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Full text of "La revue philanthropique 2"

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"":v 



LA 



Revue Philanthropique 



PARAISSANT LE lO DE CHAQUE MOIS 



PAUL STRAUSS, Directeur 



PREMIERE ANNfiE. — TOME II 

NOVEMBRE 1897 A AVRIL 1898 



PARIS 

MASSON KT C'% EDITEURS 

LIBRAIRES DE l'aCADEMIE DE MfeDECINE 

120, HOULEVAKI) SAINT- r.ERMAIX 

1897 



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DICTIONNAIRE DE L ASSISTANCE 



PREAMBULE 

J'entends, sous ce litre, d^finir les termes employes par tous 
ceux qui trailent des choses de ]*assistance. D'aucuns penseront 
que ce travail est parfaitement inutile ct qu'4 d^faut de T^di- 
tion toujours attendue du dictionnaire de TAcaddmie, celui de 
Littrd, par exemple, y suffirait. S'il ne s'agissait que de rensei- 
gnements lexicographiques, rien ne serait plus exact ; mais tel 
n'est pas, on doit le penser, mon but. 

Le cercle des Philanthropes devient de jour en jour plus 
^tendu, le nombre des personnes s*occupant, ft un titre quel- 
conque, de soulager la mis^re d'autrui, est de m6me plus consi- 
derable; le Parlement fait des lois d'assistance, les unes sont 
appliqudes, d'autres k Tdtude; des revues se fondent; des so- 
ci^t^s se ferment; on crde des <^tablissements, des ceuvres; on 
leur donne un nom, une etiquette. Bref, il y a 1ft, ft Fheure 
actuelle, tout un mouvement d'opinions, d'iddes, de faits dont 
t'assistance est le but. 

Pour y aider, pour le suivre avec fruit, il faut que les 
lennes soient ddiinis et compris de la mfime mani^re; il im- 
porte que le langage technique soit clair, precis et unexpose ft 
aucun embarras. Cela 6videmment va de soi; mais pour couper 
court ft toute objection, j'en veux encore faire la preuve par des 
faits et au moins un exemple. 

Je prends le mot : ii6pital. 



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<; REVUE PHILANTHROPIQUE. 

Littr^ le d^finit ainsi : 1*» Etablissement ou Con regoil gratui- 
tement des pauvres, des infirmes^ des enfants, des malades. (A 
Tappui de ceite definition premiere, il cite une longue phrase 
tir^e de la preface de Tenon, M^moire sur les hdpitaux). 2** Par- 
liculidrementy dans le langage administratif, maison de chartif^ 
etablie pour donner des soins gratuits aux malades indigents ^ 
par opposition a hospice otl on ne regoit pas les malades. 

Littrd nous donne ici un exemple des plus remarquables de 
Tenibarras que peut offrir le mot hdpital; dans sa premiere 
definition gdn^rale, il confond rb6pital et Thospice; dans la 
seconde, plus particulidre, il les s^pare. Cependant, au mot 
hospice^ r^minent lexicographe donne toute sa pens^e it propos 
de la synonymie des deux termes. 

« L'hApital est un asile momentan^ ou Ton cherche la gu6- 
rison d'une maladie; Thospice est un asile perp^iuel ou Ton 
passe tout ou partie de son existence. Cette distinction est 
purement administrative. Autrefois il n'y avait qu'hdpital qui 
s'appliquait k tons les lieux destines i recevoir des pauvres 
malades ou non malades. » 

Au point de vue etymologique, qui est, pour les grammai- 
riens, sans aucun doute, le plus int^ressant, Littrd veut done 
qu'h6pital et hospice ayant m6me radical, hospes, hdte, soient 
synonymes, et c'est avec un certain d^dain des ndcessites admi- 
nistratives qu'il concede la distinction entre les deux termes. 

U faut en appeler de la decision formulae par Littr^ et con- 
siderer que les termes, quoique d'origine commune, s'appli- 
quent k des objets absolument diff^rents. 

Sans aucun doute, dans les temps eloignds de nous, ou 
Tassistance hospitali^re naissait, puis se d<5veloppait, les esprits 
n'dtaient pas fagonn^s & des exigences qu'on tient aujourd*hui 
pour legitimes; ils n'envisageaient que la protection donn^e a 
rindividu sous un toit hospitaller ; les hdtes etaient varies de 
conditions, d*origines; leurs besoins differaient aussi; la com- 
mune maison s'accommodait de toutes ces infortunes. On la 
denommait de n*importe quelle fa^on : YAlbergo de poveriy 
rH6tel-Dieu, ThOpital ou Thospice de la Misiricorde, etc. La 
confusion est alors partout dans les mots et dans les choses et 



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DICTIONNAIIIE DE L'ASSISTANGE. 7 

il n'y a pas lieu dVpiloguer sur les termes usii^s k ce moment^ 
ainsi que le font pourtant maintes commissions administra- 
iives en possession d'antiques fondations de lits d'hospice pour 
les pauvres malades ou non malades. 

Le comity de mendicity de TAssembl^e constituante, dont 
les travaux font date dans Thistoire de Tassistance en notre 
pays, accepte la synonymic des termes; les articles 16 et 18 de 
la loi du 24 vend^miaire an H en sont la preuve (1). 

Dira-t-on que le langage administratif n'est pas encore cr66 
et que les mots conservent leur sens ^tymologique? Soit. Mais, 
malgr^ les progrfes incessants que les lois de la R^publiquc 
apportent a Torganisation de Tassistance^dans les arrdt^s ou les 
lois de 23 brumaire an V, 4 vend^miaire an VI, 24 thermidor 
an VIII, 9 frimaire an XII, on emploie indiff^remment, dans les 
textes les mots h6pital et hospice; on les traite en synonymes. 

II n'y a done, jusqu*ici, en ce qui concerne ces mots, ni lan- 
gage juridique, administratif ou autre et la confusion con- 
sacrde par Tusage et la tradition persiste. 

La loi de 1838 sur les ali^n^s semble commencer une voie 
nouvelle; larticle 24 indique que Ton reconnait Idgalementdeux 
series d'^tablissements hospitallers diflF6rents. C'est seulement 
en 1851 que le langage devient tout k fait precis et la loi du 
7 aoul sur les hospices et hdpitaux fait nettement la difference 
entre les deux sortes d*6tablissements. On ne dit plus comme 
autrefois en 1838 hospices ou h6pitaux, mais on 6crit hospices 
et h6pitaux. 

L'article premier de la loi s'occupe des conditions d'admis- 
sion des malades dans les hdpitaux; Tarticle 2 traite de Tadmis- 
sion des meillards et infirmes dans les hospices. La separation 
est l^galement accomplie. 

U faut reconnaltre qu'elle 6tait faite aussi dans les esprits; 
M. de G^rando (1839), dans son traits de bienfaisance qui fut, 
avec raison Touvrage le plus consults en cettc mati^re et qu*i[ 

(1) Art. 16. — Tout vieillnnl j\f:e de soixante-dix ans, sans avoir acquis de 
(Jomicile, ou reconnu infirme avant fctte 6poque, recevra les secours de slricte 
necessity dans Vhospice le plus voisin. 

Art. 18. — Tout malade, domicilie de droit ou non, qui sera sans ressources, 
^era secouni. ou & son domirilo do fait, ou dans Vhospice Ic plus voisin. 



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8 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

faut encore relire k noire ^poque, ^tablit qu'il y a deux classes 
d'asiles hospitallers et que les denominations d'h6pital et d'hos- 
pice servent h ies distinguer. 

Le langage administratif, dans les circulaires et instruc- 
tions, a consacr6 cette separation depuis cette date memorable 
de 1851, et, k ce point de vue, Littrd a raison. Mais ce n'est pas 
seulement 1& qu'on la constate; elle existe dans tons les ou- 
vrages qui traitent de bienfaisance ou d'assislance; si quelques 
commissions administratives charg^es de plusieurs 6tablisse- 
ments persistent k s'appeler commission des hospices civils, 
c'est par commodity et non par ignorance. 

Dans le monde de la bienfaisance, administratif ou non, la 
separation est acceptee, la synonymic repoussde. II n*y aurait 
done pas de difficultes, tout le monde 6tant d'accord. 

Mais les termes vont de nouveau se confondre ; nous allons 
perdre le benefice d'une clarte qu'on pouvait considerer comme 
definitivement acquise. C'estla loi de 1893, qui va, sans le vou- 
loir assurement, en devenir la cause. 

Elle stipule en son article 3 que toute commune est ratta- 
chee k un ou plusieurs des hdpitaux les plus voisins, et, dans 
Tarticle 4, que le Conseil general deiib^re sur la determination 
et la creation des hdpitaux auxquels est rattachee chaque com- 
mune. 

Le terme h6pital ne devait cependant prfiter k aucune con- 
fusion; il n'etait question que d'assistance aux malades et le 
legislateur n'employait pas d'autre mot qu'hdpital. 

Mais les Conseils generaux se sont departis de cette rigueur 
de langage. Pour remplir la mission qui leur incombait de 
designer les hdpitaux de rattachement, ils ont cru possible dans 
un grand nombre de departements de considerer h6pital et hos- 
pice comme synonymes, et des lors, pour eux, tout est devenu bon 
comme h6pital de rattachement, le grand et le petit h6pital, le 
grand et le petit hospice. Dans plusieurs d^entre eux, tout ce 
qui etait etablissement hospitaller a et6 designe pour recevoir 
des malades; on ne s'estpas preoccupe des distinctions gram- 
maticales que probablement bien des conselllers generaux 
auraient considerees, en Tespece, comme parfaltement super- 



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DICTIONNAIRE DE L'ASSISTANCE. 9 

flues h c6l<5 des int^rfits locaux ou peut-^tre ^lectoraux qui pou- 
vaient dire en jeu. 

A vrai dire, ils ont pour excuse la circulaire du 18 mai 1894. 
Elle disait : « Rien n'emp6che qu'i d^faut d*h6pital, les com- 
munes soient rattach^es k un hdpital-hospice ou mSme k un 
bospice plus sp^cialement r6«erv^ aux vieillards ou infirmes, si 
Facte constitulif de r^tablissement ne renferme pas de clause 
emp^chant d'y adjoindre un service de malades. La plupart du 
temps, en d^veloppant Tinfirmerie de I'hospice, on pourra h peu 
de frais cr^er un quartier d'hdpital qui profitera des services 
g^n^raux de TStablissement existant. » 

L'excuse n'aurait cependant qu'une valeur relative, car 
M. le commissaire du gouvemement disait au S6nat, lors de la 
preparation de la loi d'assistance en mars 1893 (1) : « Je ne 
saurais trop redire combien il importe de laire cesser la confu- 
sion persislante entre les services d'h6pitaux et les services 
d'hospices. 

« II faut pour cela : 1^ appeler chaque ^tablissement de son 
vrai nom (hOpital, hospice ou h6pital-hospice) ; 2® prendre 
toutes dispositions ndcessaires afin que la r^alit^ de son fonc- 
tionncment r^ponde k sa denomination vraie; 3** tendre k ce 
que, dans les 4tablissements mixtes, il n'y ait pas melange, mais 
juxtaposition de Thdpital et de Thospice. » 

La pens6e du gouvernement ^tait done tr^s netle. Les con- 
seils g^n^raux n'en ont pas tenu compte et ils ne se sont pas 
pr6occupds de la denomination vraie k donner k chaque dtablis- 
sement. La faute commise n'est pas seulement grave parce 
qu'elle atteint les malades qui seront envoy^s dans de mau- 
vaises conditions hygi^niques au milieu des vieillards ; mais 
elle Va etendre son eflfet jusqu'4 la bourse m^me de Thospice 
ainsi d^nomm^ h6pital de rattachement. L'article premier de 
la loi de 1851 ne le concemait pas comme hospice, et mainte- 
nant il lui devient applicable. On sait que cet article constitue 
line charge extrimement dure pour les hdpitaux; ils doivent 
recevoir, pour leur propre compte, tous les indigents, sans dis- 

(1} Conseil sup6rieur de TAssistance publique. Rapport de M. le Directeur do 
Tassistance et de Thygiene piibliques. Paris, 55, p. 49. 



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10 HEVLE PHILANTHROPIQLE. 

tinction de domicile, qui tombent malades dans la commune. 

La confusion, que le l^gislateur de 1891 avait fait cesser, va 
done reparaltre, si on n'y prend garde, et plus compliqu^e 
qu'autrefois, puisque des obligations nouvelles sont ndes. Com- 
ment faudra-t-il d^nommer, en effel, un hospice ou pour les 
besoins de Tassistance m6dicale on aura am^nagd, s'il existait 
une infirmerie, crdd de toutes pieces, s'il n'existait rien, un 
quartier d'h6pital? Ne sera-t-il pas devenu un h6pital-hospice? 
Qu'aura-t-il gagm5 a ce changementd'6tiquette? L'honneurcoA- 
teux de recevoir k ses frais les malades que la loi meltait k la 
charge de la commune. Quelques conseillers g^n^raux ont pu, 
le sachant, se servir de ce changement d'6tiquette, pour favo- 
riser les int^r^ts financiers de leur commune, mais d'autres 
(^taient certainement bien ignorants d'une telle consequence. 

Tousceux qui ont souci des budgets publics, des charges des 
contribuables, appr^cieront ce que, derric^re ces querelles de 
mots, il y a de choses graves et s^rieuses. II nous semble, pr^- 
cis6ment, qu'on n'y a pas assez song6 et, comme premier re- 
made, nous voudrions voir appeler chaque chose par son nom; 
ce sera ddji un pas fait, dans le cas, vers un classement m6- 
thodique des ^tablissements hospitaliers. 

Get exemple nous parait topique pour faire comprendre la 
ndcessit6 d'un langage precis en mati^re d*assistance. Ce Ian- 
gage, l^gislateurs, membres des conseils d^bib^rants, adminis- 
trateurs du bien des pauvres, philanthropes et ^conomistes, 
tout le monde doit Taccepter dans sa rigueur, sinon avec la 
confusion dans les mots apparatt le d^sordre dans les fails. 

D' (,. DROLINKAt'. 



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A MONSIEUR PAUL STRAUSS 

Directear de la Hevue Philanthropique, 

l^"" noverabre 1897. 

J'ai salu6 avec joie la naissance de votre Revue. II me 
semble que mieux que tout autre vous saurez, en la ren- 
dant attrayante, vulgariser la plus belle des sciences, celle de la 
philanthropic ; car c'est une science. Bien des gens Tignorent, 
et bien plus encore en ignorent jusqu'aux 6l^ments. C*est par 
une sorte d'A, Bj C, qu'il est n^cessaire de commencer leur 
education encette matidre. 

Savent-ils mftme ce que sont les philanthropes et quelle 
somme immense de travail est accomplie par ceux qui con- 
sacrent leur vieausoulagementdes mis^resde leurssemblablcs, 
qui mettent leur g6nie, leur science au service de Thumanit^? 

Gens de bien, que j'ai eu le bonheur de connaitre, d'en- 
tendre etde comprendre, quej'aimeet que je v^n^re! Vous 
seuls savez arr^ter le torrent toujours pr6t k d^border, et si 
tout k coup vous disparaissiez de ce pauvre monde, quels cris 
effroyables se feraient entendre, que de bras tendus dans un 
suprfin>e appel... Et puis, quelle r6volte! Et quelle h^catombe ! 



II est certain que Ton invente peu de chose dans Torgani- 
sation de I'assistance. 

La misfere des hommes se perp^tue k travers les sifecles el 
les philanthropes ne peuvent que s'ing^nicr k adapter les 
remMes les plus efficacesaux maux dechaque dpoque. 



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12 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

Les distributions debl^ etd'huile qui avaient lieu h Athftnes, 
h Rome et dans la plupart des villes antiques, les distributions 
de riz qui n'ont cess^ de se faire depuis des milliers d'ann^es 
dans les pays orientaux, nc sont pas autre chose que nos bu- 
reaux de bienfaisance. 

On pent, dans eel ordre d*id6es, rapprocher utilement de nos 
oeuvres d'assistance par le travail le capitulaire de 807, ou 
Charlemagne interdit de faire Taumdne aux mendianls valides, 
etd'autres ordonnances, ou se trouve d^cr(5t6e Torganisation do 
travaux publics pour les vrais pauvres. 

Notre soci6t6 frangaise est une vaste famille, qui doit in- 
tervenir lorsque la famille naturelle n'existe plus ou ne pent 
pas agir. 

Le pacte social fait que chaque dtre doitcoop^rer k Tceuvro 
commune qui a pour objet le progr^s et le bien-6tre de tous. 
L'homme a le droit de dire k son pays : « Fais-moi vivre. » Le 
pays lui respond : « Donne-moi en dchange ta force et ton tra- 
vail. » 

L*assistance est due k Tenfant. II a droit k une protection 
enti^re, complete, permanente. La soci6t^ ne doit reculer 
devant aucun sacrifice pour assurer sa vie, sa sant^, lui donner 
r^ducation morale et profcssionelle. 

L'adulte n'a besoin d'assistance que dans les moments de 
crises caus^es par la maladie, le grand nombre d'enfants, le 
ch6mage. 

Dans le premier cas, des soins a domicile ou dans les h6pi- 
taux doivent lui Hve donnas. 

Dans ledeuxi^me cas, il faut venir k son aide par tous les 
moyens, subsides ou refuges pour les femmes enceintes, secours 
d'allaitement. 

Dans le cas de chdmage, un travail doit 6tre mis k sa dis- 
position; mais un travail pen r^mundr^ et une subsistance 
strictement suffisante, afin qu'il ne se complaise pas dans cet 



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LETTRE DE M- BfiQUET DE VIENNE. 13 

£tat et qu'il n'essaie pas de se d^rober it la grande loi sociale 
qui exige que chacun, par ses efforts et son utility personnels, 
contribue au bien-^tre commun. 

Pour les vieillardsy les caisses de retraites doivent 6tre en- 
courag^es et favoris6es. Mais k d^faut de ressources suffisantes, 
TEtat doit 6tre tenu d'assurer leurs derniers jours, soit au 
moyen de secours qui leur permettent de vivre au milieu des 
leurs, s'il est prouv^ que ceux-ci ne peuvent se charger de leur 
entretien, soit en leur offrant le repos dans des maisons ad hoc* 

Quant aux infirmes, incurables et d^g^n^rds de tous genres, 
il est sans doute n^cessaire de leur donner tous les soins et 
toutes les consolations que present Thumanit^. Mais pour la 
doci£t6 ils ne repr^sentent aucun apport; leurs capacit^s mo- 
rales ou physiques m6me d^velopp^es it leur maximum, n at- 
teignent pas celles d'un 6tre normal; leur reproduction est un 
danger. II importe done, tout en ne leur refusant rien de ce que 
rhumanit^ commande, de ne pas s*^garer en leur faveur dans 
des entreprises fort coQteuses et tout k fait al^atoires. 

Les diff^rents genres d'assistance doivent 6tre proportion- 
nfe k rint^rfit social. Celui-ci ne doit jamais 6tre perdu de vue. 

L'enfant est secouru parce qu'il est la vie m6me, Tavenir. 

L'adulte, parce que ses forces doivent 6tre conserv^es pour 
la grandeur et ia prosp4rit6 de la Patrie. 

I^ vieillard, parce qu'il arempli son devoir, contribu^, par 
son travail, ii Tentretien du corps social. 

C*est 1^ Tassistance raisonn^e, telle que T^tat paratt au- 
jourd'hui la comprendre. 

Viennent les oeuvres privies qui secondent puissamment 
Tassistance publique, d^chargent son budget et diminuent le 
paup^risme. 

Cette assistance doit 6tre 6galement' raisonn^e et logique ; 
mais elle permet k tous d'apporter aux infortun6s les tendresses 
du coBur, de p^ndlrer les raisons souvent secretes de leur mal- 
heur et de faire briller, dans leur noir horizon, Tespoir qui ra- 
nime les courages et decuple Teffort. 



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14 REVUE PHILAXTIIROPIQUE. 

Dans ce genre d*assisiance une chose m*6tonne,.c*estle rang 
extr^mement secondaire que les femmes y occupent. Elles sont 
nombreuses les institutions dans les conseils administratifs 
desquelles je cherche vainement des noms de femmes. 

Pourquoi cette abstention deplorable? Pourquoi ne dirigent- 
elles pas? Pourquoi n'apportent-elles pas au moinsleurpart de 
travail et de lumi^re dans toutes les organisations philanthro- 
piques ? 

Les hommes doivent se dire : 

« Comment! les femmes souffrent (^ juste titre) d'etre assi- 
mil^es l^galement aux mineurs^ aux interdits, aux incapables. 
Elles nous reprochent d'avoir ^tabli une ligne de demarcation 
entre les occupations que nous jugeons dignes do nous, et celles 
que nous leur laissons, partage dans lequel nous nous sommes 
octroy^ seulement: le pouvoir, Tautorite, Tintegralitd des droits, 
les emplois, les faveurs, les distinctions, les privileges, les si- 
necures, etc. Mais nous ne leur interdisons pas Tacces de Tas- 
sistance privee ! 11 ne s'agit ici que d'apporter travail et 
devouement. Avouons que la concurrence n'est pas i redouter. 
Pourquoi ne profitent-elles pas de cette porte ouverte et ne don- 
nont-elles pas dans cette voie la mesure de leur valeur? 

« Elles savent pourtant que la collaboration masculine et 
feminine pent seule enfanter le travail parfait. » 

Voil^ certainement ce que les hommes se disent. 

II faut qu'il existe un malentendu et que la plupart des 
femmes croient que tout est pour le mieux dans le meilleur des 
niondes; sans cela elles se mettraient a la tAche. 

Qu'elles sachent que Ton a besoin de leur concours; car les 
femmes qui se sont soumises aux lois de la nature, qui vivent 
dans la famille et pour la famille, peuvent seules avoir une 
comprehension nette de toutes les soufTrances morales ou phy- 
siques et des tresors d'indulgence et de commiseration. 

Que votre Revue leur repute done sur tons les tons qu'il est 
des meres qui meurent de faim, qui sur leurs seins vides pres- 
seiit de malheurcux etres condamnes h la mort. Dites-lcur, 
oh ! ditcs-leur sans vous lasser, qu'il est des femmes dont le 
mari est mort, ou est ft ThOpital, des abandonnees, qui, h la 



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LETTRE DE M- BfeQUET DE VIENNE. 15 

derni^re p6riode de leur grossesse, n'ayant plus la force de 
travailler, sont sans gite, sans pain, sans v^tement. L'enfant 
qu'elles portent en elles endure leurs souffrances ; il est atteint 
d'une faQon cruelle, et pour toujours peut-Mre. Dites-leur qu'il 
y a des malheureux k visiter dans les hdpitaux. Dites-leur que 
dans tons les arrondissements de Paris il faut cr^er et soutenir 
et faire fonctionner par une collaboration constante des cnuvres 
d'assistance par le travail. 

Si elles savaient tout cela, si elles r^ll^chissaient a tout cela, 
les femmes comprendraient que Devoir et Droit sont corri^latifs, 
que le temps est pass^ o£i les oeuvres de Charite ne servaient 
qu'4 faire du prosily tisme, qu'il s'agit maintenant de solida- 
rity, de questions infiniment plus larges et qui sont la vie 
m^me de notre cher pays, que nous aimons et<jui nc pent ^tre 
s6par6 dans nos coeurs de Thumanit^, patrie plus grande 
encore. 

K^alisons le mieuxsur notre domainc terrestre, 61evons-nous 
vers la perfection, cet in^puisable id^al que chacun porte en 
soi. Aspirons k tout ce qui est en haut et tendons les mains k 
tout ce qui est en bas ! 

BfeQUET DE VIENNE, 

Foadatrice de la Soci^tt^ de rAllaitemcnt matcrnet 
et des Refuges - Ouvroirs pour les Kenimos onceiotes. 



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LE RETABLISSEMENT DES TOURS 



Une nouvelle commission a 616 saisie, il y a peu de temps, 
d'une proposition de M. Dulau, d6put^ des Landes, tendant 
au r^tabiissement des tours (1). M. Reinach a combattu vive- 
ment cette proposition et a demands qu'avant de statuer il soit 
proc6d^ a une enqudte auprfes de TAssistance publique, afin 
que le l^gislateur piit 6tre entour^ de tous les renseignements 
n^cessaires. Ce recent d^bat donne un certain caract^re d actua- 
lity k la question du r6tablissement des tours, bien souvent 
agit(5e dans les nombreuses soci6tds qui s'int^ressent aux pro- 
blfemes d^licats de la protection de Tenfance. 

Nous voudrions profiter de cette circonstance pour examiner 
quelles sont les raisons qui sont invoqudes pour et contre 
rinstitution des tours, ce que valent les arguments produits par 
leurs partisans et leurs adversaires, et conclure en indiquant 
quelle parait 6tre la meilleure solution au point de vue 
social. 

(1) Larousse d^finit ainsi les tours : Cdtaient des cylindres convexes d'un 
cdt6, et concaves de Tautre, et qui tournaient sur eux-mdmes avec une grande 
facility. La partie ouverte du tour faisait face k la rue, tandis que Tautre s'ou- 
vrait i rint6rieur d'un appartement. Auprfes du tour et a rext6rieur se trouvait 
plac^e une sonnette. La femme qui voulait exposer son enfant agitait la sonnette 
pour avertir la personne de garde. Aussit6t le cylindre decrivant un demi-cercle 
pr^sentait au dehors son c6l6 concave, et puis, achevant son Evolution, appor- 
tait I'enfant dans Tint^rieur de I'hospice. De cette manifere, la femme qui exposait 
I'enfant n'6tait vue d'aucune personne de Tfetablissement. 

Le tour 6tait aussi quelquefois form6 au moyen dune petite fen^tre, perc6e 
dans le mur d'un hospice, gamie de deux portes : Tune ext6rieure, I'autre int6- 
rieure ; entre ces deux portes se trouvait un petit berceau, et dfes que la d6po- 
sante touchait la porte ext6rieure, une sonnette retentissait qui faisait venir une 
surveillante pour prendre I'enfant. 



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LE RfeTABLISSEMENT DES TOURS. 17 

I. Voyons d'abord quels sont les arguments que Ton peut 
faire valoir pour et centre Tinstitution des tours. 

On peut r^sumer les discussions qui se reproduisent sans 
c^sse & ce sujet, et qui passionnent le public, en disant que la 
question met en conflit les sentiments de g^n^rosit^ et les 
principes de morale. 

D'une part les uns veulent voir adopter le syst^me le plus 
large, de mani^re & ne pas laisser de pauvres petits innocents 
exposes aux consequences dangereuses du ddsespoir maternel. 
D'autre part, les autres ne veulent pas que la gdn^rositd pu- 
blique s'exerce au profit de creatures indignes et au detriment 
de la masse des contribuables. 

Les divers arguments que nous allons rappeler, et pro- 
duits de tout temps pour et contre Tinstitution des tours, se ra- 
minent aux deux id<^es g^n^rales que nous venons d'indi- 
quer. 

Les adversaires des tours reprochent surtout a ce systfeme 
de provoquer aux mauvais moeurs. Le tour, disent-ils, est une 
ressource commode pour les entralnements de la passion . 11 
favorise les calculs de Timmoralit^; il est TauT^iliaire de la se- 
duction. Grftce k lui, la femme n'a plus h s'inquieter des con- 
sequences de ses actes ; elle n'a qu'ii porter son enfant au tour 
pour conserver la marque de Thonnetete. 

A ce grief sdrieux articuie contre les tours, les partisans 
de ce mode d'admission r^pondent que lorsqu'une fille se livre, 
elle ne pense pas aux consequences de sa faute, qu'elle n'y 
pense qu'au moment oti elle se voit enceinte, et qu*8i ce mo- 
ment deux idees se presentent k son esprit: cacher la faute 
ou faire disparaitre Tenfant. I^ suppression du tour lui enlfeve 
la'possibilite de cacher la faute, elle cherche d^s lors.& faire 
disparaitre Tenfant. Elle essaie d'abord de se faire avorter, et, 
si elle ne reussit pas, elle tue son enfant au moment de la 
naissance. Elle recule d'autant moins devant Tinfanticide que, 
si son crime est decouvert, elle court le plus souvent la chance 
de beneficier d'un acquittement. Les avocats ont toujours deux 
bons arguments k faire valoir en mati^re d'infanticide : 1<^ la 
l&chete du pfere, du seducteur, contre lequel la fiUe-mfere 

HEVUE PHILANTHROPIQUE. — II. 2 



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18 REYL'E PIIILAXTHROPIQIE. 

n a aucune action; 2^ la s^v6rit^ de la loi qui oblige k infliger 
au minimum une peine de cinq ans de iravaux forc(^s, peine 
qui parait injuste quand on rapproche ies souffrances e( les 
tortures de la fille-m^re, depuis le premier jowr de sa gros- 
sesse, de Tattitude le plus souvent m^prisable du sc^ducteur. , 

Les partisans du tour appuient )€ur raisonnement sur les 
statistiques qui d^montrent une augmentation constante des 
crimes d'avortement et d'infaflticide depuis Tc^poque dc la sup- 
pression des tours. 

Le grand avantage de Tinslitution des tours serait done, 
d'apr^s ses partisans, de prdvenir les avortements et les infan- 
ticides. 

Les adversaires de Tinstitution contestent cet avantage. 
Dans un remarquable rappoil fait au Gonseil g^n(^ral de la 
Seine en 1878, M. le docteur Thulid a prdsent^ h ce propos do 
judicieuses observations. 11 a fail remarquer que la femme qui 
tue son enfant est celle qui a cachd sa grossesse, qui n'a pas 
voulu 6tre assist^e dans son accouchement et que ccUe-lA n'ira 
pas porter son enfant k Thospice pendant qu'il vit encore, dv 
crainte que les pleurs de son enfant puissent la trahir, do 
crainte que sa faute soit d6couverte si elle ne reprend imm(5- 
diatement son travail habituel. La suppression des tours n'a 
done pas pour consequence, d'apr^s leurs adversaires, de 
pousser aux crime? d'avortoment et d'infanticide les m5res qui 
veulent cacher leur faute, par la raison bien simple qu'il est 
plus sAr de mettre sa main ou sa couverture sur la bouche de 
Tenfant dfes sa naissance, que de traverser les rues d'une ville 
avec un fardeau aussi dangereux pour aller au tour. 

Mais ces observations ne ddsarment point les partisans du 
r^tablissement des tours. lis insistent sur ce fait que, dans les 
grandes vHles, les fiUes-m^res peuvent dissimuler leur gros- 
sesse, sans crainte d'indiscr<5tions comme dans les villages. 

En supposant qu'un docteur, qu*une sage-femme, que des 
inconnus aient su son accouchement, peu lui importe, si T^vd- 
nement se produit loin de son pays. L'essentiel pour elle est 
de revenir dans sa contr^e, dans sa famille sans qu'il reste au- 
cune tra^e de sa faute. Si done elle 6tait certaine de pquvoir se 



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LE RfeTABLlSSEMENT DES TOURS. 19 

d^barrasser de son enfant en le confiant a Tadministration et 
sans s'exposer h divulguer son malheur dans la region ou il 
faut qu'il ne soit pas connu, elle n'auraif. pas recours au 
crime pour faire disparaitre Fenfant qui la g6ne. 

Le syst^me du tour parait k ses partisans de nature k pr^- 
venir des infanticides ou des avortements parce qu'il assure k 
la m&re le secret le plus absolu, sinon dans la ville m^me de 
Tabandon, du moins au loin, \k oh la mfere tient k ce que le 
secret soit rigoureusement gard6. 

Mais les partisans du tour ont des contradicteurs habiles, 
qui soutiennent qu'il ne faut pas exag6rer Timportance que les 
filles-m^res attachent au secret de leur faute. Dans son rapport 
au Conseil sup^rieur de T Assistance publique, M. Brueyre 
affirmait que les cas dans lesquels les mferes se pr^occupent 
d'un secret it garder sont tr^s rares. II les lvalue kip. 100. 

Et les adversaires des tours d^veloppent en outre, k I'appui 
de leur opinion, des considerations puissantes contre le r^ta- 
blissement de cette ancienne institution. 

lis font valoir d'abord que s'il est trop facile de se d6bar- 
rasser de son enfant, des parents pen sympathiques s'empres- 
seront de profiler de la g6n6rosite de Tadministration pour se 
d^charger sur elle du soin d'^lever leur enfant legitime. N'a- 
t-on pas vu en effet, a T^poque oil les tours existaient, des en- 
fants mis k la charge de la charity publique, non pas parce que 
les parents ne pouvaient les clever, mais parce qu'ils les gfe- 
naient pour des raisons plus ou moins avouables? • 

Mais surtout le grand reproche que les adversaires des tours 
formulent contre cette institution, c'est de ne pas r6aliser les 
intentions de ceux qui la d^fendent. Et en effet les partisans 
du tour se flattent de diminuer le nombre des infanticides et 
d'assurer le secret k la m^re. Or Fexpdrience a prouv6 que 
Tinstitution ne pouvait fonctionner sans une certaine surveil- 
lance destructrice du secret que Ton veut garantir. Le tour en 
effet avail jadis, dans bien des cas, servi de botte aux infanti- 
cides. II n'avait souvent regu qu'un cadavre. La surveillance 
s^etait impos^e afin que Ton piit retrouver la personne qui 
avail apporte Tenfant, au cas oil un crime aurait 6te commis. 



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•20 REVUE PHILANTFFROPIQUE. 

La surveillance avait ^16 oi^anis^e surtout & raison du rdle 
abominable jou^ par quelques sages-femmes sans scrupules, 
qui excitaient les filles-m^res 4 Tabandon. Elles percevaient 
une retribution pour porter Tenfant au tour, et souvent elles 
gardaient la retribution, mais n'effectuaient pas le voyage pour 
aller au tour. L'enfant mourait entre leurs mains, et quand 
dies ne trouvaient pas de meilleur moyen de se dcSbarrasser 
du cadavre, elles le d^posaient au tour. Ges abus monstrueux 
avaient necessity une surveillance etroite de la part de la po- 
lice. Mais, avec ring6rence policifere,le secret disparaissait. Du 
jour oil le tour fut surveilie, la m^re ne demeurait plus une in- 
connue pour Tadministration. Loin done de prdvenir les infan- 
ticides et de garantir le secret de la faute, le tour rendait pos- 
sibles et faciles les infanticides s'il n'etait pas surveille, et 
n'assurait aucun secret s'il 6tait espionn^ par la police. Les 
adversaires des tours puisent done dans rexpdrience faite et 
dans les r^sultats obtenus des arguments s6rieux pour condam- 
ner une institution qui a donn^ lieu a des abus monstrueux. 

IL Que faut-il pcnser des divers arguments que nous ve- 
nons de presenter, comme constituant les raisons principales 
sur lesquelles partisans et adversaires des tours fondent leur 
opinion? 

A notre avis,ces arguments doivent faire pencher la balance 
du c6te des adversaires du r6tablissement des tours. 

11 n*est pas k dire cependant que nous approuvions en en- 
tier toute leur th^se. C'est ainsi, par exemple, que nous consi- 
d6rons comme tr^s n^cessairc de garantir le secret de la faute 
k la fille-mfere, et que nous n'approuvons point les adversaires 
des tours lorsqulls disent qu'il ne faut pas exagdrer Timpor- 
tance du secret. Le fait que rares sont les cas dans lesquels les 
m^res, qui abandonnent, d^clarent tenir au secret, ne prouve 
absolument rien; car il donne la proportion desmferes qui d6- 
sirent le secret parmi celles qui abandonnent, ii ne dit pas le 
nombre desm^resqui s'abstiennentd'abandonner parcequ*elles 
tiennent au secret. A notre avis, il est certain qu'un certain 
nombre d'avortemcnts ou d'infanticides se trouveraient annuel- 
lement ^vit^s, si la fille-m5re pouvait confier son enfant k Tad- 



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LE BfeTABLISSEMENT DES TOLRS. 21 

ministration sans avoir la crainte d'etre connue ou recberch^e. 

De m6me, nous ne pensons pas qu'il faille s'arrfiter k Tid^e 
que le tour pourrait servir k recevoir des enfants legitimes, el 
devenir ainsi un moyen de destruction de la famille. S'il y a en 
effet des parents assez d^naturds pour vouloir se s^parer de leurs 
enfants par ^oisme ou par vice^ mais sans y 6tre contraints 
par la mis^re, il vaut mieux pour la soci6t6 que ces enfants ne 
restent pas au contact de semblables parents. Et il est fort pro- 
bable que les enfants que Tadministration recueillera ainsi h 
leur naissance sont de ceux qu'elle aurait dii recevoir plus tard 
comme moralement abandonn^s pour les soustraire aux mau- 
vais traitements ou aux mauvais exemples de leur famille. 

Mais ce qui nous decide contre le rdtablissement des tours, 
c'est I'objection des advcrsaires de Tinstitution, fondle sur Tex- 
p^rience que le tour surveilW ne garantit pas le secret, et que 
non surveilld il pent ne servir que de botte k infanticide. 

III. Et nous arrivons ainsi k conclure avec les partisans des 
tours, qu'il y a lieu de s'occuper des moyens de pr^venir les 
infanticides eu garantissant le secret de la fiUe-m^re; mais, con- 
trairement k eux, nous ne pensons pas que le tour permctte 
d'atteindre le but poursuivi. A notre avis, la meilleure solution 
r^siderait dans la generalisation du syst^me de Tadmission k 
bureau ouvert pratique dans le ddpartement de la Seine. 

En quoi consiste ce syst^me? L'avis dont la teneur suit, 
affiche dans la salle d'attente du bureau de la rue Denfert- 
Rochereau, r^pond clairement k la question : — « Toute personne 
qui pr^senteraun enfant en vue de Fabandon est avertie que des 
questions vont lui etre posdes dans Tinterfit de Tenfant, mais 
qu'il lui est loisible de nepas r^pondre ou de ne fournir qu'une 
partie des renseignements demandes. La production du bulletin 
de naissance ne sera pas obligatoire. » 

La grande difference entre Tadmission k bureau ouvert en 
usage dans le ddpartement de la Seine et la procedure d'admis- 
sion pratiquee en province, est dans la possibilite pour une fille- 
mire de deposer ou de faire deposer son enfant k Paris sans 
foumir aucune esp^ce de renseignement ni sur elle, ni sur lui, 
tandis que, dans les departements autres que celui de la Seine, 



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22 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

radministration refuse d'admettre Tenfant s'iln'est pasr^pondu 
a toutes les questions poshes, et notamment k la question du 
domicile de la m^re. 

Les d^fenseurs de Tadmission k bureau ouvert consid^rent 
que cette procedure est bien sup(^rieure & Tinstitution des tours. 
En effet, peuvent-ils dire, cette procedure a le m6me avantage 
que le « tour )> ; elle a en plus des avantages que n'a pas le tour, 
et elle a en moins les graves inconv^nients des tours. 

L'avantage commun au syst^me du tour et k celui de Tad- 
mission & bureau ouvert, et leur superiority sur la pratique ha- 
bitueile des ddpartements de province, c'est que la procedure 
de Tadmission k bureau ouvert garantit k lafille-m^re le secret 
de sa faute, puisqu'elle lui permet d'abandonner son enfant, 
sans aucune esp^ce d'explications. 

L'avantage special k la procedure de Tadmission k bureau 
ouvert, c'est que cette procedure permet d'ofifrir un secours k 
la m5re, d'insister aupr^s d'elle pour qu'elle n'abandonne pas 
son enfant. Et ce ne pent 6tre qu'un grand bien pour Tenfant 
d'avoir it6 gard^ par sa mfere au lieu d'avoir 616 jeli au tour, 
si la mferc est r^ellement digne des secours qu'on lui offre, et si 
elle n'avait song^ k Tabandon que dans un moment de d^tresse 
et de d^sespoir. 

Enfin, le danger que nous avons signals comme inherent au 
syst^me du tour, c'est-^-dire la possibility de ne remettre qu'un 
cadavre dans le cylindre, ne se pr^sente plus avec la procedure 
de Tadmission k bureau ouvert, puisque la ddposante est obligee 
de presenter Tenfant k un fonctionnaire charg6 de le recevoir. 
Et radministration n'a plus besoin avec ce systfeme de faire inter- 
venir la police secrfete pour surveiller les d6posanles, comme 
die serait obligee de le faire avec le systfeme des tours dans la 
crainte de ne recevoir parfois que des cadavres. 

A tous ^gards done le syst^me de Tadmission k bureau ou- 
vert paratt se recommander au l^gisiateur. 

II y a cependant des adversaires s6rieux, qui formulent des 
objections dignes d'arrcHer Tattention. 

M. Brueyre a pr6sent6 contre Tadmission a bureau ouvert, 
telle qu'elle fonctionne dans le d6partement de la Seine, un 



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LE RfeTABLlSSEMENT DES TOURS. 23 

argument qui pcut ^tre de nature k diminuer l*enthousiasme 
des partisans de ce mode d'admission. II critique la possibility 
pour led d^posants de ne pas produire le bulletin de naissance 
de Tenfant, et il fait observer que c'est ouvrir ainsi la porte h 
toutes les fraudes, k tons les crimes, qu'avaient favorisds les 
tours, que c'est faciliter des crimes de suppression d'etat, de 
changement de filiation, d'abandon d'enfants legitimes. 

La roponse aux critiques dirig^es par M. Brueyre contre la 
dispense de la production de Tacte de naissance est assez facile. 
M. Brueyre pretend que cette dispense pent favoriser des sup- 
pressions d*<^tat. Qu'on se demande si Tobligation de fournir 
cette piece ne pent pas pousser la mire k Tinfanticide, et de 
deux maux choisissant le moindre on pr^fdrera le systime qui 
expose k des suppressions d'etat que celui qui conduit k des 
infanticides. 

Mais ce qui rend I'opinion de M. Brueyre difficile k r^futer, 
c'est que M. Brueyre soutient que la production de Facte de 
naissance n'a pas pour consequence la divulgation du secret, et 
qu on ne peutdis lors lui imputer de pousser k Tinfanticide. 
Kn effet, si la mire est d^signie dans Facte de naissance, c*est 
qu'elle ne tient pas au secret, et si Tenfant est indiqu^ n^ de 
pire et mftre inconnus, la production de Facte de naissance ne 
nuit pas k la mire. 

Le dilemme parait irrefutable. Dans lasiancedul3 mail 892 
k la Soci6t6 internationale d'Assistance, M. Lefort a cependant 
prouv^ qu'il n'^tait pas sans riplique. M. Lefort a r^pondu k 
la thfese de M. Brueyre qu'il pouvait se faire qu'une mire voulAt 
abandonner un enfant k la condition de ne pas voir sa faute 
divulguie, et avoir cependant laissi figurer son nom sur Facte 
de naissance. II est possible en effet qn'k raison de son mitier, 
de ses occupations, elle ne puisse pas riussir ^ clever son enfant 
en bas Age. Elle se rdsoudra k Fabandon. Mais elle lui aura 
peut-itre faitdonner son nom, afin d'avoir un lien qui la rattache 
a lui, qui pourra la decider plus tard k le r^clamer, lorsqu'elle 
aura fait Faveu de sa faute k sa famille, ou lorsqu'elle aura 
trouvi un mari qui veuille accepter Fenfant. Pour Finstant 
cependant, elle pent avoir grand int^rit k ne pas divulguer sa 



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24 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

faute k radministration. Obliger les d^posantes k produire le 
bulletin de naissance serait pousser les filles-m^res k recom- 
mander aux declarants de dire que Tenfant est n^ de p^re et 
m^re inconnus, c'est-i-dire ne leur donner le plus souvent 
aucun etat civil. 

G'est done it bon droit, nous semble-t-il, que le Conseil sup6- 
rieur de TAssistance publiquc a rejet6 Topinion de M. Brueyre 
qui voulait exiger des d^posantes la production du bulletin de 
naissance. 

Mais CO n est pas k dire que les critiques de M. Brueyre ne 
soient pas fondles. 11 eat certain que Tadmission k bureau ou- 
vert pratiqu^e sans production du bulletin de naissance ris- 
quera de faciliter certains crimes ou d^lits, d'augmenter Ic 
nombre des abandons, et par suite d*exigerdesressources p^cu- 
niaires importantes. 

Toute la question est de savoir si, avec ce mode d'admission, 
on pourra diminuer le nombre des infanticides et des avorte- 
ments, et si la perspective de ce r^sultat k obtenir n'est pas de 
nature k faire accepter avec resignation toutes les consequences 
que nous venons de signaler, et qui, pour Atre toutes regrettables, 
f&cheuses, importantes, sont cependant moins dangereuses et 
moins prejudiciables que les infanticides et les avortements. Le 
systeme de Tadmission 4 bureau ouvert est-il de nature Sirem^- 
tlier aux dangers resultant de la frequence des infanticides?Telle 
est en r^alite la seule question que Ton doive se poser, pour 
se prononcer sur le m6rite de ce mode d'admission des enfants 
dans les services des enfants assist^s ? 

Le releve des tableaux de la prefecture de police pendant 
laperiode decennale de 1884 a 1894 donne des chiffres de na- 
ture 4 ebranler la conviction des partisans de Tadmission 4 
bureau ouvert. Et en effet le chiffre des infanticides s'est 
trouve rester stationnaire dans la Seine de 1884 k 1893; il a 
ete en 1893 comme en 1884 de 34 et le chiffre des avortements 
s'est plutdt eleve, passant de 129 a 144. 

Cette statistique ne doit cependant pas decourager les par- 
tisans de la reforme et les obliger a accepter avec resignation 
le maintien du statu quo. Et en effet les stalistiques fournissent 



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LE RfeTABLlSSEMENT DES TOURS. 25 

d'autres constatations de nature k montrer les bienfaits de Tad- 
mission k bureau ouvert. L'une de ces constatations pent i&tre 
puisne dans le rapport deM. ledirecteurdeTAssistancepublique 
au pr6fet de la Seine pour Fannie 1893; il en ressort que le 
nombre des enfants dont les parents ont refus6 de se faire con- 
naitre a consid^rablement augments (il ^tait de 130 en 1884 et 
s'^levait it 238 en 1893), et que la proportion des enfants exposes 
sur la voie pubiique ou dans un lieu solitaire 6tait en 1893 
inf^rieure de moiti^ k ce qu'elle 6tait en 1884. Or ce double 
r^sultat a ^t^ obtenu sans que le nombre relatif des abandons 
au-dessous d'un an ait subi d'accroissement. N'est-on pas, en 
presence de ces chiffres, autoris^ It conclure qu'un certain 
nombre d'enfants eussent 616 victinies du d^sespoir de leurs 
mdres, si celles-ci n'avaient pas eu le moyen de confier leur 
enfant k I'Assistance pubiique sans trahir leur secret ? 

Notre affirmation que la possibility pour les fiUes-m^res de 
pouvoir garder leur secret est de nature k diminuer le nombre 
des infanticides se trouve d'ailleurs pleinement d^montr^e par 
TenquMe de M. le docteur Socquet, lue k TAcad^mie de m^de- 
cine le 14 avril 1891. De cette enqu^te r^sultait en effet que, 
tandis que le nombre des infanticides reste stationnaire dans le 
d^partement de la Seine ou se pratique Tadmission k bureau 
ouvert, ce nombre a au contraire double et triple dans les d^par- 
tements oil les filles-mferes ont le moins de facilit^s pour faire 
I'abandon, double dans le Morbihan, la Mayenne, le Jura, la 
Loire-lnf^rieure, les Hautes-Alpes, triple dans TOrne et les 
Pyr6n6e8-0rientales. 

L'on pent d^s lors conclure de ces di verses statistiques que 
la generalisation du syst^me de Tadmission k bureau ouvert 
apparatt comme un excellent moyen pr^ventif en mati^re d'in- 
fanticide et, s'appuyant sur les raisons que nous avons donn^es, 
le declarer infiniment preferable au systeme mecanique et 
aveugle du tour. 

LtOS MILHAUD. 



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DISPENSAIRES GRATUITS 

POUR LES ENFANTS MALADES 



Jusqu'ii ces derni^l•e8 ann^cs, les mferes indigentes n*avaient 
d'autre ressource pour faire soigner leurs enfants malades que 
de les conduire soil aux h6pitaux sp^ciaux^ soit aux consulta- 
tions gratuites des bureaux de bienfaisance. 

Les h6pitaux sont des ^tablissements jd*assistance qui, mal- 
gr6 leurs imperfections, rcndent h la soci^t^ les plus ^minents 
services. C'est Ik que se Irouvenl, rdunis, les divers modes de 
secours qu'une charit<^ inslruite par Texp^rience de plusieurs 
Slides assure k tousles malheureux; c'est Ih que se concentrent 
les lumi^res d'une science qui est toujours en progr6s pour le 
bien de Thumanit^, c*est 1& enfin que les ddsh^rit^s de la vie 
trouvent un abri sAr et imm^diat contre la faim et la maladie. 

A cdt6 de ces avantages inappr^ciables, les h6pitaux pr^sen- 
tent de nombreux inconvdnients. En premier lieu, les h6pitaux 
sp^ciaux ne sont pas et ne seront jamais assez vastes pour ad- 
mettre tons les enfants qui, sans fetre tenus de garder conti- 
nuellement le lil, n'en r^clament pas moins un traitement 
joumalier et parfois tr^s compliqud. La chose fAt-elle possible, 
cette admission en masse entrainerait des [d^penses qu'aucune 
municipality, si riche qu'elle fiit, ne pourrait supporter, et, au 
point de vue des malades eux-mdmes, ce serait, d*une part, les 
exposer k des dangers de contagion, et, d'autre part, cc serait les 
enlever sans motifs suffisants k la maison paternelle : ce serait 
courir le risque d'affaiblir les liens de famille el de d^sint^res- 



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DISPENSAIRES GRATUITS POUR LES ENFANTS MALADES. 27 

ser les parents de Tun de leurs premiers devoirs, qui est de 
soigner leurs enfants malades. 

A d6faut d'internement (dans les hdpitaux), on avait la res- 
source de conduire ces enfants aux consultations hospitali^res 
extemes ou Sicellesdes bureaux de bienfaisance. Mais les hdpi- 
taux sont et seront toujours forc^ment places dans les quartiers 
excentriques : pour y conduire son enfant, une m^re de famille 
abandonne pendant plusieurs heures son manage, son travail, 
ses aatres enfants : elle le fait une fois, mais elle ne pent renou- 
veler chaque jour un aussi Jourd sacrifice, et alors la maladie 
n^gligSe devient plus grave, se prolonge ind^finiment ou de- 
vient incurable. 

Au point de vue de I'^loignement, les bureaux de bienfai- 
sance prSsentent des conditions plus avantageuses ; mais au 
bureau de bienfaisance, comme du reste k la consultation de 
rhdpital, ce qu'on y trouve est insuffisant pour constituer un 
traitement r6ellement efficace. On y d^livre une prescription 
^rite, au besoin mftme des medicaments; mais ces medica- 
ments ne sont ni appliques ni administr^s sur place, et la negli- 
gence des parents, leur mis^re, leurs occupations incessantes, 
I'indocilite des enfants sont autant de conditions pour qu'a la 
maison paternelle une ordonnance ne soit jamais s^rieusement 
executee. 

On se heurle done de chaque cdte k un ecueil : Thospitalisa- 
iion est une mesure trop coilteuse et impraticable, faute dc 
place ; Tassistance par le bureau de bienfaisance est incomplete 
et insuffisante. 

11 s'agissait de trouver une institution intermediaire aux 
deux autres, qui permit de procurer gratuitement aux enfants 
non alites un traitement aussi complet que celui de Thdpital, 
tout en depensant moins d'argent et en assurant aux petits 
malades la conservation des avantages de la vie de famille. 

Gette institution estle dispensaire. 

Le premier dispensaire cree en France est dft k la genereuse 
initiative de M. le D' Gibert, du Havre (1875) et Ton pent dire, 
suivant Texpression heureuse de M. de Foville, que du premier 
coup il avait trouve la formule du but k atteindre et desmoyens 



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28 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

k employer pour r^ussir. Depuis la creation de son dispensaire, 
tous les ^tablissements du m6me genre, fond^s k Paris, en pro- 
vince ou i r^tranger, Tont 6t6 sur le module de celui du Havre, 
dans des proportions variables suivant les ressources qui6taient 
mises k la disposition des fondateurs, et partout les r^sultats 
obtenus ont 616 aussi heureux. 

Pour donner une definition exacte et precise, on peut dire 
que le but des dtspensaires est de venir gratuitement enaideaux 
infants indiyents^ malades, mats non alitiSj quels que soient 
leur dgey les maladies dont Us sont atteints, leur domicile^ leur 
nationality, par des pansements, des applications dappareils^ 
par r alimentation, et par t administration de medicaments au 
local mSme du dispensaire; de leur assurer de la sorte un traite- 
ment efficace, tout en depensant le moins d argent possible et en 
leur conservant les avantages de la vie de famille. C'est, en un 
mot, le traitement d'une joum^e k Thopital, moins Thospitali- 
sation. 

Situ^s au centre des quartiers habitus par leurs clients, ils 
sont i la port^e des families et, avec une perte de temps mi- 
nime, les m^res peuvent chaque jour y conduire leurs enfants; 
si elles sont emp^ch^es de le faire, unevoisine, une soeur atn^e 
les remplace; d'ailleurs les enfants sontconnusau dispensaire, 
leurs noms et le traitement quails ont k suivre sont inscrits sur 
des fiches : la plupart peuvent venir seuls. Si leur 6tat g^n^ral 
le permet, ils peuvent, tout en se soignant, continuer leurs 
etudes: ils vont au dispensaire avant Touverture et apr^s la 
sortie des classes. 

Ce ne sont pas seulement les enfants A6}k malades qu'on 
pr^sento jila consultation : d'autres, en imminence de maladies, 
y trouvent de pr^cieux secours. Dans les families riches, k la 
moindre preoccupation sur la sante de leurs enfants, les mdres 
font appel ileur medecin, etsouvent, sans avoir de medicaments 
k faire prendre, eiles arrivent, par un regime approprie, k 
enrayer les consequences d*une imprudence ou d'un accident, i 
prevenir le developpement d'une maladie. Toutau moins elles 
calment leurs inquietudes. 

Pour les meres indigentes, le dispensaire tient la place du 



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DISPENSAIRES GRATUITS POUR LES ENFAiNTS MALADES. 29 

m^decin de famille : 1^, elles sont connues, elles >se trouvent 
dans un milieu bienveillant, dies ne sont pas, comme h la con- 
sultation de rhdpitaly un num^ro, et si le m^decin ne juge 
pas qu'il y ait de medicaments k prescrire, il leur donne des 
conseils d'hygifene et leur indique les precautions k observer. 
L*hygifene appliqu^e et la m^decine preventive, qui etaient 
absolument inconnues de la classe ouvri^re, ne sont plus des 
privities de la fortune. 

Organisation des dispensaires. — Parmi les dispensaires, les 
uns sont instalies dans des constructions ddjd existantes, qui 
ont ete appropriees au mieux k leur nouvelle afTectation. Go 
sont d'anciennes ecoles abandonn^es, parfois des boutiques, le 
plus souvent des maisons de secours dont Tadministration de 
r Assistance publique a concede tout ou partie. C'est dans un 
atelier de photographic que M. Gibert a organise son dispensaire 

Les autres occupent des immeubles specialement construits 
en vue de leur destination. 

Parmi ces derniers, celui de M"* Furtado-Heine occupe une 
place Itpart, tantpar les sommes considerables qui y ontetecon- 
sacrees que par la perfection avec laquelle les moindres details 
ont ete prevus et executes. C*est un brillant ideal qu'il faut 
connaitre et dont on pent essay er de se rapprocher, mais il 
sera trfes rare que Ton puisse disposer de capitaux suffisants 
pour realiser quelque chose d'analogue. 

Les avantages d'une construction speciale ne sont pas dis- 
cutables : neanmoins Texperience prouve que des resultats tr^s 
favorables ont ete obtenus avec des installations tr^s modesles ; 
le service est moins commode, les programmes theoriques sont 
moins correctement realises, les soins donnes peuvent etre tout 
aussi protitables. La question dominante n'est pas le local, 
c'est surtout Torganisation du personnel et du fonctionne- 
ment. II y a toutefois un minimum dont on ne pent s'ecarter. 

Locaux indispensables : — Une premifere salle garnie de 
bancs, dans laquelle attendent les consultants et dans laquelle 
aussi .pout se faire Tadministration des medicaments ; — une 
deuxifeme salle pour les contagieux, et il serait fort k desirer 
que dans cette deuxieme salle fussent installees des boxes pour 



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30 BEVUE PHILANTHROJMQUE. 

les divers contagieux, ce qui n'existe nulle pari, — un cabinet 
pour le m^decin, — et enfin une quatrifeme salle, la plus vaste 
possible, pour les pansements, les applications d'appareils, Ics 
injections nasales, oculaires et auriculaires, etc. 

Dttns une partie de cette salle ou mieux dans une annexe, 
il faut pr^voir une installation de bains et douches. 

Ce minimma d'installation se retrouve partout, mais avec 
des variantes. Ainsi i U rue du Terrage (X® arrondissement ), 
le nombre des appareils ft douches est considerable etle nombre 
des douches administr^es plus Mev6 que dans les autres 6ta- 
blissements. Rue de Grim^e, rue Je8]i^Marie-J^go(XIII® arron- 
dissement), le cdt6 baln^aire, mais cette fois sous forme de bains, 
est trfts d6velopp6. Rue Labat, on donnede 20 & 2S 000 bains par 
an. Rue Jean-Lantier (I^*" arrondissement), on acrd^une annexe 
sp^ciale et isol^e pour le traitement de la teigne, une autre 
pour r^glectroth^rapie. Dans plusieurs dispensaires, k cdM du 
cabinet du m^decin, il y a une chambre noire outilMe pour 
Texamen des yeux, du larynx, du nez, des oreilles. 

On comprend que, suivant les ressources du budget et sui- 
vant les tendances des organisateurs, on ddveloppe telle ou telle 
partie du programme que Ton s*est donn^ ; mais, nous Ic r6p(5- 
tons, il y a un minimum au-dessous duquel on ne pent descendre 
sans compromettre les int^r^ts des maladcs. 

La m6me remarque s'applique an personnel. Dans certains 
dispensaires, il y a plusieurs m^decins qui font le service k tour 
de rdle; dans d'autres, un ou plusieurs sp^cialistes pr6tent leur 
concours pour les affections dont ils s'occupent particulii^rement. 

A premifere vue, il semblerait indiqu^ de toujours s'assurer 
le concours d'un m^decin et d'un chirurgien : mais rexp6rience 
a prouv^ que la clientele d'un dispensaire du quartier est avant 
tout mddicale, que les cas de chirurgie qui se presentcnt sont 
g^ndralement de la competence d'un praticien ordinaire, et que, 
pour les operations graves, il sera toujours preferable, si ce n'est 
meme obligatoire, d'envoyer les malades dans les h6pitaux (1 ). 

^ (1) Pour toute operation dune certaine gravite, il faut avoir recours au chlo- 
roforme, c'est-i-dire avoir &. sa disposition un assistant experiments. Pour Tope- 
ration, il faut des aides non moins habilcs ; il faut du linge, un outillage, des 
instruments soigneusement sterilises. Pour les malades non infcrtes, il faut une 



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DISPEJTSAIRES GHATUITS POUR LES EXFANTS MALABES. 31 

Au point de vue du personnel medical, le dispensairc 
Furiado-Heine se distingue encore de tons les autres par la 
lai^eur de son organisation. Cinq doc tears en m^decine sont k 
la t^te d'autant de services spdciaux et k chacun d'eux est attache 
un assistant rempiissant les fonctions dlnterne. C'est encore 
le cas d admirer la lib^ralit^ apportde par la fondatrice dans 
Torganisation de son osuvre, mais c*est aussi celui d'ajouter qu'un 
personnel aussi nombreux n'est nullement indispensable. 

Le personnel d'un dispensaire rdduit au strict minimum 
doit se composer d*un mddecin, d'une surveillante chargde de 
Taider et d'exdcuter sur place ses prescriptions, d*une femmc 
ou d'un homme de service. 

A ce noyau fondamental qui existe seul dans beaucoup 
de dispensaires trfes suivis, on pent adjoindre autant d auxi- 
liaires que les besoins du service le r^clament et qu^ les 
ressources budgdfoires le permettent. La condition indispen- 
sable, c'est que la consultation soit rdguliferement faite tons les 
jours i la m^me heure, que dans une dcuxi^me stance de Tapres- 
midi, certains pansements soient renouvelds et les medicaments 
administrds une deuxi^me fois. Le traitement ainsi organised' 
repr6sente, nous le r^p^tons, celui d'une journde d'hdpital (1). 

Medicaments et mat&iel de traitement. — Le dispensaire 
doit dtre approvisionnd des medicaments, instruments et appa- 
reils ndcessaires pour le traitement des maladies de Tenfance. 
II ne s*agit pas ici de donner seulement des conseils Merits. 11 faut 
faire ce quon pent appeler de la thdrapeutique en action, et 
ex^cuter stance tenante tout ce qui est ndcessaire. Le mddecin 
doit done avoir sous la main un materiel sufiisant, lequel, du 
reste, la chirurgie opdratoire dtant dcartie, n'entratne pas k de 
grosses ddpenses. 

salie d'operation; pour les malades inrcctes, il en faut une autre. Un sujet ({ui 
Tient d'etre chloroformd et op6r6 ne pent ^tre remport6 chez ses parents avaut 
un temps plus ou moins long. En sonuue, vouluir faire de la chirurgie op^ratoire 
dans un dispensaire de quartier, c'est se preparer des difflcultes de toutes sories 
qui DC sont pas en rapport avec les services qu'on pourrait rendre. 

(1) L© fait d'avoir un m^decin unique pr6sente pour les families certains 
avantages : U arrive vite & connaitre tous les enfants, il salt leur histoirc, leiirs 
ant^^dents h^r^ditaires, les maladies dont ils ont 6t6 atteint<, il est au courant 
de la situaUon et des besoins de la famille. 



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32 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

Le choix des medicaments exige la plus s^vfere attention. 
Toute preparation de luxe doit Mre laiss^e de c6te : le point 
important, nous le r6p6tons encore, c'est que les medicaments 
soient administr^s sur place. 

Therapeutique alimentaire. — Dans les classes necessiteuses, 
beaucoup de maladies de Tenfance ont pour cause unique Tin- 
suftisance ou la mauvaise qualite des aliments. II n'y a pas de 
medicaments qui puissent prevenir le mal que fait & un nouveau- 
ne le lait appauvri d'une mere-nourrice dans la misftre ou le 
liquide falsitie que Ton vend a bas prix sous le nom de lait de 
vache : il en est de mfime pour Tenfant plus Age qui en pleine 
croissance manque d'une nourriture suffisamment rep^ratrice. 
Pour combattre la mis^re physiologique, resultat d'une veri- 
table inanition, il n'y a qu'un moyen, donner aux meres nour- 
rices et aux enfants, k titre de medicaments, et sur la prescrip- 
tion du medecin, du lait, de la soupe, de la viande si c'est 
possible, tout au moins de la poudre de viande. C'est ce qui a 
ete vite compris par les administrateurs des dispensaires. 

Depuis uu an, un service nouveau a ete organise dans plu- 
sieurs etablissements (au dispensaire de Belleville, rue du Ghe- 
min-Vert, rue Jean-Lantier, rue Jean-Marie-J6go, peut-etre dans 
plusieurs autres) : la distribution journaliere de lait sterilise aux 
nouveau-nes que leurs meres ne peuvent nourrir faute de lait, 
k ceux qu elles ne peuvent nourrir qu'insufiisamment, aux 
enfants plus ftges atteints de gaslro-enterite par suite de sevrage 
ou de mauvaise alimentation. Ghaque jour, la surveillante dis- 
tribue aux m^res en flacons fermes, laquantite de lait sterilise 
prescrite par le medecin, qui tons les huit jours examine et p^se 
les enfants et note sur une fiche les changements qui se sont 
produits pendant la semaine. Les resultats obtenus ont ete des 
plus favorables et il est k esperer que cette pratique se genera- 
lisera (1). 
^ Statistiques. — Pour toute institution d'un genre nouveau 



(1) Dans un recent article, M. le D' Variot fail remarquer que les crdches et 
les dispensaires semblent tout d^signes pour servir de centres aux distributions 
de lait st6rilis6 que la municipality parisienne a Tintention d'organiser. Nous 
sommes absolument de son avis. 



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DISPENSAIUES GRATUITS POUR LES ENFANTS MALADES. ^3 

dont on veut faire appr^cier la valeur, les statistiques sont in- 
dispensabies. C'est ce qui a ^t^ g^n^ralement compris et orga- 
nist dans les dispensaires. 

Tout enfant nouvellement admis doit avoir une fiche num6- 
rotie sur laquelie on inscrit son nom, son 4ge, son poids, sa 
taille, Fadresse d6 ses parents et celie de son 6cole ; puis au jour 
le jour, on porte les dates des visites, le diagnostic et Tindica- 
tion sommaire du traitement. 

On arrive ainsi k connaitre le nombre des consultants, le 
nombre des cas de telles ou telles maladies, les quartiers et les 
Socles qui en sont particuli^rement atteints, le nombre des 
visites et la dur^e du traitement pour chaque maladie. 

Gr&ceaux conditions de proximity etd'accfes facile des dispen- 
saires, gr&ce h la facility du transport des enfants malades, au 
service joumalier des consultations avec medications imm^diate- 
ment appliqu^es, un grand nombre de maladies aigu^s peuvent 
y ^tre trait^es : bronchites, coqueluches, embarras gastriques, 
ent^rites, etc. Certaines affections ^ marche rapide et souvent 
funeste, les ophthalmies purulentes des nouveau-nes par 
exemple, y sont, plus ais^ment que partout ailleurs, enray^es 
par un traitement ^nergique r^p^t^ matin et (soir. Mais ce sont 
surtout les affections chroniques, toutes celles qui se rattachent 
ii la scrofule, h la tuberculose, h la syphilis, les maladies du sys- 
ibme nerveux, les affections de la peau, les lesions chroniques 
des yeux, du nez, des oreilles, etc., qui trouvent au dispensaire 
des traitements r^uliers et prolong^s que les families n'auraient 
pu se procurer ailleurs. Les h6pitaux, faute de place, n'auraient 
accepts aprfes une longue attente qu'un petit nombre des ma- 
lades : le bureau de bienfaisance aurait donn6 une ordonnance 
le plus souvent inex^cut^e : le dispensaire les traite imm^dia- 
tement, et ainsi de nombreux enfants dchappent h des infirmit^s 
qui les auraient laiss^s pour la vie k la charge de leurs families 
et de la society. 

En presence de ces fails, faciles k constater, on ne pent 
s'^tonner du rapide d^veloppement qu'ont pris des institutions 
sanitaires qui, il y a vingt ans, ^taient encore k pen pr^s 
inconnues. 

RBVUE raiLATTHROPIQUB. ~ U. 3 



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S4 REVUE PUILANTHROPIQUE. 

Depenses, — Parmi les dispensaires, les uns sonl soutenus par 
les municipalit^s, les autres par des particuliers, d'autrcs par 
des associations privies, congr^ganisles ou laiques. 

Leurs modes d'administration et ieurs budgets sont tr^s 
diffirents : cependant si Ton met ft part celui de M"* Furtado- 
Heine qui fonctionne dans des conditions exceptionnelles et que 
Ton peut dire inimitables^ il ressort de I'examen des divers 
comptes rendus financiers que ce mode d'assistance est peu 
coAteux, que la d^pense moyenne est de beaucoup inf^rieure ft 
celle des hdpitaux, el cependant dans un tr^s grand nombre de 
cas, le r^sultatoblenuest tout aussi favorable : de plus, Tenfant 
a eu le double avantage de rester dans sa famille et de n'etre 
expose ft aucun dauger de contagion. 

On peut done dire avec M. le ministre de Tintdrieur (circu- 
laire du 15 septembre 1887): « Crder des dispensaires c'estfaire 
b6n6ficier des milliers de pauvres d'une medication preventive 
prompte et rationnelle ; c'est faire Tdconomie de beaucoup de 
maladies; c*est, en un mot, accroitre le capital de sant6 qui est 
undes principaux aliments de la richesse publique et dela force 
d'un pays. » 

D' J. DUBUJSAY. 

Liste des Dispensaires d^apr^s les dates de fondation. 

1875 Dispensaire de M. Gibert, au Havre. 

1883 (1 •' avril) . Hue Jean-Lantier, 15, I" arroudissement de Paris. 
1883 (15 juillet). Rue de Crimee, 106. Society philanthropique, Xlll* arron- 

dissement. 
i88't — Madame Furtado-Heine, 8, rue Delbet, XI V« arrondisse- 

ment. 
1 887 — M. Ruel, 42, rue Sainte-Croix-de-la-Rretonnerie, IV"arron- 

dissement. 
1887 (t octobre). Rue des Pyrenees, 48. Soci6tephilanthropique,XX«arron- 

dissement. 

1887 — Hue Rodier, 32, CX« arrondissement. 

1888 — Rue Petrarque, 21, XVI* arroudissement. 
1888 — Rue des Cendriers, 45, XX" arrondissement. 

1888 — Rue Labat, t4. Society phiianthropique, XIX« arrondisse- 

ment. 

1889 — Rue de la Jussienne, 2, II" arrondissement. 

1881» — Rue Marie-Jego, 14. Societt'philanthropique,XUI« arron- 

dissement. 



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DISPENSAIRES GUATLITS POUR LES ENFANTS MALAUES. :r, 

1889 ;4 ociobre). Hue Oudiiiot, i, V1I« arrondissement. 

18*11 — Rue Antoine-Dubois, 4, Vl« arrondissement. 

I SIM — Rue Legendre, 132, XVIP arrondissement. 

fHiH — Rue Rennequin, 2t, XVI1« arrondissemenl. 

I8*.»l — Rue Pasteur, 7, XII« arrondissement. 

I8*J2 — Boulevard de Belleville, i24, XX* arrondissement. 

I8;»2 — Rue Saint-Bernard, 35, XIP arrondissement. 

I8U3 — Place du Danube, 2, XIX* arrondissement. 

i89:< — Rue du Terrage, 14, X* arrondissemenf. 

1893 — Rue de Charolais, 26, XII« arrondissement. 

189» — Boulevard d'ltalie, 69, XIII* arrondissement. 

iS*.K'9 — Rue du Cbemin-Vert, 70, XP arrondissemenl. 

189:; — Rue de la Convention, 48, XV* arrondissemeiit. 

1895 — Caisse des Ecoles du XVIIP arrondissement. 

189;* — Rue de I'Equerre, 6, XIX« arrondissement. 

1895 — Rue Pastourelle, 19, IIP arrondissement. 

XHspensaires sp^ciaux pour Enfants tnberculeuz. 

188* 1 4 octobre). Rue de la Tour-d'Auvergne, 17. OEuvre de Villepinte. 

I8t>0 — Rue (le la Bortit*, 31. UEuvre d*Ormesson. 



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L'ASSISTANCE JUDICIAIRE 



SON ORGANISATION *, SON FONCTIONNEMENT ; LE8 R^PORMES A APPORTER 
A LA LOI DU 22 JANVIER 1851 

Qu'on ne s*y trompe pas ! il ne s'agit pas d'assistance pu- 
blique, mais bien de V assistance judiciaire et, tandisque Tassis- 
iance publique donne des secours aux pauvres, ['assistance 
judiciairc, qui en est une des modalit^s, se contente de per- 
mettre aux indigents* i'acc^s des tribunaux. Gr&ce k elle, on 
pent plaider, sans en avoir les moyens ; il suf fit qu'une cause 
soit juste pour qu'on obtienne gratuitement le concours des 
avou^s, des huissiers, des avocats, en un mot de tons les gens 
de robe, de ces gens de robe si injustement d^cri^s, et pour- 
tant si d^vou^s k ceux qui souffrent ! Les magistrats eux aussi 
jugenty avec une impartiality parfaile ; et les causes de Tassis- 
tance judiciaire, m'a-t-on affirm^, jouissent maintenant d*un 
tour de faveur aux chambres civiles. 

L^s6 dans ses int^rfits, tromp^ dans ses afTections, victime 
d'un accident, le pauvre, tout comme le riche, voit ses droits 
reconnus en justice, ses infortunes cesser, son dommage ma- 
teriel r6par6. 11 lui suffit de prouver son indigence pour que la 
machine judiciaire se mette en mouvement, et qu'il assisle, 
sans bourse duller, presque sans d-marche de sa part, k la con- 
secration de son droit. 

J'entends bien que cette situation n*est pas nouvelle, la 
creation de Tassistance judiciaire remontant dejk k pas mal 
d'ann^es ; mais je ne crois pas que son fonctionnement en soit 
bien connu ; il me semble surtout que certaines ameliorations 
sont k y apporter. 



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L'ASSISTANCE JUDICIAIRE. 

N'est-ce pas suffisant pour en parler un peu ? 

Done, c'est la loi du SS Janvier 1851 qui r6g 
ment I'assistancc judiciaire ; cette loi a bien 6t6 q 
inodifi^e, mais pas dans son essence ; elle n'est pas 
plus tout d'une pi^ce, elle a remplac6 d'autres lo 
d6crets et Ton pourra consuller avec int^r^t, pour 
question une id6e complete, les « d^cret du 18 juin 18i 
loi, du 23 mai 1830, 7 aoftt 1850 ; d^crets du 16 ja 
2 mars 1859, 18 juin 1884 ; loi du 15 juillct 1893, a 

En province, le rouage est un peu moins compli 

Prenons Paris pour exemple. C'est, dans les locai 
de justice, un peu plus loin que la onzifemo Cham 
tionnelle, que se tient I'assistance judiciaire. Com 
s occupant sp^cialement de Tassistance : M® Despi 
secretaire Taidant de sa longue experience, M*' Pel 
figures connues au Palais, Tair terrible pour les p 
d'avou^s qui viennent demander des renseigne 
demeurant bons et paternels pour tous ces visiteurs, 
teurs, plus souvent mis^reux qui crient justice ; 
une quantity de scribes. Et, pour tous ces employ^ 
frais de bureaux, pour le chauffage, r^clairage, 
m6s, etc., etc., une somme de 31000 francs vot 
ans, par le conseil general de la Seine. En v6rite, ( 
ici qu'on pourrait parler de r^duire les credits ! 

Six sections s'occupent des demand es d'assistanc 
compos^es chacune de cinq membres, nomm^s Tui 
gistrement, Tautre par le tribunal, les autres par le 
Fordre des avocats, la prefecture de la Seine, la CI 
avoues. Les sections si^gent une fois par semaine 
r6le ; une fois Tan, elles se r6unissent en assembl 
membres des sections ne sont nommes que pour 
jours design^s Tannee suivante ; mais il faut proc 
installation, et tout le monde assiste h cette gra 
m^me M. le procureur de la R^publique et un de se 
Sait-on combien il y eut de demandes d'assis 
ciaire, en Tann^e 1896? 14151 I 6432 furent adi 
renvoy6es k une autre juridiction, au tribunal C( 



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38 REVUE PJIILANTIIIIOPIQLE. 

celui oil la demande aurait du, primitivemenl ^tre port^e; 
2 13t furent abandonn^es ou transig^es et H28 furent rejetdcs 
par les sections. 

Les 6432 demandes qui furent admiscs, furent distributes : 
54i8 au tribunal civil, 218 au tribunal de commerce, 766 
aux diff^renles justices de paix. Je laisse de c6t(^, dans cette 
statist ique, les demandes d'assistance form^es devant la 
Cour par ceux qui perdirent leur procfes en premiere instance 
ct qui, n'ayant pas les moyens d aller, h leurs frais, devant 
une plus haute juridiction, furent quand m6me admis au 
b^n^fice de la gratuity absolue de Tinstance k la Cour, je 
laisse aussi de cdt£, dans mon ^num(§ralion, les demandes 
d assistance judiciaire port6es devant la Cour de cassation, le 
Conseil d'etat, car il faut savoir se limiter. Je me contente de 
rappeler que devant toutes les juridictions — sauf un cas assez 
curieux sur lequelje reviendrai — on pent demander et obte- 
nir Tassistance judiciaire ; que, quand on Ta obtenue, et qu'on 
a gagn(5 son proems, que Tadversaire acham6 vous traine de 
cour en cour, elle vous suit et que,rayant, vous avez le b^nd- 
ficc de la gratuity, non seulement de Tavocat qui s'enorgueillit 
de d(5fendre pour rien la veuve et Torphelin, mais encore de 
layout et mftme de I'huissier. L'assist6 est dispense provisoire- 
ment du paiement des sommes dues au Tr^sor pour droits de 
timbre, d'enregistrement et de greffe, ainsi que de toute consi- 
gnation d'amende, et les actes de procedure faits k sa requ6te 
sont vis(^s pour timbre et enregistr^s en d^bet. 

J*ajoute que Tassistance judiciaire est seulement accord^e 
pour avoir un titre ; qu'elle n'est accord(^e que dans les aflfaires 
liligieuses; je tirerai, tout a Theure, des conclusions de cette 
double observation. 

Quelles sont les pidces que doit foumir celui qui soUicite 
Fassistance judiciaire ? 

La loi du 22 Janvier 1851 est formelle; c'est au procureur 
de la R^publique qu'on expose son cas; on lui adresse : 

1® Une demande sur papier libre, con tenant les noms, pr6- 
noms, profession et domicile du demandeur, et de celui ou de 



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L'ASSISTANCE JUDICIAIRE. 39 

ceux centre lesquels le fulur assists veut agir judiciairement, 
aiasi que I'^nonc^ succinct des fails du proems k engager^ 

2* l-n extrait du r6le de ses contributions ou un certificat du 
percepieur de son domicile constatant qu'on n'est pas impost. 

3® Une declaration attestant que le demandeur est, h raison 
de son indigence, dans Timpossibilit^ d'exercer ses droits en 
justice, et contenant T^num^ration d^taill^e dc ses moyens 
d'existence quels qu'ils soient. 

Le r^clamant affirme la siac^rit^ de sa declaration devant 
le maire de son domicile ; le maire lui en donne acte au has de 
sa declaration. 

Le procureur de la Republique adresse aussit6t la demande 
2i Tassistance judiciaire; un rapporteur est de suite commis; 
dans les trois jours, il convoque au Palais le demandeur, le 
questionne sur sa pretention, lui demande, ayant un pouvoir 
souverain, des explications detaillees sur son cas particulier ; 
puis, le rapporteur adresse une convocation au futur defen- 
deur; il tf^che de s'eclairerde sonmieux sur la difficulte pen- 
dante, il confronte les parties, les concilie si faire se pcul, et, 
quand il a tons les renseignements, il fait un rapport a la sec- 
tion, qui decide, dans la plenitude absolue de son droit, s'il y a 
lieu d'accorder ou de refuser Tassistance, sans expression de 
motifs, ni dans Tun, ni dans Tautre cas. C'est, au plus tard, 
dans le mois, que la decision est rendue, k moins que des ren- 
seignements ne soient demandes aux commissaires de police, 
ce qui augmente un pen le deiai. 

Les decisions du bureau ne sont susceptiblos d'aucun re- 
cours; neanmoins, le procureur general, apr^s avoir pris com- 
munication de la decision du bureau etabli prt>s d'un tribu- 
nal civil et des pieces 4 Tappui, pent, sans retard de Tinstruc- 
tion, ni du jugement, deferer cette decision au bureau etabli 
pris la ixyuT d'appel, pour 6tre reformee s'il y a lieu (art. 12 
de la loi du 22 Janvier 1851), 

L'assistance judiciaire est accordee : la procedure est faite. 

Si Tassiste gagne son proces et que Tadversaire soit con- 
damne aux depens, Tlitat, par les soins de Tadministration de 
renregistrement,recuperera cequ'il a avance; s'il restcquelque 



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4a REVUE PHILANTHROPIQUE. 

chose, les officiers minist^riels; avou^s ou huissiers, se le parta- 
gent; sinon, ils en sont pour leurtemps^Ieur derangement, leurs 
frais. Si le public savait cela, s'il connaissait le nombre consi- 
dc^rable de dossiers d'assistance judiciaire qui encombrent les 
etudes, il serait un peu moins porte k toujours critiquer les offi- 
ciers minist^riels, ii comparer les huissiers &des oiseaux de proie. 

Les huissiers, les avou^s sont mis k contribution par Tas- 
sistance judiciaire ; ils se font un scrupule de suivre avec soin 
les affaires de cette cat6gorie sp6ciale ; ils se montrent, en cette 
matifere, gens de cceur ; je suis heureux deToccasion qui m*est 
offerte, pour le dire bien haut. 

11 est II peine besoin d*ajouter — et ce sera mon dernier 
mot dans ces explications par trop techniques — que Tassis- 
tance judiciaire, une fois accord^e, peut 6tre retiree, si Tas- 
siste revient k meilleure fortune, ou s41 a surpris la decision 
du bureau par une declaration frauduleuse. En ce dernier cas, 
notre homme, qui n'est qu'un vulgaire escroc, est passible de 
peines correctionnelles;et c'est la juridiction repressive qui se 
chargera de lui apprendre qu'on n'essaye pas de voler, sans 
danger, le bien des indigents. J'ai deji vu plusieurs affaires de 
cette nature arriver jusqu'd Taudience publique, et je n'ai pas 
ete desderniers, dans la presse, k applaudir k la condamnation 
du coupable. 

Voilk done Torganisation et le fonctionnement de Tassis- 
tance judiciaire ; tout se passe fort bien & Paris, m6me en pro- 
vince; et, cependant, tout n'est pas parfait dans la loi du 
22 Janvier 1851. Des reformes sont a accomplir; elles sont ur- 
gentes; m'est avis qu'on sen est bien peu preoccup6 jusqu'Ji 
cette heure ; en tons cas, on n a rien fait aboutir. 

Et d'abord, Tassistance judiciaire n'a ete creee que pour 
conferer un titre k celui qui la demande; elle n'est jamais don- 
nee pour aller jusqu'li Texecution de la sentence. 

Expliquons-nous k ce sujet; c'est k mon sens le point le 
plus important; c'est celui qu'il faudrait modifier. 

Je suis creancier de X...; Tassistance judiciaire m'a ete ac- 
cordee; un jugement a ete prononce affirmant ma creance; 



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•>« nwr^v* 



L'ASSISTANCE JUDICIAIRE. 44 

mon d^biteur est solvable, des renseignements pr^is le disent. 
L'huissier de Tassistance se contentera de signifier le juge- 
menl, il n'ira pas plus loin ; il ne continuera pas sa procedure ; 
ilfera quelquefois le, commandement, il n'ira pas jusqu'au 
proems- verbal de saisie ; il n*ex^cutera pas mon d^biteur : il se 
bornera k lui rappeler sa dette ; il ne fera pas rentrer ma 
cr^ance. 

Je suis m^re de famille : je suis vieille, dans la misfere : j ai 
des enfants qui, sans 6tre fortunes, pourraient m'aider en me 
donnant, cbacun, quelques francs par mois, ils refusent de 
venir h mon secours; je les poursuis devant les tribunaux, 
ayant droit it une pension aHmentaire : Tassistance judiciaire 
m'a 6t6 accord^e et ]esjuges ont reconnu le bien fond^ de ma 
demande, ils ont eondamn^ mes fils. L'huissier se bornera k 
le leur dire, k leur signifier le jugement — pour faire courir 
les d^lais — mais il ne les ex^cutera pas, etmoi,malheuDeuse, 
je resterai dans le d^nilment le plus absolu parce que Tassis- 
tance judiciaire est cr66e pour faire obtenir un titre h celui 
qui le demande; elle n*a pas ^t^ invent6e pour permettre k 
celui qui n'a rien et k qui on doit de poursuivre le d6biteur 
jusqu'i ce qu'il ait pay6. A Tassistance judiciaire, on ne con- 
naitpas le proc^s-verbal de saisie, la signification de venle,les 
placards, les affiches, les insertions ; on ne sait rien de cette 
procedure efficace qui fait rentrer le plaideur dans son dA; on 
s'arr^le, k mon sens, au bon moment, car les actes d'ex^cution 
coAtent tr^s cher (chacun variant entre 10 et 13 francs), et, 
partant, Tassist^ n'a g6ndralement pas les moyens de sortir de 
sa poche les d^bours^s ndcessaires; or, sans ces actes d* execu- 
tion, on a des papiers dans sa serviette, on n'a pas un sou dans 
son porte-monnaie. 

L'assiste serait-il m^me reconnu, en justice, crdancier d'un 
individu, ayant des propri^t^s, des maisons, qu*il ne pourrait 
pas rentrer dans son bien ; la procedure de saisie immobili^re 
est la plus longue, la plus coflteuse, et Tassistance judiciaire 
n'est jamais accord6e k personne pour ex^cuter immobili^re- 
ment. 

D'aucuns, ne sachant pas, s'arr6tent Ik, attendant du temps, 



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42 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

de la fortune, des moments plus propices; d'autres, conseill^s 
pardes tiers habiles ou int€ress6s, s'en vont trouver Thomme 
d'affaires qui avancera des fonds et pr^l^vera sur la rentr^e de 
la cr^ance le plus clair des b6n6fices. N'est-ce pas un mal dans 
un pays de democratic, mal que les bons esprits devraient es- 
sayer d'enrayer? 

Les bureaux d'assistance judiciaire le comprennent si bien, 
que ne pouvant pas appliquer la loi qui choque souvent requite 
la plus el^mentaire, ils T^ludent. Dans certains cas, en mati^re 
d'opposition par exemple, de saisie-arr6t, Tassistance judiciaire 
est accord 6e pour, aprds Tobtention du jugement, arriver h une 
execution ; encore faut-il pour que cette faveur soit accord^e 
que celui contre qui {'opposition est mise, soit un employ6 de 
TEtat, d'une grande administration, ou d'un industriel connu 
Tayant depuis de longues ann^es h son service. 

Et, bizarrerie strange, quand leddbiteur entame contre son 
cr^ancierla procedure de la validit<^ de saisie-arrfit, Vassistance 
judiciaire est accord^e au cr^aneier primitivement assists ; on 
consid^re ladifficult^ pendante comme une instance nouvelle et, 
comme Taffaire revient devant les tribunaux,on donne au plai- 
deur malbeureux le nouveau concoursde Tassistance judiciaire. 

11 est a peine besoin d'ajouter qu'en mati^re de jugement 
par defaut, la peremption etant de six mois, Tassiste a le droit 
de faire ex^cuter la sentence qu'il a obtenue. Ce n'est pas pour 
qu'il entre dans ses fonds, qu'on accorde ce droit a I'assist^; 
c'est dans cette pens^e unique, que la loi sur Tassistance judi- 
ciaire veut que les officiers minist^riels eteignent la procedure 
pour faire courir les delais. L'assistd a droit k un titre s6rieux; 
on le lui donne complet. 

Pour ma part — et, si onconsultait les bureaux d'assistance 
j udiciaire, ils seraient k peu pr5s tous de monavis, — j'estime 
qu'il faut elargir, sur ce point, la loi du 22 Janvier 1851, et ne 
pas se contenter de donner un titre ex^cutoire h Tassiste ; il faut 
aller plus loin ot lui permettre, sans bourse d^lier, de rentrer 
dans son bien, de faire ex^cuter par Thuissier le jugement ou 
Tarrfet. Les frais nouveaux occasionn^s par cette procedure se- 
raient pay6s plus tard par le d^biteur rdealcitrant. 



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■ p**7^^h^v ''■ '■'^"^i"^ 



LASSISTANCE JUDICIAIRE. 43 

Je sais bien que des objections se pr^sentent k I'esprit 
d'hommes biea intentionn^s^ qui out 6tudi^ la question, et qui 
h^sitent devant ma proposition. Us disent: Mais souvent l*as- 
sistance judiciaire est obtenue par le demandeur et le d^fen- 
deur; comment voulez-vous qu'on execute quelqu'un qui n'a 
pas le sou? Ou encore : Le d^fendeur qu'oncroit recalcitrant est 
quelquefois un homme dans la g^ne ; si vous donnez k Fassist^ 
le secours de rhuissier, cet officier minist^riel ira souvent 
trop loin et ruii^era le d^biteur. Ma r^ponse sera simple. Je 
dis, d'abord, que si le d^biteur est insolvable, un proc^s-verbal 
de carence le constatera de suite et, \k ou il n'y a rien, le roi 
perd ses droits, selon le vieil adage ; Vassist^ devra se contenter 
de cette Iriste situation. Puis, ai-jc trop k m'apitoyer sur le 
sort de celui qui doit, ne suis-je pas dans Tobligation de 
donner, sans r6sei*ve, mon concours a celui qui a un titrc re- 
connu par justice? 

Entin, pour couper court k toutc difficult^, on pourrait 
completer ma proposition et dire : « Quand I'assistd aura son 
titre, il retournera devant les bureaux d'assistance pour ^tre 
soutenu dans la procedure d'ex^cution ; le bureau seul d^cidera 
si, oui ou non, il y a lieu d'accorder Tassistance judiciaire. » 
L assisti^ aurait droit, ainsi, et k son titre et aux moyens d'ar- 
river a ex6cuter son ddbiteur. 

Voila la premiere rc^forme que j'avais a signaler; elle est la 
plus importante : il y en a d'autres k accomplir. 

J'ai dit plus haut que Tassistance judiciaire n'6tait pas ac- 
cordie en mati^re correctionnelle; le l^gislateur, pour la re- 
fuser, est parti de cette id^e qu'en correctionnelle, il n'y a pas 
de frais. On a seulement bcsoin d'un avocat; or, Tavocat 
d'office est toujours k la disposition du pr6venu malheureux ; 
c'est un des litres de gloire du barreau frangais, de se tenir 
toujours a la disposition de Thomme qui n'a rien, quelque in- 
digne que soit sa situation. Le criminel le plus endurci, le 
traitre lui-mdme n'a qu'Ji s'adresser au b&tonnier etil revolt, 
quelques jours apr^s, la visite d'un d^fenseur, quelquefois 
jeune et obscur, d'autres fois parvenu k la c^ldbritd, toujours 



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44 REVLE PHILANTHROPIQUE. 

pr^t k d^fendre la liberty, I'honneur, les int6r6ts du detenu. 
Mais est-ce sufiisant, et le I^gislateur n'a-t-il pas 6i6, ici en- 
core, sinon induit en erreur, au moins victime de son ignorance 
des lois ant^rieures? En mati^re correctionnelle, il y a le de- 
tenu : c'est bien; mais il y a aussi la partie civile; la partie 
civile est tenue d'exposer des frais : que dis-je? m6me si elle 
triomphe, si elle gagne son proems, il lui faudra payer le Tr^sor, 
sauf lo recours qu'elle a centre la partie condamn^e; si la partie 
condamn^e est insolvable, c'est elle qui paiera tout de sa poche ; 
et, dans bien des cas, beaucoup n'en ayant pas les rooyens, ne 
risquent pas de se porter partie civile dans un d^bat correc- 
tionnel. Or, ici, il n'y a pas qu'une question d'int^rfets en jeu, 
il y a sou vent une question d'honneur k faire trancher par les 
tribunaux; pourquoi done le pauvre h^re ne pourrait-il pas, par 
Tassistance judiciaire, avoir acc^s k la barre correctionnelle, et 
avoir la possibility de faire ex^cuter les decisions rendues par 
la justice repressive? A-t-il ^t^ diHam^, injuria? comment 
voulez-vous qu*il assigne son adversaire, s*il n'a pas le premier 
sou pour payer les frais d'huissier? 

Est-il ouvrier, victime d'un accident; pourquoi ne pourrait- 
il pas, k la barre m6me, k Theure oil I'on juge Timprudent 
qui est cause de ses malheurs, se porter partie civile ? Et s*il 
est malade ce jour-la, s*il ne pent pas se transporter k Tau- 
dience, comment voulez-vous qu*il se fasse reprfeenter par 
des conclusions d'avou^ qui coiltent quelque chose, lui qui 
ne gagne rien dcpuis des mois et qui n*a souvent pas un 
sou vaillant k la maison, de quoi donner la nourriture k ses 
enfants? 

Que dis-je I le pr6venu a-t-il 6i6 condamn^ k des dommages- 
int^r^ts, k la restitution d'une somme qu'il avait audacieuse- 
ment d^rob^c, soit par escroquerie, soit par abus de confiance. 
Comment voulez-vous que la victime de ce m^fait l6vc le juge- 
ment, le signifie, si elle est ruin^e, et que I'Etat Toblige, pour 
arriver k ses fms, k avancer les frais du Tr^sor? 

Je pourrais multiplier les exemples, qui abondent k Tinfini ; 
je n'ai, je Tesp^re, quk montrer le mauvais c6te de la loi, k 
dire quelle en est la raison pour qu une rc^forme intervienne. II 



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L'ASSISTANCE JLDICIAIRE. 45 

est n^cessaire que Tassistance judiciaire soit accord6e aussibien 
en mati^re correctionnelle qu'en matifere civile. 

Je comprends que I'assistance judiciairenesoit pas accord^e 
pour aller au conseil de prefecture ou devant les prud'bommes, 
car, lit, il n'y a ni frais ni droits d'aucune sorte ; je ne com- 
prends pas pourquoi elle n'est pas accord^e en mati^re correc- 
tionnelle. 

Mais poussons plus avant la discussion de la loi du 22 Jan- 
vier 1851 et cherchoos encore les modifications qu'il convien- 
drait d*y apporter. 

L*assistance judiciaire n'est accord6eque lorsqu'onse trouve 
en presence d'un litige ; il faut un diflF^rend entre deux parti- 
culiers, ou une difficult^ sur une question que seule la justice 
peut trancher: telle, une question d'dtat, pour vous permettre 
d'avoir recours k Tassistance judiciaire, en tons cas pour que 
vous puissiez Tobtenir. 

Est-ce suffisant? Je ne le pense pas; notre Code fourmille 
en obligations sp^ciales qui devraient comporter la possibility 
d'avoir le benefice de Tassistance judiciaire, car elles sont quel- 
quefois trfes on^reuses, vous contraignant h passer par les etudes 
d'officiers minist^riels ou d'auxiliaires de justice et, dans ce cas, 
pourquoi ne pasFaccordcr ^celui qui la demande et qui joints 
sa requMe toutesles pieces justificatives? 

Les bureaux d'assisfance judiciaire Font si bien comprisque, 
par faveur sp^ciale, ils Taccordent, outrepassant un pen leurs 
droits, pour la reunion d*un conseil de famille, pour dresser un 
inventaire, pour renoncer Ji une succession, i une communaut6, 
etc., etc., niais ils la refusent quand il s'agit de frais d'actes no- 
taries ; vous allez voir par un exemple, que ce refus, motive par 
le texte mfime de la loi, ne peut pas raisonnablement se com- 
prendre. 

Vous voulez vous marier; vos parents refusent de donner 
leur consentement k la celebration de votre union : pour arriver 
k prononcer le oui sacramentel devant M. le maire, il vous 
faudra faire k votre p^re, k votre mere, des sommations dites 
respectueuses. Or, ces sommations doivent passer par I'etude 
du notaire, non par celle de I'avoue ou de Thuissier. Sait-on 



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J6 REVLE PHILAXTHROPIQUE. 

combien dies coutent? Depuis la loi de 1896, il n y a plus qu'une 
sommation respectueuse ; elle cotkte k peu prts SO francs. On a 
beau s'aimer : ou diable voulez-vous que des ouvri^res qui 
ont du mat 4 avoir des meubles puissent prendre une pareille 
somme? Demandez alors Tassistance judiciaire; elle vous sera 
rei'us6c; on vous rtjpondra qu'il ne s'agit pas ici d'un litige, au 
sens juridHiiie du mot, el vous serez, tr^s poliment, pri6 de 
passer ailleurs. 

Et parce que Tassislance judiciaire ne leur a pas 6t6 accor- 
d6e, je sais des malbeureux qui se sont mis en manage libre, 
augmentant ainsi le nombre d^jk si grand des enfants naturels. 
J'aurais, certes, tort de pousser les cboses trop loin; mais 
ne pourrait-on pas songer un peu k cette situation sp^iale, 
alors qu'on forge tons les jours des lois pour faciliter les ma- 
riages r^guliers et que tant de statistjciens se lamentent dc la 
diminution sensible des enfants legitimes. On me dira que 
c'est une petite cause qui entraine de bien grands effets; pos- 
sible! mais aussi pourquoi ne pas la faire disparaitre? 

Voil^, sur les principes mdmes de la loi, les critiques que 
j'avais k apporter, les objections que j'avais k formuler, les 
r^formes quej'avaisk proposer. 

11 y en a d'autres; elles touchent des points de detail fort 
int^ressants ; qu'on me permelte de les signaler. 

I/art. 8 de la loi du 22 Janvier 1831 porte : « Toute personne 
qui reclame Tassistance judiciaire adresse sa demande sur pa- 
pier libre au procureur de la rc^publique du tribunal de son 
domicile. » 

Qu'entend-on ici par domicile? C'est k ce propos que les 
difficult^s commencent. Kn droit civil fran(;ais,le domicile est le 
si^ge l^gal d'une personne ; c*est son si^ge juridique et, partant, 
fort sou vent fictif. L art. 102 voulant en donner une definition 
precise dit : « Le domicile de tout Frangais, quant a Texercice 
de ses droits civils, est au lieu ou il a son principal ^tablisse-* 
ment. » Quant a la femme marine, de par Tarticle 108, alin^a 1, 
elle n'a point d'autre domicile que le domicile de son mari. 

Comment s'opfere le changementde domicile? I/article 103 
nous r^pond en ces termes : « par le faitd'une habitation rdelle 



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LASSISTANCE JUDIGIAIRE, M 

dans un autre lieu, joint a rintention d'y fixer son principal 
^tablissement. » Et la jurisprudence decide que cette intention 
r^ulte d'une double declaration faite k la mairie du lieu qu'on 
quitte, h la mairie du lieu dans lequel on d6sire venir sMnstal- 
ler, suivie du transfertde Thabitation (Cassation, 23 mars 1875). 

Donc,vous 6tes domicilii en Corse; puis, le pays ne vous plai- 
sant plus, vous venez habiter Paris. Vous ne faites pas la double 
declaration en quittant Ajaccio ou vous aviez votre principal 
etablissement et en venant k Paris ou vous ddsirez vous in- 
staller. 

Enarrivant dans la capitate, vousMes victime d*un accident; 
vous n'fetes pas riche ; vous demandez, pour avoir des dommages- 
int^rMs, le benefice de I'assistance judiciaire. A quel procureur 
allez-vous envoyer vos pieces? Au procureur de Paris ou au 
procureur d'Ajaccio? Votre domicile est toujours a Ajaccio, car, 
pour son changement Ugal, vous ne vous 6tes pas conform^ 
aux prescriptions de Tarticle 103. 

C'est done k Ajaccio qn'il faut vous adresser. Mais, parmi 
les pieces h joindre h la demande, il faut que le r6clamant 
affirme la sinc6rit6 de sa declaration devant le maire de son 
domicile; il lui sera done n^cessairede retourner k Ajaccio pour 
remplir cette formality, sinon Tassistance judiciaire lui sera 
impitoyablement refus^e. 

Notez qu'i Paris les membres du bureau d 'assistance ne 
sent pas tr^s formalistes; ils dvitent, autant que fairc se pent, 
de froisser T^quite et ils ferment souvent les yeux sur les 
exigences Idgales, quand elles aboutissent a Tinjustice; on veut 
qu'on ne dise plus : Summum jusy sitmma injuria; mais, en 
province, on est plus sdv^re; et je sais des bureaux d'assis- 
iance judiciaire, notamment au centre de la France ou « le do- 
micile » est « le domicile » pour le futur assists et ou des 
difticultes sans fin sont cr66es au malheureux qui ne remplit 
pas a la lettre les prescriptions de la loi de 1851. 

Or, ces difficultes arrivent dans des cas nombreux; on pent 
se les imaginer ais^ment; il m'u suffi d'en signaler une pour 
qu'il me soit permis de ne pas insister davantage. Comment 
alors sortir de cet imbroglio? 



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48 llEVUE PUILANTHROPIQUE. 

G'est bien simple; en remplaQant dans le texte de loi le mot 
domicile par le mot residence. 

La r6sidence, lout le monde est d'accord sur ce point, est 
le si^ge r^el, le si^ge de fait de la personne. EUe est au lieu de 
rhabitation [ordinaire de la personne, par consequent, soit au 
domicile, soit ailleurs. 

Et partout, tout se passera, sans discussion, le mieuxdu 
monde avec cette petite modification. 

Vous voulez faire une demande d'assistance; adressez-vous 
au procureur du lieu dans lequel vous vous trouvez; de m6me 
pour la declaration k la mairie, de m6me pour le ceriificat du 
percepteur etablissant que vous n'^tes pas impost. 

Mais, me dira-t-on, vous allez cr^er des abus sans fin. Des 
individus qu'on ne connaitra pas, riches peut-^trc, souvent 
pen interessants, obtiendront ainsi Tassistance judiciaire. 

Je ne crois pas que ce soit \k une objection sdrieuse. Vous 
pourrez d'abord, avant de vous decider, vous bureau d'assis- 
tance, faire prendre des renseignements par le commissaire de 
police du quartjer qu'habite Timp^trant; vous pourrez aussi 
ordopner une petite enqu^te aupr^s des voisins, des camarades 
de travail de Tindividu. 

Vous pourrez enfin... 6tre induit en erreur; mais je pr6fferc 
cela h la situation que vous cr^ez aujourd'hui Ji celui qui ne 
pent pas, h cause d'arguties juridiques, obtenir I'assistance 
judiciaire et qui cependant m^riterait de Tavoir. 

Et puis, quandon vous a tromp^, on est passible du tribunal 
correctionnel. C'est une ^p^e de Damocles suspendue sur la 
t6te du futur assists ; perspective suffisante pour Tcmpfecher de 
mentir... Ji moins qu'il ne soit par trop gredin; en ce dernier 
cas, il vous tromperait tout de m^me. 



Qa n'est pas tout. 

L'article 12 de la loi de 1851 contient, k mon avis, deux id^es 
d'un ordre diif^rent, qui choquent un pen Tdquite et que je 
desirerais voir completer. 

La premifere, c'est que le procureur g^ndral a seul le droit 



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L'ASSISTAKCE JUDltlAIRE. 49 

de faire appel de la decision du bureau d'assistance, qu'ellc 
soil favorable ou d^favorable h celui qui la demande. 

En pratique, leprocureur gdn^ral ne fait appel que lorsque 
la demande d'assistance est refus^e h quelqu'un dont le cas est 
int^ressant. Je voudrais, moi, que cet appel puisse 6tre interjet^ 
par le demandeur et aussi par le d6fendeur. 

Les proems entam^s avec le b^n^fice de Tassistance judiciair^ 
sontquelquefois perdus en justice ;<3elatient^ ce qu'on se montre 
loujours tr^s large pour Taccorder; or cela n'arriverait pas, ou 
cela arriverait moins si le d^fendeur h Tassistance qui n'a pas 
pu convaincre le rapporteur, ou qui n*a pas pu se presenter aux 
convocations revues, pouvait faire appel de la decision, discuter 
k nouveau son cas devant un autre rapporteur, lui apporter 
des pieces nouvelles, se faire entendre de lui. 

De cette fagon on ^viterait h un d^fendeur des frais judi- 
ciaires toujourstrfes coAteux, mdme quandongagne son proems; 
on 6viterait k T^tat des pertes d'argent inutiles ; on ^viterait 
h des Iribunaux charges les pertes de temps qu'exige Texamen 
de ces proems d'assistance qu'on n'aurait pas dH entamer. 

L'article 12 decide aussi que les decisions du bureau ne 

peuvent Mre communiqu^es qu'au procureur de laR^publique, 

jila personne qui a demands Tassistance et k ses conseils. 

Pourquoi les decisions seulement, et pas toutes les pi&ces? 

Pourquoi cette faveur accord^e au demandeur, jamais. au 

d^fendeur? 

Le droit devrait 6tre le mfime pour tons les deux ; j'avoue 
ne pas comprendre la raison de cette difference qui pent 
amener des conflits sou vent fort regrettables; je demande qu'on 
la fasse disparaitre. 

Je voudrais aussi que Fadministration de Tenregistrement 
flit tenue de signifier les jugements par d^faut, d'aller toujours 
jusqu'^ Tex^cution, dans certaines affaires qui concement 
r^tat et la capacity des personnes, bien qu'il n'y ait dans la sen- 
tence aucune condamnation p^cuniaire. Prenons, par excmple, 
un divorce. Un assists obtient le divorce k son profit, le ji|ge- 
ment estprononc^; il est par d6faut,la partie adverse ne s'^tant 
pas pr^ent^e ; Tenregistrement ne veille pas k Tex^cution du 

HKVUB PHILAIfTHROPIQUE. -^ II. 4 



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50 HEVL'E PHILANTHROPIQUE. 

jugementy n'y ayant auc^n int6r^t, puisque aucune coiidamna- 
tion p^cuniaire n*est prononc^e centre le d^fendeur. 

Certains d^lais passent, le jugement est p^rim^ ; Tindividu 
qui croyait 6tre divorce ne Test plus; ilfaut tout recommencer. 
U y a 1& une source de responsabilit^s pour les avou^s; il pour- 
rait y avoir des consequences graves pour ce divorc6 d*un genre 
tout nouveau qui pourrait commettre de bonne foi pourtant des 
delits ou mdme des crimes : des adult^res, des entretiens de 
concubine au domicile conjugal, ou m^me le crime de bigamie. 
Ne devrait-on pas porter remade ft un pareil 6tat de choses? 

Mais si j'abordais T^tude d^taill^e de la loi sur le divorce 
a mettre en harmonic avec les principes de la loi sur ['as- 
sistance judiciaire, je ne sais plus ou cela pourrait me con- 
duire. Qa n'est plus la loi de 1851 qu*il faudrait modifier; ce 
sont les articles 229 et suivants du code civil, dont il faudrait, 
au moins en certaines parties, demander Tabrogation. 

Jed^sirais aussi parlerde la creation d'une caisse sp^ciale 
pour faire des avances aux malheureux qui ont en mains un 
titre de cr^ance qu'ils ne peuvent pas ex^uter, le jugement 
n'6tant pas ex^cutoire et Tadversaire les tralnant devant tons 
les degr^s de juridiction : tribunal civil, Cour d'appel. Gourde 
cassation; c*est Ik un sujet des plus int^ressants, digne d'appe- 
ler, de retenir Tattention de tons ceux que passionnent ces 
questions d'assistance. 

Je pr^f^re, dans cet article, me borner k t'examen de la loi 
du 22 Janvier 1851. 



Avant de terminer, je veux dire un mot des projets de loi 
pr^sent^s aux Chambres sur Tassistance judiciaire, comme aussi 
parler un peu de ce qui se passe k T^tranger. 

II y a longtemps d6jk que les r^formes de Tassistance judi- 
ciaire ont ^t^ mises sur le tapis ; plus on va et plus il semble 
qu'on se d^sint^resse de la question, alors qu*il faudrait plus 
que jamais s'en pr^occuper. Le 24 mai 1878, Jules Favre,frappe 
des difficult^s particuliferes qu'un mineur poiivait rencontrer 
sur sa route au cas ou sa fortune serait ob^r^e, ck*itiquale sys- 



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L'ASSISTANGE JUDICIAIIIE. M 

l^me de protection ^tabli par notre code ; il d^clara qu'il 6tait 

inapplicable aux indigents. De suite le grand orateur d^posa sur 

le bureau du S^nat un projet de loi concernant Tassistanoe ju- 

diciaire.Il voulait qu'on accordftt I'assistance en toutes mati^res 

ei que ses effets fussent 6tendus k Tex^cution des jugements. 

Les id^s ^mises par Jules Favre ^taient excellentes ; on n'en 

comprit pas la grande port6e politique et sociale ; le projet de 

loi erra de commissions en commissions et Jules Favre mourut 

sans rien avoir fait aboutir. 

Plus tard, le 27 mai 1882, MM. EmileBrousse, Louis Blanc, 
suivisde quelques autres collfegues,proposferent une r^forme 
g^n^rale de Tassistance judiciaire. La composition des bureaux 
devait changer d'apr^s eux ; les membres, en grande partie du 
moins, seraient nomm^s par le peuple; des ddlais ^taient im- 
partis pour statuer plus vite sur les demandes; les ouvriers 
victimes d'un accident auraient droit, ipso facto ^ au b^n6fice 
de Tassistance judiciaire. 

En juin [de la mdme ann6e, MM. Million, Antonin Dubost, 
Louis Perra8,etc.,etc.,se pr^occup§rent de cette situation. lis 
avaient surtout en vue Tassistance judiciaire devant Ja justice 
de paix; illeur semblaitquUl 6tait vraiment [on^reux pour Tin- 
digent de porter sa demande au procureur de [la R^publique du 
tribunal de I'arrondissement, de remplir certaines formalit^s par 
trop complexes ; aussi, pour les affaires de la competence des tri- 
bunaux de paix, les auteurs du projet eurent-ils Theureuse inspi- 
ration de cr6er le bureau d'assistance cantonal et, naturellement, 
en ce cas, Tassistance devait s'^tendre aux voies d'exdcution. 

Enfin, en 1891, M. Chollet, que les r6formes judiciaires in- 
t^ressent, voulut, lui aussi, faire aboutir un projet de loi sur 
Tassistance. Frapp6 des lenteurs mises par les bureaux pour 
r^pondre aux diff^rentes demandes qui leur sont adress^es, 
M. Chollet voulut leur impartir un d61ai, sous la surveillance 
du procureur de la R^publique et, pour que les proems de cette 
nature fussent jug^s avec c^l^rit^, il demanda, dans chaque 
tribunal, la creation d'une audience suppl^mentaire pour toutes 
les affaires relatives li des indigents. 

Yuins Merits, peines inutiles I Tons ces projets so sont tratnds 



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L 12 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

I 

de commission en commission sans aboutir et les legislatures 
I ont suivi les legislatures sans qu^aucun d'entre euxaitvu le 

jour de la discussion pubUque. Or^ pendant que chez nous, en 
France, on ne faisait rien sur un sujet pourtantsi int^ressant, 
a Tdtranger, on proiitait de nos travaux et on amdliorait Tassis- 
tance judiciaire. 

En Italic, — ddcret royal du 6 ddcembre 186S, article 3, — 
Tassistance judiciaire est etendue aux actes d'exdcution; on 
pent Tobtenir en mati(*re contentieusc et en mati^re gracieuse, 
c*est-k-dire, sans proems. 

En AUemagne, — ddcret du 6 ddcembre 1865,— la situation 
est la m6me. 

En Belgique, — loi du 27 juin 1881, — lassistance judi- 
ciaire est accord6e on mati^re correctionnelle et en mati^re cri- 
minelle; certes, comme chez nous, la defense des accuses est 
assuree devant toutes les juridictions ; mais aussi, Tindigeht 
pent se porter partie civile et, tons les actes 2l ce relatif sont 
vis6s pour timbre et enregistrds en debet. 

On ne comprend pas que de pareiUes reformes n*aient pas 
ete inserees dans les lois d'un pays essentiellement democra- 
tique comme la France! 

Pour finir, un mot encore sur nos relations, k propos de 
Tassistance judiciaire, avec les nations etrang^res. 

Nous avons des traites diplomatiques avec les puissances 
de TEurope et de TAmerique, qui permettent aux etrangers de 
«lemander et d'obtenirTassistance judiciaire en France; k titre 
de reciprocite, les Frangais qui habitent ces differents pays, 
obtiennent lk-bas,quand ils ne sontpas riches et qu'ils veulent 
plaider, le benefice de Tassistance judiciaire. 

Sait-on, cependant le pays avec lequel nous n'avons aucun 
traite?... Je le donne en cent I... La Russie ! Un Russe etabli en 
France ne peut pas obtenir, chez nous, Tassistauce judiciaire 
et, r6ciproquement, un FranQais etabli en Russie ne peut pas 
Tobtenir davantage. 

N'est-ce pas bizarre et notre Ministre des Affaires etrangeres 
ne pourrait-il pas d'urgence faire cesser une pareille anomalie, 
alors que nos relations avec la Russie deviennent, tons les 



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L'ASSISTANCE JUDIGIAIRE. 53 

jours, plus fr6quentes? La question vaut la peine qu'on la re- 
solve et qu'on se presse. 

Et maintenant, il faut conclure. 

En principe — je n*ai pas h le dissimuler — la loi est fort 
bonne : dans la pratique, elle a donn6 lieu h des difficult^s 
nombreuses, il ne faut pas qu'elles se renouvellent. Qu'on ouvre 
aux indigents la porte toute grande de I'assistance judiciaire ; 
qu'on ne retienne pas d'une main ce que de Tautre on a lair 
de leur oclroycr g^n^reusement. 

La loi a 6t6 cr6de pour donner un titre au plaideur malheu- 
reux ; pour qu'elle soit complete, qu'on foumisse k celui qu'on 
veut obliger, le moyen de se faire [payer; que I'assistance 
judiciaire lui permette d'ex^cuter son adversaire ; le titre c'est 
bien, Tex^cution ce sera mieux. 

L'assistance judiciaire est accord^e devant certaines juri- 
dictions, pas devant d'autres, telle la police correctionnelle.Que 
Tasistance judiciaire soit accord^e pour plaider devant toutes 
les juridictions. 

Qu'on en fasse aussi b^n^ficier les malheureux toutes les 
fois qu'une loi leur impose I'obligation de faire un acte extra- 
judiciaire qu'ils n'auraient pas les moyens de payer : je gage 
que les notaires vis^s par cette r^forme consent! raient de tr^s 
bonne grice k s'y soumettre. 

Qu'on examine enfin ces questions du domicile, de la com* 
munication des pieces au demandeur, de I'ex^cution de toutes 
les decisions rendues au profit d'un assists ; qu'on revise nos 
trait^s avec les puissances ^trang^res; je ne dis pas que de cette 
fagon on aura une loi parfaite, mais j'affirme qu'on aura fait en 
justice des r^formes int^ressantes en faveur des malheureux. 
Ne sera-ce pas de la bonne besogne? 

M«B. MONTEUX, 

Avocat k la Cour d'appel, 
R^dactcur en chef do la revue: Us Prods CiUbres. 



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PLAIDOYER 

EN FAVEUR DES ENFANTS fiTOURDIS ET PARESSEUX 



C'cst une v6rit6 parfaitement 6tablie k I'heure actuelle qu'il 
existe une « mddecine de Tesprit ». On commenced Tappliquer 
aux cas menagants, ne serait-il pas temps de Tappliquer aux cas 
plus b^nins? En thf^rapeutique^ on ne s'occupe pas seulemenl 
du typhus et du cholera, on s'occupe aussi de la rougeole. Je 
demande done que Ton cesse de trailer, par la consigne, les 
enfants ^tourdis et les paresseux. 

lis sont l6gion ; et, jusqu'ici, on les a trainds aux g^monies, 
comme s'ils 6taientde grands coupables. 

Pour les autorit6s compdtentes, un ^colier paresseux est un 
enfant qui ne veut rien faire. Pardon, fetes-vous sAr qu*il pent? 

L'enfant n'est pas plus responsable de ses aptitudes intel- 
lectuelles, que de sa constitution physique. Lui ferez-vous un 
crime de ce qu'il sera lymphatique ou nerveux?... Lui repro- 
cherez-vous la couleur de ses cheveux, ou la nature de sa peau?. . . 
Non, n'est-ce pas? Vous t^cherez d'amender en lui ce qu*il y a 
d'amendable; mais ce sera par un regime patiemment suivi, et 
non par des punitions. 

C'est ainsi que Von devrait agir pour la paresse et T^tour- 
derie qui, k la v6rit6, sont moins des d^fauts qu une disposition 
particuli^re de Tesprit. 

Tous les enfants n'aiment pas I'dtude, et on Tim'pose k tons 
les enfants. G'est une n^cessit^, soit! mais il ne faut pas s*in- 
digner s'ils ne t^moignent pas d'un empressement exag^r^, a 
Faccomplissement d'une besogne pour laquelle ils n*ont aucun 
gout. 



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PLAIDOYER EN FAVELIl l)ES ENFANTS feTOURDIS. 55 

Les maitres, eux, ont librcment choisi la profession — trfes 
aride il est vrai — qu'ils exercent. Rien d'^tonnant k ce qu'ils 
y apportent tout leur cceur. Seulement, ils seraient peut-6tre 
moins z^l^s, si on les contraignait k cultiver la terre, k faire du 
commerce, ou h pratiquer un m6lier quelconque. 

II en va de mdme pour les enfants ditsparesseux, Beaucoup 
de ceux qui b&illent en classe, se montrent actifs et pleins de 
bonne volont^, d^s qu'ils sont hors du lyc6e ou de T^cole. Com- 
bien de z^l^s travailleurs, d'excoUentes m^nag^res ont 6t6 de 
m^diocres ^coliers? Combien d'hommes remarquables ont, 
jadis, 6i6 classes parmi les cancres? 

A cotd des paresseux « de carrifere », il y a les paresseux 
intermittents^ auxquels on tient ce raisonnement : « Ce que 
vous faites parfois, vous pouvez le faire toujours. » 

Mais non, mais non ! Savez-vous si la mollesse momentan6e 
de Tenfanl n'a pas pour cause une pouss^e de croissance, une 
maladie k T^tat larv^, une indisposition dont lui-m6me ne se 
rend pas compte, et qui lui 6te toute Anergic ? 

II y a encore des paresseux qui sont rebelles au travail, uni- 
quement parce que le travail leur est pr6sent6 d*une manifere 
qui ne convient pas k leurs aptitudes. Pour des capacit^s, des 
goikts, des caract^res varies k Tinfini, il y a un programme, un 
seul. Allez!... tons les cerveaux dans le m6me moule... comme 
des briques ! 

L'^minent docteur Th..., dont Tautorit^, en ces sortes de 
choses, est incontestable, me disait, il y a quelque temps : 
« Certains enfants ne retiennent que ce qu'ils lisent, d'autres 
que ce qu*ils entendent. » De sorte qu'un 6colier p&lira sur une 
leqcn, sans en rien saisir; qu'un autre ^coutera attentivement 
la classe et sera incapable d'en rdp6ter un mot, et que tons les 
deux seront punis sansTavoir m^ritd. 

Enfin, j'admets que les enfants en question soient de v^ri- 
tables paresseux, des paresseux sans la moindre excuse; eh 
bien, c'est une cure k tenter, voili tout. Mais croit-on les cor- 
riger en faisant pleuvoir sur eux des punitionsetdes consignes? 
Car la consigne a ceci d'absurde qu elle n'est pas employee 
a r^parer les devoirs et les IcQons manqu^s. L'6l6ve — d'aprfes 



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56 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

le bulletin — doit y accomplir « une t&che correspondant a 
2 heures, 4 heures, etc., de consigne ». Le travail k refaire est en 
surplus; et, s'il n'est paspr^sent^ k Theure, de nouveaux chft- 
timents sont k I'afTilty pr6ts k fondre sur le d^Iinquant. Si bien 
que certains enfants arrivent k doubler, a tripler, une tftche 
d^j& plus que suffisante. 

Or, accabler de travail suppl6mentaire un ^colier qui n'aime 
d^jft pas r^tude, me semble tout aussi logique que de traiter le 
manque d'app^tit par des indigestions. 

L'Angleterre nous est absolument sup^rieure, sinon dans la 
composition, du moins dans Tapplication des programmes sco- 
laires. La consigne y est inconnue « Pour les mauvais devoirs 
ou les lemons non sues, ils sont k refaire ou k rapprendre, mais 
Tenfant n*est point enferm^ k Fheure des jeux ; il n'est astreint 
qu'4 trouver le temps de r^parer celui qu'il a perdu. Priver 
Tenfant du pen d'air qu'il pent respirer dans la journde, parce 
qu*on n'a pas su Cint^esser a son travail, ou qu'il Ta fait sans 
goAt, ou parce qu*il n'a pas pu rester immobile pendant trois 
heures d'dtude, n*est-ce pas faire aveu d'impuissance, et con- 
damner tout un syst^me ? La retenue est, et restera la honte 
des ^ducateurs frangais, qui Tout invent^e et se croient obliges 
de la maintenir (1). » 

En Angleterre aussi, dans ce pays ou Finitiative et la res- 
ponsabilit^ individuelles sont si bien respect^es, on demande 
compte — au professeur, jusqu'd, un certain point — de Fatten- 
tion de ses dlfeves. w Faites un cours int^ressant, leur dit-on, et 
les enfants vous ^couteront. » 

C'est Tapplication de cette id6e si juste et si charmante de 
notre Montaigne : « Je voudraisque Tinstruction filt,pour Ten- 
fant, plaisir de roi el non besogne d'^colicr. » 

Si les programmes scolaires ^taient moins charges, moins 
indigestes, mieux appropri^s aux forces de Tenfant, si Teffort 
qu'on exige de lui dtait moins pr6matur6, il est Evident que le 
nombre des paresseux diminuerait sensiblement. 

Passons aux ^tourdis, maintenant. Au dire des s^v^res p^da- 

(1) Vl^ducation des classes moyennes et des classes dingeanles en Anglelen^, 
pftT Max Leclerc. 



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PLAIDOYER EN FAVEUR DES ENFANTS feTOUR 

gogueSy les ^tourdis sent « des dires qui ne pensei 
sinon it jouer ». 

D'abordy c'est de leur Age; et il n*y a pas lieu d'feti 
que des enfants de 8, 10, IS ans et m^me de plus vieusi 
k jouer. 

Ensuite, Mes-vous surs que lesdits enfants ne \ 
rien? Qu'ils ne pensent pas k la le^on qui les ennuie, 
sible. Mais beaucoup de pr^tendus ^tourdis ne sont qu 
traits, des enfants dont les id6es personnelles s'impos< 
rieusement et ne souflFrent aucun partage. Arrives 
pleins de bonnes resolutions, un mot, un Episode qu 
du cours fait d6vier leur attention, et les voilA lanc^i 
piste autre que celle qu'ils auraient d6 suivre. 

Si on les interrogeait, au lieu de les ahurir par la 
. on serait parfois surpris des id^es que remuent ces jei 
veaux. 

Ceux-14 non plus ne seront pas corrigds par la com 
contraire, la peur des punitions les affolera et lour fe 
ce qui leur reste de sang-froid. 

De tout ceci, r6sulte-t-il qu'on doive laisser lei 

grandir avec leur paresse et leur ^tourderie? Non, cent 

II faut, au contraire, mettre tout en oeuvre pour les { 

d^fauts qui leur feraient grand tort, plus tard dans la 

c'est par un regime tr^s patient et tr^s suivi, etnon par 

de rigueur qui ressemblent presque k de la vengeance 

Je ne fais pas le proems de notre corps enseignan 

n^ral, il est admirable; mais le syst^me d'une grande 

d'enfants, sous une m6me direction et avec un m( 

gramme, ne vaul rien. On ne peut nier non plus qi 

maltres ont beaucoup de savoir, ils n'ont, en revanch< 

connaissance tr^s superiicielle de Ykme et des faculty 

fant. Or faire de Torthop^die morale dans de pareill 

tions, c'est agir comme les rcbouteux qui se m6lent de 

les membres, sans connaitre un mot d'anatomie, et qui 

plus souventqu'ils negudrissent. 

JEANNE LER( 



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CUISINES POPULAIRES 



ET 



RESTAURANTS COOPERATIFS 



Chai^6, Tann^e derni^re, par le Ministere du Commerce* 
d'6tudier TiJtat des questions ouvri^res en Suisse, j'ai 6\6 frappd 
des heureux r^sultats — k iafois moraux.et mat^riels — obtenus 
par les cuisines populaires de plusieurs villes industrielles et 
on particulier par celles de Genfeve et de la Chaux-de-Fonds. 

J'ai voulu rechercher si une institution qui avait — k tous 
les points de vue — si bien rdussi dans un pays voisin du n6tre, 
de m^me langue, de constitution analogue et de moeurs assez 
semblables, ne pourrait pas, a Paris — aprfes avoir ^t6 plus ou 
moins modifi^e suivant les besoins et les circonstances — 6tre 
^galement utile et bienfaisante (1). 

Dans ce but, j'ai ^tudi6 Torganisation et le fonctionnement 
des cuisines populaires et des associations alimentaires k T^tran- 
ger et en France et, apr^s avoir recherche les causes de la deca- 
dence des unes et de la r^ussite des autres, je suis arrive ft la 
conviction que des ^tablissements de ce genre pourraient ren- 
dre de rdels services k la population parisienne, que leur fon- 
dation ne pr^senterait pas de difficult6s insurmontablcs et 
qu'avec une bonne administration et de legferes avances de 
fonds, ils offriraient de tr^s grandes chances de succ^s. 

(1) II y a (Tailleurs en Fram*e des ^tablissements de re f^enrc ou tout au inoins 
d'un genre peu different; les uns n'ont pas rencontre le succ6s; les autres, au 
contraire, comme ceux de Lyon et de Grenoble, sont en pleine prosp6rit6. 



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CUISINES POPULAIRES. 59 

C'cst pourquol j'ai cru int^ressant de faire connaitre aux 
lecteurs de la Revue Philanthropique, — c'est-4-dire aux hommes 
et aux femmes de cceur qui cherchent partout h faire du bien, 
— roi^nisation de quelques-uns de ces ^tablissements, en 
uiilisant les observations que j'ai &i6 k m6me de faire et les 
renseignements qui m'ont 6t6 fournis par les diverses soci6tds 
et associations. 

Mon but et mon espoir seraient de savoir ceux qui auront 
bien voulu lire les lignes qui vont suivre, convaincus comme 
moi de Tutilit^ de Torganisaiion de semblables cuisines ou 
restaurants populaires h Paris et de la presque certitude en 
mdme temps de les voir r^ussir. 

Voici, en pen de mots, Tobjet et le principe de ces dtablisse- 
ments : 

Leur objet est : 

4* De lutter contre Talcoolisme; * 

2* De procurer aux ouvriers, aux employes et a tons ceux 
dont les ressources sont limit^es, une nourriture saine, sub- 
stantielle et k bon march^. 

Le principe sur lequel ils sont bas^s est qu'ils doivent se 
suffire k eux-m^mes, c'est-2i-dire qu'une fois organises avec le 
concours des pouvoirs publics ou de Tinitiative priv6e, ils doi- 
vent n'avoir besoin d'aucune subvention, d'aucun don pour 
fonctionner, rendre des services et pour prosp^rer. 

La somme n^cessaire pour les ^tablir est d'ailleurs peu im- 
portante : dix k vingt mille francs sont suffisants et dans la 
plupart des cuisines que j'ai visit^es, les fonds n'ont pas 6t6 
donnas, mais seulement avanc^s et int6gralement remboursds. 

I. — LES CLISINES POPULAIRES DE GENfiVE 
1** LES DEBUTS 

Le projet de fonder k Geneve des cuisines populaires est du 
a I'initiative de M. Wintsch qui avait longtemps habitfi la Chaux- 
de-Fonds oii, comme nous le verrons plus loin, un ^tablisse- 
ment de cette esp^ce existait depuis plusieurs ann^es et fonc- 



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60 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

tionnait a la satisfaction de toute la population. M. Wintsch 
fit la plus grande propaganda pour faire connaitre Tinstitution 
qu'il avait su appr^cier et pour engager ses concitoyens k en 
cr^er une analogue dans leur ville : il dcrivit des articles dans 
les journaux et dans des revues et fit de nombreuses confe- 
rences, aide d'ailleurs parquelques amis qui, par leur savoir et 
leur devouement, facilitftrent beaucoup Taccomplissement dela 
t&che qu'il s*etait assignee. 

Pour mettre le projet 4 execution, on eut recours h une 
emission publique d'actions de trois francs et Tempressement 
du public a souscrire prouva que Tceuvre etait acceptee et bien 
vue en general. En quelques jours prfes de 5000 actions furent 
souscrites et enti^rement lib6rees. 

Le 6 juin 1889, la Society des Cuisines populairesde Genfeve 
fut definitivement coostitu^e. L'assembiee des actionnaires 
tlomma un comit<5 definitif de vingt et un membres, charge 
de la mise Ji execution et, k la suite des demarclies faites 
aupr^s du Conseil d'Etat en vue d'obtenir un local gratuit, — 
pour les debuts au moins, — un pavilion d'un ancien en- 
trep6t, bien situe au centre de la ville, fut mis k la disposi- 
tion du Comite et les travaux necessaires furent enlrepris pour 
son appropriation. Une commission fut nommee pour s'oc- 
cuper des vivres et une autre pour acquerir le materiel; cette 
demiere se mit immediatement k Tamvre, se rendit compte de 
Tinstallation de differentes cuisines populaires qui existaient 
alors et presenta un rapport etuii projet ; un creditde 1 4 000 francs 
fut vote pour Tamenagement des salles, cuisines, office, etc., 
et pour Tachat du materiel de tout genre necessaire it la mise 
en marche. La commission des vivres, de son cote, organisait 
le service des provisions, et s'entendait avec les fournisseurs 
pour obtenir des conditions avantageuses, tout en se montrant 
inflexible sur la qualite. Pendant ce temps, une autre commission, 
celle des r^glements et du personnel, avait travailie et fait les pro- 
positions suivantes qui furent acceptees : une directrice et une 
sous-directrice, une cuisiniftre et une caissiere,toutes les quatrc 
fournissant un cautionnement ; puis des aides de cuisine et des 
servantes de salles suivantles besoins. 



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CUISINES POPULAIRES. 61 

Les travaux d'installation etd'administration ainsi terminds, 
les cuisines populaires ouvrirent leurs portes le 26 avril 1890 
et, d^s la premifere heure, ainsi que depuis sans aucune inter- 
ruption, le public arriva trfes nombreux. 

Les debuts n'avaient 6videmnient pas 6t6 sans presenter 
quelques difficuU6s; mais celies-ci furent bien vite sur- 
montdes, grdce h la bonne volont^ et au d6vouement de tons 
les membres de la soci^t^ et de tous ceux qui s'6taient int6ress^s 
k cette utile entreprise. 

2** ORGAMSATION 

Examinons maintenant Torganisation de la cuisine de Ge- 
neve et voyohs quelles sont les attributions de tous ceux qui 
concourent k sa bonne marche. 

Le President de la soci^t^ a la direction g^n^rale ; il a seul 
le droit de faire des observations k la directrice, et de lui don- 
ner des instructions; c'est k lui qu'incombe la surveillance 
g^n^rale de I'^tablissement, de la comptabilit^, du mouvement 
financier, etc., etc. 11 signe les mandats sur le tr^sorier et 
contresjgne avec le secretaire les bons de commandes qui sont 
delivr^s par les presidents des difTerentes commissions et ne 
sont valables que rev^tus de ces trois signatures. 

Les/lrfmmts/ra/^Mr^,choisis parmi les membres du comity et 
nomm^s k tour de r6le pour une p^riode donn^e, surveillent 
les salles de consommation et consignent sur un registre spe- 
cial toutes les observations qu'ils peuvent avoir a faire. 

ha Directrice a la surveillance du personnel, des magasins, 
de la lingerie, du materiel, etc. ; elle engage et r^voque, en 
pr^venant le president, le personnel inf^rieur, veille 4 la pro- 
prete et ft la bonne tenue, ft la regularity du service et ft la pre- 
paration des aliments; elle redige les menus journaliers, re(^oit 
les fournitures, etc. Elle a une caisse pour les petites depenses 
courantes qui ne sont pas de la competence des commissions, 
telles que legumes, assaisonnements, servantes supplementaires 
occasionnelles, etc. ; ces depenses sont inscrites sur un carnct 
de bons ft souches, avec les details nece^saires. 



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62 HEVLE PIIILANTIIUOPIQUE. 

La caissiire est charg^e de la vente des jetons et tous les 
soirs, r^guli^rementy elle doit rcmettre Ics esp^ces en caissc 
au tr^sorier qui lui en donne quittance , et a son tour, elle 
donne quittance des jetons qui lui sont remis pour la vente du 
lendemain ; de plus, dans les moments ou son service ne la re- 
clame pas, elle aide dans le restaurant. 

Le personnel des salles, qui se compose d'environ seize em- 
ployes, doit 6tre toujours irhs poli et empressd, s'abstenir de 
conversation avec le public, et il ne peut, sous aucun pr^texte, 
recevoir de Targent des consommateurs qui doivent 6tre mu- 
nis, avant de s'asseoir, des jetons n^cessaires. Chaque servante 
a un jour de repos par semaine et en outre, tous les dimanches, 
le local est ferm^ de deux heures a six heures. 

Les consommateurs J de leur c6t6, ont k leur disposition une 
boite plac^e bien en vue, dans laquelle ils peuvent d^poser 
toutes les observations qu'ils auraient a faire sur la nourri- 
ture, le service, etc., ainsi que sur les ameliorations qu*ils 
croiraient devoir conseiHer. Ils ne doivent pas prendre plus 
d*un demi-litrc de vin par personnc, i) est defendu de fumer 
dans les salles et d'y sojourner une fois le repas termini. 

3° FONCTIONNEMENT 

Les cuisines de Geneve servent a deux genres de clients : 
les uns qui mangent sur place et les autres qui emporteni 
chez eux. 

Voici les diff6rentes consommations offertos dans les salles 
et leur prix : 

Pain (i25 gr.) 0,0R Legumes 0,10 

Fromage (M) gr.). . . . 0,05 Viande (100 gr.) .... 0,25 

Caf^ 0,10 Vin 1/2 litre 0,25 

Chocolat 0,15 — 2/<0— 0,10 

Soupe 0,10 — 1/iO— 0,05 

Pour ceux qui d^sirent emporter, losprix sont les suivants : 

Soupe 1 litre 0,15 L^mes 2 portions. . . 0«15 

— 2 — 0,25 Viande 2 — . . . o,50 

Vinl litre 0,50 



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CUISINES POPL'LAIRES. 63 

Aucun objet n'^tant pr^t6 pour le transport des aliments, 
chacun doit apporter les ustensiles n^cessaires. 

Devant la porte d'entr^e int6rieure se trouvent deux ta- 
bleaux, Tun indiquant le prix des jetons, I'autre le menu 
journalier que Ton ne manque jamais de consulter, car tons 
les jours, il y a plusieurs sortes de viandes, de legumes, de sa- 
laisons, de conserves, etc. 

Les salles sont toujours tenues avec une extreme propret^ ; 
les converts constamment mis d'avance, les tables en marbre 
blanc facile h entretenir, la vaisselle en belle et forte porce- 
laine blanche, et les carafes, verres, moutardiers, cuillers, etc., 
r^partis par place marquee par une chaise ou un tabouret en 
noyer. Si le client le d<^sire, il pent avoir une petite nappe et 
une serviette dont le prix est de cinq centimes chacune. Enfm 
en hiver, plats, bols et assiettes sont chaufT^s, et cela gratuite- 
ment. 

Lorsque le consommateur a choisi la place qui lui convient, 
la servante de sa table vient lui demander ses ou son jeton — 
car on pent ne prendre qu*une seule portion — et lui apporte 
aussifdt ce qu'il desire. On pent avoir pour soixante-cinq 
centimes un diner complet composd de pain, soupe, viande, 
legumes et vin; et m^me, si Ton ne boit pas de vin, on a un 
excellent repas pour cinquante centimes. 

Je puis d'autant mieux Faffirmer, que j'ai plusieurs fois 
mang^ moi-m*me k la cuisine populairo de Geneve. 

4® d6veloi»pement de la soci6t6 

A la fin de Tannic 1891, le local prdt^ gratuitement, et 
d'ailleurs k titre temporaire par TEtat, dut 6tre retir6, car le 
b4timent allait disparaitre pour faire place au nouvel Hotel 
des Postes. On fit d*actives recherches, mais on ne put trouver 
aucun immeuble convenable pour y transporter T^tablissement ; 
anssi^ malgr^ Tavis d'un grand nombre de personnes, malgr^ 
les d^penses considerables qui allaient en r^sulter, et le pen de 
ressources dont elle disposait, la Socidt6 prit une grave resolu- 
tion : elle se d6cida k construire. Elle acheta a la Ville — qui 



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64 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

consentit un important rabais — un terrain situ^ prfes de 
Tancien ^tablissement et quelques g^n^reux philanthropes, 
montrant leur eonfiance dans Tavenir, avancferent sur hypo- 
th^ques les fonds n^cessaires en renongant aux int^rftts du 
capital. 

Lestravaux furent aussit6t commences et act ivement men6s. 
Un pen plus d'une ann^e seuloment aprfes que la construc- 
tion avait 616 d^cid^e, le nouvel immeuble des Cuisines popu- 
laires ouvrait ses portes au public et un joyeux banquet 
d'inauguration f^tait, le 13 mai 1893, cet heureux ^v^nement. 
La foule, d^s lors, n'a cess^ de remplir les salles etd^jk le rap- 
port de 1893 s'exprimait en ces termes : « Quand nous pensons 
« qvik la fin de 1889, nous ne poss^dions que 14112 francs, que 
« sur cette somme 13463 francs avaient 6i6 d^pens^s pour 
<( I'agencement, le materiel, les jetons etque nous sommes entris 
<i en activity avec seulement 469 francs en caisse et qu'au bout de 
\i quatre ans nousavons non seulement amorti tous les fraistTita- 
(( blissementy mats reconstitud notre capital j amasse une reserve 
« de 45 000 francs et assur6 le credit et la bonne renomm^e de 
« nos cuisines, nous pouvons regarder avec joie le chemin par- 
<c couru. » 

L'immeuble qui semblait tout d'abord bien trop vaste est 
devenu au contraire trfes vite insuffisant ; dfes Thiver de 1893, le 
conseil d'administration se voyait oblige d'utiliser le premier 
^tage de la maison et de placer au fond du vestibule d'entr^e 
un escalier int^rieur pour permettre d'ofifrir au public une nou- 
velle salle qui fut plus sp^cialement destin^e aux families. Et 
ce n'dtait pas encore assez : la clientele augmentant toujours, 
il fallul au mois d'avril 1895 ouvrir une seconde pi^ce plus 
grande encore. 

Malgr^ces agrandissements successifs, c'est k peine si Ton 
rc^ussit aujourd'hui h procurer de la place k la foule sans cesse 
plus nombreuse et plus empress^e des consommateurs. Le rap- 
port do 1895 constate que Ton a du recevoir jusqua quinze 
cents personnes en une seule journ^e. Cette affluence vraiment 
extraordinaire ne fait que continuer k s'accroitre sans cesse et 
Ton pent dire que le succfes des Cuisines populaires de Gendve 



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CUISINES POPULAIRES. 65 

d^passe certainement de beaucoup les esp6rances Ics plus am- 
bitieuses de ses crdateurs. 

Pourquoi le succfes des restaurants populaires de Paris ne d^- 
passerait-il pas ^galement les esp^rances beaucoup moins am- 
bitieuses de ceux qui veulent les cr^er? 

Pourquoi une foule toujours plus nombreusc et plus em- 
press^e de consommateurs ne se rendrait-elle pas aussi h. des 
itablissements similaires k Paris? 

II. - LA CUISINE POPULAIRE DE LA GHAUX-DE-FOiNDS 
1® ORGANISATION 

Trfes analogue k Tinstilution de Genfeve, h. qui elle a donn^ 
naissance,la cuisine populai re de la Chaux-de-Fonds, qui existe 
depuis plus de vingf ans, est une des plus anciennes de la 
Suisse. 

C'est aussi une Soci^t^ anonyme; mais ses actions ne 
peuvenl rapporter ni int6r6t ni dividende et son but, unique- 
ment philanthropique est de procurer i la population une 
nourriture saine, abondante, k bon march^ et en m6me temps 
de venir en aide, autant que possible, aux institutions de bien- 
faisance existantes. Les b6ndfices r^alis^s forment un fonds de 
reserve en vue du remboursementdes actions lorsde la dissolu- 
tion de la Soci^td. La dur^e de cette demi^re est d'ailleurs illi- 
mit^e, sous la reserve du cas oil la moiti6 du capital, qui n'est 
que de 7 200 francs, serait perdu. La Ville ay ant fait don des 
locaux, Tautorii^ municipale ddlfegue un de ses membres aux 
stances du Conseil oil il a voix consultative et un de ses contro- 
leurs est chargd de verifier les comptes semestriels. 

2® FONCTIONNEMENT 

Dans ses grandes lignes, le fonctionnement de T^tablissc- 
ment de la Chaux-de-Fonds est analogue k celui des cuisines de 
Geneve. 

