donner du poids à cette explication, c'est que les 
orties dont il a été précédemment question commentaient 
ï recouvrer leurs propriétés urticanles huit jouis après le 
'.oup de vent qui les avait rendues inoffensives. 11 nous 



semble, ajouterons-nous, quo l'on pourrait étudier expéri- 
mentalement un fait aussi curieux, en soumettant une or- 
tie à un courant d'air artificiel. 

Moyen de se préserver de la rage. — L'est un 

vétérinaire émérite de Paris, M. Bourrcl, qui l'a trouvé à la 
suite d'observations nombreuses et d'expériences que nous 
qualifierons d'audacieuses. M. Bourrcl s'est inspiré de ce 
fait que la morsure des herbivores enragés est bien moins 
dangereuse au point de vue de l'inoculation que celle, des 
carnivores. Pourquoi? Parce que les dents à couronnes 
plates des herbivores écrasent et meurtrissent les tissus, 
sans y pénétrer, tandis que les dents pointues des carni- 
vores y produisent de véritables piqûres qui font jaillir le 
sang. M. Bnurrel a pris trois chiens atteints de rage, et il a 
pratiqué, sur ces sujets dangereux, l'opération de l'émousse- 
ment des dents. Cela fait, six (.biens d'expérience ont été livrés 
aux trois enragés qui les ont mordus avec fureur, mais sans 
que la peau soit entamée. M. Bourrcl, non content de cette 
première observation, a osé livrer sa main revêtue d'un 
gant à l'un des chiens enragés dont il vient d'être ques- 
tion, Lorsque la bête lâcha prise le gant était intact, la 
morsure n'avait produit qu'une forte pression. Il suffirait 
doned'émousser les dents des chiens pour être à l'abri de^ 
terribles dangers de la rase. Mais n'est-ce pas une opéra- 
tion barbare que celle qui consiste à entamer par le ciseau 
et par la lime les belles mâchoires des chiens de prix? 

Un mariage a l'électricité aux Ktats-IJnis. — 

Le 16 avril dernier le, révérend W. C. Pralt qui cumule 
les deux fonctions de ministre protestant et d'employé d'une 
compagnie télégraphique, a eu l'idée extraordinaire d'em- 
ployer le télégraphe électrique pour célébrer un mariage. Le 
ministre se tenait à la station de Bonaparte, petite ville d'Iowa. 
Les deux conjoints, M. John Sullivan et mademoiselle Francis 
Goodwan, s'étaient rendus à la station de Keokuk, apparte- 
nant à la même compagnie. Au moment indiqué par le mi- 
nistre les deux conjoints joignirent les mains et prononcè- 
rent le oui sacramentel. Le ministre célébrant en fut averti 
par télégramme et transmit parla même voie la bénédiction 
finale. Les deux époux reçurent immédiatement des félici- 
tations expédiées télé^raphiquement de toutes les stations 
de la ligne. Il est douteux que la cour des Divorces, si 
elle était appelée à se prononcer sur le cas nouveau, con- 
si léràt l'union comme valable. En France, une pareille 
comédie électrique ne pourrait avoir lieu, mais nous 
avons cru devoir la citer pour montrer, par cet excès 
même, jusqu'à quel point l'électricité pénètre dans tous 
les détails de la vie américaine. 

Danger de 1 emploi de la grenaille de plomb 

pour rincer les bouteilles. — Dans une note présen- 
tée à l'Académie des sciences, j'ai démontré que la gre- 
naille de plomb employée pour rincer les bouteilles laisse 
dans celles-ci, adhérant à la surface interne, du carbonate 
de plomb que les lavages n'enlèvent pas, et qui se dissout 
dans les liquides alimentaires ou médicamenteux que l'on 
y introduit; delà des boissons plombifèrcs plus ou moins 
nuisibles. On rencontre assez fréquemment, dans les bou- 
teilles de vin, des grains de plomb oubliés, qu'on ne dé- 
couvre souvent que lorsqu'on arrive à la fin de la bouteille; 
les personnes qui en ont bu en sont quelquefois légère- 
ment indisposées. La quantité de plomb introduite acci- 
dentellement dans le vin peut être notablement augmentée 
si avant de descendre à la cave les bouteilles rincées avec 
du plomb, on ne prend pas la précaution de n'y laisser au- 
cune grenaille — J'ai cherché le moyen de remplacer la 
grenaille de plomb. J'ai fait couper des lils rie fer en petits 



LA NATURE. 



15 



Louis de 4 à 5 millimètres eii prenant des fils de différents 
numéros... J'ai employé pour les bouteilles une grenaille 
fournie par les numéros 20 et 22. La grenaille de fer est, 
je ne dirai pas égale, mais supérieure à la grenaille de 
plomb, comme moyen de rinçage. La grenaille de fer est 
d'un emploi facile et produit un nettoyage rapide et par- 
fait. Elle est attaquée par l'oxygène de l'air pendant le rin- 
cage ; mais le composé ferrugineux ne s'attache pas aux 
parois des bouteilles, et il est facilement entraîné par les 
eaux de lavage. Un pou de fer oxydé ne présente d'ailleurs 
aucun inconvénient pour la santé. Fordos. 



Tissandier. — Brochure in-8% se trouve au Cercle do la 
librairie, 1 rue Bonaparte, à Paris. 



ACADÉMIE DES SCIENCES 



tes criquet» dévastateurs. — Les journaux algé- 
riens annoncent qu'un vol de criquets, vulgairement ap- 
pelés sauterelles, est tombé dans un des déblais du chemin 
ilefcrd'Oran.et que la locomotive en a fait un grand ravage. 
lu train aurait été mis en retard de plusieurs heures. Ce 
singulier incident n'a rien de surprenant, car l'on sait qui; 
l'on se sert d'un fossé pour arrêter les criquets et qu'une 
t'ois tombés dans le fond de la tranchée ils sont perdus 
si on les recouvre rapidement de terre. 11 faut aussi y 
ajouter de la chaux vive pour empêcher la putréfaction de 
se dégager de leurs cadavres. Le général Chanzy a publié 
à ce propos des instructions singulièrement opportunes 
pour engager les colons à détruire les œufs de sauterelles 
et à employer, pour arrêter leurs phalanges, un système 
inventé par un colon cypriote. Il consiste à présenter dans 
la direction qu'ils suivent un couloir formé par deux 
murs de toile, hauts de 70 centimètres et longs de 100 
mètres. Ces insectes sont si mauvais voiliers qu'il est im- 
possible pour eux de franchir un obstacle qui parait devoir 
être aussi insignifiant. Nous renvoyons du reste le lecteur à 
l'excellente étude que M. Maurice Girard a publiée dans la 
Nature*. L'apparition des criquets est toujours accompa- 
gnée de vents chauds sans lesquels ils ne pourraient par- 
courir de grands espaces. Elle est généralement plus tardive 
que cette année. Il semble donc que nous devions nous 
attendre à de précoces chaleurs, car les vents du désert ne 
peuvent régner longtemps en Algérie sans franchir la Mé- 
diterranée et passer en Fiance. 

I-a mortalité a Londres. — La tendance de la 
mortalité moyenne est tou,ours de décroître à Londres. 
Dans la première semaine de mai elle est tombée à 19 sur 
52,000 par année, et dans les quartiers riches jusqu'à 17. 
Si ce taux se maintenait, la durée de la vie moyenne se- 
rait de 2,747 semaines, et dans les quartiers riches elle 
s'élèverait jusqu'à 3,058 semaines, ce qui ne fait pas loin 
de 60 ans. Dans les quartiers pauvres la mortalité s'élève 
jusqu'à 21. On constate, d'une ville à l'autre, des différen- 
ces encore plus grandes ; ainsi à Madras, pendant la même 
période, la mortalité était de 44 par 82,0110. 

BIBLIOGRAPHIE 

Denis Papin, sa vie et son œuvre, par le baron Ernouf. 
— 1 vol. in-18. Paris, Hachette et C, 1874. 

Traité de chimie générale, par À. Càholrs. Chimie orga- 
nique. — 3 8 édition, tome premier. Paris, Gauthiers- 
Villars, 1874. 

L'héliogravure, son histoire et ses procédés, ses applica- 
tions à l'imprimerie et à la librairie. Conférence faite 
au cercle de la librairie le 24 avril 1874, par Gastoh 

• oy. 'fable de la première année : les Criqurts dévasta- 
teurs. 



Séance du 1" juin 1874. — Présidence de M. Hkutiiand. 

Le lingot de platine. — Ce qui frappe tout d'abord en 
entrant dans la salle, c 1 estla vue du magnifique lingot de 
250 kilogrammes, dont la production a été annoncée déjà 
dans l'avant-dernîer numéro de la Nature. M. le général 
Morin le présente à l'Académie avec beaucoup dt détails, 
sur lesquels nous n'avons pas à revenir, après la publica- 
tion qui vient d'être rappelée. Disons seulement que le 
lingot a 1",140 de longueur, m ,178 de largeur et ra ,080 
d'épaisseur; parle laminage il doit acquérir une longueur 
77 fois égale à celle qu'il présente aujourd'hui. 

M. Henri Sainte-Claire Deville qui, comme nos lecteurs 
le savent, a été chargé avec M. Debray de toutes les mani- 
pulations préliminaires, a rencontré beaucoup de difii- 
cultés pour préparer les 25 kilogrammes d'iridium néces- 
saires à l'opération. Cette préparation a donné lieu à 
l'isolement de plus de 8 kilogrammes d'osmium, que l'au- 
teur présente aujourd'hui sous la forme d'une poudre noi- 
râtre. L'osmium, qui est le plus dense des métaux et dont 
M. Fremy a fait l'objet de belles études devenues classiques, 
est susceptible par simple oxydation de se convertir dans 
une des substances les plus toxiques que Ton connaisse. 
Cette substance, l'acide osmique, a fait sentir ses effets 
sur les rares chimistes qui se sont occupés d'elle, et, chose 
curieuse, elle semble agir différemment sur les différents 
individus. Ainsi, M. Débraya élé surtout attaqué aux yeux 
et un peu à la gorge, tandis que le directeur des ateliers 
de chimie, M. Clément, a contracté une maladie de peau 
toute spéciale, à laquelle, dit M. Deville, il a fini par s'ac- 
coutumer. Quant à M. Deville, il a été atteint d'accès 
d'asthme qui furent extrêmement pénibles. Dans la pen- 
sée de l'auteur, la physiologie retirerait certainement de 
précieux enseignements de l'étude de ce nouveau poison. 
« Avec la quantité d'osmium que voici, dit-il à peu près, 
je puis faire 10 kilogrammes d'acide osmique; et certes 
il y aurait là de quoi empoi-onner toute la terre. » — « El 
même l'Académie, » ajoute M. Le Verrier. [Sensation 
prolongée dans l'auditoire.) 

Les matières grasses de la fonte. — On se rappelle la 
communication faite lundi dernier par M. Boussingaull au 
sujet du fer et de l'acier. Après comme avant ce travail, 
il reste à savoir l'état du carbone dans ses combinaisons 
métalliques. Toutefois M. Cloez, dans un mémoire que 
M. Chevreul présente aujourd hui avec les plus grands 
éloges, a commencé à résoudre ce problème si important. 
Une très-ancienne expérience de Proust a montré que 
des matières grasses peuvent être extraites de la fonte, 
lorsqu'on dissout celle-ci dans certains acides. M. Cloez 
a séparé ces matières à l'état de pureté, et leur analyse lui 
a révélé ce fait intéressant quelles consistent en carbures 
d'hvdrogène de la série C^U*", et en offrent tous les 
termes, au moins depuis C 6 1I 6 ' (propylène) jusqu'à C ,6 il 18 . 
C'est, comme on voit, une véritable synthèse organique 
réalisée à l'aide de substances purement minérales et 
susceptibles par conséquent d'applications extrêmement 
importantes à la fois pour la pratique et pour la théorie. 
Les êtres des temps primaires. — M. le professeur Al- 
bert Gaudry publie le résumé du cours de paléontologie 
qu'il a donné l'an passé au Muséum, Ce cours est relatif à 
la paléontologie de, l'époque primaire. « Ala fin des temps 



1G 



LA NATURE. 



primaires, dit M. Gaudry, la nature organique avait fait 
bien des progrès, et cependant elle était loin d'avoir atteint 
son apogée. : les forêts avaient de riches feuillages, mais il 
n'y avait pas de végétaux et fleurs ; par conséquent les 
campagnes n'étaient point hnllantcsde couleurs et parfu- 
inées comme sont les campagnes d'aujourd'hui; les reptiles 
étaient Lien moins puissants et moins variés qu'à l'époque 
secondaire. On n'entendait point les chants des oiseaux, 
les cris des mammifères ; ces animaux étant ceux qui pa- 
raissent aimer davantage leurs petits, on peut dire que 
l'instinct de l'amour maternel n'avait pas encore ses ma- 
nifestations, qui sont un des grands charmes de la nature 
actuelle. » 

En terminant, M. Gaudry se pose cette question ardue-: 
Quelle lumière l'histoire des êtres primaires jelte-t-elle sur 
les procédés que le Créateur a employés pour développer et 
renouveler la vie dans le monde ? Et il fait la réponse sui- 
vante, remarquable à la fois par sa hardiesse et par sa sa- 
gesse : « Si nous voulons juger les choses avec l'impartia- 
lité qui convient à des hommes désireux d'atteindre le plus 



près possible de la vérité, il faut, je crois, faire deux parts 
dans les remarques du cours de l'année dernière. D'un 
côté nous avons observé un grand nombre de faits qui sem- 
blent favorables à la doctrine de l'évolution : à l'époque 
silurienne la nature a été plus riche qu'à l'époque cam- 
brienne ; l'époque devonienne, avec ses poissons, marque 
un progrès sur l'époque silurienne ; l'époque carbonifère 
avec ses reptiles indique un progrès nouveau, et à son tour 
elle sera surpassée par l'époque du trias. En outre, quand 
on sort des éludes générales pour aborder les détails des 
genres et des espèces, on rencontre de nombreux indices 
de filiation. D'un autre côté il faut reconnaître qu'un cer- 
tain nombre de plantes, de mollusques, d'articulés, de 
poissons, de reptiles semblent, à leur début, plus élevés 
qu'on ne devrait s'y attendre s'ils sont résultés d'une évo- 
lution. Il reste à savoir si ces apparences ne proviennent 
pas de l'imperfection de nos connaissances. Nous en avons 
encore beaucoup à apprendre avant d'avoir la puissance de 
bien saisir les harmonies du plan qui a présidé au dévelop- 
pement de la vie. » Stanislas Meunii:ii. 




Cynips et galles des feuilles du chêne. 



CYNIPS ET GALLES 

DES FEUILLES DU CHÊNE. 

La plupart des espèces végétales ont leurs parasites 
et leurs ennemis; si la vigne est dévorée par le phyl- 
loxéra, la pomme de terre par une mouche spéciale, 
les feuilles de chêne sont sans cesse attaquées par les 
cynips. Il n'est pas inutile de faire connaître ces 
petits malfaiteurs qui, par leur nombre, deviennent 
de redoutables fléaux, contre lesquels, hélas ! la puis- 
sance de l'homme, de la science et de l'industrie 
tout entière s'acharne en vain ! Les cynips sont de 
petits héminoptères qui exercent de grands ravages 
dans nos climats, ils piquent les végétaux et autour 
de l'œuf croît une excroissance ou galle, qui se déve- 
loppe sous l'influence d'un afflux de sève. Au, centre 
de cette galle, une certaine quantité de fluide se pro- 
duit, et sert à subvenir à l'existence des larves : la 



fécule se métamorphose bientôt en matière grasse et 
alimente la nymphe. Quand l'adulte est formé, il 
perce d'un trou circulaire la demeure où il est né, et 
prend sa place au soleil. 

Aucun arbre plus que le chêne ne se couvre de 
galles : nous représentons la forme et l'aspect de 
celles-ci à côté de deux cynips que l'os aperçoit sur 
une feuille endommagée parles parasites. Les cynips 
ont une taille variable, ceux du chêne ont la dimen- 
sion d'une petite mouche, mais contrairement à la 
mouche commune qui, comme tout le monde le sait, 
n'a que deux ailes, ils en ont quatre. Dans certaines 
régions comme la Syrie, les cynips produisent sur les 
chênes une galle spéciale, connue sous le nom de 
noix de galles; celles-ci, fort riches en tannin, sont 
employées en teinture et dans la fabrication de l'encre. 

Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. 



— Coude ii. - Typ. et stér. de Cuiiô. 



K* 54. — 15 JUIN 18 74. 



LA NATURE. 



17 



LE CANAL DU GANGE 

POST-CANAL DE 1K VAf,LF.E I>U SOI.AJÎI, 

La famine oui désole l'Inde donne une triste ac- 
tualité aux questions qui se rapportent à ce pays, 
encore mal connu des Français et qui présente à di- 
vers égards de nombreux sujets d'étude : les travaux 
publics qui ont été exécutés par les Anglais sont con- 
sidérables; routes, canaux, chemins de fer, relevés 
geodésiques, tout a été entrepris par eux sur une 
grande échelle, et il semble, bien que cela soit nié par 



quelques personnes, qu'ils ont atteint, au moins en 
partie, le but qu'ils se proposaient en exécutant ces 
travaux. Un Français, M. Lamairesse, ingénieur en 
chef des ponts et chaussées, qui a passé plusieurs 
années dans l'Inde, a publié, dans les Annales des 
ponts et chaussées, une série d'intéressants mémoires 
sur les travaux d'irrigation terminés ou en cours 
d'exécution dans l'Inde. Parmi les ouvrages impor- 
tants qui ont été construits, nous avons remarqué 
spécialement le pont-canal du Solani, dont M. Lamai- 
resse possédait précisément un croquis représentant 
la vue générale ; il nous a semblé que quelques indi- 




Le çrnrd pint-canal du Solani dans les Indes anglaises. 



cations sur ce pont, que nous croyons sans pareil, 
pourraient intéresser nos lecteurs. 

L'irrigation des terres est, dans l'Inde, une condi- 
tion indispensable de la culture; aussi plusieurs sys- 
tèmes de canaux destinés à l'arrosage ont-ils été éta- 
blis. L'un des plus considérables est le canal du 
Gange : ce canal commence à Hurdwar, point où le 
débit du tleuve dépasse 200 mètres cubes à l'étiage; 
à l'aide d'un barrage établi en travers du fleuve, on 
peut s'assurer, pour le canal, d'un débit de 150 mè- 
tres cubes au moins; ce canal se développe jusqu'à 
Nanoon, sur une longueur d'environ 280 kilomètres; 
il se divise alors en deux branches : la première abou- 
tit à Cawnpoor, après un trajet à peu près égal, et 
les eaux qui n'ont pas été employées en irrigation 

î* «Dniir, — i" semestre 



retournent au Gange; la deuxième branche, aussi de 
même longueur, se termine à Eltawah, et les eaux 
tombent à la Jumna. 

Ce canal complexe sert également à la navigation, 
et cette condition a augmenté les difficultés qui étaient 
inhérentes au projet même : il fallait, en effet, traver- 
ser les vallées qui aboutissent soità la vallée du Gange, 
soit à celle de la Jumna; les torrents qui coulent 
dans ces vallées durent être modifiés dans leur cours, 
quelques-uns furent abaissés par la création de chutes 
artificielles et passent par-dessous le canal, qui coule 
au niveau du sol ; dans d'autres cas, on eut recours à 
une solution plus originale, et l'on établit un passage 
à niveau du torrent à travers le canal; les difficul- 
tés étaient nombreuses et les movens devaient varier 



18 



LA NATURE. 



à chaque nouvel ouvrage. La traversée de la vallée du 
Soluni, par exemple, ne pouvait être effectuée ni par 
l'un, ni par l'autre des moyens que nous venons 
d'indiquer : sa largeur atteint 4,500 mètres environ, 
et le niveau de l'eau, dans le canal, est à 15 mètres 
au-dessus du fond de la vallée. On prit le parti d'é- 
tablir de chaque côté de celte vallée de vastes rem- 
blais, au sommet desquels coulerait le canal, ces 
deux remblais étant réunis par un pont-canal, placé 
au point où coule le torrent et où la profondeur de 
la vallée est la plus grande. Ces remblais, dont on 
voit les extrémités sur le dessin, ont respectivement 
des longueurs de 5,500 mètres et de 800 mètres en- 
viron ; de solides maçonneries voûtées intérieurement 
forment les parois latérales du canal dans ce remblai ; 
de la terre, prise dans destrancliées voisines, forme 
le fond du canal, qui est ainsi amené au niveau voulu, 
et des masses considérables déterre, placées extérieu- 
rement et limitées à un talus peu incliné, conlre-bu- 
tent ces maçonneries. Le lit du canal a une largeur 
de 15 mètres au plafond; de chaque côté, une route 
de 9 mètres de largeur règne dans toute l'étendue du 
remblai. 

Le pont-canal a une longeur de 340 mètres, il est 
composé de 15 arches de 15"',25 de portée, en arcs 
de cercle; il se termine par des murs en aile, à pare- 
ments rustiques, présentant eu plan la forme d'un 
quart de cercle et supportant une ligne de ghats ou 
marches de grande dimension. Des lions gigantes- 
ques, reposant sur des piédestaux à l'entrée du pont, 
contribuent à donner à l'œuvre un aspect architec- 
tural plein de simplicité et de grandeur. La largeur 
du pont est considérable; elle dépasse 50 mètres : 
elle comprend de chaque côté une banquette de 5 mè- 
tres, garnie d'une balustrade en fer, et au centre 
le lit du canal. Ce lit présente une disposition très- 
particulière : il est divisé dans toute sa longueur par 
un mur placé suivant l'axe du pont, de telle sorte que, 
en cas de réparation, on pourrait vider la moitié du 
canal et assurer le service de la navigation et de l'irri- 
gation par l'autre moitié. 

ISous ne pouvons entrer dans les détails de cons- 
truction de cet ouvrage, nous dirons seulement que 
les piles furent fondées sur des blocs de maçonnerie 
de grande dimension : l'une des culées ayant été éta- 
blie, on construisit les piles et les arcs en 8 séries 
successives, dont chacune comprenait trois arches, 
mais sur la moitié de la largeur du pont seulement; 
les arches qui confinaient à celles que l'on construi- 
sait étaient murées et remplies de sable, elles ser- 
vaient ainsi de culées provisoires. Cette disposition, 
qui avait l'avantage de n'exiger de cintres que pour 
trois arches, avait été prise spécialement dans le but 
de laisser toujours un passage libre, correspondant à 
remplacement de neuf arches, pour l'écoulement 
des crues. 

L'épaisseur de la maçonnerie à la clef est de l m ,52; 
au-dessus des piles, il existe une série de petites voû- 
'.cs, de petites arcades diminuant notablement le cube 
\ le L« maçonnerie. 



Le pont-canal de Solani débite moyennement ••£?* 
mètres cubes à laseconde : d'après les calculs de sir 
Proby Cautlcy, le débit maximum pourrait atteindre 
230 mètres cubes. 

Cet ouvrage important fait honneur à l'ingénieur 
qui l'a construit, sir Proby Cantley : c'est à lui, d'ail- 
leurs, que l'on doit le projet tout entier du canal 
du Gange ; d'autres parties de ce travail mérite- 
raient également une mention spéciale et pour- 
raient être avantageusement étudiées au point de vue 
technique; mais nous ne croyons pas qu'elles au- 
raient présenté, comme le pont de Solani, un côté 
architectural et pittoresque en même temps, et c'est 
là surtout ce qui nous a décidé à nous appesantir sur 
cet ouvrage. 



LA COMMISSION DE METEOROLOGIE 

DE LYON. 

La commission météorologique de Lyon est chargée 
de la continuation du double service de la commis- 
sion h ydrom étriqué et de la commission des orages, 
autrefois réunies sous la présidence de M. Fournet, 
dont la mort avait occasionné une interruption mo- 
mentanée dans les travaux poursuivis depuis plus de 
trente ans. On sait avec quelle ardeur cet observa- 
teur dévoué se livrait à l'étude des lois qui régissent 
les phénomènes météorologiques, s'eiïorçant d'im- 
primer à ce genre d'observations une direction vrai- 
ment scientifique. Convaincu de l'importance des 
services que la météorologie peut rendre à l'agricul- 
ture, il faisait enregistrer, chaque année, dans les 
annales de la Société d'agriculture de Lyon, les ob- 
servations de la commission bydromélrique et de la 
commission des orages. Dans les derniers mois de sa 
vie, épuisé par de cruelles souffrances, il ne manquait 
pas un jour d'enregistrer les indications fournies par 
les instruments, s'intéressant toujours aussi vivement 
aux travaux des Sociétés savantes qui ont rendu un 
juste hommage à sa mémoire, à son zèle éclairé, à 
son activité infatigable. 

L'idée de la création d'une commission bydromé- 
lrique à Lyon fut suggérée par les désastres de la 
terrible inondation de 1840, pendant laquelle la 
Saône détruisit une partie du faubourg de Vaise. 
« Ces désastres, comme le dit très-bien la notice 1 
que nous résumons, n'étaient pas arrivés à l'impro- 
viste. La Saône n'était alors que l'interprète de l'état 
de l'atmosphère, et celle-ci, par ses bouleversements, 
pouvait fournir des signes précurseurs. On vit, en 
effet, la pluie tomber pendant vingt-huit journées 
entières dans l'intervalle de cinquante-trois jours 
(13 septembre — 5 novembre), tandis que la tem- 
pérature, exceptionnellement douce, f; lisait fondre les 
neiges et apportait au Rhône un énorme contingent.» 

1 Notice sur la Commission hydrométrique et l'Observa- 
toire de la ville de Lyon, par M. A. Lafou, président de la 
Commission. 



LA NATURE. 



10 



C'est a la suite de cette inondation que MM. Lortet 
et Fournct demandèrent au maire de Lyon la forma- 
tion d'une commission permanente, chargée d'étu- 
dier les rapports existant entre les hauteurs des riviè- 
res et l'état du ciel, rapports qui peuvent conduire à 
prévoir les crues les plus menaçantes. La proposition 
fut immédiatement acceptée, et M. Lortet fut chargé 
de la direction des travaux de la commission jus- 
qu'en 1848. Forcé alors de se retirer, à cause de sa 
santé, il fut remplacé par son savant ami M. Fournet, 
resté directeur jusqu'en 1869, époque de sa mort. 

Peu après, l'offre faite par la Société d'agriculture, 
histoire naturelle et arts utiles de Lyon, de se char- 
ger du double service des observations hydromefri- 
ques et météorologiques dans le bassin du Rhône, 
fut acceptée par le préfet du département. Conformé- 
ment aux termes de l'arrêté préfectoral, la Société 
procéda aussitôt à la formation d'une nouvelle corn- 
mission permanente, désignée sous le nom de Com- 
mission de météorologie. Celte décision était motivée 
par plusieurs considérations, et surtout par la né- 
cessité de faire converger vers un centre unique tou- 
tes les observations se rapportant au bassin du Rhône. 
Les instruments de météorologie furent placés dans 
un des pavillons de l'Observatoire, et confiés aux 
soins du directeur. 

Il fut décidé que les études ne s'étendraient pas 
au delà du bassin du Rhône, « Le champ est déjà 
assez vaste, disait le président de la commission, et, 
vouloir l'étendre davantage, ce serait affaiblir les 
éludes et compromettre les résultats. Car, pour arri- 
ver à formuler des lois, il faut, il est vrai, de nom- 
breuses observations ; mais, avant tout, ces obser- 
vations doivent être d'une grande exactitude. Il est 
donc nécessaire de vérifier de temps en temps les di- 
vers instruments échelonnés dans le bassin et de ra- 
nimer le zèle des observateurs, en les visitant et en 
leur donnant des récompenses. » 

Le but que la commission s'est ainsi proposé nous 
paraît pleinement atteint, si nous en jugeons par les 
documents publiés dans les trois volumes renfermant 
les observations faites en 1869, 70 et 71, dont le der- 
nier viiiut de paraître. Ces volumes contiennent: 

Les observations météorologiques faites chaque 
jour, à l'Observatoire de Lyon, sous la direction 
de M. Lafon, professeur à la Faculté des sciences et 
directeur de l'Observatoire; 

Les orages de l'année, le relevé des grêles et de 
leurs dégâts dans le département du Rhône ; 

Des tableaux indiquant, pour chaque jour de 
l'année, dans le bassin du Rhône et de la Saône, les 
pluies et les neiges, la hauteur des rivières et la di- 
rection des vents, le relevé des hauteurs d'eau du 
Rhône au pont Morand, et de la Saône au pont de la 
Feuillée, avec la température de l'eau de ces rivières 
et de l'air ambiant à midi ; 

Les observations ozonométriques ; 

Le résumé trimestriel de la situation sanitaire de 
la ville de Lyon ; 

Enfin, de très-intéressantes notices de M. A. Go- 



bin, ingénieur des ponts et chaussées, sur les varia- 
tions barométriques et la prévision locale du temps, 
sur le jaugeage du Rhône, sur un remarquable 
exemple de division de la foudre; et de il. Tabou- 
riu, professeur à l'École vétérinaire de Lyon, sur 
l'hygrométrie atmosphérique. 

Ce rapide aperçu indique l'ensemble des travaux 
poursuivis par la commission météorologique de 
Lyon, dont les membres se recommandent tous par 
leurs connaissances spéciales. L'importance de ces 
travaux est de toute évidence et nous ne saunons té- 
moigner trop de reconnaissance aux savants dévoués 
qui donnent ainsi l'exemple de ce qu'on pourrait 
faire, sur beaucoup d'autres points de notre pays, 
pour le progrès de la météorologie et l'extension, si 
désirable, de ses applications pratiques. 

Eue Marcollé, 

NOUYELLE PILE THERMO-ÉLECTRIQUE 

DE M. C. CLA.M.OND. 

Cet appareil, qu'un habile électricien, M. Clamond, 
vient de construire, et dont les gravures ci-contre re- 
présentent les dispositions, transforme directement 
la chaleur en électricité. — Il suffit d'allumer un 
simple bec de gaz, placé dans l'axe du système, qui ne 
dépasse pas les dimensions d'unpctitfourneau de labo- 
ratoire, et l'on obtient aussitôt un courant électrique, 
énergique et constant. La dépense du gaz est relative- 
ment très-faible; l'entretien de l'appareil est nul ; il 
n'y a plus ici ni les émanations désagréables des 
piles à liquide, ni les manipulations qu'elles néces- 
sitent : on comprendra quels avantages la nouvelle 
pile termo-éleetrique oflrp. aux chimistes pour leurs 
essais, et surtout aux industriels qui font constam- 
ment usage de l'électricité dans les opérations gal- 
vanoplastiques. 

M. Jamin a présenté à l'Académie le remarquable 
appareil, accompagné d'une notice de l'inventeur, 
qui résume très-clairement ses intéressants travaux. 
Nous laisserons M. Clamond décrire lui-même son 
système. 

« Avant d'entrer dans les détails techniques con- 
cernant mon appareil, je crois, dit le savant êlectri* 
cien, devoir jeter un regard rétrospectif sur la ques- 
tion. Les courants thermo-électriques, découverts 
par Seebeck, ont été l'objet d'études très-approfou- 
dies de la part des savants distingués, entre autres de 
MM. Marcus et Ed. Becquerel. Ce dernier a longue- 
ment et minutieusement étudié les lois du dévelop- 
pement des courants thermo-élecriques dans des sub- 
stances différentes et à diverses températures, et l'on 
peut dire que, si ses travaux n'ont pas produit une 
pile thermo-électrique pratique, Ils n'en ont pas 
moins droit à la reconnaissance de tous ceux qui se 
sont occupés d'applications thermo-électriques. 

« Le premier essai d'appareil pratique fut fait 
par M. Former, qui produisit deux de ses modèles à 



SO 



LA NATURE. 



l'Exposition universelle de 1807. Ces appareils, réel- 
lement remarquables, avaient le défaut de perdre ra- 
pidement leur force. Les barreaux, excessivement fra- 
giles, se brisaient en se refroidissant. Le 31 mai 1869, 
M. Becquerel présentait à l'Institut une pile thermo- 
électrique que j'avais construite, en collobaration de 
M. Mure, avec des couples de galène et des lames de 
fer. Il constatait en même temps que l'affaiblisse- 
ment du courant provenait, non de la diminution de 
la force électro-motrice, mnis de l 'augmentation de 
la résistance de l'appareil. Je dois dire, pour rendre 
justice à mon collaborateur d'alors, M. Mure, que, si 
nos efforts communs ne parvinrent pas à rendre les 
piles ù galène durables, ils contribuèrent à donner 
aux barreaux et à l'ensemble de la pile une disposi- 
tion que j'ai con- 
servée, n'en ayant 
pas trouvé de meil- 
leure. 

« Les recherches 
que j'ai faites par 
la suite m'ont 
prouvé que l'aug- 
mentation de la ré- 
sistance intérieure 
était due à deux 
causes : 

« 1° Oxydation 
des contacts des 
lames polaires avec 
le barreau cristal- 
lisé sous l'influence 
de la chaleur; 

« 2 U Fendillation 
du barreau et sépa- 
ration de ces diffé- 
rentes parties sui- 
vant des plans perpendiculaires à sa longueur. 

« J'ai évité le premier inconvénient par une dispo- 
sition particulière de l'attache de la lame polaire. A 
cet effet, la lame métallique, découpée au balancier, 
est repliée sur elle-même de manière à présenter une 
ou plusieurs charnières. Ces charnières, prises dans la 
coulée, se trouvent d'abord enveloppées par le métal, 
qui s'introduit ensuite dans leur intérieur et forme 
ainsi des noyaux métalliques. Ces derniers, se dila- 
tant plus que les charnières, pressent constamment 
contre elles, de sorte que l'action de la chaleur ne 
tend qu'à raffermir les contacts. 

« Quant au second inconvénient, il était bien plus 
difficile à constater et à éviter. Lorsqu'on coule un 
corps thermo-électrique, soit un métal, soit un sul- 
fure métallique, dans un moule froid de forme cu- 
bique, il se forme trois plans de séparation, paral- 
lèles aux faces du cube, de sorte que l'on obtient 
[iar le fait huit cubes séparés. Ces séparations ne sont 
pas visibles de prime abord ; mais, après avoir chauffé 
plusieurs fois de suite la masse, on constate, en la 
brisant, l'existence de ces trois plans par des cou- 
ches noires provenant de l'oxydation de ces surfaces 




ïig. 1. — Pile llieinio-électrique ('.binon J, vue en perspective. 



intérieures. Ce fait peut s'expliquer cri ce sens, que 
les corps thermo-électriques, étant dépourvus d'élas- 
ticité et tous plus ou moins cassants, se séparent en 
parties distinctes qui cristallisent sur les parois du 
moule. Les corps thermo-électriques, coulés dans des 
moules froids, sont excessivement fragiles. On a cru, 
en faisant recuire ces barreaux, améliorer leur con- 
dition physique. Le recuit donne au barreau un 
aspect plus solide, mais ne fait que développer les 
fentes qui se sont formées par la coulée. J'ai monté 
despiles avec des barreaux recuits et d'autres non re- 
cuits, soit en galène, soit en alliages métalliques, et 
j'ai toujours remarqué que les barreaux recuits fai- 
blissaient plus rapidement encore que les autres. 
Les conditions à remplir, pour obtenir des barreaux 

homogènes, sont les 
suivantes : annihi- 
ler l'influence des 
parois du moule et 
empêcher le plus 
possible la cristal- 
lisation. 

« J'ai employé à 
cet effet un procédé 
analogue à celui 
qui est usité pour 
donner aux bougies 
stéariques de la so- 
lidité en empêchant 
la cristallisation. Le 
moule étant chauffé 
à une température 
très-voisine du 
point de fusion do 
la substance ther- 
mo-électrique, 
celle-ci est cordée 
elle-même très-près de son point de solidification. 
«J'ai adopté, pour la confection de mes couples, 
l'alliage de zinc et d'antimoine, employé par Marcus, 
et des lames de fer pour armatures. J'ai adopté l'al- 
liage antimoine et zinc, parce qu'il est bon conduc- 
teur de l'électricité, et parce que la température de 
son point de fusion rend plus pratique et plus facile 
à réaliser mon mode de coulage. 

« J'emploie le fer prélerablement au cuivre et à 
l'argentan, parce que ces derniers métaux sont atta- 
qués, dissous par l'alliage, et que les armatures qu'ils 
constituent sont mises rapidement hors de service ; 
le 1er, au contraire, résiste très-bien. 

« Ainsi construits, les barreaux thermo-électriques 
ont dû constituer des piles qui ne sont plus sujettes 
à détérioration. J'ai dû à l'obligeance de M. Jaminla 
faculté de faire fonctionner ces appareils dans son la- 
boratoire delà Sorbonne, et d'y continuer mes études 
et mes travaux. C'est ainsi qu'un de mes appareils y 
a fonctionné six mois sans éprouver de variations. 
« Voici, du reste, la disposition de l'appareil : 
« Les barreaux sont assemblés en couronnes et 
accouplés en tension. Ces couronnes, composées de 



LA NATURE. 



21 



dix barreaux chacune, sont superposées et séparées 
entre elles par des rondelles en amiante. 

« Le tout forme un cylindre dont l'intérieur est 
luté avec de l'amiante et chauffé au moyen d'un tuyau 
enterre réfractaire, percé de trous. Le gaz, mélangé 
à l'air, sort de l'intérieur de ce tuyau et vient brûler 
dans l'espace annu- 
laire compris entre le j-, 
tube et les barreaux. 
Les ex trémitésd es cou- 
ronnes viennent abou- 
tir à des pinces en 
cuivre fixées sur deux 
planchettes. Les cou- 
ronnes peuvent être 
accouplées en tension 
ou en surlace : la sur- 
face que peut recouvrir 
chaque couronne est 
de 7 décimètres car- 
rés, ce qui fait 35 dé- 
cimètres carrés pour 
toute la pile. On ob- 
tient alors un dépôt 
moyen de 20 grammes 
à l'heure de cuivre de 
bonne qualité. 




{fflMZ'Wvï. , , - ' ..... »aa 



',. *2. — l'île thenno électrique Clamond. — - Coupe suivant 
l'axe vertical. 



« La dépense du gaz 
est réglée au moyen 



T. Tubulure servant à l'arrivée du gaz. — A. Tuyau en terre réfractaire, 
perce de trous à travers lesquels s'échappe le gaz mélangé d'air pour 
brûler dans l'espace annulaire extérieur. — D. Prise d'air servant à la 
combustion. — B, B. Barreaux thermo-électriques. — r, r. Uondelles 
en amiante servant a isoler les éléments du générateur. 

d'un régulateur (rbéo- 

mètre) de M. Giroud, qui la rend invariable et met 

à l'abri des variations de pression. 

« Ainsi disposée et construite, la pile marche des 
mois entiers sans entretien ni surveillance, fournis- 
sant un courant absolument con- 
stant 1 . » 

Ayec un appareil semblable à 
celui que nous représentons, !a dé- 
pense de gaz ne dépasse pas fr. 05 
à l'heure; le dépôt de 1 kilogramme 
de cuivre, dans une opération gal- 
vanoplastiqne, ne nécessite qu'une 
dépense de 2 n. 50 c. La nou- 
velle pile IhernV ,- électrique est 
usitée à l'imprimerie de la Banque 
de France ; nous l'avons vue fonc- 
tionner dans les beaux ateliers 
galvanoplastiques que MM. Goupil 
et C ie ont organisés à Àsnicres pour 
leurs opérations d'héliogravure; 
elle y donne d'excellents résultats , dont se félicite 
chaque jour le directeur de cet établissement. 

Après avoir décrit le remarquable appareil de 
M. Clamond, il est peut-être intéressant de donner 
quelques détails sur l'origine de ces courants thermo- 
électriques, que l'on est arrivé à utiliser aujourd'hui 
d'une façon tout à fait pratique. Comme on vient de 
le voir plus haut, M. Secbeck, de Berlin, reconnut 

1 Comptes rendus de l'Académie des sciences. Séance du 
20 avril 1874. 




Fig. 3. — Vue en plan des barreau* 
assemblés et de leurs armatures. 

B, IB. Barreaux thermo-électriques. 
L, L. Lames formant armatures. 



en 1821 que la chaleur est susceptible de donner 
naissance à des courants dans des circuits métal- 
liques. Il souda un barreau de bismuth à une lame 
de cuivre, en composant ainsi un circuit fermé, En 
soumettant à l'action de la chaleur l'une des deux 
soudures, il reconnut que le circuit était parcouru 

par un courant élec- 
-. trique, assez intense 

pour dévier sensible- 
ment une aiguille ai- 
mantée. Œrsted pro- 
posa de désigner celle 
nouvelle espèce de 
courant sous le nom 
de courant thermo- 
électrique. On s'aper- 
çut bientôt que tous 
les métaux peuvent, à 
différents degrés, pro- 
duire des courants 
électriques sous l'ac- 
tion de lu chaleur. 

Peu de temps après 
la découverte de Sec- 
beck, Fourier et 
Œrsted s'efforcèrent 
d'obtenir une forte 
tension parla réunion 
de plusieurs barreaux 
de métaux différents. 
Us formèrent un circuit polygonal à l'aide de trois 
barreaux de bismuth, alternant avec trois barreaux 
d'antimoine , et placèrent une aiguille aimantée sur 
une pointe soutenue parmi des barreaux placé dans 
le méridien magnétique. En chauf- 
fant les soudures, de deux en deux, 
ils reconnurent que la déviation 
de l'aiguille aimantée était d'au- 
tant plus grande que le nombre 
des soudures chauffées était plus 
considérable. M. Douillet ne tarda 
pas à imaginer de nouvelles dispo- 
sitions, et plusieurs physiciens, 
d'autre part, apportèrent un grand 
nombre de faits à cette branche 
naissante de la physique. Mais les 
détails de ces travaux sont exposés 
dans les traités, et nous n'avons pas 
à y insister ici ; nous nous conten- 
terons de répéter encore une fois 
que ces piles thermo-électriques ne constituaient 
que des instruments de démonstration, qui ne pou- 
vaient être utilisés dans l'industrie, et que le mérite 
réel de la nouvelle invention de M. Clamond est 
d'avoir trouvé une application pratique à une par- 
tie de la physique qui attendait depuis longtemps 
des usages industriels. On voit une fois de plus par 
cet exemple que les travaux théoriques, dont on est 
quelquefois porté à ne pas bien saisir l'importance, 
sont presque toujours la source de quelque inven- 



22 



LA NATURE. 



tion vraiment utile. Sauf de rares exceptions, les 
merveilles de Ja science appliquée sont la consé- 
quence d'études spéculatives qui peuvent paraître 
infertiles à des esprits superficiels, mais qui ne tar- 
dent pas à attester leur fécondité par les découvertes 
qui s'en dégagent. 



LES LOGEMENTS ET LES HOPITAUX 

MILITAIRES. 

M. le baron Larrey a lu récemment à l'Académie 
des sciences une communication du plus haut in- 
térêt sur un nouveau système d'installation militaire 
dû à M. Tollet. « Ce système, dit l'honorable acadé- 
micien, a été imaginé en vue de la nouvelle loi sur 
l'armée qui exigera la construction de nouveaux ca- 
sernements pour 150,000 ou 200.000 hommes. 
11 y a donc là une question d'importance majeure 
pour l'hygiène des troupes dans le but de leur offrir 
le maximum des conditions de sulubritc, en n'exi- 
geant que le minimum des dépenses pour l'État. » 

Il est démontré aujourd'hui que le séjour des régi- 
ments dans les casernes des grandes vllies offre les 
plus graves inconvénients au point de vue de l'hy- 
giène. La statistique médicale le démontre, en met- 
tant en évidence un accroissement de mortalité des 
jeunes soldats dans les casernes. 

« On peut attribuer, en partie, dit M. Larrey, ces 
funestes effets à l'agglomération des hommes dans 
des casernements de haute construction, avec plu- 
sieurs étages superposés, dont les murs épais, les 
charpentes massives elles angles rentrants ou encoi- 
gnures, forment des amas de matières poreuses, don- 
nant accès à la pénétration de la poussière, au déve- 
loppement des miasmes, au dépôt de la vermine et 
au reluge des rongeurs. Ni les soins de la ventilation 
la mieux faite, ni les perfectionnements de ses plus 
ingénieux appareils ne parviennent, dans de telles 
conditions, à remplacer l'air vicié de l'intérieur 
par l'air pur du dehors. Ajoutons que les lavages à 
grande eau, usités trop souvent, sont à la fois nuisi- 
bles, dans de telles constructions, à la santé des hom- 
mes et à la conservation des bâtiments... 

« C'est à distance des centres de population que 
devraient être placés les grands logements militaires, 
sauf, bien entendu, ceux qui sont nécessaires à la 
sécurité des villes ouvertes. C'est à l'air pur de leur 
enceinte, et comme à la campagne, qu'il convien- 
drait d'établir ces casernements. Le problème à ré- 
soudre étant de représenter des édifices plus salu- 
bres, plus économiques et aussi durables que les 
casernes ordinaires, M. l'ingénieur Tollet a reconnu 
que les conditions exigibles à cet effet multiple se 
montrent réunies dans la forme de la construction et 
dans le choix des matériaux incombustibles et so- 
lides, quoique légers, offrant des surfaces dures et 
lisses, non susceptibles de se salpêtrer, de se fendre 
et de pourrir, comme on le voit ailleurs. 



« Ce système permet aussi de renouveler ou de 
déplacer, à peu de frais, le bâtiment composé d'ar- 
ceaux en fer et assujetti, à l'aide d'un ciment, par 
un remplissage en briques. Ces matériaux sont peu 
altérables, en raison de leur surface dure et lisse, 
ou sans aspérités, sans épaisseur de murs, sans mas- 
sif de maçonnerie et sans agent de destruction. De 
là des garanties de solidité durable et d'ineombusti- 
bilité relative, avec des avantages d'économie cer- 
taine pour la dépense première et pour les frais 
d'entretien. Les soins de propreté sont faciles dans 
toutes les parties de la construction, qui se prête 
aisément au lavage à grande eau, sans l'inconvé- 
nient de l'humidité du sol, comme dans les autres 
bâtiments militaires. La salubrité individuelle est 
toujours assurée pour chaque homme par un cubage 
d'air supérieur au minimum fixé par le règlement. 
C'est en comparant les différentes voûtes intérieures 
([lie l'inventeur en est venu à choisir la forme en 
ogive. La construction de ces bâtiments est caracté- 
risée par une ossature de nervures ogivales en fer 
double T, placées sur des plans verticaux, scellées 
dans une fondation de béton ou de moellon et reliées 
entre elles par un faîtage horizontal en 1er de même 
profil. L'espacement et la force des fers 6onl pro- 
portionnés à la portée de la construction. Le rem- 
plissage entre les nervures est en briques pleines ou 
tubulaires, d'une épaisseur variable, suivant le be- 
soin. Il pourra être fait en béton ou en pierre dans 
certaines localités. Le sol, élevé sur un soubasse- 
ment, est formé d'un dallage ou asphalte sur un 
massif de béton, posé lui-même sur un remblai en 
scories de forges ou sur un sable caillouteux. Les 
parois intérieures, tout à fait lisses, ne présentent 
aucun angle, aucune aspérité, de telle sorte qu'elles 
peuvent être renouvelées à peu de frais, avec la 
conservation intacte de l'ossature en fer. C'est sur- 
tout aux hôpitaux de l'armée que le système de 
M. Tollet semble convenir plus spécialement, et je 
pourrais en exposer les avantages, si j'avais à résu- 
mer ici les observations d'une longue expérience sur 
les inconvénients des hôpitaux à plusieurs étages. 

« Disons d'abord que les hôpitaux baraqués, bien 
construits et bien clos, sans étages supérieurs, of- 
frent, eu général, les conditions les plus réelles de 
salubrité, comme l'ont reconnu les médecins mili- 
taires qui se sont surtout occupés de l'hygiène des 

troupes Mais ces hôpitaux mêmes, si avantageux 

qu'ils puissent être, sont encore exposés au plus re- 
doutable des dangers, l'incendie. Or le système de 
M. Tollet tend à le prévenir, par le mode de con- 
struction des bâtiments, préservés du feu, ainsi que 
de l'infection et de la destruclibilité, inévitables dans 
les autres établissements hospitaliers. » 

M. le baron Larrey, après cet exposé que nous 
regrettons de ne pouvoir reproduire entièrement, 
apprend à l'Académie que les premiers essais du 
système de M. l'ingénieur Tollet ont déjà donné les 
résultats les plus satisfaisants, qui ont valu à l'in- 
venteur les approbations du Comité du génie et des 



LA NATURE. 



23 



fortifications. Nous ajouterons que l'autorité et la 
compétence dû M. Larrey sont encore un garant de 
l'utilité que le nouveau mode de construction mili- 
taire devra présenter pour le casernement des 
troupes. 



GARMTURE MÉTALLIQUE 

DES TIGES DK PISTONS DAKS LES MACHINES A VAPFXP., 

Notre gravure représente un système de garniture 
de tige die piston dont la disposition s'explique facile- 
ment d'elle-même. Ce système remplace, avec avan- 
tage, l'étoupe- qui est habituellement employée et 
qui offre l'inconvénient de nécessiter un renouvelle- 
ment très-fréquent. 




Nouveau système de garniture métallique de tige de piston 
dans les machines. 



La nouvelle invention a été appliquée en France 
à près d'un millier de machines à vapeur, et chaque 
jour ce système est employé pour les machines loco- 
mobilcs.de toutes sortes. Dans les marteaux de forge 
dont les tiges de piston usent très-vite leur rembour- 
rage, on s'en est surtout servi avec de grands avan- 
tages. Le rembourrage métallique À a la forme d'un 
double cône ; au moyen du ressort contourné B, qui 
se trouve au fond de la boîte, il est toujours en con- 
tact avec la tige du piston. 

Dans les machines à vapeur, ce rembourrage mé- 
tallique peut durer un an sans être détérioré et la 
dépense de l'entretien est insignifiante. Après ce laps 
de temps le métal peut être refondu. Quant au frot- 
tement il est bien moindre qu'avec n'importe quel 
autre système. Quant on s'en est servi pendant quel- 
ques jours, la verge du piston et le rembourrage 
deviennent plus lisses et plus polis. 

Ce nouvel appareil, très-simple et très-ingénieux, 
3st dû à un Anglais, M. Watteen de Middlesbrough. 



DE L'OUIE 

FONCTIONNEMENT ET MÉCANISME DE CET ORGANE 
D'APRÈS IIEIiMHOLTZ 1 . 

Dans la nouvelle édition de la Théorie plujsiolo- 
(jltfue de la musique, llelmliollz a complété et rec- 
tifié sur quelques points l'hypothèse si remarquable 
qui a jeté une si vive lumière sur le fonctionnement 
des organes de l'ouïe. 

Tous les phénomènes que nous connaissons sont le 
produit de mouvements vibratoires; aussi tous nos 
sens ont-ils pour mission de recueillir des vibrations, 
et d'en analyser toutes les circonstances. La façon 
dont le problème a été résolu pour l'oreille est extrê- 
mement intéressante. 

Nous allons essayer ici d'en donner une idée. 
La figure ci -contre représente uu schéma des 
trois parties essentielles dont se compose l'oreille. 

Supposez uu cornet dont le pavillon est formé par 
l'oreille externe, et le tube pur le conduit auditii'D ; 
un tambour ou caisse B, dont les membranes termi- 
nales communiquent l'une, le tympan ce, avec le 
conduit auditif, l'autre avec un appareil contourné 
en limaçon A, plein d'un liquide très-dense, et 
qu'on appelle i oreille interne. L'air extérieur, 
ébranlé par un mouvement périodique, entre en 
vibrations qui sont transmises à l'air renfermé dans 
le conduit auditif. A son tour il les communique à 
la membrane ce, qui ferme la caisse du tympan. Le 
conduit F] ou trompe d'Eustacke fait communiquer 
h caisse avec l'arrière-bouche ; il a pour mission de 
maintenir la pression de l'air de la caisse égale à la 
pression atmosphérique. 

La membrane du tympan vibre et entraîne dans 
son mouvement un système d'osselets très-ingé- 
nieusement combiné, le marteau, l'enclume et 
l'étrier. Ce dernier, tout à fait semblable à l'objet 
dont il porte le nom, enfonce et soulève alterna- 
tivement une membrane o (la fenêtre ovale) direc- 
tement en contact avec le liquide de l'oreille in- 
terne. Jusqu'ici on voit très-clairement comment les 
choses se passent; le liquide de l'oreille interne exé- 
cute des vibrations dont la durée est la même que celle 
des vibrations de l'air extérieur, et dont l'amplitude 
est proportionnelle. Mais ici commence le mystère. En 
premier lieu n'est-il pas surprenant que les vibrations 
d'une masse d'air aussi petite que celle renfermée 
dans le conduit auditif externe, transmises à une 
surface encore plus petite du liquide de l'oreille in- 
terne, puissent suffire à nous donner la perception 
de phénomènes extérieurs aussi compliqués. Si j'en- 
tends une musique militaire, par exemple, je perçois 
et je distingue non-seulement les sons émis par cha- 
cun des instruments, mais les bruits de la rue, le 
roulement des voitures, le bruit des passants qui 
marchent, crient ou parlent, etc., etc. L'oeil em- 

1 Théorie physiologique de la mus iq m e. — Paris, G. Musson. 



M 



LA NATURE. 



brasse aussi un ensemble de phénomènes très-com- 
plexes, mais il suffit de quelque attention pour recon- 
naître que cette perception est successive et non 
simultanée; le regard se transporte rapidement d'un 
point à un autre. Dans l'oreille, au contraire, rien de 
semblable. Pour se rendre compte du procédé très- 
vraisemblablement mis en usage par le sens de l'ouïe, 
il faut se reporter aux propriétés bien connues des 
mouvements oscillatoires et pendulaires. Tout le 
momie sait, pur exemple, qu'il suffit d'un très-petit 
effort, répété à intervalles égaux, pour mettre en mou- 
vement une escarpolette chargée de plusieurs per- 
sonnes ; pour ébranler à toute volée une cloche pesant 
plusieurs milliers de kilogrammes. C'est que l'escar- 
polette, la cloche, forment de véritables pendules qui, 
écartés do leur position d'équilibre, exécutent des 
oscillations isochrones. Sans les pertes de force dues 
au frottement sur les appuis, ces oscillations se pro- 
longeraient indéfiniment. L'impulsion, donnée à un 




l'oreille interne se trouve un grand nombre de fibres 
nerveuses dont les ébranlements correspondent à 
une impression déterminée pour chacune d'elles. Si 
le liquide vient à vibrer suivant une certaine période, 
toutes ces fibres, dont la durée d'oscillation correspond 
à cette période, entreront en mouvement, les autres 
resteront immobiles. On ressentira donc une combi- 
naison d'impressions déterminées pour une vibration 
donnée, différente pour toute autre. C'est de cette 
manière quTIclmholtz explique très-simplement la 

I perception des sons simultanés , des harmoniques, 
ia production des battements, des sous-résultanls, 

j enfin tout l'ensemble des phénomènes que nous con- 
naissons par le moyen de l'ouïe. 

Quand une hypothèse aussi simple rend compte 
d'une façon aussi complète d'un ou plusieurs faits 
physiques, elle offre déjà, par cela seul, une forte pro- 
babilité, mais cette probabilité devient beaucoup plus 
grande encore dans le cas actuel, parce que l'oreille 
interne renferme en assez grand nombre des orga- 
nes qui semblent disposés de manière à jouer le rôle 

A C E 



Sclu-ma des trois parties de l'oreille. 

moment particulier de leur course, peut compenser 
et au-delà cette perte, de façon à accroître l'ampli- 
tude, mais il faut que cette impulsion se répète à 
intervalles égaux, et agisse dans le même sens que la 
pesanteur, qui est ici la force motrice. Autrement, 
contrariant l'action du poids, elle arrêterait la mar- 
che du pendule, loin de l'accélérer. C'est une expé- 
rience que chacun peut répéter, notamment avec 
des pincettes. Il faut donc que l'intervalle de temps 
qui sépare deux impulsions consécutives soit égale à 
la durée d'oscillation propre du pendule, ou à un 
multiple entier de celle durée. Eh bien, supposons 
une série de pendules de différentes longueurs, ran- 
gés à la suite les uns des autres dans un même plan 
vertical. 

Imaginons qu'avec une tige rigide horizontale 
on frappe en même temps tous ces pendules 
dans un rhythme, une cadence déterminés. Tous 
ces pendules (iig. 2) AB, CD, EF, dont la durée 
d'oscillation sera égale à l'intervalle de temps qui 
sépare deux coups successifs ou à l'un de ses 
sous-multiples, se mettront en mouvement et y 
resteront. Les autres, dont l'oscillation sera à 
chaque instant contrariée, demeureront à peu près 
en repos. 11 en serait de même pour des cordes 
sonores qui ont aussi chacune une durée pro- 
pre d'oscillation. Supposez maintenant que dans 



Fig. 2. 

de ces libres vibrantes. Dans la première édition de 
son livre, Ilehnholtz avait cru pouvoir assigner ce 
rôle à des prolongements nerveux appelés Organes 
de Corli, en forme d'arcs. Dans les éditions subsé- 
quentes il a été obligé de renoncer à celte manière 
de voir, parce que Masse a prouvé que les libres de 
Corli manquent chez les oiseaux et les amphibies. 
Parmi les membranes que présente l'intérieur d'un 
limaçon, se trouve la membrana basilaris qui se dé- 
chire très-difficilement dans le sens de la longueur 
de ses fibres, tandis qu'elle cède très-facilement 
dans le sens perpendiculaire à cette longueur, 
Ilelmholtz a eu l'idée, très-plausible, de considérer 
les fibres de cette- membrane comme une série de 
cordes indépendantes juxtaposées. D'après les mesu- 
res exécutées par Hensen, la largeur de la mem- 
brana basilaris croît de l'une et l'autre extrémité 
dans le rapport de un à douze. Les variations de 
longueur des fibres tendent à confirmer l'hypo- 
thèse en question. 

De considérations théoriques et mathématiques 
trop longues à exposer ici, le traducteur, M. G.Gué- 
roult, a cru pouvoir induire que les libres de Corti 
joueraient le rôle d'étouffoirs, mais il présente lui- 
même cette supposition comme très-hasardée jus- 
qu'au jour où des expériences viendraient en confir- 
mer l'exactitude. C'est aux micrographes à reprendre 
la question et à la résoudre par Y examen comparé 
de l'appareil de l'audition, chez les divers animaux. 
Il est évident que les organes qui se représenteront 



LA MATURE. 



25 



partout seront les organes nécessaires au mécanisme 
de l'audition, tandis que les autres auront des utili- 
tés spéciales. 

Comme, très- vraisemblablement, il existe une rela- 
tion entre les facultés auditives et le diapason de la 
voix de chaque animal, la comparaison pièce à pièce 
des oreilles internes chez les animaux à voix grave et 
à voix aiguë, ne peut manquer d'être féconde en ré- 
sultats intéressants et nouveaux. 



U PRISE DU KRATON 

DANS LE HOYA.UME d'aGIIEEN 



Les Hollandais ont fini par venir à bout de la guerre 
contre le royaume d'Achecnou d'Àtchin, à Sumatra, 



où ils ont rencontré une résistance très- sérieuse. 
L'issue finale n'était pas douteuse, car la dernière 
victoire appartient toujours à la civilisation dans ses 
luttes contre la barbarie. Cette expédition ouvre a;} 
commerce universel et à la science un pays qui ne 
tardera pas à être exploré et exploité. 

Nous croyons intéressant de donner, sur la forte- 
resse dont la prise a terminé la guerre, quelques dé- 
tails de nature à fuirejuger l'état moral et intellectuel 
de ces singulières populations d'Acheen. 

Les Atchinois se prétendaient musulmans, c'est en 
cette qualité qu'ils se sont adressés au sultan de 
Stamboul, comme leur protecteur naturel. Mais la 
Porte ottomane n'a point osé risquer une guerre avec 
la Hollande, et les offres d'un protectorat ont été, 
comme on le sait, déclinées. 

L'islamisme des populations atcliinoises, comme 



y '-- 






: 





Superstitions dans le pays d'Acheen. — Cloche inagiqnc dans le bois du Kiaton. 



celui des musulmans de l'intérieur de l'Afrique, est 
fortement mélangé de superstitions locales, dont 
quelques-unes viennent du bouddhisme, et dont les 
autres sans doute, sont d'origine fétichiste. 

Dans l'intérieur du Kraton se trouve une espèce 
de bosquet planté d'arbres ; il est semblable au 
lucus on bois sacré des païens. Un de ces arbres porte 
une grande cloche attachée avec une chaîne de fer et 
destinée à éloigner les mauvais esprits. Nous avons 
reproduit, d'après des documents authentiques, cet 
objet bizarre. 

Au milieu d'une terrasse construite en forme d'au- 
tel s'élève un arbre gigantesque, dont la naissance 
doit remonter à une époque très-reculée. Il est pro- 
bablement antérieur au Kraton lui-même quoique 

1 Voy. la Table des matières de la 1" année : le Royaume 
i'Alchin, 



les murailles, hautes de 8 mètres et épaisses de 
5, aient déjà vu s'écouler un grand nombre de siè- 
cles depuis qu'elles ont été bâties. 

Ce géant végétal est aujourd'hui couronné par un 
drapeau néerlandais, qu'un matelot est parvenu à y 
arborer. 

Il possède au moins 12 mètres de diamètre à la 
base et une cinquantaine de mètres avant la naissance 
des premières branches qui doivent recouvrir près 
d'un quart d'hectare. L'effet de ce végétai est singu- 
lièrement imposant. 11 est merveilleusement encadré 
par la terrasse carrée qui l'entoure, et par l'escalier 
qui conduit au pied du tronc. 

La forteresse possède une disposition singulière 
dont nous devons dire quelques mots. Elle a été 
construite très-habilement au milieu d'un marais qui 
la rend d'une approche difficile. Dans l'intérieur du 



26 



LA NATURE. 



grand mur se trouve une seconde forteresse égale- 
ment de forme carrée, mais pour une raison incon- 
nue on n'a construit que trois côtés de ce second carré. 
La seconde fortification est d'environ un hectare et 
demi. Au centre se trouve le magasin à poudre, espèce 
de monument, de forme carrée, et susceptible d'être 
défendu avec succès. À côté l'on voit la maison du 
sultan, le harem de ce prince, et les tombeaux de ses 
ancêtres. Ces tombeaux, placés sous un monument 
ouvert, sont sculptés avec le plus grand soin. La 
tomhe du père du sultan régnant était décorée avec 
des draperies noires et cramoisies. 

Ces déi ails témoignent d'une civilisation entachée 
de superstitions locales. Mais l'usage que les Atchi- 
nois ont fait de leur artillerie montre combien, au 
point de vue militaire, ils étaient arriérés. 

La plupart des canons qui rendaient l'aspect de la 
forteresse formidable n'étaient destinés qu'à servir 
d'épouvantail, car ils étaient enchâssés dans la ma- 
çonnerie. On leur avait donné un angle invariable de 
55°. Les Hollandais n'ayant point envie d'établir une 
garnison dans une place forte si étrangement éloignée 
des principes de la fortification moderne, emploient 
des mines pour faire sauter les murailles et détruire 
tout ce nui peut rappeler la puissance des sultans. 



ROLE GEOLOGIQUE 

DES POUSSIÈRES ATMOSPHÉRIQUES 

On a beaucoup parlé, dans ces derniers temps, des 
poussières atmosphériques : nous croyons intéressant 
de rappeler à ce sujet les observations de M. Virlct 
d'Aoust, qui a constaté au Mexique la production par 
voie de sédimentation atmosphérique de couches 
assez épaisses pour qu'on les assimile sans hésitation 
à de véritables assises géologiques. 

Les couches en question, dont les caractères avaient 
longtemps étonné les observateurs, constituent un 
terrain argileux généralement jaunâtre, qui non- 
seulement enveloppe complètement quelques mon- 
tagnes isolées, mais encore l'orme les flancs et la base 
dos chaînes de montagnes les plus élevées du pays, 
telles que celle duPopocalepelt et de l'Orizaba. (l'est 
comme une sorte de revêtement qui s'élève jusqu'à 
5,800 mètres et atteint dans les parties basses une 
épaisseur de 60, 80 et même 100 mètres. 

En examinant ce dépôt, on trouve qu'au milieu 
d'une gangue homogène, il renferme tous les blocs 
et fragments détachés et roulés des montagnes qu'il 
recouvre, en sorte que, sur certains points, il semble 
constituer le ciment d'un conglomérat formé de dé- 
bris des roches sous-jacentes. C'est d'ailleurs un ter- 
rain assez meuble, et, quand viennent les pluies tor- 
rentielles de chaque année, elles le ravinent tres- 
aisément et y produisent en fort peu de temps des 
barratteas, sorte de coupures extrêmement profon- 
des où les grands arbres de la surface, à mesure qu'ils 



sont entraînés parles cboulcmcnts, vont s'engloutir 
avec les terres qui les accompagnent et que le torrent 
reporte bientôt vers la plaine sous forme d'alluvions 
fluviales. 

Tout d'abord, M. Virlet d'Aoust avait pensé, comme 
il le dit lui-même, que ce terrain était, comme celui 
de la plaine, formé par les alluvions pluviales résul- 
tant de la désagrégation séculaire des roches consti- 
tuant les montagnes qu'il recouvre. Mais bientôt, ce 
géologue s'aperçut que ce mode de formation ne 
pourrait rendre compte de l'espèce de calotte qui en- 
veloppe entièrement les sommets isolés de la plaine 
Quant à supposer qu'il aurait pu être soulevé en 
même temps que les chaînes elles-mêmes, cela n'est 
pas davantage admissible, puisqu'on y trouve des dé- 
bris de poteries et de bois carbonisés qui annoncent 
une origine postérieure, en partie du moins, à l'exis- 
tence de l'homme. 

Il paraissait donc bien difficile d'expliquer le mode 
de formation de ces couches singulières, et M. Virlct 
commençait à désespérer, lorsqu'il lui fut donné 
d'assister à un phénomène bien différent en appa- 
rence et lié cependant d'une manière intime à la 
question qui nous occupe. Il s'agit de trombes de 
poussière (rcmolerios de polvo) qui se produisent 
très-fréquemment à la fois sur un très -grand nombre 
de points de la plaine mexicaine. Ces trombes enlè- 
vent la poussière et la transportent en spirales très- 
déliées jusqu'à 500 et 600 mètres au moins de hau- 
teur moyenne. Bientôt ces trombes se résolvent d'un 
côté pendant qu'il en survient de nouvelles sur d'au- 
tres points et au résumé une quantité considérable de 
poussière reste en suspension dans les hautes régions 
; de l'atmosphère. L'air en est souvent obscurci et le 
' ciel en reçoit une teinte jaunâtre. 

Une fois cette poussière ainsi élevée, elle devient la 
proie des courants atmosphériques. Dans un pays 
où, comme au Mexique, il existe des crêtes monta- 
gneuses, ces courants reproduisent par leur jeu alter- 
natif celui des brises de terre et de mer qu'on observe 
sur les côtes. 

Pendant la moitié du jour la brise souffle de lu 
plaine vers la montagne, et elle est de sens inverse le 
reste du temps. De plus la crête montagneuse et boi- 
sée constitue, pour la brise de plaine, une barrière 
qui ralentit sa vitesse et détermine la chute des 
troubles qu'elle charrie; tout comme un barrage 
donne lieu dans une rivière au dépôt des limons en- 
traînés. Une fois tombée la poussière ne s'élève plus, 
les trombes n'ayant lieu que dans la plaine. 

Il y a donc là, comme on voit, un mécanisme très- 
remarquable ramenant sans cesse de la plaine à la 
montagne une partie des matériaux que les eaux 
courantes charrient au contraire de la montagne à la 
plaine. C'est un de ces cercles fermés, qui sont si nom- 
breux dans le domaine de la nature et qui ne manquent 
pas d'exciter l'intérêt de l'observateur philosophe. 

D'ailleurs, il faut remarquer que si, au Mexique, le 
phénomène des trombes de poussières contribue à 
rendre très-rapide la formation des terrains qu'on 



LA NATURE. 



27 



peut appeler aériens; sur d'autres points, l'action de 
certains vents régnants ne doit pas moins concourir 
à la production de dépôts analogues; et il est proba- 
ble que beaucoup de ces dépôts considérés jusqu'ici 
comme le résultat des seules alluvions pluviales, 
étudiés et examinés avec soin, seront rangés parmi 
les formations aériennes, ou tout au moins devront 
être considérés comme ayant une origine mixte, c'est- 
à-dire comme dérivant d'une sorte de collaboration 
des eaux courantes et des courants aériens. 

Il convient de rappeler à ce sujet que, dès 1845, 
M- Raulin, en examinant la terre végétale jaunâtre qui 
recouvre les plus hauts plateaux de marbre blanc de 
l'île de Crète, avait été amené à y voir le résultat d'un 
apport de poussières empruntées par les vents à des 
points situés aux altitudes intérieures. 

Cette conclusion, rapprochée des études nouvelles 
sur les poussières atmosphériques, prend une valeur 
particulière, et l'on peut espérer que des considé- 
rations de cette nature jetteront une lumière impré- 
vue sur quelques-uns des chapitres encore obscurs 
de la géologie. Stanislas Meunier. 



LES NOUVEAUX SYSTEMES 

DE TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRIQUE 

LE TÉLÉGRAPHE FRANÇAIS. LE SYSTÈME MORSE. 

l'appareil CASELLI. 

Les progrès de la télégraphie semblent vouloir 
lutter de vitesse avec le tluide merveilleux qu'elle 
met en œuvre. Nous avons formé le projet d'explorer 
ce vaste champ ; c'est une matière à surprises, digne 
d'exciter la curiosité. Nous commencerons par les 
appareils télégraphiques. Il faut qu'on nous accorde 
les préliminaires : 

1" L'électricité produite dans la pile voltaïque se 
propage avec une rapidité inouïe dans les conduc- 
teurs métalliques; 

2° Une aiguille aimantée librement suspendue, 
subit l'influence d'un courant électrique qui passe 
au-dessus d'elle ; 

3° Un fer à cheval, entouré d'une hélice isolée, 
traversée par le courant, s'aimante au passage de 
celui-ci, et attire une armature placée en regard ; 
ce système a reçu le nom d .électro-aimant. 

INous ne nous arrêterons pas aux premiers essais. 
Saluons au passage le télégraphe français, qui a 
servi de transition entre la transmission aérienne de 
Chappc et les systèmes modernes. Il s'agissait de 
tirer parti d'un personnel initié à la lecture des 
signaux anciens, formés comme on le sait, avec les 
diverses positions azimutales d'un bras mobile aux 
extrémités d'une longue tige. On ne pouvait faire 
mieux dans l'espèce que d'utiliser la déviation de 
l'aiguille aimantée placée au voisinage d'un courant 
électrique, afin de reproduire ainsi les combinaisons 
de l'alphabet Chappe. 

Plus tard, l'horlogerie s'est mise de la partie, elle 



a produit le télégraphe^ oadran, encore usité dans 
les installations secondaires. En deux mots, c'est une 
pendule dont le balancier est remplacé par l'arma- 
ture d'un électro-aimant ; qu'une série d'impulsions 
soit donnée à l'armature par des émissions succes- 
sives du flux électrique, l'aiguille de la pendule ré- 
pétera sur le cadran les phases d'arrêt et de mise en 
train opérées au départ. On conçoit aisément qu'une 
correspondance initiale établie entre la graduation du 
cadran de départ et de celui d'arrivée, permette au 
correspondant de lire, l'une après l'autre, toutes les 
lettres touchées par l'agent qui manipule à l'autre 
extrémité. 

Mais bientôt s'est produite une objection capitale. 
A une exploitation qui allait se mettre à la disposi- 
tion du public, il manquait un contrôle. Verba 
volant, dit l'adage ; on a songé bientôt à écrire ces 
signaux fugitifs. De celte préoccupation sont venus 
tous les appareils imprimeurs, les vrais appareils 
industriels. 

Le premier de tous, le roi, est encore le télégraphe 
Morse. Pour la simplicité il n'a pas dérivai : figurez- 
vous un alphabet composé avec deux sortes de si 
gnaux, des points et des traits, on si vous voulez, 
une musique dans laquelle on combine de toutes fa- 
çons la même note, tantôt longue, tantôt brève, vous 
aurez une idée de la production des signaux dans ce 
système. Ce qui le distingue, en effet, c'est moins la 
propriété fondamentale de l'impression, que le pro- 
cédé de langage. Imaginez-vous quelquechose de plus 
simple que l'expérience suivante : 

Vous êtes sur un chemin de fer, accidentellement 
airêté au delà d'une station ; un fil télégraphique 
dans lequel circule un courant permanent d'électri- 
cité est à votre portée, vous brisez ce fil, et en rap- 
prochant suivant une cadence déterminée les deux 
bouts de la cassure, vous entrez en conversation avec 
la station. Une manœuvre analogue du correspon- 
dant vous enverra par le même conducteur sa ré- 
ponse ; si vous avez pris la précaution de placer les 
deux bouts du fil sur votre langue, par la durée rela- 
tive des diverses sensations vous entendrez tout ce 
qu'il vous dira. 

Précisons pour indiquer comment est constitué le 
télégraphe Morse afin de produire l'impression. L'ar- 
mature de i'électro- aimant répète les phases de l'é- 
mission du courant au départ; si l'émission est 
courte, le contact de l'armature dure peu, au con- 
traire si l'émission est prolongée, le contact persiste 
autant qu'elle. Il n'en faut pas davantage pour écrire 
la dépêche. Une bande de papier entraînée dans un 
laminoir, passe sans la toucher, au-dessous d'une mo- 
lette garnie d'encre. Chaque mouvement de l'arma- 
ture a pour effet d'appuyer le papier contre la mo- 
lette, de là naissent des points ou des traits suivant 
la durée des contacts. En résumé, la transmission 
Morse se figure ainsi: 

TRANSMISSION MOUE 



28 



LA NATURE. 



Co type d'appareils se trouve aujourd'hui dans tous 
les pays, on peut 
même ajouter 
que là où l'in- 
struction pri- 
maire est en fa- 
veur, il fait par- 
tie du matériel 
scolaire. 

Nous passons à 
une autre variété 
inoins connue 
que nous décri- 
rons avec quel- 
que détail. Ce 
télégraphe est 

apte à reproduire Fig. 1.— Appareil Gaselli. — Détail de la feuille d'clain et de la feuille de papier c 

des dessins , et ^ stations corres- 

par suite le fac-similé de l'écriture, sous ?ette forme j pondantes aient des mouvements synchrones. Chaque 
il est dit autographi- 
(pie. Nous explique- 




une série d'arcs parallèles; le mouvement altcrnatil 

leur est transmis 
par le pendule F 
(fig. 2), au moyen 
du bras QQ' ; en 
même temps une 
vis leur donne un 
mouvement lent 
de translation 
suivant l'axe des 
surfaces cylindri- 
ques. 

Pour que le 
système fonc- 
tionne, ilfautqne 
les deux pen- 
dules F aux deux 
stations 



mimique. 



rons l'appareil Ca- 
selli qui est le pre- 
mier en date. 

Au déport, un sty- 
let de fer parcourt la 
surface d'une feuille 
d'étaiti sur laquelle 
la dépêche a été écrite 
avec une encre iso- 
lante. A l'arrivée, 
une autre pointe 
parcourt un papier 
qui a été imprégné 
d'une solution de 
cyanure jaune de 
potassium. Sous l'ac- 
tion du courant, la 
pointe forme sur le 
papier un cyanure 
double de fer et de 
potassium, qui est le 
bleu de Prusse. Une 
série de traces bleues 
reproduit dans son 
ensemble la dépêche 
originale. 

Aux deux stations 
la feuille d'étaiu et 
la feuille de papier 
chimique sont pla- 
cées sur une surface 
cylindrique. Ou voit 
sur la fig. 1 celte 
double disposition , 
chaque poste étant 
monté à la fois pour 




Fig. 2. — Vue d'ensenible de l'appareil Caselli. 



expédier et pour re 

cevoir. Les pointes i^m. wt upciee pur 

parcourent les surfaces cylindriques en décrivant | le pendule régulateur I3B' à la fin de chacune de ses 



pendule F a une 
masse assez considé- 
rable ; pour obtenir 
un bon réglage, on 
a recours à un petit 
pendule BB' repré- 
senté dans la fig. 7). 
Cet appareil reçoit 
le mouvement d'un 
mécanisme d'horlo- 
gerie à poids A, et 
vient frapper dans 
son oscillation une 
lame à ressort qu'on 
peut tendre à l'aide 
d'une vis D. 

Le pendule F se 
termine par une 
masse de fer qui os- 
cille entre les deux 
électro-aimants EF/. 
Ces électro-aimants 
sont animés par une 
pile locale dont le 
circuit est fermé par 
le pendule moteur 
lui-même un instant 
avant la lin de cha- 
que oscillation sim- 
ple. La masse de fer 
achève ainsi chacune 
de ses oscillations 
sous l'influence d'un 
électro-aimant qui la 
retient dans cette 
position extrême jus- 
qu'au moment où le 
circuit est rompu. 
Cette rupture du cir- 
cuit est opérée par 



LA NATURE. 



20 



doublas oscillations. Ainsi le moteur ne quitte jamais 
sa position extrême qu'au moment où le régulateur 
termine sa double oscillation. 

La 11 g. 5 montre la disposition des communica- 
tions électriques de l'appareil, nous n'entrerons pas 
dans le détail du tracé qui intéresse seulement les 
praticiens. Il nous reste à dire comment s'obtient le 
synchronisme. 11 s'agit de rendre parfaitement con- 
cordantes les oscillai ions des pendules régulateurs 
aux deux stations. A cet effet, le poste de départ 
se sert d'une feuille d'étain sur laquelle une ligne 
droite a été tracée à 
l'encre suivant une dus 
génératrices du pla- 
teau cylindrique. Cette 
ligne se reproduit à la 
station d'arrivée : si la 
ligne reproduite est 
parfaitement parallèle 
à l'axe du cylindre, on 
eu conclut que les 
mouvements sont ri- 
goureusement syuchro- 
niques. Si elle est obli- 
que, on agit sur la vis D 
du régulateur jusqu'à 
ce que la concordance 
soit établie. 

La marche de l'ap- 
pareil Casclli est très- 
simple en pratique ; il 
a été mis autrefois à la 
disposition du public 
sur la ligne de Paris à 
Lyon. Si son usage n'a 
pas reçu plus d'exten- 
sion, c'est qu'il dépasse 
en quelque sorte les 
besoins courants , le 
public paraît n'attacher 
qu'un intérêt médiocre 
à la reproduction au- 
tographique de l'écri- 
ture. Quant à l'envoi 
télégraphique de des- 
sins ou de ligures quel- 
conques , il ne peut être considéré que comme un 
cas tout à fait exceptionnel. 

L'appareil Caselli se prête à beaucoup de combi- 
naisons; nous citerons seulement, à titre d'expé- 
rience curieuse, lu reproduction télégraphique d'un 
dessin à plusieurs couleurs. La pointe de 1er animée 
par le courant donne avec le cyanure de potassium 
une teinte bleue. Quand on la remplace par une pointe 
de cuivre, on a une teinte rouge. On obtient avec 
d'autres métaux et d'autres dissolutions, des couleurs 
différentes. Si donc, à la station de départ on décoin- 
pose le dessin en plusieurs feuilles dont chacune 
porte les parties qui correspondent à une couleur 
déterminée, et si, à l'arrivée, on reçoit les transmis- 



sions successives sur un même papier, en ayant soin 
d'employer pour chacune d'elles la pointe et la dis- 
solution convenables, on reproduit le dessin à plu- 
sieurs couleurs. Cii. Bo^temps. 
— La suite prochainement. — 

CHRONIQUE 

Les criquets dévastateurs en Algérie. — Non* 

avons annoncé {p. 15) l'invasion des criquets dans notre 
;— «», colonie. Le Moniteur de 

V Algérie rions donne à ce 
sujet de curieux détails 
sur les efforts (jui ont été 
faits par la population pour 
combattre cette landwehr 
aérienne. 

« Malgré la quantité in- 
nombrable de ses enne- 
mis, l'homme n'a pas re- 
fusé la lutte, et jusqu'à 
deux heures de l'après- 
midi , la victoire est res- 
iée indécise. Pour les 
sauterelles, vivement sol- 
licitées par la verdure, la 
question était de s'abattre 
sur la pâture convoitée. 
L'homme, au contraire, 
avait comme objectif de 
les maintenir dans les ré- 
gions élevées où le venl 
pouvait les saisir et les 
entraîner vers d'autres 
contrées. Pour atteindre 
ce but , tous les moyens 
étaient mis en usage; feux 
d'herbes à demi sèches 
et charivaris indescrip- 
tibles, dans lesquels la 
voix, les cloches, les cas- 
serolles, les chaudrons, 
les bidons lançaient tour 
à tour ou simultanément 
leurs notes aiguës ou gra- 
ves. Hommes , femmes , 
enfants , personne ne 
manque dans les rangs; 
tous les autres travaux sont 
abandonnés. Comme nous l'avons dit plus haut, jusqu'à 
deux heures, on a pu croire que la victoire était à l'homme; 
la plupart des acridiens, effrayes par le tumulte, dérangés 
par le bruit, chassés par la fumée, se maintenaient à une 
hauteur convenable et si, parfois, des groupes s'abattaient, 
on parvenait assez facilement, en les pourchassant, à leur 
faire quitter le sol, avant qu'ils aient eu le temps d'en- 
dommager les plantes. Mourant de faim, mais poursuivies 
de tous côtés, ahuries, fatiguées, les phalanges ailées se 
décidèrent tout à coup à s'abattre en masse, coûte que 
coûte, et, au coucher du soleil, les champs et les arbres, 
de verts étaient devenus jaunes, disparaissant entièrement 
sous le corps des dévorants attachés à leurs flancs. La pre- 
mière journée était perdue pour l'homme ; l'ennemi dans 
la place, il devait se préparer à essayer de l'en chasser le 
lendemain au point du jow. Dans le silence de la nuit, ou 




Fi». 3. — Coupe de l'appareil Caselli. 



50 



LA NATURE. 



entendait, hier, un bruit énorme et continu, causé sans 
doute par des milliards de mâchoires se livrant au travail de 
la mastication. Aujourd'hui, au lever du soleil, toutes les 
sommités des arbres étaient dévorées, des pieds de pommes 
de terre fauchés à leur base comme si une faux mal aigui- 
sée y eûî passé . La bataille a immédiatement recommencé ; 
mais les sauterelles paraissent peu disposées à quitter 
leurs positions. On sent que le moment de la ponte appro- 
che, et beaucoup choisissent de préférence pour se reposer 
les terres nues où il leur sera possible de déposer leurs 
œufs. Dans quelques jours il faudra de nouveau engager la 
lutte avec les ennemis qui vont éclore. Le courage ne man- 
quera pas plus à nos colons dans cette dernière épreuve que 
dans la première. » 

Ascension aérostatique an-dessus de la mer 

Noire. —Le 19 avril 1874, à 3 h. 40m. du soir, le ballon 
le Jules-Favre a quitté Odessa en marchant vers le N.-E. 
Il était sous le commandement de M. Bunelle , qui 
avait à son bord M. Thomas, ingénieur français, établi à 
Odessa, et M. Wolkoif. A mesure que l'aérostat s'élevait, la 
couche d'air dans laquelle il entrait prenait une direction 
plus accentuée vers le sud, de sorte que les passagers ne 
tardèrent point à se trouver en pleine mer. Mais il ne leur 
était pas difficile de s'apercevoir à l'allure des bâtiments, 
qui couraient grand largue pour entrer à Odessa, que le 
vent inférieur continuait à pousser vers la terre. Aussi 
sans se laisser entraîner parce contre-temps, se laissèrent- 
ils conduire à 2i> kilomètres du rivage avant de songer à 
se rapprocher. L'aérostat planait alors à 2,500 mètres. Le 
tourant inférieur commença à saisir de nouveau l'aérostat 
quand il ne fut plus qu'à une altitude de 2,000 mètres, et à 
4 h. 45 m. seulement le ballon regagnait la terre après 
avoir parcouru 71 kilomètres en mer- A 6 h. 35 m. les 
aéronautes sortaient de la nacelle après avoir encore par- 
couru 82 kilomètres. Le vent, qui avait fraîchi, faisait alors 
50 kilomètres à l'heure. 

Avant de s'arrêter le ballon eut à franchir trois fils télé- 
graphiques qui lui barraient la route. Mais un sac de lcsl 
suffit pour surmonter l'obstacle. Le bout du guide-rope, en 
touchant les fils de fer, leur fit rendre un son musical très- 
intense; c'était un gigantesque coup d'archet que le Jules- 
Favre venait do donner à une corde de 100 mètres de 
longueur. 

Celte belle ascension montre une fois de plus les im 
inenses ressources que les aéronautes peuvent trouver par- 
fois dans les courants aériens superposés, pour obtenir en 
quelque sorto un véritable moyen de 8e diriger. 

Xouvelles caverne§ à ossements. — En An- 
gleterre des cavernes à ossements ont été récemment dé- 
couvertes sur les bords de la rivière de Wye, dans le 
comté de Worcester. On n'en donne pas le nombre exact, 
mais on suppose qu'elles ne sont pas moins de 12 à 20. 
Dans la dernière séance de la Société des sciences de ce 
comté, le président a lu un rapport sur la visite qu'il a 
faite dans ces cavernes en compagnie du docteur Carpen- 
tcr. Trois des cavernes ont été seules visitées. Dans l'une 
d'elles on a trouvé deux crânes humains, avec des mon- 
naies et des ornements de la période romano -britannique. 
Après avoir écarfé la terre qui les recouvre, on a rencon- 
tré une couche solide de pierre, si épaisse et si dure, qu'il 
a fallu la faire sauter avec de la poudre. A la suite, on a 
trouvé des ossements provenant tous d'un seul et même 
animal, i'ours des cavernes. Puis ensuite une nouvelle 
couche de pierre qu'il a fallu faire sauter; après quoi ont 
apparu des os fossiles d'espèces d'animaux disparus, les 



restes merveilleusement conservés d'un mammouth, 1rs 
os d'un rhinocéros complet, les débris de lions des ca- 
vernes, d'ours des cavernes, ainsi qu'un grand nombre 
de restes d'hyènes. La Société songe à acquérir l'une du 
ces grottes du propriétaire actuel. 



BIBLIOGRAPHIE 

Le Livre de la Nature, par Frédéric Scikelder, traduit de 
l'allemand par Adolphe Schëi.er. — 2 volumes in-8°. Paris, 
C. Ileinwald et G*, 1872-1874. 

Cet ouvrage est depuis longtemps célèbre en Allemagne, 
où il a rendu à l'instruction populaire des services impor- 
tants; nous sommes heureux de signalera nos lecteurs 
l'édition française que publie la librairie Ileinwald. L'œu- 
vre de Schneider a ce mérite incomparable d'être facile- 
ment accessible à tout le monde, et de présenter un ta- 
bleau fidèle quoique succinct, des sciences physiques et 
naturelles qui comprennent l'ensemble de l'univers. Le 
Livre de la Nature est de ces ouvrages de vulgarisation 
qui doit trouver sa place dans toutes les écoles et dans 
toutes les bibliothèques de l'enseignement. 

Spectres lumineux. — Spectres prismatiques et en lon- 
gueurs d'ondes, destinés aux recherches de chimie mi- 
nérale, par M. Lecoq de Boisbaudhan. 1 vol. in- 8", texte, 
accompagné d'un atlas de planches. — Paris, Gautbier- 
Villars. 1874. 

Nous félicitons l'auteur de ce bel ouvrage d'avoir entre- 
pris la tâche de faciliter aux chimistes l'usage du spec- 
troscope. Cet instrument joue un grand rôle dans la prati- 
que, du laboratoire, et ses applications à l'analyse sont 
appelées à se multiplier de jour en jour. Mais il était jus- 
qu'ici difficile de s'initier au maniement du spectroscope, 
et M. Lecocq de Boisbaudran rend un grand service aux 
savants en mettant entre leurs mains un véritable traité 
pratique, où ils trouveront des indications précieuses sur le 
choix des instruments, sur les manipulations qu'ils néces- 
sitent, en même temps que des figures représentant fidèle- 
ment toutes les physionomies des spectres, et formant 
ainsi un guide pour les essais. 

CORRESPONDANCE 

APPAREIL DEiTIHÉ A PRÉSERVER LES VIGNES DE Là GELÉE 

L'époque des gelées est passée; mais il ne nous semble 
pas moins intéressant de donner quelques détails sur des 
expériences qui ont été exécutées, celte année, avec un 
succès complet. M. Le Breton a bien voulu nous donner le 
détail de l'appareil très-simple qui a protégé ses vign<;s et 
qui, d'après lui, peut être facilement construit par les vi- 
gnerons. Cet appareil consiste en un véritable parasol, 
formé par une poignée de paille, attachée convenablement 
à l'extrémité d'un échulas. La paille, fixée à la partie su- 
périeure du bâton, se redresse d'elle-même sous l'influence 
atmosphérique et forme un abri très-suffisant pour empê- 
cher le rayonnement nocturne. Quand les gelées ne sont 
plus à craindre, un anneau métallique sert à rabattre la 
paille contre l'échalas, à la façon des ombrelles. Ce sys- 
tème est évidemment facile a établir à peu de frais. 



LA NATURE. 



31 



ACADEMIE DES SCIENCES 

Séance du 8 juin 1874. — Présidence de M. Bertrand. 

M. Roulin.— L'Académie vient de faire une perte très- 
considérable dans h personne de M. Roulin, académicien 
libre, qui a succombé vendredi dernier, après une très- 
courte maladie. Fidèle jusqu'au bout à ses habitudes de 
sitriplicilé cl de modestie peut-être excessives, le défunt a 
demandé qu'aucune députation n'assistât à ses obsèques, 
et qu'aucun discours n'y fût prononcé. L'érudition de 
M. Roulin était à toute épreuve; personne ne connaissait 
aussi bien que lui les richesses de lu bibliothèque de 
l'Institut et il suffisait de causer un instant a\ec lui 
pour savoir le fort et le faible d'une question quelcon- 
que. Il débuta en 1822 par un grand voyage dans le% An- 
des, fait de concert avec M. Roussingaultet M. Rivero. Na- 
turaliste éraineut, il rapporta de précieuses notes, qu'il se 
pressa si peu de, publier qu'aujourd'hui un seul volume en 
a été offert nu public, sous le titre d'Histoire naturelle et 
souvenirs de voyage, volume dont le succès a été très- 
distingué. Un autre ouvrage est tout prêt et paraîtra sans 
doute avant longtemps. M. Roulin a contribué beaucoup à 
la création des Comptes rendus de l'Académie des scien- 
ces. Un peu après 1850 il publia régulièrement, dans le 
Temps, un résumé de chaque séance académique et T inté- 
rêt de ses articles fit généralement exprimer le désir que 
l'Académie se chargeât elle-même d'une semblable publi- 
cation. C'est en 1855 que le premier numéro des Comptes 
rendus parut. Arago et Flourens, alors secrétaires perpé- 
tuels, les dirigèrent, mais M. Roulin leur fut attaché et 
c'est sous sa surveillance qu'ils parurent jusque dans ces 
derniers temps ; tous les numéros furent corrigés de sa 
main. Comme M. Decaisne l'a rappelé, on doit à M. Roulin 
d'importantes recherches sur le maïs ; il étudia aussi la 
maladie que cette plante détermine chez les animaux qui 
s'en nourrissent et dont le symptôme le plus frappant con- 
siste daus la chute des ongles. 

Élections de correspondant. — Vingt-cinq suffrages 
appellent M. le docteur Tholozan à une place de correspon- 
dant, dans la section de médecine et de chirurgie; 13 voix 
se répartissent sur d'autres candidats. 

La mort de Gustave Rose avait laissé vacante une place 
de correspondant dans la section de minéralogie. Les vo- 
tants étant au nombre de 39, M. Suider réunit l'unanimité 
des suffrages. 

Le phylloxéra condamné au suicide. — On pourra sou- 
rireen voyant ce titre ; mais je préviens qu'il s'agit ici d'une 
condamnation tout à fait sérieuse. — Comment d'ailleurs 
en douterait-on puisque le juge qui prononce le verdict n'est 
autre que M. Dumas. L'idée que l'illustre secrétaire perpé- 
tuel développe aujourd'hui est une de celles qui séduisent 
à première vue par leur simplicité et leur élégance ; reste 
à savoir si la pratique la sanctionnera, mais l'attente, sur 
ce point, ne saurait être bien longue. 

Voici de quoi il s'agit : 

Parmi les innombrables recettes proposées pour venir à 
bout du phylloxéra, on remarque surtout le sulfure de car- 
bone, qui joint à une grande vertu toxique la propriété de 
donner une vapeur très-lourde apte, par conséquent, à pé- 
nétrer rapidement dans les fissures du sol. Aussi, d'après 
les indications de M. PaulThénard, a-t-on fait une grande 
consommation de sulfure de carbone, versé au pied des 



vignes, à raison de 150 grammes en moyenne par ceps. 
Que les phylloxéras aient été tués sur les racines ainsi 
traitées, voilà qui ne saurait faire de doute ; mais, dans 
beaucoup de cas, au moins, la plantesoumise à la médica- 
tion partagerait le sort de son parasite. 

Or, il ressort des expériences de M. Dumas que ce ré- 
sultat néfaste est dû à la trop grande quantité de sulfure 
de carbone qui, à dose moins forte, n'est point nuisible à 
la vigne. Seulement si la dose est moins forte, la mort du 
phylloxéra n'est plus instantanée et la forte tension du 
liquide le faisant évaporer promptement et disparaître, 
l'insecte revient bientôt à la vie et recommence f-es rava- 
ges. Comme on ne peut revenir sans cesse pour donner 
au même ceps de petites quantités du poison, le problème 
consiste à trouver un corps qui ne dégage celui-ci que 
peu à peu. C'est ici que je réclame toute votre attention. 

Lesulfo-carbonate de potasse est un magnifique sel très- 
déliquescent et dont la solution peut sans inconvénient 
être épandue sur les champs; il n'est point vénéneux et 
ne répand même aucune odeur ; on peut donc le transpor- 
ter partout et le confier à toutes les mains. Mais, sous l'in- 
fluence des acides, il se décompose et dégage au fur et à 
mesure de son altération de l'hydrogène sulfuré et du sul- 
fure de carbone, c'est-à-dire les deux corps les plus anli- 
phylloxériques que l'on connaisse. En même temps l'acide 
employé détermine la formation d'un sel de potasse dont 
la vigne fait ses choux gras, suivant une expression aussi 
énergique que peu distinguée. 

Voilà qui va tout seul. Mais quel acide prendra-t-on 
pour réaliser cette heureuse décomposition? ■ — (Écoulez 
bien) : l'acide carbonique. — Et qui le fournira cet acide 
carbonique? — Que toutes les respirations se suspen- 
dent ! C'est celle (la respiration) du phylloxéra! — 

Oui, messieurs, le phylloxéra, obligé, pour vivre, d'expirer 
de l'acide carbonique, décomposera par ce fait lesulfo-car- 
bonate dépotasse dont le sol sera imprégné : il procurera 
ainsi à la vigne du carbonate de potasse dont la faculté 
fertilisante est bien connue ; et du même coup il s'admi- 
nistrera à lui-même, à petite dose, le sulfure de carbone 
dont il mourra... à moins que, nouveau Mithridalc, il nu 
s'accoutume à ce régime et n'y puise des forces nou- 
velles. 

Cette dernière perspective, d'ailleurs peu probable, étant 
mise de côté, vous voyez que le procédé de M. Dumas 
réunit tous les avantages, y compris celui de justifier le 
titre de ce paragraphe et d'ouvrir à la fabrication jusqu'ici 
languissante des sulfo-carbouales des horizons absolument 
nouveaux. 

Patriotisme corse... et corsé. — On peut juger de 
l'impression désagréable des vignerons de la Corse en ap- 
prenant qu'un cépage de l'île vient d'être envahi par le 
phylloxéra. Le préfet voulant couper court au mal, appelle 
le propriétaire du susdit cépage et lui offre de larges in- 
demnités eu échange de la destruction immédiate des pieds 
infectés. L'aimable administré repousse toutes les avances 
et, modifiant quelque peu la réponse d'Ilippocrate à l'am- 
bassadeur d'Artaxcrcès, il déclare que, puisqu'il est envahi, 
il lui semble tout naturel que la Corse entière partage son 
sort. On recourt à dos jurisconsultes et l'on découvre qu'il 
n'existe aucun mojen de contraindre ce généreux citoyen; 
la seule ressource de l'autorité est de proposer dans peu 
do jours un projet de loi à l'Assemblée nationale • et il y 
a des gens qui disent que la France ne jouit pas de la 
liberté la plus effrénée ! Ils conviendront qu'en Corse le 
phylloxéra a celle de se propager. — C'est M. Bouley qui 



3-2 



LA NATURE. 



a raconté celte anecdote, après laquelle l'Académie s'est 
formée en comité secret... Chut!... 

Stanislas Meoier. 



L'ÉCHASSE 

Si jamais animal a été bien nommé, c'est l'oiseau 
que nous allons décrire rapidement et que l'on voit 
à cette époque de l'année visiter les plages de nos 
mers et les bords de nos grands étangs ou de nos 
marécages. Essentiellement échassier, cet oiseau ne 
vit que de vermisseaux et larves aquatiques qu'd 



bêche avec son bec dans les vases; niais comme ce 
bec n'est qu'une fois et demie plus long que sa tète, 
il Jui faut entrer dans l'eau, ce qu'il fait aisément 
au moyen de ses grandes jambes. Combien de fois 
n'avons-nous pas admiré l'ensemble avec lequel une 
petite famille de ces oiseaux — car ils ne marchent 
jamais en troupe — entrent de front dans la mer, 
sans s'inquiéter de la vague qui venait mourir tout 
doucement autour de lsurs longues échasses. 

L'usage exact des longs becs mous de tous ces oi- 
seaux voisins de la bécasse n'est pas encore déter- 
miné d'une manière bien spéciale, mais il est impos- 
sible qu'il ne réside pas vers l'extrémité unsenspar- 







L'Echasse à manteau noir 



ticulier de tact ou d'odorat. Sans cela, il est difficile 
de comprendre comment l'animal récolterait sa nour- 
riture. Que les Lamellirostres , comme le Harle, le 
Canard, puisant l'eau dans la cuiller de leur bec plat 
et laissant passer le liquide entre les lamelles, récol- 
tent au hasard ce qui s'y trouve de solide, la chance 
est encore pour eux tant est grande la masse d'ani- 
malcules qui habitent les parties marécageuses, 
mais, qu'avec son bec en épingle, l'Échasse attende 
de saisir une proie au hasard, cela n'est pas admis- 
sible. 

Les mouvements de l'Échasse sont bizarres, un 
peu anguleux et saccadés ; elle ne marche qu'à 
petits pas ; tantôt elle s'avance avec gravité, tantôt 
elle tourne brusquement sur elle-même ; on la voit 
d'ailleurs de très-loin avec son ventre blanc et son 
manteau noir. De plus près, elle a l'œil rouge, les 
pieds aussi. Quand elle s'envole, elle prend une po- 
sition disgracieuse, laissant pendre ses jambes dont 
elle ne soit que f;iirc et ouvrant de grandes ailes 



démesurées qui, cependant, ne lui donne pas un 
vol très-rapide. 

Peu nombreuse en espèces, puisqu'on n'en con- 
naît que sept sur notre globe, cette petite famille est 
parfaitement caractérisée. En France, l'Échasse niche 
dans le Midi, près du Rhône, à peu près tous les ans, 
et souvent dans les autres parties du territoire. Elle 
fait son nid sur les ilôts dans les marais salants, dans 
les étangs, et y pond 5 ou 4 œufs, brun verdàtre, ta- 
chés de gris et de noir, rappelant un peu les œufs 
du Vanneau. En somme, peu nombreuse partout, 
cette espèce est de mœurs douces et tout à fait in- 
offensives. 

L'Échasse à manteau noir, dont nous donnons la 
ligure, se trouve en Asie, en Afrique, en Amérique, 
aussi bien qu'en Europe. II. de la. Iîlanchère. 

Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. 
I'.oqbkil. — ïyp. et stér. (le Ciietk 



N* 5 5. — 20 JUIN 18 74. 



LA NATURE. 



33 



CHUMAH ET SI SA 

Les deux gravures que nous plaçons sous les yeux 
de nos lecteurs nous semblent offrir un double inté- 
rêt; elles reproduisent fidèlement, d'après des pho- 
tographies, les types de certaines peuplades de l'A- 
frique, qui ne sont pas toujours grossières comme on 
le croit généralement ; elles nous donnent en outre 
l'image des deux serviteurs les plus dévoués de Li- 
vingstone, de deux amis de l'illustre explorateur. Ces 
deux nègres, à la figure énergique et expressive, 
viennent d'arriver à Londres, où ils sont l'objet de la 
curiosité générale. Chumah, encore tout enfant, fut 
arraché par Livingstone d'entre les mains de mar- 



chands d'esclaves qui le menaient à la côte ; il s'at- 
tacha désormais au grand voyageur anglais, et lui 
voua une reconnaissance éternelle. Pendant dix an- 
nées consécutives il suivit tous les pas de Livingstone 
dont il partagea les fatigues et les infortunes, il tra- 
versa des milliers de kilomètres, à travers des déserts, 
des marécages et des régions brûlantes, pour arriver 
seul à Unyanyenibe, où il annonça la mort de son 
maître, où il dit que ses compagnons étaient res- 
tés sur les bords du lac Bomba, pour garder le corps 
de l'explorateur. Susa était aussi un des favoris de 
Livingstone, dont il recueillit le dernier soupir. Ces 
deux hommes ont fini par apprendre l'anglais, au 
contact de leur maître, ils ont même aujourd'hui 
une certaine éducation; ce sont eux qui reçurent les 





Chumah et Susa, les deux serviteurs de Livingstone, récemment arrivas à l.i-njr.s. (D'après des photographies. ) 



premiers M. Stanley à son arrivée à Ujiji. Celui-ci 
raconte dans ses impressions de voyage combien son 
étonnement fut profond quand il aperçut, au milieu 
des indigènes attirés par sa présence, un grand nègre, 
qui s'écria: « Good morning, sir! » C'était Susa « à 
la figure du plus beau noir, dit M. Stanley; homme 
robuste et d'aspect joyeux, portant une longue robe 
blanche, et coiffé d'un turbau de calicot, un morceau 
de mérikani, autour de sa tète laineuse. » 

« Qui diable êtes-vous? demanda M. Stanley. — 
Je m'appelle Susa, le domestique du docteur Living- 
stone, dit-il avec un sourire qui découvrit une double 
rangée de dents éclatantes. — Le docteur est ici? — 
Oui, monsieur. — Dans le village? — Oui, monsieur. 

— En êtes-vous bien sûr? — Très-sûr, je le quitte à 
l'instant même. — Good morning, sir, dit une autre 
voix. — Encore un ! m'écriai-je ! — Oui, monsieur. 

— Voire nom? — Chumah. — Le docteur va bien? 

î° JDDCC 2 KUItllft. 



— Non, monsieur. — Où a-t-il été pendant si long- 
temps? — Dans le Manyéua. — Susa, allez prévenir 
le docteur. — Oui, monsieur. s Et il partit comme 
la flèche. 

« Nous étions encore à deux cents pas du village, 
ajoute M. Stanley, la multitude nous empêchait d'a- 
vancer. Des Arabes et des Vouangouana écartaient 
les indigènes jiour venir me saluer.... Su?a revint 
bientôt, toujours courant, me priant de lui dire com- 
ment on m'appelait. Le docteur ne voulant pas lu 
croire, lui avait demandé mon nom, et il n'avait su 
que répondre... » 

Chumah et Susa sont actuellement interrogés par 
des membres de la Société géographique de Londres 
et ils ont déjà fourni de très -précieux renseignements 
sur l'histoire des explorations entreprises par Living- 
stone. Ces deux serviteurs du voyageur anglais tout 
preuved'une grande intelligence, et ilscontribueron' \ 



34 



LA NATURE. 



éclairer quelques points encore indécis des expéditions 
récentes de l'Afrique centrale. La vue de Londres lésa 
remplis d'étonnement ; ils ne se doutaient pas qu'il 
put exister, sur la terre, une telle agglomération 
humaine se mouvant sur un si petit espace. La mort 
de Livingstone leur a causé un chagrin profond, dont 
ils aiment à dire qu'ils ne se consoleront jamais. 

Gaston Tissahdier. 



L'ÉCLIPSÉ DE SOLEIL EN AFRIQUE 

10 AVRIL 187 4 

La grande phase de cette belle éclipse totale a été 
visible le long d'une ligne traversant l'Afrique cen- 
trale, à environ 500 kilomètres au-dessus du Cap, et 
s'étendant depuis Port Nolloth, sur lu cote occiden- 
tale, jusqu'à O'okiep, sur la côte orientale. Ces deux 
points extrêmes sont situés à une distance de d'20 
kilomètres seulement. 

L'ubservatiun a eu lieu à Klipfuntein, point situé 
sur une montagne de 650 mètres, à peu près à égale 
distance de ces deux stations extrêmes, (i'est en cet 
endroit que M. Stone, instruit par l' expérience de la 
dernière éclipse indienne, établit son observatoire. 
Bien lui en prit, car tous les autres points de la côte 
restèrent plongés dans l'ombre, des nuages s'élevant 
à une altitude moindre. 

V Argus du Cap, du 25 avril, renferme sur les 
phénomènes spectroscopiques et sur l'aspect physique 
une lettre des plus intéressantes. 

Les flammes colorées en rose s'étendaient dans ' 
presque toutes les directions autour delà lune, mais ' 
à différentes hauteurs. Quant à la couronne, elle j 
parut beaucoup moins compliquée que dans les 
éclipses ordinaires, ce qui semble, en effet, tenir à 
l'extrême pureté de l'air. Une ascension à grande 
hauteur permettrait infailliblement de confirmer l'o- 
pinion de M. Stone et de séparer du phénomène coro- 
nal tout ce qui n'appartient point au soleil. 

Pendant que l'éclipsé augmentait, M. Stone exa- 
minait avec le plus grand soin les parties du disque 
solaire que le limbe allait recouvrir. Il lui fut im- 
possible de discerner l'apparition d'une ligne noire 
d'absorption, due à la présence d'une atmosphère 
lunaire. Aussitôt que le dernier point du disque 
eut disparu» il vit le champ couvert de lignes bril- 
lantes, produites par le renversement des lignes de 
Fraunhofer. Mais, à peine avait-il commencé à comp- 
ter les raies lumineuses, qu'il vit apparaître les lignes 
caractéristiques de l'hydrogène, en même temps que 
les raies lumineuses disparaissaient. La vision était 
troublée par l'interpositiori de protubérances rosacées, 
dont le spectre caractéristique a été déterminé. 

Les raies lumineuses provenant de l'inversion du 
spectre ordinaire ont reparu aussitôt que M. Stone 
se mit à viser la portion de la couronne située à l'ex- 
térieur des protubérances. 
Cependant la lumière des raies brillantes prove- 



nant d'un spectre dépourvu d'intensité était peu 
intense. On discernait très-bien des raies bril- 
lantes, placées dans la partie verte, et qui, suivant 
M. Stone, n'appartiennent point à l'inversion des 
raies de Fraunhofer. L'habile astronome eut le temps 
de rapporter cette raie verte aux lignes connues de 
Fraunhofer 1 . Ce n'est pas sans un peu de honte 
pour l'Angleterre que nous devons ajouter que le 
voyage de M. Stone a eu lieu à ses frais. Le gouver- 
nement colonial ne lui a encore volé aucune subven- 
tion. Toutes les observations astronomiques, météo- 
rologiques et magnétiques ont eu lieu à ses frais ! 
Rapprochons cette conduite sordide du zèle avec 
lequel l'Académie des scietices trouva le moyen d'en- 
voyer M. Jansson en Afrique, pendant les horreurs du 
siège deParis,ct nous sentirons, sinon un sentiment 
de fierté, du moins de légitime consolation. 

L'indifférence des civilisés est plus blâmable peut- 
être que la terreur des pauvres indigènes, qui inter- 
rompirent brusquement leurs travaux, en criant les 
uns aux autres : Le soleil est mourant, le soleil est 
mort! 

Dans le Natal, les Zulus, qui sont payés à la jour- 
née, demandèrent double gage, prétendant non sans 
raison qu'il y avait eu deux journées distinctes, sé- 
parées par une courte nuit. 

La ligne de l'éclipsé traversait les placcrs de dia- 
mants. Un propriétaire, aussi habile que Christophe 
Colomb lors de son éclipse de lune, avertit ses ou- 
vriers qu'il arriverait malheur au soleil, si on ne lui 
fournissait pas une pierre assez grosse. Les pauvres 
diables apportèrent au maître du placer un diamant 
de 45 carats pour la rançon de l'astre. Mais en l'em- 
pochant le rusé compère dit que le diamant n'était 
pas de grosseur suffisante, que le malade n'aurait 
pas cependant à en mourir, et qu'on n'avait pas be- 
soin d'être inquiet sur son compte. 

Le lendemain de l'éclipsé totale du 16 avril, un 
violent orage, venant du sud-ouest, a éclaté à Pctcr- 
Marilzburg, dans la colonie de Natal. Un nuage noir 
qui a grandi très-rapidement, portait dans ses flancs 
des masses de glaces qui se sont précipitées avec 
une indomptable furie sur le sol. On a ramené des 
grêlons de 200 grammes, et de véritables stalactites 
formées par de Peau concret ionnée sous une forme 
bizarre. On estime à plus d'un demi-million de francs 
les dégâts produits par cette grêle d'une espèce si 



singulière. 



>0< 



LES RECENTS MODELES 

D'ARMES A FEU DE L'INFANTERIE 

On sait que, de nos jours surtout, les recherchos 
sur les perfectionnements à introduire dans la cou- 

1 II vit aussi deux raies faibles qui lui paru iv tu nouvelle!-, 
mais d'une intensité moindre. Il eut le temps cependant d'ex- 
plorer tout le spectre depuis la partie rouge jusqu'à la partie 
violette» 



LA NATURE. 



35 



struction désarmes à feu sont actives et incessantes. 
Mais les modifications qui en sont la suite ne peu- 
vent avoir lieu que progressivement. Il en résulte que 
le nombre des modèles encore en usage chez les di- 
verses puissances est assez grand pour que nous ne 
puissions pas nous arrêter un seul instant à l'idée de 
les décrire tous. Nous voulons seulement présenter 
aux lecteurs les modèles les plus importants et les 
plus nouveaux de chaque nation. 

D'après cela, on doit également présumer que le 
lableau de l'armement des puissances européennes 
ne sera vrai que pendant une période assez courte. 
Cependant il est à croire que d'ici à quelques an- 
nées, les changements ne seront pas considérables à 
ce point d'amener la suppression des types reconnus 
aujourd'hui comme les meilleurs. Kous pensons que 
ces changements ne devront consister qu'en emprunts 
réciproques, ou qu'en l'adoption dans les meilleurs 
types, de proportions pi us parfaites des diverses par- 
ties, jusqu'à ce qu'une découverte caractéristique 
vienne à nouveau faire époque dans l'art de l'arque- 
buse rie. 

La dernière de ces découvertes, ou perfectionne- 
ments, consiste dans la substitution du chargement 
des armes à feu par la culasse, au chargement par la 
bouche, d'usage à peu près universel jusqu'à nos 
jours. Il est à noter cependant que le premier mode 
de chargement fut en usage dès les premiers temps 
de l'invention de la poudre à canon. D'où vient 
qu'il fut abandonné? Des fuites de gaz dues aune 
obturation incomplète, l'insécurité plus grande que 
dans le chargement par la bouche, l'impossibilité 
de remédier à ces défauts avec les procédés mécani- 
ques imparfaits de l'époque , telles furent sans 
doute les causes majeures du rejet et de l'oubli si 
long dans lequel il est resté. 

9n sait que, de nos jours, le fusil prussien est resté 
pendaut un certain nombre d'années le seul modèle, 
en Europe, de fusil se chargeant par la culasse, en 
usage dans les armées entretenues. Il fallut le suc- 
cès foudroyant de Sadowa, dont l'opinion publique, 
bien exclusive, il est vrai, accorda tout le mérite au 
seul fusil Dreyse, pour attirer l'attention de tous les 
gouvernements sur le nouveau mode de chargement et 
les décider à son adoption. Aujourd'hui les avantages 
n'en sont plus contestés nulle part. Cet engouement 
subit, faisant suite à une apathie si persistante, n'a 
d'ailleurs rien qui doive nous surprendre. A l'appui 
de cette assertion, nous pouvons rappeler le rejet en 
France, par l'autorité la plus compétente, des amor- 
ces fulminantes, bien longtemps après que leur em- 
ploi dans les usages civils en eut démontré les avan- 
tages immenses. 

Avant de donner la description et la nomenclature 
des armes en usage aujourd'hui, nous croyons utile 
d'indiquer, sommairement, par quelles phases est 
passé l'art de l'arquebuserie, depuis les grandes guer- 
res du commencement du siècle, pour arriver à son 
état actuel. 

Au début de la période dont nous nous occupons, 



nous trouvons le fusil à silex tirant de* balles 
rondes dans un canon lisse. Chacun connaît ces ar- 
mes. Leurs défauts les plus saillants consistaient 
dans la lenteur du chargement, dans le grand nom- 
bre de ratés et dans le manque absolu de justesse. 

D'après un dit-on populaire, mais que ne paraît 
pas trop invraisemblable, la quantité de plomb em- 
ployée dans les guerres du temps représenterait 
moyennement en poids celui des hommes mis hors 
de combat. C'est-à-dire qu'il fallait tirer 2000 balles 
environ pour atteindre un homme. A ce compte, 
deux troupes opposées de 100 hommes chacune au- 
raient échangé 20 coups de fusil par tète, sans at- 
teindre plus d'un seul homme de chaque côté. 

Ce fusil à canon lisse constituait l'armemeut uni- 
versel de l'infanterie. On avait bien, il est vrai, 
même avant cette époque, fait l'essai d'armes rayées 
à chargement forcé et qui présentaient une bien plus 
grande justesse que les premières. Mais la lenteur et 
les embarras du chargement (ces armes devaient se 
charger à l'aide du maillet) durent en rendre l'adop- 
tion impossible parmi les troupes de ligne. Tout au 
plus l'usage s'en concevait-il eu terrains accidentés 
dans les guerres de partisans. Une innovation remar- 
quable, qui se produisit vers 4840, fut la substitution 
de la capsule fulminante à l'ancienne amorce. Ce 
changement eut surtout pour effet de diminuer le 
nombre considérable des ratés, dus auparavant à 
l'éventement de la poudre de l'amorce et à l'usure 
de la pierre. 

C'est à peu près de cette époque (1837) qu'on peut 
daler l'apparition des armes rayées portatives, à l'u- 
sage des corps de troupes. L'adoption de ces armes 
fut due surtout à la découverte de dispositions nou- 
velles capables de rendre simple et facile le forcement 
de la balle dans les rayures du canon. 

Parmi ces dispositions, nous en citerons quelques- 
unes, en suivant leur ordre d'ancienneté. 

On pensa d'abord à former au fond de l'âme une 
chambre destinée à recevoir la poudre et d'un dia- 
mètre moindre que celui du canon dans le reste de 
sa longueur. 

La halle, s'arrêtant sur les ressauts formés par 
cette chambre, il devint suffisant, pour en obtenir la 
compression ainsi que le refoulement du plomb dans 
les rayures de l'àme, de la frapper de deux ou trois 
coups de baguette. L'addition d'un sabot en bois re- 
cevant la halle dans si concavité antérieure et repo- 
sant par sa base sur le ressaut de la chambre, vint 
encore simplifier l'action du forcement. 

A cette chambre simplement cylindrique on sub- 
stitua bientôt après une chambre annulaire, formée 
par l'ajustement au fond de l'âme d'une tige cylin- 
drique d'un diamètre moindre que celui du canon. 
La balle cylindro-ogivale venait reposer par sa base 
plane sur cette tige, et la tête de la baguette portaut 
une partie évidée s'adaptant au profil antérieur de cette 
base, pouvait la comprimer, en la refoulant- dans les 
rayures, sans lui imprimer des déformations propres 
à augmenter la résistance de l'air. La nouvelle arme, 



se 



LA NATURE. 



qui prit le nom de carabine à tige, se signala par un 
accroissement notable de justesse et de portée. 

Ou imagina ensuite de l'aire produire aux gaz de 
la poudre eux-mêmes le forcement de la balle dans 
les rayures de l'arme. Cette balle porta à l'arrière un 
évidement tronconique à l'entrée duquel fut logé 
un culot de fer en forme de dé et d'un diamètre sen- 
siblement plus fort que celui de la partie antérieure 
de cet évidement. Il est facile de comprendre com- 
ment les gaz, eu chassant le tulot, pouvaient pro- 
duire le refoulement du métal dans les rayures. 

Enfin , on pensa que le culot n'était pas indis- 
pensable, et que les gaz agissant sur les parois de 
î'évidement suffiraient pour produire le forcement. 
L'expérience justifia cette hypothèse. C'est sur ces 
derniers principes que les armes carabinées furent 
généralement établies, jusqu'au jour de l'adoption 
du mode de chargement par la culasse. 

Rayures. — Les rayures de l'aine des carabines 
furent pendant longtemps considérées comme n'ayant 
d'autre but que de rendre le forcement plus facile et 






Fig. 1. — Divers proiils de rayures de canons. 

furent habituellement tracées parallèlement à l'axe 
et de profil triangulaire aussi serré que possible. 
Dans les carabines modernes, les rayures furent sou- 
mises à un tracé raisonné et justifié par des expé- 
riences répétées- Ce tracé fut celui d'hélices d'un pas 
assez allongé pour permettre au projectile de suivre 
leur direction, mais cependant suffisamment court 
en même temps pour lui imprimer un mouvement 
de rotation autour de son axe de translation. Ce 
mouvement de rotation était reconnu comme le 
moyen le plus puissant de répartir uniformément 
autour du projectile, et, par conséquent, de neutra- 
liser les effets perturbateurs dus à la résistance de 
l'air ou au défaut de symétrie du projectile. 

On est très-peu d'accord sur le meilleur profil à 
donner aux rayures. Nous donnons le dessin de quel- 
ques-uns de ces profils appartenant à des armes des 
meilleurs modèles (fig. 1). 

Balles. — Le projectile ne devait pas non plus, 
pendant les perfectionnements de l'arme, conserver 




îig. 2. — - Dalles pleines se forçant par compression, 

sa forme originelle. On dut en chercher de nouvelles 
propres à diminuer la résistance de l'air et par con- 
séquent à augmenter sa justesse et sa portée. L'ins- 



pection des figures ci-dessous (2, 3 et 4) permettra de 
se rendre compte de la série des modifications suc- 
cessives subies par la balle avant d'arriver au modèle 
adopté pour les armes se chargeant par la culasse. 




Fig. 5. — Balles évidées se forçant par l't,_\pat.isiou du gaz. 

Le calibre lui-même devait varier» 

Avec les balles rondes, tirées dans une arme à ca- 
non lisse, un fort calibre ét;iit considéré comme très- 
avantageux. On gagnait d'abord de la portée et de 
l.i justesse, la résistance de l'air étant plus faible 
sur un projectile lourd que sur un projectile léger 
de même forme. Un second avantage présenté en fa- 
veur du plus fort calibre, était celui de pouvoir uti- 
liser à la guerre les munitions de l'ennemi tombées 
entre nos mains, tandis que l'inverse ne pouvait 
avoir lieu. 

L'adoption des armes rayées eut pour effet de ré- 
duire à peu de chose l'importance de ces avantages. 
On reconnut d'ailleurs que sous un même poids, 
l'allongement du projectile, dans une certaine me- 
sure, lui faisait gagner en vitesse et en portée. On 
dut admettre également que la portée efficace d'une 
arme avait une limite dépendante de la portée de la 
vue, et que par conséquent les difficultés du ravi- 
taillement en munitions à la guerre imposaient la 
nécessité de réduire le poids des projectiles. Ces der- 
nières considérations gagnèrent en importance avec 




Fig. i. — Billes pleines a profil allongé. 

l'adoption des armes se chargeant par la culasse. Ces 
armes présentent en effet dans le tir un tel excédant 
de rapidité sur les anciennes, qu'une plus grande 
consommation, sinon même le gaspillage des muni- 
tions, en est inévitable. Aussi voyons-nous que 
toutes les puissances descendent à un calibre très- 
faible relativement à l'ancien, \{ millimètres environ 
au lieu de 17, et que le poids du projectile lui- 
même, malgré son allongement, diminue aussi. De 
30 à 55 grammes, il descend aux environs de 25 
grammes. 

Charge de poudre. — Avec l'adoption des armes 
rayées, la charge de poudre et par suite la vitesse 
initiale du projectile ne pouvaient dépasser certaines 
limites. Avec une vitesse trop grande, en effet, les 
rayures eussent fait emporte-pièce sur les portions 
du métal engagé, et cessé par conséquent d'exercer 
sur la balle elle-même faction directrice qu'on avait 



LA NATURE. 



57 



en vue. Aussi la charge de poudre, qui était géné- 
ralement de 8 grammes avec la balle ronde tirée 
dans un fusil à canon lisse, descend-elle aujour- 
d'hui au-dessous de 5 grammes. 

Eugène Goiuemin. 

— La suite prochainement. — 

LES ÉCAILLES DE POISSONS 

Ces plaques cornées, de formes, de grandeurs, de 
couleurs si différentes que l'on appelle les écailles, 



revêtent, tantôt une partie tantôt la totalité du corps 
chez les poissons; parfois aussi elles manquent abso- 
lument ou se réunissent en une seule enveloppe 
articulée ou continue. 

Non-seulement nous n'avons pas encore découvert 
les raisons de mille modifications extérieures de ces 
organes qui semblent si essentiels, mais la structure 
elle-même de ces appendices ne nous est connue que 
comme résultat final ; nous ignorons absolument leur 
mode de formation et leur mode de naissance. Nous 
les trouvons enfermés dans des sortes de capsules 
qui semblent constituées par des replis de la peau 




Quelques écailles de poissons indigènes grossies (d'après les dessins do 31. IL de la Blanchcre). 

1. Drochet (Esox luciua L.). 41 «î. — 2. Sardino (Clupea sardinia Y.). 14 d. — 3. Sole (Pleuronectes solea L.). 17 d. — 4. Éperlan 
(Osinerux eperlanus V.). 14 d. — 5. Ablette (Alburinus lucidus Heck.). 14 d. — 6. Goujon {Gobi* fîuviatilis Ag.), 10 d. 



Nous les voyons enveloppés d'une ou plusieurs 
membranes extrêmement minces qui les couvrent en 
tout ou en partie, qui leur donnent une partie de leur 
couleur par les pigments dont ils sont revêtus. 

Si nous ignorons comment naissent les écailles, 
au moins savons-nous comment elles croissent ? Nul- 
lement. Agassiz a pensé que l'accroissement de ces 
singuliers organes avait lieu par l'addition successive 
dé nouvelles lames se déposante l'extérieur. Lesstries 
admirables qui marquent la surface des écailles sem- 
bleraient, tout naturellement, devoir être les traces de 
ces accroissements successifs, tout comme les bour- 
relets festonnés de l'écaillé indiquent, chez l'huître, 
l'accroissement successif de l'animal . Malheureuse- 



ment, si ces marques sont d'une incontestable vérité 
chez l'huître, qui les acquiert successivement sous 
nos yeux, elles sont absolument erronées dans l'é- 
caillé, puisque chez les petits ou jeunes individus 
d'une même espèce, les stries des écailles ne sont 
pas moins considérables, comme nombre, que chez 
les vieux individus ; elles sont seulement un peu 
plus écartées, en ce sens que l'écaillé semble, dans 
son accroissement évident, s'être plutôt étirée sur 
elle-même qu'augmentée par sa circonférence. 

D'un autre côté, on est forcé de chercher un mode 
différent d'accroissement ou même de création de ces 
organes extraordinaires, parce que la forme même 
de leurs diverses parties ne s'accorde point avec un 



3S 



LA NATURE. 



mode d'adjonction uniforme. A nos yeux, les stries 
ne sont point une marque d'accroissement, elles 
constituent une série de plis, d'ondulations calculées 
pour donner à une lame aussi mincequc l'écaillé une 
rigidité qu'elle n'aurait pu avoir sans cela. Tout, 
jusqu'à la forme générale, bombée et ombiliquée, 
tantôt au centre défigure et tantôt vers les bords, 
semble calculé dans ce but. Aussi, lorsque cet om- 
bilic manque, et nous en donnons un exemple frap- 
pant dans la figure 2, qui représente l'écaillé delà sar- 
dine, nous sommes en face d'une des écailles les plus 
molles et les moins solides que l'on connaisse. 

Nous ne \oulons pas toutefois affirmer que les 
écailles ombiliquées sont plus solidement implantées 
dans la peau que les autres, une telle proposition 
serait beaucoup trop absolue. Parmi les écailles bien 
ombiliquées nous en connaissons de solid.s et de fu- 
gaces. Cependant, un l'ait nous semble résulter de 
comparaisons successives et pourra, jusqu'à nouvel 
ordre, être érigé en loi. Le voici : F écaille est d'au- 
tant plus adhérente que le point symétrique, ou om- 
bilic, est plus voisin de l'un de ses bords. 

Sans aller plus loin, rappelons l'adhérence des 
écailles de la tanche, celles de la sole indiquée sous le 
n°5, celles de la perche, celles des labres, cellcsdes 
anguilles, etc.; signalons la facilité d'enlèvement des 
écailles de l'ablette (a 5), dont l'ombilic est presque 
central» de nos poissons blancs ou cyprins, mais, 
dont le n° 6 est un des exemples les plus tenaces, 
celle de la sardine (n° 2) qui n'a plus d'ombilic et 
presque pas de plis festonnés. 

S'il nous était permis d'émettre notre avis, nous 
dirions que la formation des écailles nous apparaît 
d'après nos observations, comme tout à fait analogue 
à celles des têts chez les mollusques, quoique la ma- 
tière en soit différente. Chez les mollusques, c'est le 
manteau qui sécrète par toute sa surface, ou par une 
portion limitée de celle-ci, une matière complexe qui 
prend la forme même de ce manteau et de ses plis. 
Chez le poisson, c'est la capsule dermienne qui, par 
la pellicule interne qui la revêt, sécrète une couche 
cornée qui se moule sur sa forme générale et s'em- 
preint de chacune de ses circonvolutions. Ce n'est 
donc point cette membrane mince et lépidroïquc qui 
se moule sur l'écaillé, mais bien l'écaillé qui, suée 
par la membrane lépidroïque, — qu'on nous par- 
donne ce néologisme nécessaire, — en conseive l'em- 
preinte et la forme générale. 

