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Full text of "L'invention de Jésus tome I"

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[couverture] 



Bernard Dubourg 

L f invention 
de Jesus 



L'HEBREU 
DU NOUVEAU TESTAMENT 



L "IN FIN I 

nrf 

GALLIMARD 



[6] 

© Editions Gallimard, 1987. 

[7] 



a mes amis 



[9] 

Ces huit essais tracent les etapes de ma recherche sur la langue originelle du Nouveau 
Testament et, plus particulierement, des Evangiles dits « canoniques ». Cette recherche, on 
s'en apercevra des les premieres pages du livre, va, pour sur sans aucune concession ni le 
moindre regret, a l'encontre des refrains les plus couramment admis de l'exegese majoritaire. 
Et, prenant pour cibles certains des tenants de cette exegese (les autres, maitres, disciples et 
sous-disciples, auront la tristesse de ne se sentir par la qu'allusivement vises et hues), ces 
essais sont d'abord des pamphlets: ils ne sont pas agressifs, ils se veulent tels ; ils pretendent 
mettre a plat quelques enormites ambiantes-trop-ambiantes. Je prends plaisir, en les reunissant 
ici sous leur forme premiere (huit echelons d'une chronologie de la colere), a me venger de 
tant d'heures que m'ont volees tant et tant de commentateurs « autorises » des textes du corpus 
dit chretien. Tous ces commentateurs fondent en effet leurs parasitages des Evangiles sur la 
these d'une redaction originellement grecque du corpus: 9a n'est meme plus pour eux une 
these - c'est une evidence, un lieu commun que rien ni personne ne saurait remettre en 
question. These, evidence ou lieu commun, peu importe - les etudes qu'on va lire ont pour 
unique but, quant a elles, preuves et exemples multiples (et progressifs) a l'appui, de miner la 
belle unanimite des « grecistes », de montrer du doigt quelques-uns de leurs contresens (de 
leurs mensonges?), et de donner enfin place a l'hebreu. 



[10] 



NOTE 



1. Nulle part dans les textes qui suivent, «juif» et «judaique» ne sont synonymes de 
« pharisien » et de « rabbinique ». 

2. Dans tout le livre les mots grecs sont italiques et transcrits en caracteres romains 
minuscules (sans consideration des esprits et des accents) ; les mots Semites, hebreux ou 
arameens, sont translitteres en caracteres romains majuscules. 

3. Sauf rares exceptions - aisement reperables -, seule la graphie des termes Semites est prise 
en compte, et non leur vocalisation. 

L'alphabet de 22 lettres est ici translittere de la maniere suivante : 



aleph 


5 


beth 


B 


ghimel 


G 


daleth 


D 


he 


H 


waw 


W 


zain 


Z 


heth 


H 


teth 


T 


yod 


Y 


kaph 


K 



lamed 


L 


mem 


M 


nun 


N 


samekh 


S 


c ain 


c 


phe 


p 


tsade 


§ 


qoph 


Q 


resh 


R 


shin 


S 


taw 


T 



[11] 



L'hebreu du Nouveau Testament 



Le probleme du Nouveau Testament est d'abord un probleme de langue : tous les erudits 

s'accordent a croire que cette langue est le grec. Je propose, a leur encontre, l'hypothese d'une 

redaction originellement hebraique du corpus. II s'agit bien d'une hypothese puisque les 

manuscrits les plus anciens du Nouveau Testament qui nous restent sont grecs et que toutes 

les versions non grecques du Nouveau Testament sont issues, par voie de traduction, des 

versions grecques anciennes. 

Quels sont les arguments des grecistes ? Quelles sont les bonnes raisons de leur refuser, 

desormais, la parole ? 

Qu'en est-il des particularites du grec du Nouveau Testament ? 

Les Eglises, depuis presque vingt siecles, lisent leurs textes fondateurs dans un sabir qui n'est 

pas celui de leur redaction primitive : quel sabir ? sabir jusqu'a quel point ? 



[13] 

Dans un livre concernant les langues parlees et ecrites en Palestine et dans la Diaspora au 
temps repute etre celui du Christ, 

Do You Know Greek? How Much Greek Could the First Jewish Christians 
Have Known ?, Leyde, Brill, 1968. 

Sevenster aboutit a la conclusion (p. 176) que tout Judeen ou Galileen du l er siecle connait, 
parle ou ecrit l'arameen, le grec ou l'hebreu, et que certains - sans qu'on puisse preciser qui - 
possedent deux de ces idiomes ou les trois a la fois. 

Mon hypothese 

J'ai, dans un article sur Judas l'lscariote, 

« Un coup de vasistas sur Judas », para dans PO&SIE n° 17, Paris, E. Belin, 
1981,pp.95-122. 

mis en avant l'hypothese d'une redaction hebraique originale de la majeure partie du Nouveau 
Testament et, particulierement, des Evangiles, synoptiques ou non, canoniques ou non. 

Pour ce qui est des evangiles apocryphes, je parle ici, bien sur, des plus 
anciens, et non des forgeries medievales. 

Or, toute hypothese exige illico deux sortes de preuves : tout d'abord il importe d'etablir sa 
non-impossibilite ; en second lieu, il faut produire les raisons de sa necessite - ce que les 
Anglo-Saxons appellent son « evidence ». 

[14] 

Indices et preuves 

Les decouvertes de la mer Morte, manuscrits sectaires dits esseniens (?), les lettres et archives 
de Bar Kocheba, et autres, montrent que l'hebreu se lit, se parle et s'ecrit, qu'il est par 
consequent une langue authentiquement vivante, a l'epoque consideree. Sans ces decouvertes, 
nous croirions peut-etre encore, par exemple avec Guignebert, 

Jesus, Paris, reed. 1969, p. 136. 

que le Christ 

« Jeune villageois qui voit le monde a travers le prisme de sa naivete » (sic), 
selon Renan cite par Guignebert a la meme page. 

« parlait arameen », et en resterions la. Avec elles, nous devinons, sans meme sortir de la 
lettre des Evangiles, non seulement qu'il ne parlait pas que l'arameen, mais que mis en scene 
comme interlocuteur, sans interprete, de Pilate ou d'une Samaritaine, il avait, en tant que 
personnage du corpus, une connaissance au moins passable d'autres langues ou dialectes en 
usage chez lui et autour de lui. Si les Evangiles nous parlent bien d'un messie de descendance 
davidique, il est hors de doute que ce messie connaissait l'hebreu. 

II n'est pas non plus impossible que les Evangiles, canoniques et autres, aient ete 
originellement ecrits et penses non point en grec ou en arameen, mais proprement en hebreu - 
l'hebreu des textes de Qumran ne porte pas trace d'hellenismes -, 

Sevenster, op. cit., p. 153: « Dans les textes hebreux et arameens de Qumran, 
on n'a rencontre jusqu'ici aucun mot qui puisse assurement etre identifie 
comme un emprunt au grec. » Cette remarque est capitale, et c'est en fait un 
truisme. 

et qu'ils aient ete ensuite, dans des conditions qui restent a definir, traduits en grec, puis en 

copte, en syriaque, etc. 

[15] 

Comment croire que plusieurs ou la plupart des textes coptes de Nag- 
Hammadi, Evangile de Verite, Evangile de Thomas et autres, ne derivent pas 
d'un socle hebreu et non pas grec ? 



Tout exegete sait que, sauf rarissimes exceptions, le grec du Nouveau Testament est une 
langue tordue, un grec souvent de pacotille, dont la syntaxe (et le vocabulaire ?) n'a aucune 
des beautes des monuments hellenistiques contemporains. Meme Flavius Josephe, qui traduit, 
dit-il, ses oeuvres du Semite en grec, s'arrange pour en rejeter toute trace d'arameen ou 
d'hebreu : sauf aux endroits retouches, voire franchement mutiles, par les moines copistes, 
Flavius Josephe est un excellent auteur ; au minimum il est lisible. - Mais qui ira pretendre 
que l'Apocalypse dite de Jean est lisible ? Ni Philon le Juif ni Josephe - des contemporains, 
ou presque - n'auraient ose presenter a leur public des narrations aussi mal ficelees. 
De cela, les commentateurs erudits tirent l'idee que le Nouveau Testament, pour faire bref, est 
redige par des illettres, des gens simples, peu verses en hellenismes : au fond, des ignorants. 
Et ils ajoutent aussitot que le temoignage desdits illettres n'en est que d'autant meilleur - 
comme si, entre parentheses, tout analphabetisme heroiquement surmonte faisait la valeur 
d'un temoignage... 

Toutes ces subtilites et fausses evidences sont en realite de peu de poids, et l'argumentation 
prend parfois d'autres aspects. 
Par exemple, il y a d'abord le fameux passage 

Et c'est d'ailleurs le seul, puisque peu ou prou tous les Peres de l'Eglise des 
siecles suivants le recopient. - Pour ce qui est des conceptions modernes, voir 
le resume donne dans Cullmann, Le Nouveau Testament, Paris, PUF, 1976, 
passim ; toutes ces conceptions s'accrochent a Irenee. 



du Contre les heresies 

[16] 

d'Irenee de Lyon : 



Ou, plus exactement: « Contre les opinions » - tout un programme, deja ! 



Ill, I, I, Irenee de Lyon est de la fin du II eme siecle si Ton en croit la tradition ; 
son nom, qui signifie « la paix », est sans doute l'equivalent grec de Salomon. 
- Je suis ici la traduction Rousseau-Doutreleau, non sans quelques 
reticences : on sait les problemes de critique textuelle que pose l'ouvrage 
d'Irenee. 

« Ainsi Matthieu publia-t-il chez les Hebreux, dans leur propre langue, une forme ecrite 
d'Evangile, a l'epoque ou Pierre et Paul evangelisaient Rome 

Dans ses Antiquites juda'iques (XX, v, 2), Josephe nous dit: « C'est a cette 
epoque qu'un sort contraire s'acharna sur les fils de Judas le Galileen, qui 
avait pousse les Juifs a la revoke contre les Romains lors du recensement de 
la Judee sous Quirinius, ainsi que nous l'avons raconte plus haut. Ces deux-la 
etaient Jacob (= Jacques) et Simon, et Alexandre donna l'ordre qu'on les 
mette en croix. » On ne voit pas comment Simon-Pierre -Kephas, crucifie 
avec son frere Jacques en Palestine, a pu ensuite se rendre a Rome et y 
repandre son evangile, A moins, bien sur, que ces fils de Judas de Gamala 
(personnage cite, d'ailleurs avec un contresens chronologique, enActes v, 37) 
n'aient rien a voir avec les freres et les proches du Jesus de la narration 
evangelique. 

et y fondaient l'Eglise. » 

Litteralement, « la communaute » ou, si Ton ne suit que le latin, « une 
communaute ». 

Irenee dit ensuite qu'a cet Evangile s'ajouterent ceux de Marc, « disciple et interprete de 
Pierre », et de Luc, « compagnon de Paul », et que Jean redigea enfin le sien « tandis qu'il 
sejournait a Ephese, en Asie ». II ne dit nulle part en quelles langues furent rediges ces trois 
derniers Evangiles : il ne dit pas qu'ils l'ont ete en grec. 

Or les exegetes, qui tiennent decidement a leur grec et temoignent d'une curieuse aversion 
pour l'hebreu, lisent ce passage de la maniere suivante : le Selon-Matthieu a ete [17] 
originalement redige en arameen, comme si « chez les Hebreux, dans leur propre langue » 
signifiait necessairement « en arameen » ; puis, comme Irenee ne precise pas, tous supposent 



(ou plutot : affirment) que Marc a ecrit en grec un Evangile a l'usage des Romains evangelises 
par Pierre, 

Ce meme Pierre dont les Actes des Apotres disent (XII, 17) qu'il « sortit et 
partit dans un autre lieu », c'est-a-dire... qu'il mourut ! 

maitre a penser de Marc ; 

A l'appui de cette these, les commentateurs relevent les « nombreux 

latinismes » du Selon-Marc, comme si ces latinismes (qui ne touchent en fait 

qu'au vocabulaire) pouvaient n'etre pas ceux d'un traducteur et non du 

redacteur primitif lui-meme - nous y reviendrons. 

puis, le Selon-Luc etant redige dans un meilleur (relativement meilleur) grec que ses 

concurrents, ils y voient le nee plus ultra des preuves d'une redaction grecque originale, 

comme si Josephe, traduit en excellent grec par lui-meme et ses adroits collaborateurs, n'avait 

pas d'abord ecrit en semite ; quant a Jean, fort age et exile, il viendrait en dernier : son 

Evangile est repute gnostique et parfois tendancieux ; il importe done de le rendre aussi tardif 

que possible, meme si Ton a de quoi s'etonner qu'un vieillard vivant depuis si longtemps en 

milieu hellenistique ecrive une langue aussi fautive. 

Le grec du Selon-Jean est une merveille a cote de celui de 1 'Apocalypse, mais 
en soi une authentique catastrophe. Le plus kabbaliste et esoterique des 
redacteurs, autrement dit le plus « intellectuel », serait alors le plus fin adepte 
du charabia ; et cela ne gene en rien les commentateurs patentes ! 
Et puis voyez les tours de passe -passe : pourquoi suppose -t-on toujours qu'un 
Juif residant a Ephese, dans la Diaspora, ignore necessairement l'hebreu ? 

D'ailleurs, j'ai tort de parler de preuves et de contre-preuves. Jamais les exegetes ne remettent 
en cause ou ne discutent ce [18] que la tradition suppose concernant la langue originale des 
Evangiles : pour eux, globalement, la question ne se pose meme pas. Et si, d'aventure, ils se la 
posent, ils se hatent aussitot de l'oublier : ils ne sautent jamais du grec a l'hebreu primitif du 
corpus. 

Voir le chapitre « Les documents de base » dans Cullmann, op. cit, pp. 7 s. et 
passim ; voir aussi les travaux de Matthew Black, que je cite plus loin. 

Si Ton ajoute a cela que les manuscrits grecs complets que nous possedons (Sinaiticus, 
Alexandrinus, Vaticanus, Codex Bezae, etc.) ne sont jamais anterieurs aux IV e et V e siecles, 

Voir recension dans Aland, Synopsis of the Four Gospels, 3 e edition, 1979, p. 
XVII par exemple. - Les manuscrits que je cite ici etaient primitivement 
complets ; par la suite, ils ont perdu des feuillets. 

on mesure, a l'encontre de cette magnifique unanimite, la difficulte que les versions grecques 
ont eue a s'imposer. Elles se sont imposees grace a Constantin, premier Cesar pro-chretien, 

Ou plutot : favorable, par calcul, a l'un des christianismes rivaux, avec 
combien de volte -face. 

et a Eusebe de Cesaree, son copiste, chef de scribes et censeur attitre, dans l'atelier scripturaire 
duquel, precisement, furent etablies cinquante copies calligraphiees, « bien lisibles et 
portatives », des textes des lors canoniques. 

Voir le De Vita Constantini d'Eusebe, IV, 36. Sans doute l'empereur fit-il la 
chasse aux autres exemplaires, qu'on s'accorde a present a reputer « perdus ». 
II faut, pour qu'un canon d'ecrits se mette en place, un despote fort et un 
scribe a sa solde, ce dernier pouvant etre l'empereur lui-meme : ainsi, en 
Chine, Ls'in Che-houang-ti, expert en murailles et autodafes. - Quand on sait 
comment notre Eusebe, premier historien ecclesiastique, a remanie sa 
biographie de Constantin au gre des evenements et des fluctuations de son 
envie de lui plaire et de le servir, en gommant des noms, en triturant les faits 
et en les [19] trafiquant, on devine du meme coup quelle confiance il faut lui 
accorder en tant que narrateur et rapporteur des premiers temps du 
Christianisme. Or, dans les manuels, encore aujourd'hui, l'oeuvre de ce 
polygraphe, serieux precurseur de Jdanov, est tenue pour « globalement 
positive » par les specialistes... 
Des lors, la decouverte d'apocryphes tres anciens, comme V Evangile de Thomas, 



Je veux parler de l'evangile gnostique (?) repertorie sous ce titre, celui de 
Nag-Hammadi. 

est d'autant plus precieuse qu'elle nous fournit sur le Christ des renseignements ayant echappe 
a la sagacite des moines et des scribes ayant travaille au service d'Eusebe, renseignements non 
rediges en grec cette fois. 

De l'Evangile hebreu de Matthieu, pourtant signale par plusieurs auteurs, il ne reste pour 
l'heure aucune ligne, malheureusement, soit qu'il ait ete perdu au cours des diverses 
insurrections juives des I er et II e siecles, soit qu'il ait ete detruit par les tenants officiels du 
christianisme officiel de l'Empire. 

Je developperai plus tard d'autres eventualites. 

Quand on examine les coupures pratiquees dans Flavius Josephe, 

Cf. ses « comme je l'ai dit plus haut » qui ne renvoient plus a rien. 

dans Petrone, 

Son Satiricon n'est plus qu'une epave naine. 

dans Tacite, dans Ammien Marcellin, entre autres, et les corrections, caviardages, 
interpolations, dont ils ont beneficie, on pencherait plutot pour la seconde hypothese. Tout a 
probablement ete fait pour qu'aucun vestige authentique du socle semitique des Evangiles et 
des textes adjacents, en langue hebraique meme, ne demeure - sans cependant qu'on puisse a 
priori et tres precisement definir la ou les raisons vraies d'une telle destruction 
(l'antisemitisme et les luttes sectaires y eurent leur part, c'est certain). 

[20] Pour me resumer, je dirai que rien ne s'oppose d'emblee a l'idee d'une redaction 
hebraique primitive de la plupart des textes du Nouveau Testament et, plus particulierement, 
des Evangiles. L' hebreu est une langue vivante dans la Palestine du f r siecle : cette langue se 
parle, se lit et s'ecrit. Par ses aberrations memes, le grec des Evangiles tend a se reveler 
comme de seconde main. De tout ceci, je deduis qu'il faut, au moins a titre d'essai, pratiquer 
enfin une retroversion serieuse et patiente du grec du Nouveau Testament vers l'hebreu ; car 
n'est-il pas possible, grace a un examen scrupuleux des manuscrits que nous avons et des 
versions qu'ils contiennent, mot a mot, phrase apres phrase, d'obtenir sinon l'original Semite, 
du moins une notion plausible de cet original ? 

Ce qu'est une retroversion 

Une telle entreprise, deja tentee pour d'autres textes et dans d'autres conditions, 

Je pense ici a la belle retroversion copte-grecque de YEvangile de Verite par 
J.-E. Menard, Paris, 1962, dont je fais mienne la modestie (« II serait, dit-il, 
evidemment a la fois pueril et tout a fait faux d'un point de vue 
methodologique de parler ici d'une reconstitution d'un texte 
vraisemblablement a jamais perdu et dont nous ne possedons aucun lieu 
parallele connu », p. 24), mais non l'idee de depart, qui est aussi sa 
conclusion : « le traducteur copte travaillait sur un original grec » (p. 24) ; 
pour Menard, aucun original Semite n'est envisageable alors meme que le 
copte est une langue chamito-semite et que bien des textes gnostiques- 
chretiens coptes ne se comprennent que sur la base des precedes de codage de 
la Kabbale hebraique - curieux, n'est-ce pas ? 

se heurte d'entree de jeu a des difficultes considerables. Tout d'abord, parmi les centaines de 
manuscrits (grecs) du Nouveau [21] Testament, lequel ou lesquels choisir ? auquel ou 
auxquels faire confiance ? L'apparat critique de l'edition courante Nestle-Aland la plus 
recente, qui recense aussi bien des bouts de papyrus reputes du IF 3 siecle que les magnifiques 
codex du XI e siecle, fourmille de lecons contradictoires ou, au moins, divergentes. 
A cette difficulte, les traducteurs europeens du Nouveau Testament repondent par des choix 
bien grossiers. 

La palme, dans ce domaine, revient peut-etre a A Textual Commentary on the 
Greek New Testament, Londres-New York, 1 97 1 : cet ouvrage, qui estampille 



des centaines de passages « difficiles » du corpus, opte pour telle version au 
detriment de telle autre par voie democratique ; le « comite » reuni par les 
United Bible Societies y est dit « preferer » ici ou la « majoritairement » tel 
mot, y rejeter de la meme facon tel autre, y exclure ici la lecon ceci au profit 
de la lecon cela ; et voguent les votes... Dans tout le livre, a longueur de 
pages, on lit des phrases commencant ainsi: « A majority of the Committee 
preferred to adopt the reading... », ou bien : « In the opinion of the majority 
of the Committee... » - mais jamais ce comite de decideurs n'est dit avoir 
organise un referendum sur l'interet qu'il y aurait, sur tous les passages ainsi 
soumis au scrutin, a recourir au texte hebreu sous-jacent. 

Car on est tente, malgre tout, de choisir, c'est-a-dire lorsque, par exemple, on entend rendre le 
texte en francais, de preferer pour on ne sait trop quelle raison telle lecon a telle autre - selon 
l'humeur, le gout, la tradition, le hasard, ou les imperatifs de telle ou telle interpretation tacite 
du texte. On parvient, comble de litterature, d'humour, ou des deux, a faire de l'Apocalypse de 
Jean un livre grammaticalement convenable ! 
Choix... Preferences tacites... Est-ce serieux? 

Les commentateurs s'accordent en outre a donner massivement la preference aux manuscrits 
complets anciens ou dits tels, ceux qui n'excedent pas le V e siecle. Mais la encore les [22] 
divergences abondent, et abondent les joutes d'erudits, champions les uns du Codex Bezae, les 
autres du Sinaiticus, quand, comme Nestle-Aland, ils ne produisent pas un panache informe 
du tout, panache qui a, lui, l'avantage et l'inconvenient (fort democratique, celui-la !) de 
n'avoir ete l'ceuvre d'aucun auteur ni traducteur ! Fuyant le pluriel (parce qu'on ne sait le 
justifier et qu'il fait peur), on opte alors pour du fictif... 

Premier obstacle et ses avantages 

Paradoxalement, ces divergences du grec - dans le grec - sont en fait une chance pour qui 
veut proceder a une retroversion. Si, en effet, je donne un texte hebreu a plusieurs traducteurs 
grecs independants, j'obtiendrai necessairement des resultats divergents. 

On sait que les Septante, eux, tout independants qu'ils etaient, produisirent 
par miracle un seul texte grec a partir de la Bible hebraique, mais c'est une 
legende : voir Lettre d'Aristee a Philocrate, trad. Pelletier, Paris, 1962. 

Si, par suite d'une quelconque catastrophe, l'original est detruit ou perdu, et s'il ne me reste 
plus qu'une seule traduction parmi toutes celles que j'ai commandees, j'aurai toutes les peines 
du monde a retablir cet original-la : disons que la partie est d'avance perdue pour moi. Si, en 
revanche, plusieurs traductions independantes me restent, alors leurs divergences memes me 
mettront sur la voie d'un retour au texte-modele primitif Bien mieux : plus il me restera de 
traductions independantes et plus j'aurai de bonnes chances de reconstituer plausiblement 
l'hebreu. - II en va ainsi, dans mon hypothese, pour les versions grecques du Nouveau 
Testament. La ou les manuscrits me proposent divers mots concurrents, j'aurai a retrouver le 
mot hebreu recouvrant ces divers mots, c'est-a-dire le mot hebreu ayant pu produire tous ces 
equivalents grecs ; 

[23] Et ainsi procederai-je avec les tournures, propositions, phrases et 
membres de phrases, des lors qu'ils se presenteront sous des formes 
alternatives. 

mais la ou les manuscrits ne me donneront qu'une seule version, j'aurai sans doute plus de 
mal, sauf exceptions, 

Lorsqu'il s'agit, par exemple, d'idiotismes (de semitismes) evidents et 
courants. 
a n'opter que pour un seul texte Semite (primitif). 

Meme remarque pour ce qui touche aux temps des verbes, a l'orthographe, a 
l'ordre des mots, etc. - ce qui ne veut pas dire que bien des divergences entre 
les manuscrits (grecs) ne soient pas dues aussi a la faute, volontaire ou non, 
des copistes. 



La premiere difficulte peut done tourner a l'avantage de l'amateur de retroversions perilleuses. 

Second obstacle et ses avantages 

Le second obstacle reside dans la nature des deux langues en presence. C'est que la syntaxe 
grecque n'a rien a voir, ou presque, avec celle de l'hebreu. Ou, plus precisement : la bonne 
syntaxe grecque n'a que peu a voir avec celle de l'hebreu. Bien pretentieux serait celui qui 
tenterait de retrovertir en semite tel ou tel passage de Josephe : son grec est bien trop pur. 
Mais, comme je l'ai dit, la syntaxe du Nouveau Testament est si alambiquee et si riche en 
semitismes de toutes sortes qu'on peut risquer l'hypothese, non seulement d'une traduction de 
l'hebreu, mais d'une traduction globalement litterale. Autrement dit, la plupart de ces textes 
ont ete, selon moi, originalement ecrits en hebreu puis grecises, a diverses epoques n'excedant 
pas (peut-etre) les IV e et V e siecles, par divers traducteurs dont les versions, quoique 
evidemment divergentes, concordent pourtant majoritairement sur un point : toutes tentent, 
souvent jusqu'au sabir, de rendre l'original aussi [24] litteralement que possible. Bien sur, si 
grec et hebreu etaient des langues grammaticalement voisines, ces traductions auraient, en 
plus de cette litteralite, obtenu une certaine grace, un semblant de beaute litteraire - une 
certaine lisibilite ; mais 9a n'est nullement le cas : l'hebreu et le grec etant par nature 
grammaticalement dissemblables, le resultat de chaque traduction ne fut et ne put etre, en 
raison de l'intention litterale, qu'un brouet, une suite hebraique de mots grecs. 
L'hebreu, avare de propositions conjonctives subordonnees, procede le plus souvent par 
simple juxtaposition de principales, lancinamment reliees par la copule W, « et ». Cette 
juxtaposition est de regie dans le Nouveau Testament, quel que soit le passage choisi : les kai 
(« et » grecs) y fourmillent. Les propositions, comme dans la Bible hebraique, y sont courtes 
(derisoirement courtes par rapport a celles qu'on rencontre dans les textes grecs de toute 
epoque) ; les phrases syntaxiquement complexes y sont rarissimes (elles resultent, le plus 
souvent, de gloses ou d'ajouts : ainsi, par exemple, le tout debut de YEvangile de Luc). Tout 
cela me parait constituer un indice plus qu'evident de l'origine hebraique (ou arameenne, pour 
l'instant) du texte. 

D'autre part, une phrase hebraique type se construit sur la sequence suivante : « et » + verbe + 
sujet + complement, 

Et, lorsqu'un relatif intervient (S ou 'SR), son antecedent est repete (comme 
pronom) dans la relative elle-meme - ce qui n'est pas le cas dans la syntaxe 
grecque. 

suivie d'une autre sequence du meme genre, reliee ou non a la precedente par la copule W. Eh 
bien, la plupart des phrases du Nouveau Testament, et particulierement des Evangiles, 
synoptiques ou non, epousent cet ordre Semite, alors qu'aucun auteur grec de l'epoque, ni 
d'aucune epoque, meme mauvais, n'ecrit de cette maniere-la. - Encore un plus-qu'indice du 
caique hebreu-grec produit par les divers traducteurs. 

[25] Non seulement aucun auteur grec d'aucune epoque ne manifeste ces deux tendances 
syntaxiques du Nouveau Testament, mais les Septante eux-memes, quelques dizaines d'annees 
avant notre ere, en traduisant (en grec) la Bible hebraique, tout en preservant un grand nombre 
de semitismes, n'ont jamais pousse leur souci du litteral jusqu'a l'aberration dont fait preuve le 
Nouveau Testament dans son ensemble. Un etudiant qui apprendrait le grec ancien dans le 
Cantique des Cantiques ou dans le Levitique grecs atteindrait a une connaissance passable de 
la langue : mais a ce meme etudiant je ne conseillerai jamais de prendre le Nouveau 
Testament pour reference : ce serait un suicide pedagogique. 

Pour un retour a l'original 



J'ajouterai ceci : Si le Nouveau Testament est, global em ent, incoherent au regard de sa langue, 
5a n'est vrai que du point de vue du grec. Au regard de la grammaire hebraique, il est la 
plupart du temps on ne peut plus logique et, disons-le, normal : car en y remplacant chaque 
mot grec, sans le deplacer, par un mot hebreu de sens egal ou equivalent, on peut atteindre, le 
plus souvent, a une phrase Semite des plus signifiantes. Chaque element grec rentre 
parfaitement, sans violence, dans le moule syntaxique Semite dont le grec meme singe 
(bizarrement pour un lecteur grecisant, normalement pour un lecteur hebraisant) le plus 
nettement possible les contours structurels. En schematisant a peine, on doit affirmer que le 
Nouveau Testament parait, dans l'ensemble, ecrit en hebreu a l'aide de mots grecs : c'est cela, 
une traduction litterale, a la fois un changement de vocabulaire et une identite maximale du 
point de vue syntaxique. - Quand je traduis litteralement une strophe comme celle de 
Coleridge : [26] 

It is an ancient Mariner 

And he stoppeth one of three. 

« By thy long grey beard and glittering eye, 

Now wherefore stopp'st thou me ? » 

The Rime of the Ancient Mariner, in Seven Parts, f e partie, 
debut, 
j'obtiens, nonpas : 

C'est un mar in tres vieux ; 

Avisant trois passants, il arrete Yun d'eux : 

« Par ta longue barbe grise et ton ml brillant, 

Dis-moi, pourquoi viens-tu m'arreter maintenant ? » 

Version francaise de Henri Parisot, dans S. T. Coleridge, 
Poemes, Paris, 1975. 
version elegante qui ne me permet en rien de retrouver sous elle l'original, mais, bien moins 
joliment : 

C'est un ancien Marinier 

Et il arrete un de trois. 

« Par tes longue grise barbe et brillant ceil, 

Maintenant pourquoi arrete s-tu moi ? » 

Cette version (indigeste) est au francais ce que le grec du Nouveau Testament 

est au grec ; et elle est a l'anglais d'origine ce que le grec du Nouveau 

Testament est a son hebreu originel-original - ni plus, ni moins. 

traduction qui n'a, c'est le moins qu'on puisse dire, aucun merite litteraire, mais bien celui de 

me divulguer sous elle, mot apres mot, sa reference anglaise, chose que n'autorisait pas le 

rendu elegant. 

Cet exemple peut etre exploite autrement. En effet, le grec du Nouveau Testament s'apparente 
plus a ma deuxieme version du poeme de Coleridge qu'a la premiere (celle de H. Parisot) ; 
bien mieux : il me semble que les traducteurs du Nouveau Testament ont essaye, pour une 
raison de prime abord mysterieuse, 

[27] Raison qui touche en tout cas au fait qu'ils tenaient le texte qu'ils avaient 
sous les yeux pour sacre : les Septante, quel que soit le resultat de leur 
entreprise, avaient eu eux aussi pour but de traduire litteralement ; eux aussi, 
en leur temps, avaient un texte sacre a transferer d'une langue dans une autre. 
Et, dans un cas comme dans l'autre, tout se passe comme si le souci du litteral 
repondait au souci de conserver au maximum la sacralite du texte original. 

de traduire le texte hebreu au plus pres afin que tout lecteur du grec puisse, sans peine et a 
condition d'etre, meme moderement, bilingue, y retrouver l'original ou ses grandes lignes avec 
une approximation suffisante. On dirait qu'ils ont volontairement massacre leur Coleridge a 
eux, non pas par on ne sait quel sadisme, mais afin de n'avoir que peu de chances de le perdre 
a tout jamais, afin de l'avoir, meme masque, toujours sous la main. 



Faiblesse radicale de I'exegese 

Je m'etonne en tout cas qu'aucun exegete du Nouveau Testament, a ma connaissance, 

Sauf, peut-etre, Matthew Black deja nomme. Mais le titre meme de l'ouvrage 
qu'il ecrivit sur cette question (An Aramaic Approach to the Gospels and 
Acts, 3 e ed., Oxford, 1977) montre qu'il s'est trompe de cible : non seulement 
il continue de croire, malgre cependant quelques doutes de detail, trop vite 
ecartes, que le grec du Nouveau Testament est originel, mais il opte pour un 
examen de l'arameen - et non de l'hebreu - comme source sporadique 
eventuelle (seulement sporadique, et seulement eventuelle !). Neanmoins ce 
livre - comme les articles de J. T. Marshall paras au debut du siecle - a 
l'avantage de donner une idee du socle semitique des Evangiles et des Actes 
(car les Actes aussi, ceux dits de Luc, ont ete [28] selon moi originalement et 
majoritairement ecrits en hebreu). 

n'ait le moins du monde envisage, ne serait-ce qu'envisage, l'hypothese de bon sens que je 
tente de mettre ici en avant. Tous ont face a eux un grec minable, et tous s'en contentent : ils 
s'en accommodent ! et tous se hatent de le traduire (en langues europeennes et autres) de la 
maniere la plus litteraire qui soit - et la plupart n'hesitent pas a en tirer des conclusions, toutes 
plus definitives les unes que les autres, sur les origines du Christianisme. Et des milliers de 
livres de commentaires s'accumulent au fil des annees a propos d'une narration de seconde 
main, 

La plupart des savants pretendent que la langue du Nouveau Testament est la 
koine, la langue grecque parlee, la langue du peuple et des marchands, mais 
aucun n'est capable de nommer une oeuvre, une seule, de la taille du corpus 
neo-testamentaire, ecrite en koine, si ce n'est... le Nouveau Testament lui- 
meme ! Beau serpent qui bellement se mordille la queue... (Parfois on fait 
appel a la soi-disant koine de Polybe l'historien : mais qui ira dire que Polybe 
ecrit un grec semitisant ? . . . ) 

dont la syntaxe ne tient pas. 



(Texte paru dans Tel Quel, Paris, Le Seuil, 1982.) 



[29] 



Pierre etfils chez Flavius 



Flavius Josephe n'est pas, pour qui s'interesse a la Palestine du I er siecle de notre ere, un 
ecrivain comme les autres : c'est une reference obligatoire. Josephe, unique historien juif- 
palestinien du premier siecle, ne nous renseigne pas seulement sur l'epoque reputee etre celle 
de la redaction du Nouveau Testament : il nous renseigne aussi, et fort utilement, sur la langue 
primitive du corpus. 

II nous dit, contre l'opinion unanime des grecistes, que l'hebreu est une langue couramment 
parlee (parlee !) dans la Palestine du f r siecle. Et il ne nous le dit pas allusivement : il nous 
fait part de la nouvelle en clair, avec insistance. Mais les erudits, eux, s'en tiennent au refrain 
de l'hebreu langue morte a l'epoque evangelique ; ce refrain leur sert de reflexe : il leur est 
devenu instinctif 

Je mets en scene, ici, un jeu de mots rapporte par Flavius et les gesticulations d'un greciste au 
travail : c'est done d'un petit calembour que va a present sortir, comme d'un chapeau claque, 
mon hypothese de l'hebreu langue originelle du Nouveau Testament. 



[31] 

Annee apres annee, les erudits sur la breche continuent, non sans succes, de faire croire a qui 
veut l'entendre que l'hebreu est une langue morte et enterree au I er siecle de notre ere. Pour 
eux, la cause est claire d'avance, et il n'y a aucun moyen de revenir la-dessus ; aucun soupcon 
du contraire n'est admis : il ne vaudrait qu'un haussement d'epaules. Tout Palestinien de 
l'epoque, selon eux, n'a plus pour s'exprimer, oralement ou par ecrit, que l'arameen et le grec ; 
pour eux, c'est l'evidence : je presuppose done e'est vrai. 

Parfois, il faut l'avouer, la pilule est un peu difficile a faire avaler aux gogos, et on use alors 
d'humour et de raisonnements : mais, on va le voir ici, seuls ces derniers sont volontaires. 

Une anecdote, un calembour 

Annee 70 (plein I er siecle done) ; siege de Jerusalem par Titus (en Palestine done). Dans la 
ville, les Juifs (galileens et judeens) ; aux terrassements, les soldats de la X e legion. Flavius 
Josephe decrit, avec admiration comme toujours lorsqu'il s'agit pour lui d'evoquer la merveille 
de guerre romaine, les machines des assiegeants : oxybeles et lithoboles, autrement dit lance- 
fleches et lance-pierres. Les pierres ainsi projetees, dit-il, pesent un talent (soit 36 kilos) et 
parcourent deux stades ou plus (soit, au bas mot, 350 metres) : on sent que pour l'historien 
traitre c'est la le summum des performances lapidatoires... 

[32] Rien, jusqu'ici, de tres linguistique, mais qu'on Use la suite {Guerre des juifs, v, § 271 
s.): 

« Les Juifs, tout d'abord, savaient se proteger de la pierre {ten petrari) : car elle etait blanche 
{leuke) et, de ce fait, en plus de se manifester par son sifflement, elle s'annoncait au regard par 
sa blancheur. Par suite, les guetteurs, places sur les tours, les avertissaient 

Autrement dit : ...avertissaient les autres assieges (juifs). 

quand la machine lachait sa pierre et que celle-ci partait, en criant dans leur langue maternelle 
{tepatrio glosse) : II arrive, le fils {o uios erkhetai) ! » 

Et, ainsi avertis, les assieges juifs (de Palestine) se couchent et le projectile blanc n'a plus 
aucun effet sur eux ; pour remedier a cet inconvenient majeur, Flavius ajoute que les Romains 
peignirent leur gros caillou en noir : ainsi devenait-il moins visible. 

Une explication simple 

En grec, « blanc » se dit leukos, « pierre » petra, et « fils » uios. Le sobriquet ici applique a la 
pierre (« II arrive, le fils ! ») ne fonctionne done nullement dans cette langue-la ; voila un 
point d'acquis. 

Et il en va de meme dans le Nouveau Testament : les jeux de mots y sont 
innombrables, mais non pas en grec : sous le grec, dans l'hebreu d'origine. 

Or tout debutant en hebreu sait que 'BN y signifie « la pierre », BN « le fils », et LBN 
« blanc » (c'est du vocabulaire courant, qu'on apprend la premiere semaine). Notre debutant, 
que les delires exegetiques n'ont pas encore entame, saisit ici, immediatement et sans qu'on le 
lui souffle, que les assieges [33] juifs-palestiniens de 70, face aux machines, ont fait contre 
mauvaise fortune bon cceur en hebreu. 

Et pas en arameen, ou « fils » se dit BR. 

Eh bien, pas du tout. 



Les tortures de I'exegese 

A. Pelletier, qui ne debute, lui, sans doute, ni en grec ni en Semite, traducteur de La Guerre 
des juifs, au tome III de l'edition bilingue des Belles Lettres-Bude (1982), orne le passage 
considere d'un appendice entier 

VI, « Sobriquet d'un Projectile », p. 205. 
dont le moins qu'on puisse dire est qu'il aurait mieux fait de le garder dans ses tiroirs. 
Qu'on enjuge : 

« On a surtout pense, ecrit-il, a un jeu de mots entre l'hebreu ha'eben, la pierre, et habben, le 
fils (Reland, Thackeray). 

Notez qu'on ne dit rien de LBN, « blanc », alors que le calembour est ici 
triple et non double - mais passons. 
Seulement, dans la phrase 272, patrio glosse 

« Langue maternelle », litt. « paternelle ». 

designe certainement l'arameen, ou fils se dit bar, ce qui ne permet plus le calembour avec le 

mot hebreu designant la pierre. » 

Voila du coup mon debutant bien mouche ! 

Car voyez la logique du raisonnement qui lui est assene : 

1. en hebreu, il existe un rapprochement qui va de soi entre pierre, blanc et fils (soit: 'BN, 
LBN et BN) ; 

2. or, presuppose ambiant et recurrent, les assieges, etant des Juifs du I er siecle, ne parlent 
« certainement » pas l'hebreu mais l'arameen ; [34] 

D'oii Pelletier tire-t-il cette pseudo-certitude, 9a n'est pas indique ; elle 
renvoie seulement a l'enorme bourde dont je parlais au chapitre precedent: 
l'idee selon laquelle l'hebreu est une langue morte au I el siecle. 

2 bis. or ces memes assieges ont produit un calembour sur les trois mots precites ; 

3. done... leur calembour ne fonctionne pas. 
C.Q.F.D. - comprenne Pelletier qui pourra. 

Mais, comme ce calembour-qui-ne-fonctionne-pas-en-hebreu-tout-en-ne-fonctionnant-qu'en- 
hebreu a bel et bien ete profere et qu'il possede tout de meme l'aspect d'un calembour qui a 
fonctionne, on en cherche ailleurs les raisons ; et Pelletier, sans rire, s'y emploie : 
« II est possible, suggere-t-il, que les soldats aient fait un calembour en jouant sur les deux 
sens du mot arameen bar (substantif) « fils » et (adjectif) « clair », par allusion a la blancheur 
de la pierre... » 

Et le mot « pierre », dans tout cela ? Et puis comment ramener « blanc » a 
« clair » ? 

Si je comprends bien, les combattants-resistants juifs canardes par les legionnaires ont 
feuillete (a la hate ?) un lexique arameen pour, le confrontant avec l'hebreu, y decouvrir que 
bar, dans cette langue « le fils », y fait tres bon jeu de mots avec l'hebreu 'BN, « la pierre » ! - 
Et « blanc », dans tout cela 111 - Ces bidasses etaient « certainement » d'approximatifs 
humoristes... 

Mais puisque nous en sommes aux fantasmagories tristes, Pelletier, dans sa note, fait bien de 
citer le cas de Michel ; ce savant, remarque-t-il, a, lui, tout bonnement change le texte de 
Josephe (!), lisant et faisant lire, au lieu de uios, « le fils », ios, « le venin ». C'est incroyable ! 

Remarquez cet acharnement : pour assassiner l'hebreu du I er siecle, on est pret 
a tout ; et si Ton est pret a tout, c'est parce qu'on ne veut pas que se pose la 
question d'une redaction originellement [35] hebraique du Nouveau 
Testament. Car la est le noeud de l'affaire. 

Au lieu de deployer toutes ces betises - le mot n'est pas trop fort -, mieux aurait valu suivre la 
premiere et bonne intuition de notre debutant de tout a l'heure : « blanc », « fils » et 
« pierre », sont des termes immediatement assonants en hebreu, et seulement en hebreu - pas 
en grec, pas en arameen ; les Juifs palestiniens assieges ont fait, sans se forcer, un calembour 



(facile, non erudit) sur ces trois mots ; ils parlaient done hebreu : pendant le siege de 
Jerusalem, en 70, les Juifs (n'importe quels Juifs, les combattants n'etant pas tries parmi les 
lettres, que je sache !) savaient l'hebreu, parlaient l'hebreu, et ils le parlaient couramment, au 
point de savoir construire dessus des calembours. 

line arriere-pensee 

Quant a la raison pour laquelle les erudits, dans leur ensemble et au mepris des textes et de 
leur interpretation litterale, veulent obliger les Juifs contemporains des debuts du 
Christianisme a ne pas s'exprimer en hebreu, je la laisse deviner au lecteur. Ce point est a 
ranger au nombre d'autres lieux communs aussi faux et aussi repandus, telle par exemple 
l'idee d'une redaction originelle des Evangiles en grec commun (ou koine). Si Ton affirme 

Souvenez-vous du pitoyable « certainement » de la note de Pelletier. 

que les Juifs du I er siecle, en Palestine, ne savaient plus l'hebreu, ne le parlaient ni ne 
l'ecrivaient (ne le lisaient ?), 9a n'est pas seulement par feinte ou reelle ignorance de la 
litterature hebraique, bien vivante cependant, de ce siecle, des precedents et des suivants ; 
e'est surtout dans le but, toujours tacite mais toujours repete, de miner - avant meme qu'elle 
soit formulee - toute hypothese d'une redaction originellement non grecque (et, [35] 
subsidiairement, non arameenne) des Evangiles et des autres textes du Nouveau Testament, 
ainsi que de tant d'apocryphes (anciens) - 

Pour ce qui est des apocryphes de l'Ancien Testament dont nous ne 
possedons plus que des traductions, voyez le paragraphe intitule « Original 
Language » dans chacun des avant-propos aux textes recenses dans J. H. 
Charlesworth (ed.), The Old Testament Pseudepigrapha, Londres, 1983- 
1985 ; les raisonnements utilises par les auteurs de certains de ces avant- 
propos pour deduire des semitismes presents dans des textes non hebreux que 
leur langue originelle etait l'hebreu rejoignent tout a fait ceux que j'emploie 
ici. 

alors que cette hypothese semble immediatement d'elementaire bon sens au vu de la syntaxe 
et, je dirai, de la mentalite, de ces textes et de toute retroversion vers l'hebreu a laquelle on 
peut et doit les soumettre. 

Bar Kocheba, vers 135 apr. J.-C, redigeait ses lettres en hebreu, des lettres au jour le jour, pas 
des pieces de rhetorique ; les rabbins de Judee et de Galilee s'exprimaient en hebreu, 
savamment ou trivialement, avant comme apres 70, ainsi qu'en temoignent a longueur de 
pages et de volumes 

Mais encore faut-il les lire, ces pages et ces volumes... et les interpreter 

correctement ! 
tant d'apocryphes de l'Ancien Testament que nous ne possedons plus qu'en traduction mais 
qui exhibent, dans les tournures, dans le style et dans la grammaire des langues auxquelles ils 
ont abouti, leur origine evidemment hebraique ; ainsi qu'en temoignent, plus directement 
encore, la Mishna, le Talmud occidental, le Midrash Rabbah, l'Aboth d-Rabbi Nathan, etc. - 
Quelle preuve de plus veulent-ils done, ceux qui, pourtant renommes specialistes, ne savent 
meme pas reconnaitre en quelle langue (d'usage, des lors, vernaculaire) a ete forge un 
calembour reperable d'emblee ? 



(Texte paru dans PO&SIE, Paris, Belin, 1982.) 



[37] 



L'enigme d'un marquis 



Je pars de Perrault et de son Chat Botte ; du chat, je me dirige vers Carabas ; pour justifier 

Carabas, le maitre matou et le conteur qui leur donne vie, je m'invite chez Philon 

d'Alexandrie. Ce dernier m'offre de suivre, aux premieres loges, les tribulations d'un roitelet 

de Palestine ainsi que la Passion de Jesus-Josue Christ-Messie. Peregrination de fantaisie ? 

quenon pas... 

Tout en me promenant, je fais une decouverte qui remet en cause rien moins que la nature 

meme de la langue du Nouveau Testament : j'avise, dans le grec soi-disant originel du corpus, 

la massive presence de mots d'emprunt. 

Cette presence, en effet massive et non pas occasionnelle, m'assure que mon hypothese de 

depart etait la bonne : le socle du corpus est bien hebreu. A present, plus de doute : j'elimine 

le grec ; et j'elimine aussi l'arameen. 



[39] 

Perrault, on l'a si souvent souligne, prend soin, lorsqu'il introduit tel ou tel personnage, non 
seulement de le nommer mais merae d'expliquer son nom : Cendrillon s'appelle ainsi parce 
qu'elle « s'alloit mettre au coin de la cheminee, et s'asseoir dans les cendres, ce qui faisoit 
qu'on l'appeloit communement dans le logis Cucendron ; la cadette qui n'estoit pas si mal- 
honneste que son aisnee l'appeloit Cendrillon » ; le Petit Poucet, lui, n'est « guere plus grand 
que le pouce » ; le Petit Chaperon Rouge, dont le surnom semble aller de soi, beneficie 
cependant de trois lignes de glose, dans une histoire qui n'en compte pas plus d'une centaine : 
« cette bonne femme luy fit faire un petit chaperon rouge, qui luy seyoit si bien que par tout 
on l'appeloit le Petit Chaperon Rouge » ; meme explication, aussi peu indispensable a 
premiere vue et pourtant bien fournie, pour le mechant Barbe-Bleue : « mais par malheur cet 
homme avoit la barbe bleue » ; quant a Riquet a la Houppe, il a failli echapper a la regie, ce 
qui paradoxalement, mais tres adroitement, redouble l'interet donne par Perrault a son titre : 
« j'oubliois de dire qu'il vint au monde avec une petite houppe de cheveux sur la teste, ce qui 
fit qu'on le nomma Riquet a la Houppe », avec en prime ce supplement : « car Riquet etait le 
nom de sa famille ». Le Chat Botte et la Belle (au bois dormant), pour leur part, justifient 
leurs noms ou surnoms au cours du conte meme ou ils interviennent. 

Autrement dit, Perrault, a juste titre repute pour etre un auteur concis, genialement et 
essentiellement avare de mots et de phrases, parait en la circonstance perdre des lignes, trop 
de [40] lignes, a rendre inutilement evidentes des denominations deja par elles-memes fort 
claires. 

Sur les raisons de cette obstination de Perrault a mettre en defaut sa propre concision lorsqu'il 
s'agit pour lui de nous presenter un nom, un surnom ou un sobriquet, et de les introduire, je 
n'insisterai pas : M. Soriano, dans son enquete sur Les Contes de Perrault, culture savante et 
traditions populaires (Paris, Gallimard, 1968), l'a deja fait, avec d'ailleurs un grand sens du 
suspense. 

Impasse sur « Carabas » 

Par contre, je retiens ceci : une fois, dans Le Chat Botte, il est un nom propre bien obscur, 
repete comme a plaisir, qui, du fait de son importance narrative, necessiterait autant que les 
autres une explication, un nom que pourtant Perrault n'explique nulle part : Carabas. Le chat 
appelle le cadet « Marquis de Carabas », et la seule justification que l'auteur trouve, d'ailleurs 
tres allusivement, a l'introduction de ce nom, reside dans un brusque acces de fantaisie du 
matou : « c'estoit le nom qu'il luy prit en gre de donner a son Maistre », phrase qui figure 
entre parentheses, comme une politesse nonchalante accordee au lecteur - une incise 
desinvolte et sans grande importance. Et M. Soriano, pas plus que les exegetes les mieux 
autorises de Perrault, ne fait la moindre tentative pour eclairer la signification du surnom du 
cadet : on ne sait pas ; on n'en parle pas. 

Je note d'autre part que les freres Grimm, un peu a la maniere desdits exegetes, n'y 
comprennent rien, eux non plus : ils font, eux aussi, l'impasse sur le terme. La ou Perrault 
ecrivait en vitesse : « Voila, Sire, un Lapin de Garenne que Monsieur le Marquis de Carabas 
(c'estoit le nom...) m'a charge de vous presenter de sa part », ils ecrivent, avec un surcroit de 
lourdeur [41] que Voltaire trouverait germanique : « Quand le chat arriva devant le roi, il fit 
une profonde reverence, en disant d'une voix forte : - Mon Maitre, le Comte de... - et il cita 
un nom fort long et distingue. » Passons d'un pied agile sur carabas comme vocable 
pretendument « fort long et distingue », sur la « voix forte » et la « profonde reverence » (les 
Grimm savent aussi, contrairement a Perrault, que le moulin echu a 1'aTne etait « a vent »...) : 



l'important est que nos recopieurs de Perrault n'ont pas la plus petite idee de ce que veut dire 
« carabas » ; ils n'y entendent rien. 

Perrault ne sait pas, ou fait semblant d'ignorer ; ceux qui le lisent et le copient ne savent pas, 
ou font semblant de n'avoir pas lu : ils sautent sur la difficulte. Belle unanimite. 

Carabas chez Philon 

Or la clef de cette enigme, car il y en a une, m'est fournie - aussi invraisemblable que cela 
puisse paraitre -, a plus d'un millenaire et demi de Perrault, par Philon d'Alexandrie, 
philosophe juif de langue grecque, ne en 13 ou 20 av. J.-C, et plus precisement par ce passage 
de son In Flaccum (« Contre Flaccus ») , passage que je traduis ici aussi litteralement que son 
grec 

Le grec du passage, et non pas celui de Philon : on verra par la suite les 
raisons et l'importance de cette distinction. 

et l'elegance me le permettent : 

« II y avait un fou, du nom de Carabas (...). 

Dans cette parenthese, l'auteur mentionne que la folie de Carabas n'est que 
benigne. On insiste, en glosant, sur le fait qu'il s'agit, non d'un fou, mais d'une 
sorte d'idiot du village. - Souvenons-nous que Jesus- Josue, lui aussi, dans les 
Evangiles, est un fou ; cf. Marc III, 21 : « A cette nouvelle, les siens [c'est- 
[42]a-dire sa famille, sa mere Marie -Myryam et ses freres] sortirent se saisir 
de lui ; car ils disaient : II est hors de lui ! » 

Celui-ci passait ses journees et ses nuits, nu, sur les chemins, sans redouter d'affronter la 

chaleur et le firoid, souffre-douleur des gosses et des adolescents oisifs. 

« Poussant ensemble le miserable jusqu'au gymnase, et le placant tout en haut, pour qu'il soit 

visible de tous, tout d'abord, aplatissant (?) du papyrus en guise de diademe, ils le lui posent 

sur la tete ; puis ils lui recouvrent le reste du corps d'un tapis (?) en guise de chlamyde ; et 

enfin, en guise de sceptre, quelqu'un, voyant un fragment de papyrus du pays delaisse en 

chemin, le lui tend. 

« Puis quand, comme dans les mimes de theatre, on lui eut fait endosser les marques de la 

royaute et les ornements (?) qui sont ceux d'un roi, des jeunes, portant - pareils a des lanciers 

- des batons sur l'epaule, se placerent des deux cotes, mimant des gardes du corps. Puis 

d'autres s'avancerent, certains comme en saluant, d'autres comme beneficiaires d'arrets de 

justice, d'autres comme solliciteurs au sujet des affaires publiques. 

« Puis, de la foule disposee alentour, en cercle, retentit un cri cocasse, le surnom de Marin 

(ainsi dit-on que se nomme le seigneur chez les Syriens), car ils savaient qu'Agrippa etait de 

race syrienne et qu'il avait une grande partie de la Syrie pour royaume. » 

Je suis ici l'edition Pelletier, In Flaccum, Paris, Cerf, 1967, mais non sa 

traduction. 

Carabas et Jesus 

La foule, nombreuse, et la victime, unique ; tous contre un, contre le bouc emissaire ; un 
carnaval ; la pseudo-couronne royale ; la fausse chlamyde ; le faux sceptre ; les faux insignes 
[43] du faux monarque ; les moqueries de pseudo-courtisans : point n'est besoin d'insister - 
tout cela redouble a l'evidence les actes et les ustensiles essentiels de la Passion du Christ telle 
qu'elle se deroule dans les Evangiles. A la simple et naive lecture de ce passage de Yin 
Flaccum, on saisit illico que le fou Carabas et Jesus ne font qu'un. 

Cf, J. G. Frazer, Le Bouc emissaire, Paris, Geurhner, 1925, pp. 365-377. 



Reprise du probleme 

Et me revient la question : pourquoi diable Perrault a-t-il donne ce surnom, par chat botte 
interpose, au cadet des heritiers du meunier ? Car - et ceci est capital - nulle part ailleurs que 
dans son conte et dans le Contre Flaccus de Philon il n'est question d'un Carabas. 

Avec ce maigre correctif cependant : Lucien de Samosate (IP siecle) 
mentionne dans deux de ses nouvelles, dont la seconde est peut-etre 
apocryphe, Le Menteur et Les Amours, un certain Corebus, dont la legende 
grecque rapporte ainsi le vaudeville : « Fou qui, s'etant marie, ne voulut pas 
coucher avec sa femme par la crainte d'offenser sa belle-mere. Sa femme lui 
fit accroire qu'elle avait un mal qui ne pouvait se guerir que par l'approche 
d'un homme, et parvint a lui faire consommer son mariage. » (J'emprunte 
cette note a la traduction des CEuvres completes de Lucien par E. Talbot, 
Paris, Hachette, 1912.) Comme notre souffre-douleur Carabas, ce Corebus est 
fou, mais la s'arrete leur parente. En revanche on peut noter entre Carabas et 
Corebus une simple difference de voyelles ; or l'hebreu - comme le syriaque, 
l'arameen, etc. - n'ecrit que ses consonnes : la racine du mot est done bien, 
dans ce cas, KRB ou QRB. - II y a, comme pour Corebus, une histoire de 
belle -famille chez Jesus : dans les Talmuds, en effet, on appelle Jesus BR 
[44] PNDYR', autrement dit « le fils du beau-pere » ; et, dans ces memes 
Talmuds, on le nomme - ou surnomme - egalement BR STD', 
phonetiquement bar Satda : or Satda est une transposition arameenne du grec 
stadieus, « le coureur du stade » : serait-ce que Jesus aurait ete dit frequenter, 
et dans les memes circonstances, le meme gymnase que Carabas le fou ? 

J'ai done demande a M. Soriano deja cite, merveilleux connaisseur des Contes et de la vie de 
leur auteur presume, si Perrault avait ou non lu Philon d'Alexandrie ; et voici ce qu'il m'a 
repondu : 

« Charles Perrault nous a laisse la liste de ses lectures, soit dans ses Memoires soit dans ses 
Hommes illustres, et nulle part, a ma connaissance, il ne cite Philon ni YHistoire des juifs de 
Flavius Josephe. - Toutefois n'oublions pas que sa formation est janseniste et que son frere 
Nicolas est docteur en theologie. Nicolas a surement lu ces auteurs, et, comme les Perrault 
forment un clan, il me semble vraisemblable que Charles Perrault a beneficie des lectures de 
son aine. C'est evident dans les notices des Hommes illustres que l'academicien a consacrees 
aux grands theologiens du Siecle de Louis XIV, par exemple Launoy, etc. » 
J'en reviens done, un peu rassure a present, a ma question premiere : qu'en est-il du triangle 
Carabas-de-Philon/Carabas-de-Perrault/Jesus-des-Evangiles ? 

Conscients (qui ne le serait pas ?) de la decisive parente entre le recit de Philon et celui de la 
Passion de Jesus, certains erudits ont lu « barabas » au lieu de « carabas » dans l'episode du 
gymnase ; on sait que barabas, en arameen transcrit (et approximativement vocalise), signifie 
« fils du pere » ; on sait egalement comment Pilate propose a la foule, judeenne cette fois et 
non pas grecque, d'echanger Jesus (qui se presente constamment, pour sa part, comme fils de 
son pere divin) contre l'emeutier Barabbas, dont plusieurs manuscrits du Selon-Matthieu 
ajoutent curieusement qu'il s'appelait Jesus : [45] proposition, juridiquement insoutenable au 
regard du droit romain, d'un echange 

Le terme est capital : on le vena plus loin lorsque sera etudie le sens du mot 
« cocasse » Marin, que la foule fait endosser a Carabas. 

entre deux blancs bonnets ? 
Hemmerdinger, quant a lui, 

Cf. Pelletier, op. cit., p. 69, note 4. 

« montre qu'il s'agit d'un mot grec designant le possesseur d'un ou plusieurs bateaux », et 
Pelletier justement accepte cette incroyable conjecture : la Passion du Christ canonique serait- 
elle celle d'un armateur ? - Car on en revient toujours la : le Carabas de Philon reste, quant au 
traitement de carnaval qui lui est inflige, le double - le jumeau - de Jesus. 



Or nous sommes a Alexandrie, et non a Jerusalem, lors de la mascarade du gymnase ; et la 
date est clairement fournie par le contexte : la scene se passe durant l'ete 38. Durant cet ete- 
la, Caius Caligula, depuis peu empereur de Rome, a transforme du tout au tout la destinee 
d'un certain Agrippa, celui dont il est question a la fin de l'extrait traduit plus haut, le futur 
Agrippa I er , petit-fils d'Herode le Grand. Or, dans Le Chat Botte egalement, la destinee du 
cadet, de miserable qu'elle etait, est devenue prospere ; du fait du chat, l'heritier du pire sort 
est devenu l'heritier du meilleur. 

Mais qui est cet Agrippa - qu'en est-il de celui dont la foule grecque se moque, en cet ete 38, 
a travers Carabas ? 

Notez, des lors qu'il s'agit dans les deux cas d'une transliteration en grec, la 
parente des consonnes (seules ecrites en Semite) d'« Agrippa » et de 
« Carabas » : G et K (ou Q), R et R, P et B. 

- C'est ici que je m'oblige a une longue digression. 

[46] 

Les tribulations d 'Agrippa 

Fixer autrement que par un tableau (et encore !) la bonne position genealogique de l'un 
quelconque des membres de la famille des Herode releve, on le sait, du funambulisme, 

Qu'on lise le schema fourni dans Flavius Josephe, Histoire ancienne des 
Juifs, edition Lidis, Paris, 1973 : c'est un vrai casse-tete. Voir aussi, au livre 
XVIII des Antiquites, p. 568 de la meme edition (dans la traduction d'Arnauld 
d'Andilly, un Janseniste, le frere du Grand Arnauld, tous deux des amis 
intimes de Perrault !) : Flavius Josephe y tente, presque avec succes mais non 
sans gaucherie, de dire qui etait qui et le parent ou l'allie de qui dans cette 
famille. 

tant les manages consanguins et les identites de noms sont nombreux et frequents au sein de 
cette lignee-la. Malgre tout, Flavius nous apprend quAgrippa (14 av.-44 apr. J.-C.) est le fils 
dAristobule, fils lui-meme d'Herode le Grand et de Mariamne I (ou Myryam, Marie), et de 
Berenice (Veronique), fille de Costobare et de Salome (cette Salome-la etant la sceur meme 
dudit Herode le Grand). 

La Berenice dont il est question ici n'est pas celle qui fut l'amante passionnee 
et bafouee de Titus ; et la Salome dont il s'agit ici n'est pas la supposee fille 
d'Herodiade, a propos de laquelle on lit, dans YEvangile gnostique (?) de 
Thomas : « Salome dit : Qui es-tu, homme, et de qui le fils ? Tu as pris place 
sur mon lit et tu as mange a ma table. Et Jesus lui dit : Je suis celui... » 
(paragraphe 61). 

Agrippa, pour diverses raisons, passa sa jeunesse a Rome ou, nous precise Josephe, « il fit de 
si grandes depenses en festins et en liberalites excessives, principalement en faveur des 
affranchis de Cesar, 

Autrement dit de Tibere. Dans les Actes de Pilate, version-traduction copte, 
je vois que Tibere est appele [47] « Tebelios » et non « Tiberios » ou 
« Teberios » : or la racine TBL, en hebreu, est celle de l'immersion, du 
bapteme. 
dont il voulait gagner l'affection » qu'il se trouva rapidement ruine. 

Qu'on songe ici, mais je ne puis insister, a la fameuse parabole (en hebreu 
MSL - terme et pratique hebraiques et non pas grec que s !) du « Fils 
Prodigue » : la trajectoire de ce fils et celle d'Agrippa ont bien des points 
communs. 

Aussi peu fortune, done, que le cadet du conte a ses debuts, Agrippa doit se retirer, en 
attendant des jours meilleurs, « dans la forteresse de Malatha, en Idumee, 

Autrement dit en Arabie, terre natale de la lignee des Herode. 



pour y passer miserablement sa vie ». Mais 9a n'est la que l'infime commencement des 
tribulations du personnage. Car, alertes par Cypros, sa femme, Herode le Tetrarque et sa 
nouvelle epouse, Herodiade, 

L'Herodiade, cette fois, de la tradition dite chretienne, l'inspiratrice de 
Flaubert, de Gustave Moreau et de Mallarme, la mere, dit-on, de la Salome 
qui, dit-on, fit decapiter Jean-Baptiste. 

consentent a lui preter de l'argent : n'est-il pas, apres tout, leur parent ? Liberaux, ils lui 
octroient en plus la magistrature de Tiberiade. Mais les donateurs ne tardent pas a se brouiller 
avec leur oblige. Agrippa revient done a la case-zero. Puis il imagine d'aller trouver Flaccus, 
le gouverneur de Syrie, 

Le Flaccus que nous retrouverons tout a l'heure a Alexandrie et que Philon 
visera bientot dans son livre. 

pour solliciter son aide au moins financiere. Flaccus, tout d'abord bienveillant avec lui a cause 
d'une amitie qui date de Rome, finit egalement par se brouiller avec son quemandeur. 
Deuxieme retour d' Agrippa a sa case initiale. II se retire un temps a [48] Ptolemais, l'actuel 
Saint-Jean-dAcre (?), puis, dans la plus extreme necessite, decide de rentrer a Rome. 
Decision volontaire, cette fois, d'un troisieme recul. Par malheur, le pauvre ne possede meme 
pas l'argent du voyage. Le descendant d'Herode est sans le sou... Alors, pour payer sa 
traversee, il court trouver un affranchi de sa mere, 

Le maitre recourt aux services du valet parce que le valet a plus de ressources 
que lui : ainsi le cadet de Perrault use-t-il des services du chat. 

dont il est d'ailleurs deja l'insolvable debiteur, et qui ne consent a lui avancer, malicieusement, 
qu'une partie de la somme requise : Agrippa ne va pouvoir traverser la Mediterranee qu'en 
partie ! mais va-t-il se noyer dans la case du puits ? Non ; presse par d'autres creanciers, notre 
voyageur parvient tout de meme a Alexandrie. 

