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■\1 




M«R PIERRE BATIFFOL 



LEÇONS 



SUR 



LA MESSE 



TREIZIÈME MILLE 



PARIS 

LIBBAIRIE VICTOR LBOOFFRE 
J, GABALDA, Éditeur 

BUE BOKAPABTE, 90 
1927 



LEÇONS SUR LA MESSE 



DV MÊME AUTEUR 



LE CATHOLICISME 

DES ORIGINES A SAINT LÉON 

l- 'Is'lîfliis^ ^^ais^nte cit lg> iCatîaeîiiîi^rfte, (iI909.î 
•Onzième mille. 

II. La Paix constantinienne. (1914.) Troisième édilion. 

in. Le Catholicisme de saiut Augustin. (1920.) Troi 
sième édilion. 

IV. Le Siège Apostolique (359-451). (1925.) Troisième 
édition. 



Typographie Fiimin-Diâot et C*. — Tivrig, — 1927. 



MCB PIERRE BATIFFOL 



LEÇONS 



SUR 



LA MESSE 



T-REIZIÈME MILLE 



PARIS 

LIBRAIRIE VICTOR LEOOFFRE 
J. GABALDA, Éditeur 

RTJB BONAPAETB, 90 
1927 



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Le présent livre est la rédaction de dix le- 
çons données à l'Institut catholique de Paris, de 
mars à mai 1916, dans la chaire des origines 
chrétiennes, sur l'invitation et les amicales ins- 
tances de M^' Baudrillart. On y trouvera une 
histoire et une explication littérale de la messe 
romaine. 

La première messe qui ait été célébrée est la 
Gène. 

En tant qu'elle est un repas pascal, la Gène 
marque la fin de la liturgie lévitique qui se rat- 
tachait à la Loi et au Temple : elle inaugure 
la liturgie nouvelle par l'action de grâces que 
le Sauveur prononce sur le pain et sur le vin, 
par l'oblation qu'il fait à Dieu de son corps et 
de son sang immolés, par la communion à ce 
corps et à ce sang qu'il -distribue aux apôtres; 
action de grâces, oblation ou sacrifice, com- 
munion, ces trois actes intègrent la messe et la 
Gène. 

De cette donnée divine procède la liturgie 
ecclésiastique, qui est la création du respect, 



VI AVANT-PROPOS. 

de la piété, de l'esprit de règle et de tradition, 
création lente et complexe, dont l'historien s'at- 
tache à découvrir les temps et les sources. 

Au II* siècle, la liturgie est décrite par saint 
Justin et déjà ses traits traditionnels sont recon- 
naissables, qui se perpétueront dans les grandes 
familles liturgique». 

Le chrétien, n'a pas embrassé la vie chrétienne 
pour être un isï>lé; il appasrtient à une société 
visible, organisée, hiérarchique, qui le: eonivoqiue 
chaque dimanche; à une; assemblée^ pour prier en 
commuai eié étve: enseigné.. Gette^ assembla de 
prière et de lecture des saints livres est-elle un 
emfprunt aux synagogiuesfde la- Bispersion? C'est 
possible, mais tout de suite se manifeste l' esprit 
nouveau, qui est l'esprit ecclésiastique : l'as- 
semblée est une assemblée où Tévêque préside 
et prêche : on lit l'Ecriture, et l'évêque, lui seul', 
la commente.. 

« Puis, dit saint Justin, nous^ nous embraa- 
sons'fës'uns les autres en suspendant les prier es-. 
Alors est présenté à celui qui préside- les frères 
du pain et une coupe d'eau et de vin trempé. H 
les prend, et il exprime louange et gloire au. Père 
de l'univers par le nom du Fils et de l'Esprit 
saint, et il fait une action de grâces abondam- 
ment pour ce que Dieu nous a daigné donner ces 
choses*. Et celui qui préside ayant achevé les 



AVANT-PROPOS. va 

prières efl raction de g^âce», toutie peuple pré^ 
sent acclame, en disant : Amen, » 

La liturgie s'affirme là comme une rédtération 
de la cène ; elle est d'abord une action de grâces^ 
une eucharistie, prononcée par FéTêque-, qui, 
dans cette représentation de la cène, tient le 
rôle du Christ. Cette action de grâces est^ une 
prière au Père, par le nom du Fils et de l'Es- 
prit : nos « préfaces », et aussi Men le « canoa 
de la messe », ont là leur premier état. Maàa 
la foi chrétienne est créatrice de rites par te«r- 
quels elle exprime ce qu'elle sent : le baiser de 
paix exprimera la charité' fraternelle. Et si Va^ 
semblée écoute, il convient qu'elle- prenne part à 
la prière, qu'elle la fasse- sienne : elle acclame 
Amen. Il n'est point parlé de chant, mais- d'ac- 
clamation. 

« Celui qui préside ayant rendu grâces «Il 
tout le peuple ayant acclamé (^Amen)y ceux qui 
chez nous sont appelés diacres donnent à ch*cua 
des assistants une part du pain eucharistie et; du 
vin... » Ces* la communion au corps et au sang 
du Christ, car, écrit saint Justin, le pain eti le 
vin, « eucharisties par un discours de prière qui: 
vient; de lui, sont la chair et le sang de ce Jésus: 
fait chair, ainsi nous l'a-t-on enseigné. » 

Nous saisissons là, dans ses lignes essentiel- 
les, la liturgie chrétienne^; elle n'est plus à l'étafe 



VIII AVANT-PROPOS. 

naissant comme à la Gène, elle fait encore une 
large part à l'improvisation des formules, mais 
elle est réglée, comme la foi est réglée, comme 
tout est réglé dans l'Église. Le sens de la règle 
éliminera bientôt des formules toute improvisa- 
tion. 

Rome créera à son usage une littérature de 
préfaces et d'oraisons, qu'elle a marquée au 
sceau de sa latinité, de sa piété, de sa rigueur 
robuste et sobre. Ce qu'on a appelé « l'art triom- 
phal », l'art chrétien du ive au vi" siècle, créera 
le décor des basiliques, toute la magnificence 
des mosaïques, des orfèvreries, des tissus, dont 
le vieux monde romain, sensible au prestige de 
la richesse, a voulu honorer la maison de Dieu, 
et dont nous nous faisons à peine l'idée. A cet 
« art triomphal » appartient la « cantilène ro- 
maine », le chant que nous appelons grégorien, 
qui se fait sa place alors dans la liturgie, et 
donne naissance aux graduels, aux alléluias, aux 
traits, et aux autres parties chantées de la messe. 
La scola cantorum apparaît. Une basilique cons- 
tantinienne comme le Latran ou Saint-Pierre, 
avec son large presbyterium où prennent place 
sept évêques au moins et quelque vingt-cinq 
prêtres, avec son autel autour duquel évoluent les 
sept diacres et les acolytes et les sous-diacres, 
réclame que les mouvements de tous soient ré- 



AVANT-PROPOS. ix 

glés : le cérémonial se forme. Il faut qu'il règle 
le dernier détail des gestes, il le fait. Langue 
liturgique, chant liturgique, gestes liturgiques, 
tout se fixe; à l'époque du pape saint Grégoire, 
il s'en faut de bien peu que cette œuvre soit 
achevée qui est la liturgie de la messe pontifi- 
cale. 

Les traits sont peu nombreux que Rome a em- 
pruntés aux usages de Jérusalem ou de Gonstan- 
tinople, et la liturgie carolingienne et germani- 
que ne réagira sur la liturgie romaine qu'à partir 
du IX* siècle. La liturgie romaine est une pure 
chose romaine. Nous y retrouvons des détails de 
cérémonial qui perpétuent des usages romains de 
l'époque impériale. Le costume liturgique est, 
pour l'aube, la dalmatique, la chasuble, le cos- 
tume des honestiores ronuùnsdu temps de Gons- 
tantin et de Théodose. On peut dire de la liturgie 
romaine du temps de saint Grégoire ce que le 
tardif historiographe Jean Diacre dit de ce pape 
si parfaitement romain : « Nullus pontifiei fa- 
mulantium, a niinimo usque ad maximum, 
barbarum quodlibet in sermone vel habita 
praeferebat » (II, 13). 

La méthode historique a pour programme de 
retrouver la date de chaque chose, et de demander 
la signification des choses à leur origine. Elle 
considère la messe romaine comme une archi- 



X AVANT-PROPOS. 

tetîture, et, si Fon veut, comme une basilique 
remoniant aux origines, et dans laquelle chaque 
siècle a mis du sien ; iii faut arriver à reconnaître 
Fœuvre de chaque siècle, pour mieux dégager 
les lignes perpétuelles. La messe pontificale n'a 
pas pu se transformer en messe privée, la grand'- 
messe en messe basse, sans s'appauvrir pour 
une part, et d'autre part sans se surcharger : il 
faut signaler les éléments introd^iits et les tasse- 
ments produits par cette transformation. Cer- 
tains gestes ne sont plus que des témoins d'u- 
sages disparus : tel l'enfant de chœur soulevant 
à F élévation le bas de la chasuble, pu tel le 
sous-diacre portant pendant l'offertoire et le 
canon la patène sous un voile. La méthode histo- 
rique a mission d'expliquer et ces grandes lignes 
et ces détails. La curiosité y a son profit, l'intel- 
ligence aussi, cette intelligence dans laquelle la 
foi s'éclaire et se repose avec plus de respect et 
de joie^. 

Cette lumière est celle que l'on voudrait espé- 
rer que les lecteurs de ces leçons y trouveront. 
ElTe devra pour eux se compléter par la pratique 
des théologiens et des mystiques, car il faut dire 
et ne pas se lasser de dire que l'a lettre et l'his- 
toire ne sont qu'une introduction au surnaturel 
qui est Fâme de la liturgie. 

L'auteur a écarté de son exposé lès inteTpté- 



AVANT-PROPOS. xi 

tations symboliques, qui sont si riches de sens 
et qui abondent dans toutes les explications 
anciennes et récentes, non qu'il n'en fasse pas 
de cas, mais parce qu'il s'attache de préférence 
au sens historique : il veut bien que les deux 
céroféraires qui accompagnent l'Évangile à 
r^mbon représentent l'un la Loi, l'autre les Pro- 
phètes, mais il croit trouver ailleurs l'origine 
du rite. 

On trouvera cités, au cours du présent livre, 
le petit nombre d'auteurs français ou étrangers, 
d'aujourd'hui ou d'autrefois, qui sont ses com- 
pagnons de travail. On verra d'ailleurs, à son 
perpétuel recours aux sources, de quelle méthode 
il se réclame. 

P. B. 

Paris, 8 juin 1918. 



