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Full text of "Mahāsin al-majālis [microform] ; texte Arabe"

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COLLECTION DB TBXTBS IN:6DITS 
RELATIFS A LA MYSTIQXJE MUSULMANB, TOME II 



IBN AL-ARIF 



MAHASIN AL-MAJALIS 



TEXTE AEABE, TEADUCTION ET COMMBNTAIRE 



PAR 



Miguel ASINPALACIOS 



PARIS 

LIBRAIRIB ORIENTALISTS PAUL GEUTHNER 

13, ETJE JACOB, YI« 

1933 










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MAHASIN AL-MAJALIS 



D'IBN AL-ARIF 



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COLLECTION DE TEXTES INEDITS 
RELATIFS A LA MYSTIQUE MUSULMANE, TOME II 



IBN AL-ARiF, ^ v^ - 

MAHASIN AL-MAJALIS 



TEXTE AEABE, TEADUCTION ET COMMENTAIEE 



PAR 

Miguel ASfN PALACIOS 



PARIS 

LIBRAIRIE ORIENTALISTE PAUL GEUTHNER 
13, EUE JACOB, VI« 

1933 






V I J- 



GET OUVRAGE A ETE 

TRADUIT DE L'ESPAG-NOL 

PAR 

F. CAVALLERA 




(plu-r.xA'. ^Ow-f' ("l^'-u.. . ] 



1. — BIOGRAPHIE D'IBN AL 'ARIP.O 

Son nom complet est : Abou al ' Abbas Ahmad, fils de Moham- 
mad, fils de Mousa, fils d'Ibn 'Ata Allah, Ibn al * Arif, de la tri- 
bu de Sinhadja, « fraction de eelle des arabes de Himyar en 
Occident ». Son pere Mohammad etait originaire de Tanger (") 
et faisait partie de la garnison de la Qasba d'Almeria, pendant 
la periode oil cette cite fut la capitale de I'un des royaumes des 
Tawa'if, sous la domination de la famille de Ma'n ibn Somadih, 

• 7 • • 7 

qui dura de I'an 433 de I'hegire (1041 de J. C.) jusqu'a 484 
(1091). 

Des difficultes economiques obligerent son pere a Tappliquer 
a un metier manuel ; il le pla§a tout jeune comme apprenti chez 
un tisserand pour y apprendre a travailler. Mais 1 'enfant repu- 
gnait a tout travail qui n 'etait pas 1 'etude du Qoran et la fre- 
quentation des livres. A force de multiplier les defenses et les 

C) Les sources utilisees pour cette biographie sont les suivantes: 
Ibn Bashkowul, biogr. 175; Al Dabbi, biogr. 360; Mo' d jam cVIbn al 
Abbar, biogr. 14; Ahmad Baba, page 30; Ibn Khallikan, 93 et trad. 
De Slane, I, 150; Mss. LXXVI (f° 37 v») et CCtl (f' 14 r") de la 
Collection Gayangos, a I'Academie Royale d'Histuire de Madrid, — 
Des renseignements isoles sur des traditionnistes qui out appris des 
hadUhs d'Ibn al 'Arif se trouvent dans Tiikmila d'Ibn al Abbar, 
pages 56, 72, 174, 201, 203, 210, 219, 560, 570, 645, 663 et 702. Cfr. 
edit. Bel et Ben Cheneb, pages 74, 103, 134, 185, 191. Cfr. aussi 
Jami, nafahdt, ed. N. Lees, pp. 615-610. 

('-') Le raanuserit LXXVI de la collection Gayangos, f" 37 v" dit 
que le surnom « Ibn al 'Arif )) vient de Feinploi, exerce par son pere 
i\ Tanger, de chef de la surveillance nocturne de la cite et que le 
mot « al * arif » signifie inspecteur on chef d'un corps de troujje : 

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2 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'ARIF 

menaces le pere faillit faire echouer les heureuses dispositions 
que le jenne Ibn al 'Arif montrait pour I'etude. A la fin, il le 
laissa libre de suivre ses gouts et le jeune homme devint un 
savant incomparable C) . Le pere, longtemps apres, reeonnaissait 
son erreur et avait coutume de dire aux admirateurs de son fils, 
apres leur avoir raconte les premieres etapes de sa carriere: 
« Son jugement etait plus eclaire que le mien. En verite, je ne 
pensais pas alors a quel degre d'honneur mon fils m'eleverait.)) 

A Almerie, Ibn al 'Arif etudia le Qoran et les traditions 
prophetiques, sous la direction de maitres renommes. Le livre 
de Sa' id de Bagdad, intitule Les Pierres precieuses, f ut le texte 
ou il forma son gout litteraire et son erudition philologique (*) . 
Tres vite il put s'adonner comme maitre a I'enseignement de ees 
disciplines litteraires soit a Almeria, soit a Saragosse et a Va- 
lence, oil, en outre, il exerga pendant quelque temps la charge de 
mohtasib. Son habilete calligraphique est egalement signalee 
avec eloge par ses biographes. 

Mais ses talents artistiques et sa connaissance des sciences pro- 
fanes ne furent point la raison d'etre de sa celebrite. Juriscon- 
sulte, traditionniste, critique sagaee de I'autlienticite des ha- 
dttlis, lecteur f ameux du Qoran, poete inspire, plus haut encore 
que ces titres les biographes placent sa connaissance de I'asee- 
tique et de la mystique et sa saintete avec ses vertus extraordi- 
naires recompensees de Dieu par des faveurs et des charismes. 

C) Le texte du Mo' d jam (biogr. 14) emploie la phrase "-^j j?-^ "^ 
qui a ee sens metaphorique, mais renferme aussi un jeu de mots, par 
allusion au metier de tisserand auquel son pere voulut I'appliquer, ear 
"-^Jj^-H signifie textuellement : « tissu unique, sans pareil ». 

(') Ce livre jL^VIj cAiiA j ^y^\ Jo a ete redige par son auteur, 
j^Jl P>UI y\ j^\ ^j- opU-j pour Al Mansour, a la eour de qui il 
veeut, eomble d'honneurs. C'est une ehrestomathie de textes classiques 
en prose et en vers, eominentes du point de vue grammatical et litte- 
raire, a I'exemple du j->l^l v^d'Abou 'Ali al Qali. Cf. Yaqut's 
Dictionary of learned men (edit. Margoliouth : a Gibb Memorial », VI, 
4, p. 266). 



BIOGRAPHIE D'IBN AL 'AEIF 3 

La ville d'Almeria etait alors le foyer principal dii ,soit- 
fisme esoterique d'al Andalus(°). Les doctrines mystiques de 
Tecole masarn s'etaient conservees religieusement, au cours des 
deux siecles ecoules depuis la mort du fondateur, en divers 
centres de I'Bspagne meridionale, surtout a Cordoue et a Pechi- 
na, petit village pres d'Almeria, sur la rive droite de la riviere 
de ce nom. Bien avant Ibn al ' Arif, parait a Almeria un ascete 
tres populaire qui preche, dans les rues et sur les places, 1 'union 
mystique de I'ame avec Dieu, en un sens franchement pan- 
tlieiste: Mohammad ibn *Isa d'Elvire. Au commencement dn 
G*" siecle de I'hegire, en pleine domination des Almoravides, 
Almeria devient la metropole spirituelle de tons les soiifis espa- 
gnols. C 'est la que retentit le premier et unique cri de protesta- 
tion collective contre 1 'excommunication et I'autodafe des livres 
d 'al Grhazzali que les foqahd routiniers de Cordoue avaient ana- 
thematises comme des ceuvres impies, des qu'elles entrerent en 
Espagne, pendant la vie de leur auteur, et qui f urent livrees aux 
flammes par un decret officiel du sultan almoravide Yousouf ibn 
Tashafin. Les theologiens d'Almeria, sous la direction d'al 
Bardji, redigerent un fatwa ou ils cbndamnaient la conduite 
d'Ibn Hamdin, qadi de Cordoue, qui avait f ait bruler les livres 
d'al Ghazzall. Ni a Marrakech, ni a Fez, ni a Qal'a des Banou 
Hammad, n'en vint a ce degre I'audace des soiifis partisans 
d'al Ghazzali; ils se eontenterent de protester isolement et en 
particulier. 

C'est dans eette ambiance d'enthousiasme religieux que se 
forma 1 'esprit d'Ibn al 'Arlf. Nous ignorpns malheureusement 
les noms de ses maitres de soiifisme.Ses biographes — des tra- 
ditionistes et des foqahd surtout — se sont preoccupes seulement 
de nous renseigner sur sa formation par les disciplines qui les 
interessaient directement — hacUth et fiqh — et ont laisse dans 
la penombre tout ce qui concerne la doctrine mystique d'Ibn al 



(") Cfr Asin, Ahenmasarra y sii escuela (Madrid, Maestre, 1914), 
p. 108, et Goldziher, Ibn Barragan, dans ZDMG (LXVIII, 1914), 
p. 544. 



4 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'AEIF 

' Arif et les sources qui rinspirent. Le seul point qu'ils signalent 
est qu'il fut le createur d'une regie ou methode de vie spirituelle 
(tarlqa) qui reussit rapidement a conquerir un grand nombre 
d'adeptes, accourant de divers points d'al Andalus a Almeria 
pour se mettre sous la direction spirituelle du maitre. 

On ne pent affirmer qu'a ce groupe de disciples personnels du 
maitre appartinssent les deux sofifis qui plus tard f urent perse- 
cutes avec Ibn al ' Arif a cause de leurs idees mystiques. Cepen- 
dant les biographes declarent expressement qu'ils professaient 
des doctrines identiques aux siennes et que ce fut le motif qui 
decida de leur sort commun. L 'un des deux residait a Grenade 
et s'appelait Abou Bakr Mohammad ibn al Hosayn al Mayourqi, 
surnom du a son origine de I'ile de Majorque. Juriste de I'ecole 
zdhirt et traditionniste, il avait reside a la Mecque et a Alexan- 
drie plusieurs annees pour y completer ses etudes ; mais, comme 
Ibn al 'Arif, il s'etait deja alors consacre a I'ascetisme et vivait 
retire du monde. L 'autre s'appelait Abou al Hakam ibn Bar- 
radjan et residait a Seville. Originaire du Nord de I'Afrique, 
il etait comme ses compagnons, plutot que traditionniste, theolo- 
gien mystique, adonne^i aussi a la vie de devotion et d'auste- 
rite. Parmi ses ecrits, les biographes signalent comme plus 
remarquables un Commentaire des noms divins et un Commen- 
taire du Qordn, laisse inacheve, et dont on possede un exemplaire 
manuscrit. L'esoterisme effrene de sa pensee se caracterisait 
par le gout pour la cabale arithmetique des lettres des textes 
qoraniques, dont la valeur numerique soumise a diverses opera- 
tions arithmetiques lui servait de base pour pronostiquer des 
evenements futurs, favorables ou nefastes, en particulier des 
conquetes et des victoires militaires. La reprise de Jerusalem 
sur les Croises par Saladin, avait ete, disaifc-on, predite par Ibn 
Barradjan, dans son Commentaire, pour I'annee meme oil elle 
eut lieu. Ce sont les seuls indices qui nous suggerent le soupQon 
que Ibn al ' Arif participa aussi a cette superstition cabalistique, 
puisque ses biographes, on I'a vu, lui attribuent des doctrines 
mystiques identiques a celles d'Ibn Barradjan. Toutefois, il n'y 
a pas trace de pareilles superstitions, dans son Mahdsin, comme 
nous verrons. 



BIOGRAPHIE D'IBN AL 'ARIF 5 

La multitude des disciples d'Ibn al *Arif et leur attachement 
fanatique au maitre firent peut-etre craindre au sultan almo- 
ravide ' Ali, successeur de Yousouf ibn Tashf in, un soulevement 
possible en sa faveur pour le porter sur le trone. Nous disons 
« peut-etre w, paree qu'il n'y a pas de preuve, comine il y en a 
pour Ibn Barradjan : en effet, Sha'rani affirme dans ses Tahaqdt 
(1, 15) que celui-ci f ut condamne a mort par le sultan, parce que 
environ 130 villages le reconnaissaient pour 'imditi. L'on salt 
combien frequemment les revolutions politiques adoptent, dans 
rislam, les apparences d'un mouvement inofCensif de fanatisme 
religieux. Le soulevement des rnoridin (novices ou postulants) 
contre les Almoravides, peu apres la mort de Ibn al 'Arif, justi- 
fierait les soupQons des autorites. L'annee qui suivit sa mort, le 
maitre soiifi Abou al Qasim ibn Qasyi organisa dans les Algarves 
(Sud du Portugal) une sorte de milice religieuse formee des 
adeptes de son ecole qui suivaient, dans toute sa purete, la doc- 
trine meme d'Ibn al *Arif, et du monastere ou rdhita qu'il 
construisait a Silves, sur la cote de 1 'Atlantique, il se proclama 
'imam, remporta des succes militaires centre les Almohades, et 
regna dix ans comme souverain de toute la region. 

L 'on comprendra done sans peine que le sultan ' Ali ait congu, 
douze ans plus tot, de fortes craintes au sujet du succes peu 
commuri qu'obtenaient a Almeria et dans les pays d'alentour 
les predications d'Ibn al 'Arif. Pourtant il n'y a pas de preuve 
formelle que g'ait ete la le mobile de la persecution. Les bio- 
graphes affirment que 1 'initiative en fut prise par le qadi 
d 'Almeria, Ibn al 'Aswad, par jalousie du succes populaire 
d'Ibn al 'Arif. II est evident, cependant, qu'il appartenait au 
qadi, comme procureur-ne pour les delits contre la doctrine 
orthodoxe, de les denoncer a I'autorite du sultan. La denoncia- 
tion d'Ibn al 'Aswad, transmise par ecrit, arriva a la cour de 
Marrakeeh, et le sultan donna ordre au gouverneur d 'Almeria 
de lui envoyer Ibn al 'Arif, en meme temps qu'il faisait expe- 
dier deux ordres semblables contre ses deux disciples ou coUe- 
gues mentionnes plus haut: Abou Bakr al Mayourqi et Ibn 
Barradjan. Bux aussi furent obliges de se presenter devant le 
Sultan et d 'abandonner leurs residences respectives. Grenade 
et Seville. 



6 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL <AEIF 

Le recit de la captivite et dn transport d'Ibn al 'Arif nous a 
ete conserve avec assez de details par les biographes : il se teint, 
comme il est logique, d'une eertaine nuance de surnaturel et de 
legende. Le gouverneur d'Almeria, pour obeir aux ordres du 
sultan, fit embarquer Ibn al 'Arit' pour Ceuta, mais le qadi 
Ibn al 'Aswad insinua au gouverneur qu'il serait bon ne pas 
laisser libre le prevenu et lui mettre des chaines ou entraves aux 
pieds. Le gouverneur envoya aussitot un de ses hommes avec 
mission de rejoindre le bateau en haute mer et d'y mettre aux 
fers Ibn al 'Arif, Celui-ci, douloureusement surpris par cette 
mesure, se contenta de s 'eerier: « Dieu le terrorise comme il 
me terrorise! ». Et, en eft'et, ajoutent les biographes, comme il 
revenait au port d'Almeria, apres avoir enchaine Ibn al 'Arif, le 
messager du gouverneur fut saisi par un batiment ennemi, des 
Chretiens sans doute, et emmene captif. Comme Ibn al 'Arif 
accostait a Ceuta, un envoye du sultan se presenta porteur d'un 
ordre expres pour sa mise en liberte. Ibn al 'Arif se voyant 
delivre des chaines, comprit que le sultan ne voulait pas se 
rendre complice de 1 'in juste violence exercee contre lui. Les 
autorites d'Almeria avaient indubitablement exagere, et leur 
zele indiscret, inspire par la haine contre Ibn al 'Arif, avait 
deplu au sultan mieux informe de la saintete et des vertus du 
soilft « Je ne voulais pas etre connu du sultan, s 'ecria alors, 
dit-on, Ibn al 'Arif, mais puisqu'il me connait deja, force m'est 
bien de le voir. » II se mit aussitot en route pour la cour de 
Marrakech; il fut recu avec lionneur par le sultan qui le 
combla de marques de veneration et de respect. Le sultan lui 
ayant demande s'il desirait quelque chose, pret a le lui accorder, 
aussitot Ibn al ' Arif lui repondit : « Je ne desire rien que 
d 'avoir la liberte d'aller ou je voudrai ». Le sultan se hata de 
lui accorder la liberte desiree, mais il semble qu'elle lui fut 
completement inutile, car peu de temps apres il tomba malade 
et mourut a Marrakech meme. 

On a donne de sa fin deux explications : pour les uns, elle fut 
due a une mort naturelle; d'autres I'attribuerent a un empoi- 
sonnement. Le qadi d 'Almeria, f rustre dans ses desseins de haine 
contre Ibn al ' Arif par suite du bienveillant accueil que lui avait 



BIOGRAPHIE D'IBN AL <ABIF 7 

fait le sultan, «e «erait ingenie, avec astuce, a liii faire man- 
ger une aubergine empoisonnee, ce qui aurait cause sa raort, a 
Marrakech en I'an 536 de I'hegire (1141 de J. C). L'un de ses 
plus intimes disciples, Abou'Abd Allah al Ghazzal d'Almeria, 
donnait comme plus exacte la premiere explication, celle qui 
attribuait la fin de son maitre a une mort naturelle ; et il plagait 
le fait a Ceuta meme, avant qu'Ibn al 'Arif fut conduit a 
Marrakech. Tous les biographes cependant sont d 'accord pour 
affirmer qu'il fut enterre dans cette derniere ville et que sa 
tombe etait contigiie a celle d'Ibn Barradjan, mort lui aussi a 
Marrakech, peu apres y avoir ete appele par le sultan, comme 
IbnarAriff). 

La renommee de sa saintete et les circonstances mysterieuses 
de sa mort, produisirent une si forte impression dans I'ame du 
sultan que, au moment de I'enterrement d'Ibn al 'Arif, quand 
il vit la douleur publiquement manifestee par la population qui 
suivit extraordinairement nombreuse le cortege fun&bre, il se 
repentit d 'avoir ecoute les denonciations du qadi d'Almeria 
contre Ibn al 'Arif et, pris de soupgons, il ordonna de faire une 
enquete sur le fait et ses causes. Toutes les informations s'accor- 
derent a attribuer la persecution d'Ibn al 'Arif a I'envie et a 
la mauvaise volonte du qadi d'Almeria, inventant cette denon- 
ciation uniquement pour provoquer son expatriation et sa mort 
et qui, fruste dans ses desseins, 1 'empoisonna. Le sultan jura 
alors d'appliquer a Ibn al 'Aswad la peine du talion, et, en 
effet, donna des ordres pour que, charge de chaines, le qadi fut 



C) Le manuscrit LXXVI de la collection Gayangos ajoute (f° 38 v°) 
que Ibn al ' Arif fut enterre « pres de la grande mosquee antique, qui 
est au centre de Marrakech, dans le jardin {rawcla) du Qadi Moiisa 
ibn Hamah al Sinhadji ». Ibn Bashkowal donne la date exacte de la 
mort, arrivee le soir de la veille du vendredi 23 de safar de 536, e'est- 
a-dire le 27 septembre 1141. La date de la naissance se trouve chez 
Ibn Khallikan: en 481 de I'hegire, le lundi 2 de djumada I", c'est-a- 
dire le 24 juillet 1088 de J. C. Par suite, Ibn al 'Arif est mort a 
I'age de 53 ans. 



8 MAHASIN AL MAD.TALIS D'IBN AL <ARIF 

exile dans la region de 1 'Extreme Sous. C'est la qu'il mourut 
empoisonne, comme liii-meme avait fait empoisonner Ibn al 
'Arif. 



2. — LES (EUVRES. LE MAHA8IN-AL-MADJALI8. 
MANUSCRITS EXISTANTS. 

Aucun des biographes espagnols on africains d'Ibn al 'Arif 
ne parle de ses oeuvres. Seul Ibn Khallikan mentionne d'line 
maniere generale et vague ses livres sur le soufisme, mais sans 
donner de titre, excepte pour ce qu'il designe du terme vague de 
Madjdlis (Conferences ou Sessions). C'est sans doute le Mahd- 
sin. Le silence des ecrivains magrebins pourrait s'expliquer par 
le fait qu'ils sont tons traditionnistes plutot que soufis et que 
naturellement ils se sont preoccupes surtout des livres de leur 
specialite, laissant de cote ceux des autres matieres. En revan- 
che, Ibn Khallikan, dont le dictionnaire biographique recueille 
les vies des savants, litterateurs, politiques, et mystiques les plus 
distingues du monde islamique, s'interesre a toutes les disci- 
plines scientifiques sans exclusions preconcues. Cette exception 
unique d'Ibn Khallikan suggere neanmoins le soupcon que les 
oeuvres d 'Ibn al ' Arif ont ete peu repandues parmi les soufis 
orientaux et maugrebins. En fait, je puis assurer qu'au cours de 
mes lectures, depuis de longues annees, je n'ai trouve cite ce livre 
d'Ibn al 'Arif que dans les oeuvres d'Ibn 'Arab! de Murcie, 
specialement dans son Fotouhat. On cite seulement un commen- 
taire ou tafsir du Mahdsin, redige par un soufi de Malaga, 
mort a Murcie I'an 611 de I'hegire, dont le nom complet est 
Ibrahim ibn Yousof ibn Mohammad ibn Dahhaq al Awsi, 
Abou Ishaq, plus connu par le surnom de Ibn al Mar 'at, c'est- 
adire « le fils de la femme ». (Cfr. 'Ihdta d'lhn al KhaUh, 
edit. Caire, I, 180.) Ibn 'Abbad al-Rondi parle aussi, dans son 
Commentaire sur les Al-Hikam al-' atd'iyya, d'un livre d'Ibn 
al'Arif, dont le titre est Miftdh al sa'dcla wa minhddj solouk 
tariq al 'irdda (Cfr. tome I, page 9, ligne 8 infra). D 'autres 
livres du soufi d'Almerie il n'est fait absolument aueune men- 



MANUSCEITS DV MAHASIN 9 

tion. Ce n'est pas que son nom soit tombe dans I'obscurite, apres 
sa mort; au contraire, dans les ceuvres hagiographiques, comme 
par exemple, dans celle qui a pour titre Bawd al raydhin d'al 
Yafi'i (XIV siecle apres J. C), sont rapportes des exemples ty- 
piques de la thaumaturgie d'Ibn al *Arif, mais sans une seule 
allusion a ses ceuvres, meme au Mahdsin (^) . Nous devons done 
nous limiter a cet ouvrage qui est d 'ailleurs le seul arrive 
jusqu'a nous. 

Le Mahdsin al Madjdlis est conserve dans quatre exemplaires 
manuscrits : 1°) celui que contient le cod. 732 de la bibliotheque 
de I'Bscurial (folios 42-54) d'ecriture magrebine, date de I'an 
750 de I'hegire (1349 de J. C.) —2°) celui que contient le cod. 
872 de la bibliotheque de Berlin (folios 148 v'-HS), d'ecriture 
orientale, date de I'an 859 de I'hegire (1454 de J. C.) en la 
grande mosquee d 'al 'Azhar (au Caire) — 3") celui que contient 
le cod. n" 37 de 1' ((Index de I'homiletique oratoire )) (iic-ljll<-^) 
folio 826, de la bibliotheque municipale d'Alexandrie — 4") celui 
que contient le cod. 173 (folio 3876) de V« Index de divers » 
( jyill *^jifi) de la meme bibliotheque, Les manuscrits 3 et 4 
ne m'ont pas ete accessibles, au temps ou je preparais 1 'edi- 
tion; mais, pendant 1 'impression, j'ai pu les etudier, grace aux 
aimables soins de M. Massignon, qui a eu la bonte de m'en fa- 
eiliter des copies manuscrites. Le ms. n" 4 est de la meme f amille 
que le ms. 2, sur lequel nous avons f onde notre edition du texte ; 
mais il n'a rien d 'interessant qui merite d'etre signale a titre 
de variantes, relatives aux idees ou meme au lexique technique. 
Le ms. n° 3 offre, au contraire, certaines differences par rapport 
a tous les autres mss. ; mais, en principe, je suis convaincu qu'il 
est un pastiche, d'age fort tardif, redige d 'ailleurs par quel- 
qu'un qui ne connaissait ni la langue technique ni le style du 
Mahdsin. Sur le fond de celui-ci, I'auteur de cette compilation 
a cru devoir inserer une enorme qnantite de dits, sentences, 
vers et recits pieux qui n'ont rien a voir avec la sobriete du 

C) Cf r u^^ Jl J'jj v^par ^^^\ (edit, du Caire, 1315 de I'hegire) 
pag. 155, 205, 206, 219. — Al-Maqqari (edit, du Caire, III, 361, 
363) cite quelques vers d'Ibn al 'Arif. 



10 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL <AEIF 

texte original d'Ibn al 'Arif, mais qu'il croyait sans donte 
interessants pour completer le sujet. Tout ce qui est du Malm- 
sin n'occupe, dans ce ms. 3, que cinq folios (du 120 r° au 124 
v"). Le reste, jusqu'au f 149 v", est evidemment apocryphe, 
surajoute apres coup, afin de dissimuler le manquement du ms. 
dont on a pris la copie, lequel se terminait au fasl IV {6y^\ J J-2») 
et etait done depourvu des deux derniers articles (12" et 13"). 
D'ailleurs, il a supprime aussi tout Particle, si important, sur 
1 'amour (<^1 j) ; mais en revanche, I'auteur a insere dans Par- 
ticle sur la tristesse oJ^\ J) le joli recit sur Jesus et le moine en 
extase, qu6 les mss. B. et E. mettent dans I'article sur 1 'amour, 
comme il est exige par le contexte. C'est done pour toutes ces 
raisons que je n'ai pas cru etre oblige de faire aucune attention 
non plus aux variantes que ce ms. 3 oft're par rapport au ms. B. 
Les manuscrits 1 et 2, designes respectivement par E. et B., re- 
presentent deux redactions un peu differentes entr'elles. Le 
manuscrit E., d'ecriture occidentale et de date plus voisine de 
I'epoque de I'auteur, meritait a priori la preference comme 
fondement de I'edition, mais il semble en revanche n'offrir 
qu'un texte abrege du Mahdsin; le manuscrit B., en effet, bien 
que posterieur d'un siecle au manuscrit E. et representant par 
son ecriture orientale une redaction plus eloignee de 1 'origi- 
nal andalou, contient tant d 'additions et de complements au 
texte E., que nous avons decide de baser sur lui notre edi- 
tion. II ne s'agit pas evidemment d 'interpolations apocryphes, 
daris tons les cas ou B. differe de E. par addition, car ce ne 
sont pas des phrases independantes qui peuvent se separer 
du contexte d'E., mais elles donnent plutot 1 'impression ge- 
nerale d'incises indispensables au sens total de la periode(*). 

(®) La consideration que nous devons aux deux redactions B. et E, 
du Mahdsin a de plus une base historique, ear deja a I'epoque de Ibn 
'Arabi de Murcie circulaient aussi deux versions du texte. Voir plus 
loin, a VAppcndice, le passage du Fotouhat, I, 119 ou Ibn 'Arabi 
cite la phrase du Mahdsin (B., f^ 149, r") o^J c?*"^ J? ^-5 ^vec la 
variante suivante empruntee a une autre redaction (^Jjj) : i^ (J; ^J 
^ 4ly Jo.. 



