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Full text of "Rapport fait à l'Assemblée nationale,   au nom du Comité d'agriculture et de commerce, sur la pétition des pêcheurs françois, de pouvoir s'approvisionner de sel étranger /   par F.P. de Lattre, député du Departement de la Somme ; imprime par ordre de l'Assemblée nationale, 30 novembre 1790"

RAPPORT 

FAIT 

A L'ASSEMBLÉE NATIONALE, 

AU NOM DU COMITÉ 
D'AGRICULTURE ET DE COMMERCE , 

Sur la Pétition des Pêcheurs françois, de 
pouvoir s'approvisionner de sel étranger. 

Par F. P. de Lattre, Député du Département 
de la Somme. 

IMPRIMÉ PAR ORDRE DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE, 

30 Novembre 1790. 



A PARIS, 
DE L'IMPRIMERIE NATIONALE-, 

1 7 9 °' 



■ 1 

3ùS* 



RAPPORT 



F AI T 

A L'ASSEMBLÉE NATIONALE, 

AU NOM DU COMITÉ 

D'AGRICULTURE ET DE COMMERCE, 
• * 

Sur la Pétition des Pécheurs français , de pouvoir 
s' approvisionner de sel étranger. 



Vous devez, Meilleurs, *Tes encouragemens au 
commerce; je dirai plus, vous lui devez une protec- 
tion efficace & particulière : c'eft une vérité fur la- 
quelle on ne fauroit trop infifter à cette tribune. 

Un des heureux effets de notre mémorable «évo- 
lution , fera de jeter dans la. carrière du négoce , 

A 2 



4 

beaucoup d'hommes qui en méprifoient peut - être 
jadis la profefiîon cependant honorable. 

Des hommes qui, ne pouvant plus vivre d'abus, 
feront forcés de fe livrer à des travaux utiles. 

Des hommes qui jouoient leurs capitaux, & ceux 
d'autrui , dans un funefte agiotage , plutôt qu'ils ne 
les faifoient frudifier. 

Enfin, des hommes laborieux, mais à qui des ré- 
formes nécelTaires ont enlevé leur état , & qui déjà 
tournent leurs regards inquiets *ers un négoce hon- 
nête & lucratif. 

Toutes les branches du commerce françois vont 
donc prendre une activité nouvelle, & celle que 
nous devons exciter le plus fans doute , c'eft la grande 
pêche. 

D'abord parce que depuis très-long-temps elle lan- 
guit , négligée , & même contrariée dans fon elfor. 

Enfuite parce qu'en elle nous trouverons les moyens 
de vivifier & d'agrandir notre marine marchande Se 
militaire. 

Enfin, parce qu'elle fera pour nous une fource 
féconde de richelfes & de jouilfances. 

Il appartient fans doute à votre Comité d'Agricul- 
ture & de Commerce de traiter en grand l'objet 
de la pêche ; il s'en occupera certainement, fi fes tra- 
vaux les plus prelfans le lui permettent, & fi les vôtres, 
qui font auffi les fiens , vous laiffent la faculté de 
l'entendre. 

Mais en attendant* Meilleurs , voua permettrez 
qu'il fixe votre attention fur une difpofition particu- 
lière , fans laquelle nos grandes pêcheries ne peuvent 
plus même exifter, & vous commencerez par accorder 
aux Pêcheurs françois une première faveur , augure 
favorable des autres avantages dont yous vous em- 




7 

prêterez de les faire jouir, fitôt que vous aurez re- 
cueilli les lumières qui doivent éclairer votre jufnce. 

Le fel , vous le favez , Meilleurs , entre pour beau- 
coup dans la grande pêche ; fans cet agent il n'y 
auroit point de grandes pêcheries, c'eft un fait în- 
conteftable. 

Il eft donc d'une effentielle importance aux Pécheurs 
françois de fe procurer le fel avec facilité, à bon 
marché , & de la meilleure qualité poffible. 

Si le fel étranger eft moins cher que celui de France , 
s'il eft meilleur , & qu'en même temps il refte in- 
terdit à vos Pêcheurs de s'en appfovifionner, dès-lors 
t vous anéantiffez vos pêcheries. Vous leur fixez pour 

mefure la confommation du Royaume, en accordant 
même qu'il puiffe vous réuffir complètement de re- 
pouffer le poiffon de pêche étrangère , auquel vos 
ports francs offrent déjà tant d'accès (i). 