II est ouvert k six heures du matin en 6t6, k sept heurcs en 

REVUE PHILAXTHROPIQUE. — II. 5 



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66 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

hiver et ferm6 le soir k neuf heures. Chaque client ne peut y 
boire plus d*un demi-litre de vin par repas et nul alcool, sous 
quelque forme que ce soil, ne peut y Mre vendu. Les prix et les 
portions sont les mfemes qu'i Genfeve, le vin cependant est un 
peu meilleur marchd et les plats de viande ne sont que de 
quatre-vingt-dix grammes au lieu de cent grammes. 

3® DfiVELOPPEMENT DE LA SOCl^Xfe 

Fond6e comme nous Tavons dit au capital de. . 7 200 fr. 

La cuisine populaire de la Chaux-de-Fonds a 
encaiss^ pendant Tann^e 1896 une recette de. . . 144 400 fr. 
donnant une moyenne par jour de 394 francs. 

11 a 616 achete pendant cette p^riode pour. . . 1 1»j 949 fr. 
de marchandises, qui ont produit un b^n^fice brut de 28 TH 1 fr. 

Les frais generaux ayant (5t6 de 15 981 fr. 

il est rest6 comme b^n^fice net de Tannic 1896. 12o30fr. 

Le nombre des jetons vendus pendant Tanncie a ^tc de 
769269; 10311 ont 6t6 distribu^s gratuitement, ce qui donne 
pour Tannic un total de 779 580 et une moyenne de 2 130 jetons 
par jour. En voici d'ailleurs le detail. 



Pain . . . 


loOO'Ja jotons. 


Soupe .... 


74768 jetoDS. 


Legumes . 


. 137975 — 


Cacao et cafe . 


36822 — 


Viande . . 


. 126726 — 


Fromage . , , 


n020 — 


Vin. . . . 


. 219873 — 







En 1896, le nombre de jetons vendus a d^pass^ de 53 i67 le 
nombre do ceux vendus pendant Tannic pr^c^dente. 

Ainsi que le dit le rapport du Conseil administratif, Tinsti- 
tution est bien vue du public et rend de grands services k la 
population. II faut bien dire que le comity se fait une r^gle de 
ne rien negliger qui puisse contribuer au perfectionnement des 
(liffdrents services ou k une sage Economic ; toutes les commis- 
sions remplissent avec zMe leurs devoirs etcherchent constam- 
ment dans la mesure du possible h am^liorer la qualitd des 
diverses denr6es en n'achetant que des aliments de premier 
ordre. Si, par hasard, il arrive que des secondes ou des troi- 
si^mcs fournitures ne sont pas aussi bonnes que los premidres, 



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CUISINES POPLLAIUES. 1,7 

les administrateurs competents avisent imm^diatement pour 
que le fait ne sc renouvelle plus ; les reclamations sont d*ail- 
lours fort rares, surtout si Ton consid^re \o grand nombre des 
consommatcurs. 

La bienfaisancc est lai^ement pratiqu6e a la cuisine popu- 
laire de la Chaux-de-Fonds ; tous les ans, des soupes diles sco- 
laires sent abondamment distributes aux enfanls des ^coles 
dont les parents sont pauvres ou seulement dans la g^ne ; les 
indigents non plus ne sont pas oubli^s et de nombreux jetons 
^ratuits leur sont d^livr^s journellement. 

Enfin chaque ann^e, Noel est c61ebrd avec son arbre tradi- 
tionnel el un joyeux cortege de petits gargonset de petites filles 
remplit les salles oil ils trouvent des friandises^ des jouets et 
des vdtements chauds pour Thiver. El c'est vraiment un rdcon- 
fortant et r^jouissant spectacle que celui deces pauvres enfants 
inviK^s ot fdtes dans la maison des ouvriers et des petits em- 
ployes de la Chaux-de-Fonds. 

Ne voudriez-vous pas aussi, chores lectrices et clicrs lec- 
teurs, voir c^lebrer Noi^l avec son arbre traditionnel autour 
duquel un joyeux cortege de petits gar^ons et de petites filles 
pourraient trouver des friandises, des jouets et des v^tements 
chauds pour Thiver et pouvoir inviter et feter un jour les en- 
fants pauvres de Paris dans les restaurants des ouvriers et des 
petits employes que vous aurez conlribu^ k fonder? 

III. — ASSOCIATION ALIMKNTAIKE DE GRENOHLE 
1® ORIGINE ET DEBUTS 

Vei's la fin de Tann^e 1850, des conseillers municipaux de 
Grenoble ayant appris qu'une association alimentaire existail 
h Gen^ve (1), le maire, qui ^tait alors M. Taulier, <5crivit pour 
avoir des renseignements qu'aussitdt regus il commiiniqua k 
ses collfegues. Une commission fut nomm6e et dmit un avis 

il) L'association dont il s'agil ici n'existe plus el nest par consequent pjis la 
Soci^t^ des cuisines populaires dont nous avons parle au conimcncciuent de cot 
article. 



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68 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

favorable, el le Conseil vota en principe la fondation dc T As- 
sociation alimentaire qui fonctionne encore aujourd'hui. 

Le maire se rendit lui-m6me en Suisse et vit qu'il y avail 
]iL une id^e fSconde qui, pour produire lesplus heureuxrisultatSy 
rC avail besoin que ditre encouragie et aidee au dibut par t ali- 
tor il^ municipale. 

Elle le ful : la Ville mil graluilement un local & la disposi- 
tion de la Soci^W qui s'^tail form^e (1), pendanl que le maire 
h^lail les Iravaux d'appropriation, faisail frapper des jetons et 
achetait & credit lemobilier et les uslensiles n^cessaires. Puis, 
en dehors de ces soins matdriels, il provoquail des souscriptions 
au moyen de placards affich^s sur les murs des b^timents pu- 
blics, tandis que des listes (5laienl port^es h. domicile. II avail 
aussi convoqu6 les presidents el les pr^sidentes des socidt^s dc 
bienfaisance et de secours mutuels pour leur exposer la nature 
et le but de la fondation qu'il poursuivait. On Irouva ainsi tr^s 
rapidement plus de hull cents souscripteurs qui furent r^unis 
le 27 novembre 1850 ft ThMel de ville. Le maire rdpondit a 
toutes les objections qui furent prfisent^es, et fournit tons les 
^clarcissements qui lui furent demand^s el, sur sa proposition, 
on nomma une Commission qui, en quelques jours, arrfeta le 
r^glement provisoire de I'Association et forma le bureau. Le 
9 d^cembre les employes furent nommds, puis le Conseil muni- 
cipal d^cida que si la tentative dchouail apr^s un certain temps 
le budget de la ville ferait face au deficit sauf i la Soci^tt^ ft se 
dissoudre aussit6t ou ft fonctionner ft ses risques et perils (2). 
• Enfin le 5 Janvier 1831, tout dtait pr^l, et un grand, mais 
tr^s modeste banquet, ou se trouvaient representees toutes les 
classes de la population, inaugura gaiement le nouvel etablis- 

(1) G'est le m^me local, dans lequel elle a fait des reparations et des construt- 
tions considerables, que I'Association occupe encore aujourd'hui; mais depuis 
longtemps elle en paye le loyer h la ville. 

(2) Disons de suite que cette Eventuality ne s'est jamais produite, il n'y a eu 
i aucun moment de deficit dans la caisse de I'Association. L'administration mu- 
nicipade n'eut done pas d'avance h. faire. Son appui — sans lequel sans doute 
d'ailleurs rien n'aurait pu Etre enlrepris — fut purement moral. Le mobilier lui- 
mfime fut pay6 au moyen d'un emprunt ouvert panhi les soci^taires et ce der- 
nier, represents par des actions de 5 francs et s'eievanl a 4 500 franps, fut rem 
bourse pen de temps apr^s. 



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CUISINES POPULAIRES. 69 

sement. Ce fut r^ellement un beau tableau que de voir r^unis 
Ji la m^me table, comme des amis et comme des fr^res, des 
-riches et des pauvres, de hauts fonctionnaires el de peiits em- 
ployes, de grands industriels et de simples ouvriers, des dames 
du monde et des femmes du peuple... chacun sentait qu'il ^tait 
\k moins pour diner que pour s'associer k une oeuvre dont il 
n'(5taii pas plus difficile de saisir la port^e morale pour Tavenir 
que d'appr^cier les r^sultats mat^riels pour le present. 

Pourquoi un semblable tableau ne pourrait-il pas, h Paris 
aussi, charmer nos yeux et nos ccBurs? Pourquoi ne pourrions- 
nous pas, dans les cuisines populaires de notre ville, voir aussi 
r^unis k la mSme table, dans un grand et joyeux banquet, 
comme des amis et comme des fr^res, des riches et des pau- 
vres, de hauts fonctionnaires et de petits employes, de grands 
industriels et de simples ouvriers, des dames du monde et des 
femmes du peuple?... 

2** ORGANISATION ET FOKCTIONNEMENT 

L' Association alimentaire de Grenoble est en r6alit6 une 
reunion de personnes qui font preparer leurs aliments dans une 
cuisine commune ; c'est un ^tablissement coop^ratif plut6t que 
philanthropique. En effet, il n'est ouvert que pour ses membres 
soci^taires, tandis que les cuisines de Geneve et de la Chaux- 
de-Fonds vendent k tout venant et k tout passant. Le titre de 
soci^taire s'acquiert d'ailleurs tr^s simplement au moyen d'une 
carte qui coiite vingt-cinq centimes ou un franc par an, selon 
que Ton desire emporterles aliments k domicile ou les eonsom- 
mer dans les r^fectoires. Ceux-cine sont ouverts que de 7 heures 
k 9 heures du matin, de H heures k 2 heures et le soirde 
6 heures a 9 heures, alors qu'ailleurs ils ne ferment pas de 
toute la journ^e et qu*entre les heures du dejeuner, du diner 
et du souper, on pent y manger des mets froids, tels que con- 
serves, charcuteries, viandes froides, etc. 

A Grenoble, le soci6taire porteur de sa carte se pr^sente 
d'abord k un guichet pour y acheter les jetons qui lui sont 



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70 REVUE PHILANTIIUOPIQUE. 

n6cessaires (1) et qui varient scion qu'ils repr6sentent une 
portion de soupe, de viande, de Idgumes, de vin, de pain ou de 
dessert ; ils sont en cuivre et de forme et de couleurs diflf^ren- 
tes; d'un cdt^, ils portent les armes de la Ville avec cet exergue : 
« Association alimentaire » et de Tautre le nom de la denr^e. 

Le soci6taire se pr^sente ensuite k un autre guichet oil il 
donne, en ^change de chaque portion qu'il re^oit, le jeton cor- 
respondant ; mais il ne peut en aucun cas obtenir plus d'un 
demi-litre de vin par repas. 

Tons les aliments sont de premiere quality : le pain et la 
viande sont fournis par un boulanger et plusieurs bouchers 
avec lesquels des marches sont passes et g^n^ralement renou- 
vel^s; la soupe est excellente, les legumes apportes chaque 
matin ou achet^s par grosses provisions, selon les esp^ces, 
sont soigneusement choisis; le vin est bon, enli^rement pur et 
achetd longtemps d'avance. Les desserts se composent de fro- 
mages, de fruits trfes varies cuits ou crus, entiers ou fraction- 
n^s, selon Tesp^ce, oranges, melons, figues, fraises, etc., ces 
derni^res m^me aceompagn^es de sucre. Toul d'ailleurs est 
appr^t^ et servi avec une extreme propret^ et, commo k 
Geneve, 4 Tentr^e de T^tablissement se trouve un grand tableau 
indiquant les mets pr^par6s pour chaque repas de la joum^e. 

II y a deux r^fectoires : Tun est exclusivement r^serv^ aux 
families et aux femmes qui veulent 6tre seules; Tautre, ou les 
consommateurs peuvent se mfiler indistinctement, se compose 
de deux pieces communiquant entre elles par une] grande ou- 
verture. Partout Tair et la lumi^re pin^trent avecabondance 
par de nombreuses fen^tres donnant sur la cour d'entr^e et, 
pendant la belle saison, des pots de fleurs, provenant d*une 
serre construite prfes de Tentr^e, ^gayenl les convives de leurs 
riantes couleurs et de leurs fraiches senteurs. 

3® Dl^VELOPPEMENT DE L*ASS0CIATI0N 

Depuis sa fondation, TAssociation n'a cess(^ de fonctionner 
avec une parfaite rdgularit^ et avec un ^clatant succ^s qui ne 

1 Mais il peut, s'il le pr^f^re, se les procurer d'avance. 



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CUiSlNES POPL'LAIRES. 11 

s'est pas dementi un seul jour. Elle est aujourd'hui dans sa 
quarante-septifeme ann^e d existence et toujours en pleine pros- 
p^rit^. Selon les derniers chiflfres que je poss^de et qui remon- 
tent h Tann^e 1895, la Soci6t^ a r^alis6 un fonds de reserve s'6le- 
vant a 70396 francs, sans compter en outre son mobilier qui a 
coiit6 21 900 francs. Elle a dc plus consacr^, soit en lib^ralit^s 
ou k des oBuvres de bienfaisance, soit en gratifications on secours 
h ses employes 23716 francs et en constructions ou reparations 
pour faciliter et am^liorer le service, une somme de plus de 
30000 francs. 

Quels beaux r^sultats, surtout si Ton songe que FAssociation 
a commencd sans le moindre capital et sans avoir eu kd^bour- 
ser quoi que ce soit. En effet : 

1** Le local avail 6i6 pour les debuts concdd6 gratuitement 
par la Ville; 

2^ Le mobilier et les ustensiles n^cessaires avaient 6t6 
achel^s Ji credit par le maire etd'ailleurs rembours6s bientdt 
aprfes par les soci^taires ; 

3** Le Conseil municipal avait decide qu'il ferait face au 
deficit si Tentreprise 6chouait apr^s un certain temps, Eventua- 
lity qui, comme nous Tavons dit, ne s'est pas pr^sent^e, puis- 
que la Soci^tda au contraire prosp^rE dhs le commencement, 

Ne pourrions-nous esp6rer aussi : 

1^ Que notre Conseil municipal voudra bien conc6der gra- 
tuitement un local pour les debuts des restaurants coopEratifs 
et cuisines populaires de Paris ; 

2** Qu'au moyen d'une souscription, on pourra acheter le 
mobilier et les ustensiles n^cessaires; 

Et 3* que quelque g^n^reux philanthrope voudrait bien 
s'engager k faire face au deficit si la Soci^td k fonder dchouait 
aprfes un certain temps, Eventuality qui, nous en sommes per- 
suades, ne se prEsentera pas. 

CONCLUSION 

Une conclusion est-elle bien nEcessaire ou pluldt no s'im- 
pose-t-elle pas toute naturelle? 



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72 REVUE PHILANTHROPIQLE. 

Pourquoi ce qui a pu 6tre fait dans des villes de moyenne 
importance et aussi difif^rentes que Lyon, Geneve, Grenoble, 
la Chaux-de-Fonds , etc., ne serait-il pas non seulement pos- 
sible, mais m^me plus facile k faire dans une grande ville 
comme Paris? Et ne devrait-on pas aujourd'hui non pas se 
demander si TcBuvre est utile et pratique, mais bien plutdt 
comment il se fait qu'elle ne soit pas depuis ddji bien long- 
temps une r^alit^? 

L'utilit^, jediraim6melan^cessit6 de cuisines populaires ou 
de restaurants coop6ratifs n'a gufere besoin d'etre ddmontrde, 
surtout h des lecteurs et k des lectrices comme ceux de la Revue 
Philanthropique, qui sont tons par principe des convaincus. 

Ces ^tablissements sont par la force mc^me des choses une 
institution de temperances puisque nul ne pent y consommer 
d'alcool ni y boire plus d un demi-litre de vin par repas. Et 
peut-il y avoir un moyen plus simple et plus silr de faire p^n^- 
trer peu a peu dans les moeurs des habitudes de sagesse et de 
sobri6t6? Comme le disait le D' van Corput, membre du S^nat 
beige, au recent Congr^s contre Tabus des boissons alcooliques 
et dans un excellent article de notreiJ^«?M^ (1) : « Cest surtout 
par une alimentation appropriee qu'on pent esperer arriver 
lentement, mais sitrement, a la guirison du vice alcoolique, » 

lis sont aussi une institution de privoyance par la facility 
donn6e aux consommateurs de faire d'avance une provision de 
jelons. On voit souvent des ouvriers, qui autrefois d^pensaient 
le samedi au cabaret leur salair^ de la semaine tout enti^re, 
venir acheter pour vingt-cinq francs de jetons k la fois ; on voit 
des m^res de famillealler faire elles-m^mes ce salutaire appro- 
visionncment, leurs visages exprimant un air de conqu^te, car 
elles se sentent sans inquietude pour le lendemain, et que de 
bonheur dans la s6curit6 ! 

Puis ils sont une institution d'iconomie^ car on n'y prend 
que ce que Ton consomme et ainsi il n'y a jamais de restes. 
Quatre personnes mangeant ensemble peu vent y faire un excellent 
repas pour soixante centimes par t^te et, si elles ne prennent 

(1) Revue Philanthropique, num^ro du 10 aoiit 1891, page 543: Ualcoolisme,ses 
causes m^sologiques, son ex Unction physiologique. 



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CUISINES POPULAIRES. 73 

pas de vin, pour quarante centimes. Que d'economies ainsir^ali- 
s^es qui toumeront ensuite, sous les formes les plus diverses, 
au bien-^tre de Tindividu et de la socidtd tout enti^re! 

Enfin ils sont une institution d' association. lis ressemblent 
— surtout ceux qui, comme T Association de Grenoble, sont 
conQus dans un esprit plus particuliferement coop^ratif — a une 
grande famille, ^ un vaste manage, oil chacun est chez soi, ou 
chacun est son associ^, ou aucun amour-propre ne pent 6tre 
bless^, puisqu'il n'y a ni bienfaiteurs, ni obliges, car le bienfait 
est dans TAssociation mdme et qu'il est Toeuvre de tons. 

Si j*ai omis de parler, — comme il aurait 616 int^ressant de 
ie faire cependant, — d'autres institutions comme de celles de 
Lyon (1) par exemple, qui peuventdtre cities comme desmodMes, 
et si j'ai donn6 des details un pen etendus sur les cuisines popu- 
laires de Geneve, de la Chaux-de-Fonds et sur Tassociation ali- 
mentaire de Grenoble, c'est que, d'un cOt^, j'ai essays d*6trc 
aussi bref que possible etque, d*un autre c6t6, j'ai voulu montrer 
aussi bien que possible les diff6rentes sortes d*^tablissements 
qui peuvent 6tre cr^6s dans le m6me ordre d'id^es. 

Celui de Geneve est plut6t coop^ratif en ce sens que tons 
les b^n^fices y sont consacr^s k am^liorcr Tinstitution etii former 
une reserve en provision des moments difficiles, pour assurer 
la continuity et la prosp^ritd de la Societ(^. 

Celui de la Chaux-de-Fonds est surtout une oeuvre philan- 
thropique, puisque la plus grande partie de ses b^n^fices sert u 
venir en aide a diff6rentes institutions charitables etadistribuer 
des jetonsgratuits aux indigents et aux enfants pauvres. 

Celui de Grenoble enfin est couqu dans un esprit a la fois 
coopc^ratif et philanthropique. Les consommateurs sont exclu- 
sivement les soci^taires de TAssociation, et a ce point de vue, 
il r^pond d'ailleurs peut-Mre mieux aux id6es du jour, — puis 
une partie importante des b^ndfices est consacree k des auivrcs 
de bienfaisance, et de frdquentes distributions de jetons gra- 
tuits montrent qu'on n'y oublie pas les malheureux. 

On pourrait ^videmment apporter h chacun dc ces dtablis- 

• Ij Foodies par MM. Aynard ct Mangini. 



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U REVUE PlULANTHROPlQliE. 

sements ou h un melange d'entre cux toutes les modiiications 
qui paraitraient utiles : il faudrait en particulier profiler des 
exemples donnas par le nouveau restaurant coop^ratif des 
Champs-EIysees. Je crois qu'il ne conviendrait pas k Paris 
d*obliger les consommateurs k aller chercher eux-m6mes leurs 
portions a un guichet; et sans doute il serait bon d'avoir 
unc pi^ce r^serv^e oil, moyennantun supplement de dix cen- 
times, on aurait droit k une nappe et a une serviette. Peut-^tre 
faudrait-il aussi avoir une salle sp6ciale ou plulot des heures 
sp^ciales pour les indigents auxquels des jetons auraient 616 
donnas gratuitement, car, sans cette mesure, il est malheureu- 
sement probable qu'une partie de la clientele s'^loignerait. 
Toutes ces modifications, d'aillcurs, sont des questions de detail 
qui pourront 6tre discut6es plus lard. 

Que ceux qui jugent cette oeuvre utile el realisable et qui 
seraient disposes k s'y inl6resser veuillent bien me le faire sa- 
voir (1), afin que toutes les bonnes volont^s puissenl se grouper 
pour fonder le plus tdt possible k Paris un restaurant coopd- 
ralif ou une cuisine populaire qui, une fois Texemple et Telan 
donnas, no manqueront certainement pas d'etre bientdt imites. 

Lentreprise est, je le r^p^te — et je voudrais esp^rer en 
avoir convaincu les lectrices et les lecteurs de la Revue Philaii" 
thropique : 

1** iminemment utile; 

Et 2** facilement realisable. 

L. D ABARTIAGUE. 



(I) En iirerrivant i la Revue Philanthropigvef 1'20, boulevard Saint-Gerniain. 



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LA POUPONNIERE DE PORCHEFONTAINE 



ET LA 



OlESTION DES CRfiCHES INTERNES 



I 



Peu de questions sont k Tordre dujour autant que celle qui 
va nous occuper. La depopulation de la France est un des 
grands soucis de Theure pr^sente. La preservation des enfants 
du premier Age, chez lesquels la mortality est encore si effra- 
yante, est un des elements les plus directs du problfeme; il 
s'impose k lous les esprits, il inquifete les gouvernants; il soUi- 
cite Tinitiative priv6e. Tel est Tinterfet en jeu, qu*il n est plus 
permis k la routine, k Tignorance, aux pr^jug^s invdteres 
d'entraver Taction commune. On amiliore les races animales, 
ou prime les b6tes les plus saines et les plus belles ; on multi- 
plie les expositions, les concours r6gionaux, les comices; on a 
des tendresses pour r^curie, ratable et la basse-cour ; la nais- 
sance et Televage de I'animal utile sont Tobjet des plus minu- 
tieuses ameliorations : fait-on pour Tospi^ce humaine tout ce 
qui serait necessaire? Faut-il done que Thomme soitmalade, 
infirme ou vieux, pour que Ton songe k lui? La sympathic 
commence aux hdpitaux d'enfants, pour finir aux hospices de 
vieillards. Rien de plus digne assurdment d'attention et de 
soins que les enfants malades : mais combien le deviennent 
faute deces m^mes soins! Combien d'entre eux, n6s pour vivre 
et ayant droit & la vie, disparaissent d^s le premier ftge,comme 



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76 REVLE PHILANTHROPIQUE. 

un capital andanti par Tincurie g^n^rale ! Preserver et pr6- 
venir, y pense-t-on assez? 

Mais maintenons la question dans ses vraies limites. Esl-il 
besoin de dire que nous ne parlons pas ici des enfants des 
classes riches ou aisles? Pourceux-l&, Taffection plus ou moins 
intelligente des parents est una sauvegarde, et, en toutcas, une 
garantie relative. La mfere qui nourrit ou qui pent appeler sur 
lieux une nourrice de choix, qu'elle surveille avec son mddecin 
ordinaire, est la proteclricenaturelle deTenfant. Heureuses les 
mdres qui peuvent garder leurs enfants prfes d'elles ; heureux 
les nouveau-n^s qui ont, sans qu'ils s'en doutent, las6curit^ du 
sein maternel ou du foyer domestique I Encore y a-t-il, m^me 
1^, beaucoup k faire, etc'estune science assez nouvelle que 
rhygi^ne des nouveau-n6s, m£me avec Tallaitement de la 
m^re, et surtout par Temploi recent et si souvent pr^cieux du 
lait st6rilis6 ou maternisc^. 

Mais ce n'est pas de ces mferes-li qu'il s'agit ; ce ne sont pas 
ces nourrissons-li qui ^meuvent et inqui^tent. Oui, le premier 
devoir de T^pouse, de la m^re, le devoir primordial et sacr^, 
c'est qu'elle nourrisse elle-m^me son enfant; son lait est en- 
core son sang ; et, pour obeir k la loi naturelle, elle doit accep- 
ter sans plainte, et m6me avec une joie auguste, les servi- 
tudes, les fatigues, les insomnies, tons Jes sacrifices. Telle est 
Tobligation absolue, et ce n'est pas aux fondatrices ni aux pa- 
trons de la Pouponni^re de Porchefontaine qu'on a besoin do 
le rappeler. 

11 

Mais la rdalit^, en toutes choses, r6pond-elle aux concep- 
tions id^ales de la vie et du devoir? Et d'abord, toute femme 
est-elle apte k nourrir? Quel lait donnerait k son enfant cette 
jeune m6re, fr^le, delicate, parfois maladive, ou trop distraite 
par les veilles et les plaisirs? Demandez-le aux m^decins les 
plus exp^riment6s. Et si la femme est pauvre, si elle vit de 
travail et de privations, si elle ignore le bon air et la saine 
nourrituro, h quel prix nourrira-t-elle Tdtred^j^ ch(5tif? quelles 



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LA POUPONNlfeRE DE PORCHEFONTAINE. 77 

generations pr^parera-t-elle h la France? De quels ^tres peu- 
plera-t-elle le pays de la mis^re? Et nous supposons qu'elle 
pent garder tout le jour son enfant aupr^s d'elle. Mais s'il faut 
le confier, du matin au soir, k la creche externe, dans Tins^cu- 
rite de Taller et du retour, au pdril de toutes les contagions 
ambiantes, et des intemperies de notre climat? 

Nous arrivons k une autre categoric de femmes et de 
m^rcs, de plus en plus nombreuses, non pas pauvres pr^cis^- 
ment, mais de condition modeste, qui vivent, elles aussi, de 
leur travail, parfois plus assujetties que des ouvri^res, et qui, 
par necessity ou par economic, se s^parent de leurs enfants et 
les conficnt aux nourrices mercenaires, bien loin, ^ la cam- 
pagne, pour quel lendemain! Comptez-les dans les grandes 
yilles : domestiques, employees de magasins, femmes de ser- 
vice, concierges, couturi(»res k la joumee, etc. Et qui etonne- 
rons-nous si nous ajoutons les institu trices, les professeurs au 
cachet, toutes les jeunes mattresses de piano, de chant ou de 
dessin, toutes les nouvelles fonctionnaires publiques, cat6gorie 
bien moderne de femmes, auxquelles il n'est pas interdit d'etre 
mferes, et k qui il n'est pas possible de garder leurs enfants? En 
ouvrant au travail des femmes des voies precieuses, en leur 
menageant une place dans certains services de FEtat, notre 
civilisation k oulrance n'a pu tout prevoir, et la natalite se 
heurte k un obstacle de plus. 

C*est alors que reparaissent les nourrices mercenaires, ces 
paysannes rapaces, ces terribles faiseuses d'anges qui, depuis 
un demi-si^cle, ont si bien travaille a la depopulation de la 
Fi'ance. Les chiflfres sont connus et navrants. C'est par cen- 
taines de mille, chaque annee, que les enfants qu'on leur con- 
fiait mouraient loin de leurs parents. Et Ton sait en quel etat se 
trouvaient le plus souvent ceux qu'on leur rendait. La situa- 
lion a-t-elle beaucoup change? Ce sont ceux-1^, les survivants, 
qui peuplent ensuiteles h6pitaux d'enfants et les hospices d'in- 
curables. Trois cent mille enfants sont places tons les ans en 
province, livres a un regime ou tout est suspect, allaitement, 
soins materiels, alimentation prematuree, mepris des prescrip- 
tions les plus simples de Thygiene, sans autre protection qu'une 



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78 REVUE PIIILANTHROPIQLE. 

inspection m^dicale jug^e insufiisante ou [illusoire, de Tavis 
des pli^s consciencieux enqu^teurs. Oserons-nous ajouter quMl 
y a une question de Talcoolisme des nouveau-n6s? On croit 
rdver Ji ce soul mot. Non seulement certaines nourrices, surtout 
en Bretagn© et en Normandie, demandent des forces a Teau-de- 
vic, pour en faire, disent-elles, profiler leurs nourrissons, — et 
la somme d6pens6^ figure au compte des parents, — mais c*est 
souvent aux enfants m^oies qu'elles font boire des boissons 
alcooliques, dont on devine les eflfets ! Ces femmes ont, d*ail- 
leurs, dfes longtemps, des habitudes d'intemp^rance, et c'est 
ainsi qu'il nait des enfants atteints d'alcoolisme congenital, et 
qu'onberce d'une ivresse inconsciente. 

Ainsi, pendant longtemps, en France, point d'autre alter- 
native, hors de Tallaitement maternel, que la creche externe, 
qui ful un progrfes incontest^, et la nourrice vdnalc, inintolli- 
gente, meurtrifere. C est alors qu'estn^e i'id^e de la Pouponntere, 
creche interne, nourricerie module, veritable pensionnat de 
nouveau-n^s, ou des nourrices de choix, internees ellos- 
m6mes, pr^serv^es des influences du dehors, instances dans un 
local construit sp^cialement pour son objet, d aprfes les plus 
r^centes donndes de rhygi(;nc, allaiteraient au sein et au bi- 
beron, selon TAge, leurs enfants et ceux des autres, sous le con- 
trdle incessant d'un m(>decin et la haute surveillance d'un Co- 
mity medical. 

Ce qu*on pouvail craindre, et ce que nombre de mddecins 
redoutaient, c'6tait Tagglom^ration des enfants dans un m6me 
local, ou la contagion des maladies infantiles, si elles 6cla- 
taient, aurait le champ libre et trouverait sur place tons les 
elements d'un trop ample ravage. Mais ces maladies ne naissent 
pas spontandment ; s'il n'y a pas transmission, le premier Age 
en est indemne. Des conditions rigoureuses d'isolement, tout 
contact rendu impossible avec les enfants du dehors dtablissent 
comme un cordon sanilaire, qui 6carte le danger. Six anndes 
d'expdrience ontdonn6 raison a un principe si simple : pas 
une maladie contagieuse n'a s6v\ dans la Pouponni^re de Por- 
chefontaine. C*4tait un probl^me k rdsoudre, une tentative & 
faire : le succfes a ddpasse toute attente. 



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LA POUPONNIERE DE PORCHEFONTAINE. 79 

111 

Le premier essai de creche interne fut fait en 1891, dans 
une propri^t^ priv6e. La maison, faite pour 6tre habitue bour- 
geoisement, pr^sentait une installation d^fectueuse. On y ad- 
mettaii, on y gardait les enfants jusqu'^ cinq ans et au delJi. 
Ce n'^tait pas une nourricerie, mais une sorte de pensionnat 
de la premiere enfance. On reconnut bien vite les inconv^- 
nients et les p6rils de cetle organisation. Les mddecins r(!*cla- 
maient un remaniement complet de I'^tablissemenf . C*est alors 
qu'ime soci^t6 nouvelle se forma par Tinitiative et sous Tinspi* 
ration des deux fondatrices de Toeuvre, M"^*» Georges Charpen* 
tier, pr^sidente, et Engine Manuel, vice-pr^sidente, second^es 
par un groupe de dames passionn^es pour la m6me id^e, asso- 
ci^es avee un d^sint^ressementabsolu dans une pens6e de soli- 
darity matemelle, de bienfaisance et de patriotisme. 

Grftce h des souscriptions et a des dons g6n6reux, on put 
acqu^rir un vaste et beau terrain plants, h Porchefontaine, aux 
portes de Versailles, et y dlever un premier pavilion, quo deux 
autresont suivi depuis« Les plus hauts patronages encourag^rent 
Toeuvre naissante. Un comity medical avait d6cid(5quelechifrro 
de trente enfants par pavilion ^tait un maximum qu^on ne de- 
vait pas d6passer, par prudence pour ce premier essai ; que les 
enfants ne seraient gardes que jusqu'Ji deux ans, c'est-a-dire 
pendant la p^riode de Tenfance la plus difficile k franchir, mais 
celle, en m£me temps, ou les affections contagieuses ne se d6- 
veloppent pas encore ; que nourrices et poupons seraient s6vfe- 
rement internes; que les visiles des parents ne se feraient que 
dans des conditions sp^ciales de surveillance ; qu'ainsi seraient 
surement ^cart6s les dangers des crfeches externes, ofi un 
eourant permanent d'infection pent journellement s'^tablir du 
logis matemel k la crfeche et de la creche au logis. I/instal- 
lation heureuse du premier pavilion eut un plein succ^s. Les 
demandes d'admission aflluorent de toutes parts. Quant aux 
r^sultats, un rapport ultdrieur de la Commission d'hygi^ne 
publique, k la suite d'une exacte enqufite, constata, par la com- 
paraison entre les enfants admis k la Pouponni^re et ccux 



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80 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

qu'on avail dii refuser, faute de place, que, dans le premier 
cas, la mortalitd n'^tait que de 6 p. 100, tandis qn'elle d^pas- 
sait 31 p. 100 dans le second cas. « L'dloquence de ces chiffres, 
^crivait T^minent rapporteur, M. le D*" Bergeron, secretaire 
perpdtuel de TAcad^mie de m6decine, n'a pas besoin de com- 
raentaire. » Lui-m^me, aprfes avoir eubien des doutes au d<^but, 
etait convaincu, etcommuniquait sa conviction. Prot^g^e, aid6e 
dans une certaine mesure par les pouvoirs publics, grdce k la 
sympathique sollicitude du directeur de T Assistance, M. H. 
Monod, et plus tard h celle de M. Peyron, directeur de TAssis- 
tance de la Seine, la Society malernelle ou Pouponniere pari- 
sienney fut reconnue d*utilit6 publique, par d^cret en date du 
21 juillet 1896, sous la seule condition d'6tendre a la moiti6 
des enfants admis la gratuity qui n'^tait jusque-1^ que du 
tiers. C'6tait r^pondre dignement au glorieux patronage des 
deux premiers presidents d'honneur de Tcpuvre, MM. Pasteur 
et Jules Simon. 

11 suffira de r^sumer les statuts de la Societe malernelle 
pour se rendre compte de son fonctionnement actuel. 

L'association, dont le sifege social est Ji Paris, h la mairie 
du Vn« arrondissement, a pour but de cr^er et d entretenir aux 
environs de Paris des etablissements destinds k venir en aide 
aux mferes qui travaillent et ne pen vent clever leurs enfants 
chez elles. On admet les enfants k la Pouponnifere d^s leur 
naissance, et on les garde jusqu'Jt deux ans. Les nourrices, 
choisies parmi les plus saines et les plus robustes, sont g6nera- 
lement recrutdes dans les ouvroirs, refuges et maisons d*ac- 
couchement de Paris; elles entrent ila Pouponniere avec leur 
enfant, qui est entretenu aux frais de la Soci6td ; elles resolvent 
une retribution mensuelle. Elles sont soumises, pour Tallaite- 
ment de leur propre enfant et de Tenfant qu'on leur confie, 
aux prescriptions de la loi Rousscl; seul, le medecin de Teta- 
blissement decide du sevrage et de Temploi du lait sterilise. 

L*association est administrde par un Conseil, dit Comiie de 
direction, compose de vingt et une dames choisies pour trois ans, 
et reeiigibles. 

Le bureau est forme par la presidentc, les deux vice-pr6si- 



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LA POUPONNlfiRE DE PORCHEFONTAINE. 81 

denies^ la secretaire g^n^rale, une secretaire, la tr6sorifere, aux- 
quelles est adjoint un conseil judiciaire. Une directrice est k la 
t6te de la maison, dont elle gouverne le personnel. Deux co- 
mites de patronage, Tun d'hommes, Tautre de femmes, secon- 
dent le Comity directeur. Les enfants de nationality frangaise 
sont seuls rcQUS, sans distinction de culte. Le prix de la pen- 
sion payante est de 40 francs par mois la premiere annde, tons 
frais compris, et de 30 francs la seconde ann^e. Outre la gra- 
tuity reserv^e k la moitie des enfants, la Society accorde des 
bourses et des demi-bourses aux parents qui en fontlademande 
motivde. 

Le Comite medical a pour president d'honneur M. le D' Ber- 
geron et pour president M. le D' Sevestre, m^decin des hOpi- 
taux, seconds par le D' CEttinger. Nous relevons parmi les 
membres de ce comity les noms bien connus des professeurs ou 
docteurs Blache, Boissard, Champetier de Ribes, Charpentier, 
Porak, Ch.Richet, Albert Robin,Theophile Roussel, Paul Segond, 
Terrier, Anselme Weill, Jules Worms. Nous y lisons encore le 
nom de I'illustre et regrett6 Germain S^e. Le service medical 
quotidien est fait par le devout et vigilant D' Parelle, de 
Versailles. 

IV 

Mais il est temps de visiter Tetablissement mdme. Quand 
on se^rend k Versailles par les tramways ou paries cheminsde 
fer de TOuest, rive gauche, on apergoit, non loin de la grille des 
Chantiers, les terrains ou s'eifeve la premiere Pouponnifere 
construite en France. A droite et k gauche du b&timent prin- 
cipal, affecte aux services administratifs et au personnel, et ou 
se trouvent ^galement le parloir des parents et le cabinet du 
mddecin, s'^tendent, rdunis par des galeries vitrdes, les trois 
pavilions actuels, d'aspect gai et riant : ils font avec tout 
I'ensemble des constructions, grand honneur k Tarchitecte, 
M. Jacques Hermant, qui a g6nereusement fait abandon 
h Toeuvre de ses honoraires. A quelque distance, danslejardin, 
s'6l6vent une infirmerie, presque toujours vide, et un b&timent 

REVCE PHlLAjrrHROPIQUE. — H. 6 



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82 REVUE PHILANTHKOPIQUE. 

dHsolement, destine aux enfants et aux nourrices mis en sur- 
veiUance h leur arriv^e. Unebuanderieet divers services acces- 
soires complMent la colonic. Un vasle jardinoflFre aux nourrices 
el aux enfants ses pelouses, ses fleurs et ses ombrages. C'esl 
un spectacle touchant et charmant, d^s les premiers beaux jours, 
de voir au bras de leurs nourrices ou sur le gazon, ou dans de 
petites voitures qui circulent dans les allies sabl^es, tons ces 
enfants sous leur petit v^tement rose^ tandis que leurs parents, 
les jeudis et les dimanches, sont admis k les voir, et peuvent 
juger du bien-Atre et des soins donl ils jouissent. Les t^moi- 
gnages de leur reconnaissance forment d6j4 un dossier qui de- 
viendra Ic livre d'or de I'oeuvre. 

Le spectacle est plus int^ressant encore, quand on pdn^^tre 
dans rintdriour des bdtiments. Et d'abord, dans le vestibule, 
des plaques de marbre portent inscrits lesnomsdes fondatrices, 
des donateurs el, en t^te, ceux des premiers presidents d'hon- 
neur de Toeuvre, Pasteur et Jules Simon. Ce qui frappe, d^s 
Tentrdc, c'est la temperature entretenue, nuit et jour, dans 
toutes les salles, galeries et couloirs que les enfants habitentou 
traversent. Cette temperature varie de 18*> Jl 20<>, selon I'^ge des 
poupons. I/air et la lumi^re sont partout. Les dortoirs des 
enfants et ceux des nourrices sont sdpards par des cloisons 
vitr^es; des salles de bain, de pesage des enfants, de sterilisa- 
tion du lait, faite sur place, le vestiaire, la lingerie, le rdfecloire 
des nourrices, la pharmacie, Tusinepour le chauffage Ji reau,le 
cabinet medical, tout est distribud, amdnagd dans les conditions 
les plus salubros et le confortable le plus ing^nieux. 

La direc trice est secondde par une sous-directrice et plu- 
sieurs surveillantes,*dont les attributions sont distinctes.Nous 
avons iWjk parld du D' Parelle, qui fait sa visite quotidienne 
etdu comiie medical, dont le president, le D"^ Sevestre, inter- 
vient avec un zMe admirable dans tons les cas urgenls, ainsi 
que le D"" OEttinger et le D*" Boissard ; un bulletin medical, redige 
journellement parte D' Parelle, est conlr6l6 et contresigne par 
oux. Ladmission des nourrices et des enfants, retenus, k Tar- 
rivee dansle bAtiment d'isolement, ou lazaret, nVst prononcee 
que sur lour visa, commeaussi leur sorlie. 



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LA POUPONMKHE DE PORCHEFONTAINE. 83 

Plus de cent quinze enfants sont, en cc moment, presents k 
la Pouponni^re, etce chiflfre seraitvite, non pas double, mais 
quintuple, d^cupI6, si les pavilions pouvaient se multiplier au 
grd des demandes! L'insuffisance du premier pavilion construit 
en 1893 et inaugur^ par M. Poubelle, pr^fet de la Seine, et 
M"* Poubelle, avait 6t6 tout aussit6t reconnue. C'est gralce k 
d'actives et persistantes interventions que furent obtenues des 
Ministtoes de Tlnt^rieur et de TAgriculture les ressources n^- 
cessaires k T^dification du second pavilion, dont I'inauguration 
fut faite avec salenmt6 en presence de M"** et de M"" F^lix- 
Faure, des prineipales autorit^s de Seine et de Seine-et-Oise, 
et d'une glite de visiteurs, invites k parcourir Tfitablissement. 

Depuis, un troisifeme pavilion a 6t& 6le\6 et inaugur^, celui- 
Ik pour un objet particulier et une 6preuve digne du plus haul 
int^rfit. On sait que le D*^ Budin, accoucheur en chef de la 
Maternitd, y a organis6 un service de couveuses, destind k rece- 
voir les enfants nds avant terme, et que des soins exception- 
nels peuvent seuls conserver k la vie. Mais dfes que ces pctits 
6lres si fragiles ^taient sortis des couveuses, les nouvelles con- 
ditions atmosph^riques leur (^taient presque toujours funestes. 
FrappcS des avantages uniques que lui ofTrait Torganisation 
int(5rieure de la Pouponni^re, M. le D"^ Budin a eu Tidee de lui 
confier les enfants de ces couveuses, entre la ^rlie de scs 
appareils et la rentr6e definitive k Tair libre. La temp6rature 
de la Pouponni^re et les soins qu'on y donne aux nouveau-n^s 
r^pondaient pr6cis6ment au besoin reconnu d'une sorle do serre 
Iemp6r6e, complement de la couveuse. 

Uid6e6tait bonne. Mais il fallait les moyens de la r6aliser, 
sans confondre les deux categories d enfants. Ungendreux bien- 
faiteur foumit la somme n^cessaire k Fachevement, k lam^na- 
gement et k Tentretien de ce troisi^me pavilion. Les nourrissons, 
amends avec precaution de la Maternity, passent par groupes 
plusieurs mois k la Pouponni^re, etce roulement, ousc renou- 
vellera plusieurs foisparan celte clientele si tendre etsi delicate, 
suffit pour permettre ensuite a ces poupons d'afifronter Tair 
exterieur et de prendre definitivement possession de la vie. 

Ajoutons qu'une statistique speciale a ete etablie pour cette 



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84 REVUE PHILANTIIROPIQUE. 

cat^gorie dc pensionnaires, dont la mortalit^y au d6bul sur- 
tout, pouvaitfetre plus fr6quente,et ne devaitpas sans prejudice 
se confondre avec celle des autres enfants. Le D' Budin Tavait 
compris, et s'^tait pr6t^ spontan^ment k cette distinction. Mais 
tel est d^jile succ^s de cette essai^ que r6cart diminue entrc 
les deux statistiques, et que Ton peut d6j4 prfivoir I'^poque oil 
elles se confondraient sans inconvenient. 

I) y a lieu d'insister aussi, dans ce tableau que nous essayons 
d'abr6ger,surles services que la Pouponnifere rend aux nourrices 
qu'elle emploie. Libre k certaines personnes, plus exigeantes 
sur la nature des mis^res k secourir que vraiment humaines 
et charitables, de s'dtonner qu'on prenne un int6r6t compatis- 
sant aux iilles-m^res. Pour ces esprits timor^s le mot de soli- 
darity reste inintelligible. Les nourrices de Porchefontaine sont, 
en effet, des filles-mdres, mais choisies, hdtons-nousde le dire, 
parmi cellos dont le malheur et Tabandon inspirent le plus de 
sympathie. II y a un devoir social 4 les sauver du d^sespoir, ou 
k les arracher k la degradation irreparable : c'est en leur ensei- 
gnant la materniie qu'on peut y r^ussir, — et qu'on y a r6ussi. 
Les nourrices quittent la Pouponni^re avec leur enfant sain et 
bien portant, et elles emportent un p^cule qui leur permet de 
vivre k Tabri de la misfere en attendant du travail ou un emploi. 
Cinq d'entre ellesj cette ann^e, ont H6 plac^es par les soins du 
comite de patronage ; trois ont regularise leur situation par le 
mariage; enfin trois sont restees k Tetablissement. Ni Tassis- 
lance publique ni les moralistes n'ont k se plaindre de ces 
resultats. Quant aux nourrissons, combien dejJt ont 6t6 sauves ! 

Dirons-nous le regret que laisse, k toutes ces femmes gene- 
reuses dont la Pouponni^re est Toeuvre, Timpuissance ou elles 
sont de repondre k toutes les mferes qui s'adressent k elles? 
Pour assurer une place k Tenfant ne ou k nattre, il faut s'in- 
scrire, il faut attendre ; le plus souvent, il faut renoncer k toute 
esperance. On a dii, avec une vraie douleur, ecarter, parait-il, 
745 demandes d'admission, toutes tr^s dignes d'interfit, la plu- 
part pay antes. « Sauvez mon enfant! » c'est le cri de toutes 
ces meres, Fappel decourage de celles que des deuils ante- 
rieurs ont frappees, ou de celles qui simplement redoutent le 



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86 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

on que les fondatrices de TcBuvre eussent la pens^e d'en tirer 
un b^ndfice? 

On voit en lout cas, par ce calcul, que la lourde charge de 
r^tablissement est produile par la presence des enfants 6lev6s 
h titre gratuit, puisque Ton d^bourse pour ces demiers la 
somme annuelle de 39 420 francs, contre les 14220 francs 
repr^sentis par les nourrissons pay ants. 

Si maintenantron songequela plusgrosse part des frais g6- 
n^raux d'^tablissement ne se reproduira pas ; que le traitement de 
la directrice, du m^decin,dessurveillantes resteront les m^mes 
avec trois ou quatre pavilions, — et plus, — comma avec un 
seul ; que le b&timent de Tadministration, rinfirmerie, le pavil- 
ion d'isolement, loutes les installations accessoires, les planta- 
tions, les cl6tures, n'entraineront gufere de d^penses nouvelles, 
et que des Economies de detail pourront 6tre r^alis^es sur plus 
d'un point,] on 6prouvera moins de surprise et moins d'in- 
qui(5tude. 

II n'en est pas moins vrai qu*un budget] annuel de prfes de 
55 000 francs, c'est une somme, et il faut admirer par quels 
efforts, par quelle ardente propagande, m6me avec le con- 
cours des ministres de Flnt^rieur et de TAgricuIture, du Con- 
seil g^n^ral et du Conseil municipal de la Seine, la Society 
matemelle a pu suffire, sans trop s'engager, k de telles charges. 
Fondations perp^tuelles ou simples, fondations de berceaux 
(que ne les multiplie-t-on pas davantagel), souscriptions an- 
nuelles, dons en argent ou en nature, representations thd4- 
trales, ventes, etc., tout est venu en aide i\ ces vaillantes 
femmes, dont les convictions contagieuses ont fait merveille. 
Eu (^gard k la beauts de ToBuvre entreprise, les d^penses ne 
paraissent m6me pas excessives: car enfin, de quoi s'agit-il? 
D'une creche module, d'un type absolument nouveau en France, 
ou tous les progrfes de Thygi^ne infantile, tons les perfectionne- 
ments d'installation, toutes les applications pratiques de la 
m^decine modeme ont pris place, et ont 6t(5 exig^s. Songe- 
t-on bien k ce que coAterait un pareil nombre d^enfants malades 
dans les h6pitaux, dans les asiles, ou m6me chez les pauvres 
gens qu'il faudrait secourir? Se rend-on bien compte des ^co- 



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JJp.nrr^-^'T'-^' - 



LA POUPONNlfeRE DE PORCHEFONTAINE. 81 

nomies que permettraient de faire dans le budget de TAssis- 
tance publique les mesures preventives qu'on veut appliquer ? 
ce que la preservation des enfants sains k leur naissance retran- 
cherait des d^penses qu'il faut faire pour les tuberculeux, les 
scrofuleux, les rachitiques, les aveugles et les iniirmes de toute 
sorte, qui n'ont ete, le plus souvent, que des enfants mal soi- 
gnis? On pent affirmer hardiment que tout ce qu'on creera, a 
rinstar de la Pouponni^re, pour conserver et fortifier la pre- 
miere enfance, reduira dans des proportions inattendues le 
budget public de la maladie, de Tinfirmite et de la mis^re ! 
C'est une operation arithmetique qu'on pent recommander aux 
gouvernants. 

Le Conseil municipal de Paris, qui a t^moigne ses sympa- 
thies k la f^ouponnifere de Porchefontaine, ne pourrait-il mul- 
tiplier ce type tout autour de Paris, pour la plus grande satis- 
faction de toute une classe interessante de femmes laborieuses ? 
Mais il faudrait propager partout, en France, les nourrice- 
ries modules, les creches internes, les pensionnats de nouveau- 
nes, dansle voisinage de toutes les grandes villes, m^me dans 
les campagnes, partout od Ton voudra combattre Tinfluence 
nefaste des nourrices libres etleur reprendreles enfants qu'elles 
tuent. 

Et pourquoi les medecins de campagne eux-m6mcs, ceux 
qui ont mince clientele, ne prendraient-ils pas un interet direct 
k ces creations? Pourquoi, dans des regions saincs, ou le ter- 
rain scrait k bon marche, la bfttisse economique, le bon lait 
moins coiiteux, n'etabliraient-ils pas, sous leur surveillance et 
m^me a leur profit, comme on fait pour certaines maisons de 
sante, de ces creches internes payantes, dont ils choisiraient 
avee soin les nourrices, oil ils appliqueraient la nouvelle hy- 
^ene des enfants, non pas sur une trop grande eehelle, de peur 
d'abus, mais en faveur de groupes privilegies de nourrissons 
confies k leur vigilance et k leur savoir? Le type existe desor- 
mais. On aurait des hospices d'enfants sains et valides, — le 
terme est i creer ; — on y entrerait parce qu'on so porte bien ; 
on en sortirait sans avoir ete malade : combien une telle nou- 
veauie serait populaire ! Les m6decins, mattres chez oux, peres 



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88 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

nourriciers eux-m^mes en quelque sorte, auraient sur Thygidnc 
de Tenfance une action qu'ils n'ont pas chez les nourrice^ dis- 
pers6es dans les villages ; on les y appelle trop tard, on ne leur 
ob6it pas, on ne croit pas en eux. Mais les r^sultats obtenus 
dans leur ^tablissement frapperaient vite Tattention, et tout se 
ressentirait au dehors de Texemple qu'ils auraient donn6. Quel- 
ques-uns ont commence et Tidde pourrait 6tre f^conde. 

Pour toutes ces mesures, il faut se h&tcr. La mortality des 
enfants du premier 4ge est IJi, toujours menaoante ! Nous lais- 
serons-nous pr^venir et distancer, cette fois encore, par les 
pays strangers? Non seulement la Belgique, la Hollande, TAu- 
triche, TAm^rique m6me, preoccupies de cette grande question 
de rhygi^ne et de la preservation de Tenfance, ont envoy6 des 
deieguis pour etudier Tetablissement de Porchefontaine et crier 
sur ce module des maisons similaires ; mais Tenquite k laquelle 
on se livre dans toute TEurope foumit k la question des docu- 
ments inattendus. 

11 faut lire, sur ce sujet, le rapport |si intiressant et si sub- 
stantiel public, sous le litre modeste de Notes par M. le D*" Henri 
de Rothschild, chargi d'une mission Ji Vienne, k Berlin, i Buda- 
pest, Ji Saint-Pitersbourg, a Moscou. Les immenses et d6ja an- 
ciennes institutions qui prosp^rent dans cette derniire ville, 
au profit de VEnfance malheureiise {et dish^ritee), pour emprun- 
ter k M. Paul Strauss le litre de son beau livre, sont un aver- 
tissement pour la France, en m6me temps qu'un exemple. Que 
la Pouponni^re de Porchefontaine soit, en quelque sorte, la 
maison m5re des nourriceries de demain, et que le sidcle qui 
va commencer bientdt en prisente partout les exemplaires, 
avec cette simple devise de la Pouponniire de Porchefontaine, 
dont Roty a fait un chef-d'ceuvre : « Maternity. » 

LE DOCTEUH X... 



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LES ORIGINES 

DE 

L'INSTITUTION DES CAISSES D'fiPARGNE ^'^ 



L'insiitution des Caisses d'^pargne doit son id^e premiere k 
un Frangais, Hugues Delestre, « Docteur bs Droits, conseiller 
du Roy », Lieutenant-civil au si^ge royal de Langres, en 1610 : 
elle ne fiit mise en oeuvre qu*en 1778, dans la Ville libre de 
Hambourg, d'od elle se propagea d'abord dans quelqiies villes 
d'Allemagne, de Suisse et de Grande-Bretagne ; elle re^ut sa 
premiere incorporation legale en 1816 (13 d6cembre) Ji Boston, 
Massachusetts, iStats-Unis d'Am^rique, et sa premiere loi or- 
ganique en 1817 (l**" aoAt) en Angleterre, et dans cette forme 
elle s acclimata bicntAt dans la plupart des Etats du monde ci- 
vilise ; enfin elle prit un nouvel organisme, le plus simple, le 
plus commode pour le peuple, le plus sAr, par Facte du par- 
lement britannique du 17 mai 1861, qui a cr^^ la Post office 
Savings Bank, la Caisse d'^pargne postale, aujourd'hui ^tablie 
dans vingt-cinq Etats d'Europe, d'Afrique, d'Am^rique, d'Asie 
et d'Australasie. 

La Caisse d'^pargne a 6t6 compl6t6e dans ces derni^res anndes 
par rinstitution des Caisses d'dpargne scolaires, branche auxi- 
liairede r6ducation,6cole d'apprentissage dconomique et moral 
pour les futurs ouvriers ; et par des services annexes tels que les 
Bureaux d'dpargnedes manufactures, de Tarmde et de la flotte. 

L'institution des Caisses d'dpargne est aujourd'hui, surtout 
par ses progr^s depuis vingt ans, Tinstitution populaire la plus 
rdpandue dans le monde civilisd, et la plus importante par le 

1^1) Ce travail forme le premier chapitre de VHistoit'e gin^rale des Caisses 
tf^pargne, dont j'ai r6uni les 616ments depuis plusieurs ann^es au cours de mes 
missions et voyages d*6tude; j'en ai lu un extrait h rAcad6mie des sciences 
morales et politiques. M. 



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90 REVUE PHILANTHROPIQIE. 

nombre des clients qu'elle sert et les sommes qu'elle sauve, Uu 
grand avantage de la morali'16 et du bien-6tre de plusieurs mil- 
lions de modestes travailleurs et de leurs families. Les peuples 
d'Europe et les fitats-Unis comptent aujourd'hui trente-trois 
millions de d^posants dans leurs Caisses d'^pargne, et un 
stock d'^pargnes populaires en d6pdt de plus de vingt et un 
milliards de francs, dont 8357938 d^posants et 3800 millions 
de francs dans le.Royaume-Uni ; et une clientele et un stock 
assez equivalents en France. 

Le livre de 1610 oil nous avons trouv^ Tid^e premiere d'une 
Caisse publique pour recevoir, garder et faire valoir sous la 
meilleure garantie possible les menues opargnes du peuple, est 
un ouvrage des plus curieux : il n'y a point Ik une simple id^e^ 
lanc^e au hasard et en termes vagues; mais Tinstitution y est 
parfaitement dSfinie dans son caractfere, et formulae avec pre- 
cision dans tons ses details administratifs, h ce point que Ton 
croirait lire I'expos^ des motifs et le rfeglement d'une des lois 
brganiques ^dict^es en notre sifecle sur cette mati6rc. Et Ton 
serait port6 k penser que ce livre n'a pas ^t^ ignord de ceux 
qui ont fait, sur les Caisses d*6pargne, le premier r^glement 
en 1778 k Hambourg, et la premifere loi organique en 1817 en 
Angleterre. 

L'ouvrage de Hugues Delestre a 6t6 tellement oublid en 
France durant deux si^^cles et demi qu'il n'est mentionnd dans 
aucun catalogue imprim^ de librairie ou de biblioth^ue en 
France. C'est pendant une de nos missions scientiiiques et ad- 
ministratives, qu'il nous fut signals, en 1867, en Angleterre, 
par un membre du Parlement, lord Derby ; un de ses amis poss6- 
dait un exemplaire de cet ouvrage, probablemcnt achetd k Paris 
pendant la Revolution dans la vente de quelques fonds de livres 
d'anciens convents ou chateaux. 

Le titre porte : 

Le premier Plant (sic) du Mont de Piet6 francois, consacr^ k Dieu, pn'- 
sente k la Heine R^gente (Marie de M^dicis) ra6re du Roy et du Royaume, 

Par Hugues Delestre, Docteur ^s Droicls, conseillerde Sa Majesty, lieu- 
tenant-civil en son sikfie royal de Langres. 

II y a deux avant-propos, Fun a M*^*" rHl'"'™' et Rever"'"'' Cardinal hu 



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LES ORIGINES DES CAISSES D'fePARGNE. 91 

Perron, archey^qne de Sens, Grand-Aalmosnier de France, Tautre a M'"" le 
chancelier de France Messire Nicolas Brulart Sieur de Sillery,'etCM etc. 
Pittas ad omnia utilis est, promissionem habens kujuB vitae et fUturw, 

D. Paulus. 
h Paris, chez Jean Laquehay, imprimeur, rue Judas. 

MDCXI. 
avec privilege de Sa Majesty. 

Le privilfege, imprim6 a la fin du volume, contient les pas- 
sagos suivants, qui rappellenl les hautes missions et charges de 
H. Delestre sous les r^gnes pr6c6dents : 

Par le tires patentes en datte du 20 septembre i610, sign^es par le Roy 
en son Conseil, plus bas Gombaud, et scellees du grand seel en cire jaune, 
Sa Majesty... exhorte et invite Fautbeur de ce traits k mettre par escript 
et en Inmi^re ce qu'il pourra au bien public, bonneur et c^l^brit^ de la na- 
tion Francoise : De quoi Sadite Majesty a bien voulu prendre confiance en 
loy recogneu, par plusiears belles commissions et charges tant deans que 
dehors ce royaume ildMement acquict^es au contentement des Rois defuncts, 
de tr^s-beureose m^moire... Pour ces causes lui ayant accords... 

C'est un fort volume in-4^, de 1 140 pages, bourr^ de cita- 
tions latines, grecques, h^bra'iques m^me, suivant la mode du 
temps, mais d'oii Ton pent extraire une centaine de pages mar- 
quees au meilleur coin du l^gislateur le plus haut de vues, et 
de Tadministrateur le plus ing^nieux et le plus pratique. 

Voici, pour la question des Caisses d'^pargne, quelques 
passages, dontil faut bien se rappeler la date, 1610, car oncroi- 
rait, sauf le style, le livre ^crit d'hier. 

Hugues Delestre propose « le plant d'une Caisse oil un ser- 
viteur ou servante, et tout autre mercenaire qui loue et en- 
gage son labeur par an ou k journ^es (parce que le dire du 
vulgaire est justement pris(5 du jurisconsulte : fragilem esse 
sine peculio pecuniam), s'il veut se servir de la garde du 
Mont, Icelui sera tenu recevoir Targent qu'il lui apportera, 
quand mesme il ne viendrait pas de son travail mercenaire, 
ains de la vente de quelque bien ou d'autre part. Le lui rendra, 
quand il en aura affaire et le redemandera soit le tout en partie 
k sa commodity. Et si encore, lui fera present, h proportion de 
temps qu'il aura us6 de ses deniers, d autant qu'iis lui eussent 
pu raporter, h raison du denier dix sept (5,88 p. 100), d6falquant 



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92 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

seulement le cours d'une huitaine pour les employer, et iine 
autre afin de les retirer et apprester avec plus de commodity. » 

\oilk bien nos regies actuelles, indiqu^es jusque dans les 
details administratifs, jusque dans les dispositions de tr^sorerie 
relatives h Tint^r^t, qui ne commence h courir que quelques 
jours aprfes le d^p6t, et qui cesse quelques jours avant le rem- 
boursement, afin que Tint^rfit porte exactement sur la dur6e 
du temps ou le ddp6t est en placement fructueux. 

En outre des motifs que donne Delestre de cette institution, 
et qui sont les motifs m^mes de T institution actuelle de nos 
Caisses d'^pargne, il en est un assez impr^vu pour nous, mais 
qui parait fort ancien, car le savant conseiller royal invoque 
Tautorit^ de Plalon ; c'est que : « le Mont offrant au serviteur ou 
gagne-joum6e le moyen d'assurer la garde de son petit gain avec 
commodity et avantages de restitution el profit; les maitres 
manqueront de tout pr^texte pour refuser ou delayer (retarder) 
le payement des salaires. » 

11 parait qu'au xvn*^ sifecle en France, certains maitres rete- 
naient les salaires dus, en all^guant que leurs serviteurs ne 
sauraient pas conserver leur argent pour Tappliquer h des be- 
soins utiles et qu'ils le gaspilleraient. C'^lait la pr^voyance 
forc^e k regard des mercenaires, et souvent aussi un calcul de 
la part des maitres. A ces deux points de vue, Delestre con- 
damne avec raison cette pratique: il veut Taffranchissement 
du salaire gagn^ ; il professe aussi que la pr^voyance doit ^tre 
libre, et que par \k seulement elle a toute sa valeur,qui est de 
sauver Targent du mercenaire, du plus modesle Iravailleur, et 
en m^me temps de fortifier la verlu de Thomme en Thabituant 
k r^sister aux mauvaises d^penses par sa propre volenti, dans 
une pens^e de sage pr6voyance. 

A une ^poque oil les ^tablissements de banque sont encore 
rares et incertains, Delestre propose « d'utiliser le Mont pour 
d^p6ts volontaires de quiconque », et « que Tint^rfet servi k ces 
d^p6ts soit seulement le trenti&me denier (3,33 p. 100), c'est-i- 
dire moindre que Tint^r^t servi aux d^p6ts des mercenaires ». 
Et cette difi'^rence d'int6r6t est aujourd'hui aussi ^tablie dans 
certaines Caisses d'^pargne d'Autriche, dltalie et d'Am^rique, 



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w^^-^-tT'-f^'- 



LES ORIGINES DBS CAISSES D'fePARGNE. 93 

oik Ton admet les d^p6ts sans autre limitation qu'un maximum 
assez 6ley6, ddtermin^ de temps en temps, suivant les circon- 
stanccs, par Tadministration de la Caisse. 

a Et ne doubte aucunement, dit Delestre, que maints sei- 
gneurs, ambassadeurs, p^lerins, voyageurs et gents de guerre 
qui aux bonnes occasions s'absentent de leurs maisons ; encores 
plusieurs qui amassent de Targent, k certain effect qu'ils pro- 
jettent de loin, mesme pour acheler quelque terre, fes coffres 
desquels ce qu'ils ont dfjk croupit inutile, sujet h des larcins 
industrieux comme k de violents efforts, ne fassent volontiers 
UD pur, simple et naturel d^post, sous la foi de ce Mont duquel 
ie mur sera d'airain; il n'y a buffet si certain pour la certitude 
de ravoir k sa bonne heure ce que Ton aura d^posd, ou telle 
pari que Ton en demandera, argent qui ne puisse ^tre d^roqu^ 
parsaisie quelquonque. » 

Voilk bien en termes precis et ^tonnamment 6nergiques la 
sAret^ et le secret de nos d6p6ts d'^pargne actuels, et aussi le 
caract^re de valeur insaisissable, reconnu aujourd*hui k ces 
d^p6ts par plusieurs legislations d'Europe et d'Am^rique. 

Seulement aujourd'hui, nos Caisses d'^pargne les mieux en- 
tendues pour Tespiit et le but de Tinstitution, et les plus sage- 
ment r^l^es, ont laiss^ k Tindustrie priv^e, fort bien oulill^e 
en ^tablissements de banque, les d^pftts d'une certaine impor- 
tance; et cela forme aujourd'hui toute une classe de banques, 
dites societ^s de dep6ts en comptes courants, exploit^es par des 
soci6t6s d'actionnaires qui recherchent dans ces operations des- 
benefices; pendant que les depdts des menues epargnes du 
peuple sont seuls rcQus, gardes et geres par des administrations 
gratuites, qui n'ont en vue que le pur interet des epargnants. 

Ainsi, les personnes aisees, capables de discemer et de 
contr6ler un bon etablissement de dep6ts, sont servies par 
les banques privees; et les modestes travailleurs, la plupart 
ignorants et peu aptes k reconnaltre un lieu de toute silrete, 
placent leurs petites economies dans les Caisses d'epargne : 
service d'utilite populaire, qui ne recherche aucun avan- 
tage que Tinterfet des deposants et qui procure la garantie la 
plus haute possible, la plus evidente, celle de TEtat; car la 



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94 REVLE PHILAMUROPIQUE. 

stirel^y tel est le mot fondamental de nos Caisses d'^pargne. 

Et il est fort curieux de lire dans I'ouvrage de Delestre le 
chapitre vi, justement intitule : Les Seurtfs (les sftret^s), ou cet 
habile administrateur organise « les sept seigneurs notables et 
du plus haut rang, qui dirigent le Mont sous leur garantie 
personnelle et sous la garantie du Roy; les baillis-semainiers, 
qui president par semaine a toutes les operations ; les employes, 
qui donnent caution et pen vent 6tre condamn^s a payer quatre 
fois loute somme deiourn^e; les assemblies annuelles oii se 
fait le compte ((inancier et moral) ; les placements des fonds en 
valeurs de la Ville et autres de toutes seuret6s ». 

(]c chapitre, de cinquante-huit pages, malgr^ le fatras de 
citations bizarres, met en puissante Evidence le grand principe 
souverain des Caisses d'^pargnc, la siiret6. 

Hugues Delestre, dans son Plant, qui semble la vraie p^pi- 
nifere de toutes les institutions economiques dont se glorifie 
notre sifecle, propose aussi une caisse des retraites : « Le Mont 
recevrade Targent dont il paiera une rente viagfere au denier 
vingt-sept(3,70 p. 100). » Et dans ce chapitre, on croit lire un ex- 
pos6des motifs et m^mele dispositif des lois modernes anglaises, 
beiges et frauQaises, qui ont organis6 les annuit^s populaires, 
les petites assurances apr^s d^c^s et les retraites populaires 
pour la yieillesse, h c6td et au moyen des Caisses d'^pargne. 

On trouve vraiment dans cet ouvrage dat6del610rid6eetle 
plan de laplupart des institutions d'assislance, de prevoyance et 
m6me d'^ducation, populaires, que nous avons coutume de regar- 
dercommedes ceuvres toutes moderjics, contemporaines : Tassu- 
ranee pour les secoursdemaladie,pourlesfunerailles,ra3sistance 
judiciaire, le patronage de jeunes apprentis,etc. Et tout cela est 
trait6 h. la fois par un administrateur pr6cis dans les details les 
plus intimes d'organisation, de fonctionnement etde contrdle, 
aussi bien que par un homme d'Etat aux vues les plus ^lev^es. 

Ainsi, par exemple, Delestre formule excellemment ce prin- 
cipe moderne de la science administrative, la separation des 
ordonnateurs et des comptables : « Ceux qui manient Targcnt 
n'ordonnent rien, ceux qui ordonnent nc touchent h rien. » 

Et dans un autre passage, il dtablit, avec les vues d'un 



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LES ORUaXES DES GAISSES D'tPARGNE. 95 

homme de g6nie social, cette distinction, qui ne sera bien admise 
dans le monde civilis^ que plus de deux si^cles apr^s, k savoir: 
que les masses populaires se composent de deux ordres de 
personnes tr^s diff^rents, et qu'il faut consid<5rer et trailer par 
des institutions de caract^re tout different : 1° les pauvres 
(orphelins, malades, in(irmes et vieillards sans ressource), 
individus tombds, que la charity publique ou priv^e a charge 
de soutenir; 2° d'autre part, la classe bien plus nofnbreuse des 
modestes travailleurs, des mercenaires^ dit Delestre, des tra- 
vailleurs qui se tiennent debout et qui ne demandent qu'un peu 
d'aide, aide purement morale et ^conomique, non charitable : 
distinction fondamentale des institutions modernes, que nous 
avons un jour exprim^e ainsi, dans un discours prononc^ k la 
Sorbonne en 1867 sur les institutions de pr^voyance et les insti- 
tutions d'assistance, ce qui fut not^ dans la presse et ailleurs 
comme un point de vue qu'on croyait nouveau : A rindigent, 
Fassistance charitable; a fouvrier, faide economigne; distinc- 
tion que le roi Henri IV semblait pressentir, quand il parlait 
aux paysans, non comme k des pauvres, mais comme k des 
travailleurs qu'il voulait aider k amdliorer leur sort, qu*il 
voulait mettre ainsi en ^tat, par eux-m6mes, d'avoir poule au 
pot le dimanche ; — distinction mdconnue en Europe pendant 
plus de deux si^cles; car les esprits les plus ^lev6s de la Revo- 
lution fran^aise (sauf Mirabeau peut-^tre, dont nous aurons k rap- 
peler ci-apr^s les hautes vues de progrfes sociaux), tons nos 
l^gislateurs de cette 6poque de liberation socialo et d aspira- 
tions d6mocratiques, confondirent dans leurs projets de lois 
ou d'institutions toutes les classes populaires, ouvriers el indi- 
gents, dans la classe des pauvres, et ils appliqu^rent k tons les 
membres des classes inf^rieures le mfime traitement, avilissant 
et funestc aux vaillants travailleurs. 

Comment done a-t-il pu se faire que cette onuvre de Ungues 
Delestre soit rest^e lettre morte? Comment s'est 6vanouie dans 
Ic souvenir mdme des hommcs et pendant plus de deux si5cles 
eel admirable plan de r6formes et d*am6liorations socialesqui, 
^videmment n'dtait pas en 1610 Tinvention d'un seul homme 
d'etat, mais r^sumait sans doute les desiderata de plusieurs es- 



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96 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

prils d'6lite, en t6te desquels on pent ranger Henri IV et Sully? 

Get strange ph^nom^ne pent s'expliquer. Des grandes agita- 
tions, autani morales que politiques, qui marqu^rent la iin du 
xvi®si^cle,sortirent un bon nombred'hommesd'Etat]fortement 
tremp6s, \igoureux de pens^e et de ccBur, qui regardaient la 
soci^t^ d'une manifere assez nouvelle : le roi n*6tait pas seule- 
ment le maitre de la nation, c*6tait aussi le pfere de la famille 
nationale, prot^geant, secourant et aidant ses enfants divers 
suivant leur condition et les circonstances. L'esprit d'analyse 
exp^rimentale avait ainsi pr^par^ les hommes d'Etat du r^gne 
d'Henri IV h traitor ce que nous appelons aujourd 'hu i les questions 
sociales, c'est-4-dire les moyens d'am^liorerle sort des diverses 
classes des membres de la famille fran<^ise. Si Henri IV avail 
v6cu sa vie normale, la France aurait vu, sous son inspiration, 
et avec le concours de ses compagnons et compares, nobles sei- 
gneurs et grands bourgeois, organiser toutes ces institutions 
qui auraient li^ les mercenaires aux notables, leurs fr^res ain^s, 
pour am^liorer, fortifier et grandir le peuple travailleur. Un tel 
r^gne, vraiment grand dans la civilisation du monde, aurait 
epargn6 h la France et h bien d'autres nations, de terribles 
secousses, pour le plus grand avantage du progrfes social. Mais 
Henri IV mort en 1610, le gouvernement, pour pr^s de deux 
si^xles, passa aux mains d'hommes d'etat qui ne voyaient dans 
un roi qu'un chef d'arm^e et un mattre de peuple, et qui dans 
ce mot peuple ne voulait m^me plus distinguer rien, et ne 
voyaient qu'une masse hit^rog^ne, od bourgeois, mercenaires 
et indigents resteraient confondus ; le roi, entour^ des seigneurs 
r^duits au rang de dociles vassaux, et au-dessous, tout le 
reste, le peuple, tel fut Fid^al de Richelieu, sous Louis XllI, et 
de leurs successeurs, Louis XIV et Louis XV. A peine aper^oit- 
on comme une lueur de bon sens social sous Louis XVI avec 
Turgot et Malesherbes, et avec Mirabeau. 

Henri IV fut le dernier roi dont le peuple ait port6 le deuil; 
quand Richelieu et Louis XIII, Louis XIV et Louis XV mou- 
rurent, ce fut chaque fois pour la nation comme une d^Iivrance. 

U suffit k Louis XVI de montrer son souci dans les ques- 
tions sociales pour m^riter une bienvenue dans tons les coeurs, 



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LES ORIGINES DES CAISSES D'fePARGNE. 97 

un salut populaire k son av^nement. En 1780, il cr^e une asso- 
ciation qui devait rechercher, faire connaitre et mettre en pra- 
tique tout ce qui pourrait concourir k soulager les besoins 
actuels du pauvre, et lui preparer des ressources pour Tavenir. 
C'^tait comme un sentiment de la n^cessit^ des r^formes sociales^ 
mais sans projets d6finis, eten confondant toujours le peuple 
travailleur dans la classe des pauvres. Cependant, les iddes 
d'6pargnes, de menues ^pargnes, de fructification des petites 
Economies, commencent k se d^gager de ces conceptions ob- 
scures : en 1787, on cr^e un « Bureau d'dconomie », et Feuchfere 
^tablit ensuite la « Chambre d'accumulation de capitaux et 
d'int^rfits composes ». Dans cette tendance aux sages progrfes, 
peut-6tre la France aurait-elle pris sa bonne voie, siMirabeau, 
moins d^ri^ par son pass^ et par ses mceurs, mieux comprisdu 
roi et des plus clairvoyants parmi les puissants du jour, avait pu 
prendre sa digne place, celle de premier. ministre, leader de 
cette Assembl^e natibnale qui, le 3 avril 1791, d^cr^tait les 
honneurs du Pantheon k T^loquent orateur, « k Thomme d'etat 
capable de r6g6n6rer Tempire ». 

Mirabeau, en eflfet, ne fut pas seulement un violent r^volu- 
tionnaire, un terrible riJvolt^ centre les abus de tous les despo- 
tismes : dans les derni^res ann^es de sa vie, on Tentendit ap- 
porter k la tribune des paroles de veritable horn me d'etat, des 
pens^es et des projets d'organisation sociale, comme dans cette 
stance du 3 mars 1791, un mois avant sa mort, quand, k propos; 
de r^tablissement dc la Tontine viag^re et d amortissement 
dite Caisse LafargCy il pronon^a ce discours digne du plus sa- 
vant ^conomiste, du plus sage r6formateur, sur Tam^lioration 
morale etmat^rielle du peuple par les ^tablissements d'^pargne 
et de prdvoyance: 

w Je voudrais que M. Lafarge eilt appel^ aussi son projet 
Caisse des ipargnes. Partout le peuple est k portde de faire quel- 
ques ^pargnes; mais il n'a nuUe part la possibility de les faire 
fructi&er. L'esprit d'^conomie 6tait done presque impossible 
dans le peuple ; il n'en sera pas de m^me quand une caisse des 
^pargnes aura r6alis6 les vceux des bons citoyens. 

« En vous parlant des avantages de Tesprit d*6conomie, 

RIVUE PBILAICTBROPIQUE. ~ 11. 7 



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98 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

comment passer sous silence les bonnes mceurs qui on sont lo 
premier bienfait? La pauvret^ se concilie avec toutes les vcrtus^ 
mais kla pauvret^ succfede Tindigence, la mendicity, et combien 
cet 6tat cruel n'est-il pas voisin de la plus dangereuse corrup- 
tion ? Tout se tient dans Tordre moral. Le travail est le pain 
nourricier des grandes nations ; I'^conomie, jointe au travail, 
ieur donne des moeurs ^ les fruits de cette Economic lesrendent 
heureuses. Etn'est-ce point \k le but de toutes les lois? 

« L'esprit d'^conomie double le travail, parce qu'il en fail 
mieux sentir le prix; il augmente les forces avec le courage. » 

Ainsi parlait Mirabeau^qui, un mois apr5s ce discours, mou- 
rait k V&ge de quarante-deuxans, ayant d6ja bien m6rit^ de son 
pays, et si bien que,le lendemain de sa mort, La Rochefoucauld 
apporta h TAssembl^e nationale un vobu ou Ton parlait des 
« efforts de T^loquent orateur pour les meilleurs moyens de 
r^g^n^rer Tempire », et ou Ton faisait allusion « au deuil de la 
France et de Tunivers, quand la mort frappa cet Am^ricain il- 
lustre (Franklin), dont le nom rappelle k la fois tout cc que le 
g^nie a c< de plus vaste, la libertd de plus actif et la vertu de 
plus atiguste » . 

Avec Mirabeau, cette question sociale semble disparaitre 
sous les questions politiques, et pour longtemps. 

En vain, une loi du 19 mars 1793 indique, dans son article 
13, le projet d'une Caisse nationale de prdvoyance; en vain 
aussi, la loi du 24 pluvi6se an VIU, l''*''loi organique de la 
Banque de France, porte, article 5: 

« Les operations de la Banque de France consisteront... 
4** k ouvrir une Caisse de placements et d'dpargnes, dans la- 
quelle toute somme au-dessus de cinquante francs serait rcQue 
pour Stre rembours^e aux 6poques convenues. La Banque 
paiera Tint^rftt de ces sommes ; elle en fournira des reconnais- 
sances au porteur ou k ordre. » 

Comme il arrive trop souvent en France, il faut attendre 
que rid^e fran^ise de 1610 ait pris racine et port6 fruits k 
retranger, d'od elle nous reviendra, en institution organis^e et 
6prouv6e, en 1818. 

. A. DE MALARGK, 



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CLASSIFICATION DES DEFENSES 

DE L'ASSISTANCE PUBLIQUE DE PARIS 



L'administration de TAssistance publique dc Paris vient de 
faire paraitrc son projet de budget pour 1898. 

G'est un gros volume in-4® raisin de 186 pages, avec unc 
annexe de 92 pages. 

Les provisions de dOpenses s'61fevent k la somme de 
50877997 fr. 50. 

Ce chiflfre de 50 millions est souventcit6, et souventaussi on 
r^p^te que les services rendus ne r^pondent pas k Timportance 
de la somme. 

Cette assertion n'est pas en tons points exacte, par celte 
simple raison que les d^penses proprement dites d'assistance 
publique sont loin de s'^lever au chiffre de 50 millions. 

L'administration de T Assistance publique k Paris a pour 
mission desecourir, soit k domicile, soit dans les ^tablissements 
hospitaliers, trois categories de personnes : 1*» lesmalades; 2<* les 
vieillards et les infirmes;3'' les indigents et les ndcessiteux. 

Quant aux deux autres categories, les alien^s et les enfants as- 
sistOSy ils sont ft la charge du budget dOpartementai, et si I'admi- 
nistration de Tavenue Victoria paye certaines ddpenses pour ces 
services, elle en est rembours^e par le d6partement de la Seine. 
Nous allons done rechercher dans le budget de Tadministra- 
tion de TAs^istance publique quelles sommes sont respective- 
ment depensOes par elle pour chacune des trois categories de 
personnes qu'elle a mission de secourir, et, pour arriver ft d6- 
gager ces depenses, nous devons retrancher du total du budget 
une serie die sommes concernant des depenses etrangferes au 
service propre de Tadministration de TAssistance publique. 

Du total de 50877 997 fr. 50, il faut d'abord defalcjuer une 
somme de 560040i francs montant de depenses d'ordre ou de de- 



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too REVUE PIIILANTHROPIQUE. 

penses faites pour des services publics ou privfe et rembours^es 
par eux. On sait, en effet, que les magasins de TAssistance : 
Pharmacie, Boulangerie, Boucherie, Cave, Approvisionnementy 
Magasin central, vendent des medicaments, du pain, de la 
viande, du vin, des Idgumes, du linge, etc., h divers ^tablisse- 
ments de T^ltat, du D^partement, de la Ville, et Ji certaines in- 
stitutions privies, autoris^es k b6n6ficier des prix avantageux 
resultant d'achats par adjudication et des garanties de bonne 
quality dues au mode de reception de toutes les fournitures par 
des experts que d^signe la Chambre de commerce. 

Du total des d^penses, il faut aussi d^falquer une somme de 
4412439 francs concernant les capitaux ydoni le recouvrement 
implique le remploi, comme, par exemple, les prix devented*im- 
meubles consacr^s a Tachat de rentes sur rEtat.Ce sontlji trans- 
formations devaleursqu'il faut inscrire enrecette etend^pense. 

II faut encore d6falquer une d^pense de 2 343 220 francs, 
correspondant ft une recette %ale, et concernant les services a 
revenus distincts (fondations Galignani, Rossini, Chardon- 
Lagache, etc.). Ces ^tablissements, cr^^s et entrelenusau moyen 
de rossources sp^ciales provenant de lib^ralit^s, sont dirig^s 
par Tadministration hospitali^re, mais leur destination ne pent 
6tre chang^e ; plusieurs d^entre eux sont affect^s li une cal6gorie 
toute particuli^red'infortunes, et ne viennent qu*indirectement 
en aide ft TAssistance publique. Quelques-unes mdme de ces 
fondations ne sont pas destinies aux Parisiens : ainsi, les ma- 
ternity etablies ft Roubaix, ft Mont-Saint- Agnan, a Chalon-sur- 
Sa6ne, en execution des volont^s de M"' Boucicaut. 

II faut enfin d^falquer une somme de 3 350 7G2 francs pour 
des d^penses qui ne concement point des services d assistance 
ft la charge de Tad ministration de I'avenue Victoria, et qui cor- 
respondent d'ailleurs ft des recettes, savoir : 

1 610500 francs pour les ali^n^s des quartiers de Bic6tre et 
de la Salpfitri^re ; 

156 160 francs pour les enfants assist^s de Thospice de la rue 
Dcnfert-Rochereau et de V6cole de r^forme de la Salpfetrifere; 
137 700 francs pour le personnel de la division des Enfants- 
Assislds; 



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DfePENSES DE L'ASSISTAXCE PUBLIQUE DE PARIS. iOl 

591 000 francs pour secours en vue de pr6venir les aban- 
dons d'enfants. 

Ces sommes sont rembours^es k Fadministration de FAssis- 
tance publique, les trois premieres par le D^partement de la 
Seine, et la quatrifeme par la Ville de Paris. 

D'autre part, en vertu de dispositions testamentaires, Tad- 
ministration est obligee de verser 333 375 francs k des cur^s, k 
des tr^soriers de fabriques, a des consistoires Israelites ou pro- 
testants, et 252027 francs pour rentes, fondations, pensions, 
Int^r^ts de capitaux. 

Enfin les exploitations (cultures, vacheries, cantines) entrai- 
nent une d^pense de 270000 francs. 

En cons^uence, si du total du budget, soit 50877977 fr. 50 
on relranche : 

Pour services li revenus dislinclfl. . . . 2343220 \ 

Pour operations d'onlre ii 600 404 i AK^(ifiQ9K f 

Pour capitaux 4412439 I 

Pour divers 3350762 ) 

II ne reste plus que 35171 172 fr. 50 pour les services k la 
chaise de I'administration de TAssistance publique, et pour les 
Bureaux de bienfaisance. 

Cctte somme se decompose ainsi : 

l«»Malades 17470023 

2» Vieillards et inflrmes 7609634 

3« Indigents et n^cessiteux 6380725,50 

31460382,50 

4« D^penses diverses 3710700 

Total ^gal 35171172,50 

1** Malades. 

Les 13162 lits d*h6pitaux entralnent une d^pense de . . 15608704 

Le traitement des malades & domicile coiite 1295030 

Pour les accouchements chez les sages-femraes de la ville, 

on pr^voit une d^pense de 446289 

L^ann^e demi^re, le Conseil municipal a inaugur^ le se- 
cours repr^sentatif du s^jour k rhdpital, pour lequel 

on a inscrit un credit do 100000 

EnQn, aux vaccinalions k domicile, on consacre une 

somme de 20000 

Total 17470023 



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102 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

Le nombre des lits affect^s au traitement des malades scrait 
suffisant, si les hdpitaux n'^taient pas encombr^s de Yieillards 
et d'infirmes, qui, faute de place, ne peuvent 6tre transport's 
dans les hospices. 

2* Vieillards et Infirmes, 

Les 10757 lits que renferment les hospices et maisons de 
retraite k la charge de I'admiDistration occasionnent 

une d^pense de 6072034 

II a ^t^ CT^€ 4088 secours de 360 francs par an, repr^sen- 

tatifsdu s^jour ^Thospice, d'ou une d^pensede . . • 1472000 
^administration de T Assistance puhliqae paye la pension 
d'uQ certain nomhre d'enfants assist^s majeurs et in- 

firmes; le credit est de 65000 

Total 7609634 

C'est surtout les lits d'hospice qui font d'faut, et les secours 
repr'sentatifs ne peuvent supplier au manque de lits, car 
nombre de vieillards, sans famille, ou atteints de graves infir- 
mifs, ne peuvent vivre avec la pension annuelle de 360 francs 
et doivent de toute n'cessit^ 6tre hospitalises. 

3** Indigents et N^cessiteax. 

Les Bureaux de bienfaisance disposent, pour secours an- 

nuels aux indigents, d'une somme de 3867424 

Pour secours temporaires aux n^cessiteux, d'une somme de 2 321 266 

D'autre part, il est d^pens^ pour secours divers 192035,50 

Total 6380725,50 

Le credit de 1 92 035 fr. 50 est affects aux ddpenses suivantes : 

Secours par le pr^fet . 30000 

Secours par le Directeur de TAssistance * 73000 

Secours de route 30000 

Allocations aux fondations Tisserand et Damet. . 20000 

Allocations aux asiles de convalescence d'enfants. 30 000 

Loyer du dispensaire du X\* arrondissement . . 2035,50 

Frais de recensement de la population iiidigente. 7000 

Avec le credit de 3 867 424 francs pour secours aux indigents, 

on pent allouer : 

4000 secours de 20 francs par mois. 

8000 secours de 10 francs par mois. 

2604 secours de 8 francs par mois. 

32284 secours de 4 francs par mois. 



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DEFENSES DE LASSISTANCE PUBLIQUE DE PARIS. 103 

et en plus, une somme de 100000 francs k r^partir entre les 
46 888 indigents, k Toccasion de la F6te Nationale du 14 juillet. 
Le secours de 4 francs par mois ne permet pas de vivre k 
des personnes sans ressources ei presque incapables de travailler . 
Aussi, sur le credit de 2 321 266 francs affects aux n^cessiteux, 
il faut pr^lever une large part pour secours extraordinaires aux 
indigents. II en r^sulte que les sommes dont disposent les Bu- 
reaux de bienfaisance pour secours d'urgence sont absolument 
insuffisantes. 

4® D^penses diver ses. 

Nous rangeons sous cette rubrique les d^penses qui ne se 
rapportent pas imm^diatement aux malades, aux vieillards et 
infirmes, aux indigents et n6cessiteux. 

Ces d^penses s'61fevent k la somme de 3 710 790 francs, savoir : 

Personnel administratif 715900 

Agence des travaux de b&timenl 104200 

D^penses d'impressions, de poste, de frais d'ad- 

judication 185120 

Frais de cours et de concours 42500 

Allocations k des veuves de m^decins 10000 

Expenses d*entretien de TAdministration centraie. 121310 

Total 1179030 

Pensions de retraite et de repos du personnel 

administratif etdu personnel secondaire. . 697200 
Frais de perception du droit des pauvres, de ges- 
tion domaniale, de contributions, et frais 

d'acte et de procedure 460400 

Depenses de personnel et de materiel des Bu- 
reaux de bienfaisance 755825 

Depenses de personnel et de materiel des ^ta- 

blissements de service general 618335 

Total 3710790 

En r^sum^, pout venir en aide aux trois categories de per- 
sonnes a secourir dont elle a la charge, Tadministration de 
TAssistance publique k Paris ne dispose que d'une somme de 
35308872 fr. 50. Nous sommes ainsi loin du chiffre budg^taire 
de 50 millions, et la somme de 35 millions parait bien modeste, 
en regard du chiffre de la population de Paris. 



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VARIETES 



Inaaguration de F Asile temporaire pour les enfants 
dont les mires sont k Thftpital. 

Le 28 octobre dernier, V Asile temporaire pour les enfants dant les mires 
sont d rhdpital a ^t^ inaugur^ en presence de M. le President de la R^pu- 
bliqne. 

Une nombreuse assistance avait r^pondu k rinvitation de la commission 
de patronage. Je nommerai presque an hasard, — ne pouyant nommer 
tout le mondcy — d*abord, M*** Joles Siegfried, pr^sidente, et les membres 
da conseii d*administration ; M"« Frank Puaux, secretaire; M. Oit, tr^ 
sorier; M"^«* Engine Scherer, Gustave Mirabaud, Permolet, MM. Pyrame 
Nayille et Bardac; puis, parmi les invites, MM. Charles Blanc, pr^fet de po- 
lice ; Peyron, directeur de TAssistance publique de la Seine ; Henri Monod, 
directeor de TAssistance publique; Th. Roussel, s^nateur; D' A. J. Martia; 
Bizot, maire du X1V« arrondissement (avec ses adjoints) ; prince d'Arenberg, 
depute; les conseillers municipaux du XIV*' arrondissement; le chef du 
cabinet du pr^fet de la Seine, Charles Goudchaux; M"^** de Selares, Char^ 
ras, L^vdque, Henri Monod, Suchard de Pressens^, de Coppet, Adolphe 
Puaux, Alfred Engel, Dolfus, Sigismond Bardac, etc., etc. 

L* Asile temporaire est une branche tr^s int^ressante de cette (Buvre 
touffue de la CKauss^edu Maine, doniy hi d^jd eu Toccasionde presenter une 
annexe aux lecteurs de la Revue (1). L'QEuvre de la Chauss^e du Maine 
a grandi par additions successives et par essais d'applicalion, au fur et k 
mesure des n^cessit^s. Elle n'est pas une creation de la raison pure ; et 
r« esprit de g6om6ine», je suppose, yaurapris peu de part; mais IV esprit 
de finesse » y a trouv^ quelques-unes de ses plus justes inspirations, — si 
Ton veut bien admettre qu'en s'appliquaut aux oeuvres du sentiment, 
Tesprit de finesse, k la fois, s'inspire de Texp^rieoce et 6maae de la 
bonte... 

L'CEuvre dela Chauss^edn Maine a^t^ fondle en 4871, par M*** Edmond 
de Pressens^, pour venir eii aide aux families des victimes de la Com- 
mune. Le quartier populaire dont elle a pris le nom foisonnait alors de 
toutes les rois^res qui tratnent k la queue des guerres civiles. Une des plus 
navrantes attesta, tout de suite, son urgence et ses besoins. Des m^res de 

(1) Y. les Colonies de vacances, n» du 10 juin. 



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VARlfiTfeS. 105 

famille, charg^es d'eniants, tombant malades, r^sistatent il la souffrance 
et se d^fendaient de l*h6pital, ^puisant leurs demi^res forces dans les 
soordes resistances d'une lutte silencieuse contre cette forme de I'Assis- 
tance sociale qai prend Jam^re, et, pour la gu^rir, jette les enfants k la 
me, k la piti^ du voisinage, ou k la charity publique e t ^ lliospitalite du 
D^pdt. D'un contact permanent avec ces soufTrances — et avec d'humbles 
h^roismesy 4mana presque imm^diatement Tid^e d*an asile temporaire 
pour les enfants dontles m^res devaient se rendre, et d^sormais n'h^si- 
teraient plus k se laisser soigner, r^conforter, guerir 4rb6pital... 

Gela fut tr^s simple au premier moment. La place manquait. Les fonds 
manquaient. Un actif d^fouement se tira d'affaire. J'ai pr^sent^ il y a 
quelques mois M"« Vieux (1) aux lecteurs de la Bevue. M"« Vieux dirigeait 
en ces ann^es de gen^se I'ouvroir, qui est le noyau autour duquel, par la 
suite, tout Tensemble des « OBUvres » s'agglom^ra. Eocourag^e par la fon- 
datrice (M*** de Pressens6), aid^e par les dames patronnesses de Toeuvre, 
M"* Vieux se multiplia. Elteprit sur ses nuits, demanda Taumdne, re^ut 
des b^b^; un beau jour (de Tann^e 1881), un petit dortoir se trouvait 
annex6 sans tapage k I'ouvroir (alors sita^ rue des Fourneaux). 

*< Notre petit asile est en pleiu soleil, disait M"^* de Pressens^ dans son 
compte rendu de Tann^e 1881-1882, bien a^r^, et comptera buit lits... » 
(Test le debut modeste d'une oeuvre qui ne s'en tiendra point aux derniers 
d^yeloppements realises. L'Asile temporaire est aujourd'bui un gracieux 
chalety dont Tarcbitecture delicate s'^rige au fond d'une large cour enso- 
leiliee. L'arcbilecle, M. Augustin Rey, s'est heureusement inspire de c< cet 
asile modeie que nous r^vions depuis si longtemps, dit un rapport de la 
Commission de patronage pr^sidee par M"^* Jules Siegfried;... notre rdve 
est devenu une r^alite. Un vaste et elegant bdtiment,... oil rien ne man- 
quera au point de vue de Tbygifene, s'elfeve... sur le beau terrain qui nous 
a ete concede parl'Assistance publique... » 

Le programme est rempli, rien ne manque, « au point de vue de Tby- 
giftoe ». Or, lliygiene, quand elle applique toutes ses lois, s'atteste par des 
raffinements, etdevient le luxe denossocietes democratiques. Ge luxebieu- 
faisant deploie toutes ses coquetteries, — toutes ses promesses de sante 
physique et morale, — dans les clairs dortoirs, dans la salle de bains, dans 
les salles de jeux, dans la salle k manger, et dans retinceiante cuisine 
de TAsile temporaire. Les petits bancs s*aiignent, pimpants sous ieur ver- 
nis neuf. Les petites tables sont dressees k Texacte bauteur ou Tenfant s'y 
pourra commodement installer. II y a des jouets pour les petits, un par- 
loir pour les meres; et le luxe des nettoyages n'est egaie que par le luxe 
des soins. — L'enfant qui, apr^s un sejour de quinze jours ou de six mois, 
peuimporte, sortira de ce palais des poupons pour rentrer k Tetroit logis 
ou s'entasse la famille ouvriere, Tenfant ne souffrira-t-il point par compa- 
raison, s'il est assez grand pour comparer; par privation, privation d'air, 
privation de bains, privation de lumi^re, privation de jeux dans Tespace et 
dans la clarte,8'il esttrop petit pour faire autre chose encore que de sentir? 

Peut-etre. 

(1) V. tocctl. 



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106 REVUE PHILAXTHROPIQUE. 

Mais ce n'est pourtant pas une raisoB, parce qae la privation doit ^tre 
subie, pour que la privation soit constitute eQ rfegle... Et, au surplus, il 
pent arriver ceci, que la mfere compare elle-m^me, el s'efforce, et appreone 
k Clever Tenfanl selon desm^thodes nouvelles, par la conception de nour 
veaux besoins et de moyens difT^rents. II arrivera ceci encore — ou il pour- 
rait arriver que Tenfant, d^j^ grand, capable de comparaison, revlnt de 
Tasile k la m6re avec le goCki et la nostalgie de la propret^, qui est le grand 
myst^rede Thygi^ne... Par 1&, TAsile temporaire de Tavenue Villemain(l) 
n'est pas seulement une tr^s belle oeuvre d'assistance sociale. II est une 
permanente le^on de cboses. II est le type sur lequel chaque region de 
Paris devrait Hre tent^e de calquer un 6tablissen>ent analoguei—quitte a en 
modifier le plan selon les aptitudes, les ressources et les besoins de la re- 
gion, — cela pour deux raisons : 

Premiere raison, toute de sentiment, si vous voulez, de justice peut-^tre, 
et d' (c assistance » veritable: assistance kla, femme qui soufTre; assistance 
k Tenfant, qui pdtirait; 

Denxi^me raison, d'int^rdt social bien entendu: il est utile k la soci^t^ 

que la femme du peuple regoive des soinsquand elle est matade; il est bon 

qu'elle accepte des soins, et qu'ellene se d^feude point de Thdpital; il est 

bon qu*elle se porte bien, et pour avoir des enfants, et pour soigner les en- 

fants qu'elle a; el il n'est pas moins utile et bon que Tenfanl ne soil pas 

neglige, mdme au profit de la m^re... Je d6die cette reflexion aux ap6tres 

de la campagne contre la « depopulation », el je me borne k rappeier, 

pour conclure, la conclusion de Tallocution prononc^e par M. le President 

de la R^publique k la c^r^monie du 28 octobre : « Mesdames, vous avez 

bien m^rit^ de la patrie ». 

DICK MAY. 

Voici les discours prononc^s par MM. Jules Siegfried et Pyrame Naville, 
au nom du conseil d*administralion : 



DISCOURS DE M. JULBS SIEGFRIED 

AU NOM DU COMSBIL d' ADM Ilf I8TRATI0N 

Monsieur le President, 

Le Conseil d'administration de Toeuvre que nous inaugurons aujour- 
d*hui, m'a charge de vous remercier du grand honneur que vous lui t^vez 
fail en acceptanl d'assister k cetle f6le. Cette journ6e est, en effet, une 
grande dale pour le comity de eel Asile qui veil se r^aliser ainsi un rSve 
qui estle digne couronnemenl de plusieurs ann^es de travaux et de per- 
se v^ran Is efforts. 

La premiere id^e d'un etablissemenl qui recevrail des enfants dont les 
meres sonl malades cbez elles ou k Thdpilal remonle k 1883. G'esl un 
contact journalier avec les femmes de la classe ouvriere qui en fit senlirla 
grande n^cessite. En elTel, dans un menage d'ouvriers laborieux, lorsque 

(1) Avenue Villemain, 39. — L'Asiie temporaire est ouvert aux enfants de tous 
les tulles. 



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VARlfeTES^ 101 

le pire et la m^re sont valides, Iput va bien encore, le travail permet de 
sobTenir aqxbesoins jouroaliers de I'existence, mais qa'une maladie grave 
arrive, maiadie qui force celui ou celle qui en est attaint a aller^ Th^pitaU 
que deviennent les enfants? Les m^decins des bureaux de bienfaisance 
sarent combien est dure k vaincre la resistance des m^res k se s^parer 
des leurs.C'est pour r^pondre k ces angoisses maternelles que quelques en- 
faats furent alors instali^s dans une salle du local de ToDuvre de la Chauss^e 
du Maine fondle au lendemain de la guerre et de la Commune par une de 
ces femmes decceur qui savent, si discrdtement et si noblement, soulager 
et partager les souffrances des bumbles et des petits. En nommant M*** de 
Pressens^, je ne puis m'emp^cber d'^voquer aussi Le souvenir de M. de 
Pressens^, ce r^publicain et ce patriole Eminent qui a consacr^ sa belle et 
forte intelligence et son Eloquence k la defense de toutes les causes nobles 
et g^n^reuses. L'exemple de ces deux vies toujours associ^es pour faire le 
bien a 6U, on pent le dire bien haut, une force et un puissant stimulant 
pour conlinuer la belle oeuvre de fraternity et de solidarity quils avaient 
entreprise avec quelques amis en 1871. 

L'Asile Temporaire de la Ghauss6e du Maine, install^ tr^s modestement, 
rencontra d^s la premiere beure les plus vives sympatbies. Les quelques 
lits dont on disposait ^taient toujours insuffisants. 11 faut dire qu'en fran- 
chissant le seul de I'Asile, les enfants quittaient leurs parents pour retrou- 
ver une vraie m^re en la personne de la directrice, M"* Vieux, que le 
Comit6 est bien beureux aujourd'hui de voir k la tdte de cet ^tablisse- 
ment module. 

En presence des grands services rendus par cette oeuvre k la classe 
ouvri^re, le comity de TAsile d^cida la construction du nouveau et vaste 
local actuel, ^difl^sur ce magniOque emplacement concede g^n^reusement 
par TAssistance publique de Paris. Tout ii Theure, monsieur le President, le 
Gonseil d'administration aura rhonneur de vous faire parcourirce bel asile. 
Vous pourrez juger par vous-mdme de son parfait am^nagement et vous 
fi§liciterez, nous n'endoutons pas, le jeune et intelligent arcbitecte, M. Au- 
gustin Rey, qui a su allier k un sens pratique tr^s modeme un style plein 
de gaiety et de po^sie. Les gens du quartier, m'a-t-on dit, ont surnomm^ 
cet asile « la villa des enfants », c'est un nom vraiment bien tronv^ pour 
celle jolie demeure qui n*6veille avec son jardin (leuri, ses verandas k 
ritalienne et sa fa^de ensoleill^e que des images de vie familiale et 
joyeose. 11 y a quelques ann^es, un membre du comity fit entrer k TAsile 
trois enCants en bas dge dont la m^re.etait appel^e k subir une grave ope- 
ration. Des que le cbirurgien en eut donn^ la permission, la protectrice de 
cette famille se fendit k Th^pital pour voir la malade et lui apporter des 
nouvelles de ses enfants; mais& peine s'approcbait-elle dulit de la pauvre 
femme que celle-ci, dans un dlan de toucbante reconnaissance, lui tendit 
les bras en s'^criant avec des larmes dans les yeux : « Ob! ^merci, merci, 
gr&ce k vous» j'ai pn souifrir en paix ! » 

Ce crt de la femme du peuple courageuse et r^sign^e k la femme 
beoreuse et priviiegiee de la vie, n'est-il pas le plus grand eioge qu'on 
puisse faire de Tceuvre que nous inaugurons [aujourd'bui ? Preserver les 
enfants des dangers physiques et moraux ou les iaissent forc6ment Tab- 



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408 REVUE PHILANTHROPEQUE. 

sence momentan^e de la m^re, et donner A celle-ci la paix dans la soaf- 
france, n'est-ce pas une belle et grande oeuvre, faite poor provoqner non 
■ seulement des dons incessants, mais aussi des creations d'asiles noaveaux 
dans Paris el daos toutes les grandes villes de France. 

En agissant ainsi, nous affirmons de plus en pins cette grande loi de la 
solidarity dont la flnde ce si^cle n'a va encore, nons n'en doutons pas, que 
la lumineuse aurore* 



DISCOURS DE M. PYRAME NAVILLE, 

MKMBRB DU COIfSBIL p' ADMINISTRATION DB L*(EUVRB 

Monsieur le President, 

A la suite de Thistorique si complet qui vient d'etre fait devant tous 
par M. Jules Siegfried de ToBuvre de rAsiie temporaire d'enfants que nous 
inaugurons aujourd'hui, il n'y aurait v6ritablement rien 4 ajouter, sinon 
le renouvellement des plus vifs et sinc^res remerciements que je me per- 
• mets, monsieur le President, de vous adresser au nom des membres du 
comity, d'avoir bien touIu honorer cette f^te de votre presence. Nous 
adressons aussi nos remerciements k M. ie ministre de Tlnt^rieur, M. le 
president da Conseil general, M. le president du Conseil municipal, M. le 
pr^fet de la Seine, M. le pr^fet de police, MM. les maires et adjoints des 
X1V« et XV« arrondissements, qui ont bien voulu ^galement assister en 
personne ou se faire representor a cette c^r^monie, et c'est dans un senti- 
ment de sincere reconnaissance que je viens leur souhaiter la bienvenue 
et les remercier de I'honneur qa'ils nous font. 

II est juste aussi et nous nous faisons un devoir de coeur de reconnaltre 
les inappr6ciables services qui ont ^i€ rendus d ToBUvre par les pouvoirs 
publics dont nouscomptons ici de si nombreux repr^sentanU. 

l/initiative priv^e est bonne et excellente. Elle pent quelqnefois riva- 
liser, dans les heureuz resultats de ses entreprises, avec tout ce que TEtat 
fait de bon dans le domaine de I'assistance et du secours mutuel. Mais le 
mieux n'est-il pas encore. de. voir se joindre, par une union aussi profi- 
table que bien inspir^e, tout TefTort de Tinitiative priv^e k toute la bonne 
volonte des pouvoirs publics, en vue de la realisation d'une oeuvre de fra- 
ternity humaine? 

Or c*est \k le spectacle, monsieur le President, auquel nous vous avons 
convi6 aujourd*hui. Comme Ta rappeie tout ft I'heure M. Jules Siegfried, 
c'est k une haute et gen^reuse initiative individuelle qu'est due Tid^e pre- 
miere de Toeuvre de la Gbauss^e du Maine dont cet Asile est une branche 
ayant pris aujourd'bui sa vie propre. Je me plais, une fois de plus, k 
rendre hommage au nom k la fois grand et modeste de M"^^ de Pressense 
qui ful la veritable ioitiatrice de r(Buvre;d'autres coBurs que la charite ani- 
mait aussi s'unirent k elle, ToDuvre v^cut, grandit, se fortifia, au point qu'il 
devint n^cessaire qu*e11e edt sa maison propre pour ne pas etoulTer dans 
les modestes logis de rencontre qui abriterent ses debuts. 

Cette maison, monsieur le President, vous Tavez sous les jeux, mais je 
me bdte de dire que le moment ne serait pas encore venu de vous la pre- 



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rvv-# 



VARlfcTES. 

senter si nous avioas ^te laiss^s u nos seules forces, ou plut6t k ce 
DOS nombreox amis et souscripteurs. 11 faut beaucoup d*argent poui 
et iant d'oeuvTes aussi yariees qu'u tiles se parlagent Tattention pu 
qae cette concurrence pour Je bieo diminue la part qui revient k < 
groupe qu^teur. Peut-Stre aurions-nous ^t^ forces d'attendre enc 
certain temps, jusqu'i ce que nous eussions r^uni les fonds su 
et obliges de relarder Touverture de cette maison de bienfaisance, i 
n'arions trouv^ en haut lieu un secours et un appui efficaces, qu 
ont permis d'arriyer plus t6t au butpatierament etdepuislongtemp: 
suiyi. 

M. le president du Conseii, ministre de I'agricultureetMM.lesmi 
de la Commission qui collaborent avec lui, ont bien youlu nous fail 
allocation imporlante sur les fonds qui, par leurs soins et conform^] 
la loi, doiyent 6tre distribu^s k des ceuyres de bienfaisance et d'int^ 
blic. M. le s^nateur Jules Siegfried, dont la raodestie airae k passe 
silence les grands seryices qu'il rend k toutes les nobles causes, no 
mettra de rappeler le d^yoiiment infatisable qu'il a consacr^ a 1' 
gr^ce k lui, men^e k bien, et de joindre son nom k celui de M. le 
dent du Conseii et des membres de la Commission auxquels nous s< 
redeyables d'un plus prompt ach^yement de notre Asile. Nous leur 
primoDs k tons notre plus profonde reconnaissance. 

Nous n'oublions pas qu'ayant cette date, dej&, d*autres autorit^ 
avaienti non seuiement t^moign^ de la plus gt^n^reuse bonne volenti 
materiellenrant aid^s de la mani^re la plus efflcace dans I'entrepi 
TediGcation de notre maison k une ^poque oil elle n.'^lait encore 
projet. C'est eneffet k Tad ministration de TAssistance publique et av< 
sentiment dn conseii municipal de Paris, que nous sommes redeyal 
terrain sur lequel nous avons bkii. Chacun comprend Timportance 
telle lib^ralil^. Que MM. les directeurs de I'Assistance publi(] 
M. le president du Conseii municipal et MM. les membres du Conse 
nicipal re^oivent ici Texpression de notre sincere gratitude pour c< 
fait. 

liais ce n*est pas tout. Mes collogues ducomite de I'Asile m'en vou< 
«i j'omeltais de dire bien baut combien ils ont ^tk touches de V 
sjmpathique qu'ils ont rencontre^ chez toutes les personnes auxque 
ont en uu appel a adresser pour recueillir les fonds n^cessaires. 
les mains se sont ouyerteslargement, et c'est d'un coeur kn\n que n( 
nons yous dire merci k tons, g^nereux donateurs, dont je yois ici un 
nombre, et qui lous, presents ou absents, nous avez permis de con< 
bien une entreprise qui n'^tait pas sans difflcult^s. 

M'etais-je tromp6 tout k Theure en yous parlant,monsieur le Pr^ 
des rdsultats bienfaisants auxquels devaieot n^cessairement abouti 
onion loyale et actiye,cette sorte de collaboration latente mais r^ell 
les initiatives privees, les d^vouements individuels d'une part 
bonnes volonles et g^nerosites prolong^es des pouvoirs publics 
part? 

Le comit^ne croirait pas avoir rempli tons ses devoirs s'il ne p 
pas de Toccasion exceptionnelle d*aujourd'hui pour adresser ses pi 



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110 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

cdroB felicitations k Tarchitecte de la maison que nous ioaugurous, 
M. Augustin Rey. Les compliments les plus mentis lui ont d6j46t^ adres- 
9^8 et il lui en sera encore adress^ souvent, sur le bon goAt, la gr&ce, 
]*originalit6 de sa construction. M. Rey s'est montr6 artiste en m^me temps 
que travailleur consciencieux. Des mattres en la mati^re se sont plu a re- 
connaitre les hautes qualit^s d^ploy^es par lui, et YousallcK T0us-m6me en 
juger, monsieur le President, en visitant F^tablissement. 

M. Rey a ^t^, du reste, admirablement second^ dans sa tAche, par 
messieurs les entrepreneurs dont nous sommes heureux de voir piusieurs 
dans cette assembl^e et auxquelsle comity adresse ses roeilleurs remercie- 
ments. Ges messieurs seront recompenses de leur tAche difflcile par le 
sentiment qu'ils ont contribu^ k une bonne et belle oeuvre vraiment d6- 
mocratique. Un seul mot encore. On parle beaucoup de feminisme en ces 
lemps-ci. Eh bien! je ne crains pas de le dire, la creation de cette maison 
d'asile pour enfants est le triomphe du feminisme bienfaisant, le plus 
pratique, le plus digne de tons d'etre encourage et imit^. Sans Tinlassable 
pers^vf^'rance, sans la patience k toute ^preuve, sans Th^roTque obstiuation 
dans le bien des dames qui ont consenli k prendre le patronage de cette 
enlreprise, notre Asile n*existerait pas. Et les dames dont nous avons 
I'honneur d'etre les collogues, nous permettront, en leur nom comme au 
n6trey que dis-je, ellesnous demanderont express^mentde designer parmi 
elles, plus particulidrement notre pr^sidente, M""** Jules Siegfried, et notre 
secretaire, M"* Frank Puaux, comme ayant pris, entre toutes, une part 
considerable, la part la plus importante dans le travail constant, les efforts, 
les peines, soins, soucis, qu'a n^cessit^s raccoinplissementde notre oeuvre. 

C'est k elles qu'est principalement dil notre succ^s flnal et nous leur 
adressons Tbommage de notre respectueuse reconnaissance. 

Les dames du Comite nous permettront de joindre k elles, dans Tex* 
pression de nos sentiments reconnaissants, notre directrice de TAsile, 
.M^>* Vieux, qui depuis tant d'ann^es consacre sa vie, sa sante, ses forces 
et surtout son CGPur, avec le devouement le plus absolu, aux enfants qui 
nous sont conOes. Puisse-t-elle continuer longtemps ce qu'elle a si bien 
commence, pour la prosperite de notre oeuvre commune. 

II nous reste encore a remercier la direction du materiel de la Ville de 
Paris qui a bien voulu donnerson concours. bene vole, ainsi que M. le gou- 
verneur militaire de Paris qui nous a envoye la musique militaire du 103*' 
regiment d*infanterie, ce qui donne a cette rf^union un caractfere patrio- 
tique. 



L'OSiavre budg^taire de la troisi^me R^publiqne en mati^re 

d'assistance. 

DISCOURS DE M. LE PROCUREUR UlalNtRAL RENAUD 

M. le Procureur general Renaud a prononc6 k la stance solen- 
nelle de renlree de \k Cour des Gomptes un important discours sur 
VOEuvre budg^taire de la troisidme R^publique en mati^re, (t assistance. 



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VARli^TfeS. ill 

En raison de sa grande importance et de son exir^e intdr^t, nous 
reprodnisons in extenso ce document : 

Monsieur le premier Pr^ident, 
Messieurs, 

« La R6pablique manquerait k sa mission esseniielle si elle n'^tait de 
plos eo plas le gouvemement de la fraternity ei de la solidarite sociaies. » 

Telies ^taient les paroles prononc^es au mois d'avril dernier, k Tassem- 
bl^e g^u^rale de FUnion du commerce, par Thonorable M. Barthon, mi- 
nistre de I'int^rieur. 

n m'a sembl6 qu'il ne serait pas sans int^r^t de rechercher dans quelle 
mesure les Parlements qui se sont succed^ depuis 1871 avaient compris 
celte mission et quel est au point de vue budgdtaire le chiiTre exact des 
sommes que la troisieme R^pablique inscrit au budget de 1897 pour les 
oeuvres d'assistance et de solidarity. 

D'apr^s le chiffre des credits qui ont 6t^ vol6s, le budget pour Texercice 
i897 se pr^sente de la mani^re suivante : 

En recettes 3 385 704 145 francs; 

En d^penses 3 385 367 484 francs. 

Or, les huit dixi^mes du chifTre total des dSpenses constituent la stride 
remuneration des services g^n^raux indispensables a Texistence m^me de 
la nation et k sa s^curite ; mais ils sont sans profit direct pour les citoyens 
eux-m^mes. Les besoins essentiels auxquels, k ce dernier titre, le budget 
d*une democratic doit pourvoir sont, independamment du perfectionnement 
de routillage national, feducation, Tinstruction et Tassistance publique. 
Ces depenses devralent mdme etre plus largement do tees que les autres, 
parce qu'elles contribuent puissamment au developpement de la richesse 
nationale. 

fin ce qui a trait plus directement aux depenses d'assistance, leur dota- 
tion, encore bien modeste il y a vingt-cinq ans, s'est accrue d'annee en 
annee. De nombreux projets de loi emanes de initiative parlementaire ou 
deposes par le gouvemement sont venus former un ensemble qui morite 
d'occuper dans Tesprit public une place importante, et c'est k cet examen, 
llessieurs, que je vous demande la permission de vou^ convier au- 
joord^ai. 

Parmi les lois d'assistance, une des premieres en date est celle relative 
k la protection des enfants du premier dge. 

Cette loi, qui porte la date du 23 decembre 1874, est due u I'initiative 
du docteur Tbeophile Roussel, alors depute de la Lozere k I'Assemblee na- 
Uonale, aujourd'bui senateur et membre de Tlnstitut. M. Roussel a donnt' 
son nom a cette loi; elle le fera vivre dans la memoire de ses concitoyens 
k raison des bienfaits multiples qu'elle a prodigues k I'enfance. Son but 
est connu de tons. Elle confle k des commissions locales et u des medecins 
inspectears la surveillance des enfants ^es de moins de deux ans, allaites, 
places en sevrage ou en garde hors du domicile de leurs parents. Les de- 
penses qu elle occasionne sont mises par moitie k la charge de TEtat et 
des departements. Elles comprennent les frais d'inspection medicale des 



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412 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

enfants, les indemnit^s k verser aux secretaires des mairies aslreints k de 
nombreux travaux d'^criture concernant la protection infantile* les indem- 
niUs de dSplacement anx juges de paix charges de verifier dans les mairies 
ies registres de la protection, les recompenses accord^es aux noun-ices 
les plus meritautes, et enfln tout ce qui a trait aux imprimis r6glemen- 
taires. 

Lechiffre porte au budget de 1897 pour le service de la protection figure 
(chap. 42 du minist^re de Tinterieur) pour une somme de 840 000 francs. 
A ce credit se rattache celui du cbapitre qui le suit imm^diatement, 
156000 francs, pour secours allou^s aux soci6t6s de charity maternelle et 
aux crdcbes. 

L'application de la loi sur la protection des enfants du premier dge a 
dejii abaisse de 20 k 25 p. 100 la mortality infantile. Mais il faut obtenir. 
mieux encore. On peut se demander, en consid^rant dans leur ensemble 
les differents tarifsmis en vigueur, et notamment celui des bonoraires des 
m^decins inspecteurs dont la surveillance 'm^dicale constitue Torgane . 
essentiel de tout le service, si la modicite des credits n'est pas de nature 
k nuire k Timpulsion decisive qui devrait etre donn^e k ce service, impul- 
sion si desirable et si n^cessaire pour conserver k I'existence de pauvres 
petits etres abandonn^s dans un temps ou le nombre des naissances tend 
k dlmlnuer de jour en jour. 

La depopulation de la France est devenue, en elTet, une des preoccupa- 
tions les plus vives du legislateur. Pour la combattre utilement, on parte 
du retablissement des tours dans les hospices et les 6tablissements chari- 
tables. Ce retabiissement a 6U demand^ au Parlement; s'il est vote, sera- 
t-il un remede efOcace pour exercer une influence serieuse sur la nata- 
lite ? 11 est permis d*en douter, car le mal tient k Torganisation sociale tout 
entiere, &nos lois, k nos moeurs, qui sont une cause de decheance pour la 
femme qui voudrait accepter vail lamment les charges de la maternite. Mais 
il n*en faut pas moins applaudir k tout ce qui serait de nature k enrayer 
ou a diminuer le mal, et, par consequent, au vote erois emis le 12 juin 
dernier par la Chambre des deputes qui a pris en consideration la propo- 
sition tendant au retablissement des lours. 

L*annee meme ou prenait naissaoce la loi sur la protection des enfants 
du premier dge, intervenait, a la date du 19 mai 1874, une loi reglemen- 
tant le travail des eafants et des flUes mineures employes dans I'industrie. 
Gette loi, jugee defectueuse It certains points de vue, notamment en ce qui 
concerne Vkge d'admission des enfants au travail, la duree du travail des 
femmes pendant la nuit, a donne lieu k de nombreuses modiflcations et a 
ete fmalement remplacee par une loi du 2 novembre 1892, qui a regu le 
nom de « loi sur le travail des enfants, des fiUes mineures et des femmes 
dans les etablissements industriels » et qui est devenue « la loi organique 
du travail industriel », 

Les travailleurs qu'elle interesse sont classes en trois categories : les 
enfants sans distinction de sexede douzeou treize ansjusqu*li dix-huit ans; 
les filles ou femmes de dix-huit k vingt et un ans; enfln les femmes ma- 
jeures mariees ou non. La duree du travail pour ces difi'erentes categories 
(dixouonze heures au maximum) varie selon Vkge; le travail de nuit est 



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VARlfeTfeS. 113 

interdil en principe; le travail de jour est coup6 par des repos obliga* 
toires. 

Gette loi da 2 novembre 1892 a ^t^ pr^c^d^e d'ane vaste enqudte faite 
dans toutes les parties du territoire, puis pr^par^e par les discussions et 
les YCBux de la conference Internationale de Berlin, ou la France fut repr6* 
sent^e notamment par MM. Jules Simon et Tolain. Aujourd'hui on peut 
consid6rer comme d^flnitiTeraent acqub les priucipes qu'elle consacre. 

Pour assurer son execution, un service complet de surveillance, de con- 
tr61e et de repression a ^te organist. A la tdte de chaque region indus- 
trielle sont places des inspecteurs justiflant d*une competence technique. 
Leurs rapports, centralists au minist^re du commerce, sont remis h. une 
commission sup^rleure du travail, compos6e de membres eius par le Par- 
lement et de membres d^sigoes par M. le president de la R^pubiique. Puis 
des commissions d^partemen tales rempla^nt les commissions locales cr^^es 
par la loi de 1874 sont nommees par lesconseils gen^raux, avec mission de 
signaler le mode d'ex^cation de la loi et les ameliorations qu'elle pour- 
rait comporter. 

Au budget du minist^re du commerce (chapitre 22) est inscrite une 
somrae de 640000 francs pour assurer Texecution du service, non compris 
celle de 15000 francs (chapitre 21} aiiectee specialement au comite supe- 
rieur du travail. 

Bien des fois s'est pos^e cette question : Comment cette loi estroUe 
appliquee? Les credits alloues sont-ils suffisantsfN'est-il pas k craindre 
que ces lois de 1874 et de 1892, failes uniquemeut en faveur des enfanls de 
la classe ouvriere, ne soient pas de nature h. remplir compietement le but 
que le legislateur a cherche k atteindre ? 

Or, il resulte des declarations memes de la commission superieure et 
des inspecteurs du travail que ces << lois du travail » ne re^oivent qu'uoe 
application incomplete, soit parce que Tinspection n'est pas assez nom- 
breuse, soit parce que les inspecteurs n'ont pas Tautorite sufQsante et les 
facilites necessaires pour les faire observer. 38 p. 100 seulement des eta- 
blissements industriels sont visites; 62 p. 100 ne le sont pas. 

Un des derniers rapports de la commission superieure du travail s'ex- 
prime ainsi : « Sur 286763 usines ou ateliers dontTexistence aete signaiee 
en 1895, les inspecteurs en ont visite 109486, soit 38 p. 100. Le nombre 
des ouvriers qui y etaient occupes s'eievait k 1764181. Ces chifTres reprd- 
sentent 70,57 p. 100 du total des 2 500 000 ouvriers indiques dans le rapport 
de 1874 comme soumis aux lois sur le travail et en moyenne pr^s de 
17 ouvriers par atelier visite. Quant a la question du travail de nuit et 
repos hebdomadaire, les abus ne se produisent guere que dans les petite 
ateliers ct ceux de moyenne importance. II est d'ailleurs souvent impos- 
sible de les constater et de les reprimer, le travail se faisant souvent dans 
an local autre que Tatelier et od Tinspecteur n'a pas libre acces. U fau- 
drait an personnel beaucoup plus nombreux pour saisir toutes les con- 
traventions. » 

Le rapport se lermine par deuxremarques ayant trait aux commissions 
cbargees de veiller k Tapplication de la loi. 

t< Dans six departements seulement les commissions deparlementales 

REVUE PHILA5THR0PIQUE. — II. 8 



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114 REVUE FHILANTHROPIQUE. 

ont 6t^ convoqa^es en i89o. Dans les aulres d^partements elies n'existent 
pas ou sont seulement en vole de formation. 

« Quant anx comit^s de patronage qui doivent dtre ihstitu^s dans 
chaque d^partement en vue de la protection des enfants dans i*industrie 
^tdu developpement de ieur instruction professionnelle, iis ne paraissent 
pas avoir exerc^ jusqu'ici, malgr^ les diligences faites par les pr!§fets, une 
action bien inutile et bien f^conde. » 

Les faits constates dans ces rapports et les consequences qui en d^- 
coulent semblent done d^montrer que Tex^cution de la loi de 1892 laisse h. 
d^sirer sur bien des points, tant il est vrai qae souvent il est moins diffi- 
cile de faire une loi que de Tappliquer. Si TinsufOsance du personnel est 
une des causes du mal, le Parlement, qui a le sentiment des graves int^- 
r^ts mis en jeu par une bonne et complete execution de la loi, n'h^sitera 
pas, le cas ^ch^ant, j*en ai la conviction, k augmenter le credit du 
cbapitre 22. 

Les lois dont je viens de vous entretenir ont, Messieurs, pour objet 
principal et imm^diat la sant6, la constitution physique et le developpe- 
ment des forces de I'enfant. D'autres lois sont venues les compMtei' an 
point de vue de I'Mucation morale k donner k Tenfant; je citerai notam- 
ment celle du 24 juillet 1889, visant la protection k accorder aux enfants 
assist^s ou moralement abandonnSs . 

Sous le nom de puissance matemelle, le legislateur a r^uni I'ensemble 
de tous les droits n^cessaires aux parents pour s^acquitter du devoir 
d*education impost par la nature. Mais cette puissance paternelle perd sa 
port^e et n'a mdme plus sa raison d'etre si le devoir essentiel d^^ducation 
n'est pas rempli. Les parents qui, par de mauvais traitements, ont mis en 
p6ril la sant^ de Tenfant ou qui Font corrompu par le spectacle de Ieur 
inconduile,ont prononce eux-memes Ieur prppre d^ch^ance.En ce cas, les 
droits de la puissance paternelle Ieur sont enlev^s pour 6tre d^l^gu^s k 
TAssislance publique, organe et repr^sentant de TEtal, el Texercice de ces 
m^mes droits passe k Tdtablissement ou simple particulier gardien de 
I'enfant. 

Les enfants ainsi abandonn^s que les administrations d^partementales 
recueillent en assumant k Ieur ^gard les obligations du p^re de famille 
deviennent alors les pupilles de I'assistance et sont conG^s k des nouiTi- 
ciers qui habitent la campagne. Des inspecteurs ei des sous-inspecteurs 
ont k recruter cos nourriciers, k se transporter p^riodiquement dans Jes 
communes ou les pupilles sont places et k constater les soins dont ils sont 
Tobjet. Plus tard, lorsque ces pupilles ayant atteint treize ans r^volus ne 
sont plus astreinls k frequenter T^cole, ils sont places chez des patrons 
(en tr^s grande majority chez des agriculteurs) od ils ^changent Ieur tra- 
vail journalier contre les frais de nourriture et d'entrelien. Des gages Ieur 
sont m^me ailoues la plupart du temps. 

Le service des enfants moralement abandonn^s constitue un service 
departemenlal. 11 est r^gie par les conseils g^n^raux ; les d^penses qu'il 
necessite sonl voices par ces assemblies et le contingent de TEtat dans le 
total des d^penses est flx^ au cinqui^me. Pour ^valuer le contingent 4 
inscrire au budget de 1897, on a pris pour base les d^penses pr6vues dans 



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VAR1£t6S. H5 

les budgets d^parleraentaux de 1896, et comme le chiffre de ces d^peoses 
avail 6t6 lvalue poor 1896 & 25 millions environ (exactement 24 133 896 francs), 
la part contributive de TEtat a ^t^ inscrite au budget pour la somme de 
4900000 francs, k laquelle il convient d'ajouter celle de 985 000 francs pour 
frais d'inspection et de surveillance. 

A la fin de Tann^e 1896, TefTectif total des enfants moralement aban- 
donnas s'elevait au chiffre de 168605. Des inspecteurs au nombre de 94, 
des sous-inspecteurs au nombre de 108, soit 202 fonctionnaires r6tribu6s 
par r£tat. ont mission d'assurer le bon fonctionnement du service et de 
ponrsuivre ainsi le sauvetage de Tenfance en rafTranchissant d'uu contact 
malfaisanl et d'une autorit^ demoralisatrice. 

Tous les moralistes s'accordent h reconnaitre que la corruption de Ten- 
fance abandonn^e est uiie des causes de la criminality. Si plus tard quel- 
ques-uns de ces enfants succombent, TEtat a voulu qoe le condamne, une 
fois sa peine achev6e, pAt rencontrer une main secourable venant lui offrir 
et au besoin lui donner du travail. Des comit^s de patronage se sont 
fond^ dans le but de manager pour le condamn^ Iib6r6 les transitions de 
la prison k la liberie et de lui preparer en quelque sorte par un travail 
jonmalier une convalescence morale. Ces soci6t^s de patronage pour les 
lib^r^s tendenl a se multiplier de jour en jour; elles ne sauraient 6tre trop 
Tivement soutenues et eucourag^es, et le budget de Tint^rieur consacre 
en lear faveur pour 1897 une somme de 120000 francs (chapitre 75). 

L'enfanl avance en kge ; il a besoin qu'on donne k son coeur et k son 
esprit cette assistance morale qui d^coule de toute culture intellectuelle. 
Or, nous savons tous, Messieurs, dans cet ordre d'id^es, combien la troi- 
sieme R^publique a largement dot^ et assis sur des bases in^branlables 
Topuvre de reducation et de I'instruction nationale. 

Ce n'est pas en ce moment le lieu de rappeier, ne fdt-ce que par le 
sommaire, tout ce qui s'est accompli en France depuis vingt-cinq ans pour 
rinstruction de Tenfance. II a fallu en quelque sorte tout cr6er : les bdti- 
ments, le materiel, le personnel et aussi les m6thodes. L'Etat r^publicain 
prend Tenfant d'^e scolaire, de sept k treize ans, et lui donne toute rin- 
struction que pent comporter cet kge, II a cr6e la caisse des ^coles, les 
cours d'adultes, les biblioth^ques scolaires, il a accord^ de larges subven- 
tions aux communes, aux villes, aux d6partements pour les aider a faire 
face aa paiement des annuit^s et au remboursement des emprunts qu'ils 
ont contractus pour la construction des ^tablissements publics d'enseigne- 
ment. Les lib^ralit^s de I'Etat se sont ^tendues k Tenseignement secon- 
daire et a Tenseignement sup^rieur. Des bourses ont 6t^ cr^^es dans les 
lyc^es, les colleges et les ^tablissements d'enseignement primaire supe- 
rieur; en6n, de nombreuses ^coles professionnelles ont ^t6 fondles. 

Aussi, alors que le dernier budget de rinstruction publique vot6 sous 
rEmpire atteignait (budget ordinaire et budget extraordinaire compris) le 
chiffre raodeste de 42806721 francs, le m^me budget pour 1897 s'dl6ve k la 
somme de 194868146 francs, et dans ce chiffre I'enseignement primaire 
el6mentaire figure pour la somme considerable dc 116710020 francs. 

L'enfanl a grandi, il est devenu homme. Voyons comment I'Etat, qui a 
dirige ses premiers pas, soulenu ses premieres ann^es, va continoer son 



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116 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

ceuvre de protection sociale. Nous allons uous trouver en prudence d'une 
organisation complete (soci^t^s de secoars mutuels, caisses d*6pargne, caisse 
nationale des retraites pour la vieillesse, caisses d'assurances en cas d'ac- 
cidents ou de d^c^sj dont les diverses parties abritenl Touvrier laborieux, 
(^conome et pr^voyant, att^nnent les effets du chdmage, les suites de la 
maladie et des accidents et assurent enfln des ressources pour la vieil- 
Jesse. 

Parmi ces multiples combinaisons ofTertes par le l^gislateur pour 
^carter la mis^re et fonctionnant sous la surveillance, le contrdle ou la 
garanlie de I'Etat, beaucoup d'entre elles b6n6ficient dans une large 
mesure des subventions budg6taires. En premiere ligne, il convient de 
placer les soci^t^s de secours mutuels. 

Le but premier des soci^t^s de secours mutuels avait ^t^ I'assurance 
centre les risques des maladies. La retraite n'6tait envisag^e que comme 
une Eventuality heureuse, comme une sorte de prime k Tesprit de pr^- 
voyance offerte par les membres honoraires de la soci^t^ au moyen de 
leurs cotisations. Puis TEtat est intervenn et a manifesto son concours par 
des subventions, des bonifications d'int^r^ts et des privileges fiscaux resul- 
tant de rexon^ration pour la society des droits d'enregistrement et de 
timbre. Un premier fonds de dotation au capital de 10 millions avait ete 
constitue k leur profit d^s 1852. Mais h, mesure que le nombre des soci^t^s 
et du personnel des membres participants s'est accru, le Parlement n'a 
pas h^site k majorer par des credits inscrits annuellement au budget les 
reserves de cette dotation. Une somme de 810000 francs figure au budget 
duminist^re de I'interieur pour Texercice de 1897 (chapitre 11); un second 
credit de 900000 francs est ^galement allouE sous cette rubrique spEciale 
(chapitre 12) : « Majoration des pensions de retraite des soci^lEs de se- 
cours mutuels. » Un pr^l^vement de 180000 francs snr les fonds des caisses 
d'Epargne re^oit une destination analogue, et enfin uu quatri^me credit de 
2 millions est inscrit annuellement au ministere du commerce (cha< 
pitre 34) avec cette mention : « Bonification des pensions de retraite; 
allocation k la vieillesse. » 

En regard de la d^pense relativement considerable qu'elles impose nt k 
I'Etat, ces subventions offrent Tavantage de provoquer k TEpargne et de 
relever la dignity des participants de la society, qui passenl ainsi de la 
categoric des assistes dans celle des prevoyants. 

Le nombre des societes de secours mutuels s*eievait, lors<iu dernier 
recensemenl, au chifTre de 10328, comprenant plus de 1500000 membres, 
chifTre modeste si on le compare a ceiui de i'Angleterre, qui compte sur 
son territoire plus de millions de mutualistes. L'avoir sociid de toutes ces 
societes disseminees sur toute I'etendue de la France s'eieve k plus de 
230 millions; et en une annee les cotisations versees par les membres par- 
ticipants ont depasse le chifTre de 22 millions. 22 millions preieves sou 
par sou sur repargne, k travers toutes les difficultes de la lutte pour la 
vie ! Quelle reponse k certaines declamations ! 

A cette question des societes de secours mutuels se rattache celle des 
retraites ouvrieres, et il faut reconnattre qu*il n'est pas de probieme plus 
intereisant pour une democratic que ceiui qui consiste k preserver de la 



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VARlfeTfeS. 

misere et du d^nuement les derniers jonrs des travailleurs. M. Audi 
d6piit6 de la Loire, s'est vou6 depuis de longues ann^es k T^tude et 
solutioD de ce gros probl^me en y apportant toute la sinc^rit^ d 
amour pour le peuple. 

Le projet de loi dont il a ^t^ le rapporteur et dont la discuss 
occupy plusieurs stances de la Ghambre, cr^e entre les louvriers 
patrons une solidarity qui est de nature ^^tablir entre eux des liens 
muns d'int^r^t et de pr^voyance. Tout ouvrier, employ^ ou servit 
gages qui est dispose k verser k la caisse des retraites peut oblige 
patron k participer pour moiti6 dans le versement dont le maximu: 
fix6 4 4 p. iOO du salaire. Et, r^ciproquement, tout versement du p 
entraine un versement correspondant de la personne employee, q 
patron est autoris^ k retenir sur le salaire. 

D*une telle disposition on voit se d^gager bien nettementl'id^ef^t 
de la pr^voyance. Ed associant ainsi I'ouvrier et le patron k la constit 
des pensions de relraites, la loi a pour r^siiltat direct et imm^diat de 
tribuer k la paix sociale et k Tentente cordiale entre Touvrier et le ps 
Au lieu de se consid^rer comme ennemis, ils comprennent tous deux 
ont des int^r^ts communs qu'un sentiment de mesquine jalousie h 
caches pendant longtemps. Puis cet accord donne naissance k des d^p 
utiles qu'un industriel avis6 et intelligent n'h6site pas k s'imposer, 
eomprend que le pays ne sera ?raiment en mesure d'assurer une pe 
de retraite aux ouvriers que le jour ou la production agricole, indust 
et commerciale aura pris assez de d^veloppement pour amener Taug 
tation des salaires et leur faire alteindre un chiffre permettant r6pa 

Dans de lelles conditions, la pr^voyance est un fait social de la 
haute port^e et on conceit que I'Etat, veritable mutuality sup^rieure, 
pas h§sit6 k accorder un nouveau secours financier aux soci^t6s de sei 
mutuels. La Ghambre des d^put^s, dans sa stance du 4 juin demi 
d^cid^ qu'k Tavenir les soci^t6s de secours mutuels seraient appeli 
b^D^ficier d'un int6r6t dont le taux maximum a ^t6 fix6 ^ 4 i/2 p. 10 
telle sorte que lorsque la Gaisse des d^pdts et consignations, par exei 
servira aux d^posants des soci^t^s de secours mutuels un int^rSt de 
p. 100, le budget de T^tat supportera une bonification de 1 p. 10< 
soci^t^s ne devant avoir k souiTrir ni directement, ni indirectemen 
Tabaissement du loyer de Targent. 

Gette disposition flnanciSre n'a pas ^i6 vot^e sans rencontrerune 
▼ive opposition. Si la mutuality se d6veloppe, ainsi qu'on est en droit ae le 
supposer, les subyentions de TEtat ne seront-elles pas, en efTet, expos^es k 
atteindre un chifTre trop considerable? Ne sera-ce m^me pas un budget 
snppl^mentaire que le pays sera appel6 k supporter et pour lequel on n'a 
pas song6 k cr^er les ressources correspondantes? II y a 1^ un inconnu de- 
vant lequel le l^gislateur u'a cependant pas recul^, taut les sentiments de 
solidarite et de paix sociale que la mutuality a pour effet de d^velopper 
lui ont paru sup^rieurs k un int^r^t financier. 

La loi de finances promulgu^e le 29 mars dernier contient la disposi- 
tion suivante (article 43} : « Apartir du 1*' Janvier 1897, TEtatcontribuera, 
dans les conditions de la loi sur Tassistance m6dicale et conform^ment 



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118 REVUE PHILAXTllROPIQLE. 

anxbar^mes A et B de cetteloi, au paiement de toate pension annuelle 
d'au moins 90 francs et de 200 francs au plus constitute par les d^parteT 
ments et les communes d'accord avec les conseils g^n^raux, en faveur de 
toute personne de nationality fran^aise pri?^e de ressources, incapable de 
subvenir par son travail aux necessit^s de Texistence et soit dg^e de plus 
de soixante-dix ans, soit atteiule d'une maladie ou d'une inArmit^ re- 
connue incurable, sans que le nombre des pensions auxquelies de?ra con-* 
tribuer T^tat puisse d^passer par d^partement 2 p. 1000 dQ la population 
et que cette contribution pour chaque pension puisse ^tre sup^rieure ^ 
50 ft*ancs. Cette pension annuelle sera toujours revocable. » 

La question sociale soulev^e par cette disposition de loi de date recente 
^ ^t^ trait^e par M. le ministre de Tint^rieur dans une reunion des soci^t^s 
mutualistes tenue dans la ville de Rouen au mois de juin dernier. En 
m6me temps elle a donn^ lieu dans la presse k une vive discussion. Le 
fait de venir en aide aux d^sh^rit^s et aux vaincas de la vie constitue-t-il 
une obligation stricte (;t ^troite dontl'Etatne sauraiten aucun cas s'affran- 
chir? Est-il prudent de proclamer si haut Tintervention forc^e de I'^tat? 
Est-il sage d'^veiller tant d'esp6rances dont la satisfaction peut devenir 
difficile et lointaine? 

Si la mutuality est la doctrine commune et aussila commune esp^rance 
de tons ceux qui d^sirent la solution de certains probl^mes sociauz ; si 
elle est par excellence la forme privil^gi^e de revolution sociale, et k ce 
titre dans les traditions du parti r^publicain tout entier; si enfin elle 
constitue et doit devenir de plus en plus un merveilleux instrument d'edu- 
cation morale, c'est k une condition ineluctable ; k la condition qu'on 
u'inscrira pas k sa base la croyance k la toute-puissance de I'Etat. Gar ha- 
bituer les mutualistes k cette id^e qu'il suffit en toute chose de Tiuterven- 
tion de I'Etat, c'est vicier la mutuality elle-mSme, c'est la d^tourner de 
toute initiative, de tout sentiment deresponsabilite et surtoutdu souci per- 
sonnel de la liberie, si utile k repandre et k propager. G'est, de plus, une 
tendance deplorable vers le socialisme d'Etat; et je suis de ceux qui pen- 
sent qu'une nation qui en serait reduite k compter avant tout sur I'Etat 
pour Taccomplissement de ce qui constitue un des devoirs moraux essen- 
tiels de J'individu, le devoir d'assistance et de secours », qu'une nation oil 
les desherites de la fortune se considereraient comme les creanciers du 
Tresor, serait une nation mtlre pour tons les despotismes et absolument 
impuissante k les combattre. 

En pareille matidre, la tdche d'un veritable esprit liberal n'est done pas 
d'etendre, mais bien de restreindre, en la placant, Tintervention de I'Etat 
dans les affaires d'assistance, et c'est en partant de ce principe que, dans 
une question comme celle de savoir ceque I'Etat est tenude faire en faveur 
de Thomme arrive pauvre k la limite de la vieillesse, apres avoir paye sous 
toutes les formes sa dette a la patrie, il est possible de trouver place pour 
une solution moyenne dont la democratic ne pourrait etre que reconnais- 
sante k la Republique. 