Cf., pour les voyages de ce type, et a cette epoque, Grand Atlas de I'Histoire 
mondiale, Paris, Albin Michel-Encyclopaedia Universalis, 1979, carte p. 91. 

Connaissant Alexandre, alabarque de la ville - et frere de Philon, notre auteur -, il le prie de 
lui preter ne serait-ce que... 200 000 pieces d'argent, somme enorme qu Alexandre lui refuse 
tout en l'accordant a sa femme Cypros deja nominee (« car, remarque Josephe, il admirait sa 
vertu et l'amour qu'elle portait a son mari ») ; 

Phrase qui sous-entend qu'Agrippa ne brillait, lui, ni par la vertu ni par 
l'amour conjugal. 

a Agrippa, Alexandre ne consent que... cinq talents (mais 9a n'est deja pas si mal !) ; et e'est 
ainsi que l'ldumeen reussit a atteindre Rome, tandis que son epouse et ses enfants regagnent la 
Judee. 

Dans Le Chat Botte, le cadet et son valet sont, comme Agrippa, des 
peregrinateurs ; ils se deplacent constamment: leur quete, a tous, est 
geographique. 

[49] Une fois en Italie, Agrippa persiste a accumuler les mesaventures et, vaillamment, les 
emprunts : par exemple : comme le maitre perpetuel creancier de son chat, il soutire - e'est 
enorme ! - 1 000 000 de pieces d'argent a Alius, ancien affranchi d'Auguste. Comme le cadet 
de Perrault, cet incroyable infortune, ce gouffre a finances, traine avec lui le marasme : il tire 
toujours le mauvais numero. Pour aj outer encore a ses dettes et embetements, ne voila-t-il pas 
que, lie d'amitie depuis longtemps avec Caligula, fils de Germanicus, il lui confie devant 
temoins qu'il aimerait le voir tout de suite regner a la place de Tibere ! - paroles qui finissent 
par parvenir aux oreilles de l'empereur. Et notre heros, tres negatif s'il en est, se retrouve aux 
mains des gardes et jete en prison. 

Le cadet du meunier est au plus bas ; il n'a herite que d'un chat, alors que ses freres jouissent, 
eux, du moulin et de l'ane. Symetriquement, l'un des heritiers de Palestine est en prison, crible 
de dettes, alors que d'autres, egalement ses parents, regnent en son pays. 
Mais, comme dans le conte de Perrault, il va se produire une inversion des chances et des 
malchances dans la vie d'Agrippa. Tibere meurt, 



Lorsque Tibere meurt, une scene bizarte se produit : quelqu'un annonce la 
mort de l'empereur a Agrippa, toujours en prison, de cette maniere : « Macias 
ne put se retenir d'aller en hate donner cette nouvelle a son maitre. II le trouva 
pret a se mettre au bain ; et, s'etant approche, il lui dit en hebreu : Le lion est 
mort. Et Agrippa n'eut pas de peine a le comprendre. » Or, si je ne me 
trompe, « le lion est mort » c'est en hebreu H'RY MWT, ce qui rappelle la 
pseudo-ville « Arimathie » des Evangiles. En fait, Arimathie y figure a la 
place de l'hebreu H'RY MWT, litt. « apres la mort (de) » - clausule frequente 
dans la Bible et qui inaugure, en particulier, le Livre de Josue, autrement dit, 
via le grec, de Jesus (YHWS C ) : Joseph, soi-disant « dArimathie », intervient 
en [50] realite « apres la mort de » Jesus- Josue ; et la phrase chuchotee par 
Macias a Agrippa signifie, en filigrane, qu'« apres la mort de » Tibere tous les 
espoirs d'une liberation lui sont permis (d'oii la saveur de la remarque de 
Flavius, a present bien comprise : Agrippa n'eut, en effet, pas de peine a saisir 
le sous-entendu ; il n'eut pas de peine, notons-le, a le saisir (en l'an 37 ou 
38 !) en hebreu). 

et Caligula accede au trone. II relache 

Pour les circonstances de cette mise en liberie, je renvoie a Philon et a 
Flavius Josephe. - Je note d'autre part que la racine PLT (qui figure dans 
« Pilate ») signifie en hebreu « liberer », « relacher » - simple remarque en 
passant (Pilate n'est-il pas celui qui desire relacher Jesus ?)... 

son ami Agrippa et le fait - revirement on ne peut plus inattendu - tetrarque a la place de tous 
les roitelets de Palestine : Agrippa porte a present la couronne. 

II n'accede pas tout de suite au trone de Judee ; - qu'on retienne seulement le 
renversement dans la situation du personnage. Agrippa finira par evincer 
Herodiade et son epoux, ses creanciers d'antan, qui seront exiles a Lyon. 
Perrault, lui, ne dit pas que la fortune de l'heritier d'abord mal loti s'est batie 
au detriment de celle de ses deux aines - la seule eviction du conte est celle 
de l'ogre, le possesseur, au demeurant, du chateau. 

Et Josephe a ce commentaire, qui convient parfaitement au cadre du conte de Perrault : « cet 

evenement fut un illustre exemple du pouvoir de la fortune, lorsque Ton comparait les miseres 

passees d Agrippa avec sa felicite presente ». Le cas de le dire, en effet. 

Caligula joue, dans cette affaire, a la fois le role du chat et celui du roi, pere de la princesse a 

marier : il est le double instrument de la fortune du pauvre heritier ; grace a lui - et a lui seul - 

le pire dAgrippa est soudain devenu son meilleur. 

[51] Mais Carabas, dans tout cela? - Je ne l'ai nullement oublie ; j'y arrive, ayant atteint 

l'annee 38. Je ne pense qu'a lui. 

Agrippa a Alexandrie 

Durant l'ete 38, Agrippa s'embarque pour rejoindre son royaume. De Puteoles, au lieu de 
gagner directement la Syrie ou la Palestine, il fait escale a Alexandrie, et cette escale est 
doublement desavantageuse pour lui. Tout d'abord le gouverneur en est maintenant Flaccus, 
ce Flaccus avec qui, quelques annees plus tot, il s'etait brouille en Syrie lorsqu'il etait son 
quemandeur ; il le sait ; et c'est sans doute pour cela que Philon note son desir de demeurer a 
Alexandrie incognito et de ne pas s'y attarder. La ville, d'autre part, peuplee majoritairement 
de Grecs et minoritairement de Juifs (et de Samaritains), chaque ethnie ayant ses quartiers 
propres, ses corporations, son statut politique, est presentement le lieu clos d'une lutte ouverte 
entre les deux communautes, lutte que Philon decrit comme une vraie guerre civile, avec ses 
exactions, ses pogromes, ses pillages divers. Et, de cette lutte, comme le Pilate des Evangiles, 
Flaccus se lave les mains ; 

La parente des deux positions et des deux attitudes est frappante (et personne 
ne la releve !) ; elle Test plus encore quand on songe, en hebreu, a la parente 
graphique des deux noms : PLTWS pour « Pilate », et PLKWS pour 



« Flaccus » (cf., dans l'alphabet hebreu carre, la forme des lettres kaph et 
teth). 

il reste passif ; et c'est bien ce que Philon, parce qu'il est juif, lui reproche : car la passivite du 

gouverneur, loin d'etre objectivement neutre, favorise tacitement le clan le plus fort et le plus 

nombreux, celui des Grecs. 

Apprenant qu'Agrippa a debarque - pour elle, c'est un roi juif - 

[52] Alors qu'en fait il est idumeen, c'est-a-dire, en Semite, 'DMY ou BR 
'DM, ou BN 'DM, expression qui signifie aussi, par equivalence graphique 
entre « Adam » et « Edom » (hebreu 'DM), « fils de l'homme » - que de 
coincidences, decidement... 

la foule, la populace grecque, au lieu de se moquer de lui ouvertement, de l'attaquer de front, 
le brocarde par l'intermediaire et le truchement d'un pauvre substitut : et c'est ici que notre 
Carabas, le fou, le simplet, fait son entree remarquee. Et j'en arrive aussitot au texte de Philon 
deja cite et traduit : le fou devenu roi dans une mascarade, la parodie carnavalesque d'une 
intronisation. Carabas, en realite, c'est done Agrippa. C'est d'Agrippa, en fait, que la foule se 
moque en se moquant de Carabas. 

II est done facile de comprendre que Carabas ne peut etre qu'un Juif : le 

contexte, l'economie generate de l'anecdote et les remarques linguistiques qui 

vont suivre, y invitent fortement. Aucune etymologie grecque de « carabas » 

ne semble d'ailleurs recevable. 

Je reviens en arriere. En hebreu le K et le B sont d'une graphie suffisamment proche pour 

engendrer des confusions : les copistes de la Bible hebraique nous ont habitues a de telles 

bevues. 

lis confondent aussi, et encore plus souvent, toujours a cause d'une 
malencontreuse ressemblance graphique, le R et le D (resh et daleth). Les 
Septante, en traduisant la Bible en grec, ont parfois encore aggrave ces 
confusions de lettres. 

On saisit done pourquoi certains ont voulu lire « barabas » a la place de la transcription 
« carabas » donnee par Philon. 

Et - j'y insiste - cette confusion ne peut s'expliquer qu'en hebreu, en graphie 
hebraique, pas en grec ! 

[53] 

Remarques de poids sur Philon 

Mais il y a plus important. Car, par ailleurs, les exegetes n'ont jamais reussi a prouver que 
Philon, l'immense commentateur pourtant de la Bible, Juif de race, savait l'hebreu ; il y a 
meme toutes les chances qu'il n'ait jamais su que le grec : ainsi, quand il s'essaie - et il le fait 
abondamment - a rendre compte par lui-meme (hors traditions et recopiage) de l'etymologie 
de tel ou tel terme hebraique, son interpretation est le plus souvent inexacte, incroyable ou 
approximative ; comble du comble pour un Juif, ignorance supreme, il ne connait meme pas, 
en hebreu, la valeur des quatre lettres de « Yahve » (YHWH) ! - Le premier reflexe du lecteur 
du passage sur Carabas dans Yin Flaccum doit done - devrait done - etre la mefiance : Philon 
transcrit ainsi un nom propre dont il ne dit pas l'origine etymologique, et meme dont on peut 
etre sur qu'il ne la connait pas des lors qu'il s'agit d'un mot typiquement Semite. 

A ce compte, il a tres bien pu ecrire « carabas » la ou il aurait fallu ecrire 
« barabas » ; et me voici renvoye aux Evangiles, au traitement du Christ dans 
la Passion, a l'echange eventuel Barabbas/Jesus. 

Et ce n'est pas tout. Rappelons que Philon est un auteur des plus prolixes : il a ecrit des 
milliers de pages 

La derniere edition francaise de ses oeuvres comprend 35 volumes, dont la 
plupart sont des commentaires sur la Bible (sur des sujets contemporains, il 
faut compter notre In Flaccum qui fait pendant au Legatio ad Gaium, compte 



rendu d'une ambassade des Juifs d'Alexandrie aupres de Caligula). - Je dois 
ajouter, n'en deplaise aux auteurs de manuels, que Philon n'a pas exerce la 
moindre influence sur la litterature juive-hebraique posterieure : c'est un 
erudit juif-grec marginal - par contre, fait significatif, il est lu et utilise par 
divers Peres de l'Eglise. 

[54] dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles sont grecques de style : Philon est, de 
notoriete publique, le meilleur des prosateurs grecs-alexandrins. Sa langue ne connait, fait 
remarquable des lors qu'il s'agit d'un ecrivain juif 

Flavius Josephe, son a peu pres contemporain, n'est pas dans le meme cas que 
lui ; il sait l'hebreu et l'arameen (il est palestinien) et, si ses livres sont 
parfaitement rediges et lisibles en grec, c'est parce qu'il a eu soin de les faire 
traduire dans cette langue par des experts. Cf. le Prologue de la Guerre des 
Juifs : « C'est ce qui m'a fait resoudre d'ecrire en grec... ce que j'ai ci-devant 
ecrit dans ma langue maternelle, pour en informer les autres nations » ; cf. le 
Prologue aux Antiquites judaiques : « J'ai sujet de croire que les Grecs 
prendront plaisir a cet ouvrage, parce qu'ils y verront, traduit de l'hebreu en 
leur propre langue, quelle etait l'antiquite de notre nation » ; et, dans 
l'Epilogue du meme ouvrage, ceci : « Je n'ai pas sujet de regretter le temps 
que j'ai employe a apprendre la langue grecque quoique je ne la prononce pas 
avec perfection, ce qui nous est tres difficile parce qu'on ne s'y applique pas 
assez, a cause qu'on n'estime point parmi nous ceux qui apprennent diverses 
langues » (je laisse ce dernier membre de phrase a l'attention des pseudo- 
erudits qui en sont encore a se demander si les Juifs de Palestine n'avaient pas 
majoritairement pour langue maternelle, au premier siecle, le grec : eh non, 
Flavius le dit explicitement, il etait mal vu chez ces Juifs, ses compatriotes, 
ceux de Palestine, et done tres difficile, avez-vous bien lu, d'apprendre 
« diverses langues » autres que la Semite ; je dedie egalement ce passage a 
ceux qui croient encore en masse que la redaction originale des Evangiles, 
globalement Semites dans leur syntaxe et dans leur style, s'est faite en langue 
grecque). 

et plutot fier de l'etre, aucun autre semitisme notable que ceux qui proviennent d'une reference 
constante a la traduction grecque de la Bible par les Septante. [55] 

Ou, plus exactement : par les Septante et autres. 

II y a done toutes les raisons de penser que Philon n'a eu acces a la Bible qu'au travers de 
traductions ; Philon, en tout cas, n'a pas eu de rapports avec le texte hebreu : Philon ne savait 
pas l'hebreu. 

La langue originale du passage 
de Philon sur Car abas 

Or, precisement, le passage cite - sur Carabas - jure bizarrement, du point de vue 
linguistique, avec l'ensemble de l'ceuvre : sa syntaxe est telle, des le premier regard, qu'on 
peut sans difficulte affirmer : ou bien qu'il s'agit la d'une redaction grecque par un auteur 
pensant son texte en hebreu ou en arameen, ou bien qu'il s'agit d'une traduction pure et simple 
d'un original Semite, grosso modo litterale ; dans les deux cas, on a affaire a une source non 
grecque, a un modele primitif Semite. 

De cette these il faut exclure les deux lignes precisant la nature, benigne et 
non pas maligne, de la folie de Carabas et la glose qui, a la fin, tourne autour 
de la signification du titre Marin, « seigneur ». 
HYH 'YS KSYL SMW... Ainsi devait commencer l'extrait de Philon en hebreu : « II y avait 
un (homme) fou du nom de... » 

En bref, syntaxiquement parlant, il n'y aurait qu'une difficulte minime a retrovertir le passage, 
e'est-a-dire a retrouver son original, que nous n'avons pas, a partir de sa traduction (en grec) 
que seule nous possedons a present. 



II reste qu'il est toujours plus commode de retrovertir syntaxiquement un texte, autrement dit, 
ici, de faire coller un ordre des mots hebreu sur l'ordre des mots grec, que d'y parvenir 
semantiquement : car a un mot grec, ici comme ailleurs, peuvent le plus souvent correspondre 
plusieurs mots [56] hebreux ; lequel choisir ? Quel etait, par exemple, dans l'original, 
l'equivalent hebreu ou arameen de memenos, « le fou » ? - c'est qu'il existe une bonne dizaine 
de termes Semites, courants ou non, pour denoter la folie ! 

Cette difficulty, dans le cas qui nous occupe, n'est que partielle, et elle peut se contourner, du 
moins dans une certaine mesure. Voici pourquoi. 

Les mots d'emprunt 

Les Talmuds - mais plus rarement leur Mishna -, les Targums et les Midrashim, tous textes 
postbibliques, possedent entre autres particularites celle de comporter au niveau de leur 
vocabulaire une foule de mots etrangers empruntes et transcrits tant bien que mal, parfois 
adroitement, parfois deplorablement, dans l'alphabet hebreu. 

Exemple d'une transcription heureuse et immediatement reconnaissable : 
'STRWLWGY', pour astrologia, « l'astrologie », « l'astronomie » ; le sens et 
la graphie sont quasi identiques, aux voyelles pres, en grec et dans l'emprunt. 
Exemple d'une transcription cacophonique : DYWZWGY, qui se prononce 
(?) diyozoughy, est l'equivalent, en emprunt, du mot grec diadokhe, avec le 
seul sens de « passation des pouvoirs » - pour une meilleure comprehension 
de ces emprunts et de leurs mecanismes, je renvoie a Jastrow, Dictionary of 
the Targumim, the Talmud Babli and Yerushalmi, and the Midrashic 
Literature, The Judaica Press, Brooklyn, s.d., et, malgre le tolle ridicule qu'il 
s'attira lors de sa parution, a l'inevitable Samuel Krauss, Griechische und 
Lateinische Lehnworter im Talmud, Midrash und Targum, reimpression 
Olms Verlag, Hildesheim, 1964. - Le vocabulaire des Evangiles, et pas 
seulement des canoniques, et de bien d'autres textes apparentes, gnostiques 
ou non, des premiers temps du Christianisme, est riche [57] de termes 
figurant dans le lexique hebreu de l'epoque parce qu'ils y ont ete empruntes 
au grec (et au latin : cf. YEvangile de Marc) et transcrits dans l'alphabet 
Semite : figurent ainsi, par exemple, les mots qui suivent, tous utilises dans 
les Evangiles (et dans le Nouveau Testament en general, tous passages 
confondus) : 

argurion, arkhitriklinos, arkhon, apsinthos, basilikos, gazophulakion, gamos, 
grammateus, diadokhos, diatheke, diakonos, epikourios, epimeleia, 
episkopos, epistole, sans compter glossokomon (en qui les traducteurs et 
exegetes n'ont pas honte de voir « la bourse » - et, pourquoi pas ? « le porte- 
monnaie » de Judas ! ! !), et d'autres, des dizaines d'autres, rares ou non, hapax 
ou non ; et ce pullulement prouve, s'il en etait besoin (c'est-a-dire : si la 
preuve syntaxique ne suffisait decidement pas), que la langue originelle des 
textes fondateurs du Christianisme et de la tradition dont ils temoignent etait 
l'hebreu ou l'arameen ou les deux meles : les traducteurs antiques ont ensuite, 
a chaque Ibis qu'un mot etait commun au grec et, par emprunt, a l'hebreu, 
choisi ce mot : ils ont, a cette occasion-la, opte pour la solution la plus aisee, 
la plus commode - la plus litterale. - Ce phenomene est aussi caracteristique, 
a mon avis, des Evangiles et du corpus neotestamentaire tout entier, que leur 
syntaxe Semite proprement dite : et personne, jamais, ne l'a vu ! 

C'est meme un des caracteres propres de l'hebreu tardif que d'etre friand, souvent 
pejorativement d'ailleurs quant au sens retenu, de tels emprunts au grec (et au latin, au 
syriaque, etc.). Or, il se trouve justement, comme par un fait expres, que le passage de Philon 
sur Carabas, a l'exclusion de tout autre texte (grec, done) du meme auteur, partage cette vive 
caracteristique, mais cette fois dans l'ordre inverse : il est truffe de mots (grecs) dont l'hebreu 
tardif (= postbiblique) a, dans son economie propre, fait l'emprunt au grec tout en les 
transcrivant. 
[58] 



Exemples de mots d'emprunt dans le 
passage de Philon sur Carabas 

Void quelques exemples, parmi ceux que j'ai su a coup sur reperer, de ces mots : 
Dans l'incise explicative du debut, il est dit que Carabas n'est pas un fou furieux mais un 
simple idiot sans danger pour son entourage. Le traducteur de Philon se heurte la au mot 
askeptos qui en grec est un hapax. 

Hapax : terme n'intervenant qu'une fois dans une litterature, dans une langue 
donnees. 

Colson, dans sa traduction anglaise, propose de le remplacer 

La manie du remplacement chez les erudits et les editeurs de textes anciens et 
exotiques meriterait de faire l'objet d'une etude pathologique poussee. . . 

par askepastos : dans ce cas, la folie serait « non feinte » ; dans le precedent, elle serait 
« dangereuse ». Que choisir ? Les traducteurs modernes auraient du - au lieu de se laisser 
tenter par un trafiquage du texte - faire appel a l'hebreu tardif, car dans cette langue-la il 
existe en effet un emprunt au grec, 'SQPSTY, transcription qui ne recouvre que le mot 
skepastos, 

Le aleph (') de la transcription de ce mot n'est nullement un a privatif : il 
s'agit d'un effet phonique ; cf la difference entre le francais station et 
l'espagnol estacion ; les Juifs transcrivent le grec, lorsqu'il commence par une 
consonne qui s'y prete, comme les Espagnols le feraient : ils adjoignent au 
debut du mot une fausse voyelle et, dans la prononciation, un /', un o ou un e 
(cf. aussi la preface du dictionnaire de Jastrow, qui fournit une explication 
mieux developpee de ce phenomene). 

Des lors, dans l'incise de Philon, askepastos n'est pas du tout un hapax ; il est 
la pour figurer l'emprunt 'SQPSLY au grec skepastos. 

[59] avec le seul sens d'« abrite », « couvert », « recouvert ». La phrase ne signifie done 
nullement « la folie furieuse est dangereuse pour ceux qui en sont atteints et pour ceux qui les 
approchent », comme le croient Pelletier et Colson, ni « ceux qui en sont atteints et ceux qui 
les approchent ne peuvent que la constater », comme le croient Cohn et Reiter, mais bien, via 
l'hebreu : la folie furieuse est une protection, un abri, dont beneficient ceux qui en sont 
partiellement ou totalement atteints ; les fous furieux, en somme, on ne saurait les traiter 
comme le pauvre Carabas : car verrait-on ainsi, en plein milieu du Carnaval, le faux roi pris 
de transes demoniaques, irresistibles, et sautant a la gorge des assistants ? 
Mais venons-en maintenant aux acteurs du drame. Le souffre-douleur est pris a partie par des 
enfants, des adolescents oisifs, sans occupation, en grec skholazonton ; et il est fou : en 
arameen SKL', prononce sakla, 

Cf. aussi, par exemple, l'hebreu KSYL, anagramme de ce mot et porteur du 
meme sens. Lout redacteur Semite est gourmand d'user d'anagrammes : sa 
langue lui permet ces jeux ; on dirait meme qu'elle l'y invite, l'y force (ce qui 
n'est en rien le cas du grec et, plus generalement, des langues indo- 
europeennes). 
signifie « fou », et 'SKWL', prononce iskoly, est un caique non pas de l'oisivete, mais de 
l'ecole, en grec skhole : les jeunes gens dont parle ici Philon sont des scolaires, des etudiants - 
on ne pourrait d'ailleurs autrement comprendre la minutie et l'intelligence, le raffinement, du 
rite de carnaval auquel ils soumettent le simple d'esprit ; ce ne peut etre un ramassis de 
gamins illettres ! Ici l'hebreu nous aide a retablir, sous le grec, le sens (originel) du passage, et 
non pas seulement a l'illustrer. 
L'ayant pousse au gymnase, 

C'est la que sont les ecoles, dans le monde greco-romain. 

[60] les jeunes mettent Carabas bien en vue de l'assistance, et ils lui octroi ent une fausse 
couronne. Puis, dit Philon, en guise de chlamyde ils lui couvrent le reste du corps d'un tapis 



(?). Chlamyde et tapis (?) sont deux mots que l'hebreu tardif connait pour les avoir voles au 
grec. Khlamus, « la chlamyde », y est transcrit KLMWS, prononce klamos, et designe alors le 
vetement de l'officier, par opposition a l'emprunt SGWN (grec sagos, latin sagus ou sagum) 
qui designe, lui, la tenue du simple soldat. 

Quant a khamaistrotos, que Pelletier traduit par « le tapis », ce n'est en grec qu'un adjectif, 
d'ailleurs rarissime, et non un substantif, signifiant « etendu par terre » ; ce terme, injustifiable 
ici en grec, ne peut se comprendre que par recours a l'hebreu : sa transcription y figure, en 
effet, sous la forme HYMW§T' et y designe, en tant que substantif, l'habit pourpre des grands 
personnages romains, l'habit de parade des puissants du paganisme. Comme au cours de la 
Passion le Christ, on a revetu Carabas non pas d'un adjectif, et non pas d'un tapis - n'en 
deplaise a Pelletier et a son aversion de 1 'hebreu -, mais d'une toge pourpre. 
Je passe sur papuros, « le papyrus », qui, emprunte par l'hebreu tardif, devient PPYYR 
(prononce papyar) et y signifie alors : « le papyrus » (la plante), mais aussi « le tissu fait de 
papyrus ». Le diademe mis sur la tete du fou etait done bien en tissu vegetal. 

La « couronne d'epines » de Jesus (si la retroversion vers l'hebreu originel 
permet de conserver cet ustensile) est egalement vegetale. 

Le rite se deroule comme au theatre dans les mimes : os en theatriko'is mimo'is. La encore 

deux termes 

Deux termes sur quatre, les deux autres etant inempruntables en tant 
qu'adverbe et que preposition ! 

figurent dans le vocabulaire emprunte par l'hebreu au grec. L'un est MWMWS (prononce 
momos ou moumos) et designe le [61] mime ou l'acteur de mime. L'autre est beaucoup plus 
interessant pour notre sujet : « le theatre », theatron, produit, en transcription hebraique, plus 
d'une douzaine d'approximations graphiques et phonetiques: 'STRY', 'STRYH, 'STRYY', 
'YSTRY', '§TRY', . 'Y§TRY', etc. ; tous ces mots designent le theatre, mais aussi plus 
generalement l'arene, le gymnase, les combats de gladiateurs, les courses, le cirque, 
l'amphitheatre, et, a chaque occasion, pejorativement eu egard a la tradition et a l'ideologie 
juives strictes, l'ensemble des spectacles et des rites paiens : au point que '§TRY' finit par 
vouloir dire « lieu de debauches », « lupanar » ; on trouve dans la litterature juive de l'epoque 
des phrases comme celle-ci (Tosephta Avoda Zara II, 7) : « Quiconque frequente le theatre 
(' STRYN) est un meurtrier. » 

D'autre part, curieusement, la transcription du mot theatron, 'STRY' (« le theatre », etc.), et 
celle du mot stratia (« l'armee »), 

En Matthieu XXVII, 27 (mais cf. les paralleles en Marc etJean), on lit ceci : 
« Alors les soldats (pi stratiotai) du gouverneur (tou egemonos) recurent 
Jesus dans le pretoire (to praitorion)...y> Or, « soldat », « gouverneur » et 
« pretoire » (sic .') sont des mots que l'hebreu tardif emprunte au grec : 
'STRTYWT, pour stratiotes, « le soldat », « l'officier romain », « le 
messager » (notez, ici comme ailleurs, le glissement semantique qui s'opere 
entre le vocable originel et l'emprunt hebraique !) ; HGMWN, pour egemon, 
« le general » (mot qui assone parfaitement avec l'hebreu 'GMWN, « le 
roseau », alors que cette assonance n'existe pas en grec - d'oii la valeur 
narrative de la canne de roseau qu'on donne a Jesus pour se moquer de lui; 
avec 'RGMWN, « le vetement de pourpre », alors que cette assonance, de 
nouveau, n'existe pas dans le grec - d'oii la robe dont on l'affuble ; ainsi 
qu'avec le verbe 'RG, qui signifie «tresser», assonance absente du grec - 
d'oii le tressement de la couronne d'epines) ; enfin PLTRYN, PLTYRYN OU 
PLTWRYN, avec, dans tous les cas, un L et non un R, pour praitorion, « le 
quartier general », « le palais », « la residence ou le siege [62] regional du 
gouverneur paien » - et non pas « le pretoire » ! (mot qui assone, par 
exemple, avec PLTWS ou PYLTWS, « Pilate », d'oii l'importance narrative 
de ce personnage au cours de la Passion evangelique), - D'oii il suit que le 
texte concernant le traitement carnavalesque de Jesus dans les Evangiles 
repond aux memes caracteristiques syntaxiques et semantiques (ordre Semite 
des mots, termes d'emprunt) que le passage de Philon sur Cacabas. 



Interessante convergence. Convergence que, depuis vingt siecles, personne 
n'a remarquee - ou voulu remarquer ! 

sont, a une lettre pres, les memes : et c'est d'ailleurs pour cela que, dans la phrase que je viens 
de citer, on assimile les spectateurs des cirques a des assassins, a des soldats romains - 
honnis. C'est par ces mots aussi, par cette parente de mots, que s'opere la jonction 
Jesus/Carabas : l'un est maltraite par des soldats, l'autre par des theatreux - meme echo 
phonetique, et ideologique, a l'oreille d'un Juif s'exprimant en hebreu : aucune espece de 
soupcon de rapport dans le grec. 



Intervention du Livre d'Esther 

Je note egalement - mais ceci devrait faire l'objet d'une etude special e - que le livre par 
excellence ou, dans la Bible, il est question d'une pendaison, d'une suspension au bois, 
autrement dit, pour la tradition a venir, d'une crucifixion, 

II n'y a pas de mot hebreu-biblique pour designer la croix ; on dit tout 
simplement le bois (ou I'arbre, C S, comme celui du Bien et du Mai... ) : c'est 
le mot utilise par les Evangiles, en grec stauros. Cette impossibilite a varier 
les termes n'est pas grecque ou latine, elle est hebraique : elle est normale 
pour un Semite. Et la question demeure alors : crucifixion ou pendaison ? - 
Mais cette pauvrete semantique ne vaut que pour l'hebreu biblique ; en 
hebreu tardif, il en va quelque peu differemment. Outre SLB, « la croix », 
[63] l'hebreu des Talmuds possede des termes d'emprunt, ainsi par exemple 
'LKSWN, caique sur le grec loxos, « diagonal », « oblique », d'oii « louche », 
« ambigu », et qui signifie, comme adverbe, « en croix », « en diagonale », et, 
comme substantif, « la diagonale », « le diametre » (terme utilise dans ce sens 
dans le Sepher Yetsira). Or, par hasard, il se trouve que ce mot, 
graphiquement et phonetiquement, assone presque entierement avec 
'LKSNDRWS, 'LKSNDRY et 'LKSNDRY', autrement dit avec 
« Alexandre », « alexandrin » et « Alexandrie », de sorte que 'KSNDRY' en 
vient a signifier a la fois « un commercant d' Alexandrie » et, avec humour ou 
mepris, « une croix », « un haut-mat », « une potence » : et c'est ce mot, 
prononce aksanddrya, qui figure en toutes lettres dans la phrase suivante 
(Targ. II sur Erther VII, 10) : « Le fils d'Hamdatha (i.e. Aman, ici identifie a 
Pilate!) veut monter au mat le fils de Pandira (i.e. Jesus). » Pas etonnant, dans 
ces conditions, que Jesus soit crucifie cependant que son double, Cacabas, 
sert de jouet a des Alexandrins : le vocabulaire implique, un jour ou l'autre, 
pour peu qu'il soit hebreu tardif (et c'est celui-la meme qui nous occupe), 
qu'un crucifie, des que du commentaire s'y mele, a quelque chose a voir avec 
Alexandrie. Or, tout familier des narrations et des commentaires talmudiques 
sait que c'est a des jeux de recits de ce type que mene l'economie de la langue 
hebraique - l'economie de la langue : pas l'histoire ! 

est le Livre d'Esther : 

On sait, en outre, que le Livre d'Esther est a l'origine de la fete juive des 
Pourim, c'est-a-dire des Sorts, autrement dit du Carnaval des Juifs. A mon 
avis, le squelette des Evangiles originaux - comme recits, non comme 
recueils de paraboles - est emprunte a ce livre. 

Aman, qui a voulu crucifier (pendre?) le Juif Mardochee, se retrouve finalement suspendu au 

bois avec ses enfants. [64] 

Loujours cet effet d'inversion, la grande tradition, en effet, des carnavals, des 
bizutages, des rituels de compensation ; et, dans le reel cette fois, le brusque 
retournement du destin d'Agrippa, retournement brocarde, ridiculise, par la 
foule des Grecs d' Alexandrie : le renversement du renversement. 

Or « Esther » se dit en hebreu §TR, mot qui a une parente immediate avec celui qui designe, 
par voie d'emprunt et tardivement, le theatre et la soldatesque : 

Loujours cette cellule SLR/SLR comme pivot : c'est la racine d'Esther, la 
racine qui sert de papier-caique lors de l'emprunt hebraique des mots grecs 



stratia, strategos, stratiotes, « la soldatesque », et c'est la racine du mot 
theatron, « le theatre », lorsqu'il est emprunte, et c'est, pour couronner le 
tout, la racine du bois, de la croix, de Jesus-Josue : stauros, dans les 
Evangiles ! Quelle cascade de coincidences... 

on comprend que Jesus soit crucifie par les soldats et que Carabas, de plus en plus son double, 
soit mis a mal dans un amphitheatre. Tout cela concorde parfaitement et s'adapte avec Joie. 
Concorde et s'adapte en hebreu : pas en grec. 



Encore des mots d'emprunt 

Mais je continue l'examen des emprunts. On remet a Carabas les insignes, les insignes 
distinctifs, de la royaute (grec parasema). II existe un mot hebreu, non emprunte (?) cette fois, 
qui assone illico avec le mot grec utilise ici: PRSM, terme qui designe la divulgation, 
l'exposition, la mise en public, la publication : l'hebreu et le grec sont d'accord, par hasard (?), 
sans emprunt (?), sur la graphie et sur le sens. 

On donne ensuite a Carabas les ornements (?) propres au roi; Pelletier traduit: « quand il fut 
attife en roi », kai diekekosmeto eis basilea. Or diakosmein n'est jamais atteste dans la [65] 
litterature grecque avec ce sens-la : il y signifie seulement « mettre en ordre un cortege » 
(alors qu'il s'agit ici d'un individu), « organiser », « regler », « prendre soin de ». La encore, 
seul le passage par l'hebreu peut et doit nous renseigner : QWZMYN, transcription de kosmos 
(qui donne, en francais, « cosmetique »), veut dire, en tant que terme d'emprunt, « la 
joaillerie », « les bijoux », « les ornements de la parure », et, plus proche cacophoniquement 
du terme grec employe ici, QWZMYDY', pour kosmidia, porte le meme sens. Autrement dit, 
l'auteur (le traducteur?) a utilise ici un terme grec non point dans son sens grec mais dans 
celui qu'il avait pour les Juifs hebraisants l'ayant transcrit dans leur langue et dans leur 
systeme graphique. 

Les jeunes gens se placent de chaque cote de Carabas et lui font la haie ; ils jouent les lanciers 
et les gardes du corps: anti logkhophoron... mimoumenoi doruphorous. LWNKY, pour le grec 
logkhe, « la lance », « l'epieu », « le javelot », est un terme d'emprunt en hebreu tardif. 

C'est cette lance-la qui figure en Matthieu XXVII, 49 et en Jean XIX, 34 
{logkhe dans les deux cas) : encore un parallele entre la Passion de Jesus et 
celle de Carabas. 

Quant aux porteurs de lances, ce sont des LWPRYN , mot cacophoniquement caique, avec 
abreviation, sur logkhophoroi pour designer en effet « les porteurs de piques » (bouviers, ou 
soldats en armes). Emprunt similaire pour doruphoroi « les gardes du corps », avec le caique 
approximatif DRBWNYN, meme sens que le grec. 



Consequences 

Voila done, tres rapidement rapportees, quelques caracteristiques du vocabulaire du texte de 
Philon concernant Carabas. Je note que beaucoup de termes, anormalement nombreux ici, 
[66] y sont des mots figurant dans le vocabulaire tardif de l'hebreu des Talmuds, des Targums 
et des Midrashim (et de leur arameen) a titre de transcriptions a partir du grec. Et cette 
constatation objective m'amene tout naturellement a l'hypothese suivante : l'anecdote 
concernant Carabas n'est nullement d'origine grecque ; sa source est linguistiquement Semite, 
hebraique ou arameenne. Des lors, ou bien Philon a utilise cette source et l'a traduite lui- 
meme en grec, assez litteralement d'ailleurs pour que se trahisse le point de depart 
(vocabulaire et syntaxe) de cette traduction - mais comment imaginer que cet auteur, 
ignorant, comme nous l'avons dit, les langues Semites, ait pu proceder en personne a un tel 



travail ? -, ou bien alors, these beaucoup plus probable, la source Semite a ete traduite en grec 
et inseree apres coup dans le cours du livre de Philon : mais, dans ce cas, il faut reinterroger la 
chronologie de ce recit : est-ce bien en 38, a Alexandrie, a l'occasion du passage d'Agrippa 
dans cette ville, qu'un simple d'esprit ou pretendu tel s'est fait maltraiter par une populace ? 
Cette question prend tout son poids des qu'on remarque ceci : les jeunes gens qui persecutent 
Carabas sont des jeunes Grecs ; sans cela la scene n'a plus la moindre vraisemblance. II est 
fort peu probable que ces jeunes gens connaissent les langues Semites. 

Les Juifs d' Alexandrie eux-memes sont reputes ne plus savoir parler, lire et 
ecrire l'hebreu. 

Or, la foule presente au spectacle prononce bel et bien un mot Semite: « Puis de la foule 
disposee alentour, en cercle, retentit un cri cocasse, 

Grec atopos, « cocasse », « absurde », « etrange » - pour Philon, l'arameen et 

l'hebreu sonnent done comme des barbarismes!... 
le surnom de Marin - ainsi dit-on que se nomme le seigneur chez les Syriens -, car ils 
savaient qu'Agrippa. . . » La foule qui prononce un mot Semite serait-elle done juive ? 
Serai ent-ce les [67] Juifs d Alexandrie qui se moquent du roi idumeen de Palestine ? Car, je le 
repete, on ne saurait dire que la foule prononcant un tel mot soit bien grecque : les Grecs 
dAlexandrie n'ont certainement jamais su, en foule, que Mar veut dire « seigneur », 
« maitre », en semite ! 

Ainsi, j'ai toutes les peines a croire : ou bien que Carabas a ete maltraite par des Grecs ; ou 
bien, ce qui est plus grave, qu'il ait ete maltraite par des Alexandrins, juifs ou grecs. - La fin 
du passage est d'ailleurs des plus embrouillees : le redacteur, ou plutot le traducteur grecisant, 
se doit d'expliquer le terme de Marin (terme semite, non grec - et dont la transliteration 
parait, en plus, fautive) comme s'il ne comprenait pas lui-meme sa signification : on dit qu'en 
Syrie e'est ainsi qu'on appelle... S'il s'adresse a des Alexandrins, et plus precisement aux Grecs 
de cette ville, e'est done qu'il explique a la foule ayant prononce le mot le sens meme du mot 
qu' elle a prononce : e'est absurde. Si, par contre, il s'adresse aux Juifs, e'est qu'il les considere 
comme ignorant leur propre langue : dans les deux cas nous aboutissons, eu egard a l'origine 
arameenne ou hebraique du passage, a une impasse pure et simple. 

MR (prononce mar) signifie en hebreu « le seigneur », « le maitre ». Le 
feminin du mot est MRT' (martha) en arameen, « la maitresse ». Mais MR 
signifie aussi « l'echange », « la substitution » : B-MR D veut alors dire « a la 
place de », « en guise de » - en guise du roi Agrippa, on se moque de 
Carabas ; en guise de Barabbas, on suspend ou crucifie Jesus apres l'avoir 
maltraite ; et, chez Perrault, le chat fait jouer a Son cadet de maitre le role, 
factice, du proprietaire et du pseudo-noye. Et puis MR veut dire « l'aigre », 
« l'amer » : on se souvient du fiel ou du vinaigre, tendu a Jesus sur la croix. 
Et MR'H signifie « l'apparence », « le (faux-)semblant » : les docetes, 
ideologues des premiers temps du Christianisme, pensaient que Jesus n'etait 
que faussement mort sur le bois ; on l'avait, selon eux, subrepticement 
remplace [68] au dernier moment (par Simon de Cyrene, par exemple). - Et, 
puisque MR designe « l'echange », « la substitution », j'ajoute ceci, qui peut 
en un sens expliquer l'origine et la portee de l'echange entre 
Barabbas/Carabas et Jesus : presque a chacune de leurs apparitions dans la 
Bible hebraique, plusieurs fois dans le Premier Livre des Rois (VI, 29, 32 et 
35, ainsi que VII, 36) et dans le Livre d'Ezechiel (XL I, 18, 20 et 25), les 
Cherubins (meme racine que « Carabas ») sont associes aux palmiers ; or 
« palmier » se dit en hebreu TMRH, mot qui, associe a la racine MR, signifie 
egalement « l'echange » : de' sorte que le WTMRH BYN-KRWB LKRWB 
d'Ezechiel XLI, 1 8 se lit aussi bien « un palmier entre deux Cherubins » que 
« un echange entre deux Cherubins » (ou, plus exactement, « entre KRwB et 
KRwB »). 



Resultats de Venquete sur Car abas 

Je resume a present les resultats obtenus : nous avons Le ChatBotte qui, comme la plupart des 
autres contes de Perrault, decrit la brusque et progressive revanche d'un mal-loti sur son 
destin ; - et nous avons la vie d'Agrippa I er , trajectoire allant, elle aussi, du pire au meilleur; - 
et puis, comme dans un reflet symetrique-inverse de ces deux recits, nous avons Jesus et 
Carabas, moques tous deux, l'un a la place des hommes et pour leur rachat (?), l'autre a la 
place d'un roi. Puis, comme reciproquement, nous avons le chat qui prend a tout instant la 
place de son maitre : c'est lui le besogneux, le ruse, l'actif : l'acteur ; c'est lui qui decide de 
tout et mene tout, gestes et paroles, a son bon terme. De meme, si Agrippa retrouve son 
royaume apres tant de deboires, c'est grace a la seule aide de Caligula : sans son providentiel 
ami l'empereur, il ne serait rien qu'un endette, un prisonnier, un errant; sans lui, jamais il 
n'aurait evince ses concurrents roitelets de Palestine: sans [69] lui, jamais il ne se serait mis a 
leur place ; Caligula est le chat d'Agrippa. 

Et Perrault joue de toutes ces allusions en leur procurant un rendement 
maximal. Car je rappelle, pour corser les jeux de mots, que « caligula » est un 
sobriquet confere a Gaius par les soldats, sobriquet qui signifie « la 
sandalette », « la bottine » : Caligula n'est done pas que le chat d'Agrippa, il 
est son chat botte ! 

Et enfin, linguistiquement, le mecanisme de substitution est le meme : a la place du texte 
original, Semite, decrivant le pauvre sort du pauvre Carabas et son calvaire de Carnaval, nous 
ne possedons plus qu'une narration grecque qui, dans sa syntaxe comme dans son vocabulaire, 
ose a peine s'affirmer comme telle, 

On peut et doit en dire autant des Evangiles, textes verses litteralement du 
Semite dans l'indo-europeen. 

au milieu d'un livre ou elle ne figure plus, sans doute, que comme un objet rapporte : un 
ersatz. Les pieces du dossier, qui n'etaient au depart que de brie et de broc (Jesus-Barabbas, 
Perrault-Carabas, Philon-Carabas, Carabas- Agrippa, Carabas-Barabbas), s'assemblent 
maintenant comme en un puzzle, et Ton peut des lors etre assure que Perrault, soit par ses 
propres lectures, soit par des informations recueillies aupres de son frere le theologue ou de 
ses amis jansenistes, en connaissait mieux la vraie et authentique clef qu'on ne l'a jusqu'ici 
soupconne. 

Et, a la courtoise et attentionnee lettre de M. Soriano, je reponds done, aussi cordial ement 
qu'il convient, que Charles avait ete, pour sur, bien renseigne par Nicolas. 



APPENDICE A CARABAS 

J'ai, tout au long de cette etude, assez fortement insiste sur le fait que la plupart des termes 
clefs figurant dans la narration [70] de Philon sur Carabas et dans les paralleles de Matthieu, 
Marc et Jean, figurent egalement en bonne place dans le vocabulaire des Talmuds (Mishna et 
Gemara), des Targums et des Midrashim comme emprunts explicites au grec (et au latin via le 
grec). Pour preciser encore (a l'usage des exegetes aveugles - depuis vingt siecles), je fournis 
ici la liste de ces termes, en examinant un a un les textes en question. 

1. Philon, In Flaccum, parag. 37 a 39. 
1/ anti, 

Je donne, dans cette liste, les mots grecs sous la forme, aux personnes et aux 
temps, qu'ils ont dans les textes considered au moment ou ils y interviennent 
(sans, d'autre part, la moindre consideration pour les accents et les esprits). 

« en guise de », figure comme prefixe en hebreu d'emprunt sous la forme 'NTY. 



2/ te kephale, « la tete », y figure sous les formes QPLWT, « le poireau a tete (porrum 
capitatum) » et QPLTYN, « la perruque », « le couvre-tete ». 

3 / khamai'stroto, « etendu par terre », impossible ici comme adjectif, est bien un substantif 
lorsque l'hebreu tardif l'emprunte sous la forme HYMW§T', 

Peut-etre paraitra-t-il difficile au specialiste de croire que ce terme peut etre 
emprunte par l'hebreu tardif comme un caique du grec khama'istrotos ; par 
contre, la coincidence graphique et phonique entre les deux mots est 
frappante et incontestable - sans compter que le sens de HYMWST', « le 
vetement de pourpre que porte l'officier paien», convient ici tout a fait au 
sens (substantif et non adjectif) et qu'il s'accorde, de plus, avec les narrations 
evangeliques. 

« le vetement de pourpre », « la tenue ecarlate de l'officier ». 
4/ khlamudos, « la chlamyde », devient 

Par « devient », j'entends : ...devient lorsque l'hebreu tardif l'emprunte et 
l'introduit dans le moule de son [71] alphabet propre. - Ce « devient » pose 
un grave probleme au niveau du corpus neotestamentaire : car comment doit- 
on y traduire les termes d'emprunt qui y fourmillent - en ne recourant qu'au 
lexique grec (comme le font depuis des siecles, et encore aujourd'hui, tous les 
specialistes), ou bien en recourant au lexique hebreu derive ? Grave 
probleme, en effet, puisque les termes empruntes, ainsi qu'on le voit dans le 
catalogue que je dresse ici, sont souvent inadequats au sens qu'ils ont, qu'ils 
avaient, en grec pur ; en passant du grec a l'hebreu, ils perdent souvent 
certaines de leurs acceptions premieres, ils en gagnent d'autres, etc. Comment 
se fait-il que de tout cela les traducteurs europeens du Nouveau Testament - 
et les Eglises - ne tiennent jamais compte ? 

KLYNDYN, « le manteau d'apparat », ou, plus litteralement, KLMWS, « la chlamyde », « la 

tenue pourpre de l'officier ». 

5 / papurou, « le papyrus », devient PPYYR, « le papyrus », 

Bublos, egalement employe par Philon, n'est pas, du moins a ma 
connaissance, emprunte par l'hebreu tardif. 

mais aussi : « le tissu de papyrus », « la texture du papyrus ». 

6/ tes egkhoriou, « le pays », n'est pas emprunte tel quel, mais khorion, de meme famille, Test 

sous les formes PR'KWRYN (= parakhorion), « le district », et PRYKWRYN (= 

perikhorion), « le territoire », « le voisinage ». 

7 / theatrikois, autrement dit theatron, « le theatre », devient - j'en ai longuement fait etat - 

'STRY', ou encore TY'TRWN, ainsi qu'une dizaine d'autres graphies, 

Autres graphies qui vont des plus litterales aux plus cacophoniques. Le fait 
que les emprunts de l'hebreu tardif (postbiblique) au grec passent par toutes 
sortes de cacophonies, dues et a l'eloignement des deux alphabets et au genie 
phonique et graphique de chacune des deux langues, renforce la parente, dont 
j'ai parle plus haut, entre 'STRY', « le theatre », et 'STRTY', « la 
soldatesque », et renforce du meme coup, bien au-dela de la consideration, 
des lors [72] necessairement superficielle, du grec, la similitude deja 
frappante de soi entre le recit de Philon sur Cacabas et ceux de Matthieu, de 
Marc et de Jean, sur les moqueries dont on accable Jesus-Josue. 

toutes signifiant « le theatre », « l'amphitheatre », « le cirque », « les jeux du cirque », « les 
spectacles et les lieux de spectacles paiens », « la debauche », 

La debauche est un theme courant dans les apocryphes du Nouveau 
Testament. Ainsi, par exemple, dans les Actes de Pilate (version copte), les 
Juifs affirment a plusieurs reprises que Jesus « a ete enfante dans la debauche 
(hn oupornia) » - cf. Graffin et Nau, ed., Patrologia Orientalis, t. IX, fasc. 2, 
« Les Apocryphes Coptes II », Paris, reed. 1957, p. 76 s. E. Revillout traduit 
pornia par « le libetrinage », belle litote car pome signifie, en grec autant que 
comme emprunt dans l'hebreu tardif, « la putain », « l'adultere » : la graphie 
en est alors PWRNY, forme qui recouvre d'ailleurs egalement un emprunt au 
latin furnus et au grec phournos, « le four a pain » : comprendrait-on alors 
pourquoi il est tant question de pain dans le Nouveau Testament ? (cf. aussi, 



dans les Evangiles, l'episode dit « de la femme adultere ») - cf. aussi le lieu 
de naissance « davidique » (?) de Jesus- Josue, Bethleem, c'est-a-dire BYT- 
LHM, litt. « la maison du pain » : et justement, dans les Actes de Pilate deja 
cites, on mele les informations, rapprochement narratif qui n'a aucun sens, 
aucun fondement, en copte ou en grec, mais qui en detient un, et tres clair, 
lorsqu'on se refere (par retroversion) a l'hebreu sous-jacent, d'emprunt ou 
non. Car ainsi court le texte: « Nous savons que tu as ete enfante dans la 
debauche ; secondement, nous savons que ta naissance a eu lieu a Bethleem 
et qu'a cette occasion on a tue cette grande foule d'enfants » (et, la encore, 
intervient un jeu de mots inintelligible en dehors du recours a l'hebreu, LHM 
y signifiant en effet, dans la Bible comme ailleurs, « le pain » et « le 
massacre »). - J'ajoute, mais il faudrait la une etude speciale qui [73] n'a 
jamais ete menee, que, tout autant que le Nouveau Testament dit 
« canonique », les apocryphes (sic) coptes fourmillent de mots non pas 
egyptiens mais proprement grecs, mots qui figurent a foison parmi le lexique 
des termes empruntes au grec (et au latin via le grec) par l'hebreu tardif - sans 
parler de tous les mots hebreux, non etudies jusqu'a ce jour pour eux-memes, 
qu'on rencontre a l'etat de pures et simples transcriptions dans les textes 
gnostiques et apparentes. 

« les lieux de debauche ». 

8/ mimois, « les mimes », devient MYMWS ou MWMWS, « le mime » ou « l'acteur de 

mime ». 

Curieusement, il y aurait done une tres bonne assonance, invisible en grec, 
entre le « comme pour les mimes » de Philon et la « chlamyde » et de Philon 
et des evangelistes, soit d'une part KLMWMWS et de l'autre KLMWS (pour 
l'assonance entre le roseau et la chlamyde, encore invisible en grec, cf. infra, 
§2, point 11). 

9/ parasema, « le signe exterieur », « le signe (de la royaute) », sans etre, pour autant que je 

sache, emprunte par l'hebreu, assone pleinement avec PRSM, « divulguer », « rendre 

ostensible », « rendre public ». 

10/ basileias comme basileus, « le roi », figurent en hebreu d'emprunt sous les formes 

BSYLY'WS ou BSYLYWS, meme sens, 

1 1/ diekekosmeto, « arranger », « mettre en cortege », incomprehensible ici par et dans le 

grec, correspond en fait a l'hebreu d'emprunt QWZMYN, « les bijoux », « la joaillerie », « la 

parure de bijoux » : 

La similitude de graphies entre kosmos/« le monde » (devenu dans l'hebreu 
d'emprunt l'un des composants, par exemple, de QWZMWQRTWR, grec 
kosmokrator, ou de QWZMYQWN, grec kosmikos - termes, soit dit en 
passant, evidemment presents dans le Nouveau Testament) et kosmos « la 
parure » (devenu [74] par emprunt QWZMYN) a tres judicieusement ete 
mise a profit par les traducteurs soucieux de puiser a plein dans le lexique 
hebreu d'emprunt ; e'est ainsi, pour ne donner qu'une seule illustration de 
cette astuce, qu'on lit au paragraphe 1 10 de YEvangile (copte pour ce qui nous 
en reste, a part quelques fragments en grec) de Thomas : « Quiconque a 
trouve le bijou (kosmos) et est devenu riche, qu'il refuse le monde 
(kosmos) ! » - mais, dans The Gospel according to Thomas, Leyde, Brill, 
1976, les editeurs et traducteurs anglais se font pieger et rendent les deux 
kosmos du passage par « le monde (the world) », ruinant ainsi le jeu de mots 
qu'ils ne voient pas faute de s'en referer aux particularites des emprunts de 
l'hebreu tardif (notons que ces memes editeurs et traducteurs croient cet 
evangile originellement redige en grec, « avec des semitismes » - on voit, 
tristement, ou les conduit leur croyance !). 

on couvre Carabas de bijoux de toe pour lui imposer failure et l'apparat d'un roi factice. 
12/ logkhophoron, « les lanciers », devient, grace a un joli raccourci, LWPR (ou LYPWR), 
« le garde du corps » (cf, aussi LWNKY, pour le grec logkhe, « la lance », egalement un 
terme emprunte). 



13/ doruphorous, « les gardes en armes » (voir le francais « doryphore »), a pour pendant, 

cocassement emprunte, DRBN'H, meme sens. 

14/ dikasomenoi, « se faire rendre la justice », « plaider », produit l'emprunt DYQY (= grec 

dike, « la justice »), « le droit », « le chatiment », « la juste satisfaction ». 

15/ koinon, « commun », produit l'emprunt QYNWNY' (= grec komonia), « la communaute 

d'interets », « la complicity », « la connivence », 

Les lecteurs ayant une familiarite meme moyenne avec le lexique du 
Nouveau Testament feront ici, tout du long, les rapprochements qui 
s'imposent; tout le corpus chretien, sans que la moindre page [75] y fasse 
exception, exhibe aux yeux de qui veut bien les voir - autrement dit : de qui 
sait lire sous le grec - des dizaines et des dizaines de mots d'emprunt (au sens 
ou je l'entends ici) : et les exegetes et les traducteurs modernes n'y voient que 
du feu ! - Or, comme je l'ai souligne plus haut, et comme on le constate en 
parcourant mon catalogue, souvenons-nous que tous ces mots portent en eux, 
a distance du lexique grec-pur dont ils sont originaires, le risque d'un 
glissement de sens parfois considerable. 

16/ pragmaton, « les affaires », devient par emprunt PRGMT', sens equivalent. 

17/ J'elimine evidemment, dans le passage de Philon, Marin, « seigneur », qui est un mot 

Semite (d'ailleurs mal translittere), et passe a apokalounton, « appeler », « nommer », qui 

correspond a l'hebreu d'emprunt QLWN, « je proclame » (voire a KLY, qui est, lui, un verbe 

Semite pur voulant dire « appeler », « rassembler », « produire un signal » : dans ce cas, nous 

avons comme par hasard une assonance entre le grec et l'hebreu). 

18/ kurion, « le seigneur », devient QYRWS, meme sens. 

19/ para, « chez », devient PR', soit prefixe, soit preposition (comme en grec), meme sens. 

J'elimine, dans la fin du texte, tout ce qui concerne Agrippa, la Syrie (la Palestine) et les 

Syriens: tous ces mots sont, d'evidence, Semites. 

Et je constate done, grace a ce facile recensement, je l'espere, complet, que dans le passage de 

Philon, qui ne court pourtant que sur une dizaine de lignes (quand on en ecarte les gloses), 

apparaissent une vingtaine de mots presents dans l'hebreu tardif a titre d'emprunts faits au 

grec. 

Sans autres commentaires pour l'instant, je procede de meme avec les paralleles du Nouveau 

Testament. Le gibier y est aussi abondant. 

[76] 

2. Matthieu XXVII, 27-31. 
1/ stratiotai, « les soldats », devient sous sa forme litterale 'STRTYWT, «le soldat», mais 
aussi « l'officier romain », « le garde », « l'estafette ». 

2/ egemonos, « le gouverneur », « le guide », « le chef », devient HGMWN OU 'GMWN, « le 
general ». 

Car qu'on y prenne bien garde : il arrive souvent qu'en se translitterant en 
hebreu le terme grec change radicalement de sens, ou adopte un sens plus 
large, ou plus etroit, selon les cas, que son modele indo-europeen. Et les 
traducteurs du Nouveau Testament, tous autant qu'ils sont, si aveuglement 
attentifs au grec, au soi-disant grec originel du corpus, n'ont pas la moindre 
idee de ce genre de probleme ! (Que mon lecteur prenne, par contre, la peine 
de se referer a une traduction courante du passage de Matthieu que j 'examine 
ici, et d'y constater, mot apres mot, les ecarts existant entre les phrases qu'il a 
sous les yeux et celles qu'aurait du produire un recours au lexique d'emprunt : 
constatant ces ecarts, il constatera du meme coup a quelles erreurs se 
complaisent les soi-disant specialistes - a une erreur, ici, en pleine Passion du 
Christ, de dictionnaire : rien moins.) 
3/ praitorion, « le pretoire », devient PLTWRYN, « le quartier general », « le palais ». 



Pourquoi, toujours, lit-on ici, que « les soldats du gouverneur conduisirent 
Jesus dans le pretoire » ? Pourquoi « le gouverneur » et pas « le general » ? 
Pourquoi « le pretoire » et pas « le palais » ou « le quartier general » ? 

4/ olon, « tout(e) », devient 'WLW, meme sens, comme prefixe ou adjectif. 

5/ speiran, « la cohorte », devient §PYRH, « les gardes du corps lorsqu'ils sont disposes en 

cercle » (qu'on se rappelle que, dans Philon, la foule est disposee effectivement en cercle, en 

kuklo, autour de Carabas - et qu'on note la difference entre une cohorte et des gardes du 

corps) ; dans la Bible, §PYRH [77] signifie « le diademe » (cf Isaie XXVIII, 5) : lien done, 

ici, dans 1 'hebreu, pas dans le grec, entre les gardes et la couronne. 

6/ khlamuda, « la chlamyde », devient KLMWS, « la tenue de l'officier (paien) ». 

7 / kokkinen, « pourpre », devient KKL' ou KKLN, « la pourpre », « le vetement pourpre » 

(tous deux des substantifs). 

8/ stephanon, « la couronne », assone avec l'hebreu biblique M§NPT, « le diademe (du roi) », 

« la tiare (du grand pretre) » ; or, je remarque qu'Ezechiel parlant, en XXI, 31, d'« oter la tiare 

(sous entendu : du grand pretre) » emploie l'expression HSYR H MSJNPT ; or, HSYR, 

« oter », signifie egalement en hebreu « l'epine » (mais je passe, car un tel examen - celui de 

l'utilisation, par les redacteurs hebreux et les traducteurs des Evangiles primitifs, de toutes 

sortes de jeux de mots implicites ou explicites dans l'Ancien Testament - me menerait trop 

loin). 

9/ akanthon, « les epines », « l'acacia (d'Egypte, mimosa Nilotica L.) », « le chardon », n'est 

pas, a ma connaissance, emprunte par l'hebreu tardif. En revanche, plusieurs mots, d'emprunt 

ceux-la, assonent pleinement avec lui : ainsi, par exemple, DYQYNTYN ( = grec uakinthos), 

« la hyacinthe » (perle ou pierre precieuse) - on retrouverait la les effets de joaillerie 

rencontres dans le recit de Philon sur Cacabas. 

10/ kephales, « la tete » : pour ce mot, je renvoie au point 2 de la liste des termes d'emprunt 

chez Philon. 

1 1/ kalamon, « le calame », « le roseau », devient QLMWS, meme sens. 

12/ dexia, « la droite », « la main droite », est emprunte, en composition, dans des termes tels 

que 'PDKSYS et PRDWKSWS, qui designent la dexterite. 

13/ khaire, « salut ! », devient KYRY, meme interjection, meme sens. 

14/ basileu(s), « le roi », deja rencontre chez Philon : cf. le point 10 de sa liste. [78] 

15/ Je passe sur Ioudaion, « les Juifs », « les Judeens », caique de l'hebreu YHWDYM, 

m ernes sonorites, meme sens. 

16/ Au verset 30, sont repetes les mots kalamon, « le roseau », et kephalen, « la tete » (voir, 

plus haut, les remarques les concernant). 

17/ Reoccurrence, au verset 3 1, du mot khlamuda, deja cite. 

18/ imatia, « les vetements », « le manteau », devient 'YMTY' ou 'NTYTYH, « le tapis de 

bain », « le peignoir » ; encore un fort glissement de sens qui a, jusqu'ici, totalement echappe 

a la sagacite des exegetes. 

Autrement dit, le passage du Selon-Matthieu (XXVII, 27-31) comprend, sur un parcours de 

seulement 4 versets, au moins une vingtaine de termes empruntes au grec par l'hebreu tardif 

(postbiblique). Ce passage est done encore plus marque, du point de vue de son lexique 

d'emprunt, que celui de Philon. Si Ton en elimine les verbes, 

On peut en effet les eliminer de cet examen : les verbes grecs sont peu 
empruntes par 1 'hebreu tardif. 

on peut dire que l'ensemble des 4 versets considered est redige en hebreu d'emprunt au niveau 
du grec qui nous en reste : e'est de l'hebreu d'emprunt en caracteres grecs ! Et tous ces 
exegetes qui ne s'en sont jamais apercus !... Vers eux, quelle grimace par-dela tant de siecles... 
Ainsi, et toujours du point de vue qui m'occupe, l'etude des passages paralleles de Marc et de 
Jean n'est-elle plus qu'un jeu d'enfant : 



3. Marc xv, J 6-20. 

Comme en Matthieu, et dans les memes termes, on trouve chez Marc : les soldats, le palais, 

toute la cohorte, la couronne et les epines, salut roi des Juifs (ou des Judeens - je tiens a cette 

imperative distinction), la tete, le roseau, et les vetements. 

Tous ces mots sont d'emprunt! 

[79] Ne me reste plus que : 

porphuran, « la pourpre » (au lieu, ici, de kokkineri), 

Le fait que nous ayons ici et la deux termes, selon les versions, pour designer 
« la pourpre », prouve (n'indique pas, et ne suggere pas : prouve) que 
l'original etait un mot Semite pur, et non un emprunt : face a cet original 
unique, les traducteurs ont hesite entre les deux termes d'emprunt figurant 
dans leur lexique (et dans leur cerveau). Sans doute y avait-il 'RGMWN dans 
le texte premier, comme je le montrerai plus tard. 

qui, en hebreu tardif, devient PWRPWR', « la pourpre », « le vetement pourpre » (substantif) 

- terme qui assone joliment avec l'hebreu d'emprunt PPYYR (deja rencontre), « le papyrus » 
(encore un lien avec le recit de Philon). 

4, Jean XIX, 2-3. 

Comme en Matthieu et Marc, on trouve chez Jean, dans les memes termes, les soldats, la 

couronne et ses epines, la tete, le vetement, la pourpre, et salut roi des Juifs (Judeens) - tous 

ces emprunts en deux versets ! 

Et ne me reste plus que : 

rapismata, « les coups (au visage) », mot qui, sans emprunt aucun, assone aussitot avec la 

racine Semite pure RPS, meme connotation, racine qui, bizarrement, forme anagramme, aussi 

bien en grec que via l'hebreu, avec lesparasema (« les insignes ») du texte de Philon! 

