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Full text of "Mémoire sur les animaux vertébrés trouvés dans le terrain sidérolitique du canton de Vaud et appartenant à la faune éocène"

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MATERIAUX POUR LA PALÉONTOLOGIE SUISSE 

PUBLIÉS t'Wt 

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l'iKHl.sM IT. DE il(H>LOClE ET l> AN AïoMli: COMPARÉE 

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GENÈVE 

CIII'.Z .1. MIS S MANN, LIBRAIRE 

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1855-1857 




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LES ANIMAUX VERTÉBRÉS 



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DANS LE TERRAIN SIDÉROL1TIQUE 



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MÉMOIRE 



SUR LES 



ANIMAUX VERTÉBRÉS 



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DANS LE TERRAIN SIDÉROLITIQUE DU CANTON DE VAUD 

ET APPARTENANT A LA FAUNE ÉOCÈNE 

11319 

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F.-J. PICTET, 
C. GAUDIN & Ph. De LA HARPE 

1 1 



GENEVE 

CHEZ .1. KESSMANN, LIBRAIRE 

h i i: i) i R il o N i: 
IMPRIMERIE DE JULES-G™ PICK 



1855-185 



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MÉMOIRE 



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LES ANIMAUX VERTÉBRÉS 



TROIVKS 



DANS LE TERRAIN SIDÉROLITIQUE DU CANTON DE YAUD 



cl appartenant à la faune éocène 

y S y 

MM. F.-J. PICTET, C. GAUDIN et Ph. De la HARPE. 



Ce mémoire a pour but de faire connaître les débris de la faune éocène 
supérieure {Terrain parisien, D'Orb.) qui ont été récemment trouvés au 
Mauremont, dans le Canton de Yaud. Il se divise en deux parties. 

La première contient une description géologique de la contrée où ces 
ossements ont été recueillis; elle appartient exclusivement à MM. Gaudin 
et De la Harpe. 

La seconde comprend la description paléontologique des fossiles, <>t a 
été principalement rédigée par M. le professeur Pictet. 



2 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 



PREMIÈRE PARTIE. 



OBSERVATIONS GEOLOGIQUES 

SUR 

LES BRÈCHES OSSEUSES ET LE TERRAIN SIDÉROLLTIQUE 



I » I MAIIREMOKT 

PAR 

MM. GAUDIN et De la HARPE. 



Il y a un peu plus d'une année qu'une course géologique au Mauremont, 
colline néocomienne située près de LaSarraz, au Canton de Vaud, nous 
conduisit à la découverte intéressante d'un gisement de sidérolitique riche 
en ossements fossiles. Ce fait tout nouveau pour noire pays nous engagea 
à réunir, dans une petite notice présentée à la Société Vaudoise des Scien- 
ces naturelles \ les quelques faits que nous avions recueillis et les idées 
qu'ils avaient fait naître dans notre esprit. 

Depuis une année, de nouvelles observations sonl venues se ranger à 
côté des premières et, grâces à elles, nous sommes maintenant en état de 
combler quelques lacunes dans les détails géologiques, d'ajouter quelques 
idées à celles qu'une première étude nous avait données et d'en modifier 
d'autres émises un peu à la légère. 

Une étude plus approfondie des auteurs qui ont écrit sur le sidéroli- 
tique, jointe à l'observation des faits et à leur discussion, nous permettra 
peut-être de tirer quelques conclusions générales sur le soulèvement du 
néocomien, sur le terrain sidérolitique et sur quelques phénomènes qui 
ont suivi l'apparition de ce terrain. 

1 Bulletin île la Soc. Vaud. des sciences nat., t. III, N° 26. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈXE . 5 

§ I. er Description géologique du Mauremont. 

Avant de passer à l'examen pins détaillé des localités qui ont fourni des 
traces de ces dépôts ferrugineux, et en particulier, des crevasses qui conte- 
naient des restes d'êtres organisés, nous dirons quelques mots delà contrée 
en général où ce gisement de sidéroli tique s'est rencontré. 

Le Mauremont 1 est une de ces nombreuses collines néocomiennes sur 
lesquelles M. Studer appelle l'attention des géologues dans sa description 
du Jura. Il est séparé des bases de cette chaîne de montagnes par une gor<rç 
étroite, dans laquelle passe la route de Lausanne à Besançon au sortir de la 
petite ville de La Sarraz. 

A partir de cette gorge le Mauremont s'étend de l'ouest i\ l'est, sur l'es- 
pace d'une demi-lieue environ. Il parait avoir été le produit d'un soulève- 
ment local, dont l'axe, aussi dirigé de l'ouest à l'est, offre un point où les 
forces se sont évidemment concentrées. Ce point, qui correspond au sommet 
du Mauremont, se trouve à 152 mètres au-dessus de la plaine environnante. 
C'est à partir de là que les couches s'inclinent de tous côtés vers la plaine. 

Le Mauremont appartient presque en entier à l'étage urgonien de .M. d'Or- 
bigny (néocomien supérieur, calcaire à caprotines, calcaire jaune de Neu- 
châtel, de divers auteurs 2 ). 

Il est composé d'un calcaire jaunâtre ou blanchâtre, très-dur et com- 
pacte. Cette roche est parfois saccharoïde, cristalline, d'un blanc presque 
pur, ordinairement grossière, grenue, oolitique; quelquefois encore elle est 
imprégnée de marnes jaunâtres. Elle est disposée en strates d'épaisseur 
variable; les parties plus dures et plus compactes forment des bancs plus 
épais que les couches formées de calcaire moins dur. Les strates sont 
parfois interrompues par de larges et profondes coupures qui traversent la 
montagne dans toute son épaisseur. Ce sont de véritables doses dont la 
direction moyenne va du nord au sud. On en connaît maintenant trois. 

1 L'étude géologique de cette colline a été l'objet d'un travail de M. S. Chavannes. Bulletin de la Soc. Vaud. 
des sciences nat., t. III. N° 29. 

1 Le néocomien supérieur, le moyen et l'inférieur, c'est-à-dire les étages urgonien et néocomien de M. d'Orbigny 
ne peuvent être séparés dans le cours de ce travail. Ils marchent toujours de front partout où ils se rencontrent 



4 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

L'une a été utilisée pour y tracer le lit de l'ancien canal d'Entreroches, qui 
devait relier le Rhône au Rhin; la seconde sert de passage à une ancienne 
route, et la troisième vient d'être mise au jour par les travaux du chemin 
de fer de l'Ouest. Cette dernière est entièrement remplie par un diluvium 
glaciaire, tandis que les autres sont vides. 

Les terrains crétacés supérieurs manquent entièrement au Mauremont; 
mais nous y avons reconnu l'existence d'un lambeau du néocomien moyen 
près d'Entreroches, sur un point où la voûte du calcaire jaune est rompue 
sur toute sa hauteur. La mollasse recouvre la plaine des environs et vient 
s'appuyer sur le néocomien supérieur à l'extrémité orientale du Mauremont. 
Enfin le diluvium glaciaire a semé ça et là des blocs erratiques, et, 
rempli la cluse moyenne de cailloux de toute espèce; les blocs de granit 
et de gneiss y sont mélangés à ceux du calcaire, à des fragments de mollasse 
et même à des marnes. Les parois de cette cluse sont évidemment mou- 
tonnées et cachent le plus beau poli sous le sable qui les a recouvertes. 

La formation qui doit attirer le plus particulièrement notre attention 
est celle du sidérolilique. Ce terrain ne semble exister presque nulle part 
à In surface du calcaire. Sur un seul point, fort limité, la terre végétale qui 
repose sur le néocomien, s'est trouvée fortement colorée par les débris de 
marne rouge, Le sidérolitique se trouve par contre en abondance dans 
l'intérieur de la roche. On ne peut ouvrir aucune carrière, ni briser les 
strates superficielles, sans en rencontrer des traces; partout il remplit les 
fentes du calcaire. 

Les couches sont traversées par un grand nombre de ruptures secon- 
daires, qui diffèrent essentiellement des cluses, bien qu'elles proviennent sans 
doute de la même cause. Ces ruptures que nous appellerons indifféremment 
fissures, fentes ou crevasses, sont généralement verticales, perpendiculaires 
aux cluses et parallèles à l'axe de soulèvement. Leur direction générale est 
de l'ouest à l'est, c'est-à-dire qu'ordinairement elles suivent la ligne hori- 
zontale qu'on peut tracer sur le plan incliné des couches. Plus nombreuses 
près du sol de la vallée que sur le faîte des collines, elles paraissent man- 
quer complètement dans le voisinage des flancs, lorsque ceux-ci ont été 
coupés à pic. En un mot, elles existent surtout dans les points où les 
couches ont été voussées par le soulèvement, et où, en s'entr'ouvant, elles 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈNE. 5 

ont offert au sidérolitique un asile assuré contre les bouleversements exté- 
rieurs. 

Les dimensions des crevasses varient beaucoup. Leur largeur qui, dans 
quelques fissures, dépasse à peine quelques centimètres, atteint ailleurs 
plusieurs mètres. La disposition du terrain est trop peu favorable pour 
qu'on puisse se former une idée exacte de leur longueur; les plus consi- 
dérables ne nous ont pas paru s'étendre à plus de 10 à 15 mètres horizon- 
talement. 

Leur profondeur ne saurait non plus être appréciée exactement. Il en est 
qui , sur une hauteur de plusieurs mètres que présente la paroi où elles se 
montrent de profil, ne semblent point diminuer de largeur, tandis que 
d'autres se rétrécissent de manière a laisser deviner à quelle profondeur 
approximative leurs bords doivent se rencontrer. La plus considérable a été 
mise au jour par la tranchée du chemin de fer; large d'environ o mètres à 
la surface du sol, elle présente, à une profondeur de 14 mètres, une lar- 
geur de 1 mètre G décimètres, ce qui fait supposer une profondeur totale 
de 20 mètres environ. 

11 est d'autres crevasses qui, par leur forme et leur disposition, s'écartent 
de la forme générale que nous venons de décrire. Tantôt elles vont en dimi- 
nuant de largeur vers la surface et disparaissent à quelques pieds du sol par 
le rapprochement des parois. Elles sont traversées à angle droit par d'autres 
tissures beaucoup plus étroites qui s'insinuent parfois entre les couches, et 
forment avec les premières une espèce de réseau dont il est difficile de 
s'expliquer l'origine. Il en est d'autres qui sont horizontales et irrégulière- 
ment interrompues par des cavités de grosseur variable; peut-être ne sont- 
elles alors que des ramifications de crevasses perpendiculaires qui se trou- 
veraient dans leur voisinage. 

§. IL Nature des éléments qui remplissent les crevasses. 

Le sidérolitique est, ici comme ailleurs, représenté par des éléments 
divers. 

L'élément essentiel est formé de marnes rouges qui, dans leur coloration, 
laissent voir une foule de nuances, et dans leur texture une variété non moins 



6 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

grande; leur composition diffère sans doute autant que leur aspect. Ces 
marnes renferment différentes matières qu'on peut aisément séparer en 
deux classes. La première comprend les éléments propres à la formation 
sidérolilique, ce sont les grains de fer pisolitique et de quartz; la seconde 
renferme les matières qui lui sont étrangères, ou qui plutôt sont erratiques 
dans les dépots de ce terrain, et en particulier les blocs de calcaire néoco- 
mien et les animaux fossiles pris dans les marnes rouges. 

1° Du sidérolilique proprement dit. 

Marnes. On distingue généralement dans les dépôts sidérolitiques deux 
couches distinctes '. La couche supérieure est formée d'argiles plus ou 
moins calcaires et de couleurs diverses; ordinairement jaunes à la surface, 
elles passent au rouge brique à la partie inférieure. Elles ont une apparence 
grasse et luisante sur leur face de délitation; cet aspect leur a fait donner 
le nom ftarqiles onctueuses. Nous n'en avons trouvé que quelques traces à 
la partie supérieure d'une des fissures découvertes par les travaux du che- 
min de fer. 

Les marnes du Mauremont se rapprochent davantage de ce que M. Qui- 
querez appelle les « Bolus » ou « Argiles inférieures. » « Leur matière, » 
dit-il, « âpre au toucher, à cassure mate et raboteuse, indique une forma- 
tion plus variée et moins aqueuse. Ce sont des amas tout partiels d'argiles 
toujours réfractaires et renfermant plus ou moins de mine de fer en grain, 
disséminée dans leur pale. Elles sont accompagnées de sable quartzeux 
parfois en grains plus ou moins gros, et offrant l'aspect de petits cailloux 
roulés et polis par les eaux; leur couleur caractéristique est souvent le 
rouge. » Cette description, que nous donnons en abrégé et la comparaison 
que nous avons pu faire au moyen des échantillons envoyés par M. Qui- 
querez, se rapportent parfaitement aux matières de nos crevasses, qui ce- 
pendant sont en général d'une couleur rouge brun plus foncée et qui dif- 
fèrent en outre en ce qu'elles n'ont pas trace de sulfatisation. 

L'apparence des marnes varie peu d'une crevasse à l'autre; presque par- 
tout c'est une pâte ferme, sèche, qui résiste au marteau, mais se sépare 

1 Voyez : Quiquerez, Sur le terrain si.Jjrolitique du Jura bernois, dans les Méru. de la Soc. Helv. des se 
nat. Nouv. série, t. XI). 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈNE. 7 

souvent d'elle-même en fragments plus ou moins réguliers et à surfaces 
planes. Elles se délitent parfois avec assez de facilité, tandis que la marne 
de certaines crevasses peut rester longtemps exposée aux variations de 
l'athmosphère sans en être affectée; elles répandent une odeur caractéris- 
tique et légèrement bitumineuse. Délayées avec de l'eau, elles ne forment 
jamais une pâte plastique. 

Grains de quartz et sables siliceux. — La formation des argiles ferrugi- 
neuses parait avoir été presque toujours accompagnée d'émissions d'eau 
chargée de silice. Celle-ci s'est déposée tantôt dans la roche elle-même, 
tantôt dans les marnes, où elle se retrouve sous diverses formes. Parfois ce 
sont de petits grains roulés et polis, ronds ou lenticulaires, dont les uns, 
formés de silice presque pure, sont parfaitement transparents, tandis que 
d'autres prennent une couleur vert-olive due à la présence du silicate de 
fer. Ces grains se rencontrent dans les dépôts sidérolitiques de tous les 
pays; en particulier dans les marnes ferrugineuses à ossements de Geor- 
gensgmùnd, en Bavière, et dans les fers pisoli tiques distrie et de Carniole. 
Ce ne sont pas des cailloux roulés accidentels dans ces dépôts, mais de petits 
globules déposés, tantôt sous la forme de grains arrondis et peu nombreux, 
tantôt sous celle d'un sable quartzeux fin et très-abondant, qui lié avec la 
marne, constitue un grès dur, chatoyant à la manière du feldspath, et 
qui résiste à l'air presque aussi bien qu'une roche compacte. C'est un grès 
pareil qui remplit une des crevasses du four à chaux d'Entreroches. 

Fer pisolitique. — Les pisolites ne forment pas de véritables dépôts, et 
sont en général dispersés avec assez de régularité; cependant ils se réunis- 
sent parfois avec les grains siliceux pour former de petits conglomérats ré- 
pandus ça et là dans les crevasses. On rencontre aussi fréquemment des 
grains beaucoup plus gros, plus ou moins arrondis, mais qui n'offrent à 
l'intérieur qu'une cassure terreuse ou sablonneuse, et jamais de structure 
concentrique. Ils sont recouverts d'un vernis siliceux, raient le verre et ne 
t'ont point effervescence avec les acides. 

Tels sont les éléments du terrain sidérolilique proprement dit. Avant de 
passer à L'examen des débris erratiques qui s'y sont rencontrés, il ne sera 
pas inutile d'examiner l'influence que les marnes elles-mêmes ont pu 
exercer sur les matières qui se sont trouvées en contact avec elles. 



8 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

Les savants qui se sont occupés de cette question ont reconnu diverses 
formes d'altération des roches au contact du sidérolitique; ce sont : 

L'altération pâteuse. Elle consiste dans un ramollissement de la roche, 
qui devient plus blanche et plus tendre. Celte pâte conserve parfois sa 
composition chimique calcaire; d'autres fois elle forme une argile réfrac- 
taire de nature siliceuse et alumineuse, mêlée de cristaux de gypse. Elle se 
rencontre dans presque toutes les crevasses du portlandien et du corallien. 

L'altération dolomitique. La roche prend un aspect crayeux et dolomi- 
tique; alors l'altération pâteuse n'existe pas, ou du moins n'est pas si con- 
sidérable. 

L'altération ignée ou ferrugineuse. Elle présente un aspect scoriacé; la 
roche a été décomposée et s'est revêtue de matières ferrugineuses qui se 
sont soudées aux parois; celles-ci prennent alors une couleur rouge foncée 

ou violette. 

L'altération siliceuse. Certains bancs de calcaire ont été partiellement 
silicifiés. On y rencontre des rognons dont les uns sont recouverts d'une 
espèce de vernis siliceux qui ne fait point effervescence avec les acides; 
l'intérieur est coupé par de petites cavités remplies de cristaux de quartz. 
Le calcaire lui-même semble pénétré par la silice et ne fait effervescence 
que dans quelques-unes de ses parties. D'autres rognons sont complètement 
jaspisés et marqués de couches concentriques. 

Les crevasses du Mauremont ne présentent pas de traces des trois der- 
nières altérations, et, si la première s'y fait remarquer, c'est à un degré 
peu considérable. Les parois n'ont subi d'autre modification que celle qu'on 
remarque sur les surfaces de glissement, c'est-à-dire qu'elles sont striées, 
recouvertes souvent de carbonate de chaux, blanc ou rosé, cristallin et 
fibreux tout à la fois, et formant des plaques irrégulières, mais toujours 
striées dans le môme sens. 

2° Eléments étrangers au sidérolitique. 

Blocs de calcaire. — Les fissures qui n'ont que peu de largeur ne contien- 
nent guère autre chose que ce que nous avons appelé les éléments essen- 
tiels du sidérolitique. A mesure qu'elles s'élargissent, les matières qu'elles 
renferment deviennent plus mélangées de brèche calcaire. Celle-ci est for- 



VERTÉBRÉS DE LA FAINE ÉOCÊNE. 9 

niée de fragments de tontes les grandeurs, dont les plus gros sont en gé- 
néral placés vers la partie la pins large de la crevasse, où ils sont retenus 
par les parois; leur disposition est d'ailleurs fort irrégulière. Tantôt de 
même nature que les parois de la crevasse qui les contient, les blocs de 
calcaire en ont été détachés au moment où les couches se sont brisées sous 
l'effort du soulèvement; tantôt ils diffèrent sous tous les rapports de In roche 
environnante. 

Parmi ces derniers, il est une variété qui se retrouve dans La plupart des 
crevasses, et qui, dans quelques-unes même, forme à elle seule la totalité 
des fragments étrangers. C'est un calcaire plus blanc, plus tin, plus homo- 
gène, cristallin et saccharoïde, qui parait jusqu'à présent sans fossiles, tan- 
dis que la roche environnante contient de nombreuses traces de polypiers. 
Cette pierre, au dire des carriers, est plus vive, plus cassante et donne une 
chaux plus blanche. 

La surface des fragments erratiques a subi une altération qui rappelle à 
quelque degré l'altération pâteuse. C'est une sorte de croule friable, fari- 
neuse, qui se détache assez facilement du noyau qu'elle environne; elle 
est en général plus considérable dans les petits fragments et dans ceux qui 
se sont trouvés près de la surface, et semble diminuer à mesure que l'on 
descend. Elle a eu pour effet d'arrondir les blocs, ou du moins d'adoucir 
leurs angles en donnant au calcaire, qui est blanc à l'intérieur, une couleur 
quelquefois grise ou bleuâtre, et plus ordinairement brunâtre. 

11 est arrivé fréquemment que ces fragments ont été brisés en plusieurs 
pièces après leur dépôt dans la fissure; les morceaux se trouvent alors 
simplement appliqués les uns contre les autres, et la cassure, au lieu de 
l'altération pâteuse qui entoure le bloc entier, n'a plus qu'une coloration 
rouge beaucoup plus intense sur les bords. 

Il serait intéressant de rechercher d'où ces fragments de calcaire saccha- 
roïde ont pu provenir; peut-être que des observations subséquentes nous 
permettront de tirer de sa présence quelques conclusions sur la direction 
qu'a dû suivre le courant des marnes ferrugineuses. 

Pour le moment il semble assez évident qu'ils n'ont point été fournis par 
les couches inférieures à celles où ils se trouvent, et qu'ils n'ont pas été 
entraînés (Yen bas avec les matières qui les empâtent, car les crevasses sont 

2 



10 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

ordinairement plus larges à leur extrémité supérieure, où les blocs les plus 
gros ont été arrêtés par les parois. 

Il est plus naturel de supposer que ces débris proviennent de localités 
plus élevées d'où ils auraient été entraînés avec les matières qui ont rempli 
les fissures. Nos observations viennent à l'appui de celte supposition. Le 
calcaire saceharoïde se retrouve sur plusieurs points des environs, ainsi à 
la partie supérieure du Maurcmont, au-dessus de St-Loup, sur les bords 
do la Venoge, au-dessous de Féreyres et plus haut encore du côté de Li- 
gnerolles. Il est toujours à la partie la plus superficielle du néocomien su- 
périeur, où il n'atteint pas une grande épaisseur. On a pu, dans une loca- 
lilé, observer très bien le passage de l'une des roches à l'autre. Près de 
Pompaples, celte même structure caractérise le calcaire à caprotines et à 
hippurites qui prend alors une teinte rosée ou légèrement ferrugineuse. 
Faut-il attribuer cette différence d'aspect à une nouvelle pbase dans le dépôt 
des matières calcaires qui ont formé le néocomien supérieur, ou peut-être 
voir dans cette structure le produit d'un métamorphisme dû au contact de 
coulées de marnes, accompagnées d'une température élevée. C'est une 
question qui n'est pas sans intérêt, mais que trop peu de faits sont encore 
venu éclairer pour qu'on puisse faire pencher la balance, vers Tune ou 
l'autre des deux suppositions. 

La seule pièce qui semblerait indiquer peut-être un métamorphisme est 
un fragment de calcaire qui provient d'une couche horizontale de marne 
rouge, située au bord de la roule de Bavois. Ce fragment, qui peut avoir 
50 centimètres cubes, présente sur la cassure une couche extérieure de 
calcaire saceharoïde d'environ deux centimètres, puis une auréole ferrugi- 
neuse de quelques millimètres de largeur, entourant un noyau plus grossier, 
et qui ressemble au calcaire jaune néocomien. Si cette transformation est 
due à l'action des marnes, il faut supposer qu'elle a eu lieu avant le trans- 
port des blocs dans les crevasses, sans cela les parois auraient, aussi bien 
qu'eux, porté la trace de cette action. 

Ossements fossiles. — Les circonstances qui ont amené à la surface du sol 
une aussi grande quantité de matières minérales, ont sans doute été peu 
favorables au développement des êtres organisés. En effet, des éruptions 
sur une aussi grande échelle de marnes ferrugineuses, des éjections d'eau 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈNE. 1 l 

bouillante et des dégagements de gaz et de vapeurs délétères ont du nuire 
à la végétation et à la multiplication des êtres animés. 

Si des formations de dépôts semblables ont accompagné, ainsi que les 
faits semblent le prouver, chaque nouvelle phase de soulèvement du sol 
jurassique, et si ces dépôts ont recouvert immédiatement les espaces mis à 
sec, on comprendra comment ces gisements n'ont pendant longtemps fourni 
aucun fossile qui leur fut propre et aucune trace de débris végétaux. Aussi 
n'a-t-on pendant long temps recueilli dans ce (erra in que : 

Des fossiles jurassiques épigénisés. 

Des fossiles du terrain néocomien. Ceux-ci se rencontrent sur la lisière 
des régions sidérolitiques et sont synchrones avec le développement prin- 
cipal du minerai de fer en grains, en dehors des grands centres d'émissions 
ferrugineuses; les eaux du vaste Océan crétacé ayant pu modifier suffisam- 
ment les propriétés délétères des minéraux sidérolitiques pour permettre 
aux animaux marins d'exister. 

Des débris dus à des remaniements '. 

La découverte, dans quelques-unes de nos crevasses, de fossiles appar- 
tenant à la faune éocène supérieure, est donc un fait nouveau et plein 
d'intérêt. Il sera d'une grande importance pour fixer définitivement la place 
que doivent occuper quelques-uns de ces dépôts sidérolitiques dans la 
succession des terrains géologiques. Il servira en outre à préciser la situa- 
tion géologique de dépôts analogues trouvés autrefois dans le canton de 
Soleure, mais qui n'avaient pas été étudiés avec assez de soin. 

Brèches osseuses. — Nous décrirons d'abord dans Tordre de leur décou- 
verte les gisements ossifères qui ont été reconnus jusqua présent dans le 
canton de Vaud. 

Le premier qui fut exploité fut celui que nous découvrîmes au mois 
d'Août 1852 dans une crevasse située derrière le four à chaux d'Entre- 
roches. 

Dans cet endroit, les couches de calcaire s'abaissent en pente douce 
vers la plaine, où elles vont se perdre sous le sol horizontal que forment 
les marais de l'Orbe. Elles y présentent une succession d'assises relevées vers 

1 Gressly, Nouveaux Mcm. de la Soc. Helv. des Se nat , t. v, p. -28.'). 



12 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

le Sud-Est, e1 qu'on a déjà exploitées sur une largeur d'environ sept mè- 
tres et sur autant de profondeur. 
La paroi qui forme le fond de la carrière laisse voir, sur unelongeur 

de cinquante mètres environ, une série de sept crevasses d'inégale largeur, 
mais assez semblables quant à la matière qui les remplit. Ainsi que les 
crevasses en général, celles-ci se dirigent de l'Est à l'Ouest et vont en se 
rétrécissant dans le même sens. Celle qui doit nous occuper plus spéciale- 
ment, à cause des fossiles qu'elle renferme, est située à peu près au centre 
de l'exploitation; elle est en même temps la plus considérable et présente à 
sa partie supérieure une largeur d'un mètre environ. 

Il est à regretter que ces dépôts n'aient pas attiré l'attention plus tôt, 
car il est à présumer que la partie de la crevasse qui a été exploitée et dé- 
truite sur une longueur de dix à douze mètres, a dû renfermer un bien 
grand nombre de fossiles, si nous comparons cet espace avec les quelques 
mètres de la partie la plus étroite qui ont été l'objet de nos recherebes. 

(Test dans la partie supérieure et sur une profondeur d'environ un mètre, 
• pic les ossements étaient ensevelis. Les conditions de conservation étaient 
loi! diverses : ceux qui avaient été exposés immédiatement au contact du bo- 
lus l'amolli par la terre végétale humide, étaient friables ou entièrement 
décomposés. Les racines des plantes avaient pénétré dans leur intérieur et 
rendaient leur extraction presque impossible. Ceux qui se trouvaient à une 
plus grande profondeur, soit à un mètre et plus de la surface, avaient pris 
une teinte bleuâtre et ne laissaient souvent sur l'argile (pie quelques traces 
qui n'indiquaient plus qu'imparfaitement la forme première du fossile. 

("est la partie moyenne, située entre cinquante centimètres et un mètre 
de profondeur, qui a fourni les plus beaux échantillons. Pris dans une 
marne compacte, résistante et parfaitement sèche, ils se sont trouvés préser- 
vées de lmflucnco de l'humidité et à l'abri des causes encore inconnues 
qui ont détérioré les ossements situés à une plus grande profondeur. Aussi 
étaient-ils très secs et d'une belle couleur blanche. La structure primitive 
de l'os n'a pas été altérée, les parties spongieuses sont parfaitement con- 
servées; ils ne renferment aucune trace d'infiltration de calcaire ou d'au- 
tres matières dans leur tissu et ne diffèrent probablement des ossements 
d'animaux vivants (pie par l'absence de gélatine. Ils ressemblent en un mot 



VERTÉBRÉS DE LA FAINE ÉOCÈNE. 13 

aux débris d'animaux diluviens qu'on trouve dans les cavernes ou dans les 
brèches à ossements. 

Cet admirable état de conservation pendant le long espace de temps 
qui nous sépare de l'époque éocène supérieure, ne peut s'expliquer que 
par un concours de circonstances très favorables, telles que l'absence d'ac- 
tion chimique cl d'humidité dans les marnes qui renferment les fossiles. Il 
faut supposer qu'elles étaient déjà refroidies et neutralisées lorsque les os- 
sements y ont été déposés. 

Si ces restes d'êtres organisés ont élé à l'abri de toute action chimique, 
ils ont cependant subi des altérations d'une autre nature; ils ont souvent 
été resserrés entre les parois de la crevasse et les fragments de calcaire. 
Les mouvements du sol qui ont eu lieu postérieurement à leur dépôt et 
qui, ainsi que nous l'avons fait remarquer, ont fracturé les fragments de 
brèche calcaire, oui dû nécessairement exercer une fâcheuse influence sur 
des fossiles aussi fragiles. En effet, plusieurs d'entr'eux ont été fortement 
comprimés et plus ou moins déformés. Les branches des mâchoires infé- 
rieures ont été, dans quelques cas, appliquées l'une sur l'autre. Une tète 
entière avait été tellement écrasée que les dents se sont retrouvées dans la 
cavité cérébrale. 

Ce sont là néanmoins les seules détériorations que les fossiles aient su- 
bies. Ils ne portent pas la plus petite trace de frottement ou de charriage 
par les eaux, ce qui les distingue tout à fait de deux autres gisements qui 
nous occuperont plus tard. 

L'état de conservation des fossiles de ce gisement permet donc de con- 
clure que les animaux y ont été ensevelis entiers ou du moins presque en- 
tiers. On a pu reconnaître avec assez de facilité l'existence d'un squelette 
entier de Palaeotherium minus, quelques pièces étaient encore juxtaposées 
ou articulées et des vertèbres réunies par leurs apophyses en crochet. Tous 
ces faits, et le dernier surtout, prouvent que ces animaux sont les contem- 
porains du sidérolitique, et qu'ils ont élé amenés là avant que les diverses 
parties du squelette eussent élé désagrégées, c'est-à-dire au plus quelques 
semaines après leur mort. Les six autres crevasses du four à chaux d'En- 
treroches ne contenaient que quelques rares débris animaux. 

Le second gisement ossifère se trouve dans un petit escarpement au bord 



14 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

de la route qui Longe le marais du côté du village de Bavois. On y peut 
suivre une couche de bolus ferrugineux de vingt-cinq mètres de long sur 
cinquante centimètres d'épaisseur, Elle est recouverte par une couche de 
néocomien supérieur désagrégé, de vingt centimètres, sur lequel repose le 
diluvium glaciaire. La marne compacte et d'un rouge brun foncé, renfer- 
mait plusieurs ossements; nous y avons recueilli quelques côtes de tortues 
fort petites et des cotes de mammifères de taille moyenne. 

Un troisième gisement, remarquable par le nombre et la variété de ses 
fossiles, est celui qui a été découvert par M. Silvius Chavannes dans la 
carrière des Alleveys, au nord-ouest de Lasarraz et, à une hauteur assez 
considérable au dessus d'Entrerochcs. 

La brèche osseuse s'est rencontrée dans une crevasse horizontale, irré- 
gulière et formant une succession de cavités d'un mètre à un mètre trente 
centimètres de longueur sur soixante-quinze centimètres à un mètre de hau- 
teur. Ces cavités sont réunies par des couloirs plus étroits, et le tout s'é- 
tend sur une longueur de vingt-cinq à trente mètres. 

Cette excavation parait être un embranchement de quelque rupture ver- 
ticale que l'exploitation de la roche a fait disparaître. Il est probable (pie 
l'ouverture en était peu considérable, car les débris qui y ont été déposés 
ne dépassent guères une longueur de cinq à six centimètres. Elle est rem- 
plie d'une marne, rouge dans certains endroits et jaune dans d'autres, 
surtout dans les cavités. Ici elle est sensiblement stratifiée; les strates y 
sont parfois séparées par de minces couches de sable blanc. Les matières 
s'y sont déposées suivant les lois de la gravité; au dessous d'une marne 
plus (ine, vient une brèche osseuse, vraie pâte d'ossements agglutinés par 
un ciment ferrugineux mêlé de pisolites et de sable. 

Les ossements sont pour la plupart fort menus et portent des traces évi- 
dentes de l'action des eaux. Les fragments les plus considérables, tels que 
les phalanges et les petites vertèbres, sont roulés et arrondis et doivent 
avoir été amenés d'une certaine distance. 

A côté de ces débris roulés se trouvent un grand nombre de mâchoires 
d'insectivores et de rongeurs fort bien conservées. Peut-être que, présen- 
tant moins de résistance à l'action des courants et flottant plus facilement, 
elles ont pu être entraînées sans être au même degré endommagées par le 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈNE. 15 

transport. Peut-être aussi que ces cavités étaient autrefois habitées par de 
petits rongeurs et des chauve-souris qui y ont laissé leurs dépouilles avant 
le remplissage de la fente par des matières nouvelles. 

Cette brèche osseuse est surtout intéressante parle grand nombre de dents 
qu'elle a fournies. Elles ont peu souffert du transport, grâce à l'émail qui 
les recouvre, et quelques unes se trouvaient intactes et encore implantées 
dans un fragment de mâchoire arrondi par le frottement. Enfin le fond de 
la cavité est occupé par une couche formée par une sorte de conglomérai 
de grains de fer pisolitique et de quartz, assez abondants et agglutinés comme 
les ossements par un ciment ferrugineux. 

Un quatrième gisement a été découvert par M. le D r Campiche de 
Sainte-Croix, dans une carrière située derrière la maison du carrier Mar- 
tin, actuellement l'hôtel du Tunnel, au sud du Mauremont et à l'endroit 
où le chemin de fer débouche dans le vallon de la Venoge. Ce gisement a 
beaucoup de rapports avec celui des Allcveys, tant par sa situation horizon- 
tale que par la disposition de ses dents et de ses ossements. 

On peut espérer que des recherches suivies et les nombreux travaux qui 
s'exécutent maintenant dans cette partie de la contrée, amèneront au joui* 
de nouvelles trouvailles et que la faune éocène, déjà fort bien représentée, 
fournira des espèces nouvelles pour la science ou, tout au moins, pour le 
terrain sidérolitique de notre pays. 

Tels sont les éléments qui, dans les environs de Lasarraz et à des hau- 
teurs diverses, représentent le terrain sidérolitique. Les faits observés sug- 
gèrent quelques réflexions sur les phénomènes qui ont accompagné et 
suivi la formation de ce remarquable terrain. 

§. 111. Considérations générales sur le soulèvement du Mauremont et sur ses 
rapports avec la formation sidérolitique. 

Il est reconnu que les soulèvements qui ont amené la chaîne du Jura 
au-dessus des eaux ont commencé dans la partie nord-est. L'observateur 
qui suit la chaîne dans la même direction peut y reconnaître les terrains 
de plus en plus récents qui se déposaient sous les eaux, et finissaient par 



16 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

être exhaussés à leur tour à mesure que les soulèvements se sont étendus 
vers le sud-ouest. 

Ainsi le tertiaire qui, dans le canton de Bâle et sur les frontières du 
canton de Soleure, repose sur les terrains inférieurs de la formation juras- 
sique, s'appuie, dans le canton de Vaud, sur la formation crétacée infé- 
rieure. 

Le mouvement de progression dans le même sens qu'ont suivi les éjec- 
tions de sidérolitique est d'accord avec l'idée qui les fait considérer comme 
une conséquence de ces divers soulèvements. En effet, tandis que dans la 
partie nord le sidérolitique repose ordinairement sur le portlandien; près 
de Bienne, de Sainte-Croix et dans d'autres localités, les dépôts se sont 
mêlés à ceux que formait la mer néocomienne et ont modifié sensiblement 
le faciès de ce terrain. 

Au Mauremont, les émissions ont rempli des cavités de la roche néoco- 
mienne, et nous avons le droit de considérer cette phase de leur dévelop- 
pement comme plus récente que les précédentes. 

Peut-être pourrons-nous préciser un peu plus le moment géologique de 
cette formation locale. Il est probable que le néocomien des environs de La 
Sarraz s'est soulevé d'assez bonne heure après sa formation, puisqu'il n'est 
pas recouvert par les terrains crétacés qui lui sont supérieurs. On ne peut 
guère supposer que ces terrains aient été enlevés des lieux qu'ils seraient 
censés avoir recouverts, sans laisser aucune trace de leur existence. 