L'exemple, du reste, ne vient-il pas de haut? Que voyons-nous dans la 
sphere d'activite et de travail qui nous enloure? Depuis que le regime 
protectionniste est institue, T^tat refuse-t-ii d'intervenir dans des interdts 



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VARlfeTfeS. 119 

oii riniUaUve individnelle et la concurrence libre r^glaient nagu^re \es 
fluctuations de la richesse et des marches? L'Etat intervient, et il le fait 
dans an int^r^t g6n^ral, dans le but de preserver des industries qui font 
partie int^grante de la fortune nationale. Or,n'est-il pas^ident que Tex is- 
tence et la s^cnrit^ des vieux travailleurs constituent ^galement une part 
notable du patrimoine national, et qu'il serait bien injuste et bien cruel 
de r^pondre par an non possumm k des classes laborieuses le lendemain 
du jour oti Ton vote, par exemple, des primes k Tindustrie sucri^re ou u 
la marine marcbande? 

Cette disposition de la loi de finances du 29 mars dernier a <^t^ rappelee 
aux pr^fets par one circulaire du 20 avril 1897 ^manant de la direction do 
['assistance et de i'hygi hue publiques ; puis elle a ^t^ sanctionn^e par Tou- 
verture d'un credit special de 590 955 francs au chapitre 44 du budget de 
rint^neur. G'est done un premier pas fait vers la realisation du voeu 6mis k 
Tunanimite de 572 votants, Je 27 d^cembre 1895, par la Ghambre des 
d^put^ [et ainsi eon^u : « La Ghambre, r^solue k organiser dans le plus 
bref d^lai possible Tassistance des infirmcs et des vieillards indigents par 
la contribution des communes, des d^partemeuts et de r£tat, prend acte 
de la promesse faite par le gouvemement de proposer dans le budget de 
1897 les credits n^cessaires pour jeter les premieres bases de cette organi- 
sation. » 

Gette somme de 590955 francs n'est qu'un credit d'amorce inscrit au 
budget de 1897 ;il faut s'attendre k le voir s'enfler au fur et k tnesure que 
se d^velopperont les id^es d'assistance et de solidarity. Xos ressources 
fiuanci^res sufiiront-elles k pourvoir k des charges si g^n^reusement 
accept^es ? 11 faut Tesp^rer et ne pas perdre de vue que la loi trouvera un 
correctif sufQsant et son juste ^quilibre dansTobligationimpos^e aux com- 
munes et aux d^partements d'assurer, avant I'Etat, une part importante 
dans ces d^penses nouvelles de I'assistance. 

Nous avons encore, Messieurs, k envisager sur bien d'autres points le 
rdlebienfaTsant de I'Etat Une loi de date assez r^cente, puisqu'elle porte 
la date du 15 juillet 1893, a determine le mode de concours de I'Etat dans 
les d^penses de I'oeuvre d'assistance m6dicale dans les campagnes. Aprds 
avoir d^fini le domicile de secours et determine les conditions dans les- 
quelles ce domicile s'acquiert et se perd, la loi a cr^^ un troisi^me domi- 
cile de secours, le domicile national, pour tons les Fran^ais qui n'en ont 
pas d'autre. Aux termes de cette loi, (out individu qui a quitt^ sa com- 
mune depuis plus d'une ann^e et qui ne pent faire la preuve qu'il s'estfix6 
depuis un an au moins dans une autre commune, tombe en casde maladie 
ila charge de I'Etat; de telle sorte que I'Etat prend sous sa tutelle exclu- 
sive, en cas de maladie, toute une cat^gorie nouvelle d'individus consti- 
tuant une population nomade et errante qu'il 6tait tr^s difficile jadis de 
rattacher k un domicile communal ou d^partemental. 

Les d^penses obligatoires de TlStat sont, dans I'esp^ce, de trois sortes : 
1* celles repr^sent^s par les subventions accordt^es aux departements et 
aux communes proportionnellement aux charges qu'ils supportent dans Ic 
service de I'assistance m^dicale; 2® celles occasionn^es par le traitement 
des malades citoyens fran^is n'ayant aucun domicile de secours ; 3<» celles 



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120 REVUE PHILANTHROPIQLE. 

conceFnant les frais d'administration relatifs k Texdcation de la loi. Les 
deux premiers articles de d^penses ^tant soomis & des causes multiples de 
variations, soit parce que I'importance de la popalaiion appel6e k b^n^fi- 
cier de la loi est difficile k fixer, soit parce qu'elle s'accrolt en fait de toos 
ceux que 1e d6faut de traTail, la ruine, la mis^re, la a6cotisid^ration m^me 
ont amends k quitter lear pays d*origine, on ne peutse baser d*unemani^re 
absolae pour en fixer le chiffre sur celui de telle ou telle ann^e. Une cir- 
culaire, en date du 22 juln 1806, a ^t^ adress^e k tous les pr^fets pour leur 
demander de renseigner le Parlement sur les r^sultats adminislratifs et 
sociaux de la loi. Or ces renseignements 6tablissent que le service d'assis- 
tance m6dicale dans les campagnes est une tr^s lourde charge budg^taire 
et que les communes cherchent k s'en affranchir le plus possible. Mai:) le 
Parlement n'en continue pas moins son osuvre de protection sociale et il a 
inscrit an budget de 1897 pour Tex^cution de la loi (chapitre 46) une 
somrae de 1 450 000 francs. Un credit suppl^mentaire de 3 400 francs 
(chapitre 44 : Frais d'administration relatifs k la loi sur Tassistance m^di- 
cale gratuite) a m^me 6i6 vot6 par le S^nat dans la stance du 25 juia 
dernier. 

Rappelons encore que le credit pour remboursement des frais d'assis- 
tance occasionn^s par des individus sans domicile de secours, mais autres 
que ceux qui b^n^ficient de la loi du 15 juillet 1893, a M port6 au budget 
pour lasomme de 150000 francs employee k pourvoir aux frais d*hospita- 
lisation et de transf&rement d'ali^n^s, d'indigents d*origine ^trang^re, de 
vieillards et de malades atteints d'infirmit^s incurables. 

Je signalerai, mais pour m^moire seulement, les subventions que le 
Parlement vote depuis nombre d'ann^es en faveur de I'institution natio- 
nale des sourds-mnets de Paris, de Bordeaux et de Ghamb^ry, de I'insti- 
tution nationale des jeunes aveugles, des asiles nationaux de Vincennes 
et du Y^sinet, de la maison de Gharenton, de I'hospice des Qoinze-Vingts. 

Depuis que le service militaire s'est g^n^ralis^, I'Etat n'a pas h^sit6 a 
accroltre lemontant des secours accord^s aux anciens railitaires. Bn 1876, 
la somme port^e au ministdre de la guerre k titre deallocations de secours 
s'^levait k 3332000 francs. Ai\jourd'hui elle d^passe 5 millions (exacte- 
ment au budget de 1897 la somme de 5 196500 francs). 

De m6me le minist^ de la marine, qui ne pouvait disposer en 1876, k 
titre de secours en faveur des anciens marins, que de la somme minime 
de 112 521 francs, a vu en 1897 le credit port^ k 1 million, sans compter 
les 9161 736 francs forroant la subvention de la caisse des invalides de la 
marine . 

Je signalerai ^galement une augmentation sensible au minist^re des 
Iravaux publics, dans le chifTre des secours accord^s aux agents perma- 
nents de I'administration. De 132 000 francs qu*il ^tait en 1880, le credit 
est mont^ k 250000 francs de 1884 k 1892, et dans ces derniers temps le 
nombre des parties prenantes a pris une telle extension que le Parlement 
a jug^ n^cessaire de doubler le credit et de le porter k 503 500 francs. 

L'article 66 de la loi de finances du 16 avril 1895 avait d^cid^ que le 
credit mis k la disposition du ministre des travaux publics pour bonifier 
les pensions de retraites des cantonniers de T^tat serai t r^parti suivant 



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111.I IP ^,H» J ^-r 



VARlfeTfeS. 

on r&glement d'administration publique. Or, ce r^glemeot a 
la date da 22 f^yrier 1896, et il permet de porter Je chiffre d 
des cantonniers aux deux tiers de lear salaire. 

Anssi an credit de 500 OOa francs figare-t<il au budget de 
qu'il ne d^passait pas 80000 fraocs en 1870. 

Depuis loDgtemps, Messieurs, les pouvoirs publics ont coi 
d^plorant, I'^migration du paysan vers les grands centres. Le 
se d^peoplent au profit des villes, comme si la lutte pour la 
pas aussi p^nible et aussi difHcile. Pourqnoi cet abandon et 
meot? L*Etat aurait*il manqu^ de solticitude pour le paysan 
Anrait-il ni^lig^ de mettre eu oeuvre toutes les mesures propi 
nir sur ]e sol qui Ta vu naltre ? 

Je ne parlerai pas de Textension don nee aux grands trav 
routes, caiiaux, chemins de fer, qui, en facilitant sur tons U 
territoire I'exploitation et la vente des produits, ont accru d 
table proportion la valeur de la terre. Mais des lois sp^ciales 
t^es dans Tint^rdt exclusif de Tagriculture. Au mois de juillet 
'vernement pr^sentait un projet de loi sur le Code rural ; le 
itait promulgate la loi relative & la restauration et k la consi 
terrains en montagne dans le but de prot^ger les plaines cont 
dations. Ind^pendamment de la loi g6n6rale sur les syndicats 
nels da 21 mars 1884 s'appliquant dgalement k Tagriculture, es 
une loi sp^ciale du 15 d^cembre 1888 autorisant la creation 
pour la defense des vignescontre le phylloxera. 

L'enseignement agricole longtemps d^daign^ a 6t^ orga 
larges bases qui foot de Tagriculture une veritable science ; 
6^1es, des ^coles pratiques d'agriculture, un institut agron 
6i€ cr^^s. Une loi du 16 juin 1879 a fond^ une chaire d'agric 
chaque d^partement et nous voyons aujourd'hui chaque d^par 
sMer cette chaire dont les professeurs sont charges de cours 
k r^cole normale primaire et de conferences dans les commu 
importantes. 

Le budget de 1897 est le reflet exact et vivant de ces r6f 
ces am^lioraUoos. Sous la rnbrique de : a Subventions h des 
agricoles, — Encouragement k Tagriculture etau drainage, — 
s^riciculture, — Encouragements k Tindustrie chevaline, — 
pour le traitement et la reconstitution des vignobles de France 
pour pertes mat^rielles causees par les intemp^ries », le budg 
culture dont le chifTre ne d^passait pas 15 millions en 1870 
joard'hai le chifTre de 41 734343 francs. 

Et le Parlement ne paralt pas dispose k s'arrSter dans ce 
question agraire est en ce moment plus que jamais k I'ord 
comportant avec elle la solution de plusieurs probl6mes d61i 
agricole, banques r^gionales, chambres d'agriculture, assui 
taelles agricoles. Dans la derni^re session legislative, les ^choi 
Bourbon ont retenti des brillantes discussions engag^es sur c 
dont la solution s'impose k bref ddlai. Car, en presence des o 
cyclones qui parcourent nos regions les unes apr^s les autres 



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122 REVUE PIIILANTHROPIQUE. 

les maisons, aD^antissantlesr^oltes et ne laissant que ruines et devasta- 
tion derrifere eux, TEtat est impuissant k r^parer lespertes et les deficits 
qu'occasionnent de pareils fl^aux. 11 ne peut apporter qu^un soulagement 
que la, frequence et T^tendue des d^sastres, comme ceux dontcette ann6e 
nous a servi letriste spectacle, rendentA peu pr^s illusoire. 

Dans une grande d^mocratie comme la n6lre, il faut de toate n^cessil^ 
qu'il y ait parity de situation entre Touvrier des villes et [le laboureur des 
champs. Le monde agricoie est par essence plus immobile, plus calme, 
plus difficile k agiter. Raison de plus pour ne pas le payer de belles 
phrases et remplacer les promesses par des r^alites. Or, si nous voulons 
faire quelque chose de pratique et de tangible, trouver le vrai remade a 
des plaintes trop souvent justifiees, c*est encore dans cet 'admirable prin- 
cipe de ^association mutuelle que nous puiserons le moyen de r^soudre le 
probl^me des int^r^ts agricoles. 

Donnons, sans plus tarder, une solution k la question des assurances 
mutuelles agricoles. Sur la demande qu en a faite M. le president du con- 
seil des minstres, un premier jalon a et^ pose pour le budget de 1898. II 
a ^t6 d^cid^, en efTet, que le chapitre 41 du budget de 1898, au lieu de 
s'intituler « Secours pour perle et ^v^nements malheureux », porterait la 
rubrique « Subvention aux assurances mutuelles agricoles contre la gr^le 
et la mortality du bdtail ». N'oublions pas ^galement tous les services 
rendus au pays par les chambres de commerce, et croons k leur image, 
dans chaque arrondissement, des chambres consul tatives d*agriculture 
qui, sous une autre forme que les banques r^gionales, pourront puissam- 
ment aider a la constitution du credit agricoie. 

Je m*arr6te, Messieurs, car je ne voudrais pas d^passer les limites d'un 
discours de rentr^e, et je termine en me demandant quelles sont les 
conclusions qui se d^gagent de cet expose budgetaire. 

II en est une premiere [que personne, je pense, ne songera k me con- 
tester. « Le monde est fatigu6 de voir des mis^rables », s'6criait un jour 
un grand patriote, Godefroy Gavaignac. Gette lassitude g^n^reuse, la troi- 
si^me R^publique I'a ressentie plus qu'aucun autre gouvemement. Qui 
oserait, en efTet, disputer k la troisi^me R^publique la palme dans les 
bienfails g^n^reusement accord^s k Thumanit^ soufTrante et lib^ralement 
octroy^s k la classe si nombreuse de ceux qui ne vivaient que par le tra- 
vail et le labeur de chaqoe jour ? Je viens de prendre Tindividu k tous les 
kges de son existence; je Tai vu nattre, grandir, s'instruire, travailler, 
souffrir et vieillir. Depuis le jour de sa naissance jusqu'au jour de sa mort, 
quelle que soit la condition sociale dans laquelle le sort Ta place, j*ai 
constal^ que T^tat accompli ssait enverslni une partie des devoirs sociaux 
resultant de sa fonction, de ses charges dans la vie. 

Or, il me semble, Messieurs, que Thumanit^ n'est pas appel^e tous les 
jours k contempler un spectacle aussi forliOant et aussi iustructif. GVst 
quelque chose, en effet, n*en d^plaise aux pessimistes, que de pouvoir, 
pendant un quart de si^cle, suivre pas k pas la trace bienfaisante laissee 
par le d^veloppement continu et constant des principes de Tassistance vi 
de la solidarity ! On n'est certes pas arrive k la suppression de toutes les 
plaies, de toutes les niisdres, et ii n'est que trop vrai, helas I que si Ton 



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VARlfeTfeS. 123 

demande k un homme riche ou pauvre : « Sou(rrez-you»? » il y aura, 
aajonrdliui comme hier> presque unanimity dans la r^ponse ! L'Etat sociu^ 
lisle lui-m^me, s'il doit se r^liser un jour, ne supprimera pas la plainte 
qui s'^^ve de tonte existence humaine; plusieurs pensent mdme qu'il la 
rendra plus ftpre c I plus poignante encore. 

Anssi, et c'est une deuxi^me conclusion, ne faut<*il pas pousser jusqu*a 
rextr^me limite ce privilege que TEtat s'altribue dQ faire ie bien et Tau- 
mdne a?ec Targent du budget, c'est-i-dire du contri|)uable? 11 ne faut pas 
lais6er s'^tablir dans ce pays la redoutable et fausse conception de I'felat- 
Providence. Ne nous abandonnons pas aux sp^culaUons^ m^taphysiques; 
il vaut niieux mettre le doigt sui* la plaie et reconnattre franchement et 
loyalement que le mal qui nous mine provient la plupart du temps de ce 
que nous attendons trop de I'^tat et de ce que le pouvqir central nous ap- 
paralt commc une providence chargde de distrlbuer le bonheur et la feli- 
city. 

Pour r^agir contre une si funeste tendance, il faut faire appel k I'ini- 
tiative individuelle, d^velopper la mutuality et I'esprijtde solidarity. Le sen- 
timent bien compris de la solidarity sociale est de nature k montrer a la 
France r^publicaine tout ce qu'il y a de f^cond dans le gouvernement des 
forces de ses enfants. Avec lui et par lui les d^faillances et les aUaques 
sont impuissantes k duller les liens 6troits et les rapports de dependance 
que revolution sociale ^tablit plus fortement de jour en jour entre les 
differentes classes de la soci^t^, colles du pass6 et celles du present. 
Comme si, du reste, Tesprit de classe n'avait pas fait son temps! Comme 
si ce qui flotte aujourd'hni au-dessus des ^paves de I'ancien mond<i et du 
Qouveau n*6tait pas un esprit national r^publicain assez fort pour s'orienter 
sans encombre dans les sentiers de la tolerance et de la liberty ! 

Enfin, et c'est 1^ ma demi^re conclusion, si proclamer les bienfaits de 
la fraternity, de la mutuality, de la solidarity, c'est exalter de beaux et 
nobles sentiments, je crois qu'il est encore mieux de les vivre. Mais dans 
leur pleine sinc^rit^ pratique ces sentiments, qui sont de nature h fonder 
la prosperiti§ et la grandeur d'un peuple, supposent une vertu mallresse 
puisne dans les profondes Energies de T^me. C'est done k cette dnergie in- 
time qu'ii faut recourir! 

Par elle, nous verrons se d^velopper et grandir cos qualit^h de peuples 
forts qui s'appellent llnitiative. Ten durance, Tesprit de sacriQce! Par elle 
avec TelTort personnel et constant de tons les int^ress^s, nous verrons 
noire ch&re France, aux henres des difQcult^s et des perils, surmonter 
tons les obstacles et conserver dans le concert des nations le rang veritable 
qui lui a loujours appartenu ! 



L'lficole des Sages-Femmes de la Maternity. 

DISCOURS DE M. GHARRIN 

L'opinion s'int^resse plus vivement que d'habitude k la question 
des sages-fenunes et des n^^decins accoucheurs; aussi croyons-nous 



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124 KEVUE PHILANTHROPIQUE. 

int^ressant de reproduire le disconrs prononc^ par M. le D' Charrin, 
m^decin de la Maternity, k la distribution des prix aux dl^ves sages- 
femmes de I'Ecole d'accouchement dirigde par M. le docteur Pierre 
Budin. 

Mesdames, Mesdemoiselles. 

Sans avoir un don de divination, j'imagine que parmivous, parmicelles 
du nioins qui airivent au terme de leurs etudes, tout en ce moment doit 
6tre k la joie. — Les unes vont recevoir les prix justement m6rit6s par 
Jeurs efforts, par leurs travaux ; les autres, an peu moins favoris^es, s'ap- 
prStent k user bientOt de ce diplOme conquis gr^ce k une pers^v^rante 
application. — 11 n'y a pas d'ombre au tableau ! Consultez les proc^s-ver- 
baux des examens : ilsvous r^pondront que ia fortune n'atrahi personne, 
qu'aucune ^\h\e n*a ^t^ jug6e indigne de ce titre de sage-femme de la Ma- 
ternity de Paris, titre depuis longtemps d6sir^, vivement ambitionu^ ! 

Dans ces r^sultats, que je proclame avec plaisir, j^aper^ois les conse- 
quences de votre zMe, de votre discipline ; j'y vois aussi ia marque de celte 
mesure a iouer entre toutes, qui a fix^ k deux ans la dur^e de votre s^jour 
dans cette 6cole. 

Je sais fort bien qu'au d^but tout au moins, on a centre cette mesure 
essays queiques critiques : on a parl^, entre antres choses, de carri^res 
rendues plus difficiles! Mais, apr^s tout, m^me dans cette bypoth^se, oti 
seraitle mal? — Tant que nosmoeurs seront ce qu'elles sont, et j'esp^re 
que sur ce point elles ne sont pas k la veilie d'etre boulevers6es, tant que 
I'exercice des professions m^dicales en g^n^ral ne sera pas absolument 
libre, il importera d*entourer leur accfes, leur exercice de toutes les ga- 
ranties possibles ! — Lorsqu'il s'agit d'un pareil recrutement, il est k coup 
siir permis de compter les 61ues ; il vaut mieux cependant les peser, les 
appr^cier : numerantur $ed ponderantur ; la notion de quality I'emporte ici 
sur celle de quantity. 

J'ai entendu, k vrai dire, formnler des accusations de routine, accusa- 
tions difficiles k comprendre en presence de modifications nouvelles; j'ai 
entendu mettre en avant des revendications au nom du progr^s, de ia 
liberty, ou encore pr^ciser des arguments que Ton croit sans r^plique, 
parce qu'ils s'appuient sur Texemple de coutumes ^trang^res! Mais — on 
Toublie trop — autre nation, autre civilisation, autre Education publique 
exigent souvent autre mani^re de faire. — A ceux ou celles qui veulent voir 
dans ces r^glements une atteinte k cette liberty qui paralt autoriser bien 
des conceptions, je r^pondrai que traiter les jours de ses semblables sans 
un contrOle sufQsant, c'est sortir des justes limites de ce qui est permis, 
c'est tomber dans ia licence, dans I'arbitraire ! — Quant aux aulres griefs, 
j'avoue ne pas les comprendre. — Le progr^s n'a jamais consists k reculer ! 
— On ne saurait, enGn, invoquer la routine ausujeldes changements qui 
sont sa negation m^me. 

Remarquez, du reste, qu'on r^glemente toutes les professions. — Aux 
avocats, aux ing^nieurs, k ceux qui s'occupent avant tout de nos int^rdts 
mat^nels, on impose des examens, des coocours; on prend, dans ces 



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VARlfeTfeS. 125 

conditions, nne s6rie de mesures en quelque sorte preventives. — D^s 
lore, commeot comprendre que ceux qui out charge de la vie humaine, de 
sa conservation, de sa sauvegarde aient seuls la faculty de se coniporter 
suivant leur bon plaisir ! 

Yraiment, le moment serait mal choisi ! — Si, & toutes les 6poques, la 
sage-femme a vis4 m^mebut, k aacune p^riode eilen'a eu, pour atfeindre 
ce but, des notions comparables k celles dont elle dispose aujourdliui! — 
Celles qui vons ont pr^c^d^es ont entendu parler de raiasmes, de contage, 
de mali^re peccante, voire d'espritsanimauxl Toutefois, avec leurs contem- 
porains, elle^ out ignore la nature solide, liquide ou gazeuse des agents 
de Hnfection ; elles ont ignor^ leur provenance, leurs habitats, leur genre 
de Tie, leurs modes de fonctionnement, de pullulation, de transport, de dis- 
semination : partant, elles ont dA renoncer k la connaissance rationnelle des 
proc^^s capables de proteger T^conomie contre de funestes agressions. 

Plus heureuses que vos atn^es, k la lumi^re des denudes positives de 
la m^tbode exp^rimentale, qui n'admet que ce qui tombe sous le sens, 
rous saisissez peu a peu ce que sont les 6tres myst^rieux, aptes k engen- 
drer les plus terribles accidents! Vous savez comment ils 6voluent, com- 
ment on les cultive, el, fait capital ! comment on les d^truit I Vous savez 
la conduite k tenir pour ne pas les laisser p^n^trer en nous, ou m^mepour 
entralner au dehors ceux qui ont commence k s'iutroduire, sans avoir 
r^assi cependant k seglisser dans la circulation g^n^rale. Vous savez qu*on 
rencontre ces germes sur la peau, dans le tube digestif, dans des regions 
de Torganisme en communication avec Tair, dans ces parties qui, suivant 
les expressions de CI. Bernard, con tinuent ^apparteniraumonde ext^rieur. 
Vous parvenez k entrevoir les proc^d^s capables de s'opposer au passage de 
ces microbes des surfaces cutan^es ou muqueusesjusque dans Tintimit^des 
tissus. — Ainsi, los notions positives, solides, sdres, permettant d'^viter le 
danger, sont d6}k nombreuses, d^j^ clairement codifl6es : Theure n'est 
done pas venue de laisser libre carri^re aux ignorants. 

Cette heure est d autant moins venue q\x*k ces notions Ib^oriques 
s'ajoutent des donn^es pratiques ! — Antisepsie, asepsie, ou, pour parler 
moins pr^tentieusement, proprete, propret^ exterae, interne, propret6 
scientiOque : voili vos grands moyens ! — Ou vous enseigne m^mea inter- 
roger lejeu de quelques appareils, celui des reins, par exemple, on vous 
apprend k rechercher Talbumine, k conseiller le [regime lact^, k faire 
appeler, en vous guidant sur des Elements de pathologie ici m^me d6ve- 
lopp^s, k faire appeler le m^decin avant tout sans retard. 

C'est qu'on sait le prix du temps, en mati^re de pathologie ; le mal a 
bientdt diminu^ la resistance des tissus; toute atteinte k T^tat normal 
ouvre la porte aux parasites. Or,precis6ment Taccouchement est une de ces 
circonstauces qui, promptement, peuvent amener un instant de faiblesse, 
de receptivity pour Tinfection : il importe k ce moment de surveiller T^co- 
nomie, de la preparer. — Pr6venir, en effet, vaut mieux que gu^rir. — Si 
nous sonunes en pleine saute, notre pouvoir contre les parasites est rela- 
tivement grand; aussi a-t-on pu dire avec raison, au risque de rendre 
jalonx M. de la Palice : « II est difficile de devenir malade, quand on est 
reellement bien portant. » 



I 



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12l» UEVLE PIIILANTIIHOPIQUE. 

Vous le voyez, ce n'esl point k I'dpoque ot les sciences que vous culU- 
vez s'61oignent plus que jamais de rempirisme pur pour se rapprocher 
desclaires, des saines denudes du domaine positif, ce n'est point k cette 
^poque oil il fait bon vivre qaand on s'int^resse k ces sciences ;non, ce n'est 
point & cette ^poque qu'il convient de cesser d'entourer de garanties ieur 
pratique, Ieur acc^ft. 

Ges garanties sent d'autant plus n^cessaires que la plupart d*entre vous, 
Mesdames, Mesdemoiselles, arrivent ici — permettez-moi de Je dire — dans 
une complete ignorance des notions dapprendre; le programme, d'un 
autre c6t^, comporte des sujets ^tendus, [les uns, k coup si!kr, plus impor- 
tants que les autres, sans qu'aucun puisse dtre n^glig^ ; dans ce domaine 
de la biologic il existe des sciences auxiliaires; je me refuse, en d^pH 
d'une nomenclature coasacr6e, k en reconnaltre d'accessoires. 

Rdll^chissoz doncun instant, et vous verrez de suite que deax ann^es sont 
oourtes pour parcourir ce programme, pour acqu^rir des connaissances 
qui vous permetlrant d'affronter sans trembler les situations difflciles, de 
supporter vaillamment les lourdes res{^nsabilit^s, d'^viter ces erreurs 
propres k entralner un arrdt fatal, une irrevocable condamnation!P6n^tr^es 
des moindres details de ce program n(ke, vous parviendrez peut-^tre k parer 
k tons ces accidents dontquelques-uns, secondaires en appare nee, susci tent 
n^anmoins d'interminables infirmites! Celies d'entre vous qui se perfec- 
tionneront sans reldche, celies surtout qui seront attach^es k des services 
d'hdpital, jugeront promptement, en d^pit des efforts r^alis^Sy deslacunes 
de Ieur instruction : on commence k savoir, quand on commence k s'aper- 
cevoir qu'on ne sait rien. 

D'autres considerations militent encore en faveur d'^tudes plus com- 
pletes. — Sous rinfluence d'une pouss^e irresistible qui fait craquer les 
vieux monies de notre civilisation, les femmes r^clament, k Tegoisme de 
Thomme qui se croit seul digne de l^gif^rer, leurs droits aux carri^res li- 
berates, leurs places dans uneserie d'institutions! Au milieu de ce grand 
mouvement vous devez ap prendre sans cesse pour consenervotre situation, 
vous, sages-femmes, qui depuis longtemps occupez un domaine que les pe- 
titesses de la society ont renonce k vous contester, vous qui, depuis des 
annees, connaissez des secrets que d'autres commencent k peine a sender, 
vous dont rinstruction n'est point affaire deluxe, de mode, de caprice, 
mais bien de necessite, de Constance, de profession! 

La science marcbe : s'arr^ter, pour elle, c*est reculer. Aussi, sons peine 
de dechoir, vous prolongerez chef, vous ces periodes d'etudes. 

Vous le ferez au souvenir des jours passes sur ces bancs oil vous aurez 
ignore le vers du po^te : « Notre ennemi, c'est notre maltre... »; |vous le 
ferez au souvenir de cette Maison ou les Mattres, dans la mesure de leurs 
forces, auront facilite votre tdche, ou Tamitie de compagnes plus avancees 
aura assure, affermi, guide Thesitation de vos debuts. 

Vous serez les apdtres de Thygiene, de la propret^ dans tons les sens. 
Vous lutterez centre les pnguges; vous ferez penetrer partout le soleil, la 
lumiere, ces grands hygic^nistes ; vous ferez aerer ces pieces ou s'entassent 
nialades et bien portants, au point de s'auto-intoxiquer. Vous repousserez 
toute alimentation trop solide, trop t6t administree au tube digestif trop 



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VAUlfeTfiS. 127 

delicat des nouveau-D^s. Car ces nouveaa-n^s, comme les accQuch^es, dans 
quelque mesore vons appartiennent. — Sans doate, vous ne devez pas 
oublier les limites impos^es h votre intervention par la sagesse de la loi, 
sagesse qui, h dire vrai, n'est pas immuable! — Maie, d^ji, dans la sphere 
rescrv6e k votre activity, vous pouvez beaucoup. — Vous pouvez, surtout 
par risolement, ^viter la contagion; vous pouvez op^rer de salutaires 
-vaccinations, en particulier dans des pays rebelies a ces pratiques; vous 
pouvez, au sujet des nourrices, donner d'excelients conseils, ^carter une 
foule d*ennuis s^rieux ; vous pouvez, au souvenir des notions de pathologie 
ici m^me enseign^es, pr^venir ou gu^rir bien des maladies, en faisant 
appeler, comme je le disais, le m^decin en temps utile, pour une affection 
respiratoire, digestive, circulatoire, etc. 

A d'autres 6gards, vous parviendrez k rassurer une m^re ^plor^e, qui 
se d^sole a la vue de son rejeton second par l*horreur de convulsions, que 
leur mauvais renom, h^las! fr^quemment justifl^, fait rattacher k la fatale 
m^ningite; vous mettrez (in k ces convulsions parfois accidentelles, dont 
vous saurez d^pister la b^nignite ; vous le ferez, suivant les circonstances, 
en calmant une dentition, en expulsant un tienia, en supprimant une 
^pingie, agents, causes capables, en irritant la peau ou les muqueuses, de 
snsciter des processus reflexes I 

Je parte de consolation, Mesdames, Mesdemoiseiles, parce que, si vous 
devez votre science aux personnes qui s'adressent k vous, vous leur devez 
aussi autre chose : vous leur devez une assistance morale. 

A l*heure ou vons penetrez dans I'intimite des foyers, bien souvent les 
cceurs sont agites; Tangoisse est entree avant vous. — Ou craint des com- 
plications ; on redoute la divulgation d'un secret, principalemenl dans un 
manage m^diocrement uni; Tenfant qui va venir pent staler au grand jour 
lesstigmatesd'une maladieher^ditairejusqne-l&soigneusementcach^e; des 
jalousies se dissimulent peniblement k la pensee du patrimoine que va 
diminuer le nouveau venu, etc. ! 

C*est k ce moment qu'il faut vous souvenir du serment d'Hippocrate : 
%'08 yeux ne doivent rien voir; vos oreilles ne doivent rien entendre! N er- 
gotez pas sur les limites du secret professionnel ; ne faites pas de distinc- 
tions a la facon des casuistes, entre les confidences recues et ce que vous 
avez vous-mSme spontan^mentapercu! Une indiscr<^tion de votre part serait 
le plus odieux des abus de confiance, dont, m6me en mettant de c6te les 
rigueurs de la loi, vous uc tarderiez pas a t^tre pnnies par I'abandon de 
tous : aucune medaille, aucun dipl^me, aucune habilete ne sauraient rem- 
placer le moindre dSfaut d'honorabilite. 

A toutes les families vous devez indistinctement votre discretion, votre 
honn^tet^, votre patience, votre dt^vouement, aussi bien que votre science. 

Assur^ment, de justes honoraires doivent ^quitablement r^compenser 
vos Lotenentions, sans entrer jamais dans ces compromissions ignorees des 
int^ress^ qui, depuis quelque temps, tendent k jeter le discredit sur cer- 
taines professions; la valeur de ces honoraires en aucun cas ne servira de 
mesore a la valeur des soins que vous prodiguerez, sans introduire de 
difference entre le riche et Tindigent. 

Vous ii'avez pas davantage a tenir compte du rang, du caracttTC de la 



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128 REVUE HHILANTHROPIQUE. 

naissance, k savoir, pour le rejeton, a d'illustres parents s'il doit son ori- 
gine, ou si dans le vulgaire obscur quelque sort Ta piac^, d'autant qu*4 ce 
point de vue nombre de pr^jug^s devraient avoir fait leur temps! Enquoi, 
d'ailleurs, ou pourquoi I'enfant du libre amour meriterait-il moins votre 
bont^, votre soUicitude que cet autre issu d'une union d^cid6e par le poids 
deTor plus encore que par la sinc^rit^ou la d^licatesse des sentiments? — 
On voit des femmes repousser un petit-fils, parce qu'il est n6 d'une jeune 
m^re que leur fils a cboisie, au lieu d*accepter docilement Th^riti^re que 
leur s^che cupidity d^sirait lui imposer : je ne sais rien de plus hypocrite, 
de moins matemel! 

Souvenez-vous, d'ailleurs, que, si par hasard il se rencontre des mis^res 
indignes d'estime, il n'en est pas qui puissent exclure la piti^ ! — La tole- 
rance, Tel^vation an-dessus des mesquineries humaines, le d^sint^resse- 
ment : voiU quelques-uns des caract^res qui doivent signaler tout 6tre 
jug^ digue de porter secours k ses semblables dans les moments difficiles. 
— Si parfois la justice sociale intervient autour de vous, n'onbliez pas que 
la recherche des coupables n'entre point dans votre rdle. — Pour vous, en 
un mot, il n'y a que des m^res ou des nouveau*nes, et cela en toute cir- 
constance, comme en toute circonstance, in^me et surtout dans les temps 
les plus tiM)ubl^s, rh6pital, pour le m^decin, ne contient que des malades. 

En adoptant cette ligne de couduite, vous rencontrerez plus d'uu 
obstacle ; vous trouverez, en revanche, votre recompense ! 

Quelques-unes, si la clientele leur sourit, arriveront k la fortune, forr 
tune que je vous souhaile k toutes, bien qu'eile n'alleigne pas le plus 
souventles proportions de celle du financier! — Quelques autres, un peu 
plus nombreuses, connaltront ces amities solides, profondes, qu'engendrent 
seuls les services de la nature de ceux que vous rendrez : par-ci, par-14, 
la reconnaissance se manifestera, juste assez pour prouver qu'eile ne se 
r^duit pas k un vain mot! — La plupart n'auront d'autre satisfaction que 
celle du devoir accompli, et c*est quelque chose en toute situation, en par- 
liculier dans la v6tre ! 

II y a peu d'ann^es, sur 2000 femmes venues ici pour accoucher, des 
centaines parfois succombaient ! Aujourd'hui, ces d^c^s se chifTrent par 
quelques unites ! De ces nombreuses m^res que les d^couvertes modernes 
permettent d'arracher k ces premieres atteintes du mal, la plupart auront 
de nouveaux enfants. 

I^ science k coup siir ne salt pas supprimer la mort; toutefois, cette 
simple constatation, nette, Jumineuse, plus eioquente que de longues 
demonstrations, car rien n'est plus fort que Tarithmetique — cette simple 
constatation revendique pour cette science le pouvoir de reculer I'dge 
moyen,de faciliter la repopulation, grave probleme de Theure pr^sente! 

Croyez-vous done qu'il n'y a aucun m^rite, aucune joie, aucune fierte, 
kHre appelee k concourir k une pareille oeuvre? Or, c'est ik precis^ment 
4a destin6e qu'ouvre d^sormais devant vous le dipl6me conquis en ce jour! 
II vous conf&re le droit, le pouvoir, Tobligation de gu^rir si cette guerison 
est possible, de soulager quand on ne pent pas davantage, de consoler 
toujours! 

Mesdames, Mesdemoiselles, je termine en m'excusant, en me reprochant 



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VARlfiTfeS. 

cetrop long discours ! — Vous dtes impatientes de vous apparte 
pletement, d^Boitiyement, et voici que, jalouse de ses droits, 
tradition vous retient encore pour vous adresser les derniers cons( 
voas rappeler, au milieu de voire allegresse, les devoirs qui voc 
bent, les responsabilit^s qui vous atleadent! Le sort m*a d^sij 
faire entendre, dans ce concert de joie, quelques notes s^v^rc 
jeunesse aimable, insouciante, saura, je I'esp^re, ne pas m'en vov 



Instmotions sor la oonsommation du Lait, 

R^DIG^BS PAH MM. P. BUDIN, GOMBY, MIQUEL, ROUX ET P. STR. 

Le lait, aliment si precieux lorsqu'il est consomm6 au momen 
tir^ da pis de la vache saine, peut 6tre dangereux s'il est foumi 
vache malade ou si des microbes s*y ajoutent. 

Ges microbes peuvent venir de la vache elle-m4me (vache at 
taberculose, fi^vre aphteuse, etc.) ou dtre apport6s de Text^rien 
poufsi^res adh6rentes aux vases, par Teau qui sert k les laver, 
d^veloppant dans le lait, ils Talt^rent; introduits dans le tube 
ils d^terminent parfois Tapparition d^accidents tr^s graves , tel 
diarrh^es des nourrissons et le cholera infantile. 

U est done n^cessaire de d^truire ces microbes pour avoir un 
meat inofTensif. Le chauflfage est actuellement le seul moyen pi 
efRcace pour atteindre ce but. 

Les precedes de conservation du lait par V addition de substances 
coDstitQent des pratiques frauduleuses et souvent dangereuses 
sant^ des consommateurs. lis doivent Hre rejet^s. 

les procidis actuels de rifrigiration du lait offrent des avantages 
veiUr son aUiration et faciliter son transport^ mais ils ne constitue> 
moyen de st^ilisation de ce liquids alimentaire. 

La pasteurisation^ telle qu*on la pratique pour le vin et la bidre, & 
le ehauffage une seule fois a une temperature voisine de 60 degris, e 
uinte pour dHruire les germes nuisibles contenus dans le lait . Tc 
mode de chauffag-e, comme la rifrig^ation, peut itre utilise pour f 
transport dans certaines conditions favorables, 

Quand le lait doit Hre consomnU dans les vingt-quatre heures, il 
wit chauffi a 100 degrispour donner une s^curit^ suffisante. Ce lait 
cmserte dans le vase oil il a He chauffi et mis au frais. 

D'habitade on fait boaillir le lait en vase ouvert. S'il ne doit 
imm^diatement consomm^ et si on veut le couvrir, il faut attc 
refroidissement. En effet, la vapeor d'eau, se condensant sur le 
froid, forme des goultes qui entralnent dans le lait des impurel 
germes. 

(I) Travaux de la Commission d'6tude de rAlimentation par le lait. 

REVUB PHU-ANTHROPIQl'B. — II. 



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130 IIEVUE PIIILANTIIUOPIOL'K. 

Dans le cas ou Ton veut recouvrir le lait encore chaud, il faut que le 
couvercle vienne d'etre pass^ k Teau boaillante. 

L'^bullition fait p^rir presque tons les microbes; il en est cependant 
qui r^sistent et qui, si la temperature ambiante est sufOsamment ^leveo 
(par exemple pendant T^to ou dans une pi^ce trop chauff6e), peuvent se de- 
velopper et amener une alteration du lait. (Vest pourquoi on recommande 
de le mettre au frais quand il a bouilli. 

Pour les enfantSf quand le lait de ferame, toujours preferable, fait de- 
faut, ou a generalement recours au lait de vache. Le lait destine aux nour- 
rissons doit Hre reparti en flacons clos, contenant la qtiantit^ qui sera con- 
sommie en une fois. Les flacons seront chauffis au bain-marie et maintenus 
pendant trois quarts d'heure dam Veau bouillante, 

Les enfants prennentlelait souventetparpetites quantites^la fois ; si pour 
chaque repas on puisait dans la provision de la journ^e, k chacune de ces 
manoeuvres on introduirait de nouveaux microbes dans le lait et on per- 
drait ainsi le benefice du chaufTage. 11 vaut done mieux r^parlir k Tavanct^ 
dans des flacons le lait destine aux nourrissons. Ces flacons contiendront 
la quantite necessaire pour uu repas. 

Avant d'employer les flacons, on les lavera k grande eau, puis on les 
egouttera. Une fois qu'on y aura mis la quanlite de lait sufflsante,on los 
fermera, soit avec un tampon d'ouate introduit dans le goulot, soil avec 
un linge lie autour du col, soit k Taide d'uu des bouchons de raoulchour 
inventes pour cet usage. 

Les flacons, places ensuile dans un support special; un panier metal- 
lique, par exemple, seront introduits dans la marmite conlenant Feau 
froide, et on chaufl'era jusqu'4 I'ebullition, qui sera maintenue pendant 
trois quarts d*heure. Ce temps ecoule, on retirera le panier et on mettra au 
frais. 

Au moment du repas, on fait tiedir le Uacon au bain-marie. Quand il 
est arrive k la temperature convenable, on le debouche et on adapte sur le 
goulot une tetine propre qui a ete bouillie. 

Dans ces conditions, le lait passe de la bouteille dans Teslomac de Ten- 
fant aussi pur que du lait qui viendrait du sein de la m^re. 

Lorsque le coupage du lait aura ete present, c*est avant la sterilisation 
qu'on ajoutera la quanlite d'eau potable necessaire. 

Du laitreste-t-il dans un flacon, il ne faudra point, plus tard, le donuer 
k Tenfant ; il se trouvc, en efifet, souilie par les microbes de la bouche qui 
ont passe par I'ouverture de la tetine; ces microbes pullulent rapidement 
dans le lait et Talterenl. 

Tout flacon vide doit 6tre immediatement et soigneusement nettoye. 
Pour cela on fera usage d'eau carbonatee (cristaux, carbonate de soude) ou 
d*eau savonneuse, qui enleveront plus facilement les matiferes grasses; on 
rincera ensuite a grande eau. Ce nettoyage est tres important, car s'il 
reste un pen de lait dans le flacon, il s'aigrit et pent faire cailler le lait 
qu'on y verse ensuite. 

Si un ou plusieurs flacons n'ont pas ete ouverts, et si on veut les em- 
ployer le lendemain, on devra chaufl'er de nouveau au bain-marie et les 
laisser pendant trois quarts d'heure dans Teau bouillante. 



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VARllilTIiS. 

Quand ie lait doit Hre conserve plus de vingt-quatre heures avant d\ 
consomme {lait dit de conserve), il ne doit contenir aucun microbe vivant. 
obtieiU actuellemenl ce rdsultat soit par un chauffage en une fois et »uffis 
ment prolong^ a HOdegres, soit par un chauffage discontinu au-dessous 
cette temperature. Le chauffage du lait dans ce.s conditions ne lui fait 
perdre ses qualit^s nutritives. 

Le9, laits de conserve, quand ils sont bien prepares, penvent 6tre ai 
donnes aux enfants et aux nourrissons. Avant de les employer, 
s'assurera : 

!• Qu'ils ont bon aspect, c'est-i-dire qu'ils ne sont pas trop fonc^s 
oouleur, qu'ils ne sont pas cailles, qu*ils ont conserve Tapparence r 
male; 

2<* Q\i*k Foaverture de la bouteille ils ne d^gagent ni gaz ni mauvi 
od eiir ; 

3« Qu*il n'onl aucun mauvais go lit. 

Si la cr^me est remont^e h, la surface, on la remettra en suspens 
en agitaat le flacon apr^s Tavoir fait ti^dir. 

On versera directement ce lait de la bouteille dans le biberon, prei 
blement nettoye k Teau bouillante comme il a et^ explique plus haul. 

Si ce lait doit etre coupe, on emploiera de Teau potable bouillie. 



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CHRONIQUE ETRANGERE 



AUemagne. 

UNE SOCIETY d'assurances contre le cb6mage 

Une soci6t^ d'assarances contre le chomage d'hiver a ^t^ fondee a Co- 
logne et fonctionne depuis plus d'une ann^e d'une facon satisfaisante. Cette 
institution originale vient de publierson premier rapport annuel et ies con- 
stalalions qu'il expose sont fort int6ressantes, d'apr^s le r^suni6 qu'en 
donne le Labour Gazette du mois dernier. 

Pendant la p6riode que ce document embrasse — du 9 mai 1896 au 
31 mars 1897 — 229 personnes demand^rent k contracter une assurance, 
mais 9 furent refus6es comine ne rentrant pas dans la cat6gorie des ou- 
vriers ou employes pouvant participer k celte nouvelle cat6gorie d'assu- 
rance. La plupart des assures sont des ouvriers des diverses industries du 
bdtimenl, des ouvriers agricoles, des jardiniers om des journaliers ruraux. 

Une grande partie des assures ne versa pas r^guli^rement Ies cotisa- 
tions ou Ies laissa en retard; mais sur 220 inscrits 132 remplirent exacte- 
ment leurs engagements et acquirent ainsi le droit k indemnites en cas de 
chdmage du 15 d^cembre au 15 mars, p^riode que visent Ies polices de la 
soci^t^. 

Parmi ces 132 personnes, 96 se pr^sentferent comme inemploy^es : 
mais des situations permanentes furent procurdes k 15 d'entre eiles, 
grdce k la creation d'un registre de placement, avant le d^lai de quiuze 
jours apr^s lequel le droit k indemnity estouvertaux assures, et8l autres 
soci^taires furent pourvus d'emplois temporaires repr^sentant 2 181 jour- 
n^es, soit environ un mois de travail pour cbacun. Ge placement mutuel 
r^duisit k 1408 journ^es de chdmage, soit k environ 2950 francs, Ies in- 
demnites support^es par la compagnie. 

Les resultats moraux et financiers de ce premier exercice sont des plus 
encourageants, car, en On d*annee,le bilan pr^sentait un solde cr^diteur de 
129500 francs et dans les trois sematnes qui suivirent la cloture de Texer- 
cfice, cent nouvelles demandes d'assurance furent adress^es. 

Nous signalons avec grand plaisir les excellents resultats d'une tenta- 
tive qui, imit^e et g^n^ralis^e, pent rendre d'incalculables services aux 
ouvriers de toutes les professions que les rigueurs de la temperature met- 
tent en chomage forcr. 



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CHRONIQUE feTRANGfeRE* 133 

Am^rlque du Sad. •— Republique Argentine. 

Dix ann6es de statistique a bdenos-ayres 

La direction g^n^rale de statistique municipale de la ville de Buenos- 
Ayres vient d'envoyer en Europe Tannuaire de la capitale de la R6pu- 
blique Argentine pour 1896 (1). 

Nous ne sommes pas habitues k une telle rapidity dans la publication 
des documents ofRciels en Europe, surtout en France, et, rien que pour 
sa c6l^rit6| M. Albert B. Martinez, le directeur de la statistique municipale 
de Buenos-Ayres, devrait recevoir nos felicitations les plus sinc^res. 

11 les merite a bien d'autres tttres, plus importants encore que Tacti- 
vite mise a 6diter d'excellents documents, car commerannuai re precedent, 
le liTre qu'il vient de faire paraitre estdignederetenirlonguementl'atten- 
tion de tons ceux qui s'efTorcent de rechercher, dans le fonctionnement 
des ronages si compliqu^s de Tadministration des grandes villes, de 
r^elles ameliorations, soit au point de vue purement municipal, soit au 
point de vue plus special de la sant^ et de ia morality publique, de I'aide 
aaz malades, aux orpbelins,aux vieillards et aux ali6n6s. C'est par ce der- 
nier c6t6, que nous allons ^tudier rapidement, que Tannuaire argentin 
merite d'etre signals k Taltention des lecteurs de la Revue Philanthropique. 
Sous avons essay^ de coordonner et de comparer soit dans cet annuaire, 
hoitdans les. precedents se r6ferant au cycle 1887-1896, tant pour Buenos- 
Ayres que pour d'autres grands centres, ce qui a trait aux questions 
etudiees dans cette revue. 

« Ol- 
sons forme de preface, M. Albert B. Martinez, a ecrit pour le dernier 
annuaire une etude bistorique des donnees de la demographie des plus 
consciencienses et des mieux deduites. 

Au debut de ce curieux essai, ou Ton sent partout Tardente rechercbe 
de la verite, le directeur de la statistique de Buenos-Ayres met en lumidre 
une remarque consolante : k savoir que, dans tout corps social important et 
done d'une vitalite suffisante pour conserver son originalite, si I'individu 
reste libre de faire ou de ne pas faire telle ou telle chose — favorable ou 
prejudiciable k la collectivite — la societe, dans son ensemble, parait 
soumise k de mystedeuses lois de conservation de Tespece et de progr^s 
qui corrigent les fautes individuelles. 

L*Angleterre, par exemple, denote une Constance merveilleuse dans sa 
puissance de nuptialite et dans les per les dues^ sa mortalite par rapport 
a la quantite de ses habitants. De 1841 k 1868, la nuptialite n'a, pour ainsi 
dire, pas change, oscillant aux environs de 8 pour 1 000 habitants, tandis 
que la mortalite ne s*eioignait jamais que de quelques chifTres fraction- 
naires de la somme fatidique de 22 pour 1 000. Quant k la natalite, en 

{i) Anuario Estadistico de la Ciudad de Buenos-Ayres, — Imprimerie 
G. Kraft, rue Saint-Martin, a B.-A., 1897. 



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134 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

d^pit des transformations extraordinaires des conditions de la vie, elle 
n'accuse, pendant toute cette p^riode, dans le Royaume-Uni qu'une difT^- 
fence l^g^re de 3 pour i 000 habitants. C'est ik une tr^s curiense obser- 
vation. 

S'il est une nation que Ton ne songerait jamais k comparer, en mati^re 
de recensements d^mographiques, a la proiifique Albion, c'est bien la 
France. Or, la mdme loi de persistance des statistiques vitales s'afQrme 
encore plus imp^rieusement pour la France casani^re, ^prouv^e par la 
grande crise de la guerre franco -all emande, que pour I'Angleterre voya- 
geuse et paciflque. Si Ton prend les recensements des manages francais, 
de 1801 k 1869 — veille de la crise — ils repr^sentent, sans aucune variatioriy 
le chiffre entier de 7 pour 1 000 des habitants qui se sont succ6d6 au cours 
de ces soixante-dix anuses et, en d^pit de la crise de 1870-71, cette pro- 
portion s'est presque identiquement conserv^e depuis les ann^es 1872-73. 

La vie des peuples serait-elle done dominie par des lois in^luctables 
encore inconnues? Gomme le dlt le savant statisticien argentin, pour 
arriver k savoir s'il existe vraiment des lois qui gouvernent les mouve- 
ments des groupes d'hommes sur le globe d'nne facon aussi inflexible que 
celles [qui r^glent les mouvements des astres dans Tespace, il est essen- 
tiel que tons les peuples civilises olTrent k la science les donn^es com- 
pletes de ce probl^me, c'est-ii-dire des recensements p^riodiques ^tablis 
partout sur des bases identiques sinon uniformes. 

C'est un travail qu'avait autrefois entrepris Korosi k Budapesth et que 
la ville de Paris devrait s'efforcer de mener a bien pour 1900. 



LE PATRONAGE DE L ENFANCE A BUENOS-AYRES 

Memoria de la comision directiva del Patronato de la infancia. — Nous 
recevons de Buenos-Ayres le rapport du Comit6 de direction de la Soci6t6 
pour le patronage de Tenfance (mai 1896-mai 1897). Cette socidt^ qui fut 
cr^^e il y a cinq ans, et dont la premiere reunion a eu lieu le 23 mai 18921, 
a d^j4 fait beaucoup de bien. Elle place ses pupilles dans une ^cole des 
Arts et Metiers dependant de la Soci^te. 

Nqus trouvons dans ce m^ moire, outre le bilan financier, le nom des 
patronn^s, des donateurs, etc., un rapport du m^decin attach^ k T^cole des 
Arts et Metiers, sur I'^tat sanitaire de la population scolaire, un rapport 
du Comitd des dames patronnesses et un rapport du directeur de T^cole. 
Notons parmi les professions enseign^es les metiers de tailleur, de cor- 
donnier, d'encadreur, etc. 

M. D. 



En compl^tant les uns par les autres les chiffres donnas — et v^rifi^s 
— par M. Albert B. Martinez aussi bien dans I'annuaire de 1896 que dans 
les pr^c^dents, nous avons ^tabli le tableau suivant pour la mortality an- 
nuelle des treize plus grandes m^tropoles du monde entier — la Chine et 



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CnaONIQLE feTRANGfeRE. 



isr; 



rinde except^es — afin de meltre en pleine lumi^re Timportance extra- 
ordinaire que pr^sente pour nous, Parisiens, la latte contre la tuberculose. 



Population 
an 31 d^cembre 1 

Londres 4436000 

Paris 2425000 

New- York 1922000 

Beriin 1689000 

Vienne 1526600 

PhUadelphie . . . . 1188800 

Brooklyn 1125000 

Saint-P6tersbourg. . 95^00 

Moscou 753400 

Buenos-Ayres. . . . 712100 

Glasgow 705050 

Liverpool 632500 

Hambourg 625550 



Natalitd 
Mortality par 

pour 1000 habi- 

1 000 habitants, tants (1). 



18,8 
20 
» 
18 
22.5 



31,4 



30,6 
24,6 

27, i 
32,6 



33.7 



19,1 


40, i 


20,7 


34,3 


23 


35,4 


17,8 


35 



Mortality 

par phtisio 

pulmonaire 

sur 

100 d6c6s g6n6raux. 

9,31 
20,42 

M 

13,28 
18,47 



13,20 

12,02 

9,29 



12.11 



Ce r^sum^ assigne un rang excellent sous le rapport de la saute g^n^- 
rale k la ville de Buenos-Ayres et la met en premiere ligne comme resis- 
tance k la phtisie pulmonaire, forme la plus banale de la tuberculose. 

On Toit en outre par ce tableau que la pbtisie pulmonaire, qui reste la 
maladie actuellement la plus meurtri^re cbez tous les peupies, ne pr^sente 
nuUe part une virulence aussi redoutable qn'k Paris, oii plus d*un cin- 
qai^me de tous les d^ces lui sont iraputables, alors que Londres n'a gu^re 
plus de d^c^s par tuberculose, que Buenos-Ayres, soit moins de 10 p. 100 de 
1 'ensemble. C'est plus qu*une honte pour Paris, c'est un danger perma- 
nent des plus redoutables, contre lequel tous ceux qui d^tiennent une part 
d'autorit^ out le devoir de lutter ^nergiqueraent. 



Comme celui de 1895, Tannuaire de 1896 contient une 6lude de la cri- 
minality dans la capitale de la R^publique Argentine. Nous avous fait un 
compte rendu du travail precedent dans noire num^ro du mois de juillet 
dernier. Dans cette nouvelle 6iude, ^crite par M. Oswald P. Pinero, pro- 
fesseur de droit p6nal a Tuniversit^ de Buenos-Ayres, il est constats que, 
si Ton compare entre eux les deux cycles 1881-1887 et 1889-1891, Taccrois- 
sement absolu de la population de Buenos-Ayres est, dans le dernier, 
de 23,4 p. 100, alors que Taugmentation du nombre des crimes et d^lits 
a ^t€ de 250 p. 100. L'^cart est vraiment terrifiant. 

Les statisticiens argentins continuent a attribuer au jeu une influence 
considerable sur les manifestations de la criminality, lis ont calculi que, 
dans le cours d'une ann^e, taut sur les hippodromes que par les loteries 
et les quinielas (pans sur les jeux de paume), la passion du jeu a mis eu 

'i) Les mort-n6s exclus. 



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136 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

mouvement pr^s de 41 500 000 piastres papier, k Buenos-Ayres, somroe 
qui, ^valu^e en or, au taux de 300 pour 100, repr^sente, rien que pour 
Buenos-Ayrea, 60 107 500 francs; c'est-i-dire prfes de quatre fois la somme 
des recettes g^n^rales de la ville pendant cette raSme p^riode ! 

Qui pourrait tenter une semblable Evaluation pour nos vieilles melro- 
poles d'Europe? Quelles fortunes 4 Paris sont annuellement absorb^es par 
les courses, les cercles et les tripots, sans parler de la Bourse!... 

* » 

Enfin nous puiserons, pour terminer, dans cette comparaison des con- 
ditions de la vie d'une grande ville pendant dix ans, une confirmation 
Eclatante de TutilitE des mesures pr^servatrices et de desinfection contre 
les maladies contagieuses ainsi que de refiicacitE du sErum anti-diphte- 
rique. 

En 1887 il y eut, k Buenos-Ayres (p. 129 de Tannuaire) 4299 dec^s 
occasionn^s par la variole. 

A la suite des mesures Energiques prises pour Etablir la vaccination et 
la revaccination ainsi que la disinfection des locaux contamin6s,Ie nonibre 
des d^c^s s'abaissa k 30 en 1892, k 44 en 1893, k 45 en 1894; et, en d^pit 
d'Epid^mies, dues peut-6tre k un rei^hement dans Tapplication des me- 
sures de preservation, on n'a eu k d^plorer en 1897 que 176 d^c^s de 
varioleux. « 

11 est naturel d'attribuer cet abaissement si remarquable de mortalite au 
succ^s des vaccinations et des revaccinatioiis qui ont H^, de 1887 k 1897, 
de 219 981, ayant fourni 125 645 cas de r^ussite contre 22 800 r^sultats 
n^gatifs et 71 536 cas non suivis de constatations. Cette quasi-suppression 
de la variole — 14 d6c^s au lieu de 1 300 — est k noter et k souligner. 

Pour la dipbt^rie (croup et angine),le nombre des d^cEs qui, en 1887, a 
4i6 de 995 et de 1 385 en 1888, s'est abaissE, en 1895 a 381 et en 1896 k 230. 
L^ encore on a r^ussi k 6pargner de nombreuses vies bumaines. 

Puissent les lecons fournies par les faits constates a Buenos-Ayres pen- 
dant ces dix ann^es ne pas Hre perdues pour nous. 

» 

Dans I'ordre du soulagement des malades, de trds grands efforts ont 
et6 realises par la ville de Buenos-Ayres, et ces efiForls, qui se traduisent 
par de lourds sacrifices d'argent, sont d'autant plus meritoires que, sur 
22 011 malades recus dans ses hdpitaux en 1896, il y avait 13 564 Stran- 
gers; ce cbiffre est hors de proportion avec ceux de n'importe quelle 
grande ville. 

Pendant cette derni^re annSe, le nombre des dSc^s survenus dans les 
b6pitaux n'a pas atteint 1 1 pour 100 des entries (2308 d6c6s pour 22 Oil en- 
tries); c*est, du reste, le cbiffre le plus satisfaisant de la p^riode decen- 
nale 1887-1896. 

La capitale argentine comptait en 1887 douze itablissements bospita- 
liers destines k recueillir les enfants trouvis ou moralement abandonnes, 
les orpbelins, les mendiants, les invalides et les immigrants indigents. Ces 



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CHRONIQUE tTRANGfeRE 

douze asiles recurent, en 1887, 41 704 hospitalises et c 
d^cembre de cette mdme ann6e, 4 566 pensionnaires. 

En 1896, ii existait 18 de des ^tablissement charitable 
tation du nombre des pensionnaires n'a pas H6 corn 
d^pit de raccroissement consid^rcJile de la population, 
cours de Tann^e, que 46 350 hospitalises — dont 42 122 
n'y avail, au 31 decembre,dans les asiles que 4 904 pensi 
lement 348 de plus qu'en 1887. G'est un excellent symj 
eoDditions Sconomiques actuelles de la r^publique sud-i 

La m^me situation n'existe malheureusement pas 
Alors qu'en 1887 il n*y avait au 31 decerabre dans 
hommes et 518 femmes, en 1896 on complait 968 homm< 
La, comma en Europe etdans les autres grandes villes d 
fait des progr^s alarmants. 

# TiASl 



Angleterre. 

HOPITAL DES ENFANTS TROUVES (FOUNDLING H( 

Si nous n^h^sitons pas k reconnaitre dans les oeuvres 
tance un certain nombre de qualit^s dignes d'etre etudi 
t^es nous ne sommes pas cependantdes admirateurs quan 
qui a 6te fait chez nos voisins, et nos lecteurs ont pu voir 
craignons pas de m<Her h nos eioges les critiques qui noi 
fi^es. Nous ne songeons pas, par example, i citer comm 
pital des eufants trouv^s de Londres, oeuvre d'un caract 
et public, dont le fonctionnementestbien loin de valoirc 
ments similaires de notre pays. Mais ies conditions d 
hdpital a et6 fonde, les transformations qu il a subies, le 
des enfants, sont des points curieux de Thistoire de I'ass 
terre, et k ce titre il nous a paru interessant de les pres 
lions de ceux qui lisent la Revue Philanthropique. 

Le Foundling Hospital de Londres a 616 fond6 en 1739, 
roi George II, sur la petition d'un capitaine de vaisseau : 
Thomas Coram. Les pouvoirs de cetle charte ont He con 
par divers actes du Parlement. 

Les details qui suivent, sur Thistoire du commencera 
relativement ^ Tadmission des enfants, sont extraits d'un 
pr^s de cent ans plus tard, en 1836, c'est-4-dire d'un ii 
pr^sent^ au Parlement par une commission d'enqufite sur 
de charity. 

<c La pratique actuelle, disait ce rapport, a commenc 
Di}k, dans sa petition. Coram demandait qu*on elevdt un 
pie de la France, de la HoUande et des autres pays chr^ 
taux de ce genre ^taient ouverts a tous indistinclement 
pr^alable. Les gouverneurs de ThOpital de Londres, des 



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138 REVUE PIIILANTHROPIQUE. 

rent en m^yorit^ favorables k ce mode d'admission, dans la limite d^s res- 
sources dont on pouvait disposer. » 

Tne des premieres decisions prises par le goavemeur dbs que la charte 
fut promulgu^e fut d'envoyer one mission dans les pays strangers pour 
^tudier le fonctionnement et les rdglements des hospices d'enfants trouv^s. 
En suite de quoi no rapport fut d^pos6 et unr^glement fut adopts. II y 6tait 
dit notamment : — Qu'ane maison appropri^e serait choisie ; qu'il y aurait 
k Tentr^eune petite couravec des mursd'aumoinssiz piedsde haut; qu'un 
portier serait charge de laisser entrer les persounes qui apportoraient des 
enfants et de porter les enfantsaux personnescommi8es4radmission;que 
les circonstances obligeant Tadministration k ne recevoir qn'un nombre li- 
mits d'enfants chaque enfant serait d'abord examine ; que s'il n 6tait pas 
admis il serait rendu immddiatement k la personne qui ravaitameQ^,mais 
qu'il serait admis en principe et autant que possible s'il avait moinsde 
deux mois et n'^tait pas atteint de maladies nomm^ment d^signdes. Des 
m6decins ^tainat charges de cet examen d'entr^e. 

Les gouverneurs ayant lou^ une maison k Hatton Garden pour ser\'ir 
temporairement d'hdpital, le premier avis informant le public que les en- 
fants pourraient dtre admis fut sanctionn^ par un comity g^n^ral tenu le 
4 mars 1741 etauquel assistaient sept gouverneurs dont 6tait Coram. Cet 
avis 6tait ainsi concu : 

« Les gouverneurs... etc... donnent avis que le mercredi 25 mars a 
8 heures du soir, et depuisce moment jusqu'^ ce que la maisou soitpleine, 
ladite maison sera ouverte pour la reception des enfants. 

« Aucun enfant ayant plus de 2 mois ne sera recu, ni aucun enfant 
qui soit atteint d*une maladie pouvant mettre en danger la sant6 des 
autres. 

« A cet effet les enfants seront examines d^s leur arriv^e a rh6pital et 
chaque personne apportant un enfant devra entrer par la porte ext^rieure 
et sonner k la porte int^rieure et ne pas s'en aller avant que Tenfant lui 
ait 6l6 rendu ou qu'on lui ait donn6 avis de son admission. Mais aucune 
question ne sera pos^e a la personne qui apporte un enfant ; les gens de 
service de Fhdpital qui chercheraient k connaltre le nom de la personne 
d^positaire seraient imm^diatement cong6di^s. 

« Les circonstances actuelles et TexiguU^ du local obligeant les gouver^ 
neurs k ne recevoir qu'un nombre limits d'enfants, un avis sera affich^d^s 
que la maison sera pleine. » 

Depuis r^poque de la premiere admission, c'est-ii-dire depuis le 25 
mars 1741, on continua u recevoir de temps en temps quelqnes enfants, 
quand il se produisait des vacances que la mortality excessive rendail 
d'ailleurs fr^quentes, et quand les ressources n6cessaires 6taient assu 
r^es. 

En octobre 1745, la maison d'Hatton-Garden 4tait abandonn^e et Taile 
ouest de T^tablissement actuel 4tait ouverte au public. Mais il se pr^sen- 
tait tant de monde que parfois plus de cent femmes, avec les enfants 
qu'elles apportaient, se pressaient a la porte, alors qu*on ne pouvaitjen 
admettre que vingt; de 1^ des troubles, des disputes, des scandales, si bien 
qu'on fut oblige de proc^der par vole de tirage au sort. En 1754, il y avait 



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r 



CUROMQUE fiTRANGfeUE. 139 

dans l'6tablis8einent 600 enfants, et les d^penses que n^cessitait leur entre- 
tien d^passaient cinq fois le revenu doot on pouvait disposer. 

Pour sortir d'embarras on s'adressa h la Ghambre des communes et au 
Parlement. 

La Chambre des communes vota 10 000 livres par an (250 000 francs), 
en stipulant que tout enfant au-dessous d'un certain 4ge devrait 6tre re^u. 
En m^me temps, par arr^t du Parlement, ii fut ^tabli d'autres maisons 
analogues dans diverses parties da royaume, et ces maisons furent dot^es 
selon leur importance. L'admission se faisait alors sans formality; un 
paoier ^tait suspendu k la porte, on y d6posait Tenfant et Ton tirait une 
sonnette pour avertir. Le premier jour de cette admission gen^rale, 117 en- 
fants furent deposes k Londres et de cette 6poque (1756) jusqu^en 1783 le 
aombre des admissions alia toujours croissant. 

Les consequences de cette admission g^ndrale furent consid^r^es comme 
lamentables. On ne manqua pas de dire que la prostitution s'en trouvait 
favoris^e, puisque des facilit^s ^taient offertes pour I'admission des en- 
fanls. Cela ne laissait pas de mettre k bien faible prix la pudeur des femmes 
et on oubliait que faute de pouvoir abandonner leurs enfants elles ne 
manquaient pas, h61as ! de moyens de s*en d^barrasser. Ceux qui faisaient 
de telles critiques, qui ne sont pas sans analogues aujourd'hui, se pr^occu- 
paient plus de la vertu des m^res que de la vie des pauvres petits. 

Mais ce qui 6tait plus s^rieux et plus grave, c'est que, sur 14944 enfants 
admis, 10389 ^taient morts d6s les premiers mois. D'aulre part, les fonc- 
tionnaires des paroisses avaient imaging, para!t-il, d'envoyer par fraude ou 
par force les enfants legitimes de leurs pauvres k I'hospice des enfants 
irouv^s pour 6viter la d^peuse de leur entretien ; — des parents appor- 
laient aussi leurs enfants mouranls pour n'avoir pas d'enterrement k 
payer; — des habitants de la campagne confiaient k des interm^diaires 
obligeauts, pour les abandonner k ThApital de Londres, des enfants qui 
D*arrivaient jamais k leur destination. 

Lne enqu6te qui r6v61a ces fails avait 6t6 ordonn^e en 1759 par la 
Chambre des communes et, en 1760, on decida de renoncer k I'admission 
g^n^rale. On decida aussi que les enfants d^j^ recus seraient gard6s et en- 
tretenus, mais successivement les hospices de la province furent ferm6s et 
vendus, et le produit de la vente vers6 au compte de r^tablissement 
central. 11 y avait alors 6000 enfants, chifTre qui, par suite de placements 
au dehors, fut r^duit i 1 000 en 1769. On ne recut plus les enfants que 
contre le paiement de 100 livres, ce qui ne mettait Tabandon qu^ la 
port^e des j<ens riches. On ne s'explique gu^re comment cette mesure 
sauvegardait la morale, k moins qu'on admit qu'avant de faillir, une flUe 
devait s'assurer des arrhes pour I'abandon en cas de grossesse. Quoi qu'il 
en soil, 4 partir de cette ^poque, les admissions ne furent gu5re que de 
56 enfants par ann^e; ce nombre ne s'augmenta qu'exceptionnellement, 
notamment apr^s la bataille de Waterloo, ou Ton decida de recevoir 30 en- 
fants orphelins de soldats, kg€s de moins d'un an. 

A present Thdpital des enfants trouv^s n'entretient que 520 enfants. II 
est ouvert au public une fois par semaine, le lundi de 10 heures k 3 heures ; 
le rfeglement pour I'admission des enfants porte que : 



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ho REVUE PHILANTHROPIQUE. 

u Les enfants ne seront recus k Thopital que sur la demande person- 
nelle de leur rafere. 

u La demande doit indiquer I'^tat r€e\ de la m^re, et elle est rejet^e si 
la raoindre fraude est constatee. 

u Aucune demande ne doit 6tre faite avant la naissance de Tenfant ou 
ne saurait 6tre recue si celui-ci a 42 niois r^volas. 

« Aucun enfant ne pent 6tre admis sans que le comit6 ait constate, par 
une enqu^te, la bonne conduite habituelle de la m^re et sans qu'on soil 
certain qu'elle est abandonn^e, elle et son enfant, par le pere de celui-ci. 
Enfin le comit6 ne recoit Tenfant que s'il lui paralt probable que c*est un 
moyen de remettre la m6re dans le chemin de la vertu et d'une vie r^ga- 
li^re ; 

« Les demandes doivent Hre faites au comity, et on ne doit s'adresser 
ni k un gouvemeur en particulier, ni k aucun fonctionnaire de rh6pital. 

« On ne recoit pas d'argent pour Tadmission d'un enfant, et aucun em- 
ploy6 ne peut accepter quoi que ce soit, sous peine de renvoi. Les offres 
faites k des employes par la p^titionnaire sont une cause de rejet de sa 
demande. 

« Les enfants des femmes marines ou veuves ne sont pas recus. 

On voit comme on est loin du but originel de Tinstitution et, s*il reve- 
nait au monde, le brave Coram, capitaine de vaisseau marcband, dont le 
cceur s'etait ^mu en faveur des pauvres petits, ne reconnaitrait pas Tceuvre 
qu'il avait voulu fonder. 11 n*en reste plus rien; rien que son nom donn^ 
k une rue voisine. Pauvre bon capitaine Thomas Coram ! Ce n'est pas cela, 
silrement, quil avait rAve. 

Henbi Napias. 



Le Board of Ti'ade vient de publier dans le dernier numdro de la Labour 
Gazette une nouveile statistique de I'^tat du paup^risme en Angleterre et 
dans le pays de Galles, en Ecosse et en Irlande. 

Le nombre total des pauvres recens^s au cours de la deuxieme semaine 
de septembre, dans 3b districts du Royaume-Lni, a 6i^ de 322 254, ce qui a 
augmente la proportion des pauvres par rapport k la population, et aux 
statistiques de 1896 ainsi que par rapport aux recensements analogues 
de cette annee. 

En 1896, il n*y avait, dans les m^mes districts, que 205 pauvres recenses 
par 10 000 habitants, alors qu'il y en a maintenant 206 et qu'il n*y en avait 
eu, pendant le premier semeslre de 1897, que 204. 

La misere semble, d'apr^s ces documents, avoir augments, surtout en 
Ecosse et en Irlande. 



Espagne. 

LES monts-de-pi6t6 

En Espagne, les Monts-de-Pi6t^ sont en faveur aupr^s des pouvoirs pu- 
blics; ils trouvent toujours un appui lorsqu'il s'agit de faciliter leur bon 



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GHROMQUE ^TRANGfeRE. lil 

foQctionnement; la protection du Gouvernement se manifeste notamment 
sous forme d*exon^ratioQ de droits et cette diminution de leurs charges a 
one repercussion heurense sur celles des emprunteurs. 

On raconte,dans la notice qui accompagne le compte rendu des opera- 
tions de 1896 du Mont-de-Piet6 de Valence, qu'un inspecteur de rimp6t du 
timbre, ayant signal^ des omissions dans les operations de cet etablisse- 
ment, lui intenta une action. II fut deboute une premiere fois, puis de nou* 
veau et defiuitivement, par ordonnance du 4 mai 1896. 

Les immeubles occup^s par le Mont-de-Piete apr^s des reductions sue- 
cessives sont aujourd'hui entidrement et definitivement decharges de la 
contribution fonci^re par une decision recente. 

Les conditions des prets au Mont-de-Piete de Valence ne sont pas aussi 
avantagenses que celles de Madrid, elles sont k peu pres celles du Mont- 
de-Piete de Paris, bien que le chifTre des operations soit considerable- 
ment inferieur k Valence. 

On yprete depuis un franc & 6 p. 100 Tan, sur bijoux, linge et autres 
objets de facile conservation et vente ; les hardes se renouvellent aprfes 
6 mois, les bijoux apres un an; il est per^u un demi p. lOOpour frais d' es- 
timation et un demi p. 100 de frais de ^arde pendant le premier semestre; 
ce droit est reduit k un quart p. 100 les semestres suivants. . 

C'est aussi dans Textension donnee k leurs operations que ces Institu- 
tions trouvent les moyens de subvenir a leurs frais, sans surcharger les 
emprunteurs. 

L'etablissement de Valence qui fait ?aloir ainsi les fonds de la Caisse 
d'£)pargne, prete egalement sur ?aleurs et effets publics k raison de 
5 p. too Tan; sur les bies & 6 p. 100, et aussi sur hypoth^ques. 

w L'elat de prospedte de la Caisse d'Epargne et du Mont-de-Piete, ex- 
pose le rapporteur, est des plus satisfaisants et est dd sans aucun doute k 
la visible protection de la Sainte-Vierge, Notre-Dame des Abandonnes, et 
k la vigilance des dignes personnes qui en assurent la direction. » 



HYGIENE POPULAIRE 

La Higiene popular (n° 15, Madrid, 31 juillet 1897). En sa chronique de 
tkygitne populmrey le D** Mariano Belmas constate les progr^s accomplis 
de nos jours par ITiygifene, dans toutes les parties du monde; il espere 
tf que les principales nations du Nouveau Monde eompteront bient6t un 
ministere de plus, le Minist^e de la Salubrity publique ». 

La meme cbronique nous apprend que le general Fernandez Losada, di' 
recteur du service de sante militaire k Cuba, vient ,de publier une etude 
sur Tassainissement de la Havane. Le general se propose de changer avec 
une rapidite toute militaire Taspect de la capitale de la Perle des Antilles. 

Dans les provinces de Gadix, Santander, Tolfede, etc., des comites d'or- 
ganisationet de propagande se ferment en vue du Gongr^s international 
dTiygiene. 

Bien des etudiants en medecine d*il y a vingt ans ont connu, comme 
moi, ce chirurgien k la langue aussi aceree que le bistouri, qui ne pouvait 



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142 REVUE PIIILANTHKOHIQUE. 

▼oir arriver un raalade portant sur le visage les traces d'une variola an- 
cienne, sans Tinterpeller aiosi : « Vous aviez el6 vaccin6, n*est-ce pas, avaiit 
d'avoir la petite v^role? » Et» sur la r^ponse affirmative du patient, le 
maltrese toarnant vers les Aleves ajoatait : » Naturellement ! Vous voye/, 
Messieurs, k quoi sert la vaccine I » Les temps ont change. 

On sait les heureuz r^sultats atteiuts dans certaines armies earo- 
p^ennes par la pratique de la vaccination obligat<>ire. Get ezemple a ^t^ 
suivi en France, dans les h6pitaux, les groupes scolaires, les casernes, etc. 

En Espagne, il est question d*aller plus loin encore. Le D*" Iglesias y 
Diaz pr^sente au S^nat un projet de loi tendant d rendre la vaccination 
obUgatoire en temps (T^id^ie, pour tous les citoyens dgH dt moins de sot- 
Xante ans, et n' ay ant pas m vaccinas dans les dix demUres annies (art. 2). 
11 va sans dire que, toujours d'apr^s ce projet de loi, la vaccination es! 
obligatoire pour les nouvean-n^s, dans le!4 quatre premiers mois de la 
vie (art. 1). 

En cas d'infraction i ces regies, les pdres, tuteurs, chefs de famille et 
int^*essis seraient rendus responsables et punis d'amende (art. 4). 

Des Instituts de vaccination seraicnt cr^^s (art. 5) et le Gouveroement 
prendrait les dispositions n^cessaires pour faire appliqner la loi (art. 6). 

Le D^ L. S^ailles, president de la Society roedicale de bienfaisance de 
Madrid traite Timportante question des « crachoirs et crachats ». L'article 
est h sa place en un journal d'hygii'^ne et les int^ress^s y trouveront d'uliles 
indications et toute une r^glementalion judicieusement formulae. LeMt 
prescriptions hygi6niques sont, sur ce point, rigoureusement observ^es 
dans nos hopitaux. Malheureusement il n'en est pas toujours de mc^me 
daus certaines families. Combien de malheurs seraient ^vit^s, si les per- 
sonnes qui ontun malade k soigner a domicile se conformaient plus scru- 
puleu^ement aux avis du m^decin. 

La revue espagnole signale sous le tilre: hygiene indnstrielleles incon- 
v^nients et les dangers de diverses industries; celles du phosphore, du 
mercure, des couleurs, des Others, etc., et publie la traduction d'un remar- 
quable rapport sur le travail des enfants et des femmes (1) dii iJi la plumo 
d'un Eminent collaborateur de la Revue Philanlhropique, le D"" Henri Napias, 
inspecteur g^n^ral de TAssistance publique, membre de la Commission 
sup^rieure du travail et de Tindustrie. 

Les lecteurs de VHygiine populaire trouveront enfln, k la derni^re page, 
des renseignements qui nesont pasdepourvusd'int6r^tsur le lait d'Anesse 
et son emploi. Ce lait, si fort k la mode, il y a quelques anuses, a joui de 
tout temps d'un credit qui n*est pas injustifi^. « Les Grecs le consid^raient 
comme un excellent remade et les Romains comme une boisson de luxe. » 
Le lait d'dnesse serait, parait-il, celui qui se rapprochele plus par sa com- 
position de celui de la femme. Les dnesses sont, moins que les vaches, su- 
jettes k la tuberculose. Toutefois ce lait s'alt^re rapidement et il doit 4tre 
utilise au moment de la traite, etc. 

On voit que la revue madril^ne tienlA justilier son titre : VHygi^e popu- 
laire. Marius Dupont. 

^1 Mdmoire pr6sent6 k I'Acad^mie de iii^ilerinc, 12 Janvier 1897. 



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INFORMATIONS 



Les OOQlistes des H6pitaux. 

Ine commission du Gonseil de surveillance de TAssistance p oblique a 
approuT^ dans sesgrandes lignes une proposition de M. Paul Strauss, rela- 
tive aux sp^cialit^s et tendant notamment d la creation de services sp^- 
ciaux de maladies d'yeux confi^s k des oculistes. 

Le recrutement des oculistes des hdpitaux aurait lieu d*apres un concours 
^tabli sur les bases snivantes : 

Epreoves ^liminatoires : i^ Epreuve sur tilres comportant le d6p6t par 
le candidatdes travaux qu'il a publics et d'un r^sum^ 6crit de ses travaux; 
2* Epreuve 6crite d*analomie et de pbysiologie sp^ciales ; 3^ Epreuve orale 
de m^decine g^n^rale. 

Epreuves definitives: 1° fipreuve de m^decine op6ratoire sp^ciale sur 
des animaux anesthesias ou des cadavres; 2^ Epreuve clintque sur deux 
malades. 

1^ jury du concours serait ainsi form^: cinq membres, dont trois sp^- 
cialistes, un cbirnrgien et un ra^decin des h6pitaux. 

Les sp^cialistes seraient actuellement prisparmi les cbirurgiens desb6- 
pitaux charges d*un service d*ophtalmologie, les agr^g^s d'ophtalmologie, 
les chirorgiens des b6pitaux ayant effectiyement dirig^ un service reconnu 
d'opbtaimologie. 

II a ete decide qu'un nouveaa service de maladies d'yeux serait etabli a 
rhdpital Laennec, d'aatres services devant «^treulterieurement etablis dans 
d'autres etablissements hospitaliers. On sait que, sans parler de la clinique 
ophtaimologique des Qainze-Vingts, les hdpitaux parisiens ne renferment 
auJourd*hui que deux services de maladies d'yeux, tout k fait insuffisants 
comme nombre de lits, Tun k rHdtel-Dieu, Tautre a Lariboisi^re. 



Le Transport des Enfants Assist^s. 

Le ministre des travaux publics s'est pr^occup^ des conditions d^fec- 
taenses dans iesquelless*effectuegeneralement le transport, en chemin de 
fer, des enfants envuy6sen nourrice, par les services d'Assislance publique. 

Les cloisons s6paratives des voitures de troisieme classe, dans lesquelles 



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REVUE PIIILANTIIROPIQUE. 



voyagent toujours les noarrices,ne s'^l^vent pas, en effet, jusqu'au plafond 
des voitures. II en r^sulle que les nourrissons sont exposes non seulement 
k la fum^e du tabac, mais encore aux courants d'air, d'autant pJus pr^ju- 
diciables k leur sant^, que ces inconv^nients viennent s^ajouter a la fatigue 
du voyage. 

M. Turrel,dans une circulaire toute r^cenle, vient d'appeler ratiention 
des compagnies de chemins de fer sur cette importante question, en les 
invitant k 6tudier d'urgence les mesures qu*elles pourraient prendre pour 
rem^dier a ces dangers. 

Le Gonoours des H6pitaux. 

A la suite de pol^miques r^centes sur certains abus, la Soci^t^ m^dicale 
des hdpitaux de Paris a d^l^gu^ une commission de 21 membres, charg^e 
d'^laborer un projel de r6formes du Goncours du bureau central en m^de- 
cine. Les travaux de cette Commission paraissent devoir 6tre pouss^s tr^s 
activement. La premiere stance a eu lieu le 15 octobre, et les autres stances 
ont lieu deux fois la semaine. 

De son cdt6, le conseil de surveillance de TAssistance publique anomm^ 
une commission pour T^tude des modifications k apporter au r^glement; 
les voeux ^mis par la Soci^t^ medicate des b6pitaux seront transmis k 
cette commission dont font partie des repr^sentants de la Faculty de 
m^decine et du corps m^dico-chirurgico-obst^trical des h6pitaux. 



Les D^penses des H6pitaux parisiens. 

Voici quelles ont ^te en 1896 les d^penses des hdpitaux de Paris 1 

Personnel administratif 389651 88 

Impressions, frais de bureau 15101 02 

Frais de cours et de concours 51756 31 

Personnel m6dical 953193 51 

Personnel secondaire 1631209 38 

B&timents 787906 71 

Pharmacie 924810 36 

Boulangerie 478489 96 

Boucherie 2002051 11 

Cave 875736 41 

Comestibles 1938953 41 

Combustibles 1334431 14 

Blanchissage 786257 03 

Coucher, linge, habillement, etc 1328713 14 

Appareiis, instruments dc chirurgie, etc 1184167 83 

Transports. 137700 10 

Frais de loyers, eaux, salubrity, etc 797606 33 

Fonds de reserve » »• 

Totaux 15617735 6 

En 1896, pour 4 420497 journ^es de malades, 11 a ^t^ depens^ 
15617 731 63 d'ou le prix de journ6e de 3 fr. 533. 



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INFORMATIONS. 145 

Poor 1898, oa pr^voit 4 584 000 journ^es de malades et uae d^pense 
de 15608704 d'ou un prix de journ^e de 3 fr. 405 en diminution de fr. 
12803 sor celui de 1896. 

Si Ton decompose les prix de journ^es en lears divers ^l^ments, on 
obtient le tableau suivant : 

Personnel adminlstratif 0,08814 

Impressions, frais de bureau 0,00341 

Frais de cours et de concours 0,01170 

Personnel medical 0,21563 

Personnel secondaire 0,36901 

BAtiments 0,17823 

Pharmacie 0,20920 

Boulangerie 0,10824 

Boucherie. . . ' 0,45290 

Cave 0,19810 

Ck>mestibles 0,43862 

Combustibles 0,30192 

Blanchissage 0,17786 

Coucher, linge, habillement, etc 0,30058 

Appareils, instruments de chirurgie, etc 0,26788 

Transports 0,03115 

Frais de loyers, eaux, salubrity, etc 0,18043 

Fonds de reserve » 

ToTAUX 3,53300 



Le Fonctionnement des Bureaux de bienfialsance. 

A la suite de rinterpellation au directeur de TAssistance publique 
sur les reserves des bureaux de bienfaisance, le Gonseil municipal a 
voi^ la proposition suivante, sign^e de MM. Lerolle, Paul Bernard, 
Alpy,Gay, Deville : 

La 5* Commission est invitee k presenter au Conseil un rapport sur les 
questions suivantes : 

1<* Comment sont faites les Economies des bureaux de bienfaisance et 
dans quelle limite elles peuvent ^tre faites? 

2^ Quel usage doit Hre fait des reserves actuelles pour qu'elles soient 
utilement distributes aux pauvres? 

3^ Quelles r^formes peuvent assurer d'une mani^re plus efficace les 
secours en cas d'urgence et Tassistance des infortunes passag^res qui ne 
rentrentpas dans la clientele ordinaire des bureaux de bienfaisance? 






L'Orphelinat Parent de Rozan. 

Un nouvel orphelinat vient de 9'ouvrir dans un immeuble l^gu6 d TAs- 
sistance publique de Paris ; des difflcult^s contentieuses, anjourd'hui apla- 
nies, avaient retard^ la realisation du legs Parent de Rozan. 

REVIB pmLAKTHROnQCV. — U. 10 



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U6 REVUE PIIILANTHROPIQUE. 

L*orphelJnat Parent de Ro/.an est destin6 k recevoir douze jeunes Giles 
pauvres, de Dationalit^ francaise, dont six appartenant aa IX" arrondisse- 
ment, et six appartenant au XVI®, et prises de pr^f^rence parmi les orphe- 
lines de savants, de litterateurs ou d'artistes. 

Les orphelines seront admises dans Torphelinat sur le choix fait dans 
les IX* et XVI« arrondissements par leurs municipalit^s respectives, avec le 
concours de deux membres du bureau de bienfaisance, nomm^s par le 
bureau, et d'un d^l6gu6 cantonal, nomm(^ par la delegation. 

Les enfants sont admises dans Torphelinat k partirde Vkge de huit ans, 
jusqu'^ Vkge de douze ans. 

Elles seront eiev^es simplemeni et babiluees k tous les soins et travaux 
(le I'interieur d*un manage. 

Elles recevront, conformement aux intentions exprimees par le fonda- 
teur, une instruction liberate et profession nelle destinee, autant que le 
permettront leurs aptitudes, k les mettre k meme de se diriger vers les 
arts industriels ou le professorat. 

Celte instraction, donnde k Tinterieur de Tetablissemcnt, pourra etre 
compietee dans les ecoles commerciales ou professionnelles de la ville de 
Paris, ou m^me par Tapprentissage, au dehors, dune profession. 

La duroe du sejour des eieves u Torpheliuat est liroitee k huit annees, 
sauf les exceptions admises par le directeur de TAssistance, d'accord avec 
les municipalites interessees. En aucun cas une el?»ve ne pourra etre gar- 
dee apres sa raajorite. 

Les eieves, sortant de Torpheliuat, pourront recevoir un trousseau et 
uoe dot dont la valeur, subordonnee aux ressources de la fondation, 
pourra atteindre i 500 francs. L'allocation en sera faite par le directeur 
de TAssistance publique sur I'avis de la direclrice. 

II estbien entenduque la liberalite ci-dessus ne serait pas accordrn* a 
lorpheline qui se mettrait dans le cas d*exclusion de Tetablissement par 
inconduite, insoumission ou toute autre cause. 

Le revenu de Tetablissement est de 23 750 francs par an. 



La Fdte de rAgrHcolture au Mus^e social. 

Pour faire suite a la belle fete du travail offerte I'an dernier aux ou- 
vriers les plus meritants de I'industrie nationale, M. le comte de Cham- 
brun a inslitue une fete de t'Agriculture k laquelle etaient convies les 
representanls des syudicats ruraux. 

Au mois de mars deniier, une conference preparatoire tenue a Nice de- 
tei-minait les conditions du concours des s^Tidicats agricoles ; il devait 
distinguer par des recompenses les heureuses initiatives prises par ces 
laureats en matiere d'organisation de la solidarite reelle entre leurs membres 
ou d*institutious presentant uu caractere d amelioration sociale, telles que 
renseignemeiil agricole, la cooperation, le credit agricole, les diverses 
formes de la prevoyance, Tassistance mutuelle, la conciliation des diffe- 
rends, le placement des ouvriers, etc. 1 676 syudicats etaient invites par 14 



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INFOKMATIONS. 147 

circulaire k faire connaitre les principaux points de Toeuvre accomplie 
par eux; sur ce nombre, 153 candidatures ^taieot poshes; diss^min^es 
sar toule T^tendue du territoire, elles repr^sentaient environ 127000 agri- 
col tears, qui furent jug^s par leurs pairs, les membres du bureau de 
rUnion centrale des syndicats agricoles. 

Cast la distribution des prix de ce cpncours qui a eu lieu le 31 octobre 
aa Mus^e social, sous la prSsidence de M. M^line, president du conseii, 
mioistre de rAgriculture, ayant k sa droite le comte de Ghambrun et h ses 
cdt^s MM. Jules Siegfried, Tb6ophile Roussel, etc. 

M. de Rocquigny a donn^ lecture de son rapport sur les r^sultats du 
concours, et M. Emile Duport, de Lyon, president du syodicat class6 le 
premier, a expose les origines et le d^veloppement de la cooperation rurale 
en France. 

On a proc^de ensuite k la distribution des prix, dont le total atteignait 
25 000 francs, ainsi d6compos6s : quatre grands prix d'bonneur (2000 et 
3000 francs, et m^dailles d'argent), les syndicats de Belleville-sur-Sadne, 
de Poligny, du Loiret, d'Allex et Crest (Drdme) ; dix-sept prix de 1 000 francs, 
aox syndicats d'Anjou, de Belignieux, de Cadillac, du Calvados, de Castel** 
Daudary, du Comtat, de Die, du Doubs, d'lUe-et-Vilaine, de la Manche, de 
Remiremont, de Roquevaire, de Saint-Amand-de-Boixe, de Saint-Genis- 
Laval, de la Sarthe, de Vaucluse et de Saint-Fiacre (Paris). 

Apr^s la proclamation de vingt-trois m^dailles d'argent et de vingt- 
einq mentions honorables, M. M^line a pris la parole et, apr^s s^dtre in- 
cline devant « Thomme de grand coenr et de baute intelligence qui a si 
bien compris les besoins de son temps et qui donne un si noble exemple 
de d^sint^ressement et d'amonr de i'humanit^ », a insists sur Tinitiative 
du monde agricole qui « le premier a compris et appliqu^ la grande for- 
mole de solidarity et de mutuality qui contient la vraie, la seule solution 
possible du probl^me social ». 

Le pr^ident du conseii a annonc^ qu'ii allait prochainement proposer 
an Parlement la creation de banques r^gionales mutuelles destinies k 
completer les assurances mutuelles agricoles. 

M. le comte de Ghambrun a.remerci^ en quelques paroles 6mues : « On 
me remercie, etc'estti moi de remercier. Je ne serais arrive k rien sans le 
puissant concours de ceux qui m'^coutent; c*est leur d^vouement qui 
m'inspire ; je n'ai pas k leur demander d'avance pardon des nouveaux tra- 
Taux que j'aurai k leur imposer, tant je sais qu'ils seront heureux de par- 
ticiper au bien-^tre de tous, k Tapaisement social dont a pary M. le ministre. 
Notre force vient de ce que Tarticle I" de nos statats nous interdit toutes 
discussions politiqnes et religieuses. Aussi nos sections r^unissent-elles des 
gens qui, en dehors de leur amour commun pour le bien social, professent 
ies opinions les plus diffi§rentes. » 

Le soir, M. de Ghambrun a donn6 chez lui un diner de deux cent cin- 
quante converts. Des toasts applaudis ont 6te prononc^s par MM. le comte 
de Chambrun, Jules Siegfried, Cheysson, Kergall et Duport. 



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ECHOS 



Le Basar da la Charity. — On annonce que le Bazar de la Charity 
chdmera Tan prochain. 

M. Garnier, secretaire g^n^ral du Bazar, a d^clar^ & un le r^dacteur du 
Figaro que sur les cent soixante oeuvres du Bazar, plus d'une centaine 
comptent organiser elles-mdmes Tan prochain des ventes partielles dont 
le produit subviendra k leurs besoins pour une ann^e. 

II resterait trente k quarante oBUTres, les plus pauvres, qn*il faudrait 
aider. Celles-ci ont demand^ k M. Gamier de bien vouloir, avec quelqaes 
dames pr^sidentes, s'occuper d'elles d^s le d^but de Tann^e prochaine : on 
les r^unirait done au printemps en une installation provisoire oh serait 
faite k leur proQt une vente qui durerait quelqaes jours. 

Mais le Bazar de la Charity ne rouTrirait ses portes, avec un nouYeau 
Comity, qu'en i899, et dans le nouveau local ^lev^ par la iib^ralit^ de 
M"^* la comtesse de Castellane. 

L^Orphelinat des Arts. — La distribution des prix aux pupilles de 
rOrphelinat des Arts a eu lieu le dimanche 24 octobre dans le grand h^mi- 
cycle de TEcole des beaux-arts, sous la pr^sidence de M. Barthoo, ministre 
de Tint^rieur, assists de !!"• Marie Laorent, pr^sidente de TCEuvre, de 
M"* Hirelle, directrice de Torphelinat. 

Autour de la pr^sidente, et aux premiers rangs de Th^micyle : 
Ifmef Poilpot, vice-pr6sidente, Krauss, Roty, Doche, Marni, Frantz-Jour- 
dain, Vrignault, Rachel Boyer, Roger Marx, Francis-Magnard, Alban Chaix, 
Bertol-Graivil, Roosevelt, Ulmann, Lenoble, Barbottin, Morin, Laudmann. 

11 ressort du rapport de la pr^sidente-fondatrice que, depuis dix-sept 
ans, Torphelinat des Arts a recueilii, 61ev^, plac4, et parfois mari^ 
131 ei^ves. 

M"^* Marie Laurent rappelle que M. Duquesne, Tancien Miteur, a fait 
don k la soci6t6 d'un chdteau tout meubl^ dans ie Calvados oil les pupilles 
de Torphelinat vieonent de passer leurs vacances. 

M. Barthou prononce une allocution appiaudie; il remet les palmes aca- 
d^miques k M"* Scalini, vice-pr^sidente tr^sori^re, et a M. Sock, profes- 
seur de litt^rature k Torphelinat. 

2300 francs de livrets de Gaisse d*epargne sont distribu^s : six certifl- 
cats (616mentaires et cinq certiQcats d'^tudes sont obtenus. 



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£CHOS. 149 

Le Prix Osiris. — M. Osiris, r^ajisant d^s maintenant sa promesse, 
vient de verser & la Banqne de France une somme de cent mille francs re- 
pi^sentant le montant du prix qn'il a mis k la disposition du Syndicat de 
la presse parisienne pour r^compenser ToBUvre la plus m^ritoire de I'Expo- 
sition de 1900 au point de Tue artistique, industriel ou humanitaire. 

L'Orphelinat de la BUouterie. — Le 17 octobre, I'orphelinat de la 
bijouterie, joaillerie, horiogene, a proc^d^, k deux heures, dans la salle 
des f^tes du Trocad^ro, k la distribution annuelle des recompenses aux 
enfants places sous son patronage. La c^r^monie ^tait pr^sid^e par M. Bar- 
thou, mioistre de Tint^rieur, aux cdt^s duquel avaient pris place, en 
oatre des membres du bureau de la Soci^t^, plusieurs deputes et conseillers 
municipaux. 

Apr^s un discours de M. Richard, vice-president de Torphelinat, 
M . Barthou a prononc^ une courte allocution. 

L'orphelinat a ensuite distribu^, k ceux de ses fpupilles qui se sont 
signaies dans Tann^e, des recompenses consistant en livrets de caisse 
d'6pargae et de retraites, livreset instruments de travail. Les principaux 
laur^ats ont ete Ferdinand Goqueret, Rosalie Goqueret, Charles Marais, 
Mathiide Manage, Paul Audrianne, Ferdinand Chardon. 

Un concert a suivi,auquel avaient prSte leur concours plusieurs ar- 
tistes de rOp^ra, de rOpera-Comique, de la Comedie-Francaise, du Vau- 
deville et des BoufTcs-Parisiens. 

Alcooliques et Abstinents. — M. Forei a communique au recent Con- 
gres international centre Tusage des boissons alcooliques, la statistique 
snivante, concernant les personnes sorties de Tasile d'Ellikon de 1888 k 
1896 (environ 740). Parmi celles-l&, les unes sont restees entierement ab- 
stinentes, et les aatres se sont remises k faire usage des boissons alcoo- 
liques. La proportion des dec^schez les abslinentes est seulement de 1,7 
p. 100, tandis qu'elle est de 22 p. 100 chez les autres. Ges chifTres mon- 
trent que Talcool est un aliment dangereux pour les alcooliques et qu*on 
peat en sevrer ces demiers pour leur plus grand bien et sans danger. 

Une F6te de Charity. — Un grand nombre de membres des comites 
d'admission de irExposition de 1900 ont eu la genereuse pensee de preiu- 
der a leurs fonctions par une fete de charite; ils ont Tintention d*organiser 
an grand bal qui serait donne k TOpera au profit d'ceuvres de bienfai- 
sance, sous la presidence d'honneur du ministre du commerce, la presi- 
dence du commissaire general et la vice-presidence des directeurs gene- 
raux, directeurs et secretaires generaux de I'Exposition. 

L'organisation de cette fete serait reservee aux gronpes syndicaux du 
commerce et de Tindustrie, aux associations des jurys des Expositions na- 
tionales et des expositions frangaises k retranger. 

La fete aurait lieu, si aucun retard ne se produit, dans la premiere 
quinzaine de decembre. 

Une petition. — Les pensionnaires de Thospice d'lvry viennent de 



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150 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

d^poser au Consei) mnnicipal une petition demandant 'qu'^ Tavenir, les 
pauvres vienx qui meurent dans I'dtablissement soient en terras gratuite- 
ment ou tout au moins au prix de quatorze francs, comme le sont les in- 
digents parisiens, au lieu d'etre iivr^s aux amphitheatres de disseclion. 
Gette requite touchante trouvera certainement Taccueil le plus favo- 
rable au Conseil municipal de Paris. 

Le Pavilion Ofiiris k la Salp6tri^re. — M. Osiris a propose k Tad- 
ministration de rAssistance publique, qui a accepts cette ofTre avecjrecon- 
naissance, de faire constrnire k ses frais, h la Salp6tri^re, un pavilion de 
chirurgie destine au service de M. le docteur Segond. 

Le Conseil de sunreillance, consults sur cette donation, a ^mis un avis 
favorable. 

La Fourniture de Lait des h6pitaax. — Le mercredt 17 novembre 
1897,i deux heures, il sera proc^d^ publiquement, au chef-lieu de Tadmi- 
nistration de TAssistance publique, a Paris, avenue Victoria, 3, k Tadjudi- 
■cation, sur soumissions cachet^es et au rabais, de la fourniture de lait n^ 
cessaire au service des hdpitaux et hospices civils de Paris pendant 
I'ann^e 1898. 

Ladite fourniture est ^valu^e k 3 009 800 litres et divis^e en 23 lots. 

Secours aux Naufrag^s. — La Socidt^ centrale de sauvetage des nau- 
frag^s a re^u de la Soci^td imp6riale russe de secours aux naufragds la 
.somme de 100 francs pour la famille d'un homme du Surcouf, qui s'est 
noy^ dans la N^va, lors de la visite du president de la R6publique. 

L'Orphelinat d^Audiffired k Troyes.— 11 y a peu de jours a eu lieu 
k Troyes, sous la pr^sidence du prdfet, Tinauguration |de Tasile destine 
aux jeunes garcons orphelins. Gent enfants y seront admis. M"*' AudifTred 
a donn^ 450000 francs en mdmoire de son mari, pour eriger cet asile. La 
Ville a doun6 50000 francs et les hospices 5000 francs. Des discours ont 
ei6 prononc^s par MM. Mony, maire; Rostaing, pr^fet, et Lebrun, repr^- 
sentant M™« Audiffred. Les travaux ont 614 executes par M. Fontaine, ar- 
chitecte a Troyes, d'aprfes le projet de M. Lebrun. 

Un Sonrd-Mnet avocat. — Le Journal des Sourds-Muets nous apprend 
que la cour supreme de Galifornie vient d'admettre dans son barreau 
M. Theodore Grady, sourd-muet. 

Lenouveau d^fenseur a pass4 un examen dcrit; il donnera ses consul- 
tations par 6crit. 11 est lui-m^me marid k une sourde-muette et a trois 
enfants jouissant de toutes leurs facult^s. 

Le Denxi^me Dtner des Mutnalistes Aran^als. — Le deuxi^me 
diner des Mutualistes francais aura lieu k Paris, le jeudi 25 novembre, sous 
la pr^sidence de M. M^line, president du Gonseil des Ministres. 



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REVUES ET PUBLICATIONS FRANfAISES 



Dans son int^ressant Bulletin de la Revue d'hygi^e (20 oclobre 1897), 
M. le D' Vallin expose avec sa clart^ habitaelle les efforts tenths en France 
pour la lutte si n^cessaire contre Talcoolisme ; il s'attache surtout k mon- 
trer Tefficacit^ dn mouvement anti-alcoolique scolaire dont nous avons 
entretenu les lecteurs de la Revue Philanthropique (1). 

« Dans cette nouvelle forme de la ligue contre ralcoolisme, 6crit-il, il y 
a un effort loaable qu'il faut encourager. Les rdsultats obtenus dans les 
autres pays sont d^j^ remarquables. On a pu s'en assurer recemmeht par 
les diverses communications qui ont ^t^ faites au Congr^s international 
contre Talcoolisme, tenu k Bruxelles au mois de septembre dehiier, et en 
particulier par une nouvelle notice de M. Roubinovitch. M. le D' Legrain, 
ni^decin en chef de Tasile d'ali^n^s de Ville-Evrard, charg6 d'un rapport 
sur les liens k 6tablir entre les soci6t^s de ce genre, a conclu a la creation 
d'un OfXice international reliant toutes les unions ou associations de tem- 
perance de divers pays, question unpeu ardue, pour laquellela competence 
personnelle nous fait d^faut et que nous ne voulons pas aborder icL 

« On ne pent nier qu'actuellement en France il y a une recrudescence 
immoder^e dans le goM des liqueurs alcooliques. Est-ce affaire de mode 
ou de contagion ? La mode a parfois de ces courants qui surprennent ; il 
n'est pas douteux que la nouvelle generation a beaucoup moins le goiit du 
tabac, sous toutes ses formes, que celles qui Tont precedee. 11 etait de bou 
ton de priser au xviii® sifecle et jusqu'au commencement de celui-ci. II y a 
vingt ans, cet ignoble go&t de chiquer le tabac en caroltes etait encore 
tr^s repandu; on cache aujourdliui cette habitude comme un vice mal- 
propre. L'education, le snobisme surtout, ont amene cet beureux resultat; 
on n'ose plus gu^e fumer la pipe, si ce n'est k la chasse, a la campagne, 
k peine en voyage ; on ne concede que la cigarette ; dans un certain monde 
il est plus < distingue » de ne pas fumer du tout. Que n'en est-il ainsi de 
hi pemicieuse habitude de Tabsinthe et de tons les aperitifs! 

« S'il y a quelque naivete k Tesperer et k se liguer ainsi contre i'alcoo- 
lisme, laissons k ces naifs et k ces bonne tes gens Tespoir que leur bonne 

(1) Vou-Ien» 1, p. 94 et 95. 



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452 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

intention ne sera pas sans profit coutre 1e fl6au qai menace y^ritablement 
Tavenir de notre race. » 

M. Andr^ Honnorat, dans le Rappel, s'occnpe des pharmacies ambn- 
lantes o'u plutdt de I'organisation des premiers secours dans ies trains de 
voyageurs. 

« Un de nos lecteurs r^clamait, il y a trois joors, ]a creation de phar- 
macies ambulantes k d^poser dans Ies trains. 

— Yoil^, nous 6crit un autre de nos Jecteurs, qu'on n'a pas k r^clamer 
pour la bonne raison qu'en yertu des ordonnances de 1845 et de 1846 qui 
sont applicables aux chemins de fer, chaque ohef de train doit avoir dans 
son fourgon une bolte de secours contenant des bandes, de la charpie, et 
Ies principaux medicaments dont on pent avoir besoin en cas d'accident. 
Mais Yoil^ aussi dont on fait fort bien de s'occuper, car si ces bottes 
existent effectivementjamais, au grand jamais, on n'a rid6e de Ies ouvdr 
pour s'assurer que ienr contenu est toujours en bon ^tat* 

La rectification n'enl^ve done rien k la valeor des observations que nous 
avons presentees. Tout au plus peut-on dire qu'elie en modifie leg^rement 
Ies termes. 

Qu'importe, en effet, qu'on edicte Ies meilleure s mesures si personne 
n'en surveiile Tapplication et si, par-dessusle marche, le public ignore Ies 
avantages qu'il en pent retirer? 

Or, nous ne croyons pas nous tromper en affirmant que parmi Ies mil- 
Hers de voyageurs qui circuient chaque jour sur nos voies ferries, il ne 
s'en trouve pas deux qui sachent qu'en cas de malaise subit ils peuvent se 
procurer immediatement Ies medicaments qui leur sont necessaires . 

Nous ne pouvons par consequent que reprendre la proposition de noire 
correspondanl pour reclamer : 

1^ La verification reguli&re des bottes de secours; 

2" L'apposition dans tons Ies compartiments d'un avis faisant connattre 
Texistence de ces « bottes de secours » k tous Ies voyageurs; 

3<» La creation de dep6ts de brancards et d'appareiis chirurgicaux de 
premiere necessite dans chaque station; 

4<» L'obligation pour tous Ies medecins attaches aux Gompagnies d'en- 
seigner aux chefs de trains Tusage des medicaments mis k leur disposition 
et la fa^on d'etablir un pansement sommaire. 

A ces conditions, mais k ces conditions seulement, Ies ordonnances de 
1845 et de 1846 repondront au butqu'elles se proposent. 

M. le D' Gibert (du Havre) expose, dans une lettre au TempSf ses idees 
sur le tueur debergers et la responsabilite de la presse; il deveioppe ces 
trois propositions: 

1<» II y a un grand nombre de criminels des plus dangereux qui sont 
laches sur la societe, etqui sont des malades qui devraient eire enfermes ; 

2'> Nos moeurs, notre legislation ne nous permettent pas de Ies tenir 
enfermes, et il faut une serie de crimes pour qu'on prenne, trop tard, des 
mesures coercitives centre eux ; 

S"" La presse a contribue pour une large part k ce triste etat de choses. 

Pour Ies criminels malades, M. le D' Gibert se ref^re k son etude parue 



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REVUES ET PUBLICATIONS FRANgAISES. 153 

dans la hevue Philanthropique et il Ini emprunte rindication de quelqaes 
types ; il poursuit en ces termes : 

<< Ponrquoi de pareils ^tres sont-iis laiss^s en liberty? Pourquoi I'assas- 
sioy le monstre Yacher, est-il sorti de Tasile de D61e? 

« G'est id, monsieur le directenr, que j'ai besotn de toute votre indul- 
gence pour que je puisse faire la part de Tinfluence n^faste de la presse 
dans cette ^pineuse question des responsabilit^s sociales. 

« G'est d*une fagon terriblement l^g^re que la presse fran^aise accueille 
tons les jours (affaire Laporte» affaire Heim) d'odieoses accusations, sans 
jamais, ou presque jamais, se donner la peine de les contr61er. Yous rap- 
pelez-Tous la campagne men^e il y a quelque vingl ans h propos de I'avo- 
cat S...., — qui remplissait I'air et les journauxde ses plaintes au sujet de 
sa sequestration soi-disant ill^gale? Quel tapage, grand Dieu! Et puis, 
quVtroij trouv6 a Tautopsie ? Des alterations teliement graves de pacby- 
ni6ningite que tout a ete subitement 6claire dans la vie de ce malheureux. 
Est-ce qa*un seul journal a fait son mea culpa? En aucune facon. Mais 
c'est tous les ans que sur un point quelconque du territoire frangais de 
cmelles accusations sont prononc^es contre des m^decins qui, c^dant, 
dit-on, h des int^r^ts inavouables, font s^questrer des gens admirablement 
sains! Yous rappelez-vous les accusations toutes recentes k propos d'un c^- 
l^bre commandant? 

« Qu'est-il results de cet ensemble de faits?Ceci : c'estque les m^decins 
des asilesd'alienes, pour ne pas ^tre accuses, ont pris Thabitude, d^s que 
la crise de folie^est pass6e, de rendre le malade ^la famille. Rien que dans 
ma clientele, je pourrais cboisir de nombreux exemples oCi cette facon de 
faire a €i6 la cause de malhenrs irr^parables. Et c'est toujoura la terreur 
de la presse, la terreur du reportage qui est la vraie cause de la conduite 
de lagrande majority des m^decins contemporains, et quandleur bonneur 
est ainsi en jeu, avonez qu'il fandrait plus que de I'beroisme pour agir 
autrement qu'ilsne le font. Remarquez, monsieur le directeur, quejereste 
en deck de la v^rite en vous faisant ce r^cit qui vous parattra exag^r^; le 
nombre d'alienes qui circulent et s^ment leurs m^faits dans la societe est 
beaucoup plus considerable qu'on ne croit, et il a fallu cet exemple hor- 
rible du tueur Yacher pour que Topinion publique devoyee commence 
pent-etre k voir ce qu'il faut faire pour remedier k ce perilleux etat de 
choses. En resume, la iecon qui ressort de ces faits d'assassinats et de viols 
nombreux est celle-ci : 

« !• Les alienes reconnus tels ne devraient pas etre remisen libertesur 
le simple visa du chef de service, llfaudrait, pour la remise en liberty, une 
consultation de plusieurs medecins auxquels serait toujours adjoint le me- 
decin des families ; 

«< 2» La presse frangaise, revenant de ses errements, devrait se parder 
de jamais parler de sequestration iliegale avant d'avoir en mains cent 
preuves contre une de la verite de cette accusation; 

« 3* Des asiles speciaux devraient etre crees ou seraient en.ermes tous 
les etres malades depuis leur enfance avec des tares manifestes, ui ne sont 
ni des alienes, ni des responsables, mais des Hres anormaux dont il fautse 
garer. 



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15i HEVUE PHILANTHROPIQUE. 

M. Lenoir, premier adjoint au maire de Versailles, a calculi dans le 
BuUetin de la SocUU de mendicitS contre les enfanls la d^pense qae n^cesw^ 
terait Tassistance aux families nombreuses: 

« Parian t de ces deux id^es, qu'il fauten moyenne des families de trois 
enfauts pour assurer le renouvellement de la population, car on doit tenir 
compte des pertes et des non-valeurs, et qu'il serait it la fois juste, poli- 
tique et patriotique de venir en aide aux families de plus de trois ent'ants, 
j'ai fait, pour la ville de Versailles, le relev6 de toutes les families qui sont 
dans ce cas, soit 397 families d'ouvriers. Le nombre total des enfants est 1 931 
et le nombre des enfants de moins de treize ans, en plus de Irois enfants, 
s'^lfeve a 698. 

« 35 families semi-ouvri^res ou d'employes: 168 enfants; 59 en plus de 
trois enfants. 

u 71 families de commercants avec 342 enfants et 120 en plus de trois 
enfants. 

« 105 families bourgeoises: 494 enfants; 165 en plus de trois enfants. 

« Com me vous le voyez, en additionnanl, nous avons dans notre ville 
608 families de plus de trois enfants coroptant ensemble 2.935 enfants, 
parmi lesquels il y en a i 042 ^g^s de moins de treize ans au-dessus du 
nombre de trois enfauts. 

« Accorder & ces families une allocation mensuelle de 10 francs, soit 
120 francs par an, pour chacun de leurs enfanls de moins de treize ans en 
plus do nombre de trois, serait une aide serieuse, surtout pour les families 
ouvri^res, d*employ^s et de petits commercants. 

«c 11 en resulterait done ^ Versailles une depense annuellede 120 fr. x 
1042 = 125040 fr. Or la population de Versailles est de 43138 habitants, 
c*est-ii-dire un neuf centi^me de celle de la France, qui est de 38 a 39 mil- 
lions d'habit^nts. On pent admettre que la proportion des families de plus 
de trois enfants est k peu pres la m^me partout. On voit done que, pour 
venir utilement en aide aux families de plus de trois enfants, k raison d'une 
allocation annuelle de 120 francs pour chaque enfant de moins de treize ans 
en plus de trois, il sufflrait d'une somme d'environ 125000 x 900 = 
112500000 francs. » 

M. L^z6, le savant professeur ^ TEcole de Grignon, analyse et appr^oie, 
dans le journal la Laiterie, Tceuvre de la grande commission du lait; il est 
d'avis qu'il faul en arriver k ne recevoir k Paris que du lait dejii sterilise 
et st^rilis6 sur les lieux de production : 

« C'est la, dit-il, qu'une nouvelle ^tude devient n^cessaire. Le Gonseil 
municipal ne faillirii pas k Tentreprendre. II va ^tre presque indiqu^ de 
creer un concoiirs entre les nombreux appareils de sterilisation du com- 
merce, un concours s^rieux, de longue haleine, dans lequel les membres 
du jury seront des bact6riologistes,et des d6gustateurs. 11 va s'agir d'indi- 
queraux laitiers engros les meilleurs appareils de sterilisation et d'etablir 
alors, k Paris, non pas Vusine, mais le controlCf et de decider impitoyable- 
ment que les laits non sterilises, presentant le goi\t de cuit ou une altera- 
tion dans la couleur, puis enflu, con tenant moins de 35 grammes de beurre 
par livre, seront condamnes et rejetes comme mauvais. 



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REVUES ET PUBLICATIONS FRAXgAISES. 155 

« II ne reste plus, alosi que nousvenons dele demontrer, qu'ane petite 
rectification k imprimer k la voie dans laquelle on s'est engage. Le vi£u, 
I'id^e, toot cela 6tait bon ; la mise en pratique est une affaire de voies et 
moyens, on la trouvera, et ce sera un titre de plus k roettre k Tactif du 
-Gonseil k la reconnaissance des Parisiens d'avoir r^solu la question de 
Tali mentation de lagrande viile en lait pur et sain, d'avoir fait disparailre 
la fraude et avec elle les inconv6nients et les dangers qn'elle comportait 
pour la 3ant^ publique. » 

M. de Pion fait conoaitre, dans la Revue politique et parlementaire {n»40, 
10 octobre), les essais d'organisation de commissions cantonales d'assistance 
dont M. Alapetite, pr^fet du Pas-de-Calais, a pris rinitialive; il rappelle 
les tentatives analogues faites en 1855 et en 1862 dans les departemenls de 
la Niftvre et de I'Ome, dans I'Ain et dans TAisne, k une 6poque plus r^- 
cente^ 

D'apr^s Tautenr, les commissions cantonales constitutes dans le Pas* 
de-Calais paraissent mieux r^pondre au v(^ritable but k atteindre; elles 
offrent le moyeii de former un budget extraordinaire de la charity pour les 
eommunes rurales. 

Les commissions sont compos^es de la fagon suivante : « Le conseiller 
general et le conseiller d'arrondissement, tous les maires, un d^l^gu^ de la 
commission administrative du bureau de bienfaisance dans chaque com- 
mune comptant plus de 500 habitants (les plus petites communes parais- 
sant sufflsamment representees par leur maire), le juge de paix, le cure et 
i'instituteur du chef-lieu de canton, tous les percepteurs et trois on quatre 
personnes charilables choisies parmi celles qui peuvent apporler k la com- 
mission le concours le plus z6U et le plus intelligenL 

M La commission eiit son bureau et nomme des delegations ciiargees de 
faire des toumees dans le canton, ilafois pour recueillir desfonds et pour 
Tisiter les pauvres les plus interessants. u La mission de chaque delegation 
one fois terminee, la commission se reunit en seance pJeniere et fait le 
coropte des dons recueillis en y ajoutant le montant de la subvention de- 
partemenlale. Elle classe ensuite les propositions de secours emanees de 
chaque delegation en les limitant aux ressources disponibles et au but 
poursuivi. Les fonctionnaires et en particulier les percepteurs qui con- 
naissent mieux que personne la situation pecuniaire des habitants de leur 
circonscription peuvent rendre les plus grands services dans les commis- 
sions en se chargeant de la besogne materielle et en servant de trait d'union 
entre les divers elements locaux. » 

M. Pion estime que le departement peut donner eu vertu de la loi de 
1871 une sanction suffisante aux commissions cantonales d^assistance, dont 
il preconise la creation; il est d'avis que Tinstitution doit rester jusqu'i 
nouvel ordre essentiellement departementale, malgre son siege localise 
dans le canton. 

Un nouvel organe vient de paraitre : /7n/?rm/er, journal d'interets cor- 
poratifs, organe du groupement du personnel secondaire de I'Assistance 
publique de Paris. 



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136 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

Le premier nura6ro contient des articles de M. Paul Strauss, s^nateur, 
et M. Ghauvi^re, ddput^, des lettres de M. Landrin, conseiller municipal et 
de M. le D** Ed. Toulouse, m^deciu de Tasile de Villejuif, etc. 

Voici le court programme des fondateurs de la revue : 

« Le but du journal est de rendre compte des travaux faits et des de- 
mandes d'am^lioration soumises k Tadministration, au conseil de surveil- 
lance et au Conseil municipal; de publier les comptes rendusde toutes les 
reunions et de tous les travaux du groupement. 

Nous ins^rerons toutes les communications que radministrationvoudra 
bien nous faire telles que : circulaires, nominations, mutations, demandes 
de cbangement, etc. 

Nous publierons de mdme les vacances d'emplois aux ambulances, aux 
^tuves municipales; les demandes des hdpitaux et hospices de province, et 
m6me celles des particuliers. 

Nous recevrons tous les travaux, toutes les etudes, que Ton voudra 
bien nous adresser, k la condition qu'ils s'appliquent k la g§n6ralit^ el 
qu'ils soient sign6s. — En attcun cas il ne sera term compte de faU$ personnels 
ou (Ticrits anonymes, » 

Les num^ros 2, 3 et 4 contiennent des lettres ou articles de MM. Girou 
et Ranson, conseillers municipaux, le rapport g^n^ral de la commission 
de la tuberculose, Tbistoire de Bic^tre. 

Dans le num^ro 4, un des r^dacteurs anonymes donne, en excellents 
termes, k ses camarades, le conseil d'agir en vue d'obtenir les ameliora- 
tions soumises k Tadministration de i'Assistance publique : « N'oubliez pas, 
6crit-il, que rien ne r^ussit sansune volenti ^nergique et sans cette conti- 
nuity d'efforts que tout apostolat r^solu et ardent reclame ; ne vous laissez 
pas envahir par rindifference et Tapathie, car souvent jles ameliorations 
demand^es ne sont consenties par ceux qui les accordent que s*ils y sent 
contraints et forces. Occupez vos pensies d des id^es grandee, ginireuses, 
donnez un but 6leve d votre vie. Agissez autour de vous. Ne demeurez pas 
des 6tres passifs. Allez de Tavant, ayez de Tactivite, ne vous habituez pas 
k compter sur Taction des autres pour am^liorer votre situation. // faut 
agir comme si tout d^endait de vous* » 



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BULLETIN 



L* affaire Laporte a profond^ment passionne 1 
la neuvi^me Ghambre n'est pas fait poar call 
medical. U ne s'agit pas, dansTesp^ce, d'un int^i 
la m^decine est plus et mieux qu'un metier, ell 
nn service public; rien de ce qui la touche ne 
rents. 

11 n'y a pas de plus 6crasante responsabiiit 
dont la moindre imprudence pent tuer un bom 
responsabiiit^? La ma^strature. En vertude qi 
ment des juges, Strangers a toute notion de I'ai 
discemer les causes d'erreur, a d^couvrir les fai 

On Ta dit de tons c6t^s au lendemain de la < 
instance du docteur Laporte : que deviendront 
le sendee medical des bureaux de bienfaisance, 
la chirorgie et des accoucbements, si le bras d 
par la crainte d'un 6cbec et de ses coQs^quen< 
da d^vouement est tarie cbez les m^decins? Car 
la grande majority des m4decins n*ob6it pas exi 
tions^goistes; le d^sint^ressement est monnaie 
ciens et la modicit^ des honoraires ne compens 
perils d'une profession insalubre et dangereuse 

Le bon m^decin est un philanthrope pratiqui 
savoir, k la facon de Jourdain. 

Le m^decin, qui pr^te son concours aux adr 
gagne que des Emoluments disproportionn^s ai 

Nol n'a plus droit au respect ; nul ne doit St 

(Test pourquoi tout ce qui est de nature k re 
cale doit 6tre attentivement recherche. 

On a d6j& essays de marquer ici m^me, et ti 
des circonstances de ralTaire Laporte, les respo 
mMecine, dispensatrices des grades et compt« 
dipldmes vis-^-vis de r£tat et du public. 

Lorsque Tincident Laporte sera d^finitivemi 



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158 HEVUE PIIILANTIIROPIQL'E. 

T^evenir sur ce grave sujet, notammeat sur reuseignement obst^lrical en 
France et sur rinslruction pratique et professionnelle des 6tadiants en 
m^decine. 



L'administralion de ['Assistance publique de Paris n'est pas en bonne 
posture; eile ne m^rite pas assur^meut tons les reproches qn'on lui 
adresse, elie n'est pas responsable de tons les abus qu'on iui impute, mais 
francbement elle ne fait rien pour faciliter la t^che de ceux qui ia vou- 
draient d^fendre contre d'excessives attaques. 

Apr^s rincident symptomatique des r^senes des bureaux de bienfai- 
sance, la publication du rapport de M. Navarre sur le compte financier n'est 
pas faite pour rehausser le prestige d'une administration si fdcheusement 
discr^dit^e. 

Le rapport aborde les menues constatations qui, rapprochees les unes 
des autres, ne font pas une impression brillante. Ainsi, k Bicdtre, les ^tats 
d'appointements ne sont pas strictement conformes k Tetat nominatif du 
personnel administratif et secondaire. 

Les consommations de denrees different d'h6pital a b6pital, m^me pour 
une population similaire ou la composition de la population et le regime 
alimentaire sont identiques. L'H6tel-Dieu consommait en 1894 par 100 jour- 
nees de malades 45 lit.82 de vin, tandis que Lariboisi^re, dans les m^mes 
conditions, ne d^passait pas une proportion de 37 lit. 19. M^me en fai- 
sant entrer en ligne de compte la consommation du personnel, une marge 
de 5 litres subsiste encore entre les deux ^tablissements. 

Le lait, comme le vin, prSte aux gaspillages les plus ^hont^s. I'n 6ta: 
blissement a d^pens^ 100 litres de lait pour assaisonnement de bceuf & la 
mode, 27 litres pour assaisonnement de lapin ! 

Les foumitures d*objets de pansement sont Ja source d'un coulage scan- 
daleux. M. Navarre en cite quelques exemples tout a fait topiques, celui 
notamment d'un ^couome qui demandait 120 kilogrammes de coton hydro- 
phile et 500 metres de gaze iodoform^e, alors que les magasins en conte- 
naient des reserves suffisanles pour assurer le service pendant trois tri- 
mestres. 

L'insouciance ct Tincurie ^clatent a cbaque pas, et Tadministration cen- 
trale se borne k repriraander platoniquement les directeurs et les 6co- 
nomes pris en flagrant d61it de d^sordre. M. Navarre propose au Conseil 
municipal d'inviter M. le directeur de I'Assistance publique k rendre effec- 
tive la responsabilit^ p^cuniaire des directeurs-comptables qui, par lour 
negligence ou ledr incurie, compromettent les finances de I'Assistance pu- 
blique et les int^r^ts des malbeureux. 

Le personnel administratif n*est pas seul coupable, et le service medical 
a sa part de responsabilit^. Les cabiers de visite, conQ^s aux externes des 
hdpitaux, ne sont pas tenus comme ils devraient r6ti»e,les chefs de service 
se desint^ressent trop de la surveillance 6conomique; quelques-uns 
poussentm^me le detachement jusqu'^ favoriser le gaspillage; cela s'est 
vu, cela se voit encore dans plus d*un hdpital. 

II faudra du temps et de T^ncrgie pour mettre fin a ces habitudes d^- 



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BULLETIN. 159 

plorables; la premiere mesure efflcace serait de rendre responsables le 
directeur et les m^decins de chaque hdpiUl du budget de leur ^tablisse- 
ment. Le chef de service, si des statistiques comparatives r6v61aient son 
insouciance administrative, y regarderait k deux fois avant de tol^rer le 
gaspillage auquel it est accoutum^. Les internes et les exlernes des bdpi- 
tauxy s'ils J ^taient encourages, si leurs cbefs se donnaient la peine d'y 
Teiller, ne tarderaient pas k se d^partir de leur indifference pour le bien 
des pauvres. 

Le d^vouement est la verlu dominante des m^decins et de leurs 
i^leves: il ne serait pas malais^ de leur inculquer avec le sentiment du 
devoir administratif des notions d'^conomie et de bon ordre sans lesquelles 
les depenses des b6pitaux de Paris continueront de s'accrottre dans des 
proportions d^mesur^es et inqui^tantes. 

II y faut aussi et par-dessus tout la fermete attentive de Tadministration 
centrale, un meilleur recrutement desdirecteurs et des ^conomes d*h6pi- 
taux, la decentralisation des enqu^tes en vue d'obtenir le remboursement 
des depenses de nombreux malades, relativement ais^s, qui viennent 
prendre dans les hdpitaux la place des pauvres et des n^cessiteux ; il y 
faut aussi la reforme de la loi de 1819, une reorganisation complete de 
FAssistance publique direclement rattachee, ainsi que le redamait na- 
gaere un ancien fonctionnaire de ceite administration M. d'Echerac, k 
radministralion municipale de Paris. 

« 

Cette horrible et monstrueuse affaire du tueur de bergers Vacher sou- 
leve plus d'uu probleme; elle met en cause plus d*une response bi lite etTon 
ne saurait trop Tanalyser en toutes ses causes, en ses divers symptdmes. 

Le miserable a ete interne dans un asile d'alienes pour tentative de 
meurtre; il a ete reUcbe apres uneannee de sejour. L'opinion, si prompte 
a soupconner les medecins alienistes de sequestration iliegale, se retoui ne 
cette fois contre eux et leur demande compte d'une remise en liberte qui 
a engendre tant de consequences tragiques, de si epouvantables meprises, 
des crimes si odienx et si multiplies. 

Dans une iettre au Figaro, M. Joseph Reinach, qui a pris une si grande 
part ^la reforme en preparation d.e la loi de 1838 sur les alienes, denonce 
une fois de plus Tinfirmite de la legislation fraucaise qui ne prevoit pas le 
cas des alieoes criminels; il demontre que, s'il avait ete sujet anglais, le 
lueur de bergers aurait ete, des sa premiere tentative de meurtre, enferme 
a perpituiU dans un asile d'alienes, en vertu de Vact royal du 28 juillet 1800 
ainsi con^u : « Lorsqu'une personne, accusee de meurtre ou autre crime, 
est acquittee pour cause de folie, la Cour devant laquelle le verdict est 
rendu doit ordonner que cette personne soit tenue en stricte garde, jus- 
qu'i ce que le bon plaisir de Sa Majeste soitconuu, et qu'il est par conse- 
quent du droit de Sa Majeste de donner des ordres pour la garde de cette 
personne, tant que dure son bon plaisir, en tel lieu et de telle maniere 
qu'il lui parallra convenable. » 

Cette disposition prevoyante a trouve place dans le projet de loi vote 
par le Senat, par le Conseil superieur de TAssistance publique et sourais 



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160 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

deptusdix am aux deliberations de laChambre; rarticie 38 de la proposi- 
tion Joseph Reinacb, conforme au projet senatorial, est ainsi r^dige : 
(c Lorsque est demandee la sortie d'un des ali^nes internes en Tertu des 
articles 35 et 36 (c'est-^-dire d'un individu qui, poursuivi pour crime, a 
ete, en iant qu'atteint d'ali^nation menlate, I'objet d'un Terdict de non- 
culpabilite), le medecio traitant doit declarer si Tinteresseest ounon gaeri 
et, en cas de guerison, s'il est ou non Ugitimement suspect de rechute. La de- 
mande et la declaration motivee sont deferees de droit au Tribunal, qui 
statue en chambre du Gonseil. » 

On n'en est que plus ^regretter la lenteur desesperante avec laquelle 
nos assembiees deiiberantes, tantdt le Senat, tant6t la Chambre, accom- 
plissent ToBuvre reformaUice qu'attendent d'elles les philanthropes. Nous 
sommes en retard d'un si^cle sur TAngleterre, etM. Joseph Reinach a eu 
raison de dire que si Tarticle 38 de la nouvelle loi avait eie vote « Vacher, 
apr^s son premier crime, ti'eiii pas trouTe un seul medecin alieniste pour 
le declarer non suspect de rechute ; le tueur de bergers n'aurait pas ete 
remis en liberie, il n*aurait pas souilie, egorge huit nouvelles victimes, 
peut-etre davantage(l) »! 

A son tour M. le D' Gibert a fait une large part k Tinflucnce de la 
presse daos cette grave affaire. D'apr^s lui,les medecins des asiles d'alienes, 
terrorises par le reportage, cedent trop facilement au desir de rendre le 
malade k sa famille; il estime queVexeat ne devrait etre prononcequ'apr^s 
une consultation de plusieurs medecins, dont le medecin des families. 

De soncdie, M. le D** Bourneville a demande k la Gonunission de sur- 
veillance des asiles de la Seine d'emettre levceu que les renseignements de 
police etde justice concernant les atienes deiinquants soient communiques 
aux medecins des asiles appeies k donner leuravis sur la sortie de ces ma- 
lades. Gette motion est des plus judicieuses; il est indispensable que le 
medecin d'asile ait sous les yeux toutes les pieces du dossier, qu'il soit 
compietement informesur les antecedents d'un interne; la communication 
d'un dossier administratif et judiciaire lui sera d'un precieux secours pour 
apprecier ropporluniie, la legitimite d'une demande de sortie. 

M. le D' Toulouse est meme d'avis d'etendre le benefice de cette mesure 
^tous les alienes, pour permetlre aux medecins de connaltre les condi- 
tions de milieu de ces convalescents qu'il serai t sou verainement imprudent 
de rejeterau dehors seuls et sans ressources, sans appui materiel ou moral. 

II va de soi que Tinternement dans an asile d'alienes doif etre entoure 
du maximum de garanties ; mais, d^s qu'un aliene a passe le seuil d'un 
asile, la responsabilite du medecin est d'autant plus redoutable que la 
societe lui accorde un plus large credit; c'est bien le moins qu'on lui 
donne tous les elements d'information pour le mettre le plus possible & 
I'abri des chances d'erreur et poor renforcer sa vigilance prevoyante et 
pr^veniive. 

Paul Strauss. 

(1) Lettre au Figaro^ n» du 14 octobre 1897. 

Le Dh-ecteui'-g^rant : PAUL STRAUSS. 



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162 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

Ministre de rint6rieur, sur Tavis du Conseil de surveillance et 
sur la proposition du pr^fet de la Seine. En fait, tant qu'ils ne 
sont pas atteints par la limite d'A^e, ils sont k proprement 
parler inamovibles, prot^g6s par la quasi-gratuit6 de leurs ser- 
vices, par Tesprit de corps, par tout un rempart d'influences et 
de camaraderie. 

Les bureaux de bienfaisance, charges de la distribution des 
secours k domicile, sont k la fois dependants et autonomes, 
places dans u ne situation bizarre et mal d^finie ; ils fonctionnent 
sous la surveillance du maire d'arrondissement, qui relfeve 
exclusive ment du pr^fet de la Seine. 

II y a pen de jours, dans un rapport remarqu^ au Conseil 
municipal, un des plus nouveaux membres de cette assemblde, 
M. Leopold Achille, relevait avec son experience d'ancien adjoint 
au maire les anomalies d'un dualisme sur lequel M. Ars&ne 
Lopin avait appele Tattention de ses collogues. 

Le maire cumule deux fonctions : il est tout ensemble re- 
pr^sentant de la municipality et du directeur de TAssistance 
publique. 

Au nom du pr^fet ou du Conseil municipal, il est chargdde 
distribuer les secours de loyer, de chOmage, les bons de loge- 
ment, de soupe, les secours de grfeve, d'incendie, et en general 
tons les secours extraordinaires accordds k Toccasion des fttes 
publiques, des rdjouissances nationales, etc. 

En sa quality de reprdsentant du directeur de TAssistance 
publique et de president du bureau de bienfaisance, il r^partit 
entro les indigents et les n^cessiteux les secours mensuels du 
bureau, les secours aux n^cessiteux, les secours de maladie, 
de grossesse, d'allaitement, les secours aux filles-m^res et aux 
mferes nourrices, les secours Montyon aux convalescents d'h6- 
pitaux, les dons particuliers (Rothschild et autres). 

Ces deux categories de secours, au lieu d'etre distribuees 
par un seul et meme service, comportent un double service 
d'enqufetcs, un double jeu de fiches, une double caisse, un pet^ 
sonnel double. Les uns sont distribues et payes par les bureaux 
de la mairie, les autres par le bureau de bienfaisance, — dans 
le premier cas, sous la direction du secretaire chef des bureaux 



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L'ASSISTANCE PUBLIQUE DE PARIS. 

de la mairie, dans le second par les soins du sec 
rier. Le premier de ces fonctionnaires est un agei 
feclnre de la Seine, le second un employd de VA 
blique. 

M. L. Achille a mis en lumi^re les cons^quen 
de ce dualisme regrettable : 

« II se produit une chose simple, inevitable : 
vices etant strangers Tun h Tautre et fonctionnani 
du r^glement, isol^ment, sous deux autorit^s dist 
fois jalouses de leurs attributions respectives, les < 
font, chacun de leur c6l6, les enqu^tes qui leur i 
distribuent selon leur appreciation particuli^re, 
tant les dossiers dont ils disposent, les repartitions 
charges. 

Les deux caisses — caisse de la Mairie et caisi 
de bienfaisance — paient s6parement ces deux sorl 
accordes separement et il se produit alors freq 
anomalies suivantes : 

Un malheureux bien noti au Bureau de bien 
suite de renseignements errones ou anciens, touch 
alors que ce mfime secours eflt dfl lui etre refus 
connu au Bureau de bienfaisance le renseignem^ 
resultat d'une enqu^te nouvelle, possede par le 
Mairie. 

Et vice versa. 

En d'autres cas, ce m6me malheureux pent tou 
jour un secours au Bureau de bienfaisance et un 
caisse de la Mairie. 

L'evenement n'a rien de surprenant, puisque k 
distinctes, puisque le personnel d'un service ignoi 
Fautre, puisque les resultats des enquetes instn 
categorie d'employes ne sont pas communiques a 
de Tautre service. 

Les professionnels qui ne se contentent pas d'a 
derde bureau en bureau, mais qui vont de mairi 
connaissent admirablement ce double rouage el 
qu'il rend possible Texploitation la plus ehontee. 



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164 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

Cette superposition de rouages identiques n'a malheureuse- 
ment rien d'exceptionnel ; elle est comme la r^gle d'administra- 
tions enchev^trdes les unes dans les autres et pourtant distinctes 
ou ri vales. 

Si Ton envisageait tons les services de la Yille de Paris et 
du d^partement de la Seine, on y verrait que, pour des attri- 
butions similaires, rien que sur le domaine de la bienfaisance 
publique, des doubles et triples emplois existent. Ainsi, la 
prefecture de police et la prefecture de la Seine ont, en dehors 
de TAssistance publique de Paris, des attributions d'assistance : 
la prefecture de police accorde des secours d'urgence, hospita- 
lise des malheureux k Nanterre; la prefecture de la Seine a 
deux directions, celle des Affaires municipales et celle des 
Affaires d6partemen tales, qui ont la premiere de nombreux 
etablissements d*hospitalite, d'assistance par le travail, la seconde 
tout le service des alienes sous leur autorite. 

L'administration de TAssistance publique elle-meme, sur 
son propre territoire, n'echappe point k cette surabondance 
contradictoire d'emplois et de fonctions. Le bureau de bienfai- 
sance a ses visiteurs qui vont k domicile pour s'informer de la 
legitimite d'une demande de secours ; Tadministration centrale 
a d autres visiteurs pour s'enquerir dela solvabilite des malades 
d'h6pitaux en etat de rembourser le montant de leurs frais de 
sejour ou pour instruire unc demande de placement dans un 
hospice ;• la division des Enfants-Assistes est pourvue d'enque- 
teurs speciaux pour les secours d'allaitcment, Tadmission dans 
le service des enfants moralcment abandonnes. 

Le meme jour, k la meme heure, — et cette observation to- 
pique a ete faite par un des plus distingues fonctionnaires de 
TAssistance publique, M. Gory, dans son memoire prime au 
concours de la ville de Paris sur la reorganisation des secours 
k domicile, — ces trois visiteurs ou enquftteurs appartenant k 
la meme administration peuvent se rencontrer dans la meme 
maison, sous Toeil narquois d'un concierge. 

Byzance n'est plus sur les bords du Bosphore, mais k Paris, 
dans cette ville de clarte et de bon sens malicieux. 

Les secours d'allaitement, accordes aux m^res pauvres, sont 



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166 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

L'Asile de convalescence des mferes, — qu'il appartienne, 
comme r^iablissement du V^sinet, au Ministfere de rint^rieur 
ou, comme TAsile Ledru-RoUin, k la Ville de Paris, — n'est 
pas moins distinct de Thdpital que le vestibule des maternit^s. 

Ainsi, pour Paris seulement, les organes de bienfaisance 
ofiicielle sonl dparpill^s entre plusieurs administrations : Assis- 
tance publique, Service des Enfants assist6s, Direction des 
Affaires ddpartementales, Prefecture de police, Direction des 
Affaires municipales, Minist^re de Tint^rieur. 

II est k peine besoin de montrer la complexity inutile d'em- 
plois, le luxe extravagant de paperasserie, le gaspillage d'ar- 
gent qui en r^sulte ; tout cela tombe sous le sens, delate aux 
yeux. L'unite d'administration n'aurait pas seulement pour effet 
de r^duire notablement les fpais g^n^raux, d'abaisser les d6- 
penses, — et ce premier rSsultat aurait h lui seul un int^r^t de 
premier ordre, — mais encore de simplifier les formalit^s, 
d'am^liorer les m^thodes, dc faire produire h. la bienfaisance 
publique son maximum de rendement avec un minimum de 



* 
» ♦ 

La loi de 1849, qui a determine Torganisation actuelle de 
Tassistance parisienne, a sa large part de responsabilit6 dans 
cet 6parpillement et ce d^faut d'harmonie ; elle n'a pas fait sa 
place au Conseil municipal. 