MANUSCRITS DU MAHASIN 11 

La difference la plus notable entre E. et B. concerne la fin de 
I'ouvrage: du folio 166 r° au folio 173 r", le manuscrit B. 
presente iin epilogue etendu qui manque completement au 
manuscrit E., oil, a la place, on ne trouve qu'un tres court 
developpement (f 52 r"), qui, en pleine coherence avec le con- 
texte anterieur, n'a rien de commun avoc 1 'epilogue de B. Cet 
epilogue (surtout depuis le f ° 166 r, ligne 2, <^, L. ci-IT Jl p 
j'oserais y voir une interpolation du copiste de B., car 
tout s'y reduit a une longue enumeration des charismes 
^cX>J\ par lesquels Dieu recompense le mystique, dans la vie 
presente et la vie future (folio 166 v°-170 r°), accompagnee 
des quatre conditions essentielles pour arriver a la perfection : 
science, pratique, purete d 'intention, et crainte de Dieu, (folio 
170 v°-173 v") . II est done evident que, soit a cause des ma- 
tieres qu'il traite, soit a cause du style qui n'a rien d'esoteri- 
que, cet epilogue de B. est une interpolation du copiste, etran- 
gere au plan et au vocabulaire du Mahdsin et dont I'auteur 
m'est inconnu. Nous avons neanmoins prefere I'inserer dans 
notre edition, et parce qu'il forme une partie integrante dn 
manuscrit B., base de notre travail, et parce que la doctrine 
qu'il expose sur les charismes presente de I'interet pour I'his- 
toire du soufisme. 

Notre edition reproduit le texte de B et transcrit dans les 
notes les variantes de B, qu'il s'agisse d 'additions (cas le moins 
frequent), ou di 'omissions (cas le plus ordinaire), ou de simples 
substitutions de mots, synonymes ou non. Le court epilogue 
d'E, signale plus haut, est public a part a la fin du texte de 
B. L 'edition est paleographique et reproduit fidelement les 
motions que I'ecrivain donne aux mots arabes que, par un 
motif quelconque, il a cru utile de vocaliser afin de mieux 
fixer leur lecture et avec elle le sens du texte. Les fragments 
poetiques, si nombreux dans le texte, sont inseres par le copiste 
au milieu de la prose (sans doute pour economiser la place 
et epargner le papier) et sans autre precaution^ pour distinguer 
les vers ou leurs hemistiches, que le triple asterisque a la fin 
de chacun. 

Le texte est accompagne de la traduction en f rangais oii j 'ai 



12 MAHASIN .AL MADJALIS D'IBN AL 'AEIF 

cherche a refleter la pensee de 1 'original avec toute la fidelite 
ideologique dont est susceptible un texte mystique arabe, ou 
abondent les termes techniques, n'ayant pas toujours d 'equi- 
valent dans notre vocabulaire. Souvent un seul mot arabe est 
traduit par une periphrase plus ou moins longue. J'ai prefere 
ce procede exegetique a celui plus commode qui consiste a lais- 
ser le inot arabe sans le traduire, en le transcrivant seulement 
en lettres latines. Ce dernier expedient, si usite et generalise 
parmi les arabisants europeens, s 'inspire certainement d'un 
louable souci d'exactitude et de precision techniques, mais, 
a mon avis, c 'est au detriment du lecteur profane qui, ignorant 
comme il est de la langue arabe et de la technique esoterique 
des soufts, a droit d'attendre et prefere aussi recevoir des 
arabisants, sinon une traduction mathematiquement exacte du 
texte arabe, du moins un reflet approximatif des idees qu 'il 
contient. La simple transcription litterale des termes arabes 
en caracteres latins, laisse le lecteur profane dans une igno- 
rance complete, et en meme temps est totalement inutile pour 
le specialiste qui peut constamment recourir au texte arabe. 
Au reste, les passages qui, trop obscurs ou concis, demandaient 
a etre eclaires, sont I'objet de courtes notes au bas des pages 
ou d'un commentaire. Les textes du Qoran, cites par I'auteur 
sans indication de chapitre ou de verset, sont identifies entre 
parentheses. Des notes sobres aident a fixer la personnalite et 
I'epoque des auteurs soufis dont les actions ou les sentences 
s(mt mentionnees dans le texte, Les variantes d'E., qui nous 
ont paru interessantes, sont egalement traduites, aux passa- 
ges correspondants, et enfermees entre crochets [ ], comme 
tous les autres mots supplees dans le texte de B. 



3. — ANALYSE DU MAHASIN AL MADJALIS. 

Le theme central de cet opuscule est une etude des demeures 
( Jj^ ) de la vie mystique, enumerees dans 1 'ordre suivant : 
gnose ou intuition extatique de Dieu (^j^) ; volonte (s^bOj 



ANALYSE DU MAHASIN 13 

ascetisme ou abstinence ( -^ J ) ; confiance ou abandon a Dieu 
(J^) 5 patience (j^) ; tristesse (il)J=-) ; crainte {^^) ; espe- 
rance {'^j) ; gratitude ( J^) ; amour (<^) et desir ( Jj-i). 
A 1 'article 13, resume de toute la doctrine, Ibn al 'Arif ajoute 
a ces dix, deux autres demeures: la penitence {^ty) et la fa- 
miliarite avec Dieu ( i^i ), absentes des articles anterieurs. 
Leur nombre mis a part, qui varie dans les diverses ceuvrc3 
des soufis, les demeures etudiees par Ibn al 'Arif n'offrent, en 
ce qui concerne leurs noms techniques respectifs et leur signi- 
fication fondamentale, aueune nouveaute digne de remarque, 
par rapport a la doctrine traditionnelle dans la mystique mu- 
sulmane, depuis Dhou'l Noun al Misri createur et initiateur 
du theme, trois siecles avant Ibn al *Arif. L 'originalite du Ma- 
hdsin consiste done moins en la doctrine elle-meme, que dans 
I'orientation esoterique de son developpement. L 'article 1 et 
les articles 12 et 13 sont si utiles a ce point de vue qu'ils doi- 
vent etre etudies, a notre avis, avant le reste de I'ceuvre. De 
leur lecture attentive, il resulte que Ibn al 'Arif ecrit son 
Mahdsin, non pour la masse de ceux qui aspirent a la perfec- 
tion mystique, ni meme pour ceux qui cheminent encore dans 
le sentier de la perfection, mais exclusivement pour ceux qui 
ont deja atteint le terme de 1 'union et jouissent de 1 'intuition ou 
gnose. Par suite, toutes les demeures, excepte cette derniere 
et celle de I'amour, sont considerees par Ibn al 'Arif comme 
des degres imparfaits qui n'appartiennent qu'au profane vul- 
gaire. Cette attitude aristoeratique a des precedents dans le 
soufisme oriental, mais jamais, que je sache, elle n'avait ete 
adoptee comme critere exclusif pour le developpement du 
theme. II y a, en effet, des allusions sporadiqucs a ce critere 
dans les auteurs anterieurs: Abou Nasr al Sarradj dans son 
Kitab al LumO^ et al Qushayri dans sa Bisdla citent des sen- 
tences de soufis qui interpretent quelques demeures dans le 
meme sens; mais il n'existe point, croyons-nous, de traite or- 
ganique appliquant ce critere de selection a toutes les demeu- 
res et d'une maniere systematique. 

D'apres Ibn al 'Arif, le gnostique ou contemplatif {'drif) 
arrive deja a 1 'union transformante, y acquiert la conviction 



14 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'AEIF 

que Dieu seul existe en realite, et que, par suite, rien de ee 
que lui-meme pense, sent, veut ou fait, n'est sien, mais est de 
Dieu. Les demeures, dispositions vertueuses, de celui qui aspire 
H 1 'union, perdent done a ses yeux toute valeur: loin d'etre des 
moyens aptes a nous f aire acquerir notre fin, ce sont des obsta- 
cles ou des voiles qui empechent 1 'union a Dieu paree qu'ils 
ne sont point Dieu. La distance infinie qui separe I'etre eter- 
nel de I'etre temporel, la creature du Createur. oblige a nier 
toute analogie entre les deux categories d'etres et rend impos- 
sible tout essai efficace d'arriver a Dieu par le moyen de ce 
qui n'est point Dieu. La transcendance de I'etre eternel et 
infini est telle, que lui seul est etre, tandis que les creatures 
sont neant par elles-memes. L'on comprend done que Ibn al 
'Arif estime, non seulement inutiles, mais meme prejudiciables 
les actes du devot et les etats ou demeures du mystique lors- 
que, par eux, ils aspirent a obtenir 1 'union a Dieu, inabordable, 
de par sa transcendance, a tout le cree. De plus, celui qui a 
d.eja atteint Dieu ne pent avoir ni volonte ni esperance ni 
desir d 'obtenir ce que deja il possede. 

Envisagees sous ce prisme et a la lumiere subtile de ee prin- 
cipe, toutes les demeures se revetent d'un coloris de mysterieux 
paradoxe pour le gnostique. 

L 'ascetisme ou abstinence (sohd) perd son sens vulgaire de 
simple privation des delectations coupables et meme des plai- 
sirs licites, pour prendre cette valeur exquise et plus delicate : 
I'elimination de toutes les preoccupations, soucis et affections 
niondaines, en vertu du recueillement de I'esprit dont les as- 
pirations se concentrent en Dieu seul. La confiance ou abandon 
de la volonte entre les mains de Dieu (tawakkol) aboutit a se 
confondre avec la sublime vertu de la complaisance dans le 
vouloir divin: I'ame videe de toute initiative personnelle, en 
ee qui coneerne ses actes, n'a pas besoin d'abandonncr a Dieu 
une volonte qu'elle ne possede point. La patience (sabr) elle 
aussi n'a aucun sens pour le gnostique, convaincu qu'il est 
que les deerets divins rendent en definitive au bien des bommes 
et que les maux eux-memes, eonsideres comme des epreuves. 
ae tournent en leur faveur et par suite ne sauraient etre ma- 



ANALYSE DU MAHASIN 15 

tiere propre a la patience. Le parfait n'a pas davantage de 
motif de tristesse, parce que la joie de runion avec Dieu dis- 
sipe toute affliction : celui qui possede Dieu ne peut rien regret- 
ter, que ee soit objet perdu ou desire. Au plus, la tristesse spi- 
rituelle du gnostique (hazn)' se fait-elle sentir dans les rares 
moments oil il prend conscience de I'esclavage oii il se trouve 
encore, sous le joug de I'ame sensible. II en est de meme de la 
crainte (khawf) : ni les maux presents ni les chatiments futurs 
ne I'impressionnent ; il y contemple Dieu qui les lui inflige et 
eette contemplation dissipe dans I'ame toute apprehension et 
la change en une suave allegresse. Tout au plus le gnostique 
eprouve-t-il de la crainte reverentielle en presence de la ma- 
jeste divine qui se manifeste a lui dans la contemplation ; mais 
ce n'est pas la crainte servile, propre aux esclaves et non aux 
amis. L'esperance et le desir (radjd' et shawq) n'ont pas davan- 
tage leur place dans I'ame du parfait, car, deja uni a Dieu, il 
n'a point a attendre ou a desirer obtenir ce que deja il possede, 
ni a le deplorer comme s'il I'avait perdu. Son esperance, s'il 
en eprouve quelqu'une, est la soif inextinguible de 1 'union qui 
I'enivre. Encore moins explicable est la gratitude {sliokr) chez 
le mystique contemplatif : absorbe en Dieu, il ne peut decou- 
vrir dans les choses creees ni bienfait ni contrariete, car toutes 
viennent de Dieu; la bonte et I'infinie beaute du Donateur 
I'empechent d'y discerner la faveur et la defaveur. D'ailleurs, 
la gratitude represente un effort irreverencieux pour recom- 
penser Dieu de son bienfait, pour se degager de 1 'obligation 
eontractee en vers le bienfaiteur; et cet effort, en outre, est 
totalement inefficace, puisque I'esclave ne peut remercier Dieu 
de ses bienfaits, sans un nouveau bienfait de sa part. Seul 
I'amour (mahahba) est la demeure propre des elus; mais il 
doit s'inspirer, non pas des bienfaits re^us, — c'est I'amour du 
vulgaire, — mais de la majeste et de la beaute de Dieu meme, 
contemplees dans I'union extatique. De cet amour, indefinis- 
sable et ineffable, on peut seulement dire que c 'est une annihila- 
tion ou aneantissement de I'ame en Dieu, presage de la vision 
beatifique: de meme que celle-ci, avec la jouissance amoureuse 
qui I'accompagne chez les elus, n'est possible dans la vie future 



16 MAHASIN AJj MADJALIS D'IBN AL 'AEIF 

qu'apres que la mort physique a detruit, dans le compose hu- 
main, relement corporel, temporel et perissable, pour ne laisser 
subsister que rame, laquelle est eternelle, de meme, dans la 
vie d'ici-bas, on ne pent obtenir I'union a Dieu par I'amour, 
avant que I'ame s'aneantisse et s'annihile, eliminant du champ 
de la conscience tout ce qui est mondain et temporel, aussi bien 
le sensible corporel que le spirituel, pour ne laisser subsister 
que ee qu'il y a en I'ame d'eternel, c 'est-a-dire, la pensee et 
L'amour de Dieu. 

Cette attitude de renoncement heroique a tout ee qui n 'est pas 
Dieu, y compris les etats mystiques, les demeures, les graces, 
les faveurs et charismes que I'ame regoit de Dieu, doit etre 
mise en relief, a cause de son importance particuliere dans 
I'histoire de la spiritualite islamique. 

Nous avons deja dit qu'elle a des precedents dans la doc- 
trine des soufis orientaux, anterieurs a Ibn al ' Arif ; mais 1 'on 
doit a celui-ci sa systematisation, rigoureusement appliquee a 
toutes et a chaeune des demeures de la vie spirituelle. C'est 
sans doute pour cela que la mystique andalouse, heritiere de la 
pensee d'Ibn al 'Arif et de son ecole d'Almerie, a maintenu 
energ'iquement cette meme attitude de renoncement, a travers 
les siecles, et I'a leguee a 1 'ecole shddhiU, dont I'un des derniers 
representants, Ibn 'Abbad de Ronda (XI V siecle), en a fait 
le fondement de toute la spiritualite islamique, un siecle avant 
que Saint Jean de la Croix en fit celui de la ehretienne. 

Sans vouloir ici remonter a la source eloignee (qui est 1 'evan- 
gile) de ce renoncement a tout ee qui n 'est pas Dieu pour arriver 
a Dieu, nous ne pouvons non plus nous attarder a signaler le 
grave danger d 'illusion auquel expose cette attitude, si facile, en 
I'exagerant, a degenerer en quietisme. De fait, dans I'islam 
eomme dans le christianisme, ont abonde les exemples de cette 
lamentable deviation. Si imprecise et floue est la frontiere qui 
separe le quietisme de la ehretienne abnegation de la propre 
volonte, qu'il n'y a rien d'etonnant ou d 'inexplicable dans de 
pareilles illusions spirituelles : I'ame etant convaincue du neant 
ct de la bassesse de son propre etre devant I'inflnie realite et 
I'universelle effieience de I'Etre divin, cause unique de tout 



ANALYSE DU MAHASIN 17 

ee qui est, il est facile de degenerer de ce sentiment d'humilite 
(3hretienne et d'aneantissement en la conviction pratique de 
I'inutilite et de 1 'inefficacite de tout acte cree. Servir Dieu 
comme si nos actes etaient sans valeur, tel est le programme de 
1 'abnegation ehretienrie; pour le quietisme tout se ramene au 
laisser-aller et a 1 'inaction, parce que les actes propres ne valent 
rien, etant le resultat fatal et ineluctable de la seule causalite 
divine. II y a par suite une equivoque latente en beaucoup de 
sentences mystiques, chretiennes ou musulmanes, relatives a ce 
theme dangereux. « La realite esoterique, perdue dans la con- 
templation, dit Ibn al 'Arif, est la suivante: I'esclave subsiste 
par la subsistance que Dieu lui accorde, et I'aime de I'amour 
qu'Il a pour lui, et le regarde du regard par lequel II le 
regarde, sans qu'il reste en propre a I'esclave, de lui-meme, 
chose quelconque qu'il puisse considerer comme sienne. » 

Le vague de cette formule et d'autres analogues du Mahdsin, 
grosses de suggestions quietistes et pantheistes, explique la 
predilection marquee du mystique de Murcie, Ibn 'Arabi, pour 
le maitre d'Almeria. Dans son Fotouhat, en particulier, il a 
frequemment recours au texte du Mahdsin pour justifier et 
faire valoir les theses les plus audacieuses de son pantheisme 
immanentiste (") . II y a la un nouveau motif pour accorder 
a Ibn al 'Arif et a son opuscule plus d 'attention dans I'histoire 
du soufisme, ear nul n 'ignore la feconde influence d'Ibn 'Arabi 
sur revolution du pantheisme islamique, soit iranien, soit 
arabe. 

Apres avoir signale, dans cette esquisse sommaire, la pensee 
fondamentale du Mahdsin et sa transcendance dans I'histoire 
de la mystique musulmane, il reste peu de chose a dire sur la 
forme litteraire de sa redaction. Fidele au plan qu'il s'est im- 
pose dans le prologue, Ibn al 'Arif developpe le theme de clia- 
cune des demeures, avec diverses sortes de materiaux: textes 
du Qoran, hadiths prophetiques, sentences des maitres soufis, 

(") A cause de leur importance, comme commentaires de certains 
passages obscurs du Mahdsin, nous donnons dans un Appendice les 
textes du Fotouhat signales ici. 



18 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'AEIF 

anecdotes ou f aits typiques de prophetes et de saints, citations 
de poetes erotiques, appliquees aux choses divines, et sobres 
phrases personnelles introduites simplement comme trame ou 
s'inserent les documents etrangers. II est superflu de re- 
marquer que les versets du Qoran et meme les hadiths, allegues 
h chaque pas, sont presque toujours interpretes dans le sens alle- 
gorique ou accommodatice. Les auteurs ou les protagonistes des 
sentences et des exemples invoques sont tantot des prophetes 
et des patriarches (Moise, Joseph, Job, David, Jesus) tantot 
des soufis orientaux (Abou Yazid al Bistami, Rabi'ah al 'Ada- 
v'iyya, 'Otba al Gholam, Shibli et al Dahliak). Les fragments 
poetiques, d'une abondance extraordinaire, vu la courte eten- 
due de I'opuscule, sont presque toujours anonymes et a cause 
de la brievete de quelques-uns et 1 'absence du secours qu'offre 
toujours le contexte, ont des diffieultes d 'interpretation que je 
ne suis point sur d 'avoir toujours surmontees. Enfin les phrases 
eoncises introduites par I'auteur pour amener les textes etran- 
gers sont aussi d'une obscurite caracteristique, provenant non 
seulement de leur concision, mais plus encore de leur caractere 
technique d 'esoterisme : j 'ai essaye d 'en eclairer 1 'interpretation 
dans les notes au bas des pages de la traduction. 



4. — APPENDICE: PASSAGES DU FOTOUHAT D'IBN 
'ARABI QUI FONT ALLUSION A IBN AL 'ARIF 

OU A SON MAHASIN C). 

1°: Fotouhdt, I, 119, 1. 19: Quelle relation d 'analogic peut-il 
y avoir entre le temporel et I'eternel et comment peut-on com- 
prendre qu'il y ait ressemblance entre Celui qui n'a pas de 
semblable et celui qui a un semblable ? C 'est impossible, comme 
le dit Abou al 'Abbas ibn al 'Arif al Sinhadji dans le Mdhasin 
al Madjdlis, livre qu'on lui attribue: ((Entre Lui [Dieu] et 
les devots, il n'y a pas d 'autre relation que celle de la provi- 
dence divine ni d 'autre cause que les divins decrets ni d 'autre 

(") IS3\ oU_^l yb^ gdit. Boulae, 1293 de I'hegire. 



APPENDICE 19 

moment present que I'eternite. Ce qui reste est aveuglement et 
aml)iguite equivoque ». Et dans une autre version [de ce meme 
passage, il dit] « science » au lieu du mot « aveuglement » ("). 
Vois done combien est belle cette pensee, eombien parf aite cette 
intuition de Dieu, eombien sainte cette contemplation. Plaise 
H Dieu que I'auteur ait profite de ce qu'il a dit. La connais- 
sance de Dieu surpassa la perception de I'intelligence et de 
I'ame sensitive, excepte en ce que Dieu est un etre reel. Toute 
expression verbale [qui cherche a expliquer ce qu'est Dieu] 
par I'intermediaire de comparaisons avec les choses crees ou 
a I'imaginer [par analogic] avec les etres composes et simples, 
est completement differente, aux yeux d'un entendement sain, 
de ce que Dieu est par sa grandeur. Rationnellement cette con- 
ception imaginative de Dieu n'est pas permise, et on ne pent 
lui appliquer non plus cette expression verbale, de la maniere 
dont I'une et I'autre sont propres aux creatures. Si done par- 
fois on en vient a les employer, ce sera seulement d'une ma- 
niere approximative, qui facilite a rintelligenee de I'auditeur 
la perception de I'existence de Dieu, mais non la comprehen- 
sion de son essence. 

2" Fotouhdt, I, 277, 1. 12 : De cette priorite [de Dieu] pro- 
eede le commencement du monde physique : toutes les choses 
teraporelles sollieitent son aide pour exister; c'est Lui qui 
decrete leur existence et elles s'ecoulent au rythme de ses de- 
crets, bien que sans relation entre Lui et les createurs. 
La priorite de Dieu aide la priorite de I'esclave, mais 
celle de I'esclave n'est d'aucun aide a chose qui soit. 
« II n'y a pas d 'autre relation que celle de la pro- 
vidence divine, d 'autre cause que les decrets divins, d 'autre 
moment present que reternite. » Telle est la doctrine des 
soilfis. <( Ce qui reste de ce qui n 'entre pas dans le nombro 
strict de ees trois [concepts] est aveuglement et ambiguite 

(") Le texte cite du Mahdsin dit (f° 149 r") : oH^'j ^^ J', ^i 
La variante de I'autre redaction est consignee par Ibn 'Arabi en ees 
termes: ^^ ^ly J-^ ]*» ^JJ Jj. 



20 MAHASIN AX. MADJALIS D'IBN AL 'AEIF 

equivoque. » Ainsi rexprime clairement I'auteur du Mahdsin 
al Madjdlis. 

3° Fotouhat, I, 297, 1. 4 {^) . Parmi leurs talents esoteriques, 
il faut compter aussi la connaissanee des qualites physiques 
et de leur synthese et analyse, celle des vertus des remedes 
simples, qu'ils possedent par revelation. Notre maitre spirituel 
Abou 'Abd 'Allah al Ghazzal, vivant a Almeria a I'epoque de 
sa formation mystique, sortit [un jour] de la conference de 
son maitre spirituel Abou al 'Abbas ibn al 'Arif. Celui-ci 
etait I'homme de lettres de son temps. Tandis que [Al Ghazzal] 
traversait la steppe de la route Al-Somadihiya ('") , il s'aper- 
gut que toutes les plantes de ce pre lui adressaient la parole 
pour lui dire leurs vertus medicinales. L'arbre ou I'arbuste 
lui disaient: « Prends-moi: je suis utile a ceci et je gueris telle 
maladie ...» [Al Ghazzal] resta stupefait et etonne en enten- 
dant les avis que lui donnaient ces plantes, comme si elles 
avaient voulu se concilier son amitie et sa faveur. II rentra 
bientot chez son maitre et lui raconta I'affaire. Le maitre lui 
dit : « Ce n 'est point pour cela que tu me sers comme serviteur 
et disciple. Oil etait le dommage et le profit, chez toi, quand 
les arbres te disaient qu'ils etaient utiles ou pernicieux?)) Le 
disciple lui repondit : « Mon maitre, pardon, je me repens. » 
Le maitre lui dit: « En verite, Dieu t'a eprouve et soumis a la 
tentation, car je ne t'ai guide que vers Lui et non vers autre 
chose qui ne soit point Lui. Pour prouver done la sincerite de 
ton repentir, retourne a cet endroit, et si ta penitence est sincere, 

('") Ce passage appartient au ehapitre XXXVII du Fotouhat, ou 
Ibn 'Arabi explique les qualites esoteriques des soufis qui suivent 
I'inspiration mystique de Jesus et qu'a cause de cela il appelle 

(") Le texte a: '■^^^^^fiSiJ^.- Comme il est nature], ce nom manque 
chez les geographes arabes qui deerivent la cite d' Almeria. Je erois 
neanmoins que ce nom lui vient de la construction de la route pen- 
dant la dynastie des Banou Somadih, rois des taivd'if qui ont regne sur 
Almeria pendant la premiere moitie du XI" siecle apres J. C. 



APPENDICE 21 

tu verras que le.s arbres ne te parlent plus comme la premiere 
fois. )) Abou *Abd 'Allah al Ghazzal revint a I'endroit et n'en- 
tenclit plus rien de ce qu'il avait entendu auparavant. II se 
prosterna, remercia Dieu, revint chez son maitre et lui rendit 
(jompte. Le maitre lui dit: « Dieu soit loue qui t'a prefere pour 
Lui et ne t'a point repousse vers une chose creee quelconque, 
semblable a toi, car [alors] tu croirais t'ennoblir par son 
moyen, alors que, [en effet], c'est elle qui reellement s'enno- 
blirait par toi. » Vois done [combien elevees etaient] les aspi- 
rations d'Ibn al 'Arif. 

4" Fotouhdt, 1, 363, 1. 20. L 'allusion esoterique (-"jl^^O, au 
dire des soufis qui suivent la voie de Dieu, renseigne sur I'eloi- 
gnement [par rapport a Lui] ou sur la presence de ce qui n'est 
point Lui. C'est pourquoi un maitre spirituel dit dans le Ma- 
kdsin al Madjdlis : « L 'allusion esoterique est un appel divin, 
dii sommet de 1 'eloignement, et la revelation d'une maladie con- 
crete. )) II veut dire que c'est une declaration nette qu'il existe 
[dans le sujet] une infirmite [spirituelle] , ce que nous avons 
exprime [par I'incise] « la presence de ce qui n'est point 
Lui )). Par le mot ■^^ (ol 'ilia) nous ne voulons point signifier 
ici la cause occasionnelle (»-^^ : al saMh) ni la cause efficiente 
( 4i-Jl : al Hlla) que les metaphysiciens speculatifs emploient 
comme terme technique en ce sens. (*^) 

5° Fotouhdt, II, 128, 1. 3. Notre maitre spirituel, Abou al 
' Abbas ibn al ' Arif al Sinhadji, disait dans sa priere : « Oh, 
mon Dieu ! En verite Tu nous a f erme la porte de la prophetic 
et de la divine mission, mais Tu ne nous a point ferme la porte 
de la saintete. Oh, mon Dieu ! puisque Tu as assigne le rang le 
plus eleve de la saintete a celui qui a tes yeux est le saint le 

(") Du passag-e du Mahdsin (f" 149 v"). QJJ -^^ t/b Ji^ -U S^LiVI 
^' i>v Ibn 'Arabi interjii'ete, comme on le voit, le membre de 
phrase final ahI oj«; ^jjj dans un sens different de celui que nous 
avons donne dans notre traduction du Malidsin. Cfr traduction, note 
8, sur le mot ^1 (maladie ou infirmite et cause). 