Ce premier effort nous paraît avoir agi graduellement sur des terrains 
peu résistants et de manière à les élever au-dessus des eaux sans produire 
de déchirures. En effet, si les crevasses qui nous occupent s'étaient pro- 
duites à l'occasion de ce premier soulèvement, elles se seraient remplies de 
matières diverses, ferrugineuses peut-être, mais qui, a coup sûr, n'auraient 
pu contenir des fossiles d'une époque encore éloignée de sept étages. 

Si, d'un autre côté, on ne veut voir dans la formation du Mauremont 
qu'un moment unique, et le renvoyer à l'époque éocène, il devrait avoir 
soulevé avec lui les terrains qui l'auraient recouvert pendant les six à sept 
étages qui se seraient déposés entre le moment de sa formation et celui de 
son soulèvement. 

Il nous semble donc naturel de voir dans cet événement deux phases 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈNE. 17 

distinctes. La première est l'apparition an-dessus des eaux crétacées d'une 
voûte néocomienne, accompagnée peut-être déjà de quelques-unes de ces 
sources ferrugineuses qui ont pu laisser des dépôts sur le plateau lui-même. 

Un second soulèvement aurait eu lieu dans une époque subséquente, 
soulèvement violent qui aurait déchiré la voûte et en aurait porlé une 
partie à 152 mètres au-dessus de la plaine actuelle, tandis que d'autres pans 
seraient restés à une hauteur moindre, ou retombés après la rupture des 
couches. 

Alors se seraient formées paralèllement à l'axe de soulèvement, lès nom- 
breuses crevasses qui ont fait le sujet de notre étude. Le sol violemment 
déchiré serait resté entrouvert, et les éjections sidérolitiques concomitantes 
seraient venues y déverser leurs matières. 

Les fossiles qu'elles renferment nous permettent de fixer l'époque géolo- 
gique à laquelle 4 ces événements se sont passés. Ils sont identiques aux 
ossements des animaux qui habitaient les plaines et les lacs du plateau 
compris entre le bassin méditerranéen et celui de Paris, et qui ont laissé 
leurs restes dans les gypses de Montmartre. Ces fossiles caractérisent 
l'éocène supérieur ou l'étage parisien. C'est donc à ce moment-là que nous 
plaçons avec certitude le soulèvement du Mauremont et la formation de 
notre brèche qui en a été la conséquence. 

Nature des crevasses. — Les auteurs qui ont étudié avec le plus de soin 
la question du sidérolitique, MM. Grcssly et Quiquerez, ont reconnu que 
« cette formation avait apparu au moment du soulèvement des chaînes ju- 
» rassiques, et que la production des dépôts métalliques ou argileux était 
» due à des vapeurs chargées d'acides ou d'oxides qui remplissaient peu à 
» peu les tissures des roches soulevées; à des épanchements de masses mi- 
» nérales ferrugineuses en fusion ou à l'état de pâtes boueuses remplissant 
» une partie des failles transversales et des cavernes qui en dépendent; 
* à des filets d'eau déposant des argiles, à des sources en ébullilion, et enfin 
» à des cratères d'éruption situes sur des failles longitudinales. Les trois 
» premiers modes auraient agi surtout sur les flancs des soulèvements, dans 
» des points isolés; les deux derniers se rapporteraient surtout aux grands 
o dépôts sidérolitiques 1 . » 

1 fjressly , Nou\ Mémoires de la Soc Helv., t. V, p 287. 



18 PALÉONTOLOGIE SUSSE. 

Partout où les roches se sont trouvées en contact avec les matières sidé- 
rolitiques, quel qu'ait été le mode de leur production, ces roches et surtout 
les parois des crevasses d'éjection ont subi quelqu'une ou plusieurs des 
altérations que nous avons indiquées plus haut. A côté des crevasses d'éjec- 
tion se sont trouvées des fentes moins profondes, qui ont reçu les matières 
sidéroKtiques déjà plus ou moins refroidies et neutralisées au contact de 
l'air, de telle sorte que leur influence sur les roches a été nulle, ou du 
moins, considérablement diminuée. 

L'étude des crevasses du Mauremont, des matières qu'elles renferment 
et du genre d'altération que les roches environnantes ont subies, nous per- 
mettra de nous former dès maintenant une idée sur la nature de ces cre- 
vasses. 

Sauf une légère altération pâteuse, elles n'ont, ni les unes ni les autres, 
présenté aucune des modifications si remarquables qu'on aperçoit dans les 
crevasses d'éjection ou dans leur voisinage immédiat. Le gypse qui semble 
accompagner invariablement les éjections de sidérolitîque ne s'y est rencon- 
tré sous aucune de ses formes. 

A ces caractères négatifs s'ajoutent plusieurs données positives, telles que 
celles d'animaux fossiles enfermés à plusieurs pieds dans la marne; le fait 
de galets de calcaire sacharoïde provenant de localités plus élevées et rete- 
nus par les parois des crevasses, les plus gros dans la partie supérieure. 
En outre, l'altération pâteuse qui se fait remarquer à quelque degré sui- 
te calcaire, n'a pas affecté les parois du néocomien au même point (pie les 
galets erratiques renfermés dans les fissures; sans doute que ces derniers 
ayant été entraînés avec la marne, ont élé exposés plus longtemps à son 
inlluence et placés primitivement plus près du centre d'action volcanique. 

M. l'ingénieur Quiquerez nous assure que cette décomposition des brè- 
ches enfermées dans nos crevasses a la plus grande analogie avec celle qu'il 
a souvent remarquée dans les galets calcaires et même dans ceux des ter- 
rains de cristallisation que les eaux ont charriés et mis en contact avec le 
sidérolitique. 

Nous pouvons donc conclure maintenant avec assez de certitude que les 
crevasses que nous avons décrites ne se sont point remplies de bas en haut, 
mais de haut en bas; ce ne sont point des crevasses déjection, mais des 



VERTÈBRES DE LA FAUNE ÉOCÈNE. U) 

crevasses de remplissage, semblables à celles qu'on remarque souvent dans 
les carrières ouvertes dans le terrain portlandien et dans d'autres étages 
jurassiques des cantons de Berne et de Soleure. 

Crevasse déjection. - - Puisque nous n'avons jusqu'à présent rencontré 
que des crevasses de remplissage, il sérail intéressant de rechercher s'il y 
a eu dans les environs une crevasse d'éjection et dans quelle direction elle 
a dû se trouver. Il semblerait naturel de la chercher au pied du Mauremont 
et sur quelqu'une des failles qui s'y l'ont remarquer. C'est en effet près de 
là que les crevasses de remplissage sont les plus nombreuses. Jusqu'à pré- 
sent nos recherches ont été inutiles; nous n'avons rencontré aucune (race 
de crevasse d'éjection dans les environs immédiats de ces dépôts. Peut-être 
celle-ci était-elle placée encore plus bas, sur la partie du néocomien qui l'orme 
le fond de la plaine semi-circulaire située entre le four à chaux d'Entrero- 
ches et les crevasses qui longent la route de Bavois. Elle serait alors recou- 
verte par lu tourbe et les épaisses couches de gravier qui forment le sol 
horizontal du marais. Mais cela est fort peu probable, vu que les marnes 
rouges se retrouvent aussi à des hauteurs assez considérables au dessus du 
niveau de la plaine. Elles apparaissent dans deux ou trois carrières situées 
sur le plateau du Mauremont. Voici ce que dit M. Silvius Chavannes de 
l'un de ces gisements : « Au contact de la marne ferrugineuse le calcaire 
» est complètement transformé, il est devenu très saccharoïde. Tout près 
» de cette fente, dans la même carrière, j'ai trouvé trois galets de calcaire 
» recouverts d'une croûte grise empâtant, des fragments de calcaire blanc 
» presque cristallin, de petites paillettes ayant le même éclat que le mica- 
» noir et de plus des fragments de soufre cristallin. » 

Ce sont là de légers indices qui sembleraient indiquer une action volca- 
nique plus énergique. Il ne sera pas inutile de rappeler à ce sujet la pré- 
sence dans les crevasses inférieures du calcaire saccharoïde qui se retrouve 
au sommet du Mauremont. Peut-être de nouvelles ('"Indes de la localité et 
de nouvelles explorations jetteront-elles un jour quelque lumière sur ce 
point, 

Il est dans tous les cas assez probable que ces phénomènes n'ont pas eu, 
dans ces localités, une extension considérable, car on a remarqué que leur 
intensité diminue en s'éloignant des grands centres de production du ter- 



20 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

pain sidérolitique; leur développement est en même temps proportionné à 
l'importance du soulèvement qu'ils accompagnent. 

Remaniement. — La disposition particulière des matières qui remplissent 
la crevasse des Àlleveys, leur arrangement par couches et selon les lois de 
la pesanteur, enfin et surtout l'apparence roulée et les traces d'usure que 
présentent les ossements de ce dépôt, indiquent de la manière la plus évi- 
dente que c'est là le résultat d'un remaniement. Il est clair que le sidéroli- 
tique et les matières qui l'accompagnent n'ont été déposés dans ces cavités 
qu'après avoir été préalablement dissous par les eaux. 

Il en est de même du dernier gisement découvert derrière L'hôtel du 
Tunnel par M. le D r Campiche, et qui se trouve à quelques mètres seule- 
ment au dessus du sol de la plaine. 

Le remaniement de ces deux dépôts de fossiles nous avait d'abord enga- 
gés à considérer l'ensemble du terrain sidérolitique du Mauremont et de 
Lasarraz comme une formation d'origine entièrement neptunienne. 

Des courants venus des montagnes, l'envahissement du sol par les eaux, 
auraient amené la dissolution des bancs de sidérolitique qui recouvraient 
certaines parties du Jura et produit ainsi le remplissage des fentes par les 
matières mêlées aux ossements d'animaux que cette catastrophe aurait l'ail 
péril". 

Cependant une étude plus minutieuse des dépôts d'Entreroches nous en- 
gage à regarder certaines crevasses comme s'étant remplies dans des tir- 
constances différentes et à admettre simplement que le remplissage a pro- 
bablement eu lieu à des moments distincts, quoique peu éloignés les uns 
des autres. 

En effet, certaines crevasses, très larges à leur surface et très profon- 
des, ne renferment aucune trace des ossements qui, dans d'autres de 
moindre dimension, forment des bancs d'une épaisseur assez grande. Ce 
sont surtout des dents et des phalanges, et si l'on en juge par la quantité 
et la variété de ces débris, le nombre des animaux qui les ont fournis a du 
être fort considérable. Il est difficile de comprendre comment, de deux cre- 
vasses situées à quelques mètres de distance seulement, l'une pourrait 
contenir une pâte de petits ossements et de dents, et l'autre n'en pas pré- 
senter la moindre trace. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈNE. 21 

Il est évident qu'elles ne se sont point formées dans les mômes circons- 
tances. Cette supposition devient plus probable encore quand nous compa- 
rons la manière dont les matières se sont déposées dans les crevasses d'En- 
treroches. Ici les marnes ne laissent apercevoir aucune trace de stratification 
ni d'arrangement selon la densité des matières. Si elles avaient été dissoutes 
par les eaux et amenées d'une grande distance, elles ne seraient pas aussi 
homogènes. Bien plutôt elles seraient mélangées de débris variés, tandis 
que les cailloux qu'elles renferment paraissent, par leur grande ressem- 
blance, provenir d'une même localité. En outre ces cailloux ne sont pas 
assez roulés pour être venus de bien loin et avoir été transportés par la 
violence de quelque courant rapide. Leurs angles sont à peine arrondis et 
ils semblent avoir été amenés par une traînée de boue épaisse et qui n'au- 
rait progressé que lentement. C'est de la même manière qu'auraient été 
ensevelis les ossements dans celle des crevasses qui a été exploitée la pre- 
mière, et où, comme nous l'avons vu, ils ne portent aucune trace de frot- 
tement. 

Cette succession de moments dans la formation de nos crevasses une 
fois admise, il n'est point facile de décider dans quel ordre celles-ci se sont 
l'emplies. On peut faire à cet égard plusieurs suppositions; cependant, con- 
trairement à l'idée qui semble la pins naturelle, nous regarderions les cre- 
vasses remaniées comme plus anciennes dans leur formation et leur rem- 
plissage, que celles qui ne le sont pas. En effet, si elles étaient contempo- 
raines, on aurait de la peine à s'expliquer comment quelques-unes seule- 
ment auraient subi cette modification, et comment les autres, qui n'en sont 
pas éloignées de beaucoup, seraient demeurées intactes. La supposition 
d'une première formation de sédiments remaniés, formation suivie de nou- 
velles crevasses qui se seraient formées après que l'action des eaux aurait 
cessé, semblerait rendre mieux compte de la différence qu'on remarque 
entre les divers dépôts. 

Il est probable aussi que le soulèvement éocène du néocomien ne fut 
point instantané, mais qu'il s'opéra comme les soulèvements volcaniques 
actuels, par intervalles, par secousses éloignées, dont chacune produisit 
de nouvelles éruptions et brisa les couches sur de nouveaux points. Des 
conditions toutes locales que nous ne pouvons apprécier ont décidé du 



22 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

mode de remplissage, et celui-ci se sera effectué avec des laves plus ou 
moins remaniées. 

Disparut ion du sidérolitique et son influence sur d'autres terrains. Les 
éjections ferrugineuses qui suivirent immédiatement le soulèvement du 
Jura (que nous nommerons soulèvement éocène) durèrent sans don le un 
temps plus ou moins long. Les laves aqueuses de ce terrain unirent par 
recouvrir la presque totalité du calcaire, en se déposant à sa surface et en 
eu remplissant les interstices. D'où vient qu'on ne retrouve guère de marnes 
rouges à la surface du roc, mais seulement dans ses interstices? 11 faut, 
pour répondre à cette question, nécessairement admettre que le sidéroliti- 
que a été postérieurement enlevé de toutes les positions peu assurées où il 
se trouvait. Les eaux ont pu l'entraîner petit à petit dans le fond des vallées 
et dans la mer du plateau suisse dont il a pu colorer les depuis. 

Ceci n'est qu'une hypothèse, mais il est des indices qui, à défaut de 
données paléontologiques positives, méritent qu'on leur accorde quelque 
attention, surtout lorsqu'il s'agit de débrouiller les lambeaux un peu confus 
des différents groupes de terrain. 

Nous retrouvons dans la série des tertiaires ou mollasses de notre canton 
un étage considérable, si bien caractérisé par sa coloration, que M. Necker 
l'a séparé des autres étages sous le nom de mollasse rouge. Cet observateur ne 
sut à quoi attribuer la coloration rougeàlre qui dislingue ce terrain. .Nous 
pensons qu'on peut fort bien y reconnaître l'influence des détritus sidéroli- 
tiques du Jura, et nous sommes heureux de voir cette idée défendre aussi 
par M. le Prof. Morlot. Bien que les fossiles de la mollasse rouge ne puis- 
sent nous être d'aucun secours à cause de leur petit nombre, cependant 
nous trouvons dans d'autres considérations un appui à notre manière de 
voir. Il est assez évident que la coloration de la mollasse rouge n'est point 
le produit d'une décomposition, au contact de l'air, de substances ferrugi- 
neuses, mais qu'elle provient de l'addition d'une certaine quantité d'oxide 
de fer hydraté qui s'est mélangé avec le terrain au moment où celui-ci se 
déposait. En effet, quelle que soit la nature du terrain, marne ou grès, et 
quelle que soit la profondeur où on l'examine, la teinte est constam- 
ment d'un rouge brique ou violacée, jamais elle n'est d'un rouge brun. 
La mollasse rouge est inférieure aux lignites dont la nature miocène ne peut 
cire contestée. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÈOCÈNE. --"> 

Elle forme enfin la base de tons nos dépôts tertiaires. 

La mollasse rouge est un dépôt d'ean douce, ainsi que le prouvent ses 
rares fossiles. Elle s'est formée après que le sous-étage urgonien a été 
soulevé, c'est-à-dire qu'en fixant le soulèvement de celui-ci à peu près à la 
fin de l'époque éocène, ce fût tout au commencement de l'époque miocène 
que la mollasse ronge a déposé ses marnes et ses sables colorés. 

A ces dépôts d'eau douce succédèrent sans brusque mouvement ceux 
des couches à lignites, puis vinrent les étages tertiaires supérieurs. 

Une observation récente vient fort heureusement confirmer notre suppo- 
sition. M. S. Chavannes a remarqué près d'Orbe, an-dessous du village 
d'Agiez, un banc de sidérolitique considérable, reposant immédiatemenl 
sur le néocomien, et recouvert, immédiatement aussi, par une berge de 
mollasse ronge rose élevée 1 . 

En adoptant donc une pareille classification pour nos tertiaires infé- 
rieurs, nous tomberions d'accord avec M. le D r Greppin dans sa division 
des tertiaires jurassiques. Cet observateur si exact a reconnu dans les ter- 
tiaires de Délémont et du Jura bernois, au-dessus du sidérolitique qui 
forme son étage fluvio-terrestre inférieur, un étage marin inférieur corres- 
pondant aux sables de Fontainebleau, soit à une partie du Tongrien de 
Al. d'Orbigny. C'est à côté de ce dernier étage que nous placerions notre 
mollasse ronge, bien que celle-ci soit tritonienne et le premier neptunien. 
Cette différence des caractères ne nous semble pas devoir empêcher le 
rapprochement que nous établissons; ces deux bassins était d'ailleurs 
séparés par plusieurs chaînons du Jura. 

Dépôts d'ossements analogues à eeux du Mauremont. — Les phénomènes qui 
ont contribué au soulèvement du Mauremont et à la formation des brèches 
osseuses qui nous ont occupés, ont pu se produire également dans diverses 
localités situées au bord de la chaîne du Jura. En effet, à des hauteurs 
semblables, on a trouvé à diverses reprises des ossements d'animaux. Les 
premiers qui furent découverts l'ont été dans une carrière du Porllandien, 
près de Soleure. Ils furent rapportés par Cuvier et Dufrcnoy à YAnoplo- 



1 Ce dépôt est de plus fort intéressant par la présence d'une vraie brèche formée de fragments de calcaire 
saccharoïde cimentés par un calcaire plus récent et contenant des grains de fer pisolilique. 



Ç>4 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

thorium gracile et au Palœùtherium crassum. La véritable position géologique 
de ce dépôt ne fut déterminée que plus tard d'une manière positive. 

M. le Prof. Suider reconnut que ces fossiles n'appartiennent point au 
terrain portlandien, mais qu'ainsi que ceux du Mauremont, ils ont été dé- 
posés dans une crevasse remplie par des marnes sidéroliliques. 

M. Gressly découvrit plus tard encore une nouvelle localilé plus riche 
dans les carrières d'Egerkinden. Les ossements s'y trouvent aussi (Mitre les 
couches du portlandien, dans un amas de marnes, de fer pisolitique, de 
bolus et de brèche calcaire. Cette crevasse, large de deux mètres, communi- 
que avec la surface du sol par une fente verticale. Un banc de calcaire à 
ptérocères de 15 mètres recouvre cette couche, qui repose à son tour sur 
le calcaire à astartes 1 . 

Plus récemment encore, M. le D r Greppin a recueilli à Courreudelein 
« dans des argiles sidérolitigues parfaitement en place, » un calcaneuin qui a 
tout à fait les caractères de ceux des Pakico thorium. D'autres ossements qui 
accompagnaient ce fossile ont été détruits par les ouvriers. 

Enfin, un certain nombre d'os longs ont été recueillis à Dévalier-dessus 
dans des conditions absolument analogues, et dans cette même localilé, 
M. Greppin a trouvé une dent de crocodile et une dent de mammifère mal- 
heureusement indéterminable, dans un dépôt iluviatile reposant sur l'étage 
astartien 2 . 

Ces dépots existent sans doute dans beaucoup d'autres localités. On se 
souvient d'en avoir remarqué des traces dans les (invirons de Porrcntruy, 
surtout dans des lambeaux épars remaniés au contact du sidérolitique; 
mais l'attention n'ayant pas encore été éveillée, ces indices ont été négli- 
gés 3 . Espérons que maintenant les trouvailles deviendront plus fréquentes, 
et que ces ossements, recueillis et étudiés avec soin, serviront à établir la 
succession des différents groupes des terrains tertiaires de notre pays. 



' Studer, Géologie der Schweiz. 
* Communications de M. Greppin- 
3 Coin m. de M. Thurmann. 



VERTÉBRÉS DE LA FAINE ÉOCÈNE. 



G N C L U S I O N S. 



1° La colline du Mauremont a été soulevée une première ibis peu de 
temps après la déposition du terrain urgonien dont elle fait partie; c'est 
le soulèvement urgonien. 

2° Un second soulèvement, ou soulèvement éocène, plus violent que l< 1 
premier, a eu lieu à l'époque parisienne supérieure, probablement à la 
fin de celle-ci. 

5° Il a rompu les couches suivant deux directions à peu près perpen- 
diculaire l'une à l'autre. Les ruptures Nord-Sud, perpendiculaires à l'axe 
de soulèvement, ont formé les cluses; et les ruptures Est-Ouest, qui lui 
sont parallèles, ont produit de nombreuses crevasses et fissures. 

A Les crevasses sont plus nombreuses sur les points où la voussure 
des couches est plus considérable. 

o° Le soulèvement éocène a été suivi d'abondantes éjections de bolus 
sidérolitique. 

6° Les laves ferrugineuses liquides étaient formées de marnes rouges 
contenant des grains de fer concrétionnés et de vrais pisolites. Elles se 
sont écoulées à la surface du sol, entraînant avec elles les matières qu'elles 
rencontraient sur leur chemin; elles ont rempli les interstices du cal- 
caire qui communiquaient avec l'extérieur. (Elles ne renferment pas de 
gypse.) 

7° Les matières étrangères sont composées de fragments de calcaire 
urgonien et d'ossements épars, ou d'animaux tout entiers. 

8° Les fragments de calcaire sont de nature diverse; ceux de calcaire 
saccharoïde sont plus nombreux; ils semblent provenir de localités pi us 
élevées. 

0° L'altération qu'a subie le calcaire ne ressemble à aucune de celles 
qu'on observe dans les crevasses d'éjection. 

10° Toutes les crevasses observées jusqu'à maintenant sont des crevas- 
ses de remplissage. 

4 



2(î PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

11° Les ossements fossiles sonl presque toujours réunis en grand 
nombre; ils appartiennent à des animaux fort différents, tous de la faune 
éocène supérieure, et sont analogues surtout à ceux des gypses de Mont- 
martre. Ils ne forment pas un élément constant du contenu des crevasses. 
Ils sont parfois roulés et réunis en une brèche osseuse fort riche; ail- 
leurs ils sont mieux conservés, mais plus disséminés. 

12° Ces animaux appartiennent principalement à la classe des mam- 
mifères et à celle des reptiles. 

13° Les crevasses ne renferment pas de mollusques fossiles ni de dé- 
bris de végétaux. 

14° Les marnes sidérolitiques qui étaient déposées à la surface du 
calcaire ont disparu entraînées par les eaux. De là provient sans doute 
la coloration de la mollasse rouge que nous rangeons dans le miocène 
inférieur. 

15° Les révolutions immenses qui terminèrent dans le canton de Yaud 
l'époque éocène supérieure ou parisienne, s'étendirent, accompagnées 
des mêmes phénomènes à tout le Jura suisse, et, comme chacun le sait, 
plus loin encore à tout le Jura Wurtembergeois. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈNE. 27 



SECONDE PARTIE. 



DESCRIPTION DES OSSEMENTS FOSSILES 



TROUVES 

A U 1?I A U R E NI O N T 

l'Ail 

M. F. .1. PICTET. 



I. H tllllll<'Ùltl<:K. 

Les mammifères forment la partie la plus importante de la faune du 
terrain sidérolitique du canton de Vaud. Je ne suivrai pas dans leur des- 
cription Tordre zoologique rigoureux, j'ai préféré conserver celui dans 
lequel je les ai étudiés, et commencer par les groupes qui sont repré- 
sentés par les fragments les plus nombreux et les mieux conservés. 

Je n'ai pas cru devoir me borner à figurer et à décrire les espèces 
nouvelles. J'ai fait dessiner aussi toutes les pièces qui, appartenant à des 
espèces connues, pouvaient fournir quelques nouveaux documents sur leur 
organisation. Toutes les fois, par exemple, que j'ai eu à ma disposition 
une série dentaire plus complète ou mieux conservée que celles que 
l'on connaissait, je l'ai fait figurer. J'ai fait de même dans les cas où un 
degré d'usure plus grand ou moindre pouvait fournir des caractères en 
apparence différents. 

Ordre des PACHYDERMES. 

Une grande partie des dents et des ossements que nous avons à décrire 
appartiennent à l'ordre des Pacbydermes. Les plus caractéristiques prou- 



28 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

vent l'existence de quelques Palseotherium; d'autres semblent indiquer un 
genre nouveau de la tribu des Tapiroïdes; quelques-uns ont le caractère 
des Anoplothérioïdes. Il n'a pas été toujours possible d'associer les dents e1 
les os des membres. Le mélange de tous les fragments dans la brèche 
osseuse rend cette recherche difficile lorsqu'il s'agit d'espèces de même 
taille, appartenant à des genres voisins ou dont l'ostéologie est incomplète- 
ment connue. Quelquefois, cependant, des circonstances plus favorables 
ont permis de faire des rapprochements très probables. 



Tribu des Pal/eotuékioïdes. 



Nous avons trois espèces qui appartiennent évidemment à cette tribu. 
Deux d'entr'elles sont caractérisées par des molaires inférieures composées 
de deux croissants, sans aucune trace d'appendice postérieur ou de talon 
(sauf à la dernière); elles appartiennent par conséquent au groupe des 
Palœotherium proprement dits. L'autre se distingue par ses deux avant- 
dernières molaires inférieures qui ont un petit talon ou tubercule en ar- 
rière du second lobe; elle appartient ainsi au genre des Plagiolophus , 
Pomel. 



A.RT. I er . De la plus grande espèce de Palœotherium proprement dit 

(P. médium, Cuvier). 

{PI. I , f%g. 1 d 3.) 

Plusieurs fragments paraissent devoir être rapportés au Palœotherium mé- 
dium, Cuvier. La forme de ces pièces et leurs dimensions concordent assez 
avec celles qui ont été décrites pour ne pas laisser de doute, surtout si l'on 
tient compte des variations individuelles qu'entraînent toujours l'âge, le 
sexe, etc. Je me bornerai donc à décrire brièvement ces débris. Ce sont : 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÊOCÊNE. 29 

1° Une mâchoire supérieure dont les bords alvéolaires ont été rapprochés par la com- 
pression , en sorte que la surface palatine est tout à fait resserrée et altérée. Le reste de 
la face est très imparfaitement conservé. 

La dentition y est complète pour les dents molaires (Voyez PI. 1, fig. 1). La posté- 
rieure est encore engagée en partie dans l'os de la mâchoire; elle n'avait pas atteint 
le niveau des autres. Ces molaires sont peu usées et offrent évidemment dans leurs 
lames d'émail et dans leurs bourrelets externes saillants et bien prononcés, une très 
grande ressemblance avec les figures données par MM. Cuvier, de Blainvillc et Gcr- 
vais. Les dimensions sont un peu inférieures à celles qui ont été mesurées par ce dernier 
auteur. Je les ai trouvées comme suit (exprimées en millimètres) : 



Ire 2* 3« I e 



Longueur au bord extérieur de la couronne. 
Largeur au collet 



16 


20 


21 


23 


26 


IG 


18 


20 


21 


23 



La 7 e n'a pas pu être mesurée. 

Celle même mâchoire supérieure présente des barres égales à la longueur des deux 
premières molaires réunies. La canine, encore jeune, est engagée dans l'os de la mâ- 
choire et a une coupe subtriangulairc. 

2° Une mâchoire inférieure dont les branches sont également comprimées et qui man- 
que de toute la partie postérieure. 

On y voit du côte droit 5 molaires, la première et la dernière manquent, la 2 e est 
couchée. Du côté gauche on voit les 3 e , i 9 , 5° et 6 e molaires. Elles ont les dimensions 
suivantes exprimées en millimètres. 

2c 

Longueur ' * 

Largeur au collet ° 

Les canines sont en partie engagées dans l'os de la mâchoire et séparées des molaires 
par des barres à peu près semblables à celles de la mâchoire supérieure. Ces canines ont 
également une forme subtriangulairc, la face interne étant plate, les angles antérieurs 
et postérieurs tranchants, et l'angle externe arrondi. 

Les incisives (pi. I, fig. 2, a, h, c) sont au nombre de six. Les externes paraissent 
être des dents de lait. Les incisives du milieu commencent à s'user sur leurs bords ; 
leur surface interne est excavée et régulière. Les latérales ou secondes incisives ont 
une surface interne oblique, le bord antérieur étant plus grand que le postérieur. Les 
incisives cxlernes ont leur surface interne régulièrement arrondie. 



3e 


4e 


5e 


6« 


17 


18 


10 


21 


9 


10 


11 


13 



30 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

3° Une dent molaire isolée, de la mâchoire supérieure, non encore usée (la 5° gau- 
che). 

4° Un fragment d'articulation de la mâchoire inférieure (apophyse glénoïdcj -, une por- 
tion du même os contenant une dernière molaire à l'état de germe; et une apophyse 
coronoïde d'un autre individu. 

5° Quatre incisives isolées de la mâchoire inférieure plus usées que dans la mâchoire 
indiquée ci-dessus. Une d'elles (incisive médiane] est longue (avec la racine) de 48 milli- 
mètres. 

()° Une omoplate gauche, dont la partie colyloïdienne et l'extrémité de l'épine sont 
seules conservées. Nous l'avons figurée pi. I, fig. 3, parce qu'elle complète un peu 
ce que l'on connaissait des formes de ces parties. 

Art. ï2. De la plus petite espèce de Palœotherium proprement dit 

(P. eurtum, Cuv.). 

(PI. I, fuj. 4 et 5.) 

Cette espèce, beaucoup plus petite que la précédente, peut être facile- 
ment confondue avec le P. minus, si l'on cherche les caractères spécifiques 
dans la taille plutôt que dans les déférences organiques. Elle s'en distingue 
au contraire très facilement par sa dentition ainsi que je le discuterai en 
détail lorsque je décrirai ce P. minus qui appartient à un autre groupe. 
La forme des dents place incontestablement l'espèce qui nous occupe 
parmi les Paheotherium proprement dits. Les proportions des molaires su- 
périeures et la forme des inférieures ne peuvent laisser aucun doute à cet 
égard. 

En la comparant aux espèces connues, on verra que, soit par sa taille, 
soit par les formes de ses molaires, elle se rapproche plus du P. curlum 
<pie d'aucune autre. 

Les fragments principaux avec lesquels on peut établir une comparaison 
sont ceux qui ont été décrits par Cuvier et par M. Gênais. 

Guvier qui a le premier reconnu l'existence de cette espèce 1 , a eu à sa 
disposition une tète presque entière, des fragments de la partie postérieure 

1 Kecherches sur les ossements fossiles, 4* édition, t Y, p 91, 120 et 424; pi. 123, flg. 1; pi. 132, Gg. 5; 
pi. 13G, fig. 3 et ô 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÊXK. 51 

d'une autre tête, des molaires isolées et des os des membres. Ces débris 
divers s'accordent pour indiquer des formes analogues à celles du P. latum 
avec une taille considérablement plus petite. 

Les dimensions des molaires tant supérieures qu'inférieures, mesurées 
sur nos échantillons, s'accordent tout à fait avec celles qui ont été données 
par Cuvicr. La surface triturante figurée dans la pi. 1T>2, ûg. 5 des Recher- 
ches sur les ossements fossiles, a une extrême analogie avec la notre. On 
remarque très bien dans celle-ci l'interruption de l'arête antérieure signa- 
lée comme caractéristique par le savant naturaliste français. 

La comparaison avec les échantillons figurés par M. Gervais 1 est beau- 
coup plus douteuse. Les molaires supérieures attribuées par cet auteur au 
P. curtum sont plus grandes que les nôtres et que celles de Cuvicr; elles 
sont aussi plus carrées et le petit disque formé par l'interruption de la 
colline antérieure y est bien peu visible. 

Je crois être certain que l'espèce que je décris ici est bien le P. curtum 
de Cuvier. Je suis moins sûr que ce soit également celle qui a été décrite 
par M. Gervais sous ce nom; mais ce serait sortir de notre sujet que de 
discuter ici ce point de synonymie. 

Les principaux fragments par lesquels le P. curtum est représenté dans 
les terrains sidérolitiques du canton de Vaud sont les suivants. 

1° Deux os maxillaires supérieurs incomplets, l'un du côté droit portant les 5 der- 
nières molaires et l'autre du côté gauche avec les 4 dernières. L'un et l'autre ont la 
hase de l'apophyse zygomatique. Le premier a été figuré pi. I, fig. 4. 

Les dimensions des molaires sont les suivantes (en millimètres). 

Dernière ou 7e Ge 5' 4e :Se 

Longueur 1S 17 14 1 3 \ 2 

Largeur 15 15 13 12 II 

La dent postérieure est encore engagée dans l'os et presque à l'état de germe. La 
e est très peu usée. Les trois antérieures ont leur surface entamée par la trituration, 
Toutes ces dents sont, comme dans tous les PaUcotherium, partagées par un sillon obli- 
que, dirigé du milieu de la face interne en avant et en dehors jusqu'au milieu de la 
dent. La lame d'émail contourne ce sillon et la dent elle-même, et forme dans eha- 

1 Zoologie et pal. franc, pi. XIII, fig. 3 et explication de la dite. 



52 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

cunc des deux parties dans lesquelles la dent se divise, une sorte de disque libre ou 
uni au bord, suivant le degré d'usure. Les arêtes externes sont très saillantes. 

•2° Quelques dents molaires isolées de la mâchoire supérieure qui n'apprennent rien 
de plus sur la dentition. 

3° Une mâchoire inférieure dont la dentition est presque complète (pi. I, fig- 5). 
Les incisives sont au moment du renouvellement, en sorte qu'on y voit à la fois une 
partie des dénis de lait et des dents de l'adulte. Ces dernières ont leur surface in- 
terne triangulaire comme dans l'espèce précédente. Les canines étaient encore conte- 
nues dans l'os maxillaire. 

On y voit six molaires, c'est-à-dire la série complète à l'exception de la dernière; 
mais parmi les prémolaires, il y en a qui appartiennent peut-être encore à la série de 
lait. Voici en millimètres les dimension de ces six dents. 



2e 


.'Je 


4e 


5e 


6« 


10 


H 


12 


13 


14 


■') 


7 


TVi 


8 


8 



Longueur i 

Largeur 2 1/ 3 

Ces molaires sont toutes à deux croissants, à l'exception de la première qui est sim- 
ple et petite. Les croissants sont d'autant plus arqués qu'ils appartiennent à des mo- 
laires plus postérieures, et dans la seconde ils ne forment qu'une sinuosité peu pro- 
noncée. Ces dents n'ont aucune trace de talon postérieur. 

L'os de la mâchoire, réduit à sa partie horizontale, est très large; la partie qui est 
sous la barre ne s'amincit presque pas, cnsorle que la région du menton forme un 
angle assez saillant. Ces caractères montrent que cet os a appartenu à une espèce 
forte et trapue, et sont singulièrement différents de ceux que présentent les organes 
analogues du Pal. minus. 

4° Une autre mâchoire inférieure un peu moins bien conservée n'ajoute rien à ce 
qu'apprend la précédente; elle montre seulement une canine près de percer, dont les for- 
mes sont identiques à celles du Pal. médium. 

5° Deux apophyses glénoides de la mâchoire inférieure, concordant dans leurs for- 
mes avec ce que l'on connaît des caractères généraux des Palœotherium. 

6° On peut probablement rapporter à la même espèce la partie postérieure d'un 
crâne trop mal conservé pour que nous ayons cru devoir le figurer. Il montre des 
crêtes occipitales très saillantes. La partie postérieure de l'os occipital est un peu in- 
clinée en arrière, de manière à ce que sa partie supérieure dépasse le trou occipital 
dans la position horizontale de la tète. 