Le projet de la Commission (comity de rint6rieur), d^fendu 
par M. Frichon, proclamait hautement le contr61e des repr^sen- 
tants de la Cite. « Tout ce qui touche aux ^tablissements hospi- 
taliers et aux secours h domicile int^ressant essentiellement la 
commune, dcrivait le rapporteur, le droit de contrdle des con- 
seillers de la commune nous a paru n^cessaire et m6me indis- 
pensable. » 

Le gouvemement s'en rdf^rait purement et simplement aux 
dispositions de la loi du 18 juillet 1837 sur les attributions 
municipales; il n*accordait qu'un droit d'avis au Conseil de 
surveillance comme au Conseil municipal lui-m6me. c< Le droit 



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L'ASSISTANGE PUBLIQUE DE PARIS. 16T 

de simple surveillance, objectait avec force un reprfeentant du 
peuple, M. Repellin, ne garantit rien ; ilfaut, au contraire, avoir 
un conseil qui d6lib^re, qui rdgle le budget, arrfite les d6penses 
et un agent qui soit charge de Tex^cution; alors vous 6tes dans 
les conditions normales de gouvernement et d'administration ; 
vous avez une responsabilit^ el un contrdle sdrieux ; voili pour- 
quoi je m'associe h la pensde du projet de la Commission, ce 
projet ^tablit les rfegles v6ritables d'une bonne administration 
et un contr6le s^rieux, tandis que le projet du gouvernement 
cr^e un administrateur disposant d'un 6norme budget, selon sa 
volenti, et soumis k une surveillance riellementillusoire. » 

Le projet gouvememental Temporta devant TAssemblde. 
Le Conseil A' administration projet^ fut ramen6 au r6le de Com- 
mission de surveillance et Tintervention du Conseil municipal 
riduite h un simple droit d'avis. 

Le Conseil municipal, dont les subventions entrent pour 
plus de moitii dans le budget de T Assistance publique, est con- 
sults sans que TautoritS supdrieure soit li6e par ses votes, sauf 
en ce qui conceme les marches de fourniture des aliments et 
des objets de consommation nScessairesauxStablissements hos- 
pitallers et Talidnation des biens immeubles (art. 10 et 16 de la 
loidu 7aoM1851). 

En dehors de ces deux espfeces, le gouvernement a la haute 
main, il prononce le dernier mot sur Tadministration gSnSrale 
de TAssistance publique de Paris, sur les budgets, comptes, 
et en gdniral toutes les recettes et dipenses des Stablissements 
hospitallers et de secours h, domicile. 

Ce regime Idgal n'a pu nianmoins fonctionner dans sa rSa- 
litS originelle. 

Pen i pen, par la force des choses, par Faccroissement des 
subventions de la Ville, par Tinitiative et la vigilance de ses 
membres, par la continuity de ses vues et sa mithode de travail, 
par la publicity et le retentissement de ses dibats, le Conseil 
municipal a fini par exercer une action trfes forte sur le gouver- 
nement de TAssistance. L' augmentation ricente du nombre des 
reprdsentants de THdtel de Ville au Conseil de surveillance est 
encore venue renforcer une influence sans cesse grandissante. 



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168 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

Mais le disaccord n'en subsiste pas moins entre la loi et le 
fait; cette discordance n'est pas faite pour r^soudre Ja crise de 
VAssistance publique de Paris. 

La multiplicity contradictoire des influences directrices aug- 
mente Vincertitude, amoindrit les responsabilit^s. 

S'agit-il de la distribution des secours k domicile ?Le d^cret 
de 1898 n'a pas rem6did aux imperfections des rfeglements et 
ddcrets ant^rieurs; le rattachement complet des bureaux de 
bienfaisance ft TAdministration centrale n'a pas 6t& op^r6, la 
curatelle des pauvres, inspirde du systfeme d'Elberfeld, n'a pas 
6t6 institute. Un regime b&tard, qui ne satisfait pas plus les 
centralistes que les d^centralisateurs, met les bureaux locaux 
d'assistance dans un ^tat manifeste dlnfdriorit^, sinon d'im- 
puissance. 

L' Administration des h6pitaux est aussi lente et aussi rou- 
tini^re, molle et inddcise, n'osant pas rdprimer les abus, 
enrayer le gaspillage, imposer le respect du rfeglement. Les 
directeurs et ^conomes n*ont d'autre preoccupation que celle 
d'dviter les affaires et de tourner les difficult^s et TAdministra- 
tion de Tavenue Victoria les encourage dans cette attitude pas- 
sive et r^sign^e. 

LeConseilde surveillance, malgr^ la competence et la bonne 
volonte de ses membres, Tinfatigable d^vouement de son pre- 
sident, n'a pas charge d'administration, il est destitue de toute 
initiative; il est k chaque pas ddcourage devant tant d'inertie 
et de laisser aller. 

Le Conseil municipal ne pent intervenir que par boutades 
et de haut et ses moyens d'action sont d'ailleurs limitds et 
mediocres ; il n'a pour faire entendre sa voix que le vote des 
subventions ordinaires, extraordinaires etsp^ciales, et Tautorite 
superieure lui denie toute quality pour mettre des conditions h 
Foctroi des subsides de la Ville. Deux decrets prdsidentiels du 
14 Janvier 1884 et du 21 Janvier 188S ont annule les delibera- 
tions de cette assembiee en tant qu'elles subordonnaient Tem- 
ploi des credits inscrits au budget de la Ville de Paris k titre 
de subventions arAssistance publique, k Texecution de mesures 
que le Conseil etait incompetent pour prescrire et que la loi 



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k^ 



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110 ilEVUE PHILANTHROPIQUE. 

En lui confiant la direction des bureaux de bienfai^ance, des 
hftpitaux et hospices, les pouvoirs publics lui imposeront un 
surcroit de vigilance et de responsabilit^ ; ils ne feront pas vaine- 
ment appel ft son d^vouement et ils mettront ainsi le droit et le 
fait en harmonic, en indme temps qu'ils pr^pareront le rappro- 
chement et la fusion des services rivaux et distincts qu'il est 
indispensable d'unifier pour rendre Tassistance sous toutes ses 
formes plus rapide, moins coftteuse et plus efficace. 

PAUL STRAUSS. 



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CRUELLES ENIGMES 



L'autre semaine, la Ghambre criminelle de la Cour de cassa- 
tion s'est dii r^unir, pour examiner la demande en revision 
d'un proems fameuxqui, en son temps, bouleversa les consciences 
et d^partagea les avis. Deux hommes furent arr^t^s, condamn^s, 
envoy^sau bagne, sous Tinculpation d'avoir, ^maintes reprises, 
attent^ k la sAretd de leurs concitoyens, ddchain^, sur la region, 
le fl6au de Tincendie. 

Ni Tuu, ni l'autre n'avoua. II y eut seulement d^s pftleurs, 
des larmes, des protestations. On les exp^dia h la Guyane, oix 
tous deux moururent apr^s vingt ans de honte et de supplice, 
vingt ann^es de bonnet vert, de chaine au pied, de labeurs 
effroyables, sous la trique de Damocles! 

lis se nommaient Pierre Vaux, Tinstituteur, et Jean Petit, 
comme lui habitant de Longepierre. lis ^taient innocents. 

Aprfes leur d^c^s, la preuve en fut acquise, mat^rielle, irre- 
futable, par documents authentiques. La loi de 1895 va per- 
mettre, aprfes quarante-cinq ans, de rdhabiliter leur m^moire. 

C'est toujours Qa! 

En m^me temps, le Ripublicain de VEst, par la vaillante 
pl^me de M. Ariste Dody, se remet en campagne pour Redon, 
ce gar^on accusd jadis d'avoir tu6 un rentier de Moulins, 
M. Talabard. 

Tout meurtre implique un meurtrier: & la loi il faut un 
coupable... Par quelque point circonstanciel de temps, de lieu, 
quelque coincidence d'heure ou de voisinage, Redon parut suf- 



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172 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

fire k exercer la vindicte legale et la formality d'un procfes. Les 
arguments probants firent faute, mais le r^quisitoire du procu- 
reur Sevaux n'en fut que plus foudroyant — rien ne sachant 
6tre dangereux et pervers davantage que ces culpabilitds qui 
s'appliquent k conserver le dehors de Tiiinocence. 

Redon, en effet, s'obstinait, disant: 

— Je jure que je ne suis pas coupable. 

11 fut d^p^chd au bagne, lui aussi! Heureusement, il avait 
un pfere, h^roique vieillard, qui le suivit, Taida k s*6vader. On 
dtait d^shonor6, soil; mais V « enfant », du moins, ^chappait k 
la chiourme, aux coups, k Timpuissance de se d6fendrey de 
mener k bien Toeuvre de revanche ! 

Tons deux s'y attel^rent, le jeune et le vieil homme. En 
Espagne, ils furent d^nonc^s (cas d'extradition) par le miserable 
avocat qu'ils 6taient all^s consulter. Mais la population, outr^e 
de pareille forfaiture, prit une telle attitude, que le gouveme- 
ment, c^dant au sentiment national, omitde livrer les r^fugi^s. 

J'ai cont6 cela, jadis, plus en detail, voici longtemps; j'y 
suis revenue encore, lorsque, le pfere ayant tr^pass^, le fils ne 
put venir escorter la d^pouille de celui qui, Tayant tant aimd, 
Tavait si bien servi, et jusqu'^Theure dernifere, souffrant ^ son 
sujet, n'avait jamais doutd de lui. 

Aujourd'hui, la m^re, la veuve, Tisolde, alors que les pr(5- 
somptions s'accumulent en faveur de Texil^, attend, espfere, 
vieil lit... 

» • 

D'autre part, c'est Cyvoct, condamn^ pour des Merits, rien 
que pour des Merits, lors de Texplosion de TAssommoir, k Lyon, 
dont M. Ranc et beaucoup d'autres prennent la cause en main. 
L'alibi fut 6tabli, inddniablement. Le dialogue entre. les textes 
et le jury fut ainsi couqu : 

— Cyvoct est-il coupable d'avoir pos^ la bombe ? 

— Non. 

— Cyvoct est-il coupable d'avoir foumi les engins? 

— Non. 



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\U REVUE PHILANTHROPIOCIL 

neuse >> apr^s des ann^es aussi de maison c^ntrale reconnue 
non coupable, le four k chaux voisin ayant continue ses for- 
faits ; et c'est Jamet, L^ger, la femme Vernet, celle-ci h Cler- 
mont, ceux-lJi k la Nouvelle-Cal^donie, condamn^s comme 
auteurs ou aides d'un viol que la pr^tendue victime, la d6non- 
ciatrice, apr^s des ann^es encore, proclame indeomes, attesle 
innocents I 

Et, derri^re ceux-lii, c'est la malheureuse, Tinterminable 
thdorie de ceux qui attendent leur tour, des moins favoris^s 
pour qui le jour n'est pas venu, mais dont le jour est proche : 
les Rorique-de Grave, dont le cadet, ainsi que je I'ai cont6 
ici, vient encore de sauver un homme au p6ril de sa vie ; Ben- 
jamin Reynier, Rambert, la petite Droulin, — et tant, et tant, 
et tant, que les fantdmes assaillant la barque de Virgile ou la 
barque de don Juan sont mis^re, en regard des spectres innom- 
brables se ruant aux rostres du Forum, pour r^clamer justice 
contre la justice. 

Et les arrestations, les detentions arbitraires : M. Delmas, le 
docteur R^mond, k'ne parler que des plus r6cents! 

Et le martyrologe des suspects, en Taflfaire Vacher? Ce sont 
les trois pauvres diables de Beaurepaire, appr^hend^s pour 
Tassassinat d'Eugdnie Belhomme (le neuvifeme meurtre du fou) 
et detenus quatre mois: quatre mois livr^s, sans nul recours, k 
ce tourmenteur qui s'appelle le juge d'instruction. C'est Tinfor- 
tun6 Grenier, au Bois-du-Ch6ne, aprds TiJgorgement d'Augus- 
tine Mortureux, arrfet^ ; renvoyS de prison sur un non-lieu, 
aprfes six semaines de detention ; en proie k la calomnie depuis 
le 12 mai 1895 jusqu'en octobre dernier; forc6 de quitter le 
pays. C'est Bannier, un misdreux, un journalier,&Saint-Etienne, 
de-Boulogne, aprfes I'^ventrement du petit Massot, empoign6, 
maintenu vingt-six jours en cellule, relach^ devant T^vidence, 
et supplicie par la l&chet^ de ses concitoyensi 

Oh! la navrante Enumeration! Quelle legon de prudence, 
quel enseignement de sagesse d^gagent ces faits ! Comme il faut 
prendre garde, avant de se prononcer ! 

Pierre Vaux, Jean Petit, Kirail (que j'oubliais), Cauvin, la 
femme Doineau avaient 6i^ condamnEs. Mais les poids etaient 



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CRUELLES feNIGMES. 

faux qm avaient d^tennin^ le jeu de la balance — 
jug6e » a dix 6tre d^jug^e. II va en Mre de m^me 
L4ger, la femme Vernet. Pour Cyvoct (il ne saurai 
avoir d'6quit6 en politique) la grftce, r(^paratrice, 

Et apr^s, peu h peu, ce sera le tour des autres, 
aura laiss^ aux passions locales le temps de se caln 
de gens engages dans Terreur n'auront pas int^rfr 
soit maintenue... ce qui est le secret de bien des 
sera celui-ci, ce sera celui-lJi, dont les chaines to 
leur rendra la liberty ; on leur rendra Thonneur. 

Mais qui leur compensera les ann^es g^chdes, 
subies, les hontes affront^es, les deuils survenus 
abrdge Texistence, tout ce qui, prdcocement, fait 
cheveux, tout ce qui fane la pens6e et ride le coeui 
ccBur de la post^ritd de Galas, de la lign6e de Lesi 
bl^e sous la fatality ? 

justice des hommes, faillible justice!... 

stvi 



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LES CRiCHES 



En 1801, une femme de bien, M"* de Pastoret, avait rSuni, 
rue de Miromesnil, douze enfants k la mamelle que les m^res 
veoaient allaiter pendant les intervalles de leur travail elrepre- 
naient le soir. C'^tait Ik une Crfeche et peut-6tre serait-elle 
devenue le point de depart dela creation de ces ^tablissements 
si, ses 61feves 6tantgrandis, M"* de Pastoret les avait remplac6s. 
Mais elle ne put les renvoyer, dans la crainte de les laisser sans 
abri; Toeuvre devint une salle d'asile, la premiere qui ait 
exists k Paris (1), et ne laissa pas d'autre souvenir; elle fut 
ferm6e apr^s quelques ann^es. Plus tard M"* de Pastoret aida 
aetivement M. Denys Cochin k crder des salles d'asile qui ne 
furent constitutes en service public qu'Ji partir de Tannic 1837. 

La premiere Crfeche fut, en r6alit6, fondle k Chaillot, rue 
des Jardins, le 14 novembre 1844, par M. Jean-Baptiste-Firmin 
Marbeau, maire de Fancien premier arrondissement de 
Paris (2). 

M. Marbeau, qui naquit JtBrive, dans la Corrfeze, le 18 mai 
1798, appartenait k une famille nombreuse : ses parents 

(1) Trente ans auparavant, Oberlin et Louise Schoeffer avaient cr66 dans les 
Vosges de petits 6tablissements qui ^taient des salles d'asile. 

(2) Dans son cinquantidme rapport annuel, public en 1879, la Soci6t6 royale 
de Philanthropie de Bnixelles dit qu'en 1826 un instituteur franQais, du nom de 
Duflot, ^tablit k Li^ge, ou il ^tait venu se fixer, le premier asile de I'enfance, connu 
sous le nom de Creche. 11 aurait €i€ aid6 dans sa mission philanthropique par 
M. Coquilhat, p6re du g^n^ral de ce nom. Cette Creche aurait 6t6 install^e dans 
xm ancien convent devenu propri6t6 communale et ayant servi, en 1815, aux 
bless6s de la bataille de Waterloo. L'institution aurait v6cu deux ou trois ans, 
puis roouvre aurait disparu. 



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LES CRfiCHES. m 

avaient dix enfants. II fit ses etudes au college de sa ville na- 
tale ; 11 Ics termina h Tftge de dix-sept ans et travailla chez un 
avou6 et un avocat de Brive. En octobre 1816, il fut d6cid^ 
qu'il irait faire son droit k Paris; son p^re et quelques amis d6- 
vou6s Tadress^rent k un avou6 chez lequel il continua iiapprendre 
la procedure. En 1819 il passait sa thfese de licence et commen- 
^ait k 6crire son Traili des Transactions qui parut quelques 
ann^es plus tard. Ce livre attira sur son auteur Tattention de la 
Chambre des avou^s qui le d^signa pour succ^der k Tun des 
avou^s les plus forts et les plus occup^s de Paris. En 1830 son 
^tude prosp^raitlorsque ^clata la Revolution de Juillet. II publia 
alors une brochure intitul^e : Reflexions (Tun decteur sur la Revo- 
lution de 1830. 

L'exc^s de travail altera sa santd et le contraignit, sur Tavis 
des m6decins, k un repos absolu. II vendit sa charge et s'abstint 
momentan^ment de travaux intellectuels. Au bout de quelques 
mois, se sentant r^tabli, il 6crivit, en patois corr6zien, les 
scenes les plus agr^ables de sa jeunesse. II suivit en m^me 
temps les cours du CoUfege de France et devint un auditeur 
assidu de Rossi^ de Cuvier, de Lherminier, d'Eliede Beaumont, 
de Cousin, de Guizot. En 1834, ^tantmembre du Comity d'in- 
struction primaire du premier arrondissement, il fitparaitre La 
Politique des Int^rSts, ou Essai sur les moyens dameiiorer le 
sort des travailleurs sans nuire dux propri^taires. Get ouvrage 
ftait sign6 : Parun Travailleur devenu propria taire. 

Quelque temps aprfes cette publication, il fut nomm^ adjoint 
au maire du premier arrondissement. 

II remplissait encore cette fonction lorsque, en 1844, il fut 
charge, par le comity local d'instruction primaire, d'un rapport 
general sur les asiles de Tarrondissement (1). Une lacune 
le frappa : Tenfant, qui etait regu k la salle d'asile k V&ge de 
deux ans, manquait d'une institution sociale quipAt le soutenir 
depuis sa naissance. Les m^res de famille pauvres, obligees de 
travailler pour vivre, [qui ne voulaient pas se s^parer de leur 
enfant pour Tenvoyer en nourrice, et qui ne pouvaient 

<1) Ce fut aussi en 1844 que Firmin Marbeau publia ses Etudes sur V^conomie 
sociale. 

MYUB PBILAirrBROnQUE. — II. 12 



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nS REVUE PHILANTHROPIQUE. 

Temmener avec elles chez leurs patrons^ le confiaient pendant 
la journ^e h une gardeuse. Celle-ci 6tait gdn^ralement une voi- 
sine, vieille femme k qui Ton supposait beaucoup d'exp^rience 
dans Fart d'6lever les enfants parce qu'elle 6tait 4g6e, et qui 
exer^ait cette profession parce qu'elle n'en pouvait faire d'autre. 
La m^re venait, quand elle pouvait, allaiter son enfant, ou 
la gardeuse se chargeait de donner le biberon au nourrisson 
qui poussait comme il pouvait. Quand il n'y avait plus de lait 
dans la bouteille apport^e par la m^re et que le poupon criait 
trop fort famine, la gardeuse avait un moyen de Tapaiser : elle 
lui mettait dans la bouche un morceau de sucre nou6 dans un 
linge qui prenait la forme d'une esp^ce de t^tine. Ce su^on 
donnait de la tranquillity k la gardeuse, au detriment de Testo- 
mac et de la sant6 du nourrisson. 

Si Tenfant 6tait sevr^, la m^re apportait des aliments k la 
gardeuse, dans un petit panier; elle foumissait aussi les v^te- 
ments et le linge. Gomme rien ne disparatt jamais tout k fait 
dans les grandes villes, il y a encore des gardeuses k Paris qui 
sont soumises aux inspections devenues plus fr6quentes et 
plus rigoureuses des m^decins de la protection des enfants du 
premier Age. 

L'id^e vint k M. Marbeau de cr^er des asiles du premier 
&ge oti les enfants recevraient des soins plus surveill^s, plus 
intelligents que chez les gardeuses. Trfes chr6tien, s'inspirant, 
dans sa philanthropie, de ses id^es religieuses, en souvenir de 
la croyance qui affirme que J^sus est venu au monde dans une 
stable de Bethl^em et qu'il eut pour premier berceau une crfeche, 
il d^cida, avec les personnes qu'il associa k son ceuvre, que le 
nom de Creches serait donn^ k ces asiles nouveaux (1). Ses 
premiers collaborateurs furent les membres de la municipality 
et du bureau de bienfaisance du premier arrondissement qui, 
agissant comme personnes privies, versferent ou recueillirent 
des souscriptions et des dons en vue de la fondation nouvelle (2). 

(1) Ce nom 6tait adopts depuis longtemps dans les h6pitaux pour designer 
les salles destinies aux enfants du premier hge. 

(2) Extrait du rapport pr6sent6 par M. Eugene Marbeau, president de la So- 
ci4ti des Creches, au Conseil sup^rieur de TAssistance publique (10 et il mars 

1897). 



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LES CRfeCHES. 179 

« Les debuts de Tceuvre, dit M. Eugene Marbeau, fils du 
fondateur des Creches (1), furent tr^s humbles; douze berceaux 
d'osier furent install^s dans une petite boutique d*une rue trfes 
pauvre; le loyer 6tait de 300 francs; la d^pense d' installation 
et d'ameublement s'^leva h, 229 francs. » 

Comme le but des fondateurs 6tait de substituer progressi- 
yement la Creche aux garderies en usage, ils s*attachferent k se 
rapprocher autant que possible des habitudes stabiles par la 
force des choses. La Creche de Ghaillot ne fut qu'une garderie 
perfectionn^e (2). Seulement on fit payer moins cher que dans 
les garderies. On adopta le chiffre de 20 centimes qui repr^- 
sentait alors k pen pr5s le cinqui^me ou le sixi^me du salaire 
d6 la mfere. Celle-ci devait aussi fournir la nourriture. La 
Crfeche ne se chargeait de Tenfant que pendant les heures de 
travail de la mhre : celle-ci apporlait son baby le matin^ le re- 
prenait le soir et le gardait chez elle la nuit, les dimanches et 
les jours f^ri^s. 

La direction de la Grfeche fut confine k une religieuse k 
laquelle on adjoignit pour berceuses deux vieilles gardens es.Un 
m^ecin venait, par d^vouement, visiter la Creche chaque jour; 
des dames patronnesses Tinspectaient le plus souvent possible, 
apportant des conseils et des secours. 

Tel fut le d^but des Crfeches. 

« Dans les deux ann^es qui suivirent la fondation de la Creche 
de Ghaillot, dit M. Eugene Marbeau, les bureaux de bienfai- 
sance de Paris, le Gonseil g6n6ral des hospices, le Gonseil gd- 
n^ral du d^partement de la Seine, se prononcferent pour 
FoBuvre nouvelle, d'accord avec le sentiment public, avec les 
plus hautes persounalit^s du pays, avec TAcad^mie frangaise, 
Je clei^6, le Saint-Si^ge (3). » 

L'impulsion ^tait donn^e : Tannic suivante naquirent les 

(1) Extrait du rapport de M. Eugene Marbeau, au Gonseil sup6rieur de T Assis- 
tance publique. 

(2) Parmi les fondateurs de la Crtche de Ghaillot, il faut citer : M«« Gurmer, 
qui accepta les fonctions de directrice-tr6sori6re et souscrivit la premiere. M. Fram- 
boisier, alors directeur de Sainte-P^rine et administrateur du Bureau de bienfai- 
sance du !•' arrondissement ; M. le D' Canuet. 

(3) Extrait du rapport de M. Eugene Marbeau, au Gonseil sup^rieur dc I'AssiS' 
tance publique. 



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180 REVUE PHILANTHROPIQLE. 

Creches de Saint-Louis d'Antin et de Saint-Philippe-du-Roule, 
de Belleville, de Saiat-Pierre du Gros-Caillou , de Saint- 
Vincent-de-Paul. En 1846, on en cr6a 7 a Paris et dans la ban- 
lieue : il y avait alors 14 Creches dans le d^partement de la 
Seine. 

Gependant Tinstitution ne s'^tait pas d^velopp^e sans dtre 
Tobjet de nombreuses critiques et sans ^prouver de grands d6s- 
agr^ments. La mortality infantile est Ir^s grande et, dans toute 
agglomeration d'enfants, les 6pid6mies se d^veloppenl facile- 
ment. La Crfeche est un terrain dans lequel la contagion pent 
se propager avec rapidity. En 1844, la science de Thygifene 
n'avait pas fait les progr^s qu'elle a accomplis depuis et Tan- 
tisepsie n'avait pas encore '6t6 appliqude! Aussi y eut-il, dans 
les Crfeches d'alors,de nombreux casde rougeole, de coqueluche 
et d'autres maladies sp6ciales k la premiere enfance dont sont 
encore loin d'etre indemnes les Creches d'aujourd'hui. 

Une des critiques les plus curieuses, affirme M. Eugfene 
Marbeau, fut que la Crfeche dtait trop confortable. 

« EUe dut prouver, dit-il, qu*en pla^ant les enfants pendant 
la journ^e, dans des conditions meilleures que celles qu'ils re- 
trouvaient le soir chez leurs parents, elle ne les tuait pas par le 
contraste ; qu'en dispensant les m^res de les envoyer au loin en 
nourrice, elle n'affaiblissait pas le lien de la famille; qu'en 
substituant le travail i Taumdne, en permettant h Touvri^re 
de gagner dignement et courageusement un salaire toujours 
sup^rieur k ce que d^pensait la Crfeche pour garder Tenfant, 
elle ne gaspiilait pas Targent de la charity ; enfin, el ce n'6tait 
pas \k le reproche le moins strange, car c'6tait par certains re- 
prdsentants de TAssistance publique qu'il ^tait formula, on 
accusa la Crfeche de faire une concurrence fdcheuse aux autres 
oBuvres publiques ou priv6es ! A ce dernier reproche , il r6- 
pondit que, bien au contraire, elle alMgeait les charges de 
r Assistance publique (1).» 

M. Firmin Marbeau et ses collaborateurs invitferent alors 
les administrateurs des diverses Creches de la Seine k se r^unir 

(1) Extrait du rapport de M. Eugdne Marbeau au Conseil sup6rieur de I'Assis- 
tance publique. 



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m-^ >tr -T 



LES CRfeCHES. 181 

pour combiner leurs efforts et se concerter sur les ameliorations 
kapporter dans Tinstallation et le fonctionnement de ces 6ta- 
blissements. Ce fut Torigine de la Sociiti des Crkches qui eut 
pour programme la propagande de Toeuvre et Tallocation de 
subsides aux Creches qui en avaient besoin, tout en laissant k 
chacune d'elles son ind^pendance et son autonomic. 

La stance d'inauguration de la Society eut lieu St THdtel de 
Ville, salle Saint- Jean, le 24 f^vrier 1847. L'assembl^e ^tait 
nombreuse, elle fut pr^sid^e par M. Dupin. M. Marbeau fit un 
discours Eloquent dans lequel il d^fendit son oeuvre avec cha- 
leur. II d^montra la possibility de Ja Crfeche par son existence; 
il r^pondit au reproche d'imperfections par le pen de temps 
^coule depuis la fondation de Toeuvre ; il fit ressortir les avan- 
tages qu'en tiraient les mferes en ne payant qu'une faible retri- 
bution et le bien que faisait la Creche it pen de frais ; il fit 
comprendre les services que la nouvelle institution pouvait 
rendre 4 Tifitat. 

A la suite de cette reunion, on songea k modifier Torgani- 
sation du debut. Primitivemeat, on avait cru ne devoir ad- 
mettre 4 la Grfeche les enfants que jusqu'd. T&ge de deux ans, 
parce qu'i partir de cet Age ils pouvaient 6tre reijus dans les 
salles d'asile ; mais on se rendit compte qu'il valait mieux pro- 
longer le sejour i la Creche jusqu'i Tftge de trois ans. On 
reconnut enfin qu'il fallait que le bien-6tre de la CrSche 
fit ameiiore et que Ton y suppler Ji la g6ne du logis mater- 
nel ; on se pr^occupa d'am^liorer les conditions materielles de 
retablissement; on s'appliqua it rechercher des locaux bien 
a^r^s et bien exposes ; on foumit la nourriture aux enfants et 
on ne demanda plus aux mires le petit panier d'aliments 
plas ou moins choisis ou approprids que la mire apportait au- 
trefois. 

A c5te de H. Marbeau, philanthrope chritien, d'autres amis 
de I'enfance qui avaient etudie son ceuvre, tout en en recon- 
naissant Tutilite, avaient songe h, Timiter en la modifiant. lis 
avaient trouve bizarre que Ton confi&t la direction des Criches 
k des religieuses qui, si dfivou^es et bien intentionnees qu'elles 
pussent 6tre, ne semblaient pas, par leurs voeux, par leur si- 



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181 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

tuationet par leur ^tat^ devoir rcmplir les m6mes fonctions 
que des mferes de famille ayant 6\ey6 et fait vivre de nombreux 
enfants. 

Des hommes et des femmes de bien ne s'inspirant point] des 
mSmes id^es que M. Firmin Marbeau song^rent k ouvrir des 
asiles pour les enfants du premier ^ge qui ne seraient point des 
foyers de propagande religieuse. 

Des francs-maQons fond^rent des Crftches oil Ton ne s*in- 
qui^ta point de savoir si les enfants qu'on y amenait ^taient 
baptises ets'ils ^taient n6s ou non hors mariage. 

En 1847, 3 Crdches nouvelles furent ouvertes h Paris et 
dans la banlieue ; 2 en 1848 ; 2 en 1849; 2 en 1851 ; 1 en 1852. 
En 1856, le d^partement de la Seine compta 21 Creches : c'^tait 
k pen pris un nombre ^gal k eelui des asiles qu'il possddait en 
1837. 

D6s Torigine, la Ville de Paris, le d^partement de la Seine 
et le minist^re de Tlnt^rieur soutinrent la Soci6t6 des Crfeches 
par des subsides, et des circulaires du pr^fet et du ministre 
encourag^reat la fondation de nouvelles Crfeches. 

Aujourd'hui le Conseil municipal de Paris et le Conseil g6- 
n6ral de la Seine ont cess^ de donner leurs subventions k la 
Soci^t6 des Creches : ces deux assembl6es r^servent leurs allo- 
cations aux Creches affectant un caract^re laique. Elles sont 
disposdes, de m6me que le ministfere de Tlnt^rieur, k n'accorder 
de subsides qu'k ceux de ces ^tablissements qui se soumettront 
k des prescriptions dont nous aurons Toccasion de parler dans 
un prochain article de la Revue philanthropique. 

La revolution de 1848 et le coup d'Etat de 1851 ne semblent 
pas avoir beaucoup trouble M. Marbeau qui s*accommoda tr^s 
facilement du regime imperial et demanda pour son ceuvre k 
la famille de Napoldon 111 le patronage qu'il avait eu de la fa* 
mille d'Orl^ans. 

Le mouvementded6veloppement des Crftches ne se renferma 
pas dans le d^partement de la Seine; il s'^tendit i la France et 
k r^tranger.En 1866, la Crfeche de Rochefort fut reconnue d'uti- 
lit6 publique; la m6me disposition fut prise en 1867 en faveur 
des Creches de Tours et, en 1869, de la Crfeche de la Madeleine. 



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LES GRfiCHES. t«3 

Depuis, de nombreuses Creches ont obtenu la personnalitd 
civile. II y en a maintenant dans toutes les parties de la 
France (1). 

Aujourd'hui 61 Crtches fonctionnent h Paris (2); d'autres 



{\) U existe des Crdches en France dans les villes suivantes : 

Aisne : Guise, La F6re, Vervins, Sain t-Quen tin. — Allier : Vichy, Montlu^on. 

— Alpes-Maritimes : Menton, Nice. — Ardfeche : Largentifere, Bourg-Saint-And6ol. 

— Ardennes : Givet, Rethel, Sedan. — Aube : Troyes. — Aude : Carcassonne, 
Narbonne. — Bouches-du-Rh6ne : Marseille, Aix, Aries, Tarascon. — Calvados : 
Caen, DeauviUe, Lisieux, Pont-l'tvfique, Trouville, Villerville. — Charente : An- 
gonldme. — Charente-Inferieure : La Rochelle, Rochefort, Saintes. — C6te-d'0r : 
Dijon. — Cdtes-du-Nord : Saint-Brieuc. — Dordogne : P6rigueux. — Doubs : Be- 
san^on. — Eure : Louviers, Romilly-sur-Andelle. — Eure-et-Loir : Chartres, 
Dreux, NogenHe-Rotrou, Saint-Lubin des-Joncherets, Saint-Remi-sur-Avre. — 
Pinistere : Brest, Morlaix. — Gard : Alais, Anduze, Nlmes. — Garonne (Haute-) : 
Toulouse. — Gironde : Bordeaux, Arcachon, Ards, B6gles, Taussat. — H^rault : 
Agde, Cette, Montpellier, P6zenas, Beziers, Clermont, Loddve. — Indre : Ch&teau- 
roux. — Indre-et-Loire : Tours, Amboise. — Isdre : Grenoble, Pont-de-Claix. — 
Loire-Inf6rieure : Nantes. — Loiret : Orl6ans. — Lot-et-Garonne : Villeneuve- 
sur-Lot. — Maine-et-Loire : Angers, Cholet. — - Manche : Saint-James. — Mame : 
Ch&lons, Ay, fepemay, Reims, Sainte-Menehould. — - Mayenne : Ch&teau-Gontier. 

— Meurthe-et-Moselle : Baccarat, Lun6ville, Nancy, Thiaucourt, Toul. — Meuse : 
Bar-le-Duc. — Morbihan : Lorient. — Nord : Lille, Armenti^res, Cambrai, Dun- 
kcrque, Roubaix, Tourcoing, Loos. — Oise : Beauvais, Chantilly, Compifegne, 
Noyon, Ourscamp, Saint-Agnan, Senlis, Thieux, Trye-Ch&teau. — Orne : Alen^on, 
Bagnols, Piers. — Pas-de-Calais : Boulogne, Calais, Lens. — Puy-de-D6me : Cler- 
mont-Ferrand. — Pyr6n6es (Basses-) : Bayonne, Biarritz. — Pyr6n6es-Orien- 
tales : Perpignan. — Rhdne : Lyon. — Sa6ne-et-Loire : Chalon-sur-Sadne. — 
Haute-Sa6ne : Luxeuil. — Sarthe : Le Mans, Tr61az6. — Savoie : Aix-les-Bains. — 
Seine-et-Mame : La Fert6-sous-Jouarre, Meaux, Melun, Montereau, Nemours, 
Noisiel, Provins. — Seine-et-Oise : Argenteuil, Bellevue, Buc, Gonesse, Jouy-en- 
Josas, Le Pecq, Le V6sinet, Meudon, Pontoise, Port-Marly, Rueil, Saint-Germain- 
en-Laye, Versailles, Ville-d'Avray, Viroflay. — Seine-Inf6rieure : Le Havre, Rouen, 
Dieppe, Elbeuf, Lillebonne, Saint-fetienne-du-Rouvray. — Somme : Amiens, Abbe- 
ville, Nesle, Flixecourt. — Tarn : Albi. — Var : Hyferes, Toulon. — Vaucluse : 
Avignon, Carpentras. — Vienne (Haute-) : Limoges. — Vosges : tpinal, G6rard- 
mcr, Granges, Moyen-Moutier, Saint-Di6, Saint-fetienne, Senones. 

Alg^rie : Alger, Blidah, B6ne, Constantino, Oran, Philippeville. — Guadeloupe : 
La Pointe-i-Pitre. — Tunisie : Tunis. 

(2) Voici la liste des Creches de Paris : 

!•' arrondissement : Saint-Roch, rue Saint-Hyacinthe-Saint-Honor6, 4 ; Crdche 
mnnicipale du I" arrondissement, rue de I'Arbre-Sec, 17. — !!• : Bonne-Nouvelle, 
me Saint-Denis, 218; Cr6che du Mail, 70, rue Montmartre. — ill' : Crdche des 
Archives, rue de Saintonge, 43. — IV* : Sainte-Philomfene, rue Sainte-Croix-de-la- 
Bretonnerie, 20; Saint-Francois de Sales, rue Poulletier, 5; Crfeche municipale 
du IV« arrondissement, rue Saint-Antoine, 164. — V* : Cr6che Monge, place 
Monge, 4; Grfeche Sadi-Carnot, 3, rue des Trois-Portes ; Crdche Sainte-Lucie, 
15, rue des Bemardins. — VI- : Bethl^em (Saint-Sulpice), rue de M6zidres, 6; 
Crfeche du VI* arrondissement, rue Jacob, 11. — VII* : Saint-Pierre du Gros- 
CaiUou, rue de Grenelle, 182; Saint-Vincent-de-Paul, rue Oudinot, 3; Saint-Tho- 



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184 REVU5 PHILANTHROPIQUE. 

sont en voie de formation. 11 y en a 30 dans la banlieue (1). 

Les Creches furent plac^es, par le d6cret du 26 f6vrier 1862, 
sous la protection de rimp6ratrice. Un rtglement en dale du 
30 juin 1862 indiqua les prescriptions auxquelles devaient se 
soumettre ces ^tablissements, soit pour6tre approuv6s soitpour 
6tre tol6r6s. Les Crfeches sont en outre soumises aux disposi- 
tions de la loi du 23 d^cembre 1874, dite loi Roussel sur la 
protection des nourrissons. 

En 1875, quelque temps avant sa mort, M. Firmin Marbeau 
avait adress^ h, TAssembi^e nationale une petition demandant 



mas-d'Aquin, rue Peironnet, 9. — VIIIo : Saint-Philippe, rue de Monceau, 13; 
Sainte-Madeleine, rue de laVille-l'fevdque, 14. — IX* : Saint-Louis d'Antin,rue de 
la Chauss6e-d*Antin, 27 ; Notre-Dame de Lorette, rue Rodier, 60 ; Grfeche laique du 
IX* aiTondissement, rue La Rochefoucauld, 25. — X* : Crftche du X* arrondisse- 
ment, rue Saint-Maur-Popincourt, 185 ; Creche du Faubourg-Saint-Martin, rue 
du Faubourg-Saint-Martin, 122. — XI* : Cr6che Charles Floquet, rue Saint-iMaur- 
Popincourt, 6; Saint-Joseph, rue d'Angoul^me, 81. — XII* : Sainte-Marie-des- 
Quinze-Vingts, 8, passage Gatbois, avenue Daumesnil, 66 ; Saint-Joseph (Bercy),|rue 
des Meuniers, 63; Crfeche de Picpus, ruelle des Toumeux, 4. — XIII* : Saint- 
Marcel (Maison-Blanche), rue Vandrezanne, 42; Sainte-Rosalie, rue de la Gla- 
cidre, 35 ; Maison matemelle, Crdche laique du Berceau de I'Enfance, 7, passage 
Ricaut, rue du Ch&teau-des-Rentiers ; Creche municipale du quartier Croulebarbe, 
rue des Gobelins, 7; Creche lafque de la Maison-Blanche, 1, rue Barrauit; Creche 
municipale de la Salp6tridre, 5, rue du Bancpiier. — XIV* : Grdche municipale 
laique de Plaisance, rue de TOuest, 115; Creche Furtado-Heine, rue Jacqiuer, 7; 
Crfeche F6nelon-Gharles, rue Gharles-d'lvry. — XV* : Sainte-Marguerite (Grenelle), 
rue Ginoux, 6 ; Crdche laique municipale de I'Esp^rance, rue Violet, 69 ; Creche 
laique municipale du quartier Saint-Lambert et Necker, rue d'AUeray, 13; Grdche 
Fourcade, 25, rue Beuret. — XVI* : L'Annonciation (Passy), rue Singer, 8 ; Creche 
Sainte-Marie, avenue Victor-Hugo, 117; Crfeche du XVI* arrondissement, rue 
Claude-Lorrain, 22 bis; Cr6che du XVI* arrondissement, rue Francois-Millet. — 
XVII* : Saint-Joseph (Temes), rue Bacon, 11 ; Crfeche de la Gompagnie de I'Ouest, 
avenue de Glichy, 163; Petite Grdche des BatignoUes, avenue de Glichy, 47 bis; 
Grfeche municipale des ^pinettes, rue Berz^lius prolong^e, 8 bis; Gr6che Made- 
leine Br6s, 86, rue Nollet; Petite Grfeche de la rue Gauthey, rue Gauthey, 49. — 
XVIII* : Grdche de Glignancourt, rue Damr6mont, 98 ; Cr6che de la Ghapelle et de 
la Goutte-d'Or, rue Gav6, 5; Gr^che Arthur Panckoucke, rue Gaulaincourt, 39; 
Crdche Asile Sainte-Marie, avenue de Saint-Ouen, 146. — XIX* : Sainte-Eug^nie 
(La Villette), rue de Grim^e, 146; Grdche laique du quartier d' A mdrique, rue de 
Bellevue, 18. — XX* : Saint-Jean-Bap tiste (Belleville), rue de la Mare, 73; Grdche 
Sainte-Am^lie, fondation Wion-Pigalle, rue de Bagnolet, 63 ; Gr6che laique du 
XX* arrondissement, 121, rue de Bagnolet; Creche laique du quartier Saint-Far- 
geau, 33, rue du T^l^graphe. 

(1) Voici la liste des creches du d^partement de la Seine : 
Asnidres : Grdche municipale, place de I'Asile. — Boulogne : Crfeche munici- 
pale, rue de Paris, 105. — Gachan : Saint-Raphael, rue des Toumelles, 7. — ChA- 
tiUon : Gr^che municipale, passage Chariot, 2. — Ghoisy-le-Roi : A la Manufac- 



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LES CRfeCHES. 185 

une loi destin^e h faire suite h la loi de 1874 et qui 6tait ainsi 
formulae : 

« Article premier. — Toute commune oil plus de cent 
femmes travaillent habituellement hors de Icur domicile pourra 
6tre tenuede fournir un local pour 1*6 tablissementd'uneCrfeche. 

« Art. 2. — Toute usine occupant habituellement plus de 
cent femmes pourra 6tre tenue d'avoir une Creche. 

« Art. 3. — Dans Tun ou Tautre cas, la n^cessitd de la 
Creche sera constat^e par un arr6t6 du Pr6fet, pris aprfes avis 
du Conseil g^n^ral. » 

Cette petition ne fut pas prise en consideration (1). 

Depuis leshygi^nistes, les municipalit^s, les pouvoirs publics 
ont ^tudie k nouveau la question des Creches. 

Le Conseil municipal de Paris institua une Commission des 
Crfeches qui fut charg6e de s'occuper de toutes les details con- 
cemant le fonctionnement de ces etablissements^ de sur^-eiller, 

turc de porcelaine, rue du Pont, 3. — Clamart : Sainte-femilie, rue du Trosy. — 
Clichy : Saint- Vincent-de-Paul, rue Marthe, 84. — Colombes, Crfeche municipale. 

— Gourbevoie : Crtche municipale, square de la Mairie. — Cr6teil : Creche, mu- 
nicipale, Grande-Rue. — Gentilly : Creche municipale de Gentilly-Rremlin, 
46, me Danton; Crfeche municipale de Gentilly Centre, rue de la Mairie, 12. — 
Issy : Creche du Centre, place de la Mairie; Crfeche des Moulineaux, cit6 G6velot. 

— Levallois-Perret : Creche municipale, rue Marjolin, 2. — Les Lilas : Crfeche 
intercommunale, 8, passage Griselin. — Montreuil-sous-Bois : Crdche municipale, 
roe Voltaire. — Montrouge ; Crfeche municipale, rue des Ruelles. — Nanterre : 
Creche communale de Sainte-Genevifeve, rue de la Mairie. — Neuilly : Sainte- 
Am^lie, rue des Poissonniers, 24. — Nogent-sur-Mame : avenue du March6, 3. — 
Pantin : O^che Sainte-l^lisabeth, rue Thiers, 3 ; Crfeche municipale, rue du Com- 
merce. — Puteaux : Creche municipale, rue des t coles, 59. — Saint- Denis, Grdche 
municipale, me Compoise, 59. — Saint-Onen : Crfeche municipale, rue de la Gare. 

— Sceaux : Creche municipale, rue Picpus, i. — Suresnes : Grftche de Suresnes, 
19, rue de Neuilly. — Vanves : Sainte-Genevifeve, rue de la Mairie, 38. — Vin- 
cennes, roe des Carridres, 5. 

(!) Une loi promulgu^e le H avril 1891, en Portugal, et destin6e k r6gler le 
travail des femmes et des enfants dans les manufactures, porte, article 21 : 
• Toute fabrique dans laquelle travaillent journellement plus de cinquante femmes, 
devra poss^der une Creche install6e dans les conditions hygi^niques d^termin^es 
par des r^lements. La distance de la Crdche h T^tablissement sera de 300 metres 
au plus. Plusieurs usines pourront 6tablir ou subventionner en commun une 
Creche pour les enfants des ouvriferes de chacune d'elles, h condition toutefois 
que la Creche soit d'une capacity suffisante et distante de 300 metres au plus de 
chacune de ces usines. » 

L'article 22 ajoute que : a Les femmes ne seront pas admises au travail dems 
les quatre premieres semaines aprds Taccouchement, la m^re pourra toujours 
allaiter son enfant dans les Creches. » 



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186 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

tant au point de vue administratif et financier qu'Jt celui de 
de I'assainissement, les Crfeches 8ubventionn6es par la Ville 
et d'examiner les demandes de subventions adrcss^es par les 
Crfeches privies. 

La Ville de Paris se prdoccupe d'dtablir une Creche vrai- 
ment municipale (2) qui pourra servir de type aux autres, 
et oil des cours sp^ciaux sur les soins k donner aux petits 
enfants seront faits aux m^res de famille et aux grandes jeunes 
filles qui ont charge de petits frferes et de petites soeurs. 

En 1895, le ministre de Tlnt^rieur demanda au Conseil 
sup^rieur de TAssistance publique son avis sur le fonctionne- 
ment des Creches et sur les modifications & apporter au d^cret 
et au rfeglement de 1862. U fut reconnu, Jila premifere section 
du Conseil sup6rieur, qu'un grand nombre de'questions devaient 
6tre soumises au Comity consultatif d'hygifene auquel le presi- 
dent du Conseil des ministres demanda, le 28 f^vrier 1896, de 
delib^rer sur les dispositions relatives k Thygitoe que doit 
contenir le nouveau rfeglement des Crfeches. Le rapport, confix 
ii M. le D*^ Henri Napias, fut pr^sent^, le 30 novembre 1896, au 
Conseil sup^rieur de TAssistance publique, devant lequel 
M. Eugfene Marbeau fit, le 10 et le 11 mars 1897, un rapport 
d'ensemble. Nous aurons occasion de revenir sur ces travaux 
et sur ceux que vient de terminer la Commission municipale 
du lait, lorsque nous nous occuperons des nombreux details 
qu'il faut examiner dans Tinstallation et le fonctionnement 
des Crfeches. 

ALFRED BREUILLt. 



(1) Bien que plusieurs Creches de Paris se d^nomment Creches municipaleSf 
elles ne sont point administr^es, comme les Crdches municipales de la banlieue, 
par la commune dont elles dependent. Ce sont des oeuvres privies auxquelles 
s'int^ressent les conseiliers municipaux et les membres de la municipality de 
rarrondissement dans lequel elles sont situ6es, et qui sont administi^es par des 
comit^s priv6s. 



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L'ASSISTAIVCE ET L^EDUCATION 

DES JEUNES SERVANTES 

A PARIS ET A LONDRES 



Au dernier recensement dont les chiffres sont connus, en 
1891, il y avail en France plus d'un million de femmes domes- 
tiques (1) ; h Paris exactement 104373. 

La presque totality de cette population est fournie h la oa- 
pitale par la province. Ge sont des filles de la campagne qui 
d^barquent compl Element ignoranles pour la plupart des tra- 
yaux domestiques, inaptes, par manque de culture, k com- 
prendre et s'adapter rapidement au nouveau milieu oil elles se 
trouvent, n'ayant en t^.te qu'une id^e bien nette : gagner de 
Fargenly gagner beaucoup et le phis vite possible ^ en donnant le 
moins possible en retoitr. 

Si la jeune servante tombe dans une maison oil la maitresse 
lui ressemble dans son ignorance de T^conomie domestique, 
incapable de Teffort d'imagination pour comprendre le doulou- 
reux et stupide ahurissement de la campagnarde, sans vouloir 
pour exercer la patience et la persdv6rance n^cessaires pour 
la former i ses devoirs nouveaux et complexes, ddsirant seule- 
ment avoir le moins cher possible une machine domestique 
marchant bien; dans ce cas, les mutuelles exigences am^nent 
rapidement la rupture. 

La jeune servante renvoy6e se place de nouveau, est de nou- 

(i) 1042245. 



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188 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

veau renvoy^e pour les mSmes causes. EUe recommence dans 
des conditions plus ou moins semblables jusqu'k ce qu'elle ait 
tant bien que mal appris son metier et suffisamment att^nu^ 
ses pretentions pour dtre gard6e malgr^ son incompetence... ou 
bien elle tombe dans le fosse. Elle va grossir les rangs de la pro- 
stitution (1), ou elle meurt h ThApital^ de misfere ou de ma- 
ladie (2). 

Telle est la situation de la jeune servante : elle, comme sa 
maitresse, est victime de la periode de transition que nous tra- 
versons. 

Les vieilles choses n'existent plus et les nouvelles ne sont 
pas encore ! 

L'opinion, autrefois, n'admettait pas que la femme dAt avoir 
d'autres regions que le foyer oil exercer son activity ; aujour- 
d'hui encore, malgre la diversite des theories sur « le r6le de 
la femme » il y a un point oil les divergences cessent, oil r^vo- 
lutionnaires et retrogrades trouvent un terrain d'entente, — 
temporaire et transitoire il est vrai, — d'od souvent ils partent 
pour de nouvelles disputes, mais od ils se rencontrent aussi 
pour se reconcilier et repeter k Tunisson : 

« La place de la femme est au foyer. » 

Cependant, malgre cette unanimite k ne pas lui disputer la 
suprematie, la femme ne semble pas se rendre compte de Tim- 
mensite de son royaume. Par sa nonchalance k gouverner, par 
la facilite avec laquelle elle s'est laisse enlever Tadministration 
de reconomie domestique, elle donne un semblant de raison a 
ceux qui pretendent que Taptitude d'organisation et la faculte 
de diriger lui font defaut. 

Autrefois la femme filait, tissait et confectionnait les vete- 
ments de la maisonnee. Encore hier, chaque menage faisait son 
pain, lessivait son linge et faisait ses conserves en prevision de 
Thiver. 

Aujourd'hui les conditions de production ont change ; Ten- 
treprise commerciale masculine s'est emparee des differentes 
branches de Fiudustrie feminine. La femme a laisse echapper 

(1) La prostitution clandestine h Paris, par le docteur 0. Commenge, p. 335. 

(2) Annuaire de la VUle de Paris, n« XIV, 1893, public en 1895. 



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f.'ST'^-'v-- 



ASSISTANGE ET EDUCATION DES JEUNES SERVANTES. 189 

de ses mains les multiples sources de richesse et d'ind^pen- 
dance mat^rielle et morale. Elle s'est laiss^ d^pouiller insidieu- 
sement sous pr6texte de sciences et de progrfes ; c'est seulement 
quand elle s'est vue entiferement d^poss^d^e, qu'elle s'est ren- 
due compte qu*elle est maintenant paria, \h oh auparavant elle 
r^gnait. 

Le foyer est devenu simplement son but k lui-m6me, au 
lieu d'6tre, comme jadis, le centre d'od rayonnait la femme. La 
maisonn'est plus la ruche; c'est Tendroit oil Ton mange et od 
Ton dort. On consomme k la maison ; la production se fait k 
Talelier (1). 

Par suite de ce d^placement de forces, une grande pertur- 
bation s'est produite dont se ressent le corps social tout en- 
tier. 

De notre ^poque tourment^e, nul ne sait ce qui en sortira 
pour rhumanit^. II n'y a qu'un devoir ciair et net devant nous, 
e'est d'effectuer la transition avec le moins de soufifrances pos- 
sible pour les faibles. Dans cette categoric se trouve « la petite 
bonne » ; c'est elle qui, avec Touvrifere k Taiguille, paye le plus 
fort tribut a la mis^re, k la maladie et k la mort. G'est elle 
aussi qui foumit le plus gros contingent k Tarm^e de la prosti- 
tution et It la lamentable th^orie des mferes hors mariage. 

La gravity de la situation pr6occupe Tattention; Topinion 
s'^meut et Tavis est unanime qu'il est urgent dlntervenir. 

Malheureusement on est loin d'etre d'accord sur les moyens 
k employer pourrem6dier auddsarroi regnant. On s'apergoit bien 

(1) Occupations de la femme aux temps anciens. 
a. Filage. . . | 

Tissage . . \ Totalement transferees aux fabriques. 
Brasserie . I 

b. Boulangerie 1 

Confiserie et conserves I ^ 

Laiterie et fromage > _ ^,^ ^^^*^ P^^ 

Lessivage. \ '""^^'^rees ^^ fabriques. 

Broderie et confection de vdtements. | 
Occupations nouvelles techniques, scientifiques et artistiques de la femme ,'de 
noi? jours: 

Imprimerie. — Tenue de livres. — Photographie. — Tei^graphie. — T6l6pho- 
nie. — Stenographie. — Joumalisme. — Enseignement sup^rieur. — M^decine 
ei chirurgie. — Peinture et Sculpture. — Musique et Art dramatique. — Chimie 
indnstrielle, etc., etc., etc. 



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190 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

que la charity n'estpas la solution du problfeaie;la philanthropie 
n'^tant qu'un palliatif, un moyen de soulager momentan^ment 
des cas de d^tresse Isolds et passagers, mais inutile lorsqu'il 
s'agit d'^tablir et de maintenir F^quilibre social et ^conomique 
de millions de personnes. 

Les oeuvres de bienfaisance rendent n^anmoins de tr^s 
grands services aux jeunes servantes Isoldes et 6trang5res dans 
les grands centres. II est impossible de les passer sous silence. 
Des cceurs compatissants ont eu pitid de la triste position de ces 
pauvres filles seules, inconnues, incomprises, au milieu de la 
grande ville,balIott6es, sans racines et sans appui. 

II y a & Paris seul un certain nombre d'asiles pour les do- 
mestiques sans place. Les sceurs Servantes de Marie ont, en 
1849, iondi une association qui a pour but de donner aux per- 
sonnes en service, le plus souvent Isoldes k Paris, un centre oil 
elles retrouvent autant qu'il se pent lafTection et les conseils 
de la famille absente, puis un asile od elles sont reQues lors- 
qu'elles sont malades. 

Les Soeurs de la Croix recueillent dgalement les jeunes 
filles qui ddsirent se placer comme domestiques. Les soBurs de 
Saint-Charles s'occupent de placer les jeunes filles alsaciennes 
et allemandes. 

Le premier asile frangais de ce genre fut ouvert en 1844. II 
futfondd par une brave personne de la classe ouvrifere, une 
veuve, M""' Chassaigne. II s'appelle V Asile des domestiques pro- 
testantes. A sa fondation, il ne possddait que six lits; pourtant, 
la directrice avait accueilli en douze ans 1 205 femmes. Aujour- 
d'huiToeuvre s'estagrandie; dans son nouveau local, 24 femmes 
peuvent 6tre regues. Depuis que Tasile est transfdrd 25, rue Sal- 
neuve, on y regoit en moyenne 200 k 250 femmes: ce qui donne 
un total annuel de 3 000 k 4 000 journdes d'assistance. 

II existe'a Paris d'autres asiles protestants, le Home fran- 
Qais et les Homes allemands, anglais et suisses pour les jeunes 
servantes de ces diffdrentes nationalitds. Dans toutes ces mai- 
sons on regoit les domestiques it loger. Ton s'occupe de leur 
placement, dans quelques-unes on tdche de les former. 

II y a il Paris Tune des maisons de la Socidtd amicale des 



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ASSISTANCE ET jfeDUCATION DES JEUNES SERVANTES. 191 

jeunes filles (Girls Friendly society), fond^ en 1873, dont le 
si^ge social est Si Londres, 39, Victoria Street. Cette soci6t6, 
sous le patronage de la Reine d'Angleterre et de la Princesse 
de Galles, est compos^e de: 

1* Les Membres. — Les jeunes filles elles-mSmes qui participent aux 
charges selon leur capacity et qui b^n^Qcient des a vantages selon leur 
D^cessit^. 

2» Les Associ^s. — Les personnes qui donnent temps, argent, appui et 
influence aux membres en proportion des besoins de ces derniers. 

Cette association compte : 

EnAnglelerre 150055 jeunes filles. 

EnEcosse 18528 — 

En Irlande 10694 — 

Aux Colonies anglaises 4733 — 

Aux Indes 207 — 

Dans rAm^rique du Nord 9710 — 

Dans les villes du Nord et du centre de 

TEurope, dont Paris 222 — 

Total 194215 — 

Sur les 150 053 membres en Angleterre, 60 460 sont des 
domestiques et sur les 222 membres des villes d'Europe, 39 
sont des domestiques, les autres sont des institutrices, des pro- 
fesseurs, des gardes-malades, des 6tudiantes (arts et sciences), 
des blanchisseuses et repasseuses, des serveuses de restaurants 
et buvettes, etc., etc. 

Pendant Tannic 1896, 13 554 mattresses se sont adress^es k 
la soci^t6 et 4 626 domestiques ont 6t€ plac^es par ses soins. 
Cette partie de ses travaux, loin d'6tre on^reuse, s'est traduite 
par un b^ndfice de 9 547 francs. 

I^ maison de Paris, situ6e 17, rue de Courcelles, est sous le 
patronage de lady Monson, ambassadrice d' Angleterre ; elle 
compte 149 membres dont le plus grand nombre sont des insti- 
tutrices. Un bureau pour domestiques y fonctionne sous la di- 
rection de M°' CoUyer. 

Un autre asile, le Mission Home, s'occupe 6galement delo- 
ger et de placer des domestiques anglaises et amdricaines. 

Dans les soci6tds fonctionnant sous la direction anglaise, 
notamment dans la « Soci^t^ amicale des Jeunes Filles » 



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192 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

(Girls Friendly society), on est frappd par la multiplicity des 
moyens employes pour rencouragement des jeunes servantes. 
A celles dont Tftge varie entre 18 et 21 ans, qui par leur bonne 
conduite et leur iid^lit^ les ont m^ritds, il est distribu^, outre des 
primes d'argent, des certificats constatant la satisfaction qu'elles 
ont donn^e k ceux qui les emploient. 2 575 de ces recompenses 
ont 6i6 accord^es en Tann^e 1896. D'autres primes d'argent 
sont allonges k titre d'encouragement pour des habitudes 
d'^pargne et d'abstinence des boissons alcooliques. 

Un autre trait caract^ristique de ces oeuvres, est le souci 
constant de la sant^ morale et physique de leurs jeunes pro- 
tegees. On se preoccupe de Temploi fait des heures de deiasse- 
menty des jours de sortie ou des vacances. On procure k ces 
jeunes fiUes des lectures, on les incite k frequenter la maison 
de la societe, oii sont offerts, chaque dimanche, des thes k leur 
intention et d'y amener leurs amies (1). On leur fournit des 
recreations, des amusements et du repos. 

Un autre signe distinctif de ces associations, c'est leur acti- 
vite. Sur une population totale de 1 386 167 domestiques femmes 
en Angleterre, 60 460 sont connues comme faisant partie de la 
seule Societe amicale des Jeunes Filles (Girls Friendly society), 
oil elles patent une cotisation annuelle d'au moins 1 shilling 
(1 fr. 25). 

Gependant, cette societe, quoique admettant les domesti- 
ques k profiter des avantages qu'elle offre it ses membres, 
s'adresse plus particuliferement aux institutrices, aux gouver- 
nantes, aux employees de commerce, c'est-Ji-dire aux travail- 
leuses en faveur desquelles une selection s'est dejSi operee, 
puisqu' elles sont en possession de moyens d'existence plus 
avantageux, moins penibles. Du reste, mfime parmi les institu- 
tions frauQaises fondees pour venir en aide aux domestiques, 
y en a-t-il qui se consacrentexclusivement k la « petite bonne » ? 
Existe-t-il k Paris une CBuvre qui a pour but unique Fassis- 
tance et Teducation des servantes de 13 k 20 ans? 

Non, n'est-ce pas. 

(1) A la maison de la Soci6t6 amicale des jeunes filles, 11 a 6t6 senri, pendant 
Fannie 1896, 1 420 de ces th^s gratuits. 



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ASSISTANCE ET 6DUCATI0N DES JEUNES SERVANTES. 193 

Londres est plus heureux. Depuis 1874 fonctionne une ad- 
mirable association fondle par Mrs Nassau Senior, Inspectrice 
des Ecoles, pour venir en aide aux petites filles qui sortent des 
6coIes et orphelinats de T^tat. Laplupartde ces enfants sont 
orphelines, ill^gitimes ou moralement abandonn^es. EUes 
quittent les Ecoles, au plus tard k FAge de 14 ans. II s'agit 
alors de les placer et, une fois plac^es, I'administration ne se 
considfere plus comme ayant des devoirs sp^ciaux envers ses 
anciennes pupilles. Chaque ann^e, 500 environ sont pourvues 
d'un mince trousseau et plac6es dans des maisons honn6tes, en 
quality de petite bonne. 

C'est une p6riode difficile que ces premiers temps d'in^vi- 
table isolement, de travail r^gulier et de responsabilit^ indivi- 
duelle. Ces premieres ann^es de service sont les plus dures. La 
servante enfant n'a pas de camarades de jeu, pas de distractions. 
Elle a peu d'amis, elle les voit rarement. Elle s'ennuie, elle 
pense que, dans une nouvelle place, elle serait plus heureuse, 
qu'elle auraitmoins de travail et s'amuserait davantage;... si 
elle changeait ? C'est ici que commence Faction de V Association 
mitropolitaine pour rassistance des jeunes servantes. 

Au lieu de les laisser aller k la derive, sans boussole dans 
la vaste cit6, une « amie » est pr6te pour guider, conseiller et 
secourir la jeune servante, pour la gronder aussi. Pour servir 
d'interm^diaire discrete dans les petits conflits entre elle et sa 
maitresse, pour d^m^ler et^tablir, autant que possible od iinit 
le droit et oil commence le devoir de chacune. 

Si cependant la petite bonne finit par quitter, ou par 6tre 
renvoyde, « Tamie » la recueille. L' « Association » prend dans 
son sein cet atome d'humanit6, elle I'attache k la famille et 
jamais, jamais plus, elle n'est sans foyer, ni sans amis. 

1 017 femmes remplissent ce r6le d' « amies » auprds de 
7 474 petites bonnes de Londres. 

21 « homes » regoivent les jeunes servantes sans place, 
31 comit^s de district dirigent et administrent cette vaste entre- 
prise, dont le mouvement de caisse pour Fannie 1896 a 6t^ de : 

Recettes 261383 francs 

D^penses 246950 — 

REVUE PHILARTBROnQUS. ^11. 13 



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194 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

VAssociaiion mitropolitaine pour F assistance desjeunes ser- 
vantes a, depuis sa fondation, secouru 12 442 petites bonnes. 

Dans cette question des domestiques, aussi bien qu'ailleurs, 
la philanthropie doit 6tre consid^r^e comme un palliatif essen- 
tiellement transitoire. La politique qui envisage la charity 
autrement que comme un moyen int^rimaire, prepare h la pos- 
t6rit6 des problfemes sociaux encore plus inextricables que ceux 
qu'elle a elle-m^me eu k r^soudre. 

Etablir les moyens de secours, des adoucissements du sort, 
4es appliquer prompts et efficaces aux victimes, c'est bien, c'est 
beaucoup, mais c'est insuffisant. Car demain am^nera de nou- 
velles victimes, plus nombreuses et plus pitoyables, sans ap- 
porter des ressources toujours croissantes pour leur soulage- 
ment. 

II faut d'autres medicaments pour gu^rir cette plaie. II faut 
avec courage et franchise envisager la situation et reconnaitre 
loyalement qu'il n'y a que deux mani^res pour avoir de bons 
domestiques et pour dtre bien servi : la premidre, ainsi que le 
dit Ruskin, c'est de faire votre domestique. J&levez-le delicate- 
ment depuis son enfance, a la longue vous Vaurez^ tel un fils. 

L'autre mani^re, c'est de payer son prix, c'est-Ji-dire trfes 
cher, cet objet rare. que d'autres se sont donn6 la peine de 
faQonner. 

II y a bien un autre moyen, c'est d'attendre le r6gne de la 
justice absolue, quand la sant^ morale sera parfaite et que 
requite seule fixera les conditions du travail. Seulement ce 
sera long, si long qu'il faut en laisser I'espoir aux mill^naires. 

Au demeurant, il s'agit de rem6dier Ji la situation actuelle 
au mieux de notre pouvoir. 

Les femmes sont solidaires les unes des autres ; toutes sont 
plus ou moins responsables, lorsqu'il y en a une qui se perd ! 

La question des domestiques est une question ^minemment 
feminine, il ne tient qu aux femmes qu'elle devienne une ques- 
tion f^ministe de bon aloi. 



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ASSISTANCE ET EDUCATION DES JEUNES SERVAXTES. 195 

II y a de quoi passionner des ^mes avides de sensations 
d'ordre sup^rieur, k qui le foyer moderne ne suffit pas pour 
satisfaire au besoin grandissant d'activit^ utile. II y aurait k 
eflFectuer Foblit^^ration de cette sorte d'opprobre qui s*attache au 
nom de domestique, la rehabilitation morale de la servante et 
reffacement de ce stigmate d'inf^riorit^, qui, plus que toute 
chose, la rend la proie facile du libertinage. 

Ou si Ton persiste k vouloir tenir les serviteurs comme 
inf^rieurs, il faudrait travailler k rendre les maitres veritable- 
ment sup^rieurs, plus intelligents, plus^clair^S; plus polis, plus 
justes et plus serviables, de caract^re plus 6gal et plus 6le\6, 

Pour des esprits pratiques, ce serait le moyen de commencer 
Torganisation et la discipline indispensables pour rdcup^rer 
Fh^ritage industriel dont la femme a 6t6 spoli^e. 

Jusqu'& ce que le moment soit venu d'attaquer le systeme 
qui am^ne k la ville des jeunes paysannes, laissant \k bdtes et 
champs pour devenir servantes de citadins; pendant que des 
fiUettes de Paris, en attendant qu'elles aillent gagner leur vie 
dans Tatmosph^re malsaine des ateliers, apprennent, dans les 
dcoies les plus simples notions d'^conomie domestique. 

JEANNE E. SCIIMAIIL. 



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COMITE DE DEFENSE 



DES 



ENFANTS TRADUITS EN JUSTICE 



DU VAGABONDAGE, DE LA MENDiaT^ 
ET DE LA PROSTITOTION DES ENFANTS DE MOINS DE 16 ANS 



Nous avons indiqu^ dans notre pr6c6dent article que les 
dtudes du Comity avaient 6t6 r^parties en trois p6riodes : Ten- 
fant avant son arrestation, — Fenfant pendant la durde de la 
prdvention, — Tenfant aprfes le jugement qui Ta frapp6. 

C'est cet ordre que nous allons suivre pour exposer les tra- 
vaux d6]k accomplis, conformc^ment au programme dont nous 
avons donn6 le texte. 

Bien que le Comity poursuive Tam^lioration de toutes les 
mesures legislatives, administratives, p^nitentiaires et autres 
relatives aux mineurs de 16 ans dans leurs rapports avec la 
justice et par consequent se place St un point de vue general, il 
ne saurait oublier qu'il s'est propose comme mission plus sp^- 
ciale la defense des interets des enfants traduits devant les tri- 
bunaux du ressort de la Seine, laissant ainsi aux Comites de 
defense des departements le soin de s'occuper h leur tour des 
enfants des tribunaux de leur ressort. II eiait done logique 
qu'au debut de ses travaux il voulAt etablir son champ d'action 
et connaitre le nombre des mineurs de 16 ans — Age, nous 



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DEFENSE DES ENFANTS TRADUITS EN JUSTICE. 197 

le rappelons, de la majority p^nale — que les autorit6s de po- 
lice font admettre au d^p6t. En m6me temps s'imposait k lui 
r6tude des causes g6n^rales qui d6terminent leur arrestation. 
M^ Manuel Fourcade, avocat iilacour de Paris, dansunm^moire 
trts substantiel et lar gement traits, nous fait d'abord connattre, 
d'aprfes les statistiques foumies par la Prefecture de police, que, 
pour les ann^es 1891, 1892 et 1893, le nombre moyen annuel 
des mineurs de 16 ans arr6t6s, s'est 6\e\6 pour la Ville de 
Paris k 1750 gargons et 100 fiUes, en tout prds de 1900. Ce 
chiffre est-il bien exact? 11 est difficile de se prononcer. Les re- 
lev6s des entries tenus au D6p6t m^me accusent des chiflFres 
un pen plus ^lev^s ; on y reldve les chififres suivants : 

En 1885 1519 

— 1886 1527 

— 1887 1629 

— 1888 1750 

— 1889 1652 dont 271 filles. 

— 1890 2102 — 272 — 

En ce qui concerne Paris, cette progression n'a rien qui 
doive surprendre, puisqu'elle suit Faugmentation de la popu- 
lation. Mais elle n'est pas particuli^re h Paris, car, ainsi que le 
fait remarquer M. Guillot, si on consulte les grands comptes du 
minist^re de la justice de 1881 k 1889, on voit que, pour toute 
la France, le nombre des enfants arr6l6s a et6, en 1888, de 
7351, au lieu de 6307 en 1881, Ajoutons qn'k partir de 1890, le 
nombre des arrestations d^crolt k Paris d'une contain e par an. 
Quoi qu'il en soit des divergences des statistiques, suivant 
qu'elles sont dress^es par le deuxi^me bureau de la Prefecture 
de police ou par le service du D6p6t au Palais de Justice, — et 
ces divergences sont une des gaietds de la statistique et un 
motif de ne pas partir en guerre sur des chiflFres en g6ndral dis- 
cutables, — on pent accepter un chiflTre moyen annuel d'environ 
2000 arrestations de mineurs de 16 ans, dont 250 filles. En 
lui-mSme, ce chiffre ne nous semble pas, comme Ji plusieursde 
no8 collogues, bieneffrayant en regard des 2500000 habitants 
de Paris, Bien entendu, d'ailleurs, ne figurent pas dans ces 
chiffres les enfants amends au D^pdt, soit comme s'^tant ^gar^s, 



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198 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

soit pour Stre envoy^s k Thospice des Enfants assist^s, soil pour 
toute autre cause ^trangdre k une faute de 1 'enfant (1). 11 va 
de soi aussi qu'il ne s'agit que des enfants amends au D6p6t 
pour ^tre examines par le petit parquet et qu'en dehors d'eux, 
ont 6i6 conduits dans los postes de police, puis rel&ch^s pres- 
que aussit6t un grand nombre d'enfants arrfit^s pour des v^tilles. 
L'important est de savoir, d'apr^s les motifs des arrestations, 
quelles sont les causes de la corruption des enfants; une fois 
le diagnostic connu, de rechercher, puis d'appliquer le remade 
que le mal comporte. 

Or, le motif dominant des arrestations, c'est le vagabondage 
qui repr^sente presque invariablement tons les ans 45 p. 100, 
soit prds de la moitid des d^lits commis par Tenfant. C'est done 
la question du vagabondage qui domine tout ce qui concerne 
Fdtude de Tenfance coupable. Nous y reviendrons tout h I'heure. 
Apr5s le vagabondage, la mendicity repr^sente environ 16 p. 100 
dans la proportion des d^lits. Or un enfant mendie parce que 
ses parents le laissent dans la misfere ou, ce qui est encore trds 
frequent, parce que ses parents, pour en tirer parti, le forcent k 
mendier. Ici, comme partout dans les d^lits de Fenfance, appa- 
rait la responsabilitd directe des parents. Quant au vol, il figure 
pour une proportion de 35 p. 100. Tons ces d^lits [sont d ail- 
leurs frferes jumeaux, souvent mfime ils vont de compagnie. Le 
vagabondage est le point de ddpart, les autres d61its en d^cou- 
lent comme de source, et parmi eux, pour les fiUes, la prosti- 
tution. 

Parlous maintenant du vagabondage (2). Nous savons en 
quoi consiste ce d6litpour Tadulteetlemajeur, c'est-Ji-dire pour 
ceux auxquels leur Age et leurs forces permettent de travail- 
ler. L'article 270 du Code p6nal exige quatre conditions : dtre 
1® sans aveu ; 2^ sans domicile ; 3^ sans moyens de subsistances ; 
4<* sans metier. Or, pour un mineur de 16 ans, pour un en- 



(1) Par exemple, en 1892 (rapport Guillot de 1894), il a 6t6 amen^ au d^pdt : 
233 enfants ^gar^s, 619 enfants assistes, 1012 enfants en bas &ge entr^s avec 
leurs mftres. 

(2) Voir les substantiels rapports de M. Passez, avocat au Gonseil d'l^tat, au 
Comity de Defense. 



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DEFENSE DES ENFANTS TRADUITS EN JUSTICE. 199 

fant, existe-t-il un vagabondage? Nous sommes deceux qui pen- 
sent qu'il ne saurait y avoir en principe de vagabondage pour 
I'enfant, par la raison trfes simple que Tenfant a pour domicile 
celui de ses parents et que c est k eux qu'il appartient de pour- 
voir k sa subsistance et de le surveiller. S'ils n'ont pas eux- 
mSmes de domicile, enquoi Tenfant en peut-il 6tre tenu comme 
responsable? Quant au metier, comment reprocher k un enfant 
de n'avoir ni Vkge, ni la force physique, ni les aptitudes pro- 
fessionnelles n^cessaires pour rexercer?Et puis avant 13 ans 
est-ce que les lois scolaires et celles qui r^glementent le travail 
n'interdisent pas le travail de Tenfant? D'ailleurs, de .13 k 
16 ans, c'est k peine si Tapprentissage est termini. — II faut 
done bien reconnaitre que Tenfant ne remplit aucune des 
quatre conditions exig^es par Tart. 270 du Code p6nal pour 6tre 
un vagabond. Nous sommes done autoris^ k dire que la quali- 
fication de vagabond n'a pas de sens k Tdgard du mineur de 
16 ans. L'enfant errant, sans domicile, TArabe des rues, 
selon rexpression anglaise,n'est en fait qu'un moralement aban- 
donn^. La soci6t6 n'a pas le droit de le punir de ce chef seul ; 
ce n'est pas un coupable, c'est un malheureux. Et la preuve, 
c'est qu'il n'y a pas de vagabond parmi les enfants de families 
riches. Quand les enfants pauvres vagabondent, couchent sous 
les ponts, dans les carri^res, s'endorment sous une porte co- 
ch^re, malgr^ le froid et la pluie, ce n'est pas assur^ment pour 
leur plaisir, c'est parce que la n^cessit^ et la mis^re ne leur 
laissent pas d'autre alternative. II faut done user vis-^-vis d eux 
non de p^nalitds, mais de moyens d'assistance. — Voulons- 
nous dire qu'il n y a pas d'enfants vicieux, pervers, capables 
de ddlits et m^me de crimes? En aucune faQon. 11 est clair que, 
aprfes un certain temps de cette existence nomade, de la fr6- 
quentation de mauvais sujets, de la misdre, mauvaise conseil- 
I^re, Tenfant a fait son apprentissage du vice. II fmit mSme par 
s'y complaire. L'6tat de nature, comprim6 par F^ducation et 
les liens qui nous unissent tous, pauvres ou riches, k la soci^t^, 
cet 6tat de nature reparait dans toute sa sauvagerie et avec 
toates ses consequences de rapine et de violence. Dfes lors, la 
society doit se d^fendre. Seule T^ducation correctionnelle 



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200 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

pourra — encore s'il n'est pas trop tard — r6former ces carac- 
t^res indompiables. Mais au d^but de sa vie nomade, si lors- 
qu'il u'^tait encore qu'un moralement abandonn^, la socidt^, 
suppliant h la d^faillance des parents, avail mis en oeuvre ses 
moyens d'assistance, I'dducation hospitali^re aurait, sans aucune 
difficult^ s6rieuse, — Texp^rience le prouve tons les jours, — 
de cette graine de mauvais siijet fait un excellent et docile 
apprenti. 

II y a done deux types bien distincts dans T Arabe des rues : 
Tun n'est encore qu*un malheureux digne de pili^, Tautre est 
devenu un 6tre redoutable par ses m^faits. Toule Thabilet^ 
du juge et de Tadministrateur sera de ne pas confondre Tun 
avec Tautre afm de leur appliquer un syst^me different. Mais 
avant que TAssistance publique de Paris n'eAt en 1881 organist 
son service des moralement abandonn^s et fait de la pratique 
avant toule thdorie, avant que la loi du 24 juillet 1889 n'edt 
officiellement introduit Tid^e de mansu^tude dans le traitement 
des d6lits de Tenfance, la soci6t6, faisant un bloc des malheu- 
reux et des coupables, les avait indistinctement et brutalement 
soumis au m6me regime, absolument comme avant Pinel on 
mettait h la chaine et en cabanon aussi bien les fous qui n'^taient 
que des malades, que des gens perdus de crimes. Nous allons 
voir quels singuliers proc6d6s avait imagines le « sage » l^gis- 
laleur. Les articles 269 et suivant du Code pdnal d6terminaient 
les 6l6ments du d^lit de vagabondage et fixaient ainsi la peine, 
pour Tadulte : la prison; pour le mineur de 16 ans — eh 
quoi ! des cnfants de 5, 6 ans? parfaitement ! — la surveil- 
lance de la haute police, — excusez du pen ! — jusqu*i Tftge 
de 20 ans. Depuis la loi du 27 mai 188S sur la relegation, 
la surveillance de la haute police a 6t6 remplacde par Tinter- 
diclion de s6jour, et comme le fait remarquer justement notre 
ami M. Guillot dans un dc ses rapports toujours si impr6gn6s 
de tendresse et de piti6 pour Tenfance, ces 6tranges pdnalit^s 
semblent s'adapter si mal & Tenfant, qu'on pent se deman- 
der si elles sont bien faites pour lui. Aussi, St Paris du moins, 
en vertu dune jurisprudence ing6nieuse qu'a consacr^e la Cour 
de cassation dans un important arr6t du 30 juin 1892, Tinter- 



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DEFENSE DES ENFANTS TRADUITS EN JUSTICE. 201 

nement du mineur, en vertu de Tarticle 66 du Code p^nal, est 
consid^r^ comme Equivalent k Tinterdiction de sEjour. Mais 
comme, malgrE tout, la loi n'est pas modifi^e, il est loisible h 
des tribunaux d'appliquer cette peine singulidre, dont le r^sul- 
tat est d*6Ioigner Tenfant du domicile de ses parents, de ceux 
que le Code civil et la nature lui donnent pour protecteurs pen- 
dant sa minority. Mais c'est pr^cisEment organiser le vaga- 
bondage officiel. Comment alors cet enfant — n'oublions pas 
qu'il n'y a pas de minimum d'Age — pourra-t-il vivre, livrE k 
lui-m6me et sans secours de personne ? c'est le condamner au 
vol et k la prostitution. On ne saurait rien imaginer de plus 
inintelligent et de plus barbare. 

II est done de toute Evidence que le Code pEnal doit 6tre 
rEformE sur ce point. Aussi, k TunanimitE, le ComitE a votE la 
proposition de M. Passez : « L'interdiction de sEjour est inap- 
plicable aux mineurs de 16 ans, traduits en justice pour vaga- 
bondage. » Remarquons toutefois que Timportant arrfet du 
20 juin 1842 citE plus haut, tout en ayant dans TespEce 616 un 
bienfait, n'en a pas moins consacrE la doctrine que le vaga- 
bondage du mineur de 16 ans est un dElit et qu'il doit 6tre 
poursuivi devant les tribunaux correctionnels. Cette doctrine 
a dautre part 616 adoptde par la majority du ComitE, malgrE 
les efforts de M. Guillot et les ndtres, sur les observations de 
M. Petit, conseiller k la Cour de cassation, qui a soutenu qu'il 
serait dangereux de declarer que le vagabondage n'est un dElit 
que suivant T&ge. Mais ce qui pent nous consoler, c'est que la 
question a surtout un caractfere thEorique et philosophique et 
que la qualification de d6lit appliqude au vagabondage, permet 
d utiliser Tarticle 66 du Code pEnal. En r6sum6, la situation du 
mineur de'16 ans qualifiEe de vagabondage est la suivante : 
s'il a agi avec discernement, il est condamn6 k Tinterdiction 
de sEjour avec faculty — si TautoritE militaire Taccepte — de 
s'engager Ji 18 ans; s'il est dEclarE avoir agi sans discerne- 
ment, application de Tarticle 66 et envoi en correction jusqu'i 
sa majority. 

Quel est done le remfede au vagabondage de Tenfant? II faut 
le rEpEler sans se lasser, c'est dans des mesures de tutelle et 



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aoa REVUE PHILANTHROPIQUE. 

d'assistance et non dans I'arsenal des p^nalitds qu'il faut le 
chercher, tant que Tenfant n'est pas perverti et qu'il n'est 
encore qirun moralement abandonn^. Mais lorsque du fait de 
ses mauvaises frdquentations, la corruption Ta gangren(^, il 
convient de Tenvoyer r^solument dans une maison d'^ducation 
correctionnelle pour un long temps, sauf, s'il s'est amende, Ji le 
faire b^n^ficier de la liberation conditionnelle. Quant a lui 
appliquer une courte peine, tout le monde est d'accord pour 
declarer que rien n'est plus funeste k Tenfanl; ce n'est pas 
un cb&timent qu'il faut lui infliger, c'est un redressement m^- 
thodique de ses habitudes vicieuses, et il ne pent s'obtenir que 
par les m^thodes longues et la discipline rigoureuse des mai- 
sons d'^ducation correctionnelle. 

Ce n'est point tout Ji fait ainsi que M. Passez, rapporteur de 
la question du vagabondage devantle Comity de defense, a envi- 
sage le probl^me. M. Passez reconnait bien que la plupart des 
petits vagabonds sont simplement des enfants non surveill6s 
ou que leurs parents ont expuls^s pour s'en d^barrasser ; nean- 
moins, ne poussant pas son raisonnement jusqu'au bout, il a 
propose auComite de s'inspirer des mesures de correction paler- 
nelle qui seraient appliquees d'office par les magistrals h 
Tenfant arrete pour vagabondage une premiere et une deuxieme 
fois. Apres la premiere arrestation, le president du tribunal 
civil enverrait Tenfant en correction pour un mois et pendant 
six mois apres la seconde arrestation. Ce ne serait qu'apres la 
seconde arrestation que le jeune vagabond pourrait 6tre con- 
damne h la prison ou envoye en vertu de Tarticle 66 en correc- 
tion jusqu'ii sa majorite. Ges propositions n'ont pas trouv6 
faveur aupres du Comite, ce qui nous dispense d'en faire res- 
sortir les inconvenients. Nous serous plus d'accord avec lui sur 
le principe d'une penalite St trouver contre les parents respon- 
sables de la mauvaise conduite de leur enfant. Mais nous ne le 
sommes plus du tout quant aux mesures qu'il propose; nous 
les croyons inapplicables et inefficaces. Ce serait ladmonition 
au moment de la premiere et de la seconde arrestation du mi- 
neur et h la troisieme on leur infligerait une amende. C'est le 
systeme usite en Angleterre. Mais TAngleterre n'est pas la 



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DEFENSE DES ENFANTS TRADUITS EN JUSTICE. 203 

France et nous mettons bien au d6fi de faire recouvrer Tamende 
sur la majority des parents par la raison p^remptoire que ce 
sont des indigents sans aucune ressaurce ou des gens sans feu 
ni lieu. Nous pensons que la pdnalitd doit plutdt 6tre cherch6e 
d'une part dans la privation des droits civiques et de Tautre 
dans Tapplication de Tarticle 2 de la loi du 24 juillet 1889 
qui permet de prononcer la d^ch^ance des droits paternels 
centre les parents dont les enfants ont 6t6 envoy^s en correc- 
tion. 

U est toutefois juste de reconnaltre que la responsabilit^ 
des parents est att^nu^e par les conditions m6mes du travail 
dans sa forme modeme, que souvent ce n'est pas leur faute s'ils 
iaissent leur enfant livr6 k lui-m6me, obliges qu'ils sont d'aller 
travailler au loin et de ne rentrer qu'i la nuit. D'autres causes 
sociales p^sent encore sur Touvrier et sont, sans qu'il y ait de 
sa faute, des ^l^ments actifs de demoralisation de la famille; 
au premier rang, il faut placer le logement dont Texiguit^ 
favorise la promiscuity. La r^forme du logement est capitale 
entre loutes; comme Ta 6crit M. Georges Picot, le probl^me du 
logement est le noeud de la question sociale, et Jules Simon a 
proelam^ avec raison « qu'U faut sauver la society par la morale, 
la morale par la famille, et la famille par le logement ». A ceux 
qui ont lu, dans cette Revue m^me, Tadmirable article de 
M. Siegfried sur les habitations k bon march^, il n'y a plus 
rien k apprendre sur ce sujet. On voit comme tout se tient, 
s'enchatne, se r6per<;ute dans les questions sociales, puisquepour 
chercher le rem^e au vagabondage de Fenfant, on est amen^ 
i tenir compte d'une foule d'6l6ments au premier abord stran- 
gers k la question, comme par exemple des conditions du tra- 
vail en atelier dans les usines, les grands magasins, de la 
question des garnis, de rexiguitd des logements d'ouvriers, etc. 

Nous conclurons avec M. Guillot que la vraie solution de 
TamSlioration de Tenfant doit 6tre recherchSe « dans la recon- 
stitutionde la famille, dans un sentiment plus vif dela solidarity 
sociale se dSveloppant chaquejouriFhonneur de notre sifecle »• 
M. Guillot remet enfin k la lumifere un article en eflfet bien 
oubliS du Code p6nal, c'est Tarticle 273, qui n'a jamais 6t6 



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204 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

appliqu^. 11 n'est pas en effet bien applicable, mais il n'en est 
pas moins fort curieux. Aux termes de cet article 273, le 
vagabond peut, m^me aprds le jugement, 6tre Iih6r6 de sa peine 
et des mesures de surveillance qui en sont la consequence, si le 
conseil municipal de sa commune prend une deliberation pour 
le redamer ou si un citoyen solvable se prdsente pour le r6cla- 
mer. — Pour utopique que soit cet article, surtout dans un 
Code penal, il n'en etait pas moins interessant h rappeler, « car 
il contient en germe le devoir communal, le patronage ct le 
concours de Tinitiative privee » en faveur des vagabonds. 

II serait trop long d'entrer dans les debats qui ont occupe 
plusieurs seances du Comite, nous nous bornerons h donner le 
texte resume des vceux soumisau Comite par M.Passez, rappor- 
teur et qui onl ete adoptes dans leur principe : 1® Seront consi- 
deres comme vagabonds les mineurs de 16ans, qui, ayant, sans 
cause legitime, quitte le domicile legal de leurs parents ou leurs 
lieux de placement, ont ete trouves soit errants, soit logeant 
en garni, soit sans profession reguliere, soit tirant leurs res- 
sources de la debauche oude metiers prohibes. 2*> Les jugements 
declarant les mineurs de 16 ans en etat de vagabondage seront 
transcrits sur un registre special; il n'en sera fait mention que 
sur les extraits du easier delivr6s k Tautorite judiciaire. 3® Les 
vagabonds, mineurs de 16 ans, ne pourront etre condamnes h 
la prison; ils seront places jusqu'^ leur majorite dans desecoles 
de preservation, relevant de Tadministration penitentiaire, mais 
pourvus d'un personnel special ct soumis k la surveillance 
prescrite par Tarlicle 8 de la loi du 8 ao6t 1880. 4® Les mineurs 
qui s'evaderont ou seront insubordonnes pourront etre in- 
ternes dans une maison de correction ; ceux dont la conduite 
sera bonne pourront 6tre mis en liberte provisoire et confies i 
des societes de patronage ou rendus k leurs parents. 5^ S'il est 
constate que la faute de Tenfant est imputable aux parents, 
le tribunal, sans prejudice de Tapplication de la loi de 1889, 
leur infligera une amende de i& ki 000 francs et prononcera 
contre eux Tintcrdiction des droits civiques. lis devront, en 
outre, participer aux frais de Teducation dans la maison de 
preservation ou de correction. 6^ Les mSmes dispositions sont 



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DEFENSE DES ENFANTS TRADUITS EN JUSTICE. 205 

applicables aux mineurs de 16 ans convaincus de mendicity. 
Enfin, le Comity, pour indiquer combien il approuvait la 
sagesse de la disposition finale de Tarticle 271 du Code p^nal, a 
vot^ la resolution suivante : « L'internement dans la maison 
de preservation et de correction cessera pour les pupilles rem- 
plissant les conditions exig^es par les lois et r^glements mili- 
taires, qui conlracteront un engagement r^gulier dans les 
armies de terre ou de mer. » Le Comity s'associait ainsi 4 Tuna- 
nimite aux conclusions du rapport de M. le conseiller Felix 
Voisin sur Tengagement militaire du jeune vagabond {Bulletin 
de la Society g^irale des prisons, mai 1893, page 600) et du 
rapport au Comite de M. Albert Rivifere. On ne pent qu'fitre 
convaincu, avec cet homme d'un si grand cceur, quele meilleur 
moyen et le plus efficace de reformer un grand nombre de 
natures indisciplinees, c'est de les incorporer dans Tarmee, oil 
ils sontbien obliges d'y prendre des habitudes d'ordre, der^gu- 
larite et de discipline. Nous ajouterons m^me que si, dans la 
vie civile, telles tendances de caractfere comme Texuberance, 
renergie sans emploi y sont des defauts qui conduisent h, des 
delits, au contraire, sous Taction de la discipline, elles se 
transforment facilement en de pr^cieuses qualites dans la vie 
militaire. L'engagement dans la marine — surtout celle de TEtat 
— a particuli^rement donnd les r^sultats les plus satisfaisants. 
Ainsi qu'en temoigne M. Rivifere, « Tenfant, k bord des bdti- 
ments, est suivi de trfes prfes par ses chefs; il vit avec eux, il 
sent leur attention fix^e constamment sur lui ; de \k ces habi- 
tudes de proprete, de bonne tenue que nous admirons dans 
notre arm^e navale. Les chefs, de leur c6te, ont Tesprit remar- 
quablement ouvert aux questions d'ordre social; leur discipline 
est paternelle autant que ferme. L'enfant subit cette superiorit6 
morale, sans s'en rendre compte, il obeitsans eflFort et acquiert 
rapidement Tesprit militaire. » Tout cela est fort juste. Mais il 
ne suffit pas d'inscrire dans une loi une prescription en faveur 
de Tengagement; le legislateur avait oublie dans Tarticle 271 
que Tautorite militaire est seule juge de Topportunite d'auto- 
riserles engagements. C'est ainsi que le ddcret du 19 Janvier 18H , 
qui specifiail que les enfants des hospices seraient incorpores 



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206 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

dans les armies de terre et de mer, est demcur^ de tout temps 
lettre morte. La marine notamment a toujours refus6d'accepter 
comme mousses ou pilotins les enfants assist^s qu'on lui pro- 
pose, k cause du privilege que tr^s l^gitimement elle reserve 
aux enfants des inscrits maritimes. A plus forte raison, Tarm^e 
et la marine n'accueillent pas volon tiers les mineurs sortant des 
maisons correctionnelles. Elles ob^issent en cela h des preoc- 
cupations que des civils ne peuvent tout d'abord comprendre. Et 
il faut bien le reconnaitre, quelle que soit notre soUicitude pour 
tout ce qui concerne la rehabilitation, le relfevement et le patro- 
nage, il est une question plus haute et d'une importance sup6- 
rieure pour le pays. C'est de n'affaiblir en rien cet esprit mili- 
taire qui, avec son code special d'honneur, de sacrifice et de 
patriotisme, est la force morale de Tarm^e. II ne faut pas ris- 
quer pour des experiences gen^reuses de froisser par le contact 
d'elements impurs les jeunes soldatset peut-^tre de leur appor- 
ter la corruption ; surtout k une epoque ou le service est obli- 
gatoire pour tons, cette susceptibilite legitime en soi est plus 
eveillee. II a done fallu k M. Felix Voisin une prudence con- 
sommee, depuis qull a fonde cette admirable societe de pro- 
tection des engages volontaires el eves sous la tutelle adminis- 
trative (1), pour surmonter les difficultes de cette nature et 

(1) Objet de la SocUU, 

Article premier. — Une Soci^t^ est form^e dans le but d'encourager les enga^ 
gements volontaires des jeunes gens ^lev^s . 

1° Dans les maisons d'^ducation correctionnelle', publiques ou privies ; 

2" Sous la tutelle de I'Assistance publique en quality : soit d'enfants assist^s, 
soit d'enfants moralement abandonn^s qui, ayant atteint I'dge de Tengagement 
pour les armies de terre (18 ans) et de mer (16 ans), se seront montr^s dlgnes 
d'aide et de protection par leur bonne conduite, leur assiduity au travail et leur 
progrfes i r6cole. 

L'action protectrice de la Soci6t6, i regard de ces jeunes gens, s'exercera 
pendant la dur6e de leur s6jour au corps, dans les conditions et les limites d^ 
termin6es par Tautorit^ militaire. ainsi que par Tautorit^ maritime; elle les 
accompagnera 6galement au moment de leur rentr^e dans la vie civile. 

Article 2. — La sollicitude de la Soci6t6 pourra aussi s'^tendre aux jeunes 
gens qui, frapp^s d'une condamnation, auront 6t6 appel^s au service militaire 
par la loi du recrutement, si, pendant leur detention, ils ont t6moign6 d'un veri- 
table repentir et donn6 des gages certains de leur retour li des sentiments hon- 
ndtes. 

(Par suite d'une decision de M. le Ministre de la Marine, les engagements ne 
sont plus re^us, dans les Equipages de la flotte, qu'& 18 ans.) 



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DEFENSE DES ENFANTS TRADUITS EN JUSTICE. 207 

obtenir les autorisations d'engagement. Par les consolants et 
probants r^sultats dont t^moignent les comptes rend us annuels 
de cette belle oeuvre, ila pu ddmontrer par le faitaux autorit^s 
militaires que leurs repugnances centre Fintroduction dans 
Fannie d'^I^ments que certains consid^raient comme dange- 
reux n'^iaient pas fonddes. Mais il est vrai que M. Voisin ne* 
propose et ne patronne que I'engagement de natures r6for- 
mables et qu'il procMe h des selections judicieuses. C'est dans 
cet esprit de sagesse et de discernement que devra toujours 
^tre maintenue la direction de cette grande oeuvre de relfe- 
vement. 

II ne nous reste, pour terminer cette question des deiits de 
Tenfance, qn'k indiquer les moyens proposes par le Gomite pour 
reprimer dans la mesure du possible la prostitution des mineurs 
de 16 ans. II ne faut pas oublier, ainsi que Fa ^crit M. d'Haus- 
sonville^ dans sa belle etude de Fenfance k Paris, que « la 
prostitution, k ses debuts, n'est pour les mineures qu une des 
formes et une des consequences du vagabondage ». — Plu- 
sieurs rapports sur ce sujet ont ete presentes au Comite par 
MM. RoUet, avocat, M. Bregeault, substitut du procureur general 
et Ferdinand Dreyfus, membre du conseil superieur des pri- 
sons. II y faut ajouter un travail tr^s interessant de M. Marc 
Reville {la Prostitution des mineurs selon la loipinale, a propos 
du Congres penitentiaire de 1895). 

Si la situation des jeunes garQons qui, par suite de la negli- 
gence de leurs parents, mfenentune vie errante est digne d'inte- 
ret, combien plus lamentable et digne de pitie celle de ces 
infortunees petites fiUes qui, livrees k elles-mdmes sur le pave 
de Paris, deviennent le jouet de vauriens de tout 4ge, en atten- 
dant que la debauche, la misfere, quelque lugubre maladie les 
envoie k Fh6pital! Comment peut-on les empecher de tomber 
dans cet abime?par quels moyens peut-on reprimer la prosti- 
tution de ces malheureuses? 

Et tont d'abord nous nous demandons, comme pour le jeune 
vagabond, pourquoi la loi a fait un delit de la prostitution de 
ces enfants? Nous voyons en elles des victimes, nous refusons 
de les considerer comme delinquantes. Les deiinquants ce sent 



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208 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

ceux qui en abusent, vieux ou jeunes, ce sont ceux qui tra- 
fiquent de leur d^bauche, ce sont les souteneurs, les logeurs en 
garnis, les d^bitants qui favorisent et facilitent la prostitution 
en leur foumissant les moyens de s'y livrer. 

La discussion devant le Comity de defense de cette triste 
question de la prostitution des mineures avait 6t6 6clair6e par 
destravaux nombreux.Le Congr^s p^nitentiaire delSOSTavait 
d^ji trait 6e et avait adopts des voeux proposes parMM.le comte 
d'Haussonville, Yves Guyot, B^renger, etc. Le Comity avait en 
outre sous les yeux le projet d^pos^ au S6nat par un de ses 
membres les plus considerables, M. B^renger, et qui adopts 
par cette assembl^e ^tait soumis au Corps l^gislatif. Enlin, il 
connaissait les r^sultats d6]k obtenus par M. Adolphe Guillot 
en faveur de ces malheureuses, par son entente avec la prefec- 
ture de police et le parquet et qui permettaient d'envoyer les 
mineures arr6t6es pour prostitution d'abord k Tinstruction ju- 
diciaire, puis soit en correction, soit dans une des rares oeuvres 
de sauvetage qui consentent k les recueillir. 

La premifere conclusion du tr^s remarquable et trfes sub- 
stantiel rapport de M. Ferdinand Dreyfus avait pour but de 
relier les vceux du Comit6 au projet plus etendu depose au 
S^nat par M. B^renger. A 1 'unanimity, le Comity a done declare 
qu'il donnait son enti^re approbation aux intentions g^ne- 
reuses qui out inspire la proposition vot^e par le Sdnat en 
juin 1893 sur le rapport de M. Berenger et qu'il approuvait 
notamment les dispositions relatives : 1<> ft la repression des 
faits commis par ceux qui ont soutenu, aide ou assiste la pro- 
stitution d'autrui sur la voie publique; 2*» aux penalites encou- 
rues par les cabaretiers qui fournissent aux femmes le moycn 
de se livrer a la prostitution; 3<> k la repression de Tembau- 
chage par violence ou par fraude en vue de la prostitution. 

Un second point fut egalement admis sans difficulte : 
Textension ft 18 ans de la majorite penale, ainsi que Tavait 
admis le Senat. 

Mais un point en apparence purement psychologique et qui 
ressemble ft une question d'ecole a ete Tobjet de grandes dis- 
cussions. Doit-on assimiler la prostitution au vagabondage? De 



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DEFENSE DES ENFANTS TRADUITS EN JUSTICE. 809 

graves consequences pratiques d^coulent de la solution doim^ 
k cette question. L'article 2 du projet votd par le S^nat est 
ainsi con<^u : 

« Tout mineur de Tun ou Tautre sexe, &g€ de moins 4e 
18 ans, saisi en ^tat habituel de prostitution sera conduit, apr^ 
instruction ou enqu6te, devant le tribunal correctionnel, sta- 
tuant en chambre du conseil, qui ordonnera, suivant les cir- 
constances, sa remise k ses parents, son envoi jusqu'& sa ving- 
ti^me ann^e dans les conditions pr^vues par la loi du 5 aoAt 
1850, dans tel ^tablissement de correction, d'^ducation ou de 
r^forme ou telle famille honorable qu'il d^signera, ou sa remise 
k I'Assistance publique dans les termes de la loi du 24 juillet 
1889. » 

En ce qui nous conceme, nous dirons tout de suite que nous 
trouvons cette proposition parfaite. Elle r6sout le problfeme en 
lui donnant un caract^re hospitalier, en en faisant une ques- 
tion d* assistance. Mais le Comity n'a pas ^l^ de cet avis et sur 
les observations de M. Guillot il a pr6f6r6 se placer sur le ter- 
rain judiciaire, ce qui permettait d'adapter les regies des codes 
p^nal et d'instruction criminelle k TappHcation des mesures de 
sauvegarde de la mineure. Le Comity a done vote que : « la 
prostitution, mfeme non habituel] e — le texte du S^nat avait au 
contraire vis6 la prostitution habituelle — des mineurs des 
deux seres de 18 ans est assimil^e au vagabondage. Toutefois 
et vu I'utilite d'appliquer au fait de la prostitution des mi- 
neures une procedure sp^ciale, le Comity ^met le va5u que les 
tribunaux statuent k huis clos, le defendeur entendu, et qu'ils 
ordonnent, suivant que les int^rfits de I'enfant Texigeront, ou 
qu'il sera remis k ses parents pr6sentant des garanties suffi- 
santes de morality, ou qu'il sera, pendant tel nombre d'ann^es 
que le tribunal appr^ciera et qui ne pourra toutefois d^passer 
la majority, confix k T^tat, represents par Tadministration 
p^nitentiaire, pour 6tre place dans les maisons d'education cor- 
rectionnelle organisees k cet effet. Les dispositions de la loi du 
5 aoAt 1850 seront applicables k cette mesure comme en ma- 
tifere d'envoi en correction. 

Les parents declares responsables de n'avoir pas surveilie 

■KTCI PHILAIfTHfiOFIQUI. — II. 14 



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210 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

leur enfant seront tenus, en tout ou en partie, des frais de 
garde et d'^ducation des mineurs. » 

Nous le rfip^tons, nous d^plorons ce vote qui 6carte, con- 
trairement aux tendances ordinaires du Comity, la solution hos- 
pitali^re du projet de M. B^renger. 

Mais sur un autre point trds important, le Comity a pris une 
resolution pratique qui a permis imm^diatement d'atteindre et 
de r^primer les exploiteurs de la prostitution. 

D^ji, sur le rapport de M. Passez, le Comity avait votd un 
vceu tendant k frapper d'un mois k un an de prison et d'une 
amende les logeurs et cabaretiers donnant asile k des mineurs 
pour se livrer k la d^bauche. A la premiere infraction, le tri- 
bunal pourrait fermer T^tablissement ; k la r^cidive la fermc- 
ture etait obligatoire. S'inspirant de la m6me pens^e, une des 
propositions de M. Guillot ^tait ainsi formulae : « Le Comity 
estime que la prostitution des mineurs de 16 ans rencontre- 
rait plus d'obstacles, si les inspecteurs qui arrfitent les jeuncs 
filles se livrant au racolage Staient tenus de verbaliser contre 
les logeurs, de pr^ciser les circonstances de la contravention et 
de noter dans leurs rapports les indications diverses pouvant 
servir de base k une instruction judiciaire pour excitation k la 
debauche ou d^toumement de mineures. » Appuy^e par M. B^- 
renger, par M. Ferdinand Dreyfus, par M. Finspecteur g6n6ral 
Puibaraud, par M. Bregeault, cette proposition fut vot6c. Son 
importance est dvidente. Jusqu'ici la Justice n'avait aucun 
moyen juridique d'atteindre les logeurs. Le syst^me indiqud et 
qui ne demandait aucune mesure legislative, mais simplement 
un acquiescement de la Prefecture de police, permettait au 
contraire aux tribunaux correctionnels d'appliquer aux logeurs 
Tarticie 334 du Code penal. Le vote du Comite a ete aussitdt 
entendu par M. le prefet de police, et ce magistrat a donne des 
ordres immediats pour qu'^ Tavenir le bureau des mo^urs 
adress&t au procureur de la republique les proc^s-verbaux 
dresses pour infraction aux ordonnances du 6 novembre 1778 
et 8 novembre 1780, destines jusque-lli au tribunal de simple 
police. La circulaire prefectorale terminait ainsi : « A cette occa- 
sion, il conviendra de faire autant que possible mentionner par 



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DEFENSE DES ENFANTS TRADUITS EN JUSTICE. 211 

les commissaires de police, dans leurs procfes-verbauXy I'^tat 
civil des fiUes do d^baucho roQues chez les contrevenants aux- 
dites ordonnances, afin que ceux-ci n'^chappent pas, le cas 
teh^ant, aux p^nalit^s pr^vues par I'article 334 du Code p^nal. 

<( Je profile de cette circonstance pour rappeler que nous 
devonSy au point de vue sp<Jcial qui nous occupe, faire tout ce 
qui est en notre pouvoir pour prot^ger les enfants mineurs en 
atteignant par tons les moyens possibles les individus vis^s par 
rarlicle334. » 

Cette d^pdche de M. le pr6fet Lupine, inspir^e par M. le 
chef de division Honnorat, leur fait le plus grand honneur et la 
prefecture de police, en donnant simplement un ordre au 
bureau des moeurs, k rendu k la cause de Tenfance un service 
signals dont il faut leur avoir la plus grande reconnaissance. 

Un pareil r^sultat, si considiJrable dans ses consequences, 
est un des principaux obtenus par Taction du Comit6 de de- 
fense. II montre que la cooperation, dans une m6me assembiee, 
des bons vouloirs de collogues appartenant au barreau, k la 
magistrature, k Fadministration, aux assemblies eiectives 
permet la solution facile et pratique de problfemes douloureux 
qui sans ce travail en commun, poursuivi avec un egal d^voA- 
ment aux interftts de Tenfance, risquerait de demeurer indefi- 
niment sans realisation. 

La mesure de M. le prefet de police devait causer un grand 
emoi parmi certains logeurs et dans leur clientele, et pen 
de temps aprfes M. Tavocat general Bregeault annouQait joyeu- 
sement au Comite que le tribunal etait dej^ saisi de poursuites 
contre certains logeurs. Desormais c'est k la vigilance du par- 
quet, des juges d'instruction et du tribunal que dans le depar- 
tement de la* Seine il appartiendra de tirer de cette nouvelle 
jurisprudence, les consequences utiles. La prefecture de police, 
sar rinitiative du Comite de defense, a foumi Tarme la plus 
efficace pour atteindre les exploiteurs de la debauche des 
mineures. 

C'est k la Justice k agir sans s'arreter aux doleances d'une 
corporation plus puissante qu'on ne croit. Toutefois il ne 
s'agit ici que du ressort de la prefecture de police. Les Comites 



I 



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212 REVUE PIIILANTHROPIQUE. 

de defense institu^s dans les grandes villes de France oii, 
sans 6tre aussi aiga et aussi ^tendu, le mal est de m6me na- 
ture, devront k leur tour agir aupr^s des autorit^s adminis- 
tratives comp^tentes pour obtenir les m6mes r<Jsultats. 

Quelques mesures compl^mentaires ont 6t6 recommand<Jes 
par le Comity, commc la creation d'^tablissements sanitaires 
sp^ciauxy d'un caractfere moralisateur pour les prostitutes mi- 
neures de 16 ans, Torganisation, pendant la prevention, d'un 
quartier cellulaire distinct, afin de preserver les autres enfants 
de la contagion morale, etc. 

Telles sont les mesures r^clam^es par le Comity, dont 
quelques-unes sont ddjft r6alis6es, dont d'autres le seront cer- 
tainement. Mais pour grande que doive 6tre notre satisfaction, 
nous ne sommes pas assez naif pour penser que la plaie de la 
prostitution enfantine en puisse 6tre s^rieusement cicatris^e. 
La prostitution enfantine est une maladie sociale qui derive 
de causes trop multiples et trop enracin<Jes pour qu'on puisse 
esp6rer la gu^rir. C'est d6ji beaucoup de pouvoir Tendiguer, de 
larendre plus bdnigne, d'en att^nuer les consequences. Les vrais 
palliatifs ^y apporter consisteraient, suivant nous, dans la large 
application de mesures d'assistance, dans Tutilisation s^rieuse 
de la loi de 1889 qui permettrait de placer ces malheureuses 
non surveill6es par leurs parents, ou exploit6es et debauchees 
par eux, sous la tutelle des services hospitallers et de les faire 
eiever ensuite dans des etablissements speciaux oil serait re- 
faite leur education morale. Le tout est de les recueillir au 
debut, car lorsque les enfants ont mene un certain temps ceU© 
vie de vagabondage et de debauches, la pourriture est coii\* 
pl^te et le mal est irremediable. 

Nous preconiserions aussi toutes les mesures de nature k 
fortifier le lien familial, & arr6ter le developpement de la littd- 
rature et des excitations pornographiques, que dis-je? i recon- 
stituer la morale sur des bases solides et fixes. Mais k soutenir 
ces opinions, on passe pour un esprit fort arriere, k tendances 
reactionnaires, *que sais-je mfime? clerical, fAt-on juif, libre pen- 
seur ou bouddhiste. Ce qui serait pis, — car de ces accusations 
on pourrait prendre gaiement son parti, — c'est qu'on parlerait 



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DEFENSE DES ENFANTS TRADUITS EN JUSTICE. 213 



dans le desert. Et puis, on serait traits de vieille baderne. Et 
aprfes tout, il est possible qu'on n'eAt pas tort. 

Dans un article suivant, nous exposerons les travaux du 
Comity en ce qui touche la detention par voie de correction 
patemelle, puis en ce qui regarde Tapplication de la loi du 
24 juillet 1889 relative k la protection des enfants maltrait^s 
et moralement abandonn^s, enfin nous ferons connaltre une 
proposition fort int^ressante de M. Paul Nourrisson sur Tattri- 
bution aux soci6t6s de bienfaisance, reconnues, du droit de 
citation directe contre les auteurs d'actes de violence ou dlm- 
moralitd contre I'enfance. 

LOYS BRUEYRE. 



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LES SOURDS-MUETS ET L'ASSISTANCE 

HISTORIQUE DE L'ENSEIGNEMENT DES SOURDS-MUETS 
PAR LA PAROLE 



Toute infortune imm^rit^e a le don de nous ^mouvoir; mais 
il semble qu'une piti6 plus vive nous monte au coeur quand le 
malheur frappe des enfants. C'est pourquoi ToBuvre de Tas- 
sistanee, belle entre toutes^ revfit un caract^re plus touchant 
encore^ quand elle se donne pour mission, en r^parant les er- 
reurs et les injustices de la nature, de soulager les mis^res phy- 
siques et morales des jeunes aveugles et des sourds-muets. 

Plus que les autres enfants, puisqu'ils en out plus besoin, 
ces d6sh6rit6s ont droit k Tinstruction et k T^ducation. 

L'instruction des sourds-muets est une obligation pourT^tat, 
« une dette nationale », suivant T^nergique expression de Roger 
Ducos k la Convention. Les assemblies de la Revolution, ren- 
dons-leur cette justice, comprirent de suite qu'il y avait dans 
Tabandon oti vivaient les sourds-muets, sous Tancien regime, 
comme un crime de l^se-humanit6. 

Une deputation de TAssemblee constituante vint trouver 
Tabbe de L'fip^e k son lit de mort ; et comme il paraissait craindre 
pour Favenir de son oeuvre : « Mourez en paix, lui dit Cham- 
pion de Cice, archevfique de Bordeaux, la Patrie adopte vos en- 
fants. » Les reprdsentants de la nation ont tenu cet engage- 
ment. 

Les 21 et 26 juillet 1791, les Constituants d6clarferent « que 
le nom de Tabbe de L'^p^e serait place au rang des citoyens qui 
ont le mieux m^rite de I'humanite et de la Patrie » et decr6- 



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LES SOURDS-MUETS ET L'ASSISTANGE. 215 

tdrent que son humble ^cole de la rue Desmoulins serait trans- 
form6e en Institution nationale. 

Le 28 juin 1793, les conventionnels adopt^rent les sourds- 
muets comme enfants de la France. « Tons les enfants appar- 
tiennent Jila Patrie ». s'^crie Roger Ducos, et, pour leur assu- 
rer « rinstruction qu'ils ont droit d'exiger », on ordonne la 
creation de six dcoles nalionales. 

Le Comitd de secours de la grande Assembl^e r^volution- 
naire proclamait, par la voix de Roger Ducos : « La R^publique 
ne pent tol^rer que des enfants qui ont besoin d'une instruction 
extraordinaire pour surmonter le tort que la nature leur a fait, 
en soient priv^s... » et le rapporteur demandait que les pferes, 
m^res, tuteurs, et tons les citoyens ayant des sourds-muets h 
leur charge, fussent tenus de les confier h Tinstruction que la 
R^publique leur oflFrait. 

Si les projets de la Convention ne se sont point r6alis6s, — 
si la France ne poss^de encore que trois ^coles nationales pour 
les sourds-muets, alors que TAUemagne en a 33 et les £tats- 
Unis prfes de 60, — si la loi sur Tenseignement obligatoire ne 
leur est pas rigoureusement appliqu^e, comme en Danemark, 
par exemple, nous avonsdu moins la satisfaction de penser que 
la tr^s grande majority des d^sh^rit^sde Touie trouve asiledans 
les 70 ^coles, tant publiques que privies, qui sont r^parties sur 
notre territoire, et que le sourd-muet sans instruction est au- 
jourd'hui non plus la rfegle, mais I'exception. 

Le progrfes ne s'est pas bom6 k Taugmentation du nombre 
des 6coles, il s'est manifesto par Tam^lioralion des m^thodes 
d'enseignement, 

Le sourd n'est plus fatalement condamn^ aux horreurs du 
surdimutisme, et il est maintenant pour Tinstruire un autre 
moyen que la t^l^graphie myst^rieuse et pittoresque du Ian- 
gage des signes mimiques; cet autre moyen, c'est la parole. 
D^sormais la soci^t^ se fait un devoir d'^lever le sourd-muet 
jusqu'i elle, en r^tablissant les communications dont la nature 
Tavait priv6. Dans presque toutes les dcoles de France, d'Alle- 
magne, d'ltalie, etc., [les sourds-muets sont instruits par la 
parole. 



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216 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

lis apprennent h articuler les 30 sons de notre langue ; ils 
disent des mots, des phrases; ils parlent. Ils sont capables k la 
sortie de T^cole d'exprimer leurs besoins, leursdfoirs, leurs ju- 
gements. La parole du sourd, il est vrai, n'est en g^ndral ni 
agr^able, ni harmonieuse ; mais elle est intelligible. Que peut- 
on demander de plus k des 6tres priv^s d'audition? 

Et ce n'est pas tout, ils comprennent ce que vous ou moi 
pourrions 6tre tenths deleur dire; ils saisissent nos paroles aux 
mouvements par lesquels Tarticulation des mots se trahit sur 
notre visage, ils 6coutent, que dis-je? ils entendent avec leurs 
yeux; ils voient notre parole aux mouvements de nos organes, 
commc nous Tentendons aux vibrations de Fair; ils lisent sur 
leslevres, suivant Texpression consacr^e. L'oeil suppl^e Toreille; 
la vue remplace Touie. La patience et le travail ont triomph6 de 
la nature, en errant a leur profit Tart subtil de la lecture sur 
les Ifevres. 

Voil& plus de cent ans que toutes les ^coles d'AUemagne 
instruisent leurs ^Ifeves par la parole. Chez nous, au contraire, 
cette m^thode d'enseignement n'a d^finitivement conquis son 
droit de citd que depuis une vingtaine d'anndes. Si Tadhdsion 
de la France k la mdthode ovale a dt6 tardive, du moins a-t-elle 
dtd f^conde; et Tlnstitution nationale de Paris, en ces demi^res 
anndes, a puissamment contribud, par son exemple et par ses 
publications, k la rdpandre k travers le monde. 

Toutefois, avant d'Mre accept6e par tons, cette m^thode a 
dA soutenir bien des luttes, surmonter bien des obstacles, et il 
n'est que juste de rendre un hommage mdritd k ceux qui, par 
leurs efforts et leur d6vouement, ont prdpard son triomphe. 
C'est ceque nous nous proposons de faire, enesquissant bri^ve- 
ment Thistorique de Tenseignement de la parole en France el 
plus particuli^rement k Tlnstitution nationale des sourds-muets 
de Paris. 

♦ 

Labbi de VEpie. — Je professe pour le caractfere et Toeuvre 
du plus populaire des instituteurs de sourds-muets une admi- 
ration sans homes; sa renomm^e, entourde du respect universal, 



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LES SOURDS-MUETS ET L'ASSIS.TANCE. %a 

va grandissant h travers les Ages ; son nom rcstera glorieux, 
aim^et v^n^r6 tant qu'il y aura des sourds-muets et des hommes 
de coBur pour les instruire ; mais, il faut le dire, puisque c'est la 
y6nt6, le fondateur de T^cole frangaise fut Tadversaire de la 
m^thode orale. Uniquement pr6occup6 d'instruire le plus grand 
nombre de sourds-muets possible, et de les ramener k Dieu en 
les initiant aux v^rit^s religieuses, il crut y parvenir par la voie 
des signes m^thodiques, si bien qu'il linit par m6connaitre 
Tutilit^ et jusqu'Jt la possibility de I'enseignement oral. D^s 
cette ^poque pourtant, P6reire en France et Heinicke en AUe- 
magne, sans parler de leurs pr^d^cesseurs (1), faisaient parler 
des sourds-muets. 

Cette erreur dubon abb^ devait retarder d'un sifecle Tavfene- 
ment de la m^thode orale en France. Ceci soitdit sans rien re- 
tirer de la gloire incomparable de Thomme, de Tinstituteur, de 
Tapdtre qui.seul peut se flatter d'avoir ouvert pour les sourds- 
muets r^re de la redemption. Dans I'abb^ de L'^p(§e en effet, il 
faut voir Tapdtre glorieux, le promoteur du mouvement d'hu- 
manite qui a fait surgir de terre des institutions dans tons les 
pays; le cr6ateur hors pair, Thomme de cceur et de sacrifice. 
Sam^thode est d6fectueuse .sur bien des points? Qu'importe! 
llrestera ^ternellement le modMe des instituteurs, si, suivant 
le conseil de de G^rando, ces instituteurs cherchcnt h imiter, 
non ses proc6dfe d'enseignement, mais ses grandes vertus. Et 
voilJi pourquoi Toeuvre de \enr pire spirituel, comme ils se plai- 
sent k Tappeler, marque le point de depart d'une ^re nouvelle 
dans Tenseignement des sourds-muets. 

Chez son ^l^ve et successeur Tabb^ Sicard, la defiance que 
Tabbe de L'Ep^e ^prouvait pour rcoseignement oral se transfor- 
mait en un veritable d^dain. « Donnez-moi des hommes de 
peine, avait-il coutume de dire, et je ferai parler tons mes 
sourds-muets. » Les hommes de peine firent toujours d^faut 
sans doute, car sous sa direction la parole ne fut point en- 
seign^e. 

D' Jiard. — Le c6l6bre D' Itard, m^decin de Tlnstitution de 

(1) Bonet, en Espagne; Amman, en Hollande, etc. 



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218 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

Paris, fut, pendant le premier quart de ce sitele, Tunique soutien 
de Tenseignement oral dans cette ^cole ; encore ne r6clamait-il 
la parole que pour quelques privil^gi6s. II travailla trente ans 
pour faire introduire dans T^tablissement de la rue Saint- 
Jacques la culture de Taudif ion chez les demi-sourds. 

Aprfes avoir adress^ k TAcaddmie de mddecine des rapports 
qui de nos jours encore font autorit6 en la mati^re, Itard obtint 
enfin gain de cause. Unc classe fut crd6e, rue Saint-Jacques, 
pour cultiver la parole et Taudition chez les 6l^ves les mieux 
dou^s. Le D*" Itard ne fut pas seulement le grand m6decin au- 
riste que tout Ic monde connait; dans ses dcrils il se r^vfeie 
instituteur de premier ordre. Voulant assurer Tavenir de son 
oeuvre, il laissa par testament 8 000 francs de rente h T^cole des 
sourds-muets, pour cr^er une classe de perfectionnement oil 
Tenseignement devait 6tre donnd uniquement j[)ar la parole et 
Tdcriture, Ji Fexclusion des signes mimiques (1837). Cette classe 
porte toujours le nom de Cours Hard. 

D^sir^ Ordinaire. — Mais celui qui ale plus fait dans le cours 
de ce sifecle pour introduire la m6thode orale en France est sans 
contredit D6sir^ Ordinaire, ancien recteur de TAcad^mie de 
Strasbourg et directeur de T^tablissement de la rue Saint- 
Jacques de 1831 h 1838. 

En visitant les ^coles d'Allemagne, il avail acquis cette con- 
viction qu'on pouvait et que par consequent on devait faire 
parler les jeunes sourds-muets. Aussi, lorsque, en 1836, h la 
suite du d^cfes d'un professeur on manque de maltre pour faire 
la classe de premiere ann6e, le vieil universitaire revendique 
pour lui-m6me, ft Fftge de soixante-trois ans, le p6rilleux 
honneur d'enseigner la parole et la lecture sur les Ifevres aux 
derniers venus de ses petits sourds-muets. Et ce ne fut point 
un spectacle banal que celui de cet ancien recteur faisant la 
classe k de tout petits enfants, de ce m^decin, de ce savant, de 
ce philosophe remplissant Thumble fonction que ses illustres 
pr^d6cesseurs, de L'fip^e et Sicard, avaient trouv^e bonne tout 
au plus pour des manceuvres. 

Le baron de G^rando, qui pr^sidait le Conseil d'administra- 
tion de T^cole de Paris, croyait avoir trouvd dans D. Ordinaire 



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LES SOURDS-MUETS ET L'ASSISTANGE. 219 

un homme capable de faire p6n6trer Tenseignement oral dans 
la maison de Tabb^ de L'^p^e. 

Malheureusement la m^thode orale, introduite brusquement 
et sans precaution h rinstitution de Paris, y fit naufrage. Mai 
seconds par Tadministration sup^rieure, Ordinaire, en d6pit de 
son savoir, de son zfele et de ses efforts, vit toute sa bonne vo- 
lonte dchouer devant Thostilite du corps enseignant, duConseil 
et de FAdministration supdrieure. 

« Vous voulez faire parler les sourds-muets, disait k cette 
occasion le comle Alexis de Noailles k ses collogues de TAdmi- 
nistration; mais Dieu ne le veut pas! » 

Les bonnes intentions d'Ordinaire furent paralysdespartant 
d'obstacles. Sa direction ne fut qu'une longue lutte. ^Chaque 
jour il lui fallait livrer bataille. Dans cette guerre de la mi- 
mique contre la parole, de la mdthode frangaise contre la m6- 
thode allemande (ainsi qu'on disait alors), il fut vaincu et se 
retira avec dignitd. Je ne m'associerai pas k un crime, dit-il,en 
envoyant sa demission de directeur, lorsqu'on lui refusa jus- 
qu'i ce faible cours d'articulationtant defois r6clam6par Itard, 
deson vivant, et que ce dernier imposa enfin k T^cole, aprfessa 
mort, par une clause de son testament. 

Ordinaire eut le grand m^rite de vouloir faire appliquer dfes 
1831, dans institution de Paris, la mdthode qui est aujour- 
d*hui en vigueur dans presque toutes les ^coles d'Europe. II eut 
le tort d'etre de cinquante ans en avance sur son ^poque. On le 
lui fit bien voir. 

Son remarquable Essai sur C Education et specialement sur 
celk du sourd-muei (Hachette, Paris, 1836) ne fut point appr^cid 
k sa valeur. Ce livre venait trop t6t, comme son auteur. 

Dans le voisinage de la Suisse, k BesauQon comme k Stras- 
bourg, Ordinaire avait subi Tinfluence de Pestalozzi et du P^re 
Girard, visits leurs ^coles et partag6 les id^es des deux grands 
instituleurs suisses en matifere d'instruction et d'^ducation. 
Aussi, bien que son autorit^ ait 6t6 contest^e k T^cole de Paris, 
sa direction n'y fut pas sterile ; il contribua k former toute une 
g^ndralionde maitresqui, par la suite, acquirentun grand renom 
et dirig^rent k leur tour les principales ^coles de sourds-muets 



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220 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

de France, — la tradition qui consiste h confier la direction de 
ces glablissements k des personnalit^s ^trangferes h Venseigne- 
ment n'^tant pas encore fort ancienne. 

Apr^s Ordinaire, une reaction se produisit. La mimique 
rentra triomphante dans la maison d'oton Tavait voulu bannir. 
On fit tout juste assezdc parole pour ne pas encourir le reproche 
de n'en pas faire du tout. C'est le temps od Ton disait ironique- 
ment iir^tranger que la m^thode fran^aise, c*dtait la m^thode 
h bon marchd, — car de tout temps la m^thode orale a coiit6 
cher. 

Bref, de 1839 k 18S9, la parole futfort n^glig^e, malgr^ les 
efforts de Dubois, du D' Blanchet et d'Houdin. B. Dubois, sourd- 
muet lui-m6me, fonda une dcole oil, seconds par divers mem- 
bres de sa famille, il instruisit par la parole ses compagnons 
d'infortune. Ancien 6\h\e d'Ordinaire, Dubois (sourd depuis 
r&ge de sept ans) fit honneur it son maitre, continuasa tradition, 
ct fut attache h Tinstitution des sourds-muets de Paris en qua- 
lit^ de professeur d 'articulation pendant douze ans (1856-1868). 

Un m^decin de Fficole, le D** Blanchet, continuateur d'ltard, 
essaya, mais en vain, de remettre en honneur la culture de 
Taudition. Aprfes avoir port6 le d^bat devant TAcad^mie de 
mddecine (1) qui refusa de se prononcer entre les deux sys- 
tfemes, il intdressa le ministre k sa cause et parvint k faire 
ouvrir dans Paris quelques externals qui disparurent & sa mort. 

Cependant le professeur A. Houdin, son fiddle lieutenant, 
ouvrait k Passy une pension-famille oil les sourds-muets ^talent 
instruits et 6duqu^s par le syst^me oral. 

Leon Vaisse. — En 1859, gr4ce aux efforts du censeur de Tin- 
stitution de Paris, L^on Vaisse, ancien professeur du temps 
d'Ordinaire, nous assistons k une v6ritable renaissance de Ten- 
seignement de la parole. Devenu directeur de cette ^cole en 
1866, L. Vaisse voulut relever le drapeaii de Tenseignement 
oral, mais il eut k lutter contre les m6mes difficult^s que ses 
devanciers, et sa volont6 se brisa contre les m6mes obstacles • 
Faute d'un suffisant concours de la part de tons ses coUabora- 

(1) 1853. 



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■P ^JJWUKMi^. gJ^r' 



LES SOURDS-MUETS ET L'ASSISTANGE. 

teurs, et surtout faute de I'appui u^cessaire de Tadmi 
il dut r^signer ses fonctions, sans avoir pu donner k 1 
ment de la parole Tcxtension qu'il aurait voulue. D^i 
qu'^ la fin de ses jours, il fut un des plus ardents props 
la m^thode orale qu'il rdussit k introduire dans plusi 
pai-ticuli^res, qu'il difendit dans les congr^s interna 
Paris, Milan, Bruxelles, et dont il eut la joie de 
triomphe avant de mourir, ne souhaitant plus qu' 
disait-il, << c*^tait de voir les ^tablissements de soi 
qui reinvent du minist^re de Tlnt^ricur, passer dan 
butions du ministfere de Tinstruction publique, ou 
^lait toute marquee ». 

Le successeur de Vaisse k Tinstitution de Paris, 
sous-chef de bureau du ministfere de Flntdrieur, pen 
des n^cessit^s de Tenseignement, supprima presqi 
ment, par mesure d'^conomie, Tenseignement de h 
rMuisit k n^ant Toeuvre de son pr6ddcesseur. 

En 1875, Tabb^Rota, de Trieste, un musicien, fit 
blissement de la rue Saint-Jacques des experience 
santes dans le but de d^montrer la possiblitd de h 
tousles sourds-muets. L'abb^ Rota avait de Tenseign 
une conception assez curieuse. Selon lui, pour a 
sourds-muets k parler il fallait d'abord commencer p 
chanter, afin d'am^liorer leur voix. Et il op^rait, con 
fois Blanchet, k grand renfort d'instruments de mn 
essais, trop Isolds et trop hMifs, firent plus de br 
besogne. lis ne furent pourtant pas inuliles k leur au 
qu'il put, dans la suite, fonder, avec le concours de s 
nement une 6cole k Trieste. 

Nous devons signaler, en 1879, une tentative de 
lien Balestra, qui, bien que peu vers6 dans Tenseigr 
sourd-muets, m^rita d'6tre surnommd Tapdtre et le 
errant de la parole. Direcleur de T^cole de C6me, oi 
aujourd'hui sa statue, Tabb^ Balestra, seul, sans i 
sources que Tardeur de ses convictions, avait entrep 
qu^rir toutes les ^coles de sourds-muets du monde i 
Aprfes avoir pr6ch6 la croisade contre les signes mi 



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222 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

Italie, en France, en Espagne, en Am6rique, il mourut 4 
Buenos-Ayres, dans la gloire de son aposlolat. 

En France, cependant, des 6coles privies avaient ouvert 
leurs porlesau nouvel enseignement. Kilian, h Saint-Hippolyte- 
du-Fort (Gard), Hugentobler k Lyon, Magnat h Paris avec le 
concours de la famille Pdreire, instruisaient des sourds-muets 
par la parole. 

D^s 1879, Fadministration du ministfere de Tlnt^rieur, 
voulant introduire la m^thode orale dans les institutions natio- 
nales, prit une s6rie de mesures qui assur^rent la rdussite de 
ce systfeme d'instruction. 

Des fonctionnaires regurent mission de visiter les ^coles de 
r^tranger ou celte m^lhode 6tait en vigueur, des d^ldguSs 
furent envoy6s au congrfes de Milan, des maitres allferent 6tu- 
dier sur place les proc6dds d'enseignement. Le nombre des 
professeurs fut considdrablementaccru, les instituteurs sourds- 
muets furent remplacds par des entendants, et Ton inscrivit au 
budget les d^penses n^cessaires pour faire face k ces nouveaux 
besoins. 

Le congrfes international de Paris, 1878, se prononga en 
faveur de la mdthode orale. Les 6coles natiouales de Bordeaux, 
de Paris, de Chamb^ry adoptferent ce systfeme d^enseignement. 
L'inspecteur g6n^ral 0. Claveau, donl les savants rapports font 
^poque, favorisa ce mouvement, tandis que les decisions du 
Congrfes de Milan (1880) et de Bruxelles (1883) triomphaient 
des derniferes resistances. 

C'est au D'' E. Peyron, aujourd'hui directeur de Tadmini- 
fltration g6n6rale de T Assistance publique, que revient Thonncur 
d'avoir pr6sid6 en quality de directeur h I'introduction de la 
m6thode orale k I'institution de Paris, et d'avoir donn^ k Ten- 
seignement de la parole dans cette maison une impulsion 
vigoureuse dont elle se ressent encore. 

» 
« f" 

11 ne suffit pas de rendre les sourds-muets k la soci^te, il 
faut encore les mettre en 6tat d*y gagncr leur vie. Les faire par- 



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LES SOURDS-MUETS ET L'ASSISTANGE. 223 

ler est bien, leur donner un gagne-pain est mieux. C'est pour- 
quoi presque toutes les 6coles fran^aises ont des ateliers k c6t6 
de leurs classes, joignent Tinstruction professionnelle iirensei- 
gnement intellectuel. 

Lorsque le sourd est instruit et qu'il a appris un metier, 
ToBUvre de Tassistance n'est point termin^e. 11 s'agit mainte- 
nant de lui assurer du travail, en lui faisant ouvrir les portes 
des ateliers ordinaires. C'est ici que trouvera k s'exercer le z^e 
de cette soci6t6 de patronage dont un coUaborateur de la Revue 
Philanthropique (1) ddmontrait r^cemment Tutililfi et que 
M. Henri Monod, nous le savons, va faire cr6er k Tinstitution 
de Paris par une decision de M. le ministre de rint6rieur. 

A ces diverses creations, si onajoutait des 6coles maternelles 
pour les tout jeunes sourds-muets, un ^tablissement pour les 
arridr^s et une maison de retraite pour les vieillards, TcBuvre de 
solidarity serait complete. 

Mais k chaque jour suffit sa tdche, et lorsqu'on songe k ce 
que le d^vouement de leurs maitres a d6j^ fait pour eux, on 
est moins effray6 k la pens6e de tout ce qui reste encore k faire 
pour les sourds-muets. 

MARIUS DUPONT. 
Octobre 1897. 



(1; L'Assistance des Sourds-Muets par le trayail, par M. A. Dubranlb, n* 5 de 
la Revue Philanthropique, page 671 et suivantes. 



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gf;f»r.7iJVj^we?^ 



LA PROTECTION DE UENFANCE 

AU CONGRfiS DE ROUEN 



I 

Parmi les questions soumises k I'^tude de la deuxi^me sec- 
tion du Congr^s, celle de la Protection de TEnfance est certai- 
nement unedes plus importantesy on pourrait mSme dire des 
plus inqui^tantes, au point de vue individuel comme au point 
de vue social. 

Depuis quelques ann^es, les martyres d'enfants se sont r6- 
v^l^s sinombreux que la grande presse s'est ^mue; elle « a fait 
campagne » en faveur des « petits » et leur a conquis Topinion 
publique, tandis que les derniers recensements, en montrant 
grand ouvert le gouffre de la depopulation, ont toum^ vers les 
« berceaux » les regards de tous ceux qu'int^ressent la vitality 
et Tavenir du pays ; si bien qu'aujourd'hui cette question de 
protection est devenue une veritable preoccupation nationale. 

La demi^re consideration, la depopulation, aurait probable- 
ment ete impuissante h faire vibrer le coeur de la foule, mais 
les cruautes commises par des parents denatures ont souleve, 
parfois jusqu'Ji la fureur, le sentiment populaire ; aussi les me- 
sures de sauvegarde k regard des enfants sont-eiles assurees de 
rencontrer unaccueil favorable. Cette sympathie, m6me poussee 
k Texcfes, est du reste bien naturelle et bien legitime, car, de 
toutes lez souflFrances, celles de Tenfance, toujours immeritecs, 
sont plus particulierement dlgnes de pitie, et la sauvagerie de 
certains actes accomplis avec un cynisme r6voltant n'est que 
trop susceptible d'exalter Tindignation jusqu'au paroxysme. 



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PROTECTION DE L'ENFANGE AU CONGRftS DE ROUEN. 225 

Quelques exemples sufQront k expliquer cette exasperation 
et k d^montrer la n^cessitS de la protection. 

Au num^ro 37 de la rue des Entrep6ts, k Saint-Ouen, demeu- 
raitavec son amanl une fiUe de 19 aiis, Anna Vals, mfere d'un 
petit garQon de 14 mois. D'aprfes les voisins, le pauvre petit 
£tait depuislongtemps]'objet de traitementsodieux; sous prd- 
texte de le corriger — corriger un enfant de 14 mois ! — les 
deux amants le rouaient de coups. La mort survint ; en pre- 
sence du petit cadavre qui n'dtait qu'une plaie, le m^decin de 
retat civil refusa le permis d'inhumer. Le commissaire de po- 
lice inform^ se rendit k domicile accompagn^ d'un m^decin ; 
celui-ci dedara que Tenfant avait succomb6 k des sdvices 
graves : il avait des cdtes d6fonc6es, une plaie dans la region du 
coBur,de8 ecchymoses sur tout le corps etune horrible blessure 
i VanuSy comme si on avait voulu Tempaler. 

Le petit Pierre Grfeze avait 616 plac^en nourrice parsam^re 

Marie Gr^ze, demeurant k Paris. 11 se d^veloppait admirable- 

ment, lorsque brusquementelle leretira; il avait alors 17 mois. 

A peine arriv6, le b6b6 commenga h d6pdrir; sa m^re le cou- 

chait dans une malle, sans matelas ni couverture et quand il 

pleurait, elle lebattait jusqu'kcequ'il setAt. Vaguement avertie 

par des rumeurs de voisins, la police fit transporter le pauvre 

enfant k I'hospice ; c'6tait trop tard, il expirait le lendemain. 

L autopsie r6v6la que la mbrt 6tait la consequence des traite- 

ments barbares qu'il avait endur6s. 

Apr^s Paris, la province. A Chftteau-Gontier, le petit Chre- 
tien a subi des violences quotidiennes etplusicurs fois les voi- 
sins ont entendu ses cris de douleur et d'effroi. Un jour, une 
locataire dela maison Fa trouve dans undtat complet de nudite 
coucy au grenier sur de la paille. Outre les traces de coups 
qu'il portait sur le corps et le visage, Tenqufite a 6tabli que, 
souspretexte de lui apprendre la proprete, sa mfere I'obligeait Ji 
rester le nez dans ses ordures. 

Les enfants legitimes ne sont pas plus epargnds que les 
enfants naturels. Voici la petite Bourras, kg6e de 3 ans, 
d'Arles-sur-Tech, torturde par son p5re. Entre autres mauvais 
traitements, il la faisait coucher dans 1 'Stable avec un pore ou 

RBVCB PHILATraROPIQUE. — 11. 15 



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226 . HEVUE PHILANTHROPIQUE. 

Tattachait toute nue au pied de son lit et la ilaissait ainsi pas- 
ser la nuit. Criait-elle la faim ? Son bourreau la rassasiait avec 
de3 poign^es de moucfies. 

Ce sont encore les dpoux Parey, du quartier de la Folie- 
M^dcourt, qui enfermaient leur petit garQon.<le 3 ans dans un 
placard sans lumidre et sans air; couch^ sur ^n pen de paille 
pourrie, le malheureux ne recevait pour topte nourriture que 
des croiltes de pain que les devix ivrognes lui jetaient comme h 
un chien. S'il pleurait ou demandait h manger, les deux brutes 
le battaient k qui mieux mieux. 

Inutile de poursuivre une Enumeration qu'un volume n'Epui- 
serait pas; pour terminer, nous rappellerons seulement le petit 
martyr de la rue Vaneau, dont la douloureuse agonie est 
encore suffisamment prdsente h toutes les m^moires pour nous 
dispenser de la narrer en detail. 

Ainsi la petite Lalie de VAssommoir, tu^e lentement ii coups 
de fouet par son p^re, Tignoble Bijard, n'est pas un mythe en- 
fante par imagination de M. Zola, mais un document humain. 

11 est vrai qu'il existe des fauves, des monstres plut6t, qui 
n'ont mfime plus Tinstinct des bWes pour leurs petits, et dont 
la cruautE s'achame k torturer jusqu'li Ten faire mourir un 6tre 
innocent et sans defense. 

Oui, contrairement a rhypothdse optimiste des Jean-Jacques, 
des Perez et des Preyer, il est des enfantsqui, en entrant dans 
la vie, n'y trouvent ni affection ni bonheur, mais haine et mal- 
heur. 

Et puis, h cdtE des drames connus, combien se perp^tuent 
avec rimpunit^ presque assurde aux tortionnaires s'ils agissent 
avec une certaine discretion et de sorte que leurs victimes ne 
donnentpas « mesure au fossoyeur ». 

II 

QUE FAIRE? 
INSTAURER LA PROTECTION SOCIALE AU BERCEAU. 

Mais est-ce que devant cette formule ne va pas se dresser le 
fameux Paterfamilias? Ky a-t-il pas \k une atteinte k la puis- 



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PROTECTION DE L'ENFANCE AU GONGRfeS DE ROUEN. 227 

saoce paternelle? ^'est-^ce tpas mdeonnattre le coradlfere sacr^ 
de la famille et afTaiblir I'autoritd au foyer? Ne seraitr-ce ipas 
dbranler les bases m6mes du Code et violer.un principe plu- 
sieurs foiss^culaireet'Consid^r^jusqu'aloFs aomme intangible ? 
Nous reconnaissons toute la valeur deces objections ; aussi 
allons-nous essayer dly r^pondre et^ api^s la n^cessit^, de d6- 
montrer la 16gitimit^<de la protection. 