AYANT-PROPOS. xiii 



POUR LA NEUVIEME ÉDITION 



Les lecteurs qui voudront se tenir au courant des publi- 
cations liturgiques pourront désormais consulter utile- 
ment le Jahrbuch fur Lilurgiewissenschaft, publié depuis 
1921, par Dom Odo Casel, Miinster, Aschendorf éditeur. 

* 
* * 

Dans la Revue biblique, 1916, p. 23-32, sous le titre de 
« Une prétendue anaphore apostolique >, j'ai exprimé les • 
raisons qui me persuadaient de rejeter la théorie de Dom 
Cagin sur la découverte qu'il croyait avoir faite du canon 
primitif de la messe. J'avais cru pouvoir dater du 
IV' siècle ce qu3 l'on prétendait être « l'anaphore apos- 
tolique ». En fait, ce texte se rencontrait dans le recueil 
canonique que l'on était convenu d'appeler Mgyptische 
Kirchenordnung ou Constitution apostolique égyptienne, 
dont l'original grec est perdu, mais que l'on a en latin 
dans un palimpseste de Vérone du "v^ siècle, et en copte. 

Depuis lors est venue une excellente étude de Dom 
Connolly, Theso called Egyptian Church order and deriv- 
ed documents (1916) ^ qui a proposé de voir dans la Cons- 
titution apostolique égyptienne une œuvre de saint 
Hippolyte, l'important auteur ecclésiastique, disciple de 
saint Irénée, prêtre à Rome, où il résida des environs 
de l'an 200 cà l'an 235, date de son bannissement et de sa 
mort 2. La démonstration de Dom Connolly, venant après 

1. E. ScHWARTz, Ueber die pseudoacostolischen Kirchenordnungen 
(1911), était arrivé à la même conclusion. Voyez Theologische Lite- 
ralurzeilung, 1911, p. 80-81, la recension de H. Lietzmann, et 0. Stjbb- 
uv,Diechristl. griech. Litleraturl,i9U; du Manuel de W. Christ, p. 988. 
H. Lietzmann, Messe Und Herrenmahl (1926), p. 14-13. 

2. La pensée de Dom Connolly a été exposée en français par Dom 
Wilmart, « Un règlement ecclésiastique du début du m" siècle », 
Revue du, clergé français, i. xcvi, 1918, p. 81-116. Vo)ez encore W. H. 
Frère, The primitive consécration praj/er (1922), en tenant compte 
des suggestions de J. Armitage Robinson, dans le Guardian, 13 avril 
1923. 



XIV AVANT-PROPOS. 

celle de Schwartz, est acceptée par A. Harnack, Theolo- 
gische LUeraturzeitung, 1920, p. 225, qui écrit : « Ici 
coule la plus riche source que nous possédions pour la 
connaissance de la conception ecclésiastique romaine de 
la plus haute époque. « 

On sait qu'Hippolyte- fit schisme à Rome au temps du 
pap.e.CaUiste, etqu'il resta dansson schismegusqu'à la fib, 
à'ia tête: d'une petite^Église. àJaquelle il servait d!éyèiiue; 
Dom Connolly croit/retrouver le-titre; que, portait l'œuv^re: 
que nous possédons, elle s'appelait Tradition apostolique, 
et tout fait croire qu'elle date du temps du schisme 
d'Hippolyte, 218-235. On y trouve une description de la 
liturgie baptismale, mais d'abord une description de 
l'ordination de l'évêque, ordination dans laquelle s'insè- 
rent la prière eucharistique et la communion. On. pourra 
voir le texte dans Funk, Didàscalia et Constitutiones 
Apostolorum (1905), t. ii, p. 98-102. 



II. faut, pour estimer ce doGument à sa valeur, se- rap- 
peler que, au temps d'Hippolyte et deGalliate, la prière 
eucharistique est encore un thème à improvisation, non 
un canon fixé> immobile, comme il adviendra k Rome au 
lY*^ siècle : l'évêque prie tout haut sur le pain, et le; vin de 
l'oblation,. iLprie selon son inspiration. L'anaphore d'Hip- 
polyte n'est donc pas le canon- de la messe romaine, mais^ 
un modèle de prière euchswistique composé pour une 
communautéschismatique romaine par son évêqne. Hip- 
poiyte n'avait d'ailleurs pas de raison de prier sur l'obla- 
tion en une autre forme que le pape Calliste dont il était 
le rival. On peut donc inférer que l'anaphore d'Hippo- 
lyte, en étant d'Hippolyte pour son contenu, est une ana- 
phore romaine pour sa forme. , - 

Donc l'évêque, qui vient de recevoir l'imposition des 
mains, va célébrer les saint» mystères. Les diacres appor- 
tent l'oblation. Le célébrant étend la main sur elle et 
dit : Dominus cum omnibus vobis. Le peuple répond : 
Cum spiritu tuo. L'évêque : Sursum corda vestra^ Le 
peuple : Habemus ad Bominum, L'évêque : Gratias^ aga- 



AVANT-PROPOS. xv 

mus Domino^ Le peuple : Dignum et iustum. Alors l'é- 
vêqufret les prêtres qui l'entourent prononcent la prière 
euchapistique : Tévêque dit, les autres^ suivent, t epi- 
scopum praeeuntem sequentes >. Nous sommes au régime 
de la concéiébration. 

Ici commence la prière eucharistique : Gratias agimus 
tibi, Domine^ per dilectum fttium tuum lesum Christum... 

Nous te rendons grâces, Seigneur, par ton cher fils Jésus- 
Christ, que dans les derniers jours (du monde), tu nous as 
envoyé pour sam'cur et rédempteur, messager de ton dessein. 
Il est le verbe, qui est de toi, par lequel ta volonté a tout fait. 
Du ciel tu l'as envoyé dans le sein d'une vierge. 11 a été fait 
chair, il a été porté dans ses entrailles. 11 a été manifesté ton 
fiïs par l'Esprit saint, pour accomplir ta volonté, pour te faire 
un peuple en étendant ses mains (sur la croix), il a souffert 
pour délivrer ceux qui souffrent et qui croient en toi. Il s'est 
livré volontairement à la passion, pour abolir la mort, pour 
briser les liens de Satan, pour fouler aux pieds l'enfer, pour 
libérer les justes, pour fonder le statut (nouveau), pour mani- 
fester la résurrection. •>?■ 
■ Et donc prenant le pain il a rendu grâces et dit : Prenez, 
mangez, ceci est mon corps, qui pour vous est rompu. Et sem- 
blablement le calice aussi, et il a dit : Ceci est mon sang-, qui 
pour vous est répandu. Quand vous faites cela, en ma com- 
mémoraison vous le ferez. 

Nous rappelant donc sa mort et sa résurrection, nous t'of- 
frons ce pain et ce calice, te rendant grâces de ce que tu nous 
a faits, dignes de nous tenir devant toi et de nous acquitter 
envers toi du sacerdoce. En suppliant, nous te prions d'en- 
voyer ton Esprit saint sur les oblations de cette Eglise, et d'ac- 
corder aussi à tous ceux qui y pcennent part (qu'elles servent 
à) leur saiateté, qa'ils soiant remplis de l'Esprit saint, qu'ils 
soient, confirmés dans la foi dftku vérité, afin, qu'ils te célèbrent, 
qu'ils te louent, dans ton fils Jésus-Christ, en qui à toi soit 
louange et puissance: dans la sainte Église, et maintenant et 
. toujours et dans les siècles des siècles. Amen. 

Telle est proprement l'anaphore d'Hippolyte : pas de 
Sanctus, mais une préface amenant au récit de la Cène ; 
à la suite, offrande à Dieu de roblation de l'Eglise. On 
reconnaît là les grandes lignes qui se perpétueront 



XVI AVANT-PROPOS. 

dans la prière que forment pour nous la préface et le 
canon de nota*e messe romaine, abstraction faite des 
morceaux que nous y avons signalés comihe de seconde 
venue. 

L'anaphore d'Hippplyte ne s'en tient pas là. En effet, 
immédiatement, elle donne une bénédiction de l'huile : 
« Pour celui qui offre de l'huile au moment de l'eucha- 
ristie, semblablement on fera (comme on a fait) sur le 
pain et sur le vin, rendant grâces de même. Quoique l'on 
n'use pas des mêmes paroles, on rendra grâce selon sa 
faculté propre, même avec d'autres paroles, et en disant : 

Sanctifie cette huile (pour) donner la santé à ceux qui en 
sont oints et la reçoivent, comme tu as oint les prêtres et les 
prophètes, et comme tu fortifies quiconque goûte (à l'oblation), 
ainsi sanctifie ceux qui reçoivent cette huile. 

Le peuple: Comme il était, est et sera, dans les générations 
des générations et dans les siècles des siècles. Amen. 

Cette bénédiction de l'huile de l'anaphore d'Hippolyte 
fait penser à celle que l'évêque célèbre à la messe du 
jeudi saint, juste avant le Per quem haec omnia, Domine, 
semper bona créas. Elle confirme l'hypothèse que nous 
rapportons de W Duchesne fp. 273). 

On remarquera que l'anaphore d'Hippolyte ne men- 
tionne pas l'oraison dominicale. Les saints mystères se 
poursuivent ; 

L'e'vêque dit : A nouveau, nous supplions le Dieu tout puis- 
sant père de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, qu'il 
nous accorde de recevoir en bénédiction ce saint sacrement, 
qu'il ne fasse d'aucun de nous un coupable, qu'il nous rende 
tous dignes, (nous) qui prenons et recevons le saint sacrement 
du corps et du sang du Christ notre Seigneur Dieu tout puissant. 

Et la prière continue qui est une prière de préparation 
à la communion, jusqu'àce que l'évêque prononce : Sancta 
sanctis. Sur quoi, « attnllant hymnum laudis ■», un chant 
est chanté, «ef intrat populus,remedium animae suae quo 
peccatum remittitur accipiens ». Suit une prière après la 
communion, prononcée par l'évêque. Suit une prière 
encore accompagnée d'une imposition des mains sur le 



AVANT-PROPOS. xvii 

peuple. Le peuple dit : Amen. L'évêque : Dominus cum 
vobis omnibus, Le peuple :Et cum spiritu tuo. Le diacre : 
A biie in pace. Et notre texte conclut : c Après cela, l'eu- 
charistie est finie ». 



Nous avons tenu à mettre cette anaphore d'Hippolyte 
sous les yeux de nos lecteurs, pour qu'ils n'ignorent pas 
un texte dont on a beaucoup parlé ces derniers temps, 
pour les mettre en garde contre l'engouement qui a voulu 
en faire une composition de l'âge apostolique, pour le 
bien fixer à sa date qui est la première moitié du iii« siè- 
cle et à son milieu qui est la petite Église dissidente 
d'Hippolyte. 