Le tissu des écailles est traversé par des canaux 
dans lesquels l'air pénètre, et leur perméabilité au 
liquide dans lequel vit l'animal qui les porte est très- 
grande. Tout cela conduit à croire que le rôle des 
écailles n'est point étranger à une certaine respira- 
tion cutanée chez le poisson. A cet égard, rien n'est 
encore assez connu. 

Sous le n° { nous avons représenté, à cause de sa 
forme toute particulière, une écaille du brochet, 
lequel appartient à une petite famille toute voisine 
des cyprinoïdes et semble destiné, en habitant les 
mêmes eaux, à contenir leur exubérauce. Le brochet 



porte une écaille trilobée, très-élégante, et assez 
éloignée des précédentes pour caractériser parfaite- 
ment les animaux du genre Esoce, tout en les éloi- 
gnant, hélas ! de la plupart des espèces qu'on lui a 
réunies dans la même famille. ."Vous avons placé au 
n" 2 l'écaillé de la sardine, encore une de ces man- 
nes que la mer nous distribue avec une si prodigieuse 
fécondité 1 

Parmi les Salmonidés, nous avons pris le petit 
éperlan pour nous donner une écaille. Tous les pé- 
cheurs connaissent l'aspect des salmonidés les plus 
communs: les étoiles noires, jaunes ou rouge san- 
glant qui marquettent la robe de la truite et du sau- 
mon. Mais, s'il est aisé de se rendre compte que les 
truites doivent leurs colorations différentes au pig- 
ment qui enveloppe leurs écailles, il est beaucoup 
moins facile d'expliquer par quel singulier mécanisme 
ces poissons ont le pouvoir d'accorder la couleur de 
leur pigment avec celle des lieux qu'ils habitent. 
Pourquoi la truite noire vit-elle sous les arbres épais 
et parmi les roches sombres? Pourquoi la truite étoi- 
lée habile-t-elle lesruis.'-eaux- rapides et criblai lins des 
montagnes? Pourquoi la truite argentée vit-elle seu- 
lement sous les nappes étinceluntes du lac de Con- 
stance ! 

Laissons encore ce curieux sujet que nous ne pou- 
vons qu'effleurer, empêché par ses milles consé- 
quences inattendues. C'est dans la famille des Sal- 
monidés, qui toute est caractérisée par une nageoire 
adipeuse, sorte d'excroissance placée sur la région 
caudale, et dont on ignore absolument l'emploi et 
l'utilité, que se trouve, au point de vue des écailles, 
le poissou le plus curieux, celui qui possède propor- 
tionnellement les plus grandes écailles connues, le 
biycin, poisson africain du Nil et du Sénégal. 

Si nous avons fait dessiner, sous le n° 3, une 
écaille de la sole, poisson qui appartient également 
aux malacoptérygiens, mais à une subdivision parti- 
culière, c'est parce que nous voulions donner un 
exemple d'une autre forme d'écaillé dite eténoïde 
ou ccaide terminée en peigne. Cela prouve que, 
même dans une subdivision à part, une écaille si 
dissemblable des autres ne peut demeurer englobée 
dans le même ordre. 

Nombre de poissons portent des écailles à peigne 
ou à épines. Passons la main sur le liane d'une sole 
nous serons surpris de le trouver rude, âpre, comme 
une râpe. Ce sont les pointes microscopiques qui ter- 
minent chaque écaille qui nous procurent ce toucher 
spécial. La perche d'eau douce est douée d'un revê- 
tement semblable, ainsi que beaucoup de poissons de 
mer. 

LA MORTALITÉ DES ENFANTS 

DU PRESlIEft AGE. 

<c beaucoup d'appelés, peu d'élus » telle est une 
des lois les plus cruelles, mais les plus générales de 



LA NATURE. 



3«J 



la nature. C'est surtout dans le inonde des organis- 
mes inférieurs qu'on rencontre l'application de cet 
impitoyable principe: ainsi chaque champignon 
émet des millions de spores dont chacun pourrait re- 
produire l'être dont il émane, et dont peut-être au- 
cun ne germera ; de même les poissons pondent des 
milliers d'œufs dont bieu peu viendront à bien. 

L'homme, si supérieur qu'il soit à ces créatures 
élémentaires, n'échappe pas complètement à celte loi 
terrible, et en France même, 21 enfants pour 100 
meurent dans la première année de leur vie. — La 
civilisation moderne ne peut-elle pas arracher à la 
mort quelques-unes de ces nombreuses victimes, c'est 
ce qu'on paraît, depuis peu, avoir compris. Déjà, en 
18G8, les efforts de l'Académie de médecine et de lu 
Société protectrice de l'enfance avaient fini par émou- 
voir à ce sujet, non-seulement l'opinion publique, 
mais aussi l'administration du pays. — Les tristes 
révélation du census de 1872 (qui dénote une dépo- 
pulation notable de notre pays), ont remis rapide- 
ment la question à l'ordre du jour. L'Académie de 
médecine a proposé un prix sur le sujet et un de ses 
membres qui siège aussi à Versailles, M. Théophile 
Roussel, a présente à l'Assemblée nationale un projet 
de loi pour proléger la vie des enfants, projet de loi 
qu'étudie en ce moment même une commission 
zélée, et qui, espérons-le, viendra bientôt en dis- 
cussion. 

Non-seulement la mortalité des enfants du pre- 
mier âge est considérable, mais elle va sans cesse en 
augmentant, et cela dans toutes les parties de la 
France. Ainsi elle était de 18 pour 100 en 184-0-49. 
— Dans les dix ans qui suivirent, elle s'éleva à 19,6 
pour 100, et elle est depuis ce temps de 20,5. 
' Cette mortalité varie beaucoup avec les saisons. Le 
docteur Bertillon a prouvé que, contrairement à toutes 
les idées reçues jusqu'à présent, c'est en été, dans 
le s mois de juillet, août et septembre, que la morta- 
lité des enfants au berceau est le plus considérable. 
Les mois d'avril, mai, novembre et décembre leur 
sont au contraire favorables. 

Notons en passant que, d'après le même auteur, 
la vie des petits garçons est constamment beaucoup 
plus fragile que celle des petites lilles. Ainsi la mor- 
talité des filles étant 100, celle des garçons est 117, 
et cette différence remarquable se retrouve à toutes 
les époques et dans tous les pays d'Europe. 

Un simple regard jeté sur notre carte nous mon- 
tre comment la mortalité des enfants du premier âge 
se répartit entre les divers départements français 
et nous indique du même coup une des grandes eau- 
ces de son intensité. Ou voit, en effet, que les dépar- 
tements les plus frappés sont ceux qui entourent 
Paris, c'est-à-dire ceux où les enfants de la grande 
ville sont mis en nourrice. C'est dans cette région que 
le tiers ou plus du tiers des enfants (Eure-et-Loir, 
57 pour 100) meurt avant l'âge d'un an. Si la mor- 
talité enfantine de ces départements était ramenée 
à la mortalité moyenne de la France (un pareil vœu 
n'a rien d'ulopique), ce serait 14,000 enfants qu'on 



arracherait chaque année au cimetière pour les 
rendre à leurs familles et à leur patrie. 

Les médecins de ces départements, mêlés souvent 
aux plus douloureux et parfois aux plus criminels 
détails de l'industrie nourricière, connaissent mieux 
que personne les causes qui la rendent si funeste. 

C'est généralement aux bureaux de nourrices que 
les familles s'adressent pour placer leurs enfants. Les 
nourrices de ces bureaux sont souvent recrutées 
par des femmes dont la seule profession est d'exer- 
cer ce métier de racolage. Ces femmes, appelées des 
meneuses, ne sont naturcllemement pas difficiles 
dans le choix des nourrices qu'elles amènent à la 
ville; pour elles, sauver les apparences estla grande 
affaire. Une femme a-t-elle un enfant chétif et peu 
propre à faire valoir sa mère, ou lui en loue un moyen- 
nant une trentaine de francs. Et c'est ainsi que cer- 
tains enfants de brillant extérieur, font l'étalage de' 
quatre ou cinq femmes successives. Ces enfants d'em-. 
prunt sont souvent fort mal traités pendant ces voya- 
ges fréquents qu'ils font à Paris. Lorsqu'ils crient, 
leurs fausses mères, craignant de leur voir prendre 
un visage ridé et malheureux, leur donnent du lau- 
danum, qui les endort, quelquefois du sommeil de la 
mort. 

Aussi, le projet de loi présenté par M. Théophile 
Roussel oblige-t-il les nourrices à se munir d'un 
certificat de moralité délivré par le maire de leur 
commune, et astreint-il les bureaux de nourrices à 
une surveillance plus rigoureuse que celle dont ils 
sont actuellement l'objet. 

Avant les chemins de fer, les nourrices pourvues 
de nourrissons regagnaient leur pays dans de grandes 
voilures fournies par les meneuses, et tellement 
malpropres et malsaines qu'on les appelait dans cer- 
taines campagnes, des Purgatoires; signifiant, par 
cette affreuse plaisanterie, que les enfants n'en sor- 
taient que pour aller dans le ciel, c'est-à-dire pour 
mourir. 

Mais une fois arrivés au domicile de leur nourrice, 
les enfants ont encore à passer par bien des traverses 
et des dangers. On se tromperait gravement, si Ton 
croyait ces dangers compensés par l'influence heu- 
reuse de l'air delà campagne. C'est une illusion que 
nous enlève la statistique. A vrai dire, cette influence 
bienfaisante delà campagne sur les jeunes enfants se 
tait manifestement sentir dans des pays tels que la 
Suède, la Norvège et le Danemark, dont les habi- 
tants, même les plus pauvres, jouissent d'une certaine 
instruction. 

Dans ces pays, où le plus misérable pêcheur rou- 
girait de ne pas savoir lire, la mortalité enfantine est 
plus faible à la campagne qu'à la ville. Qu'on con- 
sulte les documents statistiques de notre pays, on 
verra justement l'opposé; mais qu'on questionne en- 
suite un médecin de campagne sur l'hygiène des en- 
fants chez nos paysans, et l'on ne s'en étonnera plus. 

Si nos campagnards ne savent pas élever leurs 
propres enfants, comment veut-on qu'ils soignenÇ, 
plus intelligemment ceux des autres? 



40 



LA NATURE. 



Souvent, ce n'est pas par ignorance que les nour- 
rices deviennent funestes aux enfants qui leur sont 
confiés, mais par une avarice que la loi ne saurait 
trop punir. Lorsqu'une femme s'est chargée de sept 
ou huit nourrissons à la fois, il lui est bien impos- 
sible de les soigner convenablement. Le plus sou- 
vent, ces prétendues nourrices sont des misérables 
qui, servant les intentions criminelles de parents dé- 
naturés, cherchent à faire périr leurs élèves peu à peu 
et à force d'incurie. 



Nous n'insisterons pas sur les assassinats de ces 
mégères abominables. — Ce sont le plus souvent de 
vieilles femmes connues sous le nom, affreusement 
poétique, de « faiseuses d'anges, » qui récoltant 
jusqu'à dix et douze enfants à la fois, les nourrissent, 
si cela peut s'appeler nourrir, au petit pot, c'est-à- 
dire au seul biberon. — L'une des tombes du cime- 
tière de Besançon porte cette horrible épitaphe : « G y 
gît qui fut nourrice de quatre-vingt-seize enfants. » 
Naturellement les enfants soumis à la triste tutelle 



Creuse. ir.l 

Hautes-Pyrénées. . . . 140,2 

ArièRe 1*8,1 

Manche. 118 

Deux-Sèvres 148 

Indre 189,! 

Basses-Pyrénées 154,5 

Vienne 155 

pillOîie x 

"Vendée 161,1 

Haute-Garonne 161,7 



£.' JOJi-iliK i Iïi^: jj.ctiiL: ^Ë, >t:!;ri^ 



45. Corroie 106 

46. I Ile-et-Vilaine 197 

47. Hératil' 1»8,2 

48. Nord 199.8 

49. Cantal Î0<> 8 

50. Vosges Î00.5 

51. Alpes-Maritimes SOI 

5î. Meurthe. *<*.* 

ss. Orne 2(>6 

6». Ain *0« 



II, Loire-Inféricurc le".. 3 

1s. Pyrénées -Orienta 1rs. . . 165 

14. Allier 166 

15. Hante-Vienne 166 

16. Maine -i't-Laii-e 166,5 

17. Indrft-et Loire 167,4 

13 Charente 1RS ,2 

19 Morbihan 169.5 

20. Gers 169,5 

21. Aude" 1"1 

22. Gironde 171,3 

25. Mayenne 172 



58. N èvre 807.H 

Sij. Snûuc-el-LoirC 208,5 

.17. Var 208,5 

H8. I.oirc 409 

09, Meuse 209.5 

CO. Haute-Loire 213 

RI. Tafn-et-tiaronné 318,5 

62. Haule-Mnrne 217,5 

Bj. Ri)uches-du-llljôiie.. . . 218,5 

61. Sarlhe Sï5,5 



8(. Marne 277 

82. ArdèdlC Sf3 

85. Oise S8i 

84. Yonne 28) 

85 Seine-et-.Mamc J>» 

86. Bure 508 

87. Seine-Inférieure 515 

88. Eure-et-Loir. ...... 569 



•21.. Pas-de-Calais 17s 

25. Laudes I7>.S 

2fi. Ardeiuies 173.7 

27. Cher 175,8 

2S. Doubs. 17.1,5 

89. Tarn 178.2 

so. Dnrdognc 179, 5 

51. Jura 180 

52. Muselle. 180.3 

35. Corse ISO.t 

5V. Finistère 180,5 



63. Savoie 230 

66. Isère 230 

67. Drômn. 332 

«S. Haut-Rhin 340 

69. Côle-d'Or «s 

70. Somme 248 

71 V.iuchise 253 

72, Das-lUi n Î54,î 

73. Aisne. 255 



Ij.i...- , J 



35. Hante-Saftne. . . . 

56. Calvados 

37. Lot 



38. Lozère 

39. Haute-Savoir. . . . 

40. Avnyroii 

41. Puy-de-Dôme. . . . 

42. Côles-i!u-P>ord. , . 
»,5. Lot-et-Garonne. . . 
Vf. Cluireiit.e-Innjiicu!V 



i«o,s 

184 

1X5.5 

189,5 

tïi0.2 

191,5 

193.2 

193 

lWl 

ia.i,i 



71. Gard 238 

75. Loir-et-Cher 2;>9 

"6. Hantes-Alpes 2;l 

77. Aulip 2«S 

78. Seine-et-Oisr. ..... se» 

"9. Basses-Alpes IG8,« 

80. Loiret. j7i 



Seine x 

Rhône x 



Départements par ordre croissant rie mortalité. (Los chiffres ci-dessus donnent le décès annuel pour une population de 1000 enfants 

dont l'âge est compris entre et 1 an.) 



de ces prétendues nourrices, meurent presque tous. 
c Que de fois, dit M. le docteur Brochard, entendant 
un cri plaintif s'échapper d'une chaumière, j'ai de- 
mandé s'iïy avait là un enfant malade : Ce n'estrien, 
me répondait une nourrice, c'est mon petit Paris 
qui crie... la mort le tourmente! » Ne doit-on pas, 
en présence de ces crimes avérés, s'associer au vœu 
formé par l'Académie de médecine, quand elle de- 
mandait que les tribunaux poursuivissent comme 
homicides volontaires les femmes qui, prêtant leurs 
mains « à des intentions criminelles, font périr len- 



tement les petits enfants qui leur sont abandonnés. » 
Ce ne sont pas les seuls crimes dont les nourrices 
se rendent coupables, soit par incurie, soit par inté- 
rêt» Les histoires de substitution d'enfant dont la 
littérature moderne est remplie, ne sont pas toujours 
des contes inventés à plaisir. Ces sortes de crimes se 
produisent encore quelquefois, et sont d'autant plus 
dangereux pour les familles, qu'ils sont difficilement 
découverts. 

Les faits que nous venons d'énumérer démontrent 
jusqu'à l'évidence combien il est funeste aux jeunes 



LA NATURE. 



41 



enfants d'être élevés loin de !a maison paternelle. Si 
donc des raisons majeures empêchent la mère d'un 
enfant de le nourrir elle-même, c'est une nourrice à 
domicile qui devra la remplacer, ou bien, au défaut 
de celle-ci, une femme demeurant assez près des pa- 



rents de l'enfant pour qu'ils puissent la surveiller 
constamment. Voilà les devoirs que la science démo- 
graphique impose aux familles. 

Elle en impose de semblables au législateur, tu- 
teur naturel des faibles et des malheureux. Aussi 




tarte de la mortalité des enfants de à 1 an pendant la péiiode 1837-1806, d'après la Démographie figurée du 1)' Dertilloii. 



voyons-nous que, dès le règne de Louis Xlll, des or- 
donnances furent rendues pour surveiller les nour- 
rices, et pour protéger les enfants contre leur incurie 
ou leur ignorance. 

Une des dernières Déclarations du roi que signa 
Louis XIV contenait sur la même matière plusieurs 



mesures très-sages : « Défense aux nourrices d'élevei* 
deux nourrissons à la fois, etc. Obligation pour elles 
d'emporter avec l'enfant son acte de naissance et de le 
remettre au curé de la paroisse. » La sanction pénale 
de ces dispositions se ressent du temps où elles furent 
prises; la déclaration se termine ainsi: « le tout 



42 



LA NATURE. 



sous peine do fouet pour la nourrice et d'amende pour 
le mari. » 

Plusieurs déclarations sur le même objet puni- 
rent sous le règne suivant et sous celui de Louis XVI. 
On y ordonnait une surveillance active dos meneuses 
et des nourrices ; un édk de 1709 créait des inspec- 
teurs chargés de veiller à l'exécution des ordon- 
nances. 

Mais ces édits, que le temps a fait tomber en dé- 
suétude, n'ont plus aujourd'hui rju'une importance 
historique. Le projet de loi de M. Roussel les renou- 
velle en les améliorant et en les complétant. 

Il demande aussi qu'on organise d'une façon com- 
plète et vraiment sérieuse la statistique du premier 
âge. C'est la statistique qui nous a signalé le mal; 
espérons que bientôt elle, nous annoncera sa dispa- 
rition. J. Be[itji,i.on. 



DESTRUCTION 

DES FERMENTS PARAS1TIQUES 

chez i/hombie et les animaux par l'emploi 
de la chaleur 1 . 

L'homme, pas plus que les autres êtres de la créa- 
tion, n'a été destiné à subir les diverses maladies qui 
affectent sa vie. Toutes, ou presque toutes, sont dues 
à l'influence de la civilisation, du milieu dans lequel 
il vit, en un mot de la perturbation jetée par la vie 
sociale dans lus lois naturelles. Évidemment, même 
en admettant ces causes, il est bieu des affections 
contre lesquelles nous serons encore longtemps im- 
puissants; mais il en est d'autres contre lesquelles 
il est possible, à l'aide de nos connaissances actuelles 
d'agir énergiquement, autant parles moyens préven- 
tifs à employer, que par ceux curatifs à appliquer. 
Je veux parler des maladies épidémiques, telles que 
le choléra, la lièvre jaune, les fièvres paludéennes, 
etc., etc., ou de celles transmises par virus, telles 
que le charbon, la syphilis, la rage, etc., etc. 

Les moyens préventifs qui concernent plus parti- 
culièrement la première catégorie, consistent jus- 
qu'à présent, dans l'emploi d'antiseptiques divers. 
Chaque époque a vu préconiser quelques-uns de ces 
agentsviés fumigations, le vinaigre, l'ammoniaque 
etses sels, le chlore et le chlorure de chaux, l'acide 
sulfureux, se sont successivement produits comme 
étant efficaces. Tout dernièrement l'acide phonique et 
ses dérivés ont été préconisés et paraissent jouir eu 
en effet de propriétés précieuses. Mais est-ce à dire 
qu'il faille compter d'une manière absolue sur ces 
désinfectants? Non, car ne connaissant pas encore 
la nature, même approchée, des miasmes à combat- 

* L'auteur de 'cette Notice curieuse émet, comme on va le 
voir, des idées qui, pour être originales et hardies, ne sont peut- 
être pas toutes à l'abri des objections; nous lui en laissons la 
responsabilité. Nous sommes heureux cependant de publier un 
projet qui a récemment appelé l'attention de l'Académie, et qui 
peut être l'origine d'applications "vraiment utiles. G. T. 



Ire, nous ne pouvons affirmer que les moyens pré- 
sentés ont sur eux l'énergie que nous leur supposons. 
Ce sont peut-être des palliatifs utiles, mais à coup 
sur ce ne sont pas des remèdes absolus. Donc, tout 
eu ne repoussant pas le concours de ces agents, il 
faut, puisque nous n'avons encore rien do certain 
sous la main, chercher à agrandir 1105 moyens d'action. 
Or, parmi ceux que nous pourrions utiliser, il en est 
un qui se présente en première ligne. Ce moyen, 
c'est la chaleur, dont l'influence est aujourd'hui re- 
connue comme étant la plus sûre et la plus positive 
pour paralyser les germes microscopiques, par con- 
séquent ceux dont nous parlons ici. 

Partant de ce fait, je propose, en ce qui concerne 
les moyens préventifs, de remplacer dans toutes les 
quarantaines, les désinfectants ordinaires, par l'em- 
ploi de la chaleur, chaque fois bien entendu qu'il 
sera possible d'utiliser cet agent. Il est facile, eu 
effet, de disposer des étuves, dans lesquelles les 
lettres, les matières organiques, les vêtements se- 
raient soumis à l'action de la chaleur. Ces derniers 
surtout, si susceptibles d'accrocher p.ir leur texture 

fibreuse les germes organiques et de les emmagasi- 
ner dans leur mille replis, tout en étant par leur des- 
tination de trop bons agents de dissémination, se- 
raient soumis à une température de 100 à 110°, 
laquelle n'altérerait en rien leur qualité et agirait cer- 
tainement, absolument sur les ferments véhiculés par 
eux. Pousserions donc ainsi garantis, non contre toutes 
les épidémies, mais au moins contre celles que pour- 
raient introduire les objets sur lesquels la quaran- 
taine doit s'exercer, quarantaine qui serait alors vrai- 
ment de préservation efficace, tandis que jusqu'ici 
l'efficacité dû ce modo a pu maintes foi s être révoquée 
eu doute. 

Quand on réfléchit du resle aux faits pour lesquels 
l'expérience est acquise, on est en droit d'être sur- 
pris, que, dans des circonstances qui intéressent lu 
santé, nous ne sachions pas plus généraliser. Appert 
nous a appris à conserver nos aliments par la chaleur. 
M. Pasteur nous a donné la clef de cette conservation ; 
et nous sommes encore à appliquer ce moyen aux 
choses de la vie, c'est-à-dire partout où nous avons 
cru devoir établir une barrière aux fléaux. 

Si des mesures concernant les provenances exté- 
rieures, nous passons à l'intérieur, nous trouverons 
là, en bien des cas, à appliquer ce système. Eu pre- 
mière ligne, et j'insiste sur ce point, une ordonnance 
de police, ou un règlement de salubrité publique, 
devrait forcer à faire passer par la chaleur, c'est-à- 
dire par un étuvage à 110°, tous les vêtements, ob- 
jets de literie, ayant servi à des malades atteints d'af- 
fections épidémiques, et ce, avant tout nettoyage 
ultérieur. 11 ne serait pas nécessaire que le patient 
ait succombé pour que ces précautions soient prises. 
Le malade qui a guéri, laisse derrière lui, dans tout 
ce qui l'a entouré, une traînée pernicieuse, et c'est 
contre cette traînée qu'il faut agir. Le médecin pres- 
crirait du reste l'application quand il jugerait le cas 
opportun. Certes il y a là des soins multipliés à pren- 



LA NATURE. 



43 



dre, mais il y va de la vie, et si dans les familles on 
comprenait leur importance, nul doute que le plus 
grand nombre ne se prêterait de bonne grâce à leur 
emploi, sans qu'il soit besoin de prescriptions légales. 
Si par exemple on savait que \cf, déjections des cho- 
lériques sont le plus sur véhicule de la maladie, et 
qu'on peut en paralyser l'action en versant ces déjec- 
tions aussitôt leur émission dans l'eau bouillante 1 , 
chacun ne s'empresserait-il nus de se préserver, par 
l'emploi d'un moyen aussi simple, que partout on a 
sous la main? Mais, en se préservant on préserverait 
le voisin et ainsi de suite, dans bien des circonstances 
où la crainte du mal serait le plus sûr excitant aux 
précautions préventives. 

Malheureusement il n'en est point ainsi, et dans 
bien des circonstances nous agissons dans des condi- 
tions précisément favorables à la dissémination des 
agents morbifiques. Je citerai un exemple qui, échap- 
pant un peu à mon sujet, n'en démontre pas moins 
l'incurie avec laquelle nous procédons en cette impor- 
tante matière. 

Nous creusons des égouts pour assainir la ville, et 
c'est chose parfaite; mais ce qui est chose imparfaite, 
c'est que le sable en étant extrait on le fasse sécher 
sur la voie publique, on l'y passe à la claie, pour 
l'employer ensuite à tous usages. Que faisons- nous 
en agissant ainsi ? Nous avons envoyé le sable amas- 
ser, chercher au fond de l'égoût les principes dont 
nous voulions avec raison nous débarrasser, puis, 
quand ce sable saturé, si je puis dire, de ces principes 
insalubres, a été extrait, nous l'avons séché de ma- 
nière à rendre pulvérulentes les matières organiques 
qu'il entraînait; nous avons jeté le tout sur la claie, 
de manière à ce que le vent entraîne plus aisément 
les germes qui gisaient au fond de l'égoût: nous les 
avons ainsi rendus à la circulation, au détriment de 
notre santé. Est-ce rationnel? Et cependant cela se 
produit chaque année. 

Revenons à la chaleur, je ne passerai pas en revue 
tous les eus dans lesquels l'application de la chaleur 
pourrait être employée, comme mesure préveutive. 
Je dirai seulement que, dans Lien des circonstances, 
nous oublions que la cause de nos maux, ce sont les 
infiniment petits, et que leur présence, leur action, 
peut toujours être combattue par la chaleur; qu'en 
conséquence, chaque fois qu'il sera possible d'utiliser 
cet agent, on aura la certitude d'avoir employé un 
moyen préventif, actif et certain. 

J'arrive au second ordre de faits que 'je me suis 
proposé de traiter, l'emploi de la chaleur comme 
mo\ en curatif des maladies épidéniiques ou à virus 
trausmissible. Ainsi que je l'expliquais en commen- 
çant, ks premières sont de celles qu'il faut surtout 
considérer comme étant la conséquence de la civili- 
sation. Tantôt c'est l'industrie, encore imprévoyante, 
qui présente aux germes atmosphériques des circon- 
stances favorables d'implanlation, tantôt c'est l'in- 

1 Une solution do Bel marin bouillante serait encore préfé- 
rable. 11 faudrait en employer quatre à cinq fois le volume de 
matière à paralyser. 



curie qui, soit chez les peuples barbares, soit chez 
nous, facilite la formation de ces foyers. Quelle que 
soit leur source, ces germes se multiplient, sont véhi- 
culés dans nos populations, et trouvant là des orga- 
nismes prédisposés, soit par le labeur, soit par le 
plaisir, soit par la constitution héréditaire, ils s'im- 
plantent et causent les ravages que nous déplorons. 
Évidemment, dans l'état primitif, alors que l'homme 
ne s'était pas prêté aux mille exigences de la vie de 
société, ces germes n'avaient pas d'influence sur lui ; 
aussi la vie s' écoulait-elle longue et absente de 
maladies. Mais aujourd'hui que nous avons déna- 
turé le milieu dans lequel nous vivons, comme notre 
propre constitution, nous sommes devenus accessi- 
bles à ces pernicieux agents, et c'est à bon droit que 
la science moderne a multiplié ses études, pour en 
combattre l'influence. Toutefois, nous sommes encore 
de ce côté dans l'incertitude, et si nous avons pu dire, 
il y a un iustant, que nous sommes peu avancés 
dans l'emploi des moyens préventifs, pour combattre 
la transmission des germes aériens morbifiques, il 
est aussi juste d'avouer que notre impuissance aug- 
mente quand le mal est venu et qu'il s'agit de guérir. 
En effet, est-ce le choléra qui arrive, il y a presque 
autant de moyens que de praticiens. Est-ce lu fièvre 
typhoïde? Là encore l'incertitude règne, et si les 
symptômes du mal ont pu être mieux étudiés, mieux 
définis, les résultats fatals présentent encore un fac- 
teur trop considérable. 

Voulons-nous généraliser et envisager la fièvre 
jaune, la rage, le charbon, la piqûre d'animaux, etc.? 
partout là nous restons impuissants, et de données 
certaines, positives, absolues, il n'y en a pas encore. 
Eh bien, il y a, dans l'emploi de la chaleur, une 
voie, mécanique si je puis dite, qui n'est pas encore 
étudiée ou du moins qui ne l'est pas dans les condi- 
tions générales qu'elle comporte. Kt cependant, par 
les résultats précis qu'elle indique, elle mérite la 
plus sérieuse attention. Procédons du connu à l'in- 

• connu. M. Pasteur nous a appris que» de 50 à 55°, on 
paralysait la maladie des vins. Il peut paraître ridi- 

! cule d'assimiler nos êtres au traitement qu'on fait 
subir au vin, et cependant si 50 degrés suffisent pour, 
si ce n'est tuer en celui-ci, au moins paralyser les 
parasites qui s'y produisent ; pourquoi dans le sang, 
dans le mucus, dans les liquides qui constituent l'or- 
ganisme, n* oh tiendrions-nous pas des résultats ana- 
logues ? Je vais plus loin, je dis que nous serons en 
droit d'espérer des. résultats meilleurs. En effet le 
vin est un liquide mort, passif; mais l'être vivant 
est uue force, qui, ajoutant son activité, c'est-à-dire 
celle de la vie à l'action paralysante de la chaleur, 
doit conduire à un résultat encore plus positif. Dans 
cet ordre d'idées, la chaleur dans quelques cas tuerait 
le parasite, dans d'autres.elle paralyserait son activité. 
La vie organique, en cettedernicrû hypothèse, le trou- 
vant ainsi plus assimilable, le détruirait par absorp- 
tion ou le rejeterait par l'un des nombreux exutoires 
que fournissent les sécrétions. 
Gerte, il est bien évident qu'on ne pourrait impu- 



u 



LA NATURE. 



ncment soumettre l'homme à toutes températures, 
mais il serait possible, à l'aide d'expériences sagement 
conduites, de déterminer celles qu'il pourrait endu- 
rer sans danger. La chaleur est difficile à supporter, 
quand on procède tout à coup, la suffocation en ce 
cas arrive vite ; mais il serait aisé de disposer des 
baignoires dans lesquelles la température montant in- 
sensiblement, permettrait d'arriver d'autant plus cer- 
lainement au maximum possible, que la vaporisation 
produite par la transpiration cutanée ne viendrait 
pas affaiblir le résultat cherché. 

Dans le cas de choléra surtout, l'action de la cha- 
leur ne serait pas nuisible, puisque c'est précisément 
la période algide qui est la plus redoutable. J'ajou- 
terai qu'eu continuant avec ce traitement l'emploi 
ménagé de l'oxygène, il est probable que justement 
on combattrait victorieusement ce refroidissement, 
puisqu'il n'est en somme, quelles qu'en soient les 
conséquences, que la manifestation d'une combustion 
incomplète. 

Ce n'est pas seulement à l'homme que doit se li- 
miter l'emploi de la chaleur, comme moyen curât if 
des affections épidémiques ou à virus, mais nos ani- 
maux eux aussi, enlevés aux lois naturelles par la 
domestication, pourraient trouver là, dans la plupart 
des cas, un palliatif utile. Je n'aipasàra 'étendre sur ce 
point, qui me ferait entrer dans la répétition de tout 
ce que j'ai énoncé, je préfère me résumer et dire que 
mon but a été d'appeler l'attention sur ces points : 

1° Qu'en ce qui concerne la préservation préventive 
contre les maladies épidémiques, la chaleur est le 
moyen le pluscertain d'atteindre ce but. 

2° En ce qui concerne la guérison des maladies 
épidémiques, ou transmissibles par virus, considérant 
que, la cause de ces maladies étant des germes para- 
sitaires, la chaleur est le moyen le plus sûr de para- 
lyser ces germes, et par conséquent de détruire leur 
action ; 

Qu'en présence de ce résultat incontestable, mais - 
dont l'application ne peut encore se baser sur des 
données précises, il y aurait intérêt à organiser des 
expériences officielles pour déterminer: 

A. Les températures que l'homme et les animaux 
domestiques peuvent supporter, soit que ces tempé- 
ratures agissent seules, soit qu'elles soient combinées 
avec un traitement convenablement excitant. 

B. Les maladies dont les germes, virus, etc., etc., 
s'anéantiraient ou seraient absorbés sous l'empire de 
cette médication. 

En ce faisant, la pratique pourrait conquérir un 
moyen simple de guérir, et l'humanité entière profi- 
terait de cet ordre de recherches. Ch. Tellier. 



LE PASSAGE DE TENUS EN 1874 1 

Les Hollandais se sont décidés à envoyer une expé- 
dition à Bourbon ou à l'île de la Réunion, avec un 

1 Sous donnerons désormais, fous ce titre, les détails que 



héliomètre confié au docteur Oudeman et un photo- 
héliographe que fera manœuvrer le docteur Kaiser. 

Les Italiens auront trois expéditions qui s'occupe- 
ront particulièrement de spectroscopie, mais les dé- 
tails de leur répartition ne sont point encore connus. 

On estime que le nombre total des stations du pas- 
sage de Vénus sera dû 75, qui donneront lieu à une 
dépense totalede 5 à 4 millions de francs pour le phé- 
nomène qui, suivant M. Christie, premier astronome 
de l'Observatoire de Greenwich, commencera pour 
le point où le passage sera le plus avancé à l,4<ii ra , 
temps de Greenwich (8 décembre). 

Les Anglais et les Américains ont imité )a France 
et nommé une commission générale pour le passage 
de Vénus. 

Le secrétaire de la commission américaine est le 
professeur Newcomb, un des astronomes qui se sont. 
le plus distingués dans leur zèle pour discuter les an- 
ciennes observations de 1761 et 1769 afin d'en tirer 
la connaissance de la parallaxe de Vénus. 

Le capitaine Tupman, de l'artillerie royale de ma- 
rine, est le chef de toutes les expéditions anglaises. 
Mais il est soumis au contrôle de sir Georges Airy, 
l'astronome royal. 

Les stations anglaises sont de plus partagées en cinq 
districts: 

1° Egypte; chef, le capitaine Browne, de l'artillerie ; 

2° lies Sandwich, comprenant une subdivision spé- 
ciale pour l'archipel ; chef, le capitaine Tupman, de 
l'artillerie de marine; 

5° Ile Rodrigue ; chef, le lieutenant Néato, de la 
manne; 

4° Nouvelle-Zélande; chef, major Palmer, du 
génie ; 

5° Ile Kerguelen; chef, le révérend Perry. Ce dis- 
trict comprend une division spéciale pour l'île dont il 
porte le nom. 

C'est le corps du génie qui fournit 15 hommes, 
sous-officiers ou soldats, dont trois sont détachés à 
chacun des cinq districts d'observation. 

LA GRANDE SCIERIE MÉGANIQUE 

d'east river. 

Le nouveau système que représente notre gravure 
est employé dans les ateliers de PEast River de 
M. Van Pelt aux Etats-Unis; il est destiné à débiter 
le bois des arbres immenses qui couvrent entiè- 
rement le sol de ces régions. — Cette scie gigan- 
tesque, dont nous empruntons la description au 
Scientific american, est la plus grande que l'on ait 
construite jusqu'ici; elle n'a pas moins de 50 mètres 
de longueur, et tourne autour de roues comme l'in- 
dique notre gravure. La machine qui met en mou- 
vement ce mécanisme est d'une dimension considé- 

nous pourrons nous procurer sur ce grand événement scipn- 
titique, dont, se préoccupent à un si haut degré toutes les na- 
tions civilisées. 



LA NATURE. 



45 



rable, et les usines de l'East River sont certaine- 



ment les plus remarquables de celles qui ont été La scie gigantesque a été construite en France 



construites jusqu'ici pour débiter les troncs d'arbre. 




par une maison de Paris; et, sur les plans et dessins . MM. Richard, Kelley ont fourni la transmission et 
de M. Van Pclt, constructeur de Philadelphie; ! le mécanisme. Des poulies de 2 mètres de diamètre 



46 



LA NATURE. 



sont moulues sur une colonne, afin de supporter la 
lame d'acier, dont elles déterminent le mouvement. 
Les supports de l'arbre de transmission ont m ,12 
de diamètre, ,n ,56 de longueur; ils se composent 
d'un alliage de six parties de cuivre sur une partie 
d'étain. La tension est de une à quatre tonnes; 
elle exige nécessairement une grande solidité dans 
l'ajustage afin d'empêcher que la courroie ne soit 
lancée hors de position. 

Le tronc qu'il s'agit de débiter est placé dans la 
direction du mouvement de l'affût et de la scie sans 
qu'il soit nécessaire de l'assujettir à ses extrémités, 
et la dosse est prise et enlevée régulièrement. 

La scie que nous décrivons succinctement coupe 
le pin à la vitesse de 20 mètres à la minute, et le 
chêne à celle de 40 mètres. 

Ce grand outillage offre dans la pratique un avan- 
tage réel sur les systèmes de scie circulaire habituel- 
lement usités. La scie, en effet, peut suivre la courhe 
de la poutre, comme cela est surtout nécessaire pour 
les constructions nautiques; en outre elle coupe sur 
le fil du bois. Les planches qui sout obtenues par ce 
procédé valent dix pour cent de plus que celles qui 
sont coupées par une scie circulaire. 



>♦< 



CHRONIQUE 

Guerre nn Phylloxéra. — Notre collaborateur, 
M. Maurice Girard, vir.nt d'être nommé délégué de l'Aca- 
démie des sciences, ayant la mission spéciale d'étudier le 
Phylloxéra vastatrix dans le sud-ouest de la France, no- 
tamment dans les Charentes, avec résidence principale à 
Cognac, 11 est chargé, par les instructions qu'il a reçues 
de la commission académique, de faire dans ces régions 
un travail analogue à celui de M. Duclaux pour le sud-est; 
reconnaître les points envahis avec l'époque d'apparition 
du funeste Aphidien, rendre compte des moyens proposés 
dans les diverses localités pour la destruction de l'insecte, 
et des essais tentés en ce sens, afin de réserver pour l'ave- 
nir toutes les méthodes qui ont quelque chance de succès, 
et d'écarter les nombreuses recettes inefficace?, de manière 
à ce qu'on soit fixé d'une façon définitive sur leur inutilité. 
On évitera ainsi des perles de temps dans le combat 
acharne que nous devons livrer au fléau. M. Maurice 
Girard enverra des lettres sur ces sujets pour la Chronique 
de notre journal. 

Ijc forgeage du lingot de platine pour la con- 
fection du métré international. — M. Tresca a 
présenté à l'Académie des sciences une note très-curieuse 
où il signale, au sujet de celte opération, un fait de ther- 
modynamique vraiment digne d'intérêt. Pendant le mar- 
telage du lingot de platine iridié destiné à la fabrication 
des mètres internationaux, l'honorable sous-directeur du 
Conservatoire des arts et métiers, a remarqué que, sous le 
choc, des bandes brillantes, des traînées lumineuses appa- 
raissaient quand le métal, dans sa période do refroidisse- 
ment, était encore au rouge sombre. Mous n'insisterons 
pas sur les considérations théoriques de ce phénomène, et 
nous nous contenterons de faire remarquer qu'il peut être 
regardé comme un bel exemple de la transformation du 
travail mécanique en chaleur et en lumière. M. Tresca fait 



observer, avec raison, que la dureté exceptionnelle du 
platine iridié refroidi jusqu'au ronge sombre, exige, pour 
être déformé par le forgeage, un travail considérable au 
moins équivalent à celui du forgeage de l'acier. Le lingot 
de platine est actuellement amené à la forme d'une barre 
à section carrée de 4™ 50 de longueur ; dans les nouvelles 
opérations de forgeage qui vont avoir lieu, il est probable 
que le phénomène précédent se reproduira ; M. Tresca se 
propose de l'étudier spécialement pendant les expériences 
qu'il va exécuter avec son fils, M. Gustave Tresca, dont 
l'intelligente activité a déjà contribué au succès des opéra- 
lions auxquelles le lingot de platine a été soumis jusqu'à 
ce jour. 

Les Monitors du lthin. — Les Allemands ont con- 
struit de nombreux monitors sur le Rliin. Ces navires, 
d'après la lievue maritime, seront stationnés dans le por' 
de Goblentz; leur équipage se composera de 60 matelots, 
commandés par 6 officiers ; en cas de guerre, chacun de 
ces monitors recevra en outre, bO hommes d'infanterie. 
La Gazette de V Allemagne du Nord nous apprend que ces 
bâtiments sont munis chacun de deux pièces de marine 
de 12 centimètres, disposées dans une tour tournante 
cuirassée d'une épaisseur de 7 centimètres. On se [impose 
aussi d'entretenir une flottille sur la Moselle, entre ïhion- 
ville et Metz. 

Société française de navigation aérienne. — 

Celte société vient de nommer son bureau pour l'année 
1874. M. Hervé Mangon, de l'Institut, a éié élu président, 
en remplacement de M. Janssen, président sortant. MM. P. 
lîert, Croré Spinelli, le docteur Jlnrey et Motard, ont été 
nommés vice-présidents, M. llureau de Villeneuve, secré- 
taire général. Nous sommes heureux de voir la Société de 
navigation aérienne s'engager dans une voie de prospérité, 
et entrer dans le domaine de la pratique aérostatique. Le 
beau voyage aérien de MM.Crocé-Spinclli cl Sivcl a été exé- 
cuté sous ses auspices; puisse-t-il inaugurer une campa- 
gne aérienne féconde en résultats ! 



><>< 



ACADÉMIE DES SCIENCES 

Séance du Yo juin 1871. — Présidence de M. Bbiitiundi 

Incrustations calcaire*. — Il résulte d'intéressantes 
observations résumées par MM. Favre et Roche, que si de 
l'eau chargée de carbonate de chaux est abandonnée dans 
un Yase de plomb, le dépôt du calcaire commence a» con- 
tact de la moindre surface métallique électro-négative par 
rapport au plomb. Ainsi, dans les tuyaux de conduite, c'est 
à la soudure des bouts successifs, soudure où entre de 
l'étain, que le dépôt se manifeste d'abord ; s'il y a un ro- 
binet de cuivre c'est à son contact aussi que l'incrustation 
prend naissance. On peut même donner à l'expérience une 
forme pins frappante, en abandonnant simplement dans 
le réservoir de plomb qui contient l'eau, une petite pièce 
de monnaie d'argent. Celle-ci ne tarde pas à être complè- 
tement encombrée de carbonate de chaux. Comme on voit, 
ces divers faits présentent à la fois un grand intérêt pour 
le chimiste, pour le physicien et pour le constructeur. 

L'ammoniaque et la végétation. — Si, comme vient 
de le faire M. Schlœsing, on fait végéter une plante sous un 
récipient dont l'air renferme une certaine proportion de 



LA NATURE. 



47 



gaz ammoniac, oti constate bientôt la disparition totale de 1 
celui-ci. Il en résulta deux faits également importants, | 
d'abord que l'ammoniaque de l'air est assimilée par les vé- 
gétaux, et en second lieu que les végétaux peuvent contri- 
buer à l'assainissement de l'atmosphère en en extrayant 
l'ammoniaque qui s'y trouve. 

Passage de Vénus. — Le président signale la présence de 
M. Bouquet de laGrcge, chargé par l'Académie d'aller ob- 
server, à l'île Campbell, le passage de Vénus. 

La petite caravane que commande ce savant, arrivera à 
son but vers le 1 5 septembre et aura par conséquent deux 
mois et demi pour faire ses préparatifs. L'île Campbell est 
absolument déserte; il faudra donc que les hardis asti o- 
nomes trouvent tous leurs secours en eux-mêmes. Ils au- 
ront à mettre en pratique les métlodes imaginées par 
Ilalle.y, plus de quatre-vingts ans avant qu'on eût l'occasion 
de s'en servir ; circonstance qui n'empêcha pas leur iin- 
inorlcl auteur de les appliquer au calcul de toutes les par- 
ti, ularilés du phénomène. 

Formation des taches solaires, — Contrairement à 
l'opinion de M. Faye, le, p. Sccchî pense que les taches 
résultent de l'accumulation, en certains points de la chro- 
mosphère, des produits de condensation des protubérances 
qui, s'étant refroidis en s'élevant, retombent à la surface 
de l'astre. Il cite à l'appui de sa thèse des observations 
Iri's-conlinuL'S, mais qui, d'après M. Faye, ne se prêtent 
cependant pas à l'interprétation qu'en veut faire l'astronome 
romain. 

Les taches solaires et les passages de Jupiter. — Des 
observations superlicieiles ont fait dire que le passage de 
Jupiter au périhélie coïncide avec les maxinia des taciics 
solaires. M. Faye s'élève contre celte assertion : la période 
de Jupiter est de 11 ans et 8/10, tandis que la période 
des taches est de 11 ans et 1/10. Il en résulte que si, à 
l" 1 exemple de M. Carrlngton, on représente les deux phéno- 
mènes |iar des courbes que l'on compare entre rlles, on 
observe au début un parallélisme sensible qui se perd néan- 
moins peu à peu et finit par céder la place à la discordance 
la plus absolue. Il suffit d'une centaine d'années d'obser- 
vations pour que ce dernier résultat se produise. 

Valeur de la radiation solaire. — On sait que Pouillet 
a évalué à 13,6 00 calories la quantité de chaleur que le 
soleil rayonne par seconde et par mètre carré. M. Dupon- 
chel prétend que celte évaluation est 11 fois trop faible. 
C'est là une assertion contre laquelle M. Faye proteste en- 
core. Il rappelle que le nombre donné par M. Pouillet a 
reçu diverses confirmations qui le rendent très-probable. 
Ainsi, John llerschel, voulant donner une idée de la ra- 
diation solaire, dit que, si on suppose un cylindre indéfini 
de glace de 45 milles de 'diamètre et lancé sur le soleil 
avec la vitesse de la lumière, il fondra instantanément: 
l'éclat du soleil sera anéanti, mais sa température ne bais- 
sera pas d'un seul degré. Or si l'on ramène ce résultat à 
la forme adoptée par M. Pouillet, on trouve qu'il corres- 
pond pour la radiation d'un mètre carré de surface solaire 
en une seconde à 15,000 calories; c'est-à-dire à une quan- 
tité de chaleur Coût à fait comparable à celle trouvée par 
le physicien français. 

Election d'associé étranger. — Trente-trois suffrages 
appellent M. Alphonse de Candolle à la succession d'Agas- 
siz comme associé étranger de l'Académie. M. Bocr obtient 
13 voix et il y a un billet blanc. 



Menus propos sur les sciences. — Le charmant volume 
publié sous ce litre par J[. Félix llémcnt, arrive aujour- 
d'hui à sa troisième édition. C'est une série de causeries 
élégamment écrites sur les points principaux de la science, 
et dans chacune desquelles, sous un dehors familier, se 
cache ou plutôt se trouve l'enseignement, profitable pour le 
cœur, de quelque grande vérité morale. 

Stanislas Meunier. 

UNE COMÈTE VISIBLE A L'ŒIL NU 

Le 17 avril dernier, M. Coggia, le jeune et labo- 
rieux îïslronome de l'observatoire de Marseille, décou- 
vrait nwi petite comète téleseopiqiie perdue dans les 
régions polaires de noire ciel boréal. C'était une fai- 
ble nébulosité, comme toutes les comètes télescopi- 
ques, à peine visible sur le fond noir du ciel. Mais 
cet astre nébuleux est moins modeste qu'il ne le 
semblait d'abord. 

Des observations ayant été faites pendant les mois 
d'avril et de mai permirent de calculer les éléments 
approximatifs de l'orbite de cette vapeur errante. Il 
en résulte que cette comète s'approche de la Terre, 
et qu'elle va devenir visible à l'œil nu. Déjà une 
chevelure s'est formée autour de son noyeau, et une 
queue diffuse se déploie, à mesure que l'astre vaga- 
bond se rapproche des régions échauffées parle Soleil. 
Son mouvement est direct, c'est-à-dire qu'il s'accom- 
plit dans le sens général de la translation des planètes 
autour du Soleil, de l'ouest à l'est. Mais il est forte- 
ment incliné sur le plan de l'orbite terrestre (68°). 
La ligne d'intersection du plan de l'orbite de la co- 
mète avec celui de l'orbite terrestre est tracée par 11 9 U 
de longitude, et la longitude de son périhélie est à 271°. 
Tout amateur d'astronomie peut se représenter ainsi 
la situation de l'orbite du no.rcl astre dans l'espace, 
Le passage au périhélie aura lieu le 11 juillet pro- 
chain. La comète se trouvera alors à une distance mi- 
nimum du Soleil égale à 0,68535 relativement à 
celle de la Terre, c'est-à-dire à 25 millions de lieues 
du Soleil. 

Comme la comète découverte l'année dernière par 
M. P. Henry , celle-ci augmente rapidement d'é- 
clat à mesure qu'elle descend vers la Terre, et elle 
augmente plus rapidement encore que la précédente. 
Ainsi, si l'on représente par 1 l'éclat qu'elle offrait 
lejourdesa découverte, on calcule l'accroissement 
suivant pour tout le temps de son apparition : 



17 avril , . . 1 

24 mai. ... 3 

10 juin. ... 7 

24 juin, ... 20 

3 juillet. . . 40 

8 juillet. . . 60 



15 juillet. . 100 

19 juillet. . 15J 

20 juillet. . 120 
3 août. . . 50 
6 août. . . 30 



Comparativement aux grandeurs des étoiles, non? 
pouvons attribuer aux phases de la comète les chif- 
fres suivants: 



17 avril . 



9* 



28 mai. . . , 7« 



48 



LA NATURE. 



10 juin. . 

21 juin. . 

5 juillet. 



15 juillet. 
4 août . 



Ces chiffres montrent que la comèLe est actuelle- 
ment assez brillante pour être visible à l'œil nu. En 
s'aidant d'une jumelle on la trouvera facilement. 
Pour ceux qui ont à leur disposition des cartes astro- 
nomiques, je dirai que sa position est, au 25 juin, 
p;T 7 b. 26 m. d'ascension droite, et G7 U 17' de dé- 
clinaison; au 3 juillet, par 7 h. 36 m., et63°l'; au 
H juillet, par 7 h. 40 m. et 58° 36'. 11 est facile de 
calculer sa position pour les dates intermédiaires. Les 
personnes qui n'ont pas de carte pourront trouver la 
comète en sachant qu'elle est placée au nord-ouest, 
à gauche de l'étoile polaire et plus bas. En menant 
une ligne de l'étoile a de la Grande-Ourse à Capella, 
cette ligne traverse la constellation du Lynx, et longe 
celle de la Ciial'e. A peu près au tiers du chemin 
de Capella à a de la 
Grande-Ourse, ou re- 
marque deux étoiles de 
4*" grandeur appartenant 
à la Girafe. C'est vers ces 
étoiles, et à leur ouest, 
qu'il faut chercher la co- 
mète, après 10 heures 
du soir, car plus tôt le 
ciel est encore trop 
éclairé de ce côté par le 
crépuscule. 

Parmi les observations 
lélescopiqucs que j'ai 
faites sur cette comète, je 
rapporterai ici celle du 
1 1 juin dernier, qui m'a 
permis de faire un dessin 
suffisant pour apprécier 
la forme et l'étendue de 
la nébulosité comélaire. 
Elle se trouvait par 7 h. 

2 m. d'ascension droite et 08* bb' de déclinaison, à 
l'est de l'une des deux étoiles de 4 U grandeur que 
je signalais tout à l'heure, entre la plus boréale 
de ces deux étoiles et une autre de 6 e grandeur 
située plus à l'est. Dans un chercheur grossissant 
huit fois seulement, on distinguait ces trois étoiles 




Cornue do 31. Coggia, le 11 juin 1S71. 



et la comète avec sa queue. La comète était moins 

intense que les deux étoiles de 4 e grandeur, et supé*- dernier, et subsistera jusqu'en octobre, lors mèrne 



Placé entre deux étoiles très-voisines, l'une de 8* 
grandeur, l'autre de 9 e , le noyau de la comète était à 
la fois plus visible que la première, mais moins bril- 
lant; il était plus large et plus pâle. La chevelure 
s'étendait jusqu'à l'étoile de 9 e grandeur. La lumière 
était d'un blanc pâle verdàlre, qui contrastait singu- 
lièrement avec le ton chaud et plus jaune des étoiles 
voisines. 

On a déjà essayé d'analyser au speclroscope la lu- 
mière de cette comète. Sans avoir obtenu encore de 
résultats définitifs, le P. Secchi a cru remarquer que 
les raies principales de son spectre appartiennent an 
carbone, soit au carbone simple, soit à l'un des oxy- 
des de carbone. On sait que ce fait si extraordinaire a 
été remarqué dans l'analyse spectrale de la plupart 
des comètes qui sont passées en vue de la Terre pen- 
dant ces dernières années. 

Ce sont là les premières observations faites sur la 

nouvelle comète; mais, 
comme nous l'avons dit, 
elle s'approche de la 
Terre, va devenir visible 
à l'œil nu, sans attein- 
dre, il est vrai, les di- 
mensions de la comète 
Donali, de 1858, ni 
celles de la grande co- 
mète de 1862, mais en 
se développant toutefois 
sons nue envergure suf- 
fisante pour frapper la 
curiosité des esprits at- 
tentifs, et peut-être assez 
même pour devenir po- 
pulaire. 

La réputation des co- 
mètes les ayant associées 
aux années de séche- 
resse et de hautes tempé- 
ratures, nous pourrions 
peut-être ajouter ici que MM. Belgrand et Lenioine 
ont annoncé à l'Académie des sciences, que cet 
été sera marqué par une véritable disette dans le 
régime des cours d'eau, des puits, sources, etc. Mais 
il ne faudrait pas en accuser la nouvelle comète, qui 
en est absolument innocente. La sécheresse sera due 
au manque de pluies pendant l'hiver, le printemps 



rieure à celle de 6 e . Au télescope, l'oculaire n° 1, 
grossissant i 20 fois, montrait la comète sous la forme 
d'une nébulosité diffuse, munie d'un noyau brillant, 
et d'une queue vaporeuse. La lumière générale res- 
remblait à celle d'un rayon de soleil qui pénètre dans 
une pièce obscure et éclaire les poussières dans l'air ; 
elle diminuait d'intensité à mesurequ'elle s'éloignait 
du noyau; mais s'étendait assez loin pour annoncer 
la présence de la comète lors même que la tête de 
celle-ci n'était pas dans le champ du télescope. 

Ce qu'il y avait de plus remarquable, c'était préci- 
sémenteette tète et cette chevelure, fort lumineuses. 



que la pluie reviendrait maintenant. Ajoutons, toute- 
fois, que depuis que les taches solaires, le magné- 
tisme terrestre, les mouvements planétaires, les au- 
rores boréales, les cyclones, etc., paraissent rattachés 
mutuellement par des liens mytérieux, il serait peut- 
être moins philosophique qu'on ne pense de nier 
tout rapport entre les apparitions de comètes et le 
régime météorologique de la Terre. 

Camille Flammarion. 

Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. 

LwitJili,,— Ijln Si »l«i U«) CUITS 



K« E»C. — 27 JUIN 1874. 



LA NATURE. 



40 



LES DEUX 

JEUNES ORANGS-OUTANGS DE BORNÉO 

AU JARDIN D "ACCLIMATATION. 

On a très-rarement vu des orangs-outangs, dans 
«os jardms zoologiques; ces animaux ne supportent 



guère, ni les fatigues d'un long voyage, ni les inquié- 
tudes de la captivité, ni le changement de climat. 
On ne peut les prendre que lorsqu'ils sont jeunes ; à 
l'état adulte, ils se défendent avec une extraordinaire 
énergie contre leurs ennemis, et s'ils doivent être 
vaincus, ils" meurent bientôt de désespoir. L'intelli- 
gence des orangs-outangs en fait cependant des êtres 
d'un grand intérêt : le naturaliste et le philosophe 




les deu» jeunes orangs-outangs de Bornéo, au Jardin d'acclimatation. (D'après nature.) 



peuvent puiser bien des enseignements à leur obser- 
vation. Les petits orangs-outangs, que tout le monde 
voudra voir à Paris, sont arrivés récemment au Jardin 
d'acclimatation, où, grâce à l'obligeance de M. A. 
Geoffroy Saint -Hilaire, il nous a été permis de les 
examiner de près. Ils ont l'allure indolente, le mou- 
vement peu rapide, et sont très-doux. C'était vrai- 
ment un spectacle étrange de Yoir la petite femelle 
s'approcher de mon frère, qui dessinait le portrait 

î" ica'e. — 2'scraeslre. 



du mâle, s'accouder sur ses genoux, pour regardât' 
d'un air étonné, attentif et intelligent, les mouve- 
ments du crayon sur le papier. Ces petits êtres sont 
familiers, ils tendent volontiers la main aux specta- 
teurs qui les regardent ; leur gardien nous a appris 
que, quoique très-jeunes, ils mangent déjà leur soupe 
avec une cuiller, et boivent dans des verres, beau- 
coup plus habilement que ne le feraient des enfants 
du même âge. Ce gardien qui ne les quitte jamais, 

4 



LA NATURE. 



qui couche à eût»' d'eux, est un marin; il <i acheté 
ces orangs-outangs, originaires de Iîornéo, dans l'île 
Sumatra, à des marchands malais. Le mâle a environ 
dix mois, la femelle a quinze mois; tous deux sont 
à vendre, mais à un prix si élevé (8000 francs), que 
jusqu'ici il ne s'est pas présente d'acquéreur. 

A leur passage à Marseille, où ils ont séjourné 
quelques jours, les deux orangs-outangs, ont été étu- 
diés avec soin par un jeune naturaliste, M. Albert 
Vayssière, qui a bien voulu nous communiquer une 
note fort intéressante à leur sujet. Nous cédons la 
parole à notre correspondant. 

« Je vais d'abord, dit M. Vayssière, donner nue 
description rapide de la femelle : ta die, en compre- 
nant les membres postérieurs moins les mains, 
00 centimètres, qui peuvent ainsi se répartir : 
tête 10 centimètres, tronc 29 centimètres, cuisses 
10 centimètres et jambe 11 à 12 centimètres. Kilo a 
donc un peu plus de la moitié de la (aille d'une 
femelle adulte, car Drehni lui donne 5 pieds et 
demi (l m , 16) et au mâle adulte 4 pieds (i ra ,53). 
M. Gcrvais, dans son Histoire dés mammifères, cite 
aussi des orangs de cette taille. 

« La peau de la tète est gris de fer, si ce n'est la face 
dont le teint est plus clair, et même en certains en- 
droits (oreilles et lèvre supérieure) d'une couleur 
blanche analogue à la peau de l'homme; elle est 
très -finement plissée. Sur le crâne on aperçoit çà et 
là quelques poils presque noirs ; la face en est dé- 
pourvue, la lèvre supérieure présente seule des poils 
blonds dirigés de haut en bas. 

« Frontbombéiiepréscntant aucune saillie ou crête. 
Nez gris foncé, aplati et ayant une rainure longitu- 
dinale sur le milieu ; les ouvertures des narines sont 
inférieures. Les yeux sont grands, vifs et d'une cou- 
leur marron. Cette femelle présente, comme denti- 

tion, la formule suivante: 7,77707 c'est comme l'on 

A 1 ii > 

voit sa dentition de lait, dentition qu'elle conservera 
encore plusieurs années ; les incisives et les canines 
sont très-grosses proportionnellement aux molaires. 

« La lèvre inférieure avance beaucoup ; le menton 
est très-petit et fuyant. 

« Les bras sont longs et mesurent 44 centimètres; 
bras 15 centimètres, avant-bras 1 S centimètres, main 
14 centimètres; ils sont grêles mais musculeux. La 
main est longue, l'extrémité du pouce arrive à peine 
à l'articulation métacarpo-phalangicnnc de l'index, ce 
qui provient de la longueur de la paume de la main 
qui est égale au double de sa largeur. Les doigts sont 
effilés et pourvus d'ongles arrondis à leur extré- 
mité. • 

« Les poils, d'une belle couleur roussâlrc, sont 
assez abondants sur la partie externe du bras et de 
l'avant-bras, rares sur le dos de la main; les doigts 
ainsi que la paume en sont dépourvus. Le dessus de 
la main est gris-marron tandis que le dessus est blanc. 

« Les mamelles, qui sont pectorales, au nombre de 
deux comme chez l'homme, ne sont pas développées 
vu le jeune âge de l'animal; le ventre est bombé. 



Des poils roux comme ceux des liras recouvrent le 
reste du corps, mais ils sont plus longs et plus abon 
dants sur le dos, cependant sans l'être beaucoup. 

« Le maie, qui est plus jeune de cinq à six mois, 
comme il a été dit plus haut, a 10 centimètres de 
moins. Il a le corps moins couvert de poils que la 
femelle, mais le duvet en est plus laineux. La den- 

tition ne présente pour formule que ^7 -p, les mo- 
laires n'ont pas encore paru et les canines ne sont 
pas complètement développées. 

« La femelle est plus vive et plus familière que le 
mâle. Ainsi elle joue volontiers avec toutes les per- 
sonnes qui la visitent; le mâle ne veut s'approcher 
que de son maître, il n'est point pour cela sauvage 
ni méchant, mais on peut attribuer cette mélancolie à 
la souffrance qu'il doit ressentir par suite de la sortie 
des dents; aussi rcstc-t-il tranquille, s'envcloppant 
complètement, hormis la tête, dans une couverture, 
tandis que la femelle, qui est moins frileuse, ne fait 
que remuer à ses côtés. (Voy. la gravure.) 

« Cette dernière, ennuyée de rester toujours dans sa 
prison, était parvenue à découvrir la pointe mobile qui 
servait à fermer la cage; aussi à partir de ce moment 
le matelot était-il constamment obligé de la surveiller. 
Un jour il prit le parti de relier le barreau mobile qui 
remplissait les fonctions déporte, aux autres barreaux, 
au moyeu d'une petite corde; mais à peine eut-il fini, 
que la femelle se mita défaire complètement la corde, 
s'aidant de ses mains antérieures, de sa lèvre infé- 
rieure et parfois de ses dents. Aussi depuis ce jour le 
matelot s'amuse souvent à relier les barreaux entre 
eux avec une corde, qu'elle défait immédiatement, 
mais toujours avec une certaine nonchalance, car 
cette lenteur paraît être inhérente au caractère des 
orangs-outangs. 

« (les animaux ont assez bien supporte le voyage; à 
Sumatra il étaient nourris avec du riz cuit dans une 
sauce très-forte, mais pendant la traversée le matelot 
les nourrissait avec du riz simplement bouilli et de 
la mie de pain. Il leur faisait boirede temps en temps 
un peu d'eau et de vin. Ils aiment le lait, mais on a 
dû leur en servir le moins souvent possible car cela 
leur donnait une forte diarrhée. 

« La femelle mange assez volontiers les bananes, 
mais le mâle n'en fait pas un grand cas. 

«Cesorangs n'aiment pas à être placés sur le sol sans 
avoir à leur portée un objet où ils puissent s'accro- 
cher, surtout le mâle qui se met tout de suite à crier 
sans oser remuer ; la femelle, au contraire, se dirige 
vers un objet quelconque et s'y accroche. Tour mar- 
cher elle se sert dé ses quatre membres, mettant à 
plat ses mains antérieures, mais fermant celles de 
derrière et les tournant en-dedans. 

Les deux jeunes orangs ne s'amusaient jamais 
avec d'autres singes, qui étaient abord, ni avec d'au- 
tres animaux. Il est curieux de voir ces animaux, qui 
sont d'un caractère assez enjoué avec les hommes et 
les enfants, demeurer sérieux avec tous les êtres moins 
intelligents. 



LA XA.TURE. 



51 



« Brchia et M. Gervais font à leur sujet la même 
remarque. » 

Grâce aux soins que leur prodigue leur maître, les 
jeunes orangs-outangs tle Bornéo sont actuellement en 
bonne santé; ils vont, viennent, et se livrent même 
avec passion à l'exercice du trapèze et de la gymnasti- 
que; mais il est peu probable qu'ils puissent vivre 
longtemps- Il est à craindre que le s froids de nos hivers 
ne soient mortels pour ces petits êtres, habitués au 
soleil des pays chauds. Il serait bien à désirer cepen- 
dant qu'ils vécussent, car on verrait se reproduire 
probablement les merveilles de leur intelligence, à 
l'âge adulte. Les orangs-outangs ne le cèdent en rien, 
sous ce rapport, aux chimpanzés ; ils peuvent se 
rendre utiles à leur maître, servir à table et faire 
des commissions. Le chimpanzé de M. de Bubon a 
été célèbre jadis ; il pouvait être considéré* comme 
un excellent domestique, et comme nous l'apprend le 
grand naturaliste lui-même, il savait donner le bras 
aux visiteurs. Le savant anglais Jeffrios rapporte 
qu'un orang-outang apprivoisé lavait le plancher de 
sa cage avec un linge humecté d'eau. Urelim cite un 
animal de cette espèce qui, abord d'un navire, allu- 
mait le feu, surveillait la cuisson du pain, et donnait 
bien d'autres preuves, non moins frappantes, d'une 
remarquable intelligence. 

Qu'on ni'aillû soutenir, après un tel récit, 
Que les Jujtes n'ont point d'esprit! 

Gaston Tissakdif.r. 



PILES SECONDAIRES DE M. PLAINTE 

Les courants secondaires ou de polarisation ont été 
l'objet d'études nombreuses depuis l'époque où ils 
ont été découverts, c'est-à-dire depuis le commence- 
ment du siècle; mais c'est seulement depuis peu 
d'années qu'on a compris qu'ils étaient susceptibles 
d'applications pratiques. 

Depuis quinze ans environ, M. Gaston Planté s'est 
occupé de celte question, et il est arrivé, par des ef- 
forts continuels et des progrès successifs, à des ré- 
sultats du plus haut intérêt, dont nous allons cher- 
cher à donner une idée. 

Le lecteur sait qu'un voltamètre est un instrument 
dans lequel on décompose l'eau par le courant d'une 
pile ordinaire; c'est là une expérience fondamentale 
de la physique qui est représentée par la ligure 1. À 
l'instant précis où on vient de le soumettre à celle 
action, le' voltamètre peut être considéré comme un 
couple ou élément secondaire ; si on met en commu- 
nication les deux électrodes avec le fil d'un galvano- 
mètre, on voit l'aiguille dévier pendant quelques se- 
condes et accuser un courant qui va continuellement 
.en s'affiiblissant et qui devient insensible après un 
temps assez court. Ce courant est ce qu'on appelle 
un courant secondaire ; il u été fourni par la pile au 
voltamètre et il est rendu par le voltamètre. 

M. Planté a montré dès 1859 que le plomb est le 
métal le plus favorable pour constituer les piles se- 



condaires, et il a accumulé depuis cette époque des 
preuves de cette supériorité. La figure 2 montre l'é- 
lément tel qu'on le construit aujourd'hui : dans une 
éprouvette de verre, de gutta-percha ou de caoutchouc 
durci, sont placées deux lunes de plomb enroulées 
en spirale l'une parallèlement à l'autre et maintenues 
à distance par deux cordes de caoutchouc enroulées 
ea même temps ; ces deux lames sont baignées dans 
une solution d'acide sulfurique au dixième. L'éprou- 
vette est fermée par un bouchon cacheté dans lequel 
on a ménagé un petit trou, qui sert à mettre le liquide 
et à l'enlever, et qui donne passage aux gaz qui peu- 
vent se dégager pendant, la charge de la pile. L'appa- 
reil est couronné par un couvercle de caoutchouc 
durci sur lequel sont placées deux attaches qui com- 
muniquent aux deux électrodes; on y voit aussi des 
pinces pour tenir des fils métalliques qu'on peut 
rougir et fondre avec le courant secondaire. 

Pour charger cet élément secondaire, il faut deux 
couples de Bunsen ou, à leur défaut, trois couples 
de DanielL Pendant que la charge se fait, l'une des 
électrodes s'oxyde, une couche brune de peroxyde de 
plomb s'y voit bientôt et l'aspect métallique disparaît 
complètement; l'autre électrode change également 
d'aspect, sa surface se couvre d'une couche pulvéru- 
lente grise. 

Quand la charge est arrivée à son maximum, c'est- 
à-dire quand l'oxvgène commence à se dégager de 
l'électrode brune, il est opportun de séparer le cou- 
ple secondaire de la pile active, car le passage du 
courant polariseur n'a plus lieu qu'en pure perte. 

Le couple secondaire, une fois ainsi chargé et aban- 
donné à lui-même, peut conserver une partie de sa 
charge pendant plusieurs jours; el, au bout d'une 
semaine, il est encore loin d'être épuisé. 

L'élément secondaire, au maximum de charge, a 
une force électro-motrice égale à une fois et demie 
celle d'un Bunsen ; il peut rougir un fil de platine 
plus ou moins gros suivant sa dimension ou, pour 
mieux dire , suivant retendue des électrodes ; on 
comprend, en effet, que la quantité d'électricité que 
peut fournir l'appareil est proportionnelle à l'étendue 
de la surface de plomb soumise à l'action du courant 
polariseur et recouverte d'un dépôt électro-chimi- 
que actif. 

Il faut noter que la forme particulière (en spirale) 
des électrodes donne au couple une grande surface 
et une petite résistance sous un petit volume; de 
sorte qu'un élément secondaire de Planté équivaut à 
un élément actif ou ordinaire d'une dimension tout 
à fait inaccoutumée; le petit modèle a une surface 
active de 8 décimètres carrés, le grand modèle une 
surface de 40 décimètres carrés. 

Le courant fourni par l'élément secondaire peut 
produire des décompositions chimiques, agir sur un 
électro-aii nant, etc. ; mais, si on mesure son inten- 
sité d'une façon ou d'une autre, par exemple avec un 
galvanomètre, on la voit décroître à partir du maxi- 
mum dont nous avons parlé plus haut. Celte décrois- 
sance est assez lente si le circuit a une grande résis- 



52 



LA NATURE. 




Fis 



tance et si, par conséquent, l'électricité s'écoule en 
petite quantité; elle est, au contraire, très-rapide si 
le circuit n'a qu'une faible résistance, parce que 
alors l'électricité s'écoule en grande quantité. 

La période de décharge donne lieu à une observa- 
tion intéressante ; 
la pila se décharge 
complètement en 
apparence, mais, si 
on la laisse reposer 
quelques minutes 
en circuit ouvert, 
on constate qu'elle 
a retrouvé une cer- 
taine énergie eL 
qu'elle peut fournir 
encore une certaine 
quantité d'électri- 
cité. La pile ainsi 
déchargée de ce pre- 
mier résidu et abandonnée y elle-même encore 
quelque temps, fournira un second résidu, moindre 

il est vrai que le premier. Et celui-là ne sera pas 
le dernier : on pourra 
en obtenir encore plu- 
sieurs autres. RI. Planté 
a fort bien expliqué 
cette particularité : 
l'élément secondaire 
quand il devient actif 
se décharge , et en 
même temps il se po- 
larise, connue font les 
piles à un seul liquide; 
cette polarisation ac- 
quiert en un certain 
temps une force pres- 
que égale à celle de 
l'élément secondaire 
déjà affaibli, et l'action 
cesse ou se réduit à 
très-peu de chose ; si 
on laisse alors reposer 
la pile, elle se dépo- 
larise d'elle-même, 
connue il arrive à tou- 
tes les piles à un seul 
liquide polarisées par 
leur action même ; la 
pile, une fois dépolari- 
sie, se trouve de nou- 
veau prête à fournir 
un courant; mais dans 
cette nouvelle décharge elle se polarise de nouveau 
et ainsi de suite. 

Considérons enfin l'élément secondaire déebargé 
complètement ou presque complètement, ou peut le 
recharger avec deux éléments Bunsen comme la pre- 
mière fois; mais il est digne de remarque qu'une 
charge nouvelle est donnée d'autant plus rapidement 



que l'on y procède plus promptement après fa dé- 
charge. 

D'ailleurs un élément secondaire est d'autant meil- 
leur qu'il a été chargé et déchargé un plus grand 
nombre de fois; au commencement quanti il est 

presque neuf il y a 
avantage à polariser 
les électrodes tantôt 
dans un sens , tan- 
tôt dans l'autre et à 
renverser plusieurs 
fois le sens de la 
charge ;mais quand 
l'élément est formé, 
il faut au contraire 
avoir grand soin de 
le charger toujours 
dans le même sens. 

1. — Voltamètre et pile Dauidl. Si On néglige Cette 

précaution on aug- 
mentera beaucoup le temps de la charge, car il faut 
réduire l'oxyde de plomb qui peut rester encore sur 
l'une des électrodes et oxyder à nouveau la lame pré- 
cédemment négative. 
Mais après cette opéra- 
tion, l'élément secon- 
daire a repris toute sa 
qualité ; on pourrait 
même dire qu'il en a 
plutôt encore gagné. 

La figure 5 montre 
une forme particulière 
que M. Planté a don- 
née à l'élément secon- 
daire et qu'il a dési- 
gnée sous le nom de 
Briquet de Saturne. 
On voit à la partie su- 
périeure de la boîte 
deux petites pinces en- 
tre lesquelles est tendu 
un fil de platine; cha- 
que fois qu'en appuyant 
avec le doigt ou amène 
au contact les deux 
ressorts placés sur la 
base, la pile envoie un 
courant au travers du 
fil de platine et le rou- 
git, d'où résulte l'in- 
flammation presque in- 
tig. 2. — i)cus cléments tfunseu chargeant un clément secondaire slantaneede la bougie. 




Avec un briquet de Sa- 
turne bien chargé on peut allumer cent fois la 
bougie et c'est seulement après ce grand nombre 
d'inflammations qu'on a besoin de le recharger avec 
trois éléments Daniell. C'est là un nouveau moyeu 
d'obtenir du feu et c'est un moyen très-économique, 
car le couple secondaire lui-même ne dépense rien et 
la pile de charge ne consomme que quelques grammes 



LA HA TU HE. 



(ic sulfate de cuivre pour un travail trcs-prolongé du 
briquet. 

Ce môme appareil peut servir à mettre le feu aux 
mines pour l'usage civil ou militaire; l'expérience 
montre qu'avec des amorces à fil de platine assez lin 
( 2 -V'e millimètre) on peut produire une inflammation 
à travers un fil de cuivre de 900 mètres du longueur 
et de 3 millimètres de diamètre. 

Avec un appareil du même genre 
les médecins peuvent cautériser 
une plaie, et cette application a 
déjà été réalisée souvent ; un élé- 
ment secondaire est en effet beau- 
coup plus facile à transporter dans 
un hôpital et surtout chez un ma- 
lade que les éléments actifs qu'il 
peut remplacer. 

Enfin les éléments secondaires 
peuvent être associés en tension 
ou en quantité, et constituer des 
piles capables de produire tous les effets des piles 
ordinaires les plus puissantes. La figure 4 représente 
la pile secondaire telle que l'a disposée M. Planté et 




Fig. o. — Briquet de Saturne. 



telle qu'elle rendra certainement de grands ser- 
vices dans quantité d'applications. 

Suivant les cas il faudra varier le nombre et la di- 
mension des couples afin d'obtenir la tension et la 
quantité voulues. Ici, nous avons vingt éléments, 
rangés en deux lignes ; à la partie supérieure est 
un commutateur très-heureusemont combiné, qui, 
dans une position, met les vingt 
éléments en quantité; dans une 
autre position, à angle droit de la 
première, les met en tension. Dans 
le premier cas , toutes les élec- 
trodes extérieures sont réunies à 
une seconde lame métallique et 
toutes les électrodes inférieures à 
une seconde lame métallique, de 
telle sorte que l'ensemble de l'ap- 
pareil se présente comme un élé- 
ment unique à grande surface ; 
c'est dans celte condition qu'on 
fait la charge; deux éléments Bunsen y suffisent et 
la produisent complètement en un temps plus ou 
moins long, suivant leur dimension et suivant l'étcn- 





: f^m^M^fMm 



"* - ' '" ' - ' ■- — WB 'i'i MÛ 




Fig- 4. — nie secondaire de 20 éléments pouvant se charger en quantité avec deux couples Bunsen, et se décharger eu tension 

en fournissant de la lumière. 



duc des surfaces de plomb à polariser. Dans le se- 
cond cas, l'électrode extérieure de chaque élément" 
est mise en communication avec celle intérieure de 
l'élément suivant et l'appareil devient une pile véri- 
table de vingt éléments ; c'est dans celte disposition 
qu'on décharge la pile ; elle équivaut au début de 
son action à 50 éléments Bunsen de très-grande sur- 
face. 

A mesure que la décharge se fait, la tension diminue 
comme nous l'avons expliqué à propos de l'élément 
secondaire unique. Si on a mis une minute à charger 



la pile secondaire en quantité avec deux éléments 
Bunsen, on ne peut pas attendre que la décharge 
en tension fournisse les effets de 50 éléments Bun- 
sen de même taille pendant plus de quatre secondes, 
car l'appareil ne crée pas d'électricité et ne peut que 
transformer celle qu'on lui a donnée. M. Planté a fait 
à ce sujet des expériences précises, et il a reconnu que 
dans cette transformation il se perd environ un 
dixième, ou en d'autres ternies que le rendement de 
cette machine est des ~ de la dépense. 

Ou voit clairement que la pile secondaire ne peut 



M 



LA NAÏUltË. 



donner que des effets de courle durée, niais dans un 
Irès-grand nombre de cas on n'a pas besoin d'autre 
chose. 

Si on veut par exemple enflammer simultanément 
un grand nombre de mines, au moyen d'amorces en 
lil fin, on pourra y arriver en plaçant toutes ces 
amorces eu dérivation, chacune par rapport aux au- 
tres et en faisant passer dans toutes ces amorces à la 
fois le courant d'une pile secondaire. Cette manière 
de procéder c«t assez économique; il est certain, en 
effet, qu'il est bien moins laborieux et moins dispen- 
dieux de monter deux éléments Bunsen et de char- 
ger la pile secondaire que de charger les 20 ou oO 
éléments Bunsen dont elle tiendra la place; étant 
donné surtout que le service à demander à cette 
pile n'est que de quelques secondes et que l'opéra- 
tion n'est à faire que quatre ou cinq fois dans une 
journée. D'ailleurs la pile secondaire est facile à 
transporter sur les différents chantiers d'un travail 
étendu, comme est le percement d'un grand tunnel 
ou le fonçage des puits d'une exploitation minière. 

Dans les petits laboratoires, la dépense à l'aire pour 
monter une grande pile Bunsen arrête pour l'aire 
certaines expériences, soit pour la démonstration aux 
élèves, soit pour les recherches et les études du maî- 
tre. La plupart de ces expériences deviennent possi- 
bles par l'emploi de la pile Planté. Si enfin on com- 
bine cet appareil avec la machine Gramme, au lieu 
de l'exeiter avec une pile ordinaire, on supprime tout 
maniement d'acides et toutes dépenses autres que 
l'achat d'appareils qui sont destinés à durer indéfini- 
ment. 

Nous avons la plus grande confiance dans l'avenir 
de cet emploi combiné de la pile secondaire et de la 
machine Gramme, et nous voulons montrer en ter- 
minant comment il fournit une solution du problème 
si important de l'éclairage des navires en vue d'évi- 
ter les collisions en mer. 

Il n'est pas nécessaire, eu effet, d'allumer au som- 
met du grand mât une lumière électrique perma- 
nente ; il suffit d'un éclairage intermittent ; il suffit 
qu'un navire soit annoncé à tout l'horizon chaque 
minute pendant deux secondes pour qu'il soit garanti 
contre tout abordage. Or, une lumière intermittente 
de ce genre peut être fournie pur une pile secondaire 
qui alternativement se chargera pendant 58 secon- 
des sous l'influence d'une machine Gramme et se 
déchargera pendant deux secondes. Sur les navires à 
vapeur, qu'il est surtout important d'éclairer, la 
machine à vapeur fera tourner la machine Gramme ; 
et la lumière électrique sera, enfin de compte em- 
pruntée au charbon de la fournaise. Sur les grands 
navires à voiles, on peut trouver utile d'avoir aussi 
un éclairage électrique, au moins dans les nuits de 
brouillard; il suffira, pourl'obtenir, d'ajouter à l'en- 
semble dont nous avons parlé un appareil de M. Sa- 
licis, au moyen duquel un matelot agissant alterna- 
tivement sur les deuxpédales fera tourner la machine 
Gramme et fournira le courant excitateur de la pile 
secondaire. 



Dans les deux cas, la manœuvre du commutateur 
de lu pile pourra se faire automatiquement après un 
certain nombre de révolutions delà machine Gramme 
reconnu suffisant pour la charge de la pile et une 
seconde fois après un nombre de révolutions corres- 
pondant à la durée de décharge utile. De telle sorte 
que les éclats et les extinctions se produiront d'eux 
mêmes, sans aucune intervention, ni surveillance. 

On remarquera que ce système d'éclairage inter- 
mittent permettra certaines combinaisons utiles ; la 
compagnie transatlantique adoptera une durée d'é- 
clats, deux secondes par minute par exemple ; la 
compagnie G un ard adoptera un autre rhythme, \uk 
seconde tous les quarts de minute; la compagnie 
péninsulaire et orientale, une autre combinaison en- 
core, etc., etc.... Il en résultera que ceux qui passe- 
ront dans l'horizon de ees navires sauront à quelle 
compagnie ils appartiennent, et pourront, en cas de 
nécessité, fournir d'utiles renseignements. Avec un 
système de ce genre, on saura mieux la nuit que le 
jour quels bâtiments on a rencontrés. V,\\ navire en 
détresse se signalera par un type particulier de lu pé- 
riodicité des éclats adopté par toutes les marines et 
intelligible pour tous; ce sera un appel plus distinct 
que les coups de canon et les coups de sifflet qui s;' 
perdent trop souvent dans la tempête. Enfin dnnsune 
escadre naviguant de conserve, ces éclats serviront à 
transmettre les ordres du commandant en. chef aux 
commandants des divers navires; les alphabets au- 
jourd'hui en usage seront aisément transformés et 
adaptés à ce nouvel instrument de langage. 

Nous ajouterons encore que la combinaison propo- 
sée est applicable à la transmission de signaux entre 
différents points d'une place assiégée, ou d'un grau,! 
camp retranché comme ceux qu'on projette d'établir 
pour la défense du territoire français, et qu'elle peut 
permettre à des assiégés de communiquer avec des 
points très-éloignés non occupés par l'ennemi. 

A. Niacdet-Ijiu'gukt. 

RESTAURATION 

DES OUTILS ET DES ARMES 

de l'Âge de la pierre. 

Nos lecteurs savent déjà que M. Rehoux, voué de- 
puis de longues années à l'étude de l'homme pré- 
historique, divise l'âge de la pierre en trois périodes 
successives. 

La première, époque d'enfance, est celle de la 
pierre éclatée. Elle fournit des instruments nom- 
breux, en silex pyromaquo, et la pointe de javelot re- 
présentée ci-contre lui appartient. Ce qui la caractérise 
c'est le mode opératoire par lequel les instruments 
sont obtenus. Elle suppose l'existence simultanée de 
trois pierres, savoir : \epercutenr qui remplit l'office 
de marteau, le nucleus ou matrice sur lequel ou 
frappe et Y éclat que chaque coup détache. C'est la 



LA NATURE. 



55 



période la plus primitive et cependant certains peu- 
ples la Iravur sent encore. Au premier abord ce qui 
surprend c'est l'énorme quantité d'éclats de silex, de 
cette époque, que l'on trouve accumulés en certains 
points ; mais la chose s'explique précisément par 
l'observation des sauvages qui en sont encore à cette 
première étape de l'humanité. Ceux-ci ont-ils un 
animal à dépecer, une gazelle par exemple, voici 
comment ils s'y prennent. Ils s'asseyent à terre, le 
gibier entre les jambes. A leur gauche est un nuclcus, 
à leur droite un percuteur. Un coup du seeond sur 
le premier leur donne un couteau qu'ils emploient à 
faire une incision dans la peau du fauve. Mais le silex 
ne coupe bien que tant qu'il est tout frais ; après 
quelques coups soi» fil s'émousse. Le sauvage le jette 



alors à sa droite et le percuteur lui fournit un se- 
cond couteau. Kt ainsi de suite, le débit d'un animal 
un peu fort donnant naissance à tout un tas de cou- 
teaux émoussés. À chaque instant on retrouve de 
pareils tas dans les cavernes et l'ouest porté à y voir 
les restes d'un atelier de coutelier, quand ce sont 
ceux en réalité d'un étal de boucher. 

La deuxième épopie de M- Hebouxest celle de la 
pierre taillée. Les outils et les armes qui lui appar- 
tiennent ressemblent souvent à ceux delà période pré- 
cédente qui en sont comme des ébauches, mais c'est par 
un procédé tout autre qu'ils sont obtenus. Ici plus de 
nuclcus d'où les éclats sont détachés. On choisit une 
[lierre ayant plus ou moins la l'orme de l'objet qu'on 
veut tailler; puis, à petits coups de percuteur, on 




Coup» fVunc cafrièj-e de sabl» 
ù Lcvallois. 



Pointe de javelot eu pierre cclalûc. 



l'amène progressivement à l'état voulu. Le travail est 
donc beaucoup plus grand, mais les produits sont 
beaucoup plus parfaits et beaucoup plus variés. 

lùifin la troisième époque, celle de la pierre polie, 
n'est qu'un perfectionnement de la seconde corres- 
pondant à la grande invention du polissage. 

Si ces trois époques sont nettement caractérisées, 
comme on voit, il faut néanmoins remarquer que 
l'avènement de chacune d'elles n'a pas abrogé les 
pratiques des précédentes. 

Pendant l'âge de la pierre taillée et môme pendant 
celui de la pierre polie, on a continué à se servir de 
la pierre éclatée, qui seule fournissait des couteaux 
suffisamment tranchants. Bien plus, cette pierre 
éclatée est d'usage, non-seulement chez les sauvages 
dont nous parlions tout à l'heure, mais même parmi 
certains peuples relativement civilisés qui, comme 
les habitants du Mexique, font remplir à des éclats 
"d'obsidienne l'office de nos rasoirs. De même la pierre 



si m jdement taillée a coutume d'être emplovée con- 
curremment avec la pierre polie réservée aux objets 
de luxe. 

L'ordre de succession de ces époques ne saurait 
être douteux. Il résulte du gisement superposé 
dans les couches du diluviuui des silex qui leur ap- 
partiennent respectivement, et de l'association de ces 
silex avec des restes d'animaux d'âges différents. 
C'est ce que montre parfaitement la coupe ci-des- 
sus relevée par M. Ueboux, dans une carrière de 
sable de Lcvallois. Dans les parties basses, c'est-à-dire 
dans les couches les plus anciennes, se rencontrent 
des silex éclatés en mélange avec le mammouth ( Ele- 
phas primigenius) ; plus haut, les pierres taillées se 
mollirent de compagnie avec les os d'animaux de 
l'âge du renne (Cervus tarandus) ; au-dessus Mifiu 
des bâches polies marquent l'horizon de l'aurochs ou 
bos urus. 

Frappé de l'immense variété des outils de pierre 



LA NATURE. 



qu'il îencontrait à chaque pas, M. Reboux s'est de- 
mandé comment ces outils avaient pu être utilisés, 
car il est évident que les silex tenus simplement à la 
main sont très-peu commodes et d'un usage très- 
fatigant. Dans cette recherche, d'un genre tout «nou- 
veau , il a commencé par assigner aux diverses 
pierres les destinations auxquelles leurs formes sem- 
blent les rendre plus particulièrement propres. 

Ceci posé et pour bien comprendre les difficultés 
que l'auteur eut à surmonter pour restaurer les em- 
manchures dont nous offrons aujourd'hui la repré- 
sentation, il faut faire attention que les us et cou- 



tumes de la plupart des sauvages contemporains 
n'étaient que d'un très-faible secours. L'homme qua- 
ternaire de la France n'avait pas à sa disposition, 
pour fixer la pierre dans sou manche, ces résines et 
ces fibres végétales dont les Australiens, par exemple, 
font un si fréquent emploi. Vivant au milieu du rude 
climat de l'époque glaciaire et réduit aux ressources 
dont disposaient les Esquimaux, avant l'arrivée des 
premiers missionnaires suédois, il devait avoir re- 
cours aux matières animales. Ceci quelquefois pour 
les manches eux-mêmes» qui durent être faits avec 
des os, faute de brandies d'arbres. Mais c'était l'ex- 





^■4 



■-.-.^.l:.:. ^.-...^ *--.::.. 



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'■-*; 



Scie et couteaux en silex de l'âge de piene, montés sur manches en Iiois et en os par 31. Reboux. 



ceplion, !a France au contraire étant en général 
couverte de vastes forêts au moment qui nous oc- 
cupe. 

M. Reboux, armé de plusieurs silex, s'est rendu 
dans un des abattoirs de Paris. Avec un couteau il a 
écorché-une partie d'un bœuf, puis, à l'aide d'un 
grattoir, il en a enlevé le poil. La surface interne a 
été débarrassée, moyennant l'emploi d'un racloir, de 
tous les lambeaux de graisse et de chair qui y adhé- 
raient. Une fois la peau sécbée le couteau a servi à y 
débiter de minces .lanières qui, enduites de moelle 
crue, se sont ramollies et ont ainsi acquis la plus par- 
faite souplesse. 

C'est au point, pour le dire en passant, qu'avec 
les aiguilles de l'âge du renne, ces lanières se sont 



comportées comme du fïl à coudre et qu'eltes au- 
raient pu parfaitement servir à fabriquer des vête- 
ments de peau. 

Armé d'un silex tranchant, M. Reboux a abattu 
un jeune arbuste et en a fabriqué un manche dont une 
extrémité a été fendue. Dans la fente, utie hache fut 
introduite et fixée à l'aide des lanières de cuir, ou 
encore au moyen d'intestins frais de bœuf et de mou- 
ton. En se desséchant, ces matières animales se con- 
tractent et donnent à l'emmanchure une solidité à 
toute épreuve. 

Une fois pourvu de cette hache, le reste alla tout 
seul. L'abattis des arbustes ne fut plus qu'un jeu, et 
par conséquent la fabrication des manches. L'un des 
plus utiles fut celui qui permit l'emploi commode 



LA NATURE. 



de la scie ou des couteaux. Avec ces outils bien em- 
manchés M. Reboux a, devant nous, enlevé de larges 
copeaux sur une grosse branche bientôt pourvue 
d'une extrémité pointue. Les intruments de chasse, 
comme javelots et flèches furent emmanchés de 
même sans difficulté, et même dos outils aratoires 
comme la petite herminette figurée ci-dessous, et dont 
la signification a été de la sorte déterminée. 

Parmi les armes de chasse restituées par M. Reboux 
signalons le lazzo composé de deux pierres percées 
réunies par une longue lanière de cuir dont nous re- 
présentons la figure. 



Nous pourrions prolonger beaucoup rénumération 
de ces restaurations d'armes, d'outils, dont M. Re- 
boux a formé chez lui les plus instructives panoplies. 
« Qui a jamais vu l'entaille d'une hache de pierre sur 
une brandie d'arbie? » demandait, il y a dix ans, 
un érudit qui voulait que les habitations lacustres 
aient été construites par des castors. C'est une 
question que l'on ne se permettrait plus. Kt c'est 
ainsi que la science arrivera à nous dévoiler les dé- 
tails les plus intimes de la vie de nos premiers an- 
cêtres. 

Stanislas Meumer. 




ncrminctle, marteau et luzzo en silex, de l'âge de pierre, montés par M. Reboux. 



LE NOUYEL OBSERVATOIRE D'OXFORD 

L'Angleterre possède un grand nombre d'observa- 
toires dont la création est due à l'initiative des 
universités, des corporations et à la générosité de 
riches particuliers. Aussi, la science astronomique 
est par suite cultivée avec le zèle le plus louable 
chez nos voisins d'outre-Manche, et les établisse- 
ments privés fondés par'Warren de la Rue, Lassell, 
lord Rosse ont amené de magnifiques découvertes et 
produit des œuvres importantes. 

Dans les grands observatoires publics s'exécutent 
les travaux d'astronomie de précision, comprenant 
non-seulement les observations des astres, mais en- 
core les calculs nécessaires à leur discussion et à 



leur comparaison avec les théories, la construction 
des catalogues..., vaste ensemble auquel on rattache 
en quelques endroits des recherches de physique 
terrestre et d'astronomie sidérale. 

Aux observatoires privés appartiennent jusqu'ici 
les recherches de physique céleste : examen de la 
constitution des astre?, découverte des mondes in- 
connus, travaux d'analyse spectrale, application de 
la photographie à l'astronomie. 

En présence du développement rapide de cette 
partie de la science qui constitue l'astronomie phy- 
sique, il devenait nécessaire qu'un observatoire 
public y fût entièrement consacré. Cette création, 
réclamée depuis quelques années, vient de se réa- 
liser en Angleterre, et l'honneur en revient à M. C. 



ns 



LA NATURE. 



Priteliard, professeur d'astronomie à l'université 
d'Oxford. 

Aussitôt après avoir pris possession de la chaire 
d'astronomie, fondée à Oxford par sir Henry S;ivile, 
M. Pritehard, Savilian Professor, demanda et obtint 
de l'université, au mois de mars 1875, le vote d'une 
somme suffisante pour l'achat d'une grande lunette 
de 0"\51 d'ouverture et du terrain nécessaire à 
l'installation de cet instrument, dont la construction 
a été confiée à M. Gmbh, [le Dublin- 
Peu de temps après, M. Wamn de la Hue, enten- 
dant parler des généreuses dispositions d'Oxford en- 
vers la science dont il s'est occupé avec tant de succès, 
offrit de faire présent à l'Université de son célèbre 
télescope réflecteur et de la plus grande partie d s 
autres instruments de son observatoire de Cranford, 
sous la seule condition qu'ils seraient utilement em- 
ployés. M. Warren de la Rue ne pouvait malheureu- 
sement plus continuer ses remarquables travaux, en 
raison du mauvais état de sa vue. 

La fondation d'un observatoire complet pour l'as- 
tnnioruie physique fut alors résolue défiiiilivem.îiil 
aprèsmùrcs délibérations par l'université, qui accepta 
le magnifique don de M. Warren de la Rue et vola 
en novembre dernier la somme nécessaire pour la 
construction des bâtiments. 

La situation de l'observatoire savilien est remar- 
quablement belle ; de l'endroit du parc où il est 
placé, la vue s'étend librement dans toutes les direc- 
tions. Le nouvel établissement, qui est à proximité des 
cabinets de travail et des laboratoires, su composera 
de deux tours carrées réunies par un corps de bâti- 
ment allongé de l'est à l'ouest. 

L'une des tours, celle de l'ouest, qu'on désignera 
sous le nom de Savilian Tower, aura trois étages : 
1° Une chambre située à un mètre au-dessous du sol 
environnant; 2° une salle pour les calculateurs, et 
<j® la pièce avec dôme tournant destinée à recevoir le 
grand équatorial en construction. 

Le corps de logis contiendra les instruments déjà 
en usage pour l'instruction des élèves du cours d'as- 
tronomie et aura deux étages : une vaste pièce s'é- 
teudantsur toute la longueur, et au-dessus trois salles 
contiguës, de niveau avec la chambre des calcula- 
teurs. 11 y aura une lunette méridienne de m , 10 
d'ouverture et de l m ,5'2 de distance locale avec sa 
pendule, et un altazimut avec cercles de Q m ,45 de 
diamètre fixé dans le méridien. Un des télescopes de 
M. Warren de la Hue de m ,5^ de diamètre y trou- 
vera aussi sa place et sera monte comme un altazimut. 

La tour de l'est s'appellera De la Rue Tower. Au 
sous-sol on installera la machine de M. Warren de la 
Hue pour polir les grands miroirs et l'appareil de 
Foucault pour vérifier les qualités des miroirs et des 
objectifs. Au premier étage, il y aura une chambre 
noue pour la photographie et un cabinet pour le 
professeur; au-dessus, un dôme pour le grand réflec- 
teur de M. de la Rue. 

Le nouvel observatoire, qui sera en activité avant 
la lin de cette année, dépendra directement de l'uni- 



versité d'Oxford et sera soumis à l'inspection annuelle 
d'une commission choisie parmi les professeurs. 

Il existe à Oxford, depuis près d'un siècle, un ob- 
servatoire dont les constructions furent payées an 
moyen d'un legs du docteur Radolilfe, et qui n'a ja- 
mais eu avec l'université que des rapports indirects. 
Cet établissement deviendra de plus en plus indépen- 
dant en raison de la création de l'observatoire uni- 
versitaire. L'observatoire de Radeliffe, qui a déjà 
produit des travaux de grande valeur, continuera à 
se renfermer dans les limites de l'astronomie mathé- 
matique, tandis que l'observatoire savilien s'occupera 
seulement des branches récentes de l'astronomie 
physique. La science n'aura certainement qu'àgagner 
à ce voisinage des deux établissements. 

Tandis qu'à l'étranger l'astronomie est représen- 
tée par un grand nombre d'observatoires, la France 
ne possède que ceux de Paris, de Marseille et de 
Toulouse. Nous sommes à ce point de vue dans un 
état d'infériorité regrettable dont il faudrait sortir. 
Il est temps que notre pays comprenne que cette 
science qui touche à de si grandes questions doil être 
cultivée et encouragée. La pénurie des ressources at- 
tribuées jusqu'ici à l'astronomie française n'a pas 
permis de garder la suprématie qui nous appartenait 
autrefois. Les villes de Lyon, Bordeaux et llesançon 
demandent à être aidées dans la création de nouveaux 
observatoires, et il y a lieu de s'en occuper d'une fa- 
çon sérieuse. Nous souhaitons que l'exemple de ce 
qui se fait ailleurs soit suivi chez nous et devienne 
am<i profitable à la science. A. Fraissixet. 

■— ♦«— 

LE 

CHALLENGER DANS L'OCÉAN AUSTRAL 

Ainsi que nous l'avons dit 1 , le Challenger est de 
retour à Sidney, après avoir exploré l'île Kergueleii 
et reconnu qu'une expédition astronomique pour le 
passage de Vénus a des chances de succès. Mais en 
même temps, les péripéties de sa traversée de l'ort- 
lloval à Sidney montrent que la navigation de ces 
parages peut être excessivement dangereuse pendant 
le courant du mois de février, qui répond à notre 
mois d'août, puisque l'été austral commence à la fin 
du mois de décembre. 

Les voyages dans ces latitudes sont si rares, que 
nous parlerons exclusivement aujourd'hui des inci- 
dents purement maritimes de cette intéressante croi- 
sière 

Le Challenger, fidèle à son programme, avait 
voulu explorer le fond de l'Océan, à partir du cercle 
antarctique dont l'île de Kerguelen est encore assez 
éloignée, puisqu'elle ne se trouve que par h0° de la- 
titude australe. En quittant Port-Royal il mit donc le 
cap vers le sud, s'approchant par conséquent du 

â Vuy. Table du premier semestre 1874. 



LA NATURE. 



59 



grand continent austral dont on no connaît encore 
que quelques points isolés entrevus de loin par les 
navigateurs. 

Les glaces flottantes furent surtout abondantes 
vers le 6i ,! parallèle et il fallut descendre jusqu'au 
55 1 ' pour leur échapper. 

Pendant quatorze jours consécutifs, le Challenger 
erra au milieu de blocs immenses qui pouvaient l'é- 
craser si Ton n'avait habilement gouverné pour leur 
échapper. Cette navigation aventureuse et accidentée 
eut lieu depuis le 80 e jusqu'au 110 e méridien. Ce 
sont des régions qui correspondent géogiaphiquemeiit 
aux antipodes delà Sibérie occidentale, circonstance 
digne d'être mentionnée pour montrer combien lu 
chinât austral, à latitude égale, est plus rigoureux 
que le climat boréal. 

Ces faits intéressants viennent confirmer les théo- 
ries du docteur Carpenter et de M. Wvwille Thomson. 
Rien, en effet, ne fait obstacle à l'invasion des eaux 
froides qui, même en été, descendent près de l'équa- 
leur. Ces glaces immenses provenaient évidemment 
de la banquise qui s'appuie sur la terre d'Enderleya 
l'ouest, la terre de Sahina au centre et la terre Adé- 
laïde à l'est, probablement sans solution de conti- 
nuité d'aucune espèce. 

Pendant cette navigation singulière du Challenger 
au milieu des glaces, la couleur du ciel offrait un 
aspect remarquable d'un beau bleu du côté du sud, 
quoique de ce côté l'horizon fût couvert de blocs im- 
menses dérivant rapidement vers le nord. 

Le 24 février, le Challenger courut un grand dan- 
ger de faire naufrage contre une* énorme banquise 
dont il ne put s'éloigner qu'en employant à la fois 
ses voiles et toute la force de sa vapeur. Le vent était 
s', effrayant que le navire ne pouvait naviguer vent 
debout, et qu'il était réduit à se maintenir en courant 
des bordées tantôt par bâbord, tantôt par tribord. Eu 
même temps il tombait une neige si abondante, que 
la vigie ne pouvait voir à 100 brasses à Pavant du 
navire. Lu neige était accompagnée de glaçons en 
plaques, probablement arrachés par la force île la 
tempête au sommet de la banquise ou formés par la 
concrétion d'innombrables cristaux de neige. C'est 
seulement le 17 mars que le Challenger arriva à Sid- 
nuy, et les rapports détaillés de sa mission sont ac- 
tuellement parvenus en Angleterre. 

Le docteur Carpenter, qui a fait dernièrement une 
conférence à Royal institution, sur la première partie 
de la croisière, ne va sans doute pas tarder à complé- 
ter son œuvre. 



LES ÀKCIENS 

OISEAUX DES ILES MASCARBIGNES 

LE DRONTE DE L'iLE MAURICE. 

(Suite. — Voy. p. 10.) 

Tradescant, dan? son catalogue des raretés qui 
composaient en IGuO sa collection, à South Lambclh, 



près Londres, mentionne « un Dodo de l'île Maurice, 
oiseau trop gros pour pouvoir voler. » Ce Drontc, ou 
plutôt cette peau de Drontc, que Wiilughby et plu- 
sieurs auteurs eurent l'occasion de voir en 1 684 et eu 
1 700, dans la même collection, était peut-êlre, comme 
le suggère M. Strickland, la dépouille de l'oiseau que 
sir Ilumon Lestrange avait pu contempler vivant en 
1038. On pourrait même admettre que cet animal 
avait été rapporté de l'île Maurice par sir Thomas 
Herbert, qui était en relations avec Tradescant et qui 
lui avait donné, parait-il, plusieurs curiosités recueil- 
lies dans le cours de ses voyages. Nous dirons tout 
à l'heure ce que devint cet intéressant spécimen qui 
fil ensuite partie de la collection donnée par Ashmolo 
à l'université d'Oxford. 

Le mus'e Aslmioiéeu possède encore deux éditions 
d'un opuscule fort curieux, intitulé Catalogue de 
beaucoup de raretés naturelles gui ont été, rassem- 
blées avec beaucoup de peine et de dépense, par 
Uobert Hubert, alias Forces, genll. et humble ser- 
viteur de Sa Majesté, et qui sont visibles tous les 
jours à l'endroit jadis nomme la Maison de Musi- 
que, près de l'extrémité ouest de l'église Saint-Paul. 
A la page 11, de l'édition de 1065, on trouve cette 
mention : « Une patte de Dodo, grand oiseau qui ne 
peut voler, et qui vient de Maurice. » 

Oléarius, dans le catalogue du musée Gottorf publié 
en 1606, cite parmi d'autres curiosités une tète de 
Dodo, et en donne une figure, copiée sans doute 
d'après Clusius. Enfin M. Strickland nous apprend 
qu'il est également question du Dronte dans un ma- 
nuscrit du British Muséum, sorte de journal de Lord 
écrit par benjamin Harry, qui passa l'hiver à Maurice 
eu 1 078. Mais à cette époque les Dodos devaient être 
déjà fort rares, car les Hollandais, qui s'étaient établis 
définitivement dans l'île en 16-41-, paraissent avoir 
fait une très-grande consommation de ces oiseaux 
qui, étant bas sur pattes et privés d'ailes, ne pouvaient 
échapper aux chasseurs, et dont la chair, quoique 
fort dure, était néanmoins susceptible de servir à 
l'alimentation. Les chiens, les chats et les porcs que 
les colons amenèrent avec eux contribuèrent puissam- 
ment à la destruction de l'espèce en dévorant beau- 
coup de jeunes oiseaux. Il est à peu près certain que 
le Dronte avait complètement disparu en 1(593, puis- 
que Léguât qui fit un séjour de plusieurs mois à 
Maurice et qui se montre en toutes circonstances 
observateur fort soigneux, ne fait aucune mention de 
cet oiseau, et nous dit seulement : « L'île était autre- 
fois toute remplie d'oyes et de cinards sauvages, de 
poules d'eau, de gelinottes, de tortues de mer et de 
terre mais tout cela est devenu fort rare. » Nous voyons 
par ce passage que les Hollandais, avec l'imprévoyance 
naturelle à tous les colons, détruisaient toute espèce 
de gibier. 

En 1712, les Hollandais évacuèrent l'île Maurice, 
qui fut immédiatement occupée parles Français; cette 
circonstance, en amenant un changement dans une 
partie de la population, eut pour résultat d'effacer 
complètement le souvenir du Dronte; aussi ni M. Mo- 



GO 



LA iNATl'ïlE. 



rcl, ni le baron Grant qui restèrent assez longtemps 
lans ces contrées, au commencement et au milieu 
du dix-huitième siècle, ni M. Bory de- Saint- Vincent, ni 
II. J. W. Thompson qui explorèrent Maui'ice eu 1810 
ït en i 816, ne purent, malgré leurs efforts, recueil- 
lir le moindre renseignement sur cet oiseau. 

Cependant, déjà à l'époque où JIM. Strickland et 
Mel ville écrivaient leur beau mémoire, il n'était plus 
possible de douter de 3a sincérité des anciens voya- 
geurs, car on possédait, outre quelques pièces ana- 
tomiipi.es dont nous parlerons plus loin, d'anciens ta- 



bleaux et des gravures représentant le Dodo, et proba- 
blement exécutées d'après nature, dans le courant 
du dix-septième siècle. La plus connue de toutes ces 
peintures, celle dont nous reproduisonsaujourd'bui la 
ligure principale, était jadis la propriété de George 
Edwards (lig. 1). Dans son ouvrage sur les oiseaux, 
ce naturaliste qui était en même temps un artiste, 
nous apprend qu'elle avait été exécutée eu Hollande 
d'après des oiseaux rapportés de Saint-Maurice, dans 
les Indes orientales, peu de tamps après la décou- 
verte de la route des Indes par le cap de Bonne 




Fig. 1. — Le Rronic, d'après une peinture du Dritish Muséum. 



Espérance, et qu'elle avait été pendant longtemps la 
propriété de sir II. Sloanc. Dans ce tableau, qui fut 
donné plus tard par George Edward au Dritish Mu- 
séum, où il se trouve encore, la ligure du Dronte est 
entourée dû perroquets d'Amérique, de canards et 
d'autres oiseaux, tous d'une exécution fort soignée. 
Il n'y a ni date ni signature, mais le style est celui 
des Savery, peintres éminents du commencement du 
dix-septième siècle. 

Il y a plusieurs années déjà, le profe-seur Owen a 
appelé l'attention des naturalistes sur une autre pein- 
ture, qui porte la signature de lloland Savery, et qui 
t'ait partie de la collection royale à la Haye. Ce tableau 



représente Orphée essayant le pouvoir tic la inusiqjc 
sur les différents êtres de la création. Tous les ani- 
maux sont rendus avec une extrême exactitude, et 
parmi eux on reconnaît parfaitement le Dodo aux 
formes massives. M. Strickland a pu étudier cette 
peinture à la Haye, en 1845, et peu de temps après, 
il a eu le bonheur de découvrir dans les galeries roya- 
les, à Berlin, parmi plusieurs belles toiles" de Savery, 
un tableau de ce maître représentant lns animaux du 
Paradis et, dans le nombre, un Dodo, à peu près de 
la même grandeur et dans la même position que celui 
qui se trouve au Musée de la Haye. Ce tableau porto 
dans un coin la date, 1026 ; comme lloland Savery 



LA N AT Utt fi. 



01 



Était néon 1570, il avait vingt-trois ans lorsque l'ex- 
pédition de Van Neck revinten Hollande ramenant un 
Dodo vivant ; on est donc parfaitement en droit d'ad- 
mettre que l'artiste a pris cet oiseau pour modèle. 

M. Strickland donne également dans son ouvrage 
le fac-similé d'une autre peinture de Uoland Savery, 
qui lui a été signalée par le docteur Tsclmdi, et qui 
i-c trouve au belvédère du Vienne; elle est datée de 
4G28, et par conséquent de deux, ans postérieure à 
celle du musée de Berlin. On y voit, entre deux au- 
tres oiseaux, un Dodo, penché au bord d'une flaque 
d'eau et guettant une espèce d'anguille. Une qua- 
trième peinture, due au pinceau du même artiste, 
:i été reproduite par M. Broderip, qui en est devenu 
le propriétaire, et qui a publié sur le Dodo des ar- 
ticles remarquables dans la Penny Cyclui'ediaQi dans 
les Transactions de la 



Société zoologique de 
Londres. Comme nos 
lecteurs pourront en 
juger par notre figure 2 
qui reproduit fidèle- 
ment le tableau de 
.M. Broderip, la physio- 
nomie du Dronte est 
pleine de mouvement : 
l'oiseau , vu par der- 
rière, avec la tète tour- 
née du côté du specta- 
teur , est debout sur 
une patte et nettoie 
l'autre avec son bec. Le: 
corps est revêiu d'un 
duvet brun, les flancs 
et le croupion sont or- 
nés de plumes frisées 
de couleur jaunâtre, la 
tète est hérissée de 
[dûmes grêles, sembla- 
bles à des poils, et le 
bec, extrêmement robuste, se termine par un cro- 
cbet, nuancé de jaune. 

Une antre, ligure de Dronte, peinte non plus par 
Savery l'ancien, mais par son neveu Jean Savery 
(1651), fait partie du musée Àshomoléeii, à Oxford. 
Ce tableau, dans lequel l'oiseau est représenté au 
double de la grandeur naturelle, a peut-être servi 
d'enseigne, mais la différence de dates ne permet pas 
d'admettre que c'est la toile qui excita la curiosité 
île sirllamon Lestrange en 1658. 

Eu 1853, le professeur Ovvcn et M. Broderip ont 
appelé l'attention des zoologistes sur un portrait de 
Dodo, qui appartient au diic de Northumberlaud, et 
qui est signé des monogrammes de Jean Goeiniare et 
de Jean David de Heem, artistes flamands qui vivaient 
au commencement du dix-septième siècle; tout récem- 
ment, en 1 8GS, M. G. vonFrauenfeld a découvert dans 
la bibliothèque privée de l'empereur d'Autriche deux 
peintures qui représentent l'une le Dronte, l'autre la 
Poule ronge à bec de bécasse et qui sont probablement 





— Le Dronte, d'api'is 



l'œuvre tic Hoefuagel, artiste hollandais de la fin du 
div-septième siècle ; la même année, 5!. Alfred Newton 
a décrit une aquarelle de Pierre Witlhoos, qu'il avait 
déjà signalée en 18GG, et qui paraît avoir été faite 
d'après nature, vers 1G80; enfin plusieurs savants 
tels que M. Broderip, M. H. -G. Millies, M. Jaeckel, 
ont cité d'anciennes gravures, sur lesquelles les traits 
du Dronte sont parfaitement recoimaissablcs. La plu- 
part des peintures et des gravures sur bois que nous 
venons de mentionner offrent les unes avec les autres 
une extrême ressemblance et concordent parfaitement 
avec les renseignements qui nous ont été transmis 
par les voyageurs; seule la peinture citée par II. de 
l'Vauenfeld et celle qui a été reproduite en fac-similé 
par M. Alfred Newton, présentent des différences qui 
méritent d'être notées. Dans la première, en effet, le 

Dronte est d'un brun 



fuligineux uniforme , 
avec les ailes relative- 
ment développées, et 
dans la deuxième l'oi- 
seau , au lieu d'être 
d'une teinte foncée, est 
d'un blanc jaunâtre; 
les yeux sont entourés 
d'un cercle rouge, et 
le bec, d'un rouge vif 
à l'intérieur ne pré- 
sente pas à l'extrémité 
ce crochet si bien mar- 
qué dans les autres 
figures. M. Newton sup- 
pose que cette aqua- 
relle a pu être faite 
d'après un oiseau vivan t 
en captivité, et dont le 
bec avait été éinoussé 
à la pointe pour qu'il 
ne pût blesser ses gar- 
diens ; il est également 
cet oiseau blanc est une 
leuxième espèce de Dronte, et peut-être même le 
Solitaire indiqué par le sieur D. IL (Du Bois) à l'île 
Bourbon. Mais cette hypothèse nous semble un peu 
hasardée, car Du Bois dit formellement que les Soli- 
taires de Bourbon ont les rémiges noires à l'extrémité, 
le col long et le becq fait comme œluy des bécasses, 
mais plus gros. E. Oiîstalet. 

— La suite prochainement. — 



CHRONIQUE 

Constructions sur pilotis clans l'Elstrr, près 

de Leipzig. — Un savant géologue, M. le comte de 
Wunnbrandt, a récemment fourni à la science préhisto- 
rique des faits nouveaux d'une haute importance en dé- 
couvrant des palaftttes dans les lacs de la haute Autriche. 
Une telle trouvaille est une rareté dans cette portion do 



une peinture de Ft. Savery. 

porté à admettre q 



ne 



02 



LA NATURE. 



l'Allemagne. Mais de nouvelles investigations viennent 
d'être encore couronnées de succès dans le rovaume de 
Saxe. C'est maintenant M. Jentzch, d'après ce que nous 
apprend la Revue d'anthropologie, qui signale des con- 
structions sur pilotis, non plus dans un lac, mais dans le 
lit d'une rivière, ce qui donne à sa découverte un intérêt 
tout particulier. C'est dans l'Elster, tout près de Leipzig, 
qu'un abaissement considérable du niveau des eaux lui a 
permis de constater des restes nombreux de celte nature, 
Les pilotis sont enfoncés dans une argile contenant des 
restes de plantes telles que le saule, le chêne, l'érable, etc. 
On a trouvé parmi les pilotis, rangés circulairemeiit, 
quelques fragments de poterie et de charbon de bois, des 
ossements appartenant au bœuf, au cerf et à un mammi- 
fère encore indéterminé, ainsi que des coquilles d'unis et 
d'anodonte. 

Ls* rupture «les réservoirs de 1YilI!aiusJ>ur£; 
nux. Éiats-I'uis. — A William sburg, comté de flamp- 
sf lire, existait un réservoir de 125 acres de surface dans 
lequel se déversaient les eaux de la rivière Mill. La pro- 
fondeur moyenne du réservoir, dit le Courrier des États- 
Unis, était de 50 pieds, et l'objet de cet énorme appro- 
visionnement d'eau était d'alimenter, aux époques de 
sécheresse, les moulins, filatures et usines des villages 
voisins. Ce réservoir, dont la construction remontait à 
neuf ans, n'avait pas, s'il faut en croire la rumeur publique, 
été établi dans des conditions satisfaisantes de solidité, et 
depuis trois ans environ la rupture des djgues était com- 
munément considérée comme devant fatalement se pro- 
duire un jour ou l'autre. Mais nul n'avait prévu une cata- 
strophe aussi épouvantable que celle que nous avens à 
enregistrer. Samedi, 16 mai, vers sept heures du matin, le 
surveillant chargé de la garde delà digue a remarqué une 
légère fissure, à laquelle il n'a pas d'abord attaché d'im- 
portance; mais bientôt la brèche s'est élargie, et le sur- 
veillant a prison courant le chemin des villages situés en 
aval du réservoir pour prévenir Us populations du danger 
qui les menaçait. 11 n'était pas arrivé à. mi-chemin de Wil- 
liamsburg, le plus pioche de ces villages, quand le tuti/ult?. 
terrifiant des eaux déchaînées derrière lui lui apprit que 
le réservoir était crevé. Espérer devancer cette avalanche 
eût été folie. Le surveillant n'eut plus qu'un objet: sauver 
sa propre existence, et il y parvint à grand 'peine en ga- 
gnant de toute sa vitesse le sommet d'un plateau élevé. 
L'immense volume d'eau dégorgé par le réservoir crevé 
se précipitait avec la vitesse d'une locomotive et le bruit 
d'un train passant sur un pont recouvert. En un instant, 
les villages de Williamsburg, Skinncrvillc, Haydeirville et 
Leeds furent inondés. Vingt minutes après, les eaux se 
retiraient presque aussi rapidement qu'elles étaient venues, 
ne laissant que des ruines là où existaient un moment 
auparavant les quatre villages plus haut nommés. Le nom- 
bre des personnes noyées est évalué approximativement à 
deux cents. Les pertes matérielles sont évaluées à un mil- 
lion de dollars. Quatre cents familles se trouvent sans 
abri. 

Conservation des pommes. — D'après des expé- 
riences multiples le plâtre fin se prête avantageusement à 
la conservation des pommes. Voici le procédé à suivre, tel 
que le décrit la Revue industrielle: On commence par re- 
couvrir le fond de la caisse destinée à renfermer les pom- 
mes, et que l'on isole du sol de la cave par des madriers, 
d'une couche de plâtre fin d'environ 5 centimètres; on 
essuie les pommes une à une avec un linge, en ayant soin 
de les choisir sans défauts, et on les range au fur et à me- 



sure sur le plâtre, mais de façon à ce qu'elles ne se tou- 
chent point et que les queues soient tournées vers le haut. 
La première couche étant faite, on verse dessus du plâtre 
en quantité suffi anle pour remplir tous les interstices et 
former encore une couverture uniforme sur laquelle on 
pose une nouvelle série de fruits; on continue ainsi jus- 
qu'à ce que la caisse soit remplie. On ferme ensuite celle- 
ci avec de la paille et un couvercle. 

Le plâtre n'exerce ici qu'une action mécanique; il em- 
pêche les pommes de se toucher et les met à l'abri dis 
variations d'humidité et de température de l'atmosphère 
extérieure ; nt de celte façon elles se conservent parfaite- 
ment intactes jusqu'au printemps. 

Une cave sèche ou une chambre exposée au sud sont. les 
endroits les plus favorables pour y placer les caisses. 

Industrie ttu papier ma élu; en Angleterre. — 

L'industrie du papier mâché prend chaque jour de plus 
grands développementsen Angleterre. La matière première 
employée par nos voisins, lisons-nous dans la lievue indus- 
trielle, est un panier gris-bleu, sans colle, et d'une pâte 
très-fine. Les feuilles sont collées les unes sur les autres, 
avec une grande abondance de dextrine et d'amidon, puis 
pressées à la machine hydraulique dans une étuvo sèche. 
Use forme ainsi une planche solide et dure comme du 
bois de buis ou d'ébène, que l'on peut obtenir moulée 
sous diTer^es formes, et qui se laisse travailler mieux que 
du bois ordinaire, dont le papier mâché n'a pas les pores, 
la sève, les fibres, les nœuds. On le tourne pour faire des 
boules, des grains de chapelet, des encriers, des écrins. 
C'est ainsi que l'on obtient des bijoux, bracelets, épingles, 
colliers, fermoirs, où l'on peut incruster des pierres faus- 
ses qui y prennent un éclat particulier. Les plateaux, cof- 
frets, guéridons, écrans, dorés ou nacrés, connus sous le 
nom d'ouvrages du Japon, sont du papier mâché: la nacre 
y est incrustée à la presse hydraulique. 



><>< 



BIBLIOGRAPHIE 

Histoire de la r.rialion des êtres organisas, d'après les 
lois naturelles, par Erhest Haeckkl, traduit de l'alle- 
mand par le docteur Ch. Letouk^kau, et précédée d'uni' 
introduction biographique par Cuaju.es Martins. — 1 vol. 
in-8" illustré. — G. Reinwald et G", Paris, 1874. 

Cet ouvrage, dont la librairie Reinwald vient de publier 
une traduction française, se compose de vingt-quatre con- 
férences, faites à Iéna, par le docteur llacckel, professeur 
de l'université. Elles s'adressaient à un public éclairé, et 
avaient pour but d'initier les auditeurs à la doctrine de l'é- 
volution, formulée d'abord par Lamark, défendue par 
Goethe, et remise si puissamment en vigueur par Darwin. 
Le docteur llaeckel est un des plus fervents disciples du 
naturaliste anglais, qu'il ne craint pas de placer au plus 
haut rang des philosophes. Il donne d'abord l'histoire de 
la théorie de l'évolution, et expose les idées de Linné, de 
Cuvier et d'Agassiz, dont il s'efforce de faire la réfutation 
par les théories darwiniennes. Si le livre du docteur 
Hacckel est rempli d'observations saisissantes et parfois 
d'arguments judicieux, il est impossible de ne pas protes- 
ter contre des exagérations systématiques de théories pour 
lesquelles les bases solides des faits manquent encore, 
llaeckel se plonge à corps perdu dans le darwinisme, et il 
nous paraît certain que ses plus chauds partisans refuseront 



LA NATURE. 



03 



parfois de le suivre dans ses conclusions. L'auteur de V His- 
toire de la Création fait une trop grande part à l'intuition 
aux dépens de la logique, qui exige que les déductions ihéo- 
riques se dégagent seulement défaits incontestables, et non 
pas d'hypothèses vagues. Aussi les reproches dédaigneux 
qu'il adresse à la science française paraissent-ils injustes 
et passionnes. Une fois cette part faite à la critique, on doit 
reconnaître que l'ouvrage d-'Haeckel n'est pas une œuvre 
ordinaire; si elle est souvent exagérée, violente même, 
elle n'en est pas moins savante, originale, et nombre de 
pages y sont tracées d'une façon magistrale. 

Causeries scientifiques. Treizième année, lS73,par!l. de 
Parville. J. Hotbscliild. Paris, 1874. 

Les causeries scicnlifiqtrs de M. de Parvîlle sont trop 
bien accueillies par le public pour que nous ayons à en 
faire réloge. Le nouveau volume qui vient de paraître cl 
qui donne l'histoire du progrès scientifique de 1873, aura 
certainement le même succès que ses devanciers. 



><>« 



ACADEMIE DES SCIENCES 
Séance fin 11 juin 1874. — Présidence de M. ReivriuflD, 

Sulfure de carbone et phylloxéra. — A l'occasion dos 
récents travaux dont le sulfure de carbone a été l'objet 
comme agent de destruction du phylloxéra, M. Dumas rap- 
pelle que c'est à Doyère qu'on doit la première application 
agricole de ce liquide. Il s'agissait alors de débarrasser les 
graines en silos des charançons qui les infestaient. Le se- 
crétaire perpétuel termine en émettant l'opinion que ces 
anciens travaux ont sans doute été l'origine de ceux de 
M . Paul Tlienard relatifs au phylloxéra, mais il regrette que, 
tandis que les premiers opérateurs avaient soin de mettre 
le sulfure dans le haut des régions à préserver, afin de 
bénéficier du poids de sa vapeur, on ait cru récemment 
devoir le verser dans des trous profonds, ce qui suffit pour 
lui retirer toute efficacité. 

Ces observations déterminent M. Thenard à faire remar- 
quer qu'à l'origine le sulfure de carbone était placé dans 
des trous de 5ii centimètres au plus de profondeur; il 
ajoute que, du reste, à son sens, il ne doit plus être ques- 
tion de cette substance, dont les défauts l'emportent de 
beaucoup sur les qualités, et qu'on doit surtout le laisser 
de côté depuis que M. Dumas a préconisé les sulfo-carbo- 
nutes, dont l'usage est à la fois si commode et si sûr. 

Carte orographique de l'Algérie. — On sait que M. le 
capitaine Mouchez est chargé du commandement de l'ex- 
pédition qui, à Pile Saint-Paul, doit observer le prochain 
passage de Vénus. Au moment de partir, cet officier dis- 
tingué communique à l'Académie les 8* et 9* feuilles de sa 
grande orograph:que et hydrographique de la côte de l'Al- 
gérie, depuis Cherchel jusqu'à Oran, c'est-à-dire sur une 
longueur de 48 lieues. L'échelle adoptée est le ^j^. Le 
développement delà ligne de sondage parcourue dans des 
canots menés à l'aviron, est 19,000 kilomètres. Le navire 
a fait, lui-même, 3,500 kilomètres. Le nombre des son- 
dages effectués est 119,500. Les 23,000 kilomètres de 
lignes de sondage comprennent 29,360 stations détermi- 
nées au cercle à réflexion. Cet immense travail a été exé- 
cuté en cinq campagnes d'été, de deux mois environ cha- 
cune, et la difficulté, déjà si grande, a été souvent aug- 
mentée par l'hostilité des populations qui, à plusieurs re- 



prises, tinrent nos compatriotes couchés en joue pendant 
qu'ils exécutaient leurs mesures. 

Le sel du lac Thnsah. — D.ivanlie bureau se remarque 
un beau bloc de sel, d'un mètre cube environ. M. de 
Lesseps annonce qu'il provient du lac de Timsah où la for- 
mation incessante de bancs de sel avait inspiré des craintes 
quant à la commodité de la navigation. Celte production 
journalière offre aussi un grand intérêt au point de vue de 
la géologie. 

Photographie solaire. — La photographie jo..e en as- 
tronomie un rôle chaque jour plus gr;md. Il y a déjà plu- 
sieurs années que il. Paye présente à 1 Académie des pho- 
tographies solaires, obtenues par M. Porro, au moyen d'une 
lunette de 15 mètres de foyer. Depuis celte époque déjà 
ancienne, la France parut se désintéresser de la question. 
Au contraire elle lit de grands progrès h l'étranger. M. War- 
l'dii de la Une obtint dos photographies de la lune qui lui 
valurent le prix Lalande en 1860 et qui sont réellement 
merveilleuses. M. Rultcrlbrthfit mieux encore et produisit 
des épreuves de 50 centimètres de diamètre où l'on peut 
reconnaître à la loupe des détails que ne montrent pas de 
bonnes lunettes. Mais rien ut; revient à la France eu luul 
ceci et ce ne sera pas un des moindres services rendus par 
le passage de Vénus que d'avoir ramené chez nous l'atten- 
tion de ce côté. 