Longtemps le pouvoir n?a sembl6 Tespeotable et imposant 
qu*autant qu'il lui 6tait donn^ d'aller jusqu'k I'arbitraire et de 
s'exercer sans contrdle. Le contenirdansiles bomes de la jus- 
tice, c'dtait lui faire perdre son prestige. Maisidepuisiun sl^cle, 
cette conception absolutiste a perdu chaquejour du terrain; la 
declaration des Droits de rhomme, :malgrd de nombreuses 
transgressions, afait p^n^trer dans lescoBurs et dans les con- 
sciences les id6es de dignity individuelle, de respect de la per- 
sonnalit^ humaine, d'autonomie. fii lent que soitle progrfts, 
nous sommes arrives, suivant Texpression d'^mile AcoUas, i 
mal nous figorer « qu'un individu soit Tobjet de la puissance 
d'un autre individu » ; nous nous habituons i Tid^equ'en face 
des droits de rhomme, il y a bien aussi les droits de Tenfant. 
Du reste, n'est-ce pas une anomalie d'admettre ceux-li sans 
ceux-ci? Est-ce que Fonfant n*est pas le d^but de rhomme? 
Ainsi Tavait compris la Convention. Son Code, mieux pdn6tr6 et 
fortement imbu des principes d'^galit^ et de droit, avait, au 
^oi iepttissanoe ytoupnrs menaQant, substitu^ les termes de 
surveillance et Ae protection ; de sorte que la mission des pa- 
rents rev^tait bien plut6t un caract^re de tutelle que celui d'un 
pouvoir discrdtionnaire. C'6tait r^ellement Texpression du droit 
isBu de la Rdvolution, tandis que le Code Napoleon, manifes- 
tement inspire du vieux droit remain, a maintonu Tantique 
pairia potestas et nous fait remonter it deux miile ans en ar- 
riftre. 

Pour fonder une soci6t6 libre, pour habituer les citoyens it 
I'^galit6, on est aU6 chercher des mat^riaux dans une soci6t6 
bas^e sur Tesclavage, dans ime soci^td qui, selon le langage 
^nergique de Maria Deraismes, « traitait Tenfant comme un 
veritable animal dont Texistence depend de la volont^ et du 



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228 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

caprice d'un individu, comme un objet dont le possesseur 
peut se ddfaire 4 son gr^. » 

ifitrange illogisme en v6rit^. Oui, si I'auleur du Code s'dtail 
propose r^panouissement et la fructification des iddes r^volu- 
tionnairesy mais ses vis^es dtaient tout autres. Dou6 au plus 
haut degr6 du g^nie du despotisme, il comprenait que le plus 
stir moyen de Finstaller dans T^tat, c'^tait de Timplanter dans 
lafamille; que pour asseoir Tautocratie sur le tr6ne, il fallail 
r^tablir solidement au foyer. II voulait justifier dans la famille 
Torigine de la tyrannic, parce que la famille est la soci^td prin- 
cipe, la citd 61dment. 

Cette preoccupation et ce reniement des principes de la 
Revolution ressortent nettement de Texamen de la gen^se 
des dispositions du Code relatives k la famille. Chacun sait 
« qu'elles ont 6t6 votdes sous la Constitution du 22 frimaire 
an VIII (1799) qui, enmSme temps que le Consulat, avait etabli 
un syst^me 16gislatif des plus compliqu6s dontle but manifesto 
etait de faire prdvaloir la volonte d'un seul. En eflfet, sous Tini- 
tiative unique du gouvernement consulaire, un Conseil diktat 
etait charge d'elaborer les projets de lois. Le Tribunat discutait 
ces projets et dmettait un vceu pour ou contre, sans avoir le 
droit d'amendement. Un Corps legislatif admettait ou rejetait 
sans discussion et sans amendement les projets, apr^s avoir 
ecoute les orateurs du Conseil d'Etat et du Tribunat. Enfin, un 
S4nat conservatetir 6tait investi du droit d'annuler les lois qui 
seraient contraires k la constitution. Nous aurons donnd une 
juste idee de ce mecanisme, si nous ajoutons que les membres 
du Conseil d'l^tat, du Tribunat el du Corps legislatif etaient, au 
moyen de combinaisons ingenieuscs, presque k la nomination 
du gouvernement. 

Malgre toutes ces precautions, il arriva que Tesprit rdpu- 
blicain ayant survecu dans le Tribunat, ses orateurs parvinrent 
k faire rejeter par le Corps legislatif les titres du Code qui nous 
occupent. Tant d'independance ne pouvait convenir au premier 
Consul. II fit retirer le projet. Puis, pour reprendre la discus- 
sion avec certitude et faire triompher ses idees, par le senalus- 
consulte du 16 thermidor an X, il reduisit le Tribunat de cent 



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PROTECTION IXE L'ENFANCE AU CONGRfeS DE ROUEN. 229 

membres h cinquante et TafiFaiblit encore en le divisant en trois 
sections, dont une seule s'occupait de legislation. Supreme 
prudence : on imagina par surcroit de faire donner son avis k 
cette pauvre section avant toute communication au Corps 16gis- 
latif, et ce n'dtait qu'aprfes que le Conseil d'Etat et le Tribunat 
s'^taient mis d'accord que la communication au Corps l^gislatir 
avait lieu. 

Dans ces conditions, la discussion contradictoire se r^duisait 
i un tournoi d'^loquence, ou plut6t Ji unecom6die oil toutdtait 
convenu d'avance. Les muets — c'estle nom que reQurent Jes 
deputes du Consulat — approuvaient et la loi (5tait promul- 
gu6e. 

U est permis de se demander si une loi vot^e dans de 
pareilles conditions a bien 6t6 Texpression de la volont^ de la 
nation, ou de celle dumaltre qui mettait en mouvement le m6- 
canisme l^gislatif de la Constitution de Tan VIII. Le doute n'est 
pas permis lorsqu'on connalt lesprojets beaucoup plus lib^raux 
qui avaient 6td pr^sent^s, et la part que prenait le premier Con- 
sul aux deliberations du Conseil d'fitat dont il 6tait president 
de droit (1). » 

Voila Torigine des lois relatives k la famille; n^es sous 
rinspiration pour ne pas dire la pression de Napoleon, elles ne 
sent que le reflet de sa pensee et de sa volonte et ne represen- 
tent, en fait, que des ordonnances emanees d'une seule autorite 
mais nuUement sanclionnees par la nation. 

Ainsi edaire, le Code ne saurait pretendre k une sorte d'in- 
tangibilite et Tautorite paternellese dresser commel'expression 
familiale du droit nouveau. L'aureole disparatt, le prestige 
s'evanouit et la critique reprend ses droits. 

Mais n'aurions-nous pas demontre la caducite des origines 
que nous ne nous croirions pas tenu d'admettre Timmutabilite 
de cette codification, ^laboree dans le temps, elle porterait 
quand m^me, bon gre mal gre, Tempreinte de Tactualite qui 
limite la duree des monuments de Tintelligence humaine, car 
s'il est vrai que toute legislation contient une partie imperis- 

(1) Gustave Lejeal (Revue Encyclop^dique, 28 novembre 1896). 



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23e< REVUE PHILANTHftOPlQUB. 

sable, sftna oesae justifide par rexpirience, il n'est pas moins vrai 
qu'elle renfermeune partie destructible^ consequence des pas* 
sions^ des pr^jug^s, des ignorances d'un si^cle. Et comme les 
hommes ne sentent et ne pensent pas toujours de la m6me 
faQon^ne sont pas toujours boumis auK. mdmes n^cessit^s, c'est 
unidroit et un devoir pour chaque generation' de soumettre k 
un libra examen les institutions que lui l^guent ses devanci^res. 

Du reste, sous la pouss^e des faits, les textes ont d6jh H6 
obliges de fleohir et des brfeehes ont ete ouvertes dans le mur 
d'enoeinte du foyer, par oil la societe oherche i voir et ii pene- 
trer, pour defondre Tenfant si besoin est. Telle la loi du 
7 decembre 1874; cette timide intervention ne vise qu'un cas 
particulicr : celui des enfants employes dans les professions 
ambulantes, les cirques et autres etablissements forains ; la loi 
du 24 juillet 1889 a une portee plus generate, elle present la 
decheance de la puissance patemelle dans des cas determines 
et la permet dans d -autres qui restent soumis k Tappreciation 
de Tautorite judiciaire. 

II n'est pas sans inter6l de rapprocher de ces deux disposi^ 
tions legislatives les mesures analogues prises dans plusieurs 
pays etrangers et qui souvent vont plus loin que les ndtres. 

Dans le Massachusetts, depuis 1882, tout enfant qui grandit 
sans direction, sans education, doitetre confie par les magistrats 
iL Tassistance publique. 

Dans r^tat de New-York, tout mineur de 16 ans trouve 
en <train.de mendier, de ramasser des debris dans la rue, ou 
dont retat de mis^re r6\h\e Fimpossibilite pour ses parents de 
reiever et de Tentretenir, est considere comme moralement 
abandonne et recueilli comme tel aprds decision judiciaire. 

A Genfeve, fonctionnent. depuis 1892 une commission cen- 
trale et sept comit6sdequartier qui ont pourmission de recher- 
oher< les infants en etat de vagabondage ou de misfere manifoste, 
de se livrer h des investigations sur leur situation et sur le 
traitememt moral et physique qu:ils resolvent de leurs parents. 

A^ Hambourg, 1 iautortte pla<» d'office dans des etablissements 
speciaux les mineurs pour lesquels il est demontre que les soins 
de la maison sont insuffisants. 



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^■^pp^^lp^^^"*^ 



PROTECTION DE L'ENFANCE AU CONGRtS DE ROUEN. 23! 

A Quebec, la loi de 1884 envoie dans une 6cole sp6ciale, 
od'ils sonl places sous la protection pnblique, les enfants de 
7 k 12 ans que les parents laissent priv^s des soins indis- 
pensables. 

Enfin en Pnisse, en Pensylvanie, dans la Colombie et Tfitat 
d'Ontario, existent des lois tr^s sensiblement ^gales comme 
effets k notre loi de 1889. 

Mais qu'il s'agissede la loi fran^aise ou de la loi ^t^ang^^e, 
la protection de Tenfant dans la famille ne s'exercequ'k travers 
la repression h regard des parents et que si elle est imp6rieu- 
sement command^e par des manifestations ext^rieures. Loin 
d'^re la rft^, elle ne constitue qu'une exception et imprime 
une sorte d-infamie k ceux qui la motivent. D'oii une extreme 
prudence iyrecourir etseulement aprfes que Tenfant est d^jJi 
apparu comme une victime, ;aprfes qu'il a eu Jt supporter des 
traitements ou it snbir des exemples dont Tempreinte funeste 
persistera parfois ineffa<^able. 

La mnltiplieite des faits dela nature deceux que nousavons 
rappel^s au d6but, asnggfirfeTid^e de renforcernos lois depro* 
tection et d'^dicter des peines plus s6vferes centre les martyri- 
seurs d'enfants. Derni^rement des propositions dansce sens ont 
M d^pos^es k la Ghambre. Mais leur auteurs eux-m^mes ont 
pris soin de faire remarquer qu'ellesne donneront qu'un rfeul- 
tat ineomplet et que la r6v§lation des actes d^lictueux restera 
tonjours rare et difficile. 

Sans n^gliger ce c6t6 de la question, il nous semble que 
c'est dans une autre voie qu'il conviendrait de diriger particu- 
liferement les eflForts, et de donner k Tintervention une forme 
plQl6t preventive que repressive. Ne vaut-il pas mieux, en effet, 
empe^cher lemal de se produire que d'attendre pour cicatriser 
ensnite les plaies qu'il aura faites? Ne serait-il pas preferable 
de recoulir k des loi^ de preservation plut6t qu'^i des lois de 
repression, k des lois d'hygiine sociale, dirions-nous volontiers, 
phit6t qa^k des lois de medecine sociale? 

De m£me qtre ITiygifene bien entetidue rend de moins en 
moins necessaire rinter>'ention medicale, dem^me les mesures 
de preservatiouf sociale atrront ponr effet de restreindre de plus 



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232 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

en plus la repression sociale sur le point qui nous occupe. L'ex- 
p^rience est faite et la loi du 23 d6cembre 1874 sur la protec- 
tion des enfants du premier &ge dlevds hors du domicile de 
leurs parents et due i Tinitiative de notre v^n^rable president, 
estlSi pour nous convaincre. NVt-elle pas suffi a faire dispa- 
raitre les nourrices faiseuses (fan^^^PNousaurons it y revenir. 
Avec la loi du 28 mars 1882 sur Tobligation scolaire, elle 
forme une premifere assise d'un code de Tenfance, que t6t ou 
tard il faudra bien ^laborer dans son entier en face du code de 
la puissance patemelle. 

Au surplus, elle est trfes suggestive cette loi du 28 mars. A 
6 ans, elle prend Tenfant et dit au p^re : II n'est pas ta chose, 
je ne te reconnais pas le droit d'en disposer selon ton bon 
plaisir et de priver son intelligence de culture. Tu lui as donn^ 
la vie, c'est peu; il faut lui foumir le moyen de la pratiquer. 
Aux parents grossiers et ignorants qui ne se font aucun scru- 
pule de laisser leurs enfants grossiers et ignorants comme eux, 
4 ceux qui vont r^p^tant : « Nous avons bien vdcu comme Qa,ils 
feront comme nous », elle r^pond hautement non. Sans hesita- 
tion, elle incline la puissance paternelle devant le droit de 
Tenfant h Tinstruction. 

Ce qui precede nous parait etablir de suffisante faQon qu'au 
point de vue individuel, la protection de Tenfance ne saurait 
fitre considir^e, ni en fait ni en droit, comme contraire aux 
principes modemes et attentatoireii I'autorite et au respect dus 
h. la famille. 

Ill 

Examinons maintenant la question au point de vue social, 
et voyons si, dans Finterfit de sa propre conservation, notre 
society n'a pas le devoir 6troit de garantir le d^veloppement de 
Tenfant et desauvegarder son existence. 

Statistiques en main, notre accroissement de population est 
si lent qu'il ^quivautiune veritable depopulation en face des 
progrfes realises par les autres nations. 

Si Ton calcule Taccroissement moyen annuel, pour une 



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PROTECTION DE L'ENFANCE AU GONGRfeS DE ROUEN. 233 

p^riode de vingt ans, des divers ^tats de TEurope, on obtient le 
tableau suivant : 

Accroissement mojen 
annuel 
£tats europdons. par 1 000 habitants. 

SuMe 15,7 

Pays-Bas 15,6 

Danemark 15,5 

Norv^ge ^3,9 

Angleterre 13,4 

AUemagne 12,3 

Espagne 9,6 

Belgique 9,0 

Antriche 8,6 

Italic 7,1 

Suisse 7,0 

Hongrie 4,1 

France 2,3 

Si nous consid^rons raccroissement absolu, notre pays 
depuis 1811, a pass6, en millions d'hommes 

De 29,9 k 38,5 

L'Angleterre de 10,2 k 38,1 

Les EtatsrUnis de 7,3 i 62,4 

En 1815, la Russie comptait 45 millions d'hommes; elle en 
poss^dait 100 millions 600000 en 1889. 

En 1841, r AUemagne avait kpeu prfes la mfeme population 
que la France (il s'agit du territoire actuel des deux pays). Au- 
jourd'hui sa population d^passe la n6tre del 4 millions. Depuis 
cinq ans notamment, elle a gagn6 3 millions d'habitants, et 
pendant ces m^mes cinq anuses, nous avons p^niblement 
augments de 175 027 habitants. 

Les consequences de cet 6tat de choses nous sont signaldes 
avec une brutality toute tudesque par le docteur allemand 
Rommel : 

« La politique des races est impitoyable, 6crit-il. Le moment 
approche oil les cinq fils pauvres de la famille allemande, 
all^chfe par les ressources et la fertility de la France, viendront 
facilement k boutdu fils unique de la famille frangaise. Quand 
une nation grossissante en coudoie une autre plus clairsem^e, 



Jiii^. 



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234 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

qui, par suite, forme centre de depression, il s -^tablit un cou- 
rantd'air vulgairement appel6 invasion, ph^nom^ne pendtot 
lequel la loi et la morale sont mises provisoirement de c6t6. » 

Si Tavertissement n'est pas tr^s charitable, il a tout au 
moins le mdrite de ia franchise. A nous d'en tenir compte et 
de combatlre les causes de notre inferiority. Mais quelles sont 
ces causes? Bien que trfes nombreuses et tr^s enchev6tr6es, 
elles se rapportent toutes, en definitive, & la natality ou h la 
mortality. 

II est incontestable que notre natality est tr^s faible, tout 
au moins dans les classes riches, od, k Tancien regime du droit 
d'alnesse, a succdde, suivant Texpression du docteur allemand, 
le regime des enfants uniques. Un classemeut des quartiers 
de Paris d'apr^s leur richesse etablit que ce sont les riches qui 
font le moins d'enfants. 

Natality pour 1000 femmes ea an aa. 

Arrondissement exceptionnellem^nt riehe 34 

— trfes riche 53 

— riche 65 

— aisd. , 72 

— pauvre 95 

— trfes pauvre 108 

La comparaison entre les departements conduit aux 
mfemts conclusions, et piuisque nous sommes en Normandie, 
qu'il nous soit permis de rappeler que cette riche province, 
depais longtemps, ne les justifie que trop. 

Le mal progresse d*une fa^on continue ; d'annee en annee, 
le nombre des naissanees va diminuant, ainsi que le prouvent 
les chiffres ci-dessous : 

Anodes. Naissanees. 

1884 937750 

1885 924558 

1886 912838 

1887.. . 899333 

1888 882639 

1889 880579 

1890 838059 

1891 866377 



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PROTECTION DE L^ENFANCE AU CONGRftS DE ROUEN. 235 

AnniSeB. Nftissancet. 

1892 855847 

i893 8758S8 

1894 845388 

1805 834173 

Noii5 avons vu tbut Jirheure quelle 6tait la situation res- 
pective de 13 nations euFop^ennes sous le rapport de Faccrois- 
sement moyen annuel, et nous constations que la France arri- 
vait au dernier rang. Si noua groupons ces mfimes nations 
d'apr^ le nombre des naissances, nous obtenons une autre 
classification* dans laquelle la France occupe encore le dernier 
rang, 

Nombre 
des naissances 
l^ts europdons. par 1 000 habiUnts. 

Hongrie 42,8 

Autriche 39,7 

Espagne 39,3 

ItaUe. 37,1 

Pays-Bas 36,2 

Angleterre 35,3 

AUemagne. . 35,1 

Be(gique 31 ,8 

Danemark 31,2 

SuMe 30,9 

Norvftge 30,8 

Suisse 30,& 

France 21,4 

Nous ne pouvons nous empdcher de faire remarquer 
qu'entre la France et la Suisse, qui la pr6c^de imm^diatement, 
r^cart est de 9,2, tandis que de la Suisse a la Hongrie la diffe- 
rence totals n'est que de 12,2. C'est-Ji-dire de 1 en moyenne 
entre chaque nation. 

Si int^ressante et si importante que soit T^tude des causes 
de cette st^rilit^, nous ne croyons pas pouvoir I'aborder sans 
sortir des limites de la question qui nous poeupe, et dans 
laquelle la p^nurie des naissances n'intervient- elle-m6me que 
comme argument. 

Nous passons done imm^diatement ft la mortalit6, et puis- 
qu'il s'agit de Tenfance, ft la mortality infantile. 



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2C6 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

II y a chez nous excfes de d^c5s du premier 4ge. 

D'une communication faitc k TAcad^mie de m^decine le 
14 Janvier 1896 par le D*" Lagneau, il r^suite que sur 875888 
d6c5s survenus en 1893, 133 618, soit plus du sixifeme, repr^ 
sentaient des sujets 4g6s de moins d'un an. 

De 1887 Ji 1891, sur 4 366987 enfants n^s vivants,il en est 
mort 706 887, soit 16,1 p. lOOavantTaged'unan, ainsi r^partis 
suivant rann6e. 

Anodes. Naissances. Ddcfes. Tantieme. 

1887 899333 U4934 i6,li p. 100 

1888 882639 145829 16,52 — 

1889 880579 136087 15,45 — 

1890 838059 142271 16,97 — 

1891 866377 137766 15,90 — 

Notre taux de mortality, d'aprfts ces donn^es, oscille autour 
de 16 p. 100 pour la premifere ann^e de Texistence ; nous n'avons 
pas les renseignements pour la p^riode 1892-96, mais il est 
probable qu'ils ne modifieraient gu^re la proportion, s'ils la 
modifiaient. Acceptons done comme vrai ce chiflFre de 16 p. 100. 

Au dernier rang parmi les peuples comme natality, notre 
int^rfet nous fait un devoir de conserver le plus grand nombre 
possible d'existences. Eh bien ! sous ce rapport encore, loin 
d'occuper, je ne dirai pas le premier rang, mais une place sim- 
plement honorable, nous nous tenons dans les demiers ; t^moin 
le tableau suivant qui donne la proportion des d^c^s de ft 
1 an, sur 100 enfants n6s vivants, calcul^e sur une p6riode de 
cinq ans. 

Nombre des ddcte 
fitats enropdens. sur 100 enfants. 

Danemark 9,32 

Norv^ge 10,33 

HoUande 11,37 

SuSde 14,35 

Angleterre 15,39 

Belgique 15,53 

France 16,10 

Espagne 17,07 

Autriche 17,33 

Prusse 20,05 



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PROTECTION DE L'ENFANCE AU CONGKfeS DE ROUEN. 237 

Ainsi, non seulement la France est un des pays od il ncdt 
le moins d'enfants, mais encore un de ceux od il en meurt le plus. 
Les consequences d'un pareil 6tat de choses sont trop visibles 
pour qu'il soil n^cessaire dlnsister. Mais de ces deux facteurs 
de la depopulation, si la diminution de la natality ^chappe 
k peu pr^s compl^tement k Taction sociale, une 6nergique in- 
tervention pent, au contraire, r^duire sensiblement la morta- 
lity. Bouchons les fissures qui alimentent la mort, organisons 
lalutte pour la vie avec toutes nos ressources scientifiques ; 
nous sommes persuadds que nos efforts ne resteront pas std- 
riles et que nous aurons tout lieu de nous feliciter des rdsultats. 

Sans doute, le nombre des naissances a une importance 
incontestable y mais celui des survies en a au moins autant^ 
sinon plus. Rapprochons les unes des autres les statistiques qui 
prdcMent, elles suffiront k nous 6clairer. L'Autriche et TEs- 
pagne qui tiennent le premier rang comme natality n'arrivent 
que dans un rang moyen comme accroissement de popula- 
tion par suite d'une mortality infantile excessive. Au contraire, 
le Danemark, la Su^de et la Norv^ge, relativement peu proli- 
fiques, sont k la tete des nations comme accroissement, parce 
qu'elles sont celles qui perdent le moins d'enfants. 

Que la France suive Texemple de ces derni^res et cherche 
k conserver le plus grand nombre possible d'existences qui 
viennentk la vie, et ellene verra plus, comme en 1895, lesddcfes 
surpasser les naissances de 18 000. II est n6 pendant cette annde 
834 173 enfants sur lesquels, d'apr^sle taux moyen de 16 p. 100, 
il en serait d6c6d6 133 467. Calculus au taux du Danemark 
(9,32), les d6cbs ne s'6lfeveraient qu'^ 77 744 etnous laisseraient 
55723 survies de plus. 

Pendant la p6riode 1887-91, les ddcfts des uouveau-n6s se 
sont eievds i 696 887 ; rdduits k la proportion du Danemark, 
ils n'auraient pas ddpassd 405936, doti un gain de 290 951 
existences pour ces cinq anndes, c'est-Ji-dire plus d'un demi- 
million en dix ans. 

En attendant que, par d'autres moyens, on arrfite la depo- 
pulation, avouons que nous sommes bien coupables de negliger 
celui-li, it moins que ce qui est possible en Danemark ne le 



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238 REVUE PIULA^THHOPJQUE. 

soit pas en France. Nous ^tablirons tout h trheure que nous 
pouYons r6alUer le mdme progr^s <que ce petit peuple du 
Nord. 

Mais ladfipopulaiion n'est pas la seule forme que revdte. le 
p6ril social, .il se manifeate ^ous des apparences tout aussi re- 
doutables et tout aussi menaQantes avec la progression de la 
criminalitd ohez les enfants. Si, apr&s iles statistiques de mor- 
tality, nous consultionsceJles.de la criminality, nous serious 
effray6s du nombre de ceux qui n'dchappentii la mort que pour 
tomber dans le vice ou dans le crime. Un coup d'oeil settle- 
ment. 

De 1826 a 1880, tandis que les d^lits de droit commun 
avaient triple chez les adultes, ils avaient quadruple chez les 
jeunes gens et presque triple chez les jeunes fiUes. Quant aux 
enfants poursuivis, le nombre en avait double. De 1880 h 1893, 
I'augmentation est beaucoup plus rapide : le nombre des en- 
fants criminels s'accroit du quart, tandis que celui des adultes 
s'accroit seulement du neuvi^me. Et hien que les mineurs 
de 7 Ji 16 ans ne repr&entent pas 7 millions d'individus, 
tandis que les adultes en comptent plus de 20, la criminality 
des premiers d^passe presque du double aujourd'hui celle des 
seconds. La prostitution va aussi en croissant, et on aesttm^ k 
40 000 en dix ans le nombre des enfants atteints. Quant aux 
suicides, ils ont 6t6 de87 en 1893 pour les enfants de moins de 
16 ans. Et ce n'est pas seulement le nombre qui progresse; 
selonM. Adolphe Guillot, on remarque dans les actes des jeunes 
accuses « une exag^ration de f^rocit^, une recherche de lubri- 
city, une forfanterie de vice qui ne se rencontrent pas au 
mdme degr6 k un ftge plus avanc6 ». 

Nous bornerons \k ces douloureuses constatations. 

Au nom du Droit de Tenfant et au nom de Tintfer^t social, 
nous pouvons d^ormais soutenir hardiment cette th^e de la 
protection sociale ^tendue k tous les enfants et conclure avec 
les Dibats « qu'il faut les d6fendre de bonne heure et long- 
temps^ les prot^ger contre la maladie et contre la mort, contre 
les gens et contre les choses qui les menacent, contre leurs 
parents eux-m6mes, h(Slas ! contre la rue qui les attend et qui les 



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PROTECTION DE L'ENFANGE AU (GONGRfeS DE ROUEN. «39 

coFTompt, contre les mauvaises companies i]ui les perdent, 
contre leCode et la pj^ison, car la justice ne leur.est pas ftou- 
jours assez tendre, bref, contre les dangers, les entratnements 
et les ^preuves de toute nature ». 

Le principe ^tabli, il reste & dire ce que doit 6tre cette pro- 
tection. De suite, on comprend qu'elle doit diif^rer avec les 
6poques de la vie. Le b6b6 au berceau, lebambin qui fait ses 
premiers pas « offrant de toutes parts sa jeune &me h la vie » ne 
r^lament pas la mfime intervention que le gargonnet et la filiette 
d'4ge scolaire, et ceux-ci n-ont pas k redouter les m6mes 6cueils 
que Tadolescent qui entre dans la p^riode de puberty. De Ih, 
trois stades dans la protection : dependant la p6riode enfan- 
tine; 2** pendant la p6riode scolaire ; H® pendant Tadolescence. 

Etant donnas le programme et le caract^re du Gongr^s, nous 
ne croyons pas devoir entrer dans Texamen d6taill6 de la pro- 
tection Si chacune deces pdriodes. Nous nous bornerons Ji rap- 
plication h la premiere enfance. 

A cet &ge, la question de vie ou de mort prime toutes les 
autres; elle est, pour ainsi dire, la seule et.c'estessentiellement 
d'hygifene qu'il s'agit. S'il est vrai qu'on ait k ddplorer les 
cruautfe de parents barbares, ce n'est fort heureusement qu'& 
r^tat d'exceptions ; mais qui a jamais d6nombr6 les viotimes de 
Fignorance dans laquelle sont toutes les m^res des soins k 
donner aux nouveau-nds? Avec le D*" Brochard, on pent af- 
firmer que la veritable cause de la mortality du premier 4ge 
est rinexp^rience des mferes avec tout son cortege de pr^jugfe 
et de fautes contre Thygifene. 

Ici, ime alimentation d6fectueuse est la grande pourvoyeuse 
de la mort ; Iky un emmaillotement stupide fabrique des estro- 
pi^s et des infirmes ; ailleurs les rem^des de (c bonnes femmes » 
aggravent les maladies au lieu de les gu6rir ; plus loin, on 
inflige de v^ritables soufiErances avec la conviction de procurer 
la sant^, telles ces expositions sur la dalle froide d'un tombeau, 
k Villers-SaintrS^pulore (Oise), d6clar6es infaillibles contre le 



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240 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

carreau. Gombien de maladies de la peau sont dues & la salet^! 
Gombien d'aflfections c6r6brales sont dues k la crasse de la t6te, 
aux croAtes laiteuses pour lesquelles on professe partout un 
saint et profond respect ! Gombien d'enfants s'enrhument, 
deviennent rachitiques, parce qu'on les couche sur la plume 
ou qu'on met leur berceau prfes d'un mur humide ! 

Est-ce que dans ce d^partement de la Seine-Infifirieure 
m^me, on ne voit pas des m^res demander Taumdne et entre- 
prendre avec cet argent de « Thumiliation et de la penitence » 
un pfelerinage au Neufbourg ou ailleurs, pour aller chercher la 
gu^rison du « mal de Saint-Main » ou de toute autre affection 
dont leurs enfants seraient pr^serv^s par des soins ^clair6s? 
Une heure de chemin de fer nous conduirait en plein pays de 
Caux, oil, sans grandes rccherches, nous trouverions de pauvres 
b6b6s dans une « tournette » ou « potence ». Entrain6s par 
leur propre poids, ils tournent, les bras en Tair, suspendus 
sous les aisselles et offrent, selon la juste expression d'un m6- 
decin-inspecteur, Taspect d'un Z, la t6te port^e en avant et les 
jambes, trop faibles pour supporter Le poids du corps, trainant 
mis^rablement en arrifere. Nous y rencontrerions aussi Tusage 
de la « hotte », sorte de panier en osier, rappelant la forme 
d'une cruche k bifere, et dans laquelle on plante les enfants de- 
bout, serr^s dans leur maillot. 

Mais voici qui est plus douloureux encore. Dans le tr5s intd- 
ressant bulletin de la Soci6t(5 prolectrice de TEnfance, M. le 
D'de Welling constate que de 1887 k 1893, sur 7444 enfants d6- 
c6d6s avant F&ge d'un an, dans laville de Rouen, 3 892 soit 88 
p. 100, ont succomb6 k la diarrhde microbienne. Ces 3892 d6- 
c5s repr6sentent de v6ritables homicides, puisque la diarrh6e 
microbienne est une maladie dvitable par la sterilisation. 

On ne salt done pas 6lever les enfants. Or, si Topinion pent 
encore varier sur certaincs pratiques de Tdlevage, il y en a qui 
sont unanimement condamndes par la science et qui, par con- 
sequent, ne sauraient plus 6tre toldrdes, car, avec notre Emi- 
nent directeur, M. Monod, nous pensons que « ce qui 6tait 
permis quand on le jugeait inoflfensif, ne doit plus Tdtre 
quand on le salt nuisible ». Et de mdme que ]a loi est inter- 



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PROTECTION DE L'ENFANCE AU CONGRfeS DE ROUEN. 241 

venue pour assurer le d6veloppement de rintelligence de Ten- 
fant, elle doit intervenir pour assurer le d^veloppement du 
corps et sauvegarder parfois Texistence. Logiquement la pro- 
tection physique doit pr6c6der la protection intellectuelle. 

Mais sous quelle forme et par quels agents s'exercera cette 
action de la loi ? La r^ponse va nous 6tre foumie par la loi 
Roussel et ses r^sultats. 

En 1892, sur 102 408 enfants prot^g6s de ft 2 ans, il en 
est mort 9 357, soit 9,13 p. 100, tandis que nous avons vu que 
la mortality g^n^rale des enfants de ft 1 an oscille autour 
de 16 p. 100; elle atteint mdme 23,7 p. 100 dans TArd^che, 
23,8 dans les Hautes-Alpes et 23,9 dans la Seine-lnf^rieure. 
Dans ce dernier d^partement, en particulier, la mortality des 
nourrissons a 6t6 de 7,25 p. 100, soit une difference de 16,65. 
N'esl-ce pas ^norme ? Que la diminution naturelle de la mor- 
tality chez les nourrissons pendant la deuxi5me ann^e contri- 
bue ft augmenter T^cart entre les deux taux, nous le recon- 
naissons, mais cette cause ne saurait ft elle seule expliquer une 
difference aussi grande et il faut admettre — ce que les rap- 
ports officiels proclament depuis longtemps — « que les nour- 
rices bien dirigdes, bien conseill^es, finissent par suivre les 
conseils d'hygifene donn6s par les m^decins-inspecteurs, de 
sorte que leurs nourrissons se trouvent dans des conditions 
meilleures que nombre d'enfants eiev^s par leur mfere ». 

Eh bien ! si Tinspection m^dicale produit de si heureux 
effets chez les nourrices, pourquoi ne pas I'introduire dans la 
famille? 

Nous croyons avoir r^pondu aux objections de principe qui 
pourraient 6tre soulev6es, et nous ne voyons pas de difficult^s 
sirieuses dans la pratique. Dira-t-on que des parents refuseront 
de recevoir le m^decin ou de suivre ses conseils ? Ce ne serait 
en tout cas que des exceptions, et quand elles se manifeste- 
raient, on agirait comme dans toutes les circonstances oil il y 
a resistance ft la loi. En face du droit de Tenfant et, de Tinterfet 
de la societe, le droit du p^re doit s'incliner et, comme Ta dit 
M. le Directeur Monod, « la liberty de vivre doit avoir le pas 
sur la liberty de tuer ». 

nvm pmLAMTBRonQUE. — > ii. 16 



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242 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

Qu'on nous permette h ce sujet une remarque personnclle. 
Au cours de nos tourn^es, il nous est arriv^ quelquefois de nous 
rencontrer chez une nourrice avec la mftre de Tenfant et de 
faire des observations. En donnant la raison de telle prescrip- 
tion, enexpliquant les inconv^nienis ou les dangers de telle 
pratique, en montrant la surveillance uniquement pr^occup^e 
de la vie et de la 8ant6 de Tenfant, loin d'avoir k essuyer un 
refus et de voir la mfere prendre parti contre nous, nous avons, 
au contraire, toujours reQu des remerciments. 

Du reste, quelle est la m^re qui, aimant son enfant, ne 
serait heureuse d'avoir une sorte de directeur k consulter et de 
recevoir des conseils ^clair^s? Et puis, Ik oii Taffection ferait 
d^faut, Ic m^decin inspireraitune crainte salutairc. Sachant que 
Tenfant sera visits et examine chaque mois, les brutes redou- 
teraient TobII exerc6 du praticien et n'oseraient plus se livrer k 
loisir k la torture et perp^trer impun^ment un infanticide. Est- 
ce que les nourrices faiseuses d^anges n'ont pas disparu par- 
tout oil la protection fonctionne r6guliferement? II faut aussi 
que les mferes faiseuses (tanges, volontaires ou involontaires, 
disparaissent ; il faut que quelqu'un aille au foyer d6fendrc les 
petits contre Tignorance et les pr^jug^s ; il faut qu'une senti- 
nelle veille autour des berceaux prdte k jeter Talarme si, mal* 
gr6 tout, Tenfant apparatt comme une victime. Nul ne saurait 
mieux remplir cette haute mission que le m^decin. 

Pour 6viter toute apparence vexatoire ou inquisitoriale, 
tout froissement de susceptibility, rien n'emp^cherait de dis- 
penser de la visite du m^decin-inspecteur les families qui en 
t6moigneraient le d^sir, sous reserve qu'elles feraient visiter 
leurs enfants par un m^decin de leur choix et que celui-ci four- 
nirait la preuve de ses visites mensuelles ; ainsi, la liberty des 
parents serait respectfie^jusqu'i Textrfime limite oil elle reste 
compatible avec les droits de Tenfant. Cette m^thode ne serait 
que I'application de la rfegle suivie en mati^re d'instruction 
obligatoire. 

Si les parents pr^fferent les ^coles privies ou T^ducation 
dans la famille aux 6coles et it Tenseignement de TEtat, ils 
sont absolument libres ; ce qui leur a 6t6 retire, c'est la liberty 



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PROTECTION DE L'ENFANGE AU GONGRfeS DE ROUEN. 243 

de choisir entre Finstruction et rignorance. De mdmey ils 
seraient libres de choisir le m^decin qui leur conviendrait pour 
veiller au d6veloppement physique ; la soci^t6 n'aurait pas k 
imposer le sien, mais elle ne permettrait plus Tabsence de sur- 
veillance et de direction. 

En presence des petits martyrs et de la depopulation^ le 
' droit de Tenfant & la vie ne sauraitfitre trop hautement affirm^, 

j Bt la society doit assumer r^solument le devoir de le garantir 

I envers et contre tons ; trop longtemps le d^veloppement de ces 

I fr^les existences a 6t6 abandonn^ aux caprices du hasard ou aux 

fantaisies de I'ignorance ; il faut ^clairer la tendresse des pa- 
rents, au besoin leur imposer la lumi^re ; il faut que les progr^s 
de la science avec les pr6ceptes de Thygi^ne aillent k tons les 
berceaux porter la sant6, ce pr^cieux talisman sans lequel la 
vie n'est qu'un p6nible fardeau. 

A. GAMBILLARD. 

A la suite de ce rapport, le Congrfts a adopts le vcbu suivant, 
I sign6 par MM. Andr^ Leffevre, Paul Strauss et Cambillard : 

] Les families devront produire tons les deux mois un certificat medical 

J conslalant que Tenfant de 4 1 an est 8oign6 conform^ment aux regies 

^elliygi^ne. 

^ certificat 6manera soit d'un m^decin choisi par la famille, soit, si 
c«Il€-ci en fait la demande, d'un m^decin d6sign6 par TAdministration (et 
flODl les visites poorront 6tre gratuites). 

^° cas oil le certificat ne serait pas produit en temps touIu par la 
'^imUe, l*autorit^ administrative pourra faire proc6der d'office k la visite 
^'^^'examenderenfant. 



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LE SANATORIUM D ANGICOURT 



ET LA 



CURABIUTfi DE LA TUBERCULOSE PDLMONAIRE 



La creation, par TAssistance publique de Paris, du sanato- 
rium d'Angicourt pour tubercaleux pauvres, constitue Tune 
des tentatives les plus nouvelles, et la plus int^ressante au 
point de vue de la th^rapeutique m^dicale qui ait 616 faite de- 
puis bien longtemps. Malheureusement, comme toutes les 
creations d'ordre tout k fait nouveau, celle-ci a rencontr6 des 
difficult6s sansnombre. Bien que les premiers projets remontent 
k 1886, il est encore impossible de pr^voir T^poque probable 
de Tachfevement. Cette tentative, jusqu'ici incomplfete,n'en four- 
nit pas moins un important objet d'dtude. G'est le premier 
essai d'application d'un principe qui tend de plus en plus k 
pr6valoir Ji Tdtranger, et qu'on pent r^sumer dans cette brfeve 
formule « les hdpitaux k la campagne ». Les oeuvres d'assis- 
tance priv^e s'int^ressant k la tuberculose, sont d'ailleurs au- 
jourd'hui de plus en plus nombreuses. Pour elles aussi, les r6- 
sultats obtenus dans les ^tablissements analogues de T^tranger, 
I'histoire brifevement r^sum^e dela tentative officielle frauQaise, 
ofiFre un r6el int^rfet. 

I 

La p^riode de constitution ou plutdt de discussion du sa- 
natorium d'Angicourt fut une p^riode de septicisme predomi- 
nant. Sans doute, les r^sultats th^rapeutiques obtenus par le 



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r 



LE SANATORIUM D'ANdlCOURT. 245 

traitement de la tuberculose dans les sanatoria allemands ne 
pouvaient ^tre discut^s. Les chiflfres de 24 p . 1 00 de gu6risons ob- 
tenues, k Falkenstein, de 27 p. 1 00 de gu^risons obtenues k Hohen- 
honnef, indiqu^s par M. Paul Strauss, dans un rapport qui fut 
d^cisif, ^taient singuliferement encourageants. Mais contre ces 
chiffres une objection revenait, toujours formulae, m6me par 
qnelques m6decins. Ces gu^risons ont 6t6 obtenues chez des 
malades de la classe ais^e et payante. Angicourt, r^serv^ aux 
maiades de la classe pauvre, donnera-t-il d'aussi heureux r^- 
sultats? Et Fid^e de la transformation en un simple asile de 
vieillards fut m^me un moment discutSe. 

En r^fl^chissant, il 6tait facile de concevoir que, mis k ^ga- 
lit^ de conditions hygi^niques, les tuberculeux pauvres devaient 
gu^rir tout aussi bien que les riches. Un fait curieux sur lequel 
insistait jadis beaucoup mon regrett^ maitre de Thdpital de 
Berck, M. Cazin, pouvait m6me faire pressentir qu'ils gu6ri- 
raient mieux que les riches. A Berck, en efiFet, les gu^risons et 
les ameliorations sont encore infiniment plus rapides et plus 
nombreuses chez les enfants tuberculeux de Thdpital que chez 
les enfants riches de la plage. C'est que, chez les premiers, la 
tuberculose est en quelque sorte accidentelle, cr6de artificielle- 
ment par le manque d'air et de soleil, la nourriture insuffi- 
sante. Mais cet argument ne sufhsait pas k convaincre les 
incr^dules. Quand, en 1894, Taffiche d'adjudication des travaux 
fot enfin pos^e pen de temps aprfes le rapport de M. Paul 
Strauss, cette affiche portant en t6te : construction d'un hospice 
^^ phtisiques, le mot hospice ne semblait pas indiquer de bien 
pandes esp^rances de gu^risons. 

Mais, depuis 1894, des sanatoria pour tuberculeux pauvres 
se sout cr6^s un peu partout. Un pen partout, sauf en France, 
d ou la premifere id^e 6tait cependant partie, et oil n*existent 
encore que les sanatoria sp^ciaux pour enfants tuberculeux de 
ViiJepinteetd'Ormesson. Les r^sultats deces deux^tablissements 
"^PJ^visfe en quelques mois,parrinitiativepriv6e, 30 p. 100 de 
S^*rtson8, pouvaient 6tre discut^s comme s'appliquant k Tadulte. 
Mais les r^sultats des sanatoria pour tuberculeux pauvres de 
*^^Ikenstein, de Rehburg, de GcerbersdorfT sont singuli^rement 



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246 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

encourageants. A Falkenstein , oti les malades sont reQus k 
toutes les p^riodes de la phtisie et s6journent douze semaines 
seulement, 102 malades sur 133 trait6s en un an,sont tr^s am£* 
lior^s. L'augmentation du poids est en moyenne de 7 livres. 
La disparition complete des bacilles dans les crachats est 
not^e dans 10 p. 100 des cas. Au Rehburg,sur 170 tuberculeux 
soign^s en deux ans,63 (37 p. 100) quittent le sanatorium, con- 
sid^r^s comme gu^ris, 67 (38 p. 100) sont am^lior6s. — A Goer- 
bersdorfiF, le D' Weicker 6tudie, non la gu^rison on Fam^- 
lioration, mais Taptitude au travail h la sortie, ^l^ment plus 
facilement appreciable. Sur 65 malades soign^s, 47 avaient 
recouvr^ cette aptitude k leur sortie. Chez 40 de ces malades 
I'aptitude au travail avait persists au bout d'un an. — II serait 
facile de multiplier ces exemples, comme I'a fait M. Beaulavon 
dans un excellent travail sur les sanatoria pour phtisiques in- 
digents k retranger, paru r^cemment dans la Revue de la 
tuber culose. En Suisse, au sanatorium du Schwendi; en Angle- 
terre, aux sanatoria de Vendnor, d'Adirondack, les r^sultats sont 
6galement satisfaisants. 

Comment s'expliquer ces r^sultats surprenants dans une 
affection g^n^ralement regardi^e comme si grave? S'il s'agissait 
de plaider uniquement le proofs d'Angicourt, il suffirait d'enre- 
gistrer ces nombreusesgu^risons, sans en rechercher les causes. 
Mais TAssistance publique, dans son projet de campagne contre 
la tuberculose, a decide la creation de deux sanatoria intra- 
urbains. Tun k Thdpital Saint-Antoine, Tautre k Thdpital Cochin. 
Ces sanatoria intra-urbains, dont les plans sont d'ailleurs fort 
remarquables, seront certainement commences etprobablement 
m6me terminus avant Tachdvement d'Angicourt. Si le mot de 
sanatorium a pour but d'augmenter les illusions des malades 
qui y sonttrait6s,on ne pent qu'approuver cette pens^e pieuse. 
Mais si Ton s'imagine vraiment que la cure d'air, le grand ele- 
ment de succfesdans les sanatoria, puisse se faire aussi bien avec 
Tair du faubourg Saint-Jacques et du faubourg Saint-Antoine, 
qu'avec Fair de la pleine campagne, cela m^rite discussion. 

La cure d'air permanente prolong^e jour et nuit est le prin- 
cipe mdme du traitement des sanatoria. La quality m6me de 



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LE SANATORIUM D'ANGICOURT. 247 

I'air n'est pas plus indifr6reiite pour cette cure que ne Test la 
bonne quality des aliments pour le deuxifeme 6l6ment du trai- 
tementy pour la suralimentation. Bien des raisons th^oriques 
ont dt6 donn^es pour expliquer cette efficacit6 de Tair pur de 
la pleine campagne. On a suppose que cet air, tr5s pauvre en 
germes, nettoyait m^caniquement les bronches et les poumons, 
tandisque I'air des villes, Fair rerespir6 comme Tappellent les 
m^decins anglais, apporte sans cesse des germes nouveaux. A 
cet 6gard, Taction purifiante de Tair des villes pourrait done 
6tre compar^e k celle d'un bain pris dans une eau bien sale. On 
a invoqu^, pour expliquer Taction plus particuUftrement favo- 
rable des sanatoria situ^s en pleines for^ts, la presence de 
Tozone. Dans Tincomparable action de cet agent physique, Tair 
pur, bien des donn^es sont encore inconnues. L'argon par 
exemple, ce composant qui semble avoir une importance r^elle, 
est i peine connu d'hier. Mais, sans s'attarder aux raisons 
th^oriques, il y a 1& un fait de simple bon sens : si quelque m6- 
decin croit que Tair de Paris favorise la respiration, reveille les 
forces et stimule Tapp^tit aussi bien que Tair de la pleine 
campagne, je lui serais fort oblige de m'envoyer Tombre d'un 
fait justifiant son opinion. 

N'y eAt-il m6me que Texcitation de Tapp6tit, ce fait banal 
et joumalier qui s'observe dfes le second jour de toute arriv^e 
k la campagne, qu'il y aurait Ih un 6l6ment preponderant. La 
suralimentation, cet excellent trait ement de la phtisie pulmo- 
naire qu^a imaging M. Debove, se trouve prodigieusement faci- 
lit^e. Au Schwendi, une des preoccupations du rfeglement est 
d'emp6cher les malades de manger en dehors des six repas 
reglementaires. Voil& une debauche d'appetit qui ne sera sans 
doute gu^re k craindre dans les sanatoria intra-urbains. Un der- 
nier fait justifierait, si c'etait n^cessaire, cette efficacite de Tair 
pur au point de vue de la suralimentation. Nombre de maladies 
d estomac m6me independantes de toute tuberculose se trouvent 
Irfes favorablement influencees par une hygifene plus ou moins 
analogue k celle des sanatoria oh la cure d'air au repos occupe 
au debut le principal rdle. Et c'est peut-etre k la pratique des 
sanatoria qu'on pent emprunter les meilleurs moyens de trai- 



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248 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

tement de ces affections si tenaces et si rebelles k tout traitement 
m6dicamenteux. Les constructions 6lev6es h grands frais dans 
Paris, pour le traitement des . tuberculeux curables, pourront 
6tre 6gales, sup6rieures mfime, au point de vue hygi^nique, i 
celles d'Angicourt. Au point de vue th6rapeutique, on pent 
parier k Tavance qu'elles ne donneront pas les mdmes r^sultats. 

II 

La situation topographique du domaine d'Angicourt est en 
effet des plus favorables. Son dtendue atteignait, au moment du 
premier achat, 28 hectares. Cette 6tendue ^tait d^jii considerable. 
G'est exactement la superficie sur laquelle, k Paris, le quartier 
Bonne-Nouvelie r^unit et entasse ses trente mille habitants. 
Depuis, une s^rie d'acquisitions successives ont regularise les 
contours un peu irreguliers du terrain primitif et ont augments 
son etendue de prfes de moitie. 

La configuration gen^rale, assez accidentde, est celle d'un 
plateau boise, sillonne en tons sens par deux valines d'orienta* 
tion differente, et par des ravins profonds. L'altitude de ce pla- 
teau atteint une centaine de metres. II est entourd de toute une 
s6rie de collines plus ou moins 6lev6es, en majeure partie bois^es 
de sapins. L'immunit6 singulifere dont jouissent, k regard de la 
tuberculose, l^s campagnes eiev6es, entour^es dc for6ts, est un 
fait bien connu, d^montr^ surtout par les travaux de M. Des- 
hayes de Rouen. L'usage ancien, usage renfermant une part de 
v6rit6, de tbujours choisir pour le s^jour des tuberculeux les 
localit^s o{i la tuberculose spontan6e est rare, trouve done ici 
satisfaction. 

Bien que la propri6t^ renferme une source tr^s abondante, le 
sol du plateau n*offre nulle part trace d'humidit^; cette eau 
d'ailleurs est une eau courante, offrant cet avantage de consti- 
tuer une exceliente eau de source. Les brouillards ne sont pas 
non plus tr^s k craindre k cette altitude, malgr^ le voisinage des 
grands bois. 

Le vent assez violent qui r^gne sur le plateau d'Angicourt, 
comme sur tons les ^plateaux Isolds et un peu 6lev6s, exigeait 



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LE SANATORIUM D'ANGIGOURT. 249 

seul quelques precautions sp^ciales dans r^dification des b&ti- 
ments. Ces precautions ont 6t6 fort habilement prises par Tar- 
chitecte M. Belouvet. La forme de chaque pavilion oflFrant une 
partie mediane, flanqu^e de deux ailes k angle obtus, Forienta- 
tion de ces pavilions vers le sud-est garantit au centre un es- 
pace lai^ement ensoleill6 et sufiisamment abrit6 contre les 
vents les plus froids. Dans le pare mdme, les nombreuses de- 
pressions de terrain permettent de constituer facilement d'autres 
abris. 

Le premier pavilion, le seul actuellement en construction, a 
m6me fait Tobjet, au point de vue de la protection contre le 
vent, d'un travail des plus considerables. D'enormes deblais^ 
enlevant pr^s de 160000 metres cubes de terre, ont ete faits 
de fa(^n k etablir le rez-de-chaussee k six mfetres en contre- 
bas du sol du plateau. Le b&timent se trouve ainsi place dans 
une depression artificielle. Les depenses necessitees par ce tra- 
vail, les difficultes qu'a donnees la rencontre, k cette profon- 
deur, d'un sol devenu mouvant et necessitant I'emploi de pilotis, 
feront sans doute abandonner, pour le deuxi^me pavilion ce 
syst^me d'une construction en contre-bas. Un simple talus de 
remblai, plante d'arbres, situe en arriere des b^timents, ana- 
logue k ces brise- vents si frequents dans les clos de Normandie, 
doit avoir un effet prolecteur presque analogue avec une grande 
difference d'economie. 

Tous les details de construction ont ete calcules pour la 
construction d'un sanatorium module. Aucun malade ne sera 
couche au rez-de-chaussee. Les chambres du premier etage 
auront au plus huit iits. Beaucoup sont k deux et mftme k un 
lit. En avant du pavilion, s'etendra une vaste marquise permet- 
tant aux malades, mdme par les plus mauvais temps, de rester 
k I'air etendus sur une chaise longue. Le chauffage sera assure 
par un calorif^re k vapeur et k eau chaude, seul moyen assez 
puissant pour entretenir une temperature suffisamment elevee 
dans les chambres des malades. Le principe de la cure d'air 
exige en effet que les fenfetres restent ouvertes k pen pr^s par 
tous les temps. L'edairage sera fait exclusivement k la lumibre 
electrique. L'alimentation du sanatorium en eau potable et sur- 



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250 BEVUE PHILANTHROPIQUE. 

tout r^puration de toutes les eaux souill^es ont ^galement 
n^cessitd d'int^ressants travaux. 

Malheureusement, les credits disponibles ne permettent 
r^dification que des services g^n^raux, et de la moiti6 d'un des 
pavilions de 100 malades. II fut un moment question d'inau- 
gurer le sanatorium avec 50 malades seulement. Cette solution 
aurait permis un ach^vement rapide. Peut-fetre mfime les r6- 
sultats auraient-ils 616 plus certains. Tons les sanatoria pour 
tuborculeux pauvres ne renferment qu*un nombre de lits des 
plus restreintSy 26 au d^but puis 75 seulement k Falkenstein, 
30 au Rehburg, 25 k GoerbersdorflF, 24 au Schwendi. L'accumu- 
lation des malades, si bonnes que soient les dispositions hy- 
gi^niques,ne permet plus cette surveillance m^dicale de tous les 
instants, la condition principale des succ^s des sanatoria. Le 
chiffre de 100 lits, auquel on s'est arrfet^ pour Tinauguration 
d'Angicourt, est d6}k considerable. Le chiffre de 200 lits, qui 
doit fetre atteint plus tard, offrira des difficult^s r^elles de 
rfeglement int^rieur pour ne pas transformer en un simple 
hdpital ce qui doit 6tre un sanatorium. 

Actuellement d'ailleurs, Targent parait manquer et man- 
quera peut-fitre encore longtemps, pour aller au deli de 50 lits. 
Les besoins de TAssistance publique sont si nombreux et si 
varies que Tallocation n^cessaire, qu'on la demande au Gonseil 
municipal ou k la commission du pari mutuel, semble devoir 
se faire attendre. Jusqu'ici les d-marches tent^es n'ont abouti 
qu'i des promesses vagues. II est done impossible de pr6voir, k 
plusieurs ann^es pr^s, T^poque de Tach^vement d'Angicourt. 

Ces retards sont fftcheux pour les malades. Actuellement 
les chances de gu^rison des tuberculeux dans les h6pitaux de 
Paris peuvent 6tre k bien pen de choses pr6s r6sum6es dans le 
mot ^nergique de Grancher : « lis y meurent tous. » Ce qui est 
vrai du traitement k Thdpital, Test plus encore du traitement 
dans les bureaux de bienfaisance. C'est un m^decin des bureaux 
de bienfaisance qui a 6crit la phrase d^sesp^rfie : « A Paris Tas- 
sistance des tuberculeux sous toutes ses formes se r6duit d. 
rien. » 

Au point de vue du plan gdn^ral de la lutte contre la tuber- 



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LE SANATORIUM D'ANGICOUHT. 851 

culose, il est non moins f&cheux qu*avant d'adopter dans les 
hdpitaux ordinaires toute une s^rie de mesures dispendieuses, 
les r^sultats du traitement d'Angicourt ne soient pas encore 
connus. Sans doute^ si favorables que soient ces rdsultats, Tisole- 
ment des phtisiques trop avanc^s et manifestement incurables 
continuera k s'imposer et devra 6tre fait sur place sans leur 
imposer de voyages inutiles. Mais les malades curaUes consti- 
tueront toujours Timmense majority. L'aphorisme du vieil Hip- 
pocrate : « La tuberculose est la plus curable de toutes les 
maladies », oubli^ pendant des si^cles est aujourd'hui de nou- 
veau reconnu comme vrai. Sans doute, on essaiera bien de 
trailer ces malades curables dans les sanatoria intra-urbains 
de Saint-Antoine et de Cochin. L'installation, toute question 
d'air mise k part, sera parfaite ; les soins les plus d^vou^s, les 
plus ^clair6s ne leur manqueront pas. Mais, dans cette voie 
nouvelle, on marche sans s'appuyer sur aucune experience 
ant^rieure. Tons les beaux r^sultats signal^s plus haut ont €t6 
obtenus k la campagne, en pleine campagne. II semblerait done 
prudent et logique d'attendre les rdsultats que donnera le sana- 
torium rural avant d'entreprendre cette creation absolument 
nouvelle et un pen suspecte des sanatoria intra-urbains. 

D' A.-F. PLICQUE. 



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ENFANTS OUVRIERS 



II y a cinquante ans que quelques personnes se groupferent 
pour fonder la Sociiti protectrice des antmauXy et la loi de 
Grammont fut vot^e en 1850. 

Prot^ger les animaux.c'est bien ; prot6ger^es jeunes ouvriers, 
c'est mieux, disent certains humanitaires. 

C'est ce qu'avaient compris, en 1874, les pouvoirs publics, 
mais cette loi trfes incomplete fut remplac^e par celle du 2 no- 
vembre 1892. 

Cette dernifere, compldt^e par des 'd6crets et arr6t6s, limite 
lajoum6ttde travail ponr les enfants au-dessous de 18 ans, 
exige qu'ils aient un jour de repos par semaine, les rend libres 
les jours de fdtes ligales. Elle r^glemente les charges qu'ils 
peuvent sans danger, suivant leur ftge, porter, pousser ou 
trainer h Tint^rieur des ateliers comme sur la voie publique et 
interdit pour eux les travaux nuisibles et dangereux. 

Des inspecteurs sp^ciaux sont charges de Tex^cution de cette 
loi, mais leur nombre, tout au moins pour Paris, est loin d'Mre 
suffisant, et seraient-ils plus nombreux, qu'ils ne pourraientse 
trouver sur tons les points de la voie publique ou des sur- 
chai^es d'enfants ont lieu d'fitre constat^es. 

Quant aux gardiens de la paix qui pourraient seconder les 
inspecteurs, ils ne se croient obliges k intervenir que lorsque 
les victimes se plaignent, ce qui ne se produit jamais pour dif- 
f^rentes raisons. 

U y a done lieu d'intervenir et de prot^ger quelquefois 
contre lui-m6me, Tenfant plein de courage et d'amour-propre. 

£mu des nombreuses plaintes concernant la fausse interpre- 
tation et le d^faut d'ex^cution de cette loi, destin6e & manager 
nos enfants k cet instant de leur formation oil les efforts et 



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ENFANTS OUVRIERS. 253 

les exc^s de fatigue peuvent compromeltre leur d6veloppement 
et mSme les estropier pour le restant de leur existence, 
M. Quillent, conseiller prud'homme ouvrier, a propose au comit6 
de vigilance des prud'hommes ouvriers du Conseil des m^taux 
et industries diverses, qui se compose des d^l^gu^s de Syndi- 
cats ressortissant k ce Conseil, de constituer, d'accord avec ses 
conseillers, une Union protectrice des jeunes travaiileurs des 
deux sexes (1). 

Son titre est son programme. 

Des soci6tds de ce genre existent d6j4 en grand nombre k 
r^tranger ; pour ^tablir une comparaison, dans les divers pays 
d'Europe, de Tetge auquel la loi admet que d'un enfant on 
puisse faire un ouvrier, je me suis rendu k TOffice du travail 
pour enqudter sur ce grave sujet. 

En France, d'apr^s la loi du 2 novembre 1892, Tadmission 
au travail est interdite avant V&ge auquel se terminent les obli- 
gations scolaires, soit 13 ans rdvolus, en g^n^ral de 12 k 13 ans, 
pour les enfants munis du certificat d'^tudes primaires : pour 
^tre admis au travail dans ce dernier cas, les enfants doivent 
produire, en outre, un certificat medical d'aptitude physique. 

En ce qui concerne sp^cialement Temploi des enfants dans 
les th^Mres, ils ne peuvent 6tre employes dans les represen- 
tations de theatres et caf^s-concerts s^dentaires avant T^ge de 
12 ans r^volus, sauf exceptions nominatives et relatives k la 
representation d'une pi^ce determinee, autoriseesparleministre 
de rinstruction publique k Paris et par les pr6fets dans les de- 
partements. 

Gette condition d'&ge est la seule limitation apportee k 
Femploi des enfants dans les theatres et cafes-concerts seden- 
taires, sauf pourtant ceux qui exicutent des tours de force 
perilleux et des exercices de dislocation. Pour ceux-li et pour 
tous les enfants employes dans des spectacles forains, c'est la 
loi speciale de 1874 qui reste applicable : elle interdit k tout in- 
dividuy m6me aux pfere et m?ire,de faire executer par les en- 
fants des tours de force perilleux ou des exerciees de dislocation 

(1) Sihge social, 27, boulevard Saint-Martin. 



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254 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

avant V&ge de 16 ans. Jusqu'i cet Age, ils ne doivent inline 
pas paraitre dans les spectacles forains^ sice n'est sous la direc- 
tion de leurs pfere et m^re, qui peuvent les employer dans leurs 
representations k partir de 12 ans. Toutefois, les dispositions 
sp^ciales d*un d^cret de mai 1893 interdisent Temploi des en- 
fants au-dessous de 18 ans dans les menageries quand elles 
renferment des bfites firoces ou venimeuses. 

Siy dans les pays d'Europe, nous commeuQons par ceux qui 
envoient le plus t6t Fenfant h Tatelier, nous Irouverons tout 
d'abord Tltalie od V&ge d'admission est de 9 ans dans les 
industries autres que celles des travaux souterrains et de 10 
ans dans ceux-ci; toutefois, avant T&ge de 15 ans, la loi n'ad- 
met les enfants de Tun et Tautre sexe au travail industriel que 
moyennant un certificat medical d'aptitude physique et 1 'obli- 
gation oil se trouve tout patron qui pent employer des enfants 
de cet &ge it en faire la declaration k Tautorite. 

Nous trouvons ensuite TEspagnCy dont les lois fixent unifor- 
m^ment & 10 ans pour Tun et Tautre sexe et pour toutes les 
industries T&ge d'admission au travail. U en est de mftme au 
Danemark, od cette limite est fix^e k i'&ge de 10 ans constate 
par un acte de naissance, et moyennant un certificat medical 
d'aptitude physique. 

Avec TAngleterre, nous arrivons jusqu'& TAge de 11 ans; 
jusqu'& 16 ans, les enfants ne peuvent travailler dans une 
fabrique sans etre munis du certificat medical qui est facul- 
tatif dans les ateliers de famille et les ateliers d'artisans. Le 
travail des enfants en Grande-Bretagne est soumis, dans toutes 
les categories d'etablissements, k un regime special, aujourd'hui 
abandonne par toutes les legislations europeennea, et qui est 
connu sous le nom de systfeme du demi-temps. Sous ce regime, 
Tenfant travaille, soit une demi-joumee chaque jour, soit une 
joumee entiere tons les deux jours, et consacre le reste de son 
temps k ses obligations scolaires. 

C'est la limite de 12 ans, nous Tavons dit, qui est le plus 
generalement adoptee par les Etats europeens; nous trouvons 
dans cette categoric : la Belgique, oti toutefois les travaux sou- 
terrains des mines et carriferes sont interdits aux fiUes et femmes 



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ENFANTS OUVRIERS. 255 

Ag^es de moins de 21 ans; les Pays-Bas, le grand-duch6 de 
Luxembourg, la Hongrie, la Sufede, la Russie. En Autrichey 
dans les fabriques, Tadmission au travail ne pent avoir lieu 
qu'aprfes 14 ans pour les deux sexes; dans ces ateliers, elle 
pent avoir lieu k partir de 12 ans; mais pendant les deux 
premieres ann6es, la nature de Toccupation doit 6tre subor- 
donn^e k T^tat de sant^ et de vigueur du jeune ouvrier. 

Par contre, au Portugal, Tadmission au travail ne pent 
avoir lieu qu'aprfes 12 ans accomplis; toutefois un d^cret pent 
autoriser certaines industries k occuper des enfants k partir de 
10 ans, k des travaux qui n'excfedent pas leurs forces; Fexer- 
cice de la profession d'acrobate n'est permis qu'aprds F&ge de 
16 ans. 

Avec TAUemagne, nous arrivons k une limite d*&ge plus 
^lev^e : Tftge d'admission des enfants au travail est, en effet, 
fix6 k 13 ans r^volus, avec cette restriction que les patrons 
priv6s de leurs droits civiques ne peuvent employer d'ouvrier 
kgi de moins de 18 ans. 

C'est la Suisse, nous Tavons dit, qui recule le plus le mo- 
ment od elle estime que, sans danger, Tenfant pent travailler; 
c*est en effet, jusqu'i 14 ans r^volus que les dispositions de la 
loi helv^tique interdisent le travail. 

II est int^ressant de conslater, entre des pays voisins, des 
differences aussi considerables quisemblent, ensomme,resulter 
beaucoup plus des diversit^s d'appr^ciation des l^gislateurs que 
de raisons logiques et inh^rentes au dSveloppement plus ou 
moins rapide de Tenfant et & sa faculty de travail. Agir autre- 
ment serait cependant humain et pratique. Voil& pourquoi 
Y Union pro tec trice des jeunes travailleurs des deux sexes orga- 
nise pour septembre 1898 un Congr^s international, afin que 
nous mesurions toute la distance qui nous s^pare encore 
d'un apprentissage bienfaisant et salutaire, pour le moral et 
le physique des jeunes travailleurs. 

F. MARTIN-GINOUVIER. 



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ASSISTANCE PAR LE TRAVAIL 



Une des formes de I'assistance appel^e, selonnous, Prendre 
de grands services est, sans contredit,rassislance par le travail. 

Les r^sultats obtenus par les diverses Soci^t^s fondles, tant 
en France qu'k T^tranger, pour pratiquer ce syst^me d'assis- 
tance, sont une preuve de ce que Ton en doit attend re lors- 
qu'une extension plus grande aura, d'une part, augment6 Tim- 
portance des socidtds existantes et, d'autre part, quand beaucoup 
de soci^t^s nouvelles existeront. 

Par assistance par le travail, on entend secourir les malheu- 
reux d'une manifere efficace sans qu'il y ait la moindre gftne 
pour ceux qui sont obliges d'avoir recours h la charity de leurs 
concitoyens. 

En efTet, Taumdne ordinaire qui consiste k remettre k de 
pauvre diables des secours directs, nous paratt humiliante pour 
ceux qui se trouvent dans la n6cessit6 de la soUiciter. 

De plus, les documents qui existent sur les multiples formes 
de la mendicity, prouventabsolument que, trois fois sur quatre, 
on oblige des professionnels, c'est-i-dire une cat6gorie d'indi- 
vidus peu int^ressants qui ont fait leur profession de mendier. 

« Tons ceux qui ont fait de la question de Tassistance Tob- 
jet de leurs preoccupations sp^ciales, sont unanimes pour re- 
connattre que le meilleur moyen de venir au secours de la ve- 
ritable misferec'est d*organiser Tassistance par le travail toutes 
les fois qu'il s'agira de secourir des n^cessiteux valides. 

« L' assistance par le travail a pour but de remplacer Tau- 
mdne par le travail et de demander un eflFort, un acte de 
bonne volonte k celui qui vient demander un secours. 



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ASSISTANCE PAR LE TRAVAIL. 257 

« L'assistancepar le travail ne s'adresseybienentendu^qu'aux 
valides. Ghaque fois qu'un homme ou une femme valides affir- 
ment itre des sans travail, rassistance par le travail les reQoit, 
lesloge, les nourrit, les chauffc et tes^claire. 

« En ^change de ces secours, elle leur demande de travailler 
quelques heures chaque jour. 

« Je dis quelques heures parce que les soci^t^s d'assistance 
parle travail laissent g^ndralement Sileurs assist^s la libre dis- 
position de leurs matinees, afin de pouvoirchercher et trouver 
i se placer. 

« Toutes les oeuvres d'assistance par le travail, sans aucune 
exception, perdent beaucoup d'argent et cela est tout naturel 
car le semblant de travail qu'elles ont organist n'a qu'un but : 
Eloigner les faux pauvres, attirer les vrais malheureux (1). » 

Si les soci6t6s d'assistance par le travail perdent beaucoup 
d'argent, et cela est vrai puisque nous allons le prouver im- 
m^diatement, elles ne sont done pas, comme le disait derni^re- 
ment un d6putd socialiste : un nouveau syst^me d'exploiter la 
misftre et de rabaisser les salaires de Touvrier. D'abord il ne 
saurait 6tre question ni de salaire, ni de travail. On se trouve 
en presence d'hommes et de femmes qui sont en ^tat de mis^re, 
d^nu^s de toutes ressources et talonn^s par la faim. Les travaux 
qui leur sont donnas ont un caract^re moral, destines h relever 
ileurspropres yeuxceux qui les acceptent et pour lesquels on 
leur donne des secours en ^change. En m6me temps, les direc- 
teurs des soci6t6s d*assistance par le travail ^tudient la mani^re 
dent travaillent leurs assist^s et cherchent k voir ceux qui md- 
^^n\ que Ton s'occupe d'eux d'une autre fagon. 

Car ces soci^t^s cherchent i placer dans le commerce, dans 
les ateliers, partoutoii elles peuvent ces sans-travail et elles y 
rtussissent assez bien, ainsi que le d6montrent les comptes ren- 
dus que nous poss^dons. 

Mais revenons k la prdtendue exploitation que nous signa- 
Hons tout k rheure. 

Dans lecompte rendu de Tassembl^e g6n6rale de 1895 dela 

(*) GtoRGEs Berry, Proposition de loi n» 11"0. Assistance par le travail. 

**VrB PHlLAKTHROnQUE. — II. 17 



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258 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

soci^t6 d'assistance des 8« et 17« arrondissements, nous trou- 
vons ce passage dans Texpos^ de la situation financi^re fait par 
M. Lalance, president. 

En 1894, les travaux des femmes ont rapports : 

Ventes d'objets fabriqu^s. . . 4 085 fr. 40 

Pour travaux divers 91 fr. 60 4177 francs. 

Et ont coiit6 : 

En salaires pay6s 6 908 fr. 35 

En mati&res achet^es 3 493 fr. 40 10 400 fr. 75. 

Soitun deficit de 6000 francs. 

Les travaux des hommes ont rapport6 : 

Vente de margotins 9 069 fr. 40 

Travaux interieurs 1611 fr. 80 10681 fr. 20. 

Et ont coiit6 : 

En salaires 16608 fr. 50 

En mati^res achet6es 6264 fr. 80 22 873 fr. 30. 

Soit un deficit de 12 000 francs. 

Et, au total, cela fait 18 000 francs de pertedans une ann^e. 

« On peut done dire, d'une faQon g6n6rale, que nous payons 
trois k quatre fois trop cher les travaux que nous faisons faire. 
Si nous ne donnions k nos assist^s que ce qu'ils gagnent r^elle- 
ment, ilsn'auraientpas de quoivivre. De plus, nous ferions con- 
currence k rindustrie priv6e. » Voici comment s'exprimait 
M. Lalance ; on peut en d^duire qu'aucune id6e de faire des b^- 
n^fices n'est jamais venue le guider dans Torganisation de la 
soci^t^ qu'il preside. 

Nous allons voir maintenant cequ'a fait FUniond'assistance 
du XVP arrondissement pour le placement des n^cessiteux qui 
m^ritaient un int^rftt particulier. 

Le compte rendu de Passembl^e g6n^rale de 1894 nous 
apprend que 181 personnes, dont 101 hommes et 80 femmes, ont 
6t6 pourvues, par ses soins, de travail d6finitif ou d'emplois. 

Dans le compte rendu de Fassembl^e g^n^rale de 1895, nous 
trouvons que 78 personnes, dont 48 hommes et 30 femmes ont 



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ASSISTANCE PAR LE TRAVAIL. 259 

U& plac^es dans les m6mes conditions que ci-dessus. Et le 
rapporteur ajoute : « Nous n'inscrivonssuria liste des placements 
que les personnes pourvues d*un emploi k demeure. 

« Lorsqu'il s'agit de travail ou d'emploi temporaire, nous les 
inscrivons dans lacat^gorie des personnes dont on s'est occupy ». 

Un point trfes int^ressant k connaitredans le fouctionnement 
des soci^t^s d'assistance par le travail est celui du service 
d'enqu6tes. Lorsqu'une personne se pr^senteavec un bon de tra- 
vail, en Tacceptant on lui demande son nom et son domicile 
et Ton fait une enqufite sur cette personne, non pas en allant 
demander des renseignements k la concierge, mais aupr^s du 
bureau de bienfaisance de Farrondissement, k la mairie, k 
Tassistance publique, aux soci^t^s d'assistance, en un mot par- 
tout oh celui qui veut vivre k ne rien faire pent s'adresser. 

Les r6ponses indiquent si Ton se trouve en presence d'un 
de ceux que pendant des ann^es Ton pent rencontrer comme 
M pauvre ouvrier sans travail » ou si Ton a affaire it un indigent 
momentan^ et duquel on doive s'occuper. Si nous voulions 
vous donner quelques exemples des trues des mendiants, nous 
n'aurions que Tembarras du choix. Mais lisez Touvrage d^ 
M. Paulian et celui de M. G. Berry sur la mendicity, et vous 
serez fix6. 

Pour que la charity publique ne soit pas exploit6e ind6fini- 
ment par des indignes, il faudrait que Tassistance par le travail 
ffttr^lement^e et organis^e dans toute la France. 

Dans Fouvrage de M. Albert Mar6chaux, sur Fassistance pu- 
blique, je d6tache le chapitre intitule: suppression de la mendi- 
city; Fassistance par le travail. 

1® La mendicity, sous quelque forme qu'elle soit exerc^e, 
est interdite sur tout le territoire de la R6publique. 

2* Tout individu dont les moyens d'existence, pour une 
cause quelconque, viendront k lui manquer, et qui n'aura ni 
parent, ni ami pour le secourir, devra en faire la declaration au 
comity d'assistance g^n6rale de la commune oti il se trouvera. 

S"" Si cette commune est celle de son domicile de secours, le 
comity lui procurera imm^diatement de Fouvrage ou lui remet- 
tra, en attendant, un secours provisoire. 



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260 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

l^ Si cette commune n'est pas celle de son domicile de se- 
courSy le comity lui fournirales moyens de r^int^grer librement 
son domicile de secours. Par cette declaration, il ^chappera aux 
prescriptions des articles 6, 7 et 8. 

5® Gependant, siun individu se trouvait trois fois dans le cas. 
pr^vu k Tarticle 4, il seraiti la troisifeme fois, reconduit k son 
domicile de secours, dansles conditions prescrites ^Tarticle 6. 

6® Tout individu, surpris mendiant sur la voie publique, sera 
imm6diatement conduit par les agents de Tautoritd devant le 
commissaire de police, dans les villes oh il existe un fonction* 
naire de cet ordre, ou devant le mairede la locality, danstoutes 
les autres villes ou communes. Apr^s avoir 6i6 interrog^ par ce 
magistrat, Finculp^ de mendicity sera amen6 devant leddl^gu^ 
du comity d'assistance g^n^rale de son domicile de secours qui 
lui procurera du travail ou un secours pro visoi re. 

Si son domicile de secours n*est pas dans la locality ou il a 
et6 trouv6 mendiant, il y sera ramen^ par les soins du magistrat 
qui aura procddd k son interrogatoire. 

Co magistrat enverra, le m6me jour, au pr^fet ou au sous- 
pr^fet, suivant la division administrative klaquelle ilappartient, 
un ex trait du registre sur lequel il aura consign^ I'interroga* 
toire de Tinculp^. 

Cet extrait devra indiquer : les noms et pr6noms de Tinculp^, 
son &ge, son domicile de secours, le lieu de sa naissance, sa 
profession et les motifs qn'il aura donnas pour se disculper. 

7® Tout individu qui se sera mis trois fois dans le cas d'fetre 
ramen^ k son domicile de secours dans les conditions 6nonc6es a 
Tarticle 6, ou qui aura cherch6 k s'^chapper des mains des agents 
de Tautoriti, aprfes avoir 6t6 par eux invito k les suivre, soit au 
commissariat de police, soit k la mairie, soit chez le d^I^gu^ du 
Comity de I'assistance g^ndrale, soit & son domicile de secours. 
sera livrS ^ la gendarmerie et 6crou<§ dans la prison la plus voi- 
sine, en attendant qiiele ministredela Justice ait f ait connaitre. 
d'accord avec le ministre de Tlnt^rieur, la Colonic agricole, fo- 
resti^re ou industrielle vers laquelle il devra 6tre dirig^. 

8® Cette colonic sera situ^e : 

« 1® En France, pour lesindividus n'ayantli leur easier ju- 



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ASSISTANCE PAR LE TRAVAIL. 261 

diciaire aucune condamnation ou n'ayant 6t6 condamiiiSs que 
pour mendicity ou vagabondage. 

« 2® Dans les colonies frangaises ou dans les pays soumis k 
notre protectorate pour les individus condamn^s ant^rieurement 
pour ddlits de droit commun. 

9^ Le minimum de s^jour dans Tune quelconque de ces co- 
lonies est de 3 ans. A Texpiration de ce temps, le colon qui se 
sera distingu^ par son travail, son ^conomie et sa conduite 
sera ramen^ gratuitement k la residence de son choix et y sera 
pourvu de travail. Ses Economies lui seront remises d. sa sortie. 

10^ Tons les ans, la m6me mesure de cl^mence pourra ^tre 
appliqu^e aux colons ayant d6jk accompli une p^riode d^au 
moins trois ann^es k la colonic. 

Le colon lib6r^ qui serait pris se livrant de nouveau k la 
mendicity serait dirig6 d'office vers une colonic en dehors de la 
m^tropole dans laquelle il ferait une nouvelle p6riode de 
15 ann^es. 

11^ Tout individu de nationality ^trangfere convaincu de 
mendicity sera imm^diatement expuls^ du territoire de la R6- 
publique dont les portes lui seront k jamais ferm^es. 

12** Toute personne qui sera surprise faisant Taumdne k un 
mendiant sur la voie publique, tout propri6taire, principal 
locataire ou concierge qui laissera stationner k la porte ou dans 
la cour de sa maison un mendiant, tout boutiquier qui tol^rera 
devant son magasin un individu se livrant k la mendicity seront 
consid^r^s comme complices de ces individus, et punis d'une 
amende de 20 k 500 francs, au b^n^fice de Tassistance g6n6rale. 
En cas de r^cidive, Tamende sera portie au maximum. 

13* Les articles 269, 270, 271, 272, 273, 274 et 275 du code 
pinal sont abrog^s. 

Les mots mendiants et vagabonds seront remplac^s dans les 
articles 276, 277, 278, 279, 281 et 282 du mfeme code, paries 
mots individus. 

ii^ Les d6p6ts de mendicity sont et demeurent supprim6s. 
Les conseil& g6n6raux dans les d^partements desquels ils se 
trouvent proc6deront it leur d^saffectation et les convertiront en 
maisons hospitaliferes : hospices, hopitaux, colonies agricoles 



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262 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

et industrielles, d^pdts de nourrices, etc., suivant Ics besoins 
locaux. 

II faut dire que ces articles, relatifs k Tassistance par le tra- 
vail, font partie d'un plan concernant la reorganisation de T As- 
sistance publique qui en a grand besoin, ainsi que Font cons- 
tats tousceux qui se sont occupSs de cette question. Nous savons 
que parmi les membres du Comity de Direction, comme parmi 
les lecteurs de la Revue philanthropique, il y en a beaucoup qui 
s'intSresseront au ddveloppement de Tassistance par le travail , 
c'est pourquoi nous avons pensS les intSresser en plaidant cette 
cause. Puissions-nous avoir r6ussi ! 

JEAN VOIRIEN. 



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_£_ 2_ 



VARIETES 



^'Organisation hospitali^re lyonnaise. 

Les hospices civils de Lyon comprennent huit ^tablissements dont quel- 
qnes-uns eurent, dans rorigine, une administration distincte, mais qui 
actuellement sont tons r(5unis sous la direction de la m6me administration. 

Ges ^tablissements sont : 

!• L'H6tel-Dieu fond^ en 542 par le roi de France Childebert et la reine 
Ultrogothe; ouvert aux adultes indigents etmalades. Get hdpital atoujours 
1100 k 1200 lits occup^s. 

2* L*hospice de la Charity fond^ en 1531 aumoyen de quotes et de dons 
de tons les habitants. Son administration, d'abord s^par^e, a ^t^ r^unie k 
celle de rH6tel-pieu, en 1802. 

Get hospice dispose ^galement de 1200 lits environ. 

3» L'hospice de TAntiquaille fond^ par TEtat le 25 germinal an VIII, a 
^t^ reoni a Tadministration actuelle en 1845, et dispose de 1159 lits. 

4» L'hospice des vieillards de la Guillotifere, cr^^ en 1830 avec le pro- 
duit d'une qu^te faite par les habitants de la Guilloti^re, alors commune 
distincte, a et^ r^uni d*office h. T administration actuelle en 1869. — Get 
hospice comprendl55 lits. 

5» L'hospice du Perron, cr^d aux frais de Fadministration des hospices 
en 1844, dans une propri^td qui lui avait 6t6 legume en 1762. Get hospice 
dispose de 417 lits. 

6*L'h6pital de la Groix-Rousse. — Gonstruiten 1860 par I'administra- 
tion des hospices, avec ses propres ressources. — Dispose de 451 lits. 

7» L'asile Sainte-Eug^nie cr^^ en 1867 par Tadministration des hospices 
4 1'aide d*un don de 200000 francs fait par Timp^ratrice Eugenie, dans ce 
but special. — Get asile dispose de 103 lits. 

L'asile Paul-Michel Perret annexe k celui de Sainte-Eug^nie a ^t^ fond^ 
par ['administration des hospices en 1895, k Taide d'un don fait par 
¥■• veuve Michel Perret. — Get asile destind aux enfants convalescents des 
deux sexes, sortant des h6pitaux, dispose de 100 lits. 

8» L'hdpital Ren^e Sabran k Giens (Var), fond6 sur des terrains domi^ 
parM. et M"** Hermann Sabran, a ^t^ ^difl^ en 1888-1891 au moyen de 
souscriptions particuli^res, et inaugurd le 12 novembre 1892. Get ^tablisse- 
ment destine aux enfants, garcons et fllles, qui ont besoin du traitement 
marin comprend 150 lits. 



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264 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

Ges huit ^tablissements hospitaliers, dependant de radministration des 
hospices civils, disposent ainsi de 4 750 lits environ et hospitalisent, chaque 
ann^e, de 30000 k 32000 malades. 

AdminisircUian. — L'administration des hospices de Lyon a ^t^ essen- 
tiellement laique depuis sa remise aux ^chevins, en 1478, et les recteurs 
qui leur succ^dferenlen 1583, eurent des demSl^s nombreux avec lepouvoir 
eccl^siastique repr^sent^ par les archevfiques de Lyon. lis ne c^dferent 
jamais et s'opposerent toujours, avec succ^s, aux atteintes qu'on cherchait 
k porter k leur autorit^. 

Pendant longtemps, les recteurs, pour subvenir aux charges de I'Hdtel- 
Dieu, ^talent tenus de verser, k titre d'avance, une somme de 10000 livres. 
Le recteur quiremplissait les fonctions de receveur 6tait oblige de verser la 
somme de 100 000 francs. A I'^poque de la Revolution, I'avancefaite par le 
recteur-receveur a ete de 400000 francs et a entrain^ sa mine par le fait 
du remboursement op^r^ en assignats. 

La denomination de recteur fut supprim^e le 28 nivdse an X; un 
arrets du ministre de Finierieur de la R^publique francaise confia, k cette 
date , radministration des hospices k un conseil de 15 membres et 
quelques jours apr^s de 20 membres, auquel on donna le nom de Conseil 
general. 

Une ordonnance royale de 1822 maintint k 20 le nombre des mem- 
bres du conseil g^n^ral, et enfin une ordonnance du 30 juin 1845 a orga- 
nist definitivement le conseil g^n^ral actuel et a porte le nombre de ses 
membres 4 25, qui sont renouvelables par 1/5. La nomination des mem- 
bres du conseil appartient au pr^fet seul, sans presentation offlcielle de la 
part du conseil. 

La constitution et Torganisation du conseil d'administration des hos- 
pices civils sont done sp^ciales k Lyon et ont ete respect^es par les lois 
successives qui ont modiA^ Torganisation des commissions hospitali^res en 
France. 

Corps medical et chirurgical ;mode de rccnifemcnf. — Les services des h6- 
pitaux de Lyon sont assures par : 

\ 1 chirurgiens ; 27 m^decins titulaires ou suppliants ; 7 pharmaciens 
de premiere classe, chefs de service ; 49 ei^ves internes; 120 eieves ex- 
ternes; 17 eRves pharmaciens portant le nom de pharmaciens adjoints. 

II y a, en outre, 9 cliniques ouvertes k I'enseignement conOees aux 
professeurs de la Faculty et comprenant : 

2 cliniques chirurgicales ; 2 cliniques m^dicales, 1 clinique obstetricale; 
1 clinique ophtalmologiqne; 1 clinique des maladies cutan^es et syphiliti- 
ques ; 1 clinique des maladies des femmes ; 1 cliniqae des maladies des 
enfants. 

Le mode de recrutement impose pour les fonctions du service de sante 
est le concours et, k cet egard, radministration bospitaliere lyonnaise 
revendique la prioriie de Tinstiiution. 

Le concours fut, en efiTet, etabli k Lyon, pour la premiere fois, en 1739, 
pour la reception des garcons chirurgiens (plus tard appeies internes) ; ii 
n'a cess6 de fonctionner depuis cette epoque, tandis qu'i Paris il n'a ete 
institue pour les eieves internes qu'en 4802. 



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VARlfiTfeS. 

efs de service, les chirar 
I m^decins depuis 1811. 
,en ISUeten 1821, lesp 
iu pouvoir central, ont < 
er au concours pourle 
)rescrit de proc^der par 
spitali^re ne voulut pas i 
)s cities, en 1814 et en i 
3s mais tres fermes, qu'e 
use et le concours fut mc 
IS du service de santi. 
organisation du personi 
nent sp^ciale et remoc 

t^es par les soins de Va 
chaque 6tablissement e 
rdre religieux, n'est rattt 
lent k une r^gle religii 
t la direction sup6rieure 
re g^n^rale ni de sup^r 
I costume donn^ par i'a< 
conservent leurs noms c 
J, peuvent se retirer du ^ 
autressup^rieurs que leu 
haque maison qui d6si^ 
remplir, c'est lui qui in< 
m de Cheftaine exerce I'a 
t lui qui les place ou l 
itudes de chacune. 
6es scBurs ou servantes di 
beaucoup de celle des D 
rutement se fait facileme 
Illes recoivent pour tout 

preuves et donn^ d'excel 
'it religieux, le d^vouem 
[que, parce que ces com 
ement d'aucune aulre ai 
sorter k leur r^gle, k leui 
IS qu'elle juge convenabi 
le 6cole a et6 ouverte di 
nel une instruction prim 
s font, en outre, des cou 
sur le rdle de Tinfirmi^i 
sonnel pour acqu^rir Tin 
a produit les plus henr( 
ion et les chefs de servi 
ours plus actif et plus int 



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266 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

Enfin comme r6sultat pratique* radministration hospitali^re compte 
actuellement 264 soeurs infirmi^res ayant les certificats d'^tudes primaires 
ou d'aptitude ; 

44 soBurs infirmi^res ayant l6 brevet dl^mentaire et servant de moni- 
trices, dans les diverses ^coles d'instruction primaire ouvertesdans chaque 
^tablissement. 

24 soeurs inflrmi^res poss6dant le dipldme d'herboristes (dont 20 de 
1'® classe) et attacb6es au service de la pharniacie pour la distribution des 
medicaments aux malades ; 

47 soeurs infirmi^res ayant le dipl6me de sages femmes de !'• classe; 

20 soeurs infirmi^res ayant le dipldme de sages femmes de 2° classe. 

Les maternit^s sent toutes confines sans exception & des soeurs ayant 
le dipldme de sages femmes de i^^ classe. 

Patrimoine; dotation, — La dotation comprend les immeublesjdans les- 
quels se trouvent les ^tablissements hospitallers et qui couvrent une su- 
perficie de 60 hectares, pour les 6tablissements lyonnais, et de 25 hectares 
pour rbdpital de Giens. 

Elle comprend, en outre, 60 maisons k Lyon, et une surface de terrain 
de 1 500000 metres environ, dont la plus grande partie est situ^e sur larive 
gauche du Rh6ne, aux Broteaux. 

Elle comprend, enfin, des vaieurs mobiliSres, et le revenu propre de la 
dotation, ^tabli par le compte moral de 1894, s'^l^ve au chiffre annuel de 
3353000 francs. 

Les immeubles de la dotation comprennent: 

1° Les dtabUssements hospitaliei^s qui, dans leur ensemble, ne sont pas 
susceptibles de revenu, mais dont quelques-uns, i'H6tel-Dieu et la Charity, 
ont des portions contigues, non affect^es au service hospitalier et [qui sont 
loaves. 

2^ Soixante maisons bdties. 

Presque toutes ces maisons ont ^t^ l^gu^es. Quelques-unes ont €i^ bftties 
par radministration pour remplacer des constructions anciennes inutilisa- 
bles en raison de leur peu de solidity ou de leur mauvaise distribution. 

3<^ Les emplacements ou terrains a Lyon^ source de revenus croissants 
depois de longues anuses, proviennentd'acquisitionsetd'^changes remon- 
tant au moins au milieu du xvin<> si^cle. Des adjonctions, proportionnelle- 
ment peu importantes, y ont h\A faites pendant les vingt demi^res ann^es 
pour regulariser les limites et les voies de communication. 

Ces terrains sont lou^s. Les locataires construisent sur le sol lou6 dea 
b&timents qui sont et demenrent leur propri^t^, sans qu'il y ait accession 
du sol. 

4<> Vingt'huUdomaines ruraux. 

Ces domaines sont peu importants. lis proviennent tous de legs. Quel- 
ques-uns sont la propriete des hospices depuis plus de trois cents ans. 

Les vaieurs mobili^res autres que les rentes sur I'Etat proviennent 
toutes de legs faits aux hospices. 

Les rentes sur TEtat ont pour origine Temploi des capitaux 16gu^s, des 
capitanx provenant de la vente des vaieurs mobili^res, et surtout d'im- 
meubles. 



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VARIfeTfeS. 261 

Grdce aax ressources dont dispose radministration des hospices et qui 
^manent de la bienfaisance priv^e, tous les services peuvent 6tre assures 
sansle conconrs de subventions 6trang^res. 

L'admiaistration ne recoit, en effet, aucune subvention, ni de i'£tat, ni 
dn d^partement, ni de la commune. Elle ne permit rien sur le prix des 
concessions dans les cimetieres ; il ne lui est rien afloat non plus sur les 
droits prelev^s sur les spectacles, bals et concerts. 

Neanmoins la gestion a ei6 assez beureuse pour que Tensemble des 
bodgets, depuis vingt-cinq ans, pr^sente un ^quilibre entre les recettes et 
les d^penses. 

Et sur ses seules ressources, Tadministration des hospices a pu con- 
stniire : 

l«L*hospice du Perron en 1844; 

2« L'hdpital de la Croix-Rousse en 1860 ; 

3«Une buanderie centrale en 1877; 

4<> Une meunerie et une boulangerie centrales en 1880 ; 

S^Enfm, une cave centrale, en 1886. 

Elle a cr66 et entretenu depuis vingt ans, prfes de 900 lits nouveaux 
dans diff^rents services. 

Elleaachev^ la construction de rH6tel-Dieu qui n'avait pas 6l6 ter- 
mine. 

Elle a 6Iev^ un hdpital d'isoleraent i la Croix-Rousse, cre^ un h6pital 
maritime sur les bords de la M^dilerran^e, aux environs d'Hytjres, dans le 
Var; elconstruit un ^tablissement destine h recueillir les enfants conva- 
lescents sortant des hdpitaux, Tasile Paul-Michel Perret, i 00 lits, 50 pour 
^ gmrgms, 50 pour les filleSy situ6 aux environs de Lyon dans le domaine 
deLoDgch^ne oCi Tadministration entretenaitdej&un asilede convalescents 
adultes. 



L'CEavre du a Vestiaire » de la Ligue firaternelle 
de Montmartre. 

Lorsqn'elle a fond^ Toeuvre du « Vestiaire », la Ligue fratemelle de 
Montmartre a 6t6 simplement pr^occup^e d'adoucircertaines souffrances; 
^ais elle n'a pas eu la ridicule pretention d'apporter une panacee, gu6ris- 
^Dt infailliblement le mal de mis^re, lorsque ce mal provient d'un ch6- 
niage prolong^. Pensant que, pour dtre efAcace, Tassistance priv6e doit 
pr^ciser et limiter son intervention, elle a concentre sa soUicitude sur une 
^«gorie Irfes sp6ciale et trfes interessante d'indigents. 

1a situation du travailleur sans ouvrage, se d^battant au milieu des 
^^iter^ts concurrents sous les yeux de Tindifif^rence publique, Ta exclusi- 
l^nient occup6e. Prise de piti6 infinie devant Fagonie de ce vaincu, dans 
^^uel se personnifie la grande iniquity de tous les temps et de tous les 
P^yples, elle a cherch^ a att6nuer les maux causes par Teffroyable insensi- 
^*^ et la stupefiante inconscience de I'^goisrae humain. 

Sou attention a 6t6 attir^e sur I'importance que pr^sente la question 
^ ^^tement, principalement pour remploy6, qui est irr6missiblement 



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.268 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

. perda, lorsqu'il n'ofTre pas a la critiqae s6vSre du patron unext6rieur cor- 
rect. Elle s'est demands si rassistance par le v^tement ne serai t pas le 
mode de secours qui conviendrait le mieux aux plus pressants besoins des 
travailleurs en quSte de travail. 

La mis^re a la plate laideur des choses abjectes, qui salissent le regard, 
Elle produit n^cessairement des repugnances organiques qui ne raison- 
nent pas. Getle repulsion instinctiTe fait k I'bonnSte homme sordide- 
ment v6tu des preventions d^favorables, que ne parviennent pas k vaincre 
les sympathies dues k son malheur. Impitoyablement repouss^ de partout, 
cet infortune tombe, de chiite en chftte, k la condition de mendiant profes- 
sionnel et^ conservant la conscience d'avoir €i6 victime d'un monstrueux 
d^ni d'humanite et de justice, il marche dans I'abjection avec une impla- 
cable s^renite. 

Si, lorsqu'il elait encore debout, lorsqu'il gardait quelque espoir de 
rel^vement, lorsqu'il n'avait pas acquis, par I'impression reflexe du d^goiit 
d'autrui, le m^pris de lui-mSme, on avait 6chang6 centre des v^tements 
d^cents les haillons devant lesquels se fermaient toutes les portes, les der- 
nitres d^cheances lui auraient ete peut-dtre ^pargn^es, peut-Stre aurait-il 
fini par trouver Temploi de ses forces et de ses facult^s. 

Dans tons les cas, il aurait un moment cess^ de se m^sestimer, car le 
vdtement exerce son influence prestigieuse autant sur le spectateur que 
sur celui qui en est revStu. Pour le premier, c'est le signe symbolique de 
Thonorabilite; pour le second, c'est le signe magique qui lui ouvre I'acc^s 
du monde et I'autorise ^r^clamer les droits que ce monde conf^re k chacun 
de ses membres. 

Quand, le 17 mars 1895, le « Vestiaire » fut inaugur^ par le maire et 
avec le concours de laplupart des Gonseillers municipaux du XVIIl* arron- 
dissement, la Ligue fraternelle de Montmartre avait bien I'intuition qu'elle 
entrait dans une p^riode de labeurs f^conds, mais la grandeur de sa Ulcbe 
ne lui eiait pas compl^tement apparue. Elle lui a ete r^vel^e plus tard, 
dans la transfiguration et le redressement de I'^tre courbe sous le faix de 
la fatalite, dans le rayon de joie furtive qui, illuminant parfois la morne 
resignation d'un visage eteint, lui denoncait I'eveil soudain d'^nergies 
nouvelles. 

Le <c Vestiaire » a H6 install^ sans capitaux et presque sans domicile. 
Pour que, d^s sa naissance, il n'ait pas 6i6 en etat de vagabondage, il a falla 
que M. le Directeur de Tassistance publique lui accorddt la jouissance 
temporaire du local oH est etablie aujourd'hui la pharmacie 'de la maison 
de secours de la rue Ordener. S'il poss^de enfin, rue Sainte-Isaure n<» 17, 
pr^s de la mairie de Montmartre, un si^ge social inamovible, il le doit k 
une ingenieuse et tr^s bardie combinaison. 

Ne pouvant etre locataire, pour des motifs qu'on devinera ais^ment, la 
Ligue fraternelle de Montmartre a eu Tid^e g6niale de devenir proprietaire. 
Elle a constitue une societ6 anonyrae immobilifere; cette society a achete 
un vaste terrain, rue Sainte-Isaure, et elle y a eieve une salle, qu'elle ox- 
ploite actuellementet dans les d^pendances de laquelle elle a donnei'hos- 
pitalite au « Vestiaire ». 11 est bon d'ajouter que, pour^carter tout soup^on 
de speculation, cette societe s*interdit de servir k ses aclionnaires d'autre 



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VARI6t£S. 269 

inUr^t que Fint^r^t minimum fix^ par la Loi, et reserve les b^n^fices faturs 
i ses (BQvres de bieniaisance, ce qui, on en conviendra, se lit rarement 
dans les statnts des soci^Us immobili^res. 

Enr^ome, s'il a prosp^r^, s'il a dur^, si M. le President de la R^pu- 
bliqne, qui demi^rement fondait le vesliaire de la maison d^partementale 
de Kanterre, vient de I'bonorer de sa souscription, si le Gonseil municipal 
de Paris lui accorde une subvention annuelle, le « Vestiaire » le doit k la 
foi imperturbable de quelques bommes et k leur ferme resolution de ne 
setfrayer devant aucun obstacle. 

Afin de laisser k son oeuvre I'enti^re disposition des ressources obtennes 
de la charity pnblique, a laquelle elle fait un incessant appel, la Ligue 
fraternelle a pris k sa charge la totality des d^penses qu'entraine son fouc- 
tionnement ; en outre, les divers emplois que celui-ci n^cessite (tenue de 
livres et caisse, reception bebdomadaire des indigents et jusqu'^ Tessayage 
des T^tements), sont remplis, — gratuitement cela va sans dire, — par 
certains roembres de la Commission executive de la Ligue. 

C'esl ainsi qu'a ^t^ r6solu le probl^me de consacrer int^gralement le 
montant des dons en argent et celui des cotisations des membres hono- 
raires 4 Tacquisition d'efTets d'habillement et de n'en pas distraire un cen- 
time poor ces frais d'administration, sous le poids desquels ont succomb^ 
taut d'institations de bienfaisance. G'est ainsi que pendant les deux der- 
nitres ann6es, le Vestiaire a pu donner, avec de tr^s faibles mojens, des 
r^sultats qui ont d^pass^ les esp^rances les plus optimistes. 

En 1895, en efTet, il a recu une somme de 444 fr. 35 et 681 objets, et il 
en a distribu6 421 ; 

Eq i896, il a recu une somme de 212 fr. 85 et 754 objets, et il en a dis- 
tribue 566. 

An 31 d^cembre 1896, il restait en magasin 668 objets, la plupart, 11 est 
▼rai, inulilisables ; car certains de nos donateurs n'ont pas compris que, si 
nous leur demaudons leurs vieux vdtements, nous ne leur demandons pas 
cependant ceux qu*il n'est mSme pas possible de r6parer. 

En somme, le « Vestiaire » a pu r6partir, d. la date actuelle, plus de 
1 2O0 effels d'habillement k environ 600 travailleurs. 

^ux-ci, comme on pourrait le croire, ne sont nullement recrut^s dans 
la classe ouvri^re, qui n'est representee dans ce nombre que par quelques 
▼ieillards et desinflrmes, et par bien peu d'hommes valides. La classe des 
employes de commerce est celle qui fournit lalpresque totality des soUici- 
tenrs, sion excepte pourtant quelques artistes, des bommes de lettres et 
des professeurs. 

Lecommerce estdonc redevable k I'cBUvre du« Vestiaire »d*uneaide que 
jnsqa*k present, celle-ci lui prfite gratuitement; car,jusqu'^ present, peu de 
commercantsont lules appelsft euxadress^s en faveurde leurs employes, qui 
cherchent desesperement une place et qui n'en trouvent pas faute de vete- 
ments. Parmi les grands magasins, par exemple, un seul s'est rencontre 
pottr envoyer quelques objets, deux pour envoyer une somme d'argent insi- 
Snifiante, mais aucun n'a eu I'idee de donner un de ces vdtements en soldo 
^8ont?endus k des prix derisoires, simplement pour sauvegarder un prin- 
cipe d'^conomie commerciale; 



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270 RKVUE PUILANTHROPIQUE. 

Les donaieurs du « Vestiaire. «, en dehors des pouvoirs pnblics, sont ces 
personnes qu'on retrouve partout oil il y a une soufTrance humaine k 
soulager et qui n'ont pas besoin, pour en dtre touch6es, de voir la mis^re 
deTant leurs yeux et d'en ^prouver la seusatton importune d'horreur phy- 
sique. 

A ces Yolontaires de la charity, le « Vestiaire » n'ose mSme pas dire 
merci, de peur d'ofTenser la pudeur exquise, avec laquelle ils n'appr6cient 
dans leurs bienfaitsque cequi en demeure ignore. 



Un noaveau Patronage. 

Un Patronage int^ressant et peut-^tre utiles signaler, s'est form^ depuis 
trois ans dans une ^cole de jeunes filles, k Paris. Les Patronnesses sont 
dg^es de quinze k dix-sept ans ; leurs pupilles en ont de dix k douze. Celles- 
ci choisies parmi les ^i^ves tr^s pauvres d*une 6cole commanale du voisi- 
nage, vont chaque semaine, le jeudi, passer quelques heures k I'^cole de 
leurs grandes amies, qui, k tour de rdle, viennent travailler k Taiguille, 
causer et jouer avec elles. Lk ne se bornent pas les rapports des jeunes 
filles riches ou aisles avec les enfants moins bien partag^s. Des groupes de 
deux ou trois grandes jeunes flUes adoptent une petite fUle, I'aident dans 
son travail scolaire, se font au besoin ses r^p^titrices pour les lemons « dif- 
flciles », se prominent avec elle un dimanche ou un jour de €ong6 — et, 
devenues ainsi les cicerones d'enfants plus jeunes, apprennent pour leur 
propre compte, k visiter utilement musses et monuments. 

Depuis le mois d*octobre de cette ann4e une partie de la stance du 
jeudi est employee k un cours de chant. On devient ambitieux et Ton r^ve 
de chanter de beaux chceurs ensemble. On a aussi abandonn6 la couture, 
tr^s bien enseign^e k I'^cole primaire, et Ton s'ing^nie k des travaux 
d'agr^ment destines k produire de ces objets dont laprincipale utility con- 
siste k 6tre jolis. 

Du chant, des travaux d'art k des enfants pauvres ! Ne risqne-t-on pas 
de leur donner des godts de luxe, et leur pauvret^ n'en paraitra-t-elle pas 
plus triste? 

Nos jeunes filles ne Tout pas pens^. Dans la vie des pauvres, ce qui les 
afQige surtout, c'est moins la lutte quotidienne pour le pain, le toit, le v^- 
tement, que la difficult^ de jamais sentir et goMer ee qui est beau, ce qui 
seul en fait le charme et la valeur de la vie. Elles avaient essays d'accom- 
pagUjBr le travail k Faiguille de lectures simples ou mSme de r^cits agr^a- 
bles. Mais I'^ducation de nos petites ^l^ves d'^cole commuoale est sur ce 
point si nulle, leur vocabulaire est mdme si restreint, que lectures et recits 
ont dd Hre abandonn^s, les enfants n*y prenant aucun int^rdt. La musique 
r^ussit mieux et par elle un rayon p6n6trera peut-dtre dans ces petites 
Ames. 

Quant k la confection d'ouvrages de fantaisie, c'est une bonne lecon 
de soin, de propret^ raflQn^e, d'ordre, de sym^trie, sans parler du plaisir 
d'omer unint^rieur m^mepauvre, surtout pourvu d'objets ^l^gants qui ne 
codtent gu^re que du travail et de Tattentiou. 



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VARlfeTES. 271 

Uestbon de remarquer que ce petit Patronage impose fort peu de d^- 
peose. La pins grosse, ce sont les vacances des petites ilUes go 'on envoie 
passer chaqne annde trois semaines k la campagne; il fauty ajoaterl'arbre 
de NoSl, occasion de Les habille r et le petit service medical indispensable. 
U a falla, en effet, s'assurer avant tout que les petites illles de T^cole 
commonale n'apporteraient k leurs amies aucun vilain microbe. Deux 
dames, Tune docteur en m^decine, Tautre fort avanc^e dans ses etudes m& 
dicales, se partagent les families 4 visiter chaque semaine, la veille du 
joar de reunion et ne permettent aux enfants de s'y rendre qu'apr^s s'^tre 
assur^es non seulement de leur bon ^tat de sant4 mais de celui de la fa- 
mille. L'une des deux dames seule est r^tribu^e. 

A la suite d'une lecon sur la charity on avait demand^ aux Slaves de 
l*£co1e *** comment des jeunes flUes ne poss6dant rien par elles-mdmes, si 
ce n'est de la bonne volont^ et un peu de temps libre, pourraient prendre 
cependant one part directe, personnelle k la lutte centre le mal, la souf- 
france, la mis^re. Ne peut-on pas dire que leur Patronage r^pond assez 
bien k cette question et d^sirer que leur exemple soit suivi par d'autres 
jeunes fiUes des classes aisles? Elles ne peuvent s*occuper que d'un fort 
petit nombre d'enfants ; mais que d'autres petites soci^t^s se ferment dans 
le m^me esprit, n'y aura-t-il pas \k ^change de bonne volenti, de bons sen- 
tifflents, en un mot beaucoup de bien produit simplement, sans bruit, sans 
peine? 



Dotation de la Jeunesse de France. 

De toutes les ceuvres de creation r^cente, une de celles qui a obtenu le 
succ6$ le plus retentissant au cours de cette ann^e, est certaioement la 
Mation de la Jeunesse de France. 

N^e dans les derniers mois de 1895, elle a en effet d6}k groups autour 
de son drapeau, bumanitaire, patriolique et familial, plus de 30000 enfants 
dans 712 villes ou villages de France ou d'Alg6rie. 

Les soci6t6s mutuelles ant^rieures s'6taient pr6occup^e8 d'assurer le 
pain de la vieillesse; il y avait place pour une autre institution qui ne 
nuirait en rien a leurs atn^es dont elle ne serait en quelqne sorte que la 
preface. 

Les fondateurs ont pens^ qu'^ cdt^ de la r^colte des grains, des fruits, 
des vendanges vermeilles, il y avait une moisson de fleurs k recueillir, et 
que le printemps de la vie devait s'ouvrir pour les d^sh6rites de la fortune, 
plein de soleil et plein de roses, car tous ne vont pas jusqu'^ la vieillesse, 
tandis que tous peuvent pr^teodre voir luire la vingti^me ann^e. 
De cette id^e attrayante et r^confortante est n^e : 

La Dotation de la Jeunesse de France, 

Sans doute, il est sage de penser k la vieillesse, c'est^^-dire I'dge cri- 
tique, oii rhomme apr^s avoir accompli son dur labeur, se voit contraint 
de laisser tomber de ses mains d^biles Toutil qui Ta fait vivre jusque-1^ et 
qui ne pourra plus le nourrir; mais il est permis de songer k cette 4poque 



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272 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

de la vie, oii le coeur s*ouvre k TamoDr, oil les jeuaes gens pensent au ma- 
nage, k faire souche de citoyens, k s'uiiir pour supporter plus facilemeDt k 
deux, le poids du joor, des peines et des chagrins. 

lis sont 16gion, ceux qui ne peovent — faute d'un modeste p6cule — 
mettre k execution ce rfive, qui comblait leurs vcbux les plus chers. 

Gombien est difficile pour les jeunes filles sans fortune, le moment de 
Tentr^e en manage. Si Ton ne redoute pas la misfere, il faut s'endetter 
lourdement pour faire face aux exigences de la plus modeste installation 
et sans espoir de se remettre k flot, surtout s*il survient un enfant I'ann^e 
d'apr^s, lot commun aux nouveaux mari^s. 

Les fondateurs ont trouv^ un moyen bien simple de constituer une dot, 
qui permettra d'envisager sans crainte T^poque du mariage. 

Pendant dix ans, au minimum, plus, si vous le d^sirez, les parents 
versent cinqnante centimes par roois. Gette somme sera grossie par leg 
lib6ralites des membres donateurs, fondateurs, des conseiliers municipaux, 
g^n^raux, des subventions minist^rielles et aussi par les demissions des 
membres actifs, rint^rSt du capital plac^ en rentes sur TJ&tat, ou en valours 
de tout repos, le produit des fdtes, concerts, representations, etc., etc. 

Gette institution semble digne d'etre encourag6e par les hommes qui 
s'occupent de philanthropic et de mutuality. Les mutualistes ont remarqu6 
son caractSre moral, qui assurait aux orphelins la m^me dot qu'aux plus 
heureux qui auraient conserve leurs parents. 

Les patriotes ont constate son r6le special, puisqu*elle viendra bientdt 
augmenter de cette dot, la prime de rengagement des sous-ofGciers et 
soldats, et accrottre ainsi le nombre de ces veterans que son President 
d'honneur, M. Mezieres, president de la commission parlementaire de 
Tarmee, a toujours souhaite de voir eucadrer les jeunes. 

lis y ont vu un moyen de iavoriser la natalite en augmentant le chifTre 
des unions legitimes de nos enfants. Les moralistes ont vu dans notre in- 
stitution, la faculte de preserver, dans nos grands centres, les jeunes filles 
du contact dissolvant de I'hdtel ou de la maison meubiee en |leur permet- 
tant de constituer leur modeste menage et en leur evitant Texploitation de 
certaines maisons de vente d. credit. 

EnGn les esprits clairvoyants, ceux qui recherchent le bien sans vanite, 
ne tarderont pas k entrevoir la haute mission de reconciliation sociale, 
puisque dans notre oeuvre on voit des patrons dotant des enfants d'ou- 
vriers, des ouvriers entre eux dotant les enfants de leurs camarades. 

\o\ik les grands caracteros qui ont valu k cette oeuvre les precieuses 
adhesions de MM. Magnin, vice-president du Senat, gouverneur de la 
Banque de France; Poincare, Deschanel, vices-presidents de la Ghambre 
des deputes; d'un grand nombre de membres du Parlement; des notabi- 
Htes de la magistrature ; de plus de 600 maires ou conseiliers municipaux 
de Paris, sans distinction de partis; de philanthropes comme M. le comte 
de Ghambrun, de grands industriels comme MM. Meunier et Leon Edeline ; 
de maitres de forges comme M. Georges Holland, ingenieur en chef des 
mines, le comte de Saintignon, et les barons d'Huart freres ; et c'est pour- 
quoi nous avoiis demande k la Reoue philanthropique de signaler cette in- 
stitution digne de sympathies k ses lecteurs. Z. 



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VARI^TfeS. 273 

A propofl de la Pu^riculture 4 bon maroh^. 

COMMUNICATION DU DOCTEUR NAPIAS 

A la suite de la discussion ^laquelle a donn6 lieu devant laSo- 
ci6t^ de mddecise publique le m^moire de M. le docteur Bertillon 
SOT la pa^ricuUure k bon march6 et des critiques dirig^es centre 
M. le docteur Pinard centre rallaitement artiflciel, M. le D** Henri 
Napias a d^fendu le lait st6rilis6 centre le proc6s de tendance qui 
Im est fail ; il a trac6 une jolie page d'histoire que nous aurions voulu 
reproduire en son entier (1), mais dont nous publions la plus grande 
partie. 

Aprts avoir rappel6 le plaidoyer c616bre de J. -J. Rousseau en fa- 
veur de rallaitement matemel, notre savant coUaborateur poursuit 
en ces termes : 

J.-J. Rousseau ne faisait que reprendre ce qui avait 6i^ dit avant lui et 
tantde fois! 11 puisait notamment dans un livre du D' Desessartz^ qui avait 
para deux aus avant V6mUe et dont Piron Im avait remis un exemplaire 
dclaparlde Tauteur. Ilparlail du charme de son style, des v6rit6s trop 
connnes, sou vent dites avant lui depuis des si^cies, et souvent avec force, 
et trop souvent aussi sans succ^s. 

Dans on de ses int6ressants volumes si document's sur La vie privie 
d^Qutrefois (2), Alfred Franklin rappelle ces campagnes successives en fa- 
venr de rallaitement maternel et il montre que Fhabitude pour les m^res 
de con6er les enfants k des nourrices mercenaires est fort ancienne : 

« Le Roman de Robert le Diable, dit Franklin, 4crit au xiii« si^cle, nous 
apprend que ce fut une 'trangfere qui offrit son sein k ce I'gendaire 
gaerrier. » 

Quant li efens ot pris baptesme, . 
Et sell et oile et eve et cresme, 
Dont li fait noriches venir 
Pour allaitier et por norir. 

Franklin aurait pu ajouter que, apr^ quelque temps, Robert le Diable, 
qui mordaitses nourrices, fut tout simplement nourri au biberon. 

Les noriches eel aversier 
Redoutent tant h alaitier 
Uny cornet li affaitdrent 
Oncques plus ne TaUaictdrent. 

^cornet €imi un biberon primitif ; j'ai signal^ dans un rapport sur 
iAsastance publique k I'exposition de 1889 (3) que c'^tait sans doute une 

(*) Voir io il«OT«? d'hygiSney n» du 20 octobre 1897, n" 906 etsuivants. 
W A. PaAXKUii, VEnfant, Paris, Plon, 1896. 
1^) Happort de Juny de la Glorce, 64. 

•*^^ PHILAHTflROPIQVE. — H. 18 



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274 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

come de vache dont la pointe ^lait remplac6e par une t^tine de par- 
chemiii. 

Ainsi, dis le xiii* si^cle, voici d6j& que raliaitement artificiel remplace 
I'allaitement maternel. — Saint Louis, tout roi qu*il 6tait et tout saint qu'il 
est devenu, a et6 nourri par une femme venue de Picardie, Marie la Pi- 
carde, ainsi qu'il resulte des recherches de M. Tardif (1). 

Mais on pourrait remonter beaucoup plus haut encore et fappeler que 
les tombeaux des enfants de Tepoque gallo-romaine renfermenl des bi- 
berons deterre (gutti). ^videmment, les Gaulois n'avaient conna cet arti- 
fice que par les Romains : la civilisation ne va pas sans abus ; ce n'est pas 
toutefois une raison sufflsante pour la maudire et d'ailleurs je ne crois 
pas devoir remonter aussi haut daus I'bistoire. Je rappelle seulement que 
le biberon ne se retrouve pas pendant la periode m^rovingienne et le com- 
mencement de la p^riode carlovingienne; le Roman de Robert le Diable 
nous montre 6tabii I'usage du cornet au xiii* siScle, le vrai biberon ne se 
montre gu^re de nouveau qu'au xv» si^cle. 

Alors, en efTet, on a perdu Thabitude de Tallaitement maternel, au 
rooins dans un certain monde; Franklin (2) qui nous I'apprend en cherche 
les raisons et les trouve dans le Jardin des NobUs, ceuvre manuscrite de 
I'austere franciscain Pierre des Gros : « La premiere, pour ce que ce n'est 
pas la coutume de nourrir; la seconde pour plus garder leur beaute et 
frescbet^; la tierce, pour plus prendre esbatement k leurs maris, et c*est 
incontinence. » 

Le mal ^tait connu, vous le voyez, et d6j& des m^decins le signalaient et 
s'efTorcaient de le combattre; et desauteurs, quidevan^aient J.-J. Rousseau 
de deux si^cles, disaient leur fait aux m^res oublieuses de leurs devoirs. 
Le po^te Jean Rouchet, en 1545, le leur rappelait en vers : 

Apres qu'elle a son enfant enfant6. 
Si bs t^tins a du laict h plants 
Ou a suffire, m^re doit par nature, 
Et selon Dieu, h son fnilct nourriture. 
Dieu ne lui a laict et t^tins donnez 
Pour ses plaisirs fols et d^sordonnez 
Mais pour nourrir son fruict de sa mammelle. 

11 est vrai que d^j5, les femmes trouvaient des complaisants pour les 
excuser et'pendant que Jean Bouchet les gourmandait comme je viens de 
dire, le cbanoine (luillaume Coquillard, tra^ant un portrait des plus natu- 
ralistes de la femme qui s'est faligu^e a nourrir, disait de son c6t^ : 

Ainsi ce n*est pas chose vaine 
Si femme mignote et f^tisse 
De peur d enlaydir en la peine, 
Reffuse k devenir nourrice. 

(l)Inventaire des monuments historiques conserves aux Archives nationales. 
Carton des Hois, n« 1748, p. 423. Voir aussi VHisloire de Blanche de Castille, par 
felie Bergcr, p. 21. 

(2) Fraxklin, la Vie pnve'e d'autrefois; VEnfant, Paris .Plon, 1896). 



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VARlfeTfeS. 215 

Apr^s les pontes, les prosateurs. Franklin cite an passage curieux 
d'Henri Eslienne sur ce sujet : 

(( Je sais maintenant en doute si je me doy taire des femmes qui aban- 
donnent leursenfants aux premieres nourricesqu'el]esrencontrent...etqui 
depois les avoir mis en leurs mains, n'y pensent gu^re, ou du tout point, 
si Qon k i'heure qa'on lear vient dire les nouvelles de la mort de ces 
povres nourrissons. 

« Si je n'ose dire que telles mdres sont meurdrifires (et principalement 
qaand ceci se fait parcelles qui n'ont point excuses legitimes, les dispensa et 
de faire elles-mesmes office de m^re), je ne feray point de difficult^ de 
dire jusque \k (et s'en scandalise qui voudra, car il me suffit de n'offenser 
point les femmes de bien), qu'elles font pis que les payens et payennes qui 
exposoyent leurs enfants. Gar si elles all^quent que tons les enfants de 
ceux qui tombent ainsi entre les mains des nourrices ne meurent pas, je 
leur r^pondray qu'aussi ne mouroyent pas tons les enfants qui estoyent 
exposez. Ainsi avenoit k plusieurs des rencontres qui les faisoyent heureux 
toute leur vie : au lieu que ceux qui sont en la charge de telles vilaines, 
s'ils De meurent bien tost apr^s, pour ie moins en rapportent des maux et 
des maladies qui les rendent, aucontraire, malheureux pour tout le temps 
deleur vie (1). » 

N*estr<;e pas \k la preuve du d^laissement de Fallaitement matemel au 
XVI* si^cle? Alors comme aujourd'hui, on admiraitles femmes courageuses 
qni nourrissaient leurs enfants elles-m^mes, mais on ne les imitait gu^re. 

11 y arait pourtant d6ji des m^decins qui, comme mon ami Pinard, 
parlaient ^loqueroment en faveur de I'allaitement maternel et qui, s'ils 
n'avaient pas comme Henri Estienne Texp^rience personnelle d*un homme 
qni a en 3 femmes et 14 enfants, avaient Texp^rience d'une clientele nom'- 
brense; 6coutez de Laurent Joubert cette citation, que Franklin nous 
donne, et qui est d'un si joli langage que j'ose penser que vous ne la trou- 
verez pas trop longue : 

« Pensez-vous que la natore ayt donn6 aux femmes des mammelles pour 
omement de leur poitrine et non pour nourrir leurs enfants? Ne sont-ce 
pas femmes prodigieuses celles qui travaillent a tarir et estaindre cette 
trts sacrte fontaine du corps, nourrice du genre humain, et mesmement 
avec danger de leur personne, k cause du retour et de la corruption du 
laict? Quelle diffi^rence y a-t-il de cette folie k la forcenerie de celle qui 
s'efforcent, par certaines meschantes inventions, de se faire avorter, k ce 
que la lizeur et polie planure de leur ventre net vienne ei se corrompre, qu'il 
se fendille, s'estende et amplie de la pesanteur du fardeau et du travail de 
I'enfantement? 

« Si les femmes s^voyent quel plaisir il y a de nourrir ses enfans, duquei 
jouyssent leurs nourrices ; elles se loueroyent plus tost k nourrir les enfans 
d'antmi que de quitter les leurs... » 

« Les femmes s'excusent sur leurs marys, aux quels elles sont (comme 

(1) Apologie pour H^odole (cit6e par Franklin). La premifere edition est de 
*556, 



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; REVUE PHILANTHROPIQUE. 

ivent estre) subjectes. Car il y a plusieurs marys qui ne veulent pas 
yr ou endurer le bruit et la tintamarre que donnent souvent les 
fans. » 



Malgr6 ces objurgations pressantes, les choses ne s'am^liorent pas. 
Lude Joly, en 1667, nousapprendqa'ilse trouve encore quelquefois dans 
petites villes « de bonnes et bonnestes damoiselles qui ne tiennent 
nt k deshonneur de rendre k leurs enfants ce bon ofQce que la' nature 
ir ordonne (2) ». 

Le doyen de la Faculty de m^decine en Tan 1708, Philippe Hecquet 
>rend la m^me th^se et, tout comme fait aujoord'hui le professeur 
lard, 11 soutient que Texcuse tir^e de lafaiblesse dela m^re ne saurait 
e accept6e (3) ; etil se livre k des calculs d*une physiologie un pen fan- 
siste pour le d6montrer. 
Quels r^sultats obtiennent-ils pourtant? 

Bien petit, sansdoute, puisque dix ans apr^s, en 1718, Dionis, dansson 
liU general des accouchements pent ^crire : « Aujourd'hui, non seule- 
nt les dames de quality, mais encore les simples bourgeoises et les 
imes des moindres artisans ont perdu Thabitude de nourrir leurs en- 
ts. » 

Voila oti on en ^tait au xviii" si^cle et Franklin remarque (4) juslement 
alorsun Talleyrand, un Lauzun, ou bien une petite bourgeoise comme 
^ Roland dtaient habituellement mis en nourrice. 
Faut-il pourtant dire que le public ne puisse 6tre jamais touchy par de 
mes raisons? Certes, non, et ce qui le prouve c'est que Tapparition de 
nile, en 1762, fit une veritable revolution si bien qu'on constata une 
rudescence de tendresse maternelle et qu'un certain nombre de 
imes, un grand nombre m^me au t^moignage de Desessartz (5), se 
^ent k allaiter leurs enfants. Tout le monde voulait faire son devoir et 
icrifier ses plaisirs; Marie-Antoinette, devenue grosse en 1778, disait k 
;sone qu*elle voulait vivre en m^re et nourrir son enfant, si bien que 
md elle accoucba, le 19 d^cembre, il y avait \k trois nourrices qui 
mdaient le nouveau-n6. Les bonnes resolutions avaient disparu tout k 
ip et S^bastien Mercier, dans ses Tableaux de Paris, disait tranquille- 
at : « Pendant un temps les femmes ont voulu nourrir elles-m^mes ; 
is ce n'^tait qu*une mode, elle a pass6. » 

Pour moi je ne doute pas qu'on arrive k r^tablir cette mode et k la 
e durer et qu'on ^coute aujourd'hui, s'ils savent parler fort, les hygi6- 
es, les accoucheurs, les conseillers sinc^res et autoris^s, les hommes 
ants et ^loquents comme Piuard qui leront mieux certainement que le 
losophe de Geneve assez mal qualifl^ pour parler des devoirs des pa- 
ts envers leurs enfants. 



1) Ca. JoLY, Traits de la nourriture des petits enfants, etc, 

2) Hecquet, De VindScence aiix hommes d'accoucher les femmes. 

3) Franklin, loc. cit. 

4) Desessartz, loc. cit. 



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VARlfiTfeS. 

C'est une campagne qu'il faut reprendre et contiouer longtemps 
se lasser. 

Mats il ne faut pas oublier, d'autre part, que Telat social aclue 
particuli^rement defavorable k rallaitement maternel dans la classc 
vriftre, c'est-ft-dire dans la partie laplas nombreuse de la population, 
est deplorable ; je ie d6pIore pour mon compte tout autant que mon 
Pinard, et je g^mis de ny pouvoir rien changer. Les circonstances 6c 
miques, les lois de la production industrielle sont destructives de I 
mille et j'appelle de tous mes vqbux Ie temps b6ni oh les femmes sera 
comme elles doivent fitre, les m^res, les nourrices, les ^ducatrice 
Tenfance, les gardiennes du foyer, et noa les rouages surmen^s c 
grande machine industrielle et commerciale. Mais ce temps viendra 

En tout cas, n'est-il pas loin encore? et en attendant ne fant-il 
qu'aux femmes que les habitudes sociales privent du devoir et des pl< 
d*6tre nourrices, alors mSme qu'elies Ie d^sirent et Ie veulent, nou 
sions : qu*au lieu de donner d leur enfant un lait quelconque oil fermente 
$e eultivent les germesdes maladies graves et mortelles,il faut donner di 
sUrilisi, 

Ce n'est pas I'id^al ; ce n'est pas Ie respect de la nature, c'est 
transaction n^cessaire; c'est un pis-aller, comme dit Tarnier, qu'il 
conseiller pourtant apr^s qu'on a constats que Fallaitement par la i 
n'est pas possible et que des circonstances sociales, barbares etcru 
sans donte, mais trop certaines, h^laslempdchent quelquefois les n 
de donner Ie sein k leur enfant. 



Les Prix de Vertu. 

DISCOURS DE M. JULES CLARETIE 

11 nous est impossible, k notre grand regret, de publier in extei 
brillant discours de M. Jules Claretie k TAcad^mie francaise sur les 
de vertu, mais nous tenons k en reproduire T^Ioquente p^roraison. 

« Votre rapporteur, contraint de r^editer, comme chaque ann^ 
qn'ont dit ses pr^d^cesseurs, craindrait, messieurs, je Ic r^p^te, de 1 
votre patience en ^num^rant tous les d6vouements que lui r^vfele la Ie 
de ces dossiers. Vous en trouverez la liste, vous en pourrez lire Ie r6cit 
ce livret des actions vertueuses qui est comme Tannuaire du d^vouei 
J'anrais pu rencontrer chez chacun de vos laur^ats un aussi grand no 
de traits ^mouvants, autant de noblesse instinctive, autant de verti 
peu uniforme peut-6tre. 

« Car, il faut bien I'avouer, Ie moule des verlus semble toujours Ie m 
da moins, s'il est U86, laisse-t-il de Tor pur au fond du creuset, et 
crime, plus vari6 et plus ing^nieux, trouve des raffinements de f6roci 
si je puis dire, se perfectionne plus que la vertu, c'est peut-6tre q 
vertu a tout de suite atteint la perfection absolue. Seulement, je song( 
effroi que les causes c^i^bres, les grandes affaires qu'un ironiste e 



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278 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

appelait les beaux crimes, font in^vitablement, et dansune proportion ma- 
th^matique, monter ]e tirage des journaux; et je ne suis pas bien siir qae 
la publication quotidienne du r^cit des belles actions et des rapports sur 
les prix de vertu ne le ferait point baisser. 

(( Le pessimiste Nietzsche, qui voit un signe de decadence dans une mo- 
rale altruiste, a 6crit : « On manque du meilleur des instincts quand on 
commence k manquer d'^goi'sme. » Vos laur^ats, messieurs, je dois le re- 
counattre, manqoent de cet instinct raffing. Ge sont des decadents k leur 
mani^re, ils s'en tiennent modestement k I'amour et au respect de la beauts 
morale. Ge sont des naifs aussi et qui consentent k vivre dans un triste 
monde, celui des d^sh^rit^s et des souffrants. 

« Gar ces paralytiques, ces impotents, ces aveugles, ces d^biles sont 
comme une cour des Miracles de la soci^l^; mais ces miracles, c'est la 
charity qui les fait. Et il est bon qu'il y ait, en ce monde, quelques specta- 
teurs attendris et quelques juges sp^ciaux par qui Ja mis^re soit signal6e, 
honor^e dans ses actes, car, en montrant les diverses facons de la conso- 
ler, on pent faire naitre aussi, par Texemple, le g6n6reux desir etl'app^tit 
de la vaincre. Le paup6risme, dont Textinction, probl^me social redou- 
table, est le rfive g^n^reux des philanthropes, ces braves gens que vous 
couronnez ne le d^truisent pas, h^las! — la charity n'est qu'un palliatif 
— mais les mis^res sontd6ji consoldes quand les mis^rables sentent qu'on 
les aime et qu'on les aborde fraternellement avec un sourire d'amour et 
de piti6. 

a Et c'esl pourquoi il est utile que vous c616briez trfes haut les vertus de 
ces messagers de fraternity. Le huis-clos est souvent mauvais. Autour du 
crime, le myst^re qui en enveloppe les secrets permet de former parfois de 
dangerenses l^gendes, inqui^tantes pour la conscience publique. Vous 
n'avez pas de huis-clos pour vos h6ros et ces actions qui s'accomplissent 
dans Tombre, vous les saluez en pieine lumi^re. EUes ne demandaient pas 
mdme cette recompense. Aucun de vos laur^ats n'a place sa vertu en 
viager. 

« II m'en a coi!lt6 de me s6parer de ces dtres vraiment sup^rieurs en leur 
obscurity poignante, pour reprendre, dans Texistence de tons les jours, la 
vie accoutum^e. Je m'6tais habitu6 k consid^rer le monde comme une reu- 
nion de h6ros et d'h^roines, et je me demandais pourquoi le roman et le 
th^dtre, dont les fictions sont parfois plus puissantes sur la foule que la 
reality mdme, ne nous montrent pas plus souvent le spectacle de ces su- 
blimes devouements, au risque de subslituer au vice en chapitres et en 
actes la vieille morale en action. 

« Je crois bien que la grande tristesse et la d^sesp^rance un pen faciice 
qui s'abattent sur certaines Ames s'att^nueraient siuguli^rement si lesirUel- 
lectuels, comme ils se nomment, dirigeaient leur attention vers ces humbles 
qui semblent avoir pris pour devise : « Gharit6 bien ordonn^e commence 
par autrui ». Et si la liste est longue des vertus que vous avez pu r^com- 
penser, plus longue serait celle des vertus anonymes que nous ignoronset 
qui fleurissent dans Tobscurite. On ne les voit pas, elles ont la discretion 
et la pudeur de leur h^roisme. II est d'admirables femmes qui gravissent 
les escaliers des pauvres, p^n^trent dans les mansardes, soulagent les mi- 



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VARlfeTfeS. 279 

s^res et laissent aprSs elles le souvenir de leurs bienfaits sans laisser Leur 
nom. Lesmalheureux disent d'elles : « Cest cettedame qui vient quelque- 
fois. » Ou encore elles prennent un faux nom, comme M°^° de Lamartine 
qui faisait le bien sous un ipseudonyme. Je parlais des vertus cach^es, des 
tertas instinctives dont ne se rendent mdme pas compte ceux qui les pos- 
sMenU Qu une occasion arrive, qu'une catastrophe survienne, alors ces 
tertns ^clatent, soudaines, irr^sistibles, inoubliables. Les proverbes, pessi* 
mistes aussi, pr^tendent que I'occasion fait le larron. Dans Tordre ciyique, 
dans Tordre miiitaire, ou la vertu s'appelle d'un mot tr^s simple, le devoir, 
partout, roccasion fait aussi des h6ros. Ne I'avons-nous pas vu, messieurs, 
dans ce tragique jour d*^pouvante, dont la date sera toujours pour Paris 
iin souvenir de deuil, lorsque les ilanunes du Bazar de la Charity consu- 
Di^rent, en quelques minutes, tant de creatures humaines, le matin sou- 
t^^%, heureuses, loutesallant au rendez-vous de Ubonte, les unes pour 
wndre, les autres pour acheter? En mdme temps que le sentiment d*hor- 
rearunissait tons les cceurs, le d^vouement inn^ qui git au fond des dmes 
poossaitdes spectateurs, des passants, k sauver leurs semblables et lamdme 
minnte qui faisait tant de victimes innocentes faisait aussi des h^ros im- 



• Elles d^veloppent imm^diatement, ^lectriquement, le sentiment de la 
solidarity humaine, ces grandes occasions de deuii qui sont comme les 
grands joars de la pitie. Plus de rangs; on s^aborde, on se parle, on s'en- 
tr'aide; pareilles aux grandes catastrophes nationales, ces heures d'6pou- 
Tante font les ccBurs confondus dans une mSme ^treinte, et c'est alors 
qn*apparaissent comme entour^s d'une aureole de flamme on de temp^tes 
les impulsifs de I'h^roi'sme, les entSt^s du sacrifice et du d^vouement. 
Ceux-)^, tout Paris sait leurs noms. Les recompenses, les m^dailles et les 
croix brillent sur leurs poitrines, et Thorrible journ^e a du moins permis 
de mettre en lumi^re de braves gens, comme elle nous a permis d'unir, 
<luis noe mdme admiration douloureuse, ceux qai sont morts, 1^-bas, de 
cette mort atroce, ces femmes, ces jeunes fllles, ces enffiints, toutes ces 
mariyres, k Theure oili la destin6e rdunissait dans une promiscuity lugubre 
one princesse royale et une fille du peuple, de ferventes chretiennes et des 
isra^Iites, une nihiliste et des soeurs de charity. Et dans ce tas afTreux et 
snblime, Fadmiration humaine n'a pas eu k reconnaltre les siens. Elle les 
a salons, elle les a honoris, elle les a pleur6s, Elle ne les oublie pas!... 

• Onserait presque tent^ de trouver k ces ^preuves sinistres, immerit^es, 
Kroces, comme k toutes les 6preuves humaines, guerres, 6pid6mies, mas- 
sacres, une sorte de farouche consolation en calculant I'esp^ce d'^closion 
spontan^e de d6vouements qui marque aussi les heures maudites de ces 
^catastrophes. La fraternity dans la mort enseigne la solidarity dans la vie 
«t le malheur fait soudain briller certaines vertus comme la nuit fait scin- 
^Uer les eloiles. Le coear homain a des ressources profondes, secretes et 
sacr^es, pour opposer la contagion de la charit6 k la contagion de la mi- 
**w. Parfois est-il dupe : le mendiant, frfere Cain du malheureux, exploite 
«tt nous ce que le xvih« si^cle appelait d'un nom charmant, la sensibility 
«tce que nous nous nommons tout simplement la bont^. M. do Montyon, 
^ ful sensible, connaissait le prix des vertus cach^es et n'ignorait pas le 



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280 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

pouvoir des vertus publiquement c616br6es. II ne s'agit pas ici de doaner 
raison au m6chant motde La Rochefoucaald : « La yertu n'irait pas loin si 
la vanity ne lui tenait compagnie ». II n'est point question de vanity, mais 
de justice. Qui, « il faut qu*uue action louable soit lou6e ». Peut-^tre le 
souvenir de quelque d^vouement fera-t-il nattre dans d*autres dmes Tam- 
bition, I'app^tit d'un sacriflce nouveau. En attendant, admirons ceux que 
nous couronnons aujourd'hui. Qui ne se sentirait un peu humili^ par ieur 
grandeur inconsciente? Toutes les belles phrases ne valent pas la plus 
simple de leurs belles actions et il y aurait uu moyen plus certain d'hono- 
rer nos laur6ats — un moyen h^rolque que je n'oserais proposer — ce 
serait de les imiter. Gontentons-nous de les saluer bien bas et de nous 
rappeler, au moins jusqu'ii demain, les noms vSn^rables de ces bons sau- 
▼eteurs et de ces filles braves qui nous apportent, si je puis dire, desann^es 
de d^vouement et k qui nous donnous, en ^change, une gloire d'une heure, 
un 6ioge d'une minute. Mais quoi I ils ne demandaient mSme pas cela, ils 
n'esp6raient rien!... ils faisaient le bien pour le bien; ils ne souhaitaient 
que la joie du sacrifice. L'Acad^mie ne Ieur eftt-elle rien accords qu'ils 
auraient encore la meilleure part! » 



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CHRONIQUE ETRANGERE 



AUemag^e. 

LA LUTTE CONTRE LA TUBERCULOSE 

En Hanovre vient de se fonder une association pour la lutte contre la 
tobercolose. 

Le but de cette association est de r6pandre dans le public, par voie de 
conferences et de brochures, les notions relatives k I'^tiologie et k la pro- 
phylaxie du terrible il6au qui fait tant de ravages parmi les hommes. 

LE TRAVAIL DES ENFANTS 

L'inspection industrielle en AUemagne a fait cette triste constatation 
que le travail des enfants va de uouveau croissant. Non seulementle nombre 
des adolescents de 14 i 16 ans, employes dans les fabriques, a consi- 
tl^rablement augments (9,1 0/0 de 1895 k 1896), mais encore celui des 
enfants au-dessous de 14 ans s*est accru de 23,2 0/0 dans cette seule 
ann^e (les mines de sel et les salines, qui occupent un nombre consi- 
derable d'enfants, n*y ^tant point compris.) 

Dans le rayon de Gassel, le chifTre a mSme augments de 50 0/0 et la 
dar^e moyenne de la journ6e ouvriSre pour les enfants se trouve 6tre de 
dix heures. Dans une raffinerie de sucre k Leer, prfes de la frontifere hoUan- 
daise, les fabricants, aprfes avoir 6t^ r6primand^s par le gouvernement 
pour Temploi 6tendu qu'ils faisaient du travail enfan tin, allftrentau delude 
la frontifere recruter des petits ouvriers en Hollande. La loi allemande se 
troava hors d'etat de prot^ger ces jeunes Strangers, qu*on avait eu soin de 
manir de certidcats hollandais les dispensant de I'^cole. 

Un autre grave inconvenient consiste dans le travail mercenaire des petits 
ecoliers pendant leurs heures de loisir. 

Le conseil municipal de Berlin se propose de voter un r^glement 
defendant Temploi des enfants au-dessous de 14 ans comme commis- 
sionn aires, porteurs cle kit, de pain, de journaux, etc. Le Berliner 
Tagblatt remarque fort justement qu'une telle loi sera illusoire pour 
ramelioration du sort des enfants. Au lieu de gagner en f aisant des courses, 



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REVUE PHILANTHROPIQUE, 

devront ^changer ce metier fatigant contre le travail bien plus ruineux 
Tindustrie k domicile. 

D^j^ d'innombrables enfaDts sont employes pendant toutes leurs heures 
res k coudre des boutonni^res, k fabriquer des fleurs artificielles, des 
s en papier, des boites en carton, etc. ; Touvrage k domicile, exempt de 
i contrdle et de loute inspection, leur ablme le corps, leur abAtit I'es- 
t et empSche les pauvres 6tres epuis6s de tirer avantage de Tinstruction 
laire, qu'ils sont trop fatigues pour suivre attentivement. 
Cependant la mis^re sociale ne permet pas k bien des families de se 
iser des minces ressources rapport^es par le sacrifice des enfants, le 
'liner Tagblatt appuie sur TinutilitS d'une surveillance de police tant 
on ne donnerapas aux families indigentes une compensation mat^rielle. 
On pourrait peut-6tre aussi combattre d'une mani^re efficace, le travail 
! enfants en ^largissant le syst^me des asilesjournalierspour la jeunesse, 
ctionnant sous le nom de « Kinderhorte ». Ces asiles abritent les ^coliers 
ivres pendant leurs heures de loisir, les r^unissent sous une surveillance 
sonnable pour les devoirs et les jeux en commun. Berlin en poss^de k 
1 pr^s 40. 

lultipli^s, r^form^s, les « Kinderhorte » pourraient Hre destines non 
ilement k soustraire i'enfance aux dangers et ill la corruption de la rue, 
is aussi k une usure pr^malur^e par le travail indastriel. Les repas 
tuits ofTerts aux ecoliers d^dommageraient en quelque sorte les parents 
igents de la perte occasionn^e par le chdmage des enfants. 

Adelb Schreiber. 






LKS SANATORIA POUR LES TUBBRCULEUX 

Le D"^ Gumprecht (d*I6na) public des notes int^ressantes sur les sanatoria 
tuberculeux indigents cr^^s jusqu'ici. L'Angleterre en poss^de 18, pou- 
\i recevoir ensemble 7 000 malades, les £tats-Lnis disposent de deux, 
France (1) et TAutriche chacune d'un seul. La Belgique n*a aucune ins- 
ition de ce genre, la Suisse, par contre, en comptera bient6t 10, et en 
emagne i i sanatoria fonctionnent d6j^ dans toutes les parties de I'em- 
e, tandis que sous peu leur nombre sera plus que triple. La fondation 
iuvres pour les tuberculeux est r6solue dans les localitSs suivantes : 
dreasberg, Altena, Altona, Baden, Berlin, Danzig, Erfurt, Hagen, Halle, 
aau, Hannover, Kassel, Kdnigsberg, Leipzig, Nilrnberg, Oldenburg, 
peln, Regensburg, Siichsische Schweiz, Stettin, Stiege, Stuttgart, Sulz- 
n, Hurzburg. 