Dans la mesure où il peut nous instruire sur la prière 
eucharistique à Rome au temps du pape Calliste, ce texte 
nous permet d'inférer qu'elle était une prière de concé- 
lébration de l'évêque et de son presbyterium, qu'elle 
n'était pas coupée en deux par l'intrusion du Sanctiis, ni 
complétée par la récitation du Pater^ que le récit de la 
Cène en était le centre. Nous avons là un spécimen des 
anaphores romaines du iii^ siècle, entre lesquelles a sur- 
vécu celle qui nous sert encore. 



xvm AVANT-PROPOS; 



*** 



Page 6. A la publication d'Ebner pour l'Italie, joindre 
celle de l'abbé V. Leroquais pour la France : Les sacra- 
mentaires et les missels manuscrits des bibliothèques 
-publiques de France (Paris 1924). 

Page 7. Sur l'évolution du sacramentaire au missel, 
ix°-x® siècle, Leroquais, 1. 1, p. xu-xiii. 

Page 8, Sur l'édition du sacramentaire, soit de Wilson, 
soit de Lietzmann, voyez M. Andrieu, « A propos de 
quelques sacramentaires récemment édités », Revue des 
sciences religieuses, 1922, p. 190-194. 

Sur le sacramentaire grégorien antérieur à celui que 
Charlemagne reçut du pape Hadrien, voyez A.Wilmart, 
« Un missel grégorien ancien », Hevue bénédictine, 1909, 
p. 281-300. Il s'agit là d'un sacramentaire de type grégo- 
rien, ms. palimpseste du Mont-Gassin, plus' complet et 
plus ancien que V Hadrianum. 

A. DoLD, Ein vorhadriani&ches Greg:orianisches Palim- 
psest Sacramentar in Gold-Uncialschrift (1919), a. cru 
avoir retrouvé dans un ms. du séminaire épiscopai de 
Mayence, des fragments d'un sacramentaire grégorien du 
milieu du viii" siècle. On croit plutôt que ces fragments 
dépendent de V Hadrianum. 



* 
* * 



Pages 9-10. Le sacramentaire grégorien avait pénétré 
en France un demi-siècle avant d'y être envoyé par le 
pape Hadrien, et il avait en arrivant en France été com- 
biné avec le sacramentaire gélasien, lequel avait émi- 
gré de Rome au moins cent ans plus tôt, donc dans la 
première moitié du vu* siècle. Ce rajeunissement des 
vieux gélasiens à l'aide du grégorien créa \m type de 
transition que l'on désigne sous le nom de « Gélasien du 
VHP siècle ». On en a publié deux spécimens. Cagin, Le 
sacramentaire gélasien d'Angoulême (1918). Mohlberg, 
Das frankische Sacramentarium Gelasianum in alaman- 



AVANT-PRGPOS. xix 

nischer tJéberlieferung (1918), d'après un ms. de Saint- 
Gair. M. Andrieii est d'avis qu'une édition complète 
des « Gélasiens du "viii" siècle > pourra seule permettre 
de reconstituer dans ses phases successives l'histoire de 
la pénétration progressive des sacramentaires romains 
duns lès- églises et les monastères francs. Andrieu, 
art. cit., p. 195-199. Le Gélasien du vu' siècle, dont 
le ms. Reg. 316 est le témoin isolé, nous révèle « ce 
qu'était devenu en France, à la fin du vu* siècle, la litur- 
gie romaine prégrégorienne, implantée depuis longtemps 
dans quelques centres ». Andrieu, p. 210. 

- 

Page 10. L'évolution du sacramentaire et de la liturgie 
romano-carolingienne entre le ix° et le xu^ siècle est l'his- 
toire de la « transfusion de l'ancien gélasien dans le 
grégorien », pour aboutir « à un livre dont le noyau 
primitif était le sacramentaire envoyé par le pape 
Hadrien à Charlemagne, mais tellement modifié, telle- 
ment enrichi d'éléments gélasiens et gallicans qu'il ae 
res.semblait que de fort loin à l'original romain ». Ainsi 
s'exprime M. Leroquais. Au xin® siècle, ce grégorien évo- 
lué deviendra l'usage de la cour romaine. M. Andrieu a 
montré que, dans cette évolution, l'étape intermédiaire 
est représentée par VOrdo romanus antiquus publié par 
Hittorp (1568), compilation germanique (Lotharingie ?) du 
x"^ siècle, qui a bénéficié d'une exceptionnelle autorité en 
pays germanique et à Rome même, au xi"' et auxu« siècle. 
M. Andrieu, Immixtio et consecratio (1924), p. 59. 

* 
* « 

Page' 10. Dans la défunte revue La vie et les arts liturgi- 
ques, 1920 (numéros de janvier et de février), j'ai publié 
une notice sur une traduction française du missel selon 
l'usage de Paris, qui a dû être faite sous le roi Charles V 
(1364-1380). Nous eh connaissons un exemplaire du 
xv° siècle, Bibliothèque nationale, fonds français, n. 180. 
J'en ai relevé quatre exemplaires (disparus), signalés 



XX AVANT-PROPOS. 

dans V Inventaire des livrés ayant appartenu aux rois 
Charles V et Charles VI, publié par Dbli sle, Hecherches 
sur la librairie de Charles V (1907), n. 184-187. Le fait 
est très remarquable que, sous Charles V, on ait voulu 
avoir une traduction en français du missel parisien 
et qu'elle ait été exécutée sous les auspices de la cour. 






Page 19. Sur la bénédiction du prêtre à la fin de la 
messe, voyez la rubrique du missel de Saint-Arnoul de 
Metz, de 1324, décrit par Leroquais, t. II, p. 208 : « Post 
missam benedicat sacerdos populum tenens corporale 
in dextera manu, sic dicendo : Adiutorium nostrum... 
Qui fecit... Sit nomen Domini... Ex hoc nunc... Elevata 
manu, conversus ad populum, eum signando signo crucis 
cum corporali dicendo sic : Oremus. Benedicat vos 
divina maiestas, una deitas, Pater et F. et S. S. et cus- 
todiat semper. A. Postea inclinet se ante altare et 
iunctis manibus dicat hanc orationem : Placeat... » Dans 
un missel de Paris du début du aiv" siècle, Leroquais, 
t. I, p. 182 : « Finita missa, inclinet se ante altare 
dicens Placeat... Postea erigat se et cum calice velpatena 
signet se et benedicat populum dicens : Adiutorium 
nostrum... Sit nomen Domini... Benedicat nos Deus 
omnipotens Pater et F. et S. S. A. » 



* 



Page 19. Sur la cathedra, insigne de l'autorité épis- 
copale, voyez SuLP. Sever. Dialog. II, 1 (éd. Halm, p. 180- 
181). Même à l'église, raconte le biographe de S. Martin, 
jamais on ne l'a vu siéger dans une cathedra, « tandis 
que naguère, et non sans honte, j'ai vu certain évoque 
juché en l'air sur un siège si élevé qu'on eut dit l'estrade 
d'un empereur » (sublimi solio et quasi regio tribunali 
celsa sede residenlem). 



AVANT-PROPOS. xxi 



* 
* * 



Page 25. De l'oraison Deus qui humanae rapprocher 
S. Léon. Serm. XXV, 1 : « ... dignatus est humilltatis 
nostrae particeps fieri. » 



*** 



Page 31. Sur le sens premier du mot statio, et à l'appui 
de notre dire, voyez une inscription grecque de Rome, 
du II® siècle, mentionnant un marchand de pierre qui 
a sa station dans les magasins {horrea) d'une certain 
Pétrone : CTTaxtwva l'ux.'JV èv 6pt'otç neTptoviavots. G. Mercati, 
Epigraphica, dans les Bendiconti de l'Académie pont, 
romaine d'archéologie, 1925, p. 192-193. Voyez ibid., 
p. 123-141, P. Kirsch, Origine e carattere primitivo délie 
stazioni liturgiche di Roma, 



*\ 



Page 37. L'assertion de Socrate, sur l'usage à Rome 
de ne célébrer la messe que le dimanche, n'est pas 
confirmée par l'Ambrosiaster (entre 370 et 375), qui 
écrit : « Omni hebdomada offerendum est, etiam si 
non cotidie peregrinis, incolis tamen vel bis in hebdo- 
mada. » Comm. inl Tim. m, 12-13 {P. L. t.xyii, p. 471). 
II est vrai que ces messes de semaine sont apparem- 
ment des messes privées. 



*** 



Page 42. Sur les messes privées, voyez Harduin. 
Concil. t. I, p. 3122, le grief fait par Nestorius, pour lors 
évêque de Constantinople, à un de ses prêtres, Philippe, 
d'avoir « fait l'oblation dans sa maison » en présence de 
fidèles assemblés. A quoi le clergé répond : « Chacun de 
nous suivant l'occasion ou le besoin en fait autant. » 
Mais Nestorius ne veut rien entendre et excommunie 
Philippe. 



XXII AVANT-PROPOS. 



* 
* * 



L'opinion exprimée, p. 48-49, sur les origines de la 
basilique chrétienne est confirmée par les vues nouvelles 
sur l'architecture des synagogues de l'époque des Sé- 
vères, soit des environs de l'an 200. Synagogues et basi- 
liques chrétiennes sont les adaptations parallèles d'un 
même type hellénistique. Voyez Hevue biblique, 1920, 
p. 282-284, et 1922, p. 473, où le P. Vinceut analyse les 
publications de Watzinger et de Lietzmann. 



«*« 



Pages 51^56. Sur l'autel et son histoire, J. Bradn, 
Der chrislUche Âltar in seinet^ geschichlUchen Entwick- 
king (1.934.). 



*** 



Page 66. Nous avions publié {Hist. duBrév.rom., 1893, 
p. 328-332, 338-350), des fragments liturgiques dont C. 
SiLVA Tarouca dans les Misceïlanea !De fiossï (1923), 
p. 159-219, a complété la série et repris l'étude. Il les 
rattache à un Ordo romanus monasticus qui serait de la 
fin du Yn« siècle et qui aurait pour auteur le grand chan- 
tre de Saint-Pierre nommé Jean, qui fut amené de Rome 
en Angleterre par Benoit Biscop pour instruire ses 
moines de Wearmoufh': Giovanni archicantor dt S. Pielro 
a JRomae l'Ordo romanus da luicx>mpo^to, œnno 680. On a 
fait à la thèse du P. Silva-Tarouca des objections qui nous 
semblent graves (Baumstark, dans le Jahrbuch, 1925, 
p. 153-158). Nous attendons de M. Andrieu, professeur à 
l'Université ûe Strasbourg, l'-étude crH;ique ^t exhaustive 
qui nous manque encore sur la littérature des Ordines 
romani. 



*\ 



Page 71. Sur le secrelarium, voyez Sulp. Sever. Dialog.. 
Il, 1 (éd. Halm, p. 180-181). S. Martin attend dans le 



secnfitarium. L'archidiacre vient l'ayertir ^ue le peuple 
attend dans l'église et que le moment est venu de « ad 
agenda sollemnia procedere ». 