Désirant obtenir des photographies comparables à celles 
que les astronomes étrangers sont en mesure d'exécuter, 
M. Jansscn, associé à il. Bracmuski, a construit un appa- 
reil qui donne des épreuves de 11 à 12 centimètres de 
diamètre. Dans certains cas même, eu ne prenant qu'une 
portion du disque solaire, on arrive au diamètre de 20 cen- 
timètres, ce qui permet d'obtenir ce que M. Janssen 
nomme la chair du soleil, c'est-à-dire ce moulonago spécial 
qui a tant frappé tous les observateurs, et que jusqu'ici la 
plaque sensible s'était refusée à conserver. 

Stanislas Meunier. 



><>< 



CURIOSITÉS DE LA MÉTÉOROLOGIE 

CHUTE DE cr.oix DANS l'atmosphère 
PENDANT UNE ÉRUPTION DtJ VESUVE EN 16 O. 

Un grand nombre de chroniqueurs du moyen âge 
racontent des phénomènes semblables à celui qui 
fait l'objet de cette notice, mais pour la plupart ils 
appartiennent au domaine de la fable. 

Nous sommes cependant obligés d'admettre l'au- 
thenticité des phénomènes étranges qui auraient 
accompagné l'éruption du Vésuve de 16 00. Les croix 
qui sont tombées alors des régions supérieures du 
firmament ont été en effet observées scientifiquement 
par le P. Kircber, un très-habile physicien. ' 

L'éruption de 4(300 ne paraît avoir donné lieu ni 
à des tremblements de terre très-violents, ni à l'é- 
mission de puissantes coulées de lave. Mais le volcan 
se déchargea principalement, comme il fait quelque- 
fois après un silence prolongé, pur la projection de 
cendres abondantes, lancées en niasses assez consi- 
dérables pour engloutir des villes entières. C'est, 
comme on le sait, ce qui est arrivé à Pompéi» en 70, 



G<* 



LA NATURE, 



alors que le Vésuve, que l'on croyait, mnrt, se ré- 
veilla. Ces cendres étaient accompagnées île moffeltes 
si intenses, que Pline l'Ancien en fut suffoqué, quoi- 
qu'il se trouvât encore à une grande distance du 
cratère ; il n'avait point quitté cependant les bords 
de la mer, où il venait à peine de débarquer. 

Les cendres de l'année 1GG0 eurent cela de parti- 
culier qu'elles arrivèrent jusqu'à la ville de Naples, 
où elles avaient été chassées par des vents violents. 
Celles qui tombèrent sur le sol se couvrirent rapide- 
ment d'effloresceiiees tenant à des émanations de 
même nature que celles qui avaient été si funestes 
au naturaliste romain. Tous les gaz qu'elles conte- 
naient s'exhalèrent; eu effet, l'air ambiant était sec, 
car on se trouvait alors dans les premiers jours du 
mois de juillet. 

11 n'est donc pas surprenant que ces vapeurs, qui 
se déposaient en partie à la surface de la cendre, 
aient laissé tomber des cristaux sur tous les objets 




Toi-malion de croix dans l'air, d'après lu P. Kirdicr. 

nu milieu desquels les cendres avaient été projetées. 
Le P. Kircber donne une série de figures desti- 
nées à prouver que les croix n'ont rien de constant 
dans leurs dimensions, ni même dans leur forme. Plu- 
sieurs de ces croix ont plus de deux brandies, 
quelques-unes en ont en réalité jusqu'à cinq ou six. 
Ces remarques nous montrent que ces figures 
étaient produites pur une agglomération irrégulière 
de cristaux provenant du dépôt rapide d'un sel cris- 
tallisant en petits prismes, et dans lequel il est 
permis de reconnaître le chlorhydrate d'ammoniaque. 
Les dessins du P. Kircber, quelque grossiers qu'ils 
soient, paraissent déceler la forme particulière de 
ce sel dont la production est si naturelle dans des 
circonstances pareilles à celles que nous décrivons. 
En effet, les cendres peuvent être saturées par- 
les torrents d'acide chlorhydrique que produit l'é- 
ruption, et cet acide doit rencontrer dans l'air les 
composés ammoniacaux nécessaires à la formation 
des aiguilles cristallisées dont l'apparition avait si 
naturellement plongé dans la plus vive surprise les 



populations au milieu desquelles elles se produi- 
saient. 

Une des circonstances qui avaient le plus contribué 
à répandre à Naplcs une sorte de terreur, c'est que les 
croix semblaient s'attacher de préférence aux vête- 
ments des hommes et des femmes, comme on le voit 
par la figure naïve que nous avons empruntée à 
l'ouvrage de Lycosthènes sur ces Prodiges. Mais le 
P. Kircher n'a point de peine à répondre à cette ob- 
jection. En effet, les croix étaient de couleur grise, ce 
qui fait qu'on les voyait difficilement quand elles 
tombaient sur les murailles. Elles étaient d'autant 
plus nombreuses que les objets se prêtaient mieux à 
les mettre en relief; ainsi on les voyait surtout sur 
le visage où elles paraissaient littéralement innom- 
brables. 




4P & nr «$> 



a , * 







Cl'Ulo de croix, d'après Ljcoathèins. 

Nous ne savons s'il serait possible de reproduire 
directement dans un laboratoire la formation de pe- 
tits cristaux analogues à ceux que nous décrit le 
P. Kircher. Mais cette épreuve ne doit pas être con- 
sidérée comme nécessaire. En effet, personne ne se 
refuse à croire que les flocons do neige sont produits 
par la congélation de l'eau, quoiqu'on ne puisse pro- 
duire dans les laboratoires les formes si bizarres qui 
excitent toujours la surprise des physiciens. 

Le P. Kircher a également fait remarquer que 
les croix ne duraient point toutes le même temps, 
que quelques-unes semblaient se dissoudre dans l'air 
humide; ce qui est facile à comprendre, puisque leur 
dépôt avait été aidé par la grande sécheresse de l'air, 
l'éruption ayant eu lieu pendant la canicule ; quel- 
ques-unes laissaient sur les vêtements des taches 
permanentes comme si elles avaient été imprégnées 
d'un liquide acide. W. de Fonyiei.le. 



Le Propriétaire-Gérant : G. Tissasdieii. 



CoiitEiL.— Tjp. et 6t(5r. de G «ut* 



jf. 57—4 JUILLET 1 87 i. 



LA NATURE. 



Go 



LES AKKAS 

RACE DE PYGMÉI.S IUÎCESI3I Ei\T DÉCOUVERTS 
DANS i/ AFRIQUE CEKTBALE. 

La Nature a déjà annoncé l'arrivée en Egypte de 
deuxreprésentan'.s d'une race d'hommes jusqu'à pré- 
sent inconnue, habitant l'Afrique centrale, t'es deux 
individus viennent d'arriver on Italie où ils excitent 
une curiosité univer- 
selle, dont ils tout 
d'ailleurs parfai- 
tement dignes. 

Le premier voya- 
geur qui ait parlé de 
cette singulière race 
d'hommes est le doc- 
teur Schweinfnrth. 
Cet auteur, voyageant 
il y a deux ans, en 
Afrique centrale dans 
le pays des Mombou- 
tous (région située au 
sud du pays des Niam- 
Niams, c'est-à-dire 
sous le 4 e degré de 
latitude nord) , re- 
marqua, au milieu 
d'une fêle que lui 
donnait le roi, plu- 
sieurs esclaves de 
très-petite taille, et 
dune conformation 
qui lui parut excep- 
tionnelle. On lui ap- 
prit que ces esclaves 
étaient des Akkas 1 , 
race d'hommes très- 
petits qui habitent au 
sud du pays des Mom- 
bou tous, sur les rives 
du fleuve Garbou 
(5° latitude nord). Le 
roi voulut bien don- 
ner à M. Schwemfurth 

U11 de ces êtres bi- Jeune Akko, de face tt ."e pi 

zarres; malheureuse- 
ment cet esclave mourut pendant lo voyage de re- 
tour, en traversant lu Nubie. On a noté avec soin 
l'endroit où on l'enterrait afin de pouvoir retrouver 
et rapporter son squelette. 

En 1873, un courageux voyageur italien, M. Miani, 
pénétra dans le même pays des Momboutous, et lui 
aussi fut frappé par la vue des esclaves akkas. Il en 
acheta deux pour les rapporter en Europe, mais cette 
fois ce ne furent pas les esclaves, ce fut leur maître 
qui mourut des fatigues d'un aussi périlleux voyage. 

1 Quelques auteurs ont [.ris pour règle de ne point mettre 
d'ï au pluriel de ces noms de peuples sauvages, et écrivent : 
les Akka, les Momboulou, etc. 

»• iQDêe — !• semestre. 







j'eune Akko, de face <t 



Ses bagages, ses papiers, ses collections et ses deux 
précieux esclaves parvinrent néanmoins en Egypte, 
mais ils n'arrivèrent à bon port qu'après mille tra- 
verses. On sait tout ce que peut oser Ja rapacité des 
hommes, mais on croira difficilement que d'avides 
créanciers aient mis sous séquestre nos deux négril- 
lons. 

Dès leur arrivée, au Caire, les deux pygmées fu- 
rent présentés à l'Institut égyptien, savante et la- 

borieus e société, créée 
par le gouvernement 
du vice-roi. Ils furent 
soigneusement exa- 
minés par son prési- 
dent, S. Exe. Colucci- 
Pacha, à qui ses con- 
naissances médicales 
donnent de l'autorité 
en cette matière, et 
par le professeur Ri- 
chard Owen, dont le 
nom est connu de nos 
lecteurs. 

Les relations que 
ces deux savants ont 
données de leur exa- 
men seront publiées 
dans les Bulletins de 
l'Institut égyptien , 
publication officielle 
écrite en français. En 
attendant, elles l'ont 
été dans la Revue 
d'anthropologie de 
11. Broca, où nous les 
trouvons. 

La race des Pyg- 
mées était connue des 
anciens historiens. 
Hérodote, Arislole , 
Strabon, et plus tard 
les historiens arabes, 
Ont mentionné leur 
existence, mais cha- 
cun sait comment on 
a longtemps traité les 
récits du bonhomme 
Hérodote. Depuis quelque temps on a été obligé de 
reconnaître souvent sa véracité; la découverte de 
MM. Schweinfurth et Miani rend encore cette fois 
justice au père de l'histoire. 

Les exemplaires de la race pygmée.queM. Miani a 
rapportés sont tous deux jeunes; on ne peut natu- 
rellement juger de leur âge que par l'état de leurs 
dents, à peu près comme font les maquignons pour 
les chevaux; on trouve, par cette méthode, qu'ils 
ont l'un douze à quatorze ans, l'autre neuf à dix ans. 
L'aîné a l m ,il de haut, et le plus jeune 1 mètre. 
Cela suppose, pour l'âge adulte, une taille de i m ,30 
à l m ,50, c'est-à-dire qu'un homme qui, chez eux 

5 



oiîï. (D'après une photographie.) 



G6 



LA NATURE. 



passe pour un colosse, serait trouvé clicz nous excep- 
iioimcllement pd.it. 

Les dessins que nous en donnons ont été copiés 
avec une exactitude scrupuleuse sur deux photogra- 
phies récemment envoyées du Caire à la Société d'an- 
thropologie de Paris. Elles représentent leplus grand 
de ces deux nains vu successivement de l'ace et de 
profil. 

Le teint des Akkas n'est pas noir comme celui des 
nègres, mais couleur chocolat comme la peau des 
Abyssiniens. Leurs yeux qui sont grands et vifs, leur 
Iront qui est élevé et très-découvert leur donnent une 
expression intelligente qui, jusque dans ces derniers 
temps, était regardée comme tout à fait Irompcuse. 
Leur nez est enfoncé, un peu épaté; et comme les 
narines sont très-larges et très-écartées l'une de 
l'autre, il semble se terminer par un extrémité tri- 
lobée. Leurs mâchoires sont saillantes et s'élargis- 
sent en avant; leur menton est très-puissant. 

D'après AI. Schweinfurth, ils n'ont pour ainsi dire 
pas de lèvres, et leur bouche, quand elle est fermée, 
ressemble à une simple fissure comme celle des nè- 
gres. La photographie ne reproduit guère cette dis- 
position de la bouche, mais il convient peut-être de 
croire un voyageur qui a vu un nombre d Akkas con- 
sidérable, et qui doit par conséquent bien les con- 
naître. Leurs cheveux sont crépus; l'un des deux 
Akkas les a noirs, l'autre châtain doré. Disons enfin 
que leurs oreilles sont très-larges, qu'elles sont per- 
cées et semblent avoir porté des boucles d'oreille 
très-lourdes. Telle est leur physionomie qui paraît, 
comme on le voit, assez peu attrayante. Leur crâne 
est étroit et allonge (dolicoccphale, pour parler le 
langage des anthropologist.es), comme celui de tous 
les peuples d'Afrique. En somme, leur tète ressem- 
ble assez à celle des Abyssiniens. Leurs membres in- 
férieurs les distinguent plus des autres hommes. Ils 
tiennent ordinairement les jambes très-écartées, 
comme on le voit très-bien sur notre gravure. On y 
peut voir aussi qu'ils ont le mollet assez peu marqué; 
cette remarque a son importance, caria proéminence 
plus ou moins grande du mollet constitue une des 
différences anatomiques qui séparent l'Européen des 
races inférieures, et culles-ci des singes. Le pied est 
petit, mais large et aplati ; le gros orteil se détache 
presque du pied et prend un développement assez fort. 

Ce qui a dû frapper tout d'abord le lecteur à 
l'aspect de nos deux figures, c'est la conformation 
très-singulière du tronc. C'est elle, en eltet, qui ca- 
ractérise les pygrnées africains, et qui donne h leur 
étude un haut degré d'intérêt. D'abord, ce ventre 
énorme, bombé, très-proéminent, qui tombe comme 
une sorte de sac; mais surtout l'épine dorsale plus 
remarquable encore quetoutle reste du corps. « Elle 
est courbée en forme de C, disent les auteurs, comme 
pour suivre le ventre et comme entraînée par son 
poids. » Cette forme en C, de la eolo aie vertébrale, 
est très-visible sur notre gravure, mais elle a été un 
peu effacée, parce qu'on a recommandé au petit 
nègre de se bien tenir, de se redresser pendant qu'on 



le photographiait. Toutefois le lecteur sera cer- 
tainement frappé : 1° de l'absence totale de cam- 
brure de la colonne vertébrale ; 2° de sa forme 
généralement convexe. 

Cet! e dernière particularité est d'une très-grande 
gravité, car elle rapproche jusqu'à un certain point 
les Akkas des grands singes, dont ils s'éloignent d'ail- 
leurs sous tant d'autres rapports. 

« Il ne faut pas se dissimuler, dit en effet M.Broca, 
qu'une race dont la colonne vertébrale serait norma- 
lement recourbée en avant, de manière à refouler le 
ventre en bas et en avant, s'éloignerait par là du 
type des bipèdes parfaits pour se rapprocher de celui 
clos singes anthropoïdes. 

« Pour faire apprécier l'importance de ce carac- 
tère, rappelons que la station verticale est rendue 
facile chez l'homme tel que nous le connaissons par 
la triple courbure de la colonne vertébrale. La région 
cervicale de cette colonne présente une première 
courbure dont la convexité est tournée en avant; la 
région dorsale ou thoracique est courbée en sens in- 
verse, c'est-à-dire concave antérieurement ; enfin, 
une troisième courbure qui correspond à la région 
lombaire est convexe en avant comme la première. 
Sans cette troisième courbure, la ligne de gravité du 
tronc passerait bien en avant de la ligne transversale 
bieotyloïdienne , par laquelle le tronc prend son 
point d'appui sur les fémurs, le corps tendrait donc 
à retomber en avant, et pour le redresser les mus- 
cles postérieurs seraient obligés de faire un travail 
considérable et très-fatigant; mais, grâce à la cour- 
bure lombaire, le centre de gravité se trouve reporté 
plus on arrière ; il tombe à peine en avant du la ligne 
bieotyloïdienne. Il suffit donc d'une très-faible action 
musculaire pour le ramener au-dessus de cette ligue 
et pour assurer l'équilibre vertical. L'attitude verti- 
cale est ainsi rendue facile et naturelle. 

« La colonne vertébrale des grands singes pré- 
sente au contraire la forme d'un C dont l'extré- 
mité supérieure correspond à la base du cou, et 
dont l'extrémité inférieure aboutit au sacrum. 11 
résulte de cotte disposition que le centre de gra- 
vité du tronc et des parties supérieures est situé 
bien en avant de la ligne de sustentation du bas- 
sin, et que l'équilibre vertical ne peut être maintenu 
que par une grande dépense de force musculaire. 
Aussi voyons-nous que les singes anthropoïdes sont 
rapidement fatigués par la marche bipède; cette 
marche ne leur est pas naturelle, et on sait qu'ils 
prennent habituellement un appui sur le sol avec la 
l'ace dorsale de leurs mains ou plutôt de leurs doigts. 
Leur colonne vertébrale n'étant pas verticale, niais 
oblique, le poids des viscères abdominaux n'est pas 
entièrement supporté, comme chez l'homme, par les 
os du bassin; une partie de ce poids retombe sur la 
paroi abdominale antérieure, et le ventre fait ainsi 
une forte saillie. 

« ...L'existence d'une race humaine qui serait 
privée du caractère le plus décisif de l'altitude bipède 
serait un fait d'une telle gravité que j'éprouve, je l'a 



LA NATURE. 



67 



voue, quelque hésitation à l'admettre. Voilà pourquoi 
ie me demande, jusqu'à plus ample informé, si les 
Akkas du roi Mounsasont parfaitement normaux... Il 
ne serait pas imrossiUc que celte disposition de la 
colonne vertébrale fut produite ou du moins exagé- 
rée par l'influence d'une affection analogue au ra- 
chitisme. On concevrait, fort bien que le roi Mouusa 
choisît, pour en faire parade, les plus petits repré- 
sentants de la race pygmée qui réside au sud de son 
pays,... etc. » 

La conjecture que hasarde M. Broea nous semble 
pourtant ébranlée par un renseignement que fournil 
S. Exe. Colucci-Paclia : « A la visite qui a été faite 
aux jeunes Pygmées assistait un sergent qui avait 
accompagné Miani, et qui, connaissant la langue de 
la peuplade, a servi d'interprète. On a pu ainsi savoir 
de nos Pygmées qu'ils ne sont pas une exception dans 
leur pays, que toute la peuplade reste dans ces di- 
mensions exiguës et que 1 âge n'amène guère de chan- 
gement de taille. » Il est vrai que les renseignements 
fournis par ces enfants pouvaient bien être fautifs. 

On a imaginé que la colonne vertébrale des Akkas 
se terminait par une sorte d'appendice caudal. Est-il 
nécessaire de dire que c'est îà une fable inventée à 
plaisir? 

Il nous reste à expliquer l'énorme proéminence de 
leur abdomen. Teut- être tient-il à une alimentation 
trop exclusivement végétale, qui nécessite, comme 
ou sait, un grand développement intestinal. Mais 
rien ne dit que ces sauvages soient plus frugivores 
que d'autres, et il est plus probable que la grosseur 
de leur ventre est due en partie à celle du foie, tou- 
jours considérable dans les pays chauds, et d'autre 
part à l'habitude où sont beaucoup de sauvages de se 
gorgerde viandes les jours de chasse heureuse, quitte 
à jeûner ensuite pendant une semaine, ou plus encore. 

La langue des Pygmées est encore inconnue. On la 
dit sonore et assez harmonieuse. D'après M. Schwein- 
furth, elle ne se rattache à aucun autre idiome et 
n'est d'ailleurs composée que de très-peu de mots. 

A leur arrivée en Italie, on les a présentés au roi 
qu'ils désignent, dit -on, en mettant leurs poings de 
chaque côté de leur bouche, afin de marquer ainsi 
les prodigieuses moustaches qui singularisent le vi- 
sage de Victor-Emmanuel. On leur a appris à nommer 
le roi plus poliment : il sultano italiano. 

Ils ont assisté, dans la loge de la princesse Mar- 
guerite, au feu d'artifice qui fut tiré à la fête du 
Stato. D'abord effrayés par le bruit, ils ont fini par 
g* amuser de ce spectacle et par témoigner leur joie 
pur un cri particulier : Uoliou ! hohou ! 

Ils ont pris plus de plaisir encore au théâtre italien. 
Les ballets les ont particulièrement divertis, et le 
londemaiu ils s'efforçaient d'imiter les pirouettes 
des danseuses. — Us comprennent noire musique et 
paraissent l'aimer beaucoup, disposition qui leur est 
d'ailleurs commune avec tous les nègres. L'un d'eux 
chante même assez justement un des airs de la Fille 
de madame Anyot. C'est par là que ces enfants ont 
commencé à connaître notre civilisation. 



On leur a appris à manger à la fourchette et ils 
s'en servent à présent très-proprement. On dit qu'ils 
aiment beaucoup le vin et les glaces. 

Le 8 juin, on les a expédiés par le chemin de fer 
à Milan, d'où ils iront sur le lac de Côme, où le 
comte Meuiscalchi, homme généreux et magnifique, 
veut les recevoir. — Malgré toute sa générosité, ce 
riche amphitryon ne leur rendra pas le soleil de l'é- 
quateur. Quoiqu'on eût soin de les vêtir très-chau- 
dement, ces enfants grelottaient, dit-on, au Caire; 
on peut présumer qu'ils ne vivront pas longtemps 
dans le nord de l'Italie. 

M. Schweinfiirth avait accusé les Akkas d'être très- 
bornés. Celui qu'il a tenté de ramener en Europe 
n'avait jamais pu retenir un mot du langage qu'on 
parlait autour de lui. Les enfants qu'a rapportés 
le malheureux Mi;mi paraissent au contraire assez in- 
telligents. Ils parlent un peu l'arabe, et depuis quinze 
jours qu'ils sont à Rome, ils savent dire quelques 
mots d'italien. Il est vrai que ce sont des enfants, 
et l'on sait que, chez les sauvages, les enfants sont 
toujours plus intelligents que les adultes. 

Ils aiment beaucoup à jouer avec les enfants de 
leur âge : on a remarqué chez eux un caractère très- 
variable : la fureur, la gaieté, la mélancolie, la dou- 
ceur se succèdent rapidement dans leur esprit. A 
cette mobilité de l'âme, répond une grande vivacité 
dans les mouvements du corps. 

Ce dernier trait paraît d'ailleurs un caractère de 
race. Dans leur pays même, les Akkas passent pour 
très-agiles et très-remuants, comme le sont en géné- 
ral les individus de petite taille. Ces Pygmées sont 
fort habiles à chasser non pas les grues, comme ceux 
d'Homère, mais l'éléphant, qu'ils attaquent avec l'arc 
et la lance. 

Si l'ou essaye de résumer ce qui précède, on se 
représentera la nation des Pygmées corn me composée 
de petits hommes couleur chocolat, hauts de l m ,50 
à i m ,5û; doués d'un visage expressif, quoique hi- 
deux ; front élevé et grands yeux noirs, mais nez 
enfoncé et épaté, légèrement trilobé avec de grandes 
et larges narines; une fissure au lieu de bouche, et 
une puissante mâchoire inférieure qui avance ens'é- 
largissant. Celle vilaine figure est portée par un 
corps étrange, des jambes écartées, un gros ventre 
proéminent, et tombant comme un sac ; enfin, un dos 
voûté, sans cambrure notable. Et si mal bâtis qu'ils 
paraissent, ces petits sauvages, qui méritent à peine 
le nom d'hommes, savent très-agilement se servir de 
leurs corps minuscules et disgracieux. 

Jacques Bertim.on. 



IJN NOUVEAU 



CRUSTAGË DU FOND DE LA MER 

' NEPHROPS STBWARTII, W. HASON. 

M. Alph. Milne Edwards vient de publier à ce su- 
jet une note très-intéressante, dans les Annules des 



GS 



LA NATURE. 



sciences naturelles, où il donne en outre quelques 
renseignements précieux sur YAstacus zaleucus dont 
nous ayons parlé dans les Pêches du Challenger 1 . 
Nous sommes heureux de reproduire les observa- 
lions de M. Milne Edwards. 

« M. Wood Ma son, dit l'illustre naturaliste fran- 
çais, vient de publier dans le Journal de la Socie'té 
asiatique du Bengale, les résultats fournis par une 
exploration du fond de la mer aux environs des îles 
Andaman, et parmi les animaux qu'il y a découverts 
à de grandes profondeurs se trouve un crustacé 
très-remarquable , auquel il a donné le nom de 
Nephrops Stewartii. Ce Macroure vit enfoui dans le 
dépôt boueux constitué par les débris des bancs ma- 
dréporiques, et il ressemble beaucoup au Replirops 



Norwegicus des mers d'Europe, mais s'en distingue 
par deux caractères importants : l'état rudimenlaire 
des yeux, et l'absence de l'appendice squamifornie 
mobile dont la base des antennes externes est garnie 
chez tous les Astaciens connus jusqu'alors. 

« L'atrophie plus ou moins complète des yeux 
chez les crustacés qui vivent dans l'obscurité, soit au 
fond d'une caverne, soit à de ennuies profondeurs 
de lu mer, a déjà été observée plusieurs fois, no- 
tamment chez YAstacus pcllucidus ou Cambarus 
I pellucidus de Mammoth-cave dans le Kcntucky, 
i le Calocaris Macandreœ de T. Bell, trouvé dans 
les mers d'Irlande , par 180 brasses de profon- 
deur, et chez le Calliaxis adrialica de IMler, qui 
ne parait pas différer génériquement du précédent. 




Un nouveau crustacé du fond de la mer. — Ncphrops Slvwarlii, W. Mu-oii. 



J'ajouterai que la même anomalie vient d'être signa- 
lée par M. Wyville Thomson chez un crustacé trouvé 
dans la mer des Antilles, à une profondeur de 2,000 
mètres et désigné par ce voyageur sous le nom d'As- 
tacus zaleucus. Ce dernier Macroure, dont la figure 
a été publiée récemment dans le journal la Nature*, 
nous paraît appartenir, comme les Calocaris, à la 
familles des Callianassides, dont nous avons fait con- 
naître un grand nombre de représentants propres 
aux terrains tertiaires et secondaires, et il nous sem- 
ble devoir y constituer un genre nouveau. Il est 
remarquable par l'allongement excessif des pinces et 
la disposition pectiniforme des épines dont les bords 
préhensibles de ces organes sont armés. Ce mode de 
conformation rappelle celui des mêmes organes chez 
divers crustacés fossiles très-anciens, par exemple le 
Macroure du terrain crétacé de la Westplmlie, rap- 
porté par M. Solliciter à Ylloploparia tongimana, et 

' Voy. Table des matières de la première année. 
* Voy. première année p. 220» 



celui de la craie de Lezennes, figuré par M. Hallez. 
Malheureusement lepattesthoraciquesdela première 
paire manquent dans l'exemplaire unique du Ne- 
phrops Stewartii trouvé par M. Wood Mason, et par 
conséquent, on n'en peut rien dire; mais il serait 
très-intéressant de savoir si ces organes sont confor- 
més de la même manière que chez les Piephrops, 
allongés comme chez le Gallianassien de II. Wyville 
Thomson, ou réduits à l'état monodaelyle comme 
chez les Glyphcea de la période jurassique.... » 



VU RAPPORT 



DE LA COMMISSION DES LUNATIQUES 

DE LONDRES. 
l'ermite DE STEVENAGE. 

Il existe en Angleterre une commission spéciale, 
chargée d'étudier, non pas les fous, mais les luna- 



LA N A TU Pi Ei 



eo 



tiques, d'examiner les singulières bizarreries qu'offre 
parfois notre intelligence. M. Joint Forster vient de 
donner des détails intéressants, sur un monomane, 
nommé James Lucas, qui est mort âgé de soixante ans, 
et quiahabité pendant vingt-cinq ans, à l'état de ré- 
clusion, la maison que représente notre gravure. 
James Lucas était de bonne famille et avait reçu une 
excellente éducation, mais dès son enfance il s'était 
toujours montré excentrique. Il s'enfermait et refu- 
sait toute nourriture à moins qu'elle ne fût placée en- 
debors de sa porte, de façon qu'il puisse la manger 
tout seul. Quand il suivait une chasse à courre, ce 
qui l'amusait beaucoup, il montait à cheval pieds 
nus dans les élriers, ses bottes pendues de chaque 
côté du cou du cheval. 11 éprouva un vif chagrin 



lorsque sa mère mourut en octobre 1849 : il ne vou- 
lut laisser enlever le corps que quelques mois après, 
et commença alors cette vie d'ermite qui ne finit qu'à 
sa mort. Il paraissait toujours craindre que quelqu'un 
ne forçat sa maison pour lui faire du mal, et il tenait 
sans cesse la porte et les fenêtres barricadées avec 
soin. 

Pendant plusieurs années on ne le vit jamais sortir, 
et il avait entièrement perdu l'usage des vêtements, 
de l'eau et du savon. Il pouvait avoir des relations 
avec la meilleure société du pays, et cependant il vi- 
vait dans la l'auge et la malpropreté, enveloppé d'une 
couverture commune, et dormant sur les cendres 
dans n'importe quel coin. Toutefois il n'était pas 
fou; M. Joli" Forster, qui l'examina, déclare que 




La maison de l'ermite anglais James Lucas. 



c'était un homme d'une grande intelligence ; et s'il 
y avait une cause dans sa réclusion volontaire, le 
secret en est mort avec lui. Pendant un certain 
temps il recevait tous ceux qui venaient le voir, mais 
les visites devinrent si nombreuses, par la suite, 
qu'il résolut de ne plus recevoir que des mendiants. 
Des milliersde pauvres le visitaient annuellement, et 
toutes les fois qu'ils se présentaient, soit de jour soit 
de nuit, il leur donnait audience et assistance. Il se 
montrait très-libéral envers ses visiteurs ; il leur 
offrait des vins et des liqueurs. Il donnait générale- 
ment 10 centimes à un protestant, et jamais moins de 
50 centimes à un catholique romain ; pour lui-même 
il se contentait do pain, d'œufs et de lait. Dans les 
derniers temps il avait deux personnes à son service, 
pour surveiller sa propriété, tant le3 visiteurs étaient 
curieux de le voir. Le 10 avril dernier, le facteur 
n'ayant pu se faire ouvrir, malgré des coups réitérés 



à sa porto, on dut pénétrer dans la maison avec 
l'aide de la police et on trouva l'ermite atteint 
d'une attaque d'apoplexie. Il fut transporté dans une 
ferme voisine et mourut le lendemain matin sans 
avoir repris connaissance. Il avait environ 5 pieds 
6 pouces (anglais). Sa figure était remarquablement 
belle, et son corps n'offrait aucune trace d'amaigris- 
sement. La maison qu'il habitait offrait des traces 
extraordinaires de ruine et de décrépitude. Dans son 
numéro de Noël, de AU the yeard round, pour 1861, 
Charles Dickens raconte la visite qu'il lit à l'ermite, 
sous le titre de Tom Tidlefs Ground. 

Au moyen âge, les ermites n'étaient pas rares; il 
en est même qui exerçaient une grande influence, 
et dont la solitude n'était qu'apparente : mais un 
ermite en pleine Angleterre, \ivant dans le pays des 
chemins et des télégraphes, cela ne mér.ite-t-il pas de 
fixer l'attention? " D* Z 



70 



LA NATURE. 



EXPOSITION INTERNATIONALE 

DE LONDRES. 

L'Exposition universelle internationale est décidé- 
ment un échec, quoique l'on y voie beaucoup de très- 
belles choses, à commencer par la section française, 
qui a été établie avec un grand soin et un grand luxe. 
La ville de Paris en a fait elle seule presque tous les 
frais. En effet, on y trouve un modèle en petit de 
tous nos principaux monuments, des outils et usten- 
siles en usage dans le curage des égouts, dans le 
pavage et nettoyage des rues, etc., etc. Le système 
des écoles en vigueur dans la ville de Paris n'a pas été 
oublié non [dus. On y trouve un modèle du magasin 
scolaire, puis des albums très-richement reliés re- 
présentant des écoles de garçons et de tilles, ainsi que 
les gymnases, etc., etc. M. du Sommerard a eu l'ex- 
cellente idée de recueillir toutes les publications 
ducs à M. Haussmaiin, ou encouragées par le Conseil 
municipal du temps de l'Empire. Aujourd'hui, pour 
comprendre ce qu'est le Paris moderne, le meilleur 
procédé est d'aller à Londres. 

La Cour orientale possède des selles merveilleuses 
non-seulement pour chevaux indiens, mais aussi pour 
chevaux européens ; ce qui dépasse tous ces pro- 
duits c'est un petit cabinet où se trouvent des exem- 
plaires de cent cinquante journaux écrits en anglais 
et imprimés dans les différentes parties de l'Inde. 
Comme un philosophe l'a déjà fait remarquer, il v a 
quelque temps, l'idiome britannique est en passe de 
remplacer le sanscrit et de devenir la langue sacrée 
de l'indoustan : en effet, aujourd'hui la langue sacrée 
est la langue scientifique. 

i^a cour de Queensland, qui était une des mer- 
veilles de l'exposition de 1872, a pris une nouvelle 
spécialité. Il n'y est plus question, en 1874, des ri- 
chesses naturelles d'une contrée grande douze fois 
comme l'Angleterre proprement dite, mais on y a 
réuni de merveilleux échantillons de toutes les mines. 
On y distribue des tableaux indiquant toutes les faci- 
lités que le gouvernement local donne à l'émigiv.nt. 
Il y a un modèle d'un vaisseau où chaque famille pos- 
sède sa cabine particulière. Il ne manque plus que 
d'y établir des cottages. 

Le Japon, que l'on pouvait croire épuisé par ses 
succès antérieurs, brille d'un éclat incomparable, 
lîicn n'égale la teinte idéale de certaines porcelaines, 
et les nuances ravissantes d'un ciel poudré d'argent 
qui figure sur des éventails. Ces insulaires sont, sans 
contredit, les artistes de l'Orient. Les Chinois que l'on 
croyait sans rivaux, ont trouvé leurs maîtres dans 
tous les arts où ils se distinguent. 

La galerie des beaux-arts est médiocrement garnie ; 
cependant presque tous les tableaux que l'on envoie 
à Londres y trouvent acquéreur ; à ce point de vue 
l'exposition internationale a toujours été un succès. 

On a pratiqué, dans les dessous du Palais, des 
ca\cs où l'on se livre à la dégustation des vins. 11 est 



malheureux que le public soit si peu nombreux, car 
bien des crûs encore inconnus à Londres auraient pu 
de la sorte se révéler aux consommateurs. 

Mais la commission royale n'a rien fait pour se 
rendre populaire, aussi le nombre des entrées est-il 
misérable, inférieur à celui du Palais de Cristal. 

Il n'y a ni lectures publiques, ni grandes fêtes, ni 
expériences, rien que des concerts dans Albert-Hall, 
dont le public est saturé. 

Ce qui excite le plus la curiosité des visiteurs, 
c'est le spectacle d'un ascenseur monstre qui peut 
enlever à la fois jusqu'à 12 ou lo personnes. On a eu, 
il est vrai, l'heureuse idée de découvrir le pied de la 
colonne, de sorte qu'on voit très-bien la manœuvre 
des soupapes, partie dont le vulgaire ignore tout à 
fuit l'existence. On s'attroupe beaucoup aussi devant 
unç cloche à plongeur, en verre, qui travaille dans 
un aquarium muni de fenêtres. 

La section des inventions n'existe que sur le pa- 
pier. Je n'ai pu noter un t>eul instrument scientifique 
si ce n'est un baromètre anéroïde enregistreur, d'une 
construction assez simple. 

Aussi la dernière année de la série quinquennale 
est-elle supprimée et les expositions annuelles sont- 
elles à jamais condamnées. Mais le monument im- 
mense dans lequel elles se tiennent ne restera point 
inutile. La commission royale de l'Instruction lui a 
trouvé un emploi bien plus satisfaisant. 

On va y établir un musée conservatoire des arts 
et métiers, à l'instar de celui de Paris. Il est bon de 
noter que le Conservatoire de la rue Saint-Martin fut 
créé par la Convention nationale, du même que les 
expositions industrielles que l'Angleterre n'a accep- 
tées que pour les rendre universelles. Il est à présu- 
mer que le conservatoire de Londres, modelé sur 
celui de Paris, sera digne de son aîné. 

W. DE FONVIELLE. 

L'EXPRESSION DES ÉMOTIONS 

CHEZ i/llOMME ET LES ASIMAL'X. 
Par Chaules Uaiiwiw 1 . 

Le nouvel ouvrage que l'illustre naturaliste an- 
glais a récemment publié, et dont la librairie Rein- 
wuld offre au public français une excellente traduc- 
tion, a pour but de produire de nouveaux arguments 
en faveur de la théorie de l'évolution. L'auteur expose 
les résultats de son étude des mouvements de l'ex- 
pression, et il déclare lui-même que malgré trente 
années d'observations assidues, il n'a pu résoudre 
tous les problèmes qui se rattachent à une telle entre- 
prise. Cet aveu tout sincère qu'il soit n'est peut-être 
pas suffisant, car parmi les solutions que M. Darwin 

1 1 vol. iu-8", traduit de l'anglais par les docteurs S. Poz/.i 
et II. Benoit. — Ouvrage contenant '21 gravures 6ur bois et 
7 planches photographiées. — C. Ilcinwald et Ç*. Paris, 18 "4., 
— 2ious devons à l'obligeance des éditeurs les gravures qui 
accompagnent notre compte rendu analytique. 



LA NATURE. 



71 



offre au lecteur, il en ûst encore que tous les esprits ne 
voudront pas considérer comme absolument com- 
plètes, mais son œuvre n'en est pas moins, marquée 
au sceau d'un grand talent; elle peut être regardée 
comme une manifesta lion nouvelle de sa profonde 
sagacité, comme une preuve de sa puissance d'inves- 
tigation. Il est incontestable que ce livre renferme 
dus affirmations audacieuses, mais dans ses parties 
puremement physiologiques, il abonde en vues ori- 
ginales, admirablement exposées, et profondément 
instructives. Quelle habileté dans les descriptions! 
Quel coup d'œil profond dans l'observation des faits ! 
Quelle délicatesse dans la déduction des conséquen- 
ces ! Quel savoir-faire apparaît sans cesse au milieu 
de ces recherches, qui sembleraient ingrates à la plu- 
part des naturalistes, et parmi les difficultés des- 
quelles M. Darwin marche sûrement, conduit par le 
logique enchaînement des faits naturels ! 

Contrairement à sir Ch. Bell, qui dans son Anato- 
mie et Philosophie de l'expression établit une 
distinction aussi profonde que possible entre l'homme 
et les animaux, cl. qui affirme que u chez, les créa- 
tures inférieures il n'y a pas d'autre expression que 
celle qu'on peut rapporter avec plus ou moins de 
certitude à leurs actes de volition ou à leurs in- 
stincts nécessaires, » M.Darwin prétend que les cau- 
ses de l'expression sont communes chez tous les êtres. 
« Dans l'espèce humaine, dit le naturaliste anglais, 
certaines expressions, comme les cheveux qui se hé- 
rissent sous l'influence d'une terreur extrême, ou 
les dents qui se découvrent dans l'emportement de 
la r,ige, ^ont presque inexplicables si l'on n'admet 
pas que l'homme a vécu autrefois dans une condition 
très-inférieure. » 

Ainsi l'expression serait une des conséquences 
de l'hérédité, dont SI. Darwin a défendu le prin- 
cipe dans ses précédents ouvrages ; et les résul- 
tats de son étude apparaîtraient comme le complé- 
ment des preuves qu'il a jusqu'ici fournies à l'appui 
de sa doctrine. 

M. Darwin, dans ce grand travail où il s'est efforcé 
de retracer le tableau de ce qu'on pourrait appeler 
{'expression comparée t pose d'abord les principes 
fondamentaux qui rendent compte d'après lui « de 
la plupart des expressions et des gestes involontaires 
de l'homme et des animaux, tels qu'ils se produi- 
sent sous l'empire des émotions et des sensations di- 
verses. » 

Le premier principe de M. Darwin est celui de 
l'association des habitudes utiles. Les mouvements 
les plus complexes, les plus difficiles peuvent à 
l'occasion être acomplis sans effort et sans que l'être 
vivant en ait conscience. Les chevaux, qui prennent 
le galop de chasse ou le galop à l'amble, les jeunes 
chiens d'arrêt, les pigeons au vol particulier, ont 
des allures qui ne leur sont point naturelles et 
dont l'habitude leur a été transmise par l'héré- 
dité. 

Un grand nombre d'actions, d'abord accomplies 
d'une manière- raisonnes, auraient été converties 



d'autre part en actions réflexes par l'habitude et par 
l'association ; M. Darwin insiste sur la facilité avec 
laquelle des actes s'associent à d'autres actes et à 
des états d'esprit divers.' Chacun lorsqu'il tombe à 
terre, garantit sa chute en étendant les bras en 
avant, mais par l'habitude de ce mouvement on ne 
! peut guère s'empêcher d'agir de ]a,mêrne façon alors 
même qu'on se laisserait tomber sur un lit moelleux. 
On remarque facilement que dans un grand nombre 
de cas, le trouble de notre esprit se communique aux 
mouvements de noire corps ; c'est ainsi qu'un homme 
du commun, lorsqu'il est perplexe, se frotte les yeux, 
ou lorsqu'il est embarrassé, tousse légèrement, 
comme s'il ressentait un léger malaise dans les yeux 
ou dans la gorge. 

L'auteur, après avoir passé en revue les actions 
réflexes, étudie les mouvements habituels associés 
chez les animaux, et il en cite plusieurs exemples. 
« Lorsque les chiens veulent se mettre à dormir sur 
un tapis ou sur une autre surface dure, ils tournent 
en rond généralement et grattent le sol avec leurs 
pattes de devant d'une manière insensée, connue 
s'ils voulaient piétiner l'herbe et creuser un trou, 
ainsi que le faisaient sans doute leurs ancêtres sau- 
vages lorsqu'ils vivaient dans de vastes plaines cou- 
vertes d'herbe, ou dans les bois. » Nous n'épuiserons 
pas la série des nombreux exemples qui se dégagent 
du principe que nous avons énoncé précédemment, 
et. que l'on peut résumer ainsi: « les mouvements 
utiles à l'accomplissement d'un désir ou au soulager 
ment d'une sensation pénible, finissent, s'ils se répè- 
tent fréquemment, par devenir si habituels qu'ils se. 
reproduisent toutes les fois qu'apparaissent ce désir 
ou cette sensation, même à un très-faible, degré, et 
alors même que leur utilité devient ou nulle ou très- 
contestable- » . . 

Le second principe de M. Darwin est celui de l'an- 
tithèse. Après avoir démontré que certains états 
d'esprit amènent certains mouvements habituels. 
Fauteur s'efforce de prouver, que lorsqu'un état 
d'esprit tout à fait inverse se produit « il se mani- 
feste une tendance énergique et involoulaire à des 
mouvements également inverses, bii'ii qu'ils n'aient 
jamais aucune utilité. » Un chien d'humeur agres- 
sive, rencontre un homme qu'il croit étranger. On 
voit ses poils se hérisser, ses oreilles se dresser en 
avant, les yeux regardent avec fixité, l'animal se 
tient très-raide. Il marche en ennemi, comme lorsr 
qu'il se prépare à l'attaque. Supposons que ce chien 
reconnaît tout à coup que cet homme est sou maître, 
et nous verrons subitement son être se transformera 
Au lieu de marcher redressé, il se baisse en impri- 
mant à son corps un mouvement fluctueux, sa queue 
qui tout à l'heure était droite et en l'air, tombe et 
s'agite, ses poils deviennent lisses, ses lèvres pen- 
dent librement, les yeux reprennent tout à coup 
leur aspect normal primitif. Pas un seul de ces 
mouvements qui expriment si bien l'affection n'est 
utile, Pour 11. Darwin ils s'expliquent uniquement 
« parce qu'ils sont en opposition complète ou en 



72 



LA NATURE. 






.■■':•¥■ 




antithèse, avec l'at- 
titude et les mouve- 
ments très-intelli- 
gibles du chien qui 
se prépare au com- 
bat , lesquels par 
conséquent expri- 
ment la colère. » 

Lechat d'humeur 
affectueuse cares- 
sant son maître 
(lig. 1) redresse le 
dos qu'il courbe lé- 
gèrement; sa queue 
est tenue raidi;, et 
verticalement : ces 
mouvements ne 
s'expliquent-ils pas, 
par leur aritilhese 
complète, avec ceux 
qui sont naturels à 
cet animal quand il 
est irrité ou qu'il se 
prépare à saisir sa 
proie? Dans ce der- 
nier cas, le chut 
prend une position 
couchée, étend son 
corps, la queue est 
repliée , les poils 
sont lisses. Un grand 
nombre d'autres 
faits observés chez 
la plupart des ani- 
maux et chez l'hom- 
me, viennent four- 
nir des arguments 
en faveur du prin- 
cipe de l'antithèse. 

Mai* il est d'autre 
part une multitude 
d'expressions qui ne 
6e rattachent en au- 
cune façon aux pré- 
cédentes ; ce sont 
celles qui se mani- 
festent indépendam- 
ment de la "volonté 
et qui souvent même 
aussi sont étrangè- 
res à l'habitude. 

La décoloration 
des cheveux sous 
l'influence d'une 
terreur profonde , 
d'un chagrin ou 
d'une douleur ex- 
cessives , le trem- 
1j lement musculaire 
qui est commun à l'homme et aux animaux, et qui 




H 



■,-•./■ : 



Fi g, !. — (".liât d'humeur affectueuse. 




Fig. 2. — Exemple d'érection das appendices cutanés. Poule protégeant 
ses poussins contre un chien. 



est dû à un refroi- 
dissement, à la fiè- 
vre , à l'empoison- 
nement du sang , 
qui peut même être 
la conséquence de 
la colère ou de la 
joie , résultent de 
l'action directe sur 
l'économie, des ex- 
citations dusystème 
nerveux, action 
tout à fait indépen- 
dante de la volonté, 
et même en grande 
partie indépen- 
dante de l'habi- 
tude , Voilà le troi- 
sième et dernier 
principe, qui forme 
avec les précédents 
le nouveau système 
de l'expression des 
émotions. 

Tour le mettre 
en relief, M. Dar- 
win passe successi- 
vement en revue 
les moyens d 'ex- 
pression chez les 
animaux et chez 
l'homme; et il se 
plait à les étudier 
d'abord isolément, 
pour les comparer, 
cherchant à y trou- 
ver des analogies 
qui les rapprochent, 
et les rattachent à 
une commune ori- 
gine. ]N'ous pren- 
drons quelques 
exemples de la fa- 
çon dont procède 
l'émiiient natura- 
liste. L'érection des 
appendices cutanés 
lui apparaît entre 
autres, comme un 
mouvement d'ex- 
pression commun à 
un grand nombre 
d'espèces animales, 
à trois des grandes 
classes de verté- 
brés. Ces appendices 
se hérissent en el'let, 
sous l'influence de 
la colère et delà ter- 
reur. Chez le chimpanzé qui hérisse ses poils, chez 



""- •' 



LA NATURE. 



tous les carnivores où le hérissement des poils est 
un caractère universel, et chez les oiseaux dont les 
plumes se redressent quand ils sont irrités; on 



l'observe très-bien chez la poule, qui protégé ses 
poussins (fig. 2), ou chez le cygne qui repousse un 
importun. Les mâles même de quelques sauriens, 




"■■ -léki 






wm \ 



Fig. 3. — Cyiopithecus nii/er au repos 




Fig. i. — l.c même, et primant sa satisfaction. 




Fig, {i. — Teneur. Expression produite sous l'action d'un courant électrique. (D'après nue photographie du D' Duohenne.) 



lorsqu'ils se battent, dilatent leur poche ou sac luryu- I sion générale chez un grand nombre d'espèces difié- 
gien, et érigent leur crête dorsale. Ces exemples, rentes. 



joints à beaucoup d'autres, démontrent bien que le 
hérissement des appendices cutanés est une exprès- 



Tout en prenant pour guide sa doctrine et ses 
théories, M. Darwin, cependant, s'en écarte souvent 



7* 



LA NATURE. 



pour n'envisager que la description des faits, et dans 
une série de chapitres du plus haut intérêt, il décrit 
les expressions spéciales, chez les animaux, chez le 
chien, chez le cheval, chez le singe. Il s'efforce tou- 
jours de prouver que ces expressions sont très-nom- 
breuses, très-diverses, et qu'elles se rattachent aux 
principes fondamentaux dont il a jeté les hases- lï 
examine la physionomie du singe avec un soin parti- 
culier, et il trouve même les I races du rire dans la 
façon dont cet animal manifeste la joie. Chez \acyno- 
pithecus, dit l'auteur (fig. 3 et 4), les coins de la 
bouche sont tirés en arrière et en haut, de manière 
que les dents se découvrent. 

Mais c'est à l'homme que le savant anglais donne 
la place la plus importante de son ouvrage; il décrit 
d'une façon complète, tous les aspects de la physio- 
nomie, sous le jeu des émotions qui peuvent s'agiter 
dans l'esprit de l'homme, depuis sa plus tendre en- 
fance, jusqu'à la vieillesse. La souffrance et les pleurs, 
les chagrins, le découragement, le désespoir, cèdent 
la place à la joie, à la gaieté, à l'amour ; la haine et la 
colère succèdent à la réflexion, à la méditation; 
après le dédain, le dégoût, nous voyons la surprise, 
la crainte, l'horreur. Toutes ces émotions diverses de 
noire esprit sont marquées sur notre visage, par des 
mouvements que M. Darwin anal \ se avec son profond 
coup d'œil, en anatomiste, en philosophe et souvent 
même en véritable artiste. Il retrouve un grand nom- 
bre de. mouvements de l'expression chez tous les 
peuples, chez les nations civilisées comme chez les 
tribus sauvages, et il les relie à une cause commune; 
il affirme, en un mot, que les expressions humaines 
sont les mêmes dans le monde entier. Pour mieux 
faire ressortir les faits, M. Darwin a eu l'heureuse 
idée d'emprunter de puissantes ressources à la pho- 
tographie instantanée, qui reproduit le portrait 
fidèle d'un enfant qui pleure, d'une jeune lille qui 
sourit, ou d'un homme en fureur. Cette expression 
fugitive est ainsi fixée en un dessin exact, qui sert 
au naturaliste à mieux apprécier le mouvement de tel 
ou tel muscle, dans l'expression de telle ou (elle émo- 
tion. M. Darwin emprunte encore de nombreux do- 
cuments au docteur Duohennc, qui a étudié avec tant 
de talent les mouvements des muscles de la face au 
moyeu de l'électricité. La figure 5 reproduit une 
des photographies de M. Duclienne ; elle représente 
un vieillard qui à n'en pas douter exprime la terreur. 
Cette expression a été donnée aux muscles de la 
face sous l'action d'un courant électrique, et sa pho- 
tographie en fixe les effets d'une façon durable. On 
conçoit de quel secours un tel procédé est à l'obser- 
vateur. 

N'oublions pas d'ajouter, en terminant notre ra- 
pide analyse, que M. Darwin sait rendre un juste 
hommage à ses devanciers, notamment à Herbert 
Spencer, l'auteur des Principes de Psychologie, et 
à notre regretté compatriote Pierre Gratiolet, qui, lui 
au>si, avait attaché son nom à l'étude de la physio- 
nomie et des mouvements de l'expression. 

Gaston Tissandier. 



LA MISSION ANGLAISE A YARKLND 

Le gouvernement britannique vient d'étendre au 
centre de l'Asie ses relations diplomatiques, en en- 
voyant à Yakoob-Khan, gouverneur des provinces de 
Yarkund el de Kashgar, un ambassadeur qui n'avait 
jamais été précédé d'aucun Européen dans ces ré- 
gions éloignées. Il y a dix ans à peine, elles faisaient 
encore partie du vaste empire chinois, dont cependant 
elles étaient séparées par un grand désert. Elles 
sont situées au milieu de montagnes inaccessibles, la 
chaîne du Thian Shan, le Bolor Dagh et le Karako- 
l'urn, dernier contre-fort de l'Himalaya. 

Suivant les anciennes traditions le commerce et la 
civilisation étaient en voie de progrès au seizième 
siècle. Aujourd'hui l'Angleterre voudrait secréerun 
nouveau débouché pour ses produits et faire la concur- 
rence aux Russes, seuls trafiquants étrangers qui pé- 
nètrent à Yarkund. La proximité des Indes est encore 
une des nécessités politiques de ce projet. 

Yarkund, capitale commerciale du Tnrkestan 
oriental, est située à 1,140 mètres au-dessus du ni- 
veau de la mer. 11 est probable que son aspect est 
encore le même qu'à l'époque où elle fut visitée par 
Marco Polo, il y a cinq siècles et demi. Bâtie entière- 
ment en terre, elle est complètement entourée d'un 
mur de même nature, percé de cinq portes, don' le 
circuit est de plus de o kilomètres. Ou eslime la 
population à 40,000 habitants. Le marché se tient 
une fois par semaine. La ville est approvisionnée 
d'eau par des aqueducs, qui l'amènent de la rivière, 
dont le nom est le même que celui de la cité. On v 
compte 120 mosquées, mais dont la plupart ne sont 
pas dignes do ce nom monumental. Le nombre des 
écoles est de ôO ; ce qui n'implique cependant pas 
une haute idée de l'instruction, car la majeure partie 
n'ont pas plus de 20 élèves. 

L'époque de fondation de la ville de Kashgar est 
incertaine ; d'après le capitaine Chapman, la cita- 
delle aurait été reconstruite sur les débris de l'an- 
cienne au quatorzième siècle de notre ère. La légende 
turque dit qu'elle peut soutenir facilement un siège 
d'une année. 

La route que les voyageurs suivirent depuis Cash- 
mere, dernière limite de la frontière des Indes, est 
souvent impraticable. Elle traverse Ladak, dans le 
Thihet ; cette ville est habitée par les Mogols, qui 
professent la religion bouddhiste des Lamas. Le 
climat est extrême dans les chaleurs comme dans les 
froids, à cause de sa grande altitude dans un pays de 
montagnes. La route se continue jusqu'à Leh, par la 
passe Sasser, à 5,000 mètres au-dessus du niveau 
de la mer. M. Forsyth, l'envoyé anglais, et sa suite, 
cheminèrent pendant pins de 20 kilomètres sur des 
glaciers, dont les plus grands arnas de glace des 
Alpes ne peuvent donner une idée. Les fréquentes 
crevasses dont ils sont parsemés constituèrent un 
des plus grands dangers du voyage." 

On voyage dans ce pays avec des yaks, ou bœufs du 



LA NATURE. 



7d 



Thibet, qui remplacent avantageusement les chevaux 
et les mulets, peu accoutumés aux rigueurs du cli- 
mat. La caravane anglaise avait ses lentes de campe- 
ment dressées chaque soir» mais souvent on deman- 
dait l'hospitalité aux hultes des Kirghiz; ce sont des 
cabanes circulaires en écorec de bouleau, couvertes 
par un dôme de même matière, au milieu duquel une 
ouverture est pratiquée pour donner passage à la 
fumée. Elles sont aussi recouvertes intérieurement 
'•le feulre, ce qui les rend assez confortables et pré- 
serve suffisamment des intempéries. Deux yaks por- 
tent facilement tout ce qui entre dans la confection 
de cet abri temporaire; on peut lu dresser en dix 
minutes. Dix personnes y trouvent place sur des 
tapis disposés tout autour. J. Girard. 



LES RECENTS MODELES 

D'ARMES A FEU DE L'INFANTERIE 

(Suite. — Voy p. 54.) 
ARMES SE CHARGEANT TAR LA CULASSE. 

Nous avons déjà dit incidemment que ce mode 
de chargement présentait, relativement à l'ancien, 
un accroissement énorme de rapidité. Cela est facile 
à comprendre, si l'on réfléchit que l'arme, pendant 
toute cette opération, peut rester eu place sur la 
main gauche du tireur et que les mouvements pour 
amorcer, puis bourrer la cartouche au fond de l'âme 
du canon, sont totalement supprimés. 

Ce mode de chargement résout aussi avantageuse- 
ment la question du forcement de la balle dans les 
rayures de l'àme, et voici comment : la balle étant in- 
troduite par l'arrière, on a pu lui réserver un loge- 
ment d'une section un peu plus large que celle du 
canon dans sa partie rayée et compter sur l'action des 
gaz de l'explosion pour faire pénétrer le plomb dans 
le fond des rayures. On pouvait compter ainsi sur 
une déformation aussi régulière que possible de la 
balle et très-favorable par conséquent à la régularité 
du tir. La pratique a justifié cette hypothèse de la 
manière la plus complète. 




Fis- i. 



Systèmes de fermeture. — Nous verrons que les 
divers systèmes de fermeture appartiennent eu géné- 
ral à l'un ou à l'autre des types représentés par les 
.figures ci-après,' desquels nous avons élagué à dessein 



tous les détails concernant la percussion et l'extrac- 
tion des cartouches. 

Nous trouvons que cette fermeture a lieu : 

1° À l'aide de verrou et par glissement longitudi- 
nal de 1% culasse mobile (fig. 1- Le levier B est fixé 
sur la culasse mobile A) ; 

2° Par rotation du bloc de fermeture suivant un 
axe parallèle à l'axe du canon; une seule arme de 
celle que nous décrivons est construite sur cette 
donnée : c'est le fusil Wocrndel, dont nous donnerons 
plus loin le dessin; 

3° Par relèvement et rotation du bloc suivant un 
axe également perpendiculaire à l'axe du canon 
ma. 2) ; 





%*?.%£*■'■ 



Fia. 1. 



4° Par abaissement et rotation du bloc suivant un 
axe également perpendiculaire à l'axe du canon (lîg. 
ô et fig. 4). 

Cartouches. — Elles sont généralement à enve- 
loppes métalliques, cuivre, laiton, clinquant, etc. La 




Fi?. 3. 

cartouclie du chassepot et celle du fusil Dreyse font 
exception à cette règle. L'enveloppe de la première 
est formée de papier et de soie, et celle de la seconde 
est en papier. L'enveloppe métallique est aujourd'hui 
reconnue préférable à ces dernières, qui diparaitrout 
probablement dans un temps tres-rapproché. 




Fig. 4. 



Aujourd'hui toutes les cartouches des nouvelles 
armes portent elles-mêmes leurs amorces, qui sont 
centrales ou périphériques selon" remplacement oc- 
cupé parle percuteur. 



76 



LA NATURE. 



Les croquis ci-contre (fig. 5 et 6) donnent les dis- 
positions de ces modèles de cartouche 1 . 

Percussion. — Dans deux seulement des modèles 
que nous décrivons, la percussiou a lieu par l'action 
d'une pointe acérée. Ces modèles sont le fusil Dreyse 
et le chassepot. Cette disposition était commandée par 
la construction de la cartouche, dépourvue d'un 
culot résistant que puisse arrêter la tranche de la 
feuillure du canon. Ces cartouches eussent pu, sans 
cet obstacle, céder en se déformant ou glisser dans 
le canon sous l'action d'un percuteur à pointe éinous- 
sée, ce qui eût rendu l'explosion difficile et incer- 
taine. 

Tous les autres systèmes de percussion consistent 
dans une ou deux tiges venant frapper, soit le centre, 
soit le périmètre de la cartouche. 

Extraction des étuis métalliques. — Le fusil 
Dreyse et le chassepot employant des cartouches à 
enveloppes combustibles, ne sont point en consé- 
quence munis d'extracteurs, que possèdent tous, au 
contraire, les fusils consommant des cartouches à 
enveloppe métallique. 




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Sud» 



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Fig. 5. 
Cartouches en papier: 
Dreyse. Chassepot. 



Hg- C. 

Cartouches à clui métal- 
lique à inflammation : 



centrale. 



latérale. 



Ces extracteurs agissent sur le culot de la car- 
touche pour en déterminer l'expulsion, soit par un 
crochet en embrassant le rebord, soit par une simple 
lame engagée dans la feuillure du canon. Le mou- 
vement qui leur est imprimé à l'instant de l'ouver- 
ture du tonnerre est tantôt un mouvement de glis- 
sement parallèle à l'axe du canon, tantôt un mou- 
vement de rotation autour d'un axe transversal. 

Nous croyons pouvoir nous dispenser de donner 
la description et le mode de fonctionnement de 
chaque appareil, et nous nous contenterons de le 
représenter aussi complètement qu'il sera possible 
au dessin d'ensemble de chaque modèle, en y joignant 
quelques mots d'explication lorsqu'ils seront indis- 
pensables 

Dispositions du mécanisme pour armer et faire 
f e u. — Ces dispositions sont extrêmement variables 

1 Depuis l'achèvement de cet article, la transformation du 
chassepot a été résolue dans le but de substituer pour la 
cartouclie, l'étui métallique à l'enveloppe en papier jusqu'alors 
ca usage. Quant au fusil Dreyse, son remplacement par le 
fusil Wauser, dont la cartouche est également à étui métalli- 
que, est en voie de s'accomplir. 



et ne sont point susceptibles d'une classification tant 
soit peu méthodique. Nous nous bornerons, ici en- 
core, à donner des dessins accompagnés de la no- 
menclature des pièces et de quelques explications 
nécessaires à l'intelligence du mécanisme de chaque 
système. 

Mérite comparatif des divers modèles d'armes. — 
Les éléments d'appréciation sont trop rares ou trop 
incertains pour qu'il ait été possible de porter un 
jugement sur le mérite comparatif des diverses ar- 
mes des derniers modèles. Les résultats que nous 
donnons sont donc forcément très-incomplets. 

Ce qui était plus facile, et que nous croyons avoir 
fait, c'était de faire saisir la réalité des progrès dus 
aux inventions qui se sont succédé depuis l'époque 
du fusil à canon lisse jusqu'au moment actuel. 

A propos des résultats constatés et propres à baser 
un jugement sur la valeur relative des divers sys- 
tèmes, il est utile de présenter quelques observations 
propres à en déterminer l'importance. 

La rapidité du tir a certainement une valeur con- 
sidérable, et l'on admet facilement la supériorité 
écrasante des nouvelles armes sur les anciennes. Mais 
un léger excédant de rapidité d'un modèle sur un 
autre ne doit pas être prisé trop haut. Qu'on réflé- 
i dusse, en effet, aux immenses avantages d'un tir pré- 
cis, lequel ne peut s'obtenir sans quelque perte de 
i temps, et cette rapidité si vantée do certaines armes 
i paraîtra d'un avantage moins prépondérant. Rappe- 
I lons-nous à ce propos qu'on a souvent reproché aux 
soldats français, dans la dernière guerre, de ne pas 
prendre le temps de viser et de gaspiller ainsi inuti- 
i lement les munitions. 

| La très-grande portée d'une arme n'a pas non plus 
une aussi grande importance qu'on pourrait le croire 
au premier abord. En voici la raison. Les trajectoires 
des grandes portées donnant des courbes d'une flèche 
considérable, il est indispensable, pour le tir aux 
grandes distances, de choisir avec exactitude le point 
de la hausse convenable pour viser le pointa attein- 
dre. 11 faut donc d'abord que cette distance soit bien 
déterminée, ce qui est l'affaire des chefs dirigeant 
la troupe, puis eu second lieu que les tireurs eux- 
mêmes soient attentifs, intelligents et bien exercés. 
Autrement, et c'est souvent ce qui a lieu, une partie 
considérable des coups atteignent en deçà ou au delà 
du but, et le tir est presque absolument ineffi- 
cace. 

L'avantage d'une trajectoire très-tendue est très- 
grand en faveur des armes qui la possèdent. Pour 
s'en rendre compte, il suffit de supposer une trajec- 
toire extrêmement tendue, telle par exemple qu'à la 
limite extrême de portée de layue, la flèche de cette 
courbe fût au maximum de U ',50. 

Dans ce cas, on pourrait, faisant abstraction des dis- 
tances, viser toujours directement le point à attein- 
dre, ce qui serait une grande simplification; mais il 
ne saurait en être ainsi, avec les limites de vitesse 
initiale imposées aux armes rayées. Toujours est-il 
que plus la trajectoire d'une arme sera courbe, plus 



LA NATURE. 



77 



le tir en demandera d'attention et présentera de 
dilficultés. 

L'inspection de la figure 7 rendra notre explica- 
tion plus claire. 



On peut voir que lu tireur qui suppose son adver- 
saire au point b, pourra, si son tir est exact, l'attein- 
dre encore à toutes les distances comprises entre les 
pojnts c et a, avec l'arme qui a la trajectoire n° 2. 




Fig. 7. — Teusion des trajectoires. 




100" Kt Ifi) tl 

Fi g. S. — Trajectoires des fusils Drcysc, Chassepot et Martini. 



4(0- 



B. . c-"3 



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us ;oo 303 

Fig. 9. — Éearls moyens d'armes de diverses périodes. 



f\ ■ fit . 




Pg. 10. — Justesse des fusils Chassepot et Martini. 



S'il se sert au contraire d- l'arme qui possède la 
trajectoire u° 1, plus courbe que la première, il 
n'aura, dans les mêmes circonstances, chance d'at- 
teindre son adversaire que dans la zone plus étroite 
comprise entre les points f et e. Les zones dange- 



reuses seront donc d'autant plus étendues que les 
courbes seront moins prononcées. 

La ligure 8 représente les trajectoires superposées 
de différentes armes. A son inspection, il est facile 
de voir, d'après notre explication, quelle est celle 



78 



LA NATURE. 



qui, sous ce rapport, est la plus avantageuse. Nous 
n'avons pu, on le comprendra, prendre pour les 
ordonnées verticales la môme échelle que pour les 
longueurs horizontales, La confusion des lignes 
eût, dans ce cas, été complète. 

Justesse des armes. — Pour apprécier la justos.se 
comparative des différentes armes, la méthode est 
très-simple. Elle consiste à tirer avec chaque arme 
et dans des conditions sensiblement identiques, un 
certain nombre de balles sur des panneaux gradués 
placés aux diverses distances, et à mesurer sur ces 
panneaux les écartements des points atteints au point 
visé. La moyenne de ces écarts pour chaque arme 
donnera la mesure de sa justesse aux diverses dis- 
tances. Ces écarts moyens ainsi obtenus peuvent, sans 
erreur sensible, être acceptés comme ayant cette 
signification, que la moitié des coups atteindraient à 
chaque distance le cercle décrit du point visé avec 
l'écart moyen pris pour rayon. 

La figure 9 permettra d'apprécier d'un coup d'œil 
les résultats dus aux perfectionnements apportés 
dans la construction des armes de gueTre. Ce sont 
celles de gerbes obtenues en prenant pour rayons les 
écarts moyens à diverses distances, constatés dans 
le tir. Elles s'appliquent à trois armes représentant 
le mieux les phases caractéristiques survenues dans 
l'art de l'arquebuserie depuis 1840. 

Ces armes sont : 

1° Le fusil français modèle 1842, tirant une balle 
sphérique dans un canon à âme lisse. 

2° La carabine modèle 1842 , tirant une balle 
sphérique forcée par aplatissement, dans un canon 
à rayures hélicoïdales. 

7)° La carabine modèle 1846, dite à tige, tirant 
une balle cylindro- ogivale. 

4° Enfin In fusil mndiMo 1866 (chassnpot), tirant 
un projectile allongé dans un canon à rayures sem- 
blables et à chargement par la culasse. 

La figure 10 qui a même signification que Jes 
précédentes, peimet aussi de comparer les justes- 
ses de deux armes remarquables des récents mo- 
dèles en usage aujourd'hui. 11 eût été intéressant 
de faire figurer à cette même exposition chacune des 
armes adoptées comme type normal par chaque puis- 
sance européenne. Malheureusement les documents 
publiés à ce propos sont non~seulement très-incom- 
plets, mais encore souvent contradictoires, et d'un 
contrôle à peu près impossible. Le mieux était, en 
pareil cas, de s'abstenir : c'est ce que-nous avons fait. 

Eugène Glili.eïii.v. 

— La suite prochainement. — 



><>< 



CHRONIQUE 

Les taches solaires et les protubérances. — 

Dans le numéro 1974 des Astronomische Nachrichlen, le. 
professeur Spœrer a rendu compte de ses importantes ob- 
servations sur les taches solaires et sur les protubérances. 
Il conclut que les facules occupcntles mêmes places où les 



I protubérances prennent naissance et où sont si lues les 
points de la ihromosplière flamboyante ; et, de pins, que 
les protubérances se rapportent ordinairement aux taches, 
et se voient surtout avant et au commencement de la for- 
mation d'un groupe de taches. D'après lui, il serait souvent 
possible de calculer l'apparition d'une tache par l'observa- 

! tion d'une protubérance flamboyante, et les taches seraient 
produites par des nuages de produits de condensation de 
matières ignées projetées venant à se refroidir. 

On suit que les protubérances, ou explosions solaires, 
sont des phénomènes d'une puissance formidable, qui lan- 
cent des flammes et des matières en fusion à 4(1 et 50,000 

[ lieues de hauteur dans l'atmosphère solaire, et retombent 
ensuite en pluie de feu à la surface brûlante de l'astre Ju 
jour. On sent l'intérêt qu'il y a à constater le rapport qui 
doit exister entre ces jets volcaniques elles taches solaires. 

Séance annuelle «le la Société géogrophi«|iie 
de Londres. — Lundi, 22 juin, a eu lieu à la Société 
de géographie la séance annuelle. Le président, sir Bartle 
Frère, a décerné la grande médaille d'or au docteur 
Schwcinfurth, pour ses Ira vaux sur le bassin oriental du 
Nil. Il a annoncé que la Société de géographie se propo- 
sait d'envoyer une expédition à la recherche d«: l'expédi- 
tion autrichienne dont les nouvelles manquent depuis plu- 
sieurs années, et qui paraît s'être perdue dans les régions 
glacées à Test du Spilzbcrg. Sans aucun doute l'Angleterre 
se vengera noblement de la manière peu honorable dont 
elle s'est conduite pour les expéditions au Pôle Nord, pen- 
dant toute la durée du ministère de il. Gladstone. 

La séance a été suivie par un grand banquet donné à 
Willis Rooin et auquel assistaient les ambassadeurs étran- 
gers (moins la France), ainsi que des personnages de dis- 
tinction. Parmi les étrangers invités on remarquait M. Le- 
Verrier, directeur de l'Observatoire national de Paris, et 
M. Daily, lord-cliief Justice des États-Unis, président de 
la Société de géographie. Ces messieurs ont répondu, l'un 
et l'autre, au toast des hôtes étrangers. M. Le Verrier s'est 
exprimé en français. Il a invité officiellement la Société à 
tenir une séance, à Paris, l'an prochain, à l'occasion du 
Congrès international de géographie, convoqué par la So- 
ciété française. 11 a terminé en faisant l'éloge de son il- 
lustre ami le maréchal de Mac Mahon, et en rappelant avec 
beaucoup d'à propos les mots qu'il a prononcés en entrant 
à Sébastopol : « J'y suis, j'y reste! « 



><>c 



LETTRES DE CAMBRIDGE 



UN SCAllLET DAY. 

Cambridge, 20 juin 1871. 

Nous venons d'avoir un Scarlet day, un jour écarlate. 
Cela veut dire que les docteurs en robe rouge se sont mon- 
trés aux étudiants et à l'aristocratie de Cambridge, On a 
nommé 17 docteurs honoraires; il y a sept ans que Ton n'en 
avait nommé un seul. L'occasion de ces nominations a été 
la libéralité du duc de Devonshire, chancelier de l'Univer- 
sité, qui vient de faire présent aux étudiants d'un laboratoire 
de physique, dans lequel il a dépensé 2ô0,000 francs, juste 
le prix du lingot du mètre universel ! Parmi les récipien- 
daires, au nombre de 17, quatre sont étrangers, deux sont 
Français et deux sont Américains. 

Les deux Français sont M. Barrande, le précepteur du 



LA NATURE. 



7'J 



Juc de Bordeaux, savnnt expert en études sur les fossiles, et 
M. Le Verrier, directeur de l'Observatoire national. 

Les deux héros du la journée ont été M. Le Terrier et 
M. Carnet Wolseley, le vainqueur des Ashanlis. 

S:r BartleFrcre a été également reçuavccbeaueoupd'en- 
thousiasme. Les deux Américains sont M. Wentrop, le cé- 
lèbre antiquaire et M. I.owell, le poète, qui appartient à 
l'Université de Cambridge (Jlassachusets). Parmi les autres 
récipiendaires nationaux, mentionnons M. Bentham, neveu 
du fameux Jérôme Bentham et président de !a Société 
Linné en ne; M. Salmon, le recteur de l'Académie rie Dublin, 
si connu en France par ses recherches de haute géométrie; 
sir Cockburne, le lord-chief justice, qui a fait preuve d'une 
si inépuisable éloquence dans le procès Tichborne, etc. 
Une particularité intéressante c'est que tous les dis- 
cours ont été faits en latin, sauf ceux qui ont été prononcés 
en grec! L'assistance, qui était très-nombreuse et composée 
en partie notable de dames, est restée impassible pendant 
les discours grecs. Mais les discours latins ont été saisis 
dans tous leurs détails, avec beaucoup d'intelligence. Chose 
qui n'était pointarrivée depuis plus de vingt ans, les gradués 
se sont contentés de sifller des airs, ils n'ont sifflé aucun 
des récipiendaires. Ils ne se gênent pas cependant quand 
les docteurs leur déplaisent : comme ils payent (excepté ceux 
qui sont indigents), cinq mille francs par an, on peut dire 
qu'ds payent assez cher pour acheter le droit de sifller en 
entrant au collège. \V. de Foxviku.e. 



>->< 



ACADÉMIE DES SCIENCES 

C'hncc du 29 juin 187-4. — Présidence de M. Bekthand. 

Mer algérienne. — D'après un travail transmis par 
M. VilLrceau, le sol des régions sud de l'Algérie offre des 
dépressions dont l'altitude est inférieure de 20 à 40 mè- 
tres au niveau de la Méditerranée. Ainsi, au sud du golfe 
de Gudes l'eau couvrirait, n'était le bourrelet littoral, un 
espace de 60 kilomètres. Ce qu'indique la géodésie se 
trouve d'ailleurs confirmé par le témoignage des indigènes, 
d'après qui, au commencement de l'ère chrétienne, celle 
mer, aujourd'hui desséchée, répandait autour d'elle la vie 
et la prospérité. Ramener l'eau dans ce bassin nécessite- 
rait le creusement, à travers le sable, d'un simple canal 
de 12 kilomètres. La dépense ne dépasserait pas deux 
millions et les avantages seraient inestimables. Il faut es- 
pérer que ce travail digne du percement de i'istlime de 
Suez sera un jour entrepris. 

Calcul lithique. — Il s'agit d'un calcul intestinal, et c'est 
un esturgeon des environs d'Astrakan qui l'a fourni. 
D'après une analyse de M. Dumas, la lithine y existe pour 
1 millième environ du poids total, et cette circonstance 
offre de l'intérêt en indiquant la présence de la lilhine 
dans les eaux d'une région dont l'étude chimique n'a pas 
encore été poussée bien loin. 

Speclroscopie. — M. Norman Lockyer, poursuivant ses 
recherches .sur l'analyse prismatique, reconnaît qu'à di- 
verses températures une même vapeur donne des raies, 
tellement inégales en nombre et en position, que si l'on 
chauffe assez, au spectre ordinaire succède un spectre 
tout à fait nouveau. Ces faits, extrêmement importants 
par les conséquences qu'ils ont nécessairement, avaient 
été contestés par M. Angstrôrn. 

Télégraphe brésilien. — L'Europe est, à l'heure qu'il 
est, en relation télégraphique avec le Brésil. M. le général 



Morin lit une dépêcl.e par laquelle don Pedro d'Alcantara 
annonce cette grande nouvelle et se félicite de celte vic- 
toire de la science. 

Etoiles filantes. — >'os lecteurs savent que l'Académie 
a décidé la publication des longues et patientes observa- 
tions continuées par Coulvier-Gravier, pendant de si nom- 
breuses années. M. Chnpelas, chargé de ce travail, adresse 
la lellre qu'il vient de recevoir de M. Schiapparelli et 
dans laquelle l'astronome italien exprime sa vive satisfac- 
tion d'une décision qui rendra tant de services dans 
l'étude, si obscure encore, des météores cosmiques. 

Destruction du phylloxéra. — L'événement de la 
séance est certainement la lecture, par M. Bouley, du rap- 
port rédigé au nom de la commission dite du phylloxéra. 
Lorsqu'une grande contagion sévit sur nos animaux domes- 
tiques, l'autorité peut intervenir avec le plus grand succès 
pour la faire disparaître. C'est ce qu'on a vu, par exemple, 
once qui concerne la peste bovine, autrefois si redoutable, 
aujourd'hui complètement maîtrisée. Partant de là M. Da- 
mas s'est demandé si l'autorité ne pourrait pas de même 
venir à bout de l'invasion phylloxériquc dont les progrès 
augmentent tous les jours» et qui trouve dans la noncha- 
lance et même dans le mauvais vouloir de certaines per- 
sonnes de puissants auxiliaires. Cette invasion est, en effet, 
une vraie contagion, une vraie pe9te végétale. 

On sait qu'il n'y a pas dix ans qu'elle éclata à Roque- 
maure, sur un espace si restreint que la carte l'indique par 
un simple point. Mais, dès l'année suivante, les localités 
infestées étaient nombreuses dans le Vaucluse et dans les 
Bouches du-Rhône; un an après, ces deux départements 
étaient complètement envahis et, successivement, le mal 
s'étendant sans cesse, il est arrivé qu'à présent la zone 
phvlloxérée dépasse Lyon. Dans dix ans, peut-être la Bour- 
gogne, le Champagne seront, elles aussi, ravagées. 

Ceci posé, la commission a la ferme conviction qu'on 
maîtrisera le mal par les mesures suivantes qu'édicterait 
une loi : 

Tout propriétaire de vignoble serait tenu de déclarer an 
maire de la localité la première apparition de la maladie. 
Une fois prévenu, le maire donnerait avis du fait au pré'ct 
qui nommerait immédiatement une commission d'experts. 
Ceux-ci feraient un rapport destiné au ministre de l'agri- 
culture. Si la maladie était réellement constatée on pro- 
céderait à la destruction, par le feu, des ceps contaminés ; 
mais auparavant estimation serait faite de la récolte perdue 
pour l'année, et une indemnité égale serait versée au pro- 
priétaire. 

Ceci ne suffisant pas dans tous les cas, on procéderait 
également à la destruction des vignes saines tout à fait voi- 
sines des régions malades, de façon à isoler celles-ci des 
vignobles non atteints. Au centre de l'espace arraché on 
brûlerait toutes les vignes, bois, feuilles et écbalas, puis on 
soumettrait la terre à un traitement anti-phvlloxérique. 
Défense serait faite de replanter de vignes au même lieu 
avant qu'il soit bien constaté que les pièces voisines sont 
saines. 11 vasans dire que toute exportation de ceps, feuilles, 
bois, cchalas, hors des points envahis, serait complètement 
prohibée. 

Ces dispositions paraissent fort sages et la comparaison 
avec la peste bovine donne grand espoir de succès. En 
effet l'invasion du phylloxéra a mis dix ans pour arriver de 
Roqucinaure à Lyon ; suivant l'expression de M. Dumas, 
il n'aurait pas fallu autant de mois à la peste bovine pour 
couvrir toute la France et même pour en déborder. 

En tout cas que nos législateurs prennent une décision 
énergique. 11 est grand temps. Stanislas Meunier. 



80 



LA NATURE. 



LES AMORCES DES SQUALES 

Depuis l'existence tles aquariums à eau do mer, lo 
public a pris intérêt à ces singuliers crustacés cju on 
appelle les Pagures. Ils sont, comme forme générale, 
du type des écrevisses (crustacés décapodes macrou- 
res). La partie antérieure du corps est puissamment 
cuirassée, et les trois premières paires de pattes, 
épaisses, robustes et rugueuses, indiquent des chas- 
seurs et dt:s carnassiers ; niais la région d'arrière est 
faible et molle, incapable de résister aux morsures 
des ennemis et aux aspérités dus graviers de la côte ; 
les pattes de la quatrième et de la cinquième paire 
sont faibles et courtes; l'abdomen long, ridé ot mou, 
n'a que quelques filets grêles. Aussi l'animal loge 




| de la Manche, de la mer du Nord, et s'étend jusqu'en 
! Islande. Il affectionne les coquilles des Buccins. 
On n'a pas l'habitude de le manger, comme les 
Paie mous et les Crangons (nos crevettes), mais il a 
reçu un usage indirect et qui n'est pas à dédaigner. 
Sur les côtes rocheuses de Granville (Manche) et du 
voisinage, les femmes et les enfants vont chercher à !a 
marée basse, de pleins paniers de Buccins, habités 
par ces Pagures, et vivant là entre les pierres. On 
casse les Buccins au marteau, et ou enfile chaque 
Pagure par la tète à un fort hameçon, dont on a soin 
de bien cacher la pointe dans l'abdomen charnu du 
rrustacé. Une rangée de centimes de Bcrnards Plier- 
mite, pris dans les plus gros, garnit une puissante 
ligue de fond. Tous les poissons cartilagineux du 
groupe des Squales, qui fréquentent nos côtes 
pour frayer, sont très-friands de ces Pagures. Les 
espèces, au nombre d'une dizaine, de divers types 
dentaires, se succèdent à inleivalles d'environ quinze 
jours pendant toute la belle saison. Autrefois on ne 



Bernard l'ilenuite bien adulte, sorti d'un Puccin. 

tout son arrière-train dans une coquille vide, et en- 
roule son abdomen dans les spires, s'appuyatit sur 
la columelle comme sur une rampe et se cram- 
ponnant à l'orifice avec ses petites pattes; parfois 
deux Pagures se livrent un combat acharné à l'entrée 
du domicile hospitalier où le victorieux se loge triom- 
phant. Quand l'animal grandit et se sent à l'étroit 
dans son fourreau de pierre, il déloge et se traîne au 
plus vite vers une maison plus large. On peut voir 
souvent dans les aquariums un singulier spectacle, 
celui d'un Pagure tranquillement abrité au milieu 
d'une grosse Actinie (Anémone de mer), et emmenant 
avec lui, bon gré mal gré, le polype qui n'a pas été 
consulté certainement, et devient une véritable niche 
vivante. 

Il y a, sur les côtes de France, plusieurs espèces 
de Pagures se ressemblant beaucoup ; la plus grande 
est le Bernard l'IIernute, ou Pagurus Bernardus, 
(Linn. ) qui vit en abondance sur les côtes de Bretagne, 




Bernard l'IIeriiijle ilan-, un lÀicein. (liosâin réduit ) 

prenait es Squales qu'en individus isolés au milieu 
des filets de la grande jêche; depuis plusieurs an- 
nées les Pagures permettent d'en opérer une pèche 
spéciale d'un nombre considérable de sujets. Il est 
curieux, le matin, de voir débarquer ces gros Squales 
dont la peau injectée de sang indique les violents 
efforts musculaires par lesquels le poisson vorace a 
cherché à se dégager. Ils sont aussitôt éventrés et 
expédiés non à Paris, mais dans les villages du Bo- 
cage et de la Vendée, où leur chair un peu dure est 
achetée avec empressement, et fournit un aliment 
azoté très-précieux pour ces populations pauvres, 
dont les maigres salaires ne peuvent s'accommoder 
du prix élevé de la viande de boucherie; on fait de 
bonne soupe avec ces Squales. D'après les renseigne- 
ments qui m'ont été donnés à Granville par le com- 
missaire de la marine, M. Trêves, qui s'occupe avec 
un zèle des plus méritoires de la question des pèches 
cotières, l'amorce quia permis ainsi un supplément 
considérable de produit, a d'abord été tenue secrète 
par les premiers pê. heurs qui en eurent connaissance. 
Les Pagures sont aussi employés à Boscoff pour le 
:. Maurice Giraud. 

Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanbieu. 
Coibcil. — Imprimerie de Cuir» 



N° 53. — H JUILLET 1874. 



LA NATURE. 



81 



LA PÊCHE PRDIITIYE 

ET I.E DÉPEUPLEMENT DES EAUX. 

On a beau se complaire, en Franco, dans un en- 
gourdissement séculaire, et ne pas écouter ceux qui 
parlent du Repeuplement des eaux, on n'en arri- 
vera pas moins, par la force des choses, à compren- 
dre que le pays manque à produire, chaque année, 
uu moins pour 200 millions de chair. 

Chercher la cause de la destruction actuelle, c'est 



essayer indirectement de sauver les ressources natu- 
relles de notre pays. Nous allons donc mettre en 
évidence un des modes de pèche qui contribuent 
à détruire le poisson en France; mais avant de le 
décrire, nous devons parler de la pèche primitiy 
d'où il semble tirer son origine. 

La pèche à l'hameçon marque, à n'en pas doute 
pour nous, un immense pas dans le perfectionne- 
ment continu de l'humanité. Dès sa découverte, elle 
offrit cette condition remarquable de n'être pas 
nuisible au peuplement d<'s cours d'eau; elle ne 
l'est pas encore aujourd'hui, et nous pensons qu'elle 




Lu ixjclie ù la ina!u ilaus l'Aveyron. 



ne peut jamais le devenir; ce sera toujours, quel 
qu'ell? soit, son immense avantage sur les pèches au 

Met. 

Ne nous y trompons donc pas ! la véritable pê- 
che primitive, naturelle, instinctive, c'est la pêche 
avec la main. 

Un poisson paraît à travers l'eau transparente, 
te sauvage européen des temps préhistoriques avance 
la main pour le saisir... Entre cette action, et celle de 
remarquer que l'animal mange certaines substances, 
qu'en les lui présentant on peut l'attirer, qu'en ca- 
chant dans leur épaisseur un crochet ou une aiguille 
on peut retenir l'animal, désormais vaincu, il faut 
placer tout un monde intellectuel. Que la pêche 
à l'hameçon soit née de l'association remarquable, 
de la cohabitation si curieuse de l'homme et des 

î* année. — 2* semestre. 



poissons pour ainsi dire dans le même élément : 
rien de surprenant. L'homme des Palafites a eu 
tout le temps, à travers les barreaux de son plan- 
cher à jour, d'étudier, au-dessous de lui, les moeurs 
des poissons ses voisins. Une parcelle de matière nu- 
tritive, attachée fortuitement à un fil, a pu pendra 
dans l'eau entre les échafaudages ; un poisson saisit 
cette amorce non préméditée, l'avale et, en même 
temps, une portion du fil qui la retient; il demeure 
captif... voilà laligne inventée. De là à l'hameçon la 
dislance sera franchie en quelques jours. 

Mais l'hommo ternaire et l'homme quaternaire 
n'ont pas dû en savoir si long. Pour eux, le poisson 
a été une proie de l'eau, comme les quadrupèdes 
une proie de la terre, et les oiseaux une proie de 
l'air. In lapin fuyait, l'homme courait après lui et, 

6 



82 



LA NATURE. 



plongeant le bras dans l'excavation où il l'avait vu 
se cacher, il s'efforçait de l'atteindre. Une truite bril- 
lait dans les eaux peu profondes des torrents de la 
montagne, l'homme se précipitait à sa poursuite, 
enfonçait le bras sous la roche où il l'avait vue dis- 
paraître, et cherchait ainsi à s'en emparer. C'est pour- 
quoi il ne faut point s'e tonner si l'on rencontre parmi 
les vestiges si curieux des habitations lacustres, — 
très-modernes, il est vrai, puisque d'après mon ami 
M. dcMortillet, elles paraissent appartenir à l'épo- 
que du bronze et à l'aurore do celle du 1er — des 
hameçons très-remarquables et fort bien combinés 
dans leur simplicité; an contraire, il nous a été im- 
possible de rien rencontrer, parmi les vestiges de nos 
premiers pères de l'époque quaternaire qui, pour 
nous, soit certainement un hameçon. 

Quelque plantureuse que l'on suppose la popula- 
tion ichthyoïque de nos eaux douces alors, elle ne 
différait pas sensiblement de celle que nous y voyons 
aujourd'hui, tant pour la taille que pour les mœurs. 
Eli bien, je le demande, quels poissons ont pu pren- 
dre, «es pauvres hommes en amorçant sur des cro- 
chets capables de retenir des êtres aussi gros que nos 
plus énormes esturgeons ? Ce ne pouvait être là l'ou- 
til usuel, l'hameçon de tous les jours, celui qui 
procure le vivre indispensable; ce pouvait être un 
engin de circonstance rapportant quelquefois des 
captures merveilleuses, inattendues, occasion de 
festins pantagruéliques, semblables à ceux que les 
sauvages actuels font encore quand ils le peuvent ; 
mais nulle part la nature n'était assez prodigue de 
chair vivante pour fournir pans relâche à une con- 
sommation semblable. C'est que, durant la période 
quaternaire et plus probablement pendant la précé- 
dente, l'hameçon ne fut point le pourvoyeur de 
l'homme, ce fut la main. 

Telles étaient les réflexions qui assaillirent mon 
esprit un jour que je vis pratiquer, au fond d'une 
gorge de l'Àveyron, la pêche primitiveque nous vou- 
lons décrire dans sa simplicité. 

La rivière, tarie presque entièrement par les sé- 
cheresses prolongées, emplissait, seulement par 
places, son lit encombré de bancs de rochers schis- 
teux, couchés sur le côté, semblables aux capucins 
de cartes d'un immense jeu renversé au travers delà 
vallée. Sur les berges, do grands aulnes, aux feuilles 
arrondies, s'élevaient, trempant leurs racines dans 
les eaux, et laissant leurs branches étalées couvrir 
la moitié de la rivière. 

Au milieu de l'eau, remontant le courant, une 
douzaine de garçons se tenaient en rang, barrant l'A- 
veyron. Les jambes nues, le pantalon retroussé jus- 
qu'aux cuisses, les bras et la poitrine à l'air, la 
tète embuissonnée de cheveux noirs, l'œil émcril- 
lonné, la lèvre souriante et la chanson sur la lèvre, 
tous ces enfants de quinze à dix-sept ans péchaient à 
la main, activement occupés à fouiller le dessous de 
chaque pierre qui se présentait sous leurs pieds. 

Jusque-là rien de bien remarquable. On en voit, ou 
l'on en fait autant tous les jours [,., 



Mais, ce qui me frappa par-dessus tout, ce fut l'en- 
gin, d'une simplicité primitive et, en même temps, 
d'une ingéniosité sauvagesque, dont ils se servaient, 
suivant en cela, inconsciemment, la tradition des 
vieux Ruthèues, leurs rudes ancêtres. Et ceux-ci? de 
qui avaient-ils reçu l'enseignement? 

Qui le sait?... Probablement do proche en proche, 
au milieu de leurs montagnes, des grands pères 
quaternaires qui durent habiter ce pays, alors que 
les Causses se cachaient sous de liantes et sombres 
futaies, alors que le Scyalas, non défriché, s'éten- 
dait eu immense savane où paissaient les ruminants 
amis de la race humaine et ses nourriciers privi- 
légiés. 

jN'ous assistions à la répétition simple et naïve 
d'une de ces pèches primitives, telles qu'il y a cin- 
quante, cent ou mille siècles, les mêmes vallées, 
les mêmes roches en virent exécuter par des races 
d'hommes si loin disparues. 

Chaque enfant poussait devant lui, dans l'eau, une 
sorte de paquet de branchages cueillis aux aulnes 
voisins fit munis de leurs feuilles. Ces faisceau* de 
baguettes mises bout à bout, sans ordre et grossiè- 
rement, formaient comme un rouleau vert, que la 
bande poussait devant elle, en le tournant sur lui- 
même, à mesure qu'elle avançait. 

Ce filtre naturel pourvoyait à maintenir, en amont 
de lui, l'eau parfaitement limpide, de sorte qu'un pois- 
son qui fuyait en remontant était immédiatement si- 
gnalé par la bande, qui remarquait son refuge, sûr 
de le retrouver tout à l'heure. En aval, le piétine- 
ment de tous ces gens dans la rivière, le soulèvement 
des pierres, le battement du liquide rendaient l'eau 
toute rouge de vase soulevée; mais le cordon vert 
faisait son office ; peu à peu, il avançait... les mains 
le roulant dans le courant sur lui-même et l'eau se 
maintenant calme et claire en avant! 

La pêche se poursuivit ainsi, au milieu des éclats 
de voix et de rire, des quolibets et des refrains .dont 
cette jeunesse méridionale est si prodigue, et l'on 
arriva bientôt à un barrage naturel auquel on s'arrêta. 
La bande avait récolté une douzaine de livres de 
poissons divers : goujons, barbillons, anguilles, 
truites, etc.. 

Et c'est ainsi que sont dévastés les cours d'eau 
de ce beau pays! Et c'est ainsi que se dépeuplent, peu 
à peu et sans remède, toutes les rivières de notre 
France, sans fracas, sans engins, sans dépenses, 
par la pêche à la main, la plus meurtrière de toutes 
les pèches ! 

En effet, toutes nos rivières, grandes et petites de 
la propriété privée, peuvent être rangées dans deux 
catégories: celles qui assèchent partiellement en 
été, et celles qui n'assèchent point. Hélas ! les unes 
comme les autres sont accessibles à la pêche à la 
main ! Dans les rivières qui assèchent — et elles sont 
nombreuses, surtout dans la montagne! — nous 
venons d'assister à l'une des scènes qui se pas- 
sent tous les jours. Il est bien évident que dans le 
bief où la troupe a passé, il ne reste plus rien, rien! 



LA NATUUE. 



Et cependant, ce n'est encore là que la moins dan- 
gereuse opération à laquelle se livre avec délice le 
paysan. Lorsqu'il manque de temps et de monde, il 
a recours à la chaux. Quelques pelletées de la terri- 
ble substance sont bientôt délayées dans un seau, 
un arrosoir, puis versées au milieu du trou, le long 
du bief du barrage dont la sécheresse a fait un lieu 
propice à dévaster et, au bout d'une demi -heure, les 
malheureux poissons affolés bondissent vers les rives 
et viennent expirer près d'elles. Le tour est lait ! 

Cette ibis encore, dans le trou, il ne reste rien. Et 
l'opération se répète tout le long de la rivière. 

Voyons maintenant ce qui se passe dans nos petits 
coursd'oau, qui n'assèchent jamais; nous laisserons 
de côtelés fleuves, parce que la niasse de leurs eaux, 
l'étendue de leur ronrs, la surveillance relative de 
leurs rivages rendent ces pillages à fond un peu 
moins faciles. Dans ces eaux du domaine publie on 
emploie un engin aussi dévastateur que la main, 
c'est l'adjudicataire, ([ne connaissent la plupart des 
pê cheurs. 

Dans les petites rivières, le pêcheur à la main se 
fait plus hardi, il plonge! puis va sous les roches, 
sous les racines, caresser de la mainlu truite qui se 
croit en sûreté, la saisir lestement par les ouïes 
et remonter bientôt — véritable loutre dévasta- 
trice ! — avec celte proie qu'il renouvelle sans 
cesse. 

En effet, accoutumé au frôlement des herbes le 
loûgde son corps, le poisson, qui .se croit en sûreté, 
ne s'effare point du contact ménagé de la main du 
pécheur: à peine se dérange-t-il un peu d'un négli- 
gent coup de nageoire, eL encore, le pêcheur 
sait-il user de ce stratagème, quand il est en pré- 
sence d'une grosse pièce, et la faire se tourner elle- 
même dans la position la plus favorable à sa capture, 
taut simplement en la touchant avec adresse aux 
endroits convenables! Que l'on juge maintenant des 
dégâts incalculables, qu'un semblable mode de pêche 
cause dans le peuplement de nos eaux ouvertes! Si 
l'on pouvait dire du paysan: « Il pêche, cela est vrai, 
mais, du moins, il ne prend que les plus fortes piè- 
ces, que celles qui, parfaitement adultes, peuvent 
être regardées comme le fruit mûr de la rivière, » on 
pourrait n'y voir aucun mal, en admettant qu'il vou- 
lût bien s'arrêter à temps ! .Mais il n'eu est pas ainsi. 
Le paysan ne connaît point de mesure... le pêcheur 
encore moi us ! Il prend tout : gros, moyens, petits ! 
Il dévaste naïvement, sans remords, avec une incu- 
rie féroce, en vertu de ce principe du plus miséra- 
ble egoïsme : Autant moi qu'un autre ! 

De là, dépeuplement forcé, rapide, inévitable ! 

Dépeuplement auquel deux modes seuls seprésen- 
lent de mettre obstacle ! ou la répression absolue, 
terrible, certaine, c'est-à-dire une dépense considé- 
rable — mais, hâtons-nous de le dire, qui serait con- 
tre-balancée par d'immenses avantages ruraux, car 
lu campagne serait enfin gardée — ou l'association. 
Dans ce cas, on aurait la faculté d'amélioration, de 
culture, de garde et d'entretien de tout un cours 



d'eau, ou même de tout un versant de cours d'eau ; 
on pourrait obtenir encore le droit de soumettre, 
sous la surveillance de l'Etat, tout un bassin fluvial 
et maritime à un traitement homogène et rationnel. 

Celte dernière solution, Incomparablement la plus 
féconde et la plus productive, mais ayant besoin 
d'être inaugurée et assise par une administration 
spéciale ou même pendant une période d'années dé- 
liassant les tâtonnements, sera probablement celle 
de l'avenir quand notre population, devenue aussi 
dense que celle de la Chine, comprendra que les 
eaux, comme les terres, doivent concourir à la 
nourriture de l'homme. Alors se formeront des aqui- 
culleurs sérieux, de même que nous avons depuis 
quelques aimées des agriculteurs sérieux. Alors mar- 
cheront les choses de l'eau, non pas avec une aqui- 
culture officielle, rigoureuse, mesquine et impro- 
ductive, comme toute combinaison impersonnelle; 
mais par l'initiative individuelle, guidée et instruite 
par la science, livrée à son plus large essor, c'est-à- 
dire avec le droit de faire tout ce qui est possible 
chez soi sans attenter aux: droits du voisin, ce qui 
implique l'abolition du code de la pèche actuel et le 
retour pur et simple au code civil. 

Alors nous verrons ce dont la France est capable 
pour nourrir ses enfants. Nul ne le soupçonne aujour- 
d'hui! II. DE I.A Ih.ÀNCHÙRE. 



><>< 



PREVISION D'ABAISSEMENT DES EAUX 

DU BASSIN DE LA SEINE. 

M. E. Belgrand et G. Lemoine ont annoncé récem- 
ment que les cours d'eau et les sources du bassin de 
la Seine tomberont, d'ici au milieu du mois d'octo- 
bre prochain, à de très-bas débits. Par cette prévi- 
sion ces savants ingénieurs ne veulent pas dire qu'il 
n'y aura pas de pluies pendant l'été, mais lors même 
que Jes mois chauds seraient, très-pl mieux, les eaux 
courantes ne s'en ressentiraient presqu'à aucun de- 
gré. Les faibles crues qui pourraient en résulter sur 
les rivières s'effaceraient très-prornpleineut, et les 
sources n'en présenteraient pas moins une très- 
grande pénurie d'eau. Il résulte de leurs observa- 
tions que dans le bassin de la Seine, lorsqu'à la fin 
de mai les sources sont arrivées à de bas débits, elles 
ne se relèvent plus pendant les mois chauds ; on sait 
que leur minimum a lieu eu général vers lo mois 
d'octobre. 

MM. Belgrand et Lemoine démontrent que la hau- 
teur de la pluie tombée, pendant la dernière saison 
froide, c'est-à-dire du 1" novembre 4873 au 30 
avril 1874, a été exceptionnellement faible dans tout 
le bassin de la Seine. Après une saison froide où la 
pluie est faible, il peut arriver quelquefois qu'une 
certaine compensation s'établisse par les pluies du 
commencement do la saison chaude, lorsque le mois 
de mai est très-pluvieux ; mais rien d'analogue n'a 



84 



LA NATURE. 



eu lieu cette année. Rien n'est ilonc venu comltler le 
déficit. 

Les cours d'eau ont fin 1 Moment traduit ces carac- 
tères de sécheresse de la saison froide 1 873-1874. Il 
serait difficile, dans toute l'étendue des observations 
faites sur la Seine ou sur ses affluents, de rencontrer 
un. hiver et un prinlemp? où les eaux soient demeu- 
rées plus basses. 

La Seine a éprouvé à la fin d'octobre 1875 une 
petite crue qui a produit, à Paris, comme hauteur 
maximum, à l'échelle du pont d'Austerlitz, l m ,20, 
le 28 octobre. Depuis cette époque les eaux ne sont 
montées qu'à 1 mètre du I e * au 5 décembre 4873 et 
à l m ,10 le 4 janvier 1874. I.e 31 mai elles étaient 
àO m ,10. Or, depuis \ 854 jusqu'à 4870, la Seine avait 
chaque hiver atteint des cotes supérieures à 2 mètres 
à l'échelle du pont d'Austerlitz. 

Les sources elles-mêmes ont présenté des carac 
tères analogues à ceux de la Seine, qui, par ses hau- 
teurs, traduit l'ensemble des phénomènes météoro- 
logiques de tout le bassin. Ordinairement, les sources 
urns-ossent. progressivement pendant Jes mois froids 
et ont leur maximum vers la lin de mars. Cette 
année, au contraire, elles n'ont rien gagné pendant 
l'hiver. 

« En résumé, disent MM. Belgrand etLemoine, 
les principes sur lesquels nous nous appuyons ne 
permettent en aucune façon de prévoir le temps qu'il 
îjra pendant l'été et l'automne de 1874. Il se peut 
que cet été et cet automne soient très-secs ; il 
se peut qu'ils soient très-pluvieux; nous som- 
mes à cet égard d'une ignorance absolue. Mais 
quels que soient les caractères météorologiques de 
la saison chaude qui commence , ses caractères 
bydrologiques sont dès maintenant fixés dans leur 
ensemble. On peut dire que suivant toute probabilité, 
les cours d'eau et les sources du bassin de la Seine 
atteindront, d'ici au milieu d'octobre prochain, à 
peu près les débits les plus bas qui aient encore été 
observés. Au delà du milieu d'octobre, les eaux cou- 
rantes pourront continuer encore à descendre; mais 
on ne peut rien préciser à partir de cette époque. 

« Pour que nos prévisions ne se réalisent que 
d'une manière incomplète, il faudrait des pluies tout 
à fait exceptionnelles, comme celle de septembre 
1866 ; mais c'est là un fait qui ne s'est produit 
qu'une fois dans un siècle à ce moment de l'année. 
On sait combien sont nombreux les besoins matériels 
de l'homme que les eaux courantes intéressent; il 
peut-être très-important pour l'agriculture, pour 
l'alimentation des canaux, pour l'alimentation des 
villes, de ne pas être pris au dépourvu dans cette 
pénurie d'eau qui commence déjà, mais qui ne fera 
que s'accroître jusqu'au mois d'octobre prochain 1 . » 

On voit que les prévisions de MM. Belgrand et Lc- 
moine sont basées sur des observations sérieuses, sur 
des déductions logiques ; il est malheureusement 
bien probable qu'elles se réaliseront. Comme ou le 

1 Comptée rendus de l'Académie des sciences. Séance du 
i" juin 1874. 



sait, prévoir n'est pas contraindre; par conséquent 
il y a lieu de féliciter les savants qui nous permet- 
tent de prendre à l'avance des mesures efficaces 
contre un mal inévitable. La météorologie, depuis 
un certain nombre d'années, est entrée dans une voie 
nouvelle et féconde, et par ses progrès constants, 
elle arrivera très-certainement à prédire les pertur- 
bations atmosphériques, comme elle annonce déjà 
les oscillations du niveau des fleuves. 



L'AFFUT SCOTT 

TOUR. CANONS DE 18 TONNES. 

Le cuirassement des navires de guerre n'a pas seu- 
lement amené cette transformation profonde de la 
science navale que chacun a pu constater, sans être 
homme de mer La révolution a atteint chaque dé- 
tail de l'armement du vaisseau de guerre, en com- 
mençant naturellement par le canon, dont la méta- 
morphose a été complète dans le sens du progrès. Ici 
tout a été remis en question : forme, métal et poids 
des pièces, poudres, projectiles et affûts. 

Les recherches faites pour augmenter la puissance 
e' en même temps faciliter la manœuvre de l'artille- 
rie nouvelle sont nombreuses, et chez beaucoup 
d'inventeurs révèlent plus que du talent. À ne parler 
que des affûts, dans la confection desquels c'est le 
métal qui entre aujourd'hui pour la plus grosse part, 
quelques-uns sont des chefs-d'œuvre de mécanique, 
on pourrait presque dire d'horlogerie. Dans la quan- 
tité, ceux du capitaine Scott méritent une mention 
spéciale. L'a'fùt que représente notre croquis (pour 
canon de 18 tonnes = 18,000 kilog.) est d'ailleurs 
le spécimen le plus nouveau du genre. L'Amirauté 
anglaise le destine aux navires de la catégorie de 
Y Hécate, de VHydra, de la Gorgon, du Cyclops et 
aussi de ces formidables garde-côtes que le gouver- 
nement de l'Australie a fait construire avec ses pro- 
pres fonds et pour son unique défense : le Cerberus, 
le Magdala et Y Abyssinia. 

L'affût Scott, de 18 tonnes, est destiné à armer 
les tourelles de ces navires, qui peuvent être con- 
sidérées comme les véritables affûts des canons, car 
ce sont ces tours que l'on met en batterie et non les 
pièces qu'elles renferment; aussi le pointage est-il 
indiqué par ces tourelles, comme ceux de nos lec- 
teurs qui ont visité certains bâtiments cuirassés l'ont 
sans doute remarqué. De là un grand soin apporté 
dans le maintien du canon sur son affût; une erreur 
de l/32 e de pouce sur la droite ou sur la gauche, 
dans les tourillons, donnerait une erreur de 20 pou- 
ces (50 centimètres) dans la ligne à la distance 
de 900 mètres ; ce qui est grave lorsqu'il s'agit 
d'atteindre une surface aussi circonscrite que celle 
d'un navire, alors que de navire est distant de 4 ou 
5 kilomètres. 

Le mécanisme compliqué qui compose l'affût Scott 
n'a pas pour but unique de maintenir la pièce en 



88 



LA NATURE. 



position pendant la décharge; il atténue encore 
l'eimt du recul, et enfin facilite considérablement lu 
manœuvre de l'énorme pièce qu'il supporte, opéra- 
lion qui ne demande plus maintenant qu'un très- 
pelit nombre de servants. L. Hk.nakd. 



OBSEHVATIOH8 

SUR LES PARATONNERRES 

Nous trouvons dans le Journal of the Franklin 
Instilute un mémoire infères saut de M. David Brooks 
sur les paratonnerres. Il paraît qu'en Amérique les 
orages sont, du moins dans certaines saisons de l'an- 
née, d'une violence et d'une fréquence qui sont in- 
connues en Europe. Les incendies des fermes, dus 
magasins de fourrage, des réservoirs à huile de pé- 
trole se comptent par centaines. La répétition de ces 
accidents a donné lieu à une industrie singulière, 
celle des poseurs de paratonnerres ambulants; ces 
rlisr.iplos de. Fr.iidilin pnrc.onrenl. le pays dans leurs 

lourds chamois, transportant avec eux un approvi- 
sionnement notable de tiges et de conducteurs, et 
offrant aux fermiers, aux agriculteurs disséminés 
dans les campagnes, de les préserver de la foudre. 
Mais une expérience déplorable et souvent renouve- 
lée montre que l'action préservatrice de ces paraton- 
nerres est loin d'être absolue, et certaines statistiques 
tendraient même à prouver que les bâtiments ainsi 
protégés ont été plus souvent incendiés par le ton- 
nerre que ceux qui ne l'étaient pas. 

M. lirooks, sans affirmer ce fait, explique qu'une 
grande partie des paratonnerres établis dans les litats- 
Unis le sont de façon à attirer le danger plutôt qu'à 
l'écarter ; et il montre (pie tout leur défaut consiste 
dans le mode défectueux de communication à la 
terre. 

Il parait que les électriciens voyageurs, dont nous 
parlions plushaut, sont très-mécontents de M. Brooks, 
dont l'argumentation tend à nuire au développement 
de leur industrie. 

En Europe, le paratonnerre est généralement 
mieux compris que dans la patrie de Franklin ; 
comme cependant beaucoup de personnes ignorent 
ses vraies conditions d'établissement, il n'est peut- 
être pas inutile de les rappeler ici, et surtout de mon- 
trer, avec M. Brooks, quel est le principal écueil à 
éviter. 

Des 1800 les paratonnerres étaient en usage sut 
les navires ; mais leur efficacité était si douteuse, 
qu'on se demandait s'ils ne faisaient pas plus de mal 
que de bien. On allait les abandonner en Angleterre, 
quand Snow Harris obtint de l'Amirauté qu'on éta- 
blit une bonne communication métallique entre les 
tiges des paratonnerres au sommet des mâts et le 
doublage en cuivre des navires. Cette seule précau- 
tion sutfit ; depuis qu'on l'emploie aucun navire n'a 
été incendié par la foudre. 

Tel est, en effet, le paratonnerre dans toute sa 



simplicité et dans toute sa perfection; une tige de 
métal dirigée vers le ciel et placée aussi haut que 
possible, un conducteur métallique, une bonne com- 
munication avec les masses métalliques voisines et 
une bonne communication électrique avec la terre, 
ou porte à la terre. 

La perle à la terre peut difficile mement être meil- 
leure que par le contact de la co jue métallique tout 
entière d'un navire avec l'eau de mer salée (c'est 
à-dire beaucoup plus conductrice que l'eau douce). 

Dans les grandes villes la meilleure liaison avec la 
terre est obtenue en reliant le conducteur du para- 
tonnerre avec les tuyaux de distribution de l'eau et 
du gnzqui sont en métal cl qui par leur longueur in- 
définie donnent nue bonne perte à la terre. 

Dans les campagnes il est beaucoup plus difficile 
de réaliser une bonne perle ; il faut enterrer dans le 
sol. le plus humide possible, des fils, barres ou 
plaques de fer d'une grande surface ; mais quoi qu'on 
fasse, il y aura toujours là un point faible. 

Si un paratonnerre est ainsi établi avec une bonne 
terre, quand la foudre l'atteindra elle ira droit à la 
ton e par le conducteur ; si la perte est mauvaise, 
l'électricité atmosphérique quittera souvent le con- 
ducteur sous forme d'étincelles et sautera sur des 
objets lui présentant un plus facile passage; c'est 
alors que clos accidents surviennent : soit que l'étin- 
celle frappe sur son passage des hommes ou des 
animaux, soit qu'elle enflamme des matières com- 
bustibles. 

Ces sauts de l'électricité se produiront d'une manière 
à peu près assurée, si la perte à lu terre étant mauvaise 
il y a dans le voisinage du paratonnerre de grandes 
masses métalliques qui en soient isolées, couvertures 
de plomb ou de zinc, machines à \apeur, poutres 
métalliques, tuyaux de descente des eaux, etc., etc. 

Telle est donc la seconde précaution indispensable 
à prendre dans l'établissement U un paratonnerre; 
il faut mettre les parties métalliques du bâtiment au- 
tant que possible en communication les unes avec les 
autres et avec la tige ou, le conducteur du paraton- 
nerre. 

Toutes les autres précautions qu'on prend quelque- 
fois sont ou à peu près insignifiantes ou même ridi- 
cules. 

Les uns couronnent le paratonnerre par une pointe 
de platine assez fine, les autres par une pointe très- 
obtuse de cuivre rouge ; tout cela est indifférent et 
nous ne croyons pas qu'il y ait des preuves certaines 
qu'une simple barre de fer ne vaille pas tout autaut, 
ce qui est l'opinion formulée par M. Brooks. 

Beaucoup d'architectes placent des bagues de por- 
celaine ou de verre entre le conducteur et les attaches 
métalliques qui le maintiennent contre la muraille; 
cela est absolument ridicule; on ne peut pas dire 
que cela ait aucun inconvénient sérieux, mais il est 
certain que cela est plus nuisible qu'utile. 

Les paratonnerres construits parles hommes ne sont 
ni les seuls, ni les plus nombreux ; car tous les ar- 
bres en font fonction. 



LA NATURE. 



87 



I! y a, à cet égard, de Irès-gra iules différences en- 
tre les différents arbres, comme l'a montré M. Col- 
ladon 1 . 

Les peupliers paraissent être les plus efficaces, 
mais encore faut-il savoir les employer; car ils peu- 
vent créer le danger au lieu de le détourner. 

M. Colladoncile l'exemple d'un peuplier voisin 
d'un grenier rempli de paille, qui y amena la foudre 
et détermina l'incendie delà ferme. Il aurait fallu, 
ajoute-t-il, avoir la mare près du peuplier ou entou- | 
rer le tronc de l'arbre d'une lame métallique commu- ', 
niquaut de manière ou d'autre avec la mare ; on ! 
aurait eu dans ce cas un excellent paratonnerre. 

Ce genre de parafoudfe pourrait être utilement | 
généralisé, il esl essentiellement approprié aux mai- 
sons de campagne, aux fermes, aux usines isolées. 

La preuve que les peupliers sont les arbres que la 
foudre frappe le plus volontiers se trouve dans ce 
cas plusieurs fois observé, que le tonnerre, dans un 
groupe de peupliers, tombe toujours sur le plus 
élevé, tandis que le nuage d'où part la foudre vient 
de passer au-dessus d'arbres plus élevés mais d'es- 
pèces différentes, chênes, marotmiers, tilleuls. 

Nous ne voyons rien de plus à dire au point de vue 
delà pratique sur les arbres considérés comme para- 
tonnerres; mais nous ne voulons pas quitter ce sujet 
sans faire connaître sommairement les principaux 
faits étudiés par M. Golladon dans le mémoire cité. 

Analysons d'abord la manière dont les arbres sont 
frappés par le tonnerre. La foudre traverse l'air sous 
forme d'étincelle, mais en arrivant au sommet de 
l'arbre elle frappe à la fois toute la surface présentée 
par les feuilles ; et cet épanouissement se constate 
par l'absence presque constante de traces sensibles 
de l'action de l'étincelle sur la partie supérieure de 
l'arbre. 

La foudre suit ensuite les branches et se concentre 
dans le tronc ; c'est alors qu'elle produit dos acci- 
dents dont la trace reste et peut être examinée tout 
à loisir. Ces traces présentent de grandes différences 
entre elles, suivant l'essence de l'arbre frappé et 
suivant d'autres circonstances ; mais les caractères 
à peu près constants sont ceux-ci : une entaille ou 
plaie longitudinale et suivant la direction des fibres 
du bois, part d'un point plus ou moins élevé et des- 
cend plus ou moins près du sol, sans l'atteindre tou- 
jours. 

De la partie inférieure de cette plaie, la foudre 
saute à la terre sous forme d'étincelle et, comme de 
raison, les hommes ou les animaux qui ont cherché 
un refuge contre la pluie sous cet arbre sont fou- 
droyés . 

Reprenons ces phénomènes successifs, dans le même 

ordre. 

Rien n'est mieux constaté que l'éclair multiple 
frappant plusieurs points à la fois ; M. Golladon en 
cite de nombreux exemples: Plusieurs arbres sont 
souvent foudroyés par le même coup de tonnerre, 

1 Méiioirea de la Société de physique et d'histoire natu- 
relle de Genève,, t. XXI, 2* partie. 



Une étendue considérable de vigne peut être atteinte; 
335 ceps dans un cas ont conservé des traces et deux 
ou trois milliers de feuilles ont été tachées d'une fa- 
çon bien caractérisés. On cite des cas ou 2-i personnes 
ont été blessées par un même éclair. En 1822, près 
de Ilayingen (Wurtemberg), 248 moutons furent 
foudroyés par un éclair et 216 périrent. M. d'Abba- 
die parle d'un coup do foudre en Ethiopie qui tua 
deux mille chèvres. 

Il va sans dire que le dommage causé en chaque 
point est inoindre si l'action s'exerce simultanément 
sur un grand nombre de points ; et on comprend en- 
fin comment la foudre arrivant sur le sommet d'un 
arbre peut n'y laisser de trace en aucun point. C'est 
là, avons-nous dit, le cas le plus général , notamment 
pour les peupliers; mais cette règle comporte beau- 
coup d'exceptions ; le sommet des chênes périt fré- 
quemment à la suite de l'explosion. 

En général cependant le haut de l'arore souffre 
peu et les traces de la foudre n'apparaissent que sur le 
tronc, assez près du sommet chez les chênes, à moitié 
hauteur au plus pour les peupliers. Ces traces consis- 
tent le plus souvent en une forte égratignure de l'é- 
corce, au fond de laquelle on observe des fissures diri- 
gées vers le centre ; quelquefois cependant on observe 
des taches rondes d'un aspect particulier qui n'avaient 
pas été vues avant M. Golladon el qui méritent d'at- 
tirer l'attention des physiciens. La plaie ou égrati- 
gnure descend jusqu'au sol sur les chênes et s'arrête 
en général à quelques décimètres de terre sur les 
peupliers et les sapins. 

Enfin la foudre saute dans le sol et elle y produit 
une fulgurite d'un diamètre intérieur de quelques 
millimètres si elle rencontre du sable ou des allouil 
lements plus ou moins étendus dans la terre ordi- 
naire. 

Après cet examen des faits on sera très-porté à ad- 
mettre avec M. Colladon que très-souvent des arbres 
reçoivent une décharge très-violente sans laisser 
voir aucune lésion qui permette de soupçonner qu'il 
a été frappé par la foudre; il suffit, eu effet, pour 
que cela arrive que le tronc soit bon conducteur, 
c'est-à-dire jeune ou charge de sève. A la vérité le 
fait est difficile à constater parce qu'il est en quelque 
sorte négatif; si cependant l'attention d'un grand 
nombre d'observateurs était appelée sur ce point, on 
arriverait bientôt à connaître des cas de chute du 
tonnerre sur un arbre ou un groupe d'arbres sans 
qu'il y ait dommage causé et trace laissée sur aucun 
d'eux. A. Nuudet. 

LE PASSAGE DE VÉNUS M 1874 

On sait que la grande commission académique du 
passage de Vénus est présidée par M. Dumas, qui a 
montré le plus grand zèle dans l'organisation des in- 
nombrables détails nécessaires à des expéditions de 
cette nature. 



88 



LA NATURE. 



Les stations françaises sont au nombre de six; 
trois dans l'hémisphère boréal : Pékin, Yokohama et 
Saïgon; trois dans l'hémisphère austral : 1rs îles 
Saint-Paul et Campbell (Falklund) et Nouméa. 

Il y aura de {dus à l'île de la Réunion, une station 
supplémentaire qui sera rattachée à la station de 
l'île de France, où lord Lindsay établira lu station 
dont il fait à lui seul tous les frais avec une munifi- 
cence sans exemple dans l'histoire des scien es. 

On annonce que l'Association scientifique de 
France va envoyer, à ses frais, quelques naturalistes 
pour accompagner les astronomes dans les plus in- 



téressantes stations précédentes. Parmi les chefs de 
station nous ne nommerons aujourd'hui que M. le 
capitaine Mouchez, à Saint-Paul, Bouquet de la Grye, 
à l'île Campbell, et Janssen, à Yokohama. Les colonies 
de Cochîncliinc et de la Nouvelle-Calédonie contri- 
bueront aux frais des stations de Saigon et Nouméa. 
Nous avons parlé récemment des stations de l'ex- 
pédition anglaise ; nous donnons aujourd'hui, d'après 
le journal anglais Nature, les gravures des deux prin- 
cipaux instruments des stations anglaises; l'instru- 
ment des passages, destiné à déterminer le temps 
ou une étoile passe au méridien, afin d'eu déduire la 




Ei|u;itorial Je l'expédition anglaise pour le pa&saje de Vénus. 



longitude du lieu, et l'équatorial qui est construit 
pour suivre le soleil, lors du passage de la planète 
sur le soleil. 

On peut se faire une idée de la grandeur de ces 
deux instruments en regardant les escabeaux qui ser- 
vent aux observateurs. Tous deux se trouvent dans 
des cabanes provisoires en planches. 

L'instrument des passages est orienté avec soin et la 
position des deux supports de l'axe exige une grande 
habileté. Le toit de l'équatorial se démonte afin que 
la lunette, mue par un mouvement d'horlogerie, 
puisse suivre le soleil. Les équatoriaux français au 
contraire sont dans des cabanes à coupole mobile, 
comme dans les grands observatoires, ce qui est un 
avantage. 



Quand l'instrument des passages anglais est mis 
en observation, on enlève une trappe située dans le 
plan méridien. L'équatorial anglais est mobile au- 
tour d'une colonne verticale. 

Les équatoriaux français mieux disposés à notre 
avis ont des pieds inclinés de manière à faciliter, 
autant que possible, les observations relatives à cha- 
que station. 

Les oculaires des équatoriaux anglais ont des dis- 
positions particulières imaginées par sir Georges Airy. 
Ils sont pourvus d'un micromètre à double image, 
dont on se sert ordinairement pour déterminer la 
distance de deux étoiles. Les Anglais espèrent em- 
ployer ce procédé pour mesurer la distance de la 
planète au bord du soleil après rentrée complète 



LA NATURE. 



89 



et avant le commencement de la sortie, c'est-à dire 
lorsqu'il y aura un filet notable de lumière entre la 
planète et le Lord du soleil. Mais le bord du soleil 
est-il de nature à permettre une définition bien pré- 
cise ? 

Dans beaucoup de stations le soleil sera très-bas 
au-dessus de l'horizon lors de l'entrée ou lors de la 
sortie. Ce sont de détestables conditions pour faire 
des observations précises. Le savant directeur de 
Greenwich espère triompher de cette difficulté à l'aide 
d'une lentille hémisphérique, terminée par un plan 
sur lequel on placera l'œil. Ce plan étant variable de 
direction l'illustre astronome espère s'en servir 



comme d'un prisme pour corriger l'effet de la dis- 
persion. 

Chaque station anglaise comprend encore un instru- 
ment nommé altazimuth et semblable à un théodo- 
lite. Il possède un cercle horizontal pour mesurer 
la situation du plan vertical do l'astre et un cercle 
vertical pour mesurer sa hauteur au-dessus de l'ho- 
rizon. Les astronomes anglais, à cause de leur cli- 
mat, sont très-attachés à cet appareil qui leur per- 
met de prendre des mesures, même quand le passage 
méridien a été caché par des brouillards. Cet instru- 
ment a l'inconvénient d'exiger de longs calculs do 
réduction et deux mesures d'angles. Il est iinpossi- 



> ; >^~.. *;.,■•.«■ ; € .-,- . . -.-"/. v-.^?:; 





' Bltjiii.ii 

L'jdcUc des passages de l'cxpédilion anglaise pour le passage de Venus. 



hic de remédier au premier inconvénient des brumes, 
mais le second a été tourné très-habilement à l'aide 
d'une remarque fort simple. Ces instruments sont 
destinés à prendre des distances lunaires. Or, le 
mouvement de la lune est loin de varier de la même 
manière par rapport au zénith dans toutes les ré- 
gions terrestres. 

Entre les tropiques, le mouvement vertical est le 
plus rapide, ce sera le seul mesuré à la station de 
Rodrigue. Le cercle azimuthal y sera hors d'usage. 

Au contraire le mouvement de la lune en azimuth 
est de beaucoup plus rapide dans les régions éloignées 
de l'équateur. Les observations azimuthales seront 
donc les seules faites aux îles de Kerguelcn et môme 
à la Nouvelle-Zélande. 

iïous avons annoncé récemment le départ de 
M. Bouquet de la Grye, pour l'île Campbell ; les au- 
tres astronomes français ne vont pas tardera partir. 



Lu Angleterre tous les astronomes ont maintenant 
quitté Greenwich, excepté la mission égyptienne. Les 
officiers qui la composent sont occupés à prendre 
leur équation personnelle. 

Les longitudes de toutes les stations principales 
du chemin de fer d'Australie seront prises télégra- 
phiquement, depuis Fahnouth jusqu'à Hobait-Town; 
un certain nombre de ces stations seront utilisées 
pour le passage de Vénus, et seront en correspon- 
dance par les fils électriques. Le temps de la trans- 
mission sur la voie double a été évalué à 1 seconde 1/3. 
M. Forbes est parti pour les îles Sandwich. 

On a d'abord expérimenté les appareils en produi- 
sant artificiellement un passage factice de Vénus. Les 
observateurs se sont attachés à déterminer le moment 
où le ligament noir prend une teinte grise. Le mi- 
cromètre à deux demi-lentilles de M. Airy permet 
d'évaluer avec exactitude la longueur de la bande 



90 



LA NATURE. 



que la planète artificiel le occupe sur le bord de ce 
soleil factice. 

Tous les observateurs du passage de Venus se sont 
servis de cette lunette, et registre a été tenu de leurs 
observations, afin de noter les discordances avec la 
marche de la tache qui se déplace, avec la même vi- 
tesse qu'aura la planète sur le disque même du so- 
leil. Le soleil artificiel est uniquement une glace 
qui réiléchit les rayons solaires. Cette glace est mise 
en mouvement par un ouvrier qui guide le reflet du 
soleil sur le télescope lui-même. L'instrument est 
placé sur la terrasse des anémomètres et la lunette 
sur le toit du cabinet magnétique où. sont établis les 
services de M. Glaisher. 

LES MUSARAIGNES DES PYRÉNÉES 

Dans une des dernières séances de la Société d'his- 
toire naturelle de Toulouse, M. Trutat a mis sous 
les yeux des assistants quatre petits mammifères pris 
aux environs de la ville et qui ont été donnés au 
Musée d'histoire naturelle ; à ce sujet, M. Trutat a 
particulièrement insisté sur l'intérêt que présente, 
dans les régions pyrénéennes, l'étude si négligée jus- 
qu'à présent de la micromammalogie. 

Les Pyrénées et les plaines sous-pyrénéennes ren- 
ferment un grand nombre d'espèces qui .semblaient 
tout d'abord spéciales «à d'autres contrées. Deux pe- 
tits mammifères, dout il vient d'être question, ap- 
partiennent au genre musaraigne : l'un la musa- 
raigne musette, sorexareneus, l'autre la musaraigne 
de Daubenton, sorex fodiens. M. Trutat donne les 
diaguoses latines attribuées parSebinz à ces deux es- 
pèce*, et. à cette occasion il déplore l'abandon de la 
méthode véritablement linuéenne pour la descrip- 
tion des espèces et l'abandon non moins fâcheux 
de la langue latine comme langue scientifique. Il est 
positif que maintenant bien des naturalistes ignorent 
jusqu'à la signification de certains mots employés 
continuellement. Il cite entre autres ces deux mots 
inventés par Illiger, nolœum et gastrœum, le pre- 
mier désignant toute la région supérieure d'un animal 
de la nuque à la naissance de la queue, le second au 
contraire la région inférieure, des membres antérieurs 
à la queue. La musaraigne de Daubenton paraît assez 
rare dans les contrées pyrénéennes, elle avait été 
prise, il y a plusieurs années, par M. de Marin, sur 
les bords du Touch ; cette année elle a été rencon- 
trée à Luchon par M. Chelle, plus tard par M. Lézat, 
et tout dernièrement enliu par M, de Caumoot, à 
Portet.Ces différents sujets présentent des caractères 
remarquables et qui semblent constants dans les Py- 
rénées : tous portent une tache grise au milieu de la 
poitrine et ils n'ont pas de taches blanches en avant 
de Y œil comme l'indiquent les auteurs; enfin les 
parties inférieures ne sont pas mouchetées, mais bien 
d'une teinte blanche uniforme. Nous aurions donc 
dans les Pyrénées une variété spéciale à caractères 



constants, mais qui ne semblent pas suffisants pour 
créer une espèce nouvelle. 