Meme conclusion que precedemment, meme plethore de termes d'emprunt en Marc et Jean 

que chez Matthieu. Meme injure aux exegetes en titre et a leur these d'une redaction grecque 

des Evangiles produite par des semi-illettres, et surtout a la bete theorie selon laquelle ces 

Evangiles auraient ete ecrits en koine, en grec hellenistique et populaire: une koine Semite !!... 

ils ne reculent devant rien, nos erudits theologues. 

[80] Et tout ceci alors que nos passages, essentiels dans le Christianisme, 

II ne s'agit pas d'une petite parabole dissimulee dans un recoin de l'edifice, 
mais de la « Passion du Christ », n'est-ce pas ? 

sont Semites de part en part en tant que narrations : 

- syntaxi quern ent, comme l'extreme majorite des versets des Evangiles, des EpTtres et de 
l'Apocalypse (dite de Jean), du fait de l'ordre des mots qui s'y exhibe, du peu de complexity 
des propositions, de leur uniforme liaison par la copule « et » (grec kai traduisant l'hebreu W), 
etc., au point que traduire (je ne dis pas : retrovertir) leur grec en hebreu parait tout du long, 
grammaticalement, tres facile ; 

- et semantiquement, du fait que leurs substantifs appartiennent massivement au vocabulaire 
d'emprunt des monuments les plus inevitables du Judaisme (Targums, Talmuds, Midrashim) - 
point de vue exhaustif (car quoi, dans un texte, linguistiquement, hors la syntaxe et le 
vocabulaire ?) qui elimine tout recours, precisement, a la koine : a-t-on vu un Polybe, expert, 
dit-on, es ladite koine, calquer son grec sur l'hebreu et user d'un vocabulaire emprunte par les 
Juifs au detriment, comme ici, de tout autre ? 

Et puis - et surtout - a-t-on jamais vu, chers amis les theologues, des pratiqueurs de koine 

produire des jeux de mots ne se comprenant et ne se savourant, comme ici, que par un 

imperatif recul (retrovertif) vers l'hebreu ? 

Qu'on en juge plutot : 

Matthieu (XXVII, 27) dit que les acteurs de la scene sont les soldats du general, de Yegemon. 

J'ai deja note que ce mot est, a l'exception de tout autre, emprunte par l'hebreu tardif sous les 

formes 'GMWN et HGMWN avec le sens de « general d'armee ». 



Tiens, en passant, Pilate etait-il done un general ? 

Jesus est amene au prai'torion, e'est-a-dire, et en depit des traductions et des traditions 
europeennes et ecclesiastiques courantes, [81] et via l'emprunt PLTWRYN, au palais (e'est 
bien la version de Marc aussi : eso tes aules, « a l'interieur du palais » - et non pas « de la 
cour » puisque la glose, par recours a l'emprunt, elimine ce sens). Or, l'un des mots hebreux 
les plus communs pour designer le palais est HRMWN (autre graphie: 'RMWN), mot qui a, 
dans les deux cas, quatre lettres sur cinq, dans l'ordre, identiques a celles du « general », et qui 
subit le meme flottement graphique (entre H et ') que lui. 

On revet Jesus/JosueVDieu-salvateur d'un vetement de pourpre. Un seul terme hebreu pour 
designer la pourpre : 'RGMN, mot qui a quatre lettres sur cinq, dans l'ordre, communes avec 
« le general » et avec « le palais ». 

Et personne ne l'a jamais vu ! - Et ce n'est pas encore fini : 

On donne a Jesus un calame, un roseau. Le roseau se dit en hebreu QNH, ou... 'GMWN, ce 
dernier mot ayant, dans l'ordre, cinq lettres sur cinq communes avec « le general » et, toujours 
dans l'ordre, quatre lettres sur cinq communes avec « la pourpre » et avec « le palais ». 
Ces jeux de mots, absolument invisibles - indevinables ! - dans le grec qui nous reste 

Cette remarque ne vaut bien evidemment pas que pour les passages 

considered et etudies ici (ceux de la Passion) : le Nouveau Testament et une 

partie tres importante de la litterature apocryphe (ou dite telle), grecque, 

Copte, etc. exhibent les memes sortes de jeux de mots sous-j acents, e'est-a- 

dire : ne fonctionnant ni en grec ni en copte, etc., mais uniquement grace a un 

necessaire recours a une retroversion vers l'hebreu (leur hebreu d'origine). Le 

plus souvent, les traducteurs de ces textes, tout en conservant au mieux la 

syntaxe de leur original, ont perdu, au niveau du vocabulaire, du choix des 

mots de leurs traductions, la saveur et le sens des assonances, des sous- 

entendus, des anagrammes et des calembours primitifs - assonances, sous- 

entendus, anagrammes et calembours [82] dont sont si singulierement riches 

les textes de la litterature hebraique, biblique ou non. 

(egemon, prai'torion, kokkinoslporphura et kalamos ne produisent pas d'assonances), ne sont 

operatoires qu'en vertu d'un necessaire recours a l'hebreu d'origine : en bref, seule l'hypothese 

d'un original Semite, traduit ensuite en grec tres litteralement (le grec, seul, nous restant), peut 

rendre compte de ces cascades d'assonances et de jeux de mots - maladie incurable, selon les 

uns, et merveille des merveilles, selon les autres, de la litterature hebraique traditionnelle, 

l'une de ses caracteristiques essentielles en tout cas. 

Et, dans cette hypothese, la seule possible, je puis me mettre un instant dans la tete des 
traducteurs anciens. Dans l'original deMatthieu XXVII, 27, ceux-ci ont affaire soit a 'GMWN 
(ou, autre graphie, HGMWN), et dans ce cas ils n'ont aucun effort a fournir pour lui trouver 
un equivalent grec : il leur suffit de retablir egemon, original meme de cet emprunt - soit a un 
terme proprement et purement Semite, SR, ou NGYD, ou autre, autrement dit a un terme 
hebreu pur designant un chef, un prince, un guide, un general : dans ce dernier cas, quel mot 
grec vont-ils choisir decidement ? Tout les pousse a opter pour egemon, et pour lui 
seulement : tout d'abord le fait que ce mot a un sens apparente au terme Semite a traduire ; 
ensuite le fait que ce mot, et lui seul avec ce sens, figure dans leur esprit (dans leur lexique) 
comme un terme acclimate en hebreu a titre d'emprunt 

La encore on peut et doit sans crainte elargir le probleme et sortir, un instant, 
des seuls passages etudies ici. J'ai releve dans le dictionnaire de Jastrow et 
dans le Lehnworter de Krauss des dizaines et des dizaines de termes 
empruntes (par l'hebreu tardif au grec) qui tronent en bonne ou en tres bonne 
place dans le lexique du Nouveau Testament. Ils s'y pavanent en foule et 
personne n'a jamais etudie les caracteristiques et surtout les implications de 
cette [83] pavane-la. Or, qu'on y songe encore, certains de ces mots sont 
empruntes au grec tout en conservant comme emprunts, sous alphabet 
hebraique, leur signification-connotation grecque originale, mais d'autres - en 
tres grand nombre - ou bien perdent une part importante du sens grec 



primitif, ou bien le perdent tout entier : dans ce dernier cas, le sens de 
l'emprunt n'a plus rien a voir avec celui de l'emprunte ; mais alors le lecteur 
du Nouveau Testament tombant - a chaque pas ! - sur ces mots, sur des mots 
de ce genre, doit les lire non pas avec leur sens grec (pur) mais avec celui-la 
seul qu'ils possedent a titre d'emprunts - et voila, du coup, remise en cause 
1 'intelligence de pans entiers du corpus canonique ! Ce qui veut dire, encore 
plus concretement : qu'il faut se metier des traductions francaises, anglaises, 
allemandes, et autres, de ce corpus (aussi bien, des lors, des fideles que des 
infideles, puisque toutes ne se referent fautivement qu'au dictionnaire grec 
pur), et, d'autre part, qu'il faut jeter aux oubliettes des milliers et des milliers 
de pages et de volumes de commentaires sur ce meme Nouveau Testament, 
commentaires produits a partir de l'examen grec de son seul grec sur la base 
de la seule semantique grecque : cela promet de beaux autodafes, salutaires 
cette fois, et de belles epargnes... 

manifeste au grec ; et enfin le fait que la suite du passage a traduire contient des termes, eux 

uniquement Semites purs, la, sous leurs yeux, qui assonent parfaitement avec ce terme 

d'emprunt, a savoir, comme je l'ai montre plus haut, « le palais », « la pourpre», et «le 

roseau ». 

Les traducteurs antiques ont done ici, tout bonnement, opte pour la solution la plus directe, la 

plus litterale, la plus commode surtout - la plus accessible. Et tout ceci contribue a condamner 

la these absurde d'une redaction grecque originelle des passages considered. 

Et tout ceci ouvre enfin la question essentielle, l'unique [84] question interessante : qu'en 

etait-il du texte Semite originel ? qu'en etait-il de cette narration-la ? - Faudra-t-il vraiment 

chausser des bottes de sept lieues pour l'atteindre ou, plus modestement, l'approcher ? 



[85] 



Mots d'emprunt dans le plat 
(Rene Girard s 'attaque aux Evangiles) 



Quoi de plus rebarbatif que des « mots d'emprunt » ? C'est pourtant la presence massive de 

ces mots dans le grec du Nouveau Testament qui assure la valeur de mon hypothese de 

depart : c'est elle qui me confirme que les Evangiles canoniques (et le Nouveau Testament 

dans son ensemble) ont bien ete originellement rediges en hebreu - et non en grec ou en 

arameen. 

J'insiste done sur ces mots singuliers : j'enfonce mon clou dans le crane des grecistes ; je 

souligne l'incroyable erreur des Eglises. 

Et je ne fais pas qu'affirmer : je prends des exemples. Je noie - a dessein ! - mon lecteur dans 

la tromperie dont sont victimes les textes fondateurs du christianisme. 

Peu a peu les questions techniques, linguistiques, laissent place au seul probleme qui vaille : 

pourquoi les erudits, fonctionnaires ecclesiastiques ou pas, nous trompent-ils - depuis bientot 

vingt siecles - sur la langue du Nouveau Testament ? - Patience... je vais y venir. 

Tiens, histoire d'agacer encore mieux les dents du lecteur, je le convoque a un autodafe : celui 

d'un chapitre de Girard. Question : comment un philosophe contemporain travaille-t-il sur le 

Nouveau Testament ? Reponse : n'importe comment. 



[87] 

Premiere categorie de mots d'emprunt 

Les Evangiles dits « canoniques » contiennent et exhibent a qui sait les discerner, comme 
negligemment semes dans la trame de leur vocabulaire, deux categories de mots d'emprunt. 
La premiere categorie, la moins fournie - et de loin - est constitute de termes d'origine 
semitique : il s'agit la de quelques noms communs, comme « korbanas », ou « rabbouni », de 
quelques noms propres, comme « Dalmanoutha », 

S'il s'agit bien la d'un nom propre : on dirait plutot un genitif (introduit par 

l'arameen D) signifiant « des veuves ». 

« Golgotha », ou « Gabbatha », et de quelques phrases ou membres de phrases, comme 
« talitha koumi » ou « eloi eloi lema sabakhthani »... Ces mots et phrases sont des emprunts a 
l'arameen, et non pas a l'hebreu; ces mots et phrases sont ici, tant bien que mal, transcrits dans 
l'alphabet grec, langue universellement presumee etre celle des Evangiles (et du Nouveau 
Testament), avec un apport approximatif de voyelles en vue de leur prononciation... Tous ont 
fait l'objet d'une scrupuleuse attention de la part des exegetes. Et ceux-ci s'appliquent en 
general a produire la theorie suivante : 

Je schematise a peine (tout en m'amusant), II taut dite que l'erudition se laisse 
aller, avec le Nouveau Testament et la litterature connexe, a des exploits 
qu'elle dedaignerait et condamnerait (a bon droit) dans d'autres domaines. 

[88] il est normal que, Francais, ecrivant en francais un texte sur l'ltalie, j'emaille ma narration 
de spaghetti, de ciao, ou de pericoloso sporgersi - ainsi la couleur locale est-elle assuree, et 
sauvee ; mon recit fait plus vrai. Car que serait une histoire russe sans borchtch, datcha, vodka 
ni moujik, chinoise sans gong-tchan-dang, ying et yang ni ginseng, bretonne sans menhir, 
festnoz ni pennti ? On n 'y reconnaitrait pas les fumets du terroir. 

Les redacteurs des Evangiles done, tout a leur grec cependant, auraient, par politesse 
geographique envers le decor de leur saga, condescendu ca et la, a petites doses certes mais 
reellement malgre tout, a se fendre de quelques clins d'yeux au sabir de l'endroit : Juifs 
(chretiens ?) s'exprimant en grec commun - la fameuse, trop fameuse, koine -, ils auraient 
sporadiquement sacrifie a la transliteration de leur arameen. Et ce serait d'ailleurs la l'un des 
volets, inattendu mais efficace n'est-ce pas, de l'lncarnation : 

L'une des pleurnicheries les plus constantes de la theologie et de l'homelie 
chretiennes classiques concerne l'lncarnation divine dans le lieu le plus 
recule de la terre. Par la, il faut evidemment entendre la Palestine du I er 
siecle. Or, comme cela devrait se savoir jusque dans les eglises et les 
seminaires, l'Empire romain de l'epoque ne contient certes pas plus de 1 % de 
non-analphabetes (je ne dis pas : de lettres), cependant que la Palestine 
contemporaine - non pas contree perdue, mais patrie de la religion du Livre - 
, Juifs et Samaritains confondus, regorge de savants. 

un hie et nunc s'affirmant jusqu'au niveau du lexical - narrateur, je ne me contente pas de 

situer mes faits et mes personnages, 

Je note, a l'usage du lecteur peu familier de ces problemes, que topologie et 
chronologie des Evangiles torment un brouillis des plus inextricables (de 
meme nature, par contre, que celui - pele-mele - des Manuscrits de la mer 
Morte, des Talmuds et des Midrashim). 

[89] parfois je recopie litteralement des paroles (je les translittere). 

Et on parfait meme Interpretation en pretendant, par exemple a propos de Matthieu XXVII, 
46, que Jesus en croix (sur le bois, en grec stauros, « le pieu ») ayant prononce des paroles de 
detresse (« mon dieu, mon dieu, pourquoi... ») et n'ayant pu le faire qu'en arameen, langue 
Semite majoritairement parlee a son epoque aux lieux considered (sic), 

Cette ineptie est toujours monnaie courante chez les commentateurs 
modernes ; e'est un refrain obligatoire. 



il convenait, voyons done, par realisme redactionnel ou par piete, ou pour les deux raisons, de 
les rapporter telles quelles. 

Alors qu'a un mot pres (LM' a la place de MTWL MH, « pourquoi », « pour 
quoi ») ladite exclamation n'est qu'un targum, e'est-a-dire une traduction 
precisement arameenne, de Psaume XXII, 2 - targum ici inevitable au vu de 
ce qui suit, e'est-a-dire de la confusion, seulement restituable en langue 
Semite, par les auditeurs mis en scene, entre « mon dieu » ('LY) et le 
prophete « Elie » ('LYH) : cf. Matthieu XXVII, 47 ; traduire en grec 
l'exclamation en question, celle du psaume, au lieu de la translitterer, aurait 
fait perdre toute saveur et toute douleur a la confusion phonetique. 

Meme chose pour le passage relatant la relevee de la fillette de douze ans, en Marc v, 41 : 
« fille, leve-toi » ayant ete prononce par le Jesus du recit en arameen, il importait, nous dit-on, 
que Marc (journaliste ?) 

L 'interpretation a laquelle je fais ici allusion - les evangelistes reporters - 
rejoint les delires de Renan sur les apotres peu instruits, ignares, illettres. 
Pensez done, le Christianisme a ete fonde par des pecheurs de Galilee, et 
Joseph etait charpentier !... Renan, professeur d'hebreu, ignorait-il que 
plusieurs des plus illustres rabbins cites dans les Talmuds et la litterature 
apparentee exercaient des metiers de ce genre : l'un cordonnier, l'autre tailleur 
de pierres, etc. ? Cela [90] ne les empechait pas d'etre des savants !... Et les 
exegetes et sermonneurs modernes reprennent a l'envi ces fadaises... Au fait, 
quel hebreu Renan enseignait-il ? 

restitue l'injonction dans cette langue, quitte apres coup a nous la traduire-gloser enfin en 
grec, a la suite d'une clausule egalement en grec (« ce qui veut dire...»), clausule qu'on 
retrouve, sous une forme ou sous une autre, autour de telles transliterations (« ce qui se 
dit... », « ce qui s'interprete... ») dans tout le corpus. 

Les Evangiles sont aussi, mais diversement, parsemes de gloses sur les 
usages juifs. C'est la, on le vena plus loin, le fait des traducteurs (hebreu- 
grec) et non celui des redacteurs originaux (si je traduis un texte, disons, 
arabe, ou tibetain, en francais, je suis force, a l'usage du lecteur egalement 
francais, d'y adjoindre des notes, des renvois - des gloses justement : ici, 
comme il est de mise dans les manuscrits antiques, les gloses en question se 
sont amalgamees au texte principal). 

Cette theorie, en usage - avec fioritures ou non - 

La meilleure fioriture - et la plus repandue - en est celle des Evangiles- 
comme-textes-de -litterature -primitivement-orale (mon lecteur goutera, dans 
mes chapitres a venir, ce qu'il en est de cette soi-disant oralite) : elle est la 
consequence de la these sur les evangelistes illettres. 

chez l'ensemble des exegetes, presente en fait une extreme faiblesse. 

Elle ne vaudrait, tout d'abord, que si les mots ainsi translitteres appartenaient toujours a des 

phrases prononcees par le Jesus du recit ou par l'un ou l'autre de ses interlocuteurs. Or 9a n'est 

pas du tout le cas : « korbanas », « Golgotha » et « Gabbatha », par exemple, interviennent 

dans le tissu narratif, dans la narration evenementielle - et non dans les dialogues ou les 

monologues. 

[91] Mais surtout elle ne rend pas compte, a l'encontre de l'hypothese initiale d'un souci de 

fidelite et de realisme local, du si petit nombre, en definitive, des termes arameens ainsi 

concernes et traites. Si ce souci avait bien existe la ou nos exegetes le supposent place, il 

aurait du se repandre, se montrer plus genereusement reparti : les paraboles, les dialogues et 

discours, les exclamations, auraient du etre afoison parcourus de mots arameens translitteres 

puis expliques et traduits en correcte koine. Or, au lieu de cela, nous avons affaire a une peau 

de chagrin : des bribes, de simples Tlots perdus, pour l'ensemble du Nouveau Testament, dans 

presque 6000 termes de morphologie non Semite. 

Pourquoi des mots arameens (translitteres) ? - pourquoi si peu de mots arameens ? 

Rien, dans les ratiocinations des exegetes, jusqu'a present, ne permet, d'un trait et de maniere 

coherente, de repondre a ces deux questions reunies. 



Seconde categorie de mots d'emprunt 

Mais il y a une seconde categorie de mots d'emprunt dans le corpus, et cette categorie-la ne 
concerne pas seulement les Evangiles mais bien le Nouveau Testament tout entier. Elle aurait 
du faire l'objet de calculs statistiques, de recensements, de comparaisons - au minimum, d'une 
reconnaissance a chaque pas de l'analyse ou de la simple lecture de chaque episode ou 
passage neotestamentaire. Eh bien, autant rassurer ou inquieter tout de suite les amateurs 
eventuels de commentaires sur les monuments fondateurs du Christianisme : rien n'a ete fait 
dans ce domaine. 

Qu'en est-il, grosso modo ? - Pour le dire vite, cette classe de termes, beaucoup plus 
importante numeriquement que la premiere, se compose de mots grecs (ou latins deja 
acclimates [90] en grec), employes ici correctement du point de vue morphologique, et qui se 
trouvent comme par hasard figurer a titre d'emprunts, par transliteration, dans les Talmuds, 
les Targums et les Midrashim, et la litterature apparentee - autrement dit, dans ce qu'il est 
convenu d'appeler la litterature rabbinique postbiblique (ou peribiblique). 

Et personne n'a pris la mesure de cette extraordinaire affluence, dans le 
Nouveau Testament, d'un tel vocabulaire d'emprunt - alors que les exegetes, 
depuis des siecles et des siecles, se comptent par milliers ! 

Contrairement, en effet, a l'hebreu des textes dits « sectaires » ou « esseniens » de la mer 
Morte, 

Textes depourvus des termes d'emprunt dont je parle ici - phenomene dont 
on n'a pas (evidemment pas, jusqu'ici, tire tout le parti qui conviendrait. Je 
rappelle que ces manuscrits sont rediges minoritairement en arameen et tres 
majoritairement en hebreu, langue pretendument defunte aux siecles 
consideres. Bravo les grecistes ! 

ces immenses compilations juives d'apres la destruction du Second Temple accueillent dans 
leur hebreu et dans leur arameen une foule de vocables, particulierement grecs et latins, qu'ils 
ont, cacophoniquement ou non, 

Les cacophonies, souvent inevitables (du fait de l'exotisme reciproque des 
langues Semites et indo-europeennes, et de leurs alphabets respectifs) sont 
parfois savoureuses. J'en ai donne nombre d'exemples dans mon chapitre 
precedent. Beaucoup de jeux de mots sont elabores a partir d'elles comme a 
partir des noms de personnes et de lieux (noms fictifs ou reels). 

translitteres dans l'alphabet de 22 lettres, le leur. Et cette appropriation de mots etrangers, loin 
d'etre negligeable ou marginale, traverse l'ensemble de ces compilations : il est rare qu'une 
page des Talmuds n'en laisse pas voir plusieurs. 

Cf, a ce sujet, et en depit de ses imperfections (moins nombreuses d'ailleurs 
qu'on ne l'a pretendu - souvent [93] pour des raisons aussi inavouables 
qu'extralinguistiques), l'ouvrage de S. Krauss, Griechische u. Lateinische 
Lehnworter, reprint Olms Verlag, Hildesheim, 1 964 (l'edition originale est de 
1898-1899), et le dictionnaire de Jastrow. C'est un bon exercice que de 
comparer et de confronter la liste des mots grecs ou latins-grecises du lexique 
d'emprunt de Krauss avec celle des termes du Nouveau Testament : il n'y a 
pas plus instructif hobby de week-end... Les deux listes, sans effort, 
comportent des dizaines et des dizaines d'elements communs - et aucun 
exegete ne mentionne cette massive convergence, aucun !... alors que les 
consequences en sont de grand poids. 

Comme mon lecteur n'est peut-etre pas familier de ce genre de litterature et de probleme, et 
qu'il ne l'a certainement pas entendu evoquer dans les homelies ou les catecheses chretiennes 
(ou dans les manuels d'histoire des religions), je vais donner quelques exemples. 

Autrement dit: un nombre ridiculement maigre d'exemples ; c'est a des 
centaines d'emprunt qu'on a affaire ici. 



Quelques exemples 

Asthenes, en grec « le malade », devient dans l'hebreu tardif 'STNYS, sens voisin. Salpix, « la 
trompette », y devient SLPYNGS, transliteration s'operant (comme souvent) sur le pluriel ou 
le genitif de l'original. 

Notez que je choisis des mots figurant aussi dans le Nouveau Testament. - 

Pour une bonne analyse de ces mecanismes d'emprunt par l'hebreu tardif, cf., 

entre autres ouvrages, et outre ceux de Jastrow et de Krauss deja cites, M. H. 

Segal, A Grammar of Mishnaic Hebrew, Oxford, Clarendon Press, 1980 

(reed., l'ouvrage datant de 1927), et Mireille Hadas-l.ebel, Histoire de la 

langue hebra'ique, Paris, 1981 (dans cet ouvrage, clair et d'acces facile, on 

appreciera ce [94] qu'il en est de l'hebreu soi-disant defunt aux premiers 

siecles de notre ere). 

Sunedrion, « le senat », « l'assemblee », y devient SNHDRYN, le fameux (et mysterieux) 

Sanhedrin. Kategoros, « l'accusateur », passe a l'hebreu, ainsi que kategoria, « la 

denonciation », sous les formes QTYGWR et QTYGWRY', tout en s'y opposant a PRQLYT, 

du grec parakletos, « l'avocat », « le consolateur » (en hebreu biblique MNHM, prononce 

menahem - cf. le fameux Paraclet chretien qui, dans ces conditions, n'a rien de grec). 

La racine NHM (d'ou provient MNHM, origine hebraique-juive du Paraclet) 
signifie en hebreu biblique (voix nifal, done au passif) : « se repentir », 
« changer d'avis », « se consoler », « etre console », « se consoler par la 
vengeance », « se venger ». Menahem (issu de cette racine, par consequent) 
est aussi un nom propre : ainsi s'appelait un descendant (fils ou petit-fils) de 
Juda de Gamala, zelote martyr, revolte du recensement que mentionne Luc au 
debut de son chapitre II (ce Juda figure en Actes V, 37, accompagne d'une 
curieuse erreur chronologique) ; - d'autres descendants de ce meme Juda, 
promis pour les memes raisons a une fin du meme ordre, avaient pour noms 
Simon et Jacques (cf. Flavius Josephe, Antiquites juda'iques XX). En 
Matthieu III, 4, Jean-le-Baptiste est dit porteur « d'un vetement de poils de 
chameau » et « ceint d'une ceinture de cuir » ; cet accoutrement, loin d'etre le 
constat de reporters, est une citation de // Rois I, 8, et de Zacharie XIII, 4 - 
citation litterale a un mot pres, kamelos, « le chameau », en hebreu GML, 
meme racine que celle de « Gamala », ville de Juda l'anti-Romains et des 
Galileens zelotes. 

Et ainsi de suite... Car on pourrait allonger la liste : des dizaines et des dizaines de mots grecs 
(ou latins grecises) y affluent. 

Mais mon but n'est pas d'expliquer la langue des Talmuds - et des Juifs hebreophones du f r 
siecle. II est de faire comprendre [95] l'importance de ce mecanisme d'emprunt eu egard au 
seul vocabulaire des Evangiles, voire du Nouveau Testament dans son ensemble. Car on 
constate ceci, que mon lecteur, hors exegeseries seculairement a la mode, a du deviner : un 
grand nombre de mots grecs du corpus dit chretien 

Entre un quart et la moitie du total, selon mes statistiques personnelles. 

releve a l'evidence de la liste des termes que l'hebreu tardif s'approprie comme emprunts ; 
bien plus : nombre de notions et d'actions parmi les plus significatives de celles qui ornent les 
textes fondateurs du Christianisme sont soutenues, dans leur lexique, par des termes 
apparaissant dans cette liste-la : jusqu'a diatheke, « le testament », change en DY'TYQY !... 



L 'episode de la mort de Jean-Baptiste 

La mort de Jean-Baptiste : Matthieu XIV, 3-12, Marc VI, 17-29, et Luc III, 19-20. Comme 
partout, ni plus ni moins que partout dans le corpus, une pepiniere de termes d'emprunt. 



Herode saisit Jean et le met en prison, en grec phulake : mot d'emprunt de l'hebreu tardif sous 
la forme PYLQY, meme sens; ce terme voisine (en hebreu, dans le lexique d'emprunt) avec 
PYLQYN ou PYLQYS, caique du grec pelekus, « la hache », l'instrument d'une decapitation. 
Herode a peur de la foule, okhlos, 

Peur de la foule constante dans les Evangiles. Le parallele entre la mort de 
Jean (« livre » comme Jesus, cf. Marc I, 14) et celle de Jesus-Josue est aussi 
frappant que celui qui preside a leur naissance. Ainsi, entre autres exemples, 
Joseph est dit tekton, « charpentier (?) » ; ce mot est toujours donne dans la 
septante (mais aussi dans Aquila et les versions concurrentes) comme 
equivalent de l'hebreu HRS. Or ce mot HRS veut dire, entre bien d'autres 
sens (« laboureur », [96] etc.), « le sourd », « le muet », « le sourd-muet» 
(c'est en ce sens que l'entend generalement l'hebreu tardif), « celui qui joue au 
sourd-muet » ; or Zacharie est rendu muet au moment de la naissance de son 
fils Jean (ce rapprochement, je le note et j'y insiste, ne se reconnait bien 
evidemment que par un recours a l'hebreu, par une retroversion du texte 
grec). 

acclimate en hebreu tardif sous la forme 'WKLWZY', « levee de troupes ou de travailleurs 
forces », « armee ». 

Voyez, toujours, ce glissement de sens ! Et tirez-en, a propos du corpus, 

quelques fortes consequences. 
C'est l'anniversaire du roi : genesia, en emprunt GYNYSY', « anniversaire de la naissance ou 
de la mort », « commemoration », mais aussi : « la naissance noble », « la noblesse ». 

Le traducteur primitif (hebreu-grec) de Matthieu a utilise le mot d'emprunt 

tandis que celui de Marc l'a traduit : il parle d'un « bon jour», caique du 

YWM LWB hebraique (dit-on « bon jour » pour « anniversaire » en grec ?) - 

le terme hebreu primitif qu'il avait sous les yeux n'etait done pas d'emprunt. 

La fille d'Herodiade se met a danser, orkheomai en emprunt 'RKYSTYS, « le danseur », 

terme voisinant phonetiquement avec tous les emprunts commencant par 'RKY, caique du 

prefixe grec arkhi, « chef de », « debut de ». 

Et puis : elle ne danse pas n'importe ou, mais « au milieu », en to meso, encore un emprunt, 
MYSWN, meme sens, assonant parfaitement avec MYSWN, meme graphie, caique cette fois 
du latin missus, « le repas », « le mets » : la danse se deroule, on s'en souvient, au milieu - au 
cours - d'un repas. 
Et can'estpasfini. 

Herode accepte par serment de lui donner ce qu'elle lui demandera ; « accepter » c'est ici 
omologeo, qui donne en hebreu tardif 'WMWLWGYY ', « l'agrement », « le dont-acte », « la 
decharge ». 

La fille demande qu'on lui apporte la tete du Baptiste « sur [97] un plat », pinax, le mot 
d'emprunt le plus succulent, en effet, de l'episode : acclimate en hebreu, il devient PNQS (ou 
PYNQS), non pas « le plat », mais « le registre », « la tablette », « le livre de comptes du 
marchand, du recenseur, du scribe » ; ce terme, comme emprunt justement, est parallele a 
TBL', du latin tabula ou tabella, meme sens (« la tablette »). 

Pinax : en grec pur « le plat », en emprunt « le registre »... Et il en va ainsi 
avec bien des mots figurant dans le Nouveau Lestament, mots qui - je le 
repete, je ne le repeterai j amais assez -, en passant du grec dans l'hebreu par 
transliteration, ont change de sens ou de connotation : mais alors, faut-il, 
lorsqu'on les rencontre, comprendre ces termes dans leur sens grec ou dans 
l'acception qu'ils ont acquise comme emprunts ? - Mais nos traducteurs de 
service, eux, n'ont pas la moindre notion de ce genre de difficulty : tout a leur 
grec, ils traduisent le grec des Evangiles; des Epitres et de 1' Apocalypse a 
grands coups de dictionnaire grec ! Et la-dessus - sur ce faux grec pris pour 
une langue pure - se concocte l'exegese... 

Or, en hebreu cette fois, la racine TBL est celle de l'immersion, du bapteme ; TBL, en hebreu 
pur, c'est « baptiser » : il est normal, narrativement parlant, que Jean, appele « le baptiste », 

Ou : « le baptisant » - done, en hebreu, HLWBL (participe present, qal). 



ait vu son nom, apres sa naissance, couche sur une (petite) tablette, Pinakidion en Luc I, 63, et 
au moment de sa mort (?) sa tete deposee sur un plat, en fait pinax ou tabella, une tablette 
egalement : 

La tablette est egalement presente lors de la mort de Jesus ; c'est sur une 
tablette qu'on inscrit, en trois langues, « roi des Juifs » - encore un parallele 
entre Jean et Jesus. 

« baptiste » et « tablette », qui n'ont pas plus de rapport phonique et graphique en grec qu'en 
francais, assonent parfaitement en hebreu (pur d'une part, d'emprunt de l'autre). 

[98] II y a longtemps que les exegetes, surtout ceux qui se preoccupent tant 
de semeiotique et de semantique, auraient du, entre mille autres faits textuels 
moins consequents, insister sur ceux-la (insister ou, tout d'abord, les voir) ! 

Quant a « mettre la tete de quelqu'un sur une tablette », ou « sur un registre » (cf. l'expression 
biblique NS' 'T-R'S, litt. « soulever, porter, la tete »), cela signifie « l'enregistrer », «le 
recenser », « l'inclure dans un denombrement ou dans un enrolement » : on sait a quelles 
revokes les Zelotes, entre autres, se sont adonnes, a l'epoque considered, a la seule pensee 
d'etre recenses et denombres par l'occupant romain et ses sbires, viol manifeste d'au moins 
deux versets de la Thora : Genese XVI, 10, et XXXII, 13. 

Dois-je rappeler, pour ce qui est du bapteme, que l'eau, hebreu MYM, est 
chez les rabbins (et chez les Samaritains ?) le symbole de la Thora, et, pour 
ce qui est du banquet d'anniversaire, que la lignee des Herode est idumeenne, 
c'est-a-dire non juive ? 

La mort du Baptiste chez Marc 

J'ai, jusqu'ici, commente la version de Matthieu ; celle de Marc, en parallele, exhibe un 
surcroit d'emprunts : par exemple, tous les invites d'Herode y sont des termes empruntes, a 
savoir : megistan, qui, par l'intermediaire du latin magister, devient MGYSTYR, « officier 
superieur imperial », khiliarkhos, devenu KLYRKYN, « chef de mille (soldats) », et enfin 
protos, acclimate en hebreu sous la forme PRWTY, « premier », « excellent, de premiere 
classe », « chef ». 

Cf., aussi bien pour les versions grecques que pour l'original Semite, le 
vocabulaire des repas d'Esther et de Daniel - mais je ne puis tout dire. 

La fille fait sa demande « rapidement », euthus, en hebreu tardif 'WWTY 'WS, meme sens. 
[99] L'executeur des basses ceuvres est, chez Marc encore une fois, un emprunt, spekoulator, 
en hebreu tardif SPQL'TWR ou ' YSPQLTWR, « le garde arme », « le tortionnaire ». 

Comme il s'agit la d'un mot latin grecise et que le Selon-Marc emploie 
plusieurs termes de ce genre {legion, denarion, etc. - tous termes egalement 
d'emprunt chez les rabbins), certains malins (ou plutot : beaucoup de malins, 
tous les malins) ont conclu que cet Evangile etait le fait d'un redacteur 
habitant Rome (cf, par exemple, Cullmann, Le Nouveau Testament, PUF, 
Paris, 1976, p. 28 : « Nous trouvons dans son grec des latinismes - il transcrit 
en grec des mots latins - il n'est done pas exclu qu'il ait ecrit son Evangile de 
Rome ») : par malheur pour ces temeraires de la deduction, bien des rabbins - 
et des Juifs en general - utilisant cette sorte de termes, dans les Talmuds, les 
Midrashim, et autres, n'ont jamais mis les pieds dans l'Urbs. Tous les 
rock'n'rollers d'hier et d'aujourd'hui sont-ils alles se promener a Los Angeles, 
a Memphis ou a Liverpool sous pretexte qu'ils parlent de « punk », de 
« cool », ou de « shoot » ? - Mais, avec les Evangiles, il est permis de dire 
n'importe quoi, pourvu que ce soit devine ! 

Et, a la fin de l'episode, chez Marc comme chez Matthieu, les disciples se chargent du 
cadavre, 

Encore un parallelisme avec la trajectoire de Jesus- Josue. 
du corps, ptoma, en emprunt PYTWM', « depouille de qui est mort de mort violente ». 



Consequences des analyses precedentes 

Et ainsi en va-t-il pour l'ensemble des episodes, dialogues et narrations confondus, des 
Evangiles, des EpTtres, des Actes, et de l'Apocalypse canoniques : on y constate a chaque 
verset [100] la presence de termes grecs introduits, par emprunt, dans le vocabulaire de 
l'hebreu tardif (postbiblique et peribiblique) ; aucun pan du corpus n'y echappe (merae si un 
tableau est possible, et enfin souhaitable, qui etablirait en clair la statistique modulee de leur 
intervention : mais ce tableau reste a faire). 

La syntaxe des Evangiles (et du Nouveau Testament dans son ensemble), par ses tours 
propres, non grecs, par ses idiotismes, non grecs, 

Dans son livre, au titre sans doute mal choisi, La Cle traditionnelle des 
Evangiles, Paris, 1936, Paul Vulliaud produit (pp. 192-256) un catalogue 
etourdissant des tours Semites les plus evidents parmi ceux qui peuplent le 
Nouveau Testament. De cet impitoyable echantillon, les partisans d'une 
redaction originellement grecque du corpus ressortent aneantis. Polybe, la 
koine et les papyrus hellenistiques, qu'ils tirent toujours de leur chapeau (cf. 
Bultmann), ne tiennent pas la contre ! 

par son usage constant de semitismes irrecevables, inconcevables, en grec classique comme 
en grec de la koine, 

Et par ses fautes de grec, reprehensibles meme chez un auteur s'exprimant 
soi-disant en koine : ainsi, pour n'en citer qu'une sorte, voyez les verbes 
amenant des complements a des cas ou avec des prepositions qu'ils ne 
reclament pas, alors que ces cas et ces prepositions, fautivement introduits, 
sont des equivalents de tours Semites reperables, incontestables, identifiables. 
Mais je n'insiste pas : les resumes de Vulliaud, jamais cites, jamais repris, 
sont, la-dessus aussi, lumineux. 

nous met deja la puce a l'oreille. 

Mais le fait que tant de mots d'emprunt, au sens ou je les ai definis, ceux de la seconde 

categorie, y interviennent, et y interviennent a foison, est alors decisif : 

Car qu'on me comprenne bien : les evangelistes, dans la version grecque de 
leurs recits, lorsque plusieurs mots grecs etaient virtuellement possibles pour 
designer ou qualifier tel personnage, telle action, telle [101] notion, 
choisissent precisement celui qui figure a titre d'emprunt dans le vocabulaire 
tardif de l'hebreu (et de l'arameen) : a l'exclusion des autres, a leur detriment. 
S'il ne s'agissait la que de quelques cas isoles, ce serait un hasard, une 
coincidence : or les exemples fourmillent - c'est un jeu de les reperer. - Ce 
choix ne revient done pas aux evangelistes primitifs, mais, on va le voir, a 
leurs traducteurs (hebreu-grec). 

les Evangiles sont des traductions du Semite, arameen ou hebreu. 

Mais, entre les deux langues semitiques - que sont l'arameen et l'hebreu - maintenant en 
concurrence au detriment definitif du grec, seul l'examen de ce que j'ai appele plus haut les 
mots d'emprunt de la premiere categorie peut raisonnablement permettre de trancher - et de 
trancher en faveur de l'hebreu, au detriment cette fois de l'arameen. 

Attention, sables mouvants ! La, c'est trop pour les erudits : lacher le grec, ici, 
est deja dur pour eux ; mais rejeter aussi l'arameen... Je les sens me taper sur 
les doigts : ils vont ressortir leur antienne sur l'hebreu-langue-morte-au(x)- 
premier(s)-siecle(s)-de-notre-ere. 

Pour me faire mieux comprendre 

Raisonnons par analogic 

L'une des formes du raisonnement hebraique : forme que les rabbins (et les 
sages samaritains) n'ont pas, meme si cela fait deuil a nos hellenistes, puisee 
chez Aristote. 



Le poete anglais contemporain J. H. Prynne est l'auteur d'une piece d'une cinquantaine de 
lignes composee en hommage a la memoire de Paul Celan. Celan etant allemand, le poeme 
porte, dans l'original anglais, un titre en allemand: Es lebe der Konig. Ainsi la piece est-elle 
redigee en anglais, a l'exception [102] de son titre. Ayant eu a traduire ce texte en francais, 
qu'ai-je fait ? J'ai mis en francais tout le poeme, et j'ai garde son titre - citation en allemand : 
lui seul est reste intact, aussi linguistiquement etranger a la traduction (francaise) qu'il l'etait 
primitivement au texte (anglais). 
II en va de merae pour les Evangiles. 
Le procede y est parallele au detail pres. 

S'ils avaient ete originellement ecrits dans une seule langue, l'arameen, on ne comprend pas 
pourquoi les traducteurs antiques (en grec) auraient laisse ca et la, intacts et seulement 
translitteres, quelques termes precisement arameens : ceux-la aussi, comme les autres, ils 
auraient du les traduire, et non pas se contenter de les transcrire ! 

Par contre, comme dans le cas du poeme de Prynne, majoritairement en anglais, 
minoritairement - tres minoritairement - en allemand, si les Evangiles ont ete rediges d'abord 
globalement en hebreu avec ca et la quelques (rares) termes arameens, 

Ce qui est le cas de la litterature hebraique de toute epoque. 
on comprend que, comme dans mon cas, les traducteurs (primitifs) aient fait passer tout 
l'hebreu dans le grec et conserve tels quels, intacts, les mots arameens de rencontre - quitte, 
ensuite, et comme en marge, a les traduire et expliquer en grec. 

Traductions et explications ne relevant done jamais de la redaction primitive. 

S'il ne s'etait pas agi de poesie, mais d'un traite - par exemple technique - en prose, j'aurais 
fait de meme : j'aurais redige une note, un renvoi, stipulant bien que Es lebe der Konig, en 
allemand dans le texte (formule consacree), signifie « Vive le Roi ! » Mais l'urgence d'une 
explication de ce type, suivant leur transcription en la rendant accessible au non-semitisant, 
etait plus grande pour eux que pour moi : car, si un Francais [103] lettre est suppose savoir 
l'allemand et connaitre au moins la piece de Biichner d'ou est tire le titre-citation du poeme de 
J. H. Prynne, les traducteurs anciens du Nouveau Testament n'ont pas pu penser - et ils ont eu 
raison - que le lecteur grec moyen (juif-grec) comprendrait, a la simple lecture d'une 
transcription (d'une transliteration), et « talitha koumi » et « lema sabakhtani » - d'autant que 
l'alphabet allemand est le meme que l'alphabet francais, alors que celui du grec differe on ne 
peut plus de celui des Semites. 

II y a done dans tout cela une logique elementaire, en realite, triviale, dont je m'etonne qu'elle 
n'ait pas encore traverse les seuils de l'exegese. Serait-ce done qu'etre exegete equivaudrait a 
ne pas se soucier avec serieux (urgemment) de la langue originelle du texte sur lequel on est 
suppose travailler ? 

Des exemples 

Reste a present a savoir pourquoi l'original Semite n'etait pas totalement redige en hebreu. 

II faut verser ici au dossier le fait que tous les textes hebreux comprennent 
des mots arameens, consequence normale de la parente entre les deux langues 
- consequence, aussi, de la pression considerable qui s'exerce depuis fort 
longtemps, au I el siecle, sur la « langue sacree » (l'hebreu), pression a la fois 
domestique et politique de l'arameen, langue transnationale. 

Le lecteur l'a peut-etre deja entrevu, puisque un debut de reponse a deja ete fourni plus haut. 
Voici : 

« Talitha koumi », tout d'abord, en Marc v, 41. - En arameen, et non en hebreu, TLYT' 
signifie done « la fille », « la fillette ». La scene concerne, si Ton en croit le passage 
synoptique de Luc (VIII, 41), la fille de Jaire. Celle-ci est en sommeil, sur le point de mourir, 
et Jesus la reveille, la leve. Mais l'episode [104] est comme parasite par l'intervention d'une 



femme ayant un ecoulement : la femme, impure done selon la tradition et la legislation juives, 
touche le bord du vetement de Jesus/Dieu-salvateur. Or si TLYT" veut bien dire « fille » en 
arameen, TLYT signifie « vetement » en hebreu : 

Alphabet hebreu et alphabet arameen sont identiques, a cette epoque (du 
moins chez les Juifs, car les Samaritains ont, eux, conserve la graphie 
primitive et authentique). 
e'est la robe (equivalant au pallium romain) que portent, comme marque de leur distinction, 
les officiers et les lettres ; e'est aussi, et surtout, le vetement qu'on porte en faisant, par 
exemple, la priere du matin, et aux quatre pans duquel pendent des franges, §Y§T (terme 
evidemment present dans la narration evangelique originelle). 

Dans l'original il est par consequent facile d'imaginer qu'il existait un jeu de mots (un lien 
linguistique) entre « la fille » et « le vetement »; ce jeu de mots ne fonctionnait bien 
evidemment a plein regime qu'en semite : hebreu (le vetement) contre arameen (la fille). Les 
traducteurs anciens, incapables - et pour cause ! - de le rendre en grec, ont cru bien faire en 
conservant intacte sa partie arameenne (d'ou « talitha » transcrit) tout en versant au grec sa 
partie hebraique (du TLYT hebreu on est ainsi passe a Vimation grec, dans les deux cas 
« habit », « vetement »). Ce procede, batard, ne s'eclaire que par un recours inevitable (et non 
pas de luxe !) au lexique semite : rien, dans le grec seul, meme orne d'une transcription 
arameenne transparente, n'en rend - forcement - compte. 

Meme chose pour le cri de detresse pousse sur la croix (a partir, je le repete, d'un psaume 
vieux de plusieurs siecles). La transcription pure et simple de l'appel - je l'ai deja dit - sert a 
enrober et a conserver tant bien que mal le jeu de mots «mon dieu »/« Elie », jeu 
incomprehensible des qu'on le fait tomber dans le vocabulaire grec (« dieu » s'y disant- 
ecrivant [105] theos - aucun rapport phonique ou graphique avec « Elie »). 

Dans l'Evangile de Pierre, le grec porte non pas « mon dieu», mais « ma 
force », variante qui ne se comprend, la encore, que sur la base de l'hebreu, 
'LY y signifiant les deux choses (cf. Evangile de Pierre V, 19). 

Avec « Golgotha » le probleme est quelque peu different, un peu plus excitant. II s'agit d'une 
translitteration de l'arameen GWLGLT", terme dont on n'a nulle part entendu parler, sauf ici et 
dans les catechismes, comme d'un lieu : 

Mais les Evangiles sont coutumiers, dans leur grec, des creations de lieux - la 
plus cocasse de ces creations, au vu de sa posterite, etant bien sur Nazareth ; 
mais Arimathie n'est pas mal non plus. 

e'est le « crane », 

Encore un parallele entre Jesus et Jean : l'un meurt au lieu (?) du « crane », et 
a l'autre on coupe la « tete ». 

traduction d'ailleurs unanimement donnee dans les gloses (de traduction, precisement) de 
Matthieu XXVII, 33, de Marc XV, 22, de Luc XXIII, 33, et de Jean XIX, 17. Tous les 
traducteurs europeens s'accordent a ne preter done au mot que ce seul sens (« crane ») alors 
qu'en fait il en possede deux dans les Talmuds et la litterature juive : GWLGLT' n'etant pas 
seulement « la tete, le crane », mais aussi « l'impot (par tete) », « la capitation (romaine) ». 

Voir dictionnaire de Jastrow, p. 221b. Le mot est de la racine GLL, racine qui 
produit « Galileen », « Galilee », « rouler » (la pierre d'un tombeau, par 
exemple), etc., racine proche de GLH, « devoiler », dont un des avatars grecs, 
par voie de traduction, donne le mot « apocalypse » ! - plus rien du travail 
sur cette racine hebraique ne transparait, bien sur , dans le grec du Nouveau 
Testament. 

Je laisse au lecteur le soin de reflechir sur la presence, ici, de cet impot. 

[106] Et de se souvenir de ce que j'ai dit plus haut du soi-disant plat present 
au banquet d'Herode lors de la danse de Salome. 

D'autant qu'il en va de meme, a proximite, pour « Gabbatha » ; e'est la, dit-on, le lieu ou Pilate 
siege en Jean XIX, 13 (a quatre versets du Golgotha...) ; et les traducteurs (hebreu-grec) y 
vont de leur glose : eis topon legomenon Lithostroton, autrement dit : « le lieu du 



Pavement » ; on ne saurait dire par quel insoupconne miracle « Gabbatha » signifie 
« pavement » ; par contre, ce pourrait bien etre la l'equivalent graphique de l'arameen 
GBYWT', un lieu en effet, mais ou officient les publicains, les GB'YM, ceux qui percoivent 
la taxe romaine. 
De Gabbatha a Golgotha, on voit qu'il n'y a bien qu'un pas, mais pas celui qu'on croit. 

Pas besoin d'insister sur le fait que des (les?) archeologues, pleins d'intentions 
et de reussites, ont trouve et identifie le « pavement » dont il s'agit soi-disant 
ici ; ils Font trouve : on le visite ! 
Gabbatha comme Golgotha me rappellent - je ne sais pourquoi - le Midrash Rabbah sur 
Esther (M. R. Esth. VII, 21) : « La valeur numerique de HKSP, l'argent, est de 165, la meme 
que celle de H c §, la croix, le bois - le total de la valeur numerique des lettres de l'un est le 
meme que celui de l'autre. » 

Texte fonde sur le calcul gematrique (toute lettre de l'alphabet hebraique etant 
egalement un nombre ou un chiffre). Texte qui, a son tour, me rappelle 
certaines particularites du personnage de Judas. - Acrostiches, calculs et 
transferts numeriques des lettres, anagrammes, jeux d'assonances, calembours 
(les meilleurs et les pires, mais toujours efficaces narrativement et 
exegetiquement), etc., pullulent dans les Talmuds, les Midrashim et... la Bible 
hebraique, - mais aussi sous les yeux de qui, patiemment, s'essaie a 
retrovertir tel ou tel passage du Nouveau Testament (et de tant d'apocryphes, 
et de tant de livres ou fragments gnostiques). Une trace de ces precedes, vite 
forclos en grec, tres a [107] l'aise dans l'economie de l'hebreu comme langue, 
affleure d'ailleurs avec « le chiffre de la bete » d'Apocalypse XIII, 1 8 : c'est la 
le timide point saillant d'un iceberg volumineux - le passage au grec a 
enfonce et noye la masse du bloc. 
Je continue. 



Les Eglises et leurs texte s fondateurs 

L'Occident, et e'en est comique, possede l'extreme particularite de reposer jusque dans ses 
mentalites, ses modes de sentir, de penser, de juger, et d'agir - mais, peut-etre surtout, 
d'imaginer -, sur deux langues auxquelles il n'a jamais eu acces, sinon marginalement, que par 
des traductions : la grecque et l'hebraique. Et l'Eglise romaine, noyau et foyer de cet inconfort, 
assume et developpe presque a plaisir tous les aspects de cette comedie : issue de deux corpus 
ne lui appartenant pas, le juif d'abord, puis celui que recueille Byzance, elle les remplace par 
un troisieme, latin celui-la : plus de Bible hebraique, judaique, plus de Nouveau Testament 
grec, mais une traduction-adaptation des deux. 

Et Ton assiste alors a l'inoui : a la mise en place de tout un edifice ideologique et 
fantasmatique dont les fondations ont ete acquises, funambuliquement, au marche de seconde 
main - par voie de traductions. 

Mais 9a n'est la que le premier volet de la comedie dont je parle. Car mon expression 
« marche de seconde main » (ou « d'occasion ») ne vaut strictement que pour la Bible, pour 
l'Ancien Testament. Pour ce qui est du Nouveau, ce n'est pas a une traduction qu'on fait face, 
mais a une traduction de traduction, ces textes, originellement Semites (et destines a des 
Semites), ayant ete mis en grec, puis, par le grec, en latin et dans les langues vernaculaires. 
Marche non de seconde, cette [108] fois, mais de troisieme main... Belle manoeuvre dite des 
trahisons successives : car se demande-t-on ce qui peut, dans la tete d'un lecteur (appartenant 
soi-disant a une culture «judeo-chretienne» - cliche bien connu) du Nouveau Testament 
traduit du grec (son grec Semite) en francais, en anglais, ou en allemand - ou, longtemps, en 
latin -, rester des idees, des modes de sentir, des mentalites, de l'original meme ? Bonne 
interrogation : des bribes de morceaux; pas mal de contresens, aussi. 
Je passe a autre chose, du moins en apparence. 



Rene Girard « lecteur » du Nouveau Testament 

Dans son etude intitulee Le Bouc emissaire (Paris, 1982), Rene Girard offre des Evangiles - je 
veux dire : des Evangiles comme textes - une image qui, pour etre partagee par l'ensemble 
des critiques, n'en est pas moins fictive. 

Selon lui, en effet, ce sont des livres « ecrits dans un grec abatardi, cosmopolite et depourvu 
de prestige litteraire ». Et il poursuit : « lis sont d'ailleurs parfaitement traduisibles 

Ah, vous savez traduire epiousios dans le Pater Noster, monsieur Girard ? 
Voila une vraie bonne nouvelle - cela fait des siecles qu'on n'y parvient pas. 
Et les hapax du Nouveau Testament, vous savez aussi les rendre en francais ? 
en etant sur de leur sens ? - C'est enorme. 

et Ton oublie vite, en les lisant, 

J'espere que les pages qui precedent m'ont vraiment permis de montrer au 
lecteur que, s'il est un corpus de textes face auquel il ne faut rien « oublier », 
c'est bien celui du Nouveau Testament : face a lui, il faut faire preuve de la 
moins oublieuse des vigilances. 

dans quel langage on les lit pour peu qu'on connaisse celui-ci, l'original grec, la vulgate latine, 
le francais, l'allemand, [109] l'anglais, l'espagnol, etc. Quand on connait les Evangiles, leur 
traduction dans une langue inconnue est un excellent moyen de penetrer, a peu de frais, 

On vena plus loin que le prix d'une telle bevue est au contraire des plus 
douloureux. 

dans l'intimite de cette langue. Les Evangiles sont tout a tous ; ils n'ont pas d'accent, car ils 
ont tous les accents » (pp. 218-219). 

Je passe en sifflotant sur l'utilisation possible de Luc ou de Jean comme confectionneurs d'une 
methode Assimil de prix modique ; cette perle est celle qui porte le moins a consequence. 
Par contre, que penserait-on d'un specialiste d'Homere ou de Li T'ai-po qui ne saurait lire, 
dans le texte, ni le grec ni le chinois, et qui, meme, tirerait plaisir et fierte de cette ignorance, 
qui irait jusqu'a se vanter d'apprendre le hongrois ou le russe dans telle ou telle traduction de 
L Wade ? On le renverrait a de plus solides eludes. Mais non : avec un corpus « tout a tous », 
tout est decidement permis. 
On en est la. 

Mais surtout : est-il sur que les Evangiles soient, tels qu'ils nous restent, rediges dans un grec 
« abatardi », « cosmopolite » et « depourvu de prestige litteraire » ? Aucun de ces 
qualificatifs, au demeurant, ne leur convient. 

Deja l'expression « rediges en grec » est fautive : elle pourrait laisser croire 
que la redaction initiale s'est operee en grec, ce que contredit aussitot 
l'examen du style et de la syntaxe du corpus. 

Comme le montrent clairement sa syntaxe, son vocabulaire, l'abondance (comme en hebreu 
ou en arameen de l'epoque, chez les rabbins et pas seulement chez eux) de ses mots 
d'emprunt, 

Je viens d'en parler longuement. II faut aussi verser les mots d'emprunt au 
dossier, desormais. 

[110] le grec du Nouveau Testament - et des Evangiles en parti culier - est une langue de 
traducteurs, et (s'il faut de nouveau le preciser) de traducteurs litteraux. 

Un peu, sans que le systeme soit aussi rigide chez eux (et genial en son 
genre), a la maniere dont s'y est pris, dans son domaine - celui de la Bible 
hebraique -, Aquila. 
Loin d'etre celui de la soi-disant koine, 

La facon dont Vulliaud se moque en la ruinant, preuves nombreuses et 
accablantes a l'appui, de cette pseudo-theorie, marque une bonne date dans 
l'histoire de l'alliance entre erudition (vraie) et polemique. 



c'est un grec Semite, un caique absolu, une langue artificielle par nature, celle de scribes ayant 
sous les yeux un original ou des originaux hebreux, et s'appliquant - s'acharnant - a les verser 
au grec aussi fidelement que possible, hors toute autre pretention que celle-la. 
Tout, dans les Evangiles, la maniere de citer l'Ecriture, la place des complements de noms, 
l'utilisation de l'infinitif absolu, l'usage des verbes « faire », « repondre », « monter », 
« descendre » (etc., etc.), usage idiomatique, les jeux de mots (perdus en grec mais vite 
lumineux des qu'on retrovertit), et mille autres indices, tout nous renvoie au socle semitique. 
Avant d'etre « tout a tous », selon la tres malheureuse expression de Girard, les Evangiles sont 
- etaient, primitivement - d'abord de la litterature juive. 

Et encore ne fais-je etat, ici, que de la langue et du style ; je ne parle pas des 
concepts : messie, noms divins, immersion, alliance, etc., etc., et des precedes 
litteraires-mystiques : paraboles (le mashal hebreu), gematries, etc. 

Quant au prestige litteraire... 

Peut-on juger du prestige litteraire d'un corpus qu'on ne possede plus qu'en traduction 

scolaire ? 

[Ill] Juge-t-on Shakespeare et son « prestige » sur la traduction de Francois 
Victor-Hugo ? 

Est-ce serieux ? Est-il serieux, comme le fait negligemment Girard, d'analyser le sens de 
« Paraclet » et de « scandale » sur la seule et unique base de l'etymologie grecque, alors que 
ces deux termes, d'ailleurs employes de meme dans la Septante, ne sont que des caiques des 
racines, hebraiques de part en part, NHM et KSL ? 

Cf. Girard, op. cit, p. 190, et le chapitre XV. 
Girard, s'attaquant enfin non plus aux Evangiles-en-general 

Comme il le faisait dans son precedent livre, Des choses cachees depuis la 
fondation du monde, Paris, Grasset, 1978. Cet ouvrage constituait un 
echafaudage theorique, entre autres sur le Christianisme dont il meconnait les 
textes les plus anciens {Pasteur d'Hermas, par exemple, Epitre de Barnabe, 
Apologistes et Peres Apostoliques, etc.) - peut-etre parce que ces textes 
contredisent ses theses ? 

mais a des passages precis, essaie a toute force, en philosophe, en sociologue, en theologien, 
mais certainement pas en linguiste (en simple lecteur), de rendre compte de trois extraits aux 
limites bien definies : decollation de Jean-Baptiste, reniement de Pierre, et les demons de 
Gerasa. 

A condition qu'on accepte ces etiquettes recues, etiquettes que remet en cause 
l'examen (la retroversion) des passages en question. 
Pour ruiner sa theorie bien connue du corpus chretien comme image maximum dune 
« absence totale de complicity positive ou negative avec la violence » (p. 183 du Bouc 
emissaire), notre auteur aurait mieux fait d'aller voir, disons, du cote des marchands du 
Temple, du figuier desseche, ou du statere extirpe du poisson, - mais passons. Contentons- 
nous, au travers du premier episode cite, de savourer le tableautin que Girard y dresse des 
Evangiles comme textes. 

[112] 

Comment Girard tue Jean-Baptiste 

La mort du Baptiste. .. Nous apprenons d'emblee, a firoid, que ekhein, « avoir », dans la phrase 
de Jean « II ne t'est pas permis d'avoir la femme de ton frere », 

Cf . Matthieu XIV, 4, et Marc VI, 1 8. 

n'a pas de « connotation legale ». Un « II ne t'est pas permis de » sans connotation legale, 
voila qui est singulier... Mais le commentateur, sur de sa decouverte inouie, rencherit : 
« n'installons pas le legalisme tatillon en des lieux ou il n'a jamais regne » (pp. 184-185). Si le 
Judaisme est un lieu, et la Palestine idem, ou le legalisme n'a pas regne, tatillon ou pas selon 



les gouts, il n'en va certainement ainsi que pour Girard : c'est a Freud que je le renvoie - ce 
doit etre un lapsus ! 

La traduction Soncino du Talmud dit « de Baby lone » court sur dix-huit 
volumes de « tatillonneries ». 

D'autant que sur la question du mariage, et du mariage avec la femme du frere, les rabbins en 
particulier et les Juifs (et les Samaritains) en general sont legalistes a souhait. 
Cette premiere bourde franchie d'un pied leger, on apprend ensuite que la fille d'Herodiade est 
designee ici comme korasion et non comme kore parce que le redacteur aurait voulu specifier 
l'age de l'interessee : « petite fille, fillette », au lieu de « jeune fille ». C'est oublier la Septante 
qui reserve kore pour... la pupille de l'oeil, 

Cf. Hatch-Redpath, Concordance to the LXX, p. 779c. Pour un lecteur du 

Nouveau Testament, cette concordance (comme celle d'Aquila et autres) est 

certes beaucoup plus utile qu'Heidegger et son « Mitsein » convoques par 

Girard au banquet du tetrarque. 

[113] tout en faisant presque toujours de korasion l'equivalent de l'hebreu N C RH, 

particulierement dans le Livre d'Esther, livre cite par Marc a l'occasion du meurtre du 

Baptiste. 

Mais, on le verra bientot, Girard tient cette citation pour superflue... 

Or N C RH, n'en deplaise a Girard, signifie dans la Bible aussi bien « la jeune fille » que « la 
jeune femme » ou « la servante » - l'age, ici, n'a parfois aucune importance. 
On y apprend aussi que « le genie evangelique n'a rien a voir avec la courtisane de Flaubert, la 
danse des sept voiles et le bric-a-brac orientaliste » (p. 189) ; mais c'est oublier que l'image de 
cette danse et de ce bric-a-brac ne remonte ni a Flaubert ni a Mallarme ; tiens, je la vois deja 
dans les Actes de Pilate 

P. 137 de l'edition copte Graffin-Nau, deja citee. 

ou on lit : « La jeune fille 

Les traducteurs coptes sont plus coulants que Girard sur l'age de Salome (si 
Salome il y a) ; ils sont moins tatillons. 

prit dans ses mains une coloquinte delicate et une fleur de lys rouge repandant une bonne 
odeur » ; et le bric-a-brac se poursuit : « elle portait un vetement de grand prix. Elle etait 
revetue d'une fine tunique de danse semee de fleurs pendant qu'un pantalon de pourpre lui 
ceignait les reins ». 

Ce que Girard appelle « bric-a-brac », ce soi-disant bazar oriental, est proche 
de celui du Cantique des Cantiques, livre inspirant par excellence, non des 
amateurs de strip-tease, mais les plus grands savants et mystiques juifs. 

Ce texte n'est pas, comme celui de Flaubert, de 1876 ; il date, pour autant qu'on le sache, du f r 
ou II e siecle. J'y note, en passant, que la danseuse porte une fleur de lys : or le Livre d'Esther 
se situe en grande partie a « Suse la Citadelle » ; « Suse » et « lys » se disent, conjointement, 
en hebreu (pas en copte, et [114] pas en grec !), SWSN, terme qui designe aussi un instrument 
de musique. 

Qu'on se souvienne de ce genre de details ; ils auront plus loin leur 

importance. 

Toujours pedagogue «tout a tous », Girard nous enseigne encore que le texte de Matthieu 
parait « schematique » (p. 189): « ce schematisme, dit-il, deconcerte tous les 
commentateurs. » C'est la faire montre, sans ou avec lesdits commentateurs, d'une vigilante et 
scrupuleuse ignorance des recits des Talmuds, des Midrashim et de la litterature juive (ou 
samaritaine) apparentee. Bien mieux : ce soi-disant schematisme se retrouve meme dans une 
foule d'episodes bibliques : cependant il n'existe que dans les traductions (indo-europeennes), 
aux yeux du lecteur n'ayant aucune douce idee des ressources en sous-entendus de l'hebreu. 
Puis Girard opere un detour par une notion non presente dans le passage etudie, mais selon lui 
essentielle, celle de « scandale », en grec skandalon : nous avons droit a l'etymologie grecque 
de ce terme si souvent en effet utilise dans le Nouveau Testament, ainsi d'ailleurs que dans 
l'Ancien (dans la version grecque des Septante, dans celle d'Aquila, etc.) ; mais Girard aurait 



du nous epargner cette etymologie tarte a la creme : skandalon n'est ici, comme ailleurs, que 
l'equivalent approximatif pour les traducteurs anciens (bibliques et peribibliques), de la racine 
hebrai'que KSL - c'est la, sur KSL, et si besoin en etait, qu'il aurait fallu faire porter d'emblee 
(et exclusivement) l'analyse. 