22 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'AEIF 

plus eleve, fa is que je sois ce saint. » C 'est la conduite propre 
aux mystiques intuitifs qui demandent ee qu'ils peuvent meri- 
ter, car s'il est certain qu'au jugement de la raison, la prophe- 
tic et la mission divine peuvent aussi etre meritees par 1 'homme 
(en ce sens que la nature humaine est apte a les recevoir), 
neanmoins, comme Ibn al 'Arif savait (par revelation) que 
Dieu a f erme la porte des deux, il ne les demandait point, mais, 
;\ la place, il demandait ce qu'il pouvait meriter, Dieu ne nous 
ayant point interdit I'acces a la saintete. 

6° Fotouhdt, II, 421, 1. 10. Nos coUegues sont d'avis diffe- 
rents au sujet du nom qu'il faut donner a cette demeure et a 
celui qui y a acces, a savoir, s'il faut I'appeler gnose ("^j^^) ou 
science ( P^ ) , et leur possesseur, gnostiqne {^M ) ou scienti- 
fique (l^). Les uns disent que la demeure de la gnose est do- 
minicale ( Jb ) et que celle de la science est divine f </' ) . C 'est 
ce que j'affirme, comme I'affirment les mystiques intuitifs, par 
exemple Sahl al Tostari, Abou Yazid [al Bistami], Ibn al 
'Arif et Abou al Nadja le Divin, connu par le surnom de Abou 
Madyan(^'^). Les autres disent que la demeure de la gnose 
est divine et que celle de la science lui est inferieure en di- 
gnite. Et c'est aussi ce que je soutiens, parce qu'ils entendent 
par science (ces derniers) ce que nous appelons gnose et reci- 
proquement. La difference [entre les deux groupes] est done 
[purement] de mots. 

7° Fotouhdt, II, 811, 1. 6. Examine bien ce que toi et tes col- 
legues admettez unanimement, a savoir que Dieu (a cause de 
la transcend'ance sublime et de la saintete de son etre) ne pent 
subsister dans les corps, et que I'homme voit, par la faculte 
visuelle, qui subsiste dans I'organe corporel de ses yeux, places 

('') Sahl al Tostari, natif de Tostar (Perse), mourut I'an 283 de 
I'hegire (896 de J. C.)- Abou YazTd est sans doute Al Bistami. Cfr 
Infra, note 14 de la traduction du Malidsin. Abou Madyan, ne a Seville, 
florissait a Bougie pendant le XII" siecle apres J. C. et mourut a 
Tlemgen ou son tombeau est venere. 



APPENDICB 23 

sur son visage, comme il entenci par Touie qui subsiste dans 
ses oreilles, et parle par la faculte locutive qui existe en sa 
langue, ses levres, et autres organes vocaux oii s'articule I'air 
emis de la poitrine, jusqu'a ce qu'il sorte des levres. Mais il 
arrive ensuite que ce meme homme [qui voit, entend et parle 
par les facultes qui subsistent dans les organes de son corps] 
realise un acte quelconque de vertu, non de ceux qui sont stric- 
tement obligatoires, mais des surerogatoires et de devotion que 
Dieu lui conseille et 1 'invite a pratiquer, et que cet acte de 
vertu a pour consequence la privation, pour lui, de Touie, de 
la vue, du langage et de toutes les autres facultes spirituelles ou 
physiques qu 'on lui disait etre necessairement siennes et en vertu 
desquelles on le qualifiait, en toute propriete, des termes d'au- 
diteur, voyant, parlant etc. C'est dire qu'il a maintenant com- 
mence d 'entendre et de voir par Dieu, apres avoir auparavant 
entendu et vu avee ses sens de I'ouie et de la vue. Et cela 
sans prejudice de ce que nous savons avec certitude, que Dieu 
est trop sublime et saint pour que les choses creees soient des 
sujets oil II subsiste ou que Lui-meme soit un sujet ou resident 
les choses creees. Neanmoins, I'esclave entend maintenant et 
voit et parle avec ce qui ne subsiste point en lui, car Dieu 
est maintenant son ouie, sa vue et sa main. Eh bien, c'est 
de la meme maniere que parfois existe dans un sujet le chati- 
ment, sans qu'en lui subsiste la qualite qui est effet du eha- 
timent [c 'est-a-dire la douleur sensible]... Et a ce propos est 
cite par 1 'auteur du Mahdsin al Madjdlis le vers suivant (") ; 

(( As-tu peut-etre entendu parler d'un amour si ardent 
qu'il rend raalade le coeur sain [au point de se sentir] 
f avorise par le chatiment et chatie par la f aveur ? » 

Et Abou Yazid I'aine, Tayfoiir ibn 'Isa al Bistaml, recita 
[le vers suivant] ou il parle a son Seigneur (") : 

n Cfr fo 153 v°. 
n Cfr f° 155 r°. 



24 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL <AEIF 

« Je t'aime, mais je ne t'aime pas pour la recompense ; 
je t'aime pour le chatiment. 

Tout ce dont j'ai besoin je I'ai obtenu, excepte I'a- 
greable emotion que je dois eprouver dans le cha- 
timent. » 

8^ Fotouhdt, III, 520, 1. 8 infra: Notre maitre spirituel, 
Abofi al 'Abbas ibn al 'Arif al Sinliadji, le prince en ces ma- 
tieres, disait O : « Dieu ne se voit, a la maniere qu'on voit des 
yeux, que lorsque les formules s 'evanouissent. » [Par contre] 
notre maitre Abou Madyan disait : (dl est indispensable que sub- 
sistent les formules de la servitude divine, si I'on veut experi- 
menter la delectation spirituelle dans la contemplation de la di - 
vinite du Seigneur » Et Al Qasim ibn al Qasim, 1 'un des 
maitres [cites] dans la Risdla de Qoshayri, disait : « La contem- 
plation de Dieu est une extase inconsciente ou il n'y a pas de 
delectation. » Mais chacun de ceux qui parlent ainsi dit la 
verite, car, nous I'avons dit plus liaut, dans ce chapitre, deux 
personnes n'ont jamais exactement la meme illumination divine 
et Dieu ne repete pas pour une meme personne la meme illu- 
mination. 

9° Fotouhdt, IV, 105, 1. 19: L'etat mystique (J^^) produit 
de lui-meme la rupture du cours habituel des lois physiques (""), 
comme 1 'affirme Abou al ' Abbas ibn al ' Arif ("") al Sinhadji, 
auteur du Mahdsin al Madjdlis, quand il dit, des etats mysti- 
ques, qu'ils sont propres aux novices ou postulants ("'^) : « Les 
etats mystiques sont pour les charismes ». II veut dire: pour 
rompre le cours habituel des lois physiques, car les charismes 
dans la technique conventionnelle de la [mystique] ne sont pas 
autre chose que cette rupture, accompagnee de la rectitude 

(«) cfr fo 149 v° ^J\ J>U^1 Xe. jl-l jrOi IjJlj. 
( ) ^\yi\ oj- ^3,1="" Jl*-I signifie que les prodiges clmrisnuitiques sont 
le fruit de l'etat mystique. 

(^) Le texte dit par erreur: ^-^.^A t/V^' ^. 
(-"') Cfr fo 149 r". 



APPENDIOE 25 

morale dans I'etat mystique, ou apte a; entrainer, comme con- 
sequences immediate et inevitable, cette rectitude. Le motif 
de cette restriction c'est que parfois cette rupture n'est pas un 
cliarisme accorde par Dieu a son esclave. 

10° Fotouhdt, TV, 117, 1, 3 : Sois persuade que cette oraison 
jaculatoire [Dieu soit glorifie!], produit en celui qui la recite 

[I'effet] dont parle Abou al 'Abbas ibn al 'Arif al Sinhadji 
dans le Mahdsin al Madjdlis, quand il mentionne I'etat mysti- 
que du devot, du novice et du gnostique. II dit: « Et Dieu [qui 
est la Verite reelle] est derriere tout cela))(^). II est en effet 
indispensable [que Dieu soit derriere ou au dela de tout cela] 
bien que [il soit vrai aussi que Dieu] est uni a tout cela ou 
que [Dieu] est tout cela meme. II est avec tout cela, selon que 

[Lui-meme] le dit {Qordn, LVII, 4) : « II est avec vous, ofi 
que vous soyez, » II est tout cela meme, comme II I'affirme 
encore (Qordn, XLI, 53) « Nous leur f erons voir nos signes 
dans les divers horizons de la terre et dans leurs personnes 
memes, jusqu'a ce qu'il leur devienne evident que c'est la 
verite. Ne te suffit-il point du temoignage de ton Seigneur ? » 
Lui, [enfin] est derriere tout ce qu'il a mentionne, en le deli- 
mitant, selon qu'il le dit encore (Qordn, LXXXV, 20 et 
XLI, 54) : « Dieu est derriere eux, les contenant )), « Dieu ne 
contient-il pas toutes choses ? » (^) . 

C) Cfr f° 149 r« 

("'') Le sens parait etre celui-ci: Dieu est present, par son essence 
et par sa science, a toutes et en toutes les creatures, niais en outre, 
Il s'identifie avec elles. Les trois forinules qu'Ibn 'Arabi tire du Qordn 
pour autoriser cette doctrine sont: 1° celle du texte du Malmsin: 
(( Dieu est derriere ou au dela de tout )) qu'Ibn ' Arabi entend connne 
le symbole de I'absolue transcendance de I'Etre divin et en meme temps 
comme I'expression de son omniscience infinie qui eontient et em- 
brasse tout. La 2" formule « Dieu est avec tout » exprime, au con- 
traire, l'imma,nence de I'Etre divin, qui existe uni a toutes les crea- 
tures. La 3" enfin exprime, avec une audace toute pantheiste, I'identi- 
fication de toutes choses dans I'Etre divin. 



26 MAHASIlsr AL MADJALIS D'IBN AL <AEIF 

11° Foiouhat, IV, 714, 1. 7: Aboii 'Abd 'Allah al Ghazzal 
dit : « A la classe de notre Maitre Abou al * Abbas ibn al ' Arif , 
assistait iin homme qui, ni ne parlait ni n 'interrogeait ni ne 
frequentait personne du groupe; des que le maitre achevait 
de parler, il sortait, et personne ne le revoyait plus, en dehors 
de la classe, Je fus intrigue de cette conduite, et j'eprouvai 
meme a son egard une certaine crainte reverentielle. Je desirai 
done entrer en relation avec lui et arriver ainsi a le connaitre 
a fond. TJn soir, en nous separant, au sortir de la classe, je le 
suivis, sans qu'il le remarquat, et voici qu 'arrive a une ruelle 
de la ville [c'est-a-dire d'Almeria], de I'air descendit sur lui 
une personne ayant un pain a la main qu'elle lui remit, pour 
disparaitre aussitot. Alors moi, brusquement, je le retins par 
derriere et le saluai. II me reconnut et me rendit mon salut. 
Je lui demandai qui etait cette personne qui lui avait apporte 
le pain. II s'abstint de repondre. Mais quand il se fut convaincu 
que j'etais decide a ne pas m 'eloigner avant qu'il ne me 
I'eut explique, il me dit: « C'est I'ange des provisions qui vient 
de la part de Dieu m'apporter chaque jour la part qui me re- 
vient, en quelque endroit de la terre ou je me trouve. Dieu 
m'a honore de cette faveur depuis le debut de ma vie devote, 
depuis que je suis entre dans le chemin spirituel: quand je 
n 'avals plus d 'argent et me trouvais sans ressources, il me tom- 
bait du ciel devant moi la somme necessaire pour m'acheter 
ce qui m 'etait indispensable a mon entretien et je la depensais 
jusqu'a ce qu'elle s'epuisat; alors de nouveau m'arrivait de la 
part de Dieu une somme egale, mais je ne voyais pas alors la 
personne qui me I'apportait ».("*). 

("') Ibn 'Arabi repete cette meiue anecdote dans son Mohddara, 
II, 130. 



TRADUCTION. 

Au nom de Dieu misericordieux et compatisyant. Dien be- 
iiisse notre maitre Mohammad, sa famille et ses compagnons 
et les sauve! 

Parole du maitre tres savant Aboii al 'Abbas Ahmad, flls 
de Mohammad, le soufi, de la tribu de Sinhadja (la misericorde 
de Dieu soit sur lui!)^): J'ai demande a Dieu (qu'il soit 
exalte!) sa grace pour reunir divers articles, formes de belles 
sentences, proferees par ceux qui ont recu I'inspiration divine, 
sentences qui aplaniront au novice la difflculte de sa route, 
fortifieront les fondements de la sincerite et de la certitude 
pour qui est aime de Dieu (") et exciteront quiconque les en- 
tendi'a a supporter les plus dures epreuves, pour pref erer comme 
le meilleur ce qu'il y a de plus penible. Les unes je les ai trans- 
portees de leurs propres minesf) ; d'autres m'ont ete revelees 

(') E. remplace I'introduction par ces lignes: « Livre des choses pre- 
cieuses et des beautes des sessions, filet des ames et douce attraction des 
amours; OBUvre du maitre spirituel, du juriste, du so'tifi contemplatif, 
Abou al 'Abbas Ahmad, fils de Mohammad, Ibn al 'Arif, a qui Dieu 
ait pardonne! ». 

(") Litteralement « I'aime )) en suppleant « de Dieu ». Le mot -^'^ 
« voulu )), « aime » signifie dans la langue esoterique des soufJs « le 
ravi », e'est-a-dire « celui a qui Dieu enleve sa volonte propre, parce 
qu'il I'aime ; et en temoignag'e de I'amour qu'il lui porte, I'eprouve par 
des tribulations et des peines, au cours de ses etats mystiques, comme 
si Dieu I'avait choisi pour Lui, pour traiter intimement et familiere- 
ment avec lui, lui faisant atteindre toutes les demeures et degres de 
perfection spirituelle sans effort ou travail propre ». Cfr. Definitiones 
JDschordschani, edition Fliigel, s. v. -^'^ et oj-^. 

{') Cela veut dire : copiees ou transcrites de divers auteurs, qu'il cite 
offeetivement en divers passages. 



28 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'ARIF 

par Dieu m'ouvrant ses tresors. Je leur ai donne pour titre: 
(( Beautes des sessions ». Ce sont elles en effet qui ornent qui- 
conque a son ame marquee du sceau de la science de I'oraison 
raentale, et leur plus petite dose suffit a embellir comme d'un 
riche brocard leurs « sieges ». Elles sont le filet des ames, le 
doux attrait des amours et les cadeaux des coeurs, tires des 
tresors des mysteres. Plaise a Dieu qu'en profite quiconque les 
entendra ou les lira et qu'il s'en eprenne (*) par la vertu de sa 
grace et de sa misericorde! Dieu benisse notre maitre Moham- 
mad, sa f amille et sa maison ! 

Article [1]. La gnose est mon chemin royal (f" 149 r°) et 
la science est mon argument. Le scientifique me demande des 
demonstrations. Le gnostique les cherche en moi, Les scienti- 
fiques [sont connaisseurs] de moi. Les gnostiques [sont con- 
naisseurs] en moif). Les devots s'attachent aux ceuvres, les 



C) E : « et tous ceux qui s'efforcent de la mettre en pratique ». 

C) Le sens de ce passage obscur me parait etre le suivant: La 
science ( i^ ) et la gnose ( '^.j*^ ) different entre elles, non en raison de 
leur objet, qui est Dieu, mais en raison du mode de connaissance : la 
science est connaissance mediate ou indirecte, car elle a recours a des 
demonstrations inductives ou deductives qui exigent d'abord des pre- 
misses, c'est-a-dire des verites prealablement connues qui, bien qu'en 
rapport avec la conclusion que I'oii cherche a connaitre, en sont cepen- 
dant distinctes ; la gnose, au contraire, est une connaissance immediate 
et dii'ecte de I'objet, sans demonstration prealable de verites, relatives 
a d'autres objets, distincts de celui que I'on desire connaitre. La gnose 
est, par suite, intuition de Dieu et des ehoses divines. Cela suppose : la 
IDremiere phrase semble signifier que le but de I'auteur est d'exposer la 
theologie mystique ou gnose en employant (pour la rendre accessible 
a ceux qui ne sont pas encore inities) les methodes courantes dans la 
science theologique vulgaire. Les quatre phrases suivantes sont, a mon 
sens, des approximations ou des essais ayant pour but de mieux pre- 
ciser la difference entre gnose et science, entre le caractere respectif 
de chacune, intuitif ou mediat. 



TEADirCTION. 29 

novices ou aspirants aux etats mystiques, les gnostiques aux 
saintes aspirations (") , mais Dieu [qui est la Verite reelle] 
est derriere tout cela. Entre Lui et les devots, il n'y a pas 
d 'autre relation que celle de la divine providence, ni d 'autre 
cause que ses divins decrets, ni d 'autre moment present que 
Teternite. Le reste est aveuglement et ambiguite equivoque. 
Les oeuvres sont en vue de la remuneration [dans la vie fu- 
ture] ; les etats mystiques sont en vue des charism'es; les sain- 
tes aspirations, pour 1 'union. Mais Dieu ne se voit, comme avee 
les yeux, que lorsque les formules s'evanouissent p'"). L 'al- 
lusion esoterique est un appel divin du sommet de I'eloigne- 
raent (') et la revelation d'un avis concret de Dieu a son ser- 
viteur f ) . La science est pour les coeurs, comme les causes oc- 

(") 11 appelle « devots » {^^) les simples fideles, etrangers a la vie 
mystique, qui ne cherehent qu'a accomplir exterieurement les obliga- 
tions de precepte et les pratiques de devotion. II appelle « novices » 
( jj-^._r* ) eeux qui entreprennent de marcher dans le chemin de la per- 
fection et commeneent a s'initier a la vie interieure. II appelle « gnos- 
tiques » ( jyj^) ceux qui, deja inities, aspirent a I'union. Le mot <.'' 
que je traduis par « aspiration sainte » signifie dans ce eas « la concen- 
tration energique de toutes les facultes spirituelles, orientees vers Dieu, 
et leur depouillement de toute affection creee, dans le seul but et desir 
d'obtenir I'union transformante ». Cfr. Def. Dschor. s. v. ^. 

("'"°) Le mot /r-JI a peut-etre iei le sens de « earacteras person- 
nels de I'individualite du sujet ». II signifierait, en eette hypothese, 
que la contemplation de Dieu exige prealablement la perte de la con- 
science personnelle. Cfr. supra, Appendice, 8". 

C) II faut sous-en ten dre « eloign ement de Dieu ». II veut dire que les 
sentences obscures et enigmatiques, appelees par les soufis alhisions 
(olj\-iVl) et auxquelles ils recourent pour exprimer leur doctrine esote- 
rique, ressemblent a des appels ou cris, par lesquels Dieu appelle les 
ames qui ne sont point encore arrivees a I'union. 

C) Je traduis par cette periphrase le mot ^\ parce que elle est 
ainsi definie par Ibn 'Arabi: v^- ^~ j^ >-^.'~J '-^ (3^1 ^ ^1 
Cfr. Definitiones Dschor. s. v. Voir neanmoins une autre interpretation 
de eette incise, donnee par le meme Ibn * Arabi dans son FotouJiat, I, 
363, et que nous inserons dans VAppendice, 4°. 



30 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'AEIF 

casionnelles sont pour les mysteres (°) . Tout ce qui n'est point 
Dieu est un voile qui le cache. S'il n'y avait pas la tenebreuse 
obscurite du monde physique, apparaitrait surement en toute 
clarte la lumiere du mystere divin. S'il n'y avait pas la tenta- 
tion seductrice de la concupiscence sensible, surement se sou- 
leverait le voile, S'il n'y avait pas les affections terrestres, il 
est certain que les realites spirituelles se reveleraient. S'il n'y 
avait pas les causes creees, eclaterait en pleine lumiere la divine 
toute puissance. S'il n'y avait pas 1 'effort, il est sur que la 
gno.<ie serait pure et claireC"). S'il n'y avait pas I'avidite du 
desir, il est sur que 1 'amour divin s 'enracinerait fortement 
[dans I'ame]. S'il ne restait encore quelques affections terres- 
tres, il est sur que le feu de I'amour passionne de Dieu consu- 
merait les esprits. S'il n'y avait pas faute de la part du servi- 
teur, il est sur que le Seigneur serait contemple [f. 149 v°], 
Aussi quand les voiles tombent, par I'interruption (") de ces 
causes occasionnelles, et que les obstacles sont supprimes, par 
1 'amputation de ces affections terrestres, arrive ce qu'a deja dit 
[le poeteJO : 

(') II veut dire que les eonnaissances rationnelles, loin cl'eelaircir 
les raysteres de la theologie mystique, sont des obstacles a I'intuition- 
de Dieu. II appelle « causes occasionnelles » ( o^-^ ) toutes les choses 
creees, lesquelles, au lieu de servir de moyens en vue de Fintuition, 
lui font obstacle. Ainsi le confirme le contexte subsequent. 

('") II veut dire que Feffort deploye par I'homme joour obtenir 
Fintuition mystique, loin de Faider a Fobtenir, est un obstacle, parce 
que la gnose est infuse et non acquise par FefL'ort humain. 

(") Je traduis par a interruption » le mot fj?- que je suppose dans 
le texte arabe, corrigeant /c-^ du ms. E et ^^ du ms. B, lectures qui, 
Fune et Fautre, me i)araissent erronees a cause du contexte. 

('") L'auteur de eette poesie est Al Hallaj. Cfr. Massig-non, Le 
diwdn cVAl-IIalldj (J. A., janvier-mars, 1931) M. n" 52. On y fait 
allusion a Dieu dont le nom est sous-entendu dans les pronoms posses- 
sifs des phrases : « son mystere », « son sceau », <( ses tentes » et dans 
le sujet taeite de la phrase «il s'y installe)). Le sens esoterique de toute 
la poesie, coherent avec le theme de cet Article 1^^', est que, pour 



TEADUCTION. 31 

« Un secret t'a ete revele qui longtemps t'avait 
6te cache; une aurore a brille dont tu etais Tobscurite. 

Tu es en effet le voile qui cache a ton propre coeur le 
secret de son mystere, car, sans toi, son sceau ne se 
graverait point sur ton eceur pour le eacher. 

Si tu t'absentes de ton cceur, il s'y installe et ses 
tentes s'elevent sur le sommet de la sainte revelation. 

Et il se produit un divin coUoque dont I'audition 
n'ennuie jamais et dont la prose et les vers nous de- 
viennent ardemment desirables. » 

Article [2]. La volonte est la caracteristique du profane vul- 
gaire. Elle est en effet la tendance de I'ame vers Dieu (qu'il 
soit exalte!), depouillee [de toute autre tendance], et 1 'intention 
resolue de s'efforcer de le chercher ("). Or ceci, dans la voie des 
ehoisis ou deja inities, est une imperfection, est une separation 
[de Dieu], est un retour aux choses creees et a 1 'amour propre. 
La volonte du serviteur de Dieu est eft'ectivement la satisfaction 
de son gout personnel et la source capitale des pretentions. Or 
I'union a Dieu et son atteinte [dans la contemplation] ne 
s'obtiennent que par ce que Dieu veut du serviteur, non par ce 
que le serviteur veut. Dieu (qu'il soit exalte!) dit [Qordn, X, 
107] : « Et si [Dieu] veut pour toi quelque bien, personne ne 
sera capable de repousser sa grace ». Par suite ce que veut le 
serviteur doit etre ce que Dieu veut de lui et qui est contenu 

arriver a I'intuition et a I'union, il faut que Fame se nie elle-meme et 
fasse abstraction de tout ce qui n'est pas Dieu. 

(") On prend dans eet article le mot '^\j\, volonte, dans le double 
sens de « la faculte de vouloir, en general », et de (( I'aspiration 
concrete du simple fidele a entreprendre la marche dans le chemin de 
la perfection au service de Dieu ». En ce dernier sens, le mot est done 
synonyme de novieiat, car le novice, aspirant ou postulant, s'appelle 
a cause de cela mound {-^j*), chez les soufi,s. L'on comprend ainsi que 
I'auteur considere eette volonte comme une imperfection, par rapport 
a ceux qui, deja inities, ont cesse d'etre debutants, aspirants ou postu- 
lants, pour devenir des progressants ou des parfaits. 



32 MAHASIN AIj MADJALIS D'IBN Ah 'AEIF 

dans la Loi revelee. Ainsi encore sa libre election doit opter 
pour ce que la Loi revelee lui dicte comme preferable, puisque le 
serviteur n'a pas de liberte a I'egard de son Seigneur et Maitre, 
ni non plus de volonte par rapport a la volonte de Celui-ci, dans 
les choses prescrites par sa Loi revelee. [C'est pourquoi] quel- 
qu'un a dit: « Je veux m'unir a Lui et Lui veut me fuir. 
J 'abandonne done ce que je veux pour ce qu'Il veut)) [f. 150 r°] 
Et de I'un des maitres spirituels (Abou Yazid al Bistami)(") 
on raconte qu'il dit: « Dieu (qu'il soit glorifie) m'a mis en 
sa presence et m'a dit ensuite : « Peut-etre desires-tu les gra- 
ces))? Je lui ai repondu: ((Non)) II m'a dit: ((Peut-etre de- 
sires-tu les eharismes? Je lui ai repondu: ((Non)) II m'a dit: 
(( Peut-etre alors desires-tu les demeures elevees ? )) Je lui ai 
repondu : (( Non )) II m 'a dit : (( Que desires-tu done ? )) Je lui 
ai repondu : (( Je desire ne pas desirer, car ma volonte est sans 
valeur, puisque je suis ignorant de toute maniere. Choisis 
done, Toi, pour moi, ce que Tu sais le meilleur et ne mets point 
ma perdition en ce que mon libre choix et mon autonomic pr(3- 
ferent. )> (( Ton Seigneur cree ce qu'il veut et choisit librement, 
mais eux n'ont point de libre arbitre )) {Qordn, XXVIII, 68) 
On raconte du [meme] Abou Yazid (que Dieu lui ait ete pro- 
pice!) qu'il a dit [aussi] : (( Je suis monte dans la voiture de 
la sincerite C") jusqu'a mon arrivee au sommet de I'air. Je suis 
monte ensuite dans la voiture du desir passionne (") jusqu'a 
mon arrivee au ciel astronomique. Je montai alors dans la voi- 
ture du divin amour ('') jusqu'a mon arrivee au lotus du 

('^) Abou Yazid Tayfofir al Bistami, dit (( I'aneien », poui* le distin- 
guer d'lui autre mystique du meme nom, de date posterieure, moiirut 
en 874 de J. C. Sur sa vie, ses oeuvres et sa doctrine, voir MassignoN; 
Essai, 243-256. 

(") La sineerite {sidq : li-w) consiste pour les soufts danr/ la purete 
d'intention au service de Dieu, de maniere que les sentiments, pensees 
et actions soient purs de tout but etranger a Dieu et exempts, respee- 
tivement, de toute affection aux creatures (les sentiments), de tout doute 
(les pensees) et de tout defaut (les actions). 

('") Sur le desir passionne de Dieu ( 'iy^ ) voir plus loin I'art. 11* 

(") Sur I'amour divin ( "^^ ) voir plus loin 1' article 10^. 



TEADUCTION. 33 

terme C). Et une voix m'a crie: « Oh! Abou Yazid! Que desi- 
res-tu? » J'ai repondu: « Je desire ne point desirer, parce que 
je suis le desire et tu es celui qui desires (")». Par suite, la 
sante de la volonte consiste a reraettre genereusement a Dieu 
sa propre faculte d'agir, a rester le sujet vide de pouvoir, par 
I'abandon du libre choix, a perseverer immobile devant le 
eours des divins deerets, eomme le cadavre (f. 150, v") entre 
les mains de celui qui le lave, qui le retourne comme il veut (""), 
selon le dire [du poete] : 

« Le ccBur a tout dedaigne, sauf 0mm 'Amr qui 
devint son amie ehoisie, qu'il la visite ou qu'il s'e- 
loigne d'elle. 