Page '78. Sur l'orientation dans la liturgie, tire F. J. 
DoELOER, Sol scihitis, die Ostung in Gebet und Liturgie ^ 
(1925), p. 320-336. Les liturgies grecques sont très atten- 
tives à prescrire aux fidèles pendant les saints mystères 
de se -tourner vers l'orient, ce qui suppose que l'église 
est elle-même orientée. Doelger avoue qu'il n'a rien 
trouvé de pareil dans l'Occident latin. Les textes qu'il 
cite de S. Augustin ne sont pas décisifs. Le texte de Pau- 
lin de Nt)le auquel j'ai fait allusion est pris à son 'Epistjil. 
XXXII, 13 (éd. 'Hartel, p. 288) : «'Prospectus basîlicae non, 
utusitatiormosest, orientera spectat ». Durand de Wende, 
nationale ^tiv. x)fp,e., V,'^, enseigne que 'le prêtre à î'autél 
et dans le service divin doit prier tourné vers 1 -Orient 
« d'après une -ordonnance dupape Vigile ». Cette ordon- 
nance est inconnue d'aillem-s (Doelger, p. 333). L'usage 
de se tourner vers l'Orient quand on prie est un usage 
antique bien connu, Doelger l'a abondamment prouvé. 
Tex.tuUieja atteste .que les chrétiens s'y conformaient, 
Aipologet. 16. 

*** 

Page 131. Sur la participation du peuple au chant des 
répons, saint Ambrorise a un beau texte, Hexaem. III, 23 : 
« In oratione totias plebis tamqitam undis refiuentibus 
stridett eum responsoriis psalmorum cantus virorum mu- 
Kerum virginum parvulorum. » Le même Ambroiise dit 
aiilleurs, in psalm. enarr. 1,9 : « Magnum plane unitatis 
^inculum, in nnum <5horum totius numerum plebis 
coire». 

*** 

Page 140. Dans ime lettre, 15 mars 488, du pape 
F^lix m (Jaffe, 609), la distinction est très marquée 



XXIV AVANT-PROPOS. , 

encore de Voraiio fidelium et de Voratio catèchumenorum. 
Les excommuniés ne peuvent pas prendre part à l'une 
plus qu'à l'autre. 



*** 



Page 143. La prière pour l'empereur et pour l'empire 
est bien décrite par l'Ambrosiaster, commentaire des 
épitres paulines composé à Rome entre 370 et 375, donc 
au temps de Valentinien I^'. Notre exégète commentant 
/ Tim. II, 1-2, écrit : « Haec régula ecclesiastica est... qua 
utuntur sacerdotes nostri, ut pro omnibus supplicent, 
deprecantes pro regibus huius saeculi, ut subîectas 
habeant gentes, ut inpacepositi, in tranquillitate mentis 
et quiète Deo nostro servire poseimus ; crantes etiam jJro 
iis quibus sublimis potestas est crédita, ut in iustitia et 
veritate gubernent rem publicam suppeditante rerum 
abundantia, ut amota perturbatione seditionis succédât 
laetitia; ... ut sopitis omnibus quae huic imperio 
infesta et inimica sunt, in affectu pietatis et castitatis 
Deo servire possimus » (P, L, t. XVII, p. 466). 



*** 



Page 161. L'explication que je propose là du mot sécréta 
est fondée sur un texte de. saint Ambroise, Epistul. XIII, 
3, où il est dit que l'aventurier Maxime a déclaré au 
concile de Milan avoir été consacré évêque à Constanti- 
nople, secretum esse. Pour dire consacrer évêque, on 
disait consecrare, on disait benedicere. Nous aurions dans 
ce texte d'Ambroise l'indice que l'on disait aussi zecernere, 
et de là on aurait fait sécréta, substantif de formation 
analogue à collecta de colligere, à missa de mittere. J'ai 
développé cette hypothèse dans une note parue dans la 
Strena Buliciana (1924), p. 373-376. Je suis tout le pre- 
mier à la tenir pour fragile et ne demande qu'à en voir 
proposer une meilleure. 



*** 



Page 180. La conception que je proposais là de l'essence 
du sacrifice de la messe, en 1918, s'est trouvée préluder 



AVANT-PROPOS. xxv 

de loin à celle du P. M. de la Taille, Mysterium fidei 
(1921), lequel a bien voulu signaler cette rencontre, 
op. cit., p. 106. 

*** 

Page 188. On est heureux de pouvoir désormais ren- 
voyer au livre de M. Lepin, L'idée du sacrifice de la messe 
d'après les théologiens depuis l'origine jusqu'à nos jours 
(1926), où l'on verra, p. 637-639, comment notre concep- 
tion de l'essence du sacrifice, placée dans l'oblation que 
le Christ fait de lui-même, se rattache à la doctrine du 
P. de Condren et de Bossuet. 



**« 

Page 202. Comme spécimen de préfaces latines et 
sans doute d'Italie du Nord (vers 380). A'oyez Sermonum 
arianoriim Ifragmenta, 7 (P. L. t. XIII, p. 611-612), 
G. Mercati, Antiche reliquie lilurgiche (1902). 

* 

* * 

Page 205. On relira avec fruit, sur le Te Deum, la cri- 
tique de Dom Cagin par Dom Morin, « Le Te deum type 
anonyme d'anaphore latine préhistorique (?) », Bévue bé- 
nédictine, 1907, p. 180-223. Sur l'attribution du T. D. à 
Nicetas, BArdenhevver, Gesch. der altkirchl. Lit. t. III 
(1912), p. 603-605. 

* 

* * 

Page 210. M. Bréhîer, que j'ai interrogé sur l'âge de 
l'iconostase, croit que l'iconostase sous sa forme actuelle 
date du lendemain de la querelle des images, probable- 
ment du x^ siècle. Sans doute, il y avait eu auparavant 
des clôtures entre le sanctuaire et la nef (comme celle 
de Torcello), mais elles n'étaient pas pleines. Dans les 



*♦ 



XXVI , AVANT-PEOPGS. 

plus anciennes églises rupestres, fin du ix^, le P. .de Jetr- 
phanion ne trouve que des clôtures basses. Dans /celles 
du x^-xi"^, il y a des iconostases, 

* 

Page 212. S. Ambroise déjà sent le besoin de protéger 
les saints mystères. De offlc. 1,250 : «Non omnes vident 
alla mysteriorum, quia operiun:ur a levitis, ne vjdeant 
qui videre non debent et •suxnant qui servare non pos- 
sunt. •> 

Page 224. Les Amen manquent encore dans nombre de 
manuscrits décrits par Leroquais, vin* siècle, ix«, x«, xi«, 
xii% et encore au xiii®. C'est au xii« siècle qu'ils appa- 
raissent. 

*** 

Page 225. Ce texte 4e Dom «Grerbert fait partie de 
VOrdo que C. Silva-Tarouca a publié à nouveau et 
attribué à l'archichantre Jean : « Ad agendas vero raor- 
tuorum... Ista est traditio secundum ordinem vel consue- 
tudinem sancte sedis romane ecclesie. .In diebus aut-em 
s^ptimane, de secunda feria quod estusque in die sabbato, 
célebrantur missa vel nomina eorum commem.oi*ant, die 
autem dominica non célebrantur agendas aBaortuorum, 
nec nomina eorum ad missas recitantur, sed tantum yi- 
vorum nomina regum vel principum seuetsacerdotum., 
vel pro omni populo christiano oblationes vel vota red- 
duntur ». 

Grâce à l'inventaire descriptif de Leroquais nous 
savons maintenant que le mémento dès défuiïts manque 
au canon de nombreux saoramentaires du ix« siècle, «t 
encore du x® et du ixi«, 

*** 

Page 226-229. Je ne vois rien à retenir du travail de 
A. Baumstark, « Das Communicantes und seine Heiligen- 



AVANT-PROPOS^ nxvu 

liste », paru dans le Jahrbuch de Dom Casel, 1921, 
p. 5-33. Dom Wilmart, « Une exposition de la messe 
ambrosienne », ihid. 1922, p. 60 et 64, rapproche la liste 
de saints du canon ambrosien de la liste ducanoa romain, 
et conjecture qu'une liste commune, primitive, romaine, 
existait, tant à Rome qu'à Milan. Les diptyques du canon 
milanais paraissent à Dom W. indiquer une intervfôQtion 
de L'évêque Laurent (490-512). 

*** 

Page* 247. Sur incolnmitas, voyez Cyprian. Epistul. 
LXVII, 2 : « ... in precibus... quas (sacerdotes) feciunt 
pro plebis' dominicae incolumitate. » 

* * 

Page 251. Le texte Aug. In loa. tract. CXVIII, 5, vaut 
d'êti^e cité : «. Quid est quod omnes noverunt signum 
Christi nisi crux Christi? Quod signum nisi adhibeatUr 
sive frontibiis credentium, sive ipsi aquae ex qua rege- 
nerantur, sive oleo quo chrismate unguntur, sive sacrir 
ficio qiio aluntur, nihii horum rite perficitur ». Rapprocher 
ce Post pridie mozar-abe : « ... hanc hostiam... per 
signum crucis sanctifiées et benedicas. » Ferotin, Lih. 
mozaraà. sacrum. (1912), p. 321. 

* 

* * 

Page 260. Je ne puis traiter ici la question de i'épi- 
clèse. Je ne puis qu'indiquer deux points capitaux. \°- Il 
n'y a pas d'invocation consécratoire à l'Esprit saint dans 
le canon romain, et on ne peut pas prouver qu'il y en 
ait jamais eu. 2° L'épiclèse grecque, c'est-à-dire l'invo- 
cation au saint Esprit pour que par Lui soit opérée la 
conséGration du pain et du vin, n'est pas ancienne et on 
ne peut la faire remonter plus haut q.ue le milieu du 
IV® siècle. Je suis sar ces deux points en parfait accord 
avec J. A. Robinson,arf . cit. plus haut (p.XIII) du Guaxdiwi. 



xxvm AVANT-PROPOS. 



*** 



Page 261. Aux textes cités de S. Ambroise, joignez In. 
ps. XXXV III, enarr. 25 : « Et si nimc Christus non 
yidetur offerre, tamen ipse olîertur in terris quando 
Christi corpus offertur, imnio ipse offerre manifestatur in 
nobis cuius sermo sanctiticat sacriticium quod offertur. » 



*** 



Nous avons, p. 261-264, sur l'institution de l'élévation, 
adopté la théorie du P. Thurston. La critique faite de 
cette théorie par E. Dumoutet, Le désir devoir l'hostie et 
les origines de la dévotion au Saint- Sacrement (1926), 
apporte ici une précieuse correction. 