KSL, en hebreu done, signifie quelque chose de plus violent que ce que les 
commentateurs mettent sous le skandalon grec ; c'est « trebucher », mais 
aussi « tomber », « mourir » (aux sens propre et figure). 
Pour illustrer le scandale et ses mefaits, Girard cite alors Matthieu XVIII, 5-7 : « Quiconque 
accueille un petit enfant... », et, sur ce texte, il pose une distinction entre l'enfant et l'adulte, 
autre surgeon de sa meconnaissance des lieux ou le legalisme [115] se fait parfois tatillon : 
QTN, en hebreu « petit » ou « etre petit », designe dans la litterature hebrai'que non pas 
necessairement l'enfant oppose a l'adulte, 

D'ailleurs, chez les Juifs hebreux ces distinctions entre les ages sont plus 
fines et, disons-le, plus tatillonnes (cf. la Mishna,/><xs,sz>M). 

mais le petit-en-foi, 

Car QTN, c'est aussi « etre trop petit », « ne pas etre digne de » - cf, 
monsieur Girard, les dictionnaires, au minimum les lexiques. 
celui qui, meme a soixante-dix-sept ans sonnes, demeure un mineur quant a l'enseignement et 
a la comprehension theorique-pratique de la Thora et des (613) commandements qu'elle 
promulgue. 

Je continue. - Suivent quelques remarques, certainement philosophiques, sur la danse et le 
scandale, le mimetisme et la pendaison, sur Mallarme et puis sur Sartre : on voit que le texte 
n'est pas commente ; c'est un pretexte : il sert a produire de la these exotique (exotique aux 
Evangiles) a haute dose. 

P. 195, soudain, un espoir - la mention du plat : « Tout repose, indubitablement, sur ce plat. » 
Mais cet espoir est aussitot decu : rien n'est dit (etymologiquement ou non) sur le sens de 
pinax, sur la situation de ce vocable entre deux langues (par voie d'emprunt), aucune mention 
n'est faite de l'idee de tablette, d'ecritoire, de registre de comptes ou de recensement; on 
prefere, hors de propos et a cote de lui, nous dire que Salome en possession de la tete, pauvre 
fillette effarouchee, ne sait comment s'en defaire ! Ou Girard pioche-t-il 9a ? Son « pecher par 
litteralisme excessif c'est mal interpreter », p. 196, n'est qu'une excuse bien naive. 
P. 198, on apprend que « le texte a dans son ensemble quelque chose de dansant » ; 

Un grec de pacotille qui danse ! une langue de traducteurs litteraux ! 

[116] peut-etre le « bric-a-brac » de tout a l'heure, « oriental », va-t-il finir par avoir raison du 

commentateur... 

Mais il me tarde d'arriver, p. 201, au clou de la fete; je lis ceci : «Les commentateurs 

cherchent des sources litteraires. Dans le Livre d'Esther, le roi Assuerus fait a l'heroine une 

offre analogue 

Cet « analogue » est un euphemisme, et une bourde de plus : c'est la meme 
offre ; c'est une citation mot a mot qui vient dans le passage de Marc. 

a celle d'Herode (Esther V, 6). » Girard va-t-il nous dire quoi que ce soit de cette reference ? 
Rien ; il l'ecarte aussitot : « C'est possible, mais le theme de l'offre exorbitante est tellement 
commun, dans les recits legendaires, que Marc ou Matthieu pouvaient l'avoir dans l'esprit sans 
songer a un texte particulier. » Je ne mens pas : qu'on verifie - c'est a la p. 201. 
Sur 12 versets que compte le recit de Marc, le redacteur en a consacre 2 a citer 

C'est une citation, et pas une allusion ; et c'est une citation d'Esther, pas de 
Plutarque ou d'Hesiode. 

le Livre d'Esther, et notre exegete philosophe trouve la reference secondaire, sans importance, 
allusive, digne d'etre oubliee ! C'est incroyable. A quels « recits legendaires » 

On dirait du Bultmann & C le : dans ses formidables commentaires sur les 
Evangiles, celui-ci renvoie constamment, massivement, a Sophocle, a 
Hesiode, a Plutarque, a Dion Cassius, ou au folklore indien, et, plus 
generalement, a tout ce qui n'a aucun rapport avec le corpus commente. (Les 



redacteurs neotestamentaires, eux, quand ils citent, citent la Bible - pas les 
auteurs et philosophies paiens : la Bible !) 

le redacteur du Selon-Marc aurait-il done pense ? a des recits incas ? - Toute la scene repose 
sur cette citation, et Girard ne le voit pas. 

[117] La citation ne concerne d'ailleurs pas, comme le dit Girard, un passage 
du Livre d'Esther, mais deux : V, 3, et VII, 2. 
En Esther V, 3, l'hebreu se lit ainsi : « Et il lui dit, a elle, le roi : 

Le roi, e'est Assuerus; en hebreu, le debut de son nom ('HSWRWS ou, autre 
graphie, 'HSRS) est 'H, e'est-a-dire « le frere » (or ici Herode est dit 
convoiter la femme de son frere), et la fin de son nom, RWS assone avec 
R'S, « la tete » (or l'enjeu est bien ici la tete de quelqu'un). - Dans le passage 
de Matthieu et de Marc qui nous interesse, il y a, sous le grec bien 
evidemment (comme d'habitude !), un autre jeu de mots sur les noms 
propres : « Herode » se dit en hebreu HRDWS ; mais HRD y signifie a la fois 
« trembler », « etre effraye », « etre embarrasse » (or, apres son serment, le 
tetrarque est precisement dit « dans Lembarras ») et « se hater », « se 
depecher » (or la fille ne veut pas la tete qu'elle convoite dans une semaine ou 
deux : elle la veut vite - tout de suite). - Lout ceci n'est-il vraiment que 
secondaire ? 

Quoi pour toi, Esther la reine, et quelle ta demande ? jusqu'a la moitie de mon royaume, et 
elle t'est donnee ! » Mais « t'est donnee » se lit et se dit dans l'hebreu YNTN LK, parfaite 
assonance avec « Jonathan (jean ?) est pour toi ». 

La confusion entre Jean et Jonathan n'est pas rare dans la litterature 
hebraique ; cf, pour ce qui est deja de la Bible, les articles ioanan et ionathan 
de la Concordance Hatch-Redpath (Supplement, pp. 91b et 93b). - Par 
ailleurs, les evangelistes specifient que Jean « est livre », et que Jesus « est 
livre » ; « est livre », e'est en hebreu NLN ou YNLN. 

Et ce n'est pas tout. « Quelle (est) ta demande ? » se lit, toujours dans l'hebreu, 

Et pas en grec ! ni en francais ! pas dans les versions du genre « tout a tous ». 
[118] MH BQSTK (litt. « quoi » pour MH, « dans » pour B, « demande de » pour QST, et 
« toi » pour K). Or QST (« demande »), dans cette expression interrogative, assone tres 
facilement avec QST, mot employe par Ezechiel (IX, 2, 3 et 11) pour designer... la tablette a 
ecrire de l'homme vetu de lin, mot que la Septante traduit en grec - quelle nouvelle 
coincidence ! - par... pinakis et par... pinakidion. 

Ce qui nous fait retrouver l'origine du pinax evangelique, celui ou les 
versions traduites (en grec et sur le grec) placent la tete de Jean, le fameux et 
soi-disant «plat». (Et j'ajoute que QSL et pinakisl pinakidion n'interviennent 
que dans les passages du Livre d'Ezechiel cites plus haut.) 

Autrement dit, la reference que Girard repousse du pied, exhibe en realite la raison numero 

un, linguistique, de l'identite de celui dont la tete sert d'enjeu, ainsi que le soi-disant plat sur 

lequel on va placer cet enjeu merae. 

Au lieu de macher l'etymologie de skandalon en se trompant de langue et en recopiant le 

premier manuel venu, 

Rene Girard, qui pourtant etablit ses theses et theories philosophiques sur des 
textes souvent antiques, ferait bien de frequenter les bons dictionnaires. 
Ainsi, toujours dans Le Bone emissaire, pp. 132-133, l'auteur nous avoue que 
Michel Sertes lui a fait remarquer la valeur technique de turba dans un 
passage de Lite-Live, et il ecrit: « Le mot turba a une valeur quasi technique, 
e'est la foule dans ce qu'elle a de trouble, de perturbe et de perturbateur. » Au 
lieu de deranger Michel Serres pour si peu, Rene Girard aurait du lire le 
Dictionnaire latin de Gaffiot, lexique qui hante les ecoles depuis 1934, et sa 
p. 1612 : a turba, -ae, 1. trouble d'une foule en desordre, melee, desordre, 
confusion ». Le sens technique, la poudre aux yeux et la soi-disant 
decouverte de Girard, se reduisent au premier sens du mot dans le 
vocabulaire latin le plus courant qui soit ! 

[119] Girard aurait mieux fait de lire en hebreu le Livre d'Esther. II n'aurait pas, ce faisant, 
parle de « recits legendaires » : 



En entendant par la, comme l'indique et le souligne le contexte, ceux de 
cultures autres que l'hebraique-juive (et samaritaine). Les semi-illettres 
pecheurs de Galilee et leurs collegues seraient-ils tout soudain devenus des 
Frazer ? 

faire comme les Juifs-Hebreux evangelistes et lire la Bible, en hebreu, avec ses entendus et 
ses sous-entendus, lui aurait amplement suffi. Au lieu d'ecrire que l'injonction « II ne t'est pas 
permis d'avoir la femme de ton frere » n'a aucune saveur legale ou legaliste, il aurait mieux 
fait de se demander pourquoi, en tant que personnage d'un recit, Jean est jete en prison et 
enchaine : « il ne t'est pas permis » se dit-ecrit en hebreu 'SWR (litt. « lie », la prohibition 
etant lien), alors que « la prison » s'y lit-ecrit BYT H'SWR (litt. « la maison du lie ») ; 

Etrangement, « prison » contient, toujours en hebreu, par voie d'anagramme, 
les quatre lettres du mot « Esther » - encore une jolie coincidence. 

et, devenu bon lecteur du Livre d'Esther, attentif a des etymologies semitiques et non pas 
grecques, il aurait su pourquoi une jeune fille ou femme, au banquet d'Herode, s'est mise a 
danser : c'est en effet dans ce livre-la, si important quant a l'edifice narratif des Evangiles et, 
en particulier, de ce qu'on nomme « la Passion », 

En Esther I, 6, on decrit ainsi (genre bric-a-brac ?) le decor du festin offert 
par Assuerus a son peuple (traduction F. Michaeli) : « Des tentures blanches 
et violettes etaient attachees par des cordons de byssus et de pourpre a des 
anneaux d'argent et a des colonnes de marbre. » L 'expression hebraique 
rendue par « et de pourpre a des anneaux d'argent » peut aussi, facilement, se 
traduire par : « de la pourpre sur un Galileen », et par : « contre un Galileen, 
de l'argent ». - II n'y a pas que des citations explicites dans les [120] 
Evangiles ; les jeux sur l'Ecriture et la generation des recits a partir d'elle, se 
font parfois par en dessous. 

qu'on lit {Esther II, 5) que le premier nom de la fille adoptive de Mardochee etait « hadassa » 

(HDSH), c'est-a-dire « le myrte » (au feminin, en hebreu) ; or HDS est signale par Jastrow, 

dans son dictionnaire (p. 334a), comme voulant dire « danser (sur la pointe des pieds) » : 

Esther-Hadassa (Esther-myrte) serait done Esther-la-Danseuse. 

Et, pour finir et ne pas trop lasser mon lecteur, qu'on se souvienne que la mort de Jean- 

Baptiste racontee par Josephe (Antiquites juda'iques XVIII) fait immediatement suite a une 

evocation de la guerre entre Herode et Aretas; or « Aretas » est, en transcription hebraique, 

l'anagramme phonique exacte de « Esther ». 

Lorsqu'on a laisse Heidegger et Sophocle et qu'on a tant soit peu lu les midrashim, 

Commentaires juifs-hebreux (ou arameens), ou samaritains-hebreux (ou 
arameens), sur la Bible. 
on sait ce que produisent narrativement de tels jeux de mots et d'assonances. 



Ultime effort de Girard 

Citant, p. 210, les fameuses paroles AeMatthieu XVI, 18, « Tu es Pierre et sur cette pierre 

Ici un mot (petra, « pierre ») qui est emprunte dans l'hebreu tardif : il fallait 
bien que le traducteur (hebreu-grec) conserve, avec lui, le calembour sur le 
nom de l'apotre. 

je batirai mon eglise, et les portes de l'Hades ne tiendront pas contre elle » (version francaise 
toute a tous), Girard, comme ultime signature de sa part, se permet de voir la, dans cet Hades- 
la, une reference a la grecite : c'est, pour singer l'hebreu, le bouquet des bouquets. 
[121] Tout petit theologien sait, du moins on l'espere, que ades est le terme grec choisi par les 
Septante (et par Aquila, etc.) pour traduire S'WL, « le Sheol » ! 

Meme mot que « Saul » (« Saill »), premier nom de Paul - ceci, entre 
parentheses. 

Quand Girard ecrit (je jure que c'est vrai : voyez la p. 210 de son livre) « la reference aux 
portes de l'Hades, c'est-a-dire au sejour des morts chez les Grecs, 



Quand il y a « Hades » (ades) dans la Septante, cela veut dire que les redacteurs originaux, 

hebreux, de la Genese, ou des Nombres, faisaient reference au « sejour des morts chez les 

Grecs » ? - voila qui est encore nouveau. 

me parait significative », il ne signifie que son ignorance de la Bible hebraique et de ses 

traductions antiques en grec. 

Plus loin, on trouve raerae une allusion girardienne a... Heraclite et a Dionysos : quel rapport, 

je le demande, avec le Sheol ?! 

A moins que les Septante (et Aquila, et autres), en rendant « Sheol » par 
« Hades », n'aient voulu souligner que Moise etait un lecteur assidu 
d'Heraclite ? tiens, ce serait une hypothese a creuser. 

Nous revons tout debout. 

Par contre cette belle panoplie des methodes exegetiques de Girard me parait suffisante : je 
n'ai garde d'examiner ce que, dans son triturage du coq du reniement et des demons de Gerasa, 
le commentateur fait du texte evangelique ; il le traite en tout de facon similaire - on dirait 
une anthologie. 



Urgence d'une retroversion 

Je conclus done. - Quelques remarques sur les mots d'emprunt ; puis d'autres sur Girard - 
quel lien entre les deux sujets ? Mais precisement : les Evangiles, leur lecture - leur [122] 
bonne ou mauvaise lecture. Je veux qu'on touche du doigt, dans sa tristesse, le peu de scrupule 
dont beneficie en general ce recueil, son tissu verbal - son droit a exister comme texte. Or 
l'urgence 

Depuis presque vingt siecles ! 9a n'est pas qu'une situation comique : e'est 
une situation qui s'eternise. 

est en fait la suivante : d'une part recuser toute analyse, quel qu'en soit le brio, 

Girard n'en manque pas ; ses constructions theoriques sur le mimetisme et le 
sacrifice sont des modeles du genre, - pour peu, comme on vient de s'en 
apercevoir a l'instant, qu'on ne verifie pas de trop pres l'usage fait par lui, a 
leur occasion, des deux Testaments. Marcion deja, au II e siecle, pour asseoir 
en gros la meme these que celle de Girard (le dieu de l'Ancien Testament 
comme dieu juste, et le dieu du Nouveau comme dieu misericordieux - 
opposition riche en myopie) avait tente, par tripotage, une dejudaisation des 
Evangiles. Entreprise sans espoir si Ton sait que, pour parvenir a ses fins, il 
avait privilegie... le Se Ion-Luc - un recit dans lequel grouillent les semitismes 
de traduction ! (II existe d'ailleurs plusieurs autres parentes entre Girard et 
Marcion.) 

partant du grec pour aboutir au grec : la bonne lecture, tout au contraire, est celle - doit, 
devrait, etre celle - qui consiste certes a partir du grec, 

Et 9a n'est pas un tenu pensum : que de versions, et de manuscrits, et de 
variantes ! 

puisque lui seul nous reste (et que toutes les traductions ulterieures, jusqu'a la preuve du 
contraire, font pris pour base et modele), mais pour le quitter au plus vite en tachant de 
retrouver a travers lui, grace a lui, en se servant de lui 

Autrement dit : de lui, de ses variantes, de son rendu dans les versions 
syriaques, coptes, etc. - il faut travailler sous le grec et sous les versions qui 
en sont issues. 

[123] comme appui et seulement comme appui, par tous les moyens, le socle semitique d'ou 
est justement sorti ce grec-la en tant que grec de traducteurs. 

Une lecture de ce type, retrovertrice, n'aboutira pas necessairement a une interpretation sure et 
convenable des textes concernes, 

Car pour aboutir a une relle interpretation, il faut maitriser a fond, et au 
minimum, toutes les equivalences hebreu-grec mises en avant par les 



Septante, par Aquila, par Theodotion, par Symmaque, ainsi que par les 
targumistes (au travers de leur arameen) ; et maitriser egalement tout le 
systeme lexical juif prenant en charge les mots d'emprunt ; et maitriser enfin 
toutes les versions hebraiques de la Bible, afin d'y deceler la maniere (les 
manieres) dont les redacteurs s'en sont servis pour elaborer les passages 
neotesramentaires concernes : or nous verrons plus loin que les auteurs 
primitifs du Nouveau Testament sont de vertigineux connaisseurs de la 
litterature hebraique (biblique et peribiblique) et qu'ils ne l'utilisent certes pas 
qu'au travers de citations explicites. 

mais ce dont je suis certain (et la masse des exegeseries qui fuient des presses chaque annee 
n'est pas la pour me dementir...), c'est qu'une autre methode aboutit, elle, immanquablement, 
aux plus decourageantes erreurs. 

Premier point, done : pour mesurer le sens d'un passage du Nouveau Testament ou de 
l'ensemble des livres qui le composent, en particulier des Evangiles, mieux vaut - et c'est une 
litote - disposer d'une grammaire et d'un dictionnaire hebraiques que d'un florilege, serait-il 
erudit, des philosophes grecs. 

Le Nouveau Testament contient-il une seule citation des philosophes grecs ? 
Non ; aucune. Par contre, il elabore recits et dialogues a coup d'innombrables 
« car il est ecrit », clausule calquee sur le fameux SN'MR des midrashim 
juifs et samaritains, SN'MR qui [124] ne renvoie pas a Homere, a Aristote ou 
a Eschyle, mais a la Bible. 

Second point, indissociable du premier : pour apprecier non plus cette fois le sens, les sens, 
mais le cycle narratif, les dialogues, les concepts, l'environnement, les faits, les lieux, du 
Nouveau Testament (et leur production textuelle, precisement), mieux vaut faire son pain 
quotidien de la litterature juive d'expression Semite (en clair: YAboth d-Rabbi Nathan, et pas 
Philon d'Alexandrie - surtout pas lui !), litterature kabbalistique ancienne y compris, 

En y incluant les passages les plus anciens (et traditionnels) du Zohar, car, 
contrairement a ce que soutenait G. Scholem, Vulliaud a su prouver (cf. sa 
Kabbah juive , Paris, Nourry, 1923) avec vigueur que la plus grosse partie de 
cet ouvrage est composee de traites antiques et non pas medievaux. D'autre 
part, et malgre ses « tendances » bien connues, la Kabbala Denudata de 
Knorr von Rosenroth (1677) est une tres saine lecture : dommage que les 
exegetes modernes du Nouveau Testament lisent si peu ce traite ; Pascal 
avait, en son temps, fait au moins l'effort de s'informer sur la Synagogue 
aupres du Pugio Fidei de R. Martin : peut-etre n'etait-ce pas le meilleur guide 
possible en la matiere, mais une telle curiosite intellectuelle de la part d'un 
chretien desirant perdre, ou totalement ou fragmentairement, son ignorance 
des modalites de fondation de sa propre religion, de sa culture, meritait d'etre 
rappelee. 

que de Platon ou d'Heraclite : et il ne s'agit pas la d'un choix facultatif - car tous les tours 
narratifs et conceptuels du corpus chretien, ou dit tel, canonique, tels qu'ils ont ete mis en 
ceuvre, ficeles tant bien que mal en grec, 

Cf., comme illustration de ce ficelage, le debut du Se Ion-Luc. 

ne relevent en rien de la culture grecque ou latine ; de cette culture, rien ne releve ici, meme 
minoritairement ! 

En un mot, et pour servir de fanion de derniere heure a ce [125] que je viens de dire : ce n'est 
pas dans le grec que « Jesus » rime avec « sauveur » 

Pas dans le grec, et pas en arameen. - Cf. Matthieu I, 21. Je rappelle qu'en 
grec « Josue-Jesus » se dit-ecrit Iesous, et que « sauver » s'y dit-ecrit sozein - 
aucun rapport, aucun calembour. 

mais dans l'hebreu, car tout neophyte hebraisant sait que c'est la, et exclusivement la, que les 
deux termes jouent ensemble, relevant tous deux de la meme racine YS C . 



[127] 



Quelques chiffrages 



Nous n'en sommes plus, a present, a nous encombrer de politesses et d'hypotheses. Le 

Nouveau Testament etait originellement hebrai'que. Ceci pose, je m'interroge sur les modes de 

production du corpus. 

Sans fausse pudeur, j'initie mon lecteur aux rudiments de la Kabbale hebrai'que. Qu'il ne 

s'effraie pas : j'irai lentement. L'initiation sera concrete. Les grecistes veulent des preuves et 

des exemples ? en voici des dizaines. De la Kabbale hebrai'que dans le Nouveau Testament ? 

mais oui : et a pleins seaux - comme les mots d'emprunt ! On veut des exemples ? j'en ai. 

La presence massive, dans les Evangiles (et dans le Nouveau Testament en general), sous leur 

grec, hors leur grec, des precedes les plus elementaires de la Kabbale hebrai'que : voila de 

quoi nous allons desormais nous occuper. Et je ne fais pas seulement penetrer le lecteur dans 

les arcanes de la Kabbale hebrai'que : je lui montre combien les grecistes - et les Eglises - ont 

su nous dissimuler sous des bourdes le sens reel du texte neotestamentaire. Je lui fais toucher 

du doigt l'ampleur et les consequences du degat. 

Et, pour n'etre pas avare de plaisanteries, je l'informe, en passant, du traitement que les 

« savants » font aussi subir aux textes gnostiques. 



[129] 



je pars d'une question simple, naive, a laquelle personne ne semble pourtant se soucier de 
repondre : pourquoi Simon-Pierre, lors de l'episode de la « peche miraculeuse » {Jean XXI, 
II), retire-t-il de l'eau 153 poissons, pas un de plus, pas un de moins ? 

Et illico, plus generalement : pourquoi les Evangiles, et le Nouveau 
Testament dans son ensemble, fourmillent-ils de nombres, de fractions et de 
multiples ? Quel est le sens de cette manie des chiffrages ? Et surtout : a qui 
ces cascades arithmetiques sont-elles censees s'adresser, a quels lecteurs 
susceptibles de les comprendre et d'en denouer les codes ? 

Pour resoudre cette question et lui assurer la portee qu'elle merite, il faut faire un detour par la 
Kabbalejuive. 

Trois codes de la Kabbale 

Les connaisseurs de cette Kabbale, 

« Kabbale » vient de la racine hebraique QBL, racine qui implique l'idee de 
« reception » et de « tradition ». La Kabbale n'est pas une pratique fumeuse : 
c'est le coeur meme, l'epicentre de la science du Livre, sa Sagesse - la Sagesse 
et de sa production et de sa lecture et de sa pratique (et non pas seulement de 
sa lecture, comme on le croit et le dit trop souvent). 

active et presente massivementj usque dans les textes les plus anciens de la Bible hebraique, 
en groupent les procedes classiques sous trois rubriques : 

[130] Ces procedes, je m'empresse de le preciser, ne sont pas toute la Sagesse 

hebraique : ils constituent la face la moins manifestement esoterique de son 

esoterisme. 

Par ailleurs, ces procedes sont, dans leur definition meme, tres anterieurs au 

I er siecle de notre ere, car ils sont employes a la fois par les Juifs et par les 

Samaritains : or, la rupture entre les deux communautes date du VIIF siecle 

av. J.-C. (cf. IIRois XVII). 

Gematrie, Notarique, et Themoura. 

Ces procedes, ces pratiques de l'esprit sont tributaires de l'hebreu comme langue et des 

particularites de son alphabet : ils en sont l'expression et le rendement. 

Ainsi que le montre l'exemple de Marc le Mage, gnostique du II e siecle (cf. 
Irenee de Lyon, Adversus Haereses I, 13 s.), les mecanismes kabbalistiques 
sont vite inoperants des qu'ils quittent leur matrice originelle, l'hebreu ; en 
tentant d'acclimater au grec ces procedes, on tombe rapidement (tout de suite) 
dans des decorticages artificiels ; - on peut meme se demander si ce n'est pas 
Irenee en personne qui s'est trompe, volontairement ou non, sur la langue 
originale du gnostique Marc, tant il a de difficultes a nous faire croire, en 
grec, a de tels artifices (il lui est facile, ensuite, de s'en moquer...). - En clair, 
les procedes de la Kabbale dont je parle, et en particulier la Gematrie, ont 
pour champ traditionnel et quasi naturel les ressources intrinseques de 
l'hebreu (et c'est sur cette opinion que s'appuient les Kabbalistes) : le fait qu'il 
existe en hebreu, dans le lexique hebraique, un nombre considerable 
d'anagrammes (et d'anagrammes performantes) ; le fait que l'hebreu n'ecrive 
pas ses voyelles ; le fait, enfin, que le Livre sur lequel s'appuie la pensee juive 
(et samaritaine) traditionnelle soit, radicalement, un livre code et tenu pour 
tel. Et, dans son essai sur la Kabbale juive, Vulliaud a bien raison de rappeler, 
entre autres, la phrase de Samuel Arkevolti : « II n'en est pas des lettres 
hebreues comme de celles des autres langues, [131] car elles sont vivantes. » 
- Dans ce meme essai, Vulliaud produit un chapitre clair sur les procedes 
elementaires de la Kabbale. 



La Gematrie 

Par Gematrie, on entend la mise en relation de termes, de groupes de termes ou d'expressions, 
ayant la meme valeur numerique. Toute lettre hebraique est a la fois, de soi, une lettre et un 
nombre : de ce fait il est facile, un terme (ou un groupe de termes) etant donne, d'en calculer 
la somme arithmetique. Cette somme, ou valeur, en est la gematrie. Ainsi « Abraham », en 
hebreu 'BRHM, a-t-il pour gematrie 248, soit : 1 pour ', + 2 pour B, + 200 pour R, 5 pour H, 
+ 40 pour M. - Grace au calcul gematrique se nouent ainsi des liens entre des mots (ou des 
groupes de mots) n'ayant, selon la semantique vulgaire, selon le dictionnaire, aucune espece 
de rapport. 

Et j'ajoute aussitot : ...alors que c'est sur cette semantique -la que s'appuie la 
connaissance, la pseudo-connaissance, de la Bible hebraique chez les 
Chretiens : le Livre se transforme ainsi, pauvrement eu egard a son hebreu 
d'origine, en un recueil de faits divers, d'anecdotes. 

Par exemple, il existe, par gematrie, un rapport immediat entre Abraham et la misericorde 
(divine), car RHM, « faire misericorde », possede la meme valeur numerique que lui : 248. 

Theme souvent et abondamment developpe dans les midrashim. 

La Notarique 

La Notarique est le codage par lequel on groupe les initiales, les mediates ou les finales de 

plusieurs mots pour en former un ou plusieurs autres. 

[132] Cette pratique repose sur le fait que les lettres hebraiques sont toutes, 
outre des lettres-chiffres, des initiales, des mots, les initiales de ces mots. 
Ainsi, la premiere lettre de l'alphabet, de valeur numerique 1, est ', « aleph » 
- et ' est aussi l'initiale de 'LP, egalement « aleph », le sens (hieroglyphique) 
en etant « le boeuf » ; la seconde lettre, B, « beith », de valeur numerique 2, 
est aussi l'initiale de BYT, egalement « beith »,le sens en etant « la maison », 
etc. - Voila la particularite de l'hebreu, parmi les langues que le Nouveau 
Testament met en jeu : posseder des lettres qui sont : des signes, des nombres 
(ou chiffres), des initiales et des mots. Les 22 lettres fonctionnent ainsi, une a 
une, comme aleph et beith (' et B), selon un mecanisme globalement inconnu 
des langues indo-europeennes : car, dans aucune langue indo-europeenne (le 
grec, le latin, etc.), les lettres de l'alphabet ne reussissent a satisfaire aux 
quatre definitions conjointes des lettres hebraiques : etre - je le repete - 
lettres, etre nombres, etre initiales, etre mots. 

Les exemples de notarique, autrement dit les acrostiches, sont innombrables dans la Bible 
hebraique. 

Et innombrables dans la litterature juive et samaritaine; innombrables aussi 
dans les textes gnostiques - dans ces accumulations de lettres en quoi les 
erudits, meme modernes, persistent a ne voir que du charabia... 

Ainsi, en Exode III, 13, la phrase de Moise vulgairement traduite « S'ils me disent : Quel est 
ton nom ? - que leur dirai-je ? » vit et repose sur une notarique : l'expression originale LY 
MH SMW MH (litt. « a moi, quoi son nom, quoi ») y est composee de quatre mots dont les 
finales sont, dans l'ordre et par acrostiche, Y, H, W et H - les quatre lettres constitutives du 
nom divin le plus sacre (le « Yahve » ou « Jehovah » des traductions) ; et cette notarique, 
evidemment intentionnelle dans le texte, et evidemment performante, n'apparait evidemment 
plus dans les traductions courantes : elle [133] n'y figure meme pas en note! et la matiere du 
texte en est escamotee d'autant. 

En outre, dans la phrase que je viens de citer, le mot LY, « pour moi » (le 
« me » de « s'ils me disent »), contient le Y (« moi ») qui, ajoute au mot 
'LHM, « a eux » (le « leur » de « que leur dirai-je ? »), donne 'LHYM, 
« Elohym », un autre nom divin. Voila que, dans une phrase courte 
(« schematique », dirait Girard), passant inapercue dans les traductions, 
figurent deux des noms divins : et aucun non-hebraisant ne le voit, ne le 



devine. - J'insiste sur ce genre de lecture du texte biblique, car bien souvent 
les traites sur la Kabbale (meme eux...), et pas seulement ceux de 
vulgarisation, laissent croire que de tels precedes de codage et de decodage 
sont propres aux exegetes juifs du Livre sacre : il n'en est rien ; ces exegetes 
ne font, et n'ont toujours fait, que calquer leur apprehension du Livre sur la 
production meme de ce Livre : c'est parce que, dans le Livre, ces precedes 
s'expriment, et s'expriment a plein, que les exegetes juifs (et samaritains) 
traditionnels, les Sages authentiques, hebreux, les ont utilises a leur tour pour 
expliquer le Livre. II ne faut surtout pas voir la des jeux artificiels, et il ne 
faut pas, non plus, y voir des jeux formels : la Kabbale est la matiere du 
Livre, et non son ornement. - Et il faut aussi saisir que de tels jeux, inscrits 
au coeur de l'economie de l'hebreu comme langue (« langue sacree », comme 
le repetent les Lalmuds et la litterature apparentee), sont, par nature, 
mystiques, ressentis et manies comme tels : aucune cesure, ici, entre le 
Mystique et le Scientifique. (Et j'expliquerai plus loin combien les redacteurs 
primitifs du Nouveau Lestament baignent dans la Kabbale hebraique ainsi 
concue.) 



La Themoura 

La Themoura, enfin, est le procede kabbalistique de substitution des lettres. A toute lettre, 
parmi les 22 de l'alphabet [134] hebraique, on peut ainsi faire correspondre une autre lettre, et 
les mots se transforment par la les uns dans les autres. L'exemple le plus facile a comprendre, 
et je le tire encore une fois de la Bible et non de ses commentaires necessairement plus tardifs, 
meme les mieux avertis, est celui de Jeremie XXV, 26 : « Et le roi de Sheshak boira apres 
eux » ; en realite, par Themoura, par substitution des lettres, il faut lire BBL, « Babel », a la 
place de SSK(« Sheshak », un lieu inexistant). 

II s'agit ici de la themoura dite « ath-bash», celle qui fait correspondre a la 
premiere lettre de l'alphabet la derniere, a la deuxieme l'avant-derniere, et 
ainsi de suite jusqu'a l'epuisement des 22 signes-chiffres. II existe bien 
d'autres sortes de substitutions par themoura (cf, a ce sujet, et entre autres, Le 
Jardin des Grenades de Moise Kordovero). 

Sens etportee de la Kabbale 

Ce qu'il faut bien comprendre, c'est ceci - car tout mon propos repose la-dessus : que seul 
l'hebreu, par tradition et a l'exclusion de toute autre langue, et en particulier des langues indo- 
europeennes, intervenant dans le probleme de la redaction (originelle) du Nouveau Testament, 
permet de produire des reactions satisfaisantes a de tels procedes ; que ces procedes ne sont en 
rien des jeux de salon aux yeux des redacteurs bibliques et de leurs successeurs : ils ont 
parti cipe, ces soi-disant jeux, et en masse, non seulement a l'elaboration des exegeses 
(midrashim) rabbiniques, mais aussi, plus primitivement, a celle des livres les plus anciens de 
la Bible hebraique. II ne s'agit pas la, en premier lieu, de systemes ou de methodes 
exegetiques : la Kabbale n'est pas, d'abord, l'art de lire le Livre tenu pour sacre ; elle est, 
d'abord, l'art de l'ecrire. 

Or, a l'epoque de la redaction des Evangiles, ces procedes [135] (pour ne parler que d'eux) 
etaient encore et toujours ceux des maitres de la Science hebraique. 

Cette phrase va, je le sens, faire sursauter plusieurs de mes lecteurs ; elle est 
pourtant la simple photographie d'une evidence : entre la redaction des livres 
les plus anciens de la Bible et la compilation des Lalmuds se place l'epoque 
des Evangiles ; or, on trouve des gematries, des notariques et des themouras, 
aussi bien dans la Lhora que dans les Lalmuds - il y a done continuity dans 
cette science et dans ce savoir-faire-la ; au survol de l'Histoire, elle merite 
bien son nom : kabbale-tradition. (Peut-etre convient-il d'ajouter, mais sans 



insister, que les Manuscrits de la mer Morte, dont la redaction est d'epoque 
supposee peu lointaine de celle des Evangiles, contiennent aussi, et pas 
seulement dans leurs textes exegetiques, des precedes de ce type. Je ne 
parviens pas a imaginer la bonne ou mauvaise raison pour laquelle les 
nombreux specialistes de ces manuscrits passent toujours a cote de cette 
constatation-la.) 

Je l'ai montre dans les chapitres precedents, 

Et recemment Claude Tresmontant l'a montre - cf. son etude intitulee Le 
Christ hebreu, Paris, O.E.I.L., 1983. Mes propres recherches datent de 1980- 
1982. - Les demonstrations de C. Tresmontant ne doivent rien aux miennes, 
et vice versa ; par des voies differentes, a tout le moins independantes, nous 
en sommes arrives a la meme conclusion concernant la langue originelle des 
Evangiles. 

tout dans les Evangiles est hebraique : la syntaxe, le style, les tournures, les concepts, la 
mentalite, l'usage des verbes « monter », « descendre », « faire », « repondre », et autres - 
tout, dans les Evangiles (et dans le Nouveau Testament), releve de la mise litterale, en grec de 
pacotille (parce qu'en grec litteral, justement), d'un original hebrai'que. 

Que retirer de grec, d'originalement grec, a cet ensemble-la ? Diverses gloses, 
de courts passages comme le prologue du Selon-Luc, etc. : des miseres. 

[136] Mais cette avalanche de preuves, de plus-qu'indices, ne suffit pas, parait-il ; la plupart 
(la plus-que-plupart !) des exegetes neotestamentaires en restent a leur « opinion » tetue ; ils 
veulent a tout prix, et malgre l'evidence contraire, que les Evangiles soient grecs - ils 
preferent s'en tenir au grec, a un grec nul, cacophonique, barbare, que de recourir a l'hebreu 
primitif du corpus. - Cet hebreu leur ferait-il peur ? 

On dirait que beaucoup de ces commentateurs (en particulier, parmi eux, 
divers fonctionnaires d'Eglise) sont genes de l'origine juive des textes 
fondateurs du Christianisme : leur manie du grec, dirait-on, leur sert a 
desemitiser au maximum le corpus. - Mais leur manie du grec leur sert, 
surtout, a cacher les modes de production des livres neotestamentaires : nous 
n'allons pas tarder a voir pourquoi. 



Lapreuve des preuves 

Eh bien, j'ai pour les tenants de cette insupportable « theorie », a l'exclusive intention de cette 
majorite de « grecistes », une preuve qui surpasse toutes les autres, toutes les precedentes, 
toutes celles qu'a donnees Tresmontant, toutes celles de mes chapitres anterieurs, et cette 
preuve est : 

la presence massive dans les Evangiles (et dans le Nouveau Testament en general), 
sous leur grec, hors leur grec, des procedes les plus elementaires de la Kabbale 
hebraique : gematrie, notarique et themoura, 

Precedes auxquels il faut evidemment adjoindre les innombrables jeux de 
mots, jeux d'usage commun dans toute la litterature hebraique, et jeux que 
seule, ici, une retroversion vers l'hebreu permet de reperer, de reconstituer, et 
de comprendre. Quelques exemples, parmi des centaines, que je tire au 
hasard de mes fiches : 

- Matthieu XXI, 1 1 : « Elle enfantera un fils et tu [137] appelleras son nom 
Jesus (ou : Josue), car il sauvera son peuple de leurs peches. » Je passe sur le 
charabia que constitue, en grec, cette phrase pour un lecteur grec : « tu 
appelleras son nom », et « peuple » ressenti comme un pluriel - d'ou « leurs 
peches » - sont, en grec, des curiosites grammaticales, mais en hebreu des 
tours tres communs ; ce qui m'interesse, c'est ceci : en quoi le « il sauvera », 
en grec sozein, peut-il fournir une explication de « Jesus » ; en grec, cette 
explication ne marche pas : aucun lecteur grec ne peut deviner, et a fortiori 
comprendre, quel lien reunit « Jesus- Josue » a « sauver » et « sauver » a 
« Jesus-Josue » : le « car », pourtant bien la (« car il sauvera... »), n'a aucun 



sens en grec. Seul le recours a l'hebreu sous-jacent permet d'apprecier le 
calembour, « Jesus » (= « Josue », litt. « dieu-sauve ») etant dans cette 
langue, et dans cette langue seule, pas en grec {et pas en arameen), de la 
meme racine que le verbe « sauver » (dans les deux cas, la racine YS C ). Et cet 
exemple montre : que le texte etait primitivement en hebreu ; qu'il a ete 
litteralement traduit en grec ; que cette traduction litterale lui a fait perdre son 
vrai et authentique sens - le sens originel (celui du calembour) ; et surtout : 
que le texte premier n'etait ecrit que pour des lecteurs hebreux, et pas pour 
des Gentils (ni, qui plus est, pour des Juifs non hebraisants). L'annonce de 
« Jesus » n'etait pas destinee aux Gentils : voila qui n'est pas secondaire ! 
- Ephesiens IV, 26 : « Que le soleil ne se couche pas sur votre colere » 
(version francaise courante) ; aucun lien, en grec, entre le soleil (elios) et la 
colere (parorgismos) - mais un lien certain, immediat, en hebreu : c'est le 
meme mot, HMH, qui y designe les deux ! 

-Marc XV, 9 et 1 1 : « Pilate leur repondit : Voulez-vous que je relache le roi 
des Juifs ? . . . Mais les grands pretres exciterent la foule a demander qu'on 
leur relachat plutot Barabbas » (version toute a tous) ; en grec, « Pilate » se 
dit Peilatos et « relacher », ici, apoluein : aucun lien, c'est le cas de le dire. 
Dans [138] l'hebreu, ce lien est (etait...) immediat : la racine PLT, celle de la 
transcription de « Pilate », y signifie « relacher », « liberer un prisonnier ». - 
Mais alors... Serait-ce que Taction de Pilate (ou, si Ton veut, son intention) 
decoulait, en hebreu, dans la narration d'origine, de la graphie de son nom - 
et pas du tout de constats ou de rapports historiques ? ! 

Ces trois exemples, pris, je le repete, a dessein parmi des centaines d'autres 
tout aussi decisifs, montrent ce qu'il en est du grec des Evangiles (et des 
Epitres ? et des Actes ? et de l'Apocalypse ?) : tous les jeux de mots qu'ils 
contenaient primitivement (a l'instar de la litterature hebraique) ont ete 
perdus lorsque leur original Semite est passe, corps et biens, dans l'indo- 
europeen. 

precedes qui ne sont reperables que par voie de retroversion, hors de la lecture du seul - et 

lamentable - grec. 

Ce qu'il faut, c'est bien sur partir du grec (nous n'avons plus a notre disposition que ce point 

de depart), mais pour immediatement le quitter et retrouver sous lui, a la fois par lui et a son 

encontre, la ligne - point par point - du texte primitif hebraique (juif). 

Cette gymnastique de la retroversion implique une serieuse connaissance des 
langues en presence ; elle nous conduit a coup sur tres loin des catechismes et 
des versions vulgaires ; mais c'est la seule voie d'acces au texte : la voie 
necessaire. 

Et j'en arrive aux exemples de chiffres. 



Exemple du levain 

Pourquoi, en Luc XII, 1, est-il ecrit : « Mefiez-vous du levain - c'est-a-dire de l'hypocrisie - 
des Pharisiens » ? La-dessus, Bultmann et autres 

Que de noms dans mon stylo ! ils me demangent. 

[139] restent plus que muets; ils passent; ils courent rejoindre, et bien en vain, le commode 
giron de leur sainte koine. Car quel rapport y a-t-il dans le grec entre zume, « le levain », et 
upokrisis, « l'hypocrisie » ? - reponse : aucun. Cette phrase est done incomprehensible en 
grec, autant qu'elle Test en francais. Et elle orne cependant, depuis des siecles, les sermons, les 
missels, et les cervelles chretiennes - cervelles dont la plupart seraient d'ailleurs fort en peine 
d'expliquer ce qu'est un « pharisien ». - Mais si Ton sait qu'en hebreu l'equivalent du 
« levain » est HM§ et celui de l'« hypocrisie » HNP, alors on comprend tout : on comprend le 
« c'est-a-dire » du grec et de la version francaise courante ; car, en hebreu, et en kabbale, et 
pas ailleurs, la gematrie du « levain » est la meme que celle de l'« hypocrisie » ! 



Gematrie de HMS (« levain », mais aussi « vinaigre », d'oii l'episode du 
vinaigre lors de la Passion, d'oii, aussi, ses sous-entendus) : 8 + 40 + 90, soit 
138. Gematrie de HNP (« l'hypocrisie », mais aussi, et plutot, « l'impiete ») : 
8 + 50 + 80, soit egalement 138. 

Ridicule et sterile en grec, evidente en hebreu, en kabbale, cette phrase n'a jamais ete ecrite en 
grec, et elle n'a pas ete ecrite a l'intention de lecteurs grecs (juifs ou non) ; par contre, elle a 
ete ulterieurement traduite, et cette traduction lui a fait perdre son sens - son fondement 
arithmetique. 

La phrase est de Luc. « Luc bon ecrivain » est un des lieux communs de 
l'exegese... Or, son grec est en fait aussi Semite que celui des autres 
evangelistes, et done aussi nullatre que le leur eu egard aux canons d'un 
hellenisme meme moderement tatillon ; seul le prologue a Fair grec-de- 
source : et e'est bien ce qui le fait jurer avec le reste de l'ouvrage ; tout ce 
reste est, quant a son socle et gloses de traducteurs mises a part, hebreu. 

II n'existe done une relation entre le levain et l'hypocrisie qu'en hebreu ; elle est gematrique ; 
elle est kabbalistique : intraduisible et illisible dans une autre langue, cette gematrie (cette 
[140] kabbale) n'est plus que du zero dans le Selon-Luc de nos manuscrits indo-europeens. 
Autre exemple, tire d'un autre Evangile : 



Les 30 pieces de Judas 

EnMatthieu XXVI, 15, des pieces d'argent sont versees a Judas : 30 pieces; comme pour les 
poissons, pas une de plus, pas une de moins. La justification des 30 pieces est rapportee par 
Matthieu (et surtout par les notes de nos editions-traductions courantes), non pas a des faits 
reels, s'etant historiquement produits, mais a... une citation de Zacharie XI, 12: « Et ils 
prirent les 30 pieces d'argent », citation qui ne mentionne aucunement - et pour cause ! - le 
nom de Judas. Et nos commentateurs, nos erudits, nos grecistes, se satisfont et entendent nous 
satisfaire de la reference, sans se poser la question, encore une fois naive et de bon sens, qui 
me vient aussitot a l'esprit : pourquoi 30 pieces et Judas ? - Or, et e'est bien ce que le grec est 
incapable de nous dire, le nombre 30 correspond a la gematrie de l'hebreu YHWDH, « Judas » 
(et aussi : « la Judee »). 

Soit, dans l'ordre des lettres-chiffres du mot : 10 + 5 + 6+4 + 5 = 30. 

Seul l'hebreu, par gematrie et par kabbale, justifie le rapport narratif entre les 30 pieces 
d'argent et Judas. 

Encore une image de la maniere anhistorique dont sont edifies les textes 
evangeliques et leurs recits. - Quant au fait que, par Judas (ou : par la Judee, 
distincte de la Galilee et de la Samarie ?), l'argent et la croix (le bois, l'arbre, 
C S) soient ici narrativement reunis, e'est encore la gematrie (et non le grec - 
et non l'Histoire) qui nous l'indique : la valeur de KSP, « l'argent », est 
identique a celle de C S, « le bois » : 160. Avec l'article H, de valeur 5, les 
deux mots ont pour [141] gematrie commune 165, la meme que celle de 
MLK + YHWDYM, autrement dit « le roi des Juifs » (ou : « ...des Judeens ») 
- d'oii, encore une fois hors du , grec, Marc xv, 26, et sa mention du « motif 
de la condamnation » de Jesus- Josue : la pretention au titre de « roi des 
Judeens » ! Hors Histoire et hors grec, seul l'hebreu, par ses reseaux 
gematriques, invitait le narrateur primitif a lier ainsi le bois (la croix), l'argent 
et le titre royal ; dans le grec tout cela est perdu - dans 1 'hebreu, tout cela 
possede (possedait) la meme valeur. Equivalence absolue des trois termes. 



Exemple dupain 

Autre exemple, sur lequel je ne puis risquer qu'une ebauche, tant il est riche : celui du 
« pain », hebreu LHM (« pain », « festin », « nourriture », mais aussi « lutte », « massacre »). 

Jesus -Jo sue -Dieu sauve est dit ne a Bethleem, en hebreu BYT -LHM, litt. 
« maison du pain » ou « maison du massacre » ; toutes les variations 
evangeliques sur le fameux (et historiquement caduc) « massacre des 
innocents » sont tirees des equivoques de LHM, equivoques sans aucun echo 
dans le grec. - Et ceci en dit long sur la conception que les evangelistes 
primitifs, juifs-hebreux, avaient de l'Histoire ; cette conception n'etait 
certainement pas celle qu'on leur prete habituellement : ce n'etaient nullement 
des reporters. 

Les rapprochements gematriques sont ici trop nombreux ; je n'en citerai que quelques-uns. 

II faut noter d'emblee que LHM, « pain », possede deux valeurs gematriques, 
puisque son M, place en finale, peut egaler alternativement 40 ou 600 ; la 
richesse (la puissance) gematrique de ce terme est done double, et d'autant 
plus grand le nombre de ses equivalents. 

[142] « Le pain », LHM done, a la meme somme ou valeur gematrique que « Abraham » + 

« Isaac » + « Jacob » : 638 - d'ou l'intime relation evangelique entre la definition de Jesus- 

Messie 

Je signale a quelques catechistes et bacleurs d'homelies (indo-europeennes) 

que « Christ » ne signifie pas « crucifie ». 
comme « pain » (par exemple en Jean VI, 35, 41, 48) et la citation d'Exode III, 6 (fournie en 
Matthieu XXII, 32, et Marc XII, 26) : « Je suis le dieu dAbraham, d'Isaac et de Jacob » - 
intime relation arithmetique que le grec, pour ne pas changer , passe aux oubliettes. Quel 
rapport, en effet, dans le grec, existe-t-il par ailleurs, en Matthieu VIII, 11, entre le « festin » 
(hebreu LHM, toujours lui) et « Abraham, Isaac et Jacob » ? - aucun. Aucun grec ne peut 
comprendre ce texte. Aucun lecteur, autre qu'hebreu, de culture et de langue hebraiques, ne 
peut saisir les reseaux gematriques dont « pain » est l'un des poles, car ce n'est qu'en hebreu 
que ces reseaux se fondent, se justifient - existent. (Ces reseaux n'etaient pas destines, 
primitivement, aux Gentils ou aux Juifs non hebraisants ; pas destines aux Grecs ; pas destines 
aux Romains ; pas destines a l'Eglise romaine.) 

Quant au sens... Quant a la valeur semantique des concepts... Qu'on compare 
la futilite, en grec comme en francais, de Jean VI, 48 (« Je suis le pain de 
vie... »), et sa valeur explosive en hebreu, ou, je viens de le dire, LHM, « le 
pain », signifie aussi « le massacre » et « la lutte », e'est-a-dire l'exact inverse 
de la vie (et, si Ton se refere au sens du verbe HYH, de la resurrection). - La 
meme incroyable emasculation se produit avec le concept de « bon berger », 
en grec de traduction o po'imen o kalos (par exemple en Jean X, 11 et 14 : 
« Je suis le bon berger ») - l'original hebreu en etant HR C H HTWB, melange 
encore plus detonant que le pain de vie, puisque R C H, « berger », est en 
hebreu de la racine R C H signifiant a la fois « paitre-faire paitre » et... « etre 
mauvais », de sorte que l'image hebraique primitive du « bon berger » etait 
celle du court-circuit entre « le bien » (TWB) et [143] « le mal » (R c ), court- 
circuit deja present dans « l'arbre » ( c §, « la croix ») du Bien et du Mal plante 
par le Livre de la Genese dans le Jardin d'Eden : cet enorme court-circuit 
n'existe plus, a proprement parler n'existe plus, dans les Evangiles et dans 
leur grec de traduction. Absolu gachis ! 

Autour du mot « messie » 

En Marc XIV, 62, il y a cette question : « Es-tu le Messie 

Dans les livres parlant ou pretendant parler du Nouveau Testament et des 
origines du Christianisme, les contresens sur la signification du mot 
« Messie » (employe a tort et a travers) sont consternants. 



le fils du Beni ? » Ce n'est assurement pas le grec qui nous dira que « messie-christ-oint », en 
hebreu MSYH, est compose des mots SM et HY, dont le premier (litt. « le nom ») est un 
substitut hebraique courant du nom divin YHWH, alors que le second signifie tout 
simplement « vivant », puis « revivant », puis « ressuscite » ; 

Cf. les dictionnaires bibliques, et cf. Jastrow , p. 454a. 

9a n'est done pas le grec qui nous dira que l'hebreu « messie » renferme, par simples cesure et 
anagramme, le concept du « Dieu vivant », du « Dieu ressuscite », concept dont on 
m'accordera pourtant qu'il n'est pas marginal dans le corpus chretien. 
Mais il y a plus. 

Le grec est egalement incapable de nous suggerer, dans la phrase interrogative que je viens de 
citer, la justification de l'expression « messie fils du beni » ; cette expression (MSYH + BN + 
BRWK) a la meme gematrie que LHM, « le pain ». Par l'hebreu seul, sous le grec et a son 
detriment, par retroversion, on saisit du coup tout le sens de la reponse affirmative qui suit : 

[144] « C'est moi », hebreu 'N(K)Y HW, litt, « moi lui » (avec tous les sous- 
entendus mystiques et esoteriques du pronom HW, « lui » !). 

etre le pain et etre le messie-fils-du-beni, c'est, dans la langue percue et travaillee comme 
sacree par les redacteurs originaux, la meme chose : 638. 

Notons qu'en hebreu, pas en grec evidemment, « beni » et « premier-ne » sont 
des anagrammes absolues : BRWK dans le premier cas, BKWR dans le 
second ; encore un rapprochement qui a son poids dans le corpus. - Quant a 
l'expression que je viens de mentionner, « messie fils du beni », MSYH BN 
RRWK, elle possede pour notarique (de ses lettres finales) le mot HNK, 
« Henoch » - mais comment developper tous ces points 1 ... 
Mais continuons avec le pain. 



Retour au « pain » 

La derniere lettre, M, de LHM, « le pain », lorsqu'elle quitte la valeur 600 et prend celle de 
40, comme le lui permet la Kabbale, donne au mot la valeur arithmetique de 78. 

30 pour L, + 8 pour H, + 40 pour M, somme : 78, (De Dieu a Jesus inclus, 
dans la genealogie fournie en Luc III, 23-38, se succedent 78 noms !) 

Cette gematrie de 78 est aussi, et comme par hasard, celle de « fils de Dieu ». 

« Fils de Dieu » (ou, si Ton veut, « du Pere », ainsi que le nomment souvent 
les Evangiles), c'est BN YHWH, soit 52 + 26 = 78. - En fait, l'expression 
peut aussi vouloir dire « fils-dieu » ou « fils + dieu ». - Et notons ici les 
progressions du chiffrage. Dieu est dit « un », hebreu 'HD, valeur gematrique 
13. Le double de 13 est 26, gematrie de YHWH (le tetragramme divin, le 
verbe « etre » a toutes ses formes). Le double de 26 est 52, gematrie de BN, 
« le fils » [145] - tous ces doublages provenant du B qui figure en tete de la 
Lhora (B = 2). - Or ce 52 est aussi la gematrie de BHMH, « la bete » (cf. le 
fameux, ou la fameuse, Behemoth) d'oii la question inepte en grec 
d'Apocalypse XIII, 4 : « Qui egale la bete ? » (reponse non formulee, mais 
appelee par la forme arithmetique de la question meme : BN, « le fils », 52), 
d'oii egalement le nombre des tetes de la bete (5 + 2 = 7) et celui de ses 
cornes (5x2= 10), nombres elabores sur les deux chiffres constitutifs du 
nombre 52. - Mais 52 n'est pas que cela : c'est aussi la gematrie de HLWBL, 
litt. « le baptisant », « le baptiste » : or Jesus, comme le Baptiste, « est 
livre » ; ils ont une naissance et une trajectoire similaires ; ils sont 
constamment mis en balance. - Et 9a n'est pas fini : si, cette fois, on n'adopte 
plus la gematrie classique mais le chiffrage par rangs de lettres (chaque signe 
graphique revetant la valeur simple de son numero d'ordre dans l'alphabet, de 
1 a 22 inclus), 52 est l'equivalent, pele-mele : de « Jean » (YWHNN =10 + 6 
+ 8 + 14 + 14 = 52), de « messie » (MSYH, = 13 + 21 + 10 + 8 = 52), de 
« rabouni » (cf. le titre donne a Jesus en Marc X, 5 1 et Jean XX, 16 - 
RBWNY = 20 + 2 + 6 + 14 + 10 = 52), etc. etc. etc. - Mais les grecistes vont 



me crier : « coincidences ! » A longueur d'Evangiles (et de Nouveau 
Testament) des dialogues, des questions, des equivalences ou des oppositions 
semantiques, des transferts de mots et de notions, se fondent (se fondaient) en 
hebreu sur des monceaux de calculs arithmetiques : et personne ne les voit, 
personne ne les etudie - depuis des siecles ! 

Voyez a present la phrase de Matthieu IV, 3 : « Si ru es le fils de Dieu, ordonne que ces 
pierres se changent en pains » ; cette phrase est nulle en grec (comme en francais), ou on la 
dirait clownesque, mais d'une subtilite a toute epreuve aux yeux de qui la retrovertit dans son 
hebreu original : 

1. En grec, uios, « le fils », theos, « le dieu », lithos, « la pierre », et artos, « le pain », n'ont 
pas le plus petit debut de [146] commencement de rapport. Ce sont des mots sans lien, qui ne 
fonctionnent pas ensemble dans l'economie de la langue. Dans le grec, deja syntaxiquement 
debile, la phrase de Matthieu ne fonctionne ni semantiquement ni phonetiquement. 

2. En hebreu, par retroversion, les choses se passent tout differemment. Deja, pour un lecteur 
superficiel, il y a (il y avait) un jeu de mots entre BN, « le fils », et 'BN, « la pierre ». 

Voir, a ce sujet, le chapitre « Pierre et fils chez Flavius ». Les jeux de mots 
sur la pierre, le fils et la construction sont tres bien employes dans la 
litterature hebraique et (done!) dans le Nouveau Testament. En grec, ces jeux 
sont abolis; en hebreu, BN, « fils », 'BN, « pierre », BNH, « construire », 
« batir », BYNH, « intellect, gnose », etc., sont immediatement assonants et 
voisins. 

II existe aussi, dans Le Pasteur d'Hermas, grand texte que tout le monde, par 
malheur, s'accorde a croire de redaction grecque et chretienne, une profusion 
de jeux sur ces mots-la, jeux de mots seulement perceptibles par retroversion. 
Mais l'editeur et traducteur francais de ce chef-d'oeuvre n'en a pas vu un seul, 
malgre son aveu, ca et la, de quelques « semitismes » ! (cf Hermas, Le 
Pasteur, edition-traduction Joly, Paris, Le Cerf, 1968, 2 e tirage). 
II convient de remarquer : que Le Pasteur d'Hermas, comme le corpus 
neotestamentaire, n'existe plus qu'en grec (et en sahidique, copte, etc.) ; que 
son grec est, comme celui du Nouveau Testament, un grec de traducteurs ; 
que son grec, comme celui du Nouveau Testament, renvoie a un original 
Semite (hebreu, avec inclusion de termes arameens et de mots d'emprunt) ; 
que Le Pasteur d'Hermas a longtemps figure dans le Canon chretien (il fait 
partie du Codex Sinaiticus), alors que n'y intervient jamais le nom de Jesus 
(mais cette absence ne lui est pas propre : pres de la moitie des monuments 
les plus anciens du Christianisme ignorent ce nom). - La encore, ne pouvant 
tout dire, je suis oblige de passer. 

Mais puisque j'en suis a Hermas, et qu'il est des [147] farces qui meritent un 
large public, j'en releve une qui confortera, negativement, mon propos sur les 
Evangiles - une qu'Hermas en tout cas (sans doute un contemporain des 
evangelistes) n'avait certainement pas prevue. Dans son Pasteur (Vision IV, 
2,4), on lit : « Voila pourquoi le Seigneur a envoye son messager, celui qui 
domine les betes, et dont le nom est Thegri : il lui ferma la bouche... » Le 
traducteur francais, pourtant au fait, ou suppose au fait, de la litterature juive, 
gratifie ce « Thegri » d'une note : « Ce nom propre... ne se trouve qu'ici. » II 
aurait du ecrire : « Je n'ai jamais vu, ailleurs qu'ici, ce mot-la. » Mais dans la 
2 e edition, l'auteur-traducteur complete sa note d'un renvoi a un article d'un 
certain Krilger, intitule (sic) : « Une source turco-mongole possible pour 
Thegri dans Le Pasteur d'Hermas. » (J'imagine, ne l'ayant pas lu, mais ayant 
autrefois frequente les ouvrages de Plan Carpin, de Heissig et de Grousset, 
que cet impossible article rapprochait le Thegri d'Hermas du Tangri - litt. 
« les Celestes », « le Ciel » - des Mongols : on ne se refuse rien : les uns 
versent les Evangiles primitifs dans l'hellenisme, les autres charrient Hermas 
jusque dans le Desert de Gobi...) Et Joly commente ce renvoi aux Mongols en 
disant : « Nous n'avons malheureusement aucune competence pour apprecier 
l'hypothese de J. R. Krilger a propos du vocable Thegri. » C'est le cas de le 
confesser ! Car, sans fantaisie aucune, TRYG (et toutes ses anagrammes), 
original du Thegri d'Hermas, est, dans la litterature juive et samaritaine 



hebraique (cf., par exemple, Exode Kabbah XXXII, 1 - passage referant, en 
effet, a un ange-messager, hebreu ML'K), un mot forge valant 
gematriquement 613, et exprimant, non pas certes la mongolite, mais le 
nombre des commandements divins repertories dans la Thora. Dans son De 
Arte Cabalistica, au livre III, meme Reuchlin, pourtant pietre kabbaliste, 
parle du nombre « des 613 commandements de Dieu » que les docteurs juifs 
« appellent TRYG ». Au lieu de suivre, ne serait-ce qu'une minute, la Route 
de la Soie et un [148] article plaisantin, monsieur Joly aurait du s'informer 
des rudiments de la litterature juive -hebraique et de sa tradition : c'est le 
moins qu'on doive exiger de soi, et d'autrui, pour une edition-traduction du 
Pasteur. - On le voit, le Nouveau Testament dit « canonique » n'est pas 
privilegie pour ce qui est des mauvais traitements : Hermas et son chef- 
d'oeuvre en ont aussi leur part belle - et ils ne datent pas d'hier. 

3. Mais, toujours par voie de retroversion du passage, la lecture gematrique est encore plus 
productive. Car, d'une part, la gematrie de 'BN, « la pierre », est la meme que celle de BN 
H'LHYM, « fils de Dieu » : 703, 

Identite qui, elle aussi, comme les autres court a travers tout le corpus. 
703 est par ailleurs la valeur arithmetique de GN, « le jardin» (jardin 
quelconque ou paradis, « le jardin d'Eden »). Or n'est-il pas question, quelque 
part dans les Evangiles, d'un certain « fils de dieu » (rendu vulgaire) 
ambulans in horto ? 

et, d'autre part, la gematrie de LHM, « le pain », est la meme que celle de BN YHWH, « fils 
de dieu » : 78 ; - mais, et c'est l'un des nceuds du texte, dans le premier cas c'est de « fils 
d'Elohym » qu'il s'agit, alors que dans le second c'est de « fils de YHWH » (= « fils du 
tetragramme »). 

Et puis 78, valeur du pain, est aussi celle de ce meme tetragramme divin 
(YHWH) developpe : HWH WHYH WYHYH, « est + etait + sera », 
developpement explicitement cite, revele, divulgue, en Apocalypse I, 8 (par 
exemple) - et developpement de 12 lettres (« 12 » n'est pas un nombre 
marginal dans le corpus, n'est-ce pas ?). 

Autrement dit, dans la phrase de Matthieu qui nous occupe, il n'est pas du 
tout question, betement (style catechismes pour prestidigitateurs), de 
transformer des pierres en pains : c'est tout le travail hebraique sur les noms 
divins (et sur leur descendance, comme dans les 78 intervenants de la 
genealogie du chapitre III [149] de Luc) qui est en jeu ici. Ni plus, en effet, ni 
moins. 

J'ajoute, sans intention aucune, que 78, gematrie du pain, est aussi celle de 
HGLYL, litt. « le (district) rond », « la Galilee ». 



L 'exemple du « pinacle » 

Mais, puisque j'en suis a l'episode dit « de la tentation au desert », Matthieu IV, 1-11, j'en 
viens a ceci : 

- d'une part on y lit que le diable (?) conduit Jesus- Josue sur « le pignon du temple » (en grec, 
epi to pterugion tou ierou), 

Comment nos traducteurs europeens de ce morceau font-ils pour pousser 
pterugion (litt., en grec, « la petite aile » - equivalent majoritaire de l'hebreu 
KNP dans la Septante, chez Aquila, etc.) a devenir un « pignon » ou un 
« pinacle », c'est du mystere -miracle a l'etat brut, mais passons. 

- d'autre part, dans le meme passage, je lis une citation du Psaume XCI (11-12) : « II donnera 
des ordres pour toi a ses anges, et ils t'eleveront sur leurs mains de peur que tu heurtes ton 
pied a une pierre. » 

En admettant pour exacte cette traduction... 



Je comprends que cette citation puisse conduire (toujours hors Histoire, anhistoriquement) 
Jesus a etre eleve, mais pourquoi sur « une petite aile » ? - c'est ce que la citation du Psaume 
XCI ne dit pas. 