Ennemi de qui elle I'est et en paix avec qui elle est 
en paix. Celui que Layla honore, lui aussi I'honore et 
I'aime. » 

Article [3]. Quant a I'ascetisme, il est aussi le propre du 
profane vulgaire, puisqu'il consiste en ce que I'appetit coneu- 
piseible s'abstient des plaisirs, a renoncer a s'unir de nouveau 

(") Sur le lotus clu terme (ij^^ 2j-u.) cf. AsiN, La Escatologia 
musulmana en la Divina Comedia (Madrid, Maestre, 1919), pages 
361 et passim. 

(") Cette anecdote appartient a la legende de I'aseension d'Abou 
al Bistami au eiel, adaptation mystique de la legende du mi'rddj de 
Mahomet. Son texte a ete edite et traduit par Nicholson, dans 
Islamica (vol. II, fase. 3, pag. 402-415). Cfr. AsiN^ La Escatologia, 
op. cit., p. 60. 

("") Cette eomparaison, pour faire comprendre la mort de la volonte, 
est typique et proverbiale parmi les soufts. Sur sa lointaine origine 
fihretienne et son rapport avec le vceu d'obeissance monastique, tel 
qu'il est deerit par S. Nil, S. Jean Climaque, S. Benoit, S. Ignaee de 
Loyola, cfr. Asm, Bosquejo de un diccionario tecnico de filosofia y 
teologia musuhnanas (dans a Bevista de Aragonn, Saragosse, 1903), 
pag. 37-39, et El Islam cristianizado (Madrid, Plutarco, 1931), pag. 
156-158. 

3 



34 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'ARIF 

a ce dont on s'est separe, a laisser la recherche de ce que Ton 
a perdu, a se priver des desirs du superflu, a eontrarier I'ai- 
guillon des passions, k negliger en toute chose ce qui n'inte- 
resse pas [I'ame]. Or cela est imperfection dans la voie des 
elus, car cela suppose que Ton attache de Timportanee aux 
choses de ce monde, que I'on s'abstient de les servir, [que Ton 
se surveille pour les eearter de soi], que I'on se mortifie exte- 
rieurement par la privation des choses d'ici-bas, tandis qu'in- 
terieurement on se sent de Tattachement pour elles. Faire cas 
du monde revient a te tourner vers toi meme: c'est passer son 
temps a lutter avec soi-meme; c'est te rendre compte de ta 
sensibilite et rester avec toi, [bien que ce soit] contre ta con- 
cupiscence. Ne vois-tu pas ce que dit le Tres-Haut (Qordn, 
XXVIII, 89) [f. 151 r°] : « Cette demeure de la vie future 
nous I'avons preparee pour ceux qui ne veulent pas d 'eleva- 
tion sur la terre, ni non plus de corruption » ? Et ce qu'il dit 
a celui a qui il a donne le monde avec tout ce qu'il renferme 
(Qordn, XXXVIII, 38) : « Voici mon don, Donne genereusement 
ou conserve jalousement, sans en rendre compte ». [Vois done 
comment] II preserve [par ces paroles] son interieur de la 
contemplation [du monde] et son exterieur de tout attache- 
ment pour lui. En toute verite, I'ascetisme est I'ardente as- 
piration du coeur vers Lui seul; I'adhesion a Lui des aspira- 
tions et desirs de I'ame; 1 'unique preoccupation de Lui, sans 
aucune autre preoccupation, afin que Lui (qu'il soit glorifie!) 
ecarte de toi la masse de ces causes occasionnelles et que tu 
sois avec Lui comme 1 'enfant d'un mois avec sa mere: il n'a 
ni volonte ni resolution [dans ses relations] avec elle. C'est 
ce que I'on dit d'un certain novice interrogeant un maitre 
spirituel : « Oh ! maitre ! avec quoi repousses-tu le diable quand 
il t'attriste [ou t'attaque] par la tentation? » Le maitre lui dit: 
« Je ne connais pas le diable, pour etre oblige de le repousser ! 
Nous autres nous dirigeons nos desirs vers Lui et remplissons 
nos coeurs de son souvenir et Lui seul nous sufftt, sans que 
nous ayons besoin d 'autre chose, hors de Lui. » Dans le meme 
sens on a dit: 



TRADUCTION. 35 

« Je me suis cache de mon temps, derriere le voile 
de ses ailes. Mes yeux voient mon temps et mon temps 
ne me voit pas. 

Si on demande aux jours quel est mon nom, iJs 
I'ignorent; et la ou est mon sejour, ils neeonnaissent 
pas mon sejour » [f . 151 v°] . 

Article [4]. Quant a la confiance en Dieu, elle est propre 
aussi au profane vulgaire, parce qu'elle eonsiste a eonfier tes 
affaires au Seigneur et a te recommander a sa sagesse et a sa 
bienveillance pour qu'Il te dirige et te remplace, sans avoir 
toi-meme de preoccupation. Or cela, dans la voie des elus, est 
aveuglement [qui ne permet point de voir] la suffisanse [c'est-a- 
dire, ee qui suffit] et c'est retourner aux causes occasionnelles. 
Car, I bien que effectivement] tu abandonnes ces causes et te fixes 
dans la confiance en Dieu, cette confiance devient une sorte 
de remplagante de ces causes, C'est done comme si tu etais 
encore attache a ce que tu as abandonne, tout en t'en croyant 
separe. La vraie confiance en Dieu pour les elus, c'est la con- 
fiance qui eonsiste a purifier le coeur de la cause qui produit 
la confiance, c 'est-a-dire, sachant que Dieu (qu'il soit exalte!) 
n'a laisse dans I'abandon aucune chose [par une negligence de 
sa providence] , mais que, au contraire, II a ordonne et decrete 
toutes les choses [selon une mesure fixee], de sorte que, bien 
que quelqu'une se trouve etre opposee a ce qui est intelligible, 
ou desordonnee par rapport au sensible, ou perturbatrice des 
conventions et des usages, c'est Dieu qui la dirige et 1 'ordonne, 
et sa fonction est de conduire les decrets aux temps et aux 
lieux fixes d'avance, Celui qui [veritablement] a confiance 
en Dieu, est done celui qui ne prend pas la peine de reflechir 
et de verifier la cause, s'en reposant tranquillement sur ee que 
Dieu a regie ah aeterno [i. 152 r°] et avec une parfaite ega- 
lite d'ame, dans les deux etats [le bonheur et I'adversite], parce 
qu'il salt que ni la recherche ne lui profite ni la confiance en 
Dieu n'est un obstacle pour le succes, car c'est Dieu [qu'il 
soit exalte] qui doit mener son affaire. En revanche, s'il pre- 
tend considerer sa propre confiance en Dieu comme une rem- 



36 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'AEIF 

plagante [des causes occasionnelles] , alors sa confiance sera 
atteinte d'un vice oeculte et son intention sera malade. C'est 
seulement quand quelqu'un s'affranchit de I'esclavage de ces 
causes et ne cherche plus, quand il se confie en Dieu, que le 
seul droit qu'a Dieu (qu'il soit exalte!) sur lui, que Dieu lui 
suffira en toute preoccupation [et ecartera de lui toute adver- 
site]. Tel est ce que I'on raconte de Moi'se (Dieu le sauve!). II 
arriva un jour avec ses troupeaux dans une vallee pleine de 
loups, quand il se trouvait deja au comble de la fatigue. II y 
resta done perplexe: s'il continuait a s'occuper de garder 
les troupeaux, il lui etait impossible d'y reussir, parce que le 
sommeil et la fatigue le dominaient ; si, au contraire, il cherchait 
le delassement et le repos dans le sommeil, les loups mettraient 
en pieces le troupeau. II eleva done ses regards vers le ciel et 
dit : (( Ta science comprend [tout] , ta volonte est efficace et ton 
decret existe ah aeterno. » Bnsuite il se concha sur le sol et 
s'endormit. Au reveil, il decouvrit qu'nn loup, avec sa propre 
houlette sur I'epaule, faisait paitre les troupeaux. Moise en 
fut emerveille. Mais Dieu (qu'il soit honore et glorifie!) lui 
inspira : « Oh, Moise ! Sois pour moi comme Je desire, et Je serai 
pour toi, comme tu desireras ». On raconte que la sauterelle 
tomba sur un semis [f. 152 v"] de Eabi'ah al 'Adawiya ("). 
Quand on lui apprit la chose, elle sortit et vit la sauterelle 
sur le semis. Elle leva son regard vers le ciel et dit : « Oh, mon 
Dieu ! Tu m 'as garanti mon alimentation. Si Tu le veux, donne 
ce semis a tes ennemis ». Et la sauterelle disparut complete- 
ment s'envolant loin du semis. De meme a dit quelqu'un: 

« Si tu veux que je sois content et que tu le sois 
aussi et que pendant que nous vivrons ensemble ce 
soit toi celle qui tienne ma bride et mes renes, 

Tu n'as rien d 'autre a faire que eeci: regarde le 
monde avec mes yeuxj ecoute-le avec mes oreilles et 
parle-lui avec ma langue. » 

("') Mystique de Bassorah, ou elle mourut agee de 80 ans en 801 de 
J. C. Cfr. Massignon, Essai, 193. 



TRADUCTION. 37 

Article [5], Quant a la patience, elle appartient aussi aux 
degres [de perfection, propres] du vulgaire, parce que la pa- 
tience consiste a se dominer pour I'ame sensible, devant I'ad- 
versite, a contenir sa langue et a ne point se plaindre, a suppor- 
ter la tribulation et a la soutenir en attendant la consolation 
qui lui succedera. Or ceci, dans la voie des elus, est, [au lieu 
de patience], effort pour I'obtenir; c'est resistance ou opposi- 
tion essayee, c'est audace ou valeur, c'est application a contre- 
carrer, puisqu'essentiellement elle se ramene a contenir et gar- 
der cachoe la plainte provoquee par le dommage que fait souf- 
I'rir la tribulation. En revanche, pour les mystiques, la vraie 
patience consiste a remplacer la plainte par la delectation [f. 
153 r"] de I'ame dans I'adversite et a se rejouir de ce qu'il 
plait au Seigneur de choisir. On dit que la patience a trois 
demeures, subordonnees les unes aux autres. La premiere est 
1 'effort pour etre patient [tasdbor], c'est-a-dire s'attacher a 
supporter le malheur et a absorber la boisson amere de Pan- 
goisse, en se maintenant ferme devant le cours des decrets di- 
vins. Telle est la patience envers Dieu, c'est-a-dire la patience 
du profane vulgaire. La seconde (sabr) est la patience [propre- 
ment dite], c'est-a-dire une espece de facilite qui allege un 
peu le poids de la tribulation pour qui la souffre et qui lui 
aplanit les difficultes du chemin. C'est la patience pow Dieu, 
c'est-a-dire la patience des novices ou aspirants. La troisiemo 
est la resignation (istibdr) qui consiste a se delecter de la tri- 
bulation, a se rejouir de ce que prefere le Seigneur. C'est la 
patience en Dieu, c'est a dire la patience des gnostiques. A 
propos de cette parole de Job (que Dieu le sauve!) [Qordn, 
XXI, 83] « Le malheur m'a touche », on dit que chacun des 
membres de son corps avait sa part respective de tribulation, 
mais qu'il s'etait familiarise avec elle et qu'il lui etait sur- 
venue une telle delectation de sa tribulation qu'elle egalait 
celle que les autres hommes ressentent du bien-etre. Or un 
jour, un de ses vers tomba de I'endroit ou il etait et a cause de 
cela il perdit, a cet endroit [du corps], la sensation [doulou- 
reuse que le vers y produisait]. II s'ecria: « Le malheur m'a 
touche, par la perte de la faveur que Tu m 'avals accordee, en 



38 MAHASIN AL MADJALTS D'IBN AL 'ARir 

me revetant de 1 'habit de tes prophetes et de tes amis, c'est-a- 
dire de la tribulation dont Tu m'as cru digne, [f. 153 v.], puis- 
que Dieu (qu'il soit glorifie!) favorise par I'adversite et 
eprouve par le bienfait. » Aussi, il y a longtemps deja, qu'a se 
SIT jet on a dit: 

a Avez-vous peut-etre entendu parler d'un amour 
si ardent qu'il rend malade le coeur sain, au point de 
se sentir 
favorise par le cliatiment ct chatie par la faveur?)) 

Et un autre a dit: 

« Je me suis habitue a la maladie, jusqu'a me 
familiariser avec sa prolongation, et si elle dispa- 
raissait de mon corps, mes membres la pleureraient ». 

On raconte que Rabi' ah al ' Adawiya marehant un jour en 
compagnie d'un petit groupe de ses disciples, pour un but 
determine, frappa de la tete contre Tangle d'un mur et se la 
blessa, le sang lui eoulant sur la figure, sur ses vetements et 
sur tout son corps, sans qu'elle en fit cas et y attachat de 1 'im- 
portance. Un de ses compagnons lui dit : « Mais ne sens-tu pas 
ce qui court sur toi? Ce sang a deja tache ton visage et tes vete- 
ments. )) Elle se retourna alors vers ses compagnons, comme 
si la chose venait seulement de la f rapper et qu'elle s'eveillat 
de sa distraction. Puis elle marcha vers eux, comme en s'ex- 
cusant de sa negligence, et s 'ecria : « Oh, mes f reres ! le plaisir 
que j'ai senti en me complaisant dans ce que Dieu a voulu qu'il 
m'advint [f. 154 r.] m'a privee du sentiment, pendant que 
mon esprit etait occupe des symptomes de I'extase que vous 
voyez. )) 

Article [6]. Quant a la tristesse, c'est un des degres de 
perfection du profane vulgaire. Elle consiste a se depouiller 
de I'allegresse et a se revetir de la desolation, parce que I'on re- 
grette avec affliction ce que I'on a perdu et I'on eprouve de la 
douleur de ne pouvoir obtenir [quelque chose que I'on desire]. 
Si la tristesse appartient aux degres du vulgaire c'est unique- 
ment parce qu'elle implique I'oubli du bienfait et la uontinua- 



TEADUCTION. 39 

tion dans la servitude de la nature physique, toutes choses qui, 
dans les voies des elus, sont un voile [qui derobe Dieu], parce 
que I'intuition ou gnose de Dieu (que sa gloire soit exaltee!) 
dissipe par sa lumiere toute obscurite et met en fuite par la 
joie toute tristesse. C'est pourquoi [Dieu dit] : « Qu'ils se re- 
jouissent, car c'est meilleur que [les richesses] qu'ils amon- 
cellent » [Qoran, X, 59]. On dit que Dieu (qu'il soit exalte!) 
inspira a David (que Dieu le sauve!) : « Rejouis-toi en Moi et 
prends plaisirs a mon souvenir et glorifie-toi de ma contempla- 
tion, car sous peu Je viderai la maison des mechants et Je ferai 
tomber ma malediction sur les injustes.)) On raconte que 'Otbah, 
al Gholam('^), entra un jour oil etait Rabi'ah al 'Adawiya, reve- 
tu d'une tunique neuve [B : de sole] et se pavanant avee orgueil 
dans sa marche, a I'inverse de ce qu'il avait coutume de faire. 
[Rabi'ah] lui dit: « Oh, 'Otbah! quelle orgueilleuse ostenta- 
tion et quelle vanite! Jamais avant aujourd'hui je ne 1 'avals 
vue dans ta conduite ordinaire)), [f. 154 v°] II lui reponduit: 
Oh, Rabi'ah! Et qui en est plus digne que moi, puisque je me 
suis reveille ce matin avec un Maitre et je me suis trouve etre son 
esclave! )) A ce propos il a ete dit par I'un d'eux [a savoir, un 
des mystiques contemplatifs] ce vers: 

« La tristesse de I'amour, que je ressens pour Toi, 
m'oppresse au point que je m 'incline vacillant de 
droite a gauche. 

Mais en me souvenant de Vous, une emotion s 'em- 
pare de moi qui me fait vibrer avec la promptitude 
meme du prisonnier quand on lui ote les entraves. )) 

Article [7]. Quant a la crainte, elle appartient aussi aux 

degres de perfection du profane, parce que c'est un depouille- 

ment de 1 'allegresse, [E : un manque de trariquillite et de se- 

eurite], un revetement de I'affliction, une vigilance attentive 

[que I'ame accorde] a la menace d'un danger, une precau- 

(^) Mystique, disciple mediat d'Al Hasan de Bassorah et compagnon 
de Rabi'ah al 'Adawiyah, il mourut en 783 de J. C. Cfr. Massignon^ 
Essaij 178, 



40 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'AEIF 

tion [qu'elle prend] contre I'assaut d'un chatiment. Elle est 
parmi les degres du vulgaire. La crainte n'a point place dans 
les degres des elus, car elle ne convient pas a I'esclave [B : elle 
n'offre pas de garanties pour 1 'intelligent ou le prudent] 
de servir son maitre sous 1 'impression de terreur de son regard 
ni en fuyant son entretien, quand son souvenir lui survient. 
Dieu (qu'il soit exalte!) dit [Qordn, XLII, 21] : « Tu verras 
les injustes pleins de crainte pour ce qu'ils ont fait, quand 
tombera sur eux le chatiment ! » Au contraire, les elus consi- 
der ent la menace comme une promesse et le chatiment com me 
une douce recompense, parce que, dans I'epreuve, ils contem- 
plent Celui qui la leur envoie et dans le chatiment ils contem- 
plent Celui qui la leur inflige, et ainsi ils ne comptent pour rien 
[E: ils regardent comme douce] la douleur qu'ils eprouvent, 
aupres de ce qu'ils contemplent. [f. 155 r"] A ce propos on 
recite le vers suivant: 

« Ma souffrance, dans 1 'amour, est ma sante, et mon 

etre, dans la passion, est mon non-etre. 
Le supplice qu'a vous autres donne la mort, est 

dans ma bouche plus doux que la felicite. 
Par Dieu! je jure qu'il n'y a aucune douleur pour 

moi, comparable au dommage que souffre I'amour 

que j'ai pour vous ». 

Parmi eux [c 'est-a-dire parmi ces mystiques choisis] il y en 
a eu un, tellement domine par 1 'empire de 1 'emotion extatique, 
qu'il en vint au point de depasser toute limite et de demander 
avec importunite [la tribulation] et de chercher la felicite dans 
le supplice, alors que la plupart des amants cherchent et deman- 
dent a en etre delivres. On dit que ce fut Abou Yazid [al Bis- 
tami]C^) qui a dit: 

« Je T'aime, mais je T'aime pas pour la recom- 
pense; je T'aime pour le chatiment. 

(■^) Cfr. supra, note 14. Voir eependant Massignon, Le cUwdn d'Al- 
Halldj, M. n° 7, ou I'on attribue a eelui-ci le vers. Voir aussi Mas- 
siGNON^ La passion d'Al- Halldj, 622. 



TEADUCTION. 41 

Tout ce dont j'ai besoin je I'ai obtenii, sauf la cle- 
lieieuse emotion que je dois trouver dans le clia- 
timent. » 

C'est que celui qui est submerge dans la contemplation ex- 
tatique se repose a I'aise dans 1 'expansion de la familiarite, 
et dans cette enceinte la crainte ne trouve aucun passage 
pour s'y faire experimenter, parce que la contemplation im- 
plique forcement la familiarite, comme la crainte exige ne- 
cessairement la reserve. On dit que Shibli (^) vit un groupe 
de personnes autour d'un jeune homme etendu sur le sol, a 
qui Ton donnait cent coups de fouet, sans qu'il manifestat 
pour cela de la douleur ni demandat du secours ni fit en- 
tendre de paroles, etant cepend'ant de temperament vif et de 
sante faible. Mais bientot apres, ayant recu un seul coup en 
plus, il demanda aide, cria et s'en plaignit. On le delia et il 
poursuivit sa route. Etonne de son attitude, Shibli [f. 155 v"] 
le suivit quelques pas et lui dit: « Eh, I'homme! je suis emer- 
veille de ta patience, malgre la faiblesse de ton corps!)) II 
lui repondit: « Oh, maitre! ce sont les ames qui subissent les 
tribulations, non les corps! » Le maitre lui dit: « Mais je t'ai 
vu recevoir avec patience les cent coups de fouet et puis tu 
as ete incapable de supporter le seul dernier sans eprouver 
de 1 'emotion )) II lui dit : « En effet, 6 mon f rere, il en a ete 
ainsi, mais c'est que I'oeil pour lequel j'ai ete chatie me regar- 
dait pendant les cents coups, et moi, pendant ce temps, 
j'etais dans la joie de ce qui m'arrivait, etant absorbe dans 
sa contemplation; mais quand vint le dernier coup [E. ajoute: 
il se cacha de moi et] je restai avec moi-meme et alors j 'ai 
senti la douleur )). A propos de cette parole du Tres Haut 
[Qordn, XLII, 25] : « Et les infideles auront un chatiment ter- 
rible )) on dit qu'implicitement la teneur du texte indique que 
les fideles auront aussi leur chatiment, mais qu'il ne sera pas 
terrible. Celui des infideles sera terrible, seulement parce qu'ils 

i'^) Abou Bakr Dolaf ibn Yahdar al Shibli, poete mystique de 
Bagdad, ou il mourut en I'an 945 de I'ere ehretienne. Cfr. Massignon, 
Balldj, 41. 



42 , MAHxlSIN AL MADJALIS D 'IBN AL 'ARIF 

lie coiitempleront point, pendant ce chatiment, Celui qui les cha- 
tie [E ajoute : tandis que le chatiment des fideles ne sera pas ter- 
rible, parce qu'ils contempleront Celui qui les chatie], et le 
chatiment que Ton souffre, pendant que I'on contemple Celui 
qui ehatie, est doux, tandis que la recompense regue sans fixer 
son attention sur le Donateur est penible. [Le poete I'avait 
deja dit] : 

« II n 'y a point pour la blessure, si elle plait, de 
douleur ». 

La crainte appartient done aux degres de perfection 
du profane vulgaire. Aux choisis appartient le respect, 
degre supreme a signaler, a la cime de la crainte, parce que la 
crainte cesse avec le pardon et la securite accordes, [f . 156 r"] 
car son terme ou but est la crainte que la personne eprouve 
pour sa vie, si on la chatie; et ainsi quand on a la certitude 
de n'etre point chatie, la crainte disparait. En revanche, le 
respect ne disparait jamais, parce qu'il est du au Seigneur 
Tres Haut, en raison de I'attribut de sa majeste et de sa gloire, 
et cet attribut Lui est toujours du en justice. Ce respect contra- 
rie celui qui regoit les revelations mystiques, aux moments du di- 
vin coUoque, et prive de sa liberte le contemplatif, dans les in- 
stants ou il traite familierement avec Dieu, et alors I'intuitif 
se heurte contre I'obstacle de la divine Majeste. De cet [etat 
d'ame] I'un d'eux a dit: 

« Avec une ardeur passionnee je le desire, mais 
des qu'Il apparait, je me tais et baisse les yeux de- 
vant sa majeste, 

non par crainte, mais a cause du respect et de la 
modestie que m 'inspire sa beaute. 

M'armant de patience, je m'eloigne de Lui, pour 
me delecter passionnement de son image dans mon 
esprit. » 

Article [8]. Quant a I'esperance, elle appartient aux de- 
gres de perfection du profane vulgaire. C'est I'attente de quel- 
que chose d 'absent et la recherche d'un objet perdu. Elle est, 
dans cette affaire [de la vie mystique], I'un des degres les plus 



TRADUCTION. 43 

faibles des soufis, parce que d'un cote c'est un eloignement 
[de Dieu], bien que, par un autre, ce soit un rapprochement. 
C'est, en effet, une chute dans la lachete. II n'y a qu'un avan- 
tage a I'esperance, au dire de la Revelation, car le Tres Haut 
dit [Qordn, II. 45] : « Ceux la esperent la misericorde de 
Dieu. )) II veut dire : en echange et eomme prix du combat as- 
cetique. II dit encore [Qordn, XXIX, 4] : « A qui espere trou- 
ver Dieu [f. 156 v*'] arrivera certainement le moment fixe 
[par Dieu]. II entend et voit [tout])>. La tradition prophetique 
parle de I'esperance, pour un seul avantage, a savoir, pour 
refroidir la chaleur de la crainte, pour que celle-ci n'entraine 
point le sujet au desespoir et au decouragement. C'est done 
un remede pour la maladie de la crainte, et cette maladie 
n'attaque que le vulgaire de cette classe de personnes [c'est-a- 
dire, les soufis]. Pour les ehoisis, au contraire, I'esperance est 
une souffrance qui desole; elle fait arreter les yeux sur une 
compensation; elle est un aveuglement, parce que I'esclave [E 
ajoute: par rapport a son Maitre] est dans le chemin de la 
piete filiale et de la bienveillance gratuite, noye dans I'Ocean 
de la generosite, submerge sous la pluie torrentielle de la 
bienf aisance ; et ainsi, ce qu'il contemple directement des gra- 
ces de son Maitre ne lui permet pas de desirer son accroisse- 
ment ni de decouvrir quelque chose qui s 'ajoute a ce qu'il 
connait deja clairement [des bienf aits divins] dans les deux se- 
jours [c 'est-a-dire en cette vie et I'autre]. L'esperance, done, est 
[pour les ehoisis] abattement, entrave, tiedeur, infirmite et, 
dans 1 'amour, langueur. Dieu dit (qu'il soit exalte!) [Qordn, 
XXXVII, 84] : « Chercheriez-vous par hasard des dieux men- 
teurs, en dehors d 'Allah ? » Et ainsi 1 'existence de Dieu, la gene- 
rosite de Dieu et la vision de Dieu ne leur laisse poit, [aux 
ehoisis, de pretexte pour] un desir quelconque, puisque, Dieu 
deja trouve, il n'y a pas [de raison pour] esperer, ni I'amour 
qu 'ils Lui portent ne permet que chose quelconque de ce monde 
ou de 1 'autre impressionne leurs cceurs. (( Ne vois-tu done pas 
ton Seigneur, comment il etend 1 'ombre? » [Qordn, XXV, 47]. 
« II n'y a pas de secret entre trois personnes, qu'Il ne fasse la 
quatrieme)) [Qordn, LVIII, 81]. On demandait a un de ces 



44 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'ARIP 

[choisis] : « Quel est I'objet de la volonte du gnostique ou in- 
tuitif ? » II repondit [f. 157 r*^] : « La continuite de I'objet de 
leur intuition », voulant insinuer par la la permanence de I'ob- 
jet de la volonte de Dieu et 1 'annihilation de la liberte de I'in- 
tuitif, ear I'objet de son intuition [Dieu] persevere eternelle- 
ment dans I'etre. « Qu'est-ce, en effet, qui existe derriere la 
Verite [qui est Dieu] sinon I'erreur?)) [Qordn, X, 33]. On 
raconte que le chameau d'un arabe se fourvoya; la nuit etait 
profonde; il multiplia les recherches et les investigations, sans 
succes ; mais des que parut la lune et que sa lumiere et son 
eclat se furent repandus, il apergut sa monture agenouillee, 
campant, chargee de son bat, dans une de ces vallees et il s'en 
felieita car il avait deja passe par cet endroit [E ajoute: di- 
verses fois] et I'obscurite le lui avait cache. II leva alors ses 
yeux vers la lune et s'adressant a elle, s'ecria: 

(( Que dirai-je, si 1 'emotion m'empeche de parler 
de toi, qui m'as pourvu du suffisant, dans le detail 
comme dans 1 'ensemble? 