L'un des plus beaux sanatoria, k Harlaching en Bavi^re, est pr^s d'etre 
lev^; on esp^re que Tinauguration pourra avoir lieu en aatomne 1898. 
; frais de construction s'^l^vent k 1 228 000 marcks. L'^tablissement abri- 
a 400 tuberculeux, dans deux divisions s^par^es a proportions ^gales 
ommes et de femmes. Des halles ouvertes longeant toute la facade per- 

(1) Lc sanatorium d'Angicourt en preparation. 



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CHRONIQUE tTRANGfeRE. 283 

Jiiellent m^rne aux plus malades de respirer Tair salubre des bois envi- 
I'onnants, les lits 6tant k cet effet flx^s sur des roulettes et se transpor- 
^^^ sans difficult^ aucune. 

^ien entenda le sanatoriam sera pourvu de tout confort, rien n*y man- 
l^era pour y rendre le s6jour aussi efficace et aussi agr^able que possible. 



A.S. 






1- EFFET DES ASSURANCES EN GAS DE MALADIE ET DES CAISSES 
DE PR6vOYANCE pour LA ^lEILLESSE SUR LB PAUP^RISME 

i#7 ^^'^ce statistique de I'empire allemand vient de publier (1) les r^- 

^'une enquSte entreprise A la demande du chancelier imperial par 

Qvernements des divers 6tats conf(5d^r^s afin de s'assurer Si les 

*"«ijjes iiQposdes par les diff^rentes lois d'assurances ouvriferes se- trouvent 

^^VipeasSes par ime ^conomie dans les charges d*assistance publique, et, 

si oBi, dans quelle me sure. 

C'est, croyons-nous, la premiere fois que la question est pos6e. 
Les renseignements recueillis ont 6t^ de deux sortes : en promier lieu, 
une statistique d^cennale (1884 A 1894) du nombre total de chefs de families 
obtenant des secours de 1' Assistance publique et la somme to tale par annSe 
de ces secours; en second lieu lesr^ponses k un questionnaire adress^ par 
TofQce imperial de statistique de Berlin k toutes les administrations 
d*assislance. 

Cest une enqu^te tr^s m^thodiquement con9ue et qui peut sinon per- 
mellre de trancher cette face curieuse de la question du d^veloppement 
du paup^risuie, tout au moins apporter des ^l^ments d'information exacts, 
susceptibles de servir de base k des enqu6tes analogues, en Allemagne ou 
dans d'autres pays. 

Les r^sul tats de cette enqufite r^sument environ 1500 r^ponses k ce 
questionnaire. En g^n^ral les administrations allemandes d'assistance 
considerent que les operations dues aux lois sur les assurances ouvriferes 
onlemp^ch6 leurs charges des'accrottre aussi rapidement qu'elles Teussent 
lutsiceslois n'existaient pas; mais le nombre des personnes assist^es et 
le montant des secours ont augment6 plut6t que diminu^. 

La loi sur les accidents a eu moins d'efTet que celle sur I'assurance 
^Dtre la maladie et celle de pr6voyance pour la vieillesse sur le d^velop- 
pement du paup6risme. Cette demiftre aurait permis k un grand nombre 
^ personnes de ne pas recourir aux fonds des pauvres. Par exemple, k 
"*™n le nombre de malades envoy6s dans les hdpitaux municipaux par les 
caisses d'assurances en cas de maladie a augments pendant que le 
nombre des patients envoy^s dans ces 6tablissements par les ad- 
J>^iQislrations d'assistance publique a diminu6. De plus, le pourcentage de 
* population berlinoise secourue k domicile par les m^decins de I'Assls- 

PnLi ^^^^^i^^^^f^^ -S'' Statistikdes deutschen Reichs, Jahrgang 1897 ; Rerlin, 
™W«umner et Muhlbrecht. 



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284 Rj:VUE PHILAxNTHROPIQUE. 

tance est tomb^ de 4,46 — chiffre de 1883 — k 2,79 en i 887-88 pour re- 
monter h 3,76 en 1891-92, taux encore inf^rieur k celui de 1883. II est fort 
regrettable que Tenqu^te n'ait pas port^ sur les ann^es 1894 k 1896. 

L'enqu^te allemande assignearaugmentationdunombre des personnes 
r^clamant I'aide de I'Assistahce publique une cause que nous signalons 
parce qu'elle influe, croyons-nous, sur le d^vcloppeniement des d^penses 
d'assistance parlout oh. la r^gularit^ du secours distribuS transforme le 
pauvre occasionnel en indigent inscrit, immatricul^ et rent^. Une parlie 
de la population ouvri^re allemande, ne jouissant pas du b^rK^fice des 
lois d'assurance ou n'en jouissant que parti ellement, a une tendance 
mcu'qu^e & accepter plus volontiers qu'autrefois les secours de TAssistance 
publique et affirme mhne son droit aux secours publics, 

Dans une parlie de la Prusse, cependant, Taugmentation des d^penses 
d'assistance est attribute k la loi sur les pauvres de 1891 , sans que nous 
puissions nous rendre compte de cette assertion. 

Enfln,* dans certains cas, les autoritds bienfaisantes ont aIlou6 des 
secours k des families ou k des individus recevant une rente des institu- 
tions d'assurance — surtout des vieillards — parce que la faiblesse de la 
pension vers^e aux assures 6tait telle qu'ils ne pouvaient subsisler saus 
Taide de I'Assistance. Ge dernier contingent sera de plus en plus r^duit au 
fur et k mesure que les lois sur Tassurance s'appliqueront plus com- 
pl^tement. 

G. G. 



Angleterre. 

Poplar hospital for accidbnts (H6pital de Poplar pour les accidents). 
— En facade sur Gommercial Road, en plein quartier des Docks, dans 
Test de la ville, adossS aux quartiers les plus pauvres de Londres, Stepney 
et Whilecbapel, se trouve le Poplar hospital, qui se donne pour mission 
principale de soigner les accidents el qui, sur la couverture de ses pros- 
pectus et de ses rapports imprimis, affirme que le nombre des accidents 
trait^s par ses soins est de plus de quatre par heure chaque jour. 

Le voyageur qui longe Gommercial Road d6couvre ais6ment, k cinq 
minutes de la station de Poplar, un double bdtiment dont une partie a 
deux stages sur rez-de-chauss6e, avec un bow-window k la fenfire m^diane 
du premier 6tage, et dont Tautre partie ofTre sur la rue une facade ^troite 
k trois Stages avec deux Urges balcons. Ges constructions de style bien 
anglais sont couronndes de simili-crSneaux. D^s qu'on arrive k Tune des 
extrSmitSs de la grille qui s6pare de la rue les constructions, un grand 
Scriteau frappe le regard : Gocbbrs ! vkuillez marcher au pas devant l'hopital ! 

.Si vous 6tes en voiture, vous pourrez remarquer que votre cocher ne 
manquera pas de se conformer k Tavis qui est ainsi formuld, et qu'il ne 
reprendra son allure ordinaire qu'apr^s avoir lu, k Tautre extr^mild de la 
grille, une nouvelle pancarte ingSnieusenient reconnaissante : Merci, co- 
ghersI 

Le Poplar hospital a H6 fondd il y a quarante-trois ans. Mais, depuis 



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CHRONIQUE feTRANGfeRE. 285 

qaelques ann^es, il s'est agrandi, amSlior^, et grdce aux souscripteurs et do- 
naleursg^n^reux, il peut faire face aux d^penses croissantes de son budget. 

Actuellement (1896) ses recettes s'^l^vent^ 21 056 livres (526400 francs] 
et sesd^penses se balancent exactement ayec ses recettes, mais il convieat 
d'ajouter qa'on volt figurer aux recettes les legs et ie samaritan fund et 
qu'aox d^penses se trouvent mentionn^es plus de 15000 Jivresde dSpenses 
exlraordinaires. 

D'apr^s les comptes du dernier exercice, chaque malade externe coilte 
k Tadministration 1 shelling 1/2, soil 1 fr. 85, et chaque hospitalism re- 
Tient i30 shellings par semaine, soit environ 5 francs par jour. 

Le nombre de lits n'est pas considerable et 52 sur 65 en moyenne ont 
^tdoccupes en 1896; le nombre des hospitalises a et6 de 876, savoir : hom- 
mes 506, fern mes 125, gar^ons de moins de douze aus 162, (illes 83. La 
dur^e raoyenue du s^jour de chaque hospitalise a H€ de 22 Jours. 

Les malades trait^s dans la partie reservde aux consultations pour les cas 
d'accidents ont H6 de 17 479, soit 48 par jour. 

La iDorlalite n'a pas atteint 6 p. 100, puisque 51 d^ces ont ete constates 
sor 876 malades; encore faut-il constater que 3 d^c^s ont eu lieu pendant 
le transport k Thdpital et que beaucoup parmi les autres sont morts quel- 
qnes heures apr^s leur entree k Thdpital. 

Quoique la situation fiuanci^re soit bonne, les ad minis trateurs n'ont pas 
riotenlion d'augmenter le nombre des lits ; ils pensent seulenient k in- 
^'er una dizaine de lits pour un service de maladie des yeux et un ser- 
vice dentaire. Ces services sont rendus n^cessaires par ce fait que dans 
Textrdme est de Londres il n'y a aucun hdpital special pour les dents et 
Jes yeux. 

I^'autre part, retablissementveot faire bien, dAt-il faire moins, et r^ser- 
ver ses ressources en provision de Taugmentation du nombre des malades 
externes qui, en onze ans, de 1885 k 1896, s'est eieve de 7 000 k 17000. . 

£uQo,il ne veut pas economiser sur son personnel. Ild^pense actuelle- 
ment U19 livres en salaires et gages (35 475 francs) dont 580 pour les in- 
finnieres (13 500 francs). 

" C*est un miserable calcul, dit le dernier rapport du comite d'adminis- 
tration, que d'economiser sur les infirmieres », et il ajoute que les malades 
troQTent autant de proQt que les infirmieres quand on ne les surm^ne pas 
etqu'onleur donne une demi-journee de conge tons les huit jours et, 
lOQsles mois, 60 heures de suite qu'elles peuvent passer loin des salles. 

Depuis le mois d*avril 1896, on a pris Thabitude de demander aux ma- 
lades exteraes 2 deniers (environ 20 centimes). On a vbulu ainsi eviterdans 
nne cerlaine mesure les malades non compl^tement denues de ressources 
el qui Tont de consultations en consultations. Mais il va de soi que le ma- 
^equi ne peut payer celte petite somme est soigne tout de mSme; de 
plus on n'exige rien pour les enfants; — on estime en eflfet que les parents 
Qenverraient peut-eire pas leurs enfants kin consultation s'il leur fallait 
P^yer ?ingt centimes poor chaque fois. 

^ Poplar hospital y comme la plupart des autres hdpitaux de Londres, a 
'^f-omit^de dames qui visitent les malades en traitement. 

L'^tablissement est administre par un president, un vice-president eti 



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286 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

des gouverneurs. Dix goaverneurs au moins forment le comiti qui se 
r6anit obligatoirement une fois par semaine. line cotisation d'une guinee 
donne le titre de gouverneur. Le versement de dix gain^es au moins est 
n^cessaire pour ^tre gouvemeor k vie. Le president du comity est actuelle- 
ment Thonorable Sydney Holland. 

Henri Napias. 



Antricbe. 

LE DEFICIT DES FONDS d'aSSURANCB GONTRE LES ACCIDENTS 

Apr^s avoir examine la situation en Allemagne, nous signalerons les 
conditions peu satisfaisantes des caisses autrichiennes d'assurances en cas 
d'accidents pendant les derniSres ann^es. 

En 1893, le deficit, c'est-ii-dire Vexc^s des depenses sur les recettes, 
^tait de 1825000 francs; en 1894, il montait au total inqui^tant de 
2 061 000 francs et en 1895, 11 a epcore atteint le chiffre de 1 158500 francs. 

Ges chiffres portent sur les caisses d'assurances soumises k la loi de 
juillet 1894, mais ne comprennent pas les caisses de mineurs, regies par 
le code minier et qui sont dans dee conditions de prosp6rit6 relative. 

Le deficit que nous relevons ne tient nullement k un recul de Tesprit 
de pr6voyance en Autriche, car de i 231 818 en 1890, le nombre des assures 
a moot6 k 1 877 194 en 1895 ; mais, bien qu'on semble g6n6ralement d'accord 
dans les milieux ofQciels k assignor com me cause le taux trop bas des 
primes, nous croyons que ce n'est pas \k le motif veritable de la crise 
f&cheuse que traversent ces int^ressantes institutions. Le motif serait plu- 
t6ty selon nous, dans les d^fectuosil^s de la loi autrichienne qui permet 
trop ais^ment aux patrons d'^chapper aux responsabilit^s et aux verse - 
ments qu'en bonne ^quit6, dans de nombreux cas, ils devraient faire aux 
caisses auxquelles sont assures leurs ouvriers. 

G. C. 

Belgique. 

Bel^que. — Le Gongr^s pour le repos du dimanche, qui s'est tenu 
iBruxelles, a vot^ k la grande majority de ses membres qu'il fallait une 
loi pour assurer le repos dominical; il s'est prononc^ en faveur d*une 
mesure s'appliquant pour Tindustrie k tons les employes sans distinction 
et il a 6t6 d'avis que, toute reserve faite sur la mesure de Tinterveution 
des pouvoirs publics, cette intervention pourra se produire ^galement en 
vue de la fermeture des magasins le dimanche. 



Russie. 

LES AMBULANCES URBAINES 



Les voitures.d'ambulances urbaines^ qui rendent chaque jour k la po- 
pulation parisienne d'inappr^ciables services, out fait leur apparition en 



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CHRONIQUE ^TRANGtRE. 287 

Pologne grdce a la g^nSreuse iaitiative de M. le comte Przezdziecki ; un 
service d'ambu lances urbaines vient, depuis quelques mois, d'etre inaugur^ 
iVarsovie, ou il jouit de lafaveur populaire. Lors de leur r^cente visile en 
Pologne, I'Empereur et I'lmp^ratrice de Russie se sont vivement inUress^s 
k cette oeuvre, appelee k rendre de grands bienfaits, et ont compliments le 
philanthrope qui lai a donn^ Tessor. 

Les voitures d'ambulances de Varsovie n'ont pas cependant la ISgSretS, 
l*616gaQce et presqae la gattS de nos voitnres parisiennes. GopiSes sur 
celles qui fonctionnent k Vienne, elles sont lonrdes, d'aspect un pen lugubre, 
et sent trainees par deux chevaax. Telles qu'elles sont, elles rendent de 
T^rilables services qui justiflent I'enthousiasme que les habitants profes- 
sent pour Toeuvre. 

Puisque nous parlous des ambulances urbaines, il convient de rappeler 
que c'est en France qu'elles se sont manifestoes pour la premiere fois en 
Europe, grdce k M. le docteur Nachtel. 

En 1880, le docteur Nachtel faisa it, lo 30 novembre,une communication 
^ TAcad^mie de mOdecine touchant la creation d'ambulances urbaines. 
Cette communication faisait, en fOvrier 1881, Tobjet d'un rapport favorable 
de VAcad^mie, rapport qui a eu un 6norme retentissement, et k la suite 
dnquel M. le docteur Nachtel, soUicitO par M. le baron de Mundy,commu- 
niqnaitice personnage les bases du fonctionnement qu'il prOvoyait pour 
Toenvre, en m6me temps que la description sommaire de la voiture qu'il 
convieodrait d'employer. C'est sur ces derni(»res qu'un service d'Ambu- 
l^ces Urbaines fut ct6& k Vienne avec des voitures insufflsamment Stu- 
^Ij^es, k la suite du terrible incendie qui dOti*uisit de fond en comble le Karl 
Tbeater, vers 1883. 

Oq sait, en ce qui touche les ambulances urbaines de Paris, qu'A la 
*^te d*un rapport favorable du Conseil d'hygifene du dOpartement de la 
Seine et du Conseil municipal de Paris, datant de 1884, Tojuvre ne fut 
"^ogur^e qu'en 1888. Elle compta, parmi ses protecteurs, les personnages 
^6s plus illustres, notamment le regrelt6 Jules Simon, eut comme pr6si- 
"Cntes M"«" la baronne de Mohrenheim, la duchesse de Doudeauville 
** <luchesse de Rohan, etc., et fut remise solennellement k la ville de Paris 
«n 1893, 

Aujourd'hui on se propose de crSer un service d'ambulances urbaines 
a Londres, qui en est encore priv6. Soutenu par la sympathie de lord 
*^**ter, du president du conseil municipal de Londres, du lord-mayor et 
^autres pouvoirs publics anglais, M. le docteur Nachtel poursuit avec sa 
^outumi^re activity sa philanthropique campagne, k laquelle on ne saurait 
'''^P applaudir, car elle a pour objet le soulagement de ThumanitS. 



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INFORMATIONS 



L'H6pital Boucicaut. 

Le l^'d^cembre a eu lieu, dans la plus grande solennit^, rinaoguration 
de I'hdpital Boucicaut sous la pr^sidencjs du President de la R^publique. 

Le 8 d^cembre 1887, M""** Boucicaut mourait,laissant un testament aux 
termes duquel TAssistance publique ^tait institute l^gataire universelle. 

L'ensemble de sa fortune d^passait quarante millions. La majeure 
partie de cette somme 6tait afTect6e k des institutions de charity publique 
ou priy^e, et, tout comple fait, apr^s la d^livrance de ces divers legs dont 
le total s'^levait k 33 millions, I'Assistance publique ne conservait pour sa 
part qu'une somme de 7 millions 500 000 francs, destin^e, dans Tintenlion 
de la testatrice, k fonder un hdpital dans nn quartier avoisinant le Bon 
March^ d'oii cette fortune 6tait sortie. Cette obligation cependant se trou- 
vait subprdonn^e k cette condition que le reliquat de la fortune totale res- 
tan t entre les mains de I'Assistance publique atteignlt un chiffre de 
8 millions de francs. Cette administration ne se trouvait done pas stncte- 
meot tenue k fonder un hdpital : elle pouvait, d'accord avec les ex^cuteurs 
te stamen taires, appliquer le disponible k des oeuvres quelconques. Mais, 
jalouse de rester scrupuleusement dans Tesprit de la testatrice, elle d^cida 
de surseoir k la construction de ThApital jusqu'^ ce que les int^r^ts capita- 
lists de la somme qui lui revenait fussent devenus suffisants pour parfaire 
les 8 millions indiqu6s. Ce moment yenu, elle ouyrit un concours sur un 
programme 61abor^ par ses soins et dans ce programme elle s'effor^a de 
tenir compte de toules les indications de la science et de Thygi^ne mo- 
dernes. Ainsi les services de chirurgie devaient 6tre divis^s non seulement 
par sexes, mais par categories de malades : de mdme les services de m&- 
decine se trouvaient disposes de fa^on que les contagieux ne fussent 
jamais m^lds aux autres malades, m^me k Tentr^e de rhdpital, dans le 
service de la consultation. La volont^ de I'Assistance publique fut scrupu- 
leusement respect^e par les concurrents. Sur une trentaine de projets 
pr^sent^s, huit re^urent une prime. C'est sur celui de MM. Legros p^re el 
fils que s'arr^ta le choix d^finitifdu jury. On leur conlla la direction des 
travaux, et au cours de I'ann^e 1894 le premier coup de pioche fut donn^ 
dans le terrain acquis par I'administration au centre du quartier de Javel 
absolument denu6 jusque-R de tout ^tablissement hospitalier. Ce terrain. 



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INFORMATIONS. 289 

d'one snperficie de 30000 metres, avait coilt4 545 348 fr. 85. Les construc- 
tions qui le couvrent sar une surface de 7500 metres, et qui sont aujour- 
d*hui termin^es, oot eotraiaiane d^pease de 2855 471 francs ; les frais fails 
pour rameublement tout spScialement soign^, ne s'dl^venl pas h, moins 
de 270000 francs. L*ensemble de I'op^ration revient done h un total 
de3670819fr. 85. 

Le nouvel h6pital, dii k la gSn^rosit^ de M°^* Boucicaut, se compose de 
bait pavilions, dont quatre de mSdecine et quatre de chirurgie. 

Ges paTilloDS sont d'in^gales grandeurs, les plus grands affect^s aux 
hommes, ceux-ci Temportant sur les femmes dans la proportion de trois 
pour deux. En outre des services de m6decine et de chirurgie g^n^rales se 
troove on service d'accouchement qui comprend 20 lits. Ghaque pavilion 
se compose d'une salle k rez-de-chauss^e sur6lev6 et de ses annexes, au- 
dessas desquelles, seules, se trouvent plac^es, au premier 6tage par conse- 
quent, des chambres r^serv^es aux malades du Bon March^ qui ont, en 
outre, la jouissauce exclusive d'un petit bcitiment, sorte de cercle con- 
strait a leur usage. 

L'hdpital contiendra en tout 152 malades formant trois services, 
confi6s : celui de m^decine au docteur Lctulle, celui de chirurgie au 
docteur Marchand, enfin la maternity au docteur Dol^ris. Huit religieuses 
deTordre des dames augustines de rHdtel-Dieu et cinquante infirmiers 
ou infirmi^res laiques composent le personnel de Thdpital. 

Aa point de vue des dispositions architecloniques et des mat^riaux em- 
ployes, ThApital Boucicaut offre un int^rfit tout particulier. Les salles, de 
forme ogivale, m^nagent un cube d*air renouveie de 80 rafetres par ma- 
lade et par heure, toutes construites 6n fer et en briques avec soubasse- 
meat de meuli^re. La paroi interne est s^par^e du mur ext^rieur par un 
matelas d'air et rev^tue de briques de lieges enduites d'une peinture ver- 
iuss6e. A rextr^mite de chaque salie se trouve une veranda orn6e de 
plantes k Tusage des malades et qui leur servira de fumoir. Le sol est en 
gr^s c4rame. Le chauffage est & circulation de vapeur, r^clairage se fait 
par reiectricite. Tons les services sont pourvus d'un ascenseur ainsi que 
d'un roonte-charge et relies entre eux pcu'une galerie souterraine desservie 
par an petit chemin de fer, de telle sorte qu'a Texterieur rien n*appa- 
raisse du fonctionnement de ThApital. 

L'etablissement est d6cor6 de plantations et de Jardins riants qui lui 
donnent un cachet particulier. 

M. Felix Faure, accompagn^ de M. Barthou, a 6t6 recu par M. Peyron, 
directeur de I'Assistance publique, MM. Sauton et Dubois, presidents du 
conseil municipal et du conseil general, Henri Monod, directeur de 
I'hygiene et de TAssistance publiques, de Selves, prefet de la Seine, et 
Charles Blanc, pr^fet de police, F61ix Voisin, president du conseil de sur- 
veillance, Louis Lucipia, president de la commission d'assistance du con- 
seil municipal, Alphonse Humbert et Chauvi^re, deputes de Tarrondisse- 
ment, Paul Strauss, s^nateur de la Seine, de nombreux conseillers munici- 
paux. 

Un grand nombre de notabllit6s m^dicales et scientiGques assistaient 
k la ceremonie. 

REVOE PHnJl!fTHROPIQUE. — H. 19 



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290 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

Des discours applaudis ont 616 prononc^s par MM. de Selves, Sauton et 
Pejrron. 

Au nom des ex^cuteurs testamentaires, M. Plassard a remerci^ le presi- 
dent de la R6publique d*avoir assists k cette f^te, puis M. F^lix Faure a 
prononcd quelques paroles. 

« G'est au nom des malhenreux, des souffrants et des mis^rables que 
I'adresse k la fondatrice uo hommage que je diraipresque national. Nous 
sommes venus ici pour honorer le travail, la charity et la reconnais- 
sance. » 



La Commission de revision des Listes d'Indigents. 

Le conseil sup^rieur de TAsBistance publique s'etait prononc^, dans la 
preparation du d^cret snr les secours k domicile k Paris, en faveur de la 
creation d*une commission devant laquelle seraient port^es les rc^clama- 
tions des indigents el des n6cessiteux. Gette disposition n'a pas 6l€ main- 
tenue par le conseil d'Etat. 

Mais, k la suite d'un vceu du Conseil municipal, et en raison des disac- 
cords survenus entre Tadminislration centrale et les bureaux de bienfai- 
sance au sujet d«; Tinscription ou de la radiation des listes d*indigents, et 
sur I'avis conforme du Conseil de surveillance, un arr^t^ vient de constituer 
cette eommission de revision. 

Cette commission, charg^e de se prononcer sur les contestations aux- 
quelles peut donner lieu Tinscriplion ou la radiation des lisles d'indigents, 
sera pr^sidSe k tour de r61e par le president dm Conseil de surveillance et 
par le president de la commission municipale d'assistance. 



Les Inflrmiers et Inflrmi^res des H6pitaax. 

Le personnel secondaire des h6pitaux parisiens a ^t^ r^cemment aug- 
mentS pour une somme de 203 641 francs, sp^cialement vot^e k cet efifet 
par le Conseil municipal. 

L'augmentation est de 84 francs pour les surveillants et surveillantes, 
les sous-surveillants et sous-surveillantes, de 63 francs pour les suppliants 
et suppleantes, de 43 francs pour les premiers infirmiers et premieres in- 
firmi^res, de 48 francs pour les infirmiers et inflrmi^res de premiere 
classe, de 43 francs pour les infirmiers et infirmi^res de deuxi^me classe, 
les garcons et fiUes de service de premiere et de deuxiSme classe. 

line circulaire du 25 juin 1897 a ainsi r6glement6 le recrutement du 
personnel secondaire : 

Article premier. — Le personnel des infirmiers, infirmiferes, garcons et 
filles de service, comprendra d^sormais deux categories : 

\^ Les infirmiers, infirmi^res, gardens et filles de service stagiaires; 

2^ Les infirmiers, iofirmi^res, garcons et filles de service titulaires de 
premiere et de deuxi^me classe. 

Art. 2. — Les infirmiers et infirmi^res, garcons et filles de service sta* 



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INFORMATIONS. 291 

giaires, seront recruits par les directeurs des ^tablissements; ils seront 
sonmis au plus tard dans les huit jours qui suivront leur admission pro- 
visoire, d an examen medical qui aura pour but de determiner si les can- 
didal sont exempts d'affections contagieuses et s'ils poss^dent les apti- 
tudes physiques n^cessaires pour remplir les fonctions qu'ils sollicitent. 
Si le r^sultat de cet examen leur est favorable^ ils seront admis A accomplir 
QD stage dont la dur^e sera de six mois au moins, et k I'expiration duquel 
ils pourront Hre nomm6s infirmiers titulaires, sous la condition expresse 
qae pendant ce laps de temps, ils auront donn6 toute satisfaction k leurs 
chefs et que le stage dont 11 s'agit aura 6t6 accompli dans le m^me ^ta- 
blissement et sans interruption. 

Ceax qai, au contraire, n'auront pas 6i6 jug^s aptes k remplir les fonc- 
tioDs d'infirmier ou d'infirmi^re devront dtre cong6di6s dans uu d^lai 
maximum de huit jours. 

Art. 3. — Les infirmiers et infirmi^res, gar^ns et filles de service sta- 
giaires, recevront ind^pendamment des prestations en nature, une indem- 
nity calcul6e k raison de 350 francs par an et payable par mois. 

Art. 4. — Le grade d'infirmier, inflrmi^re, gar9on et fiUe de service 
titulaire sera conf6r6 et ne pourra 6tre retir^ que par le directeur de 
TAdministration. 

Art. 5. — Toot titulaire qui quitterait r^tablissement oh il exercait ses 
fonctions, sans y avoir €i6 autoris^ par le directeur de 1' Administration, 
perdrait le benefice de son grade. 

11 ne pourra dtre admis de nouveau dans les ^tablissements dependant 
de Tadministratipn qu*en quality de stagiaire et dans les conditions pr6- 
▼ues k Tarticle 2. 

Cet arr6t^ a eu son efifet k partir du !«' juillet 1897. 



Le Service medical de nnit. 

A la suite d'une question de M. Paul Bernard sur le fonctionnement du 
service medical et pharmaceutique de nuit, le Conseil municipal de Paris 
a adopts la proposition suivante de M. Patenne : 

« En cas d'accouchement, les brigadiers des postes de police donneront 
la preference au m^decin demand^ par les families lorsque le medecin 
sera inscrit sur le tableau de service. » 

Une autre proposition, formui6e par M. Paul Bernard, a et6 renvoy^e 
k Texamen de la cinqui&me commission. Elle est ainsi concue : 

« Le service medical de nuit sera assure, dans chaque quartier, en 
instituant le service par semaine au lieu d'etre k tour de r61e par nuit. 

« Les ordonnances k prescrire, k Toccasion du service de nuit, seront 
laiss^es k la liberty pleine et enli^re du medecin, dans riutSrSt du ma- 
lade. » 

Par une r^cente circulaire, M. le pr6fet de police vient de donner, aux 
agents charges de la requisition des m6decins de nuit, des instructions 
nonvelles. 



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292 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

Dor^navant, chaque fois qu'an m^decin de nuit appel^ aupr^s d'an ma- 
lade, jugera nScessaire I'assistance d'uQ de ses confreres, il sera proc^d^ 
d'urgence k uae seconde requisition : chacun des m^decins touchera la to- 
talit6 de rindemnit6 allou^e par visile de nuit. 

Gette decision a 6U proyoqu6e par un fait signal^ par M. Ribemont- 
Dessaigne, chef du service de la Maternity k rhdpital Beaujon. 

Un m^decin de nuit, appel^ aupr^s d'une albuminurique en coaches, 
dont nne sage-femme avait en vain tent^ la d^livrance et chez laquelle une 
abondante h^morrhagie s*6tait d6clar6e, refasa d'intervenir et prdfera en- 
voyer imm^diatement la malade k ThApital. Gelle-ci, qu'une intervention 
rapide edt peut-^tre sauv^e, succombait au moment m6me ou elle ^tait 
hospitalis^e. 



La Tuberoolose dans rArmde. 

Dans sa stance du 8 avril 1897, le Gonseil g^n^ral de la Seine avait 
adopts une proposition de MM. Glairin, Bompard, Prache et Gervais, ten- 
dant k combattre la tuberculose dans Tarm^e. 

M. le Di* Dubois a propose de son cdt^ un projet de vobu, qui vient d'etre 
adopts par la m6me assembl^e, pour « que Tautorit^ militaire tienne l^gi- 
timement compte des constatations et des certificats des m^decins civils 
int^ressant les jeunes gens qui se pr^sentent devant les conseils de revi- 
sion, et que tout jeune homme suspect de tuberculose soit soumis k une 
observation approfondie et qu'il ne soit envoys au regiment que si Texa- 
men bacteriologique I'a reconnu indemne du bacille de Koch. » 



L'Enseignement medical. 

L*Union des Syndicats m6dicaux de France a adopts, dans sa reunion 
annuelle de novembre 1897, la resolution suivante k TunaQimite : 

Gonsiderant que le nombre des Facultes actuellement existantes sufOt 
amplement k assurer le recrutement et que leur creation ne r^pondant k 
aucun besoin des populations, serait de nature k augmenter I'encombre- 
ment d^jd trop grand de la profession : qu'il serait surlout n^cessaire de 
renforcer Tenseignement dans les Ecoles, afin de donner plus de valear 
aux dlpl6mes professionnels, I'Assembiee gen^rale de TUnion des Syndi- 
cats medicaux de France signale le danger de toute nouvelle creation de 
Facultes ou Ecoles de mddecine. » 



La Dispense du Timbre pour les Afflches philanthropiques. 

Le Gonseil municipal de Paris, sur la proposition de M. Gherioux, a 
invite Fadministration k faire, d'urgence, les demarches n^cessaires en vue 
d'obtenir, soit k litre de simple tolerance, soit aulrement, que les affiches 
k placarder k I'exterieur, emanantdes oeuvres philanthropiques (caisses des 
ecoles, creches laiques, dispensaires, bureaux de placement gratuit et 



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INFORMATIONS. 293 

antres (Buvres similaires), soient dispens^es du droit de timbre et puissent 
dtre imprim^es sur papier blanc. 

Afin d'^viter les abus, et pour sauvegarder les droits du fisc, la liste 
des oBUTres qui seraient appel^es k b^n^ficier de cette mesure serait arrd- 
t^e, tons les ans, par M. le Ministre des finances, apr^s entente avec le 
Conseil municipal et les pr^fets de la Seine et de police. 

Le Conseil g^n^ral de la Seine s'est associ^ k ce vceu pour le d6parte- 
ment tout entier. 



Prime anx Families nombreuses. 

M. Gervais, conseiller g^n^ral, a propose au conselller g^n^ral de la 
Seine d'allouer k tout homme de service ou ouvrier du d^partement, dont 
les salaires ne d^passent pas 2 400 francs par an, une somme de 50 francs 
par enfant au-dessus de deux enfants. 

L'administration pr^fectorale a ^t^ charg^e d'^tablir la statistique des 
enfanis susceptibles de recevoir la somme de 50 francs. 



La Maison maternelle. 

DISCOURS DE M. l£0N BOURGEOIS 

L*as8embl6e g^n^rale annuelle de la Maison maternelle a eu lieu le 
^ novembre sous la pr^sidence de M. L^on Bourgeois, assists de MM. Mar- 
guery, president de la Maison maternelle, et Vorbe, conseiller municipal, 
^ce-pr4sident; de MM. Th^ophile Roussel, s^nateur; Moreau, maire du 
XlX'arrondissement, e\ de M"<* Louise Koppe, directrice de la Maison ma- 
ternelle. La f^te s'est lermin^e par un brillant concert vocal sous la di- 
action de M. £mile Bourgeois, chef d'orchestre k rOp6ra-Comique. 

M. Uon Bourgeois a prononc^, k cette occasion, un discours ^mu, dans 
leqnel il a rappel^ le but de la Maison maternelle, cette oeuvre si simple et 
si toucbante, fondle et dirig^e par une femme d*6nergie et de coeur, 
M"" Louise Koppe. 

" line faut pas, a dit M. L^on Bourgeois, il ne faut pas qu'un Stre humain 
menre s*il y a un moyen social de Temp^cher de mourir. Et, quand il s'agit 
de Tenfant, le devoir est encore plus sacr^. On peut discuter avec Thomme 
fait, on peut lui demander s'il n'est pas jesponsable, dans une certaine 
mesure, de T^tat de mis^re et de p6ril dans lequel il est tomb^. On ne de- 
^t pas discuter; car cette loi me parait absolue : il ne faut pas qu'un 
homme puisse mourir m^me s'il est coupable, m6me si c'est par sa faute 
qo'il est arrive k cet ^tat de mis^re. Mais quand il s'agit de I'enfant, peut- 
>i ^tre responsable de quelqne chose? A-t-il fait le mal? Est-il responsable 
<ie son 6tat de d6 nuement et de faiblesse ? Et ne le sommes-nous pas 
covers lai si, alors qu*il n'est pas responsable, nous le laissons p^rir sans 
I'aider, sans lui tend re la main pour le sauver? 

Victor Hugo a dit de Tenfant : « Double virginity ! Corps ot rien n'est 
"wnonde! Ame oh rien n'est impur!... » 



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294 REVUE PHILANTIIROPIQUE. 

Eh bien! puisque ce petit corps, que cette dme ne connaissent pas le 
mal, ie devoir de tous est de sauver cette dme et ce corps, et qui ne le fait 
pas, pouvant le faire, manque au premier des devoirs et m6rile d'etre 
appel^ un m^chant et un malhonn^te homme, tout aussi bien que s'il avail 
fait un de ces actes que nous appelons des actes de m^chancet6 et] de mal- 
honn^tet^, comme de prendre la bourse du voisin, ou lui donner ua coup 
violent. 

Nous lisons, k chaque instant, le r^cit de souffrances et de mis^res 
cruelles, de suicides aflreuz; un p^re et une m&re de famille meurent avec 
leurs enfants ; il ne s'agit pas d'enfants abandonn^s pouvant 6tre recueillis 
par TAssistance publique, mais d'enfants vis-4-vis desquels la loi dit : II y 
a une famille r^guli^rement constitute, je n'y peux rien; le p^re n'a qu'i 
travailler, la mSre doit Clever ses enfants. Gela est juste, cela est l^gal. 
Mais vous lisez tous les jours ce r^cit dans les joumaux : On a ouvert la 
porte 4 un cinqui^me ou un sixi^me 6tage, on u'avait pas vu japparattre 
les habitants de ce logement depuis quelques jours; on croch^te la porte, 
on entre, et sur le lit on trouve le p^re et la m^re et k cdt4 les enfants 
morts et le r^chaud 6teint. 

Je le disais, il n'y a pas seulement une question de plus ou de moins de 
bienfaisance, de bienveiliance : c*est un devoir strict de ne pas laisser s'ac- 
complir des faits semblables. G'est ce qu'on se dit en lisant de pareils 
r^cits, mais on lit et ou passe. 

Eh bien ! il ne faut pas qu'on passe, il faut qu'on s'arr^te, qu'on emp^che 
ces maux de se renouveler. 

II faut sauver Tenfant sans d^truire le lien de famille, sans I'enlever a 
ses parents, sans contraindre ceux-ci k I'abandon. Tel est le but de la 
Maison maternelle. L^, on dit aux parents : Nous recevons votre enfant, 
mais nous vous supplions de venir le reprendre, et de venir le plus tdt 
possible, car vous feriez de la place pour uu autre, et nous vous prions 
aussi de venir le visiter le plus souvent possible; de vous assurer qu'il est 
en bonnes mains, de rester les parents de cet enfant dont nous nous faisons 
les tuteurs. » 

« Nous faisons en mdme temps, ajoute M. L^on Bourgeois, T^ducation des 
parents. Croyez-vous qu'il ne leur est pas salutaire de penser que I'enfant 
n*est pas s^par^d'eux, qu'il est tout pr6t k retourner avec eux? Dans cette 
lutte qu'iis vont engager pour I'existence, I'idee de cet enfant qui les attend 
ne va-t-elle pas 6lre incessamment k leur esprit? II faut faire sentir aux 
parents que i'enfant les attend, comme, quand nous ^tions internes dans 
nos grandes pensions, nous attendions le jour de la visite des parents, 
pour voir a la porte du parloir le visage aim6 de la maman ch^rie. 11 faut 
que Tenfant se dise : « Papa ou maman vont revenir domain apr^s avoir 
trouv^ la situation dont ils parlaient ». Et il confondra dans sa recon- 
naissance la maman provisoire, M"* Koppe, et la maman definitive, qu'il 
aura retrouv^e, et de son coeur jaillira un grand mouvement de reconnais- 
sance et d'amour pour une soci^t^ dans laquelle il y a des gens qui agissent 
ainsi... 

Que de fois un ouvrier, une pauvre femme, entratn^s par mille tentations 
et les mille occasions qu'ofiTre la society troubl^e de nos nlles, ont M 



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I INFORMATIONS. 295 

' aiT^t^s an seuil de rabfme par cette pensee : « L enfant est k la maison ! » 

I Croyez-le ! Souvent le bouton de la porte d'un cabaret, d^j& dans la main 

de Touvrier qui aliait y ddpenser sa paie, a ^t6 ldch6, parce que brusque- 
menty dans cette l^te un peu obscure et peut-^tre d^j^ obscurcie par d'autres 
arrets dans d'antres cabarets, est apparue cetle vision du b^b6 qui attend 
Ik'hsLS k la maison. (Applaudissements.) II ne voyait autour de lui que le 
plaisir prochain, facile ei ddprimant, et tout k coup k son esprit et k son 
c(£ar est apparue Timage d'un autre plaisir plus pur qui ne devait lui 
laisser ni tristesse ni regret, I'image du petit enfant qui aliait lui tendre les 
bras. 

L'enfant, c'est pour nous un 6tre sacr6 ; ce n'est pas seulement le petit 
dtre charmant, d^licieux, aimable autour duquel il est si doux de r^unir la 
famille pour rire de ses saillies, de ses joies, de [ses curiosit^s, pour 
s'int^resser k ses mouvements, au d^veloppement rapide de son esprit; 
c*est quelque cbose de plus encore : c'est la race, c*est la patrie, c'est Tes- 
p^ce humaine. 

C'est en effet dans Tenfance qu'on pent commencer k donner cet dbran- 
lement int^rieur de la conscience qui produira plus tard une action bien- 
faisante. C'est trop tard si on s'adresse k I'homme fait, si on veut lui per- 
suader qu'il a des devoirs : il est pris par ses passions, ses int^rfils, les 
habitudes de sa vie. II est tard pour faire un humain. C'est tout petit qu'il 
laut le prendre. Ce que nous voulons trouver dans les yeux do& petits eu- 
fants, derridre leurs fronts, c'est le commencement de la conscience, car 
ce que nous voulons d'eux plus tard, c'est qu'ils soient des hommes capa- 
bles d'accomplir le devoir bumain. » 



L'Assembl^e des Dames firanfaises &la Sorbonne. 

M. Poincar^, vice-preside ut de la Chambre des d^put^s, a preside, le 
19 novembre, dans le grand amphitbMtre de la nouvelle Sorbonne, I'As- 
sembl^e gdnerale de TAssociation des Dames francaises, Soci^t^ de secours 
anx militaires en cas de guerre, aux civils dans les calamit^s publiques. 

^me p^iix Fdure avait accepts la pr^sidence d'bonneur de I'Assembl^e. 

Les divers rapports sur la situation mat^rielle et morale de I'association 
ont 6i€ lus ensuite par M™' Delaruelle, M. Pruvost et le docteur Duchaus- 
soy, fondateur et secretaire general. II en r^sulte que la situation de la so- 
ciety devient d'annee en ann^e plus prosp^re. Cette ann^e, cinquante-hix 
dames se sont pr^sent^es aux examens : quarante-six ont 616 admises et 
des prix d'bonneur out ei6 decern6s k neuf d'entre elles. De plus, une 
vingtaine d'autres dames ont fait leur stage d'inflrmieres k I'bdpilal de 
rAssociation ; une d'elles, M"*' Polack-Meyer, a 6i6 jug6e digne du titre 
d'infirmi^re-major. Cet b6pitai a rendu, au cours de i'ann^e r^volue, de 
grands services : il a recu, tant dans ses salles que dans ses services de 
consultation, plus de 40000 malades, dont 5 500 ont 616 op^r^s et pansys. 
Les divers comitds de TAssociation ont distribu^, dans le m^me temps, aux 
soidats rapatri^s et aux victimes des d^sastres publics une somme de 
75 000 francs. 



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296 REVUE. PHILANTHROPIQUE. 

Mais, pour ^tendre encore son action bienfaisante, TAssociation a be- 
soin de concours nouveaux. Gette ann^e, vingt-deux comit6s noaveaux ont 
6i6 fond^s; les plus iipportants sont ceux de Grenoble, Voiron, Talle, Brive, 
Aries, Bruxelles, Arcueil-Gachan, Montruuge. II est permis d'esp^rer qu^un 
jour prochain viendra oil le nombre des comit^s de femraes francaises de 
la Croix-Rouge ^galera celui des comit^s'de femmes allemandes. C'est par 
Texpression de cette esp^rance que le docteur Duchaussoy a termini son 
int^ressant rapport. 

Aprds Tex^cution par les musiciens du regiment de Preobrajensky de 
la mazurka de Golka, op^ra de Mokerviesko, et de I'ouverture de Rouslane 
et Ltuimilaf op^ra de Glinka, des mddailles d' « honneur au d^vouement » 
ont ^te remises a M°^^" la baronne de Hirscb, Altemer, del6gu^e k la pro- 
pagande, Fayolle, ducomit6 de Montmorency, Rabel, du comity de Meulan, 
Hutrel, du comity de Xice,Villot, dela section de laBiblioth^quemilitaire, 
et au docteur Chaplain, d^l^g^ regional d Marseille. En outre, des m^ 
dailies de reconnaissance ont 616 accord6es aux membres de TAssoclation 
qui se sont distingu6s par d'heureuses initiatives : citons parmi ces der- 
nidres celle de notre confrere L6on Prieur, chroniqueur judiciaire au 
Soleil. 

M. Poincar6 a pris ensuite la parole. 

II f6iicite I'Association des Dames francaises d'etre « neutralis6e entre 
les partis, jcomme elle le serail en cas de guerre entre les bellig6rants, de 
savoir Eloigner d'elle tout ce qui divise etretenir tout ce qui unit ». 

Apr6s ce discours trds applaudi, au nom du ministre de rinstruction 
publique ont 6t6 proclani6es les nominations que voici : 

Officiers de Tlnstruction publique : M*"® Pilliet, docteur en m6decine, 
et le docteur Renouard, tous deux professeurs h I'Association des Dames 
francaises. 

Officiers d'acad6mie : le docteur Dubosc, professeur, et M"® Vasseur, 
r6p6titrice de TAssociation. 

La reunion s'est termin6e par Tex^cution de la marche de la Vie pour 
le Isar, ex6cut6e par les musiciens russes. 



L'Orphelinat de la Seine. 

> ous sommes heureux de reproduire cet Eloquent appel du Con- 
seil d'administration de Torphelinat de la Seine : 

VOrphelinat de Ui Seine a 6t(5 fond6 sous le coup desd6sastres de 1870-71 
et pour contribuer liles r6parer. QEuvre k la fois philanthropique et so- 
ciale, il est venu au secours de Tinfortune la plus touchante, celle de Ten- 
fant, et a travaill6 h Tunion entre Fran^ais. 

A cette id6e doublement humanitaire se sont aussitdt associ6sles esprits 
les plus lib6raux, les bommes les plus en vue : Henri Martin, Schoelcher, 
Quinet, Littr6, Louis Blanc, Victor et Jules Guichard, Sadi Gamot, Victor 
Hugo, Faidherbe, Denfert-Rochereau, Jules Ferry, £tex, Boucicaut, Salicis, 
Henri Monod, Buisson, Th6ophile Roussel, et combien d'autres! l/un d*eux, 



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INFORMATIONS. 297 

Henri Martin, J'historien natioDal, president d'honneur de rOrphelinat, en 
a ainsi d^fini i*id^e : 

a Notre principe estTappel &tous et la reception de tous : orphelins par 
Tabandon comme par la mort de leurs parents ; orphelins de la guerre 
civile comme de la guerre etrang^re ; enfants dont les p^res ont eu la mort 
glorieuse des champs de bateuUe de la defense nationale ; enfants dont les 
p^res ont disparu fatalement -dans le gouffre de nos discordes, aidez-nous 
k les r^unir dans ces asiles de la fraternity I G'est une oeuvre de reparation 
et d'union que nous poursnivons. Heureux qui, h un degr6 quelconque, 
aura contribu6 k refaire la palrie I » 

Et, depuis plus de vingt-cinq ans, ce but a 6t6 poursuivi sans d^fail- 
lance, d'abord an profit des orphelins de la guerre et des deux sieges, puis 
de cenx que recommandait ieur abandon ou leur d^tresse. Au d6but, des 
garderies leur ont ^t^ ouvertes k Paris, puis une grande maison k la 
Varenne-Saint-Hilaire. L'effectif moyen a ^t^ de cent enfants k I'ficole et 
60 apprentis. 11 en a ^l^ ainsi adopts 600. . 

Tous ont suivi les 6coles publiques jusqu'^ leur treizi^me ann^e, m^lds 
aux autres de leur dge ; tous, sans exception, ont fait un apprentissage 
complet, chose de plus en plus rare pour les enfants rest^s dans leurs 
families, et ils ne nous ont qultt^s qu'eo possession des moyens de se suf- 
lire. Telles 6taient les prescriptions de nos Statuts : « Recueillir sans dis- 
tinction de culte, le plus grand nombre possible d'eiifants du d^partement 
de la Seine, orphelins ou abandonn^s, et leur assurer I'^ducation, Tinstruc- 
tioD et Tapprentissage d'une profession. » 

Le succ^s moral a ^t^ des plus satisfaisants. A peine si quelques-uns, 
Tictimes d'un triste atavisme ou de mauvais exemples retrouv^s k la sortie 
de Torphelinat, ont d6serl6 la voie du travail honn^te que nous leur avons 
indiqu^e. La presque totality a r^ussi k un degr^ qui nous a surpris nous- 
m^mes. 

Mais la mission de TOrphelinat de la Seine n'est point flnie sur ce 
succ^s. 

Si les blessures de la guerre sont en partie cicatris6es, les plaies sociales 
restent profondes et s'enveniment peut-6tre. Loin d'avoir k nous reposer, 
la t4che accomplie, nous avons a redoubler d'elforts ; ainsi Texige un sen- 
timent du devoir de la solidarity toujours plus intense dans la Society con- 
temporaine. 

Ce sentiment a suscit6 k c6te de nous de grand es et nobles oeuvres de 
protection de Tenfance : oeuvres de sauvetage, de patronage officiel ou 
libre pour les enfants en danger moral, de gu^rison dans les stations mari- 
times. Ces oeuvres se partagent justement les sympathies de la bienfai- 
sance ; mais notre rdle demeure essentiel. Pour une multitude de mferes, 
de p^res isol^s, de vieux grands-parents sans ressources, nous sommes 
Teducation, sans laqueile leurs enfants vont se perdre. 

M. Henri Monod, directeur de Tassistance et de Thygi^ne publiques, 
nous disait k Tinauguration du nouveau batimenl de TOrphelinat: « Vous 
venez au secours de la situation la plus douloureuse que je connaisse dans 
notre soci^t^ fran^se, celle de m^res veuves, divorcees ou abandonn^es, 
pauvres et charg^es de petits enfants ; il n'est pas de situation plus digne 



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298 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

de compassion, plus d^poanrue. Notre legislation n'a rien organist pour 
Tenir an secoars de ces m^res-l^, Qu'une m^re qui vent Clever honorable- 
ment ses enfants ne le puisse pas ; qu'elle soit accul^e an d^shonneur, k 
Tabandon de ses enfants ou k la mort, cela est abominable. » Voil^ les mi- 
s^res aaxquelles nous Tenons en aide, mais c*est surtout auz enfants qui 
en sont les victimes. Mai sur?eilMs, laiss6s k eux-mdmes pendant les 
lougues heures de travaU du pdre ou de la m^re, ils se fourvoient in^vita- 
blement dans les mauvaises fr^quentations de la rue, et de maiheureux 
qu'ils etaient, devienneut des mis^rables. Nous sommes pour nos pupilles 
an complement indispensable de la famille : sans nous ils seraieot des 
moralement abaudonn^s. 

Nous Savons par une p^nible experience, par le uombre considerable 
d'enfants que I'insufQsance de nos ressources laisse frapper iuutilement a 
notre porte, qu'il faut etendre Taction denotre oeuvre, la doubler, la decu- 
pler peut-etre, dans un departement aussi prodigieusement peupie que le 
n6tre. 

Aussi, M. Theopbile Roussel, apr^s avoir, comme il le disait, « apporte 
le temoignage de son respect k Tceuvre humaine, morale el fran^aise » que 
nous avons fondee, et salue « cet esprit large et liberal qui avait enchatne 
sa reconnaissance », ajontait-il ces paroles dont nous avons a cceur )a pro- 
chaine realisation : 

« II faudra de nouveaux moyens et de nouveaux efforts pour poursuivre 
et completer roeuvre de I'Orphelinat de la Seine ; 11 faut de nouvelles res- 
sources, il faut de nouveaux adherents. Mais Tentreprlse est si belle et son 
succes est si necessaire, qu'elle s'accomplira. Un jour, dont je ne doute 
pas, Toeuvre de la Societe se resumera en ce resultat supreme : un groupe 
nombreux, compact, d*honnetes gens sortis de son sein, qui seront ses 
fermes soutiens et qui inscriront sur leur drapeau la plus belle devise 
qu'on puisse trouver pour notre civilisation et pour notre patrie : faire des 
hommes. » 

C'est k coUaborer k celte oeuvre que nous convions tons ceux qui ont 
au coeur la pitie pour Tenfance malheureuse et Tamour de la France. 

LR CONSEIL D ^ADMINISTRATION 

President : M. M.-J. Gaufr^s, membre du Gonseil superieur et du Conseil de 
surveillance de FAssistance publique. 

VicB-pR^siDBifTs : MM. Fehiinand Bellmann ; Henri Aron, maire-adjoint du 
II* arrondissement ; Maurice Muret, conseiller g^ndral de Seine-et-Oise ; P. Pra- 
dines, conseiller k la Cour de cassation. 

Secretaires des stances: MM. F. Cabanis, rentier ; E. Patin, rentier ;E. Lava, 
commis principal au ministdre des Finances ; E. Delaville, inspecteur au Bon- 
Marc he. 

Tri^sorier : M. L6on Decaye, associ6 d'agent de change. 

TrEsorier-adjoixt : M. a. Mayrargues, ancien professeur. 

Membhes : MM. Boivin-Champeaux, av^ocat & la Cour de cassation ; R. Bompard, 
conseiller municipal ; F. Buisson, professeiu* k la Sorbonne ; Ganat, instituteur ; 
Ch. Delamare, ancien conseiller municipal de Vlncennes ; le general F6vrier, an- 
cien grand-chancelier de la Legion d'honneur ; F. Gabriel, rentier; Geny, ancien 



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INFORMATIONS. 299 

adjoint au maire da XVII* arrondissement ; Robert Guichard ; E. Horn ; Houzeau, 
n^ociant ; M. Lailler, avocat h la Conr d'appel de Paris ; le D' Albert Mathieu* 
m6decin des hdpitaux de Paris ; H. Math6, ancien d6put6 ; Melouzay, professeur 
dc lUniversit^ ; Ernest Melouzay, ancien n^gociant ; A. MoUeni, fabricant d'op- 
tique ; Charles Quentin, ancien directeur de 1' Assistance publique ; A. Vanden- 
dorpel, propri^taire, ancien adjoint au maire du III* arrondissement. 
Secretaire gEnEral : M. E. Blondel, 28, rue Saint-Lazare, i Paris. 



Gaisse des Olfraades nationales. 

Les operations en 1896 de la caisse des ofTrandes nationales en favenr 
des armies de terre et de mer ont ^t^, succinctement r^sum^es, les sui- 
vantes : 

Au 31 d^cembre 1896, le nombre des rentiers 4tait del688, n^cessitant 
one d^pense de 145 970 francs. Les titulaires de complements de pensions 
6taient au nombre de 7216 pour une somme de 1 216 851 francs. 

Le nombre de secours permanents ^tait de 1101 et la d^pense de 
110440 francs. 

Dans le courant de I'ann^e 1896, le comity sup6rieur a accords, par di- 
Terses decisions, 3 374 secours eyentuels;la d^pense faite sous cette ru- 
brique s'est eiev6e a 254 380 francs. Les secours ^ventuels ne peuvent se 
cumuler avec une rente viag^re, un complement de pension ou un 
secours permanent. 

Pour Tann^e 1897, les provisions budgOtaires accusent un exc6dent de 
rentes de 194252 francs; cet excOdent est destine k donner des secours 
evenlueb k d*anciens militairesou marlns blesses, ainsi qu'aux veuves, aux 
ascendants ou aux enfants mineurs, d'hommes morts de blessures ou 
d'inflrmites contraclees au service. 



Gaisse nationale des Retraites pour la VieiUesse. 

Les versements recus en 1896 sont au nombre de 1 811 685 et s'eifevent 
k 37913363 francs. Les chiffres correspondants de 1895 etaientde 1 338859 
versements et de 32638 155 francs. 11 y a done augmentation de 472826 sur 
le nombre etde 5275 208 francs sur le montant des versements. La moyenne 
par versement a ete de 21 francs ; elie avait ete de 24 francs en 1895. 

En comparaison avec Texercice precedent, les versements coUectifs ont 
augments de 469621 en nombre et de 5 068114 francs dans leur montant. 
Quant aux versements individuels, iis prOsentent egalement un excOdent 
de 3206 sur les nombres et de 207 114 francs sur les sommes versOes. 

L'augmentation du nombre et du montant des versements coilectifs re- 
sulte principalement du fait que Tapplication des dispositions de la loi du 
29 join 1894, sur les retraites des mineurs, n'a eu lieu d*une mani^re com- 
plete qu'en 1896. 

Le nombre des rentes viag^res en cours au 31 dOcembre 1896 etait de 
208241 pour une somme totale de 33396864 francs. Ges chiffres accusent 
une augmentation de 7 501 sur le nombre des titres de rentes et de 



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300 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

245 686 francs sur le montant des rentes. La moyenne par litre est de 
460 francs et est inf^rieure de 5 francs k celle de 1895. 

La caisse a pay 6 pendant i'ann^e 31 839 452 francs d'arr6rages de rentes 
et a rembours^ 13142131 francs de capitaux r^serv^s anx h6ri tiers de 
7 485 titulaires d^c^d^s. Les remboursements ont diminu^, en comparai- 
son avec 1895, de 2872012 francs en sommes et de 919 en nombre. La 
moyenne des remboursements est de 1 756 francs au lieu de 1 905 francs 
en 1895. 

Le taux de 3,50 p. 100 & servir aux d6posants a 6t6 maintenu en 1897 
par dScret en date da 27 d6cembre 1896. Jusqu'^ present le taux moyen 
des placements de la caisse a pu rester tr^s voisin de ce chiffre et s'en rap> 
proche plus que de celui de 3,25 p. 100. Or le taux des tarifs de la caisse 
ne pent varier que par fractions de 0,25 p. 100, ce qui, entre autres consi- 
derations, justifie le maintien du taux actuel k 3,50 p. 100. 

Les frais d'administrationrelatifs a Tann^e 1896 s'^l^vent^ 942 618 francs 
et ne d^passenl que de 7 231 francs les frais occasionn^s par Texercice 
precedent, bien que le nombre des operations se soit accru dans une pro- 
portion plus considerable. Le coiit moyen de chaque operation effectu^e 
par la caisse, qui etait de 0,46 en 1895, s'est abaiss^ en 1896 k 0,37. 



Un Restaurant cooperatif d'Ouvriers. 

Une society vient de se former pour foumir des aliments de bonne qua- 
lite et k bon marche aux nombreux ouvriers des chantiers de TExposition 
de 1 900. Les principaux caract^res de cette soci^td resident dans la parti- 
cipation du personnel aux benefices, la creation d'une caisse de secours, 
le partage, apr^s les prei^vements stipul6s aux statuts, entre tons les ou- 
vriers consommateurs, de tons les benefices realises au prorata des repas 
ou consommations qu'ils auront pris au restaurant et enfin dans la Oxa- 
tion k un extreme minimum de la part falte au capital de fondation, 

La Societe est fondle sous le titre : « Society anonyme du restaurant coo- 
peratif des chantiers des Champs-Elysees ». Son siege social est fixe provi- 
soirement k la Soci^U de participation aux b^rUfices, 20, rue Berg^re, Paris. 

EUe est administree par un conseil compose de sept membres an 
moins, de douze au plus, pris parmi les associes. 

lis sont nommes pour trois ans. Le premier conseil est compose de: 

MM. BuissoN, directeur de I'Association d'ouvriers peintres « Le Tra- 
vail » ; Felix FiTSCH, president de la Soci6te cooperative de consommation 
du xviii« arrondissement; E.-O. Lamf, president de T Association coopera- 
tive de consommation des sciences, des lettres et des arts, membre du con- 
seil d' administration de la Societe pour I'etude de la participation aux bene- 
fices; Maghubon, directeur de la Banque cooperative des associations de 
production; Provost, membre de TAssociation ouvriere d'alimentation; 
L. SoRiA, secretaire general du comite central de I'Union cooperative des 
societes fran^aises de consommation; Steinmetz, administrateur de la so- 
ciete cooperative de consommation « La Solidarite » ; Thuiluer, conseiller 
municipal de Paris, membre de. la Societe pour la participation aux bene- 



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INFORMATIONS. 301 

fices; TuLBUy membre du conseil d* administration de la Soci^t^ pour 
r^tude de la participation aux b^n^flces. 

Le conseil nomme parmi ses membres un bureaa compost d'un presi- 
dent, d'un ou de deux vice-presidents, d'un secretaire et d*un tresorier. 
lis n'ont aucune part dans les benefices de TAssociation et leurs fonctions 
sent gratuites. Toutefois, il pent leur etre attribu^, suivant decisions de 
Tassembiee generate, des jetons de presence, destines k les defrayer des 
depenses que leur occasionne Texercice de leur mandat. 

Aprfes le payement des frais generaux et depenses de toute nature, y 
compris ramortissement des depenses de premier etablissement, il est 
preieve avant tout partage des benefices : 

i^ 5 p. 100 pour la formation d'une reserve legale; 

2<» 10 p. 100 pour la constitution d'un fonds de reserve special; 

3« 3 p. 100 affectes au capital verse. 

Les benefices nets seront ensuite distribues de la mani^re suivante : 

A la caisse de seconrs: 10 p. 100; 

Au personnel, suivant le mode de repartition adopte par le conseil : 
30 p. 100; 

Aux consommateurs : 60 p. 100 au prorata des consomraations et repas 
pris aux restaurants. 

La repartition des benefices se fait : 

1* Aux consommateurs ^ur production de tickets deiivres par la Societe 
et representant sur chacun d'eux le total de chaque depense journalifere. 
Cette repartition se fera suivant la decision du conseil, et, au plus tard, 
tous les trois mois ; il en sera donne avis par des affiches apposees dans 
les etablisseroents de la Societe et par la voie des journaux, dont un d'an- 
nonces leg ales. 

2« Au personnel, tous les six mois apr^s Tinventaire et retablissement 
da bilan et des comptes. 



Le Refage de Nenilly. 

La Maison Israelite de Refuge pour TEnfance, administree par un 
Gomite de Dames, sous la presidence de M'^^ Goralie Gahen, chevalier de 
la Legion d'honneur, a ete fondee en juillet 1866. Etablie A Romainville 
(Seine), dans des conditions tout k fait modestes, elle n'etait destinee, k 
Torigine, qu'A recueillir et k guider dans la voie du bien les quelques 
jeunes filjes arretees dans le departement de la Seine pour vagabondage 
et autres deiits, ou pour fautes de conduite plus ou moins graves, en vertu 
de I'article 66 duGode penal. Ces enfants jusque-1^ avaient 6t6 detenues 
k la prison de Saint-Lazare. 

Deux cEuvres confessionnelles, le patronage de la rue de Vaugirard, le 
disciplinaire de la rue de Rennes, avaient donne Texemple. 

Le nombre des enfants soumis k la correction etaut restreint, la Mai- 
son fut ouverte k des orphelines, k des enfants abandonnees, k celles que 
leur naissance irreguliere eioignait des autres institutions hospitaliferes, 
aux jeunes filles qu'il etait urgent de soustraire k de dangereuses in- 



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302 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

Iluenced et k de pernicieux exemples, enfln k celles dont le caract^re dif- 
ficile ou Tintelligence pea d^velopp^e demandaient une surveillance 
attentive que leurs parents, obliges soavent de travailler au dehors, ne 
pouvaient exercer sur elles. 

Ainsi, le but primitif de TCEuvre, atteint tout d'abord^ se trouvait d6- 
pass6 d^ik et, pen k peu, ]e caractdre de la Maison subissait une heureuse 
transformation. Gr^^e, dans le principe, en vue d*une action ripressive, la 
MaisoQ de Refuge ^largissait son cercie moralisateur et prenait le carac- 
t^re essentiellement prdventif qu'elle rev6t aujourd'hoi. 

Successivement, le refuge fut install^ k Romainville, k Neuilly (boule- 
vard Eugene), et enfin, grdce k de g^n^reux donateurs et au puissant 
concours de M. Zadoc Kahn, dansde nouveaux bdtiments 6difi^s k Neuilly 
et inaugur^s le 4 juin 1883. 

Les pensionnaires sont au nombre de 100 a HO. Trois ateliers : cou- 
ture, broderies d'art, coupe de robes, sont ^tablis dans la maison. Les ate- 
liers prennent des coramandes et chaque enfant re9oit un quart des b6n^ 
fices r^alis^s sur le produit du travail. Ces sommes, plac^es en livrets de 
caisse d'^pargne, lui sont remises k sa sortie. 

Les 6l^ves sont plac6es par les soins du comity de Tceuvre et mises 
sous la surveillance spdciale d'une des dames, qui doit rendre compte du 
travail et de la conduite de sa prot^g^e. 

De nombreux livrets de Caisse d'^pargne, das k la g^n^rosit^ des 
Dames du Gonseil d'administration et s'^levant k pr^s de i 400 francs par 
an, sont ^galement distribu6s k litre de recompenses scolaires, profession- 
nelles et personnelles, lors d'une distribution de prix annuelle, institute 
solennellement depuis Tann^e 1887. 

Outre les ouvri^res formSes par la Maison, quelques-unes des jeunes 
fiUes, t^moignant d'aptitudes sp^ciales, sont sorties, les unes munies de 
dipl6mes d'institutrice et de brevets spdciaux (gymnastique, etc.), les 
autres comme employees de commerce. Toutes sont k m^me de se suffire 
bonorablement par leur travail. 

Les pensionnaires de la Maison prennent part au service de r£tablis- 
sement et de la cuisine ; elles sont ainsi mises au courant des soins divers 
que comporte Tentretien d'un manage. 

Les enfants en correction sont absolument s^par^es des autres. Un pa- 
vilion special ieur est r6serv6; elles Thabitent jusqu'i ce que leur con- 
duite leur ait m6rit6 la faveur de la vie en commun, comme recompense 
de leurs efforts vers le bien. 

Le rapport de Tann^e 1896, pr6sent6 k TAssembl^e g^n^rale du 
23 mai 1897, marque une situation financi^re des plus briUantes. 

Les Iib6ralit6s faites en faveur de Toeuvre out d^pass^ de beaucoup les 
provisions. Les recettes ont atteint 141 221 fr. 30, tandis que les d6- 
penses n'ont et6 que de 60658fr. 80. Un solde de 70000 francs a6te vers^ 
an fonds de reserve. 



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ECHOS 



La Commission d'Assistanoe pnbliqne da Gonseil municipal de 
Paris. — Notre coilaborateur M. Louis Lucipia a ^t^ 61u president de la 
commission d*assislauce publique du Gonseil municipal de Paris, en rem- 
placement de M. Paul Strauss, d^missionnaire. 

La Revue Philanthropiqtie est heureuse de f^liciter M. Louis Lucipia de 
eette designation flatteuse. 

Secoors aux Expuls6s. — Le pr^fet de la Seine vient, en ex6cu1ion 
d*Qne deliberation du Gonseil municipal qu'il a approuvee, de prendre un 
arrets par iequel il est allou^, k litre de subvention, pour bons de loge- 
ment a distribuer par les mairies de Paris anx victimes d'expulsion, une 
somrae de 15.000 francs qui sera r^partie entre les vingt mairies au pro- 
rata de la population indigente de chaque arrondissement. 

L^Asile Moreau & Jamac. — L'inauguration de Tasile Moreau ^ Jarnac 
(Cbarente), s'est faite avec edat. Le nouvel etablissement contient 16 lits 
et pent recevoir 13 vieillards indigents et 3 pensionnaires payants. 

M. Laporte, s^nateur, maire de Jarnac, a preside cette f6te, k laquelle 
assistaient le president du Gonseil de prefecture, M. Brisson, maire de 
Cognac, et de nombreux assistants. 

£cole municipale d^Inflrmi^res du Havre. — Le jeudi 28 octobre 
a en lieu Tinauguration de TEcole d'infirmieres k I'Hdtel de Ville, devant 
one nombreuse et brillante assistance, venue pour temoigner sa sympa- 
thie k roeuvre nouvelle. M. Marais, maire du Havre, pr^sidait ayant k ses 
cdtes le sous-prefet, M. Gathala, MM. les vice-presidents de la Gommission 
administrative des hospices et du Bureau de bienfaisance ; daos la salle, 
plusieurs conseillers municipaux, les professeurs de TEcole, des medecins, 
les ei^ves, et un nombreux public. 

Apres un discours de M. Marais et les remerciements de M. le D» Lau- 
nier, au nom des professeurs, M. le D' Sorel a fait la premiere lecon du 
cours de chirurgie. 

Le professeur Tamier. — Le professeur S. Tarnier, le ceiebre pro- 
fesseur d*accoachements k la Faculte de Medecine de Paris, vient de mourir ; 



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304 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

ses obs^ques ofncielles ont eu lieu k Paris k la Madeleine. Apr^s la cM- 
monie, le corps a 6t6 transports k Dijon ; M. le professeur Pinard et M. le 
D' Pierre Budin onl prononc6 d'Sloquenls discours, ie premier au nom de 
la Faculty, le second au nom de TAcadSmle de mSdecine. D'autres alloca- 
tions ont StS prononcSes par MM. Hergott, Demelin et Louis Dubrisay. 

M. le D' Pierre Budin a r6sum6 ainsi les admirables titres de son 
maitre k la reconnaissance publique : 

« Tarnier est mort; avec lui disparait une des plus grandes figures roS- 
dicales de notre 6poque. 

G'est au nom de TAcadSmie de mSdecine, k laquelle il appartenait 
depuis Tingt-cinq ans et dont il avait 6tS le President en 1891 , que nous lui 
apportons notre tribut d'admiration. 

Avant qu'il f^t admis dans notre Gompagnie, son nom y avait 6tS bien 
souYent prononc6 pendant la memorable discussion sur la fi^vre puerp^- 
rale. Par ses observations, en efTet, par ses statistiques, il avait 6t6 conduit 
k admettre I'existence d'un « poison », d'un « virus capable de se propager » 
d'un « miasme contagieux ». Anssi, apr^s avoir montrS la nScessit^ d'iso- 
ler les malades, fut-il un des premiers k accepter et k enseigner les bien- 
faits de Tantisepsie. 

II fit plus, c'est 4 lui que nous devons I'usage si jastement rSpandu du 
sublinU. II a done puissamment contribu^ k diminuer la mortality des 
femmes en couches. 

Ceux qui ont vu Tarnier n'oublieront jamais sa physionomie si carac- 
tSristique : il Stait calme, il Stait pensif, il opSrait avec une grande babilet^ 
et un grand sang-froid, puis il r6fl6chissait longuement aax difficultSs 
qu'il avait rencontr6es : il cherchait alors avec tSnacitS les moyens d*en 
triompher dans I'avenir. C'est ainsi qu'il fat condait a imaginer un cer- 
tain nombre d'instruments qu'il a success! vement prSsentSs k I'Acad^mie 
de m^decine. 

Tarnier, par ses d6couvertes, fut un bienfaiteur de Thumanltd ; en 
tSmoignage de reconnaissance, le Gonseil de surveillance de rAssist^nce 
publique, sur la proposition de M. ledirecteur general, a dScidS que I'hdpi- 
tal ou il avait fait son enseignement dans ces derni&res annSes, s'appel- 
lerait dSsormais la Glinique Tarnier. 

11 avait done toutes les qualitSs qui sont le propre de I'homme de 
science accompli : il a 6t6 un professeur d'une clartS lumineuse etun ^cri- 
vain d'une remarquable precision ; il fut ie veritable maitre, dont la vie 
doit sei-vir d'exemple ». 

Petition des Sages-Femmes. — Ls^ « ligue de protection des accou- 
cheuses de France » vient d'adresser au Parlement une petition pour 
demander: !• I'abrogation de la loi de I'an XI, qui interdit aux sages- 
femmes i'emploi du forceps; 2° raugmentattoii de durSe des etudes pro- 
fessionnelles, qui seraient portSes de deux k trois ans, dans le but d* (Clever 
le niveau scientifique de la corporation. 

Ecole d'Infirmiers et dUnflrmi^res des asiles d'a]i6n6s da la 
Seine. ~ La distribution des recompenses aux Slaves de I'Ecole d'infir- 



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&GHOS. 305 

miers et d'iaflrmidres des asiies d'ali^n^sa ea lieu ie samedi 13 novembre 
k deax henres k TAsile clinique, sous la pr^sidence de M. Emile Dubois, 
president da Conseil g^n6ral de la Seine, assists de MM. Paul Bronsse, 
Qiaosse, Andr^ Lef^vre, Levraud, Navarre, Henri Rousselie, conseillers 
g^n6ranx, Le Roux, directeur des Affaires • d6partementales, Prestat, 
membre de la Commission de surveillance des asiies d'ali^nds, Louvard et 
Pelletier, chefs de bureau, et de plusieurs membres da personnel medical 
des asiies. 

Apr^s le compte rendu des r^suUats de Tann^e scolaire par M. le Doc- 
teur Taule, directeur de Tasile Sainte-Anne ou asile clinlque, deux allocu- 
tions applaudies ont ^t^ prononc^es par M. Emile Dubois, President du 
Conseil g^n^ral, et par M. le docteur Boumeville. 

Le Legs Marjolin. — Un d^cret vient d'autoriser la Faculty de m6de- 
cine de Paris k accepter le legs fait k son proOt par M. Ren6 Nicolas Mar- 
jolio, et consistant dans la nue-propri^td d'une maison sise k Paris, 
5, place des Vosges, dont le revenu sera employ6, apr^s le d^c^s de Tusu- 
fruiti^re, au remboursement des frais d'inscription d*6tudiants en m^de- 
cine fran^ais, internes ou externes des h6pitaux de Paris, s'6tant fait 
remarqner par leur z^Ie, leur exactitude et ayant recueilli avec soin des 
obsenralions dans leurs services. 

Le Honoment des f^res Lionnet. — L'Assistance publique de Paris 
garde nn souvenir reconnaissant k la m^moire des fr^res Lionnet, qui out 
pendant si longtemps organist des concerts dans les hospices de Bic^tre 
et de la Salp^tri^re. Aussi le conseil de surveillance a-t-il vot^ une sub- 
vention de deux cents francs k T^rection d'un monument k ces artistes 
philanthropes. 

Un Bienfaiteur. — M. Adam Ledoux, qui fut pendant longtemps le 
doyen du conseil municipal de Gourbevoie et qui vient de mourir k Vkge 
de qoatre-vingt-cinq ans, a, par son testament, l^go4 une somme de 
iOOOOO francs k la commune. Gette somme est destin^e k cr^er des pensions 
de retraite pour de vieux ouvners faisant partie de la soci6t6 de secours 
mutuels de Gourbevoie. 

M. Ledoux laisse en outre 50 000 francs k Thospice municipal de vieillards 
du Cayla. 

La Groix-Roage ft*aii9ai8e. — Le conseil central de la Soci^t^ de se- 
eonrs anx blesses militaires (Groix-Rouge fran9ai8e) vient de nommer le 
g^n^ral Davout, due d'Auerstaedt, grand chancelier de la Legion d'honneur, 
president de la soci6t^, en remplacement du due d'Aumale. 

En execution du vote ^mis par le conseil, une double d-marche a M 
faite par le bureau aupr^s du president de la R^publique, qui a donn^ sa 
bante approbation k ce vote, et aupr^s du g6n6ral Davout, qui a accepts 
&Tec empressement la pr^sidence de la soci^t^. 

L*nnion des Socidt6s de Patronage. -^ Le conseil central de 
lllnion des soci^t^s de patronage de France a repris ses travaux sous la 

ISVCK FHQ.A1ITHR0PIQUS. — U. 20 



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306 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

pr^sidence de M. le conseiller k la Gour de cassation Charles Petit, presi- 
dent d'honnenr de TUnion, assists de M. Louiche-Desfontaines, secretaire 
g^n^ral. 

La stance da 42 novembre a 616 presque enti^rement consacrSe k 
retude du programme du 4* congr^s national de patronage, qui se tiendra 
en 1898 k Ulle, pendant les vacances de la Pentec6te. 

Gette society poursuit ce double but: la preservation et le sauvetage de 
Tenfance abandonn^e ou coupable et )e reclassement, dans un haut int^ret 
social, des lib^r^s repentants. A ses efTorts^le jury de la section d'^cono- 
mie sociale k I'Exposition de Bruxelles vient de rendre hommage en d^cer- 
nant k TUnion un de ses dipl6mes d'honneur. 

La Sooi6td de Secours aux militaires coloniaux. — L'assembMe 
g^n^rale annuelle de la Society de secours aux militaires coloniaux a eu 
lieu le 21 novembre. 

G'est M. Etienne, ancien sous-secretaire d'etat des colonies, president 
du groupe colonial de la Chambre et raembre du comite de patronage 
de la Societe, qui pr6sidait. 11 etait assists du president, des membres du 
comite de patronage, des membres du conseil d'administration et du re- 
presentant du ministre de la Marine. 

Le compte rendu financier a €i6 presents par M. Emile P^an, secr^- 
taire-tresorier. L'oraleur a dit combien )a society a prosper^ depuis sa 
fondation. Mais les besoins ont egalement augments, le dortoir jefectoire 
de la place de la Ghapelle est devenu insufflsant en presence du grand 
nombre de soldats liber^s qui s'y pr^sentent. 

Ensuite M. Lemire, president honoraire, a dit quelques mots sur la 
maison de convalescence des militaires coloniaux. 

Apr^s la lecture d*un rapport de M. A. de Pouvourville sur la marche 
du comite de Nancy et un discours de M. Etienne, un concert a eu lieu. 



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REVUES ET PUBLICATIONS FRANgAISES 



) 



M. Andr^ Honnorat poursait, dans le Rappel, sa campagne en faveur 
des d6pdls pharmaceutiques et de Tinstruction medicate. 

« De nombrenses lettres nous sont parvenues au sujet de Tarticle que 
nous aTOQs r^cemment public sur la question des pharmacies rurales. 

« Uune d'entre elles, qui ^mane deM. ledocteur Fr6bault,nousfaitcon- 
ndtre que le projet que nous avons expose a d^'}k recu un commencement 
d'ex^cution par la creation de ['Association des Ambulancieru de France, 

« II DOQS manque seulement, ajoute-t-elle, le concours de la presse 
pour mener k bien ToBUvre que nous avons entreprise. 

« C'est une invite toute gracieuse &,radresse de ce journal et du signa- 
taire de ces llgnes, et c'est une invite qui pent d'autaut inoins nous laisser 
indiff^rents que la tentative de M. le docteur Fr6bault a droit k tons les 
^loges et k tons les encouragements, 

« Notre honorable correspondant nous permettra cependant de lui faire 
'ine toote petite observation : c'est que, pour r6pondre compl^tement k 
I'idie qae nous avons d6veiopp6e Tautre jour, V Association des Ambulanciers 
de France devrait pr^ciser davantage le but qu'elle se propose. 

u D'apr^s Tarticle premier de ses statuts, elle est constitute en vue « de 
r^pandre dans le public des vilies et des campagnes les notions ^l^mentaires 
et pratiques de medecine et de chirurgie pour permettre de donner aux 
malades et blesses les soins indispensables avant Tarriv^e du docteur ». 

c C'est 1^ une tr^s noble t4che,mais c'est 1^, k notre avis, une tdche qui 
n'est pas tout & fait suffisante. 

« Comment r^pandre, en efTet, ces notions 6i6mentaires et pratiques de 
mMecine et de chirurgie? En instituant dans toutes les communes des 
sections charg^es d'organiser des cours et des conferences, nous dit M. le 
docteur Fr^bault. 

« Mais comment r6unir dans chaque commune tons les concours n6ces- 
saires^Mais comment 6lre assure que le public r^pondra k Tappel des 
organisateurs, qu'il suivra les cours et les conferences de Tassocialion ? 

« Voilk ce qu'on pent se demander avec inquietude, et voil§. ce qui peut 
faire craindre que Toeuvre des Ambulanciers de France ne rende pas tous 
les services qu'on est en droit d'en attendre. 

« Qu'elle ajoute, au contraire, au premier article de ses statuts un para- 



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308 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

graphe disant qu'elie a ^galement pour but de cr^er des d^p6ts de medi- 
caments de premiere n^cessit^ dans chaque commune, et de suite on dis- 
tingue beaucoup mieux les r^sultats qu'elle pent atteindre. 

« U ne s*agit plus seulement en efTet d'ane lente dififusion des connais- 
sances m^dicales. II s'agit en m^me temps d'une immediate amelioration 
aux defectueuses conditions dans lesquelles se trouvent places les habi- 
tants des campagnes lorsqu'ils sont victimes de quelque accident ou de 
quelque indisposition. 

« Pourquoi M. le docteur Frebault ne compl^terait-ii pas ainsi son 
oeuvre ? Pourquoi n'^largerait-il pas son champ d'action? 

« II nous sembie qu'ii n'aarait pas de peine k grouper de cette fa^on de 
nombreux conconrs et qull obtieudrait sans grande difBculte des subven- 
tions des deparlements et de TEtat pour cr^er chaque ann^e quelques nou- 
veaax d^pdts pharmaceatiques dans des localit^s 6loign6es? 

« Geci ne Tempdcherait nuUement de r^pandre des notions ei^mentaires 
de medecine et de chirurgie dans le public, et ceci donnerait au moins k 
V Association des Ambulanciei's de France un caract^re d'institution pratique 
qu'elle n'a peut-^tre pas assez nettement pour tout le monde. 

« M. le docteur Fr^bault nous fera sans doute observer qu'il rencontrera 
pour etablir ces d^pdts les m6mes obstacles qu'il rencontre aujourd'hui 
pour organiser des sections d'instruction m^dicale. 

« Mais ne pense-t-il pas que dans les communes oil il y a une sage- 
femme, par exemple, il trouvera en elle une aide tout indiqu^e et que 
dans les communes oil il n'y a ni m^decin, ni pharmacien, ni sage- 
femme, il lui sera ton jours facile de confler la gestion de cesd6p6ts soit 
k rinstituteur, soit k Tinstitutrice ? 

La question, en tout cas, vaut d'etre etudi^e, et puisque M. le D' Fr6- 
bault veut bien nous recommander V Association des Ambulanciers de 
France, k notre tour, nous prenons la liberty de recommander notre pro- 
position k cette interessante et belle association. » 

M . le docteur Ed. Toulouse examine, dans la Revue de Psychiatrie, le 
cas du tueur de bergers; il fait observer que la loi ne permet pas de priver 
indeflniment de sa liberty un individu qui a presents des troubles men- 
taux consistant m^me en des impulsions homicides ; il ajoute qu'on ne 
pent garder inddfiniment s^questr^ quelqu'un qui poss^de une possibility 
de deiire dangereux. Mais il estime que Torganisation actuelle des asiles,oili 
un m^decin est charge de 1200 malades, est de nature k faire nailre des 
erreurs d'appreciation ; il recherche ensuite comment la society pent se dd- 
fendre centre le danger des desequilibres. 

« Faut-il les punir? Pour ma part, je ne serais pas tr^s eioign6 de cette 
opinion que ces degln^res lucides k impulsions perverses devraient etre 
jnges et mdme condamnes comme des individus tonus pour sains d' esprit. 
Une ordonnance de non-lieu, me ttant hors de cause, sur une simple exper- 
tise m6dicale, uu de ces criminels me paratt une chose tout k fait mau- 
vaise, car enfin personne de nous n'est responsable de son organisation 
bonne ou mauvaise; alors pourquoi cette inegalite de traitement et pour- 
quoi ^carter du tribunal une categoric de priviiegids? C*est au jury, repre- 



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REVUES ET PUBLICATIONS FRANgAISES. 309 

sentant de la soci^t^, qu'il appartiendrait dans tous les cas de prononcer, 
apr^s atis des m^decios, les mesures k prendre. 

f< Gette inviolability inscrite dans ie code p6nal en faveur du citoyen 
ali^n^ est une chose ai>solument inique et dangerease. Pour ma part, je 
suis persuade que la crainte d'une mesare de repression ou de protection 
sociale est un frein capable d'agir sur les impulsions de certains d^s^quili- 
br6s; en tout cas c'est le seul moyen de suggestion dont on dispose et il se- 
rait d^raisonnable de ne point s'en servir. 

t( II est, d'ailleurs, un terrain sur lequel tout le monde peut se mettre 
d'accord. Qu'on admette ou que Ton rejette la responsabilit6 des ali^n^s 
criminels, chacun est d'avis qu'ii faut se preserver de leurs actes. Appelons 
la mesure k prendre pimition ou protection, pen importe ; mais il est clair 
qu'il en faut prendre une et ce ne peut ^tre qu'une mesure d'isolement. 
£tre anormal, ^crivait r^cemment M. Paul Brousse, il n'est pas fait pour 
la normale liberty. Actuellement un ali6nd commet un crime. II est ac- 
quitt6 parce que irresponsable. S'il est envoys dans un asile, ce n'est que 
par ?oie administrative et non pas k la suite d'un jugemenl. Par conse- 
quent, le m^decin peut y maintcnir un temps plus ou moins court cet 
ali^ne. Or voil& ce qui est monstrueux. Que Ton sauve rali6ne de la prison, 
la chose peut se justifier. Mais qu*on ne le condamne pas k un isolement 
de dur^e determin^e ulterieurement dans chaque cas par une commission 
de mapistrats et de m^decins, voil^ qui est inadmissible. 

« 11 faut done modifier la legislation sur ce point et decider que tout 
ali^ne criminel sera toujours juge, d'abord ; qu'il sera ensuite, en cas de 
decision du jury, isoie d*office dans un asile special, d'oii il ne pourra 
sortir qu'apr^s avis motive d'une commission medico-judiciaire. Si une 
telle reforme avait ete faite il y a quelqnes annees, Vacher, qui a ete dej^ 
interne k Fasile pour avoir commis une tentative criminelle, ne serait pas 
sorti si facilement de son asile. II aurail ete plus soigneusement examine 
et vraisemblablement soumis k une observation plus prolongee en raison 
de la cause de sa sequestration. Et c'etait peut-Stre une vingtaine d'ado- 
lescents qui auraient ete ainsi sauves Jes grifTes du monstre. » 

VEclair appuie la requite des m6decins, admin is trateurs et eieves de 
la Salpetriere en faveur de la decoration de M^^*' Bottard, surveillante, dont 
TAssistance publique ceiebrait le 29 Janvier 1891 les cinquante annees de 
bons et loyaux services. 

M^^® Bottard appartient depuis cinquante-six ans aumeme etablissement, 
et, aprfes avoir servi sous les ordres de I'illustre professeur Charcot, elle est 
aujourd'hui la coUaboratrice du professeur Raymond. 

« De sa main, M. Charcot a ecrit la petition adressee au ministre d'alors 
pour que la croix de M"« Nicolle passe k M"® Bottard. Tous les eifeves et 
anciens ei^ves de Charcot tinrent k honneur de signer : MM. Gilles de la 
Tourette, Brunot-GeofFroy, mfime ceux qui etaient k Lyon, MM. les doc- 
teurs Picrret et Lepine ou Pitres k Bordeaux. 

c Hier encore, nous nous entretenions de cette excellente femme avec 
M. Jean Charcot, qui nous rappelait maintes anecdotes deiicieuses, et no- 
tamment comment, un jour, les internes projet^rent de lui faire franchir 



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REVUE PHILANTHROPIQUE. 

>rtes de la Salp^tri^re. lis se flrent ses cavaliers servants et lui de- 
^rent de venir diner avec eux. Elle accepta : c*dtait sa premiere sortie 
s depuis six ans. « Oh voalez-vous que j'aille, raes enfants? disail- 
>uis-je pas mieux ici que partout ailleurs? » Ge soir-l&, cependant, 
i laissa faire, et les grands jeunes hommes, tcndres et respectueux, 
,e ils eussent fait pour leur m^re, conduisirent maman Boltard chez 
rouse, puis au th^dtre, voir jouer Surcouf, Puis, ils remmen^rent 
r. Ah ! dame ! quand on se d^bauche pour la premi^refois k 70 ans il 
ider la coupe du plaisir jusqu'au fond ! 

1 n*y a qu'elle, nous rappelait M. Gilles de la Tourette, qui sClt apaiser 
[irroux du patron. Quand Charcot n'6tait pas content, que nous 
i eu quelque d^faillance, seule maman Bottard avait le secret de le 
ler k sa hienveillance coutumidre. Elle raimait et le devinait si bien! 
u'il mourut, elle voulut, k pied, jusqu'au cimeti&re Montmartre, dans 
ags de la famille mdme, k c6t6 du fils, suivre le funfebre convoi. » 
leure paratt venue dlionorer cette serv.ante des pauvres, depuis pr^s 
Xante ans, sur la br^che, sans une parole de regret, qui s'est faite, 
saint Vincent de Paul, « leur soeur par la gr&ce. » 

le D' Bourneville examine, dans le Progr^s midicaly 1*6 tat des services 
)uchements k Paris et leur utilisation par la Faculty de m^decine au 
de vue de Tenseignement ; il commente le r^glement de 1891 qui 
( les 6tudiants en m^decine k faire un stage d'un mois dans une des 
ues de la Faculty ; il rappelle la promesse faite que les ^tudiants 
aient ^tre autoris6s k faire leur stage dans les autres services d'accou- 
ent des h6pitaux. 

Depuis cette 6poque, depuis 1891, quVl-il 6t^ fait? Rien. Pardon! 
oublions deux petites modifications. Afln que les internes et les ex- 
i des h6pitaux puissent continuer k suivre sans interruption les ser- 
de m^decine et de chirurgie, ils sont aatoris6s k faire, la nuit^ un 
d'un mois a la clinique Baudelocque (!). Quant aux internes et 
nes des services d'accouchement, un certiflcat de leur chef de senice 
[es dispenser de ce stage nocturne. 

Ainsi done il y a, dans les^hdpitaux de Paris : un service d'accouche- 
k la Charity, k la tSte duquel se trouve M. Porak ; un autre k Beaujon, 
6te duquel se trouve M. Ribemont, avec un assistant, M. Lepage; un 
k Lariboisifere, k la tfite duquel se trouve M. Maygrier; un autre a 
ital Saint-Antoine, k la tdte duquel se trouve M. P. Bar, avecunassis- 
M. Tissier ; un autre & J'H6tel-Dieu, k la tSte duquel se trouve M. Cham- 
r de Ribes; un autre a la Piti6, k la tdle duquel se trouve M. Dol^ris; 
itre k rhdpital Saint-Louis, k la tdte duquel se trouve M. Auvard ; un 
k rhdpital Tenon, k la tdte duquel se trouve M. Bonnaire, et, dans 
1 de ces services, les ^tudiants ne sont admis k faire leur stage, 
irmi ces chefs distingu^s, MM. Ribemont-Dessaignes, Maygrier, Bar, 
aire sont agr6g6s de la Faculty de m^decine ; ils sont charges par 
ie I'enseignemeut th^orique (cours professoral, conferences, cours aux 
s sages-femmes) ; ils sont d^sign^s par T^tat pour faire passer les 
lens de doctorat, et pas plus que les autres accoucheurs des hdpitaux 



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REVUES ET PUBLICATIONS FRANgAISES. 311 

ils ne sont admis k donner un enseigneinent clinique qui Boit consid^r6 
par la Faculty comme ayant quelque valeur pour les etudiants. Si nous 
ajoutons qu'il ne serai t probablement pas bien difficile d'obtenir que les 
femmes enceintes qui se pr^senteut pour 6tre revues dans les asiles soient 
examinees par les etudiants ; que la visite du chef de service de I'asile 
Ledru-Rollin, ou se trouvent les femmes convalescentes de suites de 
couches, soit de temps en temps suivie de plusieurs Etudiants inscrits, on 
pourrait presque r^p^ter le mot rest^ c616bre d'un professeur 6lranger, 
qui, visitant Paris avant 1870, disait en parlant de Tanatomie pathologique : 
« Quel immense materiel 1 et tout cela perdu I » S'il en est ainsi, ce n'est 
certainement ni la faute de FAssistance publique, ni celle du Gonseil mu- 
cipal. 

c( Unfait recent, qui aeuun immense retentissement dans Topinion pu- 
blique et a vivement ^mu le corps medical tout entier, est venu mettre en 
relief Finsuffisance de Fenseignement de la Faculty. Ce n'est pas toujours 
la faute des jeunes m^decins s'ils n'ont pas une pratique s6rieuse des ac- 
couchements. Les moyens d*enseignement existant k profusion, des mat- 
tres en nombre convenable s'ofTrant, la Faculty manquerait k ses devoirs 
sociaux si elle tardait plus longtemps k organiser largement Venseignement 
pratique des accouchements, en utilisant tons les services et tons les accou- 
cheurs. » 

Pour faire suite k la note ajout^e au Bulletin de la Soci^t6 de mendi- 
city contre les enfants relatant le projet de M.Lenoir, adjoint au maire de 
Versailles, sur les families nombreuses (1), voici les explications fournies 
hn Journal de Versailles par Fauteur du projet : 

« M. Lenoir s'est pr^occup^ de rechercher les ressources n^cessaires 
powt couvrir cette d^pense. 

« II s'est dit que, dans une association mutuelle, comme est une nation, 
chacun doit contribuer aux charges en raison de ses ressources, c'est-i- 
dire en proportion des garanties et de la protection qu'il refoit de la so- 
ci6t^ ; qu'il est Evident que les families qui ^Ifevent pour la patrie plus de 
trois enfants lui procurent une source de prosperity et de puissance, et 
qo*k raison des sacrifices qu'elies s'imposent elles m6ritent d'etre aid6es 
par la communautS; qu'il n'est pas moins Evident que les families de 
moins de trois enfants resolvent des families plus nombreuses une protec- 
tion plus grande que celles qu'elies apportent elles-m^mes, et que par 
consequent il serait de la plus stricte 6quit6 de leur demander, k raison 
de leurs moindres charges, une contribution, afin de venir en aide aux 
families plus charge es. 

u Continuant le travail de statistique qu'il avait commence, M. Lenoir a 
troav6 qu'il y a ^ Versailles : 

957 families de 3 enfants, 
l.«19 — de 2 enfants, 
2.708 — de 1 enfant, 
2.588 — sans enfants. 

(1) N" 1 de la Revue philanlhropique, p. 154. 



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312 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

823 c^libaiaires de 21 h 25 ans, 
1.836 — de26d45ans, 

379 — de 46 & 55 ans, 
et 634 — de plus de 55 ans. 

« II a pens6, et nous croyons qu'il a eu raison, que personne ne trouve- 
rait excessif de demander une contribulion de tin centime par jour k toute 
famille non indigente n'ayant que deux enfants, — de deux centimes par 
jour aux families n'ayant qu'un seul enfant, — de trots centimes par jour 
aux families sans enfant, et de cinq centimes par jour k tout c^libataire ne 
faisant point partie de I'arm^e active. 

« Partant de ces chiffres bien modiques, il a trouv^ que : 

« Les 1.619 families de deuxenfants produiraient 3fr. 60x1.619=5.828. 

« Les 2.708 families n'ayant qu'un enfant 7 fr. 20 x 2.508= 19.497 fr. 

« Les 2.588 families sans enfant produiraient 10 fr. 80 x 2.588=27.950. 

« Et les 2.849 c^libataires non compris dans I'arm^e active, 18 fr. x 
2.849 = 51.281 francs. 

a La somme de ces contributions serait de 5.828 + 19.497 + 27.950 + 
51.281 francs = 104.556 francs. 

« La d^pense totale ^tant de 125.000 francs il manquerait 125.000 fr. 
— 104.556 francs = 20.444 francs. 

« Le centime addilionnel au principal desquatres contributions directes 
produisant k Versailles environ 8.000 francs, il sufBrait d'une imposition 
sp^ciale de deux centimes et demi pour couvrir cette difference. 

« M. Lenoir termine en nous faisant observer qu'il s'est plac^ dans le cas 
maximum de Tassistance h toutes les families de plus de trois enfants, 
sans exception. » 



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BIBLIOGRAPHIE 



r«a M61aiicolie, par les docteurs J. Roubinovitch, chef de clinique des 
maladies mentales k la Faculty de M^decine de Paris, et Edouard Toulouse, 
m^decin de TAsile de Villejuif, ouvrage couronne par VAcad^ie de nUde- 
cine (Prix Lef6vre, 4896). ln-18 de vin-424 pages avec figures et traces dans 
le texte. (Masson et Cie, ^diteurs.) 4 francs. 
I Get oavrage, qui a obtenu Tann^e derni^re le prix Lef^vre k rAcad^mie 

de m^decine, est le dernier livre qu*on ait 6crit sur la nUlancoliey cet dtat 
TUorbide observe si commun^ment dans les milieux hospitaliers et en ville. 
H n'esl pas nouveau que par la date, mais aussi par les id^es g^n^rales et 

I les tendances exp^rimentales qui y sont manifestoes. On y trouvera une 

critique de la throne de Lange, qui donne aux conditions physiques des 
Amotions la premiere place, antOrieare raOme au fait de conscience. On y 
I ^rouTera aussi de nombreux traces, graphiques et photographies; c'est 

■ \k d'ailleurs un des c6t6s originaux de celte monographie, qui marque un 

r^el ppogr^s sar toutes ses devanciftres par I'application k FOtude des ma- 
I ladies mentales de la mOthode expOrimentale. Enfin les praticiens y liront 

, a?ec plaisir un trfes substantiel chapitre de thOrapeutique, longue revue 

' S^'^^rale sur tons les moyens de traitement employes centre ces Otats 

■. "^entanx qui vont de la simple neurasth6nie k la m61ancolie d^irante et k 

^ stupear,en passant par Thypochondrie. L*eau, I'air, la lumifere, tons les 
I agents physiques, les scrums, les mOdicameuts hypnotiques et sOdatifs, le 

f^^iOent par le lit sont 6tudi6s ; la technique de ralimentation artifi- 
cieue y est exposOe avec beaucoup de details. Mais les paragraphes les plus 
pportantg ^qq^ ^g^^ consacrOs au traitement moral, si dOlicat, et k Tin- 
"^^naenL A cette occasion, les auteurs se livrent k des appreciations, 
J7^^^^ sOvSres, sur Torganisation des asiles d'aliOnOs et van tent les bien- 
^ ^e Tassistancefamiliale. 

«. ^^^8 8oci6tte de premiers seoours en Allemacrne. — Le D'' George 
4tn^^** vient de publier chez Seitz et Schauer, k Munich, deux excellentes 
^^3 sar les soci0t6s de sauvetage et TAssociation du Samaritain(Sama- 
^^** tinterricht) au siOcle pass6. 

^^Ite Otude historique, pleine d'apercus et de comparaisons utiles, est 
^W6t4e par une seconde brochure : Das Samariter und Rettungs-Wesen im 



L 



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REVUE PHILANTHROPIQUE. 

>iit nous recommandons la lecture k tous ceux qui s'in- 
ions de secours imm^diats aox malades et aux blesses 
itres ou a la camp ague. 

G. C. 

icole. lies patronacres (V. Lecoffre, ^dit.). — Sous ce 
nn, professeur au CoLUge litre des sciences sociales, publie 
r6s documents, que voudront lire tous ceux qu'int^resse 
sse. On s'accorde k reconnaltre aujourd'hui qae I'^du- 
kole primaire ne suffit pas. II lui faut un complement. 
> apprenti — ouvrier ou employ^ — trouve sur sa route, 
guides. M. Max Turmann, qui n'est pas un ^conomiste 
qui a d^pens^ dans les oeuvres d'assistance morale une 
ctivite, semblait d^sign^ pour retracer les origines et les 
IS patronages, soit des ^coles congr6ganistes, soit des 
'a fait avec une precision remarquable, et, ce qui ne 
mis beaucoup de son coeur. Dans un rapport officiel 
i de rinstruction publique, M. fidouard Petit parle « des 
tier ordre, tr^s completes, de lumineuse precision, dues 
». Nous n'ajouterons rien k cet ^loge. Nods indiquerons 
jartie historique est jointe une partie pratique, qui fait 
lel tr&s utile pour la formation et la direction des patro- 



J. B. 



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316 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

d'assistance de Rouen donnait une adhesion ^clatante aux grandes lignes 
du projet vot6 par le Gonseil sup^rieur sur le rapport de M. Sabran; un 
excellent rapport a ^t^ soumis k la Chambre par M. Fleury-Ravarin sur ce 
projet de loi ; la Chambre a proclam6 qu'il convenait d'organiser dans le 
plus bref delai possible Tassistance des infirmes et des vieillards indigents 
par la contribution des communes, des d^partements et de TEtat; les 
t^moins les plus impartiaux s'accordent k reconnaitre que la situation 
pr^sente est intolerable. Voici en quels termes s'exprime le rapporteur 
du budget du minist^re de rinl^rieur, M. Maurice Lasserre : « Si done 
I'assistance des vieillards et infirmes existe k I'^tat facultatif et d'une 
mani^re plus ou moins imparfaite dans les villes de quelque importance, 
elle est nulle, ou peu s'en faat, dans les campagnes. En presence des cas 
extremes, un seul moyen s'offre k I'administration d'^pargner k cette 
catdgorie de malheureux les tortures de la faim et du froid : c'est de les 
assimiler aux vagabonds, aux mendiants et de les placer dans un dep6t de 
mendicity. » 

11 n'y a point dans cette constatation le moindre pessimisme,le sort des 
vieux indigents apitoie les plus indifT^rents. Pourquoi, dans ces conditions, 
ajourner I'^tablissement du regime d'assistance obligatoire qui seul per- 
mettra de rem^dier k ces mis^res et de mettre un terme k un spectacle 
aussi affligeant? Les raisons manquent pour justiOer ou pour excuser an 
retard aussi grave dont les consequences sont k ce point funestes et dou- 
loureuses. 

« 

La r^gle mentation des creches, pr^par^e et discutde par le Gonseil 
supdrieur de I'Assistance publique.sur le rapport de MM. Marbeau et Henri 
Napias, n'a pas encore va le jour, et la lenteur avec laquelle s^accomplis- 
sent les plus modestes r^formes ne permet pas d'esp^rer une solution pro- 
chaine. Et pourtant, s41 est une mati^re ou Tintervention des pouvoirs 
publics est urgente, c'est bien celle-1^. Depuis quelqaes ann^es, la creche 
tend k se developper, k jouer un rdle de plus en plus considerable dans 
la protection des enfants du premier kge. On ne considere plus, tout 
au moins en theorie, cet etablissement comme une simple garderie, 
comme un vestiaire d'enfants, et les hygienistes et les medecins ont montre 
la haute importance d'une institution qui n'est pas n^cessairement bien- 
faisante par elle-meme et peut faire courir les plus grands dangers k ses 
jeunes beneficiaires. Non seulement la creche doit etre install6e dans des 
conditions irreprochables d'hygi^ne, mais elle a besoin, pour etre utile et 
tuteiaire, de fonctionner d'une mani^re intelligente et convenable. M. le 
docteur Gauchas a d^montre, parses observations loyales et attentives, que, 
mdme avec une surveillance m(5dicale toujours en eveil, les creches 
n'etaient pas k I'abri d'accidents et de mecomptes survenus du fait des 
parents. M. le docteur Gharles Leroux, m^decin en chef du dispensaire 
Furtado-Heine, a fait ressortir avec beaucoup de force, dans une etude 
recente (1), I'importance du service medical dans les creches. 

(1) Journal de clinique et de th4rapeutique infantiles, 5« anneci n» 4, 7 octobre 
1897. 



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BULLETIN. 3n 

« n faut absoloment, dlt-il, qu'une cri^che soit dirigie par un nUdecih 
mique, ehargi du service, responsable moralement des r^sultats obieniis, Dans 
ces coDditions seules, le service sera bien fait. Le m^decin attach^ k I'^ta- 
blissement doit chaque matin pratiquer, dans une salle Isolde bien entendu, 
Don seulement Texamen de tons les nouveaux arrivants — ce qui est de 
rijgle; — mais aussi faire i'inspection de tons les anciens; faire en somme, 
apr^s sa consultation d'admission, sa visite des salies, c'es(-a-dire voir si 
quelqne affection de contagion douteuse n'a pas ^chapp^ <i Fexamen de la 
directrice k Tentr^e du matin ; r^gler ralimentatton, les bains ; peser les 
nourrissoos » etc. 

M. le docteur Leroux consid^re que le m^decin doit avoir )a haute main 
sor tout le personnel, veiller k la bonne execution du r^glement au point 
devue de I'examen des enfants par la directrice, des mesures de propret^, 
d'antisepsie, etc. ; bref, il lui attribue, non sans raison, la responsabilit^ 
absolue du fonctionnement de T^tablissement. 

Apr^s une vive discussion, le Gonseil sup^rieur de TAssistance publique 
avot^ r&rticle 7 du projet de r^glemeut minist^riel portant qu'un m^- 
decin a la direction du service hygi^nique et medical. Ge n'est pas sur le 
papier et d*ane fagon decorative que cette stipulation s'impose. 11 est vrai 
<IQe les praticiens acceptent par d^vouement ces fonctions honorifiques, 
6^ comme on ne saurait exiger d'eux un sacrifice trop 61ev6, les adminis- 
^teurs des creches font appel au concours de plusieurs m^decins ; la gra- 
tnit^ u'est pas faite pour favoriser cette organisation m6thodique dU ser- 
^'ce medical. 

^' en estde mdme du personnel, qui n'est pas toujours assez nombreux, 
'^samment exerc^. Une creche module, telle que I'ont propos^e les doc- 
*^«rs Henri Napias et Landouzy, et une 6cole normale, telle que I'a r6v6e 
^** Madeleine Br^s, r^pondraient k un besoin de plus en plus pressant, k 
"**« n^cessit^ chaque jour plus ^vidente. La nouvelle r^glementatiou des 
creches, qui, sans ^tre parfaite, favorisera ces ameliorations projet^es, 
J ^^ ®8t que plus n^cessaire et plus urgente et le gouvernement a le devoir 
® 'Je pas la diff^rer longtemps. 



^« Albanel, juge d'instruction au parquet de la Seine, a communique k 

"istitut international de statistique qui a derni^rement si6ge k Saint- 

^^rsbourg une etude sur les enfants traduits en justice (1) qui merite un 

''leux et sympathique examen. 

*-»*^titeur a limits son champ d'observations et d'etudes statistiques au 

^ort du tribunal de la Seine dont la jurisprudence liberale s'inSpire 

. ^f^xisement des travaux du Comite de defense des enfants traduits en 

^^*'ce et de renergique et infatigable propagande de M. Adolphe Guillot. 

J . ^Ux* ce terrain parisien, si perilleux pour les enfants negliges ou de- 

^^s, la criminalite infantile ne subit pas cette aggravation dontun emi- 

^**^ philosophe s'est tant alarme. Qu'on en juge plut6t par les renseigne- 

1^^*^) Paris, Imprimerie et Librairie generale de jurisprudence Marchal et Bil- 



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318 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

meats autoris^s de M. Albanel. Le nombre des arrestatious est tomb^ de 
722 en 1887 k 403 en 1896, gr4ce k la pratique pr6conis6e et adoptee de 
n'arrdter que les enfants r^eliement d^linquants et susceptibles d'etre tra- 
duits en justice; les courtes peines ont suivi une progression d^croissante : 
217 en 1887, 93 en 1888, 133 en 1887, 30 en 1896. Les condamnations tant 
k ramende qu'i remprisonnement, qui s'^levaient k 243 en 1887, 154 en 
1888, ne sont plus qoe de 37 en 1896. 

Pour la France enii^re, la statistiqaeiiedonne pas le chifTre des mineurs 
arrdt^s et M. Albanel regrette de ne ponToir ^i&blir une comparaison 
entre les poursuites exerc^es et les affaires class^es, mais le rapport sur 
les r^suitats statistiques de la justice criminelle en France et en Alg^rio 
pendant I'ann^e 1895 (1) n'en marque pas moins un r^sullat significatif : 
« Au point de vue de Tftge des pr^venus, ^crit le Garde des sceaux, nous 
sommes heureux de constater une diminution notable de la rooyenne aussi 
bien que de la grande criminality des mineurs. » Gette amelioration s*est 
produite non seulement pour les mineurs de seize ans, dont le nombre 
ne crotl gu^re, mais encore pour les pr^venus de seize k vingt et un ans 
doni la progression nximMquepr^sentaUdepuis longtemps une rigulariU et une 
rapidiU inquiHantes : 20 836 en 1875, 32 317 en 1894. L'ann^e 1895 a yu 
s'interrompre cette mont^e funeste et le d^nombrement tombe k 30763 
pour 1895. 

Ge r^sultat ne donne pas assortment le droit de chanter victoire, et la 
statistique d'une seule ann6e est trop pr^caire pour qu'on se r^jouisse pr6- 
matur^ment. Toutefois, si Ton rapproche ces constatations des etudes de 
M. Albanel pour Paris, un indice rassurant s'en d^gage, c'est que I'emploi 
des moyens ^ducatifs, pr^ventifs et pr^servateurs commence k porter ses 
fruits. M. Albanel est parfaitement p^ndtr^ de cette v6rit6 : « Le r61e da 
magistral, dit-il, doit, dans I'esp^ce, consister plut6t k pr^venir qa'k punir. 
II doit apparattre k Tenfant comma un ^ducateur chez lequel la s^vdrite 
n*exclut pas la bienveillance. » On nous permettra d'ajouter que moins les 
enfants vicieux, vagabonds, seront en contact avec les juges, mdme avec 
les plus indulgents, et plus cette t&che de rel^vement pr^ventif sera fa- 
cilit^e. 

M. Albanel 6met le yobu de voir se g^n^raliser la jurisprudence du tri- 
bunal de la Seine, qui a compl&tement renonc^ a la procedure des fla- 
grants d^lits, depuis la belle initiative de M. Adolphe Guillot; il voudrait 
que, dans toute la France, on piUt constituer, par une statistique oniforme 
et une information approfondie, les Archives morales et sociales des enfants 
d^linquants et de leurs families. « Muni de ces renseignements, le magis- 
tral instructeur pourra prendre, k regard de I'enfant, telles mesures de 
repression ou de protection que sa conscience lui diclera. Mais le crimi- 
naliste et le l^gislateur y trouveront surtout, chaque ann^e, des rensei- 
gnements pr^cieux, et, grdce k ces documents, pourront rechercher les 
reformes k effectuer. » 

La p6dagogie des enfants arri^rds, des faibles d*esprit, y puisera de son 
c6te plus d'un enseignement; le moraliste et I'educateur consulteront un 

(1) Journal officiel du 9 novembre 1897. 



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BULLETIN. 319 

pareil dossier avec an profit extreme. La protection morale de Tenfant 
eslle plus sAr rempart centre la criminality jav^oile et les iastitations qui 
graviteat autour de I'^cole et de I'atelier foumissent le vaccin le plus effi- 
cace da Tice et de la depravation pr^coce. 

« » 
Le savant M. G. Tarde a victorieusement d^montr^ que le danger de la 
crimiDalitI juvenile n'^tait pas circonscrit k la France et que le mattre 
d*^cole ^tait exempt de toute responsabilit^. D'ailleurs, dans nn noarel ar- 
ticle para dans la Revue Bleue, le c^l^bre auteur de Tarticie retentissant de 
la Rmie des Deux Monde8,U. Alfred Fouill^e, remet lai-mdme les choses au 
point : « La principale raison, ^crit-il, da ficheux exc6dent de la crimina- 
lity, surtout chez les jeunes, est Tinsafflsauce de Tdducation dans la fa- 
mille ». Tout en mettant en cause ce qu'il d^nomme la toute-puissance 
de TeDseignement immoral dans la presse fraucaise, M. Alfred Fouill^e, 
sans m^connaltre rinflucnce da regime industriel et de rorganisation du 
traTail ^loquemment signal6e dans la Revue socialiste par M. Georges Re- 
nard,conclut qu'il j a lieu de se pr^occuper davantage de T^ducation et 
de la protection des enfants pauvres ; il consid^re que morality et immo- 
rality oat des causes principalement morales. « Ge n'est pas sur le regime 
mtoe de la propria t^, ce n'est pas mdme sur la question d'estomac », 
quelle qu'en soit la valeur, que les r^formes doivent porter exclusivemeat 
ni mdme principalement : plus importante encore est la question du 
< coeur »; plus que les fortunes valent les consciences (1) ». 

Nous n'avons pas k discuter ici des probl^mes aussi difflciles, des 
theses aussi redout€d)les; il nous paralt toutefois que le cel^bre philosophe 
amoindrit k Texc^s la part des agents ^conomiques. La condition de la 
femrae, de la m^re, d^tourn^e par des servitudes industriel les de son rdle 
domestique, intervient dans des proportions ^normes dans le d^laissement 
p4rilleux des enfants et des adolescents ; Tinsalubrite, Tincommodit^, Tin- 
suflisance des logements jouent un rdle considerable dans I'extension du 
vagabondage ; combien d'autres facteurs, Tinferiorite des moyens de trans- 
ports, le defaut d*education domestiqne et menagSre, d^terminent Taban- 
don da foyer, la ir^quentation des cabarets, les progr^s de Talcoolisme ! 
Mais, ces reserves faites, il convient de retenir que les contradicteurs 
de tonte opinion, M. Alfred Fouill6e, M. G. Tarde, M. Georges Renard, 
sont ananimes k r^clamer un surcrolt de vigilance et d'^ducation de 
V4cole. 

A d^faut des parents retenus hors du logis par leurs occupations, I'au- 
toril^ scolaire est tenue d'accorder an supplement d*bospitalite aux ei^ves 
^^ la loi lui confie. L'institution des classes de garde, qui correspond aux 
Etudes sorveiliees des lyc^es et colleges, ne doit pas dtre facultative, mais 
obligaloire dans tous les cas od les families ne peuvent elles-mdmes assu- 
nier les charges de cette surveillance. II n'est pas possible de tol^rer qu'en 
^chors des heures de classe, et notamment depuis la fermeture de Fecole 
^P^\ la tombee de la nuit, des ecoliers soient livr^s k eux-mdmes, libres 

(1) Betme Bleue du 30 octobre 1897. 



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3i0 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

de leurs mouvements et de leurs fr6quentations, abandonn^s h. toutes les 
promiscuit^s de ]a rue. Envainrinstituteur s'efTorcera-t-il de les moraliser. 
« Us sont bien loin des sermons da maltre d'^cole, ces petits, a 6crit 
M. Georges Renard, quand ils rentrent le soir an logis, ou les parents 
harasses et maossades leur donnent la becqa^e qui pr^c^de le sommeil. » 

De toutes les mesures de precaution k prendre pour sauvegarder et 
completer les bienfaits de I'^cole, celle de la generalisation des classes de 
gardey de la surveillance continue en dehors des heures d'^cole, n'est pas 
la moins importante ni la moins urgente. 

En economie sociale, tout se tient, les solutions les plus eioign^es ont 
leur repercussion lointaine ; le prolongement d'action, de surveillance et 
dliospitalite de recole primaire est le premier, le plus simple et le meil- 
leur des patronages pour suppieer la famille et preserver Tenfant pauvre 
des dangers de la rue, pour moraliser la jeunesse fran9aise. 

Paul Strauss. 



Le Dtrecteur-girant : PAUL STRAUSS. 



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2 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

I vie : nous voulons dire pas Ih qu'ils sont fortuits, mais on 
3vrait penser plut6t qu'il n*y a rien de fortuit, que tout s*en- 
lalne et se determine par la logique 
lots d 'accident et de hasard, dont noui 
ous servent ^ couvrirnotre ignorance 
ne pas nous en corriger. 

Les orateurs adressentaux accidents 1 
« aveugle », de « stupide », mais les 
ms doute de se r^server ces ^pithi 
ii'ils n'aient pas pris le soin d'emp^ 
)uvaient 6tre ^vit6s, soit qu'ils ne vei 
n6vitable. 

De m^me nous ne parlous toujours 
js « disgraces » de la fortune, « destn 
autres [choses semblables et, commo 
)us peuplons ainsi TUnivers de toute 
tpricieuscs qui nous dispensent de co 
J nous reformer. 

S'agit-il des accidents de la nature, ( 
^clones, inondations, Eruptions de vol 
rre : nous les disons « accidents » pan 
^yons pas et que nous sommes incapa 
insemble des ph^nom^nes. S*agit-il de 
Lgnent notre activity propre, qui se mi 
) nos travaux et de nos jeux, nous ne 
I'ils sont les suites, les rdsultats ou les 
ais tr^s certains, de nos erreurs et de 
icccident n'est qu'une hypoth^se llal 
nee et il seraitplus sincfere et plus av 
y a pas d'accidents. 






11 nous faut bien pourtant rassemble 
Eiccidents et consid6rer comme tels toi 

impr^vus qui abondent dans la vie el 
)mmes entre eux et avec les filaments. 



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LA PSYCHOLOGIE DES ACCIDENTS. 323 

Les accidents sont relativement beaucoup plus nombrenx 
surmer que sur terre, et dans Fair que sur la mer; ils sont 
infiniment plus nombreux de toutes faQons dans le travail des 
champs que dans celui des villas. La simple piqilre qui tourne 
mal, le coup de come ou de pied de la b6te qui tue le conduc- 
teur ou le berger, la chute de Tarbre qui 6crase le bAcheron, 
r^boulement de la montagne qui entraine avec elle le hameau, 
sont des exemples pris au hasard entre la foule des accidents, 
connusetinconnuSy quisonfsem^s journellement dansT^tendue 
des campagnes et produisent une quantity de maux et de souf- 
frances bien sup6rieure sans nul doute ft toute celle qui provient 
du travail urbain ou minier. 

Mais ni les malheurs des paysans, muettes victimes, ni 
ceux des marins 6parpill^s sur les mors ne frappent Topinion 
comme les accidents et les catastrophes qui surviennent dans 
les grandes villes et dans les centres du travail industriel. 

La question des « accidents du travail », c'est-ft-dire plus 
particuliferement du travail industriel, est aujourd'hui et restera 
loDgtemps encore Tune des preoccupations dominantes du 
Ifigislateur dans toute TEurope, depuis que les machines ont 
mulUpIi^ les risques retentissants et que les ouvriers plus 
instruits sont devenus dlecteurs et Tune des forces qui d6ter- 
minent la politique des ^tats. 

II n'est pas du tout certain que les accidents soient plus 
nombreux sous le regime du machinisme ft vapeur et des appli- 
calions de r6lectricit6 que dans Tabsence de toute machine, 
lorsque les hommes doivent subvenir ft leurs besoins sans autre 
secoars que celui de leurs propres membres. S41 est vrai, 
comme on croit Tavoir d6montr6 par les statistiques, qu'il y a 
moins d'accidents de voyages, moins de bless6s et d'^cras^s 
avec les chemins de fer qu'il y en avait autrefois avec les 
diligences, on est amen6 ft ponser qu'il en est de mSme dans 
toules les parties du travail et de Tactivit^ humaine, sous le 
gouvemement de la science. 

Ces navires cuirasses sur lesquels se multiplient les cata- 
strophes sont plus sArs que les canots d'6corce des sauvages, 
etlacharrue 4 vapeur estropie moins sou vent le paysan que la 



L 



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324 REVUE PHILANTHROPIQLE. 

simple b^che ou que les cailloux, les plantes et les bdtes, lors 
qu'il travaillait la terre de ses mains. Dans eel 6iat primitif d( 
rhomme, une quantity innombrable d'accidents k peine sentii 
produisent, par la suite, les maladies les plus graves, des mu 
illations et des pertes de membre? '*"'^ ^'^^'^ '^^ °**'* ^ ««£»iii 
cause rapporter. 

Mais, comme les machines foi 
efifroyables etquelcs explosions, les 
causent tout d'un coup un grand nor 
des ouvriers rassembI6s dans une i 
on est frapp<5 par ces spectacles, et, 
cit6 les porlant k la connaissance 
notre civilisation abonde en catastro 

Tout paradoxe mis k part, il est 
r5gne de la science et des machines 
coup d'accidents et de maux, et m 
que les guerres modcrnes servies pa 
dables et par des explosifs d'une p 
en definitive moins de victimes que 
et k Tarme blanche. 

Mais il faut tenir compte du non 
nombre des travailleurs, et si les < 
maine sont infiniment agrandis et m 
prodigieuse de moyens d'action tou 
faudra pas s'6tonner si le nombre re 
cidents, des blessures et des morts p 
digne depiti6. 

* 

Pendant vingt ans, nous avons 
texte de loi gdn^ral qui assure aux ti 
tion des accidents qui les frappent ( 
traite s'ils ne peuvent plus travail 
dcrivons ces lignes, nous apprenoi 
S6nat se sont mis d'accord pour no 
temps attendue, mais certainement 



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326 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

oil sont rassembl6es un grand nombre de personnes : th64tres, 
salles de concert ou de bal, ^glises. Nous avons eu rdcemment 
chez nous un exemple, dont le souvenir effroyable restera Ion- 
temps present k toutes les m6moires. 11 y a quelques semaines, 
une 6g\ise de Russie a ^16 le th^^tre d*une catastrophe presque 
semblable. Sans doute, il y 1^ une maladresse premiere, une 
^tincelle qui tombe, une tenture qui s'enflamme, mais avec un 
peu de sang-froid on serait vite maltre du feu, tandis que le d6s- 
ordre el la panique perdenttout en un instant. Tout le monde 
a sa part dans de telles calamit^s, et si on voulait soutenir que 
celui qui a laiss^ tomber la premiere 6tincelle est responsable 
d'une si grande quantit6 de souffrances, on commettrait une 
grande injustice. 

Je citerai un exemple tout individuel, et qui n*eut qu'une 
victime, mais il prouve aussi tr^s clairement que le caractere 
propre des accidents est de n'avoir pas de responsable. Je veux 
dire cette jeune miss Maud qui, sur une sc^ne parisienne, 
faisait tons les soirs applaudir et frissonner les spectateurs par 
la hardiesse et la siiret^ de ses exercices de trapeze. Elle est 
tomb^e du haut du trapeze sur le sol, on Ta relev6e, on I'a 
conduite k Thdpital : elle expira. 

Paris a oubli6 cette jeune martyre du th6Atre. L'accident 
doit ^tre rang6 parmi les accidents du travail. Elle n'avait point 
manqu^ son but, mais le trapfeze s*6tait d^croch6. Voil^ une 
chose bien extraordinaire! Un 6v6nement hors de toute pro- 
vision possible! c*est le p5re de Tenfant qui lui-m6me ac- 
crochait le trapfeze. Ce pfere devait prendre toutes les precau- 
tions que pent dieter la prOvoyance humaine. II appuyait sur 
Tappareil, le tirait, Tessayait, vOrifiait les crochets, avec tout 
le soin que pent y apporter un homme qui va livrer h ce jeu 
son enfant et sa fortune k la fois. Ces crochets-1^ sont fails de 
telle sorte que Tanneau du trapeze ne pent absolument pas s*en 
Ochapper. Certainement, il y a eu une faute humaine. Ce n'est 
pas un malfaisant gOnie qui est venu dOcrocher le Irapfeze. 
Mais la faute, quelle qu'elle soit, k qui vous permettrez-vous 
de Tattribuer? C'cst un accident, un de ces fails impr6vus sur 
lesquels on se dispute en vain apr^s coup. 



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LA PSYCHOLOGIE DES ACCIDENTS. 321 

Je trouve bien t6m6raires ces statistiques qui complent 
29 pour 100 d'accidents dus h la faute des patrons, 26 pour 100 
dus k la faute des ouvriers, 33 pour 100 provenant de cas for- 
tuits, et le reste, de causes inconnues. Accidents, causes in- 
connues, cas fortuits, ce sont li autant de synonymes. 11 faut 
chercher Fexplication des accidents dans Timperfection des fa- 
cult^s de rhomme et dans Timperfection de ses moyens. 

Les enqu^tes administratives sur les accidents peuvent nous 
donner des renseignements pour le perfectionnement des 
moyens m^caniques, et surtout pour rinstruction et T^ducation 
des hommes qui travaillent et des chefs qui les dirigent. Nous 
ne conseillons pas de n^gliger ces enqu6les et de vivre en 
aveugles au milieu de tons les risques de Tindustrie. Mais c'est 
la une recherche qui doit 6tre poursuivie par les savants : les 
magistrats y apportent peu de lumi5re. Nous ne pouvons 
compter que sur le d^veloppement des qualit^s d'attention 
pour pr6venir, et sur les progr^s de Tesprit de solidarity pour 
r^parer, dans la mesure du possible, les accidents qui afiligent 
une riche et iilustre soci^t^ si fidre de ses inventions et de sa 
science. Quant aux p6nalit6s que Ton croit utile d'y ajouter, 
elles font penser h ces parents assez incultes qui ne manquent 
jamais d'ajouter quelques sdvices suppl^mentaires et de luxe 
aux accidents, coups et blessures que leurs enfants se sont 
attires par m^garde et qui sont les p^nalit^s de la nature des 
choses ! 

HECTOR DEPASSE. 



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MEDECINE PUBLIQUE 

►E QUELQUES RfiFORMES A OPfiRER 



)q ne saurait denier une haute port6e philanthropique h 
s les questions qui se rapportent, directement ou indirecte- 
k la protection de la sant6 publique; k ce titre la Revue ne 
a pas de son programme en accueillant quelques consid6- 
IS critiques d'ordre g^ndral sur diverses particularit^s de 
inisation sanitaire actuelle : ioutes ces remarques sont ba- 
;ur des observations personnelles prises sur le vif. 

t d'abord il est permis de se demander si, en fait d'hygi^ne 
ime de m^decine publiques, ce qui reste des anciennes 
utions, des organismes offlciels d'antan est susceptible de 
3ter harmoniquement, sans modifications serieuses, aux 
nces des nouvelles lois, des d^crets en vigueur, des der- 
r^glements. En d'autres termes, et i d6faut d'une riorga- 
on d'ensemble dont Topportunit^ pourrait d'ailleurs tr6s 
se soutenir, conviendrait-il de ne plus tarder k proc^der k 
;orte de mise an point d'une legislation que les donnSes, 
ivues il y a quelque vingt ans, de la science moderne font 
IS d'un endroit apparaitre comme surann^e et incomplete? 
)mbreux sont les exemples de telles d^fectuosit^s. Ainsi, 
jrmes de la loi municipale du 5 avril 1884 , le maire seul, 
outes les communes de France, reste en premier res- 
[) invesli du droit et du devoir d*assurer « le maintien de 

V. d^faut du maire, c'est le pr^fet qui, suivant les cas, intervient soil par 



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330 REVUE PIIILANTHROPIQUE. 

liveou absolue de la plupart d'entre eux, mais qui, en attendant, 
laissent le champ libra k T^closion et k Tessor des maladies ^vi- 
tables. 

Nous venons de faire allusion k Targument d'incomp^tence 
que pourrait ^ventuellement all^guer le maire; pourtant, il y a 
quelques ann^es, le ministfere de Tlnt^rieur a fait parvenir 
d'office k toutes les communes la s^rie des Instructions detail- 
l^es rddigies par le Comity consultatif d'hygi^ne publique. 11 
est certain que, partout, ces instructions doivent 6tre pour 
ainsi dire sous la main du maire afm de le renseigner sur les 
mesures ^ prendre vis-k-vis des difF^rentes ^ventualitds 6pid6- 
miques; mais, en faity il n'est nullemenl prouv^ que, dans 
toutes les communes, la collection de ces documents reste tou- 
jours au complet et k la porlde de qui de droit. Et puis, si in- 
telligibles que paraissent leurs prescriptions, du reste obliga- 
toirement couQues en termes g^n^raux, ne peut-il pas s'y 
trouver quelque particularity dont, notamment pour une 
municipality rurale, Tinterpr^tation precise devienne Tobjet 
d'un r6el embarras sous le rapport de la decision a prendre, 
comme de Tex^cution k assurer? L'article 3 de Tarr^l^ du mi- 
nistre de Tlntdrieur en date du 23 novembre 1893, rendu con- 
form^ment a Tarticle 15 de la loi du 15 novembre 1892, dit 
bien que les formulcs de declaration des maladies ^pid^miques 
« peuvent contenir Findication des mesures prophylactiques 
jugdes utiles » par le m6decin declarant; mais quand cet avis 
technique tout facultatif ne fera pas d^faut, il sera le plus sou- 
vent conQu en termes trop brefs et trop peu explicites pour 
sugg^rer a un profane les voies et moyens de detail suscep- 
tibles d'une prompte realisation pratique. Dans maintes cir- 
constances, il faudra aussi renoncer k obtenir verbalement, de 
la part d'un praticien tr^s occup^, parfois seul pour plusieurs 
communes, les commentaires topiques et les explications mi- 
nutieuses indispensables, k la campagne surtout, pour appro- 
prier i tel ou tel cas determine les instructions du Gomite. En 
presence de pareilles incertitudes, n'est-il pas k craindre que 
plus d'un maire de petite ville ou de village ne se laisse alter 
k temporiser, sinon k renoncer k toute initiative d assainisse- 



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MfeDECLNE PUBLIQUE. 331 

ment rationnel, au grand dommage de la sanl6 de ses admi- 
nistr^Sy dont la sauvegarde ei^t au contraire exig6 la mise en 
CBuvre immediate d'actives mesures preventives? 

S'il s'agitd 'habitations h d6sinfecter, on objectera peut-^tre 
la possibility th^orique de recourir aux Commissions des loge- 
ments insalubres, institutes par unc loi du 13 avril 18S0, mais 
seulement k litre facultatif, et par suite n'existant ou ne fonc- 
tionnant pas, tant s*en faut, dans toutes les localities. Or, il y a 
lieu de le remarquer, leur competence et leurs droits l^gaux 
sont h pen prfes nuls : elles ne peuvent d'ailleurs qu'6laborer 
de simples rapports, sur lesquels, l^galement, il ne saurait6tre 
delib^re ni statue par le Gonseil municipal avant un mois, 
deiai imparti aux interess^s pour produire leurs observations. 
En fait, les decisions h intervenir font le plus souvent defaut 
ou sont au moins sans portee effective, en Tabsence de sanction 
penale precise; et puis — autre atermoiement suspensif de 
loute execution de mesures urgentes — il reste en cas de conflit 
la faculte d'en appeler au Gonseil de prefecture, juridiction 
sans competence en matifere d'hygiene publique. En somme, 
il n'y a actuellement aucun fond h faire sur la loi archaique 
relative aux logements insalubres, tombee du reste presque 
partout en desuetude ; il faudrait la reprendre en entier ou tout 
au moins en eliminer les timidites et les anachronismes. 

Quand il eprouve quelque embarras au sujet des mesures 
particulieres d'hygiftne ou d*assainissement appropriees a cer- 
taines 6ventualites epidemiques, le maire peut-il du moins 
s'adresser k litre consultatif k la Commission cantonale ou 
meme au Conseil dhygihie d'arrondissement, dans les attribu- 
tions desquels, pour la circonscription correspondante, ren- 
trent de droit les questions de cet ordre? Nous n'etonnerons 
personne en affirmant qu'en province, tels qu'existent et fonc- 
tionnent aujourd'hui ces comites — dans les regions oil ils 
existent reellement — leur intervention officielle, k laquelle 
d'ailleurs nul ne contesterait Fautorite technique requise, ris- 
querait souvent de ne [pas s'exercer k temps : les formalites et 
d^lais de convocation, ainsi que les deplacements, expertises 
et discussions scientifiques k pre voir avant le vote de la moindre 



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132 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

conclusion pratique occasionneraient les plus inopportuns ater- 
noiemcnts. 11 arriverait m£me certainement que des raisons 
malogues viendraient par anticipation f rapper de st^rilit^ le 
•ecours direct du maire au Conseil dipartemental dhygihne. 

Quel parti prendre dans un tel ddsarroi et en presence des 
njonctions sArement plus cat^goriques comme des responsabi- 
it6s accrues de la future loi sur la protection de la sant^ pu- 
)lique? Tons nos voeux appellentla creation d'une organisation 
complete et syst^matique de la m^decine publique, qui com- 
)rendrait une sorte de hierarchic medico-administrative allant 
le la Direction centrale institute au ministfere jusqu'au ser- 
vice sanitaire cantonal, sinon communal, en passant par les Di- 
ections r^gionales ou ddpartemen tales , dot6es d'ailleurs 
I'une large autonomie en veriu de la plus legitime d^cen- 
ralisation. 

Mais en attendant une semblable r^forme, il faudrait refaire 
>u rajeunir I'antique loi de 1850 sur les logements insalubres 
it de plus chercher h. tirer tout le parti possible de Tinstitution 
les midecins des dpiddmies, aprfes avoir remanie h fond la charte 
le leurs devoirs officiels et de leur competence 16gale. En droit, 
lexiste aujourd'hui, par arrondissement, un de ces fonclion- 
laires, dont le mandat se borne k Telaboration de rapports qui 
lagu^re etaient centralises au minist^re du Commerce, puis 
ransmis h TAcademie de medecine,ou, une fois Tan, la lecture 
n public d'un compte rendu solennel les tire pour quelques 
nstants de Toubli. La creation des medecins des epidemics re- 
Qonte h une epoque tr^s lointaine oti nul n'aurait pu prevoir 
'extraordinaire developpement actuel de Thygi^ne publique, 
li par suite la complexite du rdle militant aujourd'hui devolu 
. tons ceux qui professionnellement s'en occupent, comme k 
eux dont les attributions fonctionnelles impliquent le devoir 
I'en faire observer les regies. 

Avec Textension prodigieuse et toujourscroissanteimprimee 
, cette heure aux differents problemes de la prophylaxie sani- 
aire par les doctrines modernes issues des memorables decou- 
^ertes de Pasteur, ce ne serait plus Tarrondissement, mais bien 
e canton — sinon la commune, comme le proposait M. Droui- 



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MfeDEGINE PUbLIQUE. 



333 



neau (1) — qui devrait devenir le ressort l^gal du mMecindes 
6pid6mies. NommS par radministration d^partementale, mais 
sur la proposition de Y Inspection rigionale de Fhygiine pu- 
blique (2), ce qui assurerait aux choix ainsi faits toutes les 
garanties de competence possibles, il serait d^sormais oblige 
de se transporter sur les lieux i toute requisition de Tautorite 
rnunicipale et meme spontanement d^s la premiere nouvelle de 
1 'apparition d'une maladie transmissible. Apr^s examen de la 
situation, de concert avec le ou les m^decins du pays, il pren- 
drait vis-&-vis de la municipality la responsabilite technique 
cies indications sp^ciales k donner en fait de prophylaxie ou de 
^alubrite publiques, sauf Si en rendre compte immediatement 
au pr6fet k qui la loi du 5 avril 1884 (art. 99} attribue un veri- 
table contrdle de Thygiene communale. Une pareille mission, 
autrement active que Tancienne, comporterait, en province, 
de tr^s frequents et inopines deplacements aux extremites de 
circonscriptions souvent fort etendues et parfois sans moyens 
rapides de communication ; il appartiendrait aux pouvoirs pu- 
blics d'examiner la question de I'indemnite k lui attribuer de ce 
chef. 

Dr BEDOIN. 

(1) J. Rochard, Encyclop^die d*hygidne et de m^decine publique^ t. IV, p. 898. 

(2) Cre6e par un d6cret du.23 avril 1888 qui pr6voit les rapports naturels k 
^tablir entre ce nouvel organisme et les m6decins des 6pid6mies, ainsi que les 
<^onseils d'hygiftne et de salubrity de la region. 



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LA PROTECTION DE L'ENFANCE 

EN BELGIQUE 



On peut discuter — et Ton ne manque pas de le faire — le 
droit, r^el ou suppose, des adultes pauvres k se faire secourir 
par la collectivity que repr6sente I'Etat, la province ou la com- 
mune. Certaine 6co\e ^conomique poussant la logique de la doc- 
trine jusqu'k ses consequences extremes conteste m6me le droit 
du gouvernement k se substituer aux families pour 61ever 
leurs enfants, moralement, physiquement ou intellectuelle- 
ment. Mais pen de gens, parmi ceux-l& mftmes qui protestent 
contre la transformation de Tinstruction primaire en service 
public ou qui s'insurgent k la pens^e que la commune veuillc 
clever sur le fond commun dans les pouponni^res, dans les 
creches ou les 6coles gardiennes, les enfants de la classe ou- 
vri^re, soutiendraient que la Socidt6 ou que ses repr^sentants 
doit se d^sint^resser du sort des enfants tomb6s aux mains de 
parents brutaux, vicieux ou criminels. Une m6g5re trouvera 
des accents indign^s pour bMmer Thomme qui aura frapp^ un 
enfant ! les passants s'arrfiteront, nombreux, devant un petit 
bonhomme qui racontera, en se lamentant, quelque abracada- 
brante histoire et ils lui rempliront la poche de gros sous en 
guise de consolations. Qu'un instituteur irrit^, 6nerv6, donne 
une taloche k un gamin indiscipline et Ton criera au mariyre. 
L'enfant maltraite, ou vivant au milieu de parents indignes,a le 
don d'emouvoir particuli^rement. On prend fait et cause, tout 
de suite, pour le premier marmot qui vous assourdit les oreilles 
de ses cris. En France, ce penchant k s'apitoyer sur cette cat^- 



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SFANGE EN BELGIQUE. 335 

^s vif. Mais la manifestation de 
. Nous sommes en cela, comme 
s hommes du premier mouve- 
prficherons la croisade contre 
lendemain d'un fait divers de 
u zMe s'^vanouit bient6t. U en 
e chose, un pen d'agitation en 
, agitation qui finit ordinaire- 
t6. 

iepuis le jour lointain oil Jules 
le d'une Societe pro tec trice de 
ie la Socidt^ protectrice des ani- 
;ique, il existe de ces soci£t6s 
s. Elles sont calqu^es Ics unes 
a plupart d'entre elles se sont 
, d'oBUvres frangaises, du Saw- 
s. Mais le titre de Society pro^ 
eu froid aux Beiges qui savent 
5 sensibles, ils lui ont pr6f6r^ 
En f ants martyrs (1). Cela fait 
IX plus durs : frissons et larmes 

Soci^U protectrice de VEnfance portant 
{He a plus de trente ans d 'existence. D6s 
Belgique une crdche ^cole-gardienne. 
remier des statuts est : 
it 6tre n^cessaire ou simplement utile a 

3ment les enfants des n^cessiteux contre 
s : manque ou insuffisance d'alimenta- 
des locaux insalubres, etc.; en un mot, 
ifants et de les preparer h la culture de 

ut par tons les moyens dont elle pourra 

s pouponni^res, colonies maternelles et 

it du public sur les divers dangers qui 

IS ou des mauvais traitements dont ils 

ihysique et morale toutes les r6formes 



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336 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

font k ToBUvre le cortege qui lui convient et s'^changent centre 
bonne monnaie k la caisse de la Soci^t^ qui en a besoin pour 
atteindre son but. 

Ce que se proposent ces soci6t6s, le statut de celle de 
Bruxelles nous Tapprendra : 

Art. 2. — La Soci^t6 a poar but de prot6ger, par tous les moyens en 
son pouvoir, la personne morale et la personne physique des enfants de 
toutes conditions et de tout ^e, conlre Tabaodon, Tincurie, la mis^re, 
Fexploitation, les mauvais traitements, I'^ducation pernicieuse ou crimi- 
nelle, les exemples immoraux auxquels ils peuvent 6tre exposes de la part 
de leurs parents ou des personnes charg^es de leur garde, en un mot, dans 
toutes les circonstances ou ils ont besoin d'aide et de protection. 

On couQoit que les moyens de r^aliser un si vaste pro- 
gramme soient varies: comment done op6rent ces soci6t^s? 
S'agit-il d'enfants maltraitds, brutalis^s par ceux qui en ont la 
garde ? Un des commissaires de la Soci^t^ va trouver au nom 
de celle-ci les bourreaux. Cette seule intervention leur donne 
peur bien souvent. lis changent d'attitude. Continuent-ils 
leurs cruels agissements? La Soci6t6 adresse une plainte au 
procureur du Roi qui les fait appeler au parquet. La perspective 
de la prison est salutaire. Rarement les coupables recom- 
mencent,car ils se sen tent surveill^s par les reprdsentants de 
la. Soci6t6 protectrice. Quand il y a d6lit, exploitation de Ten- 
fant en le faisant mendier par exemple, la procedure est la 
m£me. 

Pour les enfants moralement abandonn^s, enfants excites 
au mal ou vou6s k la d^bauche par Fexemple des parents, la 
Soci^t^ est, en partie,d6sarm^e. La Belgique ne connait pas la 
d^chdance de la puissance paternelle. M. Le Jeune, Tancien 
ministre dcla justice, dont le nom est attache en Belgique & 
toutes les oeuvres de charity, a d^pos^ il y a des anndes un 
projet de loi en ce sens qui n'est pas encore votd. En attendant 
qu'il le soit, les parents Idgitimement unis, vivant tous deux, 
peuvent k loisir corrompre leurs enfants, les livrer au vice. 