(i) Note du Rapporteur. Ceft à toutes vos manufactures & 
à vos pèches auflï que vos ports francs portent le plus fatal 
préjudice. Je n'attaque pas la franchife de Marfeille j fi c'en eft 
une que ce qu'elle z, cette franchife auroit des motifs d'excep- 
tion trop grands & ttop refpe£tables ; mais les franchifes de 
Bayonne & Dunkerque, placent au milieu de nous deux foyers 
de contrebande qui ont dévoré nos manufadhires & tous nos 
artifans. Ces villes n : ont pas befoin de franchife pour n'exercer 
qu'un commerce légitime, avec le nouveau tarif de nos douanes , 
elles n'auroient befoin que d'entrepôts. C'eft en vain que l'on 
,:. oppofe que c'eft la pofition géographiquefde ces deux places qui 

commande ces dérogations à l'égalité. Pour ne parler, que de 
Dunkerque, & pour ne pas donner trop d'étendue a cette 
note , je dirai qu'Oftende n'envahira jamais le commerce de 
Dunkerque. L'Anglois fréquentera Dunkerque de préférence a 
Oftende, parce que le voifinage, les vents & le courant ly 
entraînent ; parce que le Smogkur anglais confumeroit périlleux 
fement une jsarée de plus pour le rendre à Oftende , que pour 



v 



I 

Vous ôtez à vos Pêcheurs les moyens que vous 
devriez leur fournir, de rivalifër avec les autres 
peuples. Vous les empêchez d'agrandir une na- 
vigation utile , d'étendre des entreprifes qui doivent 
devenir profitables, vous frappez enfin de ftérilité une 
des branches les plus productives de l'induftrie de» 
peuples navigateurs & commerçans. 

Or, Meilleurs, depuis l'abolition de la gabelle, 
foit accaparement, foit une plus grande confomma- 
tion , le prix du fel a été porté au triple de fa valeur 
ordinaire , & ce prix eft bien au-deffus de celui du 
fel étranger (i). 



aller à Dùnkerque. Les peuples du nord viendront toujours à 
Dunkerque chercher nos denrées coloniales, les merveilles de 
notre induftne, & tous les objets qu'un luxe raffiné fait recher- 
cher. Qu'eff Oftende? malgré tout ce qu'en a voulu faire 
Joiephll, vous 'tax& vu briller d'un éclat éphémère & em- 
prunté. Vous l'avez vu , pendant la dernière guerre , concen- 
trer un inftant dans fon port, à- çaufe de la neutralité, toutes 
les affaires de l'Europe ; mais s'y font-elles fixées ? Non : elles 
ont reflué bientôt vers leur pente naturelle, & Oftende ne s'eft 
alors agrandi que pour nous offrir maintenant le fpe£tacle 
d'une plus vafte folitude. 

La Constitution le veut, Se toutes nos manufactures vous im- 
plorent. Ces franchifes ne font que des privilèges , ils doivent 
être abolis. Quand les Citoyens font égaux , les cités doivent 
redevenir égales. 

(i) Le fel de France coûte au moins tfoliv. le tonneau, & 
le fel d'Efpagne ne vaut à Cadix que 15 à 16 livres; mais 
comme la qualité en eft, outre cela, plus parfaite, il en ré- 
fulte qu'un armateur à qui il faut douze cents tonneaux de fel 
de France , & qui débourfe pour cet approvifionnement 
71,000 livres , n'auroit befoin que de huit cents tonneaux de fel 
d'Efpagne, qui ne lui néceffiteroient qu'une avance d'environ 
i6,oco livres ; car il faut compter pour peu de chofe le tranf- 
jpoit de ce fel d'Efpagne en France. Nos Pêc heui"s 3 en général 



t 

IMivité des demandes a été telle , que nos marais 
falans ont pu à peine y fuffire. L'empreffement des 
acheteurs a fait qu'on n'a pas même laiffe a la denrée 
le temps de fe perfectionner dans les marais; entin le 
Tel deTrance eft plus cher, il n'eft pas dune aufli 
bonne qualité que le fel étranger (i). 

Cet état de chofes doit changer fans doute, Les 
propriétaires de marais falans vont redoubler, d ettorts 
& cFinduftrie; de plus , le rétablmement de ceux de 
Tifle de Corfe & des côtes de la Méditerranée , en 
augmentant beaucoup la malfe de cette denrée , 
nous fournira abondamment parla fuite, des tels ûe 
la meilleure qualité. ■ 

Mais fi cet avantage eft probable , le mal que je 
vous dénonce eft certain. 