Les musaraignes sont de petits insectivores très- 
utiles à l'agriculture et faciles à distinguer de la 
nombreuse famille des rongeurs. Parmi ceux-ci est 
le campagnol des champs (arvicola arvalis), bien 
connu sous le nom de rat des champs ; sa prodi- 
gieuse fécondité le rend extrêmement redoutable ; 
cette espèce peut se reproduire dès l'âgo de trois 
mois ; il fait de huit à neuf portées par an de quatre 
petits chacune en moyenne. Un seul couple peut 
doue, dans l'espace d'une année, donner naissance à 
un grand nombre d'individus aptes à se reproduire. 




la Musaraigne 

Une espèce très-voisine du campagnol des champs, 
est le campagnol de Savi, que M. de Caumont a ren- 
contré à Portet; cette espèce diffère du campagnol 
des champs par ses oreilles plus courtes et cachées 
sous les poils, auricvlis absconditis, une queue plus 
courte et un pelage dépourvu de poils jaunes, carac- 
tère de l'espèce précédente. Cette espèce avait été 
regardée jusqu'à présent comme propre à l'Italie, 
elle serait donc nouvelle pour la faune française. 

LES ORAGES DES 22 ET 23 JUIN 1874 

Les orages du 23 juin ont éclaté sur une grande 
partie de l'Angleterre, et semblent avoir mis fin à une 
période de sécheresse tout à fait sans précédents. 
D'après les observations faites par M. Lowe, à High- 
(ield-llouse, il est tombé 12 millimètres d'eau en 20 
minutes. C'est deux fois plus qu'il n'est tombé depuis 
le 22 mai, c'est-à-dire en un mois. 

Il était temps que la sécheresse fût interrompue 
car toutes les récoltes, et même les prairies, étaient 
en souffrance. On comprend facilement qu'il en soit 
ainsi, car pendant la demi-année qui va finir il n'est 
tombé en tout que 210 millimètres. 

La chute de pluie a été accompagnée de violents 
coups de foudre qui ont produit des accidents de 
plus d'une nature. La vieille église de Chesterfield 
qui est une des curiosités du comté de Derby, a été 
frappée juste au-dessus de l'horloge que l'on venait 
de réparer. Un accident du même genre est arrivé à 



LA NATURE. 



91 



l'église du Christ à Manchester et à l'église de Braco 
(Ëuosse). Cette dernière n'avait pas de paratonnerre. 
Il est probable que le clocher de l'éylise du Christ 
n'était pas dans ce cas, mais que son paratonnerre se 
trouvait en mauvais état. 

On a constaté, à Manchester, la démolition d'une 
cheminée appartenant à l'usine de MM. Evans Leigh 
ami C°, distante de 4 milles de l'église et frappée à 
peu près au même instant. 

Un accident analogue arriva à la cheminée delà 
compagnie des Eaux de Sheffield et à I.ossiemouth 
dans les environs d'Elgin. Le fluide entrant par la 
cheminée tua une femme dont on retrouva le cada* 
vre lancé à quelque distance. 

A Ilichmond deux maisons voisines ont été frappées. 
La foudre e.-t tombée sur un mur mitoyen et a allumé 
un jet de gaz après avoir fondu le tube en plomb. 

Des personnes ont été tuées ou blessées par les 
plâtras que la foudre arrachait à ces églises. Mais des 
accidents plus sérieux ont eu lieu dans les champs, 
où des paysans continuent à rechercher l'abri des 
arbres. Près de Gouparangus, dans le district d'Aiyth, 
la foudre a frappé un groupe d'hommes et de femmes 
qui s'étaient réfugiés sous un gros arbre. Tous lin\nt 
touchés plus ou moins gravement, un seul fut tué ; 
mais une femme fut grièvement blessée. 

A Kneller Park Uomslow la foudre frappa cinq 
vaches qui s'étaient réfugiées sous un gros chêne ; 
deux furent tuées sur lu champ et deux durent être 
abattues tant leurs blessures étaient graves. Enfin, 
à Litleover, près de Derby, la foudre tomba sur des 
gerbes de blé appartenant à un certain M. Parker et 
les mit en flammes. 

En France, ou a eu aussi un certain nombre d'ac- 
cidents à déplorer, la veille notamment dans la com- 
mune d'Aunoire (Jura). Une famille, composée du 
père, de la mère et de deux enfants, était occupée 
aux travaux des champs, lorsque, surprise par 
l'orage, elle cherche un abri derrière un buisson, se 
rangeant serrée sous un parapluie. Tout à coup, la 
foudre éclate sur leurs tètes. Tous quatre sont pré- 
cipités par terre, la femme pour ne plus se relever 
et les au 1res atteints de profondes brûlures leur 
parcourant tout le corps. Une femme qui passait 
près de là, renversée du même coup, a eu également 
la figure horriblement brûlée et les dents brisées. 



LETTRES DE CAMBRIDGE 

il 

L'UMVERSiTÉ. 

Cambridge, 2 juillet 1874. 
L'Universilé de Cambridge est une sorte de fédération 
de collèges dont la fondai ion remonte, pour quelques-uns, 
à la plus liaiite antiquité. Au contraire, pour quelques au- 
tres, elfe ne date que du commencement du siècle. Cha- 
cun de ses collèges, dont le nombre est de 27, possède 
son corps de professeurs, d'élèves, d'agrégés, etc., etc., et 
est une petite république faisant partie de la grande. L'Uni- 



versité, de même que les collèges, possède des propriétés 
dont quelques-unes sont fort importantes. On évalue à 
cinq millions de francs le revenu total de ces biens fonds. 
Une autre partie des privilèges universitaires est le droit 
de nommer à des bénéfices. Quelquefois celte nomination 
a lieu sur la présentation faite par certains noblemen. Il y 
a au moins cent cures représentant quelque chose comme 
500, OÛÛ francs de rente, qui sont ainsi distribués. Comme 
on le voit nous sommes en plein moyen a^e. 

L'Université ni les collèges ne reçoivent pas un centime 
du budget, mais les élèves payent des droits pour assister 
aux leçons données dans les bâtiments de 1 Université, aussi 
bien qu'aux cours qui sont faits dans les collèges et que 
l'on peut considérer comme de véritables répétitions. I.e 
titre de docteur s'obtient quelquefois à la suite d'examen 
et quelquefois à titre d'honneur. La collation de tous ces 
grades, excepté à titre d'honneur, s'obtient moyennant 
finance. 

Les étudiants sont obligés de prendre leur dîner en 
commun au collège. Ils payent en général 2 fr. 60 le dîner 
sans vin ni bière. Les spiritueux se payent à part. Ils ont 
également une chambre qui se paye 250 francs par an non 
meublée. Comme l'Université est très-prospère — elle 
compte plus de 2,000 élèves — tous ne peuvent loger dans 
les collèges. Us logent en ville clans des logements licen- 
ciés, c'est-à-dire dans des maisons autorisées à les rece- 
voir et soumises à l'inspection du PrOclor et duPro-Proctor, 
ou si l'on veut du censeur et du vice-censeur. 

On estime que la pension d'un étudiant coûte, avec beau- 
coup d'économie, 5,000 francs par an, quoique les va- 
cances commencent vers le 10 juin et unissent eu octobre. 

Les jioblemen ont le privilège de diner avec les fellows, 
c'esi-à-d ire les agrégés du collège. Mais la plupart préfè- 
rent prendre leurs repas avec les gens de leur âge. 

Le ducdcDevonshire a été nommé chancelier depuis la 
mort du prince Albert. C'est le vice-chancelier qui fuit 
toutes les affaires de l'Université. Il est nommé par le Con- 
seil de l'Université, lequel Conseil est nommé par le 
Sénat. Le Sénat est formé par la réunion de tous les gra- 
dués qui sont au nombre de 6,000. 

Les courges sont gouvernés par un maître nommé par 
les agréés. Les agréés ou Fellows reçoivent une rente qui 
varie de 10 à 20,000 francs, mais qui cesse de droit 
quand ils se marient. Cependant, lorsqu'ils sont nommés 
professeurs ils reprennent de droit cette rente. Ces Fellows 
sont nommés après concours. Il y a des étudiants pauvres 
qui sont dispensés de payement et qu'on nomme des 
(îzurs. On donne, en outre, une somme d'argent à ceux 
qui se distinguent dans les concours. L'Université a un 
observatoire, dirigé par SI. A dams, où l'on fait de grands 
travaux sur l'astronomie stellaire. Le principal observa- 
toire des collèges est celui de Pembreke, dirigé par le 
révérend Power. 

Les cours professés à l'Université ne sont pas publics 
comme en France. La science, étant ici une marchandise, 
n'est donnée qu'à ceux qui la payent. 

\V. DE FOSVJEUJ' 



L'ANHIXGA 

Nous sommes ici en présence d'uu de ces types 
tout à la fois ambigu et exagéré comme la nature se 
plaît à eu composer sans que nous puissions encore 
nous rendre compte de leur utilité. Qu'à un écliassier 
corresponde un cou de la même longueur que ses 



92 



LA iNATUIlE. 



jambes afin qu'il lui .oit possible d'atteindre le sol, 
c'est ce que nous voyous chaque jour réalisé soit par 
l'allongement du cou, soit par l'allongement du bec, 
ce qui revient au même, mais qu'un palmipède soit 
muni non-seulement d'un long bec, mais par-dessus 
le marché, d'un cou d'une dimension inusitée, extra- 
ordinaire même parmi les plus longs, c'est ce qui 
paraît vraiment singulier. 

— Le cygne, va-t-on répondre, jouit du même cou 
plus gracieux que celui de l'Ànhinga, quoiqu'il ne 
soit pas d'une longueur moindre. 

— Ceci n'est qu'à demi exact; mais, ce cou est 
terminé par un bec de canard , sa fonction se 



comprend alors. Il Ya chercher au fond de l'eau la 
nourriture que réclame le corps flottant et nageant à 
la surface. Le cou de l'Anhinga porte à son extrémité 
un formidable bec de Héron, fendu jusqu'au delà des 
veux ! VI, de plus. l'Anhinga, quoique palmipède est 
■pêcheur ! 

En somme, le type que nous étudions ici semble 
une transition entre le palmipède et l'écbassier : c'est 
un Néron, c'est plutôt une sorte de Grèbe, d'IIéliorne 
à doigts tout à fait palmés, à pouce détaché et assez 
robuste pour permettre à l'animal de devenir pé- 
cheur, muni d'ongles robustes, aigus et recourbés. 

Maintenant, une question encore. Pourquoi cet 




L'Anhinga avec le cou développé. 



oiseau dont la station est sur les arbres et sur l'eau, 
se montre-t-il muni d'une queue longue, robuste, 
formée de pennes roides et élastiques ! A quoi peut 
lui servir un semblahle instrument? Serait-ce comme 
levier, comme contre-poids, comme arc-boutant pen- 
dant les singulières évolutions de son cou ? Nous ne 
avons encore. 

Tous ceux qui voient l'Anhinga sont frappés de la 
similitude singulière du cou de cet oiseau avec un 
reptile, un plumage ras, semblable à un velours n'en 
dérobe ni la forme ni la gracilité. Lorsque le corps 
de l'animal est immergé, où lorsqu'il est caché sous 
l'herbe des rivages, ce long cou ondulant dans tous 
les sens, imite à faire illusion, les replis tortueux 
d'un reptile. Ajoutons à cette singulière similitude la 
manière dont l'Anhinga étend brusquement le cou en 
partant de dessus les arbres, la façon dont il le replie 



et le lance dans l'eau pour saisir les poissons, i'oscil- 
laUon perpétuelle et les ondulations qu il lui donne. 

Le cou est terminé par une petite tète cylindrique 
roulée en fuseau, de même venue avec le cou, et 
effilée eu un long bec aigu. Celui-ci est légèrement 
barbelé vers la pointe, de petites dentelures retrous- 
sées en arrière ; les narines sont placées à la base du 
bec et les yeux remarquables par leur noir brillant 
ont l'iris doré. La face et le menton sont nus. 

Après le cou, cû qui frappe, chez l'oiseau bizarre 
dont nous nous occupons, c'est la queue aussi dispro- 
portionnée avec le corps. Cette queue est grande, 
large, arrondie, formée de douze pennes étalées et 
s'éloigne beaucoup de la forme courte et arrondie 
que présente celle de la plupart des oiseaux nageurs. 
Les plus centrales de ces pennes sont striées profon- 
dément en travers et comme gaulfrées. 



LA NATURE. 



97. 



L'Anhiuga habile les régions les plus chaudes de I 
l'Afrique et de l'Amérique méridionale, où il fié- ! 
quenteles eaux douces et les savanes novées.On en a 
trouvé une troisième espèce eu Australie où elle a les 
mêmes 



mœurs. 
Cet animal se 
perche sur les 
arbres les plus 
élevés qui bor- 
dent le rivage — 
mœurs de Jiéron, 
— y pose son 
nid et vient y 
passer la nuit. 

Aussi habile 
plongeur que pê- 
cheur intrépide, 
il nage et plonge 
aussi aisément 
que le Cormoran 
de nos pays, ne 
tenant, pour ainsi 
dire, que la tète 
hors de l'eau et 
s'y enfonçant en- 
tièrement au 
moindre soupçon 
de danger, pour 
ne reparaître qu'à 
des distances con- 
sidérables, ne se 
montrant que 
juste le temps né- 
cessaire pour res- 
pirer. Sa défiance 
est telle qu'après 
s'être suhmergé à 
cent pas du chas • 
seur il n'ira res- 
pirer qu'à plus 
d'un kilomètre 
loin de lui, à con- 
ditionqu'il trouve 
là quelques ro- 
seaux parmi les- 
quels il puisse se 
cacher. Ce carac- 
tère farouche, qui 
fait qu'on ne le 
surprend jamais 
à terre est un 
trait de ressem- 
blance avec le 
genre Héron dont 

il a le bec bêle et effaré : l'œil est fixe et stupide 
d'effarouchement. . . 

On a prétendu quel'Ànhinga s'élançail du haut des 
arbres où il perche, pour saisir, à leur passage, les pois- 
sons dont il fait sa nourriture, mais nous ne pouvons 
admellre une semblable manœuvre de la part d'un 



oiseau aussi bon nageur et plongeur que celui-ci; il 
a bien assez d'autres moyens de le découvrir, de le 
poursuivre et de s'en emparer lorsqu'il est lui-même 
sur son élément favori, sans adopter par celte ma- 
nœuvre capitale, 
les mœurs d'un 
oiseau de proie. 
Son bec a beau 
être pointu com- 
me un dard ou 
un épicu, il ne 
lui sert point à 
harponner sa 
proie, il lui four- 
nit tout simple- 
ment une longue 
pince à crans de 
sûreté Si sou 
poisson est petit, 
il l'avale tout en- 
tier sans sortir de 
l'eau ; s'il est 
trop gros, il l'em- 
porte sur un ro- 
cher , sur une 
branche d'arbre 
ou sur le rivage, 
et là, il le dépèce 
à l'aide du bec et 
des pattes dont 
nous avons vu les 
ongles forts et 
recourbés. 

L'Anhingaa au 
moins 2 mètres 
de long ; mais, si 
nous défalquons 
lecou etla queue, 
il ne nous restera 
qu'un corps à 
peu près pareil à 
celui de notre 
Cormoran, le Chë- 
lisopke de nos ro- 
chers bretons. La 
peau est très- 
épaisse, et la 
chair aussi hui- 
leuse que celle 
du Chélosophc , 
nevautpasmieux 
qu'elle!.. Triste 

L'Aiiliiu-a au ie,ios, avec le cou replié manger ! Piteux 

régal ! — 11 res- 
terait maintenant à é.tudier si les espèces que l'on 
a cru devoir séparer dans le genre Ànhinga ne 
sont pas absolument fictives ainsi que Buffon l'a 
supposé. 11 y aurait peut-être a remarquer chez 
cet animal une variabilité normale de plumage, 
analogue à celle que l'on connaît au nouveau corn- 




91 



LA NATURE. 



buttant dont la couleur vatio tellement, suivant l'âge 
et le sexe, qu'il est très-difficile d'en rencontrer deux 
semblables. 

Or les Anhingas connus ne tirent leurs caractères 
fugitifs que des "variations de plumage. Les animaux 
sont d'ailleurs absolument les mêmes. 



>^< 



CHRONIQUE 

La enmétc. — Le professeur Leviss Smith a publié 
une description de la comèle telle qu'il la voyait à Ro- 
chester (Etals-Unis), le 19 juin dernier. Il suppose que 
l'éclat maximum de l'astre aura lieu le 3 août et que la 
quantité de lumière donnée alors sera supérieure à celle 
de Vénus dans son beau. Ce maximum d'éclat mira lieu, 
suivant le professeur Lewiss, dans le voisinage de l'étoile 
Dcmbola. Ces prévisions paraissent plus voisines de la vé- 
rité que celles de M. Ilmd. L'éclat de la comète augmente 
rapidement, il est très-facile aujourd'hui de la distinguer 
des autres objets du firmament. Sa queue, très-visible à 
l'œil nu, est assez éclatante pour frapper même les yeux 
qui n'ont point l'habitude de regarder le ciel ; elle est 
droite et dirigée presque verticalement dans la direction 
des gardes de la petite Ourse. En la regardant avec un 
télescope pourvu d'un faible pouvoir grossissant , on voit 
très-bien la nébulosité, qui est de forme ovoïde, prolon- 
gée dans le sens du mouvement. La partie brillante semble 
être la caustique de la lumière qui a traversé les parties 
fortement réfringentes. 

Statistique tle la eonNommution du tabac en 
France. — Yoici, d'après des renseignements inédits et 
dont nous garantissons l'authenticité absolue, la quantité 
de tabac consommée en France. On fume dans notre pays 
de 18 à 19 millions de kilogr. de tabac à fumer ou scafer- 
lati., 3,500,000 kilogr. de cigares (le kilogramme est 
formé de 250 cigares), 7,500,000 kilogr. de tabac à pri- 
ser, 650,000 kilogr. de tabac à mâcher, 450, 00U kilogr. 
de carotte, tabac peu connu à Paris, et qui se fume, se 
prise, se mâche; on ne le consomme guère qu'en Bre- 
tagne. — La recette totale obtenue par les produits des 
manufactures de France en 1875 a été de 294 millions de 
francs. On compte en France 10 manufactures (la guerre 
nous en a coûte doux, celle de Metz et celle de Stras- 
bourg), 40,000 déhits environ. À Paris il n'y a pas mnins 
de 1,200 bureaux de labac. 

La photographie spirite. — Encore une nouvelle 
invention du pays des tables tournantes ! Elle est née de 
l'autre côté de l'Atlantique, et se pratique actuellement à 
Taris. Vous faites prendre votre portrait par le photographe 
spirite, et vous assistez vous-même dans la chambre noire 
au développement de l'image. Miracle ! En même temps 
que votre image, apparaît celle d'un esprit; c'est une tète 
qui se révèle i le corps auquel elle doit êlre attachée se dissi- 
mule dans un linceul indécis. Quelques naïfs reconnaissent 
parfois l'image d'une personne aimée. Un physicien n'y 
voit qu'un grossier tour de passe-passe. Le procédé em- 
ployé est bien simple. On prépare à l'avance des glaces 
sensibilisées et l'on prend le portrait d'un spectre que l'on 
improvise, en enveloppant un compère, masqué ou muni 
d'une fausse barbe, d'un grand voile de mousseline; une 
fois la glace impressionnée on ne la développe pas, on la 



garde dan» l'obscurité et on en f:iit usage une seconde fois, 
pour prendre l'image de la crédule victime. Quand on dé- 
veloppe, les deux images apparaissent simultanément. Les 
photographies spirilcsontun grand succès à New-York, et 
sont à la veille d'obtenir la vogue qu'ont eue jadis les table; 
tournantes et parlantes. 

Le bolide de 1 jon. — Un bolide très-remarquable 
a été aperçu samedi 20 juin, à neuf heures quinze minutes, 
traversant le ciel de l'ouest à l'est, à environ 30 degrés 
d'élévation au-dessus de l'horizon sud. Ce météore, d'a- 
près le Salut public, de Lyon, émettait une lumière ex- 
trêmement brillante, laissant une traînée lumineuse très- 
dense qui l'accompagnait dans sa course sur une longueur 
d'environ 2 degrés, puis cessait brusquement. D'une cou- 
leur verte très-prononcée, la lumière passait par une série 
de dégradations de teintes jusqu'au jaune foncé au bout de 
In traînée. Le bolide a commencé à apparaître un peu au- 
dessus delà lune, qui s'approchait à ce moment-là de son 
coucher, puis a disparu au sud-est, en émettant des gerbes 
d'étincelles, après une course sensiblement parabolique 
d'une durée approximative de 25 à 50 secondes. 



■>< 



BIBLIOGRAPHIE 

Mémoires d'un estomac, écrits par lui-même pour le bé- 
néfice de tous ceux qui mangent et qui lisent, et édites 
par un ministre de l'intérieur, traduits de l'anglais sur 
ta huitième édition, revue et augmentée par le docteur 
Gros, médecin en chef de l'hôpital de Boulogne-sur- 
Mer. — Paris, 1874; 1 vol. in-18. — Librairie de 
J.-B. Bflill ère et fils. 

La statistique graphique et ses applications aux con- 
structions, par M. Maurice Lévy, ingénieur des ponts et 
chaussées. — 1 vol. grand in-8", avec un atlas de 24 
planches. — Paris, Gaulhiers-Villars, 1874. 

La statique graphique a pour objet de remplacer, dans 
les applications, dans celles surtout qui se rattachent à 
l'aride l'ingénieur, les calculs laborieux de la statique or- 
dinaire, par des constructions géométriques simples et 
n'exigeant, pour la plupart, d'autre connaissance mécani- 
que que celle du parallélogramme des forces. 31. Maurice 
Lévy a su exposer les méthodes de la statique graphique, 
d'une fa cou à la fois complète et élémentaire ; le bel ou- 
vrage qu'il vient de publier et qui représente une grande 
somme de travail et d'érudition, rendra des services im- 
portants, aux écoles professionnelles et à tous les ingé- 
nieurs. 

ACADÉMIE DES SCIENCES 

Séance du 6 juillet 1871. — Présidence de M. Rkhtrand. 

La comèle. — Avez-vous vu la comète? On ne s'aborde 
guère le soir aulrement, et l'on pourrait répéter dans les 
rues ce mot inspiré naguère à un spirituel académicien 
par le succès des discussions de M. Le Verrier : « Kùt-on 
pensé qu'il y eût tant d'astronomes en France! » A Mar- 
seille, où l'astre errant dont M. Coggia est le père est 
naturellement l'objet de tendresses toutes spéciales, le ciel 
n'a pas été aussi pur qu'à Paris et les observations ont par 



LA NATURE. 



95 



conséquent du, être inlermîllentcs. Elles ont néanmoins 
fourni déjà quelques données spectroscopiques. 

Au début, la comète no donnait qu'un spectre très-faible 
où l'on reconnaissait cependant les caractères des gaz car- 
bonés. Ce spectre prend chaque soir plus d'intensité, et la 
ligne verte est surtout remarquable par son éclat. On peut 
remarquer que les précédentes comètes présentaient au 
conlraire la ligne jaune plus brillante et il faut en conclure 
que dans ces astres, les combinaisons gazeuses peuvent 
varier de l'un à l'autre. Le spectre actuel ressemble à la 
succession de trois cônes couchés horizontalement et pé- 
nétrant presque les uns dans les autres. Le noyau paraît 
donner un spectre continu, mais très-faible. 

Rôle géologique des diatomées. — Il résulte des re- 
cherches d'un savant italien dont le nom nous échappe, 
que les infusoires à carapaces siliceuses connus sous le 
nom de diatomées ne sont pas localisés exclusivement dans 
les formations géologiques récentes. Les combustibles 
minéraux de tous les âges, y compris ceux du terrain car- 
bonifère, en offrent dont la conservation est admirable, 
et qui présentent malgré l'incommensurable durée qui les 
sépare de nous, rigoureusement les mêmes Tonnes que 
les diatomées actuelles. 

flûte néolithique. — Grhca aux recherches récentes, on 
est arrivé à connaître une foule de particularités de la vie 
et des mœurs des hommes fossiles. On sait qu'ils aimaient 
les arts graphiques, dessin, gravure, sculpture, on sait 
même qu'ils avaient foi dans une existence posl mortem 
puisqu'ils ensevelissaient leurs proches avec les provisions 
nécessaires pour un long voyage. Il est probable que les 
indiscrétions de la science iront bien plus loin encore et 
que tout re qui offre de l'intérêt, quant à. ces époques 
qui semblaient si bien effacées de l'histoire, nous sera 
connu. 

On accueillera donc avec satisfaction la nouvelle d'une 
découverte que M. Pieltc vient défaire clans la caverne de 
Dourdon (Haute-Garonne) et qui nous révèle l'homme 
néolithique sous un jour artistique tout nouveau. Il s'agit 
en effet d'une flûte en os trouvée en association avec des 
débris de poterio, dos os d'animaux et des silex taillés qui 
ne laissent aucun doute quant à son âge. Cette flûte a deux 
trous seulement, ne peut par conséquent donner que 
quatre sons et ressemble tout à fait au pipeau de ces Océa- 
niens dont Cook signale la monotone musique. 

Nos Gascons d'avant la Gascogne, pas plus que nos con- 
temporains des antipodes, n'étaient pas sans doute des vir- 
tuoses, mais on peut croire qu'ils choisissaient d'ordinaire 
des tubes plus sonores que des os, des tubes de bois et 
des roseaux par exemple. La flûte de Dourdon serait donc 
le témoignage d'un essai peu heureux au point de vue 
musical, mais comme providentiel puisqu'il nous trans- 
met une notion précieuse. 

Candeur. — Les inventeurs d'un système propre à 
rendre les vaisseaux insubmersibles par une application 
nouvelle de* l'air comprimé, s'étonnent de ne pas voir 
paraître le rapport pour l'élabo ration duquel l'Académie 
s'est empressée de nommer une commission aussi nom- 
breuse que bien choisie. 

Lufooorme! — Au secours! venez m'aîdcr à sauver 
ce malheureux qui veut se suicider ! 

— Mon ami, parlez français, de grâce 1 se suicider est 
intolérable ! Il y a dans ces deux mots accouplés comme 
une sorte de 

— Merci, monsieur! mais pendant ce temps le pauvre 
diable va mourir. Sauvons-le, et j'écouterai votre leçon 
après, 



Voilà, sauf les mois, ce qui a pris plus d'une heure de 
la séance. 

— Tout le monde sur le pont ! criait (en style « qu'aca- 
démique on nomme ») la commission du phylloxéra et à 
sa tète M. Dumas. Braves vignerons, notre bonne mère la 
vigne est malade. Une affreuse contagion s'étend .sur elle 
et menace de les tuer toutes. Venons-en à bout comme 
nous avons fait de la peste bovine ! 

— Arrêtez, s'écrie M. Robin, une contagion? Que dites- 
vous là? et pensez-vous à la gravité de celle expression. 
Distinguo les maladies contagieuses, comme !a peste, le 
typhus, la morve, la rage, la variole, etc., etc., et les ma-- 
ladics parasitaires, telles que la gale. La peste bovine est... 
une peste; la maladie de la vigne est une gale. Ergo, 

n'assimilons pas l'une à l'autre, car nous aurions l'air 

de ne pas comprendre la valeur des mots. 

A quoi M. Dumas répond, avec les accents émus d'un 
vrai patriotisme qui a trouvé le plus vif écho dans tout l'au- 
ditoire: « Nous avons dit contagion pour être compris de 
tout le monde. Nous l'avons dit parce que les procédés cu- 
ralifs efficaces contre la peste bovine nous montrent que 
des pratiques analogues peuvent venir à bout de l'invasion 
phylloxérique, car nous n'avons pas à perdre de temps en 
beaux discours; la vigne est malade, la vigne se meurt; 
après le Midi détruit, le Maçonnais ne tardera pas à être 
menacé. Or, faites-y attention, la vigne disparaissant de 
la France en ce moment-ci, serait la ruine politique de 
notre pays en même temps que sa ruine financière. » 

D'ailleurs, sur quoi querelle-t-on ? Une maladie conta- 
gieuse est celle qui se transmet par un contagium qu'on 
n'a pas encore pu voir. Une maladie parasitaire est celle 
qui est communiquée par un petit être figuré. La gale a 
été contagieuse tant qu'on n'a pas connu l'acaïus; aujour- 
d'hui elle est parasitaire. Molière, où es-lu ! et comme 
M. Dumas avait raison de dire : « Dès que le mot conta- 
gieux prend un sens, il doit se changer en parasitaire, * 
— Allez un peu faire comprendre aux malades de l'hôpi- 
tal Saint-Louis que la gale n'est pas contagieuse ! Yous 
leur direz en même temps, au nom de la physiologie la 
plus moderne, que le bouillon de bœuf qui les réconforte 
n'est qu'un apéritif. 

V Académie et le progrès. — En présentant la réédi- 
tion de son traité de ventilation, M. le général Morin a fait 
la remarque (qui sera insérée aux Comptes rendus) qu'un 
des endroits où son nouveau système d'aérage, si éco- 
nomique et si saluhre, brille par son absence est précisé- 
ment la salle des séances de l'Académie. Nu! local, c'est 
l'auteur qui parle, n'est d'un séjour plus désagréable en 
toute saison, froid l'hiver, torride l'été et toujours impré- 
gné de l'odeur de renfermé. — ■ Rappelons qu'il n'y a 
guère qu'un endroit public où la bougie lutte avec succès 
contre le gaz d'éclairage et la plume d'oie contre la plume 
métallique, cet endroit, qui devrait être le théâtre de tous 
les progrès nouveaux, c'est cette même salle des séances 
de l'Académie des sciences. Stakislas Meusier. 



NOUVEAU PLOMB DE SONDE 

Le croquis ci— joint, dû à M. le capitaine Truman 
Hotcbki s représente un nouveau plomb de sonde d'une 
extrême simplicité, et qui offre l'avantage de pouvoir 
êlre exécuté au besoin par les moyens du bord. 

La figure 1 montre les détails des dilïérentes par- 



oc 



LA -NATURE. 



ties qui la composent: A est une tige taraudée on 
bronze ou en acier, sur laquelle l'hélice B peut 
monter ou descendre; C est un écrou mobile 
qui reçoit un mouvement de l'hélice lorsque le 
plomb de sonde descend et demeure au point le pins 
élevé qu'il a atteint, lorsque l'appareil remonte à la 
surface par suite de 
l'appel de la bouée 
en liège à laquelle il 
est fixé; cet écrou 
s'appelle le messager 
ou l'indicateur. D est 
une douille placée à 
poste fixe sur la par- 
tie inférieure de la 
lige À ; un boulon, 
auquel est suspendu 
le grappin E, traverse 
cette douille. Ce bou- 
lon sert aussi de pi- 
vot à un balancier F 
dont les bras très- 
inégaux sont placés 
à angle droit avec 
les branches du grap- 
pin (fig. 2). La par- 
tie supérieure de la 
tige A porte un œil 
par lequel on peut 
l'accrocher à la 
bouée G. On voit en 11 
une bouée de vei le 
avec son ancre. 

La figure 2 montre 
comment l'ensemble 
est disposé pour la 
descente. On obser- 
vera que les bras du 
levier F di fièrent con- 
sidérablement entre 
eux ; le crochet qui 
les termine et au- 
quel est suspendu 
un poids à chaque 
bout , est recourbé 
en dessous à droite 
et par-dessus à gau- 
che. Un poids plus 
lourd que les autres 
est saisi entre les 
branches du grap- 
pin. 

L'hélice est placée à toucher la douille D, et on 
met le messager en contact avec la face supérieure 
du moyeu de l'hélice au moment de la descente ; on 
mouille alors la bouée de veille avec son pavillon. 
On a soin de noter le temps qui s'écoule depuis le 
moment où l'on jette la sonde à la mer jusqu'à celui 
de son apparition à la surface. Pendant la descente, 
l'hélice tourne sur la tige , elle entraîne avec elle 




SoaJc automali |Ue destinée à mesurer lu profondeur de la vaut 
et à y recueillir des échantillons. 



le messager C. A l'instant où le poids de droite 
atteint le fond il s'échappe de son crochet, le poids 
de gauche fait alors basculer le levier de son côté, les 
mâchoires du grappin s'ouvrent et le poids qu'elles 
retenaient devient libre à peu près au même mo- 
ment où celui de gauche abandonne son crochet. 

Les branches du 
grappin sont ainsi 
ouvertes , elles se 
referment brusque- 
ment sous l'effort as- 
cendant de la bouée, 
et le tout remonte à 
la surface, comme le 
représente la figure: 
5 ; le pavillon qui 
surmonte la bouée 
est destiné à per- 
mettre de l'aperce- 
voir plus facilement. 
(Pendant la montée 
l'hélice tourne en 
sens contraire.) 

On recueille le 
tout à bord, et l'on 
transcrit les observa- 
tions, II y a trente- 
huit filets par pouce 
de la tige ('25,4 mil- 
limètres); l'hélice 
faisant un tour com- 
plet pour chaque 
brasse de descente, 
il suffit de multiplier 
la distance qui existe 
entre le messager et 
la douille 1) (moins 
la hauteur du moyeu 
de l'hélice) par 38, 
pour avoir la profon- 
deur en brasse. L'ob- 
servation de la dis- 
tance comprise en- 
tre la bouée de veille 
et l'endroit où la 
bouée de sonde re- 
vient à la surface, 
fournit des données 
sur les courants 
sous-marins. Cet ap- 
pareil peut être la- 
briqué à la dimen- 
sion que l'on désire; dans le cas de fonds vaseux, 
collants, on peut facilement augmenter le pouvoir 
ascensionnel de la bouée l . 

1 Nous empruntons cet article cL la gravure qui l'accom- 
pagne à la Iïevue maritime. — Juin 1874. 

Le Propriétaire-Gérant : G. Tcssasdiuk. 
fuicEii . — Typ. et ster. de Cbkti 



N« 59—18 JUILLET 18 74. 



LA NATURE. 



07 



LA TRANSFUSION DU SANG 

L'idée do rendre à un animal le sang qu'il a perdu, 
ou de remplacer le sien quand il est épuisé par l'âge 



ou la maladie, eu empruntant à un autre le pré- 
cieux liquide indispensable à l'entretien de la vie, 
l'idée de la transfusion du sang a dû éelore de bonne 
heure. On l'a retrouvée chez les anciens, dans les 
Métamorphoses d'Ovide, etc. Elle a figuré dans les 




Globules du sang de plusieurs vertébrés fliès-grossis). 
] Globules du sang de l'homme emprisonnés par la fibrine dans du sang coagulé. — 2. Globules de l'homme assemblés en rouleau», 
_ 5. Globules ilu sang de l'homme, disques circulaires biconcaves. Diamètre de 0—.O069 à 0"\004G; poids O""",00008; surface 




de face. — b Globules de coté. 



^tfOTW^S ay T ^^' i^, ff p ~ C ~ j : 




Transfusion; immédiates du sang de l'homme a l'homme, et de l'animal à l'homme, (D'après d'aucieimes gravures du dix-septième siècle*. 



merveilleuses recettes de la cabale et de l'alchimie, 
et, au ilix-septième siècle, l'opération elle-même eut 
un immense retentissement. Malheureusement, après 

* Tractalio meci. curwsa de ortu et occasu Iransf'usionis 
iauguinis , autliore Georg. Abraham Murcklino. — Norini- 
ucrga», 1679, in-8\ 

2" année. — 2' semestre. 



avoir inspiré des espérances excessives, la pratique 
tant vantée un moment fut bientôt abandonnée, 
proscrite au nom de la loi. 

C'est d'ailleurs aux recherches modernes qu'elle 
doit presque tout son nouvel intérêt. Sans passer ici 
en revue les essais de Rob. Boyle, de Fracassati et 

7 



uâ 



LA NATURE. 



Lower sur les animaux, hâtons-nous d'arriver à ce 
qu'on peut appeler le point culminant de l'histoire 
de la transfusion, c'est-à-dire l'application de cette 
opération à l'homme. Mais les résultats cpi'on lui 
demandait d'abord différaient de ceux qu'on a cherché 
à en obtenir depuis. On en voulait faire une sorte de 
panacée contre les maladies les plus variées, un nou- 
veau moyen de régénération de toute l'économie par 
le renouvellement du liquide sanguin. 

C'est J.-B. Denis qui paraît l'avoir pratiquée le 
premier, à Paris, le 15 juin 1667, comme on peut 
le voir dans le Journal des savants. Denis connais- 
sait les expériences de Lower sur les animaux, les 
avait répétées et en avait fait de nouvelles, quand il 
se décida à injecter, dans les veines d'un jeune ma- 
lade, huit onces de sang artériel d'un agneau. Celle 
même année, chez deux autres hommes, il reprodui- 
sit, encore avec succès, la même opération à l'aide 
du sang artériel d'un veau. Le sujet de l'une de ces 
épreuves était un maniaque dont l'agitation et le 
délire étaient extrêmes depuis quatre mois : après 

l'injection de six cents grammes do sang de veau, 

faite en deux fois et à deux jours d'intervalle, « cet 
individu a paru beaucoup plus calme qu'aupara- 
vant, j> dit Denis, « et peu à peu son esprit s'est 
remis, en sorte qu'il n'a maintenant aucun reste de 
folie. » (Voy. gravure de la p. 100.) 

Ces premiers succès, cette innocuité d'une opé- 
ration en apparence redoutable, enhardirent immé- 
diatement les expérimentateurs : en novembre 1067, 
Lower et Ed. King firent passer dans les veines d'un 
homme bien portant le sang de l'artère carotide d'un 
mouton, « et l'opéré n'en éprouva, » disent-ils dans 
les Philosophical transactions, « qu'un sentiment 
de bien-être. » 

Riva, dans les Ephéme'rides des Curieux de la 
nature; P. Manfredi, dans son ouvrage De nova et 
inaudita medico-chirurgica observatione sanguinis 
transfundendi; Major, dans son livre intitulé : Pro- 
dromus a se inventœ chirurgive infusorice, etc., et 
d'autres, s'empressèrent de publier des succès ana- 
logues. 

A propos de J.-D. Major, nous voudrions en pas- 
sant rectifier une erreur assez répandue, et qui tend 
à lui attribuer un mérite mal justifié. Major, en 
effet, né à Breslau en 1634;, s'est donné à tort comme 
L'inventeur de la transfusion du sang. On ne peut 
douter que, avant lui et Lower, le célèbre alchimiste 
André LibaviuF, pour ne citer que celui-là, qui vivait 
au seizième siècle, n'ait préconisé cette opération et 
qu'il ne l'ait regardée comme un moyen de guéris ou 
et de rajeunissement. Elle est décrite avec toute ht 
clarté désirable dans le passage suivant de son 
Appendix necessaria syntagmatis arcanorum chimi- 
corum, op. iv (Erfurt, 1615, in-fol.) : « Àdsit ju- 
c venis robustus, sanus, sanguine spiriluoso plenus; 
« adsit et exhaustus viribns, tenui>, macilentus, 

« vix animum trahens Magister artis habeat 

« tubulos argenteos inter se congruentes ; aperiat 
« arterium robusti et tubulum insérai muniatque; 



« mox et aïgroti arleriam findat, et tubulum fœmi- 
(( neum infigat, et jam duos tubulos sibî mutno 
« applicet, et ex sano sanguis arterialis calidus et 
« spirituosus saliet in œgrotum, uuaque vitaa fon- 
« tem afferet, omnemquelanguorempellet. «L'opé- 
ration décrite consiste, on le voit, à ouvrir l'artère 
d'un individu sain et robuste, à y placer un tube 
d'argent qui, abouché avec un tube placé de même 
dans l'artère du malade, conduit le sang destiné à 
ranimer et à faire revivre l'organisme épuisé. 

C'est là, comme on le trouvera plus loin, dans sa 
plus grande simplicité, le manuel opératoire pratique, 
sauf que l'ouverture de l'artère présente des dangers 
qui la font presque absolument rejeter jusqu'à pré- 
sent. Nous pouvons dire tout de suite, cependant, 
qu'un chirurgien bien connu, le docteur Alphonse 
Guérin, préconisait il y a deux ans déjà et recom- 
mande encore aujourd'hui un mode d'opération con- 
sistant à ouvrir les artères homologues des deux 
individus, et à faire communiquer, au moyen de 
deux tubes de caoutchouc, les deux extrémités 
opposées de la même artère. Ainsi confondues, les 
deux circulations n'en font plus réellement qu'une, 
et le sang des deux sujets est bientôt intimement 
mélangé. Pratiquée avec succès par M. A. Guérin et 
par M. Colin (d Alfort) sur des animaux, sur des 
génisses, sur des chiens, cette méthode n'a guère 
été, que nous sachions, appliquée encore à l'homme, 
si ce n'est par M. Dolbeau, en 1866 ; la malade qui 
lit alors le sujet de l'opération n'en mourut pas. 

Mais revenons à l'histoire de la transfusion. L'opé- 
ration fut donc répétée à plusieurs reprises vers le 
milieu du dix-septième siècle; mais des accidents 
assez fréquents ne tardèrent pas à être signalés; ils 
se renouvelèrent même si souvent et furent si graves, 
que le Parlement de Paris et la cour de Rome cru- 
rent devoir intervenir, en 1668, et défendre une pra- 
tique qui jouissait déjà d'une certaine vogue. Le 
malade opéré par Denis était, d'ailleurs, redevenu 
fou, et avait succombé dans une nouvelle opéra- 
tion. 

Ce ne fut guère qu'après un intervalle de plus 
d'un siècle que l'étude de la transfusion fut reprise 
par Ilarwood ; c'est lui qui insista principalement 
sur ce fait, que les animaux dans les veines desquels 
on transfuse du sang d'animaux d'une espèce diffé- 
rente, succombent généralement quelques jours 
après l'opération. 

Avec Blundell, Prévost et Dumas, la question de 
la transfusion entra dans une nouvelle phase; ce sont 
surtout les travaux de ces e.\périmentateurs et de 
ceux qui les ont suivis, tels que Dieffenbach, Th. 
Bischoff, Brown-Sequard, Oré, Moncoq, Panum, 
Monneret, Magendie, de Belina, etc., qui ont donné 
à cette opération l'intérêt qu'elle a justement re- 
couvré au double point de vue de la physiologie" et 
de la thérapeutique. 

Le principe sur lequel on fait généralement repo- 
ser la transfusion du sang est que cette opération, 
pour remplir le but qu'on se propose, doit être laite 



LA NATURE. 



99 



avec le sang d'un animal de la niciim espèce que 
celui sur lequel elle est pratiquée. 

C'est la conclusion la plus directe qu'on ait cru 
devoir tirer des nombreuses expériences auxquelles 
se sont livrés les physiologistes ; ce n'est guère que 
lorsqu'ils ont eu établi cette règle, qu'il a paru 
possible de déterminer lu valeur de la transfusion 
et d'en faire avec quelque sécurité l'application à 
l'homme. 

Toutefois, un certain nombre de faits semblent 
contraires à ce principe: ainsi Ed. Kiiig transfusa 
du sang de veau à un mouton épuisé par hémor- 
rhagic, et le succès couronna l'opération. On lit 
dans l'ouvrage de Sebeele, Die Transfusion des 
Blutes (1802-3), que des brebis exsangues ont é!.é 
rappelées à la vie par l'injection de sang de veau 
dans leurs veines. La première transfusion faite par 
Denis sur l'homme fut heureuse, et elle avait été 
pratiquée avec du sang d'agneau. Celle que Lower 
et King tirent aussi avec succès sur un homme en 
pleine santé, le fut avec du sang de mouton. 

Il est vrai que dans ces cas et d'autres analogues, 
les conditions de la translusion ne nous sont pas 
connues dans tous leurs détails; pour plusieurs de 
ces cas, la quantité de sang injecté a été très-faible, 
et n'a constitué qu'une légère substitution ; pour un 
certain nombre d'autres , l'issue définitive de la 
transfusion a été fatale. Seulement, ce n'est qu'après 
un temps variable que les animaux ont succombé, 
comme l'ont observé Harwood, Blundell, Ed. King, 
Lcacock, etc. 

Il faut dire que les exemples d'insuccès devien- 
nent plus marqués et la mort plus rapide à mesure 
que la différence entre les animaux sur lesquels on 
opère devient plus grande : les expériences de Prévost 
et Dumas peuvent être invoquées à l'appui de cette 
proposition. Le sang de veau ou de mouton, trans- 
fusé à des chats ou à des lapins d'abord privés de 
presque tout leur sang, n'a réveillé la vie que tem- 
porairement, et les animaux n'ont pas tardé à suc- 
comber après avoir présente des troubles complexes. 
On trouve dans l'ouvrage de Blundell des cas analo- 
gues. Mais c'est surtout en injectant à des oiseaux 
du sang de mammifères, que Prévost et Dumas ont 
vu la mort survenir très-vite au milieu de symptômes 
convulsifs ; et ces faits se sont reproduits dans les 
expériences de Gaspard, de Dieffenbach et de Bischoff; 
Burdach les a presque tous enregistrés dans son 
Traité de physiologie. 

On voit donc quelle influence importante semble 
exercer sur le résultat de la translusion le degré de 
différence entre les espèces animales. Cette différence 
n'existant plus, l'innocuité et le succès ont paru de 
plus en plus assurés : ainsi, Lower avait l'ait passer 
dans les veines d'un petit chien du sang emprunté 
à deux gros chiens, sans que cet animal succombât ; 
— un chien dans la carotide duquel Bichat avait 
fait passer le sang de la carotide d'un animal de 
même espèce, n'en éprouva qu'un léger trouble; — 
des chiens que Harwood avait saignés jusqu'à syn- 



cope complète furent toujours rendus à la vie et à la 
santé, quand il se servait du sang de chien pour opé- 
rer la transfusion, etc. 

Toutefois, une expérience de Milnc-Edwards et 
Delafond tendrait à faire admettre qu'il suffit que les 
deux animaux, entre lesquels se pratique la trans- 
fusion, lassent partie d'un même groupe naturel, 
bien qu'appartenant à des espèces distinctes : ainsi 
un âne, rendu presque exsangue, reçut dans ses 
veines une quantité considérable de sang de cheval, 
se ranima et se rétablit d'une manière permanente. 

S'il est vrai, comme le démontrent suffisamment 
les faits, que chez l'homme ou l'animal épuisé par 
une abondante hémorrhagie, l'injection d'une quan- 
tité de sang nouveau, bien inférieure d'ailleurs à 
celle qui a été perdue, ranime la vie presque éteinte, 
il serait intéressant de connaître auquel de ses clé- 
ments ce liquide doit sa propriété vivifiante. A cet 
égard, les expériences de Prévost et Dumas ont ap- 
pris que c'est aux globules qu'il convient de la rap- 
porter. 

Si, en offet, dans Tes vpînes d'un animal auquel 
on a fait subir une grande perte de sang, on injecte 
du sérum sanguin (liquide dépouillé de fibrine et de 
globules), on n'obtient aucun signe de révivification ; 
une injection d'eau tiède ne donne pas un autre 
résultat. 

Quand, au contraire, on injecte du sang privé de 
sa fibrine par le battage, mais conservant ses glo- 
bules intacts, l'animal est rappelé à la vie. Ces faits, 
confirmés par Dieffenbach, Bischoff, etc., ne parais- 
sent laisser aucun doute sur le rôle nécessaire des 
globules sanguins dans la transfusion. On peut 
même ajouter que le globule sanguin à l'état figure 
est indispensable, car M. Paul Bcrt a essayé sans 
succès d'une dissolution d'hémoglobine oxygénée. 

Nous avons vu plus haut que, d'après Prévost et 
Dumas, le sang des mammifères transfusé aux oiseaux 
agirait en quelque sorte comme un poison. Pour 
expliquer cette action nuisible, on avait d'abord in- 
voqué la différence de forme et de volume entre les 
globules de ces animaux. Ces différences, bien con- 
nues, ont été rendues parfaitement sensibles sur 
notre dessin (p. 97), qui représente, avec leurs pro- 
portions relalives, des globules sanguins apparte- 
nant à plusieurs classes de vertébrés. Mais, depuis 
les recherches de Bischoff, c'est à la présence de la 
fibrine coagulable qu'on aurait été plutôt porté à 
l'attribuer. 

En effet, cet expérimentateur dit avoir pu, sans 
résultats fâcheux, injecter du sang de mammifères 
défibriué à des oiseaux, et réciproquement; fait con- 
staté, depuis, par d'autres physiologistes. 

D'un autre côté, Bischoff assure également avoir 
reconnu que le sang veineux, dans la transfusion 
entre ces deux classes d'animaux, diffère du sang 
artériel, quant aux effets produits ; du sang veineux 
de chien, injecté à une poule, la tue, tandis que du 
sang artériel la laisse survivre. 

Des études plus récentes paraissent avoir montré 



100 



LA NATURE. 



que ce qui s'oppose à l'emploi du sang d'espèces 
différentes pour la transfusion, c'est que les globules 
rouges du sang d'une espèce se dissolvent plus ou 
moins rapidement dans le sang, dans le sérum d'une 
autre espèce. Ainsi, à la suite d'injections de sang 
de mammifère défibriué à la grenouille (rana escu- 
lenta)) on observe qu'au bout de trois à cinq minutes 
on ne retrouve plus de globules de lapin ; au bout 
de vingt minutes, ceux du cochon d'Inde ont dis- 
paru, ceux du mou- 
ton, ceux de l'homme 
après trente, ceux du 
chien après une 
heure seulement , 
ceux du pigeon après 
quatre-vingts mi- 
nutes. 

Quant au sang de 
mammifère injecte 
avec tous ses élé- 
ments à des oiseaux, 
s'il peut, nf.r, - » nui- 
sible, cela ne tient 
pas à une action to- 
nique et mystérieuse 
de la fibrine ; le fuit 
est probablement 
d'ordre purement 
mécanique. Le sang 
de certains mammi- 
fères , tels que le 
chien et le chat, se 
coagule rapidement , 
et il est probable 
qu'avec les procédés 
un peu primitifs dont 
se servait Bisclioff, il 
a injecté un sang déjà 
à demi coagulé, ca- 
pable de déterminer 
ainsi des obstructions 
vasculaircs prompte- 
ment mortelles. 

On peut donc légi- 
timement dire au- 
jourd'hui que la 
transfusion de sans 
de mammifère à l'homme, -**• quand les globules 
rouges de l'animal choisi ne diffèrent pas notable- 
ment quant à la forme et aux dimensions des glo- 
bules rouges de l'homme, — ne produit pas d'effets 
nuisibles. Si les globules du sang injecté se dissolvent 
et disparaissent bientôt dans l'organisme du trans- 
fusé, ils n'en peuvent pas moins produire des résul- 
tats avantageux, quoique passagers. 

On doit donc recourir à cette ressource faute de 
mieux, c'est-à-tlire quand le sang humain fait abso- 
lument défaut. 

1 Traité d'Elsholius : Chjsmalica nova. — Colonise lirait* 
denburgicœ, 1667, in-8°. 




Transfusion médiate 1 . (Fac-similé d'une gravure du dit-septième siècle.) 



Les faits de transfusion du sang, pratiquée de 
l'homme à l'homme avec plus ou moins de succès, 
sont assez nombreux aujourd'hui. Leur étude est 
maintenant sortie du domaine de la physiologie ex- 
périmentale pour rentrer dans celui delà thérapeu- 
tique rationnelle : c'est à ce point de vue que nous 
allons à présent les examiner, suffisamment appuyés 
sur les notions générales exposées dans les lignes 
précédentes. 

Il existe dans la 
science plusieurs 
statistiques concer- 
nant la transfusion. 
M. de Belina, dans sa 
thèse Sur la transfu- 
sion du sang de fibri- 
ne {Paris, 1873), a 
consigné 155 obser- 
vations , contenant 
presque tous les cas 
connus jusqu'en 
1869.En487l,Asche 
( Schmidt's Jahres- 
bericht) en a rassem- 
blé 75 nouveaux, ce 
qui porte le chiffre 
total à 250 cas. Mais 
ces tableaux ne sont 
guère instructifs, car 
ils no donnent que le 
diagnostic nominal 
et le résultat final, 
sans qu'il soit pos- 
sible, à l'aide des 
documents relatés, 
de faire la part des 
conditions qui ont 
déterminé le succès 
ou l'insuccès de l'o- 
pération. 

M. Marmonier fils, 
dans une thèse de 
Montpellier, a re- 
cueilli 34 observa- 
tions où l'on employa 
le sang dé fibrine; 
résultats ; 22 morts, 



soit une mortalité de 2 sur 3. 

Dans 113 cas, le sang fut transfusé intact : 34 
morts , c'est-à-dire une mortalité de 1 sur 3 seule- 
ment. 

Ces chiffres sont donc une nouvelle et éclatante 
confirmation de l'utilité de l'emploi du sang en na- 
ture, suivant la méthode conseillée par M. le pro- 
fesseur fichier. 

Mais arrivons au fait récent qui a de nouveau ap- 
pelé vivement l'attention sur la transfusion du sang 
et ses avantages pratiques. 

Il s'agit de l'opération par laquelle M. Béhier a si 
heureusement rappelé à la vie une femme parvenue 



LA NATURE. 



101 



au dernier période de l'épuisement, par suite d'une 
hémorrhagic incoercible. 

Nous ne décrirons pas ici en détail les temps di- 
vers et les précautions que comporte l'opération ; 
nous nous contenterons d'insister sur quelques 
points d'un intérêt plus général. 

Ainsi, M. Cellier regarde comme préférable d'in- 
jecter le sang pur en nature, sans défibrination préa- 
lable, sans abaissement antérieur de température. 
Ces manipulations préliminaires, destinées à empê- 
cher la coagulation de la fibrine, sont inutiles quand 
l'opération est faite promptement, ce qui est facile. 
11 pense qu'il y a tout avantage à injecter du sang, 
non pas mort, comme lorsqu'on fait ces manœuvres 
préparatoires, mais bien vivant et pourvu de globules 
non altérés par le battage et la réfrigération, et en 
outre offrant encore intactes les matières albumi- 
noïdes dont le rôle nutritif est certainement con- 
sidérable, en menu; temps qu'elles servent éminem- 
ment à la suspension et à la plus facile circulation 
des hématies. Chaules Letort. 

— La suite prochainement. — 



MADAME EMMANUEL LIAIS 

« Pourquoi s'en prendre aux hommes, s'écrie La 
Bruyère, de ce que les femmes ne sont pas savantes? 
Par quelles lois, par quels 
é.lits , par quels rescrits 
leur a-t-on défendu d'ou- 
vrir les yeux et de lire, 
de retenir ce qu'elles ont 
lu, et d'en rendre compte 
ou dans leur conversa- 
tion ou par leurs ouvra- 
ges? » 

Madame Emmanuel 
Liais que la mort vient 
d'enlever à la science, est 
un des rares exemples, 
que l'on puisse oppowr 
aux reproches du grand 
moraliste. Femme d'un 
grand savoir , et d'une 
mâle énergie, elle avait en 
même temps toutes les 
grâces de son sexe; elle 
savait briller aussi bien 
parla (inesse de son esprit, 
que par l'abondance de 
son érudition, et la pro- 
digieuse fécondité de sa 
mémoire. Elle avait la 
passion du voyage et de 
l'exploration, aussi vou- 
lut-elle accompagner son 
mari dans ses grandes pé- 
régrinations de l'Amérique du Sud. Elle le suivit au 




Madame Emmanuel Liais. 



nables forêts du Brésil, ne reculant jamais ni devant 
les fatigues de la route ni devant les dangers de l'en- 
treprise. Madame Liais ne se lassait pas d'admirer 
cette luxuriante nature brésilienne, et son crayon 
nous a retracé quelques-uns des panoramas gran- 
dioses, qui se sont déroulés sous ses yeux, tout le 

long de sa route route immense, longue de 

4,800 kilomètres parcourus la plupart du temps sur 
un cheval, à travers des régions souvent inhabitées. 
Cette femme remarquable a puissamment contribué 
à l'œuvre de M. Liais, dont les travaux et les ouvra- 
ges sont devenus populaires ; elle descendait d'une 
grande famille de Hollande, où s'était conservée la 
tradition des grandes découvertes géographiques qui 
ont si souvent illustré son pays. 

En 1862, madame Emmanuel Liais fut atteinte 
de fièvres intermittentes à San Francisco ; malgré la 
force de sa constitution, le germe du mal, une l'ois 
semé, se développa sans cesse, et l'enleva à ses tra- 
vaux, à ses affections, à ses espérances. Elle était 
âgée de quarante et un an. Les obsèques eurent lieu le 
2 juin dernier à Cherbourg, ville natale de son mari, 
qui est actuellement directeur de l'Observatoire de 
Rio-Janeiro. La Société de géographie de Paris a dé- 
légué un de ses membres pour assister à la cérémo- 
nie funèbre, et pour apporter un juste tribut d'hom- 
mages à la mémoire d'une femme d'une grande 
intelligence et d'un rare courage. Les résultats des 

voyages de M. et madame 
Liais ont eu une impor- 
tance considérable , au 
point de vue géographi- 
que; ils ont fait connaî- 
tre le cours de plusieurs 
grands fleuves, qui rou- 
lent leurs eaux sur une 
vaste étendue ; ils ont ap- 
porté encore des rensei- 
gnements précis sur la 
constitution géologique 
!lu sol du Brésil. Une 
grande partie de ces pé- 
régrinations a dû. s'ac- 
complir en canot, sur des 
rivières inconnues, des 
fleuves inexplorés, où les 
rapides et les cascades 
abondent; au milieu de 
contrées où les matais of- 
frent partout un terrible 
foyer de miasmes redou- 
tables. C'est sans doute 
en traversant ces pays 
dangereux que madame 
Liais prit le germe de la 
maladie qui devait plus 
tard causer sa mort. 
Les nombreux dessins 
que madame Liais a rapportés de ses explorations 



milieu des peuplade sauvages, à travers les intérim- [ ont souvent été admirés par des artistes; ils forment 



m 



LA NATURE. 



en effet une bello collection, qui reproduit la nature 
avec sentiment et avec exactitude. Un grand nom- 
bre de ces esquisses représentent les magnifiques 
végétations qui entourent la Villa-da-Barra, où les 
voyageurs firent un séjour assez prolonge. Dans cette 
contrée fort dangereuse, M. Liais fut atteint de liè- 
vres pestilentielles qui faillirent lui coûter la vie. 
11 ne dut son salut qu'au dévouement de son héroï- 
que compagne, qui lui prodigua des soins touchants. 



LE VOLCAN DE KILAXÉA 

AUX ILES SANDWICH 1 . 

Le volcan de Kilanéa, à Ilawaï, présente l'aspect 
d'un vaste abîme noirâtre ayant 12 milles de circon- 
férence et i ,000 pieds de profondeur. La plus grande 
partie du cratère est un lac de pierre formé par des 
couches de lave antique ayant d'innombrables cre- 
vasses desquelles s'échappent des nuages de fumée, 
et dont le centre ressemble à un énorme remblai 
ayant 1 mille 1/5 de tour et à peu près 200 pieds de 
haut, lequel lance à tout instant des colonnes de fu- 
mée, ce qui le fait regarder comme la chaudière du 
lac du Sud. 

Voici, d'après le Times, le récit d'une descente 
dans le cratère, récemment opérée par des explora- 
teurs : 

Le chemin, ou mieux, le sentier nous fit d'abord 
sillonner une pente rapide, couverte de fougères, de 
fraisiers, d'ohelas et de buissons d'o/u'a. Et cela sur 
les bords de ravins profonds ou entre deux abîmes 
bordés d'énormes rocs de lave tombés du sommet 
du cratère. Ensuite nous descendîmes une rampe 
d'escaliers formes par des perches et de la terre et 
qui se développaient au-dessus et autour d'arêtes ro- 
cailleuses et sablonneuses se prolongeant eu forme 
de caps et de promontoires jusqu'à la mer de lave 
noiràlre qui se trouvait au fond. 

Là, nous nous arrêtâmes, écoutant avec soin les 
échos que nous renvoyaient les gorges supérieures 
quand nous frappions les rochers de no» bâtons. 

Nous fîmes alors l'expérience de frapper sur le 
sol ; le son produit nous parut si creux et si vide, 
que nous nous hâtâmes de nous lendre sur un ter- 
rain plus solide ; mais le guide nous fit observer que 
nous aurions à marcher pendant trois ou quatre heu- 
res sur une croûte peu épaisse au-dessus du feu et 
de la lave. Il nous fut aisé de vérifier le fait, car en 
avançant nous rencontrâmes des crevasses formées de 
pierres blanches et jaunâtres que nous ne pouvions 
toucher, tant elles étaient brûlantes, et d'où s'échap- 
paient des nuages de fumée, des masses gazeuses en- 
flammées et des torrents d'acide sulfureux. 

La lave, à ce moment, se montrait sous les formes 
les plus fantastiques. En quelques endroits d'épaisses 

1 Yoy. Table du i" semestre 4874 : les Iles Sandwich. Le 
récit que nous publions aujourd'hui 8 été publié parle Times 
il traduit par le Journal officiel. 



vagues de love récente étaient venues se superposer 
aux vieilles couches, pénétrant dans toutes les cre- 
vasses et dans tous les ravins, se répandant sur les 
faces des rochers en forme de cascades de goudron, 
et se suspendant en festons pétrifiés et en stalactites 
le long des fissures laissées ouvertes par le tremble- 
ment de terre de 1868. 

La lave la plus récente a un lustre métallique à 
sa surface, tandis que la plus ancienne est noire 
ou d'un gris épais, tel qu'on ne le rencontre pas ail- 
leurs dans le monde. 

Nous nous assîmes un instant pour bien examiner 
cet étrange spectacle, mais nous éprouvâmes bientôt 
une chaleur qui nous obligea à changer dû place. En 
regardant au fond du trou qui était très-large et ta- 
pissé de pierres rouges et brûlantes, nous vîmes le 
loyer des flammes, et nous entendîmes ce grondement 
particulier qui caractérise la rage sourde des feux 
souterrains. 

Le guide commença alors à tracer le chemin avec 
une grande attention, car nous nous trouvions près 
des bords de la chaudière, et nous marchions sur 
l'étroite surface des fournaises en cbullition. Enfin, 
nous arrivâmes au centre même du cratère. 

Nous étions sur les bords d'un lac irrc'gulier d'un 
feu liquide tout bouillonnant, roulant, se mouvant 
en roulis d'un bord à l'autre, répandant une chaleur 
constamment croissante, et lançant de vastes colonnes 
de fumée. 

Le fond des ravins était frangé de flammes et il 
semblait à tout instant que les rochers allaient se 
précipiter dans le lac enflammé. La lave qui en for- 
mait le rivage ressemblait à du sang, comparée avec 
les rochers noirâtres qui se trouvaient au-dessus. 
Une cascade de feu semblait se livrer, au fond du lac, 
aux ébats les plus étranges; elle bouillonnait, se 
roulait sur elle-même, laissant échapper des jets de 
lave ardente, dispersant autour d'elle des rayons en- 
flammés. 

Alors elle sembla s'affaisser pour un instant et le 
lac parut laisser refroidir à la surface une épaisse 
croûte grise et noirâtre ; mais bientôt il se souleva 
de nouveau vers le centre et fit jaillir une colonne de 
feu à trente à quarante pieds de haut, qui joua pendant 
quelques minutes comme une fontaine colossale, 
lançant de tous côtés des blocs de iave, poussant ses 
vagues enflammées contre les rochers avec un bruit 
qui ressemblait à celui du ressac sur un rivage ro- 
cailleux, bruit indescriptible et diabolique. C'était le 
bruit d'une merde feu en fureur. 

Pendant ce temps une partie de la falaise rocheuse 
s'était précipitée dans le lac, qu'elle avait partagé en 
deux, la partie méridionale, plus éloignée de nous, 
étant restée la plus remuante. 

De temps en temps, le vent qui soufflait avec une 
certaine force, portait la fumée jusqu'à notre visage, 
ce qui nous obligeait à tousser et à subir les symptô- 
mes de l'étranglement. 

L'endroit où nous nous trouvions était tellement 
échauffé, que nous étions obligés de nous mouvoir 



LA NATURE. 



103 



continuellement, pour ne pas exposer nos pieds à 
être brûlés, et la chaleur était partout si intense 
qu'il fut impossible de tenir nos mains sur le rebord 
d'une crevasse pendant plus de quelques secondes. 

Au-dessous de nous Li scène changeait à tout in- 
tant ; tantôt une vague enflammée se roulait sous la 
falaise et brisait contre les rochers sa croûte rougeà- 
tre; tantôt elle revenait sur elle-même et roulait de 
nouveau dans le lac, jusqu'à ce qu'elle fût redevenue 
une masse de feu liquide, bouillonnant en cascades 
sans cesse agitées, ou rejetant an dehors des rayons 
de feu épais de trente à quarante pieds de liant. Il 
n'y avait pas de flammes, c'était une matière liquide 
chauffée à rouge ou à blanc, ressemblant au fer 
fondu de nos fonderies. 

D'ailleurs, ce lac change constamment; au mo- 
ment de notre visite, il avait à peu près une étendue 
de trois à quatre arpents, sa surface étant de cent 
vingt pieds au-dessous du sommet de la falaise. 

Des masses énormes de rochers tombent sans cesse 
dans le fond du cratère, et il y a un danger réel et 
constant pour les visiteurs qui se tiennent trop près 
de ses bords. Quelques jours avant notre visite, 
d'autres curieux avaient eu tout juste le temps d'é- 
viter, en courant, d'être écrasés on précipités dans 
l'abîme par des rochers échappés du sommet et rou- 
lant avec fracas dans les profondeurs. 

Nous restâmes à peu près trois heures en face de 
ce lac brûlant, examinant toutes ses évolutions en- 
flammées, ses éclairs bouillonnants et ses cascades de 
lave, puis, après ramassé une quantité de débris, 
nous revînmes péniblement sur nos pas. 



>0< 



LES PLANTATIONS URBAINES 

La ville de Paris a 7,802 hectares compris dans 
l'enceinte des fortifications. Si le tiers de cette 
surface, soit 2,600 hectares, était couvert d'arbres, 
l'assainissement atmosphérique déterminé par les 
végétaux compenserait la vieiatioo déterminée par 
7,800 habitants. Ce serait là peu de chose pour une 
population de 1,800,000 habitants, sans compter les 
animaux domestiques, les foyers industriels, les ate- 
liers, etc. En comprenant ces divers lieux on trou- 
verai', qu'il faut une forêt de 600,000 hectares pour 
compenser laviciation atmosphérique produite parla 
ville de Paris 1 . 

La plantation des squares, jardins publics, pro- 
menades el avenues, ne couvre qu'une surface de 
752 hectares; c'est donc à peu près 600,000 bec- 
tares qu'il faudrait planter pour arriver à l'équi- 
libre dont nous parlons. Ce serait là un travail 
gigantesque que personne ne songe à réaliser. Mais 

1 11 est bon dn faire remarquer ici que l'air d'une grande 
ville est sans cesse renouvelé par le mouvement dus courants 
aériens, et que la quantité d'acide carhonique contenue dans 
l'atmosphère de Paris est extrêmement petite malgré ses 
nombreuses sources de production. 



à défaut de celte entreprise on ne saurait trop 
préconiser la création des squares ou jardins pu* 
blics, que par métaphore on peut regarder comme 
les poumons d'une ville, et dont les boulevards et 
avenues plantés seraient les artères. Plus ces pou- 
mons sont vastes, plus la respiration est grande et 
facile. 

Si l'on jette un coup d'œil sur le plan de Paris, 
m remarque que les squares ont été disséminés dans 
un but bien déterminé. Chaque arrondissement, sauf 
deux ou trois, possède un jardin public important 
d'où le plus souvent partent des avenues plantées 
d'arbres. Il reste donc, pour accomplir cette œuvre 
de haute humanité, la création de squares ou jardins 
publics dans chaque quartier. Et en cela la ville de 
Paris ne ferait qu'acte de justice en créant de nou- 
veaux jardins pour remplacer ceux qu'elle a détruits, 
tels que Idulie , Marbceuf, Tivoli, Beaujon, etc. 
L'exemple qu'a donné Paris a été suivi par bien 
' des villes en France: Lille, Marseille, Nice, Lyon, 
Bordeaux, etc., possèdent aujourd'hui plusieurs 
squares. Les capitales de l'Europe elles-mêmes sont 
fières de leurs promenades: Londres monlre Grcen- 
wieh-Park , Hyde-Park, Regent's-Paik; Yienne, le 
IVater ; Rome, la villa Borghèse ; Saint-Pétersbourg, 
l'île de Jelaghium ; Berlin, le Thiergarten. 

La création des squares parisiens n'est pas non 
plus sans avoir exercé une heureuse influence sur la 
diminution de la mortalité de la capitale, qui n'est 
plus que de 1 sur 39 habitants, au lieu de 1 sur Si- 
habitants qu'elle était il y a quelques années. 

Placés en bordure sur les trottoirs, les arbres en- 
tretiennent par leur feuillage l'humidité, condition 
favorable pendant les chaleurs. Ils soutirent i'eaudti 
sol, par leurs spongioles, la décomposent et s'en assi- 
milent les parties organiques pour augmenter leur 
accroissement. Toutefois, il faut agir avec discerne- 
ment et ne pas planter les arbres trop près des habi- 
tations, car alors ils donnent de l'humidité aux murs 
et interceptent l'air et la chaleur du soleil. Aussi un 
espace de 10 mètres au moins devrait-il séparer les 
arbres des maisons, au lieu de 5 mètres qui est la 
distance réglementaire. 

Il est aussi à remarquer que beaucoup de nos 
arbres d'alignement dépérissent par les émana- 
tions de l'asphalte, du gaz ou des industries dont 
ils sont proches, ou de l'altération causée par 
des insectes. Ne pourrait-on aussi en changer les 
espèces et planter des essences aromatiques qui 
contribueraient à favoriser l'hygiène publique 1 
Considérations prises du sol, en place du platane, de 
l'orme, du marronnier, ne pourrait-on employer 
sur une plus grande échelle le tilleul argenté dont 
les émanations produisent de si bons effets ? Les 
pétrocaryas, les aulnes, certains saules rempliraient 
un rôle analogue. 

De pareils essais ne devraient-ils pas être tentés, au 
lieu de transformer des squares déjà existants? Ce 
serait un meilleur emploi des fonds publics, et. toutes 
ces modifications bien entendues ne contribueraient 



i04 



LA XATURÎ 



pas peu à mériter la qualification que donnait à Paris 
François I er : « La citéreyne de l'Lurope 1 . » 

F. Barillet. 



LES PHARES DES ÉTATS-UNIS" 

Toutes les nations maritimes du monde civilisé 
construisent des phares sur le littoral qui leur ap- 



partient. Les États-Unis de l'Amérique du Nord ont 
commencé d'éclairer leurs côtes, il y a longtemps 
déjà, car un acte du Congrès, en date du 7 août 1789. 
portait que les dépenses d'établissement et d'entre- 
tien des phares, bout' es et balises, placés sur les cô- 
tes ou à l'entrée des baies et des ports, seraient doré- 
navant à la charge du Trésor fédéral, à la seule 
condition que chaque Élat céderait gratuitement à 
l'Union la propriété des terrains où des travaux de 




Phare de la pointe Bergen, New-Jersey. 



cette nature seraient exécutés. Les phares dépendent 
donc directement de l'autorité fédérale. C'est l'un 
des rares services publics qui soient centralisés aux 
États-Unis. 
Sans doute les Américains du Nord qui possédèrent 

1 Revue horticole. 

* Yoy. les Phares américains, Table des matières du 1"' sè- 
mes t«e 1874. 



toujours une marine marchande importante, étaient 
les premiers intéressés à signaler les écueils de leur 
littoral ; ils n'en méritent pas moins d'être loués 
d'avoir si bien compris les devoirs que l'humanité 
impose à tous les États maritimes ; d'autant plus 
qu'ils eurent longtemps des voisins qui vivaient sans 
honte de la dépouille .des naufragés. Aux îles Ba- 
hama, par exemple 7 la population s'adonnait ouverte- 



LA NATURE. 



10> 



meut à cette sorte 
de piraterie. Quand 
on apercevait le soir 
un navire sur la 
haute mer, on avait 
soin d'allumer des 
feux pendant la 
nuit, en sorte que 
les malheureux na- 
vigateurs , trompés 
par ces faux signaux , 
se jetaient sur les 
récifs. Par un raffi- 
nement de barbarie, 
ces pillards s'effor- 
çaient d'imiter les 
signaux en usage 
dans les phares. 
Ainsi en faisant tour- 
ner en rond un che- 
val à la queue du- 
quel ils attachaient 
une lanterne , ils 
reproduisaient assez 
bien les éclats varia- 
bles d'un feu tour- 




Phare <Jc la pointe Royes, côle du Pacifique. 



liant. — L'éclairage 
des côtes est orga- 
nisé aux États-Unis 
tout à fait comme 
en France. Un co- 
mité do savants, de 
marins et d'ingé- 
nieurs, sous l'auto- 
rité supérieure du 
secrétaire d'Etat des 
finances, donne son 
avis sur tout ce qui 
est à faire. Ce co- 
mité est présidé en 
ce moment par le 
professeur Henry , 
secrétaire de l'In- 
stitut smithsonien. 
Les appareils à feux 
fixes ou tournants 
sont construits d'a- 
près les principe? 
posés par notre com- 
patriote Fresnel , 
dont les admirables 
inventions sont ré- 




Phare Je Clcvcland, lac Érié. 



Pliaro ds la Trinilé, golfe du Mexique. 



400 



LA NATURE. 



ptiiidu.es, ou peut le dire, dans le monde entier. Les 
tours qui supportent les fanaux ressemblent aussi 
Leaucoup aux nôtres, sauf que les Américains, par 
une tendance naturelle de leur esprit, emploient les 
constructions en fer plus souvent que nous. 

Au mois de septembre 1872, il y avait sur le lit- 
toral de l'Union 573 phares, 22 bateaux-fanaux, 55 
signaux acoustiques mis eu œuvre par des machines 
à vapeur ou à air chaud pour les temps de brouillard, 
554 balises et 2,762 bouées. Les gardiens de phare 
étaient au nombre de 809. L'ensemble de ce service, 
disséminé sur des milliers de kilomètres de côte, 
était réparti entre treize ingénieurs dont chacun est 
responsable dans 1 étendue de sa circonscription. 

Les côtes des Etats-Unis se divisent naturellement 
en quatre régions qui diffèrent beaucoup par l'aspect 
physique. 

Il y a d'abord la région septentrionale du Saint- 
Laurent et des lacs où la navigation est interrompue 
pendant l'hiver. Les phares s'éteignent au premier 
janvier et ne se rallument qu'à la débâcle des glaces. 
Le phare du Cleveland, sur le lac Krio, est un spc:ci- 
men des constructions massives qu'exige dans cette 
contrée la rigueur du climat. 

La côte de l'Atlantique, depuis l'Etat du Maine 
jusqu'à la Floride, est découpée, comme on sait, par 
de larges estuaires à l'intérieur desquels se trouvent 
les principaux ports. C'est la partie du littoral la plus 
fréquentée par la marine et qu'il importait le plus 
de bien éclairer. Le phare de la pointe de Bergen, 
daus le New-Jersey, appartient à cette région. 

Dans le golfe du Mexique, la côte est plate ; les 
phares ont été souvent construits en pleine mer sur 
des bas-fonds que la marée recouvre. Dans ce cas, les 
Américains ont eu recours volontiers à de légères 
constructions en tôle et fer. La douceur du climat 
permet ces édilices que les froids rigoureux du Nord 
rendraient probablement inhabitables. 

Enfin la côle du Pacifique présente un aspect tout 
différent. Elle est droite, rocheuse, généralement 
très-escarpée. C'est à peine s'il y existe deux ou trois 
ports en outre de la magnifique baie de San Fran- 
cisco. Comme elle est d'ailleurs fort brumeuse et que 
les brouillards se maintiennent à une faible hauteur 
au-dessus du niveau de la mer, la préoccupation prin- 
cipale des ingénieurs a été de placer les phares le 
plus bas possible. Le phare de la pointe Heyes est un 
petit édifice situé sur une falaise à 100 mètres au- 
dessus des flots. Si le temps est clair, on aperçoit ses 
feux à 24 milles en mer ; mais cela arrive rarement. 
Pour les temps débrouillard, il y a un sifflet à va- 
peur qui prévient les navigateurs de l'approche de 
cette côte inhospitalière. 

Les États-Unis ont déjà consacré plus de 120 mil- 
lions de francs aux travaux de phares et balises. Ce- 
pendant, le littoral de 1 Union est tellement étendu 
que l'œuvre est encore loin d'être complète. Aussi le 
Congrès, dans l'une de ses dernières sessions, 'a-t-il 
voté des fonds pour la construction de quarante nou- 
veaux phares et de dix appareils acoustiques. Ce sont 



des dépenses utiles dont tous les marins du globe 
leur doivent être reconnaissants 1 . H. Blerzy. 



LES 



SUPERSTITIONS RELATIVES AUX COMÈTES 

Pour se rendre compte des progrès de l'esprit hu- 
main dans les derniers siècles, il est bon de faire 
remarquer que l'apparition de la comète Coggia n'a 
été signalée par aucune prédiction burlesque, aucune 
tentative d'horoscope. Il n'y a pas encore deux cents 
ans que l'Académie des sciences de Paris s'est servie 
d'un de ces astres pour adresser dos flatteries à 
Louis XIV. Cassini fit remarquer que la comète de 
1652 avait fait son apparition pendant les fêtes delà 
naissance du duc de Bourgogne. C'était évidemment 
d'un favorable augure puisque le grand Kepler avait 
aperçu la comète de lo76 dans des circonstances 
analogues. 

Les astrologues n'avaient pas sur 1rs r,ornMes une 
opinion aussi fortement arrêtée que le raisonnement 
de Cassini pouvait le faire croire. La présence d'une 
comète dans un horoscope annonçait purement et 
simplement une série d'événements extraordinaires. 
L'influence de ces corps célestes, comme celle des 
planètes ou des constellations, était susceptible de 
deux sens, un bon ou un mauvais, ce qui, comme 
on le voit, donnait une grande latitude au prophète. 
Les comètes étaient distinguées aussi en deux classes, 
celles qui avaient un mouvement diurne, et celles 
qui avaient un mouvement rétrograde. Ces premières, 
comme celle de M. Coggia par exemple, ne pouvaient 
rien changer au cours naturel des choses. Il n'en 
était pas de même des secondes. 

Les astrologues attachaient une grande importance 
au nom des constellations près desquelles les cor 
mètes faisaient leur apparition et aux constellations 
zodiacales qu'elles traversaient. Les comètes se mon- 
trant dans le voisinage du pôle boréal étaient surtout 
importantes pour les princes, les rois, les papes, les 
empereurs. 

Au moyen âge on n'aurait pas manqué de ratta- 
cher à la comète Coggia l'apparition du manifeste du 
comte de Chambord. On aurait pu le faire avec au- 
tant de droit que de rapprocher la comète de l'iG-i 
de la mort du pape Urbain IV. 

Si la comète de 1556 agit assez vivement sur l'es- 
prit de Charles-Quint, pour le décider à se retirer 
dans un couvent, c'est qu'on avait rapproché la mort 
de sa tante Marguerite, et de son graud-père Ferdi- 
nand, d'apparitions analogues. L'astrologie était alors 
dans tout son éclat. 

Tous les peuples qui vivent actuellement à la sur- 
face de la terre ne sont point aussi débarrassés de ces 
idées superstitieuses ; ainsi un télégramme inséré 

1 Le Harper's Magazine de New- York a consacré un long 
article aux phares américains; nous empruntons à co journal 
les documents de nos illustrations. 



LA NATURE. 



107 



dan? le Times, du 6 juillet, nous apprend que l'ap- 
parition de lu comète Coggia a produit à Calcutta une 
émotion profonde. En Chine, cet astre doit vivement 
préoccuper los astrologues de l'Élat et provoquer de 
sérieuses délibérations de la part des conseillers de 
l'Empereur. 

A côté de ces superstitions que nous pouvons ap- 
peler religieuses, il couvieut de ranger les supersti- 
tions physiques. Un travail très-curieux serait de 
donner la liste complète des influences matérielles 
que l'on a, à différentes époques, attribuées aux co- 
mètes. 

Il faudrait pour cela parcourir les ouvrages de 
Gregory, de Sydenbam et des autres rêveurs qui ont 
subordonné à l'influence de ces astres les événements 
les plus bizarres et les plus insignifiants. On a été 
jusqu'à en rapprocher une pluie de cendres, une ap- 
parition de sauterelles, la singulière épidémie de l'an 
590 où l'on mourait en éternuant, et la mort 
soudaine de presque tous les chats qui habitaient la 
province de Wcstphahe. Passe encore pour les trem- 
blements de terre, et les éruptions volcaniques qui 
pourraient être produites, à la rigueur, par des attrac- 
tions, mais il resterait à démontrer qu'il en est ainsi. 
Les auteurs ont varié, autant que les purs astrolo- 
gues, sur les influences climatologiqucs qu'ils ont 
attribuées aux comètes. Les uns ont cru qu'elles ame- 
naient de l'humidité, et les autres de la sécheresse. 
Us peuvent tous avoir raison, mais il est encore pos- 
sible qu'ils aient tort les uus et les autres ; on ne 
possède point les éléments d' une discussion scientili- 
que sérieuse. 

Il est bon de noter, mais à l'état de simple ren- 
seignement, que la visibilité de la comète Coggia a 
coïncidé avec l'entrée dans une période de fortes cha- 
leurs. Mais ce qui rend l'étude difficile, c'est que les 
chaleurs que nous traversons actuellement sont arri- 
vées à une époque normale- 

Les comètes sont également utilisées par les théo- 
logiens pour expliquer des faits embarrassants. Ainsi 
l'éclipsé de la Passion, qui a eu lieu pendant une 
pleine lune, aurait été produite par une comète ve- 
nant nous cacher le soleil. Le célèbre Whilton pense 
que le déluge a été produit par le choc d'une comète 
contre la terre; il a même calculé l'orbite de cet 



>♦< 



LES NOUVEAUX SYSTEMES 

DE TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRIQUE 

(Suite. - Voy. p. 27.) 
LES APPAREILS IMPRIMEURS. — LC TÉLÉGRAPHE HUGUES. 

L'appareil Morse traduit la dépèche par des signaux 
de convention, qui ne ressemblent point à récriture 
usuelle. On a demandé au télégraphe imprimeur de 
réaliser tout entière l'idée de Guitenberg, de là sont 
venus les typo-télégraphes. 



Les appareils de ce genre comportent essentielle- 
ment : 

1° Une roue tournant en face d'une bande de pa- 
pier et portant en relief tous les caractères de l'al- 
phabet, imprégnés d'encre par le frottement contre 
un tampon humide ; 

2° Un marteau qui agit au moment où la lettre a 

imprimer a pris la position convenable, et qui presse 

soit la roue sur le papier, soit le papier sur la roue. 

Cet organe porte Ordinairement le nom de roue 

des types et le marteau celui de levier imprimeur. 

La roue peut être mise en mouvement à distance 
par des courants successifs et on peut l'arrêter dans 
les positions convenables de la même manière qu'on 

! arrête l'aiguille d'un cadran. Quand elle est ar- 

I rètée pour l'impression d'une lettre, il faut qu'un 
courant différent des autres, soit par sa nature, soit 

I par son intensité, vienne déclaucher le levier im- 
primeur. Les appareils construits d'après ce prin- 
cipe s'appellent appareils imprimeurs à échappe- 

I ment. 

11 y a une autre solution. Un peut concevoir deux 

' roues semblables tournant aux deux extrémités d'une 
ligne, de telle manière que leurs caractères se trou- 
vent toujours semblablcment placés. L'olïicedu cou- 
rant se borne alors à faire marcher le levier impri- 
meur, quand la lettre à imprimer a été amenée en 
lace de lui. Les appareils de cette seconde catégorie 
peuvent être nommés appareils imprimeurs à mou~ 
ventent synchronique. 

Les premiers sont plus simples, les seconds per- 
mettent uiie transmission plus rapide. Nous indique- 
rons sommairement le principe des appareils à échap- 
pement, nous décrirons ensuite avec quelque détail 

! le plus perfectionné des appareils à mouvement syn- 
chronique, l'appareil Hughes. 

Si on se reporte à la ligure 1 , on y trouvera les or- 
ganes fondamentaux d'un imprimeur à échappement, 
li'électro-aimant E fait tourner la roue à rochetu et 
la roue des types II fixée au même axe. Les carac- 
tères frottent en tournant contre un tampon r im- 
prégné d'encre. V est Félectro-aimant imprimeur, h 
le petit marteau qui presse le papier contre la roue 
des types. On voit enlin en île mécanisme qui sert à 
faire avancer h; papier d'une longueur constante pour 
chaque lettre imprimée, le papier passe entre deux 
laminoirs dont l'un tient à une roue dentée; cette 
roue, dont le mouvement est commandé par le cli- 
quet i, avance d'un cran pour chaque oscillation du 
levier imprimeur. 

La lenteur de la transmission, dans ce genre d'ap- 
pareils est due au grand nombre d'émissions de cou- 
rant qui est nécessaire pour passer d'une lettre à une 
autre. Cet obstacle est habilement tourné dans l'ap- 
pareil Hughes qui frappe la lettre à imprimer, poul- 
ain si dire au vol, c'est-à-dire au moment où suivant 
la rotation de la roue des types, elle pusse à un re- 
père lîxe. 

Les figures 2 et 3 représentent en perspective et 
eu plan l'appareil Hughes. 



108 



LA NATURE. 



La dépêche est en quelque sorte jouée sur les tou- 
ches d'un clavier portant les lettres de l'alphabet et 
correspondant à des goujons disposés circulairement 
sous le disque N. Un poids attaché à la roue Z sert de 
moteur et transmet 
le mouvement par 
les mobiles 1 et 3 à 
trois axes distincts. 

Sur l'un de ces 
axes est fixé la roue 
des types IL 

Le second axe , 
qui constitue le ma- 
nipulateur, est ver- 
tical et porte un le- 
vier horizontal ou 
chariot g , qui se 
meut avec la même 
vitesse angulaire 
que la roue des types 
au-dessus du disque 
N. Ce disque est 
percé de trous à tra- 
vers lesquels pas- 
sent les goujons qui 
sont en relation avec le clavier. Ces goujons sont re- 
liés au pôle de la pile et le chariot au fil de la ligne. 
Quand on abaisse une touche, le goujon correspon- 




Fig 1. — Type des appareils à échappement. 



dant se soulève, et au moment où il est rencontré 
par le chariot envoie un courant au poste correspon- 
dant. 
Le troisième axe qui reçoit bon mouvement de la 

roue Z est l'axe P, 
destiné à produire 
l'impression; il 
n'est mis en mou- 
vement qu'au mo- 
ment où le courant 
traverse l'électro- 
aimant. Il porte des 
cames dont l'une 
soulève un petit 
marteau cylindrique 
et l'applique contre 
la roue des types. 

Lemouvementdu 
marteau impri- 
meur, étant inter- 
mittent, devrait 
troubler ceux de la 
roue, des types et 
du chariot ; mais cet 
effet est évité par 
l'addition d'un volant v, qui emmagasine la force 
vive, et d'un régulateur à lame vibrante */. 

L'impression a lieu d'ailleurs au punit de (b'part 




Fis 2 — Appareil Hughes. 



comme au point d'arrivée, de telle sorte que les deux 
appareils restent toujours dans les mûmes conditions 
mécaniques. 

Mais il faut, comme il a été dit précédemment, 



des dispositions spéciales pour que le synchronisme 
puisse êire maintenu entre les mouvements des deux 
roues des types, car de très-légères différences accu- 
mulées à chaque tour finiraient par produire un dé- 



LA NATURE. 



100 



saccord. Pour éviter cet inconvénient, la roue des 
types n'est pas calée sur son axe, elle peut se dépla- 
cer sur elle-même au moment où l'axe imprimeur 
soulève le marteau. Une came spéciale s'engage en- 
tre les dents d'une roue F, dite roue correctrice, 
qui tient à la roue des types, et fuit avancer ou recu- 
ler celte dernière, sans rompre sa liaison avec le 
rouage moteur de façon à placer le caractère juste en 
face du marteau. La concordance entre les deux ap- 
pareils se trouve ainsi rétablie à chaque impression 
pourvu que l'écart ne dépasse pas la moitié de l'es- 
pace qui sépare deux lettres. Les deux appareils 
tournant synchroniquement, il peut 
arriver telle circonstance accidentelle 
qui rompe l'accord. Il importe qu'on 
puisse le rétablir sans arrêter le mo- 
teur aux deux stations, car le mouve- 
ment n'est régulier et uniforme qu'au 
bout de quelques instants. Pour obte- 
nir ce résultat, la roue des types peut 
être arrêtée isolément dans une posi- 
tion fixe, au moment où le caractère 
qui correspond au blanc se trouve au- 
dessus du mar- 
teau ; le pre- 
mier courant 
qui arrive alors 
dans l'élcctro- 
aimant met la 
roue en prise, 
avec le moteur. 
On a soin de 
commencer 
chaque trans- 
mission par l'a- 
baissement de 
la touche du 
blanc; les roues 
des deux sta- 
tions se trou- 
vent alors par- 
tir du même 
point. 

L'électro - ai- 
mant A.A, qu'emploie M. Hugues, diffère sensible- 
ment des électro-aimants ordinaires. M. Hughes se 
sert d'un aimant permanent en fer à cheval, dont 
chaque branche est surmontée d'un cylindre de fer 
doux entouré de fil recouvert; à la partie supérieure 
de ce système vient, s'appliquer une petite armature 
de fer doux a, qu'un ressort de rappel a' tend à rele- 
ver. Lorsque aucun courant ne passe dans les bobines, 
l'armature est maintenue abaissée parle magnétisme 
dû à l'aimant permanent; mais, si un courant tra- 
verse le fil des bobines, de manière à y développer 
une aimantation contraire à celle de l'aimant, l'arma- 
ture a devient libre, et, obéissant à son ressort a', 
vient soulever le levier 6B, et faire ainsi agir le 
mécanisme imprimeur. 

Les principaux organes de l'appareil Hughes ains 




l'.y. 3. — Appareil Hughé*. — Projection horizontale. 



décrits, on peut en concevoir le jeu d'une manière 
géuérale. On voit comment deux chariots se meuvent 
synchroniquement aux deux stations ; on comprend 
comment une touche abaissée au départ peut soulever 
un goujon, envoyer un courant sur la ligne et pro- 
duire l'impression à l'arrivée. 

Jusqu'ici nous n'avons parlé que de la transmis- 
sion des lettres, mais l'appareil Hughes imprime aussi 
les chiffres et un certain nombre de signes conven- 
tionnels comme les signes de ponctuation. M. Hughes 
est arrivé à ce résultat par une disposition ingénieuse 
sans porter au delà de vingt-huit le nombre des tou- 
ches de l'appareil. Le nombre des dents 
de la roue correctrice reste également 
xé à vingt-huit. Mais la roue des types 
est partagée en cinquante-six divisions; 
celles de rang pair portent les lettres, 
celles de rang impair portent les chiffres 
et les signes divers qui sont inscrits sur 
le clavier (fig. 3). Ainsi, à côté de cha- 
cune des lettre»!, est placé sur la roue le 
chiffre ou le caractère inscrit sur la 
même louche du clavier. La roue, dans 

son jeu ordi- 
uaire , tourne 
toujours par 
fraction de ,',- 
de tour et ainsi 
une lettre suc- 
cède à une let- 
tre ; mais , à 
certains mo- 
ments, on peut 
par une ma- 
nœuvre spé- 
cule, la dépla- 
cer de - 5 f g de 
tour; on passe 
alors à la série 
des chiffres et 
des signes, et, 
tant qu'on y 
reste , ce sont 
les chiffres et 
les signes qui viennent se placer en face du mar- 
teau. Une manœuvre analogue permet de revenir à 
la série des lettres. 

On livre au public les bandes mêmes sur lesquelles 
a eu lieu l'impression. Ces bandes sont coupées en 
fragments de longueur convenable et collées sur une 
feuille de papier. Nous ne croyons pas devoir donner 
le spécimen d'une transmission avec ce genre d'ap- 
pareil ; tout le monde a reçu aujourd'hui des télé- 
grammes de cette nature. 

Sur les lignes de 400 à 500 kilomètres, on peut 
passer jusqu'à 55 à 60 dépêches de vingt mots par 
heure; l'appareil Morse fournit à peu près la moitié 
de ce nombre. Ch. Bo^eups. 

— ï.a suite prochainement. — 



HO 



LA NATURE. 



CHRONIQUE 

Les orages du %8 juin, dans le midi de la 
France. — La ville de Montpellier a eu particulièrement 
a souffrir de cette grande perturbation atmosphérique. 
Les éclairs se succédaient si rapides, que pendant une par- 
tie de la nuit, l'atmosphère ;i été sillonnée d'une manière 
continue par une lueur sinistre et blafarde. Le tonnerre 
grondait avec un véritable fracas. Les paratonnerres de 
l'église Sainte-Anne et de la préfecture ressemblaient de 
loin à des sillons électriques enflammés. Une véritable 
trombe de grêle a pris en écharpo la ville du nord-ouest au 
sud-est. Depuis de longues années, dit l'Union nationale, 
nous n'avions pas vu un pareil ouragan. Les dégâts sont 
immenses. Un nombre considérable de toitures et surtout 
de couvertures vitrées sont dans le plus déplorable état. 
Parti, vers onze heures, do l'arrondissement de Saint- 
Pons, l'ouragan passait, à ouïe heures et demie, au nord 
de Uéziers, puis s'infléchissait, à minuit, sur la lisière 
de celui de Lodève. Le là il atteignait l'arrondissement 
de Montpellier, qu'il visitait de minuit et demi à une 
heure, pour aller s'éteindre, entre une et deux heures, dans 
le département du Gard. La grêle n'est tombée qu'en pe- 
tite quantité à Nîmes, mêlée à une pluie diluvienne. La 
veille, un orage semblable traversait le département des 
Hautes-Pyrénées. L'Ère nouvelle, de Tarbcs, nous apprend 
que plusieurs communes des cantons de Vie, Ilabastens, 
Pouyastrucct Tournay ont été fort maltraitées parla grêle, 
ïarhes et les localités environnantes ont eu également à 
souffrir du fléau. La grêle est tombée en telle quantité à 
Tarbes, que c'est par pelletées qu'on la poussait des trot- 
toirs sur la chaussée des rues. M. Gh. Martins, qui a décrit 
l'orage, dit que quelques-uns de ces grêlons étaient gros 
comme des noix.. Dimanche matin, on pouvait voir encore 
les jardins et les promenades publiques jonchés de bran- 
ches et de feuilles d'arbres. Beaucoup de maisons, dont 
les façades sont tournées au sud-ouest, ont eu leurs vitres 
brisées. Nous donnerons dans notre prochaine livraison 
de plus amples détails sur ces grêlons. 

I,es orages et les coups de foudre des ©et ÎO 
juillet, a Paris. — On est entré, à partir du 9 juillet, 
dans une série d'orages qui ont considérablement gêné 
l'observation de la comète Coggia, au moment où elle of- 
frait le plus grand intérêt, car elle se rapprochait rapide- 
ment du soleil. A Paris les coups de foudre ont été nom- 
breux quoique les accidents aient été relativement insigni- 
fiants. La température s'était élevée jusqu'à 35", 7 à 
l'Observatoire national. Elle est descendue jusqu'à 19", 3 
moins de deux heurs après. La chute thermométrique pro- 
duite par cette première pluie a donc été de "16°,4, mais 
le rafraîchissement n'a été que temporaire. Le soir la tem- 
pérature était remontée à 25°. L'orage du 9 était accompa- 
gné d'une trombe de poussière soulevée par des vents 
tourbillonnants d'une grande énergie, et donnait à la ville 
de Paris l'aspect d'Alger en temps de eiroco. En moins 
d'une heure le vent qui soufflait du sud avait passé au 
nord, en prenant par l'ouest, où il est retourné avant le 
coucher du soleil. Le 10, au matin, il était au sud-ouest. 
La quantité d'eau tombée, pendant la première journée 
d'orage, a été de 1,000 hectolitres par hectare, soit de 
8 millions d'hectolitres pour la ville entière. La quantité 
d'eau tombée dans la soiré du 10 a été encore plus grande. 

Les coups de foudre qui ont accompagné l'orage du 9 
ont été nombreux mais à peu près inoffensifs. Le seul 
accident sérieux a été la paralysie temporaire d'une 



jeune fille renversée par un coup de foudre, dans l'avenue 
Bosquet, à 6 h. 20 m. I.a foudre est tombée, un peu avant, 
sur le n* 88 du boulevard de l'Hôpital, attirée sans doute 
par le voisinage de l'église qui n'a point de paratonnerre. 
Mais le fluide s'est borné à faire des dégâts insignifiants et 
à ramoner quelques cheminées. Des phénomènes de trans- 
port à distance ont été ronstatés. Des pierres détachées de 
la corniche ont été projetées dans la cour du n° f>2. La 
fille du concierge a été renversée, sans éprouver aucun 
mal, mais ses souliers ont été également enlevés et retrou- 
vés à quelque distance. 

La foudre est tombée en plusieurs endroits, me Groix- 
Nivert, n° 24, dans un débit de boisson, où elle a produit 
1a fusion d'une petite mesure de plomb. Un buveur qui 
portait un verre à ses lèvres l'a laissé tomber. 

Un autre phénomène de fusion a été observé dans un 
troisième coup de foudre, tombé rue Blaînville, 6, chez une 
marchande de ballons d'enfants. Un jet de gaz a été allumé 
à la suite de la fusion du plomb, et un commencement 
d'incendie, heureusement arrêté à temps, en est résulté. 

Suivant des on- dit, que nous n'avons pu vérifier, la fou- 
dre serait également tombée à la place Blanche. Ce qu'il 
y a de certain c'est qu'une rangée d'arbres du boulevard de 
Clichy porte des écorchures. L'écorce a été enlevée à tous 
sur une longueur assez grande. 

Ce phénomène de transport semble indiquer le passage 
d'une étincelle électrique dans le voisinage. La foudre se- 
rait tombée sur un camion du chemin de fer. 

lia mort d'un grand joueur d'échecs. — Le jeu 

d'échecs est si en honneur parmi les savants, que nous ne 
pouvons nous empêcher de dire quelques mots de regret à 
propos de la mort de M. Slaunton, un des champions de 
l'Angleterre. Ce rival de notre Philidor est né à Londres 
en 1810. lia reçu son éducation à Oxford. Quoiqu'il n'ait 
pas fini ses études et qu'il n'ait pas pris sc».i grades, il 
était très-populaire dans cette grande université. On lui 
doit une édition de Shakespeare, des mémoires sur 
Shakespeare, des corrections de passages falsifiés, etc., 
etc., it un ouvrage remarquable intitulé : les Grandes 
écoles anglaises. M. Slaunton devint célèbre dans toute 
l'Europe comme joueur d'échecs de première force, à la 
suite de ses victoires sur M. Saint-Amant. Ses publi- 
cations sur les échecs sont le Manuel du joueur d'échecs, 
publié en 1847, la Pratique des échecs, publié en 1800, 
et les Tournois d'échecs publié en 1852. C'est lui qui diri- 
geait la partie des échecs dans l'Illustrai ion anglaise depuis 
la fondation de cette feuille. Il essaya de publier des articles 
hebdomadaires dans Notes and Querries, sur ce sujet inté- 
ressant, mais les communications qu'ilrcçutdeses lecteurs 
furent si nombreuses, qu'il dut bientôt renoncer à son des- 
sein. 

Artillerie prussienne. *— L'Ostsee Zeitung annonce 
que le ministre de la guerre d'Allemagne a commandé à 
l'usine Krupp un canon à coin de 37 centimètres qui doit 
être l'ait avec le bloc d'acier pesant 52.500 kilogrammes 
que l'on a tant remarqué à l'exposition de Vienne. Ce nou- 
veau canon dit la Revue maritime sera du même calibre 
que le Krupp de 1 ,000 livres de l'exposition de Paris, mais 
il sera plus puissant et portera une charge de poudre plus 
de deux fois plus grande. Jusqu'à présent, le canon le 
plus fort de la marine allemande était de 24 centimètres, 
fabriqué pour le Kôntg Wilhelm; aucun des autres navires 
n'avait de pièces de plus de 21 centimètres. Les nouvelles 
frégate» Preussen, Grosser, Kurfûrst et Friedrich der 
Grosse doivent cependant êfre armées de canons de 2$ 



LA NATURE. 



111 



centimètres, et les deux frégates, actuellement en con- 
struction à Londres, porteront probablement du 28 cen- 
timètres. Ces dernières pièces (à l'exception du 1,000 
livres mentionné ci-dessus et actuellement à Kiel) sont les 
plus gros canons employas à la défense des côtes d'Allema- 
gne. L'Ostsee Zeitung remarque que ces canons, quoique 
bons dans un combat à courte portée, seraient tout à fait 
incapables de défendre un port contre lu bombardement 
de navires tels que lu Pierre-le-Grand des Russes ou le 
Fury et la Dévastation des Anglais, puisqu'ils sont incapa- 
bles de percer une plaque de 12 à 14 pouces à des distances 
de 1,000 à 1,500 mètres. Le nouveau canon de 37 centi- 
mètres, d'autre part, pourra percer une plaque de 15 
pouces à une distance de 2,000 mètres. 

Procédé de coiiserviUion des boln. — Le Scien- 
tific Anmican indique le procédé suivant qui donne, dit ce 
journal, d'excellents résultats: Prendre de l'huile de lin, 
la faire bouillir et y introduire du charbon de bois en pou- 
dre, jusqu'à ce que le mélange ait pris la consistance semi- 
pâteuse d'une peinture ordinaire. Préparer le bois sous la 
tonne qu'il doit conserver et y appliquer ensuite une seule 
couche de la peinture ci-dessus, la laisser sécher avant la 
mise en place. Le bois ainsi revêtu se conserve indéfini- 
ment, il est inaccessible à la pourriture. 



ACADÉMIE DES SCIENCES 

Séance du 13 juin 1874. — Présidence de M. Bbhtrasd. 

Angstrom. — M. Angstrom vient de mourir dans sa 
65" année. Il était professeur de l'Université d'Upsal et, 
seulement depuis quelques mois, associé comme correspon- 
dant à l'Académie des sciences de Paris. Son nom restera 
illustre, car Angstrom avait énoncé la théorie de l'inver- 
sion du spectre bien avant que M. Kircbhoff y fût arrivé 
lui même, pour en tirer, comme on sait, les applications 
les plus merveilleuses. Le physicien suédois a toujours su 
apporter dans l'étude de ces délicats phénomènes toute la 
précision que comporte la science la [dus élevée. Si son 
grand ouvrage : Étude du spectre normal du soleil est 
rangé au premier rang îles travaux de ce genre, ce n'est 
pas seulement parce que, au lieu des 450 raies connues 
jusque-là, on en trouve 2,000; c'est encore, et surtout, 
parce que l'auteur, sans reculer devant l'immensité de la 
lâche, a calculé la longueur d'onde de chacune de ces 
raies. 

Tonnerre en boule. — Les éclairs en boule ne sont pas 
assez fréquents pour qu'on néglige de les enregistrer, sur- 
tout lorsqu'ils viennent se faire voir en plein Paris. Jeudi 
dernier, -9 juillet, pendant l'orage que tous les Parisiens 
ont essuyé, le tonnerre en boule a exercé ses ravages dans 
la paisible rue des Postes. I)<s compteurs à gaz ont été 
brûlés et on a dû lutter contre un commencement d'in- 
cendie. 

Cristallisations électro-capillaires. — Avec une acti- 
vité que nous avons déjà tu l'occasion de faire admirer à 
nos lecteurs, M. Becquerel, le doyen des physiciens fran- 
çais, continue l'élude des actions électro-capillaires. On 
sait que ce nom s'applique aux réactions prenant naissance 
dans les pores mêmes d'une membrane qui sépare deux 
liquides mutuellement actifs. Dans ses précédents mémoi- 
res, l'auteur s'était surtout occupé des réductions métalli- 
ques. Aujourd'hui il élurlie la formation et la cristallisation 



de substances oxydées; rien n'est changé dans l'appareil, 
mais il faut choisir des corps dont le contact ne développe 
qu'une force électro-molrice relativement faible. La plu- 
part des oxydes métalliques ont été ainsi obtenus en petits 
cristaux ; 51. Becquerel cite surtout le protoxyde de man- 
ganèse dont la conservation est difficile, à cause de sa ten- 
dance à se sur-oxyiler. L'alumine cristallise très-bien et 
reproduit, par conséquent, le corindon naturel. En faisant 
réagir le plomhile de potasse sur le bichromate delà même 
base, on obtient du chromalo de plomb cristallisé. M. Bec- 
querel a même préparé ainsi trois chromâtes différents 
dont l'un n'est pas connu en minéralogie. 

Si l'on s'arrange de façon à ce que la force électro- 
motrice soit insensible, on obtient des corps plus com- 
plexes, rappelant ceux que SI. Frémy a obtenus anté- 
rieurement , par un dispositif très-analogue. Ce qui 
est remarquable, dans ce cas, c'est la tendance des cris- 
taux à prendre la forme aciculaire. On s'en rend compta 
en remarquant que chaque cristal commence par une 
membrane qui tapisse l'intérieur du pore de la membrane; 
cette sorte de tube s'allonge ensuite progressivement tout 
en restant creux. M. Becquerel a de semblables aiguilles 
de sulfate de chaux qui ont plusieurs décimètres de lon- 
gueur. 11 pense que le fait explique la formation dans 
l'organisme vivant des concrétions, calculs ou raphides, 
dont la structure est ou fibreuse ou en aiguilles. 

Mer algérienne. — L'Assemblée nationale va être saisie 
d'une proposition tendant à faire accorder un crédit de 
25,000 francs à l'étude du lac projeté de l'Aurès. M. de 
Lesseps est assuré que l'entreprise du capitaine Roudairc 
aura l'appui non-seulement du gouverneur de l'Algérie, 
mais au.*si du bey de Tunis, qui apprécie très-bien l'im- 
portance de l'entreprise, M. Le Verrier est d'avis que 
celle-ci doit être encouragée par tous les moyens et sans 
qu'on se laisse arrêter par les craintes de toute nature 
que ne manquent pas de répandre et d'entretenir les en- 
nemis jurés du progrès. On se rappelle combien il y eut 
à lutter, lors des études relatives au canal de Suez, contre 
ceux qui prétendt'iit que la mer Bouge avait un niveau de 
9 mètres supérieur à celui de la Méditerranée. Us en 
concluaient que, l'ouverture du canal ouvrait la route à une 
avalanche d'eau dont les effets seraient épouvantables. 
Tout compte fait, on a trouvé que les deux cours ont sen- 
siblement le même niveau. 

Pour la mer algérienne on a fait l'objection inverse, 
prétendant que le niveau de la Méditerranée difière à 
peine do celui du sol à inonder : il en résulte que le travail 
aurait simplement pour résultat un grand marais salant. 
Mais M. lloudaire a reconnu que la nouvelle mer aura 
27 mètres de profondeur et sera conséquemment parfai- 
tement navigable ; l'actif explorateur a pu du même coup 
dessiner sur la carte les rivages du futur lac. Sa longueur 
est de 100 lieues, sa largeur de 15. Il n'y aura qu'un 
très-petit nombre d'oasis submergées', 4 nu 5 millions 
suffiront pour eu indemniser les propriétaires. On peut se 
demander quelles seront, au point de vue général, les 
conséquences météorologiques de cette surface d'eau sub- 
stituée à la surface du désert. Sans aller ju r qu'à supposer 
que le climat de l'Europe en soit notablement alfecté (la 
nier ne donnant que 28 milliards do mètres cubes d'eau 
par évaporation) il faut bien reconnaître qu«, l'économie 
du pays lui-même sera profondément modifiée. On en a 
pour prouve ce qui s'est produit dans l'isthme de Suez où 
la pluie jadis absolument inconnue est maintenant fré- 
quente. Il est clair qu'il pleuvra aussi sur les rives de la 
nouvelle mer et les 80 mètres d'épaisseur de terre végé- 



12 



LA NATURE. 



laïc qu'on y voit soul gui-uiiLs de l'extraordinaire* fertilité 
que reprendront rapidement ces régions autrefois si riches 
et maintenant desséchées. Stanislas Mel'.mer. 



><>< 



NOUVELLE DISPOSITION 

DE L'HYGROMÈTRE A CIIEYEli 

L'hygromètre à cheveu de Saussure, malgré les 
grands avantages qu'il présente comme moyeu de 
mesure de l'humidité 
atmosphérique, n'est 
guère usité des météo- 
rologistes. Sa fragilité 
est une des causes de 
son abandon; car le 
cheveu n'étant paspro- 
tégé, peut être rompu 
subitement par le con- 
tact du doigt on par 
le moindre choc. Nous 
croyons intéressant de 
parler des dispositions 
nouvelles que M. Geor- 
ges Sire a données ré- 
cemment à l'hygromè- 
tre de Saussure, en 
transformant ainsi un 
instrument peu ma- 
niable en un outil so- 
lide et transportable. 
Cette disposition est 
représentée ci-contre, 
de face et en coupe. 
Un tube de laiton ÀB, 
vissé sur un pied P, 
constitue le support 
principal de l'instru- 
ment. Ce tube en con- 
tient un autre qui peut 
tourner concenlrique- 
ment dans son inté- 
rieur, à l'aide du bou- 
lon b, fixé à ce tube. 

C'est suivant l'axe 
commun des deux tu- 
bes qu'est établi un 

cheveu convenablement préparé. Il est maintenu 
dans sa partie supérieure par une pince p, faisant 
partie d'une vis de rappel. Le tout est protégé par 
un chapeau C, qui se visse sur le tube A, L'autre 
extrémité du cheveu est fixée eu m à une tige fai- 
sant partie d'un levier spécial L, mobile autour d'un 
axe. Ce levier porte à l'une de ses extrémités un 
arc de cercle denté, qui engrène dans un pignon 
établi au centre du cadran, et sur l'arc duquel est 
fixée une très-fine aiguille en acier doré. Le jeu du 
mécanisme est tellement simple qu'il est inutile d'y 
insister davantage; l'aiguille tourne dans un sens ou 




Nouvelle disposition de l'hygromètre à cheveu 



dans l'autre, suivant que le cheveu s'allonge ou se 
rétrécit. L'instrument est gradué comme l'a indi- 
qué de Saussure, 

On voit que, grâce à ces nouvelles dispositions 
très-simples, le cheveu est protégé par un étui cy- 
lindrique, et qu'il n'est plus sujet à être cassé aussi 
facilement; le mouvement de l'aiguille, très-légère 
et bien montée sur un mécanisme peu compliqué, 
est régulier et sensible; l'appareil est, en un mot, 
devenu très-pratique. 
L'instrument de Saussure offrait encore un incon- 
vénient. Son cadre 
métallique porte des 
pieds qui maintien- 
nent le système à une 
très-petite distance de 
la surface, contre la- 
quelle l'hygromètre 
est généralement sus- 
pendu. Comme le dit 
M, Sire, ].\ trop grande 
proximité d'une paroi 
expose le cheveu à 
être parcouru par les 
insectes qui circulent 
sur les murs (mou- 
ches, araignées), et 
qui déposent à la sur- 
lace des impuretés 
qui, à la longue, doi- 
vent nécessairement 
modifier ses proprié- 
tés hygrométriques. 

Un effet analogue 
est produit par les 
poussières qui flottent 
sans cesse dans l'air, 
et qui finissent par 
adhérer d'autant plus 
au cheveu, qu'il est 
plus fréquemment hu- 
mide. Ces altérations 
se produisent surtout 
dans les intervalles re- 
lativement très-longs 
qui séparent les ob- 
servations, et sont en 
partie la cause des 
différences que présente l'hygromètre à cheveu lors- 
qu'on le soumet à des vérifications régulières. 

Ces inconvénients, que l'on rencontre dans l'usage 
de l'hygromètre à cheveu ordinaire, sont, pour la 
plupart, éliminés par le système de M. Sire, qui a 
annulé autant que possible les causes d'altération et 
de dérangement de cet appareil. Le nouvel appareil 
est destiné à rendre de véritables services aux mé- 
téorologistes. 



Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdier. 



cwiMti.. — Ivp. et ster. de Chut* 



N* 60. — 25 JUILLET 1874. 



LA NATURE. 



113 



UNE TROMBE D'EAU SUR LE RHIN 

(16 JUIN 1874.) 

Les navigateurs ont souvent observé des trombes 
•d'eau sur l'Océan, mais ces curieux phénomènes 
météorologiques, se manifestent un peu plus rare- 
ment à la surface des fleuves. Un consciencieux ob- 
servateur, M. R. Peyton, a été témoin le 16 juin der- 
nier, d'un spectacle étrange, qui s'est offert à ses 
yeux, aux environs de Cologne. Au lever du soleil, 
le vent soufflait avec une violence exlrêmc, le ciel 



ctfiit couvert de nm'es épai^es, et la pluie tombait 
en abondance. 

M. Peyton, en suivant les bords du Rhin, ne tarda 
pas à être frappé d'étoimernent en remarquant une 
grande colonne de vapeurs atmosphériques qui des- 
cendait des hauteurs de l'atmosphère et tombait jus- 
qu'à la surface du fleuve. Elle formait un cylindre 
vaporeux, du plus bel effet, noir et obscur dans ?es 
parties élevées, clair, brillant et presque éclatant, 
à sa base qui se perdait dans les eaux. Tout à coup le 
vent redouble de violence, l'air se précipite avec 
force à travers le Rhin, et s'élance de la rive gauche 
à la rive droite; la colonne de nuages se met à tour- 



1 ■ • ■ i ' >K "*^ 



i.--' .• '.; 





Trombe «l'eau observée sur le lUiiu, le 16 juin 1874. (D'après un croquis de M. 11. Peyton.) 



ner sur elle-même avec une vitesse extraordinaire, 
et bientôt l'eau est aspirée en une spirale légère, qui 
s'élève avec grâce jusqu'au milieu des vapeurs aérien- 
nes. La trombe ainsi formée, ne tarde pas à s'incli- 
ner sur sou axe, et se dirige vers la rive gauche, où 
l'observateur peut la contempler de très-près. Il re- 
marque ipie l'eau du fleuve, à la base de la colonne 
liquide est dans un état d'agitation extraordinaire, 
comme si elle était soumise à l'ébullitiou. Mais voilà 
que la colonne est rompue subitement; un inter- 
valle vide la sépare en deux tronçons ; le cône d'eau, 
s'abaisse à vue ri'œil, tandis que le cône supérieur 
de vapeurs, s'élève clans les nuages. Il ne reste bien- 
tôt plus de vestige de ce remarquable phénomène. 

.Notre gravure montre l'aspect de la trombe du 10 
juin, au moment où elle s'offrait dans sou développe- 
î* année. — 2" semeslre. 



ment complet; c'est à dessein que la colonne d'eau 
inférieure est représentée tout à fait blanche, car elle 
présentait presque l'aspect d'une veine de mercure, 
tant elle était éclatante. Elle était parfaitement cylin- 
drique, comme le jet qui s'échappe du tonneau de 
nos porteurs d'eau. Cette belle trombe, mince, élan- 
cée, se reflétait dans l'eau du fleuve comme dans un 
miroir, et offrait à l'œil un tableau saisissant. 

L'aspect métallique des trombes d'eau, a souvent 
frappé les observateurs, et notamment le célèbre au- 
teur des Lusiades, qui nous décrit le phénomène en 
véritable savant et en grand poète ; 

« J'ai vu, dit l'écrivain portugais,... non mes 
yeux ne n'ont point trompé ; j'ai vu se former 
sur nos tètes, un nuage épais, qui, par un large 
tube, aspirait les eaux profondes de l'Océan. Le tube 

8 



lli 



LA NATURE. 



à sa naissance n'était qu'une légère vapeur rassem- 
blée parles venls; elle voltigeait à la surface de 
l'eau. Bientôt elle s'agite en tourbillon, et sans quit- 
ter les flot?, s'élève eu un long tuyau jusqu'aux 
cieux. semblable à un métal docile, qui s'arrondit 
et s'allonge sous la main de l'ouvrier. » 

On voit que la trombe du Rlun est digne do fixer 
l'attention ; elle vient grossir la liste des curieux 
phénomènes qui se sont récemment présentés aux 
météorologistes et aux astronomes : grêlons extraor- 
dinaires et coups de foudres violents, ont successi- 
vement troublé notre atmosphère, tandis que la 
comète découpe le ciel de son aigrette flamboyante, 
et que Vénus se prépare à son passage sur le disquu 
solaire. La besogne ne manque pus aux observateurs 
et aux amis de la nature. Gastos Tissakdier. 



><j,< 



L AJ1AISSE3IEST PROBABLE 

DU DÉBIT DES EAUX COl'ItAXTES 

DU SUD-OUEST T)F. LA FRANCE DATs'S i/ÉTH 

et l'automne DE 1874. 

Ce (pie MM. Bel grand et Lemoine viennent de dire ' 
pour le nord de la France, et plus spécialement pour 
le bassin de la Seine, est parfaitement applicable 
au sud-ouest et en particulier aux bassins de la Ga- 
ronne et de l'Aiiour. 

Eu effet, depuis les mois d'octobre et de novembre 
qui ont été fort pluvieux, les six mois de décembre 
à mai ont été, pour trois, exlraordmairement secs, 
et pour les trois autres assez secs ; de sorte que l'en- 
semble de ces six mois n'a fourni qu'une quantité 
«Veau très-faible, relativement inférieure m Ame à celle. 
qui est tombée dans le nord de la France. 

Dans le bassin da la Seine, celle-ci ne représentait 
guère plus de la moitié de la pluie qui tombe moyen- 
nement dans l'année. Dans le sud-ouest delà France, 
lu quantité d'eau tombée pendant ces six mois atteint à 
peine les deux cinquièmes de leur quantité moyenne. 
C'est ce qui résulte des observations faites à 1 h'eole 
de Botanique de Bordeaux par moi-même, et à Mor- 
cenx par M. Claverie, directeur des écoles de la Com- 
pagnie du Midi, comme le montrent les chiffres sui- 
vants, où les quantités de pluies sont indiquées en 
millimètres : 

Quantité moyenne annuelle à Bordeaux, 9GI5 ; à 
Morcenx, il 12. Quantité moyenne de décembre à 
mai, à Bordeaux, 490; à Morcenx, 583. Moitié de 
cette quantité à Bordeaux, 248; à Morcenx, 291. 

Pluie de décembre (1875), 10; janvier (1874), 
23; février, 41 ; mars 21 ; avril, 53; mai, 43. Total 
pour Bordeaux, 191. — Pluie de décembre (1875), 
15; janvier (1874), 44; février, 50; mars, 54; 
avril, 65, mai, 50. Total pour Morcenx, 258. 

Cette période de pluie pendant les six derniers 

4 Voy. n« ù&, 11 juillet 1874, p. 83. 



mois paraît bien s'être étendue dans toute la plaine 
du sud-ouest et sur les Pyrénées, car M. Schrader fils 
vient de me dire que, sur ces montagnes, la neige, 
peu abondante il y a quinze jours, était à 500 ou 600 
mètres au-dessous de son niveau habituel autour de 
Cauterets, et que les cimes du Marbori en étaient 
déjà presque entièrement dépouillées. 

Une pareille sécheresse n'est pas toutefois sans 
exemple à Bordeaux. Pendant les cent soixante années 
qui se Polit écoulées depuis l'année 1714, où des 
observations pluviométriques ont été commencées, 
elle a été déjà constatée : d'abord en 1750 et 1768 
[): ridant les cinquante-sept années d'observations 
faites de 1714 à 1770 par Sarrau de Boynet et 
Sarrau de Vezins; ensuite en 1779 et 1781, pendant 
les quinze armées d'observations faites de 1770 à 
1790 par le D r de Lamotho; enfin en 1804 et 1874, 
pendant les trentes-deux années d'observations faites 
à partir de 1812 par M. Abria, doyen de la Faculté 
des Sciences. En tout donc six fois eu cent-trois 
années d'observations, soit moyennement une fois 
tous les dix-sept ans. V. IUclis. 



LES LKGOISTES 

La presse anglaise a beaucoup parlé dans ces der- 
niers temps des quatre principaux chefs de la secte 
deslégumistcs, qui existe eu Angleterre, et qui pro- 
che l'abstention de toute liqueur fermentéeen même 
temps que de toute nourriture animale. Presque tous 
ces sectaires partagent à la ibis l'opinion des Bra fi- 
nîmes qui ne touchent jamais à la viande, et des mu- 
sulmans qui ont, s'ils sonL fervents, le vin et l'eau- 
de-vie eu horreur. Le plus célèbre est le frère du 
célèbre Ncwuian, dont les controverses religieuses 
firent tant de bruit il y a quelques années, l' rancis 
iN'ewman ne se convertit au tégnmisme qu'en 1808, 
après avoir fait de nombreux voyages dans l'Orient. 
Il condamne de plus l'usage du tabac. 1! prétend être 
arrivé delà sorte à digérer plus facilement et à mieux 
apprécier le bonheur de vivre. 11 approche de 70 ans 
et jouit d'une sauté excellente. C'est un littérateur 
distingue qui a été élevé à l'Université d'Oxford où il 
fut fellow du collège BalLol. Pendant près de 20 ans 
il eut une chaire de latin à l'Université de Londres. 
M. Pitman, âgé de 00 ans seulement, est légumiste 
depuis 54 ans. C'est un ancien maître d'école, inven- 
teur d'un système de sténographie quia eu quelque 
succès. 11 mène la vie retirée d'un anachorète au 
milieu des plus populeuses cités anglaises La vue 
des crimes commis par les bouchers en fait un mi- 
santhrope. M. Gibson Ward est un propriétaire du 
comté de Ross, né à Birmingham, en 1815; il jouit 
d'une grande vigueur physique, d'une voix sonore et 
d'une véritable éloquence. C'est l'orateur des mee- 
tings en pleiu vent. C'est lui qui décrit, en style pit- 
toresque, le danger de manger de la viande pourrie 
auquel les légumistes échappent. Jl excelli dans l'art 



LA NATURE. 



115 



d: peindre les ravages produits par les trvcliines. 
Quoiqu'il ait déjà cinquante six ans on le prendrait 
encore pour un jeune homme. 

M. John Davie est le directeur de l'institution 
hydrothéra[)ii|ue de Me 1 rose. Comme on le voit il veut 
frire accepter l'eau, non-seulement comme breuvage 
mais encore à peu près comme unique médicament. 
M. Davie est, en outre, membre actif du parti de la 
paix à tout prix, du désarmement universel. Géné- 
ral ornent les végétariens appartiennent à d'autres 
confréries sociales, politiques et religieuses. Leur 
nombre est considérable, m.is ils ne sont point en- 
core parvenus à faire fermer un seul de ces lieux de 
perdition qui se nomment les abattoirs, ni à faire 
laisser le prix de la viande sur un seul marché 
d'Angleterre. 

LES POISSONS FOSSILES 

Notre confrère, M. le docteur Sauvage, vient de ter- 
miner, sur les poissons fossiles, un travail tellement 
complet et tellement remarquable par sa nouveauté 
et par ses vues de philosophie scientifique, qu'il nous 
parait opportun de le faire connaître. Ce sont surtout 
les poissons tertiaires qui ont été étudiés par le sa- 
vant, naturaliste du Muséum de Paris, grâce aux la- 
borieuses et méritantes fouilles exécutées à Licata 
(Sicile), par M. H. Alby, consul de France; grâce 
également à M. Daubrée et à son aide, M. Stanislas 
.Meunier, qui ont mis à la disposition de M. Sauvage 
une nombreuse collection des poissons des marnes 
d'Orau. 

La première partie du mémoire de M. Sauvage 1 est 
consacrée à l'étude comparative des faunes ichthvo- 
logiques crétacée et tertiaire, ainsi qu'à l'examen -de 
leurs rapports avec colle de l'époque actuelle. L'au- 
teur établit d'abord ce fait, digne de remarque, que 
la dernière modification profonde qu'ail subie la 
classe des poissons correspond au passage des temps 
jurassiques à l'époque crétacée ; modification qui 
amena à la surface du globe la faune crétacée, pre- 
mière manifestation de la population iehtbyologique 
qui vit actuellement. C'est en effet à. la fin de la pé- 
riode jurassique qu'apparaît, à Solenhofen, le sous- 
ordre des Téléostéens, qui doit aller en rayonnant et 
se diversifiant de plus en plus, et qui fournira ces 
types primitifs dont nous voyons encore aujourd'hui 
les nombreux représentants. De ce fait M. Sauvage 
lire d'importantes conséquences. Constatant que cette 
même transition entre les époques jurassique et cré- 
tacée n'a produit, chez les autres groupes d'ani- 
maux et de végétaux, que des changements peu con- 
sidérables et d'une importance bien moindre que 
ceux qui, par exemple, s'opèrent à l'arrivée de l'é- 
poque tertiaire, il en conclut que la marche de la 
vie n'est pas étroitement liée aux révolutions géolo- 
giques. « Comprend-on, dit-il, dans cette hypothèse, 

1 Annales des sciences géologiques, l. IV, ti°* 1 et 2. 1873» 



que le milieu a une puissance modificatrice énorme, 
puisqu'il pourrait transformer l'être, même au point 
de vue anatomîquc et liistologique; comprend-on 
pourquoi les diverses classes du règne animal sont 
très-loin de suivre une marche identique ? L'époque 
où ont. eu heu les changements les plus considéra- 
bles dans le renouvellement de la faune et delà dore 
n'est pas du tout la même pour toutes les classes. 
Nous voyons certains groupes d'êtres complètement 
modifiés à une certaine période de la vie du globe, 
tandis qu'à côté d'eux des êtres, leurs voisins dans la 
série animale, poursuivent leur histoire et ne sont 
transformés qu'à une époque plus récente. » 

Les familles, dit également M. Sauvage, sont d'au- 
tant plus unies qu'on les considère plus près de leur 
époque d'apparition, et l'on peut constater que des 
types aujourd'hui divergents sont parallèles à l'ori- 
gine. De ce fait il ne faudrait cependant pas conclure à 
une descendance forcée de ces types, car, nous venons 
de le voir, les modifications qui -se sont produites 
ne coïncident pas avec les révolutions géologiques. 