Si les Societis protectrices de FEnfance ne peuvent rien en 
faveurde ces enfants (sauf dans les cas signal6s plus haut), il 
n'en est pas de mfime pour les enfants naturels ou les orphe- 



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► E L'ENFANCE EN BELGIQUE. 337 

teur incapable ou indigne ? La Soci^t^ 
destitution. Les juges de paix secon- 
de bienveillance la soci^t^ en nom- 
iteurs soit tuteur, soit subrog^-tuteur. 
5, on le devine, la Socidt^ obtientdes 
miable. Que deviennent les pupilles 
elles, tout enfant recueilli est d'abord 
6t6, rue des Com^diens, 25, ddnomm^ 
1 du propri^taire de Fimmeuble, qui 
Ltuite h la Soci6t6. L'enfant y est sou- 
l. Son caractfere, ses habitudes, ses 
urant une quinzaine de jours. Apr^s 
R6 suivant TAge et certaines circon- 
nne charitable qui le demande (une 
tble sur cette personne par laSoci^t^), 
end comme apprenti, log6, nourri. Le 
chez un cultivateur que Fenfant est 
les cas, Tenfant qui demeure sous 
la Surveillance est emp^ch^ de re- 
ignes. Le lieu de pension de Fenfant 
isementi ceux-ci. Pour justifier cette 
ifere vue, paraitre cruelle, les admi- 
t)ro tec trices de VEnfance expliquent 
5es parents, quand ils parviennent a 
Fenfant qu'on leur a enlev^, est de 
I nourricier, k se rebeller contre son 
5t surtout, les plus pervers et les plus 
rents, n'apparaissent qu'au jour ou 
leur rendre service (1). 
?s raisons, il le faut reconnattre. 



ft » 



conversion employes par la Soci6t6 
de FEnfance, pour ramener au bien 

>tectrice des Enfanis marhjn de Bruzelles pour 
11. 22 



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338 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

quelques-uns des enfants dont elle est devenue la tutrice, il en 
est un qui paraltra un peu strange, quoique scientifique. C'est 
rhypnotisme. Les m^decins de la Soci6td, convaincus de Futi- 
lity de la suggestion appliqu6e sp^cialement au redresscment 
moral des enfants vicieux, font usage de Thypnotisme quand 
les mdthodes naturelles ont dchou^. 

D^fauts et perversion de caractfere, penchant ou impulsion 
aux vices, mauvais instincts, peuvent Hre toujours am^lior^s 
ou gu6ris, affirment ces m6decins, par la suggestion, « proc^d^ 
inoflfensif d'orthop^die morale » (1). Le bulletin delaSoci6t^ 
k Tappui de ces affirmations, cite le cas d'une enfant dedix ans 
« menteuse, voleuse, entM^e et mdchante » qui, hypnotis6e et 
suggestionn^e, est devenue, apr^s une douzaine de stances, 
« une enfant douce, soumise, franche et respectueuse du bien 
d'autnii, faisant m£me la morale h ses compagnes de Tasile et 
leur montrant le bon exemple ». 

D'autres enfants ont 6t6 gudris d*habitudes vicieuses, d'in- 
firmit^s nocturnes. Si, r6ellement, la suggestion permet les 
r6sultats merveilleux qu'annoncent les mddecins de la Soci6t6 
protectrice des Enfants martyrs de Bruxelles et, en particu- 
lierM. le docteur Van Velsen, directeur de I'lnstitut hypno- 
tique, quelles espdrances ce mode artiflciel de culture ne per 
met-il pas d'entretenir? 



* 



Les Soci6t6s beiges de protection des Enfants Martyrs 
n'existent pas uniquement.par Tinterm^diaire de leurs repr6- 
sentants r^guliers, les membres de leur bureau ou commis- 
saires de quartiers ; tons les adherents sont invites k marcher 
dans la m^me voie, et laSoci^t^ leur en fournit la possibility 
en les instruisant des lois et rbglements concernant I'Enfance 
et en les priant d'en assurer le respect en toute occasion. A 
son OBUvre, la Soci6t6 conviele public tout entier. 

On a pu voir sur les murs de Bruxelles et dans les princi- 

(1) Rapport de la Soci6U protectrice des Enfants martyrs de Bruxelles pour 
Tann^e 1894, 



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LA PROTECTION DE L'ENFAxNGE EN BELGIQUE. 3?9 

paux ^tablissements publics des affiches illustr^es oil elle 
recommandait au public « de ne plus rien acheter aux petits 
colporteurs, dans Tintdrfet m6ine de ceux-ci ». 

£mus qu'on voulAt empficher de pauvres enfants de gagner 
leur vie ou de venir en aide h leurs parents en vendant des 
allamettes ou des mannekenpisse, de braves gens se sont 
rfcriis. La Soci^t^ protectrice, tenant bon, a r^pondu : « Nous 
avons fait une enqufete sur la situation r^elle de ces jeunes 
colporteurs. Le r^sultat en a 6t6 navrant. Ou ce sont de petits 
vagabonds abandonn^s par leurs parents et vivant de rapines, 
ouce sont des victimes de parents indignes qui les font tra- 
vailler h leur place. Quiconque donne k ces enfants encourage 
le vagabondage ou favorise Todieuse exploitation des parents. » 

Aux moyens divers qu'elle met en ceuvre pour arriver h la 
r&lisation de son programme, la Soci4t4 protectrice des Enfants 
martyrs de Bruxelles que nous prenonspour type afin de ne pas 
ressasser les observations, en a r6cemment ajout6 un autre. 
Ce mode d'action nouveau constitue une innovation prdcieuse 
qu'il importe d'autant plus de mentionner ici qu'il a 6t6 pr6- 
conis^, voil& assez longtemps d6j&, au conseil municipal de 
Paris, par M. Paul Strauss, aujourd'hui s^nateur de la Seine : 
c'estlafoujrniture, dans les meilleures conditions possibles de 
bon marchg et de quality, du lait pour les besoins de la classe 
pauvre (1). 

A cet effet, la Soci6t6 protectrice des Enfants Martyrs a in- 
stalls k son si^ge social, rue des Com^diens, 2S, k Bruxelles, ou 
se trouvent d6}k Tasile et la creche (2), une Laiterie fnaternellej 



(1) Le 7 d^cembre 1896, sur la demande de M. Paul Strauss, le Conseil muni' 
c»pal de Paris constituait une Commission d'6tude de I'alimentation par le lait. 
Les travaux de cette Commission ont 6t6 consign^s dans un rapport de M. Pierre 
^din, accoucheur en chef de la Maternity, qui conclut & la distribution h. prix 
JJ^<™>t aux mferes n^cessiteuses de lait frais ou st6rilis6 et ^ la reduction des frais 
de transport du lait sur les voies ferries. 

(2) Nous nous abstiendrons de parler de ces locaux. Pr6t6s obligeamment par 
^ des meiUeurs soutiens de rinstitution, M. de Grimberghe, ils sont d'un entre- 



L 



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340 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

destinee a distribuer du lait pur stMlisSy gratis ou seulemeni a 
ban marcM, Ce service fonctionne depuis trfes peu de temps. 
La salle de sterilisation est pr^c^d^e d*une chambre ou sont 
nettoy6s, m^caniquement, les biberons. Ghaque bouteille-bi- 
beron regoit 150 grammes de lait de ferme et 4 grammes de 
Sucre. EUes sont ferm^es i I'^meri, puis plong^es dans Teau 
bouillante pendant trois quarts d'heure. La t^tine ^tant sur la 
bouteilie pendant cette operation se trouve ^galement st^rilis^e. 
Ces flacons sont d^iivr^s aux parents pauvres jug6s dignes de 
cette faveur apr^s enqufite. Une surveillance est exerc^e a 
TefTet de savoir si ce sont bien les enfants qui consomment ce 
lait. Le nombre des families servies par la Laiterie matemelle 
est encore tr^s restreint. Mais I'idde germe (1). Ce qu*une so- 
cidte priv^e a tent^ dans un pays voisin, la Ville de Paris n'a- 
t-elle pas le devoir de rexp^rimenter au plus t6t chez elle, 
comme le demande, en ses conclusions, le rapporteur de la 
Commission de Talimentation par le lait? La fourniture de lait 
sain, nourrissant, 4 bas prix, n'est-elle pas, des multiples 
moyens avanc^s pour lutter contre la mortality infantile, celui 
dont les effets sont les plus certains? 

Faut-il dire que la sympathie du public ne fait pas d^faut 
aux soci^t^s qui ont assume la t&che de prot^ger les enfants 
contre les mauvais traitements ou les honteux exemples?Des 
societies dont le nombre augmente d'ann^e en ann^e collectent 
fr^quemment a leur profit. Des bienfaiteurs connus et inconnus 
envoientdes dons de toute nature. Des propagandistes ardents 
vont porter la bonne parole aux quatre coins de la Belgique. 
M. Le Jeune leur a donn^ I'exemple. C'est grice Ji son d^voue- 
ment infatigable Ji la cause de Tenfance que la society m^re de 
Bruxelles a vu naitre sur diflF^rents points et grandir vite des 
societ^s sceurs qui Tout vaillamment imit^e. 

tien tr^s coilteux et ne satisfont point aux besoins. Telle a k\Jk notre impression 
lipr(;s les avoir visit6s. II est des dons on^reux. 



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:E en BELGIQUE. 341 

Soci^t^s protectrices des 
eurs mauvais c6t6s qu'il 
[n6me que dans la foule 
;idt6 protectrice des ani- 
d'un z^le excessif et par- 
des Soci6t^s protectrices 
. voir par tout des petites 
artyrs »i n'en fftt-il plus 
ssent leurs investigations 
[ions : ils se m61ent sou- 
lais ce reproche, sont-ils 



ALBERT xMONTHEUlL. 



Buvres identiques dans les pays 



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lSILES JO] 



dans le dernier c 
ion annuelle des 
attre au congr^s 

qui 6taient, disa 
t le monde non 
it bien des philai 
ahn Bost et elle 
ait desirable qu 
I'ont permis de V( 
; de visiter ce gr 
mme un eharma 
[)mmairement le 
iost sont exclusii 

protestante. Jol 

Ilavait, au d^bi 
d'un veritable ai 
berg et des Liszt. 

pens^e de deve 
veritable fut cell 
e i La Force (Doi 
s idiotes qu'il aii 
isance, et seul, s( 

son inspiration 
ie la vie. 
rt est int^ressant 



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N BOST. 343 

rapidement faire connaitre 

nque. 

t neuf ^tablissements diflf6- 

n destind aux filles et aux 

3oteau, se compose de : 
X jeunes filles orphelines, 
de protestants dissdminds; 
les filles infirmes ou incu- 
;6cit6, idiotes, imbeciles ou 

aes filles dpileptiques ; 

L des filles idiotes, gMeuses, 

dpileptiques qui sont idiotes 

stitutrices incurables, des 
,mes veuves ou cdlibataires 

rvantes, des femmes veuves 
isources, que leur education 

, h trois kilometres environ 

IS. II comprend : 

is infirmes ou incurables, 

)ts ou imbeciles ; 

3 dpileptiques ; 

i des gargons idiots g&teux 

Lce, dpileptiques idiots et 

uf asiles dtait en 1896 de 

B considerable d'assistance ; 
t asiles sont exclusifs aux 
passion pour les gargons; 
rde pour les filles, ce sont 
le population. Les autres, 
ssistance, pen vent contenir 



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344 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

des d^sh^rit^s de la vie, mais non des infirmes, quoiqu'il y en 
ait ^videmment quelques-unes dans le nombre. 

Ges asiles ont 6t6 cv66s successivement ; John Bost faisait 
des quotes, des tourn6es, pr^chant pour son oeuvre dans les 
paroisses du cuite protestant, en France et k Titranger; il for- 
mait Qa et \h des groupes sympathiques h ses id^es qui lui 
fournissaient des subsides ; les donations importantes arrivfereni, 
et k mesure que les ressources augmentaient, les creations 
nouvelles se faisaient; ce fut d'abord la famille ^vang^lique; 
Bethesda^ Eben-Hezer, Bethel, Siloi viennent ensuite. Alors 
ToBuvre ^taitfaite, les bases r^elles en^taient jet^es, et e'en 6tait 
assez assur^ment pour que John Bost reQilt en 1861 le pris 
Monthyon. En 1877, les asiles John Bost furent reconnus ^ta- 
blissement d'utilit^ publique, et depuis ce temps, et malgr£ la 
disparition du fondatcur, ToBuvre continue son fonctionnement 
rdgulier, s'am^liorant sans cesse, mat^riellement surtout, car 
moralement, c'est dvidemment toujours le m^me esprit reli- 
gieux et les m^mes preoccupations morales. Au point de vue 
materiel, le vieux Bethesda a disparu, et c'est aujourd'hui un 
asile neuf, pour lequel il a fallu trouver 200000 francs de res- 
sources extraordinaires. Un ch&teau d'eau a 6td elev6; une 
etuve fixe i vapeur sous pression assure avec un pulv^risateur 
un service complet de disinfection. Dans le pavilion de Bethesda, 
une infirmerie trfes convenable avec une salle d'op^ration oi 
les antiseptiques sont de rigueur, est destin^e aux maladies 
incidentes graves. Enfin, c'est passer un moment plutdt 
agr^able que triste que se promener dans le village fait d'asiles 
s^pards, au milieu de potagers, de voies ombragdes, de jardins; 
on a ddnommd les chemins qui s'entre-croisent aux alentours 
des asiles; il y a une avenue Jcanne-Lapeyre, la rue du Ghftteau- 
d'Eau, la sente du Prieurd, la sente des Accacias. Rien ne rap- 
pel le extdrieurement les misferes physiques abritdes sous ces 
toits et au milieu de cette vdgdtation. C'est, on le voit, une con- 
ception autre des dtablissements d'assistance, et c'est un point 
sur lequel il conviendrait d'insister, car il y a lit mati^re k de 
prdcieuses indications pour Tavenir. 

Intdrieurement, la propretd la plus miliculeuse partout, 



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,LES ASILES JOHN BOST. 345 

pas de luxe, mais ce qu'il faut, lout ce qu'il faut; de Fair, de la 
lumi^re et du soleil, une application tr^s m^thodique des con- 
seils de Thygifene, pas de lits entass^s dans les dortoirs, des 
salles de reunions, de classes ou de travail. Des pieces pas trop 
grandes et permettant une selection des enfants, tout cela est 
^galement trfes bien, je puis m6me dire que cela ^tonne, ^tant 
donn^ le petit personnel secondairc qui est aflFect6 aux divers 
asiles. 

Mais on a 6rig6 en principe qu'il fallait dans ces asiles ^lev6s 
par la charity priv^e se venir en aide, et alors chacun travaille 
dans la mesure de ses forces physiques et intellectuelles. 

Quand il s'agit des travaux int^rieurs, de manage, rien k dire, 
et rien n'est, en somme, meilleur que d'entrainer m^me les 
faibles d'esprit, les idiots non g&teux vers ces soins int^rieurs ; 
ce n'est pas toujours ais^, beaucoup s'y refusent ; c'est alors 
qu'il faut s'ing^nier k lesy decider par des moyens et des arti- 
fices d'oii la violence, bien entendu, est toujours exclue; aux 
asiles John Bost un personnel de choix arrive vraiment k des 
r^sultats bien int^ressants. Cependant, sur un point, je n'ac- 
eepte pas volontiers la rfegle en honneur k La Force et qui nalt 
de celte solidarity charitable et 6vang6lique qui est un puissant 
moyen d'action, je le reconnais; c'est en ce qui concerne les 
soins aux malades ; je ne parle pas de ce qui est purement me- 
dical, tout it fait hors de cause ici. Mais qu'un petit ^pileptique 
en ^tat de mal, concha dans son lit, tant les crises sont fr6- 
quentes, soit assists par un autre malade, assis pr^s de lui, j'es- 
time que c'est pousser loin la solidarity et de tels infirmiersou 
infirmi^res seraient sujets it blendes m^faits dont onne saurait 
vraiment les rendre responsables. 

Ici, la surveillance demande un certain effort d'intelligence 
que des d^biles nesont pas toujours en ^tatde fournir; sans 
doute, on n'a pas eu k constater k La Force d'accidents et la sur- 
veillance g^n6rale, les soins des directeurs ou directrices les 
out pr^venus. Mais le pass^, fAt-il heureux, pourrait-il 6tre 
garant de Tavenir ? C'est au moins un doute et c'est pour cette 
i raison que je n'accepte pas jusqu'k cet extreme la solidarity 

charitable. 



i 

f 

L 



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346 REVUE PHILANTHROPIQUE^ 

Mais en dehors de ce cas particulier, il faut reconnalire 
qu'elle est vraiment tr^s encourageante par ses r6sultats. Ce 
n'est pas sans quelque Amotion qu'on entend Thistoire de Co- 
ralie Walter depuis vingt ans k Bethesda qui, ayant perdu ses 
deux avant-bras, s'est mise courageusement, sans mains, k ap- 
prendre h ^crire, k faire de la tapisserie, k se servir d'un cou- 
teau, d'une cuillfere, d'une fourchette, d'un verre comme une 
valide, qui a d6velopp6 aussi son intelligence de telle sorte 
qu'elle est devenue T^ducatrice de T^cole enfantine. S'occuper 
sans cesse de ces intelligences atrophi^es ou arri^r^es, leurap- 
prendre des choses usuelles, exercer leurs membres, accroitre 
leur adresse par des petits travaux, cr6er pour eux des classes, 
des ateliers, occuper le plus possible leur esprit, tout cela est 
mis en pratique danslesasiles des garcjons etfilles perfectibles 
et fort heureusement. Disons aussi que la confiance est venue 
apr^s avoir vu ce que le docteur Bourneville avait d6ji si bien 
r^ussi k Bic^tre, M. le docteur Holland le declare lui-m6me 
dans un de ses comptes rendus. 

Uadministralion enti^re des asiles est confi6e k un direc- 
teur g^n^ral, M. le Pasteur Rayroux; il est assists d*un con- 
seil d*administration qui se recrute lui-m6me et se renouvelle 
dans des conditions prdvues dans les statuts, et d*une com- 
mission de permanence. 

Asiles. Population. D^penses. Prix de revient. 

La Famille 79 27871,40 0,95 par jour. 

Bethesda 124 30831,10 0,70 — 

Eben-Hezer 57 16275,45 0,78 — 

S1L06 83 21716,70 0,71 — 

Bethel Compassion. . . 90 23399,25 0,71 — 

Repos 29 17597,10 1,66 — 

Retraite 26 10753,40 1,13 — 

M1S6RICORDE 52 13378,05 0,70 — 

Toutes les operations financiferes sont contr6l6es avec soin. 
Un Sconomat gSnSral a mission de s'occuper de toutes les ques- 
tions Sconomiques et de la gestion matSrielle. Ghaque asile 
a son autonomie, sa direction et sa d^pense. Aussi on pent se 
rcndre compte tr^s exactement du prix de revient de chacun. 



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LES ASILES JOHN BOST. 347 

On m'a communique trfes gracieusement ies r^sultats de Tann^e 
1895-1896; je n'en prends ci-dessus que Ies chififres d*en- 
semble. 

On voit que ce prix de revient qui comprend la totality des 
d^penses n'est pas 61ev6, il tSmoigne d'une vigilante 6conomie. 
Gependant le chapitre reiatif h Talimentation repr^sente k lui 
seul, pour un ensemble de d^penses ordinaires s'^levant k 
235681 fr. 77 une somme de 99 257 fr. 25, c'est dire qu'elle con- 
stitue la grosse et importante d^pense et par sa proportionna- 
lit§, on juge de la preoccupation sur ce point de la direction et 
de Fadministration des asiles. 

Quant aux recettes, la charity priv^e y pourvoit et sous des 
formes varices. 

Telle est dans son ensemble Toeuvre de John Bost; il est 
difficile d'en montrer dans un rapide expose tons Ies avantages 
et toutes Ies particularites interessantes. 

Je veux seulemeni, en terminant, en degager Ies traits sail- 
lants. Ce qui frappe dans ces asiles, c'est que tout converge 
vers I'hospitalise lui-m6me; on voit nettement qu'il est Tob- 
jectif principal, exclusif, moralement et physiquement ; puis, 
conception un peu inusitee dans notre pays, ces asiles sont ou- 
verts, ou plutdtne sont pas mur^s; leurs cl6tures sont faites 
d'une grille, d'un chemin, d'une haie. C'est un village au mi- 
lieu duquel on circule; le medecin y asa demeure, ainsi que le 
pharmacien, et c'est en vain que I'etranger, imbu de nos habi- 
tudes architecturales, chercherait, en arrivant k La Force, le 
bfttiment clos de murs solides et it fagade monumentale; il 
ne le trouverait pas. 

J'ai dit plus haut que cette conception etait k retenir, et je 
suis convaicu que c'est ainsi qu'il faudrait comprendre des 6ta- 
blissements de bienfaisance qui nous fontdefaut et que quelques 
d^partements songent k edifier, Ies asiles d6partementaux pour 
incurables. En pleine campagne, ainsi amdnag^s, ils rendraient 
Ies plus grands services ; car si la charite priv^e a fait La Force 
pour Ies protestants^ si un etablissement analogue, dit-on, 
existe dans le Gantal k Ladev^ze pour Ies catholiques, il faut 
reconnaitre que ces efforts de la charite priv^e et religieuse ne 



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J5a REVUE PHILANTHROPIQU 

lemagne, qui est aujourd'hui le pays qui ei 
Maisons de travail k Paris, et dans quelqu 
province ; — Colonie ouvri^re libre agricol 
)bjet est toujours le m^rne^ precede du m6 
litaire : ofiFrir aux travailleurs dans Temfa 
poraire en ^change d'un labeur utile ; ren< 
Idvoy^s qui, succombanta Tadversit^ ou aa 
lements, ont perdu la notion du devoij 
xavail. 

Relativement au nombre immense d'ir 
30urrait utilement s'appliquer, ce genre de 
;rop pen r^pandu. En France, il existe k p< 
m mati^re d'assistance par le travail agrici 
3lus moralisateur et aussi le plus productif, 
'aire chez nous. 

Quand nous aurons fait connaitre les j 
jes diverses organisations, d'apr^^s des not 
me r6cente tourn^e en Belgique et en Hoi 
)eut-6tre contribu^ a h&ter la solution de c( 
'eux et difficile : Assurer Texistence de toi 
nalheureux, en ^change d'une t^che adapts 
iomme consequence, diminuer le vagab( 
nendicite, d^sencombrer les prisons. 

Dans r6tat actuel de notre legislation, 
uite de circonstances fftcheuses dont il n'es 
le trouve pas d'ouvrage, et, partant, pas d 
ixpddient, pour ne pas mourir de faim, que 
►u de se faire arrfiter comme vagabond. 

Mendiant, quand il demande et rcQoit 1 
»ond, quand, sans moyens d'existence, il a < 
aent qu'il ne pent payer, la loi ne disting 
ans se pr^occuper du mobile qui a fait ag 
ans tenir compte de la necessity impanel 
>eut le comdamner k la prison. 

A defaut d'autres refuges, le dep6t de n 
3 convert et la nourriture,lui apparalt com 
e salut, comme un sort relativement heure 



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u^ 






L'ASSISTANCE PAR LE TRAVAIL AGRIGOLE. 351 

Apr^s un court s^jour, qui n'a rien de bien r^confortant, il 
en sort d%rad6, aigri, m^ditant sur son crime qui consiste h 
n'avoir pu se procurer d'ouvrage ; et, s41 ne survient pas quel- 
que heureux incident, ou quelque intervention bienfaisante, il 
retombera bientdtdans Tomi^re, reviendraau Ddp6t et entrera 
dans la categoric des r^cidivistes. 

L'intervention bienfaisante devrait 6tre Tassistance par le 
travail. Et pour produire tons ses efifets, il faudrait qu'elle se 
manifesto avant la premiere chute, avant la premifere condam- 
nation. 

En 1891, un de nos d6putds les plus distingu^s, M. Maurice 
Paure, pr^sentait ^ la Chambre une proposition de loi ayant 
pour objet la creation d'asiles pour les invalides du travail, et 
de maisons dites de travail pour les ouvriers valides sans 
ouvrage. — Et voici ce qu*il signalait dans son expos6 des 
motifs : 

« Quand un homme a subi une premifere condamnation , 
pour vagabondage et mendicitd, il est condamnd par celam^me 
Ji devenir un r6cidiviste. 

« Sur une moyenne de 60000 individus conduits aud6p6tde 
police, ceux qui onl dt6 arr^t^s pour vagabondage et mendicity 
figurent pour un tiers. 

« 11 en est, parmi ces derniers, qui sont des vagabonds 
d'habitude et des mendiants de profession; mais laplupartsont 
des malheureux sans travail et sans abri, de pauvres gens qui 
n ont pas eu de gtte le soir, et qui n'ont pas trouv6 de place 
dans les asiles de nuit, ou qui ont 6puis^ les trois jours r^gle- 
mentaires accord^s dans ces 6tablissements. » 

Cette observation vise sp6cialement Paris qui poss^^de d'im- 
portants moyens d'hospitalisation temporaire, dus en grande 
partie k Tinitiative priv^e. 

L'argument n'a que plus de force en ce qui conceme la 
banlieue et les d^partements limitrophes de Paris, oil lenombre 
des individus sans travail et sans abri augmente d'ann^e en 
ann^e, et o\x il n'y a pour tout refuge que des d6p6ts de mendi- 
city, ou m6me moins encore. 

« On les arrfite, continue le rapporteur, et on les relllche, 



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r 

I 



L'ASSISTANCE PAR LE TRAVAIL AGRICOLE. 353 



le sentiment d'aller se livrer k des inquisiteurs, qu*il ne soit 
pas contraint do se courber, comme pour subir une peine ou 
une degradation. 

C'est ici que Tintervention de la bienfaisance privde est n6- 
cessaire pour donner Ji cette sortede charity, car cen est bien 
une, un caract^re discret et affectueux, pour faire en sorte que 
le secours donn6 n'ait pas Fair d'une aumdne, que le mode 
d'information sur r^tat et la condition de la personne soit r^»duit 
aux moindres formalit^s et ne soit pas une enqu^te judiciaire, 
que le registre d'entr^e ne soit pas assimil6 k un registre d'^crou , 
que le moral de Tindividu soit relev^ et non humili^. 

II faut que Tesprit de la direction, le caract^re du personnel, 
Vallure g6n6rale d'un tel ^tablissement, donnent k ses h6tes 
Timpression d'un milieu familial, d'unc certaine libertd, du 
calme et de Tapaisement si n^cessaires aux malheureux tour- 
ment^s par les rigueurs dela vie. II faut qu'apr^s la premiere 
p^riode de recueillement, de r^confort physique et moral, les 
individus hospitalises comprennent qu'ils ont aupr6s d'eux, 
non des gardiens, mais des guides, non des juges, mais des 
conseillers. 

Alors apparait Timmense importance de la question du pla- 
cement, question difficile entre toutes, mais qui est le comple- 
ment necessaire, Texutoire indispensable de toute oeuvre 
d'assistance par le travail, industriel ou agricole. Car ce n'est 
pas tout de donner Tabri et la nourfiture, d'occuper les bras, 
d'enseigner k Tun ou k Tautre le maniement d'un outil ; ce 
n'est que la moitie de la besogne. 11 s'agit de faire reprendre k 
rhomme rhabitude d'une occupation r^guliere, de Tameiiorer 
enpeu de temps, assez pour pou voir le recommanderJi un patron, 
le placer, le r^integrer dans le monde du travail, en un mot, 
pour assurer son existence ulterieure par ses propres moyens. 
Telle une barque desempar^e par la bourrasque et jetee k la 
c6te, qu'il faut r^parer d'abord et remettre k flot ensuite. 

Plus cer^bultat sera vite obtenu, et plus I'oeuvre rendrade 
services; car pour un nombre donnd de places, moins les 
s^jours seront longs, plus grande sera la faculty d'admission. 
Nous aurons Jiciterplus loin Texemple dela modeste colonic 

WVIE raiLAXTHROPIQUE. — II. 23 



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354 REVUE PIIILANT 

de Haeren (Belgique), qui, avecSC 
h un ing^nieux syst^me de placec 
ann6e prfes de 300 individus. 

Mais examinons d'abord la colo 
est le prototype de toutes les autres 
ayant 6i6 fondle, il y a environ 
soci^te priv^e, la Socidt^ de Bienfa 

I. LA COLONIE ACRICOLE DE FI 

Le programme de cette Soci6t6, 
son acte de constitution, ^tait de 
donnant une occupation et un ap 
hommes valides, malheureux et si 

Apr^s les guerres du commenc 
^puise tons les pays d'Europc, des m 
vaient sans ressources et sans emp 
r^pandaient aussi bien dans les cam 
tendaient k devenir Funique moye 
de gens. C'est alors qu*on vit en 1 
mifere fois une oeuvre d'assistance ] 
humanitaire se doublait d'un bu 
mise en valeur de terrains incultc 
vente pouvait ^tre obtenue k tvhs I 

En 1816, le g^n^ral Van don 
des indigents k mettre en culture 
un syst^me qu'il avait d^j^ mis lu 
dans une colonic de Chinois ^tabl 

11 se disait que si un homi 
instruction, sans metier, sans habi 
faire produire a la terre le moyen 
raison, des indigents appartenant 
vaient ^tre en ^tat de suffire ^ leurs 

II ne s'agissait que de trouver d 
des terrains, un local et le premier 

Le travail agricole, une bonne 
m^thodique devaient utiliser les 



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L'ASSISTANCE PAR LE TRAVAIL AGRIGOLE. 35;; 

voir k leur existence, am^liorer leur moral, etles rendre utiles 
k la Soci^t^, aa lieu qu'ils lui fussent h charge. 

D^s la premiere annde, plus de 20000 souscripteurs appor- 
taient a roeuvre leur obole, formant un total d'environ 55 000 
florins ou 115 000 francs. On acheta 300 hectares de terre 
d'assez mauvaise quality dans la province de Drenthe, pr^s de 
Steenwijk, et la premiere colonic fut cr^6e, sous le nom de 
Fr6d6riksoord. Une partie de ce domaine 6tait une plaine sa- 
blonneuse, coup6e de petits cours d'eau;rautre 6tait bois(5e. 
Pour payer cette acquisition, la Socidtdfitun emprunt amorlis- 
sable en 16 ans. Avec le surplus de ses ressources, elle con- 
struisit 52 maisons ou Ton installa 52 families, formant une 
population totale de 356 individus. A chaque maison ^tait 
raitach^e une concession de 2 hectares et demi. 

On. 61eva aussi une 6cole, un magasin d'approvisionnc- 
ment, et on rendit navigable la rivi5re qui traversait la pro- 
pri6t6. La main-d'oeuvre pour tons ces travaux fut presque 
enti^rement foumie par les nouveaux colons. 

Deux ans plus tard, la Soci6t6 installait une seconde co- 
lonie de 50 habitations. Tannic suivante une troisi^me, en 
1816, une quatridme, de sorte qu'en 1821, il y avail en tout 
200 maisons de construites, abritant une population de 
1450 personnes, et 300 hectares de terre etaient en pleine 
culture. 

La Soci6t6 comptait 23 000 souscripteurs qui lui versaient 
chaque ann^e 95000 florins, soit plus de 200000 francs do 
colisations. 

La conduite de Texploitation 6tait confine h un directeur 
assists de quatre sous-directeurs. Chaque colonic (5tait divisee 
en districts occupds chacun par 25 colons, sous la direction 
d'un surveillant, qui pouvait ^tre pris parmi des colons capa- 
bles, ayant fait leurs preuves au point de vue du travail et de 
la bonne conduite. 

Quelques regies de discipline dtaient ^videmment neces- 
saires pour tenir en main une si nombreuse agglomeration 
d'individus. 

L'insubordination, une conduite irrdgulicre, Tivresse, des 



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REVUE PHILANT] 

es non autoris^es, la pares 
ameubles ou du materiel 
ci consistaient en amendes ] 
ans les cas graves ou en cas 
pable. On a rarement ou 1 
iS de rigueur. La tenue g 
[ du temps, excellente. 
z'\ maintenant comment ont 
aandation du comity, d'une i 
a de toute personne honora' 
*t sans occupation, seul ou 
our entrerk la colonic, en r 
— 11 lui est donne connaissa 
• commencer, on le place co 
^tablies sur le domaine et 
installc, s'il est c^libataire, 
narid et p^re dc famille, dai 
ites par la Soci^td. II y troui 
Is, dont la soci^t^ lui fait Ts 
)mmence par travailler a 1 
g^ndrale. 11 y osl nourri, aii 
son travail soit convenable 

un l^ger salaire. 
)Out d'environ six mois, qua 
cultiver h pen pres seul, c'e 

surveillant gdndral de Te: 
les deux hectares et demi 
luifournit des sonienccs et 
ne vache ou des brebis, ni( 
I passe au rang de cultivatei 
rmais, il est maitre chez lu 
son potager, il vendra au mz 
jxifeme ou Iroisieme ann^o, 
m plein rapport, il aura a p? 
\Y tout loyer, une redevance 
'ois install^ dans sa maison 
re cullive et exploile a sa j 



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L'ASSISTANCE PAR LE TRAVAIL AGRICOLE. 357 

sonnel, sous la surveillance g^n6rale du directeur, et avec la 
seule restriction de ne pas vendre en dehors de la colonic le 
foin, la paille et le fumier, dont la Soci^t^ a toujours besoin 
pour reuforcer le produit de ses propres fermes, et qu'elle paj e 
au cours du march6. 

11 a aussi toute liberty de travailler h. gages au dehors, 
quand Toccasion s'en pr^sente, par exemple k TSpoque de la 
fenaison. 

S'il ne r^ussit pas comme fermier libre, il redescend au 
rang de simple ouvrier, et est employ^ dans une des fermes ou 
dans les ateliers d'industries accessoires. 

Chacun se nourrit selon son goAt et ses moyens. Le pain, 
le seigle, les pommes de terre, le saindoux, lesoeufs, lejambon, 
le laitet le fromage sont en g^n^ral le fond de Talimentation. 
La bi^re n'est pas d^fendue, mais on n'en consomme pas 
beaucoup, car on n'en vend pas dans Tinlc^rieur du domaine. 
D' ailleurs, les colons ont toute liberty d'acheter au dehors tout 
ce qui leur plait. 

Quant k I'habillement, Ik aussi, liberty complete, lis peu- 
vent acheter des chaussures, du linge, des blouses k la colonic 
m^me qui fabriqueces articles. 

En dehors des occupations agricoles, les colons trouvent k 
s'employer dans les ateliers, notamment en hiver oil il y a 
moins k faire pour les travaux du dehors. 11 y a un atelier de 
charpente, une forge, un atelier de tissage oil Ton confec- 
lionne des sacs, des couvertures de toile, des paillassons, un 
atelier de vannerie ou Ton fait des paniers, des malles en 
osier, des sieges de jardin, des corbeilles de tous genres. — 
Enfin, il y a, dans la colonic, des tailleurs, des cordonniers et 
des boulangers. 

Dans tous ces metiers, on forme des apprentis, pris parmi 
lesenfants des colons, selon leur gout personnel et leurs apti- 
tudes. 

Les produits de ces industries sont en grande partie uti- 
lises dans la colonic m^me, sauf la vannerie, qui est vendue 
au commerce en assez grande quantit6, et fournit un benefice 
appreciable. 



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338 REVUE PHILANTHROPIQL E. 

En 1882, on a cr66 une importante fabrication, tr^s appro- 
pri6e a ce milieu de petite culture. C'est une usine pour les 
conserves de Idgumcs et de fruits. La quality du sol se pr^tait 
admirablemonl au d^veloppement de la culture maraich^re, 
^tant sablonneux et facilement irrigable. Les fruits y r^ussis- 
saient 6galement tr^s bien. La creation de cette nouvelle in- 
dustrie a vivement stimuli le zele des cultivateurs. Et Tusine 
est maintenant assez largement approvisionn^e pour produire 
chaque ann6e de 18 k 20 000 boites de conserves. Trente 
jeunes filles ont trouv(5 k s y employer, en dehors, bien en- 
tendu, du personnel d'hommes et de jeunes gens, auxquels est 
rdservd le plus gros de la besogne. 

Cest done 1^ une precieuse ressource pour la colonie, 
puisque cette fabrication stimule Textension des travaux agri- 
coles, emploie des bras disponibles, et procure des benefices a 
la Socidt^. Enfin, on a cv66 tout r^cemment une installation 
pour la fabrication du beurre et du fromage. Les appareiis 
refrigerants, les caves k tempc^^rature constante sont organises 
d'apr^s le systc^me danois. 

Ces industries annexes, qui ont ndcessitddes mises de fonds 
d'une ccrtainc importance, ont notablement am6lior6 le ren- 
dement g6n6ral de la colonie. 

L'enseignement est parfaitement organist dans la colonie, 
et a toujours et6 Tobjet des soins particuliers du comity de sur- 
veillance. Cinq Creoles ont 61^ bMies sur les diflf^rents points de 
la proprietc'*, et chacun des directeurs est un instituteur nomm6 
et rdtribu^ par I'Etat. 

Ceux-ci sont aid^s par six instituteurs et deux institutrices 
libres (car la population scolaire est fort nombreuse) ; et, en 
outre, par deux maitresses spdcialement charg^es de Tense i- 
gnement des travaux mahuels. 

Les ecoles sont baties dans d'excellentes conditions; toutes 
ont un vaste jardin, un gymnase et un prdau couvert. L'a^ra- 
tion des salles est largement assur6e. II n*y a jamais plus de 
quarante enfants r^unis dans une m^me classe sous la direc- 
tion d'un maitre. 

Une commission de trois membres nomm6s par le ministre 



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L'ASSISTANCE PAR LE TRAVAIL AGRICOLE. 359 



de rint6rieur, sur la presentation des membres du Comity, a 
le contrdle g^n^ral de Tenseignement. 

C'est le directeur de la colonic qui a la surveillance des bA- 
timents et des ^l^ves. II signale ceux qui ne fr^quentent pas ia 
classe^ et adresse aux parents les admonestations n^cessaires. 
A r&ge de 12 ans, quand les enfants quittent T^cole pri- 
maire, ils ont la faculty d'apprendre le dessin et de suivre les 
eours du soir, oil ils regoivent un enseignement plus g^ndral 
etplus 6lev6. II y a enfin, pour les sujets d'6lite qui manifes- 
tent des dispositions sp6ciales, une s6rie de cours pr6para- 
toires aux emplois administratifs, soit pour les fonctions de 
commis, soit pour entrer dans les chemins de fer, les postes ou 
les teldgraphes. 

Au point de vue du placement au dehors, cet enseignement 
a une importance considerable. C'est le vrai moyen d'all6gerles 
charges des families trop nombreuses, de cr^er des places dis- 
ponibles dans la colonic, et en m6me temps d'utiliser les faculty 
des jeunes colons qui ne se sentent pas de dispositions pour la 
culture de la terre. 

La colonic poss^de aussi une biblioth^que, riche de plus de 
1 800 volumes, dont un quart environ sp^cialement destine k 
lajeunessc. — Les ouvrages sont prM^s gratuitement aux fa- 
iniiles; et c'est la grande ressource des soirees d'hiver. Le 
nombre des pr^ts d^passe chaque annde 5 000. C'est dire les 
services que rend cette fondation, due presque exclusivement 
^ux liberalites des particuliers. 

Une autre creation importante, dont la ddpense a 6t6 de- 
"^y^e egalement par un g6nereux donateur, est celle de TEcole 
" horticulture et de TEcole de sylviculture. 

L'enseignement tout special qui y est donn^ embrasse une 
P^riocle de trois ans. Lk encore, on forme des sujets distingues, 
"^* He manqueront pas de trouver plus tard au dehors des em- 
P*^^'s bien retribues. 

Eixfin, pour que cette description soit complete dans sa 

'^^^Vete, mentionnons qu'il y a sur le territoire de la compa- 

^^^ deux eglises, une catholique et une protestante ; et une 

*iSoii pour les vieillards incapables de travailler, dans la- 



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LASSiSTANCE PAR LE TRAVAIL AGRICOLE. 361 

s'ils sont en 6tat de fournir un travail convenable, Taident k 
vivre, Tain^ prenant autant que possible la place du pfere. 

Par le fait, il entre tout auplus, chaqueann^»e, en moycnne 
dix k douze families dans cette immense Colonie. 

Ceux quiy sont install^s y restent; mais, par suite de Tin- 
suffisance des ressources financi^res, il ne se cr^e presque pas 
de maisons nouvelles. La sphere d'action de Tceuvre se trouve 
ainsi forc^mcnt limit^e, tant qu41 ne lui viendra pas de nou- 
veaux dons ou de nouvelles souscriptions, pour 6tendre ses 
constructions. 

Tout autres seraient les moyens d'action de la Soci(^t6 si 
elle se bornait a garder les families pendant le temps stricte- 
ment suffisant pour les mettre en ^tat de gagner leur vie, pour 
les rdconforler aprds des p^riodes de mis^re, pour les perfec- 
Uonner dans un metier, pour les placer d*une mani^re quel- 
conque. 

Alors le roulement annuel de la population de la Colonie, ft 

^lendue et k ressources 6gales, pourrait profiter k plusieurs 

^^entaines d'individus, et au lieu d'etre un grand phalanstfere 

^ffricole, ce serait une a3uvre d'assistance, d'apprentissage et 

"6 placement, qui rendrait des services infiniment plus nom- 

*>reux, plus rapides et plus pratiques. 

C'est dans ce sens que s'est exercee Tactivitd 6clair6e du 
^omit^ (les Colonies ouvri^res libres de Belgique, dont nous ex- 
posei»ons Topuvre dans la seconde partie de cette ^tude. 

ll. LA COLONIE OL'V«I]feBE LIBRE DE HAEREN (bELGIQLE) 

^^'est au d^but de Tann^e 1893, qu*un groupe de philan- 
op^g beiges, incites par Texemple des fondations faites en 
" ^ude et en AUemagne, se forma pour cr^er ft Bruxelles une 
ison de travail. 

■--^ but ^tait toujours semblable : ofTrir ft Touvrier valide et 

^ occupation le moyen d'employer ses bras, lui Monner un 

^*^ temporaire, la nourriture, des vfetements, et, ce qui ca- 

^^^^risela fondation beige, Taider ft trouver un emploi. 

*^H Maison de travail ouverte en f^vrier, dans un des fau- 




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362 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

bourgs de Bruxelles avail d^j^, au bout de six mois, recueilli 
135 malheureux. — II est intdressant de parcourir les rapports 
annuels de la Soci^t^ et de suivre la progression des entries, 
les ameliorations rdalis6es, et surtout Torganisation si mitho- 
dique et si efficace de TcBuvre du placement. 

Si le but poursuivi par le Comity beige est identique a 
celui des fondateurs des colonies agricoles hollandaises, Tor- 
ganisation de I'entreprise, surtout ^ Torigine, en a ei6 infini- 
ment plus modeste ; elle a quelqu^ analogic avec Tassistance 
par le travail, telle quo nous la voyons fonctionner chez nous. 

Le Comity beige commenga par louer dans un des bas quar- 
tiers de la ville, dans la region des terrains vagues, une mai- 
son quelconque, moyennant un loyer annuel de mille francs; 
et il obtint de la commune la concession de 60 ares de terre 
situ6s k proximity. — Que nous sommes loin des 1500 hectares 
de Frdderiksoord ! 

On installa des lits, une cuisine, un r^fectoire, et les diflf6- 
rents services les plus nicessaires, aussi simplement, aussi 6co- 
nomiquement que possible. 

Les hommesfurent mis au travail de la terre, sous la direc- 
tion d'un surveillant-jardinier, et, dans Tespace de quelques 
mois, les 60 ares de terrain, nagu^re encombr^s de detritus et 
de gravats, ^taient transform6s en un potager, fertilises par les 
boues des rues que fournissait la ville, et donnaient, au debut 
de rete, une abondante r^colte, qui fut consommie paries pen- 
sionnaires de la maison. 

En dehors de la culture, les hommes etaient, bien entendu, 
employes a tons les travaux de la maison, a I'entretien, a la 
cuisine, aux nettoyages, aux services de tout genre; et de plus, 
pendant la mauvaise saison, a la fabrication de fagots et de 
margotins. 

Le soir, des lectures publiques etaient faites sur des sujels 
instructifs et divertissants. — Une fois par semaine, un insti- 
tuteur de Bruxelles, tout devoue k roeuvre, venait faire une 
conference, choisissant particuli^rement comme themes, les in- 
ventions modernes, les entreprises de Tindustrie et de Tagri- 
culture, la biographic d'hommes arrives, par leur travail et 



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L'ASSISTANCE PAR LE TRAVAIL AGRIGOLE. 363 

leur perseverance, h de hautes situations, de faQon a bien in- 
culquer 4 son auditoire, que le travail et la conduite r6gl6e 
sont la source de tout relfevement materiel et moral. 

Unebiblioth^ueetm6mequelquesjournauxillustresetaient 
mis a la disposition des habitants de la maison. 

Le r^glement intdrieur n'a rien de bienrigoureux. Le matin 
k 6 heures, les hommes aptes aux travaux de culture se ren- 
dent sur le terrain, et travaillent jusqu'^ midi sous la direction 
d'un premier ouvrier choisi parmi les plus capables et les plus 
s^rieux. Ceux qui savent un autre metier s*occupent dans Tate- 
lier,selon leurs connaissances sp^ciales. A midi a lieu le diner, 
puis la recreation. Le travail est repris k unc heure et demie, 
jusqu'a six heures du soir, puis vient le souper, une lecture pu- 
blique, et k neuf heures le coucher. 

A rheure des recreations, Touvrier pent sortir librement, 
pourvu qu'il avertisse le surveillant chef, et qu'il lui dise le lieu 
oil il se rend et Tobjet de sa sortie. 

La journee du dimanche est entierement consacree au re- 
pos. Toute liberie est laissee aux hospitalises de remplir ou 
^on leurs devoirs religieux ; ils peuvent se rendre en ville de 
neuf heures k midi et de deux heures h sept heures. 

Voici maintenant dans quelles conditions se font les admis- 
sions et dans quelle mesure le travail est retribue. 

Pour toute formalite, Thomme qui desire entrer k la colonic 
"Oil se procurer aupr^s d'un protecteur quelconque, d'un par- 
^iculierqui le connait, d*un juge de paix, d'un deiegue de la 
Boui^e du Travail, etc., un bulletin de la Societe, libelie 
conanne suit : 

MAISON DU TRAVAIL 

COLONIE OUVRIERE LIBRE 

*-^ soussigne 'propose k Tadmission dans la Colonic ouvri^re libre le 
Donaine 

- u ^^ Pr^sentera au bureau du Directeur entre 8 heures du matin et 
'•^^ures dusoir. 

^^liyrT6 k , le 

Bourse du Travail, VEmploye d^Ugue, 



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364 REVUE PII ILANTHROPIQUE. 

II faut dire qu'en Belgique, les Bourses du Travail, 6traii- 
g^res k tout r6le politique, s'occupent efTectivement de venir 
en aide aux travailleurs dans Tembarras. 

Une marge est r^serv^e pour les renseignements qu'on pour- 
rait, le cas ^chdant, fournir sur Tidentit^ du porteur. 

Ces renseignements et cette demande d'admission sont 
donn(5s par la personne qui recommande le postulant et qui a 
^16 Tobjet d'une soUicitation de sa part. 

La Soci6t6 a fait imprimer au bas de ce bulletin, la note 
suivante qui resume enti^rement le but de Toeuvre et qui pour- 
rait 6tre grav(5e au fronton de la Maison : 

Tout homme qui veut travailler, dans la mesure de ses moyens, est ad- 
mis, occupy, log^ et nourri k la Golonie, quels que soient ses antecedents 
ou son origine. 

Au moment o\\ Touvrier sans travail se pr^sente pour fetre 
admis dans la maison, il luiest donn^ lecture du r^glement im- 
prim6 au dos d'une feuille de papier, qu'il doit signer, du mo- 
ment qu'il en accepte les termes, et ou il inscrit son nom, son 
^ge, sa profession, sa derni^re r(5sidence, son lieu de naissancc 
et son domicile de secours. S'il a un easier judiciaire, il doit 
aussi en faire mention. On prend note (^galemcnt des effets el 
objets qu'il a sur lui k son arriv6e. 

Au bout de tr^s peu de temps, huit ou quinze jours, Tou- 
vrier tant soit peu capable ou laborieux rcQoit un I6ger sa- 
laire. Le montant en est 6videmment trfes faible, variant de 25 
a 30 centimes par jour, au maximum; c'est cependant une r^ 
tribution raisonnable, si Ton r^lldchit qu'en dehors de cette 
gratification, il est loge, pourvu des soins de propret6, et 
nourri trfes suffisamment, aux frais de la Soci6t(5. 

Mais rimporlant au point, de vue du relbvement moral, au 
point de vue de la sauvegarde de Tamour-propre de I'individu, 
c'est qu'il ne reQoit pas la charite. Ce n'est pas un indigent au- 
quel on fait Taumune sous une forme quelconque : c'est un 
travailleur qui se rend utile dans la mesure de ses moyens, en 
attendant une situation meilleure, et qui est r^mun6r6 pour 
son labeur d'une faQon ing6nieuse et discrete. 

Les cons(5quences de ce. syst^me sont faciles k ddduire. 



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\AVAIL AGHIGOLE. 36:i 

ravail, aspire de nouvcaii a 
e lui donncr la s^curitd du 
le ou d^bauch^, il se forme 
s*aperQoil qu*on n'en meurt 
1. La part jfaite a la culture 
rprend agrdablement. Com- 
lais entendu une parole in- 
3SSUS tout, la liberty relati- 
est aecordee leur donne 
itacte, qu'ils sont la de leur 
our ^chapper aux entraine- 
, ils sortiront uu jour de la 
humiliation, reconfort6s et 

documents publics par la 
npte de son ddveloppement 
ot de ses ressources, de ses 

3 d*existence, elle avait rcgu 
« rCEuyre du Travail », ijn 
donateurs lui fournirent un 
ae centaine de souscripteurs 
)mme totale de 2300 francs ; 
ae de ces souscriptions ^tait 

it^ressante il parcourir. En 
donn6 chacune cent francs, 
rencontre presque unique- 
iq francs, ^manant de mo- 
ommerQants, d'hommes de 

riche cit^ comme Bruxelles ! 
lans la suite. Mais du ca- 
i modestes se d^gage I'im- 
B d6but, il y a une certaine 
, il y a un sentiment de soli- 
courage pour lavenir aux 



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VUE PHILANTHROPK 

5. Et quoi que puisse 
rerait assur^ment enc 
modeste citoyen qui 
mais qui les donne, < 
e au millionnaire disl 
Maison du Travail, ( 

5 seront les gros bata 
vivre les oeuvres de ( 
peuple, Tatelier, la f 
jc-mdmes par des mon 
; qu'ils connaissent; 
j services que rend la 
dus fermes et les plui 
consiater que, d^s 1 
)athie en faveur do Vc 

insensible ou incrddi 
s que ceux constates 
ionnement ? 
t, celui de 1894, enre; 
is et de 8300 franc 

ns s^6lfevent ^6800 1 
Ts pour 1 000 et 1 200 
francs. 

y a pour 3200 francs ( 
progression est conti 
3mitd redouble d'acti' 
:rc la fondation en ( 
IS ceux qui vont veni 
ille de Bruxelles une 
terrain, et la dispoi 
boues de rues pour 
d^frich6 par les pensi( 
suivant, une abondan 



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ICOLE. 367 

piques g6n6reux 
1 pour baiir une 
^ts du chemin de 
itale et lou^ par 
francs par an. 
ort pen dispcn- 
ises de Scine-et- 

5s et paralleles, 
tout en briques 
t de plain-pied, 
mrs marches. li 
•vent de grenier 
ration et la lu- 
js sont suffisam- 

e buanderie, un 
mi un cheval et 
leux vaches, un 
couvert; le tout 

se d6tachc on 
nere litre. — Et 
jui ont pour tout 
Her de toile, on 
amille de culti- 
rouver tout pr6- 
rtable, libre de 
confortde par la 
ion que donne le 

ni pas se prolon- 
is son d6veloppe- 
attendre trop 
lent par oublier 
tier a reprendre 
irekeix-m^mes. 



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»AR LE TRAVAIL AGRIGOLE. 369 

5S qui parlent d'eux-mfemes : 

f avait eu 135 admissions. 

— 195 — 

— 201 — 

— 268 — 

I s^jour avait 6l6 de 4 semaines. Cer- 
se placer au bout de 8 4 10 jours; — 
leureusement, sdjournaient pendant 
lie, soil pour cause de faiblesse phy- 
le k un travail r^mun^rateur. On cite 
ireux, incapable de tout effort s^rieux, 
►rit, quoique jeune encore, qu'il a fallu 
iemi,et qu'on a pu placer difficilement 
[u'il n'a m^me pas pu conserver. Mais 
omme celui-ci ne se pr^sentent pas 
les de mesures d'hospitalisalion sp^- 
quatre ans h peine, de mars 1893 k 
at6riel de 80 lits, en tenant compte 
de Haeren n'a 6tdinstall6e qu'en 189S, 
)r6s de 800 malheureux, auxquels elle 
Tentretien, un l^ger salaire et, k un 
IX, un emploi. Et cola avec un budget 
e 20000 francs, 
'analyse : 

vons dit, ont 6t6 concedes moyennant 
mt Ji la maison actuelle construite a 
^ralit^s particuli^res,elle ne coiite Ji la 
Tais d'entretien. Les principales d^- 
i'alimentation n^cessaires pour com- 
din, la literie, le combustible, la r^tri- 
mati^res premieres pour la culture 
recettes, en dehors des dons et des 
gure un b^n6ficc d'environ 2000 francs 
3n des fagots. 

ire avec trfes pen d'argent, avec beau- 
fivdrance, d'energie et d'initiative per- 
de la vie ont 6i^ recueillis et ont eu 

II. 24 



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370 REVUE PHILANTHRO] 

la sensation d un milieu familial, au li( 
un d6p6t de mendicity, ou le regime esl 
sont r6pugnants, od la d^chdance est i 
avili et m^prisd. Des jeunes gens, qui 
vagabondage et peut-6tre du crime, so 
ouvriers, apr^s quelques mois pass6s k 
grand air, loin des mauvaises frequent; 
rinjustice humaine ou de la mauvaise 
ralement et physiquement par Jes angc 
ont (5t6 r6confort^es, ramen^es a envisa] 
leurs moins sombres, pourvues d'un gj 

Et tons, h c6te du secours mat6r 
lavement intellectuel, le secours moral, 
tion, Texemple du travail, de Tordre, 
sont sentis accueillis et non internes, 
voie par la persuasion et non pouss6s ^ 
troupeau de formats, 

lis ont iravaill^, et ils ont 616 pay^s 
sortis de 1^, librement, comma ils y 6i 
sans humiliation, pouvant se presenter i 
que ce soit, ameliorc^s par le travail, re 
dignity, capablcs de renaitre au bien. 



* 
* * 



Si maintenant il fallait ^tablir un pa 
agricole hollandaise de Fr^d^riksoord 
libre de Haeren, notre tache serait assez 
institutions n'ont, en somme, gul^re de [ 
Leur but seul est idcntique : c'est la r^ 
parte travail agricole. 

A Freddriksoord, 'c'est un immense 
pens^, depuis plus d'un demi-si^cle, des 
terre, a batir desmaisons, des fermes, 
c'est un modeste terrain d'une quinzai 
strict n6cessaire pour donner un abri el 
cinquantaine d'individus. 



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L'ASSISTANCE PAR LE TRAYAIL AGRIGOLE. 371 

Mais k Fr^ddriksoord, nousl'avons signald, malgr6 la per- 
fection des cultures et de rorganisation, les services rendus 
sont relativement restreints ; les families s'y immobilisent, le 
nombre des nouveaux arrivants est mimme, puisqu'il ne s'y 
cr^e que rarement des places disponibles ; et si de nouvelles et 
importantes subventions ne surviennent pas k la Soci^t^, ellq 
estvou6e api6tiner sur place, peut-6tre m6me ksetrouverdans 
Tembarras. 

Au contraire, k Haeren, par le soin tout particulier apport^ 
k TtBuvre de placement, chaque semaine des lits deviennent 
libres ; le roulement est continu ; — et avec ses faibles res- 
sources, son modeste dortoir et sa petite culture, Toeuvre re- 
cueille chaque ann^e plus de deux cents personnes, les'pr^serve 
de lamisftre, de la prison et les ram^ne dans la voie du travail 
etde rhonneur. 

Ce n'est pas pour critiquer le syst^me hollandais, qui a sa 
raison d'etre, de par les cir Constances, d'oii il tire son origine, 
de par la nature du pays, de par le nombre et le caract^re de sa 
population. Ce n'est pas non plus un bl&me a Tadresse du co-* 
mit^ de la Soci^t^ de Bienfaisance des Pays-Bas, dont Tintelli- 
gence et le sens pratique n'ont d'6gal que le d^sint^ressement 
et le d^vouement de tons les instants. 

Mais si nous examinons ces deux creations a notre point de 
vue national, c'est-^-dire au point de vue du profit que nous 
pourrions en tirer pour notre pays, c'est 6videmment au sys- 
t6me beige d'assistance par le travail agricole que nous devons 
donner lapr^f6rence, comme^tant celui qui, avec le minimum 
de d^penses et lorganisation la plus sommaire, donne les 
r^sultats les plus rapides, au profit du plus grand nombre 
possible d'individus. 

« La plupart du temps, ^crivit derni^rementun de nos ju- 
ristes les plus distingu6s, c'est faute d'une intervention judi- 
cieuse et prompte que des hommes, dont les capacit^s et Tin- 
lelligence sont au-dessous de lamoyenne, descendent lesdegr6s 
deT^chelle sociale. L'ouvrier sans travail, press^par la faim et 
le froid, n'a qak choisir entre la mendicity, une mauvaise 
action ou Ied6p6t. » C'est Ied6p6t qu'il choisit g(5n^ralement, et. 



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312 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

dans r^tat d'abattement oil il se trouve, on ne pent demander 
delui ni un acte do courage, ni une grande resolution. 

La promiscuity avec les vagabonds et les malfaiteurs, le 
regime du D6p6t, Vallure quelque peu brutalc d'un personnel 
qui a parfois 3 ou 4 000 sujets, et d^s pires, a tenir en respect 
(et c'est 1^ son excuse), Tabsence de tout r^confort moral, 
tout cela n'est pas fait pour relever un homme. On le sustente, 
onl'hdberge pour un temps, puis on le rejette sur la voie pu- 
blique, en luirecommandant de se tirer d'aflairecomme il pourra. 
A cela on objectera qu*il est impossible i une grande admi- 
nistration publique de pourvoirau placement deceuxqui vien- 
nent par milliers 6chouer k sa porte, et que c'est d6jk une charge 
enorme de les abriter, de les nourrir, de les occuper tant bien 
que mal k des travaux int6rieurs. On est submerge par ce flot 
qui augmente d'ann^e en ann6e. 

Mais ne devrait-on pas plut6t rechercher s*il n'appartient 
pas k d'autres qu'aux pouvoirs publics d'apporter une solution, 
au moins partielle, un remade au moins relatif, k ce doulou- 
reux 6tat de choses? 

N'y aurait-il pas un r6le hautcment bienfaisant et morali- 
sateur k jouer, en venanl au secours de Tindividu non coupable 
— en offrant k celui qui ne demande qu'i travailler, mais que 
Tadversitd poursuit, un refuge d'aspectfamilial,exemptde con- 
tr6le policicr, ou il puisse gagner sa nourriture avec ses bras, 
et attendre des jours meilleurs? 

N'y a-t-il pas lieu d'apporter aussi dans ce genre de charity 
et d*assistance des iddes nouvelles de decentralisation, d all^ger 
les grandes villes de tant de lourdes charges, de tant de mal- 
saines agglomerations? 

Ce qui a assure le succfes des colonies ouvriferesen Hollande 
en Belgique, en Allemagne, ce sont les initiatives particuli^res 
et locales. Des hommes devou6s, pen6tres de leurs devoirs so- 
ciaux vis-k-vis de leurs concitoyens malheureux, se sont mis 
les premiers a roeuvre. Les souscripteurs sont venus ensuite; 
puis les municipalites, les provinces, TEf^t m6me, qui ont 
consolide par leurs subventions, par des concessions de terre 
ou de b^timents Tentreprise qui leur apparaissait clairement 



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^AIL AGRICOLE. 373 

es, comme un avantage 
mme un 6l6ment d'am6- 
aivailleurs malheureux. 
e priv6e se mettrait en 
lans plusieurs centres h 
jue de Tassistance par le 

lI pas de grandes diffi- 
m^me pas a inventer, il 
>armi les exemples pro- 
urtout en Belgique et en 
6jh r^sum^ a leur profit 
lans les autres pays, 
(car dans bien des d^- 
TEtat puisse disposer), 
hectares; on y ^Idverait 
t pen compliqu6es dont 
tmbreuses combinaisons. 
3up de ddvouement per- 
ir chez nous, chaque fois 
tunes immdritdes et de 

e semblable ne serait pas 
fortunes de ce monde, 
ju^s des Bourses du Tra- 
une large communaut^ 
e ceux qui peinent et qui 
rti, d'aucune confession, 
die aurait de quoi tenter 
I'il y a dans chacun de 
p de situations doulou- 
revenir, et, d'autre part, 
3 ressources h mettre en 

ttendu si longtemps; ce 
ler k nos traditions de 
us longtemps en arri^re. 



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REVUE PHILANTHROPIQUE. 

Sauver de la prison ceux dont le seul crime est de ne pas 
>uverd'ouvrage, faire des d6sesp6r^sde laviedestravailleurs 
^nn^tes et courageux, voilJi de quoi 
jhes, le d^vouement de lous ceux qi 
iti^re de philanthropie et de r^habil 

Aucune t&che ne serait pluseffic 
§ments que Ton veut mettre en gi 
itres, pour ramener au bien des vie 
laiser les haines et les rancunes qu< 

souffrance. — II ne faut pas qu'au 
lisse, dans un pays d6mocratique el 
jr errer sans secours et sans appui, 
bles suggestions du d^sespoir ou de 



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r 



SIMPLICE 



CONTE DE NOELt*) 



II y avail dans un coin des montagnes dc la Crease une 
famille de paysans qui ne vivait pas en paix. EUe se composait 
du p^re paralytique et de quatre gardens dont T&ge variait de 
dix a seize ans. lis ^taient violents, et s'ils ne connaissaient pas 
la douceur, c'6tait sans doute parce qu'ils avaient perdu la m6- 
moire des baisers de leur m5re ddfunte. Us dtaient paresseux 
et par consequent travaillaient sans joie ; ils ^taient ^goistes et 
par consequent toujours mecontents, ayant fait de leur per- 
sonne une idole insatiable. Ils m^prisaient leur p5re parce 
qu'il ne pouvaitrien pour eux, et au lieu de le servir avec defe- 
rence, ils le narguaient de sa faiblesse. Aussi le ccBur du 
malade s'etait aigri, et il restait tout le soir dans son vieux 
fauteuil de paille, impuissant, jusqu'a ce que la resine fdt con- 
sumee, songeant k son malheur et murmurant contre Tinjustice 
de Dieu. Alors le domestique, anime de Thumeur mauvaise des 
maitres, le portait sans egards sur sa paillasse ou il Tetendait. 

Un hiver, vers le temps de Noel, cette famille etait reunie 
autour de Tfttre et soupait de chMaignes bouillies trempees 
dans du lait, de pain noir et d'une boisson faite avec des poires. 
lis demeuraient silencieux. Le p^re songeait tristement i sa 
belle metairie qu'il avait soignee vingt ans durant avec tant 
d' amour etqui periclitait dans les mains de ses enfants et de ce 
domestique sans bonne volonte, les fr^res se chicanaient pour 

(I) Ce conte a 6U compost i I'mtention des enfants de rUnion fran^aise pour 
le sauTetage de l*enfance, et leur a 6t6 lu h I'arbre de Noel. 



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376 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

des motifs futiles qui ne mdritaient pas 
ratlention, le chien Tomy r^vait en rej 
flammes quand le Valet s*6cria : 

— Mais qu'a done ce chien, il est agit 
En effet, Tomy remuait la queue et raba 

inquietude et son museau tourn^ vers la 
quer qu'un visiteur approchait. 

Com me il n'aboyait pas, on n'y prit pas | 
et le maitre, qui ne se piquait pas de fai 
exactes, rdpondit : 

— Ce chien se nourrit trop, il devic 
loup. 

— 11 a mang^ toutes les poules, dit Tui 

— Dame, reprit le valet, il ne veut 
viennent picorer dans sa soupe ; sa sou 
moins. 

Et il se redressa tout fier d'avoir p 
poules dont Testomac de Tomy s'cStait si b 

— II n'en mangera plus, gronda Taind 
ai pendu une au cou pour Ten d^goiiter. 

Le plus jeunc dit en ricanant : 

— C'(^tait notre derni^re, c'est pour eel 
plus. 

— Laissez Tomy tranquille, repartit 
mieux que vous. 

Mais on entendait vraiment un craquc 

la porle s'ouvrit soudain. L'on vit un enfai 

ri^re lui, toutc blanche de neige immaculd 

a lune, avait un air irr^el de paysage c6\e 

Ce n'est pas la coutume de chasser u 
par un jour de neige, par un jour tout 
dans toute autre chaumifere de la vallde 
petit inconnu, outre sa place a Tdtre, une 

Le maitre s'^tant tourn6 k demi s( 
meler : 

— AUons, approche, vaurien, chauffe 
L'enfant surgit en pleine lumi^re. C'^ 



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SIMPLICE, 377 

de douze ans v6tu pauvrement et k la mode des enfants de ces 
campagnes, il s'assit sur la pierre de Tdtre aux pieds de Tin- 
firme el lui dil en le regardant avec des yeux pleins de caix- 
denr: 

— Ne me chassez pas, je veux rester ici. 

— Resler chez moi, fit Thorame avec m6pris, est-ce que je 
n ai pas assez de ces paresseux d'enfants a manger mon pauvre 
bien et la terre nous a-t-elle donn^ des grains de reste? D'oii 
viens-lu, toi, d'abord? 

Le nouveau venu eut un joli sourire muet et montra 
rorient, puis il se tut, baissa les yeux, el, tirant de sa veste une 
grive k demi-morte de froid, il T^chaufTa doucement pour la 
rammer. 

Au bout d'un moment Thomme remarqua que le petit 
stranger arrangeait avec soin sa couverture qui avail glissd sur 
ses jambes amaigries de malade, puis ramassait une k une 
toutes les brindilles de bois perdues dans les cendres, les ras- 
semblait et en avivait le feu k demi-mort que personne ne 
s'avisait d'entretenir, de sorte qu'une bonne chaleur p^n6trait 
ses moelles. II fit reflexion aussi que le chien avail pos6 la t6te 
sur les genoux du petit, ne flairant pas un m^chant, que ses 
membres dtaient forts, ses mains d^j^ fermes et endurcies au 
travail et qu'il lui ob^irait peut-6tre. 11 consentit k le garder 
quelques jours. 

Et quand le brutal valet eut couchd le vieil homme, celui-ci 
seutit des mains adroites qui bordaient sa paillasse, redres- 
saient son oreiller, puis effleuraient son front d'une caresse et, 
comme sous Tempire d'une magie, il s'endormit d'un bon som- 
meilqu'ilne connaissaitplus. 

Le lendemain il y avail tant de neige autour de la chau- 
mi^re qu'il fallut la deblayer avec de grands et lourds balais de 
Jxjuleaux, elle roulait k droite et i gauche en atomes menus el 
brillants plus blancs que de la rapure de marbre, el, pen k pen 
le chemin se d6couvrait tout noir au-dessous. Les fils du me- 
tayer ne cessaient pas de se plaindre, soufflant dans leurs 
^^igts, essuyant leur nez mouill^ sur la manche rude de leur 
veste, puis ils se chicanferent, s'accus^rent de paresse, inter- 



L_ 



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378 REVUE PHILANTHROP 

rompirenl leur besogne pour se battr 
stranger se mit avec ardeur au travail et 
las de s'invectiver, ils virent que le sen 
la route et que Ic chien Tomy y garabadi 
Un peu honteux, ils suivirent cet en 
maison, et le maitre, accoutum^ h leur h 

— Avez-vous sit6t fini? 

— Nous n'avons pas perdu de temps 
Et ils n'os^rent protester ni m^me s 
11 demeura avec eux les jours suiva 

les travaux du dehors, coupant le bois k 
ramassant les foug^res, enlassant les fe 
chAtaigneraies, hachant lesbetteraves dai 
est coutume a cette ^poque de Tann^e, 
saient rien, s'allant mettre tout seul k 
les fr^res, entrain^s par son exemple e 
flexible douceur, ne tardaient pas a le n 

II ne riait, ni ne pleurait, ni ne se pla 
de son p^re, ni de sa m^re, et paraissail 
Quand on lui demandait son nom, il se 
pondre et comme, avec cela, il ob^issail 
parlait que quand c'dtait n^cessaire, on 1 
ceux qui n'ont pas de sagesse prennent 
de la naivet6. Et comme il 6tait simple 

Insensiblement une paix inconnue f 
mi^re. Simplice parlait si doucement q 
clever la voix aussi haut que par le pa 
s'impatientait presque plus contre ses fil 
de Simplice et que le tendre et imp6ri< 
sans qu'il s'en rendit trop compte, fond 
qu'un flocon de neige k la flamme. 

Les travaux rustiques se poursuivaiei 
rit6. Le poulailler regorgeait de poules 
ment Simplice avait convaincu le chien, 
plus manger aucune. C'est que Simpli 
faire aimer, le don du ciel qui donne la 
comprendre et ob6ir m6me d'un pauvi 



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SIMPLICE. 379 

encore la t^elle beautd du travail joyeusement accompli, les 
fibres en avaient contracts la noble habitude. Quelquefois 
Tun disait : Je ne suis pas bien ici et ma tAche est trop rude. 
Alors Simplice changeait aussildt de place avec ce dernier et 
ex^culait sa besogne avec lant de goikt et de promptitude que 
I'autre en ^tait surpris et avait honte de s'dtre plaint. II arri- 
vait que le cadet des gargons, un petit coiff^ de cheveux roux 
et h^riss6s, 6tait charg6 de paitre la vache; il jurait, tempfttait 
aprfes la pauvre b^te, Taccusant de toutes sortes de m6chantes 
incartades. etillaramenait le soir k grands coups de fouet dans 
ratable; le m^me animal, veilld par Simplice, broutait paisible- 
ment sans chercher h allonger sa corde : voyant cela, le gamin 
se rendait bien compte que c'dtait lui qui ^tait m6chant et non 
la vache. 

Cependant comme le maitre et ses fils croyaient Simplice un 
innocent, ils ne remarquaient pas assez que ses id^es ^talent 
belles et bonnes et que de les suivre rendait toute besogne 16g^re, 
de sortequ'ils ignoraient que la Sagesse mfime les avait visit^s. 
Bientdt une ann^e 6tait accomplie depuis que Tenfant 
stranger avait franchi le seuilde la chaumiftre. Au fur et k me- 
sure que s'^coulaient les jours, les paroles de Simplice deve- 
naientplus rares, mais remplies da vantage d'inoubliables choses. 
Un jour, il mena ses frferes, car il donnait maintenant ce titre 
aux fils du paysan, dans les champs et il les arrfita pr^s du der- 
nier sillon oi Ton venait de jeter le bl6 et qui formait une 
courbe velout^e sur le renflement de la colline. — Voyez, dit- 
"> quand on a convert la semence, il faut pour la faire germer 
oe longs jours d'attente, — et un geste de lui leur fit saisir la 
"isolation morne de laterre nue, — mais bientdt il y aura ici 
"6 1'herbe drue qui portera plus tard un bl6 superbe que ne bru- 
lera pas le soleil. 

Et ils songeaient entre eux : « Lldiot est sorcier, il lit dans 
* «veiiir, il salt que le bl^ sera lourd. » 

^ais les arbres secou6rent toutes leurs feuilles qui jonch^- 
rent les bois de leurs grandes mains d'or fr6missantes au vent; 
1^ bruy^res qui rev^tent les montagnes de la Creuse d'une 
?loire pourpr^e p&lirent, la neige vint qui couvrit les rochers 



1 

L 



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380 REVUE PHILANTHROPIQl 

de granit bleu et rendil noirs les yeux des i 
nouveauon se r^unit autour de I'&tre, le s< 
ch&taignes en parlant des f6es d^funtes. Et 
dans la chaumi^re, mais avec un coeur pli 

Or, la veille de cette grande f6le, le 
tomba dans des reflexions profondes et eu 
lui etaient jamais venues. 

II appela Simplice. 

L'enfant vint et le paysan lui dit : 

— Simplice, quand tu es venu chez mc 
as apporte Tordre et Taisance sous ce toit. 
le disent mes fils etquel est ton secret? 

Les yeux du jeune stranger brillaient d 
grande joie, il r6pondit : 

— Je n'ai que de la bonne volont6. 

— Ecoute-moi encore, dit le maitre 
attendri; je ne me reconnais plus, au lieu 
mon malheur comme jadis, je ne songe qv 
ma terre et k donner des conseils judiciei 
Les b^tes sont redevenues grasses et proi 
emplira les greniers, le domestique a soin 
brutalisc plus, petit Simplice, c'est de toi 
bien, tu ne me quitteras jamais? 

— Homme, r6pondit Tenfant, je serai 
On mit la bAche de Noel dans Tdtre ce 

massive racine de ch^ne oil s'attachaitenc 
mais, quand elle flamba, Simplice ne la vit 

Et pour la premiere fois le paraly tique 
reQu son bonsoir si doux et ses tendres soil 

II lui sembla qu'il s'assoupissait en pi 
r6veillait tout a coup, que Simplice ^tait ai 
riant. 

Alors le paysan s'^cria, a sa vue. 

— Comme tu rentres tard. Oil 6tais- 
Puis une terreur le prit, car Simplice i 

ments de petit patre. ll^tait environn6 com 
neuse. II disait : 



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381 

)urae vers mon Pfere. Et 

lit et il sanglotait : 

us, car je te reconnais k 

me quitter. 

js r^sigiK^ et bon, r6pon- 

aqu'une grande lumi^re 

du paralylique et Tem- 

LCQUES FRfeHEL. 



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LA SOI 



SOCIETE EN FAVEUR DE 

A LAUSAN 



J ai dit, dans un pr6c^dent a 
malheureuse pr6occupe, en Si 
appartenant k loutes les claj 
Vaud, pays protestantou il est 
servants du culte d'etre ma 
laiques et ministres de la rel 
que les autres sur les questioi 
ne cherchent point a agir s^j 
traver I'effort individuel, acc( 
connaissant k celui qui lui fou 
lique. Rien de plus facile, aux 
que d'obtenir du gouvernemeB 
facilities matdrielles. 

G'est ainsi qu'en 1881, a 1 
Solidarity fut donn^e par MM 
bureaucrates k la gare des i 
altruistes avaient r6dig6 un 
chaque terme avait 6i6 miirem 
convoqu^ le plus possible de b 
d'oublier leurs chefs et sup^rie 
de tMonnements, la Soci6t6 se 
naitsous Tinipulsion d'un com 

(1) Les cantines scolaires, n" 4 de la 



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LA SOLIDARITY. 383 

rel^Te surtout des noms officiels. D'abord celui de M. le juge 
cantonal Gusiave Correvon, actuellement encore pr6sident de 
la Solidarity. Le nom de M. Samuel Cu^noud, k cette ^poque 
maire de Lausanne ; celui du directeur des postes, M. Deles- 
sert; celui d'un conseiller d'Etat en retraite, M. J. Berney ; 
d'autres encore, qui Equivalent Jt un gage donn6 par le gouver- 
nement. Et celadEmontre que les parrains de la SocitE nouvelle- 
ment n^e n'entendaient pas rester inactifs. Cinq ans plus tard, 
devenue grande fille, la Solidarity 6tait, le 1®' mars 1886, recon- 
nue personne morale par d^cret du grand Conseil (Chambre des 
d^put^s de TEtat de Vaud) et inscrite de ce chef au registre du 
commerce. 

En France, elle avail ddjJi pris rang : le 23 juin 1884, la 
Society frauQaise d'encouragement au bien lui avait d§cernE un 
dipl6me d'honneur. 

Son but? A la fois g6ndreux et fort simple. Retirer les enfants 
pauvres de leur milieu naturel, si ce milieu est viciE, puis les 
conduire elle-mfeme jusqu*i TAge d'homme. En outre, venir en 
aideaux p^resde famille honnfites et travailleurs, trop pauvres 
pour clever leurs enfants avec soin. Adopter, de plus, lesorphe- 
lius, les abandonn^s, et leur reconstiluer un foyer. 

Pourmettre en pratique ces intentions excellentes plusieurs 
moyens sont prdconisEs, et les circonstances particuli^res a 
chaque enfant en d^terminent Temploi. Aux rejetons du vice 
et de I'alcoolisme allferent d'abord les premieres soUicitudes. 
Eolev^s a ceux qui les Eduquent pour le mal, ils spnt places 
tlans des families honn^tes, et la Solidarity qui paie leur pen- 
sion leur devient comme une tr^s haute et peut-^lre un peu 
^inlaine providence. Je dis lointaine, car, 6tant donnE que le 
dfeint6ressement sincere a peu cours dans le monde, on ne pent 
toujours 6viter certaines experiences fdcheuses. Mais, avant de 
voir les r6sultats, il faut considdrer Tintention premifere, telle 
qu elle se trouve expos6e dans divers statuts du comit6 : 

Art. 14. — La Soci6t6 exercera son action, soit en aidant 
^ttci^rement des parents capables d'^lever leurs enfants dans 
des principes d'ordre et de morality, soit en plac^ant les enfants 
^hez des personnes dignes de confiance. 



L 



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38i REVUE PHILANTI 

Art. 15. — Les enfants seront a( 
par ordre d'inscription, sans egard 
religion. 

Art. 16. — Les demandcs d'adm 
pr6sent6es au comity par dcs mer 
rechercheront les enfants malheui 
que les besoins les plus grands se 
pauvres honleux. 

Art. 17. — La Soci^td prend a sj 
les d§penses n6cessaires pour metti 
de gagner leur vie^ quand ils auron 
sances ndcessaires. 

Art. 18. — Le comity et ses \ 
enfants en bons p^res de famille et 
loppement, afin de connaitre leurs i 
les aider dans le choix d'une carrifei 

Ces points principaux rdgl6s, 
d'admission et de sortie. En princi] 
k celui de cinq ans, comme limite 
6tre ddpass6e) k celui de dix-neuf. 

Mais la grande, la serieuse diffi 
mille id^alea laquelle on confierait 
la question de parfaite morality, il 1 
des ndcessitds matdrielles. Ce n'^ 
c'dtait aussi le corps du d6shdrit6 q 
meilleure. Et, pour la culture de 1 
ndcessaires au second, la Solidaril 
mince pension de 15 a 18 francs p 
chose etait compliquee ; k la campa 
res elle devenait plus facile. Mais il 
en hygiene, on le perdait en culture 
au hasard des champs comme une 1 
que certains logeurs, attires par le 
r6guli^re, ne se monlr^rent gu^re s 
indignes...Et il fallut un grand cou 
m^me. 

Cependant, ^dress6 a dure ecol 



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LA SOLIDARITY. 385 

tales, on finit par augmenter consid^rablement les chances de 

i^ussito. Telqu'il est actuellement organist, le placement dans 

les families campagnardes offre de meilleures garanties qu'au 

d^but. D'abord, sur les logeurs qui s'offrent, des renseigne- 

ments sont demand^s au maire de la locality qui connait assez 

bien ses subordonn^s, puis au pasteur de cette m^me locality, 

qui peut-6tre les connait encore mieux. La premiere condition, 

c'est qu'ils habitent une autre commune que celle habitue par 

les parents de Tenfant, ce qui est une precaution fort sage. La 

seconde est qu'ils puissent justifier d'une existence suffisam- 

ment large pour qu'on n'ait pas k redouter une alimentation 

trop asc^tique, un logement malsain. On leur demande aussi 

« de jouir d'une reputation irr^prochable, d'avoir de Tordre 

domestique, des sentiments paternels vis-2i-vis de Tenfant 

adopts ». II faut encore qu'ils soient de la mdme confession 

religieuse que lui, et defense leur est faite d'avoir plus de trois 

pensionnaires k la fois. 

Tout cela trouve — Ton juge si c'est facile ! — la Solidarity 

avant de conclure aucun contrat avec le logeur exige une p^- 

riode d^essai qui doit durer un mois. Pendant ces quatre 

semaioes, Tenfantale temps de s'acclimater k sa vie nouvelle, 

et de son c6ie Thdte pent Tetudier k Taise. Tdche evidemment 

ardue des deux c6tes, et qui plus d'une fois a procure, procu- 

rera de lourds soncis au Comite bien intentionne. Suspicion, 

manque de patience, injuste severite d*une part; sournoiseries, 

vices hereditaires, rebellion k toute contrainte de Tautre, pro- 

duisent, heias ! des chocs qui endurcissent encore ces ftmes d6]k 

trop fermees. Le Comite Ta si bien compris, qu'il se reserve 

expressement le droit de retirer Tenfant « en tout temps, sans 

avertissemeni prialable et sam indemnity ». 

Enfin supposons Telftve place et bien place, et voyons-le 
entrer dans sa nouvelle famille. D'abord,une premiere joie bien 
inconQue, celle de posseder un trousseau modeste, mais parfai- 
temeuten ordre. 

II y a un article 20 qui parle ainsi : « Si les parents ne peu- 
veat le lui procurer, les frais sont k la charge de la Solidarite. 
Le Comite demande, suivant les circonstances, k la commune 

MVUB PHILANTHROPIQUl. -- II. 



1 



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386 REVLE PHILANTH 

d'origine de I'enfant, de participer « 
par I'achat du trousseau. II doit Hn 
la soci6t6 une note exacte de toui 
trousseau de chaque enfant. » 

Voulez-vous maintenant savoir 
Pour les garqons : un v^tement com] 
ton, gilet et pantalon. Un v^temei 
travail et une blouse. Deux paires < 
socques. Un chapeau de feutre, un c 
quette. Six chemises; six mouchoir 
six paires de chaussettes en coton ; 
en laine. Un peigne, un peigne fii 
Pour les fxlleties : trois robes, doi 
jupons dont deux en laine. Deux 
quatre bonnets de nuit. Quatre ta 
Deux chapeaux, six chemises, six 
paires de bas en laine, six paires en 
paires de souliers. Un peigne, un p( 
veux. 

Lorsque ces v^tements sont foi 
logeur doit veiller aux reparations 
pouvoir en tout temps montrer le 
m^me pour les fiUettes un excelle 
m^nag^re. 

Je ne sais si je me trompe : mi 
ces derni^res, accessibles par leur 
toilette, il me semble que cette pro 
remplai^ant tout k coup les maigr< 
leur procurer une sensation douce 
de se sentir « vfetues comme tout 
ment cette abondance pent leur de\ 
series et de rappels k Tordre. Si ell 
n^es, a unem^nag^re pointilleuse, q 
il n'en manque pas en pays protests 
arrivent k maudire cette richesse ii 
misfere de jadis. Mais si Ton sail & 
choses pour leur apprendre la teniic 



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LA SOLIDARITY. 387 

Autre enseignement, bien plus compliqu6 et plus d^licat : 
« L'^l^ve doit avoir un lit particulier ; il ne peut coucher avec 
un autre enfant ou une grande personne sans Tautorisation for- 
melle du Comity. 

« Les garQons Ag^s de plus de douze ans, et les fiUes ayant 
plus de onze ans ne peuvent ^galement pas coucher dans la 
m^me chambre que des grandes personnes sans que le Comity 
ait donn^ express^ment son consentement. » 

Precaution excellente, quoique tardive, h^las! Si Ton songe 
aux entassements des logis ouvriers, et k la prdcoce exp6rience 
des enfants venus au monde dans certains bouges par trop 
encombr^s! 

Afin de rem^dier autant que faire se peut aux mauvais 
exemples, on r^duit au minimum les relations de Tenfant avec 
son milieu primitif. Aucun pensionnaire ne peut quitter — ne 
Wl-ceque pour un jour — la famille oil il est plac6 sans auto- 
mation du Comity. Ses rares visites k la maison paternelle ne 
sont permises par ce dernier que lorsque le moral de Fenfant 
ne doit pas souffrir de ce retour momentan^ k ses habitudes 
d autrefois. En outre, il est bien recommand^ au logeur d*occu- 
per son pensionnaire. A c6t<5 des heures d*4cole auquel nul, en 
Suisse, ne peut se soustraire jusqu'i Vkge de seize ans (car la 
loi eslformelle et veille s6vferement), il est facile, k la campagne, 
de Irouver Temploi d'une journ^e. Certains gargons de douze k 
seize ans, sains et vigoureux, peuvent fort bien remplir Toflice 
dun petit domestique de ferme. Trfes judicieusement, les fon- 
dateurs de la Solidarity ont pr6vu la chose, et ils s'en sont servis 
pour diminuer la pension de Tadolescent capable de se rendre 
utile, tandis qu'on augmente fr^qtiemment la pension d*un en- 
^t tr^s jeune exigeant de nombreux soins. Par la m^me rai- 
^n, certaines pensions sont abaiss^es durant les mois d'^tS oti 
se font les travaux agricoles, tandis qu'elles se reinvent pendant 
Inactive saison d'hiver. Voici Ik-dessus les dispositions du 
Comity : 

" L' education d'un enfant en has Age exigeant beaucoup de 
^ins et d'aifectioa, le prix de pension de Tenfant au-dessous 
deneufans doit 6tre suffisamment r^mundrateur pour que le 



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388 REVUE PHILANl 

Comity puisse exiger les soins et 1 
la part de la famille k laquelle I'e 

« Par centre, pour les enfants ] 
des services qu'ils peuvent rendre 
habitent. (Si IVl^ve est employ^ 
xgricoles, I'on ne peut exiger de 
nables et mod^r^s et k la conditioi 
de nature h nuire k son d^velopp 
et moral.) 

« Pour les garQons places dans 
sont diff^rentes, puisqu'ils ne peui 
^es mfemes services aux families qi 
Pour ceux-ci le prix va en augmei 
entrent en apprentissage. 

« En ce qui concerne les fiUes 
compte, pour le prixde la pension, 
rendre dans Tinl^rieur du manage 

Ainsi est enlev^e, pour certaii 
rhumiliation de se sentir tout k i 
lance d'autrui. Peut-6tre, du res 
presque introuvable. Nul doute qu 
k mesure que s'affineront les mass 

Une bonne education ne va po 
Les logeurs sont tenus d'avertir le 
la moindre maladie. Pour parer i 
cins et les pharmaciens de campag 
assez louer le d6sintdressement. P 
cours k rhospice de Tenfance, ou 
Ces deux ^tablissements, situ^s k Ls 
de premier ordre, et leur renomm 
la fronti^re Suisse. Dans Tune et 
lades, installds dans des dortoirs 
sitds par un personnel medical d 
Qoivent k prix r6duit les soins 1 
Tenfant est ressortissant d'une < 
cette derni^re qu'on pr6sente la i 
que le traitement soit fort long : i 



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LA SOLlDARlTJfe. 389 

remontent k des sources si lointaines qu'elles sonl ingu^ris- 
sables... Malgrg tout, les rapports du Comity constatent — 
non sans orgueil — combien la mortality de ses prot^g^s est 
faible. 

Pour veiller a tant de preoccupations diverses, le comit6 
si^eant k Lausanne (et ne se dSplagant qu'en des occasions so- 
lennelles) a dii, cela se comprend, se donner des aides. Un pen 
partout, dans le canton dont Lausanne est le chef-lieu, il s'est 
choisi des membres auxiliaires qu'il a baptises du nom d!ass€S' 
seurs, Ceux-ci doivent en r^f^rer pour toutes choses au groupe 
si^eant dans la capitale; mais pour les questions de detail et 
surtout pour les inspections, leur utility est grande. Car la ve- 
rification du bien-6tre des enfants est la vraie pierre d'achoppe- 
ment de la Solidarity. L*on devinera sans que je m'y appesantisse 
combien il est difficile et d6licat d'obtenir, soit des logeurs, soit 
des enfants, des attestations parfaitemenlv6ridiques. Partout oti 
il y a dissentiment, il y a passion. Alors, comment savoir ce 
qui est exactement Equitable? 

Pourr^soudre cette difficulty grave, la Solidarity s'est inspi- 
r^e de son principe primordial, qui est, nous Tavons vu, de re- 
crter une famille aux enfants orphelins ou mal partag6s. Fai- 
sant de cet id6al moral une r^alite effective, elle imagina de 
nommer un protecteur special k chaque enfant pris sous sa 
sauvegarde. A chacun done, le Comit6 central d^signe un cor- 
respondant qu'il appelle patron. Ce patron a mission de suivre 
cet enfant tout sp^cialement, de visiter ses logeurs, d'inspecter 
sa nourriture, de verifier les m^thodes d 'education mises en 
^sage pour lui, enfin d'envoyer sur son d6veloppement de fre- 
quents rapports au Comite directeur. 

Sans peine on con^oit combien cette fonction exige de tact, 
^e finesse, de bonte eclair^e. Elle ne saurait done 6tre confine 
^u premier venu, d'autant que les rapports avec le logeur doi- 
vent 6tre empreints d'une certaine cordialit6; que la morgue 
^* le ton cassant iraient k Tencontre du r^sultat d6sire. Aussi, 
dans les campagnes, le grand recours du Comite est-il encore 
'e maire et surtout le pasteur. Les fonction^ de ce dernier, qui 
^^portent de nombreuses tournees pastorales, se combinent 



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390 REVUE PHILANTIIRO 

a merveille avec cetle inquisition n^ces 
De plus, le pasteur jouit en g6n6ral 
lui permet de p^n^trer au coeur des ft 
les confidences; on le juge moins intin 
de la ville ». Autre avantage : le repo 
6tre une femme, la compagne du past 
au moins aussi qualifi^e que son mar 
la Solidarity, chaque enfant doit rece\ 
tron ou de sa patronne au moins tou 
Comitd central doit fetre chaque fois a^ 
sanitaire. 

(rest beaucoup, si Ton considfere le 
en tutelle; c*est pen, si Ton envisage h 
est terriblement encombr^ de mauvaise 
veut ensemencer de bon grain ! Souvei 
ftmt, vrai sauvageon battu de tons le 
averses, n'a jamais distingu^ le mal d 
ne sont pas plus indemnes que les pi 
voyaient faire a leurs parents r^els et ( 
faire dans leurfamille adoptive, quelle 
cervelle! Rien d'^tonnant k ce que I'l 
souvent signal^s au Comity soit le mens 
figure un gout furieux pour Tind^pend 
bondages. Habitudes d'autant plus diff 
sont le r^sultat de profonds atavismes 
enfants a s'enfuir de chez leurs logeu 
rent le gtte probl^matique et les nourrii 
r^gulifere, tracee d'avance, coupant toi 
k la fantaisie. J'ai dit, du reste, que c( 
d'etre k la hauteur de la mission qui I 
serait k d6sirer que leur Education, k € 
comply t6e. 

Je ne puis m'emp^cher de songer qi 
fuit, cela suppose au moins une assez f( 
comprim^es. Les fugitifs sont vite re] 
s'^chappent encore. Deux fois, trois fois 
d^test^, k moins qu'il ne soit prouv6 qu 



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r 



LA SOLIDARITY. 391 

tort, auquel cas Fenfant est change de demeure. Si malgr^ tout 
eet enfent persiste h vouloir reprendre sa vie errante et bal- 
lott^e, de guerre lasse on rabandonne. 

Dans les rapports du Comity, je trouve la mention de ces 
abandons, qui toujours ont des origines attristantes. En pre- 
mier lieu, les d^plorables conseils donnds aux enfants par des 
parents qui savent tromper toutes les surveillances. Quelques- 
ans des petits pensionnaires ont 6U litt^ralement volSs k la Soli- 
darity, et celle-ci n'a jamais pu les reprendre. II est arriv6 aussi 
qoedes p^res, des m^res, se sont 6nergiquement refuses h lais- 
ser leurs enfants sortir de chez eux ! Et ces parents ^taient de 
ceux qui donnaient les pires exemples. En pareil cas, la Solida- 
rity pent provoquer Tinterdiction des pouvoirs paternels, el ob- 
lenir de Tfitat que Tenfant lui soit confix. Mais ce sont moyens 
extremes qu'on r^pugne h employer. 

On les emploie pourtant, surtout lorsque Tobjet en litige est 
une fillette guett^e par la d^bauche. 

Une difficult6 encore, c'est le flottement qui se produit chez 
les jeunes gens, lorsque TAge est venu pour eux de choisir leur 
carrifere. Entre tant de metiers qui s'offrent, lequel choisir? 
Peu habitues k raisonner leurs actions et leur vie, ils h^si- 
tent, se trompent de voie, au bout de quelques mois s'apergoi- 
vefht de leur erreur, et tout est k recommencer. D'aucuns ont 
r^ussi cependant k conduire jusqu'au bout leur apprentissage, 
puis, ayant gagn^ une somme suffisante, sesont fait une joie de 
rembourser la Solidarity des d^penses faites pour eux, — rem- 
boursemeut toujours bien accueilli : c*est la rauQon d'un nou- 
veau prisonnier de mis^re. 

Car pendant bien des anndes elle ne fut pas riche, la Solida- 
rity. EUe connut m^me le deficit sous toutes ses formes, ayant 
souvent plus d'enfants itsa charge que ses revenus ne Tauraient 
comports. Trfes brave, elle fit face aux difficult^s, rognant hardi- 
ment son capital de reserve lorsqu'elle se trouvait au-dessous de 
ses affaires, n'h^sitant point chaque ann^e k solliciter la g^n^- 
rosit^ publique. Bazars de charity, demandes de subsides aux 
communes, annonces dans les journaux, quotes k domicile, 
tout lui fut bon pour parfaire la somme n6cessaire k son ann6e 



I 



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LA SOLIDARITY. 393 






C'est done par centaines qu'il faut compter les bdn^fieiaires 
de cette institution qui, en si pen d ann^es, a tant agrandi son 
champ de travail. 

A Tftge de seize ans, qui est en pays protestant T^poque de 
la premiere communion, et comme une porte de sortie par la- 
quelle on s'^chappe deTenfance, on fournitaux enfants un petit 
trousseau de c^r^monie. 

II se compose, pour les garQons : d'une jaquette, un pan- 
talon, un gilet, un chapeau, une paire de souliers, une che- 
mise. (Le tout ne doit pas d^passer une valeur de 60 francs.) 

Pour les jeunes fiUes : d'une robe, un jupon, une paire de 
souliers, un chapeau, une chemise. (Ne pent d^passer une va- 
leur de 50 francs.) 

Seize ans, sa communion faite et le temps d'^cole termini, 
la loi permet au jeune homme d'entrer en apprentissage, k la 
jeune fiUe de se placer comme bonne dans une maison bour- 
geoise. Lit encore la Solidarity intervient, apportant Tappui de 
son experience et de son autorit6. 

Pour 6tre franc, il faut avouerqu'elle n'est pas toujours r^- 
compens^e de sa sollicitude. N'importe. Sa besogne est bonne 
et elle la poursuit avec une tdnacit^ tranquille. Aussi, mdme 
qiiand elle n'aurait qu'un seul r^sultat excellent pour dix r^- 
sultats m^diocres — ce qui n'est pas le cas — encore faudrait-il 
louer bien haut les deux modestes promoteurs de cette oeuvre 
vraiment humaine et d^sint^ress^e. 

M- GEORGES RENARD. 



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L'ASSISTANCE ID^ALE. 393 

reorganisation sur des bases impr^cises quidemeurenttoujours 
Imsondable mystdre. 

Et comme il ressort des elements constitutifs d'une admi- 
nistration que ses participants n'ont pas quality pour eflFectuer 
spontan^ment le remaniement des services sans passer par une 
th6orie de d^bats, de commissions, d'avis et de deliberations, 
qui diminuent et parfois annihilent Teffet bienfaisant d'une 
reforme dans son principe, il y a lieu de desesp^rer bien sou- 
vent de Tissue des plus gendreux eflforts. 

J'insiste : ils sont trfes rares dans la presse, ceux qui, avec 

^ne relative competence accusent quelque propension k pene- 

^I'er clairementau fond des questions d'assistance. Ils paraissent 

pour la plupart, oublier que la notre depend des pouvoirs 

publics, et qu'elle ne pent etre modifiee que de leur chef. Fon- 

dee sur le principe de libre charite, succedane du droit de 

propriete, elle est mandataire irresponsable des vices de son 

principe, aussi bien que de ceux qui resultent de I'application 

terdigrade d'une jurisprudence souvent anterieure ft son organi- 

sation unitaire dejJi bientdt semi-seculaire. Ge n'est pas k dire 

9^® la saine influence de Michelet, Jules Simon, Gerando, 

"^ophite Roussel, et autres emerites philanthropes, n'ait sug- 

ger^ cle s6rieuses ameliorations en la mati^re, mais j^imagine 

^^otxtjgps que la comparaison, proposee plus souvent aux lee- 

eur^ d'eiite, entre des syst^mes d'assistance ideale, congus 

^^^ les donnees rationnelles propres k chacun de ceux qui 

'^ *^«*€nt la facile, mais sterile ironie, et le statu quo, suscite- 

**' *^^quemmentdes idees novatrices et progressistes, et s'affir- 

**^it ainsi plus utile k la cause publique. 

*-^^jJl les seuls parallMes etablis entre les r^glements etran- 

^^^ ^t les n6tres ont ete pour nous un precieux element de 

|, ^^-^euses recherches. II n'est done nul besoin d'exhaler de 

^^iionie en souhaitant que la charite n'apparaisse point 

^'^^^e uneatteinte k Tamour-propre, voire une tare, k quelque 

^ition d'4ge ou d'etat social qu'elle s'adresse. 

^^ n6tre reconnait jusqu'ici Timpossibilite materielle ou elle 

V^^jours ete de venir en aide k d'autres indigents que ceux 

» ^pontan^ment, lui revfelent leur mis^re. Or, de toutes les 



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REVUE PHILANTHROPIQ 

sitions civiques, celle de TAssisti 
vue la micux qualifi^e pour alii 
preoccupations budg^taires, et i 
ine question de credit, k T^poi 
lidnations de capitaux, pour r^di 
Sl^ments de secours et de ce che 
^ciation charitable, lequel est de ] 
[)ssible, les atteintes de la mis^] 

la veillo d y succomber. 
rs surgit le plus imminent des 

domicile, 

glements actuellemenl en viguei 
5S allocations variant de 4 & 20 f 
, et pendant un temps ind^termii 
d'entre les b^n^ficiaires de ces 
isualit^s, et susceptibles de s'en ] 
^d,ce k de subtiles combinaisohs, 
opes, et mat^riellement irr^press 
> dans la perspective de faciles 
nt comme dues, par la force de 1 
I pens^e de changer leur situatio 
oportionn6 k leur dge ou k leurs 
lignement procurer, 
en revanche, il apparait impossil 
;lementation de venir utilement i 
passag^re a d^courag^s, et auxqi 
un secours imm^diat, susceptible 

de francs permettrait de repren 
squ*il est & pen prfes prouv§ que 
laque mois aux indigents officiel 
$ plus experts, qu'un tr^s m6dio< 
u budget une grosse d^pense, n 
e dispenser dans une mesure toi 
i, dfes qu'adroitement couQue ? 
scours les plus urgents sont, de 
ut est de preserver Tindigent dei 
*ance8 d'une nuit hivemale sans 



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L'ASSISTANCE ID^ALE. 397 

bons de pain, de viande et de logement en pareil cas, et I'in- 
scriplion en vue de la d^Iivrance de ces bons jusqu'ii Tor^e des 
jours meilleurs, suppriment d'office toute id6e d'abus, en Tes- 
pftce, car elles supposent chez le b6n6ficiaire I'id^e bien arrAt^e 
de se tirer de la mauvaise passe oil il s'est involontairement 
engage, en m6me temps qu'elle ^carte celle d'une speculation 
possible entretenuc par Tapp&t d'un secours monnay^. 

C'est alors qu'intervient, pour tons ceux dont la situation 
s'affirme digne d'int^r^t, la n^cessit^ d'une enqu^te s^rieuse k 
Veffet de justifier la concession d'un premier secours utile, de 
100 francs, par exemple, susceptible d'etre renouvel^, une fois 
et m^me deux, et accords de telle faQon qu'il ressorte bien de 
ce mode d'assistance qu'i moins d'Mre victimes de Fin^luc- 
lable fatality, tons ceux qui n'ont pas pu normaliser leur exis- 
tence le doivent surtout h une coupable ^conomie d'efforts de 
leur part. 

Ce raisonnement, sp^cieux en apparence, devient essentiel- 
iement rationnel, si Ton ajoute qu'en vue de pallier le deplo- 
rable eflfet de r^goisme moderne, on doive s'inquieter de la 
creation d'un office du travail pr^cisement destine k ceux qui, 
uUlement secourus selon les proc6d6s precit6s, s'empresseraient 
^y '•ecourir, etnon ft ceux qui, apr^s trois ou quatre jours de 
contrainle morale, pr^fferent Toisive mendicity aux p^nibles 
wbeixi^^ ainsi que Tetablissent malheureusement les statis- 
'?^es relatives aux oeuvres actuellement existantes d'assistance 
f^^ lo travail. 

^^ I Office du Travail ne serait d'ailleurs, en raison mSme 

. ^^o but, couQu selon aucune des donn^es que les pr^cedentes 

* *'^t\jitions de ce genre laisseraient supposer. 

^^ntralise dans un des services de T Assistance publique, il 

^ttacherait par sa nature k la Division des Travaux dont la 

^"^l-on parait chaque jour devoir s'imposer en raison de Tim- 

j. ^^-nce croissante et du nombre des constructions hospila- 

**^^, et serait de ce fait en relation directe avec les entrepre- 



U^xi^ ' ^ 

xij. ^ constructeurs et industriels, foumisseurs de toules 

^^^es d'ouvrages, ainsi qu'avec leurs syndicats. 

'i lui serait loisible de ce chef, de relever les emplois 



L 



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398 REVUE PHILANTHR( 

d'ordres varies susceptibles d'etre d( 
investigation adroitement conduite au: 
mis^re inavouee, el que la perspective 
honn^te, rendra capables des plus gro 

Et je ne donne ici cet ordre de reb 
vital, comme noyau primitif d'op^ra 
adjoindre certains d'enlre les emploii 
stration hospitali^re dans ses propres 

Le cercle s'^tendrait avec le temp 
baucher dans leur personnel des ge; 
abnegations pour ^chapper k la mis^i 
patrons & donner la preference aux ol 
vail. 

Oui, il s'impose, le devoir de disc€ 
et de les preserver du malheur quand 
sans attendre qu'humilies, ils formule 
tile et qui devient un reproche trop sc 

Mais, comment? s'6crie le philan 
tel par decret ou par arr6te, et qui n'e 
tique de TAssistance qu'cn vertu de r( 
ment prdvenir cette mis^re sans por 
personnelle, et sans s'exposer k de vio 

Evidemment, ce n'est pas en con! 
d'anciens militaires meritants et bono 
dans la pratique du devoir et de Th 
reconnaltre, mais atrophies moralen 
profession oii la rudesse apparente 
toutes les intemperies physiques et i 
investissant de ce soin des neo-bacheli 
k merveille sur la morale sociale,mai: 
k des catamites d'ordre multiple aux 
bourgeois cossus ne saurait pardonner 
que Ton pourrait obtenir les amelioi 
quisse ici le schema. 

Mais, ce qu'il existe incontestable! 
gens, au sens moral encore intact n'et 
k fait epuisee, c'est, dans chaque q 



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L'ASSISTANGE IDfeALE. 399 

chaque rue, trois ou qualre de ces natures d'^Iite, de ces coeurs 
d'or, dont le spectacle des perp^tuels conflits de I'^goisme hu- 
main et des rancunes sociales, n'a pas annihil^ la sensibility, 
et qui seraient les premiers it mettre k profit pour la bonne 
cause, les renseignements officieux qu'observateurs affin^s, ils 
sauraient recueillir q^ et \k sur ceux d'entre leurs voisins que 
le destin s'appr^te k marquer d'une croix n^faste. 

La gen^se de ces misferes est presque invariable. Cesont les 
sacrifices ou les deceptions, la maladie ou les impr^Tnes ca- 
tastrophes qui pr^parent le triste roman, et presque aussitAt 
Vappel d^sesp^rfi k la bonne volont6 des foumisseurs, cr^an- 
ciers imm6diats, du boulanger et du boucher ; c*est it la surve- 
nue du terme, Taveu p^nible de Tinsolvabilit^ que Ton esp^re 
6ph6mfere. 

Qu'on suppose dans un quartier pris au hasard, seulement 
une trentaine de ces pr^curseurs k qui sourirait la perspective 
d'aider au salut d'un semblable, pour la seule satisfaction du 
devoir accompli, telle Toeuvre d'art, cisel^e en d6pit de toutes 
les critiques et dont Tunique souci nous fait traverser Texis 
tence indiff^rents au reste des choses, qu'on se les imagine, 
mettant^quitablement & profit les indications recueillies, pour, 
aux jours de reunion du comity par eux ainsi form6, les 
transmettre aux visiteurs, qu'un long s6jour dans Farrondisse- 
ment recommanderait k la consideration g^nerale, qui ^carte- 
raienl de leurs preoccupations toutes idees d'intrigues politi- 
ques, et qui soumettraient aussitdten cas d'urgence, et dans les 
deux jours, lorsque la mis^re n'apparaitrait pas tr^s immi- 
nente, le r^sultat de leurs enqu^tes au service des secours. 

Si favorable, desinteressement imm6diat des foumisseurs, 
dans une mesure proportionn6e aux depenses accus^es, etavis 
de ce secours pr^ventif aux interess^s. 

Le visiteur, loin d'etre half ou redoute s'il est correct et 
d'esprit subtil, saura amener k bonne fin sa delicate mission. 

De sa visite il resultera plusieurs conclusions possibles se 
relativant toutes plus ou moins k la suivante lorsque pro- 
pices k rinteresse: — L'indigence est profonde; le secours en 
Hj^nre ou en argent s'affirme indispensable , et ledit inte- 



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400 REVUE PH 

ress^ fait preuve d'une sto'iqi 

C'est a celui-ci qu'iront d 
viande, le secours de loyer, 
mcnt k sa p^nurie ; ei, si Tei 
favorable, s'ii en ressort netl 
grande somme d'efTorts, ma 
en presence des circonstanci 
les allocations plus s^rieuses 
sa rentr^e en rade, apr^s ce 
des autres p^cheurs amis et 
lui enfin que TOffice du Trai 
sorte que son amour-propre 
ment, il s'attachera volontiei 
aura 616 Tobjet, non comme 
ches minuscules k la rapacity 
le caract^re le d^gage de toi 
une avance utile que son pre 
Taube des jours meilleurs, 
perspective inqui^tante d'un 
sociale. 

Et dans le cas d'une enqi 
ment contrdl^e comme telle 
secours en nature de prime 
mesure du possible les quelqi 
encore Tindividu et de lui r 
de son prochain. 

Voici done, brifevement 
pr^ventifs digne d'un peupli 
blicaines, et qui semble s'6c 
temporains quelque peu re 
romain. 

Mais il semble supposer 
les r^partir la libre dispositi( 
devrait pouvoir suffire ft se 
Tintromission int^ress^e dc 
dispositions. Non, il ne faut 
repr^sentent, ft vrai dire, en 



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L'ASSISTANCE ID^ALE. 401 

sion de Tavenir, le mois d'avance, le placement du bon pferede 
famille. Que Targent des pauvres, leur appartenant, soit dis- 
Iribu^, fort bien, mais i condition toutefois que si Tenti^re 
repartition est aujourd'hui effectu6e, les affam^s qui survien- 
dront deoiain ne s*en retournent point le goussetvide, parce 
que tout a ^t^ distribu6. 

Distribuez tout pour complaire a quelques proseurs m6- 
contents dont le caquetage soi-disant litt^raire denote une re- 
doutable ignorance de toute T^conomie d'un pays, et puis oyez 
ensuite les recriminations du corps medical, a qui Tinsuffi- 
sance des credits ne permettra pas de crder des salles d'op^ra- 
tions, d'installer des frigorifiques et de conslruire des services 
sp^ciaux dans les ^tablissements. 

Mais ce sont Ih questions subsidiaires, et il importe de gra- 
viter autour du principe, k savoir que le plus ou moins d*ur- 
gence, la plus ou moins-value des secours h allouer et du tra- 
vail k procurer d^pendront de la sinc6rit6 des enqufites, ce qui 
implique pour ces derniferes un contr6le minutieux, d^gagd de 
tout personnel parti pris stranger aux questions de paup6risme. 

* 

Se pr^sente ensuite k Tesprit du philanthrope la question 
des secours k la vieillesse. 

Llndigence des vieiilards quiert sa source la plus g^n^rale 
dans Tabsence d'une caisse nationale des travaiileurs, destin^e 
i les pr^munir riellement contre les difficulties des derniers 
jours. 

Si la pens^e, dans la solitude, se mi]iritet s'affine,si Thomme 
^loigni de ses semblables est plus apte k les juger sainement, 
il n'en est pas de m6me quant aux choses de Texistence mat^- 
rielle. 

Seule, Ta^sociation est de nature k faciliter les moyens 
d'existence, k quelque point de vue qu'on se place. Une mul- 
titude de petits efforts concentres vers un m^me but devient 
un ineluctable levier, et puisqu'il est impossible it tons ceux 
qui occupent Touvrier de lui assurer, outre le present, Tave- 

RKVCK PHILAIVTHROPIQUB. — U. 26 



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402 REVUE PHILANTHROPI 

nir, dans la mesure de leurs moyens in 
de r^unir leurs efforts en vue de cr^er d 
ratives capables de manager, moyennan 
tion, les six ou huit cents francs ann 
Texistence de ces anciens laborieux. 

Je m'arrSte i ce chiffre d'ail leurs pen 
respond k pen pr^s au tarif d'entr^e de 
ouvertes aux humbles, et parce que je v 
les avantages ^vidents que trouverait 1 
de ces 6tablissements, sur ceux oti, gra 
grSce ^ d'ang6liques patiences ainsi qu'i 
il semble devoir h la commiseration publ 
vie de labeur honorable, si modeste, lui 
droit d'exiger. 

Indubitablement mieux traits, gr^ce 
taires ainsi augment^es par Tappoint in 
d^s son entree; plus libre de ses insta 
pourra jouir en toute s^r^nit^ du fruit di 
laire, et demeurer en paix avec son amou 
cr6puscule de la vie. 

On objectera, dans Tesp^ce, que les 
genre ne sont pas assez nombreux pour 
tous les vieux ouvriers. 

C'est, a la vdrit6 regrettable, et la fai 
imputer h personne, attient en fait aux in 
k Tagglomeration des masses dans um 
subvenir k I'existence de tous ceux qui 
par un s^jour suffisant, le domicile de s( 

Mais, outre que tous les veterans du 
pas, s'ils ont encore quelques vestiges de 
k rinternat de ces invalides civils, il n'ei 
semblable que la perspective de cons 
grftce aux associations gen^rales et profes 
le montant des pensions individuelles, k 
titulaires au moyen desdites pensions, sei 
pour TAssistance publique, etTinciterait 
k ^difier des maisons de retraite sp6ci 



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L'ASSISTANGE IDfeALE. 403 

diverses professions, le pr^c^dent ayant 6t6 d'ailleurs avanta- 
gensement 4tabli, conform^ment aux dispositions teslamen- 
taires de feu Br&in, par exemple, pour Thospice de la Recon- 
naissance, enfaveurdes forgerons; icelles de M"® veuve Rossini 
lilafondation Rossini, hYigard des artistes malheureux; k celles 
de William Galignani k Neuilly, relativement aux ouvriers du 
livre et de la pens^e. 

GonQoit-on, dhs lors, combien seraient ainsi all6g^es les 
charges de tons ceux d'entre les laborieux obliges le plus sou- 
vent de pourvoir k Tentretien de vieux parents inaptes au tra- 
vail, voire mfime infirmes, combien aussi serait diminu^ 
I'effectif des mis^reux de nos grandes cit6s? 

U y a mSme lieu de s'itonner de ce que, jusqu'i ce jour, 
apr^s la creation des syndicats professionnels de toutes sortes, 
riStat, qui a su pourvoir iTavenir de tous ses fonctionnaires, 
ait ainsi, de grd ou de force, n^glig^ les 6l6ments les plus 
notoires de sa vitality : Touvrier de la terre et celui de Tusine, 
et se soit, pour ainsi dire d6sint6ress6 de son sort, sous le pr6- 
texte vain d'une fallacieuse diff6renciation entre les affaires 
publiques et celles privies. 



Le secours k Tenfance complete la trilogie de charity qui 
nous prdoccupe. Ind^pendamment des moyens d'assistance 
maternelle pr^conis^s dans le bel ouvrage de M. Paul Strauss, 
YEnfance malheureuse, et dont quelques-unes d6jk sont en voie 
de fructueuse application, il apparait indispensable aux condi- 
tions de Texistence modeme, d'abolir k jamais le coupable 
pr^jug^ qui s'attache k la b&tardise, cause d'un si grand 
nombre d'abandons non volontaires et r^solus pour la plupart 
k dessein de respecter des conventions tout artificielles. J6sus, 
fils de Marie ! Le jour oil le fils naturel, fils de Famour le plus 
souvent, aura l^galement reconquis la place qui lui est due dans 
la soci^t4, la question des abandons sera presque r^solue. De 
plus, li^e intimement k la solution du problfeme paup^riste et 
d<jkatt6nu6e enthrone, paries moyens pr^ventifs sus-indiqu^s. 



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404 REVUE PHILANTIIRC 

il ne restera plus h rem^dier qu'a 
transitoires susceptibles de se produ 
rapplication r^guli^re des vrais prin( 
Ce n'est pas en coupant les derni^ 
Tarbre de sa ruine, mais en 61aguant 
terre ou s'alimente sa racine, pour 
d*une s^ve nouvelle et bienfaisante. 

A ces m^mes comit^s de quartier, 
de la mis6re, echerrait la delicate m 
enfants malheureux, et de les signaU 
est de ces petits desh^rit^s qui, les 6\& 
prouv^, demeurent ignores, et dont lei 
pour la soci^t6, tant k cause de rint6r 
tur^s peuvent apporter k Tirr^v^latioi 
de la pusillanimity des voisins, h^sita 
sid^rent comme une d^nonciation c 
vengeance. 

Ge syst6me,qui trouve sonapplicat 
certains cantons helv6tiques, apport 
d'avantages k la situation des petits q 
d'all6ger du poids des tares que ses 
eux. 

Au titre conclusif, 1' Assistance pul 
fonctionnement, ainsi que le d^clarail 
tance communale M. Fleury-Ravarin, 
dans ses bases pour qu'il y ait int^r^t 
que dans les details, k condition toutef< 
nomie implicitement suppose parcette 
integral, cequi, malheureusement, n't 
Mais il n'en appert pas moins netl 
du sentiment k la bonne gestion ad 
imp^rieuse dans ce rouage social, du f 
sous peine des'attirer haine et r^prob 
probit6 la plusrigoureuseetlaclairvoy( 
devraient 6tre exig6es ^toute heure,de 
auxquels incombe le soin de discernei 
mis^re, et de lui dispenser des secours 



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3S1STANGE ID^ALE. 405 

ratives, d6ja trop loin du mal pour en 
deviner I'utile remade, s'imposent des 
oire d'ilots, et qu'enfm, trois natures 
lemandent k Hre g^n^ralis^es dans un 
antir la s^curit^ morale du pays, savoir : 
11 et place de la minuscule et sp^cieuse 
[ de huit francs, tropl6g^rementr6partie 
jRs PR^vENTiF s^ricux, conuexe k Toffice 
iu laborieux marqu6 passag^rement du 
; enfin, la Caisse sociale de Retraite des 
dre, deslin^e k les pr6munir contre les 
la vieillesse. 

jolutionner ces trois grandes questions, 
)[es,seraproche de V^rede f6licit6id6ale 
:e rejette rageusement au rang des st6- 
jue ce si6cle serale prochain, puisque le 



ALCANTER DE BUAHM. 



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LES COLONIES DI 



Dans les num6ros 2 ct 6 de cette i 
D' Delvaille ont plaids avec une ferv( 
des colonies de vacances. 

En effet, non seulement les enfani 
habitant la ville, travaillant sans i 
mise en 6tat de passer annuelleme 
repos complet au grand air de la cam 
forces consum^es par le travail. D 
calculd que cette tr^ve r^guli^re p 
tiers la dur^e de la vie dans les clasi 
r^duirait d'un tiers la mortality ! 

Malheureusement; la realisation 
moment une chim^re ; cependant, en 
fants, en les fortifiant et en les gudri ss( 
gagn^. Leurs corps aguerris r6sistero] 
la vie, h Tinfluence pernicieuse du 
misfere. 

C'est encore bien peu, mais gutta ( 
colonies de vacances m6rite done d'^ 
notre Anergic. II s'agit de trouver un 
teux, permettantde soulager avec d 
milliers et des milliers d'enfants. II n 
etendue, r^gl^e, occasionnant la moi 

La bonne volonti de quelques fer 
ques propri^taires campagnards ne 
bien petit nombre de n^cessiteux ; d'f 



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408 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

Combien de stations pourrait-on ainsi fonder ! 

Chaque endroit joliment situ6, jouissant de qualit^s clima- 
t^riques, de for^ls et de prairies s'y adapterait. 

Une organisation philanthropique obtiendrait sans difficulty, 
je crois, la permission d utiliser les 6coles dans ce but bienfai- 
sant et le grand nombre de bMiments permettrait de ne plus 
6tre oblig6 de limiter le chiffrc des secourus. 

Ces colonies provisoires, il est vrai, ne seraient gu^re 
luxueuses; dans les salles de classes transform^es en dortoir 
on se bornerait k poser de bons matelas, munis d'un oreiller 
et d'une couverture, on reslreindrait les uslensiles de manage 
au strict n^cessaire, mais ce s^jour h la campagne n*en serait 
pas moins salubre et efficace, et ce modeste mobilier serait ais6- 
ment conserve pendant Tannde scolaire dans un grenier lou6 
k cet effet ou cdd6 gracieusement par quelque fermier. 

Les habitants de la locality et les propridtaires des environs 
fourniraient volontiers chacun une partie des vivres. 

Un tel se ddclarerait pr6t k faire cadeau de pommes de terre 
et de Idgumes, un autre de lait, d'oeufs, un troisifeme de farine 
ou de beurre; le boulanger procurerait du pain k des prix 
exceptionnels, le boucher la viande. 

En effet, je crois qu'avec un pen d'encouragemenl et de sti- 
mulation, bient6t chaque endroit supporterait k lui seul les 
frais de « sa colonic ». 

A Taide de la presse, avec Tintervention des prdtres des 
villages et des maitres d'dcoles, on gagnerait la sympathie de la 
population. Combien de sous gaspillds, d'objets superflus pour 
leurs propridtaires viendraient enrichir les fonds de la colonic I 

M6me les frais de voyage (restant toujours k la charge de 
la Socidtd, ainsi que la paie des personnes de surveillance) se 
rdduiraient considdrablement par la possibilitd d'envoyer les 
enfants dans la colonic la moins dloignde, sauf ceux dont Tdtat 
de santd exigerait des conditions spdciales de sdjour. 

Je crois qu'avec ces donndes d'dconomie on parviendrait a 
soulager moyennant une somme relativement petite un grand 
nombre d'enfants. On rendrait accessible k tons ce qu'on ne 
pent pour le moment accorderqu'^ quelques centaines. Et pent- 



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LA MIE DE PAIN. 

e dans le Figaro, d'autres ( 
Its k Foeuvre nouvelle, la 
Uastr^es s'int^ressent k el 
aspects. Un jour, elle aur 

es Dames de la Halle qu 
e en sc^ne vaut qu'on la i 
brel894. Faute d'argent, 
e qiielqu un eut Tid^e de 
nsionnement facile, comi 
idiants, d'apprentis et d' 



Aux Dames de la Halle. 



IS int^resser i TCEuvre de la J 
tribuer pendant les jours les 
I malheureux qui se pr^sentei 
t de d6passer le chifTre de sc 
irces sont modestes. Malgr^ n( 
suspendre bientftt notre cBUvre 
ijue vous ne refuseriez pas de 
3 charity ; notre espoir ne sera 
;tudiants se pr^senteront h voi] 
leur remettre. 



linsi qu'ils Tavaient anno 
s k bras, se rendirent aux 
zcfiSy qu^tant pour les pa 
coches s'ouvrirent. Les cc 
imes de terre, choux, nave 
Q fut telle, qu'elle suffit 
J fonctionnemont de TeBuv 
luit rdguli^rement. Chaq 

bb6 Lemire h la Chambre des d^ 
inique d^signant le petit carr^ 



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412 REVUE PHILAN' 

diants rendent visite aux Dames 
aussi, en t^moignage de reconnais 
nage Saint-Joseph de la Maison- 
gratuite. 

D'aulres concours se joignent 
vriers, des journalistes, des Dami 
flu de les enum^rer. Qu'il nous si 
de Pain se developpe, 6tend son a 
multiplier) t. Nous poss^dons k cet 
catifs. 

Voici, ann^epar ann^e, la liste 
la fondation : 

Premiere annee (489i-92). Litres c 

— — Moyenn 

— — Bons d( 

— — V^teme 

Le refectoire a 6U ouveri 

Deuxi^me annee (1892-93). Litres c 

— — Moyenm 

— _- . Bons dc 

— — Vfiteme 

Le refectoire a eU ouvert 

Troisifeme annee (1893-04). Litres d 

— — Moyenn 

— — Bons d€ 

— — V^teme 

Le refectoire a iti ouveri 

Quatri^ine ann6e (1894-95). Litres < 

— — Moyenm 

— — Bons d( 
— Vfiteme 

Le refectoire a et6 ouver 

Cinquifeme ann^e (1895-96). Litres < 

— — Moyenm 

— — Bons d( 

— — Vdteme 

Le refectoire a M ouvert 



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LA MIE DE PAIN. i] 

>6-97). Litres de soupe 40 000 

— Moyenne par soirie 666 

Bons de pain 40 000 

— Vetements 2 800 

ire a Mouvert pendant 60 jours. 

616 distribu^, depuis rorigine : 125300 li 
bons de pain; 14 500 vfitements. Stalis 
I on pense qu'il a pu se trouver dans li 
grand nombre de gens ayant faim e 
lis statistique consolanfe, si Ton envisag( 
nt 6i6 secourues ! 

gression conslante des chiffres. Pendan 
;efois, ils fl^chissent sensiblement. Ilfau 
nque de ressources. Pour y rem^dier, oi 
:erie. Autoris^e par le Pr^fet de police 
commerce parisien (cette protection s'es 
lagnifiques), la loterie de la Mie de Pair 
897. Son succ^s al^gitim^ les esp6rancef 
es met h, m^me de payer leurs detles, dc 
^ au moins pendant quelque temps, leui 

sont multiplids, Torganisation est deve 
IX distributions dc soupes et de bons de 
ules au d6but, s'ajoul^rent presque im- 

de v^tements, linge et chaussures. Au- 
)ntinue, pendant toute Tannic, par : 
IS m^dicales gratuites ; 
3 placement des enfants orphelins ou 

n d'unions ill6gitimes et la legitimation 

de bons de travail et de logement (c€ 
nt une extension considerable) ; 
es pauvres qui se charge de la corres- 

ces lignes, la Mie de Pain va commencer sa sep- 



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REVUE PIIILANTIIROP] 

des renscignements, dfts rapa 
a de la soupe par les jeuncs ou 
isiniers et servit6urs des pau\ 
Afin de la mieux connaltre, 
1, la visiter ensemble. 



uivrons la route k pied, qu 
5 cochers de fiacre la conna 
maitre pas du tout. 
Lvoir gravi la coUine des Gobe 
loulevards ext^rieurs qui, pari 
place d'ltalie. Puis, on bifui 
]Iailles. Des ruelles 6troites, 
is hautes ot profondes, tristei 
3st laid. Au haut de la rue B 
espace s'agrandit; Thorizon d 
palissades, d'immenses terra 
; qk et 1^ quelque misiSrable b 
1 trou, descendent vers la Bih\ 
itions, Bic^tre dresse sa mas 
aeuse d'hiver, ou les flammes ; 
brouillard avec peine, ces ch 

tr^s confuses, chaos d'imag( 
Bs obscurit6s ind6cises dans le 
p6le-m6le, ceux qui n'ont riei 
nous, i Tangle de deux rues p 
s'interrompent, font place i 
tre un mur, nous devinons da 

distinguons, une foule qui 
bre, six cents, sept cents pen 
autres, coudes serr^s pour avi 
ience sous Toeil apitoy^ de d 
des portes. Sur eux, un silen 
joup, dans le mur, une porte 
, projette une clart^. Nous v 



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LA MIE DE PAIN. 415 

blanchis h la chaux, sans autre omement 
ic, au-dessous de lui, cette devise : « Ai- 
es autres. » Sur de longues tables — des 
'6teaiix — sont align^es de copieuses ga- 
r anse est fich^e une cuiller d'dtain. 
is; nous sommes en retard. Vite un b6ret, 

besogne. Plusieurs de nos amis (les jeunes 
ettent une sorte de point d'honneur h arri- 
Dus ont devancds. Depuis deux heures, ils 
ain, ^pluchant les Idgumes, attisant le feu, 

office, autour de six ^normes marmites de 

venu d'introduire les pauvres et de les 

t sans bruit sur les bancs disposes autour 

dans leurs doigts raidis. <( Apr5s Tattenle 

chaleur de la salle leur donne un instant 

[Is ont un sourire fugitif lorsqu'on leur sert 

jettent dessus avec une avidity febrile. Des 

enfants grelottants et blfimes, de jeunes 

5b^tds par le froid et la faim, de vieux 

3t hirsutes (4)... » Quelles misbres sont 

[rames se pressentent? Celui-ci est un ing^- 

vail depuis de longues anndes. Celui-la est 

rvatoire, ancien maitre de chapelle de deux 

autre, revient d'une colonic lointaine ou 

jheuses Font ruin6. Ce petit enfant venu 

ste vie : son p5re mort dans un accident 

ilade, son frfere infirme; il doit k quatorze 

LC famille. 

uns se livrent, font des confidences, se 
r de leur pass^. Mais c'est une exception, 
ire se tait, reste morne. On n'ose les obser- 

I d^pcndance du patronage Saint-Joseph de la Maison- 

;es gamelles est d'un litre et demi environ. 
t6e pour faire la cuisine et servir la soupe. 
lique de M. Andr^ Hallays dans le Journal des Debats. 



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416 REVUE PHILA^ 

ver, dans la crainte qu'ils ne sais 
sit^ apitoy^e, et qu'une souffra 
qu'elie soit, ne leur gdte la joie 
gamelle chaude 

Avant qu'ils ne commencent, 
Pere qui etes aux Cieiix,.. donne 
guottdien... » Le souvenir de U 
fond de ces &mes. A voix basse, i 
tent. Et des regards se tournent 
retenlit : « Bon app6tit, mes amis 
unanime. On ne per^oit plus, p( 
le bruit des cuillers. 

A mesure que les gamelles 
baiss^es, se reinvent. Les yeux 
peu de sang circule sur les pau^ 
de ce spectacle, des sentiments 
Tftme. On 6voque le souvenir de 
d'or se gaspille, par exemple dc 
converts k 45 francs par t6te. On 
journaux mondains : 

Exquises les pdtes aux fraises ayan 
fruit nouvellement cueilli. C'est en ce 
dessert k la mode. On lui donne la f( 
Sucre ! On le sert dans des coupes de ci 
Yeille pour plaire k la vue avant de sal 
fisent k completer le convert. Mais on 
savoureuses, les plus fines, et chaque i 
de coquetterie k se cr^er en ce genre u 

Ou encore : 

Voici les derni^res nouveaut^s pou 
petit paletot de basin bleu k ample coll 
ebon destin6 k les prot^ger sur les rou 
de drap vert chasseur, liser^ de drap 
avoir, autant que possible, son costum< 
dtoife, k celui de sa maitresse. 

On fait des manages. La jeune ^poi 
avec collerette de tulle. Au collier, du 
maria^e, de la fleur d'oranger. La cort 
iiierveille, vStements varies, mouchoi 
grelots d'or et colliers de perles.*. 



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LA MIE DE PAIN. 417 

Alors, ce luxe insolent apparait comme un crime. Pourquoi 
388 inigaliWs? Pourquoi toutes les jouissances aux uns, aux 
etutres toutes les mis^res? On s'afflige, et Ton s'indigne. C'esl 
\rraisemblablement k Vid6e d'un tel conlraste que Lucien Des- 
caves cria le cri de colfere qu'il a mis en exergue de son der- 
nier livre (1) : « Les philanthropes distribuent des soupes; j'en 
trempe. » 

Lorsque les gamelles sont vides, les mis^reux se retirent 
pour faire place k d'autres. Rapidement on nettoie les tables 
avec de la sciure de bois. On prepare de nouvelles gamelles. 
El le d6fil6 recommence. Cent cinquante personnes seulement 
peuvent prendre place h la fois. 11 y a chaque soir trois et 
quatre fourn6es successives. Que vont-ils devenir en sortant? 
Oil dormiront-ils? 

L'autre nuit, apr^s avoir mang^ la soupe, un vieillard est 
all6 mourir sur les fortifications — ce dernier abri des gueux. 
Quelques-uns s'adressent k THospitalit^ de nuit. Mais^ pendant 
rhiver, les refuges sont encombr^s. La Mie de Pain distribue 
iceux qui n^ont pas de gite des bons de logemenl grftce aux- 
quels ils sont recueillis dans les garnis du quartier. Ce c6t^ de 
Toeuvre se d^veloppe de plus en plus. 

» 
» « 

Lorsque tout est fini, apprentis, ouvriers et ^tudiants retrous- 
sent leurs manches, balayent le plancher, nettoient les tables, 
ou bien, transform^s en plongeurs, lavent la vaisselle. II y a 1& 
huit cents gamelles, autant de cuillers, six grandes marmites 
qu'il fauttenir prates pour le lendemain. Car chaque soir, la 
distribution recommence. Chaque soir, des centaines de mal- 
heureux, quelquefois venus de tr^s loin, reprennent le chemin 
de la bonne demeure, au seuil de laquelle il semble qu*une 
main bienfaisante ait ^crit : « Vous qui avez faim, entrez et 
mangez. » 

La Mie de Pain apparait encore comme une 6cole de solida- 

(1) Soupes f par Lucien Descaves (1898). 

MVUB PHILAlfTHROPIQUB. — II. 27 



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418 REVUE PHILAN 

rit6. C'est un point sur lequel il c 
jeunes apprentis sur tout, c'est k 
t^moignera le plus d 'affection au] 

Celui-ci apporte huit sous, s( 
appelle Targent qu'on lui donne ] 

Celui-1& demande la permissic 
gamelle. II la porte chez une p 
pent sortir. Puis, — la charity i 
deux agents de police qui station] 
le bon ordre, remettant cinq frar 
Comment accueillera-t-on une so 
cusent presque : « C'cst le produ 
nous. Nous nous connaissons e 
Nous Savons que ceux qui vier 
courus. » 

C'est encore un ancien client ( 
« tir6 d'affaire » qui tient k deve 
qui apporte son obole. 

La liste de ces faits serait ic 
dont la beaut6 vaut qu'on le m 
redire, tr^s simplement, comme ( 

Ghaque dimanche, au patrons 
sur un registre par groupes de ( 
eux un roulement pour assurer 
Albert P... s'6taitinscrit comme 1( 
il avait contribu^ k distribuer le 
selle. 

C'^tait la premiere fois qu'il ^ 

Chez lui, on est presque dam 
de buanderie, sa m^re, confection] 
r^ussissent k force de travail, d'o 
k leurs enfants une sorte de bien 
se distinguent de leurs petits ami 
Leur logis connait la propretd, — 
Jamais ils n'ont souffert de la fail 

Aussi Albert est-il profond^me 
il a 6t6 le t6moin I Son Amotion s' 



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LA MIE DE PAIN. 419 

ie ressources, va 6tre obligee de fermer ses 
er ses pensionnaires. 

evenir, les mioches d^uenill^s, presque nus, 
jr une gamelle de soupe, dont, lui, e6t fait 
itte pauvre m^re qui sollicitait comme une 
p pr^s du po6le pour r^chauffer son enfant k 
;es vieillards qui, converts de haillons sor- 
ssouvie, explorent les gamelles de leurs voi- 
I'y d^couvrir quelques bribes ! 
rentre chez lui, des sentiments confus, inex- 
ent son ftme. II se reproche presque de ne 
, lui, d*avoir un bon lit k partager avec son 
toujours bien v6tu, d'avoir toujours suffisam- 

deux heures de corvee de vaisselle, ce n'est 
part de d^vouement n'est pas suffisante, qu'il 
lelque chose pour aider la Mie de Pain. 
t k ses camarades d'atelier ! S41 leur deman- 
itre eux une collecte. C*est une id^e cela! II 
nt bon ccBur an fond. Silrement, ils ne lui 
ir un refus. 

5 la nuit, il songe k la fagon dont il s'y 
e un plan de bataille. II mtlrit ses questions 
: — Toi, je te fais toutes tes commissions; tu 
jf user deux sous. — Toi, tu boiras un canon 
Btc. 

)re en arrivant k Tatelier. Sa gait^ ordinaire 
a air de tristesse, comme un reflet de ce qu'il 
le son visage. Tristement, il gagne son ^tabli, 
imentil s'y prendra pour lancer son appol, 
entree en mati^re. 

imarades arrivent, se mettent an travail, apr^s 
ign^es de main, lis sont de bonne humeur. 
presage. Quelques-uns grognent vagtiement 
qui, venu en retard, n a pas sufftsamment 
giis ga ne tire pas k consequence. En travail- 
ufife vite. Et Tatelier d6borde de vie. Le grin- 



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420 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

cement sourd ct continu des limes met comme une sourdine au 

chant cadencd des marteaux. Quelques-uns causent ; d'autrcs 

sifflent. Le bruit des outils et des voix se confond, se m^le... 

Albert, qui vientde bourrerle poftle, croitle moment venu: 

— Vous ne vous plaindrez plus. Le voici tout rouge, le 
po^Ie ! II fait bon ici, tandis qu'au dehors, tant de malheureux 
ont froid... 

Et, brusquement, la voix tremblante, il raconte sa soir6c h 
la Mie de Paiuy et explique i ses compagnons ce qu'il attend 
d'eux. 

— Bravo, petit, dit un vieux. La misfere, nous connaissons 
Qa ! A r^poque de mon accident, j'ai 6td heureux que les 
copains se cotisent. Prends ton b6ret et fais le tour des ^tablis. 
Ceux qui n'ont pas d'argent sur eux en apporteront tant6t, ou 
bien on leur en prfitera. 

L'apprenti ne selefait pas r6p6ter. II va d'^tabli i Stabli, 
recueillant Tobole de chacun. Ilsembleque lediscoursdu vieux 
rcQoive Tapprobation unanime, lorsque tout k coup une protes- 
tation s'^lfeve : 

— Pour qui me prends-tu? Ce n'est pas it moi qu'il faiit 
conter ces blagues. Plus souvent que je te donnerais de la mon- 
naie pour des feignants ! Et cela s'accompagne d'une bord^e 
d'injures. 

Albert ne souffle mot. II a d'abord rougi. Sa nature ardente 
a fr6mi sous Tinsulte. Mais il regagne sa place. Et, sans avoir 
le courage de compter le produit de sa collecte, il se met k limer 
avec rage. L'atelier, tout k Theure si bruyant, est presque 
silencieux. Plus de lazzis, plus de chansons. Un sentiment de 
g^ne oppresse tout le monde. Les limes mordent plus durement 
le fer, comme pour hurler la plainte que Tenfant a su contenir. 

A deux ou trois reprises, Touvrier qui est ]a cause de ce 
changement veut entamer une conversation. II essaie de 
gouailler,mais, hesitant devant les visages soudain plus durs, il 
lente une diversion. D'un bout k Tautre de Tatelier, il crie k 
un camarade : (^ On mange ensemble aujourd^hui. C'est moi qui 
regale. — Non, r^pond Tautre. J ai invito Albert. Je Temm^ne 
kla maison. » Et, pour mieux marquer la mise k I'index, le 



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^INSTITUTION 



DES 



CAISSES D'fiPARG 



Au-dessous des agitations pol 
blent nos soci6t6s modernes, il se 
dans ie calme des trdfonds social 
tinu, puissant, qui prdpare les vr 

Ainsi, en France, depuis vingt- 
si^cle, — long espace de la vie hi 
riode active d'une g^n^ration, — 
notre pays cinq pr^sidences, tout 
solant de ministferes varies et les 
soufflant actions et reactions, au gi 
dehors, dc la paix int^rieure et de 
On pourrait citer des projets de lo 
(sur les mutualit^s, sur les retraite 
ans, remani^s constamment sous 
attendent encore une solution et 
oeuvres tronqudes et stdriles. 

Mais au-dessous de ces courai 
fois funestes, certaines institutio 
organis6es ou ddvelopp6es par dc li 
samment servi le travail national, 
gr^s moral et materiel du peuple 
grand journal anglais The Times^ 
regard de ce qui se fait en dehoi 
sujet de Tinstitution frauQaise des 
si heureusement rdussie depuis 1 
chez tons les peuples civilises : « In 



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L'INSTITUTION 6DUGATRICE DES CAISSES D'fePARGNE. 423 

En v^rit^, e'est un grand succ^s pour la France! » Et M. de 
Bismarck ^tant chancelier de TEmpire, a ddnonc^ \k un des 
signes de notre relfevement nationaL 

En 1874, comme en 1870, notre pays 6tait en arrifere de 
tons les principaux peuples civilises sous le rapport des Gaisses 
d'^pargne, de la plus importante des institutions populaires 
du monde modeme : la France ne comptait dans ses Caissesr 
d'^pargne que deux millions cent mille d^posanis, et un stock 
d'^pargnes en d^p6t de cinq ceM quarante-cinq millions de 
francs; elle compte aujourd'hui plus de huit millions de d^po- 
sants, et plus de trois milliards de francs en d^p6t. 

Et les rapports officiels du ministere du Commerce, aussi 
bien que les comptes rendus annuels des administrations lo- 
cales de nos Gaisses d'^pargne, de nos Gonseils g^n^raux et de 
nos autorit^s scolaires constatent que ce progr^s est dA en 
bonne partie aux Gaisses d'^pargne scolaires : cette institution 
a exerc6, depuis vingt ans, une grande influence sur Textension 
de la clientele adulte des Gaisses d'^pargne, soit par le nombre 
des ^coliers devenus ouvriers, soit par le nombre des ouvriers 
amends aux Gaisses d'^pargne, gr&ce k la propagande instinc- 
tive des ^coliers dans leurs families et des instituteurs parmi 
les populations de leur entourage, h Toccasion de I'exercice des 
Gaisses d'^pargne scolaires. 



G'est en France que la veritable id^e premiere des Gaisses 
d'^pargne scolaires a surgi, en 1834, et c'est en France que 
rinstitution, apr^ quarante ann^es de tentatives rest^es Isoldes 
ou incertaines, a pris en 1874 son oi^anisation precise, facile, 
siire et essentiellement educative; ce qui est un fait assez rare, 
chez nous, dans notre pays oh les id^es naissent nombreuses, 
mais le plus souvent vont se r^aliser et grandir k Tdtranger, 
d'oCi elles nous reviennent plus tard comme des oeuvres 6tran- 
gferes. En 1874, la France ne possddait encore que sept Gaisses 
d'6pargne scolaires; depuis Torganisation r^l^e en 1874, Tin- 
stitution s'est propag^e dans pr^s de vingt-quatre mille 6coles 



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42i REVUE PHILANTHROPIQUE. 

(= 23 980). Et ce progrfes s'est accompli par une libre initiative 

faisant appel k des d^vouements v^^'^TifnirAa • p/Asf AnonrA \h nn 

fait k remarquer, car il montre ( 

initiative existe avec autant de p 

les plus iiers de cette pr^cieuse 1 

vivifiant pent se r6v61er k tout dij 

Paris, mais encore en province, 

dans nos municipalit^s, dans no 

raires, industrielles, agricoles, ( 

autres compagnies ^conomiques 

d^partements m6me les plus 61oij 

Voil^ ce que d'^minents ho 
strangers ont reconnu, et (nous d 
de la meilleure grftce du mond 
viennent surtout d'Angleterre, d( 
magne. 