VERTÈBRES DE LA FAINE ÊOCÈNE. 55 

Art. 5. De la plus petite espèce de Paîœotherium , qui paraît se. rapporter au 
P. minus, Cuv. et au sous-genre des Plagiolophus, Pomol. 

Le Paîœotherium minus a été pour la pFemière fois caractérisé par Oli- 
vier. Ce savant anatomiste décrivit d'abord 1 les mâchoires inférieures, et 
fit remarquer que leurs dimensions ctj leurs caractères distinguent faci- 
lement cette espèce. 11 montra en particulier que les molaires ont leur 
collet peu marqué et que les deux premières ne sont pas en double crois- 
sant, tandis que dans les autres Paîœotherium la seconde présente sous 
ce point de vue le caractère des suivantes. 

La découverte d'un squelette presque complet, trouvé près de Pantin*, 
prouva que le P. minus avait les formes grêles d'un chevreuil et une taille 
au garrol de seize à dix-huit pouces. A ce squelette manquaient les extré- 
mités, mais Cuvicr montra que l'on pouvait, avec une très grande proba- 
bilité, lui rapporter un pied de derrière très bien conservé avec un tibia 3 , 
ainsi que des fragments d'un pied de devant 1 , et il essaya d'en donner une 
figure au trait 5 . 

Dans la série de ses travaux, Cuvier a, à plusieurs reprises, modifié 
ses opinions sur les limites de cette espèce et confondu quelquefois ses dé- 
bris avec ceux du P. curtum. 

M. de Blainville 6 a eu à sa disposition les matériaux étudiés par Cuvier, 
et en outre une partie importante d'un autre squelette, découverte par 
M. Lhuilier dans les platrières de Monthyon, près Meaux. Tout en contes- 
tant quelques points de détail dans les travaux de Cuvier, il a confirmé la 
plupart des résultats obtenus par cet anatomiste. Il a montré aussi que le 
P. minus s'écarte assez des autres Paîœotherium pour former un genre à 



1 Cuvier, Ossements fossiles, 4' édition, t. V, p. 100, pi. 92, ûg. 1 ; pi 121, iig. 2 el 8 : pi. 126, 6g 2 et 3, 

pi 136, iig 7. 

* Id.,p. 368 et 420, pi. 115. 

3 Ici., p. 175 et 270; pi. 96, fig. 2 ; pi. 99, fig. 1 à8; pi. 109, Iig 2, et pi. 110, fig. 2 à 1. 

* ld., p. 234, pi. 101, tig. 7. 
' ld., pi. 1 17. 

6 Blainville, Ostéographie, Paîœotherium, p. 34 et 71. 

5 



34 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

part. Il le caractérise par ses molaires inoins rhinocérotiques (les crois- 
sants des inférieures moins constants), et par des membres bien plus grêles, 
à doigts latéraux moins utiles. 

M. Owcn, sans s'occuper directement du Palœotherium minus, a décrit 1 
une espèce voisine dont les caractères ont de très grands rapports avec les 
siens, et a établi à son sujet le genre Paloplotherium, caractérisé princi- 
palement par la présence d'un petil tubercule postérieur aux dernières mo- 
laires de la mâchoire inférieure. Ce petit tubercule, indépendant dans le 
jeune Age, se relie par l'usure au croissant postérieur sous forme de bou- 
cle (Voyez pi. Il, fig. 7 et 8). 

Plusieurs autres caractères viennent s'ajouter à celui-ci. Ils sont analysés 
eu détail par M. Owcn dans le mémoire où ce savant anatomiste a décrit 
le Paloplotkerium anneclens. 

Les principaux sont les suivants : 

A la mâchoire inférieure. 

1° La seconde molaire ressemble moins aux suivantes que dans les vrais 

Palœotherium. 

2° La pointe formée au milieu de chaque dent par la rencontre des 
deux croissants est plus prononcée et quelquefois (avant l'usure) bifide. 
Cette circonstance est plus marquée encore, comme on le sait, dans les 
Anchitherium {Pal. Aurelianense, Cuvier). 

5° Les Paloplotherium manquent du bourrelet qui longe le bord interne 
de la couronne dans les Paheolherium. 

4° La dernière molaire n'a que deux lobes principaux et un très petit 
lobe accessoire. Je reviendrai plus lard sur ce point. 

A la mâchoire supérieure. 

1° Les molaires sont plus inégales entr'ellcs (pie dans les vrais Palaeo- 
therium; les prémolaires ont beaucoup moins le type palaeothérien et dé- 
croissent plus rapidement. Dans les Paheolherium, il y a ordinairement 
quatre dents composées sur le même système. Dans les Paloplotherium, 
chaque dent a davantage ses caractères propres. 

2° L'angle antéro-interne de la dent forme dans les Paloplotherium un 

4 Alheneum 18 H, et Quarterly Journal of the Gool. Soc 1S 18, t. IV, p. 20. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈNE. 55 

lobe plus distinct, qui s'use d'abord en une ile (rémail et qui ne se relie 
que plus tard avec le reste de la dent. 

5° La première prémolaire disparaît de bonne heure (avant l'apparition 
de la dernière molaire) de sorte que l'animal n'a que six dents à la fois. 

A peu près à la même époque où M. Owcn établissait le genre Pahplo- 
therium, M. Pomel' taisait également remarquer que l'on pouvait distin- 
guer deux types dans les Pakeotherium, et il donnai! le nom de Plagiolo- 
phus à un groupe qui comprend le P. minus, el avec doute le P. minimum, 
sans donner d'autres caractères que la grande obliquité des collines de la 
mâchoire supérieure et la simplicité des molaires antérieures de la mâchoire 
inférieure, 

M. Gervais * admet le genre établi par M. Owcn et y place le Palœothe- 
rium minus. Cnv. Dans la caractéristique il donne trois lobes à la der- 
nière molaire, s'accordanl avec M. Owcn sur le reste des caractères. Nous 
devons nous arrêter quelques moments sur cette circonstance importante. 

M. Owen n'a pas eu à sa disposition une mâchoire inférieure adulte. La 
plus âgée de celles qu'il a décrites présentait les quatre prémolaires de 
lait hors de la gencive, les trois germes de remplacement des dernières 
prémolaires , deux arrière molaires également hors de la gencive , et 
une dernière molaire à l'état de germe. 

Ce paléontologiste établit: 1° que ce germe, qui paraît loul formé, 
a deux collines seulement et un petit tubercule postérieur; 2° qu'il 
paraît bien par sa place être celui de la dernière molaire ; 3° que 
dans tous les mammifères ongulés, la dernière molaire caduque l'ap- 
pelle, par ses formes et par le nombre (h; ses collines, la dernière 
molaire persistante, et que dans la mâchoire qu'il a étudiée, cette 
dernière molaire caduque n'ayanl (pie deux collines, rend probable une 
organisation analogue pour la dernière persistante. 

Ce caractère du Pahphtkerium annectens le rapproche des Anchithe- 
rium, auxquels il ressemble aussi par la pointe bifide résultant du 
contact des croissants. Ces dvux genres restent toutefois distincts. 



1 Bibliothèque universelle de Genève, 1817, Archive.-, tome V. p. -20-2. 
5 Zoologie et l'aléontol. françaises, p. G3. pi. 13 et 14. 



r>() PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

]<> Par la dimension de la seconde prémolaire inférieure, qui est 
beaucoup plus différente de la première dans rAnehitlierium ; 

2° Par une composition très-différente des molaires supérieures. 

Il résulte de là: 1° que le P. minus et le P. anneciens se ressem- 
blent par tout l'ensemble de leur dentition, et qu'ils diffèrent par plu- 
sieurs points essentiels des vrais Pakeolherium ; 

2° Qu'ils se distinguent cependant l'un de l'autre par la forme de la 
dernière molaire inférieure, qui est à trois collines dans le premier et 
à deux dans le dernier ; 

5° Que le P. annectens doit en conséquence former un sous-genre spé- 
cial qui conserverait le nom de Paloplotherium, donné par M. Owcn, 
et (pic le P. minus est le type d'un autre sous-genre très-voisin , mais 
distinct, auquel doit être attribué le nom de Plagiolopiius, Pomel. 

M. Gervais indique la présence du P. minus dans les lignites de Per- 
réal, près Apt (Vaucluse), à la Grave (Dordogne), et à Saillans (Gi- 
ronde). 

M. Fraas ' vient de le trouver également dans les dépôts éocènes de 
Fronstetten, avec une autre espèce qu'il nomme à tort Palœothcrium 
hippoïdes, et qui n'a en aucune manière la composition des molaires 
supérieures caractéristique de cette espèce qui est devenue le type du 
genre Anchitherium et qui est spéciale aux terrains miocènes. M. II. de 
Meyer a déjà relevé cette erreur et nommé cette nouvelle espèce Pla- 
(jiolophus Fraasii. 

Le P. minus de Fronstetten n'est d'ailleurs connu que par des frag- 
ments médiocrement conservés, qui n'ajoutent rien à ce que nous con- 
naissons de celle espèce. M. Fraas, dans sa synonymie, y réunit deux 
pièces attribuées par Cuvier au P. curtum. Sur l'un des deux (Oss. foss. 
PI. 136, fig. 3) je n'ai pas d'opinion parce que je ne connais pas bien 
la région inférieure de la tète de ces deux espèces. Sur l'autre (Oss. 
foss. pi. 152, fig. 5) je ne puis point accepter la réunion proposée, car 
les dents molaires supérieures qui y sont figurées n'appartiennent certai- 
nement pas au P. minus. 

1 WurtembergUche uaturwissenschaftliche Jahreshefte, 8* année , 185-2, 2<- cahier, p. 218, Voyez aussi 
H. de Meyer. in Leonh. und bïonn, Neues Jahrbuch 1852, p. 305 et 831. 



s 



VERTÉBRÉS DE LA FAINE ÉOCÊNE. ->/ 

Les mâchoires recueillies au Mauremont et que nous avons pu étudier, 
se rapportent, comme nous le montrerons plus bas, au P. minus. Elles 
complètent sur quelques points les faits connus, fournissent une série 
assez entière des molaires et pourront servir à jeter du jour sur ces diverses 
questions. 

[Description de la mâchoire inférieure. 



Nous connaissons cette mâchoire par les pièces suivantes : 

1° Une partie antérieure depuis les incisives jusqu'à la troisième molaire. Deux inci 
sives y sont conservées; la canine manque et on y trouve les trois premières molaires 
de chaque côté (pi. II, fig. 2) ; 

2° Une partie antérieure terminale contenant deux incisives et une canine , et frac- 
turée avant la fin de la symphyse (pi. II, fig. 3); 

3° Un os maxillaire réduit à son bord alvéolaire et contenant une série complète des 
dents de l'adulte, à l'exception de la quatrième molaire qui est brisée (pi. II, fig. 4); 

4° Une certaine quantité de dents isolées. 

Ces fragments sont insuffisants pour donner une idée de la forme générale de la 
mâchoire, et en particulier ne fournissent aucune donnée sur l'angle postérieur et sur 
les apophyses glénoïde et coronoïde. 

Elles montrent que la mâchoire a été amincie en avant et presque horizontale dans 
la région du menton. Le bord inférieur situé sous les molaires se continue par une 
ligne droite jusqu'à la base des incisives qui elles-mêmes sont presque horizontales. Il 
est inutile d'insister sur la différence importante qui existe sous ce point de vue entre 
le Plagiolophus et le PaUvotherium curtum. On connaissait d'ailleurs déjà cette forme 
par l'échantillon trouvé fossile à Paris. Les dimensions sont les suivantes : 



Largeur de la mâchoire mesurée entre la face externe de chacune des trois molaires 33 mm. 

Hauteur de la mâchoire sous la troisième molaire il 

Longueur de la symphyse 36 

Largeur minimum de la même 1 H 

Largeur mesurée entre les incisives externes ( à leur hase; 20 

Les incisives sont au nombre de six, couchées en avant, comme je l'ai dit plus haut, 
et presque horizontales. Leur couronne est un peu élargie vers l'extrémité, taillée en 
biseau; la surface de trituration est oblique en dedans et ordinairement trapéziforme ; 



58 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

dans quelques-unes cependant elle est subtriangulaire. La dent médiane paraît être la 
plus grande. 

Les canines sont incomplètement conservées, et le fragment principal (fig. 2) n'en 
renferme que les racines. Une portion de la couronne existe cependant dans un frag- 
ment plus petit (fig. 3). Celte couronne est cassée et on ne peut pas préciser sa lon- 
gueur qui paraît avoir été médiocre. Sa coupe est sub triangulaire, sa face interne est 
plaie et séparée des deux autres par des arêtes vives comme chez les vrais Paheothe- 
rium; les deux faces externes sont séparées l'une do l'autre par une arête arrondie. 

Les molaires sont au nombre de six et leurs dimensions exprimées en millimètres 
sont les suivantes : 



Longueur 

Largeur au collet. 



l.V 


2o 


8« 


4* 


5» 


r„ 


7 


8 


10 


? 


13 


■2\ 


4 


5 


7 


•> 


8 


8 



La première ou la plus antérieure est formée d'une grande pointe et d'un petit talon 
postérieur; elle rappelle les prémolaires de quelques carnassiers. 

La seconde est composée d'une pointe plus large et plus émoussée, et d'un talon 
plus considérable. Elle change un peu de forme en s'usant; l'émail de l'arête se dé- 
truit et laisse à sa place une ligne sinueuse qui commence à indiquer les croissants 
des dents suivantes, mais sans avoir encore leurs caractères. 

La troisième dent est composée de deux croissants assez marqués; elle ne paraît pas 
avoir eu de petit talon en arrière. 

La quatrième manque. 

La cinquième dent présente deux croissants bien distincts, reliés dans leur milieu par 
une double pointe, qui résulte de ce qu'ils se touchent sans se confondre, et de ce 
que leurs angles de contact sont un peu plus élevés que le reste. Ce caractère, toute- 
fois, n'existe que dans la dent jeune ou peu usée, et la trituration, en élargissant les 
croissants, tend à les confondre. En arrière du croissant supérieur, la lame d'é- 
mail se replie en dehors pour former un tout petit talon ou tubercule, qui par l'usure 
se relie avec les autres sous la forme d'une petite boucle. 

L'importance caractéristique de cette dent m'a engagé à en figurer quelques-unes à 
divers degrés d'usure. La fig. 8 de la pi. II, en représente une à l'état de germe, ou 
la double pointe médiane est très visible ainsi que le tubercule postérieur qui est en- 
core isolé. La fig. 7 en représente une autre plus usée, ou le petit tubercule est relié 
et forme la boucle. Je dois du reste ajouter que la 4'' dent n'ayant pas été vue en 
place, et devant probablement ressembler beaucoup à la 5", je ne puis pas certifier 
(juc les deux figures précitées appartiennent bien à la 5 e et non à la 4 e ; mais je le crois 
probable. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ftOCÈNE. 59 

La sixième et dernière dent est formée de trois collines bien distinctes et de trois 
racines. Les croissants se joignent comme dans la dent précédente. Le troisième est 
un peu plus petit que les deux autres, cependant la colline dont il dépend est trop 
développée pour être comparée à un simple talon. C'est dans cette circonstance, ainsi 
que je l'ai dit plus haut, que consiste la principale différence qui existe entre les l'Ui- 
giolophus et les Paloplotheriwm. 

Description de la mâchoire supérieure. 

Cette mâchoire est conservée d'une manière moins complète que l'inférieure, quoi- 
que par des pièces analogues. Nous possédons : 

1° Deux fragments de la partie antérieure portant quelques dents incisives et cani- 
nes, trop imparfaits pour être figurés. 

2° Une série complète des molaires (pi. II, fig. 1, a et b). 

3° Quelques dents isolées 

Les os maxillaires et incisifs paraissent avoir été assez amincis dans leur partie an- 
térieure; ils sont insuffisants pour faire juger de la forme du nez et du reste de la face. 

Les dents incisives sont un peu plus déprimées qu'à la mâchoire inférieure, ensorte 
que leur surface de trituration est en forme d'ovale allongé dans le sens transversal. 

Un des fragments de mâchoire porte une canine en place, à coupe subtriangulaire 
à face interne plane, et qui était disposée de manière à s'user par son arête anté- 
rieure. La trituration en a détruit une grande partie, et la dent est devenue très 
courte. 

Je pense qu'on doit rapporter à la même espèce et à la même place une dent usée 
également sur son arête antérieure, mais moins profondément. Elle peut probablement 
donner une idée plus juste des dimensions ordinaires de la canine supérieure. Sa cou- 
ronne est longue de 12 millimètres, et sa racine (incomplète) de 20. Son plus grand 
diamètre est de 8 millimètres. 

Les molaires sont au nombre de six, et la série paraît être complète. Il pourrait 
tout au plus y avoir de plus une très petite prémolaire antérieure. Leurs dimensions 
sont les suivantes (en millimètres). 



Longueur 

Largeur au collet 



l o" 



1" 


2 


3e 


4 e 


5* 


6<- 


8 


9 


10 


12 


15 


20 


8 


10 


12 


13 


1i 


li 



La première molaire est subquadrangulairc, à peu près égale en tous sens. La lame 
d'émail y forme un ovale médian; l'arête verticale externe est mousse et le collet 
peu marqué. 



40 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

La seconde molaire appartient à un type analogue, sa face externe est à peu près 
la môme, sa face interne présente un enfoncement vers le tiers postérieur, premier 
rudiment du sillon qui divise en deux collines les trois dernières dents. 

La troisième molaire fait une transition aux suivantes. Les arêtes externes sont plus 
aiguës; sa face interne a le même enfoncement que la deuxième molaire et à la même 
place; la lame d'émail forme dans son milieu une ligne plus sineusc composée de trois 
croissants peu distincts, dont deux externes et un interne. 

La troisième molaire présente le véritable type palœothéroïde; elle est incomplètement 
divisée en deux collines par un sillon oblique qui partant du milieu de la face interne, 
se dirige vers l'angle antéro-externe. La lame d'émail qui le forme se termine vers 
le milieu de la dent en une sinuosité longitudinale, obscurément formée de deux crois- 
sants. Les arêtes externes sont aiguës. 

La cinquième molaire diffère de la précédente par son sillon plus oblique qui se di- 
rige presque vers le milieu du coté antérieur et par la sinuosité médiane longitudinale 
plus longue. 

La dernière molaire a les mêmes caractères que la [précédente; mais en outre un 
fort talon ou troisième colline, se relevant à la partie postérieure en une'pointe externe 
plus petite que les pointes principales. 

La description précédente montre que le type des Plagiolopbus s'écarte en plusieurs 
points de celui des Palœotberium. La principale différence, et suivant moi la plus fa- 
cile à saisir, consiste en ce que les trois premières molaires des Plagiolopbus n'ont 
point le caractère palseothérioïde, manquent de sillon oblique, et sont très petites par 
rapport aux trois dernières. Dans les Palœotherium , les différences sont moins mar- 
quées et les prémolaires ressemblent beaucoup plus aux vraies molaires, soit par leurs 
formes soit par leurs dimensions. 

On peut ajouter comme caractères des Plagiolopbus, l'obliquité plus grande du sil- 
lon et le développement longitudinal de la lame d'émail qui le termine. 

Ces caractères sont assez frappants pour s'appliquer aux dents isolées, et la qua- 
trième est la seule que l'on puisse confondre avec celles des Palaeotheriuffi. 

La comparaison avec les Paloplolberium ne fournit point les mêmes résultats et l'i- 
dentité est presque complète. Ces Pacbydermes et les Plagiolopbus font certainement 
partie d'un même genre naturel, et, comme je l'ai dit plus haut, ne peuvent être dis- 
tingués qu'à titre de sous-genre, justifié principalement par la forme de la dernière 
molaire inférieure. La mâchoire supérieure offre une différence analogue dans le talon 
de la dernière molaire, qui est plus grand et bilobé dans le Plagiolophus. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈNE. 41 

Description de quelques os des membres. 

Le membre postérieur du P. minus est bien connu par les travaux de Cuvicr et de 
Blainville. Le membre antérieur l'est beaucoup moins, les fossiles du musée de Paris 
n'ayant pu fournir à son égard que des renseignements incomplets. Il m'a paru con- 
venable, pour combler en partie celte lacune, de figurer et de décrire les os que nous 
possédons et qui appartiennent à celte partie du corps, d'autant plus que les régions 
les mieux connues sont précisément l'épaule et le bras, qui nous manquent presque 
totalement, et que celles qui le sont le moins sont les parties terminales dont nous 
possédons de nombreux fragments. 

L'humérus n'est représenté dans nos collections que par sa partie inférieure (pi. II, 
fig. 9, a, b) qui montre une poulie un peu plus serrée que dans les vrais Palœolhe- 
rium, et qui indique en conséquence un membre antérieur un peu plus léger. L'épi- 
trochlée est nulle, l'épicondyle forme une petite pointe, et l'angle postérieur de l'os 
est presque droit dans cette région. La fosseltc destinée à recevoir l'olécrane est 
profonde. 

Le cubitus ne nous est connu que par sa moitié inférieure, aplatie par la fossilisa- 
lion. 

Le radius est conservé par son extrémité supérieure, qui est élargie en travers, dé- 
primée et formée de deux facettes inégales, subquadrangulaires. Ce radius n'était pas 
soudé au cubitus, mais complètement privé du mouvement de pronation et de supina- 
tion. Un des échantillons a été trouvé en connexion avec l'humérus. 

Nous avons figuré cinq os du carpe [pi. II, fig. 10 et M), savoir: 

Dans la rangée supérieure en allant de droite à gauche (ou de la gauche de la plan- 
che à sa droite), le pyramidal, le semi-lunaire, et le scaphoide. Le premier et le 
dernier appartiennent à la main droite , le deuxième faisait partie de la main gauche 
et a été représenté à part (fig. 11) et indiqué au trait dans la figure principale [fig. 10!. 
Le pisiforme manque. 

Dans la seconde rangée, en allant dans le même sens, nous n'axons que Vos crochu 
ou unci forme et le grand os ; le trapezoide nous manque donc. On sait que le trapèze 
disparaît chez les Pachydermes du type dont nous nous occupons. 

Il suffit presque, pour faire connaître suffisamment ces os, de constater leur grande 
analogie avec ceux du tapir. Ils sont cependant plus minces à proportion de leur hauteur. 

Le scaphoide est subcylindrique, articulé au grand os par une facette large et ayant 
plus extérieurement une petite facétie triangulaire étroite qui indique que le Irapézoïde 
était peu développé. 

6 



42 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

Le semi-lunaire a presque exactement les dimensions de celui du tapir, en étant un 
peu plus rétréci dans son milieu. 

Le pyramidal est moins large que celui du tapir, et a les mêmes facettes. 

Le grand os a un très-grand prolongement postérieur , et mériterait mieux que le 
suivant le nom d'os crochu. La face, qui est visible en avant est plus petite que celle 
des cinq os décrits, mais son grand crochet postérieur le rend plus long d'avant en arrière 
qu'aucun d'eux. 

Vunci forme ou os crochu est le plus gros de tous, il est terminé en arrière par un 
crochet médiocre. Il est également plus haut et moins large que dans le tapir. 

Le métacarpe est également composé d'os bien plus longs à proportion de leur dia- 
mètre que ceux de l'animal vivant que nous avons pris pour terme de comparaison. 
La main dans son ensemble est beaucoup plus mince, plus grêle et indique un 
animal considérablement moins lourd. 

Le métacarpien médian, porté principalement par le grand os et un peu par l'os cro- 
chu, est le plus considérable , sa coupe est subtriangulaire. 

Nous n'avons que des données incomplètes sur les autres métacarpiens. La facette 
de l'os crochu montre que celui qui correspond à l'annulaire était assez développé. 
Nous possédons un métacarpien externe très-comprimé , mais incomplet. 

Les doigts sont bien conservés. Le médian est composé d'une première phalange 
presque cylindrique, un peu plus longue que large; d'une seconde phalange très-courte 
et d'une phalange unguéale déprimée, plus allongée que chez le tapir, échancrée à l'ex- 
trémité qui est en ogive et non arrondie (pi. II, fig. li a, b). 

Nous avons observé un doigt latéral (probablement l'annulaire) qui est composé d'une 
première phalange courte à coupe circulaire et subtriangulaire dans son profil, d'une 
seconde phalange presque deux fois moins longue qu'elle n'est large d'avant en arrière. 
et d'une troisième phalange demi-circulaire très-fortement comprimée (pi. II, fig. 13 a, b). 

Le membre postérieur étant beaucoup mieux connu que l'antérieur, il m'a semble 
inutile d'en décrire et figurer de nouveau les fragments que nous possédons. Ce sont 
principalement un tibia gauche et quelques os du tarse et du métatarse. 

Tribu des Suilliens ou Cochons. 

Je ne m'occuperai pour le moment que des dents et des fragments de 
mâchoires que l'on peut attribuer à cette tribu, qui renferme les Cochons, 
les Anthracotherium, etc. Je reviendrai plus tard sur les os des membres, 
en traitant dans un même chapitre de tous ceux qui appartiennent aux 
pachydermes de petite taille. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈNE. Ï7> 

Art 1 er . Description des mâchoires et des dents d'une espèce qui parait devoir 
former un genre nouveau, voisin des Anthracotherium et des Hyopotamus 
(Rhagatherium Valdense, Pictet). 

[Pi m.) 

L'espèce que je décris ici est représentée par plusieurs pièces et en par- 
ticulier par une mâchoire inférieure dont la dentition est presque com- 
plète, par une mâchoire supérieure qui serait aussi parfaite si la couronne 
des dents n'avait pas été en partie altérée, par une mâchoire inférieure 
ayant appartenu à un jeune individu et par des dents isolées. 

L'association de la mâchoire supérieure et de l'inférieure ne me paraît 
laisser aucun doute. Je crois même qu'elles ont dû appartenir au même 
individu. Leurs dimensions, l'écartement des dents, la place des espaces 
vides, etc., concordent très exactement; les os ont la même couleur, la 
même nature de conservation et étaient probablement peu éloignés l'un de 
l'autre dans la brèche où ils ont été recueillis. On peut ajouter que la den- 
tition s'écarte trop de toutes celles que j'ai observées, pour que l'accord 
qui règne entre les deux pièces ne rende pas plus probable encore leur 
origine commune. 

La dentition de ces deux mâchoires montre que l'espèce qu'elles repré- 
sentent est un pachyderme de la tribu des cochons. Les canines bien sail- 
lantes et les longues barres qui les séparent des molaires empêchent de la 
rapprocher des Anoplothérioïdes. Ces mêmes caractères, joints aux collines 
transversales des vraies molaires inférieures, rappellent, il est vrai, un peu 
l'organisation des genres qui ont été rapprochés des tapirs sous le nom de 
Lophiolherium, Pachynolophus , Tapirulus, etc.; mais la composition des 
molaires supérieures presque identique à celle des Anthracotherium et des 
Hyopotamus, la forme des prémolaires des deux mâchoires, celle même 
des vraies molaires inférieures dont les collines se fractionnent en pointes 
coniques, l'allongement de la partie antérieure des mâchoires, et tout l'en- 
semble des caractères, comme je le montrerai plus bas en détail, ne peu- 
vent pas laisser de doutes sérieux sur ses affinités. 

Mais en plaçant cette espèce dans la tribu des cochons, il m'est impos- 



44 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

sible de l'associer avec aucun des genres connus, et je l'ai désignée sous un 
nom générique nouveau 1 , Rhagatherium, destiné à rappeler qu'elle a été 
trouvée pour la première fois dans des crevasses de rochers remplies par 
du terrain sidérolitiquc. Je caractérise ce genre comme suit : 

Incisives petites. Canines tranchantes séparées des incisives et des mo- 
laires par de grandes barres. Celles-ci probablement au nombre de ~. Pré- 
molaires tranchantes aux deux mâchoires et ressemblant à celles des car- 
nassiers, l'antérieure écartée des autres et détachée en avant. Vraies molaires 
supérieures à quatre tubercules principaux. Vraies molaires inférieures for- 
mées de deux collines reliées par une petite arête oblique, chaque colline 
étant composée de deux tubercules très-distincts. Dernière molaire munie 
d'un fort talon. 

1° Description dune mâchoire inférieure adulte. 
(PI. III, fxg. 6 à 11.) 

Les dimensions de celte mâchoire sont les suivantes : 

Longueur de la mâchoire depuis les incisives à la dernière molaire 65 mm. 

Largeur de la mâchoire vers la canine *° 

» » » vers la partie postérieure de la symphyse 13 

Ecartement des branches vers la dernière molaire (mesurée en dehors) 24 

Longueur de la symphyse • -•* 

Longueur de la couronne de la canine H 

Distance de la canine à la première molaire ' 

Longueur totale de la série des molaires 50 

Longueur de la première molaire ° 

Distance de la première molaire à la 2 e 5 

Longueur de la 2 e molaire ' 

» » 3 e » 9 

» » 4 e » • • 7 

» » 5 e » 8 

» » 6 e » 1 ° 

Largeur de la première molaire ( au collet) 2 



2 e » » ° 

4 e » » • • • - * 

6 r » » «* /s 



1 De pxyxs crevasse, et S^t'o animal. 



VERTÉBRÉS DE LA FAI XE É0CÈNE. 45 

Cette mâchoire est très bien conservée dans toute sa partie horizontale, mais la bran-* 
che verticale et l'angle postérieur manquent complètement. Les incisives ne sont repré- 
sentées que par leurs racines; la canine est conservée du côté gauche; la série des 
molaires, complète du côté droit, est réduite du côté gauche à trois d'entr'clles. 

Les incisives paraissent n'avoir été qu'au nombre de deux de chaque côté. L'externe 
est représentée par une racine cylindrique assez grosse (2 millimètres). L'interne est 
plus petite et sa racine est un peu comprimée dans le sens vertical. Il ne serait pas 
impossible qu'il y eut eu en outre une troisième incisive plus petite et plus interne; 
la cassure de l'extrémité de la mâchoire ne rend pas cette supposition tout à fait im- 
possible. 

La canine implantée un peu en arrière des incisives à une distance d'environ 5 mil- 
limètres de la plus externe, est plus écartée encore de la première prémolaire (7 mil- 
limètres). Elle est comprimée, recourbée en forme de serpette, dirigée en arrière, peu 
tranchante. Son diamètre mesuré dans le sens de la longueur de la mâchoire est à peu 
près double de son diamètre transversal (pi. III, fig. 7). 

Les molaires ne forment, pas une série continue, et la première prémolaire est déta- 
chée en avant et séparée de la suivante par un intervalle égal à la longueur d'une 
dent. 11 serait possible que cet espace vide correspondit à une dent tombée, et c'est là 
une explication naturelle qui se présente la première à la pensée. On peut cepen- 
dant concevoir quelques doutes à la suite des observations suivantes. 

1° L'os est complètement refermé, sans aucune trace d'alvéole, et la mandibule est 
plus mince que là où existaient les dents. Il est vrai que cet état de choses rappelle 
assez bien ce qui passe ordinairement lors de la destruction d'une dent et de sa 
racine. Ajoutons que les deux branches sont exactement symétriques sous ce point 
de vue. 

2° Un espace parfaitement semblable existe à la mâchoire supérieure et paraît prou- 
ver par celte similitude que l'intervalle est normal. 

3° Le genre Hyopotamus dont le nôtre se rapproche plus que de tout autre, a éga- 
lement sa première prémolaire détachée en avant. 

Admettant la valeur de ces arguents, je supposerai dans la description que la pre- 
mière prémolaire est séparée des autres et qu'il n'y a que six molaires inférieures. 

La première prémolaire (fig. 6, a) est comprimée, semblable dans sa forme à une 
prémolaire de carnassier, biradiculée. Sa couronne est composée d'une pointe princi- 
pale, triangulaire, comprimée, et de deux petits talons également comprimés, l'un an- 
térieur et l'autre postérieur. 

La seconde (fig. 8) a une forme analogue à la première, mais un peu moins com- 
primée. Elle en diffère surtout par une grande augmentation des deux talons ou lobes 
accessoires qui deviennent de véritables pointes, plus petites il est vrai encore que la 



46 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

principale, mais de même forme. La série de leurs arêtes est à peu près dans un 
môme plan et forme une ligne tranchante. 

La troisième molaire (fig. 9) appartient encore au même type. Elle doit être comp- 
tée comme une prémolaire, ou plutôt si l'animal dont il s'agit était un carnassier et 
non un pachyderme on devrait y voir l'analogue de la carnassière ou principale. Cette 
dent a la môme forme que la seconde avec des talons ou pointes latérales un peu plus 
écartées encore, mais moins tranchantes. Elle en diffère surtout par la forme du talon 
postérieur qui est douhlc et composé de deux pointes rapprochées, ainsi que par 
l'existence d'une petite pointe ou tubercule situé en dedans et en arrière de la pointe 
médiane. Il résulte de cette disposition que la partie antérieure de la dent est tout à 
fait formée sur le type des prémolaires, tandis que la partie postérieure commence à 
prendre les formes des vraies molaires. 

La quatrième dent doit ôtre considérée comme la première vraie molaire. Elle n'est 
pas très bien conservée dans notre mâchoire, mais cependant d'une manière suffisante 
pour montrer qu'elle ressemble tout à l'ait à la suivante. Elle est composée de quatre 
tubercules associés deux à deux, en deux collines transverscs reliées par une petite 
carène oblique. 

La cinquième dent ou seconde vraie molaire (fig. 10) est formée de môme de deux 
collines transverses. Chacune de ces collines est composée de deux tubercules en 
cône surbaissé qui s'usent en formant chacun une section circulaire. Il est probable 
que plus tard l'union des deux sections produirait une sorte de 8. La pointe externe 
et postérieure est liée avec la pointe interne et antérieure par une petite arête courte 
et oblique. 

La dernière molaire (fig, 11) est composée de deux collines et d'un fort talon. Les 
collines sont formées comme dans les deux dents précédentes, avec les pointes un peu 
plus écartées et un peu plus indépendantes. Le talon est situé en arrière et simule 
une troisième colline presque aussi longue que les autres d'avant en arrière, mais plus 
étroite. Il est formé d'une pointe unique ou plutôt de deux pointes confondues en une 
seule. 



2" Description de la mâchoire supérieure correspondante. 

{PI. III , fig. 1 à 5.) 

J'ai dit plus haut que suivant toute probabilité nous possédions la mâchoire supé- 
rieure du même individu auquel appartenait la mâchoire inférieure que nous venons 
de décrire. La longueur de la surface de trituration, récartement des branches, la 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈNE. 47 

couleur, etc , tout semble l'indiquer. Dans tous les cas, elle proviendrait d'un individu 

de même taille. 

Celte mâchoire est moins bien conservée que l'inférieure; mais à peu près par les 
mômes parties. Les incisives y sont représentées par leurs racines. La canine est con- 
servée d'un côté, la première prémolaire sur chaque branche et les quatre dernières 
un peu altérées dans leur couronne subsistent sur une des branches. 

Les dimensions de cette mâchoire sont les suivantes : 

Longueur de la mâchoire depuis les incisives à la fin de la dernière molaire 67 mm. 

Distance des incisives à la canine ' 

Longueur de la couronne de la canine / 

Distance de la canine à la première molaire 7 

Longueur totale de la série des molaires ou 

Longueur de la première molaire •'' /a 

» de la quatrième » 6 

» de la pénultième » 6 

» de la dernière » ~ 1 ,-j 

Largeur de la première » 



2 

» de la quatrième » 7 

» de la dernière » (S; 



Les incisives ne sont, comme je l'ai dit, connues que par leurs racines. Elles parais- 
sent avoir été au nombre de trois de chaque coté, dirigées verticalement en bas. La 
coupe de ces racines est exactement cylindrique. 

Ces dents sont séparées des canines par un espace vuide considérable, à peu près 
égal à celui qui sépare la canine de la première prémolaire. 

La canine (fig. 2) est arquée, pointue, comprimée; ses arêtes sont cependant un 
peu moins tranchantes que dans la dent analogue de la mâchoire inférieure; mais elle 
est un peu plus élancée. 

La première prémolaire (fig. 3) a deux racines. Sa couronne est composée d'une 
seule pointe comprimée, sans aucune trace de dentelons ou de talons. 