Dans l'intéressant historique que le savant au- 
teur a tracé depuis la fin des temps jurassiques, il 
nous fait voir, en premier lieu, la déchéance presque 
complète des Ganoïdes et celle moins profonde des 
Cartilagineux. Ce fait, nous venons de le voir, con- 
corde avec l'apparition dans les mers jurassiques des 
Téléosléens, issus du groupe des lloléeoïdes dont 
l'importance devient de plus en plus grande, à ce 
point qu'ils supplantent presque entièrement les 
poissous Ganoïdes, qui ne conservent que quelques 
raies types, le type Esturgeon, par exemple, et que 
chez les poissons cartilagineux, les CestracionLes et 
les Ilylodontes cèdent peu à peu la place aux Squales 
et aux Haies. 

]\ous voyons prédominer, à l'époque de la craie, 
les types de la mer des Indes et du Pacifique, à côté 
desquels ou retrouve aussi quelques types des parties 
les plus chaudes de l'Atlantique. Cette détermination 
est basée sur l'observation des principaux gisements 
crétacés; les Voirons, le Mont-Liban, Comen en 
Istrie, etc. 

Comme intermédiaire entre l'époque crétacée et 
l'époque tertiaire, se place tout naturellement l'âge 
des ardoisières de Matt, en Suisse, devenues célèbres 
par les nombreux échantillons qu'elles ont livrés aux 
investigations des savants. Dans ces dépôts, qui, d'a- 
près M. 0. Ileer, se seraient formés au fond d'une 
mer très-profonde, on n'a, jusqu'à ce jour, découvert 
aucune trace de Ganoïdes ni de Plagiostomes; mais, 
en revanche, les Téléostéeus y abondent. Qu'il suffise 
de dire qu'on a trouvé dans ce seul gisement 23 
genres comprenant 55 espèces de ces poissons. Le 
caractère de cette station est sa grande ressemblance 
avec la faune actuellede nos mers, bien que 4 genres 
seulement: Fistularïa, Vomer, Osmerus et Clupea 
soient encore vivants. Tous les autres genres sont 
éteints, et chose curieuse, à Monte Bolca, étage très- 
voisin, quoique un peu postérieur, ce sont les genres 
actuellement vivants qui prédominent. 



116 



LA NATURE. 



M. Sauvage se trouve d'accord avec MM. Heer et 
Agassiz pour caractériser ainsi la flore et la faune 
ichthyologiqucs éocènes ; prédominance dos types in- 
do-australiens, rareté des types américains; caractère 
général entièrement tropical. C'est ce que démontre 
l'étude des gisements les plus connus de cette épo- 



que, tels que Monte Bolca, le London elay, le cal- 
caire grossier de Paris, les couches deChiavon, celles 
de Monte Postule. 

Un changement marqué se produit pour le mio- 
cène. Les types Iropicaux n'ont pas, il est vrai, dis- 
paru ; mais ils diminuent graduellement et nous 




Fig. 1. — Trigla lien! ce . 




Ki". 2. - Poisson <le la famille des S corn b<5 roi de s. 




Fi g. 3. — Osmerus AWyi. 



voyons en même temps les types américains acqué- 
rir une importance plus grande. 

C'est ici le lieu dédire quelques mots d'une hypo- 
thèse que M. Sauvage paraît adopter complètement et 
qu'imagina le professeur 0. Heer, pour expliquer 
l'introduction de ces types américains dans la flore 
tertiaire de notre pays. Cette hypothèse, la voici : il 
aurait existé, pendant longtemps, une terre reliant 
l'ancien au nouveau continent. Cette terre, qui aurait 



laissé pour témoins Madère, les Canaries, les Açores, 
l'île de Fer, les îles du Cap-Vert, se serait étendue 
des cotes occidentales d'Europe aux cotes orientales 
d'Amérique, remontant au nord jusqu'en Islande et 
se prolongeant au sud jusqu'aux îles Atlantiques. 

Cette communication aurait cessé par suite d'un 
affaissement graduel, produit du sud au nord, de 
sorte qu'à l'époijue diluvienne il aurait encore existé 
sous les latitudes septentrionales une jonction qui 



LA NATURE. 



117 



avait cessé depuis luugleiups dans le sud; « ce qui 
nous explique pourquoi l'identité de la flore euro- 
péenne avec celle de l'Amérique est principalement 
limitée aux régions boréales, et pourquoi les Mollus- 
ques et les Poissons que l'Amérique a en commun 
avec l'Europe, sont surtout des espèces littorales et 
non pélagiques. Ainsi que M. Ë. Korbes l'a montré, 
ce fait prouve qu'ils ont dû se répandre le long d'une 
côte; en d'autres termes, qu'un pays à côtes peu 
profondes a dû, à un certain moment, s'étendre entre 
l'Europe et l'Amérique, lorsque la création actuelle 



animait déjà les eaux. Enfin, ce continent s'affaissa 
presque tout entier, et aujourd'hui les îles Britanni- 
ques, au nord, les îles Feroë et l'Islande, au midi 
les îles Atlantides, en constituent seules les restes. » 
Ce n'est pas du reste le seul fait de ce genre que 
mette en lumière l'étude de la faune iclithyologique 
des temps tertiaires. Ainsi, M. Sauvage admet à cette 
époque une communication entre l'océan Indien et 
la Méditerranée. « Il existe, aujourd'hui, dit-il, un 
certain nombre d'espèces et de goures, communs à la 
merdes Indes et à la Méditerranée; ces espèces et 




Fig. 4-. — Anapterus elongatus . 



ces genres ne s'étendent que dans les parties de l'At- 
lantique les plus voisines de la'Méditerranée; elles 
prouvent qu'une communication relativement récente 
a dû avoir lieu entre la Méditerranée et la mer 
Bouge. Ces espèces n'ont pu passer de l'Erythrée 
dans la Méditerranée par l'Atlantique, puisqu'elles 



n'ont laissé aucune trace de leur passage sur toute la 
côte ouest d'Afrique, et que pour la plupart elles 
sont confinées dans la mer Rouge et les parties les 
plus voisines, et dans la partie orientale de la met 
intérieure. » 

M. Sauvage s'occupe, dans la seconde partie de son 




Fif. S. • - Anapterus Albyi. 



mémoire, de l'étude géologique des gisements de 
Licata et d'Oran ainsi que des espèces, nouvelles en 
grande partie, qui y ont été découver Les. 

Ces deux gisements appartiennent à l'étage du 
miocène supérieur. 

Les assises tertiaires, qui comprennent la zone sou- 
frière, constituent la plus grande masse des terrains 
stratifiés de la Sicile, similaires des dépôts analogues 
de l'Italie péninsulaire. 

Tantôt ces terrains s'appuient directement sur les 
roches plutoniques, gneiss, granité et pegmatite, 
comme à Gruvitelli, près de Messine ; tantôt ils succè- 
dent aux couches crétacées. Ces couches tertiaires 
forment de nombreuses assises, distinctes surtout par 
leurs caractères géognostiqu-is. 



La détermination exacte de ces terrains n'a pas été 
faite sans amener de nombreuses controverses parmi 
les géologues. C'est ainsi que Ehrenberg et avec lui 
Maravigna rapportèrent ces couches ainsi que les 
dépôts de soufre qui leur sont subordonnés, aux ter- 
rains secondaires. 

Cette opinion était basée sur ce que Ehrenberg avait 
cru reconnaître des Infusoires caractéristiques de la 
craie dans les calcaires marneux de la province de 
Caltanisetta et dans les couches similaires d'Oran. 
Toutefois, dès 1823 et plus tard on 1833, Barnuba 
la Via les avait considérés comme tertiaires à la suite 
de la découverte de certaines espèces caractéristiques 
telles que Couus ponderosus, Turritella triplicata, 
Murex seaber, Arca Noœ, etc., rencontrées dans les 



us 



LA NATURE. 



environs de Caltanisetta. Daubeny avait rang»; dans le 
subapemùn, l'argile plastique, riche en calcaire et Je 
couleur gris bleu clair, qui réellement est pliocène. 
Quant à Hoffmann, bien que sur les conclusions d'Eh- 
renberg il ait considéré le terrain à soufre comme 
crétacé, il n'en a pas moins le mérite d'avoir bien dé- 
crit les couches qui le composent et, le premier, il si- 
gnala des poissons fossiles dans un niveau correspon- 
dant à celui de Licata. 

A son tour C. Prévost regarda cette marne et les 
terrains soufriers comme un terrain de transition en- 
tre la craie et le tertiaire ; opinion que combattit 
M. de Pinteville, en montrant que, par l'ensemble de 
ses fossiles, la couche de marne à Foraminifères et à 
fossiles de Pacliio, et bien que reposant directement 
sur les couches à Nummulites et à Ilippurites, ne 
peut être placée plus bas que la partie inférieure du 
système pliocène. Paillette faisait descendre ce ter- 
rain jusqu'au niveau du calcaire grossier. Collegnolo 
rattachait au pliocène. La coupe complète en a été 
donnée, eu 18(>2, par M. Seguenza, qui a propose, 
pour les terrains compris entre le toi Ionien et l'as- 
tien, la dénomination d'étage Zancléen. 

Pans la province de Messine tes couches dont ce 
terrain se compose consistent, à leur partie infé- 
rieure, en marnes très-dé veloppées, au milieu, en cal- 
caire plus ou moins grossier, compacte ou marneux, 
et à leur partie supérieure en marnes souvent sa- 
bleuses. Cette division, établie selon les caractères 
lithographiques, est également appuyée sur des con- 
sidérations paléontologiques. Ces couches renferment 
eu effet de très-nombreux fossiles, dont la liste a été 
dressée par M. Sequenza. 

Une copie de ces mêmes terrains a été donnée tout 
récemment par M. Moltura. 

M. Charles Meyer a remplacé le nom d'étage Zan- 
cléen par celui d'étage Mcssiniett; selon lui cet étage 
comprend trois niveaux différents: les couches de 
Billowitzà la base, les couches d'hizersdorf au milieu 
et les couches d'Fppehheim en haut. 

Les environs de Licata sont enfin décrits, d'après 
M. Alhy, l'auteur de ces patientes recherches qui lui 
ont permis d'exhumer la faune ichthyologique ter- 
tiaiie la plus complète qui existe. Il indique les as- 
sises dans leî-quelles se trouve cet abondant gisement, 
assises appartenant, nous l'avons dit, au miocène su- 
périeur ou zancléen. 

Dans les premiers travaux géologiques sur la pro- 
vince d'Oran, qui sont dus à Ilozet, ce savant s'éleva 
contre l'opinion d'Ehrenberg, qui faisait le tripoli 
d'Oran et de Zanthe, contemporain de la craie de 
Meudon. Il prouva, par des coupes, que les schistes 
à poissons sont parfaitement tertiaires. 

Récemment, MM. Baylc et Ville ont indiqué, pour 
lu province d'Oran, la succession des terrains que 
voici : A. un terrain plus ancien que le jurassique; 
15. jurassique; C. crétacé inférieur; D. nummuli- 
lique; L. tertiaire moyen; F. tertiaire supérieur; 
G. quaternaire ; II. alluvions. 

Le gisementfort abondant de celle contrée se trouve 



dans un banc de marne blanchâtre, (pie recouvre un 
calcaire grossier bréehiformese montrant à la surface 
du sol dans toute la [daine au sud et à l'est d'Oran. 

Ces couches, que M. Pomel vient de comprendra 
sous la dénomination d'étage sahélien, terminent la 
série miocène. M. Sauvage n'hésite pas à déclarer que 
bien que marines, elles correspondent aux couches à 
poissons de Licuta. 

.Vous avons pensé, qu'il serait intéressant do mon- 
trer quelques-uns des poissous décrits par M. Sau- 
vage. Dans les 104 spécimens représentés, nous 
avons choisi ceux qui nous ont paru les plus impor- 
tants et nous en avons fait faire la reproduction d.: 
grandeur naturelle. 

La fig. 1 représente le Trigla licata 1 , de la famille 
des Triglidœ. 

Les Triglidœ sont des poissons à corps oblong, 
comprimé ou subcylindrique, à dentition faible, à 
dents en bandes villiformes, sans canines. Les na- 
geoires dorsales sont séparées, la nageoire anale est 
généralement plus développée que la dorsale molle ; 
Ips nageoires ventrales sont implantées sur le Jhruav, 
parfois la vessie natatoire manque. Cuvier avait déjà 
noté, comme caractère essentiel de la famille, l'arti- 
culation du muscle sous-orbituire avec le préopercule, 
recouvrant, par suite, une plus ou moins grande 
partie de la joue. 

Le Tnghda licata 1 , dont on ne connaît qu'un seul 
individu, rappelle par ses formes le. Triglidallirundo 
de nos côtes. Le profil du corps est un triangle. La 
plus grande longueur est de 125 millimètres, la 
bailleur maximum de 50 millimètres. Le corps v>t 
couvert de petites écailles qui rendent la peau m- 
gueuse. 

Dans la fig. 2 nous avons représenté un poisson de 

' la famille des Scombéroïdes, rappelant surtout lus 

Ànxis et les Scomher, quoiqu'il dilfè.re de ces deux 

genres parla tète beaucoup moins allongée et par Ja 

, nageoire dorsale placée plus en avant. 

La figure d montre le Osmerus Albyi. Les figures i 
I et 5, dauxÂnapterus, 

Le poisson, du genre Osmerus, est trapu ; sa tète, 
fort grosse par rapport au reste du corps, est carac- 
téristique. Le museau est pointu et les lèvres, fendues 
jusque dans l'œil, laissent voir, quand elles sont ou- 
vertes, des dents fortes, pointues et espacées. Le 
maxillaire inférieur est long, robuste, triangulaire, à 
bord inférieur, tiès-incurvé en avant. L'œil est grand, 
oblong, et situé très en avant. 

L'Anaptcrus est une espèce très-allongée, grêle, 
onguilliforme, qui est à peu près treize fois [dus 
longue que haute. Ces dimensions se rapportent à 
l'individu le [il us complet qui ait été rencontré. 

Les poissons de Licata, recueillis à l'état fossile, 
offrent un caractère particulier quant à leur dépôt : 
ils forment un mélange de poissons d'eaux douces et 
d'eau salée. Il y avait donc à Licata un grand es- 
tuaire dans lequel vivaient ces espèces fossiles et 
leurs corps se trouvaient ensuite mélangés, après 
leur mort, par les mouvements alternatifs de la mer 



LA NATURE. 



119 



et ila fleuve qui s'y déversait. La présence de poisson 
do la famille dos Cyprins, dont quelques espèces vi- 
vent dans des eaux à salure très-grande, de même 
que la présence de certaines Diatomacées, a mis M. Sau- 
vage sur la voie de l'existence de l'estuaire dont nous 
venons de parler. 

A ce sujet, M. Sauvage rappelle que lors de son ( 
expédition à la mer .Morte, M. Louis Lartet avait re- 
marqué dans une lagune souvent inondée par l'eau 
de nier et alimentée par une source d'eau salée, plu- 
sieurs espèces de Cyprins vivant là sans paraître in- 
commodés pnr la grande salure de ces eaux, dont la 
densité était de 1,0575 à 15 degrés. 

Je rappellerai, à mou tour, que les faits de ce 
genre les plus remarquables sont ceux que M. Gran- 
deau a observés dans la Seillo, rivière voisine des 
Sidines de Dieu/e (près Nancy), et des expériences 
directes qu'il a faites dans son laboratoire. 

Il est résulté des observations de ce savant et de 
celles du docteur Parisot que les Tanches peuvent 
vivre dans de l'eau contenant jusqu'à 5 gr. par litre 
d'iiyposulfite de chaux. Ce sel n'a d'autre action sur 
ces poissons que de les décolorer. L'eau contenant 
"10 gr. de chlorure de sodium ou de calcium par litre 
tue les poissons d'eau douce. Lorsqu'elle contient du 
chlorure de manganèse, elle ne devient toxique qu'à 
une dose assez élevée (plus élevée que les deux chlo- 
rures de sodium et de calcium). 

Le sulfure de calcium agit au contraire comme un 
agent de destruction sur les poissons d'eau douce. Il 
suffit de Os r ,l)iÛ de ce sel dans une eau qui ne se 
renouvelle pas pour tuer les poissons par asphyxie, 
avec une grande rapidité. 

Les anguilles sembleraient présenter une excep- 
tion à cette règle. On sait, en effet, à Ludion, que 
les anguilles, et peut-être aussi les truites, remontent 
dans l'intérieur de l'égout qui conduit à la rivière 
la vidange des bassins d'eau sulfureuse et des bai- 
gnoires. 

Ces poissons se trouvent là dans une eau encore 
assez chaude (50 à 55° centigrades) et renfermant 
une proportion notable d'hydrogène sulfuré et de 
sulfures. 

Le fait me parait douteux pour les truites, bien 
que j'aie vu moi-même à Ax des truites vivre, sans en 
être incommodées, dans une eau à 24 et 25° centi- 
grades et dans laquelle se déversaient d'abondantes 
sources sulfureuses. 

11 nous sera permis de tirer de ces faits la conclu- 
sion suivante : c'est que la nature manifeste quel- 
quefois sa manière de présider à la vie des êtres, par 
des procédés qui peuvent nous sembler bizarres, mais 
qui n'en sont pas moins utiles à observer lorsque 
l'on veut arriver à la connaissance des phases de la 
création de tant d'êtres variés et se reliant les uns 
aux autres par des attaches que nos connaissances 
actuelles nous permettent déjà d'entrevoir. 

D f F. Gariugou. 



LES COUPS DE FOUDRE DU 10 JUILLET 

EN AN G I, E T E U II E . 

L'orage du 10 juillet a été surtout terrible en An- 
gleterre, où les phénomènes fulgurants ont été à la 
fois nombreux et effroyables. 

Cinq hommes qui traversaient Yietoiia-Park ont 
été frappés d'un même coup de foudre. Un d'eux, 
qui a été tué, était noir comme du charbon à la 
suite de la décharge. Les quatre autres ont repris 
successivement connaissance. 

L'effet attractif des objets de fer s'est fait encore 
sentir d'une façon très-remarquable. Plusieurs mois- 
sonneurs ont été frappés, tous probablement à cause 
de la faux dont ils étaient porteurs. Une femme 
qui fendait du bois à Edmouton a eu le même sort. 
On a ranimasse à Kew le cadavre d'un homme qui 
portait une fourche sur son dos. Sa fourche a été 
fendue par le coup qui lui a été si funeste. Un 
homme et ses deux fils, qui faisaient du foin à Beres- 
lbrdfield, out été atteints de la même manière, quoi- 
qu'ils aient cherché à se réfugier sous les meules. 

L'École militaire de "Woolwicha été atteinte dans 
la partie réservée aux détenus. Il s'y trouvait un 
énorme rouleau de fer, dont il pat ait que l'em- 
preinte a été marquée sur le sol. 

L'église de Saint-Luc, à Ilornnieriton, a été frap- 
pée d'une façon formidable et incendiée parce qu'on 
avait négligé d'y établir un paratonnerre. La grande 
Poste elle-même, à Saint-Martin, a été foudroyée. 
Cela tient peut-être à la multitude de fils électriques 
qui s'y rendent et qui tous ne sont point convena- 
blement protégés par les paratonnerres. 

L'n me&age du câble transatlantique nous ap- 
prend que la journée du 10 juillet a été également 
orageuse aux États-Unis. La foudre est tombée sur 
le réservoir à huile de la compagnie du lac Ene et 
l'a mis en feu. Les pertes sont évaluées à 4 millions 
de francs. 

Un télégramme nous annonce qu'un navire de 
guerre autrichien qui, sous le commandement de 
l'amiral Téghetoff, avait contribué puissamment au 
gain de la bataille de Lissa, a été frappé d'un coup 
de foudre en rade des côtes d'il Une et complète- 
ment incendié. Cette catastrophe aurait eu lieu pen- 
dant l'orage du 9. 

LES ILES FARALL03Î 

LES LIONS MAKINS. LES OISEAUX. 

LES CHERCHEURS 1HEUFS. 

Le voyageur qui s'approche de San-Francisco en 
venant de l'Ouest, aperçoit d'abord une terre in- 
culte, un immense groupe de rocliers : ce sont les 
Far alloues de los fr'railes, ou îles des Frères, qui 
paraissent être d'origine volcanique. On les voit régu- 
lièrement alignées comme les iles Sandwich, dans la 



120 



LA NATURE. 



direction du sud-est au nord-ouest. Les géologues 
affirment qu'elles ont pour base un formidable banc 
de granit. 

L'île la pins méridionale, est la plus grande de 
toutes; elle offre quelque ressemblance avec Ilawaï, 
qui est aussi l'île la plus méridionale de l'archipel 
des Sandwich. C'est un récif aigu où la végétation est 
rare. Sou accès est très-redoutable; il est toujours 
difficile d'y aborder. 

Le vent souffle avec violence dans ces parages et 
presque continuellement. Sur le point le plus élevé 



du Farallon du Sud, le gouvernement américain 
vient de faire construire un phare très-remarquable. 
Il est pourvu d'un sifflet à brouillard, appareil des 
plus curieux, consistant en une trompette énorme, 
disposée de façon à résonner automatiquement lors- 
que l'air s échappe d'une caverne en communication 
avec l'Océan, et s'engouffre dans la trompe. Le son 
ainsi émis est perçu à une distance de sept à huit 
milles en mer. Il est d'un singulier effet, car il n'a 
point de période, et ne dépend que de l'irruption 
irrégulière des flots dans la caverne. Ce bruit cesse 




Los habitants dos îles Farallon. 



durant une heure et demie à marée basse, quand le 
passage est redevenu libre. 

Les îles Farallon sont le rendez-vous d'une multi- 
tude délions marins et d'oiseaux de mer. Elfes sont 
aussi peuplées de lapins qui vivent du peu d'her- 
bages dont les fentes de rochers, sont garnies. Ils 
sont les descendants de quelques lapins qu'un spécu- 
lateur de San Francisco avait imaginé de transporter 
dans fes Farallons, pour approvisionner le marché 
de la cité. 

Les lions marins s'attroupent par milliers sur ces 
rocs; ils ne sont point farouches et se laissent ap- 
procher facilement. Quelques-uns d'entre eux pré- 
sentent la taille d'un bœuf; ils sont tous d'une 



admirable adresse comme nageurs, et ils fendent l'eau 
autour des écueils dont-ils évitent le choc sous l'im- 
pulsion des vagues. On dirait à les voir, des magots 
chinois animés, qui sortent la tète hors de l'eau. 
C'est un étrange spectacle que celui d'une centaine 
de ces monstres, se jouant au milieu des flots les 
plus furieux, dont la violence serait capable de briser 
contre les récifs le navire du plus fort tonnage. L'a- 
nimal se laisse emporter par le flot jusqu'à un mètre 
du roc, et à cette faible distance, il sait éviter re- 
cueil, il plonge subitement et reparaît au delà du 
récif*. On l'ait rarement la chasse à ces animaux, si ce 
n'est à l'époque de la récolte des œufs d'oiseaux de 
mer; les lions marins sont alors abattus à coups de 



LA NATURE. 



121 



fusil, et fournissent de l'huile d'ëelairago. Mais la 
principale ressource des îles Farallon est due aux 
œufs d'oiseaux, qui ont donné naissance à une sin- 
gulière industrie dont nous allons parler avec quel- 
ques détails. 

Ces œufs se vendent fort bien sur le marché de 
San Francisco, ils servent aux hôteliers pour l'appro- 
visionnement du leurs tables, quand ils sont demcui es 
frais. Mais au bout de deux ou trois jours, ils pren- 
nent un goût de poisson trop prononcé. 

Les oiseaux qui viennent couver tous les ans et 



affluent en quantités innombrables dans les îles 
Farallon, depuis le mois de mai jusqu'en automne, 
sont des goélands, des pingouins, des nigauds et des 
perroquets de mer, variété du pingouin. Les œufs de 
ces deux dernières espèces ne sont point recueillis. 
On les détruit pour faire plus de place aux autres 
espèces. Le goéland pond ordinairement ses œufs en 
mai, et dix jours avant le pingouin. Il a soin au- 
paravant de se construire un nid avec des broutilles 
et des algues; le pingouin ne fait pas de nid et pond 
sur la roche nue. 11 abonde d'une façon prodigieuse, 




Le» chercheurs d'unis au*. île» Failli ->n. 



et parfois les rochers entiers sont cachés par des 
légions de pingouins 

L'exploitation des œufs appartient à une compa- 
gnie qui, en 1873, en a fourni à San Francisco 
15,203 douzaines, à raison de vingt-six cents la dou- 
zaine (1 lianes 55 centimes). 

C'est un rude travail que celui' de cette récolte; il 
s'agit d'atteindre des points presque inaccessibles, et 
qui feraient hésiter la chèvre la plus audacieuse. En 
outre le goéland attend le ravisseur, lui résiste et le 
mord. Le pingouin attaque l'ennemi, il s'élève au 
dessus de sa tète en poussant des cris de détresse 
qui donnent le signal à des milliers do camarades. 
C'est alors un aliïeux charivari, et le malheureux 



chercheur dVufs est enseveli sous une pluie de 
guano. Mais ce n'est pas tout! Le goéland, qm ne 
pond plus, a pour les œufs du pingouin un goût gas- 
tronomique très-déclaré. Tandis que le chasseur croit 
mettre la main sur une couvée, il se trouve évincé 
par le goéland qui l'a suivi sournoisement, et ose lui 
disputer sa proie. Lorsque l'oiseau a pu attraper 
l'œuf qu'il convoitait, il le casse au-dessus de 
l'homme, avale ce qu'il peut du contenu, et laisse 
tomber le reste en guise d'omelette. 

Le pingouin n'est pas bon à manger. C'est un 
oiseau un peu moins grand qu'un canard, et pour- 
tant son œuf est gros comme utl œuf d'oie, cttrès- 
| recherché pour la pâtisserie. 



132 



LA NATURE. 



Le perroquet de mer a une crête sur la lète, et 
ressemble à un kakatoès. Cette espèce n'est pas si 
abondante que les autres dans l'île méridionale. 
Elle fait son nid dans le creux d'un rocher, et se dé- 
fend à coups de bec contre les attaques de l'ennemi. 
Ces oiseaux disparaissent tons à la lois, vers la lin de 
la saison et vont l'on ne sait où. Ils reviennent d'in- 
tervalle eu intervalle, mais ne restent que peu de 
jours et repartent où se dispersent en diverses ré- 
gions du Pacifique 1 . Ch. Nordhoff. 

LES A K C I E K S 

0ISEAl T X DES ILES MÂSGAREIGNES 

LE DUONTE DE l'ilK MAURICE. 

(Suite et tin. — Voy. p. 10 et 59.) 

Les anciennes peintures dont nous avons parlé 
et qui semblent d'une fidélité si scrupuleuse, suf- 
firaient presque à donner une idée du Dodo, de 
son aspect extérieur et do ses mœurs ; mais nous 
avons plus que cela, nous avons des pièces ana- 
tomiques du plus haut intérêt, qui permettent de 
rétablir le squeleltc et d'étudier les affinités de cet 
oiseau singulier. Le musée Britannique possède en 
effet un pied de Dodo, qui provient du cabinet de la 
Société royale, et le musée Ashmoléen d'Oxford con- 
serve encore la patte et la tête de ce spécimen de 
Dronte qui faisait partie de la collection de Trades- 
caut et dont nous avons déjà dit quelques mots. 
L'histoire de ce spécimen estasse/; curieuse : légué par 
son possesseur à Elias Ashmole, il fut donné par ce 
dernier, avec une foule d'autres raretés, à l'Uuiveivité 
d'Ox!ôrd, mais il ne fut l'objet d'aucuns soins, et se 
dégrada déplus en plus. Aussi, eu 1755, le vice- 
chancelier et quelques autres membres de l'Univer- 
sité faisant leur inspection annuelle, le trouvèrent en 
fort mauvais état ; ils n'imaginèrent alors rien de 
mieux que d'en ordonner la destruction, et anéanti- 
rent d'un seul coup le dernier représentant d'une 
espèce qui avait, déjà complètement disparu de l'île 
Maurice. Heureusement les règlements do l'Univer- 
sité prescrivaient de conserver, pour la comptabilité, 
la patte cl le hoc de tous les oiseaux réformés 't des- 
tinés à être brûlés ; c'est grâce à cette circonstance 
que ces débris sont parvenus jusqu'à nous ; et qu'en 
1847 le professeur Acklandputen faire une dissection 
minutieuse qui a fourni à MM. Stickland et Mclvillo 
les prinoij aux éléments de leur travail. Peu d'années 
auparavant M. lkinhardt avait été assez heureux pour 
retrouver à Copenhague ce crâne de Dronte qui avait 
été vu par Olearius au musée Gottorf, et avait tiré de 
son étude des conclusions fort intéressantes. Mais ces 
matériaux, quelque précieux qu'ils fussent, ne per- 
mettaient pas encore d'élucider certains points do l'a- 
P.atomieduDodo; aussi l'on peut comprendre quel le fut 

1 Uwpev'a Kew-Moulhly Magaiine. — Kcw-York, 1874. 



la joie des naturalistes lorsqu'on 1866, M. (ï. Clark 
annonça qu'il venait? de découvrir, après plusieurs 
années de recherches infructueuses, de nombreux 
| ossements de Dronte, à l'île Maurice, dans un petit 
étang nom n lé la Mare aux Songes 1 . Ces ossements 
étaient enfouis dans la vase, sous une couche épaisse 
d'herbes flottantes, dans un endroit où l'eau présen- 
tait une profondeur de deux à trois pieds; ils appar- 
tenaient tous à des oiseaux adultes, et n'offraient pas 
: la moindre trace d'incision ou de brûlure; leur 
couleur variait du brun acajou au noir d'ébène et quel- 
! ques-uns étaient aussi frais que s'ils provenaient d'oi- 
seaux morts récemment. Tout à côté gisaient des os 
de cerf, de cochon et de singe, la plupart dans leurs 
rapports naturels, et des débris de différentes espèces 
d'oiseaux tels que le Flamant, le Courlicu, la Galli- 
nulc et l'Aigrette. 11 est certain que tous ces animaux 
' avaient vécu dans cet endroit, qui était jadis reeou- 
| vert par d'épaisses forêts, et qu'ils y avaient péri d.i 
| mort naturelle. C'est là aussi que devaient se tenir 
> les Broutes qui étaient probablement, d'après M. Clark 
j îles oiseaux granivores ou frugivores, et qui trouvaient 
en abondance les graines et les fruits des figuiers, 
des oliviers et des Pandanus, et peut-être aussi les 
mollusques terrestres dont ils faisaient leur nourri- 
! ture. 

Les ossements recueillis par M. Clark à la Mare 
aux Songes, consistaient principalement eu vertèbres, 
I en tarso-métatarsiens, en portions de bassins cl de 
sternums, en fragments de tètes, et en becs encore 
revêtus de leurs étuis cornés. Une collection de ces 
pièces ayant été envoyée à Londivs et vendue aux 
enchères, M. le professeur Alphonse Miine-Kdwards 
s'empressa d'en acquérir quelques-unes et s'en servit 
pour mieux établir qu'on ne l'avait fait jusqu'alors, 
les relations du Dronte avec les différents oiseaux de 
la faune actuelle. La position que le Dronte doit occu- 
per dans les classifications omitliologiqucs avait été 
en effet fort controversée. Uay, Lmué et Latliam, se 
fondant sur la brièveté des ailes de cet oiseau et sur 
son inaptitude au vol, l'avaient misa côté des Autru- 
ches; Temminck et Cuvier, parlant des mêmes consi- 
dérations, l'avaient rangé tout près des Manchots; de 
Blanvillc, de La Fresnaye, (îould et Richard Owcil 
l'avaient au contraire rapproché des Vautours à cause 
de la forme de sou bec, de la nudité de son col et de 
la dïspositionde ses doigts. D'un autre côté MAL Slrick- 
land et Melville qui avaient recueilli tous les docu- 
ments transmis par les voyageurs, et qui avaient 
étudié non-seulement les figures peintes par des 
artistes contemporain?, mais encore et surtout les 
pièces anatomiques préparées par le professeur 
Ackland et par le docteur Kidd, avaient cru pouvoir 
conclure de leur examen que le Dronte était un Pi- 
geon, mais un Pigeon de type aberrant. Lu effet tout en 
ressemblant à certains égards au Didunculus des îles 
Samoa et au Goura des Moluques, le Dronte différait, 
disaient-ils, de tous les Pigeons par la direction de* 

1 Songe est le nom local du chou caraïbe [Arum cnculuti- 
tum). 



LA NATURE. 



125 



narines» la longueur à peu près égale du tarso-méta- ' 
tarsien et de la phalange voisine du doigt postérieur, 
la petitesse du crâne relativement au bec, et surtout 
par l'absence d'ailes ; ce dernier caractère devait as-ez 
naturellement se rencontrer, suivant MM. Slrickland 
et Melville, chez un oiseau qui habitait une île tic 
peu d'étendue cl qui, trouvant en abondance autour 
de lui les fruits et les graines nécessaires à sa subsis- 
tance, n'avait nul besoin d'émigrer vers de lointains 
parages. 

L'opinion soutenue par MM. Slrickland et Melv lie 
avait déjà été émise, en 1842, par Reinhardt, de Co- 
penhague ; elle avait été partagée plus tard par G.-U. 
Gray et par le prince Ch. Bonaparte : Gould, ainsi 
que !e professeur Owctl n'avaient pas tardé à s'y rai- 
lier. Au contraire, M. Brandt, de Saint-Pétersbourg, 
avait trouvé que le Dronte se plaçait plus convena- 
blement parmi les Kchassiers, à côté des Pluviers, 
qui présentent dans leur ostcologie certains carac- 
tères des pigeons. Enfin, M. le professeur Gervais, 
reprenant en partie l'opinion de Blainville, avait dé- 
claré dans sa thèse sur les oiseaux fossiles el dans sa 
Paléontologie française, que le Dronte était un oiseau 
lie en même temps aux "Vautours et aux Gallino- 
giades les plus voisins de ceux-ci, par exemple les 
Kamicliis. 

M. le professeur Alpli. Milne Edwards, qui s'est 
livré à une étude approfondie de Postéologic du 
Dronte, pense que le Dronte est un Pigeon, comme 
l'ont dit MM. Slrickland et Melville, mais il lui 
parait impossible d'expliquer les différences si re- 
marquables que cet oiseau présente avec les autres 
Pigeons par des raisons d'adaptation au milieu 
dans lequel il vivait. En effet, le Dronte n'offre 
pas seulement une exagérai ion du lypc dus Pigeons 
marcheurs, qui se trouve réalisé dans le Goura et 
dans le Nicobar, il montre dans certaines parties 
de son squelette, et particulièrement dans le bas- 
sin et le sternum, des caractères spéciaux, dont il 
importe de tenir grand compte; et par conséquent, 
tout en se plaçant à côté des Colombidcs, l'oiseau 
de l'île Maurice doit constituer un groupe à part. 
Mais si les dissemblances tlu Dronte avec les Pigeons 
marcheurs ne sauraient être négligées, elles ne sont 
rien auprès des différences qui le séparent des Vultu- 
rîdés; chez le Dronte, en effet, comme chez les Pi- 
geons, le fémur est à peu près droit, le tnrso-méta- 
tarsien presque cylindrique et arrondi dans sa partie 
postérieure, le talon trôs-développé ; chez les oiseaux 
de proie au contraire le fémur est légèrement arqué 
eu avant, le tarso métatarsien est comprimé et pourvu 
en arrière d'une gouttière assez profonde, et le talon 
est rudimentaife. L'apophyse épisternale, Lien dis- 
tincte chez tes Pigeons et les Vautours, n'existe pas 
d'ailleurs chez le Dronte, dont le bassin présente aussi 
une forme toute particulière et rappelle, mais de fort 
loin , celui des Cigognes. Nous ne pouvons malheureu- 
sement insister davantage sur ces détails purement 
anatomiques, et nous renverrons ceux de nos lecteurs 
que ces questions intéressent à l'ouvrage de MM. 



Slricklauil et Melville et surtout au mémoire plus 
récent de M. le professeur Alph. Milne Edwards l ; ils 
y trouveront exposées toutes les pari icularités ostéolo- 
giijues qui rapprochent le Dronte des Colombides et 
qui l'cJoignent au contraire considérablement* des 
Vautours, des Kchassiers et des Gallinacés eutre les- 
quels M. le professeur Gervais persiste à le placer*. 
D'ailleurs, si Pou admet que le Dronte avait des af- 
finités avec les Vautours il faut supposer qu'il se 
nourrissait de chair, les oiseaux de proieétant, comme 
leur nom même l'indique, essent ellemcnt carnas- 
siers ; or, comme M. Alph. Milne-Edwards le fait 
justement remarquer, à l'époque où vivait, le Dodo, 
l'île Maurice ne renfermait, excepté des Chauves -sou- 
ris, aucun mammifère dont cet oiseau put faire sa 
nourriture. Le Dronte aurait donc vécu de reptile?, 
de batraciens et de mollusques; cela paraît peu pro- 
bable, quoique dans un des tableaux de Savery nous 
voyions le Dodo guettant une espèce d'anguille. 11 est 
certainement beaucoup plus naturel d'attribuer nu 
Dronte un régime végétal et de supposer que, comme 
le Goura, le iNîcobar et beaucoup d'autres Pigeons 
terrestres, il se nourrissait de graines et de semences 
qu'il brisait facilement avec son bec robuste. 

Tels sont en résumé les documents que nous pos- 
sédons sur le Dronte ; nous connaissons désormais 
son organisation, ses habitudes et la place qu'il doit 
occuper dans les classifications ornithologiques. 

Ë. Ol'STALET. 

LES TACHES SOLAIRES 

ET LE CHANGEMENT DE JNIVEAU DES GRANDS LACS 
AMÉRICAINS. 

Cène sont plus seulement les variationsde l'aiguille 
nirnantée, le nombre des aurores boréales, nés trem- 
blements de terre et des c\ clones qui sont mis en 
rapport avec la variation annuelle des taches du so- 
leil. Un géologue américain, M. G Daw.-on, après 
avoir officiellement constaté les variations annuelles 
de niveau dans les eaux du lac Erié, et en avoir tracé 
la courbe, a remarqué une singulière concordance en- 
tre cette courbe et celle des taches du soleil. Il en 
conclut après comparaison attentive que les périodes 
de ces deux phénomènes pourraient, bien avoir outre 
elles des rapports certains. Voici le résumé de ces 
remarques. 

Le niveau des eaux est soumis dans les lacs comme 
dans les rivières, à différentes causes, les unes lentes, 
tes autres rapides. Celles-ci dépendent des saisons et 
des brusques phénomènes météorologiques; les pre- 
mières varient lentement d'année en année. On ne 
s'occupe ici que des variations lentes. 

1 Comptes-rendus de l'Académie des sciences du 23 avril 
186û, et Annales des sciences naturelles, &• série, t. V (lhOO), 
p. 355 et suiv. (avec pi.). 

s Mémoire en collaboration avec M. Coqucrcl, lu ù l'Acadé- 
mie (tes sciences, le 25 avril 18u0. 



!24 



LA NATURE. 



Les observations faites par le gouvernement des 
États-Unis, sur le niveau des lacs Ontario, Supérieur, 
Miehigan, Eric, s'accordent pour montrer une éléva- 
tion de niveau pendant les années 1850, 1860 et 
1861 et une diminution pendant les années 1866, 
1867, 1868. Les premières correspondent au maxi- 
mum des taches solaires et les secondes au mini- 
mum. 

La hauteur moyenne de ces lacs, au-dessus d'une 
bnse arbitraire, est de 30 pouces pour les années 
maximum, et de 15 pouces pour les aimées minimum 
la différence est donc de 15 pouces entre les deux 
moyennes (plus exactement 14,64). 

En remontant jusqu'aux observations de l'année 
1788, l'auteur est parvenu à déterminer la hauteur 
moyenne des eaux du lac Erié principalement et à tra- 
cer la figure ci-dessous. Dans c?- diagramme, la ligue 
continue représente la courbe de Carrigton sur le 



nombre des taches solaires; la ligne brisée représente 
les observations plus récentes et continuées jusqu'en 
1868 de MM. Dclarue Stewirt et Lœwy; la courbe 
inférieure représente la variation de niveau du lac 
Érié. 

On remarque un accord satisfaisant pour les qua- 
tre premiers maxima et surtout pour 1837 et 1858 ; 
cette dernière aimée a été la plus haute du siècle 
pour les lacs Erié et Ontario. Les trois dernières pé- 
riodes de maxima des taches solaires, arrivées en 
1848, 1859 et 1870 sont loin d'être aussi visibles 
sur lu courbe des eaux ; mais l'auteur paraît satisfait 
de l'élévation sensible marquée en 1800 eu égard au 
niveau général, qui est depuis 1 838 supérieur au ni- 
veau ancien. Il ajouta que la correspondance entre 
les périodes de maxima et de minima des taches so- 
laires et des fluctuations des grands lacs, doit ouvrir 
un nouveau champ de recherches, quoiqu'elle ne soit 




Courbes comparées des variations annuelles clés taches solaires et du niveau du lac lirirt. 



pas absolue et montre l'extension du cycle météoro- 
logique mis en évidence par MM. Meldrum et Lockyer. 
Dans leurs changements de niveau moyen annuel, 
les grands lacs donnent probablement la moyenne 
exacte de la quantité de pluie tombée sur un large 
espaee. Les saisons dans lesquelles lévaporation et la 
précipitation, ont été considérables, se refléteraient 
pour ainsi dire dans le niveau des lacs; et si celui- 
ci est en rapport avec le nombre des taches du soleil, 
l'opinion de la coïncidence de celle-ci avec une plus 
grande activité solaire serait continuée. En examinant 
les chroniques de Zurich, 51. Wolf a remarqué que 
les années riches eu taches solaires, ont été en géné- 
ral plus sèches et plus fertiles que celles du carac- 
tère opposé, lesquelles sont plus tourmentées de 
tempêtes que les premières. Par une autre série 
d'observations, M. Gauthier de Genève a trouvé le 
contraire. M. Dawson fait remarquer, en terminant, 
que les deux conclusions pourraient être vraies; l'é- 
vaporation pourrait amener ici la sécheresse, et plus 
loin la pluie suivant les conditions orographiques du 
terrain et suivant les courants d'air. Dans le cas des 



grands lacs, l'humidité et les vents froids amènent 
inévitablement la pluie. 

Ces observations ne doivent pas être acceptées 
comme définitives mais elles sont intéressantes et 
appellent l'attention sur des coïncidences qui peuvent 
avoir leur valeur 1 . 



LES GRÊLONS DU MOIS DE JUIN 1874 

Il y avait longtemps que des orages de grêle aussi 
violents que ceux du mois de juin dernier, ne s'é- 
taient offerts à l'observation des météorologistes. Le 
21 juin les départements du Rhône et de l'Isère, ont 
eu particulièrement à souffrir de la chute de grêlons, 
dont les dimensions étaient vraiment extraordinaires. 
Ces projectiles d'eau solidifiée étaient, pour la plu- 
part, gros comme des noisettes, il s'en trouvait dans 
le nombre qui atteignaient le volume d'un œuf de 
poule. La gravure ci-contre reproduit fidèlement la 

» Salure, 7.0 avril 187 i. 



LA NATURE. 



125 



grandeur et l'aspect de deux de ces formidables grê- 
lons, formés d'un noyau central, autour duquel se 
superposent des enveloppes concentriques de glace. 
En se représentant, par la pensée, la chute d'une 
telle mitraille, ou conçoit l'importance des dégâts et 
des désastres qu'elle est susceptible de causer. 

Dans la nuit du 27 au 28 du même mois, un nou- 
vel orage de grêle non moins extraordinaire s'est 
abattu sur le département de l'Hérault. 

Nous avons déjà parlé des observations qui ont été 
faites à Montpellier et à Nimes 1 . Nous les complé- 
terons aujourd'hui en reproduisant quelques rensei- 
gnements que M. J. Gay a récemment communiqués 
à 31. Cli. Sainte-Claire Deville 2 . « Une demi-heure 
après la chute des grêlons, j'en recueille un panier, 
dit M. Gay, et j'en pèse et mesure plusieurs. Ils sont 



en général plus gros qu'une noix, leur forme est 
grossièrement ellipsoïdale , leur surface mamelon- 
née; tous possèdent le noyau opaque entouré de 
glace très-transparente. Leur plus grand diamètre 
est de 30, 40, 50 millimètres; j'en mesure un, fort 
irrégulier et très-diminué déjà par la fusion, qui a 
62 millimètres de longueur; sept, pesés ensemble, 
égalent 150 grammes. Le matin... le sol est criblé de 
trous ellipsoïdaux presque hémisphériques, ils ont 
35, 40, 50 millimètres de diamètre, j'en ai mesuré 
de 75 millimètres. 

Sur les volets et les murailles on voit la trace des 
grêlons ; des tuiles et des pots de fleurs ont été bri- 
sés, le bord de l'ouverture d'un arrosoir en zinc, bien 
que doublé, a été déchiré.... L'orage paraît être né 
sur la frontière de l'Aude et de l'Hérault, auprès de 




'--■>-■ 



Créions tombés à Lyon, le 21 juin 1 S7-i. Grandeur nature!!'.) 



Saint-Pons dans lainonlagneNoire.il s'est dirigé en- 
suite O.-S.-O, E.-N.-B,, passe vers 1 1 h. 30 au nord 
de Iiéziers, atteint Pezenas et Jlontagnac sur la vive 
droite, s'infléchit légèrement vers le sud au contact des 
hauteurs de Valhanquès, puis, à partir de Montpel- 
lier, suit à peu près exactement la ligne du chemin 
de fer de Montpellier à Nîmes et va mourir enfin aux 
environs de Mimes. La largeur du fleuve de grêle pa- 
raît avoir été de 8 à 10 kilomètres environ; mais il 
n'a été réellement désastreux que sur une largeur 
moindre. C'est sur la rive gauche que l'orage parait 
avoir eu sa plus grande intensité; là, la grêle est 
tombée très-serrée, très-grosse pendant quinze à dix- 
huit minutes. Les récoltes, sur cette ligne, sont en- 
tièrement perdues ; les communes d'Adissan, Tres- 
sai), Yendemian, Grabels, Caslelnau, Lunel-Viel, 
.sont signalées comme absolument dévastées — Sur 
certains points les arbres sont dénudés comme en 
hiver.... Des évaluations qui ne paraissent pas exa- 

1 Voy. n» 59, p. 116. 

1 Comptes rendus de l'Académie des sciences. Séance du 
C juillet 1874. 



gérées, portent la perte en vin, due à l'orage, dans le 
département de 1 Hérault, à 2,500,000 hectolitres, 
soit, à 20 francs l'hectolitre, 50,000,000 de francs. » 

Les orages de grêle du mois de juin ont été, 
comme on le voit, très-sérieusement étudiés * les 
observations des grêlons si considérables qui se sont 
précipités sur le sol confirment celles qui ont été 
faites précédemment dans des circonstances analo- 
gues. Les grêlons sont en effet presque toujours 
formés, comme ceux des 21, 27 et 28 juin, d'un 
premier noyau sphérique d'un blanc laiteux et 
opaque, autour duquel se présentent des enveloppes 
concentriques de glace transparente. 

Les formes des grêlons sont très-variables; le plus 
habituellement ils sonL ronds, sphériques; quelque- 
fois ils se présentent sous la forme ovoïdale, il arrive 
même qu'ils offrent l'aspect d'un polyèdre géomé- 
trique, dont les faces sont très-distinctes. Quand on 
regarde à la loupe la section pratiquée dans la 
masse d'un grêlon, on aperçoit un réseau à mailles 
hexagonales, qui dénote la structure cristalline do 
sa formation. 



126 



LA NATURE. 



Les grêlons du mois de juin ne sont pas les plus ' 
gros que l'on ait vus tomber à la surface du sol, ' 
quoique leur dimension soit respectable, ou en cite 
de plus volumineux encore. C'est ainsi qu'au mois 
d'octobre 1844, pendant un orage effroyable qui dé- 
vasta une glande partie du midi de la France, on 
recueillit des grêlons qui ne pesaient pas moins de 
U kilogrammes. Ces glaçons avaient la force de bon- , 
L-ts du canon; aussi des hommes se trouvèrent-ils 
lapidés par ces projectiles atmosphériques; des toi- 
tures furent effondrées et des bateaux fluviaux coulés 
à fond. II, Nue rapporte (pie dans la Tarlarie les 
grêlons atteignent parfois des dimensions plus gran- 
des encore ; on en a vu qui pesaient G kilogrammes, 
et leur chute décimait en un instant des troupeaux 
entiers ! 

Enfin une chronique du temps de Charlemagne 
nous parle de grêlons de la taille d'un éléphant! 
Mais il nous paraît prudent de nous arrêter dans 
cette énumération, tout en nous permettant même 
rie mettre en doute !a véracité de ce dernier histo- | 
Fieû ! L. LiiininEii. 

CHRONIQUE 

Analyse et synthèse du Idcu égyptien. — Ce Lieu 
parfaitement exempt de cobalt u été trouvé ou fragments de 
li grosseur d'une bille d'écolier, dans les ruines d'Ànfun, et 
<! uis l'oppidum gaulois du inotit Beuvray (Saône-ct-Loire). 
I, a substance, d'après M. II doFoulenay, est rude au toucher: 
c'.!o s'écrase facilement sous le pilon. Examinée à la loupe, 
su poudre laisse voir do petits grains blancs de silice libre. 
L'analyse a fait voir qu'elle était formée de silice 70,20, 
oxyde de cuivre 1G,44, alumine et oxyde de fer 2,5(5, 
chaux 8,35 et soude, 2,83. l'iu faisant fondre un mélange 
intime de sable blanc, d'oxyde noir de cuivre, de craie et 
de carbonate de soude, M. de Fonlenay a ohtenu une fritte 
bleue tout à fait semblable à l'azur des anciens. 

Anniversaire de 1» découverte de l'oxygène. 

— Le 1" août aura lieu à Birmingham uni cérémonie in- 
téressante. M. lluxbiy inaugurera, au nom d'un comité de 
souscription, une statue de Prieslley pour célébrer le cen- 
tenaire de la découverte de l'oxygène. Il est à remarquer 
qu'on ne fait rien en France pour célébrer la part que 
Lavoisier a prise à celte découverte et les conséquences 
immenses qu'il a pu en dégager. 

Prieslley habitait, comme on le sait, Birmingham. Son 
laboratoire fut incendié par des fanatiques, à cause de 
l'enthousiasme avec lequel ce grand homme avait salué la 
Révolution française. 

Iffi. Pasteur. — Dans sa séance du 18 juillet 1874, 
l'Assemblée nationale a adopté par 552 voix contre 24 le 
projet de loi dont nous donnons le texte : 

f Art. 1". — Il est accordé à M. Pasteur une pension 
annuelle et viagère de 12,000 fr. à litre de récompense 
nationale. 

« Art. 2. — Cette pension sera inscrite au livre des 
pensions civiles du Trésor public, avec jouissance ù partir 
de la promulgation de la présente loi ; elle ne sera pas su- 
jette aux lois particulières du cumul ; elle sera réversible 
par moitié sur la veuve de M. Pasteur. » 



11 est à regretter qu'un des honorables ait cru devoir 
protester contre cet acte de justice ; mais sa voix a été 
étouffée. Nous avons applaudi, et nous applaudissons en- 
core à la récompense nationale accordée à M. Pasteur; 
mais il ne faudra l pas oublier que nous avons en France 
d'autres savants illustres, dont les litres à lu reconnais- 
sauce publique no sont pas moindres que ceux de M. Pas- 
teur. 

Les bancs d'anchois dans la Méditerranée. -^ 

Le passade des anchois de l'ouest à l'est, dans la Méditer- 
ranée, est cette année d'une abondance extraordinaire; les 
légions de ces poissons, serrés les uns contre les autres, 
couvrent une superficie de plusieurs kilomètres carrés ; 
c'est par millions qu'il faudrait le* compter. Ces masses 
animées sont suivies de quelques gros poissons qui dévo- 
rent leur arriére-garde. L'abondance dits anchois dans la 
Méditerranée est, pour les populations riveraines et pour 
l'industrie des salaisons, ce que l'abondance des harengs 
est pour les populations riveraines des mers du Nord, c'est- 
à-dire une source de richesse. L'aucliois frais et l'anchois 
salé sont des aliments de premier ordre dans les contrées 
maritimes. 

Sa réputation es! très-nneinnne. I, es Crées »>t les lioin:iins, 
dans le temps où ils attachaient le plus d'importance à 
l'art de préparer les aliments, faisaient avec les anchois 
une liqueur que Ton nommait garum, et qui était, sur 
toutes les tables, lu sauce piquante par excellence. La pré- 
dilection pour ce poisson était telle, que de riches p rli- 
culiers emplissaient d'eau de mer de grands viviers et v 
conservaient des anchois pour leur table. Aulus liirtius, 
qui donna un grand repas à César au moment où celui-ci 
venait d'être nommé dictateur, fit servir un plat composé 
de plusieurs milliers d'anchois. 

la peste. — Suivant une dépêche télégraphique, la 
peste aurait éclaté à Bagdad cl à Tripoli. Le mois dernier, 
une commission composée de quatre médecins a été en- 
voyée par le gouvernement ottoman pour faire un. 1 enquête 
cl un rapport au sujet de cette maladie, et la commission» 
déclaré que c'était la peste. Elle existe à Hillé, Divanic':, 
Dagara et A lidj. Des mesures quarantenaires ont été proinp- 
teinent appliquées tout autour du district infecté, et les 
derniers télégrammes de Bagdad, jusqu'au 14 courant, an- 
noncent que l'épidémie diminue sensiblement. La nou- 
velle s'est récemment répandue que la peste a également 
éclate à Sina, dans le Kurdistan persan, à peu de distance 
de Bina, où elle avait fait son apparition en 1871 ; mais 
cette nouvelle demande confirmation. D'un autre côté, la 
peste s'est montrée à Merdj, ville du district de Barca, à 
une distance de vingt heures de Bengazi, porte de l'Afrique 
septentrionale. [Gazelle de médecine). 

■/extraction «le l'or ù Victoria. — Un rapport de 
la commission des mines de Victoria, reproduit eu extrait 
par le Journal of Applied Science, n'évalue pas à moins 
de 00,595 le nombre des ouvriers qui ont été occupés à 
l'extraction de l'or sur h; territoire de cette colonie, pen- 
dant le dernier trimestre de l'année 1873. Le contingent 
des travailleurs, formé en grande partie d'Européens, a été 
de 55,822 individus dans les mines d'alluvion et de 
16,775 dans celles de quartz, lin outre, 562 machines à 
vapeur, représentant une force motrice de 9,579 chevaux, 
ont été employées à l'exploitation des mines. La valeur ap- 
proximative de tout le terrain minier de la colonie est évaluée 
dans le rapport à 55,280,000 fr. Quant à la production de 
l'or pendant le dernier trimestre de 1873, elle a été de 



LA NATURE. 



1<»7 



21)7,570 once?, sur lesquelles 267,571) onces ont été ex- 
portées. (Revue industrielle) . 

I. oulîiun en 18 9-1. — La vigne a montré sa fleur 
dans des conditions satisfaisantes. La coulure tint redoutée 
ne s'est jioint produite; malgré les pessimistes, on est 
fondé a croire qu'elle n'est plus à craindre. Malheureuse- 
ment, d'après le journal la Vigne, l'oïdium se montre 
presque partout, comme échantillon ; cet ennemi de la 
vigne n'a point disparu: les cépages tendres et à feuilles 
molles témoignent des nuages qu'il est prêta exercer, si 
l'on ne s'empresse de le combattre parles moyens les plus 
énergiques. 11 faut donc se lia ter. Les soufrages sont de 
toute opportunité: on no doit point négliger d'employer «et 
siéent actif, dans les rareslnlcrval les du temps calme et 
du soleil Le soufre, qui peut fournir les meilleurs résultats, 
doit «Ire trituré avec 25 p. 100 de plâtre gris. Cette der- 
nière substance donne de la force, do la solidité et de l'a- 
di.érence à la poudre jaune qui se maintient plus longtemps 
sur le Lois et sur le feuillage. On ne saurait user de trop 
de précautions et de soins dans la préparation des vignes 
soumises aux soufrages. Il est indispensable de les palis- 
ser, de relever doucement les nages, afin d'éviter que le 
verjus soit brusquement déplacé et que le soufre atteigne 
foutes les parties vertes. Le soufflet, même malgré les im- 
perfections qu'il présente, est encore l'instrument qui 
offre le plus de ressources pour ces opérations. 

BIDLIOGRAPHIE " 

Les 'mouvements de i 'atmosphère et des mers, considérés 
au point de vue de la prévision du temps, par M. Marié 
Davv, avec 2i cartes tirées en couleur et de nombreuses 
ligures dans le texte. G. Màssok, éditeur. 
Aucune é, oque n'a été aussi favorable pour recomman- 
der le bel ouvrage du savant directeur de l'Observatoire de 
Sloutsouris; la météorologie rationnelle basée sur l'obser- 
vation dis faits préoccupe plus que jamais le publie éclairé; 
elle a, en effet, déjà fourni ses preuves de prévision, et 
M. Marié Davv est certainement un des observateurs qui 
ont le plu» contribué à la création de ces méthodes nou- 
velles dont l'avenir est assuré. Non-seulement le bel ou- 
vi âge de M. Marié D.ivy, nous ouvre le grand tableau des 
mouvements aériens et océaniques, mais il nous révèle les 
conséquences de cette grande étude, et nous indique les 
services que les hommes sont en drodd'cn attendre parla 
possibilité de prévoir les phénomènes atmosphériques. 

ACADÉMIE DES SCIENCES 

Séance du 2i) juillet 1S71. — Présidence de M. I!eutiusl>. 

C'est sans doute dans l'effroyable température que nous 
subissons que se trouve la cause de l'apathie de l'Académie. 
Les membres extrêmement peu nombreux murmurent 
avec peine les quelques mots qu'ils ont à dire, et avant 
quatre heures un quart, moins d'une heure après l'ouver- 
ture de la séance, le président annonce qu'il n'y a plus 
rien à l'ordre du jour, et qu'en désespoir de cause la docte 
compagnie va se former en comité secret. 

Récompense nationale à M. Pasteur. — La pièce 
saillante delà correspondance est une lettre de M. Paul liert 
dans laquelle ce député annonce qu'il vient de présenter 
à l'Assemblée nationale un rapport tondant à faire accepter 



le principe des récompenses nationales au* auteurs de 
travaux scientifiques utiles, et la première application de 
celte mesure à M. Pasteur. Le rapporteur met à la dispo- 
sition de l'Académie le nombre d'exemplaires du rapport 
qu'elle jugera utile afin que tout le monde en ait. 

Conductibilité des corps ligneux. — M. Du Moncel a 
reconnu que les corps ligneux sont d'autant plus conduc- 
teurs de l'électricité qu'ils sont plus riches en humidité. 
Si, par la pression, on enchâsse toute l'eau, leur conduc- 
tibilité diminue d'une manière très-sensible. 

Pansement des plaies. — Par le canal de M. Gossclin, 
un praticien de bordeaux, M. le docteur lluzam soumet 
un nouveau système de pansement des plaies d'amputation. 
Ce procède, qui consiste dans remploi d'une suture pro- 
fonde et d'une suture superficielle, offre quelques points 
d'analogie avec le pansement par occlusion que M. Al- 
phonse Guérin a récemment décrit. Cependant il en dif- 
fère profondément par le drain que l'auteur conserve, et 
rpii, permettant l'écoulement constant du pus, laisse Pair 
pénétrer en même temps dans Pappareil. 

Chimie organique. — Une intéressante expérience est 
réalisée par M. ûppelhcùn. lilleconsisl e à traiter l'étber acé- 
tique iode par le chloroforme. Dansées conditions il se fait 
une réaction quelque peu complexe, dont Pun des produits 
est un acide de la série benzoïque. Le passage est donc réa- 
lisé delà série grasse à la série aromatique. 

Thermo-chimie • — Lorsque le sulfate de soude est 
placé dans l'eau à une température telle qu'aucun hydrate 
n'est possible et que le sel anhydre se dépose seul, il se 
développe cependant une grande quantité de chaleur. Tel 
est 1: fait étudié par M. de Kobcll, et qui parait présenter 
à M. Dertbelot un intérêt tout spécial. 

Action réciproque des courants. — Dans fous les traités 
de physique on enseigne que deux éléments de courant 
s'attirent lorsqu'ils sont de même sens et se repoussent 
dans le cas contraire. D'après M. Bertrand, celte propo- 
sition est fausse et diamétralement contraire à ce qui ré- 
sulte de la loi d'Ampère. Stanislas Meunilr. 



LES DÉAlYELUïlCm SÉCULAIRES 

1,'ecorce terrestre n'est pas seulement soumise à 
des secousses violentes, comme les tremblements de 
terre, elle éprouve aussi des mouvements très-lents, 
tellement inappréciables, qu'ils ne peuvent être con- 
statés que par plusieurs générations successives d'ob- 
servateurs. Ces constatations n'ont un caractère de 
vraisemblance que sur le bord de la mer, parce que 
l'on possède à côté un repère unique pour sa régu- 
larité : le niveau de la nier. Il serait impossible de 
rattacher une observation, faite dans l'intérieur des 
terres, à un plan de nivellement., qui fût. en rapport 
avec la dépression ou l'élévation de la surface de la 
terre. La base chronologique manque. 

Si la mer a envahi les terres, on peut retrouver 
des traces d'enfoncement ; si le contraire s'est pro- 
duit, on retrouve dans les terres ou sur les roches 
des coquillages marins, témoignages écrits de l'an- 
cien niveau de la mer. Les travaux dus à la main de 
l'homme, tels que les ports, les constructions an- 
ciennes, sont aussi des repères que le hasard donne 
pour la révélation des changements de niveau. 



128 



LA NATUDE. 



Les premières études sur cette question remontent ■■ 
à 1750 ; l'abaissement du plan d'eau de la mer Bal- 
tique fut constaté par Celsius. Ayant (ait un repère à ! 
l'île Loëff grand, il vit avec Linné, treize ans plus tard 
une différence de 18 centimètres. Playfair, en 184)2, 
et Buch, en 1807, émirent l'opinion de changements 
de niveau dans le sol, et non pas dans la mer. Ces 
travaux furent continués par sir Hoderick Mu rebison 
en 1845 ; comparant l'affaissement des côtes de ! 
Suède et l'élévation de celles de Norsvége, il avança 
:pie la péninsule Scandinave était soumise à un mou- 
vement de bascule. Depuis, de nombreux observa- 
teurs se sont mis en quête de renseignements, et ils 
en ont rencontré sur presque toutes les côtes. 

Les oscillations sont plutôt locales que générales ; 
on retrouve dans un même endroit de certaine éten- 
due, des preuves de variation de niveau semblables 



à un plissement du sol. 11 est hors de doute que ces 
mouvements se sont manifestés dans presque tous les 
âges, et qu'ils se continuent encore en vertu d'une 
loi générale mal déterminée. Deux causes sont pro- 
bablement en action, et l'une pourrait être la consé- 
quence de l'autre. Plusieurs géologues les regardent 
comme des tremblements de terre avortés, d'autres 
comme le résultat de modifications successives de la 
nature du sol, L'action de la mer et de l'atmosphère 
étant très-iucgales, l'équilibre des côles est constam- 
ment modifié, ce qui peut produire dos glissements ; 
ils sont comparables à ceux qu'on rencontre dans les 
tram hécs de chemin de fer, seulement ils sont réglés 
par les progrès de l'érosion, en sorte qu'ils ont lieu 
avec une lenteur séculaire. 

Nous ajouterons aux nombreux exemples déjà con- 
statés sur le littoral français de l'Océan, quelques 




r races do dénivellations des côtes à Roscof (Finistère). 



observations sur les côtes du Xorcl, où les dénivella- 
tions fournissent de fréquents témoignages. On trouve 
à la pointe Sainte-Harbe, près lloscof, à plusdu cinq 
mètres au-dessus du niveau des hautes mers, un ter- 
rain meuble rempli de galets, où l'on cultive ces lé- 
gumes qui font la réputation du pays. Cette terre 
argilo-siliceusc, mise à découvert par érosion des 
pluies et du vent de mer, offre une épaisseur d'au 
moins deux mètres. Si l'on accepte ce témoignage 
comme preuve du séjour de la nier, on peut y voir 
un ancien rivage, où les vagues ont roulé des galets 
et accumulé des sables. Ce n'est pas le fond d'une 
mer ancienne, où les restes organiques se seraient 
développés, dans le calme propre aux grandes pro- 
fondeurs; les galets et les quelques tests coquilhors 
qui les accompagnent, indiquent le travail et l'assaut 
répété des vagues à un endroit duquel elles sont 
éloignées maintenant. 

Ce fait local, rapproché des observations faites sur 
plusieurs points dos côtes du Nord, indiquerait une élé- 
vation générale. Mais d'autre part, l'ensemble du bas- 
sin formé par le golfe de Saint-.Malo parait s'alfaisscr 



graduellement. L'ingénieur anglais Pcakock signale 
un abaissement des îles de Jersey et de Cuernescv. 
M- Qucsuault a publié d'anciens documents qui por- 
tent à croire qu'autrefois le Colentin se trouvait 
réuni aux iles de Jersey et d'Aurigny, ainsi qu'aux 
îles Chausscy et aux écueils de la baie de Granville. 
Une carte de Deschamps Vadeville représente même 
l'état de cette région au temps de Jules César. Kllca 
été dressée en 1714, d'après une carte en lambeaux 
de 1400, qui se trouvait au monastère du mont 
Saint-Michel. Ce document semble établir que le 
Cotentin subit un affaissement lent et que la mer 
a déjà détruit par érosion de larges zones de ces 
côtes. 

Peut-être ces perturbations lentes sont-elles une 
des conditions d'harmonie de l'écorce terrestre et un 
moyen pondérateur dans la mécanique du globe. 

J. Girard. 
Le Propriétaire-Gérant : G. Iissamusr, 



CuimuiL. — mi'nniBiuR de Crktb. 



K- 61 — 1" A.OUT 1874. 



LA NATURE. 



\2$ 



LE MUSÉE DE SAINT-GERMAIN 1 

Il n'y a guère plus de dix ans que ce musée a été 
fondé, et il l'ormo déjà la plus riche et la plus com- 
plète collection du mémo genre qui existe en Eu- 
rope. Si intéressant que puisse être le musée histo- 



rique de Copenhague, dont on vante beaucoup la 
richesse, il est douteux qu'il surpasse celui qu'ont 
organisé à Saint-Germain ses deux savants et zélés 
directeurs, MM. Alexandre Bertrand et Gabriel de 
Morlillet. 

L'origine du musée de Saint-Germain explique 
assez sou but. On sait que l'auteur de Y Histoire de 




Tête d'ouïs sculptre sur un andomller do cerf. Massai (Aricpc). — Donateurs : MM. Lartet et Christy. 



César ne "voulait d'abord y mettre que les pièecsjus- toutes les pièces justificatives de notre histoire jus- 



tificatives de son ouvrage: le résultat des fouilles, 
les plans des différents camps- de César, les armes 
romaines et gauloises, 

etc. D'où le nom de fjjSBÈÊÊÈÈÈÈË^ 
gallo-romain qui fut 
d'abord appliqué à notre 
musée. 

Dans le principe , il 
devait donc être exclusi- 
vement, historique : mais 
bientôt, ce cadre fut 
jugé Irop restreint; le roi 
de Danemark , M. Bou- 
cher de Perlhes et d'au- 
tres donateurs, appar- 
ièrent au château de 
Saint-fîermaîn des pièces 
beaucoup plus ancien- 
nes que les époques his- 
toriques, et qui, sans 
doute, ne se rappor- 
taient guère (dus aux 
Gaulois qu'aux llo- 
niains. 

Dès lors l'objet du 




Dessin d'une lôte de mammouth ■>ur un os de renne. 
(Nouvelle pièce du niu-ée de Suint-Germain.) 



qu'à Charlemagne. » 

Il y a donc deux parties dans le musée de Saint- 
Germain : une partie 

saUÊSSmuiBMSip r ■—.- "- historique qui se rap- 
porte aux Gaulois tels 
que les connurent les 
Romains, et une autre 
qui contient les plus 
anciens vestiges qu'ail 
laissés l'homme sur le 
sol des Gaules, (l'est 
cette partie antéliisto- 
rique du musée de Saint- 
Germain que nous étu- 
dierons en premier lieu. 
La science n'a pas en- 
core pu assigner, en 
années, dédale même 
approximative aux mo- 
numents que l'homme 
a laissés de son existence 
avant l'histoire. Ici , 
comme en géologie, il 
faut donc se contenter 
de dates purement rela- 



musée changea. 11 no fut plus seulement gallo- ro- ' tives. C'est d'après la perfection plus ou moins 
main, il devint une collection d'archéologie iïati- grande des produits de l'industrie humaine qu'on 
çaise: « Il devra réunir, dit un rapport en 1803, a divisé les temps qui précèdent l'histoire. On est 

arrivé ainsi à reconnaître , dans ces temps reculés, 



1 Ouvert les diminclies, mardis et jeudis de chaque semaine 
de 11 1/2 à 4 heures du soir. Nous recommandons aux visi- 
teurs, nui vomiraient un guide complet et iiitéressint, de 
prendre les Promenades au musée de Saint-Germain, pnp 

il. Gabriel de Morlillot. 

ï' 1 amrc — 2° scineslr. 1 . 



quatre grandes divisions : 

1° L'âge de la pierre taillée, où l'homme ne savait 
encore que tailler assez grossièrement les silex qui 
lui servaient d'armes. Cet âge, qui répond à la pé- 

9 



150 



LA NATURE. 



riode quaternaire des géologues, peut se décomposer 
lui-même en deux périodes * : la première, pendant 
laquelle l'homme était contemporain du mammouth 
et du rhinocéros à narines cloisonnées, et la seconde, 
pendant laquelle il vivait Surtout avec le renne. 

2° L'âge de la pierre polie. L'homme savait polir 
ses armes avec une grande perfection. L'homme est 
devenu potier ; il a des animaux domestiques, et il ! 
sait même cultiver la terre. 

5° L'âge du bronze, dont les lacs de Suisse ont 
gardé de nombreux vestiges. 

4° Enfin, l'âge du fer, qui a précédé de peu les 
temps historiques. 

Age de la pierre taillée. — C'est en 1832 que 
Boucher de Perlhes révéla l'existence de l'humanité 
à l'époque glaciaire. Comme il étudiait une carrière 
située à Abbcville même, il y recueillit une petite 
pierre dont la forme le frappa singulièrement, Elle 
avait l'aspect d'une hache, et semblait avoir été mar- 
telée et façonnée avec soin, en sorte que cette appa- 
rence de hache, qu'avait ce caillou, parut à Bou- 
cher de Fertiles, non pas un elfet du hasard, mais le 
résultat d'une volonté réfléchie,' d'une intervention 
humaine. 

Cette pierre, Boucher de Perthes l'avait trouvée 
dans une carrière quaternaire, c'est-à-dire dans un 
terrain datant, de l'époque du mammouth et du rhi- 
nocéros. C'est ainsi qu'une circonstance que tout 
autre eût trouvée insignifiante, fut pour cet homme 
de génie un trait de lumière; par elfe, il fut amené 
à faire de nouvelles recherches, et à affirmer l'exis- 
tence de l'homme pendant l'époque quaternaire, 
découverte d'une importance capitale en paléonto- 

lo s ie - 

On les voit au musée de Saint-Germain, ces haches 
de pierre dont Boucher de Perlhes eut la gloire d'être 
le premier, et pendant bien longtemps le seul, à 
reconnaître l'authenticité. La plupart d'entre elles 
sont grandes comme la main ; elles sont taillées gros- 
sièrement par mille petits coups poités à l'aide d'un 
autre silex, de manière qu'un de leurs bords soit 
aigu et coupant et que l'autre,' au contraire, se laisse 
prendre aisément à la main, et présente une sorte de 
talon sur lequel la paume trouve un large point d'ap- 
pui. Cette précaution, de donner à la hache une 
forme qui s'adapte à la forme du creux de la main, se 
retrouve dans toutes les haches de l'époque quater- 
naire, et ou peut dire qu'elle les caractérise. 

L'homme a-t-il existé même avant cette époque? 
Depuis les découvertes de M. l'abbé Bourgeois et de 
M, l'abbé Dclauuay, il est impossible d'en douter. 
Le musée de Saint-Germain contient un certain nom- 
bre de pièces données par ces deux savants archéo- 
logues, et trouvées par eux dans des assises de l'é- 
poque tertiaire; terrains tellement anciens, qu'entre 
leur apparition et celle des terrains quaternaires, la 
faune s'est renouvelée trois ou quatre fois. 

Les pièces trouvées par M. l'abbé Bourgeois dans 

* Noua dirions en quatre dans un travail moins sommaire. 



ces terrains sont, d'une paît, des pierres éclatées 
d'abord au feu et polissées ensuite par le frottement, 
et d'autre part des os d'halithérium sur lesquels on 
voit des entailles faites avec un instrument tranchant. 

A la vue d'instruments aussi misérables, l'imagi- 
nation se reporte avec regret aux vers élégants dans 
lesquels les poètes de l'antiquité nous ont décrit les 
aimables sentiments des hommes de l'âge d'or, la 
douce vie qu'ils menaient au milieu d'un éternel 
printemps, la paix perpétuelle qui régnait entre 
eux et l'heureuse et innocente simplicité de leurs 
mœurs. Hélas! il faut renoncer à ces gracieuses 
légendes. Ce n'est pas au milieu d'un printemps 
perpétuel que vivaient nos premiers ancêtres. Ils ont 
traversé la période glaciaire, dont la température 
ne répond certes pas à la description d'Ovide. Et 
quand on songe que ces malheureux (dont les crânes 
de Néanderthal et desEvzies nous montrent la figure 
hideuse et même bestiale), n'avaient, pour chasser 
le mammouth et pour combattre l'ours des cavernes, 
que les misérables cailloux taillés que nous avons 
sous les yeux, il est bien difficile de leur supposer 
une existence douce et paisible. 

Après la période glaciaire, nous trouvons une 
race d'hommes évidemment bien supérieurs à ceux 
qui viennent de nous occuper. Les crânes qui nous 
sont restés d'eux ressemblent presque aux nôtres, 
et les produits de leur industrie sont bien plus tra- 
vaillés et plus soignés que les haches grossières de 
l'époque quaternaire. Ces hommes façonnaient la 
pierre en grattoir, en lame de couteau, plus lard en 
pointes de flèches. 

Us ont inventé un instrument précieux, la scie, 
dont on voit plusieurs exemplaires en silex, au musée 
de Saint-Germain. En même temps, ils ont appris à 
ciseler une matière première, inconnue à leurs pré- 
décesseurs : l'os, soit de l'ours, soit surtout du 
renne, dont la présence caractérise leur époque. Il 
faut voir les pièces elles-mêmes pour se rendre 
compte de la finesse et de la perfection relative du 
travail : des pointes de lance soigneusement sculp- 
tées, des hameçons faits avec une dent coupée, des 
harpons barbelés à peu près semblables à ceux dont 
on se sert encore aujourd'hui dans les pays habités 
par le renne, des sifflets faits avec une phalange, 
enfin des aiguilles fines et pointues. On devine à la 
perfection et à la finesse du travail que c'est à des 
doigts de femme que leur fabrication les destinait. 
On peut môme voir par quelle méthode on les 
confectionnait. C'était surtout les os longs d'oiseau 
qu'on y employait, sans doute à cause de leur densité 
et de leur peu d'épaisseur. A l'aide d'une lame fine 
et pointue on détachait ces aiguilles des os d'oi- 
seau; ensuite, on les taillait; puis, avec la pointe 
du môme silex, on perçait le chas de l'aiguille. Pour 
aiguiser la pointe, il est probable qu'alors comme 
aujourd'hui, on la frottait sur un grès. 

Mais ce qui caractérise cette époque, ce sont les 
dispositions artistiques de ces hommes. On en trouve 
mille témoignages au musée de Saint- Germain. On 



LA NATURE, 



131 



y voit, par exemple, des manches de poignard dans 
lesquels l'artiste a ciselé , soit un renne , soit un 
mammouth. Ou remarque aussi des dessins sur 
pierre et d'autres sur ivoire, dont plusieurs sont fort 
instructifs. Nous savions, grâce aux mammouths que 
les glaces du pôle nous ont conservés depuis des 
temps incalculables, que cet animal primordial 
était pourvu d'une abondante et longue toison; l'ar- 
tiste de l'âge de pierre nous apprend en outre, par 
plusieurs dessins et par quelques sculptures, que le 
mammouth tenait d'habitude sa trompe recourbée 
entre .ses jambes de devant, tandis qu'une longue 
queue, garnie d'un abondant bouquet de poils, bat- 
tait ses flancs sans doute pour en chasser les mou- 
ches. Assurément l'auteur de ce dessin ne se doutait, 
pas qu'il donnerait aux siècles futurs des leçons 
d'histoire naturelle. 

L'une de nos gravures représente une acquisition 
toute récente du musée ; c'est une remarquable tête 
de mammouth dessinée sur os de renne. L'original 
de cette pièce appartient à un zélé collectionneur, 
M. le marquis de Yibraye. L'autre figure reproduit 
le dessin d'une tète d'ours gravée sur un andonïller 
de cerf. 

Des hommes aussi artistes ne pouvaient manquer 
■d'être quelquefois galants : ou a retrouvé d'eux des 
colliers d'autant plus précieux qu'ils sont composés 
de canines de renne ; chacun des grains de ces col- 
liers rappelait donc à son possesseur une chasse heu • 
î'euse, un jour de joie et de liesse. Ces canines atro- 
phiées, formant un petit mamelon irrégulier, sont 
encore aujourd'hui très-recherchées comme souvenirs 
<le chasse. Lorsqu'on a tué un cerf, les piqueurs en 
arrachent les canines et les offrent aux dames qui 
ont suivi la chasse; étonnante constance de l'imagi- 
nation humaine à travers des milliers de siècles! 

L'âge de la pierre polie est évidemment beaucoup 
plus récent que celui de la pierre taillée. Entre ces 
deux époques, le climat a complètement changé; 
toutes les formes vivantes sont remplacées par d'au- 
tres formes; plus de mammouth, plus de grand 
ours, de grand chat des cavernes; le rhinocéros à 
narines cloisonnées a disparu, le renne a été repoussé 
par la chaleur jusqu'aux terres voisines du pôle. A 
leur place, les animaux actuels, l'ours des Pyré- 
nées, le cerf, le loup, le blaireau, l'unis, le castor, 
qui n'ont disparu qu'aux époques historiques, l'au- 
roeb, dont il reste encore quelques exemplaires 
dans les forêts du czar en Lithuauie. Ainsi la faune 
de la pierre polie est la faune actuelle. 

On peut donc assurer qu'entre l'âge de pierre 
taillée et l'âge de pierre polie, un grand nombre de 
siècles se sont écoulés. Ce n'est pas dans notre 
pays qu'on peut le mieux étudier cette période inter- 
médiaire, c'est dans le Danemark, et particulière- 
ment dans le inusée de Copenhague, sur lequel nous 
reviendrons. 

La grandeur de l'intervalle qui sépare ces deux 
âges n'est pas démontrée seulement par l'étude des 
terrains et des précieux restes qu'ils recèlent; elle 



l'est aussi par les progrès que la civilisation a faits 
entre ces deux périodes. L'homme n'est plus un 
chasseur nomade n'ayant ni feu ni lieu; il est de- 
venu pasteur, il a conquis J'empire sur les animaux, 
et en a fait ses domestiques : il nourrit chez lui la 
chèvre. le bœuf, le veau qui paraît avoir été sa 
nourriture préférée. A l'aide du feu, il transforme la 
terre, et la poterie commence cette grande série des 
arts industriels qui font de l'homme un véritable 
créateur. 

Quelques graines, qu'un heureux hasard a conser- 
vées dans certaines stations (llobcnhausen et dans le 
Puy-de-Dôme) nous apprennent qu'il était déjà agri- 
culteur. 

Mais ce qui, parmi les vestiges de ces antiques pé- 
riodes, arrête le plus nos regards curieux, ce sont les 
armes en pierre qui en restent. Ces armes ne sont 
plus des morceaux de silex simplement taillés pour 
être tenus à la main, ce sont des haches véritables, 
polies avec un soin, avec un art infinis, et destinées 
à être fixées au bout d'un manche. 

On a retrouvé tous les éléments de leur fabrication, 
et on a pu reconstituer ainsi la principale industrie 
des hommes de ces temps éloignés. 

Les hommes primitifs détachaient d'abord le mor- 
ceau de silex qu'ils voulaient travailler, d'un bloc 
de pierre, qui, amoindri par des soustractions suc- 
cessives, se réduisait bientôt à sa plus simple ex- 
pression, et alors était rejeté comme inutile. Ce sont 
ces pierres qui forment ce qu'on appelle aujourd'hui 
des nucleus. Les morceaux bruts qui avaient été 
ainsi détachés, étaient ensuite grossièrement taillés 
avec un nurteau de silex que nous appelons per- 
cuteur, et qui, en façonnant la hache, s'arrondis- 
sait lui-même par l'effet des coups qu'il donnait. Li 
hache, ayant ainsi acquis à peu près la forme dési- 
rée, était alors frottée sur des polissoirs, larges pier- 
res sur lesquelles ce travail de polissage a laissé de 
longs et profonds sillons. La méthode que nous ve- 
nons d'indiquer est celle que suivent encore aujour- 
d'hui les sauvages qui se servent d'armes de pierre. 

Le silex n'était pas lu seule matière employée. 
Dans les pays où il était rare, on faisait des haches 
fort élégantes en porphyre, en jadéïle, et en plu- 
sieurs autres minéraux. 

Un certain nombre de ces haches ont été trouvées' 
encore pourvues d'un manche en bois de cerf, et 
probablement elles avaient toutes au moins un mail* 
ehe en bois que le temps a détruit. 

J'ai dit qu'à cette époque les hommes avaient in- 
venté la poterie. On voit à Saitit-Gerniaiu leurs pre- 
miers essais, qui naturellement furent d'abord fort 
imparfaits. C'étaient des vases faits à la main, et non 
au tour, en terre très-grossière, pleine de graviers 
et cuite à feu découvert, c'est-à-dire à peine cuite. 
Les plus anciens n'avaient pas d'an«e. 

C'est à 1 âge de la pierre polie qu'il faut rapporter 
ces dolmens dont le musée de Saint-Germain con- 
tient des reproductions au vingtième, exécutées par 
M. Abel Lemaitrc, avec une exactitude dont j'ai pu 



\oi 



LA NATURE. 



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juger par moi-même. Ces constructions, ordinaire- cis et adultérés pendant des périodes plus ou moins 
nient souterraines, étaient faites avec de larges ro longues, pour renaître ensuite avec tout leur éclat. 
cliers plats, et sans doute elles servaient de sépul- , Ne nous étonnons point trop qu'il ait pu y avoir des 
turc. Un dolmen se compose généralement d'un révolutions semblables pendant les âges primitifs, 
couloir plus ou moins long et d'une chambre à la- L'âge de bronze nous montrera des progrès réali- 

quelle il aboutit. C'est en fouillant le sol de cette Ses dans mille industries diverses, mais l'art de la 
chambre qu on fait quelquefois des trouvailles eu- . sculpture et du dessin resteront ignorés. Lue l'ois 
rieuses. Malheureusement les dolmens ont été le perdus dans l'Occident, ces arts n'y reparaîtront 
us souvent saccagé:», d'ailleurs sans aucun succès, ! qu'amenés d'Orient par les Romains. 

Mais avant de quitter 
! âge de la pierre, il con- 
vienl d'étudier les ves- 
tiges qu'il a laissés à 
l'étranger .Nous appelons 
particulièrement l'atten- 
tion, sur la belle collec- 
tion donnée à notre mu- 
sée par le roi de Dane- 
mark, Frédéric VII. Les 
savants danois ont tou- 
jours occupé un rang dis- 
tingué dans la science. 
ÀUSsi leur petit coin de 
la terre a-t-il été sondé, 
scruté, étudié avec talent 
et succès. 

Le sol danois est cou- 
vert des vestiges de ses 
anciens habitants. Cha- 
que jour , le soc de la 
charrue heurte quelque 
tuinulus, sous lequel on 
retrouve à côté du sque- 
lette du chef qu'on y a 
enseveli, ses armes les 
plus belles. Et lus ri- 
vages de la mer sont 
cou verts des Kj cch ko i- 
inœdduKjs ou débris du 
cuisine de ces anciennes 
poj» ululions coqui Hères. 
On aura peine à croire 
(jue les seuls musées du 
Dan 'mark contiennent. 
plus de trente mille ha- 
ches antiques , sans 
compter les présents qui 
ont été généreusement 
faits par le roi Frédéric, VU aux collections de l'Eu- 
rope, et particulièrement au musée de Saint-Geu 
main. Mais les monuments de l'âge de pierre, quelque 
abondants qu'ils soient sur cette terre danoise, ne sont 
pas les seuls des temps unléhistoriques ; à côté d'eux 
sont d'autres ossuaires, des dolmens de l'âge de 
bronze; et les restes qu'ils nous fournissent, tout à fait 
analogues à ceux de la Suisse et delà France (même 
ornementation, mêmes épées à courtes poignées), ne 
sont pas moins multipliés que les épaves de l'ose 



par les chercheurs de 
trésors. De plus, ils ont 
servi à mille usages: ils 
ont recelé des voleurs, 
donné refuge à des reli- 
{jonnaires persécutés; 
s rvi d'écurie on d'éta- 
blc. Le dolmen de Ba- 
pieus , près Saurnur 
(Maine-et-Loire) , le plus 
:. r and dolmen de France, 
i si si vaste et si haut 
qu'on y danse aujour- 
d'hui aux jours de fête 
patronale. Sur la repro- 
duction que le musée 
po-sède de ce dolmen, 
on voit même le banc 
(de création naturelle- 
ment moderne) sur le- 
quel est juché, les jours 
de bal , le ménétrier. 
Les paysans de Bagneux 
ne se doutent probable- 
mont pas qu'ils dansent 
dans lin tombeau. 

Pourquoi les hommes 
de l'âge de la pierre po- 
lie, si supérieurs, sous 
huit de rapports, à ceux 
de la période précédente, 
ont -ils complètement 
perdu les traditions ar- 
ti- tiques de leurs pré- 
décesseur-»? Non -seule- 
ment on ne trouve d'eux 
ri sculptures, ni des- 




sins , mais on ne voit 
même pas qu'ils aient eu 

le août de l'ornementation. Ces vases sur lesquels il 
eût été si facile de tracer quelques dessins, en sont 
toujours dépourvus. L'un d'eux porte pourtant quel- 
ques traits laits avec l'ongle du ponce. De même, les 
parois du très-remarquable dolmen de Gavr'nis (îles 
des Chèvres, Morbihan) sont couvertes de lignes cour- 
bes concentriques gravées en creux. Ou a cru voir 
dans ces lignes une sorte d'écriture; mais il est cer- 
tain aujourd'hui qu'elles n'étaient que décoratives. 
Les époques plus récentes de l'humanité nous 
montrent aussi les beaux-arts periectionnés en cer- 
tains siècles, et jetant une vive lumière; puis obsour- 



Hache lancéolde do Saint- Aclieul. — Donateur : Boucher 
de fertiles 



de la pierre. 

— La suite |ii'Ofliaiucji:cnt. — 



Jacques Beutillo>'. 



LA NATURE. 



\7> 



DESTRUCTION 



DES FERMESTS PARASITIQUES 

<:iiez l' homme et les animaux, l'An l'emploi 

DE LA Cil ALEU I'.- 
(Suite cl fin. — Voy p. 42.) 

La chaleur, on le s;iit, est le {Initie qui anime toute 
existence; mais en ce qui concerne les ferments, on 



peut dire que c'est l'élément modérateur de lôuf vie. 
En effet, avec son aide on endort, on active, on para- 
lyse, on multiplie la vie chez les germes microsco- 
piques. L'homme a donc là, sous la main, un instru- 
ment puissant, qui lui permet de disposer à son yré 
de la vitalité de ces êtres inférieurs. C'est cette puis- 
sance que j'ai proposé et que je propose d'appliquer 
chaque fois que l'organisme peut être en butte à 
leurs déprédations. 

On a fait à ce système une objection qui, à pre- 




Pig. i. _ 



Appareil pour administrer .a chaleur et l'oxy^ône. 



PC^ 



mière vue, me semble plausible. On s'est dit, qu'il y j détruisent le liquide bienfaisant qu'on voulait for- 

aurait risque Ci: tuant l'être nuisible de cuire le | mer. Enfin, vers 50 à 52° il n'y a plus rien, tous ces 

sujet. Ce résultat, assuré- 
ment néfaste, n'est pas à 
craindre. Et d'abord, il 
n'est pas même question 
de cuire le parasite, mais 
simplement do le paraly- 
ser, de le mettre on un 
état inactif, qui permette 
à l'organisme de s'en em- 
parer et, comme je l'ai dit 
déjà, soit de le digérer, 
soit de l'expulser par le? 
organes excréteurs, four 
bien l'aire comprendre 
l'action qu'il s'agit dt 
mettre à profit, prenons 
quelques exemples dans 
les faits qui se passent 
autour de nous. 

Yoyonsie moût de bière, 
ce liquide si richement 

azoté qu'il présente une certaine analogie avec les li- 
quides animaux, et voyons ce qui se passe dans sa 
fermentation, sous l'empire de la chaleur. À U la 
fermentation est presque nulle; de -+- G à 7° elle 
est lente; de -4- 8 à 9° elle devient plus active; de 
H- 12 à 14° elle devient rapide et change, sinon de 
nature, au moins de forme ; de -f- 20 à 25° le ferment 
acétique commence à végéter et tend à étouffer, si ce 
n'est tuer, le ferment alcoolique ; de -H 25 à 50° le 
ferment lactique se manifeste. Après lui viennent les 
fermentations butyriques et putrides qui, finalement. 




Fie. 2. — Détail du volant de 



ferments sont tués. Ainsi 
donc voilà un corps qui 
était inerte à 0°, et qui, 
sous l'influence de la cha- 
leur, a vu se succéder 
dans son sein différentes 
fermentations; celles-ci 
ont tour à tour disparu et 
les dernières sont venues 
mourir, on tout au moins 
se neutraliser à b1°. Or 
!à il n'y a cependant 
pas encore cuisson. L'u 
effet, si nous prenons 
pour point de départ de 
ce phénomène la coagula- 
tion de r albumine, ce qui 
nous parait être exact, il 
faut atteindre, pour pou- 
voir observer ce fuit, une 
température minimum de 
65°. La cuisson n'a donc pas à se produire dans les 
cas que nous citons, comme dans l'application pro- 
posée. 

Mais laissons le moût de bière et passons au vin. 
Au-dessous do 12°, le jus de raisin fermente peu ou 
pas ; de lo à 20° il fermente très-bien et là, il ne 
s'agit pas de ferment artificiel, niais bien d'un fer- 
ment naturel par excellence ; de 50 à 55°, M. Pas- 
teur l'a démontré par des expériences répétées, non- 
seulement la fermentation unique est arrêtée, mais 
encore toutes les maladies des vins, qui ne sotil 



la pompu a oxygène. 



13i 



LA NATURE. 



autre chose que le résultat de fermentations diver- 
ses. La chaleur a donc, là encore, exercé l'influence 
que nous recherchons. 

Enfin, pour ne pas multiplier les exemples, voyons 
la production de l'alcool: à 15° la fermentation est 
peu rapide; à 25° elle marche dans de bonnes con- 
ditions; de 50 a 35° elle devient galopante; de 45 
à 48° on la tue. 

D'autres exemples pourraient être invoqués. La 
fermentation panaire, la conservation par la méthode 
Appert, nous fourniraient de nouveaux arguments. 
Four abréger, bornons-nous à constater que dans tous 
les cas, et à une température qui en bien des cir- 
constances n'est pas très-élevce, la chaleur paralyse 
les germes ferme nteseibles, quelle que soit leur na- 
ture. Mais ce n'est pas tout. Dans tous les exemples 
que nous venons de citer, il n'était question que 
do substances inanimées. Chez l'homme 1 , chez les 
animaux, il y a un facteur puissant qu'il faut faire inter- 
venir, et ce facteur c'est la force vitale qui, produi- 
sant la digestion, les sécrétions, en un mot les mul- 
tiples manifestations de la vie organique, vient agir 
sur les germes, alors qu'ils sont sous l'influence de 
la chaleur et ont perdu leur activité. Ainsi donc, 
qu'il soit bien entendu que dans la plupart des cas, 
il ne s'agit pas Je tnerdirectementles germes parasi- 
tiques niais bien de les amener à un état de torpeur, de 
malaise, de somnolence si je puis dire, qui, paraly- 
sant leur énergie, permettra aux fonctions digestives 
ou éliminatrices de s'en emparer, et de les faire dis- 
paraître, soit en les digérant, soit en les expulsant 
parles sécrétions. Pour montrer encore l'influence de 
la vitalité sur les êtres parasitaires, il est utile de 
rappeler que la plupart des helmint.es ne sont éva- 
cués que parce que nous arrivons à les assoupir et 
que Certains virus, pris dans les voies digestives, ne 
causent aucun ravage, tandis qu'inoculés dans le ré- 
seau sanguin, ils tuent inévitablement. 

Lne objection qui a été faite contre la théorie 
que je viens d'énoncer, est la difficulté d'élever la 
température du corps de l'homme ou des animaux 
au aelà de la température normale. Ainsi qu'on Ta 
lait remarquer judicieusement, de très-hautes tempé- 
ratures ont été subies, dans quelques cas, certains 
expérimentateurs sont allés jusqu'à 150°, sans que la 
température interne ait sensiblement changé. On 
pourrait dès lors inférer de ces faits que la tempéra- 
ture de l'homme est immuable et qu'en conséquence 
le moyen indiqué ne saurait être appliqué. Ce point 
mérite quelques développements. Le phénomène de 
stabilité dans la température animale est dû à deux 
actions principales. 

La première est la résistance qu'oppose la chair 
musculaire à la pénétration du calorique. J'ai eu oc- 
casion de mesurer celte résistance. Elle est eu effet 
considérable. Il laut près de trois jours dans une atmo- 
sphère à 0", pour faire pénétrer celte température 
(de 0° la viande entrant à 58°) à une profondeur de 
18 centimètre.-. La secoude est l'énorme pouvoir dif- 
fus il que produit la transpiration; d'où ces deux for- 



ces de neutralisation : résistance à la pénétration, 
puissance de dispersion. 

Pénétré de ces faits, je n'ai eu garde de proposer 
l'emploi simple d'étuves, mais bien l'usage de bains 
liquides, lentement élevés à la température voulue, 
et combinée avec une respiration oxygénée. Par l'ac- 
tion du bain, un premier résultat serait obtenu : l'an- 
nihilation de la perte de la chaleur causée par la 
transpiration, la vaporisation des produits de cette 
sécrétion ne se faisant plus. Resterait la pénétration 
de la chaleur dans les tissus. Mais d'une part la cir- 
culation, en amenant constamment à la périphérie du 
corps le liquide Sanguin, réchaufferait et entraîne- 
rait avec lui une quantité constante de calorique qui 
serait ainsi disséminée dans l'organisme et en aug- 
menterait la température. D'autre part, la respiration 
oxygénée, venant dissoudre dans le sang l'élément 
cal ori tique par excellence, compléterait le résultat 
cherché. 

Qui ne connaît les phénomènes de combustion et 
la croissance de leur énergie avec la proportion d'oxy- 
gène introduite clans le milieu comburant? De cet 
emploi de l'oxygène résulteraient trois faits princi- 
paux. Le premier serait, comme nous venons de le 
voir, une combustion plus complète, des matériaux 
nuisibles charriés par le sang, d'où épuration de ce 
liquide. Le second, qui n'est que la conséquence de 
ce premier fait, serait un dégagement de chaleur, ce 
que nous cherchons; le troisième, très-probablement 
une action toxique, sur les germes qu'il faut com- 
battre, l'oxygène libre ou dissous étant défavorable à 
quelques-uns d'entre eux. 

Revenons au côté général de la question et préci- 
sons, nous voyons que par cette méthode nous obte- 
nons le double résultat que voici: Chauffage exté- 
rieur, en empêchant la vaporisation delà transpiration 
et en profitant de l'ai;! ion circulatoire ; chauffage in- 
terne au moyeu d'une absorption plus grande d oxy- 
gène. Peste à voir comment obtenir facilement et à 
coup sûr ces résultats sur tous les sujets, quelles 
que soient leurs dispositions, c'est ce que nous allons 
immédiatement examiner. 

Voici l'appareil qui me paraît le plus propre à ad- 
ministrer la chaleur, concurremment à l'oxygène 
(lig. A). Évidemment il pourra varier en bien des cas. 
Tel qu'il est indiqué ici, il montre qu'il est facile d ; 
modilicr, au gré de la médication, et la température 
du bain et l'oxygénation. Il se compose principale- 
ment d'une baignoire munie d'une gouttière externe 
oo, de telle façon qu'on puisse, à l'aide de la cloche 
ut circonscrire l'atmosphère dans laquelle respire le 
malade, l'eau même du bain remplissant la gouttière 
oo, fait joint hydraulique. La cloche ut peut s'enle- 
ver à volonté. 

Un appareil de chauffage f, placé à l'extérieur do 
la chambre du malade, permet d'envoyer un courant 
de vapeur dans la buse x. Ce courant y détermine une 
aspiration d'eau, par conséquent une vive circulation, 
eu sorte que l'ai (lux de chaleur se môle directement 
et de lui-même au bain. La température s'établit 



LA NATURE. 



155 



donc graduellement, avec régularité, sans qu'il y ait 
gène pour le malade. Un trop plein z emmène con- 
stamment l'eau excédante, le niveau reste ainsi con- 
stant. 

En ce qui concerne l'oxygénation, elle est produite 
à l'aide delà pompe à double cylindre A. L'un des 
cylindres, le cylindre fi, aspire l'air ordinaire qui 
peut, cire puisé au-dcliors pour l'avoir plus pur. 
L'autre, le cylindre C, puise l'oxygène dans un sac à 
gaz ordinaire. Mais tandis que le cylindre à air B 
reste invariable dans sa production, le cylindre à 
oxygène G peut graduer à volonté sa capacité, en 
sorte qu'on puisse à volonté aussi saturer l'air d'une 
proportion déterminée d'oxygène. 

Ce résultat est obtenu d'une manière simple. Le 
volant., qu'actionne la pompe à oxygène, e>t muni 
de 10 bras. Chacun de ces bras (fig. 2j porte un œil 
qui s'éloigne graduellement du centre. D'autre part, 
le cjlindre glisse à volonté le long d'une rainure 
ménagée dans le bâtis qui le porte, il résulte de eette 
disposition, qu'en moins d'une minute on peut cl lan- 
ger lu longueur delà course du piston et par consé- 
quent la quantité d'oxygène envoyé. 

Ainsi, avec cet instrument, l'air étant admis à 
21 p. 1 00 d'oxygène, on pourra constituer, par le 
simple mouvement de la pompe, une atmosphère 
artificielle contenant de 1 p. 100 à 20 p. 1 00 d'oxy- 
gène en plus de ce qu'il renferme; soit de l'air con- 
tenant de '25 p. 100 à 41p. S 00 d'oxygène. 

Comme d'autre part un compteur établi sur l'ar- 
bre indique le nombre de tours faits par la pompe, 
dans un temps déterminé, on voit qu'avec l'aide de 
cet appareil le médecin peut prescrire à sa volonté, 
suivant l'âge, les aptitudes du malade, sa force, sa 
maladie, etc., etc. , telles proportions d'oxygène qu'il 
peut juger utiles. 

Ainsi donc, grâce à la disposition que j'indique, il 
devient facile de distribuer à volonté, en proportion 
déterminée, les deux agents les plus puissants de la 
vie, c'est-à-dire la chaleur qui anime et l'oxygène 
qui vivifie. Cii. Tei.i.ieu. 

LES PHOQUES k FOURRURE 

DES ILES PRIIIYLOV. 

Dans le cœur même <\& la mer de Behring, existe 
un petit groupe d îles, tlont les rochers abrupts sont 
le rendez-vous de millions d'amphibies à fourrure 
précieuse. Cette station des îles Pribylov est l'une 
des plus importantes qu'il y ait au monde, pour la 
capture des phoques. Ces îles sont au nombre de 
quatre, dont deux, les plus considérables, et surtout 
l'île Saint-Paul, sont, visitées annuellement par des 
millions de ces mammifères, qui viennent y déposer 
et élever leurs petits. Rarement le soleil perce les 
brouillards de ees régions désolées, lieux de délices 
des phoques qui, comme on le sait, fuient la chaleur. 

Les îles IVibvlov lurent découvertes par les Russes 



en 1786 et 1787, et immédiatement colonisées. L«?s 
colons sont employés par la Compagnie russo-amé- 
ricaine des fourrures, comme serviteurs et ouvriers. 
Ce sont des Aléoutiens qui viennent surtout du dis- 
trict d'Oonolaska. Ils sont membres de l'Église grec- 
que et ont avec eux un prêtre de leur religion. 

L'exploitation de ces bancs est affermée à la com- 
pagnie d'Alaska de San Francise?, pour une période 
de vingt années à partir du 1 er juillet 1870. Dans 
l'intérêt de la population simple et paisible de ces 
territoires, et pour les préserver de la dégradation et 
de l'ivrognerie à laquelle elle est instinctivement 
portée, le commerce du whisky est sévèrement dé- 
fendu. Cette sage précaution épargne des millions de 
dollars que nécessiterait l'entretien de troupes pour 
maintenir l'ordre. Les habitants de ces îles, aux ter- 
mes du bail fait avec la compagnie, ont la participa- 
tion aux travaux et aux bénéfices de l'exploitation, 
à l'exclusion de tous les étrangers, auxquels, d'ail- 
leurs, l'accès des îles est interdit. 

Dès que la glace et la neige ont disparu, ordinai- 
naircment vers le l fif ou le 2 du mois de mai, les pie 
miers phoques mâles arrivent et choisissent chacun le 
terrain de leur petite famille. Depuis le moment où 
le mâle a pris son pied à terre jusqu'à celui où, de 
nouveau, il le quitte, trois mois environ s'écoulent; 
l'animal ne mange ni ne boit. Dans ce laps de temps 
il ne tombe point, comme l'ours, dans l'assoupisse- 
ment ; il est, au contraire, toujours en mouvement 
et aux aguets. Les vaches, les jeunes mâles et les 
jeunes veaux ne participent point à ce jeûne pro- 
longe ; ils prennent leur nourriture tous les quinze 
jours ou trois semaines. Les mâles défendent, au 
péril de la vie, le terrain sur lequel ils se sont éta- 
blis. Les femelles n'ont que le quart des proportions 
des mâles, qui sont de six à sept pieds de long-leur 
et pèsent de trois à cinq cents livres. 

L'animal a une double robe, l'une d'un poil su- 
perficiel et grossier, l'autre d'une fourrure moelleuse, 
élastique, et complètement recouverte par la précé- 
dente. La couleur dominante chez les mâles, lors- 
qu'ils sont â terre, est d'un brun de rouille noirâtre, 
avec une raie gris-foncé ou d'ocre rouge sur les 
épaules. Au contraire la robe des femelles a une 
teinte bronzée ou couleur d'acier le long du dos et 
toute blanche vers les parties inférieures. Cette belle 
nuance, toutefois, ne tarde point à disparaître à l'ex- 
position d'un air brumeux, et devient grise et d'un 
brun rouge. 

Du 1 er au 14 juin les femelles font leur appari- 
tion, et arrivent sans cesse par milliers jusqu'au 
8 juillet; cette époque est la fin de leur gestation. 
La précision avec laquelle ces animaux retrouvent le 
gîte à une distance de deux à trois mille milles ma- 
rins on ils vont chercher leur nourriture est extraor- 
dinaire. Les jeunes phoques sont excessivement tur- 
bulents; leur sommeil, comme celui tics adultes, 
est toujours agité. 

Durant les six ou Luit semaines du séjour de ces 
animaux sur ces rocs dénudés, l'on entend un bruit 



436 



LA NATURE. 



assourdissant qui ne cesse ni la nuit ni le jour. Sou- 
vent ce vacarme a suffi pour avertir des navires en- 



veloppés p;ir la brume, et les prévenir du voisinage 
dangereux des récifs. Le rivage, sur une étendue du 




Les bandes do phoques à fourrures «ies iles I'riwyiov. 




Les Iruqueur». 



plus de vingt milles, est parfois couvert des phoques vaches en parturitioii. Celles-ci sont protégées par La 
à fourrure: les uns d'une part, moins forts, avec les j loi; quant aux jeunes adultes, ils sont capturés eu 
pius jeunes, et d'autre part les plus forts avec les i nombre incalculable, assommés et dépouillés de leurs 



LA NATURE. 



157 



fourrures. La perpétuation de l'espèce est assurée j et naissent annuellement. Mais aucune législation 
par plusieurs centaines de nulle phoques qui restent , humaine ne saurait augmenter d'une minime quan- 







mW 'ù . „ • ; /: v*fpn^ 



Le massacre. 



lité celte population amphibie. Aucune protection ne 
saurait non plus les garantir d'une foule d'ennemis 



Les îles sont souvent sillonnées de bandes de pho- 
ques qui s'étendent le long des grèves sablonneuses ; 



inconnus, dont ils sont la proie, et qui maintiennent • ces véritables armées sont détournées, concentrée* 



le nombre des individus 
à un chiffre déterminé. 

Les petits sont allaités 
tous les deux ou trois 
jours etaprèsPallaitcment 
ils sont si gros qu'ils se 
trouvent durs l'impossi- 
bilité de se mouvoir du- 
rant des heures entières. 
Vers le milieu d'août, ils 
essayent de nager et se 
livrent à cet exercice jus- 
qu'à l'époque du départ 
général. 

La capture, la chasse, 
l'abat a^e des phoques, le 
dépouillement de leurs 
fourrures sont, exclusive- 
ment réservés à la popu- 
lation de l'île. Les habi- 
tants reçoivent 40 cents 
(2 francs) pour une peau, 
ce qui lait 400 dollars par 
tète à la fin de la saison. Les phoques sont aisément 
capturés ; ceux qui les prennent procèdent comme 
les tueurs dans un abattoir, où ils vont choisir les 
boeufs gras. 




Le d«'pî"cmcn!. 



par des traqueurs, et bien- 
tôt abattues à coups d'as- 
sommoirs, espèces de bâ- 
tons longs et à gros bouts. 
Quatre ou cinq hommes 
suffisent pour chasser de- 
vant eux ces animaux, le 
nombre de ceux-ci fùt-il 
de quatre à cinq mille. 
Lorsqu'ils ont été amenés 
à l'endroit où ils doivent 
être abattus, on les laisse 
se reposer et se rafraîchir, 
car la course les a échauf- 
fés ; s'ils étaient tués dans 
cette condition, la peau 
serait de mauvaise qua- 
lité, les poils tomberaient. 
Quinze à vingt hommes 
alors viennent du village 
sur le terrain, et com- 
mencent à détacher de 
tout le troupeau cin- 
quante à cent individus, les entourent, les amas- 
sent, puis les assomment d'un coup bien dirigé à la 
tète. Après avoir assommé environ trois ou quatre 
cents animaux, les hommes se mettent immédiate- 



158 



LA NATURE. 



ment à les dépouiller, car pour peu que la tempéra- 
ture soit douce, les cadavres, eu se gonflant, nui- 
sent à la qualité de la fourrure. 

Les peaux sont salées, étendues sur des bancs, les 
unes sur les autres, et après être demeurées dans 
une saumure durant huit ou quinze jours, elles re- 
çoivent une nouvelle couche de sel, et sont empaque- 
tées et embarquées. 

La compagnie paye une taxe de 2 1/2 dollars par 
peau, plus une bonification de 50,000 dollars, ce qui 
porte le revenu de ces îles à 500, 000 dollars cf. plus, 
dette fourrure, préparée avec art, fine, moelleuse, 
élastique, et dont una seule compagnie et deux ou 
trois fourreurs ont seuls le monopole, vaut de 15 à 
/i0 dollars. 

Parmi les nombreux traits qui caractérisent les 
phoques des lies Pribylov, nul n'est plus accentué 
que celui de la tendresse vouée par le mâle à sa pro- 
géniture, tandis que celle-ci est abandonnée par la 
femelle au inoindre danger. Le sens de l'ouïe est 
exlraordinairement développé chez le phoque; celui 
do l'odorat est également très-subtil. Le museau de 
l'animal ressemble à celui d'un chien de Terre- 
Neuve, mais les lèvres supérieures ne sont point 
pendantes comme chez ce dernier. Les moustaches, 
semblables à celles du chat, sont très-longues et d'un 
blanc jaunâtre; les yeux, intelligents et d'un bleu 
foncé. La pupille c?t susceptible, comme chez le 
chat, d'une très-grande dilatation. 

Un fait singulier c'est qu'un grand nombre des 
vieux mâles n'ont plus qu'un œil. L'autre a été 
perdu dans la bataille que ces animaux se liwent 
avec acharnement pour la défense du terrain qu'ils 
ont choisi au bout d'un rocher pour eux et leur petite 
faini Ile, et qu'ils ne quittent plus jusqu'au moment 
où ils retournent à la mer. 

La queue de l'animal n'est que rudimentaire, et 
d'ailleurs semble inutile soit pour nager, soit pour 
chasser des mouches. Pour se diriger en nageant, le 
phoque a en guise de gouvernail deux nageoires pos- 
térieures ; celles de devant, espèce de pattes palmées 
et plus grandes que les autres, permettent à l'ani- 
mal de sauter, de bondir à la surface de l'eau, et 
d'attraper le poisson. Cette espèce de phoque à four- 
rure évite les glaçons et la neige, et ne s'y repose 
jamais comme font les autres espèces de phoques, et 
notamment les morses, dépourvus de fourrures. 

11 existe aux îles Pribylov deux autres espèces 
de phoques, outre le phoque à fourrure. Ce sont le 
phoque à poils (Phoca vitulina) et le lion de mer 
(Cumetopias selleri); ensuite il y a encore le morse 
(Trichickits rosmarus) qui diffère beaucoup des es- 
pèces précédentes. 

Le phoque à poil, nu lieu de nageoires ou ailerons 
a plutôt des pattes armées de griffes. 11 a un museau 
de roquet et se complaît dans la glace. Il n'est pas 
polygame et ne forme point des attroupements connue 
le phoque à fourrure. La taille du mâle ne dif.ère 
point de celle de la femelle. La peau de cet animal a 
peu de valeur commerciale. 



Le lion de mer ressemble davantage au phoque à 
fourrure quant aux formes et quant au\ mœurs, mais 
il eu diffère néanmoins beaucoup. C'est le plus 
grand type du genre phoque. Il a plus de onze pieds 
de long et le mâle pèse jusqu'à G00 kilos. II est poly- 
game et possède ordinairement une douzaine de fe- 
melles. 

LA MORT DE L'HOME VOLANT 

Quoique tous les journaux politiques aient raconté 
à leur manière les uns après les autres cette catas- 
trophe, qu'il n'était que trop facile de prévoir, la 
vérité n'en est pas moins difficile à établir et impor- 
tante à faire connaître. 

M. de Groof était un ancien ouvrier cordonnier 
doué d'une vigueur corporelle très-grande et d'une 
habile! é manuelle remarquable. Le malheureux était 
animé de la foi la plus vive dans la réussite d'un 
système dont il poursuivait l'exécution depuis un 
grand nombre d'uunées. 

Il était déjà venu à Paris il y a longtemps pour 
chercher de l'assistance, afin de terminer la construc- 
tion d'un appareil destiné à réaliser le vol mécani- 
que en se décrochant d'un aérostat. II avait trouvé 
de l'appui auprès des adeptes du plus lourd que l'air, 
qui avaient mis à sa disposilion une somme de qua- 
tre mille francs, à l'aide de laquelle il avait construit 
une lourde machine. L'impossibilité de la terminer, 
conformément à ses exigences, mit fin à ses travaux, 
et i! partit pour Bruxelles emportant les matériaux 
de ses constructions incomplètes. 

Si l'on met de cùfé la terrible instabilité de sou 
appareil, on doit reconnaître qu'il était arrivé, à 
force de travail, .î construire une machine fort ingé- 
nieuse. 11 est à regretter que sa persévérance et sa 
hardiesse n'aient point été employées à un objet plus 
utile. 

Les deux ailes possédaient chacune un longueur 
de \ mètres sur une largeur moyenne d'un peu plus 
de 1 mètre, ce qui donne une surface totale de 20 à 
30 mètres carrés, bien loin d'être équivalente à 
celle d'un parachute ordinaire. 

Il est impossible de ne pas admirer le courage 
avec lequel le malheureux de Groof s'est lancé 
dans les airs pour faire mouvoir un pareil équipage, 
mais en même temps l'on ne peut que condamner 
l'absence absolue de notions mécanques qui ont 
conduit à supposer que de pareils organes pouvaient 
exercer un propulsion dans l'air. 

La première expérience de M. de Groof devait 
avoir lieu à Bruxelles, l'an dernier; mais le ballon 
destiné à l'enlever ne paraît point avoir été pourvu 
d'une force ascensionnelle suffisante. L'inventeur est 
donc tombé d'une très-faible hauteur au milieu 
d'une foule irritée, qui s'est comportée avec la bru- 
talité ordinaire en pareille circonstance. 

IL avait tenté de s'élever à Lyon, comme on l'a 
rappelé dans ces derniers temps, mais la police 



LA NATURE. 



150 



s'étant opposée à son dessein, il fut obligé de se bor- 
ner à une exhibition des appareils et à des explica- 
tions ondes en présence d'un public désappointé. 

Les expériences dont nous nous occupons en ce 
moment ont eu heu à Londres avec un ballon do 
petit volume et monté par l'aéronaute Simmons. 

La première tentative fut exécutée le 27 juin à 
huit heures. Le ballon, parti de Gremorne, s'enleva à 
une hauteur de 5,000 pieds et redescendit rapide- 
ment à la hauteur de 1,000 pieds. De G roof se 
détacha hn-mème après avoir donné le signal Loose! 
Le but de ce signal était de prévenir l'aérouaute 
Simmons, afin qu'il ait le temps d'ouvrir la sou- 
pape et de laisser dégager une quantité de gaz cor- 
respondant à une perte de poids de 425 livres. 

De Groof arriva à terre avant M. Simmons, qui 
effectua sa descente dans la forêt d'Epping. 1 1 ne se fit 
aucun mal et son appareil n'éprouva d'autre dom- 
mage (juc la rupture de quelques baleines. Simmons 
raconte, dans l'enquête, qu'il le vit eu tête des gens 
qui travaillaient aux cables pour arrêter l'aérostat. 

D'après ce que nous savons du poids de la ma- 
chine et de la surface des ailes, il est permis de 
croire que de Groof est parvenu à les mouvoir si- | 
non de manière à diminuer la rapidité de sa chute, I 
du moins assez pour se donner de la stabilité, sans 
cola il ne serait point arrivé à terre sans accident. 
[/enquête ne nous a pas fourni de lumière à cet ! 
égard. Nous en sommes encore réduits à des conjec- 
tures. ; 

Quoi qu'il en soit, il parait que de Groof fut nié- ! 
content de la manière dont il s'était décroché. Il 
changea la forme du nœud qu'il avait à défaire, afin 
de pouvoir se détacher en se poussant avec l'épaule. 
H est probable que le malheureux sentait la nécessité 
do commencer à mettre les ailes en marche au mo- 
ment où i I se décrochait pour ne pas laisser à la pe- 
santeur le temps d'agir, et à l'inégalité de la pres- 
sion de l'air le loisir de le renverser. 

L'aérouaute Simmons fut effrayé en voyant la fa- 
cilité avec laquelle le nrud, ainsi modifié, se dé- 
faisait, et refusa de prendre de Groof. Il partit tout 
seul le laissant cette fois à terre. 

Quelques-unes des baleines avaient été brisées 
dans l'expérience du 27 et n'avaient point été répa- 
rées entièrement. Cette circonstance fut, en outre, 
mise en avant par M. Simmons pour ne pas recom- 
mencer l'expérience. 

C'est seulement le 9 juillet qu'eut lieu la troisième 
ascension. De Groof avait réparé son aile et rétabli 
le nœud comme il se trouvait avant la première 
expérience. 

L'ascension fut exécutée le 9 juillet, «à 7 heures 50, 
en présence d'un très-petit nombre de spectateurs. 
Malgré les affiches pompeuses, qui portaient en 
tête le dessin de l'homme volant dans L'exercice de 
ses fonctions et le bruit que les tentatives précé- 
dentes avaient fait, le nombre des entrées payantes 
ne dépassa pas 400. La moitié de cette maigre re- 
cette fut acquise à l'homme volant et ne fut sans 



doute pas suffisante pour lu faire enterrer. De Groof 
ne parlait pas anglais, et son aéronaute ne parlait pas 
français. Ils ne pouvaient se parler qu'en mauvais 
allemand, que chacun d'eux écorchait à sa manière. 
Aussi se bornaient-ils à se donner leurs lectures do 
baromètre. De Groof en avait un dans sa machine 
afin de se rendre rendre compte du moment favo- 
rable pour se décrocher, ce qui, suivait les calculs, 
ne devait pas se faire à plus de 500 pieds de terre. 
Comme il était hou nageur, il préféi ait tenter l'expé- 
rience au-dessus de la Tamise, et avait exprimé à 
Simmons ce désir avant son départ. 

Le ballon se trouva bien un instant au-dessus du 
fleuve au moment de la plus grande altitude. La 
distance à parcourir était de 4,000 pieds, c'est-à- 
dire quatre fois et demie plus grande que celle que 
de Groof avait choisie comme limite extrême. Il fallut 
donc attendre. ' 

L'aérostat ne tarda point à descendre par suite de 
la condensation et à dépasser l'altitude de 900 pieds. 
li n'était plus qu'à 300 pieds lorsque de Groof se 
décrocha sans avoir, pirait-il, prononcé son signal. 
A ce moment, Simulons préteu.l avoir senti un 
choc comme si de Groof était tombé et avait heurté 
la machine de côté. Lue seconde plus tard, il le vit 
se précipiter la tète la première. On entendait, à ce 
moment, des voix d; terre criant : Lâchez donc! 
allez donc ! Ce sont peut-être ces voix et la perspec- 
tive d'une réception pareille à celle de Bruxelles qui 
ont dé;idé de Groof à lairc promptement son expé- 
rience. 

Peut-être en se décrochant précipitamment aura- 
t-il perdu son équilibre d'une façon définitive. 

Le ballon subitement délesté ne tarda pas à s'en- 
lever avec une rapidité telle que Simmons per- 
dit connaissance. Quand il revint à lui, il était eu 
pleine descente. 11 loucha terre sur un railway près 
de Springford, de l'autre coté de Yictoria-Park, au 
moment où un train arrivait à toute vapeur. Grâce 
au dévouement die quelques passants et à la har- 
diesse avec laquelle le mécanicien fit jouer la contre- 
vapeur, le malheureux aéronaute échappa à la plus 
cruelle des morts. 

La tragédie de Cremoriie-Garden met eu lumière 
d'une façon bien étrange la brutalité de la foule, 
l'ignorance des journaux, les préjugés contre la navi- 
gation aérienne et l'impertinence de certains témoins. 
De Groof tomba sur le milieu de la chaussée, à 
Robert-Street (Chelsca), près de la boutique d'un 
épicier. La foule se précipita sur l'appareil et se par- 
tagea les débris des ailes, avec une audace et un cy- 
nisme que n'auraient pas montrée des sauvages, lors 
du pillage d'un navire naufragé sur leurs côtes. On 
entendait les cris de joie de la multitude jusque dans 
l'hôpital où l'on avait porté le cadavre. 

Le malheureux respirait encore quand on le ra- 
massa ; mais il n'avait pas la force de (aire un mou- 
vement, et il expira pendant le transport. 

W. DE FoaVItiLLE. 



140 



LA NATURE. 



LES MONTAGNES 

i'ar Albekt Dimaigxe '. 

« Depuis le commencement île ce dix-neuvième 
siècle, qu'on appellera le siècle des sciences nalu- 
nlles, l'élude et l'admiration des grands spectacles 



de la création sont à l'ordre du jour dans toutes les 
classes de la société. Le sentiment de la crainte qui 
dominait jadis à l'aspect de tout phénomène majes- 
tueux dont on ignorait les causes, a fait place à celui 
du bonheur qu'éprouve l'homme à ^c sentir vainqueur 
delà nature et maître de ses secrets. » 

Cetle impression, dont nous parle M. Dupnigne, 




Lac d'.'Estiiiiien 



et ([lie l'homme éprouve à la vue des choses de la 
nature, est réelle; l'illustre Mumboldt l'avait déjà 
signalée en parlant de la joie secrète que nous pro- 
curent les grandes scènes du inonde. Plus que jamais 
l'homme s'efforce de lire les énigmes cachées dans 

1 1 vol. in-8°, caitcs en couleur et illustrations dans le 
,cxte 4 -— 2* édition revue et augmentée. — Tuurs. A. Marne 
et fil». 1374. 



les entrailles du sol, enfouies datif les profondeurs 
des mers, ou reléguées dans les hautes régions at- 
mosphériques; celte passion du vrai, qui anime le 
savant, est commuiiieutivc, elle dépasse les limites 
de la science pure, pour envahir le domaine des 
gens du monde et de tous les esprits, avides de 
connaître la nature. Aussi le public ne manquet-il 
l pas d'accueillir favorablement les livres comme celui 



LA NATURE. 



\\\ 



de M. Dupaigne, où les admirables spectacles dont 
notre globe aboutie, sont présentés d'une façon mé- 
thodique, étudiés avec les ressources puissantes de 
la science moderne. De quel précieux concours sont 
au touriste la géologie, lu physique, la chimie et les 
différentes branches du savoir humain! Ces monta' 
gaes grandioses s'éclairent d'un jour tout nouveau 



pour le voyageur, qui suit les mouvements des gla- 
ciers, qui sait reconnaître leurs moraines, dévoiler les 
preuves de leurs glissements, et méditer les causes 
, de leur [ roductiou. Ces massifs imposants deviennent 
-des ossuaires immenses pour celui qui y rainasse 
I des fossiles, qui cherche la Iruce des coquilles dont 
I \h son' remplis, ils apparaissent comme les témoins 





... 

I l ; Ile iàê mmM : 



Chasse au chamois. 



des révolutions du globe, comme le m us je où sont 
en partie relégués les débris des êtres antérieurs! 

M. Dupaigne passe d'abord en revue le tableau 
des grandes chaînes de montagne , mais il nous dé- 
crit surtout celles qui dominent lu territoire français. 
11 commence par donn r une idée exacte des diffé- 
rents systèmes de cartographie employés pour la 
représentation des m n'.n^uv, puis il transporte le 



lecteur, à travers les chaînes des Vosges et du Jura, au 

' milieu des glaciers des Alpes et parmi les pies escar- 

i pés des Pyrénées. Les descriptions sont éclaircies par 

de fort belles illustrations d'une exécution parfaite, 

comme on peut s'en convaincre en jetant les yeux 

sur les spécimens ci-contre. — La première gravure 

représente le "beau lac d'/Escliincn, près de Kander- 

j sterg, eu Suisse; la seconde nous montre un de ces 



m 



LA NATURE. 



terribles combats de l'homme contre H 'in offensives 
victimes qu'il détruit sans pitié. Le chamois, par- 
tout traqué dans les montagnes, ne tardera pas, en 
effet, à grossir la liste des espèces disparues de la 
scène du monde. Inévitable conséquence de la con- 
currence vitale et du combat pour la vie ! 

M. Dupaigiie, on le voit, envisage les montagnes 
sous tous les points de vue, eu savant et souvent 
même en artiste, car il sait mêler aux choses de la 
science le parfum de la littérature. Les volcans lui 
offrent le sujet de chapitres intéressants, ainsi que 
les phénomènes géologiques actuels, où l'observa- 
teur assiste à la démolition lente des montagnes par 
les érosions des eaux, par les éboulements et les 
avalanches. Après le monde physique, il fallait abor- 
der le monde vivant; aussi la flore et la faune des 
montagnes, les hommes des montagnes eux-mêmes, 
avec leurs mœurs, leurs industries et leurs chasses, 
forment-ils le complément de celte œuvre intéres- 
sante. 



CHRONIQUE 

I.e grand prix du phylloxéra. — L'Assemblée 
national» ;i adopté lu loi dont la teneur Suit : 

Art. 1". Un prix de trois cent mille francs (300,000 fr.), 
auquel pourront venir s'ajouter les souscriptions volontaires 
des départements, des communes, des compagnies et des 
particuliers, sera accordé par l'Etat à l'inventeur d'un 
moyen efficace et économiquement applicable, dans la gé- 
néralité des terrains, pour détruire le phylloxéra ou en 
empêcher les ravages. 

Art. 2- Une commission nommée par le ministre de 
l'agriculture et du commerce sera chargée : 1° de déter- 
miner les conditions à remplir pour concourir au prix ; 
2° de décider, s'il y a lieu, de décerner le prix et à qui il 
doit être attribué. 

Iflorsurc de la vipère. — Parmi les ouvrages offerts 
récemment à l'Académie de médecine, nous signalons 
spécialement la brochure de M. Fredel, présentée par M. La- 

lioulbène. Celte brochure est relative à la morsure de la 
vipère, sujet qui a occupé, comme on sait, la compagnie 
dans une de ses dernières séance?. Elle débute par la rela- 
tion d'un cas où la morsure de la vipère de nos pays a 
amené la mort le cinquième jour, et l'indication succincte 
de quelques faits analogues. Une lettre de M. Yiaud-Grand- 
Marais, adressée à l'auteur, rappelle les cas de mort qu'il 
a publiés de son côté et que M. Laboulbène avait déjà si- 
gnalés à l'Académie. L'opuscule de M. le docteur Fredel, 
dît la Cazette de médecine, contient aussi des détails inté- 
ressants sur les moeurs de la vipère, qui n'attaque presque 
jamais que lorsqu'elle est provoquée ou croit l'être (te sujet 
de l'observation cité tout à l'heure avait été pourtant mordu 
pendant son sommeil), et sur un moyen de traitement analo 
<:ue à celui qu'on préconise également contre la morsure des 
chiens enragés, à savoir l'exercice forcé. Il paraît que lors- 
qu'un Indien a été atteint parla dent du naja, « ses com- 
pagnons s' arment aussitôt de fouets et de bâtons et se met- 
tent à lui donner la chasse pendant plusieurs heures. » 
Dans une circonstance semblable , uu chirurgien-major 
d'un régiment de ci payes attacha le blessé Ma selle de son 
cheval et lui fit faire ainsi plusieurs lieues au trot de sa 



moulure. Cas courses forcées, suivies de l'ingurgitation 
d'une grande quantité de rhum chaud ou d'autres bois- 
sons diaphoniques, amènent souvent, dit-on, la gnéiïsom 
M. Laboulbène nous a raconté qu'un pourvoyeur de vipères 
au Jardin des Plantes, dès qu'il se sentait mordu, ce qui 
lui arrivait assez souvent, avalait force vin et eau-de-vic 
et se livrait ensuite à une course effrénée. 