Il est acquis, et M. D. le confirme, que l'opinion, qui 
professait que la consécration du pain et du vin n'était 
effective qu'après la consécration du vin, était une opinion 
enseignée à Paris par Pierre le Chantre (f 1197) : M. D. 
verse (p. 38) au débat un passage de sa Summa de sacra- 
mentis inédite, qui en apporte la preuve. On sait, grâce 
à la Gemma ecclesiastica de Girard le Cambrien (-{- 1220) 
que cette opinion avait été partagée par Pierre le Mangeur 
1 1178) etparl'évêque de Paris, Maurice de Sully (f 1196). 
Elle avait d'autres tenants : M. D. cite une Somme inédite, 
qui se réclame sur cet article de l'autorité de Pierre le 
Chantre et parle avec feu de quelques-uns (quidam) qui 
« presumptuose asserunt et sine omni auctoritate quod 
una confectio possit esse sine altéra » (p. 40). L'auteur de 
cette Somme, que l'on croit être Robert de Courçon, fait 
allusion comme à un événement récent au concile de Paris 
qui condamna Evrard de Chateauneuf en 1201. 

L'évêque de Paris, Eudes de Sully (1196-1208) intervient 
ici par un de ses statuts synodaux. Mais quel est le sens 
de ce statut? 

L'évêque de Paris ne veut pas que les prêtres, dès qu'ils 
commencent le Pridie, tiennent l'hostie élevée de telle 
sorte qu'elle puisse être vue du peuple, mais qu'ils la 
tiennent devant leur poitrine jusqu'à ce qu'ils aient dit : 



AVANT-PROPOS. xxix 

Ceci est mon corps, « et tune élèvent eam ita quod possit 
ab omnibus videri >. L'évêque interdit une pratique qui 
peut prêter à confusion, en laissant supposer que le pain 
est déjà le corps du Christ quand il ne l'est pas encore, 
et il en prescrit une autre qui est proprement l'élévation 
du corps du Christ, M. D. ne veut pas qu'il ait eu dessein 
de condamner l'opinion de Pierre le Chantre, qui était 
une pure opinion d'école, et l'opinion seulement de 
quelques-uns : en fait, il édictait une rubrique qui inter- 
disait de montrer l'hostie au peuple avant qu'elle fût 
consacrée, et qui prescrivait de la lui montrer sitôt 
consacrée. 

M. D. croit que cette élévation prescrite par Eudes 
de Sully lui a été inspirée par la dévotion à voir l'hostie 
qui se répandait alors. On avait foi que le fait de con- 
templer l'hostie est une faveur, et que les demandes 
adressées à Dieu à cet instant sont le plus souvent 
exaucées. De cette dévotion on a un témoin dans la 
Summa aurea de Guillaume d'Auxerre (f 1232) de peu 
postérieure à 1215, où on lit : « Multorum petitiones 
exaudiuntur in ipsa visione corporis Christi », et 
ailleurs : « Sub utraque specie est totus Christus. Quo 
facto sacerdos élevât corpus Christi, ut omnes fidèles 
videant et pétant quod prosit ad salutem. » Dumoutet, 
p. 18 et 49. 

Il nous semble que cette dévotion populaire explique 
adéquatement l'institution d'Eudes de Sully. 

Sur la génuflexion (p. 264) et son apparition tardive, 
voyez l'article du P. Kramp, « Von der Kniebeuge vor 
der Eucharistie », Zeitschrift fur kath. Théologie, 1924, 
p. 154-160. 

* 
* * 

Page 270, Sur l'ange du sacrifice, et à propos de l'in 
terprétation par nous maintenue, on pourra consulter 
M. DE LA Taille et A. d'Alès, « Le sacrifice céleste et 
l'ange du sacrifice », Recherches de science religieuse , 
1^3, p. 218-243, spécialement p. 238, où le P. d'Alès 
écrit : « Avec quelque bonne volonté on peut inclure 



éan» cette désignation) vagàe, Angelm: tuus,le Sefgneur 
des anges. Y somiïïès-nous rêelïeïû'ent invités pailla tra"- 
ditâ'on Mttéi'alTe: et lâtu-rgique? A mon avis, cela reste 
d'oitteûx. » — A l'appui de ïïotre interprétation, voyez 
S'. Gregor-. Merul. XXVI'II, l : « (Scriptura) nunquamPa- 
trem, nunqaaiû Spîritum' sanetum, et non^ nisî pe» incar- 
nationis suae praedicatîonem Filiura angeltim? vocat v. 
Bapproehez la vision d'e l'ange qui se tient « ex altéra 
partie aWarîs » où révêque- (îe'Ravenne Jtean (f 433^'^ récite 
ïes « eanonica verba », Agnèll. LiÔ. pmtif. 4i ('éd. EOh- 
BfiR Egoer, p. 307>i 

* 
* * 

Piage 285. J'avais écrit que VOrd'o romanns IIÏ (rx«-x« 
siècle) est le premier témoin du rit'e qui consiste à mettre 
d'ans le calice une partie d'e Volilalio du jour. Ce rite 
est attesté par VO'rdo romantis de rarchichanl're Jean, 
remis en honneur par S'il va TarOuca, p. 199': « SacerdEos 
post orationem dominîcam, oratione subsecuta, accipïens 
oblationes, et ponitipsas in paténam, et frangitmodicum 
de ipsa obîatione, et miltit in calîcem ter faciendo cru- 
cem, et dicit : Fax Domini sit semper vobiscum ». 



*** 

Page 290, Sur l'Amen prononcé par le communiant, 
HiERONVM. Epislul. LXXXII,. 2 : « Si munera nostra 
absque pace offerre non posàumus,. quanto magis Christi 
corpus accipere ! Qua conscientia ad eucharistiam Cbris*i 
respondeboAmen, cumde caritate dubitem porrigeatis? i 
Soulignez munera offerre, eucharisHam porrigere. 



* 
* * 

Page 292, On consultera G. Constant, Concession à 
V Allemagne de la communion sous les deux espèces (1923), 
p. 1-7, pour l'histoire ancienne de l'usage c utraquiste » 
et sur ses vestiges au xiv* siècle et au xv«. Sur l'utra- 



AVANT-PROPOS. xxxi 

quisme hiissite et protestant, ibid., p. 7-35. L'auteur, 
p. 35 et suiv., relève les progrès de l'utraquisme chez les 
catholiques allemands au xvi« siècle. En 1551, la ques- 
tion est portée à Trente au nom de l'empereur, p. 40. Le 
concile décide de s'en remettre au pape Pie IV, qui 
concède la communion du calice, 16 avril 1564, aux ger- 
maniques, p. 521-531. Mais la concession est abolie par 
la suite, en Bavière en 1571, en Autriche en 1584, en 
Bohême en 1621. Voir tout le copieux récit de Canstant. 



*** 



Page 294. Leroquais, t. I, p. 82, note dans un sacra- 
mentaire du x« siècle cette rubrique, qui provient d'un 
Ordo romanus évideminent : < Quando apostolicus duas 
missas célébrât una die, inter eas non lavât os nisi post 
officium. ■» 



*** 



Page 321. L'usage du cierge de l'élévation est attesté 
dès la première moitié du xiii« siècle. Il aurait pour 
raison, de permettre aux fidèles de voir le corps du 
Christ, au moment où à l'élévation on le leur montre. 
DUMOUTET, p. 59-60. 



* * 



Le présent tirage (1927) diffère des précédents par des 
retouches ou corrections de détail, p. 7, 8, 10, 14, 17, 30, 
45,60, 66,78, 79, 83,86, 95, 101, 105, 118, 124, 128, 129, 
135, 137, 139, 141, 150, 161, 170, 173, 190, 192, 193, ?05, 
210, 212, 216, 217, 220, 225, 226, 238, 239, 240, 241, 242, 
244, 246, 247, 250, 251, 252, 261, 267, 269, 270, 280, 282, 
285, 294, 299, 315, 324. 



LEÇONS 

SUR LA 




I 



L'ORDINAIRE DE LA MESSE 
DU MISSEL ROMAIN 

Le Missel Romain, c'est-à-dire le livre qui nous 
donne le texte des chants, des leçons, des prières, 
des rubriques de nos messes, a été publié officielle- 
ment par les soins du Saint-Siège sur la demande du 
concile de Trente. Le concile, en effet, avait mis dans 
son programme de réforme de l'Église une révision 
des livres liturgiques romains, en vue de les ramener 
à leur tradition la plus sûre, et de préparer ainsi 
l'unité liturgique par l'attrait d'une liturgie que ses 
origines faisaient plus vénérable qu'aucune autre, 
que sa pureté rendrait plus désirable, et que l'auto- 
rité qui l'éditait saurait défendre. Le concile n'aborda 
l'affaire du Missel qu'en 1562, en même temps que 
l'affaire du Bréviaire. L'entreprise était de longue 
haleine, et le concile touchait à sa fin : il dut renoncer 
à donner les éditions projetées, qu'il remit à la dili- 

LEÇONS SUR LA MESSE. 1 



%■ LEÇONS SUR LA MESSE. 

gcnce du Saint-Siège ^. Le pape Pie IV (1559-1565) 
ne devait pas voir achever le travail, qui n'aboutit 
que sous Pie V, son successeur. 

Le Missel Romain révisé fut publié par lui, avec en 
têtcî la bulle Quo primum qui lui donne sa date his- 
torique, 14 juillet 1570. Saint Pie V déclare avoir eu 
pour dessein de restituer le Missel dans sa norme 
ancienne [ad prisiinam sanctoriim Patrum no?'- 
mam), et vouloir que ce Missel restauré soit obliga- 
toiredans toutes lesEglises du monde chrétien (latin). 
Exception est faite seulement des Églises ou des 
ordres qui ont une liturgie propre approuvée par 
le Siège Apostolique ou justifiée par une coutume 
ininterrompue remontant à plus de deux cents ans. 
Cette sage exception a sauvé la liturgie d'Églises 
comme Milan, Lyon, Tolède, Braga, d'ordres commcj 
les Chartreux et les Dominicains. 

Le Missel Romain de 1570 est la première édition 
. donnée par le Saint-Siège : d'autres suivront, sous 
Clément VIII, sous Urbain VIII. Le Missel Romain 
n'a pas été retouché depuis, abstraction faite des 
messes nouvelles qu'on a dû introduire pour des 
fêtes nouvelles dans le propre des saints. 