Les molaires suivantes manquent dans notre mâchoire sur un espace de 20 millimè- 
tres. L'os de la mâchoire est très suffisamment conservé pour qu'on puisse voir immé- 
diatement après la première molaire une barre longue de 8 millimètres qui ne portait 
point de dents, et plus en arrière des trous correspondant à l'insertion de deux molai- 
res cassées. Viennent ensuite quatre molaires conservées- 

Cette mâchoire était donc armée au moment de la mort de l'animal de sept molai- 
res dont la plus antérieure était séparée des autres par une barre. Nous nous trou- 
vons ainsi en présence du même doute que pour la mâchoire inférieure. L'espèce avait- 



48 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

elle dans l'état normal la série des dents molaires continue, ce qui en supposerait 
huit à la mâchoire supérieure et sept à l'inférieure, ou présentait-elle le caractère 
exceptionnel d'une prémolaire détachée en avant? Il est probable, ainsi que je l'ai dit 
plus haut que cette dernière alternative est la véritable. La longueur de l'intervalle, 
trop grand pour une molaire et trop petit pour deux, ainsi que la forme de l'os de 
la mâchoire semblent militer en faveur de cette manière de voir avec plus de force 
que pour la mâchoire inférieure. J'admettrai donc que ce pachyderme avait sept mo- 
laires supérieures dont l'antérieure détachée, et je les décrirai en les numérotant d'a- 
près cette hypothèse. 

La deuxième et la troisième manquent, comme je l'ai dit plus haut. Il est probable 
qu'elles étaient allongées et étroites comme leurs correspondantes de la mâchoire infé- 
rieure. On peut juger d'après la place qu'elles occupaient que chacune d'elles était 
longue de six millimètres. La largeur de la racine de la seconde était de V/ t millimètres. 

La quatrième molaire est plus large (7 millimètres). Elle est composée de trois tu- 
bercules. Deux d'entr'eux forment le bord externe et sont accompagnés d'un petit 
dentelon antérieur. Le troisième tubercule forme le bord interne et est opposé au mi- 
lieu de l'intervalle qui sépare les deux autres, ensorte que la surface de trituration 
est subtriangulairc. 

La cinquième molaire est composée de quatre tubercules. Le bord externe est. 
comme dans la précédente, formé de deux tubercules séparés par une dépression; 
mais le bord interne est composé de deux tubercules semblables dont l'antérieur est 
doublé par une petite pointe interne. Quand la dent n'est pas usée, les pointes sont 
aiguës et bordées par des arêtes tranchantes; quand l'usure a commencé, ces arêtes 
se dédoublent et forment des croissants dont la concavité est dirigée en dehors, cha- 
que pointe étant sur la partie la plus interne de cette concavité. 

La sixième molaire et la septième, ont des formes tout à fait analogues. Les poin- 
tes externes y sont mieux marquées, entourées du coté extérieur par un collet assez 
fort et marquées sur la même face d'une côte arrondie peu saillante. Elles sont égale- 
ment formées de quatre pointes principales et d'une petite accessoire qui double en 
dedans la pointe anléro-interne. 

Ces molaires dans notre mâchoire étaient un peu altérées et nous avons dû figurer 
de préférence des dents isolées mieux conservées. La fig. i représente une quatrième 
molaire et la fig. 5 une dernière ou septième molaire. 

Je reviendrai plus bas sur la comparaison de ces dents avec celles des autres pa- 
chydermes. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈNE. i!> 

3° Description d'une mâchoire inférieure d'un individu plus jeune de la même espèce. 

(PI. III. fuj. n à 15.) 

Je rapporte à la même espèce la mâchoire qui est représentée dans la figure 12; car 
les molaires ont individuellement tous les caractères que j'ai décrits plus haut. Leur 
arrangement n'est plus le môme et semhle indiquer une dentition du jeune âge. 

Les trois postérieures (5 e , 6° et 7 e vraies molaires) ne présentent pas de différence 
sensible. La 6 e est représentée dans la figure 13. 

Elles sont précédées par une dent à trois collines (fig. 14] qui manque tout à l'ait à 
la série adulte. C'est probablement la dernière dent de lait déjà un peu soulevée et se 
préparant à tomber. Chacune des collines est composée de deux tubercules très rap- 
prochés. L'antérieure est la plus étroite, de sorte que celte disposition est à peu près in- 
verse de celle de la 7 n permanente. 

La partie antérieure de la mâchoire est trop détruite pour qu'on puisse juger des 
rapports du reste de la dentition. On voit seulement en saillie une dent à une racine, 
terminée par une petite couronne élargie, usée ou cassée des deux côtés. Je la consi- 
dère comme une prémolaire antérieure caduque. 

De ces faits on peut conclure, avec une assez grande probabilité, que dans le Rha- 
gatherium : 

1° Il y a quatre molaires de lait à la mâchoire inférieure, qui se remplacent par 
quatre molaires permanentes; et trois molaires qui ne sont pas précédées par des ca- 
duques. 

2° Que la dernière molaire de lait est à trois collines comme la dernière perma- 
nente. 

3° Que tandis que les prémolaires permanentes sont toutes biradieulées, il y a au 
moins une prémolaire caduque à une seule racine. 

Discussion sur les rapports zoologiques du Rhagatherium. 

L'animal dont je viens do donner la description détaillée est évidemment 
un pachyderme. Je ne suppose pas qu'il vienne à l'esprit de personne de 
contester ce point. 

La longueur des barres, l'indépendance des canines, etc., empêchent 
toute comparaison avec les Anoplothérioïdes. La forme des molaires inl'é- 

7 



: ><) PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

rieures exclut toute idée de l'associer aux Palaeothérioïdes. Il est iuulile 
d'insister sur l'impossibilité plus grande encore de le rapprocher des 
Rhinocéroïdes, des Solipèdes ou des Hippopotamides. 

11 n'y a donc que deux tribus dans lesquelles on puisse placer ce nou- 
veau genre, celle des Tapiroïdes, et celle des Suilliens qui comprend les 
animaux voisins des cochons. C'est évidemment avec les genres qui compo- 
sent ces deux groupes que l'on doit chercher ses affinités. 

Si l'on connaissait l'ensemble du squelette, il serait bien facile de pro- 
noncer entre les deux tribus, car celle des Tapiroïdes est caractérisée par 
des pieds à doigts impairs (périssodactyles) et celle des Suilliens par des 
pieds à doigts pairs (artiodactyles). La dentition fournit des caractères 
moins tranchés, d'autant plus qu'un grand nombre de genres fossiles ne 
sont connus que (rime manière incomplète et associés aux genres vivants 
par des hypothèses plus ou moins contestables. 

La dentition de la mâchoire supérieure indique plus d'analogie avec 
les Suilliens. 11 est impossible de méconnaître la très grande ressem- 
blance qui existe entre les vraies molaires des Rhagatherium et celles des 
Anlliracotherium. La ressemblance n'est pas moindre avec celles des Ifyo- 
potamus, etc. Ces genres ont également, comme celui qui nous occupe ici, 
des prémolaires simples plus ou moins tranchantes, des canines isolées, etc. 

La mâchoire inférieure, sans fournir des résultats directement contrai- 
res, semble étendre le cercle des comparaisons. Elle a, surtout dans les 
vraies molaires, de grandes analogies avec dvux genres de la tribu des 
Tapiroïdes, les Pachynolophus, Pomel, et les Lophiotherium, Gervais. 
Il faut cependant remarquer que dans ces deux genres les prémolaires 
sont bien moins comprimées, et sous d'autres rapports, notre mâchoire in- 
férieure ressemble singulièrement à celle des Hyopotamus. Son étude four- 
nil donc peu d'arguments décisifs, ou plutôt laisse décider la question par 
les caractères de la mâchoire supérieure. 

Je n'hésite donc pas à placer le Rhagatherium dans la tribu des Suilliens. 
Il me reste à le comparer aux genres connus 1 . 

11 me parait se distinguer clairement du genre Chrœopotamus par les tu- 
bercules de ses molaires moins nombreux, plus réguliers, plus aigus, bor- 

1 Voyez l'ictet, Traité de Paléontologie, ■>' édition,, t. 1. p. 327. 



VERTÈBRES DE LA FAIM; ÊOCÈNE. 51 

dés d'arêtes vives. Le Chœropotamus, sous ce point de vue, a plus de rap- 
ports avec les cochons actuels. La même différence l'éloigné de plusieurs 
genres voisins de ces Ghœropotamus et qui ont été désignés sous les noms 
de Palœochœrus , Chœromorus, Enteledon, Elotherium et Hyotkerium. 

Il est difficile de le comparer complètement avec le genre des Àcotheru- 
lum, Gervais, qui est très mal connu. Le savant auteur de la Paléontolo- 
gie française, en montrant que ce genre a des rapports avec les Dichobu- 
nes, paraît, ce me semble, prouver par là qu'il diffère notablement du 
Rhagatherium. 

Ces genres exclus, il ne reste dans cette tribu que les Anthracotherium . 
les Boihriodon et les Eyopotamus. Ces trois genres forment un groupe na- 
turel qui a en effet des rapports incontestables avec notre espèce. Le der- 
nier, en particulier, s'en rapproche par les analogies suivantes : 

1° Par le nombre des dents qui est le même. 

2° Par l.i forme des trois dernières vraies molaires supérieures qui est 
presque identique. 

3° Par Pécartement de la première prémolaire inférieure qui est séparée 
des autres par une barre. 

¥ Parles vraies molaires inférieures dont les deux antérieures sonl à 
deux collines et dont la dernière a un fort talon très analogue. 

Il en diffère cependant par quelques caractères importants. 

1° La dernière prémolaire supérieure est semblable aux vraies molaires 
dans le Ilyopotamus et non dans notre espèce chez laquelle elle n'a (pie trois 
tubercules. 

2° Les vraies molaires inférieures s'usent en croissants dans le Hyopota- 
tamus, et en disques dans le Rhagatherium. 

5° Les prémolaires inférieures sont beaucoup plus longues et plus com- 
primées dans ce dernier, leur couronne est composée de trois pointes tran- 
chantes; elles ressemblent beaucoup plus à celles des carnassiers. 

4° La canine inférieure est grêle et comprimée dans le Rhagatheriiun, 
forte et conique dans le Ilyopotamus. 

5° Cette dent est dans ce dernier, appliquée contre les incisives; elle en 
est très séparée dans le premier. 

Ces différences sont plus grandes si on compare les Rhagatherium avec 
les Anthracotherium et les Bothriodon. 



r)"2 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

Si on établit la comparaison avec les genres de la tribu des Tapiroïdes 
dont j'ai parlé, on verra facilement : 

Que les Rhagatherium diffèrent des Pachynolopkus , Pomel, par sept mo- 
laires an lieu de six, et par les formes de leurs molaires supérieures qui 
n'ont aucun rapport. 

Qu'ils se distinguent des Lophiotherium, Gervais, dont on ne connaît, que 
la mâchoire inférieure, par 'la forme des prémolaires qui est toute diffé- 
rente. 

Qu'ils peuvent encore moins être confondus avec les Tapirulus, Gervais, 
dont les molaires inférieures ont des collines mieux marquées, reliées par 
une carène perpendiculaire et non oblique. 

Les Rhagatherium forment donc un groupe pins voisin des Hyopotamus 
([ue d'aucun antre. 

H ne reste donc pins qu'une question à résoudre pour fixer complète- 
ment leur place. Doivent-ils former un genre spécial ou simplement un 
sons-genre? 

J'ai adopté la première manière de voir, et cela pour les motifs suivants: 

1° Les Rhagatherium diffèrent plus des Hyopotamus que ceux-ci des 
Bothriodon; si donc on admet ces deux genres, il faut admettre le noire. 
Si on prêterait les réunir, il faudrait les comprendre tous sous l'ancienne 
dénomination d'Anthracotherium. 

2° L'allongement et la compression des prémolaires, ainsi que L'amincis- 
sement des parties antérieures des mâchoires, constituent des caractères 
d'une valeur générique incontestable, car ils ont dû se lier avec un genre 
de vie très probablement différent de celui des Hyopotamus, des Anthraco- 
therium, etc. Ces derniers, avec leur mâchoire robuste, leurs grosses cani- 
nes, leurs prémolaires solides et peu tranchantes, j'ajouterai même leur 
grande taille, ont dû être des animaux forts, de mœurs analogues à celles 
de nos sangliers. Les Hyopotamus et les Bothriodon qui ont eu les mà- 
< boires un peu plus grêles ont eu encore certainement à peu près les mê- 
mes habitudes et la même apparence. Les Rhagatherium étaient de petits 
pachydermes à mâchoires allongées, bien plus faibles, avec des instincts 
moins frugivores, et se nourrissant probablement an besoin de petits ani- 
maux. Leur taille n'a pas dû dépasser celle du Blaireau. 



VERTÈBRES DE LA FAINE ÈOCÈNE. 53 

La seule espèce dont nous ayons trouvé les débris est celle que nous 
avons figurée en la désignant sous le nom de Rhagatherium du canton de 
Vaud (R. Valdense, Pictet '). 

Explication des figures. 

l'I. III. Fig. 1 <i. Mâchoire supérieure du Rhagalherium Yaldensc, Pictet, de grandeur naturelle. 
Fig. 1 b. Les dents vues par leur surface de trituration 
Fig. 2. Dent canine supérieure, de grandeur double. 
Fig. 3. Première prémolaire supérieure, de grandeur double. 

Fig. 4. Quatrième molaire supérieure, de grandeur naturelle et de grandeur double, 
Fig- 5. Dernière molaire supérieure de grandeur naturelle et de grandeur double- 
Fig. 6. Mâchoire inférieure de la môme espèce de grandeur naturelle, vue de protil et de face. 
Fig. G a. Première prémolaire inférieure, de grandeur double. 
Fig. 7. Canine inférieure, au même grossissement. 
Fig. 8. Seconde prémolaire inférieure. 
Fig. 9. Troisième prémolaire inférieure 
Fig. 10 a et b. Cinquième molaire inférieure- 
Fig. 1 1 Dernière molaire inférieure. 

Les figures G a à 11 sont représentées de grandeur double de nature. I n contour au trait indi- 
que la grandeur naturelle de la dent. 
Fig. IV. Mâchoire inférieure d'un jeune individu de grandeur naturelle. 
Fig. 13. Pénultième molaire de grandeur double. 
Fi». 14. Molaire de lait à trois collines, placée en avant des vraies molaires. 

A in. 2°. Description dune portion de mâchoire .supérieure qui a probable- 
ment appartenu à une espèce du genre HYRACOTHERIUM, Owen ( //. side- 
rolithicum, Pictet). 

(/»/. IV, fuj. 1 à 4.) 

Le fragment de mâchoire que j'ai fait représenter dans les fig. 1 à i 
de la PI. IV, a été trouvé dans les dépôts du Mauremonl, par M. le 
l) r Campiche. L'os y est très incomplètement conservé el est composé 
d'une faible portion du plancher de l'orbite de l'œil cl de la partie al- 
véolaire. Cinq dents sont conservées et sont évidemment les cinq molai- 
res postérieures. La dernière n'est pas complète et est en partie enga- 
gée encore dans l'alvéole. 

Description. Les cinq molaires ressemblent beaucoup les unes aux autres, et ap- 
partiennent au même type. Si l'on admet, ainsi que je le discuterai plus bas, le rap- 
prochement de celle espèce et de l'Hyracotberium. on peut admettre aussi comme 



:>i 



PALÉONTOLOGIE SUISSE. 



probable que la mâchoire portait en outre deux prémolaires dont l'antérieure était dé- 
tachée en avant. 

Chaque molaire (pi. IV, fîg. 2 et 3) est formée de quatre tubercules principaux. 
dont deux externes et deux internes, et de deux tubercules accessoires situés entre 
les précédents 

Les deux tubercules externes, qui forment la face externe de la dent, sont assez 
pointus, arrondis du côté interne et excavés du coté externe en une surface subtrian- 
gulaire munie de trois arêtes. 

Les deux tubercules internes, qui forment la face interne de la dent, sont un peu 
plus courts et un peu plus obtus que les précédents. Arrondis du côté externe, ils se 
relient par des arêtes peu marquées et souvent incomplètes avec les tubercules acces- 
soires. 

Ceux-ci sont placés sur la ligne médiane de la surface de trituration, c'est-à-dire 
qu'ils forment une paire placée entre celle des tubercules internes et celle des tuber- 
cules externes. Ils sont plus petits et plus irréguliers, et leurs bords dégénèrent en petites 
arêtes. Ces tubercules accessoires ne sont pas situés cxatcmenl sur la ligne qui joint 
un des tubercules internes avec son correspondant externe ; mais bien un peu en avant 
de cette ligne, c'est-à-dire plus près de la partie antérieure de la dent. 

Ces six tubercules s'usent par la trituration à peu près de la même manière. Cha- 
cun d'eux s'échancre en une petite surface ronde ou ellipsoïde, formée en son centre 
de denline et entourée d'émail. La fig. 4 de la pi. IV, montre une dent à une épo- 
que plus avancée de la trituration que celles qui font partie du fragment décrit. 

La dent est portée par quatre racines, associées deux à deux de manière à ce que 
les deux du même côté sont tout à fait rapprochées et que les internes sont au con- 
traire très distantes des externes. 

La description que je viens de donner convient presque exactement à chacune des 
cinq molaires, avec toutefois la modification suivante. Les deux tubercules internes 
sont d'autant plus séparés et plus distincts que la dent est plus postérieure. Dans la 
pénultième, par exemple (pi. IV, fig. 2), ils sont aussi écartés que les externes. Dans 
la plus antérieure (pi. IV, fig. 3) ils se confondent presque en un seul, en restant 
cependant encore divisés par un sillon. 

Ces dents ditl'èrcnt en outre par leurs dimensions que j'ai mesurées comme suit 'en 
millimètres). 



Longueur mesurée d'avant en arrière 
Largeur mesurée au collet 



l re 


2' : 


3 e 


4 e dernière. 


6 


7 


* l U 


7 Va 8 


8 


9 


• v« 


9 Vs 10 



Les numéros des molaires ne désignent pas ici leur place absolue et ne se rapportent 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÉNE. 55 

qu'à celles de l'échantillon figuré. La première est la plus antérieure des molaires con- 
servées, etc. 

Si, partant de cette description, nous cherchons à nous rendre compte 
des affinités que devait avoir avec les espèces connues le mammifère au- 
quel a appartenu cette mâchoire, nous verrons qu'il faut le comparer 
surtout aux Jlyracotherium et aux divers genres qui forment, avec les 
Anlliracotherium, un groupe naturel. 

Les caractères qui le rapprochent des Hyracotherium sont les suivants: 

1° La proportion qui existe entre les cinq molaires connues et le fait 
qu'elles sont toutes subcarrées et armées de tubercules sur trois rangées 
rappellent tout à fait ce genre. Dans les Anthracolhcriuni et les grou- 
pes voisins, il n'y a au contraire que trois ou quatre molaires qui 
appartiennent au type des dents compliquées, et il y a un plus grand 
nombre de prémolaires comprimées. 

2° Les six pointes ou tubercules des vraies molaires sont disposés exac- 
tement comme dans les Hyracotherium et s'usent de même en six petits 
cercles ou surfaces ovoïdes entourées d'émail. 

.Mais sous d'autres points de vue, ces molaires diffèrent de celles des 
Hyracotherium d'une manière notable, et l'on peut dire qu'elles ont une 
forme plus anthracothérioïde. 

1° Par la surface externe des deux pointes extérieures qui est excavée 
et divisée par des arêtes, au lieu d'être simplement arrondie. 

2° Par l'absence presque complète du bourrelet relevé qui entoure le 
collet d'une manière si évidente dans les molaires des Hyracotherium. Dans 
notre espèce, il n'y a point de saillie sur le collet aux deux faces principa- 
les de la dent, la face interne et la face externe et les tubercules de la cou- 
ronne n'y sont séparés de la racine par aucun bourrelet. Sur les autres fa- 
ces on remarque une carène peu marquée (fig. 5, b). 

Si nous comparons maintenant cette mâchoire aux types voisins des 
Anlliracotherium et en particulier avec le genre que j'ai établi ci-dessus 
sous le nom de Khagatherium, et qui est celui qui s'en rapproche le 
plus, on verra qu'il y a une analogie incontestable dans les deux carac- 
tères que je viens de rappeler, la surface externe excavée et la faiblesse du 



56 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

bourrelet, mais qu'il a en même temps des différences importantes, dont 
les principales sont : 

1° La proportion des molaires entr'elles dont j'ai parlé plus haut, et 
le fait qu'il y en a cinq à trois rangs de tubercules. 

2° L'existence de deux tubercules accessoires et intermédiaires au lieu 
d'un seul, ce qui rend la dent plus large et plus compliquée. 

L'espèce dont nous nous occupons a donc à la fois une partie des ca- 
ractères des Hyracotherium et une partie de ceux des Rbagatherium, et 
elle semble intermédiaire entre les deux. Il reste à savoir duquel elle 
se rapproche le plus. 

Je dois d'abord faire remarquer que ces genres ont entr'eux de gran- 
des analogies. M. Owen a déjà fait ressortir les rapports qui existent en- 
tre les molaires des Hyracotherium et celles des Chœropotamus, et par 
conséquent de tous les genres voisins des Anthracotherium. Les Hyraco- 
therium et les Rhagatherium ont en outre l'un comme l'autre la pre- 
mière prémolaire détachée en avant des autres, une barre entre elle et 
la canine, etc. 

Le trait le plus essentiel qui les distingue me parait être l'amincisse- 
ment des mâchoires chez les Rhagatherium et leur forme plus robuste 
chez le Hyracotherium, forme qui se traduit par des prémolaires moins 
comprimées et plus compliquées, par des vraies molaires plus larges et 
à tubercules plus nombreux, etc. fl me parait donc convenable de rap- 
procher notre mâchoire de ces derniers, plutôt que des Rhagatherium, 
malgré le peu de développement du bourrelet et la forme des tubercules 
externes qui semblent fournir un résultat inverse. 

Peut-être y aura-t-il lieu à établir un jour un genre nouveau pour 
celte modification intermédiaire, genre qui liera d'une manière plus in- 
time les Hyracotherium et les Anthracothérioïdes. Je n'ai pas cru être 
sutïisamment autorisé à le proposer aujourd'hui, et il me semble conve- 
nable d'attendre qu'un heureux hasard nous procure la connaissance des 
prémolaires, des canines et de toute la dentition de la mâchoire infé- 
rieure. Je me borne pour le moment à associer provisoirement l'espèce 
que représente cette mâchoire au genre des Hyracotherium. 

Il n'y a d'ailleurs aucun doute que cette espèce ne soit nouvelle, les 



VERTÉBRÉS DE LA FAINE ÈOCÈNE. 57 

caractères que j'ai indiqués ci-dessus et qui ont presque une valeur gé- 
nérique, la distinguent clairement des deux Hyracotherium connus. Elle 
est de la taille du //. leporinum, et on peul ajouter encore comme diffé- 
rences, si on le compare à cette espèce, que la première et la deuxième 
des molaires connues ont deux pointes distinctes au coté interne au lien 
d'une seule, circonstance qui, jointe à l'absence de collet et à la tonne 
du bord externe, ne peut laisser aucun doute. 

En l'attribuant provisoirement au genre des Hyracotherium, je l'ai 
nommée H. siderolithicum. 

Explication des figures. 

/'/. /Y. Pig 1 O. Fragment de mâchoire supérieure, vu du Côté externe, de grandeur naturelle. 
Fig. 1 b. Les dents vues par leur surface de trituration. 
Fig. 2. Pénultième molaire, de grandeur double. 

Fig. 3- La plus antérieure des molaires conservées sur l'échantillon (probablement la :i c prémo- 
laire), vue de face et de coté. 
Fig. 1. Une molaire plus usée, appartenant à un autre individu, et provenant de la même localité 



Art. 5°. Description dune mâchoire inférieure appartenant probablement à une 
nouvelle espèce du genre Dichobuxe, Cuvier (I). Campichii, Piclet). 

[PI. IV, fig. 5 à 9). 

La mâchoire que je décris dans cet article n'est pas assez complète 
pour permettre de fixer avec une pleine sécurité les affinités zoologiques 
de l'animal auquel elle a appartenu. Elle l'est cependant assez pour offrir 
un véritable intérêt, car elle parait devoir fournir un nouveau terme dans 
la série de ces types encore mal connus, qui lient les Pachydermes propre- 
ment dit avec les Anoplolhérioïdcs. 

Elle présente le caractère essentiel de ces derniers, en avant comme 
eux les dents en série continue, presque sans barres, et les canines peu 
saillantes. La forme des dents molaires rappelle en même temps un peu 
les Tapiroïdes et les Cochons. 

Je montrera plus bas qu'elle se rapproche plus des Dichobunes que 
d'aucun autre genre connu; mais qu'elle s'en écarte cependant en quel- 
ques points. Elle fait une sorte de transition entre eux et les Aphelolhe- 
rium de ML Gervais. 

8 



M paléontologie suisse. 

Ce fragmenl intéressant a été trouvé par M. le l) r Gampiche et fait 
partie de sa belle collection. 



DIMENSIONS. 



Longueur de la série des molaires conservées (les 6 antérieures) 36 mi " 

Longueur de la première prémolaire ° 

7 
Sauteur de la couronne 

Distance entre la l re prémolaire et la 2'' ~ 

Longueur de la 2'' prémolaire () 

Hauteur de la couronne 

Longueur de la 3 e molaire () 

» » 4 e » ;> 

» » 5 e » () 

» » 6 e » (5 

Epaisseur de la même dent ' 

Hauteur de la mâchoire sous les 4 e à G p molaires M 

Epaisseur de la même ' 

Longueur de la symphj se - ,5 

Description. La fossilisation a un peu écrasé les branches de la mâchoire, mais la 
symphyse est restée intacte et il est facile de rétablir les formes normales. La branche 
horizontale, seule conservée, est de force médiocre, peu atténuée en avant; elle se 
prolonge en une longue symphyse presque horizontale, ou plutôt très légèrement rele- 
vée en avant. Le trou moutonnier est situé sous la seconde molaire. 

Cette mâchoire a conservé la plupart des dents molaires d'un côté, et trois de celles 
du coté opposé; les canines sont fracturées peu au-dessus de leur collet, et les inci- 
sives ne sont représentées que par leurs racines. 

Ces dernières étaient au nombre de trois de chaque côté. La mandibule gauche mon- 
tre clairement les trois racines. Les extérieures ont à leur cassure une coupe circulaire, 
l'interne est comprimée. Ces incisives paraissent avoir été implantées de manière à for- 
mer à peu près un angle de 45° avec la direction horizontale. 

Les canines sont immédiatement en contact avec les incisives et les dépassent à peine 
par leur diamètre. Leur coupe est ovale, transversale, montrant que la dent était un 
peu déprimée. Ce qui reste de la couronne semble prouver que ces dents étaient cour- 
tes, un peu élargies en forme de pelle et ayant plutôt la forme d'une incisive externe 
que d'une vraie canine. 

Les molaires conservées sont au nombre de six, et il est probable par analogie qu'il 
en manque une seule, la dernière ou postérieure. Si cette hypothèse est exacte, l'ani- 
mal aurait eu sept molaires à la mâchoire inférieure, dont les six antérieures sont 
seules connues. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈNE. o9 

Les trois premières sont comprimées, tranchantes, munies d'un petit lalon postérieur, 
ont deux racines et rappellent les fausses molaires de plusieurs carnassiers. 

La première ou la plus antérieure (fig. 6) présente des caractères exceptionnels. Elle 
diffère par sa double racine de son analogue dans la plupart des autres Anoplothé- 
rioïdes; sa couronne est comprimée, tranchante en avant, un peu arquée, usée eu 
arrière en une surface triangulaire plate et munie dans sa partie postérieure d'un talon 
assez prononcé. Elle est insérée à une très petite distance de la canine et la dépassait 
probablement en longueur et en importance. On peut dire qu'elle est plus caniniforme 
qu'elle, et si ce n'était sa double racine et le nombre des dents antérieures, on serait 
tenté de le considérer comme la véritable canine. 

Les deux suivantes sont un peu moins comprimées, moins élancées, plus larges et 
plus basses; elles ont un lalon postérieur plus petit. La fig. 7 de la PL IV représente 
la troisième molaire. 

La quatrième (fig. 8) augmente de largeur; elle est composée d une pointe principale 
et d'un fort talon postérieur. La pointe rappelle les dents précédentes, mais en diffère en 
ce qu'elle est divisée à son extrémité en trois tubercules rapprochés. Le talon est très 
grand et bilobé. 

La cinquième et la sixième molaires (fig. 9) sont composées de deux collines bien 
distinctes et d'un très petit talon postérieur. Chacune des collines est formée de deux 
demi-cônes, terminés par une pointe mousse et arrondie; ces demi-cônes sont séparés 
par un court sillon et s'usent en une paire de surfaces circulaires ou disques arrondis 
qui, plus tard, se confondent, à cause de la brièveté des pointes et de la grosseur de 
la base. En outre la lame d'émail qui forme le cercle de ces surfaces s'infléchit en 
avant pour former une anse qui réunit les deux pointes. Cette ligne d'émail forme 
une espèce de courbe convexe qui est libre en avant des tubercules antérieurs cl qui, 
s'étendant de la colline postérieure jusqu'à l'antérieure, paraît lier ces deux collines 
sous forme d'une arête oblique. Le talon est réduit à un très petit tubercule serré 
contre la colline postérieure. 

Je dois ajouter que toutes ces dents molaires sont simples sur leurs faces interne et 
externe, tout à fait dépourvues de bourrelets et plus semblables sous ce point de vue 
aux dents des Cochons qu'à celles des Palœotherium, des Anoplotherium, etc. 

\vant que de passer à sa comparaison avec les espèces décrites, je dois aussi faire 
remarquer que celle mâchoire a tous les caractères d'un animal adulte. Il est en effet 
probable que dans le jeune âge il y a, comme dans le Rhagalhcrium, une dent de lait 
à trois collines; aucune des dents conservées ne présente ce caractère. La seule dont 
anormale qui puisse être considérée comme faisant exception à la série régulière des 
molaires est la première; mais il serait contraire à toutes les règles de la dentition de 
supposer qu'on trouve ix la fois sur une mâchoire la première prémolaire de lait et les 
vraies molaires de l'adulte. 



()0 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

Rapports et différences. La continuité des dents, l'absence presque 
totale de barres et le faible développement de la canine montrent évidem- 
ment, ce me semble, qu'il faut chercher dans les Anoplothérioïdes la place 
de l'espèce à laquelle cette mâchoire a appartenu. 11 faut toutefois recon- 
naître que par ses autres caractères elle rappelle quelques genres des tri- 
bus des Suilliens et des Tapiroïdes. 

Elle a en particulier des rapports avec le genre que j'ai décrit pins haut 
sous le nom de Rhagatherium. Les collines des vraies molaires oui, dans 
ces deux espèces, une analogie frappante, et les fausses molaires ont dans 
Tune et dans l'autre une forme comprimée rappelant un peu celles des car- 
nassiers. La dentition des parties antérieures de la bouche présente au con- 
traire de très grandes différences qui paraissent dominer de beaucoup les 
analogies. 

Elle en a plus encore 1 avec le genre qui a été décrit par M. Wood sous 
le nom de Microchoerus. La disposition et la forme des molaires ont beau- 
coup d'analogie; les fausses molaires sont, il est vrai, plus courtes et pins 
sériées dans le Microchœrus; mais elles sont, comme dans notre espèce, 
comprimées et formées d'une pointe principale. L'absence de barres leur 
donne aussi de grandes ressemblances. Je ne connais du reste ce genre que 
par la ligure qu'en a donnée M. Wood; et si, comme cela est probable, 
la formule dentaire a été bien interprétée par ce naturaliste et par M. Wa- 
terhouse, la partie antérieure de la bouche prouve que notre mâchoire est 
tout à fait différente de celle du Microchœrus. M. Walerhouse, en effet, lui 
donne 4 incisives et— 5- canines. Or la nôtre a-f- incisives et -f canines. 

Ces analogies partielles sont bien moins grandes que celles que l'on peut 
trouver en le comparant avec les Pachydermes à dents continues, c'est-à- 
dire avec les Anoplothérioïdes. Or, dans cette famille on peut assez bien 
reconnaître deux types de molaires inférieures parmi les genres qui sont 
groupés à la suite des Anoplotherium et qui renferment en général de pe- 
tites espèces comme la nôtre. 

Le premier type contient les genres dont les molaires ont des pointes 

' Il est possible, même probable, que le pachyderme représenté par cette mâchoire ait eu aussi des rapports 
avec les Hyracotheuilm ; mais la dentition de la mâchoire inférieure de ce dernier genre n'est pas connue et 
à la mâchoire supérieure les dents ont été séparées par des barres. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÉNE. <>1 

aiguës formanl des croissants. Ces genres ibrmcnl une série de transitions 
vers les ruminants. Ce sont les Xiphodon, les Oplotherium, les Microthe- 
rium, etc. 

Le second type est plutôt caractérisé par des molaires tapiroïdes divisées 
en collines transverses plus ou moins régulières. Ce groupe contient les 
Dichobunes 1 et probablement les Adapis, les Aphelothorhun, etc. 11 lie 
plutôt les Anoplolhérioïdes aux véritables Pachydermes. 

C'est évidemment avec ce dernier type que nous devons comparer no- 
mâchoire. 

Elle a des affinités réelles avec les Dichobunes. Les vraies molaires pa- 
raissent tout à fait semblables, soit dans leur constitution, soil dans leur 
mode d'usure. 

En admettant la formule dentaire adoptée par .M. de Blainville' pour les 
Dichobunes, je ne trouve que trois différences importantes. 

1° Noire mâchoire a certainement eu sept molaires, tandis que les Di- 
chobunes n'en onl que six. La figure donnée par M. de Blainville ne peul 
laisser aucun cloute sur l'existence d'une dent biradiculée de moins dans le 
Dichobune. 3 

2° La prémolaire antérieure de notre mâchoire est élancée, munie d'un 
seul talon postérieur et presque caniniforme. Dans le Dichobune, elle est 
courte, large et à deux talons, l'un antérieur et l'autre postérieur. 

5° La canine et la première prémolaire sont exactement en contact dans 
le Dichobune et séparées par une très petite barre dans notre mâchoire. 

Cette même mâchoire me parait se rapprocher sous quelques points de 
vue du genre encore mal connu des Adapis, Cuvier, qui a des dents en 
série continue et qui fait probablement, comme notre espère, partie de la 

1 En attribuant les Dichobunes à ce second type, je dois faire remarquer que les espèces que l'on a coutume 
du réunir dans ce genre présentent sous ce point de vue des différences marquées. Le Dich. cervinum. Ou en 
appartient tout-à-fait au premier type: \cs Dich. Irporintun, suillitm. etc , au second- li y aura probablement 
lieu une fois à les séparer. 

M. de Blainville (Anoploth., p. GO) monde que le fragment principal qui a fait connaître la dentition infé- 
rieure du Dichobune peut être interprété de deux manières : 1° en y comptant 3 incisives. 1 canine, (i molaires, 
toutes biradiculées ;2° en admettant 3 incisives, 1 canine et 7 molaires dont la première uniradiculée. Il considère 
la première alternative comme plus probable. 

3 Si on admettait la seconde formule dentaire de M. de Blainville. la différence consisterait surtout dans la 
forme de la première molaire, biradiculée, élancée, à un seul talon dans notre espèce ; uniradiculée, courte et à 
deux talons dans le Dichobune. 



')2 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

tribu des Anoplothérioïdes et une sorte de lien entre ces animaux et les 
Tapiroïdes. La comparaison exacte n'est pas du reste facile à faire à cause 
des lacunes que présente dans la série dentaire l'exemplaire de Paris, le 
seid connu jusqu'à ce que M. Gervais ait découvert, près d'Apt, quelques 
autres fragments qui ne peuvent pas davantage nous aider, car ils appar- 
tiennent à la mâchoire supérieure. Les différences suivantes me paraissent 
cependant suffisantes pour empêcher d'attribuer notre mâchoire à ce genre. 

1° L'Adapis a deux incisives, noire espèce trois. 

2° La canine de l'Adapis est grande, caniniforme, la nôtre petite et su- 
bordonnée. 

5° L'Adapis avait six molaires, noire mâchoire au moins sept. 

4° La première fausse molaire a une seule racine dans l'Adapis et deux 
dans la mâchoire décrite. 

Les vraies molaires ne peuvent pas être comparées, car l'Adapis de 
Paris n'a conservé que la dernière, qui est précisément celle qui man- 
que dans noire mâchoire. 