Ou plutot : c'est ce qu'elle ne dit pas en grec - alors que c'est justement ce qu'indique le 
recours a l'hebreu ! Car pterugion, « petite aile », est en realite l'equivalent grec, ici, de KNP, 
« aile », « bord » et, metaphoriquement, « la religion juive », « l'absolue adhesion a Dieu » 
(cf. Jastrow, p. 651). Et ce terme, autrement dit la position de Jesus, est donne par notarique a 
la fin de la citation : le Psaume dit en effet: « ils t'eleveront de peur que tu frappes », en 
hebreu YS'WNK PN TGP ; 

[150] Notez, deja, le debut du premier terme : il fait jeu de mots avec 
« Jesus » ! 

les dernieres lettres de ces trois mots sont, dans l'ordre, K, N et P, et ces finales forment le 
mot KNP, « l'aile ». 

Si done Jesus, dans l'episode, se retrouve sur une aile, c'est parce que, par notarique (par 
acrostiche), le verset du Psaume cite en la circonstance contenait la mention dudit lieu : mais 
allez trouver cela dans le grec ! - Allez aussi trouver dans le grec que PN TGP, « de peur que 
tu frappes », a pour gematrie 613, nombre des commandements (« tu feras » et « tu ne feras 
pas », selon l'etiquetage des rabbins) de la Thorah ! - 

Le sens metaphorique de KNP (« aile », mais aussi « adhesion a YHWH ») 
joue done pleinement. 

Mais nous voila tres a l'ecart des tableaux sulpiciens... 

Comme on le voit ici encore, la narration evangelique n'est nullement 
historique ; elle procede, kabbalistiquement, sur la base de textes tres 
anterieurs a elle (ici le verset d'un Psaume). Et les evangelistes ne se cachent 
nullement de leur peu de souci de l'Histoire : ils donnent, en hebreu, leurs 
citations referentielles ; ils montrent comment ils travaillent ; en connection 
constante, et exclusive, avec les ressources de leur langue et de leur Livre 
sacres. Ou plutot : ils donnaient... ils montraient. . . - car plus rien, ou presque, 
de leur demarche et de son rendement ne se conserve dans le grec ; ils 
procedaient ainsi en hebreu. Et ils procedaient ainsi en savants, pas en 
illettres - et en hommes du Livre, et pas en reporters. Regardez Matthieu I, 
21-23. La traduction francaise courante est la suivante : « Elle enfantera un 
fils et tu l'appelleras Jesus (Josue) car il sauvera son peuple de leurs peches. 
Lout cela arriva pour accomplir cette parole du Seigneur qui dit par le 
prophete : Voici, la vierge sera enceinte et enfantera un. fils, et lui, on 
l'appellera Emmanuel, ce qui veut dire : Dieu avec nous. » On le voit - on 
devrait le voir - immediatement : ce texte ne fonctionne pas. D'une part le 
nom du fils est « Jesus-Josue », et de l'autre on justifie [151] ce nom par une 
citation d'lsaie (VII, 14) qui invite a l'appeler tout au contraire... 
« Emmanuel » ! c'est idiot ; et c'est pourtant le grec. 

Or tout s'explique aisement par notarique (par acrostiche) si on lit la citation 
prophetique en hebreu : le « enfantera un fils et on l'appellera Emmanuel » 
de nos versions correspond a l'original YLDL BN QR'L SMW C MNW'L. Or 
les premieres lettres, respectivement, de YLDL (verbe « enfanter »), de SMW 
(« son nom ») et de "MNW'L (« Emmanuel », « Dieu avec nous », « Dieu 
notre peuple »), forment, dans l'ordre, le mot YS C (« sauveur »), racine de 
« Jesus-Josue ». 

Le recours a cette citation, absurde et derisoire dans le grec, ne se rentabilise 
que par l'hebreu, dans l'hebreu, par exegese kabbalistique. Le nom « Jesus » 
applique au repute fondateur du Christianisme n'est done en rien tire de 
l'Histoire, au sens ou nous l'entendons, mais d'un calembour (« Jesus-Josue » 
= « Dieu sauve ») et, par exegese (par midrash), d'une citation d'un prophete. 
Et cette citation d'lsaie produit d'autres rapprochements ! Ainsi YLDL BN, 
« enfantera(s) un fils », a pour gematrie 496, la valeur meme de MLKWL, 
« le royaume ». Annonce du fils, elle est aussi annonce du Royaume. Et elle 
ne Test pas, encore une fois, historiquement, mais dans la langue, dans 
l'hebreu - dans le travail sur l'hebreu. 



Je note enfin qu'en plenitude (en « plerome »), c'est-a-dire avec explicitation 

des lettres, la graphie YSW C (graphie possedant, dans l'ordre, les memes 

voyelles que YHWH, graphie vocaliquement - « en esprit-en souffle » - 

equivalente au nom divin le plus sacre !), « Jesus », vaut 522, valeur aussi de 

MLKWT YHWH, « Royaume de Dieu-Royaute Divine », ce que, par pudeur 

(une pudeur dont sont coutumiers les savants juifs-hebreux), les traducteurs 

anciens des Evangiles ont rendu par « royaume des cieux ». 

Je commence presque a entr'entrevoir pourquoi nos specialistes patentes du 

Nouveau Testament poussent les hauts cris lorsqu'on ose leur suggerer [152] 

que les Evangiles ont ete primitivement rediges en hebreu. 

(Justification des identites que je viens de noter : 

1/ YLDT BN = 10 + 30 + 4 + 400 + 2 + 50 = MLKWT = 40 + 30 + 20 + 6 + 

400 ; somme, dans les deux cas : 496. 

2/ Le plerome (ou developpement) de YSW C est : YWD + SYN + WW + C YN 

= 10 + 6 + 4 + 300 + 10 + 50 + 6 + 6 + 70 + 10 + 50 = 522. Ce plerome a 

bien la meme valeur que MLKWT YHWH = 40 + 30 + 20 + 6 + 400 + 10 + 5 

+ 6 + 5.) 

Notariques... Gematries... Pleromes... Codages hebreux... Ce a quoi personne ne s'attendait de 
la part des evangelistes - mais je continue. 



Exemple de la « colombe » 

Comment le grec nous permettrait-il de saisir la phrase deMatthieu III, 16 : 

Phrase unanimement bafouee dans les eglises par des gens ayant nombre 
d'opinions sur la contraception et la bombe nucleaire (entre autres), mais 
incapables de mesurer la teneur et les modes de production des textes sur 
lesquels ils pretendent s'appuyer - en se trompant, a leur propos, de langue. 

« II vit l'esprit de Dieu descendre comme une colombe ? » Ce n'est vraiment pas avec la 
colombe grecque de la phrase, peristera, que nous allons nous y retrouver, car ce volatile-la 
n'a jamais entretenu le moindre rapport ni avec Dieu ni avec son esprit. 
Ce n'est qu'en hebreu que YWNH, « colombe » (et, indissociablement, « Jonas », l'hote du 
gros poisson), possede les memes voyelles, dans l'ordre et non ecrites, que YHWH, le 
tetragramme divin (notre pauvre « Yahve- Jehovah »), le nom le plus sacre de Dieu. 

[153] « Dieu » est d'ailleurs une traduction grecque de YHWH, une image 
impropre. YHWH est, pour les Sages juifs-hebreux, le « nom 
imprononcable » par excellence. 

YWNH (« Jonas ») ne se separe ou distingue graphiquement de YHWH que 
par son N ; or le N est, en hebreu, le hieroglyphs (NWN) du poisson : 
l'histoire de Jonas et de la baleine de nos imageries infantiles tourne en 
realite, dans l'hebreu, autour de ce probleme; mais dois-je aussi insister la- 
dessus ; dois-je aussi insister sur les N figurant dans « Ninive » ? 

La descente de l'esprit de Dieu (c'est-a-dire de son souffle, de son vent - hebreu RWH, au 
feminin) comme colombe est la descente des voyelles divines. En grec, peristera, « la 
colombe »,pneuma, « l'esprit », et theos, « le dieu », n'ont pas le plus petit minuscule debut de 
rapport. 

L'importance des voyelles (non ecrites, en hebreu) est ici capitale, puisque 
c'est par ses voyelles que la graphie YSW C (ou YHW C , etc., « Jesus-Josue », 
litt. « Dieu sauve-a sauve-sauvera ») est equivalente a la graphie YHWH, 
Nom sacre. C'est a cela que le texte et sa « descente » d'une colombe font 
allusion: faisaient allusion, en hebreu, dans l'original ! 

Comme les autres, ce texte de Matthieu a ete ecrit en hebreu, par des redacteurs juifs-hebreux, 
pour des lecteurs juifs-hebreux, et puis traduit litteralement (dans le seul respect de la 
semantique et de l'ordre des mots, et sans egard pour le sens profond, pour la mystique) ; et ce 
texte releve de la litterature ecrite, pas de la litterature orale, et du travail sur la langue, pas du 
reportage j ournalistique. 



J'ajoute que YWNH, « colombe », a la meme gematrie, 71, que H'NYH, « la 
barque » (cf. les barques des Evangiles - et cf., dans le livre de ce prophete, 
« Jonas » s'embarquant, c'est-a-dire, en hebreu, « descendant ») ; que la 
gematrie de KYWNH, « comme une colombe », « en tant que colombe », 
« comme Jonas » (voir, toujours, Matthieu III, 16), est la meme, [154] 91, 
que celle de H'LHYM, « l'Elohym (unique) », de N'M, « la Parole, l'oracle, 
divins », de 'MN, « l'Amen », etc. ; j'ajoute enfin que la descente de la 
colombe-Jonas lors du bapteme de Jesus se produit au Jourdain: aucun 
rapport entre « descente » (« descendre ») et « Jourdain » dans le grec (meme 
non-rapport qu'en latin, en francais, etc.), alors qu'en hebreu YRDN, 
« Jourdain », signifie litteralement « qui descend » (racine YRD, 
« descendre »). Tous rapprochements, jeux semantiques et arithmetiques, 
perdus dans le grec, les catechismes, les missels, et les eglises. 



Exemple du « royaume divise » 

Et quelle est la justification de la fameuse phrase 

S'apercoit-on que je prends a dessein pour exemples des phrases connues, 
universellement citees depuis des siecles - et universellement trahies ? 
de Matthieu XII, 25 : « Tout royaume divise contre lui-meme court a sa ruine », 

Rendu francais bien elegant; en grec c'est charabia - comme d'habitude. 

si ce n'est que la gematrie de MLKWT, « royaume », « regne », est de 496 ; que 496 divise 
par 2, comme nous y invite le texte, donne 248 ; et que 248 est la valeur arithmetique de 
HRM, « ruine », « desolation », « devastation ». 

Les traducteurs antiques de l'original ont rendu HRM, ici, par le grec 
eremoo : les deux termes, d'une langue a l'autre, assonent, et la retroversion 
en est facilitee - et assuree - d'autant : merci aux traducteurs primitifs, meme 
s'ils ne sont que cela. 

On aura beau diviser dans toute autre langue que l'hebreu tous les royaumes qu'on voudra, 
jamais, par gematrie, autrement dit dans l'economie de la langue meme, on ne fera qu'un 
demi-royaume y soit (necessairement) l'egal d'une ruine. 

[155] 

Exemple du Prologue de Jean 

Comme on le sait - comme on devrait le savoir - des milliers de pages factices ont assailli le 
logos « le verbe ») du Prologue de Jean. Tout le monde a vu - et voit encore ! - dans ce logos- 
la le summum de la grecite ; au commentaire on a convoque Platon, Aristote, et Philon. Et 
puis Plotin tant qu'on y etait. Et puis, aussi, les Stoiciens. Comme si la Septante, qui utilise 
des centaines de fois ce terme comme equivalent systematique de l'hebreu DBR 
« parole/chose »), avait ete le fait de redacteurs originaux. Mais non ! c'etaient des 
traducteurs. 

Claude Tresmontant, dans son Christ hebreu, comme Vulliaud l'avait fait 
avant lui, se debarrasse aisement de ces aberrations, aberrations qu'on trouve 
jusque dans les manuels de philosophic, dans ceux du moins qui daignent 
parler du Christianisme - theme du Selon-Jean influence par les philosophes 
grecs... 

Ce Prologue de Jean, comme tous les textes dont il n'est, apres tout, que le voisin, fonctionne 
en fait sur la base de sa langue d'origine, l'hebreu, et sur les procedes dont j'ai longuement 
donne ici la description. Ce prologue n'est pas originellement grec ; il est hebreu - il doit se 
lire (enfin !) comme tel. 

Sa syntaxe est evidemment nulle au regard de la grammaire et du lexique 
grecs ; par exemple, au verset 13, il est question « des sangs », au pluriel, 



pluriel a tout le moins insolite en grec et courant en hebreu (DMYM). Et au 
verset 3, ce o gegonen qui rentre tres normalement dans un calcul gematrique 
et a propos duquel nos exegetes se posent des problemes de... ponctuation (de 
virgules, je ne mens pas !). - Gachis, gachis... Sophocle, aux mains de 
specialistes semblables a ceux du Nouveau Testament, finirait en auteur 
d'operettes. 

[156] Quelques exemples de gematries, tires de ce prologue. Le soi-disant logos, en hebreu 
(originel) DBR, « se fait 

Encore une erreur inadmissible des traducteurs-exegetes passe-partout, une 
imposture pure : « se faire » se dit en hebreu « etre fait » (N C SH) ; et 
1 'equivalent de « devenir » y est « etre pour » (HYH ou NHYH L) ; le verbe 
grec utilise ici (avec un simple attribut) est le caique, majoritaire dans la 
Septante, du verbe « etre » hebreu (HYH), tout simplement. Affirmation 
d'existence, d'equivalence, et non pas de transformation. (Et n'oublions pas, a 
cette occasion, que le nom divin YHWH est le concentre de toutes les formes 
du verbe HYH, precisement, « etre ».) 
chair », en hebreu BSR. 

Ce BSR, comme le sait tout hebraisant, ne designe pas (ou pas seulement ?) 
la viande, la chair, mais la partie organique de l'individu vivant ; l'expression 
biblique « toute chair » (inepte en grec, et pourtant presente dans le Nouveau 
Testament), KL BSR, est l'equivalent de « tout homme » (tout homme 
comme tout, et non pas tout homme comme viande). Comme le souligne 
Claude Tresmontant dans son etude deja citee, les contresens sur la chair 
neotestamentaire sont gros de consequences. Et - je l'ajoute aussitot - ces 
contresens datent des premiers Peres de l'Eglise (cf, par exemple, Tertullien 
et son De Came Chris ti). 

Je signale, en outre, qu'« evangile » se dit en grec euaggelion, et que, toujours 
en grec, dans le grec du Nouveau Testament, « chair » se dit sarx : aucune 
espece de rapport. En hebreu, les deux mots s'ecrivent respectivement BSRH 
et BSR : d'oii les nombreux jeux sur ces termes dans le corpus, jeux ignores 
des exegetes des lors qu'ils demeurent invisibles et dans le grec et dans nos 
traductions bon marche derivees du grec. - Je plains decidement, vraiment, et 
sincerement, les Chretiens. 

Autre point important. Aucune lettre hebraique ne vaut arithmetiquement 
zero. Par consequent, et ainsi que le permet la Kabbale, je puis considerer 
[157] tout zero intervenant dans la gematrie d'un mot comme nul et non 
avenu : le supprimer. Ainsi la valeur de DBR, « verbe » (?), « parole/chose », 
206 (4 + 2 + 200), est-elle equivalente a 26 - or 26, comme mon lecteur le 
sait deja, est la gematrie de YHWH, « Dieu » (d'oii la phrase, immediate en 
hebreu, inadmissible en grec : « Dieu etait le verbe » - constat d'un simple 26 
= 26) ; de meme, la valeur de BSR, « la chair » (?), 502, peut-elle se ramener 
a 52 - or 52 est la gematrie de BN, « le fils». Chair et parole, si Ton 
maintient ces betes traductions, sont ici les equivalents directs, et respectifs, 
du Fils et de Dieu : et cette double egalite, que dit et qu'affirme (que constate) 
le prologue de Jean, n'existe pas dans l'Histoire; elle n'est pas une pature de 
reporters tenant leur calepin (les apotres-joumalistes a la Renan...) - elle 
existe, de soi, dans l'hebreu, dans la langue, dans la langue qui etait 
primitivement celle du corpus : et elle n'existe, a l'etat de revelation, que la. 
(La suppression du zero dans les calculs gematriques est une constante dans 
l'histoire de la Kabbale : elle est, comme la mise en plenitude, en plerome - 
ou developpement explicite des lettres (terme present dans le Nouveau 
Testament et courant chez les gnostiques) -, expressement utilisee aussi bien 
dans la Bible hebraique que dans les Midrashim, les Talmuds et la litterature 
apparentee - et elle figure egalement dans les codages samaritains, prouvant 
par la son extreme anti quite.) 

Si Ton fait la somme de « chair » et de « parole », on obtient la gematrie 502 + 206, soit 708, 

valeur qui, dans le desordre, est aussi celle de : 

- HN, « grace » , meme racine que YWHNN, « Jean » ; 



- BRWK, « beni », dont l'anagramme (evidemment de valeur gematrique differente) est 
BKWR, « premier-ne » ; 

- BNY 'LHYM, « les fils de Dieu » ; 

- H'BN, « la pierre » ; 

[158] - HGN, « le jardin (d'Eden)», etc. etc. Des concepts sans rapport dans le grec et 
pourtant intempestivement presents et repetes dans le Nouveau Testament (et dans les textes 
apocryphes et gnostiques), se rejoignent ici parce qu'ils ont ete originellement penses, traites, 
creuses, en hebreu. 

En outre, par suppression du zero (cf. ma note precedente), on peut ramener 
la valeur 708 a celle de 78, et obtenir ainsi toutes les equivalences de LHM, 
« le pain » (78 egalement). - Et jamais les exegetes n'ont saisi ces 
mecanismes ! bravo a leur amour du grec... 



Lefils « comme unique » 

Dans ce meme Prologue de Jean, on parle du fils « comme unique » (verset 18 - traduction 
vulgaire) ; rien a voir entre « fils » et « comme unique » en grec (uios d'une part, et os 
monogenous, comme ici, de l'autre) - mais dans l'hebreu la meme gematrie 

52 pour BN, « fils », et 52 (soit 20 + 10 + 8+10 + 4) pour KYHYD, 
« comme unique ». Toute la conception evangelique du « fils comme 
unique » part non de l'Histoire mais d'une equivalence chiffree. 
Dans les Extraits de Theodote (en hebreu Nathanael ou Jonathan - litt. 
« Dieu donne/Dieu donne »), que Sagnard, en son temps, a si joliment 
massacres, cette identite gematrique apparait plusieurs fois, parmi tant 
d'autres. Mais Sagnard ne l'a pas vue. Son essai partout cite, partout loue, La 
Gnose valentinienne et le Temoignage de saint Irenee (Paris, Vrin, 1947), 
repose sur une ignorance totale (feinte ? voulue ?) de la langue et de la 
litterature hebraiques. Son edition-traduction des Extraits de Theodote, Paris, 
Le Cerf, 1948 (et 1970), ne fait aucune place ou reference aux systemes de la 
gnose hebraique, juive ou samaritaine (alors que tant de gnostiques sont 
d'origine samaritaine !), alors que les textes en question - dont [159] les 
Extraits font partie - fonctionnent a plein regime sur ces systemes-la. 

- En Extraits 6, 2, Sagnard traduit ton monogene legousin on kai theon 
pros agoreues thai par « c'est le Monogene qui est aussi appele Dieu », sans se 
rendre compte que kai theon y signifie « et Dieu », et que l'equivalence 
gematrique est ici entre YHYD, « le monogene », « l'unique », et WYHWH, 
« et Dieu », car en hebreu, pas en grec, les deux termes valent 32 (dans le 
premier cas, 10 + 8 + 10 + 4, et dans le second, 6 + 10 + 5 + 6 + 5). II fallait 
done traduire : « c'est le monogene (ou : l'unique) qu'ils appellent et-dieu » - 
et comprendre par la que Theodote et son maitre Valentin lisaient dans la 
Bible YHYD, « unique », « fils unique », chaque fois qu'ils y rencontraient 
WYHWH, « et Dieu » (autrement dit, des le Livre de la Genese !). 

- Extraits 6, 3 : aucune note n'y indique que les gnostiques valentiniens 
posent l'equation « Christ » = « logos » + « vie » en hebreu, parce qu'elle ne 
fonctionne precisement qu'en hebreu : en grec, « christ-messie-oint » se dit- 
ecrit khristos, « verbe » logos, et « vie » zoe - aucun rapport ; en hebreu, 
MSYH, « messie », est compose de SM, « mot-nom-verbe », et de HY, 
« vivant-ressuscite » ; en Extraits 6, 3, etait originellement posee, en hebreu, 
l'identite « messie » = « dieu ressuscite » - et cette identite ne fonctionne (ne 
fonctionnait) qu'en hebreu ; et Sagnard ne la voit pas, ne l'explique pas. 

- En Extraits 25, 1, aucun commentaire de Sagnard sur la phrase : « Les 
sectateurs de Valentin ont defini l'Ange : un logos qui a recu une mission de 
Celui qui est ; ils appellent aussi les Eons du meme nom que le logos : des 
logo'i. » Quel lecteur peut avaler et comprendre un tel blabla ? et Sagnard l'a- 
t-il compris et avale lui-meme ? C'est avec des traductions de ce type que les 
Gnostiques sont encore aujourd'hui meprises et ignores - quand ils ne sont 



rapproche les deux mots. 



pas pris pour de simples imaginatifs ! Le grec est ici une trahison. « Ange- 
messager » est (etait, dans le texte original [160] de Theodote) en hebreu 
ML'K, valeur gematrique 91 (soit : 40 + 30 + 1 + 20). L'un des mots les plus 
importants dans la Bible hebraique pour designer la parole ou l'oracle de Dieu 
(ici, devenu en grec logos) est N'M, « dire-dit » - meme gematrie, 91 (soit : 
50 + 1 + 40). Et, pour finir, l'equivalent de « eons » est ici H'LHYM, « les 
Elohym, les Eons » - meme gematrie, 91 (soit: 5 + 1+30 + 5 + 10+ 40). Le 
passage, sans le moindre sens en grec et dans le francais non explique de 
Sagnard, etablit (constate) en realite une equivalence entre trois termes 
hebreux (bibliques) de meme gematrie, et les oppose tous trois a « Celui-qui- 
est », en hebreu HWH ou HWYH, litt. «l'etant», anagramme exacte de 
YHWH (dont la gematrie, 26, ne s'accorde evidemment pas, dans l'hebreu 
justement, avec la leur). 

- Nulle part dans la traduction-edition de Sagnard ne figure une note 
expli quant le mot topos, « lieu», si souvent employe dans les Extraits, dans 
la Gnose - et dans le Nouveau Testament ! Ainsi, en 59, 2, lit-on cette perle : 
« Etant arrive dans la region du lieu, jesus trouva... » C'est ignorer que 
l'equivalent (l'original) hebraique de ce topos (« region du lieu » ! il fallait le 
faire...) est MQWM, et que ce lieu ou MQWM-la est le repondant de 
YHWH, « Dieu », parce que YHWH = 10 + 5 + 6 + 5, et que MQWM = 10 2 
+ 5" + 6" + 5". En bref, MQWM, la soi-disant « region du lieu » de Sagnard- 
expert-es-gnose est en fait « YHWH dont les lettres constitutives s'elevent au 
carre en s'epelant une a une » (MQWM, « lieu » est en effet de la racine 
QWM qui signifie « se lever-s'elever»). 

- Et l'echantillon n'est pas clos. En 24, 1, les Gnostiques valentiniens disent : 
« C'est pourquoi les signes de l'Esprit - guerisons et proprieties - 
s'accomplissent... » Encore un contresens. Au lieu de « signes » pour semeia, 
il aurait fallu lire « lettres » (meme mot en hebreu, 'WT au pluriel), et mettre 
une note expliquant pourquoi diable les lettres de l'Esprit sont dites 
« guerisons et proprieties ». En grec, [161] aucun rapport entre pneuma, 
« esprit », iaseis, « guerisons », et propheteiai, « propheties » - aucun (que 
pouvaient done bien y comprendre Sagnard et son obstination au grec ?!) - 
mais en hebreu, « esprit » s'ecrit RWH, e'est-a-dire R « et » (W) H ; or R est 
l'initiale de RP', «guerir», W signifie « et », et H est l'initiale de HZH, 
« prophetiser ». Voila le fondement de la phrase citee plus haut ; voila le 
travail des Gnostiques sur l'hebreu, en hebreu - pas en grec, et pas en 
charabia. 

Et ces quelques petits exemples (parmi combien de leurs pareils ?) prouvent 
ce que je disais plus haut : qu'on ne se trompe pas, scandal eusement, de 
langue qu'a propos des Evangiles et de leurs redacteurs primitifs ; les 
gnostiques aussi sont sacrifies a la meme erreur ridicule. 



Une autre qualification dufils 

Dans le meme Prologue, le fils est dit « plein de grace et de verite », caique (d'ailleurs 
inadmissible) de l'expression biblique RB HSD W'MT, de sens plus que legerement different, 
Or la gematrie de « grace », HSD, 72, ajoutee a celle de « verite », 'MT, 441, donne 513, 
meme valeur que celle de KLH + HTN, « la fiancee » et « le fiance » symbolisant l'union 
mystique d'Israel et de son Dieu, fiancee et fiance si souvent presents dans les messages et les 
paraboles du Nouveau Testament. 

Et cette gematrie de 513 est aussi celle de HHRS, equivalent absolu, pour la 
Septante (et Aquila, etc.), du grec tekton, le soi-disant « charpentier » de 
Matthieu XIII, 55 : « N'est-ce pas la le fils du charpentier... » 



Le « sein dupere » 

Et 9a n'est pas fini, n'en deplaise aux grecistes. 

[162] Aux grecistes et aux amateurs d'arameen. Car les methodes 
kabbalistiques dont je parle ici, et les calculs et rapprochements qui en 
decoulent, eliminent le grec mais aussi l'arameen. 

Toujours dans ce prologue, si hellenistique pour nos exegetes de service, ce qu'on traduit par 
« sein du pere » (verset 18), autrement dit, en hebreu, HYQ YHWH (litt. « la gravure de 
YHWH »), a pour gematrie 144 (soit :8 + 10 + 100+10 + 5 + 6 + 5), valeur double de HSD, 
« grace » - or, a deux versets de la mention du soi-disant « sein » du soi-disant « pere », le 
mot « grace » est repete deux fois « grace pour grace » : HSD + HSD = 72 + 72, soit bien 
144). 

Et je ne releve pas les erreurs de traduction qu'on trouve a cet endroit dans les 
versions francaises, allemandes, anglaises, etc., ou dans la vieille version de 
saint Jerome, en latin. Echappons a cette douleur. Le « sein du pere » (caique 
du grec) est une cocasserie... Sur le terme de « grace », si puissamment 
galvaude dans le Christianisme et chez les exegetes, je puis quand meme 
aj outer un point tres important : le mot HSD (« grace » ?), tel qu'il etait utilise 
dans le prologue primitif du Selon-Jean, est numeriquement l'equivalent de 
l'une des plenitudes (de l'un des pleromes) du nom divin-sacre, car YHWH, 
etant compose des lettres YWD, « yod », HY, « he », WYW, « waw » et HY, 
« he » (voir traites de Kabbale, passim), peut s'ecrire : YWD + HY + WYW + 
HY, expression pleromatique de valeur 72 (soit : 10 + 6 + 4 + 5 + 10 + 6+10 
+ 6 + 5 + 10). Et, dans ce cas, repeter HSD deux fois, comme le faisait ici 
l'auteur hebreu primitif dans son hebreu primitif, c'est repeter YHWH 
egalement deux fois : or 2 fois YHWH, c'est 2 fois 26 (valeur de YHWH), 
soit 52, la gematrie de BN, « le fils ». - D'un grec imbuvable, le Prologue de 
Jean prend tres bonne mine et coherence convenable des qu'on le rend a sa 
langue d'origine. 

[163] 

La « lumiere veritable » 

Au verset 9 du Prologue, le texte parle de « la lumiere la veritable » (rendu francais - et deja 
grec - inadmissible !), en hebreu H'WR HN'MN (au masculin) dont la gematrie est 358 (soit : 
5 + 1 + 6 + 200 + 5 + 50 + 1 + 40 + 50), la meme que celle de MSYH, « messie-christ-oint » 
- messie expressement mentionne dans le meme Prologue. 

Le Prologue renferme aussi, sous le grec, dans l'hebreu d'origine, des jeux sur les mots, des 
inversions de termes, des effets d'acrostiches (acrostiches faisant eux-memes l'objet d'un 
calcul gematrique), etc. Par crainte de lasser mon lecteur (et du fait de cette crainte 
uniquement), je passe. 



Autre exemple: « un seul homme » 

Je quitte a present le Prologue de Jean et en viens, dans le meme Evangile, aux versets XI, 50 
et XVIII, 14. C'est la celebre sentence : « II vaut mieux qu'un seul homme meure pour le 
peuple. » 

Ca n'est pas la une phrase accessoire ; c'est sur elle que repose le recit de la 
Passion et, avec lui, tout l'edifice des Eglises. 

En grec, cette phrase est interessante (quoique, comme toujours, de syntaxe plus bancale que 
ne le laissent supposer les versions modernes) ; Rene Girard, dans son Bouc emissaire, a 
recemment bati sur elle et autour d'elle quelques considerations sociologiques de haute volee 



dont les mystiques juifs, et nos evangelistes primitifs, devraient retrospectivement, et 
etonnamment, lui savoir grand gre. - Mais, une fois retrovertie vers son hebreu d'origine, elle 
prend, ou plutot [164] recupere, l'energie, pas sociologique pour deux sous, que lui avaient 
originellement attribute ses redacteurs : sa vraie valeur anhistorique. Void : 
« Un homme », c'est en hebreu BN 'DM ; 

Litt. « fils d'homme », « fils d'Adam », « fils de l'homme-Adam », expression 
recurrente dans la Bible hebraique et dans la litterature peribiblique et 
postbiblique, et expression mystique (cf. son utilisation dans le Nouveau 
Testament). 

« un seul », c'est 'HD ; et « le peuple », c'est C M. 

Encore du vocabulaire hebraique de premiere semaine... 

Eh bien, qu'on me croie ou non, la gematrie de « peuple » est en hebreu identique a celle de 
« un seul homme » ! Dans les deux cas, 110. 

C M, « peuple » = 70 + 40. BN 'DM + 'HD, « un seul homme » = 2 + 50 + 1 + 

4 + 40 + 1+8 + 4. 
Autrement dit, la phrase evangelique « il vaut mieux qu'un seul homme meure pour le 
peuple » (« pour » = « a la place de », grec uper) repose, non pas, encore une fois, sur 
l'Histoire ou sur le grec - ou sur les deux -, mais sur le simple fait qu'en hebreu « peuple » et 
« un seul homme » sont interchangeables. Pas dans l'Histoire, pas dans le reel-des- 
journalistes-et-des-temoins-oculaires ; - dans la langue. 

II faudrait encore parler des « noces de Cana », des reseaux gematriques portant sur le 
« pasteur » et les « brebis », de la bete de l'Apocalypse, et des paraboles, 

Paraboles qui calquent les MSLYM hebreux ; le MSL n'est pas un genre 
litteraire grec, mais hebreu. 

et des noms geographiques ou supposes tels (parfois tres a tort), et des noms de personnes... 
Mais comment tout dire a l'encontre de ceux qui ne disent rien ? 

J'ai pris des exemples parmi des centaines d'autres possibles; je les ai choisis significatifs ; j'ai 
evite le recours au detail ; les [165] phrases que j'ai citees sont connues, et partout 
mecomprises quant a leur portee et a leur production. 



Je ne suppose plus, j'affirme 

Mais, si ridiculement peu nombreux qu'ils soient, les exemples que j'ai mis a nu tracent quand 
meme la conclusion qui s'impose, la conclusion qui, aujourd'hui, devrait avoir la platitude et 
la bonhomie d'un bon gros lieu commun - ce truisme que les « specialistes » refusent : que, 
riches en gematries et en notariques, les Evangiles, les Actes, les Epitres et l'Apocalypse, ceux 
qu'on appelle « canoniques », n'ont pu etre originellement ecrits qu'en hebreu - pas en grec ; 
et pas en arameen. Car ce n'est qu'en hebreu que fonctionnent de tels procedes, et ce n'est que 
dans la tradition et dans la litterature hebraiques qu'ils sont monnaie courante (en tant que 
generateurs de textes) - pas dans la litterature grecque. 

Et ma conclusion trouve aussitot son corollaire : ecrits en hebreu, ces textes, precisement 
parce qu'ils renferment des calculs et des codages incomprehensibles en grec, n'ont pu etre 
penses, rediges et confectionnes que pour des lecteurs hebreux, et pas pour des Gentils, et pas 
non plus pour des Juifs, a la Philon, ayant perdu l'usage de la « langue sacree ». 
originellement, les redacteurs des textes dits fondateurs du Christianisme n'avaient rien a voir, 
ni en fait, ni en intention, avec la Gentilite. 

En somme, les Evangiles - pour ne parler que d'eux - ne s'adressaient 
nullement aux eglises d'Antioche, de Rome ou de Byzance. Et ils ne 
s'adressaient pas, non plus, aux Juifs de la Diaspora ne comprenant que le 
grec. Et ils ne s'adressaient pas aux Juifs, de Palestine ou de la Diaspora, ne 
pratiquant que l'arameen. 



Et qu'on n'aille pas, la contre, pretexter qu'on trouve [166] dans le corpus dit 
chretien la mention du « monde » et de « la terre entiere » et de « toutes les 
nations » ; car la retroversion vers l'hebreu des termes de ce type (termes 
utilises deja dans la Bible) est bien eloignee des contresens universalistes 
qu'on commet sur eux - ou plutot : leur universalisme, s'il en est un en 
hebreu, n'est pas la ou le grec et les grecistes le mettent. 

Tout lecteur non hebreu, grec, alexandrin, romain, ou autre, qui par chance ou hasard se serait 
risque a jeter un ceil sur le Matthieu ou sur le Jean originaux, n'y aurait vu que des partes de 
mouche. 

Quant a nous, lecteurs - par effraction ! - d'un grec second, d'un grec de traducteurs, il ne 
nous reste plus, comme je viens de m'y employer du mi eux possible, qu'a reconstituer avec 
patience (il en faut), parfois avec difficulte (elle existe), l'etat primitif de tout ou partie du 
corpus, et a ne pas (surtout pas !) offirir credit aux versions francaises et autres d'un recueil 
ayant, parce que non original, engendre a la fois l'Eglise et les eglises, l'Occident, et tant 
d'erreurs si cranement comiques encore aujourd'hui : 

Toute la theologie chretienne, depuis les tout premiers Peres de l'Eglise, ne se 
fonde - je le rappelle - que sur le grec du Nouveau Testament. 

car, hors la chretienne, connait-on au monde une religion (une culture) ayant fonde ses idees, 
ses gestes et ses mentalites, sur des textes en se trompant ainsi, a leur propos, de langue ? - le 
triste, ici, rejoint le rigolo. 

Quant a mes 153 poissons du debut, bien sur qu'ils sont aussi gematriques : 153 est en effet la 
valeur de BNY H'LHYM, « les fils de l'Elohym », « les fils de Dieu », aussi bien que de 
HPSH, « la Paque », « l'Agneau pascal », etc. - expressions qui, dans le corpus, ne sont pas de 
la derniere importance, on en conviendra a bon droit - mais est-ce la conclure ? 



[167] 



Recherche sous Jean 1, 1-2 



« Au commencement etait le Verbe... » - qui ne connait le Prologue de Jean ? 

Or, il s'agit la du texte evangelique le mieux massacre par les grecistes et par les Eglises. Le 

texte que tous, Chretiens comme non-chretiens, nous tenons pour le plus significatif du 

Christianisme primitif se trouve, par la faute des grecistes et des Eglises, reduit a la triste 

condition d'un contresens. 

Ampleur et portee du contresens ? aussi considerables (c'est le cas de le dire) que d'habitude. 

En retrovertissant le debut du Prologue et en lui faisant reintegrer son hebreu originel, je 

montre combien la question de la langue premiere du Nouveau Testament est, au fond, peu 

linguistique : elle touche, en fait, a l'histoire meme des debuts du Christianisme. 

Lorsque je dis que le Nouveau Testament doit etre soumis a une retroversion (du grec vers 

son hebreu natif), je ne dis pas seulement qu'il faut lui faire subir un changement de lexique : 

je dis qu'il faut le considerer enfin comme un monument de la litterature juive-palestinienne, 

comme un monument du judaisme. Et cette affirmation suffit, en effet, a remettre en cause 

toute notre connaissance des debuts du Christianisme. 

Questions qui se posent desormais : 1. Comment le judaisme en est-il venu a produire le 

Nouveau Testament et les concepts qu'il contient ? 2. Pourquoi le judaisme a-t-il ensuite 

elimine de son sein les concepts Chretiens qu'il avait lui-meme produits ? 



[169] 



Le Prologue du Selon-Jean, contrairement a ce que croient, ressassent et font croire les 
exegetes, est un chef-d'ceuvre de la litterature hebrai'que. Les quatre assertions sur lesquelles il 
s'ouvre 

Assertions generalement et pauvrement traduites, dans les limites permises 
par la lecture de leur grec, de la maniere suivante : « Au commencement etait 
le verbe - et le verbe etait aupres de dieu - et dieu etait le verbe - il etait au 
commencement aupres de dieu. » 
Cette traduction est, on va le voir, une erreur d'age a present canonique. 

n'ont rien a voir avec la pensee grecque ; elles ne contiennent pas la plus petite parcelle 
d'hellenisme ou de grecite. 

Pour l'« opinion » (le dogme) contraire, voir les articles Jean ou logos dans le 

premier dictionnaire theologique venu. 
Le « commencement », le « verbe » et le « dieu » dont il est question ici ne sont nullement 
ceux de Platon, d'Aristote, des Stoiciens, de Philon ou de Plotin ; ils ne doivent rien a 
Heraclite ou aux Mysteres et a leurs syncretismes ; ils ne sont que le resultat, a la fois litteral 
et somme toute derisoire, d'une transposition en langue indo-europeenne d'un original 
originalement hebrai'que. 

[170] 

Le prologue du Prologue 
de Jean face a V absurde 

En grec, 

Et done en francais, puisque seul le grec du Prologue nous reste et que le 
francais, l'anglais, l'allemand, et, avant eux, le latin, et les echafaudages 
dogmatiques-triomphants des Eglises, se calquent et s'appuient ici sur le grec. 

aucune de ces propositions ne tient debout, et aucune ne se raccorde convenablement aux trois 
autres ; 

Alors, je le repete, que e'est sur elles - et sur leur charabia - que les Peres de 
l'Eglise ont tresse des siecles et des siecles de theologie. 
Le Judaiisme a eu la bonne fortune de tenir sa Thora pour hebraique (meme si, 
comme le crient a juste titre les Samaritains, il en a modifie la graphie) ; et 
l'lslam n'a jamais cru son Coran chinois ou corse : le Christianisme, lui, se 
trompe depuis des lustres sur la langue de ses textes fondateurs : e'est 
enorme ; et e'est ainsi. 

chacune d'elles est, de soi et avec les autres, un non-sens. 
Qu'on enjuge : 

Autrement dit : qu'on juge sur pieces a quelles problematiques comiques 
conduit le grec du debut du Prologue de Jean. 

- « au commencement etait le verbe » : ainsi done, une fois le commencement revolu, le verbe 
ne fut plus ? 

- « le verbe etait aupres de dieu » : ainsi done, verbe et dieu, au commencement, etaient 
distincts et places (spatialement ?) l'un aupres de l'autre ? et cette distinction et ce placement 
mutuel cesserent d'avoir cours une fois le temps du commencement depasse ? 

- « dieu etait le verbe » : dieu avait done le verbe aupres de [171] lui tout en etant lui-meme le 
verbe, et reciproquement ? et tout ceci ne valait qu'a l'epoque du commencement ? par la suite 
(la suite de quoi ? la suite du commencement de quoi ?) dieu ne fut plus le verbe, et 
reciproquement ? et le verbe ne fut plus alors aupres de dieu ? 



- « il etait au commencement aupres de dieu » : pourquoi cette reprise ? a quoi bon cette 
redondance ? 

Les traites de theologie et les monceaux de commentaires et d'homelies sur le Selon-Jean n'y 
peuvent rien : le prologue de son Prologue, en grec, repose sur deux impostures - imposture 
spatiale : etre ceci et, en meme temps, avoir ceci aupres de soi, d'une part ; imposture 
temporelle de l'autre : definir dieu d'une maniere a une epoque (mais qu'est-ce qu'une epoque 
pour dieu ?) en laissant immediatement entendre qu'a une autre epoque cette definition n'a 
plus cours. 

Qu'on n'aille pas croire que mon minage du texte, parce qu'il est primaire, est 
gratuit : il faut lire, deja, le Commentaire sur Jean d'Origene (ou ce que nous 
en ont laisse les copistes d'Eglise) pour s'apercevoir que les grands noms de 
la theologie chretienne se debattent d'emblee (le commentaire d'Origene date 
de la premiere moitie du IIP siecle) avec ce type de questions. 



II faut retrovertir 

On appelle retroversion l'acrobatie qui consiste a reinstaller un texte second, derive, traduit, 
dans son etat originel et dans l'economie de la langue de sa redaction primitive. Cette 
acrobatie, dans le cas de presque tout le Nouveau Testament et, ici, des premiers mots du 
Prologue de Jean, est la seule voie d'acces au texte, au sens et au serieux du texte. 
Juger et pretendre lire un texte en n'en jaugeant et en n'en lisant que la traduction est une 
pretention qui releve de la [172] clownerie - et qui conduit, on vient de le voir, a des 
clowneries (spatialite de Dieu, temporalite de Dieu...) ; lire les quatre assertions introductives 
de Jean dans le grec et sans autre recours qu'au grec conduit a des non-sens, a des 
enfantillages. 

Retrovertir n'est done pas lire : pratiquer une retroversion des quatre propositions initiales de 
Jean consiste en fait, sous le grec, a retrouver les mots et tournures d'origine, mots et 
tournures non pas grecs mais proprement hebraiques. 

Naivement : retrovettir un texte traduit, e'est respecter le texte. Quel 
specialiste de Lao-tseu irait se contenter des versions francaises, allemandes 
ou anglaises, du Tao-to-king ? Mais avec le Nouveau Testament, je l'ai dit, 
tout est permis... 



Premiere proposition du Prologue 

Par consequent, a l'entree du Prologue, il ne faut certes pas lire le « au commencement etait le 
verbe » des versions francaises, 

Clausule que le « au principe etait la parole » de Jean Grosjean ne sauve en 
rien du naufrage (cf. Nouveau Testament, Paris, Pa Pleiade-Gallimard, 1971, 
p. 271) ; plus loin, le meme traducteur use de la meme coquetterie en 
remplacant « aupres de » par « chez » : le non-sens du passage ne s'en 
retrouve pas gueri. 

le « in principio erat verbum » de la version latine de Jerome, ni le en arkhe en o logos de tous 

les manuscrits grecs ; 

Ne pas lire : tel est l'imperatif cardinal de toute retroversion ; ne pas lire le 
texte -dej a-traduit, mais le creuser - fouiller dessous. 

par retroversion immediate, il faut retablir le passage primitif et lui faire reintegrer son hebreu 

d'origine. 

Et il faut proceder ainsi, pas a pas, pour les paraboles, pour les visions de 
l'Apocalypse, pour les constructions [173] pauliniennes, pour les narrations 
evangeliques, etc. - paraboles, visions, constructions, et narrations qui, dans 
le grec et les versions derivees du grec, ont perdu la quasi-totalite de leur sens 



(et la totalite de leurs modes d'engendrement) : en francais, la Bible hebraique 
n'est plus qu'un recueil d'anecdotes ; en francais, comme en grec, le Nouveau 
Testament n'est plus qu'une ridicule peau de chagrin. 

A la place du en arkhe grec, « au commencement », il faut aussitot reecrire avec l'evangeliste 
primitif BR' S YT ; a la place de en, « etait », retablir la forme verbale HYH ; et a la place de o 
logos, « le verbe », restaurer HDBR. 

Cette retroversion est conforme a l'ordre des mots grecs ; elle n'ajoute ni ne 
retranche aucun terme ; elle est immediate et se place, retroactivement, dans 
la ligne des usages de traduction juifs (Septante, Aquila, etc.). 

Le Prologue de Jean avait done originellement pour prologue la phrase : 

BR' SYT HYH HDBR, 

phrase qui n'a jamais ete ecrite ici (mais traduite) en grec ; phrase qui n'a, de soi, rien a voir 

avec la pensee et la philosophie grecques ; phrase qui n'a pas ete originellement ecrite a 

l'intention de lecteurs non hebreux ; et surtout (si je puis dire) : phrase qui ne signifie 

nullement « au commencement etait le verbe ». 



Deuxieme proposition 

Deuxieme assertion du Selon-Jean : en grec kai o logos en pros ton theon, en francais notre 
« et le verbe etait aupres de dieu ». Pour la retrovertir, il convient de s'astreindre a un detour 
par les systemes de chiffrages hebraiques. 
Dans la Septante, logos est l'equivalent grec quasi automatique de l'hebreu DBR. 

[174] Pas besoin de dire que les redacteurs hebreux des livres de la Thora ou 
de Jeremie se souciaient comme d'une guigne des developpements du logos 
dans la philosophie grecque. II en va de meme pour le redacteur (ou les 
redacteurs) du Selon-Jean. 

Et cette equivalence, je le souligne, n'est pas marginal e, mais massive : elle couvre presque 
toutes les occurrences de logos et de DBR en connexion dans cette version - e'est une 
equivalence quasi total e. 

Cf. Hatch-Redpath, Concordance to the LXX, edition de 1975, pp. 881-887. 

Chaque lettre etant en hebreu a la fois un signe alphabetique et un chiffre (ou un nombre), on 

appelle gematrie d'un mot ou d'un groupe de mots la somme des lettres-chiffres de ce mot ou 

de ce groupe de mots. 

Etant donne que sous le logos grec e'est ici DBR qu'il faut lire, le calcul gematrique doit bien 

porter sur DBR. 

Or le D de DBR (« verbe ») valant gematriquement 4, son B valant 2 et son R valant 200, la 

gematrie de DBR est de 4 + 2 + 200 = 206. 

II n'existe en hebreu aucune lettre correspondant a la valeur zero. Je puis done, ainsi que me le 

permet le travail gematrique, reduire le de 206 et faire passer ce nombre a la valeur 26. Par 

reduction du 0, le mot DBR a pour gematrie le nombre 26. 

Si Ton calcule la gematrie de DBR (equivalent, ici, de logos/« verbe », et son 
original) non plus d'apres la valeur classique de ses lettres constitutives mais 
d'apres leurs rangs dans l'alphabet, on obtient encore la somme 26. D est en 
effet la 4 e lettre de l'alphabet hebraique, B la 2 e , et R la 20 e ; somme des 
rangs : 4 + 2 + 20 = 26. (Le calcul gematrique par rangs de lettres dans 
l'alphabet hebreu est fondamental dans le Nouveau Testament - primitif - 
aussi bien que dans la Gnose, et personne ne le voit !) 

[175] 



Troisieme proposition 

La troisieme assertion de Jean porte sur l'equivalence entre « verbe » et « dieu » (soit : « et 
dieu etait le verbe ») : cette equivalence, inepte et sans fondement dans le grec, irrecevable en 
grec, repose en hebreu sur une identite gematrique, identite inscrite au cceur de la langue 
sacree (tenue pour telle par les redacteurs-evangelistes). « Dieu », c'est en effet, en hebreu, 
YHWH (vulgairement « Yahve ») ; la gematrie de YHWH est de : 10 pour Y, + 5 pour H, + 6 
pour W, + 5 pour H, soit au total 26. 

La gematrie de YHWH est toujours de 26, qu'elle soit classique ou par rangs, 
puisque aucune de ses lettres n'excede le 10 e rang. 

En hebreu, l'equivalence entre la parole et dieu repose sur l'equivalence gematrique, 
arithmetique, existant entre DBR et YHWH - dans les deux cas, 26. 

En calculant la gematrie de DBR selon les rangs de ses lettres dans l'alphabet 
hebreu, on obtient, je l'ai dit, la valeur 26. Cette gematrie par rangs illustre et 
fonde egalement la clausule de Jean « au commencement etait le verbe », ou 
du moins son original. DBR c'est « le verbe » (ou, du moins, ce qu'on traduit 
ainsi) ; or son D initial etait un daleth et peut se lire-ecrire DLT, son B medial 
est un BYT (beith) et son R final est un RYS (reish). Autrement dit, par voie 
de developpement (de plerome), DBR = DLT + BYT + RYS ; le second 
membre de cette equation est appele en Kabbale « le plerome du mot DBR » ; 
les rangs des 9 lettres constitutives de ce plerome sont, dans l'ordre et 
respectivement : la 4 e pour D, la 12 e pour L, la 22 e pour T, puis la 2 e pour B, 
la 10 e pour Y, la 22 e pour T, puis la 20 e pour R, la 10 e pour Y et enfin la 21 e 
pour S. En additionnant tous ces rangs on obtient le nombre 123 - gematrie 
du plerome de DBR/logos/« verbe » -, nombre forme, dans l'ordre, [176] des 
trois premiers chiffres de la langue sacree ; les trois premiers chiffres-lettres, 
les chiffres-lettres du « commencement ». Inutile d'insister sur le fait que le 
grec, de soi, ne porte plus trace de ces proprietes hebraiques du « verbe » ! 

En grec, l'equivalence entre « dieu » et « verbe » est une affirmation gratuite et, de surcroit, 
incomprehensible ; dans la langue sacree, 

C'est-a-dire : dans l'hebreu que le redacteur du Selon-Jean, comme tout sage 
juif ou samaritain de son epoque, tenait pour la langue divine (car pour un tel 
sage, « l'hebreu » = LSWN HQDS = « langue sacree »). 

cette equivalence se fonde sur une donnee arithmetique simple : le nombre 26. 

Et voyez, en hebreu, les consequences de cette equivalence : DBR + YHWH 
(autrement dit : « le verbe de Dieu ») = 26 + 26 = 52 ; or 52 est la valeur de 
BN, « le fils ». 



Retour a la deuxieme proposition 

Et grace a ce detour, il est a present facile de comprendre la deuxieme assertion de 
l'evangeliste. A la place de « et le verbe etait aupres de dieu », il faut retablir la version 
primitive 

En posant W pour « et » (kai grec), H pour « le » (grec o), DBR pour 
« verbe » (grec logos), HYH pour « etait » (grec en), L pour « aupres de » 
(grec pros + accusatif), et YHWH pour « le dieu » (grec ton theon). 

et lire : 

WHDBR HYH LYHWH, 

proposition qui signifie a present, syntaxiquement et en conservant les erreurs semantiques du 
grec et du vocabulaire francais de nos traductions courantes, « et le verbe etait pour dieu » - la 
tournure « etre pour » voulant dire ici « etre l'equivalent [177] direct de ». L'equivalence entre 
DBR (« verbe ») et YHWH (le nom sacre-divin) etant totale dans la langue hebraique eu 
egard a leur valeur arithmetique commune 26, il est normal qu'on puisse a volonte remplacer 
un terme par l'autre, qu'on puisse employer l'un « pour » l'autre - 



L'assertion de Jean signifie done que ce remplacement reciproque 
DBR/YHWH est permis au lecteur de la Bible ; cette assertion a done, 
d'abord, une valeur et une portee retroactives ; chaque Ibis que dans la Bible 
je rencontre DBR, affirme ici Jean, il m'est licite de lire YHWH, et vice 
versa. 

remplacement et emploi que le grec serait bien en peine de justifier, de fonder, voire de 
deviner 

Et notez comme, par cette retroversion, on se debarrasse enfin des « aupres 
de » et des « chez » de nos missels de poche ! Les singeries spatiales que j'ai 
denoncees plus haut se volatilisent : elles n'existaient pas dans l'hebreu. 

II m'est done a present facile de retablir-retrovertir les trois premieres propositions de Jean 

dans leur semite d'origine : 

BR'SYTHYHHDBR 

WHDBR HYH LYHWH 

WYHWH HYH HDBR. 



Quatrieme proposition 

Quant a la quatrieme, et sans chercher pour l'instant a saisir le sens primitif du texte primitif, 
il est possible de la restaurer ainsi : 

En remplacant outos (« il », « lui ») par HW ; en (« etait ») par HYH ; en 
(« dans ») par B; arkhe (« commencement ») par R'SYT (sans article, 
comme en grec, evidemment) ;pros (« aupres de », « chez ») par L ; et, enfin, 
ton theon (« le dieu ») par YHWH. 

(Pour fournir au lecteur bonne et exacte mesure de [178] la science - ou du 
mensonge - de nos exegetes-traducteurs-grecistes, je me dois de lui signaler 
que les mots et tours syntaxiques hebreux rencontres ici s'apprennent en 
premiere semaine.) 
HW' HYH BR' S YT LYHWH. 



Sens originel des quatre propositions 
du debut du Prologue de Jean 

Aucune de ces quatre phrases ou propositions ne s'accorde avec les traductions traditionnelles 
dans l'Eglise et courantes chez les savants ; toutes ces phrases comportent, dans leur langue 
d'origine, l'hebreu, de vertigineuses implications esoteriques dont le grec ne porte plus aucune 
trace. 

J'ai deja evacue, tout a l'heure, la singerie spatiale (« aupres de », « chez ») ; 
il est temps de proceder a d'autres evacuations consequentes : 

Quel est, au minimum, le sens vulgaire de ces quatre assertions ? Et aussitot : en quoi ce sens, 
des l'abord, contredit-il les versions courantes ? 

BR'SYT, e'est, comme en Genese I, 1, « au commencement », « au principe », mais e'est 
aussi : « en offrande premiere », « en tete et en compte », 

R'SYT est de la meme racine que R'S, litt. « la tete » ; or NS' ('T) R'S 
signifie en hebreu « recenser un a un », « denombrer » (litt. « porter, 
soulever, la tete »). 

et « en premier choix ». Lire, ici, avec les exegetes et les traducteurs grecistes, « au 
commencement », en donnant a cette expression un sens (uniquement) temporel, est une 
pauvrete et une erreur. 
HYH, 

Forme verbale qui figure, je le rappelle, dans les 4 assertions du debut du 
Prologue. 



[179] c'est non pas « etait », mais « est + etait + sera-en-accomplissement ». En hebreu, en 
effet, les verbes ne se conjuguent pas selon la ligne indo-europeenne du passe, du present et 
de l'avenir, mais selon la distinction entre etat verbal inaccompli et etat verbal accompli. 

En grec, comme dans toutes les langues indo-europeennes, les verbes se 
conjuguent au passe, au present et au futur; les verbes grecs des Evangiles, 
des Epitres, des Actes et de 1 'Apocalypse, se conjuguent done de cette 
maniere-la : mais 9a n'etait pas du tout le cas dans le corpus primitif, 
hebraique. Par suite, tous les pseudo-commentaires sur les effets de 
temporalite dans le Nouveau Testament sont a revoir : ils ne valent rien ; le 
temps des Hebreux n'est pas celui des Grecs. 

L'introduction d'une notion ou dimension temporelle dans le debut du Prologue de Jean est un 
non-sens : tous les « etait » des versions francaises et autres sont des barbarismes. 

Barbarismes qui calquent le barbarisme grec, en, « etait ». - Et de ces 
barbarismes on tire de la theologie, depuis des siecles, a pleines cuvees. 

Le HYH original du texte marquait l'accomplissement du verbe « etre », et non pas son passe. 
HDBR (H etant l'article), 9a n'est pas seulement « le verbe », « la parole », 

En outre, DBR est du masculin. 

mais aussi « la chose », « l'evenement » ; 

Voyez DBR dans le premier dictionnaire venu : « 1 . parole, mot, promesse, 
ordre, commandement, oracle, conseil, sentence, nouvelle, ce qu'on dit de 
quelque chose ; 2. chose, quelque chose, evenement, fait, action ; 3. cause, 
motif ; 4. differend, litige. » Nous voila plus que loin des connotations du 
logos grec (et de sa trajectoire dans la culture et la litterature grecques). 

[180] avec DBR, il n'y a done aucune distinction a introduire entre la parole et l'evenement 

divins, entre l'etre-en-fait et l'etre-en-parole. 

Ne pas oublier qu'en hebreu les lettres sont aussi des choses : ainsi la lettre B 
(beith) se dit-lit-ecrit BYT, et BYT est « la maison » ; la lettre M se lit-dit- 
ecrit MYM, et MYM est « l'eau », etc. Ce lien de la parole et de la chose, 
inextricable, inscrit dans DBR, habite deja, de part en part, l'alphabet 
hebraique : il habite l'hebreu des son alphabet. Ce lien n'existe pas, de soi, 
dans les langues indo-europeennes. 

YHWH, 9a n'est pas que vulgairement « dieu » ou « Yahve/Jehovah » ; YHWH est en realite 
le verbe etre, HYH, dans tous ses etats et a toutes ses formes, un « est + etait + sera » 
explosivement reduit a son noyau le plus ramasse et y incluant ses dimensions a la fois 
accomplie et inaccomplie. 

Le Nouveau Testament, dont les redacteurs ignoraient Heraclite et 
compagnie, mais non, comme Philon, les ressources de la langue sacree, 
contient des mentions explicites du developpement du nom divin YHWH, 
mentions qui n'ont bien sur aucun fondement dans le grec (ou en arameen) : 
cf. Apocalypse I, 4,8, IV, 8, XI, 17, XVI, 5. 

En resume, dans les premiere et quatrieme assertions, « au commencement » est une pauvrete 
et un faux sens, et « aupres de » (merae rehausse d'un « chez ») est un non-sens ; dans les 
quatre assertions, « etait » est une bourde, et « verbe » est une misere ; quant a « dieu » pour 
YHWH, c'est une pure et simple trahison qui laisse croire qu'il existait, dans l'esprit des 
redacteurs evangeliques, une difference entre leur Dieu et le Dieu juif-hebreu (et samaritain). 

Difference sur laquelle ont brode et brodent encore tous les exegetes (voyez 
leurs trafiqueries sur le « judeo-christianisme »...), difference qui gomme 
l'origine juive -hebraique du Christianisme primitif (non traduit) et de ses 
textes (non traduits). Or le fameux [181] « pere » des evangelistes-verses-au- 
grec, c'est - e'etait originellement - YHWH. 

Toutes les notations temporelles-spatiales qu'impliquent les versions courantes du debut du 
prologue de Jean s'evanouissent des qu'on recourt au texte primitif; elles n'y existaient pas ; - 
elles sont toutes des creations de la traduction litterale grecque et des versions ulterieurement 
etablies a partir de cette traduction. En bref, l'hebreu de Jean I, 1-2, ne contenait, 



originellement et pour un lecteur juif-hebreu (son lecteur vise, a l'exclusion, originellement, 
de tout autre), ni bourde, ni erreur, ni non-sens - ni imposture. 



Que signifiait le texte hebreu primitif ? 

Ce qui ne veut pas dire que les quatre propositions du Selon-Jean primitif soient aisees a 
traduire a present en francais. Au plus pres de ses mots, le texte voulait dire : 

En tete-choix premier-compte-offrande est-etait-sera-en-accomplissement le verbe- 

chose, 

Et le verbe-chose est-etait-sera-en-accomplissement pour est-etait-sera-en- 

accomplissement-et-en-inaccomplissement, 

Et est-etait-sera-en-accomplissement-et-en-inaccomplissement est-etait-sera-en- 

accomplissement le verbe-chose, 

Lui est-etait-sera-en-accomplissement en tete-choix premier-compte-offrande pour 

est-etait-sera-en-accomplissement-et-en-inaccomplissement. 
Ce rendu litteral 

Rendu qui ne dit que ce que dit l'hebreu ; rendu qui n'y ajoute rien (et qui est 
meme incomplet). 

donne, par sa monstruosite meme, une idee de l'ecart qui separe le Semite de l'indo-europeen ; 
il montre egalement, par l'absurde, l'absurdite des versions courantes des versets 1 et 2 du 
Selon-Jean (chapitre I) ; il montre enfin ce que je voulais [182] dire tout a l'heure en affirmant 
et en constatant la destination primitive du texte primitif : ecrit en hebreu pour des Hebreux, 
dans l'economie de la langue hebraique, la leur, jamais - on le voit bien a present - ce passage 
n'avait ete initialement destine aux Gentils. 

Peut-etre montre-t-il aussi, par la bande, le pourquoi de l'unanimite des 
grecistes : ceux-ci, au fond, preferent s'en tenir a la nullite des Evangiles 
grecs parce que leur retroversion en hebreu serait culturellement 
intransmissible a leurs ouailles. (Et c'est bien egalement pourquoi ces memes 
exegetes tirent toujours les Evangiles vers la litterature orale - ils ne veulent 
ni du texte hebreu, ni du texte savant : comme si les reseaux gematriques de 
l'hebreu pouvaient se developper et se maitriser oralement ! ) 



Jean I, 1-2 = Genese I, 1 

Mais ce que ce rendu protuberant, illisible hors son original, ne montre pas, et a quoi je viens, 
c'est la construction et la legitimite esoteriques du texte. 

Quand je dis que Jean I, 1-2, est illisible en grec et en francais (en indo- 

europeen), je dis du meme coup que pour un lecteur hebreu le texte en est 

immediatement saisissable : car pour lui HYH est HYH (l'accompli du verbe 

« etre » a l'actif, 3 e personne), et non pas mon innommable est-etait-sera-en- 

accomplissement. Les traducteurs (en grec) du texte original (hebreu) ont, 

eux, choisi la voie la plus courte, celle du litteral terme-a-terme, os maigre 

sur lequel se sont ensuite acharnes les exegetes et les Eglises. 

Genese I, 1 : « au commencement » ; Selon-Jean I, 1 : « au commencement ». Sautant sur ce 

rapprochement, nos exegetes, en aveugles qui soudain y voient, notent qu'il existe un 

« rapport » (sic) entre les deux passages ; 

[183] Pour une fois, on ne fait pas appel a Heraclite et aux Stoiciens ! 
ils remarquent, et font remarquer, disent-ils, en Jean I, 1, une « allusion » (re-sic) a Genese I, 
1. 

Voyez Feuillet, Le Prologue du Quatrieme Evangile, Paris, 1968, p. 31 : 
« Dans la premiere proposition : Au commencement le Logos etait, 
l'expression « au commencement » renvoie a Gn I, 1 . » On verra, plus loin, ce 



qu'il en est de ce renvoi. (Et goutez le texte sur lequel travaille cet exegete 
exhaustif ; n'y manquent ni « commencement », ni « logos » grec, ni 
« etait »...) Meme son de cloche dans Boismard, Synopse des Quatre 
Evangiles, t. Ill, Paris, 1977, p. 74, colonne 2: « Les commentateurs 
admettent que, en Jn I, 1 a, l'expression « Au commencement » renvoie a celle 
de Gn I, 1 . » La non plus, on ne nous dit rien de ce « renvoi ». 

Cette « allusion » n'est qu'une pauvrete de plus. Encore une fois qu'on en juge. 
La gematrie 

Pas besoin de dire que les Feuillet et Boismard precites, experts-es-Evangiles, 
n'utilisent jamais le mot « gematrie » - leurs Evangiles a eux sont rediges en 
grec. 

du premier verset de la Bible hebraique (de la Thora) se calcule de la facon suivante (sur un 
parcours de 28 lettres) : 



mots 



traduction vulgaire 



gematries 



BR'SYT 

BR' 

'LHYM 

'T-HSMYM 

W'T-H'RS 



« au commencement » 
« crea » 
« Dieu » 
« le ciel » 
« et la terre » 



913 
203 
86 
796 

703 



total: 2 701 



[184] La gematrie du debut du prologue de Jean se calcule pareillement : 

mots miserables equivalents-residus gematries 

dans les versions courantes 



BR'SYT 


« au commencement » 


913 


HYH 


« etait » 


20 


HDBR 


« le verbe » 


211 


WHDBR 


« et le verbe » 


217 


HYH 


« etait » 


20 


LYHWH 


« aupres de dieu » 


56 


WYHWH 


« et dieu » 


32 


HYH 


« etait » 


20 


HDBR 


« le verbe » 


211 


HW' 


« il » 


12 


HYH 


« etait » 


20 


BR'SYT 


« au commencement » 


913 


LYHWH 


« aupres de dieu » 


56 



total: 2 701 
L' equivalence entre les deux textes 

Equivalence dont le calcul porte sur plusieurs dizaines de lettres (28 dans le 
premier cas, 55 dans le second - en tout 83 signes graphiques chiffres) ; 
equivalence qui n'est done en rien un effet du hasard ou une coincidence. 
Ca n'est pas non plus par hasard que la somme arithmetique des initiales de 
tous les mots de ce debut du prologue de Jean vaut 111 ; 111 est (outre la 
gematrie de 'LP, Yaleph qui figure en tete de l'alphabet hebraique) la somme 
des rangs des finales de tous les mots de Genese I, 1 : 



[185] - initiales du debut du prologue de Jean : B + H + 
H+W+H+L+W+H+H+H+H+B+ L = 2 + 5 + 5+6 + 5 + 30 + 6 + 5 + 5 + 5 + 
5 + 2 + 30 = 111 ; 

- gematrie (classique) de 'LP : 1+30 + 80 = 111 ; 

- finales de Genese 1, I:T + '+M + T+M + T + § = 22+l + 13+22+13 
+ 22 +18=111 (gematrie par rangs). 

n'a rien a voir avec une « allusion » ou avec un « renvoi ». Et elle est un exemple - un 
exemple entre tant d'autres - des travaux arithmetiques dont sont truffes les textes du 
Nouveau Testament. 