* 



Le Missel Romain de 1570 n'était pas le premier 
Missel Romain imprimé, tant s'en faut. L'édition 
princeps remontait à 1474 et avait été donnée à 

i.: Concil. Tridentin. sess. XXV, 6 décembre 1663, décret De indice 
librorum et catechîsmo, breviario et missali. Voyez Pt B. Histoire 
au Bréviaire Romain (1911), p . 299 



L'ORDINAIRE DE LA MESSE DU MISSEL ROMAIN. 3 

Milan. Une société anglaise de bibliophiles et de 
liturgistes, la Henry-Bradshaw-Society bien connue, 
a eu la bonne pensée de réimprimer cette édition 
princeps^ et d'y joindre, dans un volume complé- 
mentaire, une collation du Missel Romain de 1474 
avec les quatorze éditions imprimées avant 1570, 
soit à Venise, soit à Paris, soit à Lyon 2. Le titre 
complet du missel de 1474 est : Incipit ordo Missalis 
secundum consuetudinem Romane Curie : nous 
reparlerons de ce titre historique. 

L'édition de la Henry-Bradshaw-Society a mis en 
lumière que, en ce qui concerne l'ordinaire de la 
messe, le missel de Pie V diffère du missel de 1474 
par quelques minimes additions. — L'oraison jacu- 
latoire Per evangelica dicta deleantur nostra delicta, 
que le prêtre prononce à voix basse en baisant le 
saint Évangile, manque au missel de 1474 et aux 
missels antérieurs à celui de 1570. Elle ne date pas 
de 1570 pour autant, car on en trouve d'analogues 
dans des manuscrits de l'ordinaire de la messe au 
xn^ siècle, au xiii^. — U Orate fratres est fidèle en 
1474 à la leçon Orate pro me /ratres, qui se main- 
tient dans tous les missels antérieurs à 1570 (sauf 
Venise 1505). — En 1474, la messe se termine par 
la bénédiction du prêtre, et c'est seulement après 
avoir donné la bénédiction que le prêtre récite à voix 
basse la prière Placeat tibi sancta Trinitas, qu'il 
achève en baisant l'autel. Le missel de Pie V a placé 
la prière Placeat et le baiseraent de l'autel avant la 
bénédiction. — La formule de la bénédiction varie 

1. Missale Romanum Mediolani 1474, edited by Robcrl Lippe 
(London 1899). Le volume complémentaire a paru en 1907. 

2. Venise 1481, 14SS, 1493, 180S, 1508, 1509, 1543, 1558, 1560, 1561. 
Paris 1S15, 1530, 1540. Lyon 1516. 



4 LEÇONS SUR LA MESSE. 

dans les missels antérieurs à celui de 1570, qui Ta 
fixée définitivement. — L'évangile de saint Jean n'est 
devenu de règle qu'avec le missel de 1570. Ce n'é- 
tait pas cependant une innovation. L'usage de le 
réciter une fois la messe finie {finita missa) est si- 
gnalé par Durand de Mende comme une dévotion 
(|Ue quelques-uns [quidam) veulent introduire, cela 
à la fin du xiii* siècle^ En 1502, VOrdo missae pu- 
blié par Burckard, d'ordre d'Alexandre VI, con- 
sacre déjà cette dévotion 2. Lé Cérémonial des évê- 
ques (publié par le pape Clément VIII, en 1600) fait 
du dernier évangile une prière que l'évêque récite 
à voix basse en quittant l'autel et en revenant à la 
Racristie. 

A ces détails près, l'ordinaire delà messe était très 
fermement fixé à l'époque où s'imprima le, missel de 
1474, du moins l'ordinaire conforme à la coutume de 
la Cour de Rome, qui est un ordinaire que l'on voit 
apparaître dans les manuscrits au xiii® siècle. A 
défaut d'un inventaire intégral des missels manus- 
crits existant aujourd'hui dans les bibliothèques du 
monde, on peut consulter le précieux inventaire des- 
criptif dressé par A. Ebner^, des sacramentaires et 

'i. DuiiAND, Ralional. iv, 24, S. Encore Durand suppose-t-il que l'on 
peut dire soit l'évangile de saini ean, soit quelque autre (euangelium 
sanctiloannis velaliud). En 1558, dans la congrégation générale qui 
précède l'élection du successevu' de saint Ignace, les Jésuites émet- 
tent la résolution suivante : « lie missa etiam et de eius ceremoniis 
actum est, et constitutum : ui S(' 



24 LEÇONS SUR LA MESSE. 

VOrate est claire : c'est la formule dont le pontife 
accompagne le geste par lequel il fait sa propre 
offrande. 

UOrate se rencontre dans les missels dès le xi** siè- 
cle, et le plus souvent ainsi libellé (Ebner, p. 301) : 

Orate fratres (karissimi) pro me peccatore, ut meum ac 
vestrum sacriflcium acceptabile flat apud Deum patrem om- 
nipotentem. 



Le mot sacrificium, comme toujours dans les se- 
crètes, désigne la matière du sacrifice, le pain et le 
vin. VOrate est devenu une sorte d'invitatoire 
annonçant la secrète. 

Le peuple répond à VOrate par le Suscipiat, qui 
n'est pas davantage romain de style. On trouve le 
Suscipiat, avec sa rédaction actuellement reçue, 
déjà au XI® siècle. On le trouve aussi dans des rédac- 
tions sensiblement différentes (Ebner, p. 306, 310, 
329, 346), du xi® au xin^ siècle. Le Suscipiat reçu 
s'est répandu grâce aux Mineurs (Ebner, p. 314). 
Dans l'ordinaire de la messe des Frères Prêcheurs, 
VOrate n'est accompagné d'aucune réponse. Et, 
chose curieuse, il en va de même de VOrate à la 
messe dite des présanctifiés le vendredi saint. Inno- 
cent m (II, 60), qui mentionne VOrate, ne mentionne 
pas le Suscipiat. Ces variations sont un indice que 
le Suscipiat est moins ancien que VOrate. 

Dès là que la présentation de l'hostie sur la pa- 
tène s'accompagnait du Suscipe sancte Pater, la sy- 
métrie voulait que la présentation du calice eût aussi 
une prière : on eut VOfferimus tibi Domine calicem. 
Cette formule n'appartient pas à la tradition des sa- 



L'ORDINAIRE DE LA MESSE DU MISSEL ROMAIN. 25 

cramentaires romains. Elle se rencontre dans les 
missels au xi* siècle, au xii", au xiii*, quelquefois 
dans une rédaction différente du texte reçu (Ebneb, 
p. 333). 

La prière qui accompagne l'infusion du vin et de 
l'eau dans le calice est de pur style romain : 

Deus, qui humanae substantiae dignitatem [et] mirabililer 
condidisti et mirabilius reformasti,da nobis [quaesumus] joer 
huius aquae et vint mysterium eius divinitatis esse consortea 
qui humanitatis nostrae fleri dignatus est particeps lesus 
Chrisius filins tuusDominus noster. Qui lecum^. 

Elle est prise, en effet, au Sacramentaire Grégo- 
rien (WiLsoN, p. 13), où elle est au nombre des 
oraisons de Noël, et elle se retrouve dans le Gélasien 
et le Léonien. Elle s'est alourdie dans le Missel par 
l'introduction de jjéj^ huius aquae et vint myste- 
rium et de lesus Christus filius tuus Dominus no- 
ster. Elle est d'ailleurs rare dans lés missels, encore 
qu'on la rencontre dès le xi" siècle. Cette rareté s'ex- 
plique par le fait que le calice était dans beaucoup 
d'Églises apporté g'arnisur l'autel, que dans d'autres 
Eglises on avait pour l'infusion du vin et de l'eau 
dans le calice une formule ou antienne, qui se ren- 
contre déjà au xi« siècle (elle est conservée dans le 
rite de Lyon) : 

De latere Domini nostri lesu Ghristi exivit sanguis et 
aqua, etc. 

Disposer le pain et le vin' sur l'autel, à cela se ré- 
duisait le rite dans la messe papale du viii* siècle. 

inl. Nous mettons en italiques les mots que le texte de nos missels 
a de plus que le texte des sacramentaires, et entre croctiets ceux que 
nos missels ont omis. 

2 



26 LEÇONS SUR LA MESSE. 

La liturgie postcarolingienne, qui a laissé disparaître 
loffrande des assistants, a insisté dans les prières 
autour du pain et du vin sur l'idée d'offrande, jusqu'à 
faire de l'offertoire une sorte d'anticipation du canon, 
et si bien que des liturgistes considéreront l'offer- 
toire comme un petit canon [canon minor) ^ . Ecartons 
toute équivoque verbale, l'offerloire ne traite que la 
matière de ce qui sera le sacrifice. La pure. liturgie 
romaine, dans ses secrètes, ne pense qu'au pain et 
au vin de l'offrande quand elle parle de sacrifice. 
La prière //î spiritu est une antienne composée de 
versets de Daniel (m, 39-40). Adopté par la Cour 
de Rome et les Mineurs au xin^ siècle. Vin spiritu se 
rencontre dans les missels au xi^ siècle déjà, mais 
il est rare*^ Ebner (p. 309) en cite une formule pins 
étoffée prise à un manuscrit duxi^-xii^ siècle : 

Tune (sacerdos) ordinal oblationem super corporale in 
modum crucis dicens : In spiritu humilitatis et ia animo con- 
trito suscipiamur, Domine, a te, etsic fiât sacriflcium no- 
strum et obsequium servitutis nostre, ut a te suscipiatur et 
placeat tibi, quia non est confusio confldentibus in te et spe- 
rantibus de immensitate misericordie tue, Domine. 

La rubrique qui précède la formule montre que 
dans ce missel (xi-xii® siècle) Vin spiritu se rattache 
à l'oblation du pain sur la patène et donc précède 
l'oblation du calice. Cette même rubrique prescrit 
au prêtre de disposer l'oblation (du pain) sur le 
corpoz'al en forme de croix : il y avait apparemment 
plusieurs pains pour pouvoir former une croix. 
Quand il n'y eut plus qu'une hostie sur la patène, le 
geste se conserva, et voilà peut-être pourquoi nous 

î. TnALUOFER-ElSESIIOFEn, t. II, p. 12S. 



L'ORDINAIRE DE LA MESSE DU MISSEL ROMAIN. 27 

dessinons avec la patène et l'hostie une croix au- 
dessus du corporal. 

Dans la coutume de la Cour de Rome, Yln spirîtu 
est reporté au moment où, le pain et le vin étant 
disposés sur l'autel, la préparation de la matière du 
sacrifice est achevée : Vin spiritu en devient l'épi- 
logue. 

La prière Veni sanctificator est un épilogue aussi 
et fait un peu double emploi avec Vin spiritu. L'o- 
pinion qui fait du Veni sanctificator un emprunt 
à la liturgie wisigothique est sans fondement. Ber- 
nold de Constance [Microl. 11) le donne « iuxta 
gallicanum ordinem ». 11 est de fait que le Veni 
sanctificator se lit dans le sacramentairc irlandais 
dit Missel de Stowe (vii^-vino siècle), et sous forme 
de chant : 

Veni, Domine sanctificator omnipotens, et benedic hoc 
sacrificium preparatum tibi. Amen. Ter canitur i. 