Si je disais que tu n'as point laisse d'etre elevee. 
tn I'es en effet. Ou bien si je disais que mon Maitre 
t'a supprimee, en effet c'est Lui qui I'a fait. ))f^) 

Pareillement, aux gnostiques qui possedent 1 'intuition du 
Dieu Tres Haut il ne reste aucune esperance, dont ils soient 
dependants, ni aucune aspiration qui les asservisse et dont ils 
s'occupent, car dans la moindre des plus petites preuves d'af- 
fection que Dieu leur donne, ils rencontrent le comble des 
plus gran des satisfactions auxquelles puissent aspirer toutes 
leurs esperances et oii s'arreter comme au but de leurs etats 
d'ame. C'est pourquoi, I'Bnvoye de Dieu (que Dieu prie pour 
lui et le sauve!), en rapportant les plaisirs des habitants du 
paradis, dit de eeux-ci que « ni I'ceil n'a vu, ni I'oreille entendu, 
ni le coeur de I'homme saisi le tresor [qu'Il vous reserve], 
different [f. 157 v°] de tout ce que vous connaissez. « Si done 
il parlait ainsi, quand il s'agissait des plaisirs qui concernent 

("*) Je n'arrive point a saisir le sens exact de ce vers enigmatique. 



TEADUCTION. 45 

I'ame sensitive dans le paradis, que penses-tu qu'il doive arri- 
ver a ceux-ei [les gnostiques] quand il s'agit des plaisirs spi- 
tuels que goutent leurs coeurs en jouissant de Dieu Tres 
Haut? Sur ce sujet Tun d'eux a dit: 

« Dites a mes esperances : Pourquoi pas ? Eloigne- 
toi! Deja mes amis ont accompli pour moi ma pro- 
messe. 

Deja avant ee jour, je me suis distrait de la peine 
de ton absence avec un ami intime, corapatissant et 
tendre pour moi. 

Le zephir du jardin de votre union est arrive jus- 
qu'a eux et a souffle. Pres de toi, j'ai une ombre 
liumide [E: agreable]. 

Et des que me sont rendus visibles leurs signes, 
je n'ai plus besoin de personne pour me guider. » 

Dieu dit (qu'il soit exalte !) [Qordn, XXIX, 69] : « Ceux qui 
ont fait effort pour notre cause, certainement nous les guide- 
rons droit a travers nos sentiers. En verite, Dieu est avec ceux 
qui font le bien. » 

Article [9]. Quant a la gratitude, elle appartient aux de- 
gres de perfection du profane vulgaire. Elle consiste a regar- 
der le bienfait [comme provenant] du Bienfaiteur, a louer 
Celui qui I'aecorde, a y repondre comme il convient et a re- 
connaitre sa generosite. L 'oblige doit avoir present le bienfait, 
comme provenant du Bienfaiteur, et 1 'accepter ou le reeevoir 
de Lui. II doit, d'abord, regarder. Celui-ci, de I'ceil [f. 158 r°] 
du coeur, d'une vue interieure, et rendre graces de coeur a 
Dieu seul pour le bienfait, qui est.venu de Lui a I'esclave 
sans amour prealable ou concomitant de la part de I'esclave. 
11 doit, ensuite, en plus de cette [premiere vision], regarder 
le bienfait comme venant de Lui, le louer pour cela et s'occu- 
per a se le rappeler [le bienfait]. La gratitude est un des plus 
faibles degres de perfection des soufis, parce que c'est un voile 
[qui leur cache Dieu] et parce que c'est un effort pour cor- 
respondre a la generosite de Dieu et a son bienfait par ta 
propre puissance et tes paroles, et cette tentative d 'opposer et de 



46 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'ARIF 

eontreearrer ta parole a son bienfait est une imperfection de 
ta part. Et si cela n'est pas propre aux degres de perfection des 
clioisis, cela tient seulement a ce que ceux-ei voient dans la 
gratitude un souei de recompenser le Donateur, une maniere 
de se soustraire a I'eselavage du don, une decharge de la dette 
de generosite, et un paiement du pour le bienfait. Dieu dit 
(qu'il soit exalte!) [Qordn, XIV, 37] : « Et si vous pretendiez 
enumerer les bienfaits de Dieu, vous n'acheveriez pas de les 
compter ». Pour les soufis, done, la gratitude consiste a ne pas 
contempler, au moment [oii tu regois] le bienfait, autre chose 
que le Bienfaiteur, d'abord; et ainsi, en le contemplant avec 
le sentiment propre a un eselave (^) , on estime davantage le 
don du Bienfaiteur, car 1 'eselave n'a aucun droit, par rap- 
port a Lui. En le contemplant avec amour, [1 'eselave] trouve 
douce [meme] I'adversite [qui lui vient] de Dieu, [comme 
le dit] le vers: 

(( II n'y a point pour la blessure, si elle plait, de douleur. » 
Et en le contemplant dans I'etat d 'union extatique, insen- 
sible a tout ce qui n'est point LuiC"), il ne contemple plus, 
comme venant de Lui, ni adversite ni bienfait, car, occupe en 
Lui et absorbe en Lui et tout perdu dans sa contemplation (^) , 

("") Ce sentiment implique les quatre conditions suivantes : aceomplir 
les vceux ou engagements contraetes avec Dieu, garder scrupuleuse- 
ment ses preeeptes, se conf ormer a ce que I'on a, souffrir avec patience 
la privation de ce que I'on a perdu. Cfr. Definit. Dsehordeh., s. v.^i^^-c. 

("') Je traduis par a I'etat d'union extatique » le mot technique (a>^") 
qui se definit ainsi: « Que tu sois avec Dieu en ta compagnie; e'est-a- 
dire: quand Dieu s'identifie avec les facultes du serviteur, selon ce que 
dit le Prophete (en I'attribuant a Dieu) : (c Je suis pour lui ouie et vue » 
Cfr. Definit. Dsehordeh. s. v. Oi jiJl — Je traduis par ((insensible a tout 
ee qui n'est pas Lui)) la phrase el,^ \- j^ ^^, parce que oUiJl se definit : 
(( La privation de sensibilite a I'egard du monde visible et invisible, 
parce que [I'ame] est noyee dans la grandeur du Createur et dans la 
contemplation de la Verite [qui est Dieu])). Cfr. Definit. Dsehordeh. 
s. v. "^l 

(^) Je traduis (( tout perdu dans sa contemplation )) le mot ^t^ 



TRADUCTION. 47 

il ne peut en cet etat d 'abstraction distinguer entre la faveur 
et la defaveur, entre le bienfait et Tadversite, dans cet etat 
d'inconseienee extatique, comme les femmes qui, en voyant 
Joseph, (Dieu le sauve!) resterent abasourdies de sa beaute et, 
perdant conscience d'elles-memes, se couperent les mains elles- 
memes avec les couteaux qui leur servaient a couper les citrons 
et qu'elles s'enfoncerent dans les mains, au point de se les 
eouperO . Voila ce qui d 'une f agon tout a fait inattendue se pro- 
duit, rien que par le fait qu'une creature contemple une autre 
creature. II n'y a done, par suite, aucune invraisemblanee a de- 
duire, par une evidente analogic, qu'il est possible aussi que 
la meme chose arrive au griostique qui connait le Dieu Tres 
Haut par intuition, en contemplant I'unicite sans egale de la 
divine essence, son eternite, sa preexistence a parte ante, sa 
duree sans fin, sa vie [que n'accompagne aucune mort], sa 
science [que n'accompagne aucune ignorance], sa volonte [que 
n'accompagne aucune aversion], son pouvoir [que n'accom- 
pagne aucune impuissance], son ouie [que n'accompagne 
aucune surdite], sa vue [que n'accompagne aucune cecite], 
sa parole [que n'accompagne aucun mutisme] et toutes ses 
perceptions qui jamais ne sont annihilees par leurs contraires. 
II contemple, en plus, de Dieu, la beaute de sa face et de ses 
attributs; il contemple aussi la gloire [et la saintete de son 
etre] exempt des imperfections de la corporeite, de la substan- 
tialite, de 1 'accidentalite, de tout ce qui peut contribuer [f. 
159 r"] a sa depreciation. II contemple enfin la necessite qu'ont 
de Lui [tous] les actes [des creatures], et I'annihilation de 
1 'existence de ces actes en dehors de Lui. Et alors il n'est pas 
douteux que, dans un pareil etat d'ame, il recitera [ce vers] : 

qui se definit : « L'absenee dans le eoeur cle la reconnaissance de toutes 
les manieres d'etre ci-eees, paree que la conscience sensible est oceupee 
par les inspirations qui lui surviennent de la part de Dieu ». Cfr. 
Definit. Dschordch. s. v. ^l 

(^) Allusion a la legende, d'origine rabbinique, relative au patriar- 
ehe Joseph, dont la beaute ravit hors d'elles-memes, jusqu'a ce point, 
les femmes qui murmuraient de la femme de Putiphar a cause de 
son amour pour lui. 



48 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'AEIF 

« J'ai vu mon Maitre de I'ceil de mon eceur et j'ai 
dit: « II n'y a pas de doute que Tu es Toi. 

Tu est celui qui oceupe tout ou, et la ou il n'y a 
point d'ou, la Tu y es. 

Tu oecupes la limits de la proximite et de I'eloigne- 
ment, et VoU ne connait point ou Tu es. 

Tu embrasses avec ta science toute chose, et toute 
chose que tu vois, c'est Toi . 

Dans mon inconscienee s'annihile mon inconscience, 
et dans mon non-etre, on te trouves Toi exister. 

Accorde-moi, bienveillant, le pardon, oh, mon Dieu ! 
car je n 'attends, hors de Toi, rien sinon Toi. ))('"') 

De meme il a ete dit [par un poete] : 

« Je ne sais si ma nuit est longue ou non. Comment 
peut-il le savoir celui qui se consume [d 'amour] ? 

Si je me preoecupais de la longue duree de ma 
nuit et d 'observer les etoiles, je serais un miserable. 

Les amants passionnes ont assez d'occupation par 
1 'absence, pour ne point se preoccuper de la longueur 
ou brievete de la nuit. » 

Cela sans compter qu'il n'y a pas moyen d'accomplir ce 
que reclame la gratitude, ni de voie pour echapper a la respon- 
sabilite que son obligation implique, car la gratitude se fait 
indefiniment obstacle a elle-meme, puisque ta reconnaissance 
envers Dieu (qu'il soit exalte!) pour un bienfait est [a son 
tour] un nouveau bienfait de sa part, qui reclame de toi un 
autre acte de gratitude envers Dieu, pour Lui. [De sorte que] 
la gratitude rend necessaire la gratitude. Quand done pourras- 
tu remplir I'obligation qu'elle impose? [f. 159 v"] En ce sens 
on a dit : « Quand pourrais-je te remercier du bien que tu 
111 'as fait, [si seulement] parler de Toi est [deja] un rang 
distingue pour celui qui parle? » [Et un autre a dit] : 

("") Ces vers sont d'Al-Hallaj. Voir MASSiaNON, Le cUivdn cVAl- 
Hallaj, M. n° 10. 



TEADUCTION. 49 

« Si ma reconnaissance pour un bienfait de Dieu 
est [un autre] bienfait, pour lequel je dois lui etre 
aussi reconnaissant, 

Comment arriver au terme de la gratitude, sinon 
par sa grace, quelques multiplies que soient mes jours 
et si prolongee que soit ma vie? 

II ne me reste d 'autre excuse que eelle de mon in- 
capaeite, mais mon excuse est I'aveu que je n'ai pas 
d 'excuse. 

Si [Dieu] etend a tons en general ses bienfaits, 
generale est aussi la joie [qu'ils produisent]. Et s'll 
distingue, en partieulier, [certains] par I'adversite, 
apres elle II leur envoie la recompense. 

De Lui [par consequent] il ne vient que grace sur 
grace ; et il n'est pas une seule d'entre elles qui ne soit 
un bienfait de Lui, que les idees humaines sont inca- 
pables de comprendre, aussi bien les secretes que les 
publiques. » 

Article [10] : Quant a 1 'amour, il est le principe des vallees 
de 1 'aneantissement ('") et la colline de laquelle on descend 
vers les degres de 1 'annihilation f ') . 11 est le dernier degre 
ou I'on rencontre 1 'avant-garde du profane vulgaire et I'ar- 
riere des choisis, Ce qui est au dela de 1 'amour ee sont deja 
les buts des etats f ortuits et accidentels O , dont le vulgaire 
[parfois] goute une gorgee et les choisis [de meme] goutent 
aussi une gorgee. Dieu dit (qu'il soit exalte!) [Qordn, II, 57 
et VII, 160] : (( Deja chaque tribu savait a quelle [source] 

C^) Je traduis par «aneaiitissemeiit)) le mot '^^l. C£v. supra, note 27. 

("'') Je traduis par (( annihilation )> le mot j^' qui signifie dans la 
langue vulgaire « suppression, abolition, acte et efit'et d'effacer », mais 
qui, pour les soups, prend le sens teclniique « d'annihilation des actes 
du mystique [absorbes] i^ar I'acte de Dieu)) Cfr. Definit. Dschordch. 
s. V. ^\ et jM, 

O Je ne suis pas bien sur de traduire exactement la phrase ellip- 
tique J'^y-'^ J'^J-^ Vj-* ^. 



50 MAHASIN AL MADJALIS D'lBN AL <ARIF 

boire. » Differentes entre elles [f° 160 r°] sont les diverges 
allusions enigmatiques C") auxquelles les soufis intuitifs ("") ont 
reeours, pour expliquer I'amour, car chacun d'eux en parle 
selon [I'experience de] son gout personnel C) et s'explique 
selon la mesure ou dose de sa gorgee (^') et de son savourement 
spirituel. En general, et avant d'arriver a I'analyse [parti- 
euliere de cet etat], 1 'amour est un sentiment d 'exaltation et 
de glorification [de TAime] que le sujet experimente dans son 
eoeur et qui I'empeche de se soumettre a toute personne qu'a 
son Aime. On dit aussi que [1 'amour] consiste a preferer 
I'Aime a toute autre chose. D'autres disent qu'il consiste a 
se conformer k la volonte de I'Aime, pour la tristesse comme 
pour la joie, pour 1 'utile comme pour le dommageable. Bn ce 
sens, [les mystiques] recitent [le vers suivant] : 

« Tu m'as deprecie et je me suis deprecie moi- 
meme, supportant avec patience mon rabaissement. 
Qui pour Toi est sans valeur ne merite pas d'etre 
honore. 

Tu m'as fait aimer mes ennemis et j'ai commence a 
les aimer, puisque c 'est de Toi que me vient la destinee 
qui peut m'arriver de leur part. » 

{^*) Je traduis ainsi le mot SjLiVI « signe, indication » que les soufis 
emploient au sens technique de « phrases symboliques ou allegoriques 
qui, par une allusion, enigmatique pour les profanes, expriment des 
idees esoteriques, intelligibles aux seuls inities. Cfr. supra, note 7. 

{^) Je traduis ainsi la phrase i3:f^^ J*l>paree que i}^f^\ c'est (( I'aete 
de verifier, de constater, de certifier ou assurer la verite ». Teehnique- 
ment, il signifie « le soufisme », parce que eelui-ei pretend connaitre 
par intuition, evidente et certaine, la verite totale. 

O Le mot tJjJ signifie « gout n sensible ou spirituel. Dans ce der- 
nier sens, il est defini par les soufis : a Lumiere intuitive, envoyee par 
Dieu, au debut de ses illuminations, au cceur de ses amis, pour qu'ils 
reussissent a discerner entre la verite et I'erreur, sans avoir besoin de 
magistere humain, ecrit ou oral ». Cfr. Definit. DscJwrdch., s. v. t3jJll, 

(^^) La « gorgee » (Vy^') est la lumiere elle-meme, designee par le 
mot tijJll, mais rcQue, non au debut de I'illumination divine, mais en 
son milieu. Cfr. Definit. DscJwrch. s. v. V-r"' 



TEADUCTION. 51 

On dit aussi que 1 'amour consiste a rester debout en Sa pre- 
sence, alors que vous etes assis ; a abandonner le lit, quand on y 
est etendu ; a se taire, quand tu es en train de parler ; a te sepa- 
rer de ce qui est dans tes habitudes, alors qu'il y a deja la fami- 
liarite. Quelques-uns disent qu'il n'y en a point, pour 1 'amour, 
d 'expression capable d'expliquer sa veritable essence, paree que 
la jalousie est un des attributs de 1 'amour, et la jalousie fuit 
tout ce qui n'est pas secret et reserve. Or celui qui delie sa lan- 
gue pour exprimer ce qu'est I'amoar et devoiler son mystere, le 
fait parce qu'il [croit] en posseder une savoureuse experience, 
mais [en realite] son seul motif [pour donner des explications] 
est I'arome [de 1 'amour] qu'il sent, car si [en realite] il gofi- 
tait quelque chose de 1 'amour lui-meme, il perdrait la con- 
science [indispensable] pour expliquer et decrire. L 'amour 
sincere [f 160 v"] ne met pas en evidence I'amant par ses 
paroles; il ne le met en evidence que par ses qualites et par 
ses regards. Et a comprendre a fond 1 'existence reelle de 
1 'amour dans I'amant il n'y a que I'aime, en vertu de I'etroite 
union [que 1 'amour implique] des ames et des cceurs. En ce 
sens on a dit: 

« EUe me fait un signe et je sais ce qu'elle me dit 

par son regard. 

Je baisse alors silencieusement les yeux et elle com- 

prend [ce que je veux dire] . 

Nos yeux parlent pour nous sur nos faces. Nous 

nous taisons pendant que parle la passion. » 
Quant a 1 'amour du profane vulgaire, il nait de la considera- 
tion des bienfaits divins et se fortifie en aceomplissant la loi 
traditionnelle du Prophete; il croit en correspondant [par les 
oeuvres] a la providence speciale de Dieu. C'est un amour qui 
tranche a la racine les inquietudes de conscience et rend agrea- 
ble le travail du service de Dieu et console dans les adversi- 
tes. Dans la voie spirituelle du profane vulgaire, 1 'amour est 
le soutien de la foi. Quant 'a 1 'amour des choisis, c'est une 
passion entrainante, qui echappe a toute expression et reduit 
en poudre toute indication, car les epithetes sont incapables 
d'atteindre le but et on ne pent le connaitre que par I'embar- 



52 MAHASIN AL MADJALIS D'lBN AL 'ARIF 

ras ou jette la stupeur et par le silence, selon ce qu'a dit quel- 
qu'un: 

« Je restai revetu d 'emotion et de stupeur, lors- 

qu'apres la separation la presence nous reunit. 
Ne sommes-nous done pas ceux dont on disait qu'ils 

etaient passionnes pour un simple souvenir ? Pourquoi 

done maintenant n'avons-nous meme pas de souvenir? 
C'est qu'est revenue I'emotion qui a annihile le 

souvenir [f 161 r°] et il ne reste plus que soupirs 

et stupeur. » 
On raconte que Jesus (Dieu le sauve!) passa, au cours d'un 
des voyages de son pelerinage, pres d'une montagne ou il y 
avait une cellule monastique. II s'approcha et il decouvrit un 
devot, les epaules eourbees, le corps amaigri, qui, a force de 
mortifications, etait arrive deja au sommet de la perfection re- 
ligieuse. Jesus le salua (Dieu le sauve!) et emerveille des symp- 
tomes evidents de devotion qu'Il voyait en lui, lui dit: « Depuis 
combien de temps es-tu dans cette cellule ? » II lui repondit : 
« Depuis soixante-dix ans, que je demande [a Dieu] une seule 
chose que je desire, II ne me I'a pas encore donnee. Peut-etre 
pourrais-tu, toi, Esprit de Dieu, te faire mon intercesseur et je 
verrais ainsi peut-etre exauce mon desir.w Jesus (Dieu le sauve!) 
lui dit : « Et que desires-tu done? » II repondit : « J'ai demande 
a Dieu (qu'il soit glorifie!) qu'Il me donne a gouter ne fut-ce 
qu'un atome de son pur amour. » Jesus lui dit: « Je vais prier 
Dieu (qu'il soit exalte!) pour toi dans ce but.)) Et Jesus 
(Dieu le sauve I) pria pour lui en ce moment-la meme [E : 
cette nuit la]. Et Dieu (qu'il soit exalte!) lui inspira [a 
Jesus]: «J'ai deja accueilli favorablement ton intercession 
pour lui et j'ai exauce ta demande. » Jesus (Dieu le sauve!) 
retourna, plusieurs jours apres, au meme endroit pour savoir 
ce qu'il etait advenu du devot et il vit que la cellule etait 
abattue sur le sol et que, au-dessous, la terre etait entr'ouverte 
d'une enorme crevasse. Jesus (Dieu le sauve!) deseendit par 
cette crevasse et y avanga I'espace de plusieurs parasanges, 
jusqu'a ce qu'il apercut le devot qui se tenait dans une grotte, 
sous la montagne, debout, le regard fixe et la bouche entr'ou- 



TRADUCTION. 53 

verte. Jesus le salua, mais il ne hii fut pas repondu. Jesus 
(Dieu le sauve!) s'etonna d'e son attitude extatique et entendit 
soudain une voix mysterieuse qui lui disait : « Oh, Jesus ! il 
nous a demande une dose, petite comme un atoms, de notre pur 
amour et comme nous savions qu'il ne pourrait le supporter, 
nous ne lui avons aeeorde que la soixante dixieme partie d'un 
atome; elle, malgre tout, I'a stupefie au point oil tu le vois. 
Comment done [se serait-il trouve] si nous lui en avions ae- 
eorde une dose plus grande? wC*). L 'amour des choisis est 
done de ces mines d'ou il tire son origine et c'est a ces carac- 
teres qu'on le . reconnait. Pour les soufh, en ei¥et, tout ce qui 
vient de I'esclave est maladie, due a son ineapacite et mise- 
rable pauvrete, car, par suite de sa negligence, il oublie que 
Dieu (qu'il soit exalte) a dit [Qordn, XVI, 55] : « Ce qu'il 
y a en vous de Men, vient de Dieu. » C'est que, pour les 
soilfU, la realite esoterique contemplee intuitivement est cel- 
]e-ci C^) : I'esclave subsiste, de la subsistance que la verite 
reelle [e'est-a-dire Dieu] lui octroie, il I'aime del 'amour que 
Dieu lui porte, il le regarde du regard dont Dieu I'envisage, 
sans qu'il reste a I'esclave, de lui-meme, en propre, chose qu'il 
[f 162 r"] puisse considerer comme sienne, sans s'arreter aux 
formules, ni s'approprier des noms, ni s'attribuer des effets, 
ni se vanter d'epithetes, ni s'assigner des moments, comme 
Dieu (qu'il soit exalte!) le dit [Qoran, III, 188] : « Ceux qui 

(°*) Cfr. AsiN, Logia et Agrapha D. Jesn (dans Patrologia Orien- 
talis, XIX, 4) n" 170 et 189, Voir egalement apud Bbsse^ Les Moines 
(V Orient, anterieurs au Goneile de Ghalcedoine (Paris, Oudin, 1900), 
p 328, un reeit analogue, ou le moine Zacharie surprend I'abbe Sylvain 
on extase, les bras en croix. Cfr. Verba seniornm, 993. 

C') Je traduis par cette periphrase la phrase *ljX-\ jjt, fusionnant la 
definition technique de ij^ («ce que la contemplation apporte au 
serviteur ))) avec la definition de <iii-l (« le depouillement des effets de 
tes qualites actives, realise par les qualites de Dieu, en tant qu'il est, 
et non point toi, I'agent qui opex'e avec toi, eu toi, et de toi ».) Cfr. 
Definit. Dscliordch., s. v. iff- et '*^^. Le contexte qui suit confirme cette 
interpretation. 



54 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'ARIF 

se souviennent de Dieii, aussi bien debout qu 'assis. » « Debout » 
signifie: accomplissant leur devoir a I'egard de Dieu, mai« [en 
pensant] que c'est Dieu meme qui fait qu'ils les accomplis- 
sent("). Et « assis » veut dire: qu'ils s'abstiennent de recla- 
mer [pour cela, aucune recompense, comme si 1 'acte leur appar- 
tenait]. Et [en d'autres textes on ajoute] : « Ce n'est point toi 
qui lanee la fleche quand tu tires, mais c 'est Dieu qui la lance » 
[Qoran, VIII, 17]. « Ni vous autres ne voulez sans que Dieu 
veuille, meme s'il ne s'agit que d'un cri)) [Qoran, LXXVI, 30 et 
XXXVI, 28]. « Voici que tous, quand ils sont portes en notre 
presence [Qoran, XXXVI, 32], sont sourds et muets [Qoran, 
II, 17] : ce qui n'est point Dieu, ils ne I'entendent point et 
ils ne prononcent rien qui soit distinct du souvenir de Dieuwf')- 

Article [11]. Quant au desir, il appartient au degre propre 
du profane vulgaire, parce que le desir est une vibrante aspi- 
ration du coeur qui aspire a posseder presentement une chose 
qui lui est absente, qui s'impatiente de I'avoir perdue, qui ne 
trouve son repos qu'en la cherchant. II appartient aux degres 
les plus faibles de perfection des sotifis. Pour les choisis, c'est 
une maladie grave, parce que le desir n 'aspire qu'a un objet 
absent, tandis que la voie spirituelle de ce groupe [des choisis] 
se fonde uniquement sur la contemplation. « Ne vois-tu done 
pas ton Maitre comment II etend 1 'ombre... ? » [Qoran, XXV, 
47]. Leur voie done consiste en ce que I'esclave soit absent 
et que [Dieu, qui est] la Verite soit present. C'est pour cela 
qu'il n'est parle du desir [f. 162 v"] ni dans le Livre [de 

(^") Tel est, je crois, le sens de la phrase elliptique 4 ColSlj ji-l ^^, ULi 
on le mot J^-l signifie « Dieu », et c'est a Celui-ci que se rapporte le 
suffixe pronominal du mot c6Ij, tandis que le mot ^. signifie « le 
devoir du serviteur a I'egard de Dieu ». Le contexte qui suit confirme 
cette interpretation. 

i*^) Ce passage se compose, comme on le voit, d'une mosaique de 
textes du Qoran, artificiellement rapproches, sans aucun souci du sens 
litteral du contexte de chaeun des textes isolement pris. L'incise finale, 
depuis « ce qui n'est pas Dieu » n'est plus du Qordn. 



TEADUOTION. 55 

Dieu] ni dans les traditions authentiques du Prophete, parce 
que le desir s 'applique a quelque chose d'eloigne, fait allusion 
a ce qui est absent et tourne ses regards vers ce qui pent etre 
obtenu. Or, dit deja le Tres Haut [Qordn, LVII, 4] : « II est 
avec vous, oii que vous soyez. » C'est en ce sens qu'on a dit: 

« Privee de sens est la plainte du desir, rapporte 
a celui qui ne cesse d'etre devant les yeux. 

Je vous dirai adieu et vous laisserai en depot mon 
ccBur et repandrai des larmes comme des perles. 