Empreffez-vous d'y porter remède, en permettant, 
au moins provisoirement, à nos malheureux bêcheurs 
de s'approvifionner de fel étranger. N'ufez point en- 
vers eux d'une imprudente févérité , qui , quand elle 
pourrait favorifer l'exploitation de nos marais klans, 
porterait d'une manière trop funefte fur les Pécheurs 

mais ceux de Granville & Saint-Malo fur-tout , vont porter 
dans la Méditerranée, le produit de leur pêche. Ils reviennent fur 
leur left au lieu deleUr défarmement, ou avec un fret « modique, 
quant au prix, qu'à peine font-ils défrayes, depuis Marfeille j, 
alors, au lieu d'y charger à vil prix, ou de revenir a vide , ils 
relâcheraient fur leurpaffage à Cadix, & ils en rapporteraient, 
pour ainfi dire, fans frais, le fel néceffaire a leur expédition 
prochaine. 

(i) Le fel d'Efpagne eft moins fondant $c plus aftif que le 
fel* de France s ayant acquis dans l'œillet plus d'évaporation , 
■ il contient une moindre quantité d'eau ; cette perfection rte 
qualité en donne auflï une au poiffon , il eft mieux fale , moins 
corruptible Se d'une plus agréable faveur. 

A 



s 

.François, clafle d'homme? précieux que nous devons 
féconder par tous les moyens qui font dans notre 
puifTance. 

Ce que nos Pêcheurs, & particulièrement ceux 
de Granville & Saint-Malo, foîiicitent de votre bien- 
veillance, ils l'obtinrent de l'ancien régime ^n 1772. 
Pendant trois ou quatre années ils jouirent de la fa- 
culté de ^approvifionner de fel étranger ; la pêche 
françoife s'accrut fenfiblement; mais les réclamations 
fordides de l'intérêt particulier, les plaintes exagérées 
des propriétaires de marais faîans & des marchands 
de fel , parvinrent à faire révoquer une faveur , dont 
le Mmifhc d'alors n'avoit pas voulu appercevoir l'heu- 
reufe influence. Il ne vit dans l'habitude que contrac- 
teroient nos Pêcheurs d'aller chercher leur fel à la 
côte d'Efpagne, que l'importation funefte d'une denrée 
qu'il crut que notre fol pouvoit fuffifamment fournir, 
fans apprécier fi le prix & la qualité pouvoient per- 
mettre à nos Pêcheurs quelque concurrence avec 
l'étranger. Il ne voulut pas appercevoir que le fel 
appliqué à la pêche, ne doit être confidéré que comme 
toutes ces matières premières dont nous favorifons 
l'importation, parce que les appropriant à notre in- 
duftrie , nous en décuplons la valeur , & que modi- 
fiées par nos mains, nous les revendons aux étran- 
gers , qui deviennent par-là nos tributaires , même 
fur les objéfs des productions de leur propre fol. 

Quoi qu'il en foit cependant, laperiniffioti fut ré- 
voquée. Le bien que fit une adminiftration verfatile 
&peu éclairée, votre foliieitude paternelle & fage le 
fera fans cloute aulîi , & elle ne le révoquera pas 
auflî légèrement. Les Pêcheurs François attendent "ce 
bienfait de l'Affemblée Nationale; fonComité d'Agri- 
culture &. de Commerce partage leurs efpérances! 

Réalifez-les, Meilleurs , vivifiez par tous les moyens 
\im branche d'induftrie , bafe principale de notre 



9 

marine. Jufqu'ici nos matelots fe font livrera une 
pêche ingrate & ruineufe, rende*z-la pour eux plus 
profitable , vous verrez bientôt tripler nos arméniens. 
Songez qu'en permettant à vos Pêcheurs de s'appro- 
vifionner de fel étranger, vous n'empruntez qu'une 
matière brute , dont même on ne vous demande pas 
l'introduction. Réfléchiriez que vous payez peu à ' 
l'étranger ce que vous pouvez lui. revendre beaucoup ; 
fongez enfin que quand les loixfont mauvaifes & im- 
politiques , elles font toujours éludées. 