Un genre de la même tribu et appartenant probablement à la même 
série de transitions, celui des Aphelotherium de M. Gervais, me paraît 
très voisin de notre fossile. Le nomhrc des dénis est le même, trois in- 
cisives, une canine et sept molaires. Les incisives sont petites, et, comme 
dans notre espèce, la canine les dépasse à peine. Les fausses molaires sont 
également tranchantes, et les vraies molaires sont aussi composées de deux 
collines tapiroïdes, un peu plus basses dans leur milieu que sur les bords 
et reliées par une crête en diagonale. Tous ces caractères présentent une 
analogie frappante et les deux seules différences que l'on puisse citer, sont: 

1° La première prémolaire n'a qu'une racine dans l'Aphelolherinm. 

2° Les collines des vraies molaires sont un peu obliques, tandis que 
dans notre mâchoire elles sont exactement transversales et en même temps 
un peu plus divisées en un double mamelon. 

il résulte de cette comparaison de notre fossile avec tous ces types, que 
1rs analogies sont surtout frappantes avec deux d'entr'eux, les Didiobums 
et les Aphelotherium. Il reste à savoir si on doit attribuer l'espèce qu'il 
représente à l'un ou à rautre de ces genres, ou la considérer comme for- 
mant un groupe générique nouveau. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈNE. 63 

Je dois faire remarquer d'abord que le point principal par lequel il (lit- 
ière de tous deux, est d'avoir une molaire biradiculée de plus. Ce l'ail peut 
faire entrevoir une grande analogie entre les Dieliobunes et Aphelothe- 
rium, et en effet, si on on admet pour les premiers la seconde formule 
dentaire dont j'ai parlé plus haut, ils ont les uns et les autres trois incisi- 
ves, une petite canine et sept molaires, dont la première uniradiculée. Il 
ne resterait absolument pour les différencier que la forme des vraies mo- 
laires qui ont, dans les Aphelotherium, des collines bien marquées obli- 
ques et reliées par une petite crête en diagonale, et qui, dans les Dielio- 
bunes, sont formées de quatre demi-cônes mousses, disposés deux à deux, 
produisant par l'usure de petits disques arrondis. 

Notre mâchoire est, sous ce point de vue, intermédiaire entre les deux. 
La couronne des vraies molaires est formée de quatre cônes mousses dis- 
posés dvux à deux, mais ils sont réunis un peu plus intimement que dans 
le Dieliobunes, et on peut dire, par conséquent, qu'ils forment des collines 
un peu interrompues dans leur milieu. Ces collines sont liées par un pro- 
longement de la lame d'émail qui représente une crête* diagonale. Chaque 
cône s'use en formant un petit disque arrondi. 

On pourrait peut-être inférer de ces faits que le genre Aphelotherium 
n'est (prune subdivision peu importante des Dieliobunes; mais c'est un 
point que je n'aborderai pas ici, n'ayant pas entre les mains les matériaux 
nécessaires pour cette comparaison. 

Je ne proposerai pas non plus de nom générique nouveau pour désigner 
notre espèce, et en attendant que sa mâchoire supérieure soit connue, 
je la réunis provisoirement au genre des Dieliobunes en lui donnant le 
nom de D. Campichii, me faisant un plaisir de la dédier à M. le I) 1 Campi- 
che, notre zélé collaborateur, qui a trouvé lui-même le fragment que j'ai 
décrit. 

Je caractérise celle espèce par L'existence d'une dent biradiculée de plus 
que le Dichobune leporinum, Cuvier. Elle diffère encore plus, du Dicho- 
bune cervimm, Owen, qui a les tubercules des molaires aigus et moschi- 
l'ormes. Sa comparaison rigoureuse avec les Dieliobunes du calcaire gros- 
sier est très difficile, car ces derniers ne sont connus que par des frag- 
ments très peu importants. Notre espèce me paraît cependant ne pas pou- 



64 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

voir être confondue avec eux. Elle a les prémolaires bien plus hautes et 
moins larges à proportion que le Dichobune suillium, Gervais, el diffère 
encore plus du I). Roberlianum, Gervais, chez lequel ces mêmes prémolai- 
res ont des talons pointus et saillants. 

Explication des figures. 

PL IV. Fig 5 a. .Mâchoire inférieure vue de profil, de grandeur naturelle 
Fig. 6 l>. Dents vues par leur surface de trituration. 
Fig. 6. Première prémolaire de grandeur double. 
Fig. 7. Troisième prémolaire id. 

Fig. 8. Quatrième molaire id. 

Fig. 9. La dernière des molaires conservées (probablement la pénultième), de grandeur double. 
Dans les figures 6 à 8 le trait indique la grandeur naturelle. 



Art. i. 



Description de quelques dents appartenant à la tribu des ANOPLO- 
THÉRIOIDES et insuffisantes pour déterminer des espèces. 

{PI. IV, fig. 10 à 18). 

Nous avons trouvé un certain nombre de dents qui présentent évidem- 
ment l'organisation de celles des Anoplothérioïdes, mais qui sont en trop 
petit nombre pour qu'on ose en déduire l'existence de telle ou telle espèce. 
J'ai pensé toutefois qu'il serait utile de les figurer el de les décrire à titre 
de renseignements et pour attirer l'attention de ceux qui seraient à même 
de collecter de nouveaux ossements au Mauremonl. 

1° Description d'un fragment de mâchoire appartenant probablement au genre 
des Oplotherium, de Laizer cl de Parieu [Cainotherium, Bravard). 

[PI. LV, fig. 10 à 12). 

Nous possédons un fragment de mâchoire inférieure qui porte trois mo- 
laires. Ces dents, qui sont évidemment les trois postérieures, rappellent 
tout-à-fait celles des Oplotherium et paraissent indiquer l'existence d'une 
espèce de ce genre. 

Description. L'os maxillaire est réduit à la partie de sa branche horizontale qui s'é- 
tend sous les dernières molaires jusque près de l'angle postérieur, mais sans l'atteindre; 



VERTÉBRÉS DE LA FAINE ÉOCÈNE. (Vy 

on y voit aussi une partie de la branche montante. Cette pièce est insuffisante pour 
donner une idée complète de la forme de la mâchoire. Elle montre cependant, si on 
la compare avec les Oplotherium d'Auvergne , une différence assez importante en ce 
sens que la pointe inférieure qui précède l'angle postérieur y est certainement beau- 
coup moins prononcée et la ligne inférieure de la mâchoire est plus droite. 

La dernière dent (pi. IV, fig. 10) est à trois collines, dont la postérieure est simple, 
en forme de grand talon, et les deux antérieures composées de deux pointes assez 
aiguës, séparées par un double croissant. Cette dent ressemble beaucoup à son ana- 
logue dans les Oplotherium d'Auvergne, en ayant toutefois des croissants un peu plus 
marqués et étant par conséquent un peu plus ruminanti forme. Elle en diffère en 
outre par la simplicité de son talon, car chez les Oplotherium décrits, il est en général 
composé de deux pointes. 

La pénultième molaire (PI. IV, fig. 42) est à deux collines, semblables aux collines 
antérieures de la dent précédente. 

La molaire qui est antérieure à celle-ci, est brisée, ses fragments prouvent son 
analogie avec la pénultième. 

Les dimensions de ce fragment sont les suivants : 

Hauteur de la mâchoire sous les molaires Il m j|| 

Longueur de la dernière molaire ,S « 

« de la pénultième 5 « 

Largeur do ces deux dénis g « 

La comparaison de ce fragment de mâchoire avec les espèces décrites, 
ne permet pas d'arriver à des conclusions très-précises, soit à cause de son 
insuffisance même, soit parce que plusieurs espèces ne sont connues que 
d'une manière très-imparfaite. 

Les seules espèces connues avec lesquelles on puisse le comparer, sont 
celles qui ont été inscrites dans le genre des Oplotherium, et aussi les l)i- 
chobune murinum et obliquum qui sont devenus le type du genre ! MlCRO- 
therium, H. de Meyer, ou âmphimeryx, Pomel. 

Les Dichobunes proprement dils, ne peuvent pas être compris dans celte 
comparaison, les tubercules de leurs molaires étant beaucoup plus obtus. 

Ce «pie j'ai dit plus liant suffit pour prouver que l'espèce représentée par 

1 Je no veux point ici discuter la convenance de la séparation générique des Cainotherium et des Microtherium 
les espèces du Mauremont ne fournissent aucune donnée nouvelle pour la solution de cette question, qui restera 
douteuse tant qu'on ne connaîtra pas mieux les espèces placés dans le genre Microtherium. 

9 



66 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

DOtre mâchoire, est spécifiquement différente des Oplotherium (l'Auvergne. 
Je ne crois pas qu'on puisse l'assimiler au Dichobune murinum, Cuv. La 
planche donnée par cet auteur, semble indiquer une mâchoire beaucoup 
plus grêle dans l'espèce de Paris. Les dents ne sont pas assez bien figurées 
pour être comparées. 

Je crois notre espèce encore plus éloignée du Dichobune obliquum, Cuv. 
Ce qui reste de la branche montante de la mâchoire, suffit pour rendre 
impossible leur assimilation. 

Elle est beaucoup plus grande que YO. Courtoisii, Gervais, des lignites 
de la Débruge, et autant qu'on en peut juger, elle en diffère par le talon 
de la dernière, molaire qui est simple, tandis qu'il est double dans 
YO. Courtoisii, comme dans ceux d'Auvergne. 

Il resterait encore à la comparer avec les Hyœgulus collotarsus et murinus, 
Pomel, du terrain éocène d'Apt, contemporain de celui du Mauremont; 
mais ces espèces n'ont été ni décrites, ni figurées, et leurs seuls caractères 
connus sont le cuboïde soudé au scaphoïde, et une dentition semblable à 
celle des Oplotherium, sauf « la division plus profonde des pointes internes 
de la seconde colline des molaires inférieurs. » 

Dans cet état de choses, il est également impossible d'attribuer à notre 
espèce le nom d'une de celles qui ont été décrites, et de lui imposer un 
nom spécifique nouveau. 

2" Description de quelques molaires très-voisines de celles du Dichobune ceninum Owen. 

/'/. IV, /if/. 13 à 15). 

Les dents dont il s'agit ici, correspondent tout à fait par leurs formes 
aux molaires du Dichobune eervinum, Owen, mais elle sont un peu plus 
grandes. Comme dans cette espèce les pointes sont un peu plus aiguës que 
dans les Dichobune leporinum, etc., et comme celles que je viens de décrire, 
un peu plus ruminantoïdes. Elles m'ont été communiquées par MM. De la 
Harpe et Gaudiu. 

La première (fig. 13) est une molaire postérieure, longue de 17 millimètres et 
large de 7. Elle est composée de trois collines, dont la postérieure est la plus petite. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈNE. 67 

Chacune d'elles est formée de deux pointes en croissant, l'externe étant, plus haute 
que l'interne. 

La deuxième (fig. 44) est une pénultième molaire, ou peut-être l'anté-pénultièmr 
Elle est composée de deux collines formées de la même manière. Sa longueur est de 
14 millimètres et sa largeur de 7. 

La troisième (iig. 45) est une de ces prémolaires anomales qui précèdent les vraies 
molaires. Elle est probablement placée dans la mâchoire de manière à avoir trois dents 
après elle. Elle est composée de deux pointes rapprochées, l'une interne et l'autre 
externe, et d'un fort talon. 

Ces dents ne peuvent pas être confondues avec celles des vrais Anoplolherium . à 
cause du développement de leurs pointes internes. Elles indiquent la présence d'une 
espèce probablement voisine du Dichobunc cervinum et un peu plus grande. On peut 
estimer cette différence par la proportion approximative de 4 à 3. 

Je dois ajouter que le type du Dichobunc cervinum me paraît devoir être séparé 
génériquement de celui du Dich. leporinum. Ce dernier, comme notre D. Campicftii, 
est plus pachyderme par sa dentition ; le D. cervinum et les dents que nous figurons 
ici rappellent plus les ruminants, et sont plus voisins des Oplotherium. 

La dentition des Anoplotliérioïdes me parait se présenter sons deux for- 
mes différentes et constituer deux séries de dégradations, à partir du type 
normal. 

L'une de ces séries tend vers les formes des Pachydermes el comprend 
un petit nombre de types dont les molaires postérieures sont plutôt An- 
thracothérioïdes. Tels sont les Dichobunc leporinum, Campichii , etc. Les 
molaires sont émoussées et s'usent en formant des petits cercles < i l non des 
croissants. 

L'autre série tend vers les formes du Ruminants et se caractérise par des 
molaires composées de pointes aiguës qui sont séparées par des croissants. 
Les Xiphodon appartiennent à ce groupe, ainsi que les Oplotherium, et que 
l'espèce que M. Owen a à tort, suivant nous, associée aux Dichobunes 
sous le nom de D. cervinum. Cette série se lie avec les Ruminants par les 
Amphitragulus , etc. 



88 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

3° Description de queqlues dents molaires, semblables au précédentes par 
leurs formes , mais plus petites. 

(PI. IV, fig. 16 à 18). 

Quelques dents plus petites que les précédentes, mais constituées tout à 
l'ait sur le même type, indiquent l'existence probable de quelques autres 
espèces de Dichobunes, parmi les animaux dont les débris ont été enfouis 
au Mauremont. Ce sont : 

1° Une dernière molaire, (fig. 46) longue de 10 millim. et large de 4, tout à fait 
semblable à eelle que j'ai figurée ci-dessus (pi. IV, fig. 13), mais plus petite encore 
que celles du Dickobune cervinum, Owen. Cette molaire qui a à peu près les dimen- 
sions de rOplothcrium de la fig. 9, n'appartient pas au même type; car, dans ce 
dernier, le talon est composé d'une seule pointe, et dans celle que nous figurons 
ici, la dernière colline ou talon a une pointe double comme les collines antérieures. 

2° Une dent molaire qui doit être la pénultième ou l'anlé-pénultième (fig. 17) et 
qui est composée de deux collines semblables aux antérieures de la précédente. Elle 
a probablement appartenu a la môme espèce. Elle est longue de G millimètres et 
large de h. 

:{° Une dent semblable (fig. 18), encore un peu plus petite (Long. 5 mill.. larg. 
i mill). 

Ces dents semblent prouver, en résumé, qu'il faut ajouter au moins deux 
espèces aux précédentes et que, par conséquent, cinq Anoplotliérioïdes au 
inoins ont fait partie de la faune enfouie dans le Mauremont. Ce sont : 

1° Le Dichobane Campickii, (pi. IV, fig. 5 à 9). 

2° Un Oplotherium, qui diffère des espèces d'Auvergne et qui n'a pu être 
comparé avec les Hyaegulus de M. Pomel (pi. IV, fig. 10 à 12). 

T>° Une espèce voisine du Dickobune cervinum, Owen, appartenant au 
même type et d'un tiers plus grand que lui (pi. IV, fig. 15 à 15). 

¥ Une espèce voisine , comme la précédente , du Dickobune cervinum . 
Owen, mais plus petite (pi. IV, fig. 16 et 17). 

0° Probablement encore une espèce plus petite du même genre (fig. 18). 

La première espèce appartient au type des Anoplotliérioïdes dont les 
dents inférieures ont des pointes mousses, et au véritable genre des Diclio- 



VERTÉBRÉS DE LA FAINE ËOCÈNE. T)9 

hunes. Les autres, appartiennent plutôt, comme je l'ai dit plus haut, au 
type des Oplotherium, ou Ànoplothérioïdes à molaires inférieures rumi- 
nantiformes. 



Ordre des CARNASSIERS. 

Les débris de Carnassiers sont peu nombreux parmi les fossiles du 
Mauremont. Nous n'avons trouvé que quelques dents et quelques os des 
pieds, qui prouvent l'existence d'au moins trois espèces, mais qui ne per- 
mettent pas de les caractériser avec une très-grande précision. 

Akt. 1 er . Description de quelques dents qu'on peut attribuer 
au genre des Amphigvon. 

(/'/. V, fig. 1 à 5). 

Ces dents, qui nous ont été communiquées par MM. De la Harpe el 
Gaudin, et par M. le docteur Campiclic, sont une molaire principale ou 
carnassière, deux fausses molaires, une canine et une incisive. Elles 
appartiennent à la mâchoire supérieure. 

La Carnassière (pi. V, fig. 1, a, b, c), appartient à lu branche gauche de la 
mâchoire supérieure. 

Elle est portée par trois racines inégales. La postérieure est la plus solide et la plus 
épaisse, l'antérieure en est détachée par un angle aigu, et une troisième racine, in- 
terne aux précédents, porte le petit talon dont nous allons parler. 

La couronne est composée de deux parties principales ; la plus élevée est portée 
par la racine antérieure; elle a une forme triangulaire, semi-comprimée; sa face 
interne est plus plate que l'externe et elle en est séparée par une arête assez nette. 
Celte sorte de pyramide se termine au coté antéro-externe par un très-petit tubercule 
basilairc, et au côté interne par un petit talon. 

La seconde partie de la couronne est portée par la grosse racine; elle est tronquée 
de telle sorte que son bord de trituration est horizontal; ce bord est un peu bosselé, 
peu tranchant et il continue l'arête de la partie pyramidale, dont il est séparé par 
une échancrure étroite et peu profonde. 



70 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

Une carène saillante, et en forme de cordon, entoure toute la couronne dans son 
[joint de contact avec la racine, en partant du bord postérieur de la troncature et 
en arrivant jusqu'au petit tubcrcle antérieur. 

La plus grande des fausses molaires (pi. V, fig. 3, a, b, c) appartient à la branche 
droite de la mâchoire supérieure. Elle a été portée par deux racines épaisses, dont 
l'antérieure est cassée. La couronne est composée de trois pyramides disposées en 
triangle; la plus grande est externe et médiane. Elle a sa face extérieure très-bom- 
bée et sa face intérieure plane, un peu relevée dans son milieu, séparée de l'antre 
par une, arèle tranchante. Les deux autres pyramides sont accessoires à la première 
et continuent extérieurement sa courbure; la postérieure en est détachée par une 
forte échancrurc, et l'antérieure par une plus petite; leurs deux faces internes sont 
à peu près planes, comme celles de la pyramide principale. 

La petite fausse molaire (pi. V, fig. 4, a, b, c) est très-peu caractéristique et res- 
semble à son analogue dans la plupart des vrais Carnassiers. 11 résulte de celte res- 
semblance même, qu'on ne peut avoir aucune certitude qu'elle appartienne à la même 
espèce, ni même au môme genre que les précédentes et je ne la mentionne que pour 
mémoire. 

La Canine (pi. V, fig. 2, a, b) n'est connue que par sa racine; elle a dû appar- 
tenir à la mâchoire supérieure gauche. Sa coupe est ovale, aplatie; elle est creusée 
du côté externe par un sillon évasé et peu profond. 

L'incisive (pi. V, fig. 5, a, b) est également très-imparfaitement conservée. La cou- 
ronne, en particulier, est incomplète et elle ne peut fournir aucune déduction de 
quelque valeur. 

Il me parait assez probable que ces dents appartiennent à la môme espèce; je n'en 
puis toutefois donner aucune preuve directe. Je dois seulement faire remarquer 
qu'elles s'accordent pour la taille et pour caractériser un type intermédiaire entre les 
chiens et les Subursi. Mais si cette association repose sur un certain degré de pro- 
babilité, elle ne peut pas servir de base à une comparaison avec les genres connus, 
.le ne me servirai, pour cette analyse, que de la carnassière qui, d'ailleurs, a seule 
des caractères assez précis pour permettre une discussion sérieuse. 

Cette carnassière ne peut être comparée ni à celle des chats, ni à celle des hyènes; 
elle ressemble par contre, beaucoup à sa correspondante dans les chiens, et rappelle 
aussi quelques-uns des genres fossiles qui ont en partie la dentition de cette famille 
et en partie celle des blaireaux, des coatis, etc. 

C'est dans cette série de genres fossiles qu'on doit, à ce qu'il me semble, chercher 
ses analogues probables. Or, si je la compare aux formes connues, je lui trouve surtout 
des ressemblances avec les Amphicyon et avec les Hyœnodon. Son talon est trop petit 
pour qu'on puisse la comparer aux Arctocyon ou aux Plerodon. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈNE. 71 

Ses rapports avec les Amphicyon sont incontestables, les formes de la eouronne, le 
degré d'obliquité de la pyramide, la grandeur proportionnelle du talon, tout s'accorde 
avec la dent carnassière de VA. major, sauf que la notre est un peu plus comprimée 
et que le talon est un peu plus rapproché du milieu de la dent. 

Elle ressemble aussi aux carnassières du genre Hyœnodon, qui ont été figurées par 
M. Gémis; mais ces dernières n'ont pas de talon proprement dit, et sont seulement 
un peu élargies cà l'endroit qui lui correspond. Par contre, son degré de compression 
s'accorde mieux avec elles. 

Dans cet état de choses, j'ai cru devoir comparer cette dent avec toutes les espèces 
connues de ces deux genres. 

J'ai dit plus haut qu'elle est un peu plus étroite et plus tranchante que sa corres- 
pondante dans Y Amphicyon major, et qu'elle a aussi son talon plus médian. Cet 
Amphicyon, trouvé à Sansan , avait une taille presque double de l'espèce indiquée par 
notre dent. 

La carnassière de Y Amphicyon minor, Blainv., de Sansan, espèce que M. Gênais 
considère comme le jeune âge de l'A. major, a, comme la nôtre, un talon presque 
médian; mais ce talon est plus fort et la dent est plus épaisse. 

L' Amphicyon lUainvillei, Gcrvais [A. minor, Blainv., de Digoin, non minor, do 
Sansan), a le talon beaucoup plus fort que les précédents et que notre espèce. 

V Amphicyon brevirostris (Canis brevirostris, Croizet), a une carnassière plus courte 
que le nôtre cl armée d'un plus fort talon. 

Les carnassières supérieures des autres Amphicyon, ne sont pas connues, ou du 
moins n'ont pas été figurées à ma connaissance. Je regrette, en conséquence, de ne 
pas pouvoir comparer notre dent à sa correspondante chez deux espèces des terrains 
éocènes d'Ulm, qui sont : l'une, l'A. intermedius, H. de Meyer, dont je ne connais 
point de description; et l'autre, VA.Es&ri, Plicninger, dont une tuberculeuse supé- 
rieure est seule iigurée (Wurtembergische Jahreshefte, 1849, tome V, p. 21 G). 

Si nous étendons cette comparaison aux Hyœnodon , nous trouverons encore qu'elle 
ne peut être associée à aucune espèce connue. 

Elle a quelques rapports avec le Hyœnodon Requiem, P. Gervais, des ligniles de 
la Débruge; mais, ainsi que je l'ai dit plus haut, cette espèce manque de talon a 
sa carnassière supérieure et n'a qu'un élargissement uniforme dans la région corres- 
pondante. On peut ajouter que les deux parties qui forment la couronne sont séparées 
dans noire espèce par un sillon bien plus profond, ensortc que la ligne qui résulte 
des arêtes médianes, est moins continue et moins tranchante. Ce Ihjœnodon Requieni 
a dû être un peu plus grand que notre espèce, dans le rapport de i à 3. 

II ne serait pas impossible qu'elle se rapprochât davantage du //. minor, P. Ger- 
vais, des marnes du calcaire lacustre des environs d'Alais (Gard). Toute comparaison 



72 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

précise osl impossible, car cette espèce n'est connue que par une mâchoire inférieure. 
Elle parait un peu plus petite que celle qu'indiquent nos débris, et l'état d'usure de 
sa dentition empêche même qu'on puisse arriver à quelque probabilité, par la compa- 
raison des lignes de rencontre des dents. 

Notre dent a aussi de l'analogie avec une des espèces des plàtrières de Paris, qui 
est figurée par Cuvier, pi. 150, fig. 2. [II. Cimeri, Pomel , Taxothcrmm parisiense , 
Blainv., Jhjœnodon parisiensis , Laurillard); mais les traces des racines des deux mo- 
laires postérieures semblent indiquer un talon beaucoup plus fort que celui de notre 
carnassière. 

Les différences augmentent si on les compare au H. dasyuroides [Pterodon dasyu 
roules, Blainv., PL parisiensis, id.), chez lequel les molaires postérieures ont un très- 
grand talon (Gervais, Xool. et Pal., pi. 26). 

En résumé, la carnassière que j'ai décrite ci-dessus, rend probable 
l'existence, dans les dépôts éocènes du Maurcmonl, d'une espèce voisine 
des Amphicyon et des Hyamodon, et peut être intermédiaire entre ces 
deux genres, tout en ayant plus d'affinités avec le premier d'entr'eux. 

Cette espèce paraît différente de toutes celles qui sont connues. 

Sa taille était à peu près celle du Cougouar. 

Ces résultats étant fournis par cette dent plus caractéristique, il reste à 
voir quels sont ceux qu'on peut tirer de l'étude des autres. 

Il est très-probable que la racine de canine figurée pi. V, fig. 2, a, b, 
doit être rapportée à la même espèce. Elle a tout à fait les caractères de 
son analogue dans les Amphicyon et les Hyamodon, et ses dimensions 
s'accordent exactement avec celles que l'on peut déduire de la carnassière. 

Il est moins certain que la prémolaire figurée pi. V, fig. 5, a, b, doive 
aussi lui être attribuée. Les dents correspondantes des vrais Amphicyon, 
sont inconnues, et cela exclut toute comparaison directe; mais on ne peut 
pas méconnaître une certaine analogie entre cette dent et celles des Ifyocno- 
don, qui ont été figurées par M. Gervais, pi. XII, fig. 4 et 5, et pi. XXIV, 
lig. 7. Autant qu'on en peut juger, elle ressemble aussi un peu à une des 
molaires conservées sur la tête du Taxotherium parisiense, figurée par 
Cuvier, ¥ Ed. pi. 150, fig. 2, et par M. de Blainville (Subursi, pi. 12). 

Quant à la petite prémolaire, pi. V, fig. 4 et à l'incisive, fig. 5, je ne 
crois pas, ainsi que je l'ai dit plus haut, qu'on puisse déterminer leurs 
rapports avec quelque sécurité. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE É0CÈNE. 75 



Explication des figures. 

PI. V. Fig 1, a. Carnassière supérieure d'Amphicyon, vue par sa face externe. 

Fig. 1, b. La môme, vue par sa face interne. 

Fig. 1, c. La même, vue par sa surface de trituration . 

Fig. 2, a. Canine, vue en dehors. 

Fig. 2, b. La même, vue du côté interne. 

Fig. 3, a. Prémolaire postérieure, vue ducôté externe. 

Fig. 3, 6. La même, vue du côté interne. 

Fig. 3, c. La même, vue par sa surface de trituration. 

Fig. 4, a. Petite prémolaire antérieure , vue en dehors. 

Fig. 4, b. La même, vue en dedans. 

Fig. 4, c La même, vue par sa surface de trituration. 

Fig. 5, a. Incisive supérieure, vue en dehors. 

Fig. 5, b. La même, vue en dedans. 

Toutes ces figures sont de grandeur naturelle. 



Art. 2 e . Description d'une dent carnassière inférieure, qui a probablement 
appartenu à une espèce du genre Cynodon. 

(PL V, fig. 6 etl). 

La dent qui fait l'objet de cet article et dont j'ai pu observer deux échan- 
tillons, est évidemment une dent carnassière ou principale, de la mâchoire 
inférieure droite d'un animal carnassier. Elle a tous les caractères généri- 
ques de la dent analogue des espèces désignées sous le nom de Cynodon, 
Aymard; elle ne me paraît toutefois identique à aucune d'elles. 

La racine est double et composée de deux pyramides droites et allongées, presque 
égales, séparées par un angle très-aigu. 

La couronne est composée d'une pointe médiane double, d'une pointe antérieure et 
d'un talon postérieur trilobé. Ce dernier est placé sur un plan beaucoup plus bas, «1, 
sorte que sa surface de trituration est très-inférieure aux autres pointes. 

La pointe médiane est la plus haute, elle est convexe extérieurement et presque 
aplatie sur sa face interne qui est dirigée obliquement en avant. Ces deux faces sont 
séparées par une arête assez tranchante, dont la partie postérieure se relève en une 
pointe accessoire assez aiguë, située à peu près au milieu de la face interne de la dent. 

La pointe antérieure est plus large et cà peu près également élevée que cette petite 
pointe accessoire. Elle continue en avant l'arête antérieure de la pointe principale qui 
les domine toutes deux.) 

10 



7i PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

Le talon est comme, je l'ai dit, situé sur un plan inférieur, la face postérieure de 
la grande pointe et de sa petite accessoire est taillée en une surface tout à fait plate 
et verticale, au bas de laquelle se trouve le talon qui a, à peu près les deux cin- 
quièmes de la longueur de la dent. Il est excavé sur le milieu de sa surface de tritu- 
ration et entouré d'un bourrelet divisé en trois petites pointes très-peu saillantes, dont 
la médiane est la plus grande. 

Cette dent rappelle les formes de quelques Viverridcs, mais me parai I 
avoir encore plus d'analogie avec celles du genre des Cynodon qui, du 
reste, sont presque les mêmes. Ce genre intermédiaire entre les Viverridcs 
et les Canidés a été associé à ces derniers à cause de ses molaires infé- 
rieures, au nombre de sept. 

Sous ce nom de Cynodon, on comprend 1 provisoirement quatre types 
plus ou moins distinct; les Cynodictis, les Cyotherium, les Cynodon et les 
Eleocvon. Notre dent rappelle surtout les formes des premiers. 

Elle ne peut pas être comparée aux Eleocyon qui ne renferment qu'une 
seule espèce du terrain miocène inférieur d'Auvergne, dont la carnassière 
n'est pas connue. 

Elle est beaucoup plus étroite et plus haute que celle des vrais Cynodon 
figurés par M. Àymard (Annales de la Société du Puy, tome XV, 1850, 
]>. 122) qui proviennent également des couches miocènes de la Liinagne. 

Elle diffère aussi sensiblement de son analogue dans le Cynodon pari- 
siensis ( Viverra parisiensis , Cuv., Oss. foss. 4 e édit. pi. 151, fig. 12, sous le 
nom de Genelte des plâtrières). Dans cette dernière espèce, qui forme le 
type du genre Cyotherium, les pointes principales sont bien plus écartées et 
plus divergentes. 

Ses rapports me paraissent plus grands avec le Cynodon lacustre, P. Ger- 
vais (Zool. et pal. franc, pi. 25, fig. 1), sur lequel a été établi le genre 
Cynodictis, et qui provient des lignilcs de la Débruge. Elle en diffère cepen- 
dant par les dimensions de son talon qui, mesuré d'avant en arrière, est 
sensiblement plus court, à proportion de la hauteur de la pointe principale. 

Je crois donc que ces dents indiquent l'existence d'une nouvelle espèce 
de Cynodon, appartenant au groupe des Cynodictis. Elle a du avoir la taille 
du C. lacuslris, Gcrvais. Je ne suis pas assez certain d'avoir épuisé toutes 

1 Pictet , Traité do Paléontologie , 2 e édition , tome I, p. 207. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈNE. 75 

les faces possibles d'une analyse aussi délicate, pour proposer un nouveau 
nom spécifique. Je me borne à attirer l'attention des naturalistes Suisses, 
qui trouveront peut être de nouveaux documents propres à éclairer la 
question. 

Explication des ftqurcs. 

PI. V. Fig. 6 a. Carnassière inférieure droite de Cynodon , vue par son coté extérieur et de grandeur natu- 
relle. 
G b. La même, de grandeur double. 
6 c. La même , au même grossissement , vue par son côté interne. 

6 d. La même, vue par sa surface de trituration. 

7 a. Un autre échantillon de la même dent, de grandeur naturelle, vue du côté externe. 
7 h. La même, vue du cùté interne. 



Art. 5 e Description de quelques os des pieds qui oui appartenu à des carnas- 
siers, et probablement en partie aux deux espèces indiquées ci-dessus. 

[PL V, fig. S à 12). 

Je n'ai vu que sept os des pieds qui puissent se rapporter avec quelque 
certitude à l'ordre des Carnassiers. Ils indiquent l'existence probable de 
trois espèces. 

La première espèce n'est représentée que par une première phalange d'un doigl de 
la main (pi. V, fig. 8) appartenant à M. le docteur Campiche. Cette phalange, longue 
de 28 millimètres et large en son milieu de 9, est un peu arquée en dessus, et élar- 
gie vers sa facette métacarpienne; elle est intermédiaire dans ses formes entre les ours 
et les chats, se rapprochant davantage de ces derniers. Je la trouve un peu plus 
mince à proportion de sa longueur que son analogue dans les ours; mais elle est sen- 
siblement plus courte que celle des loups. Elle doit avoir appartenu à un animal semi- 
plantigrade. 

Sa grandeur qui est à peu près celle de son analogue dans le Cougouar, correspond 
tout à fait à la taille que devait avoir l'Amphicyon dont j'ai décrit les dents, et ses for- 
mes correspondant avec celle qu'on peut admettre pour ce genre, il me paraît assez 
probable qu'on peut la lui attribuer. 

La seconde espèce est indiquée par cinq os, recueillis dans la brèche de St-Loup. 
Nous avons un métacarpien du petit doigt [pi, V, fig. 9], un fragment inférieur de 
métacarpien médian (ou de l'index) gauche, une première phalange (fig. 10] et une 
seconde phalange (fig. 41) appartenant ou au même doigt ou à un doigl voisin, et 
une première phalange d'un doigt latéral. 



76 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

Ces os qui paraissent avoir tous fait partie d'une main gauche, indiquent l'existence 
d'une espèce très-voisine de la précédente et de formes peut être un peu plus planti- 
grades, mais sensiblement plus petite. Leurs dimensions sont, par contre, beaucoup trop 
fortes pour le Cynodon. L'espèce à laquelle ils ont appartenu a dû avoir la taille de 
l'ocelot. 

La troisième espèce n'est indiquée que par un seul os (pi. V, fig. 12) qui paraît 
être un métacarpien droit de l'index. Il est remarquable par sa brièveté, car il est 
bien plus court à proportion de son diamètre que les os analogues dans les vermifor- 
mes ou dans les vrais digitigrades. Il a appartenu probablement à un animal presque 
plantigrade. 

Sa dimension correspond à la taille probable du Cynodon et je me sens d'autant 
plus fondé à l'attribuer à cette espèce , qu'il ne ferait que confirmer ce que l'on sait 
déjà de ce genre par les travaux intéressants de M. Aymard. 

En résumé donc, nous avons trouvé clans les dépôts du Mauremont les 
preuves de l'existence de trois espèces de carnassiers, savoir : 

1° Un Amphicyon ou un Hyœnodon, de la taille du Cougouar, connu 
par des dents et une phalange de doigt (pi. V, fig. 1, 2, 5, 4, 5 et 8). 

2° Une espèce, peut-être du même genre, de la taille de l'ocelot, connue 
seulement par des débris du pied antérieur (pi. V, fig. 9, 10 et 11). 

5° Une espèce du genre Cynodon et du groupe des Cynodiclis, connue 
par une carnassière inférieure et par un métacarpien de l'index (pi. V, fig. 
6, 7 et 12). 

Explication des figures. 

PI. V . Fig. 8, a. b. Première phalange d'un doigt antérieur d'un Carnassier, de la taille de L* Amphicyon. 

Fig. 9, a. b. Métacarpien du petit doigt de la main d'une seconde espèce de Carnassier. 

Fig. 10, a. b. Première phalange d'un doigt ayant probablement appartenu à la môme main. 

Fig. 11, a. b. S- conde phalange d'un doigt analogue. 

Fig. 12, a. b. Métacarpien droit de l'index d'une troisième espèce de Carnassier de la (aille du 
Cynodon. 
Toutes ces figures sont de grandeur naturelle 



Ordre des CHÉIROPTÈRES. 

L'existence des Chéiroptères dans les dépôts du Mauremont est démon- 
trée par plusieurs petites mâchoires et par quelques os des membres. 
Ces débris semblent se rapporter tous à une seule et même espèce, du 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈXE. 



genre Vespertilio et de la taille de l'Oreillard. Elle paraît différente de toutes 
les espèces connues et je l'ai nommée Vespertilio Morloti, Pict. Les maté- 
riaux que j'ai eus entre les mains ont été recueillis dans la brèche de St- 
Loup, par M. le professeur Morlot. 