Le texte reçu du Veni sanctificator est celui-ci : 

Veni, sanctificator omnipotens aeterne Deus, et benedic hoc 
sacrificium tuo sancto nomini praeparatura. 

Tel quel, il n'a pas été rédigé pour accompagner 
un geste de bénédiction du prêtre : la présence du 
mot benedic a suggéré le geste à faire, comme il 
arrive chaque fois que l'idée de bénédiction se ren- 
contre dans un texte liturgique. Le Veni sanctificator 
s'adresse à Dieu tout-puissant et éternel à qui le 
sacrifice va être offert. Voir dans le Veni sanctifica- 
tor une invocation au saint Esprit n'est pas défendu 
(Ebner, p. 310), mais tel n'est pas le sens premier de 

1. Warner, The Stoiue Missal (131i>), p. 7. 



28 LEÇONS SUR LA MESSE. 

notre texte reçu, qui s'adresse à Dieu contemplé 
dans son unité, comme à Dieu dans son unité étaient 
offerts les sacrifices des patriarches. Cela est fort 
bien dit par le texte du Veni sanctificator qui se 
rencontre au xiii® siècle dans tel missel de la Cour de 
Rome et des Mineurs (Ebner, p. 314) : 

Veni, sanctificator omnipotens aeterne Deus, et benedic 
hoc sacriflcium ab indignis manibus tuo nomini praepara- 
tum, et descende invisibiliter in hanc hostiam qui visibiliter 
in patrum hostias descendisti. 

Moïse et Salomon ont prié le Seigneur et le feu du 
ciel est descendu qui a consumé l'holocauste {II Mac. 
u, 10). 



La messe papale du vin® siècle, celle de VOrdo 
romanus /et du Sacramentaire Grégorien, a donné 
à la liturgie de l'Occident carolingien l'ordinaire 
de la . messe. Dépouillé de la solennité que lui 
valaient ses assistants, ses ministres, ses parties 
chantées, cet ordinaire est devenu l'ordinaire de la 
messe privée, de la messe basse, de la messe soli- 
taire, où le prêtre n'a qu'un servant avec lui. La dévo- 
tion privée a sa place dans la messe privée : de là les 
prières privées introduites dans l'ordinaire de la 
messe entre le x® siècle et le xiii®, que nous venons 
d'examiner. 

Elles sont des surcharges, évidemment, et elles 
sont dues aux initiatives de l'usage. L'étonnant est 
que pareilles initiatives n'aient pas engendré de con- 
fusion. En réalité, ces initiatives n'ont eu de jeu q\ie 
dans la zone de l'offertoire et dans la zone de la com- 
munion, jointes à celles de l'arrivée du prêtre à 



L'ORDINAIRE DE LA MESSE DU MISSEL RpMAlN. 29 

l'autel et de la fin de la messe : elles se sont glissées 
dans des interstices. Si l'on veut bien comparer 
l'ordinaire de la messe de Paris conservé par les 
Frères Prêcheurs à celui de la Cour de Rome et des 
Mineurs, on se rendra compte que Paris et Rome, 
au XIII® siècle, diffèrent seulement dans les zones 
que nous venons de dire, encore ces différences 
sont-elles de pur détail. 

Des prières introduites ainsi dans la messe 
privée, les unes ont pour raison d'être d'accompa- 
gner tel geste qui, dans la messe papale, s'ac- 
complissait en silence : la liturgie veille ainsi à 
préserver la piété du célébrant contre l'automatisme 
et à pénétrer cette piété du sens spirituel de ses 
gestes. Les autres prières sont destinées à rappeler 
au célébrant les sentiments qui doivent être les siens 
quand il monte à l'autel, quand il offre l'oblation, 
quand il s'apprête à communier, quand il vient de 
communier : elles sont faites pour inculquer au 
prêtre les scrupules de conscience que sa fonction 
lui doit donner, et la foi affectueuse qu'il doit avoir 
pour le sacrement de l'autel. 



2. 



Il 

LE CADRE DE LA MESSE ROMAINE ANTIQUE 

Soyons reconnaissants au Missel Romain d'avoir 
préservé une indication qui, dans le Sacramentaire 
Grégorien (soit au temps du pape Hadrien, 772-795), 
et dans les livres liturgiques romains du vii^ siècle 
déjà, par exemple l'évangéliaire de Wurzbourg', se 
lisait en tête des messe^s du propre du temps : 
l'indication de la basilique de Rome où la messe du 
|our est célébrée. Cette indication n'avait d'intérêt 
qu'à Rome, tant il y a que le Sacramentaire Gélasien 
(qui est un sacramentaire romain adapté à l'usage 
franc, vii« siècle) la néglige. Précieuse indication 
cependant, qui n'a pas seulement la vertu d'évoquer 
à notre pensée les basiliques romaines dont elle 
met le nom sous nos yeux, mais de perpétuer un 
souvenir des premiers âges chrétiens. 

Cette indication figure au Missel en tête des messes 
des Quatre-Temps, des messes des dimanches 



i. Dom G. MoRiN, « Liturgie et basiliques de Rome au milieu du 
vu» siècle d'après lea listes d'évangiles de Wùrzburg », Revue béné- 
dictine, 1911, p. 206-330. — H. Grisar, Histoire de Rome et des papes 
au Moyen Age, trad. Lkdos (1906), 1. 1, p. 1S4-167. Du même, Das Mis- 
sale im Lic'nte rômischer Stadlgcschichte (192i>). M. Armelliki, Le 
Chiese di Rama dal sccolo IV al XIX (1891) 



LE CADRE DE LA MESSE ROMALNE ANTIQUE. 31 

de l'Avent, de la Septuagésime, de la Sexagésime, 
de la Quinquagésime, des dimanches et des feries 
de carême, du saint jour de Pâques et de son 
octave, des fériés des litanies majeures, de l'Ascen- 
sion, de la vigile et du jour de la Pentecôte ainsi 
que de son octave. On y joindra la vigile et le jour 
de Noël, le jour de la Circoncision et le jour de 
l'Epiphanie. Je citerai au hasard le troisième diman- 
che de carême et la semaine qui le suit, en donnant 
le texte du Sacramentaire Grégorien : 

Die dominica ad sanctum Laurentium foris murum. 

Feria II ad sanctum Marcum. 

Feria III ad sanctam Pudentianam. 

Feria IV ad sanctum Xystum. 

Feria V ad sanctos Cosmam et ûamianum. 

Feria VI ad sanctum Laurentium in Lucinae. 

Sabbatum ad sanctam Susannam. 



L'évangéliaire de Wurzbourg (vu® siècle) a la 
même rédaction que le Sacramentaire Grégorien. 
Le Missel Romain reproduit ces indications, qu'il 
complète en y introduisant le mot statio : 

Feria II Statio ad sanctum Marcum. 

Dans la langue chrétienne^ , le mot statio désigne 
avant tout l'assemblée plénière des fidèles d'une 
Église, l'assemblée présidée par l'évêque entouré 



1. Le mot statio (oxaTÎtov en grec) se trouve dans l'ôpigraphîe de 
l'époque impériale, à Pouzzoles, par exemple, où il désigne l'immeu- 
ble dans lequel se réunit le collège des marchands Tyrieng. Ditten- 
BERGER, Orientis graeci inscriptiones seleclae, t. 11(1908), n. «93, et la 
noie (l'inscription est de 114). On y voit que les Tyriens avaient à 
Rome aussi une statio. Le mot désignait donc une sorte de club ou 
cercle d'étrangers. Cf. Sceton. New, 37 et Ptm. Nat. histor. xvi, 236. 



32 LEÇONS SUR LA MESSE. 

de son clergé, pas nécessairement une assemblée 
liturgique, mais primitivement et essentiellement 
l'assemblée de toute l'Eglise.^ 

Saint Cyprien emploie le mot statio avec ce sens 
dans une lettre qu'il écrit au pape Cornélius et où 
il lui parle d'une assemblée, statio, quelque peu 
tumultueuse qu'il a ainsi présidée à Carthage [Epi- 
stul. XLiv, 2). Le pape Cornélius lui écrit de son 
côté qu'il a réuni son clergé [presbyteriu/n) et son 
peuple, et il lui fait part des décisions prises, en 
dépêchant pour les lui porter un acolyte romain, 
qui, pour plus de hâte, est allé droit de l'assemblée 
au bateau, « Niceforum acoluthum descendere ad 
navigandum festinantem de statione ad vos statim 
dimisi », afin que l'évêque de Carthage fût ainsi 
comme en présence de l'assemblée du clergé et du 
peuple de Rome, « velut praesens in isto clero et 
in isto populi coetu » [Epistul. xlix, 3). Notez 
bien : Nicéphore est parti incontinent de statione, 
de l'assemblée. 

Tel est le sens ecclésiastique donné au mot 
statio, à Carthage et à Rome, au milieu du iii^ siècle ^'. 

Le mot statio, au sens d'assemblée plénière du 
clergé et de tous les fidèles, s'est conservé dans la 
langue ecclésiastique de Rome, pour désigner la 
messe que le pape célèbre à un jour dit dans telle ou 
telle basilique, et à laquelle assiste tout le clergé 
romain, de même que tous les fidèles y sont convo- 



1. Cet emploi de statio est différent de celui dont témoignent le 
Pasteur d'Hermas (Sewi. v, -i) et Tertullien {De orat, 19; Ad uxor. 
n, 4; etc.). pour qui dies stationis est un jour de jeûne. Haunack, 
Militia Christî (1905), p. 35-36. Dans la langue militaire, statio dési- 
gne un poste qui veille et garde, et staiionarius est une sentinelle 
ou un factionnaire. 



LE CADRE DE LA MESSE ROMAINE ANTIQUE. 33 

qués. Ainsi en est-il à Rome au v® siècle, où nous 
voyons le pape Hilaire (461-468) constituer un ser- 
vice de vases sacrés [ministeria) d'or et d'argent qui 
doivent être transportés à la basilique où la station 
se célèbre : « In urbe Roma constituit ministeria 
qui cîr cuir eut constîtutas stationes », lisons-nous 
dans la notice du pape Hilaire ^ . Suit l'inventaire de 
cette orfèvrerie liturgique. 

En première ligne, un scyphus stationai'ius d'or^, 
qui pèse huit livres d'or. Puis vingt-cinq scz/p/^/ d'ar- 
gent, pesant chacun dix livres. Puis vingt-cinq 
amae d'argent, pesant chacune dix livres. Puis cin- 
quante calices minisieriales d'argent, pesant chacun 
deux livres. Le scyphus stationarius d'or est le 
calice à anses qui servira au pontife pour la consé- 
cration. Les amae sont les vases destinés à recevoir 
le vin offert par les fidèles, chaque fidèle apportant 
son amula de vin. Les calices minisieriales sont des 
calices servant à distribuer la communion sous l'es- 
pèce du. vin. Pourquoi vingt-cinq amae, vingt-cinq 
scyphiy cinquante calices? 