En effet , vous empêchez vos armateurs de fe 
fournir économiquement de fel étranger aux lieux 
d'origine , & vous les forcez d'aller furtilkment s'ap- 
provifionner de fel d'Efpagne & de Portugal , foit en 
Angleterre , foit à Bofton , foit chez les Anglois de 
Terre-Neuve , où ils le paient deux à trois fois plus 
cher qu'ils ne l'euflent acheté en le tirant direâe- 
tement. 

' Obfervez fur-tout , Meilleurs , que le fel de France , 
(& les propriétaires de marais falans n'iront pas au 
contraire ) n'efl: pas propre à la préparation de la 
morue blanche; qu'interdire le fel étranger, c'eft re- 
noncer de votre part à cette efpèce de poifîbn , qu'il 
faudra vous foumettre à recevoir des Anglois & des 
Hoilandois ; & que , pour n'avoir pas voulu recevoir 
le fel étranger , vous vous trouverez forcés , par une 
bizarrerie fans excufe , à recevoir à-la-fois, & le fel 
& le poiffon étranger. 

Votre Comité vous porte , Meilleurs, le voeu des 
marins pêcheurs des ports qui fe livrent à la grande 
pêchs, de prefque tout le commerce : vous ne ferez 
pas infenfibies à un cri aufïi univerfeî. 

Il ne peut pas vous diffimuter néanmoins que vous 
devez entendre quelques réclamations ; mais vous y 
reconnôftrez la lutte ordinaire de l'intérêt particulier 



tontre ée bien général. Cinq cents propriétaires de 
marais falans s'élèvent contre le voeu de peut-être 
vingt-cinq mille Pêcheurs. MM. les Députés des ci- 
devant provinces d'Aunis & Saintonge , crient qu'on 
les dépouille & qu'on les ruine ' impitoyablement , 
parce qu'il s'agit de fouftraire au monopole, de mal- 
heureux Pêcheurs fur iefquels il ne feroit que s'aggraver 
de plus en plus. 

Cependant il faut connoître leurs objections prin- 
cipales. Je vais tâcher de vous les expofer fans les 
affoibîir.' 

Us prétendent d'abord, que propofer d'accorder 
aux armateufs, pour la pêche, ia Faveur qu'ils ré- 
clament aujourd'hui, c'eltvous demander, Meilleurs > 
de revenir fur un de vos décrets ; fur le décret du 14 
Mai dernier , qui prohibe l'entrée en France du fel 
étranger. , 

Mais votre Comité refpefte trop PAflemblée Na- 
tionale pour lui faire la dangereufe propofîtion de 
revenir fur un de fes décrets. Il ne vous demande 
pas l'entrée en France du fel étranger, il demande 
par fon projet de décret , l'entrepôt dufel étranger 
pour être exporté pour la pêche. 

Us difent qu'il eft abufif de Iaiffer fortir le numé- 
raire pour payer à l'étranger une denrée que la 
France fournit abondamment , & le Comité répond 
qu'il ne peut pas être plus défaftreux* d'acheter le fel 
des Efpagnols, que d'acheter leurs laines; qu'au con- 
traire, il eft bien entendu d'employer le fel efpa- 
gnol , il fon prix peut promettre à nos falaifons de 
pouvoir entrer en concurrence avec celles de l'étran- 
ger ; car fi , à raifon de cette première fourniture , 
Pfifpagne reçoit quelque chofe de nous , nous nous 
en récupérons bien avantageufement fur l'étranger qui 
achète ces falaifons. / 



Ils expofent, qu'admettre pour la pèche le fel 
étranger c'eft attenter à leur propriété & la proi- 
crire comme fi vous n'aviez pas déjà fait allez pour 
eux par la fuppreflion de la gabelle, opération qui 
vient de tripler le produit de leurs propriétés; & 
comme fi, pour donner du prix à ces mêmes pro- 
priétés, vous deviez leur accorder un privilège a 
exercer fur une induftrie qui eft auffi la propriété , 
& peut-être la feule propriété des Pêcheurs. ^ 

Les infenfés ! qui ne veulent pas voir que s'jlsper- 
févéroient dans leur oppofition, & que fi l'Alfemblee 
Nationale pouvoit y avoir égard, ils accéléreraient 
nécelTairementl'anéantilTementde notre grande pèche ; 
que bientôt il ne fe feroit plus d'armemens ; qu alors ils 
ne vendraient plus de fel aux Pêcheurs, & que il a 
deftinée de leurs propriétés eft attachée a celle de la 
pêche, elles fubiroient bientôt la même décadence. 