Art. 1 er . Description des mâchoires. 

{PI. VI. fig. 1 à 6). 

J'ai fait figurer dans la planche VI, quatre demi-mâchoires qui se com- 
plètent un peu les unes les autres. Les fig. 1 et 2 en représentent deux, 
vues par leur face externe; les figures 5 et 4, deux autres, vues par leur 
face interne. La figure 5 est destinée à figurer une mâchoire restaurée; 
toute la partie ombrée résulte d'une observation directe. 

Ces mâchoires ont une longueur approximative de 12 millimètres. Les 
figures 1 à o sont grossies de manière à avoir trois fois la grandeur aatu- 
relle. Les figures G a à 6 c ont six fois cette même grandeur. 

Je ne connais aucun débris de la mâchoire supérieure, ni du crâne. 

Description. Forme de la mâchoire. Cette mâchoire a à peu près les formes de celles 
du Vespertilio murinus. La branche horizontale a son bord alvéolaire et son bord inférieur 
presque parallèles. Ce dernier se relève et s'infléchit en arrivant vers l'angle postérieur 
de la mâchoire qui est assez saillant. Le menton est simple, relevé en avant d'une 
manière presque verticale mais dépourvu de l'apophyse qui, dans quelques espèces, 
provient de la partie inférieure de la symphyse. La branche montante n'est qu'incom- 
plètement conservée. Ce qui en reste suffît cependant pour montrer une grande ana- 
logie avec le V. murinus; elle est élevée comme dans cette espèce et ne ressemble 
point à celles ou elle est très-courte et réduite [Rhinolophus ferrum equinum, etc.] Son 
bord antérieur n'est pas tout à fait perpendiculaire au bord alvéolaire, mais un peu 
incliné en arrière. 

Le trou mentonnicr est situé sous la prémolaire antérieure. 

Dentition. La mâchoire iuférieurc paraît avoir porté deux incisives de chaque côté, 
une canine, deux prémolaires et trois vraies molaires, dont l'antérieure est la carnas- 
sière ou principale. Les dents antérieures ne sont connues que par leurs trous d'im- 
plantation. Les postérieures sont conservées dans plusieurs échantillons. 

Les incisives, ainsi que je viens de le dire, n'existent plus sur aucune de nos mâ- 
choires. Leurs trous d'implantation sont petits; je n'ai pu en voir que deux, et je 



78 PALÉONTOLOGIE SUSSE. 

crois qifil n'y en a pas eu davantage. Je ne puis pas donner à cet égard une affir- 
mation aussi positive que si les dents existaient elles-mêmes; toutefois, un des échan- 
tillons a sa symphyse assez hien conservée pour qu'il me reste peu de doutes. 

La canine n'est également connue que par son trou d'implantation qui est grand, 
arrondi, un peu plus long que large. Elle a dû ressembler à son analogue dans les 
vespertilions d'Europe. 

Les prémolaires sont, comme je l'ai dit, au nombre de deux. La postérieure est 
biradiculéc; sa couronne est composée d'une pointe conique, munie en arrière d'un 
léger talon et bordée par un bourrelet, Cette dent rappelle par sa forme une des moi- 
tiés des vraies molaires; elle est un peu plus haute que la carnassière. 

La prémolaire antérieure n'est connue que par son trou d'implantation qui montre 
qu'elle était uni-radiculéc et sensiblement plus petite que les deux dents entre lesquelles 
elle était placée, savoir : la prémolaire postérieure et la canine. 

Les vraies molaires, au nombre de trois, ont chacune une couronne à cinq pointes 
aiguës (pi. VI, fig. 6, a). Les deux plus grandes forment le bord externe, les trois 
plus petites le bord interne; de sorte que si l'on regarde une des molaires du coté 
externe (fig. 6. c], elle ne paraît composée que de deux grandes pointes; tandis que 
si on la regarde du coté intérieur (fig. 6, b) on voit sur le premier plan trois petites 
pointes et sur le second deux plus grandes. La plus antérieure des trois ou la car- 
nassière est un peu plus longue que les deux autres, mais de même forme; les deux 
postérieures sont à peu près égales enlr'clles. 

Rapports et différences. Le caractère éminemment insectivore des 
vraies molaires, m'a lait d'abord chercher l'analogue de ces mâchoires 
dans les genres voisins des taupes et même aussi parmi les petits marsu- 
piaux. La découverte des parties antérieures de la mâchoire n'a pas tardé à 
montrer l'impossibilité de pareilles comparaisons. Si nos mâchoires rap- 
pellent les taupes, les musaraignes et les sarigues par leurs parties posté- 
rieures, elles s'en écartent complètement par la forme de la symphyse cl 
du menton et par la dentition des parties antérieures. Par contre, leur ana- 
logie avec les Chéiroptères est trop évidente pour avoir besoin de démons- 
tration. 

J'ai déjà dit plus haut que ces mâchoires rappellent le genre des ves- 
pertilions. Je dois toutefois ajouter qu'elles sont insuffisantes pour démon- 
trer d'une manière incontestable, que l'espèce qu'elles représentent lui 
appartient plutôt qu'à un des genres voisins. Les Rhinolophcs, par exem- 
ple, ont une dentition tout à fait semblable. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈNE. 79 

Ce n'est donc que provisoirement que j'attribue le nom de Vespertilio à 
notre espèce fossile. Je me fonde sur des analogies probables, mais qui 
ne fournissent pas une démonstration complète. 

M. de Blainville distingue dans les Vespertilio, six modes de dentition, 
savoir :-r '"7 ? -s - ' ir?-ir cl 4- uiolaires. Notre espèce à dû appartenir au 
troisième ou au quatrième type, car elle avait cinq molaires à la mâchoire 
inférieure. Si on la compare aux espèces vivantes, on lui trouvera, en ce 
qui concerne la dentition, une analogie incontestable avec la sêrotine, qui 
forme le troisième groupe (système sérolinoïde) et avec la pipistrelle, la 
nodule et la barbastelle, qui appartiennent au quatrième (système noctu- 
loïde). Les formes de la mâchoire rappellent au contraire plus le V. mari- 
nus du sixième groupe. Elle a, comme cette espèce, le menton un peu 
fuyant, sans épaississement inférieur, la branche horizontale épaisse, et 
la branche montante assez développée. 

La comparaison avec les espèces fossiles ne peut pas être complète, car 
plusieurs d'entr'elles sont très-mal connues. 

Notre espèce a, comme le V. parisiensis, Cuv., des gypses de Paris, cinq 
molaires à la mâchoire inférieure; il est par conséquent bien possible 
qu'elle ait appartenu avec elle au groupe des Sérotinoïdes. Elle en diffère 
complètement par la forme du menton, qui dans l'espèce de Paris est 
épaissi et prolongé en bas en une apophyse très-saillante; je crois aussi que 
les tubercules des molaires sont plus pointus dans la nôtre. 

Les deux Vespertilio trouvés à Sansan par M. Lartct, ont ce même 
caractère d'une apophyse saillante sous le menton. 

Les deux espèces recueillies à Weisenau, par M. IL de Mcyer, sont res- 
tées sans description et sans figure. 

Le V. murinus fossilis d'OEningen est également inconnu. 

Je considère donc l'espèce du Mauremont comme n'étant identique à 
aucune espèce connue et ainsi que je l'ai dit plus haut, je l'ai nommée 
F. Morloli. 



80 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

Art. 2 e . Description des os des membres. 

{PL Fit fi'j. là 10). 

La brèche de St-Loup nous a fourni quelques os des membres dont la 
dimension s'accorde tout à fait avec celles des mâchoires, pour indiquer 
une espèce de la taille de l'oreillard , et par conséquent un peu plus grande 
que la pipistrelle. Leurs formes concordent aussi en grande partie avec 
celles de ces espèces vivantes. 

L'humérus est représenté par deux fragments principaux, une moitié supérieure 
(pi. VI, fig. 7] et une partie inférieure (fig. 8). La première montre une crête deltoïde 
arrondie, à peu près de la forme de celle de l'oreillard et plus uniforme que celle du 
Vesp. paris iensis , si toutefois la figure donnée par M. de Blainvillc représente cette 
pièce non altérée. La partie inférieure montre la trochlée, l'épitrochlée et l'épicondylc 
très-développés , comme c'est l'ordinaire chez les Chéiroptères. 

Ces deux pièces ne permettent pas de juger exactement de la longueur de l'os. Il a 
du avoir à peu près 25 millimètres , c'est à dire les dimensions de son analogue dans 
l'oreillard et dans le Y. parisiensis. 

Le fémur est conservé par un os dont la partie supérieure est fracturée (pi. VI, fig. 
10). On ne connait donc que son extrémité condylienne, qui fournit les mêmes résul- 
tats que les os précédents. 

La figure 9 de la planche VI représente un des métacarpiens de l'aile. Il me parait 
avoir les formes ordinaires du métacarpien de l'indicateur chez les Vespertilio d'Europe. 

Conclusions. 

Les mâchoires et les os décrits ci-dessus, s'accordent pour démontrer 
l'existence d'une espèce éteinte de l'ordre des Chéiroptères. 

Cette espèce a probablement appartenu au genre Vespertilio. 

Elle ne peut point être confondue avec le V. parisiensis, Cuv., ni avec les 
espèces de Sansan. 

On ne peut pas, dans l'état actuel de la science, la comparer aux autres 
espèces de l'époque miocène et de l'époque pliocène. 

Les formes de sa mâchoire se rapprochent de celles du V. murinus plus 
que d'aucune autre espèce vivante. 

Sa dentition rappelle la Sérotine, la Noctule, la Pipistrelle, etc. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈNE. 81 

Sa taille a dû être à peu près celle du V. parisiensis et de Y Oreillard . 
c'est à dire qu'elle a dépassé un peu celle de la pipistrelle et a élé loin d'at- 
teindre celle du V. murinus. 

Explication des figures. 

VI. VI. Fg. 1. Branche droite de la mâchoire inférieure d'un Vcspertilio Morloti, Pictet, vue en dehors, trois 

fois la grandeur naturelle. 
Fig. 2. Branche droite d'une mâchoire de la même espèce, vue également en dehors, au même 

grossissement. 
Fig. 3. Branche droite d'une mâchoire de la même espèce , vue en dedans, au même grossissement. 
Fig. 4. Branche gauche d'une mâchoire de la mémo espèce, vue en dedans, au même grossissement. 
Fig. 5. Mâchoire restaurée de la même espèce, vue en dehors, au même grossissement. 
Fig. G a. Les quatre molaires postérieures (trois vraies et une prémolaire) vue par leur surface de 

trituration ; six fois la grandeur naturelle. 
6 b. L'avant-dernière vraie molaire , vue par sa face interne, au même grossissement. 
6 c. La même, vue par sa face externe. 
Fig. 7. Partie supérieure de l'humérus du même Xespertilio Morloti , Pictet, — a de grandeur natu- 
relle; b de grandeur double. 
Fig, 8. Partie inférieure de l'humérus de la même espèce, — a de grandeur naturelle, b de grandeui 

double. 
Fig. 9. Partie basilaire du métacarpien de l'index de la même espèce , — a de grandeur naturelle, b 

de grandeur double 
Fig. 10. Partie inférieure du tibia de la même espèce, —a de grandeur naturelle, 6 de grandeur 

double. 



Ordre des RONGEURS. 

Parmi les ossements recueillis au Mauremont, on peut rapporter à Tor- 
dre des Rongeurs une certaine quantité de mâchoires, de dents isolées < i l 
d'os des membres. 

Ces derniers sont en général fracturés ou peu caractéristiques, et ne 
peuvent fournir que des données incomplètes. Les mâchoires et les dents 
permettent de caractériser quelques espèces. 

Aiu\ 1 er . Description d'une mâchoire inférieure, appartenant à une nouvelle 
espèce du genre Theridomys, Jourdan (T. siderolilhicus , Pictet). 

(PI. VI, ftq 11 a, b. c). 

Cette mâchoire est conservée dans sa partie moyenne et antérieure. On 
y voit en place les quatre molaires, dont les racines sont en partie dénudées 

11 



82 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

et l'incisive, don! la pointe est cassée. Elle nous a été communiquée par 
M. le docteur Campiche. 

Description. Celte mâchoire est robuste, la barre, ou l'intervalle compris entre 
l'incisive et la première molaire, est relativement courte, car elle est égale seulement à 
une fois et demie la longueur d'une molaire. 

L'incisive est longue; mais, ainsi que je l'ai dit plus haut, son extrémité est cas- 
sée. Elle est peu comprimée; sa coupe (fig. 11, c) forme une sorte de triangle, dont 
le côté interne est droit, l'antérieur court et arrondi , le côté interne presque droit; son 
angle postérieur est très-arrondi, les deux antérieurs sont plus marqués. 

Les quatre molaires sont rapprochées les unes des autres et occupent cnlr'elles une 
longueur de dix millimètres. Elles sont portées par deux racines régulières, cylindri- 
ques et allongées. Leur couronne se termine par une surface de trituration plate, sur 
laquelle on distingue facilement la ligne d'émail. Cette ligne qui constitue le bord de 
la dent, forme un fort repli intérieur au côté externe, et deux, moins profonds, au côté 
interne. On remarque, en outre, un ilôt d'émail dans l'anse antérieure de chaque dent. 
La molaire la plus antérieure est un peu plus grande et un peu plus divisée que les 
autres; la postérieure est au contraire un peu plus petite et un peu moins caracté- 
risée. 

Détermination générique. Cette mâchoire appartient évidemment an 
même type que les Echimys qui vivent aujourd'hui dans l'Amérique méri- 
dionale, mais elle a plus de rapports encore avec les fossiles qui ont été 
désignés sous le nom de Theridomys, par M. Jourdan. Si l'on jette, en 
particulier, les yeux sur la figure que M. Gervais a donnée du T. lembronica, 
Gerv. (Zoologie et paléontologie françaises, pi. 47, fig. 5), on trouvera une 
ressemblance presque complète, car les diverses différences que nous signa- 
lerons plus bas, dans les îles d'émail, ne peuvent avoir aucune importance 
générique. Je ne connais aucun autre genre fossile avec lequel on puisse 
la comparer, sauf celui des Carterodon, Lund, qui renferme une seule espèce 
fossile en Amérique, associée d'abord par M. Lund aux Nelomys, puis aux 
Aulacodus, ïemminck. La lame d'émail de ce genre se plie suivant le carac- 
tère général des Echimydes, mais elle forme dans chaque dent des courbes 
fermées, indépendantes, très-différentes du plissement des nôtres'. 

1 Je parle ici des dents figurées dans le travail de M. Lund (Mém. Acad. Copenhague, tome VIII, pi. 25 , 6g 
7 et 11 ). M. Giebel (Odontographic , pi. 23, fig. 6), figure sous le nom de Carterodon une dent qui ressem- 
ble plus aux nôtres, mais il n'indique ni son origine, ni son nom spécifique. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈNE. 85 

Parmi les genres vivants, il y en a plusieurs qui ont également quatre 
molaires el chez lesquels la lame d'émail se plisse à peu près de la même 
manière. On peut citer en particulier : 

Dans la tribu Psammorvctins (Echimydcs), les genres Echimys, Aulaco- 
dus, Bactylomys , Plagiodonta , Capromys. 

Dans la tribu des Coelogémdes, le genre des Paras. 

Dans la tribu des Castors, les genres Castor, Myopotamus el Chœtomys. 

11 faut toutefois remarquer que ces deux dernières tribus présentent dans 
leurs formes robustes, dans leur grande taille et même dans leurs dénis 
dont la couronne est très-grande et la racine rudimentaire, un ensemble 
de caractères qui les éloigne de notre espèce fossile. 

Celle-ci doit évidemment être associée à la tribu des Psammoryctins et 
ainsi que je l'ai dit plus liant, ses ressemblances avec les Theridomys 
paraissent assez intimes pour qu'on puisse, suivant toute probabilité, la 
l'apporter à ce genre. 

,1e dois faire remarquer encore que l'espèce qui lui ressemble le plus, 
le Theridomys lembronica, a reçu primitivement le nom générique de 
Neomys; mais ce nom, donné par M. Bravard ', n'a jamais été accom- 
pagné d'une description et il n'a aucun droit à être conservé. Le même mol 
a d'ailleurs été employé par M. Kaup, pour désigner un type différent, 

Rapports et différences spécifiques. Il nous reste maintenant à com- 
parer notre espèce du Maurcmonl avec les diverses espèces fossiles inscrites 
dans le genre Theridomys 8 . 

Le Th. breviceps, Jourdan, des marnes à hysenodon d'Auvergne, n'est 
connu que par un fragment de crâne et par ses molaires supérieures; il ne 
peut pas être comparé au nôtre. Si mes conclusions sont justes, par les- 
quels j'associe à cette mâchoire inférieure des dents de la mâchoire supé- 
rieure, trouvées aussi au Maurcmonl, je pourrai montrer plus lard que 
notre espèce n'est pas celle de M. Jourdan. 

Le Th. aquatilis, Aymard, des marnes à pakcotherium de Ronzon, près le 
Puy, a, dans ses molaires inférieures, un seul pli très-profond de chaque 

1 Ce nom est indiqué dans la brochure de M. Bravard . intitulée : Considérations sur ht distribution des mam- 
mifères fossiles du Puy de Dôme , 18 11 , m-8°, p. 40 
1 Voyez Pictet, Traité de Paléontologie, tome ', p. 243, Gênais; Zool. et pal. françaises, p. 28 el [il. M 

46 et 17. 



m PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

côté et de grands ilôts d'émail. En admettant que le degré d'usure y est 
pour quelque chose, il restera toujours pour différence que le lobe pos- 
térieur de la dent a un pli de plus dans les nôtres. 

Le Th. Vailland, Gervais, des lignites de la Débruge, a des molaires 
inférieures plus longues que notre espèce. Le pli extérieur y est moins pro- 
fond et les intérieurs le sont davantage; la dernière dent a trois plis inter- 
nes au lieu de deux. On n'y voit pas d'ilôts d'émail. 

Le Th. lembronica, Gervais, des environs d'Issoire, ressemble bien plus 
à notre espèce, ainsi que je l'ai déjà indiqué plus liant. On ne peut cepen- 
dant pas les confondre. Le Th. lembronica est presque une fois et demie aussi 
grand que le notre, l'intervalle entre la première molaire et l'incisive 
y est plus grand, et chaque molaire présente dans son lobe antérieur 
deux ilôts d'émail au lieu d'un seul. 

Je ne trouve donc aucune espèce décrite identique à la notre; je la 
considère comme nouvelle et la nomme Theridomys siderolithicus,VkM. 

Implication des figures. 

PI. VI. Fig. 11 a. Branche droite de la mâchoire inférieure du theridomys siderolithicus , Pictet, de gran- 
deur naturelle. 
Fig. 11 b. La même, grossie, trois fois la grandeur naturelle. 
Fig. 11 c. La même, vue par sa surface de trituration, au même grossissement. 

Art. 2 e Description dune portion de mâchoire supérieure et de quelques dents 
que l'on peut probablement rapporter à [espèce précédente (Theridomys si- 
derolithicus, Pictet). 

(PI. VI. fin. 1-2 et 13). 

M. le docteur Campichc a trouvé au Mauremont, avec la pièce que 
j'ai décrite dans l'article précédent, un fragment de la partie basilaire 
d'un crâne de Rongeur. Les deux molaires médianes de chaque côté y 
sont conservées avec la portion de la région palatine qui est interposée, 
et la base des apophyses zygomatiques du maxillaire. 

Description. Les os maxillaires forment dans leur région palatine une surface un peu 
excavée, ou les sutures ne sont plus visibles et qui ne présente pas de saillie remar- 
quable. Les trous palatins sont assez vastes, leur bord postérieur, terminé en pointe, 



VERTÉBRÉS DE LA FÀTÏNE ÉOCÈNE. 80 

correspond au milieu de la molaire antérieure. L'apophyse zygomalique pari immé- 
diatement en avant de cette même molaire et s'infléchit assez brusquement en arriére. 

La molaire la plus antérieure n'est pas conservée; mais on voit encore de chaque 
côté la trace d'une double racine. 

La seconde et la troisième molaires existent de chaque côté. Elles sont à peu près 
aussi longues que larges. Leur couronne présente du côté interne une forte échan- 
crure qui la divise en deux collines, et du côté extérieur la trace de deux, plis plus 
petits, séparés par un étroit intervalle saillant. Quatre lignes saillantes irrégulières 
joignent le bord interne et le bord externe, correspondant aux deux collines prinei 
pale, au petit intervalle dont nous venons de parler, et au bord antérieur. 

La molaire postérieure n'a laissé que des traces très-indistinctes. 

Détermination générique. Ces molaires semblent, au premier coup- 
d'œil très-éloignées du type des Theridomys; mais on peut se convaincre 

que les différences qui les en séparent sont dues au degré d'usure. Elles 
ont encore leurs arêtes intactes, ayant probablement poussé récemment. 
En suivant les replis indiqués par la couronne elle-même, on verra fa- 
cilement que dès que la surface sera aplatie par la trituration, la iame 
d'émail formera un fort repli au côté interne et deux petits au côté 
externe. 

J'ai fait représenter dans la figure 15, deux molaires qui appartiennent 
évidemment au même type, mais qui sont un peu plus usées. Les deux 
grandes arêtes ont chacune comme une île d'émail à chacune de leur ex- 
trémités. Quand ces îles seront réunies par une trituration plus prolongée, 
ou aura la forme normale des dents du Theridomys. 

Ces deux dents ont des rapports incontestables avec celles que M* dri- 
vais à représentées dans la figure 10 de la planche 46, de sa Zoologie el 
paléontologie françaises, et qu'il a désignées sous le nom d'ÀDELOMYS. .h 1 
me suis cru d'abord autorisé, par la vue de sa planche, à les rapporter à 
ce dernier genre; puis j'ai vu par l'explication de la planche 44 que le 
savant paléontologiste de Montpellier a reconnu lui-même que les Adelomys 
doivent être réunis aux Theridomys, et que l'espèce que ces dents repré- 
sentent est le Th. Vailland, des lignites de la Débruge. Les nôtres appar- 
tiennent évidemment au même genre. 

Détermination spécifique. Je ne trouve aucun motif pour ne pas asso- 
cier cette mâchoire supérieure à l'inférieure que j'ai décrite plus haut, car 



8(> PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

les dents ont précisément les mêmes dimensions et les mêmes carac- 
tères relatifs. Leurs plis se ressemblent en étant disposés d'une manière 
inverse, comme dans tous les autres espèces; et le fait que les deux 
pièces ont été recueillies dans le même lieu, confirme cette conclusion. 
J'ai dit que ces dents supérieures pourraient servir à compléter la com- 
paraison de notre espèce avec le Theridomys Jourdani Ce dernier, qui est 
un peu plus grand, a les couronnes de ses molaires plus larges dans le sens 
Iransversal et diffère en outre par la disposition des lignes saillantes de la 
couronne, qui sont au nombre de trois au lieu de quatre et qui paraissent 
moins obliques. 

Explication des figures. 

PL VI. Fig. 12 a. Portion de mâchoire supérieure du Theridomys siderolithicus, Pictet, de grandeur natu- 
relle- Le trait représente la restauration probable de la tête. 
Fig. 12 b- La même portion de mâchoire, grossie, trois fois la grandeur naturelle. 
Fig. 13. Deux dents molaires, appartenant probablement à la même espèce, au même grossissement 

A m. 3 e Description de quelques dénis et fragments de mâchoires, appartenant 
probablement à la tribu des Sciuriens. 

{PI. 17, fig, 14 à 1G.) 

Je rapporte à la tribu des Sciuriens quelques fragments de mâchoires, 
ainsi que des dents caractérisées par une couronne beaucoup moins plate 
et par des tubercules plus saillants que les précédentes. Ces débris sont trop 
incomplets pour que je me sois cru autorisé à en former des espèces nou- 
velles. Ils ne me paraissent cependant pas inutiles à faire connaître, soit 
pour compléter la faune du Mauremont, soit pour attirer l'attention des 
géologues qui exploiteront plus tard ce gisement. 

i" Fragment de mâchoire inférieure , appartenant probablement au genre des Ecureuils. 

{PI. VI, fig, 1 1 . 

Ce fragment qui m'a été communiqué par M. le docteur Campicbe, porte 
deux molaires qui paraissent être les deux antérieures. Il rappelle, pour la 
taille et pour l'ensemble des caractères, l'écureuil commun; il appartient 
cependant à une espèce différente. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈNE. 87 

Description. L'os maxillaire est épais, fortement excavé par l'impression du muscle 
masseter; sa hauteur sous les dents est un peu moindre que dans l'écurcil commun. 

La molaire antérieure a trois racines, deux postérieures et une antérieure. Sa cou- 
ronne est divisée en quatre tubercules, associés en deux collines peu distinctes. Les 
deux tubercules qui forment la colline antérieure sont rapprochés, l'interne est le plus 
grand. Les deux tubercules postérieurs sont plus écartés. 

La seconde molaire est plus grande que la précédente, surtout plus large. Elle porte 
aussi quatre tubercules associés en deux collines; les antérieurs et les postérieurs 
sont à peu près à même distance les uns des autres. 

Rapports et différences. Cette espèce se distingue de l'écureuil com- 
mun par la grandeur de l'impression du masseter et par la forme des 
molaires. L'antérieure est sensiblement plus allongée par rapport à sa lar- 
geur, et dans toutes deux les tubercules sont mieux marqués. 

Il est impossible de la comparer aux espèces fossiles, car celles-ci n'ont 
pas été décrites. On ne peut pas, en particulier, savoir si elle esl identi- 
que mSciurus fossilis, des gypses de Montmartre. Dans cet état de choses, 
je ne lui impose pas de nom spécifique. 

'•1° Fragment de mâchoire inférieure d'un Rongeur voisin des Spermo/>hiles. 

{PI. VI. fuj. 15). 

Cette mâchoire, dont je dois aussi la connaissance à la complaisance 
de M. le docteur Campichc, porte quatre dents qui rappellent, par leurs 
tubercules celles de la famille des Sciuriens, mais plus encore, les Cri- 
cetodon de la famille des Mutins. Ses rapports ne me paraissent pas faci- 
les à préciser. 

Desciuption. Le fragment de branche horizontale qui est conservé est mince, peu 
élevé et son bord inférieur est à peu près parallèle au bord alvéolaire. 

Les molaires sont au nombre de quatre, l'antérieure est la plus petite, la postérieure 
est la plus longue, les deux intermédiaires sont les plus larges. 

Ces dents sont composées de collines abaissées dans leur milieu et élevées sur cha- 
que bord en un tubercule saillant. Elles sont bordées du côté interne par un bourrelet 
basilairc. 

La première n'a qu'une seule colline et un talon antérieur; la seconde a deux collines 



88 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

et un pclil talon antérieur; la troisième a deux collines et un talon antérieur presque 
nul; la dernière a deux collines et un fort talon postérieur. 

Rapports et différences. Je ne connais aucun genre vivant ou fossile 
dont les dents aient autant de rapports avec notre mâchoire que celui des 
Cricelodon, Lartet', on peut en juger, en particulier, en comparant avec 
cette mâchoire la fig. 25 de la planche 44 de la Zoologie et paléontologie 
françaises de M. Gervais, qui appartiennent au Cricctodon médium. 

Mais cette analogie apparente s'évanouit devant le fait que les Cricctodon 
n'ont que trois molaires et appartiennent à la tribu des Miirins. 

Les quatre molaires de notre mâchoire nous forcent à chercher son ana- 
logue parmi les tribus qui ont la même organisation. Or, les tubercules 
saillants qui les distinguent semblent indiquer la tribu des Sciuriens. Les 
formes grêles de l'os se rapportent plutôt aux Spermophiles qu'aux Ecu- 
reuils, et il est probable que nous trouvons là l'indication d'une espèce 
nouvelle appartenant au premier de ces genres. 

3° Dents incisives. 

(PL VI. f,q. 10). 

Le gisement du Mauremont nous a fourni deux sortes de dents in- 
cisives bien distinctes. Les unes que j'ai décrites plus haut, sont épaisses 
et appartiennent aux Theridomys. Les autres, que je figure ici, sont com- 
primées et ont probablement caractérisé une espèce voisine des Ecureuils. 
Les documents me manquent pour l'associer à d'autres fragments suscepti- 
bles de caractériser une espèce. 

Explication des figures. 

VI. VI. Fig. 14 o. Branche droite de la mâchoire inférieure d'une espèce perdue, du genre des écureuils, 
de grandeur naturelle. Le trait indique la forme probable. 

Fig. 14 6. Les deux dents molaires, vues de profil , grossies, trois fois la grandeur naturelle. 

Fig. 14 c. Les mômes , vues par leur surface de trituration , au mémo grossissement. 

Fig. 15 a. Portion de la branche gauche de la mâchoire inférieure d'un Rongeur, probablement 
voisin des Spermophiles , de grandeur naturelle. 

Fig 15 b. Le même, grossi, trois fois la grandeur naturelle. 

Fig. 15 c. Les dents, vues par leur surface de trituration , au mémo grossissement. 

Fig, 16. Incisives comprimées , appartenant probablement à l'une des deux espèces précédentes. 

1 Notice sur la colline de Sausan , p. 20. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÈOCÈNE. $$ 



II. REPTILES. 



Les reptiles sont bien moins abondants an Maurcmont que les mammi- 
fères. On a cependant trouvé quelques représentants des trois ordres qui 
composent la sous-classe des reptiles proprement dits. 

Ordre des SAURIENS. 

Les ossements de Sauriens se rapportent à quatre espèces. La seule qui 
soit conservée d'une manière un peu complète est un Crocodile. Quelques 
petits fragments indiquent l'existence d'un Lézard et celle du genre Placo- 
saurus, Gervais. Des ossements plus nombreux et d'une interprétation 
moins facile paraissent se rapporter à un Iguanien. 

Art. 1 er . Description de quelques os de la tête appartenant à un Crocodile. 

(Crocodilus Haslingsiœ, Owcn.) 

{PI. VII). 

La collection d'ossements recueillis au Maurcmont par MM. De la Harpe 
et Gaudin renferme six pièces qui ont évidemment appartenu à la tète d'un 
Crocodile. Elles sont si semblables dans leur apparence et s'accordent si 
bien par leurs dimensions que l'on peut sans hésitation les attribuer à un 
même individu. 

J'ai essayé de reconstruire, au moyen de ces débris, la tète telle qu'elle 
était avant sa fracture. Us ne sont ni assez nombreux ni assez complets 
pour que cette restitution soit rigoureuse; ils sont cependant suffisants pour 
lui donner une grande probabilité, car ainsi qu'on va le voir, ils peuvent 
déterminer une partie des formes et les lignes les plus importantes. 

La première pièce est celle qui est figurée de grandeur naturelle sous le N° \ a et 
qui est marquée a dans la figure réduite et restaurée. C'est un os intermaxillaire droit 

12 



90 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

qui donne le contour de la partie antérieure du museau et qui montre que cette ré- 
gion a été passablement obtuse et arrondie, rappelant plutôt les formes des Caimans 
nue celle des vrais Crocodiles. Les narines forment une grande ouverture à peu près 
aussi large que longue. 

Cette pièce vue en-dessous présente un caractère important, c'est une fossette pro- 
fonde située en arrière de l'alvéole de la première dent, et qui était évidemment des- 
tinée à recevoir la première dent inférieure. On distingue les alvéoles des quatre dents 
antérieures qui augmentent de grandeur en allant d'avant en arrière. 

Cette pièce n'indique malheureusement pas d'une manière précise quelle forme pre- 
nait l'os dans sa rencontre avec le maxillaire. On distingue cependant par la direction 
du bord qu'il y a dû avoir un rétrécissement assez marqué et que la quatrième dent 
inférieure passait probablement en dehors de lui comme chez les vrais Crocodiles. 

La seconde pièce est figurée sous la lettre h dans la tèle restaurée et sous le chiffre 
\ b de grandeur naturelle. C'est un fragment du maxillaire supérieur droit contenant 
le bord alvéolaire. Il porte seize alvéoles dont une seule a conservé sa dent. Il parait 
à peu près complet dans sa longueur (mais non dans sa largeur). On voit à sa partie 
postérieure la ligne oblique qui correspond à sa suture avec le zygomalique. Cette im- 
pression permet de tracer la ligne qui longe le maxillaire supérieur et le lacrymal, 
laissant de l'autre côté le frontal antérieur et le zygomalique. 

Le bord de l'os correspondant aux cotés du museau est un peu sinueux, c'est-à-dire 
qu'en arrière de la suture avec l'intcrmaxillaire, ce bord se renfle en une protubé- 
rance peu marquée, pour former ensuite une sinuosité rentrante. 

La troisième pièce (1 c) est un fragment du maxillaire supérieur f/auche qui n'ajoute 
aucun document nouveau. 

La quatrième pièce (1 d) est la partie interne et postérieure du frontal antérieur 
gauche jusqu'à son union avec le lacrymal. II montre que le bord interne de l'orbite 
était à peu près en ligne droite, oblique à l'axe général du corps. 

La cinquième pièce (1 e) est plus importante, c'est un masto'idc gauche presque 
complet, présentant sa protubérance et son bord postérieur intacts, ainsi que son bord 
externe libre , son bord de soudure avec le pariétal et le bord de l'ouverture tempo- 
rale. Cet os est seulement un peu fracturé vers son union avec le frontal postérieur. 
Il donne la forme de cette sorte de bouclier postérieur très-caractéristique de la tête 
des crocodiles; il montre que l'apophyse postérieure était bien développée, que les 
trous temporaux étaient assez grands, que le bord postérieur était légèrement excavé, 
et que les bords latéraux droits convergeaient un peu en avant. 

La sixième pièce (1 /') est la région articulaire de la mâchoire inférieure. Elle montre 
une cavité cotyloïde, excavéc en forme de selle trapézoide, la base de la pointe pos- 
térieure et l'apophyse qui unit l'os articulaire avec l'angulaire. 



VERTÈBRES DE LA FAINE ÉOCÈNE. 91 

Les dents sonl mal connues. J'ai ligure [fig, ( 2, a et b) la forme de celles du milieu 
de la mâchoire supérieure Elles ont une forte racine et une couronne peu développée, 
séparée de la racine par un collet bien marqué. Cette couronne est bordée des deux 
cotés par une carène saillante ; le coté externe est fortement bombé, le coté interne 
beaucoup plus faiblement. 

La figure 3, a, h , représente une autre dent qui appartient probablement à la partie 
antérieure de la mâchoire inférieure. La couronne est beaucoup plus longue et plus 
aiguë ; les courbures sont à peu près les mômes. Les unes et les autres sont lisses. 

Quelques éoussens isolés paraissent se rapporter à la même espèce. Deux surtout 
sont bien conservés. Ils sont garnis de fossettes nombreuses sur leur surface externe; 
une quille médiane irrégulière et lisse s'élève sur la surface opposée ou surface interne. 
L'un d'eux est plus large que long, l'autre parait avoir été plus long que large. 

Si l'on admet comme je l'ai fait que toutes ces pièces se rapportenl à une 
seule et même espèce, il reste à la comparer avec les crocodiles connus. 
Cette comparaison m'a montré que tous leurs caractères sonl exactement 
ceux du Crocodilus Hastingsiœ, Owen i , des dépôts éocènes dVau douce 
d'Hordwell Cliffs (Hampshire). 

Je trouve en particulier cette analogie: 1° dans la forme de rintermaxil- 
laire; 2° dans les deux cavités pour la réception des dents antérieures de la 
mâchoire inférieure décrites par M. Owen comme un des caractères impor- 
tants de celle espèce; 5° dans l'os masloïde donl les proportions et les for- 
mes sonl identiques et qui est très-différent dans les autres espèces; -4° par 
les dents qui sont tout à fait les mêmes et qui ont au contraire des slries 
chez la plu pari des espèces éocènes. 

Je ne trouve par contre aucune différence de quelque importance à si- 
gnaler, et tout en reconnaissant qu'il peut y en avoir dans les os que je ne 
connais pas, je ne vois aucun motif pour ne pas rapporter notre fossile à 
celte espèce. 