Si Dieu 1 'avait voulu, nous ne serious point separes, 
Mais a I'egard du temps, il n'y a pas de choix. » 

L 'on raconte que Shibli C^) (Dieu lui ait ete propice !) vit, 
un certain jour, un fou en train de courir, poursuivi par des 
enfants qui lui jetaient des pierres et lui avaient ensanglante 
le visage et blesse la tete. Shibli se mit a les reprimander, en 
prenant contre eux sa defense, mais eux lui dirent : « Oh, 
Maitre! laisse-nous le tuer, parce que c'est un infidele. » Shibli 
leur repliqua: « Et qu'est-ee qui vous prouve que c'est un 
infidele? » lis repondirent: « C'est qu'il pretend qu'il voit son 
Seigneur et converse avec Lui. » Shibli dit : « Laissez-le moi un 
pen; je vais I'interroger. » Aussitot Shibli s'avanga [f 163, r"] 
vers lui, et il le trouva se parlant k lui-meme et riant, et dans 
tout cela il disait : « C 'est un beau don de ta part que Tu me 
mettes sous la domination de ces enfants, et que ceux-ci me 
traitent de cette maniere. » Shibli s'avanga et lui dit: « Oh, 
mon f rere ! c 'est-il exact ce que ces enfants disent de toi ? » II 
repondit : « Oh, Shibli ! que disent-ils done ? » — « lis disent, 
reprit Shibli, que tu vois ton Seigneur et converses avec Lui. » 
[ Alors le fou] poussa un grand cri et ensuite dit : « Oh, Shibli ! 
je jure — par Celui qui me fait desirer son amour et qui par 
son amour m'a comme rendu fou, hors de moi, errant entre 
son lointain et sa proximite, — que s'll se eachait de moi comme 
sous un voile, pendant un clignement d'oeil, assurement la 

{*') Cfr. supra, note 24. Voir Massignon, Le diwan d'Al-Halldj, 
Y. n° 1, ou I'on attribue a celui-ci le vers qu'on met ici (a la fin du re- 
eit) a la bouche du fou, qui serait Hallaj. 



56 MABA.SIN AL MADJALIS D'IBN AL 'ARIF 

douleur de la separation me rednirait en miettes. » Puis il 
s'cloigna et commenea a dire: 

« Ton image est dans mes yenx [B : dans mon ima- 
gination] et ta mention dans ma bouche et ta demeure 
[E : et ton amour] dans mon cceur : Ou done pourra 
se cacher de moi mon Ami? 

Les amoureux n'ont point de coeur ni les yeux 
jaloux n'ont de voiles [qui cachent Dieu].)) 

Article [12], Toutes ces [demeures] sont des maladies [spi- 
rituelles], que les choisis ont honte de souffrir, et des causes 
occasionnelles, qu'ils tachent d'eliminer. II ne leur reste, dans 
leurs relations avec Dieu, ni volonte, ni par rapport a ses dons, 
desir quelconque de les voir augmentes. Dieu est le seul but de 
leurs aspirations et le terme de leurs desirs [f 163 v°]. lis 
croient que tout ce qui n'est point Lui est un obstacle qui les 
separe de Lui. Dieu dit (qu'il soit exalte!) [Qordn, VI, 19 
et 91] : « Dis: Qui est-ce qui temoigne avec plus de poids? Dis: 
Dieu. » (( Et puis, laisse-les se divertir par leurs frivoles dis- 
cours. )) L 'abstinence ascetique des elioisis consiste done a 
coneentrer 1 'aspiration de 1 'esprit pour en eliminer les dissi- 
pations ou dispersions venant du monde C) , parce que Dieu 
les preserve, par la lumiere de sa revelation extatique, (") 
[meme] de 1 'attachement aux etats mystiques C) . Dieu dit 

(") Jc traduis ainsi la phrase jj^l '^^J", parce que Oj^',chez les 
soufis, a le sens technique de « Fetre du monde, en tant qu'il est monde, 
lion en tant qu'il est Dieu )) Cfr. Befinit. Dsrliordch. s. v 0^'. 

{**) Je traduis par « revelation extatique )) le mot i}^\ qui signifie 
« enlevement des voiles », bien que, dans la langue technique des 
soufts, il s'applique a « Taction et Feffet par lequel Dieu tire les 
voiles qui cachent les idees esoteriques et les realites divines, pour 
que I'ame les sente et les contemple)'. J'ajoute « extatique » pour la 
distinguer de la revelation prophetique qui s'exprime par le mot JiJ^ 
Cfr. Definit. Dschordrli. s. v. <-a£SJ et Jfi^l 

(^^) II veut dire que I'ascetisme (-^J^) des parf aits consiste a renoncer, 
non seulement a toute affection mondalne (au sens vulgaire de « satis- 



TEADUCTION. 57 

(qu'il soit exalte!) [Qordn, XXXVIII, 46] : a En verite, nous 
les avons purifies, par un moyen : en leur rappelant la vie fu- 
ture. » Leur confianee en Dieu repose sur leur contentement 
du gouvernement de Dieu, sur la delivrance de leur propre 
gouvernement d'eux-memes, sur le vide qu'ils font dans leur 
esprit de toutes aspirations tendant a leur faire regler par eux- 
memes leurs propres affaires: ils s'en tiennent a ce que, sur 
ce sujet, decide Celui qui les gouverne et les conduit, de la 
maniere dont sa science sait que cela leur convient d'avantage. 
[E ajoute: et leurs ames se sentent par la en securite.] Dieu 
dit: (qu'il soit exalte!) [Qordn, LXXXIX, 28] : « Eetourne au- 
pres de ton Seigneur, satisfaite et agreable [a Dieu].)) Leur 
patience consiste a preserver leurs coeurs des mauvaises pen- 
sees, parce que les decrets de Dieu (qu'il soit exalte!) ne sont 
jamais exempts de la bonte ni ecartes non plus de la miseri- 
corde. Dieu dit (qu'il soit exalte!) [Qordn, VIII, 17] : a [Dieu] 
pour eprouver les fideles par une belle epreuve )). Leur tristesse 
nait seulement de 1 'inclination au mal, propre a leurs amos 
sensitives [f" 164 r"]. Dieu dit: (qu'il soit exalte!) [Qord.n, 
C, 6] : (( Bn verite, I'homme est Men ingrat envers son Sei- 
gneur. )> Sa crainte est seulement la crainte reverentielle, issue 
du profond respect de la volonte divine et non de la crainte 
du chatiment, parce que cette crainte du chatiment a pour 
objet la protection de I'ame sensitive, tandis que la crainte 
reverentielle de Dieu (qu'il soit glorifie!) consiste dans un 
liommage de respect a Dieu, avec oubli de I'ame, Dieu dit 
(qii'il soit exalte!) [Qordn XVI, 52]: « lis craignent leur 
Seigneur au-dessus d'eux. )) Et Dieu dit encore (qu'Tl soit 
exalte!) par rapport aux personnes du profane vulgaire (Qo- 
rdn, XXIV, 37] : (f Ils redoutent le jour [du jugement final] 
oil les coeurs et les yexix seront en confusion ». Leur espernncp 

faction de I'appetit concnpiscible »), mais anssi a I'attachement meme 
aux consolations spirituelles des etats mystiqnos (J'j^bj parce que 
eeux-ci, en derniere analyse, sont aussi des ehoses mondaines qui delec- 
tent, bien que spirituellement, I'ame sensitive, et parce que, en outre, 
ce sont des ehoses creees et qui, par suite, ne sont pas Dieu. 



58 MAHASTN AL MADJALIS D'IBN AL 'AEIF 

est; In soil' firdeiite qii'ils epronveiit de la boisson dont ils sont 
inondes et qui le« rend ivresC"). Dieu dit : (qu'Il soit exalte!) 
\Qordn XXV, 47] : « Ne vois-tii done pas comment ton Sei- 
yneur etend 1 'ombre ? » Bt 11 dit [en un autre endroit: Qo- 
rdn XX, 18] en mentionnant le moyen [instrumental, sur le- 
(juel s'appuyait I'esperanee de Mo'ise] avant de parler de [I'es- 
perance] isolee [de tout moyen luimain] : « Qu'est-ce done 
(]ue tu as dans ta main, Moise? ))('").Leur gratitude est la joie 
qu'ils eprouvent a constater qu'ils existent (^*) et a voir que 

C") 11 veut (lire que I'esperance dcs parfaits est insatiable, puisqu'elle 
aspire toujours a I'uiiiou avec Dieu (qn'ils possedeut deja) niais etei'- 
iielle. L'ivresse (J^) sig-nifie dans la laiig'iie technique des soufts: 
« I'extase inconsciente, produite par une inspiration divine intense 
(]ui engendre en I'ame une emotion vive et une delectation plus grande 
et plus parfaite que la simple ineonscience de I'extase ordinaire ». Cfr. 
Definit. Dsehordch. s. v. y>— 'I 

C^) Ce texte appartient au recit qoranique (XX, 8-100) de la divine 
mission de Moise: Dieu s'efforce d'y aviver I'esperance de Moi'se en la 
providence singuliere dont II I'entoure, II 1' encourage a se presenter 
devant Pharaon avec la simple eonfianee en Dieu seul. Pour cela II 
lui ordonne de jeter a terre la houlette de bei'ger, sur laquelle il 
s'appuie; la houlette se change miraculeusement en couleuvre, comme 
presage du miracle analogue qu'il realisera plus tard devant Pharaon 
et les Mages. Ce passage (XX, 18) est cite ici par I'auteur, en un 
sens mystique, pour distinguer entre I'esperance mise par Moi'se dans 
les moyens ou instruments crees dont se sert Dieu, et I'esperance des 
ehoisis qui s'abstiennent de I'appui des creatures pour n'esperer qu'en 
Dieu seul. Cfr. Nasafi, Maddrik al tanzU (Commentaire du Qoran) en 
marge du Lobdb al ta'wil de Khazin (Le Caire, 1318 de I'hegire) III, 
236. 

C*) Je traduis le mot ^^3 p<ir « exister » prenant ce mot au sens 
technique de la metaphysique arabe, parce que dans le contexte qui 
suit on emploie Ir mot -^3- « eelui qui donne I'etre ou fait exister », 
c'est-a-dire, Dieu, qui est eorrelatif du precedent. Sinon, on pourrait 
ici traduire le mot -^jf-j dans le sens technique que lui donnent les 
ynnfts: « la rencontre [de Dieu] dans I'extase inconsciente, quand le 



TRADUCTION. 59 

ce bienfait procede de Celui qui leur a donnc I'etre. Celui qui 
se conforme [aux decrets divins] se met en conformite avee 
Lui. L'oeil de la conformite, [qui se contente] a I'egard de tout 
def aut (") , est comme une nuit (™) , mais 1 'oeil de la colere fait 
apparaitre les mauvaises actions. Dieu leur est propice et eux 
n'ont de conformite qu'avec Lui [seul]. Dieu dit: (qu'Il soit 
exalte!) [Qordn IX, 42] : « Rejouissez-vous du pacte que vous 
avez contracte » [f" 164, v**] . Leur amour est leur aneantisse- 
ment dans I'amour de DieuO 6t de ses amis; parce que tons 
les objets aimables meurent dans I'amour de [Dieu qui est] 
la Verite et se rappetissent et s'evanouissent. Dieu dit (qu'Il 
soit exalte!) [Qordn, X, 33] : « Qu'y-a-t-il hors de la verite, si- 
non la deviation f » Leur desir est de s 'evader de leurs carac- 
teristiques et marques personnelles [E ajoute: afin d'avancer 
ainsi I'atteinte du but de leurs aspirations]. Dieu dit: (qu'Il 
soit exalte!) [Qordn XX, 86]: « Et je m'empressais d'aller 
vers toi pour t'etre agreable. » 

Article [13]. La volonte, la penitence, I'ascetisme, la con- 
fiance, la patience, la tristesse, la crainte, I'esperance, la gra- 
titude, I'amour, le desir et la familiarite sont des degres de 
perfection propres a ceux qui suivent encore [les normes de] 
la loi, et qui cheminent vers la realite, car lorsqu'ils contem- 
plent deja la realite, en elle disparaissent les etats de ceux qui 
cheminent et ceux-ci atteignent la demeure fixe de I'aneantis- 
sement de tout ce qui n'est point Lui (qu'Il soit glorifie!). 

sujet a deja perdu la sensibilite de son hi;manite, absorbee en Dieu ». 
Et son correlatif •^r'j-* serait alors encore Dieu, qui est celui qui fait 
que I'ame le rencontre dans I'extase. Cette seconde exegese me parait 
plus conforme au eontenu mystique du livre. 

(") Je corrige le texte <^ (mystere) et le remplace par <^ (def aut), 
parce que eela me parait plus d'aecord avec le contexte. 

(^) Peut-etre faut-il lire 4JS^ (faible, de courte vue) au lieu de ^ 
(comme une nuit) ; mais les deux lectures donnent un sens analogue 
pour la phrase. 

(^') E. ajoute a a eux » et omet « de leurs amis)). 



60 MAHASIN AL M'ADJALIS D'IBN AL 'AEIF 

Toutes celles qui precedent cette demeiire [de la realite] ten- 
dent a ce but qui est la vision de Dieu (qu'Il soit exalte!) 
et 1 'entree au paradis. Effectivement Dieu (qu'il soit glorifie!) 
dit [f* 165 r'*] [Qordn, X, 271] : « A ceux qui pratiquent 
les bonnes ceuvres, le bien et quelque chose en surplus ». Et 
I'Envoye de Dieu (que Dieu prie pour lui et le sauve!) le 
commente dans le sens du paradis et de la vision de Dieu (II 
est puissant et grand !) : « Oh, ame tranquille, retourne a 
ton Seigneur, satisfaite et agreable [a Dieu] . » [Qordn, 
LXXXIX, 28]. A] Dahhak dit ('') : « Retourne a ton corps et 
entre dans [le sein] de mes serviteurs et penetre dans mon 
paradis (^) , car auparavant elle etait, dans son commencement, 
Arae soumise a 1 'empire du mal, et, ensuite, « se sauve, celui 
qui la conserve pure » [Qordn, XCI, 9], Puis elle est devenue 
une ame qui se blame elle-meme : (f Je ne jurerai point par 
Tame qui se blame elle-meme » [Qordn, LXXV, 2]. Celui qui 
se repent du peche est deja comme celui qui n'a aucun pe- 
che (") . Ensuite elle devint une ame tranquille, grace au sou- 
A'onir de Dieu. [Qordn, XIII, 28]. « Bntrez, surs du salut », 
[Qordn, XV, 46] « Mangez et buvez, heureux de ce que vous 
avez fait auparavant, dans les jours passes » [Qordn, LXIX, 
24]. Tel sera le salut de bienvenue qui les accueillera, le jour 
oil ils reeontreront Dieu: « Salut, salut, de la part d'un Maitre 
misericordieux. « Ne vois-tu pas comment s'est annihile ce qui 
en eux n 'etait pas digne d'entrer au paradis et, [en revanche], 
a subsiste cette part d'eux qui n'a jamais cesse d 'exister ?(^'^) . 
De meme ai-je dit a ce sujet: 

(''") Peut-etre Dahhak ibii Muza,hini, «xes»ete du II" siecle de I'he- 
gire. Cfr. Dhahabt, Ttiddl, 1, 471. 

{'''') Cette interpretation d'Al Dahhak et des autres exegetes suppose 
que le mot « ton Seigneur » doit s'entendre du corps, auquel I'ame a 
ete unie en cette vie et ou elle doit retourner au jour de la resurrec- 
tion. Cfr. Khazin, Lohdh al tahotl, IV, 379. 

(") Cette sentence est attribuee par la tradition a Mahomet. 

(^) Cette incise est citee par Ibn 'Arabi dans son Bisdlat al qods 
(cfr. AsiN, El mistieo murciano Ahenardbi, fasc. II, biographic d'Ahou 



TKADUCTION, 6] 

« Non certes ! Dis a celui qui reclame notre amour 
et pretend que la sympathie a pris possession (en son 
ame) : 

S'il etait veridique dans sa reclamation, certaine- 
ment sur le rameau il y aurait quelques feuilles. 

Mais ou est la maigreur, ou est la fletrissure, ou 
est le desir ardent, ou 1 'emotion vive? 

Ou est 1 'humble soumission, oii les larmes, ou les 
veilles et ou 1 'insomnie ? 

Nous n 'avons a nous que ceux qui s 'enf oncent dans 
les vagues de la mort, quand notre feu brille dans 
I'obscurite de la nuit eommengante. 

lis fixent leurs yeux sur sa clarte et la considerent 
d'un regard penetrant. 

lis passent la nuit [illumines par son eclat] dans 
la mesure de leurs etats respectifs. Et ainsi, arrivent 
a elle les uns plus les autres moins: 

Les uns, illumines de loin, cheminent par des sen- 
tiers ouverts; 

Les autres vont vers la lumiere, marchant penible- 
ment entre les abimes, rompant les liens [des affec- 
tions mondaines], 

Jusqu'a ce que leur apparaisse I'eclat resplendis- 

Dja' far al ' Oryani) sous fiette forme abregee : « (j*i.j y^, |- ^ ^^. ,J»- 
Jj;^ f S qu'Ibn 'Arabi attribue au Mahdsin d'lbn al 'Arif. Son sens, 
meme dans le texte plus eomi^let du ms. B., est pour moi tres obseur. II 
semble, a premiere vue, vouloir dire que I'ame seule jouit de la vision 
beatifique, etant eternelle, mais non le corps, aneanti deja, paree qu'il 
u'etait pas digne de voir Dieu. Mais cette exegese est eontredite par 
le contexte anterieur, puisque I'auteur cite plus haut I'opinion d'Al 
Dahhak, selon laquelle les bienheureux entrent au ciel en corps et en 
ame. Par suite, le texte signifie peut-etre plutot que I'ame, pour etre 
digne de la vision de Dieu, a du s'aneantir en ee monde et supprimer 
tout ce qu'il y a en elle de temporel et de cree, pour ne laisser subsister 
dans sa conscience que la pensee et I'amour de Dieu et des ehoses 
divines, qui sont eternelles. 



62 MAHASTN AL MAD.TALTS D'IBN AL <AETF 

sant de remotion extatique qui met a deeonvert le 
feu latent de 1 'illumination divine C) . 

Et alors ils perdent la conscience de I'emotion extn- 
tique, en rencontrant [Dieu](^'). 

Tons luttent a I'envie pour s'approcher de son eclat. 
Mais jusqu'ou, s'il n'y a pas d'ou, dans le but ou 
ils doivent arriver? Et comment, si le feu brule lenrs 
entrailles ? 

Et jusqu'a quand? Car, que tu sois pourvu d'un 
esprit sagace, experimente et habile, ou que tu sois 
maladroit et gauche, [c'est la meme chose]. 

Car eux ne cessent de s'enf oncer dans les abimes 
[de ces mers], tandis qu'a leur surface leurs vagues 
s'entreehoquent, 

Jusqu'a ce que le pasteur qui de son chant les 
excite et les guide ("*) entonne d'une voix douce et 
melodieuse ces deux vers que quelqu'un, dans les 
temps passes, a composes, 

Avide de 1 'amour passionne, jusqu'a s'enamourer 
eperdument, et quand il voulut ensuite etre maitre de 
lui-meme, il ne le put plus [f° 166, r"] : 

.((II vit [dans la mer] un abime qu'il croyait etre une 
vague, quand il y fut en plein, il se noya. 

On jeta [a I'eau] les cables des ancres, jusqu'au 
fond; mais [la mer] les enveloppa et se ferma sur 
eux. » 

Dans ee meme sens, on a dit aussi : 

(( Celui qui cherche le monde d'ici-bas, bien qu'il 
jouisse d'une longue vie et tire de ce monde joie et 
bonheur, me parait etre 

('") Cfr. Definit. Dschordch. s. v. ^^jJ, -^3 el J^. 

('') Cfr. ibidem, s. v. -^j^i et \^. 

(^'^) Par cette periphrase, je traduis le mot m:^^' qui signifie : « le 
pasteur des ehameaux, le chamelier qui j^uide la troupe et par son 
chant I'aiiime a la marche ». 



TEADUCTION. 6 



Q 



Comme le macon qui constriiit completement son 
edifice et quancl il a deja d'lme fagon stable eleve 
sa construction, celJe-ci s'ecroule ».("') 

C 'est la meme signification encore dans ce vers : 

« Mon eompagnon pleura quand il vit la porte | du 
palais] qui le laissait dehors, et il etait sur que tons 
deux nous etions deja de la suite d'un Cesar. 

Mais je lui dis: ((Que tes yeux ne pleurent pas, 
puisque ce que tu desires n'est pas autre chose qu'un 
royaume, ou bien : tu dois mourir et [par suite] tu es 
dispense [de le desirer] . » 

Telle est la condition de qui cherche le grand royaume, dans 
la demeure de la feiieite eternelle et permanente. Et apres 
cela, estimera-t-il que c'est beaucoup de reciter deux prieres, 
profondement incline devant Dieu (qu'il soit exalte!), ou de 
donner deux pieces d 'argent en aumone, ou de passer deux 

C^") Cette poesie developpe la pensee eommentee supra, note 55: 
I'amour des parfaits consiste dans raneantissement absolu de tout ce 
qui est du monde. Les quatre premiers vers nient que eet amour existe 
«ans ses effets. Les vers 5 et 6 affirment que ceux-la seuls obtiennent 
I'union transformante qui meurent a tout ce qui n'est pas Dieu, pour 
eontempler la lumiere divine, dans la mesure variable de leur perfec- 
tion, au milieu de I'obscurite de la nuit, qui symbolise la vie presente. 
Les vers 7 et 8 correspondent aux deux categories des parfaits que les 
soufis appellent respectivement -^'^l et -4^1, selon qu'ils arrivent a 
I'union sans effort, par une singuliere providence de Dieu, ou avee 
peine, par I'intensite de la preparation ascetique. Les vers 9 et 10 
decrivent les deux etapes de I'extase: celle du debut, caracterisee par 
I'illumination et I'emotion, et la definitive qui se caracterise par I'iii- 
eonscience de I'union a Dieu. Les autres vers insistent sur la descrip- 
tion poetique de I'extase, mettant en relief: sa nature infuse, iiide- 
pendante de 1' aptitude a connaitre; son obscurite, car elle echappe a 
toute apprehension distincte; son ineonscienee, car elle s'accompagne 
(le la perte de la personnalite, absorbee dans I'oeean de la Majeste 
divine. 



64 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'ARIF 

units en veille? Aucnnement! An contraire, aurait-il mille 
ames, mille esprits et mille vies, [longnes] comme eette vie 
d'ici-bas, et encore pins, et donnerait-il tont cela en echange 
ponr obtenir cet objet precieux qn'il cherche, ce serait encore 
pen, car si, apres tont, il obtient ce qn'il desire, [f° 166 v"] il 
anra obtenn sans effort nn enorme butin et nn bienfait tres 
grand et gratnit de la part de Dien (qn'il soit exalte!). Ee- 
veille-toi done, malheureux, du sommeil des negligents! 

Mais en outre, j'ai reflechi sur les dons qne Dieu accorde 
(qn'il soit glorifie et exalte!) au serviteur, quand celui-ei lui 
obeit et se soumet a son service et suit ce chemin tonte sa vie, 
et j'ai decouvert qn'an total il y a quarante charismes: vingt 
d'entre eux, dans ee monde d'ici-bas, et vingt antres dans la 
vie fntnre. 

Ponr ce qui touehe a cenx qn'il lui accorde en ce monde, ee 
sont: 1" qne Dien (qn'il soit glorifie!) se souviendra de lui 
et le louera. Et bien honore est le serviteur dont le Maitre de 
I'nnivers se souvient et qu'Il lone! — 2" Que sa Divine Majeste 
lui sera reconnaissante et lui donnera des marques de respect. 
Or si nne f aible creature pareille a toi te remerciait et te don- 
nait des marques de respect, il est sur que tu t'en sentirais ho- 
nore. Que sera-ce done, s'il s'agit du Seigneur, Dieu des pre- 
miers et des derniers? — 3" Que Dieu (qu'Il soit exalte!) I'ai- 
mera. Et si tu etais aime du chef militaire d'un camp on du 
prince d'un pays, il est certain que tu t'en enorgueillirais et 
que tu en profiterais dans les nobles demenres. Que sera-ce done 
quand il s'agit de 1 'amour du Maitre des mondes? — 4° ff° 
167, r°J Que Dieu sera son avocat et le gerant de ses affaires. 
— 5" Qu'Il lui garantira les moyens de vivre, I'y acheminant, 
d'etat en etat, sans effort ni anxiete. — 6" Qu'Il sera son 
protecteur bien snffisant eontre quiconque cherche a lui faire 
du mal. — 7** Qu'Il sera son ami doux et familier, dont la com- 
pagnie ne le laissera a aucun moment la tristesse de la solitude, 
dont il n'aura point a craindre que I'amitie ne s'altere, dis- 
paraisse on change. — 8" Que son ame se sentira riehe et sans 
besoins, car il n'eprouve aucune affection pour cette bassesse 
de se voir servi par le monde et les mondains; au contraire, 



TRADUCTION. 65 

ii ne prendra meme pas plaisir a etre servi par les rois et 
les tyrans de la terre. — 9" L 'elevation de ses aspirations, car 
il dedaigne de se salir des souillures du monde et des mondains 
et de faire cas de leurs vanites seduetrices et de leurs diver- 
sions, comme les hommes judicieux dedaignent de montrer de 
I'inclination pour les jeux d'enfants et de femmes. — 10° Que 
son eceur se sentira riche et sans besoin; il sera plus riche que 
tons les riches de ce monde, sans que jamais son ame cesse 
d'etre contente, ni sa poitrine de respirer a I'aise, sans avoir 
peur de la misere ou souci des privations. — 11° La lumiere 
du cceur: par elle il sera conduit tout droit a la connaissance 
des idees des mysteres et des sciences [f° 167 v°] que d'autres 
ne parviennent a acquerir meme partiellement, qu'avec seule- 
ment beaucoup d 'efforts et a la fin d'une longue vie. — 12" 
L 'epanchement du cceur sans que jamais ne I'oppresse aucune 
des calamites de ce monde ni de ses contrarietes ni les opi- 
nions des gens ni leurs artifices. — 13° Le respect et la consi- 
deration des ames: bons et mauvais le respecteront ; les pha- 
raons eux-memes et les tyrans lui porteront reverence. — 14* 
L 'amour des coeurs: Dieu misericordieux mettra en eux une si 
grande tendresse pour lui, que tu verras tous les coeurs naturel- 
lement emportes par son amour et toutes les ames emmenees 
a le respecter et a I'honorer. — 15° La grace [divine] de la 
benediction universelle en toutes ses affaires: ses paroles, sa 
respiration, ses actes, son vetement, son habitation, la pous- 
siere qu'il foule, le lieu ou il vit, I'homme qui I'accompagne 
ou levoit un seul instant, resterout influences par sa vertu de 
benediction. Les gens de Bagdad disent que la poussiere de 
la tombe de Ma' rouf al Karkhi ("") est un theriaque, eprouve 
avec succes, que Dieu (qu'Il soit exalte!) emploie pour guerir 
toute maladie. — 16° II usera a son gre et en toute liberte de 
la terre entiere, des continents comme des mers: s'il le veut, 
il marchera dans les airs ou cheminera sur I'eau ou parcourra 

("") Mystiqufe de I'eeoie de Bagdad, mort en 815 de I'ere chretienne, 
dent le tombeau est encore un lieu de pelerinage. Cfr. Massignon, 
Essaii 207. 