Et plût à Dieu que cette prophétie fût menfongère, 
lorfqu'il ne fuffira pour vous y faire ajouter quelque 
foi que de mettre fous vos yeux , Meffieurs , le dé- 
plorable tableau de la pêche, des fix dernières années 
de quelques-uns de vos ports les plus renommes (O, 
& qu'il ne tiendra qu'à vous d'acquérir la tnlte ^con- 
viction , eue bien loin d'avoir apporté quelques béné- 
fices , les' fix dernières années ont donné conltam- 
ment'une perte énorme à vos armateurs. 

Les Pêcheurs françois ont à lutter contre deux 
grandes contrariétés qui s'oppofent à la profpcnte 
d'une des branches principales de leur pèche , celle 
de la morue sèche. t 

Ces contrariétés, ces défavantages , font, comme 

(0 Voyez à h fin du rapport., le tableau annexé. 



12 

j'ai déjà eu l'honneur de vous l'expofer , le haut prix 
& la mauvaife qualité du fel de France , d'une part , 
& la cherté confidérable des arméniens de l'autre. 

Nous pouvons peu corriger le dernier de ces in- 
convéniens ; mais quand il nous eft donné de pouvoir 
remédier au premier , les Marins François ne doivent- 
ils rien attendre de notre juftice, fur-tout lorfque nous 
avons des malheurs connus à réparer f 

L'exceffive cherté des arméniens françois ( vous 
me pardonnerez cette courte digreffion, Meflieurs) 
a pour caufe principale , le défaut d'établiffemens dans 
l'ifle de Terre-Neuve. Chaque année il faut expédier 
nos navires , les fournir d'équipages d'autant plus 
nombreux & d'approvifionnemens d'autant plus con- 
fîdérables , qu'il faut fe livrer à certains travaux avant 
le commencement de la pêche ; il faut porter & rap- 
porter beaucoup d'uftenfiles , voiturer jufqu'à des 
bateaux , pour remplacer ceux qui , abandonnés à 
la côte pendant l'hiver, s'y perdent ou y dépéruTent; 
de là , la néceffité d'employer de plus grands navires 
& plus de matelots , de confumer plus de temps dans 
le voyage & dans les travaux péliminaires de la pêche; 
de là , une augmentation confidérable dans les falaires 
des équipages & dans la dépenfe des nourritures. 

Les Anglois , au contraire, propriétaires de l'ifie, 
pèchent exciufivement fur les parties de la côte les 
plus abondantes en poiffon. Ils ont des établiflemens 
fixes, les habitans renforcent au befoin leurs équi- 

Eages , ils font difpenfés de traîner après eux & des 
ateaux & de nombreux uftenfiles. A ce moyen ils 
emploient de plus petits navires & moins de bras ; 
ils gagnent fur le temps du voyage , fur les falaires 
& les vivres de l'équipage , fur la mife dehors de l'ar- 
mement. Enfin les Anglois font trois pêches, & nous 
n'en faifons qu'une; leurs arméniens coûtent moitié 



. I3 . . 

moins, & rapportent trois fois plus; avec des capitaux 
égaux aux nôtres , ils peuvent avoir fix fois nos 
produits, & par conféquent vendre toujours à meil- 
leur marché que nous , en faifant encore de gros 
bénéfices. 

•Voilà des dsfavantages qui ne font que trop conf- 
' tatés , Meilleurs ; je ne veux point vous fatiguer de 
vaines redites :mais ce que je ne puis me difpenfer de 
vous répéter, c'eft qu'il eft inftant que vous veniez, 
en ce qui dépend de vous, au fecours de nos marins 
Pêcheurs; c'eft qu'il eft de votre. intérêt comme de 
votre juftice, que vous leur donniez des facilités qui 
les encouragent ; c'eft que , fans la liberté qu'ils récla- 
ment, ils ne peuvent plus exercer une induftrie pré- 
cieufe dont l'Etat doit retirer tant d'avantages. Rejetez 
leur demande , bientôt vous n'avez plus de pêche , 
& tout-à-l'heure plus de marins ; c'eft à la dure école 
de la pêche que le forment & s'endurcifTent les meil- 
leurs matelots. Courageux & patient , adif & robufte, 
le marin pêcheur fait affronter tous les périls , endurer 
le calme , fe livrer à tous les travaux , fupporter les 
viciflitudes de tous les climats. Sur une frêle barque , 
& fouvent près des côtes & des écueiîs , il apprend 
tous les jours à braver les orages , à trouver & per- 
fectionner des manoeuvres nouvelles; il ne craint pas 
la tempête , il la brave , il la maîtrife par fon art & 
fon courage. Le Pêcheur relâche rarement, il lutte 
plutôt contre la tourmente , & loin de rechercher le 
port , il ne fait , pour fe foufti aire à la tempête , que 
s'élancer plus loin du rivage. 