M. Owen a déjà attiré l'attention sur le fait que le Crocodilus Hastingsiœ 
l'ail une sorte de passage entre les vrais Crocodiles et les Caïmans. Il a les 
fossettes de Pmtermaxillaire et le museau obtus de ces derniers; mais il 
ressemble aux premiers par la quatrième dent de la mâchoire inférieure, 

1 Owen et Bell, Monbgraph on the fossil Reptilia of the London clay, Palaeontographical Society, Part. 2. 
1850. p. 37. 



92 PALÉONTOLOGIE SUSSE. 

qui n'est pas reçue dans une cavité. En combinant ces caractères avec 
divers autres détails, M. Owen conclut en l'associant aux Crocodiles pro- 
prement dits. 

MM. De la Harpe et Gandin ont également recueilli quelques vertèbres 
qui appartiennent à un crocodile de la taille de celui dont nous avons dé- 
crit la tète, et probablement à la même espèce. 

Ces vertèbres sont trop tordues et brisées pour qu'il y ait intérêt à les fi- 
gurer. Parmi celles dont la place a pu être déterminée on peut citer un 
axis, deux autres vertèbres cervicales, une des dernières dorsales, une lom- 
baire et une coccygienne. 

Explication drs figures. 

PI. VII. Fig. 1. Restauration de la tète du Crocodile du Mauremont, rapporté au Crocodilus Hastingsiœ, Owen, 
un tiers de la grandeur naturelle. 
Les lettres correspondent avec celles des figures suivantes. 
» Fig. 1 a. Fragment de l'intermaxillaire droit. 
» Fig. 1 b. Fragment du maxillaire droit- 
» Fig. 1 c. Fragment du maxillaire gauche. 
» Fig. 1 d. Frontal antérieur gauche. 
» Fig. 1 c. Mastoïde gauche. 

* Fig. 1 f. Région articulaire de la mâchoire inférieure. 
» Fig. 2 a, b. Dent du milieu de la mâchoire supérieure. 
» Fig. 3 a, b. Dent de la région antérieure de la mâchoire. 

N.B. Toutes les figures sont de grandeur naturelle, sauf la première. 

Art. 2 e . Description de la mâchoire inférieure d'un Lézard. 

(PL VIII, fig. 1, a, b, c). 

La petite branche gauche de la mâchoire inférieure, qui a été figurée 
PI. VIII, fig. 1, présente les formes génériques des Lézards actuels; mais 
elle fournit trop peu de caractères distinctifs pour qu'on puisse préciser 
une espèce. 

Sa taille est celle de nos petits lézards européens (Lacerta agilis, etc.). 
Elle provient de la brèche de Saint-Loup, où elle a recueillie par M. le pro- 
fesseur de Morlot. 

Cette branche de la mâchoire ne présente rien de spécial dans sa forme, 
d'autant plus que les apophyses postérieures sont cassées. Les dents sont 
cylindroïdes, émoussées, arrondies à l'extrémité et logées dans un sillon, 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈNE. 95 

creusé à la face interne de l'os comme chez les pleurodontes en général et les 
lézards en particulier. Ces dents sont serrées. Leur nombre ne peut pas 
être apprécié exactement; on en voit six bien conservées; on dislingue en 
avant les traces de deux ou trois autres et en arrière également deux ou 
trois alvéoles. 

Explication des figures. 

PI. VIII. Fig. 1 Mâchoire de Lézard, grossie, a vue en dehors, b vue en dedans. 
Fig. 1 c. Grandeur naturelle. 

Art. 5 e . Description de deux plaques osseuses appartenant au genre 

Placosaurus, Gcrvais. 

(PI. VIII, fig. 2, a, b. c, d). 

M. Gcrvais J a décrit une plaque céphalique qu'il rapporte à un Saurien 
dont il est impossible, dit-il lui-même, de fixer, même approximativement, 
les affinités. Cette plaque, trouvée en place sur le crâne qu'elle protégeait, 
était formée de corps osseux irrégulièrement hexagonaux, mamelonnés à 
leur surface de tubercules émoussés dont on ne trouve les analogues chez 
aucun reptile connu. M. Gcrvais a formé pour ce Saurien un genre nou- 
veau qu'il a nommé Placosaurus. L'espèce décrite (P. nigosus) provient des 
marnes calcaires paléothériennes de la butte de Sainte-Radegonde, auprès 
d'Apt. 

M. le prof, de Morlot a trouvé dans la brèche de Saint-Loup deux corps 
osseux qui rappellent parfaitement ceux qu'a figurés M. Gênais. Ils sont 
irrégulièrement hexagonaux, bombés et couverts de tubercules arrondis et 
lisses, formant quatre cercles irréguliers concentriques. Le cercle externe a 
de 1(3 à 20 tubercules. Leur diamètre est d'environ 4 millimètres. 

D'après M. Gervais, ces corps formaient par leur ensemble une plaque 
qui recouvrait le dessus de la tête d'un Saurien (Placosaurus rugosus) dont 
le reste de l'organisation est inconnue. 

Explication des figures. 

PI. VIII. Fig. 2. Corps osseux faisant partie de la plaque céphalique du Placosaurus rugosus, Gervais; a et b 
grossis, c et d grandeur naturelle. 

1 Zoologie et Paléontologie françaises, p. 200, pi. 64. fig. 2. 



94 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

Art. i°. Description de quelques os de la fête paraissant se rapporter à nn 

type perdu, voisin des Iguaniens. 

(PL VIII t fuj. :). 4, 5, 6 et 7). 

MM. Gandin et De la Harpe ont trouvé au Manremonl les débris d'un 
petit Sanrien qui m'ont fort embarrassé, soit parce qu'ils ne peuvent four- 
nir (pie des données incomplètes sur les formes de l'animal, soit parce que 
nos collections d'anatomie comparée ne sont pas assez considérables pour 
permettre une comparaison suffisante. 

Ces os ont été trouvés réunis et ils m'ont été envoyés comme appar- 
tenant probablement à un même individu. L'ensemble des caractères qu'ils 
présentent ne rend pas au premier coup d'uni cette association probable; 
toutefois un examen plus approfondi m'a engagé à l'accepter, et je la dis- 
cuterai plus bas après avoir décrit les os dont il s'agit. 

Os ptkuyuoidiex. La fig. 3 de la PI. VIII représente un os ptérygoïdien ; il est em- 
palé dans une masse ferrugineuse avec des autres os de la tète, trop brisés et trop 
tordus pour pouvoir être décrits. On remarque à coté de lui une portion d'un petit os 
grêle mieux conservé qui parait analogue à celui que Cuvier désigne sous le nom de 
Columellc 1 et qui joint Je ptérygoïdien et le pariétal. 

Cet os ptérygoïdien est formé par un bord interne épaissi qui porte une quinzaine de 
petites dents disposées sur un seul rang. Il se prolonge en arrière en un long processus 
qui le joignait à l'os carré. En dehors et en avant il se dilate en une partie plate for- 
mant une sorte de rectangle échancré par deux ouvertures. L'antérieure correspond pro- 
bablement à un trou palatin ou à une incomplète union avec les os du même nom. 
La postérieure appartient à la fosse temporale. 

La forme de cet os et sa dilatation, ainsi que l'existence des dents, révèlent une ana- 
logie incontestable avec la famille des Iguaniens ou Eunotes, Duméril et lïibron. Mais, 
ainsi que je l'ai dit, nos collections anatomiques sont trop incomplètes pour me per- 
mettre d'aller plus loin et pour essayer de préciser les affinités génériques de l'espèce 
à laquelle il appartient. 

Os intermaxillaihe. L'os représenté dans la fig. i de la PI. VIII est évidemment un 
intermaxillaire. Il est en forme de cuilleron dont les dents occuperaient le bord élargi. 

1 Ossements fossiles, «te édit.. T. X, p. -1. 



VERTÈBRES J)H L A FAUNE Ê0CÈNE. 95 

Un processus étroit et allongé, qui représente en quelque sorte le manche, se dirige en 
arrière et unit l'os avec la face. La partie élargie est lisse en dessus (4 b] et percée 
seulement de trous nutritifs. En dessous (4 a) elle est concave et son bord postérieur 
se relève un peu en s'amincissant et en se détachant du processus médian. Le bord 
antérieur, uniformément arrondi, présente cinq dents, dont une médiane. Ces dents 
sont équidistantes, insérées de manière à être très-obliques en avant. Leur pointe man- 
que, de sorte que l'on ne peut pas apprécier leur courbure non plus que leur longueur. 
En le regardant de profil on voit que la concavité inférieure a dû former la voûte 
supérieure des ouvertures nasales, et on est induit à en conclure que ces ouvertures 
ont été grandes, rapprochées de l'extrémité du museau, et séparées l'une de l'autre 
par un espace assez considérable. L'articulation de cet intermaxillaire avec le maxil- 
laire avait lieu sur une faible surface et il est probable que l'extrémité du museau était 

déprimée. 

Il serait facile de trouver des analogies entre cet os et son représentant dans des es- 
pèces vivantes. Je citerai en particulier le Polychrus marmoratus , Cuvier (Iguanicns 
pleurodontes), dans lequel on trouve une ressemblance remarquable soit dans la forme 
du processus postérieur, soit dans celle du bord de la narine, soit dans la dépression 
de sa partie élargie, soit dans la disposition des trous nutritifs, etc. 

Os maxillaire supérieur. Cet os, représenté par la fig. 5 de la PI. VIII, appartient 
au côté gauche. Il est aminci en avant et s'élargit postérieurement en une crête supé- 
rieure mal conservée. Sa face externe est creusée d'un sillon qui s'élargit en arrière ; 
la face interne présente un bourrelet longitudinal sur lequel s'appuient les dents. Cel- 
les-ci ne sont conservées que par leur base ou par une partie peu importante de leur 
longueur, en sorte qu'on ne voit point leur courbure. Les antérieures sont plus grosses 
et plus distantes, surtout la deuxième, la troisième et la quatrième. Les autres sont 
plus serrées et plus petites. On en peut compter cinq, ce qui porte à neuf le nombre 
total ; mais il est à remarquer que l'os n'est pas parfaitement entier cl qu'il a pu par 
conséquent porter une ou deux dents de plus. 

Cet os, ainsi que le suivant, présente un caractère exceptionnel dans l'écarlcment 
de ses dents. Ces organes sont du reste implantés comme dans le type pleurodonte. 

Sa forme allongée indique comme l'intermaxillaire une tète déprimée. Il s'éloigne 
beaucoup de son analogue chez les Iguanes proprement dits. 

Mâchoire inférieure. La mâchoire inférieure est représentée par plusieurs fragments 
(PI. VIII, fig. 6 et 7). 

Le premier est l'extrémité postérieure ou articulaire de la branche droite (fig. G a, b\. 
Cet os rappelle beaucoup plus les formes des Ophidiens que celles des Sauriens. Il est 
allongé, mince, arqué postérieurement et présente sur son extrémité une facette en 



96 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

forme de selle plus prolongée en dehors, qui sert à l'articulation de l'os carré. La face 
inférieure de l'os est uniforme. La face supérieure est creusée d'une sorte de dépres- 
sion qui correspond dans sa partie profonde avec l'entrée du canal nutritif. Les côtés 
de cette dépression ont dû s'élever faiblement en ailes peu marquées, mais ils sont mal 
conservés. 

Les autres os de la mâchoire inférieure se rapportent à l'extrémité dentaire. 

Nous possédons la presque totalité de la partie gauche (PI. VIII, iig. G, c), outre un 
fragment plus petit du même côté et une portion de l'extrémité droite (fig. 7, a et b). 

Cette portion dentaire de la mâchoire inférieure rappelle tout a fait les caractères 
que je viens de signaler dans le maxillaire supérieur. L'os est droit à sa partie posté- 
rieure; vers l'extrémité antérieure il se courbe un peu en dedans. Sa face externe est 
lisse; elle présente le trou mentonnicr principal en arrière de la cinquième dent et un 
ou deux plus petits trous en avant. En arrière on voit une trace en chevron qui correspond 
à la suture avec la partie articulaire. La face interne présente en bas un bourrelet et 
au-dessus une excavation longitudinale. Les dents sont placées sur le bourrelet et en 
dedans de la partie amincie. Le bord inférieur de l'os est tranchant et creusé par un 
canal qui est le prolongement du canal dentaire, comme chez la plupart des Reptiles 
vivants. Ce bord inférieur se termine en avant par une petite facette oblique en de- 
dans. 

Les dents sont mieux conservées sur nos plus petits fragments (fig. 7 a et 7 b) que 
sur les grands, parce qu'elles sont restées entourées et appuyées par le dépôt ferrugi- 
neux. Celles du grand fragment sont cassées à peu de distance de la base, comme 
dans les pièces décrites ci dessus. On ne peut donc pas juger de leur courbure et on 
les confondrait facilement avec des dents droites. Le plus petit fragment montre très- 
bien les trois premières dents, qui sont coniques et infléchies en arrière (fig. 7 b, c). 
La première est la plus courte et la plus grêle; la troisième est plus grosse et plus 
longue que les deux précédentes. Sur le fragment du côté droit on voit des débris des 
troisième, quatrième et cinquième dents qui montrent que cette forme se continue. Je 
crois, en combinant les diverses pièces, que leur nombre total est environ de dix ou 
douze. Les postérieures sont les plus espacées. 

Discussion sur l'association de ces pièces. La description qu'on vient 
de lire a montré que l'os ptérygoïdien et l'os intermaxillaire ont des carac- 
tères évidents de Sauriens et qu'ils ont très-probablement appartenu à un 
Iguanien. Les mâchoires, surtout l'inférieure, semblent indiquer des formes 
très-différentes. La longueur et l'uniformité de la mâchoire inférieure, 
l'écartement des dents, la forme arquée, pointue, conique, des antérieures 



VERTÉBRÉS DE LA FAINE ÉOCÈNE. 97 

trouvent mieux leurs analogues dans les Couleuvres ou les Boas que dans 
la série des Iguaniens. 

A la première inspection de ces os je crus pouvoir en conclure l'exis- 
tence de deux espèces, un ïguanien et un Ophidien. Depuis lors et après 
un nouvel examen, je crois au contraire qu'ils doivent être associés et 
qu'ils indiquent un type assez remarquable dans la série des Iguaniens 
pleurodontes. 

Les motifs qui me font admettre l'association de ces pièces sont les sui- 
vants : 

1° Le fait que j'ai rappelé ci-dessus que ces ossements ont été trouvés 
réunis et avaient l'apparence de provenir d'un même squelette. 

2° Ils s'accordent tout à fait ensemble pour la taille, l'épaisseur et la 
nature des tissus. 

5° Si l'on admet l'intermaxillaire comme celui d'un ïguanien, il en- 
traîne le maxillaire supérieur dans la même division, car ces deux os por- 
tent des dents de même taille et à peu près de même écartement, et en les 
rapprochan] Fun de l'autre ils semblent former un bord maxillaire et une 
série dentaires probables et naturels. 

4° Le maxillaire supérieur et l'inférieur ont évidemment appartenu à la 
même espèce, et ils concordent dans tous leurs caractères. Si donc on ad- 
met les considérations précédentes, la mâchoire inférieure doit être celle 
d'un ïguanien. 

Il est à remarquer que l'on ne peut pas faire le raisonnement inverse et 
faire passer les trois os dans l'ordre des Opbidiens, car cela est absolument 
inadmissible pour l'intermaxillaire. 

5° Il est possible que la forme ophidienne de la màcboire inférieure ait 
été augmentée par la fossilisation. L'os articulaire est en effet un peu com- 
primé de haut en bas, et en lui supposant une largeur plus grande et une 
apophyse coronoïde convenable on le rapprocherait un peu des Iguaniens. 

Par ces motifs donc, j'admets jusqu'à preuve contraire, que les débris dé- 
crits dans cet article prouvent l'existence d'un Ïguanien pleurodonte , de la 
taille des grands iguanes actuels, caractérisé par un museau aplati, en fer à 
cheval, par des narines grandes, écartées, par une série de petites dents sur 
chacun des ptérygoïdiens, par des mâchoires grêles, portant des délits espacées, 

13 



98 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

coniques, dont les antérieures au moins étaient très-aigùes, minces et un peu.re- 
courbées en arrière. 

Je n'ai pas cru devoir désigner par un nom générique un être aussi in- 
complètement connu. De nouvelles découvertes viendront peut-être un jour 
assigner sa place définitive dans la série zoologique. 

Explication des figures. 

PL VIII, Fi<; 3. Os ptérygoïdien vu par sa face inférieure. 

Fig- 4 Os inlermaxillaire. a vu en dessous, b vu en dessus. 

Fig 5. Os maxillaire supérieur, a vu en dehors, b \u en dedans. 

Fii?. G. Mâchoire inférieure- a poi tion articulaire vue en dehors, b la même vue en dedans, c porlion 

dentaire vue en dehors, d la même vue en dedans. 
Fig. 7. Portion de la même région, montrant des dents mieux conservées- a fragment du côté droit, 

b extrémité du cùlé gauche, c une dent grossie. 
Toutes ces figures, à l'exception de la 7 c, ont élé dessinées de grandeur naturelle. 

Ordre des OPHIDIENS. 

Description de quelques vertèbres. 

[PL VIII, fig. 8, 9 et 10.) 

M. le professeur de Morlot a trouvé dans la brèche de Saint-Loup quatre 
vertèbres qui appartiennent évidemment à l'ordre des ophidiens. La forme 
des corps, la tête arrondie qui les termine en arrière, la cavité cotyloïde 
antérieure, la forme des apophyses articulaires, etc., ne peuvent laisser au- 
cun doute à cet égard. 

Ces vertèbres, qui sont de tailles très-diverses, ont toutes les mêmes ca- 
ractères et ont probablement appartenu au même genre. 

La plus grande (PI. VIII, fig. 8) a les dimensions suivantes : 

Hauteur entre la face inférieure du corps et l'extrémité de l'apophyse épineuse 26 mm. 

Largeur, mesurée entre les bords extrêmes des apophyses articulaires 27 

Longueur du corps, mesurée du bord d'une articulation au bord de l'aulre 12 

Longueur mesurée sur les lames tectrices 19 

Diamètre horizontal de la cavité articulaire du corps 10 

Diamètre longitudinal de la même 8 l / 2 

Cette vertèbre qui esl , comme on le voit, à peu près aussi large que haute, res- 
semble tout à fait à celle des Pythons vivants (Python molùrus), surtout aux vertèbres 
dorsales qui sont placées peu après le milieu de l'animal. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈNE. 09 

Le corps est droit, son bord inférieur s'abaisse un peu à la partie postérieure, mais 
sans former d'épine ni de saillie marquée. La cavité articulaire antérieure est profonde, 
régulière, un peu plus large que haute. Celte forme se retrouve pour la lête posté- 
rieure. 

L'articulation a lieu à chaque extrémité par deux paires de facettes. Les facettes in- 
féro -antérieures sont à peu près à niveau du haut du corps, presque horizontales, un 
peu relevées en dehors et grandes. Elles sont soutenues par l'apophyse transverse qui 
est massive et obliquement tronquée par une grande facette correspondant à l'articula- 
tion de la côte. Du bas de cette facette part une sorte de bourrelet qui se termine sur 
le bas de la tète articulaire du corps. Les bords des facettes inféro-antérieures se con- 
tinuent en arrière par une arèle presque horizontale, qui aboutit aux facettes inféro- 
posléricures. Ces dernières, un peu plus relevées au-dessus du corps et correspondant 
au milieu du canal, sont également presque horizontales, un peu relevées en dehors; 
dans l'articulation les postérieures recouvrent les antérieures. Les facettes antéro-su- 
périeures sont à niveau du sommet du canal et à la base de l'apophyse épineuse; elles 
sont plus rapprochées que les autres et dirigées à peu près à 45" de l'axe vertical. 
Leur face regarde en bas et leur ensemble forme une partie saillante qui, dans l'arti- 
culation , est reçue dans une profonde cavité postérieure sous les lames lectrices. Les 
facettes posléro-supérieurcs sont dirigées de la même manière que les précédentes; 
leur face est tournée en haut et elles sont portées par la môme apophyse articulaire 
que les inféro-postérieurcs. 

Les lames tectrices, limitées en bas par l'arèle horizontale dont j'ai parlé et échan- 
gées en avant sous les facettes anléro-supérieurcs, se terminent postérieurement par 
une courbe arrondie en arrière qui part de l'apophyse épineuse pour se terminer à la 
facette articulaire inféro-postérieure. 

L'apophyse épineuse est courte cl légèrement arrondie ; mais il y a eu un peu d'u- 
sure dans l'os et ses parties saillantes ont été altérées. Elle était probablement plus 
carrée. 

Nous possédons deux autres vertèbres plus petites. Leur hauteur est de 14 millimè- 
tres et leur largeur à peu près égale. Leurs formes sont presque identiques à celles 
de la grande cl la description ci-dessus peut s'y appliquer mot à mot, sauf les deux 
réserves suivantes : 1° Dans une d'entre elles (PI. VIII, fig. 9) la cavité articulaire du corps 
est presque exactement circulaire; dans l'autre (PI. VIII, fig. 10) elle a les mêmes 
proportions que dans la grande. 

2° La face inférieure du corps présente dans ces deux vertèbres, surtout dans la se- 
conde (fig. 10], des saillies un peu plus marquées. La ligne médiane se relève en une 
crête un peu plus aiguë , en sorte que le bord inférieur du corps de la vertèbre a un 
prolil un peu plus sinueux. On peut pourtant à peine y reconnaître une véritable épine 



100 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

hœmalc. Les deux bourrelets latéraux qui vont des articulations des côtes à la tète ar- 
ticulaire du corps sont aussi plus aijjus et séparés de la ligne médiane par des fossettes 
plus profondes. Ces différences peuvent tenir à la place de la vertèbre, car dans beau- 
coup de serpents on voit de grandes épines luemales en avant et on n'en retrouve pas 
dans le milieu du corps. 

Une quatrième vertèbre plus fracturée parait avoir eu les mêmes formes que les pré- 
cédentes. 

Affinités génériques. De tous les genres vivants ou fossiles dont je 
connais les vertèbres en nature ou par des figures, le genre des Pythons 
est celui qui a le plus de rapports avec les formes que je viens de décrire. 
Parmi les genres vivants on ne trouve qu'une analogie bien plus éloignée 
avec les Couleuvres, les Boas, les Crotales, etc. Parmi les genres fossiles il 
faut exclure de toute comparaison les Palœophis, Owen, ces serpents de 
l'argile de Londres qui se rapprochent de notre espèce par leur âge géolo- 
gique et par leur taille, mais dont les vertèbres, plus hautes et plus étroi- 
tes, ont des formes très-différentes. Les Paleryx, Owen, en sont inoins éloi- 
gnés, ainsi que je le dirai plus bas. 

Si on compare notre grande vertèbre avec celles du Python molurus, on 
trouvera une identité presque complète, sauf que celles du serpent vivant 
sont un peu plus larges et un peu plus courtes que celles du serpent fos- 
sile. Le peu de développement de l'apophyse épineuse et la forme du corps 
assignent à celle vertèbre une place dans la seconde moitié de l'animal. Si 
on la compare avec la ligure que M. Owen a donnée d'une vertèbre de cette 
espèce 1 , on trouvera des différences un peu plus grandes, et en particulier 
l'apophyse épineuse plus élevée; mais cette figure représente évidemment 
une vertèbre plus avancée que la notre. La comparaison avec la nature vi- 
vante ne montre pas une seule différence appréciable si on choisit conve- 
nu blement la place de la vertèbre. 

Deux autres genres encore ont des rapports réels avec notre fossile. Ce 
sont les Erxjx et les Paleryx, les premiers vivants, les seconds connus seu- 
lement à l'état fossile. 

Les Eryx paraissent se distinguer surtout des Pythons par une épine 

' Paki'ontographical Socioty. Heptilia of the London clay, IM XIII, fig. 1-4. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE EOCÈNE. 101 

hœmale bien développée. Nos vertèbres, sous ce point de vue, conservent 
leur analogie avec les Pythons. 

Les Paleryx, Owen, genre fossile de l'argile de Londres, ont l'épine hœ- 
male moins développée que les Eryx, mais plus que les vrais Pythons. Ils 
différent de ces derniers par le bord inférieur du corps de la vertèbre plus 
sinueux. Notre grande vertèbre ressemble encore davantage à celle des Py- 
thons; la plus petite est presque identique à la ligure que donne M. Owen 
du Paleryx rhombifer, surtout si on tient compte d'un léger degré d'usure. 

Si je n'avais vu que ces petites vertèbres, je n'aurais pas hésité à les as- 
socier au Paleryx rhombifer; mais la grande vertèbre rend ce rapproche- 
ment moins probable, soit à cause de son analogie avec les Pythons, soit 
parce qu'elle indique un serpent gros et robuste, bien différent des Eryx 
vivants dont le genre Paleryx semble se rapprocher. D'un autre coté, on ne 
peut trouver aucune différence générique entre la grande vertèbre et les 
petites. 

En résumé, il y a autant de motifs pour attribuer ces vertèbres au genre 
Python qu'au genre Paleryx, et je suis en conséquence forcé de me borner 
aux conclusions suivantes. 

Les dépôts sidérolithiques ëocènes renferment des vertèbres qui indiquent 
l'existence d'un grand serpent très-voisin des Pythons actuels. 

Si les proportions, comme cela est probable, ont été les mêmes que dans 
ce genre, le serpent représenté par notre plus grande vertèbre aurait atteint 
une longueur de 5 V\ à 3 Yi mètres. 

Les mêmes dépôts renferment des vertèbres plus petites dont les unes 
paraissent appartenir à des individus plus jeunes de la même espèce et dont 
les autres se l'approchent davantage du genre Paleryx, Owen. 

Si toutes ces vertèbres appartiennent au même genre, ce qui semble ré- 
sulter de leur grande ressemblance, et si ce genre est celui des Paleryx, il 
en résulterait qu'il doit avoir beaucoup plus d'analogie avec les Pythons 
qu'avec les Eryx. 

Explication dot figures. 

PI. VIII. Fig. 8. Vertèbre de la plus grande espèce. 
Fig. 9. Vertèbre du deuxième type. 

Fig. 10. Vertèbre du troisième type plus voisin des Paleryx. 
Dans ees figures, a représente la face antérieure, b la face postérieure, c le profil. 
Elles onl toutes été dessinées de grandeur naturelle. 



102 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 



Ordre des CIIÉLONIENS 1 . 

MM. Gaudin et De la Harpe ont trouvé au Mauremont une série assez 
intéressante de fragments de Cliéloniens. Une partie d'entre eux nous ont 
paru pouvoir être associés pour reconstituer une carapace et un plastron 
appartenant à une type générique perdu. Quelques pièces isolées prouvent 
en outre l'existence d'un certain nombre d'autres espèces, mais ne fournis- 
sent sur leur compte que des documents incomplets. Nous décrirons suc- 
cessivement : 

1° Les pièces qui ont permis de reconstituer la carapace dont nous ve- 
nons de parler. 

2° Des fragments du plastron qui ont probablement appartenu à la même 
espèce et qui indiquent une association intéressante de pièces mobiles. 

5° Un certain nombre de pièces isolées, dont une partie se rapportent à 
des individus de grande taille dont nous n'avons pu préciser les caractères, 
et dont d'autres indiquent l'existence d'une petite Emyde et d'une petite 
Tortue de terre. 

Art. 1 er . Description des pièces que nous avons associées ensemble et qui ca- 
ractérisent un genre nouveau DlTHYROSTERNON 2 (D. valdense, Pictet et 

Humbert). 

§ I. Carapace. 

{PL IX, X et XI.) 

Nous n'hésitons pas à attribuer à la même espèce et probablement au 
même individu toutes les pièces au moyen desquelles nous avons recons- 
titué la carapace figurée dans la PL IX. Nous nous fondons pour cela sur 
les considérations suivantes : 

1° MM. De la Harpe et Gaudin, en nous transmettant ces fragments, 
nous ont averti que les pièces a, b, d, </', f, f, g, g , h, h', k, /, p et q ont 

1 J'ai eu le plaisir d'avoir pour collaborateur dans tout ce qui tient aux chéloniens, M. Aloïs Humbert, avec 
lequel j'ai déjà publié dans la Paie mtologie suisse, quelques travaux sur ce même ordre. 
1 Ce nom est formé de îftvfoç , januas duas habens et de rrifm , tteruwn. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÈNE. |Q5 

été trouvées ensemble et disposées de telle sorte qu'elles avaient dû appar- 
tenir probablemenl à une même tortue. 

2° Toutes ces pièces s'accordent parfaitement bien entr'elles pour leurs 
dimensions, soit dans leur épaisseur, soit dans les mesures de leur surface. 

5° Elles fournissent des caractères ostéologiques qui concordent tous 
pour indiquer une espèce à carapace bombée, réunissant à la plupart des 
caractères des tortues de terre une partie de ceux des émydcs. 

i° Toutes celles de ces piî-ces qui portent des impressions d'écaillés coïn- 
cident entr'elles d'une manière remarquable; elles montrent des angles 
identiques pour les écailles vertébrales et permettent de reconstruire une 
ligne uniforme pour la séparation des écailles costales et des écailles mar- 
ginales. 

La reconstitution de cette carapace nous parait d'autant pins certaine que 
nous avons pu facilement placer toutes les pièces recueillies, que nous n".i- 
vons été obligés d'en négliger aucune, et qu'elles représentent toutes les 
régions importantes, sauf la terminaison postérieure de la région vertébrale 
et de la région costale. Nous devons cependant ajouter que plusieurs d'en- 
tr'elles sont plus ou moins aplaties par la fossilisation, et que, par consé- 
quent, nous n'avons pas pu apprécier d'une manière exacte la courbure de 
cette carapace. En la reconstruisant, nous avons admis des raccourcis qui 
nous paraissent probables, mais qui sont évidemment hypothétiques. Ces 
raccourcis expliquent les différences qui existent entre les dimensions d'une 
partie des figures de la PL XI et celles de la PL IX. 

Nous décrirons d'abord chaque pièce isolément, puis nous chercherons 1 
à déduire de l'ensemble les caractères de l'espèce. 

La première pièce, PI. IX et XI, a, est une pièce nuchalc qui fournit quelques ca- 
ractères importants. Elle montre que la carapace présente en avant une saillie mousse 
accompagnée de chaque côté d'une sinuosité ou excavation peu prononcée. Les pre- 
mières écailles marginales se réunissent sur la ligne médiane, en sorte qu'il n'y a 
point eu d'écaillé nuchalc. La première écaille dorsale, dont la partie antérieure est 
clairement indiquée par ses impressions, est remarquable par ses bords latéraux en. 
ligne droite. Le bord antérieur est formé par deux lignes droites qui se réunissent sous: 
un angle très-obtus. A la face inférieure, PI. XI, a, cette pièce présente les épaississe-., 
monts latéraux ordinaires des pièces nuchalcs; les écailles marginales se reploient en 



104 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

étant plus courtes qu'à la face supérieure, et se joignent de même par une ligne droite 
sans trace d'écaillé nuehale. 

La deuxième pièce, PI. IX h, est la région antérieure gauche de la carapace; elle 
comprend la première pièce costale et les marginales correspondantes. Elle fournit plu- 
sieurs impressions d'écaillés. En premier lieu elle complète la première écaille dorsale 
et montre que ses bords latéraux droits convergent un peu en arrière, de manière 
que sa plus petite largeur est au bord postérieur. Elle montre en second lieu tout le 
bord anléro-externe de la première écaille dorsale. Elle donne en entier la troisième et 
la quatrième écailles marginales, et en partie la deuxième et la cinquième. La ligne 
de séparation de l'écaillé dorsale et des marginales est à peu près parallèle au bord 
externe de la carapace et tend seulement à s'en éloigner un peu en allant d'avant en 
arrière. 

La pièce figurée PI. IX c est la seconde pièce vertébrale. Ses bords latéraux sont 
composés de deux lignes séparées par un angle peu obtus; la plus petite, ou l'antérieure, 
était articulée avec la première pièce costale ; le côte le plus long a dû s'articuler 
avec la seconde costale. La pièce est sensiblement plus large que longue; son bord an- 
térieur est excavé , le postérieur est convexe en arrière. La forme que nous venons de 
décrire a dû se reproduire à peu près la môme dans les pièces vertébrales de numéro 
pair, ainsi que les pièces costales nous en donnent la démonstration 

Les pièces figurées PI. IX, d et d' paraissent être symétriques et représenter la deuj 
xième costale droite et la deuxième costale gauche. Elles servent à fixer la limite pos- 
térieure de la première écaille costale par une impression qui les partage chacune en 
deux parties inégales dont la postérieure est la plus étroite. 

Les pièces figurées PI. IX, e et e, paraissent être les extrémités vertébrales des troi- 
sièmes pièces costales (droite et gauche] ; elles indiquent des formes semblables à celles 
que nous décrirons plus bas pour la pièce <j. 

Une pièce importante est celle qui est figurée PI. IX, f. C'est la quatrième pièce 
costale du côté droit. Elle est un peu plus étroite du côté vertébral qu'à son extrémité 
marginale. Son bord interne est formé de deux lignes droites jointes par un angle ob- 
tus; la plus grande est antérieure et a dû rencontrer la quatrième pièce vertébrale; la 
plus petite, ou la postérieure, a dû s'articuler avec la cinquième. Celle circonstance, qui 
montre que toutes les pièces, tant celles de numéro pair que celles de numéro im- 
pair, s'articulaient également sur deux vertébrales, rappelle tout à fait la disposition or- 
dinaire des émydes, et diffère, au contraire, de ce qui se passe chez les tortues de 
terre, dans lesquelles les pièces costales impaires s'articulent sur une seule écaille ver- 
tébrale et les paires sur trois. Celte pièce montre une porlion de l'impression de la 
troisième écaille dorsale, savoir le milieu de son côté droit. Elle prouve que cette écaille 
dorsale formait, dans ce milieu, un angle très-obtus et qu'elle était hexagone, un peu 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÉOCÊNE. LOS 

plus largo que longue. De cet angle pari la ligne de séparation de la deuxième et de 
la troisième écailles costales. Cette ligne, plus rapprochée du bord antérieur de la pièce 
que du postérieur, est un peu oblique, se rapprochant encore plus du bord antérieur 
vers son extrémité marginale. 

La pièce /' de la même planche est la terminaison du côté gauche de la même pièce. 

Les pièces représentées PI. IX, g et //. trouvées en connexion, sont formées parles 
extrémités vertébrales de la cinquième et de la sixième pièces costales. Elles donnent 
la forme des pièces vertébrales qui alternent avec celles que nous avons décrites plus 
haut. Les bords latéraux de ces pièces sont formés d'une ligne brisée semblable à 
,c!lc des pièces vertébrales de numéro pair dans les tortues de terre, avec cette différence 
qu'elles présentent un angle rentrant dans leur milieu. Ces fragments fournissent en 
outre la forme de l'angle postérieur de la troisième écaille vertébrale, qui est un peu 
obtus et semblable à veux que les bords des écailles costales forment avec les cotés 
des écailles vertébrales. 

Les pièces figurées en g' et h! (Pt, IX;, qui sont soudées, nous paraissent être la 
terminaison des deux pièces costales dont nous venons de parler. La première de ces 
pièces est étroite; ses bords se rapprochent l'un de l'autre en se dirigeant a ers le côté 
externe; la deuxième va en s'évasanl vers l'extrémité, et porte l'impression du bord 
postérieur de la troisième écaille costale droite qui la partage en deux parties inégales, 
dont la postérieure est la plus étroite. 

La pièce de la PI. IX, tig. i, appartient au côté droit et correspond à l'échancrure 
brachiale. Elle porte en dessus l'impression de la séparation des cinquième et sixième 
écailles marginales, et montre en dessous une partie saillante qui borde l'échancrure 
en formant une sorte de bourrelet rappelant les formes dos vraies tortues plus que 
celles des émydes. Cette pièce présente encore l'impression du bord de la première 
écaille dorsale qui ne coïncide pas avec la suture et qui, par conséquent, est disposée 
comme chez les émydes. Cette même disposition paraît avoir existé dans la pièce b, 
mais les sutures ont été trop effacées par la fossilisation pour qu'on puisse l'affirmer. La 
position de l'épaississement des pièces marginales à la face inférieure rend cependant 
cette disposition très-probable. 

La pièce IX, k, est la septième marginale droite, et n'ajoute rien à ce que nous 
venons de dire. 