■.es «^mous monstres île Wool-tvicli. — Quand 
l'empereur de Russie visita dernièrement l'arsenal de 
"Woolwich, près Londres, ou lui fit voir celle imposante 
collection de canons en acier, qui lancent des projectiles 
contenant 150 livres de poudre. On a donné à ce tvpe le 
nom fantaisiste de: Woolwick infant. Leur nombre s'é- 
lève environ à cinquante, grands et petits. Le plus Fort de 
tous ceux qui étaient dans les rangs de celte formidable 
artillerie, pèse 58, 000 kilog.; les plus petits échantillons 
sont du poids de 20,000 kilog. On ne peut s'empêcher, en 
voyant cette rangée de pièces d'artillerie, accompagnée de 
quelques-uns des types de projectiles les plus perfection- 
nés, de songer aux énormes sacrifices qu'impose à la ma- 
rine anglaise la nécessité de ces redoutables perfectionne- 
ments. 



BIBLIOGRAPHIE 

L'astronomie pratique et les observatoires en Europe et 
en Amérique, depuis le milieu du dix-septième siècle 
jusqu'à nos jours* par .MM. C. André et G. Râïêt. — 
Deuxième partie. Ecosse, Irlande et colonies anglaises. 
1 vol. in-18. Paris, Gauthier- Villars, 1870. 

Premières leçons de photographie, par L. Perrot de 
Chaume ex. 2° édition revue et augmentée. 1 brochure 
in-18. Paris, Gauthier- Vi.lurs, 1974. 

Traité des paratonnerres. — Leur utilité. — Leur théo- 
rie. — Leur construction, par A. Cau.acd. Paris, Du- 
cheret 0°, 187/*. 

Ce livre est l'œuvre d'un patricien qui parle de l'impor- 
tant sujet des paratonnerres en homme qui en a construits 
dans de bonnes conditions. Aussi lit-on avec fruit ce tra- 
vail consciencieux, qui sera éminemment utile à tous ceux 
qui veulent préserver les édifices des terribles dangers de 
la foudre. 



ACADÉMIE DES SCIENCES 

Séante du 43 juin 1874. — Présidence de M. Bemband. 

Comète. — La comète est morte, vive la comète ! à 
peine l'astre chevelu de M. Coggia a-t-il déserté notre ciel 
pour un hémisphère plus heureux, que 31. Borclly signale 
un nouveau nomade interplanétaire. Une dépêche, datée 
de Marseille, en annonce la découverte faite dimanche der- 
nier, vers dix heures du soir. Lundi, le directeur de l'Ob- 
servatoire, M. Stephan, a fait une observation dont les ré- 
sultats seront enregistrés dans les Comptes rendus de 
l'Académie. La nouvelle comète progresse rapidement dans 
la direction du nord-ouest. 

Propriété optique de la chlorophylle. — On a signalé 
depuis longtemps déjà les bandes d'absorption auxquelles 
la matière verte des feuilles donne lieu dans le spectro- 
scope. M. Edmond Becquerel rattache à ces phénomènes 



LA NATURE. 



143 



des faits en apparence Lieu différents et qui servent à les 
expliquer. On sait comment le spectre lumineux s'imprime 
sur la plaque daguerrienne : c'est la partie violette seule 
et les régions voisines qui sont influencées. Pourtant, di- 
sons-le en passant, après une très-longue exposition, tout 
le spectre apparaît ; mais, chose très-curieuse, ses deux 
moitiés sont écrites, pour ninsi dire, en caractères diffé- 
rents. Toules deux déterminent la réduction de l'argent 
contenu à l'état décomposés haloïdes sur la plaque, mais 
dans la moitié du violet cet argent réduit se présente 
comme une poudre noire et terne, tandis que dans l'autre 
moitié il est blanc et brillant. 

Mais revenons fi l'expérience première où l'exposition 
n'est pas Irès-prolongée et où une partie seulement du 
spectre se photographie. Si sur la plaque sensible on as- 
socie l'iodure d'argent à une petite quantité de chloro- 
phylle, on constate que le résultat est profondément mo- 
difié, des bandes apparaissent dans la région tout à l'heure 
préservée et ces bandes actives coïncident exactement avec 
les bandes d'absorption de la chlorophylle observée au 
spectroscope. M. Edmond Becquerel parait disposé à ex- 
pliquer ce curieux résultat en admettant que la chloro- 
phylle communique à l'iodure d'argent la faculté d'être 
décomposé par des rayons qui précédemment étaient sans 
action sur lui. En tous cas, il y a là une voie nouvelle ou- 
verte aux recherches et nous ne doutons pas que la pho- 
(ogra i hie n'en tire parti. 

Météorologie algérienne. — Au retour de sa seconde 
mission scientifique en Algérie, M. Charles Sainte-Claire 
Deville donne d'importants détails sur le réseau météoro- 
logique qui bientôt couvrira notre colonie africaine. 35 sta- 
tions de premier ordre seront munies de bons instruments 
et un nombre très-considérable de stations secondaires 
y centraliseront leurs résultats. Parmi celles-ci les unes 
auront un thermomètre, les autres, plus nombreuses, se- 
ront complètement dépourvues d'instruments, mais les ob- 
servateurs y noteront l'état du temps et les grands mouve- 
ments de l'atmosphère. 

En ce qui concerne les stations principales, on apprendra 
avec intérêt que la création de 28 d'entre elles est déjà 
assurée par les allocations votées par les commissions dé- 
partementales. 14 sont même déjà installées et on y opère; 
11 autres ont leur matériel rendu en Algérie et les der- 
niers travaux d'aménagement seront bientôt terminés. En- 
fin il est certain que vers le commencement de l'an pro- 
chain le service sera en pleine activité. La création d'un 
pareil ensemble présente de nombreuses difficultés. 
M. Deville a tenu à visiter lui-même tous les points où les 
stations devront être établies, et il se prépare, en février 
prochain, dans une dernière exploration, à compléter ce 
travail considérable. 

Qrthose sodique. — Déjà nous avons mentionné le travail 
de M. Charles Vélaîn, relatif aux roches volcaniques des iles 
de la Galitte et de Rachgoun sur la côte d'Algérie. Le même 
auteur donne aujourd'hui l'analyse d'un feldsphath con- 
tenu dans les trachytes de celte dernière île. Tous ses carac- 
tères en font une orlhose, et cependant il renferme au 
lieu de potasse une quantité de soude tout à fait excep- 
tionnelle. , 

Nous ajouterons que M. Vclain est sur le point de partir 
en qualité de géologue avec l'expédition chargée d'observer 
le passage de Vénus à l'île Saint-Paul. Cette expédition est, 
comme on sait, commandée par le commandant Mouchez 
et son voyage durera sept mois. L'île Saint-Paul est un 
ancien cratère de forme quadrilatère, affaissé d'un côté par 



où la mer pénètre. La passe étroite ne peut admettra 
qu'une barque, et l'entrée en est extrêmement difficile. 
Les voyageurs sont résignés d'avance, vu la saison, à at- 
tendre au moins une dizaine de jours une embellie favo- 
rable. On utilisera d'ailleurs le temps et, par exemple, tout 
est arrangé pour que des sondages puissent être faits jus- 
qu'à des profondeurs de 1 ,800 mètres : la zoologie et b 
paléontologie ne peuvent qu'en retirer de grands profits. 

Fibrine soluble. — Tout le inonde sait que la fibrine 
du sang se dissout très-facilement dans l'eau salée ; mais 
jusqu'ici on n'a pas su séparer le sel de cette liqueur et 
obtenir par conséquent une dissolution pure de la matière 
fibrineuse. M. Gauthier y arrive par l'emploi dudialyseur. 
Quelques traces d'acide cyanliydrique empêchent la sub- 
stance animale de sa putréfier durant l'expérience, qui est 
nécessairement un peu longue. 

Gaz du sang. — Puisque nous sommes dans le sang, 
restons-y. M. G reliant, plaçant du sang dans le vide et le 
chauffant à 40°, s'aperçut que des gaa s'en dégageaient. 
L'expérience bien faite montra que ces gaz résultent du 
mélange de l'acide carbonique avec l'hydrogène et l'azote 
sans trace d'oxygène. En recommençant à chauffer 
le même sang, on obtient de nouveau du gaz et cela 
presque indéfiniment. C'est ainsi que 100 grammes de 
sang chauffés tous les jours donnèrent en 21 jours 1 003 
centimètres cubes de gaz; la matière n'étant pas en fer- 
mentation, elle ne répandait aucune odeur putride et le 
microscope n'y décelait aucun animalcule. Les globules 
ne jouent aucun rôle dans cette réaction, due sans doute à 
un dédoublement de la substance albuminoïde. 

Guérisondu charbon. — Nos lecteurs se rappellent que, 
d'après M. Davaine, la pustule maligne est guérie chez les 
animaux par l'injection intra-veineuse de certaines sub- 
stances, telles que l'iode ioduré à faible dose. Un jeune 
vétérinaire, M. César, donne à ce résultat de laboratoire 
une magnifique sanction clinique. Sur ses conseils, ou 
administra le remède ci- dessus à un mégissier atteint à la 
poitrine et aux paupières d'un œdème charbonneux en pré- 
sence duquel les médecins avouaient leurs secours inutiles. 
Après un traitement peu prolongé, l'effroyable maladie fut 
vaincue. Bien des malades changeraient volontiers leur 
médecin contre ce vétérinaire. 

-•• Germes de soufre. — Déjà M. Gernez a fait connaître 
les germes de sulfate de soude; voici son expérience 
actuelle, qui est très- intéressante. On prend une dissolu- 
tion sursaturée de soufre dans la benzine et on y jette uu 
cristal microscopique de soufre octaédrique ; aussitôt il 
se produit dans la liqueur des cristaux ayant la forme 
d'octaèdres. Dans une autre portion de la même dissolu- 
tion, on jette un cristal toujmrs microscopique de soufre 
prismatique; aussitôt des prismes de soufre se déposent. 
M. Pasteur qui présente le travail en conclut que dans sa 
solution le soufre n'a aucune forme cristalline en particu- 
lier (c'est d'ailleurs visible à l'œil nu) et que ces cristaux 
microscopiques, véritables germes de cristaux, engendrent 
- des prismes ou des octaèdres. 

Paléontologie végétale. — M. Sch imper vient de ter- 
miner un véritable monument scientifique. C'est son Traité 
de paléontologie végétale dont M. Brongniart présente 
aujourd'hui le dernier volume à l'Académie. L'ouvrage 
se compose de trois énormes volumes iu-8* et d'un atlas 
de 110 planches dessinées avec le plus grand soin. 11 ne 



114 



LA NATURE. 



termine par une récapitulation des plantes fossiles rangées 
d'après leur situation géologique, propre à rendre les 
plus grands services aux géologues. 

Stanislas Mlumkr. 

LE BANANIER A PARIS 

C'est une des pfantes vivaces qui sont devenues 
depuis quelques aimées un dus plus beaux orne- 



ments de nos jardins d'agrément. On admire tous les 
jours les beaux bananiers de nos squares» et ceux du 
parc Monceaux notamment ont souvent attiré l'atten- 
tion des amateurs. Ou ne sait pas, généralement, que 
l'importation de cette plante en Europe est assez 
récente; elle date de 1853. A cette époque, le jardin 
botanique de Kew reçut de Massouali, par le consul 
anglai-, les premières graines de bananier (Musa 
enscla) envoyées en Europe. Elles fructifièrent en 
1801. 




J,e tuiianier . ils lo 



Il n'y a guère plus de dix rtns que le Lananier est ' 
cultivé dans les seiresdu Jardin des Plantes; mais il 
prospère très-bien eu pleine terre quand on l'en- 
toure des soins qu'il exige. C'est à l'habile directeur 
des jardins de la ville de Paris, M. Liarillet-Des- 
champs, que l'on doit la première application du ba- 
nanier au jardin d'ornenienlatioii. M. Barillet com- 
mença à le cultiver au bois de Boulogne en 18(SG. 

Notre gravure représente un spécimen de Musa 
ensele, une des plus belles espèces exotiques dont 
on sait, aujourd'hui obtenir en pleine terre de remar- 
quables effets. Ce spécimen a élé cultivé par un ama- 
teur cmérite, M. le comte Léonce de Lainhertye, 
qui l'a vu prendre son développement à la deuxième 



année de sa culture. La première année, ce bananier 
fut d'abord placé en serre chaude, puis dépoté au 
commencement d'avril et planté en pleine terre ou sur 
couche. A la fin d'octobre, il fut remis en serre tem- 
pérée pour le préserver des gelées. Le 17 mars de 
l'année suivante, on !e planta eu plein air pour la 
deuxième fois. Cinq mois après, dans les premiers 
jours de septembre, il avait atteint une dimension 
considérable; il suffira, pour en juger, de savoir 
que chacune des feuilles de notre dessin mesure 
plus de deux mètres. 



Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieii. 



' >;i i i il. — T\p. el slèr. <le fonri 



.\° 62. — 8 AOUT 18 74. 



LA NATURE. 



145 



LES MACHINES VOLANTES 1 

Toutes les tentatives que l'homme a faites jus- 
qu'ici pour voler au moyen d'ailes artificielles, ont 



été ou ridicules ou funestes. Et comment pourrait-il 
en être autrement, surtout quand les appareils sont 
munis d'organes grossiers, mal façonnés, dont rien 
n'assure la stabilité dans le milieu atmosphérique. 
Comment un inventeur peut-il avoir la folle audace 




Appareil volaut de Letuir, mort le 27 juin I -Soi. 




Appnreil valant île <le Groof, mort le 9 juillet 184. 



de s'élancer dans l'abîme aérien, avec une telle ma- 
chine sans que des expériences préliminaires exécu- 

l Voy. la Mort de l'homme volant, p. 138. 
î' innée, — 2* semestre. 



tées, au moins près de terre, ne lui en aient démon- 
tré l'efficacité? Comment un esprit, que n'égare pas 
le trou! de de la folie, peut-il avoir la témérité de 
munir ses bras d'ailes énormes sans se demander si 

10 



iU 



LA NATURE. 



ses muscles sont capables tic les faire battre avec la 
force prodigieuse que nécessiterait la station dans 
l'air, du poids do son corps accru du poids de l'ap- 
pareil? 

Demandez aux [ihysiologist.es qui ont soumis à des 
investigations minutieuses le mécanisme du vol des 
oiseaux ou des insectes, s'ils n'entrevoient pas des 
difficultés, sinon tout à fait insurmontables, au moins 
d'une importance considérable, dans la solution de 
ce problème du vol artificiel. Quelques chercheurs 
ne désespèrent pas cependant, et M. le docteur Ma- 
rey notamment, qui a attaché son nom à l'étude du 
vol naturel, est persuadé que l'on peut arriver à con- 
struire des machines qui imiteront l'oiseau « ce type 
admirable de la locomotion aérienne. » Nous avons 
toujours reconnu, pour notre part, que bien souvent 
le mot « impossible » doit èlrc rayé du dictionnaire 
de la science. Nous n'avons jamais ignoré que l'ap- 
parition d'une découverte est fréquemment la réali- ] 
sation d'une utopie de la veille, mais nous ne sau- 
rions cependant nous empocher d'avoir la persuasion 
que bien des ballons planeront longtemps encore au- 
dessus des nuages avant d'y rencontrer des hommes 
volants ou des machines volantes. Nous croyons 
même, à vrai dire, qu'un ballon-allongé, muni d'une 
hélice propulsive, pourrait bien se diriger au scinde 
l'air, avant que les adeptes ùaplus lourd (pie l'air 
aient encore exécuté leur première ascension. 

L'infortuné homme volant, dont on a précédem- 
ment annoncé la mort tragique, n'avait. pas la pré- 
tention de s'élever dans l'atmosphère; il espérait y 
descendre d'un ballon au moyen d'ailes qui forme- 
raient parachute, et qui, susceptibles d'être mi- 
ses en mouvement, permettraient de régler la chute 
dans une direction déterminée. Il y a vingt ans 
environ un aéronaute nommé Leturr, avait déjà eu 
cette idée qui évidemment n'offre rien d'irréalisable. 
Cet inventeur avait été plus prudent que deGrooff; il 
se fixait à un parachute, ce qui semblait devoir lui 
assurer au moins le retour à terre sans encombres, 
et il faisait mouvoir des ailes formant rames, dans 
l'espoir d'imprimer au système une direction voulue. 
Noire première gravure représente le priucipe de cet 
appareil dont les détails de construction ne sont 
pas bien connus. L'expérience faite par Leturr, eut 
lieu à Crémorne, à Londres, comme celle de de 
Groof; elle eut le même dénoùment quoique la 
cause de la mort de l'inventeur ait été toute diffé- 
rente. Quand l'aérostat qui avait enlevé l'appareil 
fut près du sol, l'aéronaute anglais ne comprit pas 
que Leturr lui criait de détacher le parachute. Le- 
turr, qui était attaché à une longue corde de quatre 
vingt mètres, fut lancé contre les arbres, et se fra- 
cassa la tète. Il perdit connaissance et tomba violem- 
ment à terre, où son cadavre, mis en lambeaux, fut 
ramassé au milieu des débris de sa machine. 

L'appareil de de Groof diffère considérablement du 
précédent; notre deuxième gravure donne une idée 
des dispositions que l'inventeur avait donnée aux 
organes qui le composent. C'est un châssis rectan- 



gulaire en bois, au milieu duquel le pilote de ce 
terrible navire se tient debout. Deux ailes, de dix 
mètres de longueur chacune, sont fixées à la partie 
supérieure de ce châssis ; elles tendent à se rele- 
ver sous l'action de ressorts de caoutchouc, fixés à 
une pièce de bois qui domine tout l'appareil. L'homme 
les abaisse en tirant des cordes, et quand il cesse 
d'agir, les caoutchoucs les relèvent. A l'état de re- 
pos le système doit former parachute, et une troi- 
sième palette concave, formant la queue de cet oiseau 
fantastique vient s'ajouter aux deux ailes latérales. 
Tout aéronaute qui a sondé du regard les profon- 
deurs de l'atmosphère, sentira le frisson delà terreur, 
eu songeant au moment où l'infortuné de Groof 
s'est séparé de l'aérostat qui l'avait enlevé dans les 
airs, eu envisageant par la pensée cet instant fu- 
neste, où le malheureux a rompu lui-même le fil 
auquel sa vie était attaché ! Et s'il est conduit à blâ- 
mer lu folie de cette entreprise, l'insuffisance du 
mécanisme, la ridicule disposition des ailes, il n'en 
éprouvera pas moins une admiration réelle pour cet 
homme, victime d'une témérité qui a quelque chose 
de sublime, puisqu'elle était inspirée par une grande 
idée. Gaston Tissahdier. 



l'enquètl 

SUR LA MORT DE L'HOME YOLÀH 

La mort de l'homme volant a donné lieu à une 
longue enquête devant le coroncr de Chelsea. Kl le 
s'est terminée par un verdict innocentant le proprié- 
taire de Crémorne. Cependant le jury déclare qu'il est 
nécessaire de prendre des mesures pour que des expé- 
riences aussi dangereuses ne se reproduisent point. 

La femme de M. de Groof a été représentée dans 
l'instance par M. Merriman, sollicitor bien connu. 11 
paraît qu'on avait promis à cette infortunée de ve- 
nir à son aide si elle n'intervenait pas. 

Mais comme elle ne voyait point venir de secours, 
elle s'adressa à la justice. On ne sait si son instance 
aura une suite après le verdict précité. Kilo a exhibé 
un rapport de prétendus hommes de science de 
Bruxelles qui avaient, paraît-il, examiné l'appareil de 
de Groof et déclaré que l'on pouvait s'en servir avec 
sécurité. L'enquête du coroncr a démontré que, dans 
l'ascension du 27 juin, M. de Groof n'avait point dé- 
taché son appareil; il était descendu sans accident 
mais avec le ballon. Les journaux avaient donné un 
récit imaginaire de la descente, et l'aéronaute Sim- 
ulons, dans sa déposition devant le coroncr, a corro- 
boré, sous la foi du serment, un récit mensonger. 

Quelques années avant la guerre, de Croof était 
venu à Londres une première fois, et s'était adressé 
à M. Edwards-Tyrell Smilh, alors directeur de Chel- 
sea, qui avait fait construire une plateforme haute de 
douze pieds, pour permettre à de Groof d'essayer ses 
ailes; mais le malheureux ne put se soutenir eu l'air 
et tomba comme nue pierre. Le projet d'expérience 
dut donc être abandonné. 



LA NATURE. 



147 



Une des dernières personnes qui ont causé avec de 
(îroof est le correspondant londïnicn de Ybulépen- 
ilance belge, (qui a publié un récit très-touchant de 
l'expérience. Ile Groof, avec une placidité toute fla- 
mande, ajustait les derniers bouts de ficelle néces- 
saires à la manœuvre de sa queue. Il était très-pro- 
prement et très-modestement vêtu, portant un cha- 
peau bien brossé, qu'il échangea au dernier moment 
contre une casquette. « Gela serait drôle, disait-il, si 
j'allais descendre en Belgique?... » Mais il ne croyait 
pas traverser la mer, car il venait de dire à sa femme : 
« Tu vas prendre un cab et tu m'attendras au coin de 
celte nie; l'ascension ne sera pas longue. » Cette 
rue était précisément la rue Robert, où il devait se 
briser contre terre!... « Soyez indulgents, disait-il, 
je ferai rnioin si je ne me casse pas la tète. )> Le mal- 
heureux ne savait pas si bien dire. 

W. DE FONVIELLE. 

UNE MER INTÉRIEURE EN ALGÉRIE 

Souvent les grands desseins couvent dansle silence 
avant de se manifester aux yeux du monde. Souvent 
aussi, pendant la longue élabora lion d'une belle et 
utile entreprise, quelque chose des efforts prélimi- 
naires transpire dans le public, et lui apprend que 
des hommes dévoués travaillent pour son honneur 
ou sou profit. C'est ce qui est arrive pour celte 
grande pensée de la création d'une mer intérieure 
au sud de notre colonie d'Algérie! Depuis long- 
temps les explorations faites par des savants dis- 
tingués, parmi lesquels nous citerons MM. Vuille- 
uiot, Dubocq, Ville, ont attiré l'attention sur le 
bassin des schotts, ces curieuses lagunes du dé- 
sert, dont le plus intéressant est le scliott Mel-Rir. 
Tout récemment encore M. Mares a présenté au 
monde scientifique la possibilité d'une communica- 
tion à établir entre ces bassins et la mer. Cependant 
pour nombre de raisons tenant aux personnes et aux 
choses, l'idée ne semblait pas mûre; elle l'est au- 
jourd'hui! 

Il y a quelques jours, le 22 juin, M. F. debesseps, 
dont le nom se trouve associé à l'une des plus gran- 
des victoires de l'homme sur la nature, entretenait 
l'Académie des sciences du projet qui semble défini- 
tif, celui de M. Roudaire, capitaine d'état-major. 
Voici ce qu'est ce projet ' : 

On se rappelle que les auteurs anciens parlent 
sans cesse de la fertilité prodigieuse des pays entou- 
rant la grande baie de Triton, au sud du territoire de 
Cartbage. Aujourd'hui ces pays sont arides, impro- 
pres à la culture, véritables déserts occupant le sud 
de la Tunisie et de la province algérienne de Con- 
stantine. Si l'on part du golfe de Cabès, autrefois 
Petite Syrte, on rencontre une sorte d'éminence pro- 
longée indéfiniment le long de la côte, et large seu- 
lement de quelques kilomètres vers l'intérieur des 

1 Voy. Mer algérienne, [» 79 cl 111. 



terres. Lorsqu'elle estfrauebie, on aperçoit une vallée 
qui semble aller toujours en s'abaissant, et qui a une 
largeur d'environ 20 kilomètres. Le fond des dé- 
pressions les plus marquées est rempli par une eau 
saumàtre : ce sont les schotts, vastes espaces qui, 
l'été, monlrent une surface de boue dangereuse à 
traverser, et se remplissent lors des pluies. Entre les 
schotts s'élèvent des espèces de plateaux sur lesquels 
sont placés les bourgs et les villes où viennent les 
caravanes du désert, et cela continue pendant plus 
de 200 kilomètres, jusqu'au pied du Djebel -A urès, la 
plus haute chaîne de montagnes de l'Algérie. 

Or, il faut penser maintenant, — les longue» et 
savantes recherches de M. Roudaire le prouvent sans 
réplique, — qu'autrefois tout ce pays était une belle 
baie, s'enfonçant de bù lieues dans la terre, y appor- 
tant la navigation, le commerce, et lui fournissant, 
avec des pluies et des fleuves, les éléments d'une in- 
comparable fertilité. Le long de cette cote, aujour- 
d'hui abandonnée, de la Syrte, s'élevaient des villes 
si commerçantes que le district avait reçu des Ro- 
mains le nom à" Emporta (comptoirs). 

Reportons-nous à une époque antérieure à Héro 
dote, ou même à son temps; car, en 450 avant 
Jésus-Christ, la communication était encore parfaite. 
La Petite Syrte (G. de Cabès) est alors confondue, sous 
le nom de baie Triton, avec son prolongement qui 
nous occupe. Un large chenal donne accès dans la 
mer intérieure. Cette grande île, qui semble barrer 
le passage à 10 ou 12 lieues de l'entrée, c'est l'île 
de Phla, aujourd'hui le Ncfzaouao. Cette presqu'île 
qui s'avance une douzaine de lieues plus eu arrière, 
et rétrécit la baie des trois quarts, c'est la Cliersoncso 
de N aphte, avec sa \ille de Ti^urus, aujourd'hui 
Touzeur. Lu peu plus loin, le golfe s'élargit de nou- 
veau, à droite, ou voit les hauts sommets du mont 
Ames, au fond, les riches campagnes d'Ischéri, au- 
jourd'hui Biskra avec sa plaine desséchée. Voilï ce 
qu'était, an temps de sa splendeur, le pays que fer- 
tilisait la grande baie de Triton. 

Peu à peu cependant, les hommes ne s'occupant 
pas d'entretenir une communication si précieuse, les 
courants de fond, les vents de la haute mer accumu- 
laient les subies à son entrée. Pendant plusieurs 
siècles, ce travail lent, mais fatal, s'accomplit; le 
passage devint difficile, périlleux, impossible enfin. 

On suit dans les auteurs anciens, ignorants de ce 
qui précède leurs époques respectives, mais décri- 
vant à ces mêmes époques l'étal actuel des lieux, ou 
suit les progrès du travail des forces naturelles. A 
l'époque de l'ère chrétienne, l'isthme était formé, la 
mer écartée» et le pays en voie d'arriver à la stérilité 
de plus en plus complète où il se trouve aujourd'hui. 
La grande masse d'eau séparée de la mer, diminuée 
par l'évaporation, se fractionne en flaques distinctes : 
on voit apparaître le lac Triton (Schott-el-Djerid), le 
lac ['allas (Schott-er-Rarhsa),le lac de l.mye(Seliott- 
Sellem), le lac des Tortues (Schott-Mel-R'ir) ; puis 
ces idées vogues du fleuve Gir, du fleuve Triton, 
sous lesquelles il faut entendre toute cette vallée su 



148 



LA NATURE. 



dirigeant vers la mer, mais écartée d'elle peu à peu. 
M. de Lcsseps, en apportant à l'Académie un ma- 
gnifique échantillon du banc de sable des lacs amers 
de l'isthme de Suez, a, dans une étude sur ces lacs, 
qui autrefois était des baies, comparé la formation du 
seuil de Cabès à celle, tout à l'ait colossale, du seuil 
de Phalouf, qui a détruit la communication égyp- 
tienne. Aux deux endroits, même phénomène. Seu- 
lement, à Cubes, il n'y a à rétablir qu'un modeste 
canal de 15 kilomètres (celui de Suez en a 150): 
c'est-à-dire une dépense à faire de huit millions. En 
mettant les choses au pire, la création de la mer in- 



térieure d'Algérie ne coulera pas vinyl millions, tout 
compté. Qu'est cela pour transformer un désert de 
plus en plus envahi par les sables en une immense 
oasis de 600,000 hectares d'étendue? Créer un 
capital agricole de 600,000 hectares d'une ferti- 
lité sans pareille (cette terre a fait ses preuves), cela 
vaut bien la peine d'y regarder ! 

Est-il permis seulement d'hésiter? c'est le cri de 
tous ceux qui peuvent comprendre, et qui veulent le 
bien. Le Conseil supérieur de l'Algérie a mis à l'é- 
tude cette question vraiment capitale, dont la solu- 
tion fera du pays ce que l'on avait espéré lors de la 



, w c tC£ co, 6r , 



■' 



lu it-fiju rfu Co/Hr de L'iâ» ml nipiOitis m 




Tarte de la mer intérieure en Algérie. 



conquête, le grenier, le trésor de la France. M. le 
général Chanzy s'en occupe activement, et tout l'ait 
espérer qu'il y portera quelque peu de la décision et 
de la vigueur militaires. Mais les savants et les hommes 
d'Étal ne sont pas seuls à comprendre des vérités si 
importantes. Écoutons encore M. Iloudaire: a En 
1872, dit-il , nous rencontrâmes entre Coiistantine et 
Batna le caïd des nomades sahariens, Bou-Lakrase, 
de la famille desBen-Gannah. Il nous demanda pour- 
quoi nous nous donnions tant de peine à construire 
des siguaux sur les sommets les plus élevés. Nous 
lui répondîmes que notre intention était d'aller ainsi 
jusqu'au Sahara, afin de savoir si le Sehott-Mel-R'ir 
était au-dessous du niveau de la mer. J'ai souvent 
contemplé les Schotts, reprit-il tout rêveur; j'ai 
pensé quelquefois qu'ils étaient semblables à la mer, 
et que jadis les flots venaient jusque-là. » Je lui ex- 



pliquai alors comment il serait peut-être possible de 
les y ramener. « Dieu le veuille ! dit-il, après un in- 
stant de silence ; ce sera une grande chose, » 

Grande chose en effet, que cette création dont le 
contre-coup bienfaisant se fera sentir dans toute la 
barbarie et jusque sur les côtes d'Italie et de France, 
qui défendra la province de Coiïstantiue des sables 
envahissants du désert, et lui rendra l'état florissant 
de culture qui la faisait siriohe autrefois. 

H. Dr la Blanc hère. 



TlîMULUS OU BUTTE DE DîSSIGNÀC 

A deux lieues de Saint-Xazaire (Loire-Inférieure), 
près de la route qui relie cette ville à Guérande, on 
peut remarquer un tumulus construit sur un petit 



LA A AT U RE. 



149 



liutti 



plateau qui domine le pays. Ccmonumeut est connu 
depuis longtemps dans la contrée, sons le nom de 
Butte de Dissiguac. l'es fouilles, entreprises récem- 
ment par le proprié- 
taire , ont amené au 
jour deux galeries fort 
curieuses. 

Le tumulus a la 
forme d'un mamelon ; 
il mesure 4 mètres 
d'élévation sur 25 à 
26 mètres de diamètre. 

Deux galeries paral- 
lèles , dont les axes 
sont distants l'un de 
l'autre de 5 mètres, 
s'ouvrent sur le bord 
oriental et se dirigent 
vers le couchant. 

Une seule, eelle qui 
est au sud, est assez 
liien conservée et peut 
être visitée. 

Les parois de celte 
galerie sont formées 
par des dalles , en- 
châssées dans la terre 
rapportée du tumu- 
lus; elles sont reliées 
entre elles par des 
pierres plus petites et 
des cailloux roulés; 
l'ensemble constitue 
donc un véritable mur 
et l'on peut étudier, 
en cet endroit, la pre- 
mière ébauche do Tari 
du maçon. C'est sur- 
tout sous ce rapport 
que le monument de 
Dissiguac est remar- 
quable, et diffère es- 
sentiellement de ceux 
que les touristes vont 
contempler à Gavarni 
et Lockmariaker. 

L'entrée de la gale- 
rie ne mesure qu'un 
mètre de hauteur ; elle 
était jadis fermée par. 
une dalle (pie l'on voit 
encore en place, ou 
ne pouvait donc péné- 
trer à l'intérieur qu'à 
certaines époques ou 
dans certaines circon- 
stances; et encore fal- 
lait-il se courber et presque ramper. La hauteur 
augmente insensiblement à mesure qu'on avance, 
jusqu'à devenir égale à 3 l ",50. la longueur totale 




mélange de 



de Dissiguac (Loire-Inférieure) . — Vue de la chambre 
(j ui termine la galerie nord. 




Bulle de Dissiguac. — Projection horizontale des galeries. 

Galerie nord. — B. Galerie sud. — C Chambre terminant la 

1er ie nord. — 1)1). Dalle formant le profond des galeries. 




liutle de Dissiguac. — Klévalion de l'une dos gaierics nord 
Echelle 1/100. 

SA. Dalles formant les parois verticales. - DB. Dalles du plafond 
C. Dalle fermant l'entrée de la irai crie. 



est de 10 mètres. La largeur esta peu prè3 constante 
et égale à 1 mètre. 

Le plafond est formé de cinq grandes dalles pla- 
cées en travers et dont 
les extrémités sont à 
moitié enchâssées dans 
les parois des mu- 
railles ; elles ne sont 
pas juxtaposées mais 
elles lai>sent entre 
elles un espace suf- 
fisant pour qu'un 
homme puisse s'y glis- 
ser, c'est même par 
l'une de ces fentes que 
l'on pénètre actuelle- 
ment à l'intérieur. Ces 
vides étaient, avant le 
déblaiement , fermés 
par un 
terre et de pierres. 

La galerie aboutit à 
une chambre de même 
hauteur, sensiblement 
circulaire et. dont les 
diamètres sont «V",i0 
et 3 m ,20- 

Les murailles de la 
chambre sont con- 
slruites de la même 
façon que celles de la 
galerie, avec cette 
seule différence (pie 
les dalles sont généra- 
lement plus larges et 
plus régulières; ou en 
compte onze. 

Le plafond était pri- 
mitivement formé de 
trois dalles, dont l'une 
manque aujourd'hui, 
parce qu'elle a été bri- 
sée dans les fouilles. 

La seconde galerie 
a été fort mal traitée et 
ne peut être visitée 
intérieurement. Elle 
offre les mêmes dispo- 
sitions des parois et du 
plafond, elle a égale- 
ment 1 mètre de lar- 
geur ; mais chose cu- 
rieuse elle n'aboutit 
point comme la pre- 
mière à une chambre ; 
elle se termine brus- 
quement et n'offre au- 
cune communication avec l'autre. C'est le seul exem- 
ple de cette disposition qui soit encore connu en Bre- 
tagne, la terre classique des monuments celtiques. 



150 



LA NATUIIE. 



La nature dos matériaux employés est assez com- 
plexe ; ce sont des granits, des mieachistes, des 
gneiss, etc., arrachés de la côte voisine, distante de 
près do deux lieues ; quelques-unes des dalles ont 
été roulées par la vague avant d'être utilisées dans 
cette construction ; les pierres qui remplissent les 
interstices sont presque toutes des galets plus ou 
moins volumineux. S'il faut eu croire les habitants, 
on a trouvé dans ce tu nui lus différents objets; mais, 
il m'a été impossible de savoir lesquels; j'ai cepen- 
dant eu la bonne fortune de recueillir in situ un 
petit silex taillé ; découverte d'autant plus intéres- 
santes, que le silex est une substance absolument 
étrangère à cette contrée granitique, et qu'il faut 
aller fort loin pour en rencontrer des gisements; les 
habitants qui ont construit ce tuniulus, ou ceux qui 
s'en servaient, faisaient donc le commerce avec les 
habitants de la Gaule centrale. 

La chambre circulaire qui termine la galerie nord 
devait être un lieu de sépulture, opinion que confirme 
la pierre massive qui en fermait rentrée ; mais quel 
pouvait être l'usage de la seconde galerie? On ou est 
réduit à des conjectures; espérons que de nouvelles 
découvertes pourront un jour éclaircir ce point 
obscur, et nous permettront d'ajouter de nouveaux 
laits à l'histoire de nos ancêtres. 



L. (ÎODF.FKOY. 



>ï< 



LES COMBINAISONS MÉTALLIQUES 

ue l'hydrogène. 

Les chimistes savent que certains gaz, tels que 
l'ammoniaque, l'acide chlorhydrjque, l'hydrogène 
sulfuré, etc., sont absorbés facilement par le char- 
bon. L'expérience classique qui permet de montrer 
cette propriété, consiste à introduire dans une 
cloche de gaz, placée sur le mercure, un morceau 
de charbon de bois chauffé au rouge. Lorsque ce 
charbon est suffisamment refroidi, le mercure ne 
tarde pas à s'élever dans l'éprouvette. Le volume 
des gaz absorbés dans ces conditions est ■variable. 
Tandis que le charbon n'absorbe que 1 .75 de son vo- 
lume d'hydrogène, il peut absorber 55 volumes d'a- 
cide carbonique, 55 d'acide su If hydrique, 85 d'acide 
chlorhydrique, et jusqu'à 90 volumes d'ammoniaque. 
Cette singulière absorption des gaz par le charbon 
permet d'expliquer quelques-uns des caractères spé- 
cifiques de ces corps. C'est ainsi que le rôle efficace 
que joue le charbon dans la filtration est dû. à ses 
propriétés absorbantes et notamment à l'action qu'il 
exerce sur l'hydrogène sulfuré, gaz qui se dégage de 
presque toutes les matières en putréfaction ; c'est 
encore par le fait de sa condensation dans les corps 
poreux, notamment dans la mousse de platine et 
dans le plâtre, que l' ammoniaque peut se transfor- 
mer en acide azotique, et déterminer la formation du 
salpêtre ou des matériaux salpêtres. 

Ces propriétés ne sont pas particulières au charbon 



de bois ; des travaux récents ont en effet montré que 
les gaz peuvent être condensés par certains métaux, 
comme le platine, le fer, l'acier, le palladium, etc.; 
M. Cailleteta montré, par exemple, que des pièces 
de fonte ou d'acier pouvaient absorber une certaine 
proportion d'oxyde de carbone ou d'hydrogène, pour 
perdre ensuite ce gaz à une haule température, le 
dégagement du gaz produisant alors à la surface du 
métal des boursouflures qui, dans certains cas, met- 
tent la pièce fondue hors d'usage. 

M. Graham, qui s'est beaucoup occupéde cetteques- 
tion, a désigné ce phénomène sous le nom d'occlusion 
des gaz. Les recherches si curieuses qu'il a faites à cet 
égard remontent déjà à plusieurs années; mais 
comme les belles expériences de MM. Troost et llau- 
tcfeuille, publiées dans un des derniers numéros des 
Comptes rendus de l'Académie des sciences, fixent 
do nouveau l'attention du monde savant, nous allons 
revenir sur ce sujet. 

M. Henri Sainte-Claire Deville est le premier chi- 
miste qui ait constaté l'absorption des gaz par les 
métaux, et leur passage à travers les parois métal- 
liques ; de concert avec M. Troost, il a pu montrer 
par une série d'expériences élégantes que l'hvdro- 
gène et l'oxyde de carbone sont susceptibles de tra- 
verser les corps poreux et même les parois d'un tube 
de fer ou d'acier chauffé au rouge, de manière à dé- 
terminer tin vide partiel à l'intérieur de ce tube. 
Comment ce passage a-l-il lieu? Y a-t-il simplement 
diffusion ou action élective? Si le passage s'effectuait 
par simple diffusion, les lois de Graham 4 sur l'écou- 
lement des gaz seraient applicables, et l'hydrogène, 
par exemple, dont la densité est infiniment plus 
faible que celle de l'acide carbonique, devrait s'é- 
couler plus vite que ce gaz ; au contraire, l'acide car- 
bonique passe plus vile à travers une membrane hu- 
mide que l'hydrogène, à cause de la solubilité plus 
grande du premier gaz dans l'eau, le phénomène de 
dissolution précédant celui du passage du gaz. Il en 
est de même peur l'hydrogène; ce gaz est d'abord 
absorbé par le fer, grâce à l'affinité qu'il a pour ce 
métal, puis, la température s'élevant, il se produit 
une véritable dissociation, et le gaz s'échappe dans 
l'atmosphère. 

Le platine au rouge jouit des mêmes propriétés 
absorbantes; il est curieux de constater que le vo- 
lume du gaz absorbé peut varier avec l'état physique 
du métal : tandis qu'un lil de platine peut absorber 
un cinquième de son volume d'hydrogène, la mousse 
de platine peut en absorber environ un demi-volume 
et le platine forgé cinq volumes. Si l'on tient compte 
de la température à laquelle a lieu l'expérience et du 
volume restreint des pores du métal, la pression que 
subit le gaz occlus élans le platine doit être de 15,000 
atmosphères, d'après les calculs de M. Odling. Ces 
données étant admises, il est facile de donner l'expli- 
cation du fait de l'incandescence du platine en pré- 

1 La loi de Graham s'énonce ainsi : La diffusion des gaz à 
travers une paroi poreuse est eu raison inverse do la racine 
carrée îles densités. 



LA NATURE. 



151 



sencc d'un jcl d'hydrogène; la pression énorme à 
laquelle est soumis le gaz suffit pour déterminer l'é- 
lévation considérable de température qui rougit le 
platine. 

En se reportant, en effet, à l'expérience du briquet 
à air dans laquelle on condense le gaz au moyen d'un 
piston mobile à l'intérieur d'une éprouvette de verre 
à parois résistantes, et en admettant les hypothèses 
de Poisson sur la constitution physique des gaz, le 
calcul montre que, seulement pour une variation de 
volume de 1 à 100, c'est-à-dire pour une pression de 
100 atmosphères, l'élévation théorique de la tempé- 
rature doit être de 2,730 degrés. 

Outre le foret le platine, le cuivre, l'antimoine, 
l'argent, l'or, L'iridium se conduisent de la même 
manière avec l'hydrogène, mais aucun do ces métaux 
n'approche, à cet égard, du palladium. 

Il appartenait à l'illustre chimiste anglais Graham, 
dont tous les travaux sont empreints d'une origina- 
lité si saisissante, de montrer avec quelle facilité le 
palladium absorbe l'hydrogène, et de prouver pardes 
observations successives la nature essentiellement, 
chimique de cette action. 

Lorsqu'on place nu fil de palladium dans l'hydro- 
gène, il peut absorber, à la température de 100*, 
jusqu'à. 9^0 fois son volume d'hydrogène, en 
même temps qu'il subit un changement notable de 
volume ; si on réalise cette absorption au moyen d'une 
lame de palladium fixée par une de ses extrémités à 
un axe vertical, et placée comme électrode négative 
d'une pile dans une solution d'acide sulfurique, on 
voit la lame s'enrouler en spirale autour de l'axe, par 
suite de l'allongement d'une seule de ses extré- 
mités. 

Kn étudiant les propriétés du palladium ainsi hy- 
drogéné, on trouve qu'il a subi une série de méta- 
morphoses dans ses propriétés physiques et chimiques. 
L'alliage de palladium et d'hydrogénium (c'est ainsi 
que Graham appelle l'hydrogène à l'état de conden- 
sation), a une densité de 11,79, tandis que celle du 
palladium est de 12,38; de même, la conductibilité 
électrique et la ténacité ont diminué dans une nota 
1)1 e proportion. 

Enfin le palladium, qui est par amagné tique, devient 
magnétique lorsqu'il a subi l'action de l'hydrogène. 

Quant à ses propriétés chimiques, l'alliage possède 
celles de l'hydrogène, mais toutefois singulièrement 
exagérées. Le nouveau corps réduit le calomcl (pro- 
lochlorure de mercure), transforme les sels ferriques 
en sels ferreux, et se combine à l'iode et au chlore, à 
l'abri de la lumière. En cherchant sa composition, 
Graham a trouvé que l'hydrogène est uni au palla- 
dium dans des proportions qui sont voisines de celles 
d'équivalent à équivalent. 

Ainsi, l'union de ces deux corps détermine la for- 
mation d'un corps doué de propriétés nouvelles; il 
y a donc eu action chimique. Eu. Landiuk. 

— La suite prochainement- — 

— *<$* — 



LE YEN1N DU SCORPION 

NOUVELLES RECHERCHES DU DOCTEUR JOUSSET DB 
I1ELLESME. 

Le nom du scorpion est aussi connu que sa na- 
ture, ses mœurs, sa manière d'être, et les propriétés 
de son venin sont ignorées et obscures. Jamais être 
vivant n'a tant excité l'imagination des naturalistes 
anciens qui nous rapportent à son sujet les contes les 
plus étranges. Les faits bizarres dont le scorpion 
passe pour être la cause sont bien souvent encore 
accueillis favorablement par de crédules observateurs; 
il ne manque pas de paysans qui, suivant l'ancienne 
doctrine d'Ans tote, ont la persuasion que le scorpion 
enfermé dans un cercle de charbons ardents se donne 
volontairement la mort ; il en est. d'autres qui croient, 
avec Galien, que la salive humaine est un poison mor- 
tel pour cet être singulier. 

Malgré les travaux do Swammerdam, de Lceuwen- 
hock, deMautpertuis. cf, plus récemment de M. M. Guyon 
et de M. Blanchard, la question des propriétés du 
venin du scorpion est restée fort obscure. M. le doc- 
teur Jousset deBellesme a su, grâce à la rigueur de 
ses expérimentations, y jeter une vive lumière. 

Ce savant naturaliste, qui a publié ses belles re- 
cherches dans les Annales des sciences naturelles, 
commence par passer succinctement en revue les 
plus intéressantes espèces que comprend le genre 
scorpion, et à parler do ses mœurs, de ses propriétés, 
non plus guidé comme jadis par l'imagination, mais 
par la scrupuleuse étude des fails. 

Le scorpio europœus est petit, de couleur sombre 
mêlée de gris et de noir ; sa longueur ne dépasse pas 
3 ou 4 centimètres ; il est extrêmement commun 
dans le midi de la France, où il habite les maisons, 
les vieux murs ; sa petite taille le rend assez iiioffen- 
sif. Le scorpio occilanus est beaucoup plus rare. 
C'est aux environs de Montpellier, de Perpignan, 
de Nîmes et de Marseille qu'on le rencontre le 
plus fréquemment. 11 atteint 7 ou 8 centimètres de 
longueur, de la bouche à l'aiguillon. Le scorpio oc- 
citanus est très-redoutable. Il habite exclusivement 
la campagne et on le trouve dans les terrains vagues 
et sablonneux, tapi sous les pierres, attendant que la 
nuit soit venue pour aller à la recherche d'une 
proie. 

Ces deux espèces sont les seules que l'on trouve 
en France. Le scorpio afer, qui atteint parfois une 
longueur de 12 à 1 5 centimètres est originaire d'Asie, 
et il se rencontre communément en Egypte, en Al- 
gérie et surtout en Tunisie. Enfin, certaines régions 
de l'Afrique et du Sénégal offrent encore deux es- 
pèces particulières, le scorpio funestes et le buthus 
imperator, qui heureusement est fort rare, car il at- 
teint des dimensions considérables, et peut être con- 
sidéré comme un être extrêmement redoutable. 

L'espèce que M. Jousset de Bellesme a surtout 
étudiée est le scorpio occilanus, dont la piqûre est 



152 



LA NATURE. 



déjà fort dangereuse et même souvent mortelle 
comme celle des scorpions africains. Ce scorpion est 
un animal nocturne, il fuit le grand jour, il aime les 
endroits frais et humides; on le rencontre fréquem- 
ment sous des pierres siliceuses ou calcaires, dans 
les endroits sablonneux propres à la culture du pin. 
Le scorpio occilanus ne 
lait pas de galeries sou- 
t.erra i nos sous les piei res 
iju'il a choisies connue 
abri. « 11 se borne, s'il 
n'y existe pas quelque 
cavité naturelle , à y 
creuser une simple gout- 
tière peu profonde, que 
l'on voit parfois tapissée 
de filaments analogues 
à ceux des araignées, et 
dans laquelle il se tient 
pelotonné sur liti-mèrue 
et immobile. Il est tou- 
jours seul ; les petits 
quittent la mère de très- 
bonne heure et vont 
s'établir à quelques pas 
de là. On trouve dans 
cette petite bauge de 
nombreux débris d'in- 
sectes, resle du repas 
du scorpion, et quel- 
quefois la vieille peau 
de ranimai, qui mue 
absolument comme les 
serpents, sortant de son 
vieil épidémie comme 
d'un doigt de gant.... >> 
De tout temps, le 
scorpion a été reconnu 
pour un animal veni- 
meux; aussi a-t-il tou- 
jours été l'objet d'une 
véritable terreur super- 
stitieuse de la'part des 
habitants des campa- 
gnes. — Les paysans du 
Midi sont fréquemment 
piqués par le scorpio 




Habitation du scorpion (Scorpio occitanus). 




Habitation du scorpion ( la |>ierre sous laquelle il s'abrite est 
enlevée, pour montrer la galerie où se tient l'animal dan? 
soii altitude naturelle). 




européens , mais cette 
piqûre n'est pas grave, 
elle peut être assimilée 
à celle de la guêpe et du 



Action du venin du scorpion sur le sang. 

1. Globules normaux du sang de grenouille. — 2. Globule, qui 
commencent à s'altérer en contact avec le venin pur. — 
3. Altération plus profonde <ie=> globules, aptes cinq minutes 

de contact. 



est tendue comme dans un vaste phlegmon, quelque- 
fois couverte de pustules. On voit alors survenir de 
la lièvre, des frissons, de l'engourdissement, de l'im- 
possibilité absolue de mouvoir le membre affecté ; 
enfui des vomissements, du hoquet, des convulsions, 
des syncopes, du tremblement musculaire, et d'au- 
tres troubles du système 
nerveux. » 

L'appareil venimeux 
du scorpion est tout à 
la fois un appareil de 
sécrétion et d'inocula- 
tion. Il est situé au bout 
de la queue très-mobile 
de l'animal, et apparaît 
comme une arme redou- 
table qui sert au scor- 
pion soit pour attaquer 
sa proie et pour la tuer, 
soit pour se défendre 
contre un ennemi. C'est 
improprement que l'ap- 
pendice postérieur du 
scorpion est désigné sous 
le nom de queue, car il 
n'est autre en réalité 
que l'abdomen rétréci. 
Le tube intestinal le 
traversent aboutit à un 
orifice anal, situé entre 
le cinquième anneau et 
la vésicule à venin. La 
vésicule à venin con- 
stitue le sixième an- 
neau , c'est une am- 
poule arrondie qui se 
termine par un aiguil Ion 
creux, corné, recourbé, 
fort aigu, à travers le- 
quel s'échappe le venin, 
sécrété par deux glandes 
accolées l'une contre 
l'autre. 

La partie antérieure 
du corps de l'animal 
est terminée par deux 
pinces analogues à celles 
des crustacés. Situées 
de chaque côté de la 
bouche, elles jouent le 
rôle de pattes-mâchoires 
et d'organes de préheu- 



iïelon. Il en est tout dif- 

férammentde celle du scorpio occitanus. «C'est d'à- I sion. La bouche est dépourvue des mandibules à 

bord, dit M. Jousset de Bellesme, une douleur vive et ' '' ' '...... 

cuisante, de la rougeur de la peau, et une tuméfac- 



tion s'éteudant en général à tout le membre. Le lieu 
de la piqûre noircit, La douleur est tellement vive 
qu'Erhenbcrg qui l'a éprouvée, a prétendu qu'il ial- 
lait lui attribuer les accidents nerveux graves qui 
suivent la blessure eue? les individus faibles. La peau 



crochet qui caractérisent les araignées et qui sont 
en relation avec une glande venimeuse. Aussi la 
morsure du scorpion est-elle complètement inoffen- 
sive. 

« L'attitude naturelle de la queue du scorpion dit 
M. Jousset île Bellesme, est d'être recourbée. A l'état 
de repos, et lorsque l'animal se croit à l'abri de tout 



LA NATURE. 



133 



danger, il la laisse reposer par terre, sur le côté, soit 
à droite, soit à gauche de son corps. C'est au moyen 
de l'extension brusque de cette queue qu'il va lancer 
son aiguillon contre les corps qu'il veut percer. Pour 
peu qu'il soit mis en éveil par un mouvement inat- 
tendu ou qu'il aperçoive une proie, ses pinces se 
dressent en avant, sa queue se relève et se tient ar- 
rondie comme une anse au-dessus de son corps, de 
telle sorte que l'aiguillon est suspendu au-dessus de 
sa tète, prêt à frapper dans toutes les directions. 11 
faut avoir vu un scorpion se défendre, quand on 



l'irrite, pour avoir une idée de la vigueur, de la sou- 
plesse et de la sûreté d'un pareil instrument. 

« L'appareil venimeux du scorpion lui sert prin- 
cipalement à se rendre maître des proies dont il fait 
sa nourriture et qui sont souvent volumineuses... Je 
tenais en captivité un scorpion de forte taille (Û ro ,07) 
que je nourrissais de mouches depuis quelque temps. 
Dans le but de varier sa nourriture, je lui donnai un 
jour une araignée de jardin de la grosseur d'un pois. 
11 la saisit vivement et la piqua au thorax. Mais une 
goutte de sang qui jaillit de la plaie empêcha proba- 




Le scorpion (Scorpio occilanus). Grandeur naturelle. 



Moment l'inoculation du venin. Toujours est-il que 
l'araignée tenue entre les pinces du scorpion, fit la 
morte, comme ces animaux en ont l'habitude. Mais, 
au moment où celui-ci trompé par son immobilité, la 
portait à sa bouche, elle enfonça rapidement ses 
mandibules dans la basede la pince gauche. Le scor- 
pion la lâcha brusquement, puis la reprit, la piqua 
de nouveau et cette l'ois elle succomba bel et bien. 
Le vainqueur n'eut pas le temps de jouir de sa vic- 
toire ; après quelques instants, il se ramassa sur lui- 
même et parut très-iucommodé. Une heure après, 
il était sur le liane, les pattes rétractées sous l'abdo- 
men, agitées de mouvements convulsifs, la queue 
allongée et le tronc courbé en arrière. Enfin, il of- 
frait tous les symptômes d'une violente attaque de 
tétanos. Ce i se pas a t à six heures du soir; il resta 



toute la nuit dans cet état. Je craignais fort de le 
perdre ; mais le lendemain matin, il reprit la facilité 
de ses mouvements, et vers midi mangea une mouche 
de fort bon appétit. » 

Ce fait paraît démontrer que si le scorpion a l'ha- 
bitude de piquer indistinctement toute espèce de 
proie, cette précaution lui est très-utile, surtout dans 
les luttes constantes qu'il livre avec les araignées 
dont il fait sa proie favorite. 

Il suffit d'exciter un scorpion, ou de lui présenter 
une proie, pour voir paraître près de la pointe de 
l'aiguillon une fine goutelette d'une liqueur lim- 
pide: c'est le venin. M. Joussetde Bellesme.parune 
méthode particulière de ligature, a pu conserver des 
scorpions, et recueillir chaque jour cette gouttelette 
de venin, qui lui a permis de compléter ses belles 



154 



LA NATURE. 



observations par des expériences physiologiques d'un 
grand intérêt. 

Le savant observateur démontre d'abord que la pi- 
qûre de l'aiguillon d*un fort scorpion est inoffensive 
si l'orifice en est bouché par un vernis, c'est-à-dire 
si le venin ne s'échappe pas. — Les expériences ont 
été faites sur des mouches, qui continuaient à vivre 
après la piqûre de l'aiguillon sans venin, qui mou- 
raient toutes au contraire dans le cas où le liquide 
s'échappait librement. M. JoussettleBellosrnc prouve 
ensuite que, contrairement ù l'opinion des anciens, le 
venin agit très-énergiqueineut même quand il est sé- 
paré du corps de l'animal, et que le proverbe: 
Morte la bête, mort le venin, repose sur de fuisses 
observations. Les venins se conservent au contraire 
presque indéfiniment. 

Un grand nombre d'expériences ont été exécutées 
surdes grenouilles vertes ou rainettes, sur des chiens, 
des pigeons, etc.; 6 décimilligrammes de venin frais 
de scorpio occilanus ont été notamment inoculés 
dans la cuisse d'une rainette. Cet animal tombe d'a- 
bord ù la renve"Eo,la peau de ses membres inférieurs 
prend mie couleur rouge violacée, le membre piqué 
s'immobilise, la respiration se ralentit, puis devient 
saccadée et intermittente, enfin l'agonie ne tarde pas 
à se manifester, puis la mort après cinquante-sept 
minutes. 

En soumettant à l'inspection microscopique une 
goutte de saug de grenouille, mise eu contact avec 
le venin du scorpio occitanus, M. Jousset de Bel- 
lthniic a observé que les globules se déforment et 
s'agglomèrent en une masse visqueuse comme l'in- 
dique une de nos gravures : ces observations ont con- 
duit le savant docteur à expliquer l'action du venin 
qu'il étudie sur l'économie. — Ce venin a pour effet 
de faire perdre aux globules du sang la propriété 
qu'ils possèdent à l'état normal, de glisser les uns 
sur les autres. Ils s'agglutinent et forment de petites 
masses qui mettent obstacle à la circulation en ob- 
truant les vaisseaux capillaires et qui par conséquent 
déterminent la mort. 

La piu ûrc du scorpion est donc d'un gravité parti- 
culière ; la thérapeutique, en effet, est impuissante à 
en combattre les effets, puisqu'elle ne saurait rendre 
aux globules du sang agglutiné par le venin leurs 
propriétés normales, nécessaires à l'entretien de la 
vie. L. Lhékitier. 

L'ASSOCIATION FRANÇAISE 

rou» l'avancement des sciences. 

Session de Lille. 

La réunion de l'Association est fixée cette année à 
Lille; la session durera du 20 au 27 août. M. Wiirtz, 
membre de l'Institut, doyen de la Faculté de méde- 
cine de Paris, qui est cette année le président de 
l'Association, dirigera les travaux du congrès : un 
comité local, sous la présidence de M. Kulilmaun, 
correspondant de l'Institut, s'est chargé des disposi- 



tions à prendre pour l'installât ion du congrès et de 
la préparation des excursions scientifiques qui sont 
toujours un des attraits de ces réunions. Cette an- 
née, il est question d'une excursion à Boulogne, 
d'un autre à Anzin, et peut-être, pour finir, d'une 
excursion à Bruxelles. 

Le congrès s'occupe de toutes les questions scien- 
tifiques et l'Association publie chaque année les 
comptes rendus des travaux présentés; de plus des 
questions d'un intérêt général sont traitées dans des 
séances ou des conférences qui réunissent les mem- 
bres des diverses sections. Les travaux déjà annoncés 
promettent une session intéressante; de plus, des 
savants étrangers eu assez grand nombre assisteront 
au congrès et y prendront une part active. 

Enfin la plupart des compagnies de chemins de 
fer, désireuses de contribuer à l'avancement des 
sciences, accordent aux membres de l'Association, 
se rendant au congrès, une réduction de moitié sur 
le prix dos places, aller et retour 1 . 

La Nature enverra à ces grandes assises scienti- 
fiques un rédacteur spécial, qui donnera sinon un 
compte rendu complet, au moins une indication des 
questions les plus intéressantes qui auront été trai- 
tées, des excursions qui auront été faites, et surtout 
de la physionomie générale du congrès. 



>♦< 



LES IIKCE.NTS MODKLES 

D'ARMES A. FEU DE L'INFANTERIE 

(Suite. — Voy. p, SI <"X 75.) 

Nous nous bornerons, pour des raisons déjà con- 
nues, à donner une exposition des récents modèles 
adoptés, en négligeant de parler de ceux qu'ils doi- 
vent successivement faire disparaître. Nous ferons 
cependant une exception en faveur du fusil Dreyse, 
qui marque le premier emploi dans les armées d'ar- 
mes se chargeant par la culasse. Nous présenterons 
également deux modèles de fusil à répétition, le 
fusil suisse Wettcrli et le fusil Winchester en usa»e 
aux États-Unis d'Amérique. Nous croyons devoir en 
parler, parce que le fusil à répétition marque peut- 
être le sens des perfectionnements à poursuivre ac- 
tuellement dans l'armement des troupes. Ces armes " 
en effet, munies d'un magasin à cartouches, qui 
viennent elles-même s'introduire automatiquement 
dans le canon par le reu d'un organe du mécanisme, 
créeraient une très-grande simplification ; et s'il était 
possible d'obtenir les avantages de ce système, sans 
rien sacrifier des autres conditions qu'on exige ac- 
tuellement d'une bonne arme de guerre, nul doute 
que son adoption ne serait décidée presque immédia- 
tement en principe par toutes les puissances. Ou 

1 Pour tous les renseignements s'adresser: 

A Paris, à M. C.-M. Gariel, secrétaire du conseil, 7G, rue 
de tiennes. 

A Lille, à MM. Gosselet el Tei'i|iicni, professeurs à la Faculté 
des sciences, secrétaires du comité local. 



LÀ NATURE. 



155 



peut donc s'attendre à de nouvelles recherches dans 
cette direction. 

Voici quelques renseignements sur les divers mo- 
dèles d'armes que nous nous proposons d'exa- 
miner. 



Les dessins que nous donnerons pour chaque 
arme consistent généralement en utio coupe longi- 
tudinale suivant l'axe de l'arme et dans une sorte de 
perspective cavalère des parties de l'arme en arrière 
du plan coupant,. Ce mode de représentation nous a 











roiDS 




hNVKLOPI'E DE 


LIED I>K 




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DÉSIGNATION 

D£S a ii mi; s 


ETATS 

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L INFLAMMATION 

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kilttcr. 


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Ërlnimt. 










Drevse.. • • • . 


Prusse. 


12,4 


5.2» 


SI 


4,8 


Cllllll). 




c. 




54',- 


12 


Tninsformù à un Ca- 




Clia-sepot. . . . 


France. 

ltlISM.!. 


11 
10,6 


.i.tiNO 
4,200 


2;» 
24 


5,5 
5 


C. 


If. 


c. 
G. 




420 

442 


11 


libre plus failli.', et 
sera remplace par le 
Mauscr. 




Reauiiirttit. , . . 


Hollande. 


11 


4.080 


22 


4 




y. 


C. 




405 








Ma tuer 


Prusse. 


11 


» 


25 


5 






C. 




j» 


12 a îs 






Wcemdl. .... 


AlItl'ÏCllR, 


11 


5,220 


21,4 


4 




M. 


G. 




430 


12 






AlHini-ISrandlni . 


Belgique. 


11 


i.'.m 


25 


5 




M. 


c. 




417 










Su i ■>■•«. 


10,5 


4,570 


20 


5,7 




M. 




I\ 


455 


15 






Henri-Martini 


Angleterre. 


11,4 


4,y;>o 


51 


;>,;i 




M. ! 


C. 




41(5 








Wenler 


Bavière. 


11 


5,100 


22 


4,3 




Jl. 


C. 




450 








llpm innlitn . _ . 


rifiiipniflrlt. 


11,4 


4.ST0 


2;i 


4 




M. 




p. 


nsi 


11 






— ... 


l']*p:i!îne. 


11 


4,5'JO 


25 


5 




M. 


C. 




425 








— ... 


Knrwêjje. 


H.' 


» 


» 


» 










a 








— ... 


Suède. 


l'i '2 


4,740 


21 


4.2 




H. 




p. 











Wfitlerli 


Italie. 


10,4 


4,910 


20,5 


4 




M. 


c. 




425 




JIodMo à erinrst -\enl 
8<icceK«if, 




— .... 


Suisse. 


10,5 


1,800 


20 


5,1 








p. 


455 




Modèle à r.' 1 pétition. 




Winchester . . . 


Étals-Unis. 


* 


» 


y 


» 








p. 


» 


19 


£ M'itlêlc à n''|]èhtnn, 
! ilonne un lie peu précis. 





paru donner plus clairement l'idée des formes et des 
dispositions de l'objet qu'une simple perspective, ou 
bien qu'une coupe accompagnée d'une projection 
orthogonale. 

FUSIL DREYSE (Puisse). 

Manœuvre. — Le coup parti, on appuie sur la tète h du 
ressort du cjlindre intérieur, ce qui permet alors de dé- 
i ager ce ressort du cran voisin île b et de tirer en arrière 
l'a: 1 sa tète le cvlindre intérieur. 



3!^^^. 




I'I'SII. Dl'.ETSE. — A. A, A. Boite île cuhisse. — B. Canon. — C. Tonnerre 
mobile. — D. Cylindre intérieur. — K. Condueleur de l'aiguille. — F. Cy- 
lindre porte-aiguille. — 0. Chambre ardente. — II. Cachette cl son res- 
sort. — I. DùtentB. — B. Levier du cylindre mobile, ratiatlu horizontale- 
ment i droite dans la poslion rie la ligur». — b. Tè:e tl.i ressort lue au 
cylindre intérieur. — C. Cran du bandé. - d. Cran de sûreté. — e- Pous- 
soir. 



Ce mouvement achevé, il est possible, à l'aide du levier 
L, de faire tourner le tonnerre mobile C et de le ramener 
en arrière pour ouvrir la culasse, ce qui n'eût pu se faire 
plus tôt, la tète du cylindre intérieur Cse trouvant encore 
engagée dans une fente de la boite de culasse A, non vi- 
sible dans le dessin. On introduit la cartouche et pour 
fermer la boite de culasse, on pousse le levier eu avant, 



puis ou le rabat à droite par un mouvement inverse à 
celui précédemment exécuté. 

Le ressort reste toujours détendu et le cylindre intérieur 
hors, de son logement. On agit alors à l'aide du poussoir e 
sur le cylindre intérieur ; l'épaulcmcnt du porte-aiguille 
vient buter contre la tète de gâchette et permet de tendre 
le ressort à boudin jusqu'à ce (pie le talon postérieur du 
tonnerre mobile vienne s'engager dans le cran du bandée, 
du ressort du cylindre intérieur. Le ressort à boudin est 
alors bandé et presse contre le talon du porte-aiguille. Il 
suffit dès lors, pour faire partir le porte-aiguille et par 
conséquent l'aiguille, de presser sur la délente jusqu'à ce 
que la téle de gâchette soit descendue suffisamment pour 
dégager le talon du porte-aiguille. La pointe de l'aiguille 
v ieut frapper l'amorce après avoir traversé toute la pro- 
fondeur du cylindre, à poudre de la cartouche. 

L'obturation est assez imparfaite dans cette arme, mais 
les inconvénients de ce défaut sont peu considérables. Le 
profil de pénétration du tonnerre mobile dans le canon 
est tel en effet que les cracheincnls, se produisant en 
avant, ne peuvent occasionner de grande gène au tireur. 

Le poids total de celle arme est un peu fort» aussi Lien 
que celui des munitions. 

FUSIL CH4SSEP0T (Ftuitt). 

Manœuvre du mécanisme. — Le coup parti, on appuie 
sur la téle quadrillée du chien pour dégager la pièce 
d'arrêt g de la rainure de départ du cylindre. Dans celle 
action, le ressorti boudin se tend, et le plan incliné de la 
noix E fixée sur le chien fait baisser la tète de la gâchette 
jusqu'à ce qu'il l'ait dépassée. A cet instant cette tète île 
gâchette se relève et vient s'opposer à la détente du res- 
sort à boudin. 

On relève verticalement le levier I pour imprimer un 



156 



LA NATURE. 



mouvement de rotation au cylindre mobile, les autres 
parties du mécanisme restant immobiles. La pièce d'arrêt 
g se trouve alors en face du cran de t'arme creusé sur le 



cylindre C. Toute la partie mobile représentée à la figure 4 
peut alors èlre ramenée en arrière, la coulisse ménagée 
dans la boite de culasse permettant un libre passage nu 



*^^ ' " ■■ ! 




l'U&lL CIIAbSlii'OT. — Coupe suivant l'axe du canon. {Le coup pi-et à partir.) 




Vue de l'arme, t,. , oup par ij 




Vue d'ensemble des parties mobiles. 




Vue ùc l'arme, la culasse ouverte pour l'introduction de la cartouche. 
AA Boile dft culasse. — B, Canon. — O. Cylindre mobile. — D. Cliien. — E. Noix. — P. Cachette et son ressort. — G. Détente. — 1. Levier. — t Porte- 
ai'iiilli! — o'. Bouchon. — ». ïtile mobile. — c. Chambre ardente. — d. Aiguille. — e. Koudelle en caoutchouc, — f- Coude du chien. — g. fièce d'an et. — 
m? Keiilort du cylindre. — ». Galet du chien. 



renfort m du levier de manœuvre. L'entrée du canon est 
dégagée et permet d'y introduire la cartouche. 

La cartouche placée, toute la partie mobile (fig. 4) est 
ramonée en avant. Lu tète mobile en amure da laquelle 



se maintient la pointe de l'aiguille pousse dans l'intérieur 
du canon la cartouche jusqu'à son emplacement normal. 
En mémo lomps le cran de la noix vjont buter contre la 
tète de la gâchette. 



LA NATURE. 



137 



Pour armer, il suffit de rabattre le levier à droite dans 
la position horizontale, ce qui replace la rainure du dé- 
part en face de la pièce d'arrêt g. 

Pour faire feu, il suffit d'appuyer sur la détente G. 
Celle-ci ayant même articulation que la gâchette, en fait 
Laisser la tête, ce qui dégage le cran de la noix, qui faisait 
seul obstacle à la détente du ressort et par conséquent au 
départ de l'aiguille. 

Celte arme est remarquable au point de vue de la jus- 
tesse et de la portée. Elle présente aussi quelques imper- 
fections, dont voici les principales : L'obturation est in- 
complète; la cartouche est de trop difficile conservation 
en campagne; les ratés sont fréquents au commencement 



du tir, parce que la cartouche glisse trop librement sous 
le choc de l'aiguille ; enfin les départs accidentels arrivent 
assp.z fréquemment. On se préoccupe de remédier à ces 
défauts, mais la question est complexe et la difficulté est 
peut-être plus grande qu'on ne croirait de trouver une 
solution satu-faisante de lous points *. 

FUSIL BERDAN (Rusbik). 

Comme il est facile de s'en convaincre à l'inspection 
de la figure, ce fusil est un dérivé du fusil Dreyse. 

Manœuvre. — Le coup parti, on fait tourner le tonnerre 
mobile en ramenant le levier verticalement. Le chien ne 
peut participer à ce mouvement, étant maintenu par la 




FLSIL BGI1DA3. — A. Tonnerre mobile. — B. Boite de culasse- — C. Chien. — D. Perçu Le u r. — E. Canon. - P. Pièce «J'arr t. ~ G. Bouchon. — IL Tire» 
cartouche. — I. Levier du tonnerre mobile*— o. Ejccleur. — 6. Cachette. — c. Détente. — t. hessort «Je l'éjeetcur. — f flessoitiie gâchette. 



fente longitudinale de la boite de culasse que le dessin 
ne pouvait représenter. La pièce d'arrêt g suit l'un des 
côtés d'une rainure quadrangulaire qu'elle ne quitte ja- 
mais. On ramène alors en arrière toute la partie mobile 
pour découvrir la tranche du canon et y introduire la car- 
touche Pendant ce mouvement en arrière, le tire-cartouche 
et l'éjeetcur ont amené l'expulsion du culot de la cartouche 
brûlée. 

Aussitôt la nouvelle cartouche en place, toute la partie 
mobile est ramenée eu avant par un mouvement inverse 
au précédent et le levier rabattu à droite pour assurer la 
fermeture. 

Pour armer, on tire en arrière le bouton du chien, ce 
qui a pour effet de bander le ressort à boudin du percu- 
teur. Le bec de la gâchette -vient alors s'engager dans le 
cran du départ tracé sur le profil inférieur du chien faisant 
noix. 

Pour faire feu, presser sur la détente jusqu'à ce que 
le bec de la gâchette soit dégagé du cran du départ. 

FUSIL BEAUMO.NT (Hollande). 

Dérivé des fusils Dreyse et Chassepot, cette arme présente 
avec eux quelques différences assez saillantes. 

Au lieu du ressort à boudin de ces deux modèles, nous 
remarquons un ressort à deux branches H, contenu dans 
le levier du tonnerre mobile et dont la plus grande 
branche exerce sa pression sur un renfort du percuteur. 

Le chien porte en dessous de son renfort antérieur et 
joignant la tige du percuteur un coin hélicoïdal qui vient 
au départ du coup se loger dans une, encoche correspon- 
dante du cylindre mobile. La rotation imprimée au tonnerre 
mobile amène une pression des surfaces hélicoïdales l'une 
contre l'autre, et par suite le recul on arrière du chien et 
du percuteur de la quantité nécessaire pour bander le 



ressort II. Toute la partie mobile est ensuite ramenée en 
arrière pour pouvoir enlever le culot de la cartouche brûlée 
et introduire une nouvelle cartouche dans le canon. Ceci 
fait, on ramène celte même partie mobile en avant jusqu'à 




FCSIL BEAUMONT. - A. Cylindre ou tonnerre mobile. — A. Levier du ton- 
nelle mobile. — B. Têic mobile. -- C. Percuteur. — O. Chien. — E. Iloitc 
de culasse. — F. Gâchette; f, son ressort. —G. Détente. — II. Ressort du 
tonnerre mobile. — a. Extracteur. — b. Cm» n rampe, hélicoïdale. 

ce que le talon inférieur du chien vienne buter contre le 
plan vertical de la gàchelte qui s'oppose à son départ. On 
peut alors ramener le levier à droite et fermer ainsi le 
mécanisme, ce qui a lieu au moment même où le coin 
se trouve vis-à-vis l'encoche du tonnerre mobile. 
Une pression sur la dé lente suffit à faire partir le 

COUp. EUGKWB GULLLBMI."!. 

— La suite prochainement- — 

1 Nous avons dit plus haut que le chassepot est en voie do 
transformation. 



158 



LA NATURE. 



CHRONIQUE 

Un fioliilo a Toulon. — >*ous avons été témoins, lo 
27 juillet, de l'apparition d'un magnifique Loliile qui a 
traversé lo ciel avec une grande lenteur. Plusieurs per- 
sonnes l'ont observé avec nous dans notre jardin, dont 
les arbres nous masquaient malheureusement une partie 
de l'horizon, à l'ouest. .Nous avons aperçu le météore dans 
la constellation du Scorpion, près d'Antarès. Sa trajectoire 
était inclinée sur l'horizon de- 35' environ. Son diamètre 
paraissait égal à quatre fuis celui de Vénus, qne nous ve- 
nions de regarder, et son ée'at, malgré le voisinage de la 
Jimc, presque (tleine, égal à l'éclat de celle planète. Sa 
couleur était irisée, avec prédominance d'un bleu très-pur, 
et sa forme présentait l'image d'un calice de Heur évase', 
derrière lequel se déployait une traînée étincelanle. Après 
avoir passé à mi-distance de la lune à la nier, le bolide 
diminua progressivement do dimension, rt disparut à l'ho- 
rizon derrière une large bande de brume, en prenant la 
couleur rouge. E. Mahgolli-:. 

Les expérîciit'cs aéronautiques militaires a 
Woolwîoh. — Samedi 25 juillet, a eu lieu à l'arsenal do 
Woohvichunc expérience de navigation aérienne à l'aide de 
l'aérostat la Ville-de-New-York, cubant 2,000 mètres. L'ap- 
pareil, inventé par 51. Bowdler, consistait dans une hélice 
aérienne, destinée h imprimer à l'aérostat un mouvement 
de translation. Celte hélice, en zinc, était attachée à un 
cadre en fer, et sa vitesse angulaire était augmentée par 
des roues d'angle. Le diamèlre de l'hélice était de trois 
pieds et on comptait lui imprimer une vitesse de 12 à 14 
tours par seconde. Elle était mise en mouvement par l'in- 
venteur et un sapeur du génie. Mais elle n'a pro luit au- 
cun effet de translation appréciable, ce qui devait cire pré- 
vu, le ballon rond offrant une trop grande résistance. 
Hais un autre fait assez important a été constaté : le ballon 
s'est mis à tourner autour de son axe tantôt dans un sens 
tantôt dans un autre, suivant le sens dans lequel on incli- 
nait le gouvernail, ce qui indique qu'il y avait une petite 
vitesse différentielle. 

M. Bowdler avait en outre disposé une hélice horizon- 
tale, pour faire mouvoir le ballon dans le sens de la ver- 
ticale. Le ballon ayant été assujetti par le guide-rope et 
mis en équilibre par M. Coxwell, qui assistait le major 
Beaumont dans la direction des expériences, le ballon 
garda imperturbablement son niveau primitif. 

Heureusement quelqu'un fit remarquer que peut-être 
on s'était trompé dans le sens de la rotation, et l'on fit 
touriierl'hélicc dans la direction opposée. Aussitôt le bal- 
lon se mit à monter. 11 retombait vers la terre aussitôt que 
l'on discontinuait ce mouvement. M. le major Beaumont, qui 
dirigeait les expériences, est le président du comité des 
ballons établi par le ministère anglais. Ce savant officier 
a fait de nombreuses ascensions avec M. Coxwell. 

A l'issue des expériences le ballon a pris son vol, et l'as- 
cension s'est terminée après un voyage à 3,000 mètres, 
dans lequel les voyageurs ont joui d'un coup d'œil magni- 
fique, l-a descente a en lieu dans les environs de Londres, à 
7 heures du soir. 

La fabrication du papier. — Il résulte de docu- 
ments récemment publiés qu'il existerait, tant en Europe 
qu'en Amérique, 3,!)G0 fabriques de papier employant 
80,000 hommes et 180,000 femmes sans compter 100,000 
personnes «'occupant exclusivement du commerce des chif- 
fons. De ces fabriques sortiraient annuellement 1,809 mil- 



lions de livres de papier (810,477 tonnes), dont moitié 
affectée à l'impression, un sixième à l'écriture, et les 
deux sixièmes restant à l'empaquetage et autres destina- 
tions. Les Etals-Unis , ajoule le Journal of Society of 
Arts qui fournit ces curieux documents passent pour 
produire chaque année '200,000 tonnes de papier; ce qui 
pour une population de 28,000,000 d'âmes met la consom- 
mation annuelle par tête à 11» livres (7 kil. 23). Voici 
quelle serait en kilogrammes la consommation moyenne 
par léte dans les principaux États de l'Europe, pendant 
une année. 



Angleterre .... 5,20 Iiulic. . 
Allemagne .... 3, 00 Espagne 
France. ..... 5,15 llussie . 



1 ,55 

0,70 
0,45 



I.cs chemins A rails en l»oîs nu Canada. — 

Ces chemins sont construits et fonctionnent de la même 
manière que les chemins de fer ordinaires, avec celte dif- 
férence, qu'ils sont un peu moins larges i.t que leurs rails 
sont en bois franc. Leur avantage essentiel est de coû'er 
beaucoup moins cher que les premiers. L'économie pro- 
vient de ce que leurs terrassements sont inoins considéra- 
bles, parce que le nouveau système se prête plus facile- 
ment aux sinuosités du terrain. En effet, le peu de largeur 
de la voie permet de donner moins de rayon aux courbes ; 
l'adhésion du r.iil de bois à la roue de fonte du wagon per- 
met à la locomotive de mieux franchir les pentes qui ne 
peuvent être évitées. L'idée de ces chemins est venue de 
rvVwége. 11 n'y a que deux ans qu'ils Ont été introduits au 
Canada et déjà sept compagnies tout formées pour con- 
struire des voies dans les différentes parties de la contrée. 
Le prix d'établissement est de 25,000 francs par mille 
anglais. On construit ces chemins de telle façon que plus 
tard, quand la circulation sera augmentée, on pourra sub- 
stituer le rail en 1er au rail en bois. 



"♦< 



CORRESPONDANCE 

SUIt I.K PHYLLOXERA. 

Nous regrettons de ne pouvoir insérer toutes les lettres 
que nous recevons au sujet de ce grave fléau du phylloxéra. 
>'ous nous bornerons à publier le résumé de deux idées 
qui nous sont soumises par nos corros, ondatits, afin de les 
placer sous les yeux des hommes compétents. 

M. Charles Guélard, de Chalons-sur-JIariic, propose de 
faire usage de la grande absinthe qui sert d-'jà à détruire 
les pucerons et les fourmis. « Une infusion à chaud de 
cette plante, venant à imprégner les racines de la vigne 
atteinte, aurait peut-être chance de la débarrasser de ses 
ennemis. » JN'ous ferons observer que d'innombrables sub- 
stances ont été proposées déjà, et qu'il serait nécessaire 
d'appuyer par des expériences l'efficacité des produits pro- 
posés. 

M. Dominique Pierre, de Clcrmont-Ferraud, croit que 
le phylloxéra est du au mode de culture de la vigne. La 
vigne ne devrait pas être taillée; il faudrait la cultiver 
selon sa nature, c'est-à-dire en plante sarmenteusc cl 
grimpante, comme le houblon. En admettant que cette 
idée soit efficace, elle n'assure que l'avenir; et ce sont les 
dévastations actuelles dont il faudrait arrêter les ravages. 
Que les chercheurs ne se découragent pas; il y va de l'in- 
térêt de la France entière, avec la belle perspective d'un 
prix de 500,000 francs, ce qui n'est pas à dédaigner. 



LA NATURE. 



159 



ACADÉMIE DKS SCIENCES 

Séance du 11) juillet 187-1. — Présidence de M. Pkhtiund. 

Sur le guano. — La soude n'avait pas été encore signa- 
lée dans le guano et son absence était fort difficile a com- 
prendre, puisque le précieux engrais dérive d'oiseaux dans 
la substance desquels l'alcali minéral (vieux style) est fort 
abondant. Après de longues recherches, M. Chevroul arrive 
aujourd'hui à reconnaître la soude dans la matière qu'il 
étudie, et cela, à un état très-remarquable: c'est en effet 
sous la forme de phosphate double d'ammoniaque et de 
soude. Ce sel constitue des blocs épars de la grosseur du 
poing et d'une transparence tout à fait comparable à celle 
du cristal de roche le plus pur dans lequel la potasse a 
été recherchée en vain. Malgré son apparence, le phos- 
phate aimnoniaco-sodique renferme des matières étran- 
gères et spécialement V acide acique, principe odorant des 
oiseaux vivants, découvert par M. Chevreul dans les oiseaux 
empaillés et qui, suivant lui, constitue le véritable certi- 
ficat d'origine du guano. Cet acide n'est pas combiné dans 
le sel ; il s'y est introduit par voie de pénétration pure- 
ment physique. 

Mèlënrite . — M. Dauhrée dépose sur le bureau un 
fragment de météorite détaché d'un bloc de 5 kilogrammes 
tombé le 20 mai dernier en Turquie. On ne signale au- 
cune particularité météorologique nouvelle ayant accom- 
pagné la chute. Quant à la pierre elle rentre exactement 
dans le type lilliologique dit lucéite. C'est le type le plus 
fréquent, sa composition en est maintenant parfaitement 
connue et il n'y aurait aucun intérêt à faire de la pierre 
nouvelle une analyse complète. — Le même académicien 
ajoute que depuis l'annonce de la chute, observée le 
25 juillet 1872 à Saint-Arnaud (Loir-et-Cher) quatre nou- 
veaux échantillons de la pieire ont été recueillis. Ils sont 
destinés à la collection du Muséum. 
'. Cyclones solaires. — Depuis longtemps déjà, comme 
nos lecteurs le savent bien, M. Faye signale entre les 
taches solaires et les cyclones terrestres des analogies qui 
lui paraissent démontrer une identité dans les causes de 
ces phénomènes si distants les uns des autres. Malgré ses 
communications fréquentes sur cet intéressant sujet, beau- 
coup d'astronomes, surtout à l'étranger, se refusent à 
admettre ces conclusions. Notre compatriote pense que le 
raison en est clans la manière dont il s'y est pris pour 
exposer ses idées ; il craint de n'avoir pas été bien corn- 
pris et aujourd'hui il remplace la plume par le crayon et 
un mémoire par une collection de croquis. 

Voici d'abord un de ces tourbillons comme il s'en fait 
dans les rivières ■ c'est un cnlonnoir qui aspire les corps 
flottants sur l'eau et les entraîne au fond ; bien des barques 
ont péri dans de semblables gouffres, et Edgard Po6, dans 
sa Descente au Maelstrom, malgré le dénoûment heureux 
de son histoire, n'arrive pas à donner envie d'y pénétrer. 

Le tableau numéro 2 est le portrait d'une trombe 
aérienne ordinaire. Le phénomène est le même que tout 
à l'heure, le milieu seul est changé. C'est encore un en- 
tonnoir, mais dont les parois sont gazeuses et dont la 
vitesse de rotation est assez grande pour que sur le pas- 
sage du météore tout soit renversé. D'après M. Faye, si 
l'on pouvait observer une trombe en dessus, on verrait 
sur la surface lumineuse du nuage d'où descend le cône, 
se détacher en noir la pointe de celui-ci et tout autour de 
colle pointe une surface grisâtre représentait le bord de 
l'entonnoir et constituant comme une pénombre autour du 
noyau central. 

«Voici, continue M. Faye, la photographie d'une tache 



solaire. L'identité est absolue entre elle et celte vue en 
plan d'une trombe. » Le parallèle se soutient si l'on suit 
le régime d'une tache une fois formée ou d'une trombe 
qui se meut. Il arrive souvent en effet qu'une tache se 
scinde en plusieurs. Pes points lumineux, la traversent et 
bientôt des taches distinctes se séparent les unes des au- 
tres. Or, les trombes donnent naissance de même à une 
véritable scissiparité, et les eiiLouuoirs ainsi produits revê- 
tent rapidement tous les caractères de trombes complètes 
et s'écartent réciproquement. Il résulte de là que la sur- 
face solaire est toute couverte de tornados, de cyclones, 
de trombes, et, suivant l'auteur, l'économie du soleil est 
telle qu'il est du reste le siège d'innombrables tourbillons. 
En effet, si l'on examine la vitesse relative de ses diverses 
parties de chaque côté do son équateur et jusqu'à 43 de- 
grés, on reconnaît que les points de la région moyenne fai- 
sant une rotation complète de 2i jours, ceux situés s 
45 degrés sont eu relard de 2 jours entiers ; les points 
intermédiaires ayant des vitesses comprises entre les 
deux extrêmes, il en résulte nécessairement que dans les 
deux hémisphères se produisent sans cesse des mouve- 
ments giratoires en deux sens différents et qui, se compo- 
sant par place, donnent naissance à de grands cyclones 
visibles sous forme de taches. 

Tandis qu'il explique si aisément les particularités mé- 
téorologiques de noire astre central, M. Faye pense qu'au- 
cune des autres théories proposées pour rendre compte des 
taches ne peut donner avec autant d'exactitude la raison 
des faits enregistrés parles meilleurs observateurs. 

Le phylloxéra et le tabac. — Un plan d'artichauts étant 
ravagé par un certain puceron qui s'attaque aux racines 
de cette plante, le propriétaire du champ, M. Portier le 
Gendre, eut l'idée d'y semer du tabac, qui fut enfoui dés 
que sa taille eut atteint 7 ou 8 centimètres. Le puceron 
qui sans doute n'a pas su apprécier encore les délices que 
réserve à ses élus la puante solanéc, n'eut rien de plus 
pressé que de disparaître, au grand bénéfice des amateurs 
d'artichauts. 

Partant de là, l'agronome qui vient d'être nommé 
pense que la même recette réussirait dans les champs de 
vigne envahis par le phylloxéra, et M. Ilouley demande 
qu'un essai en pelit soit tenté. 

11 y a néanmoins une grave difficulté à l'adoption de la 
nouvelle méthode, fût-elle excellente. Le tabac rapporte 
300 millions au budget, et ce revenu serait immédiate- 
ment diminué si la culture cessait d'être étroitement sur- 
veillée. Or comment la surveiller si tous les cultivateurs do 
vigne la pratiquent. M. Roland, qui est l'incarnalion du 
tabac en France (chez nous chaque chose est incarnée 
dans un homme), prévoit que cet obstacle est insurmon- 
table. 11 est vrai que la vigne sauvée représente des mil- 
liards à côté desquels les 500 millions du tabac sont bien 
maigres ; mais la vigne n'est pas, comme le tabac, le mo- 
nopole de l'Ltat, et vous comprenez qu'il n'y a pas à hési- 
ter. Stanislas Meunilk. 



LA COMÈTE COGGIA* 

La comète Coggia est arrivée à son périhélie le 
22 juillet; à partir de ce moment elle s'est éloignée 
du soleil aussi bien que de nous. Elle a été visible 
en plein jour, mais seulement pour les astronomes 
qui, armés de lunettes d'un fort pouvoir grossissant, 

1 Voy. p. 47, 04 et 106. 



1G0 



LA NATURE. 



les braquaient vers le point du ciel où elle se trou- 
vait. La veille elle a traversé l'écliptique en son 
nœud descendant. Elle est, par conséquent, entrée, 
depuis le 21 juillet, dans l'hémisphère austral qu'elle 
ne quittera sans doute [dus jamais, car les tentatives 
laites pour assimiler son mouvement à celui d'une 
ellipse tic paraissent point avoir réussi. Si son passage 
à son périhélie avait été retardé d'un jour seulement 
nous l'aurions vue , 

se projeter sur le 
soleil, mais il est 
probable qu'elle n'y 
aurait pas produit 
de taches, puisque 
Olbers n'en a pas 
aperçu lorsqu'il a vu 
la comète de 1819 
dans cette position. 

La queue était di- 
rigée vers nous tu 
21 juillet, mais elle 
ne pouvait nous at- 
teindre, de sorte que, 
fût-elle un simple 
cône de lumière, au- 
cun des éléments qui 
la composent n'au- 
rait pu se mélanger 
ù notre atmosphère. 

M. Lockyer a été à 
Gatoshead, près de 
Newcaslle, pour faire 
des observations sur 
la comète Coggia, à 
l'aide de l'admirable 
1 u n ettp. Ho M - Newal 1 , 
instrument sans ri- 
val en Europe et dont 
nous donnerons pro- 
chainement une des- 
cription. L'aspect gé- 
néral est celui d'une 
boule de gaz allon- 
gée dans le sens du 




mouvement sur la- 
quelle l'image du .... 

■ -, - , .. La comète Coireia, le 6 juillet 1674, a oiw «cures uu soir». 

soleil viendrait se 

peindre très-vivement par réfraction. Cette image 
est à peu près pareille à celle que l'on aperçoit sur 
les sphères argentées que certaines personnes pla- 
cent dans leurs jardins. L'analyse au spectroscope n'a 
donné aucun résultat net à cause de la complication 
extrêmes des bandes spectrales. M. Lockyer croit à 
un mélange de gaz et non point à une boule d'hydro- 
gène carboné , comme certains expérimentateurs 
l'avaient enseigné. 

Une remarque importante a été faite. La comète 
n'a pas donné d'impression photogénique, quoique 
l'étoile la moins brillante de la Grande-Ourse se soit 
peinte nettement après une exposition de quelque? 



minutes seulement. Cette pauvreté de rayons photo- 
géniques semble indiquer que la comète n'est pas 
non plus riche en rayons thermiques, et que, par 
conséquent, son action sur l'élévation de la tempé- 
rature de la fin de juillet a dû être nulle. 

Ce résultat est conforme à ce qu'il est possible de 
prévoir, d'après les expériences directes instituées 
par AragD sur la comète de 1843. En effet, il fut dé- 
montré que cet astre, 
qui, au lieu d'avoir 
une lumière pâle 
comme la comète d" 
1874, était assez, lu- 
mineux pour être 
visible en plein jour, 
ne pouvait faire bou- 
ger l'aiguille d'une 
pile thermo-électri- 
que des plus sensi- 
bles, que la chaleur 
d'une chandelle dé- 
rangeait de plusieurs 
degrés, à quelques 
mètres de distance. 
Chaqucfoisqu'uiic 
comète se montre en 
été, le public incom- 
pétent a une ten- 
dance invincible à lui 
attribuer les effets 
de chaleur extraor- 
dinaire que l'on con- 
state lors de la cani- 
cule. Les idées que 
la comète de 18 M a 
suggérées se sont* 
présentées bien des 
lois. C'est ainsi que 
la comète de 181 9 lui 
considérée comme 
responsable de nom- 
breux orages qui se 
déchaînèrent alors. 
Elle parut au mois 
de juillet et cessa 
d'être visible en sep- 
tembre. C'est sur 
cet astre que M. Cacciatore crut reconnaître des 
phases analogues à celles de Vénus. Mais Olbers 
pensant avoir démontré qu'elle devait avoir passé 
entre la Terre et le Soleil, crut devoir affirmer 
qu'elle n'avait produit aucun obscurcissement no- 
table et que par conséquent elle était tout à fait dia- 
phane. 

1 En comparant ce dessin avec relui que nous avons public 
le 20 juin 1874 (p. 48'j, on se rendra compte des dilï'ércnccs 
d'aspect que la comète a présentées aux observateurs. 



Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieh. 



COHBElt,. — IMPRIMEUII DE Cp«TÏ 



.N» 03 — 15 AOUT 1874. 



LA NATURE. 



ICI 



U STÀTGE DE PRIESTLEY 

C'est aux habitants de Birmingham que revient 
l'honneur d'avoir eu l'idée de célébrer le centième 
anniversaire de la découverte de l'oxygène , par 
Priestley. Cet immense événement scientifique dont 
les conséquences sont incalculables, a eu lieu à 
Calne, petite ville du 
comté de Wilts où 
habitait Priestley , 
alors bibliothécaire 
du comte Slielburne 
(depuis créé mar- 
quis de l.ansdown 
et père du ministre 
de la reine Victoria). 
La découverte eut 
lieu, d'après ce que 
raconte Priestley , 
dans ses Expérien- 
ces sur différentes 
espèces d'air , le 
\'< août 1774 à 
l'aide d'une lentille 
d'un pied de dia- 
mètre et de huit 
pouces de foyer, con- 
densant les layons 
solaires sur du mer- 
cure calciné ren- 
fermé dans une 
éprouvette au-dessus 
d'une petite cuve à 
mercure. 

Un comité local 
formé à Birmingham 
par les soins de M. Sa- 
muel Timmins, ma- 
nufacturier de cette 
ville, a fait ériger à 
Priestley une statue 
sur la principale 
place publique de la 
ville. Nous reprodui- 
sons , d'après une 
photographie de 
M. S. Timmins, cette 
statue qui a été inaugurée le 1 er août 1874. Bir- 
mingham possède également une statue de Watt, 
élevée par souscription publique. 

Walt et Priestley avaient fondé à Birmingham un 
club scientifique établi sur le modèle de la société 
d'Arcueil et auquel Boulton, Murdoch-, Withering et 
d'autres savants de la fin du siècle dernier pre- 
naient part. Ce club se réunissait chez Watt dans 
une maison qui depuis a été transformée en magasin. 

La maison qu'habitait Priestley a été brûlée parla 
populace ameutée contre ce savant, parce qu'il avait 
pris hardiment la défense de la Révolution française 

2 e aRD'c - - 2" semestre. 




tiluluc de l'riealluy inaugurée à Birmingham, le 1" août 1874, en l'honneur 
du centenaire de la découverte de l'oxyircne. (D'après une photographie 
communiquée à la Nature par M. Samuel Timinin-.) 



dans une série de lettres adressées à liuikc, célèbre 
homme d'État whig qui venait d'attaquer notre na- 
tion. Ces scènes de violence, dans lesquelles les in- 
struments et le laboratoire de Priestley furent égale- 
ment anéantis, eurent lieule dijtiillct 1791 à l'issue 
d'un banquet destiné à célébrer la prise de la Bas- 
tille. 

La maison de Priestley était située à Fair-IIill à pou 

près à un mille du 
centre de Birming- 
ham. E lie était se pa- 
rée du laboratoire par 
crainte de l'incendie. 
Le laboratoire était 
unbàtimeiitàimseul 
étage , renfermant 
un grand nombre 
d'instruments com- 
binés par Priestley. 
L'illustre chimiste 
ne remit plus les 
pieds à Birmingham 
depuis les émeutes 
de 1791. lise retira 
à l'Académie d'IIœk- 
ney où son ami le 
docteur Price était 
professeur. Cesavant 
étant mort, Priestley 
fut appelé à remplir 
lacliaircqui lui avait 
été confiée. 

C'est à ce moment 
que Condorcet lui 
écrivit au nom de 
l'Académie des scien- 
ces, au sujet des per- 
sécutions qu'il avait 
supportées. Priestley 
répondit par une 
lettre qui fut com- 
muniquée à l'Assem- 
blée législative et 
insérée au Moniteur 
universel. 

Après le 10 août 
179:2, Priestley fut 
déclaré, ainsi qu'un 
de ses fils, citoyen français. Le département de 
l'Orne en profita pour le nommer député à l'Assem- 
blée nationale, honneur que Priestley refusa. Mais il 
accepta le titre de citoyen français dont il se montra 
très-fier. Il adressa au peuple français une lettre 
qui fut écrite le 21 janvier 1793, le jour même où 
Louis XVI montait sur l'échafaud. 

Le grand chimiste, que l'on pout considérer 
comme un des précurseurs de Lavoisier, fut bientôt 
contraint par le gouvernement anglais d'abandonner 
le sol de sa patrie. Il se retira en Amérique, à Norlh- 
umborland (Pennsylvanie), où il mourut en 1804. 

11 



162 



LA NATUi'.K. 



PROTECTION AUX OISEAUX 

Quand on songe aux désastreux ravages que le 
phylloxéra exerce dans nos vignobles du Midi, quand 
on pense qu'une de nos plus importantes produc- 
tions est menacée par un insecte, on comprend qu'il 
importe de respecter tous les oiseaux- Déjà nous 
avons pris dans la Nature la défense du pic-vert, 
qui avait été dénoncé à la Société des agriculteurs de 
France comme un oiseau nuisible qu'il fallait dé- 
truire. De tous côtés, partout où nous avons pu, 
dans nos ouvrages comme dans les journaux, nous 
avons défendu la cause des oiseaux, nous avons de- 
mandé qu'on protégeât leur nid et leurs œufs. Que de 
lois n'avons-nous pas répété qu'on détruit annuelle- 
ment en France HO à 100 millions d'oeufs, c'est 
presque autant d'écheuilleurs qui auraient détruit 
par milliards des insectes nuisibles. Ce n'est pas 
seulement aux œufs qu'on s'attaque, c'est aux oi- 
seaux eux-mêmes. Quand, après la saison des frimas, 
ce', charmants petits becs-fins arrivent sur les bords 
de la Méditerranée pour nous protéger contre les in- 
sectes nuisibles, eli bien que fait-on? on s'empresse 
bien vite de les détruire. 

Aux environs de Marseille et de Toulon, dos villes 
et des villages de la côte sont couverts d'engins de 
chasse, et chaque chasseur détruit 100 à 120 becs- 
fins par jour, et cela pendant plusieurs semaines. 

Cette destruction autorisé et méthodique a porte 
ses fruits. De toutes parts on se plaint de la multi- 
plication effrayante des insectes. 

La Société d'acclimatation, frappée des graves in- 
convénients qu'entraîne la destruction des oiseaux 
de passage, a adressé, il y a deux ans, aux Conseils 
généraux un intéressant rapport sur un projet de 
protection internationale des oiseaux de passage. 
Elle demandait que les gouvernements s'engageas- 
sent à prendre des mesures soit par voie législative, 
soit par voie de simples arrêts de police, afin que la 
capture et l'extermination des oiseaux utiles fussent 
détendues sous peine d'amende. Enfin un député à 
l'Assemblée nationale, M. Ducuing, a présenté imn 
proposition de loi contre les insectes nuisibles à l'a- 
griculture. 

Un premier rapport a été lu devant la commission 
nommée pour étudier celte question. Il a été con- 
staté dans ce rapport que soixante-trois sociétés ou 
comices agricoles ont répondu aux renseignements 
qui leur ont été demandés à ce sujet. Et de tous les 
avis qui ont été fournis, il résulte qu'il y a deux 
points sur lesquels il y a accord presque unanime. 

1° Le nombre d'insectes augmente dans une ré- 
gion à mesure que décroît le nombre des oiseaux 
insectivores; 

2° La chasse aux oiseaux insectivores doit être 
interdite par tout engin autre que le fusil. 

Un certain nombre de comices ont émis le vœu que 
cette chasse soit interdite même par le fusil et que 
la vente des oiseaux insectivores soit absolument 



prohibée. Quant aux dégâts causés par les insectes 
nuisibles, on les a évalués à 500 millions par an, 
sans compter les ravages effrayants causés par le 
phylloxéra. A un premier rapport préliminaire est 
venu s'en ajouter un autre annexé au procès-verbal de 
la séance du 16 juillet dernier. J'ai reçu ce rapport et 
j'y constate, avec satisfaction, que le rapporteur in- 
siste sur la protection à donner aux oiseaux. 

Si tant d'espèces d'insectes nuisibles, dit-il, ont 
disparu de notre sol, n'est-ce pas aux oiseaux insec- 
tivores que nous le devons. Si d'autres espèces ont 
surgi n'est-ce pas aussi parce que nous n'avons pas 
assez respecte nos auxiliaires naturels. 

La bataille des oiseaux contre les insectes est in- 
cessante et sans trêve; et tous y participent plus ou 
moins. C'est principalement sur les lisières des fo- 
rêts que les combattants se donnent rendez-vous, 
ceux-là parce qu'ils sout assurés d'y trouver une 
proie, ceux-ci parce qu'ils y cherchent leurs ali- 
ments et leur refuge. 

C'est pourquoi nous ne saurions trop recomman- 
der à l'administration des forêts de s'inspirer de la 
lettre et de l'esprit de notre loi, et d'en prescrire 
l'observation à ses nombreux agents. Le salut de 
notre agriculture en dépend. 

Il y a longtemps que le monde aurait péri sons 
l'action destructive des insectes acharnes contre la 
nature vivante, si Dieu n'avait donné à l'homme un 
auxiliaire précieux : l'oiseau. L'oiseau est répara- 
teur de l'air, l'édile de la terre. 

La mésange, un petit être tout en plu mes, ne peut 
subsister à moins de 200,000 larves par an. Quels 
dégâts auraient fait ces 200,000 larves si la mésange 
n'était intervenue. 

Et l'hirondelle, qui peut dire ce qu'elle détruit 
d'insectes volants, les plus dangereux de tous et les 
plus prolifiques. 

Ne dirail-ou pas que la plupart des oiseaux insec- 
tivores ont l'instinct et presque le sentiment de 
l'utilité des services qu'ils nous rendent, en étant si 
familiers. Les rouges-gorges, les mésanges entrent 
l'hiver dans nos habitations, ils viennent demander 
place au foyer moins pour la nourriture que pour la 
chaleur. 

On peut dire que chaque oiseau a sa fonction assi- 
gnée dans la nature depuis le plus gros jusqu'au plus 
petit. 

Tels oiseaux, que l'homme persécute pour le petit 
dommage qu'ils lui causent, devraient être respectés 
par lui pour le grand bien qu'ils assurent. 

On a bien souvent proscrit le moineau, le plus 
pillard et le plus effronté des oiseaux. Mais partout 
où on l'a proscrit pour ses dégâts, il a fallu le rap- 
peler pour ses services. On importe des moineaux en 
Angleterre et en Hollande comme au Canada; on les 
achète comme on payerait du numéraire dans une 
armée. Nous avons tout lieu de croire que l'Assemblée 
nationale approuvera le projet de loi proposé par 
M. Ducuing, et particulièrement }ç& articles 5 et 6, 
dans lesquels il est dit : 



LA NATURE. 



î63 



1° Des instruction? ministérielles, rédigeas en exé- 
cution de l'article 1 er , indiqueront les précautions à 
prendre pour assurer la conservation des oiseaux in- 
sectivores. 

Les préfets prendront des arrêtés à cet égard, sur 
l'avis du Conseil général. 

2 U La chasse aux oiseaux insectivores est formel- 
lement interdite par tout engin de chasse autre 
i|ue le fusil. Est également interdite la vente de tout 
oiseau insectivore qui ne serait pas lue parle plomb. 
11 est également interdit de dénicher les oiseaux in- 
sectivores, sous les peines édictées par la loi de 1844 
sur la chasse. Eiunest Menaclt. 



LA TRANSFUSION DU SANG 

(Suite el fin. — Voy, p, 97.) 

Le phénomène de la coagulation du liquide san- 
guin a fait l'objet de quelques expériences récem- 
ment répétées par M. le docteur Nicolas Duranty, mé- 
decin des hôpitaux de Marseille, dont les travaux sur 
la transfusion ont été souvent cités dans ces derniers 
temps. Rappelant que les expérimentateurs, pour 
retarder la coagulation du sang, attribuée par eux à 
l'abaissement de température, se sont efforcés de 
prévenir le refroidissement, il recourt, lui, au con- 
traire, ;ui froid, pour maintenir la fluidité du liquide 
à transfuser. 

De ses expériences, il conclut : 

1° Que le froid (de 7 à 10* C.) retarde la coagu- 
lation du sang, même au contact de l'air. 

2° Que le sang refroidi conserve ses propriétés 
vivifiantes. 

Le sang refroidi contient Lien tous ses éléments ; 
ou si quelques uns .^ont modifiés, ils le sont beau- 
coup moins, selon lui, que dans le sang défibriné. 
Cette question est fort importante, et nous avons vu 
M. Béîiier se déclarer franchement pour l'injection 
du sang avec tous ses éléments. 

Pour pratiquer la transfusion du sang refroidi, 
pouvons-nous ajouter encore, tous les appareils spé- 
ciaux deviennent inutiles. 11 sufiit de le recevoir 
dans un vase amené à une température de 7 à 10° G. 
Une seringue, tenue aussi à la même température, 
constitue le seul instrument nécessaire. M. le doc- 
teur Nieolas-Duranty a ainsi obtenu de nombreux 
succès sur des animaux. 

On a surtout repoussé la transfusion du sang à 
cause des accidents qu'elle peut produire. De ceux-ci, 
les uns sont graves, les autres, au contraire, n'ont 
pas d'importance. 

Parmi ces derniers, on pourrait citer les convul- 
sions, les vomissements, les frissons, qui accompa- 
gnent l'opération dans certains cas, et la céphalalgie, 
que l'on observe fréquemment à sa suite. 

La syncope, au contraire, est un accident grave, 
mais on pourra toujours l'éviter. 

Deux précautions sont absolument indispensables. 



C'est d'abord le soin qu'on doit prendre de faire l'in- 
jection du sang avec lenteur afin d'éviter la réplétiou 
trop brusque et trop violente du ventricule droit, qui 
serait forcé en quelque sorte et paralysé par un afflux 
trop précipité du liquide sanguin: d'où un arrêt 
possible de la circulation cardiaque, une asphyxie 
pulmonaire et la mort. Un signe de l'imminence d'un 
tel état, c'est la production de petites qui nies de toux 
qui doivent faire suspendre l'opération. 

Pour le môme motif et pour éviter les mêmes ac- 
cidents, il est bon de n'injecter àla fois que de petites 
quantités de liquide. Dans l'exemple dont nous par- 
lons, If. Béhier n'a injecté que quatre-vingts grammes 
de sang, fourni avec un louable empressement par le 
chef de clinique de service, M. le docteur Slraus. 

An moment où fut pratiquée la transfusion, la 
malade, comme nous l'avons dit, semblait menacée 
d'une mort immédiate. Le pouls était imperceptible, 
la faiblesse telle, que tout mouvement était impos- 
sible; la vue était presque éteinte, la parole abolie. 
Toute substance, ingérée en si petite proportion que 
ce pût être, était aussitôt rejetée par l'estomac. 
L'hémorrhagic continuait lentement, mais sans qu'on 
' pût l'arrêter. 

Dès que l'injection eut été opérée, l'écoulement 
sanguin cessa, pour ne plus se reproduire. A partir de 
ce moment, la malade ranimée et peu à peu remise 
en possession de ses facultés et de ses forces, entra 
en convalescence; elle supporta très-bien un traite- 
ment ferrugineux institué très-lentement après l'o- 
pération, et sortit bientôt de l'hôpital complètement 
guérie. 

Un des éléments de succès les plus importants d;ins 
une pratique comme celle de la transfusion, c'est la 
perfection des appareils qu'on y emploie. Il ne nous 
reste qu'à parcourir rapidement la série des instru- 
ments imaginés à cet effet, en signalant les plus 
connus ou ceux qui ont donné jusqu'ici les résultats 
les plus dignes d'attention. 

Nous ne parlerons qu'en passant, bien entendu, 
du plus simple des instruments: la seringue, soit 
celle qui se trouve dans toutes les trousses, soit la se- 
ringue à hydrocèle. Le sang de la saignée est alors 
reçu dans une cuvette, aspiré dans la seringue préa- 
lablement nettoyée et chauffée, et injecté directement 
dans la veine du sujet. Ce manuel opératoire, aussi 
élémentaire que possible, mis en usage, comme le 
montre la gravure reproduite dans notre précédent 
article, par les médecins du dix-septième siècle, a 
réussi entre les mains de plusieurs praticiens, entré 
autres Marmonier père, après Bluudell, Nélaton, etc. 

Les autres appareils consistent presque tous, en 
définitive, en un corps de pompe dans lequel se meut 
un piston; font exception cependant les appareils de 
M. Oré, où l'aspiration et le refoulement du sang 
sont obtenus à l'aide d'une pelote en caoutchouc 
comme dans l'appareil de Richardson, et le nouvel 
instrument de M. Mathieu. 

Le but que l'on a cherché à réaliser consistait uni- 
quement à faciliter l'arrivée du sang dans le corps de 



\CA 



LA NATURE. 



pompe ainsi quesonissue,à éviter le eontactdc l'air et 
à régulariser autant 
que possible- le jet li- 
quide ainsi obtenu. 

Sans nous attacher 
à passer en revue l'in- 
terminable liste des 
appareils auxquels on 
a eu recours, — pres- 
que chaque auteur 
ayant proposé le sien 
ou modifié ceux de ses 
prédécesseurs, — nous 
ne ferons que men- 
tionner l'appareil de 
M. Roussel, celui de 
M. Oré, celui de M. de 
Bclina. Nous ne décri- 
rons entièrement (pie 
celui auquel M. Béhicr 
a donné le nom d'ap- 
pareil Mu ncoq Ma- 
thieu., cl dont il s'est. 
servi dans l'heureuse 
opération pratiquée à 
l'IIôtel-Dieii, ainsi que 
quelques antres in- 
struments iniréniouxet Fir . \ m _ Appareil 
tout à liut nouveaux'. 

L'appareil primitif (fî^, 1) se compose essentielle- | 




ment d'un cylindre en verre, jouant, selon l'expres- 
sion de son inventeur, 
M. Mon coq, le rôle 
d'un ventricule artifi- 
ciel, dans lequel se 
meut un piston plein, 
qui, par s.011 ascension 
et sa descente , forme 
en quelque sorte la 
systole et la diastole. 

A l'extrémité infé- 
rieure du cylindre 
viennent aboutir deux 
tubes eu caoutchouc 
fermés par des val- 
vules très -sensibles, 
marchant en sens in- 
verse et dcstitiées à 
diriger le courant du 
sang. L'extrémité libre 
do chaque tube est ter- 
minée par une aiguille 
canaliciiléo. 

L'une de ces ai- 
guilles est enfoncée 
dans la veine, du sujet 
qui donne le saii2\ 

Moncoq-MotMn». 1 ,' autrc (!ans ,a voine 

du malade, et le mou- 
vement alternai if d'ascension et de dcscctiLe du pis- 




Fil», ï. — Appareil à entonnoir latéral du D r Moncoq pour la transfusion du sang. 
Construit par M. CuLlin. 



Fig. 3. • — Appareil à cupule inférieure 
du l) p Moncoq. Construit par M. Colliu. 



LA NATURE. 



105 



ton, ainsi que le jeu des valvules, assure lu passage 
du sang d'un sujet à l'autre. 11 va de soi, qu'avant 
de piquer la veine du malade, l'appareil doit être 




longueur de l'appareil intermédiaire entre les doivi 
sujets (fig. 5). 

La mise en pratique de ces deux appareils est re- 
présentée par les ligures 4 et 5. 

Le tube afférent est remplacé par une cupule placée 
à l'extrémité inférieure du corps de pompe, et s'ap- 



Fig. -i. — Trans'usion mérïia'e avec l'appareil "1 entonnoir latéral 
de 31. le D r Moncoq. 

I. L'opérateur. — 2. Aide qui maintient dans la veine du suie 
l'aiguille cannliculéc par laquelle arrive le sang. — •>. Aide 
chargé «lu liras qui donne le sang. — 4. Sujet qui fournit le 
sang. — 5. Malade couché horizontalement dans le décubitus 
dorsal, la tCti! ha.-sc et tout à l'ait au bord droit du lit. 



entièrement rempli de sang, amorcé en un mot, et 
que celui-ci doit traverser le tube eiïérent, afin d'évi- 
ter l'introduction de l'air. 




Fis. 6. 



Appareil Mancoq-Mathieu à entonnoir supérieur 
et à pUton. 



Tel était l'instrument primitivement imaginé par 
M. Moncoq. Il l'a très-avantageusement modifié 
d'abord par la suppression du tube qui amène le 
sang, remplacée par un entonnoir latéral (lig. 2), 
puis en second lieu, en diminuant do moitié la 




'"i" a- — Transfusion immédiate et instantanée avec l'appareil 
à cupule inférieure «le M. le D< Moncoq. 

1. L'opérateur. — 2- Aide. — 3. Le sujet qui fournit le sang, 
4, Malade qui le reçoit. 



pliquunt Hermétiquement par-dessus fa plaie veineuse 
pratiquée sur la personne qui fournit le sang. Celui-ci 
pénètre dans cette cupule, d'où il ebl dirigé dans le 
corps de pompe, par l'ascension du pistou. Au mo- 
ment de la descente du piston, !e sang s'échappe pur 
un tube en caoutchouc terminé par une aiguille eu- 




Fi". 7. — Appareil Mathieu à «.-ntunnoir supérieur avec ampoule 
de caoutchouc. 



gagée dans la veine du malade. Une valvule d'entrée 
etune valvule de sortie règlent pareillement la mar- 
che du liquide. 

C'est à cet appareil que M. Mathieu a fait subir 
quelques modifications qui le rendent peut-être plus 



itC 



LA NATURE. 



maniable et qui en font, sans contredit, disait le 
professeur Béîiier dans sa première leçon sur la 
transfusion, l'instrument aujourd'hui le plus com- 
mode et le mieux approprié aux indications de l'opé- 
ration. 

L'appareil, tel que l'a employé M. Iîéhier, se com- 
pose donc (fig. 6) d'un corps de pompe renversé II, 
surmonté d'un entonnoir A. 

À la partie inférieure, le piston, perforé dans toute 
sa longueur, communique avec un tube élastique E, 
portant à son extrémité un petit ajutage F, destiné à 
pénétrer dans la canule du petit trocart G, qui est 
préalablement passé dans la veine. 

Le jeu du système entier est facile à comprendre. 

Le sang fourni est reçu dans l'entonnoir, pendant 
qu'on fait mouvoir le piston au moyen de la clef B ; 
il est chassé dans le corps de pompe et passe natu- 
rellement par la tige ereu-e du piston pour arriver 
par la canule F dans la veine du sujet qui le reçoit. 

Comme on le voit, dans l'appareil modifié par 
M. Mathieu, la cupule, au lieu d'être placée à la 
partie inférieure, est située à la partie supérieure du 
corps de pompe. 

Le manuel opératoire est des plus simples. Les 
deux individus sont placés l'un près de l'autre, cha- 
cun étant prévenu du rôle qu'il doit remplir. Une 
ligature est placée sur le milieu du bras du malade, 
afin de rciirlre saillantes les veines du pli du coude. 

Ou introduit alors dans la veine céphaiique ou ba- 
silique, dans la direction du coeur, une canule étroite 
munie d'un trocard. 

On pratique ensuite la saignée du bras sur le su- 
jet qui donne le sang, d'après les préceptes classiques 
qui règlent cette opération. Le sang est reçu dans 
l'entonnoir préalablement nettoyé, chauffé à 55° et 
amorcé à l'aide d'un courant d'eau tiède. Dès que le 
sang est arrivé en quantité suffisante dans l'entonnoir, 
ou fait jouer la manivelle, et le sang pur vient rem- 
placer l'eau. 

Quand on voit apparaître à l'extrémité du tube le 
jet de sang pur, on enlève rapidement la ligature qui 
serre le bras du malade. On retire le trocart de la 
canule et on le remplace par la canule qui termine 
le tube de l'instrument. On injecte alors lentement, 
méthodiquement, en comptant soigneusement parle 
nombre de tours de la manivelle (un tour de cré- 
maillère injecte 5 grammes de sang), la quantité de 
sang que l'on veut transfuser. Les soins consécutifs 
sont ceux de la saignée ordinaire. 

A la suite d'une réclamation sur une question de 
priorité portée devant l'Académie des sciences par 
M. le docteur Moncoq et dont nous regrettons de ne 
pouvoir nous occuper ici 1 , M. Mathieu a présenté 
tout récemment à la savante compagnie un nouvel 

1 On trouvera tous les éléments de cette polémique dans un 
volume très-intéressant, que vient de publier M. le docteur 
Monco'i : Transfusion instantanée du sang. Solution théori- 
que et pratique de la transfusion médiate et de la trans- 
fusion immédiate chei les animaux et ckci l'homme. 
2" édition. Paris, Ddiiliaye, 1874, in-8°. 



appareil à transfusion, dont nous donnons ci-contre 
le dessin (fig. 7). 

Dans cet appareil nouveau, tout mécanisme est 
supprimé. 11 n'y a plus de corps de pompe, ni de pis- 
ton, dont le fonctionnement parlait ne peut avoir 
lieu que par l'intermédiaire d'une huile avec laquelle 
ie sang à transfuser doit être mis nécessairement en 
rapport immédiat. 

Cet appareil est constitué par un récipient en 
verre F, communiquant avec l'entonnoir A dans le- 
quel le sang doit être versé, à l'aide d'un tube éga- 
lement de verre, auquel est ajusté un petit tube de 
caoutchouc B, faisant l'office d'une soupape à anches. 
Entre l'entonnoir et le récipient est disposée une 
ampoule de caoutchouc D, que traverse le tube de; 
communication de l'un à l'autre. Cette ampoule, qui 
est exclusivement un réservoir à air, communique 
par un trou avec le récipient en verre, et sa compres- 
sion a pour effet de chasser de celui-ci une quantité 
d'air proportionnelle àla capacité de l'ampoule. Quand 
elle revient sur elle-même, en vertu de sou élasticité, 
elle aspire une partie de l'air du récipient, et y pro- 
duit une diminution de pression qui est la condition 
pour que le sang, versé dans l'entonnoir, force la 
résislance de la soupape à anches, et s'introduise 
dans le récipient. 

Que si, au moment où celui-ci est à moitié rempli, 
on exerce une pression sur l'ampoule en caoutchouc, 
l'ait' qu'elle contient, refoulé dans le récipient, presse 
sur la colonne liquide, à la manière d'un piston, et 
la chasse dans le tube G de conduite du récipient, v/hn 
la veine. 

Quand, ce premier résultat obtenu, on lasse l'am- 
poule revenir sur elle-même, elleaspiie l'air du réci- 
pient, un vide relatif s'y produit, le sang y est appelé 
et il en est es puisé pur une nouvelle pression exercée 
sur l'ampoule; l'élasticité de celle-ci est donc l'uni- 
que ressort moteur de cet appareil. 

L'ampoule exerce alternativement une action d'as- 
piration de l'air du récipient dans sa cavité intérieure 
et une action de répulsion de cette cavité dans 
celle du récipient; et c'est ce va-et-vient de la 
colonne d'air d'une cavité dans l'autre qui est la con- 
dition du mouvement imprimé au sang, dans un sens 
déterminé parla disposition des soupapes, ce liquide, 
aspiré pour ainsi dire dans le récipient, quand l'am- 
poule se dilate, eu étant refoulé ensuite quand on 
exprime de l'ampoule l'air qu'elle renferme. 

Tel est ce mécanisme qui constitue une simplifica- 
tion et qui paraît un progrès. Il trouvera sans doute 
sou application dans d'autres appareils destinés à 
faire des injections dans les cavités du corps hu- 
main. 

Ces appareils, comme on voit, donnent les uns et 
les autres la solution complète de la question de la 
transfusion du sang; mais le zèle des inventeurs, 
surexcité par les récentes discussions, s'est bientôt 
donné carrière, et l'on a vu surgir une foule d'ins- 
truments destinés à remplir le même but. 11 nous 
paraît cependant difficile de créer quelque chose de 



LA NATURE. 



167 



plus simple, de plus commode et de plus précis que 
le dernier instrument de M. le docteur Moncoq, auquel 
il a apporté un nouveau perfectionnement en sup- 
primant les valvules : l'occlusion alternative' des 
tubes afférent et efférent s'ob lient par la pression de 
l'index et du médius de lu main gauche, pendant que 
la droite fait manœuvrer le piston. 

On voit par cet exposé rapide quel est, en somme, 
l'état actuel de la question de la Iransfusion du sang. 
L'opération faite par .M. le professeur Béltier a mon- 
tré combien le manuel opératoire eu était .simple et 
présentait de nombreuses chances de succès. Prati- 
quée dans ces conditions, elle est certainement une 
des plus faciles de h chirurgie, plus aiséeà exécuter, 
par exemple, que certains cathélérismes ou que telle 
autre manœuvre quotidienne devant laquelle aucun 
médecin n'a le droit de reculer. 

Elle mérite donc de passer dans la pratique médi- j 
cale ; il serait dès aujourd'hui à désirer que l'appa- I 
reil Moncoq ou un instrument analogue fît partie ! 
de l'arsenal chirurgical de tout établissement hos- 
pitalier, et que les étudiants en médecine fussent 
familiarisés davantage avec sou maniement. Plus d'un 
malade, dans les cas extrêmes, devra la vie à la vul- 
garisation de cette opération bienfaisante, et l'on ne 
saurait trop encourager le laborieux praticien, dont 
tous les efforts tendent, depuis plus de dix ans, à 
en démontrer les avantages : son nom restera désor- 
mais attaché à cette conquête de la médecine opé- 
ratoire. 

Quant au sang humain nécessaire pour réparer, 
chez des sujets épuisés, des pertes considérables, 
neutraliser des anémies aiguës par suite d'hémorrha 
gies, ou encore enrayer des anémies chroniques con- 
sécutives à des étals diathésiques, ou même combat- 
tre les .accident» ordinaires dans les cas de toxémie 
(empoisonnements par l'oxyde de carbone, l'acide 
cjanhydrique, etc.), dans des affections zymotiques 
consistant en une adultération du liquide sanguin par 
des germes morbides; quant au précieux liquide des- 
tiné à ranimer la vie presque éteinte et même à ra- 
mener la saute dans un organisme profondément com- 
promis, ce n'est guère que dans la pratique civile, et 
surtout à la campagne, qu'on éprouvera quelque dif- 
ficulté à s'en procurer. 

Dans ces occasions, il faudra surtout recourir au 
dévouement des personnes de la famille. Dans les 
hôpitaux, on ne se trouvera pas arrêté par les 
mêmes obstacles ; il n'est pas, en effet, même en 
dehors de l'état-major d'un service, un étudiant 
en médecine assistant à une clinique et présentant 
les conditions de santé suffisantes, qui décline- 
rait l'honneur de prêter son concours actif à la 
pratique de cette opération. A cet égard, le corps 
médical français a fait ses preuves, ce n'est pas à 
nous de le rappeler ; l'histoire seule de nos épidémies 
demeure le glorieux livre d'or des martyrs du cou- 
rage civil, de l'abnégation et de la science. 

Charles Letort. 



MACHINE A. FABRIQUER LE FROID 

Tout le monde connaît aujourd'hui les expériences 
si intéressantes ducs à la chaleur latente dans les 
changements d'état des corps; et chacun sait que si 
de l'élhcr nous tombe sur la main, il ne paraît très- 
froid, beaucoup plus froid que l'eau, que parce qu'il 
emprunte immédiatement à notre main ce qu'il lui 
faut de chaleur pour changer d'état, pour se vapo- 
riser. Or, produire en grand, industriellement, ce que 
l'élhcr vient de faire sur la main, c'est créer le froid; 
nous verrons, en temps et lieu, ce que l'on peut 
tirer de ce froid ainsi créé au fur et ù mesure des 
besoins. Ici nous ne voulons pas autre chose que 
faire comprendre la machine à fabriquer U froid, 
inventée par M. Ch. Tellier, et réalisée comme appli- 
cation à l'usine frigorifique d'Auteuil. 

Au lieu de prendre l'éther sulfurique qui nous 
refroidissait un peu la main tout à l'heure, M. Tel- 
lier a cherché s'il n'y aurait pus, en chimie, un autre 
other qui, au lieu de nous refroidir, seulement, nous 
gèlerait les doigts s'il tombait à leur surface. 11 l'a 
trouvé dans Véther métltylique qui bout entre 30 et 
32 degrés au-dessous de zéro, tandis que l'étln r 
éthylique ou sulfurique bout à 52 au-dessus : diffé- 
rence fort sensible d'une soixantaine de degrés! ■ 

11 jeta donc son dévolu sur l'étlier méthylique : 
malheureusement cet éther, connu seulement dans 
les laboratoires, n'avait jamais été produit en quan- 
tité suffisante pour l'employer industriellement. Il 
fallut construire, avant tout, un appareil destiné à 
le préparer. 

L'éther méthylique est, comme l'éther le plus 
connu, l'ordinaire ou le sulfurique, produit par la 
réaction assez difficile à suivre de l'acide sulfurique 
sur un alcool. L'alcool de vin donne l'éther ordi- 
naire; l'alcool de bois donne l'éther méthylique. On 
mélange, en parties égales, l'acide sulfurique et 
l'alcool de bois, on chauffe et l'éther se dégage, en- 
traînant un certain nombre de corps accessoires 
avec lui, tels que de l'acide carbonique, de l'acide 
sulfureux, des vapeurs empyreumatiques, etc. On 
le débarrasse "peu à peu de tous ces mélanges, en 
le faisant passer dans des liquides qui absorbent ou 
retiennent les corps qui ne doivent pas l'accompa- 
gner. Ainsi, en faisant passer le gaz impur sur de 
la potasse, celle-ci retient l'acide carbonique et 
l'acide sulfureux, la vapeur d'eau, en même temps 
entraînée mécaniquement : l'éther se trouve purifie. 
Cette marche est simple, usuelle et très-employée 
pour toutes les distillations, soit en grand, soit en 
petit. 

La forme et la matière seule du récipient chan- 
gent. Au lieu de tubes et de flacons de verre, comme 
dans un cabinet de chimie, ce sont ici d'énormes ré- 
cipients D,l',G, de fonte, chauffés à la vapeur, qui 
sont usités (fig. 1). 