La raison en est que le pape célébrait, et que les 
vingt-cinq paroisses ou tituli que comptait Rome au 
V* siècle venaient à la basilique de la station accom- 
pagnées de leurs prêtres ; voilà pourquoi on prévoit 
vingt-cinq vases d'argent pour recevoir le vin des 
fidèles présents, et cinquante calices pour leur dis- 
tribuer la communion (les femmes d'un côté, les 



1. Lib. ponlif. t. T, p. 2W. Rapprochez Gros. Adv. pagan. YII, 33 : 
« ... Pétri apostoli sacra ministeria. » 

2. Le scyphus liturgique est le axûçoç de l'antiquité classique 
grecque et romaine. Voyez, dans le Diclionn, deDAREMUEUG, l'article 
« Scyphus » de E. Pottior. 



34 LEÇONS SUR LA MESSE. 

hommes de l'autre) : chaque paroisse a un scyphus 
d'argent à elle destiné, et l'inventaire le dit propre- 
ment, quand il mentionne les « scyphos argenteos 
XXVpe?' titulos y> . La messe stationale était, sinon la 
réalité, du moins là représentation de toute l'Église 
de Rome avec son presbylerium indivis. 



* 



Une grande cité chrétienne comme Rome n'avait- 
elle donc qu'une messe, celle du pape, et seulement 
les jours de station ? Ce serait bien invraisemblable ^ 

Il est rapporté dans la notice du pape Miltiade 
(311-314), au Liber pontiflcalisj que ce pape aurait 
institué l'usage d'envoyer aux églises de Rome des 
oblations consacrées à la messe épiscopale [ut obla- 
tiones consecratas per ecclesias ex consecratu epi- 
scopi dirigerentur). Rome au temps du pape Miltiade 
comptait quarante et quelques basiliques, nous le 
savons par Optât de Milève (II, 4), et sans doute 
un prêtre par basilique, car, en 251, une lettre du 
pape Cornélius révèle que le clergé de Rome comp-- 
tait quarante-six prêtres, contre sept diacres, sept 
sous-diacres et quarante-deux acolytes (Euseb, H, 
E. VI, 43, 11). Miltiade institua donc qu'on enver- 
rait une portion des espèces consacrées par le pape 
à chacun des prêtres qui célébraient dans les basi- 
liques urbaines, pour qu'ils la joignissent chacun à 
leur propre consécration comme on ferait d'un 
levain, ferinentum. 

1. Voyez S. Léo. Epistul. IX, .2, qui pose d'ailleurs un problème 
difficile sur la réitération de la messe des sollemniores festivUales. 



LE CADRE DE LA MESSE ROMAINE ANTIQUE. 35 

Le pape Innocent !•' (401-417) décrit cet usage 
du fermentum dans sa célèbre lettre à Decentius, 
évêque de Gubbio [Eugubium], et apporte des pré- 
cisions instructives ^ . Les prêtres des paroisses urbai- 
nes ou titres ne pouvant, à cause du peuple qui est 
confié à leur charge, se réunir avec nous le dimanche 
[nobiscum convenîré), il ne convient pas qu'ils se 
croient pour autant séparés de nous, surtout à pareil 
\o\3Lv{maxi?ne illa die). C'est pourquoi ils reçoivent 
par des acolytes le fermentum par nous consacré 
[fermentum a nohis confectum). Cependant, ce que 
nous faisons pour les prêtres des titres qui sont à 
l'intérieur de Rome, nous ne le faisons pas pour les 
prêtres per parocMas, c'est-à-dire les prêtres des 
églises qui sont hors les murs, ni non plus pour les 
prêtres établis dans les divers cimetières, parce que 
l'on ne doit pas porter les sacramenta (les saintes 
espèces) à ces grandes distances, et parce que les 
prêtres (des églises suburbaines et) des cimetières 
ont tout pouvoir de célébrer sans nous les saints 
mystères : culte de saints autres que 
celui dont elle portait le nom. il suffît ^e jeter les- 
yeux sur le iplan de l'ancienne basilique ,de Saint- 
Pierre, dressé au kvi® siècle ^fxar Alfarano, quand 
la mémoire était fraîche encore du grand édifice 
•constantinien démoli, pour cocaiprendre comment la 
basilique s'est peuplée au cours des âges d'autels 
isolés, et d'oratoires aussi, blottis à l'ombre -de ses 
murailles. On eut ainsi apu,d sanctum Petrum une 
petite basilique de ^aint André, un oratoire de l'a- 
pôtre saint Thomas, autant pour les saints Cassia- 
jius, Protus, Yacinthus, autantpour saint Apollinaire, 
autant pour saint Sossius, enfin dans le baptis- 
^tère un oratoire de la sainteGroix, puis de saint Jean 
Baptiste, puis de saint Jeain rEvangéliste(Z//5'./7o/e^«/. 
t. I, p. 261). Je ne cite, entre bien d'autres, que ces 
oratoires, parce que ce sont les plus anciens, et 
•qu'ils sont tous d'un même pape, le pape Symmaque 
(498-514). A^l'extrême fin du v« siècle, la loiqui vou- 
lait qu'une basilique n'eût qu'iun autel fléchissait 
sous la pression delà dévotion aux petits oratoires où 
l'on installait une « confession », c'est-à-dire un autel 
en l'honneur d'un martyr et enrichi de ses reliques. 

Messes stationales du propre du tenxps, messes 
des fêtes des martyrs, ajoutons-y les messes des an- 
niversaires de dédicaces d'églises, nous n'avons jus- 
qu'ici que des messes solennelles. Voici maintenant 
les messes privées. 

La dévotion aux memoriae martyrmn vénérées 
dans les cimetières chrétiens a conduit les fidèles à 



LE CA':RE de la messe romaine antique. 43 

croire qu'il n'était pas de lieu de sépulture plus 
enviable que les entours d'une tombe ou memorîa 
de martyr : il semblait que ce voisinage assurât une 
protection au défunt dans l'autre vie. ÎDatis son petit 
ivîàXéDe cura pj'o mortuis gerenda, sans encourager 
ni décourager cette croyance populaire, saint Au- 
gustin suggère aux fidèles de son temps que l'utii- 
que secours que nous puissions procurer aux morts 
'est celui de nos aumônes, de nos prières, du sacri- 
'fice de la messe : recommandons-les au martyr dont 
nous visitons la memoria en même temps que leurs, 
tombes, et persuadons-nous que rien ne sert aux dé- 
funts sinon « quodpro eis sive altarîssive orationum 
sive eleemosynarum sacrificiis solemniter supplia 
camus » [De cura^ 22). Augustin témoigne là même 
que l'usage est d'être enterré auprès des martyrs : 
a Qwisque apud memorias martyrum sepelitur ». 11 
témoigne aussi que, à dates fermes, on vient sup- 
plier pour les morts, « 'solsmnîUi^ siipplicafrius », 
et que ces supplications, qu'accompagnent des dis- 
liributions d'aumônes, ne vont pas sans le sacrifice 
de l'autel ^ . 
Lamesse célébrée dans les cimetières sur la tombe 



i. Voyez Enchiridion, CX. — Ailleurs Augustin reproche (vers 420) à 
Vlncentius Victor, un laïque d'Afrique, de vouloir que l'on offrele saint 
'Sacrifice pour les enfants morts sans baptême. Victor disait : < Sane 
jiro eis oblationes assidaas et offerenda iugiter sanctorum censeo 
sacriflciasacerdotum ». Ado. De anima,i, 10. Tertullien avait dit dé}à 
de la veuve chrétienne : « Pro animti etus(son mari défunt) orat.... 
et offert annuis dicbus donnitionis eius ». De monogam. 10. — Qui 
voudra avoir une bonne expression de la doctrine, pourra recourir 
à cette oraison (prise parmi les oraisons super de/\(nc(o3)âu Sacra- 
mentaire Léonien : « Deus, cui soli competit medicinam praestare 
post mortem, praesta quaesumus ut anima famuli lui iluus, terrenis 
exula contagiis, in tua(e) redemptionis parle numeretur.Per » (feltos, 
D. 147). 



44 LEÇONS SUR LA. MESSE. 

d'un défunt, à l'anniversaire de sa mort, est le type 
de la messe privée, par contraste avec la messe sta- 
tionale. Des messes privées pouvaient être célébrées 
ailleurs que dans les cimetières et à d'autres inten- 
tions que les défunts. 

Le (second) concile de Garthage, que l'on place vers 
387-390, a un canon (can. 9) où s'exprime la plainte 
de voir « en certains lieux des prêtres simplement 
ignorants ou audacieusement retors, célébrer la 
messe dans maints domiciles (privés), sans l'avis de 
l'évêque, ce qui est incompatible avec la discipline ». 
Nous en conclurons que, avec la permission de 
l'évêque, des messes peuvent être célébrées par un 
prêtre à domicile, « in domiciliis » ^ 

L'évêque d'Hippone raconte, au livre xxii (8, 6) 
de la Cité de Dieu, qu'un vir tribunitius, un ancien 
officier de l'armée romaine, nommé Hesperius, 
avait un domaine nommé Zubedi, dans le territoire de 
Fussala, lequel était à vingt lieues d'Hippone. Il 
arriva que les gens et les bêtes de ce domaine fu- 
rent affligés par les esprits malins : Augustin ne 
nous dit pas sous quelle forme. Hesperius, qui 
habitait Hippone, demanda, en l'absence d'Augus- 
tin, à ses prêtres d'envoyer l'un d'eux à Zubedi 
pour chasser par des prières les esprits malfai- 
sants. Un prêtre s'y rendit, en effet, il célébra les 
saints mystères, il pria tant qu'il put, pour que cette 
calamité prît fin. Et par la miséricorde de Dieu elle 
prit fin aussitôt. La suite du récit d'Augustin prouve 
que, à Zubedi, il n'existait à ce moment pas d'église, 
car peu de temps après Hesperius profitera du pas- 

\. Ce canon sera adopté par le concile de Constantinople in Trulîo, 
en 692, can. 31. Rapprochez Basil. Epislul. cxcix, 17. 



LE CADRE DE LA MESSE ROMAINE ANTIQUE. 45 

sage de l'évêque d'Hippone à proximité de son do- 
maine pour obtenir qu'il permette d'élever là un 
orationum locus où les chrétiens de l'endroit puis- 
sent se réunir et célébrer les exercices du culte, 
« ad celehranda quae Dei sunt congregari ». Il 
reste donc que le prêtre qui est venu chasser les 
mauvais esprits