Cf. a ce sujet, le chapitre precedent. On pourrait bien sur y multiplier les 
exemples que j'y donne ; ainsi, en le redigeant, ai-je oublie d'y inclure le 
fameux passage d 'Apocalypse, XVII, 14 : « et l'agneau les vaincra. parce qu'il 
est seigneur des seigneurs et roi des rois ». En hebreu, pas en grec, et 
arameen, « agneau de dieu » (SH H'LHYM), « victoire » (HYSW C H, mot de 
meme racine que « Jesus » et contenant, dans l'ordre, ses lettres) et « seigneur 
des seigneurs + roi des rois » ('DWN 'DNYM + MLK MLKYM), ont la 
meme gematrie : 396. Ovation aux grecistes ! 

Cette equivalence n'est pas une « allusion » ; car, dans la langue sacree, c'est-a-dire dans 
l'alphabet des lettres-chiffres hebraiques, les identites arithmetiques sont des identites aussi 
importantes et efficientes que les identites semantiques (les synonymies) : en hebreu, « le 
livre », SPR, est de la meme racine que « le nombre », MSPR (pas de cesure entre ecrire-lire 
et chiffrer-nombrer), et ' WT y signifie, indissociablement et a la fois, « la lettre », « le signe » 
et « le miracle ». Oublier cela, c'est ne rien comprendre a la force, a la nature et a l'efficacite 
des textes fondateurs du Christianisme : c'est se moquer de leur genese. 

A ce propos, il convient de signaler que dans ces textes il n'est pas seulement 

fait usage des calculs gematriques. La notarique (travail sur les acrostiches) 

[186] y a aussi sa place, sous le grec, dans l'hebreu d'origine, pour autant que 

le grec permet de le reconstituer. Ainsi l'expression bien connue « qui a des 

oreilles entende », sans saveur ni odeur signifiante dans le grec, se retrovertit- 

elle en: MY (« qui ») S'ZNYM (litt. « que oreilles ») LW (« pour lui ») 

YSM C (« qu'il entende -comprenne-ecoute-obeisse + il sera/est entendu- 

compris-ecoute-obei »), produisant illico, par les initiales de ses trois 

premiers mots, dans l'ordre evidemment, le terme MSL, « parabole- 

puissance » : plus aucune trace de cette notarique dans le grec, et pour cause ! 

En outre, l'equivalence gematrique entre Jean I, 1-2 et Genese I, 1, par le calcul qu'elle 

suppose de la part des evangelistes-redacteurs, contredit sans recours possible la these 

indefiniment rabachee des evangiles-comme-recueils-de-reportages-sur-le-vif-dus-a-des- 

disciples-illettres a la Renan, Bultmann, et autres. Devant de tels calculs codes, la these des 

logia, des paroles proferees (de la tradition orale), ne tient pas. 

Au lecteur meme presse, je conseille vivement de prendre connaissance de 
l'etat actuel de cette these dans la Synopse de Boismard deja citee ; cf, en 
particulier, t. II, « Introduction », pp. 15-59. II y decouvrira, sans doute ahuri, 
les olympiades auxquelles se livrent, encore aujourd'hui, les grecistes ; par 
contre, il n'y entendra pas parler de gematries, de notariques, ni de texte 
hebra'ique primitif : pour sur, il n'y trouvera pas le 2 701 de tout a l'heure. En 
revanche, il y assistera au deploiement d'une « solution nouvelle » (p. 9, en 
bas) du probleme synoptique : une solution nouvelle au probleme d'un corpus 
sur lequel et a propos duquel on se trompe de langue ! A la p. 7 de ce meme 
tome II, on lit : « Ce volume s'adresse avant tout aux specialistes des etudes 
evangeliques » ; pas moins : me voila rassure - se tromper de langue a propos 
des Evangiles et s'adresser a des specialistes, c'est tout un ; le miracle existe, 
je l'ai rencontre. 



[187] 



Autres chiffres inclus dans Jean I, 1-2 

Mais le debut du Selon-Jean ne se definit pas seulement comme identique (gematriquement) a 

Genese I, 1. II contient d'autres sortes de calculs ; en voici quelques-uns. 

La premiere proposition etait done, originellement : 

BR' SYT HYH HDBR. 

Cette phrase comporte 13 lettres. 13 est immediatement la gematrie de 'HD, «un», 

qualificatif peu secondaire dans la litterature et dans la culture hebraiques (« Dieu est un »). 

Les quatre assertions du debut de Jean comptent 13 mots en tout. Ce 13 -la 
marque leur unite et la presence, en eux, du divin. - 13 est egalement la 
gematrie de 'HBH, « l'amour » ; que Dieu soit un, ou que Dieu soit amour, 
e'est en hebreu - pas en grec ! - tout un. (Le theme de 1 '« amour » est-il 
marginal, dans le Nouveau Testament ?) 

La deuxieme proposition etait, elle : 

WHDBR HYH LYHWH. 

Cette phrase contient le meme nombre de lettres que la premiere : 13. Elle forme done avec 

elle 26 signes graphiques : or, nous l'avons vu, 26 est directement la gematrie de YHWH, le 

nom sacre-divin. 

Autrement dit, dans l'hebreu BR' SYT HYH HDBR WHDBR HYH LYHWH, il faut (il fallait 

primitivement) lire l'affirmation immediate de l'unite et de l'unicite divines, et l'enonce du mot 

YHWH. 

La troisieme proposition etait originellement : 

WYHWH HYH HDBR. 

Cette phrase contient 12 lettres, gematrie immediate de HW', litt, « lui », l'un des substituts 

courants de « Dieu » (et le mot meme par lequel debute la quatrieme proposition). 

[188] Les trois phrases sont done, dans l'ordre et respectivement, equivalentes 
a 'HD, a YHWH et a HW : les trois termes accoles signifient « Dieu est un » 
(du moins en traduction vulgaire), these cardinale chez les Juifs et chez les 
Samaritains. 

Meme constat si Ton ne considere que le calcul gematrique par rangs : 13 
lettres pour la premiere proposition, or 13 est la gematrie par rangs de 'L, 
« Dieu » ; 1 3 lettres pour la seconde, gematrie de 'HD, « un » ; 12 lettres 
pour la troisieme, gematrie de HW, « lui » - la nouvelle proposition obtenue, 
'L 'HD HW, signifie « Dieu est un ». 

Et can'estpasfini. 

Les quatre assertions de Jean comptent 55 lettres en tout, 55 signes graphiques. 55 est la 
gematrie par rangs de 'DNY YHWH (soit : 1+4+14+10 + 10 + 5 + 6 + 5 = 55), expression 
biblique designant « le Seigneur Dieu » (rendu vulgaire). - Et, toujours en gematrie par rangs, 
55 est la valeur de BN (« fils ») + YHWH («Dieu») + 'HD (« unique »); le debut du 
prologue de Jean, en hebreu, portait done originalement l'affirmation signifiante du « fils 
unique de Dieu » (traduction, encore une fois, vulgaire). 

Genese I, 1 , de meme, contient 28 lettres : or les Prophetes bibliques insistent 

sur la « force » qui presida a 1 'oeuvre de creation ; KH, « la force », mot qu'ils 

utilisent a cette occasion, est de valeur 28. 

De plus, ceci : 28 (nombre des lettres de Genese I, 1) est compose des 

chiffres 2 et 8 ; leur somme est 10. 55 (nombre des lettres hebraiques du 

debut du prologue de Jean) est compose des chiffres 5 et 5 ; leur somme est, 

pareillement, de 10. - En outre, la somme des 10 premiers nombres entiers 

est egale a 55. Et Y(= 10) est la lettre initiale de YHWH. 

A quoi on peut encore aj outer (et, j'y insiste, parmi tant d'autres remarques 

possibles) : la difference entre le nombre de lettres du debut du prologue de 



Jean primitif et le nombre des lettres de Genese I, 1, est de 55 - 28 = 27. Or 

27 est la gematrie par rangs [189] de 'WR, « la lumiere », mot present dans le 

prologue (versets 4, 5, 7, 8 et 9). 
Je continue. 

En hebreu W signifie « et » ; c'est done, en priorite, la marque de l'addition. De ce fait, au lieu 
de lire le texte primitif : 
BR'SYTHYHHDBR 
WHDBR HYH LYHWH 
WYHWH HYH HDBR, 
je puis tres facilement lire (et ecrire) : 
BR'SYTHYHHDBR 
+ HDBR HYH LYHWH 
+ YHWH HYH HDBR. 

Cette addition exhibe a present trois series de, respectivement et dans l'ordre, 13, 12 et 11 
lettres. Je puis done remplacer chaque serie, toujours dans l'ordre et respectivement, par les 
13 e , 12 e et 1 l e lettres de l'alphabet, soit M, L et K. Or MLK signifie, en hebreu, « le roi ». 
Ainsi done, sous le grec et en hebreu, le debut du prologue de Jean ne dit pas seulement le 
nom divin, l'affirmation de l'unicite et de l'unite de Dieu et de son Fils : il en dit (il en disait 
primitivement) aussi la royaute. 

BN, « le fils », est gematriquement equivalent a l'un des pleromes (ou 

developpements) du nom divin. Car : 

BN= 2 + 50 = 52 ; 

YHWH = YWD (yod) + HH (he) + WW (waw) + HH (he) =10 + 6 + 4 + 5 + 

5 + 6+6 + 5 + 5 = 52. 

D'ou des phrases universellement massacrees par l'exegese (parce que ineptes 

en grec) comme celle de Matthieu XI, 27 : « Nul ne connait le Fils s'il ne 

connait le Pere, comme nul ne connait le Pere si ce n'est le Fils » - « Pere » 

etant mis la pour YHWH, et « Fils » pour BN, (De phrases comme celle-ci on 

a fait des slogans familiaux !) 

[190] 



2 701 et 91 

J'ai calcule plus haut la valeur gematrique du passage, la merae que celle de Genese I, 1 : 
2 701. Ce nombre est compose de 4 chiffres, 

4 chiffres dont la somme est 10, la meme que celle des deux 5 du nombre des 
lettres du debut du Prologue de Jean, et la meme que celle du 2 et du 8 
composant le nombre des lettres de Genese I, I. 

parmi lesquels je puis aussitot eliminer le zero (pour les raisons egalement explicitees plus 
haut) : de 2 701, je passe done a 271. Ainsi que m'y a habitue, non pas la lecture des 
commentaires d'Eglise sur les Evangiles, mais celle des textes gnostiques et kabbalistiques, je 
puis a present passer de 271 a 91, en additionnant les deux premiers chiffres de 271 et en les 
transferant aux seules dizaines. 

De la meme maniere, partant de 2 701, puis de 271, je puis aboutir, par la 
somme de 7 et de 1 , au nombre 28, - 28, le nombre des lettres de Genese I, 1 
(dont la gematrie est justement de 2701). 

Ce nombre, 91, loin de m'etre inspire par une lubie, court a travers tout le Prologue de Jean (I, 
1-18). Eneffet: 

91 est la gematrie de N'M, « la parole ou l'oracle (divins) ». 91 est la gematrie de 'MN (racine 
qui donne « amen », transliteration figurant 135 fois dans le corpus), terme qui figurait a 



l'origine, en hebreu, dans le verset 7 (betement traduit par « pour que tous croient en lui »), 

dans le verset 9 (rebetement traduit par « la lumiere veritable »), 

Alors que l'original, immediatement perceptible sous le grec, etait un 

masculin : H'WR HN'MN (second mot, racine 'MN), et signifiait « la 

lumiere-felicite permanente-assuree » - et constituait l'equivalent gematrique 

de MSYH, « le messie-christ-oint/Dieu ressuscite-vivant ». 

[191] Preuves : 

H'WR HN'MN = 5 + 1 + 6 + 200 + 5 + 50 + 1 + 40 + 50 = 358 ; 

MSYH = 40 + 300 + 10 + 8 = 358 ; 

MSYH = (par voie d'anagramme) SM (« Nom-Dieu ») + HY (de la racine 

HYH, « vivre-revivre » - « vivant/ressuscite »). 

Pauvre grec... 

dans le verset 12 (ignarement traduit par « a ceux qui croient en son nom »), 

Alors que l'idee etait ici (comme to uj ours avec 'MN et ses derives) celle de 
fidelite, de non-trahison - et pas celle de croyance. 

et dans les versets 14 et 16 (ou Ton devrait lire « fidelite », « permanence », tout aussi bien 

que « verite »). 

91 est aussi la gematrie de M'N, « refuser », 

Notez en passant les anagrammes ; la puissance de l'hebreu reside aussi dans 

ses anagrammes : ici 'MN, M'N et N'M. Et il y en a ainsi des dizaines dans 

le Nouveau Testament, qu'on ne trouve pas dans l'indo-europeen, et que 

personne n'etudie, ne voit - ou sont les chercheurs ? 

'MN, M'N et N'M - gematrie classique commune : 91 ; mais gematrie par 

rangs commune : 28 (28 ! le nombre des lettres de Genese I, 1) ; et 28 est 

egalement la gematrie de HKL, « le tout », premier terme figurant juste apres 

le debut du prologue de Jean (grec panta, verset 3). 

Gematrie par rangs de HKL : 5 + 11 + 12 = 28. Mais quelle est sa gematrie 

classique ? 

HKL = 5 + 20 + 30 = 55. 55 ! le nombre des lettres de notre debut du 

prologue. 

HKL, « le tout », fait done, par le jeu de sa double gematrie (28 et 55), la 

jonction entre Genese I, 1 et le debut du prologue evangelique. 

terme figurant en filigrane ou explicitement au verset 1 1 (« ne Vontpas regu » - rendu, encore 

une fois, fort cocas se). 

91 est enfin la gematrie de H'LHYM, nom divin (« l'Elohym »), et de 'DNY YHWH, autre 

nom divin 

[192] Et notez, la encore, la double gematrie de 'DNY YHWH : 

- gematrie classique : 1+4 + 50+10 + 10 + 5+6 + 5 = 91 (nombre obtenu 
a partir du 2701 de Genese I, 1 et du debut du prologue) ; 

- gematrie par rangs : 1+4 + 14+10+10 + 5+6 + 5 = 55 (nombre des 
lettres de ce meme prologue). 

(« Seigneur Dieu » ou « le Seigneur », ainsi qu'on le lit dans nos Bibles) - tous deux 
massivement presents dans la litterature hebraique en general, et dans la Bible en particulier - 
et dans le Nouveau Testament, sous son grec. 

Mais 91 figure aussi dans l'expression, inepte en grec comme en francais, « plein de grace et 
de verite » (verset 14, la clausule originate etant RB HSD W'MT). 

Dans cette expression, RB ne veut pas dire « plein » ; HSD ne veut dire 
« grace » qu'a l'extreme rigueur; et 'MT (de la racine 'MN deja rencontree) y 
signifie « fidelite-permanence-assurance-solidite ». Mais en est-on, chez les 
grecistes, a 9a pres ? . . . 

l'ordre des lettres de cette expression figure dans l'alphabet hebraique de la maniere suivante : 



lettres rangs 



R 


20 e 


B 


2 e 


H 


8 e 


S 


15 e 


D 


4 e 


W 


6 e 


j 


l er 


M 


13 e 


T 


22 e 



total: 91 
[193] Sans autre commentaire. 

Mais 91 est aussi la gematrie de ML'K, « l'envoye-ange-messager », terme qui figurait en 
filigrane ou explicitement au verset 6 du prologue (« il y eut un homme envoye par Dieu »). 

91 est la gematrie classique de ML'K, soit : 40 + 30 + 1 + 20 = 91. Mais sa 
gematrie par rangs est : 13 + 12 + 1 + 1 = 37. Nous verrons, au chapitre 
suivant, les ramifications de ce nombre 37. 

Et 9a n'est toujours pas fini. 

Le triste « commencement » de nos traductions a tout va etait en realite, en hebreu, R'SYT. 

La gematrie par rangs de lettres de ce mot est : 
lettres rangs 



R 


20 e 


•> 


l er 


S 


21 e 


Y 


10 e 


T 


22 e 



total: 74 
Ce 74 est immediatement la gematrie de C D, « temoin-temoignage », terme figurant 
explicitement au verset 7 (« lui vint en temoignage pour temoigner »). 



Conclusion ? 

...Et ainsi fonctionnait originellement le Prologue de Jean, dans sa langue premiere, l'hebreu, 
langue tenue pour sacree par le redacteur - langue (j'espere l'avoir montre) travaillee ici en 
profondeur dans son economie et dans sa science propres. 

[194] II y aurait certes d'autres remarques a faire sur ce prologue. Comment 

passer sous silence le verset 14: « gloire comme fils unique » ? Aucun 

rapport en grec entre la gloire et l'unique, alors qu'en hebreu les deux termes 

valent 32 : 

KB WD (« gloire -richesse-ame » - racine KBD, « etre lourd ») = 20 + 2 + 6 + 

4 = 32; 

YHYD (« umque-fils unique ») = 10 + 8 + 10 + 4 = 32. 

On comprend pourquoi la gloire est dite ici comme l'unique, mais on le 

comprend en hebreu, et pas en grec ni en francais - encore un charabia 

incomprehensible sur lequel, en se trompant de langue, s'acharnent depuis des 

siecles les commentateurs et les catechistes ! Logique en hebreu, ce texte n'a 

pas ete ecrit pour les Gentils. 



Je me resume : la retroversion des quatre assertions sur lesquelles s'ouvre le Prologue de Jean 
elimine les inepties entrainees par la lecture de leur grec - inepties donnant lieu a des 
problemes temporels et spatiaux sans interet ; seule cette retroversion permet de comprendre 
le texte - le texte et sa production et sa portee. Elle permet seule de lui rendre justice en 
montrant ce qu'il avait d'originalement coherent. Elle permet de mesurer 1'abTme qui separe ce 
texte primitif de son utilisation par les Eglises : cet ecart est celui qui va tout droit de la 
science sacree (la fameuse HKMH des sages hebraiques - juifs et samaritains, et aussi bien 
esseniens que sadduceens, que pharisiens) a la bourde la plus manifeste. 
Une fois retroverti, le debut du Prologue de Jean oublie ce qu'il n'a jamais pris en compte (les 
Stoiciens, Platon, Philon, et compagnie...) et retourne sans la moindre reticence dans son lieu 
primitif : la litterature juive-hebraique, l'economie et les particularites de la science et de la 
langue sacrees. 
On voit ainsi, a l'encontre des exegeses universellement admises, 

[195] Voir, a ce sujet, le premier dictionnaire theologique verm, aux entrees 
« Jean », « logos », « Prologue de Jean », « commencement », « verbe », etc. 

ce qu'est retrovertir un passage du Nouveau Testament: c'est au minimum, sous le grec debile, 
donner sa chance au texte meme et a son redacteur primitif, et, par la, condamner au 
ricanement l'attitude ancestrale qui consiste, elle, et encore aujourd'hui, a canoniser l'un tout 
en estropiant l'autre. 



(Texte paru dans L'Infini, Paris, Denoel, 1985.) 



[197] 



Effets de Sagesse sur Genese I, 1 



Mon lecteur est a present un expert en gematries : il sait comment fonctionnent, dans le 

Nouveau Testament, les codes de la Kabbale hebraique. Mais il ne sait peut-etre pas comment 

fonctionnent ces memes codes dans la litterature juive non chretienne. 

II est done tente de croire que la Kabbale chretienne est une kabbale particuliere. 

Pour le detromper, je vais, a l'aide d'un exemple lourd de consequences, lui montrer ce qu'il en 

est de la Kabbale juive en general. Lui montrer, par consequent, que les textes hebreux du 

Nouveau Testament primitif sont des textes hebreux comme les autres : des textes qui 

ressemblent absolument, en tant que textes, a tous les textes hebreux du judaisme ancien. 

Le Nouveau Testament apparaitra ainsi sous son vrai jour : celui d'un corpus juif-hebreu 

produit par des Juifs hebreux (palestiniens) sur la base, non pas d'une vision oculaire d'on ne 

sait quels evenements historiques, mais des precedes juifs-hebreux de la Kabbale juive- 

hebraique. 



[199] 



Parmi les innombrables commentaires juifs, explicites ou clandestins, sur le premier verset de 
la Genese, il en est un, pourtant fecond et recurrent, qui n'a jamais jusqu'ici, que je sache, 
trouve son explication convenable, 



« Au commencement » 

Dans le Targum samaritain, c'est-a-dire dans la traduction arameenne de la Bible hebraique en 
usage chez les Samaritains (Pentateuque seul), a la place de BR'SYT il y a BQM'WT' - 
meme sens dans les deux cas, « au commencement ». 

B, en hebreu comme en arameen, est la preposition « dans » (son hieroglyphs 
originel representant une maison), sens local et instrumental : « dans », mais 
aussi « avec », « par », « grace a ». La preposition B se fixe graphiquement 
au debut de son regime, et celui-ci ne prend alors jamais l'article : R'SYT, 
« commencement » - BR'SYT, « au commencement » (rendu vulgaire 
habituel). 

Dans le Targum dit d'Onqelos (ou d'Aquila ?), a la place de BR' S YT, au meme endroit, il y a 
BQDMYN « au commencement ». 

Dans la version grecque dite des Septante, comme dans celles de Symmaque et de 
Theodotion, a la place de BR'SYT il y a en arkhe - « au commencement ». 

Cet en arkhe est celui-la meme qui se retrouve, comme caique de son hebreu 
originel, en tete du prologue du Selon-Jean. 

[200] Dans la version latine de Jerome, dite Vulgate, a la place de BR'SYT il y a inprincipio 

- « au commencement ». 

Et ainsi en va-t-il, semantiquement, des versions syriaques, coptes, etc. : partout les 

traducteurs (en langue vulgaire, vernaculaire) lisent le premier mot de la Genese hebraique, 

BR' S YT, comme signifiant (vulgairement) « au commencement ». 

Cette unanimite n'implique d'ailleurs nullement que le texte soit ainsi bien 
traduit et compris : cf., a ce sujet, ne serait-ce que les reticences 
(grammaticales, mais pas seulement) de Rashi (ne a Troyes en 1040) dans 
son exegese sur le Pentateuque. Mais je passe. 



« Au commencement » selon Jonathan 

Par contre - et la est mon probleme -, dans le Targum palestinien de Jonathan (ben Uzziel, en 
grec Theodotion ?), 

Ce targum est repute palestinien, et repute de Jonathan. 

a la place de BR'SYT, en tete de la Thora, il y a... BHKMT' - c'est-a-dire « avec la sagesse », 

« par la sagesse » (litt. « dans la sagesse », « en sagesse »). 

Et, a 1' encontre de tous les autres traducteurs, Jonathan, qui n'etait pourtant ni un imprudent (a 

l'egard de ses commanditaires) ni un negligent (face au texte original tenu par lui pour sacre- 

divin), lit Genese I, 1, de la maniere incroyable qui suit : 

« Avec (la) Sagesse, le Nom crea et acheva le Ciel et la Terre. » 

« Le Nom », HSM (H etant l'article), est ici, comme traditionnellement dans 
la litterature juive, un substitut reverenciel de YHWH, une maniere d'eviter le 
tetragramme imprononcable : ceci indique, par la bande, que Jonathan voyait 
deja dans le 'LHYM, « Elohym », de Genese I, 1, un substitut reverenciel 
[201] de YHWH (que, sous 'LHYM, il lisait YHWH) - nous y reviendrons. 



Le terme arameen HKMT' utilise ici par Jonathan est l'equivalent immediat de l'hebreu 
HKMH, meme sens, « la sagesse ». 

Par « sagesse », on entend ici, en hebreu, le savoir, le faire et le savoir-faire, 
indissociablement. 

Seul contre tous, au premier siecle apr. J.-C. (?), Jonathan lit HKMH a la place de R'SYT. 
Jonathan, dans un livre considere par lui comme sacre, divin (dans Le Livre), se permet d'y 
remplacer un mot par un autre : et cela n'etonne gravement personne ! On le constate, on le 
note : on ne justifie ni n'explique cette incroyable audace du targumiste, audace qui va a 
l'encontre de tout ce qu'on sait par ailleurs de la reverence extreme des savants juifs (et 
samaritains) anciens a l'egard de la Thora, audace qui contredit - en plus - toutes les autres 
traductions recues et repandues. 



Jonathan traducteur-traitre ? 

Ma premiere question est done violente : Jonathan, traducteur-sur-commande de la Thora, n'a 

pas remplace « commencement » par « sagesse » a la legere ; il n'a pu le faire - se croire 

autorise a le faire, s'y risquer - que pour d'imperieuses raisons : quelles raisons ? quelles sont 

les bonnes raisons d'un tel transfer! semantique ? Et puis : pourquoi le traducteur a-t-il opere 

ce transfer! precisement a cet endroit-la, au premier mot du premier verset du Livre ? 

A cette question, je n'ai trouve nulle part le plus petit debut d'une reponse acceptable. Les 

erudits se contentent en general de dire que Jonathan s'est, en traduisant ainsi, place dans le 

grand « courant sapiential » - courant dont, repete-t-on aussitot, le meilleur monument est le 

Livre de Jesus Ben Sira (ou « Livre de la Sagesse », ou « Ecclesiastique »). . . 

[202] Cette reponse ne tient pas ; elle est trop minuscule : car alors faut-il suggerer que les 

autres targumistes et les Septante ignorent le courant sapiential ? Et puis : expliquer la 

substitution de Jonathan par reference a ce courant, e'est oublier de justifrer l'existence de ce 

courant lui-meme : e'est omettre de dire pourquoi, hors la Thora (mais sur elle, a partir d'elle), 

la Sagesse revet, dans les textes de la Bible hebra'r'que, une importance cardinale. C'est ne rien 

expliquer. 

II faut done en revenir a ceci : pourquoi, un jour, un certain Jonathan, traducteur sur 

commande, s'est-il permis de lire « sagesse » a la place de « commencement » ? 

Et il faut, a ce probleme, fournir une solution qui aille tres au-dela des notions de « courant », 

d'« influence », et autres. Une reponse fondee sur de l'inevitable. 



Le « courant sapiential » ? 

Je note, pour donner plus de force a ces interrogations, que la substitution qu'exhibe le targum 
de Jonathan ne date nullement de lui, et qu'elle ne s'est nullement eteinte avec lui. Jonathan 
n'est certes pas le premier a avoir, soi-disant de facon subreptice, lu HKMH, « sagesse », en 
Genese I, 1. Dans la Bible hebra'r'que, hors Pentateuque, on remarque plusieurs fois que la 
Sagesse a preside a la creation du monde ; ainsi voyez Proverbes III, 19 : « YHWH a fonde la 
terre en sagesse (BHKMH) » ; ou Psaumes CIV, 24 : « Que tes faits sont grands, tous tu les as 
produits avec sagesse (BHKMH) », etc. On pourrait accumuler les exemples : le courant 
sapiential, dont nous abreuvent les exegetes, resulte en fait d'une lecture du premier verset du 
Livre telle, hors semantique, qu'il contienne HKMH - alors que, semantiquement, 
graphiquement, HKMH, « sagesse », en est absente. II ne faut pas ramener Jonathan au 
courant sapiential ; il faut ramener et Jonathan et le courant sapiential a la question [] que je 
posais tout a l'heure : ou et comment HKMH, « sagesse », intend ent-elle en Genese I, 1, alors 
qu'elle n'y figure pas ? 



La posterite de cette lecture du verset est enorme : cf. la Sophia gnostique 
cf. les divers midrashim ; cf. le Zohar. 



Le debat sur Genese I, 1 

J'en viens a autre chose. Dans le recit de la Genese, au verset 1 comme ailleurs, il n'est jamais 
question de la Sagesse. HKMH, seul mot hebreu ayant ce sens, ne fait, si je ne me trompe, sa 
premiere entree dans la Bible hebraique qu'en... Exode XXVIII, 3 ! Dans le recit de la 
Creation, il n'est jamais fait mention, graphiquement, semantiquement, de la Sagesse. 
Et pourtant, pour ne plus parler des Proverbes, des Psaumes, de Jeremie (par exemple X, 12, 
la Sagesse comme fondement du monde), etc., que lit-on dans les textes gnostiques, textes 
relevant dans leur ensemble d'un travail exegetique sur la Bible, et en particulier sur la 
Genese ? 

Je suis enfin heureux de savourer dans Michel Tardieu, Le Codex de Berlin, 
Paris, Cerf, 1984, cette phrase (p. 37) : « Ceux que l'heresiologie appela 
« gnostiques » etaient d'abord et essentiellement ceux qui disaient savoir lire 
les Ecritures, en en connaissant le sens cache et veritable. » Tous les essais 
sur les gnostiques, meme les plus recents, tendent a faire croire que les 
systemes sectaires (?) decrits par Irenee et ses suivants, par les codex de Nag- 
Hammadi, et autres, sont des constructions autonomes produites par 
rimagination (quand ce n'est pas par la fantaisie gratuite, la sottise - ou les 
aberrations sexuelles !) : en realite tous ces systemes se fondent et se 
structurent sur des lectures plurielles d'un seul et meme corpus, celui de la 
Thora : les gnostiques sont, de part en part, des exegetes du Livre. lis ne sont 
ni ne se veulent des createurs originaux. Et leurs [204] querelles proviennent 
precisement (comme celle qui oppose Juifs et Samaritains) du fait qu'ils se 
referent tous a un seul et meme point fixe : la Bible, la Thora. (Voyez, dans la 
meme perspective, et avec les amenagements qui s'imposent a son propos, 
l'idee evangelique d'« accomplissement » des Ecritures.) 
Par malheur, dans sa traduction et dans son explication des textes compris 
dans le Codex de Berlin, Michel Tardieu ne tient pas les promesses de la 
belle phrase que je viens de citer : il ne montre nullement en quoi tous ces 
textes sont des exegeses (des midrashim) de la Thora ; il ne donne pas les 
raisons de la presence de la Sophia (« sagesse ») dans ces textes, ni les 
raisons de sa position dans l'oeuvre de Creation ; il ne demonte pas les 
methodes kabbalistiques (par voie de gematrie, de notarique, etc.) 
abondamment utilisees ici, comme ailleurs, par les gnostiques et appliquees 
par eux a la Bible (a la Thora). 

On y decouvre, fondamentalement, le debat suivant : 

Debat que, bien sur, je schematise et resume jusqu'd la limite du supportable. 

la Creation decrite dans les premiers chapitres de la Genese fut-elle, de soi, bonne ou 
mauvaise ? Question qui se redouble aussitot de la suivante : la Sagesse fut-elle, lors de cette 
Creation, conviee au rendez-vous d'un dieu bon ou a celui d'un dieu mauvais ? 

Cette question implique, dans son enonce meme, que la Sagesse est presente 
lors de la Creation ; elle implique une lecture de Genese I, 1 telle que 
HKMH, « sagesse », y figure. 

A cette double question, a ces deux questions qui n'en font qu'une, les livres des prophetes 
bibliques repondent clairement et majoritairement que la Creation fut a la fois bonne, sage et 
divine ; ainsi Jeremie souligne-t-il que Dieu « a fait la terre en sa puissance, 

Le mot (hebreu) utilise ici est KH, « force » ; si Jeremie l'emploie ici, c'est 
parce qu'il a pour gematrie 28 [205] (20 pour K, + 8 pour H) et que 28 est le 
nombre des lettres de Genese I, 1 ■ 

a assis le monde en sa sagesse, et a deploye les cieux en son intelligence » (LI, 15). 

A cette toujours double question, la plupart des gnostiques repondent, a l'inverse, que la 

creation inauguree par Genese I, 1, fut mauvaise, illegitime, illogique, et seulement 



demiurgique ; c'est un dieu qui a cree le monde, mais ce dieu-la n'est au fond qu'un maladroit, 
un malveillant - un etre peu recommandable et cruel. 



Unanimite des adversaires 

Mais, du point de vue qui m'occupe ici, ces deux theses contradictoires se rejoignent au moins 
sur un theme : celui de la sagesse. Dans le debat seculaire sur la Creation bonne ou mauvaise, 
tous, optimistes et pessimistes, s'accordent a embarquer HKMH (en grec ce sera Sophia, en 
arameen translittere ce sera Achamoth, etc.) : tous, Gnostiques etiquetes et Prophetes 
orthodoxes, s'entendent a lire HKMH, « Sagesse », dans le Livre de la Genese ou elle ne se 
rencontre graphiquement et semantiquement pas. 

Ainsi voit-on dans la Bible hebraique nombre de versets des prophetes et des psalmistes louer 
la sagesse de la Creation et du Createur ; ainsi voit-on, parallelement et non pas 
contradictoirement, les Gnostiques decrire les catastrophes que subit Sagesse-Sophia- 
Achamoth, catastrophes renvoyant toutes a celle que declenche Genese I, 1 : au 
commencement le dieu bete et mechant crea le ciel et la terre, et Sagesse, presente a cette 
occasion-la, n'eut ensuite qu'a s'en mordre les doigts - et nous avec. 

Retour, done, a ma question initiate : Jonathan ou pas, [206] Gnostiques ou pas, Prophetes ou 
pas, pourquoi se permet-on de lire HKMH en Genese I, 1 ? 



L'hebreu langue du chiffre 

Pour enfin resoudre ce probleme, il faut quitter la semantique (et la graphie) et s'adonner a 
d'autres sortes de calculs ; il faut recourir au chiffrage et aux codages. 

L'alphabet hebreu etant compose de 22 lettres qui sont aussi des nombres, il est facile, 
arithmetiquement, hors semantique, de faire correspondre entre eux des mots ou des groupes 
de mots, d'une part, et des valeurs chiffrees de l'autre. Si Ton appelle, comme le veut la 
tradition, « gematrie », la somme arithmetique des lettres-chiffres d'un mot, on dira de ce mot 
qu'il a pour valeur gematrique (ou, plus simplement, pour gematrie), disons, 567, 304, 70, ou 
43, etc. 

Tout ceci etant connu par mes chapitres precedents, je n'insiste pas. 

Le calcul gematrique est constant dans l'ensemble de la Bible hebraique ; il est constant dans 

la litterature hebraique peribiblique et postbiblique : il n'est pas seulement constant dans la 

Kabbale - au sens qu'on donne habituellement et restrictivement a ce label. 

Mais il ne suffit pas de constater que l'alphabet hebreu est aussi un code chiffre; encore faut-il 

s'entendre sur la nature de ce code et de cette combinatoire. 

Sans que je puisse insister, disons que le code alphabetique chiffre des rabbins (des 

Pharisiens), tel qu'il s'offre explicitement (exoteriquement) a decouvrir par exemple dans les 

Talmuds et le Midrash Rabbah, se presente ainsi : 

Qu'on me comprenne bien : je ne dis pas que ce code a ete invente par les 
Pharisiens ; je dis qu'il a ete recueilli par eux et divulgue (d'ailleurs plutot 
[207] chichement) dans leur litterature. - En realite, ce code gematrique 
fonctionne dans la Bible elle-meme, et il est egalement constant chez les 
Samaritains : il est done tres ancien. Et il est constant dans le Nouveau 
Testament (sous son grec) et dans les textes gnostiques (sous leur grec, sous 
leur copte, etc.). II n'existe done aucune difference, de ce point de vue, entre - 
pele-mele - le Judaisme (toutes sectes confondues), le Gnosticisme, le 
Samaritanisme et le Christianisme neotestamentaire : tous quatre se referent 
au meme Livre (la Bible, la Thora) ; tous quatre s'y referent par midrash (en 
le tenant pour code). 



lettres valeurs gematriques 

' (aleph) 1 

B (beith) 2 

G (ghimel) 3 

D (daleth) 4 

H (he) 5 

W (waw) 6 

Z (zai'n) 7 

H (heth) 8 

T (tet) 9 

Y(yod) 10 

K (kaph) 20 (500 en finale) 

L (lamed) 30 

M (mem) 40 (600 en finale) 

N (noun) 50 (700 en finale) 

S (samekh) 60 

c (ayin) 70 

P (phe) 80 (800 en finale) 

§ (tsade) 90 (900 en finale) 

Q (qoph) 100 

[208] R (resh) 200 

S (shin) 300 

T (taw) 400 

Le tableau ci-dessus, pourtant confirme par les Talmuds, le Midrash Rabbah, etc., mais aussi 
par l'ensemble des constructions narratives (et autres) de la Bible hebraique, ne suffit pas. Car 
il est un autre code, plus naturel, plus immediat, et dont les erudits ne tiennent massivement 
jamais compte, celui qui assigne a chaque lettre de l'alphabet hebreu la valeur (cardinal e) de 
son rang (ordinal). - En concurrence et complementarite avec ce que j'appellerai desormais 
« gematrie classique » (gC - tableau ci-dessus), 

« Gematrie classique », mais surtout pas, comme je le lis partout, « gematrie 
rabbinique » : car les Pharisiens ne sont aucunement les inventeurs de ce 
systeme chiffre. 

il faut prendre en compte la « gematrie par rangs » (gR). 

Ces deux sortes de gematries, gC et gR, presentes et operatives dans 
l'ensemble de la litterature hebraique (biblique ou non, ulterieurement 
traduite ou non, juive ou samaritaine, gnostique ou non), sont tout aussi 
productives, sous son grec, dans son hebreu d'origine, d'un bout a l'autre du 
Nouveau Testament - cf., a ce sujet, mes deux chapitres precedents, mais je 
glisserai tout a l'heure quelques exemples de chiffrages neotestamentaires 
parmi les plus impressionnants... et, en effet, les plus productifs. 

II ne faut done, ici ni ailleurs dans la litterature hebraique (ou d'origine hebraique), se 
contenter du tableau ci-dessus ; il importe, tout au contraire, et comme suit, de s'astreindre a 
prendre en consideration les deux sortes de codes : 

Dans un film yiddish, Dibbuk (Pologne, 1939), l'un des personnages crie 
« Emeth, Emeth, 36, 36 » ; 36 est en effet la gR de 'MT, « verite ». 

[209] 

lettres gR gC 

1 1 

B 2 2 



G 3 3 

D 4 4 

H 5 5 

W 6 6 

Z 7 7 

H 8 8 

T 9 9 

Y 10 10 

K 11 20 (ou 500) 

L 12 30 

M 13 40(ou600) 

N 14 50 (ou 700) 

S 15 60 

16 70 

P 17 80 (ou 800) 

§ 18 90(ou900) 

Q 19 100 

R 20 200 

S 21 300 

T 22 400 

Sans disserter sur les differences, mais aussi sur les analogies, entre les deux codes ainsi 
definis (gR et gC), 

Les analogies sont evidentes : la somme des chiffres constitutifs de la gR 
d'une lettre est toujours egale a la somme des chiffres constitutifs de sa gC, et 
vice versa. Par suite, et plus generalement, la somme des chiffres constitutifs 
de la gR d'un mot (ou d'un [210] groupe de mots) est toujours egale a la 
somme des chiffres de sa gC, et vice versa. Par exemple, le mot 'WR, 
« lumiere », a pour gR : 1 + 6 + 20 = 27 ; il a pour gC : 1 + 6 + 200 = 207 ; 
somme des chiffres de sa gR : 2+ 7 = 9 ; somme des chiffres de sa gC : 2 + 
+ 7 = 9. 

Autre exemple, le mot MSYH, « messie », a pour gR : 13 + 21 + 10 + 8 = 52; 
somme de ces chiffres : 5 + 2 = 7 ; il a pour gC : 40+ 300+ 10+ 8= 358 ; 
somme de ces chiffres : 3 + 5 + 8 = 16, puis 1+6 = 7. 

La circulation est done directe entre les deux gematries (gC et gR), a 
condition, bien sur, qu'on n'y fasse pas intervenir la consideration des lettres 
finales : mais une telle consideration est tardive dans la litterature hebraique, 
les lettres finales n'existant pas dans l'hebreu samaritain. Notez, d'autre part, 
que gR et gC d'un mot sont rigoureusement identiques lorsque aucune des 
lettres de ce mot n'excede le 10 e rang dans l'alphabet : ainsi YHWH, ou 
YHYD, ou HYH, ou 'HBH, etc. 

Notez enfin - meme si l'enonce de cette loi est un peu complique - que la gR 
du plerome d'un mot est toujours composee de chiffres dont la somme est 
egale a la somme des chiffres de la gC de ce plerome ; pour le verifier, 
reprenons l'exemple du mot MSYH : ce mot est compose des lettres M, S, 
Yet H, autrement dit, en les developpant, des lettres MYM, SYN, YWD et 
HYT ; le plerome de MSYH est done: MYM + SYN + YWD + HYT. 
La gR de ce plerome est : 13 + 10 + 13 + 21 + 10 + 14 + 10 + 6 + 4 + 8 + 10 
+ 22 = 141 ; somme de ces chiffres : 1+4+1=6. 

La gC de ce meme plerome est : 40 + 10 + 40 + 300 + 10 + 50 + 10 + 6 + 4 + 
8 + 10 + 400 = 888 ; somme de ces chiffres : 8 + 8 + 8 = 24, puis 2 + 4 = 6. 
Loutes ces lois gematriques, et bien d'autres, sont mises a l'oeuvre dans les 
textes gnostiques (alors que personne ne les etudie serieusement) et dans le 
[211] Nouveau Lestament (ou personne n'en soupconne l'existence et la 
performance). 



nous voila a meme de rendre justice a l'audace intempestive de Jonathan et, au-dela d'elle, a la 
presence effective de HKMH, « Sagesse », dans le premier verset de la Genese - et, ce 
faisant, d'expliquer a la fois l'origine du courant sapiential et les tribulations gnostiques de 
Sophia/ Achamoth. 



2701, 37et73 

Je l'ai etabli dans le chapitre precedent, la valeur gematrique (gC) de Genese I, 1, est de 2701. 
II y aurait beaucoup a dire sur ce nombre. 

Cf., la encore, mon chapitre precedent. 

Pour l'heure, je me contente de le mettre en facteurs ; et je constate aussitot que 2 701 n'est 
divisible, hormis par lui-meme et par 1, que par 37 et 73. 

37 et 73 etant des nombres premiers, la mise en facteurs de 2701 s'arrete avec 
et sur eux - arithmetique elementaire. 

Je calcule a present la gematrie par rangs (gR) et la gematrie classique (gC) de HKMH, 
« Sagesse-Sophia-Achamoth » : 

- gR de HKMH = 8 + 11 + 13 + 5 = 37; 

- gC de HKMH = 8 + 20 + 40 + 5 = 73. 

Et je dis - sans charabia aucun sur le courant sapiential ayant influence Jonathan (et issu, lui- 
meme, d'on ne sait ou) - que 2701, valeur chiffree de Genese I, I, se reduit factoriellement a 
37, gR de HKMH, « Sagesse », et a 73, sa gC. 



Jonathan arithmeticien 

Jonathan lit « sagesse » dans Genese I, 1, non pas semanti quern ent (la graphie HKMH n'y 
figure pas), mais [212] arithmetiquement (des lors que « sagesse » s'y presente au confluent 
des deux facteurs premiers, done uniques, de son codage esoterique). 

Car, qu'on me comprenne bien : il n'existe en hebreu, que je sache, aucun 

autre mot que HKMH possedant pour gematries concurrentes a la fois 37 et 

73. 

(Tiens: ...aucun autre mot, sinon GLYL, « la Galilee » ! toute la textualite du 

messie-fils galileen serait-elle done tiree, elle aussi, par travail mathematique, 

du premier verset de la Genese ?) 

Et puis constatez combien sont nulles les theories renvoyant le courant 

biblique sapiential a des influences hellenistiques : l'equation 2701 = 37 x73, 

issue d'un travail hebreu sur l'hebreu de Genese I, I, est-elle hellenistique ? 

Est-elle grecque ? et est-elle fondee sur la lecture des penseurs grecs ? 

73 est la gematrie classique de HKMH. Je suis passe de 2701, gC du verset, 

Et gC, egalement, du debut du prologue de Jean - prologue qui contient done, 
en hebreu et implicitement, et la sagesse (sans la moindre parcelle d'influence 
hellenistique) et la Galilee. 

Voyez d'ailleurs, dans ce prologue, et toujours sous son grec de traduction, 
l'incidence de Genese 1, 1 et de son 73. Par exemple : 

- versets 3-4 : « ce qui etait en lui », hebreu MH HYH BW, gC=73 ; 

- verset 4 : « la vie », hebreu HHYYM, gC = 73 ; d'oii l'equivalence, en 
conservant le vulgaire de nos traductions, entre « ce qui etait en lui » et « la 
vie », equivalence affirmee par le texte (et puis : cette equivalence fonctionne 
aussi en arithmetique par rangs, 13 + 5 + 5+ la + 5 + 2 + 6 = 46, pour « ce 
qui etait en lui »/MH HYH BW, et 5 + 8 + la + la + 13 = 46, pour « la 
vie »/HHYYM - voila de quoi gratifier les grecistes ! - et puis, encore : le 
« ce qui etait en lui etait la vie » du grec, en hebreu MH HYH BW HYH 
HHYYM, a pour gR de son plerome - autrement dit de ses lettres explicitees 



- MYM pour M, + HH pour H, + HH pour H, etc., 298 ; or 298 [213] est la 
gR, egalement, de Genese I, 1 - oui, tout ceci par parenthese !). 

a 73, gC de « Sagesse ». Je puis a present operer le trajet inverse. 

Et n'oublions pas de remarquer que 37 est le retrograde de 73, son 
anagramme arithmetique. 

Ainsi, la premiere calculatrice de poche venue m'indique que la somme des 73 premiers 
nombres (entiers positifs) est egale a... 2 701. 

Ce calcul - ce calcul de ce genre de somme - n'est pas seulement courant (et 
productif) dans la litterature estampillee comme « hebraique » ; il figure aussi 
dans le Nouveau Testament : ainsi, le 666 & Apocalypse XIII, 18 (« le chiffre 
de la bete »), est-il egal a la somme des 36 premiers nombres entiers ; le 153 
de Jean XXI, 11, a la somme des 17 premiers nombres; le 276 d'Actes 
XXVII, 37, a la somme des 23 premiers nombres (or 23 est la gR de KL, 
« tout-tous-toutes », terme present, sous le grec, dans ce verset)... Et puis : 
lors de la multiplication des pains (s'il convient d'accepter ce label), hebreu 
LHM, gC 78, on ramasse 12 couffins (traduction habituelle) : or la somme 
des 12 premiers nombres entiers est de 78. 

D'une part, je laisse a la reflexion du lecteur la valeur, arithmetique ou non, 
de la these d'une redaction grecque (ou arameenne) du socle des Evangiles et 
des textes conjoints ; et d'autre part je passe, car seule sagesse, ici, m'occupe. 



Le sens et le chiffre 

2701 = 37 X 73. J'ai mentionne, plus haut, Psaumes CIV, 24 : il faut a present saisir ce 
passage au pied de la lettre ; non pas « que tes creations sont grandes », ainsi que je le lis dans 
tant de versions francaises, mais « que tes creations sont multiples [214] (RB W) », car, dans 
cette interjection, il est a la fois question de la sagesse («toutes, tu les fis en sagesse ») et 
d'une multiplication (37 X 73 = 2701 - c'est le sens du verbe RBH) : le redacteur du psaume y 
dit explicitement que la Sagesse habite Genese I, 1, et qu'elle l'habite par voie de 
multiplication. Or ce redacteur est anterieur de plusieurs siecles a Jonathan et a son targum. 
D'ou ma devaluation de l'audace du targumiste. En changeant, comme il l'a fait, BR'SYT, 
« au commencement » (traduction vulgaire), par BHKMH, « en sagesse », 

Et en transferant ce changement dans sa version arameenne. 

Jonathan n'a en rien bafoue le caractere sacre - intouchable - du texte qu'il tenait 
(evidemment) pour divin : il a seulement opte pour l'arithmetique et laisse de cote la 
semantique. 

Ou, si Ton veut etre plus precis : il a abandonne une semantique, celle de 
« commencement »/R'SYT, pour en rejoindre une autre, celle de « sagesse »/ 
HKMH, par l'intermediaire d'un calcul arithmetique. 

Ce processus, semantique/arithmetique/semantique, est courant dans la 

litterature hebraique (juive ou samaritaine), dans la litterature gnostique 

(juive ou samaritaine), dans la litterature chretienne primitive 

(neotestamentaire ou non), et dans les traductions (juives ou samaritaines) de 

la Bible : targums, Septante, etc. 

Et en cela, loin d'innover, il a seulement mis au grand jour et vulgarise (en l'arameisant) une 

exegese que les ecrivains hebreux, juifs et samaritains, avaient constitute bien avant lui : 

Jonathan et son targum, comme le courant dit « sapiential », comme les recherches et theories 

gnostiques concernant Sagesse-Sophia-Achamoth, reposent sur une lecture commune - 

esoterique et arithmetique - de Genese I, 1 . 

[215] Lecture n'ayant, je le repete a l'encontre de ce qu'on voit partout 
affirme, aucune dette envers les penseurs grecs et l'hellenisme en general. 



Jeux sur le chiffre et le sens 

Mais ceci n'est pas une conclusion ; ou plutot : cette conclusion sur le debut du targum de 

Jonathan produit, elle-meme, des consequences qui ne sont pas sans interet. 

Si, en effet, en Genese I, 1, parce que 2 701 = Sagesse multipliee par elle-meme, j'ecris 

HKMH a la place de R' SYT, je me heurte illico a un probleme inattendu. 

Quelle est en effet la double valeur gematrique (gC et gR) de R'SYT ? 

En me referant au tableau donne plus haut, il m'est facile de le dire : 

- gC : 200 + 1 + 300 + 10 + 400 = 91 1 ; 

-gR: 20+ 1 +21 + 10 + 22 = 74. ^ 

La gematrie classique (gC) de R'SYT (911) etant beaucoup trop forte pour HKMH et ses 

valeurs 37 et 73, seule est a considerer ici sa gR : 74. 

Or 74 n'est pas 73. 

D'ou le probleme que se sont pose les redacteurs : d'un cote, il faut arithmeti quern ent que je 

Use HKMH a la place de RSYT : et c'est ainsi que Jonathan, dans son targum, ecrit « en 

sagesse » et non « au commencement ». Mais, d'un autre cote, hors du calcul global de 

Genese I, 1 (2 701) et de ses facteurs premiers (37 et 73), je ne puis faire que 74 (gR de 

R'SYT) condescende a egaler 73 (gC de HKMH). 

II ne faut pas, ici, que mon lecteur s'irrite du passage d'un code gemartique a 
l'autre. Ce va-et-vient est recurrent dans la litterature hebraique (et pas 
seulement dans la Kabbale au sens etroit du mot !) : on y voyage parmi les 
equivalences d'un alphabet chiffre [216] a l'autre avec une virtuosite qui n'a, 
c'est le cas de le dire, aucune equivalence dans les autres cultures (la grecque 
en particulier). Et ce mouvement de transcodage se retrouve, comme par 
hasard, sous le grec, dans l'hebreu original du Nouveau Testament; c'est 
meme sur lui - et pas sur l'Histoire ! et pas sur l'oralite ! - que se fondent les 
structures conceptuelles les plus importantes du corpus. Et personne ne le 
sait, ne le voit - ne le dit ! 

Ainsi, par exemple, 52 n'est pas seulement la valeur de BHMH, la « bete » de 
l'Apocalypse, lui fournissant, par multiplication et par addition de ses chiffres 
constitutes, tour a tour le nombre de ses cornes et celui de ses tetes (QRN, 
« corne », concept, en hebreu, de la force multiple ; R'S, « tete », concept, 
toujours en hebreu, de l'addition, du recensement et du denombrement). 
52 est aussi, pele-mele au travers de tout le Nouveau Testament, l'equivalent 
(entre autres ! ) de : 

- BN, « le fils » (gC) ; 

- MSYH, « le messie-christ-oint » et, par anagramme, « Dieu 
vivant/ressuscite » (gR), d'ou l'elaboration d'une theorie sur le fils-messie et 
sur le messie-fils (et d'une theorie sur le fils ressuscite - par anagramme !) ; 

- HSWR, « le boeuf » (gR), et HHMWR, « Fane » (gR), d'ou, sur fond d'une 
reference a Isaie, dans les apocryphes, la presence de ces deux animaux 
emblematiques lors de la naissance du fils-christ ; 

- NPS, « fame » (gR), sans commentaire ; 

- 'SRY, « heureux celui - ou ceux - qui » (gR), sans commentaire ; 

- HPRY, « le fruit » (gR) - souvenons-nous du « fruit des entrailles » ; 

- NSR, « rejeton » (gR), d'ou, en Romains XV, 12, la reference au « rejeton 
de Jesse » d'Isaie XI, 10 - et NSR, « rejeton », assone evidemment avec 
« nazareen », quel que soit le vrai sens de cet appellatif (N.B. Les Chretiens 
primitifs etaient appeles « Nazoreens ») ; 

[217] - YWHNN, « Jean » (gR), litt. « Dieu fait grace », d'ou les 
parallelismes entre Jesus et Jean, d'ou les questions que les redacteurs mettent 
dans la bouche de leurs interlocuteurs a propos de leur identite mutuelle (et 
de leur respective equivalence, ou non, avec MSYH, « messie ») ; 

- HTWBL, « le baptiste » (gC), litt. « le baptisant » (cf, par exemple, Marc I, 
4) - de sorte que Jean-le-Baptiste reunit en lui, arithmetiquement, deux 
equivalences a 52, l'une en gR, « Jean », l'autre en gC, « le baptiste » ; 



- SLWM, « la paix » (gR), sans commentaire - tant il serait riche -, et son 
anagramme MWSL, « celui qui regne/celui qui parle en paraboles », terme 
figurant dans la citation de Michee V, 1, donnee en Matthieu II, 6 et appliquee 
par lui a Jesus ; 

- 'LYHW, « Elie » (gC), d'oii, en Marc VIII, 27, la question de savoir si le 
« fils » (52) ou le « messie » (52) est « Jean » (52) ou Elie (52) ; 

- YS C H, « le salut » (gR), ou HYS C , « le sauveur » (gR), termes de meme 
racine que « Jesus- Josue », litt. « Dieu sauve »... 

. . . Tout cela sous le grec, hors du grec, dans l'hebreu primitif du corpus. (Et 
pas dans l'arameen, ou de tels calculs n'ont pas cours !) 

A cette liste impressionnante, et pour que le lecteur en mesure la valeur 
esoterique et anhistorique, il convient d'aj outer ceci : les parents du « fils- 
messie » s'appellent « Marie » et « Joseph », en hebreu MRYM et YWSP. Or 
MRYM vaut 56 et YWSP 48, tous deux en gR : la moyenne de ces deux 
nombres est 52 (cf, liste ci-dessus), gC de BN, « fils » et gR de MSYH, 
« messie -christ ». C'est dire le processus anhistorique, esoterique, d'un tel 
engendrement ! 

Et ce n'est pas tout : au debut de l'Evangile de Luc, Joseph est remplace 
aupres de Marie par Gabriel : cette substitution, hors Histoire mais dans la 
langue (l'hebraique, pas la grecque, et pas l'arameenne), a, elie aussi, un 
fondement chiffre : YWSP, « Joseph », [218] et GBRY'L, « Gabnel/Dieu 
fort », valent tous deux 48 (gR) ! 

J'ai indique plus haut que BN (« fils ») = MSYH (« messie-christ ») = 52. 
Cette gematrie est equivalente au plerome de YHWH, autrement dit au 
developpement des lettres du Nom divin-sacre : 

YHWH = YWD (lettre Y, « yod ») + HH (lettre H, « he ») + WW (lettre W, 
« waw ») + HH (lettre H, « he ») ; or YWD + HH + WW + HH = 52. 
Par contre, 52, gematrie du « fils » et du « messie-christ », n'est - et c'est 
capital - equivalente a aucune des graphies de « Jesus-Josue » : ni a 
YHWSW C , ni a YHWS C , ni a YSW C (ni a la graphie talmudique YSW) - de 
quelque maniere qu'on l'ecrive en hebreu, jamais « Jesus » ne parvient a 
s'identifier gematriquement (en gR comme en gC) a BN et a MSYH. D'oii 
l'hesitation sur l'accueil a reserver ou non a ce nom, hesitation qui s'exprime a 
la fois dans le Nouveau Testament (cf, par exemple, a diverses reprises dans 
les Epitres pauliniennes, l'appel a croire que le « christ-messie » est « Jesus » 
et reciproquement) et dans les livres Chretiens primitifs « Jesus » n'est pas 
mentionne dans Le Pasteur d'Hermas, livre longtemps demeure canonique, ni 
dans divers autres ouvrages des debuts du Christianisme - et, dans YEpitre de 
Barnabe, pourtant canonique pendant un certain temps puisqu'elle figure dans 
le Codex Sinaiticus, on en est encore a identifier « Jesus » a Josue, le 
successeur de Moise). 

Ce probleme, qui va peut-etre etonner mon lecteur, n'est nullement le produit d'une fantaisie 
de ma part. Voici : 



La force de I'esoterisme 

Le mot R'SYT est utilise dans l'ensemble de la Bible une cinquantaine de fois ; partout il 
s'ecrit R'SYT - partout, sauf une seule fois, en Deuteronome XI, 12 : a cet endroit, et a cet 
[219] endroit uniquement, il adopte la forme RSYT (sans aleph apres le R). II faut savoir que 
R'SYT est, en hebreu, de la racine R'S, que cette racine comporte trois lettres (trois 
consonnes), et que supprimer ou alterer l'une quelconque de ces trois lettres revient a attenter 
a la nature et au fonctionnement memes de la racine (R'S, « la tete »). Supprimer ou alterer en 
R'SYT le R, le ' ou le S, est done de soi morphologiquement impossible. Sauf une fois, en 
Deuteronome XI, 12, nul redacteur biblique ne s'est risque a un tel attentat. 
Je quitte a present la Bible hebraique et en viens aux Manuscrits de la mer Morte. 

Manuscrits quasi contemporains des Evangiles (?). 



La, tout s' inverse. Malgre ce que je viens de dire, malgre la repugnance morphologique a 
toute alteration de R'SYT au niveau de sa racine (R'S), on constate dans ces manuscrits la 
presence des deux graphies : la « normale », R'SYT, et la « fautive », RSYT. Et, qui plus est, 
la graphie fautive y est beaucoup plus frequente que la normale. 

Graphie « normale » : 4 occurrences ; graphie « fautive » : 7 occurrences. 
Aucune commune mesure avec la proportion exhibee dans la Bible. 

Or, si Ton se souvient de la gC de HKMH, « sagesse », 73, on constate qu'elle est egale a la 
graphie fautive et non a la normale : car en perdant son aleph, R'SYT perd gematriquement 1 
et passe, du coup, de la valeur 74 a la valeur 73. 

Pour remplacer, dans son targum, R' S YT, « commencement », par HKMH, « sagesse », il 
fallait que Jonathan obeisse a d'imperatives raisons : j'en ai demontre la nature arithmetique et 
esoterique. Pour opter si souvent (et majoritairement) pour une graphie fautive de ce meme 
R'SYT (la graphie RSYT), il fallait que les redacteurs originaux des Manuscrits de la mer 
Morte obeissent egalement a de bonnes raisons. Je propose de voir, parmi ces raisons, celle- 
ci : qu'ils ont adapte graphiquement [220] R'SYT, par suppression de son aleph ('), a la valeur 
73 de HKMH : RSYT valant 73 (gR), ils font au moins 7 fois ecrit ainsi. Hors semantique, et 
hors contraintes de la morphologie, ils ont force R'SYT a egaler HKMH, et reciproquement. 

Sans oublier, par ailleurs, que les 73 premiers nombres entiers ont pour 

somme 2701, gC de Genese I, 1. 



La traduction comme exegese implicite 

Mais alors - et c'est la que traduction et exegese se confondent, et c'est la qu'on saisit ce qu'est 
un targum - l'audace de Jonathan prend encore une autre tournure. Sa version (« par la 
sagesse le Nom crea... ») revel e en filigrane bien plus que ce que nous en laisse deviner la 
semantique de son arameen : elle nous precise ce que fut sa demarche, mais elle nous indique 
aussi et surtout la position qu'il adopta dans le debat sur la Creation bonne ou mauvaise - car 
Jonathan, pour le dire vite, est le contemporain des controverses dont on voit la violence dans 
les Manuscrits de Qumran, dans les systemes gnostiques et dans la litterature chretienne (ou 
dite telle) commencante. Jonathan, ici, vulgarise en arameen la position qu'il prend et qu'il est 
charge (par l'ecole de Hillel ?) de prendre au milieu de cet extraordinaire concert de theses 
divergentes, theses ayant toutes, sans exception, en commun la reference au texte biblique. 
Que fit Jonathan? 



Les manoeuvres de Jonathan 

Tout d'abord, il remplace le R'SYT original par HKMT' (pendant arameen de l'hebreu 

HKMH) a cause de l'equation 2 701 = 37 X 73. 

[221] Ce faisant, oblige de lire sous R'SYT le mot HKMH, il se heurte au probleme de la 

faille entre 74 et 73. 

Pour resoudre ce probleme, il s'attaque a la graphie R'SYT et, comme le font les redacteurs de 

Qumran, lit RSYT (= 73, gR). 

Genese I, 1 possede 28 lettres ; en remplacant R'SYT par RSYT au debut du verset, Jonathan 

le reduit a ne plus contenir que 27 lettres. 

J'ai dit plus haut que Jonathan ecrit HSM (« le nom ») a la place du 'LHYM (« Elohym ») 

original : « ...le Nom crea... » Cette traduction-substitution, la encore, n'est pas sans poids. 

Elle indique qu'il considerait deja 'LHYM, dans l'hebreu primitif du verset, comme un 

synonyme reverenciel de YHWH : 



De meme que, dans le Nouveau Testament, « pere » ou « cieux » sont des 
synonymes reverenciels de YHWH. 

il lisait done YHWH a la place de 'LHYM en Genese I, 1. Ce faisant, il reduisait une fois 
encore la longueur du verset d'une lettre : 

De R'SYT a RSYT, perte d'une lettre ; de 'LHYM a YHWH, perte d'une 
lettre. 

sous les 28 lettres originelles du verset, Jonathan en lisait done 26. 

Or 26 est precisement la valeur gematrique (gC ou gR, indifferemment) de YHWH, le nom 
divin-sacre imprononcable. 

Et voila justement la portee de la petite phrase arameenne de Jonathan (« par la sagesse le 
nom crea... ») : elle signifie en langue vulgaire (ou plutot : meme si e'est en langue vulgaire, 
en arameen) que la Creation n'est pas le fait d'un dieu inferieur, le demiurge gnostique : sous 
l'hebreu de Genese I, 1, Jonathan lit - et donne a lire - Taction de YHWH et la sagesse de 
YHWH. II y lit et y fait lire la Sagesse du faire divin. Par son exegese-traduction du Livre, par 
l'exegese virtuose que suppose et contient sa traduction, il entend, sur la meme base chiffree, 
arithmetique, codee, qu'eux, miner tous les systemes [222] catastrophiques des Gnostiques. 
Quelques calculs, quelques substitutions, tous et toutes de meme nature que les precedes de 
ses adversaires (juifs comme lui, ou samaritains - et scrutant, comme lui, le Livre), lui 
suffisent ; des le premier mot qu'il ecrit, a prendre conge d'eux. 