Ce font de pareils hommes que vous ne pouvez 
pas laiffer fans affiftance ; ce font ces hommes utiles 
que l'on vous propofe de fecourir; c'eft leur métier 
ingrat & dangereux qu'il s'agit d'améliorer & d'encou- 1 
rager. 



i 4 

Confîdérez , d'ailleurs , Meilleurs , que nous ne 
vous demandons'qu'une difpofition provisoire ; que 
les légiflatures feront toujours à même, s'il en réful- 
toit quelqu'inconvénient , de retirer la faveur que 
nous réclamons ; qu'enfin nous ne vous demandons 
rien que provisoirement. • 

Vous n'avez jamais accueilli la prolixité , Meilleurs, 
-je ne m'expoferai point à la défaveur quelle mène 
toujours après elle. Ce que j'ai dit doit fuffire, ou ce que 
je dirois de plus feroif encore infuffifant; on propor- 
tionne toujours l'attaque à la réfiltance que l'on at- 
tend , & je'me perfuade que je ne dois pas en éprouver, 
puifque je vous offre l'occafion d'un bienfait utile. 
Je me borne donc à l'expofition fuccinte que je viens 
d'avoir l'honneur de vous faire, & je vous propofe , 
au nom du Comité d'Agriculture & de Commerce , 
le projet de décret qui fuit. 

PROJET DE DÉCRET. 

L'AfTemblée Nationale, après avoir entendu fon 
Comité d'Agriculture & de Commerce , décrète : 

i°. Les Pêcheurs & Négoctans du Royaume, qui 
arment pour la pêche de la fardine , de la morue , du 
hareng & du maquereau , pourront provifoirement 
s'approvifionner enfel étranger, &en tirer la quantité 
néceffaire à la falaifon du poiflbn de leur pêche feu- 
lement. 

2 9 . Pour prévenir tout verfement frauduleux dans 
le royaume des fels étrangers déclarés pour lefdites 
pêches, les Pêcheurs & Négocians feront tenus de 
dépofer lefdits fels dans des magafins , fous leurs clefs 
& celles des prépofés de Fadminiftration des douanes 
nationales , pour y relier furveillés jufqu'au tranfpoit 



«y 

fur les navires ou bateaux pêcheurs , & jufqu'à l'inf- 
tant de leur départ. 

Les fraudeurs encourront les peines prefcrites par 
les ordonnances relativentent aux autres marchandifes 
prohibées , à l'exception néanmoins de toutes peines 
afflictives. 

3°. Le tranfport des fels étrangers deftinés à l'appro- 
vifionnement des Pêcheurs , ne pourra être fait que 
par des navires & bâtimens françois, dont le Capi- 
taine & les deux tiers de l'équipage au moins foient 

françois. 



— 



TA T comparatif et général des produits bruts de la Pèche faite sur la côte de l'isle de Terre-Neuve par les bâtimens 
armés 3 tant à Saint-Malo , Granville , que dans les poris de la baie de Saint-Brieuc 3 depuis 1783, jusques et compris 
1789 , avec les dépenses , tant à l'armement qu'au désarmement , et le résultat des pertes et bénéfices qui en sont provenus. 





EXPÉDITIONS. 


P R O D 


DIT 


A U R 


E T () U R. 


Frais généraux 

tant 
à l'armement , 

qu'au 
désarmement. 


R É S t 


r L T A T 


> 

ai 
S! 
ta. 




Nombre de 




Quintaux- 

morue sèclie 7 
poids 
de marc. 


QuâÛtltG 

cle 
morues 


Ouniititt' 

" de 


Produit brut 
de 

la J^eclie. 




les 




Bàtijnens. 


Tonneaux. 


Bateaux. 


Equipage. 


vertes , 
au cent 


barriques 
d'huile. 


Bénéfices. 


Pertes. 


1783 


J 


9,8 7 3 


32 


38 7 2 


quiniaux. I. 
nSjfo.) 53 


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1010 


1. «. i. 

3,228,287 1 1 


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prix de la mo- 
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