5 



66 MAHASIN AL MADJALIS D.'IBN AL <ARIF 

toute la sui*face de la terre en moins d'une heure;, — 17" La 
soumissioii des animaux, betes f eroces, brutes etc. Les faiives 
du desert raimeront et les lions reniueront la queue en temoi- 
gnage de sympathie pour lui. — 18° La possession des eles 
[des tresors] de la terre: partout ou sa main frappera, appa- 
raitra un tresor, s'il le desire ;-ou frappera son pied, naitra 
une source d'eau, s'il en a besoin; la ou il plantera sa tente, 
s'offrira une table bien servie, s'il veut manger. •^— 19" L 'in- 
fluence et le credit a la cour du Seigneur de.la gloire: les gens 
esperent que, en le servant, ils obtiendront un bienveillant ac- 
Gueil de la part de Dieu, et a cause de cela le prient de leur. ob- 
tenir un heureux sucees dans leurs necessites, grace a son in- 
fluence et a sa benediction. — 20° Etre ecoutes de Dieu en leurs 
prieres. II ne demande rien que Dieu ne le lui aecorde; il n 'in- 
tercede pour personne, sans que Dieu I'ecoute; et s'il jure par 
Dieu,... [deux mots en-blane]... En verite, parmi eux [les saints] 
il y en a quelques uns qui, d'un simple signe fait a une mon- 
tagne, la font disparaitre, sans meme avoir besoin de remuer la 
langue. II leur suffit de penser a une chose, pour qu'elle se 
rende presente, sans qu 'ils aient a f aire aucun geste de la 

mainO. ,. • 

Tels sont les charismes en ce monde. Pour ceux de la vie fu- 
ture [f" 168, v°] , ce sont les suivants : 21° Dieu leur rendra facile 
le passage, de I'agonie de la mort, laquelle cause une si grande 
f rayeur au coeur meme des prophetes (que Dieu prie pour eux 
et les sauve!), qu'ils ont supplie Dieu de la leur alleger; et cela 
au point que, pour quelques uns d 'entre eux, la mort sera comme 
une gorgee d'eau douce pour celui qui a soif. Dieu dit (qu'Il 
soit exalte!) [Qordn XVI, 34] : all seront joyeux [en mou- 
rant] ceux que les anges accueilleront. » — 22° ha Constance 
en la presence de Dieu et en la foi, d'oii naissent la erainte 
de Dieu et la peur de 1 'offense, les larmes et la tristesse spiri- 
tuelle. Dieu dit (qu'Il soit exalte!) [Qordn, XIV, 32] : ((Dieu 
affermira les croyants, dans cette vie et dans 1 'autre, par la pa- 
role imrauable ». — 23° Dieu envera a son esprit, [en^ mou- 

C^) Sur ees charismes, -cfr. AsiN^ El Islam cristiani^ ado,. -page- 202: 



TRADUCTION. 67 

rant], un message de paix,"repos, bienvenue, selon ce qii'll 
dit [Qordn, XLI, 30] : «Ne craignez point et ne soyez point tris- 
tes et rejouissez-vous d'[entrer dans] le paradis qui vous etait 
promis ». II n'aura done aucune preoccupation au sujet de ce 
qui doit lui survenir dans la vie future; il n'cprouvera de tris- 
tesse pour quoi que ce soit de ce qu'il laisse en ce monde. — 
24" La vie eternelle [f° 169 r"] dans les jardins du paradis. — 
25^ Les saluts de bienvenue et de bonne nouvelle, de la part 
des anges, pour Tame, la comblant d'honneurs, de felicitations, 
d 'encouragement, et pour le corps, publiquement, pendant les 
obseques, des marques de veneration [de la part des hommes] 
qui se presseront en grande foule pour prier, au cours des fu- 
nerailles, et s'empresseront de participer a I'envie aux prepa- 
ratifs de la sepulture, esperant obtenir par la la plus grande 
recompense et le considerant comme le plus grand bienf ait. — 
26° La certitude d'etre delivres de I'interrogatoire du tombeau 
et la conviction d'en sortir indemne et exempt de ses terribles 
dangers. — 27° L 'elargissement et I'illumination de sa tombe, 
oil il restera comme en un des jardins du paradis, jusqu'au 
jour du jugement. — 28" La conversation familiere de son 
esprit [avec les elus?] : [son esprit] sera infus [par Dieu] 
dans le corps d'un oiseau vert, qui ne cessera de se poser sui- 
I'arbre du paradis, jusqu'a ce que Dieu le renvoie a son propre 
corps, avec les autres elus, joyeux et contents pour le bieiifait 
que Dieu leur a aceorde. — 30° II ressusciteront dans la gloire 
et riionneur, revetus de tuniques precieuses et de couronnes, 
a cheval sur Boraq, le visage blanc et resplendissant. Dieu dit 
(qu'il soit exalte!) [Qordn, XXX, 38, 39]: « Les visages ce 
jour la brillants, souriants, joyeux. » [f " 169 v°] . — 31° La 
securite centre les terreurs du jour du jugement, selon ce que 
dit le Tres-Haut [Qordn, XLI, 40], « Ou celui qui se presentera 
en toute siirete au jour de la ressurrection » — 32° II portera 
dans sa main droite I'ecrit [de son absolution au jugement]. 
Quelques-uns seront meme completement dispenses de cette 
f ormalite. — 33° L 'heureux sucees de la reddition des comptes ; 
de quelques uns meme elle ne sera aucunement exigee. — 34" 
Le poids [favorable] de la balance des actions : plusieurft meme 



68 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'ARIF 

ne seront point soumis a cette epreuve. [En ce sens] il est 
dit [Qordn, IX, 92] : « II n'y aura point, pour ceux qui font 
de bonnes ceuvres, moyen [de les soumettre a I'epreuve]. Dieu 
est indulgent et miserieordieux ». — 35" Btre porte par le 
Prophete (que Dieu prie pour lui et le sauve!) a I'etang ce- 
leste, pour y boire une gorgee, apres laquelle on n'aura jamais 
soif. — 36" Le passage [heureux] du sirdt, avec delivrance 
du feu, au point que quelqaes uns d'entre eux n'entendront 
meme pas le bruit [de son crepitement] et qu'il perdra [pour 
eux] sa puissance de combustion. — 37" La vertu d 'interces- 
sion [pour les hommes] au stade du jugement, a la- maniere 
des prophetes et des envoyes de Dieu (que Dieu prie pour eux 
et les sauve!). — 38" Le royaume eternel dans le paradis. — 
39*^ [f" 170, r"] Le plus grand contentement. — 40° La ren- 
contre du Seigneur des mondes, Dieu des premiers et des der- 
niers, [mais rencontre] sans mode, [comme I'exige la nature de] 
Celui dont la majeste soit exaltee ! O 

Je dois dire ensuite que cette enumeration je te Tai faite 
uniquement selon la mesure de ma comprehension et conforme- 
ment a la portee courte et limitee de ma science. Malgre cela, 
cependant, j'ai encore parle brievement et en abrege, men- 
tionnant seulement les charismes fondamentaux et generiques, 
car a vouloir analyser quelques uns d'entre eux, il est certain 
que ce livre ne pouvait les contenir tous. Ne vois-tu pas com- 
ment j 'ai presente la recompense du royaume eternel, comme si 
c'etait uhe recompense uniquement? Or si je I'analysais en de- 
tail, il est certain que j 'atteindrais le ehiffre de quarante re- 
compenses d'especes dilferentes: les houries, les palais, les vete- 
ments etc., et ensuite chacune de ces especes comprendrait plu- 
sieurs subdivisions que seul pent comprendre Celui qui connait 
le monde visible et invisible et qui est son Createur et son Roi. 
Quel sera done le desir qu'il faut avoir pour tout cela, puisque 
Notre-Seigneur (qu'il soit glorifie!) dit [Qordn, XXXII, 17] ; 

("*) Sur ces episodes eschatologiques qui visent ces charismes de la 
vie future, efr. AsiN^ La Escatologia musulmana en la Divina Come- 
diuj passim. 



TEADUCTION. 69 

« Aucune ame ne salt combien de joies leur est reserve pour 
prix de leurs actions))? Et TEnvoye de Dieu (que Dieu prie 
pour lui et le sauve !) dit : « II a ete cree en lui [au paradis] 
ce que ni Toeil n'a vu, ni I'oreille entendu, ni le cceur de 
rhomme n'a imagine.)) Et le commentateur [du Qordn], en 
expliquant ce texte de Dieu (qu'il soit exalte!) [Qordn, 
XVIII, 109] « En verite, la mer se tarirait avant les paroles 
de mon Seigneur )), [f 170 v"] dit que ces paroles sont celles 
que Dieu dira (qu'il soit glorifie!) aux habitants du paradis 
au paradis, pour les favoriser et les honorer. Et [meme] celui 
qui est dans cette condition, comment arrivera-t-il meme a 
la millieme partie de cela, puisque nous sommes hommes, et 
comment pourrait le comprendre la connaissance de la crea- 
ture? D 'aucune maniere! Bien plutot, toutes les aspirations 
s'arretent court et les intelligences sont incapables d'y arriver! 
Et il est juste qu'il en soit ainsi, car c'est un don du Tout 
Puissant et du Sage, accorde par sa tres grande grace et con- 
forme a son eternelle generosite. N'est-il pas certain qu'un 
objet pareil doit stimuler le travail de ceux qui travaillent, et 
qu'ils doivent consacrer tons leurs efforts a realiser ce magni- 
fique dessein, sachant que tout cela est bien peu de chose, en 
comparaison de ce qui leur est indispensable, de ce qu'ils cher- 
chent, de ce qu'ils ont I'audace de poursuivre? 

Soyez, en plus, persuades qu'aux serviteurs de Dieu quatre 
choses sont necessaires, en resume. La connaissance theorique 
de I'essence de Dieu, tout d'abord, c'est-a-dire qu'il est I'Un, 
I'Eternel; [la connaissance] de res attributs qui sont: sa vie, 
sa science, sa volonte, son pouvoir, son ou'ie, sa vue, sa parole 
[P 171 r°] (laquelle ne consiste pas en lettres et en sons) et ses 
perceptions; [la connaissance] de la negation des imperfec- 
tions et des defauts, par rapport a Lui, parce qu'il est parfait, 
et de 1 'affirmation de ses noms tres beaux. Ensuite [lui est 
necessaire] la pratique [de la loi], dont la perfection consiste 
en [trois choses] : la connaissance des preeeptes, la rectitude 
d 'intention et la crainte de Dieu. II doit connaitre d'abord le 
chemin ascetique et croire que lui est necessaire son etude re- 
flechie, car sans cela il sera un aveugle ; ensuite, il doit mettre 



70 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'ARIF 

en pratique cette connaissance qu'il possede [du chemin], sinon 
il sera empeehe; apres, il doit agir avec sincere et droite inten- 
tion, sinon il sera un tronipe ; enfin, il doit craindre continuelle- 
ment et se gard'er des imperfections, jusqu'a ce que descende 
d'en haut [pour lui] la grace de rimmunite, sinon il sera un 
egare. En verite, Dhou'l Noun (Dieu lui ait pardonne!) eut 
raison de dire C") : « Tous les gens, sont morts, sauf ceux qui 
savent; et ceux qui savent sont morts, sauf ceux qui prati- 
quent; et ceux qui pratiquent sont tous egares, sauf ceux qui 
agissent avec droite intention; et ceux qui agissent avec droite 
intention sont tous en grave danger. » 

Et je dis, moi, qu'il y a quatre classes d'hommes dont il faut 
s 'etonner : l** L 'homme intelligent qui manque de science. Com- 
ment ne se preoccupe-t-il pas de connaitre a fond ce qu'il a de- 
vant lui ? Comment ne s 'inf orme-t-il pas de ce qui doit survenir a 
rheure de la mort, [f° 171, v*'] reflechissant sur ces arguments, 
meditant et tachant de penetrer le sens de ces textes reveles, se 
reprimandant lui-meme et s'emotionnant fortement par ces idees 
et pensees, afin de garder son ame? Dieu (qu'Il soit exalte!) 
a dit : [Qordn, VII, 184] : « Pourquoi ne meditent-ils pas sur 
le royaume des cieux et de la terre et sur les choses que Dieu 
a creees?)) Et il ajoute ailleurs [Qordn, LXXXIII, 4] : « Ne 
soupconneraient-ils pas qu'ils doivent ressusciter pour le grand 
jour?)) — 2° L 'homme qui sait, mais ne pratique pas. Comment 
ne pense-t-il pas aux tres grands dangers et aux terribles fins 
dernieres qu'il sait devoir rencontrer devant soi? Et c'est un 
grave avis dont vous ne faites point cas. — 3° L 'homme qui 
pratique, mais sans droite intention. Comment ne reflechit-il 
pas sur cette parole de Dieu (qu'Il soit exalte!) [Qordn, 
XVIII, 110] : « Quiconque espere paraitre devant son Sei- 
gneur, qu'il pratique la vertu, sans associer a 1 'intention de 
servir son Seigneur aucune autre intention.)) — 4" L 'homme qui 

(*') Abou al Fayd Thawban ibn Ibrahim, Dhou'l Noun I'Egyptien, 
iiaquit a Akhmiro (Thebai'de) et mourut a Gizeh (faubourg du Caire) 
I'an 859 de Fei'e chretienne. Sur sa vie et ses idees ascetieo-mystiques, 
cf. AsiN, Ahenmasarra, op. cit., pages 148-154. 



traduction; - : 71 

pratique avec intention droite, mais sans crainte. Comment 
lie medite-t-il pas sur les manieres dont Celui qu'il faut exalter 
dans sa Majeste [f" 172 r"] traite ses elus et ses amis, interces- 
seurs entre Lui et ses creatures, au point d 'avoir dit au plus 
illustre des etres crees [Mohammad] (que Dieu prie pour lui 
et le sauve!) [Qordn, IV, 161] : « En verite, nous avons revele, 
a toi et a ceux qui font precede, les signes » et autres versets 
semblables ; si bien que Mohammad disait ; « Mes cheveux ont 
blanchi a cause du verset de Hoiid (*") et de ses semblables. » 
II faisait allusion au texte [Qordn, XI, 114]: « Sois droit 
eomme je te I'ai ordonne. »0. Et ensuite, 1 'ensemble des pre- 
ceptes divim dont 1 'expose detaille est renferme dans ce que 
le Seigneur des Mondes dit en quatre versets du livre precieux : 
1" [Qordn, XXIII, 117] : « Mais pensez-vous peut-etre que Je 
vous ai crees uniquement par jeu et que vous n'ayez pas a 
revenir a Moi? » 2<* [Qordn, LIX, 18] : « Que Tame pense a ce 
qu'elle meme se prepare pour le jour de demain. Craignez 
Dieu, car Dieu connait certainement ce que vous faites. » 3° 
[Qordn, XXIX, 69] : « Ceux qili travaillent pour Nous, cer- 
tainement Nous les conduirons par nos sentiers. » 4° Et pour 
resumer completement tout cela, dit Celui qui est le plus ve- 
ridique de ceux qui parlent [Qordn, XXIX, 5] : « Quieonque 
travaille ne travaille que pour son ame. En verite, Dieu est 
riche et n'a pas besoin des mondes. » 

Nous demandons pardon a Dieu (qu'Il soit exalte!) de tOus 
les faux pas que nous avions pu faire et des audaces ou se soit 
egaree notre plume, [f 172 v°]. Nous Lui demandons pardon 
de nos paroles qui ne se conforment pas avec nos actes. Nous 
Lui demandons pardon de toute pensee qui nous ait pousse 
a chercher I'affectation et le style maniere, dans quelque lieu 

(*') C'est le chapitre XI du Qordn, ainsi intitule. 

C^) Le sens general de cette incise 4" est que le devot doit toujours 
craindre pour son salut, meme s'il agit bien et avec intention droite, 
puisque Mahomet lui-meme, ainsi que tous les autres prophetes et 
amis de Dieu, tremblaient, malgre qu'ils eussent regu de Lui des preu- 
ves si extraordinaires de son amour. 



72 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL <ARir 

que nous ayons ecrit, dans quelque phrase que nous ayons eom- 
posee, dans la; science que nous ayons enseignee. Nous Lui 
demandons de nous accorder, a nous et a vous, 6 communaute 
des freres, d'agir conformement a notre croyance et d'aspirer 
h obtenir son contentement. De meme, qu'Il ne permette point 
que nos oeuvres nous soient a dommage, mais qu'Il les mette 
dans le plateau de la balance correspondant aux bonnes oeuvres, 
quand nos actions reviendront vers nous. En verite, II est 
genereux et bienf aisant ! 

Voici le dernier point que nous nous sommes propose de 
traiter, relatif a I'explication de la maniere de parcourir le 
chemin de la vie future. Deja nous avons la fin que nous 
pretendions. Que Dieu prie pour le meilleup de ceux qui sont 
nes, par qui II a appele les gens a servir le Dieu plus digne 
d'etre servi, pour Mahomet (que Dieu prie pour lui et le 
sauve!). Dieu seul nous suffit. Quel excellent avocat! Et apres 
cela, que les salutations soient pour vous, 6 communaute 
[f" 173 r"] des aspirants et des devots. De notre cote, que la 
misericorde de Dieu et ses benedicti'^ns vous soient transmises 
jusqu'au jour du jugement. Fin et terme. Dieu soit loue, dont 
la grace perfectionne les bonnes oeuvres, et fait descendre les 
benedictions d'en-haut. Oh Dieu, fais que nous soit profitable 
1 'amour qu'[ils] ont pour nous et ressuscites-nous [dans le 
sein] de leur groupe par ta grace et ta misericorde, Toi, le 
plus compatissant des compatissants ! 

La redaction [de ce travail] a ete achevee le jour beni du 
samedi, cinq du mois de dhou'l hidjdja, des mois de I'annee 
859, sur la terrasse de la grande mosquee d'Al'Azhar, par la 
main de 1 'indigent de la misericorde de son Seigneur, Moham- 
mad al 'Adjami, fils de Mohammad, fils d 'Ahmad al Foqa'i. 
Dieu lui soit propice, a lui et a ses peres, et lui pardonne, a 
lui et a qui I'etudie et a qui demande par lui a Dieu pardon 
et misericorde, et a tons les musulmans! Que Dieu prie pour 
le seigneur de toutes les creatures, Mohammad, et pour sa 
famille, ses compagnons et ses fils, les purs, jusqu'au jour de la 
resurection ! Dieu soit loue, Seigneur des mondes ! 



TEADUCTION. 73 

[Epilogue du ms. B., f 52 r"] 

Deja on a dit : « Que la serenite des temps clairs ne vous 
seduise pas, parce que sous elle [se cachent] les mysteres des 
calamites. » Combien de printemps il y a, ou parce que les ar- 
bres et les fleurs brillent, les gens croient qu'il est deja arrive; 
mais il ne se passe pas longtemps, avant que tombe sur eux un 
fleau du ciel! Dieu (qu'Il soit exalte) dit [Qordn, X, 25] : [A la 
terre] est venu notre deeret, de nuit et de jour, et Nous I'avons 
[la terre] [f" 52, v**] changee en recolte, comme si la veille il 
n'y avait rien eu a recolter. » Combien de novices ont vu bril- 
ler I'aurore de la volonte de servir Dieu et ont senti deja avec 
iutensite les effets de la felicite spirituelle, et [ces effets] se 
sont repandus difficilement a travers les horizons, et les petits 
doigts se sont doubles jusqu'en bas en leur honneur ('") , et 
ils ont cru etre deja dans le sein des amis de Dieu et de ses 
elus, mais leur serenite s'est changee en trouble et leur lumiere 
spirituelle s'est changee en depravation! 
C'est pourquoi [les soufts] recitent ce vers: 

« Tu t'es fie aux jours quand ils etaient bons, sans 

soupconner le mal que le destin secret devait t'ap- 

porter. 
Les nuits font ete propices et tu t'es laisse seduire 

par elles, mais dans la serenite des nuits surgit brus- 

quement la trouble tempete. » 

Fin des « Beautes des sessions » avec la louange a Dieu 
(qu'Il soit exalte!) et sa bonne aide. Que Dieu prie pour notre 
maitre Mohammad, pour sa famille et ses compagnons, et leur 
aecorde la plus honorifique salutation! Dieu soit loue, le Sei- 
gneur des Mondes! 

Et la fin eut lieu le mercredi, 12 du mois de moharram. 
commencement de I'annee 750. 

('') C'est le sens que parait avoir la phrase t5li>lj jJdA <Xc ooStj. 
Cfr. Dozy, Supplement mix dictionnaires ardbes, s. v. j-"^. Voir 
aussi Ghazali, MustazMri (edit, Goldziher) pag-e r*, 1. M-\t> , ou le 
mot a ce meme sens. 



Texte du ms. de Berlin (Sprenger, 872), fol. 148 vf'-173. 
L.J Ax^j 'KWj AJ^ l*Jju« ^ ii\ ^^j ^J\ o^^^^ '■'^^ f^' 

ftj^La)! ^y^X)^ ij*"^ CX* UJ^ ^ J O** *UJ C->j>tLi\ Aj «Olc. 

li^ vV"^^ "^^J V^"^^ ^ c> ji-^^ ^^^^. ^r* "^^^^ 
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' E. ^-xJl ^U oL^VI <i]p>l.j LjUVI aSilij ^U^l O-^j ^J^}^\ J^ 
.ail <w-_, ^;^l J- -^ 0: -^' (j"^l ijl (3«^' J>-=" "S^" — '' E. omm. 
ol^. — 3 E. c5^'. — ' E. o^VI. -- 5 E. o- — ' E. l^_5j. — ' E. 
j^. — 8 E. jM. — " E. UJLSj. — '" E. ui-vfij. — " E. add. 
\^\^j. — 12 £ ^g| (.gi^^g dyrniere phrase devant Tanterieure. 



76 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'AEIF 

jj^ii * ^\ ob % ^i\ ^\ Lx^ % yj^ ^\ Lu AJ c^^j 

r-jjj A«J^ (^\; V. \X ejli.^l5 ^-J^ J'^A?^! Ait ji-^ i>«Li Ic^j 
C-jUi9- ^V^ i^yM \sj 4->j**)^ (_^C' C-jU«i*^D t-JjUH Ac i*^|j> Ji)«n ^ju> 

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* E. >. — 2 E. <.J)S3\ S^. — ^ E. jJ\. — ■' E. ^. Lege 
^^^. — ^ E. ^Ul je ^. — ^E.<M-. —' E. omm. ^L-VI. — 
* E. omm. auI ^. — ^ E. oj^^.. 



TEXTB AEABE 77 

^ ciJj cJ^i « jb>i ji; ^ cJ^ U-:>^\ xj\ J ji; ^c* a;u^ 
u^ jb J ^^ ^ c) ^J oi; jb ; I? ji; ^l a; ^ ^>)\ jb >i ji; 

C-iL ,_^ jjJm^i i-JSjA cJSj (jls 4ji Alt ^1 ijfij Jjj ^J\ ^j 

jl Jb J cJb Jb J i''*U x> 1^ U \» co^>i ,^1 JjJLi cJiL Js- 

^1^J\ 1)1' jf^i^^li ;:;^i -ViJii ^;\j ^\J,\ U J-^ jbj 1^^ 

0^ Ja5^\ c^jl4 Ji o^h }t^^^ ^S ^ ^5\iaJl '^J^\j 

Ji 1^ IJ'^b ^ Ui J^liil ^x cr: [f° i50 vo] cAlS' 

' E. onim. JU; iul J6. — '^ E. add, iul. — ^ E. omm. ces quatre 
derniers mots. — * E. omm, ^j^\. — ^ E. omm. 4,^. — « E. 
omm. ces cinq derniers mots. — '^ E. add. tyUx-JI j^y ^1 yt d'une 
autre main, et apres ^ ^\ ^j. — ^ E. j^ji. — » E. ^^1 -*i^- 

— '^ E. "y I. — " E. omm. tout cela apres lit. — '^ E. omm. cS,. 

— ^3 E. Ll. - 14 E. liU. — 1^ E. VI. — '« E. ^j »li. 



78' MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'ARIF 

l^ jaIM L,JL«r, ^ U^Ul ^ a-ll:;-!^ UjlU J^ '^ o^\p 

^ o;!!! U:,f^'i>^i jUii [fo 151 r^] d)i; ju Ai_,; Jl \s} 

W^ J^ ^Jir^^ J^i JU aA. jl^ Jan; J'!' J;5 ^- '^ '^^ ^ ^>- 

^^\ ^^^\ JI2; A^j^J^.^ 1^ ilA5?\ s^ i^^U ^jj i^i i^v 2^1^ 

* E. jy. -^ ^ E. ci-,. — ^ E.omm. tout cela apres l/L^lj. _ 
^ E. ^. _ s E. UjU:;1 -y.. _ « E. ^"li. — "' E. omm. iU^ Jp. — 
^ E. omm. tout celaapres ^sS- — ^ E. add. JU;. — *" liW ._i^ — 
'^ E. -omm., ^iii-l jp.._ »2 E. :uj|. _ 13 g. add. <:p JiiJ. — 
^^ E. ^. — '^ E. omm. tout cela apres j^j. — '^' E. add. c£U. 
— '^ E. iJo^l. — '« E. omm. 4I. • 



' . , / > TEXTE ARAEB : • ! . 79 

L^U LTi^-J <^-^-^ t5i'(ii»^ * '^W- J^. iSjA^ Cf '^j^ 



' E. add. Mj. — ^ E. omm. tout cela apres ^1. — ^ E. ^j. — 

' E.juJ. — ^ E. c^j^, — «E. ^. --;''£. Vo;. — «£..>,.--.::« E. 
^. — ^«^iE. , ji_^j. .-- " E. J. — '2 E. add. A. — '^ u. — '^,]E... 
^.. — ^"^ E. ^. — '« E. omm. tout cela apres il. — '?,£.. JJl^.. 



80 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'AEIF 

aAp ^j. J^ ^>- ^^ ^ J5' ^ ib^ yUS'Uc JW i^ j^ ^u. 
(.>J1 ^ clilS ^ >£: j.l;p^i J^ Jiu:,! Ol i>riu ji \Ip 
4rJuJ: juu, dlJi^y CjJuij dJt i?U^ Jsj \J\ ^ 4;ki J.y 

^1^1 Cj\} oPr> >^ U*U U \jjJ^ ^ l^\) o^[P 152 voj 
jU A* c-USj j^ j Jj ^\ c-'lSj *\j J\ j^ l^jjL ci-«j9 4^j^ jS 

Ji l^j Alt A*u?r 



* E. add. JU. — 2 E. add. > Js ^ ^^j. — ' E. ^^ Up. — 

" E. .^. ~ ^ E. JU — " E. aJj ^j} jt. — ■^ E. omm. !a*. — 
» E. ii.UI. — ^E. 5ljU-j. 



TEXTE AEABE 81 



^Jjl\ ;» j«v9 aAc ^y^,^^J ^]\ Ja«. ^d\ ^P ^ c-iai ^^Jj^ ''^ ^^'^ 

jjc Oj^ cJaAw A*^\ Jaw J ^15' UJ *\j«Jl LjUr*^\ i^ Ellis' 4j 

A; CU*Ju1 U J^ (j^ j:^\ ^^Lma Jl2? jiSJl\ diJS J IaJI Afiflj l^^ 

ffo '153 V«] ^ -^1 ^_;^ ^ JsU\ ^ U^ d?UJj diJUi <^U ^y ^^ 

^ dUS J JJ ^Jij «'\<Jl ^^j **:A::j*^ >o aJI?^ ji-^ t;,\? 

rj^ji:^ -u^" j_j.w*9r ^y Jb j^ * '^^ "-^^^ t.^ ^^ ^^ 

1 E. omm. (._5i)l jcp. — 2 E. cLill. — ' E, j^\. — " E. ^jJ y«._,. 
^ E. u^. — « E. add. ii^\)\ ^} c^lj. — "^ E. omm. Uj. — » E. 
.>ai ytj. _ 9 E. omm. a)i J. — ^^ E. J>. — " ^^. — '^ e. 