Mais il n'eût pas été facile de faire voyager 
uu corps qui bout à 52 degrés au-dessous de zéro, 



/C8 



LA NATURE. 



si M. Tellier n'eût imaginé, en le refoulant assez 
puissamment sur lui-même, de le ramener à l'état 
liquide et de l'expédier ainsi. Il va sans dire que le 



gazétlier métliylique, que nous voyons distiller, va, 
quand il est purifié, passer dans la pompe spéciale 
A, qui le comprime, et qu'il arrive liquide dans 




l'ig. 1. — Appareil |>our fabriquer l'élber inélbyliqua 




'VU m :J3' 



Fig. 2. ~ Appareil pour la production du froid et la fabrication de la y lace. 



des sortes de bonibonnos éprouvées en fonte, R, I mais, pour produire cet état particulier susceptible 
dans lesquelles il est expédié avec autant de sécurité ; de tant d'applications industrielles, il fallait une 
que de l'eau ordinaire. En effet, la tension de ce gaz 
n'est pas excessive : la pression exercée sur les 




ii, WÈÈÈÊt' ' *% ; " 
Fig. 3 — Distributeur d'éther methytiqu 1 :. 

parois n excède pas 4 ou 5 atmosphères, et les boni- 
bonnes sont calculées et essayées à 50. 

Une fois en possession de quantités suffisantes 
d'éther métliylique, il fut possible affaire du froid : 




Fis. 4.— Graisseur. 



machine spéciale : c'est elle qui fonctionne aujour- 
d'hui en cent endroits de l'Amérique et au Pérou, où 
elle n'arrête jamais. C'est elle qui fonctionnera 
bientôt dans toutes nos provinces séricicoles , quand 



LA NATURE. 



109 




Fig. S. — Vue d'ensemble «le la machine à fabriquer la glace. 



nos magnaniers y auront compris de quelle impor- 
tance est, pour eux, de conserver indéfiniment leurs 
graines à l'abri de toute 
espèce de détérioration. 

Notre figure 2 repré- 
sente l'appareil à fabri- 
quer le froid. B est le ré- 
cipient dans lequel a été 
concenlrc 1 ether méthy- 
lif|ue. Cet éllier part de 
là, se volatilisant, et ar- 
rive dans la partie ?iC/de 
la macliine , où il em- 
prunte de la chaleur à 
tous les corps environ- 
nants, c'est dire qu'il les 
refroidit. Par conséquent, 
qu'il passe dans des tubes 
plongés dans un bain salé, 
ou qu'il aille au loin re- 
froidir une chambre ather- 
manc, le résultat sera le 
même. Aussi trouve-t-on 
bientôt des plaques de 
glaces splendides daus les 
capacités que l'on remplit 
d'eau pure et que l'on 
plonge dans le bain salin. 
Mais à ce moment la vapeur méthylique est aspi- 
rée par la pompe A que fait mouvoir la machine 



Fig. 6. — Congélation instantanée de l'eau au-dessous de 0°. 



étrangère dont l'embrayage se voit en K : la com- 
pression s'exécute, et le liquide revient en l) dans le 

récipient d'où il s'échappe 
une seconde fois pour y 
arriver encore, emprun- 
tant la chaleur extérieure 
sur la droite de la ma- 
chine où tous les tuyaux 
sont constamment cou- 
verts de givre , la resti- 
tuant à gauche sous lacom- 
pression qui détermine 
le changement d'état et 
maintient les tuyaux rou- 
gissants sous la chaleur 
qui se dégage ! 

Il est évident qu'une 
pression se manifeste dans 
le serpentin placé eu B, 
pour la liquéfaction de 
l'éther. Or, pour que cette 
pression existe, il faut que 
le serpentin soit fermé ; 
mais s'il est fermé, com- 
ment pourra s'écouler le 
liquide qui s'y forme con- 
stamment ? C'est le dis- 
tributeur qui y pourvoit , 
et nous en donnons la coupe verticale (fig. 3). La 
vraie partie du distributeur est d qui tourne sur le 




170 



LA NATURE. 



socle a. Ce socle est pourvu de canaux uu qui se 
réunissent en dessous. Or , l'éther liquéfié arrive 
constamment par la tubulure f et remplit la capa- 
cité a, mais, chaque fois que le distributeur tourne '• 
et qu'une de ses alvéoles u passe devant une des ca- j 
viles du socle, elle ïe remplit d'éther liquide : mais ! 
aussi, chaque fois qu'elle passe sur un des orifices | 
uu, la pression, y étant moindre, puisque ces ori- 
fices sont en communication avec le frigorifère, elle 
se décharge de la quantité d'éther qu'elle entraînait, 
ether qui s'échappe librement par la tubulure infé- 
rieure. 

11 n'est pas sans intérêt, maintenant, de dire quel- 
ques mots du graisseur (fig. 4), appareil qui a pour 
mission d'occlure, d'une manière absolue, la com- 
munication entre l'intérieur de la pompe et l'atmo- 
sphère, en un mol de fermer tout passage aux vapeurs 
comprimées, tout en laissant passer la tige du piston. 
Et, de fait, ces appareils fonctionnent tellement bien 
qu'aucune fuite ne subsiste autour de la machine, 
qui reste absolument inodore, — or l'odeui de l'éther 
méthylique se décèle à la moindre fissure ; — par con- 
séquent la même quantité de ce liquide sert indéfi- 
niment sans déperdition, Le graisseur, formé d'une 
capacité sphérique coupée en deux, est muni d'un 
piston inférieur, dont la garniture est divisée en deux 
parties f'e, séparées par une bague g. Il en résulte 
que l'huile amenée par le tube m est sans cesse versée 
sur la bague g et, par conséquent, sur la tige du pis- 
ton dont elle occlut les fuites ; qu'au contraire les 
vapeurs d'éther qui pourraient venir de la pompe de 
compression, s'échappent dans la capacité sphérique 
passant au-dessus de la couche d'huile qui la remplit 
en partie et par conséquent ne peuvent s'échapper 
par la tige du piston. 

La figure 5 représente l'installation générale de la 
machine à froid qui fonctionne continuellement à 
l'usine d'Auteuii. C'est la même que nous venons de 
décrire (lig. 2), mais vue en bout : les tuyaux blancs 
sont ceux dans lesquels circule l'éther méthylique; 
ils sont, par les plus grandes chaleurs, couverts de 
neige. A droite, uu ouvrier retire des blocs de glace 
des formes qu'il vient de sortir de la cuve couverte 
que l'on voit derrière lui et qui contient un mélange 
salin formant bain réfrigérant. 

A gauche, uu second ouvrier emplit des carafes 
pour les porter dans des bains analogues, disposés 
dans un compartiment éloigné, — car, avec ce sys- 
tème, on envoie le froid à distance, comme dans 
d'autres usines, le gaz ou la vapeur, — afin d'y 
frapper une certaine quantité d'eau pour les cafés et 
restaurants. On en fait là quatre mille par jour. On 
en pourrait frapper le double, le triple aussi facile- 
ment. 

Le mécanisme des robinets à bascule — encore 
une des inventions de M. Ch. Tellier — est très- 
original, car, en même temps que ces robinets ver- 
sent l'eau, ils la mesurent et n'en laissent couler 
que ce qu'il faut. 

A propos de ces carafes frappées, qu'il nous soit 



permis de dire quelques mots d'une très-élégante 
expérience de physique que l'on peut répéter à 
volonté sur la congélation de l'eau. Dans tous les 
traités, on vous dira que, par l'agitation on déter- 
mine, selon les expériences de Muiran, la solidifica- 
tion partielle d'une masse d'eau refroidie à plusieurs 
degrés au-dessous de zéro. Or, il n'en est rien. Les 
carafes en question sont refroidies à plusieurs degrés 
au-dessous de zéio: on peut les agiter autant qu'on 
le voudra, elles ne se prendront pas ; mais, suivant 
une autre loi Lien connue, qu'on y laisse tomber un 
cristal, même microscopique, de glace, et l'on assiste 
à un admirable spectacle (fig. 6). 

Au moment où le petit cristal touche le liquide, 
de longues aiguilles naissent et se propagent- dans 
son intérieur avec une vitesse incroyable. On les voit 
naître, croître, s'entre-couper en étoiles, en figures 
charmantes ; puis, tout à coup, on s'aperçoit que les 
yeux n'ont poursuivi et saisi qu'une partie du phé- 
nomène, et qu'il s'accomplissait partout à la fois.... 
l'eau est solidifiée ! 



DECOUVERTES 

DE YESTIGES PRÉHISTORIQUES 

DANS LES CROTTES PYRÉNÉENNES. 

La grotte d'Espalungue, ou d'Arudi, est située à 
proximité d'un petit ruisseau, à moins de 2 kilo- 
mètres du gave d'Ossau; elle domine la vaste plaine 
d'Arudi qui fournissait aux rennes d'excellents pâtu- 
rages. Lu moraine de Bescat n'en est distante que de 
A kilomètres. 

La grotte est formée d'un vaste auvent qui se res- 
serre en s'enfonçant dans la profondeur de la mon- 
tagne et se termine par un corridor large, long, 
élevé et sinueux. Ce corridor, dans lequel pourraient 
circuler des voitures, donne accès dans la grotte 
proprement dite, vaste rotond» au dôme élevé, d'où 
pendent quelques .stalactites. Le sol de l'auvent ou 
vestibule, du corridor et de la grotte, est formé par 
des foyers de l'âge du renne pleins d'ossements bri- 
sés de cerf, de renne, de bœuf, de cheval, de chamois 
et d'oiseaux. Les débris de cerf sont en grande abon- 
dance. En quelques endroits du vestibule et du cor- 
ridor, un peu de terre jaunâtre recouvre les fovers. 
Dans la grotte même, les cendres charbonneuses 
rendent le sol noir. On marche dessus. Parfois elles 
sont recouvertes par une mince couche de stalagmite 
ou par des blocs de rochers tombés de la voûte. 

M. Garrigou a trouvé dans la partie gauche de la 
grotte une flèche barbelée, et pendant les fouilles 
du Congrès scientifique de France, RI. Raimond-Pot- 
tier a recueilli au bout du corridor, dans les couches 
supérieures des foyers, un petit bâton en bois de 
renne sur lequel sont gravées profondément des 
courbes enlacées. 

"Voulant faire une fouille dans cette caverne, je 
pensai qu'il fallait d'abord rechercher l'endroit le 



LA NATURE. 



iil 



plus favorable à l'habitation. Le vestibule, exposé 
aux vents du nord, n'a |>u être habite ([ne l'été. Le 
corridor lui-môme est très-froid quand le vent du 
nord s'y engouffre. Lu grotte ne présente pas cet in- 
convénient au même degré ; le terrain situé près des 
rochers qui forment les parois à droite et à gauelie 
de l'endroit où débouche le corridor sont même tout 
à fait à l'abri. C'est là que je résolus de faire une 
fouille, .le choisi» l'angle de droite qui est le plus 
profond. Je fis creuser le sol à environ un mètre de 
profondeur sans atteindre le fond des foyers. La 
cendre est noire, très-charbonneuse. J'v ai recueilli 
des silex taillés présentant les formes magdaléniennes 
et divers instruments en bois de renne, notamment 
des poinçons, un ciseau semblable aux burins em- 
ployés pour tailler finement la pierre, mais qui 
servait probablement alors à détacher les peaux ou 
à sculpter le bois tendre; un fragment de poignard 
dont deux rameaux de corne de renne forment la 
garde ; divers débris d'aiguilles parmi lesquels il y en 
a un d'ivoire; enfin un bâton de commandement sur 
lequel sont sculptées, à la f.uxm des bas-ieliefs, doux 
magnifiques tètes de chèvre dont l'une a 15 centi- 
mètres de long, en y comprenant la corne. Les moin- 
dres détails sont rendus, les poils même n'ont pas 
été omis. J'avais d'abord pensé que l'animal figuré 
était un bouquetin dont la courbure des cornes légè- 
rement en hélice aurait été mal rendue par l'artiste; 
mais il est évident que la longueur de la tête est 
trop grande proportionnellement à celle des cornes 
pour qu'on la rapporte à cette espèce. Vian des tètes 
sculptées a la corne descendant et ramenée en avant. 
Le bàlon de commandement est terminé par un 
large anneau (voy. la figure ci-contre). 

J'ai exploré sur le territoire d'Arudi une autre 
grotte située à environ 3 kilomètres à l'ouest de celle 
que je viens de décrire. Le maire de la commune me 
l'avait enseignée. Klleest largement ouverte à l'ouest 
et se trouve à une faible distance d'un petit ruisseau. 
Le fond en est obstrué par des rochers détachés de la 
voûte aune époque peu éloignée. Les pasteurs néo- 
lithiques et les pasteurs gaulois en ont fait succes- 
sivement leur séjour. Les fovorsde l'époque gauloise 
ont plus d'un mètre d'épaisseur. J'y ai trouvé un 
mors de cheval en fer, une grande quantité de frag- 
ments de poterie, des os de bœuf, de chèvre et de 
porc. Les foyers de la pierre polie m'ont donné des 
ponçons en os et en corne de chevreuil, de la poterie 
mal cuite, épaisse et grossièrement faite, des osse- 
ments de porc, de chèvre et de bœuf. Peut-être, si 
j'avais continué à creuser plus profondément, aurais- 
je trouve les vestiges de l'âge du renne. 

Cette caverne est remarquable en ce que les foyers 
gardois ou néolithiques sont parfois interrompus par 
des couches de limon. Or elle est si élevée au-dessus 
du lit du ruisseau, qu'assurément personne ne pré- 
tendra qu'elle a subi des inondations depuis l'époque 
de la pierre polie. Ces lits de limon proviennent d'une 
autre cause. Ils ont été formés par les eaux d'orage 
ou de plui ; prolongée qui, s'insinuant à travers les 



fissures naturelles du calcaire et les fentes de la 
voûte, ont entraîné avec elles des particules terreuses 
empruntées soit au sol de la montagne, soit au limon 
du fond de la grotte; car la caverne, à l'époque qua- 
ternaire, a dû être remplie de vase lors des grandes 
inondations causées par la fonte des glaciers, mais 
les (illralions des eaux pluviales l'avaient en partie 
vidée quand l'homme s'y est installé. Cette explica- 
tion donne la clef de beaucoup de difficultés relatives 
à des dépôts semblables intercalés au milieu des foyers 
plus anciens que ceux que j'ai rencontrés dans cette 
grotte. 

D'Arudi, je me rendis à Ludion, point central de 
diverses excursions que je voulais faire. Guidé parle 
juge de paix du canton de Saint-Bertrand, je visitai 
d'abord la grotte de Maie vézie, située dans une étroite 
vallée. On y monte à travers un bois assez fourré. 
Cette caverne fut habitée aux temps modernes. Des 
escaliers taillés dans le roc et une muraille eu font 
loi. Elle se compose d'une galerie parallèle à la val- 
lée, soutenue d'un côté par des piliers naturels for- 
mant arcade et d'un corridor assez large, mais bas, 
qui continue la galerie eu décrivant un coude à angle 
droit pour s'enfoncer dans la montagne. J'ai suivi 
très-loin ce sinueux corridor où l'on ne peut péné- 
trer qu'en se baissant et dont la voûte touchant pres- 
qu'au sol oblige parfois l'explorateur à ramper. Par- 
tout où j'y ai fait des fouilles, je n'ai mis au jour que 
du limon jaune ou du fin gravier dépourvus de tout 
vestige d'industrie humaine, dépôts formés aux 
temps quaternaires lors d'inondations considérables. 

Au point où le corridor s'enfonce dans la montagne, 
le sol remué présentait les traces d'une fouille ré- 
cente. C'était un habitant du pays qui, possédé tout 
à coup d'un beau feu pour les sciences préhistoriques, 
avait fait piocher en cet endroit. Le goût de ces 
sciences se répand de plus en plus. Hien n'est eni- 
vrant, en effet, comme de faire revivre par la pensée, 
avec leurs mœurs à demi sauvages et leur industrie 
rudinientaire, les peuples qui nous ont précédés sur 
la terre de France, déjà grande dès les temps les plus 
reculés par la pensée et par le goût des arts. Mais ces 
entraînements ont leurs inconvénients, et plus d'un 
riche gisement subit de rudes atteintes de mains 
inexpérimentées. L'explorateur qui avait fait cette 
fouille avait mis, sans s'en douter, la pioche sur une 
sépulture néolithique très-curieuse. 11 avait brisé les 
crânes et dispersé les os. Je reconnus les fragments 
de squelettes d'un adulte et d'un enfant dont les mâ- 
choires présentaient un prognathisme considérable, 
et dont les humérus avaient la fosse olécranienne 
largement perforée. Les corps avaient été simple- 
ment enfouis dans la terre. J'ignore dans quelle po- 
sition. Sous un rocher près duquel étaient les mâ- 
choires de l'un d'eux, j'ai recueilli deux poinçons en 
os, deux défenses de sangliers ayant un trou de sus- 
pension et deux canines percées de carnassiers. 
Non loin de là était un silex en forme de couteau 
épais, retaillé à petits coups sur les bords. Le temps, 
qui me pressait, m'a forcé de laisser ma fouille 



m 



LA NATURE. 



inachevée. Il y a peut-être encore d'autres choses à 
recueillir dans cette sépulture. 

De là, je me rendis à la grotte de Gargas, à l'en- 
trée de laquelle il y a un foyer de l'âge du renne non 
encore exploré. On m'avait promis de m'y laisser faire 
une fouille ; mais une influence occulte empêcha la 
réalisation do cette promesse. 

Je m'engageai alors dans la vallée de la Nés te. 
Depuis longtemps je supposais que vers le point où 
elles'enfonccdaus le massif montagneuxdes Pyrénées, 
c'est-à-dire entre la Bartlic et Lortet, il devait y avoir 
une caverne de l'âge du renne. J'avais exprimé mon 
opinion à diverses personnes, et, dès l'année der- 



s'installajenl souvent fous l'abri d'un rocher en sur- 
plomb. Ils trouvaient de l'avantage à choisir leurs 
habitations dans les mamelons placés au voisinage 
des anciennes moraines quaternaires, car en amont 
de ces moraines, les troupeaux de renne étaient nom- 
breux, et dans les plaines d'aval la nature de l'herbe 
était favorable aux chevaux et aux bœufs qu'ils chas- 
saient aussi pour en faire leur nourriture. Le voisi- 
nage d'un cours d'eau ajoutait les ressources de la 
pêche à celles do la chasse. 

Lors donc qu'on veut trouver une grotte de l'âge 
du renne, il faut la chercher dans la partie la plus 
calcaire des Pyrénées, non loin des moraines quat or- 



nière, j'avais chargé un manouvrier de ce pays de me naires, Yers le point où un cours d'eau de quel-pie 
renseigner sur l'existence des grottes de cette région. 
Il put, quand je le revis, m'en citer quelques-unes. 
Je choisis immédiatement, pour but de mon explo- 
ration, une caverne à large ouverture, située à Lortet, 
parmi beaucoup d'autres. C'était, une de celles que 
des chercheurs venus en ce pays quinze jours avant 




moi avaient négligé de fouiller. 

On pense généralement quo la découverte d'une 
grotte préhistorique est due au hasard. 
Le hasard y est bien pour quelque chose, 
mais le raisonnement y est pour beau- 
coup. 

Les Pyrénées sont composées dune 
chaîne centrale trcs-élevée, s'étendant 
d'une mer à l'autre, formée par des 
roches éruptives et par les schistes fies 
terrains anciens, contre lesquels s'appli- 
quent au nord et au sud des contre-forts 
calcaires. Les grottes sont rares dans la 
partie centrale et cristalline de la chaîne. 
Là, elles ne sont dues qu'à des fissures, à 
des conlouriiements d'assises; elles sont 
remplies d'abîmes. L'homme n'a pas choisi pour son 
séjour ces lieux d'horreur, il ne pouvait même pas, 
si elles n'étaient à un niveau très-élevé, y chercher, à 
l'époque du renne, un abri d'un jour; car alors tous 
les hauts ravins des Pyrénées étaient encore obstrués 
par les glaciers. Les contre-forts calcaires de la grande 
chaîne sont, au contraire, percés de nombreuses 
prottes présentant des ouvertures spacieuses et des 
abris relativement confortables. A l'époque de la Ma- 
delaine les vallées dont elles sont voisines, récem- 
ment débarrassées des masses immenses de glace qui 
les avaient encombrées pendant les temps rigoureux 
de la période quaternaire, étaient couvertes encore 
d'un limon froid, abandonné par les glaciers, sur le- 
quel croissait avec abondance le lichen chéri du 
renne. C'est dans ces contre-forts que les chasseurs de 
renne devaient choisir leurs abris. Ils devaient pré- 
icrer les cavernes saines aux grottes humides, pleines 
de stalactites et de suintements, celles qui reçoivent 
l'air et le soleil par de larges ouvertures à celles qui 
ne communiquent avec l'extérieur que par d'étroits 
et obscurs corridors. Celles dont les entrées sont au 
nord, recevant un veut froid à celte époque encore 
rigoureuse, leur plaisaient moins que les autres. Ils 




Denl-3 de carnassiers percées. 
('Grotte de Malevtizic.) 



importance quitte la région des montagnes pour en- 
trer dans le pays de plaine; il faut, de préférence, 
fouiller celles qui sont largement ouvertes, celles 
qui ne sont pas humides et dont les entrées ne sont 
pas exposées au nord. Lu se conformant à ces règles, 
on ne réussira pas toujours; en ne les prenant pas 
en considération, on court le risque de faire des 
fouilles tiv3-iiombrcusc3 avant de rencontrer un bon 
gisement. — La grotte de Lortet que je 
choisis pour l'explorer présente tous les 
avantages que je viens d'éuumérer. Située 
dans une montagne au pied de laquelle 
coule la Neste, placée à 16 mètres au- 
dessus du niveau de la rivière, elle est 
largement ouverte à l'ouest. lùitre Lortet 
et la Bastide s'étend une moraine qui 
va se joindre au plateau de Lanncme- 
zan, formé lui-même des éléments dis- 
persés des moraines très-anciennes. 

L'ouverture de la caverne a J'2 mètres 
ôO centimètres de largeur; le vestibule 
a 15 IU ,20 de largeur près dit l'entrée, 
\i mètres au milieu, mètres à son extrémité, 
entre deux piliers de stalactites. Sa hauteur est 
de 2 mètres au delà des deux piliers, il s'élargit 
et jette vers le nord un bras ou corridor au bout 
duquel ou voit briller, par une fissure qui a été 
autrefois une entrée, la lumière du jour. Au fond 
de lu grotte et à l'est, le sol se relève, couvert de 
stalagmites épaisses qui s'unissent à des stalactites 
descendant de la voûte. Les gouttes d'eau tombent 
nombreuses de longues et fines cristallisations qui 
pendent au-dessus de la tête des visiteurs. Peut- 
être cette partie humide de la caverne n'u-t-elle 
jamais été habitée. 

La longueur de la grotte habitable, depuis l'en- 
trée jusqu'à l'endroit où. le terrain se relève, est 
de 20 mètres, Le sol du ves'ibule, malgré la séche- 
resse actuelle de la voûte, est couvert d'une couche 
de stalagmite ayant au moins 20 centimètres d'épais- 
seur. Aucun dépôt limoneux ne couvre cette assise, 
qui s'étend uniformément comme un parquet de 
marbre blanc. 

Je fouillai à une profondeur de \ m ,bb, et trouvai 
la succession d'assises suivante : 
0"', 20 stalagmite. 



LA NATURE. 



173 



l'",02 foyers noirs, pleins de débris d'industrie et 
d'os brisés. 

l m ,35 foyers jaunes, formés de cendre et de limon 
mêlés ensemble, contenant des silex et des bois de 
renne travaillés. 

À celte profondeur, je fis enfoncer le levier dans la 
cendre. Il pénétra de plus d'un mètre sans rencontrer 
de pierre. 

Je recueillis dans les foyers divers outils eu silex 
et des instruments en bois de renne, parmi lesquels 
je citerai des harpons, des aiguilles, des poinçons. Un 
fragment portait une gravure finement burinée, re- 
présentant un coq de bruyère, animal qui vit encore 
dans ce pays. Les espèces d'animaux dont je rencon- 
trai les ossements sont l'ours arctos, le renard, le 
loup, le cheval, le bœuf, le cerf élaphe, le renne, le 



tétras. Je recueillis encore quelque vertèbres do pois- 
sons. 

Ce gisement présente la faune et l'industrie de 
l'âge du renne à l'époque magdalénienne. Kiles y ont 
été conservées pures de tout contact avec le monde 
nouveau, sans mélange possible avec les vestiges des 
peuples néolithiques et des civilisations les plus ré- 
centes, protégées par la couche de stalagmite qui les 
recouvre comme d'un linceul. Là, on ne peut allé- 
guer, contre l'authenticité et l'âge des objets recueil lis, 
aucun remaniement avant eu lieu depuis leur en- 
fouissement. Une momie sous ses bandelettes et dans 
son cercueil n'est pas plus authentique que l'âge du 
renne dans cette grotte sous sa couche de stalagmite. 
La civilisation romaine qui dormait sous les cendres 
de Pompéi n'était pas plus intacte quand les investi- 




Nouveau buis de renne sculpté trouvé dans la grotte d'Ariuli. (Deux tiers de grandeur naturelle. 



gateurs modernes l'ont rendue à la lumière, que 
n'étaient les foyers de Lortet, quand la pioche de mes 
ouvriers les a mis à jour. J'ai fait fermer cette ca- 
verne pour la préserver contre les déprédations 
d'hommes presque toujours ignorants qui, sans droit 
et dans le seul but de se procurer quelques objets 
curieux, n'hésitent pas à faire disperser, et trop sou- 
vent à détruire, par la main d'ouvriers inhabiles, les 
précieuses archives de ces populations sans nom qui 
ont habile le sol de la France avant les peuples néoli- 
thiques. Ed. Piette. 

CHRONIQUE 

I.ïi comble Ilnrelly et la coiMéfe f'ugçîa. — • 

La comète découverte par M. Barelly a fait son apparition 
dans les régions célestes où la comète Coggia s'est mon- 
trée le 27 avril dernier. Mais son orbite est disposé d'une 
façon toute différente. Dès le i août, M. Hind a annoncé 
dans le Times que l'éclat de ce nouvel astre devait rapi- 



dement décroître, qu'il ne devait Lire qu'une très-courte 
apparition et qu'il ne tarderai! pas à disparaître dans l'hé- 
misphère boréal. Lorsque M. Borelly l'a aperçu, il était 
déjà à une distance de 80 millions de kilomètres et sa 
dislance a été sans cosse en augmentant depuis lors. Si son 
éclat a paru grandir pendant quelque temps, sans jamais 
devenir visible à la vue simple, c'est parce qu'il allait en 
se rapprochant du soleil et que par conséquent la quantité 
de lumière reflétée allait en augmentant notablement. Sa 
distance périhélie a dû être atteinte le b août, jour où, 
suivant M. Hind, il ne devait plus être visible même avec 
de fortes lunettes. La comète offrait au commencement 
du mois l'aspect d'une nébulosité montrant une forte con- 
centration de lumière, mais n'ayant pas, à proprement 
parler, de noyau. Son orbe ne ressemble à celui d'aucune 
comète déjà observée. 

D'après une dépèche électrique, reçue à la Société royale 
astronomique de Londres, la comète Coggia a été aperçue 
dans l'hémisphère austral à l'Observatoire de Melbourne 
où se trouve actuellement un des plu9 grands télescopes 
du monde. L'aspect de l'astre est véritablement magni- 
fique. 



174 



LA NATURE. 



riiussi 1 » prédictions de l'Observatoire. — Ou lï L 

dans le Bulletin de V Observatoire une protestation contre 
les prédictions météorologiques que l'on met sur le compte 
de notre établissement national. L'Observatoire se borne à 
publier dos prédictions pour le jour ou pour le lendemain, 
en résumant les renseignements télégraphiques reçus sur 
l'état du temps. — Ces probabilités, à courte échéance, 
basées sur des faits positifs, n'ont rien de commun avec 
les conjectures que certaines personnes hasardent, se pro- 
mettant bien d'en réclamer à grand bruit la paternité si 
le hasard les favorise; mais dans le cas contraire, la res- 
ponsabilité en resterait entière à l'Observatoire. 

Actuellement, après les derniers votes de l'Assemblée 
nationale, lu dotation dt: notre grand établissement astro- 
nomique s'élève à 200,000 francs. C'est une somme con- 
sidérable surtout si Ton songe aux charges qui grèvent le 
budget de la France; elle ne le cède guère en impor- 
tance au budget de Grernwich. L'administration supérieure 
r st appelée à statuer sur les propositions fuites par le Con- 
seil et qui sont, de nature à augmenter l'efficacité du per- 
sonnel. Nid doute que la haute administration ne sanc- 
tionne ces règles sévères, niais nécessaires au bon et 
complet accomplissement des devoirs de chacun. 

Kous savons de bonne source que les savants étrangers 
s'inquiètent avec un intérêt vrai ou affecté de l'état de lu 
réorganisation des services astronomiques en Fiance. Il 
ne faut pas que l'on puisse nous accuser un seul instant 
de négliger une occasion de reprendre dans l'étude de 
l'atmosphère le rang auquel notre histoire scientifique 
nous permet de prétendre. 

Expériences sur les armes romaines du mu- 
sée de Saint-Germain. — Une expérience très-inlé- 
ressante a eu lieu le mercredi 2'2 juillet dans le champ de 
manœuvres de Saint-Germain, en présence de M. le géné- 
ral de la Favc, commandant le camp et sous la direction 
de MM. Bertrand et de Mortillet directeurs du musée de 
Saint-Germain. On a essayé les machines de guerre des 
Homains qui appartiennent à cet établissement. 

L'on a "re a lancé des boulets de pierre à une distancede 
200 mètres. Les flèches des catapultes sont parvenues jus- 
qu'à 500 mètres en six secondes de temps. La vitesse de 
projection des pierres était d'environ 41 mètres par se- 
conde. Ces flèches atteignaient à tout couple but placé à 
une distance de 150 mètres, dés qu'on avait calculé la 
hausse, ce à quoi M. Maître, chef d'atelier du musée, qui 
dirigeait le tir, était arrivé facilement. Ces instruments 
sont restaurés d'après les bas-reliefs de la colonne Trajane 
et les renseignements que l'on a pu se procurer. On voit 
que les machines de guerre des Romains n'étaient pas aussi 
méprisables qu'on le pense communément, Pour juger du 
mérite de ces constructions, il n'est point opportun de se 
rappeler que le fusil du premier Empire ne partait pas 
sûrement à plus de KO mètres. Ces expériences seront 
répétées en public au mois d'octobre prochain. 

Les bnromètres vivants. — 1° L'araignée, lors- 
qu'il doit y avoir pluie ou vent, raccourcit, autant qu'elle 
le peut, les derniers fils auxquels sa toile est suspendue; 
lorsqu'elle les allonge, c'est du beau temps, et la durée du 
beau temps peut encore être calculée suivant le degré d'al- 
longement ; avis aux observateurs. 

1" L'hirondelle est aussi un baromètre presque infailli- 
ble. Lorsqu'elle rase )a terre et qu'elle jette de temps à 
autre un petit cri plaintif et aigu, c'est que la pluie est 
prochaine; si elle se tient dans les airs à une grande bail- 
leur, volant de côté et d'autre et se jouant avec ses sem- 



blables, cela présage un beau temps fixe; cependant, h 
l'approche d'un orage, elle monte quelquefois dans les 
nuages, mais alors elle plane plutôt qu'elle ne vole. 

3' Quand, au printemps, une seule pie quitte son nid, 
signe de pluie ; si le père et la mire le quittent ensemble, 
c'est du beau temps. 

4" La pluie est proche lorsque le paon pousse des cris 
fréquents; quand le pivert gémit, quand le perroquet ba- 
bille plus que d'habitude, quand la pintade se perche et 
que l'oie s'agite et manifeste de l'inquiétude, etc. 

Enfinces différents indices tirés des animaux, et d'au- 
tres encore ne doivent point être négligés; l'observateur 
doit toujours en prendre bonne noie; rien de tout cela n'est 
à dédaigner : il y va de l'intérêt de l'homme, dos champs, 
des récoltes, qui sont ses richesses et sont trop longtemps 
exposées aux diverses influences atmosphériques pour que 
sa prévoyance no soit pas continuellement en éveil. A cette 
époque de l'année, l'actualité de ces sortes de remarques 
ni; saurait être contestée. (Le Cultivateur.) 

L expédition de l'inionr-Daria. — Une expédi- 
tion, organisée par le gouvernement russe, a quitté Saint- 
Pétersbourg le 5 mai, pour aller dans le Syr-Daria. L'objet 
principal des recherches qui vont être entreprise*, est de 
faire une reconnaissance du delta de l'Amour-Daria pour 
juger jusqu'à quel point il est navigable. Ou emporte, dans 
ce but, une petite chaloupe à vapeur de faible tirantd'eau 
qui servira à une partie de l'expédition pour remonter le 
fleuve, jusqu'à l'endroit où il pourra encore flotter. Le com- 
mandement de l'expédition est confié au colonel Severtsof, 
dont les voyages dans le Thian-Shan sont bien connus. 
M. I. Bog Danof remplit les fonctions de naturaliste. Le 
grand duc Constantin devait prendre lui-même, la direction 
de ce voyage, mais des circonstances indépendantes de sa 
volonté l'en ont empêché. 

ACADÉMIE DES SCIENCES 

Séance du 10 août 187-4. — Présidence de M. Dcutiuxd 

Analyse minèraloijique des argiles. — Peu de sujets 
sont plus importants que celui dont l'élude occupe aujour- 
d'hui le savant directeur de l'école des tabacs, M. Schlce- 
sing. La connaissance intime de la nature des argiles in- 
téresse à la fois la minéralogie, la géologie, la chimie, 
l'agriculture et une foule de sciences appliquées. L'auteur 
arrive à en faire l'analyse immédiate ou minéralogique par 
un procédé bien simple, qui consiste simplement à délayer 
l'argile en expérience dans une eau alcaline. Il se fait un 
dépôt dont les couches n'ont pas la même composition. Au 
fond se trouve un silicate à peu près pur; plus liant, deux 
silicates sont mélangés et en haut on en rencontre trois. 
En recommençant sur ces deux dernières couches le triage 
déjà réalisé pour l'ensemble, on arrive promptement à 
séparer à l'état de pureté les trois silicates constituants. 
En opérant dans un entonnoir à robinet, celle séparation 
n'offre aucune difficulté. Il est remarquable de voir que 
les trois couches sont nettement séparées, car il en résulte, 
au point de vue géologique, une conséquence imprévue. 
C'est que des couches argileuses, quoique très-distinctes 
les unes des autres, peuvent dans certains cas résulter du 
dépôt de la même eau et ne pas nécessiter, comme on le 
croît généralement, l'arrivée successive sur le même 
point, d'eaux de provenances diverses. 

Le mmearine. — C'est un principe toxique qu'on peut 



LA NATURE. ' 



m 



cilrairu d'un champignon du genre agaricus. D'après 
M. le docteur Prévost (de Genève) celte substance admi- 
nistrée même à dose très-faible, active prodigieusement la 
sécrétion pancréatique et la sécrétion biliaire en même 
temps qu'elle anéantit la sécrétion urinaire. On sait que le 
sulfate d'atropine détermine les effets précisément in- 
versos. Il en résulte que ces deux substances toxiques peu- 
vent jouer réciproquement l'une vis-à-vis de l'autre le rôle 
de contre-poison. 

Charbons décolorants. — Il n'y a pas longtemps que 
nous analysions ici les recherches de >I. Mclscns sur les 
charbons propres à absorber les matières gazeuses. Le 
même chimiste traite un sujet analogue en étudiant le 
pouvoir décolorant des diverses substances charbonneuses. 
Comme ses prédécesseurs dans cet ordre de travaux, il 
arrive à cette conclusion que le charbon le plus actif comme 
décolorant est le noir d os ; et, partant de là, il cherche 
comment on pourrait imiter cette utile substance d'un prix 
malheureusement trop élevé. Jusqu'ici on a essayé de 
résoudre le problème on calcinant en vase clos des corps 
minéraux préalablement imprégnés de substances organi- 
ques; mais le résultat a toujours été défectueux. M. Mel- 
sens pense qu'on aurait avantage à faire absorber au con- 
traire une solution chlorbydrique de pbosphale de chaux à 
des matières ligneuses qui seraient ensuite carbonisées. 
On regrettera que cette idée n'ait point'été soumise au con- 
trôle de l'expérience. 

Eaux minérales. — Le savant docteur Garrigou (de 
Toulouse) adresse un important travail sur la nature cl le 
dosage des principes sulfurés dans les eaux minérales. 
Nous signalerons les méthodes qui ont permis à l'auteur 
de séparer les sulfures des sulfhydratcs de sulfures. 

Combustion de la poudre. — Poursuivant des expé- 
riences dont nous avons déjà entretenu plusieurs fois nos 
lecteurs, MM. Noble et iVbel constatent aujourd'hui que 
l'explosion de la poudre détermine une température de 
2200 degrés, c'est-à-dire tout à fait comparable à celle où 
le platine entre en fusion. Les résultats de l'explosion se 
répartissent entre 57 pour 100 de matières solides et 43 
pour 100 de gaz permanents. Ceux-ci consistent surtout 
en acide carbonique, on azote, en oxyde de carbone et en 
hydrogène sulfuré. Les poudres à très-petits grains don- 
nent moins de gaz que les grosses, mais en général les 
variations sont tellement grandes que, suivant les auteurs 
(visant évidemment la tentative récente de MM. Bunsen et 
Kirchhoff), il est impossible qu'aucune formule chimique 
rende jamais compte de la réaction. Les matières solides 
consistent surtout en carbonate, sulfate et hvposultile de 
potasse. Le sulfure de potassium que l'on cite cependant 
toujours comme le principal de ces produits de combustion 
n'arrive qu'en quatrième ligne. Ce résultat est d'autant 
plus digne de confiance qu'il a été fourni par des quan- 
tités relativement énormes de poudre que les auteurs, 
grâce à des appareils ingénieux, arrivent à faire brûler en 
vase clos. 

A cette occasion M. Dumas déplore qu'un travail tout à 
fait analogue, exécuté il y a quelques années par MM. Fouil- 
le t et Péligot, n'ait jamais été publié et soit sans doute 
égaré. 

Comètes. — Pendant sa courte apparition (du 10 juin 
au 14 juillet) la comète Coggia a été l'objet d'observations 
constantes. MM.W'olf et Rayet adressent les dessins quoti- 
diens qu'ils en ont faits avec la plus grande exactitude cl 
qui offrent d'autant plus d'intérêt qu'au moment de sa dis- 
parition la comète manifestait, d'une manière très-nette, la 
tendance à la division en deux. Elle se comportait par con- 



séquent comme a fait en 18-46 la célèbre comète de 
Biela. 

Phylloxéra. — Parmi les 40 ou 50 communications 
qu'il a reçues cette semaine sur le phylloxéra, M. Dumas 
mentionne surtout une lettre dans laquelle M. Lecoq de 
Boisbaudrant, signale, à la date du 5 août, l'apparition de 
l'insecte, ailé dans les environs de Cognac. M. Maurice Gi- 
rard décrit avec soin l'étendue du dommage causé déjà 
dans la même région et cherche, dans le département de 
la Charente, à déterminer la nature du sol qui parais- 
sent avoir les préférences de l'insecte. Un auteur, que le 
secrétaire n'a pas noauné, propose de verser du plâtre gâ- 
ché autour de chaque cep. Il pense que le bourrelet solide 
résultant de la prise, empêchera le parasite soit de sortir 
do terre, soit de gagner les racines, el dans tous les cas 
de se mulliplicr. 

Classification des couleurs, — Sous le titre de Classi- 
fication et contraste des couleurs, M. Vanonensta pré- 
sente, par l'intermédiaire de M. Clievreul, un volume en 
espagnol accompagné d'un atlas de 16 planches la plupart 
coloriées. L'auteur, pensionnaire de la province de Barce- 
lone, e.-t venu étudier à Paris les matières dont il a 
formé le sujet de son livre. L'utilité des méthodes do 
M. Chevreul a paru si grande, au point de vue industriel, 
que malgré la guerre civile la dépulation de Barcelone a 
voté l'impression, aux frais publics, de l'ouvrage de 
M. Vanonensta, qui sera donné gratuitement à toutes 
les bibliothèques de la République et aux industriels de la 
province. 

Le lac Triton. — D'un mémoire très-étendu, M. Fuchs. 
ingénieur des mines, envové récemment en mission scien- 
tifique dans la régence de Tunis, conclut que le projet de 
M. Jloudaire est dénué de toute base sérieuse. Cette con- 
clusion sévère fera désirer que les études projetées soient 
poussées avec activité. 

Manuel d'analyse qualitative et quantitative au cha- 
lumeau. — On sait les immenses services rendus par la 
publication du Traité du chalumeau de Plaltner. Un savant 
américain, M. Cornvvall, a, dans ces derniers temps, com- 
plété cet ouvrage et par une heureuse alliance avec la 
classification de Dana il en a fait en même temps un 
excellent compendium de minéralogie. On sera reconnais- 
sant à M. J. Ihoulct, jeune savant a Haché ou laboratoire du 
Collège de France, d'avoir, malgré la difficulté extrême du 
sujet, fait passer dans notre langue l'excellent ouvrage de 
Coriiwall. C'est un travail considérable dont le traducteur a 
contrôlé pratiquement tous les chapitres et qui peut lui 
être, compté comme une œuvre originale. 11 forme un vo- 
lume très-grand in-8° de près de 700 pages, illustré de 
trèr-nombreux dessins d'appareils, tous faits d'après nature 
et d'une planche hors texte donnant les principaux spectres 
métalliques. Ce beau volume est digne, à tous égards dû 
la librairie Dunod qui l'a édité. Staxislas Meunier. 



>$< 



LES COFFRES 

Deux familles très-naturelles composent à clles- 
seules l'ordre si curieux des Plectognathes, sorte 
de transition naturelle des poissons osseux aux pois- 
sons cartilagineux. La première est celle qui ren- 
ferme les poissons à dents d'ivoire réunies à chaque 
mâchoire, la seconde est celle que caractérise la 
forme des téguments généraux. On donne à cette 
dernière le nom de scléroderrne, et elle comprend 



176 



LA MATURE. 



précisément les coffres ou ostracions dont nous don- 
nons ici un spécimen. 

Les coffres n'ont point d'écaillés, ou, pour mieux 
dire, ils n'ont qu'une seule écaille, soit une cui- 
rasse à compartiments qui revêt tout leur corps. La 
même raison do symétrie qui guide la nature dans 
la forme hexagonale régulière pour emplir un espace 
donné sans laisser de vide quand il s'agit des cellules 
d'abeilles, fait adopter aux compartiments delà peau 
osseuse de l'ostracion la même forme hexagonale. 

Ainsi enveloppé dans cette carapace immobile, le 
poisson n'a de libre, au moyen de sortes de fausses 
articulations créées dans la peau, que la queue, les 



nageoires, la bouche et une sorte de lèvre membra- 
neuse qui ferme les ouïes. Ces ouïes, réduites à une 
fente aussi petite que possible, contiennent un oper- 
cule et six rayons. De même les nageoires sont ex- 
trêmement peu développées, elles sont réduites à une 
seule dorsale, très en arrière, et à une seule anale 
très-près de la queue; les ventrales manquent et les 
pectorales sont petites. 

La structure des coffres ne semble point favoriser 
les mouvements rapides; leurs mâchoires, armées 
chacune d'une douzaine de dents fortes et coniques, 
paraissent parfaitement adaptées à une nourriture 
composée de mollusques à tost ou de crustacés 




Coffre dt>s Tropiques. (Oslr.icion, L.) 



résistants ; enfin leur carapace les met à l'abri de 
tout accident près des rochers à bords coupants des 
récifs corallaires. Nous pouvons donc penser que leur 
habitat favori est tel que leur aptitude le décèle. 

Ces poissons, très- nombreux en espèces, sont 
doués de belles couleurs, inégalement disposées. 
Nous pouvons nous les représenter faisant tranquil- 
lement leur ronde autour des rochers, dans l'eau 
limpide et transparente, sous les rayons du solei! 
indieu ou américain des tropiques. On croit que plu- 
sieurs espèces sont vénéneuses : nous n'en serions 
point surpris eu raison même de leur genre de nour- 
riture. Ce qui est certain, c'est que ces animaux, 
qui n'atteignent jamais qu'une taille très-médiocre, 
sont en quelque sorte vides de chair et ne sont point 
recherchés comme nourriture. On peut croire aussi 
que la difficulté de manier ces animaux y est bien 



pour quelque chose dans le dédain qu'on leur témoi- 
gne : beaucoup sont munis d'épines et d'aiguillons 
dangereux, hérissés sur toutes les parties du corps : 
il y en a de plats, de triangulaires, d'autres à quatre 
pans!... 

Quelle qu'en soit la raison, on ne les recherche pas ; 
d'ailleurs la capacité de leur carapace est presque 
entièrement remplie par un énorme foie, plein 
d'une huile qui ne demande qu'à sortir... Toutes ces 
conditions ne font pas de l'ostracion un mets très- 
agréable, aussi ne le pêche-t-on que comme curio- 
sité; il se conserve en séchant, aussi facilement 
qu'une carapace de tortue, et il en acquiert la soli- 
dité. II. de laBlanchkiœ. 

Le Propriclairc-Gcrant : G. Tissas&irr. 
Conni'iL. — Tv. et slOr. de Cuurii. 



N° M. — 22 AOUT 187-4. 



LA NATURE. 



LE 



FAISAN D'ELLIOT AU JARDIN DES PLANTES 

(Calophasis Ellioli, Swh.) 

Ce nouveau venu, que nous n'avions pas encore vu 
vivant en Europe, où l'on n'en possédait que deux 
peaux, vient d'être rapporté de Chine, par M. l'abbé 
Armand David. Cet oiseau splendide est originaire 
de la chaîne de montagnes qui s'étend auprès de 
NiUp-pO dans la province chinoise de Che-Kiang, où 



il représente le type Faisan, do même que le faisan 
à collier (Phasianus torquatus) le représente un peu 
plus bas dans ces vastes pays qui se prolongent jus- 
qu'à la nier. 

Plus petit que le Torquatus, ce délicieux oiseau, 
que l'on peut aller admirer depuis peu au Jardin des 
plantes, est un des plus beaux du groupe. Il porte 
des ailes assez courtes et une queue d'une grande 
longueur; il rappelle un peu, par ses teintes alter- 
natives, le Revesii; mais ce qui le caractérise, c'est la 
ligne blanche qui traverse ses ailes et qui ne se trouve 
chez aucune autre espèce de la famille. Ce faisan est 




Le nouveau faisan du Jardin des plantes, rapporté Je Chine par l'abbé Armand David. (D'après nature.) 



encore le seul qui ait des plumes blanches au-dessous 
du corps. L'ensemble des caractères particuliers, 
mais peu tranchés, qui le séparent des vrais faisans, 
a engagé M. Elliot à créer pour lui une subdivision 
sous le nom de Calophase, ce qui le place tout près 
des Euplocomes. 

Si nous essayons de donner une idée de la robe 
très-bizarre de cet oiseau, nous pouvons dire que, de 
loin, ce qui frappe, c'est un habit cuivre rouge, et 
blanc par larges bandes en travers. Le cou et le com- 
mencement de la poitrine sont blanchâtres avec une 
vraie bavette noire, se continuant par une bande cui- 
vra rouge large, au-dessous de laquelle est le ventre 
plus ou moins blanc ou gris faible. L'œil est entouré 
d'une large membrane rouge avec un trait blanc qui 
le divise. Le bas du dos sur lu naissance de la queue 
î e an Béa. — 2» semeslro. 



I est couvert de plumes noires, bordées de blanc for- 
mant écailles, comme chez le faisan doré. Les pattes 
sont brunes bleuâtres. 

I La femelle est beaucoup plus terne dans ses cou- 
leurs, comme cela se présente habituellement chez 
les oiseaux, mais cependant elle rappelle plus fîdô- 
lerneut que dans d'autres espèces la superbe parure 
du mâle. 

Cette nouvelle espèce récemment découverte, ne 
semble pas devoir être la dernière que l'on trouvera 
dans la même région. Ces contrées, peu connues, sont 
d'une fertilité prodigieuse en ce qui concerne la fa- 
mille des Phasianidés. Le nombre d'espèces, voisines 
les unes des autres, est si considérable, que l'on se 
demande si des hybridations n'ont pa^ donné nais- 
sance à certains individus qui nous sont rapportés 

12 



178 



LA NATURE. 



comme faisant partie d'une compagnie en liberté. 
Certainement l'espace est grand et la Chine est un 
énorme empire, mais on s'étonne de trouver jusqu'à 
douze espèces très-différentes dans le pays compris 
entre l'Océan, le Tliibet à l'ouest, la Coehinehine et 
le Burmali au sud et la Mongolie au nord. Donnons 
à cette surface une valeur égale à l' Europe (elle ne 
l'a pas tout à fait), nous n'en amoindrirons pas la 
remarque que nous faisons, môme en comparant 
aux faisans asiatiques la famille des Perdicidés qui 
semblent, jusqu'à un certain point, les remplacer 
chez nous. Nous serions bien loin de trouver douze 
espèces de perdrix en Europe ! Il y a donc, dans le 
fait que nous signalons, deux considérations remar- 
quables : l'abondance des espèces voisines dans un 
espace limité, et la localisation presque continentale 
d'un type Lieu défini. 



>0< 



LES RAVAGES DES CHENILLES 

Un certain nombre d'espèces de lépidoptères nous 
(eront éprouver celte année un notable préjudice. 
Hn me rendant au mois de juin dans les Charcutes, 
pour l'étude du phylloxéra, je me suis arrêté à la 
campagne, près d'Orléuus, et j'ai été frappé aussitôt 
de l'aspect des pommiers, tant de verger que rie jar- 
din. Ils éLaîent dépouillés de leurs feuilles, les 
pommes tombées presque toutes, les rameaux recou- 
verts de toiles roussâlres, de sorte que de loin l'arbre 
semble brûlé. C'e*t un petit, papillon blanc de lait à 
légers points sur les ailes, l'Ypôuomente du pommier 
(Yponomenta malineUa) qui est la cause du mal. 
Ses chenilles vivent toujours sous des toiles, s'y ré- 
fugiant pendant le jour et ne sortant que la nuit 
pour manger; c'est sous le dernier abri qu'elles se 
chrysalident. Elles sont d'un vert noirâtre, se tortil- 
lent, si on les touche, comme de petits serpents, et 
se laissent tomber, rattachées aux branches par un fil 
qui sort de leur bouche. Si on avait eu soin de flam- 
ber avec une torche de paille ardente les premières 
toiles, le mal eût été évité. Cette petite opération 
devient impossible quand les toiles, successivement 
filées à mesure que la recherche de la nourriture 
l'exige, ont envahi tout l'arbre. Les paysans se cou- 
tentent de vous dire que ce sont les brouillards qui 
ont amené les chenilles, et se lamentent. J'ai vu la 
même apparence aux pommiers jusqu'à Angoulême ; 
en ce moment, quelques-uns seulement ont repris 
des feuilles de seconde pousse ; beaucoup sont morts. 

Dans l'Angoumois et la Saintonge, d'autres espè- 
ces d'insectes ont causé non moins de mal. Les taillis 
de chêne offrent en maints endroits l'aspect dépouillé 
de l'hiver, et la croissance sera retardée de plusieurs 
années. 

Les dégâts ont commencé par la chenille du Jiom- 
byce neustrien (Bombyx neustria, Unn.). C'est elle 
qu'on appelle la livrée, à cause des bandes bleues et 
fauves qui la parcourent en longueur, pareilles aux 



galons des anciens laquais. Dans leur jeune âge, ces 
chenilles se réunissent sous une grande toile pendant 
le jour; avec un peu de soin on pourrait les brûler. 
Cela est plus facile que de rechercher en automne 
les œufs pondus en bracelet autour des branches. 
Plus tard ces chenilles, plus furies et moins crain- 
tives, se dispersent hors de portée de notre atteinte. 
1.0s bois ont été achevés par une seconde espèce, 
plus tardive, le Bombycc disparate (Liparis dispar, 
Linn.), ainsi appuie par la forte disproportion de 
taille que présentent les deux sexes. Ici l'insecte est 
toujours solitaire, mais ses œufs sont faciles à voir. 
Ils sont en plaques sur les troncs, et couverts de 
poils roux, dont la mère s'est dépouillée pour garan- 
tir du froid de l'hiver une progéniture qu'elle ne 
doit jamais connaître. Ou dirait un tampon d'ama- 
dou. On voit souvent ces plaques d'œufs sur les 
ormes, les tilleuls, etc., de nos promenades. Un coup 
de pinceau enduit de goudron suffit pour anéantir 
la funeste nichée ; ou bien on racle les œufs au cou- 
teau et on les brûle. Il y a quelques années, sur les 
conseils d'un habile entomologiste, M. Boroo, pa- 
reille opération fut confiée à des femmes dans la 
forêt de Fontainebleau, et bien des hêtres couverts de 
ces œufs furent préservés pour l'année suivante. Ou 
trouva sur un seul hêtre trente-deux paquets d'œufs. 
JN'ous avons encore une autre espèce bien com- 
mune et très-nuisible, le Liparis chrysorrhea, Linn. 
C'est la phalène blanche à cul brun de Geoffroy, qui 
infeste nos squares et nos vergers. Le papillon, qui 
vole à peine, est tout blanc, et la femelle a le bout 
de l'abdomen couvert d'une touffe de poils bruns, 
qui servira à protéger les œufs contre le froid de la 
nuit. Les jeunes chenilles éciosent en automne, ga- 
gnent les bouts des rameaux, et assemblent des 
feuilles en paquet, rapprochées par des fils de soie. 
Elles passent l'hiver sous la tente, et, dans la grande 
loge commune, les jeunes chenilles s'associent en 
petits groupes dans des logettes particulières, comme 
des amis plus intimes qui se réunissent en fractions 
isolées au milieu d'une grande assemblée. Je vois 
souvent les jardiniers de la ville ou des particuliers 
' couper au sécateur ces paquets de feuilles ; mais 
bien des fois cette opération se fait trop tard, car 
dès les premiers soleils de février, les petites che- 
nilles sont sorties et ont gagné les branches. C'est 
par les brouillards froids ou les neiges de décembre, 
en choisissant les jours sans soleil, qu'il faut faire 
cet échenillage, si l'on veut trouver les logis pleins. 
En outre, presque toujours on laisse les paquets de 
feuilles sur le sol, et tout devient inutile, car, au 
premier soleil, les chenilles ont regagné les arbres. 
Il faut ramasser avec soin tous les paquets de feuil- 
les, eu remplir des paniers ou des sacs, et les livrer 
aux flammes vengeresses. Il est inutile de s'occuper 
d'une seconde espèce, plus svelte, plus élégante, et 
dont la femelle a l'abdomen terminé par un élégant 
panache de poils d'or. C'est le Liparis auriflua qui 
ne vit que dans les bois et n'est pas sensiblement 
nuisible. 



LA NATURE. 



179 



Un peu de soin et d'allention suffisent, comme 
on le voit, dès qu'on connaît les moeurs des insectes, 
pour diminuer beaucoup leur désastreuse multitude ; 
c'est aussi l'observation des habitudes qui nous ap- 
prendra le moment le plus farcira' île pour atteindre 
d'une manière efficace le redoutable puceron des 
racines de la vigne. Maurice Cirard. 



LES COMBINAISONS MÉTALLIQUES 

DE i/lIYDROGÈNE. 

(Suile et fin. — Voy. p. IjO } 

L'absorption de l'hydrogène par le palladium, dont 
nous avons parlé précédemment, n'est pas un fait 
plus difiieile à admettre que la formation do l'amal- 
game d'or produit par l'union du mercure et de ce 
métal. 

L'impossibilité qu'il y avait, d'isoler l'alliage lui- 
même, puisqu'il était mélangé avec un excès de pal- 
ladium, hissait un doute sur sa eompos.tion, et ne. 
permettait pas de voir si la combinaison s'était effec- 
tuée d'après la loi de D.dton. Cette lacune, qui existe 
forcément dans le travail de Graham, ne se retrouve 
plus dans les dernières expériences de MM. Troost et 
Hautefeuille. 

Lorsqu'on chauffe du potassium au contact de 
l'hydrogène dans une cloche courbe placée sur le mer- 
cure, ce g;;z ne fcirde pas à êlre absorbé. Gay-Lussae 
et ïhenard avaient déjà observé ce fait depuis long- 
temps, sans déterminer exactement les proportions 
suivant lesquelles avait lieu cette absorption; depuis, 
M. Jacquelain a môme proposé un procédé de sépa- 
ration de l'hydrogène et des carbures d'hydrogène, 
basé sur celte propriété. 

Reprenant ces observations plus qu'incomplètes, 
MM. Troost. et Hautefeuille ont déterminé exactement 
les rapports de poids des corps combinés. « Le potas- 
sium 1 sur lequel ils opéraient était contenu dans une 
nacelle de fer, pincée au fond d'un tube de verre com- 
muniquant par un tube en T, d'une part avec un 
manomètre, et d'autre part avec un robinet, à trois 
voies, qui permettait de le mettre en communication 
soit avec une pompe de Sprengel, soit avec une source 
d'hydrogène pur et sec. Le tube contenant le métal 
pouvait être porté successivement ;'i diverses tempé- 
ratures, que l'on maintenait constantes pendant un 
très-grand nombre d heures. L'hydrogène ne com- 
mence à être absorbé qu'au-dessus de 200° ; à 
cette température, l'absorption est d'une lenteur 
extrême; elle est beaucoup plus rapide si l'on 
chauffe vers 350°. 

En opérant sur 2 ër ,50Q de potassium, il n fallu 
250 heures pour saturer ce métal chauffé à 290°. 

Le potassium hydi ogéné préparé par un long séjour 
dans legaz hydrogène est très-cassautàla température 
ordinaire, semblable, par son aspect, à un amalgame 

1 Comptes rendus de V Académie des sciences, — Séaruc 
du 23 mars 1874. 



d'argent, dont il a le grain cristallin et tout l'éclat; 
aussi est-il difficile de se défendre de comparer le po- 
tassium hydrogéné à un véritable alliage. 

Ce composé peut être fondu dans l'hydrogène ou 
dans le vide sans subir la moindre altération. Mis au 
contact de l'air, il s'enflamme immédiatement. 

L'hydt ogène, en se combinant avec le potassium, 
produit donc un composé analogue à un alliage; 
mais MM. Troost et Hautefeuille sont allés plus loin. 
Soumettant cette nouvelle combinaison à l'analyse, 
ils ont montré qu'un volume de potassium se com- 
binait à 126 volumes d'hydrogène, soit 1 équivalent 
d'hydrogène pour 2 équivalents de potassium, la 
formule du nouveau corps étant K*H. 

En répétant ces expériences sur le sodium, 
MM. Troost et Hautefeuille ont montré qu'on obtenait 
un résultat analogue par l'union de ce métal avec 
l'hydrogène; cependant le deuxièniecorps ainsi obtenu 
est un peu plus stable que celui dont nous venons de 
parler; sa densité est. 0,959, et il s'altère moins fa- 
cilement à l'air. Quant à sa composition, les nombres 
trouves conduisent à représenter sa formule comme 
le composé de potassium , par l'union de 2 équivalents 
de sodium pour 1 d'hydrogène. 

Enfin le thallium et le lithium, tout en absorbant 
aussi l'hydrogène, ne forment pas "avec ce gaz des; 
composés définis, dans les mêmes limites de tempé- 
rature. 

Dans ses premières expériences, Graham avait 
essayé de déterminer la densité de l'hydrogène com- 
biné avec le palladium, en se basant sur l'augmen- 
tation de volume qu'éprouve ce métal lorsqu'il a 
absorbé de l'hydrogène. Il était ainsi arrivé au 
nombre 0,733. MM. Troost et Hautefeuille, eu 
étudimt l'hydrure de polassium, ont trouvé 0,62 
pour densité de l'hydrogène combiné au potassium, 
et 0,03 en déduisant ce chiffre de la combinaison de 
l'hydrogène et du .sodium. Ces deux nombres, sensi- 
blement égaux, permettent de rapprocher la densité 
de riiydrogétiium de celle du lithium représentée 
par le nombre 0,59. 

Ainsi, ces deux savants ont étendu les propriétés 
absorbantes des métaux pour l'hydrogène au potas- 
sium, au sodium, au lithium et au thallium ; bien 
plus, ils ont fait un pas immense en avant, en mon- 
trant que ces combinaisons étaient parfaitement défi- 
nies. L'hydrogène» se combine donc aux métaux 
pour produire des alliages, dans le sens complet du 
mot. A. l'état condensé, il joue le rôle d'un métal 
dont, à l'état normal, il ne serait que la vapeur. 
Cette idée, du reste, n'est pas nouvelle dans la 
science; elle n'est au contraire que la confirmation 
de tout ce que nous savons sur les propriétésde l'hy- 
drogène. 

L'hydrogène est, en effet, un gaz qui s'écarte de 
tous les autres métalloïdes, et qui ne peut être classé 
auprès d'aucun d'eux. Bon conducteur de la chaleur, 
magnétique, se combinant avec les irïdes pour don- 
ner des composés en tout point analogues aux sels 
proprement dits et décomposables de la même ma* 



180 



LA NATURE. 



nièrc par l'électricité, il se range auprès des métaux 
par l'ensemble de toutes ses propriétés. 

Les travaux de G-raliam étaient déjà venus donner 
un appui considérable à. cette manière de voir ; les 
brillantes expériences de MM. Troostct Iluutefeuille, 
en vérifiant les laits énoncés avant eux, et en étendant 
considérablemonl leurs conséquences, confirment, 
autant qu'il est possible do le faire, la nature essen- 
tiellement métallique de l'hydrogène 

Ed. LaNDRIK. 

L'AQUARIUM DE BRIGHTON 

Cet aquarium est le plus grand de tous ceux qui 
ont été construits jusqu'à ce jour. Plusieurs des bas- 
sins qui y sont contenus sont assez vastes pour que 
les marsouins et d'autres petits cétacés puissent 
facilement s'y livrer à leurs évolutions. Les travaux, 
commencés en 1809, ont été achevés en 1872, époque | 
depuis laquelle l'aquarium est livré au public. I 

Nous étions depuis longtemps désireux d'en faire j 
connaître les dispositions à nos lecteurs, et le diree- | 
tour de ce bel établissement a bien, voulu seconder 
lui-même nos efforts, en nous envoyant tous les do- | 
cumenls nécessaires, ainsi que les gravures repré- 
sentant le plan des constructions et la coupe d'une 
galerie principale. 

L'aire occupée par cet aquarium mesure 21. S mè- 
tres de long sur 50"',f>0 de large ; il est situé près 
du rivage. La construction est divisée intérieure- 
ment en deux corridors séparés l'un de l'autre par 
un intervalle considérable. A l'entrée du corridor 
ouest, on voit une vaste salle pourvue de tables sur 
lesquelles on peut se livrer à l'étude; entre les 
piliers qui supportent la voûte, on a disposé des ré- 
ceptacles mobiles, remplis d'eau de mer, dans les- 
quels on a placé les espèces trop petites pour que 
l'œil du spectateur puisse en jouir dans les bas- 
sins. 

Le plus petit des réservoirs composant cet aqua- 
rium à 5'", 05 de longueur sur 3 m ,55 de largeur, il 
contient environ 18 tonnes d'eau de mer; le plus 
grand présente un développement total de 59 mètres 
y compris les deux angles, sa largeur extrême est 
de 9"',15; il contient environ 500 tonnes d'eau. 
Une série de bassins, disposés par ordre de grandeur, 
s'étale entre ces deux réservoirs extrêmes; leur con- 
tenance totale est de 2,300 mètres cubes d'eau de 
mer. 

En outre des différents compartiments destinés 
aux espèces assez grandes, on a placé dans les réser- 
voirs une demi-douzaine de tables octogonales creu- 
ses, ïiabitées par les étoiles de mer, les anémones et 
d'autres branches des mêmes familles, qu'il est pré- 
férable de regarder de haut en bas, pour mieux ju- 
ger de leurs particularités. Perpendiculairement aux 
deux corridors on a ménagé des bassins, dans les- 
quels on voit des plioques et d'autres amphibies ainsi 
que de grands reptiles; derrière ceux-ci, se dresse 



une masse granitique pittoresquemeiit revêtue de 
fougères choisies et de plantes aquatiques, au milieu 
desquelles roule l'eau nécessaire à l'alimentation des 
bassins, sous la forme d'une cascade de 12 mètres 
de hauteur. 

Deux compartiments de grandes dimensions sont 
réservés aux poissons d'eau douée. Plusieurs autres 
bassins d'une capacité beaucoup moindre sont mis à» 
part dans la chambre affectée à l'histoire naturelle. 

Le style général de la construction est du genre 
italien, la voûte est en briques multicolores, les 
colonnes qui la supportent sont formées de pierres 
de grains différents, parfaitement polies; les chapi- 
teaux sont ornementés d'emblèmes marins de toutes 
sortes; le parquet est formé de carreaux. 

Les divisions entre chaque bassin sont faites au 
moyen de trois feuilles de verre, dont l'épaisseur est 
de 25 millimètres; ces plaques sont soutenues par 
un cadre en fer. Parmi les objets remarquables qui 
frappent généralement l'attention du visiteur, il faut 
citer un énorme bloc de rochers qui domine d'une 
façon vraiment imposante les étangs artificiels con- 
sacrés aux amphibies. 

Le renouvellement de l'oxygène dans les bassins 
a lieu sans cesse, pour assurer le bien-être des ani- 
maux marins renfermés dans l'aquarium. L'addition 
du gaz oxygène s'opère à l'aide d'air comprimé qu'on 
chasse à l'intérieur et au fond des réservoirs par 
des tubes en caoutchouc vulcanisé; le nombre des 
tubes est en proportion avec la section des bassins. 

La visite de l'aquarium de Brighton se fait habi- 
tuellement en commençant par les vitrines n°" 1 à ;> 
(voir le plan ei-eoutre), dans la galerie de l'est; on 
continue à passer en revue, dans la niènie salle, les 
bassins n os G à 11 et 52 à il qui sont de très-gran- 
des dimensions. Le plus grand de tous les bassins 
est le n° 6, qui ne contient pas moins de 4Û00 gal- 
lons d'eau. (Le gallon anglais vaut 4,5i de litre.) Les 
bassins de la galerie de l'ouest, tous de la même 
grandeur, sont beaucoup moins volumineux : on eu 
compte 20; d'un côté les n 0B 12 à 17, de l'autre 18 
à 31. 

L'aquarium de Brighton, que nous venons de dé- 
crire succinctement, est, comme on le voit, un des 
plus remarquables qui existent actuellement; grâce 
à la bonne disposition de ses bassins, à l'aération 
des eaux, il a pu conserver certains habitants de 
l'Océan très-délicats, comme les harengs et les ma- 
quereaux, qui ne vivent généralement pas long- 
temps en captivité; grâce à la proportion de ses 
Cu'ves, il lui a été possible de présenter aux visiteurs 
des c/Hacés d'assez grandes dimensions qui ne sau- 
raient être contenus dans la plupart des aquariums 
modernes. Malgré ces avantages, l'établissement de 
Brighton offre toutefois quelques inconvénients, que 
les naturalistes anglais ont eux-mêmes reconnus. Il 
laisse peut-être encore à désirer au point de vue du 
renouvellement de l'eau de mer contenue dans les 
bassins ; mais il est question de compléter les con- 
structions de l'aquarium de Brigliton par l'érection 





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182 



LA NATURE. 



u'nn immense réservoir supplémentaire , qui per- 
mettrait de remplacer immédiatement l'eau d'une 
piscine, troublée par une cause fortuite. Le succès 
linancier de l'cxpoitation, est bien fait pour encou- 
rager les directeurs de l'établissement anglais, et 
pdur les exciter à marcher encore vers de nouveaux 
progrès, sans hésiter à faire de nouveaux sacrifices. 

Gaston Tissandier. 



LES SATELLITES DE JUPITER 

VISIBLES A L'ŒIL M'. 

Les satellites de Jupiter sont-ils visibles à l'œil nu? 
On répond ordinairement négativement à cette ques- 
tion. Cependant, à Tune des dernières séances de la 
Société astronomique de Londres, un astronome an- 
glais a déclaré les avoir vus. 

Le 5 avril dernier, à 10 heures du soir, par une 
nuit très-pure, M. Dcmiing, de Bristol, a parfaite- 
ment distingué à côté do Jupiter et à l'œil mi le troi- 
sième et le quatrième satellite. Ils étaient alors par- 
ticulièrement bien placés pour une telle observation 
se trouvant dans leur plus grande élongation de la 
planète. Mais cette position arrive souvent, et cepen- 
dant une pareille visibilité est excessivement rare. 
L'auteur est parvenu à les distinguer en masquant 
l'éclat de Jupiter. Dans le chercheur (grossissant cinq 
fois) et clans une jumelle d'opéra (grossissant trois 
fois), il les voyait très-facilement sans masquer la 
planète, et ne fut plus étonné de les apercevoir à 
l'œil nu, quoique jusqu'alors il eût été Iras-sceptique 
sur ce point. 

Ayant essayé plusieurs fois et fait essayer la mémo 
expérience dans les meilleures conditions d'observa- 
tion sans obtenir aucun résultat, je conclus de l'ob- 
servation précédente que la vue de M. Deuniug est 
exceptionnelb' ; ce qui, du reste, est démontré par 
ce fait qu'il peut compter, à l'œil nu, treize étoiles 
dans les Pléiades et qu'il a souvent vu Jupiter en 
plein soleil. J'ajouterai que le 5 avril dernier le qua- 
trième satellite de Jupiter était plus lumineux que 
d'habitude et égal en éclat au troisième. On sait que 
la découverte des satellites de Jupiter a été le premier 
résultat de l'invention des lunettes. 

Le 7 janvier 1 G l Oà Padoue, Galilée aperçut près de la 
planète que le nouvel instrument avait dotée d'un dis- 
que sensible et bien tranché, trois petites étoiles; 
deux étaient ?» l'orient, la troisième à l'occident. Le 
lendemain, il les vit tontes les trois à l'occident, le 
surlendemain on n'en voyait plus que deux, et elles 
étaient situées à l'orient du disque de Jupiter. Tout 
cela ne pouvait pas être expliqué par un déplacement 
admissible de la planète et indiquait un mouvement 
propre de ces petites étoiles. Frappé de la singularité 
de ce résulta!, Galilée redoubla d'attention; le 13, 
il aperçut quatre étoiles. Brei, il constata qu'il y avait 
dans le firmament un astre autour duquel circulaient 
des planètes secondaires, comme les planètes ancies- 



nement connues circulent autour du soleil : c'était le 
monde de Copernic en miniature; les idées de ce 
grand homme semblaient désormais ne pouvoir plus 
être rejetées. Aussi rapporte-t-on que Kepler en ap- 
prenant les observations de l'astronome de Florence, 
s'écria, en parodiant l'exclamation de l'empereur 
Julien: Gdlilœvici.sti! 

Comme toutes les découvertes, celle-là ne fut pas 
admise sans critique. Une académie tout entière, 
celle de Cortone, prélendit que les satellites étaient 
le résultat d'une illusion d'optique produite par la 
lunette. Dans les dialogues contenus dans l'ouvrage 
de Sizio, lorsqu'un des interlocuteurs demande pour- 
quoi on voit cpiatrc satellites autour de Jupiter seu- 
lement, on lui répond : parce que la lunette est pro- 
pre (proporzionato) à produire de telles apparences à 
la distance de Jupiter et non à d'autres dis lances. 
Clavius disait, en octobre 1610, que pour voiries 
satellites, il fallait d'abord construire une lunette 
qui les engendrât. 11 est vrai que dès le mois de dé- 
cembre suivant il abandonna cette opinion absurde 
aussitôt qu'il eut observé lui-même les astres eu 
question. Galilée rapporte qu'il y avait à Pise, ou 
philosophe nommé Libn, qui ne consentit jamais à 
mettre l'œil à la lunette pour voir les satellites de 
Jupiter. « J'espère, ajoute l'illustre philosophe (ledit 
Libri venait de mourir), que n'ayant jamais voulu 
voir les satellites sur la terre, il les aura aperçus en 
allant, au ciel. » 

Cette découverte de Galilée montre bien qu'avant 
lui, on n'avait pas observé les satellites de Jupiter, 
ce qui serait arrivé s'ils étaient visibles à l'œil nu en 
même temps que la planète. 

Cependant dans les planches d'une encyclopédie ja- 
ponaise, dont la première édition remonte à une épo- 
que bien antérieure à celle del'iuventiondes lunettes, 
Jupiter est ligure ayant à ses côtés deux petites étoiles; 
mais ce dessin ne prouve pas grand 'chose, et il est certain 
que les Japonais, ajoutent aux textes de leurs plus an- 
ciens ouvrages, quand ils les réimpriment, les docu- 
ments qu'ils ont reçus de leurs communications avec 
les Hollandais; la circonstance que Jupiter est dessiné 
avec deux et non avec quatre satelllites, peut bien 
paraître difficile à expliquer sans pour cela qu'elle 
soit décisive quant à la visibilité de ces petits astres 
sans le secours de lunettes. 

Wrangcl rapporte quJen Sibérie il rencontra un 
chasseur du pays qui, lui montrant Jupiter, lui dit : 
« Je viens de voir cette grosse étoile en avaler une 
petite et la vomir peu de temps après. » C'était, sui- 
vaut le célèbre voyageur russe, une immersion et 
l'éniersion subséquente du troisième satellite à la- 
quelle le chasseur faisait allusion. La pénétration de 
la vue des indigènes et des Tar tares est, comme on le 
sait, devenue proverbiale. 

Boussingault les a cherchés en vain à Bogota à 
2,040 métros d'altitude. Il en fut de même de 
Pi'izzy Sniytli du sommet civ. Ténériffe. Cependant, le 
marquis d'Ormonde les a vus dans le ciel de l'Etna; 
l'astronome Jaeob a aperçu le troisième à Madras ; la 



LA NATUUE. 



il 



missionnaire Stoddart, en Perse, rapporte dans son 
journal, qu'il pouvait en découvrir de temps en 
temps au crépuscule avant que la planète ait acquis 
tout son éclat; le 1 er septembre 1852, M. Webb a vu 
en Angleterre le 3 e et le 4 e placés du même côté et 
loin de Jupiter, mais il faut, dire qu'il se servait pour 
cela de son lorgnon concave. M. Boguslawski, direc- 
teur de l'Observatoire de Breslau, rapporte qu'un 
tailleur de cette ville, mort en 1837, distinguait sou- 
vent le i« et le 3 R . Banks a vu le 1 er et le 2 e réunis 
en un seul, le 5 e assez souvent, et une fois le ¥\ le 
2 e et le 3 e ont été vus séparément par lîoyds, en 
18G0. Mason a vu le 3 e en 1865. (les divers exemples 
montrent que les satellites de Jupiter sont parfois 
visibles à l'œil nu, mais à la condition d'être doue 
d'une vue exceptionnelle, de les chercher exprès et 
de masquer la planète de manière à n'être pas 
ébloui par ses rayons. Il est encore plus rare de 
pouvoir les distinguer sans cette dernière précau- 
tion. 

On peut expliquer cetlu visibilité en remarquant 
que lorsqu'on regarde Jupiter à l'œil nu cette planète 
semble formée d'un point central lumineux, d'où 
partent, dans tous les sens, des rayons divergen's. 
Ces rayons sont plus ou moins longs. Il existe, sous ce 
rapport, d'énormes différences entre tel et tel obser- 
vateur ; chez l'un, les rayons ne dépassent pas trois, 
quatre ou cinq minute» de degré ; chez d'autres, ils 
s'étendent à douze ou quinze minutes. Pour tout le 
monde, les satellites se trouvent donc ordinairement 
noyés dans une fausse lumière. 

Si nous supposons maintenant que l'image de Ju- 
piter dans certains yeux exceptionnels, s'épanouisse 
seulement, par des rayons d'une minute ou de deux 
minutes d'amplitude, il ne semblera plus impossible 
que les satellites soient de temps en temps aperçus 
sans avoir besoin de recourir à l'artitice de l'amplifi- 
cation. Pour vérifier cette conjecture, Ara go fit con- 
struire une petite lunette dans laquelle l'objectif et 
l'oculaire avaient à peu près le même loyer et qui 
dès lors ne grossissait point. Cette lunette ne détruit 
point entièrement les rayons divergents, mais elle en 
réduit considérablement la longueur. Eh bien, cela 
a suffi, dès le premier essai, pour quHin satellite (le 
troisième), convenablement écarté de la planète, 
soit devenu visible. Le fait a été constaté par tous 
les astronomes de l'Observatoire. 

Dès qu'on a établi que les satellites de Jupiter peu- 
vent être aperçus sans grossissement d'aucune sorte 
il est évident que l'œil qui réduira les rayons diver- 
gents de l'image de la planète à la longueur que ces 
rayons conservent dans la petite lunette non grossis- 
sante, découvrira ces faibles astres tout aussi .bien 
que les yeux ordinaires le font en employant l'instru- 
ment. Tout porte à croire qu'il existe des yeux na- 
turellement doués de celte perfection, des yeux qui 
dépouillent les images des objets éloignés et les plus 
brillants de presque tnute fausse lumière. 

Le 3 e satellite de Jupiter (le plus gros des quatre) 
est un astre de sixième grandeur • je l'ai constaté, 



en 1872, lors de la conjonction de Jupiter avec Ura- 
nus, dont j'avais calculé les éléments et que j'ai 
observé tout exprès pour mesurer cet éclat. On 
pourrait donc le voir ordinairement à l'œil nu, s'il 
n'était pas baigné dans la lumière de Jupiter. 

Ajoutons que les quatre satellittes de Jupiter sont 
situés aux distances respectives de 108,000, 170,000 
272,000 et 478,000 lieues de Jupiter ; que leurs dia- 
mètres sont respectivement de: 1,020,865, 1,500 
et 1 ,050 lieues (le 5 e satellite est cinq ibis plus gros 
que la lune et presque deux fois plus gros que Mer- 
cure), et que cesquatres petits inondes circulent au- 
tour de la planète, le 1 er en 1 jour 18 heures ; le 
2 e en 5 jours 13 heures; le 5 e en 7 jours 3 heures et 
le 4 e en 16 jours 16 heures, produisant ainsi quatre 
espèces de mois, de marées et d'éclipsés, aux habi- 
tants de ce monde immense. C. Flammarion. 

LBS RUINES DE TROIE 

ET LE TRÉSOR DU ROI PRIAM. 

DÉCOUVERTES RÉCENTES DU D T S CIIL I EM ANS. 

Notre siècle est un siècle éminemment investiga- 
teur et plus que tout autre entraîné vers les études 
archéologiques par une inquiète et liévreuse ardeur. 
Sourd aux accents d'une littérature énervée et mou- 
rante, entouré de ruines morales qui, chaque jour, 
s'amoncèlent, peu satisfait du présent, il s'élance 
vers le passé, pour y chercher d'autres ruines, qui 
lui rappellent les plus anciennes origines de l'homme 
et de ses races, les ébauches primitives dues à son 
génie artistique et industriel, les commencements 
encore si obscurs de son histoire, et même les temps 
préhistoriques. 

Les savants travaux de M. Layard, sur Ninive et 
Khorsabad, les fouilles si fructueuses de M. Mariette 
en Egypte, celle de MM. Squier et Dairs, dans les 
Mounds ou Tumuli des bords de l'Ohivet et du Mis- 
sissipi, les découvertes si précieuses pour la paléon- 
tologie humaine, dues à la courageuse persévérance 
de Boucher de Perth.es et à l'ingénieuse sagacité 
d'Ed. Lartet, de sir Charles Lyell, de John Lub- 
bock, de Wilson, de Tylov, etc., etc.; tout cela 
n'indicmc-t-il pas un mouvement très-prononcé vers 
les études qui ont pour objet les vestiges que 
l'homme a laissés sur la terre ou dans ses profon- 
deurs depuis les temps les plus lointains? 

Au nombre des plus récents travaux d'archéologie 
qui ont vivement frappé l'attention publique, nous 
pouvons inscrire, à bon droit, l'important et splen- 
dide ouvrage que le docteur Ileinrich Schliemann 
vient de faire paraître à Leipzig, sous le titre attractif 
de Trojanische AUerthûmer {Antiquités trotjennes). 

Un poêle avait dit, en parlant de la ville antique;, 
dont un autre poète a chanté les mal li cuis en vers 
immortels : 

ttiujn péri lire ruina;, (LucAlM.) 



AU 



LA NATURE. 



El voilà que M. Sciiîiemaim et la noble compagne 
de sa vie et de ses travaux viennent donner un dé- 
menti formel à Lucain. 

Et voilà que tous deux découvrent avec joie, 
Le faible Simoïs et les champs où tut Troie. 

Et campos ubi Troja fuit. 

D'autres, il est vrai, croyaient les avoir découverts 
depuis longtemps. Vers la fin du sièeletlernier (4 788), 
un voyageur français, Le Chevalier, prétendit même 
avoir prouvé que Virgile s'était trompé en plaçant, 
avec toute l'antiquité grecque, la ville de Troie et sa 



citadelle sur les hauteurs désignées par Homère, 
c'est-à-dire sur la colline même qui porte aujour- 
d'hui le nom de Hissarlik 1 . 

Selon lui, la cité homérique aurait été bâtie sur 
l'emplacement occupé par le "village actuel de Boit- 
nar-Bachi ; la citadelle de Pcrgame était assise, au 
contraire, sur mie des collines rocheuses qu'entoure 
le Scamandre, et au sommet desquelles on aperçoit 
trois tertres coniques, rangés en ligne, que Le Che- 
valier considère comme étant les tombeaux des héros 
troyens. Quant aux sources qui coulent au pied de 
la colline, elles étaient, d'après l'auteur du Voyage 




Plan de Troie à l'époque do Pnam. 
A. Tour d'iiium. — fi. Maison à deux étapes antérieure à la prise de Troie. — C. Constiuctions troyennes et constructions postérieures 
superposées. — D. Maisons troyennes. — E. Grande» cruches en terre cuite. — F. Aulel des r-acrifices de la Minerve troyenne avec 
rigole pour l'écoulement <lu sang. — G Restes de maisons troyennes. — II. Endroit où l'on a retrouvé le trésor de Priant. — K R(>>tes 
du palais de Priam. — M. Portes Scées. — N. Mur antérieur à Troie. — 0. Biaisons troyennes et murs postérieurs superposés. — 
P. Mur de fortification antérieur à Troie. — B. Mur de soutènement anléricur à Troie. — S. Restes du mur d'enceinte de Troie. 



en Troade, celles où les jeunes Troyennes allaient 
laver leurs vêtements. 

Bien que basé sur des données topographiques très- 
sujettes à controverse et sur des textes faussement 
interprétés, l'ouvrage publié en 1788, par Le Che- 
valier, eut un très-grand succès (trois éditions de 
1788 à 1802), et son opinion, toute erronée qu'elle 
étL.t, acquit, pour ainsi dire, force de loi. 

Tout récemment encore (en 1871), cette opinion a 
trouvé un défenseur malheureux dans M. Cari Cur- 
tius, de Berlin, et cela au moment même où les 
fouilles de sir John Lubboek, du consul Halm, et 



j surtout celles de M. il. Schliemann mettaient hors 
de cause Bounar-Bachi, et apportaient les preuves les 

' plus convaincantes en faveur de Hissarlik 2 . 

| En effet, ces fouilles ont démontré jusqu'à l'évi- 
dence que ni les prétendus tombeaux troyens, indi- 
qués par Le Chevalier, ni l'emplacement de Bcuiiar- 

1 Pour bien connaître la topographie de la Troade, on peut 
consulter avec fruit le préambule de la savante étude aur 
le sujet qui nous occupe, inséré, par M. Emile Burnouf, dans 
la Revue des Deux-Mondes, du I e ' janvier 187 i. 

* Nous ne parlons pis de l'opinion, aujourd'hui complète- 
ment abandonnée, qui plaçait sur la colline de Chiblak ou 
i'Àtchi Hicnui le site de 1 antique Mon. 



LA X A TU RE. 



185 



Cachi lui-même ne renfermait aucun objet archaïque, 
aucune trace d'habitation humaine. Ce n'est donc ni 
à liounar-Baelu, ni àChiblak, ni à Atchi-Kieum qu'il 
faut chercher la véritable Troie et la citadelle de Per- 
game. Voyons si nous serons plus heureux en por- 
tant nos investigations du côté de Ilissarlik, c'est-à- 
dire en nous laissant guider par la tradition popu- 
laire, les éciits des auteurs anciens les plus accrédi- 
tes, et principalement par les fouilles gigantesques 
exécutées à si grands frais et avec tant de zèle et 
d'intelligence par .M, et M" IC Sehliemann. 



Ici, indépendamment de l'autorité d'Homère, qui 
vivait environ 700 ans après la prise de Troie par 
les Grecs, nous avons encore celle d'IIcrodoie, de Xé- 
nophon, d'Arrieu, de l'hitarque, de Justin, qui tous 
s'accordent à placer l'Ilion d'Homère à Ilissarlik, 
c'est-à-dire à l'endroit où M. Sehliemann vient d'en 
retrouver les ruines ensevelies sous plusieurs cou- 
ches de ruines plus récentes. Dans l'une de ces 
couches, qui s'étend de sept à dix mètres au-des- 
sous du sommet de la colline, on trouve en effet des 
preuves incontestables d'un violcut incendie 1 , un 




Grandes cruches en terre cuite, trouvées dans les ruines de Troie (E. plan ci-contre;. 



palais, une double porte, située à l'occident de ce 
palais, une tours élevant à quelque distance de cette 
double porte, des symboles religieux (idoles et vases 
à figure de chouette, 'fka.uv.Mmc 'AÛvjvr,), enfin un tré- 
sor renfermant des objets qui, dans leurs moindres 
détails , répondent aux descriptions que nous en 
donne Homère. N'y a-t-ilpas là de quoi contenter les 
plus sceptiques et les plus exigeants? 

Commencées au mois d'avril 1870, les fouilles exé- 
cutées par M. Sehliemann n'ont été terminées qu'au 
mois d'octobre 1873. Elles l'ont donc occupé pen- 
dant trois années entières, et cela au milieu des plus 
grandes difficultés, quelquefois même sous l'immi- 
nence des plus grands dangers pour sa vie et celle 
des nombreux ouvriers, turcs ou grecs, qu'il em- 
ployait à ces travaux. 



Je passe à dessein sous silence les tracasseries que 
lui suscita et lui suscite encore aujourd'hui le gou- 
vernement turc", pour arriver aux résultats pré- 
cieux dont ces fouilles viennent d'enrichir la science 
du passé. 

l) r N. Jolv, de Toulouse. 

— La suite prochainement. — 

1 M. É. Burnouf fait remonter cet incendie au dix-septième 
siècle avant notre ère. L'existence d'Homère est po&térieurc 
de sept ou huit siècles à cet événement. 

* On lit dans Y Indépendance bcltje. juin 1874 : c La Cour 
d'appel d'Alliènesa ordonné, le 4 de ce mois (juin), la saisie 
des ol'jels antiques découverts en Troade par M. Sehliemann, 
et réclamés par le Musée de Constanlinople. Mais lorsqu'on 
crut apposer les scellés, tout avait disparu. La Porte a fait 
une protestation publiquj co.ilre l"ac(|uisition de ces objet 
par cession, achat ou donation, o 



iSG 



LA .NATLT.E. 



L'ASSOCIATION FRANÇAISE 

pour, l'avancement dks sciences. 

Session de Lille. 

SKANU-: iTotYEHTIJIlE (20 AOl.T 187»). — DISCOURS liE M. WURTZ. 

Le Congrès scientifique de Lille a été inauguré 
par un magnifique discours du président de l'Asso- 
ciation française. Nous publions quelques extraits 
de celte remarquable allocution : 

« François Bacon a conçu l'idée d'une société 
d'hommes voués au culte de la science. Dans sa Nou- 
velle Atlantide, où il décrit l'organisation de cette 
société et son influence sur les destinées d'un peu- 
ple sagement gouverné, il nous la montre s'élevant 
à la hauteur d'une institution d'Etat. Le progrès de 
la civilisation parlarecbercbe de la vérité, et la vérité 
reconnue dans l'ordre de la nature par l'expérience 
et l'observation, tels étaient le but proposé et le 
moyen mis en oeuvre. Ainsi, dans un siècle où régnait 
encore lo syllogisme et qui était loin d'être affranchi 
du joug de la scolastique, le chancelier d'Angleterre 
assignait à la science à la fois sa vraie mélbode cl sou 
rôle dans le monde. 

« Le plan de Bacon embrassait toutes les brandies 
des connaissances humaines, f.a terre était parcou- 
rue par une foule d'observateurs chargés les uns 
d'étudier les monuments du passé, la laneue, les 
mœurs, l'histoire des peuples ; les autres d'observer 
la configuration cl les productions du sol, de noter 
la structure superficielle du globe et les traces de 
ses révolutions, de recueillir toutes les données con- 
cernant la nature, l'organisation et la distribution 
des plantes et des animaux. Les sciences exactes 
étaient cultivées par d'autres hommes, fixés dans 
diverses régions. Des tours étaient construites pour 
l'observation des astres et des météores; de vastes 
édifices, disposes pour l'élude des lois physiques et 
mécaniques, recevaient les machines qui suppléent 
à l'insuffisance de nos forces, et les instruments qui 
ajoutent à la précision de nos sens et rendent sensi- 
bles les démonstrations abstraites. Ce labeur immense 
était continu, coordonné, contrôlé. 11 avait pour 
mobile l'abnégation personnelle, pour règle l'exac- 
titude, pour sanction le temps. Il était donc fruc- 
tueux. 

« Telle était l'idée de François Bacon. Observer 
toutes choses par la comparaison raisounée de ces 
observations, dévoiler les liaisons cachées des phéno- 
mènes et s'élever par induction à la découverte de 
leur nature intime et de leurs causes, tout cela en 
vue d'étendre l'empire de l'homme sur la nature en- 
tière et d'exécuter tout ce qui lui est possible, voilà 
le but qu'il nous a montre, voilà le rôle de la 
science - 

« Cette grande exploration de la terre, qu'il vou- 
lait institiiT, cette recherche patiente et exacte des 
lois de l'univers, cetle intervention mesurée de la 
science dans les choses de la vie et du monde, tout 



cela pouvait-il être l'œuvre de son temps ? Il le con- 
naissait trop bien pour oser l'espérer lui-même et 
c'est par cette raison sans doute qu'il a relégué le 
pays fortuné qui jouissait d'une si noble institution 
dans la solitude du grand Océan. 

« Ii y a trois siècles la conception de Bacon pou- 
vait passer pour une généreuse utopie. Elle est de- 
venue une réalité aujourd'hui. Ce magnifique pro- 
gramme qu'il traçait, alors, c'est le notre, messieurs, 
le nôtre non pas dans le sens restreint du mot, car 
j'étends ce programme à tous ceux qui dans les 
temps modernes et dans tous les pays s'adonnent à 
la recherche du vrai, à tous les artisans de la science, 
humbles ou grands, obscurs ou illustres, et qui for- 
ment en réalité, sur tous les points du globe et sans 
distinction de nationalité, cette vaste association que 
rêvait François Bacon. Oui, la science est aujourd'hui 
un champ neutre, un bien commun, placé dans une 
région sereine, supérieure à l'arène politique, inacces- 
sible, je voudrais pouvoir le dire, aux luttes des par- 
lis et des peuples : en un mot ce bien est le patri- 
moine de l'humanité. 11 est aussi la principale 
conquête de ce siècle, que mon illustre prédécesseur 
a qualifié avec tant de raison de siècle de la science. 

« Les générations modernes assistent en effet à un 
spectacle magnifique. Depuis cent ans l'esprit humain 
a dirigé un effort immense vers la recherche des phé- 
nomènes et des lois du monde physique. De là un déve- 
loppement surprenant de toutes les sciences fondées 
sur l'observation et sur l'expérimentation. Des idées 
nouvelles qui ont surgi de nos jours sur la coi rela- 
tion cl ia conservation des forces ont été comme une 
révélation pour quelques-unes de ces sciences. La mé- 
canique, la physique, la chimie, la physiologie elle- 
même y ont trouvé à lu fois un point d'appui et un 
lien. Et ce puissant essor des idées a été soutenu par 
le progrès des méthodes, je veux dire par l'exactitude 
plus attentive des observations, la délicatesse perfec- 
tionnée des expériences et la sévérité plus rigoureuse 
des déductions. Voilà les ressorts de ce mouvement 
qui entraîne les sciences et dont nous sommes le? 
témoins étonnés et émus. C'est pour le propager a 
loin dans notre pays que no-us tenons chaque aune' • 
ces assises où sont convoques tous ceux qui partici- 
pent ou qui s'intéressent à la lutte contre l'inconnu. 
La lutte contre l'inconnu, voil.'i la science; car si 
dans les lettres, il suffit de donner une expression et 
dans les arts un corps à des conceptions ou à des 
beautés éternellement déposées soit dans l'esprit 
humain, soit dans la nature, il n'en est pas ainsi 
dans les sciences, où la vérité est profondément ca- 
chée. Elle veut être conquise, elle veut être dérobée, 
comme le feu du ciel. 

« C'est de quelques-unes de ces conquêtes que je 
désire vous entretnir aujourd'hui, plein d'incerti- 
tude et d'appréhension devant une tache si grande. 
Pour répondre aux exigences de ma position et pour 
suivre de nobles exemples, votre président devrait, 
au début de cette session et des solennités qui inau- 
gurent notre jeune association, tracer le tableau des 



LA NATURE. 



187 



progrès accomplis dans les sciences, marquer eu quel- ' t 
ques traits saillants les routes diverses qu'elle a ré- 
cemment parcourues et les points culminants qu'elle 
vient d'atteindre. Je recule devant ce programme; 
s'il n'excède pas les forces de plusieurs de mes con- 
frères et sans doute de quelques-uns d'entre vous, 
il dépasse largement les miennes. Moins autorisé et 
moins hardi que ne fut Condorcet à la fin du siècle 
dernier, je n'aperçois que les contours et quelques 
plans lumineux de l'esquisse qu'il s'agirait de tra- 
cer, et pour la voir achevée, j'appellerai à mon aide 
ceux qui vont me succéder dans le poste honorable 
et pénlleux que j'occupe. 

« Je me bornerai donc, messieurs, à vous parler de 
ce que je sais ou de ce que je crois savoir, en appe- 
lant votre attention sur la science à laquelle j'ai 
voué ma vie. a 

Après cet exorde éloquent, où il a fait nettement 
Comprendra les efforts et les tendances de la science 
moderne, l'orateur trace d'une façon magistrale 
l'histoire rapide de la chimie, pour aborder la Théo- 
rie des atomes dans la conception générale du 
monde. M. Wurtz expose l'œuvre de Lavoisier, les 
vues hardies et profondes, de « ce maître immortel, » 
il passe en revue les travaux de Rerzelîus, les con- 
ceptions de Dallon qui rajeunit l'hypothèse des ato- 
mes, les belles études de MM. Dumas et Liebig sur 
les composés organiques, les idées nouvelles de Lau- 
rent et Gerhard t qui, pour la première fois, rappor- 
tent à un petit nombre de types les composés miné- 
raux et organiques que les chimistes ont pour mission 
d'étudier. M. Wurtz arrive ainsi peu à peu à exposer 
le tableau de la chimie atomique moderne, dont il 
est lui-même un des impérissables fondateurs. 

« La chimie, ainsi constituée, et la physique ont 
entre elles des rapports nécessaires. L'une et l'autre 
étudient les propriétés des corps, et il est évident 
qu'en ce qui concerne les corps pondérables, ces pro- 
priétés doivent être liées intimement à la constitu- 
tion de la matière. Dès lors l'hypothèse atomique qui 
satisfait à l'interprétation des phénomènes chimiques, 
doit s'adapter aussi aux théories physiques; il en est 
ainsi. C'est dans les mouvements des atomes et des 
molécules que l'on cherche aujourd'hui, non-seule- 
ment la source des forces chimiques, mais la cause des 
modifications physiques de la matière, des change- 
ment d'état qu'elle peut éprouver, des phénomènes 
de lumière, de chaleur, d'électricité dont elle est le 
support. Deux savants français, Dulonget Petit, ont 
découvert depuis longtemps une loi très-simple qui 
lie le poids îles atomes aux chaleurs spécifiques. On 
sait que les quantités de chaleur nécessaires pour 
faire varier d'un degré la température de 1 unité de 
poids des corps sont très-inégales. C'est ce qu'on 
nomme les chaleurs spécifiques ; mais les quantités 
de chaleur qui font éprouver aux corps simples, pris 
dans des conditions où ils sont rigoureusement com- 
parables,, les même variations de température, sont 
égales si on les applique, non pns à l'unité de poids, 
mais au poids des atomes ; en d'autres termes, les 



atomes de ces corps simples possèdent les mêmes 
chaleurs spécifiques, bien que leurs poids relatifs 
soient très-inégaux. Mais cette chaleur qui leur est 
ainsi communiquée, et qui élève également leur 
température, quelle est, en réalité, son mode 
«l'action? Elle augmente l'intensité de leurs mou- 
vements vibratoires. Les physiciens admettent en 
effet que la chaleur est un mode de mouvement, 
et qu'elle devient sensible à nos organes par le 
fait de vibrations de la matière atomique ou de 
l'éther; de l'éther, ce fluide matériel parfaitement 
classique, mais incoercible, impondérable et qui 
remplit toute l'immensité de l'espace et les pro- 
fondeurs de tous les corps. C'est au sein de ce fluide 
que les astres parcourent leurs orbites ; c'est au 
sein de ce même fluide que lesatomes exécutent leurs 
mouvements et décrivent leurs trajectoires. Ainsi 
l'éther, messager rayonnant de la chaleur et de la 
lumière, porte et distribue leurs radiations dans tout 
l'univers, et ce qu'il perd lui-même en énergie vi- 
bratoire, lorsqu'il pénètre dans un corps froid qu'il 
échauffe, il le communique aux atomes de celui- 
ci en augmentant l'intensité de leurs mouvements, et 
ce qu'il gagne en énergie au contact d'un corps 
qui se refroidit, il l'enlève aux atomes de ce dernier, 
diminuant l'intensité de leurs mouvements vibra- 
toires. Et de cette façon, la chaleur et la lumière 
qui viennent des corps matériels sont transmis fidè- 
lement à travers l'espace, et retournent aux corps 
matériels. Vous souvient-il à cet égard de cette parole 
queG<£the rnet dans la bouche du prince des ténèbres 
maudissant la lumière : « Elle est engendrée par les 
« corps ; elle est émise et portée [iar les corps, elle 
« périra avec eux. » Mais cet échange de forces qui 
circulent de l'éther aux atomes, etdes atomes à l'éther, 
doit-il se manifester toujours par des phénomènes 
calorifiques ou lumineux? (le lie force vibratoire qui 
est transmise par l'éther nu peut-elle pas être con- 
servée et comme emmagasinée parla matière ou ap- 
paraître sous d'autres formes? Elle peut être conser- 
vée comme affinité, dépensée comme électricité, 
transformée en mouvements dynamiques. » 

Arrivant à des considérations philosophiques éle- 
vées, M. Wurtz est bientôt en présence du grand 
principe moderne de l'équivalent mécanique de la 
chaleur, au moyen duquel il jette rapidement les 
yeux sur la fusion et la volatilisation des corps, sur 
la décomposition par l'action de la chaleur des mo- 
lécules constituées, phénomènes physiques qui w.it 
encore du ressort de l'hypothèse des atomes. L'ora- 
teur est conduit à envisager plus loin l'éther et la 
matière atomique, u ces deux sortes de matière qui 
forment l'univers; » il s'élève jusque dans les hautes 
régions du ciel, il jette les yeux sur l'imposant spec- 
tacle des soleils et des nébuleuses, guidé par l'ana- 
lvse spectrale qui lui montre partout les mêmes 
éléments et les mêmes atomes formant l'universalité 
des mondes. « Oui, les radiations émises par la ma- 
tière atomique incandescente qui constitue le soleil 
et les étoiles, sjnt aussi, pour la plupart, celles que 



188 



LA NATURE. 



font naître les corps simples lie notre planète; mer- 
veilleuse conquête de la pli" sîque, qui nous révèle 
tout ensemble l'abondance ' .es forces que nous en- 
voie le soleil et la simplicité de la constitution de 
l'univers. » 

Après avoir accordé un juste tribut d'admiration 
à la spectroscopie céleste, qui a dévoilé au génie 
humain la constitution du soleil, des étoiles et des 
plus lointaines nébuleuses, M. Wurtz rappelle, d'a- 
près les observations de M. Lockyer, que les éléments 
dont les atomes sont les plus légers, sont répandus 
dans les étoiles les plus chaudes, et que les métaux 
à poids atomiques élevés existent au contraire dans 
les astres les plus fioids. Les premiers éléments 
seraient- ils le résultat de la décomposition que les 
températures extrêmes feraient subir aux seconds? 
Seraient-ils tout à la fois le résultat d'une matière 
primordiale, inconnue, peut-être l'éther? C'est à 
quoi la philosophie naturelle ne peut répondre; mais 
à défaut de ces solutions peut-être trop audacieuses, 
sachons admirer les résultats immenses obtenus 
•dans notre grand siècle parla science expérimentale. 
Ce sentiment semble être celui de l'orateur, comme 
l'indique la péroraison de son discours. 

« Telles sont, messieurs, dit M. Wurtz après avoir 
fait le tableau de ces grandes victoires de la science 
u sur l'inconnu, » quelques-unes des conquêtes 
modernes de la chimie, de la physique, de l'astro- 
nomie plnsiquc, sciences si diverses dans leur objet 
et dans leur méthode, mais qui ont un fond com- 
mun, la matière, et un but suprême, la connaissance 
de sa constitution, de ses propriétés et de sn distri- 
bution dans l'univers. LU es nous apprennent que les 
mondes qui peuplent les espaces infinis sont laits 
comme notre propre système et entraînés comme lui 
et que dans ce grand monde tout est mouvement, 
mouvement coordonné. Mais chose nouvelle et mer- 
veilleuse, cette harmonie des sphères célestes dont 
parlait Pythagore et qu'un poète moderne a célébrée 
en vers immortels, se retrouve aussi dans le momie 
des infiniment petits. Là aussi, tout est mouve- 
ment, mouvement coordonné, et ces atomes dont 
l'accumulation constitue la matière ne sont jamais au 
■repos. Un grain de poussière est. peuplé de multitudes 
innombrables d'unités matérielles, dont chacune est 
agitée par des mouvements ! Tout vibre dans ce 
petit monde, et ce frémissement universel de la ma- 
tière, cette musique atomique» pour continuer la 
.métaphore du philosophe ancien, est quelque chose 
■de semblable à l'harmonie des mondes. Et if est-il 
pas vrai que l'imagination demeure également sub- 
juguée et l'esprit également troublé devant le spec- 
tacle de l'immensité sans bornes de l'univers, et 
devant la considération des millions d'atomes qui 
peuplent une goutte d'eau ? Ecoutez les paroles 
de Pascal : « Je veux, dit-il, lui peindre non-seule- 
« ment l'univers visible, mais l'immensité qu'on 
« peut concevoir de la nature, dans l'enceinte de 
« ce raccourci d'atome. Qu'il y voie une infinité 
■ « d'univers dont chacun a son lirmament, sa terre, 



« eu la même proportion que le monde visible. » 
Quant à la matière, elle est partout la môme et 
l'hydrogène de l'eau, nous le retrouvons dans notre 
soleil, dans Sirius, et dans les nébuleuses. Partout 
elle se meut, partout elle libre, et ces mouvements 
qui nous apparaissent comme inséparables de la ma- 
tière sont aussi l'origine de toute force physique et 
chimique. 

« Tel est l'ordre de la nature et à mesure que la 
science y pénètre davantage, elle met à jour, en 
môme temps que la simplicité des moyens mis eu 
œuvre, la diversité infinie des résultats Ainsi, à 
travers ce coin du voile qu'elle nous permet de sou- 
lever, elle nous laisse entrevoir tout ensemble l'har- 
monie et la profondeur du plan de l'univers. Quant 
aux causes premières, elles demeurent inaccessibles. 
Là commence un autre domaine que l'esprit humain 
sera toujours empressé, curieux d'aborder et de 
parcourir. Il est ainsi fait et vous ne le changerez 
pas. C'est en vain que la science lui aura révélé la 
structure du monde et l'ordre de tous les phéno- 
mHni>s : il veut remonter plus haut et dans lr* oou- 

viction instinctive que les choses n'ont pas en elles- 
mêmes leur raison d'être, leur rapport et leur ori- 
gine, il est conduit à les subordonner «à une cause 
première, unique et universelle, Dieu, n 



LE GRAND BARRAGE DU ML 

l'RÈS HU CAI E. 

Ce Iravail important, qui n'est généralement pas 
très-connu, est actuellement terminé. Les construc- 
tions ont été commencées eu 1843. Le grand barrage 
est situé à la tète du Delta, à environ 100 kilomètres 
d'Alexandrie et à 9 kilomètres du Caire. Le but à 
atteindre était d'élever les basses eaux du Nil de 
5 mètres; l'écoulement à cette époque étant d'en- 
viron 7,000 mètres cubes par seconde. 

Ce beau travail a le mérite de joindre un aspect 
grandiose et vraiment architectural, aune utilité de 
premier ordre, tant au poiut de vue de la navigation 
que de l'irrigation des campagnes avoisinantes. Les 
arches, dont notre giavure représente les proportions 
exactes, sont, comme on le voit, superposées. Elles 
ont 5 mètres de largeur ; l'épaisseur de chaque pile 
est de 1 mètres ; l'écoulement des eaux ettde niveau 
avec le haut JNil. 

Le mécanisme employé pour fermer les arches con- 
siste eu une porte à rainure en fer forgé, les deux 
poutres inférieures étant creuses et reliées par des 
tubes, de l'açcn qu'en y forçant de l'air, la porte en- 
tière puisse se lever. Les arches sont appuyées sur un 
lit en maçonnerie de 54 mètres de long, sur 4 mè- 
tres d'épaisseur au milieu et 8 mètres aux extré- 
mités. Les murs des quais et des vannes sont ap- 
puyés de la même manière sur maçonnerie. 

Tous ces travaux sonl terminés, comme le montre 
la gravure ci-contre, mais les canaux d'irrigation. 



100 



LA NATURE. 



orientaux et occidentaux, et la machine pour élever 
les eaux ducôlé de Damiette, ne sont pas tout à fait 
encore en état de fonctionner. Il est probable qu'ils 
nu tarderont pas à l'être, et il est certain, d'après 
les avis des hommes compétent?, qu'ils seront appe- 
lés à rendre de réels services dans un pays qui ne 
brille pas généralement par les grands travaux d'art, 
ni par les applications de la science. On compte 
beaucoup sur les fanaux d'irrigation pour fertiliser 
une campagne environnante, stérile et dénudée. : 
L'eau est en effet l'élément essentiel de la richesse 
du sol. 



CHROMQUK 

lie tremblement de terre d'Hong-Kong, et le 
typhon de Macao. — M. P. de Ttiicrsant, consul de 
France en Chine, un de nos correspondants et amis, ac- 
tuellement à Macao, nous envoie de très-curieux docu- 
ments sur une terrible secousse de tremblement de terre, 
nui a jeté la consternation à Uong-Kong. Le secousse a eu 
lieu à 9 h. 25 m. du malin, le 25 juin dernier, dans la 
direction du K.-lï. au S.-O. L'effet a été foudroyant. Les 
fenêtres étaient ébranlées, et se brisaient, les parquets el 
les maisons tremblaient avec violence. Une foule de per- 
sonnes se précipitaient hors de leurs demeures, frappées 
de terreur. Les GIlinois furent les premiers à comprendre 
la cause de l'événement, que les Européens attribuaient 
d'abord à l'explosion de la poudrière de Stone Cutters ; 
la baie de Hong-Kong fut suintement agitée, la mer devint 
houleuse, et, chose remarquable, la surface de l'eau se 
couvrit immédiatement d'une innombrable quantité de 
poissons., qui montèrent à h surface et disparurent aus- 
sitôt après la secousse. L'ébranlement ne dura pas pLis 
de 5 à 6 secondes, mais il fut, au dire de vieux habitants, 
aussi violent que d'autres secousses antérieures, dont les 
résultats avaient été tout à fait désastreux. M.deThicrsanl, 
après nous avoir donné ces curieux documents d'après le 
DdHeu Press de Hong-Kong, dans une lettre datée du 
2o juin 1874, nous parle d'un autre phénomène météo- 
rologique dont l'effet se fait surtout sentir à Macao. « Au- 
jourd'hui, nous dit-il, au moment où je vous écris, nous 
avons un typhon dont le centre ne doit pas être éloigné. 
Le vent est effrayant, épouvantable. — Que de sinistres 
nous allons piobablement apprendre dans quelques heu- 
res t — Restez en France, mon cher ami, notre pays, est 
ce qu'il y a de mieux dans le monde ! » 

Flaud. — M. Flaud, maire de Dinan et député des 
Côtes-du-Nord à l'Assemblée nationale, vient d'être en- 
levé à ses nombreux amis et à ses affaires par une mort 
inattendue. Il a succombé aux suites d'une fluxion de poi- 
trine, malgré les soins dont il a été entouré. Nous n'avons 
point à résumer ici la conduite politique de M. Flaud, qui 
a voté presque toujours avec le côté droit de l'Assemblée, 
mais qui B v enest détaché cependant clans quelques circon- 
stances importantes. M. Flaud, qui élaitûls de ses œuvres, 
avait créé à Paris une usine considérable dans laquelle on 
a fabriqué des canons pendant la guerre, et à Brest un 
établissement également remarquable. Il avait construit à 
Dinan des maisons d'ouvriers La source presque unique 
de sa fortune lut l'exploitation des inventions de M. Henry 
Giffard, d'abord de ses machines à haute pression, et en- 
suite de son célèbre injecteur automatique. C'est dans 



l'usine de M. Flaud, à l'avenue Suffren, qu'eurent lieu 
les ascensions du ballon captif de l'Exposition universelle. 
M. Flaud était d'un caractère très-serviable et tris-alfable. 
Il jouissait auprès de ses collègues d'une grande influence 
personnelle, et d'une grande popularité dans sa ville 
natale. 

I'ii apologue sur lest nodules» de phosphate de 
chaux français. — 11 y a quelques anné s, un voya- 
geur parcourait les environs de la ville de M..., dans le 
midi do la France ; il entre dans une ferme et remarque 
que les paysans mêlaient de petits raUloux à la litière des 
bestiaux. Il en demande la raison à l'un d'eux. 

Il apprend que, mélangés ainsi au fumier, ces cailloux 
donnent un excellent engrais. Le voyageur — un Anglais, 
l'Anglais de la légende — s'informe plus complètement et 
découvre que le département est plein de gisements de ces 
petits cailloux, qui n'étaient autre chose que du phosphate 
de chaux. Il obtient la possession d'une carrière et apporte 
dans le pays des capitaux qui font vivre la moitié des ha- 
bitants. 'Jous se moquent de lui en le voyant se donner tant 
de peine pour transporter au loin des pierrailles dont on ne 
sait qin» faire. Voici, lui, ce qu'il eu faisait : il les trans- 
portait à Bordeaux, et de là à Londres, ou elles étaient 
transformées en engrais, et voici maintenant où je voulais 
en venir: Depuis cette époque une grande quantité de ces 
« pierrailles » revient sous forme d'engrais au point do 
départ, dans la campagne même, des environs de la ville de 
M..., où les lions paysans les achètent fort cher, sans se 
douter qu'ils payent ainsi le transport de M... à Bordeaux, 
puis à Londres, puis de Londres à Bordeaux et de Bor- 
deaux à M..., d'une substance dont la matière première Se 
trouve chez eux. Ne vaudrait-il pas mieux qu'ils lissent eux- 
mêtne sur place la transformation du phosphate? Oui, n'est- 
ce pas! Cependant personne encore n'en a eu l'idée à \l..., 
ni ailleurs, el l'Anglais continue son petit commerce sans 
qu'on songe à lui faire concurrence. 

Cette histoire que raconte le Cultivateur n'est pas aussi 
exagérée qu'on pourrait lu supposer. Nous savons perti- 
nemment que semblable fait s'est accompli dans les ré-ions 
pyrénéennes, où de riches gisements de phosphate de 
chaux ont été achetés par des étrangers : les produits sont 
revendus en France après fabrication. 

ACADÉMIE DES SCIENCES 

Séance du 17 août 187 i. — Présidence de M. I'ehtoam). 

Observatoire d'astronomie physique. — On sait qu'ily a 
quelques mois l'Assemblée nationale fui saisie d'un projet 
de loi tendant à l'établissement, aux environs de Paris, 
d'un observatoire d'astronomie physique. Malgré l'impor- 
tance du sujet, nos législateurs, jugeant sans doute que la 
science marche trop vite chez nous, etayant peur de faire 
honte à l'étranger, repoussèrent le projet. Moins délicat 
pour nos voisins, le ministre n'a pas renoncé au plan pri- 
mitif; il se propose même de le remettre l'an prochain 
sous les yeux de la Chambre, et il se flatte de mieux réus- 
sir à cette seconde tentative qu'à la première. Aussi de- 
mande-t-il que l'Académie lui rédige un rapport motivé, 
contenant l'exposé des avantages que promettrait la nou- 
velle institution et l'indication des ressources nécessaires 
pour y atteindre. MM. Faye, Lœwy, Becquerel, Bertrand el 
Dumas sont indiqués comme membres de la commis- 
sion. 



LA NATURE. 



191 



Eaux sulfureuses. — Dans les galeries de captage des 
eaux sulfureuse* de Luclion se trouve une atmosphère ré- 
sultant du mélange de l'air ordinaire avec l'hydrogène 
sulfuré. M. le docteur Garrigou constate que le premier de, 
ces gaz, par son oxygène, brûle le second. Si la quantité 
d'air est considérable, la combustion est complète ; il se fait 
del'eau' .ue .'acide siili'urique qui, attaquant les parois de 
fjrani'.; des galeries, donnent des sulfates. Si, au contraire, 
l'a' ', est rare et stagnant, il su fait bien encore de l'eau, 
Liais le soufre, non brûlé, se dépose en nature sur les ro- 
ches. Ces faits rappellent, comme on voit, ceux que M. Du- 
mas a constates il y a bien longtemps aux bains sulfureux 
d'Aix. 

Argile et kaolin. — Poursuivant ses intéressants travaux 
sur la conslitution des argiles, M. Schloîsing montre au- 
jourd'hui que toules ces substances soumises à une léviga- 
lion convenablement conduile, fournissent, quelle que soit 
leur provenance, un véritable kaolin parfaitement pur. Ce 
kaolin résulte de la combinaison d'un équivalent d'alumine 
avec deux équivalents de silice et deux équivalents d'eau. 
Ces faits conduisent l'auteur à expliquer cette opération dite 
du pourrissage a laquelle on soumet la pâte à porcelaine 
avant de l'employer. Elle consiste simplement à abandon- 
ner la pale pendant très-longtemps dans un endroit hu- 
mide comme une cave ; les Chinois pensent que le pour- 
lissage doit durer cent ans. D'après M. Schlœsing il a 
pour effet de décomposer complètement les parcelles de 
feldspath qui peuvent exister dans le kaolin, et par consé- 
quent à amener la masse entière à présenter le même 
degré d'infusibililé au moment de la cuisson. 

Queue de la comète de Coggia. — M. le docteur Heiss 
{de Murutcr), qui est un des astronomes qui connaissent 
le mieux le ciel, a relevé jour par jour h situation de la 
queue de celte comète, depuis le 4 juillet jusqu'au 21 du 
même mois, moment où elle a disparu. Le 4 juillet elle 
avait G degrés de longueur, et successivement les jours sui- 
vants jusqu'au 18 : 7, 8, il, 10, 11, 13, 15, 24, 58, 47, 
li?», 70, 56 et 50 degrés. Sa forme générale était celle 
d'un cimelerre; mais elle se montra surtout par la tranche, 
parée que la Terre était extrêmement voisine du plan de 
son orbite. M. Heiss, qui a déterminé pour chaque jour la 
situation du Soleil, a reconnu que, dans le commencement, 
l'angle formé parla queue et le rayon vecteur prolongé 
était extrêmement petit. Cela est conforme à l'opinion ad- 
mise universellement, d'après laquelle la queue est située 
justement ài'opposite dusole.il par rapport au noyau. Mais, 
vers la fin, cet angle se moulre fort différent; au lieu d'èlrc 
de quelques degrés, il avait près de 150 degrés, et par con- 
séquent la queue semblait au contraire se diriger vers le 
soleil, ce qui renverserait toutes les théories cométaires. 
liais, comme M. Faye le fait remarquer, ce résultat si im- 
prévu peut s'expliquer de la manière la plus simple. Sup- 
posons dans l'espace le petit angle formé parla queue et la 
prolongation du rayon vecteur ; il est clair qu'on pourra 
lui donner toutes les situations sans que sa valeur change 
et même sans que son aspect, par suite de la perspective, 
varie beaucoup. Cependant si l'on suppose que la Terre 
pénètre à l'intérieur de cet angle, tout est changé, et, si elle 
se trouve exactement dans son plan, il pourra apparaître 
avec 180", c'est-à-dire sous l'aspect d'une simple ligne 
droite. 11 n'aura cependant pas changé de valeur pour cela, 
et la théorie coniétaire reste sauve. Or, les calculs mon- 
trent que pour la comète Coggia ce cas extraordinairement 
rare s'est cependant présenté ; cet astre était d'ailleurs de 
dimension fort ordinaire, et, s' il nous a paru si beau, c'est 



que sa distance périhélie se trouvait à peu près égale au 
rayon de noire orbite. 

Tabac et phylloxéra. — IN'ous avons mentionné le pro- 
cédé de destruction du phylLoxera proposé par M. Portier 
et consistant dans le semis du tabac entre les ceps. 
M. Nauilin fait remarquer que cette méthode avait déjà été 
indiquée, et qu'on peut, pour échapper aux difficultés fis- 
cales, remplacer le tabac par ses congénères ou par d'au- 
tres solanées comme la belladone. 11 ajoute même que le 
chanvre réalise les mêmes effets d'une manière tout à fait 
inespérée et en apportant pour sa part les profits qui s'atta- 
chent à sa cuilure. 

Mécanisme de la rumination. — Suivant M. Chauveau, 
professeur de l'École vé'.crinaire de Lyon, la rumination 
Durait lieu de la manière suivante l'animal ayant fermé la 
glotte, un viderelitif se fait dans la poitrine, l'œsophage 
se distend et aspire ainsi les aliments fluidifiés contenus 
dans le rumen et dans le réseau. Mais ceci est une hypo- 
thèse; il faut le vérifier. C'est alors que, justifiant l'adage 
qui dit : « On a souvent besoin d'un plus petit que soi, » 
le sort veut que ce qui n'est pas fait par .M. Chauveau lui- 
même soit réalisé par son assistant, M. Toussaint. Celui-ci 
imagine d'appliquer la méthode graphique à l'élude du 
phénomène trop rapide pour être observé directement, et 
il arrive par un dispositif très-ingénieux à confirmer plei- 
nement, d'une manière palpable, les hypothèses de 
M. Chauveau. 

Le lac Triton. — Ce pauvre lac Triton n'a pas de chance 
et M. Uoudaire non plus. Après M. Fucbs, voici aujour- 
d'hui M. Cosson qui vient attaquer le projet avec loute la 
force de sa haute expérience. Celui-ci regarde l'entreprise 
comme impraticable; mais, allant plus loin, il ajoute que 
suivant lui sa réalisation serait funeste. Elle stériliserait le 
pays par les concrétions salines qui s'y formeraient, de l'aveu 
même de M. Roudaire ; elle rendrait inutilisable l'eau si 
précieuse de la nappe artésienne qui s'étend à 3 mètres 
de profondeur dans toute la pùgion orientale du désert; 
enfin elle modifierait le climat de façon à rendre impos- 
sible la culture, aujourd'hui si productive, du dattier. 
M. Cosson termine in espérant que l'expédition géodésique 
projetée sera cependant menée à bonne fin, et voudrait 
qu'un géologue, un naturaliste et un archéologue y fussent 
adjoints. Stanislas Meunier. 

LES tiLOBIGÉRiNES 

Notre figure représente sous un très-fort grossis- 
sement un être microscopique, dont les légions 
innombrables peuplent le fond des mets. 

Blanchi, Soldant, Walkcr, Fichtol, Moil, d'Orbi- 
gny, Ilœckcl ont découvert par des recherches d'une 
patience infinie, que ces petits êtres étaient les créa- 
teurs de corpuscules solides, de leurs coquilles, que 
l'on trouve en certains endroits dans le sable de la 
mer. Ce fut, sur la grève de l'Adriatique que les 
singulières et minuscules coquilles de ces animaux 
se rencontrèrent en telle quantité que Bianchi affirme 
qu'il y en a environ 6,000 dans 30 grammes de 
sable ! 

D'Orbignya été bien plus loin encore, puisque dans 
30 grammes de sable pris aux Antilles, il ne compta 
pas moins de 3,840,000 coquilles; ce qui fournit, 



492 



LA SATURE. 



pour un simple mètre cube, un nombre qui dopasse 
tout ce qu'on peut se figurer ! 

D'Orbigny fut le raugeur de cette classe d'êlrcs si 
extraordinaires. Il leur donna le nom de Foramini- 
feres, c'est-à-dire porte-trous, parce que non-seule- 
ment les petites coquilles offrent un grand nom- 
bre de pores qui s'ouvrent à l'intérieur, mais les 
chambres diverses dont elles sont la plupart du 
temps composées, communiquent entre elles par des 
pores analogues. 

Or les nnimaux vivants furent découverts au fond 
de plusieurs mers et l'on reconnut que leur corps 
e>t formé d'une gelée transparente, remplissant les 
chambres dont nous venons de parler, communiquant 
par les pores extérieurs des divisions. Ils jouissent de la 
singulière pro- 
priété d'émettre 
par chacun des 
poresextéricurs 
do la coquille 
des filaments 
capillaire», très- 
longs, flex ueux, 
de forme indé- 
terminée, in- 
cessamment 
variables , dia- 
phanes, sembla- 
bles à du verre 
filé, et rayon- 
nant autour de 
l'animal. 

Mais, ce qui 
t."-l plus extra- 
ordinaire, c'est 
que ces fila- 
ments, aux- 
quels on a donné 
le nom de Pseu- 
dopodies, ne 
sont point des 
organes spé- 



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que tout à l'heure il a filé des tentacules et un réseau 
pour arrêter sa proie, de même il va composer, avec 
la même substance — qui est, en définitive, celle de 
son être ! — un pied large et prenant, au moyen du- 
quel il va ramper lentement à la surface des corps, 
dans la direction (pii lui sera utile. Puis, le besoin 
de translation satisfait, le pied, comme les ten- 
tacules de tout à l'heure, va rentrer dans la masse 
commune et s'y éteindre sans traces!... 

Cette étonnante organisation, si complexe dans sa 
simplicité, si extraordinaire même dans su naïveté, 
n'a pas manqué d'inspirer à tous les observateurs 
une véritable stupéfaction ; l'esprit demeure con- 
fondu devant des solutions si imprévues et si admi- 
rablement simples des problèmes les plus compli- 
qués , puisque 
chasse, locomo- 
lion, nutrition, 
•out repose sur 
les fonctions 
d'une m è m e 
matière, amor- 
phe, inorgani- 
sée ù nos yeux! 
Ces réflexions 
n'ont point, 
échappé à Mo- 
quin - Tandon 
i pi and il se pose 
à lui-même ces 
qu estions que 
nous lui em- 
pruntons, mais 
que nous ne 



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... 

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Jll 



Uobig-eYine vivante avec sus p.seudqiodies rayonnantes. 



pas de résoudre, 
à propos des or- 
ganes transi- 
toires et spon- 
tanées que se 
zvée le Forain i- 
nifère : 



ciaux, ce sont tout simplement des portions de l'in- 
dividu filées par le pore comme par une filière, et 
qui cependant se meuvent en divers sens et ont une 
grande vivacité. On voit l'animal s'en servir autant 
pour ramper que pour saisir sa proie! 

Ainsi la Globigérine que nous représentons ici 
a faim : elle s'entoure d'une zone de pseudopodies, 
rayonnant aussi loin que possible; aussitôt qu'un 
corpuscule destiné à la nutrition de l'animal se trouve 
à leur portée, les filaments isolés et vibrants s'ana- 
stomosent entre eux de cent façons ; ils constituent 
à l'instant un réseau aux mailles changeantes qui 
pousse le corpuscule nutritif dans la gelée mince 
iormant le corps de l'animal. C'est là qu'il va être 
absorbé. 

Le plus souvent, quand il n'a plus faim, le l'ora- 
lmuifère rentre ses pseudopodies et demeure immo- 
bile, mais qu'il veuille changer de place, de même 



La volonté d'une fonction à remplir a donné le pou- 
voir de créer un organe. Et dire que l'homme, mal- 
gré la perfection de son intelligence, n'a pas le pri- 
vilège de faire naître un tout petit cheveu ! Comme 
c'est humiliant ! » 

Ce n'est pas tout encore. On est porté à attribuer 
au contact de ces bras redoublés et anastomosés une 
vertu stupéfiante, une propriété quelconque, électri- 
que ou autre, agissant sur les petits animaux qu'ils 
touchent, et qui, vivants, semblent foudroyés!... Ne 
sont-ce pas là d'admirables et extraordinaires précau- 
tions de la nature pour assurer la conservation et la 
nutrition d'un tout petit être qui nous semble d'une 
bien minime importance et qui joue cependant un 
grand rôle dans la création. 



Le Propriétaire-Gérant : G. Tissasdieu. 



Cohuuil. — Ivp. et stér. de Culte. 



&• 65 - 29 AOUT 1874. 



LA NATURE. 



193 



LES ANABANTIDÉS 

Le curieux Anabas, poisson à respiration aérienne, 
■qui rampe aussi bien à travers les plain:s qu'il nage 
au sein des fleuves, se trouve pour la premiî re fois 
à l'état vivant en France, ^ràee aux soins de notre 



habile pisciculteur M. Carbon nier. Au premier coup 
d'oeil, les Ânabantidés, dans la famille desquels sa 
place le singulier Anabas, sont les poissons les moins 
ext r airdinaires; il faut en ouvrir la tète pour voir 
l'organe sp'cinl dont ils sont munis et qui leur donne 
des mœurs toutes particulières, puisqu'il leur per- 
met, comme nous venons de le dire, de conserver 




L'anabas rampant sur le sol et respirant à la surface de l'eau. 



fort longtemps la vie en dehors de leur élément ordi- 
naire, et de présenter une double, vie, aquatique et 
aérienne. 