La pièce PI. IX et XI. /, est formée par une série de trois pièces marginales gauches 
qui s'unissaient au plastron ; toutefois les pièces épaissies correspondant aux deux échan- 
crures y manquent. Nous verrons plus bas que l'échancrure postérieure est connue par 
la pièce m, et nous avons dit plus haut que l'échancrure antérieure est donnée par la 
pièce i. Ces pièces marginales ont des caractères qui rappellent plutôt les tortues de 



106 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

terre que les émydes. Leur grande dimension, le fait qu'elles indiquent une carène de 
la carapace peu prononcée, les rapprochent tout à fait du premier de ces types. 

On ne peut pas juger de leurs formes dans la PI. IX ou elles ont dû être représen- 
tées sous une très-forte projection; mais on les comprendra mieux dans la PI. XI. ou 
on verra combien leur hauteur dépasse leur longueur et où on reconnaîtra qu'elles ont dû 
former un bord très-haut, presque vertical, bien différent des flancs inclinés et du bord peu 
élevé de la plupart des émydes. L'impression de la ligne de séparation des écailles dor- 
sales et marginales qui est située suc la pièce même et non \ers la suture, quoique 
très-rapproehée d'elle, présente au contraire un peu plus d'analogie avec les émydes. 
On voit dans leur entier les septième et huitième écailles marginales avec un fragment 
des sixième et neuvième. Les lignes de séparation de ces écailles sont sensiblement 
parallèles (Mitre elles et perpendiculaires au bord; en passant sur la carène de la cara- 
pace, elles s'inlléchissenl en formant une pointe dirigée en avant. 

La pièce IX el XI, m , qui continue a gauche la série précédente, correspond à l'é- 
ehancrure fémorale. Elle présente en dedans un épaississement bien marqué, et en de- 
hors des impressions d'écaillés analogues à celles que nous venons de décrire. Cet os 
demande également à être étudié sur la PI. XI. 

Les pièces PI. IX, fig. n, et p. sont des pièces du pourtour de la carapace. La 
pièce p paraît être la pénultième gauche. La pièce pourrait être l'antépénultième 
gauche. La pièce n la précède immédiatement dans la série du côté droit. Elles rap- 
pellent les formes des Testudo par leur allongement et montrent que le bord de la ca- 
rapace a été grand et un peu relevé. La ligne qui correspond au bord des écailles cos- 
tales rappelle davantage les caractères des émydes, car elle passe à une distance 
appréciable de la suture , quoique cependant cette distance soit plus petite que dans 
la plupart des espèces vivantes. 

La pièce figurée PL IX et XI, 7, parait être la dernière pièce marginale paire gau- 
che. Ses deux bords latéraux ne sont pas parallèles, en sorte que son bord libre est 
plus large que son bord interne, ce qui indique que la pièce marginale impaire posté- 
rieure était, au contraire, plus étroite en arrière qu'en avant. 

Résumé des caractères &é la carapace* Là carapace de Dette espèce 
nous paraît présenter une série de caractères assez particuliers que nous 
pouvons résumer comme suit: Cette carapace était bombée, avec son bord 
antérieur, et surtout son bord postérieur relevés; ses lianes étaient presque 
verticaux et séparés de la face inférieure par une carène très-obtuse; sa plus 
grande largeur a dû correspondre à l'écliancrure fémorale. Les pièces ver- 
tébrales sont assez grandes el séparées les unes des autres par des lignes 



VEKTKBRKS DE le i H NE ÉOCÈNE. 107 

un peu arquées en arrière; les pièces de numéro pairsonl hexagones; leurs 
bords latéraux étant composés de deux côtés droits è&sà l'antérieur est petit 
et le postérieur grand. Les pièces impaires sont plus Irrégulières; leurs 
bords latéraux soûl tonnés de quatre lignes résultant d'une suite dVeban- 
crure rentrante dans leur milieu; la première pièce vertébrale est incon- 
nue. Les pièces costales s'unissent toutes avec deux vertébrales, connue 
chez les énmles, celles de numéro pair par deux facettes, celles de numéro 

impair i ); "' quatre; les premières vont en sYlargissani du côté des pièces 

marginales, celles de numéro impair, au contraire, s'amincissenl vers ce 
même coté. Les pièces marginales sont en général grandes, surtout celles 
des lianes, ressemblant sous ce point de vue à leurs analogues chez les tor* 
tues de terre. Le plaslron devait èlre soudé à la carapace dans une assez 
grande (''tendue. La première écaille vertébrale est formée latéralement par 
deux bords droits qui convergent un peu en arrière; son bord antérieur 
présente deux cotés également droits, qui se réunissent en avant sous deux 
angles très-obtus; sa longueur égale à peu près sa plus grande largeur, qui 
est à la partie antérieure. Les trois écailles suivantes sont plus larges que 
longues, hexagones; leurs angles latéraux sont irès-obius. La uuchale man- 
que. La ligne de séparation des écailles costales cl des marginales passe sur 
les pièces marginales en dehors de la suture, mais à unv petite dislance 
d'elle. La plus grande distance 1 entre cette ligne et la suture parait èlre en 
avant, el la plus petite sur les lianes; elles ne coïncidenl nulle part, 

§ If. l'Ia.slnm. 

{Pi. y a \ji: 

De même que nous avons cru pouvoir associer un certain nombre de 
pièces pour reconstituer la carapace, de même nous nous croyons autorisés 
à en réunir cinq pour composer le plaslron. LUes présentent entr'elles une 
grande analogie dans leurs dimensions el notamment dans l'épaisseur. Elles 
offrent toutes, en outre, le caractère remarquable d'indiquer l'existence 
d'articulations mobiles, dont la dentelure et l'organisation sont singulière- 
ment concordantes. Ces articulations paraissent avoir existé en avant et en 
arrière, de manière à former deux battants séparés par une région médiane 
(ixe. 



108 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

La première de ces pièces (PI. X et XII, a] nous parait résulter de la réunion des 
épisternaux cl de l'cntoslernal; toutefois les sutures de ces os n'y sont pas visibles. 
Celte pièce forme un demi-cercle presque régulier, son bord postérieur correspondant 
au diamètre: sauf que les deux angles postérieurs sont arrondis, de manière à dimi- 
nuer la longueur de ce même bord A la l'ace interne (PI. XII), ou remarque les pro- 
tubérances ordinaires de l'entosternal. Le bord postérieur est taillé en double biseau, 
plus large et plus régulier sur la face externe ou inférieure: il rappelle lout à fait les 
articulations mobiles du plastron des tortues vivantes 

Celte pièce a été recouverte par quatre écailles. Les gulaires sont triangulaires; leur 
angle postérieur, qui, pour ebacune d'elles, est d'environ <i0 degrés, est situé un peu 
eu arrière du milieu; elles se réfléchissent à la lace interne en formant un bord assez 
large. Les hvmérales sont plus grandes et forment à la face interne un bord plus étroit, 
atténué ou arrière. 

Les pièces figurées PI. X. b et //, et PI. XII, //, ont appartenu l'une a lliyposlcrnal 
gauebe, l'autre a l'bypostcrnal droit. Elles correspondent à l'angle externe et postérieur 
de cel os Leur bord postérieur est marqué d'une rainure en dehors de laquelle est in, 
bourrelet lisse, et, en dedans une ligne dentelée, suivie sur la lace interne d'un bi- 
seau très-prononcé indiquant encore une articulation mobile. Ce boni se termine laté- 
ralement par un épaisissement qui correspond au bord interne de l'erbanerure fémo- 
rale et qui porte une facette oblique incomplètement conservée. 

Les pièces figurées PI. X, c et c', cl XII, c, représentent la plus grande partie des 
deux xipbisternaux. Ces os sont remarquables par le grand épaississemenl de leur bord 
libre, qui, vu à la face interne ou supérieure, forme une colline élevée dont la. pente 
extérieure est inclinée d'environ 45° sur le plan général de l'os, et parait s'être em- 
boîté d'une manière exacte dans la carapace. A la face externe ou inférieure, ce même 
bord se relève également au-dessus de la surface de l'os, mais par une courbe régu- 
lière et beaucoup moins prononcée; il forme une carène marginale tranchante. II en 
résulte que la région xipbislernale présente sur celte face externe une concavité assez 
profonde et diffère, sous ce poinl de vue, de tout ce que nous connaissons. Le bord 
antérieur est assez épais et taillé en un double biseau, dont les faces, inclinées a ï.">" 
par rapport an plan général de l'os, se rencontrent sur nue ligne médiane dentelée 
qui a dû être reçue sur son analogue des bvpostcrnaux. Cette pièce a clé recouverte 
par les écailles fémorales et anales. Ces dernières sont triangulaires avec leur bord li- 
bre arrondi; l'angle antérieur de chacune d'elles est d'environ M) . Leur bord antérieur 
forme, en arrivant vers le pourtour, une petite sinuosité dirigée en avant. A la face 
interne elles se replient jusqu'au sommet de la colline ou leur bord a laissé une im- 
pression profonde. Les écailles fémorales sont plus grandes que les anales et se termi- 
nent à la face interne en continuant la même impression que les précédentes. 



VERTÉBRÉS l>K LA FAUNE ÊOGÈNE. 109 

Résumé des caractères du plastron. Si L'association des pièces telle 

que nous l'avons supposée es1 bien exacte, ce plastron présente une réunion 
de caractères qui le distinguenl de ions ceux que Ton connaît dans la na- 
ture vivante. Il présente deux battants mobiles comme les Ginosternes et 
quelquefois les Staurotypes. 

Le ballant antérieur, qui nVsl recouvert que par quatre écailles, n'a son 
analogue que chez un seul genre de tortues de terre, les Ginyxis, dans les- 
quelles le reste du plastron est tout d'une pièce. Dans les genres de la fa- 
mille des Elodites, ({ni sont caractérisés par un ballant antérieur, celui-ci 
est toujours recouvert (Tau moins six (Mailles. 

On peut résumer ses caractères comme suit : 

Plastron composé de trois parties: une médiane fixe, une antérieure et 
une postérieure mobiles. Partie antérieure semi-circulaire, formée des 
épisternaux et de l'entosternal, et recouverte de quatre écailles, les gulai- 
res et les humérales. Partie médiane probablement soudée à la carapace et 
composée des byoslernaux et des liyposlernaux , qui ont dû atteindre des 
dimensions considérables; elle es! recouverte de quatre ('-cailles, les pecto- 
rales et les abdominales. Partie postérieure formée par les xipliislernaux, 
dont la face inférieure ou externe est concave et dont les bords fortement 
épaissis oui i\ù s'emboîter exactement dans la carapace. ïls étaient recou- 
verts de quatre écailles, les fémorales et les anales. 

$ III. Discussion sur l'association du plastron ri de la carapace. 

Ici se présente une question difficile. Ce plastron doit-il être associé à la 

carapace (pie nous avons décrite plus liant, ou a-t-il appartenu à une autre 
espèce? Nous avons adopté la première hypothèse par les motifs suivants: 

1° En réunissant en une seule carapace les pièces nombreuses (pie nous 
avons décrites ci-dessus, nous avons dû admettre comme probable (pie la 
même espèce avait laissé dans le même gisement des débris de son plastron. 

2° Les pièces du plastron concordent complètement avec celles de la ca- 
rapace pour leurs dimensions. Elles indiquent des proportions (retendue 
qui rendent celte hypothèse très-probable. L'épaisseur des hyposternaux 
concorde parfaitement, dans leurs parties latérales, avec celle des pièces 
marginales de la carapace. 



MO PALÉONTOLOGIE SI ISSK. 

5° Les impressions des bords des écailles sonl remarquablement identi- 
ques sur toutes ces pièces. Elles forment comme un petit canal à bords re- 
levés et minces, assez différent de ce que Ton observe chez tontes les autres 
espèces, 

4° La réunion du plastron et de la carapace fournit un ensemble de ca- 
ractères génériques assez concordants. 

Toutefois, nous devons ajouler un motif d'hésitation. On a trouvé dans 
le même gisement un fragment d'un autre plastron de taille analogue el 
des débris d'une autre carapace qui a dû elle-même avoir un battant mo- 
bile. Dans le cas où ces pièces que nous décrivons plus bas devraient mo- 
difier notre manière de voir, nous attachons le nom générique de Dithyros- 
temon au plastron que nous venons de décrire et qui forme certainement 
un type nouveau. 

§ IV. Affinités génériques. 

Noire tortue doit-elle être rapportée à la famille des Chersites ou à celle 
des Elodites? Nous penchons pour la première hypothèse, tout en recon- 
naissant Fexisl;ence de quelques caractères contradictoires. L'ignorance où 
nous sommes sur les formes des pâlies nous prive du seul document qui 
soit complètement décisif dans mie question de celle nature. Les arguments 
que l'on peul donner pour la rapprocher des Chersites sont les suivants: 

1° La forme générale «le la carapace est. tout à fait celle de ce groupe. 
La forte courbure el la hauteur des pièces marginales des lianes trouveraient 
difficilement leurs analogues dans le groupe des Elodites. 

2° La disposition alternante des pièces vertébrales, ou la différence qui 
existe entre celles de numéro pair et celles de numéro impair ne se trouve 
que chez les tortues de terre. 

7>° La longueur de la soudure du plastron el de la carapace fournil des 
résultats analogues. 

A° L'épaisseur remarquable des deux battants du plastron, surtout du 
battant postérieur, s'accorde mal avec les formes connues des Elodites. 

Quelques caractères, ainsi que nous Lavons dit, semblent fournir un ré- 
sultat inverse. Ils prouvent seulement, suivant nous, que cette espèce re- 



YKKTKHKES DE LA FAUNE ÊÔCÈNE. Hl 

marquable formait entre les deux familles une sorte de transition qui parait 
manquer à la nature actuelle. Os caractères sont les suivants: 

1" Chaque pièce costale s'articule avec deux vertébrales. 

2° La ligne de séparation des (Vailles marginales el des (''tailles costales 
ne coïncide nulle part avec la suture, et quoiqu'elle eu soit peu distante, 
;iinsi que nous l'avons dit, elle est toujours située en dehors d'elle. 

La tonne des pièces costales ne peut fournir d'arguments décisifs ni pour 

l'un ni pour l'autre de e» l s rapprochements. Celles de numéro pair s'élar- 
gissent et celles de numéro impair deviennent plus (''truites vers leur extré- 
mité marginale; mais cette inégalité reste dans des conditions intermé- 
diaires. Elle n'atteinl pas les différences de dimension qu'on remarque chez 
les tortues de terre vivantes et dépasse celles qui existent ordinairement 

chez les éinydes. 

Si nous comparons celle tortue avec les différents genres caractérisés par ■ . 
un plastron plus ou moins mobile, nous lui trouvons peu d'analogie avec 
ceux qui font partit 1 de la famille des Elodites. Il faut, en particulier, ex- 
clure complètement de la comparaison le genre Cistudo, dans lequel le plas- 
tron est compost' 1 de deux battants mobiles sur une seule cliarnière, en sorte 
qu'il n'y a point de partie fixe. Les Staùrotypes, les Sternothèrés et les (\- 
noslernes ont, connue notre genre, le milieu (\u plastron lixe et soudé à la 
carapace. Dans les premières il y a un battant mobile antérieur el la partie 
postérieure est lixe. Les Cinosternes, et quelquefois les Staurolypes, ont un 
ballant antérieur et un postérieur, et, sous ce point de vue, sont ceux qui 
se rapprochent le plus des Dilbyrosternon. Mais l'analogie s'arrête là, el les 
trois genres vivants (pie nous venons de citer se distinguent facilement du 
genre fossile par leur aplatissement, par lt 1 peu de hauteur des ('-cailles mar- 
ginales et, en général, par l'ensemble de leur forme qui les classent évidem- 
ment dans les Elodites. Us oui tTailleurs Ions trois une disposition très- 
différente des ('cailles slernales; le battant mobile en porte trois paires, les 
gulaires, les brachiales el les pectorales, tandis que dans le Dithyrosternon 
il n'en porte (pie deux paires, el que les pectorales se trouvent sur la région 
lixe. 

Le Dilbyrosternon a bien plus d'analogie avec le gëtlré Pyxis de la ta- 
niille des Chersites, soit dans sa l'orme générale, soit dans la solidité des 



112 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

pièces du plastron, soil dans la disposition des écailles sternales, le battant 
mobile antérieur ne portant dans ces deux genres que deux paires d'écail- 
lés; mais les Pyxis ont la partie postérieure du plastron immobile. Nous re- 
grettons de ne pas avoir pu faire une comparaison complète de ces deux 
genres; nous ne connaissons pas le squelette des Pyxis el nous ne pouvons 
pas savoir, par conséquent, s'ils ressemblent aux Dithyrosternon dans la 
disposition des pièces vertébrales et costales. Nous ne pouvons ajouter aux 
caractères différentiels fournis par le double battant du Dithyrosternon, 
que quelques circonstances accessoires, (elles que le singulier épaississemenl 
marginal des xiphisternaux et l'absence d'écaillé nuchale. 

A ici. 2°. Description de deux pièces qui paraissent avoir appartenu à une 

carapace à battant. 

PI. XIII, fuj. ■> ri 3.) 

MM. Gaudin et De la Harpe ont trouvé au Mauremont deux pièces qui 
appartiennent évidemment à nue carapace, niais qui ne peuvent être asso- 
ciées à celles que nous avons décrites plus haut. Ce sont des fragments de 
pièces costales reconnaissantes par les extrémités libres des côtes, qui ont 
dû s'insérer dans des cavités correspondantes des pièces marginales. Ces 
extrémités sont courtes et ont dû être complètement cachées dans la cara- 
pace, qui ne présentait probablement aucune lacune. 

Ce qui donne un intérêt particulier à ces pièces, c'est que Tune d'elles 
(fig. 5) présente parallèlement aux côtes un double biseau tout à fait iden- 
tique à celui qui caractérise les articulations mobiles du plastron. Il est 
donc probable qu'une des extrémités de la carapace, vraisemblablement la 
postérieure, a été mobile comme dans le genre vivant des Cinixys. 

ART. 5 e . Description d'un fragment de plastron. 

[PI. XIII, fig. 1.) 

Cette pièce est une partie d'un xiphisternal appartenant à un tout autre 
type que ceux que nous avons décrits plus haut. Il faisait partie de la ré- 
gion terminale interne du xiphisternal droit. Il est très-peu épais; son bord 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÈOCÊNE. t 1 7> 

no forme qu'un faible bourrelet, et il a appartenu à un plastron terminé par 
une échancrure large et peu profonde, dont les bords presque droits se ren- 
contrent sous un angle de 12, v > degrés. On ne peut point juger delà forme, 
de récaille fémorale; l'écaillé anale est très-courte, beaucoup plus large que 

longue. 

Art. 4 e . Description de quelques fragments que Ion peut rapporter 

à une petite Emyde. 

(/'/. MU. fig. 1-8 . 

1° Pièces de la carapace. Nous avons eu entre les mains quatre pièces 
qui ont évidemment appartenu à une émyde de petite taille, remarquable 
par des os très-minces. 

La pièce figurée PI. Mil, ûg. I, est une cote de numéro pair du côté 
droit; elle s'articulait aux pièces vertébrales par une longue facette anté- 
rieure et une courte postérieure. Son autre extrémité présente la trace d'une 
pointe libre de la côte et un bord droit. Sa largeur est presque la même 
dans toute son étendue, et la ligne de séparation des ('cailles costales la 
COUpeà peu près par le milieu, en ('tant toutefois un peu oblique en avant. 

Les pièces figurées PI. Mil, ûg. S et (>, sont des pièces marginales du 
milieu des lianes. Elles montrent que la carapace avait une carène Irès- 
marquée. Les deux faces se rencontrent sous un angle de 65 degrés. La li- 
gne de séparation des ('cailles costales et marginales passait presque sur 
leur bord interne. 

La pièce figurée PL Mil, fig. 7, est une pièce marginale que nous ne 
pouvons rapprocher d'une manière certaine (rancune des pièces précédem- 
ment décrites. Elle a appartenu à une émyde, et peut-être à la même espèce 
que la pièce précédente. 

2° Fragment de plastron (PL XIII, fig. 8). Cette pièce est un xiphisternal 
du coté droit, très-mince, et remarquable par la sinuosité de son bord ex- 
terne profondément échancré vers le tiers antérieur. On ne distingue pas 
nettement la trace de la séparation des écailles fémorales et anales. 
Ses dimensions semblent le rapprocher des pièces représentées dans les 
fig. i-(>, et il est probable qu'il a appartenu à la même espèce. Nous ne 

poumons toutefois en fournir aucune preuve directe. 

15 



111 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 



Art. 5 e . Côte dune tortue de terre. 

La fig. i) de la PL XIII, qui est celle d'une côte de numéro impair, paraît 
avoir appartenu à une tortue de terre. Elle est beaucoup plus épaisse que 
celle de la fig. i, cl son épaisseur surpasse même notablement celle! qu'on 
remarque chez la Testudo grœca. Elle s'articulait avec la pièce vertébrale 
correspondante par trois facettes, dont la médiane étail longue. A sa sur- 
face externe elle présente des stries très-marquées correspondant aux lignes 
d'accroissement de récaille. A sa face inférieure, la côte se relève un pou 
en se rapprochant de l'articulation avec les pièces marginales. 

EXPLICATION DES FIGURES. 

Foutes les pièces wnii /tgrur 'es de grandeur naturelle . 

PI, IX Carapace du Dithyrosternon valdense, Pictet el Humberl. vue en dessus. 

PI. \ Face inférieure de la même espèce, représentant le dessous de la carapace et du plastron. 

/'/ W Pièces de la carapace de la môme espèce. 

a. Face inférieure de la pièce nuchale. 

I. Série de trois pièces marginales gauches appartenant a la région par laquelle la carapace est soudée 
au plastron. 

ai Pièce marginale gauche qui continue en arrière la série précédente, et qui correspond à l'ochan- 
ci ure fémorale. 

m'. La même, vue par sa face postérieure. 

n>" La même, vue par sa face antérieure. 

n. Pièce marginale droite, située en avant de l'antépénultième, vue en dessous* 

«' . La môme, vue par sa face antérieure. 

p. Pénultième pièce marginale gauche, vue en dessous. 

//. J.a môme, vue par sa face antérieure;. 

les lettres de cette planche désignent les mêmes pièces que dans lu l'I. I \ 

PI. \ll Pièces du plastron de la môme espèce. 
a Nattant antérieur, vu en dessous. 

a 1 . Portion de l'articulation de cette pièce avec la partie fixe du plastron. 
l). Surface d'articulation de l'hyposternal droit avec le siphisternal. 
c. Xiphisternal droit, vu en dessous. 
c\ Le même, vu par sa tranche. 
<■-. Surface d'articulation du munie os. 

(Les lettres de celle planche désignent les mêmes pièces que dans lu l'I. X . 
l'I. Mil. Fig 1. Portion du xipliisternal droit d'une grande espèce d'émydo. p. 112 

Fig. 2. Fragment d'un" pièce costale de la carapace, attribuée à une Cinixys, p. ll c 2. 
Fi». 3. Fragment d'une autre pièce de la carapace, appartenant probablement à la même espèce : a. 
vue par sa face interne: b, surface articulaire montrant (|ue la carapace avait un battant 
mobile. 



VERTÉBRÉS DE LA FAUNE ÊOCBNE. 



115 



Fig. I, Pièce costale droile de numéro pair d'une petite émyde, p. 113: a, vi n dessus; b, vue en 

dessous: c- vue par sa tranche, 
Fig. 5 et (i. l'ièco marginales du milieu tic» flanc- , appartenant probablement a la môme espèce ; ". 

vues par leur face externe: b, vues par leur tranche. 
Fig. 7. Pièce marginale d'une petite émyde qui se rapporte probablemenl aussi à la môme espèce: ». 

vue en dessus : '<• nui' par se tranche 

Fig s. Siphîslernal droit d'une petite émyde qui pourrait enc appartenir à la môme espèce. 

Fig. i». Pièce costale droite de numéro impair d'une petite tortue de terre p. lit: <i vue en dessus 

//. vue en dessous: c. vue par sa tranche. 



llf) PALÉONTOLOGIE SUISSE. 



jr _r_ 



RESUME GENERAL 

Catalogue des Vertébrés observés jusqu'à ce jour dans les dépôts sidéroliliquès 

du Caillou de Vaud. 



CLASSE DES MAMMIFERES. 

Ordre des PACHYDERMES, 

PaLjEOTherium médium, Guvier, p. 28, pi. I, ûg. I à 5. Mâchoire supé- 
rieure, mâchoire inférieure, dénis isolées el omoplate. Musée de Lausanne. 
Trouvées par MM. Gaudin el De la Harpe. 

PaljEOTherium curtum, Guvier, p. 50, pi. I, fig. iet5. Divers débris de 
mâchoires. Musée de Lausanne. MM. Gaudin e1 Dr la Harpe. 

Plagiolophus minor, Pomel (Palœotherium minus, Guvier), p. 35, pi. II. 
Mâchoires supérieures el inférieures et plusieurs os des membres. Musée 
de Lausanne. MM. Gaudin el De la Harpe. 

Rhagatherium valdense, Pictet, p. 43, pi. III. Mâchoire supérieure. Mâ- 
choire inférieure adulte el jeune. Musée <le Lausanne. Une molaire iso- 
lée, [ig. 5, provienl de la brèche de Saint-Loup. M. le prof, de Morlot. 

Hyracotherium siderolithicum, Pictet, p. 53, pi. IV, fig. I à i. Frag- 
i ne! 1 1 de la mâchoire supérieure. Brèche de Saint-Loup. M. le professeur 
de Morlot. 

Oplotherium, sp., p. 64, pi. IV, fig. 10 à 12. Mâchoire inférieure. Musée 
de Lausanne. M. M. Gaudin el De la Harpe. 



VERTÉBRÉS l>K LA FAUNE ÉOCÈNE. H7 

Dichobune Campichii, Pictet, p. 57, pi. IV. fig. 5à9. Mâchoire infé- 
rieure. Crevasse près l'hôtel du Tunnel. Collection de M. le l) r Campiche. 

Dichobune, espèce voisine du I) cervinum, Owen, el un peu plus grande 
que lui, p. <>(>, pi. IV, fig. lôù 15. Denis isolées. Brèche de Saint-Loup. 
M. le prof. de Morlot. 

Dichobune, espèce plus petite, p. 68, pi. IV, fig. 16 el 17. Denis isolées. 
Brèche de Saint-Loup. M. le prof, de Morlot. 

Dichobune, espèce plus petite encore, p. 68, pi. IV, fig. 18. Une seule 
dent. Brèche de Saint-Loup. M. le prof, de Morlot. 



Ordre des CARNASSIERS. 



Amphicyon, espèce de la taille (\\\ Couguar, p. 09, pi, V, fig. I à 5. Dents 
isolées. Crevasse près l'hôtel du Tunnel. Collection Campiche. 

Il faut peut-être lui rapporter la phalange p. 75, pi. V, fijj. 8. Même gi- 
sement. 

Cynodon, espèce probablement nouvelle de la taille d\i C. lacustris, Ger- 
vais, èl i\w groupe des Cynodictis, p. 75, pi. V, fig, (> el 7. Denis isolées. 
Brèche de Saint-Loup. M. le prof, de Morlot. 

Il Paul peut-être lui rapporter un métarcapien de l'index, p. 7(>, pi. V, 
fig. 1:2. Même gisement. 

Carnassier indéterminé de la taille de l'Ocelot, p. 75, pi. V, fig. 9, 10 et 
1 1. Débris du pied antérieur. Brèche de Saint-Loup. M. le prof, de Morlot. 



Ordre (1rs CHEIROPTERES. 

Vespertiuo Morloti, Pictet, p. 77, pi. VI, fig. 1 à 10. Mâchoires infé- 
rieures et os des membres. Brèche de Saint-Loup. M. le prof, de Morlot. 



11K PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

Ordre des RONGEURS. 

Theridomys siderolithicus, Pictet, p. 81, pi. VI, fig. Hi 12 rl ,:> Mâ " 
choire supérieure et mâchoire inférieure. Grevasse près de l'hôtel du tunnel. 
Collection de M. le IV Campiche. - Deux dents isolées provenant d'un 
des mitres gisements du Mauremont. Musée de Lausanne. 

Sciimus, sp., p. 86, pi. VI, fig. IL Mâchoire inférieure. Brèche «le Saint- 
Loup. M. le prof. <le Morlot. 

On doit peut-être associer à ce genre les dents incisives p. 88, pi. VI, 
fi<». M). Musée de Lausanne. 

SPERMOPHILUS^ sp., |». HT, pi. VI, fig. 15. Dents de la mâchoire inférieure. 
Brèche de Saint-Loup. M. le prof, de Morlot. 

CLASSE DES REPTILES. 

Ordre des SAURIENS. 

Crocodilus Nastixosf k, Owen, p. 89, pi. VIL Fragments du crâne, dents, 
vertèbres, écussons osseux. Musée de Lausanne. Trouvés par MM. Gaudin 
et De la Harpe.— Des vertèbres proviennent de la brèche de Saint-Loup. 
M. le prof, de Morlot. 

LàCERTA, espèce de la taille du L agilis . p. ^2, pi. NUI, fig. I, a, h, c. 
Mâchoire inférieure. Brèche de Saint-Loup. M. le prof, de Morlot. 

Placosaurus rugosus, Gervais, p. 9.1, pi. VIN, fig. 2, «, b, c, d. Deux 
corps osseux taisant partie de la plaque qui recouvrait la tète. Brèche de 
Saint-Loup. M. le prof, de Morlot. 

Saurien d'espèce perdue, appartenant probablement au groupe Aeslgua- 
niens, p. 94, p. VI lï, fig. "> à 7. Os ptérygoïdien et <>s des deux mâchoires. 
Musée de Lausanne. MM. Gaudin et De la Harpe. 



VERTÉBRÉS DE I..A FAUNE ÉOCÈNE. 119 

Ordre des OPHIDIENS, 

Python, espèce de 3 '/, à 3 l / 2 mètres de long, p. 98, pi. VIII, fig. 8, <7, 
b, c. Vertèbre du milieu du corps. Brèche d< i Saint-Loup. M. le prof, de 
Morlot. 

Python ou Paleryx, espèce plus petite que la précédente, p. 99, pi. VIII, 
6g. l ,) et 10. Vertèbres. Brèche de Saint-Loup. M. le prof. <lo Morlot. 

Ordre dos CHÉLOKIENS. 

DlTHYROSTERNON VALDENSE, Piclcl el lllimbcrl, p. 102, pi. IX, \, M et 

XII. Pièces nombreuses de la carapace ci du plastron. Recueillies par MM. 
Gaudin el De la Harpe, Musée de Lausanne. 

Cinixys? sp. Pièces de la carapace indiquant un battant mobile sur cette 
région, p. 1 12, pi. Mil, fïg. 2 ci r>. Même origine. 

ëmys, grande espèce,, fragment de plastron, p. 1 12, pi. MM, ûg, I. Même 
origine. 

Emys, espèce de petite taille, p. 1 1 r>, pi. MU, fig. I à 7. Pièce costale, 
pièces marginales cl uphisternal. Même origine. 

Testudo, petite espèce, p. 114, pi. Mil, ûg. S. Pièce costale. Même 
origine. 



EXPLICATION DES PLANCHES. 

PI. I. Fig. I. Série des molaires de la mâchoire supérieure cote droit du l'alœotherium 
médium, Cuvier. 

Fig. 2. Extrémité antérieure de la mâchoire inférieure de la même espèce : 
a, Mie en dessus; h, vue en dessous; c, vue de profil. 
Fig. •'{. Portion de l'omoplate de la même espèce. 



120 PALÉONTOLOGIE SUISSE. 

Fig. 4. Les cinq dernières molaires de la mâchoire supérieure (côté droit] du 

Palmotherittm curtum, Cuvier. 

Fi«. 5. Branche horizontale de la mâchoire inférieure de la même espèce : 
a, vue de profil; b, série des dénis vues par leur surface de trituration. 
Toutes ces figures sont de grandeur naturelle. 
PI. II. Toutes les figures de cette planche se rapportent au Plagiolophus minor, Pomcl 
Palœotherium minus, Cuvier). Elles sont toutes de grandeur naturelle. 

Fig. I. Série des molaires supérieures [côté droit): a, vues en dehors; l>, vues 
par leur surface de trituration. 

Fig. 2. Portion antérieure de la mâchoire inférieure: a. vue en dessus; b, vue 
de profil. 

Fig. 3. Fragment de l'extrémité antérieure de la même mâchoire. 

Fig. 4. Série des dents molaires de la mâchoire inférieure, â l'exception de la 
quatrième, vues par leur surface de trituration. 

Fig. 5 et 0. Deux molaires supérieures à des degrés d'usure différents. 

Fig. 7. Cinquième molaire inférieure commençant â s'user: a, vue par sa face 
externe; b, en dessus; c, par sa face interne. 

Fig. s. La même dent avant qu'elle soit usée et avant le développement de 
la racine: a, vue par sa face externe; b, en dessus; c , par sa face interne. 

Fig. 9. Partie inférieure de l'humérus; a, vue en avant; b. vue de profil. 

Fig. 10. Portion du carpe et du métacarpe du coté droit ou l'on voit ;oulre le 
semilunaire au trait), le pyramidal, le scaphoide , Vos crochu, le grand os et le 
m etaca rp ien médian . 

Fig. 1 1 . Os semilunaire du coté gauche. 

Fig. 12. Doigt médian: o, vu de profil; b vu en avant. 

Fig. 13. Doigt latéral (annulaire): a, vu de profil; b. vu en avant. 

L'explication des autres planches a elé donnée â la fin de chaque article. 

L'explication «le la planche 3 se trouve p. 53. 

» » I » p. 57 et ()i. 

» » 3 » p. 73, 75 et 76. 

» » (î » p. SI . 84, 86 et 88. 

» » 7 » p. 92. 

» 8 » p. 93, 98 et 101. 

L'explication des planches 9, 10. M, 12 et 13 relatives aux Chéloniens se trouve 
a la page 114. 



PALÉONTOLOGIE SOISSE 



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Fie là ô. PÀUEOTHERIUM médium, Cuv. — Eig.4etô. PALtëOTHERlUM curtum, Cuv 



PALEONTOLOGIE SUISSE 



Vertèbres nu Terrain Eocènk. 



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PAIwEOTHERIlM (Plagioluplius) minus, Cuv. 



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PALEONTOLOGIE SUISSE 



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RHAGATHERIUM Valdense, Pictet. 



PALEONTOLOGIE SUISSE 



Vertébrés du Teiirain êocène. 











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Fig. 1 à 4. HYRACOTHERIUM siderolithicum , Pictet. — Fig. 5 à 9. DICHOBUNE Campichii , Piclet. - 
Fig. 10 à 12. Espèce probablement nouvelle, du genre OPLOTHERIUM. — Fig. 43 à 4 8. Dents diverses 

d'ANOPLOTHÉRIOIDES. 



PALÉONTOLOGIE SOISSE. 



Vertébrés du Terrun éocbne. 



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Fig. 1 à 5. AMPHICYON. — Fig. 6 et 7. CYNODON. — Fig. 8 à 42 Métacarpiens et phalanges 

de CARNASSIERS. 



PALÉONTOLOGIE SOISSE. 



Vertébrés du Tbrrain éocènb 



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Fig. 1 à 10. VESPERTILIO Morioti , Pictet. — Fig. 11 à 13. THERIDOMYS siderolithicus, Pictet. 

Fig. M à 16. SCIURIENS. 



PALEONTOLOGIE SOISSE 



Vertébrés du Tbrrmn ÉOCRNE. 



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CROCODILUS Hastingsiœ, Owen. 



PALÉONTOLOGIE SUISSE 



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Fig.l. Mâctoire de LEZABD.- F i « . l 2 . Êcusson céphalique de PLACOSAURUS.— 
FiiS.3 à 7. Os de la tel e d'un IGIIAMKX.- Fia. 8 :i 10. Vertèbres d* OPHIDIENS. 




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Vertébrés du Tehrain eocène . 



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PALEONTOLOGIE SUISSE 



Vertébrés du Terrain eocène. 



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IMTHYKOSTKKNON VALDENSE, Pictet & Humbei-I 

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PALÉONTOLOGIE SUISSE 



VERTÉBRÉS DU TERRAIN EOCÈNE. 



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deux mi trois livraisons par nu. 

I.a proportion entre le texte ci l"s planches variait beaucoup suivant la nature du sujet, nous nous réser- 
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