J^'lk. — ^' E. ^. 

6 



82 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'AEIF 

Wj ^ ^^ c5j^ J ^^} W^ j^-*^ (fj \^j ^j^ v^^ 

^. j'j i^Wrj s^'^ -^ f-^^ ^"^-^ ^^ c^j^ ^"^ (>«^ ^^ V:^^^ 
[fo i54, r«] ^^j>- Ic? y^^j^ AaJ^jC ;^S^1:J\ ^ J\j>-\ I cJlSj l^^ 

J^\ ^^ h.\j \ JI2; [r 454 v°] j.^11 Ji dlilc^ ^ I ^jH^ 

j*ii -^U? J\3 dlii> Jj ^ X& «\J C;»t.x^^j *^j^ (J 7cJis^\ JSj ^ U(« 

* E. omm. l^:*^. — ^ E. omni. VL*j. — ^^ E. omm. ^\. — '' E. 
omm. \^ ^. — ^ E. Jy-\. — ^ E. add. <11 jIjuJ yoj. — '^ E. > — 
* E. omm. tout cela apres \y^j^- — " E. j-ai. — ^^ E. j-^. — 
1^ E. ^.. — ^^ E. met I^jlijI^ au lieu de toute la phrase apres 

I'JLP. 



TEXTB AKABE 83 



^y• jAj »wj\2«)\ ^jk*« ^y j-^^j A*cj)l 4) isuLy^j L-a*oNl 4-«J*^/« j 

o 

^jJL^J^ dJi J J [P 155 r»] 

« 

^ E. JLP_^I .IjJ iiiJIj ^Vl ojIcJ^ ^ ^)1\ _^. — 2 E. JiUS ^j. V. ~ 
•- 3 E. />. — " E. omm.jL; ilil J6. _ ^ E. jJiL — « E. I^JuL-l». 
— '' E. omm. les quatre mots suivanls. — ^ E. j^V^. 



84 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'AEIF 

JJj Jafi\ <w-9r jj; <— b'^^J lT'*^^ S-Tj" yAftlil^ ^J^ ^U^ aTUuJ 

J>.l; A^jii Ji^ o^j jk % ^\*L«i ^Ij ^ dUJi /^ ^^ J.J. 

t^lt^ c^ Jli^ (>«)1 ^>-l I M J\aJ c-2)^j ji^*^^ A?-y\ ^^o C^j^j 
O^j^^ U^ ci^" '^Uz^ J-j);» ^^^ L-^Ufr A Ojj^^^J J^" "^j? 

^V^^ [fo 156 ro] ^.^^ i^>)i Jj:^^ cJ>i o"^ tj>\ ;,> J 

1 E. ^lU. — 2 E. omm. dUJ!. — ^ E. 1^1. — " E. omm. <:.. — 
^ E. omm. 4). — « E. ^J^. — ^ E. cj^J j^ .^c^l — » E. Uo^. 

— >o E. omm, tout cela des I.;,. — '*' E. add. lil.— '' E. omm. ^U 



TEXTE AEABE 85 

J c^^^ U^Jo^ ^^^ JfAftj f'^jA)^ ^ AJ Jf;>iJt«*^ c_i^j" oSj 
A^JUj O*^^ ''f«-a-alj ^ ^^^^ 6^i^^ "^^^^ O^J ^ ^W^^ ^^J 

aJus^ L„flJi? ^jj'j * iJA^ «Uc J.w9ij 
Aj (jL* iJo-\j Sx\a]j ^jcJ\ (j P- Jj jAj j>-^ '^■Tj (>* l/'Ij^^j 
cJji-^ ^j^^ Xj^ i^j yJjU) AuJ^ 4j Cj^jjj Jb»l\ (^<U**J^ jAj 

' E. JM\ oliji sans J. — ' E. ;ji*LiH.— •■■ E. Cj.— "* E. omm. lout 
cela apres ^. — ' E. omm. tout cela apres J^jiJl. — " E. omm. 
J^ysllj. — '• E. ^Ijil Uj. — ' E. omm. J^^ Ulk,_,. _ " E. add. 

oJjL- ^, E. uiUaJlj. 



86 MAHASIN AL MAD.TALTS D'IBN AL 'AEIF 

A*il J J ^ aIcj yyij Jliit J ^ytj ' ^\fi:J\3 ^ \ Xy Oj^jO^ J -u* 

y^^y •'U Jl dill jbl a;jj«^ j.ij:> [f» 157 i'»] J\2^ JjUi :>1^ U 
ji-^ A« iSli Tjbl ^b 'Jj^ 0^ ^^^J*^^ ^^ j\i^^ ''^j ^M^" 
flj cJoj Aic. 4:;L>-\; cJu^s l-j^I ^* jl JJj J*^l *^1 

j\ ^ u; v> >i ^ ^^ V^ c;^^-^ ^^ ^ ^^ ji^^ 'Uk. 
j\ ^b ^> V-^^ Jj^ f^^-» ^^ (:::^-A^ ^^! jW^ ^ o^j ^\ 

^J^\j ^^-akW ^^f^ -^j * j\-a>- j^ <^ Jji> Jj'^ ^^^ 

' E. omm. 4!. — ' E. <.a*U. — '' E. oV^ ^ ^,. _ " E. ^^^ 

— » E. ^U.. — « E. bi>. — ' E. .UJIj. — * E. Aip s^l J> ~ 
" E. omm. JU Aui Jls. — '° E. omm. -Ojjj ^^i^j. — '^ E. oj^^. 

— '■' E. omm. lout cela apres rjl. — '■' E. omm. JU-. — '' E. 
oJ^\. — '^ E. omm. JjUll. - " E. omm. a. — '' E. omm. V*. 

— '" E. ^Ij. — '" E. oi^ SOP ^^l_^l. - "-" dl-ij (?). 



TEXTE AjftABE 87 

c^a^ jjS^ *^j O^j (>c ^ U 1^9 A JlH? ^^ Ja^ (^ O^ i^*"-J 
' <Ut iJil?^ U [f 157 v°] aIT ^y \'j>-^ jJ^i ijis ^<^ J^^j 

^jbi; ji5 dis j^ ^ jw i^ ^ vJ^i 

^ JlP j^ J ^\.>-^\ jf 1 As * ^ J wis ^1 JU *^ ^jJ 

[f- 158 r"] t>« "^j^ ^Jjj ^^ -o lijJj ^^ ^l ^y ^:J\ %«^ 



^ E. omm. tout cela apres ^. — ^ E. J>-j j^. — " E. J^. — 
' E. omm. J^jll. — ' E. omm. ^j. — " E. ^a5. _ ^ g. J. _ 
^ E. omm. tout cela api-es ^5-^^. — " E. omm. tout cela apres 
_^. — '' E. U._^. — '' E. ^1. — '■■' E. omm. ^1 ^. — '" E. 
omm. c. — " E. omm. tout cela apres <c U>^j. — ^° E. ^^ y.^ 
<,Ui Jjl:-. — ^" E. omm. ces trois mots. — '' E. L^V. 



.*« 



88 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'ARIF 

'^ A^" *^ 0^ >.j2)i Jut 5^l5 Uj^^ "i ij\ ^* ^jju" o^j ^ JW 

i«4u ^j oAl AL« A^^ 1 6^j*« l^ Uls ^ Aj jflT eA^ U^j 

[r 158 v"] o>i. JW J Aiutj aJ Ajljiiw^j -Aj 4*'2i' ij 0,^^i' 

\jL ^ ^ L^^^. "J^ '^ Jj^ Jj^ saaVi^ ^y \jL \a \aaj 

l^j^j Vi-'^c^j ^^"^^ ^*^v ^^^ cy <i^" i^. ^-j^^ (^ 

J^ ^^ ^ (^Ji^ «Ucj Cjy l^iju ^ ^^ "^"V"-? V*!-* ^^'^^ \'?^-i 



^ E. omm. Cwjj. — - K. omm. <^yj. — " E. oram. ces deux 
mots. — ^ E. ;UI^., — ° E. j^. — " E. omm. ces Irois mots. 
— ' E. j^.. — " E. omm. Vji. _ » E. UJl <:.. — '" E. 
omm. ces qualre mols. — ^^ E. 004.^. — ^" E. o. — ^^ E. omm. 
ces six mots. — '* E. omm. ces trois mots. — ^^ E. aJ. — " E. 
omm. tout le reste de ce folio 158 v" et la moitie du folio 159 r", 
jusqu'a la fin de la poesie lii iJi^^. 



TEXTE AEABU 89 

\sJ^ cJ\ ji^ ^ ci23 * ^ t>* i3j ^!j 
elsl^ D^J *^ J^j * lj_5i JSL| Up cJ2?-l 

Aiio ^ dilA) iSj\ '-^P * *^ r^ ^y J^^ ^-'■^^ *^^ 

Ji ' ^^ [r 159 v»] 
' E. ijJLiii oU«, Jj. — 2 E. ^. — = E. a>. — " E. li. — "^ E. ^j. 



90 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'ARIF 

jj£ (Jj^i^o^! t^Jj'l L^J-^^J «^-a2<« J,\ jf jAc J .1? 
J**r^J y-^^J /*\aj*^^ l^ JJaJ^ # ^ (Jj9 Ai« *^\ AJL« I? 

;y V. ^ jAi jj^ ;.i.i\j ^y\ Ai>,\ jj\ ^^ 2j.\ \.\j J^ 

^ E. ^dji. — ^ E. Jji. — ^ E. l^ J. — ^ E. ^. — " E. 
omm. tout le reste du J^. ~ " E. jS^. — '' E. <jL-j. — ' E. 
^i^L — " E. omm. ces trois mots. — ^^ E. omm. ^. — ^^ E. 
^t^ij. — ^' E. omm. -cp. — ''' E. met oy:, au lieu de ces deux 
mots. — ^* E. Jx-iijl plus correclement. — '° E. Ji 1^ 



TEXTE ARABE 91 

f ^!^ L^^ ^Ar^ ojf ^y*^ ^ ^ j^^ (S^ c-JUi\J (JjuA \j 
■J,-^ Ji?- (iii* J6^ \}>\ # rt^?-! CJ/uaJ ^J\^£\ C*j*?-^ 
-Xjlj cJ\j >c:c^^ ^j\a*j Acls C-Jlj AjJj (>> aU)\ A*i^ JJj 

OjJu'j A**-! l— JV^jl ^ Ojjjl ^\5 lyJuA?- (\P y J-^** *^-**^ A*9x/A) 

JJ eU^ Jj Vj^'^^J J^J*-^^ "^j^ ^^ ^^ 

^ IjuTj aIJ^ pUI c-jJTj aJl^ A«'\k» ^y ^-r'" V^ r^J*^^ ^ ^^-^ 
^c ^"j l.jl\ ^^ jd;j er-j^j^^ ^ ;*^ jij *^;;Ui ;,W^l 

^ E. c^-ij. — ^ E. omm. tout ce dernier vers apres |.jC. — 
" E. add. oTL- cjIj jkllj. — * E. ^.4^^. — " E. ^^. — " E. 
,_^ au lieu de ciDJl qu'un lecteur de B. a mis fautivement. — 
' E. J>. — ' E. cl^l. — " E. Ji ^j. — '' E. a.;. — " E. J>.j. 
— ^^ E. ^. - '" E. :lu). — '' i> - "= E. ^y — ^« E. add. J^'. 



92 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'AEIF 



-I 



jt^J e>J ^\ J*|, ii [f 461 r"] * OjS'S c^\ JL>._^1 VL VJ 
^y (^\; lif ^-r^ J ^*^)\ aJip j_^c 4J1C i«i a:oIp ^^^^aS^ :>\p>-*^\ '^ 
dci^rU \i ^*j.UJ^ Ut ^c JI2; ^^J ^^ yji V/ ^c/i«^ 0>" 

^^ ar,c^ c^\j Ai dcctUi ci; j^ aJ^ jw ^\ ^jU ^^ ^a\ 

A|U1 JU ^ o^\^J^} ^JS (i^ A^ -U. *UJ^ Ait j^p ^^:>\«9 
^^^J 5^^^ aJ j_j-p!j J^i^ <iil^ J ^*^^ aJlc ^c JjJ5 Jap 

' E. UJl. — ' E. Ui ^>o J jli^i. — ^ E. add. ^\j. — ' E. 
JL^. — " E. 4U. — " E. omm. ^>U1 Up. — ' E. ^_jil U. — 
^'E. omm. jl. — " E. ^. — '' E. omm. J. - ^^ E. .^^ J15. 
— '= E. omm. JUJ. — '" E. ^UJi ^- j '^l "^^-^^ — - '' E. dUiL. — 
'' E. o^Ui. — '" E. j.:>Ul Up ,^1xp. 



TEXTE AEABE 93 

jAfl; *^ iio\ \Ucj lu*^ (^^ ^y SjS Jjl* UL ^ AjM j_^*JL& I (^"U 

Ic^ Oj^. J CJ*^^ •^'^ ^*i*^^ O^ ^^li '^y^ i^ (j^ ^* lt* 5^ 
[f 162 r"] Jto^jf Cx*^ 1^. ^'j^^* '^ ^^^ ^ -^ ji-^ ^^^. 

C^j S^ C-*« J \^j '^^ iJjC'J^^ ^ ^ :>j«9j A Ai«\3l J j;J-l J^ U\J 
'^^ *^1 culls' o^j <bl "^Tls^ 0^ *^^ j\^" "^j ^yj ii^ o^'^j 



1 1? 



E. omm. f^\ -uU. — ' E. <! L*y. — ' E. lj=^. — " E. Uj^. 
— ' 6X au lieu de 1^ E. iJ^i. — " E. omm. ^sj. — ' E. 
C'^^j. — * Ges deux mots, illisibles dans B., sont clairs dans E. 
— " E. omm. tout le reste jusqu'au mot \)l\. — -'"E. <«. — ^* E. 
omm. tout le reste du Ju-sj, en ajoutant seulemenl les mots sui- 
vants d3j-^^ ^-^ cf^ ^i f^- — ^^ ^- onim. tout le reste jusqu'a 
uyf exclusivement. 



94 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'AEIF 

SJUklll^ ^ aIj lei ^^lla)\ fiAA (w-aA/«j l--|^Ip Ji 0^„ ^^^ ijj^^ 

\Jab > jj ;,^\ ^ i;,\ ^iM ^j ^ jw j\; aSj ^ ii:jii j\ 

(iJS^ l^j Jls y^ '^J*^ *^* l^t3 «JLi/ I yiaj «ut iy^j J ^_^i 
IjSL^^ JlS? aj*^\^j aTj .^jr «ol .c> Aj*\ ijlUJ ayi'^y ^ ^^ 0^ 
^Jli yo^y Jl [f. 163 r«] ^\ j^JiS: ^r* a)U J>. *£i; *^"^ 

* E. omm. ^". — ' E. omm. ^^-i^i. — '' E. jp. — * E. ^>. y».j 
jiljJl cjUli.. — ^ iAIot illisible dans B. E. omm. tout le verset du 
Quran qui suit. — " E. ^U ^. — ' E, i)ij^l. — « E. dit 4)y 
apres iJlj^l et omm. tout le reste jusqu'a JU. — " E. ^"^ Jlsj. — 
^" E. omm. les deux derniers vers, soit tout apres oUll. — " E. 
omm. Ky.j^. — ^^ E. \^y — ^^ E. J^ls. — '' E. U. — '^ E. 



TEXTE AEABE 95 

C)\^\\ *S> ^C J2L) dL. Jv?- * IJlA dJi '^lul j J>^j cd^j 
'^jA Jji U ?t*ss^l ^>-\ I **.) J^j <J^ ^Aa» \jSiA j UJ^«*. 

^_^«*ftj 4^ ^^;k::j^ ^y ^j>-j Ax^ l» JI9 fC ^-(Jip ^c^ rUas 4j*^W-j 
(>*^\ i^ jV C-nlaSJ t>p A9jl? ^t u->iS>-^ jl Ai j5j y -Uj* (J\> 4j 

\^ ^jLaii o\ju«|j y« c/^'j*-' L-flJ' (J-lc 4*w«^ eJ^ (J-^ 

> ^ ^ -'• .» ^ 
A;ifr *1?\5 Aij^ U J\ oj-^^ [f '1 63 v"] p^j a_j_Ipj p-A^^^ 

W^ '^ ^^j c^j^:^ ^j>. J ^ Y^^ f i^"^ ^ S^ M^" i^ J^" 

^.-b j^Uj ^y^ ^^ }S^\ ^/s u\i^ ^\:J^\ \\ ^^ ju i\ j\; 



I E. Ia*l. — "" E. omm. <.. — ''£. yt_,. — ' E. ^j. — ' E. 
viU-j. — " E. omm. tout le reste du J-as, d'ici a la fin. — "^ E. 
JyiJ. — ^ E. omm. ces trois mots. — " E. add. Ji sjI^ j^^'^s^ til 
— ^^ E. omm. les trois mots suivants. — " E. omm. ces trois 
derniers mots. — ^^ E. omm. ces deux mots. — '^ E. ^)^. — 
'' E. U^j. — '^ E. add. \^. — '^ E. omm. ces trois mots, en 
ajoutant apres l^ les mots suivants : ^\ \^\ I dUo. -j^^Au.^^ 



96 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'AEIF 



3 



J aJM ^^}>^j>- ^^ p-f. jii ^y^ ^^fj A^^V "^j djj J\ ^j>:} 

^^ l^-^j^Ji j^JJIy- f'S^J K^"^ ^y \ ^^. ^ ^J •^l;''^^ <]'' '^ 

1 E. ii jls. — ' E. ijA. — ' E. omm. ces trois mots. — •* E. 
J^y-y — ° E. omm. ces trois mots. — " E. add. L^ Jtj. — " E. 
J^U-i Lj»j. — * E. omm. ces trois mots. — " E. omm. ces trois 
mots. — ^'' E. omm. tout le reste jiisqu'au mot iy\. — " E. 
^j^a-y, et omm. tout le reste jusqu'au mot Ij^-^U exclu- 
sivement. — '" E. add. avant ce mot -oUlL ^jJmJ6. — ^^ E. omm. 
ce mot. — '^ E. add. J. — ^^ E. omm. ce mot. — '" E. add. 
■^U- et omm, le reste jusqu'au mot liU exclusivement. 



TEXTE AKABE 97 

cJji^j Oji-^j j^Ij J^^Ij "^j^l> "^ hJ^^J e:>b*^l5 J^ 

aJWw JIj S^ Soi-^ J j>-->j (i^ i)^ li^ j^^ jAj A<li)^ oAa J\ 
'SJ^s^ .tb^ jU ii^ Jj*«j ^lij oVjj jJ-^ ^y*H>-^ i>J^ [f 165 r"] 

ji ^} i-ukii ^11 ipj I jPTj > ij^ J^ jiiJ^j Ail ^j 

s! - - ^ 

U pU ^y t^i' J |l^ |^^>-j Vj ^y "^^ j.*^ j."l« aJjSL j.^^ ^ 

«dlS J cJi; ^^ J> jL U ^ j,^ ^U1 0^^^ J>^ c?^. f 



* E. add. JL\ IXc. J J^-»yO VU«L,I. — ° E. omm. ces trois mots. 
— ^ E. omm. ce mot. — ^ E. omm. ce mot. — ^ E. omm. ce 
mot. — * E. JjU. ^. — ' E. omm. tout le reste jusqu'aux mots 
cJi 1^ (avant derniere ligne du f 165 r") en mettant, au lieu 
des lignes ommises, le texte suivant (apres t>yUl); 1 U ji j:^ 
Jj. f ^ (if.j <:^. — ^ E. omm. ces deux mots. 



98 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'AEIF 

jJ^^ L/^j r^>5^ c/^j * J J! J c/^J Jj>^^ ^> [f 165v»] 

3j-^ j^ -^^ ^j^ » j^^ ^-i c-iS" ^jlj J?-j 

JfJaJij "lAUai? 'j-ia-^j « p 6i*"l;'* (J^^ \yaS>- 

' E. lyo:-!. — ' E. ai_j^l. — " E. Uju^. — '^ E. U^. — "^ E. 
A^lilSj. — E. jlj. — E. (ijctJJ. — ^ E. **_p-. — ° E. V'^* csb 
U- l^ik. — " E. omm. lout le reste, jusqu'a la fin du ms. B. ; 
mais il met, au lieu de tout cet epilogue, un autre texte que 
nous transcrivons a part, a la fin du texte du ms, B, 



TEXTE AftABE) - . 99 

JJ el;*. J^ 
\^\j \'jjj^ UjJI ^ J\;j « e/^ Jli. o\j UjOi v^^ ^J 

^ ^SijJ ^\ M\ ^\ j\^ J jJ3\ 41^ JiL ^ JU \j^ 

MM M 

^5'^^ lJA)\ y > yP U.JV, ^jj ui\j ^ u^\ 4 J^J Jj 
eJl* jil^ ^j, UJl5 (iiJS ;3^ >j«)^ ^J]A\ \1a j <^S^ Jjui 

M 

l'^ JU ij\ ^. *^;i;j 1,1k U^ dJi o'5'[r 166 v°] ^ Ic 

M 
I M M 

M 

ij^/i\ e^; <-a^ *b C^jl) dulacj tilii^ <-ii»i» Jj^ -4^ 

M 

Ol Ui-\j * 6j^i ;>fju U5j a] Oj^^ 0^ [f" ^67 r"] A«yij * 



100 iviAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'AEIF 

j^^j- N Jj ^Lft^j IJ-O^ A^A>- Ji ^^^ *^ j^^fiil^ J.& h}^\j » 

L-J^ AcjA *^ jXfll^ 9^x<*3 ^j*iii^ (--J? J^> "^ IjA)\ J ^_^ Jp ^^ 
# Aj-l4 j/j JL^ A^ "ill 6^ 1^:2* Jl ^^^ "i [f 467 v"] C-j 

O^j 'dl^j V^j^ 4^=i S"*- o^J^ ^y J^ J*^ J^ lx^ J r*^ 
jj$i- jln. Ami^uji * 4^- Jp jj^ -^j (Jw *ijji 77jfij_ S-i;^ L?"-^ i^y^ 



TEXTE AEABE 101 

[ . .] tj^ i^\ ^ J'\ Jj^ Ml A^*^ ^^ .*^.j. eU 

»jli jj^^ lX* (»r* 0' ts^ rr}^ TJt ^ ^ -^^ t5^ (T^^ -^w**^*-^ 

;5j^1 jf\;>: o;^l JU ib^ Ji; J^ JMjJ\ -\1\ ^^ Ji. .-Up 

Ct-^J^ il^ O^^ ./S J^ JU i^ J5 ^J^\j *15J^ ^ Aicj ^>)\j 

\^y Mj \>iii: ^ ^^[^ 4^Hi jUMij ^:li^j c)^j]\j ^j)\ ^jj 

[f 169 r"] :Ji-\ oJj^^J '^})^ * V-^^ J ^ U ^ jj^ 



4>) 



102 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'AEIF 

aJjW ^ Aj^i«)^ J ^'Julj ^\>i% cJiy^lj J/U ^jj 

•Vji 'b'Tj J^" ii^ J^ ftjj'j '^j u^^ijj 3^jj r^j J^ LT* 

AJlill * A^Ull ^jJ^ li.\ ^3^ ^y J\ JUr 4jj2) A^Ull ^y^ JjaM\ 

«» 
*t)J^j Jj^ O" t>^^^ (^ ^ <-^^*i-' *^-^^ '^-'-'^ *^-?l *^ LX* fr*J 



TEXTE ARABE 103 

^j>-% o^]p\^\ cA\^\ vj ^^^ oy^.J^^ *j^^^ uW^ oJ^^'^j 

MM M 

* ^^ M • 

A-^j 6jj-^ J ^^^ ^j ^_5-»^ t-.i^*^' ^t o) O^-Vp Ic'ij Jyl jp 
Jj (J^^J Jj^"^^ ty P;^-^J Oj>-J^J ^^^ -^ ^^-^ (^J 

M ^^ M 

Jap- ^j C^ o':>\ % Cj^j t>t *^'U l^j jU Ly Ut i^ ^ ij^ 
OAcW Jj ^ 3j^ |i^ "^i -H:^-^^ A. C^J '^ Jj^ '-^^ ^^ 

11a jii *^1 ^x^\ ^J^ c-^j ^1 j^i ^xi* ^p ^1 jrjui\ 

l_^J«Jj Ja«)i L-jjilall lli i^Ji^?:- Oj-V^^ J-^j Oj^^^ lI**::^ 
^ OU Ul A* J ^ aI^I J a) A. "^ jji J ^ji«::Jj Oj^>:, 



104 MAHASIN AL MADJALIS D'IBN AL 'AEIF 

0>U\j o>^) ^^Sj^ ^'UJlj ^u«)^ ^\ J^ ^^\ Ji 

4-??«ll^ C-^ Jit )a>- ^ J^Oj^^J UJ-^^ *^^ OJj** ^ 
ojjt J J^y [r 171 v"] Ojl^ Ji;i& Uc A^ ^U (Jjni U -JUJO 

j^^ j^i d,^\ Ji "^ jw- j\;^ .^ ^ ii ju u^ j.^% 

> jii-^ j^/*^ J^. i^ ^21;^ 0;ij ^. -JUj^j _[ri72 r^] 

' Ms. li 



' ' TEXTE AHABE ' 105 

Jlj^jl? iljLi <*0 r-^ j ejSjJ g^ ■ \J^j\ U ^^ ^ j^ jtJ^ ^I^ 



106 MAHASIN AL MADJALIS B'IBN AL 'AEIP 

'^Jrj v-Jij ijA\ a) W3 ^;^j aJ Ji; .^j 4 y^j 'hp^.'^j 



Fin du lexte du ms. E [P 52 r"]. ^ 

i^\?7 JJU?^ 0^ ^jtX Ji 4a^ a* ^j ejUj^j 6j\?xi<l CJj^* AjJj 
ijui^ [f 52 v"] UlJui IjV j^ *iJ V ^^"^ <i^" ij^ J^ ^.J^ 

*• ojuub JJ*«flJ\>j ojU*^ jAa) u J^^ AjU»tf (JA'j '^J.Uj' "i^^ t^* '^' 
jAWV c1>J^ JUll jfl^ JUcj # l^ <^jj2p\J (jUJ^ db^Uj 

j^j # O^IJ^ <—»-> «ij -^^^J (^'^^ (J"^^ (W "^J '^^^ cK' "^ 

- " ** ■ ■ " • . . ' 

^ Cfr. supra, page 11 de V Introduction. 



IMPRIMERIE ORIENTALISTE MARCEL ISTAS, S, A. 
rue de Bruxelles, 228, LOUVAIN (Belgique), 



BP189 
V.2 



Colleotion de textea 



in^dits reiatlfs^^ la i 
myBtigue.musalBjan&.IIJ 
iBn aI-<At£f. MahasinI 
f Ir gajglis* > ^ par' M, 



^ 



alaoioar 



%6^6 



Bind e ry 



^ep2d ' 4d 



m 28 1SW 



/-/- s^^- 



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FEB 6 1950 



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•'UL 1 51968 



Al^XcL" 






; V.2 



MgfM5^ 



SM 11 till' 



Oolleption de textes 

mystigue musulmane. IT: 
-Tbn aimSArIt» Mahasin 

al-majalis, • • par' M, 
Asan_,E_aLa5i-QJSj ^ 



1515678 



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