Dans deux articles tr^s appr 
glaise. The XIX^^ Century y a d6cr 
Caisses d'^pargne scolaires. Voici 

« Cest k la France qu'appart 
elle pent Hve justement fifere — 
de Caisse d'^pargne scolaire; ju 
plusieurs pays d'Europe, des essa 
part n'avaient rien d'un syst^mc 
catif... 

« En 1873, M. de Malarcecomb 
scolaire sur la base d'une institui 
et ^ducatif. Les premieres ann^e 
depuis 1874 ont ^videmment pro 
de bon syst^me que, durant les < 
les Caisses d'^pargne scolaires 6 
de tentatives Isoldes et peu r^usi 
venu k obtenir des notabilit^s 1 
pr^voyait pas ; et k son appel pai 
discours et autres moyens de pro 
seignement k tous les degr^s ont 
tique et un sens d'^ducateurs to 



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L'lNSTITUTION feDUGATRIGE DES CAISSES D'fePARGNE. 425 

depuis que la m^thode franQaise de 1874 a 6td formulae, ily 
avail eu en Angleterre sur ce sujet un tant soit peu seulement 
de Tesprit public quia £t^ cr^^ en France par la sage et habile 
politique et Tindomptable Anergic de Torganisateur frauQais, 
nos instituteurs et nos Boards of Schools ne seraient pas resl6s 
la plupart dans rindiff^rence ou Tignorance des recommanda- 
tions que notre D^partement de TEducation a adress^es dans 
ces demi^res ann^es... 

« Une Caisse d'^pargne scolaire n'est pas une banale coUecte 
de sous, mais elle doit Mre un exercice d'^ducation : elle diff^re 
d'une Penny-Bank ordinaire en trois points distincts: 1** elle 
forme partie int^grante desexercices de T^cole; 2<> elle est di- 
rig^e, op6r6e et comment^e par Tinstituteur, k Texclusion de 
tout intrus, de toute personne ^trangfere k T^cole; 3** Ies<5colier8 
sont seuls d^posants, et ils ne d^posent queles menues sommes 
de leur propre argent de poche. » 

On voit qu'en Angleterre, les esprits d'^lite ont bien com- 
pris le caract^re ^ducatif et la port^e morale de cette institution, 
qui, k rinstigation de la France, et depuis 1876, a trouv6 dans 
la Grande-Bretagne de dignes promoteurs, d'abord k Liverpool, 
k Birmingham et k Londres. 

Un 61oquent commoner^ M. Samuel Smith, M. P. pour 
Liverpool, a dit cette parole de profonde observation morale et de 
haute port^e sociale : « Ces faits d'ipargne de la part de nos 
enfants sont des actes de sacrifice; et toutes les grandes choses 
se font par la vertu d*un sacrifice; Texercice habituel et m^- 
thodique de T^pargne des 6coliers, dirig^ et ^clair^ par le 
maitre, dans T^cole m£me, forme ainsi des 6nergies morales et 
bien r^gldes qui, dans la vie de Tadulte, se retrouvent d6cu- 
plSes... » Lord Derby, r6v6que d*Exeter et d'autres moralistes 
et^ducateurs de grande autorit^ ont consacr6 parleurs discours 
k Liverpool, d'apr^s Texp^rience, des observations analogues. 
En 1896, la ville de Liverpool comptait 82 School-Banks, avec 
36 327 ^coliers ^pargnants, ayant un ensemble de petites 
^pargnes en d^p6t de 5739 livres st. (= 143475 francs). 

A Birmingham, dans la grande cit6 industrielle, le 
T. Hon, Joseph Chamberlain, ancien chef du parti avanc6. 



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426 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

actuellement ministre d'etat, a donn^ une forte impulsion aux 
School Savings Banks de la viile qu'il repr^sente au parle- 
meDt et qui est aujourd'hui munie de School Savings Banks 
dans toutes les dcoles du Board municipal. Le rapporteur de ce 
Board constate que ce sont les directeurs des ^oles qui ont 
demands Torganisation dans leurs ^tablissement^ de cette nou- 
velle branche auxiliaire d'^ducation; ils consid^rent que cet 
exercice scolaire a augments Tattrait et Tint^rfit des enfants et 
des parents k regard de T^cole. 

Ce qui s'est y^rifid d'ailleurs plus largement dans les six 
demi^res anndes, depuis la loi nou velle dite Free Education 
Actf mise en vigueur le 1" septembre 1891. Cette loi, imitie 
de la loi frangaise de 1833, a exon^r^ des frais d'^colage la ca- 
tegoric des dcoliers la moins ais^e. Au moment de la promul- 
gation de cet Acty le Conseil royal de F^ducation adressa k to us 
les directeurs d'6cole une circulaire ou il leur rappelait qu'une 
bonne ^cole ne se borne pas k preparer les 6lftves k des examcns 
d'instruction, mais s' applique aussi k agirsur le caract^re 
moral des enfants ; que d6jk le Parlement avail 6dict6 qu'une 
^cole ne serait qualifi^e d'excellente^ litre donnant droit k la 
plus haute gratification parlementaire, que si elle pratiquait 
Texercice ^ducatif de la Gaisse d'^pargne scolaire ; et qu'une 
occasion se pr6sentait de populariser plus encore les School 
Savings Banks, dijk stabiles dans plus de 2 500 6coles en An- 
gleterre : les instituteurs, les pasteurs, les juges de paix, les 
trustees et autres notables locaux, pourraient engager les fa- 
milies exondrdes des frais d'^colage par la loi nouvelle k 
employer cet argent disponible en recompenses donn^es de 
temps en temps k leurs enfants, suivant leurs bonnes notes de 
classe et leurs m^rites k la maison ; et les enfants mettraient 
ces pennies k la Gaisse d'^pargne scolaire. La recommandation 
a parfaitement rdussi; et d^s Fannee suivante, en novembre 
1892, on constatait qu'un beau quantum des sommes liberies 
avail dejJt pris refuge dans les School Savings Banksy soil une 
somme totale de 143 000 livres sterling (3 575000 francs). Et 
ces bons effets sont signal6s dans les campagnes comme dans 
les villes. A Londres, ou, en 1887, sur 1075 directeurs d'^coles. 



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L'lNSTITUTlON feDUCATRICE DES CAISSES DMfePARGNE. 427 

922 avaient agr^6 Is, School Savings Bank, les families des 6co- 
liers ont parfaitement r^pondu k Tappel duGonseil d'^ducation. 
Ces progr^s avaient €16 fort bien pr^par^s par les efforts du 
savant et illustre aveugle, Henry Fawcett, professeur d'^cono- 
mie politique de TUniversit^ de Cambridge, ministre d'Etat 
(grand maitredes postes) de 1880 k 1884. 

En Allemagne, ou M. le pasteur Senckel a fait organiser, 
depuis 1877, 2 899Caisses d'^pargne pour la jeunesse, ayant 
243 933 6pargnants, M. de Bismarck, 6tant chancelier de Tem- 
pire germanique, a recommandd aux ^ducateurs allemands : 
« cette nouvelle branche d*^ducation, la Schulsparcasse^ Tap- 
prentissage de la vie dconomique et morale du peuple travail- 
leur, le siminaire de toutes les autres institutions populairesy 
comme une des forces du relbvement de la France, qui forme 
d^s r%e malleable les generations nouvelles k la vie sobre et 
r^glee, k la domination de soi, k ces vertus domestiques et 
sociales qui constituent chez les adultes les caractferes forts, 
virils... » 

Et le grand stratfege de I'AUemagne, lemar^chal de Moltke, 
dans sa retraite, a tenu le mdme langage aux maitres d'^cole 
allemands, k ces Schulmasters qui, disait-on, avaient prdpard 
la victoire, et qu'on s'occupe aujourd'hui de stimuler « k for- 
mer encore, pour Tarmee, les enfants de TAllemagne par un 
apprentissage de la vie 6conomique et morale, de la vie forte 
et regime, par Texercice habituel du sacrifice, notamment par 
la pratique de la Caisse d'^pargne scolaire, k Tinstar de la 
France »• Etil a contribu^ de ces dons, autrement assez parci- 
cimonieux, pour encourager par des m^dailles et des prix les 
educateurs de sa province, et ensuite de toute TAUemagne, a 
etablir des Schulsparcassen, s^minaires de discipline morale, 
facteurs de force nationale. 

En Autriche-Hongrie, Franz D6ak, le r^novateur de la Hon- 
grie, dont la mort (1876) fut marquee par des fun^railles dignes 
d'un Sobieski ou d'un Franklin, a laiss^ k ses amis une sorte 
de testament politique, ou, entre autres conseils, il leur rappelle 
ce qu'il avait dit it M. de Malarce dans un entretien, k Buda- 
pest, sur les institutions populaires : « J'ai bcaucoup pensd k 



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REVUE PHILANTHROPIQUE. 

; je sens bien que si j'ai fait mon peuple politique- 
le reste & le former suivant les moeurs ^conomiques 
; aux qualit^s brillantes, vaillantes, tout en dehors el 
de nos races orientales, il faut ajouter les vertus plus 
! rOccident, la sobri6t6, Tesprit d'ordre, la vie r6gl^e, 
•6voyance, qui les arracheront un jour aux vaines 
s, au gaspillage et i I'usure : ce que feront excellem- 
laisses d'^pargne, et surtout les Caisses d'^pargne sco- 
ig6es et comment6es par nc 
it ainsi, d6s T^ge tendre, les v 
s. » Suivant le voeu de Franl 
al, Franz Weisz, president d 
e, vint i Paris en 1878 s'^cl 

t de retour Ji Budapest, il fit cr6er une section sp^- 
la Handels-Academia pour la propagation des Caisses 
scolaires. 

•tugal, comme en Espagne, cette institution fran^aise 
ris^e par de notables hommes d'Etat, de science et 
ration : ainsi par Tancien premier ministre, M. de 
m^s, M. da Costa Goodolpheim, de TAcad^mie des 
jt M. Jos6 Ribeiro, directeur du Monte Pio official ; 
rid^e ing^nieuse d'apposer aux murs des 6coles ces 
pour r^dification des maltres, des icoliers et des 



>as de meilleur instrument pour ouvrir au peuple la vraie voie 
ition que la Caisse d'^pargne scolaire. 

Franz D4ak. 

\ d'^pargne scolaire enseigne la sage ^conomie comme on en- 
rertu en la faisant pratiquer. 

Malarce. 
iliation k toutesles institutions de pr^voyance. 

LUZATTI. 

on est et doit Stre Tiniliation pour la vie complete. 

Spencer. 



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L'INSTITUTION feDUCATRlCE DES CAISSES D'fePARGNE. 429 



II 

L'exercice scolaire de la Gaisse d'6pargne a, en effet, le m6- 
rite de montrer complfetement k V6lh\e, au futur ouvrier, ce 
qu'est une caisse de compensation 6conomique;elle fait toucher 
du doigt Tavantage de cette operation k double effet, oh d'abord 
on se prive de quelque objet futile pour obtenir ensuite, plus 
lard, par compensation, un objet n^cessaire ou d*une s^rieuse 
valeur. Seule, de toutes les institutions de pr^voyance popu- 
laire, la Caisse d'^pargne permet k un ^colier de jouir de cette 
compensation k courte ^chdance, dans un temps mesur^ suivant 
son esprit d'enfant k courte vue : les sous qu'il 6pargne aujour- 
dliui en les sauvant de petits gaspillages, de d6penses en bon- 
bons, chiffons et autres futilit^s, illes retrouvera dansquelques 
mois, dans quelques semaines, et avec quel honheur ! — pour 
s'acheterun livre, un objet de v6ture, que sa famille ne pour- 
rait peut-6tre pas lui acheter k ce moment; ou encore, pour 
contribuer k une bonne oeuvre, non pas avec des sous subtilises 
k la faiblesse de ses parents, mais avec des sous de son propre 
petit p6cule, recompenses de ses m6rites k r^cole et k la mai- 
son, et qui repr^sentent fi^rement, par la mise k T^pargne, les 
sacrifices de r^colier aux vertus d'ordre, de sobriety, de pr6- 
voyance. 

Et \oi\k pourquoi on a nomm6 la Gaisse d'^pargne scolaire 
recole pratique d'initiation de toutes les institutions de pr^- 
voyance. 

Plus tard, quand les vues de Tecolier, devenu apprenti, 
s'etendront, il sera prepare pour comprendre la compensation 
economique k plus longue port^e qui s'offre au travailleur 6co- 
nome dans les combinaisons des societ^s de secours mutuels 
pour les cas de maladie et pour la vieillesse. 

Mais k Fenfant de dix k douze ans, gardons-nous de dire 
qu'il ne recevra le fruit de ses ^pargnes actuelles qu'6 une 
ipoque indefinie, inddpendante de sa volont^ou tr^s lointaine; 
il penserait qu'en fait vous le leurrez par une sorte de confisca- 
tion. Si ses Spargnes etaient affect^es k une society de secours 



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430 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

mutuels^ elles prendraient la forme de cotisations mensuelles 
rigoureuses, peu en rapport avec ses ressources de poche va- 
riables, et deviendraient ainsi des cotisations servies par le pfere 
qui plus nettement ferait mieux de payer par versement direcl 
k la Soci^t6 mutuelle les cotisations de son enfant. L*^coUer n( 
ferailplus I'exercice salutaire, ^ucatif, moralisant, deT^pai^^ 
libre et personnetle. Et si les ^pargnes de Tenfant ^taient affec- 
t^es ^ une caisse de retraite, T^colier comprendrait moins en- 
core une compensation de ses ^pargnes qui ne se r^aliserait que 
dans trente ou quarante ans. 

Et cette premiere impression d'enfance : les institutions de 
pr^voyance voilant une confiscation, pourrait affecter poai 
toujours Tesprit de Tenfant devenu homme, et» le rendre mal 
dispose k appr^cier, dans Tind^pendance de son ^ge viril, h 
Soci^t^ de secours mutuels et de retraite. 

Lorsque, k la Caisse d'^pargne scolaire, T^colier aura vu el 
touch6, a sa guise, suivant son d^sir et son besoin, Tai^nl 
qu'il a confix nagu^re k la Caisse d'^pargne, et qu*il vcut em- 
ployer aujourd'hui pour une satisfaction utile, quand il aura 
pratiquS pendant plusieurs ann^es de son enfance cette caisse 
de compensation, vous pourrez, k sa sortie de Ticole, offirir au 
jeune homme qui va devenir ouvrier, un livret de Sociit^ dc 
secours mutuels et m^me de Retraite pour la vieillesse ; alors il 
comprendra, car son Education 6conomique de prdvoyance sen 
faite, et T^conome apprenti deviendra bon mutualiste et boB 
coop^rateur. 

Done, que Tinitialion aux institutions de compensation 6ca- 
nomique commence par la Caisse d'^pargne scolaire; et que 
cette Caisse d'6pargne scolaire fonctionne dans son plein exer- 
cice de compensation : ouverte pour recevoir les sous de pach( 
personnels de l*6colier, ouverte aussi pour rendre les ^pargnes I 
I'^colier.Que si,k la distribution des prix qui termine les dtudei 
primaires d'un 6colier, on le gratifie d un livret de Soci6t6 di 
secours mutuels ou de retraite, au lieu d'un livret de (^aiss< 
d'^pargne (puisque Tdcolier poss^de d^ja son livret de Caisse 
d'ipargne acquis par ses propres, efforts), rien de mieux 
Et voilii ce que Ton devrait faire de I'argent que les municipa 



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r 



-rr^ 



L'INSTITUTION feDUCATRICE DES CAISSES D'tPARGNE. 431 

lit^sou les comit^s soolaires emploient aujourd'huikdistribuer, 
enprix,deslivretsdeCais8ed'6pargne; on gratifierait de Sfrancs, 
10 francs et plus un certain nombre de livrets de soci^t^s de 
secours mutuels, et on remettrait ces livrets ainsi amorces anx 
4l^ves sortants des 6coles primaires. 

Ainsi se r^glerait Vidtkcation de lapr^voyance. 

Cette education de la pr^voyanoe n'est pas moins importante 
pour les fiUes que pour les gar^ons : 

En 1876 et 1877, sur un rapport de M. de Malarce, le Con- 
grades agriculteursde France, pr^sid^ parM. Drouyn deLhuys, 
^mettait k Tunanimit^ deux voeux, fortement motives et ap- 
puy^s par M. le conseiller d'fitat Tisserand, directeur g6n6ral 
de Tagriculture, k savoir : « que les 6coles et les fermes-^coles 
soient dot^es de Caisses d'^pargne scolaires partout ou les eir- 
constances locales lepermettront; — et que les 6coles de fiUes 
soient munies de Caisses d'^pargne scolaires comme les 6coles de 
gar^ons. » 

On invoquait ce motif que, dans les manages d'ouvriers, et 
surlout dans les formes, la femme est la veritable minagere de 
la famille; que la femme fail la d^pense par le menu au jour le 
jour, et qu'ainsi elle pent faire T^conomie ; que la femme a aussi 
le soin des grosses d^penses, loyer, v6tures, approvisionne- 
ments de m^age, etc., et que oe souci la porte i la pr6voyance 
joumali^re, h. la discretion pour les d^pcnses courantes, sur 
lesquelles on doit faire des ^pargnes en vue des d^penses plus 
fortes etplus lointaines; et enfin qu'eng^n^raljdans lesfermes, 
c'est la femme qui dirige la basse-cour et tient les comptes des 
petites exploitations. 

Ces vues justes et pratiques ont ^16 bien comprises, enFcance 
et ensnite k T^tranger. Ainsi, notamment, aux Etat-Unis, ou de- 
puis vingt ans, k Texemple de la France, des hommes degrande 
autorite tels que les Hon. S. Pomeroy Townsend, president de 
la principale Caisse d'^patgne de toute TAm^rique, et S. Mer- 
rill, fondateur et president des Faculty et college de Belloit, 
et, M- J. H. Thiry, ancien president de Board of Schools, ont 
suscit6 la creation de nombreuses Caisses d'^pargne scolaires 
dans les Etats de TEst de la grande R^publique am^ricaine 



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432 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

une femme de haute culture intellectuelle, M"* Sara-Luis 
Oberholtzer, publiciste tr^s vers6e dans les questions d'6duca 
tion, s'est appliqu^e k la propagande des School Savings Bank 
pour r^ducation 6conomique et morale des femmes. A un 
6poque et dans un pays ou Ton tend i augmenter les droit 
16gaux de ia femme, il parait convenable de fortifier par Tddu 
cation les habitudes et les Energies de la femme, pour 6lever se 
facult6s au niveau de ses nouveaux devoirs et de ses droit 
acquis. 

Ge n'est pas seulement dans le nouveau monde am^ricai 
que institution frangaise des Caisses d'^pargne scolaires a ^t 
bien comprise et propag6e pour le biendu pen pie; bienplusloi 
encore, dans VAustralasie, k nos antipodes, dans ce nouvea 
monde du xix® sifecle, une soci6t6 s'est constitute, d5s 1871 
pour propager les Caisses d'^pargne scolaires (suivantle system 
de France, dit Texpos^ des motifs de la fondation). Et le gouvei 
neur de la colonic de la Nouvelle-Z^lande, Lord Normanb) 
dans son discours d'inauguration de cette ceuvre fondamei 
tale de T^ducation populaire, dit aux colons, aussi ardeni 
aux d^penses extravagantes qu'Ji la conqu6te de la fortune 
« Vous venez ici pour acqu6rir les moyens de vivreensuite hei 
reux. Eh bien, si vous voulez vous assurer cebonheur, but d 
votre ambition, travaillez detoutesvos forces, mais d^pensc 
avec mesure. Pour le travail. Go ahead! AUez de Tavant. Mai 
pour la jouissance, Sc//re^/ram// Soyez mesur^s. Voilkce qu 
les enfants de ce nouveau monde apprendrontexcellemment pa 
la pratique famili^re de \h School Savings Bank. » 

Par cette oeuvre frangaise des Caisses d'^pargne scolaires 
la France, au lendemain de ses d6sastres, et dans cette period 
p6nible de Tisolement que fait le malheur, notre ch^re Franc 
s'est bientdt sentie relive avec la plupart des hommes d'Etal 
de science ou de bien des diverses nations ^trangferes; de tou 
les pays civilises du monde,, m6me de TAUemagne (lettre spor 
tan6e du 1®'' juillet 1876 du ministre d'etat Stephanz, gran 
maitre des postes de Tempire germanique), des t^moignagc 
d'accession impr^vus, sont arrives k Paris au secretaire g^n^ 
ral de la Society des institutions de pr^voyance de France c 



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r 



L'INSTITUTION ^DUCATRICE DES CAISSES D'fePARGNE. 433 

de r Association permanente du Congr^s universel des institu- 
tions de pr6voyance : ceuvresde science et de propagande fondles 
par M. de Malarce sur ie succ^s des Gaisses d'^pargne scolaires 
el pour ^tendre Taction h toutes les institutions populaires, 
Caissesd'6pargnedetoutordre,ordinaires,postales,etc.,Soci6t6s 
desecours mutuels,Retraites, Cooperations. Et suivant Tobser- 
vation, unanimement applaudie, d'un illustre savant stranger, 
L. Luzzati (plus tard ministre d'Etat), disant le dernier mot de 
notre premifere session de 1878 k Paris, oil tous les peuples 
civilises ^taient repr^sent^s : « La France, malgr^ ses malheurs, 
vient de nous r6apparaltre comrae le paysessentiellement uni- 
versel, Torgane central des id^es g6n6reuses et bienfaisantes. » 
Surce, ilest permis dereconnaitrequeTinstitutionde 1874 
2 bien m^rit^ de la patrie frangaise, non moins que du peuple 
fravailleur de tous pays et de la civilisation. 

Nous ne pouvons mieux terminer cette dtude histori^ue 
<Itt'en donnant un extrait de la revue TUnion postale dniver- 
'ELLE, organe de V Office international officiel institu^ i Berne 
P^i* tous les feats agr^g^s dans cette Union, c'est-k-dire par 
tous les ^tats civilises du monde ; dans sa livraison mensuelle 
^^ d^ccmbre 1897, cette revue contient une notice approfondie 
^} estcomme la r^sultante des opinions exprimdes, surTin- 
^^^Ution des Caisses d'^pargne scolaires, par la plupart desgou- 
^^^ments et administrations d'Europe et d'Am^rique dans 
5&% Verniers temps. 

Aprfes avoir montr^ le caractfere de cette nouvelle branche 
auxiliaire de T^ducation, la Revue universelle appr^cie cette 
institution comme la base de toutes les institutions de pr6- 
voyance; elle constate que « les premiers essais de 1834 4 1873 
ne firent que peu de progrfes en France, et it T^tranger, ofi pour- 
tant Tidee avait p^n6tr^, et que ce fut seulement par Taction de 
Torganisateur frangais, qui avait pu constater, au cours de 
voyages d'<5tudes effectu^s k travers TEurope en 1873-74, les 
d^fauts inh^rents aux divers systfemes usit6s, que Tidee regut 
nn d^veloppement rationnel par une m^thode administrative 
facile et siire... Depuis 1874, depuis vingt-trois ans, Tinstitu- 
tion ainsi organis6e s'est d6velopp6e en France et duns d*autres 

MVUB PHILARTHROPIQCE. — II. 28 



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VARIETES 



L'As flistanoe m^dioale grratuite dans le d^partement 
de I'Bure. 

RAPPORT DE M. SAVOUR^-BONVILLE 

En raison de I'importance du service d'assistance m^dicale gra- 
t^te, et k litre d'exemple, nous empruntons au rapport de M. Sa- 
Tonr^-Bonville, inspecteur d^partemental d*assistance publique de 
I'Eore, un aper^u du service et des observations gdn^rales dont nos 
lecleurs appr6cieront l'int6r^t : 

Dans mon rapport de I'ann^e derni^re» j'ai 6tabli que le service de 
I'assistance m^dicalegratuite, organist k la fin de 1894, avail fouctionn^ 
d^ le 1« Janvier 1895, el que, dans le cours de 1895, la mise en pratique 
<)e laloi du 15 juillel 1893 s'^lail op^r^e d'une mani^re salisfaisanle, pro* 
gressivement. 

En 1896, la sitaation s'eslaccentu6e de telle sorle qu'on pent afQrmer 
V^^f dans I'Eure, le service fonclionne normalemenl, dans loules ses 
parties. 

Toutefois, dans rapplication d'une loi aussi compleze que Test celle de 
I'assislance m^dicale graluite, el dans un d^parlemenl comme celui de 
I'Eare ou le nombre des communes est tr^s grand, il n'esl pas surprenanl 
d'avoir a relever certalnes irr^galarit^s de principe, cerlaines difficullds, 
oa des cas d'inertie. 

C'est ainsi que, malgr6 des inslraclions precises, r^it^r^es, qaelques 
communes onl continue, en 1896, k payer direclement leurs d^penses me- 
dicates et pbarmaceutiques, alors que celles-ci, anx lermes de la loi, doi- 
vent ^tre payees par le d^partement. 

Ges irr^gularit^s, il y a tout lieu de le penser, ne se reprodniront pas. 

C'est ainsi que plusieurs administrations communales onl marqu^ une 
tendance k vouloir s'affranchir, au detriment d'autres collectivity, jde d^- 
penses iear incombant du chef de leurs malades indigents. 

G'est ainsi, eneore, que des administrations communales, s'^cartant des 
dispositions l^gales, onlcru devoir, en vue de b^nSficier de la subvention 
dipartementala pr^vueau bar^me A (article 27 de laloi du 15 juillel 1893), 
ioserire k leurs budgets des centimes sp^ciaux k Tassistance m^dicale gra- 
tiite, abrs qoe leurs budgets pouvaienl supporter les d^p^nses dej ce ser- 
^ saas 1 aide d'one imposition extn^ordioaire. 



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436 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

De sorte qu'elies ali^geaient indictment lears charges an d6trimei 
d^partement. 

Mais une verification minutieuse des budgets communaux par la S 
vision de la prefecture, conform'ement k vos instructions, a remis tc 
choses au point. 

Vous avez di!l, Monsieur le pr^fet, rappeler k certaines communes 1 
obligations et m6me proceder k des inscriptions d*ofOce. 

Mais ce sont \k des faitsinh^rents k la p^riode de debut de I'applici 
de la loi ; ils disparaltront d'autant plus s(kement que nous nous attac 
k faire observer les prescriptions Mgales par toutes les coliectivites, 
moyen de sauvegarder les interets de chacune d'elles, en mdme temps 
ceux des indigents malades. 

Ainsi qu'il sera etabli en detail dans la deozi^me partie de mon 
port, le nombre des inscrits comme celui des malades soignes tant a 
micile qu'& Thdpital se sont accrus, en 1896, mais dans des proporl 
difrerentes. 

Alors que le nombre des inscrits s*est l^g^rement eieve (12853 au 
de 12736), celui des malades soignes k domicile a subi une augraenta 
veritable : de 3575, chiffre constate pour 1895, il s'est eleve 4 4151, 
une difference en plus, pour 1896, de 576. 

Celui des malades soignes k rhdpital a ete de262 au lieu de 205. 

De cet accroissement du nombre des malades, il est resuJte neces 
rement une augmentation de d^penses. 

Gette progression ne saurait causer la moindre surprise. Elle etait 
vue, dansce sens que la mise en pratique de la loi du 15juillet 1 
quelque pen incomplete en 1895, s'est generalisee, en 1896, dans pres 
toutes les communes du departement. 

A cetegard, il y avait interdt k pouvoir comparer nos depenses 
celles des departements oil le service de Tassistance medicale gratuii 
fonctionne en 1895. 

Le nombre de ceux-ci a ete de 57, mais il convient d*en retranche 
dans lesquels le service n'a fonctionne qu'en partie. 

Le tableau coniparatif annexe k mon rapport sous le n® 5 res 
toutes les depenses de ces departements pour Tassistance medicate , 
tuite. II etablit que la depense moyenne a ete, par matade, de : 

8 fr. 32 c. pour honoraires des medecins; 

6 fr. 84 c. pour frais pharmaceutiques ; 

23 fr. 09 c. pour Tensemble du service. 

Dans I'Eure, la depense moyenne, par- malade, a ete de : 

6 fr. 84 c. pour honoraires des medecins; 

7 fr. 30 c. pour frais pharmaceutiques; 
22 fr. 60 pour Tensemble du service. 

Le departement de TEure se trouve done, quant aux depenses, dans 
situation normale d'autant plus satisfaisante que son service d'assisU 
medicale gratuile fonctionne dans toutes ses parties et dans toutes les c 
munes, k quelques exceptions pr^s. 

Neanmoins, le fait de Taugmientation tr^s sensible des depenses m 
cales et pharmaceutiques, par rapport k Tannee 1895, aussi bien que c 



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y ^ wT ' ^ 



VAR1£t6S. 437 

de la constatation d'on certain nombre d'abus, vous ont amen6, monsieur 
le pr^fet, k adresser a MM. les m^decios et pharmaciens des instructions 
sp^ciales et precises, touchant les d^penses pharmaceutiques, et k faire 
appel au concours d^vou6 des m6decins et pharmaciens. 

VoQs a?ez rappel^ ainsi que la loi du 45 juillet 1893» inspir^e par un 
sentiment huraain et d'int^rSt social, rdpondait k une n^cessit^ d^mocra- 
tique incontestable, mais que la bonne application de cette loi se trouvait 
sobordonn^e k la mani^re de faire des coUaborateurs de cette oeuvre so- 
ciale. 

En effet, si ces coUaborateurs ne s*inspirent pas de Tint^rdtdes finances 
pobliqaes, comme de I'int^r^t des malades indigents, il peut arriver que 
les communes et les departements, effray^s des consequences flnanci^res 
de ladite loi, ne tardent pas k se montrer rebelles k Tapplication, exacte 
toot au moins de celle-ci. 

Ge qui revient k dire que les m^decins et pharmaciens doivent, aussi 
bien que les communes, s'efTorcer d'assurer le service le plus ^conomique- 
ment possible. 

L'avenir de la loi du 15 juillet 1893, sauvegarde des malades indigents, 
depend de Tobserration stride de ce principe. 

Les instructions adress^es aux m^decins et pharmaciens, par vos circu- 
laires des 5 et i8 roars 1897, tendent k ce but. 

Je les reproduis ici : 

Circulaire d MM. les Midecins du Service de C Assistance m^dicale gratuite. 

c Monsieur le docteur, le service de Tassistance m^dicale gratuite, qui 
foDctionne dans le d^partement depuis le mois de Janvier 1895, tend k 
charger de plus en plus les finances communales et d^partementales. 

« 11 convient de se pr^occuper, d^s maintenant, de cet ^tat de choses, 
dans Tint^r^t des finances publiques comme dans Tint^rdt m^me des 
indigents. 

« Pour produire lous ses effets^ le service de Tassistance m6dicale gra- 
toite ne doit pas comporter de d^penses superfiues. 

« Or, Texamen des ordonnances m^dicales, d61ivr6es par un certain 
nombre de m^decins, explique Texag^ration des d^penses pharma- 
ceutiques. 

« Certains m^decins prescrivent des medicaments composes d'un prix 
eieve, dans lesqueis les sirops, dont la vertu th^rapeutique est uulle, sont 
une cause de d^penses superfiues. 

« D'autres m^decins ordonnent avec une facility excessive des prepara- 
tions medicinales k base de vins de Bordeaux et de Malaga, ou autres vins 
fins et sucr^s, alors que la substance active seule devrait etre prescrite; le 
vin pouvant soit etre achete par la famille ou foumi par des personnes 
charitables, soit etre deiivre par le bureau de bienfaisance, au m6me titre 
que le pain, la viande, etc. 

« Enfin, certains produits, d'un prix relativement eiev6, ont ete ordonn^s 
par quantites reellement enormes. 

c La therapeutique du service de Tassistance m^dicale devrait, sauf des 



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438 REVUE PHILANTHR' 

cas exeeptionnels, ^tre faite aa moyen de q 
par la pratique et d'une efficacit^ incon testa 
le sulfate de quiDine, I'ip^ca, Tiodnre et 
liqueur Fowler, la pondre de charbon, i'exti 
(c Poor Tantisepsie, les solutions boriqi 
Swielen, riodofonne, en petites qnantit^s, 
soffisantes. 

<f Telles sent, monsieur le docteur, les 
I'examen des d^penses pharmaceutiques. 

« En les formnlant, je n'ai pas eu la p 
^troit dans lequel vous deviez limiter vos 
ment k appeler tout particali^rement vol 
absolue d'assurer, aussi ^conomiquement < 
si stance m^dicale gratuite, k seule fin de n( 
de la loi du 15 juillet 1893 snr Fassistance 
par les sentiments humains et d^mocratiqn 
impose aux communes et au d6partement ( 
« Je compte, monsieur le docteur, sur y 
vegarder, par une sage reserve dans vos oi 
rations m^dicinales, les int^rdts des colle 
surer aux indigents les seconrs m^dicaax ei 
u Agr^eZy monsieur le docteur, Tassur 
distingu^e. 

« Le pr6fet c 



Circulaire a MM. ks M^dedn 

« Monsieur, la commission de v^rificat 
Tassistance m^dicale a constats avec regr 
de cas, les prix de certains medicaments 
d'apr^s les quantit^s inscrites au tarif, si 
vient de ces medicaments par livre ou par 

« Je citerai, par exemple, richthyol, qu 
i^ francs pour 60 grammes, prix conform 
du calcul les 10 grammes indiqu6s comme 
2 fr. 50, mais nullement Equitable si on 
de ce medicament lorsqu'il est achete ai 
prix du kilogramme, en effet, est de 50 fri 

« Pour prevenir le retour de ces exag 
informer, conformement k I'avis de la c 
MM. les pharmaciens ne devront plus, k 1 
dn service de Tassistance m^dicale gratuit 
saperieures k celles indiqu^es au tarif. 

« Lorsque, dans les cas exceptionnels 
d«cins croiront devoir s'^carter de cette r^ 
de medicaments superieures k celles port^ 
fcromir briftvement Texplication dans leu 



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VARltTfeS. 489 

le savez, doivent 6tre formal^es sur Tordonnance d^tach^e da billet de 
mite special aa serYice de ['assistance m^dicale gratuite. 

K Agr^ez, Monsieur, rassnrance de ma consideration distingu^e, 

« Le pr^fet de i'Eure, 

« Sign6 : Beverini-Yico. » 

Je ne doute pas qoe MM. les m^decins et pharmaciens qui» pour la pin- 
part, sont natarellement disposes k seconder Tadministration, repondront 
k Totre appel. 

A ce sujet, je ferai remarquer que, dans le cours de chaque trimestrey 
les m^decins et pharmaciens envoient k radministration des paquets de 
pieces et m^moires se rapportant k Fassistance m^dicale gratuite, et dont 
un certain nombre leur sont renvoy^s pour rectification. lis se plaignent 
de la formality et des frais de rafifranchissement. 

II serai t juste, je crois, de leur accorder la franchise postale pour leur 
correspondance avec le pr6fet, et r6ciproquement, pour tout ce qui touche 
I'assistance m^dicale gratuite. 

D'autre part, quelques h6pitaux paraissent vouloir s'affranchir, dans 
certains cas, de d^penses leur incombant de droit. 

Tantdt, ils refusent de recevoir an indigent tomb^ malade sur le terri* 
toire de la commune dont depend i'hdpital, et, alors, ils oublient que la 
loi du 15 juillet i893 sur Tassistance m^dicale gratuite n'a modifi^ en 
rien les dispositions de la loi du 7 aoilt 1851 sur les hdpitaux et hospices. 
Aux termes de Tarticle l^'' de cette loi, 11 ne peut dtre exig^ aucune condi- 
tion de domicile pour Tadmission k llidpital de tout individu priv6 de 
ressources qui tombe malade dans la commune oh est situ6 cet hdpital. 

Taotdt, lorsqu'il s'agit d'op^rations chirurgicales, ils demandent que 
les malades soient admis dans un autre hdpital. Quand le fait provient 
d'un scrupule, toujours trfes louable, du m^decin de I'hdpital, c'est assu- 
r^ment fort juste. 

Mais la demande, si elle est bas^e sur ce fait que T^tablissement ne 
dispose pas d*appareils ou d*instruments spdciaux, n'est pas equitable : 
d'une part, elle 6tablit que T^tablissement hospitalier ne poss^de pas un 
bon senrice de chirurgie; d'autre part, elle entraine, pour la commune du 
domicile de secours du malade, une d^pense suppl^mentaire correspon- 
dant a r^l^vation du prix de joum^e de Fhdpital ayant accepts le malade. 

Jusqu'ici, il n'y a pas eu abus sur ce point; mais j'ai cru utile de mar- 
quer la tendance, sans doute irr6 Archie, de deux ou trois hdpitaux. 

Le nombre des communes ayant invoqu^ les dispositions de Tarticle 35 
de la loi du 15 juillet 1893 s'est accru, en 1896, de deux. 

Ces demandes portent k sept le nombre des communes ainsi en in- 
stance aupr^s de I'administration sup^rieure en vue d'etre autoris^es k 
a?oir une organisation sp^ciale. 

EUes ont, toutes, et6 transmises, avec avis favorable, k M. le ministre 
de llnt^rieur, dont les decisions ne me sont pas encore parvenues. 

Mais la plupart de ces communes ne paraissent pas appel6es k recevoir 
satisfaction. 



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440 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

Les demandes de cette nature sont examinees par le Gonseil sup^rieur 
de TAssistance pablique. Or, ce Gonseil semble s*dtre ralli^ a cette opinion : 

1*^ Que i'article 35 est consid^r^ comme devant permettre k certaines 
grandes villes de conserver Tancienne organisation, trds satisfaisante 
parce qu'elles sont bien outiii6es; 

2<> Que les dispositions de Tarticle 35 ne doivent pas 6tre appliqu^es 
aux communes qui ne sont pas pourvues d'une organisation d'assistance 
complete et puissante (bureau de bienfaisance, hdpital, hospice, etc.)- 

Les commissions cantonales ont eu h se prononcer sur 46 reclamations 
en inscription sur les listes d'assistance : elles ont donn^ une suite favo- 
rable k 10 de ces reclamations. 

La commission de veriQcation institute par le r^glement a examine 
avec soin toutes les affaires qui lui ont.^te soumises: elle a op^r^ des re- 
ductions sur 326 memoires de m^decins, pharmaciens et sages-femmes. 

Son mandat expirera k la fin de Tannle. 11 y aura done lieu de la re- 
constituer pour le !•' Janvier 1898, point de depart d'une nouvelle p^riode 
de 3 ann^es. 

Je rappelle ici que cette commission est compos^e de 4 medecins et de 
2 pharmaciens, eius par leurs confreres du d^partement. 

Nous aurons k renouveler aossi, pour une periode de 3 ann^es, k courir 
du !«>* Janvier 1898, les tarifs de medicaments, d'appareils et d'operations 
chirurgicales. 

Somme toute, je le repute, le service de Tassistance medicale gratuite, 
dans TEure, a fonctionne reguli^rement, en 1896, dans toutes ses parties. 



Le deuxi^me Diner des Mutualistes. 

DISCOURS DE M. AUDIFFRED 

Le deuxi^me Diner des Mutualistes a eu lieu le 17 decembre au Grand 
Vefour sous la presidence de M. Lebon, ministre des Colonies. Le Presi- 
dent de la Republique s'etait fait representor par le commandant Serpette. 
Le banquet comprenait environ deux cents convives parmi lesqaels 
MM. Paul Deschanel, Deloncle, Papelier, Treiat, Ghaudey, Marmottan, Bory, 
Guillain, Ouvre, Escudier, Plassard, Van Brock, etc. Les deiegues des asso- 
ciations departementales des Mutualistes etaient : MM. Dumond, Dethieux, 
Bouchet, de Lyon; Roche, de Lille; Demelin,deSenlis; Gillet et Gagneux,de 
Tours, etc. 

Au dessert, M. Audi fired a prononce le di scours suivant : 

« Quel but poursuivons-nous ? Nous voulons contribuer au developpe- 
ment des institutions de prevoyance, el determiner tous les Francais k se 
garantir contre les consequences de ces deux grandes causes de misere, 
la maladie et la vieillesse. 

«Dans notre societesi agitee,sollicitee par Tetude de tant de probl^mes, 
nous ne devons certes rester etrangers k aucune des recherches instituees 
pour rendre I'homme plus instruit, plus capable de decouvrir les secrets de 



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VARlfeTfeS. 441 

la nature et de mattriser ses forces, pour lai assurer une plus haute culture 
morale et loi garantirune existence mat^rielle meilieure. Mais, comme il 
est necessaire de divisor et de sprier les questions, Tobjectif de la Mutua- 
lity nous paratt 6tre, k Theure pr^sente, de s'appliquer sp^cialement h cetle 
tdche restreinte et d'une port^e si considerable que nous venous d'indi- 
quer. 

c Nous trouverons sur notre route des obstacles nombreux, des j)r^jugds, 
des erreurs a dissiper, et notanament cette croyance a la toute-puissance 
de I'Etat, trop r^pandue et qui deviendrait mortelle pour notre pays si elle 
parvenait k s'accr6diter. 

« G'est Tindividu qui doit ^tre Partisan de son sort, c'est lui qui doit 
faire acte de pr^voyance en vue des ^ventualit^s fdcheuses, pr^lever r6gu- 
li^rement sur ses gains quotidiens les quelques centimes n^cessaires k 
Tassurance contre la maladie etla vieillesse.Et c'est ^d^velopper ce senti- 
ment de la pr^voyance que doivent tendre toutes les preoccupations d'une 
nation fi^re et g^n^reuse comme la n6tre. 

u La loi sur les Soci^t^s de secours mutuels en preparation depuis quinze 
ans et qui sera promulgu^e avant la fin de la legislature actuelle, notre 
caisse existante des retraites, la loi en preparation sur les retraites qui ap- 
portera, dans des conditions determinees, des subventions et des encoura- 
gements aux citoyens, faciliteront I'exercice de la prevoyance. 

« Gertes, la prevoyance n'est pas une vertu facile ; elle est le resultat d'un 
effort coiitinu, d'une privation volontairement et peniblement consentie, 
mais comme elle eieve et trempe les caracteres, comme elle fortifie et 
reod puissante la volonte ! 

« Toute une ecole la combat et la denigre, essayant de persuader k des 
esprits trop accessibles k de pareils conseils que Tepargne est impos- 
sible, voire mdme condamnable ; qu'il faut, sans souci du lendemain, tout 
consommer au jour le jour, et redamer imperieusement k Tfitat Tassis- 
tance dans les moments difficiles, sous cette faliacieuse raison que la pro- 
sperite de TEtat serait faite uniquement du travail des salaries. 

c Ce n'est pas au moment ou, de toutes parts, les nations etrangeres 
s'outillent pour produire ce qui leur est necessaire et lutter avec nous sur 
tons les marches du monde, od entrent egalement en lice les peuples 
d'Extreme-Orient, qui n'onl pas nos besoins et se contentent de salaires in- 
fimes, qu'il faut laisser passer sans les combattre ces theories dissol- 
vantes. 

« Un de nos convives nous apprenait recemment qu'atia; Etats-Unis,pour 
la $eule assurance en cos de (kcds,8478100 adherents avaient d^jd realist des 
assurances en capitaux d^passant 35 milliards 975 millions de francs, 

« Comme nous sommes loin de ce merveilleuxresultatobtenu par le seul 
effort de Tinitiative individuelle, sans la moindre intervention de TEtat I 

« Que pour les faibles, les inflrmes, les vaincus de la vie, nous ayons un 
budget d'assistance, suffisamment dote, rien n'est plus legitime. 

« La Republique n*a pas manque ^ cette partie de sa tAche,et tout recem- 
ment encore elle organisait Tassistance medicale gratuite, qu'elle dotait de 
credits annuels depassant 12 millions. Mais en dehors de cette minorite 
d'assistes, qui doit aller sans cesse diminuant, sous Tinfluence du progr^s 



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442 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

g^n^ral de la richesse, c'est par la pr^voyance, c'est par Tefforl persons 
que nous devons r^aliser Tassarance contre la maladie et la eonsiitatio 
de la pension de retraite pour la vieillesse. 

«Nous y parviendrons, si nous voulons bien r^solument nous livrer k ( 
travail de propagande, dans le but de faire cr^er partout des Soci^t^s d 
secours mutuels et de retraites, ou des Soci^t^s de retraites pures k c6l 
de Soci^t^s de secours pour la maladie, et si nous nous appliquons k fail 
connaitre les conditions, aujourd'hui bien d^termin^es, que doivent ren 
plir toutes nos associations, pour donner k to us leurs membres les m^m( 
avantages pour les mSmes cotisations et pour garantir la s^curit6 d< 
dpargnes. 

« Les esprits sont partout pr6par6s k cet enseignement.Nous serons su 
pris des rSsultats que nous obtiendrons, si nous savons poursuivre ave 
m^tbode, avec perseverance et tenacity, cette entreprise patriotique. 

« Monsieur le ministre des Colonies, je vous ai remercie d'avoir bie 
voulu repr6senter ici le gouvemement : permettez-moi de vous dire qt 
vous devez Hre pour nous un coUaborateur n^cessaire. 

« La pratique de la prSvoyance devient plus facile dans un pays 4 mesui 
que ses ressources augmentent. Avant d'^pargner, il fant pourvoiraux di 
penses n^cessaires et nos exigences, au point de vue intellectuel et mat< 
riel, vont beureusement grandissant. Pour faire face ^ toutes ces necessity 
nous sommes condamn6s k produire plus economiquement et davantag 
La science, avec ses merveilleux progr^s, en nous permettant d'utiliser h 
forces naturelles, a decuple nos moyens d'action. Nos colonies noi 
ofTrent un champ immense a defricher. Laissez-moi vous dire que les am 
de la pr^voyance saivent avec int^rdt vos travaux, et atteudent de tous U 
hommes de progr^s qui vous secondent une partie des ressources qui lei 
permettront de r^aliser le but qu'ils poursuivent sans cesse, d'assurer at 
malades toutes les ressources qui leur sont n^cessaires, aux vieillards 1< 
moyens de vivre dignement. 

« Lorsque votre collogue, M. Barthou, a pr6sid6 notre premier banque 
je lui ai demand^ de nous faire autoriser, par M. le ministre de rinstru< 
tion publique, k cre^r des Soci^t^s de secours mutuels enlre les ei 
fants de nos etablissements secoudaires et de nos ^coles primaires, afm c 
d^velopper entre ces enfants d'origine et de fortunes diverses des Hei 
d'affeclueuse solidarity. Ce voeu a et6 bien accueilli. 

« Permettez-moi, en terminant, de vous adresser une requite d'un aulj 
ordre. 

« La maladie nous coilte en France, aimuellement, plus d'un milliarc 
elle nous enl^ve 825000 personnes. Les maladies infectieuses et cont 
gieuses que la science, depuis Pasteur, declare si^irement ^vitables, cai 
sent 220000 d^ces, plus que la guerre de Fannie terrible. Dans la r^ceni 
expedition de Madagascar, ot nous avons eu 49 soldats qui sont mortsp] 
le fait de blessures, nous avons enregistr^ SOOOd^c^s du fait de maladie 
infectieuses et contagieuses. 

« Aprfes le vote de la loi sur les Societes de secours mutuels, la Gommi 
sion du Pari Mutuel a bien voulu, conform^ment k une decision de I 
Ghambre que j'avais provoqu^e, accorder une subvention de 125000 fran 



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VARliTfeS. 443 

qui sera renonvel^e, je I'esp^e, pour faciliter^ nos savants les rechercbcs 
poor la d^coiiTerte de nouvelles in^thodes de traitement de ces maladies. 
Llnstitut Pasteur et 20 laboratoires de Paris et de province ont 6t6 dot^s 
deressources indispensables. Je vons prie, monsieur le ministre,d'examiner 
s'ilvous serait possible d'instituer danenos principales colonies, comme le 
S^n^gal et Madagascar, des recherches de ce genre, en assurant, k nos sa- 
vants de la ni^tropole les moyens d'y poursuivre k certains moments 
leurs ^tndes si f^condes. 

«< Un des grands obstacles k la raise en valeur de nos colonies, qui doit 
nous aider k alimenter nos budgets de pr^voyance, c*est la maladie. Vous 
poQvez contribuer a le faire disparaltre ; la t^che est de celles qui peu- 
vent tenter votre esprit g^n^reux et §lev^. 

« Je me resume. Si nous qulttons cette reunion avec la resolution bien ar- 
TH4e de r^pandre ces id^es de prtvoyance qui nous ont group6s ce soir, si 
radministration des colonies nous aidait k r^duire ce tribut de la maladie, 
qui gr^ve si lourdement le budget des Soci^t^s de secours mutuels, notre 
soiree n'aurait pas 6t6 perdue. » 

Apr^s Thonorable d^put^ de la Loire, des toasts ont 6t6 port^s par 
M. Martin Ginouvier, fondateur da diner; par M. Bonjean, president de 
I'Association des voyageurs; par M. Arboux, secretaire g^n^ral de la Ligne 
de la Mntualite. 

EnQn I'auditoire a fait k I'allocution de M. le ministre des Colonies le 
phis chaleureux accueil. 

Cette reunion cordiale a laiss^ sous la meilleure impression tons ceox 
qui y participaient. 



Traitement de la Tuberculose & domicile. 

RAPPORT DE M. LE DOCTEUft THOINOT 

Comme suite aux documents d6ji publics (1) sur les Iravaux de la grande 
Commission de la tuberculose, nous reproduisons aujourd'hui le rapport 
de M. le D' Thoinot sur les tuberculeux indigents soign^s k domicile. 

Messieurs, 

En commengant ses travaux votre sous-commission a tenu k se pronon- 
cer sur une question de principe et I'a fait k I'unanimit^: le tuberculeux 
soign^ k son domicile ne pent 6tre plac^ dans de bonnes conditions de 
gn^rison. II y est en outre la source de contagions constantes dans son 
entourage. Seule I'bospitalisation dans des milieux pr6par^s pent foumir 
les conditions de non-contagion et de gu^rison . 

Les dangers dont le tuberculeux soign6 k domicile peut 6tre la source, 
la stalistique suivante les d^montre nettement. 

L'Administration, sur I'invitation de la sous-commission, a recbercb^ 

(1) N* 3 de la Betme Philanthropique, p. 438 et 439, et n" 4, p. 593 et suiv. 



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444 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

combien de tuberculeux ^taient soign^s actuellement k domicile, et com- 
bien de ces tuberculeux vivaient c^libataires, combien en famille. 

Elle a relev^ 348 tuberculeux k domicile, chiffre assurement au-dessous 
de la r6alit^, mais ce qui s'applique k ces 348 malades serai t vrai pour un 
nombre dix ou vingt fois plus grand. 

Or sur ces 348 tuberculeux, 36 vivent isol^, 312 vivent en famille, et 
I'enqu^le nous montre 852 personnes eutourant ces 3i2 tuberculeux; en 
d'autres termes, 852 personnes sont expos^es k la contagion tuberculeuse 
par le traitement k domicile, si nous ne venous pas efficacement k leur 
aide. 

L'assislance m^dicale du tuberculeux k domicile est done unmal social, 
mais c'est un mal longtemps encore inevitable. 

Comment en att^nuer les dangers dans la mesure du possible ? 

Votre sous-commission vous propose les trois moyens suivants : 

\^ Le tuberculeux, traits k domicile, recevra par les soins de TAdmiDi- 
stration un cf*achoir, l\ y aura ^videmmentlieu de munir cbaque malade de 
deux crachoirs du module de celui que vptre sous-commission a choisi 
pour les salles des hdpitaux ; 

2*» L'Administration vulgarisera danstoute la mesure les notions fonda- 
mentales et ^l^menlaires comprenant la propbylaxie de la tuberbulose. 

Ces notions ont^t^ condensdes enune plaquette r^dig^e par votre sous- 
commission. 

Cette plaquette sera remise k tout malade soign^ k domicile par TAssis- 
tance, qu'il s'agisse ou nond'un tuberculeux, et la Commission comprendra 
le sentiment qui nous a fait rejeter la dislribution aux seuls tuberculeux. 

Mais la sous-commission estime qu'une diffusion plus large encore s'im- 
pose et qu'il y a tout avantage k faire p^n^trer ces notions dans la popula- 
tion, r^ducation faite par elle ^vitera sans doute plus d'une contagion 
tuberculeuse. Elle desire pour ces instructions la publicity la plus large et 
par tons les moyens possibles. 

Voici r^nonc^ de notre plaquette. 

ADMINISTRATION O^NERALE DE L'aSSISTANCB PUBLIQUE A PARIS 

INSTRUCTIONS CONTRE LA TUBERCULOSE 

1« La tuberculose est la maladie la plus r^pandue. 
2» La tuberculose est ^vitable. La tuberculose est ga^rissable. 
3<* Si la tuberculose est si commune, c*est qu'elle est propag6e par 
les crachuts du malade. 

On 6vite la tuberculose en faisant la guerre aux crachats. 

Le malade doit, h domicile, ne cracher que dans un crachoir toujours pourvu 
d'une certaine quantity de liquide : au dehors, ^ d^faut de crachoir, ne cracher 
que dans un mouchoir. 

Tout crachat tomb6 sur le sol (parquet, tapis, paillasson, trottoir, voitures, 
wagons, etc.) r6pand la tuberculose. 

Autant de crachats d^trults, autant de tuberculoses 6vit6e8. 

4" Le crachoir devra 6tre nettoy6 chaque jour en le mettant dans de I'eau 
froide que Ton fera bouiliir pendant cinq minutes. 

Tout linge sur lequel on aura crach^ (mouchoir, serviette, etc.), devra, comme 



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VARlfeTfiS. 445 

le crachoir, Stre plong6 et maintenu cinq minutes dans I'eau bouillante ou soi- 
gneusement mis h part pour 6tre Iivr6 aux services public de disinfection. 

{Instruction ridig4e par la Commission institute d, V Assistance publique de 
Paris, pour la prophylaxie de la tuberculose.) 

3« Le troisi^me moyen prophylactique vis6 par votre sous-commission 
consiste k 6tendre dans la plus large mesure possible la disinfection, disin- 
fection au cours de la maladie, disinfection apr^s terminaison de la 
maladie. 

Mais les moyens proposes resteraient inefOcaces s'ils n'^taient consi- 
gn^s que dans une plaquette populaire et dans les circulaires administra- 
tives. La Commission ne saurait oublier que, pour la prophylaxie de la tu- 
berculose k domicile, elle a des auxiliaires tout d^sign^s dans les m^decins 
du traitement k domicile. 

A euxrevientla tdche d'6clairer directement le tuberculeux et sa famille 
surla necessity et la facility des moyens de lutte centre la contagion; k 
eux de veiller k Temploi rigoureux du crachoir; k eux d'appeler le service 
de disinfection toutes les fois que la n^cessit^ en apparatl. 

Votre sous-commission fait appel k ces m^decins par la lettre circu- 
laire suivante qu'elle soumet k votre approbation et que i'Administration, 
forte de votre opinioh, pourra alors faire tenir, en son nom, k chacun de 
ses m^decins du traitement k domicile. 

Messieurs, 

L'assistance k domicile est une oeuvre humanitaire qui s'impose : mais au 
point de vue de I'hygifene familiale et publique, elle n'est exemple, vous le savez, 
ni de difficult6s, ni d'inconv^nients. 

Le tuberculeux, difficilement curable k domicile, devient un danger pour son 
entourage. Soigner les tuberculeux k domicile, c'est augmenter incontestable- 
ment les points de contact et les surfaces de tuberculose. 

Le traitement du tuberculeux & domicile doit, vous le comprenez, comporter 
autant de prophylaxie que de th6rapeutique. 

Le m6decin doit se pr6occuper autant de Tentourage du tuberculeux que du 
tuberculeux lui-mdme, pour r^duire au minimum la contagion. 

U lui appartient de se faire I'^ducateur du malade et de son entourage, pour 
que chacun soit k m^me de se d6fendre centre la tuberculose, en ayant appris h. 
connaitre son mode de contagion. 

Cest le crachat, vous le savez, que doit viser le m^decin ; c'est en vue de 
cette guerre k faire aux crachats qu'a 6t6 libellde VInstruction conb'e la tubercu- 
lose, r^dig^e en plaquette, qui, par les soins du bureau de Bienfaisance, devra 
p^n^trer chez tout malade traits comme tuberculeux. 

Vous aurez k d6velopper, smvant Toccasion et les milieux, les instructions de 
cette plaquette, et k veiller k leur application. Cest dans cet ordre d'id6es que 
vous aurez, en particulier, k appeler le service de la disinfection toutes les fois 
que vous en verrez la n6cessit6, tant pour le linge que pour le logement, soit 
pendant la vie du malade, soit aprds le d^c^s. 

II y a tout int6r6t — int^-^* du malade, int6r6t familial, int6r6t public — ^ ce 
que ce^ instructions soient lormellement remplies. Elles le seront d'autant mieux 
que votre experience et votre tact auront su faire comprendre leur importance ; 
que vous aurez trouv6 Toccasion de dire que la tuberculose est curable, qu'elle 
est 6vitable, et que nous n'en sommes plus ^ I'^poque ou Von voyait dans un 
tuberculeux un phtisique incurable. 



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446 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

L'assistance des tuberculeux k domicile ne sera plus seulemeat une OBuvre 
humanitaire, vous n'aurez pas seulement assists, soulag6 et gu^ri les tubercu- 
leux, vous aurez 6t6 la sauvegarde de la famille, ei vous aurez puissamment 
servi la grande cause de la prophylaxie de la tuberculose. 

Tel est, Messieurs, rensemble des mesures propbylactiques, arr^t^ par 
Yotre sous-commission pour pallier, autant que faire se pent, aux dangers 
inh^rents k Tassistance dn tuberculeux k domicile; elle les soumet k YOtre 
approbation. 

Un dernier point a pr^occup^ enfin Yotre sons-commission, c'est celle de 
Tassainissement des Bureaus de bienfaisance. 

II n'est pas utile d'insister pour d^montrer la n^cessit^ de cet assainisse- 
ment: chacun sait en efTet que les locaux de consultation constituent de 
dangereux entrepdts de germes de contagion aussi varies que nombreux. 

Yotre sous-commission estime qu'ily a lieu: 

i* De munir chacun de ces locaux d'uu ou plusieurs crachoirs, du type 
adopts par votre sous-commission pour les crachoirs communs des escaliers, 
coiirs, corridors des hdpitaux. 

L'AdministrationL fera placarder un avis portant defense de cracber ail- 
leurs que dans le crachoir etinstituera une sanction centre les d^linquaiits; 

2<' Lavage antiseptique quotidien du local par le personnel attacb^ k ce 
local, le balayage k sec et le cirage^tant^naturellementproscrits; et disin- 
fection m^thodique, k intervalles r^^uliers par les soins du service muni- 
cipal de disinfection. 

II y aura lieu, enfln, d'afflcher dans le local, en un format special, faci- 
lement visible et lisible par tons, les instructions centre la tuberculose 
dont nous avons donn^ lecture tout k Fheure. 



La Situation des Inflrmiers et Inflrmiires des H6pitaiix 

de Paris. 

UN DISCOURS DE M. H. D^ROUIN 

A la distribution des prix de Tficole mnnicipale d'infinniers et 
d*infirmidres de Bic^tre, M. H. D^ronin, secretaire g6ndral de TAssis- 
tance publique, a fait cet expos6 de la condition morale et matdrielle 
des infirmiers et inflrmi^res : 

Depuis vingt ann^es les Ecoles d'inflrmiers de Paris accomplisseni leor 
oeuvre. Elles sont tellement li^es aujonrd'hui k notre organisation hospiU- 
li^re qu'on ne pourrait plus concevoir la possibility de recruter, sans ce 
foyer d'enseignement, un personnel en 6tat de r6pondre aux besoins des 
malades et du corps medical. Gr^ce k elles, la valeur du personnel secon- 
daire des ^tablissements hospitallers de Paris est devenue incontest6e ; 
aussi est-ce k notre porte que les hdpitaux de province viennent frapper 



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VARlfeTtS. 447 

quand ils out besoin de coticours experiments ; bien plus, et nous en 
arions Texemple il y a quelques mois, il arrive mdme, en cas de guerre, 
que les ambulances ^trang^res font appel k nos inOrmiers, parce qu'elles 
saTent trouver en eux, avec le courage, Tintelligence et Taptilude. 

En effet,alors que lachirurgie modeme montre tant d'exigences; alors 
que Tapplication de la m^thode anliseptique n^cessite, chez ceux qui sont 
appel^s k soigner les blesses, des precautions minutieuses, que ne prennent 
pas ceux ou celles qui n'eu connaissent pas Timportance, le dipldrae des 
Ecoles crepes par le h^^ Boumeviile est une garantie pr^cieuse et la plus 
certaine de toutes. 

Et pourtant quelles luttes ont dt ^tre engag^es lors de la creation des 
Ecoles? Quelle persistance de volonte a dill d^ployer M. le D' Boumeviile, 
quand, malgr^ tant d'obstacles, il a voulu importer en France ces Ecoles 
professionnelles inconnues k Paris, et qui cependant existaient d^j^ depuis 
longtemps aux Elats-Unis, en AUemagne et en Angieterre I 

Gette ^re de luttes est aajoard'hm close. 

En m^me temps qu'on constataitles heureux et indispensables r^sultats 
des Ecoles professionnelles, on jugeait aussi, et il y avait Rune correlation 
n^cessaire, qu'ii fallait rendre enfin justice, en les retribuant mieux, k 
ceux et celles auxquels ces l^coles sont destinies. 

Bien que les traitements actuels soient encore minimes, quelle diffe- 
rence enorme entre leur montant en 1853 et en 1897! 

En 1853, a la suite d'une augmentation d*appointements qui fut alors 
tres appreciee, les sous-employes de premiere classe, c'est-ii-dire les sur- 
veillants et les survei Halites forent appointes de 360 francs par an; les 
sous-surveillants et sous-surveillautes, qu'on appelait alors sous-employes 
de deoxieme classe, recurent 250 francs. 

Pour les infirmiers, garcons et filles de service, on considera alors que 
les femmes n'avaient pas des droits egaux k ceux de Thomme. On n'accorda 
que 180 francs par an aux infirmiers, 150 francs aux garcons attaches aux 
services generaux; les inflrmieres ne recurent que 450 francs et les filles 
de service que 120 francs. 

II est vrai que, par un syst^me aujonrd'hui abandonne, il existait alors 
des augmentations periodiques. Au bout de dix ans, les infirmieres et gens 
de serviee des deux sexes pouvaient etre augmentes de 48 francs et au bout 
de quinze ans de 60 francs. 

L'annee 1861 fut une annee genereuse. 

Les sous-employes de premiere classe recurent comme traitement annuel 
on minimum de 360 francs, avec droit k une augmentation de 24 francs p£ir 
an jusqu'aun traitement maximum de 500 francs. 

Les sous-employes de deuxieme classe obtinrent un traitement annuel 
minimum de 320 francs avec une augmentation annuelle de 12 francs jus- 
qu'au traitement maximum de 380 francs. 

Les serviteurs de premiere classe ou suppteants recurent 252 francs 
avec une augmentation annuelle de \2 francs jusqu'au maximum de 
300 francs. - - 

Les infirmiers et gens de service obtinrent 180 francs par an, avec une 
augmentation annuelle de 18 francs jusqu^i un maximum de 252 francs. 



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448 



REVUE PHILANTHROPIQUE. 



L'Sgdit^ des sexes se trouYait ainsi proclam6e dans les services hospi 
taliers, k une 6poque oil on ne s'occupait guhre encore de ce qu'on appell 
aujourd'hui le f^minisme. 

En 1875, nouvelle r^forme : les infirmiers et gens de service, en verti 
d'un arrdte de 1' Ad ministration, recurent le droit d'atteindre leur maxi 
mum de traitement au bout de deux ans an lieu de quatre. 

De U, il faut passer k 1878 et 1879 pour trouver la trace de nouvelle 
ameliorations. 

Les budgets de 1878 et 1879 constatent qu*en ces deux annees, le Gonsej 
municipal de Paris a accord^ pour Tam^lioration des traitements du pei 
sonnel secondaire un credit total de 184000 francs, sur le rapport d 
D' BourneviUe, alors membre de ce Gonseil. 

En consequence, le directeur de TAssistance publique r^glait comm 
il suit, par arrets du 5 mai 1880, les traitements du personnel secondair 
pour les deux sexes : 



Sous-employ6s de !'• classe. 
Sous-employ6s de 2« classe. 
Serviteurs de 1" classe. . . 



Serviteurs de 2* classe. 



!'• section 600 francs 

2* section 540 — 

1" section 480 — 

2* section 420 — 

!'• section 360 — 

2* section 330 — 

!'• section .300 — 

2« section 270 — 

3- section 240 — 



Dans un rapport sur le budget de I'Assistance publique de 1882, M. 1 
D' BourneviUe, conseiller municipal, s'exprimait ainsi: 

« Au nombre des augmentations de credit r^clam^es par I'Administrs 
lion, vous avez remarqu^ une somme de 114000 francs destin^e ^ Tei^vc 
tion des traitements des sous-employes et serviteurs; M. le Directeur, a 
Gonseil de surveillance, parlant de cette nouvelle augmentation, ajout 
que le Gonseil municipal ne refusera pas de la voter et qu'il en a la coi 
viction. M. le Directeur aurait pu aller plus loin et declarer que celte au^ 
mentation, il Tinscrivait &la demande du Gonseil municipal. En effet, c'es 
sur* vos instances reiterees et vos vceux repetes que le personnel secondair 
doit Tameiioration de son traitement. » 

Et k la suite du vote du nouveau credit de 114000 francs, un arrete di 
7 avril 1884 du Directeur de TAssistance publique fixa les traitement 
com me il suit: 



Sous-employes. 



Serviteurs. 



1" classe. . . 

2* classe. . . 

1" classe* . . 

2« classe. . . 



1" section 800 francs 

2* section. 700 — 

I'* section 600 — 

2* section 500 — 

i** section 400 — 

2* section 300 — 

1" section 330 — 

2« section 300 — 



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VARlfeTfeS. 449 

suppliants et suppl6antes (anciens serviteurs 
;ection) ^tait porlS de 400 k 425 francs, celui 
rmi^res de 360 k 400 francs, celui des infir- 
ire classe de 330 k 380 francs, celui des infir- 
me classe de 300 k 350 francs, 
resultant de cette r^forme entratnait un cr^- 
vot6 par le Conseil municipal et k pr61ever 
Taugmentation des salaires de tous les tra- 

1 nom de lacinqui^me Gomraission, pr^sid^e 
nseiller municipal Navarre d^posait un rap- 
ent vetoes, tendanl k Tallocation d'un credit 
slevementdu traitement du personnel secon- 

on qui a H6 faite de ce credit, 
lents de chacuue des cat6gories du personnel 
doubles et le personnel peut attendre avec 
il et les no uvelles augmentations de traite- 
s ult^rieurement et aussi le rel^vement des 
se plus n^cessairement encore, k mon avis, 
lepuis 1877. 

int, en disanl qu'on ne s'est pas occupy de 
gt ans. Par une bienveillante decision du 
e D' Bourneville n'est pas Stranger, le Direc- 
, d'accord avec le Conseil de surveillance et 
aadmis les chefs d'atelier de Bic6tre ^b^n^- 
n argent dans les mSmes conditions que les 
re. 



n. 29 



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CHRONIQUE ETRAINGERE 



Allemagne. 

UN NOUVEL HOPITAL A BERLIN 

La fondation d'un h6pital grandiose a 6i6 r^solue k Berlin. Les frais son 
pr^vus k 13100 000 Mk. Eutre aatres, Thdpital contiendra an bdtimen 
pour la graduation du sel, revenant au prix de 1 demi-million. Cette gra 
duation, ex^cul^e d'apr&s les principes reconnus excellents k Reichenhall 
ofTriraaux personnes soufTrantdes organes respiratoires tous lesavantage 
ohtenus dans les localit^s de cures salines. 

L'espace destine k cet ]i6pital est si vaste qu'on pourrait y placer cii 
quanle-six fois tout THOtel de Ville de Berlin! 

On se propose de cr^er un ^tablissement modMe, r^unissant tous le 
avantages hygi^niques. La salle mortuaire, dont la facade contient 19 fe 
netres, disposera des plus completes ressources pour T^tude de raaatomi 
et sera destinee aux recherches scientifiques. 

A. S. 

LES ACCIDENTS DE FABRIQUE 

Les accidents occasionn^s par I'industrie allemande en 1895 furent a 
nombre de 300000, dont 6000 mortels. Les ouvriers constructeurs partici 
pent a ce chifTre pour 34000 accidents et 800 morts.Un grand nombre d 
ces sinistres ont 616 6vit6s au moyen d'une inspection am^lior^e, Tinspec 
tion actuelle^tant absolument insufflsante, en plusieurs provinces presqu 
d^risoire. Les sommes vot^es sont minimes ; Wurtemberg d^pense dans c 
but 7 000, la Baviere 8000, la Saxe 15 000 Mk par ann^e. 

A. S. 



Angleterre. 

MAISONS DE CONVALESCENCE 

I'n service hospitalier, si bien lenu et amenagd qu'on le suppose, n'ei 
tout k fait complet que si on a prevu des salles ou des asiles sp6ciau: 
pour les convalescents. 



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CHRONIQUE tTRANGfeRE. 451 

La convalescence est qaelquefois plus longae que la maladie; elle pent 
etre abr^g^e si le convalescent est ^loign6 du milieu nosocomial, s'il est 
dans un air pur et s'il pent b6n^Qcier d'un regime particuli6rementr6con- 
fortant. L'int6r6t du malade n'est pas doateux ici ;ajoutonsque i'int^rdt de 
r^tablissement est ^galement enjeu. En effet on ne pent songer k immo- 
biliser des lits trop longtemps dans un hdpital qui, suivaot une ancienne 
definition francaise trop oubli6e est et doit dtre une machine a soigner des 
malades. hhs que la maladie a cess4, d^s que des soins m^dicaux ne sont 
plus indispensables, c'est k Fasile de convalescence que Thospitalisd doit 
hire envoye. Nous avons en France deux 6tablissements modules pour les 
convalescents des h6pitaux de Paris : I'asile national de Vincennes pour 
les hommes, I'asile national du V^sinet pour les femmes. La ville de Paris 
a cr^e des maisons de convalescence pour les accouch^es. Quelques hdpi- 
taux de province (Lyon, Rouen) out des maisons sp^ciales pour leurs con- 
valescents. 

Les asiles de Vincennes et du V^sinel, ceux des hdpitaux de Lyon sont 
en pleine campagne, dans les domaines ^tendus et bois^s; ils rendent des 
services si importants que, d^s qu'on les connait, on s'^tonne de ne pas 
voir toutes nos grandes villes pourvues de maisons de convalescence ana- 
logues. 

En Angleterre, cette question des convalescents est depuis longtemps 
r^solue etle nombre des ^tablissements qui lesadmettent est considerable ; 
mais c*est surtout depuis une dizaine d'ann^es que ce nombre s'est aug- 
ments et qu'il tend k crottre encore. Beaucoup des grands hdpitaux de 
Loadres ont des asiles de convalescents ou bien out pass^ un traits avec 
des etablissements priv^s pour envoyer leurs malades se refaire au grand 
air des champs ou mSme au bord de la mer. 

Certains de ces etablissements sont r6serv6s aux convalescents de ma- 
ladies contagieuses, les uns sont reserves aux hommes et les autres aux 
femmes, qnelques-uns ne resolvent que des enfants, d'autres des femmes 
et des enfants, d'autres enfln sont ouverts k la fois aux hommes, aux 
femmes et aux enfants. 

Le nombre total de ces etablissements est de 326, dont 146 k la cam- 
pagne et 180 au bord de la mer. 

Les maisons r^serv^es pour les convalescents d'affections contagieuses 
sont au nombre de 3, toutes situ6es k la campagne. — Celles qui re9oivent 
^ la fois des hommes, des femmes et des enfants s'^l^vent au nombre de 
136. — II y en a 94 qui regoivent des femmes et des enfants. — 28 ne re- 
Qoiventque des femmes. — 63 ne sont ouvertes qu'aux enfants. 

Les prix pay^s pour les convalescents, par les personnes charitables 
qui les assistent ou par les hdpitaux, varient beaucoup dans ces ^tablis- 
semeats selon les conditions de confort, de 7 shillings k 3 livres par 
semaine. 

H. N. 



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452 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

Belgique. 

LES HABITATIONS A BON MARGUi;: 

L'Inddpendance beige expose dans quelles conditions a pris naissanc 
Scbaerbeck (faubourg de Bruxelles) le probl^me des habitations ouvri^i 
il est r^sult^ de la disposition des impasses insalubres de la rue i'Oii^ 
appel6es k disparallre. Celte demolition aura pour effet de priverde lo 
ments un tr^s grand nombre de families ouvri^res qui 6prouvent de ce 
un assez grand embarras. 

Ons'estmis d'accord pour Tallocation d*un credit de 150000 francs d 
tin^ k la construction d'habitations k bonmarcli^ du cdt^ oppos^ k la futi 
6cole moyenne, dans la nouvelle rue reliant les rues Van Dyck et rOlivi 

£taDt donn^e la cherts des terrains dans cetle purtie agglom^r^e, 
commune ferait ^difier, dans ce quartier, de vastes maisons de rappor 
cinq 6tages ou I'air et la lumi^re seraient r^pandus k profusion et q 
pour un modeste loyer, donneraient asile aux families d'ouvriers et pel 
employes. 

Les rez-de-chauss^e de ces b&timeiits qui auraient un di^veloppemi 
de facade de 12 metres seraient convertis enmagasins. Chaque ^tage c< 
tiendrait quatre chambres spacieuses avec annexe, latrine, robinets d'e 
et deversoirdes immondices. Ceux-ci, d^vers^sdans une colonne, serai( 
recueillis dans des poubelles que les ouvriers de la voirie viendraient vie 
chaque jour. 

D'aprfes les premiers calculs, le prix moyen de location mensuelle j 
chambre serai t de 7 francs. 

Teiles sont les grandes lignes du projet qui a obtenu Tadh^sion 
tous les membres du College. Le diff^rend porle uniquement sur les moy( 
d'exploitation de cesimmeubles. Les uns veulent confler cette exploitali 
k des soci^t^s dans lesquelles la commune s'interesserait k concurrei 
d'une soinme flx^e par le College; les autres veulent conceder cette expl 
tation au conseil des hospices et au bureau de bienfaisance. 

D' autres encore veulent tenter la constitution d'un domaine commun 

Le Conseil communal aura k se prononcer entre les trois syst^mes. 



titats-Unis de FAm^rique du Nord. 

LA CONDITION DES NEGRES DANS LES YILLES 

Depuis longtqmps d^ja les philanthropes am^ricains signalent les c( 
ditions d'ezistence d^plorables des families n^gres dans la plupart < 
grands centres de TUnion et demandent que, surmontant leurs pr^jug 
les hommes de bonne volont6 viennent en aide, mat^riellement et mo 
lement, aux pauvres n^gres, abrutis par la mis^re et par ralcool, < 



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. CHRONIQUE £TRANG6RE. 

^ouillent dans une honteuse promiscuity, dans certains faubourgs d'o] 
lentes citds am^ricaines du Nord et du Sud. 

Ges plaintes ont flni par ^mouvoir le public, et J'universit^ d' Atlanta 
a entrepris et men^ a bonne fln une int^ressante enqu^te sur les conditii 
d'existence des n^gres ciiadins en Am^rique. Un avocat de Boston a c 
duit cette vasle euqudte d'une facou scientifique et a cherch^ k en ti 
d'utiles indications pour la solution de la question toujours si discut^e 
rel^vement et de T^ducation da n^gre am^ricain. 

Gette vaste enqu^te a M conQ6e, la plupart du temps, & des homi 
ou k des femmes de couleur intelligents (surtout dans les villes du Sud) 
itaient mieux k mSme que des blancs de p4n4trer dans I'intimit^ des 
milles n^gres et moins susceptibles d'etre influences par le pr^^jug^ dec( 
leur, si puissant encore aux Etats-Unis. 

Une premiere constatation a montr^ que Taccroissement du nombre 
maisons ou fermes acheUes ou loupes par des n^gres,dans les Etats S 
de la confederation, est eu r^alite beaucoup moindfe qu'on se I'imagin; 
Gela est tres regrettable, car le n^gre vit beaucoup plus confortablem 
etpius moralement a la campagne q\x*k la ville et certains fermiers nc 
ont su se constituer de tr^s belles situations. 

Uoe seconde constatation, toute k Thonneur des sentiments des feme 
n^gres, a montre que beaucoup de femmes de couleur subviennent tota 
meat ou pour une tres forte part k Tentretien de toute la famille, prin 
palernent en allant travailler hors de chez elles, ce qui les oblige malh< 
reusemeut a negliger leur inl^rieur et leurs enfants. 

Enfmla mortalite excessive desnegrescitadins(enraoyenne73,8p.mi 
est attribute k leur ignorance presque absolue des lois les plus^ei^mi 
taires de I'hygiene ; les maladies les plus meurtri^res sont non des affectii 
aisement transmissibles import^es du dehors, mais des affections dues, 
majeure partie aux conditions mis^rables et anti-hygieniques de la yie 
I'immense majorile de ce proletariat noir. 

La defaillance du p^re de familJe n^gre qui se soucie peu, en genei 
des besoins des siens, a eu Tinfluence la plus detestable sur la vitalite 
lamoraliie de la race plus particuUerement dans le Sud. 

Comme remade k ces maux, on preconise la creation d*associations p( 
veniren aide aux mferes de families de couleur, de creches et d'ecoles ( 
fanlines auxquelles elles pourraient confler leurs nourrissons et leurs 
tits enfants pendant leur travail. Enfin on se propose de former des as 
ciationsde visiteurs qui, periodiquement, iront encourager les chefs de 
mille k se creer un « home » propre et confortable, associations dans l 
quelles eutreraient des hommes de couleur honorables et devoues k o 
de blancs philanthropes. 

On voit, d'apres les resultats de cette enqufite que le douloureux p 
bieme de la mis^re des families nombreuses citadines est a pen pr^s 
meme sous toutes les latitudes : qu'il s'agisse de n^gres dans TAmedq 
du Nord, d'lrlandais dans les cites industrielles d'Angleterre,d'Alleman 

(1) Annals of the American Academy of political and social sciences; Philac 
phie, 15 seplembre 1897. 



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454 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

de Francais ou d'ltaliens dans les grands centres d'Earope, Taction mor 
lisatrice et bienfaisante des noj^les coeurs trouve toujours k s'exerc 
utilement. 

G. C. 



Hollande. 



D'apr^s le journal Soziale Praxi8,le gouvernement a pr6sent6 un proj 
de loi pour etablir des assurances contre les accidents en faveur des oi 
vriers de certaines professions consid6r6es comme plus particuli^reme 
dangereuses, notamment les mines, la navigation et les transports. 

En cas de d^cfes, les domraages et int^rfits consisteraient en une somr 
Sgaie k 10 p. 100 du gain annuel de Touvrier tu^,^ titre d'indemnit6 
fun^railles, ensuite eri une pension 6gale k 30 p. 100 du gain annuel 
profit de la veuve ou du veuf survivant et de 15 p. 100 au proflt 
chaque enfant mineur. 

En cas d'infirmit6 totale,la pension serait de 70 p. 100 du gain annu( 
et en cas d'infirmit^ partielle, Touvrier estropi^ recevrait une pension pr 
portionn^e k la gravity de son ^tat. 

Les patrons seraient, d'apr^s ce projet de loi, divis^s en plusieurs cal 
gories payant divers tarifs de primes, et la banque de Hollande centralis 
rait les primes et accumulerait les int^r^ts des sommes vers^es pour c 
fonds d'assurances, qui seraient g^r^s d'apr^s la m^thode autrichienne d 
Kapital Qeckung, 

On pent prdvoir que ce projet sera prochainement di8cut6 et adopts ji 
les Ghambres n6erlandaises. II r^alisera un grand progr^s 6conomique 
social et sera un utile instrument de pacitlcalion dans le monde ouvri 
hoUandais. 



Russie. 

LES ASILES POUR LES ALCOOLIQUES 

Le docteur russe H. Olderagge propose de fonder un sanatorium pour 
gu^rison des alcooliques dans une des lies d* Aland; Tid^elui a 616 inspii 
par une visile ^I'lle de Walaam, dans le lacde Ladoga. Gette lie, ou s'^lc 
comme unique habitation un monast6re, sert depuis longtemps k y isol 
les alcooliques des villages voisins. Priv6s de toute communication, ] 
alcooliques ysont mis dans Timpossibilit^ de se procurer des boissons e 
vrantes. SurveiJ16s par les moines qui les exhortent k la penitence, its i 
prennent Thabilude du travail et retournent gu6ris dans leurs families 
ils persistent souvent k rester sobres et religieux. 



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ONIQUE fiTRANGfeRE. 455 

le si les moines de Walaam, n'ayant d'autres 
et la pri^re, parviennent a obtenir des r^sultats 
m muni de tous les auxiliaires de la science 
1 m^me temps et les d^dts du corps et ceux de 
irprenants. 

A. S. 



Suisse. 

f NOUVEAU SANATORIUM 

I etablissement pour les tuberculeux. II sera bclti 
iUT admirablement expos6e dans la commune de 

da grand et beau village de ce nom. L'emplace- 
nidi. II est protege par desbois etdes replis de 
)res du Nord et de TEst. II se trouve k une alti- 
ssus, par consequent, de la zone des brouillards 
ver, s'^tendent pendant des semaines, souvent, 
i 800 metres sur le plateau situ^ entre les Alpes 
is faites avec soin pendant deux hi vers ont per- 

peut compter au Faltiberg sur autant de jours 
a Davos. L'eau est abondante et d'excellente qua- 
itour6 de forfits, enfin la vue sur le lac de Zurich 
belle et (^.tendue. 

posera de trois bdtiments, un pter I'administra- 
s, un pour les femmes. II pourra recevoir une 
s devis pour la construction sont ^valu^s k 



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INFORMATIONS 



La Ligue fratemelle des Enfants de France. 

La Ligue fratemelle des Enfants de France a tenu le \ 9 d^cembre, dans 1 
Salle de la Soci6t^ d'horticulture, rue de Crenelle, son assembl^e g^n^ral 
annuelle, sous la pr^sidence de M"* Lucie Faure. 

• Cetle ligue, fondle en 1895, sur rinitiative de M"» Faure, a, on le sail 
pour but de grouper les jeunes gens ou les jeunes flUes qui jouissent d 
Taisanco, en vue de venir en aide aux enfanls pauvres, orphelins ouaban 
donnas . 

Devant un public trfes nombreux, ou Ton remarquait beaucoup d'61fevc 
de nos grandes 6coles et de nos lyc^es, M. P.-E. Decharme, secretaire g^ 
n^ral, et M*'« de Gourlet, trisorifere, ont pr6sent6 les rapports moraax < 
financiers sur T^tat de la ligue. 

La ligue, d'aprfes les reuse igne men ts fournis par M. Decharme, compi 
aujourd'hui 10000 membres; son budget est de 56000 francs. Elle a fern] 
des comit6s au Havre, i Bordeaux, & Dreux, k Pau, k Vesoul, ^ Dunkerqa( 
k Gray; elle esp^re en former prochainement dans d'autres villes; elle 
des adherents, non seulement dans toutes les parties de la France, ma 
de TEurope. 

Grdce au d^veloppement pris par la society et aux recettes r^alis^i 
surtout lors de la representation de gala doun^e k TOp^ra avec le concou] 
de Tamagno, la ligue a pu yenir en aide k bien des mis^res int^ressanb 
pendant Tann^e qui vient de s'dcouler. La commission des secours, pn 
sid6e par M"« Lucie Faure, est venue en aide k 296 families. La commissic 
du placement des flUes a op^r^ 139 placements d^finitifs. Enfin, la con 
mission du placement des garcon s a efTectu^ 23 placements d^finitifs et \ 
placements provisoires. 

Le rapporteur M. Decbarme qui a retrac6 ici mSme (1) les origines c 
la Ligue, a montre le rdle du d^l^gu^ de lyc^e et du del^gu^ de quarti< 
dans la jeune association : 

ft Le deiegue de lyc^e est charge de porter autour de lui la bonne p 

(i) N" 1 de la Revue Philanthropique, p. 57 et suiv. 



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INFORMATIONS. 

role, de faire connaitre k ses camarades Tesprit de notre OEuvre 
recueillir leurs adhesions pour les soumettre directement k noire 
dente. 11 nous permet ainsi de ne pas recourir ^ rintervention a 
mais ofQcielle, des mattres on des directeurs, et il noas donne la i 
tion de penser que, s'il a du socc^s, il le doit uniquement k la be^ 
la cause qu'il soutient, an zMe ardent avec lequel il s'en fait Tinte 
Plusieurs fois, cette ann^e, les d^l4gu^s des Ijc^es de Paris se sont 
au Palais de TEIys^e, sous Ja pr^sidence de M"" Lucie F. Faure, p 
cevoir des remerciemenls et des conseils, et presenter eux-mdme 
observations. Les jeunes filles des lyc6es Molifere, F^nelon, Racine 
Hugo et du college S^vign6, suivront prochainement cet exempl 
comptons beaucoup sur les uns et sur les autres. 

«Le d^le^u6 de quartier, davantage maitre de son temps et de si 
Teroents, a un rdle plus complexe. Ce rdle, je vpudrais non pas von 
finir(car sa vraie d^fioition reside dans le d^vouement ing^nieux et 
siaste avec lequel il est rempli), mais vous Tesquisser k grands tra 
qu'il ne soit ^personne comply tement Stranger. 

« Un des premiers devoirs du d^l^gu6 de quartier est de faire aui 
dement, aussi en detail que possible les enqu^tes qui lui sont den 
par le Couseil d'adminislration, et pour cela non seulement de vis 
eufants chez eux, mais encore de s'adresser aux diff^rentes GEuvres ( 
faisance du voisinage, pour constater que les families dont la situa 
signal^e comme digne d'int^rSt ne se procurent pas des ressou 
pen de tous cdt^s. S'il y a des pauvres elTront^s, il y en a de hoi 
ces derniers, il faut enseigner par quels moyens lis peuvent l^gi 
solliciter Tappui d'institutions oflicielles comme FAssistance publ 
ne pas craindre de les guider sur les cberains longs parfois et 
qa'ils doivent suivre. 

« Le d^l^^u^ doit Htq, cela va de soi, en relations constanles c 
collogues, puisque aussi bien son champ d'action a des limite: 
fictives, oil il serait invraisemblable que les affaires dont il s'occupe 
r^guli^remenl et rigoureusement renferm^es. II doit encore, et 
plus d^licat, mais non moins n^cessaire, connattre la plupart des n 
actifs de son quartier, afln de s'^clairer de leurs lumi^res et de 
de leur force. Les jeunes filles, notamment, ayant plus de loisirs 
jennes gens, peuvent se r^unir de temps k autre pour mettre en 
leur talent de couture, et tout en travaillant, faire en commun de 
d'aveoir pour leur ch^re Ligue. 

«Le d61egu6 doit enfin porter aux prot^g^s de la Ligue les sec( 
esp^ces ou en nature qui leur out et6 accord6s, veiller k ce que, a 
cas, les enfants auxquels il s'int6resse fr^quenlent T^cole, soient 
aux classes de garde, b^n^ficient des cantines scolaires, leur cherc 
tard de bonnes places d'apprentissage, et, cela fait, ne pas les pe 
core de vue. Chacun trouvera d*ailleurs en soi-mfime je le r^j 
meilleures inspirations. » 

M*^« de Gourlet, tr6sori6re, a indiqu6 dans son rapport que . h 
des recettes atteint Tan dernier a M presque exactement double ; 
tal de la ligue est quatre fois ce qu'il ^tait k la pr^c^dente asseml 



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458 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

n^rale. « II vous appartient, a-t-elle ajout^ en s'adressant k Tassembl^e, 
d' assurer la continuity de cette progression; Tavenir de la fraternelle so- 
lidarity de Tenfance est entre vos mains. » 

Apr^s une chaleureuse allocution de M. Paul Desjardins, Tassembl^e a 
proc6d^ k TMection de six nouveaux membres du conseil,enremplacement 
de membres mari6s ou demissionnaires ; puis M. Maingon, avocati la Cour 
d'appel, a expose qu'une revision des statuls 6tait rendue n^cessaire par la 
demande de reconnaissance d'utilit6 publique de la Ligue, demande qui 
sera examinee prochainement par le Conseil d'fital. Lecture a 6t6 faite des 
nouYeaux statuls, que Tassembl^e a adopt^s k I'unanimit^. M"« Lucie P. 
Faure a prononc6, pourclore la s6ance, cette br^ve et delicate allocution : 

« Je tiens k remercier, au nom de la Ligue Fraternelle des Enfants de 
France, toutes les personnes qui sont venues nous apporter ici Tencoura- 
gement de leur sympathie. 

<(Je remercieparliculi^rement M. Paul Desjardins, pour les baotes et 
belles paroles qu*il a bien voulu nous adresser. La Ligue en conservera 
toujours le pr^cieux et vivant souvenir. Je remercie ^galement Torchestre 
et les cbojurs que nous avons tons admires dans la savante et delicate 
execution d'oeuvres magislrales. Grdce a leur concours, notre reunion s'est 
par^e d'un nouvel attrait, et, dans une barmonie tr^s douce, le prestige de 
leur art s'associe k notre pens^e fraternelle. 

« Combien de remerciements ne devrions-nous pas encore ajouter k 
ceux-ci! L'^num^ration en serait trop longue. Mais, apr^s deux ann^es 
d'existence , ayant rencontr^ les marques d'un int^rfit Si touchant et si 
spontan^, notre Ligue envisage I'aveiiir avec confiance. Elle esp^re fpie 
son action sera de plus en plus efficace, de plus en plus large, de plus en 
plus affecteuse : car, — nous ne Foublions pas, — elle ofifre son aide au 
nom de Taffection. Et Ton dprouve tant de joie k s'entr'aider ainsi, que 
nous n'avons jamais su, que nul ne saura jamais lequel des deux doit reraer- 
cier son fr^re : de celui qui donne on de celui qui re^oit! » 



Les Enfants martyrs. 

M. le procureur g6n6ral Naquet, de la cour d'Aix, vient d'adresser aux 
procureurs de la R^publique du ressort une circulaire relative k la re- 
cherche et k la repression des « actes de cruaut^ que des parents indignes 
commettent sur leurs enfants ». 

Aprfes avoir indiqu^ la « frequence relative » de ces actes qui consti- 
tuent « un danger social des plus graves », et d^plor^ « la repugnance » 
qu'ont ceux qui les connaisseat k les signaler aux parquets, M. Naquet 
poursuit ainsi : 

« L'action publique doit done s'exercer avec une vigilance toute particu- 
li^re pour decouvrir les coupables et avec une fermete irr^ductible pour 
les punir. Certes, la mesure est n6cessaire en toutes choses, et les agents 
et officiers de police ne doivent pas, pour des motifs futiles, so livrer k 



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INFORMATIONS. 459 

des recherches inquisitoriales qui troubleraient la Tie de famille. Mais ils 
De doivent pas h^siter, non plus k ^couter tous les bruits du dehors de na- 
ture k les mettre sur la trace de crimes ou d'abus et k vous saisir d'urgence 
d^s que ces bruits prennent une certaiDe consistance. 

« Je compte sur votre intelligent d6vouement pour faire comprendre k 
MM. les commissaires de police le sens et la haute port^e morale de 
mes instructions etpour veiller a ce qu'elles soient slrictement ex6cut6es. » 

Le procureur g^u^ral appelle ensuite Tattention de ses auuliaires sur 
les suites l^gales & donner aux faits criminels dont il s'agit : 

« La tendance des parquets, dit-il, est de correctlonnaliser les afTaires de 
ce genre, en vue, sans doute, de mieux assurer la repression ; je voudrais 
au contraire, si c'etait possible, qu'on les criminalisdt. 

« Les crimes commis par des parents sur leurs enfants r^voltent au plus 
haut point la conscience publique et seront sainement appr^ci^s par le 
jury el punis par lui avec une juste rigueur. II ne s'agit point la de faits 
d^licats ou compliqu4s, demandant un examen difficile pouvant d^passer 
la mesure commune du discernement; il s'agit, au contraire, de faits simples 
compris de tons. Dans ces conditions, les jur^s sont les meilleurs Jtiges, 
car ils jugent avec leur coeur autant qu'avec leur raison, et il se trouve (|ue 
I'instinct du ccBur yient ici fortiOer la Yoix de la raison. 

« C'est, d'ailleurs, une id^e qui est tr^s g^n^ralement accept^e aujour- 
d'hui et qui paratt 6tre dans les tendances du Parlement, puisque la 
Chambre des d^put^sapris en consideration les projetis de loide MM. Odi- 
lon Barrot, Henry Cochin, Julien Goujon, destines k r^primer les actes 
de cruaute commis sur la personne des enfants. (Chambre des deputes, 
21 et 26 Janvier 1897.) 

« Vous devrez, en consequence, vous preoccuper sp^cialement de la qua- 
lification legale a donner aux faits qui vous seront signaies. Cette qualifi- 
cation pourra varier suivant les esp^ces, mais elle se rattachera le plus 
soavent au crime de coups et hlessures ou de detention arbitraire. 

<c Les coups etblessures dont les enfants sontvictimes sont presquetou- 
jours accompagnes de premeditation et deviennent ainsi punissables de 
peines criminelles toutes les fois qu'il en est resulte une incapaciie de 
travail ou une maladie de plus de 20 jours. 

c< Quant k la detention arbitraire, elle sera tantdt absolue, tantdt rela- 
tive; meme dans ce dernier cas, vous n'hesiterez pas k requerir le renvoi 
en cour d'assises. 

« Je vous prie, d'ailleurs, de vouloir bien me consulter toutes les fois 
que vous aurez quelque doute sur le sens des requisitions que vous 
devez prendre. 

« Vous voudrezbien, egalement, inviter MM. les jugesd'inst ruction k in- 
diquer sur les notices, par une mention speciale, les crimes ou delits quel- 
conques commis sur des enfants par leurs parents ou par des personnes 
ayant autorite sor enx. Ils pourront, par exemple, faire suivre la qualifi- 
cation des mots « mauvais traitements sur des enfants par leurs parents ou 
« par des personnes ayant autorite ». 



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460 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

(Euvres d'assistance du Gorps medical. 

Les m^decins se d6vouent assez pour qu*on sMnteresse k leurs 
efforts mutuels, It leur solidarity corporative, d*autant plus qu'unc 
affaire r6cente prouve que ces efforts ue sont pas superflus. 

Voici, d'apr^s le Bulletin officiel du syndicat des medecins de k 
Seine, la nomenclature des oeuvres d'assistance du corps medica 
frangais : 

Association m^dicale mutuelle du departement de la Seine, approuv6e pai 
arr6t6 minisl^riel du 7 d^cembre 1886. — Si^ge social : i4, rue Desbordes- 
Valmore. 

President : D' Rondeau. — Secretaire g^o^ral : D' Signez, 123, boulevarc 
Voltaire. 

En payant une cotisation de 10 fr. par mois, tout docteur en m6decin< 
exercant dans le departement [de la Seine peut s'assurer le droit a un( 
indemnity de 10 francs, pour toute joumee d'incapacite profession nelli 
soit temporaire, soit permanente, par suite de maladie ou d'accident 
quelle qu'en soit la dur^e. — Les vieillards inflrmes et tout k fait incapa 
bles d'exercer recoivent Tindemnit^ de maladie. 

Lors du d^c^s d'un assure, il est alloue k sa veuve, ou k ses enfants, urn 
indemnity proportionnee k Timportance du capital reserve. 

Droit d'entr^e : 1 franc par ann^e d'Age du candidal. — La limite d'Agi 
pour Tentree est fix^e k quarante ans. 

Association des Medecins de la Seine, fondle en 1833; si^ge social 
Faculte de m^decine. 

- President : D*" Brouardel. — Secretaire general ; D» Earth, 2, rue Saint 
Thomas-d'Aquin. 

Distribue k ses membres malheureux, k leurs veuves, k leurs enfant 
des allocations, des secours temporaires ou annuels, des pensions d 
retraite. 

Droit d'entree : 12 francs; cotisation annuelle : 20 francs. 

Association amicale des Medecins frangais. Siege social, 23, rue d( 
Dunkerque. 

President : D"" Cezilly. — Secretaire general : D' Jeanne, k Meulan (S.-et-O. 

Donne une indemnite de maladie de 10 francs par jour pendant les deu: 
premiers mois; k partir du troisieme mois, I'indemnite est de 100 franc 
par mois, mSme en cas de chronicite indefinie. 

Le chiffre de la cotisation est proportionnel k Tdge des membres (de 5i 
k 100 francs par an environ). 

Association generate de prevoyance et de secours des Midedns de Fhmce 
approuvee en 1858. Siege social : 7, rue de Suresne. 

President : D' Lannelongue. — Secretaire general : D' Lereboullet 
44, rue de Lille. 

Le but est de venir au secours des societaires kg6a, infirmes ou roalades 
de secourir les veuves, les enfants et les ascendants laisses sans ressourcei 
par des societaires decedes. 



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462 REVUE PHILANTHROPtftUE. 

Get 6tat olTre cet int^rSt qu'il permet de suivre et de aoter les amelio- 
rations accomplies ou projet^es, dans les villages comme dans l«s grands 
centres, dans Tint^r^t des malheureux. 



Constitution de dots par I'assurance aox Enfants Assist68. 

M. de Grisenoy expose, dans son int^ressante monographie des questions 
d*as8istance et dhygi^e publiques trait^es dans les Conseils genirauXy les r^- 
sultats obtenus par une combinaison d'assurances en vue de constituer 
une dot aux enfants assists parvenus k leur majority. 

Deux Gompagnies d'assurances sur la vie, VAbeille et la Natumale, ont 
ofTert aux Gonseils gSn^raux leur concours dans ce but, le capital k verser 
devant dtre fourni k leur majority aux garcons, k Tepoque de leur mariage 
aux fiUes. 

Gette proposition, adoptee le "26 avril 1895 parle Gonseil g^n^ral du 
Puy-de-D6me, a ^t^ r6alis6e dans ce ddpartement. 

Tons les pupilles du d^partement seront assures, les garcons k partir 
de sept ans, les lilies k Vkge de six ans, moyennant le versement d'une 
somme annuelle. Gette assurance est destin^e k leur constituer une dota- 
tion de 500 francs k delivrer aux pupilles lilies, lors de leur mariage k par- 
tir de dix-huit ans et aux pupilles garcons k partir de vingt et un ans, tant 
pendant leur sejour au regiment qu'aprfes leur retour dansle d^partement. 

Un arr^te pr^fectoral a cr^e et r6glement6 une Gaisse de pupilles de 
FAssistance publique d^partementale du Puy-de-D6me qui depend de la 
Gaisse des D^p4ts et Gonsignations. Le montant de chaque assurance 
n'6tant pas vers^ ea une seule fois, les sommes payees par la Gompagnie 
sont capitalis^es. 

Gette int6ressante combinaison a 6te accept^e en principe par les d6- 
partements de Gonstantine et d'Oran. M. de Grisenoy nous apprend que le 
Gonseil g6n6ral de la Ni^vre en poursuit I'^tude, que celui des Deux-S^vres 
a decide d'accorder des dots de 300 francs k ceux de ses pupilles qui se 
marieraient avant vingt-cinq ans; utie decision de principe analogue a 6i6 
prise dans la Loire-Inf^rieure; le d^partement du Galvados majore les 
versements des enfants assist^s k la Gaisse d'^pargne. 



Comity central des oeuvres d'assistance par le travail. 

L'AssembMe g^n^rale annuelle s'est tenue lundi 14 d^cembre 4 4heures 
dans la salle de TUnion des Femmes de France, 27, chauss^e d' An tin. 
Elle ^tait pr6sid6e par M. M^zi^res, de I'Acad^mie francaise, assists de 
M. Ferdinand Dreyfus, ancien d^put4, membre du Gonseil sup^rieur des 
prisons, et de MM. Tr^zel et Lecointe, avocats au Gonseil d'Etat. 

Apr^s une ^loquente allocution de M. M^zi^res, M. le D*" Bouloumie, 
secretaire g^n^ral, a pr6sent^ un rapport tr^s int^ressant et tr^s compLet 
sur Tassistance par le travail k Paris et dans les d^partements. 

Nous en publierons des extraits importants dans notre prochain num^ro^ 



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FORMATIONS. 

^sent^ les comptes qui ont 6i^ approuv^ 

Uance presque tous les repr^sentants ( 
:6s, Brueyre, Charles Petit, Louis et Alb 
6ral Parmentier; M™" B^quet de Vieni 



6 des Visiteurs. 

at le si^ge est rue de Lille, 25, constitue u 
lont6s, eu vue de procurer un appui mo 
i peuvent Hre relev6s de lamis^re. Son 1: 
nilles dignes d'int^rfit qui n'ont pas encc 
ont la volont^ de vivre par le travail, et n 
les voient k domicile, se rendent compte 
nt avec elles des relations de sincere et cc 
s emplois, leur font au besoin des avanc 
ees k I'extinction de leurs dettes. 
'est d^velopp^erapidement; elle compte a 
s actifs, appartenant aux conditions, aux oj 
iriees, maisr^unis dans un parfait accords 
3 et f^conde. Grdce au z6le des visiteurs 
jlle qu'ils se sont apport^ dans leur tAc 
!, la Soci^t6 a oper6 d^j^ de v^ritables sa 
elle s'est occupee, 00 ont dej^ 6t^ mises ( 
3 secours de la charity, 
ats assurent Tavenir de la society : inspir 
, de charity, et par une vive compr6hensi( 
attirer k elle tous ceux qui out la l^gitin 
^^s social par des actes et non par d 



dtal d'Auteuil. 

r TAssociation des Dames francaises et qi 
aure, a ses salles de malades ferm6es pei 
let; toutefois les salles de consultation re 

li sont occup^s par des malades pauvre 
3ntes dont Templacement est fixe dans I 
treport^ en temps de guerre k 124. D'auti 
^,- dans laquelle sont soign6s ou op^r^s I 
T chez eux, recoit chaque matin envirc 
tation sp4ciale pour les maladies des yeu 
es dents. Au lit des malades, k la salle d( 
iullations, Tenseignement est donn^ au 



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464 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

Dames fran^aises. Elles font le service d'inOrmi^res volontaires dans le 
salles, aux consultations et k la pbarmacie. 

L'hdpital des Dames francaises est le premier hdpital d'enseignemen 
^tabli en France pour ies Dames de la Groix-Rouge. Les autres pays sont 
comme en beaucoup d'autres progr^s, plus avanc^s que nous; cbacun i 
plusieurs bdpitaux de ce genre. 

Malgr^ le pen de ressources dontelle dispose, TAssociation des Dame 
francaises a donn6 Texemple chez nous. Le D*" Duchaussoy, le fondateur e 
le secr6taire g6n^ral de roeuvre, felicity par le president de la Republiquc 
iui a dit que la prosp6rit^ de I'Association 6tait li^e k celie du pays; aoss 
les Dames francaises demandent-elles k toutes les femmes de coeur, k tou 
les patriotes de les aider dans la mesure de leur fortune, de travaille 
avec elles a secourir les victimes de la maladie, en attendant de orte 
secours aux victimes de la guerre. 



L' Assistance mutuelle des Professeurs 
de Lyo^es et de Colleges. 

En conformity avec une decision du recent congr^s des professeurs de Tei 
seignement secondaire dont nous avous expose les travaux(l),il a 6tecr6^ 
apr^s ]acl6turede ce congr^s, une Society temporaired'assistance mutuelk 

Cette society est ouverte k tons les professeurs, charges de cours < 
d^l^gu^s de Tenseignement classique et de Tenseignement modeme; au 
professeurs et maitres des classes 61^mentaires ; aux instituteurs et insti 
tutrices charges des classes ^I^menlaires, primaires et enfantines; au 
professeurs et charges de cours de dessin; aux professeurs de gjmnastique 
aux pr^parateurs (en exercice dans les lyc^es et dans les colleges de gai 
^ons), et, dans les mdmes conditions, aux professeurs et charges de coui 
du prytan^e et des 6tablissements libres agr^^s par le ministre de Tin 
struclion publique et inscrits au tableau d'anciennet^. 

Elle a pour but de venir en aide k un soci^taire ou k sa famille (veuv< 
enfants, parents k sa charge) dans le cas oil la loi n'accorde pas de secoui 
ou n'accorde que des secours iusigniflants. 

Son si^ge est aulyc^e Louis-le-Grand. 

Au 10 octobre dernier, apres le paiement des d^penses d'administratio 
et de plusieurs secours, il y avait dans sa caisseune somme de 10 733 franc! 
Elle compte 66'}k pr^s de 2 000 membres appartenant k 161 lycees ou co 
16ges : c'est le tiers du personnel de Tenseignemeut secondaire. 



L'jficole Braille. 

Cette Ecole, qui deviendra plus tard la maison des Aveugles, a ^i6 fond^ 
par la « Societe d'assistance pour les aveugles », dont le si^ge est a Thoi 
pice national des Quinze-Vingts. 

(1) Articles de M. H. Mooin (n^* 1 et 4), de M. Michel, n*> 3 de la Revue Pkilai 
ihropique. 



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INFORMATIONS. 

Ouverte k Maisons-Alfort, ie i«' Janvier 1883, avec dei 
6tait bientdl transportee h Paris, 152, rue de Bagnolet, p 
abriter les pupilles que lui confiaient la Ville de Paris et le 
de la Seine. 

L'6tablissement de la rue de Bagnolet fut bientdt reconn 

Un grand ^v^nement pour Tavenir de cette oeuvre venai 
duire. 

Le Conseil g^n^ral de la Seine prenait enti^rement TEcol 
le l«'-mai 1887, et d6cidait, dfes 1888, de louer k Saint-Mand 
stitution Ancelio, 7, rue Mongenot. 

Cette institution pourra r^pondre longtemps auz besoins 

Silude k rentr6e du bois de Yincennes, elle r^unit k peu | 
conditions que les fondateurs de TEcole Braille peuvent d^s 
^tablissement naissant. 

La superficie est de 5 000 metres environ. 

Elle a quatre cours, dont trois sont affect^es au service 
ouvriers divis^s en grands, moyens et petits. 

Les dortoirs spacieux et bien aer6s ont k chaque extr6 
veillant. 

Deax inQrmeries et une pharmacie j sont instances. 

£a fondant TEcole Braille, la « Soci^t^ d'assistance pour 
etie Conseil general, en Tadoptant, se sont propos6 de co 
cfine et d*olfrir k Taveugle le moyen de sufflre k peu pr6s se 
^Qce, sans recourir k la mendicity. 

^a Soci6t6 et le Conseil g^n^ral de la Seine n'ont pas voul 
"fi^'ancierset se contenter de cr6er un asile,une 6cole, une i 
^<^fait pour Taveugle un aide et un secours teniporaires. 
'^s ont cherch^ k devenir pour toujours les tuteurs de ces 
Apr^g avoir re^u Tenseignement primaire, Tenfant avf 
^i^lier ou il exerce le metier dont il a fait Tapprentissag 
^* ^O.n6es pr6cedentes. 

/^ 1 '^teller, il est consid^r^ comme un ouvrier, et il doit 
* * bolder toutes ses d6penses. 
„ * 5^^^ lefois, le Conseil g^n^ral consent k' venir k son aid 
., *^^, jusqu'i sa majority, ^ passer deux heures par, 
^^tes, et il alloue au jeune ouvrier, encore inhabile, un 
^^*X calcul^e d'aprSs ses m^rites. 
. p v^r 6lablir ses calculs, TEcole fait tenir des feuilles de 
^^Mltats mensuels sont port^s sur le livret de Touvrier. 
^^ feuilles quotidiennes indiquent, avec les beures 
^, ^^^ k Tatelier, la nature du travail ex6cut6, sa valeur e 
^ Jp^lentle prix dela matifere premiere employee. 
..,, *i^s permettent k la Direction de contrdler exactement 
^^ mati^res et de guider stlremcnt le jeune aveugle en 
^Ue les 61oges ou les reproches qu'il aura m^ritds. 
. ^« matitre$ premieres sont livries a litre d'avance a Couvri 
^^Hon de VEcole, qui se charge d'icoukr les produits fabriqui 

HEVUE PniLANTHROPIQUE. — H. 



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466 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

L'instructioii primairc et professionnelle est donn^e aux enfants dg< 
de 6 ^ 13 ans. 

Le programme d*6tudes comporte : 

La lecture et T^criture en points saillants d'apr^s le syst^me Brailh 
Torthographe, le calcul, T^tude des objets usuels par la manipalation < 
les lecons de choses, la g^ographie d'apres des cartes sp^ciales faites 
TEcole, les recits les plus saillants de notre histoire nationale, la biogn 
phie des grands hommes, les excercices de recitation, les explications dc 
mots, la musique. 

A 13 ans, apr^s examen, I'atelier leur est ouvert. Jusqu'^ leur maj< 
rit6, ils doivent chaque jour, k l*Ecole, suivre les cours d'adultes. 

A la majority, ils donnent tout leur temps k Tatelier. 

Des dortoirs sp^ciaux recoivent les enfants et les adultes. 

La maison met des logements pour cdlibataires, raari6s ou sans famiih 
k la disposition des ouvriers raajeurs qui n'acceptent pas la vie en commui 

Le mobilier des logements est la propri6te de Taveu^le. 

Les ouvriers majeurs ne seront pas tonus de prendre leurs repas au 
r^fectoires. Ils pourront, ileur gr6, faire leur cuisine chez eux ou prendi 
leurs aliments k la can tine de T^tablissement. 

L'ouvrier ne quitte la maison que lorsqu'il est devenu incapable d 
travailler. II est alors plac^ dans un ^tablissement special, s'il n'a p 
amasser un p^cule suffisant pour prot^ger sa vieillesse. 

Le paresseux, Tindisciplin^ est purement et simplement renvoye. 

L*6tablissement peut recevoir cent cinquantes Hhves ou ouYriers dc 
deux sexes. 

Une commission de surveillance et de perfectionnement, designee pi 
le Gonseil g^n^ral de la Seine, qui a d^l^gu^ ses pouvoirs au fondateur d 
TEcole, dirige la Maison. 

Le personnel administratif, enseignant et servant, se compose d'un di 
recteur, d'une institutrice en chef, de six institutrices, de cinq institutric( 
aveugles, d'une surveillante g^n^rale, d'une sous-surveillante, des che 
d'ateliers pour la vannerie, le cannage etTempaillage des chaises, les coi 
ronnes de pedes (la flleterie et les travaux de tricot et de crochet sont ei 
seign^s par les maitresses aveugles), et enfin des gens de service. 

Le service de sant^ est confix k un m^decin ; les m^decins consnltani 
(oculiste, chirurgien, dentiste) sont ceux des Quinze-Vingts. 

Tout enfant aveugle, Ag6 de 3 i 13 ans (i), incurable, indigent, r 
de parents francais domicili^s dans le d6partement de la Seine, est rec 
gratuitement k I'Ecole. 

Une notice sp^ciale indique les formalites k remplir par le candid^ 
pour obtenir son admission. 

Gette notice est fournie par la Direction de Thospice national d< 
Quinze-Vingts. 

(1) L'fecole matemelle qui recjoit les enfants de trois ^six ans a 616 ouver 
le 15 juin 1897. 



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iLi^iiOS 



A rinstitntion nationale des Jennes Aveugles. — Le President de 
iaR^pablique et M. Barthou, ministre de Tlnt^rieur, ont visits le 15 d6- 
^embre Tlnstitution des jeunes aveugles, boulevard des Invalides. M. F^lix 
?aure etait accompagn^ de deux officiers de samaison militaire et du chef 
le son secretariat. 

Le directeur et les maltres de r^tablissement ont recu le president en 
lui offrant leurs souhaits de bienvenue. lis Font conduit en suite dans les 
classes, les ateliers, Tinfirmerie, le gymnase oCi les enfants ont 6te inter- 
'og^s sur rhistoire, la g^ographie, leurs dispositions personnelles, leurs 
>arcDts et leur sant^. 

Les petits aveugles ont donn^ la mesure de leurs talents k leurs h6tes, 
rbarm^s, dans des choeurs d'un ensemble parfait ou par des soli executes 
1760 brio. G'6tait un vrai concert, et les artistes ont 616 chaleureusement 
ipplaudis. 

Parmi les invit6s qui s'int^ressent au fonctionnement de Tceuvre se 
rouvaient MM. Labiche et Leydet, s^nateurs, et la duchesse d'Uz^s. 

Le President de la R^publique apportait une bonue nouvelle, accueillie 
ivec enthousiasme. La croix de la Legion dTionneur a 6i6 d^cern^e a un 
ncien ^l^ve de rinstitulion, M. Maurice de la Sizeranne, T^minent fonda- 
Bur de TAssociation Valentin Hauy. Celui-ci n'^tait pas present, n'ayant 
^s 6t6 pr^venu de cette visite. 

M. Martin, directeur de Tlnstitution, a ^te fait offlcier de rinstruction 
)ablique; les palnies acad6miques ont 6t6 reraises It plusieurs profes- 
ears. 

H. Maurice de la Sizeranne. — M. Maurice de la Sizeranne, le bien- 
iiteur des aveugles, a 6i6 d^cor^ par le President de la R^publique. Cette 
§compense si m^ritde a ^t^ unanimemeut approuv^e, et la Revue Philan- 
hropiquey k laquelle M. Maurice de la Sizeranne a bien voulu accorder son 
r6cieux patronage, joint ses felicitations k toutes celles que cet acte de 
istice a provoqu^es de toutes parts. 

La Soci6t6 de prdvoyance de la Prefecture de Police. — M. Bar- 
LOU, ministre de rint6rieur, ayant k ses cdt^s MM. Vel-Durand, Charles 
lane, pr^fet de 'police, et Laurent, secretaire general, a preside, le 12 de- 



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468 . REVUE PHILANTHROPIQUE. 

cembre, h la Sorbonne, Tassembl^e g^n^rale de la Soci^t^ amicale et 
pr^voyance de la prefecture de police. Plus de quatre mille employes, i 
specteurs ou gardiens de la paix, emplissaient jusqu'au cintre la gran 
salle des ffites. 

M. Vel-Durand, president de la Soci6t6, a sonhait6 la bienvenue au n 
nistre et fait T^loge des morts de rann^e derni^re : MM. Gamescasse 
Clement. II a adress^ k M. Lupine, anclen pr^fet de police, rhommage i 
connaissant de ses anciens subordonn^s et assure de leur d^vouement 
nouveau pr6fet M. Blanc. Puis, il a demand^ k M. Barthou de soulenir d 
vant le S6nat, comme il Ta fait devant la Chambre, avec une €nergie do 
tous lui sont reconnaissants, la cause des caisses des soci^t^s de secou 
mutuels. 

Le ministre, en une allocution tr^s applaudie, a remerci6 les membi 
de rassociation. 

11 promet k la Soci6t6 son concours le plus d^vou^ et fait Teloge 
MM. Charles Blanc et Laurent. 

Le pr^fet de police prononce quelques paroles ^mues ; puis M. Guill 
min, inspecteur g^n^ral de la navigation, lit son rapport sur la situali< 
flnanciere dela Soci^t^. 

Enfin, le ministre remetau docteur Chambellan, m^decin de rAssoc 
tion, la rosette d'officier de Tinstruction publique et les palmes d'offici 
d'academie k MM. Ferr6, inspecteur principal du XVII« arrondissemei 
Boy, brigadier des garnis, Moitrier et Millier, commis principaux, et V( 
Durand, avocat. 



LaSocidtd mddicale des Bureaux de bienfaisance de Paris. — 

banquet annuel de la Socidt^ medicale des Bureaux de bienfaisance de Pari 
eu lieu, le vendredi 3 d^cembre 1897, sous la prt^sidence de M. le D' Sdaill 
president de la Soci6t6. 

A ce banquet, auquel assistaient M. Peyron, directeur g6n6ral de VI 
sistance publique, el M. Baudouin des Salles, chef de la division des secou 
avaient 6te invites gracieusement les m^decins des Bureaux de bienf 
sance nommes au concours au mois de juin dernier. 

Au dessert, le president de la Soci(jt6 a port6 un toast k ses jeunes c 
I6gues et remercie M. le directeur de ^Assistance publique d'avoir acce] 
I'invitation de la Soci^t^. M. Peyron a bu ensuite, en excellents termes, 
la bonne entente entre Jes mddecins des Bureaux de bienfaisance et Vi 
ministration, au plus grand profit de la population indigente parisieni 
Apr^s une allocution de M. Billon, secretaire gen6ral, et de M. Roiill 
M. L6vi (Leopold) a remerei^ la Soci6t6 de son aimable accueil, au n< 
des nouveaux promus. En resume, excellente soiree pour la confratern 
et la solidarity m^dicales. 

La Soci(''t6 medicale des Bureaux 4e bienfaisance a renouvel^ son 1 
reau dans sa stance du 8 d6cenibre. Ontet6 nommes pourTann^e 1898 

President : M. Gourichon ; vice-prisidents: MM. Bimsenstei?] et Dufourni 
secHiaire g^n^ral:ii. Billos ; archiviste : M. Gastinel; secrHaires des seana 
MM. Pascal et Malbe . 



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fiCHOS. 469 

L'Atelier familial. — Mercredi 15 d^cembre, k huit heures et demie 
du soir, a eu lieu, dans la salle des ffites de la mairie du IX" arrondisse- 
menl, rinauguration de TAtelier familial. Un nombreux public s'etait rendu 
a Tappel de la fondatrice de cette (Puvre, et bien avant Theure fix^e par 
ses invitations. il n*etait plus possible de trouver une seule place dans la 
salle iquantitede personnes ont dH renoncer k y p^n^trer. 

Nous avons ^t^ tr^s heureux de constater la croissante sympathie que 
rencontre partout Tinstitution nouvellement cr^^e (i). 

Le but g^n^reux que se propose M™« Jane Elias a ^t6 montr^ d'une 
fagon convaincante dans une vibrante allocution prononc^e par M. Paul 
Strauss qui avait bien voulu accepter de pr^sider cette int^ressante soiree. 
L'bonorable s^nateur a esquiss6 le r61e de la femme dans la soci6t^ 
modeme ; il I'a convive h redoubler encore d'^nergie et de d^vouement 
pour contribuer an d^veloppement des oeuvres de solidarity etd'assistance 
qui ont pris un si grand essor dans ces demi^res ann^es. 

Parmi tous ceux qui ont applaud! k ses chaudes paroles, nous citerons 
^mct Kergomard, Schmabl, Delaporte, Deremis, Devri^s, M. et M"*® Zadoc 
Kahn,M. Roux, M. et M=»» Chain, M»« Faure-Budin, M.et M"»« de Saint-Preux, 
M. et M™« Dupuy Wallbaum, M. et M"*« Meyer Bemheim, le docteur De- 
cours.etc, etc. 

Plusienrs artistes ont offert leur pr6cieux concours k M™** Jane Elias, 
M. et M™« Charles Hayera, M™®» L6a Maujan, Marie Denis, Marie Chassaing, 
Van Parys, Florida Salacoglu, MM. Veyret, Depas, Paul Seguy, Hirsch, 
Andrieu, tous ont particip6 au succ^s de cette briilante soiree qui laissera 
<ians les espijts un souvenir durable et f6cond. 

L. 

Congr^s du Patronage & Lille. — Le prochain Congr^s des Societds 
^^ patronage aura lieu k Lille dans les salies de la Socidt6 industrielle, du 
^^i^ai aul"juin 1898. 

^"oici le programme des travaux : 

^ ■"• Section : Horames. — 1° De Tengagement dans Tarmee des con- 

oo^*^*^^* correctionnels (Question renvoy^e par le Congrfes de Bordeaux). 

vin^Kes sont les relations k <5tablir entre les institutions d'assistance et 

ceuyres de patronage en vue de pr^venir la mendicity el le vagabon- 

^ Action :Femmes. — 1° De Torganisation des refuges pour les jeunes 

p^ ^ ciu les femmes Iib6r6es. 2° L'expatriation des femmes condamn^es 
Q^^^*^terait-elle certains avantages au point de vuede leur reclasseraent ? 
J ^ ^ I'affirmative, k quelles categories de condamn^es pourrait-elle 6tre 

1^^ . ^ Action : Enfants. — 1® Des ameliorations k introduire dans la pratique 



^^^ire en mati^re de correction paternelle. 2° De la mani^re d'orga- 

^ ^ous rappelons aux personnes d^sireusc 

^ Action nement de I'A teller familial qu' 

^lias, la fondatrice, 53, rue de Maubeuge. 



|g ^ ^ Nous rappelons aux personnes d^sireuses d'avoir des renseignements sur 
ui^^^ Action nement de I'Atelier familial qu'elles n'auront qu'a s'adresser h 



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470 REVLE PHILANTHROPIQUE. 

niser la surveillance des enfants patronn^s places chez les particuliers et d 
concours a obtenir dansce but des oeuvres et des autorit6s locales. 

4« Section: Patronage international. — i° Rapatriement des mineui 
strangers en danger moral. 2° Des mesures k prendre en vue de faciliter I 
patronage, dans leur pays d'origine, des individus expuls^s. 

La stance d'inauguration aura lieu le 30 maly h Lille. 

La Commission de contrMe des asiles manicipanx de femmes. - 

En conformity d'une d4iib6ration du Gonseil municipal de Paris, prise su 
Tinitiative et sur le rapport de M. Louis Lucipia, le pr^fet de la Sein 
vient de constitiier ainsi qu'il suit la commission administrative charg6 
du contrdle du fonctionnement des asiles municipaux de femmes (Asiie 
Michelet, Ledru-Rollin, Pauline RoUand, George Sand) : 

MM. le pr^fet de la Seine, president; Louis Lucipia, Faillet, Emile Du 
bois, Navarre, Ranson, conseillers municipaux, ^lus par le .Gonseil; Jule 
Siegfried, Paul Strauss, s6nateurs; Risler, maire du vii« arrondissement 
F^lix Voisin, vice-president du conseil de surveillance de TAssistance pu 
blique; le docteurThuli^, vice-president du conseil sup^rieur de TAssistanc 
pablique, membres d^sign^s par le pr^fetde la Seine; les docteurs Budi 
et Napias, medecins design^s par le pr6fet de la Seine ; Menant, directea 
des affaires municipales ; le docteur A.-J. Martin, iuspecteur general d 
service d'assainissement; Gontant, chef du bureau du travail, secretaire. 

Soci6t6 de secours mutuels mnsnlmane. — Le 4 d^cembre a e 
lieu i Alger la f^te de Finauguration de la Societe de secours mutuels « li 
Musulmane », fondee par des notables musulmans d' Alger et quelques Fran 
cais pour secourir les indigenes malbeureux. Gette Society est la premier 
de ce genre qui ait ete fondle en Alg^rie; aussi i'inauguration a-t-ell 
eu le plus grand eclat. 

Le gouverneur general, M. Lepine, a assiste k la ceremonie de la mos 
quee de Sidi-Abi-Er-Rohman. 

Une distribution de couscous a ete faite grataitement aux indigenes ne 
cessiteux. 

Ali-Gherif, conseiller general, Timan de la mosqueo, M. Faure, anciei 
officier; Ahmed ben Brimat, ancien interpr^te militaire, et M. Lepine on 
prononce des allocutions. 

Gette solennite a vivement impressionne les indigenes. 



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iCATIONS FRANgAIS 



lappel, propose la creation de pb 
oici : 

riirales en soul^ve une autre qui 
3st celle des pharmacies commui 
rurales. 

'et, que de se procurer i la cam 
besoin. 

chef-lieu de Tarrondissement, qu 
lis d'un village ou d'un hameau au 
-lieu de canton, il y a souvent 
metres ne se franchissent pas fa 
pas la precaution d'avoir chez sc 
i6e, on pr^ffere neuf fois sur dix 
journ^e pour aller chercher un 

2 qii'il sufdt souvent d'un de ces 
depend pas forc^ment d'ane on 
adie. 

ie de d^poser b. la mairie de cha< 
^dicaments de premiere necessity 

3 de Vichy, les th^s purgatifs, 
\, tels que I'acide ph^nique et Vi 

voisine serait charg^ de Tentreti 
et les habitants de I'endroit troi 
re, tons les medicaments dont oi 
'acult6. 

ipplication du public. Mais ou n 
jront les m^res qui appuyeront 



Brueyre prend part, dans la Re 
le engag^e entre MM. Alfred Fi 
e ; il est d*accord avec M. Tai 
nt est le produitdu milieu ou il 
que ce que valent les parents de 
nmunale eiaut ouverte h, tous, e 
lors que dans certains milieux oi 
immorality, les ei^ves, reflets 
e une atmosphere pemicieuse c 
etes, est une cause de demoralise 
I dans la discussion qui s'est en§ 



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472 REVUE PHILANTHROPIQL'E. 

la criminality juvenile anglaise ; il n'accepte pas Topinion de MM. Henri 
Joly et Louis Riviere evaluant ^70p.i00i'accroissementde cette criminality 
et il se livre k une analyse tr^s sdv^re des statistiques dont il d^couvre les 
contradictions. 

(c En r^sum6, dit-il, bien qu'il soit possible que la criminality juvenile 
ait diminu6 chez nos voisins, T^lat de leurs statistiques, k la suite de leurs 
changements de jurisprudence, ue perraet pas d'en fixer le quantum. II 
faut cependant, comme nous Tavons dit plus haut, tenir compte du fail 
que la population (Angleterre et pays de Galles) s'est ^lev^e de 2141299^ 
habitants en 1864, h, 30060763 en 1894, augmentant ainsi en trente ans de 
pr^s de moiti6 et que, par consequent, ce ne sontplus les chiffres des con- 
damnations qu'il faut comparer, mais leur importance sp^cifique par rap- 
port k la population. Mais oh cesse la contestation, c*est que, sans Tadmi- 
rable creation des Industrial Schools, la criminality [aurait 6i6 inflnimeni 
plus considerable; ce qu'ilfaut aussi louer chez nos voisins, c'est leur ef- 
fort par les m^thodes les plus vari(5es et les plus ing^nieuscs, pour subsli- 
lueraTemprisonnement soit des p^nalit^s plus efflcaces, soit une Educa- 
tion appropride, soit les bienfaits de Tassistance et de la charit6. La soci^t^ 
Howard a 6i6 Fun des principaux promoteurs de ce mouvement, et nous 
devons la saluer avec respect. Et, comme le dit avec raison M. Morrisoi 
dans son excellent ouvrage Juvenile Offenders : « La criminality de Tenfanct 
« a pour facteurs les conditions sociales et individuelles au milieu des 
« quelles il est forc6 de vivre. Ce sont ces conditions qu'il faut am^liorer, 
(c si on veut TamEliorer lui-m^me. Le chdtiment n'est que sccondaire. >» 

«Il r^sulte de ces principes Ir^s justes que puisque les facteurs de la 
criminalite anglaise ne se sont pas, pour la plupart, modifies dans uc 
sens favorable, k Texception de la belle creation des 6coIes industrielles, 
la criminality ne saurait avoir decru, malgr6 les apparences d'une statis- 
tique ouue figurent ni les admonestations ni les condamnationsii Tamendc 
qui ont remplac6 les anciennes p^nalilEs! Ce qu'il fallait d6montrer. » 

M. le docteur Variot expose, dans un remarquable article de son /ouma< 
declinique et de th^rapeutique infantiles, les r^sultatsde ses observations sui 
Tusage du lait pur dans Tallaitement artificiel; il rappelle Topinion hostile 
des m^decins am^ricains et en particulier de M. Morgan Hotch et dc 
M. Marfan. 

« Les faits que j'ai observes, ecrit-il, depuis dix-huit mois sur enviroE 
200 nourrissons, sont directement contraires aux assertions de Morgai 
Rotch et de M. Marfan. 

« Aucun raisonnement ne pr6vaut contre les faits, et je ne crains pa! 
d'affirmer maintenant, qu'aprfes TAge de un mois, V immense majority des 
enfants supporte parfaitement le lait pur, et que leur croissance v6rifi6c 
par des pes^es hebdomadaires s'efTectue tres normalement. Sur ce point 
je suis enti^rement d'accord avec M. Budin, dont Topinion a ^t^ geuerale- 
ment combattue tant en France qu'i T^tranger. 

« Pendant les cinq ou six premieres semaines de la vie, Testomac subit 
de profondes modifications tant dans sa structure que dans sa capacity qui 
varie de 30 k 90 centimetres cubes. 



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BLICATIONS FRANgAISES. 473 

Q de grands managements, et pendant cette 
ble de faire couper le lait d'un tiers d'eau 
ler soigneusement la quantity en suivant les 
>gique de Teslomac. En mSme temps qae ie 
gratuitement aux m^res de petites bouteilles 
laque t6tee est marqu6e suivant I'^ge, les 



sterilise, non seulement comme un aliment 
in remfede pr^cieux centre les troubles gas- 

iberons gradu^s suivant I'dge des enfants, en 
de capacity calcul4es d'aprds les meilleurs 
onstater que les enfants 61ev6s au lait pur 
[uantit6s moindres de lait qu'on ne doit s'y 
:emple qu'un nourrisson normal de 5 mois 
tin de 150 grammes loutes les deux heures 
ires. A cet dge, la plupart de nos nourrissons 
de lait pur k chaque t^tee. — Cette remarque 
int k tous les enfants, car il en est que]ques-> 
, qui boivent moins ou plus, etqui se d6ve- 
itites filles boivent un peu moins en g6n6ral 
iracbe pur ^lant bien plus ricbe en principes 
, il ne faut pas s*6tonner que I'app^lit des 
les quantit^s de lait moins fortes que s'ils 

uvoirapporterlesr^sultats si encourageants 
, en faveur de Tallaitement artificiel avec le 
Une statistique rigoureuse des faits obser- 
le sera prochainement publico par Tun de 

t pur, je la consid^re comme bien pr^s d*6tre 
. Marfan dont la competence est si grande 
ablement 6i^ tromp6 par une sdrie de faits 

,r nos nombreux nourrissons allait^s au lait 
s du lait pur ». 

nserve encore des doutes sur ce sujet, k venir 
r les 70 ou 80 nourrissons qui sent apport6s 
aire de Belleville, k 9 heures du matin. II 
es enfants 61evds au lait pur ne s'en portent 

iants que les recherches de ce genre peuvent 
J bienvenus. 

st pas une de ces d^couvertes k grand fracas 
mpare pour les r^pandre partout ; le corps 
lur de cet admirable progr^s dans Tallaite- 



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47i REVUE PHILANTHROPIQUE. 

ment artificiel. G'est \k un rdle humanitaire bien digne de tous les mMe- 
cins (1). » 

M. le docteur Michaut soutient cette th^se dans rEnfant, la publication 
dirig^e par M. Henri Rollet, que, suivant I'expression d'un voyageur an- 
glais, le Japon est le Paradis des enfants. 

D'apr^s lui, nulle nation europ^enne ne peut rivaliser avec le Japon aa 
point de vue de son organisation universitaire. Au Japon, ralimentation 
lact^e artificielle est inconnue, le biberon n'existe pas, et la mortality dans 
la premiere enfance est bien sup^rieure acelleindiquee par nos statistiques. 
On n*y fume pas, on n'y boit pas. 

L*enfant japonais Slev^ k F^cole de la sobri^t^ devient robaste et sain, 
les maladies si nombreuses qui d6ciment notre enfance roalheureuse 
n'exislent pas au Japon. Ayant une bonne hygiene, les enfants n'ont pas 
besoin de m^decin. 

Inclinons-nous et profitons si possible de cet exemple dono^ par un 
peuple ^loign^. 

Un dernier point sur lequel je voudrais insister, bien que la place me 
soit mesur^e et qu'il me faille indiquer plut6t que d^velopper les ques- 
tions qui touchentdi i'iustruction desjeunes Japonais est celui-ci : I'enfance 
malheureuse n'existe pas au Japon. I/ceuvre de cet bomme bienfaisan 
que nous admirons tous, Toeuvre de Maitre Rolletn'aurait pas lieu d'exister 
au Japon, ce qui n'empdcbe que, tel est Tentbousiasme dont les Japonais 
sont anim6s pour tout ce qui int^resse Tenfance, M. Rollet serait port6 
aux nues au Japon, car nulle part ailleurs on n'adore mieux les enfants 
et ceux qui les aiment. 11 n'y a pas d'enfants abandonn^s, il n'y a pas 
d'enfants livr^s a la charite d'oeuvres de bienfaisance. Pourquoi? Parce 
que I'enfant estsacr^. L'enfant est toujours bien elev6. Quand son p6re ou 
sa m^re lui manque, ce sont des parents qui le recueillent. Plus une fa- 
mille a d'enfants, plus elle est consid6ree ; c'est une distinction d'avoir 
beaucoup d'enfants et quand malgre la polygamie, le mari n'a que quatre 
ou cinq enfants, il adopte d'autres enfants pour grossir sa famille. G'est 
cette prolifique affection pour les enfants qui fait la prosp^rite du pays. 
Les Japonais commencent b. avoir des colonies prosp^res et depuis le com- 
mencement du si^cle la population a presque double... Le Japon est en 
train de devenir une grande nation. Remarquez que le pays est pauvre si 
vous le jugez h. un point de vue ^troit, car il ne poss^de pas de b^tes k 
corne et pas de vignobles; un rdti de boeuf, ungigotde mouton de m6me 
qu'un verre de vin y sont aussi introuvables qu'un ivrogne ou qu*un en- 
fant abandonn^ ou qu'un bomme qui ne sait pas lire. Mais les Japonais ont 
suivi le principe de T^vangile : « Groissez et multipliez » auxquels par sar- 
croft lis ont ajout4 : « Protegez et instruisez les enfants, » et le Japon es 
grand. » 

(1) La consultation de nourrissons du dispensaire de Belleville a lieu tous les 
vendredis k 9 heures, 124, boulevard de Belleville. Les m6decins et les ^tudiants 
qui d^sirent approfondir les questions d'allaitement sont admis librement. 



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'U 



BULLETIN 



La lulte centre la tuberculose n'int^resse pas exclusivement les mdde- 
cins et les hygi^nistes, elle met eu jeu des responsabilit^s multiples; elle 
rentre k proprement parler dans ces questions sociales qui prennent une 
place de plus en plus grandedans les preoccupations des pouvoirs publics. 
Une d-marche solennelle a et6 faite aupr^s de M. M61ine, president du con- 
seii des ministres, par le president et les rapporteurs de la commission 
sp^ciale institute ft FAssistance publique, MM. Brouardel, Grancber et Thoi- 
not, par les repr6sentants du Conseil municipal et du conseil de surveil- 
lance de TAssistance publique, par le directeur de FAssistance publique, 
pour appeler toute la soUicitude du gouvernement sur un danger grave et 
inqui^tant. Les d^l^gu^s ont rappel^ que la tuberculose fait chaque ann6e 
en France 225 000 victimes. 

D'ici quelques jours, lorsque le S6nat examinera en deuxi^me lecture le 
projet de loi sur la sant6 publique, M. Henri Monod, M. Brouardel et 
M. Ck)mil ne manqueront pas d'^voquer ce p^ril des maladies contagieuses 
et §vitabies pour faire ^clater aux yeux les plus pr^venus F^norme impor- 
tance de ces mesures de prophylaxie commune qui s*imposent en Europe k 
la vigilance de tous les gouvernements. 

Pour Paris, un programme considerable a et6 dress^; il n'a pas 
encore et6 soumis k la ratification du Conseil municipal, dont le bon vou- 
loir n'est pas douteux, puisque la premiere initiative est venue de lui par 
Torgane de M. Raoul Bompard. Un premier credit de six millions a ^t^ 
mis k la disposition de FAssistance publique pour am6nager dans plusieurs 
h6pitaux de quartier des pavilions sp^ciaux destines au traitement et k 
Fisolement des tuberculeux ; une seconde cat6gorie d'^tablissements a et6 
pr^conisee, celle des sanatoria, comme celui d'Angicourt actuellement en 
construction. 

Le sanatorium d'Angicourt, dont notre collaborateur M. le D' A. Plicque 
exposait derni^rement lliistoire (1), avance lentement; il a ete dote sur 
les fonds du pari mutuel, et les ressources ne sont pas encore suffisantes 
pour ie mettre k bref d61ai en pleine activit6. Ces retards sont extrfime- 
ment regrettables, si Fon envisage Fextr^me urgence de cette creation qui 



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(1) N*' 8 de la Revue Philanthropique, p. 244 et suiv. 



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476 REVUE PHILANTHROPIQUE. 

r^pond k une n^cessit^ absolue. La grande commission parisieane de la 
tuberculosey tout en donnant la pr^f^rence aux pavilions d'hdpitaux intra- 
urbains pour Thospitalisation des tuberculeux, a plac^ au m^me rang la 
construction de sanatoria, en ^mettant le vgbu que TAssistance publique 
etle Conseii municipal mfenent de front I'ach^vement d'Angicourt et I'or- 
ganisatioQ des pavilions sp^ciaux. 

Partout les administrations se hatent de reformer ou de compldtei 
leur outillage hospitalier. A Lyon, M. Sabran et le Gonseil g^n^ral des 
hospices pr^parent un sanatorium dans le d^partement de TAin. « Algei 
s'organise, nous apprend le docteur Leou Petit dans son Bulletin mensuei 
de VOEuvre des enfants tuberculeux, Orleans etle Loiret continuent avec ui 
plein succfes leurs collectes et leur campagne de propagande. Nice vient d( 
cr^er un service d'hygiene et de tuberculinisation des vaches laitieres, 
.pour emp^cher la propagation de la tuberculose et sa difTusion par le lait. 

A Troyes, plusieurs des conferences du mercredi k THdtel de Ville onl 
6t^ consacr^es k T^tude de la tuberculose et des moyens de la combattre 
A Nancy, la question est pos^e d'un sanatorium. La ville de Li^ge, prdoc- 
cup6e du grand nombre de dcc^s causes par la phtisie, fait des voeux poui 
que la charity publique cr6e des asiles pour les tuberculeux. 

Un de iios coUaborateurs 6num6rait, dans le dernier num^ro de h 
Revue P hilanthropique (1), les sanatoria existants : TAngleterre en pos 
shde 18, TAllemagne il,la Suisse en coraptera bient6t 10. Les nations ri- 
valisent de d^vouement, les cures d'air se multiplient, les tuberculeux in 
digents sont prot^g^s et soign^s comme les millionnaires. La France e 
Paris ne tiennent pas un rang honorable dans ces tentatives; k coup sAr le 
resolutions sont prises, les foods sont prdts tout au moins pour Thospitali 
sation urbaine des phtisiques, mais ce premier sanatorium d'Angicourt 
depuis si longtemps en voie d'ex^cution, n'ouvre pas ses portes, et lei 
apdtres de la lutte contre la tuberculose se d^solent' de tant de lenteur e 
d'une telle inertie. 

II appartient au Gonseil municipal, qui a pris une si grande part k h 
preparation de ces mesures de defense contre la tuberculose, de secouei 
ces torpeurs et d'accei6rer Tex^cution du programme de la commissioi 
dont MM. Grancher et Thoinot ont resume avec tant d'autorite les travau: 
et les conclusions. 

« 

L'6parpillement des efforts de la bienfaisance officielle, le morcelle- 
ment des etablissements publics, ont de longue date apparu comme aQ( 
cause d'inf^riorite, et, si la ville de Paris soufifre d'une organisation coii 
leuse et compliqu^e, les autres communes de France ne sont pas dani 
une situation plus favorable, bien au contraire. II n'y existe aucun poin 
. de contact, aucun lien direct entre Thospitalisation des malades ou de: 
vieillards et la distribution des secours £i domicile : partout, sauf k Paris 

(1) N* 8, chronique etrangere : les Sanatoria pour les tuberculeux, par A. S. 
p. 282 et 283. 



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BULLETIN. 

dans les conditions peu satisfaisantes que nous avoiis dites, le bi 
benfaisance et I'bospice ont une administration separ6e ; ces deu: 
tutions ont le droit dene pas se conna!tre,de s'ignorer mutuellemc 
cone des deux commissions administratives, celle du bureau de 
sance et celle de Tbospice, agit comme si elle ^tait seule. 

En 1871 d^j^ les incon?enients de ce dualisme avaient 616 sig 
depuis de longues annees les philanthropes les plus qualifies d^plo 
separation nuisible aux int^rdts communs. Pourquoi Tindigent m 
le n^