Les Anabantidés habitent les eaux douces de 
l'Inde et des archipels voisins, ainsi que la partie 
méridionale de l'Afrique. Ils aiment à vivre dans les 
rivières, les petits ruisseaux et les étangs qui assè- 
chent facilement; ils se plaisent dans les eaux bour- 
beuses chargées de couferves et privées d'air, lis 'y 



î* année 



2* sfiiifslrr. 



mourraient s'ils n'étaient construits pour y humer 
l'air atmosphérique en nature, à la surface, et pour 
ne se servir de l'eau que comme d'un milieu dans 
lequel ils changent de place commodément. 

Quand les rayons du soleil ont desséché la rivière 
ou l'étang, quand ils ont enlevé la dernière humi- 
dité, l'Anabantidé fuit ! Il quitte ce qui fut sou ha- 
bitation, et, poisson, se met à ramper à travers la 
campagne, à la recherche de l'eau qui lui manque ! 

13 



19i 



LA NATURE. 



Pendant plusieurs jours, plusieurs semaines, plu- 
sieurs mois même, assure-t-on, il marche ainsi, 
guidé sans doute par un instinct particulier. 

D'après les expériences de M. Francis Day, faites 
aux Indes, les Anabanlidcs meurent quand ils sont 
privés de l'accès de l'air atmosphérique, tout simple- 
ment parce qu'ils ne peuvent pas vivre seulement 
d'air obtenu de l'eau : la respiration aérienne leur 
est indispensable. Singuliers poissons, que l'on tue 
en les empêchant de sortir rie l'eau ! 

De chaque côté rie la tête, au lieu d'être dures et 
rigides comme chez les autres poissons, les deuxième 
et troisième arcades pharyngiennes des Ànabantidés 
se développent en lames fines, minces, contournées, 
dressées et enchevêtrées avec des lames semblables 
s'élevant du crâne, dans une cavité formée pour 
contenir cette sorte de frise. Cette chambre, placée 
au-dessus des branchies ordinaires, est contîguc aux. 
yeux, et tapissée d'une membrane vasculaire que 
parcourent de nombreux vaisseaux sanguins. 

Cuvier avait cru que cette cavité labyrinthiforme 
était un réservoir d'eau que l'animal emportait plein 
avec lui et qui servait à humecter lentement ses 
branchies placées au-dessous. Il n'en est rien. La 
cavité crânienne ne contient jamais d'eau, mais a 
seulement une surface sécrétant une certaine humi- 
dité où l'air est maintenu par la respiration. Cet air,, 
après avoir servi à cet objet est rejeté par la bouche 
et non avalé, car il devrait être rendu alors par 
l'extrémité des voies digestives. 

Si on tient le poisson dans l'eau et qu'on l'empê- 
che de venir à la surface, avaler de l'air atmosphé- 
rique, Corinne il le fait habituellement, l'appareil 
labyrintlii forme s'emplit d'eau qui ne peut plus en 
sortir puisque les parois ne possèdent aucun carac- 
tère contractile. Or, comme il n'existe aucun moyen 
de le vider, l'eau se charge d'acide carbonique et no 
peut plus oxygéner le sang de sorte que la totalité 
de la respiration doit se faire par les branchies. 

Rien n'est plus curieux, plus intéressant que la pro- 
gression de ï'Aiiabas que l'on retire de l'eau et que 
l'on abandonne à lui-même sur le sol. Par sa forme 
générale ce poisson rappelle un peu une perche mai- 
gre. Il porte à la naissance de la queue, sur chaque 
côté, une tache noire. Dès que cet animal est sur le 
sol il ferme sa bouche et ses opercules ; aucune con- 
traction ne s'y fait plus voir, aucun battement. Alors 
par un mouvement général, toutes les nageoires se 
dressent; les pectorales s'étendent comme deux pe- 
tits bras, le poisson s'appuie dessus et au moyen de 
coups de queue donnés à droite ou à gauche, aidé 
sans doute par une propulsion inférieure obtenue par 
la nageoire anale, il progresse assez vite en faisant 
aller ses bras alternativement l'un après l'autre, d'ac- 
cord avec le fouettsment de sa queue. 

Ce mode de progression, saisissant pour le spec- 
tateur qui l'observe, est évidemment dû, non plus aux 
efforts désordonnés d'un poisson mis à sec, mais aux 
mouvements coordonnés d'organes, détournés cepen- 
dant de leur destination normale. 



D'après Duldorff et Bloch, et d'autres observa- 
teurs, les Anabas auraient pu monter aux arbres 
à plus de deux mètres pour trouver sur les feuilles 
l'eau nécessaire à leur respiration. Ces récits ont 
souvent excité l'incrédulité des naturalistes. Ce- 
pendant, l'un de nos amis nous a raconté que 
M. TJacourt, du Muséum, lui a dit avoir tué un 
poisson analogue, d'un coup de fusil, dans un 
arbre. En face d'une semblable affirmation nous 
n'avons plus à rappeler que le vrai ne paraît pas tou- 
jours vraisemblable. Ce qui semble beaucoup plus 
facile à expliquer, c'est (pie ces petits poissons — ils 
n'ont pas plus de 0",16 à m ,20 de longueur — 
savent, quand ils ne peuvent ou ne veulent aller à la 
recherche de l'eau à une trop grande distance, se 
cacher, s'enfouir dans la vase desséchée et y de- 
meurer engourdis. De sorte que si de l'eau revient 
tout à coup dans ce creux par un orage, leur réap- 
parition subite peut faire croire qu'ils sont tombés 
du ciel. 

Il n'en faut pas tant pour acquérir, aux yeux des 
peuples grossiers et naïfs qui habitent les pays où 
vit l' Anabas, une foule de vertus plus fantasti- 
ques les unes que les autres. C'est sous le prétexte 
de ces vertus que l'Anabas est consommé en assez 
grande quantité, quoique sa chair soit fade et pleine 
d'arêtes ; mais les femmes sont persuadées qu'il a 
la vertu d'augmenter leur lait, et les hommes qu'il 
excite leurs forces : il n'en faut pas tant pour le 
rendre populaire ! 

Qu'il nous soit permis en terminant de donner la 
classification des Anabantidés. 

Quatre espèces, jusqu'à présent, sont arrivées vi- 
vantes en France et, grâce aux soins et à la science 
de M. Carbon nier, ont pu être maintenues en bonne 
santé; nous les marquerons par un astérisque dans 
les groupes. 

Premier groupe. — Caractéristique: Bouche de 
grandeur moyenne, dents au palais, c'est-à-dire sur 
le vomer seulement et sur les os palatins ou sur les 
deux à la fois. Genres : Anabas* , Ctenopome et Spi- 
robranches. 

Deuxième groupe. — Caractéristique: Bouche 
petite, pas de dents au palais. Genres : Polyacanthc, 
Macro} iode* , Orphromène* , Trich opus, Tr ichops is * , 
Trichogaster , Betla. 

Troisième groupe. — Caractéristique ; Bouche 
transverse très-petite, dents mobiles attachées sur 
des lèvres protractiles. Genre : Heloctome. 

Le rang dans lequel nous rangeons ces groupes 
pour en constituer une famille est très-probable- 
ment incorrect, ainsi qu'on le reconnaîtra; car si 
nous voulons examiner les degrés de relations de ces 
groupes ensemble, nous sommes obligés de réunir 
les deux premiers qui contrastent trop avec le troi- 
sième, lequel représente les plus grandes déviations 
de la forme typique. Les espèces des deux premières 
sections ont d'ailleurs les arcades operculaires armées 
sur leur tord concave de dents et de tubercules, 
tandis que la dernière est désarmée et n'a qu'une 



LA NATURE. 



105 



simple membrane vasculaire. Tout cela prouve que 
le caractère séiial choisi n'est pas suffisant dans cette 
famille, et qu'il faudra trouver mieux lorsqu'on la 

II. DE LA Bl.AMCHÈriE. 



connaîtra davantage. 



LES GÉNÉRATIONS SPONTANÉES 

NOUVELLES EXPÉRIENCES DE M. ONIMCS. 

La lutte des adversaires et des partisans des géné- 
rations spontanées serait-elle appelée à se produire 
de nouveau sur la lice des tournois scientifiques? 
Apres les célèbres discussions des Needham et des 
Spallanzani, et plus récemment des Pasteur, des 
Pouchet et des .loly, verrions-nous un nouveau com- 
battant se présenter les armes à la main ? M. Oninius 
vient en effet d'entrer dans le champ clos, solide- 
ment appuyé par un puissant renfort de bonnes ex- 
périences. 

M. Onimus a fait construire un appareil très- 
simple : c'est un bullon de verre, dont le col est 
muni d'un bouchon en caoutchouc que traversent trois 
tubes métalliques. Les deux premiers se terminent à 
l'extérieur parmi robinet maintenant le vide, et par 
un cylindre de 0"',07 de longueur que l'on peut rem- 
plir de coton ou d'amiante. Le troisième tube est en- 
core terminé par- un robinet à l'extrémité duquel est 
fixé un trocart, construit de telle sorte que l'entrée 
de l'air dans le tube est absolument interdite, 
v M. Onimus a préalablement introduit dans le 
b.dlon 500 grammes d'eau, additionnés de 2 gram- 
mes de phosphate d'ammoniaque et de 0s r ,050 de 
sel marin; il soumet à l'ébullition la solution ainsi 
formée, et les robinets étant ouverts, la vapeur d'eau 
s'échappe à l'extérieur; elle chasse l'air du ballon 
et des tubes, en même temps que la chaleur détruit 
tous les germes qui pourraient exister. Quand l'ébul- 
lition a été suffisamment prolongée, ou ferme les 
robinets ; le vide se forme dans le ballon et se main- 
tient parfaitement, ce qui prouve que l'appareil est 
hermétiquement fermé et que l'air extérieur n'y pé- 
nètre pas. 

Quand le système a repris la température du mi- 
lieu ambiant, le trocart est chauffé et introduit di- 
rectement dans la veine cave ou dans le cœur d'un 
lapin. Le robinet auquel le trocart est adapté est ou- 
vert; grâce au vide qui a été fait dans le ballon, le 
sang s'y précipite, sans avoir subi le moindre con- 
tact avec lair. Quand ou a recueilli de celte façon 
quelques gouttes de sang, le robinet est, fermé. 
M. Onimus a pu remplacer le sang par du blanc 
d'oeuf, en ayant soin de n'opérer que sur des œufs 
frais et absolument intacts. La coque est d'abord 
lavée avec de l'eau acidulée et l'endroit où se fait la 
piqûre du trocart est recouvert de collodion, qui 
en s'évaporant empêche l'accès de l'air, par la pel- 
licule imperméable qu'il laisse en ré.-idu. 

Le ballon d'expérience, contient ainsi du sang ou 
de l'albumine, qui n'a pas subi le coutactde Pair. 11 



reste à mettre ces substances en présence d'un air 
dépouillé des germes qu'il peut contenir. Cet air, 
M. Onimus le fait arriver dans le ballon, en lui fai- 
sant traverser les deux autres tubes, remplis d'une 
épaisse couche de coton cardé ou d'amiante; L'ex- 
périmentateur ne se borne pas à celle filtration, il 
l'accompagne de l'aclion de la chaleur. Il chauffe les 
deux tubes remplis de coton, afin d'être plus certain 
de la destruction des germes. 

M. Onimus se trouve avoir de lu sorte, dans un 
espace clos, des substances albuminoïdes n'ayant 
éprouvé aucune altération, un liquide qui a été privé 
de ses germes par l'ébullition, de Pair enfin qui a 
été filtré sur du coton, et soumis à une température 
élevée. 

Nul germe extérieur n'a pu pcuétrer dans le ballon 
nul germe intérieur n'a pu y subsister ; cependant 
après un espace de temps de quelques jours, M. Oni- 
mus aflirme qu'eu soumettant le liquide emprisonné 
à l'inspection microscopique, il y a vu des animal* 
cules, des vibrions et des bactéries. 

Ces organismes vivants, se développent plus lente- 
ment que dans un liquide semblable laissé au cou-» 
tact de Pair normal ; ils ne sont pas aussi nombreux, 
ils sont plus pâles et moins mobiles, mais ils se sont 
développés, et ils existent. Voilà lepoint essentiel des 
nouvelles expériences de M. Onimus. D r Z... 



LES RUINES DE TROIE 

ET LE TUÉSOR DU 1501 PRIAM. 

DÉCOUVERTES RÉCENTES DU D r SCHLIEMANM. 

(Suite. — Voy. p. 181.) 

Les ruines amoncelées, dans la série des âges, sur la 
colline de Ilissarlik, forment six couches superposées, 
comme des étages géologiques : les quatre premières 
appartiennent aux temps préhistoriques; les deux 
autres, plus récentes, nous rappellent l'existence de 
la colonie grecque qui, vers Pan 70U avant Jésus- 
Christ, fonda un nouvel Ilion, devint plus tard colo- 
nie gréco-romaine, et enfin disparut du sol qu'elle 
occupait. 

De l'examen attentif de ces couches, il résulte 
que, 1° antérieurement à l'arrivée des Grecs-Iliens, 
quatre populations préhistoriques, pour ne pas dire 
quatre nations différentes par leurs mœurs et leur 
degré de civilisation, se sont succédé sur l'emplace- 
ment de Ilissarlik. 

2° De cet examen résulte encore la certitude, que 
pendant de longs siècles, des maisons bâties avec des 
briques crues s'élevèrent sur les ruines (épaisses de 
4 à 6 mètres), formées d'énormes blocs de pierre non 
équarris, qui avaient servi à la construction des de- 
meures les plus anciennes. 

5° Que, pendant des siècles encore, des maisons 
construites avec des pierres reliées entre elles par 
une terre argileuse, se superposèrent à celles en bri- 



iOG 



LA NATIHtE 




ques non cuites, dont la surface, durcie nu feu, 
porte le-» indices d'un violent incendie 1 . 

A Que, sur les débris de ces maisons de pierre, 
s'élevèrent des 
maisons deboi 5 , 
qui furent brû- 
lées à leur tour, 
et sur les ruines 
desquelles fu- 
rent assises les 
habitations eu 
pierre cimentée 
à la chaux, qui 
ont Appartenu 
à la colonie 
grecque. II n'est 
donc pas éton- 
nant que toutes 
ces ruines réu- 
nies aient formé 
une couche 
épaisse de 14 à 
16 mètres au- 
dessus du sol 
primitif de la 
colline où fui 
Troie. 

a II semble, 
dit M. Emile 
Burnouf, il sem- 
ble qu'entre l'é- 
poque ancienne 
ut rétablisse- 
ment de la co- 
lonie grecque, 
celle des Iliens, 
au septième siè- 
cle , il se soit 
écoulé un long 
espace de temps 
pendant lequel 
ce lieu est de- 
meuré désert. 
De même, après 
la destruction 
de rilion gréco- 
romain , SOUS 
Constance H, la 
colline a cessé 
d'être habitée; 
on ne trouve à 
la surface au- 
cun reste by- 
zantin ni mo- 
derne, Yoilà 
donc i ,500 ans 
que la colline d'Uion est une solitude. Un homme 
et une femme sont venus y camper il y a trois ans, 

1 C'est dans les couches qui vont de 7 à 10 mètres, à pana- 
de la surface, que JI. leD'Sthlieuiann a trouvé les vraies ruims 



._ =__=-- " 

v - - . 



Vases de cuivre trouvé! dans les ruines de Troie. 




Vases d'or et d'éleclrurit, avec deux lingots, trouvés dans les ruines de Troie. 



et ont rjmis au jour un passé qui semli's se perdre 
dans la nuit des temps. » 

Les ossements humains trouvés dans les couches 

préhistoriques 
sont peu nom- 
breux, à raison 
de l'usage alors 
généralement 
répandu de la 
crémation des 
cadavres, ainsi 
que nous l'ap- 
prend Homère. 
Cependant le 
D r Schliemann 
a trouvé sous 
les ruines d'une 
maison incen- 
diée, située à 
13 mètres de 
profondeur , le 
squelette assez 
bien conservé 
d'une femme 
qui , dans sa 
fuite, avait été 
victime de l'in- 
cendie: le crâ- 
ne, malheureu- 
sement brisé , 
portaildesdents 
d'une remar- 
quable peti- 
tesse. Une ba- 
gue, trois pen- 
dants d'oreille 
et une gros.-u 
épingle en or 
pur, trouvés au 
milieu des os du 
squelette por- 
tent des traces 
non équivoques 
de la forte cha- 
leur à laquelle 
ces objets ont 
été soumis. Un 
autre crâne de 
femme, trouvé 
sur la tour , à 
8 mètres de pro- 
fondeur , était 
renfermé, avec 
beaucoup de 
cendres et quel- 
ques os passa- 
blement conservés, dans une urne de 70 centimètres 



de Troie et le trésor du roi Prïam. Avec le peuple auquel ap- 
pn tient la couche de 2 à 4 maires, cessent les temps préhis- 
toriques cl com.ncucc la colonisation des Grecs-Uicus. 



LA NATURE. 



137 



«.Ici hauteur sur au- 
tant de largeur. Ce 
crâne avait, comme 
le précédent, appar- 
tenu à une Tro venue 
jeune encore; l'urne 
contenait aussi une 
épingle à cheveux en 
bronze. 

Mai s la découverte, 
.«ans contredit , la 
plus remarquable, 
est celle du squelette 
d'un embryon hu- 
main de siv mois, 
trouvé dans une urne 
troyenne de couleur 
noire et formée 
d'une terre sembla- 
ble à celle des vases 
étrusques. Cette 
u rue renfermait aussi 
les cendres d'une 
femme qui était 
morte pendant sa 
grossesse, ou plutôt 
après un part pré- 
maturé. Son cadavre 
avait été brûlé, et 
son enfant avait été 
mis avec les cendres 
de la môre, dans 
l'urne sépulcrale où 
le docteur Schlie- 
maiin l'a découvert. 
Dans une maison 
bâ'ie sous la tour 
d'Ilion (7 à 8 mètres 
au-dessous de la sur- 
face) , le même sa- 
vant a recueilli une 
assez grande quan- 
tité d'os et deux 
crânes humains pins 
ou moins intacts. Ces 
crânes appartenaient 
à des guerriers morts 
sur les lieux mêmes ; 
car leurs tètes étaient 
encore coiffées du 
castjue destiné à les 
protéger , et ces cas- 
ques, quoique brisés 
par le temps, ne nous 
permettent pas moins 
d'admirer une fois 
de plus l'exactitude 
des desci'i olions que 
lions en i données 
l'auteur de l'Iliade. 




Il est à regret: er 
que l'on ne trouve 

pas, dans l'ouvrage 
du savant antiquaire 
américain, desdétails 

anatomiqu.'splus cir- 
constanciés au sujet 
des crânes et des 
squelettes qu'il a eus 
sous les yeux. Mais, 
à en juger par les 
photographies qu'il 
eu a données , ces 
débris appartiennent 
à un beau type or- 
thognalhe et de race 
aryenne. C'est tout 
ce que nous pouvons 
eu dire jusqu'à ce 
qu'ils aient été sou- 
mis à un examen 
plus attentif et plus 
approfondi. 

ARMES ET IN- 
STRUMENTS m I'iEilllE 
ET EN METAL. 

La présence de 
nombreux instru- 
mentsen silex et l'ab- 
sence presque com- 
plète des métaux 
dans les couches les 
plus profondes des 
ruines entassées sur 
la colline de Ilissarlik 
pourraient faire pen- 
ser, au premier 
abord, 'pie nous som- 
mes ici en plein âge 
de pierre, vers la lin 
de la période néoli- 
thique , et très -pro- 
bablement, en effet, 
nous n'en sommes 
pas bien loin. D'un 
a utre côté, les cornes 
et les outils en 
bronze, les bijoux en 
or et eu électron ([iw 
nous trouvons en 
abondance au milieu 
des couches troyen- 
nes, associés à de 
nombreux instru- 
ments en silex, nous 
prouvent incontesta- 
blement que les plus 
anciens Troyens con- 
naissaient le cuivre, 



108 



LA NATURE. 



qu'ils savaient l'allier à 1 etain, pour en former le 
bronze 1 ; que leurs artistes travaillaient avec goût 
l'or, l'argent, peut-être même le fer (du moins le 
fer météorique) , lequel était certainement connu 
des Lydiens qui fondèrent la colonie grecque d'Ilion. 

Le.mélangedes armes et des outils en cuivre, même 
doré, avec des armes et des outils en pierre ne sau- 
rait donc nous empêcher de rapporter à l'âge de 
bronze la civilisation troyenne, et probablement à 
l'âge de fer, rétablissement de la colonie grecque 
des liions sur les hauteurs de Ilissarlik. 

Chose singulière, mais parfaitement constatée par 
M. Schliemann, les silex ouvres les plus anciens sont 
presque toujours mieux travaillés que ceux qui se 
trouvent dans les couches supérieures, et surtout 
dans celle qui provient de la ville aux maisons de 
bois incendiée et saccagée par la colonie grecque des 
Iliens. La même observation s'applique aux objets 
métalliques, ainsi qu'aux poteries, comme si, pen- 
dant toute la période préhistorique dont nous nous 
occupons, l'art et la civilisation avaient fait des pas 
rétrogrades au lieu de progresser. 

Du reste, les armes et les instruments en métal 
reproduisent à peu près, seulement avec un peu plus 
de fini, la forme des armes et des instruments li- 
thiques. 

Enfui, en jetant un coup d'œil, même très-rapide, 
sur les armes et les ustensiles en pierre, en argile, 
en os ou en métal exhumés des couches préhistoriques 
de la colline troyenne, on ne peut qu'être surpris 
de l'analogie grande et souvent de la ressemblance 
parfaite de ces objets avec ceux de la même 
époque qui ont été trouvés dans les régions du 
globe très- éloignées de Hissarlik (en France, en 
Danemark, sous les ruines de Winive et de Baby- 
lone), tant il est vrai que l'homme semble possé- 
der partout un même instinct industriel, et en sui- 
vre partout l'impulsion. De là, la similitude des 
produits en présence des mêmes besoins à satisfaire 
et des mêmes matériaux à employer. 

Nous voyons en outre, d'après le travail si fini du 
silex, de l'os, de l'ivoire, du bronze, de l'argent et 
de l'or, dont les nombreux échantillons ont été remis 
au grand jour par le docteur Schliemann; nous 
voyons, à en juger par l'élégance de leurs poteries 
ou de leurs va^es métalliques, que les peuples pré- 
historiques qui se livraient à ce travail, notammeut 
les sujets du roiPrîam, étaient déjà très-avancés dans 
les arts et dans la civilisation. Ce fuit d'ailleurs nous 
est parfaitement confirmé par les descriptions qu'Ho- 

1 M. Schliemann avait d'abord pensé que la foule d'objets 
trouvés par lui, sous les ruines de Truie et des villes qui ont 
succédé à cette dernière, étaient de cuivre; les analyses toutes 
récentes de M. Damour ont prou c que ces objets étaient en 
bronze. 

Yojci le résultat de deu de ces analyses, faites sur deux 
haches de combat, faisant partie du trésor de Piiarii : 



Hache n" 1, poids du métal ciam., 0,28G6' 



0,282 l 



Hache n* 2, — 



O,29j0" 



cuivre = 0,2710] 
étaiu =0,1)1 10 j 
, cuivre = 0,2673, 
[ Hain = 0,02o;>| ' 



mère a faites de ces objets, et |>ar les sentiments, 
souvent si délicats, qu'il prête à ses héros ou à ses 
héroïnes (sacrifice d'Iphigénie, adieux d'Andro- 
maque et d'Hector , e£c, etc.). 

D p N. Jo.v, de Toulouse. 

— La suite prochainement. — , 

LE DÉPARTEMENT HYDROGRAPHIQUE 

DE L*AMIRAUTÉ ANGLAISE. 

Le département hydrographique de l'Amirauté est 
de création relativement récente puisqu'il ne remonte 
pas au delà de 1795. Les renseignements recueillis 
jusqu'à cette époque dans les admirables expéditions 
de Cook, de Vancouver et de tant d'illustres naviga- 
teurs avaient été mis en œuvre par eux-mêmes; ou 
comprit enfin combien il serait désirable de centra- 
liser dans un établissement spécial les documents 
originaux et les cartes qu'il serait alors facile de 
corriger, de compléter et de tenir à. jour. I.e pre- 
mier hydrographe fut Alexandre Dalrymple, qui avait 
longtemps voyagé pour la compagnie des Indes. Il 
occupa ce poste jusqu'en 18Û8 ; à cette époque les 
lords de l'Amirauté voyant qu'aucune carte n'avait 
été fournie aux bâtiments, qu'aucune expédition de 
reconnaissance n'avait été entreprise, lui en témoi- 
gnèrent leur mécontentement en nommant à sa 
place le capitaine Ilurd. C'était le moment de la 
guerre contre la France, on dut déployer une acti- 
vité excessive pour satisfaire aux besoins de la navi- 
gation. C'est à dater de cette époque que les cartes 
furent régulièrement délivrées aux bâtiments en 
partance et dressées suivant la destination de cha- 
cun. 

Le département compte aujourd'hui un hydrogra- 
phe, sept auxiliaires officiers de la marine royale, 
un auxiliaire civil employé au service du pilotage, 
uti écrivain, un surintendant des compas avec un 
auxiliaire, un surintendant des cartes, six dessina- 
teurs et quatre hommes de service, en tout vingt- 
trois personnes. Les dépenses sont fixées par le 
vote n° 5, qui comprend le département hydrogra- 
phique à White-llall, le service d'exploration flottant, 
les observatoires de Greenwich et du cap de Bonne- 
Espérance, l'établissement du Nautical almanach et 
d'autres branches moins importantes du service 
scientifique. Le budget total était, d'après le vote 
n° 5, de 120,357 livres sterling pour l'exercice 
1861-1862 et seulement de 107,790 livres sterling 
pour celui de 1873-74. Le chapitre: bâtiments delà 
marine en croisière hydrographique montaità 72,860 
livres sterling en 1861-62 et seulement à 62,678 
livres sterling eu 1873, réduction misérable de 
10,000 livres qui produit les plus déplorables résul- 
tats. 

Les croisières sont faites par des bâtiments de 
guerre spécialement arrimés pour cet usage ou par 
de petits bâtiments qu'on loue dans ce but, cette 



LA NATURE. 



199 



tlernicio méthode a été prise par mesure d'économie. 
Il n'y a en ce moment que quatre bâtiments de l'Etat 
armés, ce sont la Porcupine, p' tit bâtiment à va- 
peur, croisant sur les côtes anglaises et commandé 
par le staff commander Parsons ; le Shearwater, ca- 
pitaine Wharton et le Nassau, commandé par le 
lieutenant F.- J. Gray ; ces deux derniers envoyés 
sur les côtes orientales d'Afrique, grâce aux repré- 
sentations de sir Bartle Frère, enfin la Sylvia qui 
doit achever la reconnaissance hydrographique du Ja- 
pon. 

Outre ces bâtiments de guerre on compte huit bâ- 
timents loués OU équipages loués pour ces expédi- 
tions. Ils sont employés à relever les côtes austra- 
liennes de Victoria, de Queen'sland, de l'Australie 
méridionale et occidentale. Ces colonies tantôt four- 
nissent le bâtiment, tantôt paient une partie des dé- 
penses; un autre bâtiment, sous les ordres du lieu- 
tenant Llewellyn Dawson, faitl'hydrographie des côtes 
de la Nouvelle-Guinée. Enfin, deux navires font des 
sondages dans les Indes occidentales ou Antilles et 
vers Terre-Neuve taudis qu'un dernier relève les côtes 
d'Ecosse. 

Le nombre des officiers de marine employés est de 
4^, qui se décomposent de la manière suivante : deux 
capitaines, un commander, sept lieutenants, douze 
staff commander s, quatorze navigating lieutenants 
(chargés du point et des observations sur les cou- 
rants) et douze sous-heutenanls. 

Le département hydrographique a pour devoir 
d'accomplir des reconnaissances exactes de toutes les 
parties du globe visitées par les bâtiments anglais, 
de rédiger et de publier des instructions nautiques 
qui doivent accompagner les cartes, de préparer les 
tables annuelles des marées et la liste de tous les 
phares du monde, de prendre connaissance de tous 
les journaux de bord des bâtiments de l'Etat, de ras- 
sembler, compiler et publier aussi rapidement que 
possible tous les avis de dangers, toutes les notices 
hydrographiques, enfin de corriger les cartes d'après 
les informations les plus réeenles. Il doit aussi four- 
nir à tous les bâtiments delà marine des cartes, des 
chronomètres, des almanachs nautiques et faire en 
sorte que le commerce ne manque jamais de cartes. 
On se fera une idée de" cette dernière besogne lors- 
qu'on saura que 400,000 exemplaires des cartes de 
l'Amirauté sont vendus par an au public ou aux 
gouvernements étrangers, en plus de ce qui est fourni 
à tous les bâtiments de l'État, et que 21,000 exem- 
plaires du Nautîcal almanaçh sont annuellement 
vendus. Ou compte 450 boîtes contenant chacune en 
moyenne 5 à 400 cartes en constante circulation 
pour les besoins de la marine et \ ,000 chronomètres 
voyagent constamment entre l'Observatoire royal et 
les bâtiments de la marine. 

Une des tâches les plus importantes, incombant 
au département, qui demande une extrême minutie 
et entraîne une immense responsabilité, c'est la vé- 
rification des compas de route de tous les bâtiments, 
vérification qui doit se faire non-seulement lorsqu'ils 



sont armés pour la première fois, mais à chaque 
voyage. 

Le surintendant des cartes, est le staff commander, 
T.-A. IIull, excellent dessinateur et praticien distin- 
gué. La gravure sur cuivre des cartes a longtemps 
été confiée à la maison Walker qui a également gravé 
les planches de l'atlas de l'Inde; ce travail est aujour- 
d'hui confié à trois maisons de commerce. Les plan- 
ches sont déposées dans les caves de l'Amirauté, à 
White-IIall, au nombre de 2,700 estimées à 170,000 
livres sterling. Ou calcule qu'une soixantaine sont 
ajoutées par an à ce stock, duquel il eonvientde dis- 
traire un certain nombre de planches vieillies. L'im- 
pression est confiée â la maison Malby et fils, où sont 
enfermées dans une pièce à l'épreuve du feu les 
planches dont l'usage est le plus fréquent. 

L'Amirauté n'a qu'un seul agent, M. Pot ter, pour 
la distribution et la dispersion des cartes, lequel, à 
son tour, a des sous-agents dans tous les principaux 
ports de l'Angleterre et des colonies. Sur les ventes 
qu'il fait le trésor perçoit encore 0,000 livres par 
an. 

Nous nuirons en regrettant que des vues d'écono- 
mie aient restreint le nombre des croisières et des 
voyages d'exploration. Il n'en serait aucun plus utile 
que le voyage au pôle Nord qui, en même temps 
qu'il endurcit les matelots, est pour les officiers et 
les observateurs une excellente école riche eu leçons 
toujours variées, en expériences et en découvertes 
pour ainsi dire infinies. Le changement de ministère 
nous avait fait concevoir l'espérance que le gouver- 
nement se déciderait enfin à envoyer une expédition 
dans ces régions glacées, expédition réclamée par 
tout ce que l'Angleterre compte de marins habiles, 
de savants distingués, par tous ceux en un mot que 
touche le progrès des sciences. 

G .\ mu ei. Marcel. 

LES PROGRÈS ET LES 

APPLICATIONS DE L'HÉLIOGRAVURE 

Nous avons déjà parlé des merveilles obtenues par 
laphotoglyptie, qui transforme le cliché photogra- 
phique en une planche de plomb, où les ombres et 
les clairs, mis en creux et en relief, permettent de 
tirer des épreuves à l'encre gélatineuse dans une 
presse spéciale 1 . Le problème de l'héliogravure s'est 
signalé depuis plusieurs années par d'autres progrès 
importants, que nous avons étudiés avec soin, et qui 
sont dignes de fixer l'attention. En perfectionnant 
les belles méthodes d'héliogravure dues à Poitevin, 
plusieurs opérateurs émérites sont actuellement par- 
venus à faire entrer dans le domaine de la pratique 
un art qui n'avait jusqu'ici fourni que des épreuves 
isolées. 

M. Rousselon, l'habile directeur de l'établisse- 

1 La Nature, \" scmestri: 1874. - - La pltotoglyplie, p. 103. 



20U 



LA NATURE. 




ment pi lOloglyp tique 
d'Asnièrcs, produit 
aujourd'hui des 
épreuves de photo- 
gravures remarqua- 
bles au point de vue 
artistique. MM. Gou- 
pil et C e ont aune) é 
à leur établissement 
phologlyptiqued'As- 
nières un bel ate- 
lier d'héliogravure 
qui fonctionne sui 
une. vaste échelle 
cl reproduit d'une 
façon industrielle 
un très-grand nom- 
bre de gravures en 
taille-douce. D'après 
un auteur fort ex- 
pert, M. Monck ho ven, 
M. liousselon aurait 
un procédé particu- 
lier pour obtenir, sur 
la gélatine Lichro- 
matée insolée et la- 
vée , un grain parti- 
culier , sous l'in- 
fluence d'une . cer- 
taine substance qui 
donnerait naissance 
à ce grain sous l'ac- 
tion de la lumière. 
Co grain se repro- 
duirait sur le plomb, 
dans la presse hy- 
ùraulique ; par la 
galvanoplastie on au- 
rait une planche qui 
pourrait être tirée 
comme la taille- 
douce. Nous laissons 
à M. Monckhoviii la 




h«j>roduciiou de dentelles anciennes par l'héliogravure. 

-cspon.sibiJilé de telle descrip- j pialique et sciculi/ique , 1 



tjoii. flous lerons re- 
marquer que Prestch 
a déjà obtenu l'effet 
de granulation par 
la lumière, en mélan- 
geant la gélalineavec 
de la gomme. 

Quelle que soit la 
méthode emplovée , 
les résultats obtenus 
sont dignes de notre 
admiration. 

Si l'héliogravure 
moderne soulève 
quelques contesta- 
tions pour l'illustra- 
tion des livres, faite 
directement d'après 
des estampes, elle 
n'en suscite aucune 
dans son emploi 
étonnant pour la re- 
production des gra- 
vures anciennes, des 
manuscrits, et sur- 
tout pour les res- 
sources incompara- 
bles qu'elle fournit 
à la science , à la 
géographie et à lu 
cartographie. Plu- 
sieurs éditeurs font 
du reste , aujour- 
d'hui, un grand usage 
de ces méthodes; et 
MM. Firmin Didot 
notamment ont pu- 
blié des ouvrages 
illustrés de gravures 
photographiques 
d'un grand mérite. 

Au point de vue 
héliogravure rend de 



LA NATURE. 



201 



grands services à la science, à l'art de l'ingénieur, à 
la .reproduction des manuscrits, à la géographie et 
r» ta cartographie. Les résultats que l'on obtient, 



nous ne craignons pas de le dire, touchent parfois à 
la perfection ; nous avons visité l'établissement.-de 
H. Dujardin, qui s'adonne spécialement à la repro- 




Spccimen Je gravure hvliographique. — Réduction d'une eau-forte de l'iranése 



duction des cartes, des lavis, etc., et nous avons pu 
nous rendre comp.te de l'importance des méthodes 
employées. 

Donnez comme modèle à M. Dujardin une bonne 



épreuve d'une carte géographique; il vous remet Ira 
une planche sur acier, sur cuivre ou sur zinc. H 
vous donnera, si vous le voulez, une planche d'acier 
qui dépasse de beaucoup en grandeur tout ce qui 




Réduction liéliographique d'une gravure de Callot. 



avait été fait avant ses travaux. La planche obtenue ' du siège de Paris , dont la longueur est de 24 ceu- 

pourra être plus grande ou plus petite que le modèle; j timèlres; elle est la réduction d'une grande carte 

je n'insiste pas sur ce point capital, qui est le carac- trois fois plus longue. Les caractères qui l'entourent 

tère le plus utile et le plus pratique de l'héliogra- sont si fins qu'il faut une loupe pour les lire; avec 

vure. Nous avons sous les yeuxune carte historique le verre grossissant, on met eu évidence leur netteté 



202 



LA NATURE. 



extraordinaire. Nous avons encore sous la main une 
autre carte de grande dimension ; elle provient d'une 
planche; héliographique, faite d'après un modèle beau- 
coup plus petit. C'est le tour de force précédent ren- 
versé. On n'ignore pas ce que coûterait de temps, de 
soins et d'argent, la réduction d'une carte par les 
procédés ordinaires de gravure. On sait aussi que, 
malgré l'habileté de l'artiste, il y aura toujours 
quelques reproductions infidèles, quelques lettres 
oubliées, quelques erreurs inévitables dans un si 
gran.l travail! Avec l'héliogravure, on a la repro- 
duction complète, absolue, rapide et à bon marché. 
On a à volonté une planche en relief pour les tirages 
tvpographiques, ou en creux pour les tirages en 
taille-douce. Le cliché, dans le premier cas, coûtera 
deOfr. 08 à fr. 12, et dans le second cas, de 
fr. 15 à 1 fr. par centimètre carré. Une carte d'Eu- 
rope de 2 m , 50 de longueur, faite sur une planche 
d'acier, d'après un modèle quatre fois plus petit en 
surface, tirée en 19 feuilles, a été livrée au prix de 
2,500 IV. y compris l'acier. Elle a été faite en six se- 
maines*, a ver. les procédés ordinaires, elle n'aurait 

pas été peut-être aussi bien exécutée; son prix eût 
atteint environ 20,000 francs, et il aurait fallu plu- 
sieurs années pour l'exécuter. 

Les nouveaux procédés d'héliogravure ont déjà 
trouvé, comme ou le voit, des applications nom- 
breuses; il ne leur en manquera pas encore dans 
l'avenir. Ils sont usités par l'Ecole des chartes 
pour la reproduction des manuscrits, par les in- 
génieurs et les architectes pour la réduction ou 
l'agrandissement de leurs dessins, par la Banque 
de Belgique et de la Banque de France, pour 
l.i fabrication des billets. L'ancien procédé de fa- 
brication des billets de banque consistait à faire 
une planche de gravure par les méthodes ordi- 
naires et à opérer le tirage sur un cliché galvani- 
que. Mais le cliché galvanique offre de graves incon- 
vénients. Il fournit tacitement 50,000 épreuves, ce 
qui suftit, il est vrai, la plupart du temps; mais si 
uu tirage de 500, 000, je suppose, est nécessaire, on 
est obligé d'employer un grand nombre de yalvanos. 
Or, ceux-ci, qu'on le sache bien, ne sont jamais iden- 
tiques les uns avec les autres ; le cuivre déposé par 
l'action de la pile doit être étamé, il est soumis àdes 
dilatations ou à des contractions sous l'influence de 
la chaleur que nécessite cette opération. 11 est ar- 
rivé que la gravure des billets de banque offrait des 
inégalités appréciables. En outre, il faut arrêter le 
tirage après avoir obtenu 50,000 exemplaires ; cela 
nécessite, pour la continuation postérieure, une nou- 
velle mise en train, c'est-à-dire une perte de temps, 
et par conséquent, des frais. Dans le cours de l'an- 
née 1872, on a usé à la Banque de France près de 
4,000 clichés galvanoplastiques ! Grâce à la gravure 
photographique, on fait dessiner à la plume un grand 
billet de banque de 0"',60 de longueur, on le réduit 
par l'héliogravure, on obtient une planche d'acier 
qui peut fournir un tirage de 600,000 à 800,000 
exemplaires! Cela permet d'avoir une production 



I double avec le même personnel et le même outillage. 
I Un semblable procédé pourrait s'employer pour la 
! reproduction du Grand-Livre. Nous avons eu le mal- 
1 heur d'assister à des événements qui nous ont dé- 
montré qu'il pouvait y avoir en France des mains 
assez coupables pour détruire ce registre de la for- 
tune publique. L'héliogravure en assurerait une re- 
production facile et absolument authentique. 

La gravure photographique produit surtout des 
clichés en taille-douce, mais elle donne aussi des cli- 
chés typographiques ; dans le premier cas les épreu- 
ves sont parfois d'une finesse qui dépasse ce que l'on 
obtient par tous les genres de travail actuels. 

Dans le second cas les épreuves sont moins fines, 
mais elles sont cependant souvent très -satisfais an tes 
quand on a choisi un bon modèle. 

L'héliogravure en relief est très-usitée aujour- 
d'hui pour la reproduction rapide de dessins, de gra- 
vures et de prospectus; MM. Yves et Barret, de trè*- 
habiles opérateurs, nous ont fait voir un catalogue 
du magasin du Louvre, reproduit en quelques jours 
et de trois dimensions différentes. Chaque page du 
modèle fournissait trois planches du format de- 
mandé. Dans le cas de grande hâte, et quand la 
beauté typographique n'est pas nécessaire, l'hélio- 
gravure est très-avantageuse. Il n'y a pas de compo- 
sition, les corrections sont inutiles, et les erreurs 
ne sont pas possibles. 

On conçoit facilement l'importance de ce mode de 
reproduction qui joint l'exactitude de la photogra- 
phie à la beauté et à l'inaltérabilité de la gravure, et 
qui permet d'agrandir le modèle ou de le diminuer 
à volonté. 

Les spécimens que le lecteur a sous les yeux ont 
été très-habilement exécutés par MM. Yves et Barret. 
La première gravure est une reproduction d'une eau 
forte de Piranè e, dont la longueur était de 0'",'21 ; 
la deuxième gravure héliographique a été réduite 
d'après uu des chefs-d'œuvre de Callot, tirés des 
Misères de la Guerre de ce grand artiste. La lon- 
gueur du modèle était de 0"',18. Les planches de 
gravures primitives étaient en creux, et nécessitaient 
un tirage dit eu taille-douce ; celles que fournissent 
l'héliogravure sont en relief, et peuvent être tirées 
en typographie. 

Grâce à l'héliogravure, il est possible de re- 
produire directement certains objets, comme la gui- 
pure, les dentelles, etc. Quel mode de gravure 
pourrait donner l'image des deux belles dentelles an- 
ciennes, dont nous publions ci-contre deux planches 
héliographiques? Ces dentelles ont été étalées sur 
un fond noir, photographiées, et le cliché obtenu, a 
été mis eu relief sur métal, de telle façon que la 
planche produite a pu être intercalée dans notre 
texte. Nous ne pouvons reproduire ici des gravures 
héliographiques en creux, mais nous devons ajouter 
qu'elles donnent des résultats bien plus remarqua- 
bles encore et qui ne laissent rien à désirer. 

Ainsi, pour la reproduction de certaines estampes, 
des gravures, des cartes, des autographes, des an- 



LA NAÏURE. 



203 



ciens manuscrits, pour leur agrandissement ou leur 
réduction, le problème de la gravure photographique 
dont on se préoccupe depuis l'apparition de l'art de 
Daguerrc peut èlre considéré comme résolu. L'hélio- 
gravure va-t-elle au delà? S'applique-t-elle aux pho- 
tographies exécutées d'après nature? Parmi les ten- 
tatives lei plus remarquables, nous citerons celles 
de M. Rousselon, de M. Durand, de M. Dujardin et 
de M. Ilostein qui, par le procédé Thiel et C", est 
arrivé à des résultats remarquables. Nous avons vu 
de ce dernier opérateur des vues de monuments, 
dont les épreuves ont été tirées à l'encre grasse; 
elles offrent l'aspect des photographies d'où elles 
proviennent. Ces habiles operateurs ont obtenu d'ail- 
leurs des gravures héliographiques représentant des 
paysages, des monuments, et même des portraits 
d'après nature; si l'épreuve obtenue n'est pas encore 
parfaite, elle est assez belle pour laisser entrevoir un 
succès complet dans un avenir peut-être proche. 

Quand il en sera ainsi, le monument de la photo- 
graphie aura reçu son couronnement. L'art de I)a- 
gnerre sera complet lorsque les épreuves, obtenues 
d'après nature, auront rempli les deux conditions de 
l'inaltérabilité et de la multiplication indéfinie. 

Gaston Tissa s dieu. 

L'ASSOCIATION FRANÇAISE 

pour l'avancement des sciences. 

Session de Lille. 

(Suite — Voy. p. 180) 

Le discours que M. "Wurtz a prononcé à l'ouver- 
ture du Congrès et dont nos lecteurs ont pu appré- 
cier les élévations d'idées, tant dans sa partie philo- 
sophique que dans sa partie technique, a été accueilli 
par des applaudissements unanimes. L'auditoire 
était nombreux, et on y remarquait quelques-uns de 
nos plus illustres savants, parmi lesquels je vous 
citerai JIM. de Quatrefages, liroca, Cari Vogt, de Ge- 
nève ; Lehardy de hVaulieu, membre du parlai eut 
belge, elc. C'est dans la grande salle de l'Hôtel de 
Ville que la séance d'inauguration a eu lieu sous 
la présidence de M. Catel-Béghin, maire de Lille. 
MM. Wurtz et Kuhlmanu étaient à côté de l'hono- 
rable magistrat; le général Clinchant, comman- 
dant la division militaire de Lille, était également 
assis au bursau. M. Catcl-Béghin, dans une allocu- 
tion rapide, a parlé des efforts que la ville de Lille 
avait toujours faits pour se tenir au niveau du pro- 
grès scientifique et industriel. M. Laussedat, secré- 
taire général de l'Association, a résumé les travaux 
du dernier Congrès de Lyon ; certains passages de 
son discours, où il était question des désastres ré- 
cents de la France, ont été salués avec une émotion 
profonde. M. Laussedat a termine son compte rendu 
par quelques belles paroles que nous reproduisons : 
« On a dit depuis longlcmps, avec une certaine 
mélancolie, que les hommes se laissaient mener par 



des phrases et se taisaient tuer pour des mots. Et 
sans doute, messieurs, et nous aurions mauvaise 
grâce à nous eu plaindre, car ce qui élève l'homme 
au-dessus de la brute, c'est d'une part le sacrifice 
volontaire et de l'autre le langage qui est l'expres- 
sion de la pensée et des sentiments. Tout consiste 
donc à bien choisir les mots pour lesquels on veut se 
dévouer. Nous avons arboré ceux de science et de 
patrie, parce que nous croyons à la force bienfaisante 
et irrésitible de la science et que nous sommes péné- 
trés de nos devoirs euvers la patrie. 

« La science, a dit un éminent physicien et philo- 
ce sophe de ce pays ami, si dignement représenté 
« parmi nous au moment où je parle, la science, di- 
« sait l'excellent QuéLelet, est la grande puissance 
« devant laquelle tous peuvent s'incliner sans humi- 
« liation, et les savants n'ont pas le droit de s'enor- 
« gueilhr, mais le devoir de répandre la science et 
a ses bienfaits. » 

« La patrie, et j'emprunte cette définition à l'un 
« des plus profonds penseurs de ce siècle, à Lamcn- 
« nais, la patrie, c'est la mère commune, l'unité 
« dans laquelle se pénètrent et se confondent les 
« individus, c'est le nom sacré qui exprime la fusion 
« volontaire de tous les intérêts eu un seul intérêt, 
<i de toutes les vies en une seule vies éternellement 
« durable. » 

a En inscrivant sur notre drapeau ces deux nobhs 
mots de science et patrie, nous nous sommes engagés 
à servira la fois l'une et l'autre ; nous avons proclamé 
notre foi dans la France, qui s'est tant honorée par 
la culture des sciences. Quoi qu'il arrive, nous con- 
serverons cette foi ardente, inébranlable, nous la 
léguerons à nos enfants, et en dépit de la nouvelle 
morale prêchée ailleurs, et qui fait si peu d'honneur 
à l'apôtre et à ses disciples, nous leur enseignerons, 
comme nos pères nous l'ont enseigné, le respect de 
la justice et de la vérité, l'horreur de l'hypocrisie 
et le mépris de la force, quand elle n'est pas au ser- 
vice du droit. » 

Après M. Laussedat, M. G. Masson a lu un rapport 
sur les finances de l'Association française; il résulte 
de ce qui été dit par l'honorable trésorier que les 
ressources provenant des souscriptions annuelles, 
n'ont pas cessé de croître, et que cette année il a été 
possible de faire face à des dépenses d'environ 
50,000 francs. 

« Ces dépenses, vous le voyez, a dit M. Masson, 
sont dès à présent importantes et nous ne pouvons 
que souhaiter de les voir s'accroître encore, puisque 
toutes ont un but élevé ; laissez-nous donc, en ter- 
minant ce compte rendu, vous demander d'aider, par 
une propagande active, à rendre bientôt notre bud- 
get l'égal de celui de l'Association britannique, qui 
dispose chaque année d'une somme deux fois plus 
considérable. » 

Après la séance, les membres de l'Association se 
sont retirés dans Jours sections respectives; ils ont 
nommé leurs bureaux et organisé leurs travaux. 

Le soir, le maire de Lille a reçu les membres du 



20 i 



LA NATU11E. 



Congrès, et cette première journée restera certaine- 
ment gravée dans le souvenir de tous ceux qui ont 
pu y prendre part. 

Nous avons trop de détails à vous donner sur les 
excursions scientifiques , sur les communications 
remarquables des membres du Congrès, sur les con- 
férences qui ont été faites, pour parler en détail des 
fêtes et des recopiions. Disons toutefois que le Con- 
grès de Lille restera comme une date importante 
dans l'iiistoire do la science. 

— La suite prochainement. — 

LE DICTIONNAIRE DE CHIMIE 

DE M. AD. WUllTZ. 

Ce livre considérable, qu'il n'est plus nécessaire de 
recommander aujourd'hui se continue de jour en 



jour. La librairie llacbctle vient d'en publier un 
nouveau fascicule ; il termine le troisième volume 
d'une œuvre qui formera le tableau complet de 
la chimie moderne. — Nous empruntons aux par- 
ties récemment publiées de ce grand dictionnaire 
la description de quelques appareils nouveaux et 
intéressants, qui ont attiré dans ces derniers temps 
l'attention des chimistes. 

MM. Girard et de La ire, qui figurent au nombre 
dos collaborateurs de M. Wurtz, passent en revue la 
nouvelle industrie du Phénol, dont la production 
récente est devenue si importante; ils en montrent 
l'extraction, du goudron de bouille, et parlent d'un 
appareil remarquable qui permet de séparer le phé- 
nol de ses homologues supérieurs, avec lesquels il 
se trouve mélangé. Cet appareil sert encore à séparer 
l'aniline et la toluidine. Il se compose d'une grande 
cornue G d'une contenance de un mètre cube envi- 




Fig. 1. — Appareil de distillation du phénol. 



roil (fig. 1); la tubulure supérieure a, communique 
avec le serpentin en plomb K, placé dans une bâche I, 
portant un thermomètre. Cette bâche peut contenir 
de l'huile ou du phénol pur; dans ce cas, elle com- 
munique elle-même avec un serpentin réfrigérant IV, 
et le phénol distillé est recueilli après chaque opé- 
ration dans la bâche. 

« L'appareil, disent MM. Girard et de Laire, est 
chargé avec le mélange de phénol et de ses homolo- 
gues; la bâche est remplie de phénol pur. On com- 
mence par chauffer d'abord la cornue ; les phénols 
entrent en éhullition, passent par les tubulures dans 
le serpentin horizontal, se condensent et retombent 
en totalité dans la cornue, et cela jusqu'à ce que la 
température de la bâche ait atteint celle de l'ébulli- 
tion du phénol. On facilite et on abrège cette opéra- 
tion en chauffant directement la bâche par le second 
foyer vers le point d'ébullitiou du phénol, mais on 
arrête le feu avant que l'on ait atteint cette tempé- 



rature. II passe une petite quantité de carbures que 
l'on condense. Le thermomètre de la bâche con- 
tinue ù monter et à indiquer bientôt un point fixe, 
le phénol seul alors passe à l'ébullition. Aussitôt que 
le thermomètre de la bâche monte, il faut clringcr 
de vases sous les serpentins condensateurs, le ther- 
momètre continue à monter et indique bientôt un 
nouveau point fixe ; on a atteint la température du 
cresylol ; on change de vase et recueille ce dernier. 
Le phénol contenu dans la bâche passe alors en grande 
quantité à la distillation. C'est pourquoi il est sou- 
vent plus avantageux de se servir d'huile ou de p t- 
rafine ; dans ce cas, on l'ait communi|uer la bàclie 
par un tuyau avec la cheminée afin d'enlever les 
vapeu-s. Cet appareil permet de séparer très-facile- 
| meut le mélange de phénol et de cresylol. » 

Depuis 185 G les emplois thérapeutiques du phénol 
se sont multipliés et généralisés, de telle sorte que 
sa consommation est devenue considérable et que sa 



LA NATURE. 



205 



production nécessite, comme on le voit, de véritables 
appareils industriels. 

Un autre appareil très-curieux se trouve décrit 
dans l'excellent article Phosphore écrit par M. E. 
Kopp ; c'est celui qu'a imaginé M. Mitsclierlich pour 
rechercher le phosphore dans les cas d'empoisonne- 
ment. La présence du phosphore libre dans les ma- 
tières suspectes se reconnaît quelquefois à son odeur, 
mais ce caractère ne peut suffire dans aucun cas, et | 
il faut isoler le phosphore lui-même. Le procédé 
basé sur la solubilité de ce corps dans le sulfure de 
carbone est très-défectueux. Il a été remplacé avan- 
tageusement par la méthode de Mitsclierlich, fondée 
sur la propriété que possède le phosphore de luire 



dans l'obscurité, et de passer à la distillation avec 
l'eau. 

On délaye les matières suspectes dans de l'eau dis- 
tillée, de manière à former une bouillie claire que 
l'on introduit dans un ballon A (fig. 2) communi- 
quant avec un tube b de ,n ,01 environ de diamètre 
disposé dans un réfrigérant vertical C dans lequel on 
fait circuler un courant d'eau froide. 

On porte le liquide du ballon à l'ébullition de ma- 
nière à entraîner le phosphore en vapeurs. On voit 
alors, si l'on opère dans l'obscurité, des lueurs phos- 
phorescentes apparaître dans le tube b au-dessus 
du niveau de l'eau du réfrigérant; ces lueurs vol- 
tigent dans le tube. En même temps l'eau se con- 




Fig. 2. — Appareil de Milscheilich pour la recherche du phosphore dans les cas d'empoisonnement. 



dense et s'écoule dans le flacon E avec le phosphore 
volatilisé; cette eau luit quand on l'agite dans l'ob- 
scurité et l'on pourra y retrouver de petits grains de 
phosphore. Elle possède eu outre la propriété de 
noircir certaines solutions métalliques, notamment 



l'azotate d'argent. 



>♦< 



LA FÉTIDITÉ DE L'EAU DE LA SEINE 

Les chaleurs de cet été ont mis en évidence l'ac- 
croissement de l'infection de la Seine, transformée 
maitenanten un vaste égout. Prise en amont de Paris, 
àCharenton, l'eau est limpide et verte ; dans l'inté- 
rieur de Paris, elle est louche, mais encore assez pro- 
pre depuis que l'égout collecteur enlève toutes les eaux 
vannes. Depuis Asnières, où débouche cet égout, son 



odeur est nauséabonde et sa couleur est celle du pu- 
rin. Paris a été débarrassé du méphitisme, mais tous 
les centres de population situés en aval sont soumis 
à tous les dangers d'émanation et surtout d'absorp- 
tion. La population qui boit une eau impure est dans 
dus conditions de mortalité plus nombreuses que 
celle qui jouit de l'avantage d'une eau limpide. Le 
conseil d'hygiène de Seine-et-Oise insistait déjà l'an- 
née passée pour que le problème de l'assainissement 
de la Seine fût étudié de nouveau, car maintenant 
l'expérience est assez défavorable pour les riverains; 
plus tard le danger pourra dépasser les prévisions. 
Versailles a aussi réclamé; l'eau qui lui est fournie 
par la machine de Marly est empoisonnée, et c'est la 
seule dont la ville peut disposer. 

Quand celte eau est échauffée pendant toute une 
journée par l'ardent soleil de juillet, elle exhale des 



20G 



LA NATURE. 



miasmes dangereux ; le débit de la Seine étant con- 
sidérablement ralenti, elle est presque slagnante. Les 
barrages en «ival de Paris ont contribué à l'amélio- 
ration de la navigation, mais ils ralentissent le cou- 
rant, qui emportait plus rapidement les eaux "vannes. 

Il se forme perpétuellement au débouché de l'é- 
gout collecteur des bancs de vase infects, provenant 
de toutes les matières lourdes. Il s'en dégage des 
gaz en telle abondance que l'eau est toujours cou- 
verte d'une couche de bulles. Comme il n'existe 
d'autres remèdes à la formation de ces accumula- 
tions, que de les enlever à la drague, on y pourvoit 
surtout dans la saison des eaux basses. Les produits 
du dragage sont conduits dans la basse Seine, aux 
environs de Saint-Denis, d'Kjûnay et d'Argenteuil, où 
on les dépose le long des berges, déjà si vaseuses, de 
toutes ces localités. Eu agissant ainsi, on enlève lis 
boues pestilentielles «lu collecteur, pour les reporter 
plus loin ; le travail se fait à main d'homme, au lieu 
d'être fait par l'action du courant. Il n'y a qu'un 
éloignement au profit d'une localité, créé au préju- 
dice d'une autre. On constitue de plus des amas de 
vase tels, qu'ils deviennent dangereux pour celui qui 
s'y enfoncerait. 

Le débit de la Seine va toujours en décroissant; le 
déboisement de son bassin en est en partie la principale 
cause ; elle roule à l'étiage h\ mètres par seconde ; 
250 mètres aux eaux moyennes et 1,400 dans les 
grandes crues. Celte année la sécheresse amoindrit 
encore le volume des eaux normales de l'étiage; au 
mois de juillet on ressent déjà ces effets pernicieux; 
ils seront encore plus sensibles au mois d'août et de 
septembre ; car ce n'est souvent qu'à la fin d'octo- 
bre ou au mois de novembre que les grandes pluies 
d'automne viennent augmenter le courant d'une ma- 
nière sensible. 

Dans un temps donné, le danger, venu lentement, 
pourra se manifester plus loin que les prévisions ou 
l'incurie n'auraient pu le laisser supposer. Les récla- 
mations des villes échelonnées surtout le parcours 
de la basse Seine sont de plus en plus pressantes. 
Comment obvier, dans la pratique, à cet inconvénient 
qui met la vie des populations en danger? Les pois- 
sons meurent ; les rives sont couvertes de poissons 
asphyxiés. 

Le conseil d'hygiène de Soitie-et-Oise proposait un 
système d'aqueduc latéral à la rivière. On pourrait 
en effet creuser sous le chemin dehalage qui occupe 
la rive droite, une conduite recevant les eaux à leur 
sortie du collecteur d'Asnières, pour les amener jus- 
qu'à l'endroit où se fait sentir la marée, même au 
delà de Rouen. On n'aurait ainsi aucune expropria- 
tion à faire et peu de travaux d'art à exécuter. Les 
120,000 tonnes de dépôt annuel versées dans la Seine 
pourraient être recueillies en partie sur le passage, 
dans des bassins de décantation, espacés sur le par- 
cours de l'aqueduc. Le résidu qu'on en obtiendrait 
trouverait un emploi assuré pour l'agriculture des 
pays riverains. Le surplus des matières serait entraîné 
jusqu'au point où le flux et le reflux assureraient, en 



toute saison, un lavage dont l'innocuité serait com- 
plète. 

Le champ d'expérience de Gennevilliers absorbe 
déjà une minime portion du collecteur. Les eaux re- 
montées et refoulées par une machine à vapeur, y 
subissent deux traitements différents : le premier con- 
siste à irriguer les terrains propres à la culture avec 
les eaux vannes, telles qu'elles sortent de l'égout et 
à les répandre le plus abondamment possible, pour 
qu'elles agissent directement comme engrais, sans 
nécessiter les frais de réaction et d'épuration. Le se- 
cond a pour but de débarrasser les eaux surabondan- 
tes des matières fertilisantes qu'elles renferment ; on 
y parvient chimiquement en se servant de suliaic d'a- 
lumine, qui précipite au fond des bassins de- déféca- 
tion un dépôt qu'ensuite on fait sécher, avant de le 
livrer comme engrais. 

L'évacuation des eaux des égouls est un problème 
qui se présente à toutes les municipalités des grands 
centres de population. Ce fait était encore plus frap- 
pant à Londres qu'à Paris; là, les fosses d'aisances 
étaient inconnues, toutes les immondices étaient re- 
çues dans les égouls, où des chasses d'eau entraî- 
naient tout dans la Tamise; au fur et à mesure de 
l'accroissement de la population, l'infection faisait de 
rapides progrès malgré les alternatives de la marée, 
qui pénètre au milieu de la ville. En 1854 une en- 
quête, faite avec soin, constata qui 2,28 i décès cho- 
lériques étaient arrivés dans les quartiers alimentés 
par l'eau impure de la Tamise, tandis que dans ceux 
qui recevaient de l'eau pure et filtrée de \\Lamhtlk 
company, la mortalité avait été insignifiante. 

Depuis cotte époque on a réuni les eaux dans des 
collecteurs qui les conduisent jusqu'à Crosness, en 
aval de Londres, où elles se déversent dans de vastes 
bassins de décantation. De puissantes pompes à va- 
peur les rejettent à l'embouchure de la Tamise, à un 
endroit où les courants de marée les emportent deux 
fois par jour. Ces grands travaux de canalisation sou- 
terraine avaient à triompher d'un obstacle insur- 
montable: le manque de pente pour l'écoulement. 
On y a remédié en établissant des machines élévatoi- 
res. Pareille objection n'existe pas pour la Seine. 

J. Girard 
— »$«— 

CHRONIQUE 

Une excursion aérostatique a New-York. — 

Le goût des excursions aériennes tend à se développer. Le 
New -York-Herald, la Tribune et le Graphie ont envoyé 
chacun un reporter dans une excursion exécutée le 
2-4 juillet dernier par le professeur Donaldson. Cette ex- 
cursion a offert des incidents qui méritent d'être signalés. 
M. Donaldson, qui a eu le bon esprit de renoncer à son 
grand voyage transatlantique pour s'exercer à des excur- 
sions terrestres, a effectué une ascension le 24 juillet 
dernier à l'hippodrome de New-York. Le départ a eu lieu 
un peu avant quatre heures. Le ballon, fort chargé de 
lest, comme il convient lorsque l'on veut faire feu qui 
dure, ne s'est élevé qu'à une hauteur de 800 mètres. A. 



LA NATURE. 



207 



(i heures et demie, les vovageurs aériens louchaient terre 
une première fois, à 25 milles, dans le comté de Muncg, 
:i près avoir joui de la vue de lu mer dont ils s'éloignaient 
d'une façon toute rassurante. Après être restés environ 
40 minutes à terre, les voyageurs aériens se sont élevés 
de nouveau, toujours poussés par un vent qui les éloignait 
du rivage cl les dirigeait vers une chaîne de montagnes, 
derrière laquelle le soleil venait de disparaître. Avant de 
s'engager dans celle région, les voyageurs aériens ont pris 
terre une seconde fois près de la maison de campagne de 
miss Charlotte Thompson, actrice très-populaire à New- 
York, à laquelle ils ont offert galamment une place dans 
la nacelle. Cette dame ayant accepté avec un courageux 
empressement, le ballon s'est enlevé une troisième fois et 
est resté en l'air jusqu'à o h. 20 m. du matin, c'est-à-dire 
pendant près de neuf heures. Le lendemain malin, les 
voyageurs se trouvaient sur le territoire de German- 
Town, à une dislance de 4 milles de la ville d'IIudson, et 
de 130 milles de la ville de New-York. 

Jusqu'à 11 heures et demie du soir, les voyageurs 
avaient eu la clarté de la lune pour les guider, mais il 
n'en avait pas été de même depuis le coucher de cet astre 
jusqu'au commencement de l'aurore. Le ballon ayant 
perdu du gaz pendant la nuit et la descente à German- 
Town, il a été nécessaire de laisser à terre deux des passa- 
gers; le représentant du Herald et celui du World sont 
donc repartis pour New-York, après avoir assisté à une 
quatrième ascension du ballon, portant le professeur Do- 
naldson et ses compagnons de voyage. L'n télégramme 
inséré dans le Neiv-York-Times nous apprend que la 
descente définitive a eu lieu à Saratog;i, à 6 h. du soir, 
près de la ville de Greenfield, 5 milles plus au nord que 
Saraloga et dont la distance de New-York ne dépasse pas 
400 kilomètres. En quittant terre pour la dernière fois, 
le ballon a décrit un grand cercle autour de la ville d'IIud- 
son, et a été violemment précipité sur la chaîne des monts 
Caskhilles, où il a manqué de faire naufrage. Des tètes de 
pins, transformés enécueils, ont failli arrêter violemment 
les voyageurs, qui, dans presque tonte la durée de leur 
excursion, paraissent être restés à petite distance de 
terre. 

I.e « Faraday. » — Nous avons déjà parlé du Faraday, 
construit par MM. Siemens, de Londres, à Newcastle- 
Upon-Tyne, et destiné à immerger les câbles transatlanti- 
ques. Nous compléterons ce qui a été dit précédemment 
en décrivant ce nouveau poseur de câbles. Le navire a 120 
mètres de long, 16 mètres de large et 12 de profondeur. 
Le tonnage de déplacement est de 5,000 tonneaux, mais 
il peut porler 6,000 de poids mort. La principale particu- 
larité consiste dans ses trois réservoirs à câbles, construits 
en tôle et faisant corps avec la coque, au uioven de 
parties cintrées. Ce navire est à double fond. L'espace 
situé en dessous des réservoirs est aménagé de telle sorte 
que l'on peut emmagasiner, comme lest, une quantité 
d'eau égale au déplacement qui résulte du câble immergé. 
L'entrée et la sortie de l'eau sont réglées par un système 
de vannes, dont le contrôle peut se faire dans le local 
même des mécaniciens. Extérieurement, ce navire diffère 
de tous les autres en ce que l'avant et l'arrière sont sem- 
blables; il existe un gouvernail à chaque extrémité pour 
permettre des manœuvres suivant les exigences de l'im- 
mersion. Les hélices sont extérieurement protégées par 
une giderie, ayant pour but d'éloigner le câble ou tout 
cordage qui pourrait s'y engager. Le choix de deux hélices 
a été molivé par le besoin où l'on se trouve quelquefois 
d'évoluer rapidement; chacune d'elles est mise en mou- 



vement par une machine indépendante. La timonerie, pla- 
cée au milieu du navire, se manœuvre à la vapeur; les 
cabestans ont aussi pareil moteur. 

l,c catalogue de la Bibliothèque nationale. — 

M. Taschereau a publié dans le Journal officiel un compte 
rendu de l'état de l'impression du catalogue de la biblio- 
thèque: il comprendra 11 volumes pour l'Histoire de 
France, 3 volumes pour les sciences médicales. Les autres 
matières déjà cataloguées sont ; Histoire d'Angleterre, 
13 volumes; Théologie, 30 volumes in-folio; ces der- 
niers volumes ne seront que plus tard autographiés. Ces 
sections comprennent plus de 700,000 volumes. Le fonds 
se compose d'environ deux millions de livres. Le nombre 
des lecteurs à la bibliothèque est d'environ 4,000 par mois 
et le nombre des volumes communiqués d'environ 6,000 
dont un quart pour les matières scientifiques et un cen- 
tième pour la théologie. Le système méthodique a prévalu 
en France, mais le système alphabétique est le seul en 
usa;;e de l'autre côté du détroit. Le public peut avoir à sa 
disposition 2,000 volumes de cartes reliées, représentai 
le fonds entier qui possède plus d'un million de numéros. 

I.a plu» grande des locomotives. — Le Scicntific 
American du 18 juillet nous apprend que la plus grande 
locomotive du monde est la Pensylvania, sur le Philadel- 
phia and lleading railroad. Les principales dimensions 
de cette machine sont les suivantes : diamètre des cylin- 
dres, 20 pouces ; longueur de course du piston, 26 pouces; 
nombre des roues, 1 2. Le pouls de celle locomotive n'est 
que de 60 tonnes. 

ACADÉMIE DES SCIENCES 

Séance du 24 août 1874. — Présidence de M. r'iiÉuï. 

Étoiles filantes. — Comme tous les ans, la nuit du 10 
août a été signalée cette année par un maximum dans le 
nombre des étoiles filantes. D'après M. Chapelas ce nom- 
bre a atteint 55 à l'heure. A Toulouse, M. Demelle a fait 
des observations très-suivies qui malheureusement ont dû 
cire interrompues juste au moment du maximum à cause 
du ciel couvert et de la pluie. 

Action de l'acide chromique sur les matières textiles. — 
On sait que mis en présence de substances oxydables l'a- 
cide chromique perd, avec une grande facilite, une cer- 
taine portion de son oxygène et passe à l'état de sesqui- 
oxyde vert. Avec d'autres matières, d'après M. Jacquehn, 
professeur à l'Ecole de pharmacie de Nancy, il donne lieu 
à une coloration jaune très-vive; c'est ce qui a heu avec 
la laine et la soie, et la nuance est tout à fait comparable à 
celle que l'acide picrique donne de son côté. L'auteur 
conclut de là, outre de» procédés de teinture qui peuvent 
être utilisés, un moyen pratique pour reconnaître, dans 
une étoffe mélangée, les fibres animales et les fibres vé- 
gétales ; celles-ci, en effet, ne donnent pas lieu à la colo- 
ration jaune. 

En même temps, M. Jacquelin regarde l'action de l'a- 
cide chromique, sur diverses matières colorantes rouges, 
comme susceptible de fournir un moyen de distinction 
entre elles. Depuis quelque temps, par exemple, on colore 
les vins avec de la cochenille ; l'acide chromique permet de 
reconnaître cette fraude, la cochenille se comportant avec 
lui tout autrement que la matière colorante naturelle 
du vin. 



208 



LA NATURE. 



Mer algérienne. — Le secrétaire signale la réponse si 
vivement attendue de M. Roudaire aux objections faites a 
son projet. D'après l'analyse rapide qui est donnée de 
cette réponse, il ne parait pas que les arguments de 
M. Fuchs et de M. Cossou soient rétorqués, mais au con- 
traire que M. Roudaire se range au même avis que ces 
messieurs et demande comme eux qu'une élude complète 
de la topographie locale soit faite avant qu'aucune suite 
soit donnée au projet. On trouvera sans doute, en consé- 
quence, que M. Roudaire, M. de Lesseps et M. Le Verrier 
se sont un peu beaucoup pressés en faisant ressortir si 
bruyamment les avantages d'une solution qui est peut- 
être illusoiie. D'ailleurs, la note de M. Roudaire contient 
beaucoup de développements historiques, remplis, dit-on, 
du plus vif intérêt. 

Le phylloxéra. — M. Dumas, qui a sur le cœur l'accueil 
fait au rapport signé de M. iîouley, demandant que des 
mesures administrati- 
ves soient prises con- 
tre le phylloxéra, lait 
lecture du décret pro- 
mulgué par plusieurs 
cantons suisses dans le 
but d'empêcher l'in- 
vasion du parasite sur 
leur territoire. Ces dé- 
crets qui datent cie 
1 87 1 sont tellement 
conformes à ce fameux 
rapport qu'on pourrait, 
n'clait l'impossibilité 
du fait, soupçonner le 
rapporteur de s'en être 
fitttemenl inspiré. A 
partir du \" septembre 
prochain toute importa- 
tion de raisins, plants, 
feuilles, éclialas, etc., 
venant de France est 
absolument interdite. 

Ceci nous amène à 
parler des analyses 
qu'un chimiste, dont le 
nom nous échappe , 
vient de faire patallè- 
Icinent de racines de 

vignes saints et de racines pbylloxérées. Le sucre de 
canne si abondant dans Pécorce des premières est rem- 
placé dans les secondes par une quantité d'ailleurs bien 
moindre de glucose; de même la proportion des matières 
albuininoïde? a également diminué dans une large mesure. 

Enfin, M. Rouvier décrit avec détails les résultats très- 
salisfaiï-anls obtenus par M. Petit, aux environs de Nîmes, 
par l'emploi du goudron de houille comme traitement des 
vignes atteintes. Même à la dose de 8 ou 10000 kilo- 
grammes par hectare, le goudron ne fait aucun mal à la 
vigne et il en faut bien moins que cela pour que le phyl- 
loxéra soit détruit. Peut-être est-ce cnûn la solution si 
longtemps cherchée du problême. 

Composition du guano. — Voilà plus d'un an (pie 
M. Chevreul soumet le guano à l'épreuve des méthodes 
d'analyses raisonnées. Sept fois déjà il a annoncé à l'Aca- 
démie des résultats importants. Son huitième mémoire est 
consacré aujourd'hui à des chlorures qu'il a extraits du 
précieux engrais. Ils se présentent sous forme de cristaux 
cubiques où l'on trouve du chlore, de la soude et de l'am- 




Lcs glaces flottantes de 1 Atlantique. 



moniaque. Mais la question est encore indécise de savoir 
si ces cristaux représentent un mélange de chlorure de 
sodium et de chlorhydrate d'ammoniaque, ou constituent 
un chlorure double. Ce faita conduit M. Chevreul et après 
lui M. Dumas à des développements très-intéressants au 
point de vue de l'isomorphisme, mais sur lesquels le 
défaut d'espace nous interdit d'insister. 

Stanislas Meuhilk 

LA DÉBÂCLE DES ICEBERGS 

DANS l' ATLAISTIQUK. 

Nous apprenons que les fortes chaleurs de ces 
derniers temps ont causé, dans les mers boréales, 
une débâcle considérable des icebergs ou glaces flot- 
tantes. Un capitaine 
français, arrivé ré- 
cemment au Havre, 
a rapporté que les 
régions do l'Atlanti- 
que qui avoisinent 
le cap Breton, sont 
couvertes de ban- 
quises d'une dimen- 
sion considérable. Ce 
navigateur en a ren- 
contré qui ne mesu- 
raient pas moins de 
4 kilomètres de lon- 
gueur sur 2 de 
large , et dont la 
hauteur moyenne 
était de plus de lfjû 
mètres au-dessus de 
la surface de la 
mer. 

Nous lurons re- 
marquer que la par- 
tie de l'iceberg qui 
sort tle l'eau ne re- 
présente qu'un fai- 
ble volume du glaçon flottant. Nous avons pensé qu'il 
était intéressant de reproduire la proportion relative 
des parties immergées et émergées des glaçons flot- 
tnnls. C'est ce que représente le diagramme ci- 
dessus, en même temps qu'il donne une idée de 
l'échelle relative d'un navire à voile à côté de ces 
redoutables icebergs. Notre coupe océanique met 
encore en évidence l'action de transport de matières 
terrestres par les glaces flottantes. Celles-ci, déta- 
chées des continents du nord, emportent dans leur 
masse, de la terre, des pierres, des rochers même, 
qu'elles laissent tomber au fond des mers, à mesure 
qu'elles fondent dans les régions méridionales. Ces 
glaçons flottants te.idcnt, à travers les siècles, à 
exhausser ainsi le fond des océans. 

Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. 



Coi'bcil, —Imprimerie de CnsTii. 



,V 66. — 5 SEPTEMBRE 1874. 



LA. NATURE. 



209 



ÉLÊPHAJNTS DE L'ARMÉE DES INDES 

M. Henri Gaidoz a publié, dans \u Revue des Deux 
Mondes du 1 er août, une histoire fort intéressante du 
rôle que les éléphants ont joué pendant la guerre 
depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. 
Un des plus curieux épisodes de ce récit est sans 
contredit le résumé des opérations militaires do la 
campagned'Àbyssiiiie,(jueles Anglais n'eussent point 
terminée si aisémeut s'ils n'avaient eu recours aux 



intelligents animaux qui fout actuellement partie 
des troupes de l'Inde comme du temps du roi l'o- 
rus. 

Nous ne négligerons point de saisir cette occasion 
pour faire apprécier les ressources de science et d'es- 
prit développées par les officiers d'une nation amie 
de la France et d'un peuple léellement civilisé : tout 
eu cultivant avec le plus grand soin l'artde la guerre 
les Anglais ne s'imaginent point que l'emploi de la 
force doive être soustrait au contrôle des idées de 
droit et de justice, éternel honneur de la civilisation 
moderne. Les succès de leurs armes doivent être 




La raanœuvru du uaasport des canons par les éléphants de l'année angiaue. 



considérés comme étant constamment un gain net 
pour la cause du progrès universel. 

On avait déjà imaginé de dresser les éléphants à 
porter îles pièces d'artillerie de campagne. On avait 
même inventé une sorte de bat, permettant de tirer 
des coups de canon sur leur dos, comme du haut 
d'un affût de campagne. 

Mais on n'avait point encore eu l'idée de s'en ser- 
vir pour des objets d'un poids aussi prodigieux que 
des canons Armstrong se chargeant par la culasse, ou 
des mortiers de 8 pouces. L'innovation mérite d'être 
ran"éedans l'histoire de la guerre à côté de la créa- 
tion des régiments de dromadaires, dans cette fa- 
meuse expédition d'Egypte qui restera le type éter- 
nel des Tandes entreprises d'une nation civilisatrice. 

Les canons et les mortiers de l'armée anglaise 
2* année. — 2«seaieslre. 



avaient été démontés, de sorte que l'on faisait por- 
ter à un éléphant le canon, a deux autres une naire 
de roues chacun, à un quatrième l'avant- train, à un 
cinquième le caisson. Mais de quelque manière que 
l'on eût divisé la charge, il n'y avait pas un seul 
éléphant qui, en y comprenant le bât et le harnache- 
ment, n'eût sur le dos moins de 6U0 kilos. Tl y en 
avait môme, ceux qui portaient les flasques en fer 
pour le tirage des mortiers, qui devaient soulever 
le poids formidable de 9 quintaux métriques. 

Malgré cette circonstance, la difiiculté la plus 
grande consistait à charger les éléphants, opération 
d'autant plus délicate que l'on ne pouvait songer à 
l'accomplir avec une chèvre, car la nature du sol 
presque toujours marécageux ne se prêtait que diffi- 
cilement à l'enfoncement des piquets. D'autre part 

U 



210 



LA NATURE. 



ranimai eût presque infailliblement cédé sousla pres- 
sion subite d'un poids aussi considérable et fait quel- 
que; mouvement brusque au moment décisif, môme 
quand il luiauraitété possible de garder une immobi- 
lité parfaite pendant toute lu durée d'une opération 
aussi longue. 

On n'aurait donc pu utiliser la force prodigieuse 
de ces colosses si l'on n'avait imaginé de se servir de 
rampes sur lesquelles on faisait glisser les fardeaux; 
ces rampes reposaient sur les lianes de l'éléphant 
accroupi et qui, pendant tout le temps que durait 
l'opération, ne bougeait pas plus qu'une statue de 
pierre. Les fardeaux étaient retenus à l'aide d'une 
corde que l'on faisait passer sur le dos de l'animal et 
à laquelle se cramponnaient quatre ou six hommes, 
suivant qu'il s'agissait des canons ou des mortiers. 

Pendant ce temps, quelques soldats groupés le 
long des rampes tiraient le fardeau pour l'obliger 
à remonter, llieu n'était plus pittoresque que ce 
fourmillement d'êtres humains attachés aux Hunes 
du monstre. C'est ce tableau que nous avons été 

à même de reproduire à l'aide de renseignements 
authentiques. 

Lorsqu'il s'agissait des canons, il suffisait d'une 
seule rampe et l'on attachait aux tourillons les câ- 
bles de retenue passant sur le dos de l'éléphant. 

Ces opérations difficiles durent être reflétées bien 
des fois pendant la durée d'une route aussi dilficile 
que longue, mais de temps eu temps semée de plai- 
nes où une pièce d'artillerie pouvait rouler à la ri- 
gueur. En effet, chaque fois que la nature du terrain 
le permettait oit attelait des chevaux aux pièces. Dieu 
des fois au moment où l'on s'y attendait le moins, il 
arrivait que les éléphants fatigués se débarassaient de 
leur charge. Souvent ils s'abattaient épouvantés 
quand l'armée était surprise par des orages, si terri- 
bles et si fréquents en Abyssinic. 

Aussi les soldats de l'armée anglaise étaient-ils 
arrivés à acquérir dans le nouveau genre dû manœuvre 
Une telle habileté, qu'il suffisait de trois à quatre 
minutes non-seulement pour charger les affûts, mais 
encore les flasques de fer. 

Quand les Abyssins virent arriver devant Magdala 
ces pièces monstrueuses, ils comprirent que lu rOlc 
tic Theodoros était fini. La surprise en guerre est un 
agent puissant de victoire. On peut dire en effet que 
ce sentiment est mère de l'épouvante. 



•<x 



LA POPULATION DE LA CHINE 

D'après M. l'abbé David , la erando rébellion des 
dernières années a exercé de tels ravages, que soit 
massacre, soit dispersion des populations qui ont 
émigré vers l'ouest, la population de certaines pro- 
vinces de la Chine centrale a été non pas seulement 
décimée, mais réduite à la moitié, au tiers et même 
au cinquième de ce qu'elle était auparavant dans 
certains départements. 



Ce fait, doit expliquer en grande partie la diver- 
gence des opinions des voyageurs européens sur le 
nombre total de la population de l'empire du Milieu. 
Suivant les époques et aussi selon les régions visi- 
tées, les évaluations peuvent présenter d'énormes 
différences. Cependant, en l'état actuel, M. l'abbé 
David croit que son honorable émule, le baron de 
Richtof'en est loin de compte quand il évalue à cent 
millions seulement la population actuelle de l'em- 
pire chinois. 

« Tous les missionnaires qui connaissent la Chine, 
dit M. l'abbé David, n'ont qu'une voix pour dire que 
cette estimation est bien au-dessous de la réalité, et, 
eu cela, ils ne s'en rapportent pas uniquement au 
dire des Chinois eux-mêmes. Ils savent tous qu'une 
maisonnette où, en Europe, on ne logerait qu'un 
cheval, une vache et son veau, abrite ici plusieurs 
familles, dont le personnel monte parfois au total 
de vingt, trente et même quarante individus, ils 
j savent combien il y a de hameaux et de villages 
dans un canton ou ton, combien il y a de ton dans 
j un arrondissement (chiène), combien de chiène dans 
un département ou fou, combien de fou dans la pro- 
vince ($en). C'est en calculant ainsi, mieux que par 
kilomètres carrés, qu'on obtient le chiffre le plus 
approximatif de la population totale de l'empire. » 

Dans le Kiangsi, qui a été si longtemps et si cruel- 
lement ravagé par les rebelles aussi bien que par les 
impériaux, sur une superficie, qui peut être prise 
comme moyenne des autres provinces de la Chine, 
on trouve treize départements et soixante-dix-neuf 
arrondissements comptant chacun cinquante-cinq 
cantons. Prenant pour exemple le canton de Tsitou, 
où il a séjourné, et qui passe pour être peu peuplé, 
M. l'abbé David n'y trouve pas moins de mille fa- 
milles actuellement existantes. 

Si l'on réduit au minimum de quatre le nombre 
des personnes par famille, ce qui est assurément 
trop modéré, on trouve quatre mille âmes pour le 
canton de Tsitou, et pour les quatre mille trois cent 
quarante-cinq c;intons du Kiangsi, Je total approxi- 
matif de 17,580,000 âmes. 

Parmi les dix-huit provinces de l'empire, il eu est 
sans doute qui sont moins peuplées que le Kiangsi ; 
mais il eu est d'autres dont la population est bien 
autrement considérable. En prenant donc pour 
moyenne les dix-sept millions du Kiangsi, moyenne 
assurément inférieure à la réalité, on trouve un 
chiffre de plus de trois cents millions d âmes pour 
tout l'empire. 

En réfléchissant à ces évalutîons curieuses que 
M. l'abbé David a présentées à la Société de géogra- 
phie, et que Je Journal officiel & récemment repro- 
duites, on est étonné de voir la faiblesse d'un peuple 
qui pourrait être le plus puissant du monde s'il 
savait tirer parti du nombre des citoyens qui le com- 
posent. Quelle nation européenne pourrait en effet 
résister à une année recrutée dans une population 
qui excède de beaucoup cent millions d'àmes ? 



LA NATURE. 



Slt 



LES NOUVEAUX SYSTÈMES 

m TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRIQUE 

APPAREILS DE M. MEYER. TÉLÉGRAPHE AUTOGRA- 

PUIQUE. — TÉLÉGRAPHE MULTIPLE. 

(Suite et Un. — Yoy. p. 27 et 107,) 

Les appareils de M. Meyer ont ligure avec hon- 
neur à l'exposition do Vienne, dans la section fran- 
çaise; le télégraphe autographique a réalisé un pro- 
grès sérieux sur l'appareil Casi:lli, le télégraphe 
multiple, est une nouveauté qui a déjà conquis sa 
place parmi les types usuels. 

Nous décrirons sommairement l'appareil autogra- 
phique. Le principe de la reproduction du manus- 
crit est toujours l'idée primitive d'enfermer l'original 
sous un grillage composé de traits parallèles, équi- 
distants, fractionnés par des coupures inégales, con- 
cordantes à l'arrivée et au départ. D'après cette 
définition, on aperçoit que le synchronisme, sera, 
comme dans l'appareil Caselli, Ja condition fonda- 
mentale du fonctionnement. 

La différence réside dans le transmetteur et dans 
le récepteur. La pointe à mouvement alternatif est 
remplacée par une hélice en saillie sur un cylindre. 
Si le pas de l'hélice est égal à la longueur du cy- 
lindre, un tour entier de celui-ci amène tous les 
points de lu spirale successivement en contact avec 
les divers points d'une ligne parallèle à l'axe du 
cylindre. Si cette ligne est préalablement formée 
sur un papier métallique au moyen de parties alter- 
nativement nues et recouvertes d'encre isolante, on 
conçoit que la rotation du cylindre pourra produire, 
dans un tour, des émissions et des interruptions de 
courant alternées répétant les caprices de la plume 
tpii a tracé la ligne à transmettre. Tour comprendre 
la reproduction d'une page sur laquelle a été tracé 
un texte ou esquissé un dessin, il suffit de se repré- 
senter l'original écrit avec l'encre isolante sur le 
papier métallique, et le papier s'avauçant automati- 
quement après chaque tour du cylindre d'une lon- 
gueur de 5 de millimètre, afin de présenter à l'hé- 
lice une ligne parallèle à la première, qui se trans- 
mettra parle même procédé. 

Le récepteur diffère du récepteur Caselli, en ce 
que l'on n'utilise plus la décomposition chimique 
pour faire apparaître la dépêche, celle-ci se trouve 
écrite à Y encre sur du papier ordinaire. C'est un 
avantage incontestable dans une exploitation qui vise 
toujours à la simplification de ses procédés. 

L'hélice de départ est répétée au poste d'arrivée, 
elle s'encre sur un trotteur latéral. Si elle était en 
contact pendant un tour du cylindre avec le papier 
qui se déroule au-dessous d'elle, elle tracerait une 
ligne continue; pour obtenir une transmission, c'est- 
à-dire des coupures cadencées dans cette ligne, 
on agit sur le papier, porté par un châssis solidaire 
des mouvements d'une armature d 'électro-aimant. 
Voilà donc la série des émissions et des interruptions 



du courant produite par le poste correspondant, qui 
découpe le grillage présentant le fac-similé du ma- 
nuscrit. 

.Nous n'entrerons pas dans le détail technique du 
mécanisme ; l'appareil de M. Meyer fonctionne bien, 
il a fait ses preuves dans les conditions de service les 
plus diverses, la vitesse de transmission est à peu 
près celle de l'appareil Morse. 

.Nous arrivons à l'appareil multiple dans lequel 
nous retrouverons une application originale du prin- 
cipe *le l'hélice. Il nous faut d'abord indiquer eu 
quelques mots le problème des appareils à grande 
vitesse en télégraphie électrique. 

Avec l'appareil Morse, dans lequel chaque lettre 
suppose en moyenne 4 émissions de courant, la dé- 
pèche de 20 mots comportera 480 émissions (si la 
moyenne des lettres d'un mot est de 6). Dans la pra- 
tique courante, ces 480 émissions sont effectuées eu 

3 minutes, ce qui donne par seconde un peu plus de 
2 émissions. Les télégraphes autographiques ont 
montré que le nombre des émissions possibles par 
seconde, sur une ligne télégraphique, pouvaient at- 
teindre et même dépasser le chiffre de 100. Il y a 
donc là une marge qui a tenté bien des inventeurs. 
M. Meyer a eu l'idée suivante : 

S'il était possible d'installer, sur un même Cl, 

4 appareils doubles distincts, c'est-à-dire composés 
chacun d'un manipulateur et d'un récepteur, dételle 
sorte que chaque manipulateur travaillât indépen- 
damment de son voisin, et à un autre moment de la 
durée que lui, le fil pourrait faire l'office d'un col- 
lecteur ramassant successivement ces diverses trans- 
missions. Qu'à l'arrivae, par un jeu de mouvements 
synchrones, sorte de représentation de l'harmonie 
préétablie, les \ récepteurs recueillent à tour de rôle 
les transmissions des manipulateurs qui leur corres- 
pondent, on n'aura pas en apparence changé les con- 
ditions du mode de travail qui caractérise le système 
Morse, et cependant on aura obtenu un rendement 
quadruple. 

En effet, on ne demandera à la manipulation, qui 
est l'œuvre de l'employé, que le degré d'effort qui 
correspond à son activité, et que représente dans un 
service continu la moyenne de 20 dépêches à l'heure. 
Le gain est pris sur la capacité en quelque sorte 
inépuisable du fil, pour débiter des signaux. 

D'une première vue on conçoit que l'office prin- 
cipal dans ce sleeple-chase électrique sera dévolu au 
distributeur, c'est-à-dire à l'organe qui donne à 
chaque courant issu d'un des manipulateurs la direc- 
tion qui l'amène à point au récepteur convenable. 
C'est une belle application du principe de la division 
du travailleur si fécond eu industrie. Pour la télé- 
graphie, où les fils représentent à la fois la grosse 
dépense et la principale difficulté, c'est le moyen 
d'augmenter le rendement d'un conducteur dans une 
mesure considérable. Il est juste de dire que, dans 
la piste suivie par M. Meyer, un ingénieur distingué, 
M. Rouvier s'était déjà exercé. Dans les Annales té- 
légraphiques de 1800, on trouve la description d'un 



212 



LA NATURE. 



système fondé sur les considérations que nous avons ' ronce dans le mode de chevawhement, si nous pou- 
indiquées, niais l'appareil de M. Rouvier est resté à vous ainsi parler, indiqué par les deux inventeurs, 
l'état de projet. Nous devons aussi relever une dillé- pour leurs signaux élémentaires. M. llouvier orga- 




b ig. 1. — Appareil multiple île M. Meycr- 



nise la distribution de façon à intercaler entre deux 
signiux consécutifs, d'un même manipulateur, les 
signaux de tous les autres; 
M. Mcyer (ail tous les signaux 
d'une même lettre sur un appa- 
reil, avant de laisser travailler le 
suivant. 

Quelques détails spéciaux vien- 
dront ici à point. 

La (ig. 1 représente l'appareil 
à 4 transmissions; sur la table 
sont placés A claviers a, a', a", 
a!" , et autant de récepteurs à 
hélice, r, r', r", r'", munis cha- 
cun d'une bande de papier. Un 
seul mouvement d'horlogerie , 
entraîné par un poids et régula- 
risé par le pendule conique R, 
anime les récepteurs par les 
deux arbres GG',EE'; 
le premier fait tour- 
ner les hélices, le 
second produit le 
déplacement du pa- 
pier. Les claviers , 
ainsi que les récep- 
teurs , sont reliés 
d'un côté à la terre, 
de l'autre à la ligne, // ' 
par l'intermédiaire 
du distributeur K. 
Une pile unique sert 

à toutes les transmissions. — Nous allons passer en 
revue successivement les divers organes. 




Fig. 2. — Distributeur. 




Fi£. 3. — Manipulateur. 



meut; en quatre intervalles de temps égaux, il di- 
rige le courant de 'a pile, successivement vers cha- 
cun des quatre récepteurs du 
poste qui expédie, et de là aux 
récepteurs du poste qui reçoit; 
la dépêche est ainsi reproduite 
simultanément à l'arrivée et au 
départ. 00' {(ig. 2) est un disque 
en mêlai, iixe et isolé. Il porte 
sur sa circonférence 48 divisions : 
12 parquait de cercle, dont huit 
groupées deux à deux, sont re- 
liées par un faisceau de bail lils 
isolés aux huit touches du clavier; 
les autres, au nombre de quatre, 
sont en relation avec la terre. Il 
y a donc quatre câbles de huit 
(ils qui partent des quatre claviers 
et aboutissent au distributeur. 
Les groupes ou dou- 
bles divisions sont 
au nombre de 16, 
séparés par des 
vides, à raison de 
quatre par quart de 
cercle. La première 
moitié du groupe , 
-fe tour, donne lieu 
à un contact bref (le 
point) ; le groupe 
entier prod uit le trait 
par une émission 



dont la durée est double. Une tîge élastique ou 

frotteur u, monté sur l'arbre GG', parcourt la cir- 

Distributeur. C'est la pièce capitale de l'histru- conférence du disque et met successivement les 



LA NATURE. 



217) 



quatre claviers et récepteurs en contact avec la 
ligne, de sorte que tout courant émis ou reçu pen- 
dant le passage du frotteur sur l'un des quarts tic 
cercle, traverse le récepteur qui lui correspond. 
Chaque employé a ainsi la ligne à sa disposition pen- 
dant un quart de tour. 

Manipulateur. C'est un clavier à huit touches : 
quatre blanches et quatre noires, basculant entre la 
pile et le fil de terre. 

Nous avons vu comment elles sont reliées chacune 
aux divisions du distributeur. 

Lorsqu'on abaisse la touche noire, le courant de la 
pile se rend dans la première case du groupe, tandis 
que la louche blanche l'envoie dans la double case. La 
première produit, par le passage dufrotteur m, une 
émission brève; la seconde, une émission longue 
(point ou trait, fig. 3). La combinaison de ces deux 
sortes de signaux forme un alphabet conventionnel 
qui ressemble en partie 
à l'alphabet Morse. f > 

Pour transmettre une 
lettre, on appuie simul- 
tanément sur autant de 
touches, noires ou blan- 
ches, que la lettre à re- 
produire renferme de 
points ou de traits, en 
avant soin de partir in- 
variablement de la gau- 
che du clavier, pour les 
lettres, et de la droite, 
pour les chiffres , en 
maintenant la touche 
abaissée pendant que le 
frotteur décrit le cadran. 
1,'n signal avertit du 
moment où la lettre est 




Fjg. 4. — Récepteur. 



les amplitudes limitées par deux vis de butée, ne dé- 
passent guère -fô de millimètre. 

Les lettres s'y impriment de gauche à droite, dans 
le sens transversal par points et traits. Cette dispo- 
sition présente un double avantage, elle évite toute 
confusion entre deux lettres consécutives et réduit 
considérablement la longueur de bande d'une dé- 
pèche. On sépare les mots entre eux, en laissant 
passer ù volonté un ou plusieurs tours d'hélice. 

Le levier qui oscille au-dessous de l'hélice sous 
l'action du courant, porte un petit électro-aimant 
droit avec lequel il fait corps, et dont le noyau sert 
d'armature à un aimant artificiel ; le courant de la 
pile repousse l'armature et fait osciller le levier. La 
bande de papier suit ces oscillations et appuie sur 
l'hélice peudant un temps égal à la durée de l'émis- 
sion, ce qui fournit un trait d'une longueur corres- 
pondante. 11 est remarquable, avec le télégraphe 

multiple, que l'on peut 
à volonté diriger toutes 
les transmissions dans 
le même sens ou en 
sens croisé, et en utili- 
ser indistinctement une 
ou plusieurs. Sur la 
ligne de Paris à Lyon, 
où l'appareil est en ser- 
vice, il fournit un tra- 
vail moyeu supérieur à 
80 dépêches par heure ; 
il remplace 4 fils desser- 
vis par l'appareil Morse 
et 2 fils desservis par 
l'appareil Hughes. Le 
prix de revient est en- 
viron quatre fois le prix 
d'un Morse. 



faite ; il y a, à cet effet, sur l'axe GG', en face de 
chacun des quatre claviers, un excentrique dont la 
fonction est de soulever, après chaque lettre, un 
petit marteau qui, retombant par son propre poids, 
produit un bruit léger et bat la mesure pour chaque 
employé. 

Récepteur. Chacun des récepteurs (fig. 4), a pour 
organe imprimeur une fraction d'hélice correspon- 
dant à 1/4 de circonférence: l'ensemble forme une 
hélice complète dont le pas est égal à la longueur du 
cylindre. 

L'hélice du récepteur et le frotteur du distribu- 
teur opèrent leur rotation dans le même temps, ce- 
lui-ci passant sur le premier quart de cercle pendant 
que la première hélice passe en face de la bande de 
papier, et ainsi des autres. 

Un tampon encreur tourne librement sur chacune 
des hélices. Au-dessous d'elles se déroulent, à tirage 
continu d'environ 3 millimètres par tour, quatre 
bandes de papier sans fin, glissant chacune avec une 
parfaite adhérence sur la tringle d'un levier en 
équerre qui porte la palette d'un électro-aimant. La 
bande Je papier suit les oscillations du levier dont 



L'Autriche et la Suisse vont prochainement instal- 

grandes ligues 
Cn. Bo.memps. 



1er le télégraphe multiple sur les grandes ligues de 



leur reseau. 



L'ASSOCIATION FRANÇAISE 
pour l'avancement des sciences. 

Session de Lille. 

(Suite et fin. — Yoy. p. 205.) 

Le nombre des membres du Congrès qui, à Lyon, 
n'était encore que de 600, s'élève cette année à plus 
de 800. Un tiers environ des membres inscrits est 
venu à Lille pour prendre part aux séances. 

On a remarqué que les séances du Congrès étaient 
suivies avec assiduité par quelques dames. Mais le 
sexe féminin est loin d'être aussi largement repré- 
senté qu'aux séances de l'Association britannique. 

Un grand nombre de savants belges sont venus 
donner à l'Association française une preuve de sym- 
pathie internationale. Les Anglais étaient en petit 
nombre, à cause de la coïncidence de date entre la, 
session de Lille et la session de Ilelfast. 



2U 



LA NATURE. 



L'Association britannique a profité de cette circon- 
stance pour envoyer une adresse de félicitations si- 
gnée TyndalL. 

L'Association française s'est empressée de répon- 
dre, à son aînée, par un télégramme signe Wurtz. 
Ces échanges de courtoisies télégraphiques sont un 
symptôme de l'état des esprits dans le monde sa- 
vant. No peut-on pas dire que le jour est proclie où la 
Manche sera enfin supprimée? 

Dès le lendemain du discours de M. AVurlz, ven- 
dredi 21 août, les membres du Congrès se sont réu- 
nis dans leurs différentes sections, pour procéder à 
la constitution de leurs bureaux, à la lecture dos 
mémoires et à leur discussion. 

Communications diverses. — Le nombre dos 
sections étant de quinze, il nous est impossible de 
donner un résumé exact des travaux remarquables 
qui ont été développés. La section de médecine, d'é- 
conomie rurale, d'anthropologie ont brillé par le 
nombre des mémoires et l'animation des discussions. 
Dans cette dernière on comptait M. Karl Yogt, le cé- 
lèbre naturaliste de Genève, M. Gabriel de Mortillet, 
du musée de Saint-Germain, M. le docteur Bertillon 
et le docteur Broca. 

La section du génie civil et du génie militaire a reçu 
communication d'une grande nouvelle. Le ministère 
a officiellement chargé M. le duo Decazes de trans- 
mettre à lord Derby le projet de concession du tun- 
nel de la Manche. 

Si lu prorogation de l'Assemblée nationale n'eût 
été si prompte le projet serait sans doute revêtu déjà 
delà sanction législative, tant a été grand l'em- 
pressement montré par M. Caillaux pour accélérer 
sa réussite. Mais la mise à exécution de cette immense 
entreprise ne sera point reculée par ces inévitables 
délais. Car il est impossible de se dispenser du con- 
sentement du ministère britannique pour un souter- 
rain qui débouchera sur le territoire de la Grande- 
Bretagne. 11 est indispensable que les deux nations 
s'entendent amiablement sur* la manière dont le tun- 
nel doit être mis bois de service en cas de guerre, 
sans qu'il soit détérioré. On pense qu'il suffira de 
mettre à la disposition de chaque gouvernement 
une plaque d'inondation. Il est à présumer qu'avec 
une force de deux mille chevaux-vapeur il suffirait 
de deux mois pour rendre de nouveau le tunnel à la 
circulation. 

Mais jamais perspective d'une pareille calamité, la 
guerre entre deux grandes nations libérales, n'a été 
aussi écartée que de nos jours. 

M. Masqueley, ingénieur des ponts et chaussées, 
chargé de la direction des travaux municipaux, est in- 
terrogé sur l'état des services qu'il dirige. 11 donne 
les plus intéressants détails sur la construction des 
tramways récemment ouverts dans la grande cité 
flamande. 11 montre combien cette voie, dont la mu- 
nicipalité désirait depuis longtemps doter la métro- 
pole de la France du Nord est appréciée par le public. 

Le savant ingénieur décrit tous les travaux en 
cours d'exécution malgré les charges qui pèsent sur 



le budget de la ville et du département. Il donne un 
historique complet de la fondation de l'Institut mé- 
canique et des trois établissements analogues créés 
sur le modèle des grandes écoles organisées à Mul- 
house, sous les auspices de la Société industrielle, 
association admirable dont la perte sera un constant 
stimulant pour notre patriotisme. 

Les séances de section ont été accompagnées de 
plusieurs séances générales, dans lesquelles on a en- 
tendu, à différentes reprises, trois orateurs. M. le co- 
lonel Laussedat a développé le système de télégra- 
phe optique, créé pendant la guerre. L'n grand 
nombre d' officiers assistent à la séance. M. Marcel 
Depretzaide le colonel Laussedat dans l'exécution de 
nombreuses et intéressantes expériences. 

M. Emile Alglave fait un historique approfondi de 
la grande Compagnie des mines d'Anzin. 

M. Menier expose les idées contenues dans son 
livre V Impôt sur le capital. Ces' une matière que 
notre spécialité nous interdit, à notre grand regret, 
de traiter. 

La section des sciences a entendu une communi- 
cation de M. Maniiheim sur le mouvement de plans 
faisant un angle invariable les uns avec les autres. 
Un savant norvégien, M. ïîrooh, a tiré de la théorie 
des nombres un procédé étonnant pour noter la 
course d'un fil dans un tissu. M. Sylvester, presque 
unique représentant de l'Angleterre et M. Catalan 
(lui, quoique Français, représentait la Belgique, ont 
démontré des théorèmes d'un grand intérêt, et d'une 
importance réelle. 

Conférences. — ■ Les membres du Congrès et tou- 
tes les personunes de la ville qui en ont fait la de- 
mande, ont assisté à deux conférences publiques 
données dans la grande salle du Cercle du Nord. 
Dans la première, M. Faye a exposé l'état actuel 
des théories et des expériences relatives au futur 
passage de Vénus. Le savant académicien a donné 
lecture, au milieu des plus vifs applaudissements, 
de la liste des astronomes et des marins français qui 
vont représenter la patrie dans cette grande lutte. 
11 a fait confidence des déboires de notre grande 
commission académique qui n'a pu parvenir à s'en- 
tendre avec les nations étrangères afin qu'un sys- 
tème unique d'observation fût adopté par tous les 
peuples civilisés. Il y aura par conséquent, ô amère 
déception, autant de systèmes d'observations, par- 
tant autant de parallaxes et de distances du soleil, 
qu'il y a de nations se disant grandes! Que diront 
les hommes du commencement du vingt et unième 
siècle quand on leur mettra sous les yeux de pa- 
reils, souvenirs! M. Faye a développé avec éloquence 
les avantages de la méthode photographique dont 
M. Laussedat est l'inventeur, et que les astronomes 
américains sont seuls à avoir adoptée sans restric- 
tions ! 

M. Gaston Tissandier, dans une autre conférence, 
a retracé les principaux épisodes de l'histoire des 
ballons. Les projections faites à la lumière électri- 
que étaient groupées de manière à montrer à la fois 



LA NATURE. 



215 



cg que l'aéronautique était, ce qu'elle est actuelle- 
ment et ce qu'elle sera dans un avenir prochain. 

Les applaudissements les plus vifs ont accueilli la 
mention des travaux aéronautique» de M. Henri (ïif- 
fard, et dos services rendus par les ballons à la dé- 
fense de Paris, 

Excursions. — Trois excursions intéressantes ont 
eu lieu, la première à Boulogne, pour visiter des 
usines et le laboratoire de zoologie maritime de 
M. Giard, professeur à la Faculté de Lille, la seconde 
à Roubaix dont toutes les usines ont été ouvertes 
avec la plus louable libéralité, et la troisième à Anzin. 

Celte dernière excursion, exécutée le 25 août, 
avait une importance telle (pie les séances de toutes 
les sections ont été suspendues, et que les excur- 
sionnistes étaient au nombre de trois cents. 

Ils ont été reçus par M. de Marsilly, ingénieur des 
mines et directeur général d'une exploitation qui 
fait vivre 15,000 ouvriers représentant une popula- 
tion de 00.000 âmes. 

M. de Marsilly a invité les membres de l'Associa- 
tion ii uu somptueux déjeuner et leur a porté un 
toast de bienvenue au nom de la régie d'Anzin et de 
son illustre président 1 . 

Le discours de l'honorable directeur général était 
un exposé très-détaillé des services rendus par la 
science à l'industrie minière. Il a retracé l'histori- 
que des progrès accomplis depuis le grand jour déjà 
lointain où la compagnie d'Anzin a introduit en 
France la première machine à vapeur. 

La compagnie est, comme on le sait, la plus im- 
portante du monde, mais M. de Marsilly n'a point 
caché que c'e^t en Angleterre que la compagnie 
d'Anzin va le plus souvent chercher ses modèles. 

C'est dans les exploitations britanniques que l'on a 
appris l'ait d'éviter le grisou à l'aide de la lampe de 
l'immortel Davy. C'est dans les galeries des mines 
anglaises que l'on a employé pour la première fois 
les machines à vapeur. Sous ce point de vue nous 
n'aurons bientôt plus rien à enviera nos voisins, car 
la compagnie organise maintenant pour le travail 
souterrain de traction des machines d'une force de 
500 chevaux. 

^Non-seulement la régie des mines d'Anzin met à 
profit les résultats des recherches scientifiques ordi- 
naires, mais elle pratique avant toutes choses l'éco- 
nomie politique. Elle exige que les ouvriers reçoi- 
vent un minimum d'instruction avant de descendre 
dans les galeries, elle crée des sociétés coopératives, 
elle construit des cités ouvrières, elle veille à ce que 
rien ne manque au bien-être moral et matériel de 
ses coopérateurs. 

Ces savantes et chaleureuses explications ont été 
couvertes d'applaudissements dont le sens était facile 
à comprendre. En effet, si la science a fait beaucoup 
de choses pour l'industrie minière, l'industrie mi- 
nière a rendu avec usure à la science ce qu'elle lui a 
prêté. 

* C'est M. Thiers qui est président de la régi*! d'Anzin. . 



La mécanique, la chimie, la physique ne semblent- 
elles point, sortir de terre? N'était-cn point le mo- 
ment de se rappeler le mythe de Prométhée ! Caria 
compagnie d'Anzin semble no rien négliger pour re- 
lever tous ses coopérateursdela malédiction pronon- 
cée contre ceux qui dérobent au ciel le feu afin de 
pouvoir arracher le 1er aux entrailles de la terre. 

Avanlle banque lies membres de l'association ont vi- 
sité le magnifique atelier d'Anzin, où se fabriquent les 
briquettes de charbon. Il y a douze ans les carreaux 
des mines étaient encombrés de poussière de houille 
inutilisée. Aujourd'hui uu admirable mécanisme 
transforme ces résidus en agglomérés qui constituent 
un précieux combustible. La poussière de charbon 
est d'abord soumise à un lavage méthodique qui la 
débarrasse de ses parties schisteuses, et circule dans 
de vastes bassins où elle est recueillie. La partie la 
plus intéressante de la fabrication est celle de la 
confection des briquettes formées de poussière de 
charbon et de brai. Le mélange est comprimé dans 
des moules sous une pression de six cent cinquante 
mille atmosphères ; on le voit sortir des moules à 
l'état de briquettes rectangulaires, sous le jeu d'un 
mécanisme automatique. 

Les fours à coke ont ensuite vivement intéressé 
les visiteurs. À Havcluy on a pu se faire une idée 
de ce qu'est un puits de mine; car on remontait 
alors du charbon. 

Après le repas dont nous avons parlé précédem- 
ment, les membres de l'Association ont admiré l'a- 
telier des laminoirs, où les barres de fer rouge 
s'allongent et s'étirent en faisant jaillir de nombreu- 
ses étincelles. 

Une circonstance intéressante de l'excursion d'An- 
zin mérite d'être signalée. Le wagon à suspension, 
perfectionné, de M. Henry Gilïard faisait partie du 
train; à chaque station il a été assiégé par une mul- 
titude de membres, curieux déjuger de l'effet pro- 
duit par ce mode ingénieux de suspension. 

La caisse a été plus que pleine pendant presque 
toute la durée du parcours, les ressorts ne semblaient 
pas s'apercevoir de la surcharge. Cette épreuve déci- 
sive, faite à grande vitesse, répond à toutes les objec- 
tions. 

Le wagon a l'ait fureur sur toute la ligne, à l'aller 
et plus encore an retour. On y est presque complète- 
ment immobile ; le mouvement de lacet est tout à 
fait supprimé et le voyageur peut y lire, y écrire 
même aussi facilement que devant son bureau. 

Mercredi soir 26, M. Kuhlmainm, président du 
comité local, a offert un grand dîner dans sa belle 
propriété de Loos, aux membres du bureau de l'As- 
sociation et du bureau local, aux savants étrangers 
et à quelques notabilités de la ville et du départe- 
ment. Le commandeur Negiï, piésiient de la Société 
de géographie italienne, MM. Broch, professeur nor- 
wégien, C. Vogt, Catel-Beghin, maire de Lille, le gé- 
néral Clinchant, de Marsilly, directeur de la compagnie 
d'Anzin, "VVurtz, de Quatrcfages, Peligot, Balard, Le- 
vasseur, membres de l'Institut, Léon Say,etc, assis- 



216 



LA NATURE. 



taient à cette fête. M. Wurtz a porté au dessert un 
toast à M. Kulilmann, son compatriote d'Alsace; 
M. Kulilmann a répond» par un toast aux savants 
étrangers, dans lequel il a exposé les principales ap- 
plications delà science à l'industrie dans l'arrondis- 
sement de Lille. M. le commandeur Negri a obtenu 
un véritable succès dans une improvisation fort spi- 
rituelle. Le soir, les jardins de Loos étaient illuminés, 
et un orchestre se faisait entendre sous le dard de 
feu d'une lumière électrique. 

Le jeudi 27, a eu lieu une séance où Ton a dé- 
cidé que la ville de Nantes serait le lieu du Congrès 
scientifique de 1875. La session de Lille s'est termi- 
née par un magnifique banquet offert par lu ville 
aux membres du Congrès et à quelques personnages 
eminents : le dîner, qui comptait environ 300 cou- 
verts, a été magnifique ; la table du festin était dres- 
sée dans un des grands salons de l'Hôtel de Ville. 

M. D'Eicbtal sera président de l'Association en 
1875; M. Paye a été nommé à la vice-présidence. 
M. Cornu, professeur à l'École polytechnique a été 
nommé secrétaire. 



LA LUNETTE DE M. NEWALL 

La grande lunette astronomique do M. Newall est 
incontestablement une des merveilles de l'Angle- 
terre. C'est avec la plus vive satisfaction qui; nous 
avons accompagné M. Le Verrier dans la visite minu- 
tieuse qu'il en a faite au mois de juin dernier. 
Cet instrument, véritablement extraordinaire, se 
trouve à Gatesliead, faubourg de Neweastle, situé 
sur la rive méridionale de la Tyno. Son proprié- 
taire, dont il porte le nom, est un des ingénieurs 
les plus riches de l'Angleterre. Après avoir gagné 
sa fortune dans la fabrication des câbles sous- 
marius, M. Newall s'est donné le luxe de construire 
un instrument qui ne lui coûte pas moins d'un 
quart de million de francs, et qu'il a placé provisoi- 
rement dans la magnifique maison de campagne où 
il fait sa résidence ordinaire. Cet instrument prodi- 
gieux est encore sans rival en Europe. Mais les Yan- 
kees se sont piques au jeu ; ils ont construit une 
lunette de forme analogue, qui, d'une dimension un 
peu plus grande, est le plus précieux instrument 
de l'observatoire national de Washington. 

La lunette, dont nous donnons le dessin d'après 
une photographie, a une longueur de dix mètres. 

Le tube est en tôle d'acier, et parfaitement équili- 
bré par un conlrc-poids d'environ 150 kilogrammes. 
11 est supporté sur un pied d'une solidité, inébran- 
lable et qui ne pèse pas moins de dix tonnes. Ce pied 
est en fer creux et c'est dans l'intérieur que se meut, 
le poids du mécanisme qui donne à cette lunette 
un mouvement équatorîal. Ce poids, qui est de 50 
kilogrammes, se remonte à l'aide d'un mécanisme 
spécial . Mais la cavité intérieure du pied étant de six 
.mètres, on comprend que la lunette puisse suivre 
longtemps le mouvement diurne sans qu'on ait be- 



soin d'y toucher. Son mouvement automatique dure 
pendant quatre heures : c'est autant qu'il en faut 
pour les observations les plus longues. 

Le moteur que le contrepoids anime se compose 
d'un mouvement circulaire, régularisé à l'aide d'un 
échappement, mû par un pendule. Un mécanisme 
permet d'accélérer ou de retarder à volonté le mou- 
vement en modifiant la longueur du pendule. Il en 
résulte que la lunette peut suivre les astres qui ont 
un mouvement propre sensible. 

Les dimensions de la lunette sont si grandes qu'il 
a fallu adopter des précautions particulières pour 
faire les lectures sur les limbes gradués. Le cercle 
des ascensions droites se ht à l'aide d'une lunette 
fixée sur le pied. Quant au cercle des déclinaisons, 
il se lit avec une lunette attachée latéralement. Mais 
colle lunette ne sert, que pour les lectures grossières. 
Quand on veut arriver à une précision plus grande, 
on emploie deux autres lunettes, placées à côté de la 
première, et qui, au lieu d'indiquer les nombres ins- 
crits sur la tranche, donnent ceux que l'on a marqués 
sur le limbe. Gomme ces deux lunettes ont été pla- 
cées aux extrémités d'un même diamètre, on peut 
prendre la moyenne des deux lectures pour arriver 
à une approximation plus grande. Le tube de 
M. Newall porte trois chercheurs qui par eux-mêmes 
sont de très-jolis instruments; l'un d'eux est une 
lunette de six pouces. Tous les leviers pour la visée 
des astres, pour le réglage et le serrage se manient 
par des cordons ou des tiges que l'astronome peut 
tenir à la main, et manœuvrer sans descendre de la 
plate-forme. 

Quelques détails de la construction offrent un 
intérêt tout spécial. La coupole est en tôle ondulée 
d'un vingt-quatrième de pouce, de même que tout 
l'édificev, Elle est mue par une machine à vapeur. La 
trappe a six pieds de largeur. Les observateurs se 
placent sur une immense plate-forme de deux pieds 
de longueur et de six pie (s de largeur, qui est mo- 
bile sur deux rails et deux crémaillères. Les verres 
ont été fondus par M. Chance, de Birmingham, le seul 
fabricant anglais capable de fondre de pareils mor- 
ceaux de flint. Us ont été taillés par M. Cooke, d'York. 
Malheureusement le climat du nord de l'Angleterre 
est excessivement brumeux, et M. Newall a dû re- 
noncer à faire des observations à Gateshead. Il avait 
l'intention de transporter sa lunette à Madère. Mais 
lorsqu'il s'est agi de mettre son projet à exécution, 
il s'est trouvé fort embarrassé. En effet, il ne peut 
l'envoyer aussi loin sans s'en séparer d'une façon 
définitive, car l'île de Madère est trop éloignée pour 
qu'il puisse aller visiter son enfant. Mais comment 
le conserver dans un pays où les brumes sont con- 
stantes; à peine si pendant toute l'année on peut 
compter en Angleterre sur une douzaine de nuits 
réellement favorables aux grandes observations d'as- 
tronomie physique. 

Pourquoi M. Newall ne prendrait-il pas un terme 
moyen et ne prêterait-il pas sa lunette à M. Le Ver- 
rier, pour l'établir 11 Marseille dans un magnifique 




La plus grande limette ilu inunde, construite à. Xeweiutle par M. Nuwi'.l. (D'api'ùs une photographie.) 



213 



LA NATURE. 



emplacement, situé sur une colline où le ciel est 
presque constamment pur? 

Madame Ncwall, fille d'un des plus habiles astro- 
nomes anglais de la première partie du siècle, a eu 
celle belle pensée. Nous sommes l'humble inter- 
prète de l' astronomie française, ou mieux de l'astro- 
nomie universelle, pour exprimer le vœu qu'elle se 
réalise. 

M. Alexandre Ilersohell habiLe Newcastle en qua- 
lité de professeur de sciences physiques au collège de 
cette importante cite. Il est un des visiteurs de la 
grand; lunette, qui se manœuvre avec une facilité 
hors de proportion avec ses dimensions colossales, je 
dirai presque fabuleuses. Tous les astronomes reçoi- 
vent à Gatesliead l'hospitalité la plus généreuse, et 
nous avons vu sur le livre des visiteurs les plus grands 
noms scientifiques du monde. C'est M. Pierre d'Al- 
cantara qui a signé en tète de la première page. 
Le nom de M . Le Verrier se trouve au bas de celle qui, 
nous l'espérons, sera la dernière. Car si nos vœux 
sont exaucés, on ouvrira bientôt un nouveau registre 

de visiteurs à l' observatoire Newall à Marseille. 

W. DE FoNVIELLE. 

LES ML1DIES DE LÀ YIGNE 1 



JAUiNJSSE ET fcTKIULITE DES CEPS. - 
LES 1KSECTBS NUISIBLES. 



I. OÏDIUM. 



La vigne est exposée à diverses maladies dont voici 
les principales : 

Jaunisse. — Cette maladie est caractérisée par le 
changement de couleur des feuilles, qui passent, du 
vert au jaune. Cette couleur jaune est déterminée 
par une sorte d'atonie dans le tissu cellulaire des 
feuilles, atonie qui suspend les fonctions de ce tissu 
et empêche lu formation de la chlorophylle ou ma- 
tière verte qui donne cette couleur à tous les tissus 
frappés par la lumière. La cause de cette atonie du 
tissu cellulaire résulte toujours d'un état de souf- 
france des racines. Ainsi, on voit apparaître la jau- 
nisse lorsque les racines sont en contact avec une 
humidité stagnante qui les fait pourrir, lorsqu'elles 
sont attaquées par les larves de certains insectes, etc. 
11 suffira doue, pour combattre le niai, de faire dis- 
paraître la cause, c'est-à-dire de pratiquer le drai- 
nage ou de détruire les larves des insectes. 

Miellée ou brouissure. — Cette affection présente 
les caractères suivants : les feuilles, les jeunes bour- 
geons, et même les grains de raisin prennent une 
teinte grisâtre, due à ce que 1 "épidémie de ces par- 
tics se fendille et se dessèche. L'accroissement s'ar- 
rête complètement, les grains se fendent au lieu do 
mûrir. Les vignerons attribuent cette altération, soit 

1 Ce chapitre est extrait d'un ouvrage qui va prochaine- 
mont paraître; nous sommes heureux d'en offrir la primeur 
à noslecleurs. Cet ouvrafe, qui est certainement appelé à rendre 
de grands services, est intitulé : les Vignobles et les arbres 
à fruits et à cidre, par M. Du Bricuil. — Éditeurs : G. Mas- 
sou et damier frères. 



aux pluies froides de l'été succédant à un temps 
chaud, soit à une récolte trop abondante pendant 
l'année précédente. On fait disparaître ceLte maladie 
en fumant abondamment les ceps atteints et en les 
privant de récolte pendant une année. 

Stérilité des ceps. ■ Cerlains ceps, dont la végé- 
tation ne présente d'ailleurs rien d'anormal, se cou- 
vrent de Heurs chaque année. Ces Heurs s'épanouis- 
sent, puis elles se dessèchent bientôt, ainsi que la 
grappe, et tout disparait. — Le même phénomène 
se reproduit chaque année sur les mêmes ceps, qui 
sont ainsi condamnés à une stérilité complète. — 
Dans le Midi ou donne à ces ceps le nom tïavalidoui- 
rcs. L'épanouissement de leurs fleurs présente cette 
particularité que les pélales ne se détachent pas à 
leur base; tandis que dans l'épanouissement normal 
des fleurs de la vigne, les pétales se détachent à leur 
base et forment un capuchon au sommet de l'ovaire. 

On trouve aussi certains ceps dont les grains de 
raisins coulent chaque année, à l'exception de deux 
ou trois qui arrivent à leur développement normal. 
Les autres grains restent avortés et toujours verts 
On donne à ces ceps le nom de coulards. 

On n'a rien trouvé jusqu'à présent pour faire dis- 
paraître ces deux sortes de stérilité. Il conviendra 
doue de remplacer les ceps qui en sont atteints ou 
de les greffer. 

Le charbon. — Cette altération, qui est surtout 
fréquente dans le Midi, a la plus grande analogie 
avec la brouissure. Les bourgeons se couvrent de 
plaies plus ou moins profondes, souvent parallèles à 
la direction des fibres ligneuses. Les bords de ces 
plaies sont noirs. Elles sont parfois si nombreuses 
qu'elles se touchent et ressemblent à une série de 
piqûres disposées lougitudinalement. Cette désorga- 
nisation atteint toutes les parties vertes du cep, 
bourgeons, feuilles et grappes. Les parties ainsi 
frappées cessent de se développer et présentent l'as- 
pect des figures. Les feuilles et les grappes se des- 
sèchent bientôt et les bourgeons profondément alté- 
rés succombent aussi. — Si l'on examine l'une de 
ces taches noires à l'aide d'un verre grossissant, on y 
reconnaît la présence d'un petit champignon appar- 
tenant à la nombreuse famille des liypoxvlés. 

Le charbon apparaît surtout en mai et en juin. Il 
se produit particulièrement lorsqu'à un temps sec 
succède une humidité prolongée; lorsqu'un temps 
chaud et lourd est accompagné de brouillards, lors- 
que enfin, à la suite d'abondantes rosées, le soleil 
darde ses rayons brûlants entre les nuages. 

Oïdium, lèpre, blanc ou meunier. — De toutes 
les maladies qui attaquent la vigne, celle-ci est in- 
contestablement la plus redoutable. 

Celle altération se montre sous forme d'une efflo- 
rescence d'un blanc grisâtre, d'abord sur les feuilles 
et les jeunes bourgeons, dont elle suspend le déve- 
loppement, puis sur les grappes elles-mêmes, dont 
elle arrête l'accroissement. L'épidermc des grains se 
durcit, prend une teinte fauve; ces grains se fendent, 
acquièrent une saveur amère et se corrompent avant 



LA NATURE. 



219 



de mûrir. Les feuilles et les bourgeons attaquas se 
couvrent Je taches brunes, les feuilles se détachent, 
et, si la maladie est intense, les bourgeons eux- 
mêmes sont désorganisés jusqu'à leur base; de sorte 
qu'on perd ainsi, non-seulement la récolte de l'an- 
née, mais même celle de l'année suivante, et, si les 
ceps sont soumis à ce fléau pendant deux ou trois 
années de suite, ils périssent bientôt. 

C'est en 1845 que Y oïdium fut observé pour lu 
première fois sur la vigne, en Angleterre, par un 
jardinier de Margate, M. Tucker. Depuis 1849, cette 
maladie s'est montrée sur plusieurs points des envi- 
rons de Paris, d'abord sur les vignes chauffées dans 
dos serres, puis sur les treilles des jardins, et enfin 
sur les ceps des vignobles. Aujourd'hui elle a mal- 
heureusement envahi tous les points du territoire, 
en agissant avec d'autant plus d'intensité que les 
vignes sont situées sous un climat ou à une exposi- 
tion plus chaude et plus ombragée. Elle paraît atta- 
quer indifféremment toutes les variétés; mais elle 
sévit avec d'autant plus de force qu'elles sont plus 
vigoureuses. 

Les avis ont été très-partages quant à la cause de 
cette grave affection de la vigne. Les uns l'attribuent 
exclusivement au développement de cette eiïlores- 
cence blanchâtre, reconnue pour être un petit cham- 
pignon parasite appartenant au genre oïdium, de la 
nombreuse famille des mucédinées et auquel on a 
donné le nom de Tuckeri. Les autres ont considéré 
la présence incontestable de ce champignon comme 
le résultat de la maladie, et pensent qu'elle est dé- 
terminée par certains insectes microscopiques ; quel- 
ques personnes enfin l'ont attribuée à des influences 
atmosphériques analogues à celles qui ont, produit la 
maladie des pommes de terre; d'où il résulte que, 
la cause finale de cette altération étant encore indé- 
terminée, le remède a été difficile à trouver. On a 
tenté, depuis son invasion en France, en 1849, de 
nombreux moyens pour la combattre. Nous ne parle- 
rons que des trois procédés suivants, qui, seuls, ont 
donné des résultats s ati.- faisants. Le premier consiste 
dans l'emploi de la fleur de soufre soufflée sur toutes 
les parties vertes préalablement mouillées avec soin. 
Ce procédé employé d'abord, en 1848, par un horti- 
culteur anglais de Lcyton, M. Kilo, a été essayé pour 
la première fois en France, en 1849, par M. Marie, 
médecin à Ecouen. 

Tous les cultivateurs de Thomery l'employèrent 
en grand en 1851. Ils en obtinrent un excellent ré- 
sultat, mais ils lui reprochèrent de faire adhérer la 
fleur de soufre aux parties intérieures des grappes, 
et de nuire à la vente de ces raisins de table. La né- 
cessité d'employer l'eau rendait d'ailleurs ce procédé 
peu applicable au vignoble. 

Le second moyeu est celui préconisé, en 1852, 
par M. Grison, jardinier eu chef des serres du pota- 
ger de Versailles. Il consiste dans l'emploi de l'Iiy- 
drosulfate de chaux, préparé ainsi qu'il suit : 500 
grammes de Heur de soufre et un volume égal de 
chaux • fraîchement éteinte sont intimement mêlés 



l'un à l'autre. Ce mélange, placé dans un vase de 
fonte contenant 3 litres d'eau, est soumis à l'ébulli- 
tion pendant 40 minutes. On laisse ensuite éelaircir 
le liquide, qu'on décante alors; ce liquide est de 
l'hydrosulfate de chaux, que l'on conserve dans un 
vase fermé pour s'en servir à mesure des besoins. 
Alors on l'éteud de cent fois son volume d'eau et 
l'on en mouille toutes les parties vertes de la vigne. 
Ce mode d'opérer, employé en 1852 par un très- 
grand nombre de cultivateurs de Tliomerv, n'a 
donné que des résultats beaucoup moins complets 
que la