[223] 



Fils de I'homme : un calcul 



II ne suffit pas de se moquer des grecistes et des Eglises en retablissant le Nouveau Testament 

dans les prerogatives de sa langue d'origine : il faut aussi montrer en quoi ce retablissement 

change, desormais, notre approche du corpus. 

Premier exemple : 

Le Nouveau Testament appelle Jesus « fils de I'homme » et « fils de Dieu ». Les grecistes et 

les Eglises sont incapables de nous expliquer le sens de ces surnoms et de justifier leur 

intervention dans le corpus. Le recours a l'hebreu nous fournit sans peine cette explication et 

cette justification. 

Deuxieme exemple : 

Les parents du Christ-Messie evangelique se nomment Joseph et Marie. Les grecistes et les 

Eglises nous disent : Joseph et Marie etaient, historiquement, les parents historiques du Christ 

Jesus historique. L'hebreu, lui, nous oblige a concevoir tout autrement le triangle de la Sainte 

Famille - et a nous debarrasser des anecdotes des missels. 

Constat : 

La revelation grecque du Nouveau Testament grec ne depasse pas, en qualite, la routine des 

vaudevilles. 



[225] 

Des l'epoque de la Septante au moins, 

Septante : traduction grecque de la Bible hebraique (IlLou IF s. av. J.-C). 

et sans doute bien avant elle, YHWH est, dans le judai'sme, le nom divin le plus sacre : ni 
voyelles ni consonnes, et a la fois voyelles et consonnes, les lettres du Tetragramme 
constituent un nom auquel nul autre nom n'est comparable. 

Dire que YHWH est « Dieu » resulte d'une trahison indo-europeenne : d'une 

trahison de traducteurs ; en fait, notre soi-disant 

Yahve/Seigneur/Jehovah/Dieu-le-Pere est, en hebreu, dans sa langue 

d'origine done, une graphie ramassee de toutes les formes modales actives du 

verbe HYH, « etre » ; et e'est bien ainsi que l'entendent et le presentent les 

redacteurs primitifs, hebreux, des monuments primitifs du Christianisme (cf 

Apocalypse I, 4, 8, etc., ou est fournie, en clair, l'explicitation de YHWH - 

« est, etait, et vient » -, explicitation qui n'a en effet de sens qu'en hebreu, et 

qui n'est saisissable que par des hebreophones). 

Chez les Pharisiens, ce nom divin est nom imprononcable : parmi tous les mots de la langue 

sacree (l'hebreu est LSWN HQDS, « la langue du sacre »), le Tetragramme est le mot sacre 

par excellence. - Tout ceci est, je crois, bien connu, et je n'insiste pas. 

Je n'insiste pas, non plus, sur l'attitude respective des Sadduceens et des 
Pharisiens vis-a-vis de ce nom, ni sur celle, fort distincte, des Samaritains. 
Voir a ce sujet, egalement, les textes de Qumran. 

[226] 

Les surnoms divins 

Face au tabou du Tetragramme, la litterature hebraique opte tres tot pour l'usage de 
pseudonymes, de substituts reverenciels. On glisse sous YHWH la vocalisation de 'DNY (litt. 
« mon seigneur ») ; 

La suite des voyelles de YHWH ainsi maltraite est celle-la meme, en fait, de 
YSW C , « Jesus- Josue ». 
on remplace YHWH, graphiquement, par HSM, « le nom », par 'LHYM, « Elohym », par 

'DNYNW, « notre seigneur », etc. 

Ce precede de substitution prete d'ailleurs a confusion : dans la litterature 
hebraique ancienne, si Ton en croit les savants modernes, il existait une 
difference radicale entre 'LHYM et YHWH, le premier etant le dieu du Nord 
et le second le dieu du Sud ; et 9a n'est done que tardivement - et au mepris 
de cette cesure - que 'LHYM est devenu un terme de remplacement pour 
YHWH. 

Autre risque de confusion (sur lequel jouent immensement les Midrashim et 
les Lalmuds...) : tous les termes de remplacement du nom divin sacre sont 
aussi des termes semantiquement autonomes ; dans la litterature hebraique ils 
fonctionnent, des lors, tantot comme substituts et tantot selon leur sens 
propre : par exemple, SM y est parfois un pseudonyme de YHWH (sous lui 
e'est YHWH qu'il faut lire) et parfois un mot commun signifiant « nom ». 

Le Judai'sme se caracterise, et pas seulement depuis Esdras, par son culte du Dieu un et par 
son refus - son horreur - des images. Or, parmi les substituts employes par lui pour designer 
YHWH (ou, si Ton prefere, pour ne pas le designer), il en est qui relevent de 1'imagerie la plus 
crue : pour exprimer leur degout maximum de l'anthropomorphisme, du temps et de l'espace, 
dans leur designation (ou leur non-designation) de [227] Dieu, les Juifs hebreux font 
massivement appel a des mots vulgairement humains, spatiaux et temporels. 

Loute la litterature prophetique et tous les Psaumes manifestent ce recours au 
trivialisme. 

YHWH est ainsi appele §WR, « le rocher, la pierre », ou encore HTN, « le fiance », 



KLH, « la fiancee », etant alors Israel, le peuple choisi. (Dans nos traductions 
du Nouveau Testament, on lit souvent « epoux » a la place de « fiance », 
mais c'est HTN qu'il faut retro vertir.) 

ou SMYM, « les cieux », etc., etc. Le nom le plus sacre, parce que imprononcable et tabou, 
passe alors par les surnoms les plus cocasses. 

Cf, bien plus tardivement (?), les audaces, dans ce domaine, du Zohar. 

Et personne n'est dupe : 

Personne... si ce n'est les Chretiens dans leur consommation en grec, ou a 

partir du grec, des textes neotestamentaires originellement rediges en hebreu 

et charriant a brassees de tels usages substitutifs ! 

sous §WR, SOUS HTN, sous SMYM - pour ne prendre que ces exemples -, 9a n'est ni 

« rocher », ni « fiance », ni « cieux » que lisent (en temps opportun) les Hebreux, mais 

YHWH : c'est YHWH que, sous ces mots et aux endroits adequats, ils voient ecrit. 

Qu'on excuse la rapidite de ce preliminaire : mon dessein n'est pas de passer 
en revue les pourquoi et comment des substitutions de termes dans la 
mystique juive, mais d'en venir a leur performance chretienne. 

[228] 

Usage (hebraique) des surnoms divins 
dans le Nouveau Testament 

Dans les Evangiles et, plus generalement, dans les monuments Chretiens hebreux primitifs, le 
recours aux surnoms divins regne en maitre. YHWH, dans ces textes, est appele « pere » 
(hebreu 'B), « cieux » (d'ou l'expression « royaume des cieux », MLKWT SMYM, mise la 
pour « regne de YHWH »), « colombe » (l'esprit de YHWH descendant comme une colombe, 
YWNH, « colombe-Jonas », ayant, toujours en hebreu et dans l'ordre, les memes voyelles que 
le Tetragramme - et esprit de YHWH descendant comme une colombe sur Jesus parce que, 
toujours en hebreu et toujours dans l'ordre, YHWH, YWNH/« colombe » et YSW7« Jesus- 
Josue » possedent ces memes voyelles), 

Travail sur les voyelles, travail qui ne concerne plus alors la chair du mot 

hebreu, sa graphie, sa lettre, mais son esprit, son souffle. 

Les effets de vocalisation sont innombrables dans le Nouveau Testament, et 

les grecistes ne les detectent evidemment pas. 

Prenez, par exemple, Apocalypse XI, 8 (verset unanimement crucifie par les 

commentateurs... depuis Irenee de Lyon !). - L'Apocalypse de Jean fustige 

une « grande ville » ; l'auteur appelle cette ville « Babylone » et lui predit, 

parce qu'elle a trahi sa fidelite premiere (elle s'est « prostituee »), les pires 

catastrophes. Lecture unanime, en effet, des commentateurs : sous 

« Babylone » c'est ici « Rome » qu'il faut lire - et voguent les contresens : sur 

une redaction de cette Apocalypse au temps de Domitien (96 apr. J.-C. !) ; sur 

les martyrs de l'Apocalypse comme martyrs des Romains ; sur l'auteur de 

l'Apocalypse comme s'y posant en ennemi jure de l'Empire romain. Alors 

que... 

Alors que notre auteur a pris soin de devoiler la clef [229] de cette 

« Babylone » ; mais il l'a devoilee en hebreu (sous le grec, elle se voit - elle 

devrait se voir). 

Apocalypse XI, 8, done : « ...de la grande ville, laquelle s'appelle en esprit 

Sodome et Egypte, ou leur (le) Seigneur a ete suspendu ». D'une part, le 

passage indique bien que le Seigneur a ete suspendu dans cette ville : la 

Babylone visee ne peut done etre Rome, mais bien Jerusalem. Mais surtout 

(car nos savants exegetes n'hesitent pas a considerer comme une glose la 

clausule « ou leur Seigneur a ete suspendu » - elle les gene tant !) - mais 

surtout : 

Sodome et Egypte presentent, en hebreu, les memes voyelles, dans l'ordre, 

que Jerusalem : et Sodome + Egypte = Jerusalem, effectivement, « en 



esprit ». (YeRoSaLaYiM, eu egard aux transcriptions, pour « Jerusalem » ; 
SeDoM pour « Sodome » ; et MaSRaYiM - et non pas, comme dans le Texte 
Massoretique, MiSRaYiM - pour « Egypte ».) 

Et qu'on n'aille pas dire que cette clef-la est due a un redacteur ou a un 
glossateur grec : Jerusalem et Sodome -Egypte ne sont identiques en esprit, 
vocaliquement, qu'en hebreu. La clef en question a ete produite par un Juif 
hebreu a l'usage exclusif de Juifs hebreux seuls aptes a la comprendre (en 
grec, puis dans les langues modernes, elle n'a plus aucun sens). 
Par consequent - consequences majeures : 1) l'Apocalypse n'est pas dirigee 
contre Rome mais contre Jerusalem, et la ville « prostituee » que remplacera 
la Jerusalem celeste n'est autre - symetrie enfin obvie ! - que la Jerusalem 
terrestre ; 2) les martyrs de l'Apocalypse sont persecutes, comme Etienne, 
comme les victimes du premier Paul, Saul, par les Judeens ; 3) l'auteur de 
l'Apocalypse n'ecrit nullement son texte (en grec de pacotille) au temps de 
Domitien, mais bien avant 70, date de la prise de Jerusalem par Titus, date 
au-dela de laquelle prophetiser la mine de la « grande ville » n'aurait plus eu 
le moindre sens : et il ecrit en hebreu. 

Consequence de ces consequences : toute la [230] comprehension de 
l'Apocalypse est a revoir ; et, a revoir avec elle, toute la genese du texte, son 
efficience, ses images... 

etc. Autant dire que, du point de vue de l'usage des substituts reverenciels de YHWH, la 
litterature chretienne primitive, en tant qu'hebraique et parce que hebraique, fonctionne selon 
les memes principes que la litterature juive hebraique contemporaine : elle n'a rien a lui 
envier. 



Le surnom divin « lieu » 

Mais il est un autre substitut du nom divin qu'il faut a present examiner: MQWM, « le lieu », 
car cet examen nous montre aussitot que les images choisies pour remplacer YHWH ne sont 
precisement pas choisies au hasard. En bref, leur choix releve des methodes classiques de la 
science et de la mystique des Hebreux. 

« Lieu » est un terme de remplacement courant dans la litterature juive 
hebraique (biblique et post-biblique) et courant dans la Gnose (cf Extraits de 
Theodote et autres). Notons tout de suite que MQWM/ « lieu » est de la 
racine Q WM, « se lever, ressusciter » . 

Pourquoi et en quoi MQWM, « lieu », est-il l'equivalent de YHWH ? 

Pour le comprendre, il suffit de se souvenir des regies elementaires du chiffrage hebreu. 

Simple rappel : 

1) Gematrie par rangs : les 22 lettres de l'alphabet ont, dans l'ordre, des 
valeurs allant de 1 (pour aleph) a 22 (pour taw). 

2) Gematrie classique : valeurs 1 a 10 entre aleph et yod ; valeurs 10 a 100, 
par paliers de 10, deyod a qof; et valeurs de 100 a 400, par paliers de 100, de 
qofk taw ; K, M, N, P et S placees en finales, sont [231] susceptibles alors de 
prendre, respectivement, les valeurs 500, 600, 700, 800 et 900. 

En gematrie classique, MQWM, « lieu », vaut 40 + 100 + 6 + 40 = 186. Le rapport avec 
YHWH est, des lors, evident, car Y 2 + H 2 + W 2 + H 2 = 102 + 52 + 62 + 52 = 186. Les Juifs 
hebreux remplacent reverenciellement YHWH par MQWM dans leur litterature (ou, si Ton 
veut, « Dieu » par « Lieu ») parce qu'il existe un lien arithmetique indirect entre les deux 
termes par voie d'une elevation 

MQWM, « lieu », de la racine QWM, « se lever » ! 

au carre des lettres du Tetragramme tabou. Au lieu de YHWH, sacre, on ecrit MQWM, 
trivial ; et sous MQWM, ensuite, on lit YHWH. 

Avec le risque de confusion dont j'ai parle tout a l'heure, car, dans cette 
litterature, « lieu » signifie tantot YHWH et tantot « lieu »... 



Codages sur le « fils de V homme » ? 

Pourquoi, dans les Evangiles, Jesus se nomme-t-il si souvent « fils de l'homme » ? A cette 
question personne, jusqu'ici, n'a repondu - 

Pour une fois me voici d'accord avec Guignebert disant que le titre de « fils 
de l'homme » applique a Jesus « nous met en presence du plus embrouille, du 
plus empetre de tous les problemes neotestamentaires » {Jesus, ed. de 1 969, 
p. 278). Mais ce probleme, on va le voir, n'est imbrogliesque que pour les 
grecistes ; si les exegetes pratiquaient un peu la litterature hebraique et si, 
parallelement, ils retro vertissaient le Nouveau Testament, ils auraient la joie 
de changer l'empetre en lumineux. 

et il est facile de comprendre les raisons d'une telle non-reponse : les exegetes Chretiens, 
depuis des siecles, ne voient pas (ou refusent de voir ?) que les textes Chretiens primitifs - 
[232] ceux-la memes qui fondent leur religion ! - ont ete primitivement rediges en hebreu (et 
qu'ils ne fonctionnent que dans cette langue, a l'exclusion definitive de toute autre !)... 
Fils de l'Homme... L'expression est biblique : BN pour « fils », 'DM (Adam) pour « homme ». 
« Fils de l'Homme » : BN 'DM. 

Cf. le rendement de cette expression chez Ezechiel... Les gematries sont ici 
essentielles. Jesus-Josue est appele « fils », hebreu BN, gematrie classique 2 
+ 50 = 52. II est appele « messie » (Jesus-Christ = Jesus-Messie), hebreu 
MSYH, gematrie par rangs : 13 + 21 + 10 + 8 = 52. Par voie arithmetique (en 
hebreu done, et dans nulle autre langue - arameen compris), Messie et Fils 
sont des termes equivalents. Pas besoin de souligner la fecondite de cette 
equivalence dans les textes neotestamentaires ; pas besoin d'insister sur le fait 
que nos grecistes (de service depuis des saecula saeculorum !) n'en disent 
rien. 

Et le fils-messie est aussi appele « homme » (cf. le fameux Ecce Homo...) ; 
l'equivalence, encore hebraique, entre fils-messie = 52 et « homme » ('DM) 
est fournie par voie de multiplication, car 'XDXM= 1 X4X13 = 52. 

Jesus e'est, toujours en hebreu, comme Josue, YHWS C 

Le lien entre cette graphie et YHWH est le suivant : les trois premieres lettres 
de l'un sont, dans l'ordre, aussi celles de l'autre (Y, H et W); et la derniere 
lettre de YHWH, H, a la meme valeur, 5, que la difference entre les deux 
dermeres lettres de YHWS C : S = 21, c = 16, difference : 5. 
D'oii les elaborations chretiennes sur l'incarnation de Dieu en Jesus, 
elaborations ineptes hors de l'hebreu. Et le lien entre « fils » et YHWH ne se 
comprend d'ailleurs qu'en hebreu ; YHWH est en effet, dans l'ordre, compose 
des lettres YWD (yod), HH (he), WW (waw) et HH (he) : la somme de ces 
lettres est egale a 52, valeur de BN, « fils », de MSYH, « messie-christ- 
oint », et, par multiplication de ses propres lettres, de 'DM, « homme ». 

[233] ou YHWS C (litt. « dieu sauve »). La graphie YSW C est celle sur laquelle il faut faire 

porter l'analyse, car, comme on va le decouvrir, e'est elle qui se trouvait adoptee dans l'hebreu 

original des Evangiles (et du Nouveau Testament dans son ensemble). 

Que vaut, en gematrie classique, YSW C (« Jesus-Josue ») ? 10 pour Y, + 300 pour S, + 6 pour 

W, + 70 pour c , soit au total 386. 

Ce 386 fait irruption, dans les Evangiles, a des endroits ou les grecistes, bien 
stir, ne le soupconnent pas - ne peuvent pas le soupconner. 
Ainsi, par exemple, dans la fameuse citation d'lsaie par Jean-Baptiste, citation 
figurant en Jean I, 23 : « Je suis la voix de celui qui crie dans le desert : 
Aplanissez le chemin du Seigneur. » En Isaie XL, 3, la phrase est : QWL 
QWR' BMDBR (« voix cnant dans le desert ») PNW DRK YHWH 
(« retournez a la voie, a l'observance de la loi, de YHWH »). La premiere 
partie du passage vaut 124, valeur meme de YWHNN, «Jean»; et la 
seconde 386, valeur de YSW C , « Jesus ». 
(Calcul : 



1) QWL QWR' BMDBR =19 + 6+12+19 + 6 + 20+1+2+13+4 + 2 + 
20 = 124 = YWHNN = 10 + 6 + 8 + 50 + 50 = 124. 

2) PNW DRK YHWH = 80 + 50 + 6 + 4 + 200 + 20 + 10 + 5 + 6 + 5 = 386 = 
YSW C = 10 + 300 + 6 + 70 = 386.) 

On deguste des lors pourquoi Jean dit « Je suis la voix qui crie dans le 
desert » ; mais on ne le deguste qu'en hebreu. 

Et on apprecie egalement a sa juste mesure le sens esoterique de la reference 
a Isaie : dans cette citation, sous elle, arithmetiquement, sont mis cote a cote 
les noms YWHNN/« Jean » et YSW7« Jesus ». Dans la traduction grecque, 
et, par voie de consequence, dans nos versions francaises, cette double 
reference est perdue. 

[234] Que vaut a present « fils de l'homme »/BN 'DM, toujours en gematrie classique ? 2 
pour B, + 50 pour N, + 1 pour ', + 4 pour D, + 40 pour M, soit au total 97. Aucun rapport 
entre Jesus = 386 et Fils de l'Homme = 97. De gematrie classique a gematrie classique, « fils 
de l'homme » et « Jesus- Josue » n'ont aucune espece de rapport. 

Que vaut « fils de l'homme »/BN 'DM en gematrie par rangs ? 2 pour B, + 14 pour N, + 1 
pour ', + 4 pour D, + 13 pour M, soit au total 34. 

34, la valeur meme de RWH, «l'Esprit», d'oii la naissance du « fils de 

l'homme » par l'operation du Saint Esprit ! 

De gematrie classique a gematrie par rangs aucun rapport, encore une fois, entre Jesus- Josue 
(= 386) et « fils de l'homme » (= 34). 
Mais, puisque aporie il y a, corsons l'affaire. 



Codages sur le « fils de Dieu » ? 

Jesus n'est pas seulement appele « fils de l'homme » dans le Nouveau Testament ; il est aussi 
nomme « fils de Dieu ». 

Guignebert, dans son livre deja cite (p. 273), dit a ce sujet : « Ceux qui ont dit 
que Jesus etait le Fils de Dieu n'ont pu le croire que dans une ambiance 
grecque ; c'est en grec qu'ils l'ont dit et en se placant dans une tout autre 
perspective religieuse que celle de la messianologie juive » ; nous n'allons 
pas tarder a sourire de Yambiance grecque et de la tout autre perspective de 
Guignebert. 

Quel que soit le substitut employe ici, a cette occasion, dans l'hebreu original ('LHYM, 
« Elohym », par exemple), c'est YHWH qu'il fallait bien evidemment lire sous lui ; « fils de 
dieu », c'est done, ici, BN YHWH. 

Gematrie classique de « fils de dieu »/BN YHWH : 2 + 50 [235] + 10 + 5 + 6 + 5 = 78. Aucun 
rapport avec « fils de l'homme » ; aucun rapport avec « Jesus- Josue ». 

Mais un rapport certain et direct avec, par exemple, LHM, « le pain » (30 + 8 
+ 40 = 78) : or Jesus est dit ne a BYT -LHM, Betheem, litt. « Maison du 
Pain » ; il se proclame a pain de vie », etc. 

Un rapport certain, et tout aussi direct, avec RWH QDS, « Esprit Saint » (20 
+ 6 + 8 + 19 + 4 + 21= 78) : or c'est l'Esprit Saint qui preside a la naissance 
de Jesus, et c'est lui qui descend, vocaliquement, sur le baptise du Jourdain. 
Et on pourrait, hors ambiance grecque, multiplier ces reseaux arithmetiques. 
Gematrie par rangs de BN YHWH/« fils de dieu » : 2 + 14 + 10 + 5 + 6 + 5 = 42. Aucun 
rapport, encore une fois, avec « fils de 1 'homme » et avec « Jesus-Josue ». 



« Elevation » mathematique 

Impasse ? Que non pas. 

J'ai montre, plus haut, que MQWM, « lieu », est utilise par le Judaisme hebreu comme un 
substitut de YHWH, et que cette substitution s'opere, gematri quern ent, arithmetiquement, 
grace a une addition des carres des lettres constitutives du Tetragramme tabou. 

MQWM, « lieu », de la racine QWM, « se lever » : ici, au carre ! 

Cet usage des carres numeriques-alphabetiques est courant dans l'elaboration des textes 
hebraiques. C'est de carres qu'il faut s'occuper ici. 

HTN, « le fiance » (et, dans le Nouveau Testament, « l'epoux » de nos 
versions francaises), est un autre substitut reverenciel de YHWH - parce 
que : 

1) YHWH est compose des lettres YWD (yod), HH (he), WW (waw) et HH 
(he) - lettres dont la simple [236] somme equivaut, je le rappelle, a 
« messie » et a « fils » ( = 52) ; 

2) la somme des carres de ces lettres est egale a (Y + W + D)~ + (H + H) + 
(W + W) 2 + (H + H) 2 = 744 ; 

3) HTN, « fiance », vaut, des qu'on additionne aussi ses lettres mises au 
carre : H 2 + T 2 + N 2 = 82 + 222 + 142 = 744, meme nombre que 
precedemment. 

La substitution, si commune dans la Bible et dans les textes juifs posterieurs, 
entre YHWH et HTN (vulgairement « Dieu » et « fiance ») repose done, dans 
la langue sacree, non pas sur des elucubrations familiales (comme se 
complaisent a nous le suggerer les soi-disant exegetes soi-disant autorises du 
Cantique des Cantiques), mais sur une sequence de decodages chiffres : 
kabbalistiques. 

J'ajoute que c'est le recours a l'hebreu primitif des Evangiles qui nous permet 
seul d'apprecier la comparaison Jesus/fiance (ou epoux) telle qu'elle 
fonctionne dans le Nouveau Testament ; car c'est en hebreu que HTN, 
« fiance-epoux », produit la valeur 744, et c'est en hebreu - et non dans une 
ambiance grecque - que YSW C MSYH, autrement dit « Jesus-Christ », vaut, 
gematnquement : 10 + 300 + 6 + 70 + 40 + 300 + 10 + 8 = 744. 
Et si Jesus-Christ est, dans ce meme Nouveau Testament, appele « fils de 
YHWH », c'est aussi parce que, valant 744, il equivaut a la somme des carres 
des lettres developpees du Tetragramme. 

Elevation des lettres au carre : je procede ainsi avec « fils de l'homme »/BN 'DM. B 2 + N 2 + 
' 2 + D 2 + M 2 = 22 + 142 + 12 + 42 + 132 = 386 ; 386 : la valeur meme de YSW7« Jesus- 
Josue » ! 
Et j 'affirm e ceci : 

[237] 

Encore et toujours le recours a V hebreu 

Dans les Evangiles, l'expression « fils de l'homme » n'etait pas originellement grecque, mais 
hebraique ; sans le moindre sens en grec, elle figurait dans l'original sous la forme commune 
BN 'DM ; elle servait de substitut a « Jesus- Josue » par voie arithmetique. 

Par voie arithmetique, par elevation de ses lettres au carre. Elevation qui 
figure, en clair, dans le texte neotestamentaire : cf les passages y parlant 
d'une elevation du fils de l'homme ou de sa resurrection (racine hebraique 
sous-jacente QWM, « se lever, ressusciter » !). 

Je procede de la meme maniere avec l'expression « fils de dieu »/BN YHWH. Meme 
elevation de ses lettres au carre, meme addition : B 2 + N 2 + Y 2 + H 2 + W 2 + H 2 = 22 + 142 + 
102 + 52 + 62 + 52 = 386 ; 386 : meme valeur que celle de « fils de l'homme » (lorsqu'il est 
eleve), meme valeur que celle de « Jesus- Josue ». 



Dans les Evangiles, Jesus s'appelle ou est appele substitutivement « fils de l'homme » et « fils 
de dieu » parce que, en hebreu, dans la langue originale-originelle du texte, 

En hebreu : pas en grec ! Et : dans la langue, pas dans l'Histoire ! 

il existait un lien chiffre entre ce mot et ces deux expressions. 

A cette simplicity (et surtout : a cette logique absolue...) du rapport Fils-de- 
l'Homme/Jesus/Fils-de-Dieu au travers d'un travail elementaire sur la langue 
hebraique et ses codes, comparez l'inadmissible flou des dictionnaires et 
encyclopedies theologiques aux articles concernes. Consternant ! 

II ne faut d'ailleurs pas se contenter de constater que de tels calculs n'ont aucun fondement en 
grec et qu'ils ne valent qu'en [238] hebreu : il faut aussitot orner ce constat de son corollaire : 
ces calculs ne sont saisissables que par des lecteurs hebreux ; ils sont intraduisibles. 

En d'autres termes, les redacteurs hebreux (primitifs) des Evangiles hebreux 
(primitifs) ne s'adressaient pas originellement a des Gentils : pas a des non- 
Juifs ; et pas a des Juifs non hebreophones - voila qui n'est pas negligeable... 
Une fois litteralement traduits en grec (dans le seul souci de la semantique 
des mots, et jamais de leur puissance arithmetique), puis en latin, etc., ces 
textes ont perdu l'essentiel de leur sens profond, de leur genese, des modes 
esoteriques de leur production. Ils ont ete voles de leur logique. 



Jesus hors histoire 

Si, par voie d'une elevation (de leurs lettres au carre), « fils de l'homme » et « fils de dieu » 
sont des substituts de « Jesus », c'est aussi parce que existe, toujours en hebreu, 

Dans la langue, de nouveau : et pas dans l'Histoire ! 

une egalite arithmetique et kabbalistique entre 'DM/« homme » et YHWH/« dieu ». 

Qu'on me repardonne (et premierement aux Eglises...) ces pitoyables 
traductions. 

« Homme » = 'DM. Elevation au carre puis somme de ses lettres :' 2 + D 2 + M 2 = 12 + 42 + 
132= 186. 

« Dieu » = YHWH. Meme travail: Y 2 + H 2 + W 2 + H 2 = 102 + 52 + 62 + 52 = 186. 
Autrement dit, en clair et par rendement chiffre de 1 'hebreu, 'DM/« l'homme », en s'elevant et 
en ressuscitant (racine hebraique QWM, deja vue), devient l'equivalent de YHWH/« Dieu », 
et reciproquement. Toute la doctrine de ce qu'on appellera l'lncarnation, la Crucifixion (en 
fait : la suspension au bois) et la [239] Resurrection, repose ainsi, non sur l'Histoire, mais sur 
la fecondite linguistique-arithmetique de l'hebreu, de l'idiome sacre. 

Fecondite maximum, des lors qu'ew esprit, c'est-a-dire du point de vue de ses 
voyelles non ecrites, YSW C , « Jesus-Josue-Sauveur », est identique a YHWH, 
«Dieu»... Et maximum du maximum lorsqu'on se souvient que MSYH, 
« christ-messie », est identique a son anagramme SM HY, « le nom ( = 
YHWH) vivant-ressuscite » ! 
Cette equivalence arithmetique entre 'DM et YHWH, « homme » et « Dieu », 

Equivalence qui, entre autres, justifie la fameuse formule de Genese I, 27 : 
« Elohym (substitut de YHWH) crea l'homme ('DM) a son image » - verset 
sur lequel a fleuri le plus effarant des sottisiers. 
jointe a l'anagramme MSYH/SM HY (« christ-messie »/« vivant-ressuscite est Dieu »), fonde 
le fondement du fondement du Christianisme. En hebreu. En hebreu et pas en grec. En langue 
et pas dans l'Histoire. Et personne, jamais, ne s'en est rendu compte, n'est-ce pas ? - personne, 
jamais, ne l'a dit et montre. Ne l'a reconnu. 



AUTRES CODAGES, AUTRES CALCULS 
(LA S AINTE F AMILLE) 

Marie, Joseph, Jesus... Pourquoi ces noms ? pourquoi un tel engendrement ? Ou, si Ton veut 
donner un tour encore plus anhistorique (plus linguistique) a cette question : pourquoi les 
mots « Marie » et « Joseph » produisent-ils le mot « Jesus » (ou « Josue ») ? Le grec du 
Nouveau Testament parle de Maria (ou Mariam), de Ioseph et de Iesous ; le grec ne nous 
laisse rien deviner des [240] raisons qui ont pousse les redacteurs originaux, hebreux, a 
assigner a Jesus la parente Joseph-Marie ; sous les caiques grecs (approximatifs) que nous 
avons sous les yeux, c'est done bien MRYM, YWSP et YSW C qu'il faut retrovertir, car seule 
une telle retroversion nous permet de saisir les liens parentaux existant entre les trois termes - 
liens que je vais a present decortiquer. 

I s ' codage : 

Quelles sont, en gematrie classique, les valeurs respectives de Marie et de Joseph ? 
Valeur de MRYM : 40 + 200 + 10 + 40 = 290. 
Valeur de YWSP : 10 + 6 + 60 + 80 = 156. 

Lorsque, en kabbale (ou gnose) hebraique, deux termes copulent, leurs valeurs gematriques 
s'additionnent. 

Je dois done ecrire : MRYM + YWSP = 290 + 156 = 446. Je garde en memoire ce 446-la et 
relis Epitre aux Colossiens I, 18 ainsi qu'Apocalypse I, 5 : dans ces deux versets, Jesus-Christ 
est defini comme « le premier-ne des morts ». Sans nous interroger sur le sens exact de cette 
expression, nous pouvons constater que son original ne se trouve ni chez Platon, ni chez 
Philon, ni chez les Stoiciens, ni chez Plotin, mais dans la Bible hebraique ; et il n'y figure 
qu'une seule fois, en Job XVIII, 13, sous la forme BKWR MWT. Dans les deux versets du 
Nouveau Testament que je viens a l'instant d'epingler, il faut done lire, en hebreu et non en 
grec, que Jesus-Christ se definit comme BKWR MWT, car c'est cette expression que les 
redacteurs neo-testamentaires ont lue et choisie dans le Livre de Job - celle-la et aucune 
autre ; et c'est cette expression qu'ils ont cru bon d'appliquer a Jesus-Christ (ensuite est venue 
sa traduction vulgaire en grec, en latin... puis en francais). 

Dans BKWR MWT, BKWR signifie « le premier-ne » et MWT « la mort » (puis, 
collectivement, « l'ensemble des morts »). Dans BKWR MWT, BKWR est l'engendre et 
MWT l'engendrant. Lorsque YEpitre aux Colossiens et V Apocalypse affirment de Jesus [241] 
qu'il est « premier-ne des morts », elles affirment que MWT, « la mort-les morts », est son 
producteur (son engendrant) direct. 

J'ai calcule tout a l'heure la valeur de MRYM/« Marie » + YWSP/« Joseph », 446 ; je n'ai pas 
oublie ce nombre et j'ai bien fait, car, dans l'expression BKWR MWT (« premier-ne des 
morts »), MWT (« la mort-l'ensemble des morts ») vaut precisement 40 + 6 + 400 = 446. 
Definissant Jesus-Christ comme le fils de Joseph et de Marie et le definissant comme premier- 
ne des morts, les redacteurs originaux du Nouveau Testament - bien dans la ligne de la Gnose 
hebraique, et hebreux eux-memes - disaient arithmetiquement la raerae chose ; ils 
appliquaient a des mots figurant dans la langue biblique sacree, l'hebreu, MRYM, YWSP et 
MWT (Marie, Joseph et mort), des calculs gematriques propres a engendrer des narrations et 
des theses nouvelles : narrations et theses destinees a « accomplir » l'Ecriture, e'est-a-dire a la 
continuer en la codant. 

En hebreu - pas en grec -, Jesus-Messie est considere a la fois comme le fils de Joseph et de 
Marie et comme le premier-ne des morts parce que Joseph + Marie = Mort, tout simplement. 



2 e codage : 

Joseph et Marie sont les parents du Fils et du Messie (en grec uios pour « fils » et christos 
pour « messie » - aucun rapport mutuel) : pourquoi cela ? Pourquoi les redacteurs originaux, 
hebreux, des Evangiles ont-ils choisi « Marie » et « Joseph » pour assurer un tel 
engendrement ? 

Objection : mais la naissance virginale ?... mais Matthieu I, 18 : « Marie... se 
trouva enceinte du fait de l'Esprit Saint » ?... 

On le vena plus loin, en tant que BN (« fils »), MSYH ((messie-christ »), 
BKWR MWT (« premier-ne des morts ») et YSWTVISYH (« Jesus-Christ »), 
Jesus [242] est bel et bien engendre, arithmetiquement, par MYRM/« Marie » 
et YWSP/« Joseph ». C'est en tant que BN YHWH (« fils de Dieu ») qu'il est 
un produit direct de l'Esprit Saint - produit direct et, encore une fois, 
arithmetique, puisque BN YHWH = RWH QDS (« esprit saint ») = 78. Et 
c'est bien ainsi que l'entend XEpitre aux Romains (I, 4) en proclamant 
explicitement que Jesus est « etabli fils de Dieu ( = 78) selon lEsprit de 
Saintete (= 78) » - mais encore faudrait-il avaler ce passage en hebreu, par 
voie de retroversion, et non en grec ! 

Je rappelle qu'en hebreu Marie = MRYM, Joseph = YWSP, Fils = BN et Messie-Christ = 
MSYH. 

Et je me repete : aucun rapport en francais, comme en grec, entre ces mots-la. 

En gematrie par rangs (de 1 a 22 pour les 22 graphes de l'alphabet sacre), les valeurs de 

MRYM (Marie) et de YWSP (Joseph) sont les suivantes : 

MRYM = 13 + 20 + 10 + 13 = 56. 

YWSP= 10 + 6+15 + 17 = 48. 

Les Gnostiques emploient le terme de syzygie pour designer , entre autres operations, celle qui 

consiste a faire copuler deux notions en vue de 1 'engendrement d'une troisieme. 

C'est la une des formes de syzygie : il en existe bien d'autres. 
A ce propos il est curieux de constater que la plupart des textes gnostiques 
decrivent des syzygies et qu'aucun savant moderne s'occupant de ces textes 
ne sait en demonter les mecanismes, mecanismes qui relevent originellement 
de l'arithmetique et de la kabbale. Mecanismes qui ne sont pas imaginatifs (et 
surtout pas delirants !), mais logiques. 

La syzygie dont il est question ici porte sur deux termes-parents ne produisant qu'un seul 

terme-fils ; elle opere done en deux temps : copulation, puis reduction a l'unite (passage a la 

moyenne). 

[243] Copulation, tout d'abord : Marie + Joseph = MRYM + YWSP = 56 + 48 = 104. 

Puis reduction a l'unite des lors qu'un seul produit est engendre : 104/ 2 = 52. 

Par syzygie, les mots Marie et Joseph engendrent kabbalistiquement un mot de valeur 52. 

Comme par hasard (!), « fils » et « messie » valent, en hebreu, 52. 

BN (« fils ») = 2 + 50 = 52, en gematrie classique. MSYH (« messie-christ ») 
= 13+21 + 10 + 8 = 52, en gematrie par rangs. 

Ce qui veut dire : 

1) Que la theologie du « fils » est identique a celle du « messie », et reciproquement - d'ou les 
elaborations neotestamentaires a ce sujet ; 

2) Que cette identite ne repose pas sur l'Histoire mais sur un codage linguistique-arithmetique, 
codage resultant d'un travail sur la langue hebraique (et sur cette langue seule, a l'exclusion de 
toute autre) ; 

3) Que 1 'engendrement du « fils » et du « messie » - au choix - par Joseph et Marie resulte lui 
aussi, non pas d'un reportage pris sur le vif, mais d'un calcul - calcul analogue a ceux qu'on 
trouve en masse dans les textes gnostiques d'origine hebraique, dans les ouvrages de Kabbale, 
et dans la Bible meme (hors recours, bien sur, a ses traductions !). 



3 e codage : 

Joseph et Marie ne font pas qu'engendrer « fils », « messie » et « premier-ne des morts ». lis 

servent egalement de parents, disons, a Jesus-Christ. 

La encore, aucune trace des raisons d'une telle operation dans le grec du 
Nouveau Testament : sous lui, c'est encore a l'hebreu qu'il faut recourir. 

[244] YWSP (Joseph) est compose des 10 e (Y), 6 e (W), 15 e (S) et 17 e (P) lettres de l'alphabet 

sacre. La somme des carres de ces lettres est egale a : 10 2 + 6 2 + 15 2 + 17 2 = 100 + 36 + 225 + 

289 = 650. 

Le mot MRYM (Marie) est compose des 13 e (M), 20 e (R), 10 e (Y) et 13 e (M) lettres de ce 

meme alphabet. Somme des carres de ces lettres : 13 2 + 20 2 + 10 2 + 13 2 = 169 + 400 + 100 + 

169 ; total : 838. 

Meme processus que precedemment : copulation, puis reduction a l'unite. 

Copulation : somme des carres de MRYM (Marie) + somme des carres de YWSP (Joseph) = 

650 + 838=1488. 

Puis reduction a l'unite - ou moyenne -, des lors qu'un seul produit est engendre : 1 488/2 = 

744. 

Par syzygie portant sur l'elevation au carre de leurs lettres, Marie et Joseph produisent la 

valeur 744. 

Eh bien, 744 est tout simplement, en hebreu, la valeur de Jesus-Christ : 

Jesus-Christ = YSW C MSYH = 10 + 300 + 6 + 70 + 40 + 300 + 10 + 8 = 744. 

Aucun autre couple de noms propres (hebreux) que MRYM (Marie) et YWSP (Joseph) ne 

pouvait ainsi, arithmetiquement, assurer, en trois codages differents, a la fois les 

engendrements de - pour me resumer - fils, messie, premier-ne des morts et Jesus-Christ. 

C'est pour cela, done, que les redacteurs originaux des Evangiles ont choisi ce duo. 



[245] 

GLOSSAIRE ET REFERENCES 

Aboth d-Rabbi Nathan : traite talmudique considere comme marginal et apocryphe alors que nombre de ses 

passages sont fort anciens (la meilleure edition de cet ouvrage hebreu est celle de Schechter, Vienne, 1887). 

accompli : les verbes hebreux ne se conjuguent pas au present, au passe ou au futur (comme c'est le cas dans les 

langues indo-europeennes), mais a l'accompli ou a l'inaccompli. Exemple : l'accompli du verbe « dite » est, en 

hebreu, 'MR, et 'MR signifie « il dit/a dit/dira completement, totalement, absolument » ; son inaccompli est 

Y'MR, et Y'MR signifie « il est/etait/sera en train de dire ». Inaptes a rendre ces nuances dans le grec (langue 

fonctionnant comme le francais, sur le temps lineaire), les traducteurs antiques de l'Ancien Testament et du texte 

primitif -hebreu du Nouveau ont, le plus souvent, rendu l'inaccompli par un futur et l'accompli par un passe ou un 

present - manoeuvre certes inevitable, mais qui a le desavantage, lorsque les exegetes ne recourent pas a la 

consideration du Semite originel, de leur faire produire de fausses theories sur la temporalite biblique et 

neotestamentaire. 

accusatif : forme que revet, par exemple, un substantif, en latin ou en grec, lorsqu'il suit certaines prepositions 

ou est complement d'objet direct. II n'existe pas d'accusatif dans les langues semitiques. 

Achamoth : « Sagesse » en arameen ; notion fondamentale dans la litterature gnostique (voir Sophia). 

acrostiche(s) : voir notarique. 

Actes de Pilate : compilation apocryphe, du I er ou II e siecle, appartenant a tout un cycle de textes dans lesquels le 

procurateur romain est revere comme temoin de la mort et de la resurrection du Christ - et done comme un 

personnage historique assistant a des faits historiques. Les Actes de Pilate n'existent plus qu'en grec et dans des 

traductions produites a partir du grec (cf J.Quasten, Initiation aux Peres de I'Eglise, Paris, Cerf, 1955, tome I, 

pp. 133-141, et, pour la version copte du livre, Patrologia Orientals, tome IX, fascicule 2, II, Paris, Firmin- 

Didot, 1957). 

Agrippa I er : 14 av.-44 apr. J.-C. Petit-fils d'Herode le Grand. 

[246] alabarque : magistrat supreme dans une cite hellenistique. 

Aland Kun, Synopsis of the Four Gospels [Synopse des Quatre Evangiles], 3 e ed., Stuttgart, 1979. 

Alexandrie : quoique situee en Egypte, Alexandrie est, au I el siecle, presque exclusivement peuplee de Grecs 

(majoritaires), de Juifs (minoritaires) et de quelques dizaines de Samaritains. Alexandrie compte 

vraisemblablement, a cette epoque, plus d'habitants juifs que Jerusalem. 

ambulans in horto : expression latine (signifiant « qui se promene dans le jardin ») dont etaient jadis friandes 

les grammaires. 

Ammien Marcellin : historien latin (320-390). 

anagramme : si l'hebreu, au contraire des langues indo-europeennes, contient dans son vocabulaire un grand 

nombre de termes produisant des anagrammes performantes (e'est-a-dire ayant un sens), c'est parce que son 

alphabet ne comporte que des consonnes. 

anhistorique : qui ne releve pas de l'Histoire, au sens occidental du terme. Dans le cours de cet ouvrage, je 

montre que les personnages les plus importants du Nouveau Testament ne sont en fait que des noms (noms 

obtenus par voie de codage arithmetique, en hebreu) et qu'ils sont done anhistoriques. 

apocryphe : une communaute, une secte ou une eglise declarent apocryphe tout texte qu'elles ne reconnaissent 

pas comme digne de faire partie de leurs livres sacres, ces livres sacres etant tenus, eux, pour canoniques. 

Apologistes : auteurs Chretiens des premiers siecles s'appliquant a defendre leur orthodoxie du moment contre 

les attaques juives et paiennes (sur les Apologistes grecs, cf. Quasten, Initiation, I, chap. VI). 

apparat critique : ensemble des notes prenant en charge, au bas des pages d'un texte edite, les differentes 

variantes de ce texte. 

Aquila : auteur, au IP siecle (?), d'une traduction grecque vertigineusement litterale de la Bible hebraique. 

(Aquila = Onqelos ?). 

arameen : langue appartenant au bloc semitique. A l'epoque presumee etre celle de la redaction du Nouveau 

Testament, l'arameen est, depuis plusieurs siecles, la langue transnationale du Proche-Orient (Palestine, Syrie, 

Babylonie, etc.) ; chez les Juifs de Palestine, elle est langue vernaculaire, la langue sacree demeurant l'hebreu. 

Aretas : roi arabe de Petra, capitale d'un territoire situe entre la mer Rouge et la mer Morte. 

Arimathie : pseudo-ville evangelique d'oii serait originaire un certain Joseph : l'intervention de ce Joseph apres 

la mort de Jesus est a la base du mythe [247] du Graal. « Arimathie » est, en fait, et precisement, le caique de 

l'expression hebraique 'HRY MWT, « apres la mort (de) ». Autres lieux postiches des Evangiles : Dalmanoutha, 

Nazareth, etc. 

Arkevolti Samuel : erudit juif italien, auteur d'un traite de grammaire hebraique (1515-161 1). 

Auguste : 63 av.-14 apr. J.-C. Premier empereur romain. 

Babylone : designation codee de Jerusalem dans l'Apocalypse de Jean. 



Bar-Kocheba Simeon : chef de la revoke juive de 132-135 contre Rome, battu et tue par l'armee d'Hadrien dans 

sa forteresse de Bethar. A partir de 135, et apres avoir deja subi le desastre de 70, Jerusalem devient ville paienne 

interdite aux Juifs. Une bonne documentation sur cet ultime soulevement et sur son heros est fournie dans Yigael 

Yadin, Bar-Kokhba, Londres-Jerusalem, 1971 (en anglais). 

Bible : compilation denommee « Ancien Testament » par les Chretiens. 

Black Marthew, An aramaic approach to the Gospels and Acts [Approche arameenne des Evangiles et des 

Actes], 3. ed., Oxford University Press, 1971. 

Boismard M. E., Synopse des Quatre Evangiles, 3 vol., Paris, Cerf, 1977-1981. 

Bultmann Rudolf, L'Histoire de la tradition synoptique, trad. A. Malet, Paris, Seuil, 1973. 

calembours : toute la litterature hebraique, la biblique comme la non-biblique, fourmille de calembours ; le 

socle hebreu-primitif des Evangiles canoniques (et du Nouveau Testament dans son ensemble) en fourmillait 

egalement : le passage au grec - et aux autres langues indo-europeennes - ne permet plus de savourer la 

puissance narrative de tous ces calembours. 

Caligula : troisieme empereur romain (12-41 apr. J.-C), fils de Germanicus et dAgrippine et petit-neveu de 

Tibere (auquel il succeda en 37 ou 38). 

canonique : est repute canonique par les chefs d'une communaute religieuse l'ensemble des textes tenus par elle 

pour sacres. 

chamito-semite : famille de langues dont font, entre autres, partie l'egyptien ancien et le copte. 

Charlesworth James (ed.), The Old Testament Pseudepigrapha [Les Pseudepigraphes de l'Ancien Testament], 2 

vol., Londres, 1983-1985. 

Cherubins : dans la Bible hebraique, il semble que les Cherubins sont deux (?) etres de forme semi-animale, a 

deux ou quarte faces, ayant pour fonction de proteger lArche dAlliance puis le lieu le plus sacre du Temple de 

Jerusalem contre toute atteinte profane. 

Chou King : l'un des trois plus anciens livres chinois. 

[248] Christ : du grec khristos, « oint », equivalent de l'hebreu MSYH (prononce messiah au premier siecle), 

meme sens. Christ = Messie. Comme toutes les notions fondamentales du Nouveau Testament (et les 

accessoires), celle de Christ - ou de Messie - est hebraique de part en part. 

chronologie : les verbes grecs figurant dans le Nouveau Testament y sont conjugues au present, au passe et au 

futur ; les verbes hebreux du texte primitif n'y etaient pas conjugues de cette maniere-la (voir accompli) : comme 

celui de la Bible, l'hebreu du premier siecle est indifferent a notre conception indo-europeenne de la chronologie 

(de la temporalite). II convient done de tenir pour inadmissibles les traductions francaises (anglaises, allemandes, 

etc.) de tous les verbes intervenant dans les textes fondateurs du christianisme et les exegeses qui en decoulent. 

codex : ancetre du livre (a l'oppose du « volumen » qui etait, lui, un rouleau). 

Coleridge Samuel : poete anglais (1772-1834). 

compilation : livre dont le contenu, fait de bribes et de morceaux de textes anterieurement rediges, se donne les 

allures d'un tout coherent. 

concordance : index alphabetique d'un texte ou d'un corpus fournissant, pour chaque terme, un releve de tous les 

passages - phrases ou membres de phrases — ou il y intervient. 

consonnes : l'alphabet hebreu, au contraire des alphabets indo-europeens, ne comprend que des consonnes ; les 

mots hebreux sont done graphiquement courts et admettent ainsi, le plus souvent, une majorite d'anagrammes 

performantes (e'est-a-dire ayant un sens). Du fait de cette absence de voyelles, les termes hebreux les plus 

courants impliquent une grande, ou extreme, variete de significations (ce qui n'est pas le cas, non plus, des 

termes indo-europeens). 

Constantin : empereur romain (274-337) ; en 330, il transporta le siege de l'empire a Byzance. Premier Cesar 

chretien, en depit d'une vie fort peu angelique et d'un bapteme, a l'approche de sa mort, on ne peut plus douteux. 

copte : langue heritiere de l'egyptien ancien et graphiquement moulee, tant bien que mal, dans l'alphabet grec. 

corpus : agregat de textes tendant a prendre l'aspect d'un tout coherent. 

Cullmann Oscar, Le Nouveau Testament, 3 e ed., Paris, PUF, 1976. 

Dalmanoutha : pseudo-bourgade des Evangiles (comme Arimathie, Nazareth, etc.). 

demiurge : dans la Gnose, le demiurge est le dieu createur du monde, et done un dieu inferieur. 

[249] diaspora : population juive ne residant pas, ou plus, en Palestine. II existe egalement, au premier siecle, et 

depuis fort longtemps, une diaspora samaritaine. 

docete : les docetes des premiers siecles de notre ere sont des Chretiens ne reconnaissant pas comme effective la 

crucifixion de Jesus ; ce fort courant, que les tenants de l'« orthodoxie » eurent bien du mal a combattre et a 

eliminer, temoigne des reticences que rencontrerent les Evangiles lorsqu'ils furent forces (par l'Eglise devenue 

grecque puis latine) a quitter leur hebreu primitif et, avec cet hebreu (et ses codes, et ses chiffrages), leur qualite 

premiere de recits anhistoriques. 

Domitien : empereur romain, successeur de Titus et repute persecuteur des Chretiens. Son regne va de 5 1 a 96 

apr. J.-C. ; la plupart des exegetes situent a la fin de ce regne la redaction de X Apocalypse de Jean (une erreur de 

plus de leur part). 



Ecce homo : interjection latine signifiant « voici l'homme » ; c'est ainsi que la Vulgate rend la phrase prononcee 

par Pilate en Jean XIX, 5. 

eloi eloi lema sabakhthani : expression arameenne signifiant « mon dieu, mon dieu, pourquoi m'as-tu 

abandonne/m'abandonnes-tu/m'abandonneras-tu ? ». 

eons : terme grec figurant dans la litterature gnostique d'origine juive, samaritaine et chretienne-primitive 

comme l'equivalent tantot de l'hebreu C WLMYM (« les mondes », « les temps illimites ») tantot, mais plus 

rarement, de l'hebreu 'LHYM (Elohym, « le dieu createur », « le demiurge », « les dieux -forces »). 

Epitre de Barnabe : texte apocryphe, mais initialement tenu pour canonique, dans lequel Jesus est encore 

considere comme etant le Josue biblique, successeur de Moise. A l'epoque de la redaction de cette epitre, les 

Chretiens, encore juifs-hebreux, identifiaient anhistoriquement le Christ-Messie et Josue, ce dernier etant, pour 

eux, en Canaan-Palestine et dans le livre biblique suivant la Thora, le detenteur de la nouvelle alliance. (Voir 

Jesus.) 

esoterique : qui possede ou revet la forme du secret. Une doctrine esoterique est une doctrine dont les themes et 

les theses sont, jusque dans leur presentation (codee, par exemple), inaccessibles aux non-inities. Le contraire 

d'« esoterique » est « exoterique ». Une meme doctrine peut contenir des aspects esoteriques et des aspects 

exoteriques. 

esprit : lorsqu'un mot grec commence par une voyelle, cette voyelle est surmontee d'un esprit : esprit doux 

lorsque la voyelle n'est pas aspiree, esprit rude lorsqu'elle l'est. 

[250] Esseniens : secte juive -palestinienne de la fin de la periode dite du Second Temple (periode s'achevant sur 

le desastre de 70). 

Eusebe de Cesaree : eveque palestinien (270-338), auteur d'une Histoire ecclesiastique, d'une Preparation 

evangelique et d'une Vie de Constantin, ainsi que d'un Panegyrique de cet empereur. 

Evangile de Pierre : evangile apocryphe (dont il ne nous reste que des fragments grecs) relatant, a sa maniere, 

non pas la Passion, la mort et la resurrection de Jesus, mais celles du « Seigneur » (c'est-a-dire d'Adonai, c'est-a- 

dire de YHWH). Cf. l'edition, la traduction et le commentaire de cet evangile (commentaire, traduction et edition 

ne tenant - evidemment ! - aucun compte de son origine hebraique) par M. G. Mara, Paris, Cerf, 1973. 

Evangile de Thomas : recueil apocryphe des « paroles » de Jesus supposees avoir ete transcrites par son jumeau 

Thomas. Ce soi-disant evangile fait partie des textes decouverts a Nag-Hammadi ; il ne nous est connu qu'en 

copte et, tres fragmentairement, en grec. Edition de la version copte, avec traduction anglaise (approximative) en 

regard, dans The Gospel according to Thomas, Leyde, Brill, 1976. 

Evangile de Verite : texte gnostique produit par l'ecole de Valentin et faisant partie des recueils decouverts a 

Nag-Hammadi (voir Menard). L'Evangile de Verite ne nous est connu que dans sa version copte. 

exegese : commentaire et explication d'un texte (en general sacre). Les Evangiles primitifs, hebreux, sont fondes, 

en tant que narrations, sur une exegese de la Bible hebraique - exegese appelee, dans le Nouveau Testament, 

« accomplissement des Ecritures ». 

exegete : qui pratique une exegese. La plupart des Peres de l'Eglise des premiers siecles ignorent l'hebreu et, en 

tant qu'exegetes de l'Ancien comme du Nouveau Testament, echafaudent des theses, des dogmes, des theologies, 

n'ayant plus que fort peu a voir avec la production originale-originelle des textes concernes. 

exoterique : voir esoterique. 

fest-noz : terme breton signifiant « fete (populaire) ayant lieu en soiree ». 

Feuillet A., Le Prologue du quatrieme evangile, Paris, Desclee de Brouwer, 1968. 

Flaubert Gustave : Herodias fait partie, avec La legende de saint Julien THospitalier. et Un cceur simple, des 

Trois Contes de Flaubert (paras en 1877). 

Flavius Josephe : politicien, militaire et ecrivain juif-palestinien d'ascendance sacerdotale (38-100 apr. J.-C). 

Trahit, apres avoir combattu a leur [251] tete, les resistants galileens lors de la revolte de 66-70. Participa, du 

cote de l'armee romaine, au siege et a la prise de Jerusalem par Titus, en 70. Finit sa vie, dans l'aisance, a Rome. 

Ses oeuvres sont: La Guerre des Juifs, Les Antiquites Judaiques, Autobiographie et Contre Apion. Une belle, et 

souvent anachronique, traduction des deux premiers ouvrages de Josephe, sous le titre commun Histoire 

ancienne des Juifs, est celle d'Arnauld d'Andilly, Paris, Lidis, 1973 ; l'edition originale date de 1667-1668. (Voir 

Pelletier.) 

Frazer James G., Le Bouc emissaire, trad. P. Sayn, Paris, Geuthner, 1925. 

Gabbatha : lieu suppose etre celui ou siegeait Pilate lors de la mise en accusation de Jesus. Terme arameen. 

Gaffiot Felix, Dictionnaire illustre latin-francais, Paris, Hachette, 1934. 

Gaius : voir Caligula. 

Gamala : ville ou bourgade de Haute-Galilee. (Voir Juda.) 

gemara : portion des Talmuds, redigee majoritairement en arameen et tres minoritairement en hebreu ; la 

gemara constitue un libre et enorme commentaire de la Mishna. Celle du Talmud de Babylone court sur environ 

deux millions et demi de mots. II s'agit d'une compilation pharisienne-rabbinique rendant compte de pres de dix 

siecles d'histoire Juive. 

gematrie : l'un des codes exegetiques de la Kabbale consistant a travailler sur les chiffrages de l'hebreu. 



genitif : forme que revet, par exemple, un substantif, en grec ou en latin, lorsqu'il suit certaines prepositions ou 

est complement de nom. II n'existe pas de genitif dans les langues semitiques. 

Gentils : ensemble des non-Juifs. La gentilite est aux Gentils ce que la chretiente est aux Chretiens. 

Girard Rene, Des choses cachees depuis la fondation du monde, Paris, Grasset, 1 978, et Le Bouc emissaire, 

Pans, Grasset, 1982. 

glose : note censee, en regard d'un texte, en eclairer tel ou tel terme ou passage difficile ou obscur. Du fait des 

copistes, tous les textes antiques, manuscrits, ont fini par absorber diverses gloses initialement marginales. Le 

Nouveau Lestament n'echappe pas a cette regie : par exemple, toutes les remarques y concernant les usages juifs 

et les expliquant, sont des gloses, gloses qui ne figuraient evidemment pas dans la version primitive -hebraique 

destinee a des lecteurs juifs -hebreux. Les traducteurs antiques des Evangiles, en faisant passer ceux-ci du Semite 

au grec, ont ete obliges de gratifier leurs lecteurs - grecs et, des lors, supposes ignorer les pratiques [252] et les 

idees juives - de toutes sortes de remarques documentaires concernant ces pratiques et ces idees (ainsi que le 

sens de divers termes hebreux ou arameens). Par la suite, les copistes des manuscrits grecs du Nouveau 

Lestament ont integre dans le corps meme du texte ces gloses d'abord, en effet, marginales. - Incapables de 

discerner ce processus (pourtant simple), les exegetes modernes - grecistes en diable - croient que les passages 

en question ont ete rediges par les evangelistes primitifs ! 

gnostiques : j'entends par la les gnostiques des premiers siecles de notre ere, ceux que cite et critique Irenee, 

ceux dont les textes forment les recueils de Nag-Hammadi, etc. 

Golgotha : lieu suppose etre celui, a Jerusalem, ou eut lieu la crucifixion (autrement dit, la suspension au bois, a 

l'arbre) de Jesus. Lerme arameen. 

gong-tchan-dang : terme chinois signifiant « parti communiste ». 

Grand Atlas de J'Hisloire mondiale, Paris, Encyclopaedia Universalis-Albin Michel, 1979. 

grec : langue indo-europeenne. Les versions les plus anciennes du Nouveau Lestament que nous possedions sont 

grecques, et toutes les autres versions, quelle que soit leur langue, sont des traductions renvoyant, directement ou 

indirectement, aux versions grecques. (Voir grecistes.) 

grecistes : exegetes croyant que les Evangiles (et le Nouveau Lestament dans son ensemble) ont ete 

originellement rediges en grec. La plupart des exegetes des textes neotestamentaires (et ce, depuis les premiers 

Peres de l'Eglise) sont des grecistes ; et la plupart des grecistes s'imaginent que les Evangiles resultent, par le 

biais d'une transmission d'abord orale, de recits initialement produits par les apotres-temoins oculaires. 

Grimm : les freres Grimm, Jakob (1785-1863) et Wilhelm (1786-1859), philologues et grammairiens allemands, 

celebres auteurs et compilateurs des Contes d'enfants et de la maison. A ne pas confondre avec le comte de 

Grimm (1723-1807), ami de Rousseau et de Diderot. 

Grousset Rene, L'Empire des steppes, Paris, Payot, 1969. 

Guignebert Charles, Jesus, Paris, Albin Michel, 1969 (reprise de l'edition originale de 1933). 

Hadas-Lebel Mireille, Histoire de la langue hebraique des origines a Vepoque de la Mishna, 3 e ed., Paris, 

Publications Orientalistes de Prance, 1981. 

Hades : terme grec designant le sejour des morts. 

hapax : terme ou expression n'intervenant qu'une seule fois dans une langue ou dans une litterature. La nature 

meme de l'hapax fait qu'il est difficile - sinon impossible - d'en decouvrir directement le sens ; or il existe un 

[253] (relativement) grand nombre d'hapax dans le Nouveau Lestament grec. Lant qu'on en restera a la these 

greciste, autrement dit tant qu'on ne s'interrogera pas sur la production hebraique primitive du texte, on ignorera 

la signification exacte des hapax du Nouveau Lestament (ou - cas actuel, depuis des siecles - on leur attribuera 

une signification fantaisiste). 

Hatch et Redpath, Concordance to the LXX [Concordance de la Septante], Graz, 1975. Cette concordance d'une 

des versions grecques de la Bible a l'avantage de foumir, a chaque entree, et lorsque c'est possible, le terme 

original hebreu sous-jacent. Or, pour retrovertir un passage du Nouveau Lestament, il faut precisement connaitre 

les correspondances terme (hebreu) a terme (grec) mises en oeuvre par les traducteurs antiques de la Bible : les 

Septante font partie de ces traducteurs (avec Aquila, Symmaque, Lheodotion, etc.). 

hebreu : langue semitique. (J'ai suffisamment insiste, dans mes analyses, sur les caracteristiques de l'hebreu, sur 

son alphabet, sa syntaxe, ses jeux de mots, ses chiffrages, etc., pour ne pas avoir a y revenir ici : les specialistes 

s'y retrouveront aisement, et les non-specialistes ont maintenant en main tous les elements majeurs leur 

permettant de trancher dans le debat qui oppose ma these a celle, hyper-majoritaire, des exegetes grecistes et de 

se faire une idee de la gravite et de l'enjeu de ce debat. II va falloir commencer - enfin ! - de serieusement 

travailler sur l'hebreu neotestamentaire.) 

hebreu tardif : l'hebreu postbiblique, celui des Lalmuds et, en particulier, de leur Mishna, celui de la litterature 

pharisienne ancienne, celui des Manuscrits de la mer Morte. 

Heidegger Martin : philosophe allemand (1889-1976). 

Heissig W. et Lucci G., Les Religions du Tibet et de la Mongolie , Paris, Payot, 1973. 

hellenisme : tour propre au grec ; idiotisme grec present dans un texte traduit du grec. 



Hermas : auteur, probablement fictif, d'une compilation originellement juive-chretienne-hebraique intitulee Le 
Pasteur, compilation qui fut tenue pour canonique par les premiers Chretiens (juifs-hebreux). Le texte ne nous en 
est connu que dans sa traduction grecque, mais celle-ci (hors interpolations tardives) est assez decisivement 
litterale pour contenir un grand nombre de semitismes. II est interessant de constater que Le Pasteur ignore le 
Verbe et Jesus-Christ, et n'emploie encore que les termes « Sauveur », « Fils de Dieu » et « Seigneur » ; 
l'ouvrage, sans qu'on puisse cependant le dater avec certitude, renvoie done aux strates les plus anciennes du 
christianisme et au moment ou celui-ci n'avait pas encore forge les recits [254] evangeliques. (Edition et 
traduction de ce chef-d'oeuvre par Robert Joly, Paris, Cerf, 2. ed., 1968.) 

Herode-Antipas : l'un des fils d'Herode le Grand. Tetrarque de Galilee et de Peree, deuxieme mari d'Herodiade, 
sa niece (precedemment femme de son frere Philippe). C'est lui que les Evangiles, en calquant en fait - 
anhistoriquement - le livre biblique d'Esther, font presider a la mort de Jean-Baptiste. 

Herode le Grand : roi des Juifs (72-4 av. J.-C), d'origine idumeenne. II ne regna sur Jerusalem qu'apres avoir 
pris la ville d'assaut, en 37. II y fit rebatir le temple (a partir, vraisemblablement, de l'annee 19 av. J .-C). Les 
Evangiles le supposent vivant lors de la naissance de Jesus. 

Herodiade : petite -fille d'Herode le Grand; epousa successivement ses deux oncles, Herode-Philippe et Herode- 
Antipas. 

hieroglyphe : caractere graphique figuratif. Loutes les lettres de l'alphabet hebreu (dit « alphabet hebreu carre », 
qui est en realite l'alphabet arameen) sont des hieroglyphes d'origine egyptienne. Notons que l'alphabet hebreu 
originel est celui qu'ont preserve les Samaritains et que les Juifs ont abandonne durant la reforme d'Esdras (au V e 
ou au IV e siecle av. J.-C). 

Hillel : erudit pharisien, ne en Babylonie et fondateur, en Palestine, d'une ecole de pensee connue sous le nom de 
« Maison de Hillel » (I er siecle av. J.-C). L'opposition entre Hillel et Shammai, autre rabbin considerable, et 
entre leurs disciples respectifs, traverse nombre de pages du Lalmud. 
hobby : Voir week-end. 

idiotisme : tour propre a une langue. Le Nouveau Lestament est comble d'idiotismes hebreux. 
Idumee : territoire arabe correspondant grosso modo a l'Edom biblique (au sud et au sud-est de la mer Morte). 
Patrie de la famille d'Herode le Grand. 
Inaccompli : voir accompli. 

indo-europeen : famille de langues dont font, entre autres, partie le grec, le latin, le francais, l'anglais, 
l'allemand, etc. Les alphabets indo-europeens, a l'inverse des semitiques, comprennent des consonnes et des 
voyelles. 

In Flaccum : ouvrage de Philon d'Alexandrie relatant la lutte entre Grecs et Juifs au sein de la cite autour de 
l'annee 38 et fustigeant la passivite du pouvoir romain (incarne par Flaccus), passivite favorisant le parti grec, 
plus nombreux. 

interpolation : passage subrepticement introduit dans un texte. Certaines interpolations, dans le Nouveau 
Lestament, sont explicatives et dues a la [255] bienveillance des traducteurs primitifs pour leurs lecteurs non 
juifs (voir glose) ; d'autres sont le fait des compilateurs grecs (par exemple, le debut du Selon-Luc). Hors ces cas, 
patents et normaux - mais dont la genese echappe, bien sur, aux grecistes -, il faut remarquer que les exegetes du 
Nouveau comme de l'Ancien Lestament ont la facheuse coutume de decreter interpoles divers fragments de ces 
corpus resistant a leurs theories preconcues. 

Irenee : theologien du IP siecle, originaire d'Asie Mineure ; eveque de Lyon. Auteur d'une refutation des 
gnostiques connue sous le titre de Contre les heresies (edition, traduction et commentaire de cet ouvrage, Paris, 
Cerf, dans la collection des « Sources Chretiennes »). 

Iscariothe : qualificatif evangelique de Judas ; terme qui caique probablement une expression hebraique 
signifiant « il La livre/le livre/le livrera ». 

Jastrow Marcus, A Dictionary of the Targumim, the Talmud Babli and Yerushalmi, and the Midrashic Literature 
[Dictionnaire des Largums, des Lalmuds de Babylone et de Jerusalem, et de la litterature midrashique], 
Brooklyn, s.d. 

Jdanov : potentat de l'epoque stalinienne ay ant, a partir de 1 946, impose les canons du « realisme socialiste » a 
la peinture, au theatre et a la litterature russes. 
Jehovah : l'une des manieres de prononcer YHWH en le vocalisant. 

Jerome: Pere de l'Eglise (331 ou 346-420). Auteur de nombreux commentaires sur les Ecritures et d'une 
copieuse correspondance. Durant la seconde partie de sa vie, il se retira a Bethleem pour y composer une 
traduction latine de la Bible qui devint canonique, sous le nom de Vulgate, a partir du concile de Lrente. Pour 
elaborer sa traduction, Jerome s'est certes appuye sur les versions grecques et latines existantes, mais il n'a pas - 
fait rarissime chez un Pere - hesite a s'attaquer a l'hebreu en s'aidant des conseils plus ou moins avises de 
quelques Juifs rencontres par lui en Palestine. 

Jerusalem : aucun texte du Nouveau Lestament ne date (dans sa redaction primitive) d'apres 70, annee de la 
prise de la ville et de la destruction du Lemple par Litus, fils de Vespasien. 



Jesus : « Jesus » et « Josue » sont des formes etrangeres, et frauduleusement distinctes, d'un seul et meme nom 
propre hebreu (nom qui s'exprime sous plusieurs graphies) signifiant « Dieu (YHWH) sauve/a sauve/sauvera ». 
Quelques manoeuvres exegetiques, prenant pour cibles l'hebreu et la Bible, ont conduit kabbalistiquement a la 
creation du Jesus des Evangiles. D'une part le passage de MSYH, « messie-christ », a son anagramme SM HY, 
« le [256] Nom (= YHWH) vivant-ressuscite » - d'oii l'idee de la resurrection du « Seigneur » (= YHWH), d'oii, 
reciproquement, l'idee du Messie comme YHWH vivant et ressuscite (YHWH mourant, done s'incarnant 
d'abord, puis renaissant). D'autre part la confusion, au mepris de l'Histoire puisque la Bible est saisie comme 
parole -ecriture eternelle de Dieu, du Josue successeur de Moise et du Josue oint (= messie-christ) ayant exerce le 
pouvoir sacerdotal, a Jerusalem, apres le retour de l'exil a Babylone. Enfin la prise en consideration que Josue 
intervient dans le premier livre qui suit la Thora, et qu'il y intervient comme garant d'une alliance (BRYT, en 
hebreu, « alliance, testament ») nouvelle (nouvelle par rapport a celle qu'avait conclue YHWH avec Moise sur le 
Sinai) - d'oii le theme de la nouvelle alliance ou, termes identiques en hebreu, du nouveau testament (par 
opposition a l'ancien, defini desormais comme a la fois caduc et accompli). En melant les resultats de ces trois 
manoeuvres, on obtient le fondement des textes Chretiens primitifs : Jesus (= Josue) comme Messie-Christ ; le 
Messie-Christ comme YHWH vivant-ressuscite (ce qui necessite son incarnation prealable) ; Jesus- Josue comme 
vivant-ressuscite, etc. Le tout sur la base d'une exegese biblique ; le tout en hebreu (pas en grec !) ; le tout hors 
Histoire. - Et e'est cette exegese forcee qui explique: 1) le fait que certains des premiers textes Chretiens, rejetes 
ensuite comme apocryphes, parlent du Seigneur ressuscite et non de Jesus, ou confondent encore Jesus ressuscite 
avec le Josue biblique, etc. (tous les Chretiens ne se sont pas mis d'accord tout de suite sur l'agencement des 
manoeuvres dont je viens de parler et de leurs consequences : cela a pris du temps) ; 2) et le fait que les Chretiens 
juifs-hebreux - primitifs - se soient immediatement heurtes, une fois cet agencement bien rode, aux Sadduceens 
(le parti religieux-sacerdotal) et aux Pharisiens (le parti religieux-laic), ces derniers ne propulsant pas leurs 
methodes exegetiques, pourtant identiques a celles des nouveaux venus (et identiques a celles des gnostiques), 
jusqu'a des theories theologiques aussi aberrantes a leurs yeux. (Je developperai tous ces points, tres en detail, 
dans un livre futur.) 

Jonas : en hebreu YWNH, « la colombe ». 

Jonathan ben Uzziel : savant palestinien, disciple de Hillel (I er siecle). Auteur presume d'un targum de la Thora 
et des Prophetes. Certains l'identifient a Theodotion. 
Josephe : voir Flavius. 
Josue : voir Jesus. 

Juda de Gamala : appele aussi Juda le Galileen. Chef zelote ; mort au cours de la revoke qu'il mena, en 6 apr. 
J.-C, contre le recensement de la Judee par Quirinius. Ses fils, Jacob (= Jacques) et Simon, furent crucifies, en 
[257] 48, par le gouverneur remain de Judee ; son troisieme fils, ou petit-fils, Menahem (= Paraclet, « le 
consolateur »), fut execute par les Juifs anti-zelotes au commencement de la guerre de 66-70. 
Judeens : habitants (juifs) de la Judee, de Juda. Dans les versions indo-europeennes du Nouveau Testament, on 
lit trop souvent « Juifs » a la place de « Judeens », ce qui conduit a des non-sens. Les habitants Semites de 
Palestine sont, au I er siecle, et du nord au sud, les Galileens, les Samaritains et les Judeens. Le Jesus- Josue 
evangelique est dit, sans doute pour des raisons kabbalistiques, « galileen », et il meurt et ressuscite (pour des 
raisons egalement kabbalistiques) a Jerusalem, en Judee ; et son execution n'est pas demandee par des Juifs mais 
- nuance restrictive capitale eu egard a l'histoire de Juda par rapport aux onze autres tribus - par des Judeens. 
Kabbale : gnose des Hebreux ; leur Tradition. Les methodes kabbalistiques (gematrie, notarique et themoura) 
etant en vigueur aussi bien chez les Samaritains que chez les Juifs, la Kabbale remonte a une date anterieure a la 
scission entre ces deux communautes (plusieurs siecles avant J.-C.) ; ces methodes hantent d'ailleurs la Bible 
hebraique elle-meme. Au I er siecle, les precedes de la Kabbale sont presents dans les textes juifs (pharisiens, 
esseniens, sadduceens, etc.), dans les textes samaritains et dans les textes gnostiques (d'origine juive ou 
samaritaine, et quelle que soit la langue dans laquelle ils ont abouti par voie de traduction), mais ils sont 
egalement a la base - comme je l'ai longuement montre dans mon livre - des recits evangeliques primitifs, des 
constructions pauliniennes et des fresques de l'Apocalypse de Jean, ainsi que des affirmations des apocryphes 
Chretiens les plus anciens. 

Knorr von Rosenroth C. F., Kabbala Denudata [La Kabbale devoilee], reimpr. Olms Verlag, Hildesheim, 1974 
(l'edition originale date de 1677). 

koine : etat de la langue grecque populaire, commune (sens du mot koine), a l'epoque hellenistique, langue 
parlee dans tout le monde mediterranean. Le theme des Evangiles originellement rediges dans cette langue est, 
premiers Peres de l'Eglise compris, le postulat essentiel des exegetes grecistes. 

Kordovero Moise : kabbaliste juif (1522-1570) de l'ecole mystique de Safed, auteur du celebre traite Pardes 
Rimonim [Le Jardin des Grenades]. 

Krauss Samuel, Griechische und lateinische Lehnworter im Talmud, Midrash und Targum [Dictionnaire des 
mots d'emprunt au grec et au latin dans les litteratures talmudique, midrashique et targumique], reimpr. Olms 
Verlag, Hildesheim, 1964 (l'edition originale date de 1898-1899). 
[258] Lao-tseu : philosophe chinois (570-490), auteur du Livre de la Voie et fondateur du taoisme. 



latin : langue indo-europeenne. 

latinisme : tour propre a la langue latine present dans un texte non latin. 

lecon : variante textuelle. Les diverses lecons, ou variantes, ornant quasiment chaque verset (grec) du Nouveau 

Testament sont une aide precieuse pour qui entend retrovertir le texte vers son hebreu originel. 

Legatio ad Gaium : compte rendu, par Philon d'Alexandrie, de son ambassade aupres de l'empereur Gaius 

Caligula. 

lema sabakhthani : voir eloi. 

Lettre d'Aristee a Philocrate : livre juif (probablement du II e siecle av. J.-C.) affirmant l'origine soi-disant 

alexandrine et soi-disant miraculeuse de la Septante (edition et traduction de cet ouvrage par A. Pelletier, Paris, 

Cerf, 1962). 

Li T'ai-po : poete chinois (699-762). 

logia : terme grec signifiant « paroles ». Les grecistes s'imaginent que les apotres, et a leur suite les evangelistes, 

etaient des journalistes et des stenographies ayant recueilli les logia d'un Jesus historique. 

logos : terme grec signifiant « parole -discours-raison », utilise dans la litterature chretienne et gnostique pour 

designer le Verbe divin. Sous le logos de cette litterature, il faut retablir, par retroversion, le mot hebreu DBR, de 

valeur 26 (= YHWH). 

Lucien de Samosate : satiriste syrien de langue grecque (125-192), auteur d'un grand nombre de nouvelles, de 

dialogues et de pamphlets (CEuvres completes, trad. E. Talbot, Paris, Hachette, 1912). 

Mallarme Stephane : poete francais (1842-1898). Son poeme Herodiade fut compose entre 1864 et 1867 ; cf. 

aussi sa Toilette d'Herodiade et son Cantique de saint Jean. 

Manuscrits de la mer Morte : ensemble de textes, soi-disant d'origine essenienne, decouverts a Qumran et 

autour de Qumran a partir de 1947. Parmi les textes non bibliques (et dits « sectaires ») faisant partie de ces 

manuscrits, plusieurs, et non des moindres, sont rediges en hebreu ; leur datation probable (I er siecle av.-I el siecle 

apr. J.-C.) montre, a l'encontre des axiomes traditionnels des grecistes, que l'hebreu est une langue activement 

ecrite a l'epoque presumee etre celle de la redaction du Nouveau Testament. 

Marc le Mage : gnostique maltraite par Irenee dans son Contre les heresies. Les calculs auxquels semble s'etre, 

en hebreu, livre Marc le Mage relevent [259] tous de la Kabbale ; mais Irenee les transmet en grec, comme s'ils 

pouvaient etre longtemps performants dans cette langue. 

Marcion : pretre chretien du II e siecle qui, trouvant les Evangiles - pourtant deja traduits en grec - encore trop 

juifs a son gout, entreprit de les amputer. II semble qu'il fut declare heretique surtout en raison de ses tendances 

gnostiques (assurees sur des ouvrages de seconde main) et manicheennes. 

Marshall John-Turner : erudit anglais (1850-1923) auteur de The Aramaic Gospel [L'Evangile arameen], etude 

qui ne fut jamais publiee en volume mais parut dans la revue The Expositor a partir de 1891. Je dois a 

l'obligeance de mon ami J. H. Prynne d'avoir pu lire ces articles ; l'auteur y exhibe toutes les preuves (hors la 

kabbalistique) d'une origine Semite et non grecque des Evangiles, mais, au lieu de choisir l'hebreu comme langue 

primitive du corpus, il opte fautivement pour l'arameen : il faut dire qu'a l'epoque les Manuscrits de la mer Morte 

n'avaient pas encore ete decouverts : Marshall, comme les grecistes qu'il combat, croit l'hebreu langue defunte au 

I er siecle de notre ere. Mais sa demarche etait interessante et feconde des lors qu'elle posait, en termes clairs et 

urgents, le probleme de la retroversion des Evangiles. Or cet appel de Marshall, non seulement, ne fut pas 

entendu et honore, mais il lui attira, dans la revue meme ou il le lanca, diverses critiques relevant plutot (les 

ayant egalement lues, je puis en temoigner) de l'injure que du raisonnement. 

Martin Raymond : dominicain espagnol (mort en 1282), auteur du Pugio Fidei [Poignard de la Foi], ouvrage 

qui ne fut imprime qu'en 1651 apres avoir connu une large diffusion sous forme manuscrite ; y sont exposes, 

dans un but apologetique chretien, quelques-uns des rudiments de la Kabbale. 

massoretique : la Bible massoretique est la Bible hebraique ponctuee (c'est-a-dire ornee de signes vocaliques en 

vue de sa possible prononciation). Le texte massoretique est tardif et date du Moyen Age (entre les V e et IX e 

siecles). La Bible que connaissaient et sur laquelle travaillaient exegetiquement les evangelistes juifs-hebreux 

primitifs (qu'ils « accomplissaient ») n'etait pas la Bible massoretique. 

Menard Jacques, L'Evangile de Verite (retroversion grecque et commentaire), Paris, Letouzey & Ane, 1962. 

messie : transliteration de l'hebreu MSYH, mot (biblique) signifiant « qui a recu l'onction » ; equivalent de 

« christ » (grec khristos). 

midrash : l'exegese juive (ou samaritaine). Terme derive de l'hebreu DRS, « chercher, fouiller ». Parmi tous les 

midrashim rabbiniques, commentaires [260] de la Thora puis de la Bible dans son ensemble, il convient de citer 

le Midrash Kabbah [Grand Midrash], compilation hebraique dont certaines portions renvoient a une epoque tres 

anterieure au I er siecle. 

Midrash Rabbah : voir midrash. 

Mishna : partie du Talmud, redigee en hebreu, contenant, sous une forme ramassee, l'ensemble de la legislation 

juive -pharisienne ; la Mishna fut compilee, dit-on, par Juda le Prince, rabbin et chef de la communaute juive de 

Palestine (135-220). 

Mitsein : terme allemand artificiel employe par divers philosophes modernes et signifiant « etre-avec ». 



monogene : terme grec signifiant « engendre seul ». Dans les textes Chretiens et gnostiques, il renvoie, comme 

dans la Bible grecque, a l'hebreu YHYD, « unique ». 

Moreau Gustave : peintre francais (1826-1898). Son tableau intitule L'Apparition (1876) se refere au recit 

evangelique de la mort du Baptiste. 

morphologie : etude de la forme des mots d'une langue et des variations eventuelles de cette forme. 

Nag-Hammadi : site de Haute -Egypte ou furent decouverts, en decembre 1 945, un grand nombre de recueils, en 

langue copte, relevant de la litterature gnostique et apocryphe ancienne. 

Nazareth : ville fantome des Evangiles (le mot resulte d'un travail exegetique sur divers passages de la Bible 

hebraique : c'est un mot forge). Aucune mention de Nazareth dans l'immense litterature juive biblique et post- 

biblique. 

nazoreens : surnom donne aux Chretiens par la litterature pharisienne-rabbinique (Talmuds, midrashim, etc.). 

nifal : etat passif simple d'un verbe hebreu. 

Ninive : figuration codee, dans le livre biblique de Jonas, soit de Jerusalem, soit, plus vraisemblablement, de 

Sichem, siege des Samaritains tenus par les Juifs pour des infideles. (Voir Babylone.) 

notarique : precede kabbalistique par lequel, en collectant les lettres initiales, mediales ou finales de plusieurs 

termes d'un verset hebreu biblique, on obtient des mots (ces mots pouvant etre des noms propres), des 

expressions ou des phrases entieres. Ce precede, qui s'appuie done sur la consideration des acrostiches, 

fonctionne dans la Bible hebraique aussi bien que dans l'hebreu (une fois retroverti) du Nouveau Testament ; on 

le rencontre dans la litterature pharisienne-rabbinique, dans la litterature samaritaine, dans la litterature 

gnostique. 

[261] Onqelos : auteur (au I el siecle ?) d'un targum de la Thora. (Onqelos = Aquila ?) 

orale (litterature) : l'idee selon laquelle les Evangiles sont, en tant que textes ecrits, l'aboutissement d'une 

longue elaboration orale est l'une des idees majeures des grecistes. C'est une idee fausse, car les processus 

kabbalistiques traversant l'ensemble du Nouveau Testament (et les Evangiles en particulier), pour peu qu'on y 

remonte du grec a l'hebreu, sont impensables dans une litterature orale : les codages, les chiffrages, les calculs, 

les enormes travaux exegetiques sut la Bible que supposent et qu'impliquent de tels processus, ne peuvent s'etre 

developpes que par ecrit. 

Origene : theologien chretien de langue grecque (185-254). 

Origene, Commentaire sur Jean, ed. et trad. Cecile Blanc, 3 vol., Paris, Cerf, 1966-1970-1975. 

parabole : terme grec equivalant, dans les versions grecques de la Bible et du Nouveau Testament, a l'hebreu 

MSL (mot figurant dans le titre du livre, biblique, des « Proverbes »). La parabole est un genre typiquement juif- 

hebreu, de forme figee au debut de notre ere, et n'a aucun repondant stylistique dans la litterature et dans la 

mentalite grecques. Les paraboles evangeliques sont, dans leur forme precisement, identiques a celles qu'on 

trouve dans les Talmuds, les midrashim, etc. : un recit image, edifiant et explicatif faisant suite a la question « A 

qui (ou : A quoi) est semblable... ? » 

Paraclet : terme grec figurant dans le Nouveau Testament comme traduction de l'hebreu MNHM (Menahem), 

« consolateur ». 

Pasteur : voir Hermas . 

Pelletier A. (ed. et trad.), Flavius Josephe, Guerre des Juifs, t. Ill, Paris, Les Belles Lettres, 1982, pp. 205-206. 

pennti : mot breton signifiant « (petite) maison ». 

Pentateuque : terme grec designant les cinq premiers livres de la Bible. (Voir Thora.) 

Peres apostoliques : nom donne aux ecrivains Chretiens des I er et II e siecles reputes avoir directement ou 

indirectement entendu la predication des apotres (cf Quasten, Initiation, t. I, chap. II). 

Petrone : ecrivain latin et homme politique remain, originaire de Marseille (I er siecle), auteur d'un long pamphlet 

(antichretien ?) intitule Le Satiricon, ouvrage dont il ne nous reste plus que des fragments. 

Pharisiens : parti religieux-laic (juif) oppose, des son surgissement (au IF siecle av. J.-C), au pouvoir des 

Sadduceens. Les Pharisiens l'emporterent [262] definitivement sur ces derniers, en 70, lors de la prise de 

Jerusalem et de la destruction du Temple par Titus. Grace a leur emprise sur les ecoles juives, les rabbins 

pharisiens s'emparent alors des renes du judaisme (qui se confond desormais avec le pharisaisme). Les Talmuds, 

les Midrashim, les Targums, etc., sont des monuments pharisiens. 

Philon : philosophe juif alexandrin de langue grecque (13 av.-54 apr. J.-C), auteur d'immenses commentaires 

sur la Bible qui n'eurent aucune influence sur le judaisme posterieur. II y allie, sur la base d'une reference aux 

versions grecques des Ecritures, et non pas hebraiques, des theses neoplatoniciennes et des traditions juives plus 

ou moins anciennes acquises dans des ouvrages de seconde main ; cette combinaison d'elements orthodoxes et 

d'elements paiens ne pouvait, evidemment, convenir aux rigoristes pharisiens. Par contre, Philon est (quoique 

diversement) lu et apprecie par nombre de Peres de l'Eglise. 

Pilate : procurateur remain, prefet de Judee (entre 26 et 36 ?). 

Pirqe d-Rabbi Eliezer : compilation hebraique datant probablement du IX e siecle apr. J.-C, mais dont plusieurs 

passages et renseignements essentiels remontent au tout debut de notre ere (au moins). Son titre signifie 

« Chapitres de rabbi Eliezer », Eliezer etant l'un des rabbins les plus frequemment cites dans le Talmud (il vecut 



aux alentours de l'an 100 et fut excommunie par sa communaute pour avoir, semble-t-il, divulgue des portions 

esoteriques de la tradition juive). 

Plan Carpin : franciscain italien envoye par le pape Innocent IV en mission diplomatique aupres du successeur 

de Gengis khan. De son voyage (1245-1247), Jean de Plan Carpin ramena une immense fatigue et une Histoire 

des Mongols. 

plerome : terme grec (renvoyant, par retroversion, a la racine hebraique ML', « emplir ») designant, dans les 

litteratures gnostique, juive, samaritaine et chretienne -primitive, le developpement des lettres de l'alphabet 

hebreu : 'LP pour ', BYT pour B, GML pour G, etc. La mise en plerome (en plenitude) des lettres constitutives 

d'un mot accroit, bien evidemment, la valeur gematrique de ce mot. 

Plotin : philosophe grec neoplatonicien (205-270), auteur des Enneades. 

Polybe : historien grec (206-124), auteur d'une Histoire contemporaine . 

polygraphe : auteur qui excelle, ou croit exceller, en traitant de sujets divers. 

Prynne J. H., « Es lebe der Konig », dans Brass, Londres, Ferry Press, 1971 (la traduction de ce recueil, sous le 

titre Oripeau Clinquaille, est parue dans la revue PO&SIE n°3, Paris, Belin, 1977). 

[263] Puteoles : port romain situe pres de Capoue. Au I el siecle, il fallait compter entre dix et vingt jours de mer, 

en passant par le detroit de Messine, pour aller de Puteoles a Alexandrie. 

qal : etat actif simple d'un verbe hebreu. 

Qumran : voir Manuscrits de la merMorte. 

rabbin : maitre pharisien. 

rabbouni : terme semitique signifiant « mon maitre ». 

racine : tout mot hebreu, quels que soient sa nature et son emploi dans la phrase, renvoie a une racine ; cette 

racine est le plus souvent formee de trois lettres (done, je le rappelle, de trois consonnes). La plupart des racines 

hebraiques, precisement parce qu'elles sont courtes, possedent une grande diversite de significations. II arrive 

ainsi frequemment que plusieurs termes grecs presents dans le Nouveau Testament, et non synonymes, 

correspondent, une fois retrovertis, a une seule et meme racine Semite. 

Rashi : rabbin et erudit francais (1040-1105), originaire de Troyes, auteur, entre autres ouvrages, d'un 

commentaire sur la Thora. 

Renan : ecrivain francais (1823-1892) dont les theses incroyables sur les debuts du christianisme en general et 

sur le Nouveau Testament en particulier persistent, on ne sait trop pourquoi, a chatouiller le cerveau des 

exegetes. Cf surtout sa Vie de Jesus (1873). 

retroversion : art qui consiste, par des methodes appropriees, a faire retourner un texte traduit a sa langue 

d'origine. 

Reuchlin, De arte cabalistica [De l'art kabbalistique], 1517. 

Route de la Soie : route commerciale reliant, depuis l'Antiquite, la Chine et l'Occident en passant par le bassin 

du Tarim (a l'ouest du desert de Gobi), Samarkand et l'Asie Mineure. C'est en empruntant son trajet que certaines 

formes du christianisme ancien penetrerent en Extreme-Orient. 

saecula saeculorum : expression latine intervenant dans la Vulgate et y signifiant, au mepris de l'hebreu qu'elle 

est censee traduire, « (dans) les siecles des siecles ». 

Sagnard Francois, La gnose valentinienne et le temoignage de saint Irenee, Paris, Vrin, 1947 ; et son edition- 

traduction des Extraits de Theodote, 2 e tirage, Paris, Cerf, 1970. 

sahidique : dialecte copte. 

Salome : 1. Femme (evangelique) de Zebedee et mere de Jacques (dit le Majeur) et de Jean. 2. Fille d'Herode- 

Philippe et d'Herodiade. 

Samaritains : ethnie heritiere de l'ancien royaume israelite du Nord et ayant maintenu le sanctuaire de Sichem, 

sur le mont Garizim, au moment ou [264] David le transportait a Jerusalem. Les Samaritains temoignent done de 

l'ancienne religion d'Israel. lis ont pour langue sacree l'hebreu primitif, et pour alphabet l'alphabet hebreu primitif 

(alors que les Juifs ont adopte, eux, au temps d'Esdras, la graphie arameenne « carree »). lis ne reconnaissent 

pour texte biblique que la Thora (le Pentateuque). Au I er siecle, leur territoire, dont la capitale est Samarie- 

Sebaste (= Sichem, l'actuelle Naplouse ?), est coince entre la Galilee et la Judee. Cf. M. Gaster, Les Samaritains, 

Paris, O.E.I.L., 1984, et J. A. Montgomery, Les Hommes du Garizim, Paris, O.E.I.L., 1985. 

Sanhedrin : assemblee juive de 71 membres fonctionnant, avant le desastre de 70, comme une Cour supreme et 

siegeant dans le temple de Jerusalem. 

Scholem Gershom, Les Grands Courants de la mystique Juive, trad. M. M. Davy, Paris, Payot, 1977. 

semantique : etat d'une langue du point de vue du sens de ses mots. 

semeiotique : science (?) generate des signes. 

Semite, semitique : l'hebreu (comme l'arameen, le syriaque, l'arabe, etc.) est une langue semitique. Poser le 

probleme de la langue originelle des Evangiles primitifs (et du Nouveau Testament dans son ensemble) oblige a 

prendre en compte l'extreme difference existant, morphologiquement, semantiquement et syntaxiquement, entre 

les langues semitiques et les langues indo-europeennes et a epuiser jusqu'a ses bonnes consequences l'examen de 

cette difference. (Voir retroversion.) 



Sepher Yetsira : ouvrage kabbalistique (du IIP siecle apr. J.-C. ?), en hebreu. Son titre signifie « Le livre de 

l'oeuvre ». Cf. ma traduction de ce texte dans la revue Tel Quel n°91, Paris, Seuil, 1982. 

Septante : version grecque de la Bible hebraique (IIP ou IP siecle av. J.-C), pretendument etablie par soixante- 

dix ou soixante-douze traducteurs (d'oii son nom). Contrairement aux assertions de la Lettre dAristee, 

aveuglement avalees par la majorite des savants modernes, la Septante n'est pas d'origine alexandrine mais 

palestinienne. Elle refiete, par ses ecarts (souvent considerables) avec le texte massoretique hebreu, l'etat de la 

Bible a l'epoque consideree. 

Sevenster J. N., Do You Know Greek ? How Much Greek Could the First Jewish Christians Have Known ? 

[Savez-vous le grec ? Jusqu'oii les premiers Chretiens juifs poussaient-ils vraisemblablement leur connaissance 

du grec ?], Leyde, Brill, 1968. 

Sheol : terme hebreu designant le sejour des morts. 

613 : nombre des commandements, negatifs ou positifs, contenus dans la Thora et soigneusement repertories par 

la tradition juive (et samaritaine). 

[265] Sophia : terme grec signifiant « Sagesse » et renvoyant, par simple retroversion, a l'hebreu HKMH, meme 

sens. Sophia est une notion centrale dans la Gnose. (Voir Achamoth.) 

Soriano Marc, Les Contes de Perrault, culture savante et tradition populaire, Paris, Gallimard, 1968. 

Symmaque : auteur de l'une des versions grecques de la Bible hebraique (P 1 siecle apr. J.-C. ?). 

syncretisme : melange, au sein d'un systeme (religieux, philosophique, etc.) se donnant des allures de coherence, 

de themes et de doctrines pioches a des sources culturellement diverses et souvent, de soi, inconciliables. L'idee 

selon laquelle le Nouveau Testament est un corpus syncretique (resultant de l'apport, sur un socle juif, d'elements 

hellenistiques) compte parmi les axiomes auxquels tiennent le plus farouchement les grecistes. 

synoptique : terme grec qui signifie « qui s'embrasse d'un seul coup d'oeil ». Les trois premiers Evangiles (dits 

selon Matthieu, Marc et Luc) sont appeles synoptiques parce qu'un grand nombre de passages leur sont, quoique 

avec des variantes, communs et peuvent done se lire, et s'etudier, ensemble. 

syntaxe : la syntaxe grecque et la syntaxe de l'hebreu presentent des differences profondes dont temoigne - ou 

devrait, des l'abord, temoigner - le grec du Nouveau Testament. Celui-ci, resultat d'une traduction litterale du 

Semite originel, epouse, parfois jusqu'a l'absurde - jusqu'au charabia -, les moules normaux de la syntaxe 

hebraique normale. Semantiquement grecque, la langue du Nouveau Testament est, a de rares exceptions pres, 

syntaxiquement hebraique. 

syriaque : langue semitique (proche de l'arameen). 

syzygie : terme grec signifiant « mise sous le meme joug » (substantif). Dans les textes gnostiques, la syzygie est 

une operation kabbalistique par laquelle deux ou plusieurs notions (ou realites) en engendrent une ou plusieurs 

autres. L'operation en question porte en fait sur les termes (hebreux) designant ces notions. « Syzygie » est un 

caique de la racine Semite ZWG, «accoupler». (Les rapports existant au sein de la « Sainte Famille » 

evangelique resultent, je l'ai montre, de methodes de calcul relevant de la syzygie.) 

Tacite : historien latin (55-120). 

talent : mesure de poids equivalent, au I er siecle, a environ 35 kilos. 

talitha koumi : transcription approximative d'une interjection arameenne signifiant « fille, leve-toi (= 

ressuscite) ! » 

Talmuds : enormes compilations couvrant, au minimum, une dizaine de siecles d'histoire et de pensee juives. 

On distingue le Talmud dit de [266] Jerusalem de celui dit de Babylone. Les Talmuds sont des monuments 

pharisiens. 

Tardieu Michel, Le Codex de Berlin, Paris, Cerf, 1984. 

Targums : traductions arameennes (completes ou partielles) de la Bible hebraique. Pas plus que les versions 

grecques, ces traductions ne sont considerees comme sacrees par les Juifs. II existe egalement des targums 

samaritains. 

Temple : l'annee 70, date de la destruction du temple de Jerusalem, est aussi la date au-dela de laquelle il est 

impossible de placer la redaction originale (en hebreu) du Nouveau Testament ou de l'une quelconque de ses 

parties. 

temps : voir chronologie et accompli. 

Tertullien, De came Christi [A propos de la chair du Christ], edition et traduction J. -P. Mahe, Paris, Cerf, 1975. 

Tetragramme : mot grec signifiant « qui compotre quatre lettres » et designant le nom le plus sacre de la langue 

sacree, YHWH. 

tetrarque : roi ou gouverneur du quart (geographiquement approximatif) d'un territoire. 

Textual Commentary on the Greek New Testament [Commentaire sur le texte grec du Nouveau Testament], dir. 

B. Metzger, 3. ed., Londres, United Bible Societies, 1975. 

themoura : precede kabbalistique par lequel, sur la base d'un tableau logique de permutations, on remplace une 

lettre hebraique par une autre. Ces remplacements, appliques au texte biblique, permettent d'en multiplier les 

sens caches (ou tenus pour tels). Tout mot hebreu soumis a la themoura change de gematrie (ou plutot : a toutes 

les chances d'en changer). 



Theodote : gnostique du II e siecle, disciple de Valentin et auteur d'ouvrages dont quelques fragments ont ete 

recueillis, en grec alors que leur langue originale etait Semite, par Clement d'Alexandrie. (Voir Sagnard.) 

Theodotion : auteur (au IP siecle apr. J.-C. ?) de l'une des traductions grecques de la Bible hebraique. (Voir 

Jonathan ben Uzziel.) 

Thora : les cinq premiers livres de la Bible hebraique (ce qu'on appelle, a tort et en raison de l'usage grec, la 

Loi) : Genese, Exode, Levitique, Nombres et Deuteronome. Cet ensemble est, au P 1 siecle - et depuis fort 

longtemps -, tenu pour reference divine-sacree par les Juifs et les Samaritains ; et il ne Test, c'est capital, qu'en 

hebreu (et pas dans ses versions arameennes ou grecques). Sadduceens, Pharisiens, Esseniens, Zelotes, 

Samaritains, Chretiens-primitifs et Gnostiques (d'origine juive ou samaritaine) [267] s'accordent tous, pele-mele, 

sur un point : la sacralite de la Thora hebraique ; et les (parfois violents) conflits entre ces divers partis 

proviennent de la maniere, et seulement de la maniere, divergente dont ils concoivent et traitent, chacun, cette 

sacralite. 

Tibere : deuxieme empereur romain, successeur d'Auguste, ay ant regne de 14 a 38 apr. J.-C. 

Tiberiade : port de la mer de Galilee fonde par Herode-Antipas, vers 18 apr. J.-C, et dedie a l'empereur Tibere. 

Titus : empereur romain (40-81), fils de Vespasien auquel il succeda en 79. C'est sous sa conduite que l'armee 

romaine termina victorieusement la guerre de Judee (66-70) par la prise de Jerusalem et la destruction du 

Temple. 

topologie : la topologie des Evangiles, autrement dit la distribution geographique des villes, bourgades et lieux 

divers qui y sont nommes, s'accorde parfois avec notre connaissance du Proche-Orient au P 1 siecle et parfois la 

contredit. Cette topologie est, en fait, partiellement reelle (elle sert de decor reel a une narration anhistorique) et 

partiellement deduite d'un travail exegetique sur l'hebreu de la Bible, travail mettant en oeuvre les precedes de la 

Kabbale. Dans les deux cas, elle est traitee comme le sont, dans ces memes Evangiles et dans la litterature 

gnostique, les noms propres de personnes. 

Tosefta Avoda Zara : supplement (sens de « tosefta ») a l'un des traites du Talmud intitule Idoldtrie (sens de 

« avoda zara »). 

transcription : voir translitteration. 

translitteration : transfert d'un mot, d'un membre de phrase, d'une phrase ou d'un texte entier, lettre apres lettre, 

d'un alphabet dans un autre. 

Tresmontant Claude, Le Christ hebreu, Paris, O.E.I.L., 1983 ; Evangile de Jean, Paris, O.E.I.L., 1984 ; 

Apocalypse de Jean, Paris, O.E.I.L., 1985. Ces ouvrages explicitent et fondent la meme these que la mienne 

concernant l'hebreu comme langue originelle du Nouveau Testament (ou, a tout le moins, des Evangiles et de 

l'Apocalypse canoniques) ainsi que la date limite de redaction du corpus (70) ; je me felicite d'avoir ete suivi sur 

ces points (dont j'avais suggere l'importance dans un article para dans Tel Quel en 1982 et repris ici) - mais mon 

plaisir est de courte duree : mon confrere provisoire, en effet, ignorant qu'il est et reste de la Kabbale et de sa 

presence massive et productive dans les textes concernes, continue de croire a l'historicite de Jesus et a la qualite 

de journalistes-reporters des disciples. Dommage... Un si bon depart, et... une arrivee en forme de retour dans les 

bras des grecistes. 

[268] Ts'in Che-houang-ti : empereur chinois (entre 220 et 210 av. J.-C.) celebre pour avoir fait construire, ou 

agrandir, la Grande Muraille et ordonne la destruction systematique de toutes les oeuvres philosophiques 

anterieures a son regne. 

urbs : mot latin signifiant « ville » ; avec une majuscule, il designe, chez les Romains, la ville par excellence, 

Rome. 

Valentin : gnostique dont Irenee situe la carriere dans la seconde moitie du IP siecle apr. J.-C. et qu'un autre 

traqueur d'heretiques, Epiphane, fait naitre en Egypte. En realite, les textes de Valentin et ceux de ses nombreux 

eleves montrent qu'il est d'origine palestinienne et que son systeme de pensee derive, sur la base d'une lecture 

erudite et productive de la Bible hebraique, des methodes traditionnelles de la Kabbale et de l'exegese juive (et 

samaritaine), methodes qu'il exploite et combine avec logique et virtuosite (et non pas de maniere fantaisiste 

comme le pretendent Irenee et, a sa suite, tant de savants modernes). Ne nous restent plus des oeuvres 

valentiniennes que des versions en copte, en grec, etc., autrement dit des versions secondes dont on ne peut 

gouter le sens exact et l'intelligence qu'en les retrovertissant vers leur Semite originel. Pas besoin de dire que ce 

travail de retroversion n'a jamais ete, ni globalement ni sporadiquement, entrepris. 

variantes : voir lecons. 

Vedas : livres sacres des hindous. 

vernaculaire : une langue est dite vernaculaire lorsqu'elle est couramment parlee a l'interieur d'une 

communaute. 

voyelles : voir consonnes. 

Vulgate : voir Jerome. 

Vulliaud Paul, La Kabbale juive, Paris, Nourry, 1923 ; La Cle traditionnelle des Evangiles, Paris, Nourry, 1936. 



week-end : mot d'emprunt. Emprunt direct et non cacophonique du fait de l'identite des alphabets anglais et 
francais. II n'en va pas de meme des emprunts de l'hebreu tardif, a cause, precisement, de la distance qui separe 
son alphabet des alphabets indo-europeens (grec et latin en particulier). 
wolof : langue du Senegal. 

YHWH : le Tetragramme, le nom le plus sacre de la langue hebraique et de la Thora, le nom que, sauf une fois 
leur grand pretre, les Juifs ne prononcent jamais. L'indo-europeen en a fait, par voie de traduction, un dieu. C'est 
le « Dieu le Pere » des catechismes... En hebreu, ce mot contient toutes les formes du verbe HYH, « etre », de 
sorte que YHWH pourrait se rendre [269] en francais par « est-etant-sera-ete-fut ». Dans la Bible et dans la 
litterature peribiblique et postbiblique, ainsi que dans le Nouveau Testament et dans nombre de textes 
gnostiques, YHWH est remplace, du fait de la reverence dont on l'entoure, par toutes sortes de surnoms. Dans 
tous ces textes (sans, je le repete, en excepter le Nouveau Testament originel), YHWH fait l'objet de tous les 
traitements kabbalistiques possibles et imaginables : mise en plerome, gematrie simple, gematrie du plerome, 
etc. Et personne ne s'en apercoit. 

Zelotes : parti juif religieux-politique, fonde en fan 6 apr. J.-C. (par Juda le Galileen et un pretre nomme Sadok) 
en vue de s'opposer au recensement de Quirinius. Jusqu'a la prise de Massada, en 73, les Zelotes (en hebreu « les 
Jaloux », c'est-a-dire « les Rigoristes ») se font les champions a la fois de la lutte contre l'occupation romaine et 
de la haine contre les collaborateurs juifs de l'empire, lutte et haine qui se manifestent par des violences ouvertes. 
II s'agit d'un parti populaire mais dirige, le plus souvent, par des rabbins pharisiens ; c'est, en tout cas, un parti 
composite. Apres 73, les Zelotes disparurent ou s'exilerent en se fondant dans la Diaspora. 

Zohar : « le livre de la Splendeur ». Volumineuse compilation arameenne dont l'apparition subite, en Espagne, a 
la fin du XIIP siecle, ne doit pas nous masquer qu'elle contient de larges portions authentiquement anciennes. Le 
Zohar constitue, sous la forme d'un libre commentaire de la Thora, du Cantique des Cantiques, du livre de Ruth 
et du livre des Lamentations, une formidable variation sur la Kabbale et la mystique juives. 



[271] 



II est indifferent a mes fireres humains que je parle a mon chien en grec (de la koine ou pas), 
en mongol ou en sioux. Mon lecteur conviendra sans peine qu'il ne m'est pas indifferent, par 
contre, de savoir en quelle langue me parlent, disons, les Vedas, le Chou King, le Coran ou un 
conteur wolof. Et ici : il ne m'est certes pas indifferent de m'assurer que les auteurs des textes 
fondateurs du christianisme - Evangiles, Actes des Apotres, EpTtres, Apocalypse dite de Jean 
(sans compter tant d'apocryphes...) - s'exprimaient en hebreu. Quelles que soient, aient ete et 
puissent etre les criailleries - fort performantes jusqu'ici - des « grecistes », j'affirme qu'il faut 
desormais abandonner la these d'une redaction originellement grecque (voire arameenne) de 
ces textes et constater, sans le moindre doute permis, leur appartenance globale a la litterature 
juive-hebraique. 

Tout au long du present livre, je me suis d'abord employe a faire revenir le Nouveau 
Testament dans sa langue d'origine. Je m'y suis employe contre les grecistes, contre les 
exegetes d'Eglise (ceux des premiers siecles comme ceux d'aujourd'hui) et contre l'Eglise 
raeme. Face a ce beau monde et a son unanime aveuglement, je me suis contente d'en appeler 
au respect du corpus neotestamentaire - respect que reclame toute ceuvre litteraire, celui d'etre 
lue, jugee, et interpreted, dans la langue qui fut d'emblee la sienne. 

II s'agit pour moi de conclure; il n'est done pas question que je revienne sur mes 
demonstrations. Qu'on me permette seulement de les orner de quelques consequences. 

1. Les redacteurs neotestamentaires primitifs etaient des [272] Juifs-hebreux (palestiniens) 
utilisant une langue tenue par eux pour sacree. En redigeant les textes composant le Nouveau 
Testament en hebreu, ces auteurs avaient conscience, d'entree de jeu, d'utiliser un alphabet 
divin. En cela, ils ne se distinguaient nullement - pele-mele - des Sadduceens, des Pharisiens, 
des Samaritains, des Zelotes, des Esseniens et des Gnostiques (samaritains-hebreux ou juifs- 
hebreux). 

2. En redigeant le Nouveau Testament en hebreu, ces auteurs ne considerent pas seulement 
qu'ils utilisent l'alphabet divin : ils pensent qu'ils l'utilisent savamment ; ils sont convaincus 
qu'ils produisent des textes dignes de l'alphabet divin. Juifs-hebreux composant des textes en 
hebreu, les redacteurs primitifs des Evangiles (et du Nouveau Testament dans son ensemble) 
etaient done des Sages. Loin d'etre des illettres - ainsi que nous les depeignent tant de Peres 
de l'Eglise et le triste Renan -, ces redacteurs appartenaient, dans la hierarchie subtile, serree 
et precise du monde juif-palestinien, a la categorie des gens les plus instruits. 

3. Les redacteurs primitifs du Nouveau Testament ne sont pas seulement des Sages juifs- 
hebreux produisant des textes hebreux : ce sont des Sages qui, ce faisant, affirment une 
continuite graphique (et done, selon eux, theologique-scientifique) entre leur production et la 
Thora. En utilisant l'hebreu, ces auteurs savent qu'ils utilisent la meme langue que YHWH - 
la langue de la Thora sacree-divine. En utilisant l'hebreu (et non pas l'arameen), ils affirment 
done que leurs textes prolongent la sacralite du Pentateuque. Autant dire que les textes 
composant le Nouveau Testament originel, Semite - Evangiles, EpTtres, Actes, Apocalypse de 
Jean, ainsi que divers apocryphes {Le Pasteur d'Hermas, etc.) -, sont d'emblee tenus par leurs 
redacteurs comme des textes ayant force de loi. 

4. L'hebreu - j'espere l'avoir bien montre tout au long du livre - n'est pas une langue comme 
les autres. Les redacteurs neotestamentaires, en ecrivant en hebreu, savent qu'ils [273] 
travaillent sur la langue sacree-divine de la Thora ; mais ils savent aussi qu'ils travaillent sur 
une langue double, 

Le theme de l'hebreu langue double est frequent dans les Psaumes et les livres 
prophetiques : theme du « ils ont des oreilles et ils n'entendent pas ». 

a la fois exoterique et esoterique. Ils la travaillent done a la fois en clair et dans le cadre de ses 
modes operatoires traditionnels (kabbalistiques, au sens etymologique du terme) : en agissant 



ainsi, ils se trouvent en parfait accord avec les Sadduceens, les Pharisiens, etc. Et ils se 
trouvent, consciemment, en parfait disaccord avec les langues autres que l'hebreu - avec 
toutes les langues, reelles ou possibles, des Gentils, les langues qui ne sont qu'exoteriques, 
vulgaires, non sacrees, non divines. 

5. Utilisant l'hebreu, langue exoterique-esoterique, nos redacteurs ne s'adressaient qu'a des 
Juifs-hebreux, car seuls ces derniers etaient capables de saisir les deux poles des textes 
concernes : le pole simplement narratif, et le pole kabbalistique. Or le pole kabbalistique etait 
considere comme le plus important par les redacteurs neotestamentaires primitifs : dans le cas 
contraire, ils auraient redige les textes du corpus en grec ou en arameen (langues vulgaires, 
langues seulement exoteriques - langues indifferentes a YHWH). 

6. Utilisant l'hebreu, les redacteurs du Nouveau Testament utilisent une langue a la fois claire 
et codee, une langue qui, parce que divine-sacree, est a la fois comprehensible, en tant que 
telle, par tous et saisissable seulement par des inities. 

Le theme de l'initiation est constant dans les Evangiles : theme du « je leur 
parle pour qu'ils ne comprennent pas » - et theme, inverse, de la parabole (le 
MSL, le recit image qui hisse le non-initie vers des sommets qui lui sont, de 
soi, inaccessibles). 

L'hebreu du Nouveau Testament, comme l'hebreu en general, est a la fois traduisible (en tant 
que langue exoterique) et intraduisible (en tant que langue codee). En versant le Nouveau 
[274] Testament dans le domaine grec, les traducteurs anciens du corpus ont trahi la moitie - 
esoterique, kabbalistique (la plus importante !) - de ce corpus. 

7. Le Nouveau Testament, parce que corpus kabbalistique-hebreu, n'etait primitivement 
destine qu'a des lecteurs juifs - pas a des Gentils -, et qu'a des lecteurs juifs-hebreux - pas a 
des Juifs de langue grecque, arameenne, latine ou autre. Le corpus n'etait done pas destine a 
etre traduit. 

En cela on peut dire que le Nouveau Testament ressemble a la Bible ; 
l'Ancien comme le Nouveau Testament perdent, en traduction, tout ce qui les 
justifie : ils se defaussent de leurs modes - esoteriques - de production. 

Pour exprimer la chose plus directement : le Nouveau Testament primitif n'etait destine ni a 
l'Occident en general ni, en particulier, au Pape et a ses partisans (la catholicite) ou opposants 
(les protestants de tous bords) : ni a Rome, ni a Wittenberg, ni a Geneve, ni a Cantorbery ! 
Une fois traduit en langues non divines et non sacrees, le Nouveau Testament, comme la 
Bible avant lui, est devenu un contresens. 

Et e'est sur ce contresens que se sont peaufinees les Eglises. 

8. Les redacteurs primitifs du Nouveau Testament s'accordaient, en tant que Juifs-hebreux 
savants, avec l'ensemble des courants juifs-hebreux palestiniens existant de leur temps. 
Comme eux ils tenaient pour acquis, indiscutables, les points suivants : 

- la sacralite et la divinite de la Thora, parole divine marquant l'alliance de YHWH avec 
Moise ; 

- la sacralite et la divinite de la langue hebraique, langue a la fois esoterique et exoterique, 
langue codee et, des lors, intraduisible ; 

- le caractere apparemment limite de la Thora (parole divine [275] indefinie mais contenue 
dans la longueur finie, limitee, du Pentateuque). 

Sur ces trois points, il n'existe, au depart, aucune difference entre les Juifs-hebreux de 
Palestine, quels que soient par ailleurs les courants (religieux ou religieux-politiques) 
auxquels ils appartiennent. 

9. Mais ces memes redacteurs neotestamentaires - et le courant propre dont ils sont issus - se 
trouverent immediatement en conflit flagrant avec les autres courants du judaisme sur deux 
points essentiels, points qui marquent la rupture entre le judaisme chretien 

Le judaisme chretien, je le souligne, et non pas le soi-disant «judeo- 
christianisme » de nos pietres exegetes grecistes... 

et le judaisme orthodoxe (sadduceen, pharisien, zelote, etc.) : 



- la maniere de depasser la finitude de la Thora ; 

- la question du temple de Jerusalem. 

10. Sadduceens, Pharisiens, Zelotes, Esseniens, Samaritains et Gnostiques hebreux (juifs ou 

samaritains) s'entendent avec les Chretiens primitifs sur le caractere sacre de la Thora ; la 

Thora, pour tous indistinctement, est le message de YHWH. 

Mais l'entente entre eux se rompt des lors qu'il s'agit pour chaque groupe religieux de definir 

ce qu'il en est, concretement, de cette sacralite. 

De la sacralite de la Thora, les Sadduceens deduisent son caractere d'achevement ; pour eux, 

la Thora contient la parole divine et son interpretation ; les Sadduceens ne menagent done 

aucune place pour la nouveaute, pourtant relative, du midrash et de la tradition (orale ou dite 

telle). 

Tout en affirmant la sacralite de la Thora avec la meme vigueur que les Sadduceens, les 

Pharisiens en constatent le caractere fini ; parole infinie de YHWH, la Thora ne contient qu'un 

nombre fini de lettres. Pour combler cet ecart - ecart auquel les Sadduceens sont (ou se 

veulent) indifferents -, les [276] Pharisiens recourent au midrash, e'est-a-dire au decodage (au 

commentaire qui decode, qui interprete) : oui, le Pentateuque est limite, mais cette finitude 

n'est qu'une apparence ; Moise, en redigeant la Thora (idee commune aux Juifs et aux 

Samaritains, et aux Juifs chretiens-hebreux), a redige un texte code : il nous revient, par un 

travail indefini de decodage, de saisir l'infinite reelle du texte sacre sous son apparente 

finitude. En recueillant les donnees de la tradition passee (les midrashim d'autrefois, entasses 

par les siecles) 

Ce que les erudits, decidement mal inspires, appellent la « Tradition Orale » 
(ou sont-ils alles chercher cette « oralite » ?). 

et en les enrichissant, minute apres minute, des donnees du midrash en train de se faire, les 
Pharisiens entendent combler 1'abTme qu'ils voient entre la Thora visible (codee et a decoder, 
visiblement finie) et la Thora reelle (infinie). 

Les Zelotes, les Esseniens et les Samaritains - quoique avec des nuances - se rangent, vis-a- 
vis de ce probleme, du cote pharisien. 

Les redacteurs primitifs du Nouveau Testament partagent tout d'abord le constat pharisien : ils 
voient, eux aussi, l'ecart existant entre la Thora visible-finie et la Thora invisible-infinie. 
Comme les Pharisiens, ils pensent que cet ecart peut tendanciellement etre comble : il faut, 
sans que ce but soit bien evidemment atteignable, decoder le texte du Pentateuque ; il faut 
tendre a combler 1'abTme fini/infini par le midrash (en decodant, done, le texte sacre a coups 
de calculs gematriques, de notariques, et de themouras). Chaque midrash produit, sur le texte, 
du texte (de nouveaux mots visibles, de nouvelles lettres, de nouveaux versets) : chaque 
midrash lutte contre la finitude du texte et recherche, sous elle, a atteindre l'infini. 

Et voila bien le sens originel du mot midrash : « recherche » (heb. DRS, 

« chercher »), et non pas « commentaire ». 
[277] 11. Accord, done, entre Pharisiens et Chretiens primitifs-hebreux sur le but du midrash 
(combler l'ecart dont j'ai parle) et sur ses methodes (les decodages kabbalistiques). 
Mais disaccord total sur le resultat de l'operation. Car en comblant le fosse entre Thora visible 
et Thora infinie, voila que les Juifs chretiens-hebreux-primitifs pretendirent « accomplir » le 
texte sacre (pretention qui n'a jamais ete celle des Pharisiens) - bien mieux (et la la rupture est 
absolue) : ils pretendirent l'accomplir historiquement. 

Par la, les Chretiens primitifs-hebreux rejoignent les Gnostiques. 

Et la git en effet le schisme, au sein de la judaite, entre le christianisme juif hebreu primitif 
(non encore traduit en grec !) et les autres courants palestiniens : les Chretiens sont 
convaincus qu'en decodant le texte sacre vers l'infini (en le poussant vers l'infini grace au 
midrash et a ses methodes), ils produisent des personnages reels, des faits reels, des lieux 
reels, des evenements. Ils sont convaincus que le midrash accomplit le Pentateuque et la Bible 
hebraique dans son ensemble, et que cet accompli ssement est historique. 



Voir, dans les Evangiles, tous les versets - ils sont innombrables, n'est-ce 
pas ? - indiquant explicitement que les protagonistes de la narration (et pas 
seulement Jesus-Josue) font ceci ou cela en vue d'accomplir I'Ecriture. 

12. Resultat de l'idee que les redacteurs primitifs du Nouveau Testament se firent du midrash 
et de ses pouvoirs historiques : la caducite de la Thora elle-meme. A force de croire, en se 
servant des methodes kabbalistiques (traditionnelles) du midrash, qu'ils decodaient la Thora 
tout en l'accomplissant historiquement et en lui donnant l'occasion de s'incarner dans le reel, 
les Chretiens primitifs, hebreux, en sont venus a penser que l'accomplissement du Pentateuque 
(et des textes prophetiques, et des Psaumes, eux-memes midrashim du Pentateuque) [278] 
valait mieux que le Pentateuque lui-meme : et Ton aboutit alors au theme juif-chretien- 
primitif-hebreu (et non pas grec !) du remplacement de la Thora et de l'alliance qu'elle 
contient (celle de Moise) par l'alliance nouvelle, l'alliance de Jesus-Josue. 

Josue (Jesus) etant, juste apres le Pentateuque en effet, le successeur de 

Moise. 
Mais il faut aussitot preciser que les Chretiens primitifs ont d'abord concu le midrash comme 
accompli ssement historique du texte sacre, et que leur certitude de la caducite de la Thora de 
Moise n'est venue qu'ensuite : car c'est precisement par le midrash, c'est-a-dire par le 
decodage kabbalistique de la Thora, 

De la Thora puis des Prophetes, des Psaumes, etc. Tous les textes bibliques 
qui suivent le Pentateuque sont, de pres ou de loin, des midrashim du 
Pentateuque - et ils sont considered comme tels par les Pharisiens aussi bien 
que par les Chretiens juifs -hebreux primitifs. 

qu'ils ont produit le personnage de Jesus comme Messie et vu en lui le Josue successeur de 
Moise, puis le Josue rendant historiquement caduques, en effet, la Thora et l'alliance 
ancienne. 

L'invention de Jesus s'est faite progressivement, ainsi qu'en temoigne le fait 
que nombre d'apocryphes Chretiens anciens ou bien l'ignorent (cas de 
YEvangile de Pierre, du Pasteur d'Hermas, etc.) ou bien le confondent encore 
avec le Josue biblique (cas de YEpitre de Barnabe). 

13. Tous les concepts presents dans le Nouveau Testament sont juifs-hebreux ; aucun de ces 
concepts n'est grec (hellenistique). Tous sont ou bien bibliques ou bien derives, par midrash 
(kabbalistiquement), de la Bible. 

En entendant par « Bible » 1' Ancien Testament, et en entendant par « Ancien Testament » la 

Bible hebraique telle qu'elle existait a l'epoque du christianisme naissant (et non pas la 

version massoretique). 

[279] 14. La rupture entre Sadduceens, Pharisiens, etc. et Chretiens primitifs ne porte pas 

seulement sur la question du midrash comme accompli ssement historique, ou non, des 

Ecritures sacrees. Elle porte aussi sur la question de Jerusalem et de son temple. 

Le Nouveau Testament est originellement hebreu ; et il y est question du temple de Jerusalem 

non pas comme d'un temple detruit mais comme d'un temple encore debout : 

Debout et destine a le rester si l'eschatologie ne s'en mele pas ! 

ces deux faits montrent qu'aucun texte du corpus n'est posterieur a l'annee 70 (date de la prise 
de Jerusalem par Titus, date, egalement, de la ruine du sanctuaire). 

La traduction du Nouveau Testament en grec est partiellement anterieure et 
partiellement posterieure a l'annee70. - Et quand je dis qu'aucun texte 
hebreu -primitif du Nouveau Testament n'a ete redige apres 70, j'inclus bien 
sur dans mon affirmation l'Apocalypse de Jean : car ce livre ne decrit 
nullement les persecutions romaines mais produit des allusions claires aux 
attaques dirigees par les Sadduceens-juifs et les Pharisiens-juifs palestiniens 
contre les Chretiens-juifs palestiniens, et annonce, non pas la ruine de Rome, 
mais celle de Jerusalem, ville que les redacteurs comparent a l'execree 
Babylone. A ce sujet, il convient de remarquer, non sans sourire, que les 
« sept monts » qui servent de site a la « femme » (Ap. XVII, 9) ne sont pas les 
sept collines de Rome, mais bien les sept montagnes - autrement dit, la 
plenitude des monts - sur lesquelles est batie Jerusalem ! (cf, a. titre de 



preuve : le chapitre sur Jonas dans les Pirqe d-Rabbi Eliezer : « Car il est 
dit : Je suis descendu jusqu'au pied des monts {Jonas II, 6) - d'ou nous 
apprenons que Jerusalem se tient sur sept montagnes. » Les sept soi-disant 
collines de Rome de notre texte sont ici, en fait, le Mont Sion, le Mont 
Moriah, le Mont Sacre (ou la Montagne Sainte), le Mont de ma Beaute 
Sainte, le Mont de la Maison du Seigneur, le Mont du Seigneur [280] 
Sabaoth, et la Haute Montagne des Montagnes : tous termes presents dans la 
Bible et non chez Tite-Live ! 

Les Pharisiens, comme les Sadduceens, tiennent le temple pour la reference geographique 
sacree de leur religion. 

Les Samaritains ont la meme absolue reference, mais ils la situent sur le mont 

Garizim. 
Les Chretiens primitifs, juifs-hebreux, acceptent d'abord de maintenir pour judaiquement 
valide cette reference (d'ou, dans les Evangiles ou les Actes, la presence de divers 
personnages du recit dans le temple et la mention de leur respect pour le culte qui s'y tient) ; 
mais ils finirent par l'abandonner lorsqu'ils s'apercurent que leur maniere de comprendre et de 
vivre le judai'sme serait a jamais persecutes par le clan sacerdotal (d'ou, dans le Nouveau 
Testament, la haine du temple et de Jerusalem). 

Dans leur refus progressif du temple et de Jerusalem, les Chretiens primitifs ressemblent aux 
Esseniens. Mais la haine chretienne du sanctuaire et de la ville finit par depasser celle des 
Esseniens : elle devint definitive. 

Et ce refus chretien fut d'abord un refus juif: c'est en tant que juifs-hebreux que les Chretiens 
primitifs en arriverent a remplacer le sanctuaire honni par le corps du Messie et la ville honnie 
par la Jerusalem celeste. C'est en tant, selon eux, que bons Juifs et bons Hebreux que les 
Chretiens affirm erent la necessite de ce remplacement. Remplacement qui culmina, toujours 
en hebreu, dans l'Apocalypse de Jean et dans sa vision de la Jerusalem celeste (la ville, enfin, 
de YHWH - la ville enfin debarrassee, non pas des Juifs-hebreux, mais des Pharisiens et des 
Sadduceens). 

Les Esseniens ne haissent pas Jerusalem et son sanctuaire : ils haissent le 

pouvoir qui s'en est empare. Les Chretiens-juifs hebreux primitifs pousserent, 

eux, la haine de ce pouvoir jusqu'a l'attente eschatologique de la destruction 

de la ville et de son sanctuaire. - Or (et la est le coup de chance du 

christianisme) [281] 70 est arrive et l'attente s'est historiquement realisee : 70 

a vu s'accomplir la prophetie chretienne -juive ! 

Lorsque j'ai entrepris, il y a quelques annees, de m'interroger sur la langue originelle du 

Nouveau Testament, j'etais loin de me douter des extremes consequences de cette 

interrogation. Je croyais devoir me contenter de critiquer le point de vue greciste... Or, comme 

on vient de s'en apercevoir, la remise en cause de la langue primitive du corpus aboutit a autre 

chose qu'a un furtif changement de dictionnaire. Elle aboutit a un total reexamen des modes 

de production des textes fondateurs du christianisme et, grace a ce reexamen, au probleme de 

l'invention de Jesus. 

De ce reexamen et de sa portee je laisse maintenant a mon lecteur le soin, a son tour, de tirer 
les bonnes consequences qu'il voudra. 



Route de Cap du Bosc, 1981-1986 



[283] 



Introduction 9 

1 . L'hebreu du Nouveau Testament 1 1 

2. Pierre etfils chez Flavins 29 

3 . L 'enigme d'un marquis 3 7 

4. Mots d'emprunt dans le plat 

(Rene Girard s'attaque aux Evangiles) 85 

5 . Quelques chiffrages 127 

6. Recherche sous Jean /, 1-2 167 

7. Effets de Sagesse sur Genese I, 1 197 

8. Fils de Yhomme : un calcul 223 

Glossaire et references 245 

Conclusion 271 



[4 eme de couverture] 



BERNARD DUBOURG 

L'invention de Jesus 

I 

L'HEBREU DU NOUVEAU TESTAMENT 



Le Nouveau Testament, contrairement a ce que croient les Eglises, n'a pas ete concu et 
redige en grec, mais en hebreu. Constat : les Chretiens se trompent au sujet de la langue 
primitive des textes fondateurs de leur religion. 

En fait, la fabrication de ces textes s'est operee dans les cadres uniques, singuliers, de 
la pensee traditionnelle juive-hebraique, selon des methodes propres aux juifs hebreux de 
l'Anti quite. 

Dans le present essai, on trouve une description simple et variee des procedes qu'ont 
utilises les auteurs neotestamentaires ; de nombreux exemples en sont donnes, touchant aux 
paraboles, aux narrations evangeliques, etc., exemples assez clairs (et assez monstrueux) pour 
etre aussitot saisis par un lecteur meme peu au courant des routines de l'exegese biblique. 

A ce lecteur sont offertes, en primes : une initiation humoristique aux rudiments de la 
Kabbale, une reconstitution de la Sainte Famille, une visite guidee dans les recoins d'un conte 
de Perrault, une remise en cause des talents du philosophe Girard, ainsi que quelques 
variations de vocabulaires. - Lui sera egalement fourni, comme par accroc, de quoi 
s'interroger sur l'historicite, ou non, d'un certain christ nomme Jesus. 

Au mepris de deux millenaries de contresens et de negligences, Bernard Dubourg nous 
force ici a detruire notre perception du christianisme des origines ; il nous invite surtout a 
deguster l'adresse avec laquelle des textes soi-disant universellement connus et repandus ont 
reussi a se laisser defigurer et trahir.